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1689, 03, t. 5 (Affaires du temps) (Lyon)
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907158
AFFAIRES
DU
TEMP S
TOME CINQUIBLIOTHER
洗衣
LYON
A LTON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure
Galant.
M. D C. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROT.
:
I
CINQUIE'ME PARTIE .
DES
AFFAIRES DE
DU TEMPS.
BIB
ES affaires de la veritable
Religion ſont
en Europe dans une
fituation d'autant
plus facheufe , que le mal eſt
venu par ceux , qui non feulement
devoient apporter de
promts remedes aux maux de
cette nature , mais qui eſtant
en pouvoir de les empefcher
de naître , avoient une obliga-
A
LYON
FILLE
2
V. P. des Affaires
、
tion indifpenfable de les prevenir
, puis qu'ils ne font élevez
que pour cela aux plus
hautes dignitez , & que ce
doit eftre leur unique employ,
de même que celuy d'un Capitaine
& d'un Soldat eft de
combattre. Toute autre veuë
eft indigne de leur caractere,
qui ne peut fouffrir qu'ils facrifient
la religion à des paffions
qu'il ne leur eft pas permis
d'écouter , & la Politique
ne doit point regner dans leur
Cour comme dans celles des
• autres Souverains. La partialité
leur eft défenduë , & comme
ils font les Peres communs ,
doivent avoir une égale amour
pour tous leurs Enfans ; l'Efprit
feul de charité , d'union & de
paix , les doit animer dans tout
ce qu'ils font, & quand ils forils
du Tems. 3
tent de cét efprit , & que le
Chef travaille à la ruine des
Membres , il fe fait tort à luymême
, & fe porte des coups
dont tout le corps fe reffent.
Comme il n'y a point d'hōme
qui n'ouvre enfin les yeux
lors qu'il fait des chofes , non
feulement contraires à ce qui
luy eft prefcrit par fon devoir,
fuivant l'état de vie qu'il a embraffé
, mais encore à luy- même,
je me perfuade qu'à chaque
ligne que j'écris , je dévrois
changer de langage , & que
l'intereft de la veritable Eglife
fe fera enfin rendu le plus
fort dans le coeur de ceux que
des interefts purement humains
, & remplis de vanité ,
ont commencé à faire agir;
mais quand cela feroit arrivé
dés à preſent , vous ne devez
A ij
4 V. P. des affaires
pas regarder mes Lettres fur les
affaires du tems , comme des
nouvelles qu'on mande avec
précipitation à mefure qu'elles
arrivent , & ſouvent avant
qu'on en ait bien démêlé la
verité. Quand je rapporte les :
chofes qui fe font paffées il y
a trois mois , & celles qui en
ont efté la caufe , je fuis obligé
de parler des Perfonnes qui
leur ont donné le mouvement
,
fuivant ce que ce mouvement
a produit, & fuivant ce que ces
Perfonnes -la penfoient, & faifoient
en ce temps- là . Ainfi
quand elles fe repentiroient aujourd'huy
du tort qu'elles ont
fait à la Religion Catholique
,
je dévrois toûjours , pour continuer
mon hiſtoire , parler du
paffé , fuivant l'ordre des tems,
puis que le prefent ne peut emdu
Temps. 5
pefcher que ce qui a efté fait
pas efté .
ne l'ait
Je vous ay déja fait voir
que l'Europe n'eft aujourd huy
toute en armes , & que la Religion
Catholique n'a eſté abolie
en Angleterre qu'à caufe de
l'obftination invincible de
T'Empereur à ne vouloir point
que Mr le Cardinal de Furftemberg
foit Electeur de Cologne,
& de la trop grande fa
cilité de la Cour de Rome à
confentir à tout ce que veut la
Maifon d'Auftriche . Il faut
prefentement que je réponde
à une objection qu'on m'a faite
là- deffus . Il femble d'abord
qu'elle est bien fondée , &
neanmoins elle eft aifée à détruire.
On demeure d'accord
que l'Empereur ne veut point
que M' de Furftemberg foit
A iij
6
V. P. des Affaires
Electeur de Cologne , & qu'il
n'a rien oublié pour traverfer
fon Election , & le deffervir à
Rome ; mais on dit en même
tems que le Roy de France
s'eft declaré pour ce Cardinal,
qu'il a employé le credit de fes
Amis pour le faire élire, qu'il a
fait folliciter le Pape en fa faveur,
& qu'ainfi ces deux grandes
Puiffances fe trouvat en cố-
teftation pour une même chofe,
& ayant égalemet follicité l'une
pour, & l'autre contre, tout ce
qu'on peut dire, c'eft que l'Europe
eft à plaindre de ce que
ce démêlé eft furvenu entre ces
deux grands Potentats , mais
que perfonne ne peut donner
plus de droit à l'un qu'à l'autre,
ny les blâmer de ce que devant
tous deux foutenir leur gloire
& celle de leurs Etats, ils cherdu
Temps.
7
chent également à fe garantir
de la honte de ceder. Voilà
donc toute l'Europe en Guerre,
fuivant les partifans de Rome
& de la Maifon d'Autriche
; voilà la Religion Catholique
détruite en Angleterre ;
voilà un Roy qui en faifoit profeffion
détrôné , & les Proteftans
en état d'exercer les cruautez
avec lesquelles ils ont étably
leur reforme, fans que perfonne
foit coupable de ces
grands malheurs . Le tour eſt adroit
& delicat pour excufer
l'Empereur & la Cour de Rome
, mais quand on voudra penetrer
la chofe , on découvrira
une grande difference, dans
une obftination qu'on veut qui
foit neceffaire , & égale entre
l'Empereur & Sa Majesté.
Quoy que le Roy foit déchar-
E iiij
8
V. P. des Affaires
gé par là d'avoir efté la caufe
de la Guerre , ou plûtôt de l'avoir
luy feul cauſée , il eſt aifé
de faire connoître qu'il n'y a
contribué en rien, & que, comme
ont fouvent dit ceux qui
l'en accufent en fe contredifant
, on l'a forcé à faire la
guerre , fon intention eſtant de
maintenir le repos de l'Europe
.
Ce Monarque a déclaré en
prenant les interefts de M' le
Cardinal de Furftemberg.qu'il
s'en tiendroit à l'Election qui
feroit faite & ce Cardinal
voulant de fon cofté empécher
la Guerre que nous voyons aujourd'huy
, confentit aprés la
mort du feu Electeur de Co.
logne , qu'on procedât à une
nouvelle Election , quoy qu'ayant
efté canoniquement élu
Coadjuteur , il euſt pû ne pas
2
du
Temps. 9
donner fon confentement à cette
Election , qui n'auroit pû étre
faite fans cela, & à laquelle
il est évident qu'on n'auroit
pas procedé . Toutes ces manieres
honneftes auroient efté fans
doute de quelque confideration,
s'il y avoit eu moins d'animofité
, & moins d'obſtination
du cofté de ceux que des
mouvemens de jaloufie avoient
mis dans des interefts contraires.
Un Prince qui fe voit aujourd'huy
le plus puiffant de
l'Europe , & qui eft reconnu
pour tel, fe montre fage & moderé.
Il ne demande que la juftice
; il veut la laiffer agir , &
offre d'y remettre les interefts
du Prince qu'il protege , & les
y remet en effet . Un Cardinal
canoniquement élu confent
pour le bien de la Paix , que
>
A v
10
t
V. P. des Affaires
l'on travaille à une nouvelle élection
, quoy qu'il rifque tout
par là, & qu'il voye la Cour de
Rome & celle de Vienne folliciter
contre luy , avec des emportemens
accompagnez de
menaces . L'Empereur n'avoit
qu'à faire la même chofe , &
l'Europe feroit aujourd'huy en
paix , mais il ne s'en remet à
l'Election, qu'à condition qu'elle
ne tombera point fur Mr de
Furftemberg , & fi l'on rend
juftice au merite de ce Cardinal,
il n'y veut point confentir.
Il
ayme mieux que l'Allemagne
foit couverte de fang , que
les Rois foient détrônez , que
tous les Proteftans de l'Europe
triomphent , que tous les Câtholiques
foient égorgez &
empriſonnez en Angleterre, ou
reduits à la derniere miſere, &
du
Temps.
II
mettre les Turcs par une Paix
à contre-tems en eftat de ferétablir
pour opprimer un jour la
Chrêtiété,que de fouffrir qu'un
Prince de l'Eglife, legitimement
parvenu à une dignité dont il
a eu le miniftere , & qui en avoit
tout d'une voix efté nommé
Coadjuteur, en jouyffe paifiblement.
Je laiffe à penfer aprés
cela fi l'on a raiſon de dire
que l'Empereur ne doit pas
ceder non plus que le Roy. Sa
Majefté pouvoit Elle faire autre
chofe que de fe remettre à
l'Election qui feroit faite , &
l'Empereur ne fait- il pas voir
luy feul une obftination invincible
en ne s'y remettant pas ?
C'eft n'écouter ny juſtice , ny
raiſon , & n'avoir que fa pafpour
regle. Je vous ay fait
fion
voir dans ma troifiéme Lettre
A vj
12
V. P.des Affaires
fur les Affaires du tems, ce qu'a
produit cette obftination fi mal
fondée,& de quelle maniere le
Prince d'Orange en a pris l'occafion
de tromper Sa Majesté
Imperiale , comment l'Empereur
a fait tomber la Cour de
Rome dans le piege , où il a
peut -eftre bien voulu tomber,
& commentl'un & l'autre ont
perfuadé au Roy d'Angleterre
que le Prince d'Orange n'armoit
que pour fervir l'Allemagne
contre le Cardinal de Furftemberg
en empefchant la
France , par l'alarme qu'il donneroit
fur fes coftes , de tour.
ner fes armes du cofté du Rhin .
Je ne repeteray rien de toutes
ces chofes que je vous ay expliquées
affez au long . Ainfi je
pourfuis en vous priant d'examiner
que ce que je viens de
du
Temps. 13
vous dire touchant l'obftination
de l'Empereur , eft un fait
pofitif & prouvé , qui feul a mis
l'Europe dans l'eftat violent où
elle fe trouve aujourd'huy , ce
qui ne feroit pas arrivé fi Mr
de Furftemberg n'euft pas efté
élu Coadjuteur , & enfuite Electeur
de Cologne , puis que
le Roy , fuivant ſa moderation
ordinaire , & la parole, que fes
Ennemis ont toujours trouvée
inviolable,n'auroit pas demandé
une chofe , qui non feulement
n'euft pas efté jufte , mais
à laquelle on n'a même jamais
pu donner la moindre vrayefemblance.
En effet il eft inoüy
de demander qu'un home
deux fois élu à une dignité dãs
toutes les formes, qui la merite ,
qui a pour cela toutes les qualités
requifes , qui l'a adminiftrée,
14
V. P. des
Affaires
Il
& qui y eft fouhaité , n'en foit
pas pourveu , & qu'elle foit donnée
à un autre qui en eft tresdigne
par fa naiffance , mais
qui n'a ni l'âge , ni les voix ne ·
ceffaires, ni même la vocation,
& enfin qui ne s'eſt déterminé
que par force à l'accepter. A
l'égard de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg,on ne peut
qu'injuftement lui imputer d'être
la caufe de la Guerre.
ne devoit pas empêcher que
feu Monfieur l'Electeur de Cologne
ne le fit fon Coadjuteur.
Cêtoit fur la prudente condui
de ce Cardinal qu'il fe repofoit
de toutes les affaires , &
comme le refus qu'il auroit fait
de la Coadjutorerie euſt donné
fujet de croire qu'il n'auroit
plus voulu s'en mêler, cet Electeur
auroit dû l'accufer d'indu
Temps.
IS
>
gratitude . Quant à l'Election
de Monfieur de Fuiftemberg
on ne peut lui donner trop de
louanges d'avoir bien voulu en
faveur de la Paix qu'on y procedât
, puis qu'ayant été élu
Coadjuteur tout d'une voix , il
êtoit devenu Electeur par la
mort de feu Monfieur de Cologne
, & toute l'Europe devroit
lui aplaudir du pas qu'il a fait
contre lui- même pour empêcher
que la guerre ne s'alumât .
Si fon élection a fuivi, on ne lui
doit pas imputer à crime d'avoir
été élu à la pluralité des
voix , & il ne peut pas faire
comme s'il ne l'avoit point été
puis que c'est une chofe qui a
été faite. Quand malgré cette
élection , Sa Sainteté a donné
des Bulles à Monfieur le
Prince Clement de Baviere,ce
16
V. P. des Affaires
les
Cardinal s'eft trouvé obligé de
faire des proteſtations, ſuivant
l'ufage ordinaire contre la
Cour de Rome qui l'a voulu inquieter,
& quoi que l'on en faffe
fouvent , qu'elles foient permifes
par les Conciles , que
Papes qui n'ont point agi par
une politique humaine , & qui
n'ont point eu de partialité ,
n'y ayentjamais trouvé à redire
, & qu'enfin il y ait beaucoup
d'exemples qui marquent
qu'on a toujours apélé du Pape
mal informé au Pape mieux
informe,on n'a peut - être jamais
fait de proteftation fi jufte que
celle de Monfieur de Furftemberg.
I êtoit engagé à la faire
, non feulement parce que
tout homme qui a une bonne
cauſe , & qui regarde fon honneur
, la doit foûtenir , mais
du
Temps.
17
encore parce qu'en l'abandonnant
on auroit deu penfer qu'il
auroit cru lui- même fon élection
injufte , & qu'il auroit fait
un affront aux Chanoines qui
lui ont donné leurs voix , & qui
auroient pu l'accufer d'une ingratitude
indigne d'un Prince ,
& d'un homme d'honneur .
Quoy que j'aie touché cet
article dans les autres parties.
de cette Hiftoire , l'obftination
de l'Empereur aprés deux élections
le rendant nouveau , je me
fuis cru obbligé à vous en parler
encore. C'est une remarque
que je n'avois pas faite, &
qui répond à l'objection que
vous venez de voir, & que font.
les Partifans de la Maifon
d'Autriche .
qui veulent fçavoir au vrai l'origine
des Guerres d'aujour-
D'ailleurs ceux
18
V. P. des Affaires
d'hui, ne fauroient trop fe mettre
cet article dans la memoire
puis que l'injufte emportement
avec lequel on s'est déclaré
contre la double élection de
Monfieur de Furftemberg
, a
été caufe que pour foutenir la
Guerre que cet emportement
devoit allumer, on s'eft uni avec
le Prince d'Orange
, qui ayant
fon but particulier , eft décendu
en Angleterre ,au lieu d'empêcher
la France d'envoier des
Troupes en Allemagne. Ainfi
il est aisé de conclurre que fi la
Cour de Vienne n'avoit pas été
d'intelligence
avec celle de
Rome pour faire armer le Prince
d'Orange , fon deffein n'auroit
jamais réuffi , êtant indubitable
que toute l'Europe , ou
auroit empéché cet armement,
ou fe feroit armée pour traverdu
Temps
19
>
fer fes deffeins , & que le Roy
d'Angleterre n'auroit pas manqué
de les penetrer , fi aucune
Paiffance ne l'euft affuré qu'ils
ne le regardoient pas , & qu'on
favoit le noeud de l'intrigue.
Comme on a craint qu'un femblable
procedé , qui devoit faire
crier tous les Catholiques
ne fut dêcouvert , on n'a ofé fe
plaindre ouvertement du Prince
d'Orange , & il paroît même
que quoi que la tromperie
dont il a ufé foit manifefte , on
aime beaucoup mieux qu'il ait
été en Angleterre , que d'être
demeuré fans rien faire , puis
qu'à la Religion prês , à laquelle
la politique des Ennemis
du Roi n'a point d'égard , on
eft ravi que ce Prince foit defcendu
en Angleterre , & qu'il
nous menace de décendre en
20
V. P. des Affaires
France . Cela fait croire que
les François êtant obligez d'avoir
des Armées pour deffendre
leurs côtes, on fera plus aifement
des conquêtes fur eux ,
& l'on fe met peu en peine que
la Religion Catholique foit bannie
d'Angleterre , & que les
Proteftans l'affoibliffent en
France , pourveu que , pourveu que l'obtination
de ceux qui en devroient
prendre les intereſts triomphe ,
& que le Roy dont la gloire
caufe une cruelle jaloufic à fes
Ennemis par fon trop d'êclat ,
ne foit plus en pouvoir d'impofer
la paix à l'Europe , qu'ils
aiment mieux voir toute en armes
, & toute fumante du fang
des Catholiques , que de voir
ce Monarque autant au deffus
des autres Souverains , qu'ils
Cont au deffus de leurs Sujets.
VEP
du Temps.
ZI
C'est ce qui eft caufe que loin
de fe plaindre du Prince d'Orange
auffi hautement qu'ils
auroient dû faire, & de fe liguer
contre lui comme la Religion
le demandoit , on n'a pas fait
un mouvement , ni laiſſé échaper
une feule parole qui marquât
qu'on euſt ce deffein . On
n'a pu au contraire s'empêcher
de témoigner de la joïe de l'heu.
reux fuccés de fon entrepriſe ,
dans le même tems qu'on a veu
faire tous les outrages poffibles
aux Catholiques d'Angleterre,
on a dit que ce n'étoit
pas une guerre de Religion, & il
s'en eft peu fallu que les Miniftres
de la Maiſon d'Auſtriche ,
aprés en avoir fait voir trop
publiquement leur joie à Rome
& à la Haye , n'en aient fait
des feux publics. Auffi a - t- on22
V. P. des Affaires
Ce
fait une remarque qui eft d'autant
plus digne qu'on y faffe attention
, que c'eft un fait pofitif,
& generalement connu de
toute l'Europe, de forte que
ceux qui n'y ont pas encore
fait de reflexion n'y en fauroient
faire , fans en être convaincus
comme les autres.
fait eft , que depuis que l'entreprife
du Prince d'Orange a été
declarée jufques aujourd'hui
tous les écrits de Hollande ont
parlé avantageuſement
de la
Cour de Rome , ainfi que tous
les Proteftans de l'Europe, fans
excepter même ceux d'Angleterre
. Rien ne devroit être
plus honteux que ces louanges
à ceux à qui on les donne , &
ne devroit plus les faire rentrer
en eux mêmes . Elles marquent
qu'on a de la reconnoiffance
>
du Temps. 23
du paffé , & qu'on efpere pour
l'avenir que la Cour de Rome
trop atachée à la Maiſon
d'Auftriche , ne lui fera point
faire de ligues contre le Prince
d'Orange.
Si pendant qu'on en eſt con
tent à Londres , on y perfecutoit
moins les Catholiques , elle
pourroit dire qu'elle a des vûës
avantageufes pour la Religion ,
& qu'elle n'a point d'autre but
que celui de la fervir lors qu'on
l'accufe d'avoir une politique
toute humaine; mais les Catholiques
n'en font pas plus épargnés
pendant qu'on épargne
le Prince d'Orange, & qu'on ne
fait point de liguescontre lui.
On apeu vû de Souverains
comme le Roi qui n'ayent pas
regardé l'occafion favorable
d'agrandir leurs Etats , comme
24
V. P. des Affaires
F
un droit de le faire . Ce Prin
ce pouvoit vaincre tout l'Europe
pendant que l'Empereur
êtoit en guerre avec les Turcs.
Il favoit les projets qu'on formoit
pour l'attaquer quand cer
te guerre feroit finie, mais comme
en fe mettant en êtat de fe
garantir de l'orage , il auroit
empêché la veritable Religion
de s'étendre , il n'a point eu de
politique humaine. L'Efpagne
a toûjours tenu une conduite
contraire, & fes Partifans
en fe déchaînant aujourd'huy
contre la France , ne peuvent
s'empêcher de dire que la Maifon
d'Auftriche n'auroit pas
manqué un pareil coup.
Efpagnols auroient mal foûtenu
par là le furnom de Catholiques
, & ils auroient deu
le perdre par les conquêtes
qu'ils
Les
du
Temps. 25
qu'ils auroient pû faire ; mais
le Roi a mieux aimé conferver
le titre de Tres . Chrêtien , &
maintenir l'Europe en paix, que
de triompher avant le tems de
ceux qui fe preparoient en idée
à le cobatre, & il n'a point vou
lu les attaquer lors que la Religion
auroit pu fouffrir de cette
guerre. Ainfi il lui eft plus
glorieux d'être
aujourd'huy
obligé de fe deffendre , que
d'avoir triomphé en ces tems
là au prejudice de la Religion
& quand prefque tous les Catholiques
de l'Europe s'uniffent
contre lui avec les Proteftans,
pour affermir la Religion Proteftante
en
Angleterre , & la
rétablir en France dans le même
tems qu'il travaille à reme
tre un Roi Catholique fur le
Trône , & à vanger la verita-
B
26 V. P. des Affaires
ble Religion outragée par un
indigne attentat : le Ciel dont
il foûtient feul les interefts , fe
déclarera fans doute pour lui.
Il a comencé en lui faifanttrouver
dans fes Etats prefque autant
de Soldats qu'il a " de Sujets.
On n'a que faire de battre
le Tambour pour en lever
tout s'offre pour une Guerre de
Religion ; les Milices font auffitôt
prétes que les ordres font
donnez , & la Nobleffe que
fait affembler l'Arriere ban
brûle de combatre . Outre cela
les Provinces levent d'elles
mêmes des Regimens qu'on ne
leur demande pas , & la Bretagne
vient de fervir d'exemple
là deffus , par ceux qu'elle a
fait mettre fur pied , & qui
portent les noms de fes principales
Villes . Enfin le Roy
du
Temps. 27
trouve dans fes Etats tout ce
qu'il peut fouhaiter pour défendre
la caufe de Dieu , &
comme il joint à tout cela une
prévoyance admirable & une
prudence confommée , qui fait
que la France eft en bon état
auffi-bien que fes Finances , il
y a fujet de croire que tous fes
Ennemis ne fe feront liguez
que pour rehauffer l'éclat de fa
gloire , & faire ajoûter à l'Hif
toire de fa vie , qu'il aura foutenu
les efforts de l'Europe entiere;
ce que la poſterité ne remarquera
dans aucun autre
Regne que dans celui de ce
grand Monarque.
,
Mais il ne fuffit pas de vous
avoir dit que cette guerre eft
une gerre de
Religion , quoi
que la Cour de Rome , & la
Maiſon
d'Auftriche
foutiennens
B
J
28 V. P. des Affaires
le contraire , parce qu'ils feroient
obligez de s'unir avec
nous contre les Proteftans , au
lieu qu'ils fe joignent avec eux
pour faire refleurir la Religion
Proteftante en France , & rendre
le Roi moins puiffant ; il
faut vous faire voir ce que les
Catholiques ont fouffert en
Angleterre, ce qu'ils y fouffrent
encore tous les jours, & de quel
le maniere on y attaque leur
Religion, à laquelle on en veut
encore plus qu'à ceux qui la
profeffent, parce qu'on pretend
l'y détruire entierement. Pendant
que le Prince d'Orange
tient le même langage que
tient à Rome & à Vienne , &
qu'il dit que ce n'eft point une
guerre de Religion , il ne laiffe
de faire executer rigou- pas
reufement ce qui eft contenu
dans fa premiere déclaration
l'on
1
du Tems. 29
,
donnée contre les Catholiques
fi -tôt qu'il fut defcendu en Angleterre
. Vous l'avez vûë
puis que j'en ai mis une copie
dans la quatrième partie de
cette Hiftoire.
Quels termes font affez forts
pour vous faire ici une peinture
fidéle de la maniere dont
on en ufa dans ce malheureux
Royaume , quand ce Prince
commença d'y avoir quelques
avantages , & fur tout lors
qu'il eut contraint le Roi de
fortir de Londres , & enfuite
d'Angleterre L'orage qui eftoit
préparé contre les Catholiques
éclata alors avec une
impetuofité digne de celui qui
s'êtoit difpofé depuis long- tems
à la faire fondre fur ces malheureufes
victimes de fon ambition.
Toute la campagne
fut remplie des Couriers de ce
T
30
V. P. des Affaires
Prince , qui voulant détruire
les Catholiques pour élever les
Proteftans , porterent des ordres
dans tous les Ports , Villes ,
& Bourgs , & à tous les Juges
d'Angleterre de les arrêter , &
de les traiter comme ils le jugeroient
à propos , fuivant qu'on
auroit lieu de s'en plaindre , &
qu'ils auroient contrevenu aux
Declarations faites contre eux .
Il ne fe pouvoit aprés cela qu'
on ne les trouvât tous criminels .
On leur fit les plus mauvais
traitemens, & même fans s'informer
s'il y avoit contre eux
des fujets de plaintes faux ou
veritables, ils furent dépouillez,
ils furent battus , ils furent volez.
On ne traita pas mieux les
Etrangers que les Anglois , &
ceux dont le caractere devoit
être reſpecté à caufe des Souvedu
Temps.
3r
>
rains qui les avoient envoyez ,
éprouverent la même fureur
& ne fauverent leur vie qu'avec
beaucoup de difficultez .
A peine avoit on ceffé de les
maltraiter dans un endroit >
qu'on recommençoit dans un
autre , & pour avoir un pretexte
qui autorifât tant de
cruelles indignitez , on fupofoit
qu'ils étoient tous Ptêtres
ou Moines , ce caractere êtant
fuffifant pour rendre juf
tes les emportemens les plus rigoureux.
On mit à Hull
tous les Catholiques en prifon ,
même Milord Langdale qui êtoit
Gouverneur , à caufe qu'il
profeffoit la même Religion ..
On démolit une Chapelle de
Catholiques à Burmingham ,
& l'on mit dans des cachors
Lous les Prêtres qui la deffer-
B iiij
32 V. P. des Affaires
voient. Les grands Jurez receurent
toutes les accufations
qu'on leur voulut prefenter
contre les Catholiques .
On accufa trois Milords de
haute trahifon , feulement parce
qu'ils avoient embraffé la
Religion Catholique. Plufieurs
Seigneurs furent emprisonnez
pour le même fujet , & traitez
en criminels. Il n'y eut point
de Chapéle qui ne fut pillée.
On donna aux Proteftans
celles qui ne furent pas démoliés
, ou brûlées , ils les convertirent
en Temples. Il y en
cut même qu'on fit fervir d'écurie.
Jugez fi on épargna
les maiſons des Catholiques. La
cruauté s'étendit à Oxfort iufque
fur les pierres mêmes , les
maiſons y ayant toutes été rafées.
Enfin tous les Catholiques
qui fe fauverent
du
Temps.
33
pe
> foit Anglois , foit Etrangers
pafferent prefque en chemife ,
& fans avoir de quoi payer .
leur paffage . Le defordre fut
fi grand, que le Nonce du Pafut
contraint de fe fauver
déguifé , & de paffer pour un
des Domeftiques de l'Ambaf
deur de Savoye. On jetta
dans la riviere à Yorck tous
les Ornemens des Eglifes , &
ils furent auparavant portez
par toute la Ville au fon de divers
Inftrumens.
Il feroit impoffible d'exprimer
toutes les cruautez que l'on
exerça à Londres , fous pretexte
de defarmer les Catholiques.
On pilla leurs maifons , & cela fe
fit avec des indignitez qu'il eſt
mal-aifé de concevoir. On n'eut
point égard au droit des gens.
L'Hôtel de l'Ambaffadeur d'Ef-
By
34 V. P. des Affaires
pagne fut pillé;
fut pille ; on ne fe contenta
pas de prendre
ce qu'il y
avoit de plus precieux
, on brula
tout ce qu'on ne peût emporter
, & on joignit les outrages
les plus fanglans
au maniéres
de voler les plus hardies.
L'Envoyé
de Toscane
fut traité
avec la même rigueur, & on
peut juger par là quelles cruautez
on exerça fur de fimples
particuliers
Anglois , puis qu'au
lieu de craindre
d'en être blâmé,
on étoit prefque feur de s'atirer
des louanges
, ou du moins
on l'êtoit de plaire au Prince +
dont l'efperance
de monter au
Trône n'eftoit fondée que fur
l'entiere
ruine de la Religion
Catholique
en Angleterre
.
Je vous ay déja dit que ces
pefecutions avoient été faites
en deux tems différens; la predu
Temps. .35
miere fois , lors que le Roi fut
forti de Londres, dans le deffein
de paffer en France ; & la feconde
, lors qu'il fut parti de
Rochefter. Sa Majeſté êtant
de retour à Londres , aprés avoir
été arrêté à Fervesham, &
voulant empêcher la fuite d'un
pareil défordre , fit publier ce
qui fuit , afin qu'au moins on
connut les bonnes intentions, fi
fon pouvoir étoit fans éfet.
A la Cour de VVitheal le 16.
Decembre 1688.
Sa Majesté ayant été informée
que divers outrages
& defordres ont efté commis
en plufieurs endroits du Ro
yaume , en brulant , abattant
ou ravageant d'autre maniére
des maifons & autres édifices ,
les volant & les pillant , ce qui
B vj
36
V. P. des
Affaires
épouvěte extremement fes Sujets,
& viole manifeftement la paix
& la tranquillité publique , le
Roi etant en fon Confeil , a eu
la bonté d'ordonner & de commander
à tous Gouverneurs ;
Lieutenans - Gouverneurs , Iuges
de Paix , Conneftables , & à
tous autres Officiers qui peuvent
avoir intereft , de faire tous
leurs effortspour empêcher à l'avenir
toutes fortes de femblables
outrages & defordres , & pour
fuprimer toutes les affemblées
feditienfes & tumultuenfes .
و ن
GUILLAUME BRIDGEMAN.
On ne peut mieux prouver
les violences dont je viens de
vous fairela peinture , que par
un acte public qui en parle.Ces
fortes de preuves ont toujours
été inconteſtables , ~
3
du Temps
37
Voici ce qui fut encore publié
à cet égard aprés que Sa
Majefté Britanique fe fut retirée
en France .
Le 12. Decembre.
Plufieurs perfonnes feditieufes
& vagabondes ayant la nuit
paffée infulté la maison de fon
Excellence Monfieur l'Ambaffadeur
d'Espagne , pillant , dérobant
, & ravageant ladite
maison , & ayant emporté de
la vaiffelle d'argent , des meubles
, & des Papiers pour une
Jomme confiderable ; on faitfavoir
ici par le commandement
des Pairs affemblez , avec quelques
Seigneurs du Confeil Privé
, que fi aucune perfonne decouvre
quelque partie de ladite
vaiffelle d'argent, des Meubles
des Livres , & des Papiers ; &
38
V. P. des Affaires
l'aporte à la Chambre du Confeil
à VVitheal , ou donne de fi
bones informations qu'elle puiffe
être recouvrée , cette perfonne
fera tres- bien recompensée à
proportion de ce qui fera recouvré
Comme le Prince d'Orange
avoit fes raifons pour être
fâché de ce qui êtoit arrivé à
l'Ambaffadeur d'Espagne , on
publia encore ce qui fuit.
Onfait fçavoir que tous ceux
qui auront quelques meubles appartenans
à l'Ambassadeur
d'Espagne , ayent à raporter
Lefdits meubles au Chevalier
Henri Firebrace ,principal Clere
de la Cour du Green - cloth outapis
vert dans fes apartemens à
VVitheal, qui a ordre de les recevoir
& de recompenfer ceux
du
Temps.
3.99
qui découvriront où ily en a, ou
qui en auront entre leurs mains;
& quiconque gardera ou rece-
Lera aucuns defdits meubles . fera
poursuivy comme voleur &
receleur.
On ne fe contenta pas de ces
publications , & la parfaite intelligence
de la Maifon d'Auftriche
& du Prince d'Orange
fut cauſe qu'on offrit à l'Ambaffadeur
d'Eſpagne , tout ce
qu'il pouvoit raifonnablement
efperer , pour le dédommager
des pertes qu'il avoit faites ,
mais fes pretentions monterent
fi haut qu'il aima mieux ne
rien recevoir que d'accepter
une fomme qu'il croyoit au def
fous du dommage qu'il avoit
fouffert. Quelques - uns publicrent
qu'il n'avoit pas taut per40
V. P. des Affaires
du , mais qu'eſtant Eſpagnol , il
tiroit un grand avantage du
coſté de la vanité , puis qu'en
ne recevant rien , il avoit du
moins le plaifir de voir qu'on
croyoit qu'il avoit fait des pertes
beaucoup au delà de ce
qu'on luy avoit pris.
On s'eftonera de ce que le
Prince d'Orange eſtant en parfaite
intelligence avec la Maifon
'd'Auftriche, on n'avoit pas
empefché que l'Hôtel de l'Am
baffadeur d'Espagne nè fuft
pillé. Il est aisé de juger qu'on
n'avoit pas creu que ceux à qui
on avoit permis , de perfecuter
les Catholiques , eftendroient
leur fureur jufqu'aux Miniftres
publics , ce qui eftoit caufe
qu'on ne s'étoit pas avife de
donner des ordres pour détour,
ner un malheur qu'on n'avoit
$
du Tems. 41
aucun fujet de prevoir. Outre
qu'en de pareilles rencontres
les amis fouffrent fouvent avec
les Ennemis , lors qu'une
populace eſt émeuë. Le chagrin
du Prince d'Orange en
parut d'autant plus grand
qu'on affure qu'il avoit efté
bien fervi par cét Ambaffadeur
, & que le Roy d'Angleterre
avoit eu beaucoup de fujet
de n'en eftre pas content.
Le peuple de fon coſté avoit
fes raifons. Cét Ambaffadeur
paroiffoit beaucoup , mais
il ne payoit guere , & comme
il devoit à quantité d'Artifans
ils craignirent que le bouleverſement
dont le Royaume
eftoit menacé , obligeant tous
les Ambaffadeurs à fortir de
l'Angleterre , celuy d'Efpagne
ne partift fans les fatif-
,
42 V. P. des Affaires
faire. Ainfi ces gens - là s'étant
fervis de l'occafion , & ayant
commencé à piller fon
Hôtel , ceux qui ne cherchoient
qu'à infulter les Catholiques
s'y mélerent , dés
defordre fut commencé , afin
d'avoir leur part du butin .
que
le
Ce que l'union que les Proteftans
avoient avec la Maiſon
d'Auftriche , & les fervices
qu'on en tiroit firent faire en
faveur de l'Ambaffadeur d'Efpagne
, fut auffi executé pour
le Reſident de Tofcane . Peuteſtre
n'y auroit-on pas eu tout
l'égard qu'on doit avoir pour
les Miniftres publics , fi aprés
ce qu'on avoit fait pour l'Ambaffadeur
de Sa Majefté Catholique
, la diftinction n'euft
paru trop forte , & n'euft fait
connoiftre une intelligence
du
Temps 43
qu'on vouloit cacher en quelque
maniere , quoy qu'elle cuft
affez éclaté d'ailleurs , mais fi
on vouloit bien fouffrir qu'on
la devinaft , on ne vouloit pas
faire des chofes qui en marquaffent
l'aveu. Voicy ce qu'on
publia en faveur du Refident
de Toſcane.
On fait fçavoir au public
que tous ceux qui auront aucuns
des meubles ou autres chofes volées
chez M' le Refident de Florence
, ayent à le porter chez
Mr le Chevalier Cotterel demeurant
rüe faint Martin des
champs , & ce Chevalier recom.
penfera ceux qui les découvri
ront ; & quiconque cachera ou
recellera aucuns defdits meubles
, ou autre chofe , & ne les
portera pas audit endroit , fera
44 V. P. des Affaires
poursuivi en Iuftice comme filou
& voleur.
L'Envoyé de Modene fut
auffi fort mal traité . On le vola
lors qu'il eftoit preft de s'embarquer
, on l'arreſta même , &
on le garda fort long - temps ,
jufqu'à ce qu'on cuft eu des
nouvelles du Prince d'Orange.
L'Envoyé de Pologne eut la
même deſtinée , & on ne vollut
pas luy laiffer feulement
fon Sabre. On feignit de ne
les pas connoiftre , afin d'avoir
lieu de les maltraiter , & de
les prendre pour des Preftres
ou des Religieux déguiſez.Cela
fert encore à faire connoiftre
de quelle maniere les Catholiques
ont efté traitez, puis qu'on
s'excufe par là d'en avoir ufé
d'une maniere cruelle & indu
Temps.
45
oüye avec des Miniftres publics,
ce qui ne fe pratique que
chez des Peuples barbares,encore
faut - il qu'ils, croyent en
avoir de grands ſujets . On n'ofa
s'attaquer à l'Ambaffadeur
de France. On fçait qu'il n'eft
pas aifé de furprendre les
François, & que non feulement
ils font toujours fur leurs gardes,
mais encore qu'il eft difficile
de les vaincre, & qu'on ne
attaque point fans qu'il en
coufte du fang.
les
la Maiſon
Voilà ce que
d'Auftriche
, & les Proteftans
avec qui elle s'eft alliée
contre
la France
, pretendent
n'eftre
point
une guerre
de Religion
.
Voler, emprifonner
, égorger
les
Catholiques
, faire la guerre
à
un Roy , fans prendre
preſque
d'autres
pretextes
que celuy de
46 V. P. des Affaires
la Religion qu'il profeffe ; travailler
à bannir cette Religion
de fon Royaume ; le chaffer de
fon Trône , parce qu'il eft Catholique
, & ne vouloir plus
fouffrir de Rois qui le foient ;
c'eft ce que la Maifon d'Auftriche
n'appelle pas une guerre
de Religion. Elle prend de
fi grands foins de le dire , &
d'apporter des raifons pour le
prouver , que
, que l'on connoift aifément
par là qu'elle eft perfuadée
du contraire, & qu'elle
cherche à fe juſtifier , ou du
moins à éblouýr les credules
avec de fauffes raifons. Les
Proteftans qui ont leur but , ne
cherchent pas moins de détours
pour faire voir qu'ils n'en
veulent point à la Religion
Catholique , pendant qu'on égorge
ceux qui la profeffent,
du
Temps.
47
y
& qu'on la veut abolir dans
trois Royaumes , & s'il y a lieu
de croire qu'ils travailleront à
rendre toute l'Europe Proteftante
, fi ceux qui pourroient y
mettre obſtacle continuent à
les favorifer. S'il arrivoit qu'ils
triomphaffent de la France , ils
feroient auffi- toft foulever la
Silefie, la Moravie , & la Hongrie,
& quand ils feroient tous
joints , les Catholiques d'Allemagne
feroient trop foibles , &
en trop petit nombre pour réuffir.
Il eft à croire, & il n'y a pas
même fujet d'en douter , que
les Souverains Proteftans , avec
qui le Prince d'Orange a
conferé avant qu'il allaſt defcendre
en Angleterre, ne l'au
roient pas fervy en armant de
leur cofté , dans la veuë de retenir
ſes Ennemis par la diver48
V.
P.
des
Affaires
·
fion qu'ils prétendoient faire
fuivant le befoin qu' en auroit,
s'ils avoient cru ne faire
autre chofe qu'autori fer un crime
odieux à toute la terre,& à
eux mêmes , & dont ils n'auroient
tiré aucun avantage. Le
Prince d'Orange eft trop habile
pour n'avoir pas concerté
avec eux les moyens d'étendre
leur Religion , aprés qu'il auroit
efté couronné Roy d'Angleterre,
& quand ( au moins à
ce qu'ils fe perfuadent ) ils ſe
feront fervis de la Maiſon
d'Auftriche pour rétablir la
Religion Proteftante en France,
tous les Proteftans de l'Europe
fe trouvant alors unis , &
il fera impoffible que
les Catholiques d'Allemagne
& d'Auftriche foient en eſtat
de leur tenir tefte . Rome voit
armez ,
tout
du
Temps.
4.9
tout cela , mais elle en prend
lieu d'eftre plus fiere , parce
qu'elle croit que l'embarras où
elle fe perfuade que la France
fe trouvera , l'empefchera de
difputer les droits & les privileges
qu'elle pretend luy ofter.
L'Allemagne ayme mieux auffi
hazarder tout , que de ne pas
travailler à diminuer l'éclat de
la gloire de Sa Majeſté. Il ne
luy importe non plus qu'à la
Cour de Rome que la Paix
donne lieu au Turc de fe rétablir
pour continuer un jour
d'eftre le perfecuteur des Chrétiens
, que toute l'Europe travaille
à fe détruire elle- même,
que le fang y coule de toutes
parts, que la Religion Catholique
y foit étouffée par la Proteftante
, & que le Roy d'Angleterre
ne foit point rétably
C
5༠ V. P. des Affaires
...
dans fes Royaumes , quoy qu'il
auroit peu de peine à triompher
de fes Ennemis, fi la Maifon
d'Auftriche joignoit fes armes
à celles de France , mais
tout cela ne les touche point.
Ils ont mis le Roy d'Angleterre
& les Catholiques dans le malheureux
eftat où ils fe trouvent
, pour avoir empefché ce
Monarque de recevoir le fecours
de France qui l'auroit
maintenu dans le Trône. Ilfaut
qu'ils mettent encore obftacle
à fon rétabliffement & à
celuy de la Religion Catholique,
& qu'ils approuvent ce que
le Prince d'Orange a fait , parce
que ce Prince eft Ennemy
de la France, & qu'on croit que
les Proteftans François en
pourront tirer quelque utilité.
La Cour de Rome , & celle de
du
Temps.
Vienne n'ont qu'à s'examiner
dans l'interieur , & je fuis fort
feur que le plus faint d'entre
ceux qui les compofent , ne dira
pas le contraire, s'il veut avouër
la verité, & qu'il tombera d'accord
qu'il fent une joye fecrette
, que toute fa fainteté ne
fçauroit défavouër , bien qu'il
foit perfuadé qu'il ne peut
l'avoir
fans crime. La politique
du Roy a efté plus chreftienne
, lorfque pouvant acquerir
des Eftats pendant la Guerre
des Turcs , il n'a travaillé qu'à
gagner des ames à Dieu. C'eft
un fait trop connu pour le
nier ; mais ceux qui n'en auroient
pas ufé de même , & qui
auroient eu une autre politique,
ne fçauroient le goûter ny l'admirer.
Cette haute moderation,
ce genereux defintereffement ,
c ij
52 V. P. des Affaires
cette politique qui n'a rien
d'humain , & qui empefche de
profiter du temps pour la gloire
de ce monde , en ne faifanc
rien que pour la gloire de
Dieu,n'appartient qu'à un Monarque
dont la vie eſt toute
remplie de merveilles . Comme
il ne voit qu'avec un regret
extrême la violence & cruelle
perfecution qu'on fait à l'Eglife
Romaine , il y a lieu d'efperer
que malgré les obftacles que
prefque tous les Catholiques de
Î'Europe, & Rome même y apportent
, aidé de fes feuls Sujets
, & avec la protection du
Ciel , il aura la joye de faire
triompher la vraye Eglife. Les
Proteftans ont toûjours aimé la
revolte , la perfecution , & le
fang ; ainfi ce que l'Angleterre
vient de voir n'a point dédu
Temps. 53
menty leur caractere . Ils ne
peuvent nier cette violence
, & c'eſt ſeulement pour la
prouver que j'ay rapporté ce
qui a efté fait touchant ce
qu'on a volé à l'Ambaſſadeur
d'Espagne , & au Refident de
Florence . Sans cela je n'aurois
rien dit de ces pieces là,
puis qu'il eft peu important
pour une Hiftoire , qu'on fçache
ce qu'on a publié & affiché
pour faire trouver des meubles
perdus
.
Voilà la violence prouvée
non feulement par ces pieces,
mais encore par le rapport d'un
nombre infini de Catholiques,
Anglois & Eftrangers , contre
qui on a exercé des cruautez,
que M' Jurieu a dit en beaucoup
d'endroits , n'eftre point
permifes dans fon Eglife . Ce
C iij
54
V.
P. des
Affaires
Prophete ne prevoyoit pas alors
l'entrepriſe du Prince d'Orange
fur le Royaume d'Angleterre
, il a changé de ftile
depuis ce temps - là , & il commence
à vouloir perfuader
qu'il y a des cas , dans lefquels
on peut employer la violence
en matiere de Religion . Calvin
& Luther en ont toûjours
ufé de la méme forte . Quand
leur party eftoit le plus foible,
ils publioient que la veritable
Religion ne pouvoit fouffrir de
violence , & lors qu'ils fe connoiffoient
plus forts que les
Catholiques , ils trouvoient des
raifons pour n'eftre plus de ce
fentiment. Alors les perfecutions
leur eftoient permiſes , &
ils les faifoient fentir avec la
derniere cruauté . Ce n'eſt
point ainsi qu'agiffent les Ca-
A
du
Temps- 55
Ainfi ils chertholiques.
Ils fe fouviennent
toûjours que Dieu demande la
converfion du pecheur, & non
pas la mort
chent à édifier par la ferveur
de leur zele , fans vouloir détruire
, & quelque avantage
qu'ils remportent , ils n'aiment
point à verfer du fang. Le
Sauveur du monde voulut que
Saint Pierre remiſt fon épée
dans le fourreau , quoy qu'il
ne l'euft tirée que pour une
jufte caufe. Jamais la Religion
Catholique ne s'eft foute.
nuë par la revolte. Les Apoftres
n'ont point travaillé à
changer la forme du Gouvernement
dans les Royaumes ,
mais feulement à changer les
cours. L'Eglife Catholique
qui a toûjours efté amie de la
Paix & de la douceur , n'en a
Cij
56
V. P. des Affaires
pas donné de moindres marques
lors qu'elle a rempli toute
la terre, que lors qu'elle ne faifoit
encore que de naître.
Les Catholiques ont toujours
efté foumis aux Puiſſances
legitimes , quoy qu'ennemies
de la Foy, & ils parloient
comme S. Paul contre le culte
des faux.- Dieux , fans exciter
aucun trouble , & fans alterer
la tranquillité publique. Enfin
Dieu méme a voulu qu'on payaft
le tribut à Cefar , & le
Prince d'Orange ne veut pas
qu'on reconnoiffe un Roy Catholique
, quoy que Dieu ait
voulu que les legitimes Souverains
fuffent reconnus quelque
Religion qu'ils profeffaffent.
Comme ce Prince a
des intereſts particuliers
ne peut fouffrir que il
,
>
du
Temps,
57
les Peuples d'Angleterre , faffent
une choſe dont Dieu leur
a montré l'exemple , & il entreprend
une guerre à laquelle
il donne lui -même le
titre de Guerre de Religion .
Cela s'eft fait remarquer pen-.
dant plufieurs femaines, qu'on
a leû écrit fur fes Pavillons
Pro Religione , & cependant
la Maifon d'Auftriche & les
Proteftans qui font entrez dans
fon alliance , ne laiffent pas de
foûtenir que la guerre qui fe
fait n'eft point une guerre de
Religion, & ils font même des
Manifeftes pour le prouver.Rome
eft auffi dans ce même fentiment
, quoi qu'elle ne puiffe
ignorer que la Religion Catholique
a perdu par là en
Angletrre ce qu'elle avoit
acquis pendant plufieurs
C V
$8 V. P. des affaires
années avec bien de la peine
& de la prudence, ce qui com-.
mence à rendre inutiles les fatigues
& les dangers effuyez
par ceux qui ont travaillé à
la confervation & à l'augmentation
de la foi dans ce Royaume
, où les alarmes continuelles
qu'elle a fouffertes depuis
le regne de Henri VIII.
l'ont toujours renduë fi chancelante,
>
je puis encore prouver la
perfecution dont je viens de
vous parler, & que cette guerre
eft une guerre de Religion,par
une lettre de l'Amiral Herbert
qu'il écrivit aux Officiers de la
Flote Angloife , aprés celle qui ,
leur avoit été envoyée par le
Prince d'Orange , & dont je
vous ai déja parlé, en vous faifant
voir en même tems par la
du
Temps.
19
réponse que j'y ai faite, que ce
Prince agiffoit & parloit dés
ce temps là comme s'il n'y eût
point eu alors de Roi en Angleterre
, puis qu'il n'en faifoit
aucune mention dans fes Lettres.
J'aurois pû vous envoyer
plûtoft celle de cet Amiral
, puis qu'elle n'eft pas placée
ici felon l'ordre des pieces
qui compofent cette Hiftoire ,
mais ne l'ayant pas d'abord
jugée d'une affez grande importance
pour être mise au
nombre des autres , j'avois negligé
de vous en parler.
pendant comme la Maiſon
d'Auftriche , & les Proteftans
fes Alliez , fe font efforcez depuis
ce tems-là de prouver que
l'invafion du Prince d'Orange
en Angleterre , n'eſt point
une guerre de Religion , je ne
Ce-
C vj
60. V. P. des Affaires
veux rien oublier de tout ce
qui peut fervir à faire voir le
contraire , & à prouver la violence
que Monfieur Jurieu a
condamnée. Il eſt vrai qu'il ne
l'a fait que parce qu'il ne prevoyoit
pas que l'on fe devoit
armer pour faire dominer la
Religion Proteftante en Angleterre
, & quand il la voit
utile à faire réuffir l'entrepriſe
qu'il aprouve , il trouve qu'on
a raifon d'affujetir la religion
à la politique. Voici en quels
termes cette Lettre eftoit conçûë.
du
Temps .
61
LETTRE DE
I
L'AMIRAL
Herbert, à tous les Officiers,
Matelots, &c. de la Flote de
Sa Majefté Britanique.
MESSIEVRS ,
le
"AI peu de chofes à ajouter
que Son Alteffe vous a exprimé
ici en termes generaux,fi
ce n'eft fimplement que j'ai à
vous mettre devant les
yeux
peril que vous courez dans cette
prefente conjoncture , & la ruine
& l'infamie qui s'en en fuivront
fi vous ne vous joignez à
S.A.dans cette affaire commune,.
pour la deffence de vôtre libertés
car fi Dieu permetoit pour
lespechez de la Nation Angloife
, que vos armes euffent le
deffus , à quoi ferviroit vôtre
victoire , qu'à vous faire entrør
62 V. P. des Affaires
=
>
plus profondement dans un cruel
efclavage, & à ruiner la vraie
Religion que vous profeffez , &
dans laquelle vos Peres font
morts ? le vous conjure donc
commeun bon ami , de bien confiderer
les fuites de ceci , & la
bonte & l'infamie que vous attireriez
fur vous, non feûlement
pour le temps prefent, mais pour
tous les fiécles , fi par voftre
affiftance la Religion Proteftante
venoit a être extirpe'e & vôtre
Patrie privée de fes anciens
privileges? & fi au contraire S.
A. vient à bout de fes juftes deffeins
( commeje n'en doute pas ,
moyenant l'affistance divine )
confiderez quelle fera la condition
de ceux quife feront opofez
à lui dans un fi bon deffein , &
fi le moins qu'ils auront à attendre
ne fera pas definir leur vie
du
Temps.
6: 3
dans la mifere & dans ladifet
te , maudits de tous les gens de
bien.
C'est pour ces raifons & pour
d'autres qui feroient trop logues
à deduire ici que comme un bon
Anglois & un de vos bons amis,
je vous exhorte de joindre vos
armes à celles du Prince pour
le maintien de l'intereft commun
de la Religion Proteftante ,
& de la liberté de vostre Patrie.
Ie fuis bien perfuadé que
la plus grande partie de l'Armée
, auffi bien que la Nation
enfera de même auffi tôt que
l'occafion s'en prefentera. Prevenez
les dans une fi bonne caufe
pendant que vous le pouvez ,
& faites voir que comme la défence
du Royaume a toujoues de
pendu de fes forces maritimes ,
vous voulez encore augmenter.
64 V. P. des Affaires
la reputation en les employant
pour le maintient de la Religion
& de la liberté , &Soyez aſſurez
de toutes les marques d'honneur
& de bien veillance qui
feront deues & qui conviendront
à une fi bonne & fi glorieuse
action. C'est peu de chofe que
j'ajoute à cela, que par ce moyen
vous m'engagerez à étre toujours
d'une maniere tres -particuliere
, Meffieurs , vôtre tresfidelle
ami & tres- humble ferviteur
, HERBERT.
Non feulement il n'y a pas
un mot dans cette lettre qui
marque que le Prince d'Orange
a été apélé en Angleterre
par la Flote même , mais tout
ce qu'elle contient fait voir le
contraire en termes fort fignificatifs,
de forte que ce Prince.
du Tems. 65
n'ayant été apélé que par un
nombre de Traiftres qu'il avoit
fubornez , il eft certain que
ceux qui fe font rendus , &
qui n'êtoient point du même
complot, ne fe font rendus qu'à
la force & à la crainte. Ainfi
quoy que la plus grande
partie de l'Angleterre ait pris
l'intereft du Prince d'Orange ,
on peut dire que la violence y
a fort contribué . C'est ce que
je ferai voir dans la fuite, à mefure
que je vous parlerai des
chofes qui fe font paffées. Cependant
vous remarquerez que
Ï'Amiral Herbert oſe taxer d'infamie
dans la Lettre que vous
venez de lire, les Officiers de la
flote Angloiſe,s'ils ne le joignét
au Prince d'Orange , comme s'il
n'y en avoit beaucoup plus à
trahir fon Souverain legitime ,
66 V. P. des Affaires
&
qu'à prendre le parti d'un
Ufurpateur. Après cela , pour
marquer que c'est une guerre
de Religion , il leur parle comme
s'il étoient tous Proteftans ,
que leurs Peres fuffent morts
dans la Religion Proteftante .
Cependant il parle à des gens
dont la plufpart font profeffion
de l'anglicane , que le Prince
d'Orange cherche à détruire .
& qu'il détruira fi fon regne
dure. Cet Amiral veut pourtant
les engager à obeir aveuglemét
à ce Prince.Il les menace
enfuite ( & ceci eft digne de
refléxion ) en leur difant , qu'ils
ayent à confiderer quelle fera
la condition de ceux qui fe feront
opofez au deffein du Prince
d'Orange , & fi le moins qu'ils
auront à en attendre nefera pas
de finir leur vie dans la mifedu
Temps.
67
re & dans la difette. On doit
demeurer d'accord qu'il n'y a
point de difference entre ce
qu'on apéle violence , & ces
menaces. Elles font juger des
mauvais traitemens que
Prince d'Orange tant qu'il
regnera , fera éprouverà ceux
quioferont s'opofer à fes volon-
>
le
tez . On voit dans la même
lettre un Anglois , qui lors
qu'il trahit fon Roi legitime ,
promet des marques d'honneur
aux autres Anglois qui
voudront l'imiter dans fa trahifon
. Enfin cette lettre , &
les mauvais traitemens faits
aux Catholiques , prouvent à
Monfient Jurieu qu'on fe fert
de violence pour établir la
Religion Proteftante en An-
-gleterre , & font voir en même
tems à la Cour de Rome,
68 V. P. des Affaires
& à celle de Vienne , que la
guerre que l'on fait eft une.
guerre de Religion,
Ce qui
eft caufe qu'ils ne veulent pas
en convenir, c'eſt qu'en le faifant
non feulement ils ne devroient
pas la favorifer , comme
ils font , mais qu'ils feroient
auffi obligez de s'unir pour rétablir
le domage que la Religion
Catholique a fouffert , au
lieu qu'ils travaillent à la ruiner
d'avantage , & affurent le triomphe
des Proteftans fur d'autres
Nations,& fur eux- mêmes.
Je rentre dans la fuite de
cette Hiftoire , & pour vous
donner par ordre les pieces qui
la compofent, je vous envoie les
raifons qui ont obligé le Roi
d'Angleterre à fortir de fon Royaume.
Il les écrivit de fa propre
main le jour qu'il s'emdu
Temps.
69
barqua pour paffer en France,
& les laiffa fur la Table de fa
chambre à Rocheſter.
Perfonne ne doit s'étonner
que jaye pris le deffein de me
retirer une feconde fois. I'avois
lieu de croire que le Prince d'orange
en uferoit mieux qu'il n'a
fait , aprés ce que je luy avois
écris par Milord Feversham
que je luy avois envoyé chargé
de mes inftructions , mais au
lieu de me faire une réponse
telle queje la pouvois attendre,
il a fait arrefter se Comte contre
le droit des gens , aprés
avoir fait prendre poffeffion de
toutes les avenües de VVitehal
par fes Gardes à onze heures du
foir fans m'en avoir fait avertir
auparavant, trois Seigneurs
mefont venus donner de ſapart
70 V. P. des Affaires
à une heure aprés minuit dans
le temps que j'eftois couché , une
efpece d'ordre de fortir de mon
Palais avant midy. Aprés cela
comment me pouvois je croire
en feureté , eftant au pouvoir
d'un homme qui me traittoit fi
indignement , qui venoit envabir
mes trois Royaumes fans que
je luy euffe donné aucun sujet
de fe plaindre , & qui par Sa
premiere declaration , s'eftoit
fervi contre moy , dans ce qui
regarde mon Fils , de la plus
noire calomnie que la malice
puiffe inventer ? Ie'm'en rapporte
à tous ceux qui me connoiffent
, & je luy demande à
Luy- même fi en confcience il peut
me croire capable d'une fi deteftable
fuppofition , ou d'avoir eu
fi peu de bon fens queje me fois
laiffe impofer dans une affaire
du
Temps.
71
le
de cette nature. Qu'avois - je
donc fujet d'efperer d'un homme,
qui par toute forte d'artifices
avoit voulu me faire paffer
pour un Prince fans Foy & fans
probité, & dans l'efprit de mon
Peuple , & auprés de tout le
monde. L'effet que cela a produit
dans mes Royaumes eft af
fez connu par la defertion generale
de mes Armées, &
par
foulevement de tous mes Sujets.
Lefuis né libre,& veux toûjours
l'eftre , mais quoy que j'aye volontiers
expofé ma vie en plufieurs
occafions , pour le bien &
I honneur de mon Pays , & que
je fois plus difpofé que jamais à
le faire, tout avancé que je fuis
en âge, pour garantir l'Angletterre
de l'efclavage dont je la
vois menacée je crois ne pouvoir
m'expofer fans imprudence
720 V. P. des Affaires
7
eftre mis hors d'eftat d'executer
ce deffein, mais en m'éloignant,
je le feray de telle maniere que
je feray dans un lieu fort proche
, pour eftre tout preft à revenirfi-
toft que la Nation aura
affez deffille fes yeux pour reconnoitre
qu'elle s'eft laiffé
tromper par les fpecieux pretextes
de Religion & de privilege.
l'efpere qu'il plaira à Dieu
par fa mifericorde infinie , de
toucher le coeur de mes Sujets ,
& de les rendre fenfibles à l'état
déplorable où ils fe trouvent,
en forte qu'ils confentiront
àla convocation d'un Parlement
libre & felon les loix , où entre
autres chofes neceffaires , l'intereft
public fera accorder la liberté
de confcience à tous les
Proteftans Non conformistes, &
je me flate que l'on croira infte
que
du
Temps.
73
que ceux qui profeſſent ma Religion,
ayent quelque part à cette
liberté , & qu'ilspuiffent vivre
tranquillement & paisiblement
comme de bons Anglois
& de vrais Chreftiens , fans
qu'ils foient inquietez ny obligez
d'abandonner
leur patrie,
ce qui feroit tres -facheux, particulierement
à ceux qui l'aiment
veritablement. Te laiffe à
confiderer à toutes les perfonnes
qui ont du bon fens , & l'experience
des Affaires, s'il y a rien
quipuiffe cotribuer davantage à
metre l'Angleterre dansun êtat
floriffant que la liberte de confcience
. Quelques- uns de nos
Voifins ont leurs raifons pour
l'apprehender. I'en pourrois
dire beaucoup davantage , mais
le temps n'est pas propre pour
cela.
D
74 V. P. des Affaires
A Rochester ce 31. Decembre
1688.
Le Roy d'Angleterre cftant
arrivé en France , y fit imprimer
cette Lettre en Anglois , &
en envoya pluſieurs copies en
Angleterre , on l'imprima auffi
en François , & on la rendit publique
à Paris, afin qu'elle puſt
fe répandre de- là par toute
l'Europe , & juftifier le Roy. Il
y a des faits generalement connus
dans cét Ecrit , & qui font
inconteftables . Ainfi il ne s'agit
pas d'en faire voir la verité
par des preuves , mais d'en faire
connoître toute l'énormité ,
qui fe remarque neanmoins af
fez dans la maniere imperieufe
& violente du Prince d'Orange
, lors qu'il fait éveiller le
Roy à une heure aprés minuit,
du
Temps.
75
pour luy donner l'ordre de fortir
de fon Palais le même jour.
Vous obferverez
que quand
même le voyage du Prince
d'Orange en Angleterre pour
y maintenir la Religion Proteftante
, feroit approuvé
, ce qui
eft infoûtenable
, il n'a pas fait
un pas qui n'ait eſté de mauvaiſe
foy , & qui n'ait marqué
fon ambition. Il a toûjours dit
& écrit qu'il n'en vouloit ny au
Roy , ny à la Couronne ; cependant
à mesure qu'il a réuffi
, fes vrais fentimens fe font
fait connoître. Le Roy qui
aimoit fes Peuples , avoit beau
leur faire des graces aufquelles
il n'eftoit point obligé ; il avoit
beau donner des Amnifties
convoquer un Parlement rel
que ce Prince le demandoit,
tout cela l'inquietoit au lieu de
>
Dij
76 V. P. des Affaires
le fatisfaire , & luy faifoit apprehender
de ne pouvoir parvenir
à la Couronne, qui eſtoit
l'unique but de fon armement.
Il commença à craindre plus
que jamais lors qu'il eut appris
l'accueil que l'on avoit fait au
Roy à Londres , & la joye
qu'on y avoit témoignée , aprés
fon retour de Fervesham
où ce Monarque avoit efté arrefté
lors qu'il cherchoit à fe
retirer en France , Cela fut
caufe que pour l'éloigner de
Londres, cét injuſte Prince eut
la hardieffe de luy envoyer dire
, que l'on fouhaittoit qu'il
fortit de fon Palais. Sa Majefté
connut auffi - toft fon deffein,&
que des plus noires fuppofitions
, il eftoit capable
pour regner , de paffer aux
violences les plus cruelles.
2
du
Temps.
77
Ainfi Elle fait voir dans fa Lettre
laiffée en partant de Rochefter
, que ne fe croyant pas
en feureté , Elle a pris le party
de fortir de fes Royaumes . Elle
en donne une raifon qui luy
eſt bien glorieuſe , puis qu'elle
fait connoiftre que ce Mo
narque ne s'éloigne que pour
eftre en estat de combattre afin
de tirer l'Angleterre d'efclavage
, ce qu'il ne pourroit
faire s'il s'expofoit au peril d'é.
tre emprifonné. Comme il n'a
rien fait qui ne foit avantageux
aux Anglois en leur
laiffant la liberté de confcience
, & que les Proteftans l'accufent
injuftement > parce
qu'ils voudroient que leur
Religion regnaft feule en
Angleterre il finit en
foutenant ce qu'il a toû-
D iij
78 V. P. des Affaires
Jours cru jufte , qu'il n'y
a rien qui puiffe plus contribuer
à rendre l'Angleterre
floriffante , que la liberté de
confcience.
On ne
Cette évafion du Roy a
donné lieu à de grands raiſonnemens
politiques , pour fçavoir
s'il a bien fait de fortir
d'Angleterre ou nort.
peut nier que ce ne foit une
chofe problematique ; mais il
n'y a perfonne qui puiſſe décider
cette question , quoy que
l'on puiffe apporter mille raifons
pour l'un & pour l'autre
fentiment. De quelque fuccés
que cette évafion foit fuivie , il
ne fçauroit tout à fait faire porter
jugement là-deffus, puis que
les Rebelles eux mêmes ne
peuvent dire ce qu'ils auroient
fait fi le Roy eftoit demeuré
-
du
Temps,
79
en leur pouvoir. On n'obferve
ny regles ny juſtice dans
les Aflemblées tumultueufes ,
& de perfonnes choifies par
un homme reconnu violent
& qui fait perir ceux qui luy.
manquent de parole , ou ne le
fervent pas comme il le fouhaite.
Cela eft caufe que les
revoltez qui ont commencé un
crime paffent ordinairement
à de nouveaux , eroyant éviter
par là la punition des premiers
, ou du moins la reculer.
Suppofé que le Roy ne
fuft point forti d'Angleterre,
le Prince d'Orange n'avoit de
party à prendre , que celuy de
l'épargner, ou de luy faire faire
fon procés , afin qu'on le
condamnaft. Il ne pouvoit épargner
fon fang, à moins qu'il
ne renonçaft aux pretentions
Dij
80 V. P. des Affaires
qu'il avoit formées fur la Couronne
, & de la maniere dont
on lui voyoit pouffer les choſes
fon ambition étoit trop forte
pour le laiffer en état de l'étouffer.
Il n'auroit donc pû fouffrir
que ce Monarque fe juftifiât ,
puis que le Trône qu'il vouloit
faire paroitre vacant , ne l'eut
pas été. Ce n'eft pas que
fon abfence l'ait rendu vacant
; mais elle a donné lieu
de le declarer tel , quoi qu'injuſtement
, comme vous le
verrez dans la fuite . Il eſt
donc non feulement à prefumer
, mais même prefque hors
de doute que fi le Roy étoit
demeuré en Angleterre , le
Prince d'Orange auroit travaillé
à lui faire faire fon
procés , afin d'être en pouvoir
de remplir le Trône qui
.
du Tems. 8 1
la
feroit demeuré vacant par
mort de ce Monarque. Comme
il n'euft fallu qu'un crime
de plus , il en avoit affez
fait pour ſe refoudre à couronner
par là fes deffeins ambitieux
, & il y a beaucoup
d'apparence que ce n'étoit
pas ce crime qui lui faifoit de
la peine , lors qu'il a confenty
fous mains à l'évafion du
Roy ; mais il avoit à craindre
deux chofes , l'une qu'il ne
fut pas tout à fait le Maitre
de faire ordonner fa mort ,
& l'autre que la prefence de
ce Monarque , & les raiſons
qu'il auroit pû alleguer pour
juſtifier ce qu'il avoit fait , ne
fiffent ouvrir les yeux à fes Sujets
, & que la pitié ne les engageât
à fe repentir de leur revolte.
En effet , comme le Roy
D v
82 V. P. des Affaires
n'eftoit pas coupable
, le Prin
ce d'Orange
n'eftoit
pas tout à
fait feur de le faire condamner
, & l'on pourroit
dire qu'il
n'a voulu qu'il fe fauvaft
, que
parce qu'il n'avoit
pas une entiere
certitude
que ce qu'il feroit
pour
fa perte ,
euft le fuccés
qu'il en auroit pu pretendre
& la chofe eftant douteuſe
, le Roy de fon coſté , a
fait en fe retirant & en n'expofant
pas fa tefte à la fureur des
Rebelles , & des Proteftans
Anglois animez par les Proteftans
Eftrangers , tout ce que
la prudence luy pouvoit confeiller
de plus avantageux &
de plus feur. Quand le Prin
ce d'Orange auroit eu toute la
certitude poffible de réuffir à
perdre le Roy , il avoit encore
beaucoup à craindre pour le
du
Temps.
83
fuccés du deffein qu'il avoit
formé de monter au Trône. La
perte de ce Monarque pouvoit
attirer la fienne , & une action
fi noire & fi cruelle ne pouvoit
manquer de faire naître de
l'horreur pour luy. Il voyoit
que l'on auroit eu fujet d'apprehender
d'avoir un Souverain
fi barbare, & que les Peuples
& les Grands auroient pû
penſer avec juſtice que celuy
qui n'auroit pas épargné le
fang de fon Beau - pere & de
fon Oncle , fur tout lors qu'ils
ne pouvoit luy reprocher aucu .
ne chofe qui puft fervir juftement
à fa condamnation , népargneroit
pas le leur , quand
il voudroit établir la puiffance
arbitraire dont il accufoit le
Roy. Ainfi aprés avoir bien
balancé quel party il avoit
D vj
84 V. P. des Affaires
à prendre, la feule politique l'a
empêché de choisir une voye
cruelle , parce que la mort de
ce Monarque auroit pû fervir
d'obctacle à fes deffeins , quoi
qu'elle cuft rendu le Trône
vacant. Il a donc mieux aimé
travailler à s'en emparer
d'une autre maniere , & fe refoudre
à la deffendre par la
force des armes , aprés y avoir
efté placé , que de rifquer à
n'y point monter , pour vou
loir s'en affurer trop la poffeffion
de forte qu'il femble
qu'à l'égard de la fortie du
Roy hors de fes Eftats , & du
confentement tacite que le
Prince d'Orange paroit y avoir
donné , on peut dire que
ce Monarque , & ce Prince
ont fait , l'un ce que la prudence
vouloit qu'il fift , & l'autre
:
du
Temps.
8.5
ce que la politique luy demandoit.
Sa
Quelques jours aprés que
Majefté Britanique fut arrivé
en France , Elle écrivit aux
Seigneurs , & autres de fon
Confeil. On répandit cette Lettreen
Angleterre , dans la Langue
du Pays, & elle fut traduite
en François , & publiée à
Paris , avec l'Ecrit qui avoit
été laiffé à Rocheſter. En voici
les termes ,
IACQUES ROI.
Mvismes qu'il n'y avoit
ILORDS . De's que nous
plus de feureté pour Nous à demeurer
dans noftre Royaume
d'Angleterre , Nous primes la
refolution de nous retirer pour
quelque tems, & nous laiffames
86 V. P. des Affaires
les motifs de nôtre retraite
pour vous être communiquez ,
& à nos autres Sujets. Nous
eftions même dans le deffein de
vous laiffer des ordres convenables
à l'état prefent des af
faires , mais ayant remarqué
le rifque qu'il y avoit à faire
deconnoître
nos intentions dans
une pareille conjoncture , nous
avons jugéplus à propos de differerjusques
à prefent , à vous
envoyer nos ordres , & à vous
faire fçavoir que quoique
puis noftre avenement à la Couronne
, Nous ayons eu un foin
continuel de gouverner nos peuples
avec justice & moderation
fans leur donner , autant
que nous avons pû , aucun fujet
de plainte
fommes encore plus particulie
rement apliquez dans ces der-
2 nous nous y
du
Temps.
87
niers temps , lors qu'ayant decouvert
le deffein qui avoit
efté formé d'envahir noftre Royaume
, & craignant que nos
Sujets qui ne peuvent eftre détruits
que par eux - mefmes ne fe
laiffaffent entraîner fous des
pretextes legers & imaginaires
dans une ruine certaine &
inevitable , nous avons employé
tous nos efforts pour prevenir un
fi grand malheur , en oftant
tous les fujets de mecontentement
qu'on pouvoit avoir , &
fur lefquels on pretendoit autorifer
cette invafion. Afin
mefme d'eftre informez par
l'avis & le confeil de nos propres
Sujets des moyens de leur
pouvoir donner une plus ample
& entiere fatisfaction , noftre
refolution eftoit d'affembler un
Parlement libre , & pour y par88
V. P. des Affaires
venir nous avions rendu à la
Ville de Londres , & aux autres.
Corps & Communautez leurs
anciennes Chartes & Privileges
, ordonné enfuite que les
Lettres circulaires fuffent expediéespour
convoquer ce Parlement
au 15. du prefent mois de
Ianvier : mais le Prince d'Orange
voyant qu'on avoit fatisfait
par là à tous les griefs
qu'il avoit expofez dans fon
Manifefte , & que les peuples
commençoient à fe defabufer &
à rentrer peu peu
dans les
Sentimens de leur ancienne fidelité
, refolut d'empécher par
toutes fortes de moyens l'affemblée
du Parlement , parce qu'il
prevoyoit que fuivant les aparences
s'il s'affembloit dans le
temps marqué , toutes les affaires
qui regardoient l'Eglife &
du Temps.
89
l'Etat s'y accommoderoient , ce
qui ruineroit entierement fes
intentions & fes injuftes deffeins.
Il crut pour cela qu'il n'avoit
point de voye plus feure que de
Se faifir de noftre Perfonne Royale,
& de nous ofter la liberté,
n'y ayant perfonne qui ne demeure
d'accord que de même qu'on
ne sçauroit appeller un Parlement
libre , lors qu'une des deux
Chambres qui le compofent , reçoit
quelque violence , on peut
encore moins pretendre que ce
mefme Parlement puiffe agir en
liberte' , quand le Souverain qui
a lui feul le pouvoir de l'affembler
& de donner aux actes la
force de Loy , eft actuellement
tenu prifonnier. Nous
reprefenterons point icy la
precipitation avec laquelle le
Prince d'Orange nous envoya
des Gardes pour nous faire
ne
90 V. P. des Affaires
fortir de Londres , dés qu'il vit
que cette Ville rentroit pour
nous dans fespremiers fentimens
de fidelité , ny les autres indignitez
que nous avons fouffertes
foit en la perfonne du Comte de
Fevershan que nous lui avions
envoyé , foit dans la cruelle detention
de noftre propre perfonne
. Nous ne doutons point que
toutes ces chofes ne foient prefentement
affez connuës &
nous efperons que fi on y fait
une ferieufe reflexion & que
l'on confidere de quelle maniere
il a violéles loix & les libertez
du Royaume qu'il pretend
retablir en l'envahissant
nos Sujets ouvriront les yeux &
verront ce qu'ils peuvent attendre
, & quel traitement ils
en recevront lors qu'il le croira
neceffaire pour lefuccez de fon
,
du
Temps.
91
9
entreprife , puis qu'un Prince
Souverain , qui eftfon Oncle &
Son Beaupere, en a efté traitéſi
indignement. Quoy qu'il en
foit le reffentiment que nous
avions de ces traitemens indignes
& la jufte crainteoù
nous eftions que ces exce's
ne fuffent pouffez plus loin par
ceux qui ont tafché de detruire
noftre réputation en nous impofant
d'avoir fupofé un Prince de
Galles , ce qui nous est beaucoup
plus injurieux que tout ce qu'il
peut entreprendre de plus cruel
contre nousi enfin les reflexions
que nousfimes fur ce que difoit
le feu Roy noftre Pere d'heureufe
memoire dans une pareille
conjoncture, qu'il y a tres-peu
de diſtance entre la prifon &
le tombeau des Roys , ce qui ne
fe trouva que trop vrai à son
92 V. P. des Affaires
égard , tout cela nous perfuada
que nous pouvions travailler à
fortir du lieu où nous eftions injuſtement
retenus , puis que la
nature & les loix en donnent
le droit aux moindres de nos
Sujets. Ainfi nous nousfommes
retirez , non feulement pour
mettre noftre Perfonne en feureté
, mais encore pour être en
état d'agir & de pourvoir à tout
ce qui pourra contribuer à la
paix & à la tranquillité de nos
Royaumes Comme il n'y a point
de changement de fortune qui
foit capable de nous faire confentir
à aucune chofe indigne
du rang où il a pleu à Dieu de
nous élever par droit de fucceffion
, auffi ni les attentats , ny
l'ingratitude de nos Suiets , ny
aucune autre confideration ne
nous feront jamais rien faire
du
Temps. 93
>
qui foit opofé aux vrais interefts
de la Nation Angloife
que nous avons regardez & regarderons
toujours comme les
noftres. C'est pourquoi nous
voulons , & il nous plait , que
vous vous ferviez des moiens
les plus propres pour faire con
noistre nos bonnes intentions aux
Seigneurs Ecclefiaftiques & Seculiers
quifont dans nos Villes
de Londres , & de Veftminster,
& aux environs , au Lord Maire
, & aux Communes de Londres
& generalement à tous nos
Sujets , & que vous les affuriez
que nous nefouhaitons rien tant
que de retourner dans noftre
Royaume , & d'y tenir un Parlement
libre , dans lequel nous
puiffions detromper nos Peuples
les perfuader de la fincerité
des Declarations que nous avons
94 V. P. des Affaires
fi fouvent reiterées , de conferver
leurs biens & leurs privileges
, la Religion Proteftante ,
& particulierement l'Eglife
Anglicane comme elle eft eftablie
par les Loix , en donnant
aux Nonconformistes la liberté
que nous avons cru que la juftice
exigeoit de nous auffi bien
que lefoin que nous devons prendre
de tous nos Sujets. Cependant
comme vous pouvez mieux
iuger des chofes parce que vous
eftes fur les lieux , vous nous
envoyerez vos avis fur les moyens
que vous croirez les plus
convenables pour faciliter noftre
retour avec feureté , & pour
executer nos bonnes intentions
& vous vous apliquerez en nôtre
nom & par noftre autorité
à paifer tous les tumultes & les
defordres , & ferez en forte ,
du
Temps. 95
s'ilfe peut , que la Nation en general
& tous nos Sujets en particulier
, ne reçoivent aucun
prejudice des revolutions prefentes.
Comme nous ne doutons
point de l'obeiffance que vous
rendrez à nos ordres , nous vous
difons adieu donné à S.Germain
en Laye le 14. Ianvier 1689.
& de noftre regne le quatrié
me.
MELFORT .
Par le commandement de Sa
Majesté.
Et au deffus eft écrit , Aux
Seigneurs & autres de noftre
Privé Confeil de noftre Royaume
d'Angleterre.
Cette Lettre contient beaucoup
de chofes qui font dans
l'Ecrit de Rochester , dont je '
viens de vous parler , & fait
voir que loin que le Trône ait
96
V. P. des Affaires
eſté , vacant le Roi a continué
d'agir , & de donner fes
ordres fans nulle interruption.
Ce Monarque fait connoiſtre
qu'il n'eft forty d'Angleterre
que pour mettre fa perfonne
en feureté, & il aporte de bonnes
raifons de fa conduite , &
fur leſquelles un Parlement libre
n'auroit pas manqué de
lui rendre juftice. Il y a une
chofe confiderable dans cette
Lettre , & qui doit fervir à la
juftification du Roi , c'eſt que
Sa Majefté marque qu'Elle a
rendu à la Ville de Londres, &
aux autres Corps & Communautez
, leurs anciennes Chartes
& Privileges. On croit de la
maniere dont le Prince d'Orange
a chargé le Roi dans
tous fes Ecrits , que c'eft ce Monarque
qui leur avoit ofté ces
Privi
1
du
Temps,
97
Privileges. Cependant cela
s'êtoit fait du regne du feu Roi
qui fe les êtoit fait rendre par
la plupart des grandes Villes ,
& qui leur en avoit donné de
nouvelles. Ainfi le Roi dont
on a ufurpé l'autorité , ayant
rendu à fes Peuples ce que le
feu Roi fon Frere leur avoit ofté
, le Prince d'Orange a cherché
à lui attirer injuſtement
leur haine par des endroits qui
devoient lui faire meriter leur
amour.
•
Pour fuivre l'ordre que je
me fuis prefcrit , il faut vous.
dire prefentement ce qui fe
paffa en Angleterre , aprés que
le Roy fe fut retiré de Londres
la premiere fois dans le deffein
de paffer en France , & qu'enfuite
il fe fut fauvé de Rochefter.
Je vous en ai déja dit une
E
98
V. P. des
Affaires
partie en vous failant voir la
perfecution qui fut faite aux
Catholiques
, ce qui marque
une guerre de Religion. Voici
ce qui fe paffa à Londres aprés
le premier depart du Roi , &
la Declaration qui fut donnée.
DECLARATION
Des Seigneurs Ecclefiaftiques
& Séculiers êtant dans
les Villes de Londres & de
VVeſtminſter , ou aux environs
, aſſemblez à la Maiſon
de Ville , l'onzième Decembre
1688.
N
Ous ne doutons pas que le
Monde ne foit perfuadé ,
que dans cette grande & dangereufe
conjoncture, nous ne prenions
extremement à coeur & ne
Soyonsfort zelezpour la Religion
STREQUE
DE
LA
du
Temps.
230μ
Proteftante , les Loix de cons
yaume & les libertez , biens &
droits du Sujet . Nous avions
raisonnablement lieu d'efperer
que le Roi ayant fait publier
Ja Proclamation & expedier fes
Lettres Circulaires pour un Parlement
libre , nous pouvions demeurer
en afſurance , en attendant
qu'il fut affemblé ; mais fa
Majefte's'étant retirée , & comme
nous nous imaginons , dans
le deffein de fortir de ce Ro-
Jaume , par l'avis & les pernicieux
confeits de gens mal affectionnez
pour nôtre Nation &
nôtre Religion , nous ne sçaurions
fans manquer à nôtre devoir,
demeurer dans le filence,
pendant ces calamitez , dans
lefquelles les confeils des Papiftes
qui ont prevalu depuis fi
long- tems , ont malheureufe
4
Eij
ico
V. P. des Affaires
ment envelope ces Royaumes .
Nous avons donc unanimement
refolu , de nous adreffer à Son
Alteffe Monfeigneur le Prince
d'Orange , qui par une fi grande
affection envers ces Royaumes ,
avec une fi grande dépense , &
tant de dangers pour sa perfonne
, a entrepris , en faifant fon
poffiblepour procurer un Parlement
libre de nous delivrer
des dangers éminens du Papif.
me & de l'Esclavage, en répandant
auffi pea defang Chrêtien,
qu'il eft poffible.
•
Nous declarons donc par les
prefentes , que nous affifterons
Son Alteffe de notre pouvoir, à
obtenir auffi- tôt que faire fe
pourra, un tel Parlement , dans
lequel nos loix , nos libertez ,
&nos biens & Droits foient af
Surez ; & que l'Eglife Anglidu
Temps.
ΙΘΙ
募
1
cane en particulier , avec une
liberté raisonnable aux Protef
tans Nonconformistes , & en ge.
neral la Religion Proteftante &
Son intereft par tout le monde,
puiffe être foutenu & encouragé
à la gloire de Dieu , au bonheur
du Gouvernement establi dans
ces Royaumes , & au bien & à
l'avantage des Princes & Eftats
Chreftiens , qui peuvent y eftre
intereffez.
Cependant nous nous efforcerons
de conferver autant que
nous le pourons , & d'affurer la
paix de ces deux grandes & peuplées
Villes de Londres & de
VVeftminster , de leurs Fauxbourgs
& lieux circonvoisins ,par
les foins que nous aurons de defarmer
tous les Papiftes , & de
mettre en lieu de feureté , tons
les Iefuites , & Preftres Romains
E iij
102
V. P. des Affaires
qui font dans ces Villes ou aux
environs , & s'il est néceſſaire
que nous faffions encore quelque
chofe pour avancer les genereufes
intentions de fon Alteffe nous
ferons toûjours prefts à le faire
felon que l'occafion le requierera.
L'Archevefque de Cantorberi.
L'Archevêque d'Yorck.
Les Comtes de Pembrook .
De Dorſet,
De Midrave .
De Thanet .
De Craven,
་
De Carifle.
D'Ailescuri
De Burlington.
De Suffex.
De Berkley,
De Rochefter .
Le Vicomte de
Nevveport.
Le Vicomte de
VVeymouth.
L'Evêque de VVincheſter.
du
Temps.
103
L'Evêque de Peterborovv.
L'Evêque de S. Aſaph .
L'Evêque de d'Ely .
L'Evêque de Rocheſter .
Mylord VVharton .
Mylord North & Grey.
Mylord Chandos .
Mylord Montagu.
Mylord Jermin.
Mylord Vaughan Carbery.
Mylord Colepeper.
Mylord Crevve.
Mylord Ofulfton .
Ce qui fuit eftoit ajouté aprés
tous ces Noms.
LE
E Roi s'eftant retiré ce matin
en fecret , Nous , les
Seigneurs Ecclefiaftiques & Seculiers
dont les Noms font cydeffus
fignez , eftant aßemblez
dans la Maifon de ville de
Londres, & convenus d'une De-
E iiij
104 V. P. des Affaires
claration& l'ayant fignée, intitulée
, Declaration des Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers
êtant dans les Villes de
Londres & de VVeftminſter
& aux environs aſſemblez à la
Maifon de la Ville de Londres
le 11.Decembre 1688. Prions le
Comte de Pembrok , le Vicomte
de VVeymouth, le tres Reveren
Pere en Dieu , le Seigneur
Evêque d'Ely , Mylord Culpeper
d'aller inceffammant trouver
Monfeigneur le Prince d'orange
avec ladite Declaration;
defaire en méme tems favoir
àfon Altesse , ce que nous
avons outre cela, fait dans cette
Afsemblée. Dattéà la Maifon
de Ville l'onzième jour du mois
de Decembre 1688 .
Cette Declaration fait voir
du
Temps. 105
malgré tous les raifon nemens
de la Maifon d'Auftriche , &
des Proteftans fes Alliez , que
cette guerre eft une guerre de
Religion , & dans laquelle l'un
des buts qu'on s'eft propofe
eft de détruire entierement la
Religion Catholique en Angleterre
pour travailler enfuite
à l'affoiblir en France, & aprés
cela dans toute l'Europe . On
fera furpris de voir par cette
Declaration une fi grande union
entre les Seigneurs Ecclefiaftiques
& les Seculiers
mais la veritable intention du
Prince d'Orange n'êtoit pas
encore connue aux Seigneurs
Ecclefiaftiques , comme elle
l'a efté depuis ce temps - là
il y en avoit peu qui cruffent
qu'il aſpiraſt à fe faire Roy, &
ils eftoient perfuadez que la
,
>
E vj
106 V. P. des Affaires .
•
Religion Anglicane eftoit en
peril. D'aleurs les Evêques
croyoient avoir de grands fujets
de mécontentement contre
le , Roi . Celui de Londres
homme dangereux , & peu attaché
à Sa Majefté, s'eftoit declaré
contre Elle , quoi qu'il
lui dût fa fortune , & que ce
Prince dans le tems qu'il n'eftoit
que Duc d'York , euft demandé
plufieurs graces pour
lui au feu Roy fon Frere , qui
lui répondit en les lui accordant
qu'il ne le connoffoit pas ,
qu'il fe repentiroit un jour
de ce qu'ilfaifoit en fa faveur.
Cet Evêque êtoit intereffé , &
plus irrité que jamais contre le
Roi , ce qui l'avoit fait entrer
dans le parti du Prince d'Orange
, dans lequel il avoit attiré
d'autres Evêques , ne ſe faiſant
du Tems. 107
pas une affaire de la Religion.
Dés la premiere affemblée qui
fut faite aprés le départ du
Roy, il propofa de donner la
regence au Prince d'Orange ,
mais l'Archevêque de Cantorberi
, qui eft fage & judicieux
, luy repondit , qu'ils n'avoient
aucun pouvoir ; que leur
affemblée , à proprement parler,
n'en eftoit pas une; que ce qu'ils
feroient dans des chofes de cette
confequence ne pourroit eftre
qu'ils eftoient affemblez
non paspour decider au nom de
tout le Royaume , mais pour
avifer aux moyens de faire
une Assemblée plus complete&
plus legitime , & quieftant de
tout le Royaume , euft une autorité
qui puft eftre moins conteftée.
L'avis de l'Archevêque
de Cantorberi l'emporta , &
receu ,
E vj
108 V. P. des Affaires
ment ,
d'ailleurs le Prince d'Orange
faifoit voir une grande modef
tie & un grand des intereſſemais
ce n'étoit que par .
fes paroles . Il affectoit de ne
vouloir pas prendre le moindre
maniement des affaires fans le
confentement du peuple; il fçavoit
ce qu'il faifoit, il étoit feur
des Grands avec qui il avoit
concerté fon voyage en Angleterre;
& quoi que les Proteftans
fuffent pour lui , & que l'on
euft difpofé les Peuples dépuis
long- tems à lui être favorables,
comme ce Corps eft grand ,
& qu'on ne peut gagner un à
un ceux qui le compofent , il
eft toujours à propos de l'ébloüir
par de fauffes apparences
, & de feindre qu'on ne
veut rien faire fans en avoir
fon confentement. On trouve
du
Temps.
109
moyen aprés cela de fe fervir
contre lui de l'autorité qu'il a
donnée.
L'Evêque de Londres n'étoit
pas le feul qui euft des chagrins
contre le Roy. La commiffion
pour juger des Affaires
Ecclefiaftiques avoit aigri
les autres , mais ils n'étoient
pas fi irritez. Ce qui avoit
mis les affaires de Sa Majesté
dans une méchante fituation
étoit leur emprisonnement Ce
fut un coup fort adroit de la
politique du Prince d'Orange.
Il y avoit long tems que
fon intrigue étoit formée ; elle
étoit prête d'éclore , &
avant qu'il paffât en Angleterre
, il lui étoit important
que le Roy fit quelque chofe
d'un grand éclat, qui lui attirât
la haine de fes Peuples , & fur
110
V. P. des Affaires
tout de fes fujets de la Religion
Anglicane, car étant ſeur
de ceux de la Religion Proteftante
, & ayant plufieurs
Grands pour lui, il fe voyoit par
là le maître de tous les coeurs .
Il avoit gagné le Comte de
Sunderland , & ils étoient convenus
qu'il ne conſeilleroit au
Roy que des choſes qui ferviroient
à aigrir les Peuples contre
ce Monarque . La voix de
ce Comte étoit la plus forte
dans le Confeil , tant par le
rang qu'il y tenoit , que parce
qu'il s'étoit fait nouvellement
Catholique , & qu'ayant
de puiffantes obligations à Sa
Majefté, qui l'avoit remis plufieurs
fois dans fes bonnes graces
, quoi qu'elle euft eu de
grands fujets de s'en plaindre
, on ne pouvoit croire qu'il
du
Temps.
n'euft pas un zéle fincére pour
fon fervice. Il ne manqua pas
de confeiller
fortement à ce
Prince d'envoyer les Evéques
en prifon . Il eft naturel à un
Souverain de montrer de la vigueur
, & de fe fervir de fon
pouvoir quand les fujets manquent
à l'obéiffance
qu'ils lui
doivent. Le Comte de Sunderlan
appuya fes confeils de tant
de raifons , qu'il l'emporta fur
celles du Pere Piters , qui ne
vouloit point qu'on arrêtât les
Evêques , & qui fit ce qu'il put
pour l'empêcher
. Cet empri
fonnement fut pour eux un
outrage affez fenfible pour les
engager à fe joindre aux fei.
gneurs feculiers , & à faire la
Déclaration que vous venez
de voir, mais dépuis qu'elle a
paru , fi on en excepte ce qui
112
V. P. des affaires
fe paffa encore peu de
temps
aprés , ils n'ont pas donné leur
confentement à tout ce qui s'eft
fait. Joignez à cela qu'un
Etat qui tout à coup demeure
fans Chef, ſe trouve dans
une grande confufion , & que
les Membres fe peuvent alors
laiffer furprendre par ceux
qui font d'intelligence pour
les faire tomber dans les
piéges preparez. Cette Déclaration
fut portée au Prince
d'Orange par quatre Deputez
, & les mêmes qui l'avoient
faite , nommerent Milord
Lucas pour commander
dans la Tour , parce que le
Colonel Skelton qui en avoit le
commandement, tenoit le parti
du Roy , quoi que Proteftant
. Sa Majesté avoit encore
un tres grand nombre d'audu
Temps.
113
tres Proteftans des plus confiderables
dans fes interêts , &
qui n'auroient pas manqué
de fe déclarer contre Elle , s'ils
avoient été perfuadez qu Elle
eût travaillé à détruire la
Religion Proteftante en Angleterre.
Le Corps de Ville fit
une Déclaration femblable à
celle des Seigneurs, & envoya
douze Deputez au Prince d'orange
, qui hâta fa marche
& fe rendit à Vvindfor. Les
Pairs nommerent des Commiffaires
pour aller à la Tour interroger
Milord Chancelier, &
lui demander le Grand Sceau.
Il leur répondit qu'il l'avoit
rendu au Roy. Il fe trouverent
fort. embarraſſez , parce que
a Majefté ayant revoqué la
Proclamation , & les Lettres
circulaires envoyées dans les
114 V. P. des Affaires
Provinces pour la convocation
du Parlement, on ne pou
voit faire faire d'autre Sceau ,
les Loix du Royaume défendant
d'en fabriquer fur peine
de la vie. On fçût quelque
tems aprés que le Roy avoit
jetté ce Sceau dans la Mer.
Le Prince d'Orange entra dans
Londres & vint defcendre au
Palais de Saint James.
fut complimenté au nom du
Corps de Ville , & il y reçut
l'Adreffe fuivante de la part
des feigneurs Ecclefiaftiques &
feculiers affemblez dans la
chambre des feigneurs à Vveſtminſter.
OVS , les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers,
affemblez dans la conjonctu
re prefente,prions Vêtre Alteffe
Nors
, Les
du Tems.
de prendre entrefes mains l'adminiftration
des affaires publiques
tant civiles que militaires
, comme auffi de difpofer des
Revenus publics, pour la confervation
de noftre Religion, de nos
Loix , de nos libertez , de nos
biens , droits & privileges , &
de la paix de cette Nation ; &
que Voftre Alteffe veüille prendre
un foin particulier de l'Etat
prefent du Royaume d'Irlande,
& tafcher par les moyens les
plus prompts & les plus efficaces,
de prevenir les dangers qui
le menacent ; fuppliant Voftre
Alteffe d'entreprendre & d'exercer
toutes ces chofes , jufqu'à
l'affemblée qui fe doit faire le
22. du mois de Ianvier prochain
, dans laquelle nous ne
doutons pas qu'on ne prenne les
mefures les plus propres pour
116
V. P. des
Affaires
tendre à l'eftabliffement de ces
chofes , fur des fondemens feurs
& legitimes , de forte qu'elles
ne foient plus en danger d'eftre
encore renversées. Datté à la
·Chambre des Seigneurs à VVeftminster,
le vingt- cinquième jour
du mois de Decembre 1688 .
Le même jour il receut cette
autre Adreffe des mêmes Seigneurs.
NOU
Ous , les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers , affemblez
à vVestminster dans
cette conjoncture extraordinaire
, prions tres humblement Vôtre
Altele de faire écrire des
Lettres fignées de vostre main
& adreffées aux Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers Proteftans,
comme auffi aux diverfes
du
Temps.
117
Provinces ou Comtez,Villes Vniverfitez
, Bourgs & Cing - Ports
d'Angleterre , de Galles & de
Bervvich fur la Tvveede ; les
Lettres pour les Comtez eftant
adreffées au Coroner de chaque
Comté , & au deffaut du Coroner
au Clerc ou Greffier de paix
de chacune Comté ; celles pour.
les Vniverfitez devant eftre adreffées
aux Vice - Chanceliers,
& celles pour les Villes , Bourgs:
& cinq Ports au principal Magiftrat
de chaque Ville, de chaque
Bourg & de chacun des
Cinq Ports , lefquelles Lettres
contiendront des ordres pour
choifir dans chaque Comté, Ville
, Vniverfité , Bourg & dans
chacun des cinq Ports, dixjours
aprés la reception defdites Lettres
, le nombre de Perfonnes,
pour les reprefenter,qui de droit
118 V. P. des Affaires
doivent eftre envoyées au Parlement
; defquelles élections ,
comme auffi du lieu & du temps
qu'elles doivent fe faire , les
Officiers en avertiront du moins
cinqjours avant qu'elles fe faffent.
Lors qu'on voudra faire
L'élection pour les Comtez, on en
avertira publiquement dans
l'Eglife immediatement aprés
le fervice Divin , & dans toutes
les Villes defdites Comtez ,
où l'on tient le Marché, & lors
qu'on aura deffein de faire les
élections pour les Villes, Vniverfitez,
Bourgs, & Cing - Ports , on
le publiera dans chacune deſdites
places. Lefdites Lettres &
l'execution des ordres qu'elles
contiendront , feront renvoyées
par l'officier ou les Officiers qui
le feront executer , au Clerc ou
Greffier de la Couronne dans la
du
Temps.
119
-
Cour de la Chancellerie , afin
que les Perfonnes qui feront
choifies , puiffent s'affembler &
prendre féance à Vveftminster le
vingt - deuxième jour du mois
de Ianvier prochain. Datté à
la chambre des Seigneurs à
Vvestminster le 25. du mois de
Decembre 1688.
Le Prince d'Orange qui avoit
pris fes mesures depuis
long- temps , pour avoir une
Affemblée ou un Parlement
qui luy fuft favorable , ayant
imaginé de faire affembler les
Députez qui reftoient des Parlemens
qui s'eftoient tenus pendant
le Regne du feu Roy
Charles II . parce qu'il les cro
yoit plus propres à feconder
fes intentions , & à fe declarer
contre les Catholiques, deman120
V. P. des Affaires
da que ceux qui fe trouve .
roient de ces Députez , & qui
pourroient s'affembler promptement
, fe rendiffent à Saint
James , avec les Membres du
commun Confeil de la Ville de
Londres, & le lendemain 26. il
leur parla de la forte.
M
Effieurs , qui avez esté
Membres des derniers
Parlemens , je vous ay priez de
vous rendre icy , pour vous confulter
fur les meilleurs moyens
d'accomplir les fins de ma Declaration
, qui eft de convoquer
un Parlement libre ,pour la confervation
de la Religion Prote
ftante , & le reftablissement des
Droits & des Libertez du Royaume
, & les affurer de forte
qu'ils ne puiffent plus courir le
danger d'eftre renversez .
Et
du
Temps.
121
Et vous, les Efchevins & les
Membres du commun Confeil de
la Ville de Londres , je vous demande
la méme choſe ; & comme
il y a apparence que vous
ferez en grand nombre , vous
pouvez , fi vous le trouvez à
propos vous partager
affembler en divers endroits.
vous
Ces anciens Députez refolurent
auffi-toft d'aller dans la
Chambre des Communes à
VVeſtminſter , où ils prirent
feance , & choifirent le Sieur
Henry Povvle pour leur Prefident.
C'eſt un homme qui
n'eſt pas de qualité , mais qui
parle bien & qui eft en reputation
d'avoir beaucoup d'efprit
, ce qui a efté cauſe que la
Mere de Milord Dorfet l'a époufé
en fecondes nopces.Cet-
F
I 22
V. P. des Affaires
te Affemblée convint de prefenter
une Adreffe au Prince
d'Orange. Elle y fit travailler
; & ce Prince ayant marqué
le 27. pour la recevoir, ces
Députez fe rendirent auprés
de luy , & le Prefident la lût.
Voicy ce qu'elle contenoit .
Nous
Ous , qui avons fervy en
qualité de Deputez aux
Parlemens qui fe font tenus fous
le Regne du feu Roy Charles Second,
avec les Efchevins & les
Membres du commun Confeil
de la Ville de Londres , eftant
affemblez à la priere de voſtre
Alteffe dans cette conjoncture
extraordinaire, remercions d'un
commun accord , tres humblement
& de tout noftre coeur vôtre
Alteffe , d'eftre venuë en ce
Royaume, & d'avoir exposé vô-
-
du
Temps.
123
tre Perfonne à defi grands dangers
pour la confervation de nôtre
Religion , de nos Loix & de
nos Libertez , & de nous avoir
Idélivrez des miferes du Papifme
& de l'Esclavage ; & nous
prions Votre Alteffe ,pour accomplir
cesfins & conferver lapaix
de la Nation, de vouloir prendre
l'adminiftration des affaires publiques
tant civiles que militaires
, comme auffi de difpofer des
revenus publics .
par
Nous fuplions auffi vôtre Alteffe
de fe charger dufoin de l'état
prefent de l'Irlande , & de
tâcher les moyens les plus
promts & lesplus efficaces de prevenir
les dangers qui menacent
ce Royaume ; fupliant vôtre Alteffe
d'entreprendre & d'exercer
toutes ces chofes,jufqu'à ce que la
Convention on Aſſemblée , quife
Fij
T24 V. P. des Affaires
doit tenir le 22. du mois de Ianvier
prochain, fe tienne.
Nous prions auffi tres humblement
vôtre Alteffe de faire écrire
des Lettres fignées de voftre
main, & adreffées aux Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers Proteftans,
comme auffi aux diverfes
Provinces ou comtez , vniverfitez,
villes, Bourgs & cinq ports
d'Angleterre , de Galles & de
Bervvick fur la Tvveede; les Letres
pour les Comtez étant adreffées
au Coroner de chaque
Comté, & au défaut du Coroner
au Clerc ou Greffier de paix de
chacune Comté;celles pour les vniverfitez
devant étre adreffées
au vice- chancellier ; & celles
pour les villes, Bourgs & Cinq-
Ports au principal Magiftrat de
chaque ville,de chaque Bourg &
de chacun des cing - Ports , lef
du
Temps. 125
quelles Lettres contiendront des
ordres pour choisir dans chaque
Comté Ville,Vniverfité, Bourg &
dans chacun des cinq ports, dix
jours aprés la reception defdites
Lettres, le nombre de perfonnes,
pour les reprefenter, qui de
droit doivent estre envoyées au
Parlementiquepour ces élections ,
comme auffi pour le lieu& le tems
auquel elles doivent fe faire , les
Officiers en avertiront de la maniere
qui fuit : à fçavoir lors
qu'on voudra faire l'élection
pour les comtez , on en avertira
publiquement dans tous les lieux
de la comté où l'on tient marché
cinq jours avant qu'on procede
à ladite élection , & lors
qu'on aura deffein de faire les élections
pour les Villes, Vniverfitez,
Bourgs & cinq-ports, on en
donnera avertiffement dans cha-
Fiij
126
V.
P.
des
Affaires
cune defdites Places , du moins
trois jours auparavant . Lefdites
letres & l'execution des ordres
qu'elles contiendront feront renvoyées
par l'officier ou les Officiers
qui les feront executer, au
Clerc on Greffier de la Couronne
dans la Cour de la Chancellerie ,
afin que les perfonnes qui feront
choifies , puiffent s'affembler &
prendre féance à VVeftminster,
le vingt- deuxième jour du mois
de lanvier prochain.
Voilà , Monfeigneur , ce que
nous avons trouvé à propos de
propofer à vôtre Alteffe , comme
le meilleur avis que nous puiffions
luy donner dans cette prefente
neceffité des affaires , pour
accoplir le but & lafin de la Declaration
de vôtre Alteffe &
comme le plus feur moyen de
du
Temps. 127
faire un établissement qui mette
nôtre Religion , nos Loix &
nos libertez hors de danger
d'eftre jamais renversées.
Datté à VVeftminster le 26 .
jour du mois de
mois de Decembre
1688.
Quoi que le Prince d'Orange
eut concerté tout cela, & que
fes Creatures travaillaffent déja
à briguer pour l'élection
des menbres qu'il vouloit pref
que tous Proteftans , afin qu'êtant
en plus grand nombre de
cette Religion , il fut feur de
faire paffer tout ce qu'il avoit
refolu , il ne laiffa pas de faire
cette réponſe .
MESSIEVRS
Ie vous remercie de ce que
vous vous montrezfi zelez pour
Fij
128
V. P. des Affaires
la caufe commune , & de ce que
vous concourez fi unanimement
avec les Seigneurs Ecclefiftiques
& Seculiers , au bien de l'Eftat
, de la Religion . le tire
un bon augure de cet heureux
commencement, & je vous protefte
que de mon côté je facrifierai
toujours ma vie pour maintenir
ce fameux Royaume dans
fes libertez , & fes Privileges.
Mais Meffieurs , permettez- moi
de vous dire que comme l'offre
que vous me faites eft de la derniere
importance , je ferois bien
aife de prendrejusqu'à demain
trois heures aprés midi pour
vous rendre reponse , vous priant
de vous assembler encore ce
jour -là.
Comme les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers lui avoiết
du
Temps.
29
prefenté des Adreffes les premiers,
ils eurent audience le 28.
& il leur fit cette réponſe.
MILORDS ,
'Ai confideré voftre avis , &
je tacherai autant qu'il mefera
poffible , d'assurer la paix de
cette Nation , jufqu'a ce que la
Convention ou Aſſemblée qui fe
doit faire au mois de Ianvier
prochain , fe tienne; & fuivant
vôtre priere, je ferai inceffamment
expedier des Lettres ,
pour faire l'élection de ceux qui
la doivent compofer. Iauray
auffi foin d'apliquer les revenus
publics aux ufages les plus
propres , & felon que les affaires
prefentes le requierent. Ie
feray mon poffible pour mettre
l'Irlande en tel etat que la
Religion Proteftante & l'in
F y
130 V. P. des Affaires
tereft d'Angleterre puiffent être
confervez dans ce Royaume - la je
vous affeure de plus , que comme
je fuis venu ici , pour maintenir
la Religion Froteftante
les Loix & les libertez de ces
Royaumes , je ferai auffi toûjours
preft à m'expofer à quelques
dangers que ce foit pour les défendre.
L'apréfdinée il fit la même
réponse aux Deputez dont je
viens de vous parler. Vous obferverez
qu'il ne parle point de
la Religion Anglicane dans
cette réponſe , & qu'il ne fe
déclare que pour la Proteſtante .
Quoi que par toutes ces manieres
d'agir l'union femblât
parfaite , il y avoit neanmoins
des mécontens que la crainte
retenoit. La violence êtoit ca-
>
du
Temps. 135
chée fous une feinte douceur,
& comme tout avoit été concerté
depuis longtems par les Creatures
du Prince d'Orange qui
fe découvrirent tout à coup en
prenant fon parti , ceux qui n'y
êtoient point preparez n'eurent
pas le tems de s'unir , & furent
contraints de diffimuler , & de
ceder à la force. Il y avoit beaucoup
d'Habitans de Londres
qui n'étoient
pas fatisfaits de ce
que le Prince d'Orange avoit
logé des Troupes dans leur
Ville, & cela excita un peu de
rumeur en quelques endroits .
Le Maire prit la liberté de lui
en parler , & de lui dire,que les
Rois d'Angleterre n'avoient jamais
fait loger de Toupes dans
Londres. Il répondit , que les
Rois avoient fait comme ils a-.
voient pû , & que pour lui il en
F vj
132 V P. des Affaires
ufoit comme il luiplaifoit. On
croyoit que cela feroit caufe de
quelque foûlevement , mais par
qui ceux qu'i l'auroient excité
euffent ils pû être fecourus ? Le
Roy eftant hors de ſes Etats ne
pouvoit plus prendre leur parti ;
fon Armée étoit ou diffipée, ou
dans les interefts du Prince
d'Orange , & la plupart des
Grands étant unis avec lui , il
fçavoit bien que fa fierté & fes
manieres pleines de hauteur ne
pouvant lui nuire , ferviroient
beaucoup à le faire craindre, &
à retenir ceux qui auroient pû
s'échaper à quelques murmu-
Cependant ce Prince
res .
ne fongeant qu'à l'Affemblée
dontil te flatoit qu'il obtiendroit
la Couronne, donna l'ordre fuivant
pour la liberté des élections.
du
Temps .
133.
Afin de mieux empêcher les
defordres qui peuvent arriver
par les Soldats logez dans les
lieux où l'on doit élire les membres
qui doivent compofer la
Convention , ou Aſſemblée qui
fe doit faire , & afin que ces
élections fe faffent avec une entiere
liberté, & fans aucune couleur
ou aparence de force & de
contrainte , Nous ordonnons expreffement
, & commandons par
les prefentes , à tous Colonnels,
& officiers Commandans en
chef aucun Regiment , Compa.
gnie de Cavalerie , ou d'Infanterie
de faire déloger lef
dits Regimens , Compagnies de
Cavalerie ou d'Infanterie , des
quartiers où l'on fera lefdites
Elections , excepté feulement
les diverfes garnisons : un jour
avant qu'on procede aufdites
134 V. P. des Affaires
Elections , & de ne point retourner
à leurs premiers quartiers
qu'elles ne foient tout- àfait
faites , & entierement achevees
, à quoi faire il ne faut
pas qu'ils manquent , finon ils
en repondront à leurs perils.
Donné au Palais de S. Iames le
15. Ianvier 1688 .
G. H. Prince d'Orange
Par comandement defon Alteffe
Voilà par où l'on pretend
que les fuffrages ayent été libres.
On fait fortir les Troupes
qui font en quartier , & on
ne fait point fortir les Garnifons
ordinaires qui n'y doivent
pas eftre moins puiffantes.
Ces Troupes fortent un
jour & reviennent l'autre , un
peu plûtoft , ou un peu plus
tard , cela n'eft pas de grandu
Temps.
135
de importance . Il fuffit qu'on
fçache qu'elles foient preftes
à rentrer auffi - toft aprés
que les élections feront faites.
Avant leur départ on fait fçavoir
les intentions du Prince
d'Orange , & l'on craint le
retour de ces Troupes qui ne
font qu'à la porte , & preftes
à rentrer , & qui peuvent
fe
vanger de ceux qui n'auront
pas fait ce qu'on leur a demandé.
Outre ce que je
vous marque pour les brigues
violentes il y en avoit d'autres
plus adroites & plus cachées.
Tous les Proteftans
du Royaume eftoient d'intelligence
pour ne
que des Proteftans , & leur
party eftoit le plus fort parque
c'eftoit celuy du
ce que
>
nommer
"
136
V. P. des Affaires
Prince d'Orange qui eftoit
maistre du Royaume & armé.
Ceux qui faifoient profeffion
de la Religion Anglicane
confentoient à tout
ce que vouloit ce party ,
fur ce qu'on leur avoit perfuadé
que le Roy d'Angleterre
avoit refolu de détruire
leur Religion , & quand
ils s'y feroient oppofez , ils
n'auroient pas efté les plus
forts. On aprehendoit d'ailleurs
la violence du Prince
d'Orange qui ne fçait point
pardonner , & qui frape fans
que l'on découvre d'où vient le
coup ; mais pour parler encore
plus jufte , le Peuple aime
les nouveautez , il s'en fait
un amuſement , elles le divertiffent
en l'occupant , &
quand on trouve moyen de
du Tems. 137
lui faire croire qu'il en tirera
quelque avantage, & qu'on l'éblouit
du pretexte fpecieux de
liberté , il donne , dans tous les
pieges qu'on lui tend , & on le
conduit à fa perte fans qu'il s'en
aperçoive , & méme pendant
qu'il pouffe des cris de joye.
On ne peut nier que ceux de la
Religion Anglicane ne foient
du nombre des efprits credules
& foibles , qui dans cette occafion
ſe laiſſent tromper fans
y prendre garde , & peut être
n'a - t'on jamais vû d'aveuglement
pareil au leur. Ils fe
perfuadent qu'un homme foûtenu
par une Armée & par un
parti dont la Religion eſt entierement
contraire à celle dont
ils font profeffion ne fera
pas avec le temps tout ce qu'il
pourra pour élever , ce party
>
138 V. P. des Affaires
en élevant fa Religion ; mais
quel parti & quelle Religion??
Le parti Proteftant, & la Religion
Proteftante, qui ne fe font
jamais établis que par le feu ,
le fer , & le fang , en forte que
ceux qui ont cherché à les foûtenir,
n'ont jamais gardé aucunes
mefures pour venir à bout
de leurs deffeins. Que peut faire
la Religion Anglicane contre
tant & de fi furieux Ennemis
elle eft unique dans le
monde,& n'eſt pratiquée qu'en
Angleterre , où même elle ne
regne pas feule , & l'autre eft
appuyée par tous ceux qui font
de la même creance dans tous
les Etats de l'Europe. Comme
un Ufurpateur a " beſoin d'un
grand parti , & du fecours de
plufieurs Souverains pour fe
maintenir contre les armes d'un
du
Temps. 139
Roy legitime , & contre celles
de les Alliez , le Prince d'Orange
ne manquera pas de travailler
à établir leur Religion
dans toute l'Angleterre . Il doit
cela à la Religion de tous ceux
qui l'ont fuivi , à celle de tous
les Proteftans du Royaume qui
l'ont reçû, & à celle de tous les
Souverains qui lui promettent
de le fecourir. Joignez à cela
qu'il voudra auffi paroitre de
quelque Religion , & que
fon
zele éclatera pour celle qui lui
fait obtenir tout , & dont il ne
pourroit negliger de prendre
les interêts fans s'expofer au
peril d'être abandonné par
ceux qui ont fervi à l'élever ,
ce qui le feroit tomber de plus
haut qu'il n'eſt monté .
Pour revenir à la Convention
, qui eſt le dernier article
Ly
140 V. P. des Affaires
que j'ay touché en parlant de
l'ordre qu'a donné le Prince
d'Orange pour la liberté des
élections , il importoit peu
qu'elles fuffent libre ou non ,
puis que l'Affemblée ou Convention
eft illegitime , & que
felon le fentiment des plus habiles
Jurifconfultes dont on a
pris les avis , on ne peut fans
renverfer les Loix fondamentales
d'Angleterre , appeller
Parlement toute Affemblée qui
n'eſt pas convoquée par l'autorité
du Roy On dira qu'on ne
donne pas le mot de Parlement
à l'Affemblée.mais on répond
à cela que les Loix'n'ont
pas été faites pour le mot
mais pour la chofe & que
puis que cette Affemblée ou
Convention fait ce qu'un Par
lement feroit , ' ce font ces fon-
>
>
du Tems. 141
ctions qui renverfent les Loix
du Royaume , & que c'est ce
que défendent ces Loix , & ce
qu'elles rendent illegitime. Il
eft impoffible que ceux qui les
ont faites , auffi - bien que ceux
qui les ont reçûës , ayent pû
entendre autre chofe. Si le raifonnement
que je fais n'étoit
pas jufte , ce que l'on appelle
Parlement ne feroit qu'un jeu ,
puis que les mêmes perfonnes
affemblées pourroient tout , ou
n'auroient point de pouvoir
dans une affemblée illegitime,
felon le nom qu'on lui donneroit
, en forte qu'étant convoquée
fans l'autorité Royale
pour faire les mêmes fonctions
qu'un Parlement , elle les pourroit
faire fans renverser les
Loix , parce qu'on l'appelleroit
Convention. C'eft une
+
142 V. P. des Affaires
chofe qu'on ne fçauroit foûtenir.
La Convention eft un Parlement
, puis qu'elle en fait les
fonctions , mais elle n'a nul
droit de les faire quand elle
n'eft point convoquée par
l'autorité du Roy. Ainfi on
peut conclure que tout ce
qu'elle fait eft nul, & fans force,
& qu'il ne doit eftre regardé
que comme des refolutions
prifes par un tas de Seditieux,
appuyez des Ennemis du Royaume
, & qui meritent punition,
fur tout en Angleterre,où
l'on fait fonner fi haut l'autorité
qu'ont les Loix , que l'on
pretend avoir droit de s'attaquer
jufqu'au fang Royal lors
qu'il entreprend de ne les pas
obferver , à plus forte raiſon
doit-on punir des Rebelles qui
ont l'infolence de les enfreindu
Temps. 143
dre pour détrôner leur Souverain
legitime , mettre un Ufurpateur
en fa place , riſquer la
Religion du Pays , & expofer
l'Eftat au defordre, & à la confufion
où il faut neceffairement
qu'il tombe , fans compter le
fang que doit coûter une pareille
revolte , puis qu'il faut
que toft ou tard de fi grandes
revolutions en coûtent.
Le Prince d'Orange ayant
efté prié de prendre l'adminiftration
des Affaires , comme
je vous l'ay fait voir , étendit
l'autorité qu'il s'acquit par là ,
autant qu'il luy fut poffible , en
forte que ne luy manquant plus
que le nom de Roy , on n'euft
pas de peine à le luy donner,
puis qu'il en avoit déja le pouvoir
, ou que fi on ne le nommoit
pas Roy, il fuft affez puif144
V. P. des Affaires
fant fe faire élire , ou pour
pour
fe vanger de ceux qui s'oppoferoient
à ce que fon ambition
luy fuggeroit. Il eut tant d'impatience
de fe faifir de l'argent
, qu'il alla luy même à la
Tréforerie , pour prendre poffion
de ce qui en reftoit entre
les mains des Officiers de Sa
Majefté. Il donna des Charges
pour fe faire des Creatures , &
fit emprifonner des Catholiques
afin de fe conferver la
bien- veillance des Proteftans .
Il fit publier en même temps la
Declaration que vous allez lire
, pour autorifer les Sheriffs
& Juges de Paix , & autres Miniftres
, à exercer leurs Offices
& Emplois. Voicy ce que contenoit
cette Declaration ,
D'autant
du
Temps. 145
D
Autant
que
les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
les Chevaliers , Bourgeois ,
Gentilshommes Citoyens qui
ont efté cy-devant Membres de
la Chambre des Communes du
Parlement , pendant le Regne
du Roy Charles Second , & qui
demeurent dans la Ville de
Londres ou aux environs, comme
auffi les Efchevins & les membres
du commun Confeil de ladite
Ville eftant affemblez dans
cette conjoncture extraordinaire,
fe font adreffez à nous , pour
nous prier de prendre entre nos
mains l'adminiftration des affai
res publiques tant civiles que
Militaires , & de difpofer des
revenus publics , pour la confervation
de la paix , & pour
autres bonnes fins & intentions
G
les •
146 V. P. des Affaires
>
mentionnées dans leurs diverfos
Adreffes , & d'exercer ces chofes
jusqu'à ce que la Convention
ou Affemblée qui fe doit
faire le vingt - deuxième jour
du mois de Ianvier , ſe tienne ;
Nous ne fouhaitant rien davantage
que le bien, le bonheur
& la paix de ce Royaume, & de
cette Nation , & de prevenir
par le foin & la vigilance des
Magiftrats Civils en faisant
executer les Loix de ce Royaumefelon
le devoir de leurs char-
& emplois, les inconveniens
qui pourroient autrement arriver
, Conftituons par les prefentes
, Ordonnons & Eftabliffons
que tous & un chacun de ceux
qui n'eftant point Papiftes , étoient
pourveus le premier jour
du prefent mois de Decembre,
des charges de Sherifs on de
ges
du Temps. 147
Iuges, de Paix , ou dont l'employ
regardoit la confervation
de la paix , ou qui avoient la
garde de quelque prifon cu de
quelque prifonnier ,foient autorifez
, & ayent pouvoir ; & ils
font autorifez, ont pouvoir , &
font requis par les prefentes , de
prendre & d'exercer lefdites
charges & emplois ; & Nous
- ordonnons que lesdits Sherifs,
Inges de Paix & autres Perfonnes
faffent dans leurs divers
emplois , executer les Loix, pour
étouffer & fuprimer toutes fortes
de tumultes , de rumeurs &
d'Affemblées tumultueuses , comme
auffipour conferver la paix,
fecourir les Pauvres , & garder
les prifons & les perfonnes commifes
à leur charge , & faire executer
toutes les autres chofes
Gij
148 V. P. des Affaires
apartenantes
à leurs offices on
emplois. Nous donnons auffi pouvoir
par les prefentes , autori-
Sons & requerons tous & un
chacun de ceux qui n'eftant
point Papiftes, eftoient leditjour
premier du prefent mois de Decembre
, dans quelque charge ou
employ pour recueillir , recevoir
& ménager les revenus publics,
dans ce Royaume d'Angleterre
,
dans la Principauté
de Galles
ou la Ville de Bervvick fur la
Tvvede , de continuer & d'agir
à ménager , ordonner, recueillir ,
recevoir & payer ledit revenu,
en la mêmê methode & forme,
& de la même maniere qu'il a
apartenu ou apartient à leurs
divers offices & emplois ; excepté
les charges & emplois
dont nous avons difpofé depuis
du
Temps. 149
pouvoirs
noftre arrivée en ce Royaume, ou
dont nous difpoferons . Lefquels
laquelle autorité
donnée par les prefentes
, continueront & demeureront
enforce & vigueur jufqu'à
l'assemblée de la Convention ci
defsus mentionnée , ou jusqu'à
d'autres ordres à ce contraires .
Donné au Palais de S. Iames,
le trente uniéme du mois de Decembre
, l'an de nôtre Seigneur
1688 .
G. H. Prince d'Orange .
On voit encore par- là qu'il
n'a été donné aucun Acte public
où il n'y euft quelque chofe
contre les Catholiques , ce
qui marque la haine du Prince
d'Orange contre leur Religion
, & qu'il n'a rien fi à
coeur que de la bannir entierement
d'Angleterre. Il
Gij
150 V. P. des Affaires
donna encore d'autres Declarations
pour la levée des revenus
publics, & n'eftant pasfatisfait
de ce qui pourroit en revenir,
il fit propofer un emprunt
de deux cens mille livres fterlin
fur la Ville,de Londres , & écrivit
fur ce fujet au Corps de Ville
qui refolut d'accorder cette
fomme par maniere de preft.
La Ville fe trouvoit par la
fortement engagée à ne pas
abandonner
fon parti , parce
qu'il étoit impoffible que cet
argent luy fuft rendu
moins que le Prince d'Orange
ne devinſt Roi.
>
મે
Comme il y avoit beaucoup
de gens de bien en Angleterre
qui n'ofoient éclater
contre l'injuſtice , la tirannie
, & l'ufurpation du
pouvoir fouverain , il courut
du
Temps. Ist
beaucoup d'écrits à Londres,
qui faisant voir trop clairement
toutes ces chofes , & les
prouvant avec trop de force,
donnerent beaucoup de chagrin
au Prince d'Orange
non pas qu'il fe piquaft d'honneur
la deffus ,
mais par- ·
>
ce que ces Ecrits , quand la
verité s'y trouve bien exprimée
font ouvrir les yeux aux peuples
, & les font rentrer dans
leur devoir. Cela obligea ce
Prince à faire publier ce qui fuit
& il en fit même renouveler
plufieurs fois la publication.
D'autant qu'on imp : ime &
qu'on publie tous les jours plu
fieurs livresfcandaleux , feditieux
& remplis de fauffetez ,
ainfi que plufieurs feuilles vo
lantes de nouvelles & plufieurs
Libelles contenant de fauffes &
G iiij
152 V. P. des affaires
ridicules relations de ce qui fe
paffe avec des reflexions malicieufes
fur plufieurs perfonnes, ce
qui trouble lapaix publique ; &
ces écrits eftant publiez fans aucune
autorité ou permiffion , ce
qui eft contraire aux loix faites
Sur ce fujet, S. A. Monseigneur
le Prince d'Orange a trouvé à
propos d'ordonner & de comman
der aux Maitres & Gardes de
la Compagnie des Libraires , &
à Robert Stephens , ci - devant
Meffager de la Preffe , de chercher
exactement dans toutes les
Imprimeries & autres lieux &
s'affurer de tous auteurs, Impri -
meurs, Libraires, Colporteurs &
autres qui feront trouvez imprimant,
vendant ou difperfant lef
dits écrits , & de les mener devant
le plus prochain luge
depaix, afin qu'ils puiffent être
du
Temps.
153
>
pourfuivisfelon les Loix.Et pour
mieux executer ce que deffus
tous Maires , Iuge de paix , &
autres Officiers ,font requis d'aider
lefdits Maitres & Gardes
de la Compagnie des Libraires
& ledit Stephens , & de leur
préter main - forte , felon que
L'occafion le requierera.
Quoi que le Prince d'Orange
n'euft parlé dans tout
ce qu'il a fait publier , que
de maintenir les Loix,il fit voir
fi- tôt qu'il eut le maniement
des affaires qu'il n'y avoit point
de juftice à efperer pour les
Catholiques puis que plufieurs
de cette Religion qui
font prifonniers
, ayant demandé
à être élargis en donnant
caution , en vertu de la
Loi,toutes leurs requêtes furent
Gy
"
Is4 V. P. des Affaires
rejettées , pour marquer aux
Protcftans que tant qu'il auroit
du pouvoir en Angleterre , il
ne cefferoit point de travailler
à la deftruction des Catholiques
& de leur Religion .
Pendant que ces chofes fe
paffoient en Angleterre, le Pa
pe aprit que Leurs Majeftez
Britaniques & le Prince de
Galles , s'êtoient retirez en
France , & qu'encore que le
Roy Tres-Chrêtien euft les
efforts de toute l'Europe liguée
contre lui à foutenir
il n'avoit pas laiffé de les recevoir
genereufement ,
de les faire traiter en perfonnes
de leur caractere . Si les
fecours qui foulagent leurs
malheurs , font dignes de celuy
qui les donne , & de ceux
&
>
du
Temps.
355
qui les reçoivent , ils feroient
fans doute encore plus grands
fi la Cour de Rome & la Maifon
d'Auftriche ne cherchoient
pas à fufciter au Roy des affaires
qui ne peuvent fervir qu'a
ruinuer la Religion Catholique,
& à élever la Proteftante .
Comme la vertu folide & la
veritable grandeur d'ame ont
cela de propre , qu'elles fe font
admirer de tout le monde , la
magnificence avec laquelle ce
Monarque donnoit un azile
dans fa Cour à des Princes opprimez
, fit tant d'effet fur Sa
Sainteté , qu'Elle refolut de lui
écrire pour lui témoigner com
bien Elle êtoit touchée d'une
chofe qui lui devoit attirer des
loüanges infinies de tous les Fidéles,&
pour l'affurer que ne
doutant point que la pieté dong
1
G vj
156 V. P. des Affaires
il avoit donné tant de marques,
ne le portât à entreprendre ce
qu'il y avoit de plus difficile
pour une caufe toute pleine
d'equité , & à continuer de 'outenir
les interefts du Roi d'Anglerrre
, qui eftoient ceux de
la veritable Religion , Elle ne
cefferoit point de faire les prieres
les plus ardentes pour obtenir
de la Divine Bonté , qu'il
lui pluft de verfer fur lui les
plus abondans trefors de fes
graces. Ce Bref eftoit conçu
"en ces termes.-
du Temps. 157
Chariffimo in Chrifto Filio
noftro Ludovico Francorum
Regi Chriftianiffimo , Innocentius
Papa XI .
Chariffime in chrifto Fili nof
ter , Salutem.
C
Vm nos pracipuè afficiat
fplendidum as ab univerfis
Chrifti Fidelibus Majorē in mo.
dum commendandum confugium
quod magna Britaniâ tumultuante,
ejus Regi, Regina, ac Infanti
Principi , ejusà nullifque conclusâ
finibus munificentiâ præbuit
Majeftas tua, muneris effe
noftri duximus has ad te grate
refponfionis teftes dave Literas.
Et fi autem non dubitamus quin
pro tuâ pietate acparatâ adma.
gna quaque pro Catholicâ Reli-
.
158 V. P. des Affaires
•
gione aggredienda perficiendaque
amplitudine animi tui praftantiffimâ
prædicti Regis caufam
, cum qua cadem Religio
conjuncta eft , conftanter juvare
pergas , tantoque nihilominus
cordi eft , & effe debet
utriufque incolumitas , ut Majeftatem
tuam pro explorato
habere cupiamus in partem nos
ventures inclitorum omnium operum
, quibus Regi ipfi nec non
memorata Religioni ftrenue adeffe
curaveris,nec omifsures affi
duis enixifque votis divinam benitatem
etiam rogare, ut merita
quapropofita tibi veragloria mefuram
implendo comparaveris ,
inexhauftis beneficentia thefauris
cumulate retribuat.Majeftati
vero interim tua Apoftolica benedictione
amantiffime impertimur.
Datu Roma die 1.Febv.1689.
du Tems. 159
Rien ne peut-être plus avantageux
au Roi que les dernieres
paroles de ce Bref, par lefquelles
le Pape fouhaite que
Dieu recompenfe abondamment
le merite qu'il fe fera fait en
rempliffant la mesure de la
vraie gloire , qui eft le feul but
de tous fes defseins. Elles font
voir que Sa Sainteté eft perfuadée
, ainfi que le refte de
la terre , que ce Monarque ,
dans tout ce qu'il fait, ne cherche
jamais que la veritable
gloire. Elle eft connue de fort
peu de monde , & à
proprement
parler , il n'y a de gloire
que celie que l'on acquiert fans
avoir rien à fe reprocher , &
dont une belle ame peut- être
contente.
Le S. Pére écrivit en même
tes au Roi d'Angleterre,pour lui
marquer quelle avoit été l'a160
V. P. des Affaires
mertume de fon coeur,lors qu'il
eut apris les defordres que le
Prince des Tenebres avoit excitez
dans fon Royaume,& que
cependant dans le temps qu'il
déploroit le renversement de
fes affaires , & la ruine dont
la Religion Catholique eftoit
menacée,il ne laiffoit pas de recevoir
quelque adouciffement
dans la douleur qu'il en ref
fentoit , ayant apris qu'il eftoit
paffé heureuſement en
France, ainfi que la Reyne fon
Epoufe , & le jeune Prince de
Galles. Voici les termes de
cet autre Bref , où Sa Sainteté
fait voir la confiance qu'Elle a
que la Providence Eternelle
qui commande aux vents & à
la Mer, voudra bien changer en
un calme heureux l'horrible
tempête qui s'eft élevée.
du Temps.
161
Chariffimo in Chrifto Filio
noftro Jacobo, Magne Britanniæ
Regi illuftri , Innocentius
Papa XI.
Chariffime in Chrifto Fili nofter ,
Salutem .
Infanto accepto nuncio de
·
faviffimâ procellâ , quam adverfus
Majeftatem Regiamque
domum tuam in Anglia excita.
verat poteftas tenebrarum
pra intimi angoris acerbitate
pene defecimus. Difcrimen
enim in quo cum Catholicâ
Religione verfabaris à follicitudine
quam de utriufque
incolumitate impensè gerebamusprorfus
id repofcebat.Et quidem
amaritudinem anime noftra,
ob afflictum rerum tuarum,
ipfiufque Religionis ftatum ,
,
162 V. P. des Affaires
non eft cur pluribus explicemus .
Magnitudo fiquidem jactura de
qua agebatur, quæque nos præcipuè
tangebat , illam fatis fuperque
declarat . Lenivimus tamen
non parum ejufdem amaritudinis
acerbitatem intelligentes
Majeftatem tuam Regiam,
Conjugem, tenerrimamque fobolem
incolumes in Galliam
transfretaffe. De fuprema nimirum
illius providentiâ qua
imperat ventis & mari, planè
confidimus,fore ut exortam tempeftatem
quamprimă vertat in
auram tranquillitatis ; affidua
nos fervefcentiaque in hunc fcopum
vota nuncupare profecto
non omittemus , dum heroicam
in pradicta Religione frenue
afferenda Majeftatis tua pietatem
, inclitamque in adverfis
ea de caufa inconcuffo anidu
Temps.
163
mo perferendis conftantiam effufis
immortalium laudum titulis
decorantes, tibi, chariffime in
Chrifto Fili, Apoftolicam benedictionem
impertimur. Datum
Roma die 1. Febr. 1689 .
Il eſt à croire que l'affliction
du Pape eftant auffi fincere
qu'il la fait paroiſtre , comme
il n'y a pas fujet d'en douter, il
travaillera de tout fon pouvoir
à l'union de tous les Princes
Catholiques , parce qu'il n'y a
que la Guerre entre eux qui
puiffe fervir d'obſtacle au rétabliſſement
du Roy d'Angleterre,
& que cette même Guerre
peut feule élever les Prote
ftans , en affoibliffant les Catholiques
,
Le 17. Février, le Roy Tres-
Chrêtien répondit au Brefqu'il
164 V. P. des Affaires
avoit receu du Pape , & luy
marqua , qu'il avoit efté bienaife
de voir que Sa Sainteté étoit
perfuadée du grand préjudice
que la Religion Catholique
pouvoit fouffrir de l'eftat
où se trouvoit le Roy de la
Grand' Bretagne, & de l'intereft
qu'Elle devoit prendre à
fon rétablissement ; Que quand
même fon panchant naturel ne
l'auroit pas porté à donner à ce
Monarque affligé tout le foulagement
& toute la confolation
qu'il pouvoit attendre de fon amitié
, il auroit facrifié au defir
de conferver les reftes de la
Religion Catholique en An-
·gleterre , & de remettre
Prince fur fon Trône , toutes les
raifons politiques , qui auroient
pû lobliger de luy refufer be
ce
du
Temps. 165
>
fecours qui luy eftoit neceffaire ;
Qu'il apprenoit auffi avec bien
de la joye , que Sa Sainteté ne
prenoit pas moins à coeur qu'il
faifoit ces deux fi juftes fujets
de fes foins & de fon attention
, & qu'il vouloit bien
non feulement partager avec
Elle le merite du fuccés , mais
qu'il verroit méme avec plai- .
fir que toute la Chreftienté en
particulierement redevable
à fon zele , & que les Ennemis
de la Religion Catholique
qui s'estoient liguez
pour l'opprimer perdif-
Sent enfin l'esperance que la
conduite que Sa Sainteté avoit
tenue à son égard depuis
long temps leur donnoit,
qu'ils ne trouveroient de fa part
fuft
>
166 V. P. des Affaires
aucun obftacle à leurs deffeins,
qu'ils ne devoient rien aprebender
que la puiẞance que Dieu
luy avoit mife en main , à laquelle
il avoit d'autant plus de-
Sujet de croire que la Divine
Bonté continueroit à donner fes
benedictions , qu'il n'avoit rien
obmis pour rétablir une parfaite
intelligence avec Sa Sainteté,
afin de concourir avec Elle
à l'augmentation de noftre
Sainte Religion , & luy temoigner
fon respect filial en toutes
occafions.
La Lettre finiffoit par des
fouhaits qu'il pleuſt à Dieu de
conferver longues années Sa
Sainteté au regime de fon Eglife,
& la fignature eftoit, Votre
Devot Fils le Roy de France &
de Navarre. LOVIS
Cette Lettre ne donne pas
du
Temps .
167
.
moins de louanges au Pape,
que le Bref de Sa Sainteté en
donne au Roy , mais quoy
qu'elle loue beaucoup , elle dit
encore davantage.
Pendant que ces chofes fe
paffoient , on voyoit fans ceffe
arriver en France des Anglois
fidelles à leur veritable Souverain
, & qui s'eftoient échapez
d'Angleterre pour luy venir
offrir leurs fervices. La nomination
des Députez pour la
Convention s'avançoit auffi, &
réuffiffoit au gré du Prince
d'Orange , dont les brigues ċtoient
fortes , parce que non
feulement les Proteftans faifoient
remuër mille refforts
dans tous les lieux où l'on devoit
faire des élections , mais
auffi parce que la plupart des
Seigneurs qui eftoient d'intel168
V. P. des Affaires
ligence ne pouvant pas reculer
aprés avoir fait un fi mauvais
pas , & voulant à quelque
prix que ce fut faire réüffir
leur entrepriſe de peur qu'on
ne les punit de leur revolte , étoient
allez eux - mêmes chacun
dans les Villes où ils avoiết
du credit , pour reduire les efprits
par force ou par crainte ,
par intereft ou par un faux zéle
de religion , & faire tomber
le choix des Deputez , fur des
Perfonnes capables de tout entreprendre
en faveur du Prince
dont ils prenoient le parti Leur
prefence y étoit d'autant plus
utile , qu'elle empeſchoit qu'on
ne nommât des Sujets fideles
au Roy, & attachez à ſon fervice.
Comme le fuccés de l'entreprise
du Prince d'Orange
étoit entre les mains de ces Deputez
du Tems. 169
putez dont la Chambre baffe
eft composée , & qu'il ne pou
voit être éleu Roy que par
leurs fuffrages , parce qu'étant
en bien plus grand nombre
qu'on n'eſt dans la Chambre
haute , ils pouvoient attirer
tout le peuple pour contraindre
les Seigneurs , s'ils balançoient
à le nommer Roy , ce
qui lui fembloit fort incertain ,
quoi que la plupart deuffent
fouftenir fes interefts , il n'avoit
rien épargné pour mettre
tous ces Deputez dans fon
party , & les foins qu'il prit ne
furent pas inutiles. Quand on
eut fait toutes ces élections , &
qu'il fut queſtion d'imprimer
enfemble tous les Noms fuivant
l'uſage , on refolut d'en
cacher la connoiffance au public
, & de fupprimer autant
H
1
170 V. P. des Affaires
,
qu'on pourroit quelques feüilles
volantes , qui contenoient
ceux d'une partie de ces Deputez
, de peur qu'en les
examinant les uns aprés
les autres on ne connut
qu'ils êtoient prefque tous Presbiteriens
, ou proteftans ; qu'il
y en avoit beaucoup de feditieux
, & qui avoient donné
des fujets de plainte au Roy;
que d'autres par leur maniére
de vie generalement connuë
êtoient jugez capables de tout
entreprendre , & que parmy
eux il y avoit beaucoup de
Parens , d'Alliez & d'Amis, des
Seigneurs qui avoient favorifé
l'invaſion du Prince d'Orange.
Voici les Noms de ces Deputez
. Il n'y en a peut- être pas
un qui vous foit connu .
pendant cette Lifte ne laiffera
Cedu
Temps. 171
pas d'être d'une tres - grande
importance dans cette Hiftoire.
L'Europe eft bien grande,
& il fe peut faire qu'il n'y aura
point d'Etat de Province , &
de Ville , où l'on ne connoiffe
quelqu'un d'eux pour ce qu'il
eft veritablement , & Par le
portrait que ces Provinces ou
ces Villes en pourront faire,on
jugera de la validité de l'Election
du Prince d'Orange & du
mérite de ceux qui l'ont élu .
pour leur Roy. La Ville de
Londres nomma quatre Deputez
, qui furent , Le Chevalier
Patience VVard , Echevin .
Le Chevalier Robert Clayton.
Le fieur VVilliam Lovve.
Le fieur Thomas Pilkington.
Chacune des autres Villes
nomma les fiens , les uns plus
& les autres moins. Sçavoir ,
Hij
172 V. P. des Affaires
Vvicomb.
Le Sieur Jephfon écuyer .
Le Sieur Levvis , écuyer.
Cantorbury.
Le chevalier Guillaume Honyvvood.
Le Colonel Henry Lee.
Rochester.
Le chevalier Jean Banls.
Le Chevalier RogerTvvysden.
Maidftene.
Le Chevalier Thomas Taylor.
Jean Banls écuyer.
Standford .
Charles Bertie écuyer.
Le Capitaine Guillaume Hyde.
Portſmouth.
Le Colonel Slingsby.
Le Colonel Norton .
Sandtvich.
Le Chevalier Jacques Oxendon
.
Jean Turbane écuyer.
du
Temps.
173
Douvres.
Le chevalier Bafvvel Dixvvel .
Thomas Papilion écuyer.
Grantham.
Le chevalier Guillaume Ellis .
Le chevalier Jean Bronlovv.
Nevvarke.
Mylord Eland .
Saunderſon écuyer.
Sudbury.
Le chevalier Jean Poley .
Le Docteur Govvrdon.
Coventry.
Le chevalier Roger Lane.
Jean Sratford écuyer.
Quinborough.
Le Capit. Robert Čtandford.
Jacques Harbott écuyer.
Reading.
Le Chevalier Henry Fane.
Le Chevalier Guillaume Rich
Abbington.
Thomas Medfoot écuyer.
H iij
174 V. P. des Affaires
Vuallingford.
Tipping écuyer.
Jennings écuyer.
Dormoré écuyer.
Nevv Shorean.
Le chevalier Edouard Hongerford.
Jean Monke écuyer.
Middlesex,
Le chevalier Charles Gerrard .
Havvtrey écuyer.
Agmondisham.
Vvaller écuyer.
Lechevalier Guillaume Drake
Oxford .
Henry Bertie écuyer.
Le chevalier Edouard Norreys.
Nevveport.
Le chevalier Robert Dillington
.
Le chevalier Guillaume Stephens.
du
Temps.
175
Honiton.
Richard Courtney écuyer.
Edme Vvalrond Ecuyer.
Ashburton.
Le chevalier Vvaldert Young .
Thomas Reynolds.
Kent.
Le chevalier Vere Fane..
Le chevalier Jean Knatchbull.
Melcomb Regis .
Le chevalier Jean Morton .
Le chevalier Robert Nappier.
Vveymouth.
Henry Hening écuyer.
Michel Harvey écuyer.
Nevvcaftle fous line.
Guillaume Levefon Govver
écuyer.
Jean Lavvton écuyer.
Bedfordshire.
Edouard Ruffel écuyer.
Guillaume Duncomb écuyer.
176 V. P. des Affaires
Bedford.
Thomas Crefly, écuyer.
Thomas Hilsdon , écuyer.
Plimpton.
Le Chevalier George Treby.
Jean Pollexfen écuyer.
Petersfield.
Thomas Bilfon écuyer.
Robert Michel écuyer.
Penrin.
Antoine Rovv écuyer.
Alexander Pendarvis écuyer.
Eaft Loe.
Le Colonel Trelavvny.
Le Colonel Cirke.
Vveft Loe.
Le Capitaine Trelavvny.
Le Capitaine Kendal .
Forvey.
Jonathan Rashley écuyer.
Le Major Vincent.
Northampton.
Le Chev.Guillaume Langhamdu
Temps.
177
Le chevalier Juftinian Ifon."
Shaftsburi.
Le Chevalier Matt . Andrevvs.
Edouard Nicolas Ecuyer.
Buckinghaamfb.
Thomas VvhartonEcuyer .
Le Chevalier Thomas Lee.
Le Chevalier Ralph . Varney.
Buckingham.
Le Chevalier Richard Temple
Le chevalier Peter Terrel .
Dorchefter.
Thomas Trenchard Ecuyer.
Gerrard Nappier écuyer.
Vvareham.
- Thomas Earle écuyer.
George Reeve écuyer,
Corfe Castle.
Richard Fovvnes écuyer.
Guillaume Ogden écuyer.
Poole.
Henri Trenchard écuyer.
Thomas Chaffin écuyer.
H v
178 V. P. des Affaires
Bridport.
Le major Manley.
Richard Brodripe écuyer.
Gloucester.
Guillaume Cooke Major.
Le chevalier Duncomb Colchefter.
Tetuksbury.
Le chevalier Francis Ruffel.
Richard Dodſvvel écuyer.
Cirencester.
Thomas Mafters écuyer.
Jean Hovve écuyer.
Bath.
Mylord Fitzharding.
Le chevalier Guillaume Baffet..
Milborn Port.
Jean Hunt écuyer.
Thomas Sanders écuyer.
Ilcefter.
Le chevalier Edme Vvindham.
Guillaume Hillier écuyer..
du Tems. 179
Ipfovich.
Le chevalier Jean Barker
écuyer.
Payton Ventris écuyer.
Tarmouth.
Samuel Fuller écuyer.
George England écuyer.
Taunton.
Le chevalier Guillaume Poetman.
Jean Sandfort écuyer.
Vvarovicke.
Mylord Digby.
Colmer écuyer.
Vvindfor.
Le Chev. Chriftopher Vvren ,
Henrz Povvle.
Surrey.
Georges Evelin, écuyer.
Le Chevalier Richard Onflovv
Guilford.
Foot Onffovv, écuyer .
Jean Vvefton, écuyer.
H vj
180
V. P. des Affaires
Buckingham.
Le chev . Richard Temple.
Le chevalier Ralph Verney.
Vviltshire.
Milord Cornbury
Le chevalier Th. Mumpeffon.
old Sarum.
Tho. Pits Ecuyer.
Jean Young , écuyer.
S. Mavves.
Le chevalier Jofeph Tredenham
.
Le chevalier Edvv. Seymour.
S. Yves.
Le Major Prape.
Vvalter Vincent écuyer
Helfton.
T
Le chevalier S. Avvbin,écuyer
Charles Godolphin, écuyer.
Truroc.
Henri Vincent, écuyer.
Ashurst, Ecuyer.
Manley, écuyer.
dr T
emps.
181
:: .. Tredenham, écuyer.
Tavidſtocke.
Le chevalier Fr. Drake.
. Ruffel, Ecuyer.
Bodmin.
Le Chevalier Jean Cutler.
Nich. Glyn,Ecuyer.
Okehampton.
.... Carie, Ecuyer .
.... Norley, écuyer .
Leicestershire
Milord Sherrard .
Le chevalier Halford .
Leicester.
Tho. Babington, écuyer.
Lavv. Cartes, écuyer .
Tarmouth dans l'ile de Vvinght.
Le chevalier Robert Holmes .
Fitton Gerrard .
Somersetfoltre,
Le Chevalier George Horner.
.... Gorge, écuyer.
182
V. P. des Affaires
Grampond.
Le Edvv Herle, Ecuyer.
Anth . Tanner, Ecuyer.
Hertfordshire
.
Le Chevalier Tho. Pope Blount.
Le Chevalier Ch . Cæfar.
S.Albans.
Le Chevalier Sam. Crimſton .
Le Capitaine Churchil.
L'Vniverfité d'Oxford .
Heneage Finch, Ecuyer.
Le Chevalier Tho . Clargis.
Oxfordshire.
Le Chevalier Jean Pope.
Le chevalier Rob Jenkinſon.
Berkshire,
Milords Norris.
Le chev. Hen. Vvinchomb E
cuyer
Marlborough.
Le
chevalier Jean Ernley.
Le
chevalier
George Vvile
loughby.
du Temps.
183
Le chevalier James Hayes.
Jean Vvildman , Ecuyer.
Bodvvin.
Le chevalier Edme Vvarnford.
Jean Vvildman , Ecuyer.
Heredfordshire.
Le Chevalier Edvv . Harley.
Le chevalier Jean Morgan .
Vviggan.
le chevalier Edvv. chifnal .
Guillaume Bankes, Ecuyer.
Nevvtoum,,
le chevalier Jean chichley.
Fran.chalmondeley, Ecuyer.
Vvoodftscke.
le chevalier Tho . littleton .
le chevalier Jean Doiley .
Prefton.
.... Stanley , Eucyer.
Patten , Ecuyer.
Ludlovv.
François Harbert, Ecuyer.
cha. Balden, Ecuyer.
184 V. P. des Affaires
Hartvich.
Lechev. Tho. Middleton .
Jean Eldred, écuyer.
Tiverton.
Guillaume Holeman,écuyer.
Sam Foote, écuyer.
Exeter.
Le chevalier Edvv . Seymour.
Pollexfen, Ecuyer.
Devonshire.
Sam. Rolles écuyer.
Fran . Courtnai , écuyer.
Andover.
Franc. Pavvlet , écuyer.
John Pollen , écuyer ,
Ludgershal.
Jean Deane Ecuyer.
Jean Smith , écuyer .
Vohitchurch
.
Henri Vvallop, écuyer,
Ruffel, écuyer .
Stockbridge.
Olivier S. John, écuyer.
du
Temps.
185
Rich. VVitehead, écuyer.
Brecknokshire.
Edvv . Jones, écuyer.
Brecknock.
Tho . Morgan, Ecuyer.
Carmarthansh.
Le Chevalier Rice Rudd .
Carmarthan.
Rich. Vaughan , Ecuyer.
Radnofpire.
Le cheval. Rovvland Gyvyn.
Radnor.
Richard VVilar, écuyer.
Dunbighshire.
Le Chevalier Richard Middleton,
Denbigh.
Edvvard Brereton , écuyer.
Beaumaris.
Le Chevalier Guillaume VVillams.
Cheshire.
Le Chevalier Robert Cotton,
186 V. P. des Affaires
Jean Mainvvaring , écuyer:
Mormouthsh.
Le chevalier Trevor Vvillams.
Milord Herbert .
Montmouth.
Jean Arnold , écuyer.
Glamorganshir.
Buffy Manfol écuyer.
Cardiffe.
Tho . Manfol , écuyer.
Rye.
Le chevalier Jean Dorril.
Tho. Trevven , Ecuyer.
Ghichefter.
Tho. May, écuyer.
Tho. Miller , écuyer.
Midhurst.
Le chevalier Guillaume Morlei
Jean Levvkner, Ecuyer.
Arundel.
Guillaume Morley , écuyer.
Guillaume Garvvay, écuyer.
du Tems. 187
Levvis.
Tho- Pelham, écuyer.
Rich . Bridger écuyer.
Pygate.
Jean Parfons , écuyer.
James, écuyer.
Banbury.
Le chevalier Rob. Dashvvod.
L'Vniverfité de Cambridge.
Le chevalier Robert Savvyer.
.... Nevvton écuyer.
Vime.
Jean Poolle, écuyer.
Jean Burridge , Ecuyer.
Devifez
Le chevalier Guillaume Pinfent,
Vvater Grubb, élus
le Maire.
par
Le chev. John Eyles,le . S. Guill.
Trenchard, élus par les Bourgeois.
Salu bury.
Thomas Hobei , écuïer.
788 V. P. des Affaires
Gilles Eres écuyer.
Sam . Eres Ecuyer.
David Thomas écuyer.
Vvilton.
Thomas VVindhan écuyer.
Thomas Penrudick, écuyer.
Hottinghamsh.
Mylord Houghton .
Le chevalier Scroope Hovve.
Vuarvuick..
Mylord Digby.
Colmer Ecuyer.
Vvarovickshire .
Le chevalier Richard Verney.
Le Chevalier Richard Nudigate.
Litchfield.
Le Chevalier Michael Biddulph.
Robert Burdett écuyer.
Tamvvorth.
Le Colonel Sidney.
Le chevalier Henry Gough.
du Temps .
189
Hull.
Guillaume
Gee écuyer.
Jean
Ramſden
, écuyer
.
Headon
.
Henry Guy Ecuyer.
Matth . Ailiard.
Beaverley.
Le chevalier Jean Hotham.
Le chevalier Mich.Vvharton.
Richemond.
Jean Darci écuyer.
Thomas Yorke, Ecuyer.
Norfork.
Le chevalier Guillaume Cooke
Le chevalier Henri Hobart.
Cafilerifing.
Le chevalier Robert Hovvard.
Robert VValpole Ecuyer.
Lincoln.
Le chevalier Henri Monſon .
Le Chevalier Chrift.Nevil.
Crimsbie.
Le Chev .Tho . Barnardiſton .
190 V. P. des Affaires
Le Chevalier Edvv. Aiſcough.
Nottingham.
Francis Pierrepoint, écuïer
Guillaume Birnal , Ecuïer
Suffolk.
Le Chevalier Jean cordel.
Le Chevalier Jean Rouſe.
Bury.
Le Chevalier Tho. Harvoi.
Le Chevalier Robert Davers.
Bridvvater.
Le Chevalier Franc. VVart.
Bull Ecuyer.
Minehead.
Lutterel Ecuyer.
Palmer Ecuyer.
Evesham .
Henley Parker écuyer.
Le chevalier Jean Matthevvs.
Vvorcefter.
Guillaume Bromlei écuyer.
Jean Sommers écuyer.
du
Temps .
191
Staffordshire.
Le chevalier Vvalter Baggot. ,
Grai Ecuier.
Stafford.
Philip. Foli écuyer.
Iean Chetvvind.
Nevvcaftlefur Tyne.
Le chev. Guillaume Blacket.
Le chevalier Ralph Carre.
Le comté de Duram,
Guillaume Lombron écuier.
Chrif. Bierlei Ecuyer.
La ville de Durbam,
Henri Liddel écuier.
Geo. Morland écuyer.
Morphet.
Le Colonel Sidney.
Roger Fenvvicke écuier.
Northallerton.
Tho . Lafcels écuier.
Guillaume Robinſon écuier.
Thirske.
Le chev.Guillaume Frankland
192 V. P. des Affaires
Richard Staines, Ecuyer.
Huntingtonsh .
Robert Montegue écuyer.
Le Chevalier Robert Bernard.
Hereford.
Le Chevalier Guillaume Gregory
.
Paul Foley, écuyer .
Vveobry.
Jean Birch écuyer.
Jacques Morgan Ecuyer.
Chippenham .
Henry Baynton Ecuyer.
Nich, Baynton Ecuyer.
Calne.
Lyonel Ducket écuyer.
Henry Cheuters écuyer.
Northaamptnsh.
Edvvard Montegue écuyer.
Edvvard Harbie Ecuyer.
Nevvt ovvn.
Mylord Ranelugh.
Le fieur .... Done, Ecuyer.
Effex
du
Temps .
193
Effex.
Le Colonel Mildmay,
Le Capitaine Vvrooth,
Dorfetshire.
Tho. Strangvvayes Ecuyer.
Tho. Freake Ecuyer.
Yorkshire.
Mylord Fairfax.
Le Chevalier Jean Kay.
Knaesburgh.
Mylord Latymer,
Guillaume Stockdale Ecuyer.
Bristol.
Le Chevalier Jean Knight.
Le Chevalier Rich. Hart.
Salop.
Le Chevalier François Evvards .
Andrevv Nevvport Ecuyer.
Bridgnortd.
Le Chevalier Guillaume Vvhiteacre,
Le Chevalier Edvv . Acton .
Droitvvich.
Mylord Coote .
Sam. Sandes Ecuyer.
Chefter.
Le Colonel Vvhittey.
Le fieur Echevin Mainvvarin.
I
194 V. P. des Affaires
Flintshire.
Le chevalier Roger Philiton .
Flint.
Le chevalier Jean Hanmore.
Eye,
Henri Polei Ecuyer.
Tho. Knivet Ecuyer.
Orford.
Le chevalier Jean DuKe.
Tho . Clemham Ecuyer.
Alb rough.
Le chevalier Henri Johnſon.
Le Sieur ..... Iohníon Ecuyer.
VvarvvtcKshire .
Le chevalier Richard Nudigate.
Le chevalier Richard Verney.
Dartmouth.
Charles Boone Ecuyer.
Guillaume Hayne .
Aylesbuti.
Richard Beake Ecuyer,
Thomas Lee,
Marlovu.
Mylord Falkland .
Le chevalier lean Burlace .
Amersham.
Le chevalier Guillaume Drаке .
du
Temps. 195
Edme Vvaller Ecuyer.
Maldon.
Le Chevalier Tho . Darcy.
Le fieur ...... Montegue Ecuyer.
Hartford.
Le Chevalier Guillaume Covvper:
Le Chevalier Tho. Bides .
Bervvick.
François Blade Ecuyer.
Phil. Babington Ecuyer.
Voeftmorland .
Le Chevalier Jean Lovvther.
Henry Vvharton Ecuyer.
Applebie!
Phil. Mulgrave Ecuyer.
Richard Lovvther Ecuyer.
Cumberland .
Le Chevalier Georges Fletcher,
Le Chevalier Jean Lovvth,
Cockermouth .
Le Chev . Henri Capell .
Henri Fletcher Ecuyer.
Carlifte.
Chrift . Mufgrave Ecuyer
Le Capitaine Jer . Bubb.
Lincolnshire.
Mylord Caſtleton.
I ij
196 V. P. des Affaires
Le Chevalier Thomas Huffey.
Rutlandshire.
Le Chevalier Tho . Mackvvorth.
Benet Sherrard Ecuyer.
Norvvich.
Le Chevalier Nevil. Catlyn.
Thomas Bloefield Ecuyer.
Cambridgeshire.
Le Chevalier Levinus Bednet.
Le Chevalier Robert Cotton .
Cambridge.
Le Chevalier Thomas Cicheley.
Jean Cotton Ecuyer.
Cornvvral.
Le Chevalier Jean Carevv.
Le Chevalier Jean Carevv .
Hugh Bofcavven Ecuyer .
Lancefton .
Guillaume Harbord Ecuyer.
Edouard Ruffel Ecuyer.
Leskard.
Le chevalier Courchier Vvrey ,
Jean Buller Ecuyer.
Leftvvithiel.
François Robarts Ecuyer.
Vvalter Kandall Ecuyer.
Boffiney.
du
Temps.
197
Le chevalier Peter Colleton.
Humphrey Nicoll Ecuyer.
Lyn-Regis.
Le chevalier Jean Turnel ,
Sigifmond Trafford Ecuyer.
St. Germans.
Le chevalier Vvalter Moyle .
Daniel Elyott Ecuyer.
St. Michaël
Mylord Fans havv.
François Vivian Ecuyer .
Nevvport.
Le chevalier Guillaume Morrice ,
Jean Spenott Ecuyer,
Kellington.
Le chevalier Jean Coryton .
Jonathan Prideaux Ecuyer.
Derbeshire.
Le chevalier Jean Gell.
Le chevalier Gilbert Clarke .
Vvestminster.
Le chevalier Guillaume Poultney.
Phil. Hovvard Ecuyer.
Il s'eft trouvé des Villes qui n'ont
point voulu nommer de Deputez
celles de Carile & de Neucaftele ,
I iij
198 V. P. des Affaires
qui . font de ce nombre , s'en font
defendues , en alleguant que le Prin
ce d'Orange n'avoit aucune autorité
pour les convoquer , & que les Seigneurs
& les Bourgeois de Londres
qui l'en avoient prié , n'avoient
pû luy donner ce droit. Quand
on vient à examiner la chofe avec
quelque attention , on trouve que
leurs refus eftoient fondez fur l'indifpenfable
refpect qu'on doit avoir
pour les Loix fondamentales , &
qu'il n'y a pas feulement la moindre
apparence de raifon dans les
procedures que l'on a tenues. Un
Etranger vient pour détrofner un
Roy legitime , en faisant diftribuer
un manifefte pour marquer qu'il
n'en veut point à la Couronne ;
il ne parle que de maintenir les
Loix , & ne fait rien qui n'y foit
contraire. Il contraint un Souverain
de fortir de fes Eftats , & ce
Monarque aime mieux s'en retirer
que d'y demeurer fans liberté. Un
tas de Traiftres d'intelligence avec
luy , luy demandent qu'il conTHEQUE
DE
du
Temps.
voque une Affemblée qui
tenir lieu de Parlement . Il le
3990N
le
par une autorité qui ne paroift- donnée
que par des gens
qui n'en peu-
934
vent avoir , & qui n'eft veritablement
tirée que de la force de fes
Armes. Il convoque cette Affemblée
, & avant mefme que d'eftre
illegitimement élu Souverain , il
fait ce qui n'appartient qu'au Roy,
de forte que l'on peut dire qu'il
n'avoit pas mefme alors l'autorité
d'un Ufurpateur . 11 eft aifé de
juger par là fi tout ce qu'on fait
en confequence de cette autorité
nulle de toute maniere , n'eft pas
tout à fait infoûtenable , & fur tout
dans un Royaume, où les Jurifconfultes
font habiles , & où l'on fe pique
d'obferver les Loix.
>
Aprés vous avoir appris les
noms de ceux qui ont efté élus
pour compoſer la Chambre des
Communes , il faut vous parler
de la Chambre des Seigneurs .
Comme on ne fait point d'élections
pour cette Chambre ; je vous
VILLE
I iiij
200
V. P. des Affaires
›
› ou
diray feulement que tous les Mylords
en font nez les membres ; que
ce font eux qui font appellez Seigneurs
en Angleterre & qu'ils
font tous Marquis , comtes
Barons . Ce font des titres que le
Roy leur donne , fans qu'ils ayent
ny Marquifats , ny Comtez , ny
Baronnies. Sa Majefté voulant leur
donner ces titres , nomme des lieux
dont Elle leur fait porter le nom ,
& il arrive fouvent que ces lieux là
n'ont point les titres qu'on donne
à ceux qui les portent . Par exemple
le Roy donnera à un homme la
qualité de Baron d'une telle Ville ,
& ce Seigneur s'appellera Baron
de cette Ville là , quoy qu'elle n'ait
jamais efté & qu'elle ne foit point
Baronnie , & que celuy qui en fera
appellé Baron , n'ait ny pouvoir en
ce lieu là , ny droits à y recevoir.
Pendant que les Deputez fe rendoient
à Londres de toutes parts
pour l'affemblée de la Convention ,
tous les efprits eftoient en mouvedu
Temps.
201
ment , & le Clergé en alarmes . Il
apprehendoit avec raifon d'eftre un
jour opprimé par les Proteftans ,
puis que pour envahir l'Angleterre,
le Prince d'Orange n'avoit prefque
aucun autre pretexte que celuy de
maintenir leur Religion . L'Archevéque
de Cantorbery, fort eftimé pour
fa fageffe , & pour fa vertu, ne vou
lut point voir le Prince d'Orange.
On avoit fait un projet d'affociation
pour la défenfe de la Religion
Proteftante , & pour la liberté , & il
y eut de grandes brigues pour obte
nir que
Yon fignaft ce projet . Plufieurs
Seigneurs & Bourgeois le refuferent
. On menaça les Seigneurs,
mais fecrettement , & cependant il
y en eut un affez grand nombre
qui ne fe rendirent point . Quant
aux Bourgeois qui ne voulurent
point le figner , on alla contre eux
jufques à la force ouverte. Cette
affociation n'eftoit d'abord compofée
que du party du Prince d'Orange.
Les plus foibles , & les plus
I v
202
V. P. des Affaires
craintifs y entreient auffi toft , & les
plus credules , & les moins fpirituels
fe laifferent enfuite perfuader ; mais
il falut faire agir la violence à l'égard
des plus fermes , des plus clairvoyans
, & des plus fidelles au Roy,
Le party eftoit déja tellement groffi,
qu'il eftoit prefque impoffible que
ces derniers s'empefchaffent d'y entrer.
Ainfi l'on peut dire que la Rebellion
fut alors dans toutes les for.
mes , une affociation n'eftant autre
chofe qu'un nombre de Revoltez
qui s'uniffent & confederent , pour
s'oppofer à l'autorité Royale, impofer
des loix à leurs Maiftres , de qui
ils en doivent recevoir , les forcer
violemment de fouferire à celles
qu'ils leur font , & arracher d'eux
avec une autorité infolente , & auffi
abfoluë qu'injufte , tout ce qu'il
plaît à leurs caprices remplis de fureur
, & à leur efprit tubulent , feditieux
, & arrogant d'en exiger. Il
y a peu d'hiftoires , où l'on ne voye
de ces affociations , & qui n'en
du
Temps 203
parlent auffi peu favorablement
que
l'on doit parler de celle - cy. Elles
ont prefque toutes donné de la pei- ne aux Souverains
, & fait fouffrir
leurs Etats , mais enfin le temps
les a diffipées , les Chefs ont efté
punis , ainfi que plufieurs
des plus rebelles
, & la memoire
de ces fortes
de confederations
, a toûjours
efté en execration
, non feulement
chez les Peuples
qui les ont faites ,
mais auffi par toute la Terre . Celle
d'Angleterre
eft encore plus à
detefter que toutes celles dont on
a jamais parlé , puis qu'elle n'a efté
faite que pour détrôner
un legitime
Souverain
reconnu & eftimé comme
un tres - bon Prince. La Rebellion
eftant alors en pouvoir
de
gouverner
tout , il faloit que les
bons fouffriffent
› & que les méchans
fuffent exempts
des peines
qu'ils avoient
meritées
par les
loix , & aufquelles
on les avoit
condamnez
. Titus Oats. fameux
Scelerat
, celebre par quantité
de
>
I vj
204 V. P. des Affaires
•
faux témoignages , reconnu par toute
l'Angleterre comme un tres méchant
homme , & condamné à fouffrir
tous les ans publiquement & avec
ignominie , & pour fervir d'un
long exemple à fes pareils , fut mis
auffi toft en liberté . Voilà une des
premieres marques de l'autorité du
Prince d'Orange , & par où il a
commencé à renverfer les loix , aprés
avoir étourdy toute l'Europe
de fes grands deffeins pour les réta .
blir. Il fit enfuite publier une Declaration
par laquelle il étoit ordonné
à tous les Catholiques , de
fortir dans trois jours de Londres
& de VVeftminster , & de tous les,
lieux firmez à dix milles aux environs
de la Ville. Cette Declaration
paroiffoir douce , mais la maniere de
l'executer fut crue le , auffi avvit -elle
efté donnée dans cette veuë. On alla
chercher les Catholiques chez cux
avant le temps qui eſtoit preſcrit , &
on leur fit tous les mauvais traitemés,&
toutes les indignitez poffibles.
du
Temps. 205
La même
Declaration obligeoit encore
ceux qui estoient de cette Religion
, à s'accufer eux- mefmes en fe
retirant, parce qu'aprés ce qui eftoit
ordonné , s'ils demeuroient
dans la Ville fur l'efperance dé
n'eftre pas découverts , ils devoient
craindre d'eftre connus dans la
fuite , pour ce qu'ils eftoient , &
auroient rifqué leur vie par leur defobeiffance.
1 de
Aprés qu'on eut achevé de nommer
tous les Deputez qui doivent
compofer la Chambre des Communes
chacun commença
fon costé à prendre le chemin de
Londres. Les prieres & les menaces
, les brigues & l'adreffe n'empefcherent
pas qu'il ne s'en gliffaft
quelques uns attachez au bien public
, ainfi qu'à la fidelité qu'ils
devoient à leur Roy , & à la gloire
de leur patrie , laquelle par les
chofes qu'on exigeoit d'eux ils
prevoyoient fe devoir couvrir d'une
honte qui feroit un jour lavée dans
le fang Anglois. Comme le nom .
,
206 V. P. des Affair es
bre de ces fages Deputez n'eftoit
pas confiderable on ne
les apprehenda pas , & l'on crut
que leurs voix eftant étoufées par
celles d'une infinité d'autres Deputez
qui devoient eftre d'un fentiment
oppofé , elles ne pourroient
pas feulement eftre -entenduës
.
Quant à la Chambre des Seigneurs
, elle caufa beaucoup plus
d'inquietude au Prince d'Orange,
Bien qu'il euft concerté fon entreprife
avec un certain nombre de
Milords , il en reftoit encore beau
coup qu'il lui avoit efté impoffible
de gagner. C'estoient
gens
de credit, & de vigueur, & capables
de s'expliquer hautement . D'ailleurs
il aprehendoit les Seigneurs
fpirituels , je veux dire les Evéques ,
qui de même que les Milords &
Pairs du Royaume ,
font nez
membres de la Chambre haute >
& y tiennent le rang principal .
Ceux-là êtoient beaucoup plus à
du
Temps.
207
?
,
2
2
?
craindre , parce qu'ayant l'intereft de
la Religion Anglicane à foûtenir
leurs avis pouvoient eftre appuyez
de tous ceux de cette Religion
& que des Peuples animez
par des motifs de confcience
font beaucoup plus violens
plus entreprenans & plus hardis .
Ce n'eft pas qu'ils fuffent pour
les Catholiques , mais ils avoient
encore bien moins de fujet d'eftre
pour les Proteftans qui ne
fçauroient fouffrir les Evefques
& qui eftoient protegez par le
Prince d'Orange , qu'on voyoit
avoir deffein de rendre un jour
l'Angleterre toute poteftante , ou
du moins de faire que certe Rligion
fuft cceellllee qquuii dominaft
dans l'Estat . Les inquietudes du
Prince d'Orange eftoient balancées
par la confiance qu'il avoit de
'Evefque de Londres , Ennemy
du Roy pour les raifons que j'ay
dites , & plus amy de luy- meline.
& attaché à fes interefts , & à la
208 V. P. des Affaires
>
auvangeance
, qu'à aucune Religion .
Cet Evefque & quelques autres
qu'il avoit attirez dans fon parti
avoient promis au Prince d'Orange
de donner l'exemple aux
tres, & de les empêcher de fe déclarer
contre lui : il y en avoit entr'eux
qui n'avoient pas l'art de
perfuader , & d'autres naturellement
trop timides pour ofer parler avec
vigueur.
Le Prince d'Orange ne fe fioit
pas feulement à la fermeté & aux
promeffes de ceux de fon parti dans
la Chambre haute , contre laquelle
il avoit le plus à fe precautionner
; mais il eftoit feur que
le nombre de voix qu'il avoit dans
la Chambre des Communes feroit
tant de bruit , qu'il faudroit
que les Seigneurs criaffent bien
haut pour être entendus ; il avoir
fait plus encore ,. & pour apuyér
les voix qui eftoient à fa devotion
dans la Chambre des Communes
, il avoit formé un grand party
des plus feditieux Bourgeois de
du
Temps.
209
Londres & d'autres gens fans aveu
& capables de tout entreprendre ,
qui devoient foûtenir les fentimens
de la Chambre des Communes
& menacer la Convention , s'ils
ne s'accordoient pour déclarer le
Trône vacant , & nommer un autre
Roi. Il eftoit impoffible que
tant de feditieux ne réuffiffent
dans leur deffein , puifqu'ils eftoient
foûtenus par beaucoup d'Officiers
& de Soldats des Troupes du Prince
d Orange , deguifez en Bourgeois
, & meflez parmy le peuple,
qui les auroient encouragez , s'il
avoit fallu en venir aux mains , &
qui leur auroient montré l'exemple .
Toutes chofes eſtant ainſi diſpopofées
, l'Affemblée ou plaftoft le
Parlement illegitime convoqué contre
l'ordre des loix , s'ouvrit dans
le lieu où il fe tient ordinairement.
L'Archevêque de Cantorberi ne s'y
trouva pas , & comme le party du
Prince d'Orange eût peut- être publié
, afin que fon abfence ne fit point
ouvrir les yeux à ceux qui ne les
210 V. P. des Affaires
"
avoient qu'a demi fermez fur ce qui
fe paffoit , que quelque indifpofi- .
tion furvenue l'auroit empêché de
venirà l'Affemblée , cet Archevelque
declara qu'il n'y alloit pas parce
qu'il ne vouloit pas y affifter. Ain .
file Primat du Royaume , le plus fage
des Evêques , & un des plus
honnétes hommes d'Angleterre
refafa d'autorifer par fa prefence les
injaftices qu'il voyoit que cette Affemblée
alloit faire , & dont il eftoit
impoffible que la Chambre des
Seigneurs fe puft, garantir , quand
même parmy tous ceux qui la . devoient
compofer il n'y auroit eu
des voix que pour le Roy. Quelques
Evefques imiterent ce judicieux
& fidelle Prelat, & de plus de deux
cens Seigneurs dont la Chambre
haute devoit être compofée , il ne
s'y en trouva gere plus de cent
& ce qu'il y a de furprenant, c'est
que de ces cent il y en a toujours
eu plus de la moitié pour le
Roy , malgré toutes les brigues &
toutes les menaces du Prince d'O
du
Temps.
211
range, & que fi la Chambre baffe
n'avoit point violenté la Chambre
haute , elle n'auroit jamais conſenti
à l'Election qui l'a placé fur le
Trône , tout ce qui c'est fait n'ayant
paffé qu'à la force , & ayant
efté refuffé plufieurs fois par la
Chambre haute . Comme Cette
Affemblée eftoit toute irreguliére - ,
& qu'il n'y en avoit jamais eu de
femblable , elle fut embarraffée for
la maniere de proceder , mais les
Seigneurs jugerent enfin à propos
, pour éviter les difficultez infurmontables
, qui fe feroient trouvées
à fe régler fur la forme ordinaire
de la Chambre haute , d'agir
comme ils avoient fait peu auparavant
, en choififfant entr'eux un
Prefident qui auroit la mefme
fonction que l'Orateur de la Chambre
baffe . Le Marquis d'Halifax
fut choisi pour Prefident par
les Seigneurs , & le Sieur Povvle
par les Communes .
Je vous ay
déja parlé de ce dernier
Yous dire quelque chofe
il faut
du
212 V. P. des Affaires
Marquis d'Halifax . C'eft un des
hommes d'Angleterre qui parle le
mieux , & qui trouveroit moyen de
perfuader dans la plus méchante
caufe. Pour ce qui regarde le fond
de fon ame , on ne peut le penetrer,
& même il ne feroit pas facile d'affeurer
prefentement pour quel parti
il panche le plus. Il y a quelques
années qu'il fe retira d'auprés du
Roi d'Angleterre , fans qu'on en ait
découvert la veritable raiſon. Quand
il a vû l'Etat menacé par le Prince
d'Orange , il eft venu fe rendre ge .
nerenfement auprés du Roi, comme
doit faire tout honnête homme qui
veut faire fon devoir , & qui voit
fon Prince dans le peril. Il a esté
deputé de Sa Majefté auprés du
Prince d'Orange , pour travailler à
un accommodement entre Elle & ce
Prince. Ce Monarque s'eſt retiré ,
& le Marquis d'Halifax n'a point
cherché à le Suivre. Sa fidelité a
été fufpecte au Roi : le prince d'Orange
en a douté encore davantage,
& l'a fait menacer fecretement de lo
du Tems. 213
perdre s'il ne prenoit pas fes interefts.
Il a paru le faire ; ce n'est
peut-être que parce qu'il y a été forcé
; peut- être auffi qu'il a eu des
raiſons de fe deguifer , & de ceder à
la force. On l'a regardé comme un
homme qui pouvoit étre Chefde par.
ti , & demander l'établiffement d'une
République , & malgré tout ce qu'il
a fait , il n'y a perfonne qui puiffe
dire quels font aujourd'hui fes vrais
fentimens.
Le choix de ces Préfidens ayant
été fait , l'Affemblée s'ouvrit . Le
Prince d'Orange avoit beaucoup de
pouvoir , mais s'il étoit tout par la
force & par le mouvement que fon
adreffe donnoit aux affaires , il n'étoit
rien par lui-même, & ne devoit
avoir aucun rang ni aucune autorité
, de forte que ne pouvant avoir
ni place ni voix dans l'Affemblée
malgré toute l'irregularité avec laquelle
on faifoit alors toutes chofes
il écrivit aux Milords la Lettre qui
fuit.
?
F
214
V. P. des Affaires
MILORDS ,
Al taché autant qu'il m'a été
Ipoffible de faire ce que l'on a sonhaité
de moi pour la paix &
pour la
feureté publique , & je ne fçache pas
que rien ait efté negligé , de tout ce
qui pouvoit y contribuer depuis que
l'adminiflration des affaires eft entre
mes mains. C'est à present à vous à
pofer les fondemens qui peuvent af
furer pour toujours noftre Religion
nos loix & noftre liberté. Ie ne doute
pas qu'une Affemblée auffi nombreu
Le qu'elle eft maintenant , & laquelle
reprefente toute la Nation , ne puiffe
parvenir au but marqué par ma Declaration
; & comme il a plu à Dieu
jufqu'à prefent de benir mes bonnes
intentions en leur donnant un keureux
fuccez , j'efpere qu'il accomplira fon
ouvrage en vous envoyant un esprit de
paix d'union qui fe rependefur vos
Confeils , afin qu'aucune interruption
n'empêche que la fin n'en foit heureuſe
durable. Le danger où font les Produ
Temps.
215
testans en Irlande, requiert un prompt
& puiffant fecours , & d'ailleurs l'état
prefent des affaires du dehors m'oblige
de vous dire que rien ne peut-être
plus dangereux.exceptéla divifion entre
nous,& qu'un trop long delai dans
vos confultations. Les Etats par le
moyen defquels j'ai eu le pouvoir de
delivrer cette Nation , en pourroient
bien- tôt fentir de mauvais effets s'ils
eftoient plus long- tems privez de leurs
Troupes , lefquelles font à prefent icy,
& du prompt fecours qu'ils attendet de
vous contre un puiffant Ennemi qui
leur a declaré la guerre , & comme
l'Angleterre eft déja engagée par un
traité de lesfecourir dans leurs befoins,
ตื่น ffi je m'affure que le hazard où ils
fe font mis pour conferver le Royaume,
ferarecompenfe par l'amitié & l'aſſiſtance
qu'ils doivent attendre de vous
comme Proteftans , & Anglois , fea
lon que le requiert leur condition prefente
. Donné à S. Iames le 22. İanvier
1689. Signé VVill. H. Prince
d'Orange.
216
V. P. des Affaires
Aprés la lecture de cette Lettre
on refolut de remercier le Prince
d'Orange des foins qu'il avoit pris
jufqu'alors ,, pour délivrer le Royaume
du Papifine & du pouvoir arbitraire
, & de le prier de vouloir bien
les continuer pour l'adminiftration
des affaires publiques , jufqu'à ce
que les deux Chambres lui euffent
declaré plus amplement leurs intentions.
Vous voyez par - là que la
premiere chofe dont on remercie le
Pince d'Orange , c'eft d'avoir travaillé
à détruire la Religion Catholique,
& qu'ainfi cette guerre eftant
une guerre de Religion , les chefs
devoient être engagez à avoir foin
du Corps . Cette A ffemblée fit faire
une Adreffe fur le fujet de la deputation
qu'elle ordonna qui lui feroit
faite, & deputa le Duc de Nortfolk
& le Duc d'Ormont , pour la
prefenter. Il les reçût avec d'autant
plus de joye que ces premieres demarches
dont il eftoit pourtant convenu
avec ceux de fon party , lui
firent connoitre qu'il n'avoit plus à
faire
du
Temps.
217
faire qu'un pas pour monter fur le
Trône. Il répondit à ces Deputez
avec toute l'honnêteté d'un hypocrite
, qui ne cherche qu'à tromper
ceux qui le careffent , & leur recommanda
l'union entr'eux , en leur
difant que leur inefintelligence pourroit
exciter de nouveaux troubles ,
qui ferviroient d'obstacle à l'acheve
ment de ce qu'il avoit fi heureuſement
commencé. Il leur marqua
beaucoup de joye de la fatisfaction
qu'ils témoignoient recevoir de fa
conduite , & les affura que n'ayant
point d'autre vûë que celle de leur
plaire , & de leur eftre utile , il continueroit
à prendre foin du Gouvernement
de l'Etat , & travailleroit de
tout fon pouvoir à eftablir & à
maintenir la tranquilité publique .
Ce Prince écrivit à la Chambre des
Communes de la mefme forte qu'il
avoit fait à celle des Seigneurs :
on lui fit une deputation fur le
même fujet , & on en reçut la même
réponſe. Cela ne pouvoit être
d'une autre maniere , puifque le
秉
K
1
218 V. P. des Affaires
Prince d'Orange prétendoit les meſmes
chofes des deux Chambres , &
que les deux Chambres eftoient d'accord
de lui faire la même réponſe &
les mefmes prieres : mais il falloir
pour fuivre l'ufage , que cela fe fit féparement.
La Convention ordonna auffi
dans cette premiere Seance , que l'on
feroit des prieres dans les Villes de
Londres & de Vveſtminſter , & dans
tous les lieux qui en font à dix milles
aux environs , & huit jours aprés
dans tout le Royaume , pour rendre
graces à Dieu de s'eftre fervi du Prince
d'Orange pour délivrer l'Angleterre
du Papifine . Ces deux démarches
réüffirent comme elles avoient
efté concertées entre ce Prince &
ceux de fon party , qui eftant plus intelligens
& plus hardis que les autres
avoient plus de part à fon fecret, &
faifoient mouvoir les reffots de cette
grande intrigue . Outre que la vanité
du Prince d'Orange eftoit flatée
par cette conduite , il eftoit perfuadé
que les prieres font de grandes imdu
Temps .
219
preffions fur l'efprit des Peuples , &
qu'eftant fort peu inftruits des affaires
d'Eftat , ils fe conduifent par ce
qu'ils entendent dire dans des lieux
où l'on ne doit enfeigner que des veritez
. Le Docteur Burnet fut choifi
pour prêcher devant la Chambre
des Communes le jour de cette Fefte.
Si ceux qui la compofent n'avoient
pas efté gagnez tous par
le
Prince d'Orange , ils n'auroient jamais
fouffert qu'un homme accufé
de haute trahison, reconnu coupable
par toute l'Angleterre , & qui s'en
eftoit retiré pour éviter les fupplices
qui lui eftoient preparez , prefchaft
devant une auffi grande Affemblée.
Un pareil Prédicateur eftoit digne
de foûtenir les interefts du Prince
d'Orange , & de les recommander
un Scelerat ne pouvoit parler que
pour un Ufurpateur , & il n'y avoit
qu'une Alfemblée amie de l'un & de
l'autre qui puft l'écouter . On peut
dire cependant que dans cette occafion,
la Convention & ce Prince ont
efté aveugles , & ont bien manqué.
9
Kij
220 V. P. des Affaires
gens
d'un
de jugement , puis que fi la fimpatie
qui fe trouve entre des
femblable caractere leur faifoit aimer
le Docteur Burnet , la politique ne
vouloit pas qu'ils fiffent leur Apôtre
, d'un homme reconnu par toute
la terre pour avoir trempé dans une
confpiration où il s'agiffoit d'affaffiner
un Roy , qui n'avoit jamais
donné à fes Sujets aucun lieu de fe
plaindre, & qui les à gouvernez pendant
fa vie , avec autant de douceur
que d'équité.
On ne parla ni du Roi ni du Prince
d'Orange dans la feconde Affemblée
de la Convention ; mais tout
ce qui s'y traita eftoit toûjours dans
la vene de noircir l'un , & de l'accabler
pour élever l'autre , & on y remarquoit
un certain efprit de politique
feditieufe , qui faifoit horreur aux
perfonnes de probité, qui avoient évi
té de prendre parti , ouqui avoient été
forcez d'embraffer celui qu'ils deteftoient
au fond de leur coeur.
Comme l'on fe pique fort en
Angleterre de ne rien faire qui ne
du
Temps.
221
foit felon les Loix , quoy qu'il n'y
ait point de lieu où elles foient plus
fouvent renverfées , depuis que le
Calvinifme a commencé d'y regner
la Chambre des Seigneurs établit un
Confeii de neuf Jurifconfultes pour
affiter à leurs Deliberations . Les
procedures que les Proteftans de la
Chambre des Communes avoient
refolu de faire faire à celle des Seigneurs
, êtoient fi irregulieres , que
ces Jurifconfultes leur étoient fort
neceffaires pour les redreffer. Je
ne vous puis dire s'il y firent tous.
leurs efforts ; mais il eft certain qu'ils
les auroient faits inutilement, quan d
même ils auroient tous eu de bonnes
intentions,& que la Chambre entiere
auroit efté dans le fentiment de ne
rien faire d'iniufte . La brigue du Prince
d'Orange eftoit trop forte dans la
Chambre baffe, pour fouffrir qu'on
s'opofât dans la haute à ce qu'elle avoit
refolu de faire paffer, & fi on y
avoit réfifté avec obftination , elle eftoit
refolouë d'ufer de violence , & de
Kiij .
222
V. P. des Affaires
la pouffer jufques aux dernieres extremitez.
On ne fe contenta point
de toutes les perfecutions qu'on avoit
faites aux Catholiques , on ordonna
encore de faire des recherches exactes
de tous ceux qui fe trouveroient
dans Londres; & de les arrêter.
Comme il n'y avoit dans la Chambre
haute guere plus de la moitié
des Seigneurs qui la doivent compofer
, le Prince d'Orange en cut de
l'inquietude , & apprehenda que ce
petit nombre ne fur pas trouvé fuffifant
, pour l'élire Roy , fuivant ce
qu'il avoit concerté avec ceux de
fon party. Cela l'obligea de convenir
avec les Seigneurs de cette Chambre
qu'il connoiffoit dans fes interêts
qu'ils euffent à proposer à toute
la Chambre d'écrire aux Seigneurs
abfens , pour les prier de fe rendre
à l'Affemblée , ce qui fut executé ,
mais avec peu de fuccez, la plufpart
ne voulant pas s'y trouver pour ne
point confentir aux injuftices , qu'ils
étoient feurs qu'on les forceroit d'aprouver.
du
Temps.
223
Le 7. de Fevrier , jour que fans
doute la pofterité remarquera par
plufieurs raifons , la Chambre des
Communes de la Convention , non
feulement déclara le Trône vacant ,
mais fans vouloir écouter ni raifons .
ni juftice , ni les plus fages de fes
Membres , ni la plus grande partic
de la Chambre des Seigneurs , ni les
neuf Jurifconfultes qui affittoient à
ces Déliberations , elle perfifta dans
des fentimens fi injuftes, & afin que
le fouvenir de ce jour là dure plus
long tems , elle s'obtina à dire qu'elle
s'en tenoit à fa Deliberation du 7-
pendant plufieurs jours que l'on voulut
la combattre , de forte que l'hiftoire
marquera ce feptieme de Fevrier
en plufieurs endroits , en rapor .
tant ce qui vient darriver en Angleterre
. Ce même jour fera fans doute
auffi bien- toft remarqué dans un
Parlement plus équitable , & veritablement
libre , quien remettant fon
Roy legitime fur le Trône , caffera
tout ce que la Convention a fait , de
même que le Parlement convoqué
K iiij
224 V. P. des Affaires
par le Roi Charles II . caffa tout ce
qu'avoit fait celuy qui avoit ordonné
la mort du Roy fon Pere .
Je viens au détail de tout ce qui
fe paffa le 7. de Fevrier, Les Communes
qui avoient dêja commencé à
déliberer fur l'état prefent du Royaume
, refolurent que la Chambre
fe tourneroit en Committé General ,
pour traitter plus amplement cette
matiere , & le Sieur Hamden fut
choisi pour Prefident .
Travailler
par Committé, c'eft à peu prés comme
travailler ici par Commiffaires ,
qui font enfuite rapport de l'affaire
qu'on leur a donnée à examiner ,
& de ce qu'ils ont refolu. On mit
en déliberation fi on pourvoyeroit
au Gouvernement de l'Eftat pendant
l'abſence du Roy , & de quelle
maniere on le pourroit faire.
vous ai déja dit que de quelques brigues
qu'on le fut fervi , & quelque
violence qu'on euft employée , on
n'avoit pû empêcher que quelques
Villes ne choififfent des Deputez de
probité. Cela avoit été caufe que
Je
du Tems.
225.
"le grand & violent party du Prince
d'Orange , avoit voulu foûtenir que
leur élection n'eftoit pas valide;mais
on l'avoit obligé de le prouver , ce
qu'il fit d'autant plus facilement,qu'il
fe croioit le plus fort , & qu'il l'êtoit
en effet. Cependant il fut queftion
de repondre à ce qui avoit été
mis en déliberation , & ces Deputez
ne pouvant trahir leur devoir , &
leur confcience , expliquerent leurs
fentimens avec une genereufe ferme-
τέ quoi qu'ils fuffent perfuadez.
qu'avec quelque force qu'ils les expliquaffent
, ils ne feroient pas fui-
>
vis. Ils s'êtendirent fur le ferment
qu'ils avoient prété au Roy , & dirent
que fans le violer , & fans renverfer
les Loix fondamentales du
Royaume , ils ne pouvoient rien entreprendre
contre l'autorité Souveraine
, & les prerogatives Royales
. Ils reprefenterent que s'ils agiffoient
fur ces maximes que les
Parlemens tenus aprés le retabliſ
fement du Roy Charles II. le Clergé
, & les Univerfitez avoient
Ky
226
V. P. des Affaires
deteftées comme abominables , & autant
contraires au Chriftianifme qu'--
aux Loix du Royaume , ils attireroient
fur eux & fur la Nation , les
mêmes malheurs , où les avoit expofez
la longue rebellion de ces tems
Îà ; mais leurs remontrances furent
inutiles , puis qu'ils parloient à des
Prefbiteriens qui établiffent leur Evangile
par les foulevemens & par
les meurtres , lors que les Princes , &
ceux qui gouvernent les Eftats s'oppofent
à fon progrés , le dernier du
Peuple en ufant parmi eux avec la
méme violence . Cela fe voit dans
une Lettre imprimée d'un Puritain .
Vous fçavez que Proteftant , Presbiterien
,& Puritain font la même chofe.
Cette lettre a efté écrite contre
Iofeph Hall , celebre Evefque d'Angleterre
, touchant ce qui regarde
Epifcopat de l'Eglife Anglicane. Ce
Puritain trop zelé compare la pretenduë
réformation faite en Angleterre
avec celle de l'Ecoffe , & dit
que cette derniere a efté beaucoup plus
pure , parce que les Ecoffois fe font
du
Temps-
227
•ppofez d'abord à la puiſſance des Evêques
, & les ont reduits à n'en avoir
que le nom , d'où il arriva que
Le Roi Lacques ayant voulu remettre
l'Epifcopat en Ecoffe , comme il étoit
en Angleterre , cela ne pût durer
long- temps, mais il leur a efté facile de
Secoüer ce joug , comme il vient dit - il
d'ariver car lepremier établiffement de
la reformation dans l'Ecoffe s'eftant
fait avec le fang , avec meurtre & a.
vec foulevement , cela leur donneit
courage de s'expofer à de nouveaux
perils aux dépens même de leur vie &
de leur Etat.
·
Auffi Buchanan , l'un des plus ha
biles & des plus zelez de leur party
a écrit pour juftifier les revoltes des
Sujets contre leurs Princes dans fon
Livre abominable, intitulé Dialogns
de jure regni apud Scotos, imprimé à
Edinbourg.Ils reconnoiffent d'ailleurs
que ç'a été en armant les peuples
contre les Rois & les Evêques ,que le
Calvinifme s'eft établi en Ecoffe.
C'eft pourquoi ce fut pour juftifier
ces feditions, & ces revoltes populais
1 vj
228
V. P. des Affaires
res que ce miferable entreprit ce Livre
, dont les maximes font fi deteftables
& contraires à la Monarchie ,
& par lesquelles il a abufé de l'Ecri
ture fainte.
Guillaume Carclay , tes docte &
tres - pieux Jurifconfulte , l'a refuté
folidement dans les deux premiers de
fes Livres contre les ennemis de la
Monarchie . L'un des premiers Paradoxes
de ce Calvinifte eft que les
Rois n'ont point le pouvoir de faire
des loix, & que ce pouvoir n'appar
tient qu'au peuple , d'où il conclud
que le Roy eft fujet à la loy, mais que
le peuple eft au deffus des loix. Il ne
pouvoit pouffer la fureur plus loin,
ny donner plus d'occafion aux peuples
de fe revolter contre leurs Princes.
Il pretend encore que le Peuple
qui a donné au Roy l'empire fur foy,
à droit de luy preferire de quelle maniere
il doit gouverner. Que les loix
fe doivent dreffer dans l's Etats , mais
que quand on en a fait le projet, on le
dot foumettre aujugement du peuple.
Un autre des Paradoxes de Buchanan
du
Temps.
219
eft de pretendre qu'il n'y a point de
Rois legitimes que ceux qui font foûmis
aux loix. Sur l'objection priſe du
huitiéme Chapitre du premier Livre
des Rois, où Samuel appelle le droit
du Roy , il a la hardieffe de dire que
c'eft d'un Tyran que parle Samuel, &
non pas d'un Roy legitime: ce qui eft
refuté par plufieurs Auteurs,& entr'-
autres par Groffius dans fon Livre de
jure pacis & belli L.1.C.4.N.3 . Ainfi
c'eft en vain que Buchanan veut , fe
parer de cét autre paffage du Chapitre
17.du Deuteronome : car ici Moïfe
preferit au Roy fon devoir , mais au
Livre des Rois Samuel marque jufqu'où
le Roy pourra étendre fa puiffance,
felon ce que Dieu lui avoit dit :
Faites ce qu'ils vous demandent , r ais
reprefentez- leur le droit du Roy qui
doit regner fur eux Stephanus Junius
Brutus,autre Calvinifte, a fait un
méchant & damnable Livre contre
l'autorité des Rois , qu'il feint avoir
efté imprimé à Edimbourg en 1979.
Le Roy Jacques I. quoy que Pro230
V. P. des affaires
teſtant , fut contraint de faire fuprimer
ces livres , principalement ceux
de Paræus qu'il fit refuter par David
Orten, Theologien Anglois. Le
Prince d'Orange & ceux qui ont eu
part à fon entreprife , femblent avoir
puifé toutes leurs maximes dans ce
Livre abominable de David Paræus
que fon fils Philippes Paræus fuivant
la coûtume trompeufe des Calviniftes,
voulut excufer par cette diftinction
captieufe que fon Pere n'avoit
voulu parler que des Princes Conventionels.
Un Calviniste, autour du livre intitulé
, La Politique du Clergé , dit
que pour caufe d'herefie il n'eft point
permis aux Sujets de fe revolter contre
leur Prince. Cependant il juftifie les
feditions qui fe firent au Parlement
de 1680. par les Puritains , miferable
refte des Conveliftes qui dominoient
encore dans le Parlement
d'Angleterre , pour exclure le Duc
d Yorck , & faire declarer le Duc de
Montmouth heritier préfomptif de
la Couronne. Ce font eux qui n'ont
du Tems. 231
que trop verifié depuis quarante ans
ce qu'en avoit predit le Roy Jâques,
qui les regardoit avec raifon comme
les plus dangereux ennemis de l'Etat .
Ce font ces ennemis de la Monarchie
comme leur ont fouvent reproché
les Epifcopaux , qui dominent encore
maintenant en Angleterre , &
qui font les veritables cauſes de tout
ce qui s'y fait d'emporté & d'illegitime
contre l'autorité Royale. Leur
fureur eft telle contre la Religion Catholique
, qui eft celle de plus de
foixante de leurs Rois , que plutôt
què d'avoir un Catholique pour Roi,
ils font difpofez à renverser la loy
fondamentale de tous les Royaumes
hereditaires , qui eft Que lefang &
la nature donnent les Rois , & d'expofer
leurs à eftre dechiré par
pays
des guerres inteftines qui ne peuvent
manquer , quand on entreprend
de chaffer du Trône un Souverain legirime
.
Les plus fages du Paganiſme & du
Chriftianifme ont toujours foutenu
que les Rois ne font point foûmis -
232 V. P. des Affaires
aux Loix , c'est à dire , que n'ayant
point de Superieurs fur la Terre , il
n'y a que Dieu qui les puiffe punir
au regard des chofes mêmes où ils
n'auroient pû fans peché , violer les
Loix , à quoy les Peres rapportent
ce que dit David , le n'ay peché que
contre vous. C'est qu'il eftoit Roy ,
& en cette qualité il n'eftoit point
fujet aux Loix , parce que les Rois
font libres des liens des crimes , n'y
ayant aucune Loy qui donne droit
de les en punir , & la fouveraineté
de l'Empire les mettant à couvert de
ce costé là . C'eft là le fondement inébranlable
de toutes les veritables
Monarchies .
> ou
La vraye doctrine de l'Evangile
ne laiffe aux vrais Chreftiens , quelque
opprimez qu'ils foient
qu'ils puiffent eftre par leurs Souverains
, que les prieres & la patience.
Il y en a qui croyent que
l'autorité des Princes eft fondée for
le confentement des Peuples ; mais
S. Paul qui penetroit les chofes par
l'efprit de Dieu , en reprend l'origi
du
Temps.
233
ne de beaucoup plus loin : Il n'y a
point de puiffance, dit- il, qui ne vienne
de Dieu ; ce qui montre que ce
:
n'eſt pas feulement par une espece
de traité entre le Roy & le Peuple,
que le Roy a le pouvoir qu'il a fur
fes Sujets mais que c'eft de
droit Divin , & par les ordres de
Dieu. Cela fait voir que lors qu'on
a l'infolence de fe revolter contre
fon Roy , la rebellion n'eft pas tant
contre un homme que contre Dieu .
C'est ce que marque Eunerus , Do-
&teur de Louvain & Evefque de
Levvarde en Frife , dans fon Livre
du devoir du Prince Chreftien . Le
mefine Auteur dit ; Quoy qu'un Roy
faffe mal quand il ne garde pas fes
promeffes, comme c'eft de Dieu mefme
qu'il tient fon autorité , cela ne fait
pas qu'ilfoit jamais permis de prendre
les armes contre luy .
Comme bien loin de trouver
quelques exemples dans les Saintes
Lettres de cette puiffance inoüye
que les Peuples d'Angleterre veulent
avoir , de fe rendre Juges de
234 V. P. des Affaires
leur Roy , on y voit tout le contraire
, & qu'il n'y a rien d'ailleurs de
plus oppofé à la nature conduite par
la raifon , on ne peut regarder ceux
qui font dans un autre fentiment ,
& qui agiffent fur ces principes , que
comme coupables de haute trahifon..
Rien ne peut autorifer des Sujets à
prendre les armes contre leur Prince
legitime , quand il feroit infidelle &
idolâtre , & que fes Sujets feroient
de veritables Chreftiens , & parfaitement
Orthodoxes . La Religion,
comme dit Lactance , fe doit défendre
, non en tuant , mais en mourant;
non par des moyens violens, mais par
La patience ; non par des revoltes criminelles
mais par les armes de la foy.
Les Payens ont reconnu cette verité,
& le plus celebres des Philofophes
difoit que quelques bonnes intentions
qu'on puiffe avoir, on ne doit point entreprendre
dans le Gouvernement de
la République où l'on eft né , que ce
qu'on peut obtenir par la voye de la
perfuafion , mais qu'il ne faut employer
la violence ny contre fon pere, ny
contrefa patrie.
du
Temps.
235
Quoy que la Royauté & les autres
formes de Gouvernement viennent
originairement du choix & du
confentement des peuples , neanmoins
l'autorité des Rois ne vient
point du peuple , mais de Dieu feul .
L'Apôtre n'appelle point les Princes
Miniftres du peuple , mais il les appelle
Miniftres de Dieu , parce qu'ils
ne tiennent leur puiffance que de
Dieu feul , & par là il eft vifible qu'il
n'eft jamais permis à perfonne de ſe
foûlever contre fon Souverain , ou
de s'engager à une guerre civile , la
guerre ne fe pouvant faire fans autorité
Souveraine , puifqu'on y fait
mourir les hommes , ce qui fuppofe
un droit de vie & de mort.Or ce droit
dans un Etat Monarchique n'appartient
qu'au Roy feul , & à ceux qui
exercent la juftice fous fon autorité.
Ainfi ceux qui fe revoltent contre
luy, ne l'ayant point,commettent autant
d'homicides , qu'ils font perir
d'hommes par la guerre civile ,
puis qu'ils les font mourir fans
pouvoir & contre l'ordre de
236 V. P. des Affaires
Dieu. C'eft en vain qu'on prétendroit
les justifier par les defordres de
l'Etat aufquels ils font femblant de
vouloir remedier . Il n'y a point de
defordre qui puiffe donner droit à des
Sujets de tirer l'épée puifqu'ils n'ont
point le droit de l'épée, & qu'ils ne
s'en peuvent
fervir que fous l'autorité
de celui qui la porte par l'ordre
de Dieu .
Toutes ces chofes qui ne font pas
ignorées des Anglois parce qu'ils
font tres bons Jurifconfultes, & tou-:
tes les remontrances que purent faire
les Députez dont je viens de faire
voir la fidelité pour leur Roy , & la
fermeté à ne rien faire contre la juftice
& contre leur confcience , n'empêche
ent pas qu'il ne fut conclu
que le Roy Iacques II. ayant tâché
de renverser la conftitution du Royaume
d'Angleterre , èn violant le Con rat
Original entre lui le peuple par les
confeils des lefuites & autrès perfonnes
mal intentionnées , ayant violé les
loix fondamentales , & s'eftant retiré de
fon Royaume, avoit renoncé
là an
par
du
Temps.
237
Gouvernement , & que le Trône étoit
devenu vacant par fon abfence.
Je vous donne le kefultat de cette
deliberation autant qu'il m'eft poffi.
ble dans les mêmes termes qu'il a été
fait. Il ne s'eft jamais vû de decifion
fi infoutenable, fi injufte, & à laquelle
il y euft fi peu de bon fens , & l'on
auroit peine à croire en la lifant que
la jurifprudence euft jamais été connuë
en Angleterre .
Je répondrai à cette Déliberation
, quand j'aurai achevé de vous
dire tout ce qui la regarde , & que
j'auray mis ici une copie des griefs
qui furent donnez contre le Roy .
Cependant vous remarquerez que
le mot de Iefuites jetté dans cette
Déliberation , eft une choſe à laquelle
il n'y a pas la moindre ombre de
vrai -femblance; cela eft vague , & ne
fignifie rien . On avance un fait dont
on fe veut fervir pour dépoffeder un
Roy , fans y ajoûter aucune circontance
ni fauffe ni veritable, & au lieu
de prouver dans la fuite ce qu'on a
avancé , on n'en parle plus ; comme
238
V.
P.
des
Affaires
•
s'il fuffifoit pour ôter une Couronne
à un legitime Souverain , de dire des
chofes en l'air , & de fe taire enfuite
fur des faits , qui doivent toûjours
paroitre fi clairs , qu'ils ne puiffent
être conteftez lors qu'il s'agit de
commettre une injuftice, fur laquelle
toute la terre a les yeux ouverts.
Cette Déliberation ayant été faite,
on l'envoya aux Seigneurs pour leur
demander leur confentement , afin de
faire un refultat des deux Chambres.
Cependant on examina , fi un Catholique
pouvoit regner en Angleterre,
puis que la Religion Cathelique
étoit incompatible avec le ferment
de fupremacie, établi par Henry
VIII. & avec les Loix paffées en
d'autres Parlemens dépuis le changement
de Religion . Comme on avoit
refolu de faire paffer tout ce
qui feroit propofé dans cette Affemblée,
il fut conclu qu'un Prince faifant
profeffion de la Religion Catholique
ne pouvoit être Roy d'Angleterre
, fous pretexte que cette Religion
eft incompatible avec le bien de
du
Temps. 239
l'Etat . Quelques Deputez firent voir,
que le Parlement tenu à Vveftmiafter
en 1685. avoit jugé le contraire,
& que toutes les Villes & tous les
Corps du Royaume avoient preſenté
des Adreffes au Roy contre cette
maxime; le plus grand nombre l'emporta.
On établit un Commite pour
rediger par articles les points fuivans
qui devoient être en déliberation .
Que les Milices feroient mises en
fi bon état, qu'elles pourroient ê re employées
pour la défense du Royaume ,
fans qu'il y euft un corps de Troupes
reglées fur pied.
Que les Chartres & Priviléges des
Corps ne pourroient recevoir aucune
alteration.
Que le Prince ne pourroit difpenfer
des Loix.
Que les luges ne pourroient être
privez de leurs Charges , s'ils n'étaient
juridiquement convain . us d'avoir manqué
à leur devoir.
Que leferment que les Rois prêtent
à leur couronnement, feroit inviolablement
obfervé.
240
V. P. des Affaires
Que le Parlement feroit convoqué
au moins de trois ans en trois ans , &
que le Prince d'Orange s'engageroit
par un ferment particulier à obferver
tous les articles .
Ce dernier article merite qu'on y
faffe reflexion . On ne fçavoit file
gouvernement tourneroit en Republique,
fi on éliroit un Regent , fi on
nommeroit un Roy, ou fi on rappelleroit
Sa Majesté Britannique, & ce .
pendant on impofe au Prince d'orange
de s'engager par ferment à obferver
ces divers articles . On fait
voir fans y penfer, quoi qu'on pretendit
ne le pas faire connoitre , le
deffein qui avoit été formé par fes
Partifans de le nommer Roy. Aprés
avoir mis ces articles en déliberation
, on parla de ce qui les devoit
preceder, & l'on mit en question s'il
étoit plus avantageux que le Royaume
fuft gouverné par un Regent que par
un Roy. Quarante- neuf Seigneurs
opinérent pour établir un Regent ,
& cinquante- deux pour conferver
la
du
Temps
241
la forme ordinaire du Gouvernement.
Quoi que ces derniers fe déclaraffent
pour la Royauté , ils êroient neanmoins
directement oppofez aux inte.
refts de leur legitime Souverain &
ils ne vouloient que l'Etat fut gouverné
par un Roy , que parce que
leur refolution eftoit prife d'élire le
Prince d'Orange.Le Docteur Scharp
prêchant devant les Communes ,
donna au Roy le titre ordinaire de
tres- Excellente Majesté & de Défenfeur
de la Foy.Il pria pour ce Prince à
l'ouverture de fon Sermon , fuivant
la coûtume , & fuivant les termes
preferits par le Livre des prieres communes.
Quelques Deputez , qui en
toutes occafions faifoient voir un zeles
indifcret pour le Prince d'Orange
& qui dans leur ame l'avoient déja
nommé pour leur Roy , dirent que ce
Docteur avoir fait un affront aux
deux Chambres , & demanderent qu'il
fut arrêté. Cette violence fut blàmée
par les plus fages , & ceux mêmes de
leur parti qui étoient plus politiques
& qui regardoiét cela come une chofe
L
242
V. P. des Affaires
}
indifferente qui ne devoit ni avancer
ni reculer leur deffein , les condamnerent
, de forte qu'il fut feulement
refolu que ce Docteur ne feroit
point remercié de fon Sermon . La
Chambre des Seigneurs delibera fur
l'état general des Affaires , & fur
lé Gouvernement de l'Etat . On y
examina fi fuivant le refultat de la
Chambre des Communes , on pouvoit
dire , qu'il y eat une espece de contrat
entre le Roy & fon Peuple , & que Sa
Majefté l'eut violé. Cette matiere
fut agirée fort long- tems , & quarante
trois Seigneurs firent voir que le
Prince d'Orange ne les avoit pas
gagnez , qu'il n'eftoit pas aifé de les
furprendre , & qu'ils ne pouvoient
confentir à avoüer une chofe qu'ils
ne croyoient pas veritable.Ils êtoient
fondez fur plufieurs Actes des Parlemens
qu'ils raporterent & fur d'anciennes
Décifions de tous les Tribunaux
d'Angleterre , qui ont condam -
né cette maxime comme pernicieufe.
Je n'entrerai point ici dans une
Relation trop particuliere, qui n'a}
du 243 Temps.
partient qu'à ceux qui ecrivent les
Nouvelles à mesure qu'il fe paffe quelque
évenemét. Le Journal de tout ce
qui s'est fait dans la Covention d'An
gleterre refroidiroit cette Hiftoire
fi je le mettois entier.Il eſt mêlé de
mille chofes indifferentes à l'égard du
point que je veux traiter, qui eft l'é
lection du Prince d'Orange , & l'injuftice
qu'on à faite au Roy en agiffant
directement contre toutes les
loix divines & humaines. Il n'eft pas
befoin pour parler de ce fait de rebatre
des chofes qui ont été proposées
un iour , & dêtruites le lendemain ,
& que les Communes ont enfin fait
paffer par violence. Tout cela fe renferme
prefque dans la refolution dú
7. de Fevrier , par laquelle la Chambre
baffe, contre tout droit & raiſon,
contre l'avis des plus fages deputez,
contre les Actes des Parlemens, contre
les deeifions des Tribunaux , &
enfin contre leur confcience & contre
la verité , dont ils êtoient tous
perfuadez dans le fond de l'ame , declara
que le Trône êtoit vacant. Mi-
Lij
244 V. P. des Affaires
ford Preſton prefenta enfuite une lettre
du Roy à la Chambre des Communes,
mais il fut refolu qu'elle feroit
fuprimée, & qu'o ne l'ouvriroit point
quoi que cette Chambre d'euft non
feulement la lire,mais encore le memoire
que le Roy avoit laiffé ſur ſa
table en fortant de Rochefter, & qui
contenoit les raifons qui le portoient
à fortir du Royaume , auffi bien que
la Lettre que Sa Majesté Britanique
avoit écrite aux Seigneurs , & autres
de fon Confeil, depuis qu'Elle avoit
été obligée de fe retirer en France.
Ces deux Lettres êtoient imprimées
en Anglois , & le Roi les avoit fair
répandre dans toute l'Angleterre, de
forte que la jaftice vouloit que ces
trois Pieces- la fuffent leuës avant que
l'on décidât fi le Trône étoit vacant
ou non . On y auroit trouvé un nombre
infini de raifons toutes à l'avantage
du Roi , qu'il auroit été difficile
de combattre, mais comme le deffein
êtoit formé de donner la Couronne
au Prince d'Orange , on étoit bien
du
Temps.
245
aife d'ignorer que le Roi euft de bonnes
raifons pour faire voir que le
Trone n'étoit point vacant , parce
qu'on vouloit abfolument qu'il le
fut , & qu'on auroit été faché d'avoir
des lumieres claires la- deffus .
Ainfi le Roi ne put jouir de l'avantage
qu'on auroit été obligé d'accorder
au dernier & au plus miferable de fes
Sujets , & qu'il auroit été en droit
de fe faire accorder de force en demandant
que l'on obfervât les Loix.
Ce Monarque fut jugé fans que l'on
euft voulu voir ce qui pouvoit fervir
à fa juftification , ni lire aucune des
Pieces de fon Procez , & on lui fit un
-crime de s'étre retiré de fes Etats ,
lors que toute la Nation de luy
devoit faire des remerciemens extraordinaires
, d'une bonté fi
grande , fi furprenante , & fi nouvelle
que peut - eftre toutes
les Hiftoires n'en pourroient fournir
d'exemples. Le Roy pou .
voit fe conferver la Couronne
empefcher fes ennemis de defcendre
en fes Eftats, punir les Traiftres ,
•
>
Liij
246 V. P. des Affaires
regner avec un abſolu pouvoir , &
triompher de tous ceux qui lui manquoient
de fidelité . Il n'avoit pour
cela qu'à accepter le fecours qu'on lui
offroit. Ce fecours êtoit fi fort, qu'on
n'auroit feulement ofé former le deffein
d'aprocher de l'Angleterre, bien
loin de fonger à y faire une defcente.
Cependant ce Monarque a refuſé un
moyen fi fueur de demeurer maître
de tous fes Sujets: il s'eft affeuré entierement
fur leur zele & fur leur fidelité
, & n'a pas voulu les mettre
dans des alarmes qui auroient pû les
remplir d'inquietudes : il n'a cherché
qu'à leur faire voir qu'il êroit bien éloigné
d'avoir la pensée d'établir fon
regne fur le pouvoir arbitraire dont
on lui impute fauffement qu'il a vou
lu fe fervir , puifque s'il avoit confenti
a recevoir le fecours dont je
vous ai parlé , il auroit été en état
d'impoſer à fes fujets telles loix qu'il
lui auroit plu , mais pour montrer
qu'il ne veut rien innover , & qu'il
prend en eux une entiere confiance,
ils'y abandonne tellement , qu'il eft
du
Temps.
247
contraint de fortir de Londres , &
qu'on a la hardieffe de l'éveiller à
minuit , pour lui en fignifier l'ordre.
Il fe voit enfuite conduit en prifon
par les Troupes de fon Ennemy , &
par ce qu'il s'eft échapé de cette prifon
où il auroit pû mettre les autres ,
fi fon extrême bonté ne l'ût empéché
d'entrer dans des défiances qui pouvoient
alors lui être permifes , on le
trouve criminel de s'être retiré d'Angleterre
; on declare le Trône vacant
& l'on couronne le Prince d'Orange.
Quand la confiance qu'il avoit au zęle
& à l'amour de fes peuples , ne lui
auroit pas donné un iufte fujet d'attendre
d'eux des fecours capables de
le mettre à couvert de tout ce qui loi
eft arrivé , on n'a jamais fait un crime
à un prifonnier de s'être échapé
de la prifon. Le plus coupable ne s'eft
point encore vu condamner pour avoir
cherché fa liberté.Tous les hom .
mes êtant nez libres ont de la peine
à s'accommoder de l'efclavage , & le
Roi d'Angleterre le devoit moins
foufftir qu'un autre , puifque rien.
Lij
248
V. P. des affaires
puifque rien n'êtoit plus injufte que
fa captivité, & qu'il étoit prifonnier
de ceux qui lui devoient toute forte
de refpect & d'obeiffance , qui n'avoient
aucun fujet de fe plaindre de
lui , & qui estoient engagez par les
droits du fang & de l'alliace à le défendre
, s'ils l'euffent veu attaqué.
Cependant ce genereux Monarque ,
ce Prince innocent , ce Roy qui à témoigné
tant de bonté pour les Sujets
, eft condamné par ceux mêmes
en qui il a pris une confiance que la
pofterité ne pourra croire & ces mêmes
Sujets , ces mêmes Juges font
injuftes jufqu'au point de l'eftimer
criminel , fans vouloir l'entendre , &
ce qui paroit inconcevable , ce font
des Juges éclairez , élevez dans un
pays où tout le monde fçait la Iurifprudence,
où l'on ne parle que des
loix, & où l'on menace inceffamment
de punition ceux qui ne les obfervent
pas . Cependant ces mêmes luges feduits
par l'ennemi de leur legitime
Souverain , & aveuglez par leur paffion
font une injuftice infoutenable
au Tems.
249
aux yeux de toute la terre , qu; les
tient ouverts , pour examiner leur
conduite, Ils font un crime à leur
Prince de s'être retiré , aprés l'avoir
obligé de fuir , ils condamnent un
prifonniers d'avoir rompu les fers ,&
veulent donner des loix à celui qui
eft en droit de les impofer. Peut- on
nier après toutes ces chofes aufquelles
il eft impoffible de repliquer, que
la plupart des Deputez de la Chanbre
des Communes êtoient gagnez
pour donner un jugement auffi irregulier
& auffi injufte que celuy qu'ils
ont prononcé , & qu'en le donnant
ils n'ont pas veu qu'il ne pouvoit être
foutenu que par la force. Auffi ont
ils crû qu'il le feroit par les troupes
de fon ennemi, par les perfonnes qu'il
avoit fubornées en Angleterre , par
ceux des Seigneurs qui avoient trahi
le Roi , par l'humeur imperieufe &
violente du Prince d'Orange , qui
veut être obei aveuglement , & qui
en ufe d'une maniere à faire tout
craindre à ceux qui ont le courage
de s'opofer à fes volontez de forte
Ly
150 V. P. des Affaires
que pour le garantir du peril dont
on fe voit menacé , on s'abandonne
fouvent à tout ce que la confcience ,
& la raifon devroient empefcher de
faire.
La Chambre des Communes con
tinuant d'agir dans cette affaire contre
les loix,contre la verité & contre
toute forte de vray - femblance , ne
s'eft pas contentée de déclarer le
Trône vacant, mais elle a voulu marquer
que le Roy a abdiqué. Je fçay
bien qu'il auroit falu qu'il cuft abdiqué
pour autorifer ce qu'elle a fait ,
mais il ne s'enfuit pas de là qu'elle
ait pû fe fervir du mot d'abdication.
Tout eft fi formellement contraire à
ce qu'elle a prononcé touchant la vacance
du Trône.qu'elle ne le peut autorifer
par la plus foible aparence de
raifon L'abdicatió fupofe qu'un Prin
ce a fortement refolu de fe démettre
du Trône, qu'il y a mû ement penfé,
& qu'enfuite il en a fait une renonciation
par un acte dans toutes les
formes & qui marque que c'eft de fa
propie volonté qu'il fe demet de la
du
Temps. 151
dignité à laquelle il luy plaift de renoncer,
fans qu'il y foit contraint en
aucune forte. Il n'y a rien dans tour
le procedé du Roy d'Angleterre qui
faffe voir le confentement neceffaire
pour autorifer & pour faire valider
une veritable renonciation : au contraire
tout y eft visiblement oppofé.
Celuy qui abdique quitte volontairement
ce qu'il poffedoit , & le fait
fçavoir ; le Roy d'Angleretre fe retire,&
ne quitte pas : il fait fçavoir à
fes Sujets la violence qui luy a efté
faite il laiffe ; fes raifons par écrit
pour tout fon peuple ; il adreffe une
Lettre à la Convention , aprés en avoir
envoyé une autre aux Seigneurs
& autres de fon Confeil privé , par
laquelle il continuë d'agir , comme
s'il étoit dans le Royaume , puifqu'il
y donne fes ordres à fes Miniftres.
S'il ne les leur donne pas luy- méme,
ce n'eft pas fa faute ; on auroit bien
moins fouffert qu'il les donivaſt , s'il
eftoit demeuré en prifon . Ainfi il
a fait tout ce qu'il a pû & tout ce
qu'il a dû faire dans la fituation où
L vl
252
V.
P.
des
Affaires
fes affaires fe font trouvées . Il a tou
jours agi & donné les ordres en Roy,
pour ne point interrompre fon Regne,&
loin de rien faite qui marquâr
qu'il abdiquoir , il s'eft déclaré de
toutes les manieres qui étoient en
fon pouvoir, pour empêcher qu'on
n'inferât que fa retraite êtoir une abdication
tacite.
Comme il ne fe fairien que dirregulier
dans une affen biće , compofée
de gens feditieux & corropus
& dont chacun fe figure qu'on le
doit récompenfer , on n'en devoit
attendre que des chofes de ce caractere.
Auffi n'ont ils rien fait qui n'en
parût digne. Des Traitres qui ne
cherchoient qu'à ôter la Couronne
à leur Roi, ont esû que voyant le
pouvoir en main , ils devoient l'emploier
pour ordonner qu'on feroit des
remerciemens à ceux qui font coupables
du même crime, & qui ont conf
piré comme eux contre l'Autorité
Souveraine;de forte qu'ils ont arrêté
qu'on remercier oir les Officiers &
les Soldats de l'Armée & de la Flotte,
fe
du
Temps.
253
& en general tous ceux qui ont pris
les armes contre le Roi , & en leur
voulant faire honneur, ils ont abregé
toutes les procedures qu'on auroit
faites un jour contre eux ; pour les
faire voir coupables du crime de haute
trahifos. Quand on voudra les
convaincre, il fuffira de l'acte de la
Convention ordonné pour leur faire
des remerciemens d'avoir trahi leur
Roy , de même qu'il a fuffit pour
faire le Procez aux Juges de Charles
1. de prouver que Cromvel les avoit
chofis pour Juges de ce Monarque.
Il leur fit un honneur que ceux qui
vivoient encore payerent de leur
fang aprés le rétabliffemenr du fou
Roy. Les Officiers qu'on remercie
aujoud'hui , & les luges qui remercient
, doivent craindre qu'il ne leur
arrive la même chofe , à moins que
leur repentir n'éface leur crime , &
qu'ils ne travaillent de bonne heure
à détruire Ufurpateur , qu'ils ont
élevé. C'est à quoy ils devroient
penfer ferieufement au lieu de
s'applaudir entre eux comme ils
,
254 V. P. des Affaires
fond , de ce qui ne peut fervir qu'à
les faire remarquer , & à les rendie
odieux é la pofterité.
Le 12 Fevrier nonobftant toutes
les remontrances des Seigneurs , la
Chambre des Communes s'obstina à
ne vouloir rien relâcher de fon Refultat
du 7.du même mois , dans tout ce
qu'elle avoit decidé contre le Roi , &
pour declarer le Trône vacant ,
Le 14.le fieur Hamden fit fon raport
du Memoire dreffé par un Committé
touchant les raisons que les Commu
nes pretendoient avoir de ne fe
point départir de la refolution du
7. & les Seigneurs.s'y opoferent encore.
.LeLe 15. les Communes conclurent
de nouveau à la pluralité des voix ,
qu'il falloit s'en tenir à ce même Refultat
du 7. fans y rien changer.
Le 16.les Seigneurs fe trouverent
enfin obligez de confentir à tout ce
qu'avoit refolu la Chambre baffe, fans
qu'on y fit aucun changement.
Je n'avance rien touchant tous les
faits que je raporte , particulierement
du Tems. 255
"
à l'égard de ce qui s'eſt paſſéà laConvention
, qui ne foit Imprimé avec
permiffion dans toutes les nouvelles
publiques d'Angleterre & de Hollande.
Ainfi ce que je marque étant véritable
, on ne peut nier qu'il n'y ait
eu de la violence dans tout ce qui a
efté refolu contre le Roy dans la
Chambre des Communes , que l'E
lection du Prince d'Orange ne faft
une chofe premeditée avant fon ouverture
, & que tous les Deputez étant
gagnez, ils ne devoient pas même
écouter les chofes qui pouvoient
juftifier la conduite du Roy. On en
doit êtte entiérement convaincu , puis
qu'ils n'ont point voulu lire les trois
pieces qui parloient de la fortie de
Sa Majesté Britanique hors de fon
Royaume , & qui leur auroient fait
voir trop clairement , qu'il n'y avoit
pas la moindre juftice , ny la moin
dre vrai femblance à declaier le Trône
vacant. Ce font là les moindres
raifons qui font connoître que tout
ce que cette Affemblée a fait contre
le Roy eft infoûtenable , car il
256 V. P. des Affaires
fuffit pour cela qu'elle foit illegiti
me , & illegitimement convoquée,
D'ailleurs il y a des Loix qui portent,
que les Décifionsfont nulles, lors que
l'une des Chambres eft violentée , &
l'on ne peut douter que la Chambre
haute ne l'ait été . Il ne faut qu'examiner
l'obftination de la Chambre
baffe à ne pas vouloir changer un
mor de fon Refultat,aprés en avoir été
priée quatre fois par les Seigneurs
en quatre jours differens . C'eft un
fait qui n'a point befoin de preuves,
& on n'a pour en être convaincu
qu'à jetter les yeux fur le Journal de
tout ce qui s'eft paffé à la Convention.
Un fait fi conftant qu'on ne le
peut contefter , prouve affez que les
Deputez de la Chambre des Communes
n'auroient pas pouffé fi loin
leur injufte fermeté, s'ils n'avoient été
affeurez que tout ce qu'on avoit refolu
qu'ils appuyeroient,feroit foûrenu
par le parry que le Prince d'Orange
avoit dans Londres , & qui étoir
encouragé par plufieurs de fes
Soldats deguifez en Bourgeois , &
du
Temps.
257
qu'enfin s'il avoit falu employer la
derniere violence, ce Prince étoit refolu
de s'en fervir plutôt que de n'être
pas élevé au Trône.
La Chambre des Communes ayant
obtenu tout ce qu'elle ſouhaitoit , &
fe voyant en état d'achever ce qu'elle
avoit entrepris , propofa de couronner
le Prince & la Princeffe d'Orange,
Roy & Reine d'Angleterre.
Comme c'étoit l'endroit d'élicat ,
& où devoit aboutir tout ce qui avoit
été fait , le Prince d'Orange avoit de
nouveau fait agir toute la brigue pour
ce jour- là. On avoit recompenfé les
uns ,achevé de gagner les autres, intimidé
lesfoibles , menacé les plus hardis;
& tandis que l'on offroit de l'argent
& des dignitez à ceux qu'on
jugeoit capables de s'en laiffer ébloüir
, on faifoit voir des prifons
toutes prêtes à s'ouvrir pour les plus
opiniâtres.
Dans le même tems qu'on fit la
propofitionà la Chambre baffe ,la même
chofe fut agitée à la Chambre
> haute. Il avoit manqué trois ou qua258
V. P. des Affaires
les
AL
als
tre voix au Prince d'Orange, prefque t
tontes les fois que les Seigneurs avoiet
mis quelque chofe en déliberatió
en fa faveur. C'eft pourquoi il avoit
eu foin de les gagner dans cette derniere
occafion , afin qu'une affaire
auffi délicate que celle que l'on devoit
agiter , ne fut point balancée & reprife
à plufieurs fois , ce qui auroit pû
tirer les Peuples de leur affoupiffement
pour les interefts de leur veritable
Souverain , & leur faire ouvrir
yeux fur l'injuftice qui lui étoit
faite du moins cela auroit pu avoir
de fort dangereufes fuites , pour l'ambitieux
qui facrifioir tout au defir avide
de regner. Tout fe paffa comme
il fouhaitoit, tant il avoit pris de juftes
mesures, s'il peut être loué par
quelque endroit , c'eft d'en prendre
rarement de fauffes ; mais il faut fe
maintenir aprés qu'on eft parvenu à
un haut
rang. C'est là l'importante
affaire , & il vandroit mieux fouvent.
ne s'être pas élevé élevé , que de tomber
avec honte. On refpecte un homme
tant qu'il joüit du fruit de fes crimes
;
du Tems. 259
quoi qu'on ne l'eftime pas , & on lui
cache les fentimens que l'on a de lui
mais dés qu'il vient à tomber , fes
Amis méme qui êtoient éblouis de fa
fortune , à caufe de l'utilité qu'ils en
tiroient remarquent toute l'énormité
de fes attentats , & rel qui étoit
monté au plus au dégré d'élevation
devient le jouer, la rifé , & l'oprobre
de la plus vile populace.
•
pas ne
Le Prince & la Princeffe d'Orange
aprirent la nouvelle de la dignité qu'-
on leur deferoit comme des perfonnes
qui s'y êtoient attenduës, parce
qu'ils avoient fait tous les
ceffaires pour cela, Aiufi ils ne peuvent
dire qu'ils ont êté forcez d'accepter
la Couronne , puis qu'ils craignoient
tellement qu'elle ne leur échapât
, qu'ils l'accepterent d'abord,
fans faire méme aucun refus affecté
G'eftoit alors que le Prince d'Orange
êtoit en pouvoir de juftifier fon entreprife
; il pouvoit faire connoitre
qu'il n'avoit rien exposé que de veritable,
il pouvoit dire qu'il n'êtoit point
venu pour détrôner le Roy fon Oncle
260
V. P. des
Affaires
& fon Beau Pere , mais pour empêcher
que la Religion Proteftante ne fut opprimée
; queprefentement qu'ilſe v
your en état d'être Arbitre entre fon
Beau-Pere & fes peuples , il vouloit
travailler à les unir ; qu'il falloit que
Le Roy fit pour la Religion , ce que fes
Peuples exigeoient de lxy , & ce qu'il
le coniuroit de leur accorder , en leur
pardonnant en même - tems ce qu'ils avoient
fait contre l'obeiffence qui luy
étoit deue Aprés avoir tout fait regler
par un Parlement libre , il auroit
dû fe retirer pour s'en tenir aux termes
de fon Manifefte , il s'en feroit
retourné fans Couronne , mais avec
les acclamations de toute la terre . On
l'auroit j'ugé digne d'en porter une ,
& peut être n'en auroit- il pas mandans
le moment qu'il
qué,au lieu que
l'a acceptée , il a dû fentir déchirer
fon ame par tout le mal qu'il faifoit
qui s'eft prefenté fans doute à fon
fouvenir : il a dû voir qu'il ſe rendoit
odieux à tout le monde, même à ceux
que la politique oblige de lui faire
bonne mine , & aux Puiffances que
du
Temps.
261
des raifons d'Etat engagent à le reconnoitre
pour Roy , & c'eft ce qui
ne peut fe chacher ,puis qu'il a manqué
à tout ce qu'il à promis dans fon
Manifefte , & à tout ce que la juftice
, le fang , l'alliance , l'honneur &
l'amitié demandent d'un honnête
homme,
Quant à la Princeffe fa femme , il
n'y a perfóne qui ne la trouve encore
plus criminelle que lui, parce que le
Sang l'aprochoit davantage de fon
Pere dont on a toujours connu qu'-
elle rempliroit le Trône avec joie.On
n'a jamais oui dire qu'elle ait fait le
moindre effort pour perfuader au
Prince d'Orange de ne point paffer
en Angleterre. On auroit pû croire,
quand on l'a vûë prier dans les Temples
› que c'étoit autant en faveur
du Roy fon Pere , que du Prince
fon époux , & qu'elle demandoit au
Ciel leur union ; mais aprés la trop
heureuſe defcente du Prince d'Orange
en Angleterre , elle a fait
voir fur fon vifage une tranquillité
qui ne pouvoit être caufée que par
262 V. P. des Affaires
.
l'efperance de porter bien- toft une
Couronne. Elle a receu avec plaifiri
tous les complimens qu'on luy a faits
fur les avantages , remportez fur fon
Pere, & fon coeur a volé, quand il a
efté question de partir pour aller
prendre le titre de Reine. On n'a
point parlé de fes larmes , on n'en a
point vâ couler , & l'on n'a pas même
remarqué qu'elle ait efté agitée
de la moindre inquietude, quoy qu'on
en prenne fouvent par l'idée du crime
dont on eft fur le point de fe
noircir , quelque refolu qu'on foit
de le commettre. Cette Princeffe a
pallé en Angleterre toute remplie de
l'image du Trône : elle n'a vû que le
Trône , & poffedée de l'ambition qui
la devoroit , & qui ne lui permettoit
pas de penfer que ce Trône eftoit
rempli par fon Pere , elle a appris
auffi - tôt aprés fon arrivée , que le
Prince fon Epoux , & elle , eftoient
nommez pour l'occuper , fans reffentir
aucune des émotions qui accompagnent
le crime. C'eftoit dans ce
moment que la nature devoit faire
du Temps.
263
fon effet , & que de juftes remords
devoient lui donner horreur d'ellemême.
Cependant il ne parut pas
qu'elle en fentit , ou s'il y eut quelque
agitation dans fon ame, on peut
dire que ce fut la joye qui la caufa.
Elle doit fonger, lors qu'elle fe voit
au comblé de fes defirs & au faifte
des grandeurs humaines , qu'on lui
fera des honneurs , fans qu'elle foit
honorée de perfonne dans le fond
de l'ames qu'on luy rendra des refpects,
& qu'on n'aura point d'eftime
pour elle ; qu'on la regardera comme
une perfonne élevée dans un
rang ufurpé , & qui ne luy appartient
pas que les honneurs qu'elle
recevra s'adrefferont au Trône , &
non pas
à fa perfonne , & qu'ils feront
arrachez , & non rendus de
bon coeur & de bonne foy par tous
les honneftes gens . Enfin fi du fuprême
degré où cette Princeffe eft élevée
, elle veut defcendre un moment
en elle même , elle connoîtra
ce qu'on penfe d'elle , puis qu'il eſt
impoffible qu'elle fe cache , ce que264
V. P. des Affaires
l'on a fujet d'en penfer. Le refpect
que je dois au Sang dont elle eſt
fortie , m'oblige à n'en rien dire de
plus.
Comme il y a par- tout des gens
de merite & de probité , & que chacun
juge fouvent d'autruy par foymême
, il s'en eft trouvé à Londres
qui ayant examiné le Manifefte du
Prince d'Orange , ont foûtenu , &
quelques - uns ont même gagé qu'il
n'avoit aucun deffein d'ufurper le
Trône. Ils eftoient fondez fur divers
endroits de ce Manifefte , qui appuyoient
leurs raisonnemens. Voicy
le premier.
Pour ce qui eft de nous en particuliers,
nous voulons en toutes chofes ai
der à avancer la Paix & le bien commun
de la Nation , par les moyens
qu'un libre & legitime Parlement aura
determinez,puifque toute noftre entreprise
netend qu'à la confervation de
la Religion Proteftante , à mettre toutes
fortes de perfonnes à couvert de
la perfecution au sujet de leur con-
Leience, & à affermir toute la Nation
dans
du Temps. ~~ 265
dans la libre jouyssance de tous fes
droits & libertez sous un jufte & Lea
gitime Gouvernement. Voilà la fin
que nous nous fommes propofée en prenant
les armes en cette occafion . Pour
2 parvenir , nous tiendrons les forces
quifont fous noftre commandement.
dans la difcipline militaire la plus fevere.
Nous aurons un fain particulier
que Les Peuples des Provinces par où
il nous faudra marcher , ne souffrent
qucune incommodité de leur part , &
auffi toft que l'eftat de la Nation le
permettra , nous prom ttons de renvo
yer toutes ces Troupes Etrangeres que
nous avons amenées avec nous. Nous
efperons donc que tout le monde jugera
favorablement de nous & que l'on
approuvera nôtre procedé ; mais pour
Le fuccés de cette entreprife, nous-nous
en repofonsfur la benediction de Dieu ,
en qui nous mettons noftre entiere &
unique confiance.
Le fecond fe trouve conceu en ces
termes.
Sur cela nous avons trouvé bon de
paffer en Angleterre , & de prendre
M
266 V. P. des Affaires
J
1
avec la benediction de Dieu des for
cesfuffifantes pour nous deffendre de la
violace de ces pernicieux Cofeillers ; &
defirant que notre intentionfoit bien entendue,
nous avons à cette fin fait dreffer
cette Déclaration , où de la même
maniere que nous avons rendu un
compte veritable des raisons qui nous
portent à cette entreprise, nous avons
jugé à propos de faire connoître que
cette expedition n'eft à aucunefin que
pour avoir le plutôt quefairefe pourra
un libre & legitime Parlement Affemblé.
1
On lit ces paroles dans un autre
endroit.
Suivant donc les conftitutions du
Gouvernement d'Angleterre & toutes
les vieilles coûtumes, toute élection de
Parlementfe doit faire dans une pleine
Liberté ,fans aucune contrainte, &fans
qu'ilfoit permis de requerir ceux qui
ont droit d'élire pour les porter à dire
ceux qu'on leur recommande. Ceux
mêmes quifont librement Elus doivent
opiner en toute liberté fur toutes les
du Temps.
267
matieres qui leur font propofées ayant
toujours devant les yeux le bien conmun
de la nation , & fuivant en toutes
affaires les mouvemens deleur conf
cience..itun
fuit.
!!
Un autre article porte ce qui
·Les efforts que nous voulos faire pour
La delivrance d'un Royaume oppresse
nous perfuadent qu'ils ne feront pasfeu.
lement en bonne part; mais qu'ilsferont
accopagnez d'une ioye & d'une aprobation
univerſelle,& même du fecours de
toute la Nation, Que ceux qui ont été
Les inftrumens pour introduire l'esclavage
dans ce Royaume feront connoitre
le repentir qu'ils ont de ce qu'ils ont
fait , par la grande diligence qu'ils apporteront
à leur delivrance , & que
ceux qui ne nous affifteront pas de la
manierre qu'ils y font obligez à l'ea
gard de Dieu & de l'amour de la
patric, porteront avec juftice la pei
ne detousles maux qui pourront s'en
fuivre , pour ne s'être pas acquitez, de
loar devoir. さい
Tous ces Articles tirez fepare
Mij
268
V. P. des Affaires
ment du Manifefte du Prince d'O
range imprimé & répandu par tou
te l'Europe , faifoient croire à ces
perfonnes de trop bonne foy , que
ce Prince s'en tiendroit au pied de la
lettre à ce qu'il auroit par fa Declaration
; mais on leur fit voir que
tout cela eftoit captieux & n'avoit
pour but que de furprendre les peuples.
Après avoir long-temps refifté
, ils auoüerent enfin que ces ar、
ticles pouvoient paroitre fufpects, &
que l'on auroit fujet de ne s'y pas
affeurer , fi l'Addition à ce Manifefte
ne levoit pas tous les doutes que
l'on pouvoit avoir là deffus , & ne
faifoit voir, par une explication tresnette
, la verité & la fincerité des
fentimens du Prince d'Orange .Voicy
cette Addition .
Aprés avoir fait dreſſer & imprimer
noftre Declaration , nous avons
entendu que les extirpateurs de la
Religion les infracteurs des Loix
de ces Royaumes , fur ce qu'ils ont our
dire de nos preparatifs pour fecourir le
Peuple contre eux , ont commencé de
du
Temps-
269
retrancher une partie de leur pouvoir
arbitraire & defparique , qu'ils s'éroient
attribué & qu'ils ont revoqué
quelques- uns de leurs injuftes Arreſts,
& Declarations ; que le fentiment de
leur crime & le peu d'affurance qu'ils
prennent en leurs forces les ont portez
a prefenter à la Ville de Londres une
apparence de foulagement par la fufpenfion
de leurs oppreffions violentes ,
efperant par là mettre le Peuple en repos
le détourner de la demande d'un
rétabliffement affuré de leur Religion
de leurs Loix par le fecours de nos
armes ; Qu'ils ont auffi fait courir le
bruit que nous-nous proposons d'envahir
cer Eftat , & de reduire la Nation
à la fervitude , furquoy nous avonsjugé
à propos d'ajouter ce peu de
mots à noftre precedente Declaration.
Nous fommes perfuadez que perfonne
ne peut avoir des penfees affez defavantageuses
de nous pour s'imaginer
que nous avons aucune autre veyë
dans cette entrepriſe que d'affermir la
Religion, & les libertez & les proprietez
des Sujets fur des fondemens fifos
Mij
270 V. P. des Affaires
.
folides & fi inebralables , que la Nation
ne puiffejamais plus à l'avenir être en
danger de retomber dans les mêmes
malheurs où elle eft ; & comme les
forces que nous avons amenées, avec
nous font entierement disproportionnées
aux noirs deffeins qu'on nous impute
de vouloir conquerir la Nation ;fi
nous étions capables d'une telle pensée ,
il fuffiroit de repondre pour nous purger
de cette calomnie , que le grand
nombre de perſonnes de la principale
Nobleffe quifont tous de qualité & de
condition éminente, ne le fouffriroient
pas , car leur integrité & leur zele
pour la Religion & pour le gouvernement
d'Angleterre font fort connus
anffi bien que lafidelité inebralable de
leur part pour la Couronne , dont une
·partie nous accompagne dans certe expedition
, & l'autre nous a fort folicitez
de l'entreprendre: car il n'eft pas
vraisemblable que ceux qui nous ont
folicitez ni que ceux qui font venus
pour nous aider vouluſſent entrer dans
une fi criminelle entreprife , & remporter
pourfruit de leur Conquête la
du
Temps:
271
perte
de leurs
de leurs propres & legitimes titres
qui concernent leur honneur, leurs
biens & leurs interefts.
1
>
2
Le premier article de cette Addition
auquel ils n'avoient pas fait de
reflexion , fit d'abord condamner le
Prince d'Orange , & découvrir fes
ambitieux projets . On voyoit par là
que bien loin d'eftre content de ce
qu'on avoit fait tout ce qu'il avoit
paru fouhaiter , il cherchoit des raifons
pour n'eftre pas fatisfait , ou
plûtôt qu'il cherchoit querelle, pour
avoir lieu d'ufurper la Couronne , &
cela parut de mauvaiſe foy puis
qu'ayant obtenu ce qu'il demandoit ,
il ne s'agiffoit plus que de trouver
les moyens de le rendre ferme &
ftable, & de former une bonne union
entre le Peuple & le Roy , ce qui étoit
d'autant plus facile que Sa Majefté
y donnoit les mains , & avoit
marqué qu'Elle vouloit bien traiter
avec le Prince d'Orange. Ceux
qui avoient crû de la bonne foy
dans le procedé de ce Prince ,
& qui le deffendoient , furent
"
M iiij
272 V. P. des Affaires
contraints de fe retrancher fur le
dernier article de l'Addition , & de dire
que le Prince d'Orange ne s'éteit
pas fait bien entendre dans les autres.
Ce dernier juftifioit tout, parce
qu'il s'y expliquoit avec une netteté
qui ne pouvoit donner lieu à de doubles
interprétations . Ils difoient qu'il
marquoit dans cet article qu'il étoit
perfuadé que perfonne ne pouvoit avoir
de penfees affez defavantageufes de lui,
pour s'imaginer qu'il eût aucune autre
vene dansfon entreprise que d'affermir
la Religion, les libertez & lesproprietés
de la Nation Angloife.
Que les Troupes qu'il avoit amenées
étoient entierement disproportionnées
aux noirs deffeins qu'on luy imputoit
de vouloir conquerir la Nation.
Que s'il étoit capable d'une telle pen
fée , il fuffiroit qu'il répondit, pourſe
purger de cette calomnie, que le grand
nombre des perfonnes de la principale
Nobleffe qui étoient tous de qualité &
de conditions éminentes , ne le fouffriroit
pas leur integrité & leur zele pour
la Religion & pour l'établiſſement de
du
Temps. 273
l'Angleterre étant fort connus auſſi
que leur fidelité inébranlable pour bien
La Couronne.
Qu'il n'étoit pas vray - Semblable
que ceux qui l'avoient follicité, ny que
ceux qui étoient venus pour l'aider,
vouluffent entrer dans une fi criminelle
entrepriſe , & remporter pour
fruit de leurs conquétes la perie de
leurs propres & legitimes titres , qui
concernoient leur honneur , leurs biens
& leurs interefts.
C'est ainsi que par ce dernier article
, le Prince d'Orange a fait le
procés aux Députez qui l'ont mis
au Trône, puis qu'il a marqué par avance
que ceux qui entreroient dans
la criminelle entrepriſe qui le feroit
Roy , perdroient leur honneur . Ils
l'ont fait aveuglement , & il ne fe
peut qu'il ne les trouve coupables ,
dans le temps qu'il fe croit feul juftifié
pretendant que la Couronne efface
les plus grands crimes , & que quiconque
a droit de s'abfoudre foyméme
, n'eft plus criminel dés qu'il
commence regner.
M
274 V. P. des Affaires
Ceux qui fe perfuadoient que lè
Prince d'Orange executeroit le con→
tenu de fon Manifefte fans paffer ou
tre , & les autres qui foûtenoient
que fon Manifefte étoit pour furprendre
les Peuples , & qu'il n'avoit que
la Royauté pour but , ne fe pouvant
accorder, s'en remirent à l'évenement
qui vient de faire voir que ce Prince
a manqué directement aux paroles
pofitives de fon manifefte qui marquent
qu'il n'a pas les noirs deffeins
qu'on lui impute d'en vouloir à la Couronne.
Ceux qui avoient balancé à
croire qu'il fongeât au Trône , commencerent
à n'en plus douter , lors
qu'ils virent qu'au lieu de noüer des
Conferences avec les Deputez qui
l'étoient venus trouver de la part
Rov , il avoit fait dire à Sa Majeſté
qu'Elle cuft à fortir de Londres , &
Favoit fait conduire par fes Gardes
comme on fait un Prifonnier. Quoy
qu'on ne luy donnât pas ce nom ,
ce Monarque ne laiffoit pas de l'étre,
puis qu'on le faifoit garder . Side
Prince d'Orange cuft eudeffein de
du
du Tems. 275
tenir parole , il euft affeuré le Roy à
mefure qu'il s'approchoit de ce Prince,
qu'il ne venoit pas pour le détrô
ner, mais au contraire , à chaque pas
qu'il a fait il a declaré de plus en plus
les deffeins qu'il avoit formez de fe
faire Roy, & il a fait voir en accep
tant la Couronne , que la Religion
n'avoit fervi que de pretexte à fon
-
2
ambition demefurée. Comme on s'en
eft apperçu avant que de l'élever à
la dignité Royale , fi ceux qui l'ont
élu n'avoient pas été gagnez ,ils n'ayroient
pas choifi pour Roy, un homme
qui ne pouvoit avoir de Religion
que dans fes écrits , puis que quiconque
fe refout à la faire fervir de
pretexte pour commettre un crime ,
pour trahir fon honneur , fon devoir
, & les droits de la nature , &
- pour s'emparer du bien d'autrui, n'en
fçauroit avoir beaucoup. Il eft dangereux,
d'être gouverné par un tel
Prince , & celui qui facrifie ſon Oncle
& fon Beau - pere au defir de regner,
n'épargnera pas des Peuples qu'il
ne regardera que comme des Sujets
M vj
276 V. P. des Affaires
revoltez,& en qui il aura bien moins
lieu de fe fier, que s'il regnoit legiti
mement ſur eux , mais les bons fouffriront
pour les méchans , ou du
moins à caufe des méchans , & tout
cela , par les brigues dont ce Prince
s'eft fervi pour faire élire les Députez
qui étoient à fa devorion.Les paroles
fuivantes fe trouvent dans fon
Manifefte en parlant du Parlement
qui devoir étre convoqué par le Roy.
Dans l'état prefent des chofes , le
"Peuple d'Angleterre ne doit pas s'attendre
au remede d'un Parlement libresny
legitimement convoquény élu 5
mais il peut voir convoquer un Parlement
où les fraudes & les violences
•feront les élections.
>
Ce qu'il a dit du Parlement que le
Roy devoit convoquer , fe rapporte
jufte à la Convention qu'il a luyméme
fait affembler & il ne croyoit
pas quand il a fait imprimer cét
article , qu'il y conviendroit fi bien.
Je vous ay déja fait voir que les Députez
que le Prince d'Orange a trouvé
moyen de faire élire , font tons
du
Temps.
277
Proteftans. Cela a caufé un peu
d'embarras dans l'efprit de ceux qui
ont leu les autres parties de cette
Hiſtoire , & leur a fait dire , que je
confondois les Religions. Ainfi jay
crú a propos de donner ici un é
clairciffement , qui ne fera pas hors
de faiſon, & qui pourra ne déplaire
pas. Toutes les Religions d'Angle
terre, hors la Catholique , font nommées
Proteftantes , à caufe qu'elles
proteftent contre plufieurs chofes
qui regardent la Catholique ,de forte
que la Religion Anglicane eft Prote
ftante auffi bien que la Calvinifte.
Cependant il y a plus de difference
de la Calvinifte à l'Anglicane , que
de l'Anglicane à la Catholique. Les
Calviniftes font appellez en Angleterre
Puritains , Presbyteriens , &
Non- Conformiftes , & les Loix établies
contre ces derniers ont efté
faites comme regardant des gens
dont la croyance n'eft pas conforme
à celle d'Angleterre
. Cela fait que
quand on lit dans les Declarations
des Rois & dans les Actes des
278
V. P. des Affaires
Parlemens, qu'ils protegeront la Re
ligion Proteftante, on doit feulement
entendre la Religion Anglicane , la
Calvinifte n'ayant été tolerée en Angleterre
que comme la Catholique.
Auffi y a telle fort fouvent fouf.
fert des avanies ; elle y eft fujette
aux Loix , & celles qui font contre
les Non-Conformistes , ont été
faites principalement contre elle. Le
ferment du Teft que je vous ay donné
dans cette Hiftoire , y eft pareillement
oppofé , & quand un Calvinifte
le prefte , il fait une chofe dire-
&tement contraire à la Religion qu'il
profeffe, de maniere qu'on peut dire
qu'il n'en a aucune. La Religion Anglicane
& la Calvinifte , qui ont
toutes deux le nom de Proteftantes
s'uniffent fouvent contre les
Catholiques , quoy qu'elles foient
beaucoup oppofées , & elles fe font
enfuite la guerre quand elles n'ont
point de Catholiques à poursuivre.
La raison qu'elles ont de s'unir
contre eux malgré leur haine , c'eſt
que la Religion Catholique étant
du Tems. 279
plus étendue , plus puiffante , plus
autorisée , & enfin le feule qui ait
regné depuis les Apôtres , ceux qui
font des deux autres Religions apprehendent
qu'elle ne les force de
ceder aux lumieres des veritez qu'elle
reconnoift. Ce que je vous dis
vous doit faire voir que quand je
parle de la Religion Anglicane , c'est
de la Religion Proteftante d'Angleterre,
& que quand je ne nomme que
les Proteftans fans y rien ajoûter. Je
parle des Calviniftes . C'eft avec une
Armée de ces derniers que le Prince
d'Orange eft entré en Angleterre.
Plufieurs Refugiez de la même Religion,
qui y avoient paffé avant lui,
s'y font joints ; les Anglois Calviniftes
ont groffi le même parti , & le
Prince d'Orange a eu le pouvoir par
fes prieres , par fes menaces , & par
fes largeffes , d'engager la plupart des
Villes & de Communautez d'Angleterre
, à nommer des Deputez prefque
tous Calviniftes , pour la Convention
qui s'eft affemblée . Jugez fa
ayant été élu par cux, fi leur devant la
280 V. P. des Affaires
Couronne , & fi n'ayant amené que
des Troupes Proteftates ilne travaillera
pas un jour, fappofé qu'il puiffe
affermir fon autorité, à bannir d'Angleterre
toute autre Religion que la
Calvinifte, & fi la Religion Anglicane
, & les Evefques que les Calvini+
ftes ne peuveut fouffrir , n'ont pas
fujet de l'apprehender.
Depuis le Refultat de la Chambre
des Communes du 7. de Février,par
lequel on declara le rône vacant
jufqu'au 17. du méme mois que le
Prince d'Orange fut nominé Roy,
dix jours s'écoulerent , & il eut tout
ce temps là pour travailler à meriter
l'admiration de toute la terre il la
pouvoit efperer s'il euft voulu faire
voir qu'il eftoit homme de bonne
foi , & s'entenir aux termes de fon
Manifefte. Il pouvoit décider le differend
qui eftoit entre les deux
Chambres , & dire qu'on agitoit une
matiere pour laquelle il n'eftoit point .
defcenda en Angleterre ; qu'on luy faifoit
outrage;que bien loin de confentir
qu'on declarât le Trône vacant , il s'y
du
Temps.
281
oppofoit , & alloit joindre fes forces
aux amis du Roy , fi on s'obftinoit à
déliberer fur une chofe fi injufte , &
qui noirciroit fa gloire , en donnant
fujet de croire à la Pofterité qu'il ne
feroit venu que pour arracher la Conronne
à fon Oncle & fon beau Pere ;
qu'il demandoit feulement qu'on exocutaft
les chofes pour lesquelles il étoit
venu , & qui eftoient marquées
dans fon Manifefte. Il n'auroit pas
eu de peine à venir à bout de tout
pacifier , puifque la Chambre baffe
n'agiffoit que fous fes ordres ; que
la plus grande partie de la haute étoit
pour le Roy , & qu'il diſpoſoit
des voix de ceux qui confentoient
qu'on detronât ce Monarque en fa
faveur, mais au lieu de fe diftinguer
par un fi beau caractere , il ne fait voir
qu'un ambitieux en luy, & laiffe diſparoitre
tout à coup juſqu'à l'apparence
d'honnête homme qu'il avoit
affectée ,n'ayant pas feulement fait un
pas, ni dit un mot , pour fe défendre
par des feints refus . 11 a paru pendant
ces dix jours comme un homme
282 V. P. des Affaires
quia un procez qu'il folicite puif
famment, quoi qu'il foit quelquefois
iniufte, & qu'il en foit même perfuadé.
Les gens de probité qui n'aprouvoient
pas fa conduite , & qui
n'ofoient fe declarer , ou ne le faifoient
que foiblement , connurent des
fes premieres demarches tout ce qu'il
avoit dans l'ame. Quand il crut d'abord
qu'il refteroit affez de Troupes
au Roi , pour le pouvoir défendre
par la force des armes , il voulut fe le
faire livrer par les traitres qui êtoient
de fon parti , & lors qu'il le vit tout
à fait abandonné , & fans nul autre
fecours que celui de fon innocence, il
aprehenda qu'elle ne fur affez forte,
pour le juftifir auprés de fes peuples
& cela lui fit favorifer fon évaſion .
Lorfqu'il a publié dans tous les écrits
qu'il n'en vouloit point à la Couronne
qu'il l'a dit à tous les peuples de
la Ville d'Exeter , & à ceux des environs
aprés fon debarquement , &
qu'il a bû à la fanté de Sa Majefté
il n'a dit & fait toutes ces chofes que
parce qu'il étoit perfuadé que c'étoit
du
Temps. 283
un crime que de détröner un Roy.A
prefent qu'il poffede la Couronne ,
peut-il dire que ce qu'il a crû un cri
me peu de mois auparavant , ceffe
tout- à- coup de l'être , & tout Ufurpateur
qu'il eft , voudroit- il avoüer
qu'on peut detrôner un Souverain
legitime fans l'injuftice la plus condamnable
? Le feul article de la f
fup
pofition du Prince de Galles le devoit
d'abord faire connoiftre pour
tout ce qu'il eft , & par la fauffeté
manifefte de cet article , contre ' laquelle
toute l'Angleterre s'eft declarée,
il êtoit aifé de voir qu'une feinte
hipocrifie fervoit de voile à une
ambition auffi dangereufe que violente.
Quiconque eft trouvé une
fois coupable en un chef , lors qu'il
s'agit de crime , eft difficilement crû
innocent dans un autre. Un premier
perfuade du fecond, fur tout lors que
tous les deux rendent à la même fin ,
ou du moins le premier crime decpuvre
dequoi peut- être capable celui
qui l'ofe commettre. Le plus grand
malheur qui pût arriver à l'Angleter
2 84 V. P. des Affaires
re , ce feroit qu'un Prince qui auroit
tout facrifié pour regner , fut affermi
dans le Trône , puis qu'êtant accoutumé
aux crimes, il en feroit aifément
de nouveaux pour fe maintenir
& que la peur de tomber lui feroit
tôt ou tard ufurper violemment fur
les peuples toute l'autorité dont les
Anglois craignent que leurs Souve
rains ne s'emparent. Ainfi il fe trouvera
qu'on les aura conduits dans
l'esclavage à force de leur faire entendre
le fpecieux nom de liberté.
Comme dans le Refultat de la
Chambre des Communes il eft marqué
que le Roy a 'violé les loix fondamentales
du Royaume, je vais vous
faire voir que ceux qui accufent font
les plus coupables ,il ne faut pour cela
que faire réflexion fur ce qu'on apé
le Loifondamentale , pour faire rougir
de confufion ceux qui ofent im
pofer à Sa Majesté Britaniqué d'as
voir renversé les loix fondamentales
de l'Etat . La premiere de toutes les
loix dans les Roiaumes hereditaires ,
& celle qui pent avec le plus de raię
du
Temps.
285
fon en être apélée la loi fondamen
tale , eft celle qui en regle la fucceffion:
car la tranquilité publique êtant
la fin des Etats , ce qui eft plus pro
pre à la conferver , en doit être regardé
comme le fondement. C'eft ce
qu'il faut mieux établir , & que l'on
doit remuer le moins. Or l'experien
ce de tous des fiécles a fait voir que
sien n'eft plus capable d'affarer la
tranquillité publique dans les Roiau
mes , que de s'attacher inviolablement
aux loix quien reglent la facceffion
. Il n'y a donc point de loy
particuliereà l'Angleterre , qui ne doit
ve ceder à celle là , parce qu'on n'y
peut toucher ; fans expofer le Royaume
à être ruiné par des guerres
fanglantes, n'y en aiant point d'ordi ,
naire de plus cruelles , de plus irreconciliables
, & de moins facile à ac
commoder, que quand un méme païs
eft ravagé par les armes de deux
Chefs qui s'en difent tous deux les
Souverains, & par confequent il n'y
a que des ennemis de leur patrie qui
puifle opofer d'autres loix à celles-ia
286 V. P. des Affaires
Ainfi on
こ
peut dite que le Prince d'O.
range eft ennemi de l'Angleterre , &
qu'il l'expofe aux maux les plus cru
els qu'un Etat puiffe fouffrir , puis
que les Peuples êtant de differens
partis & animez les uns contre les
autres , ils s'arment pour dechirer
Feurs propres entrailles ; que les par
ticuliers combatront leurs concito
yens, & que des Royaumes qui devroient
être unis fous un même
Chef, aflembleront des armées , &
feront rouler des torrens de fang: car
il eft impoffible qu'on n'en repande
beaucoup, avant que le Roi legitime
foit rêtabli, ou que l'ufurpateur s'affermiffe.
Le Prince d'Orange étant
l'auteur de tant de defordres doit être
odieux à l'Angleterre, & regardé cóme
fon plus grand ennemi . Voilà cette
liberté & ce repos qu'il promettoit.
Rien n'eft fi doux que la liberté &
rien ne doit être recherché avec plus
de foin . Cependant il n'y a rien qui
foit fi dangereux que ce mot. C'est
fous les Etendarts qui le portet, qu'un
nombre infinizde guerres civiles
"
:
du
Temps.
187
ont ruiné les plus grands Etats : C'est
par- là que toutes les rebellions ont
commencé , & c'eft fous ce nom fpecieux
que l'ambition s'eft deguifée;
que la cruauté s'eft mife à couvert ;
que la Religion a vû commettre mile
& mille facrileges ; que l'injuftice a
regné; que les impies ont commandé;
que les innocens ont peri;que les Rois
ont été détronez ; que des ufurpateurs
ont rempli leur place pour un
tems; que les Citoyens , out maffacré
les Citoyens , les freres leurs freres
, & que les enfans fe font quelque
fois declarez contre ceux qui les
ont fait naître. Voilà ce que l'on a
cominencé de voir , & ce qu'on verra
en Angleterre. Jugez de quel ceil
ce Royaume , qui outre tous ces mal
heurs s'attire encore l'indignation
de l'Univers , en doit regarder l'auteur
Ie n'ai mis ici qu'une partie de ce
que j'ai à vous dire touchant ce qu'on
impute fauffement au Roi d'Angleterre
d'avoir violé la loi fondamen- .
tale du Royanme , j'en parlerai plus
amplement larfque: j'entrerai dans
2015
A
288 V. P. des Affaires
les raifons qu'on allegue pour faire
voir qu'il l'a violée . Il faut vous en
tretenir auparavant de ce qui s'eft
pallé à la Convention , fur tour en
ce qui regarde ies injuftices que l'on
fait au Roi , les violences du Prind'Orange
, & le renversement des
loix,dans le même tems qu'on n'a declaré
le Trône vacant, & qu'on n'y a
placé ce Prince que pour maintenir
ces loix qu'on pretendoit être vio
lées par Sa Majesté.
ce
Le Prince, &la Princeffe d'Oran
ge ayant été declarez Roi & Keine
d'Angleterre , il s'agiffoit de voir
quelles fortes de fermens on leur prêteroit.
On en vouloit dreffer de
nouveaux; & comme on avoit déja
commencé à violer la loi fondamen-.
tale de la fucceffion hereditaire > on
ne fe faifoit pas un fcrupule d'enfreindre
toutes celles qu'on trouveroit
à propos de changer. Ainfi on
commença à travailler à la fupreffion
des Loix que les Proteftans confideroient
comme fondamentales , &c
qui impofoient à tous les particuliers
une
du Tems. 289
8
une étroite obligation de préter deux
fermens , l'un de fidelité , & l'autre
de fupremacie. Le premier avoit été
reduit en la forme qu'il eft aujourd'hui
par le Roi Jacques I. & l'autre
avoit été êtably par Henri VIII.pour
declarer que les Rois d'Angleterre
font auprés de Dieu les feuls Chefs
de l'Eglife Anglicane. Ces deux fermens
que l'on vient de fuprimer ,
parce qu'on a refolu une Convention
qui ne peut avoir l'autorité d'un Parlement
quand même elle feroit legitimemét
convoquée,avoient été cófirmez
par un tres grand nombre d'Ao
tes des Parlemens , & un des fujets de
plainte des Proteftans fous le regne
du Prince qui eft aujourd'hui veritable
Roi d'Angleterre, a été que ca
Monarque en avoit difpenfé les Catholiques
. Cependant la Convention
a arrêté que ces deux fermés feroient
fuprimez , & elle en a dreffé deux
nouveaux. Ainfi elle a aboli de fon
autorité celui de fupremacie qui a
couté tant de fang à eftablir , ceux
qui ne le vouloient pas prefter me-
N
290 V. P. des Affaires
ritant la mort, felon l'Evangile d'Angleterre.
Ce fut pour cela que Ficher
Evêque de Rochefter , & Thomas
Morus , grand Chancelier d'Angleterre
, perdirent la vie . Il eft furprenant
qu'une Affemblée illegitime
pretende avoir le pouvoir de faire ce
qu'elle condamne dans fon legitime
Souverain , & dont elle l'accufe injuftement.
On n'abolit le ferment
de fupremacie, que parce que c'eft un
ouvrage de l'Eglife Anglicane , que
les Proteftans Non- conformistes , du
nombre defquels font le Prince d'Orange,
les troupes, & prefque tous les
Deputez de la Chambre qu'il a fair
nómeront deffein de detruire entierement.
On fçait même que l'Evêque de
Londres favorife ce parti, que dans le
coeur il eft de la même Religion , &
qu'il a dit,que s'il ne tenoit qu'à quiter
fon Evêché pour faire qu'il n'y cuſt
plus que des Proteftans Non . Conformiftes
en Angleterre , il s'en démettroit
avec plaifir. On peut dire que
le ferment de fupremacie aboly
la Religion Anglicane ne peut fub-
1
du
Temps.
291
fifter encore long- tems , puis qu'êtant
fans Chef, il eft malaifé que le defordre
ne s'y mette pas. C'ft auffi le
but du Prince d'Orange , qui étant ,
ou voulant paroître Calvinifte, l'e -h .
pargnera beaucoup moins que ne faifoit
le Roi qui eft Catholique, parce
que les Catholiques font ennemis de
la violence & du fang , & que les
Calviniftes fe font toujours fervis de
ces voyes pour s'établir . Voici les
deux nouveaux fermens qu'on a fait
prêter.
Te prometsfincerement ,&jejure que
j'obeïraifidelement à leurs Majeſtez le
Roi Guillaume & la Reine Marie : ainfi
Dieu nousfait en aide.
Le jure que j'aborre , detefte & rea
nonce de tout mon coeur à cette impiété
heretique & damnable Doctrine qui
enfeigne,que les Princes excommuniez
& depouillez par le Pape, ou toute autre
autorité , qui dérive du Siege de
Rome , peuvent être depofez & mis à
mort par leursfujets , &je declare auffi
qu'aucun Prince Etranger , perfonne,
Prelat, Etat ni Potentat , n'a ni ne :
Nij
292
V. P des Affaires
doit avoir aucune Iurifaiction , Superiorité,
preéminance ou Autorité Ecclefiaftique,
nitemporelle dans ce Roiaume.
Il y a autant de nullité dans ce ferment
que dans l'Ection du Prince
d'Orange , & il femble qu'il ne foir
dreffé que pour noircir le Saint Sicge.
Cela ne fauroit avoir un autre
but ,puis qu'autrement il feroit inutile
de fupofer une chofe, & de jurer enfuite
de ne la pas croire . Après avoir
declaré le Trône vacant , & l'avoir
r.impli, on s'avifa de travailler à chercher
des raifons qui autorifaffent ce
qu'on avoit fait, afin de les publier
de même que fi aprés avoir fait mourir
un homme on s'attachoit à chercher
quel crime on lui fupoferoit
pour lui faire fon procés . Ainfi la
procedure fut auffi irreguliere que
celle qu'on avoit tenue lors qu'on a
voit declaré le Trône vacant. Les
Communes voulant donner des raifons
>
pour marquer que le mot de
deferté n'exprimoit pas affez pleinement
leurs intentions , dirent qu'il
n'avoit pas plus de force que celui d'a.
du
Temps-
293
bandonner, qui repond au mot de fe
retirer, mais que celui d'abdiquer ſignifioit
un renoncemét.Il n'y a peutêtre
jamais rie eu de fi extraordinaire
ni de fi digne qu'on y faffe reflexion .
Trois ou quatre cens perfonnes déliberent,
& n'ayant que le mot de Loix
& de juftice à la bouche pretendent
n'être affemblées que pour les faire
obferver, & leur aveuglement eft tel, -
qu'ils ne s'aperçoivent pas , que la
partialité qui les emporte pour le
Prince d'Orange , leur fait faire la plus
groffiere injuftice, en forte que la maniere
dont ils agiffent pour la commettre,
doit aprêter à rire à toute la
terre. Il eft queftion d'examiner fi le
Roi a abdiqué, deferté, abandonné, ou
s'il s'eft retiré. Il faut pour cela pefer
avec attention toutes les raifons qui
peuvent être pour ce Monarque , ainfi
que toutes celles qui peuvent être
contre ; il faut voir le fond du fait, &
les circonstances qui le changent
bien fouvent , & examiner enfin la
chofe dont il s'agit , fans , quoy on
3
Nij
294 V. P. des affaires
n'en peut , & on n'en doit pas juger
; mais comme s'il n'étoit d'aucune
importance d'en chercher la verité
afin de s'y conformer , on a la
hardieffe de laiffer le fait, & de chercher
feulement le terme dont on le
doit appeller. Chacun conſulte la paſfion
qui le guide , & tous ont l'aveuglement
non feulement de le faire
voir , mais de dire publiquement &
de marquer même par écrit , qu'ils
n'ont cherché autre chofe qu'à exprimer
pleinement leur intention , comme
s'il n'avoit deu s'agir que de leur
intention , & non de la verité , que
inême les plus méchans Juges déguifent
ordinairement , aprés avoir
fait connoiftre qu'ils l'ont cherchée ;
mais il femble que Dieu ait permis
que par un aveuglement extraordinaire
, cette Convention ait fait voir,
qu'elle n'a ni cherché la verité, ni trab
vaillé à la chercher , & qu'elle s'eft
feulement mife en peine de trouver
les termes qui pourroient pleinement
remplir l'ardent defir qu'elle avoit d'élever
promtement au Trône le Prince
du
Temps. 295
d'Orange , pour les raifons que j'ai
marquées en plufieurs endroits.Le refultat
que ces Communes firent de le
déclarer vacant , ne paffa pas tout
d'une voix , & plufieurs Seigneurs
dont voici les noms s'y oppoferent.
Le Duc de Sommerfet .
Le Duc de Grafton,
Le Duc de Northumberland.
Le Comte d'Exeter.
Le Comte de Carsdale.
Le Comte de Clarendon.
Le Comte d'Aylisbury.
Le Comte de Nottingham.
Le Comte de Lichfield.
Le Comte de Rochefter.
Le Comte de Feversham.
Le Comte de Craven .
Le Lord Mainard.
Le Lord Scriers .
Le Lord Darmouth.
Le Lord Griffin .
L'Archevêque de Cantorbery fit
fa proteftation par écrit , déclarant
qu'il s'oppofoit comme premier
Pair du Royaume , à une refolution
contraire à toutes les Loix, à la Re-
Nij
296
V. P. des
Affaires
ligion Anglicane , & au bien public.
L'Archevefque d'Yorck fit fa proteftation
en perfonne , ainfi
Evêques de
Lincoln.
Rochefter.
Norvvich .
Ely.
Chichester.
Bath & de Vvels.
Bristol.
Poterborough.
S. David .
Glocefter.
Landaff.
que les
La Proteftation de tous ces Arche
vefques , Evefques , & grands Seigneurs
du Royaume, n'empêcha pas
qu'on n'achevât ce qu'on s'étoit trop
fortement engagé de faire , & aprés
beaucoup de conteftations & de
changemens , on preſenta la Declara
tion qui fuit au Prince d'Orange.
D'autant que lacques II. cy devant
Roy a rénoncé au Trône en s'éforçant
de détruire le Gouvernement de ce
Royaume contre les Loix quiy regnent,
du
Temps.
297
&y font receuës, & que S. A. M. le
Prince d'Orange, en vertu de l'Antorité
qui lui a été mife entre les mains.
a fait élire des Deputez pour affister à
la prefente Convention , la Chambre
protefte qu'elle s'attache à la Declaration
de ce Prince , & confent que leurs
Alteffes Royales M. & Madame la
Princeffe d'Orange , foient declarez
Ro & Reine d'Angleterre ,pendat leur
vie, & qu'en cas que la Princeffe d'O .
range meure fans enfans , la Couronne
apartiendra à Madame la Princeffe
Anne de Danemark & à f: s enfans , &
aprés eux à ceux du Prince d'Orange
en cas qu'il ait des Enfans d'une autre
Reine, quele Prince aura l'adminiſtration
des Affairesfa vie durant , &
enfin comme, elle eft perfuadée que M.
le Prince achevera la delivrance qu'il
a fi beureusement commencée , elle confent
que L.A. M.& Madame la Princeffe
d'Orange foient elevez fur le
Trône de cette Nati n.
Parce que le precedent Roi lâques
II.par l'affiftance de plusieurs mechans
O V
298 V. P. des Affaires
Confeillers,Juges & Miniftres par lui
employez, a taché de subvertir & exterminer
la Religion Proteftante, les
loix & libertez de ces Royaumes.
En s'attribuant le pouvoir de difpenfer
des loix, de les fufpendre , &
d'en faire fans le confentement du
Parlement.
En mettant plufieurs perfonnes &
dignes Prélats en prifon , pour avoir
fait & prefenté des requêtes contre la
fufdite maniere de difpenfer des loix.
Pour avoir donné des Commiſſions fur
Le grand Sceau, afin d'ériger une Cour
apélée Cour de Commiffionnaires pour
le fait Ecclefiaftique.
Avoir levé les deniers pour l'usage
de la Couronne fous pretexte d'une
prérogative d'autre tems & d'une maniere
contraire aux loix établies par le
Parlement.
Avoir levé & maintenu une armée
dans ce Royaume en tems de paixfans
le confentement du Parlement , & avoirdonné
des quartiers aux Soldats con ..
traires aux loix..
Avoir defarmé beaucoup de bon Su
STHENGE
AVILLE
du
Temps.
299
jets Proteftans au même tems
Papiftes étoient armez & employez
contre les loix.
Avoir violé les libertez pour
Pélection
des membres pour le Parlement .
Avoir procedé dans la Cour du Banc
du Roien des matieres qui êtoientfeulement
connoiffables au Parlement .
Avoir pris des perfonnes pour être
Iurez , qui n'avoient pas les qualitez
requifes.
Avoir demandé des cautions exceffives
pour des criminels .
ves,
Avoir impofé des amandes exceffi-
Avoir fait plufieurs donnations des
biens desperfonnes avant qu'elles aient
été convaincuës .
Toutes lefquelles chofes font directement
contre les loix de ces Royaumes,
& comme ledit Roi Iacques II, a
abdiqué le Gouvernement, & que le
Tronne eft ainfi demeuré vacant, Nous
prions vos Alteffes de prendre ledit
Gouvernement, & d'accepter la Conronne
de ces Royaumes aux conditions
fuivantes.
N vj
300 V. P. des Affaires
1.Que le prétendu pouvoir de dif- enfer
des loix,ou d'enfafpendre l'execution
en vertu des prerogatives Royales
fera mis à bas; & que cela n'aura lie u
que du confentement du Parlement. 1
2. Que c'est le drois naturel des Sujets
de prefenter des Requêtes à leur Roi,&
que cela fera declarè tel.
3. Que lever une armée , & la tenir
fur pied dans le Royaume pendant
la paix , c'est une chofe contraire aux
loix fans le confentement du Parlelement.
4. Qu'on fournira inceffamment des
armes aux Proteftans fes Sujets pour
leur commune défence , en cas de befoin.
5.Que lesProteftans s'affemblerontfrequemment,
& qu'on prendra des mefures
pour assurer leur creance , lesquel
les ne pourront eftre interrompuës , jafqu'à
ce que les affaires qui font à expedierfoient
finies.
6. Qu'il nefera pas permis de folliciter
le pardon d'aucunes perfonnes accufees
par le Parlement.
7. Qu'on ait a mettre les peuples Vil
du
Temps.
301
les , Bourgs & Communautez à couvert
des Lettres de cachet & autres Ordonnances
pariculieres , qui émanent
de l'autorité Royale.
8. Qu'aucun Prince on Princeffe du
Sang ne pourra jamais épouser de Papifte.
&
9. On prendra des mesures efficaces
pour la liberté des Proteftans dans l'exercice
de leur Religion , pour les
unir dans les matieres qui regardent la
difcipline.
10. Que toutes perfonnes criminelles
ne pourront être condamnés à des amendes
exceffives , & à des peines &
·punitions autres que celles ordonnées
par les loix.
11.Que le Tribunal apélé le banc du
Roi,ne pourra plus proceder par information.
12.Qu'il fera inceffamment pourvû à
des moyens efficaces, pour empêcher la
venalité des Charges
13.Quel'abus quefor ffre le peuple par
la maniere rude avec laquelle les droits
& impofitionsfe levent ,fera inceffam
ment redreffes
302 V. P. des Affaires
Pour commencer à vous entretenir
fur ces articles , par les griefs dreffez
contre le Roi , dont la plufpatt
contiennent des chofes notoirement
fauffes , je vous envoye l'extrait de
la Harangue du Chancelier d'Angleterre,
fait au Parlement tenu au mois
de Jain 1678.
La crainte d'un Gouvernement arbitraire
ne peut juftifier ce procedé , ni
le zele de la Religion le fanctifier. La
maxime pour faper le Gouvernement ,
d'alleguer qu'on veut introduire le Papifme
ou la Tirannie eft fifurannée
qu'il y a lieu de s'étonner qu'on veuille
s'enfervir de nouveau . Avons nous
oublié que la Religion & la liberté
n'ont iamais été abfolument ruinées que
lors qu'on s'en eft ferui comme d'un
moyen ou d'un pretexte de fedition ?
Sommes-nous fi peu inftruits par l'hif
toire, que nous ne foyons pas informez..
de ce tems où l'on apeloit Papifme le
Gouvernement Epifcopal , le Gouver- >
nement Monarchique Tirannie :Quand
la proprieté de la Nobleffe & des Gen
tils -hommes étoit regardée comme la
du Tems. 303
tiberté publique, il étoit dangereux de
faire paroitre les fentimens de fon devoir
& de fa dépendance envèrs fon
Souverain. Souffrirons- nous fçachant
toutes ces chofes,que des gens qui n'ont
point de part en nos affaires , puiſſent
efper qu'ils arriveront par nos divifions .
à ces tems malheureux ? Verrons- nous
tous les jours qu'on viole l'Aminiftie en
renouvellant la memoire de nos crimes
paffez par de nouvelles pratiques ?
Si lescraintes & les jalousies ont droit
de troubler les perfonnes prudentes &
fages, ce ne peut- être que lors qu'on
eft en peril de retomber dans des malheurs
dont on eft forti. On ne fauroit
avoir alors trop de precautions pour
en prevenir le retour. Ainfi nous aurions
raifons de mettre tout en ufage
pour ne pas retomber dans cette fatale
maladie , de laquelle nous sommes relevez
depuis fipeu de tems fi nous en
êtions de nouveau menacez par d .
Simptomes certains, comme feroient de
libelles imprimez en divers ēdroits
Royaume. Ce n'est pas une chofe ind
gne de nosfoins , de confiderer fi nou.
304 V. P. des Affaires
ne donnons pas nous- mêmes quelque
efpe e d'atteinte à la Religion Protef
tante , & fi nous ne fourniffons point
defujet de fcandale contre elle, quand
nous témoignons nous défier fi fort de
fa verité & de fon pouvoir , qu'aprés
tant de Loix établies pour la deffendre
, & aprés fa confervation parmi
les attaques qu'elle a reçûës, nous avons
toûjours peur qu'elle ne fe maintienne
pas.
Rien ne convient mieux aux affaires
d'aujourd'hui que cette Harangue.
Les raports y font fi clairs , que je
vous laiffe le plaifir de les faire ; mais
à bien examiner ce qui fe paffe prefentement
en Angleterre , on n'en
fçauroit trop exagerer l'injuftice . Un
Roy legitime ne doit- il pas avoir autant
de privilege que fes Sujets , &
joüir comme eux de la liberté de
confcience ? Les Puritains répondent
à cela que les Rois fe font lié les
mains par leurs propres Loix , & qu'ils
fe font obligez à ne fouffrir dans l'Etat
que la Religion Proteftante . Cela
eft abfolument faux , & il n'y a que
du Tems .
305
des Cronveliftes, qui puiffent ainfi regarder
un Roy comme étant l'Efclave
de fon Peuple. Les Hiftoriens
Proteftans d'Angleterre avoüent euxmêmes
que le Roy Jacques I. eut
deffein de fe faire Catholique, & qu'il
en confera avec un Archevêque de
France qui l'étoit allé trouver exprés.
Ce Prince ne croyoit donc pas que
ces pretenduës Loix lui euffent lié
les mains , & ôté la liberté de con
fcience. d'autant plus que la Religion
qu'il vouloit embraffer étoit l'ancienne
Religion, non feulement de l'ifle,
fi l'on en excepte les quatre ou cinq
derniers Rois , mais encore des trois
Royaumes pendant plus de onze fiécles
, & que l'on ne peut nier que
ce ne fut la veritable foy que profeffoit
S. Edouard, dont les Anglois
ne fçauroient s'empêcher de louerla
pieté, puis qu'ils le regardent comme
un Saint , en l'appellant le Confef
feur. Il eft fi faux qu'il y ait des Loix
en Angleterre, qui ôtent aux kois la
liberté de confcience , qu'il n'y en a
point qui en privent même les Parti306
V. P. des Affaires
culiers. Elifabet pendant tout fon
Regne ne l'a oftée à perfonne, elle a
feulement empefché l'exercice de
toute autre Religion que de celle
qu'elle avoit établie par les Loix
nouvelles .
Les Non- Conformistes alleguent
qu'en Angleterre pour faire ceffer les
Loix, le Roy ne peut rien fans le Parlement
, ny le Parlement fans le Roy.
Mais il faut qu'ils avoient que la
majefté de l'Empire refidant en la
perfonne du Roy , les Loix peuvent
étre encore moins changées par le
Parlement fans le Roi , que par le Roi
fans le Parlement.Cependant la Convétion
d'aujourd'hui ,fans fe metre en
peine de fes propres Loix, a l'audace
de faire fans le Roy , ce qu'elle pretend
que le Roy ne fçauroit faire
fans elle. Le malheureux Parlement
qui fe fit perpetuel , & dont la rebel .
lion fe termina par le meurtre du Roy
Charles I. & par l'extinction de la
Royauté , étant revolté contre fon
Souverain qui vivoit encore , abolit
tout le gouvernement Ecclefiaftique
du
Temps.
307
-
y
étably par les Loix d'Edouard &
d'Elifabet, & fe fervir pour cela d'un
Synode Presbiterien qu'il fit affembler
de fa propre autorité;fans s'embaraffer
de celle du Roy.La Convention
veut faire de méme à l'égard de
l'Eglife Anglicane . Les Presbiteriens
& Puritains Non Conformiftes
font les plus forts ; ils renverfent
toutes les Loix, qui ne leur font pas
avantageufes , & qui ne tendent pas
à faire regner leur feule Religion ,
mais tout cela ne fçauroit manquer
d'étre bien- toft aboly, comme tout ce
qui fut fait dans le Parlement dont je
viens de vous parler l'a êté. Ainfi lors
que la Convention fait des loix pour
empefcher qu'il n'y ait des Rois Catholiques
en Angleterre , c'eft une
preuve qu'il doit y en avoir, puis que
rien ne peut & ne doit fubfifter de
toutes les chofes qu'elle a refoluës ,
rant parce qu'elle eft illegitime, qu'à
caufe que tout ce qu'elle fait eft injufte,
& qu'on ne doit conferver à la
pofterité qu'une odieufe memoire de
tout ce que font des peuples rebel·
308 V. P. des Affaires
les.Quand il feroit vray,comme ils le
pretendent , que le Roy euft tâché de
renverser les Actes de la Reine Elifabeth
, & les autres faits en confequence
pour établir la forme de la
Religion Anglicane , ces Actes n'étant
pas plus anciens que la Religion
Proteſtante , devroit- on les regarder
comme des Loix fondamentales
de l'Etat , & n'auroit- on pas
fujet
de condamner la memoire de ceux
qui les ont faits , puis qu'ils font contraires
aux anciennes Loix receuës
en Angleterre prefque pendat tous les
fiécles . Ce font ces Loix qu'on peut
appeller les Loix veritables , les Loix
fondamentales du Royaume. Comme
elles font employées dans la grande
Charte , il devroit étre plus permis
au Roy de travailler à les remettre
en ufage qu'il n'a efté à la Reine Elifabeth
de les abolir , puis que ce
Monarque ne feroit fupprimer que
des Loix nouvelles que l'intereft particulier
d'une Reine a fait établir , &
qu'il en feroit revivre, qui font prefdu
Temps. 309
que auffi anciennes que
le monde, &
qui n'ont efté faites , ny par caprice,
ny par intereft, ny par politique, ny
par des feditieux . Elles ont efté reconnues
par un grand nombre de fiecles
, & il cft certain que ce qui a efté
approuvé par l'un auroit efté condamné
par l'autre , fi on ne les avoit
pas trouvées tout a fait justes & avantageufes
à l'Etat . Cependant le
Roy qui auroit pû juſtement chercher
à retablir ces vrayes Loix fondamentales
, ne l'a pas fait on , ne
l'accufe que de l'avoir voulu faire. Il
eft difficile de juftifier qu'un homme
a penfé ce qu'on lui impute ; mais
quand le Roy auroit paffé de la volonté
à l'execution , ce Prince n'auroit
pas fait un crime d'avoir rétably
des Loix qui font veritablement les
Loix fondamentales de fon Royaume,
& d'avoir détruit les nouvelles qu'un
intereft particulier & des temps difficiles
ont fait recevoir.
Quant à la Religion Catholique , je
vous ay déja fait voir qu'il n'y a ja310
V. P. des Affaires
mais en aucune Loy en Angleterre,
qui deffendit de reconnoitre un Roy..
de cette Religion , & encore moins
de le perfecuter . Les Rois font les
Qingts de l'Eternel , & S. Paul deffend
de fecouer le joug des Souverains
legitimes. Ilfeft malaifé en Angleterre
de pouvoir cftre d'une Religion
qui agrée à tous les Peuples .
Quand le Roy feroit de la Proteftante
Calviniste , qui eft aujourd'huy
celle qui a le plus de credit dans ce
Royaume , il feroit Non - Conformifte,
& ceux qui font de la Religion
Anglicane Proteftante , le regarderoient
comme leur ennemy, de méme
que les Calviniftes Proteftans font
aujourd'huy. On verra pourtant, fi
l'on examine ferieufement les chofes ,
que ces derniers , qui perfecutent le
Roy, & qui croyent estre en eftat de
ly ofter la Couronne, font ceux qui .
lay doivent la tranquillité , avec laquelle
ils ont profeffé leur Religion ,
puis que fi ce Prince n'avoit pas accordé
la liberté de confcience , dont
ils font les premiers à fe plaindre, ils
du Temps .
311
auroient efté fujets à toutes les peines
ordonnées contre les Non- Conformiftes
; ils veulent que toutes les
graces ne foient que pour eux ; on
eft coupable envers eux lors que l'on
en fait auffi aux autres . Pour établir
leur Religion , il n'y en a point à la
ruine de laquelle ils n'employent la
derniere violence.Ce n'eft pas la charité
& le defir de voir leur prochain
dans la bonne voye qui les fait agir
de cette forte ; ils ont feulement en
veuë de regner avec une autorité fuperieure
dans tous les lieux où ils
habitent, & ce qui le fait connoitre,
c'eft que s'ils étoient échauffez d'un
vray zele de charité, ils feroient aux
dépens de leurs biens , & de leurs
vies , des Miffions dans les pays les
plus barbares , pour convertir ceux
qu'ils ne croiroient pas dans le chemin
de la verité .
On n'a point tenu en Angleterre
de Parlemens legitimement convoquez
, qui n'ayent efté directement
contraires à tout ce que vient de faire
la Convention , affemblée par les
312 V. P. des Affaires
brigues du Prince d'Orange. Voicy
un extrait de la harangue d'un Orateur
des Communes du Parlement
de 1661. Cét Orateur prefenta differens
actes au Roy , & aprés luy avoir
parlé de diverfes fleurs , & de
divers fruits que pouvoit cueillir ce
Prince , il dit..
Les premiers & ceux fans doute
qui doivent eftre les plus agreables à
Voftre Majefté, font divers actes que
nous lay prefentons pour eftre approu
vez , entre lesquels eft celuy qui regarde
la feureté de vôtre Perfonne
Royale , & de voſtre Gouvernement,
pour laquelle nous ne sçaurions trop.
prendre de precaution , fi nous raps
pellons ce qui fe paſſa du temps de la
Reyne Elifabeth , on fi plus justement
nous confiderens ce qui s'eft nagueres
paffe dans le noire , & qui, a esté l'execution
funefte des chofes qu'on n'avoit
fait qu'apprehender alors.
De vray , aucun fiecle n'a connu ,
ny aucune hiftoire n'a fait mention
de fi fanglantes tragedies , & par
confequent
du
Temps.
313
confequent jamais un peuple affectionné
à fon Prince n'eût plus d'obligation
de chercher les moyens d'affeurer
le falut de fa perfonne. Cette Prin
ceffe au milieu des tempeftes civiles
qui l'expofoient à un nombre infiny de
dangers , ayant convoqué un Parlement
, il crut ne luy pouvoir mieux
témoigner fon affection , qu'en paffant
promptement une loy pour fafeureté,&
c'est à cet exemple que Nous ,
Nous , vos fi
delles Communes , qui n'avons pas
moins d'amour pour notre Souverain,
avons dreffe un acte dans lequel nous
defirons qu'on declare criminel de Leze-
Majefté quiconque attentera fur fa
vie, projettera la dépofition ou empri-
Sonnement defa perfonne , excitera la
guerre contre Elle dedans on dehors
Lon Royaume , luy fufcitera cellos de
quelque Puissance étrangere , & manifestera
fon mauvais deſſein par Ecrits,
Imprimez , Prédications , difcours , &
toutes autres vŋyes.
•
Or comme une grande partie de nos
derniers malheurs a êté caufée par
des Libelles & des Sermons fédi-
O
..
11
314 V. P. des Affaires
tieux , le même acte prive de toutes
charges tous ceux quipublieront & affirmeront
que Voftre Majesté eft héretique
, & veut établir la Creance Romaine
ou qui tâcheront d'exciter
dans les efprits de l'averfion pour Elle
& pour fon Gouvernement, & ordonne
les peines mentionnées dans le Statut
de la 16. année du Roy Richard II.
contre ceux qui publieront auffi que le
Parlement qui s'aſſembla à Vveſtminfter
le 13. Septembre 1640. fubfifte
encore , ou voudront perfuader que les
convenans ou engagemens faits depuis
obligent de changer le Gouvernement
de l'Eglife ou de l'Etat , on que
L'une des Chambres du Parlement a
une puiffance legitime fans la participation
de Voftre Majesté.
Les actes dont il eft parlé dans ce
difcours , doivent fervir pour rendre
coupables , & faire condamner ceux
qui tiennent aujourd'huy la Convention.
Leur procés eft fait par là
fans qu'ils puiffent en appeller, com
me on peut appeller de ce qu'ils font
On voit auffi par le méme diſcours,
du
Temps. 315
que les convenans & engagemens ,
qui ne font qu'une même chofe que
Paffociation qu'on a fignée à Lon .
dres en faveur du Prince d'Orange
meritent les peines portées par les
Statuts dont il eft parle. Qui dit
affociation,engagement , ou convenant,
dit l'Elite des plus feditieux d'une
Nation, qui pour les interefts de quelques
particuliers , ou par les leurs
propres , parce qu'ils font gagnez ,
confpirent contre la paix de l'Etat .
On lit les paroles fuivantes à l'égard
de ces affociations dans un acte
du Parlement tenu en 1661.
Il eft encore declaré que la Ligue
folemnelle & le Convenant font des
fermens illicites & impofez contre les
Loix fondamentales d'Angleterre, de
même que les ordres donnez pour exiger
des fermens , ou faire des impofitionsfans
le confentement du Roi . Čela
fait voir que ceux qui viennent de
figner une affociation , ont agi contre
les Loix fondamentales . Ce qui fuit
fe lit auffi dans un des Refultats de
ce même Parlement . "
O ij
316 V. P. des Affaires
Il eft porté par le même Acte, que
quiconque Soutiendra que ce Prince
eft heretique,& qu'il a deffein d'introduire
la croyance romaine,& le publiera
par les mêmes voyes ,pour exciter
contre lui la haine & le mépris de fes
peuples,demeurera incapable de poffeder
aucune charge ou dignité Ecclefiaf
tique,civile ou militaire , & fera fuiet
aux autres châtimens qui feront ingez
convenables par les loix ; comme auffi
que toute perfonne qui foutiendra par
écrit ou autrement, que le Parlement
commencé le 13. Novembre 1640.n'eft
pas diffous, & qu'il eft obligé, ainsi que
Les autres par fermens, convenans &
autres tels engagemens , detravailler à
changer le Gouvernement de l'Eglife
de l'Etat , ou que l'une des deux
Chambres du Parlement ou les deux
enfemble ont une puissance legislative
fans relation au Roi, encourra l'amende
contenue au Statut de la 16. année de
Richard II.
Il n'y a jamais eu rien de fi formel
contre la Convention d'aujourd'hui
ni qui falle mieux connoître que
du
Temps. 317
quand ce feroit un Parlement & qu'il
fut legitimement affemblé , il n'auroit
point de puiffance legiſlative fans le
Roi.Ainfi la convention irregulierement
affemblée , & qui a moins de
pouvoir qu'un Parlement, quand mê
me elle feroit affemblée dans les formes
, n'a pû faire ce qui n'eft permis.
à aucun Parlement ni encore moins
détrôner un Roi , & en élire un autre.
Le Parlement d'Ecolle qui fut tenu
en 1665.ordonna que tous ceux qui
entretoient en quelque Charge ou
Office public, Officiers d'Etat , Membres
du Parlement , Seigneurs des
Affifes & c ... figneroient la Declaration
fuivante, & la feroient figner
à ceux qui feroient déja en charge ,
fans que cet Acte put prejudicier à
aucun des precedens qui enjoignent
de prêter le ferment de fidelité . &
de maintenir les prerogatives Royales
.
Le declare & affi me fincerement que
ie tiens qu'il n'eft pas permis à des Suiets
fous pretexte de reformation on
O j
318
V.
P.
des
Affaires
autre, quel qu'il foit d'entrer en ligue s
& Convenant,on de prendre les armes
contre le Roiou ceux qui en ont la commiffion
; Que toutes ces Affemblées
Convocations , Requêtes & Proteftations
dont l'on s'eft fervi pour entretenir les
derniers troubles font illicites & fedipienfes
que les fermens dont l'un eft apélé
le Convenant National ,ainsi qu'il
fut juré & expliqué en 1638. & l'autre
la ligue folemnelle & convenant, font
auffi injurieux à l'autorité Royale,aiant
été pris par les Sujets de ce Royaume ,
&fur eux impofez contre les loix fondamentales
& les Privileges d'icelui;
& qu'ainfi il n'y a nulle obligation aux
Sujets de ce Royaume , en vertu de
tels fermens de rien changer dans le
gouvernement del'Eglife ou de l'Etat,
comme il est établi par les Loix dudit
Royaume.
Ceux qui ont figné l'aſſociation doivent
trembler en voiant tous ces actes
qui les rendent coupables. Il n'eft
jamais permis d'agir directement ni
indirectement contre l'autorité des
Rois , ni de lui refifter ; c'est une
du
Temps.
319
chofe receue dans l'Eglife Anglicane ,
& les Evêques qui affifterent le Duc
de Monmouth à la mort , lui dirent :
que s'il étoit dans la croiance de l'E
glife Anglicane, il devoit tenir pour
certain ce qu'elle enfeigne touchant la
foumiffion des Sujets envers leurs Sou
verains,& particulierement qu'il n'eft
jamais permis de refifter à leur autorité.
Cela fe trouve dans la Relation
que l'on a imprimée de fa mort.
Vous avez veu dans plufieurs de
ces pieces , comme les feditieux & les
mal intentionnez , ont toujours dit
lors qu'ils ont voulu exciter quelque
rebellion , & en même tems y donner
quelque couleur que les Rois vouloient
établir la creance Romaine . Cela s'eft
toûjours trouvé faux, & a toujours
été condamné par les Parlemens . Il
n'y a point de plus dangereux pretex
te. Cependant quoi que condamné
par les actes autentiques de plufieurs
Parlemens , il vient encore de fervir
au Prince d'Orange, & à ceux qui
l'ont élevé au Trône contre toute ju
O iiij
320 V. P. des Affaires
ftice, & aux dépens de la verité , &
de leur honneur .
La liberté de confcience dont on
veut faire un crime au Roi , n'en a jamais
êté un dans les trois Royaumes.
Le Gouvernement même lui a été favorable,
dans le peu de tems que les
peuples y ont vécu en Republiquains
aprés la mort de Cromvel. Comme
chacun faifoit alors des loix à fa
fantaifie, on fit l'article qui fuit. C'eft
le troifiéme d'une Declaration donnée
par le Vice Admiral de la Flotte
d'Angleterre, lors qu'on travailloit à
établir une République.
Que chacun de quelque creance qu'il
foit,en puiffe faire une libre profeffion
pourveu qu'il ne s'en ferve point à
nuire aux autres ,ni à apuyer la ſuper-
Atition, l'idolatrie & la profanation.
Voici le cinquieme article fur le
même fujet de la declaration des Of
ficiers de l'armée d'Irlande pour la défenfe
du Parlement, & de fes Privileges,
donnée dans le même tems .
Nous laifferons une pleine liberté de
confcience à tous ceux qui differant
du Tems. 321
defentiment d'avec nous croirent en
unfeul Dieu en trois perfonnes , &
n'essayeront point de détruire la Religion
Proteftante.
Il y a dans une declaration du Roi
défunt en forme d'Amniftie donnée
en 1660.
Que la liberté demeurera entiere
aux confcience's tendres ,fans qu'aucun
puiffe être recherché pour difference
d'opinion dans les matieres de Religion.
"
Ce Prince pretendoit par là faire
un plaifir à fes Sujets , de ce qu'ils lui
imputent aujourd'hui à crime , & l'on
ne peut nier qu'il ne leur propofât
alors une chofe qui leur étoit agreable,
puis que n'eftant pas encore entré
en poffeffion du Gouvernement
de l'Etat depuis le meurtre du feu Roi
fon Pere, il y a aparence qu'il ne leur
auroit pas fait une propofition , qu'ils
-n'auroient pas fouhaitée, & qu'il auroit
cru leur devoir déplaire. Voici ce
qui eft tiré d'une autre . Déclaration
du même Roi aprés qu'il fut monté
fur le Trone.
322 V. P. des Affaires
Nous embraffons avec joye cette oc
cafion de renouveler à tous nos fuiets
lefquels y ont intereft , nos promeſſes
enfaveur des confciences veritablement
tendres, nous les affurons qu'à
la prochaine aſſemblée du Parlement
nous aurons fuinfans rien entrepren
dre furfon autorité, de le porter à concourir
avec nous à la paffarion de
quelque acte, qui nous rende capabies
d'ufer du droit qui nous apartient ,de
difpenfer des peines de la loi ceux
qui feront empéchez par Scrupule &
tendreffe de confcience de s'y conformer,
pourven d'ailleurs qu'ilsfe comportent
dans l'exercice de leur creance
avec modeftie & fans fcandale.
Nous ne doutons point de la concur
rance dudit Parlement avec nous dans
une occafion où nous fommes engagez
tant par honneur, que par l'opinion que
nous avons de devoir cela au repo's
de
nos Erats , que nous ne faurions croire
affeuré,tandis que les mal - intentionnez
auron quelquepretexte d'irriter .
les efprits fous couleur de confcience ,
en leur infinuant la pensée qu'ils ne
du Tems . 323
pourront iamais obtenir l'effet de nos
promeffes.
Sur le dernier blâme qui eft leplus
perniciéux , nous difons que ceux qui
en font les auteurs reprennent les artifices
deteftables de ceux qui ont ci-devant
ieté le Royaume en de fi grands
defordres, & qui prévalurent tellemet
à l'égard de notre Pere d'heureuſe
memoire , qu'encore qu'il fut le plus
pieux & le plus zelé Proteftant qui
eût regné,il ne put à fa mort d'étruire
l'opinion qui avoit été donnée du contraire.
Nous avoüons qu'il nous eft difficile
de n'être pasfenfibles auxfervices que
nôtre pere & nous, avons reçus desfujets
catholiques remains , en prodiguat
leurs vies & leursfortunes, pour main.
tenir la Couronne dans cette creance
contre ceux qui fous le titre de zelez
Proteftans employoient le fer && le fen
pour détruire toutes les deux.
Cette confideration á la veriténous
empêche d'exclure nofdits Sujets Catholiques
Romains, qui ſe ſo .. fignalez
ainfi que nous, du benefice d'un tel
O vj
324 V. P. des Affaires
acte d'Indulgence , n'étant pas jufte de
refufer à ceux qui ont toujours fait
leur devoir,ce que l'on accorde à dix
fois autant d'autres qui n'en ont pas fi
genereufement use.
D'ailleurs bien que la riguur des
loix capitales contr'eux établie fe pûr.
iuftifier par le tems où elles ont étéfaites,
nous aurions peine à nous refoudre
à l'execution d'icelles , & à confentir à
la mort d'aucun de nos Sujets , feulement
pour caufe de Religion.
On voit par cette Declaration que
la juftice & l'intereft cómun regloient
tout ce qui fe faifoit en ce tems - là.
On fortoit d'un regne tirannique, &
ce qu'on regardoit alors comme un
bien , l'efprit de rebellion le fait au-
-jourd'hui paffer pour un mal ,ou plûtôt
il fait fupofer aux Non Conformiftes
que c'en eft un ,afin de fe fervir
de ce pretexte là pour élever fur
le Trône un Prince qui fera de leur
religion ,tant qu'il croira qu'elle pour❤
-ra le faire regner . Les Regnes des U-
-furpateurs font fort rarement tranquilles
. Toutes les Hiftoires leur
du Tems.
325
les
doivent aprendre , que les Sujets reconnoiffent
tôt ou tard leurs crimes ,
&fe repentent d'avoir offenfé leur
veritable Souverain , & nous lifons
dans le procez qui fut fait en 163.à
des Confpirateurs d'Irlande , que
nommez Lackey ,Thompson, lephon, &
Vvaren,ayant été amenez devant la
Cour du Banc Royal à Dublin ,l'Information
y fut luë , premierement audit
Lackey, qui êtoit Miniftre Presbiterien.
& qu'aprés que les Iurez, dont le
principal étoit le Chevalier Iean Perceval,
eurent prêté le ferment accoutumé,
les gens du Roi reprefenterent que
dans tous les Siecles depuis la Loi de
· Moyfe , les confpirations contre le
Souverain avoient toujours été con .
damnées & punies avec grande fe-
=
verité.
Je ne dis point qu'on doit remárquer
dans cet article que la confpiration
avoit été faite par des Presbireriens,
puis que ce n'eft pas pour cela
que ie le raporte ici, quoi que la chofe
foit digne de remarque ; mais
pour vous faire voir que ceux qui
326 V. P. des Affaires
avoient été peu auparavant Sujets
de Cromvel, publient eux-mêmes que
dans tous les Siecles depuis la Loi de
Moyfe , les confpirations contre les
Souverains one toûjours éiè condamnées
& punies feverement. On
dira peut-être que l'on n'a pas confpiré
pour ôter la vie au Roi , mais
quiconque arrache la Couronne à un
Monarque, ne feroit guerre de difficulté
d'attenter for fa perfonne , s'il
n'avoit que ce remede pour s'en faifir
& pour ſe la conferver , & les feditieux
qui aident à ſon élevation , feroient
d'autant moins de fcrupule d'y
confentir , qu'ils croiroient par ce
nouveau crime fe mettre à couvert
de la punition du premier.
Voici un article du même Procez
qui fait voir la mauvaiſe volonté des
Presbiteriens , contre les Rois .
Thampfon, lephfon ,& VVarren,aiant
été amenez devant la Cour & trouvez
coupables par les mêmes Iurez ,
furent condamnez à mort, comme traîtres
& criminels de Leze- Majeſté, &
depuis ce jour là , lephſon a dit à
du
Temps. 327
un Theologien qui l'alla voir pour le
dfpofer à mourir , qu'il avoit toûjours
cru qu'invoquer le Seigneur eftoit une
grande partie dela Religion ; mais que
Sous ce pretexte il avoit efté malheu
renfem ent attiré dans cette confpiration,&
qu'il reconnoiffoit que les P ef Pref
biteriens eftoient d'une Secte pernicieu
fe, qu'on n'empefcheroit jamais de travailler
contre le Roy , & dont l'éleva •
tion cauferoit toûjours l'abaiffement de
l'autorité Royale.
On doit ajoûter foy à ce que dit
un homme preft à mourir , fur tout
lors que l'efpoir d'obtenir la grace ne
fa
le fait point parler.
Le méme Thompſon dit ce qui
fuit lors qu'il fut fur l'échafaut .
Quant à ma Religion , c'est la Proteftante
, &je ne le puis dire fans dé-
•plaiſir , parce qu'elle me remet devant
les yeux la cawfe de mon malheur.
Sinous avions de bons & paisibles Miniftres
pour nous inftruire je ne ferais
pas icy, & c'est un effet de la neceffité à
Laquelle ces Miniftres ont efté prés de
vingt ans expofez ; mais gardez - vous
8
328 V. P. des Affaires
d'entrer dans la focieté de ceux qui
ont de mauvais deffeins contre l'autorité.
C'est le meilleur avis que je puiffe
vous donner, pour lequel ie vous fuplie
de prier Dieu pour moy.
·
C'eft ainfique depuis leur condamnation
, ils avoient inceffamment declamé
contre les Presbiteriens , & les
Non Conformistes , leur attribuant
les caufes de leurs difgraces , & ayant
averty le Vice Roy d'Irlande de veiller
foigneufement fur leur conduite,
ia haine de ce Peuple pour le Gouvernement
eftant implacable. Ce qu'a
dit Thompſon publiquement contre
les Presbiteriens fur le point de recevoir
le coup de la mort , eft confirmé
parce qu'ils viennent de faire contre
le Roy en faveur du Prince d'O-
-range.
Tous ces extraits d'actes de Parlemens
& de declarations que Vous venez
de lire , font voir non feulement
que tout ce qu'a fait la Convention
eft injufte , & contre les loix fundamentales
des trois Royaumes , mais
ils détruiſent auffi la plupart des
du Temps.
329
Griefs qu'elle a donnez contre le
Roy. Il en refte peu à combatre, & je
Vous avouë que je ne comprens pas
fur quel fondement on fe plaint de ce
Monarque, d'avoir nommé des Commiffaires,
pour juger des affaires Ecclefiaftiques.
Quel autre que luy les
peut nommer , puis qu'ils le reconnoiffent
pour Chef de l'Eglife Anglicane,
en luy prétant le ferment de
Suprémacie S'il n'a pas foin de remedier
aux defordres qui peuvent fe
gliffer dans le Clergé, quel autre que
celuy qui en eft le Chef a le droit de
s'en méler ? Si ce Prince avoit nommé
des Catholiques , pour juger des
Proteftans , ils auroient eu raifon de
faire des remontrances ,mais les Evéques
étant la plupart les Juges des
Evéques, leurs plaintes font fans aucun
fondement. Il n'y a point de
Corps , fi parfait qu'il foit , qui ne
puiffe tomber dans quelques fautes ,
& fon Chef eft obligé en confcience
d'y mettre ordre. Lors que le
Corps le refufe, ou qu'il s'échappe
à fe plaindre , c'eft une marque qu'il
330 V. P. des Affaires
veut vivre fans difcipline , & on eft
encore plus obligé de reprimer fes
déreglemens.
On accufe auffi le Roy dans les
Griefs qu'on a donnez contre lui,d'avoir
levé & maintenu une armée.
Voicy un Extrait d'un acte intitulé,
Acte du Parlement d'Efcoffe pour l'établiffement
des forces du Roy de la
grande Bretagne. C'ét Acté eft de
1663. & doit avoir autant de pou,
voir qu'un Acte du Parlement d'Angleterre,
puis que les trois Royaumes
eftant unis , ils agiffoient fur les mémes
principes touchant le Gouver
nement de l'Etat.
Lefdits Etats de fon Royaume d'Ecoffe
au nom de tous fes bons Sujets
non feulement réiterent à S.M. leurs
premieres offres de tous leurs biens , &
de leur vie pour l'augmentation de
fon Autorité Royale , mais encore reconnoiffent
avec joye le droit qu'Elle
a feule de lever, armer & commander
Les Sujets ..
Cela eft tellement contraire à l'accufation
que la Convention a formée
du
Temps. 337
contre le Roy, qu'il ne faut que lire,
pour en eftre convaincu ,
La Convention accufe encore ce
Monarque d'avoir violé les élections
des membres des Parlemens . Ce font
des paroles qui ne prouvent rien : il
eft beaucoup plus vifible , & c'eft un
fait plus conftant qu'on a fait élire de
force les membres de la Convention ,
qui renver fe aujourd'hui les loix fondamentales
du Royaume.
Pour ce qui regarde les conditions
aufquelles on a donné la Couronne
au Prince d'Orage ,il y en a beaucoup
qui ont efté faites par lui méme , &
qu'il s'eft fait propoſer. Voici une de
celles qui font de ce nombre.
Les Proteftans, c'eft à dire les Calviniftes
non Conformistes , s'affembleront
frequemment , pour prendre des
mefures , afin d'affurer leur creance,
lefquelles affemblées ne pourront eftre
interrompues,jusqu'à ce que les affaires
qui font à expedier foient finies .
Cela veut dire qu'ils ne défarmeront
point , jufqu'à ce qu'ils ayent détruit
toutes les Religions d'Angleterre , &
332 V. P. des Affaires
l'Anglicane méme , pour
faire
regner
le feul Calvinifie , & comme c'eſt une
chofe prefque impoffible , cét article
donne pouvoir au Prince d'Orange ,
qui eft le Chef de ce party , de demeurer
toûjours armé. Voicy une autre
de ces conditions .
On prendra des mesures pour la li
berté des Proteftans dans l'exercice de
leur Religio,& pour lesjuger dans les
matieres qui regardent la difcipline.
Vous voyez qu'ils reconnoiffent par
là qu'il faut des Juges pour ce qui re
garde la difcipline dans leur Religió,
& cependant ils fe plaignent que le
Roy qui eft Chef de l'Eglife Angli
cane , veuille remedier aux abus qui
fe gliffent dans fa difcipline .
Les mesures que l'on dit dans cét
article qu'il faut prendre , pour unir
les Proteftans , font les moyens dont
on a deffein de fe fervir pour forcer
l'Eglife Anglicane à fe conformer à
la Calvinifte , ce qui eft un chemin
pour conduire à la deftruction des
Evéques .
Quant au reste des conditions , elles
du
Temps.
333
ne paroiffent pas fi favorables au
Prince d'Orage , mais on a mélé quelques
- unes de celles là parmi les autres,
pour éblouir le peuple,fçachant
bien qu'elles ne porteroient aucu préjudice
à ce Prince, puis que celles qui
lui permettent de demeurer,armé ,le
mettent à couvert de tout. Ce n'est
pas qu'il fe foit pofitivement engagé
d'obferver les autres ,fur lesquelles il a
fait des réponſes équivoques, dont il
a falu fe contenter : mais la Chambre
des Communes étant toute dans fes
interefts & dans ceux de la Religion ,
dont il marque d'étre, & qu'il promet
de faire regner feule en Angleterre , a
paru fatisfaite de fes réponſes , & a
feint de ne fe pas appercevoir de leur
double fens , afin de n'avoir pas lieu
de les examiner.
3
La Princeffe d'Orange qui n'étoit
venuë que pour prendre la Couronne
de fon Pere, quoy qu'il fût encore vivant,
ferédit avec le Prince fon époux
dans la Salle des banquets . On avoit
jufques-là fujet de croire que malgré
la joye que l'un & l'autre avoit té334
V. P. des Affaires
moignée dans le moment qu'ils avoient
apris leur élection, ils auroient
pû la défavouër , puis qu'ils avoient
eu le temps de faire reflexion fur le
crime qu'ils alloient commettre à la
face de l'univers ,& contre les termes
formels d'une Déclaration imprimée,
diftribuée à toute l'Europe, &lue dans
toutes les Chaires d'Angleterre,mais
en y côtrevenant le Prince d'Orange
crût ne máquer à rien de ce qu'il s'é
toit preferit, puis qu'il ne l'avoit faite
que dans le deffein d'éblouir les peuples
, & pour avoir un prétexte qui
l'autorisât à defcendre en Angleterre,
afin de travailler à s'y faire nommer
Roy par ceux avec qui depuis longtems
il êtoit d'intelligence.La Proclamation
que vous allez lire,fe fit dans
ce méme jour.
Puis qu'il a plu à Dieu tout -puiffant
de nous délivrer miraculeufement du
Parifme, & du pouvoir Arbitraire, &
que nôtre prefervation aprés Dieu , viet
de la refolution & conduite de fon Alteffele
Prince d'Orage que Dieu à choisi
pour être cét inftrument glorieux d'un
bonheur ineftimable à Nous & à nôtre
*
du
Temps.
335
pofterité, & étant tres-perfuadez de la
grande & éminente vertu de S. A. la
Princeffe d'Orange,quefon zele pour la
Religion Proteftante ameneroit avec
elle fans doute la benediction de Dien
fur ces Nations; & come les Seigneurs
Spirituels & temporels & Communes à
prefent affemblez à VVeftminster ont
fait une Déclaration & l'ont prefentée
an Prince & à la Princeffe d'Orange,
dans laquelle ils les ont fuppliez d'accepter
la Couronne, lefquels l'ont acceptée,
c'est pourquoy, Nous les Seigneurs
Spirituels & Teporels , & Communes, en .
femble avec Lord Maire & Bourgeois
de Londres,& autres des peuples de ce
Royaume , avec un plein confentement
publions & proclamons felon cette Déclaration
Guillaume & Marie, Prince
&Princeffe d'Orange pour eftre Roy &
Reine d'Angleterre , avec toutes leurs
Seigneuries & Dominations , & que
nous formes tenus leur rendre toutes
obeïffances &foumiffios;priant Dieu par
lequel les Rois regnent , benir le Roy
Guillaume , & llaa Reine Marie avec
beaucoup d'années pour regner fur
Nous.
336
V. P. des
Affaires
Dieu beniffe le Roy Guillaume & la
Reyne Marie.
Je ne vous dis rien de ce qui fe paffa
à cette Proclamation . Ce détail ne
regarde pas une hiftoire raiſonnée.Ie
vous dirai feulement que les ceremonies
en êtant toûjours les mêmes , on
fuit le ceremonial fans regarder s'il
s'agit de Rois legitimes ou d'ufurpateurs
. Cela n'a rien d'étonnant , mais
peut -être fera -t- on furpris que la foule
foit égale, & que les acclamations
le paroiffent, ce qui fembleroit ne devoir
pas arriver quand il s'agit d'élever
un Prince qui ufurpe la Couronne.
Quoi que les Partifans du Prin
ce d'Orange faffent fonner,bien haut
le grand nombre de Peuple qui s'eft
trouvé à cette Proclamation , & les
acclamations qui ont été entenduës ,
il n'y a rien en cela d'extraordinaire ,
& ils n'en doivent tirer aucun avantage
. Ceux qui font dans leurs interêts
, font paroître avec bruit &
avec éclat la fatisfaction qu'ils reffentent
afin d'animer les autres , & ceux
qui dans le fond de leur ame de
faprouvent
du
Temps.
337
faprouvent ce qui fe paffe , font briller
une feinte joye dans leurs yeux ,
afin de cacher les fentimens de leur
coeur. Les indifferens & la plus
grande partie du Peuple regardent
ces fortes de ceremonies , comme
une fefte publique , une mafcarade ,
ou mefme une execution remarquable
, car le peuple court à toutes
ces chofes avec une égale ardeur.
Les curieux s'empreffent pour les
voir ; elles fervent occupation aux
Faineans , les Filoux y vont pour
exercer leur adreffe , & le bruit des
trompettes excite les jeunes gens
qui s'y rejouiffent fans fçavoir pourquoy
. Enfin le mouvement & le
fracas de ces fortes de ceremonies .
attache fouvent bien plus que le fujet
pour lequel elles font faites , à quoy
on ne penfe fouvent pas . Ainfi ceux
pour qui elles fe font n'ont aucun lieu
de fe prevaloir du concours qui s'y
rencontre & du bruit que l'on y fait.
C'est une fefte commandée où les ac-
⚫teurs & les fpectateurs joüent en tout.
temps le mefme rôle.
Quoy que je vous aye marqué que
P
338
V. P. des Affaires
ces Proclamations font toûjours les
mefmes,ou du moins qu'elles doivent
cftre toûjours femblables , celle du
Prince , & de la Princeffe d'Orange
n'a pas laiffé d'etre defectueufe en
beaucoup de chofes , parce qu'il ne s'y
trouva aucun Duc,à l'exception de celuy
de Nortfolx . C'eftoit à luy à la
regler comme Comte & Marefchal
d'Angleterre, & il y fur fort embarallé
à caufe de l'abfence des Ducs , dont il
eftoit malaifé de remplir les fonctions
que quelques uns devoient faire . Aucun
Evefque ne voulut y affifter , &
l'on n'y remarqua mefme qu'un fort
petit nombre de Seigneurs.
›
Comme le Prince d'Orange n'étoit
venu en Angleterre qu'à deffein de
fe faire Roy il avoit jetté les yeux.
depuis longtemps fur ceux qu'il devoit
choifir pour fes Officiers , & pour
fes Miniftres. 11 le fit connoiftre , en :
ce qu'à peine il eut efté proclamé , qu'il
nomma le Comte de Devonshire
grand Maistre de fa nouvelle Maiſon,
le ficut de Benting premier Gentilhomme
de la Chambre , le Marquis .
d'Hallifax Garde du Sceau Privé , &
du
Temps.
339
>
le Comte de Damby Prefidentчdu
Confeil. Le premier de ceux qu'il
nomma pour compofer ce Confei fut
l'Archevefque de Cantorbery qui refufa
d'y entrer. Le Prince d'Orange
ayoit fa politique en le nommant. Il
fçavoit que c'eft un homme d'une
grande reputation , attaché à l'Eglife
Anglicane , & qui en fe rangeant de
fon party pouvoit y faire pancher
beaucoup d'autres qui ne voyent
qu'avec chagrin la maniere dont on a
traitté leur Roy legitime, & qui connoiffent
les maux qui menacent l'Angleterre.
Quoy que ce Prince le nommaft
de fon Confeil , on fçait que ce
n'eftoit pas dans la penfée de confier
fes fecrets à un fi honnefte homme, ny
mefme à tous ceux qu'il a mis de ce
Confeil. Quand on n'épargne rien
pour regner, & que tout ce qui eft utile
eft trouvé jufte quelque criminel qu'il
foit , on s'ouvre à peu de perfonnes, &
on a quelquefois horreur de foy-mefme
lors que l'on y fait reflexion . Ainfi
la plufpart des Confeillers ne furent
nommez par le Prince, que pour marquer
au Peuple qu'il ne faifoit rien
P 2
340 V. P. des Affaires
fans un Confeil de la Nation , & afin
d'autorifer beaucoup d'injuftices . Voicy
les noms de ces Confeillers,du nobre
defquels l'Archevêque de Cantorbery
ne voulut point eftre. Le Duc de
Norfolk , les Marquis de Vincheſter
de Hallifax ; les Comtes de Lindſey ,
d'Oxfort,de Shrewsbury , de Devōshi .
re de Dorfet, de Bétford ; de Bach , de
Nottinghan , & de Maklesfield ; les
Lords Falconberg. Mordant,Nevport,
Montague , de la Mere, Lumley, Marton
& Churchil ; le Sieur Benting ,
les Sieurs Povvlle Sidney , Hamden ,
Bofcoven , & les Chevaliers Robert
Houard , Sidney , Henry Capel , &
Edvard Ruffel . Il crea auffi deux Secretaires
d'Etat qui font le Comte de
Shreyvfbury , & le Sieur Vvilliam
Temple. Il y en a quelques-uns parmy
ce grand nombre qui meritent d'estre
du Confeil fecret da Prince d'Orange,
& qui font d'un caractere à y bien
tenir leur place , les uns ayant déja
joué plufieurs fois le perfonnage de
traiftres , & les autres eftant Ennemis
du Roy par des raisons qui ne regardent
point l'Etat. Le Comte de Dedu
Temps. 341
4 vonshire eft de ce nombre. Il eftoit
condamné à une amende proportionnée
à fa qualité , pour avoir ofé donner
un foufflet dans l'antichambre du
Roy. Quelque chagrin que ce Comte
en ait eu , il ne le devoit faire tomber
que fur luy mefme, & non pas fur for
Prince , qui n'a fait en cette occafion
que ce qu'il eftoit obligé de faire , &
qui pouvoit mefme en ufer avec plus
de rigueur , s'il n'euft efté retenu par
la bonté extraordinaire qu'il a natųs
rellement pour tous fes Sujets, ce qui
rend ceux qui l'ont trahy plus coupables
.
Le Prince d'Orange eftant devenu
Souverain,& la Convention ne pou
vant plus par confequent conferver ce
nom , la Chambre baffe s'affembla
pour voir fi la Convention pouvoit fe
changer en Parlement . Elle eftoit
moins,elle veut devenir plus . Elle n'avoit
qu'à vouloir,pour s'attribuer toute
l'autorité qu'elle fouhaitoit , puis
qu'eftant fans puiffance, elle avoit ofé
détrôner fon Roy , & en nommer un
autre pour remplir fa place. Cependất
par un aveuglement ordinaire aux cou-
P
3
342 V. P. des Affaires
pables ,felle confulte fi elle peut eftre
changée en Parlement. Si elle conful
te , elle doute , & fi elle doute, elle res
connoift fon peu d'autorité , & c'eft
pourtant dans le cours de ce peu d'autorité
qu'elle a fait ce que le Parlement
le plus legitimement convoqué
n'a jamais eu le pouvoir d'entrepren =
dre.
Ceux qui examineront cette procedure
avec l'attention neceffaite depuis
le commencement jufqu'à la fin y
y trouveront une chofe fort bizarre.
Quelques traîtres du nombre des Scigneurs
d'Angleterre , unis avec des
Bourgeois feditieux , d'intelligence
avec cet Etranger , luy difent qu'ils.
luy donnent pouvoir d'envoyer des
Lettres circulaires ,pour les affembler,
Cet Etranger fans aucun autre droit
que celuy de cette puiffance imaginai
re les convoque, & eftant ains affein
blez fous l'autorité d'un homme qui
ne la tient que de ceux qui avoüent
n'en point avoir , puis que s'ils en avoient
eu,ils fe feroient affemblez fans
luy, ils oftent la Couronne à leur Roy,
& la donnant à cet Etranger , ils fel
du
Temps. 343
communiquent alternativement une
autorité qu'ils n'ont pû & qu'ils ne
peuvent avoir , & fe donnent tour
à tour le pouvoir d'autorifer leurs injuftices.
Ce Roy de leur façon convertit
enParlement ceux qui l'ont nommé
au Trône , dont ils n'avoient au cun
droit de difpofer , & comme le Parlement
eft plus que la Convention,quoy
que dans cette rencontre l'un ny l'autre
ne foient rien , la Convention s'ê
vanouit , & eft regardée dans la conjoncture
prefente comme un Corps
foible & fans nul pouvoir , qui avoit
befoin de ce nom , pour luy fervir de
degré à obtenir celuy de Parlement ,
& cependant il fe trouve que le Prince
d'Orange ne tient la Couronne
Angleterre que de ce premier Corps
aqui l'on ne peut donner le nom que
d'une Affemblée feditieufe , animéc
par la rebellion ,,& qui n'avoit
puiffance que des Revoltez ufurpent
violemment , & qui ne dure qu'autant
qu'il plaît au Ciel de differer leur pu--
nition.
que
la
Le Prince d'Orange continua de
donner plufieurs Chargés
› pour
P
4
344 V. P. des Affaires
fe faire des Créatures , & pour re
compenfer ceux qui avoient trahy
leur Roy legitime , & contribué par
dà à ruiner leur Partie. Quand des
Charges font remplies par des perfonues
du caractere de ces derniers ,
leur fidelité n'eft gueres affeurée ,
& le Souverain en doit tout craindre
auffi bien que les peuples ; mais
enfin un Ufurpateur ne fçauroit &
ne doit pas faire autrement . La politique
& fon intereft veulent qu'il
recompenfe d'abord les traiftres
jufqu'à ce qu'il s'offre une occafion
propre à s'en defaire car quelque
bon accueil qu'on leur faffe , on
trouve toûjours des moyens feurs
de les perdre fourdement , fi l'on
n'employe pas la force ouverte , &
fans avoir deffein de tirer vangeance
de ce qu'ils ont fait contre
leur vray Maistre , ' on ne laiffe pas
de les en punir.
Le Prince d'Orange jugeant à
propos de faire exercer la Charge
de grand Tréforier par des Commilaires
, nomina Milord Mordant
, Milord Lumley , le Che
du
Temps. 345
valier Henry Hovard , & le
Chevalier Henry Capel , & don
na au Maréchal de Schomberg la
Charge de grand Maiftre d'Artil
lerie , feulement afin qu'il euft un
titre cette Charge cftant peu
confiderable.:
,
le
Comme il y a de la foibleffe
dans tous les efprits , mefme dans.
ceux qu'une dureté cruelle fait paffer
par deffus les Loix de l'honneur
, & qui fe font une gloire de
devenir Heros par le crime , parce
qu'il y a une espece de hardieffe &
de fermeté à le commettre
Prince d'Orange qui devoit un
remerciement à la Convention
voulut y aller en habits Royaux
avec la Princeffe fa Femme , quoy
que les Rois ne fe montrent à leurs
Parlemens avec ces habits , que
lors qu'ils en font l'ouverture , &
aux jours que Ron palle des actes ,
à caufe qu'ils femblent eftre plus
appuyez par là de l'autorité Royale ..
Les Seigneurs s'y rendirent ce jourla
en Robes de ceremonie , & ce
Prince y alla avec tout l'appareil.
346 V. P. des Affaires
ordinaire aux Rois en de pareilles
occafions. Il avoit mandé la Cham
bre des Communes , & quand les.
deux Chambres furent affemblées .
il leur parla de la forte..
MESSEIGNEURS MESSIEURS ,
Je vous ap déja dit combien je
fuis fenfible à vos bontez & combien.
teftime la confiance que vous avez enmay.
Le fuis venu ici pour vous affurer
que je neferay rien qui puiffe avec jum
ftice diminuer la bonne opinion qu'on a
de mes fentimens.Ie crop qu'il eft à propos
de vous dire que l'eftat de nos Prorestans
Alliez ,& principalement de
ceux de Hollande eft tel qu'à moins
qu'on ne prenne promptement un foin
particulier d'eux , ils courront un plus ·
grand rifque que celuy auquel vous au-.
riez esté expoſez, & vous mefme devel
reconnoistre que l'eftat prefent des af
faires du dedans demande que vous y
penfie meurement , & qu'un etabliffement
felide eft non feulement neceffaire
pour noftre repps, mais auffi pour l'inte».
reft des Proteftars au debors , principa-
Tuent en Irlande. Le danger eft trop
du Temps. 347
des voyes
preffant poury remedier par
Lentes. C'est pourquoy je vous laiffe à
adviſer aux moyens les plus efficaces
pour prevenir les malheurs qui peuvent
arriver par des delais , & à juger quelle:
eft la meilleure methode pour parvenir
aux fins qui rendent au bien de la Nation
, pour lequel vous eftes tous , je
maffure, tres biénintentionnez , & que·
jeferay toûjours preſt d'augmenter.
Les Orateurs des deux Cham
bres remercierent ce Prince , &
Paffeurerent qu'ils eftoient tous re
folus à feconder fes bonnes intentions
aprés quoy le Prince d'O
range fe retira , & les deux Cham
Bres refolurent unanimement de
députer vers lay , pour luy faire
de plus amples remerciemens , &:
Paffeurer de leurs difpofitions a
faire ce qu'il fouhaitoit , & elles .
adjournerent au lendemain dix.
heuress du matin . Enfin aprés plu….
freurs déliberations & diverfes cupteftations
, l'acte qui a changé la
Convention en Parlement futt
paffé , & on luy donna pour titre ,,
Aste pour obvier à toutes les quef-
9
:
R
5
348 V. P. des Affaires
tions & difputes qui peuvent naiſtra
au fujet de l'Affemblée & de la
feance de ce Parlement. +38
L'irregularité de cette procedure
eft affez vifible , fans que je vous
en dife tien davantage. Ce ferois
repeter inutilement une partie de
ce que je vous ay déja dit . Il fuffic
que cela fut fait avec beaucoup de
confufion ; que quelques Jurifconfultes
fe trouverent d'un fentiment
oppofé ; qu'on ne fit point de réponfes
aux raiſons qu'ils alleguerent
, & que l'on crut qu'ayant
déja paffé fur des formalitez plus
effentielles & mefmes des Loix
fondamentales de l'Etat > on de
voit continuer comme on avoit
commencé , puis qu'il n'eftoit plus
temps d'examiner fi on avoit eu
droit de faire ce qu'on ne pouvoir
plus revoquer. Le Prince d'Orange
approuva cet acte , mais il n'alla
pas au Parlement le jour qu'il s'y
devoit rendre pour y donner fon
confentement , parce qu'il fe rencontra
que celuy qui avoit la garde
des habits, Royaux les avoir déco2
du Temps. 349
bez ; cela parut d'un méchant augure.
Comme il ne put avoir pour
le lendemain qu'une vieille tunique ,
on dit que l'acte qu'il avoit approu
vé ne valoit pas mieux que fon babit.
Quoy que dans la fituation où
eftoient les chofes , il paruft qu'on
devoit executer promptement co
que le Prince d'Orange avoit demandé
dans fa harangue en ne
Faiffa pas
de déliberer plufieurs
fois , fans conclure rien .
L'Evefque de Londres qui avoit
une intelligence particuliere avec
ce Prince depuis le commencement
de fon entrepriſe alla le
complimenter fur fon avenement
à la Couronne , accompagné de
prés de cent perfonnes de fon
Clergé , dont la plufpart avoient eu
beaucoup de peine à fe laiffer perfuader.
La chofe avoit efté concertée
entre cet Evefque & ce Prince ,
pour donner aux autres un exemple
qui n'a pourtant pas efté fuivy..
Le Prince d'Orange qui avoit fæ
politique , leur fit tout le bon accucil
imaginable , & leur promis
350 V. P. des Affaires
de proteger l'Eglife Anglicane
fon deffein quoy quece nefuft pas ,
& qu'il n'ait efté fait Roy par les
Calvinistes qu'à condition qu'il la
détruitoit.Il fe trouva fort embarraſſé
quelques jours aprés & fut obligé de:
faire voir le contraire , de ce qu'il
avoit promis au Clergé de Londres ,
fans que toute fa politique luy pufti
fournir les moyens de fe tirer de cet
embarras, Il nepuft le défendre de fet
trouver dans la Chapelle Royale au
Service que l'on y fait felon l'ufage de
Eglife Anglicane, Cela chagrinoit
extremement les Proteftans Non-
Conformistes , qui apprehendoient
qu'il ne manquaft à ce qu'il leur avoit
promis. Cependant c'eftoit un coup
de politique, & il falloit faire en forte
que les deux partis fuffent contens..
S'il n'euft efté question que du fondi
de fon coeur, il en auroit pû fatisfaire
trente, puis qu'il n'auroit pas manqué
de les affurer chacun feparément qu'il
eftoit de la Religion qu'ils profef
foient ; mais il s'agiffoit d'une cere
monie exterieure , à laquelle il faloit
paroiftre. Il fe rendit donc à l'Eglife
du Temps.. 354
Royale pour fatisfaire leClergé d'An
gleterre , mais il y demeura toûjours.
le chapeau fur la tefte, pour contenter
les Non- Conformiftes. Ceux du
Clergé de l'Eglife d'Angleterre n'en
furent pas moins fcandalifez que
nous le ferions , fi on en ufoit de la
forte dans nos Eglifes . L'Archeveſque
de Londres chercha des raifons:
pour juftifier ce procedé.. Lenombre
de ceux qui n'y ajoûterent pas foy
fit grand , mais ils fegnirent de les
croire , car les plus credules avoient
commencé à fe dezromper , depuis .
qu'ils avoient lû la Lettre qui fuit ,,
que le Prince d'Orange avoit écrite
aux Etats Generaux aprés avoir efté
nommé Roy..
Hauts & Paiffans Seigneurs.
Nous n'avons pas voulu demeurer»
plus long -temps fans fairefçavoir à vos
Hautes Puiffances que les Pairs & les
Communes legitimement affemble à
Vestminster ont refolus de declarer aujourd'huy
, ainſi qu'ils le feront proclamer
demain, Nous , & la Princeffè no❤
fire, tres digne & chere. Epouse , Roy
352 V. P. des Affaires
Reine d'Angleterre , & de tous les
Domaines qui en dependent . Comme
nous fommes pleinement perfuadez tant
à caufe de la part que V.H.P.ont toûjours
prife dans toutes les chofes qui
nous touchent, que par a'autres confiderations
, qu' Elles feront tres - aifes auprendre
que nous avons efté appellez à¹
la Couronne , Nous voulons auffi affenrér
V.H.P. que cela ne diminuera rien,
non feulement de l'affection que nous
avons toujours euë & du foin que nous
avons pris continuellement pour la confervation
& le maintien de la Republique
, mais qu'auffi nous ferons capables.
de pouvoir exercer la charge dont nous
fommes revestus avec plus d'utilité &
d'avantage pour l'Etat , & que nous
pourrons pareillement poursuivre avec
plus de poids & de fruit tout ce qui
pourra regarder fon avantage , le pròteger
& le garantir de tous les dommages
que les Etrangers voudroient luy faire.
Nous esperons encare & cherchons de
noftrepart tous les moyens imaginables
pour faire en forte que pendant nostre.
Regence,une bonne & fincere intelligenae
s'eftabliſſe & s'augmente de plus en
du Temps.
353
plus entre nos Royaumes & les Provin
ces Vries des Pays - bas ; de maniere
qu'il en puiffe provenir une Alliance
qui ne puiffe être rompuë & une amitié
chire nos Sujets & Habitans defdites
Provinces pour la feureté, le repos , & la
paix des deux Nations , & en mefme
temps pour la feureté & le maintien de
la veritable Religion Proteftante , ce que
le Seigneur veuille accorderfous la pros
tection duquel nous recommandons
V. H. P.
Hauts & Puiffans Seigneurs ,
De vos Hautes Puiffances , le bon
Amy ,VVILLIAM Roy.
La veritable Religion Proteftan
te dont il eft parlé dans cette Lettre
, eft la Nonconformiſte , ou du
moins celle que les Calviniftes appellent
ainfi , & que le Prince d'Orange
avoit promis de faire regner
feule en Angleterre , s'il eftoit élû
Roy . La réponse que les Etats devoient
faire à cette Lettre , les embaraffa
fort. Ils avoient crû que le
Prince d'Orange cftant Roy d'An -¸
gleterre , ils en feroient délivrez ,
354 V. P. des Affaires
& ils eurent beaucoup de chagrin ,
lors qu'ils virent qu'il vouloit ens
core conferver l'autorité qu'il avoit
chez eux. Les confequences en étoient
dangercules , & ils decou
vroient en luy une avidité du pou❤
voir Souverain , qui leur faifoit
craindre qu'il ne le voulût étendre
aux dépens de leur République , fir
toft qu'il feroit en état de le faire
Cependant chacun cacha fes fenti
mens , & ne les dit point publiquement
, de peur de le porter à fe
vanger d'eux: mais tout l'Etat étoit
defolé dans le temps mefine qu'il
ordonnoit que l'on fift des feux de
joye , & il tomboit dans une facheafe
confternation en exami
nant tout ce que le Prince d'Oran
ge luy avoit fait fouffrir , & tout
ce qu'il en devoit apprehender , Son
ambition avoit efté caufe que la
France luy avoit declaré la guerre ,
& certe guerre , aprés ce qu'il avoit
fouffert dans la précedente , venoit
de l'abattre entiérement. On fçait
combien il a efté defolé par les ar
mateurs François , & le nombre.
3
du Temps.
355
>
prefque infiny de Vaiffeaux Hol
landois qu'ils ont pris. Aprés cette
perte ils ne fe trotivoient à couvert
de rien par la nouvelle dignité de
celuy qui vouloit encore eftre leur
Maître , & qu'ils voyoient en état de
le devenir un peu trop fouverainement.
D'un autre cofté , ils ne vo
yoient point que fa nouvelle grandeur
leur pût eftre utile : il fe trouvoit
obligé de préferer Fintereft de
l'Angleterre à celuy de la Hollande
ce qu'il eftoit impoſſible qu'il
fift dans les affaires du coinmerce ,
fans porter un norable préjudice
à cette République , de forte que
de quelque cofté qu'on examinât la
chofe , il auroit efté avantageux
aux Etats de ne l'avoir jamais conmu
, puis qu'il ne pouvoit que fe
rendre leur Maiftre , ou travailler
à la ruine de leur commerce . En
effet s'il fuft demeuré chez eux.
dans l'état où il eftoit avant que
de paffer en Angleterre » il auroit
encore cherché comme il avoit
fait toute la vie , par quelles voyes.
il cuft pu les faire entrer en de nou-
>
9 .
356
V. P. des Affaires
velles guerres , puis qu'en comman
dant fouverainement fur leurs troupes
, & difpofant de toutes les
Charges militaires durant ces guerres
, il auroit du moins trouvé.
moyen de fatisfaire par là en quelque
maniere l'infatiable defir qu'il
a toujours cu de regner. Je paffe à
ce qui chagrinera un jour encore
davantage Angleterre.
Enfin aprés plufieurs deliberations
fur le difcours que le Prince d'Orange
étoit venu faire aux deux Chambres
, il fut refolu qu'on s'attacheroit
à fes interefts & à ceux de la
Princeffe fa femme , qu'on appuyeroit
les alliances qu'il a faites avec
les Etrangers , & qu'on employeroit
toutes fortes de moyens , pour
reduire l'Irlande & pour maintenir
la Religion Proteftante. On voit
par là que la Chambre des Cominunes
mêle à tout propos la Religion
Proteftante dans fès Refultats ,
ce qui doit donner de nouvelles inquiétudes
à la Religion Anglicane ..
Il y a encore dans cette deliberation
me chofe de grande importan-
>
du
Temps.
357
ce , & qui merite qu'on y faffe reflexion.
C'est l'endroit où la Chambre
des Communes dit qu'on appuyeroit
les alliances que le Prince d'Orange a
faites avec les Etrangers. Il n'y en peut
voir d'autre qu'avec la Maifon d'Autriche:
car ce Prince eft tellement lié
avec la Hollande , que cette alliance - là
ne doit pas eftre comptée. Voilà donc
la Maifon d'Autriche alliée avec un
Prince,qui n'a entrepris la guerre que
pour détrôner un Roy legitime , détruire
la ReligionCatholique, & faire
refleurir la Calvinifte en France . L'Alliance
eft belle , & ceux qui l'ont
faite , ont beau vouloir prouver par
leurs écrits que ,ce n'eft point une
guerre de Religion . Le Public voit
affez clair pour en juger , & il eft difficile
de pouvoir déguifer une verité ,
dont on ne peut cacher les effets.
Quelques affaires que la Convention
& le Parlement ayent mifes en
déliberation , ils n'ont efté principalement
affemblez que pour deux chofts,
pour nominer le Prince d'Orange
Roy , aprés avoir ôté la Couronne au
legitime Souverain des trois Royau358
V. P. des Affaires
mes,& pour ruiner la Religion Anglicane,
en élevant celle des Nonconformiftes
, & cela ne fe pouvant faire
tout d'un coup ,de crainte que le party
de l'Eglife Anglicane ne fuft trop
fort , on a propofé des moyens pour .
adoucir les Loix qui font contre les
Nonconformistes. Cependant on y
eft fort embarraffé , parce que l'on a
cru jufqu'icy que la Religion Proteftate
Anglicane ne pouvoir eftre en feu-.
reté , fi les Loix eftablies par le Parlement
d'Elifabeth , & par les autres
qui les ont confirmées , ne font
maintenuës ; mais comme elles font
également féveres envers les Catholiques
& les Nonconformistes , dont
le Parlement cft remply, on voudroit
ofter la force de ces Loix feulement à
l'égard de ces derniers . Aucun Parlement
n'a pourtant encore ofé le faire
, parce qu'il eft auffi malaifé de feparer
les peines d'une chofe que la
loy marque meriter une mefme punition,
que d'oiter des pierres d'un Edifice
qui tomberoit ,fi on en tiroit feulementune.
Comme les compables ne fe crodu
Temps.. 359
yent jamais en feureté , tous ceux qui
compofent le Parlement ayant fait
reflexion fur leur revolte , & appre
bendant d'eftre abandonnez par
quelques-uns de leurs confreres , &
que les affaires venant à changer, ils
ne fuffent condamnez , comme ceux
qui ont fait des ligues , des affocia→
tions & des Cours de juftice l'ont
efté par plufieurs Parlemens; ont reg
folu de tenir ferme , de demeurer fortement
unis , & de hazarder leurs.
biens & leurs vies, pour maintenir le
Roy nouvellement éleu , moins encore
en fa confideration , que pour fe
garantir eux-mefmes du coup qui les
menace, mais parce que s'ils le maintiennent,
ils en feront maintenus , &
qu'ils ont grand befoin d'une forte
union pour éviter les punitions qui
leur font duës.
Le Comte d'Arran fils du Duc de
Hamilton, ayant efté attaqué par des
alfaffins fe défendit courageufement ,
mais il fut bleffé , & remarqua patiny
ceux qui l'attaquerent quelques creatures
du Prince d'Orange, qu'on fçait
eftte fortement attachez à fon fervi360
V. P. des Affaires
>
ce. Il s'en plaignit , & il fut mis à la
Tour avec quelques autres Seigneurs
Ecoffois . On les accufe d'avoir eu correfpondance
avec le Roy , ce qu'on regarde
comme un crime de trahifon ,
Ce foupçon en fera arrefter beaucoup
d'autres, & felon les apparences nous
verrons plufieurs glorieux & innocens
criminels . Milord Louvelace ſe
trouve prefentement plus heureux
mais les retours font à craindre. Il
a efté fait Capitaine des Gentilshommes
Penfionnaires, pour recompenfe
d'avoir abandonné le premier
fon Maiftre. Les coupables font recompenfez
par leurs pareils & punis
par les vertueux . La faveur de ce Milord
pourra ne pas durer , puifque le
Comte de Clarendon , & le Comte de
Rochefter fon Frere , tous deux Oncles
de la Princeffe d'Orange , ayant
voulu donner quelques confeils au
Prince fon époux , illeur commanda
de fortir de la chambre , & leur dit ,
qu'ils ne paruffent plus à la Cour parce
qu'il eftoit las de voir des traitres.
Le Prince d'Orange s'eftant
fervy des Seigneurs pour avoir entrée
1
du
Temps.
361
trée en Angleterre ceffe de le menager
, tant parce que c'eft prefentement
des peuples qu'il a le
plus de befoin , que parce que les
Seigneurs ne pouvant plus eſtre regardez
par leur veritable Roy , que
comme des gens qui l'ont trahi
ils font obligez pour leurs propres
interefts , & pour éviter la punition
qui leur eft due , de demeurer fidelles
à ce Prince. C'est pour cela
qu'il ne fonge plus qu'à tenir les
Peuples fortement attachez dans fon
party , à caufe qu'eftant auffi emportez
qu'aveugles , au lieu d'examiner
fi ce qu'on veut leur faire entreprendre
eft juste,ils ne regardent que ce
qui touche celuy qui a eu l'adreffc de
Les faire eutrer dans fes interefts , &
ils s'y jettent comme un torrent dont
rien n'eft capable d'arreſter le cours.
Le Prince d'Orange voulant toûjours
voir durer cette fureur inconfiderée
des peuples pour luy , & dont il tire
tout fon pouvoir , fit dire à la Chambre
des Communes qu'il avoit deffein
de fupprimer la taxe fur les cheminées.
Elle y confentit avec joye , &
e
362 V. P. des Affaires
refolut de dreffer un Acte pour caffer
ceux des precedens Parlement qui
l'ont eftably. Elle delibera enfuite
pour faire unfond qui puft produire
au Prince d'Orange un revenu égal a
celuy que produifoit cette taxe : On a
propofé de le lever fur les terres. Le
Prince d'Orange ne perdra rien par ce
moyen- là . Il en eftoit feur & que les
creatures qu'il a à la Chambre des
Communes , propoferoient l'expedient
dontils étoient convenus. On
peut répondre à cela qu'une taxe fur
les cheminées ou fur les terres , eft
toûjours une taxe réelle , que les
Seigneurs & le peuple doivent payer.
Ileft vray , mais comme en Angleterre
les Seigneurs poffedent la pluspart
des terres , & que les Peuples en
ont fort peu , il fe trouve que les Scigneurs
payeront preique feuls ce que
Tes peuples payoient, par l'impofition
de la taxe fur les cheminées . En attendant
gne cettte taxe foit établie
pour toûjours , on a refolu de s'en
fervir pour donner au Prince d'Orangeun
fubfide extraordinaire de quatre
cens vingt mille livres fterlin pa-
1
du
Temps. 363
yables en fix mois & en payemens
égaux de foixante & dix mille livre .
fterlin chacun. Cela eft fort fpecieux
mais les affaires du Prince d'Orangn'en
vont pas inieux , le temps preffe ,
il faut des Troupes , & on n'en peut
-lever fans argent. Cependant ilne fe
trouve point de Traitans qui leveiiil-
- lent avancer, tant ils aprehendent de
le perdre. Ils voyent un Parlement illegitimement
affemblé , qui renverſe
toutes les loix fondamentales de l'Erat,
un Ufurpateur mal affermy, & hay
fecrettement de tous ceux qui font
profeffion de la Religion Anglicane ,
& un legitime Souverain , qui poffede
encore le coeur de la plus grande partie
de fes Sujets , & qui aidé des for-
- ces du plus puiffant Monarque de
l'Europe,touche tous les jours au mo❤
ment qu'il doit eftre retabli . Sa Majefté
Britannique n'a pas feulement
les coeurs de la plufpart du Peuple
mais encore de l'Armée , qui ne l'au
roit point abandonné fi les Officiers
n'euffent efté d'accord avec le Prince
d'Orange . Cela eft fi vray que les
Troupes qui font à Buckingam , ont
Q 2
364 V. P. des Affaires
obligé le Maire de boire
fanté de ce Monarque.
à genoux
la
Le Prince d'Orange en formant
le deffein de fe faire Roy , refolut en
mefme temps de faire tout ce qu'il avoit
publié qu'il venoit pour empécher
, c'est à dire , d'eftablir un Gouvernement
arbitraire , & de fe rendre
plus puifsát qu'il n'a jufqu'icyété permis
de l'eftre à tous les Rois d'Angleterre
, & cela , parce qu'il eft abfolument
impoffible qu'un Ufurpateur
fe maintienne , s'il n'a une autorité
abfoluë , & pour commencer àl'acquerir,
il a cru devoir fe fervir du temps
que la Chambre des Communes eft
toute à fa devotion . Ainfi aprés l'avoir
fait informer de l'emprisonnement du
Comte de Haran & de quelques autres
Seigneurs , celuy qui le leur ap
prit leur dit que ce Prince avoit trouvé
à propos dans la conjoncture prefente de
faire arrefter pour la feureté publique
quelques perfonnes dont les pratiques
pouvoient estre dangereufes pour le Gouvernement
, & qu'il croyoit qu'il eftoit
befoin d'enfaire arrefter davantage,mais
qu'apprehendant de faire quelque chofe
du
Temps. 365
contra la loy, il avoit donné ordre d'informer
la Chambre des raiſons qui l'obligeoient
d'agir de cette maniere , pour
affeurer la liberté publique & le Gouvernement.
Cét Envoyé ajoûta que le
Prince d'Orange defiroit fçavoir fi l'a.
vis de la Chambre eftoit que les Prifonniers
fuffent mis en liberté , comme ils
le demandoient en vertu de la Loy
Habeas Corpus.
་
Des gens fages & juftes auroient
efté embaraffez , puis qu'ils n'avoient
détrôné le Roy, élevé le Prince d'Orange
en fa place , & qu'ils n'eftoient
alfemblez, au moins à ce qu'ils affeuroient,
que pour conferver les loix &
la liberté publique . Cependant les
Créatures du Prince d'Orange gouvernant
toute cette Chambre qui n'étoit
non plus affemblée pour reſtablir
les Loix, que le Prince d'Orange étoit
venu en Angleterre pour ne fe point
faifir de la Couronne , il fut refolu
qu'on n'auroit point d'égard à la Loy
HABEAS CORPus , qui a toûjours
efté confiderée comme la plus impor
tante de celles qui concernent la li
betté des Particuliers , & qu'on dref
Q 3.
366 V. P. des Affaires
3
feroit un Acte,pour autorifer le Prince.
d'Orange pendant un certain temps ,
afin qu'il puft faire arrefter tous ceux
qu'il tiendroit fufpects ,fás qu'ils puffent
cftre élargis fous caution fans fon
confentement. Ainfi le voilà maiftre
de faire arrefter & de retenir ceux
qu'il foupçonnera de n'approuver pas
fon ufurpation . Il leur impofera tous
les crimes, qu'il jugera propres à les
noircir,& la crainte qu'il doit avoir de
tomber du Trône, fera caufe qu'il accufera
beaucoup d'honneftes gens ; de.
forte que l'innocence & la vertu fonf
friront , tant que
Traiftres .
durera le regue
des
Quelques Evefques de fon party ,
mais dont le nombre eft peu confiderable
, ont commencé à feconder
fon grand deffein , en donnant leur
confentement pour tolerer beaucoup
de chofes dans l'exercice , de
la Religion des Nonconformistes , ce
qui avoit toûjours efté rejetté , comme
tendant à l'entiere deftruction de
l'Anglicane, & ces Paſteurs en témoignant
qu'ils cftoient prefts de recevoir
comme leurs freres ceux que l'Edu
Temps. 367
pas
glife Anglicane a toûjours regardez
comme Schifmatiques , & qu'elle a
fouvent excommuniez comme Heretiques,
ont abandonné leur Troupeau
aux Loups dont il fera devoré.11 fuffic
que ces freres foient Calvinistes, pour
s'affeurer qu'ils ne les fouffriront
Jong-temps dans l'Eglife où ils les
reçoivent. Si le Roy d'Angleterre
avoit feulement marqué la moindre
penfée de propofer tout ce qui s'exccure
aujourd'huy , on auroit regardé
cela comine un attentat contre les
Loix , & l'on s'en feroit plaint auſſi
hautement que l'on paroift aujour
d'huy le fouffrir avec peu de murmu
reinais la politique du Prince d'O.
range eft méchante en cette occa .
fion.Ceux qui fouffrent n'en penfent
pas moins. Un Prince qui fe declare
fi vifte , & qui entreprend fi toft , fait
connoiftre qu'il a deffein d'aller loin,
& comme on s'apperçoit de bonne
heure de ce qu'il projette , on prend
plûtôt des mesures pour s'y oppofer,
Airftfon trop de précipitation don
ne lieu de croire qu'il effuyera des re
vers de fortune auffi prompts que fe
faveurs ont efté precipitées. Comms
Q 4
368 V. P. des Affaires
il n'y a encore qu'environ le quart
des Archevefques & Evefques qui
ayent prefté les deux nouveaux fermens
, il y a apparence que les autres
qui ne le feroient que par force , ne
les prefteront pas,jugeant bien par la
fituation où fe trouvent les affaires ,
que le Prince d'Orange eft deftiné
pour devenir le jouet de la fortune ,
auffi bien que le parlement , qui doit
penfer à rendre un jour compte de fa
conduite, au lieu d'eftablir un Committé,
comme il vient de faire dans le
temps qu'il renverſe toutes les loix
fondamentales de l'Etat, pour decou™
vrir ceux qui ont eu part directement
ou indirectement aux infractions
qu'il pretend avoir efté faites aux
Loix du Royaume.
Ce Prince ne fe voyant prefque
plus de Troupes , tant à caufe qu'il
en a envoyé en Hollande , qu'à
caufe que celles qui luy font reftées
defertent de jour en jour pour rentrer
dans le fervice de leur legitime
Souverain , qu'elles n'avoient pas
quitté volontairement comme ont
fait leurs Officiers , a ordonné la
levée de ving fix Regimens. Queldu
Temps. 3G
ques Seigneurs qui font fortement
attachez à fon party , & qui crajgnent
un revers qui n'acommoderoit
pas leurs affaires , ont offert
d'en lever à leurs dépens dans leurs.
Terres ; mais il y a peu de fondement
à faire fur ces Troupes pour
le Prince d'Orange , puis que la.
plufpart des Soldats ne voulant
point le fervir , ces Troupes fesont
prefque toutes compofées de
Milices qui feront peu inftruites
dans le meftier de la Guerre.
Enfin le Docteur Burnet , qui
felon les loix & fes crimes , ne
pouvoit jamais retourner en Angleterre
que pour y eftre conduit:
fur un échafaut a efté pourveu :
par le Prince d'Orange de l'Evef
ché de Salifbery. Loin de raifonner
là: deffus , on ne doit que rire des
caprices de la fortune . Les Dioce
fains d'un tel Prelat feront de bel-
Les chofes s'ils prennent fa vie
exemple. On affeure qu'il eft Soci
nien , & vous fçavez que les Sociniens
nient la Divinité de Jefus
Chrift
pour
Le Prince d'Orange aprés avoir
Q S
370 V. P. des Affaires
tenu Confeil à Londres , fe trouve
obligé d'aller tous les jours cous
cher à Hamptoncourt , qui en eft
à huir lieues , parce que l'air du
charbon de terre dont tout le
Peuple fe fert
brûler en cette
>
pour
Ville là , eft entierement
contraire.
à l'afme dont il eft cruellement
tourmenté
, & qui s'augmente
encore
tous les jours par l'inquietude
que luy donne le foin de chercher
à fe maintenir fur le Trône où il
eft mal affermy. Si cela continuë ,
l'air de la Couronne
luy aura efté
fatal.
Quand à ce qui regarde l'Irlande ,
la conduite du Comte de Tircon- .
nel qui en eft Viceroy , immortalifera
fon nom , & on peu dire
qu'il fera couvert d'autant de gloire
que tous les Traiftres ensemble le
feront d'infamie. Le Roy d'Angleterre
eftant arrivé en France , & le
bruit de la fidelité de ce Comte
fe répandant tous les jours de plus
en plus , il fat refolu que s'il continuoit
dans la mefme fermeté auffi-"
9
bien que fes Troupes , ce Monarque
fe rendroit en Irlande ; mais
du
Temps.
371
comme l'exemple du paffé faifoit
apprehender quelque changement ,
& qu'il n'y euft, des Traiftres parmy
ceux qui fe montroient fi zelez ,
le Roy de France y envoya M.
de Pointy ,, pour eftre plus feurement
informé par fon rapport de
la difpofition ou eftoient les Irlandois
.
> ces
F
Quand M. de Pointy fut arrivé
en Irlande , & qu'on fçeut qu'il y
eftoit envoyé de la part de Sa
Majefté Tres Chreftienne
Peuples à qui les grandes chofes
qu'Elle a faites ne font pas incon,
nuës , fe mirent à genoux pour le
voir paffer , & luy donnerent ille
benedictions ; mais quand ils ap-.
prirent à fon retour qu'il venoit de
s'aboucher avec le Comte de Tir
connel & qu'il l'avoit affeuré
qu'il recevroit bien toft du fecours
de France , ils firent voir une joyer
fi exceffive , qu'il eft impoffible de
la peindre dans toute fon étenduë.
Ils la témoignerent premierement
par leurs acclamations , & fe firent
aprendre à dire en François , Vive ›
le Roy de France , afin de le repetes
2
Q 6
372
V. P. des Affaires
fans ceffe par tout où ils pourroient
voir cet Envoyé. Ils joncherent de
branches tous les endroits de fon
paffage , & y firent brûler des parfums
à leur mode . Les Femmes &
les Enfans accoururent de toutes
parts , & l'arrefterent en beaucoup
d'endroits pour luy faire des hon
neurs à leurs maniere , qui eftoient
de luy jetter des rubans de toutes
couleurs , avec de petits morceanx
de bois peint & doré , de forte
que fi M. de Pointy n'euft pris le:
party de marcher de nuit , il au-
Loit eu peine à achever fon voya
ge. Il revint en France , & y rendit
compte de l'ardear du zele de ces.
Peuples, & de la fideliré que ces
Troupes luy ont paru devoir garder.
inviolablement à leur Souverain..
Ceux qui n'ont point d'armes , &
qui font preffez d'un defir ardent
de défendre leur Religion , leur
Roy , & leur Partie , fe mettent:
cofté des Troupes qui font l'exer---
cice , & imitent tous leurs mouvemens
avec des bâtons . Ils ont tous.
conceu un fi grand amour pour le
Monarque dont ils efperens. eftre.
du Temps. 373
fecourus , que dans les prieres publiques
qui fe font dans leurs Egli
fes , on y prie prefentement Dieu
pour le Roy Tres- Chrestien. Tant
d'affeurances de la fidelité des Irlandois
firent refoudre le Voyage:
du Roy d'Angleterre en Irlande
& dés qu'il fut arrefté , Sa Majefté
luy fit prefent de Tentes pa
reilles aux fiennes , & d'un lit de
meline , & luy fit donner le double
de tout ce qu'on a coûtume de
porter à l'Armée pour fon fervice
Le Roy luy fit encore prefent de
douze chevaux pour fervir à fa
perfonne , ornez & enharnacheza +
comme les fiens quand il va en
Campagne , & de trois paires de
piftolers de fes propres Armes ,
eftimez non feulement à caufe de
leur bonté , mais parce qu'ils font
fort legers , & magnifiques.. Ce
prefent , fut accompagné de deux.
Services de Vaiffelle , l'un d'argent
blanc , & l'autre de vermeil
& de fix cens mille écus en or-
Tout cela fait affez l'éloge de la mas.
gnificence du Roy , & marque fon
Zeleppoouurr la Religio,fon amourpour
374 V. P. des Affaires
un Monarque qui fort de fon fang ,
& fon empreffement à fecourir les
opprimez . Je ne vous parle point du
Voyage du Roy d'Angletere jufqu'à
Breft , il eft amplement décrit dans
ma Lettre ordinaire. Ce Prince avant
que d'en partir , écrivit en Ecoffe
la Lettre fuivante avec cette
fubfcription. Aux: Lords Spirituels
& Temporels , Commiffaires des Provinces
& Bourgs afferableZ„ou qui s'affembleront
dans noftre bonne Ville d'Ed'imbonrg.
Elle eft dattée à Bord du
Saint Michel . C'eft le Vailleau qui
l'aporté en Irlande.
IACOVES ROT.
Milords & Gentilshommes , Comme
nous avons efté informe , que Vous, les
Pairs & les Reprefentans les Provin
ces & Bourgs de noftre ancien Royaume,
vous devez vous affembler dans nôtre
banne Ville d' Edimbourg , un des
jours de ce prefent mois de Mars , par-
Pautorité ufurpée du Prince d'Orange,
Nous jugeons à propos de vous faire
Scavoir que comme en tout temps nous
nous fommes repofez avec confiance (ur
Lafidelite & affect son de vous tous, @-
du
Temps. 375
tre ancien Peuple, aprés avoir eu cy- devant
recours à vostre aſſiſtance dans nos
plus grandes difgraces , & cela avec un
bon & heureux fuccés pour vos affaires,
Nous vous requerons encore prefentement
de défendre notre royal interest
nous promettant de vostre fidelité tout
Gе que l'on doit attendre de bons & de
genereux Sujets , & que nonfeulement
vous ne fouffrirez pas que par des cajoleries,
ny par des menaces , on vous faffe
rien faire d'indigne de urais & coura
geux Ecoffoisz mais auffi que pour mainvenir
l'honneur de vostre Nation , vous
mépriferez le bas lâche exemple des
Traiftres , & rendrez vos noms éternels .
par une fidelité conforme aux frequentes
proteftations que vous nous avez faitos,
ce que faisant vous prendrez le pary
le plus feur , puis que par ce moyen
vous éviterez le danger d'attirer fur
vous l'infamie & toutes fortes de malbeurs
dans ce monde, & pour l'autre la
condamnation qui eft dene aux Rebelles.
Vous aurez außi une belle occafion
de vous affurer & à voſtre pofterité
l'effet des promeffes que nous vous avõs
·faites avec tant de fincerite de maintenir
veftre Religion, vos Loix, vos biens,
376 r. P. des Affaires
voftre liberté, & vos Privileges, ce que
nousfommes toûjours refolus d'accomplir
auffi toft qu'il vous fera poſſible de
vous affembler feurement en Corps de
Parlement de cenôtre ancien Royaume..
Cependant ne craignez point de vous
declarerpour Nous, vôtre legitime Sou
verain , qui de noſtre part ne manque➡
rons pas à vous donner un fecours fi
prompt & fi puiffant , qu'il ne vous
fournira pasfeulement le moyen de vous
défendre de toutes les entreprises du dehors
, mais vous mettra encore en estat
d'affermir & d'affirer noftre droit contre
nos Ennemis , qui l'ont abbattu &
déprimé par la plus noire des ufurpa
tions , le plus injufte comme le plus
dénaturé des attentats . Bien que la puiffance
de Dien permette pour un temps...
qu'illaiffe profperer les méchans , il'
faut neanmoins qu'à la fin ces Ouvriers:
d'iniquité tobent dans la confufion.Nous:
vous informerons de plus que nous par…..
donnerons à tous ceux qui retourneront››
à leur devoiravant la fin de ce mois in-..
clufivement , que nous punirons fuivant
la rigueur de nos Loix tous ceux
qui demeureront dans la révolte contrenous,
on contre noftre autorité. Ainfi nee
du Temps. 377
doutant point que vous ne vous declariez
pour Nous, & qu'en vous opposant
à tout ce qui pourroit eftre contraire à
nostre intereft , vous n'envoyez vers.
nous quelques- uns d'entre vous pour nous
rendre compte de vos foins, & de l'eftat.
de vos affaires, Nous vous souhaitons
de bon coeur toute forte d'avantages .
Donné à Bord de S. Michel le 8. de
Mars,& de noftre Regne le cinquième,
Avant que Sa Majesté fiſt voile pour
l'Irlande, le Soleil d'Affrique arriva à
Breft. C'eft une fregate que Sa Majefté
y avoit envoyée. Le Capitaine rap
porta que le Comte d'Inchequin à la
tefte de 4000. Proteftans bien armez
s'eftoit fortifié dans une petite Ville
nommée Baden à fept où huit lieuës
de Kinfale; que le Comte de Tirconnely
avoit envoyéle Marquis de Klintexord,
avecun detachement de 3000.
hommes , mais que ce Marquis le jugeant
trop foible,on luy avoit envoyé
encore autant de monde avec le Majos
Macarty , qui eft Major general de
l'Armée,que tous enſemble ayant forcé
les 4000. hommes , ils en avoient
paſſé la moitié au fil de l'épée,& qu'il
leur reftoit deux mille prifoni ters
3787
V. P. des Affaires
4
pour fervir de reprefailles pour autant“
de Catholiques Irlandois arrétez en
Angleterre. Il ajouta qu'on avoit
ftribué les armes deces 4000.hommes
aux Irlandeis qui n'en avoient point,
& que quelques jours avant cette défaite
, le mefme Major Macarty avoit
pris un Chateau cù il y avoit 150.
Proteftans commandez par le Capitaine
Boyle, Ces Proteftans & tous
ceux de ce Royaume- là , doivent detefter
l'ambition du Prince d'Orange,
puis qu'ils vivoient en repos , & qu ils
jouilloient pa fiblement de la liberté
de confcience que le Roy a accordée
à tous fes . Sujets. Ce qui fe paffe aujourd'huy
en Irlande fait voir que ce
Royaume ne l'a point appellé . Pourquoy
cherche-t- il donc à le fubjuguer
aprés tout ce qu'il a declaré dans fon
Manifefte qui eft entierement contraire
à ce qu'on luy a veu entreprendre
depuis ce temps -là ? Quand tout ce
qu'il a fuppofé à l'égard de l'Angleterre
, auroit efté veritable , cela luy
donne- t- il droit de fe faire Roy d'Irlande,
lors que loin de le nommer, cet
Etat refufe de lay obeïr ? Y a- t-il de
a jaftice qu'il inquiette les Catholidu
Temps... 379
ques , parce qu'il fe trouve quelques
Proteftans en Irlande , & ne peut- on
pas fe fervir contre luy des imefines
raifons qu'il a fauffement employées
contre le Roy d'Angleterre , en l'accufant
de vouloir abolir la Religion dominante
de l'Etat, pour faire regner la
Catholique, dont il n'y a qu'un periv
nombre en Angleterre , de méme qu'il
y a peu de Proteftans en Irlande ?--
Il est aisé de connoire par toutes
ces chofes que la Religion n'a cué
qu'un pretexte à fon ambition demefurée,
mais il a manqué de politique ,
en he pourfuivant pas l'affaire d'ire
lande pendant que tout étoit en mouvement
en fa faveur . L'empreffement
qu'il avoit à fe faire élire Roy , a efté
caufe qu'il a laillé écouler deux ou
trois mois.ll s'eft appliqué tout entier
à ce qui regardoit ſon élection , & jufqu'à
ce qu'elle ait efté faite , a gardé
fes troupes, pour fervir d'appuy à fes
partifans & donner de la vigueur à fes
brigues , mais le temps pallé ne peut
plus le rappeller , il a manqué l'Iriande
, & s'il arrive que la fidelité de ce
Royaume excite l'Ecoffe à l'imiter
comme ily a tout lieu de le croire , il
380 V. P. des Affaires
aura manqué en jeune homme , ce
qu'il avoit commencé à concerter en
habile politique , car il n'eft pas pof
fible qu'il trouve moyen de fe maintenir
au milieu de deux Royaumes
declarez contre luy , animez par leur
Prince legitime preſt à combattre en
perfonne, & fecourus par un Roy dont
les armes font toûjours victorieuſes.Il
ne me reste plus pour finir la matiere
que je me fuis propofé d'épuifer dans
ce Volume , qu'à vous parler de l'embarquement
du Roy d'Angleterre. Il
fe fit le 7. de Mars à quatre heures
aprés midy fur le Vaiffeau nommé le
François de so. pieces de Canon , &
auffi -toft on mit fon Pavillon Royal
au grand mats de tous les Navires ,
avec les Yacs au beaupré. Le vent
étoit Sud,& tres- favorable, & le Roy
devoit partir à la petite pointe du jour
dans ce Vaiffeau commandé par M.
Panetier, ayant M. de Fauquieres Capitaine
en fecond , M. de Roffel
pour
un des Lieutenans , & M.de la Gaudiniere
pour Enfeigne. Le vent ayant
changé,la Flote ne put partir:elle appareilla
plufieurs fois depuis ,& ne put
enfin fe mettre à voile que le 17. à
du
Temps.
381
cinq heures du matin . Le Roy montoit
alors le S. Michel commandé par
M. Gabaret. Les autres Vaiffeaux étoient
le Courageux commandé par
M.Foran Chef d'Efcadre; Le François
par M.Panetier; Le Fort par M.leChevalier
de Rofmadec ; Le Furieux par
M.d'Ainaud; L'Entreprenant par M.do
Beauvieu ; Le Sage par M.de Vandricour
; Le Duc par M. Colbert de S.
Marc ; L'Appellon par M.de Montorfier;
Le Neptune par M.de Palliere; Le
Faucon par M. le Chevalier d'Ervaux.
Tous ces Vaiffeaux font de cinquante
à foixante pieces de Canon. Il y avoit
quatre Fregates de trente-fix picces
de canon ; fçavoir l'Embufcade commandé
par M.Eftienne- Jeny, le Soleil
d'Afrique par M. de Clocheterie , La
Folie & la Mutine commandées par
deux Capitaines Anglois. Il y avoit
auffi trois Brulots,le Petillant, l'Ecervelé
& le Deguifé,& quelques Fregates
dont je ne fçay pas les noms.
Quoy qu'il n'y ait rien de plus caché
que l'avenir , les Sujets qui font demeurez
fideles au Roy d'Angleterre
ne doivent prefque pas douter de le
voir bientoft rétably. Le Regne des
afz V. P. des Affaires
Σ
Ufurpateurs n'eft jamais long, quand
les Souverains dont ils ont envahy les
Etats , font vivans, qu'ils ont du coeur
: & des forces pour combattre l'ennemy
qui les a furpris , qu'une grande
partie de leurs Sujets prend les armes
pour les vanger , & que d'autres les reconnoiffent
dans leur coeur , n'ofant
fe declarer,parce qu'ils font trop proches
de l'Ufurpateur dont ils craignent
la violence.
Comme j'ay enfin rejoint le Prince
d'Orange malgré toute la précipitation
avec laquelle il a couru vers le
Tione , vous n'aurez que dans trois
mois la fixiéme Partie des Affaires du
temps . Cette hiftoire où je me permers
le raifonnement , eftant plutoft
Pour remarquer ce que l'on peut dire
fur les grands évenemens , que pour
donner des nouvelles , je croy que
vous vous contenterez jufque- là de
mes Lettres ordinaires , que vous aurez
tou ours au commencement de
chaque mois , & qui contiendront
ce qui fe fera paffé de plus important .
THÈQUE
BIBLIO
DE
LYON
N.
1893
LYCO
*
18
EX BIBLIOTHECA
AFFAIRES
DU
TEMP S
TOME CINQUIBLIOTHER
洗衣
LYON
A LTON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure
Galant.
M. D C. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROT.
:
I
CINQUIE'ME PARTIE .
DES
AFFAIRES DE
DU TEMPS.
BIB
ES affaires de la veritable
Religion ſont
en Europe dans une
fituation d'autant
plus facheufe , que le mal eſt
venu par ceux , qui non feulement
devoient apporter de
promts remedes aux maux de
cette nature , mais qui eſtant
en pouvoir de les empefcher
de naître , avoient une obliga-
A
LYON
FILLE
2
V. P. des Affaires
、
tion indifpenfable de les prevenir
, puis qu'ils ne font élevez
que pour cela aux plus
hautes dignitez , & que ce
doit eftre leur unique employ,
de même que celuy d'un Capitaine
& d'un Soldat eft de
combattre. Toute autre veuë
eft indigne de leur caractere,
qui ne peut fouffrir qu'ils facrifient
la religion à des paffions
qu'il ne leur eft pas permis
d'écouter , & la Politique
ne doit point regner dans leur
Cour comme dans celles des
• autres Souverains. La partialité
leur eft défenduë , & comme
ils font les Peres communs ,
doivent avoir une égale amour
pour tous leurs Enfans ; l'Efprit
feul de charité , d'union & de
paix , les doit animer dans tout
ce qu'ils font, & quand ils forils
du Tems. 3
tent de cét efprit , & que le
Chef travaille à la ruine des
Membres , il fe fait tort à luymême
, & fe porte des coups
dont tout le corps fe reffent.
Comme il n'y a point d'hōme
qui n'ouvre enfin les yeux
lors qu'il fait des chofes , non
feulement contraires à ce qui
luy eft prefcrit par fon devoir,
fuivant l'état de vie qu'il a embraffé
, mais encore à luy- même,
je me perfuade qu'à chaque
ligne que j'écris , je dévrois
changer de langage , & que
l'intereft de la veritable Eglife
fe fera enfin rendu le plus
fort dans le coeur de ceux que
des interefts purement humains
, & remplis de vanité ,
ont commencé à faire agir;
mais quand cela feroit arrivé
dés à preſent , vous ne devez
A ij
4 V. P. des affaires
pas regarder mes Lettres fur les
affaires du tems , comme des
nouvelles qu'on mande avec
précipitation à mefure qu'elles
arrivent , & ſouvent avant
qu'on en ait bien démêlé la
verité. Quand je rapporte les :
chofes qui fe font paffées il y
a trois mois , & celles qui en
ont efté la caufe , je fuis obligé
de parler des Perfonnes qui
leur ont donné le mouvement
,
fuivant ce que ce mouvement
a produit, & fuivant ce que ces
Perfonnes -la penfoient, & faifoient
en ce temps- là . Ainfi
quand elles fe repentiroient aujourd'huy
du tort qu'elles ont
fait à la Religion Catholique
,
je dévrois toûjours , pour continuer
mon hiſtoire , parler du
paffé , fuivant l'ordre des tems,
puis que le prefent ne peut emdu
Temps. 5
pefcher que ce qui a efté fait
pas efté .
ne l'ait
Je vous ay déja fait voir
que l'Europe n'eft aujourd huy
toute en armes , & que la Religion
Catholique n'a eſté abolie
en Angleterre qu'à caufe de
l'obftination invincible de
T'Empereur à ne vouloir point
que Mr le Cardinal de Furftemberg
foit Electeur de Cologne,
& de la trop grande fa
cilité de la Cour de Rome à
confentir à tout ce que veut la
Maifon d'Auftriche . Il faut
prefentement que je réponde
à une objection qu'on m'a faite
là- deffus . Il femble d'abord
qu'elle est bien fondée , &
neanmoins elle eft aifée à détruire.
On demeure d'accord
que l'Empereur ne veut point
que M' de Furftemberg foit
A iij
6
V. P. des Affaires
Electeur de Cologne , & qu'il
n'a rien oublié pour traverfer
fon Election , & le deffervir à
Rome ; mais on dit en même
tems que le Roy de France
s'eft declaré pour ce Cardinal,
qu'il a employé le credit de fes
Amis pour le faire élire, qu'il a
fait folliciter le Pape en fa faveur,
& qu'ainfi ces deux grandes
Puiffances fe trouvat en cố-
teftation pour une même chofe,
& ayant égalemet follicité l'une
pour, & l'autre contre, tout ce
qu'on peut dire, c'eft que l'Europe
eft à plaindre de ce que
ce démêlé eft furvenu entre ces
deux grands Potentats , mais
que perfonne ne peut donner
plus de droit à l'un qu'à l'autre,
ny les blâmer de ce que devant
tous deux foutenir leur gloire
& celle de leurs Etats, ils cherdu
Temps.
7
chent également à fe garantir
de la honte de ceder. Voilà
donc toute l'Europe en Guerre,
fuivant les partifans de Rome
& de la Maifon d'Autriche
; voilà la Religion Catholique
détruite en Angleterre ;
voilà un Roy qui en faifoit profeffion
détrôné , & les Proteftans
en état d'exercer les cruautez
avec lesquelles ils ont étably
leur reforme, fans que perfonne
foit coupable de ces
grands malheurs . Le tour eſt adroit
& delicat pour excufer
l'Empereur & la Cour de Rome
, mais quand on voudra penetrer
la chofe , on découvrira
une grande difference, dans
une obftination qu'on veut qui
foit neceffaire , & égale entre
l'Empereur & Sa Majesté.
Quoy que le Roy foit déchar-
E iiij
8
V. P. des Affaires
gé par là d'avoir efté la caufe
de la Guerre , ou plûtôt de l'avoir
luy feul cauſée , il eſt aifé
de faire connoître qu'il n'y a
contribué en rien, & que, comme
ont fouvent dit ceux qui
l'en accufent en fe contredifant
, on l'a forcé à faire la
guerre , fon intention eſtant de
maintenir le repos de l'Europe
.
Ce Monarque a déclaré en
prenant les interefts de M' le
Cardinal de Furftemberg.qu'il
s'en tiendroit à l'Election qui
feroit faite & ce Cardinal
voulant de fon cofté empécher
la Guerre que nous voyons aujourd'huy
, confentit aprés la
mort du feu Electeur de Co.
logne , qu'on procedât à une
nouvelle Election , quoy qu'ayant
efté canoniquement élu
Coadjuteur , il euſt pû ne pas
2
du
Temps. 9
donner fon confentement à cette
Election , qui n'auroit pû étre
faite fans cela, & à laquelle
il est évident qu'on n'auroit
pas procedé . Toutes ces manieres
honneftes auroient efté fans
doute de quelque confideration,
s'il y avoit eu moins d'animofité
, & moins d'obſtination
du cofté de ceux que des
mouvemens de jaloufie avoient
mis dans des interefts contraires.
Un Prince qui fe voit aujourd'huy
le plus puiffant de
l'Europe , & qui eft reconnu
pour tel, fe montre fage & moderé.
Il ne demande que la juftice
; il veut la laiffer agir , &
offre d'y remettre les interefts
du Prince qu'il protege , & les
y remet en effet . Un Cardinal
canoniquement élu confent
pour le bien de la Paix , que
>
A v
10
t
V. P. des Affaires
l'on travaille à une nouvelle élection
, quoy qu'il rifque tout
par là, & qu'il voye la Cour de
Rome & celle de Vienne folliciter
contre luy , avec des emportemens
accompagnez de
menaces . L'Empereur n'avoit
qu'à faire la même chofe , &
l'Europe feroit aujourd'huy en
paix , mais il ne s'en remet à
l'Election, qu'à condition qu'elle
ne tombera point fur Mr de
Furftemberg , & fi l'on rend
juftice au merite de ce Cardinal,
il n'y veut point confentir.
Il
ayme mieux que l'Allemagne
foit couverte de fang , que
les Rois foient détrônez , que
tous les Proteftans de l'Europe
triomphent , que tous les Câtholiques
foient égorgez &
empriſonnez en Angleterre, ou
reduits à la derniere miſere, &
du
Temps.
II
mettre les Turcs par une Paix
à contre-tems en eftat de ferétablir
pour opprimer un jour la
Chrêtiété,que de fouffrir qu'un
Prince de l'Eglife, legitimement
parvenu à une dignité dont il
a eu le miniftere , & qui en avoit
tout d'une voix efté nommé
Coadjuteur, en jouyffe paifiblement.
Je laiffe à penfer aprés
cela fi l'on a raiſon de dire
que l'Empereur ne doit pas
ceder non plus que le Roy. Sa
Majefté pouvoit Elle faire autre
chofe que de fe remettre à
l'Election qui feroit faite , &
l'Empereur ne fait- il pas voir
luy feul une obftination invincible
en ne s'y remettant pas ?
C'eft n'écouter ny juſtice , ny
raiſon , & n'avoir que fa pafpour
regle. Je vous ay fait
fion
voir dans ma troifiéme Lettre
A vj
12
V. P.des Affaires
fur les Affaires du tems, ce qu'a
produit cette obftination fi mal
fondée,& de quelle maniere le
Prince d'Orange en a pris l'occafion
de tromper Sa Majesté
Imperiale , comment l'Empereur
a fait tomber la Cour de
Rome dans le piege , où il a
peut -eftre bien voulu tomber,
& commentl'un & l'autre ont
perfuadé au Roy d'Angleterre
que le Prince d'Orange n'armoit
que pour fervir l'Allemagne
contre le Cardinal de Furftemberg
en empefchant la
France , par l'alarme qu'il donneroit
fur fes coftes , de tour.
ner fes armes du cofté du Rhin .
Je ne repeteray rien de toutes
ces chofes que je vous ay expliquées
affez au long . Ainfi je
pourfuis en vous priant d'examiner
que ce que je viens de
du
Temps. 13
vous dire touchant l'obftination
de l'Empereur , eft un fait
pofitif & prouvé , qui feul a mis
l'Europe dans l'eftat violent où
elle fe trouve aujourd'huy , ce
qui ne feroit pas arrivé fi Mr
de Furftemberg n'euft pas efté
élu Coadjuteur , & enfuite Electeur
de Cologne , puis que
le Roy , fuivant ſa moderation
ordinaire , & la parole, que fes
Ennemis ont toujours trouvée
inviolable,n'auroit pas demandé
une chofe , qui non feulement
n'euft pas efté jufte , mais
à laquelle on n'a même jamais
pu donner la moindre vrayefemblance.
En effet il eft inoüy
de demander qu'un home
deux fois élu à une dignité dãs
toutes les formes, qui la merite ,
qui a pour cela toutes les qualités
requifes , qui l'a adminiftrée,
14
V. P. des
Affaires
Il
& qui y eft fouhaité , n'en foit
pas pourveu , & qu'elle foit donnée
à un autre qui en eft tresdigne
par fa naiffance , mais
qui n'a ni l'âge , ni les voix ne ·
ceffaires, ni même la vocation,
& enfin qui ne s'eſt déterminé
que par force à l'accepter. A
l'égard de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg,on ne peut
qu'injuftement lui imputer d'être
la caufe de la Guerre.
ne devoit pas empêcher que
feu Monfieur l'Electeur de Cologne
ne le fit fon Coadjuteur.
Cêtoit fur la prudente condui
de ce Cardinal qu'il fe repofoit
de toutes les affaires , &
comme le refus qu'il auroit fait
de la Coadjutorerie euſt donné
fujet de croire qu'il n'auroit
plus voulu s'en mêler, cet Electeur
auroit dû l'accufer d'indu
Temps.
IS
>
gratitude . Quant à l'Election
de Monfieur de Fuiftemberg
on ne peut lui donner trop de
louanges d'avoir bien voulu en
faveur de la Paix qu'on y procedât
, puis qu'ayant été élu
Coadjuteur tout d'une voix , il
êtoit devenu Electeur par la
mort de feu Monfieur de Cologne
, & toute l'Europe devroit
lui aplaudir du pas qu'il a fait
contre lui- même pour empêcher
que la guerre ne s'alumât .
Si fon élection a fuivi, on ne lui
doit pas imputer à crime d'avoir
été élu à la pluralité des
voix , & il ne peut pas faire
comme s'il ne l'avoit point été
puis que c'est une chofe qui a
été faite. Quand malgré cette
élection , Sa Sainteté a donné
des Bulles à Monfieur le
Prince Clement de Baviere,ce
16
V. P. des Affaires
les
Cardinal s'eft trouvé obligé de
faire des proteſtations, ſuivant
l'ufage ordinaire contre la
Cour de Rome qui l'a voulu inquieter,
& quoi que l'on en faffe
fouvent , qu'elles foient permifes
par les Conciles , que
Papes qui n'ont point agi par
une politique humaine , & qui
n'ont point eu de partialité ,
n'y ayentjamais trouvé à redire
, & qu'enfin il y ait beaucoup
d'exemples qui marquent
qu'on a toujours apélé du Pape
mal informé au Pape mieux
informe,on n'a peut - être jamais
fait de proteftation fi jufte que
celle de Monfieur de Furftemberg.
I êtoit engagé à la faire
, non feulement parce que
tout homme qui a une bonne
cauſe , & qui regarde fon honneur
, la doit foûtenir , mais
du
Temps.
17
encore parce qu'en l'abandonnant
on auroit deu penfer qu'il
auroit cru lui- même fon élection
injufte , & qu'il auroit fait
un affront aux Chanoines qui
lui ont donné leurs voix , & qui
auroient pu l'accufer d'une ingratitude
indigne d'un Prince ,
& d'un homme d'honneur .
Quoy que j'aie touché cet
article dans les autres parties.
de cette Hiftoire , l'obftination
de l'Empereur aprés deux élections
le rendant nouveau , je me
fuis cru obbligé à vous en parler
encore. C'est une remarque
que je n'avois pas faite, &
qui répond à l'objection que
vous venez de voir, & que font.
les Partifans de la Maifon
d'Autriche .
qui veulent fçavoir au vrai l'origine
des Guerres d'aujour-
D'ailleurs ceux
18
V. P. des Affaires
d'hui, ne fauroient trop fe mettre
cet article dans la memoire
puis que l'injufte emportement
avec lequel on s'est déclaré
contre la double élection de
Monfieur de Furftemberg
, a
été caufe que pour foutenir la
Guerre que cet emportement
devoit allumer, on s'eft uni avec
le Prince d'Orange
, qui ayant
fon but particulier , eft décendu
en Angleterre ,au lieu d'empêcher
la France d'envoier des
Troupes en Allemagne. Ainfi
il est aisé de conclurre que fi la
Cour de Vienne n'avoit pas été
d'intelligence
avec celle de
Rome pour faire armer le Prince
d'Orange , fon deffein n'auroit
jamais réuffi , êtant indubitable
que toute l'Europe , ou
auroit empéché cet armement,
ou fe feroit armée pour traverdu
Temps
19
>
fer fes deffeins , & que le Roy
d'Angleterre n'auroit pas manqué
de les penetrer , fi aucune
Paiffance ne l'euft affuré qu'ils
ne le regardoient pas , & qu'on
favoit le noeud de l'intrigue.
Comme on a craint qu'un femblable
procedé , qui devoit faire
crier tous les Catholiques
ne fut dêcouvert , on n'a ofé fe
plaindre ouvertement du Prince
d'Orange , & il paroît même
que quoi que la tromperie
dont il a ufé foit manifefte , on
aime beaucoup mieux qu'il ait
été en Angleterre , que d'être
demeuré fans rien faire , puis
qu'à la Religion prês , à laquelle
la politique des Ennemis
du Roi n'a point d'égard , on
eft ravi que ce Prince foit defcendu
en Angleterre , & qu'il
nous menace de décendre en
20
V. P. des Affaires
France . Cela fait croire que
les François êtant obligez d'avoir
des Armées pour deffendre
leurs côtes, on fera plus aifement
des conquêtes fur eux ,
& l'on fe met peu en peine que
la Religion Catholique foit bannie
d'Angleterre , & que les
Proteftans l'affoibliffent en
France , pourveu que , pourveu que l'obtination
de ceux qui en devroient
prendre les intereſts triomphe ,
& que le Roy dont la gloire
caufe une cruelle jaloufic à fes
Ennemis par fon trop d'êclat ,
ne foit plus en pouvoir d'impofer
la paix à l'Europe , qu'ils
aiment mieux voir toute en armes
, & toute fumante du fang
des Catholiques , que de voir
ce Monarque autant au deffus
des autres Souverains , qu'ils
Cont au deffus de leurs Sujets.
VEP
du Temps.
ZI
C'est ce qui eft caufe que loin
de fe plaindre du Prince d'Orange
auffi hautement qu'ils
auroient dû faire, & de fe liguer
contre lui comme la Religion
le demandoit , on n'a pas fait
un mouvement , ni laiſſé échaper
une feule parole qui marquât
qu'on euſt ce deffein . On
n'a pu au contraire s'empêcher
de témoigner de la joïe de l'heu.
reux fuccés de fon entrepriſe ,
dans le même tems qu'on a veu
faire tous les outrages poffibles
aux Catholiques d'Angleterre,
on a dit que ce n'étoit
pas une guerre de Religion, & il
s'en eft peu fallu que les Miniftres
de la Maiſon d'Auſtriche ,
aprés en avoir fait voir trop
publiquement leur joie à Rome
& à la Haye , n'en aient fait
des feux publics. Auffi a - t- on22
V. P. des Affaires
Ce
fait une remarque qui eft d'autant
plus digne qu'on y faffe attention
, que c'eft un fait pofitif,
& generalement connu de
toute l'Europe, de forte que
ceux qui n'y ont pas encore
fait de reflexion n'y en fauroient
faire , fans en être convaincus
comme les autres.
fait eft , que depuis que l'entreprife
du Prince d'Orange a été
declarée jufques aujourd'hui
tous les écrits de Hollande ont
parlé avantageuſement
de la
Cour de Rome , ainfi que tous
les Proteftans de l'Europe, fans
excepter même ceux d'Angleterre
. Rien ne devroit être
plus honteux que ces louanges
à ceux à qui on les donne , &
ne devroit plus les faire rentrer
en eux mêmes . Elles marquent
qu'on a de la reconnoiffance
>
du Temps. 23
du paffé , & qu'on efpere pour
l'avenir que la Cour de Rome
trop atachée à la Maiſon
d'Auftriche , ne lui fera point
faire de ligues contre le Prince
d'Orange.
Si pendant qu'on en eſt con
tent à Londres , on y perfecutoit
moins les Catholiques , elle
pourroit dire qu'elle a des vûës
avantageufes pour la Religion ,
& qu'elle n'a point d'autre but
que celui de la fervir lors qu'on
l'accufe d'avoir une politique
toute humaine; mais les Catholiques
n'en font pas plus épargnés
pendant qu'on épargne
le Prince d'Orange, & qu'on ne
fait point de liguescontre lui.
On apeu vû de Souverains
comme le Roi qui n'ayent pas
regardé l'occafion favorable
d'agrandir leurs Etats , comme
24
V. P. des Affaires
F
un droit de le faire . Ce Prin
ce pouvoit vaincre tout l'Europe
pendant que l'Empereur
êtoit en guerre avec les Turcs.
Il favoit les projets qu'on formoit
pour l'attaquer quand cer
te guerre feroit finie, mais comme
en fe mettant en êtat de fe
garantir de l'orage , il auroit
empêché la veritable Religion
de s'étendre , il n'a point eu de
politique humaine. L'Efpagne
a toûjours tenu une conduite
contraire, & fes Partifans
en fe déchaînant aujourd'huy
contre la France , ne peuvent
s'empêcher de dire que la Maifon
d'Auftriche n'auroit pas
manqué un pareil coup.
Efpagnols auroient mal foûtenu
par là le furnom de Catholiques
, & ils auroient deu
le perdre par les conquêtes
qu'ils
Les
du
Temps. 25
qu'ils auroient pû faire ; mais
le Roi a mieux aimé conferver
le titre de Tres . Chrêtien , &
maintenir l'Europe en paix, que
de triompher avant le tems de
ceux qui fe preparoient en idée
à le cobatre, & il n'a point vou
lu les attaquer lors que la Religion
auroit pu fouffrir de cette
guerre. Ainfi il lui eft plus
glorieux d'être
aujourd'huy
obligé de fe deffendre , que
d'avoir triomphé en ces tems
là au prejudice de la Religion
& quand prefque tous les Catholiques
de l'Europe s'uniffent
contre lui avec les Proteftans,
pour affermir la Religion Proteftante
en
Angleterre , & la
rétablir en France dans le même
tems qu'il travaille à reme
tre un Roi Catholique fur le
Trône , & à vanger la verita-
B
26 V. P. des Affaires
ble Religion outragée par un
indigne attentat : le Ciel dont
il foûtient feul les interefts , fe
déclarera fans doute pour lui.
Il a comencé en lui faifanttrouver
dans fes Etats prefque autant
de Soldats qu'il a " de Sujets.
On n'a que faire de battre
le Tambour pour en lever
tout s'offre pour une Guerre de
Religion ; les Milices font auffitôt
prétes que les ordres font
donnez , & la Nobleffe que
fait affembler l'Arriere ban
brûle de combatre . Outre cela
les Provinces levent d'elles
mêmes des Regimens qu'on ne
leur demande pas , & la Bretagne
vient de fervir d'exemple
là deffus , par ceux qu'elle a
fait mettre fur pied , & qui
portent les noms de fes principales
Villes . Enfin le Roy
du
Temps. 27
trouve dans fes Etats tout ce
qu'il peut fouhaiter pour défendre
la caufe de Dieu , &
comme il joint à tout cela une
prévoyance admirable & une
prudence confommée , qui fait
que la France eft en bon état
auffi-bien que fes Finances , il
y a fujet de croire que tous fes
Ennemis ne fe feront liguez
que pour rehauffer l'éclat de fa
gloire , & faire ajoûter à l'Hif
toire de fa vie , qu'il aura foutenu
les efforts de l'Europe entiere;
ce que la poſterité ne remarquera
dans aucun autre
Regne que dans celui de ce
grand Monarque.
,
Mais il ne fuffit pas de vous
avoir dit que cette guerre eft
une gerre de
Religion , quoi
que la Cour de Rome , & la
Maiſon
d'Auftriche
foutiennens
B
J
28 V. P. des Affaires
le contraire , parce qu'ils feroient
obligez de s'unir avec
nous contre les Proteftans , au
lieu qu'ils fe joignent avec eux
pour faire refleurir la Religion
Proteftante en France , & rendre
le Roi moins puiffant ; il
faut vous faire voir ce que les
Catholiques ont fouffert en
Angleterre, ce qu'ils y fouffrent
encore tous les jours, & de quel
le maniere on y attaque leur
Religion, à laquelle on en veut
encore plus qu'à ceux qui la
profeffent, parce qu'on pretend
l'y détruire entierement. Pendant
que le Prince d'Orange
tient le même langage que
tient à Rome & à Vienne , &
qu'il dit que ce n'eft point une
guerre de Religion , il ne laiffe
de faire executer rigou- pas
reufement ce qui eft contenu
dans fa premiere déclaration
l'on
1
du Tems. 29
,
donnée contre les Catholiques
fi -tôt qu'il fut defcendu en Angleterre
. Vous l'avez vûë
puis que j'en ai mis une copie
dans la quatrième partie de
cette Hiftoire.
Quels termes font affez forts
pour vous faire ici une peinture
fidéle de la maniere dont
on en ufa dans ce malheureux
Royaume , quand ce Prince
commença d'y avoir quelques
avantages , & fur tout lors
qu'il eut contraint le Roi de
fortir de Londres , & enfuite
d'Angleterre L'orage qui eftoit
préparé contre les Catholiques
éclata alors avec une
impetuofité digne de celui qui
s'êtoit difpofé depuis long- tems
à la faire fondre fur ces malheureufes
victimes de fon ambition.
Toute la campagne
fut remplie des Couriers de ce
T
30
V. P. des Affaires
Prince , qui voulant détruire
les Catholiques pour élever les
Proteftans , porterent des ordres
dans tous les Ports , Villes ,
& Bourgs , & à tous les Juges
d'Angleterre de les arrêter , &
de les traiter comme ils le jugeroient
à propos , fuivant qu'on
auroit lieu de s'en plaindre , &
qu'ils auroient contrevenu aux
Declarations faites contre eux .
Il ne fe pouvoit aprés cela qu'
on ne les trouvât tous criminels .
On leur fit les plus mauvais
traitemens, & même fans s'informer
s'il y avoit contre eux
des fujets de plaintes faux ou
veritables, ils furent dépouillez,
ils furent battus , ils furent volez.
On ne traita pas mieux les
Etrangers que les Anglois , &
ceux dont le caractere devoit
être reſpecté à caufe des Souvedu
Temps.
3r
>
rains qui les avoient envoyez ,
éprouverent la même fureur
& ne fauverent leur vie qu'avec
beaucoup de difficultez .
A peine avoit on ceffé de les
maltraiter dans un endroit >
qu'on recommençoit dans un
autre , & pour avoir un pretexte
qui autorifât tant de
cruelles indignitez , on fupofoit
qu'ils étoient tous Ptêtres
ou Moines , ce caractere êtant
fuffifant pour rendre juf
tes les emportemens les plus rigoureux.
On mit à Hull
tous les Catholiques en prifon ,
même Milord Langdale qui êtoit
Gouverneur , à caufe qu'il
profeffoit la même Religion ..
On démolit une Chapelle de
Catholiques à Burmingham ,
& l'on mit dans des cachors
Lous les Prêtres qui la deffer-
B iiij
32 V. P. des Affaires
voient. Les grands Jurez receurent
toutes les accufations
qu'on leur voulut prefenter
contre les Catholiques .
On accufa trois Milords de
haute trahifon , feulement parce
qu'ils avoient embraffé la
Religion Catholique. Plufieurs
Seigneurs furent emprisonnez
pour le même fujet , & traitez
en criminels. Il n'y eut point
de Chapéle qui ne fut pillée.
On donna aux Proteftans
celles qui ne furent pas démoliés
, ou brûlées , ils les convertirent
en Temples. Il y en
cut même qu'on fit fervir d'écurie.
Jugez fi on épargna
les maiſons des Catholiques. La
cruauté s'étendit à Oxfort iufque
fur les pierres mêmes , les
maiſons y ayant toutes été rafées.
Enfin tous les Catholiques
qui fe fauverent
du
Temps.
33
pe
> foit Anglois , foit Etrangers
pafferent prefque en chemife ,
& fans avoir de quoi payer .
leur paffage . Le defordre fut
fi grand, que le Nonce du Pafut
contraint de fe fauver
déguifé , & de paffer pour un
des Domeftiques de l'Ambaf
deur de Savoye. On jetta
dans la riviere à Yorck tous
les Ornemens des Eglifes , &
ils furent auparavant portez
par toute la Ville au fon de divers
Inftrumens.
Il feroit impoffible d'exprimer
toutes les cruautez que l'on
exerça à Londres , fous pretexte
de defarmer les Catholiques.
On pilla leurs maifons , & cela fe
fit avec des indignitez qu'il eſt
mal-aifé de concevoir. On n'eut
point égard au droit des gens.
L'Hôtel de l'Ambaffadeur d'Ef-
By
34 V. P. des Affaires
pagne fut pillé;
fut pille ; on ne fe contenta
pas de prendre
ce qu'il y
avoit de plus precieux
, on brula
tout ce qu'on ne peût emporter
, & on joignit les outrages
les plus fanglans
au maniéres
de voler les plus hardies.
L'Envoyé
de Toscane
fut traité
avec la même rigueur, & on
peut juger par là quelles cruautez
on exerça fur de fimples
particuliers
Anglois , puis qu'au
lieu de craindre
d'en être blâmé,
on étoit prefque feur de s'atirer
des louanges
, ou du moins
on l'êtoit de plaire au Prince +
dont l'efperance
de monter au
Trône n'eftoit fondée que fur
l'entiere
ruine de la Religion
Catholique
en Angleterre
.
Je vous ay déja dit que ces
pefecutions avoient été faites
en deux tems différens; la predu
Temps. .35
miere fois , lors que le Roi fut
forti de Londres, dans le deffein
de paffer en France ; & la feconde
, lors qu'il fut parti de
Rochefter. Sa Majeſté êtant
de retour à Londres , aprés avoir
été arrêté à Fervesham, &
voulant empêcher la fuite d'un
pareil défordre , fit publier ce
qui fuit , afin qu'au moins on
connut les bonnes intentions, fi
fon pouvoir étoit fans éfet.
A la Cour de VVitheal le 16.
Decembre 1688.
Sa Majesté ayant été informée
que divers outrages
& defordres ont efté commis
en plufieurs endroits du Ro
yaume , en brulant , abattant
ou ravageant d'autre maniére
des maifons & autres édifices ,
les volant & les pillant , ce qui
B vj
36
V. P. des
Affaires
épouvěte extremement fes Sujets,
& viole manifeftement la paix
& la tranquillité publique , le
Roi etant en fon Confeil , a eu
la bonté d'ordonner & de commander
à tous Gouverneurs ;
Lieutenans - Gouverneurs , Iuges
de Paix , Conneftables , & à
tous autres Officiers qui peuvent
avoir intereft , de faire tous
leurs effortspour empêcher à l'avenir
toutes fortes de femblables
outrages & defordres , & pour
fuprimer toutes les affemblées
feditienfes & tumultuenfes .
و ن
GUILLAUME BRIDGEMAN.
On ne peut mieux prouver
les violences dont je viens de
vous fairela peinture , que par
un acte public qui en parle.Ces
fortes de preuves ont toujours
été inconteſtables , ~
3
du Temps
37
Voici ce qui fut encore publié
à cet égard aprés que Sa
Majefté Britanique fe fut retirée
en France .
Le 12. Decembre.
Plufieurs perfonnes feditieufes
& vagabondes ayant la nuit
paffée infulté la maison de fon
Excellence Monfieur l'Ambaffadeur
d'Espagne , pillant , dérobant
, & ravageant ladite
maison , & ayant emporté de
la vaiffelle d'argent , des meubles
, & des Papiers pour une
Jomme confiderable ; on faitfavoir
ici par le commandement
des Pairs affemblez , avec quelques
Seigneurs du Confeil Privé
, que fi aucune perfonne decouvre
quelque partie de ladite
vaiffelle d'argent, des Meubles
des Livres , & des Papiers ; &
38
V. P. des Affaires
l'aporte à la Chambre du Confeil
à VVitheal , ou donne de fi
bones informations qu'elle puiffe
être recouvrée , cette perfonne
fera tres- bien recompensée à
proportion de ce qui fera recouvré
Comme le Prince d'Orange
avoit fes raifons pour être
fâché de ce qui êtoit arrivé à
l'Ambaffadeur d'Espagne , on
publia encore ce qui fuit.
Onfait fçavoir que tous ceux
qui auront quelques meubles appartenans
à l'Ambassadeur
d'Espagne , ayent à raporter
Lefdits meubles au Chevalier
Henri Firebrace ,principal Clere
de la Cour du Green - cloth outapis
vert dans fes apartemens à
VVitheal, qui a ordre de les recevoir
& de recompenfer ceux
du
Temps.
3.99
qui découvriront où ily en a, ou
qui en auront entre leurs mains;
& quiconque gardera ou rece-
Lera aucuns defdits meubles . fera
poursuivy comme voleur &
receleur.
On ne fe contenta pas de ces
publications , & la parfaite intelligence
de la Maifon d'Auftriche
& du Prince d'Orange
fut cauſe qu'on offrit à l'Ambaffadeur
d'Eſpagne , tout ce
qu'il pouvoit raifonnablement
efperer , pour le dédommager
des pertes qu'il avoit faites ,
mais fes pretentions monterent
fi haut qu'il aima mieux ne
rien recevoir que d'accepter
une fomme qu'il croyoit au def
fous du dommage qu'il avoit
fouffert. Quelques - uns publicrent
qu'il n'avoit pas taut per40
V. P. des Affaires
du , mais qu'eſtant Eſpagnol , il
tiroit un grand avantage du
coſté de la vanité , puis qu'en
ne recevant rien , il avoit du
moins le plaifir de voir qu'on
croyoit qu'il avoit fait des pertes
beaucoup au delà de ce
qu'on luy avoit pris.
On s'eftonera de ce que le
Prince d'Orange eſtant en parfaite
intelligence avec la Maifon
'd'Auftriche, on n'avoit pas
empefché que l'Hôtel de l'Am
baffadeur d'Espagne nè fuft
pillé. Il est aisé de juger qu'on
n'avoit pas creu que ceux à qui
on avoit permis , de perfecuter
les Catholiques , eftendroient
leur fureur jufqu'aux Miniftres
publics , ce qui eftoit caufe
qu'on ne s'étoit pas avife de
donner des ordres pour détour,
ner un malheur qu'on n'avoit
$
du Tems. 41
aucun fujet de prevoir. Outre
qu'en de pareilles rencontres
les amis fouffrent fouvent avec
les Ennemis , lors qu'une
populace eſt émeuë. Le chagrin
du Prince d'Orange en
parut d'autant plus grand
qu'on affure qu'il avoit efté
bien fervi par cét Ambaffadeur
, & que le Roy d'Angleterre
avoit eu beaucoup de fujet
de n'en eftre pas content.
Le peuple de fon coſté avoit
fes raifons. Cét Ambaffadeur
paroiffoit beaucoup , mais
il ne payoit guere , & comme
il devoit à quantité d'Artifans
ils craignirent que le bouleverſement
dont le Royaume
eftoit menacé , obligeant tous
les Ambaffadeurs à fortir de
l'Angleterre , celuy d'Efpagne
ne partift fans les fatif-
,
42 V. P. des Affaires
faire. Ainfi ces gens - là s'étant
fervis de l'occafion , & ayant
commencé à piller fon
Hôtel , ceux qui ne cherchoient
qu'à infulter les Catholiques
s'y mélerent , dés
defordre fut commencé , afin
d'avoir leur part du butin .
que
le
Ce que l'union que les Proteftans
avoient avec la Maiſon
d'Auftriche , & les fervices
qu'on en tiroit firent faire en
faveur de l'Ambaffadeur d'Efpagne
, fut auffi executé pour
le Reſident de Tofcane . Peuteſtre
n'y auroit-on pas eu tout
l'égard qu'on doit avoir pour
les Miniftres publics , fi aprés
ce qu'on avoit fait pour l'Ambaffadeur
de Sa Majefté Catholique
, la diftinction n'euft
paru trop forte , & n'euft fait
connoiftre une intelligence
du
Temps 43
qu'on vouloit cacher en quelque
maniere , quoy qu'elle cuft
affez éclaté d'ailleurs , mais fi
on vouloit bien fouffrir qu'on
la devinaft , on ne vouloit pas
faire des chofes qui en marquaffent
l'aveu. Voicy ce qu'on
publia en faveur du Refident
de Toſcane.
On fait fçavoir au public
que tous ceux qui auront aucuns
des meubles ou autres chofes volées
chez M' le Refident de Florence
, ayent à le porter chez
Mr le Chevalier Cotterel demeurant
rüe faint Martin des
champs , & ce Chevalier recom.
penfera ceux qui les découvri
ront ; & quiconque cachera ou
recellera aucuns defdits meubles
, ou autre chofe , & ne les
portera pas audit endroit , fera
44 V. P. des Affaires
poursuivi en Iuftice comme filou
& voleur.
L'Envoyé de Modene fut
auffi fort mal traité . On le vola
lors qu'il eftoit preft de s'embarquer
, on l'arreſta même , &
on le garda fort long - temps ,
jufqu'à ce qu'on cuft eu des
nouvelles du Prince d'Orange.
L'Envoyé de Pologne eut la
même deſtinée , & on ne vollut
pas luy laiffer feulement
fon Sabre. On feignit de ne
les pas connoiftre , afin d'avoir
lieu de les maltraiter , & de
les prendre pour des Preftres
ou des Religieux déguiſez.Cela
fert encore à faire connoiftre
de quelle maniere les Catholiques
ont efté traitez, puis qu'on
s'excufe par là d'en avoir ufé
d'une maniere cruelle & indu
Temps.
45
oüye avec des Miniftres publics,
ce qui ne fe pratique que
chez des Peuples barbares,encore
faut - il qu'ils, croyent en
avoir de grands ſujets . On n'ofa
s'attaquer à l'Ambaffadeur
de France. On fçait qu'il n'eft
pas aifé de furprendre les
François, & que non feulement
ils font toujours fur leurs gardes,
mais encore qu'il eft difficile
de les vaincre, & qu'on ne
attaque point fans qu'il en
coufte du fang.
les
la Maiſon
Voilà ce que
d'Auftriche
, & les Proteftans
avec qui elle s'eft alliée
contre
la France
, pretendent
n'eftre
point
une guerre
de Religion
.
Voler, emprifonner
, égorger
les
Catholiques
, faire la guerre
à
un Roy , fans prendre
preſque
d'autres
pretextes
que celuy de
46 V. P. des Affaires
la Religion qu'il profeffe ; travailler
à bannir cette Religion
de fon Royaume ; le chaffer de
fon Trône , parce qu'il eft Catholique
, & ne vouloir plus
fouffrir de Rois qui le foient ;
c'eft ce que la Maifon d'Auftriche
n'appelle pas une guerre
de Religion. Elle prend de
fi grands foins de le dire , &
d'apporter des raifons pour le
prouver , que
, que l'on connoift aifément
par là qu'elle eft perfuadée
du contraire, & qu'elle
cherche à fe juſtifier , ou du
moins à éblouýr les credules
avec de fauffes raifons. Les
Proteftans qui ont leur but , ne
cherchent pas moins de détours
pour faire voir qu'ils n'en
veulent point à la Religion
Catholique , pendant qu'on égorge
ceux qui la profeffent,
du
Temps.
47
y
& qu'on la veut abolir dans
trois Royaumes , & s'il y a lieu
de croire qu'ils travailleront à
rendre toute l'Europe Proteftante
, fi ceux qui pourroient y
mettre obſtacle continuent à
les favorifer. S'il arrivoit qu'ils
triomphaffent de la France , ils
feroient auffi- toft foulever la
Silefie, la Moravie , & la Hongrie,
& quand ils feroient tous
joints , les Catholiques d'Allemagne
feroient trop foibles , &
en trop petit nombre pour réuffir.
Il eft à croire, & il n'y a pas
même fujet d'en douter , que
les Souverains Proteftans , avec
qui le Prince d'Orange a
conferé avant qu'il allaſt defcendre
en Angleterre, ne l'au
roient pas fervy en armant de
leur cofté , dans la veuë de retenir
ſes Ennemis par la diver48
V.
P.
des
Affaires
·
fion qu'ils prétendoient faire
fuivant le befoin qu' en auroit,
s'ils avoient cru ne faire
autre chofe qu'autori fer un crime
odieux à toute la terre,& à
eux mêmes , & dont ils n'auroient
tiré aucun avantage. Le
Prince d'Orange eft trop habile
pour n'avoir pas concerté
avec eux les moyens d'étendre
leur Religion , aprés qu'il auroit
efté couronné Roy d'Angleterre,
& quand ( au moins à
ce qu'ils fe perfuadent ) ils ſe
feront fervis de la Maiſon
d'Auftriche pour rétablir la
Religion Proteftante en France,
tous les Proteftans de l'Europe
fe trouvant alors unis , &
il fera impoffible que
les Catholiques d'Allemagne
& d'Auftriche foient en eſtat
de leur tenir tefte . Rome voit
armez ,
tout
du
Temps.
4.9
tout cela , mais elle en prend
lieu d'eftre plus fiere , parce
qu'elle croit que l'embarras où
elle fe perfuade que la France
fe trouvera , l'empefchera de
difputer les droits & les privileges
qu'elle pretend luy ofter.
L'Allemagne ayme mieux auffi
hazarder tout , que de ne pas
travailler à diminuer l'éclat de
la gloire de Sa Majeſté. Il ne
luy importe non plus qu'à la
Cour de Rome que la Paix
donne lieu au Turc de fe rétablir
pour continuer un jour
d'eftre le perfecuteur des Chrétiens
, que toute l'Europe travaille
à fe détruire elle- même,
que le fang y coule de toutes
parts, que la Religion Catholique
y foit étouffée par la Proteftante
, & que le Roy d'Angleterre
ne foit point rétably
C
5༠ V. P. des Affaires
...
dans fes Royaumes , quoy qu'il
auroit peu de peine à triompher
de fes Ennemis, fi la Maifon
d'Auftriche joignoit fes armes
à celles de France , mais
tout cela ne les touche point.
Ils ont mis le Roy d'Angleterre
& les Catholiques dans le malheureux
eftat où ils fe trouvent
, pour avoir empefché ce
Monarque de recevoir le fecours
de France qui l'auroit
maintenu dans le Trône. Ilfaut
qu'ils mettent encore obftacle
à fon rétabliffement & à
celuy de la Religion Catholique,
& qu'ils approuvent ce que
le Prince d'Orange a fait , parce
que ce Prince eft Ennemy
de la France, & qu'on croit que
les Proteftans François en
pourront tirer quelque utilité.
La Cour de Rome , & celle de
du
Temps.
Vienne n'ont qu'à s'examiner
dans l'interieur , & je fuis fort
feur que le plus faint d'entre
ceux qui les compofent , ne dira
pas le contraire, s'il veut avouër
la verité, & qu'il tombera d'accord
qu'il fent une joye fecrette
, que toute fa fainteté ne
fçauroit défavouër , bien qu'il
foit perfuadé qu'il ne peut
l'avoir
fans crime. La politique
du Roy a efté plus chreftienne
, lorfque pouvant acquerir
des Eftats pendant la Guerre
des Turcs , il n'a travaillé qu'à
gagner des ames à Dieu. C'eft
un fait trop connu pour le
nier ; mais ceux qui n'en auroient
pas ufé de même , & qui
auroient eu une autre politique,
ne fçauroient le goûter ny l'admirer.
Cette haute moderation,
ce genereux defintereffement ,
c ij
52 V. P. des Affaires
cette politique qui n'a rien
d'humain , & qui empefche de
profiter du temps pour la gloire
de ce monde , en ne faifanc
rien que pour la gloire de
Dieu,n'appartient qu'à un Monarque
dont la vie eſt toute
remplie de merveilles . Comme
il ne voit qu'avec un regret
extrême la violence & cruelle
perfecution qu'on fait à l'Eglife
Romaine , il y a lieu d'efperer
que malgré les obftacles que
prefque tous les Catholiques de
Î'Europe, & Rome même y apportent
, aidé de fes feuls Sujets
, & avec la protection du
Ciel , il aura la joye de faire
triompher la vraye Eglife. Les
Proteftans ont toûjours aimé la
revolte , la perfecution , & le
fang ; ainfi ce que l'Angleterre
vient de voir n'a point dédu
Temps. 53
menty leur caractere . Ils ne
peuvent nier cette violence
, & c'eſt ſeulement pour la
prouver que j'ay rapporté ce
qui a efté fait touchant ce
qu'on a volé à l'Ambaſſadeur
d'Espagne , & au Refident de
Florence . Sans cela je n'aurois
rien dit de ces pieces là,
puis qu'il eft peu important
pour une Hiftoire , qu'on fçache
ce qu'on a publié & affiché
pour faire trouver des meubles
perdus
.
Voilà la violence prouvée
non feulement par ces pieces,
mais encore par le rapport d'un
nombre infini de Catholiques,
Anglois & Eftrangers , contre
qui on a exercé des cruautez,
que M' Jurieu a dit en beaucoup
d'endroits , n'eftre point
permifes dans fon Eglife . Ce
C iij
54
V.
P. des
Affaires
Prophete ne prevoyoit pas alors
l'entrepriſe du Prince d'Orange
fur le Royaume d'Angleterre
, il a changé de ftile
depuis ce temps - là , & il commence
à vouloir perfuader
qu'il y a des cas , dans lefquels
on peut employer la violence
en matiere de Religion . Calvin
& Luther en ont toûjours
ufé de la méme forte . Quand
leur party eftoit le plus foible,
ils publioient que la veritable
Religion ne pouvoit fouffrir de
violence , & lors qu'ils fe connoiffoient
plus forts que les
Catholiques , ils trouvoient des
raifons pour n'eftre plus de ce
fentiment. Alors les perfecutions
leur eftoient permiſes , &
ils les faifoient fentir avec la
derniere cruauté . Ce n'eſt
point ainsi qu'agiffent les Ca-
A
du
Temps- 55
Ainfi ils chertholiques.
Ils fe fouviennent
toûjours que Dieu demande la
converfion du pecheur, & non
pas la mort
chent à édifier par la ferveur
de leur zele , fans vouloir détruire
, & quelque avantage
qu'ils remportent , ils n'aiment
point à verfer du fang. Le
Sauveur du monde voulut que
Saint Pierre remiſt fon épée
dans le fourreau , quoy qu'il
ne l'euft tirée que pour une
jufte caufe. Jamais la Religion
Catholique ne s'eft foute.
nuë par la revolte. Les Apoftres
n'ont point travaillé à
changer la forme du Gouvernement
dans les Royaumes ,
mais feulement à changer les
cours. L'Eglife Catholique
qui a toûjours efté amie de la
Paix & de la douceur , n'en a
Cij
56
V. P. des Affaires
pas donné de moindres marques
lors qu'elle a rempli toute
la terre, que lors qu'elle ne faifoit
encore que de naître.
Les Catholiques ont toujours
efté foumis aux Puiſſances
legitimes , quoy qu'ennemies
de la Foy, & ils parloient
comme S. Paul contre le culte
des faux.- Dieux , fans exciter
aucun trouble , & fans alterer
la tranquillité publique. Enfin
Dieu méme a voulu qu'on payaft
le tribut à Cefar , & le
Prince d'Orange ne veut pas
qu'on reconnoiffe un Roy Catholique
, quoy que Dieu ait
voulu que les legitimes Souverains
fuffent reconnus quelque
Religion qu'ils profeffaffent.
Comme ce Prince a
des intereſts particuliers
ne peut fouffrir que il
,
>
du
Temps,
57
les Peuples d'Angleterre , faffent
une choſe dont Dieu leur
a montré l'exemple , & il entreprend
une guerre à laquelle
il donne lui -même le
titre de Guerre de Religion .
Cela s'eft fait remarquer pen-.
dant plufieurs femaines, qu'on
a leû écrit fur fes Pavillons
Pro Religione , & cependant
la Maifon d'Auftriche & les
Proteftans qui font entrez dans
fon alliance , ne laiffent pas de
foûtenir que la guerre qui fe
fait n'eft point une guerre de
Religion, & ils font même des
Manifeftes pour le prouver.Rome
eft auffi dans ce même fentiment
, quoi qu'elle ne puiffe
ignorer que la Religion Catholique
a perdu par là en
Angletrre ce qu'elle avoit
acquis pendant plufieurs
C V
$8 V. P. des affaires
années avec bien de la peine
& de la prudence, ce qui com-.
mence à rendre inutiles les fatigues
& les dangers effuyez
par ceux qui ont travaillé à
la confervation & à l'augmentation
de la foi dans ce Royaume
, où les alarmes continuelles
qu'elle a fouffertes depuis
le regne de Henri VIII.
l'ont toujours renduë fi chancelante,
>
je puis encore prouver la
perfecution dont je viens de
vous parler, & que cette guerre
eft une guerre de Religion,par
une lettre de l'Amiral Herbert
qu'il écrivit aux Officiers de la
Flote Angloife , aprés celle qui ,
leur avoit été envoyée par le
Prince d'Orange , & dont je
vous ai déja parlé, en vous faifant
voir en même tems par la
du
Temps.
19
réponse que j'y ai faite, que ce
Prince agiffoit & parloit dés
ce temps là comme s'il n'y eût
point eu alors de Roi en Angleterre
, puis qu'il n'en faifoit
aucune mention dans fes Lettres.
J'aurois pû vous envoyer
plûtoft celle de cet Amiral
, puis qu'elle n'eft pas placée
ici felon l'ordre des pieces
qui compofent cette Hiftoire ,
mais ne l'ayant pas d'abord
jugée d'une affez grande importance
pour être mise au
nombre des autres , j'avois negligé
de vous en parler.
pendant comme la Maiſon
d'Auftriche , & les Proteftans
fes Alliez , fe font efforcez depuis
ce tems-là de prouver que
l'invafion du Prince d'Orange
en Angleterre , n'eſt point
une guerre de Religion , je ne
Ce-
C vj
60. V. P. des Affaires
veux rien oublier de tout ce
qui peut fervir à faire voir le
contraire , & à prouver la violence
que Monfieur Jurieu a
condamnée. Il eſt vrai qu'il ne
l'a fait que parce qu'il ne prevoyoit
pas que l'on fe devoit
armer pour faire dominer la
Religion Proteftante en Angleterre
, & quand il la voit
utile à faire réuffir l'entrepriſe
qu'il aprouve , il trouve qu'on
a raifon d'affujetir la religion
à la politique. Voici en quels
termes cette Lettre eftoit conçûë.
du
Temps .
61
LETTRE DE
I
L'AMIRAL
Herbert, à tous les Officiers,
Matelots, &c. de la Flote de
Sa Majefté Britanique.
MESSIEVRS ,
le
"AI peu de chofes à ajouter
que Son Alteffe vous a exprimé
ici en termes generaux,fi
ce n'eft fimplement que j'ai à
vous mettre devant les
yeux
peril que vous courez dans cette
prefente conjoncture , & la ruine
& l'infamie qui s'en en fuivront
fi vous ne vous joignez à
S.A.dans cette affaire commune,.
pour la deffence de vôtre libertés
car fi Dieu permetoit pour
lespechez de la Nation Angloife
, que vos armes euffent le
deffus , à quoi ferviroit vôtre
victoire , qu'à vous faire entrør
62 V. P. des Affaires
=
>
plus profondement dans un cruel
efclavage, & à ruiner la vraie
Religion que vous profeffez , &
dans laquelle vos Peres font
morts ? le vous conjure donc
commeun bon ami , de bien confiderer
les fuites de ceci , & la
bonte & l'infamie que vous attireriez
fur vous, non feûlement
pour le temps prefent, mais pour
tous les fiécles , fi par voftre
affiftance la Religion Proteftante
venoit a être extirpe'e & vôtre
Patrie privée de fes anciens
privileges? & fi au contraire S.
A. vient à bout de fes juftes deffeins
( commeje n'en doute pas ,
moyenant l'affistance divine )
confiderez quelle fera la condition
de ceux quife feront opofez
à lui dans un fi bon deffein , &
fi le moins qu'ils auront à attendre
ne fera pas definir leur vie
du
Temps.
6: 3
dans la mifere & dans ladifet
te , maudits de tous les gens de
bien.
C'est pour ces raifons & pour
d'autres qui feroient trop logues
à deduire ici que comme un bon
Anglois & un de vos bons amis,
je vous exhorte de joindre vos
armes à celles du Prince pour
le maintien de l'intereft commun
de la Religion Proteftante ,
& de la liberté de vostre Patrie.
Ie fuis bien perfuadé que
la plus grande partie de l'Armée
, auffi bien que la Nation
enfera de même auffi tôt que
l'occafion s'en prefentera. Prevenez
les dans une fi bonne caufe
pendant que vous le pouvez ,
& faites voir que comme la défence
du Royaume a toujoues de
pendu de fes forces maritimes ,
vous voulez encore augmenter.
64 V. P. des Affaires
la reputation en les employant
pour le maintient de la Religion
& de la liberté , &Soyez aſſurez
de toutes les marques d'honneur
& de bien veillance qui
feront deues & qui conviendront
à une fi bonne & fi glorieuse
action. C'est peu de chofe que
j'ajoute à cela, que par ce moyen
vous m'engagerez à étre toujours
d'une maniere tres -particuliere
, Meffieurs , vôtre tresfidelle
ami & tres- humble ferviteur
, HERBERT.
Non feulement il n'y a pas
un mot dans cette lettre qui
marque que le Prince d'Orange
a été apélé en Angleterre
par la Flote même , mais tout
ce qu'elle contient fait voir le
contraire en termes fort fignificatifs,
de forte que ce Prince.
du Tems. 65
n'ayant été apélé que par un
nombre de Traiftres qu'il avoit
fubornez , il eft certain que
ceux qui fe font rendus , &
qui n'êtoient point du même
complot, ne fe font rendus qu'à
la force & à la crainte. Ainfi
quoy que la plus grande
partie de l'Angleterre ait pris
l'intereft du Prince d'Orange ,
on peut dire que la violence y
a fort contribué . C'est ce que
je ferai voir dans la fuite, à mefure
que je vous parlerai des
chofes qui fe font paffées. Cependant
vous remarquerez que
Ï'Amiral Herbert oſe taxer d'infamie
dans la Lettre que vous
venez de lire, les Officiers de la
flote Angloiſe,s'ils ne le joignét
au Prince d'Orange , comme s'il
n'y en avoit beaucoup plus à
trahir fon Souverain legitime ,
66 V. P. des Affaires
&
qu'à prendre le parti d'un
Ufurpateur. Après cela , pour
marquer que c'est une guerre
de Religion , il leur parle comme
s'il étoient tous Proteftans ,
que leurs Peres fuffent morts
dans la Religion Proteftante .
Cependant il parle à des gens
dont la plufpart font profeffion
de l'anglicane , que le Prince
d'Orange cherche à détruire .
& qu'il détruira fi fon regne
dure. Cet Amiral veut pourtant
les engager à obeir aveuglemét
à ce Prince.Il les menace
enfuite ( & ceci eft digne de
refléxion ) en leur difant , qu'ils
ayent à confiderer quelle fera
la condition de ceux qui fe feront
opofez au deffein du Prince
d'Orange , & fi le moins qu'ils
auront à en attendre nefera pas
de finir leur vie dans la mifedu
Temps.
67
re & dans la difette. On doit
demeurer d'accord qu'il n'y a
point de difference entre ce
qu'on apéle violence , & ces
menaces. Elles font juger des
mauvais traitemens que
Prince d'Orange tant qu'il
regnera , fera éprouverà ceux
quioferont s'opofer à fes volon-
>
le
tez . On voit dans la même
lettre un Anglois , qui lors
qu'il trahit fon Roi legitime ,
promet des marques d'honneur
aux autres Anglois qui
voudront l'imiter dans fa trahifon
. Enfin cette lettre , &
les mauvais traitemens faits
aux Catholiques , prouvent à
Monfient Jurieu qu'on fe fert
de violence pour établir la
Religion Proteftante en An-
-gleterre , & font voir en même
tems à la Cour de Rome,
68 V. P. des Affaires
& à celle de Vienne , que la
guerre que l'on fait eft une.
guerre de Religion,
Ce qui
eft caufe qu'ils ne veulent pas
en convenir, c'eſt qu'en le faifant
non feulement ils ne devroient
pas la favorifer , comme
ils font , mais qu'ils feroient
auffi obligez de s'unir pour rétablir
le domage que la Religion
Catholique a fouffert , au
lieu qu'ils travaillent à la ruiner
d'avantage , & affurent le triomphe
des Proteftans fur d'autres
Nations,& fur eux- mêmes.
Je rentre dans la fuite de
cette Hiftoire , & pour vous
donner par ordre les pieces qui
la compofent, je vous envoie les
raifons qui ont obligé le Roi
d'Angleterre à fortir de fon Royaume.
Il les écrivit de fa propre
main le jour qu'il s'emdu
Temps.
69
barqua pour paffer en France,
& les laiffa fur la Table de fa
chambre à Rocheſter.
Perfonne ne doit s'étonner
que jaye pris le deffein de me
retirer une feconde fois. I'avois
lieu de croire que le Prince d'orange
en uferoit mieux qu'il n'a
fait , aprés ce que je luy avois
écris par Milord Feversham
que je luy avois envoyé chargé
de mes inftructions , mais au
lieu de me faire une réponse
telle queje la pouvois attendre,
il a fait arrefter se Comte contre
le droit des gens , aprés
avoir fait prendre poffeffion de
toutes les avenües de VVitehal
par fes Gardes à onze heures du
foir fans m'en avoir fait avertir
auparavant, trois Seigneurs
mefont venus donner de ſapart
70 V. P. des Affaires
à une heure aprés minuit dans
le temps que j'eftois couché , une
efpece d'ordre de fortir de mon
Palais avant midy. Aprés cela
comment me pouvois je croire
en feureté , eftant au pouvoir
d'un homme qui me traittoit fi
indignement , qui venoit envabir
mes trois Royaumes fans que
je luy euffe donné aucun sujet
de fe plaindre , & qui par Sa
premiere declaration , s'eftoit
fervi contre moy , dans ce qui
regarde mon Fils , de la plus
noire calomnie que la malice
puiffe inventer ? Ie'm'en rapporte
à tous ceux qui me connoiffent
, & je luy demande à
Luy- même fi en confcience il peut
me croire capable d'une fi deteftable
fuppofition , ou d'avoir eu
fi peu de bon fens queje me fois
laiffe impofer dans une affaire
du
Temps.
71
le
de cette nature. Qu'avois - je
donc fujet d'efperer d'un homme,
qui par toute forte d'artifices
avoit voulu me faire paffer
pour un Prince fans Foy & fans
probité, & dans l'efprit de mon
Peuple , & auprés de tout le
monde. L'effet que cela a produit
dans mes Royaumes eft af
fez connu par la defertion generale
de mes Armées, &
par
foulevement de tous mes Sujets.
Lefuis né libre,& veux toûjours
l'eftre , mais quoy que j'aye volontiers
expofé ma vie en plufieurs
occafions , pour le bien &
I honneur de mon Pays , & que
je fois plus difpofé que jamais à
le faire, tout avancé que je fuis
en âge, pour garantir l'Angletterre
de l'efclavage dont je la
vois menacée je crois ne pouvoir
m'expofer fans imprudence
720 V. P. des Affaires
7
eftre mis hors d'eftat d'executer
ce deffein, mais en m'éloignant,
je le feray de telle maniere que
je feray dans un lieu fort proche
, pour eftre tout preft à revenirfi-
toft que la Nation aura
affez deffille fes yeux pour reconnoitre
qu'elle s'eft laiffé
tromper par les fpecieux pretextes
de Religion & de privilege.
l'efpere qu'il plaira à Dieu
par fa mifericorde infinie , de
toucher le coeur de mes Sujets ,
& de les rendre fenfibles à l'état
déplorable où ils fe trouvent,
en forte qu'ils confentiront
àla convocation d'un Parlement
libre & felon les loix , où entre
autres chofes neceffaires , l'intereft
public fera accorder la liberté
de confcience à tous les
Proteftans Non conformistes, &
je me flate que l'on croira infte
que
du
Temps.
73
que ceux qui profeſſent ma Religion,
ayent quelque part à cette
liberté , & qu'ilspuiffent vivre
tranquillement & paisiblement
comme de bons Anglois
& de vrais Chreftiens , fans
qu'ils foient inquietez ny obligez
d'abandonner
leur patrie,
ce qui feroit tres -facheux, particulierement
à ceux qui l'aiment
veritablement. Te laiffe à
confiderer à toutes les perfonnes
qui ont du bon fens , & l'experience
des Affaires, s'il y a rien
quipuiffe cotribuer davantage à
metre l'Angleterre dansun êtat
floriffant que la liberte de confcience
. Quelques- uns de nos
Voifins ont leurs raifons pour
l'apprehender. I'en pourrois
dire beaucoup davantage , mais
le temps n'est pas propre pour
cela.
D
74 V. P. des Affaires
A Rochester ce 31. Decembre
1688.
Le Roy d'Angleterre cftant
arrivé en France , y fit imprimer
cette Lettre en Anglois , &
en envoya pluſieurs copies en
Angleterre , on l'imprima auffi
en François , & on la rendit publique
à Paris, afin qu'elle puſt
fe répandre de- là par toute
l'Europe , & juftifier le Roy. Il
y a des faits generalement connus
dans cét Ecrit , & qui font
inconteftables . Ainfi il ne s'agit
pas d'en faire voir la verité
par des preuves , mais d'en faire
connoître toute l'énormité ,
qui fe remarque neanmoins af
fez dans la maniere imperieufe
& violente du Prince d'Orange
, lors qu'il fait éveiller le
Roy à une heure aprés minuit,
du
Temps.
75
pour luy donner l'ordre de fortir
de fon Palais le même jour.
Vous obferverez
que quand
même le voyage du Prince
d'Orange en Angleterre pour
y maintenir la Religion Proteftante
, feroit approuvé
, ce qui
eft infoûtenable
, il n'a pas fait
un pas qui n'ait eſté de mauvaiſe
foy , & qui n'ait marqué
fon ambition. Il a toûjours dit
& écrit qu'il n'en vouloit ny au
Roy , ny à la Couronne ; cependant
à mesure qu'il a réuffi
, fes vrais fentimens fe font
fait connoître. Le Roy qui
aimoit fes Peuples , avoit beau
leur faire des graces aufquelles
il n'eftoit point obligé ; il avoit
beau donner des Amnifties
convoquer un Parlement rel
que ce Prince le demandoit,
tout cela l'inquietoit au lieu de
>
Dij
76 V. P. des Affaires
le fatisfaire , & luy faifoit apprehender
de ne pouvoir parvenir
à la Couronne, qui eſtoit
l'unique but de fon armement.
Il commença à craindre plus
que jamais lors qu'il eut appris
l'accueil que l'on avoit fait au
Roy à Londres , & la joye
qu'on y avoit témoignée , aprés
fon retour de Fervesham
où ce Monarque avoit efté arrefté
lors qu'il cherchoit à fe
retirer en France , Cela fut
caufe que pour l'éloigner de
Londres, cét injuſte Prince eut
la hardieffe de luy envoyer dire
, que l'on fouhaittoit qu'il
fortit de fon Palais. Sa Majefté
connut auffi - toft fon deffein,&
que des plus noires fuppofitions
, il eftoit capable
pour regner , de paffer aux
violences les plus cruelles.
2
du
Temps.
77
Ainfi Elle fait voir dans fa Lettre
laiffée en partant de Rochefter
, que ne fe croyant pas
en feureté , Elle a pris le party
de fortir de fes Royaumes . Elle
en donne une raifon qui luy
eſt bien glorieuſe , puis qu'elle
fait connoiftre que ce Mo
narque ne s'éloigne que pour
eftre en estat de combattre afin
de tirer l'Angleterre d'efclavage
, ce qu'il ne pourroit
faire s'il s'expofoit au peril d'é.
tre emprifonné. Comme il n'a
rien fait qui ne foit avantageux
aux Anglois en leur
laiffant la liberté de confcience
, & que les Proteftans l'accufent
injuftement > parce
qu'ils voudroient que leur
Religion regnaft feule en
Angleterre il finit en
foutenant ce qu'il a toû-
D iij
78 V. P. des Affaires
Jours cru jufte , qu'il n'y
a rien qui puiffe plus contribuer
à rendre l'Angleterre
floriffante , que la liberté de
confcience.
On ne
Cette évafion du Roy a
donné lieu à de grands raiſonnemens
politiques , pour fçavoir
s'il a bien fait de fortir
d'Angleterre ou nort.
peut nier que ce ne foit une
chofe problematique ; mais il
n'y a perfonne qui puiſſe décider
cette question , quoy que
l'on puiffe apporter mille raifons
pour l'un & pour l'autre
fentiment. De quelque fuccés
que cette évafion foit fuivie , il
ne fçauroit tout à fait faire porter
jugement là-deffus, puis que
les Rebelles eux mêmes ne
peuvent dire ce qu'ils auroient
fait fi le Roy eftoit demeuré
-
du
Temps,
79
en leur pouvoir. On n'obferve
ny regles ny juſtice dans
les Aflemblées tumultueufes ,
& de perfonnes choifies par
un homme reconnu violent
& qui fait perir ceux qui luy.
manquent de parole , ou ne le
fervent pas comme il le fouhaite.
Cela eft caufe que les
revoltez qui ont commencé un
crime paffent ordinairement
à de nouveaux , eroyant éviter
par là la punition des premiers
, ou du moins la reculer.
Suppofé que le Roy ne
fuft point forti d'Angleterre,
le Prince d'Orange n'avoit de
party à prendre , que celuy de
l'épargner, ou de luy faire faire
fon procés , afin qu'on le
condamnaft. Il ne pouvoit épargner
fon fang, à moins qu'il
ne renonçaft aux pretentions
Dij
80 V. P. des Affaires
qu'il avoit formées fur la Couronne
, & de la maniere dont
on lui voyoit pouffer les choſes
fon ambition étoit trop forte
pour le laiffer en état de l'étouffer.
Il n'auroit donc pû fouffrir
que ce Monarque fe juftifiât ,
puis que le Trône qu'il vouloit
faire paroitre vacant , ne l'eut
pas été. Ce n'eft pas que
fon abfence l'ait rendu vacant
; mais elle a donné lieu
de le declarer tel , quoi qu'injuſtement
, comme vous le
verrez dans la fuite . Il eſt
donc non feulement à prefumer
, mais même prefque hors
de doute que fi le Roy étoit
demeuré en Angleterre , le
Prince d'Orange auroit travaillé
à lui faire faire fon
procés , afin d'être en pouvoir
de remplir le Trône qui
.
du Tems. 8 1
la
feroit demeuré vacant par
mort de ce Monarque. Comme
il n'euft fallu qu'un crime
de plus , il en avoit affez
fait pour ſe refoudre à couronner
par là fes deffeins ambitieux
, & il y a beaucoup
d'apparence que ce n'étoit
pas ce crime qui lui faifoit de
la peine , lors qu'il a confenty
fous mains à l'évafion du
Roy ; mais il avoit à craindre
deux chofes , l'une qu'il ne
fut pas tout à fait le Maitre
de faire ordonner fa mort ,
& l'autre que la prefence de
ce Monarque , & les raiſons
qu'il auroit pû alleguer pour
juſtifier ce qu'il avoit fait , ne
fiffent ouvrir les yeux à fes Sujets
, & que la pitié ne les engageât
à fe repentir de leur revolte.
En effet , comme le Roy
D v
82 V. P. des Affaires
n'eftoit pas coupable
, le Prin
ce d'Orange
n'eftoit
pas tout à
fait feur de le faire condamner
, & l'on pourroit
dire qu'il
n'a voulu qu'il fe fauvaft
, que
parce qu'il n'avoit
pas une entiere
certitude
que ce qu'il feroit
pour
fa perte ,
euft le fuccés
qu'il en auroit pu pretendre
& la chofe eftant douteuſe
, le Roy de fon coſté , a
fait en fe retirant & en n'expofant
pas fa tefte à la fureur des
Rebelles , & des Proteftans
Anglois animez par les Proteftans
Eftrangers , tout ce que
la prudence luy pouvoit confeiller
de plus avantageux &
de plus feur. Quand le Prin
ce d'Orange auroit eu toute la
certitude poffible de réuffir à
perdre le Roy , il avoit encore
beaucoup à craindre pour le
du
Temps.
83
fuccés du deffein qu'il avoit
formé de monter au Trône. La
perte de ce Monarque pouvoit
attirer la fienne , & une action
fi noire & fi cruelle ne pouvoit
manquer de faire naître de
l'horreur pour luy. Il voyoit
que l'on auroit eu fujet d'apprehender
d'avoir un Souverain
fi barbare, & que les Peuples
& les Grands auroient pû
penſer avec juſtice que celuy
qui n'auroit pas épargné le
fang de fon Beau - pere & de
fon Oncle , fur tout lors qu'ils
ne pouvoit luy reprocher aucu .
ne chofe qui puft fervir juftement
à fa condamnation , népargneroit
pas le leur , quand
il voudroit établir la puiffance
arbitraire dont il accufoit le
Roy. Ainfi aprés avoir bien
balancé quel party il avoit
D vj
84 V. P. des Affaires
à prendre, la feule politique l'a
empêché de choisir une voye
cruelle , parce que la mort de
ce Monarque auroit pû fervir
d'obctacle à fes deffeins , quoi
qu'elle cuft rendu le Trône
vacant. Il a donc mieux aimé
travailler à s'en emparer
d'une autre maniere , & fe refoudre
à la deffendre par la
force des armes , aprés y avoir
efté placé , que de rifquer à
n'y point monter , pour vou
loir s'en affurer trop la poffeffion
de forte qu'il femble
qu'à l'égard de la fortie du
Roy hors de fes Eftats , & du
confentement tacite que le
Prince d'Orange paroit y avoir
donné , on peut dire que
ce Monarque , & ce Prince
ont fait , l'un ce que la prudence
vouloit qu'il fift , & l'autre
:
du
Temps.
8.5
ce que la politique luy demandoit.
Sa
Quelques jours aprés que
Majefté Britanique fut arrivé
en France , Elle écrivit aux
Seigneurs , & autres de fon
Confeil. On répandit cette Lettreen
Angleterre , dans la Langue
du Pays, & elle fut traduite
en François , & publiée à
Paris , avec l'Ecrit qui avoit
été laiffé à Rocheſter. En voici
les termes ,
IACQUES ROI.
Mvismes qu'il n'y avoit
ILORDS . De's que nous
plus de feureté pour Nous à demeurer
dans noftre Royaume
d'Angleterre , Nous primes la
refolution de nous retirer pour
quelque tems, & nous laiffames
86 V. P. des Affaires
les motifs de nôtre retraite
pour vous être communiquez ,
& à nos autres Sujets. Nous
eftions même dans le deffein de
vous laiffer des ordres convenables
à l'état prefent des af
faires , mais ayant remarqué
le rifque qu'il y avoit à faire
deconnoître
nos intentions dans
une pareille conjoncture , nous
avons jugéplus à propos de differerjusques
à prefent , à vous
envoyer nos ordres , & à vous
faire fçavoir que quoique
puis noftre avenement à la Couronne
, Nous ayons eu un foin
continuel de gouverner nos peuples
avec justice & moderation
fans leur donner , autant
que nous avons pû , aucun fujet
de plainte
fommes encore plus particulie
rement apliquez dans ces der-
2 nous nous y
du
Temps.
87
niers temps , lors qu'ayant decouvert
le deffein qui avoit
efté formé d'envahir noftre Royaume
, & craignant que nos
Sujets qui ne peuvent eftre détruits
que par eux - mefmes ne fe
laiffaffent entraîner fous des
pretextes legers & imaginaires
dans une ruine certaine &
inevitable , nous avons employé
tous nos efforts pour prevenir un
fi grand malheur , en oftant
tous les fujets de mecontentement
qu'on pouvoit avoir , &
fur lefquels on pretendoit autorifer
cette invafion. Afin
mefme d'eftre informez par
l'avis & le confeil de nos propres
Sujets des moyens de leur
pouvoir donner une plus ample
& entiere fatisfaction , noftre
refolution eftoit d'affembler un
Parlement libre , & pour y par88
V. P. des Affaires
venir nous avions rendu à la
Ville de Londres , & aux autres.
Corps & Communautez leurs
anciennes Chartes & Privileges
, ordonné enfuite que les
Lettres circulaires fuffent expediéespour
convoquer ce Parlement
au 15. du prefent mois de
Ianvier : mais le Prince d'Orange
voyant qu'on avoit fatisfait
par là à tous les griefs
qu'il avoit expofez dans fon
Manifefte , & que les peuples
commençoient à fe defabufer &
à rentrer peu peu
dans les
Sentimens de leur ancienne fidelité
, refolut d'empécher par
toutes fortes de moyens l'affemblée
du Parlement , parce qu'il
prevoyoit que fuivant les aparences
s'il s'affembloit dans le
temps marqué , toutes les affaires
qui regardoient l'Eglife &
du Temps.
89
l'Etat s'y accommoderoient , ce
qui ruineroit entierement fes
intentions & fes injuftes deffeins.
Il crut pour cela qu'il n'avoit
point de voye plus feure que de
Se faifir de noftre Perfonne Royale,
& de nous ofter la liberté,
n'y ayant perfonne qui ne demeure
d'accord que de même qu'on
ne sçauroit appeller un Parlement
libre , lors qu'une des deux
Chambres qui le compofent , reçoit
quelque violence , on peut
encore moins pretendre que ce
mefme Parlement puiffe agir en
liberte' , quand le Souverain qui
a lui feul le pouvoir de l'affembler
& de donner aux actes la
force de Loy , eft actuellement
tenu prifonnier. Nous
reprefenterons point icy la
precipitation avec laquelle le
Prince d'Orange nous envoya
des Gardes pour nous faire
ne
90 V. P. des Affaires
fortir de Londres , dés qu'il vit
que cette Ville rentroit pour
nous dans fespremiers fentimens
de fidelité , ny les autres indignitez
que nous avons fouffertes
foit en la perfonne du Comte de
Fevershan que nous lui avions
envoyé , foit dans la cruelle detention
de noftre propre perfonne
. Nous ne doutons point que
toutes ces chofes ne foient prefentement
affez connuës &
nous efperons que fi on y fait
une ferieufe reflexion & que
l'on confidere de quelle maniere
il a violéles loix & les libertez
du Royaume qu'il pretend
retablir en l'envahissant
nos Sujets ouvriront les yeux &
verront ce qu'ils peuvent attendre
, & quel traitement ils
en recevront lors qu'il le croira
neceffaire pour lefuccez de fon
,
du
Temps.
91
9
entreprife , puis qu'un Prince
Souverain , qui eftfon Oncle &
Son Beaupere, en a efté traitéſi
indignement. Quoy qu'il en
foit le reffentiment que nous
avions de ces traitemens indignes
& la jufte crainteoù
nous eftions que ces exce's
ne fuffent pouffez plus loin par
ceux qui ont tafché de detruire
noftre réputation en nous impofant
d'avoir fupofé un Prince de
Galles , ce qui nous est beaucoup
plus injurieux que tout ce qu'il
peut entreprendre de plus cruel
contre nousi enfin les reflexions
que nousfimes fur ce que difoit
le feu Roy noftre Pere d'heureufe
memoire dans une pareille
conjoncture, qu'il y a tres-peu
de diſtance entre la prifon &
le tombeau des Roys , ce qui ne
fe trouva que trop vrai à son
92 V. P. des Affaires
égard , tout cela nous perfuada
que nous pouvions travailler à
fortir du lieu où nous eftions injuſtement
retenus , puis que la
nature & les loix en donnent
le droit aux moindres de nos
Sujets. Ainfi nous nousfommes
retirez , non feulement pour
mettre noftre Perfonne en feureté
, mais encore pour être en
état d'agir & de pourvoir à tout
ce qui pourra contribuer à la
paix & à la tranquillité de nos
Royaumes Comme il n'y a point
de changement de fortune qui
foit capable de nous faire confentir
à aucune chofe indigne
du rang où il a pleu à Dieu de
nous élever par droit de fucceffion
, auffi ni les attentats , ny
l'ingratitude de nos Suiets , ny
aucune autre confideration ne
nous feront jamais rien faire
du
Temps. 93
>
qui foit opofé aux vrais interefts
de la Nation Angloife
que nous avons regardez & regarderons
toujours comme les
noftres. C'est pourquoi nous
voulons , & il nous plait , que
vous vous ferviez des moiens
les plus propres pour faire con
noistre nos bonnes intentions aux
Seigneurs Ecclefiaftiques & Seculiers
quifont dans nos Villes
de Londres , & de Veftminster,
& aux environs , au Lord Maire
, & aux Communes de Londres
& generalement à tous nos
Sujets , & que vous les affuriez
que nous nefouhaitons rien tant
que de retourner dans noftre
Royaume , & d'y tenir un Parlement
libre , dans lequel nous
puiffions detromper nos Peuples
les perfuader de la fincerité
des Declarations que nous avons
94 V. P. des Affaires
fi fouvent reiterées , de conferver
leurs biens & leurs privileges
, la Religion Proteftante ,
& particulierement l'Eglife
Anglicane comme elle eft eftablie
par les Loix , en donnant
aux Nonconformistes la liberté
que nous avons cru que la juftice
exigeoit de nous auffi bien
que lefoin que nous devons prendre
de tous nos Sujets. Cependant
comme vous pouvez mieux
iuger des chofes parce que vous
eftes fur les lieux , vous nous
envoyerez vos avis fur les moyens
que vous croirez les plus
convenables pour faciliter noftre
retour avec feureté , & pour
executer nos bonnes intentions
& vous vous apliquerez en nôtre
nom & par noftre autorité
à paifer tous les tumultes & les
defordres , & ferez en forte ,
du
Temps. 95
s'ilfe peut , que la Nation en general
& tous nos Sujets en particulier
, ne reçoivent aucun
prejudice des revolutions prefentes.
Comme nous ne doutons
point de l'obeiffance que vous
rendrez à nos ordres , nous vous
difons adieu donné à S.Germain
en Laye le 14. Ianvier 1689.
& de noftre regne le quatrié
me.
MELFORT .
Par le commandement de Sa
Majesté.
Et au deffus eft écrit , Aux
Seigneurs & autres de noftre
Privé Confeil de noftre Royaume
d'Angleterre.
Cette Lettre contient beaucoup
de chofes qui font dans
l'Ecrit de Rochester , dont je '
viens de vous parler , & fait
voir que loin que le Trône ait
96
V. P. des Affaires
eſté , vacant le Roi a continué
d'agir , & de donner fes
ordres fans nulle interruption.
Ce Monarque fait connoiſtre
qu'il n'eft forty d'Angleterre
que pour mettre fa perfonne
en feureté, & il aporte de bonnes
raifons de fa conduite , &
fur leſquelles un Parlement libre
n'auroit pas manqué de
lui rendre juftice. Il y a une
chofe confiderable dans cette
Lettre , & qui doit fervir à la
juftification du Roi , c'eſt que
Sa Majefté marque qu'Elle a
rendu à la Ville de Londres, &
aux autres Corps & Communautez
, leurs anciennes Chartes
& Privileges. On croit de la
maniere dont le Prince d'Orange
a chargé le Roi dans
tous fes Ecrits , que c'eft ce Monarque
qui leur avoit ofté ces
Privi
1
du
Temps,
97
Privileges. Cependant cela
s'êtoit fait du regne du feu Roi
qui fe les êtoit fait rendre par
la plupart des grandes Villes ,
& qui leur en avoit donné de
nouvelles. Ainfi le Roi dont
on a ufurpé l'autorité , ayant
rendu à fes Peuples ce que le
feu Roi fon Frere leur avoit ofté
, le Prince d'Orange a cherché
à lui attirer injuſtement
leur haine par des endroits qui
devoient lui faire meriter leur
amour.
•
Pour fuivre l'ordre que je
me fuis prefcrit , il faut vous.
dire prefentement ce qui fe
paffa en Angleterre , aprés que
le Roy fe fut retiré de Londres
la premiere fois dans le deffein
de paffer en France , & qu'enfuite
il fe fut fauvé de Rochefter.
Je vous en ai déja dit une
E
98
V. P. des
Affaires
partie en vous failant voir la
perfecution qui fut faite aux
Catholiques
, ce qui marque
une guerre de Religion. Voici
ce qui fe paffa à Londres aprés
le premier depart du Roi , &
la Declaration qui fut donnée.
DECLARATION
Des Seigneurs Ecclefiaftiques
& Séculiers êtant dans
les Villes de Londres & de
VVeſtminſter , ou aux environs
, aſſemblez à la Maiſon
de Ville , l'onzième Decembre
1688.
N
Ous ne doutons pas que le
Monde ne foit perfuadé ,
que dans cette grande & dangereufe
conjoncture, nous ne prenions
extremement à coeur & ne
Soyonsfort zelezpour la Religion
STREQUE
DE
LA
du
Temps.
230μ
Proteftante , les Loix de cons
yaume & les libertez , biens &
droits du Sujet . Nous avions
raisonnablement lieu d'efperer
que le Roi ayant fait publier
Ja Proclamation & expedier fes
Lettres Circulaires pour un Parlement
libre , nous pouvions demeurer
en afſurance , en attendant
qu'il fut affemblé ; mais fa
Majefte's'étant retirée , & comme
nous nous imaginons , dans
le deffein de fortir de ce Ro-
Jaume , par l'avis & les pernicieux
confeits de gens mal affectionnez
pour nôtre Nation &
nôtre Religion , nous ne sçaurions
fans manquer à nôtre devoir,
demeurer dans le filence,
pendant ces calamitez , dans
lefquelles les confeils des Papiftes
qui ont prevalu depuis fi
long- tems , ont malheureufe
4
Eij
ico
V. P. des Affaires
ment envelope ces Royaumes .
Nous avons donc unanimement
refolu , de nous adreffer à Son
Alteffe Monfeigneur le Prince
d'Orange , qui par une fi grande
affection envers ces Royaumes ,
avec une fi grande dépense , &
tant de dangers pour sa perfonne
, a entrepris , en faifant fon
poffiblepour procurer un Parlement
libre de nous delivrer
des dangers éminens du Papif.
me & de l'Esclavage, en répandant
auffi pea defang Chrêtien,
qu'il eft poffible.
•
Nous declarons donc par les
prefentes , que nous affifterons
Son Alteffe de notre pouvoir, à
obtenir auffi- tôt que faire fe
pourra, un tel Parlement , dans
lequel nos loix , nos libertez ,
&nos biens & Droits foient af
Surez ; & que l'Eglife Anglidu
Temps.
ΙΘΙ
募
1
cane en particulier , avec une
liberté raisonnable aux Protef
tans Nonconformistes , & en ge.
neral la Religion Proteftante &
Son intereft par tout le monde,
puiffe être foutenu & encouragé
à la gloire de Dieu , au bonheur
du Gouvernement establi dans
ces Royaumes , & au bien & à
l'avantage des Princes & Eftats
Chreftiens , qui peuvent y eftre
intereffez.
Cependant nous nous efforcerons
de conferver autant que
nous le pourons , & d'affurer la
paix de ces deux grandes & peuplées
Villes de Londres & de
VVeftminster , de leurs Fauxbourgs
& lieux circonvoisins ,par
les foins que nous aurons de defarmer
tous les Papiftes , & de
mettre en lieu de feureté , tons
les Iefuites , & Preftres Romains
E iij
102
V. P. des Affaires
qui font dans ces Villes ou aux
environs , & s'il est néceſſaire
que nous faffions encore quelque
chofe pour avancer les genereufes
intentions de fon Alteffe nous
ferons toûjours prefts à le faire
felon que l'occafion le requierera.
L'Archevefque de Cantorberi.
L'Archevêque d'Yorck.
Les Comtes de Pembrook .
De Dorſet,
De Midrave .
De Thanet .
De Craven,
་
De Carifle.
D'Ailescuri
De Burlington.
De Suffex.
De Berkley,
De Rochefter .
Le Vicomte de
Nevveport.
Le Vicomte de
VVeymouth.
L'Evêque de VVincheſter.
du
Temps.
103
L'Evêque de Peterborovv.
L'Evêque de S. Aſaph .
L'Evêque de d'Ely .
L'Evêque de Rocheſter .
Mylord VVharton .
Mylord North & Grey.
Mylord Chandos .
Mylord Montagu.
Mylord Jermin.
Mylord Vaughan Carbery.
Mylord Colepeper.
Mylord Crevve.
Mylord Ofulfton .
Ce qui fuit eftoit ajouté aprés
tous ces Noms.
LE
E Roi s'eftant retiré ce matin
en fecret , Nous , les
Seigneurs Ecclefiaftiques & Seculiers
dont les Noms font cydeffus
fignez , eftant aßemblez
dans la Maifon de ville de
Londres, & convenus d'une De-
E iiij
104 V. P. des Affaires
claration& l'ayant fignée, intitulée
, Declaration des Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers
êtant dans les Villes de
Londres & de VVeftminſter
& aux environs aſſemblez à la
Maifon de la Ville de Londres
le 11.Decembre 1688. Prions le
Comte de Pembrok , le Vicomte
de VVeymouth, le tres Reveren
Pere en Dieu , le Seigneur
Evêque d'Ely , Mylord Culpeper
d'aller inceffammant trouver
Monfeigneur le Prince d'orange
avec ladite Declaration;
defaire en méme tems favoir
àfon Altesse , ce que nous
avons outre cela, fait dans cette
Afsemblée. Dattéà la Maifon
de Ville l'onzième jour du mois
de Decembre 1688 .
Cette Declaration fait voir
du
Temps. 105
malgré tous les raifon nemens
de la Maifon d'Auftriche , &
des Proteftans fes Alliez , que
cette guerre eft une guerre de
Religion , & dans laquelle l'un
des buts qu'on s'eft propofe
eft de détruire entierement la
Religion Catholique en Angleterre
pour travailler enfuite
à l'affoiblir en France, & aprés
cela dans toute l'Europe . On
fera furpris de voir par cette
Declaration une fi grande union
entre les Seigneurs Ecclefiaftiques
& les Seculiers
mais la veritable intention du
Prince d'Orange n'êtoit pas
encore connue aux Seigneurs
Ecclefiaftiques , comme elle
l'a efté depuis ce temps - là
il y en avoit peu qui cruffent
qu'il aſpiraſt à fe faire Roy, &
ils eftoient perfuadez que la
,
>
E vj
106 V. P. des Affaires .
•
Religion Anglicane eftoit en
peril. D'aleurs les Evêques
croyoient avoir de grands fujets
de mécontentement contre
le , Roi . Celui de Londres
homme dangereux , & peu attaché
à Sa Majefté, s'eftoit declaré
contre Elle , quoi qu'il
lui dût fa fortune , & que ce
Prince dans le tems qu'il n'eftoit
que Duc d'York , euft demandé
plufieurs graces pour
lui au feu Roy fon Frere , qui
lui répondit en les lui accordant
qu'il ne le connoffoit pas ,
qu'il fe repentiroit un jour
de ce qu'ilfaifoit en fa faveur.
Cet Evêque êtoit intereffé , &
plus irrité que jamais contre le
Roi , ce qui l'avoit fait entrer
dans le parti du Prince d'Orange
, dans lequel il avoit attiré
d'autres Evêques , ne ſe faiſant
du Tems. 107
pas une affaire de la Religion.
Dés la premiere affemblée qui
fut faite aprés le départ du
Roy, il propofa de donner la
regence au Prince d'Orange ,
mais l'Archevêque de Cantorberi
, qui eft fage & judicieux
, luy repondit , qu'ils n'avoient
aucun pouvoir ; que leur
affemblée , à proprement parler,
n'en eftoit pas une; que ce qu'ils
feroient dans des chofes de cette
confequence ne pourroit eftre
qu'ils eftoient affemblez
non paspour decider au nom de
tout le Royaume , mais pour
avifer aux moyens de faire
une Assemblée plus complete&
plus legitime , & quieftant de
tout le Royaume , euft une autorité
qui puft eftre moins conteftée.
L'avis de l'Archevêque
de Cantorberi l'emporta , &
receu ,
E vj
108 V. P. des Affaires
ment ,
d'ailleurs le Prince d'Orange
faifoit voir une grande modef
tie & un grand des intereſſemais
ce n'étoit que par .
fes paroles . Il affectoit de ne
vouloir pas prendre le moindre
maniement des affaires fans le
confentement du peuple; il fçavoit
ce qu'il faifoit, il étoit feur
des Grands avec qui il avoit
concerté fon voyage en Angleterre;
& quoi que les Proteftans
fuffent pour lui , & que l'on
euft difpofé les Peuples dépuis
long- tems à lui être favorables,
comme ce Corps eft grand ,
& qu'on ne peut gagner un à
un ceux qui le compofent , il
eft toujours à propos de l'ébloüir
par de fauffes apparences
, & de feindre qu'on ne
veut rien faire fans en avoir
fon confentement. On trouve
du
Temps.
109
moyen aprés cela de fe fervir
contre lui de l'autorité qu'il a
donnée.
L'Evêque de Londres n'étoit
pas le feul qui euft des chagrins
contre le Roy. La commiffion
pour juger des Affaires
Ecclefiaftiques avoit aigri
les autres , mais ils n'étoient
pas fi irritez. Ce qui avoit
mis les affaires de Sa Majesté
dans une méchante fituation
étoit leur emprisonnement Ce
fut un coup fort adroit de la
politique du Prince d'Orange.
Il y avoit long tems que
fon intrigue étoit formée ; elle
étoit prête d'éclore , &
avant qu'il paffât en Angleterre
, il lui étoit important
que le Roy fit quelque chofe
d'un grand éclat, qui lui attirât
la haine de fes Peuples , & fur
110
V. P. des Affaires
tout de fes fujets de la Religion
Anglicane, car étant ſeur
de ceux de la Religion Proteftante
, & ayant plufieurs
Grands pour lui, il fe voyoit par
là le maître de tous les coeurs .
Il avoit gagné le Comte de
Sunderland , & ils étoient convenus
qu'il ne conſeilleroit au
Roy que des choſes qui ferviroient
à aigrir les Peuples contre
ce Monarque . La voix de
ce Comte étoit la plus forte
dans le Confeil , tant par le
rang qu'il y tenoit , que parce
qu'il s'étoit fait nouvellement
Catholique , & qu'ayant
de puiffantes obligations à Sa
Majefté, qui l'avoit remis plufieurs
fois dans fes bonnes graces
, quoi qu'elle euft eu de
grands fujets de s'en plaindre
, on ne pouvoit croire qu'il
du
Temps.
n'euft pas un zéle fincére pour
fon fervice. Il ne manqua pas
de confeiller
fortement à ce
Prince d'envoyer les Evéques
en prifon . Il eft naturel à un
Souverain de montrer de la vigueur
, & de fe fervir de fon
pouvoir quand les fujets manquent
à l'obéiffance
qu'ils lui
doivent. Le Comte de Sunderlan
appuya fes confeils de tant
de raifons , qu'il l'emporta fur
celles du Pere Piters , qui ne
vouloit point qu'on arrêtât les
Evêques , & qui fit ce qu'il put
pour l'empêcher
. Cet empri
fonnement fut pour eux un
outrage affez fenfible pour les
engager à fe joindre aux fei.
gneurs feculiers , & à faire la
Déclaration que vous venez
de voir, mais dépuis qu'elle a
paru , fi on en excepte ce qui
112
V. P. des affaires
fe paffa encore peu de
temps
aprés , ils n'ont pas donné leur
confentement à tout ce qui s'eft
fait. Joignez à cela qu'un
Etat qui tout à coup demeure
fans Chef, ſe trouve dans
une grande confufion , & que
les Membres fe peuvent alors
laiffer furprendre par ceux
qui font d'intelligence pour
les faire tomber dans les
piéges preparez. Cette Déclaration
fut portée au Prince
d'Orange par quatre Deputez
, & les mêmes qui l'avoient
faite , nommerent Milord
Lucas pour commander
dans la Tour , parce que le
Colonel Skelton qui en avoit le
commandement, tenoit le parti
du Roy , quoi que Proteftant
. Sa Majesté avoit encore
un tres grand nombre d'audu
Temps.
113
tres Proteftans des plus confiderables
dans fes interêts , &
qui n'auroient pas manqué
de fe déclarer contre Elle , s'ils
avoient été perfuadez qu Elle
eût travaillé à détruire la
Religion Proteftante en Angleterre.
Le Corps de Ville fit
une Déclaration femblable à
celle des Seigneurs, & envoya
douze Deputez au Prince d'orange
, qui hâta fa marche
& fe rendit à Vvindfor. Les
Pairs nommerent des Commiffaires
pour aller à la Tour interroger
Milord Chancelier, &
lui demander le Grand Sceau.
Il leur répondit qu'il l'avoit
rendu au Roy. Il fe trouverent
fort. embarraſſez , parce que
a Majefté ayant revoqué la
Proclamation , & les Lettres
circulaires envoyées dans les
114 V. P. des Affaires
Provinces pour la convocation
du Parlement, on ne pou
voit faire faire d'autre Sceau ,
les Loix du Royaume défendant
d'en fabriquer fur peine
de la vie. On fçût quelque
tems aprés que le Roy avoit
jetté ce Sceau dans la Mer.
Le Prince d'Orange entra dans
Londres & vint defcendre au
Palais de Saint James.
fut complimenté au nom du
Corps de Ville , & il y reçut
l'Adreffe fuivante de la part
des feigneurs Ecclefiaftiques &
feculiers affemblez dans la
chambre des feigneurs à Vveſtminſter.
OVS , les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers,
affemblez dans la conjonctu
re prefente,prions Vêtre Alteffe
Nors
, Les
du Tems.
de prendre entrefes mains l'adminiftration
des affaires publiques
tant civiles que militaires
, comme auffi de difpofer des
Revenus publics, pour la confervation
de noftre Religion, de nos
Loix , de nos libertez , de nos
biens , droits & privileges , &
de la paix de cette Nation ; &
que Voftre Alteffe veüille prendre
un foin particulier de l'Etat
prefent du Royaume d'Irlande,
& tafcher par les moyens les
plus prompts & les plus efficaces,
de prevenir les dangers qui
le menacent ; fuppliant Voftre
Alteffe d'entreprendre & d'exercer
toutes ces chofes , jufqu'à
l'affemblée qui fe doit faire le
22. du mois de Ianvier prochain
, dans laquelle nous ne
doutons pas qu'on ne prenne les
mefures les plus propres pour
116
V. P. des
Affaires
tendre à l'eftabliffement de ces
chofes , fur des fondemens feurs
& legitimes , de forte qu'elles
ne foient plus en danger d'eftre
encore renversées. Datté à la
·Chambre des Seigneurs à VVeftminster,
le vingt- cinquième jour
du mois de Decembre 1688 .
Le même jour il receut cette
autre Adreffe des mêmes Seigneurs.
NOU
Ous , les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers , affemblez
à vVestminster dans
cette conjoncture extraordinaire
, prions tres humblement Vôtre
Altele de faire écrire des
Lettres fignées de vostre main
& adreffées aux Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers Proteftans,
comme auffi aux diverfes
du
Temps.
117
Provinces ou Comtez,Villes Vniverfitez
, Bourgs & Cing - Ports
d'Angleterre , de Galles & de
Bervvich fur la Tvveede ; les
Lettres pour les Comtez eftant
adreffées au Coroner de chaque
Comté , & au deffaut du Coroner
au Clerc ou Greffier de paix
de chacune Comté ; celles pour.
les Vniverfitez devant eftre adreffées
aux Vice - Chanceliers,
& celles pour les Villes , Bourgs:
& cinq Ports au principal Magiftrat
de chaque Ville, de chaque
Bourg & de chacun des
Cinq Ports , lefquelles Lettres
contiendront des ordres pour
choifir dans chaque Comté, Ville
, Vniverfité , Bourg & dans
chacun des cinq Ports, dixjours
aprés la reception defdites Lettres
, le nombre de Perfonnes,
pour les reprefenter,qui de droit
118 V. P. des Affaires
doivent eftre envoyées au Parlement
; defquelles élections ,
comme auffi du lieu & du temps
qu'elles doivent fe faire , les
Officiers en avertiront du moins
cinqjours avant qu'elles fe faffent.
Lors qu'on voudra faire
L'élection pour les Comtez, on en
avertira publiquement dans
l'Eglife immediatement aprés
le fervice Divin , & dans toutes
les Villes defdites Comtez ,
où l'on tient le Marché, & lors
qu'on aura deffein de faire les
élections pour les Villes, Vniverfitez,
Bourgs, & Cing - Ports , on
le publiera dans chacune deſdites
places. Lefdites Lettres &
l'execution des ordres qu'elles
contiendront , feront renvoyées
par l'officier ou les Officiers qui
le feront executer , au Clerc ou
Greffier de la Couronne dans la
du
Temps.
119
-
Cour de la Chancellerie , afin
que les Perfonnes qui feront
choifies , puiffent s'affembler &
prendre féance à Vveftminster le
vingt - deuxième jour du mois
de Ianvier prochain. Datté à
la chambre des Seigneurs à
Vvestminster le 25. du mois de
Decembre 1688.
Le Prince d'Orange qui avoit
pris fes mesures depuis
long- temps , pour avoir une
Affemblée ou un Parlement
qui luy fuft favorable , ayant
imaginé de faire affembler les
Députez qui reftoient des Parlemens
qui s'eftoient tenus pendant
le Regne du feu Roy
Charles II . parce qu'il les cro
yoit plus propres à feconder
fes intentions , & à fe declarer
contre les Catholiques, deman120
V. P. des Affaires
da que ceux qui fe trouve .
roient de ces Députez , & qui
pourroient s'affembler promptement
, fe rendiffent à Saint
James , avec les Membres du
commun Confeil de la Ville de
Londres, & le lendemain 26. il
leur parla de la forte.
M
Effieurs , qui avez esté
Membres des derniers
Parlemens , je vous ay priez de
vous rendre icy , pour vous confulter
fur les meilleurs moyens
d'accomplir les fins de ma Declaration
, qui eft de convoquer
un Parlement libre ,pour la confervation
de la Religion Prote
ftante , & le reftablissement des
Droits & des Libertez du Royaume
, & les affurer de forte
qu'ils ne puiffent plus courir le
danger d'eftre renversez .
Et
du
Temps.
121
Et vous, les Efchevins & les
Membres du commun Confeil de
la Ville de Londres , je vous demande
la méme choſe ; & comme
il y a apparence que vous
ferez en grand nombre , vous
pouvez , fi vous le trouvez à
propos vous partager
affembler en divers endroits.
vous
Ces anciens Députez refolurent
auffi-toft d'aller dans la
Chambre des Communes à
VVeſtminſter , où ils prirent
feance , & choifirent le Sieur
Henry Povvle pour leur Prefident.
C'eſt un homme qui
n'eſt pas de qualité , mais qui
parle bien & qui eft en reputation
d'avoir beaucoup d'efprit
, ce qui a efté cauſe que la
Mere de Milord Dorfet l'a époufé
en fecondes nopces.Cet-
F
I 22
V. P. des Affaires
te Affemblée convint de prefenter
une Adreffe au Prince
d'Orange. Elle y fit travailler
; & ce Prince ayant marqué
le 27. pour la recevoir, ces
Députez fe rendirent auprés
de luy , & le Prefident la lût.
Voicy ce qu'elle contenoit .
Nous
Ous , qui avons fervy en
qualité de Deputez aux
Parlemens qui fe font tenus fous
le Regne du feu Roy Charles Second,
avec les Efchevins & les
Membres du commun Confeil
de la Ville de Londres , eftant
affemblez à la priere de voſtre
Alteffe dans cette conjoncture
extraordinaire, remercions d'un
commun accord , tres humblement
& de tout noftre coeur vôtre
Alteffe , d'eftre venuë en ce
Royaume, & d'avoir exposé vô-
-
du
Temps.
123
tre Perfonne à defi grands dangers
pour la confervation de nôtre
Religion , de nos Loix & de
nos Libertez , & de nous avoir
Idélivrez des miferes du Papifme
& de l'Esclavage ; & nous
prions Votre Alteffe ,pour accomplir
cesfins & conferver lapaix
de la Nation, de vouloir prendre
l'adminiftration des affaires publiques
tant civiles que militaires
, comme auffi de difpofer des
revenus publics .
par
Nous fuplions auffi vôtre Alteffe
de fe charger dufoin de l'état
prefent de l'Irlande , & de
tâcher les moyens les plus
promts & lesplus efficaces de prevenir
les dangers qui menacent
ce Royaume ; fupliant vôtre Alteffe
d'entreprendre & d'exercer
toutes ces chofes,jufqu'à ce que la
Convention on Aſſemblée , quife
Fij
T24 V. P. des Affaires
doit tenir le 22. du mois de Ianvier
prochain, fe tienne.
Nous prions auffi tres humblement
vôtre Alteffe de faire écrire
des Lettres fignées de voftre
main, & adreffées aux Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers Proteftans,
comme auffi aux diverfes
Provinces ou comtez , vniverfitez,
villes, Bourgs & cinq ports
d'Angleterre , de Galles & de
Bervvick fur la Tvveede; les Letres
pour les Comtez étant adreffées
au Coroner de chaque
Comté, & au défaut du Coroner
au Clerc ou Greffier de paix de
chacune Comté;celles pour les vniverfitez
devant étre adreffées
au vice- chancellier ; & celles
pour les villes, Bourgs & Cinq-
Ports au principal Magiftrat de
chaque ville,de chaque Bourg &
de chacun des cing - Ports , lef
du
Temps. 125
quelles Lettres contiendront des
ordres pour choisir dans chaque
Comté Ville,Vniverfité, Bourg &
dans chacun des cinq ports, dix
jours aprés la reception defdites
Lettres, le nombre de perfonnes,
pour les reprefenter, qui de
droit doivent estre envoyées au
Parlementiquepour ces élections ,
comme auffi pour le lieu& le tems
auquel elles doivent fe faire , les
Officiers en avertiront de la maniere
qui fuit : à fçavoir lors
qu'on voudra faire l'élection
pour les comtez , on en avertira
publiquement dans tous les lieux
de la comté où l'on tient marché
cinq jours avant qu'on procede
à ladite élection , & lors
qu'on aura deffein de faire les élections
pour les Villes, Vniverfitez,
Bourgs & cinq-ports, on en
donnera avertiffement dans cha-
Fiij
126
V.
P.
des
Affaires
cune defdites Places , du moins
trois jours auparavant . Lefdites
letres & l'execution des ordres
qu'elles contiendront feront renvoyées
par l'officier ou les Officiers
qui les feront executer, au
Clerc on Greffier de la Couronne
dans la Cour de la Chancellerie ,
afin que les perfonnes qui feront
choifies , puiffent s'affembler &
prendre féance à VVeftminster,
le vingt- deuxième jour du mois
de lanvier prochain.
Voilà , Monfeigneur , ce que
nous avons trouvé à propos de
propofer à vôtre Alteffe , comme
le meilleur avis que nous puiffions
luy donner dans cette prefente
neceffité des affaires , pour
accoplir le but & lafin de la Declaration
de vôtre Alteffe &
comme le plus feur moyen de
du
Temps. 127
faire un établissement qui mette
nôtre Religion , nos Loix &
nos libertez hors de danger
d'eftre jamais renversées.
Datté à VVeftminster le 26 .
jour du mois de
mois de Decembre
1688.
Quoi que le Prince d'Orange
eut concerté tout cela, & que
fes Creatures travaillaffent déja
à briguer pour l'élection
des menbres qu'il vouloit pref
que tous Proteftans , afin qu'êtant
en plus grand nombre de
cette Religion , il fut feur de
faire paffer tout ce qu'il avoit
refolu , il ne laiffa pas de faire
cette réponſe .
MESSIEVRS
Ie vous remercie de ce que
vous vous montrezfi zelez pour
Fij
128
V. P. des Affaires
la caufe commune , & de ce que
vous concourez fi unanimement
avec les Seigneurs Ecclefiftiques
& Seculiers , au bien de l'Eftat
, de la Religion . le tire
un bon augure de cet heureux
commencement, & je vous protefte
que de mon côté je facrifierai
toujours ma vie pour maintenir
ce fameux Royaume dans
fes libertez , & fes Privileges.
Mais Meffieurs , permettez- moi
de vous dire que comme l'offre
que vous me faites eft de la derniere
importance , je ferois bien
aife de prendrejusqu'à demain
trois heures aprés midi pour
vous rendre reponse , vous priant
de vous assembler encore ce
jour -là.
Comme les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers lui avoiết
du
Temps.
29
prefenté des Adreffes les premiers,
ils eurent audience le 28.
& il leur fit cette réponſe.
MILORDS ,
'Ai confideré voftre avis , &
je tacherai autant qu'il mefera
poffible , d'assurer la paix de
cette Nation , jufqu'a ce que la
Convention ou Aſſemblée qui fe
doit faire au mois de Ianvier
prochain , fe tienne; & fuivant
vôtre priere, je ferai inceffamment
expedier des Lettres ,
pour faire l'élection de ceux qui
la doivent compofer. Iauray
auffi foin d'apliquer les revenus
publics aux ufages les plus
propres , & felon que les affaires
prefentes le requierent. Ie
feray mon poffible pour mettre
l'Irlande en tel etat que la
Religion Proteftante & l'in
F y
130 V. P. des Affaires
tereft d'Angleterre puiffent être
confervez dans ce Royaume - la je
vous affeure de plus , que comme
je fuis venu ici , pour maintenir
la Religion Froteftante
les Loix & les libertez de ces
Royaumes , je ferai auffi toûjours
preft à m'expofer à quelques
dangers que ce foit pour les défendre.
L'apréfdinée il fit la même
réponse aux Deputez dont je
viens de vous parler. Vous obferverez
qu'il ne parle point de
la Religion Anglicane dans
cette réponſe , & qu'il ne fe
déclare que pour la Proteſtante .
Quoi que par toutes ces manieres
d'agir l'union femblât
parfaite , il y avoit neanmoins
des mécontens que la crainte
retenoit. La violence êtoit ca-
>
du
Temps. 135
chée fous une feinte douceur,
& comme tout avoit été concerté
depuis longtems par les Creatures
du Prince d'Orange qui
fe découvrirent tout à coup en
prenant fon parti , ceux qui n'y
êtoient point preparez n'eurent
pas le tems de s'unir , & furent
contraints de diffimuler , & de
ceder à la force. Il y avoit beaucoup
d'Habitans de Londres
qui n'étoient
pas fatisfaits de ce
que le Prince d'Orange avoit
logé des Troupes dans leur
Ville, & cela excita un peu de
rumeur en quelques endroits .
Le Maire prit la liberté de lui
en parler , & de lui dire,que les
Rois d'Angleterre n'avoient jamais
fait loger de Toupes dans
Londres. Il répondit , que les
Rois avoient fait comme ils a-.
voient pû , & que pour lui il en
F vj
132 V P. des Affaires
ufoit comme il luiplaifoit. On
croyoit que cela feroit caufe de
quelque foûlevement , mais par
qui ceux qu'i l'auroient excité
euffent ils pû être fecourus ? Le
Roy eftant hors de ſes Etats ne
pouvoit plus prendre leur parti ;
fon Armée étoit ou diffipée, ou
dans les interefts du Prince
d'Orange , & la plupart des
Grands étant unis avec lui , il
fçavoit bien que fa fierté & fes
manieres pleines de hauteur ne
pouvant lui nuire , ferviroient
beaucoup à le faire craindre, &
à retenir ceux qui auroient pû
s'échaper à quelques murmu-
Cependant ce Prince
res .
ne fongeant qu'à l'Affemblée
dontil te flatoit qu'il obtiendroit
la Couronne, donna l'ordre fuivant
pour la liberté des élections.
du
Temps .
133.
Afin de mieux empêcher les
defordres qui peuvent arriver
par les Soldats logez dans les
lieux où l'on doit élire les membres
qui doivent compofer la
Convention , ou Aſſemblée qui
fe doit faire , & afin que ces
élections fe faffent avec une entiere
liberté, & fans aucune couleur
ou aparence de force & de
contrainte , Nous ordonnons expreffement
, & commandons par
les prefentes , à tous Colonnels,
& officiers Commandans en
chef aucun Regiment , Compa.
gnie de Cavalerie , ou d'Infanterie
de faire déloger lef
dits Regimens , Compagnies de
Cavalerie ou d'Infanterie , des
quartiers où l'on fera lefdites
Elections , excepté feulement
les diverfes garnisons : un jour
avant qu'on procede aufdites
134 V. P. des Affaires
Elections , & de ne point retourner
à leurs premiers quartiers
qu'elles ne foient tout- àfait
faites , & entierement achevees
, à quoi faire il ne faut
pas qu'ils manquent , finon ils
en repondront à leurs perils.
Donné au Palais de S. Iames le
15. Ianvier 1688 .
G. H. Prince d'Orange
Par comandement defon Alteffe
Voilà par où l'on pretend
que les fuffrages ayent été libres.
On fait fortir les Troupes
qui font en quartier , & on
ne fait point fortir les Garnifons
ordinaires qui n'y doivent
pas eftre moins puiffantes.
Ces Troupes fortent un
jour & reviennent l'autre , un
peu plûtoft , ou un peu plus
tard , cela n'eft pas de grandu
Temps.
135
de importance . Il fuffit qu'on
fçache qu'elles foient preftes
à rentrer auffi - toft aprés
que les élections feront faites.
Avant leur départ on fait fçavoir
les intentions du Prince
d'Orange , & l'on craint le
retour de ces Troupes qui ne
font qu'à la porte , & preftes
à rentrer , & qui peuvent
fe
vanger de ceux qui n'auront
pas fait ce qu'on leur a demandé.
Outre ce que je
vous marque pour les brigues
violentes il y en avoit d'autres
plus adroites & plus cachées.
Tous les Proteftans
du Royaume eftoient d'intelligence
pour ne
que des Proteftans , & leur
party eftoit le plus fort parque
c'eftoit celuy du
ce que
>
nommer
"
136
V. P. des Affaires
Prince d'Orange qui eftoit
maistre du Royaume & armé.
Ceux qui faifoient profeffion
de la Religion Anglicane
confentoient à tout
ce que vouloit ce party ,
fur ce qu'on leur avoit perfuadé
que le Roy d'Angleterre
avoit refolu de détruire
leur Religion , & quand
ils s'y feroient oppofez , ils
n'auroient pas efté les plus
forts. On aprehendoit d'ailleurs
la violence du Prince
d'Orange qui ne fçait point
pardonner , & qui frape fans
que l'on découvre d'où vient le
coup ; mais pour parler encore
plus jufte , le Peuple aime
les nouveautez , il s'en fait
un amuſement , elles le divertiffent
en l'occupant , &
quand on trouve moyen de
du Tems. 137
lui faire croire qu'il en tirera
quelque avantage, & qu'on l'éblouit
du pretexte fpecieux de
liberté , il donne , dans tous les
pieges qu'on lui tend , & on le
conduit à fa perte fans qu'il s'en
aperçoive , & méme pendant
qu'il pouffe des cris de joye.
On ne peut nier que ceux de la
Religion Anglicane ne foient
du nombre des efprits credules
& foibles , qui dans cette occafion
ſe laiſſent tromper fans
y prendre garde , & peut être
n'a - t'on jamais vû d'aveuglement
pareil au leur. Ils fe
perfuadent qu'un homme foûtenu
par une Armée & par un
parti dont la Religion eſt entierement
contraire à celle dont
ils font profeffion ne fera
pas avec le temps tout ce qu'il
pourra pour élever , ce party
>
138 V. P. des Affaires
en élevant fa Religion ; mais
quel parti & quelle Religion??
Le parti Proteftant, & la Religion
Proteftante, qui ne fe font
jamais établis que par le feu ,
le fer , & le fang , en forte que
ceux qui ont cherché à les foûtenir,
n'ont jamais gardé aucunes
mefures pour venir à bout
de leurs deffeins. Que peut faire
la Religion Anglicane contre
tant & de fi furieux Ennemis
elle eft unique dans le
monde,& n'eſt pratiquée qu'en
Angleterre , où même elle ne
regne pas feule , & l'autre eft
appuyée par tous ceux qui font
de la même creance dans tous
les Etats de l'Europe. Comme
un Ufurpateur a " beſoin d'un
grand parti , & du fecours de
plufieurs Souverains pour fe
maintenir contre les armes d'un
du
Temps. 139
Roy legitime , & contre celles
de les Alliez , le Prince d'Orange
ne manquera pas de travailler
à établir leur Religion
dans toute l'Angleterre . Il doit
cela à la Religion de tous ceux
qui l'ont fuivi , à celle de tous
les Proteftans du Royaume qui
l'ont reçû, & à celle de tous les
Souverains qui lui promettent
de le fecourir. Joignez à cela
qu'il voudra auffi paroitre de
quelque Religion , & que
fon
zele éclatera pour celle qui lui
fait obtenir tout , & dont il ne
pourroit negliger de prendre
les interêts fans s'expofer au
peril d'être abandonné par
ceux qui ont fervi à l'élever ,
ce qui le feroit tomber de plus
haut qu'il n'eſt monté .
Pour revenir à la Convention
, qui eſt le dernier article
Ly
140 V. P. des Affaires
que j'ay touché en parlant de
l'ordre qu'a donné le Prince
d'Orange pour la liberté des
élections , il importoit peu
qu'elles fuffent libre ou non ,
puis que l'Affemblée ou Convention
eft illegitime , & que
felon le fentiment des plus habiles
Jurifconfultes dont on a
pris les avis , on ne peut fans
renverfer les Loix fondamentales
d'Angleterre , appeller
Parlement toute Affemblée qui
n'eſt pas convoquée par l'autorité
du Roy On dira qu'on ne
donne pas le mot de Parlement
à l'Affemblée.mais on répond
à cela que les Loix'n'ont
pas été faites pour le mot
mais pour la chofe & que
puis que cette Affemblée ou
Convention fait ce qu'un Par
lement feroit , ' ce font ces fon-
>
>
du Tems. 141
ctions qui renverfent les Loix
du Royaume , & que c'est ce
que défendent ces Loix , & ce
qu'elles rendent illegitime. Il
eft impoffible que ceux qui les
ont faites , auffi - bien que ceux
qui les ont reçûës , ayent pû
entendre autre chofe. Si le raifonnement
que je fais n'étoit
pas jufte , ce que l'on appelle
Parlement ne feroit qu'un jeu ,
puis que les mêmes perfonnes
affemblées pourroient tout , ou
n'auroient point de pouvoir
dans une affemblée illegitime,
felon le nom qu'on lui donneroit
, en forte qu'étant convoquée
fans l'autorité Royale
pour faire les mêmes fonctions
qu'un Parlement , elle les pourroit
faire fans renverser les
Loix , parce qu'on l'appelleroit
Convention. C'eft une
+
142 V. P. des Affaires
chofe qu'on ne fçauroit foûtenir.
La Convention eft un Parlement
, puis qu'elle en fait les
fonctions , mais elle n'a nul
droit de les faire quand elle
n'eft point convoquée par
l'autorité du Roy. Ainfi on
peut conclure que tout ce
qu'elle fait eft nul, & fans force,
& qu'il ne doit eftre regardé
que comme des refolutions
prifes par un tas de Seditieux,
appuyez des Ennemis du Royaume
, & qui meritent punition,
fur tout en Angleterre,où
l'on fait fonner fi haut l'autorité
qu'ont les Loix , que l'on
pretend avoir droit de s'attaquer
jufqu'au fang Royal lors
qu'il entreprend de ne les pas
obferver , à plus forte raiſon
doit-on punir des Rebelles qui
ont l'infolence de les enfreindu
Temps. 143
dre pour détrôner leur Souverain
legitime , mettre un Ufurpateur
en fa place , riſquer la
Religion du Pays , & expofer
l'Eftat au defordre, & à la confufion
où il faut neceffairement
qu'il tombe , fans compter le
fang que doit coûter une pareille
revolte , puis qu'il faut
que toft ou tard de fi grandes
revolutions en coûtent.
Le Prince d'Orange ayant
efté prié de prendre l'adminiftration
des Affaires , comme
je vous l'ay fait voir , étendit
l'autorité qu'il s'acquit par là ,
autant qu'il luy fut poffible , en
forte que ne luy manquant plus
que le nom de Roy , on n'euft
pas de peine à le luy donner,
puis qu'il en avoit déja le pouvoir
, ou que fi on ne le nommoit
pas Roy, il fuft affez puif144
V. P. des Affaires
fant fe faire élire , ou pour
pour
fe vanger de ceux qui s'oppoferoient
à ce que fon ambition
luy fuggeroit. Il eut tant d'impatience
de fe faifir de l'argent
, qu'il alla luy même à la
Tréforerie , pour prendre poffion
de ce qui en reftoit entre
les mains des Officiers de Sa
Majefté. Il donna des Charges
pour fe faire des Creatures , &
fit emprifonner des Catholiques
afin de fe conferver la
bien- veillance des Proteftans .
Il fit publier en même temps la
Declaration que vous allez lire
, pour autorifer les Sheriffs
& Juges de Paix , & autres Miniftres
, à exercer leurs Offices
& Emplois. Voicy ce que contenoit
cette Declaration ,
D'autant
du
Temps. 145
D
Autant
que
les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
les Chevaliers , Bourgeois ,
Gentilshommes Citoyens qui
ont efté cy-devant Membres de
la Chambre des Communes du
Parlement , pendant le Regne
du Roy Charles Second , & qui
demeurent dans la Ville de
Londres ou aux environs, comme
auffi les Efchevins & les membres
du commun Confeil de ladite
Ville eftant affemblez dans
cette conjoncture extraordinaire,
fe font adreffez à nous , pour
nous prier de prendre entre nos
mains l'adminiftration des affai
res publiques tant civiles que
Militaires , & de difpofer des
revenus publics , pour la confervation
de la paix , & pour
autres bonnes fins & intentions
G
les •
146 V. P. des Affaires
>
mentionnées dans leurs diverfos
Adreffes , & d'exercer ces chofes
jusqu'à ce que la Convention
ou Affemblée qui fe doit
faire le vingt - deuxième jour
du mois de Ianvier , ſe tienne ;
Nous ne fouhaitant rien davantage
que le bien, le bonheur
& la paix de ce Royaume, & de
cette Nation , & de prevenir
par le foin & la vigilance des
Magiftrats Civils en faisant
executer les Loix de ce Royaumefelon
le devoir de leurs char-
& emplois, les inconveniens
qui pourroient autrement arriver
, Conftituons par les prefentes
, Ordonnons & Eftabliffons
que tous & un chacun de ceux
qui n'eftant point Papiftes , étoient
pourveus le premier jour
du prefent mois de Decembre,
des charges de Sherifs on de
ges
du Temps. 147
Iuges, de Paix , ou dont l'employ
regardoit la confervation
de la paix , ou qui avoient la
garde de quelque prifon cu de
quelque prifonnier ,foient autorifez
, & ayent pouvoir ; & ils
font autorifez, ont pouvoir , &
font requis par les prefentes , de
prendre & d'exercer lefdites
charges & emplois ; & Nous
- ordonnons que lesdits Sherifs,
Inges de Paix & autres Perfonnes
faffent dans leurs divers
emplois , executer les Loix, pour
étouffer & fuprimer toutes fortes
de tumultes , de rumeurs &
d'Affemblées tumultueuses , comme
auffipour conferver la paix,
fecourir les Pauvres , & garder
les prifons & les perfonnes commifes
à leur charge , & faire executer
toutes les autres chofes
Gij
148 V. P. des Affaires
apartenantes
à leurs offices on
emplois. Nous donnons auffi pouvoir
par les prefentes , autori-
Sons & requerons tous & un
chacun de ceux qui n'eftant
point Papiftes, eftoient leditjour
premier du prefent mois de Decembre
, dans quelque charge ou
employ pour recueillir , recevoir
& ménager les revenus publics,
dans ce Royaume d'Angleterre
,
dans la Principauté
de Galles
ou la Ville de Bervvick fur la
Tvvede , de continuer & d'agir
à ménager , ordonner, recueillir ,
recevoir & payer ledit revenu,
en la mêmê methode & forme,
& de la même maniere qu'il a
apartenu ou apartient à leurs
divers offices & emplois ; excepté
les charges & emplois
dont nous avons difpofé depuis
du
Temps. 149
pouvoirs
noftre arrivée en ce Royaume, ou
dont nous difpoferons . Lefquels
laquelle autorité
donnée par les prefentes
, continueront & demeureront
enforce & vigueur jufqu'à
l'assemblée de la Convention ci
defsus mentionnée , ou jusqu'à
d'autres ordres à ce contraires .
Donné au Palais de S. Iames,
le trente uniéme du mois de Decembre
, l'an de nôtre Seigneur
1688 .
G. H. Prince d'Orange .
On voit encore par- là qu'il
n'a été donné aucun Acte public
où il n'y euft quelque chofe
contre les Catholiques , ce
qui marque la haine du Prince
d'Orange contre leur Religion
, & qu'il n'a rien fi à
coeur que de la bannir entierement
d'Angleterre. Il
Gij
150 V. P. des Affaires
donna encore d'autres Declarations
pour la levée des revenus
publics, & n'eftant pasfatisfait
de ce qui pourroit en revenir,
il fit propofer un emprunt
de deux cens mille livres fterlin
fur la Ville,de Londres , & écrivit
fur ce fujet au Corps de Ville
qui refolut d'accorder cette
fomme par maniere de preft.
La Ville fe trouvoit par la
fortement engagée à ne pas
abandonner
fon parti , parce
qu'il étoit impoffible que cet
argent luy fuft rendu
moins que le Prince d'Orange
ne devinſt Roi.
>
મે
Comme il y avoit beaucoup
de gens de bien en Angleterre
qui n'ofoient éclater
contre l'injuſtice , la tirannie
, & l'ufurpation du
pouvoir fouverain , il courut
du
Temps. Ist
beaucoup d'écrits à Londres,
qui faisant voir trop clairement
toutes ces chofes , & les
prouvant avec trop de force,
donnerent beaucoup de chagrin
au Prince d'Orange
non pas qu'il fe piquaft d'honneur
la deffus ,
mais par- ·
>
ce que ces Ecrits , quand la
verité s'y trouve bien exprimée
font ouvrir les yeux aux peuples
, & les font rentrer dans
leur devoir. Cela obligea ce
Prince à faire publier ce qui fuit
& il en fit même renouveler
plufieurs fois la publication.
D'autant qu'on imp : ime &
qu'on publie tous les jours plu
fieurs livresfcandaleux , feditieux
& remplis de fauffetez ,
ainfi que plufieurs feuilles vo
lantes de nouvelles & plufieurs
Libelles contenant de fauffes &
G iiij
152 V. P. des affaires
ridicules relations de ce qui fe
paffe avec des reflexions malicieufes
fur plufieurs perfonnes, ce
qui trouble lapaix publique ; &
ces écrits eftant publiez fans aucune
autorité ou permiffion , ce
qui eft contraire aux loix faites
Sur ce fujet, S. A. Monseigneur
le Prince d'Orange a trouvé à
propos d'ordonner & de comman
der aux Maitres & Gardes de
la Compagnie des Libraires , &
à Robert Stephens , ci - devant
Meffager de la Preffe , de chercher
exactement dans toutes les
Imprimeries & autres lieux &
s'affurer de tous auteurs, Impri -
meurs, Libraires, Colporteurs &
autres qui feront trouvez imprimant,
vendant ou difperfant lef
dits écrits , & de les mener devant
le plus prochain luge
depaix, afin qu'ils puiffent être
du
Temps.
153
>
pourfuivisfelon les Loix.Et pour
mieux executer ce que deffus
tous Maires , Iuge de paix , &
autres Officiers ,font requis d'aider
lefdits Maitres & Gardes
de la Compagnie des Libraires
& ledit Stephens , & de leur
préter main - forte , felon que
L'occafion le requierera.
Quoi que le Prince d'Orange
n'euft parlé dans tout
ce qu'il a fait publier , que
de maintenir les Loix,il fit voir
fi- tôt qu'il eut le maniement
des affaires qu'il n'y avoit point
de juftice à efperer pour les
Catholiques puis que plufieurs
de cette Religion qui
font prifonniers
, ayant demandé
à être élargis en donnant
caution , en vertu de la
Loi,toutes leurs requêtes furent
Gy
"
Is4 V. P. des Affaires
rejettées , pour marquer aux
Protcftans que tant qu'il auroit
du pouvoir en Angleterre , il
ne cefferoit point de travailler
à la deftruction des Catholiques
& de leur Religion .
Pendant que ces chofes fe
paffoient en Angleterre, le Pa
pe aprit que Leurs Majeftez
Britaniques & le Prince de
Galles , s'êtoient retirez en
France , & qu'encore que le
Roy Tres-Chrêtien euft les
efforts de toute l'Europe liguée
contre lui à foutenir
il n'avoit pas laiffé de les recevoir
genereufement ,
de les faire traiter en perfonnes
de leur caractere . Si les
fecours qui foulagent leurs
malheurs , font dignes de celuy
qui les donne , & de ceux
&
>
du
Temps.
355
qui les reçoivent , ils feroient
fans doute encore plus grands
fi la Cour de Rome & la Maifon
d'Auftriche ne cherchoient
pas à fufciter au Roy des affaires
qui ne peuvent fervir qu'a
ruinuer la Religion Catholique,
& à élever la Proteftante .
Comme la vertu folide & la
veritable grandeur d'ame ont
cela de propre , qu'elles fe font
admirer de tout le monde , la
magnificence avec laquelle ce
Monarque donnoit un azile
dans fa Cour à des Princes opprimez
, fit tant d'effet fur Sa
Sainteté , qu'Elle refolut de lui
écrire pour lui témoigner com
bien Elle êtoit touchée d'une
chofe qui lui devoit attirer des
loüanges infinies de tous les Fidéles,&
pour l'affurer que ne
doutant point que la pieté dong
1
G vj
156 V. P. des Affaires
il avoit donné tant de marques,
ne le portât à entreprendre ce
qu'il y avoit de plus difficile
pour une caufe toute pleine
d'equité , & à continuer de 'outenir
les interefts du Roi d'Anglerrre
, qui eftoient ceux de
la veritable Religion , Elle ne
cefferoit point de faire les prieres
les plus ardentes pour obtenir
de la Divine Bonté , qu'il
lui pluft de verfer fur lui les
plus abondans trefors de fes
graces. Ce Bref eftoit conçu
"en ces termes.-
du Temps. 157
Chariffimo in Chrifto Filio
noftro Ludovico Francorum
Regi Chriftianiffimo , Innocentius
Papa XI .
Chariffime in chrifto Fili nof
ter , Salutem.
C
Vm nos pracipuè afficiat
fplendidum as ab univerfis
Chrifti Fidelibus Majorē in mo.
dum commendandum confugium
quod magna Britaniâ tumultuante,
ejus Regi, Regina, ac Infanti
Principi , ejusà nullifque conclusâ
finibus munificentiâ præbuit
Majeftas tua, muneris effe
noftri duximus has ad te grate
refponfionis teftes dave Literas.
Et fi autem non dubitamus quin
pro tuâ pietate acparatâ adma.
gna quaque pro Catholicâ Reli-
.
158 V. P. des Affaires
•
gione aggredienda perficiendaque
amplitudine animi tui praftantiffimâ
prædicti Regis caufam
, cum qua cadem Religio
conjuncta eft , conftanter juvare
pergas , tantoque nihilominus
cordi eft , & effe debet
utriufque incolumitas , ut Majeftatem
tuam pro explorato
habere cupiamus in partem nos
ventures inclitorum omnium operum
, quibus Regi ipfi nec non
memorata Religioni ftrenue adeffe
curaveris,nec omifsures affi
duis enixifque votis divinam benitatem
etiam rogare, ut merita
quapropofita tibi veragloria mefuram
implendo comparaveris ,
inexhauftis beneficentia thefauris
cumulate retribuat.Majeftati
vero interim tua Apoftolica benedictione
amantiffime impertimur.
Datu Roma die 1.Febv.1689.
du Tems. 159
Rien ne peut-être plus avantageux
au Roi que les dernieres
paroles de ce Bref, par lefquelles
le Pape fouhaite que
Dieu recompenfe abondamment
le merite qu'il fe fera fait en
rempliffant la mesure de la
vraie gloire , qui eft le feul but
de tous fes defseins. Elles font
voir que Sa Sainteté eft perfuadée
, ainfi que le refte de
la terre , que ce Monarque ,
dans tout ce qu'il fait, ne cherche
jamais que la veritable
gloire. Elle eft connue de fort
peu de monde , & à
proprement
parler , il n'y a de gloire
que celie que l'on acquiert fans
avoir rien à fe reprocher , &
dont une belle ame peut- être
contente.
Le S. Pére écrivit en même
tes au Roi d'Angleterre,pour lui
marquer quelle avoit été l'a160
V. P. des Affaires
mertume de fon coeur,lors qu'il
eut apris les defordres que le
Prince des Tenebres avoit excitez
dans fon Royaume,& que
cependant dans le temps qu'il
déploroit le renversement de
fes affaires , & la ruine dont
la Religion Catholique eftoit
menacée,il ne laiffoit pas de recevoir
quelque adouciffement
dans la douleur qu'il en ref
fentoit , ayant apris qu'il eftoit
paffé heureuſement en
France, ainfi que la Reyne fon
Epoufe , & le jeune Prince de
Galles. Voici les termes de
cet autre Bref , où Sa Sainteté
fait voir la confiance qu'Elle a
que la Providence Eternelle
qui commande aux vents & à
la Mer, voudra bien changer en
un calme heureux l'horrible
tempête qui s'eft élevée.
du Temps.
161
Chariffimo in Chrifto Filio
noftro Jacobo, Magne Britanniæ
Regi illuftri , Innocentius
Papa XI.
Chariffime in Chrifto Fili nofter ,
Salutem .
Infanto accepto nuncio de
·
faviffimâ procellâ , quam adverfus
Majeftatem Regiamque
domum tuam in Anglia excita.
verat poteftas tenebrarum
pra intimi angoris acerbitate
pene defecimus. Difcrimen
enim in quo cum Catholicâ
Religione verfabaris à follicitudine
quam de utriufque
incolumitate impensè gerebamusprorfus
id repofcebat.Et quidem
amaritudinem anime noftra,
ob afflictum rerum tuarum,
ipfiufque Religionis ftatum ,
,
162 V. P. des Affaires
non eft cur pluribus explicemus .
Magnitudo fiquidem jactura de
qua agebatur, quæque nos præcipuè
tangebat , illam fatis fuperque
declarat . Lenivimus tamen
non parum ejufdem amaritudinis
acerbitatem intelligentes
Majeftatem tuam Regiam,
Conjugem, tenerrimamque fobolem
incolumes in Galliam
transfretaffe. De fuprema nimirum
illius providentiâ qua
imperat ventis & mari, planè
confidimus,fore ut exortam tempeftatem
quamprimă vertat in
auram tranquillitatis ; affidua
nos fervefcentiaque in hunc fcopum
vota nuncupare profecto
non omittemus , dum heroicam
in pradicta Religione frenue
afferenda Majeftatis tua pietatem
, inclitamque in adverfis
ea de caufa inconcuffo anidu
Temps.
163
mo perferendis conftantiam effufis
immortalium laudum titulis
decorantes, tibi, chariffime in
Chrifto Fili, Apoftolicam benedictionem
impertimur. Datum
Roma die 1. Febr. 1689 .
Il eſt à croire que l'affliction
du Pape eftant auffi fincere
qu'il la fait paroiſtre , comme
il n'y a pas fujet d'en douter, il
travaillera de tout fon pouvoir
à l'union de tous les Princes
Catholiques , parce qu'il n'y a
que la Guerre entre eux qui
puiffe fervir d'obſtacle au rétabliſſement
du Roy d'Angleterre,
& que cette même Guerre
peut feule élever les Prote
ftans , en affoibliffant les Catholiques
,
Le 17. Février, le Roy Tres-
Chrêtien répondit au Brefqu'il
164 V. P. des Affaires
avoit receu du Pape , & luy
marqua , qu'il avoit efté bienaife
de voir que Sa Sainteté étoit
perfuadée du grand préjudice
que la Religion Catholique
pouvoit fouffrir de l'eftat
où se trouvoit le Roy de la
Grand' Bretagne, & de l'intereft
qu'Elle devoit prendre à
fon rétablissement ; Que quand
même fon panchant naturel ne
l'auroit pas porté à donner à ce
Monarque affligé tout le foulagement
& toute la confolation
qu'il pouvoit attendre de fon amitié
, il auroit facrifié au defir
de conferver les reftes de la
Religion Catholique en An-
·gleterre , & de remettre
Prince fur fon Trône , toutes les
raifons politiques , qui auroient
pû lobliger de luy refufer be
ce
du
Temps. 165
>
fecours qui luy eftoit neceffaire ;
Qu'il apprenoit auffi avec bien
de la joye , que Sa Sainteté ne
prenoit pas moins à coeur qu'il
faifoit ces deux fi juftes fujets
de fes foins & de fon attention
, & qu'il vouloit bien
non feulement partager avec
Elle le merite du fuccés , mais
qu'il verroit méme avec plai- .
fir que toute la Chreftienté en
particulierement redevable
à fon zele , & que les Ennemis
de la Religion Catholique
qui s'estoient liguez
pour l'opprimer perdif-
Sent enfin l'esperance que la
conduite que Sa Sainteté avoit
tenue à son égard depuis
long temps leur donnoit,
qu'ils ne trouveroient de fa part
fuft
>
166 V. P. des Affaires
aucun obftacle à leurs deffeins,
qu'ils ne devoient rien aprebender
que la puiẞance que Dieu
luy avoit mife en main , à laquelle
il avoit d'autant plus de-
Sujet de croire que la Divine
Bonté continueroit à donner fes
benedictions , qu'il n'avoit rien
obmis pour rétablir une parfaite
intelligence avec Sa Sainteté,
afin de concourir avec Elle
à l'augmentation de noftre
Sainte Religion , & luy temoigner
fon respect filial en toutes
occafions.
La Lettre finiffoit par des
fouhaits qu'il pleuſt à Dieu de
conferver longues années Sa
Sainteté au regime de fon Eglife,
& la fignature eftoit, Votre
Devot Fils le Roy de France &
de Navarre. LOVIS
Cette Lettre ne donne pas
du
Temps .
167
.
moins de louanges au Pape,
que le Bref de Sa Sainteté en
donne au Roy , mais quoy
qu'elle loue beaucoup , elle dit
encore davantage.
Pendant que ces chofes fe
paffoient , on voyoit fans ceffe
arriver en France des Anglois
fidelles à leur veritable Souverain
, & qui s'eftoient échapez
d'Angleterre pour luy venir
offrir leurs fervices. La nomination
des Députez pour la
Convention s'avançoit auffi, &
réuffiffoit au gré du Prince
d'Orange , dont les brigues ċtoient
fortes , parce que non
feulement les Proteftans faifoient
remuër mille refforts
dans tous les lieux où l'on devoit
faire des élections , mais
auffi parce que la plupart des
Seigneurs qui eftoient d'intel168
V. P. des Affaires
ligence ne pouvant pas reculer
aprés avoir fait un fi mauvais
pas , & voulant à quelque
prix que ce fut faire réüffir
leur entrepriſe de peur qu'on
ne les punit de leur revolte , étoient
allez eux - mêmes chacun
dans les Villes où ils avoiết
du credit , pour reduire les efprits
par force ou par crainte ,
par intereft ou par un faux zéle
de religion , & faire tomber
le choix des Deputez , fur des
Perfonnes capables de tout entreprendre
en faveur du Prince
dont ils prenoient le parti Leur
prefence y étoit d'autant plus
utile , qu'elle empeſchoit qu'on
ne nommât des Sujets fideles
au Roy, & attachez à ſon fervice.
Comme le fuccés de l'entreprise
du Prince d'Orange
étoit entre les mains de ces Deputez
du Tems. 169
putez dont la Chambre baffe
eft composée , & qu'il ne pou
voit être éleu Roy que par
leurs fuffrages , parce qu'étant
en bien plus grand nombre
qu'on n'eſt dans la Chambre
haute , ils pouvoient attirer
tout le peuple pour contraindre
les Seigneurs , s'ils balançoient
à le nommer Roy , ce
qui lui fembloit fort incertain ,
quoi que la plupart deuffent
fouftenir fes interefts , il n'avoit
rien épargné pour mettre
tous ces Deputez dans fon
party , & les foins qu'il prit ne
furent pas inutiles. Quand on
eut fait toutes ces élections , &
qu'il fut queſtion d'imprimer
enfemble tous les Noms fuivant
l'uſage , on refolut d'en
cacher la connoiffance au public
, & de fupprimer autant
H
1
170 V. P. des Affaires
,
qu'on pourroit quelques feüilles
volantes , qui contenoient
ceux d'une partie de ces Deputez
, de peur qu'en les
examinant les uns aprés
les autres on ne connut
qu'ils êtoient prefque tous Presbiteriens
, ou proteftans ; qu'il
y en avoit beaucoup de feditieux
, & qui avoient donné
des fujets de plainte au Roy;
que d'autres par leur maniére
de vie generalement connuë
êtoient jugez capables de tout
entreprendre , & que parmy
eux il y avoit beaucoup de
Parens , d'Alliez & d'Amis, des
Seigneurs qui avoient favorifé
l'invaſion du Prince d'Orange.
Voici les Noms de ces Deputez
. Il n'y en a peut- être pas
un qui vous foit connu .
pendant cette Lifte ne laiffera
Cedu
Temps. 171
pas d'être d'une tres - grande
importance dans cette Hiftoire.
L'Europe eft bien grande,
& il fe peut faire qu'il n'y aura
point d'Etat de Province , &
de Ville , où l'on ne connoiffe
quelqu'un d'eux pour ce qu'il
eft veritablement , & Par le
portrait que ces Provinces ou
ces Villes en pourront faire,on
jugera de la validité de l'Election
du Prince d'Orange & du
mérite de ceux qui l'ont élu .
pour leur Roy. La Ville de
Londres nomma quatre Deputez
, qui furent , Le Chevalier
Patience VVard , Echevin .
Le Chevalier Robert Clayton.
Le fieur VVilliam Lovve.
Le fieur Thomas Pilkington.
Chacune des autres Villes
nomma les fiens , les uns plus
& les autres moins. Sçavoir ,
Hij
172 V. P. des Affaires
Vvicomb.
Le Sieur Jephfon écuyer .
Le Sieur Levvis , écuyer.
Cantorbury.
Le chevalier Guillaume Honyvvood.
Le Colonel Henry Lee.
Rochester.
Le chevalier Jean Banls.
Le Chevalier RogerTvvysden.
Maidftene.
Le Chevalier Thomas Taylor.
Jean Banls écuyer.
Standford .
Charles Bertie écuyer.
Le Capitaine Guillaume Hyde.
Portſmouth.
Le Colonel Slingsby.
Le Colonel Norton .
Sandtvich.
Le Chevalier Jacques Oxendon
.
Jean Turbane écuyer.
du
Temps.
173
Douvres.
Le chevalier Bafvvel Dixvvel .
Thomas Papilion écuyer.
Grantham.
Le chevalier Guillaume Ellis .
Le chevalier Jean Bronlovv.
Nevvarke.
Mylord Eland .
Saunderſon écuyer.
Sudbury.
Le chevalier Jean Poley .
Le Docteur Govvrdon.
Coventry.
Le chevalier Roger Lane.
Jean Sratford écuyer.
Quinborough.
Le Capit. Robert Čtandford.
Jacques Harbott écuyer.
Reading.
Le Chevalier Henry Fane.
Le Chevalier Guillaume Rich
Abbington.
Thomas Medfoot écuyer.
H iij
174 V. P. des Affaires
Vuallingford.
Tipping écuyer.
Jennings écuyer.
Dormoré écuyer.
Nevv Shorean.
Le chevalier Edouard Hongerford.
Jean Monke écuyer.
Middlesex,
Le chevalier Charles Gerrard .
Havvtrey écuyer.
Agmondisham.
Vvaller écuyer.
Lechevalier Guillaume Drake
Oxford .
Henry Bertie écuyer.
Le chevalier Edouard Norreys.
Nevveport.
Le chevalier Robert Dillington
.
Le chevalier Guillaume Stephens.
du
Temps.
175
Honiton.
Richard Courtney écuyer.
Edme Vvalrond Ecuyer.
Ashburton.
Le chevalier Vvaldert Young .
Thomas Reynolds.
Kent.
Le chevalier Vere Fane..
Le chevalier Jean Knatchbull.
Melcomb Regis .
Le chevalier Jean Morton .
Le chevalier Robert Nappier.
Vveymouth.
Henry Hening écuyer.
Michel Harvey écuyer.
Nevvcaftle fous line.
Guillaume Levefon Govver
écuyer.
Jean Lavvton écuyer.
Bedfordshire.
Edouard Ruffel écuyer.
Guillaume Duncomb écuyer.
176 V. P. des Affaires
Bedford.
Thomas Crefly, écuyer.
Thomas Hilsdon , écuyer.
Plimpton.
Le Chevalier George Treby.
Jean Pollexfen écuyer.
Petersfield.
Thomas Bilfon écuyer.
Robert Michel écuyer.
Penrin.
Antoine Rovv écuyer.
Alexander Pendarvis écuyer.
Eaft Loe.
Le Colonel Trelavvny.
Le Colonel Cirke.
Vveft Loe.
Le Capitaine Trelavvny.
Le Capitaine Kendal .
Forvey.
Jonathan Rashley écuyer.
Le Major Vincent.
Northampton.
Le Chev.Guillaume Langhamdu
Temps.
177
Le chevalier Juftinian Ifon."
Shaftsburi.
Le Chevalier Matt . Andrevvs.
Edouard Nicolas Ecuyer.
Buckinghaamfb.
Thomas VvhartonEcuyer .
Le Chevalier Thomas Lee.
Le Chevalier Ralph . Varney.
Buckingham.
Le Chevalier Richard Temple
Le chevalier Peter Terrel .
Dorchefter.
Thomas Trenchard Ecuyer.
Gerrard Nappier écuyer.
Vvareham.
- Thomas Earle écuyer.
George Reeve écuyer,
Corfe Castle.
Richard Fovvnes écuyer.
Guillaume Ogden écuyer.
Poole.
Henri Trenchard écuyer.
Thomas Chaffin écuyer.
H v
178 V. P. des Affaires
Bridport.
Le major Manley.
Richard Brodripe écuyer.
Gloucester.
Guillaume Cooke Major.
Le chevalier Duncomb Colchefter.
Tetuksbury.
Le chevalier Francis Ruffel.
Richard Dodſvvel écuyer.
Cirencester.
Thomas Mafters écuyer.
Jean Hovve écuyer.
Bath.
Mylord Fitzharding.
Le chevalier Guillaume Baffet..
Milborn Port.
Jean Hunt écuyer.
Thomas Sanders écuyer.
Ilcefter.
Le chevalier Edme Vvindham.
Guillaume Hillier écuyer..
du Tems. 179
Ipfovich.
Le chevalier Jean Barker
écuyer.
Payton Ventris écuyer.
Tarmouth.
Samuel Fuller écuyer.
George England écuyer.
Taunton.
Le chevalier Guillaume Poetman.
Jean Sandfort écuyer.
Vvarovicke.
Mylord Digby.
Colmer écuyer.
Vvindfor.
Le Chev. Chriftopher Vvren ,
Henrz Povvle.
Surrey.
Georges Evelin, écuyer.
Le Chevalier Richard Onflovv
Guilford.
Foot Onffovv, écuyer .
Jean Vvefton, écuyer.
H vj
180
V. P. des Affaires
Buckingham.
Le chev . Richard Temple.
Le chevalier Ralph Verney.
Vviltshire.
Milord Cornbury
Le chevalier Th. Mumpeffon.
old Sarum.
Tho. Pits Ecuyer.
Jean Young , écuyer.
S. Mavves.
Le chevalier Jofeph Tredenham
.
Le chevalier Edvv. Seymour.
S. Yves.
Le Major Prape.
Vvalter Vincent écuyer
Helfton.
T
Le chevalier S. Avvbin,écuyer
Charles Godolphin, écuyer.
Truroc.
Henri Vincent, écuyer.
Ashurst, Ecuyer.
Manley, écuyer.
dr T
emps.
181
:: .. Tredenham, écuyer.
Tavidſtocke.
Le chevalier Fr. Drake.
. Ruffel, Ecuyer.
Bodmin.
Le Chevalier Jean Cutler.
Nich. Glyn,Ecuyer.
Okehampton.
.... Carie, Ecuyer .
.... Norley, écuyer .
Leicestershire
Milord Sherrard .
Le chevalier Halford .
Leicester.
Tho. Babington, écuyer.
Lavv. Cartes, écuyer .
Tarmouth dans l'ile de Vvinght.
Le chevalier Robert Holmes .
Fitton Gerrard .
Somersetfoltre,
Le Chevalier George Horner.
.... Gorge, écuyer.
182
V. P. des Affaires
Grampond.
Le Edvv Herle, Ecuyer.
Anth . Tanner, Ecuyer.
Hertfordshire
.
Le Chevalier Tho. Pope Blount.
Le Chevalier Ch . Cæfar.
S.Albans.
Le Chevalier Sam. Crimſton .
Le Capitaine Churchil.
L'Vniverfité d'Oxford .
Heneage Finch, Ecuyer.
Le Chevalier Tho . Clargis.
Oxfordshire.
Le Chevalier Jean Pope.
Le chevalier Rob Jenkinſon.
Berkshire,
Milords Norris.
Le chev. Hen. Vvinchomb E
cuyer
Marlborough.
Le
chevalier Jean Ernley.
Le
chevalier
George Vvile
loughby.
du Temps.
183
Le chevalier James Hayes.
Jean Vvildman , Ecuyer.
Bodvvin.
Le chevalier Edme Vvarnford.
Jean Vvildman , Ecuyer.
Heredfordshire.
Le Chevalier Edvv . Harley.
Le chevalier Jean Morgan .
Vviggan.
le chevalier Edvv. chifnal .
Guillaume Bankes, Ecuyer.
Nevvtoum,,
le chevalier Jean chichley.
Fran.chalmondeley, Ecuyer.
Vvoodftscke.
le chevalier Tho . littleton .
le chevalier Jean Doiley .
Prefton.
.... Stanley , Eucyer.
Patten , Ecuyer.
Ludlovv.
François Harbert, Ecuyer.
cha. Balden, Ecuyer.
184 V. P. des Affaires
Hartvich.
Lechev. Tho. Middleton .
Jean Eldred, écuyer.
Tiverton.
Guillaume Holeman,écuyer.
Sam Foote, écuyer.
Exeter.
Le chevalier Edvv . Seymour.
Pollexfen, Ecuyer.
Devonshire.
Sam. Rolles écuyer.
Fran . Courtnai , écuyer.
Andover.
Franc. Pavvlet , écuyer.
John Pollen , écuyer ,
Ludgershal.
Jean Deane Ecuyer.
Jean Smith , écuyer .
Vohitchurch
.
Henri Vvallop, écuyer,
Ruffel, écuyer .
Stockbridge.
Olivier S. John, écuyer.
du
Temps.
185
Rich. VVitehead, écuyer.
Brecknokshire.
Edvv . Jones, écuyer.
Brecknock.
Tho . Morgan, Ecuyer.
Carmarthansh.
Le Chevalier Rice Rudd .
Carmarthan.
Rich. Vaughan , Ecuyer.
Radnofpire.
Le cheval. Rovvland Gyvyn.
Radnor.
Richard VVilar, écuyer.
Dunbighshire.
Le Chevalier Richard Middleton,
Denbigh.
Edvvard Brereton , écuyer.
Beaumaris.
Le Chevalier Guillaume VVillams.
Cheshire.
Le Chevalier Robert Cotton,
186 V. P. des Affaires
Jean Mainvvaring , écuyer:
Mormouthsh.
Le chevalier Trevor Vvillams.
Milord Herbert .
Montmouth.
Jean Arnold , écuyer.
Glamorganshir.
Buffy Manfol écuyer.
Cardiffe.
Tho . Manfol , écuyer.
Rye.
Le chevalier Jean Dorril.
Tho. Trevven , Ecuyer.
Ghichefter.
Tho. May, écuyer.
Tho. Miller , écuyer.
Midhurst.
Le chevalier Guillaume Morlei
Jean Levvkner, Ecuyer.
Arundel.
Guillaume Morley , écuyer.
Guillaume Garvvay, écuyer.
du Tems. 187
Levvis.
Tho- Pelham, écuyer.
Rich . Bridger écuyer.
Pygate.
Jean Parfons , écuyer.
James, écuyer.
Banbury.
Le chevalier Rob. Dashvvod.
L'Vniverfité de Cambridge.
Le chevalier Robert Savvyer.
.... Nevvton écuyer.
Vime.
Jean Poolle, écuyer.
Jean Burridge , Ecuyer.
Devifez
Le chevalier Guillaume Pinfent,
Vvater Grubb, élus
le Maire.
par
Le chev. John Eyles,le . S. Guill.
Trenchard, élus par les Bourgeois.
Salu bury.
Thomas Hobei , écuïer.
788 V. P. des Affaires
Gilles Eres écuyer.
Sam . Eres Ecuyer.
David Thomas écuyer.
Vvilton.
Thomas VVindhan écuyer.
Thomas Penrudick, écuyer.
Hottinghamsh.
Mylord Houghton .
Le chevalier Scroope Hovve.
Vuarvuick..
Mylord Digby.
Colmer Ecuyer.
Vvarovickshire .
Le chevalier Richard Verney.
Le Chevalier Richard Nudigate.
Litchfield.
Le Chevalier Michael Biddulph.
Robert Burdett écuyer.
Tamvvorth.
Le Colonel Sidney.
Le chevalier Henry Gough.
du Temps .
189
Hull.
Guillaume
Gee écuyer.
Jean
Ramſden
, écuyer
.
Headon
.
Henry Guy Ecuyer.
Matth . Ailiard.
Beaverley.
Le chevalier Jean Hotham.
Le chevalier Mich.Vvharton.
Richemond.
Jean Darci écuyer.
Thomas Yorke, Ecuyer.
Norfork.
Le chevalier Guillaume Cooke
Le chevalier Henri Hobart.
Cafilerifing.
Le chevalier Robert Hovvard.
Robert VValpole Ecuyer.
Lincoln.
Le chevalier Henri Monſon .
Le Chevalier Chrift.Nevil.
Crimsbie.
Le Chev .Tho . Barnardiſton .
190 V. P. des Affaires
Le Chevalier Edvv. Aiſcough.
Nottingham.
Francis Pierrepoint, écuïer
Guillaume Birnal , Ecuïer
Suffolk.
Le Chevalier Jean cordel.
Le Chevalier Jean Rouſe.
Bury.
Le Chevalier Tho. Harvoi.
Le Chevalier Robert Davers.
Bridvvater.
Le Chevalier Franc. VVart.
Bull Ecuyer.
Minehead.
Lutterel Ecuyer.
Palmer Ecuyer.
Evesham .
Henley Parker écuyer.
Le chevalier Jean Matthevvs.
Vvorcefter.
Guillaume Bromlei écuyer.
Jean Sommers écuyer.
du
Temps .
191
Staffordshire.
Le chevalier Vvalter Baggot. ,
Grai Ecuier.
Stafford.
Philip. Foli écuyer.
Iean Chetvvind.
Nevvcaftlefur Tyne.
Le chev. Guillaume Blacket.
Le chevalier Ralph Carre.
Le comté de Duram,
Guillaume Lombron écuier.
Chrif. Bierlei Ecuyer.
La ville de Durbam,
Henri Liddel écuier.
Geo. Morland écuyer.
Morphet.
Le Colonel Sidney.
Roger Fenvvicke écuier.
Northallerton.
Tho . Lafcels écuier.
Guillaume Robinſon écuier.
Thirske.
Le chev.Guillaume Frankland
192 V. P. des Affaires
Richard Staines, Ecuyer.
Huntingtonsh .
Robert Montegue écuyer.
Le Chevalier Robert Bernard.
Hereford.
Le Chevalier Guillaume Gregory
.
Paul Foley, écuyer .
Vveobry.
Jean Birch écuyer.
Jacques Morgan Ecuyer.
Chippenham .
Henry Baynton Ecuyer.
Nich, Baynton Ecuyer.
Calne.
Lyonel Ducket écuyer.
Henry Cheuters écuyer.
Northaamptnsh.
Edvvard Montegue écuyer.
Edvvard Harbie Ecuyer.
Nevvt ovvn.
Mylord Ranelugh.
Le fieur .... Done, Ecuyer.
Effex
du
Temps .
193
Effex.
Le Colonel Mildmay,
Le Capitaine Vvrooth,
Dorfetshire.
Tho. Strangvvayes Ecuyer.
Tho. Freake Ecuyer.
Yorkshire.
Mylord Fairfax.
Le Chevalier Jean Kay.
Knaesburgh.
Mylord Latymer,
Guillaume Stockdale Ecuyer.
Bristol.
Le Chevalier Jean Knight.
Le Chevalier Rich. Hart.
Salop.
Le Chevalier François Evvards .
Andrevv Nevvport Ecuyer.
Bridgnortd.
Le Chevalier Guillaume Vvhiteacre,
Le Chevalier Edvv . Acton .
Droitvvich.
Mylord Coote .
Sam. Sandes Ecuyer.
Chefter.
Le Colonel Vvhittey.
Le fieur Echevin Mainvvarin.
I
194 V. P. des Affaires
Flintshire.
Le chevalier Roger Philiton .
Flint.
Le chevalier Jean Hanmore.
Eye,
Henri Polei Ecuyer.
Tho. Knivet Ecuyer.
Orford.
Le chevalier Jean DuKe.
Tho . Clemham Ecuyer.
Alb rough.
Le chevalier Henri Johnſon.
Le Sieur ..... Iohníon Ecuyer.
VvarvvtcKshire .
Le chevalier Richard Nudigate.
Le chevalier Richard Verney.
Dartmouth.
Charles Boone Ecuyer.
Guillaume Hayne .
Aylesbuti.
Richard Beake Ecuyer,
Thomas Lee,
Marlovu.
Mylord Falkland .
Le chevalier lean Burlace .
Amersham.
Le chevalier Guillaume Drаке .
du
Temps. 195
Edme Vvaller Ecuyer.
Maldon.
Le Chevalier Tho . Darcy.
Le fieur ...... Montegue Ecuyer.
Hartford.
Le Chevalier Guillaume Covvper:
Le Chevalier Tho. Bides .
Bervvick.
François Blade Ecuyer.
Phil. Babington Ecuyer.
Voeftmorland .
Le Chevalier Jean Lovvther.
Henry Vvharton Ecuyer.
Applebie!
Phil. Mulgrave Ecuyer.
Richard Lovvther Ecuyer.
Cumberland .
Le Chevalier Georges Fletcher,
Le Chevalier Jean Lovvth,
Cockermouth .
Le Chev . Henri Capell .
Henri Fletcher Ecuyer.
Carlifte.
Chrift . Mufgrave Ecuyer
Le Capitaine Jer . Bubb.
Lincolnshire.
Mylord Caſtleton.
I ij
196 V. P. des Affaires
Le Chevalier Thomas Huffey.
Rutlandshire.
Le Chevalier Tho . Mackvvorth.
Benet Sherrard Ecuyer.
Norvvich.
Le Chevalier Nevil. Catlyn.
Thomas Bloefield Ecuyer.
Cambridgeshire.
Le Chevalier Levinus Bednet.
Le Chevalier Robert Cotton .
Cambridge.
Le Chevalier Thomas Cicheley.
Jean Cotton Ecuyer.
Cornvvral.
Le Chevalier Jean Carevv.
Le Chevalier Jean Carevv .
Hugh Bofcavven Ecuyer .
Lancefton .
Guillaume Harbord Ecuyer.
Edouard Ruffel Ecuyer.
Leskard.
Le chevalier Courchier Vvrey ,
Jean Buller Ecuyer.
Leftvvithiel.
François Robarts Ecuyer.
Vvalter Kandall Ecuyer.
Boffiney.
du
Temps.
197
Le chevalier Peter Colleton.
Humphrey Nicoll Ecuyer.
Lyn-Regis.
Le chevalier Jean Turnel ,
Sigifmond Trafford Ecuyer.
St. Germans.
Le chevalier Vvalter Moyle .
Daniel Elyott Ecuyer.
St. Michaël
Mylord Fans havv.
François Vivian Ecuyer .
Nevvport.
Le chevalier Guillaume Morrice ,
Jean Spenott Ecuyer,
Kellington.
Le chevalier Jean Coryton .
Jonathan Prideaux Ecuyer.
Derbeshire.
Le chevalier Jean Gell.
Le chevalier Gilbert Clarke .
Vvestminster.
Le chevalier Guillaume Poultney.
Phil. Hovvard Ecuyer.
Il s'eft trouvé des Villes qui n'ont
point voulu nommer de Deputez
celles de Carile & de Neucaftele ,
I iij
198 V. P. des Affaires
qui . font de ce nombre , s'en font
defendues , en alleguant que le Prin
ce d'Orange n'avoit aucune autorité
pour les convoquer , & que les Seigneurs
& les Bourgeois de Londres
qui l'en avoient prié , n'avoient
pû luy donner ce droit. Quand
on vient à examiner la chofe avec
quelque attention , on trouve que
leurs refus eftoient fondez fur l'indifpenfable
refpect qu'on doit avoir
pour les Loix fondamentales , &
qu'il n'y a pas feulement la moindre
apparence de raifon dans les
procedures que l'on a tenues. Un
Etranger vient pour détrofner un
Roy legitime , en faisant diftribuer
un manifefte pour marquer qu'il
n'en veut point à la Couronne ;
il ne parle que de maintenir les
Loix , & ne fait rien qui n'y foit
contraire. Il contraint un Souverain
de fortir de fes Eftats , & ce
Monarque aime mieux s'en retirer
que d'y demeurer fans liberté. Un
tas de Traiftres d'intelligence avec
luy , luy demandent qu'il conTHEQUE
DE
du
Temps.
voque une Affemblée qui
tenir lieu de Parlement . Il le
3990N
le
par une autorité qui ne paroift- donnée
que par des gens
qui n'en peu-
934
vent avoir , & qui n'eft veritablement
tirée que de la force de fes
Armes. Il convoque cette Affemblée
, & avant mefme que d'eftre
illegitimement élu Souverain , il
fait ce qui n'appartient qu'au Roy,
de forte que l'on peut dire qu'il
n'avoit pas mefme alors l'autorité
d'un Ufurpateur . 11 eft aifé de
juger par là fi tout ce qu'on fait
en confequence de cette autorité
nulle de toute maniere , n'eft pas
tout à fait infoûtenable , & fur tout
dans un Royaume, où les Jurifconfultes
font habiles , & où l'on fe pique
d'obferver les Loix.
>
Aprés vous avoir appris les
noms de ceux qui ont efté élus
pour compoſer la Chambre des
Communes , il faut vous parler
de la Chambre des Seigneurs .
Comme on ne fait point d'élections
pour cette Chambre ; je vous
VILLE
I iiij
200
V. P. des Affaires
›
› ou
diray feulement que tous les Mylords
en font nez les membres ; que
ce font eux qui font appellez Seigneurs
en Angleterre & qu'ils
font tous Marquis , comtes
Barons . Ce font des titres que le
Roy leur donne , fans qu'ils ayent
ny Marquifats , ny Comtez , ny
Baronnies. Sa Majefté voulant leur
donner ces titres , nomme des lieux
dont Elle leur fait porter le nom ,
& il arrive fouvent que ces lieux là
n'ont point les titres qu'on donne
à ceux qui les portent . Par exemple
le Roy donnera à un homme la
qualité de Baron d'une telle Ville ,
& ce Seigneur s'appellera Baron
de cette Ville là , quoy qu'elle n'ait
jamais efté & qu'elle ne foit point
Baronnie , & que celuy qui en fera
appellé Baron , n'ait ny pouvoir en
ce lieu là , ny droits à y recevoir.
Pendant que les Deputez fe rendoient
à Londres de toutes parts
pour l'affemblée de la Convention ,
tous les efprits eftoient en mouvedu
Temps.
201
ment , & le Clergé en alarmes . Il
apprehendoit avec raifon d'eftre un
jour opprimé par les Proteftans ,
puis que pour envahir l'Angleterre,
le Prince d'Orange n'avoit prefque
aucun autre pretexte que celuy de
maintenir leur Religion . L'Archevéque
de Cantorbery, fort eftimé pour
fa fageffe , & pour fa vertu, ne vou
lut point voir le Prince d'Orange.
On avoit fait un projet d'affociation
pour la défenfe de la Religion
Proteftante , & pour la liberté , & il
y eut de grandes brigues pour obte
nir que
Yon fignaft ce projet . Plufieurs
Seigneurs & Bourgeois le refuferent
. On menaça les Seigneurs,
mais fecrettement , & cependant il
y en eut un affez grand nombre
qui ne fe rendirent point . Quant
aux Bourgeois qui ne voulurent
point le figner , on alla contre eux
jufques à la force ouverte. Cette
affociation n'eftoit d'abord compofée
que du party du Prince d'Orange.
Les plus foibles , & les plus
I v
202
V. P. des Affaires
craintifs y entreient auffi toft , & les
plus credules , & les moins fpirituels
fe laifferent enfuite perfuader ; mais
il falut faire agir la violence à l'égard
des plus fermes , des plus clairvoyans
, & des plus fidelles au Roy,
Le party eftoit déja tellement groffi,
qu'il eftoit prefque impoffible que
ces derniers s'empefchaffent d'y entrer.
Ainfi l'on peut dire que la Rebellion
fut alors dans toutes les for.
mes , une affociation n'eftant autre
chofe qu'un nombre de Revoltez
qui s'uniffent & confederent , pour
s'oppofer à l'autorité Royale, impofer
des loix à leurs Maiftres , de qui
ils en doivent recevoir , les forcer
violemment de fouferire à celles
qu'ils leur font , & arracher d'eux
avec une autorité infolente , & auffi
abfoluë qu'injufte , tout ce qu'il
plaît à leurs caprices remplis de fureur
, & à leur efprit tubulent , feditieux
, & arrogant d'en exiger. Il
y a peu d'hiftoires , où l'on ne voye
de ces affociations , & qui n'en
du
Temps 203
parlent auffi peu favorablement
que
l'on doit parler de celle - cy. Elles
ont prefque toutes donné de la pei- ne aux Souverains
, & fait fouffrir
leurs Etats , mais enfin le temps
les a diffipées , les Chefs ont efté
punis , ainfi que plufieurs
des plus rebelles
, & la memoire
de ces fortes
de confederations
, a toûjours
efté en execration
, non feulement
chez les Peuples
qui les ont faites ,
mais auffi par toute la Terre . Celle
d'Angleterre
eft encore plus à
detefter que toutes celles dont on
a jamais parlé , puis qu'elle n'a efté
faite que pour détrôner
un legitime
Souverain
reconnu & eftimé comme
un tres - bon Prince. La Rebellion
eftant alors en pouvoir
de
gouverner
tout , il faloit que les
bons fouffriffent
› & que les méchans
fuffent exempts
des peines
qu'ils avoient
meritées
par les
loix , & aufquelles
on les avoit
condamnez
. Titus Oats. fameux
Scelerat
, celebre par quantité
de
>
I vj
204 V. P. des Affaires
•
faux témoignages , reconnu par toute
l'Angleterre comme un tres méchant
homme , & condamné à fouffrir
tous les ans publiquement & avec
ignominie , & pour fervir d'un
long exemple à fes pareils , fut mis
auffi toft en liberté . Voilà une des
premieres marques de l'autorité du
Prince d'Orange , & par où il a
commencé à renverfer les loix , aprés
avoir étourdy toute l'Europe
de fes grands deffeins pour les réta .
blir. Il fit enfuite publier une Declaration
par laquelle il étoit ordonné
à tous les Catholiques , de
fortir dans trois jours de Londres
& de VVeftminster , & de tous les,
lieux firmez à dix milles aux environs
de la Ville. Cette Declaration
paroiffoir douce , mais la maniere de
l'executer fut crue le , auffi avvit -elle
efté donnée dans cette veuë. On alla
chercher les Catholiques chez cux
avant le temps qui eſtoit preſcrit , &
on leur fit tous les mauvais traitemés,&
toutes les indignitez poffibles.
du
Temps. 205
La même
Declaration obligeoit encore
ceux qui estoient de cette Religion
, à s'accufer eux- mefmes en fe
retirant, parce qu'aprés ce qui eftoit
ordonné , s'ils demeuroient
dans la Ville fur l'efperance dé
n'eftre pas découverts , ils devoient
craindre d'eftre connus dans la
fuite , pour ce qu'ils eftoient , &
auroient rifqué leur vie par leur defobeiffance.
1 de
Aprés qu'on eut achevé de nommer
tous les Deputez qui doivent
compofer la Chambre des Communes
chacun commença
fon costé à prendre le chemin de
Londres. Les prieres & les menaces
, les brigues & l'adreffe n'empefcherent
pas qu'il ne s'en gliffaft
quelques uns attachez au bien public
, ainfi qu'à la fidelité qu'ils
devoient à leur Roy , & à la gloire
de leur patrie , laquelle par les
chofes qu'on exigeoit d'eux ils
prevoyoient fe devoir couvrir d'une
honte qui feroit un jour lavée dans
le fang Anglois. Comme le nom .
,
206 V. P. des Affair es
bre de ces fages Deputez n'eftoit
pas confiderable on ne
les apprehenda pas , & l'on crut
que leurs voix eftant étoufées par
celles d'une infinité d'autres Deputez
qui devoient eftre d'un fentiment
oppofé , elles ne pourroient
pas feulement eftre -entenduës
.
Quant à la Chambre des Seigneurs
, elle caufa beaucoup plus
d'inquietude au Prince d'Orange,
Bien qu'il euft concerté fon entreprife
avec un certain nombre de
Milords , il en reftoit encore beau
coup qu'il lui avoit efté impoffible
de gagner. C'estoient
gens
de credit, & de vigueur, & capables
de s'expliquer hautement . D'ailleurs
il aprehendoit les Seigneurs
fpirituels , je veux dire les Evéques ,
qui de même que les Milords &
Pairs du Royaume ,
font nez
membres de la Chambre haute >
& y tiennent le rang principal .
Ceux-là êtoient beaucoup plus à
du
Temps.
207
?
,
2
2
?
craindre , parce qu'ayant l'intereft de
la Religion Anglicane à foûtenir
leurs avis pouvoient eftre appuyez
de tous ceux de cette Religion
& que des Peuples animez
par des motifs de confcience
font beaucoup plus violens
plus entreprenans & plus hardis .
Ce n'eft pas qu'ils fuffent pour
les Catholiques , mais ils avoient
encore bien moins de fujet d'eftre
pour les Proteftans qui ne
fçauroient fouffrir les Evefques
& qui eftoient protegez par le
Prince d'Orange , qu'on voyoit
avoir deffein de rendre un jour
l'Angleterre toute poteftante , ou
du moins de faire que certe Rligion
fuft cceellllee qquuii dominaft
dans l'Estat . Les inquietudes du
Prince d'Orange eftoient balancées
par la confiance qu'il avoit de
'Evefque de Londres , Ennemy
du Roy pour les raifons que j'ay
dites , & plus amy de luy- meline.
& attaché à fes interefts , & à la
208 V. P. des Affaires
>
auvangeance
, qu'à aucune Religion .
Cet Evefque & quelques autres
qu'il avoit attirez dans fon parti
avoient promis au Prince d'Orange
de donner l'exemple aux
tres, & de les empêcher de fe déclarer
contre lui : il y en avoit entr'eux
qui n'avoient pas l'art de
perfuader , & d'autres naturellement
trop timides pour ofer parler avec
vigueur.
Le Prince d'Orange ne fe fioit
pas feulement à la fermeté & aux
promeffes de ceux de fon parti dans
la Chambre haute , contre laquelle
il avoit le plus à fe precautionner
; mais il eftoit feur que
le nombre de voix qu'il avoit dans
la Chambre des Communes feroit
tant de bruit , qu'il faudroit
que les Seigneurs criaffent bien
haut pour être entendus ; il avoir
fait plus encore ,. & pour apuyér
les voix qui eftoient à fa devotion
dans la Chambre des Communes
, il avoit formé un grand party
des plus feditieux Bourgeois de
du
Temps.
209
Londres & d'autres gens fans aveu
& capables de tout entreprendre ,
qui devoient foûtenir les fentimens
de la Chambre des Communes
& menacer la Convention , s'ils
ne s'accordoient pour déclarer le
Trône vacant , & nommer un autre
Roi. Il eftoit impoffible que
tant de feditieux ne réuffiffent
dans leur deffein , puifqu'ils eftoient
foûtenus par beaucoup d'Officiers
& de Soldats des Troupes du Prince
d Orange , deguifez en Bourgeois
, & meflez parmy le peuple,
qui les auroient encouragez , s'il
avoit fallu en venir aux mains , &
qui leur auroient montré l'exemple .
Toutes chofes eſtant ainſi diſpopofées
, l'Affemblée ou plaftoft le
Parlement illegitime convoqué contre
l'ordre des loix , s'ouvrit dans
le lieu où il fe tient ordinairement.
L'Archevêque de Cantorberi ne s'y
trouva pas , & comme le party du
Prince d'Orange eût peut- être publié
, afin que fon abfence ne fit point
ouvrir les yeux à ceux qui ne les
210 V. P. des Affaires
"
avoient qu'a demi fermez fur ce qui
fe paffoit , que quelque indifpofi- .
tion furvenue l'auroit empêché de
venirà l'Affemblée , cet Archevelque
declara qu'il n'y alloit pas parce
qu'il ne vouloit pas y affifter. Ain .
file Primat du Royaume , le plus fage
des Evêques , & un des plus
honnétes hommes d'Angleterre
refafa d'autorifer par fa prefence les
injaftices qu'il voyoit que cette Affemblée
alloit faire , & dont il eftoit
impoffible que la Chambre des
Seigneurs fe puft, garantir , quand
même parmy tous ceux qui la . devoient
compofer il n'y auroit eu
des voix que pour le Roy. Quelques
Evefques imiterent ce judicieux
& fidelle Prelat, & de plus de deux
cens Seigneurs dont la Chambre
haute devoit être compofée , il ne
s'y en trouva gere plus de cent
& ce qu'il y a de furprenant, c'est
que de ces cent il y en a toujours
eu plus de la moitié pour le
Roy , malgré toutes les brigues &
toutes les menaces du Prince d'O
du
Temps.
211
range, & que fi la Chambre baffe
n'avoit point violenté la Chambre
haute , elle n'auroit jamais conſenti
à l'Election qui l'a placé fur le
Trône , tout ce qui c'est fait n'ayant
paffé qu'à la force , & ayant
efté refuffé plufieurs fois par la
Chambre haute . Comme Cette
Affemblée eftoit toute irreguliére - ,
& qu'il n'y en avoit jamais eu de
femblable , elle fut embarraffée for
la maniere de proceder , mais les
Seigneurs jugerent enfin à propos
, pour éviter les difficultez infurmontables
, qui fe feroient trouvées
à fe régler fur la forme ordinaire
de la Chambre haute , d'agir
comme ils avoient fait peu auparavant
, en choififfant entr'eux un
Prefident qui auroit la mefme
fonction que l'Orateur de la Chambre
baffe . Le Marquis d'Halifax
fut choisi pour Prefident par
les Seigneurs , & le Sieur Povvle
par les Communes .
Je vous ay
déja parlé de ce dernier
Yous dire quelque chofe
il faut
du
212 V. P. des Affaires
Marquis d'Halifax . C'eft un des
hommes d'Angleterre qui parle le
mieux , & qui trouveroit moyen de
perfuader dans la plus méchante
caufe. Pour ce qui regarde le fond
de fon ame , on ne peut le penetrer,
& même il ne feroit pas facile d'affeurer
prefentement pour quel parti
il panche le plus. Il y a quelques
années qu'il fe retira d'auprés du
Roi d'Angleterre , fans qu'on en ait
découvert la veritable raiſon. Quand
il a vû l'Etat menacé par le Prince
d'Orange , il eft venu fe rendre ge .
nerenfement auprés du Roi, comme
doit faire tout honnête homme qui
veut faire fon devoir , & qui voit
fon Prince dans le peril. Il a esté
deputé de Sa Majefté auprés du
Prince d'Orange , pour travailler à
un accommodement entre Elle & ce
Prince. Ce Monarque s'eſt retiré ,
& le Marquis d'Halifax n'a point
cherché à le Suivre. Sa fidelité a
été fufpecte au Roi : le prince d'Orange
en a douté encore davantage,
& l'a fait menacer fecretement de lo
du Tems. 213
perdre s'il ne prenoit pas fes interefts.
Il a paru le faire ; ce n'est
peut-être que parce qu'il y a été forcé
; peut- être auffi qu'il a eu des
raiſons de fe deguifer , & de ceder à
la force. On l'a regardé comme un
homme qui pouvoit étre Chefde par.
ti , & demander l'établiffement d'une
République , & malgré tout ce qu'il
a fait , il n'y a perfonne qui puiffe
dire quels font aujourd'hui fes vrais
fentimens.
Le choix de ces Préfidens ayant
été fait , l'Affemblée s'ouvrit . Le
Prince d'Orange avoit beaucoup de
pouvoir , mais s'il étoit tout par la
force & par le mouvement que fon
adreffe donnoit aux affaires , il n'étoit
rien par lui-même, & ne devoit
avoir aucun rang ni aucune autorité
, de forte que ne pouvant avoir
ni place ni voix dans l'Affemblée
malgré toute l'irregularité avec laquelle
on faifoit alors toutes chofes
il écrivit aux Milords la Lettre qui
fuit.
?
F
214
V. P. des Affaires
MILORDS ,
Al taché autant qu'il m'a été
Ipoffible de faire ce que l'on a sonhaité
de moi pour la paix &
pour la
feureté publique , & je ne fçache pas
que rien ait efté negligé , de tout ce
qui pouvoit y contribuer depuis que
l'adminiflration des affaires eft entre
mes mains. C'est à present à vous à
pofer les fondemens qui peuvent af
furer pour toujours noftre Religion
nos loix & noftre liberté. Ie ne doute
pas qu'une Affemblée auffi nombreu
Le qu'elle eft maintenant , & laquelle
reprefente toute la Nation , ne puiffe
parvenir au but marqué par ma Declaration
; & comme il a plu à Dieu
jufqu'à prefent de benir mes bonnes
intentions en leur donnant un keureux
fuccez , j'efpere qu'il accomplira fon
ouvrage en vous envoyant un esprit de
paix d'union qui fe rependefur vos
Confeils , afin qu'aucune interruption
n'empêche que la fin n'en foit heureuſe
durable. Le danger où font les Produ
Temps.
215
testans en Irlande, requiert un prompt
& puiffant fecours , & d'ailleurs l'état
prefent des affaires du dehors m'oblige
de vous dire que rien ne peut-être
plus dangereux.exceptéla divifion entre
nous,& qu'un trop long delai dans
vos confultations. Les Etats par le
moyen defquels j'ai eu le pouvoir de
delivrer cette Nation , en pourroient
bien- tôt fentir de mauvais effets s'ils
eftoient plus long- tems privez de leurs
Troupes , lefquelles font à prefent icy,
& du prompt fecours qu'ils attendet de
vous contre un puiffant Ennemi qui
leur a declaré la guerre , & comme
l'Angleterre eft déja engagée par un
traité de lesfecourir dans leurs befoins,
ตื่น ffi je m'affure que le hazard où ils
fe font mis pour conferver le Royaume,
ferarecompenfe par l'amitié & l'aſſiſtance
qu'ils doivent attendre de vous
comme Proteftans , & Anglois , fea
lon que le requiert leur condition prefente
. Donné à S. Iames le 22. İanvier
1689. Signé VVill. H. Prince
d'Orange.
216
V. P. des Affaires
Aprés la lecture de cette Lettre
on refolut de remercier le Prince
d'Orange des foins qu'il avoit pris
jufqu'alors ,, pour délivrer le Royaume
du Papifine & du pouvoir arbitraire
, & de le prier de vouloir bien
les continuer pour l'adminiftration
des affaires publiques , jufqu'à ce
que les deux Chambres lui euffent
declaré plus amplement leurs intentions.
Vous voyez par - là que la
premiere chofe dont on remercie le
Pince d'Orange , c'eft d'avoir travaillé
à détruire la Religion Catholique,
& qu'ainfi cette guerre eftant
une guerre de Religion , les chefs
devoient être engagez à avoir foin
du Corps . Cette A ffemblée fit faire
une Adreffe fur le fujet de la deputation
qu'elle ordonna qui lui feroit
faite, & deputa le Duc de Nortfolk
& le Duc d'Ormont , pour la
prefenter. Il les reçût avec d'autant
plus de joye que ces premieres demarches
dont il eftoit pourtant convenu
avec ceux de fon party , lui
firent connoitre qu'il n'avoit plus à
faire
du
Temps.
217
faire qu'un pas pour monter fur le
Trône. Il répondit à ces Deputez
avec toute l'honnêteté d'un hypocrite
, qui ne cherche qu'à tromper
ceux qui le careffent , & leur recommanda
l'union entr'eux , en leur
difant que leur inefintelligence pourroit
exciter de nouveaux troubles ,
qui ferviroient d'obstacle à l'acheve
ment de ce qu'il avoit fi heureuſement
commencé. Il leur marqua
beaucoup de joye de la fatisfaction
qu'ils témoignoient recevoir de fa
conduite , & les affura que n'ayant
point d'autre vûë que celle de leur
plaire , & de leur eftre utile , il continueroit
à prendre foin du Gouvernement
de l'Etat , & travailleroit de
tout fon pouvoir à eftablir & à
maintenir la tranquilité publique .
Ce Prince écrivit à la Chambre des
Communes de la mefme forte qu'il
avoit fait à celle des Seigneurs :
on lui fit une deputation fur le
même fujet , & on en reçut la même
réponſe. Cela ne pouvoit être
d'une autre maniere , puifque le
秉
K
1
218 V. P. des Affaires
Prince d'Orange prétendoit les meſmes
chofes des deux Chambres , &
que les deux Chambres eftoient d'accord
de lui faire la même réponſe &
les mefmes prieres : mais il falloir
pour fuivre l'ufage , que cela fe fit féparement.
La Convention ordonna auffi
dans cette premiere Seance , que l'on
feroit des prieres dans les Villes de
Londres & de Vveſtminſter , & dans
tous les lieux qui en font à dix milles
aux environs , & huit jours aprés
dans tout le Royaume , pour rendre
graces à Dieu de s'eftre fervi du Prince
d'Orange pour délivrer l'Angleterre
du Papifine . Ces deux démarches
réüffirent comme elles avoient
efté concertées entre ce Prince &
ceux de fon party , qui eftant plus intelligens
& plus hardis que les autres
avoient plus de part à fon fecret, &
faifoient mouvoir les reffots de cette
grande intrigue . Outre que la vanité
du Prince d'Orange eftoit flatée
par cette conduite , il eftoit perfuadé
que les prieres font de grandes imdu
Temps .
219
preffions fur l'efprit des Peuples , &
qu'eftant fort peu inftruits des affaires
d'Eftat , ils fe conduifent par ce
qu'ils entendent dire dans des lieux
où l'on ne doit enfeigner que des veritez
. Le Docteur Burnet fut choifi
pour prêcher devant la Chambre
des Communes le jour de cette Fefte.
Si ceux qui la compofent n'avoient
pas efté gagnez tous par
le
Prince d'Orange , ils n'auroient jamais
fouffert qu'un homme accufé
de haute trahison, reconnu coupable
par toute l'Angleterre , & qui s'en
eftoit retiré pour éviter les fupplices
qui lui eftoient preparez , prefchaft
devant une auffi grande Affemblée.
Un pareil Prédicateur eftoit digne
de foûtenir les interefts du Prince
d'Orange , & de les recommander
un Scelerat ne pouvoit parler que
pour un Ufurpateur , & il n'y avoit
qu'une Alfemblée amie de l'un & de
l'autre qui puft l'écouter . On peut
dire cependant que dans cette occafion,
la Convention & ce Prince ont
efté aveugles , & ont bien manqué.
9
Kij
220 V. P. des Affaires
gens
d'un
de jugement , puis que fi la fimpatie
qui fe trouve entre des
femblable caractere leur faifoit aimer
le Docteur Burnet , la politique ne
vouloit pas qu'ils fiffent leur Apôtre
, d'un homme reconnu par toute
la terre pour avoir trempé dans une
confpiration où il s'agiffoit d'affaffiner
un Roy , qui n'avoit jamais
donné à fes Sujets aucun lieu de fe
plaindre, & qui les à gouvernez pendant
fa vie , avec autant de douceur
que d'équité.
On ne parla ni du Roi ni du Prince
d'Orange dans la feconde Affemblée
de la Convention ; mais tout
ce qui s'y traita eftoit toûjours dans
la vene de noircir l'un , & de l'accabler
pour élever l'autre , & on y remarquoit
un certain efprit de politique
feditieufe , qui faifoit horreur aux
perfonnes de probité, qui avoient évi
té de prendre parti , ouqui avoient été
forcez d'embraffer celui qu'ils deteftoient
au fond de leur coeur.
Comme l'on fe pique fort en
Angleterre de ne rien faire qui ne
du
Temps.
221
foit felon les Loix , quoy qu'il n'y
ait point de lieu où elles foient plus
fouvent renverfées , depuis que le
Calvinifme a commencé d'y regner
la Chambre des Seigneurs établit un
Confeii de neuf Jurifconfultes pour
affiter à leurs Deliberations . Les
procedures que les Proteftans de la
Chambre des Communes avoient
refolu de faire faire à celle des Seigneurs
, êtoient fi irregulieres , que
ces Jurifconfultes leur étoient fort
neceffaires pour les redreffer. Je
ne vous puis dire s'il y firent tous.
leurs efforts ; mais il eft certain qu'ils
les auroient faits inutilement, quan d
même ils auroient tous eu de bonnes
intentions,& que la Chambre entiere
auroit efté dans le fentiment de ne
rien faire d'iniufte . La brigue du Prince
d'Orange eftoit trop forte dans la
Chambre baffe, pour fouffrir qu'on
s'opofât dans la haute à ce qu'elle avoit
refolu de faire paffer, & fi on y
avoit réfifté avec obftination , elle eftoit
refolouë d'ufer de violence , & de
Kiij .
222
V. P. des Affaires
la pouffer jufques aux dernieres extremitez.
On ne fe contenta point
de toutes les perfecutions qu'on avoit
faites aux Catholiques , on ordonna
encore de faire des recherches exactes
de tous ceux qui fe trouveroient
dans Londres; & de les arrêter.
Comme il n'y avoit dans la Chambre
haute guere plus de la moitié
des Seigneurs qui la doivent compofer
, le Prince d'Orange en cut de
l'inquietude , & apprehenda que ce
petit nombre ne fur pas trouvé fuffifant
, pour l'élire Roy , fuivant ce
qu'il avoit concerté avec ceux de
fon party. Cela l'obligea de convenir
avec les Seigneurs de cette Chambre
qu'il connoiffoit dans fes interêts
qu'ils euffent à proposer à toute
la Chambre d'écrire aux Seigneurs
abfens , pour les prier de fe rendre
à l'Affemblée , ce qui fut executé ,
mais avec peu de fuccez, la plufpart
ne voulant pas s'y trouver pour ne
point confentir aux injuftices , qu'ils
étoient feurs qu'on les forceroit d'aprouver.
du
Temps.
223
Le 7. de Fevrier , jour que fans
doute la pofterité remarquera par
plufieurs raifons , la Chambre des
Communes de la Convention , non
feulement déclara le Trône vacant ,
mais fans vouloir écouter ni raifons .
ni juftice , ni les plus fages de fes
Membres , ni la plus grande partic
de la Chambre des Seigneurs , ni les
neuf Jurifconfultes qui affittoient à
ces Déliberations , elle perfifta dans
des fentimens fi injuftes, & afin que
le fouvenir de ce jour là dure plus
long tems , elle s'obtina à dire qu'elle
s'en tenoit à fa Deliberation du 7-
pendant plufieurs jours que l'on voulut
la combattre , de forte que l'hiftoire
marquera ce feptieme de Fevrier
en plufieurs endroits , en rapor .
tant ce qui vient darriver en Angleterre
. Ce même jour fera fans doute
auffi bien- toft remarqué dans un
Parlement plus équitable , & veritablement
libre , quien remettant fon
Roy legitime fur le Trône , caffera
tout ce que la Convention a fait , de
même que le Parlement convoqué
K iiij
224 V. P. des Affaires
par le Roi Charles II . caffa tout ce
qu'avoit fait celuy qui avoit ordonné
la mort du Roy fon Pere .
Je viens au détail de tout ce qui
fe paffa le 7. de Fevrier, Les Communes
qui avoient dêja commencé à
déliberer fur l'état prefent du Royaume
, refolurent que la Chambre
fe tourneroit en Committé General ,
pour traitter plus amplement cette
matiere , & le Sieur Hamden fut
choisi pour Prefident .
Travailler
par Committé, c'eft à peu prés comme
travailler ici par Commiffaires ,
qui font enfuite rapport de l'affaire
qu'on leur a donnée à examiner ,
& de ce qu'ils ont refolu. On mit
en déliberation fi on pourvoyeroit
au Gouvernement de l'Eftat pendant
l'abſence du Roy , & de quelle
maniere on le pourroit faire.
vous ai déja dit que de quelques brigues
qu'on le fut fervi , & quelque
violence qu'on euft employée , on
n'avoit pû empêcher que quelques
Villes ne choififfent des Deputez de
probité. Cela avoit été caufe que
Je
du Tems.
225.
"le grand & violent party du Prince
d'Orange , avoit voulu foûtenir que
leur élection n'eftoit pas valide;mais
on l'avoit obligé de le prouver , ce
qu'il fit d'autant plus facilement,qu'il
fe croioit le plus fort , & qu'il l'êtoit
en effet. Cependant il fut queftion
de repondre à ce qui avoit été
mis en déliberation , & ces Deputez
ne pouvant trahir leur devoir , &
leur confcience , expliquerent leurs
fentimens avec une genereufe ferme-
τέ quoi qu'ils fuffent perfuadez.
qu'avec quelque force qu'ils les expliquaffent
, ils ne feroient pas fui-
>
vis. Ils s'êtendirent fur le ferment
qu'ils avoient prété au Roy , & dirent
que fans le violer , & fans renverfer
les Loix fondamentales du
Royaume , ils ne pouvoient rien entreprendre
contre l'autorité Souveraine
, & les prerogatives Royales
. Ils reprefenterent que s'ils agiffoient
fur ces maximes que les
Parlemens tenus aprés le retabliſ
fement du Roy Charles II. le Clergé
, & les Univerfitez avoient
Ky
226
V. P. des Affaires
deteftées comme abominables , & autant
contraires au Chriftianifme qu'--
aux Loix du Royaume , ils attireroient
fur eux & fur la Nation , les
mêmes malheurs , où les avoit expofez
la longue rebellion de ces tems
Îà ; mais leurs remontrances furent
inutiles , puis qu'ils parloient à des
Prefbiteriens qui établiffent leur Evangile
par les foulevemens & par
les meurtres , lors que les Princes , &
ceux qui gouvernent les Eftats s'oppofent
à fon progrés , le dernier du
Peuple en ufant parmi eux avec la
méme violence . Cela fe voit dans
une Lettre imprimée d'un Puritain .
Vous fçavez que Proteftant , Presbiterien
,& Puritain font la même chofe.
Cette lettre a efté écrite contre
Iofeph Hall , celebre Evefque d'Angleterre
, touchant ce qui regarde
Epifcopat de l'Eglife Anglicane. Ce
Puritain trop zelé compare la pretenduë
réformation faite en Angleterre
avec celle de l'Ecoffe , & dit
que cette derniere a efté beaucoup plus
pure , parce que les Ecoffois fe font
du
Temps-
227
•ppofez d'abord à la puiſſance des Evêques
, & les ont reduits à n'en avoir
que le nom , d'où il arriva que
Le Roi Lacques ayant voulu remettre
l'Epifcopat en Ecoffe , comme il étoit
en Angleterre , cela ne pût durer
long- temps, mais il leur a efté facile de
Secoüer ce joug , comme il vient dit - il
d'ariver car lepremier établiffement de
la reformation dans l'Ecoffe s'eftant
fait avec le fang , avec meurtre & a.
vec foulevement , cela leur donneit
courage de s'expofer à de nouveaux
perils aux dépens même de leur vie &
de leur Etat.
·
Auffi Buchanan , l'un des plus ha
biles & des plus zelez de leur party
a écrit pour juftifier les revoltes des
Sujets contre leurs Princes dans fon
Livre abominable, intitulé Dialogns
de jure regni apud Scotos, imprimé à
Edinbourg.Ils reconnoiffent d'ailleurs
que ç'a été en armant les peuples
contre les Rois & les Evêques ,que le
Calvinifme s'eft établi en Ecoffe.
C'eft pourquoi ce fut pour juftifier
ces feditions, & ces revoltes populais
1 vj
228
V. P. des Affaires
res que ce miferable entreprit ce Livre
, dont les maximes font fi deteftables
& contraires à la Monarchie ,
& par lesquelles il a abufé de l'Ecri
ture fainte.
Guillaume Carclay , tes docte &
tres - pieux Jurifconfulte , l'a refuté
folidement dans les deux premiers de
fes Livres contre les ennemis de la
Monarchie . L'un des premiers Paradoxes
de ce Calvinifte eft que les
Rois n'ont point le pouvoir de faire
des loix, & que ce pouvoir n'appar
tient qu'au peuple , d'où il conclud
que le Roy eft fujet à la loy, mais que
le peuple eft au deffus des loix. Il ne
pouvoit pouffer la fureur plus loin,
ny donner plus d'occafion aux peuples
de fe revolter contre leurs Princes.
Il pretend encore que le Peuple
qui a donné au Roy l'empire fur foy,
à droit de luy preferire de quelle maniere
il doit gouverner. Que les loix
fe doivent dreffer dans l's Etats , mais
que quand on en a fait le projet, on le
dot foumettre aujugement du peuple.
Un autre des Paradoxes de Buchanan
du
Temps.
219
eft de pretendre qu'il n'y a point de
Rois legitimes que ceux qui font foûmis
aux loix. Sur l'objection priſe du
huitiéme Chapitre du premier Livre
des Rois, où Samuel appelle le droit
du Roy , il a la hardieffe de dire que
c'eft d'un Tyran que parle Samuel, &
non pas d'un Roy legitime: ce qui eft
refuté par plufieurs Auteurs,& entr'-
autres par Groffius dans fon Livre de
jure pacis & belli L.1.C.4.N.3 . Ainfi
c'eft en vain que Buchanan veut , fe
parer de cét autre paffage du Chapitre
17.du Deuteronome : car ici Moïfe
preferit au Roy fon devoir , mais au
Livre des Rois Samuel marque jufqu'où
le Roy pourra étendre fa puiffance,
felon ce que Dieu lui avoit dit :
Faites ce qu'ils vous demandent , r ais
reprefentez- leur le droit du Roy qui
doit regner fur eux Stephanus Junius
Brutus,autre Calvinifte, a fait un
méchant & damnable Livre contre
l'autorité des Rois , qu'il feint avoir
efté imprimé à Edimbourg en 1979.
Le Roy Jacques I. quoy que Pro230
V. P. des affaires
teſtant , fut contraint de faire fuprimer
ces livres , principalement ceux
de Paræus qu'il fit refuter par David
Orten, Theologien Anglois. Le
Prince d'Orange & ceux qui ont eu
part à fon entreprife , femblent avoir
puifé toutes leurs maximes dans ce
Livre abominable de David Paræus
que fon fils Philippes Paræus fuivant
la coûtume trompeufe des Calviniftes,
voulut excufer par cette diftinction
captieufe que fon Pere n'avoit
voulu parler que des Princes Conventionels.
Un Calviniste, autour du livre intitulé
, La Politique du Clergé , dit
que pour caufe d'herefie il n'eft point
permis aux Sujets de fe revolter contre
leur Prince. Cependant il juftifie les
feditions qui fe firent au Parlement
de 1680. par les Puritains , miferable
refte des Conveliftes qui dominoient
encore dans le Parlement
d'Angleterre , pour exclure le Duc
d Yorck , & faire declarer le Duc de
Montmouth heritier préfomptif de
la Couronne. Ce font eux qui n'ont
du Tems. 231
que trop verifié depuis quarante ans
ce qu'en avoit predit le Roy Jâques,
qui les regardoit avec raifon comme
les plus dangereux ennemis de l'Etat .
Ce font ces ennemis de la Monarchie
comme leur ont fouvent reproché
les Epifcopaux , qui dominent encore
maintenant en Angleterre , &
qui font les veritables cauſes de tout
ce qui s'y fait d'emporté & d'illegitime
contre l'autorité Royale. Leur
fureur eft telle contre la Religion Catholique
, qui eft celle de plus de
foixante de leurs Rois , que plutôt
què d'avoir un Catholique pour Roi,
ils font difpofez à renverser la loy
fondamentale de tous les Royaumes
hereditaires , qui eft Que lefang &
la nature donnent les Rois , & d'expofer
leurs à eftre dechiré par
pays
des guerres inteftines qui ne peuvent
manquer , quand on entreprend
de chaffer du Trône un Souverain legirime
.
Les plus fages du Paganiſme & du
Chriftianifme ont toujours foutenu
que les Rois ne font point foûmis -
232 V. P. des Affaires
aux Loix , c'est à dire , que n'ayant
point de Superieurs fur la Terre , il
n'y a que Dieu qui les puiffe punir
au regard des chofes mêmes où ils
n'auroient pû fans peché , violer les
Loix , à quoy les Peres rapportent
ce que dit David , le n'ay peché que
contre vous. C'est qu'il eftoit Roy ,
& en cette qualité il n'eftoit point
fujet aux Loix , parce que les Rois
font libres des liens des crimes , n'y
ayant aucune Loy qui donne droit
de les en punir , & la fouveraineté
de l'Empire les mettant à couvert de
ce costé là . C'eft là le fondement inébranlable
de toutes les veritables
Monarchies .
> ou
La vraye doctrine de l'Evangile
ne laiffe aux vrais Chreftiens , quelque
opprimez qu'ils foient
qu'ils puiffent eftre par leurs Souverains
, que les prieres & la patience.
Il y en a qui croyent que
l'autorité des Princes eft fondée for
le confentement des Peuples ; mais
S. Paul qui penetroit les chofes par
l'efprit de Dieu , en reprend l'origi
du
Temps.
233
ne de beaucoup plus loin : Il n'y a
point de puiffance, dit- il, qui ne vienne
de Dieu ; ce qui montre que ce
:
n'eſt pas feulement par une espece
de traité entre le Roy & le Peuple,
que le Roy a le pouvoir qu'il a fur
fes Sujets mais que c'eft de
droit Divin , & par les ordres de
Dieu. Cela fait voir que lors qu'on
a l'infolence de fe revolter contre
fon Roy , la rebellion n'eft pas tant
contre un homme que contre Dieu .
C'est ce que marque Eunerus , Do-
&teur de Louvain & Evefque de
Levvarde en Frife , dans fon Livre
du devoir du Prince Chreftien . Le
mefine Auteur dit ; Quoy qu'un Roy
faffe mal quand il ne garde pas fes
promeffes, comme c'eft de Dieu mefme
qu'il tient fon autorité , cela ne fait
pas qu'ilfoit jamais permis de prendre
les armes contre luy .
Comme bien loin de trouver
quelques exemples dans les Saintes
Lettres de cette puiffance inoüye
que les Peuples d'Angleterre veulent
avoir , de fe rendre Juges de
234 V. P. des Affaires
leur Roy , on y voit tout le contraire
, & qu'il n'y a rien d'ailleurs de
plus oppofé à la nature conduite par
la raifon , on ne peut regarder ceux
qui font dans un autre fentiment ,
& qui agiffent fur ces principes , que
comme coupables de haute trahifon..
Rien ne peut autorifer des Sujets à
prendre les armes contre leur Prince
legitime , quand il feroit infidelle &
idolâtre , & que fes Sujets feroient
de veritables Chreftiens , & parfaitement
Orthodoxes . La Religion,
comme dit Lactance , fe doit défendre
, non en tuant , mais en mourant;
non par des moyens violens, mais par
La patience ; non par des revoltes criminelles
mais par les armes de la foy.
Les Payens ont reconnu cette verité,
& le plus celebres des Philofophes
difoit que quelques bonnes intentions
qu'on puiffe avoir, on ne doit point entreprendre
dans le Gouvernement de
la République où l'on eft né , que ce
qu'on peut obtenir par la voye de la
perfuafion , mais qu'il ne faut employer
la violence ny contre fon pere, ny
contrefa patrie.
du
Temps.
235
Quoy que la Royauté & les autres
formes de Gouvernement viennent
originairement du choix & du
confentement des peuples , neanmoins
l'autorité des Rois ne vient
point du peuple , mais de Dieu feul .
L'Apôtre n'appelle point les Princes
Miniftres du peuple , mais il les appelle
Miniftres de Dieu , parce qu'ils
ne tiennent leur puiffance que de
Dieu feul , & par là il eft vifible qu'il
n'eft jamais permis à perfonne de ſe
foûlever contre fon Souverain , ou
de s'engager à une guerre civile , la
guerre ne fe pouvant faire fans autorité
Souveraine , puifqu'on y fait
mourir les hommes , ce qui fuppofe
un droit de vie & de mort.Or ce droit
dans un Etat Monarchique n'appartient
qu'au Roy feul , & à ceux qui
exercent la juftice fous fon autorité.
Ainfi ceux qui fe revoltent contre
luy, ne l'ayant point,commettent autant
d'homicides , qu'ils font perir
d'hommes par la guerre civile ,
puis qu'ils les font mourir fans
pouvoir & contre l'ordre de
236 V. P. des Affaires
Dieu. C'eft en vain qu'on prétendroit
les justifier par les defordres de
l'Etat aufquels ils font femblant de
vouloir remedier . Il n'y a point de
defordre qui puiffe donner droit à des
Sujets de tirer l'épée puifqu'ils n'ont
point le droit de l'épée, & qu'ils ne
s'en peuvent
fervir que fous l'autorité
de celui qui la porte par l'ordre
de Dieu .
Toutes ces chofes qui ne font pas
ignorées des Anglois parce qu'ils
font tres bons Jurifconfultes, & tou-:
tes les remontrances que purent faire
les Députez dont je viens de faire
voir la fidelité pour leur Roy , & la
fermeté à ne rien faire contre la juftice
& contre leur confcience , n'empêche
ent pas qu'il ne fut conclu
que le Roy Iacques II. ayant tâché
de renverser la conftitution du Royaume
d'Angleterre , èn violant le Con rat
Original entre lui le peuple par les
confeils des lefuites & autrès perfonnes
mal intentionnées , ayant violé les
loix fondamentales , & s'eftant retiré de
fon Royaume, avoit renoncé
là an
par
du
Temps.
237
Gouvernement , & que le Trône étoit
devenu vacant par fon abfence.
Je vous donne le kefultat de cette
deliberation autant qu'il m'eft poffi.
ble dans les mêmes termes qu'il a été
fait. Il ne s'eft jamais vû de decifion
fi infoutenable, fi injufte, & à laquelle
il y euft fi peu de bon fens , & l'on
auroit peine à croire en la lifant que
la jurifprudence euft jamais été connuë
en Angleterre .
Je répondrai à cette Déliberation
, quand j'aurai achevé de vous
dire tout ce qui la regarde , & que
j'auray mis ici une copie des griefs
qui furent donnez contre le Roy .
Cependant vous remarquerez que
le mot de Iefuites jetté dans cette
Déliberation , eft une choſe à laquelle
il n'y a pas la moindre ombre de
vrai -femblance; cela eft vague , & ne
fignifie rien . On avance un fait dont
on fe veut fervir pour dépoffeder un
Roy , fans y ajoûter aucune circontance
ni fauffe ni veritable, & au lieu
de prouver dans la fuite ce qu'on a
avancé , on n'en parle plus ; comme
238
V.
P.
des
Affaires
•
s'il fuffifoit pour ôter une Couronne
à un legitime Souverain , de dire des
chofes en l'air , & de fe taire enfuite
fur des faits , qui doivent toûjours
paroitre fi clairs , qu'ils ne puiffent
être conteftez lors qu'il s'agit de
commettre une injuftice, fur laquelle
toute la terre a les yeux ouverts.
Cette Déliberation ayant été faite,
on l'envoya aux Seigneurs pour leur
demander leur confentement , afin de
faire un refultat des deux Chambres.
Cependant on examina , fi un Catholique
pouvoit regner en Angleterre,
puis que la Religion Cathelique
étoit incompatible avec le ferment
de fupremacie, établi par Henry
VIII. & avec les Loix paffées en
d'autres Parlemens dépuis le changement
de Religion . Comme on avoit
refolu de faire paffer tout ce
qui feroit propofé dans cette Affemblée,
il fut conclu qu'un Prince faifant
profeffion de la Religion Catholique
ne pouvoit être Roy d'Angleterre
, fous pretexte que cette Religion
eft incompatible avec le bien de
du
Temps. 239
l'Etat . Quelques Deputez firent voir,
que le Parlement tenu à Vveftmiafter
en 1685. avoit jugé le contraire,
& que toutes les Villes & tous les
Corps du Royaume avoient preſenté
des Adreffes au Roy contre cette
maxime; le plus grand nombre l'emporta.
On établit un Commite pour
rediger par articles les points fuivans
qui devoient être en déliberation .
Que les Milices feroient mises en
fi bon état, qu'elles pourroient ê re employées
pour la défense du Royaume ,
fans qu'il y euft un corps de Troupes
reglées fur pied.
Que les Chartres & Priviléges des
Corps ne pourroient recevoir aucune
alteration.
Que le Prince ne pourroit difpenfer
des Loix.
Que les luges ne pourroient être
privez de leurs Charges , s'ils n'étaient
juridiquement convain . us d'avoir manqué
à leur devoir.
Que leferment que les Rois prêtent
à leur couronnement, feroit inviolablement
obfervé.
240
V. P. des Affaires
Que le Parlement feroit convoqué
au moins de trois ans en trois ans , &
que le Prince d'Orange s'engageroit
par un ferment particulier à obferver
tous les articles .
Ce dernier article merite qu'on y
faffe reflexion . On ne fçavoit file
gouvernement tourneroit en Republique,
fi on éliroit un Regent , fi on
nommeroit un Roy, ou fi on rappelleroit
Sa Majesté Britannique, & ce .
pendant on impofe au Prince d'orange
de s'engager par ferment à obferver
ces divers articles . On fait
voir fans y penfer, quoi qu'on pretendit
ne le pas faire connoitre , le
deffein qui avoit été formé par fes
Partifans de le nommer Roy. Aprés
avoir mis ces articles en déliberation
, on parla de ce qui les devoit
preceder, & l'on mit en question s'il
étoit plus avantageux que le Royaume
fuft gouverné par un Regent que par
un Roy. Quarante- neuf Seigneurs
opinérent pour établir un Regent ,
& cinquante- deux pour conferver
la
du
Temps
241
la forme ordinaire du Gouvernement.
Quoi que ces derniers fe déclaraffent
pour la Royauté , ils êroient neanmoins
directement oppofez aux inte.
refts de leur legitime Souverain &
ils ne vouloient que l'Etat fut gouverné
par un Roy , que parce que
leur refolution eftoit prife d'élire le
Prince d'Orange.Le Docteur Scharp
prêchant devant les Communes ,
donna au Roy le titre ordinaire de
tres- Excellente Majesté & de Défenfeur
de la Foy.Il pria pour ce Prince à
l'ouverture de fon Sermon , fuivant
la coûtume , & fuivant les termes
preferits par le Livre des prieres communes.
Quelques Deputez , qui en
toutes occafions faifoient voir un zeles
indifcret pour le Prince d'Orange
& qui dans leur ame l'avoient déja
nommé pour leur Roy , dirent que ce
Docteur avoir fait un affront aux
deux Chambres , & demanderent qu'il
fut arrêté. Cette violence fut blàmée
par les plus fages , & ceux mêmes de
leur parti qui étoient plus politiques
& qui regardoiét cela come une chofe
L
242
V. P. des Affaires
}
indifferente qui ne devoit ni avancer
ni reculer leur deffein , les condamnerent
, de forte qu'il fut feulement
refolu que ce Docteur ne feroit
point remercié de fon Sermon . La
Chambre des Seigneurs delibera fur
l'état general des Affaires , & fur
lé Gouvernement de l'Etat . On y
examina fi fuivant le refultat de la
Chambre des Communes , on pouvoit
dire , qu'il y eat une espece de contrat
entre le Roy & fon Peuple , & que Sa
Majefté l'eut violé. Cette matiere
fut agirée fort long- tems , & quarante
trois Seigneurs firent voir que le
Prince d'Orange ne les avoit pas
gagnez , qu'il n'eftoit pas aifé de les
furprendre , & qu'ils ne pouvoient
confentir à avoüer une chofe qu'ils
ne croyoient pas veritable.Ils êtoient
fondez fur plufieurs Actes des Parlemens
qu'ils raporterent & fur d'anciennes
Décifions de tous les Tribunaux
d'Angleterre , qui ont condam -
né cette maxime comme pernicieufe.
Je n'entrerai point ici dans une
Relation trop particuliere, qui n'a}
du 243 Temps.
partient qu'à ceux qui ecrivent les
Nouvelles à mesure qu'il fe paffe quelque
évenemét. Le Journal de tout ce
qui s'est fait dans la Covention d'An
gleterre refroidiroit cette Hiftoire
fi je le mettois entier.Il eſt mêlé de
mille chofes indifferentes à l'égard du
point que je veux traiter, qui eft l'é
lection du Prince d'Orange , & l'injuftice
qu'on à faite au Roy en agiffant
directement contre toutes les
loix divines & humaines. Il n'eft pas
befoin pour parler de ce fait de rebatre
des chofes qui ont été proposées
un iour , & dêtruites le lendemain ,
& que les Communes ont enfin fait
paffer par violence. Tout cela fe renferme
prefque dans la refolution dú
7. de Fevrier , par laquelle la Chambre
baffe, contre tout droit & raiſon,
contre l'avis des plus fages deputez,
contre les Actes des Parlemens, contre
les deeifions des Tribunaux , &
enfin contre leur confcience & contre
la verité , dont ils êtoient tous
perfuadez dans le fond de l'ame , declara
que le Trône êtoit vacant. Mi-
Lij
244 V. P. des Affaires
ford Preſton prefenta enfuite une lettre
du Roy à la Chambre des Communes,
mais il fut refolu qu'elle feroit
fuprimée, & qu'o ne l'ouvriroit point
quoi que cette Chambre d'euft non
feulement la lire,mais encore le memoire
que le Roy avoit laiffé ſur ſa
table en fortant de Rochefter, & qui
contenoit les raifons qui le portoient
à fortir du Royaume , auffi bien que
la Lettre que Sa Majesté Britanique
avoit écrite aux Seigneurs , & autres
de fon Confeil, depuis qu'Elle avoit
été obligée de fe retirer en France.
Ces deux Lettres êtoient imprimées
en Anglois , & le Roi les avoit fair
répandre dans toute l'Angleterre, de
forte que la jaftice vouloit que ces
trois Pieces- la fuffent leuës avant que
l'on décidât fi le Trône étoit vacant
ou non . On y auroit trouvé un nombre
infini de raifons toutes à l'avantage
du Roi , qu'il auroit été difficile
de combattre, mais comme le deffein
êtoit formé de donner la Couronne
au Prince d'Orange , on étoit bien
du
Temps.
245
aife d'ignorer que le Roi euft de bonnes
raifons pour faire voir que le
Trone n'étoit point vacant , parce
qu'on vouloit abfolument qu'il le
fut , & qu'on auroit été faché d'avoir
des lumieres claires la- deffus .
Ainfi le Roi ne put jouir de l'avantage
qu'on auroit été obligé d'accorder
au dernier & au plus miferable de fes
Sujets , & qu'il auroit été en droit
de fe faire accorder de force en demandant
que l'on obfervât les Loix.
Ce Monarque fut jugé fans que l'on
euft voulu voir ce qui pouvoit fervir
à fa juftification , ni lire aucune des
Pieces de fon Procez , & on lui fit un
-crime de s'étre retiré de fes Etats ,
lors que toute la Nation de luy
devoit faire des remerciemens extraordinaires
, d'une bonté fi
grande , fi furprenante , & fi nouvelle
que peut - eftre toutes
les Hiftoires n'en pourroient fournir
d'exemples. Le Roy pou .
voit fe conferver la Couronne
empefcher fes ennemis de defcendre
en fes Eftats, punir les Traiftres ,
•
>
Liij
246 V. P. des Affaires
regner avec un abſolu pouvoir , &
triompher de tous ceux qui lui manquoient
de fidelité . Il n'avoit pour
cela qu'à accepter le fecours qu'on lui
offroit. Ce fecours êtoit fi fort, qu'on
n'auroit feulement ofé former le deffein
d'aprocher de l'Angleterre, bien
loin de fonger à y faire une defcente.
Cependant ce Monarque a refuſé un
moyen fi fueur de demeurer maître
de tous fes Sujets: il s'eft affeuré entierement
fur leur zele & fur leur fidelité
, & n'a pas voulu les mettre
dans des alarmes qui auroient pû les
remplir d'inquietudes : il n'a cherché
qu'à leur faire voir qu'il êroit bien éloigné
d'avoir la pensée d'établir fon
regne fur le pouvoir arbitraire dont
on lui impute fauffement qu'il a vou
lu fe fervir , puifque s'il avoit confenti
a recevoir le fecours dont je
vous ai parlé , il auroit été en état
d'impoſer à fes fujets telles loix qu'il
lui auroit plu , mais pour montrer
qu'il ne veut rien innover , & qu'il
prend en eux une entiere confiance,
ils'y abandonne tellement , qu'il eft
du
Temps.
247
contraint de fortir de Londres , &
qu'on a la hardieffe de l'éveiller à
minuit , pour lui en fignifier l'ordre.
Il fe voit enfuite conduit en prifon
par les Troupes de fon Ennemy , &
par ce qu'il s'eft échapé de cette prifon
où il auroit pû mettre les autres ,
fi fon extrême bonté ne l'ût empéché
d'entrer dans des défiances qui pouvoient
alors lui être permifes , on le
trouve criminel de s'être retiré d'Angleterre
; on declare le Trône vacant
& l'on couronne le Prince d'Orange.
Quand la confiance qu'il avoit au zęle
& à l'amour de fes peuples , ne lui
auroit pas donné un iufte fujet d'attendre
d'eux des fecours capables de
le mettre à couvert de tout ce qui loi
eft arrivé , on n'a jamais fait un crime
à un prifonnier de s'être échapé
de la prifon. Le plus coupable ne s'eft
point encore vu condamner pour avoir
cherché fa liberté.Tous les hom .
mes êtant nez libres ont de la peine
à s'accommoder de l'efclavage , & le
Roi d'Angleterre le devoit moins
foufftir qu'un autre , puifque rien.
Lij
248
V. P. des affaires
puifque rien n'êtoit plus injufte que
fa captivité, & qu'il étoit prifonnier
de ceux qui lui devoient toute forte
de refpect & d'obeiffance , qui n'avoient
aucun fujet de fe plaindre de
lui , & qui estoient engagez par les
droits du fang & de l'alliace à le défendre
, s'ils l'euffent veu attaqué.
Cependant ce genereux Monarque ,
ce Prince innocent , ce Roy qui à témoigné
tant de bonté pour les Sujets
, eft condamné par ceux mêmes
en qui il a pris une confiance que la
pofterité ne pourra croire & ces mêmes
Sujets , ces mêmes Juges font
injuftes jufqu'au point de l'eftimer
criminel , fans vouloir l'entendre , &
ce qui paroit inconcevable , ce font
des Juges éclairez , élevez dans un
pays où tout le monde fçait la Iurifprudence,
où l'on ne parle que des
loix, & où l'on menace inceffamment
de punition ceux qui ne les obfervent
pas . Cependant ces mêmes luges feduits
par l'ennemi de leur legitime
Souverain , & aveuglez par leur paffion
font une injuftice infoutenable
au Tems.
249
aux yeux de toute la terre , qu; les
tient ouverts , pour examiner leur
conduite, Ils font un crime à leur
Prince de s'être retiré , aprés l'avoir
obligé de fuir , ils condamnent un
prifonniers d'avoir rompu les fers ,&
veulent donner des loix à celui qui
eft en droit de les impofer. Peut- on
nier après toutes ces chofes aufquelles
il eft impoffible de repliquer, que
la plupart des Deputez de la Chanbre
des Communes êtoient gagnez
pour donner un jugement auffi irregulier
& auffi injufte que celuy qu'ils
ont prononcé , & qu'en le donnant
ils n'ont pas veu qu'il ne pouvoit être
foutenu que par la force. Auffi ont
ils crû qu'il le feroit par les troupes
de fon ennemi, par les perfonnes qu'il
avoit fubornées en Angleterre , par
ceux des Seigneurs qui avoient trahi
le Roi , par l'humeur imperieufe &
violente du Prince d'Orange , qui
veut être obei aveuglement , & qui
en ufe d'une maniere à faire tout
craindre à ceux qui ont le courage
de s'opofer à fes volontez de forte
Ly
150 V. P. des Affaires
que pour le garantir du peril dont
on fe voit menacé , on s'abandonne
fouvent à tout ce que la confcience ,
& la raifon devroient empefcher de
faire.
La Chambre des Communes con
tinuant d'agir dans cette affaire contre
les loix,contre la verité & contre
toute forte de vray - femblance , ne
s'eft pas contentée de déclarer le
Trône vacant, mais elle a voulu marquer
que le Roy a abdiqué. Je fçay
bien qu'il auroit falu qu'il cuft abdiqué
pour autorifer ce qu'elle a fait ,
mais il ne s'enfuit pas de là qu'elle
ait pû fe fervir du mot d'abdication.
Tout eft fi formellement contraire à
ce qu'elle a prononcé touchant la vacance
du Trône.qu'elle ne le peut autorifer
par la plus foible aparence de
raifon L'abdicatió fupofe qu'un Prin
ce a fortement refolu de fe démettre
du Trône, qu'il y a mû ement penfé,
& qu'enfuite il en a fait une renonciation
par un acte dans toutes les
formes & qui marque que c'eft de fa
propie volonté qu'il fe demet de la
du
Temps. 151
dignité à laquelle il luy plaift de renoncer,
fans qu'il y foit contraint en
aucune forte. Il n'y a rien dans tour
le procedé du Roy d'Angleterre qui
faffe voir le confentement neceffaire
pour autorifer & pour faire valider
une veritable renonciation : au contraire
tout y eft visiblement oppofé.
Celuy qui abdique quitte volontairement
ce qu'il poffedoit , & le fait
fçavoir ; le Roy d'Angleretre fe retire,&
ne quitte pas : il fait fçavoir à
fes Sujets la violence qui luy a efté
faite il laiffe ; fes raifons par écrit
pour tout fon peuple ; il adreffe une
Lettre à la Convention , aprés en avoir
envoyé une autre aux Seigneurs
& autres de fon Confeil privé , par
laquelle il continuë d'agir , comme
s'il étoit dans le Royaume , puifqu'il
y donne fes ordres à fes Miniftres.
S'il ne les leur donne pas luy- méme,
ce n'eft pas fa faute ; on auroit bien
moins fouffert qu'il les donivaſt , s'il
eftoit demeuré en prifon . Ainfi il
a fait tout ce qu'il a pû & tout ce
qu'il a dû faire dans la fituation où
L vl
252
V.
P.
des
Affaires
fes affaires fe font trouvées . Il a tou
jours agi & donné les ordres en Roy,
pour ne point interrompre fon Regne,&
loin de rien faite qui marquâr
qu'il abdiquoir , il s'eft déclaré de
toutes les manieres qui étoient en
fon pouvoir, pour empêcher qu'on
n'inferât que fa retraite êtoir une abdication
tacite.
Comme il ne fe fairien que dirregulier
dans une affen biće , compofée
de gens feditieux & corropus
& dont chacun fe figure qu'on le
doit récompenfer , on n'en devoit
attendre que des chofes de ce caractere.
Auffi n'ont ils rien fait qui n'en
parût digne. Des Traitres qui ne
cherchoient qu'à ôter la Couronne
à leur Roi, ont esû que voyant le
pouvoir en main , ils devoient l'emploier
pour ordonner qu'on feroit des
remerciemens à ceux qui font coupables
du même crime, & qui ont conf
piré comme eux contre l'Autorité
Souveraine;de forte qu'ils ont arrêté
qu'on remercier oir les Officiers &
les Soldats de l'Armée & de la Flotte,
fe
du
Temps.
253
& en general tous ceux qui ont pris
les armes contre le Roi , & en leur
voulant faire honneur, ils ont abregé
toutes les procedures qu'on auroit
faites un jour contre eux ; pour les
faire voir coupables du crime de haute
trahifos. Quand on voudra les
convaincre, il fuffira de l'acte de la
Convention ordonné pour leur faire
des remerciemens d'avoir trahi leur
Roy , de même qu'il a fuffit pour
faire le Procez aux Juges de Charles
1. de prouver que Cromvel les avoit
chofis pour Juges de ce Monarque.
Il leur fit un honneur que ceux qui
vivoient encore payerent de leur
fang aprés le rétabliffemenr du fou
Roy. Les Officiers qu'on remercie
aujoud'hui , & les luges qui remercient
, doivent craindre qu'il ne leur
arrive la même chofe , à moins que
leur repentir n'éface leur crime , &
qu'ils ne travaillent de bonne heure
à détruire Ufurpateur , qu'ils ont
élevé. C'est à quoy ils devroient
penfer ferieufement au lieu de
s'applaudir entre eux comme ils
,
254 V. P. des Affaires
fond , de ce qui ne peut fervir qu'à
les faire remarquer , & à les rendie
odieux é la pofterité.
Le 12 Fevrier nonobftant toutes
les remontrances des Seigneurs , la
Chambre des Communes s'obstina à
ne vouloir rien relâcher de fon Refultat
du 7.du même mois , dans tout ce
qu'elle avoit decidé contre le Roi , &
pour declarer le Trône vacant ,
Le 14.le fieur Hamden fit fon raport
du Memoire dreffé par un Committé
touchant les raisons que les Commu
nes pretendoient avoir de ne fe
point départir de la refolution du
7. & les Seigneurs.s'y opoferent encore.
.LeLe 15. les Communes conclurent
de nouveau à la pluralité des voix ,
qu'il falloit s'en tenir à ce même Refultat
du 7. fans y rien changer.
Le 16.les Seigneurs fe trouverent
enfin obligez de confentir à tout ce
qu'avoit refolu la Chambre baffe, fans
qu'on y fit aucun changement.
Je n'avance rien touchant tous les
faits que je raporte , particulierement
du Tems. 255
"
à l'égard de ce qui s'eſt paſſéà laConvention
, qui ne foit Imprimé avec
permiffion dans toutes les nouvelles
publiques d'Angleterre & de Hollande.
Ainfi ce que je marque étant véritable
, on ne peut nier qu'il n'y ait
eu de la violence dans tout ce qui a
efté refolu contre le Roy dans la
Chambre des Communes , que l'E
lection du Prince d'Orange ne faft
une chofe premeditée avant fon ouverture
, & que tous les Deputez étant
gagnez, ils ne devoient pas même
écouter les chofes qui pouvoient
juftifier la conduite du Roy. On en
doit êtte entiérement convaincu , puis
qu'ils n'ont point voulu lire les trois
pieces qui parloient de la fortie de
Sa Majesté Britanique hors de fon
Royaume , & qui leur auroient fait
voir trop clairement , qu'il n'y avoit
pas la moindre juftice , ny la moin
dre vrai femblance à declaier le Trône
vacant. Ce font là les moindres
raifons qui font connoître que tout
ce que cette Affemblée a fait contre
le Roy eft infoûtenable , car il
256 V. P. des Affaires
fuffit pour cela qu'elle foit illegiti
me , & illegitimement convoquée,
D'ailleurs il y a des Loix qui portent,
que les Décifionsfont nulles, lors que
l'une des Chambres eft violentée , &
l'on ne peut douter que la Chambre
haute ne l'ait été . Il ne faut qu'examiner
l'obftination de la Chambre
baffe à ne pas vouloir changer un
mor de fon Refultat,aprés en avoir été
priée quatre fois par les Seigneurs
en quatre jours differens . C'eft un
fait qui n'a point befoin de preuves,
& on n'a pour en être convaincu
qu'à jetter les yeux fur le Journal de
tout ce qui s'eft paffé à la Convention.
Un fait fi conftant qu'on ne le
peut contefter , prouve affez que les
Deputez de la Chambre des Communes
n'auroient pas pouffé fi loin
leur injufte fermeté, s'ils n'avoient été
affeurez que tout ce qu'on avoit refolu
qu'ils appuyeroient,feroit foûrenu
par le parry que le Prince d'Orange
avoit dans Londres , & qui étoir
encouragé par plufieurs de fes
Soldats deguifez en Bourgeois , &
du
Temps.
257
qu'enfin s'il avoit falu employer la
derniere violence, ce Prince étoit refolu
de s'en fervir plutôt que de n'être
pas élevé au Trône.
La Chambre des Communes ayant
obtenu tout ce qu'elle ſouhaitoit , &
fe voyant en état d'achever ce qu'elle
avoit entrepris , propofa de couronner
le Prince & la Princeffe d'Orange,
Roy & Reine d'Angleterre.
Comme c'étoit l'endroit d'élicat ,
& où devoit aboutir tout ce qui avoit
été fait , le Prince d'Orange avoit de
nouveau fait agir toute la brigue pour
ce jour- là. On avoit recompenfé les
uns ,achevé de gagner les autres, intimidé
lesfoibles , menacé les plus hardis;
& tandis que l'on offroit de l'argent
& des dignitez à ceux qu'on
jugeoit capables de s'en laiffer ébloüir
, on faifoit voir des prifons
toutes prêtes à s'ouvrir pour les plus
opiniâtres.
Dans le même tems qu'on fit la
propofitionà la Chambre baffe ,la même
chofe fut agitée à la Chambre
> haute. Il avoit manqué trois ou qua258
V. P. des Affaires
les
AL
als
tre voix au Prince d'Orange, prefque t
tontes les fois que les Seigneurs avoiet
mis quelque chofe en déliberatió
en fa faveur. C'eft pourquoi il avoit
eu foin de les gagner dans cette derniere
occafion , afin qu'une affaire
auffi délicate que celle que l'on devoit
agiter , ne fut point balancée & reprife
à plufieurs fois , ce qui auroit pû
tirer les Peuples de leur affoupiffement
pour les interefts de leur veritable
Souverain , & leur faire ouvrir
yeux fur l'injuftice qui lui étoit
faite du moins cela auroit pu avoir
de fort dangereufes fuites , pour l'ambitieux
qui facrifioir tout au defir avide
de regner. Tout fe paffa comme
il fouhaitoit, tant il avoit pris de juftes
mesures, s'il peut être loué par
quelque endroit , c'eft d'en prendre
rarement de fauffes ; mais il faut fe
maintenir aprés qu'on eft parvenu à
un haut
rang. C'est là l'importante
affaire , & il vandroit mieux fouvent.
ne s'être pas élevé élevé , que de tomber
avec honte. On refpecte un homme
tant qu'il joüit du fruit de fes crimes
;
du Tems. 259
quoi qu'on ne l'eftime pas , & on lui
cache les fentimens que l'on a de lui
mais dés qu'il vient à tomber , fes
Amis méme qui êtoient éblouis de fa
fortune , à caufe de l'utilité qu'ils en
tiroient remarquent toute l'énormité
de fes attentats , & rel qui étoit
monté au plus au dégré d'élevation
devient le jouer, la rifé , & l'oprobre
de la plus vile populace.
•
pas ne
Le Prince & la Princeffe d'Orange
aprirent la nouvelle de la dignité qu'-
on leur deferoit comme des perfonnes
qui s'y êtoient attenduës, parce
qu'ils avoient fait tous les
ceffaires pour cela, Aiufi ils ne peuvent
dire qu'ils ont êté forcez d'accepter
la Couronne , puis qu'ils craignoient
tellement qu'elle ne leur échapât
, qu'ils l'accepterent d'abord,
fans faire méme aucun refus affecté
G'eftoit alors que le Prince d'Orange
êtoit en pouvoir de juftifier fon entreprife
; il pouvoit faire connoitre
qu'il n'avoit rien exposé que de veritable,
il pouvoit dire qu'il n'êtoit point
venu pour détrôner le Roy fon Oncle
260
V. P. des
Affaires
& fon Beau Pere , mais pour empêcher
que la Religion Proteftante ne fut opprimée
; queprefentement qu'ilſe v
your en état d'être Arbitre entre fon
Beau-Pere & fes peuples , il vouloit
travailler à les unir ; qu'il falloit que
Le Roy fit pour la Religion , ce que fes
Peuples exigeoient de lxy , & ce qu'il
le coniuroit de leur accorder , en leur
pardonnant en même - tems ce qu'ils avoient
fait contre l'obeiffence qui luy
étoit deue Aprés avoir tout fait regler
par un Parlement libre , il auroit
dû fe retirer pour s'en tenir aux termes
de fon Manifefte , il s'en feroit
retourné fans Couronne , mais avec
les acclamations de toute la terre . On
l'auroit j'ugé digne d'en porter une ,
& peut être n'en auroit- il pas mandans
le moment qu'il
qué,au lieu que
l'a acceptée , il a dû fentir déchirer
fon ame par tout le mal qu'il faifoit
qui s'eft prefenté fans doute à fon
fouvenir : il a dû voir qu'il ſe rendoit
odieux à tout le monde, même à ceux
que la politique oblige de lui faire
bonne mine , & aux Puiffances que
du
Temps.
261
des raifons d'Etat engagent à le reconnoitre
pour Roy , & c'eft ce qui
ne peut fe chacher ,puis qu'il a manqué
à tout ce qu'il à promis dans fon
Manifefte , & à tout ce que la juftice
, le fang , l'alliance , l'honneur &
l'amitié demandent d'un honnête
homme,
Quant à la Princeffe fa femme , il
n'y a perfóne qui ne la trouve encore
plus criminelle que lui, parce que le
Sang l'aprochoit davantage de fon
Pere dont on a toujours connu qu'-
elle rempliroit le Trône avec joie.On
n'a jamais oui dire qu'elle ait fait le
moindre effort pour perfuader au
Prince d'Orange de ne point paffer
en Angleterre. On auroit pû croire,
quand on l'a vûë prier dans les Temples
› que c'étoit autant en faveur
du Roy fon Pere , que du Prince
fon époux , & qu'elle demandoit au
Ciel leur union ; mais aprés la trop
heureuſe defcente du Prince d'Orange
en Angleterre , elle a fait
voir fur fon vifage une tranquillité
qui ne pouvoit être caufée que par
262 V. P. des Affaires
.
l'efperance de porter bien- toft une
Couronne. Elle a receu avec plaifiri
tous les complimens qu'on luy a faits
fur les avantages , remportez fur fon
Pere, & fon coeur a volé, quand il a
efté question de partir pour aller
prendre le titre de Reine. On n'a
point parlé de fes larmes , on n'en a
point vâ couler , & l'on n'a pas même
remarqué qu'elle ait efté agitée
de la moindre inquietude, quoy qu'on
en prenne fouvent par l'idée du crime
dont on eft fur le point de fe
noircir , quelque refolu qu'on foit
de le commettre. Cette Princeffe a
pallé en Angleterre toute remplie de
l'image du Trône : elle n'a vû que le
Trône , & poffedée de l'ambition qui
la devoroit , & qui ne lui permettoit
pas de penfer que ce Trône eftoit
rempli par fon Pere , elle a appris
auffi - tôt aprés fon arrivée , que le
Prince fon Epoux , & elle , eftoient
nommez pour l'occuper , fans reffentir
aucune des émotions qui accompagnent
le crime. C'eftoit dans ce
moment que la nature devoit faire
du Temps.
263
fon effet , & que de juftes remords
devoient lui donner horreur d'ellemême.
Cependant il ne parut pas
qu'elle en fentit , ou s'il y eut quelque
agitation dans fon ame, on peut
dire que ce fut la joye qui la caufa.
Elle doit fonger, lors qu'elle fe voit
au comblé de fes defirs & au faifte
des grandeurs humaines , qu'on lui
fera des honneurs , fans qu'elle foit
honorée de perfonne dans le fond
de l'ames qu'on luy rendra des refpects,
& qu'on n'aura point d'eftime
pour elle ; qu'on la regardera comme
une perfonne élevée dans un
rang ufurpé , & qui ne luy appartient
pas que les honneurs qu'elle
recevra s'adrefferont au Trône , &
non pas
à fa perfonne , & qu'ils feront
arrachez , & non rendus de
bon coeur & de bonne foy par tous
les honneftes gens . Enfin fi du fuprême
degré où cette Princeffe eft élevée
, elle veut defcendre un moment
en elle même , elle connoîtra
ce qu'on penfe d'elle , puis qu'il eſt
impoffible qu'elle fe cache , ce que264
V. P. des Affaires
l'on a fujet d'en penfer. Le refpect
que je dois au Sang dont elle eſt
fortie , m'oblige à n'en rien dire de
plus.
Comme il y a par- tout des gens
de merite & de probité , & que chacun
juge fouvent d'autruy par foymême
, il s'en eft trouvé à Londres
qui ayant examiné le Manifefte du
Prince d'Orange , ont foûtenu , &
quelques - uns ont même gagé qu'il
n'avoit aucun deffein d'ufurper le
Trône. Ils eftoient fondez fur divers
endroits de ce Manifefte , qui appuyoient
leurs raisonnemens. Voicy
le premier.
Pour ce qui eft de nous en particuliers,
nous voulons en toutes chofes ai
der à avancer la Paix & le bien commun
de la Nation , par les moyens
qu'un libre & legitime Parlement aura
determinez,puifque toute noftre entreprise
netend qu'à la confervation de
la Religion Proteftante , à mettre toutes
fortes de perfonnes à couvert de
la perfecution au sujet de leur con-
Leience, & à affermir toute la Nation
dans
du Temps. ~~ 265
dans la libre jouyssance de tous fes
droits & libertez sous un jufte & Lea
gitime Gouvernement. Voilà la fin
que nous nous fommes propofée en prenant
les armes en cette occafion . Pour
2 parvenir , nous tiendrons les forces
quifont fous noftre commandement.
dans la difcipline militaire la plus fevere.
Nous aurons un fain particulier
que Les Peuples des Provinces par où
il nous faudra marcher , ne souffrent
qucune incommodité de leur part , &
auffi toft que l'eftat de la Nation le
permettra , nous prom ttons de renvo
yer toutes ces Troupes Etrangeres que
nous avons amenées avec nous. Nous
efperons donc que tout le monde jugera
favorablement de nous & que l'on
approuvera nôtre procedé ; mais pour
Le fuccés de cette entreprife, nous-nous
en repofonsfur la benediction de Dieu ,
en qui nous mettons noftre entiere &
unique confiance.
Le fecond fe trouve conceu en ces
termes.
Sur cela nous avons trouvé bon de
paffer en Angleterre , & de prendre
M
266 V. P. des Affaires
J
1
avec la benediction de Dieu des for
cesfuffifantes pour nous deffendre de la
violace de ces pernicieux Cofeillers ; &
defirant que notre intentionfoit bien entendue,
nous avons à cette fin fait dreffer
cette Déclaration , où de la même
maniere que nous avons rendu un
compte veritable des raisons qui nous
portent à cette entreprise, nous avons
jugé à propos de faire connoître que
cette expedition n'eft à aucunefin que
pour avoir le plutôt quefairefe pourra
un libre & legitime Parlement Affemblé.
1
On lit ces paroles dans un autre
endroit.
Suivant donc les conftitutions du
Gouvernement d'Angleterre & toutes
les vieilles coûtumes, toute élection de
Parlementfe doit faire dans une pleine
Liberté ,fans aucune contrainte, &fans
qu'ilfoit permis de requerir ceux qui
ont droit d'élire pour les porter à dire
ceux qu'on leur recommande. Ceux
mêmes quifont librement Elus doivent
opiner en toute liberté fur toutes les
du Temps.
267
matieres qui leur font propofées ayant
toujours devant les yeux le bien conmun
de la nation , & fuivant en toutes
affaires les mouvemens deleur conf
cience..itun
fuit.
!!
Un autre article porte ce qui
·Les efforts que nous voulos faire pour
La delivrance d'un Royaume oppresse
nous perfuadent qu'ils ne feront pasfeu.
lement en bonne part; mais qu'ilsferont
accopagnez d'une ioye & d'une aprobation
univerſelle,& même du fecours de
toute la Nation, Que ceux qui ont été
Les inftrumens pour introduire l'esclavage
dans ce Royaume feront connoitre
le repentir qu'ils ont de ce qu'ils ont
fait , par la grande diligence qu'ils apporteront
à leur delivrance , & que
ceux qui ne nous affifteront pas de la
manierre qu'ils y font obligez à l'ea
gard de Dieu & de l'amour de la
patric, porteront avec juftice la pei
ne detousles maux qui pourront s'en
fuivre , pour ne s'être pas acquitez, de
loar devoir. さい
Tous ces Articles tirez fepare
Mij
268
V. P. des Affaires
ment du Manifefte du Prince d'O
range imprimé & répandu par tou
te l'Europe , faifoient croire à ces
perfonnes de trop bonne foy , que
ce Prince s'en tiendroit au pied de la
lettre à ce qu'il auroit par fa Declaration
; mais on leur fit voir que
tout cela eftoit captieux & n'avoit
pour but que de furprendre les peuples.
Après avoir long-temps refifté
, ils auoüerent enfin que ces ar、
ticles pouvoient paroitre fufpects, &
que l'on auroit fujet de ne s'y pas
affeurer , fi l'Addition à ce Manifefte
ne levoit pas tous les doutes que
l'on pouvoit avoir là deffus , & ne
faifoit voir, par une explication tresnette
, la verité & la fincerité des
fentimens du Prince d'Orange .Voicy
cette Addition .
Aprés avoir fait dreſſer & imprimer
noftre Declaration , nous avons
entendu que les extirpateurs de la
Religion les infracteurs des Loix
de ces Royaumes , fur ce qu'ils ont our
dire de nos preparatifs pour fecourir le
Peuple contre eux , ont commencé de
du
Temps-
269
retrancher une partie de leur pouvoir
arbitraire & defparique , qu'ils s'éroient
attribué & qu'ils ont revoqué
quelques- uns de leurs injuftes Arreſts,
& Declarations ; que le fentiment de
leur crime & le peu d'affurance qu'ils
prennent en leurs forces les ont portez
a prefenter à la Ville de Londres une
apparence de foulagement par la fufpenfion
de leurs oppreffions violentes ,
efperant par là mettre le Peuple en repos
le détourner de la demande d'un
rétabliffement affuré de leur Religion
de leurs Loix par le fecours de nos
armes ; Qu'ils ont auffi fait courir le
bruit que nous-nous proposons d'envahir
cer Eftat , & de reduire la Nation
à la fervitude , furquoy nous avonsjugé
à propos d'ajouter ce peu de
mots à noftre precedente Declaration.
Nous fommes perfuadez que perfonne
ne peut avoir des penfees affez defavantageuses
de nous pour s'imaginer
que nous avons aucune autre veyë
dans cette entrepriſe que d'affermir la
Religion, & les libertez & les proprietez
des Sujets fur des fondemens fifos
Mij
270 V. P. des Affaires
.
folides & fi inebralables , que la Nation
ne puiffejamais plus à l'avenir être en
danger de retomber dans les mêmes
malheurs où elle eft ; & comme les
forces que nous avons amenées, avec
nous font entierement disproportionnées
aux noirs deffeins qu'on nous impute
de vouloir conquerir la Nation ;fi
nous étions capables d'une telle pensée ,
il fuffiroit de repondre pour nous purger
de cette calomnie , que le grand
nombre de perſonnes de la principale
Nobleffe quifont tous de qualité & de
condition éminente, ne le fouffriroient
pas , car leur integrité & leur zele
pour la Religion & pour le gouvernement
d'Angleterre font fort connus
anffi bien que lafidelité inebralable de
leur part pour la Couronne , dont une
·partie nous accompagne dans certe expedition
, & l'autre nous a fort folicitez
de l'entreprendre: car il n'eft pas
vraisemblable que ceux qui nous ont
folicitez ni que ceux qui font venus
pour nous aider vouluſſent entrer dans
une fi criminelle entreprife , & remporter
pourfruit de leur Conquête la
du
Temps:
271
perte
de leurs
de leurs propres & legitimes titres
qui concernent leur honneur, leurs
biens & leurs interefts.
1
>
2
Le premier article de cette Addition
auquel ils n'avoient pas fait de
reflexion , fit d'abord condamner le
Prince d'Orange , & découvrir fes
ambitieux projets . On voyoit par là
que bien loin d'eftre content de ce
qu'on avoit fait tout ce qu'il avoit
paru fouhaiter , il cherchoit des raifons
pour n'eftre pas fatisfait , ou
plûtôt qu'il cherchoit querelle, pour
avoir lieu d'ufurper la Couronne , &
cela parut de mauvaiſe foy puis
qu'ayant obtenu ce qu'il demandoit ,
il ne s'agiffoit plus que de trouver
les moyens de le rendre ferme &
ftable, & de former une bonne union
entre le Peuple & le Roy , ce qui étoit
d'autant plus facile que Sa Majefté
y donnoit les mains , & avoit
marqué qu'Elle vouloit bien traiter
avec le Prince d'Orange. Ceux
qui avoient crû de la bonne foy
dans le procedé de ce Prince ,
& qui le deffendoient , furent
"
M iiij
272 V. P. des Affaires
contraints de fe retrancher fur le
dernier article de l'Addition , & de dire
que le Prince d'Orange ne s'éteit
pas fait bien entendre dans les autres.
Ce dernier juftifioit tout, parce
qu'il s'y expliquoit avec une netteté
qui ne pouvoit donner lieu à de doubles
interprétations . Ils difoient qu'il
marquoit dans cet article qu'il étoit
perfuadé que perfonne ne pouvoit avoir
de penfees affez defavantageufes de lui,
pour s'imaginer qu'il eût aucune autre
vene dansfon entreprise que d'affermir
la Religion, les libertez & lesproprietés
de la Nation Angloife.
Que les Troupes qu'il avoit amenées
étoient entierement disproportionnées
aux noirs deffeins qu'on luy imputoit
de vouloir conquerir la Nation.
Que s'il étoit capable d'une telle pen
fée , il fuffiroit qu'il répondit, pourſe
purger de cette calomnie, que le grand
nombre des perfonnes de la principale
Nobleffe qui étoient tous de qualité &
de conditions éminentes , ne le fouffriroit
pas leur integrité & leur zele pour
la Religion & pour l'établiſſement de
du
Temps. 273
l'Angleterre étant fort connus auſſi
que leur fidelité inébranlable pour bien
La Couronne.
Qu'il n'étoit pas vray - Semblable
que ceux qui l'avoient follicité, ny que
ceux qui étoient venus pour l'aider,
vouluffent entrer dans une fi criminelle
entrepriſe , & remporter pour
fruit de leurs conquétes la perie de
leurs propres & legitimes titres , qui
concernoient leur honneur , leurs biens
& leurs interefts.
C'est ainsi que par ce dernier article
, le Prince d'Orange a fait le
procés aux Députez qui l'ont mis
au Trône, puis qu'il a marqué par avance
que ceux qui entreroient dans
la criminelle entrepriſe qui le feroit
Roy , perdroient leur honneur . Ils
l'ont fait aveuglement , & il ne fe
peut qu'il ne les trouve coupables ,
dans le temps qu'il fe croit feul juftifié
pretendant que la Couronne efface
les plus grands crimes , & que quiconque
a droit de s'abfoudre foyméme
, n'eft plus criminel dés qu'il
commence regner.
M
274 V. P. des Affaires
Ceux qui fe perfuadoient que lè
Prince d'Orange executeroit le con→
tenu de fon Manifefte fans paffer ou
tre , & les autres qui foûtenoient
que fon Manifefte étoit pour furprendre
les Peuples , & qu'il n'avoit que
la Royauté pour but , ne fe pouvant
accorder, s'en remirent à l'évenement
qui vient de faire voir que ce Prince
a manqué directement aux paroles
pofitives de fon manifefte qui marquent
qu'il n'a pas les noirs deffeins
qu'on lui impute d'en vouloir à la Couronne.
Ceux qui avoient balancé à
croire qu'il fongeât au Trône , commencerent
à n'en plus douter , lors
qu'ils virent qu'au lieu de noüer des
Conferences avec les Deputez qui
l'étoient venus trouver de la part
Rov , il avoit fait dire à Sa Majeſté
qu'Elle cuft à fortir de Londres , &
Favoit fait conduire par fes Gardes
comme on fait un Prifonnier. Quoy
qu'on ne luy donnât pas ce nom ,
ce Monarque ne laiffoit pas de l'étre,
puis qu'on le faifoit garder . Side
Prince d'Orange cuft eudeffein de
du
du Tems. 275
tenir parole , il euft affeuré le Roy à
mefure qu'il s'approchoit de ce Prince,
qu'il ne venoit pas pour le détrô
ner, mais au contraire , à chaque pas
qu'il a fait il a declaré de plus en plus
les deffeins qu'il avoit formez de fe
faire Roy, & il a fait voir en accep
tant la Couronne , que la Religion
n'avoit fervi que de pretexte à fon
-
2
ambition demefurée. Comme on s'en
eft apperçu avant que de l'élever à
la dignité Royale , fi ceux qui l'ont
élu n'avoient pas été gagnez ,ils n'ayroient
pas choifi pour Roy, un homme
qui ne pouvoit avoir de Religion
que dans fes écrits , puis que quiconque
fe refout à la faire fervir de
pretexte pour commettre un crime ,
pour trahir fon honneur , fon devoir
, & les droits de la nature , &
- pour s'emparer du bien d'autrui, n'en
fçauroit avoir beaucoup. Il eft dangereux,
d'être gouverné par un tel
Prince , & celui qui facrifie ſon Oncle
& fon Beau - pere au defir de regner,
n'épargnera pas des Peuples qu'il
ne regardera que comme des Sujets
M vj
276 V. P. des Affaires
revoltez,& en qui il aura bien moins
lieu de fe fier, que s'il regnoit legiti
mement ſur eux , mais les bons fouffriront
pour les méchans , ou du
moins à caufe des méchans , & tout
cela , par les brigues dont ce Prince
s'eft fervi pour faire élire les Députez
qui étoient à fa devorion.Les paroles
fuivantes fe trouvent dans fon
Manifefte en parlant du Parlement
qui devoir étre convoqué par le Roy.
Dans l'état prefent des chofes , le
"Peuple d'Angleterre ne doit pas s'attendre
au remede d'un Parlement libresny
legitimement convoquény élu 5
mais il peut voir convoquer un Parlement
où les fraudes & les violences
•feront les élections.
>
Ce qu'il a dit du Parlement que le
Roy devoit convoquer , fe rapporte
jufte à la Convention qu'il a luyméme
fait affembler & il ne croyoit
pas quand il a fait imprimer cét
article , qu'il y conviendroit fi bien.
Je vous ay déja fait voir que les Députez
que le Prince d'Orange a trouvé
moyen de faire élire , font tons
du
Temps.
277
Proteftans. Cela a caufé un peu
d'embarras dans l'efprit de ceux qui
ont leu les autres parties de cette
Hiſtoire , & leur a fait dire , que je
confondois les Religions. Ainfi jay
crú a propos de donner ici un é
clairciffement , qui ne fera pas hors
de faiſon, & qui pourra ne déplaire
pas. Toutes les Religions d'Angle
terre, hors la Catholique , font nommées
Proteftantes , à caufe qu'elles
proteftent contre plufieurs chofes
qui regardent la Catholique ,de forte
que la Religion Anglicane eft Prote
ftante auffi bien que la Calvinifte.
Cependant il y a plus de difference
de la Calvinifte à l'Anglicane , que
de l'Anglicane à la Catholique. Les
Calviniftes font appellez en Angleterre
Puritains , Presbyteriens , &
Non- Conformiftes , & les Loix établies
contre ces derniers ont efté
faites comme regardant des gens
dont la croyance n'eft pas conforme
à celle d'Angleterre
. Cela fait que
quand on lit dans les Declarations
des Rois & dans les Actes des
278
V. P. des Affaires
Parlemens, qu'ils protegeront la Re
ligion Proteftante, on doit feulement
entendre la Religion Anglicane , la
Calvinifte n'ayant été tolerée en Angleterre
que comme la Catholique.
Auffi y a telle fort fouvent fouf.
fert des avanies ; elle y eft fujette
aux Loix , & celles qui font contre
les Non-Conformistes , ont été
faites principalement contre elle. Le
ferment du Teft que je vous ay donné
dans cette Hiftoire , y eft pareillement
oppofé , & quand un Calvinifte
le prefte , il fait une chofe dire-
&tement contraire à la Religion qu'il
profeffe, de maniere qu'on peut dire
qu'il n'en a aucune. La Religion Anglicane
& la Calvinifte , qui ont
toutes deux le nom de Proteftantes
s'uniffent fouvent contre les
Catholiques , quoy qu'elles foient
beaucoup oppofées , & elles fe font
enfuite la guerre quand elles n'ont
point de Catholiques à poursuivre.
La raison qu'elles ont de s'unir
contre eux malgré leur haine , c'eſt
que la Religion Catholique étant
du Tems. 279
plus étendue , plus puiffante , plus
autorisée , & enfin le feule qui ait
regné depuis les Apôtres , ceux qui
font des deux autres Religions apprehendent
qu'elle ne les force de
ceder aux lumieres des veritez qu'elle
reconnoift. Ce que je vous dis
vous doit faire voir que quand je
parle de la Religion Anglicane , c'est
de la Religion Proteftante d'Angleterre,
& que quand je ne nomme que
les Proteftans fans y rien ajoûter. Je
parle des Calviniftes . C'eft avec une
Armée de ces derniers que le Prince
d'Orange eft entré en Angleterre.
Plufieurs Refugiez de la même Religion,
qui y avoient paffé avant lui,
s'y font joints ; les Anglois Calviniftes
ont groffi le même parti , & le
Prince d'Orange a eu le pouvoir par
fes prieres , par fes menaces , & par
fes largeffes , d'engager la plupart des
Villes & de Communautez d'Angleterre
, à nommer des Deputez prefque
tous Calviniftes , pour la Convention
qui s'eft affemblée . Jugez fa
ayant été élu par cux, fi leur devant la
280 V. P. des Affaires
Couronne , & fi n'ayant amené que
des Troupes Proteftates ilne travaillera
pas un jour, fappofé qu'il puiffe
affermir fon autorité, à bannir d'Angleterre
toute autre Religion que la
Calvinifte, & fi la Religion Anglicane
, & les Evefques que les Calvini+
ftes ne peuveut fouffrir , n'ont pas
fujet de l'apprehender.
Depuis le Refultat de la Chambre
des Communes du 7. de Février,par
lequel on declara le rône vacant
jufqu'au 17. du méme mois que le
Prince d'Orange fut nominé Roy,
dix jours s'écoulerent , & il eut tout
ce temps là pour travailler à meriter
l'admiration de toute la terre il la
pouvoit efperer s'il euft voulu faire
voir qu'il eftoit homme de bonne
foi , & s'entenir aux termes de fon
Manifefte. Il pouvoit décider le differend
qui eftoit entre les deux
Chambres , & dire qu'on agitoit une
matiere pour laquelle il n'eftoit point .
defcenda en Angleterre ; qu'on luy faifoit
outrage;que bien loin de confentir
qu'on declarât le Trône vacant , il s'y
du
Temps.
281
oppofoit , & alloit joindre fes forces
aux amis du Roy , fi on s'obftinoit à
déliberer fur une chofe fi injufte , &
qui noirciroit fa gloire , en donnant
fujet de croire à la Pofterité qu'il ne
feroit venu que pour arracher la Conronne
à fon Oncle & fon beau Pere ;
qu'il demandoit feulement qu'on exocutaft
les chofes pour lesquelles il étoit
venu , & qui eftoient marquées
dans fon Manifefte. Il n'auroit pas
eu de peine à venir à bout de tout
pacifier , puifque la Chambre baffe
n'agiffoit que fous fes ordres ; que
la plus grande partie de la haute étoit
pour le Roy , & qu'il diſpoſoit
des voix de ceux qui confentoient
qu'on detronât ce Monarque en fa
faveur, mais au lieu de fe diftinguer
par un fi beau caractere , il ne fait voir
qu'un ambitieux en luy, & laiffe diſparoitre
tout à coup juſqu'à l'apparence
d'honnête homme qu'il avoit
affectée ,n'ayant pas feulement fait un
pas, ni dit un mot , pour fe défendre
par des feints refus . 11 a paru pendant
ces dix jours comme un homme
282 V. P. des Affaires
quia un procez qu'il folicite puif
famment, quoi qu'il foit quelquefois
iniufte, & qu'il en foit même perfuadé.
Les gens de probité qui n'aprouvoient
pas fa conduite , & qui
n'ofoient fe declarer , ou ne le faifoient
que foiblement , connurent des
fes premieres demarches tout ce qu'il
avoit dans l'ame. Quand il crut d'abord
qu'il refteroit affez de Troupes
au Roi , pour le pouvoir défendre
par la force des armes , il voulut fe le
faire livrer par les traitres qui êtoient
de fon parti , & lors qu'il le vit tout
à fait abandonné , & fans nul autre
fecours que celui de fon innocence, il
aprehenda qu'elle ne fur affez forte,
pour le juftifir auprés de fes peuples
& cela lui fit favorifer fon évaſion .
Lorfqu'il a publié dans tous les écrits
qu'il n'en vouloit point à la Couronne
qu'il l'a dit à tous les peuples de
la Ville d'Exeter , & à ceux des environs
aprés fon debarquement , &
qu'il a bû à la fanté de Sa Majefté
il n'a dit & fait toutes ces chofes que
parce qu'il étoit perfuadé que c'étoit
du
Temps. 283
un crime que de détröner un Roy.A
prefent qu'il poffede la Couronne ,
peut-il dire que ce qu'il a crû un cri
me peu de mois auparavant , ceffe
tout- à- coup de l'être , & tout Ufurpateur
qu'il eft , voudroit- il avoüer
qu'on peut detrôner un Souverain
legitime fans l'injuftice la plus condamnable
? Le feul article de la f
fup
pofition du Prince de Galles le devoit
d'abord faire connoiftre pour
tout ce qu'il eft , & par la fauffeté
manifefte de cet article , contre ' laquelle
toute l'Angleterre s'eft declarée,
il êtoit aifé de voir qu'une feinte
hipocrifie fervoit de voile à une
ambition auffi dangereufe que violente.
Quiconque eft trouvé une
fois coupable en un chef , lors qu'il
s'agit de crime , eft difficilement crû
innocent dans un autre. Un premier
perfuade du fecond, fur tout lors que
tous les deux rendent à la même fin ,
ou du moins le premier crime decpuvre
dequoi peut- être capable celui
qui l'ofe commettre. Le plus grand
malheur qui pût arriver à l'Angleter
2 84 V. P. des Affaires
re , ce feroit qu'un Prince qui auroit
tout facrifié pour regner , fut affermi
dans le Trône , puis qu'êtant accoutumé
aux crimes, il en feroit aifément
de nouveaux pour fe maintenir
& que la peur de tomber lui feroit
tôt ou tard ufurper violemment fur
les peuples toute l'autorité dont les
Anglois craignent que leurs Souve
rains ne s'emparent. Ainfi il fe trouvera
qu'on les aura conduits dans
l'esclavage à force de leur faire entendre
le fpecieux nom de liberté.
Comme dans le Refultat de la
Chambre des Communes il eft marqué
que le Roy a 'violé les loix fondamentales
du Royaume, je vais vous
faire voir que ceux qui accufent font
les plus coupables ,il ne faut pour cela
que faire réflexion fur ce qu'on apé
le Loifondamentale , pour faire rougir
de confufion ceux qui ofent im
pofer à Sa Majesté Britaniqué d'as
voir renversé les loix fondamentales
de l'Etat . La premiere de toutes les
loix dans les Roiaumes hereditaires ,
& celle qui pent avec le plus de raię
du
Temps.
285
fon en être apélée la loi fondamen
tale , eft celle qui en regle la fucceffion:
car la tranquilité publique êtant
la fin des Etats , ce qui eft plus pro
pre à la conferver , en doit être regardé
comme le fondement. C'eft ce
qu'il faut mieux établir , & que l'on
doit remuer le moins. Or l'experien
ce de tous des fiécles a fait voir que
sien n'eft plus capable d'affarer la
tranquillité publique dans les Roiau
mes , que de s'attacher inviolablement
aux loix quien reglent la facceffion
. Il n'y a donc point de loy
particuliereà l'Angleterre , qui ne doit
ve ceder à celle là , parce qu'on n'y
peut toucher ; fans expofer le Royaume
à être ruiné par des guerres
fanglantes, n'y en aiant point d'ordi ,
naire de plus cruelles , de plus irreconciliables
, & de moins facile à ac
commoder, que quand un méme païs
eft ravagé par les armes de deux
Chefs qui s'en difent tous deux les
Souverains, & par confequent il n'y
a que des ennemis de leur patrie qui
puifle opofer d'autres loix à celles-ia
286 V. P. des Affaires
Ainfi on
こ
peut dite que le Prince d'O.
range eft ennemi de l'Angleterre , &
qu'il l'expofe aux maux les plus cru
els qu'un Etat puiffe fouffrir , puis
que les Peuples êtant de differens
partis & animez les uns contre les
autres , ils s'arment pour dechirer
Feurs propres entrailles ; que les par
ticuliers combatront leurs concito
yens, & que des Royaumes qui devroient
être unis fous un même
Chef, aflembleront des armées , &
feront rouler des torrens de fang: car
il eft impoffible qu'on n'en repande
beaucoup, avant que le Roi legitime
foit rêtabli, ou que l'ufurpateur s'affermiffe.
Le Prince d'Orange étant
l'auteur de tant de defordres doit être
odieux à l'Angleterre, & regardé cóme
fon plus grand ennemi . Voilà cette
liberté & ce repos qu'il promettoit.
Rien n'eft fi doux que la liberté &
rien ne doit être recherché avec plus
de foin . Cependant il n'y a rien qui
foit fi dangereux que ce mot. C'est
fous les Etendarts qui le portet, qu'un
nombre infinizde guerres civiles
"
:
du
Temps.
187
ont ruiné les plus grands Etats : C'est
par- là que toutes les rebellions ont
commencé , & c'eft fous ce nom fpecieux
que l'ambition s'eft deguifée;
que la cruauté s'eft mife à couvert ;
que la Religion a vû commettre mile
& mille facrileges ; que l'injuftice a
regné; que les impies ont commandé;
que les innocens ont peri;que les Rois
ont été détronez ; que des ufurpateurs
ont rempli leur place pour un
tems; que les Citoyens , out maffacré
les Citoyens , les freres leurs freres
, & que les enfans fe font quelque
fois declarez contre ceux qui les
ont fait naître. Voilà ce que l'on a
cominencé de voir , & ce qu'on verra
en Angleterre. Jugez de quel ceil
ce Royaume , qui outre tous ces mal
heurs s'attire encore l'indignation
de l'Univers , en doit regarder l'auteur
Ie n'ai mis ici qu'une partie de ce
que j'ai à vous dire touchant ce qu'on
impute fauffement au Roi d'Angleterre
d'avoir violé la loi fondamen- .
tale du Royanme , j'en parlerai plus
amplement larfque: j'entrerai dans
2015
A
288 V. P. des Affaires
les raifons qu'on allegue pour faire
voir qu'il l'a violée . Il faut vous en
tretenir auparavant de ce qui s'eft
pallé à la Convention , fur tour en
ce qui regarde ies injuftices que l'on
fait au Roi , les violences du Prind'Orange
, & le renversement des
loix,dans le même tems qu'on n'a declaré
le Trône vacant, & qu'on n'y a
placé ce Prince que pour maintenir
ces loix qu'on pretendoit être vio
lées par Sa Majesté.
ce
Le Prince, &la Princeffe d'Oran
ge ayant été declarez Roi & Keine
d'Angleterre , il s'agiffoit de voir
quelles fortes de fermens on leur prêteroit.
On en vouloit dreffer de
nouveaux; & comme on avoit déja
commencé à violer la loi fondamen-.
tale de la fucceffion hereditaire > on
ne fe faifoit pas un fcrupule d'enfreindre
toutes celles qu'on trouveroit
à propos de changer. Ainfi on
commença à travailler à la fupreffion
des Loix que les Proteftans confideroient
comme fondamentales , &c
qui impofoient à tous les particuliers
une
du Tems. 289
8
une étroite obligation de préter deux
fermens , l'un de fidelité , & l'autre
de fupremacie. Le premier avoit été
reduit en la forme qu'il eft aujourd'hui
par le Roi Jacques I. & l'autre
avoit été êtably par Henri VIII.pour
declarer que les Rois d'Angleterre
font auprés de Dieu les feuls Chefs
de l'Eglife Anglicane. Ces deux fermens
que l'on vient de fuprimer ,
parce qu'on a refolu une Convention
qui ne peut avoir l'autorité d'un Parlement
quand même elle feroit legitimemét
convoquée,avoient été cófirmez
par un tres grand nombre d'Ao
tes des Parlemens , & un des fujets de
plainte des Proteftans fous le regne
du Prince qui eft aujourd'hui veritable
Roi d'Angleterre, a été que ca
Monarque en avoit difpenfé les Catholiques
. Cependant la Convention
a arrêté que ces deux fermés feroient
fuprimez , & elle en a dreffé deux
nouveaux. Ainfi elle a aboli de fon
autorité celui de fupremacie qui a
couté tant de fang à eftablir , ceux
qui ne le vouloient pas prefter me-
N
290 V. P. des Affaires
ritant la mort, felon l'Evangile d'Angleterre.
Ce fut pour cela que Ficher
Evêque de Rochefter , & Thomas
Morus , grand Chancelier d'Angleterre
, perdirent la vie . Il eft furprenant
qu'une Affemblée illegitime
pretende avoir le pouvoir de faire ce
qu'elle condamne dans fon legitime
Souverain , & dont elle l'accufe injuftement.
On n'abolit le ferment
de fupremacie, que parce que c'eft un
ouvrage de l'Eglife Anglicane , que
les Proteftans Non- conformistes , du
nombre defquels font le Prince d'Orange,
les troupes, & prefque tous les
Deputez de la Chambre qu'il a fair
nómeront deffein de detruire entierement.
On fçait même que l'Evêque de
Londres favorife ce parti, que dans le
coeur il eft de la même Religion , &
qu'il a dit,que s'il ne tenoit qu'à quiter
fon Evêché pour faire qu'il n'y cuſt
plus que des Proteftans Non . Conformiftes
en Angleterre , il s'en démettroit
avec plaifir. On peut dire que
le ferment de fupremacie aboly
la Religion Anglicane ne peut fub-
1
du
Temps.
291
fifter encore long- tems , puis qu'êtant
fans Chef, il eft malaifé que le defordre
ne s'y mette pas. C'ft auffi le
but du Prince d'Orange , qui étant ,
ou voulant paroître Calvinifte, l'e -h .
pargnera beaucoup moins que ne faifoit
le Roi qui eft Catholique, parce
que les Catholiques font ennemis de
la violence & du fang , & que les
Calviniftes fe font toujours fervis de
ces voyes pour s'établir . Voici les
deux nouveaux fermens qu'on a fait
prêter.
Te prometsfincerement ,&jejure que
j'obeïraifidelement à leurs Majeſtez le
Roi Guillaume & la Reine Marie : ainfi
Dieu nousfait en aide.
Le jure que j'aborre , detefte & rea
nonce de tout mon coeur à cette impiété
heretique & damnable Doctrine qui
enfeigne,que les Princes excommuniez
& depouillez par le Pape, ou toute autre
autorité , qui dérive du Siege de
Rome , peuvent être depofez & mis à
mort par leursfujets , &je declare auffi
qu'aucun Prince Etranger , perfonne,
Prelat, Etat ni Potentat , n'a ni ne :
Nij
292
V. P des Affaires
doit avoir aucune Iurifaiction , Superiorité,
preéminance ou Autorité Ecclefiaftique,
nitemporelle dans ce Roiaume.
Il y a autant de nullité dans ce ferment
que dans l'Ection du Prince
d'Orange , & il femble qu'il ne foir
dreffé que pour noircir le Saint Sicge.
Cela ne fauroit avoir un autre
but ,puis qu'autrement il feroit inutile
de fupofer une chofe, & de jurer enfuite
de ne la pas croire . Après avoir
declaré le Trône vacant , & l'avoir
r.impli, on s'avifa de travailler à chercher
des raifons qui autorifaffent ce
qu'on avoit fait, afin de les publier
de même que fi aprés avoir fait mourir
un homme on s'attachoit à chercher
quel crime on lui fupoferoit
pour lui faire fon procés . Ainfi la
procedure fut auffi irreguliere que
celle qu'on avoit tenue lors qu'on a
voit declaré le Trône vacant. Les
Communes voulant donner des raifons
>
pour marquer que le mot de
deferté n'exprimoit pas affez pleinement
leurs intentions , dirent qu'il
n'avoit pas plus de force que celui d'a.
du
Temps-
293
bandonner, qui repond au mot de fe
retirer, mais que celui d'abdiquer ſignifioit
un renoncemét.Il n'y a peutêtre
jamais rie eu de fi extraordinaire
ni de fi digne qu'on y faffe reflexion .
Trois ou quatre cens perfonnes déliberent,
& n'ayant que le mot de Loix
& de juftice à la bouche pretendent
n'être affemblées que pour les faire
obferver, & leur aveuglement eft tel, -
qu'ils ne s'aperçoivent pas , que la
partialité qui les emporte pour le
Prince d'Orange , leur fait faire la plus
groffiere injuftice, en forte que la maniere
dont ils agiffent pour la commettre,
doit aprêter à rire à toute la
terre. Il eft queftion d'examiner fi le
Roi a abdiqué, deferté, abandonné, ou
s'il s'eft retiré. Il faut pour cela pefer
avec attention toutes les raifons qui
peuvent être pour ce Monarque , ainfi
que toutes celles qui peuvent être
contre ; il faut voir le fond du fait, &
les circonstances qui le changent
bien fouvent , & examiner enfin la
chofe dont il s'agit , fans , quoy on
3
Nij
294 V. P. des affaires
n'en peut , & on n'en doit pas juger
; mais comme s'il n'étoit d'aucune
importance d'en chercher la verité
afin de s'y conformer , on a la
hardieffe de laiffer le fait, & de chercher
feulement le terme dont on le
doit appeller. Chacun conſulte la paſfion
qui le guide , & tous ont l'aveuglement
non feulement de le faire
voir , mais de dire publiquement &
de marquer même par écrit , qu'ils
n'ont cherché autre chofe qu'à exprimer
pleinement leur intention , comme
s'il n'avoit deu s'agir que de leur
intention , & non de la verité , que
inême les plus méchans Juges déguifent
ordinairement , aprés avoir
fait connoiftre qu'ils l'ont cherchée ;
mais il femble que Dieu ait permis
que par un aveuglement extraordinaire
, cette Convention ait fait voir,
qu'elle n'a ni cherché la verité, ni trab
vaillé à la chercher , & qu'elle s'eft
feulement mife en peine de trouver
les termes qui pourroient pleinement
remplir l'ardent defir qu'elle avoit d'élever
promtement au Trône le Prince
du
Temps. 295
d'Orange , pour les raifons que j'ai
marquées en plufieurs endroits.Le refultat
que ces Communes firent de le
déclarer vacant , ne paffa pas tout
d'une voix , & plufieurs Seigneurs
dont voici les noms s'y oppoferent.
Le Duc de Sommerfet .
Le Duc de Grafton,
Le Duc de Northumberland.
Le Comte d'Exeter.
Le Comte de Carsdale.
Le Comte de Clarendon.
Le Comte d'Aylisbury.
Le Comte de Nottingham.
Le Comte de Lichfield.
Le Comte de Rochefter.
Le Comte de Feversham.
Le Comte de Craven .
Le Lord Mainard.
Le Lord Scriers .
Le Lord Darmouth.
Le Lord Griffin .
L'Archevêque de Cantorbery fit
fa proteftation par écrit , déclarant
qu'il s'oppofoit comme premier
Pair du Royaume , à une refolution
contraire à toutes les Loix, à la Re-
Nij
296
V. P. des
Affaires
ligion Anglicane , & au bien public.
L'Archevefque d'Yorck fit fa proteftation
en perfonne , ainfi
Evêques de
Lincoln.
Rochefter.
Norvvich .
Ely.
Chichester.
Bath & de Vvels.
Bristol.
Poterborough.
S. David .
Glocefter.
Landaff.
que les
La Proteftation de tous ces Arche
vefques , Evefques , & grands Seigneurs
du Royaume, n'empêcha pas
qu'on n'achevât ce qu'on s'étoit trop
fortement engagé de faire , & aprés
beaucoup de conteftations & de
changemens , on preſenta la Declara
tion qui fuit au Prince d'Orange.
D'autant que lacques II. cy devant
Roy a rénoncé au Trône en s'éforçant
de détruire le Gouvernement de ce
Royaume contre les Loix quiy regnent,
du
Temps.
297
&y font receuës, & que S. A. M. le
Prince d'Orange, en vertu de l'Antorité
qui lui a été mife entre les mains.
a fait élire des Deputez pour affister à
la prefente Convention , la Chambre
protefte qu'elle s'attache à la Declaration
de ce Prince , & confent que leurs
Alteffes Royales M. & Madame la
Princeffe d'Orange , foient declarez
Ro & Reine d'Angleterre ,pendat leur
vie, & qu'en cas que la Princeffe d'O .
range meure fans enfans , la Couronne
apartiendra à Madame la Princeffe
Anne de Danemark & à f: s enfans , &
aprés eux à ceux du Prince d'Orange
en cas qu'il ait des Enfans d'une autre
Reine, quele Prince aura l'adminiſtration
des Affairesfa vie durant , &
enfin comme, elle eft perfuadée que M.
le Prince achevera la delivrance qu'il
a fi beureusement commencée , elle confent
que L.A. M.& Madame la Princeffe
d'Orange foient elevez fur le
Trône de cette Nati n.
Parce que le precedent Roi lâques
II.par l'affiftance de plusieurs mechans
O V
298 V. P. des Affaires
Confeillers,Juges & Miniftres par lui
employez, a taché de subvertir & exterminer
la Religion Proteftante, les
loix & libertez de ces Royaumes.
En s'attribuant le pouvoir de difpenfer
des loix, de les fufpendre , &
d'en faire fans le confentement du
Parlement.
En mettant plufieurs perfonnes &
dignes Prélats en prifon , pour avoir
fait & prefenté des requêtes contre la
fufdite maniere de difpenfer des loix.
Pour avoir donné des Commiſſions fur
Le grand Sceau, afin d'ériger une Cour
apélée Cour de Commiffionnaires pour
le fait Ecclefiaftique.
Avoir levé les deniers pour l'usage
de la Couronne fous pretexte d'une
prérogative d'autre tems & d'une maniere
contraire aux loix établies par le
Parlement.
Avoir levé & maintenu une armée
dans ce Royaume en tems de paixfans
le confentement du Parlement , & avoirdonné
des quartiers aux Soldats con ..
traires aux loix..
Avoir defarmé beaucoup de bon Su
STHENGE
AVILLE
du
Temps.
299
jets Proteftans au même tems
Papiftes étoient armez & employez
contre les loix.
Avoir violé les libertez pour
Pélection
des membres pour le Parlement .
Avoir procedé dans la Cour du Banc
du Roien des matieres qui êtoientfeulement
connoiffables au Parlement .
Avoir pris des perfonnes pour être
Iurez , qui n'avoient pas les qualitez
requifes.
Avoir demandé des cautions exceffives
pour des criminels .
ves,
Avoir impofé des amandes exceffi-
Avoir fait plufieurs donnations des
biens desperfonnes avant qu'elles aient
été convaincuës .
Toutes lefquelles chofes font directement
contre les loix de ces Royaumes,
& comme ledit Roi Iacques II, a
abdiqué le Gouvernement, & que le
Tronne eft ainfi demeuré vacant, Nous
prions vos Alteffes de prendre ledit
Gouvernement, & d'accepter la Conronne
de ces Royaumes aux conditions
fuivantes.
N vj
300 V. P. des Affaires
1.Que le prétendu pouvoir de dif- enfer
des loix,ou d'enfafpendre l'execution
en vertu des prerogatives Royales
fera mis à bas; & que cela n'aura lie u
que du confentement du Parlement. 1
2. Que c'est le drois naturel des Sujets
de prefenter des Requêtes à leur Roi,&
que cela fera declarè tel.
3. Que lever une armée , & la tenir
fur pied dans le Royaume pendant
la paix , c'est une chofe contraire aux
loix fans le confentement du Parlelement.
4. Qu'on fournira inceffamment des
armes aux Proteftans fes Sujets pour
leur commune défence , en cas de befoin.
5.Que lesProteftans s'affemblerontfrequemment,
& qu'on prendra des mefures
pour assurer leur creance , lesquel
les ne pourront eftre interrompuës , jafqu'à
ce que les affaires qui font à expedierfoient
finies.
6. Qu'il nefera pas permis de folliciter
le pardon d'aucunes perfonnes accufees
par le Parlement.
7. Qu'on ait a mettre les peuples Vil
du
Temps.
301
les , Bourgs & Communautez à couvert
des Lettres de cachet & autres Ordonnances
pariculieres , qui émanent
de l'autorité Royale.
8. Qu'aucun Prince on Princeffe du
Sang ne pourra jamais épouser de Papifte.
&
9. On prendra des mesures efficaces
pour la liberté des Proteftans dans l'exercice
de leur Religion , pour les
unir dans les matieres qui regardent la
difcipline.
10. Que toutes perfonnes criminelles
ne pourront être condamnés à des amendes
exceffives , & à des peines &
·punitions autres que celles ordonnées
par les loix.
11.Que le Tribunal apélé le banc du
Roi,ne pourra plus proceder par information.
12.Qu'il fera inceffamment pourvû à
des moyens efficaces, pour empêcher la
venalité des Charges
13.Quel'abus quefor ffre le peuple par
la maniere rude avec laquelle les droits
& impofitionsfe levent ,fera inceffam
ment redreffes
302 V. P. des Affaires
Pour commencer à vous entretenir
fur ces articles , par les griefs dreffez
contre le Roi , dont la plufpatt
contiennent des chofes notoirement
fauffes , je vous envoye l'extrait de
la Harangue du Chancelier d'Angleterre,
fait au Parlement tenu au mois
de Jain 1678.
La crainte d'un Gouvernement arbitraire
ne peut juftifier ce procedé , ni
le zele de la Religion le fanctifier. La
maxime pour faper le Gouvernement ,
d'alleguer qu'on veut introduire le Papifme
ou la Tirannie eft fifurannée
qu'il y a lieu de s'étonner qu'on veuille
s'enfervir de nouveau . Avons nous
oublié que la Religion & la liberté
n'ont iamais été abfolument ruinées que
lors qu'on s'en eft ferui comme d'un
moyen ou d'un pretexte de fedition ?
Sommes-nous fi peu inftruits par l'hif
toire, que nous ne foyons pas informez..
de ce tems où l'on apeloit Papifme le
Gouvernement Epifcopal , le Gouver- >
nement Monarchique Tirannie :Quand
la proprieté de la Nobleffe & des Gen
tils -hommes étoit regardée comme la
du Tems. 303
tiberté publique, il étoit dangereux de
faire paroitre les fentimens de fon devoir
& de fa dépendance envèrs fon
Souverain. Souffrirons- nous fçachant
toutes ces chofes,que des gens qui n'ont
point de part en nos affaires , puiſſent
efper qu'ils arriveront par nos divifions .
à ces tems malheureux ? Verrons- nous
tous les jours qu'on viole l'Aminiftie en
renouvellant la memoire de nos crimes
paffez par de nouvelles pratiques ?
Si lescraintes & les jalousies ont droit
de troubler les perfonnes prudentes &
fages, ce ne peut- être que lors qu'on
eft en peril de retomber dans des malheurs
dont on eft forti. On ne fauroit
avoir alors trop de precautions pour
en prevenir le retour. Ainfi nous aurions
raifons de mettre tout en ufage
pour ne pas retomber dans cette fatale
maladie , de laquelle nous sommes relevez
depuis fipeu de tems fi nous en
êtions de nouveau menacez par d .
Simptomes certains, comme feroient de
libelles imprimez en divers ēdroits
Royaume. Ce n'est pas une chofe ind
gne de nosfoins , de confiderer fi nou.
304 V. P. des Affaires
ne donnons pas nous- mêmes quelque
efpe e d'atteinte à la Religion Protef
tante , & fi nous ne fourniffons point
defujet de fcandale contre elle, quand
nous témoignons nous défier fi fort de
fa verité & de fon pouvoir , qu'aprés
tant de Loix établies pour la deffendre
, & aprés fa confervation parmi
les attaques qu'elle a reçûës, nous avons
toûjours peur qu'elle ne fe maintienne
pas.
Rien ne convient mieux aux affaires
d'aujourd'hui que cette Harangue.
Les raports y font fi clairs , que je
vous laiffe le plaifir de les faire ; mais
à bien examiner ce qui fe paffe prefentement
en Angleterre , on n'en
fçauroit trop exagerer l'injuftice . Un
Roy legitime ne doit- il pas avoir autant
de privilege que fes Sujets , &
joüir comme eux de la liberté de
confcience ? Les Puritains répondent
à cela que les Rois fe font lié les
mains par leurs propres Loix , & qu'ils
fe font obligez à ne fouffrir dans l'Etat
que la Religion Proteftante . Cela
eft abfolument faux , & il n'y a que
du Tems .
305
des Cronveliftes, qui puiffent ainfi regarder
un Roy comme étant l'Efclave
de fon Peuple. Les Hiftoriens
Proteftans d'Angleterre avoüent euxmêmes
que le Roy Jacques I. eut
deffein de fe faire Catholique, & qu'il
en confera avec un Archevêque de
France qui l'étoit allé trouver exprés.
Ce Prince ne croyoit donc pas que
ces pretenduës Loix lui euffent lié
les mains , & ôté la liberté de con
fcience. d'autant plus que la Religion
qu'il vouloit embraffer étoit l'ancienne
Religion, non feulement de l'ifle,
fi l'on en excepte les quatre ou cinq
derniers Rois , mais encore des trois
Royaumes pendant plus de onze fiécles
, & que l'on ne peut nier que
ce ne fut la veritable foy que profeffoit
S. Edouard, dont les Anglois
ne fçauroient s'empêcher de louerla
pieté, puis qu'ils le regardent comme
un Saint , en l'appellant le Confef
feur. Il eft fi faux qu'il y ait des Loix
en Angleterre, qui ôtent aux kois la
liberté de confcience , qu'il n'y en a
point qui en privent même les Parti306
V. P. des Affaires
culiers. Elifabet pendant tout fon
Regne ne l'a oftée à perfonne, elle a
feulement empefché l'exercice de
toute autre Religion que de celle
qu'elle avoit établie par les Loix
nouvelles .
Les Non- Conformistes alleguent
qu'en Angleterre pour faire ceffer les
Loix, le Roy ne peut rien fans le Parlement
, ny le Parlement fans le Roy.
Mais il faut qu'ils avoient que la
majefté de l'Empire refidant en la
perfonne du Roy , les Loix peuvent
étre encore moins changées par le
Parlement fans le Roi , que par le Roi
fans le Parlement.Cependant la Convétion
d'aujourd'hui ,fans fe metre en
peine de fes propres Loix, a l'audace
de faire fans le Roy , ce qu'elle pretend
que le Roy ne fçauroit faire
fans elle. Le malheureux Parlement
qui fe fit perpetuel , & dont la rebel .
lion fe termina par le meurtre du Roy
Charles I. & par l'extinction de la
Royauté , étant revolté contre fon
Souverain qui vivoit encore , abolit
tout le gouvernement Ecclefiaftique
du
Temps.
307
-
y
étably par les Loix d'Edouard &
d'Elifabet, & fe fervir pour cela d'un
Synode Presbiterien qu'il fit affembler
de fa propre autorité;fans s'embaraffer
de celle du Roy.La Convention
veut faire de méme à l'égard de
l'Eglife Anglicane . Les Presbiteriens
& Puritains Non Conformiftes
font les plus forts ; ils renverfent
toutes les Loix, qui ne leur font pas
avantageufes , & qui ne tendent pas
à faire regner leur feule Religion ,
mais tout cela ne fçauroit manquer
d'étre bien- toft aboly, comme tout ce
qui fut fait dans le Parlement dont je
viens de vous parler l'a êté. Ainfi lors
que la Convention fait des loix pour
empefcher qu'il n'y ait des Rois Catholiques
en Angleterre , c'eft une
preuve qu'il doit y en avoir, puis que
rien ne peut & ne doit fubfifter de
toutes les chofes qu'elle a refoluës ,
rant parce qu'elle eft illegitime, qu'à
caufe que tout ce qu'elle fait eft injufte,
& qu'on ne doit conferver à la
pofterité qu'une odieufe memoire de
tout ce que font des peuples rebel·
308 V. P. des Affaires
les.Quand il feroit vray,comme ils le
pretendent , que le Roy euft tâché de
renverser les Actes de la Reine Elifabeth
, & les autres faits en confequence
pour établir la forme de la
Religion Anglicane , ces Actes n'étant
pas plus anciens que la Religion
Proteſtante , devroit- on les regarder
comme des Loix fondamentales
de l'Etat , & n'auroit- on pas
fujet
de condamner la memoire de ceux
qui les ont faits , puis qu'ils font contraires
aux anciennes Loix receuës
en Angleterre prefque pendat tous les
fiécles . Ce font ces Loix qu'on peut
appeller les Loix veritables , les Loix
fondamentales du Royaume. Comme
elles font employées dans la grande
Charte , il devroit étre plus permis
au Roy de travailler à les remettre
en ufage qu'il n'a efté à la Reine Elifabeth
de les abolir , puis que ce
Monarque ne feroit fupprimer que
des Loix nouvelles que l'intereft particulier
d'une Reine a fait établir , &
qu'il en feroit revivre, qui font prefdu
Temps. 309
que auffi anciennes que
le monde, &
qui n'ont efté faites , ny par caprice,
ny par intereft, ny par politique, ny
par des feditieux . Elles ont efté reconnues
par un grand nombre de fiecles
, & il cft certain que ce qui a efté
approuvé par l'un auroit efté condamné
par l'autre , fi on ne les avoit
pas trouvées tout a fait justes & avantageufes
à l'Etat . Cependant le
Roy qui auroit pû juſtement chercher
à retablir ces vrayes Loix fondamentales
, ne l'a pas fait on , ne
l'accufe que de l'avoir voulu faire. Il
eft difficile de juftifier qu'un homme
a penfé ce qu'on lui impute ; mais
quand le Roy auroit paffé de la volonté
à l'execution , ce Prince n'auroit
pas fait un crime d'avoir rétably
des Loix qui font veritablement les
Loix fondamentales de fon Royaume,
& d'avoir détruit les nouvelles qu'un
intereft particulier & des temps difficiles
ont fait recevoir.
Quant à la Religion Catholique , je
vous ay déja fait voir qu'il n'y a ja310
V. P. des Affaires
mais en aucune Loy en Angleterre,
qui deffendit de reconnoitre un Roy..
de cette Religion , & encore moins
de le perfecuter . Les Rois font les
Qingts de l'Eternel , & S. Paul deffend
de fecouer le joug des Souverains
legitimes. Ilfeft malaifé en Angleterre
de pouvoir cftre d'une Religion
qui agrée à tous les Peuples .
Quand le Roy feroit de la Proteftante
Calviniste , qui eft aujourd'huy
celle qui a le plus de credit dans ce
Royaume , il feroit Non - Conformifte,
& ceux qui font de la Religion
Anglicane Proteftante , le regarderoient
comme leur ennemy, de méme
que les Calviniftes Proteftans font
aujourd'huy. On verra pourtant, fi
l'on examine ferieufement les chofes ,
que ces derniers , qui perfecutent le
Roy, & qui croyent estre en eftat de
ly ofter la Couronne, font ceux qui .
lay doivent la tranquillité , avec laquelle
ils ont profeffé leur Religion ,
puis que fi ce Prince n'avoit pas accordé
la liberté de confcience , dont
ils font les premiers à fe plaindre, ils
du Temps .
311
auroient efté fujets à toutes les peines
ordonnées contre les Non- Conformiftes
; ils veulent que toutes les
graces ne foient que pour eux ; on
eft coupable envers eux lors que l'on
en fait auffi aux autres . Pour établir
leur Religion , il n'y en a point à la
ruine de laquelle ils n'employent la
derniere violence.Ce n'eft pas la charité
& le defir de voir leur prochain
dans la bonne voye qui les fait agir
de cette forte ; ils ont feulement en
veuë de regner avec une autorité fuperieure
dans tous les lieux où ils
habitent, & ce qui le fait connoitre,
c'eft que s'ils étoient échauffez d'un
vray zele de charité, ils feroient aux
dépens de leurs biens , & de leurs
vies , des Miffions dans les pays les
plus barbares , pour convertir ceux
qu'ils ne croiroient pas dans le chemin
de la verité .
On n'a point tenu en Angleterre
de Parlemens legitimement convoquez
, qui n'ayent efté directement
contraires à tout ce que vient de faire
la Convention , affemblée par les
312 V. P. des Affaires
brigues du Prince d'Orange. Voicy
un extrait de la harangue d'un Orateur
des Communes du Parlement
de 1661. Cét Orateur prefenta differens
actes au Roy , & aprés luy avoir
parlé de diverfes fleurs , & de
divers fruits que pouvoit cueillir ce
Prince , il dit..
Les premiers & ceux fans doute
qui doivent eftre les plus agreables à
Voftre Majefté, font divers actes que
nous lay prefentons pour eftre approu
vez , entre lesquels eft celuy qui regarde
la feureté de vôtre Perfonne
Royale , & de voſtre Gouvernement,
pour laquelle nous ne sçaurions trop.
prendre de precaution , fi nous raps
pellons ce qui fe paſſa du temps de la
Reyne Elifabeth , on fi plus justement
nous confiderens ce qui s'eft nagueres
paffe dans le noire , & qui, a esté l'execution
funefte des chofes qu'on n'avoit
fait qu'apprehender alors.
De vray , aucun fiecle n'a connu ,
ny aucune hiftoire n'a fait mention
de fi fanglantes tragedies , & par
confequent
du
Temps.
313
confequent jamais un peuple affectionné
à fon Prince n'eût plus d'obligation
de chercher les moyens d'affeurer
le falut de fa perfonne. Cette Prin
ceffe au milieu des tempeftes civiles
qui l'expofoient à un nombre infiny de
dangers , ayant convoqué un Parlement
, il crut ne luy pouvoir mieux
témoigner fon affection , qu'en paffant
promptement une loy pour fafeureté,&
c'est à cet exemple que Nous ,
Nous , vos fi
delles Communes , qui n'avons pas
moins d'amour pour notre Souverain,
avons dreffe un acte dans lequel nous
defirons qu'on declare criminel de Leze-
Majefté quiconque attentera fur fa
vie, projettera la dépofition ou empri-
Sonnement defa perfonne , excitera la
guerre contre Elle dedans on dehors
Lon Royaume , luy fufcitera cellos de
quelque Puissance étrangere , & manifestera
fon mauvais deſſein par Ecrits,
Imprimez , Prédications , difcours , &
toutes autres vŋyes.
•
Or comme une grande partie de nos
derniers malheurs a êté caufée par
des Libelles & des Sermons fédi-
O
..
11
314 V. P. des Affaires
tieux , le même acte prive de toutes
charges tous ceux quipublieront & affirmeront
que Voftre Majesté eft héretique
, & veut établir la Creance Romaine
ou qui tâcheront d'exciter
dans les efprits de l'averfion pour Elle
& pour fon Gouvernement, & ordonne
les peines mentionnées dans le Statut
de la 16. année du Roy Richard II.
contre ceux qui publieront auffi que le
Parlement qui s'aſſembla à Vveſtminfter
le 13. Septembre 1640. fubfifte
encore , ou voudront perfuader que les
convenans ou engagemens faits depuis
obligent de changer le Gouvernement
de l'Eglife ou de l'Etat , on que
L'une des Chambres du Parlement a
une puiffance legitime fans la participation
de Voftre Majesté.
Les actes dont il eft parlé dans ce
difcours , doivent fervir pour rendre
coupables , & faire condamner ceux
qui tiennent aujourd'huy la Convention.
Leur procés eft fait par là
fans qu'ils puiffent en appeller, com
me on peut appeller de ce qu'ils font
On voit auffi par le méme diſcours,
du
Temps. 315
que les convenans & engagemens ,
qui ne font qu'une même chofe que
Paffociation qu'on a fignée à Lon .
dres en faveur du Prince d'Orange
meritent les peines portées par les
Statuts dont il eft parle. Qui dit
affociation,engagement , ou convenant,
dit l'Elite des plus feditieux d'une
Nation, qui pour les interefts de quelques
particuliers , ou par les leurs
propres , parce qu'ils font gagnez ,
confpirent contre la paix de l'Etat .
On lit les paroles fuivantes à l'égard
de ces affociations dans un acte
du Parlement tenu en 1661.
Il eft encore declaré que la Ligue
folemnelle & le Convenant font des
fermens illicites & impofez contre les
Loix fondamentales d'Angleterre, de
même que les ordres donnez pour exiger
des fermens , ou faire des impofitionsfans
le confentement du Roi . Čela
fait voir que ceux qui viennent de
figner une affociation , ont agi contre
les Loix fondamentales . Ce qui fuit
fe lit auffi dans un des Refultats de
ce même Parlement . "
O ij
316 V. P. des Affaires
Il eft porté par le même Acte, que
quiconque Soutiendra que ce Prince
eft heretique,& qu'il a deffein d'introduire
la croyance romaine,& le publiera
par les mêmes voyes ,pour exciter
contre lui la haine & le mépris de fes
peuples,demeurera incapable de poffeder
aucune charge ou dignité Ecclefiaf
tique,civile ou militaire , & fera fuiet
aux autres châtimens qui feront ingez
convenables par les loix ; comme auffi
que toute perfonne qui foutiendra par
écrit ou autrement, que le Parlement
commencé le 13. Novembre 1640.n'eft
pas diffous, & qu'il eft obligé, ainsi que
Les autres par fermens, convenans &
autres tels engagemens , detravailler à
changer le Gouvernement de l'Eglife
de l'Etat , ou que l'une des deux
Chambres du Parlement ou les deux
enfemble ont une puissance legislative
fans relation au Roi, encourra l'amende
contenue au Statut de la 16. année de
Richard II.
Il n'y a jamais eu rien de fi formel
contre la Convention d'aujourd'hui
ni qui falle mieux connoître que
du
Temps. 317
quand ce feroit un Parlement & qu'il
fut legitimement affemblé , il n'auroit
point de puiffance legiſlative fans le
Roi.Ainfi la convention irregulierement
affemblée , & qui a moins de
pouvoir qu'un Parlement, quand mê
me elle feroit affemblée dans les formes
, n'a pû faire ce qui n'eft permis.
à aucun Parlement ni encore moins
détrôner un Roi , & en élire un autre.
Le Parlement d'Ecolle qui fut tenu
en 1665.ordonna que tous ceux qui
entretoient en quelque Charge ou
Office public, Officiers d'Etat , Membres
du Parlement , Seigneurs des
Affifes & c ... figneroient la Declaration
fuivante, & la feroient figner
à ceux qui feroient déja en charge ,
fans que cet Acte put prejudicier à
aucun des precedens qui enjoignent
de prêter le ferment de fidelité . &
de maintenir les prerogatives Royales
.
Le declare & affi me fincerement que
ie tiens qu'il n'eft pas permis à des Suiets
fous pretexte de reformation on
O j
318
V.
P.
des
Affaires
autre, quel qu'il foit d'entrer en ligue s
& Convenant,on de prendre les armes
contre le Roiou ceux qui en ont la commiffion
; Que toutes ces Affemblées
Convocations , Requêtes & Proteftations
dont l'on s'eft fervi pour entretenir les
derniers troubles font illicites & fedipienfes
que les fermens dont l'un eft apélé
le Convenant National ,ainsi qu'il
fut juré & expliqué en 1638. & l'autre
la ligue folemnelle & convenant, font
auffi injurieux à l'autorité Royale,aiant
été pris par les Sujets de ce Royaume ,
&fur eux impofez contre les loix fondamentales
& les Privileges d'icelui;
& qu'ainfi il n'y a nulle obligation aux
Sujets de ce Royaume , en vertu de
tels fermens de rien changer dans le
gouvernement del'Eglife ou de l'Etat,
comme il est établi par les Loix dudit
Royaume.
Ceux qui ont figné l'aſſociation doivent
trembler en voiant tous ces actes
qui les rendent coupables. Il n'eft
jamais permis d'agir directement ni
indirectement contre l'autorité des
Rois , ni de lui refifter ; c'est une
du
Temps.
319
chofe receue dans l'Eglife Anglicane ,
& les Evêques qui affifterent le Duc
de Monmouth à la mort , lui dirent :
que s'il étoit dans la croiance de l'E
glife Anglicane, il devoit tenir pour
certain ce qu'elle enfeigne touchant la
foumiffion des Sujets envers leurs Sou
verains,& particulierement qu'il n'eft
jamais permis de refifter à leur autorité.
Cela fe trouve dans la Relation
que l'on a imprimée de fa mort.
Vous avez veu dans plufieurs de
ces pieces , comme les feditieux & les
mal intentionnez , ont toujours dit
lors qu'ils ont voulu exciter quelque
rebellion , & en même tems y donner
quelque couleur que les Rois vouloient
établir la creance Romaine . Cela s'eft
toûjours trouvé faux, & a toujours
été condamné par les Parlemens . Il
n'y a point de plus dangereux pretex
te. Cependant quoi que condamné
par les actes autentiques de plufieurs
Parlemens , il vient encore de fervir
au Prince d'Orange, & à ceux qui
l'ont élevé au Trône contre toute ju
O iiij
320 V. P. des Affaires
ftice, & aux dépens de la verité , &
de leur honneur .
La liberté de confcience dont on
veut faire un crime au Roi , n'en a jamais
êté un dans les trois Royaumes.
Le Gouvernement même lui a été favorable,
dans le peu de tems que les
peuples y ont vécu en Republiquains
aprés la mort de Cromvel. Comme
chacun faifoit alors des loix à fa
fantaifie, on fit l'article qui fuit. C'eft
le troifiéme d'une Declaration donnée
par le Vice Admiral de la Flotte
d'Angleterre, lors qu'on travailloit à
établir une République.
Que chacun de quelque creance qu'il
foit,en puiffe faire une libre profeffion
pourveu qu'il ne s'en ferve point à
nuire aux autres ,ni à apuyer la ſuper-
Atition, l'idolatrie & la profanation.
Voici le cinquieme article fur le
même fujet de la declaration des Of
ficiers de l'armée d'Irlande pour la défenfe
du Parlement, & de fes Privileges,
donnée dans le même tems .
Nous laifferons une pleine liberté de
confcience à tous ceux qui differant
du Tems. 321
defentiment d'avec nous croirent en
unfeul Dieu en trois perfonnes , &
n'essayeront point de détruire la Religion
Proteftante.
Il y a dans une declaration du Roi
défunt en forme d'Amniftie donnée
en 1660.
Que la liberté demeurera entiere
aux confcience's tendres ,fans qu'aucun
puiffe être recherché pour difference
d'opinion dans les matieres de Religion.
"
Ce Prince pretendoit par là faire
un plaifir à fes Sujets , de ce qu'ils lui
imputent aujourd'hui à crime , & l'on
ne peut nier qu'il ne leur propofât
alors une chofe qui leur étoit agreable,
puis que n'eftant pas encore entré
en poffeffion du Gouvernement
de l'Etat depuis le meurtre du feu Roi
fon Pere, il y a aparence qu'il ne leur
auroit pas fait une propofition , qu'ils
-n'auroient pas fouhaitée, & qu'il auroit
cru leur devoir déplaire. Voici ce
qui eft tiré d'une autre . Déclaration
du même Roi aprés qu'il fut monté
fur le Trone.
322 V. P. des Affaires
Nous embraffons avec joye cette oc
cafion de renouveler à tous nos fuiets
lefquels y ont intereft , nos promeſſes
enfaveur des confciences veritablement
tendres, nous les affurons qu'à
la prochaine aſſemblée du Parlement
nous aurons fuinfans rien entrepren
dre furfon autorité, de le porter à concourir
avec nous à la paffarion de
quelque acte, qui nous rende capabies
d'ufer du droit qui nous apartient ,de
difpenfer des peines de la loi ceux
qui feront empéchez par Scrupule &
tendreffe de confcience de s'y conformer,
pourven d'ailleurs qu'ilsfe comportent
dans l'exercice de leur creance
avec modeftie & fans fcandale.
Nous ne doutons point de la concur
rance dudit Parlement avec nous dans
une occafion où nous fommes engagez
tant par honneur, que par l'opinion que
nous avons de devoir cela au repo's
de
nos Erats , que nous ne faurions croire
affeuré,tandis que les mal - intentionnez
auron quelquepretexte d'irriter .
les efprits fous couleur de confcience ,
en leur infinuant la pensée qu'ils ne
du Tems . 323
pourront iamais obtenir l'effet de nos
promeffes.
Sur le dernier blâme qui eft leplus
perniciéux , nous difons que ceux qui
en font les auteurs reprennent les artifices
deteftables de ceux qui ont ci-devant
ieté le Royaume en de fi grands
defordres, & qui prévalurent tellemet
à l'égard de notre Pere d'heureuſe
memoire , qu'encore qu'il fut le plus
pieux & le plus zelé Proteftant qui
eût regné,il ne put à fa mort d'étruire
l'opinion qui avoit été donnée du contraire.
Nous avoüons qu'il nous eft difficile
de n'être pasfenfibles auxfervices que
nôtre pere & nous, avons reçus desfujets
catholiques remains , en prodiguat
leurs vies & leursfortunes, pour main.
tenir la Couronne dans cette creance
contre ceux qui fous le titre de zelez
Proteftans employoient le fer && le fen
pour détruire toutes les deux.
Cette confideration á la veriténous
empêche d'exclure nofdits Sujets Catholiques
Romains, qui ſe ſo .. fignalez
ainfi que nous, du benefice d'un tel
O vj
324 V. P. des Affaires
acte d'Indulgence , n'étant pas jufte de
refufer à ceux qui ont toujours fait
leur devoir,ce que l'on accorde à dix
fois autant d'autres qui n'en ont pas fi
genereufement use.
D'ailleurs bien que la riguur des
loix capitales contr'eux établie fe pûr.
iuftifier par le tems où elles ont étéfaites,
nous aurions peine à nous refoudre
à l'execution d'icelles , & à confentir à
la mort d'aucun de nos Sujets , feulement
pour caufe de Religion.
On voit par cette Declaration que
la juftice & l'intereft cómun regloient
tout ce qui fe faifoit en ce tems - là.
On fortoit d'un regne tirannique, &
ce qu'on regardoit alors comme un
bien , l'efprit de rebellion le fait au-
-jourd'hui paffer pour un mal ,ou plûtôt
il fait fupofer aux Non Conformiftes
que c'en eft un ,afin de fe fervir
de ce pretexte là pour élever fur
le Trône un Prince qui fera de leur
religion ,tant qu'il croira qu'elle pour❤
-ra le faire regner . Les Regnes des U-
-furpateurs font fort rarement tranquilles
. Toutes les Hiftoires leur
du Tems.
325
les
doivent aprendre , que les Sujets reconnoiffent
tôt ou tard leurs crimes ,
&fe repentent d'avoir offenfé leur
veritable Souverain , & nous lifons
dans le procez qui fut fait en 163.à
des Confpirateurs d'Irlande , que
nommez Lackey ,Thompson, lephon, &
Vvaren,ayant été amenez devant la
Cour du Banc Royal à Dublin ,l'Information
y fut luë , premierement audit
Lackey, qui êtoit Miniftre Presbiterien.
& qu'aprés que les Iurez, dont le
principal étoit le Chevalier Iean Perceval,
eurent prêté le ferment accoutumé,
les gens du Roi reprefenterent que
dans tous les Siecles depuis la Loi de
· Moyfe , les confpirations contre le
Souverain avoient toujours été con .
damnées & punies avec grande fe-
=
verité.
Je ne dis point qu'on doit remárquer
dans cet article que la confpiration
avoit été faite par des Presbireriens,
puis que ce n'eft pas pour cela
que ie le raporte ici, quoi que la chofe
foit digne de remarque ; mais
pour vous faire voir que ceux qui
326 V. P. des Affaires
avoient été peu auparavant Sujets
de Cromvel, publient eux-mêmes que
dans tous les Siecles depuis la Loi de
Moyfe , les confpirations contre les
Souverains one toûjours éiè condamnées
& punies feverement. On
dira peut-être que l'on n'a pas confpiré
pour ôter la vie au Roi , mais
quiconque arrache la Couronne à un
Monarque, ne feroit guerre de difficulté
d'attenter for fa perfonne , s'il
n'avoit que ce remede pour s'en faifir
& pour ſe la conferver , & les feditieux
qui aident à ſon élevation , feroient
d'autant moins de fcrupule d'y
confentir , qu'ils croiroient par ce
nouveau crime fe mettre à couvert
de la punition du premier.
Voici un article du même Procez
qui fait voir la mauvaiſe volonté des
Presbiteriens , contre les Rois .
Thampfon, lephfon ,& VVarren,aiant
été amenez devant la Cour & trouvez
coupables par les mêmes Iurez ,
furent condamnez à mort, comme traîtres
& criminels de Leze- Majeſté, &
depuis ce jour là , lephſon a dit à
du
Temps. 327
un Theologien qui l'alla voir pour le
dfpofer à mourir , qu'il avoit toûjours
cru qu'invoquer le Seigneur eftoit une
grande partie dela Religion ; mais que
Sous ce pretexte il avoit efté malheu
renfem ent attiré dans cette confpiration,&
qu'il reconnoiffoit que les P ef Pref
biteriens eftoient d'une Secte pernicieu
fe, qu'on n'empefcheroit jamais de travailler
contre le Roy , & dont l'éleva •
tion cauferoit toûjours l'abaiffement de
l'autorité Royale.
On doit ajoûter foy à ce que dit
un homme preft à mourir , fur tout
lors que l'efpoir d'obtenir la grace ne
fa
le fait point parler.
Le méme Thompſon dit ce qui
fuit lors qu'il fut fur l'échafaut .
Quant à ma Religion , c'est la Proteftante
, &je ne le puis dire fans dé-
•plaiſir , parce qu'elle me remet devant
les yeux la cawfe de mon malheur.
Sinous avions de bons & paisibles Miniftres
pour nous inftruire je ne ferais
pas icy, & c'est un effet de la neceffité à
Laquelle ces Miniftres ont efté prés de
vingt ans expofez ; mais gardez - vous
8
328 V. P. des Affaires
d'entrer dans la focieté de ceux qui
ont de mauvais deffeins contre l'autorité.
C'est le meilleur avis que je puiffe
vous donner, pour lequel ie vous fuplie
de prier Dieu pour moy.
·
C'eft ainfique depuis leur condamnation
, ils avoient inceffamment declamé
contre les Presbiteriens , & les
Non Conformistes , leur attribuant
les caufes de leurs difgraces , & ayant
averty le Vice Roy d'Irlande de veiller
foigneufement fur leur conduite,
ia haine de ce Peuple pour le Gouvernement
eftant implacable. Ce qu'a
dit Thompſon publiquement contre
les Presbiteriens fur le point de recevoir
le coup de la mort , eft confirmé
parce qu'ils viennent de faire contre
le Roy en faveur du Prince d'O-
-range.
Tous ces extraits d'actes de Parlemens
& de declarations que Vous venez
de lire , font voir non feulement
que tout ce qu'a fait la Convention
eft injufte , & contre les loix fundamentales
des trois Royaumes , mais
ils détruiſent auffi la plupart des
du Temps.
329
Griefs qu'elle a donnez contre le
Roy. Il en refte peu à combatre, & je
Vous avouë que je ne comprens pas
fur quel fondement on fe plaint de ce
Monarque, d'avoir nommé des Commiffaires,
pour juger des affaires Ecclefiaftiques.
Quel autre que luy les
peut nommer , puis qu'ils le reconnoiffent
pour Chef de l'Eglife Anglicane,
en luy prétant le ferment de
Suprémacie S'il n'a pas foin de remedier
aux defordres qui peuvent fe
gliffer dans le Clergé, quel autre que
celuy qui en eft le Chef a le droit de
s'en méler ? Si ce Prince avoit nommé
des Catholiques , pour juger des
Proteftans , ils auroient eu raifon de
faire des remontrances ,mais les Evéques
étant la plupart les Juges des
Evéques, leurs plaintes font fans aucun
fondement. Il n'y a point de
Corps , fi parfait qu'il foit , qui ne
puiffe tomber dans quelques fautes ,
& fon Chef eft obligé en confcience
d'y mettre ordre. Lors que le
Corps le refufe, ou qu'il s'échappe
à fe plaindre , c'eft une marque qu'il
330 V. P. des Affaires
veut vivre fans difcipline , & on eft
encore plus obligé de reprimer fes
déreglemens.
On accufe auffi le Roy dans les
Griefs qu'on a donnez contre lui,d'avoir
levé & maintenu une armée.
Voicy un Extrait d'un acte intitulé,
Acte du Parlement d'Efcoffe pour l'établiffement
des forces du Roy de la
grande Bretagne. C'ét Acté eft de
1663. & doit avoir autant de pou,
voir qu'un Acte du Parlement d'Angleterre,
puis que les trois Royaumes
eftant unis , ils agiffoient fur les mémes
principes touchant le Gouver
nement de l'Etat.
Lefdits Etats de fon Royaume d'Ecoffe
au nom de tous fes bons Sujets
non feulement réiterent à S.M. leurs
premieres offres de tous leurs biens , &
de leur vie pour l'augmentation de
fon Autorité Royale , mais encore reconnoiffent
avec joye le droit qu'Elle
a feule de lever, armer & commander
Les Sujets ..
Cela eft tellement contraire à l'accufation
que la Convention a formée
du
Temps. 337
contre le Roy, qu'il ne faut que lire,
pour en eftre convaincu ,
La Convention accufe encore ce
Monarque d'avoir violé les élections
des membres des Parlemens . Ce font
des paroles qui ne prouvent rien : il
eft beaucoup plus vifible , & c'eft un
fait plus conftant qu'on a fait élire de
force les membres de la Convention ,
qui renver fe aujourd'hui les loix fondamentales
du Royaume.
Pour ce qui regarde les conditions
aufquelles on a donné la Couronne
au Prince d'Orage ,il y en a beaucoup
qui ont efté faites par lui méme , &
qu'il s'eft fait propoſer. Voici une de
celles qui font de ce nombre.
Les Proteftans, c'eft à dire les Calviniftes
non Conformistes , s'affembleront
frequemment , pour prendre des
mefures , afin d'affurer leur creance,
lefquelles affemblées ne pourront eftre
interrompues,jusqu'à ce que les affaires
qui font à expedier foient finies .
Cela veut dire qu'ils ne défarmeront
point , jufqu'à ce qu'ils ayent détruit
toutes les Religions d'Angleterre , &
332 V. P. des Affaires
l'Anglicane méme , pour
faire
regner
le feul Calvinifie , & comme c'eſt une
chofe prefque impoffible , cét article
donne pouvoir au Prince d'Orange ,
qui eft le Chef de ce party , de demeurer
toûjours armé. Voicy une autre
de ces conditions .
On prendra des mesures pour la li
berté des Proteftans dans l'exercice de
leur Religio,& pour lesjuger dans les
matieres qui regardent la difcipline.
Vous voyez qu'ils reconnoiffent par
là qu'il faut des Juges pour ce qui re
garde la difcipline dans leur Religió,
& cependant ils fe plaignent que le
Roy qui eft Chef de l'Eglife Angli
cane , veuille remedier aux abus qui
fe gliffent dans fa difcipline .
Les mesures que l'on dit dans cét
article qu'il faut prendre , pour unir
les Proteftans , font les moyens dont
on a deffein de fe fervir pour forcer
l'Eglife Anglicane à fe conformer à
la Calvinifte , ce qui eft un chemin
pour conduire à la deftruction des
Evéques .
Quant au reste des conditions , elles
du
Temps.
333
ne paroiffent pas fi favorables au
Prince d'Orage , mais on a mélé quelques
- unes de celles là parmi les autres,
pour éblouir le peuple,fçachant
bien qu'elles ne porteroient aucu préjudice
à ce Prince, puis que celles qui
lui permettent de demeurer,armé ,le
mettent à couvert de tout. Ce n'est
pas qu'il fe foit pofitivement engagé
d'obferver les autres ,fur lesquelles il a
fait des réponſes équivoques, dont il
a falu fe contenter : mais la Chambre
des Communes étant toute dans fes
interefts & dans ceux de la Religion ,
dont il marque d'étre, & qu'il promet
de faire regner feule en Angleterre , a
paru fatisfaite de fes réponſes , & a
feint de ne fe pas appercevoir de leur
double fens , afin de n'avoir pas lieu
de les examiner.
3
La Princeffe d'Orange qui n'étoit
venuë que pour prendre la Couronne
de fon Pere, quoy qu'il fût encore vivant,
ferédit avec le Prince fon époux
dans la Salle des banquets . On avoit
jufques-là fujet de croire que malgré
la joye que l'un & l'autre avoit té334
V. P. des Affaires
moignée dans le moment qu'ils avoient
apris leur élection, ils auroient
pû la défavouër , puis qu'ils avoient
eu le temps de faire reflexion fur le
crime qu'ils alloient commettre à la
face de l'univers ,& contre les termes
formels d'une Déclaration imprimée,
diftribuée à toute l'Europe, &lue dans
toutes les Chaires d'Angleterre,mais
en y côtrevenant le Prince d'Orange
crût ne máquer à rien de ce qu'il s'é
toit preferit, puis qu'il ne l'avoit faite
que dans le deffein d'éblouir les peuples
, & pour avoir un prétexte qui
l'autorisât à defcendre en Angleterre,
afin de travailler à s'y faire nommer
Roy par ceux avec qui depuis longtems
il êtoit d'intelligence.La Proclamation
que vous allez lire,fe fit dans
ce méme jour.
Puis qu'il a plu à Dieu tout -puiffant
de nous délivrer miraculeufement du
Parifme, & du pouvoir Arbitraire, &
que nôtre prefervation aprés Dieu , viet
de la refolution & conduite de fon Alteffele
Prince d'Orage que Dieu à choisi
pour être cét inftrument glorieux d'un
bonheur ineftimable à Nous & à nôtre
*
du
Temps.
335
pofterité, & étant tres-perfuadez de la
grande & éminente vertu de S. A. la
Princeffe d'Orange,quefon zele pour la
Religion Proteftante ameneroit avec
elle fans doute la benediction de Dien
fur ces Nations; & come les Seigneurs
Spirituels & temporels & Communes à
prefent affemblez à VVeftminster ont
fait une Déclaration & l'ont prefentée
an Prince & à la Princeffe d'Orange,
dans laquelle ils les ont fuppliez d'accepter
la Couronne, lefquels l'ont acceptée,
c'est pourquoy, Nous les Seigneurs
Spirituels & Teporels , & Communes, en .
femble avec Lord Maire & Bourgeois
de Londres,& autres des peuples de ce
Royaume , avec un plein confentement
publions & proclamons felon cette Déclaration
Guillaume & Marie, Prince
&Princeffe d'Orange pour eftre Roy &
Reine d'Angleterre , avec toutes leurs
Seigneuries & Dominations , & que
nous formes tenus leur rendre toutes
obeïffances &foumiffios;priant Dieu par
lequel les Rois regnent , benir le Roy
Guillaume , & llaa Reine Marie avec
beaucoup d'années pour regner fur
Nous.
336
V. P. des
Affaires
Dieu beniffe le Roy Guillaume & la
Reyne Marie.
Je ne vous dis rien de ce qui fe paffa
à cette Proclamation . Ce détail ne
regarde pas une hiftoire raiſonnée.Ie
vous dirai feulement que les ceremonies
en êtant toûjours les mêmes , on
fuit le ceremonial fans regarder s'il
s'agit de Rois legitimes ou d'ufurpateurs
. Cela n'a rien d'étonnant , mais
peut -être fera -t- on furpris que la foule
foit égale, & que les acclamations
le paroiffent, ce qui fembleroit ne devoir
pas arriver quand il s'agit d'élever
un Prince qui ufurpe la Couronne.
Quoi que les Partifans du Prin
ce d'Orange faffent fonner,bien haut
le grand nombre de Peuple qui s'eft
trouvé à cette Proclamation , & les
acclamations qui ont été entenduës ,
il n'y a rien en cela d'extraordinaire ,
& ils n'en doivent tirer aucun avantage
. Ceux qui font dans leurs interêts
, font paroître avec bruit &
avec éclat la fatisfaction qu'ils reffentent
afin d'animer les autres , & ceux
qui dans le fond de leur ame de
faprouvent
du
Temps.
337
faprouvent ce qui fe paffe , font briller
une feinte joye dans leurs yeux ,
afin de cacher les fentimens de leur
coeur. Les indifferens & la plus
grande partie du Peuple regardent
ces fortes de ceremonies , comme
une fefte publique , une mafcarade ,
ou mefme une execution remarquable
, car le peuple court à toutes
ces chofes avec une égale ardeur.
Les curieux s'empreffent pour les
voir ; elles fervent occupation aux
Faineans , les Filoux y vont pour
exercer leur adreffe , & le bruit des
trompettes excite les jeunes gens
qui s'y rejouiffent fans fçavoir pourquoy
. Enfin le mouvement & le
fracas de ces fortes de ceremonies .
attache fouvent bien plus que le fujet
pour lequel elles font faites , à quoy
on ne penfe fouvent pas . Ainfi ceux
pour qui elles fe font n'ont aucun lieu
de fe prevaloir du concours qui s'y
rencontre & du bruit que l'on y fait.
C'est une fefte commandée où les ac-
⚫teurs & les fpectateurs joüent en tout.
temps le mefme rôle.
Quoy que je vous aye marqué que
P
338
V. P. des Affaires
ces Proclamations font toûjours les
mefmes,ou du moins qu'elles doivent
cftre toûjours femblables , celle du
Prince , & de la Princeffe d'Orange
n'a pas laiffé d'etre defectueufe en
beaucoup de chofes , parce qu'il ne s'y
trouva aucun Duc,à l'exception de celuy
de Nortfolx . C'eftoit à luy à la
regler comme Comte & Marefchal
d'Angleterre, & il y fur fort embarallé
à caufe de l'abfence des Ducs , dont il
eftoit malaifé de remplir les fonctions
que quelques uns devoient faire . Aucun
Evefque ne voulut y affifter , &
l'on n'y remarqua mefme qu'un fort
petit nombre de Seigneurs.
›
Comme le Prince d'Orange n'étoit
venu en Angleterre qu'à deffein de
fe faire Roy il avoit jetté les yeux.
depuis longtemps fur ceux qu'il devoit
choifir pour fes Officiers , & pour
fes Miniftres. 11 le fit connoiftre , en :
ce qu'à peine il eut efté proclamé , qu'il
nomma le Comte de Devonshire
grand Maistre de fa nouvelle Maiſon,
le ficut de Benting premier Gentilhomme
de la Chambre , le Marquis .
d'Hallifax Garde du Sceau Privé , &
du
Temps.
339
>
le Comte de Damby Prefidentчdu
Confeil. Le premier de ceux qu'il
nomma pour compofer ce Confei fut
l'Archevefque de Cantorbery qui refufa
d'y entrer. Le Prince d'Orange
ayoit fa politique en le nommant. Il
fçavoit que c'eft un homme d'une
grande reputation , attaché à l'Eglife
Anglicane , & qui en fe rangeant de
fon party pouvoit y faire pancher
beaucoup d'autres qui ne voyent
qu'avec chagrin la maniere dont on a
traitté leur Roy legitime, & qui connoiffent
les maux qui menacent l'Angleterre.
Quoy que ce Prince le nommaft
de fon Confeil , on fçait que ce
n'eftoit pas dans la penfée de confier
fes fecrets à un fi honnefte homme, ny
mefme à tous ceux qu'il a mis de ce
Confeil. Quand on n'épargne rien
pour regner, & que tout ce qui eft utile
eft trouvé jufte quelque criminel qu'il
foit , on s'ouvre à peu de perfonnes, &
on a quelquefois horreur de foy-mefme
lors que l'on y fait reflexion . Ainfi
la plufpart des Confeillers ne furent
nommez par le Prince, que pour marquer
au Peuple qu'il ne faifoit rien
P 2
340 V. P. des Affaires
fans un Confeil de la Nation , & afin
d'autorifer beaucoup d'injuftices . Voicy
les noms de ces Confeillers,du nobre
defquels l'Archevêque de Cantorbery
ne voulut point eftre. Le Duc de
Norfolk , les Marquis de Vincheſter
de Hallifax ; les Comtes de Lindſey ,
d'Oxfort,de Shrewsbury , de Devōshi .
re de Dorfet, de Bétford ; de Bach , de
Nottinghan , & de Maklesfield ; les
Lords Falconberg. Mordant,Nevport,
Montague , de la Mere, Lumley, Marton
& Churchil ; le Sieur Benting ,
les Sieurs Povvlle Sidney , Hamden ,
Bofcoven , & les Chevaliers Robert
Houard , Sidney , Henry Capel , &
Edvard Ruffel . Il crea auffi deux Secretaires
d'Etat qui font le Comte de
Shreyvfbury , & le Sieur Vvilliam
Temple. Il y en a quelques-uns parmy
ce grand nombre qui meritent d'estre
du Confeil fecret da Prince d'Orange,
& qui font d'un caractere à y bien
tenir leur place , les uns ayant déja
joué plufieurs fois le perfonnage de
traiftres , & les autres eftant Ennemis
du Roy par des raisons qui ne regardent
point l'Etat. Le Comte de Dedu
Temps. 341
4 vonshire eft de ce nombre. Il eftoit
condamné à une amende proportionnée
à fa qualité , pour avoir ofé donner
un foufflet dans l'antichambre du
Roy. Quelque chagrin que ce Comte
en ait eu , il ne le devoit faire tomber
que fur luy mefme, & non pas fur for
Prince , qui n'a fait en cette occafion
que ce qu'il eftoit obligé de faire , &
qui pouvoit mefme en ufer avec plus
de rigueur , s'il n'euft efté retenu par
la bonté extraordinaire qu'il a natųs
rellement pour tous fes Sujets, ce qui
rend ceux qui l'ont trahy plus coupables
.
Le Prince d'Orange eftant devenu
Souverain,& la Convention ne pou
vant plus par confequent conferver ce
nom , la Chambre baffe s'affembla
pour voir fi la Convention pouvoit fe
changer en Parlement . Elle eftoit
moins,elle veut devenir plus . Elle n'avoit
qu'à vouloir,pour s'attribuer toute
l'autorité qu'elle fouhaitoit , puis
qu'eftant fans puiffance, elle avoit ofé
détrôner fon Roy , & en nommer un
autre pour remplir fa place. Cependất
par un aveuglement ordinaire aux cou-
P
3
342 V. P. des Affaires
pables ,felle confulte fi elle peut eftre
changée en Parlement. Si elle conful
te , elle doute , & fi elle doute, elle res
connoift fon peu d'autorité , & c'eft
pourtant dans le cours de ce peu d'autorité
qu'elle a fait ce que le Parlement
le plus legitimement convoqué
n'a jamais eu le pouvoir d'entrepren =
dre.
Ceux qui examineront cette procedure
avec l'attention neceffaite depuis
le commencement jufqu'à la fin y
y trouveront une chofe fort bizarre.
Quelques traîtres du nombre des Scigneurs
d'Angleterre , unis avec des
Bourgeois feditieux , d'intelligence
avec cet Etranger , luy difent qu'ils.
luy donnent pouvoir d'envoyer des
Lettres circulaires ,pour les affembler,
Cet Etranger fans aucun autre droit
que celuy de cette puiffance imaginai
re les convoque, & eftant ains affein
blez fous l'autorité d'un homme qui
ne la tient que de ceux qui avoüent
n'en point avoir , puis que s'ils en avoient
eu,ils fe feroient affemblez fans
luy, ils oftent la Couronne à leur Roy,
& la donnant à cet Etranger , ils fel
du
Temps. 343
communiquent alternativement une
autorité qu'ils n'ont pû & qu'ils ne
peuvent avoir , & fe donnent tour
à tour le pouvoir d'autorifer leurs injuftices.
Ce Roy de leur façon convertit
enParlement ceux qui l'ont nommé
au Trône , dont ils n'avoient au cun
droit de difpofer , & comme le Parlement
eft plus que la Convention,quoy
que dans cette rencontre l'un ny l'autre
ne foient rien , la Convention s'ê
vanouit , & eft regardée dans la conjoncture
prefente comme un Corps
foible & fans nul pouvoir , qui avoit
befoin de ce nom , pour luy fervir de
degré à obtenir celuy de Parlement ,
& cependant il fe trouve que le Prince
d'Orange ne tient la Couronne
Angleterre que de ce premier Corps
aqui l'on ne peut donner le nom que
d'une Affemblée feditieufe , animéc
par la rebellion ,,& qui n'avoit
puiffance que des Revoltez ufurpent
violemment , & qui ne dure qu'autant
qu'il plaît au Ciel de differer leur pu--
nition.
que
la
Le Prince d'Orange continua de
donner plufieurs Chargés
› pour
P
4
344 V. P. des Affaires
fe faire des Créatures , & pour re
compenfer ceux qui avoient trahy
leur Roy legitime , & contribué par
dà à ruiner leur Partie. Quand des
Charges font remplies par des perfonues
du caractere de ces derniers ,
leur fidelité n'eft gueres affeurée ,
& le Souverain en doit tout craindre
auffi bien que les peuples ; mais
enfin un Ufurpateur ne fçauroit &
ne doit pas faire autrement . La politique
& fon intereft veulent qu'il
recompenfe d'abord les traiftres
jufqu'à ce qu'il s'offre une occafion
propre à s'en defaire car quelque
bon accueil qu'on leur faffe , on
trouve toûjours des moyens feurs
de les perdre fourdement , fi l'on
n'employe pas la force ouverte , &
fans avoir deffein de tirer vangeance
de ce qu'ils ont fait contre
leur vray Maistre , ' on ne laiffe pas
de les en punir.
Le Prince d'Orange jugeant à
propos de faire exercer la Charge
de grand Tréforier par des Commilaires
, nomina Milord Mordant
, Milord Lumley , le Che
du
Temps. 345
valier Henry Hovard , & le
Chevalier Henry Capel , & don
na au Maréchal de Schomberg la
Charge de grand Maiftre d'Artil
lerie , feulement afin qu'il euft un
titre cette Charge cftant peu
confiderable.:
,
le
Comme il y a de la foibleffe
dans tous les efprits , mefme dans.
ceux qu'une dureté cruelle fait paffer
par deffus les Loix de l'honneur
, & qui fe font une gloire de
devenir Heros par le crime , parce
qu'il y a une espece de hardieffe &
de fermeté à le commettre
Prince d'Orange qui devoit un
remerciement à la Convention
voulut y aller en habits Royaux
avec la Princeffe fa Femme , quoy
que les Rois ne fe montrent à leurs
Parlemens avec ces habits , que
lors qu'ils en font l'ouverture , &
aux jours que Ron palle des actes ,
à caufe qu'ils femblent eftre plus
appuyez par là de l'autorité Royale ..
Les Seigneurs s'y rendirent ce jourla
en Robes de ceremonie , & ce
Prince y alla avec tout l'appareil.
346 V. P. des Affaires
ordinaire aux Rois en de pareilles
occafions. Il avoit mandé la Cham
bre des Communes , & quand les.
deux Chambres furent affemblées .
il leur parla de la forte..
MESSEIGNEURS MESSIEURS ,
Je vous ap déja dit combien je
fuis fenfible à vos bontez & combien.
teftime la confiance que vous avez enmay.
Le fuis venu ici pour vous affurer
que je neferay rien qui puiffe avec jum
ftice diminuer la bonne opinion qu'on a
de mes fentimens.Ie crop qu'il eft à propos
de vous dire que l'eftat de nos Prorestans
Alliez ,& principalement de
ceux de Hollande eft tel qu'à moins
qu'on ne prenne promptement un foin
particulier d'eux , ils courront un plus ·
grand rifque que celuy auquel vous au-.
riez esté expoſez, & vous mefme devel
reconnoistre que l'eftat prefent des af
faires du dedans demande que vous y
penfie meurement , & qu'un etabliffement
felide eft non feulement neceffaire
pour noftre repps, mais auffi pour l'inte».
reft des Proteftars au debors , principa-
Tuent en Irlande. Le danger eft trop
du Temps. 347
des voyes
preffant poury remedier par
Lentes. C'est pourquoy je vous laiffe à
adviſer aux moyens les plus efficaces
pour prevenir les malheurs qui peuvent
arriver par des delais , & à juger quelle:
eft la meilleure methode pour parvenir
aux fins qui rendent au bien de la Nation
, pour lequel vous eftes tous , je
maffure, tres biénintentionnez , & que·
jeferay toûjours preſt d'augmenter.
Les Orateurs des deux Cham
bres remercierent ce Prince , &
Paffeurerent qu'ils eftoient tous re
folus à feconder fes bonnes intentions
aprés quoy le Prince d'O
range fe retira , & les deux Cham
Bres refolurent unanimement de
députer vers lay , pour luy faire
de plus amples remerciemens , &:
Paffeurer de leurs difpofitions a
faire ce qu'il fouhaitoit , & elles .
adjournerent au lendemain dix.
heuress du matin . Enfin aprés plu….
freurs déliberations & diverfes cupteftations
, l'acte qui a changé la
Convention en Parlement futt
paffé , & on luy donna pour titre ,,
Aste pour obvier à toutes les quef-
9
:
R
5
348 V. P. des Affaires
tions & difputes qui peuvent naiſtra
au fujet de l'Affemblée & de la
feance de ce Parlement. +38
L'irregularité de cette procedure
eft affez vifible , fans que je vous
en dife tien davantage. Ce ferois
repeter inutilement une partie de
ce que je vous ay déja dit . Il fuffic
que cela fut fait avec beaucoup de
confufion ; que quelques Jurifconfultes
fe trouverent d'un fentiment
oppofé ; qu'on ne fit point de réponfes
aux raiſons qu'ils alleguerent
, & que l'on crut qu'ayant
déja paffé fur des formalitez plus
effentielles & mefmes des Loix
fondamentales de l'Etat > on de
voit continuer comme on avoit
commencé , puis qu'il n'eftoit plus
temps d'examiner fi on avoit eu
droit de faire ce qu'on ne pouvoir
plus revoquer. Le Prince d'Orange
approuva cet acte , mais il n'alla
pas au Parlement le jour qu'il s'y
devoit rendre pour y donner fon
confentement , parce qu'il fe rencontra
que celuy qui avoit la garde
des habits, Royaux les avoir déco2
du Temps. 349
bez ; cela parut d'un méchant augure.
Comme il ne put avoir pour
le lendemain qu'une vieille tunique ,
on dit que l'acte qu'il avoit approu
vé ne valoit pas mieux que fon babit.
Quoy que dans la fituation où
eftoient les chofes , il paruft qu'on
devoit executer promptement co
que le Prince d'Orange avoit demandé
dans fa harangue en ne
Faiffa pas
de déliberer plufieurs
fois , fans conclure rien .
L'Evefque de Londres qui avoit
une intelligence particuliere avec
ce Prince depuis le commencement
de fon entrepriſe alla le
complimenter fur fon avenement
à la Couronne , accompagné de
prés de cent perfonnes de fon
Clergé , dont la plufpart avoient eu
beaucoup de peine à fe laiffer perfuader.
La chofe avoit efté concertée
entre cet Evefque & ce Prince ,
pour donner aux autres un exemple
qui n'a pourtant pas efté fuivy..
Le Prince d'Orange qui avoit fæ
politique , leur fit tout le bon accucil
imaginable , & leur promis
350 V. P. des Affaires
de proteger l'Eglife Anglicane
fon deffein quoy quece nefuft pas ,
& qu'il n'ait efté fait Roy par les
Calvinistes qu'à condition qu'il la
détruitoit.Il fe trouva fort embarraſſé
quelques jours aprés & fut obligé de:
faire voir le contraire , de ce qu'il
avoit promis au Clergé de Londres ,
fans que toute fa politique luy pufti
fournir les moyens de fe tirer de cet
embarras, Il nepuft le défendre de fet
trouver dans la Chapelle Royale au
Service que l'on y fait felon l'ufage de
Eglife Anglicane, Cela chagrinoit
extremement les Proteftans Non-
Conformistes , qui apprehendoient
qu'il ne manquaft à ce qu'il leur avoit
promis. Cependant c'eftoit un coup
de politique, & il falloit faire en forte
que les deux partis fuffent contens..
S'il n'euft efté question que du fondi
de fon coeur, il en auroit pû fatisfaire
trente, puis qu'il n'auroit pas manqué
de les affurer chacun feparément qu'il
eftoit de la Religion qu'ils profef
foient ; mais il s'agiffoit d'une cere
monie exterieure , à laquelle il faloit
paroiftre. Il fe rendit donc à l'Eglife
du Temps.. 354
Royale pour fatisfaire leClergé d'An
gleterre , mais il y demeura toûjours.
le chapeau fur la tefte, pour contenter
les Non- Conformiftes. Ceux du
Clergé de l'Eglife d'Angleterre n'en
furent pas moins fcandalifez que
nous le ferions , fi on en ufoit de la
forte dans nos Eglifes . L'Archeveſque
de Londres chercha des raifons:
pour juftifier ce procedé.. Lenombre
de ceux qui n'y ajoûterent pas foy
fit grand , mais ils fegnirent de les
croire , car les plus credules avoient
commencé à fe dezromper , depuis .
qu'ils avoient lû la Lettre qui fuit ,,
que le Prince d'Orange avoit écrite
aux Etats Generaux aprés avoir efté
nommé Roy..
Hauts & Paiffans Seigneurs.
Nous n'avons pas voulu demeurer»
plus long -temps fans fairefçavoir à vos
Hautes Puiffances que les Pairs & les
Communes legitimement affemble à
Vestminster ont refolus de declarer aujourd'huy
, ainſi qu'ils le feront proclamer
demain, Nous , & la Princeffè no❤
fire, tres digne & chere. Epouse , Roy
352 V. P. des Affaires
Reine d'Angleterre , & de tous les
Domaines qui en dependent . Comme
nous fommes pleinement perfuadez tant
à caufe de la part que V.H.P.ont toûjours
prife dans toutes les chofes qui
nous touchent, que par a'autres confiderations
, qu' Elles feront tres - aifes auprendre
que nous avons efté appellez à¹
la Couronne , Nous voulons auffi affenrér
V.H.P. que cela ne diminuera rien,
non feulement de l'affection que nous
avons toujours euë & du foin que nous
avons pris continuellement pour la confervation
& le maintien de la Republique
, mais qu'auffi nous ferons capables.
de pouvoir exercer la charge dont nous
fommes revestus avec plus d'utilité &
d'avantage pour l'Etat , & que nous
pourrons pareillement poursuivre avec
plus de poids & de fruit tout ce qui
pourra regarder fon avantage , le pròteger
& le garantir de tous les dommages
que les Etrangers voudroient luy faire.
Nous esperons encare & cherchons de
noftrepart tous les moyens imaginables
pour faire en forte que pendant nostre.
Regence,une bonne & fincere intelligenae
s'eftabliſſe & s'augmente de plus en
du Temps.
353
plus entre nos Royaumes & les Provin
ces Vries des Pays - bas ; de maniere
qu'il en puiffe provenir une Alliance
qui ne puiffe être rompuë & une amitié
chire nos Sujets & Habitans defdites
Provinces pour la feureté, le repos , & la
paix des deux Nations , & en mefme
temps pour la feureté & le maintien de
la veritable Religion Proteftante , ce que
le Seigneur veuille accorderfous la pros
tection duquel nous recommandons
V. H. P.
Hauts & Puiffans Seigneurs ,
De vos Hautes Puiffances , le bon
Amy ,VVILLIAM Roy.
La veritable Religion Proteftan
te dont il eft parlé dans cette Lettre
, eft la Nonconformiſte , ou du
moins celle que les Calviniftes appellent
ainfi , & que le Prince d'Orange
avoit promis de faire regner
feule en Angleterre , s'il eftoit élû
Roy . La réponse que les Etats devoient
faire à cette Lettre , les embaraffa
fort. Ils avoient crû que le
Prince d'Orange cftant Roy d'An -¸
gleterre , ils en feroient délivrez ,
354 V. P. des Affaires
& ils eurent beaucoup de chagrin ,
lors qu'ils virent qu'il vouloit ens
core conferver l'autorité qu'il avoit
chez eux. Les confequences en étoient
dangercules , & ils decou
vroient en luy une avidité du pou❤
voir Souverain , qui leur faifoit
craindre qu'il ne le voulût étendre
aux dépens de leur République , fir
toft qu'il feroit en état de le faire
Cependant chacun cacha fes fenti
mens , & ne les dit point publiquement
, de peur de le porter à fe
vanger d'eux: mais tout l'Etat étoit
defolé dans le temps mefine qu'il
ordonnoit que l'on fift des feux de
joye , & il tomboit dans une facheafe
confternation en exami
nant tout ce que le Prince d'Oran
ge luy avoit fait fouffrir , & tout
ce qu'il en devoit apprehender , Son
ambition avoit efté caufe que la
France luy avoit declaré la guerre ,
& certe guerre , aprés ce qu'il avoit
fouffert dans la précedente , venoit
de l'abattre entiérement. On fçait
combien il a efté defolé par les ar
mateurs François , & le nombre.
3
du Temps.
355
>
prefque infiny de Vaiffeaux Hol
landois qu'ils ont pris. Aprés cette
perte ils ne fe trotivoient à couvert
de rien par la nouvelle dignité de
celuy qui vouloit encore eftre leur
Maître , & qu'ils voyoient en état de
le devenir un peu trop fouverainement.
D'un autre cofté , ils ne vo
yoient point que fa nouvelle grandeur
leur pût eftre utile : il fe trouvoit
obligé de préferer Fintereft de
l'Angleterre à celuy de la Hollande
ce qu'il eftoit impoſſible qu'il
fift dans les affaires du coinmerce ,
fans porter un norable préjudice
à cette République , de forte que
de quelque cofté qu'on examinât la
chofe , il auroit efté avantageux
aux Etats de ne l'avoir jamais conmu
, puis qu'il ne pouvoit que fe
rendre leur Maiftre , ou travailler
à la ruine de leur commerce . En
effet s'il fuft demeuré chez eux.
dans l'état où il eftoit avant que
de paffer en Angleterre » il auroit
encore cherché comme il avoit
fait toute la vie , par quelles voyes.
il cuft pu les faire entrer en de nou-
>
9 .
356
V. P. des Affaires
velles guerres , puis qu'en comman
dant fouverainement fur leurs troupes
, & difpofant de toutes les
Charges militaires durant ces guerres
, il auroit du moins trouvé.
moyen de fatisfaire par là en quelque
maniere l'infatiable defir qu'il
a toujours cu de regner. Je paffe à
ce qui chagrinera un jour encore
davantage Angleterre.
Enfin aprés plufieurs deliberations
fur le difcours que le Prince d'Orange
étoit venu faire aux deux Chambres
, il fut refolu qu'on s'attacheroit
à fes interefts & à ceux de la
Princeffe fa femme , qu'on appuyeroit
les alliances qu'il a faites avec
les Etrangers , & qu'on employeroit
toutes fortes de moyens , pour
reduire l'Irlande & pour maintenir
la Religion Proteftante. On voit
par là que la Chambre des Cominunes
mêle à tout propos la Religion
Proteftante dans fès Refultats ,
ce qui doit donner de nouvelles inquiétudes
à la Religion Anglicane ..
Il y a encore dans cette deliberation
me chofe de grande importan-
>
du
Temps.
357
ce , & qui merite qu'on y faffe reflexion.
C'est l'endroit où la Chambre
des Communes dit qu'on appuyeroit
les alliances que le Prince d'Orange a
faites avec les Etrangers. Il n'y en peut
voir d'autre qu'avec la Maifon d'Autriche:
car ce Prince eft tellement lié
avec la Hollande , que cette alliance - là
ne doit pas eftre comptée. Voilà donc
la Maifon d'Autriche alliée avec un
Prince,qui n'a entrepris la guerre que
pour détrôner un Roy legitime , détruire
la ReligionCatholique, & faire
refleurir la Calvinifte en France . L'Alliance
eft belle , & ceux qui l'ont
faite , ont beau vouloir prouver par
leurs écrits que ,ce n'eft point une
guerre de Religion . Le Public voit
affez clair pour en juger , & il eft difficile
de pouvoir déguifer une verité ,
dont on ne peut cacher les effets.
Quelques affaires que la Convention
& le Parlement ayent mifes en
déliberation , ils n'ont efté principalement
affemblez que pour deux chofts,
pour nominer le Prince d'Orange
Roy , aprés avoir ôté la Couronne au
legitime Souverain des trois Royau358
V. P. des Affaires
mes,& pour ruiner la Religion Anglicane,
en élevant celle des Nonconformiftes
, & cela ne fe pouvant faire
tout d'un coup ,de crainte que le party
de l'Eglife Anglicane ne fuft trop
fort , on a propofé des moyens pour .
adoucir les Loix qui font contre les
Nonconformistes. Cependant on y
eft fort embarraffé , parce que l'on a
cru jufqu'icy que la Religion Proteftate
Anglicane ne pouvoir eftre en feu-.
reté , fi les Loix eftablies par le Parlement
d'Elifabeth , & par les autres
qui les ont confirmées , ne font
maintenuës ; mais comme elles font
également féveres envers les Catholiques
& les Nonconformistes , dont
le Parlement cft remply, on voudroit
ofter la force de ces Loix feulement à
l'égard de ces derniers . Aucun Parlement
n'a pourtant encore ofé le faire
, parce qu'il eft auffi malaifé de feparer
les peines d'une chofe que la
loy marque meriter une mefme punition,
que d'oiter des pierres d'un Edifice
qui tomberoit ,fi on en tiroit feulementune.
Comme les compables ne fe crodu
Temps.. 359
yent jamais en feureté , tous ceux qui
compofent le Parlement ayant fait
reflexion fur leur revolte , & appre
bendant d'eftre abandonnez par
quelques-uns de leurs confreres , &
que les affaires venant à changer, ils
ne fuffent condamnez , comme ceux
qui ont fait des ligues , des affocia→
tions & des Cours de juftice l'ont
efté par plufieurs Parlemens; ont reg
folu de tenir ferme , de demeurer fortement
unis , & de hazarder leurs.
biens & leurs vies, pour maintenir le
Roy nouvellement éleu , moins encore
en fa confideration , que pour fe
garantir eux-mefmes du coup qui les
menace, mais parce que s'ils le maintiennent,
ils en feront maintenus , &
qu'ils ont grand befoin d'une forte
union pour éviter les punitions qui
leur font duës.
Le Comte d'Arran fils du Duc de
Hamilton, ayant efté attaqué par des
alfaffins fe défendit courageufement ,
mais il fut bleffé , & remarqua patiny
ceux qui l'attaquerent quelques creatures
du Prince d'Orange, qu'on fçait
eftte fortement attachez à fon fervi360
V. P. des Affaires
>
ce. Il s'en plaignit , & il fut mis à la
Tour avec quelques autres Seigneurs
Ecoffois . On les accufe d'avoir eu correfpondance
avec le Roy , ce qu'on regarde
comme un crime de trahifon ,
Ce foupçon en fera arrefter beaucoup
d'autres, & felon les apparences nous
verrons plufieurs glorieux & innocens
criminels . Milord Louvelace ſe
trouve prefentement plus heureux
mais les retours font à craindre. Il
a efté fait Capitaine des Gentilshommes
Penfionnaires, pour recompenfe
d'avoir abandonné le premier
fon Maiftre. Les coupables font recompenfez
par leurs pareils & punis
par les vertueux . La faveur de ce Milord
pourra ne pas durer , puifque le
Comte de Clarendon , & le Comte de
Rochefter fon Frere , tous deux Oncles
de la Princeffe d'Orange , ayant
voulu donner quelques confeils au
Prince fon époux , illeur commanda
de fortir de la chambre , & leur dit ,
qu'ils ne paruffent plus à la Cour parce
qu'il eftoit las de voir des traitres.
Le Prince d'Orange s'eftant
fervy des Seigneurs pour avoir entrée
1
du
Temps.
361
trée en Angleterre ceffe de le menager
, tant parce que c'eft prefentement
des peuples qu'il a le
plus de befoin , que parce que les
Seigneurs ne pouvant plus eſtre regardez
par leur veritable Roy , que
comme des gens qui l'ont trahi
ils font obligez pour leurs propres
interefts , & pour éviter la punition
qui leur eft due , de demeurer fidelles
à ce Prince. C'est pour cela
qu'il ne fonge plus qu'à tenir les
Peuples fortement attachez dans fon
party , à caufe qu'eftant auffi emportez
qu'aveugles , au lieu d'examiner
fi ce qu'on veut leur faire entreprendre
eft juste,ils ne regardent que ce
qui touche celuy qui a eu l'adreffc de
Les faire eutrer dans fes interefts , &
ils s'y jettent comme un torrent dont
rien n'eft capable d'arreſter le cours.
Le Prince d'Orange voulant toûjours
voir durer cette fureur inconfiderée
des peuples pour luy , & dont il tire
tout fon pouvoir , fit dire à la Chambre
des Communes qu'il avoit deffein
de fupprimer la taxe fur les cheminées.
Elle y confentit avec joye , &
e
362 V. P. des Affaires
refolut de dreffer un Acte pour caffer
ceux des precedens Parlement qui
l'ont eftably. Elle delibera enfuite
pour faire unfond qui puft produire
au Prince d'Orange un revenu égal a
celuy que produifoit cette taxe : On a
propofé de le lever fur les terres. Le
Prince d'Orange ne perdra rien par ce
moyen- là . Il en eftoit feur & que les
creatures qu'il a à la Chambre des
Communes , propoferoient l'expedient
dontils étoient convenus. On
peut répondre à cela qu'une taxe fur
les cheminées ou fur les terres , eft
toûjours une taxe réelle , que les
Seigneurs & le peuple doivent payer.
Ileft vray , mais comme en Angleterre
les Seigneurs poffedent la pluspart
des terres , & que les Peuples en
ont fort peu , il fe trouve que les Scigneurs
payeront preique feuls ce que
Tes peuples payoient, par l'impofition
de la taxe fur les cheminées . En attendant
gne cettte taxe foit établie
pour toûjours , on a refolu de s'en
fervir pour donner au Prince d'Orangeun
fubfide extraordinaire de quatre
cens vingt mille livres fterlin pa-
1
du
Temps. 363
yables en fix mois & en payemens
égaux de foixante & dix mille livre .
fterlin chacun. Cela eft fort fpecieux
mais les affaires du Prince d'Orangn'en
vont pas inieux , le temps preffe ,
il faut des Troupes , & on n'en peut
-lever fans argent. Cependant ilne fe
trouve point de Traitans qui leveiiil-
- lent avancer, tant ils aprehendent de
le perdre. Ils voyent un Parlement illegitimement
affemblé , qui renverſe
toutes les loix fondamentales de l'Erat,
un Ufurpateur mal affermy, & hay
fecrettement de tous ceux qui font
profeffion de la Religion Anglicane ,
& un legitime Souverain , qui poffede
encore le coeur de la plus grande partie
de fes Sujets , & qui aidé des for-
- ces du plus puiffant Monarque de
l'Europe,touche tous les jours au mo❤
ment qu'il doit eftre retabli . Sa Majefté
Britannique n'a pas feulement
les coeurs de la plufpart du Peuple
mais encore de l'Armée , qui ne l'au
roit point abandonné fi les Officiers
n'euffent efté d'accord avec le Prince
d'Orange . Cela eft fi vray que les
Troupes qui font à Buckingam , ont
Q 2
364 V. P. des Affaires
obligé le Maire de boire
fanté de ce Monarque.
à genoux
la
Le Prince d'Orange en formant
le deffein de fe faire Roy , refolut en
mefme temps de faire tout ce qu'il avoit
publié qu'il venoit pour empécher
, c'est à dire , d'eftablir un Gouvernement
arbitraire , & de fe rendre
plus puifsát qu'il n'a jufqu'icyété permis
de l'eftre à tous les Rois d'Angleterre
, & cela , parce qu'il eft abfolument
impoffible qu'un Ufurpateur
fe maintienne , s'il n'a une autorité
abfoluë , & pour commencer àl'acquerir,
il a cru devoir fe fervir du temps
que la Chambre des Communes eft
toute à fa devotion . Ainfi aprés l'avoir
fait informer de l'emprisonnement du
Comte de Haran & de quelques autres
Seigneurs , celuy qui le leur ap
prit leur dit que ce Prince avoit trouvé
à propos dans la conjoncture prefente de
faire arrefter pour la feureté publique
quelques perfonnes dont les pratiques
pouvoient estre dangereufes pour le Gouvernement
, & qu'il croyoit qu'il eftoit
befoin d'enfaire arrefter davantage,mais
qu'apprehendant de faire quelque chofe
du
Temps. 365
contra la loy, il avoit donné ordre d'informer
la Chambre des raiſons qui l'obligeoient
d'agir de cette maniere , pour
affeurer la liberté publique & le Gouvernement.
Cét Envoyé ajoûta que le
Prince d'Orange defiroit fçavoir fi l'a.
vis de la Chambre eftoit que les Prifonniers
fuffent mis en liberté , comme ils
le demandoient en vertu de la Loy
Habeas Corpus.
་
Des gens fages & juftes auroient
efté embaraffez , puis qu'ils n'avoient
détrôné le Roy, élevé le Prince d'Orange
en fa place , & qu'ils n'eftoient
alfemblez, au moins à ce qu'ils affeuroient,
que pour conferver les loix &
la liberté publique . Cependant les
Créatures du Prince d'Orange gouvernant
toute cette Chambre qui n'étoit
non plus affemblée pour reſtablir
les Loix, que le Prince d'Orange étoit
venu en Angleterre pour ne fe point
faifir de la Couronne , il fut refolu
qu'on n'auroit point d'égard à la Loy
HABEAS CORPus , qui a toûjours
efté confiderée comme la plus impor
tante de celles qui concernent la li
betté des Particuliers , & qu'on dref
Q 3.
366 V. P. des Affaires
3
feroit un Acte,pour autorifer le Prince.
d'Orange pendant un certain temps ,
afin qu'il puft faire arrefter tous ceux
qu'il tiendroit fufpects ,fás qu'ils puffent
cftre élargis fous caution fans fon
confentement. Ainfi le voilà maiftre
de faire arrefter & de retenir ceux
qu'il foupçonnera de n'approuver pas
fon ufurpation . Il leur impofera tous
les crimes, qu'il jugera propres à les
noircir,& la crainte qu'il doit avoir de
tomber du Trône, fera caufe qu'il accufera
beaucoup d'honneftes gens ; de.
forte que l'innocence & la vertu fonf
friront , tant que
Traiftres .
durera le regue
des
Quelques Evefques de fon party ,
mais dont le nombre eft peu confiderable
, ont commencé à feconder
fon grand deffein , en donnant leur
confentement pour tolerer beaucoup
de chofes dans l'exercice , de
la Religion des Nonconformistes , ce
qui avoit toûjours efté rejetté , comme
tendant à l'entiere deftruction de
l'Anglicane, & ces Paſteurs en témoignant
qu'ils cftoient prefts de recevoir
comme leurs freres ceux que l'Edu
Temps. 367
pas
glife Anglicane a toûjours regardez
comme Schifmatiques , & qu'elle a
fouvent excommuniez comme Heretiques,
ont abandonné leur Troupeau
aux Loups dont il fera devoré.11 fuffic
que ces freres foient Calvinistes, pour
s'affeurer qu'ils ne les fouffriront
Jong-temps dans l'Eglife où ils les
reçoivent. Si le Roy d'Angleterre
avoit feulement marqué la moindre
penfée de propofer tout ce qui s'exccure
aujourd'huy , on auroit regardé
cela comine un attentat contre les
Loix , & l'on s'en feroit plaint auſſi
hautement que l'on paroift aujour
d'huy le fouffrir avec peu de murmu
reinais la politique du Prince d'O.
range eft méchante en cette occa .
fion.Ceux qui fouffrent n'en penfent
pas moins. Un Prince qui fe declare
fi vifte , & qui entreprend fi toft , fait
connoiftre qu'il a deffein d'aller loin,
& comme on s'apperçoit de bonne
heure de ce qu'il projette , on prend
plûtôt des mesures pour s'y oppofer,
Airftfon trop de précipitation don
ne lieu de croire qu'il effuyera des re
vers de fortune auffi prompts que fe
faveurs ont efté precipitées. Comms
Q 4
368 V. P. des Affaires
il n'y a encore qu'environ le quart
des Archevefques & Evefques qui
ayent prefté les deux nouveaux fermens
, il y a apparence que les autres
qui ne le feroient que par force , ne
les prefteront pas,jugeant bien par la
fituation où fe trouvent les affaires ,
que le Prince d'Orange eft deftiné
pour devenir le jouet de la fortune ,
auffi bien que le parlement , qui doit
penfer à rendre un jour compte de fa
conduite, au lieu d'eftablir un Committé,
comme il vient de faire dans le
temps qu'il renverſe toutes les loix
fondamentales de l'Etat, pour decou™
vrir ceux qui ont eu part directement
ou indirectement aux infractions
qu'il pretend avoir efté faites aux
Loix du Royaume.
Ce Prince ne fe voyant prefque
plus de Troupes , tant à caufe qu'il
en a envoyé en Hollande , qu'à
caufe que celles qui luy font reftées
defertent de jour en jour pour rentrer
dans le fervice de leur legitime
Souverain , qu'elles n'avoient pas
quitté volontairement comme ont
fait leurs Officiers , a ordonné la
levée de ving fix Regimens. Queldu
Temps. 3G
ques Seigneurs qui font fortement
attachez à fon party , & qui crajgnent
un revers qui n'acommoderoit
pas leurs affaires , ont offert
d'en lever à leurs dépens dans leurs.
Terres ; mais il y a peu de fondement
à faire fur ces Troupes pour
le Prince d'Orange , puis que la.
plufpart des Soldats ne voulant
point le fervir , ces Troupes fesont
prefque toutes compofées de
Milices qui feront peu inftruites
dans le meftier de la Guerre.
Enfin le Docteur Burnet , qui
felon les loix & fes crimes , ne
pouvoit jamais retourner en Angleterre
que pour y eftre conduit:
fur un échafaut a efté pourveu :
par le Prince d'Orange de l'Evef
ché de Salifbery. Loin de raifonner
là: deffus , on ne doit que rire des
caprices de la fortune . Les Dioce
fains d'un tel Prelat feront de bel-
Les chofes s'ils prennent fa vie
exemple. On affeure qu'il eft Soci
nien , & vous fçavez que les Sociniens
nient la Divinité de Jefus
Chrift
pour
Le Prince d'Orange aprés avoir
Q S
370 V. P. des Affaires
tenu Confeil à Londres , fe trouve
obligé d'aller tous les jours cous
cher à Hamptoncourt , qui en eft
à huir lieues , parce que l'air du
charbon de terre dont tout le
Peuple fe fert
brûler en cette
>
pour
Ville là , eft entierement
contraire.
à l'afme dont il eft cruellement
tourmenté
, & qui s'augmente
encore
tous les jours par l'inquietude
que luy donne le foin de chercher
à fe maintenir fur le Trône où il
eft mal affermy. Si cela continuë ,
l'air de la Couronne
luy aura efté
fatal.
Quand à ce qui regarde l'Irlande ,
la conduite du Comte de Tircon- .
nel qui en eft Viceroy , immortalifera
fon nom , & on peu dire
qu'il fera couvert d'autant de gloire
que tous les Traiftres ensemble le
feront d'infamie. Le Roy d'Angleterre
eftant arrivé en France , & le
bruit de la fidelité de ce Comte
fe répandant tous les jours de plus
en plus , il fat refolu que s'il continuoit
dans la mefme fermeté auffi-"
9
bien que fes Troupes , ce Monarque
fe rendroit en Irlande ; mais
du
Temps.
371
comme l'exemple du paffé faifoit
apprehender quelque changement ,
& qu'il n'y euft, des Traiftres parmy
ceux qui fe montroient fi zelez ,
le Roy de France y envoya M.
de Pointy ,, pour eftre plus feurement
informé par fon rapport de
la difpofition ou eftoient les Irlandois
.
> ces
F
Quand M. de Pointy fut arrivé
en Irlande , & qu'on fçeut qu'il y
eftoit envoyé de la part de Sa
Majefté Tres Chreftienne
Peuples à qui les grandes chofes
qu'Elle a faites ne font pas incon,
nuës , fe mirent à genoux pour le
voir paffer , & luy donnerent ille
benedictions ; mais quand ils ap-.
prirent à fon retour qu'il venoit de
s'aboucher avec le Comte de Tir
connel & qu'il l'avoit affeuré
qu'il recevroit bien toft du fecours
de France , ils firent voir une joyer
fi exceffive , qu'il eft impoffible de
la peindre dans toute fon étenduë.
Ils la témoignerent premierement
par leurs acclamations , & fe firent
aprendre à dire en François , Vive ›
le Roy de France , afin de le repetes
2
Q 6
372
V. P. des Affaires
fans ceffe par tout où ils pourroient
voir cet Envoyé. Ils joncherent de
branches tous les endroits de fon
paffage , & y firent brûler des parfums
à leur mode . Les Femmes &
les Enfans accoururent de toutes
parts , & l'arrefterent en beaucoup
d'endroits pour luy faire des hon
neurs à leurs maniere , qui eftoient
de luy jetter des rubans de toutes
couleurs , avec de petits morceanx
de bois peint & doré , de forte
que fi M. de Pointy n'euft pris le:
party de marcher de nuit , il au-
Loit eu peine à achever fon voya
ge. Il revint en France , & y rendit
compte de l'ardear du zele de ces.
Peuples, & de la fideliré que ces
Troupes luy ont paru devoir garder.
inviolablement à leur Souverain..
Ceux qui n'ont point d'armes , &
qui font preffez d'un defir ardent
de défendre leur Religion , leur
Roy , & leur Partie , fe mettent:
cofté des Troupes qui font l'exer---
cice , & imitent tous leurs mouvemens
avec des bâtons . Ils ont tous.
conceu un fi grand amour pour le
Monarque dont ils efperens. eftre.
du Temps. 373
fecourus , que dans les prieres publiques
qui fe font dans leurs Egli
fes , on y prie prefentement Dieu
pour le Roy Tres- Chrestien. Tant
d'affeurances de la fidelité des Irlandois
firent refoudre le Voyage:
du Roy d'Angleterre en Irlande
& dés qu'il fut arrefté , Sa Majefté
luy fit prefent de Tentes pa
reilles aux fiennes , & d'un lit de
meline , & luy fit donner le double
de tout ce qu'on a coûtume de
porter à l'Armée pour fon fervice
Le Roy luy fit encore prefent de
douze chevaux pour fervir à fa
perfonne , ornez & enharnacheza +
comme les fiens quand il va en
Campagne , & de trois paires de
piftolers de fes propres Armes ,
eftimez non feulement à caufe de
leur bonté , mais parce qu'ils font
fort legers , & magnifiques.. Ce
prefent , fut accompagné de deux.
Services de Vaiffelle , l'un d'argent
blanc , & l'autre de vermeil
& de fix cens mille écus en or-
Tout cela fait affez l'éloge de la mas.
gnificence du Roy , & marque fon
Zeleppoouurr la Religio,fon amourpour
374 V. P. des Affaires
un Monarque qui fort de fon fang ,
& fon empreffement à fecourir les
opprimez . Je ne vous parle point du
Voyage du Roy d'Angletere jufqu'à
Breft , il eft amplement décrit dans
ma Lettre ordinaire. Ce Prince avant
que d'en partir , écrivit en Ecoffe
la Lettre fuivante avec cette
fubfcription. Aux: Lords Spirituels
& Temporels , Commiffaires des Provinces
& Bourgs afferableZ„ou qui s'affembleront
dans noftre bonne Ville d'Ed'imbonrg.
Elle eft dattée à Bord du
Saint Michel . C'eft le Vailleau qui
l'aporté en Irlande.
IACOVES ROT.
Milords & Gentilshommes , Comme
nous avons efté informe , que Vous, les
Pairs & les Reprefentans les Provin
ces & Bourgs de noftre ancien Royaume,
vous devez vous affembler dans nôtre
banne Ville d' Edimbourg , un des
jours de ce prefent mois de Mars , par-
Pautorité ufurpée du Prince d'Orange,
Nous jugeons à propos de vous faire
Scavoir que comme en tout temps nous
nous fommes repofez avec confiance (ur
Lafidelite & affect son de vous tous, @-
du
Temps. 375
tre ancien Peuple, aprés avoir eu cy- devant
recours à vostre aſſiſtance dans nos
plus grandes difgraces , & cela avec un
bon & heureux fuccés pour vos affaires,
Nous vous requerons encore prefentement
de défendre notre royal interest
nous promettant de vostre fidelité tout
Gе que l'on doit attendre de bons & de
genereux Sujets , & que nonfeulement
vous ne fouffrirez pas que par des cajoleries,
ny par des menaces , on vous faffe
rien faire d'indigne de urais & coura
geux Ecoffoisz mais auffi que pour mainvenir
l'honneur de vostre Nation , vous
mépriferez le bas lâche exemple des
Traiftres , & rendrez vos noms éternels .
par une fidelité conforme aux frequentes
proteftations que vous nous avez faitos,
ce que faisant vous prendrez le pary
le plus feur , puis que par ce moyen
vous éviterez le danger d'attirer fur
vous l'infamie & toutes fortes de malbeurs
dans ce monde, & pour l'autre la
condamnation qui eft dene aux Rebelles.
Vous aurez außi une belle occafion
de vous affurer & à voſtre pofterité
l'effet des promeffes que nous vous avõs
·faites avec tant de fincerite de maintenir
veftre Religion, vos Loix, vos biens,
376 r. P. des Affaires
voftre liberté, & vos Privileges, ce que
nousfommes toûjours refolus d'accomplir
auffi toft qu'il vous fera poſſible de
vous affembler feurement en Corps de
Parlement de cenôtre ancien Royaume..
Cependant ne craignez point de vous
declarerpour Nous, vôtre legitime Sou
verain , qui de noſtre part ne manque➡
rons pas à vous donner un fecours fi
prompt & fi puiffant , qu'il ne vous
fournira pasfeulement le moyen de vous
défendre de toutes les entreprises du dehors
, mais vous mettra encore en estat
d'affermir & d'affirer noftre droit contre
nos Ennemis , qui l'ont abbattu &
déprimé par la plus noire des ufurpa
tions , le plus injufte comme le plus
dénaturé des attentats . Bien que la puiffance
de Dien permette pour un temps...
qu'illaiffe profperer les méchans , il'
faut neanmoins qu'à la fin ces Ouvriers:
d'iniquité tobent dans la confufion.Nous:
vous informerons de plus que nous par…..
donnerons à tous ceux qui retourneront››
à leur devoiravant la fin de ce mois in-..
clufivement , que nous punirons fuivant
la rigueur de nos Loix tous ceux
qui demeureront dans la révolte contrenous,
on contre noftre autorité. Ainfi nee
du Temps. 377
doutant point que vous ne vous declariez
pour Nous, & qu'en vous opposant
à tout ce qui pourroit eftre contraire à
nostre intereft , vous n'envoyez vers.
nous quelques- uns d'entre vous pour nous
rendre compte de vos foins, & de l'eftat.
de vos affaires, Nous vous souhaitons
de bon coeur toute forte d'avantages .
Donné à Bord de S. Michel le 8. de
Mars,& de noftre Regne le cinquième,
Avant que Sa Majesté fiſt voile pour
l'Irlande, le Soleil d'Affrique arriva à
Breft. C'eft une fregate que Sa Majefté
y avoit envoyée. Le Capitaine rap
porta que le Comte d'Inchequin à la
tefte de 4000. Proteftans bien armez
s'eftoit fortifié dans une petite Ville
nommée Baden à fept où huit lieuës
de Kinfale; que le Comte de Tirconnely
avoit envoyéle Marquis de Klintexord,
avecun detachement de 3000.
hommes , mais que ce Marquis le jugeant
trop foible,on luy avoit envoyé
encore autant de monde avec le Majos
Macarty , qui eft Major general de
l'Armée,que tous enſemble ayant forcé
les 4000. hommes , ils en avoient
paſſé la moitié au fil de l'épée,& qu'il
leur reftoit deux mille prifoni ters
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V. P. des Affaires
4
pour fervir de reprefailles pour autant“
de Catholiques Irlandois arrétez en
Angleterre. Il ajouta qu'on avoit
ftribué les armes deces 4000.hommes
aux Irlandeis qui n'en avoient point,
& que quelques jours avant cette défaite
, le mefme Major Macarty avoit
pris un Chateau cù il y avoit 150.
Proteftans commandez par le Capitaine
Boyle, Ces Proteftans & tous
ceux de ce Royaume- là , doivent detefter
l'ambition du Prince d'Orange,
puis qu'ils vivoient en repos , & qu ils
jouilloient pa fiblement de la liberté
de confcience que le Roy a accordée
à tous fes . Sujets. Ce qui fe paffe aujourd'huy
en Irlande fait voir que ce
Royaume ne l'a point appellé . Pourquoy
cherche-t- il donc à le fubjuguer
aprés tout ce qu'il a declaré dans fon
Manifefte qui eft entierement contraire
à ce qu'on luy a veu entreprendre
depuis ce temps -là ? Quand tout ce
qu'il a fuppofé à l'égard de l'Angleterre
, auroit efté veritable , cela luy
donne- t- il droit de fe faire Roy d'Irlande,
lors que loin de le nommer, cet
Etat refufe de lay obeïr ? Y a- t-il de
a jaftice qu'il inquiette les Catholidu
Temps... 379
ques , parce qu'il fe trouve quelques
Proteftans en Irlande , & ne peut- on
pas fe fervir contre luy des imefines
raifons qu'il a fauffement employées
contre le Roy d'Angleterre , en l'accufant
de vouloir abolir la Religion dominante
de l'Etat, pour faire regner la
Catholique, dont il n'y a qu'un periv
nombre en Angleterre , de méme qu'il
y a peu de Proteftans en Irlande ?--
Il est aisé de connoire par toutes
ces chofes que la Religion n'a cué
qu'un pretexte à fon ambition demefurée,
mais il a manqué de politique ,
en he pourfuivant pas l'affaire d'ire
lande pendant que tout étoit en mouvement
en fa faveur . L'empreffement
qu'il avoit à fe faire élire Roy , a efté
caufe qu'il a laillé écouler deux ou
trois mois.ll s'eft appliqué tout entier
à ce qui regardoit ſon élection , & jufqu'à
ce qu'elle ait efté faite , a gardé
fes troupes, pour fervir d'appuy à fes
partifans & donner de la vigueur à fes
brigues , mais le temps pallé ne peut
plus le rappeller , il a manqué l'Iriande
, & s'il arrive que la fidelité de ce
Royaume excite l'Ecoffe à l'imiter
comme ily a tout lieu de le croire , il
380 V. P. des Affaires
aura manqué en jeune homme , ce
qu'il avoit commencé à concerter en
habile politique , car il n'eft pas pof
fible qu'il trouve moyen de fe maintenir
au milieu de deux Royaumes
declarez contre luy , animez par leur
Prince legitime preſt à combattre en
perfonne, & fecourus par un Roy dont
les armes font toûjours victorieuſes.Il
ne me reste plus pour finir la matiere
que je me fuis propofé d'épuifer dans
ce Volume , qu'à vous parler de l'embarquement
du Roy d'Angleterre. Il
fe fit le 7. de Mars à quatre heures
aprés midy fur le Vaiffeau nommé le
François de so. pieces de Canon , &
auffi -toft on mit fon Pavillon Royal
au grand mats de tous les Navires ,
avec les Yacs au beaupré. Le vent
étoit Sud,& tres- favorable, & le Roy
devoit partir à la petite pointe du jour
dans ce Vaiffeau commandé par M.
Panetier, ayant M. de Fauquieres Capitaine
en fecond , M. de Roffel
pour
un des Lieutenans , & M.de la Gaudiniere
pour Enfeigne. Le vent ayant
changé,la Flote ne put partir:elle appareilla
plufieurs fois depuis ,& ne put
enfin fe mettre à voile que le 17. à
du
Temps.
381
cinq heures du matin . Le Roy montoit
alors le S. Michel commandé par
M. Gabaret. Les autres Vaiffeaux étoient
le Courageux commandé par
M.Foran Chef d'Efcadre; Le François
par M.Panetier; Le Fort par M.leChevalier
de Rofmadec ; Le Furieux par
M.d'Ainaud; L'Entreprenant par M.do
Beauvieu ; Le Sage par M.de Vandricour
; Le Duc par M. Colbert de S.
Marc ; L'Appellon par M.de Montorfier;
Le Neptune par M.de Palliere; Le
Faucon par M. le Chevalier d'Ervaux.
Tous ces Vaiffeaux font de cinquante
à foixante pieces de Canon. Il y avoit
quatre Fregates de trente-fix picces
de canon ; fçavoir l'Embufcade commandé
par M.Eftienne- Jeny, le Soleil
d'Afrique par M. de Clocheterie , La
Folie & la Mutine commandées par
deux Capitaines Anglois. Il y avoit
auffi trois Brulots,le Petillant, l'Ecervelé
& le Deguifé,& quelques Fregates
dont je ne fçay pas les noms.
Quoy qu'il n'y ait rien de plus caché
que l'avenir , les Sujets qui font demeurez
fideles au Roy d'Angleterre
ne doivent prefque pas douter de le
voir bientoft rétably. Le Regne des
afz V. P. des Affaires
Σ
Ufurpateurs n'eft jamais long, quand
les Souverains dont ils ont envahy les
Etats , font vivans, qu'ils ont du coeur
: & des forces pour combattre l'ennemy
qui les a furpris , qu'une grande
partie de leurs Sujets prend les armes
pour les vanger , & que d'autres les reconnoiffent
dans leur coeur , n'ofant
fe declarer,parce qu'ils font trop proches
de l'Ufurpateur dont ils craignent
la violence.
Comme j'ay enfin rejoint le Prince
d'Orange malgré toute la précipitation
avec laquelle il a couru vers le
Tione , vous n'aurez que dans trois
mois la fixiéme Partie des Affaires du
temps . Cette hiftoire où je me permers
le raifonnement , eftant plutoft
Pour remarquer ce que l'on peut dire
fur les grands évenemens , que pour
donner des nouvelles , je croy que
vous vous contenterez jufque- là de
mes Lettres ordinaires , que vous aurez
tou ours au commencement de
chaque mois , & qui contiendront
ce qui fe fera paffé de plus important .
THÈQUE
BIBLIO
DE
LYON
N.
1893
LYCO
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18
EX BIBLIOTHECA
Qualité de la reconnaissance optique de caractères