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ïïrlalic,0u-~IRi4tL-Z~i
GALmh~~e
DEDIE' A MONSEIGNEUR
A PARIS,
AU PALAIS.
ON donnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier icut de chaque Mois, & on
le vendra Trente sols relié en Veau
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dans la
Salle des Mercitrs, à la Justice.
T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle ,
à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
1 M. DC. LXXXIX,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
AVIS.
QVelquesprieres qu'on aitfai..
tes jusqua present de bien
écrire les noms de Familleemployez
dans les Memoires qu'on envoyepour
le Mercure, on ne laiJlè pas d'y manquertoûjours.
cela estcausequ'ily a
de temps en temps quelques-uns de
,,les Memoires dont on nese peutservir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms, en sorte qu'on
je s'y puisse tromper. On ne prend
\ucuu argent pour les Mémoiresdr
on employera tous les bons Ouvrarr
à leur tour,pourveu qu'ilsne
lesobligent personne, & qu'il n'y
it rien de licentieux. On prieseu-
:ment sçux qui les envoyent,&sur
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer kjirs noms dans l'article
des Enigmes,d'affranchir leurs
Lettres.deport, s'ils veulent qu'on
faJlè ce qu'ils demandent.C'estfort
peu de chose four chaque particulier
& le tout ensemble efi beaucouppour
un Libraire.
Lesieur Guerout qui debite presentement
le Mercure, a rétably les
èhofes de maniere qu'il est toûjours
imprimé au commencementde chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui sefont à la Campagne,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyeravant
que l'on commence à vendre icy ti
Mercure. Comme ces paquetsseront
plusieursjours en chemin, Paris ne
laisserapasd'avoirle Mercure longtemps
avant qu'ilsoit arrivédan*,
AVIS.
les Villes éloignées,mais aussi les
Villes ne le recevront passi tard
qu'ellesfaisoient auparavant. Ceux
quise lefontenvoyer par leurs Amis
sans en charger ledit Guerout, s'exposentà
le recervoirtoûjoursforttard
pardeux raisons. La premiere,parce
que ces Amis n'ont pas soin de le
venir prendresi-tostqu'il est imprimé,
outre qu'il le sera toûjours quelqu
es jours avant qu'on en fijfc le
débit;& l'autre, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont lut, eux &
quelques autres à qui ils leprestent,
ils rejettent la faute du retardement
sur le Libraire, en disant que la
vente 'en a commencé que fort
eivdnt dans le mois. On évitera ce
retardementpar la voye dudit sieur
Guerout,puis qu'ilse charge de faire
les paquets ltiy-rnef;kncl&de lesfaire
AVIS.
porter à la poste ou aux Messagers
sans nulinterest, tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
ttdreJlè. Ilferala mesmechose generalementde
tous lesLivres nouveaux
qu'onluy demandera,soit qu'il les
débité
, ou qu'ils appartiennent , d'autres Libraires, sans en prendre
pour celadavantage que leprixfixé
par les Libraires qui les vendront
Quandilse rencontrera qu'on demandera
ces Livres à lafin du mois, illesjoindra au Mercure, afin de
n'en faire qu'un mesme paquet. Tout
celasera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
content.
MERCVRE
âr,.*eA~-Lî~
MARS 1689. I Lya desactions si
genereuses, & qui
font voir tant de
grandeurd'ame, qu'elles
n'ont pas besoin qu'on les
fasse remarquer, pour attirer
des loäanges à ceux qui les
font. La manicre dont le
Roy a reccu Leurs Majestez
Britanniques dans ses Ftatscit
de ce nombre, ainsi qu'elle
est au dessus de toutes fortes
d'expressions, & vous avoüerez
que Mr Marcel a eu raison
d'en parler comme il a
fait dans le Sonnet que vous
allez lire.
AU ROY,
Sur l'azile donné au Roy
d' Angleterre.
APrés mille hauts faits d'éternelle
memoire,
J<!!,T porteront ton nom au bout de
l'Univers ;
Aprésmille Ennemis vaincus, &
mis aux fers
,
Monumens immortels de ton augufh
Htjloire.
9
Aprés avoirdétruit la Secte la plus
noire
J>)ue l'on aitjamais veu s'élever
desEnfers,
Le Cielpour couronner tant de travaux
divers,
Vient d'ajoûter encore un rayon k ta
gloire.
Quelque grands qu'à nosyeuxparoissent
tels exploits,
Vn Heros tel que Toy peutimposer
des Idix,
Aux mains des Conquerans la victoire£
jl facile.
Maisd'un Roy détrône, qu'on Poursuit
en tout lieu,
Te declarer l'appuy, luy donner un
Az.jle
C'est , ej/re quelque chose entre les
Rois3 & Dieu.
Ilest vray que nous ne
voyons point de Souverains
àqui puissent estre comparez LOUIS LE GRAND,
& queceux mesmesquifont
le plus jaloux de sa gloire,
n'en mettent aucun en paralelle
avec luy. Puis que j'ay
commencé cette Lettre en
vous en parlant à l'occasion
de l'Angleterre, je crois que
vous ne ferez pas fachée de
voir ces autres Vers du Pere
Buffier, Jesuite.
SUR L'ARRIVE'E
DU PRINCE DE GALLES
en France.
ODE.
Lors
que je sens à vostre vuë,
Prince,je nesçay quoy qui m'agite lecoeur,
Est-ce le doux effet d'une joye imprcveuë
?
EJl-ce le mouvement d'unetendre
douleur ?
JO
Dans un
-
flli
our
Dansunsejourseeuurr&& ttrraannqqutiiilulee
Nous vous voyons enjin; c'estoient
là tous nos 'Voeux:;
jjlais, heldS.' quelque beau que puisse
estreun asise,
Vn asiletoujours nous marque un
malheureux.
Ne tirons pourtant point d'augures
De l'injuste, destin qu'onteuvospremiers
mois;
Dans les plus grands Heros les ttifies
avantures
Ont souvent devancé les plus hett*
reux exploits.
En un estatpluspitoyable
Se trouvasur le Nil l'Enfant, tar,
qui le Ciel
Vouloit executer le desseinadorable
De confondrel'Egypte
,
& vanger
ifraè'l,
Tousdeuxperdus en apparence,
Vous estes exposez, à la mercydesflots,
Mais une maindivine a pris vofire
défense
Contre un Peuple infidelle, &' le
dangerdes eaux. 9
Vous estes loin du precipice,
Malgré tous les efforts de l'Enfer en
couroux ; Ilse déchaîne en vain; L 0 FIS
vous est propice,
Prince, il n'ejl plus permis de rien
craindre pour vous.
Sage Monarque de la France,
Que le Ciel fit sur terre arbitre des
destins
Il , vous a confié lasuprèmepuissance
,
Vous l'employeztoujours pour ses
jufles desseins.
Renversez un projet impie,
roûtenezd'un grand Roy les droits
les plus sacrez,
r:JompteZ encor l'erreur, domptez III
perfidie
, 7efi ce que veut le Ciel, cesi ce que
vous ferez.
Vous voulez bien qu'aprés
Fous avoir parlé d'un jeune
Prince, heureux d'avoir trouré
retraite au près d'un grand
Roy, je vous parle d'un aure
encore plus heureux de
avoir pour Pere. C'est de
Monseigneur le Dauphin. Je
l'ay pu depuis quatre mois
nous faire part de tous lesVers
que l'on a faits à sa gloire,
parce que j'en avois assez
pour remplir toutes mes Lettres;
ainsi j'ay cru vous en
devoir donner moins à la fois,
& vous en envoyer plus souvent.
En voicy de Mr Magnin,
de l'Academie Royale
d'Arles. Cet illustre Auteur asouvent remporté des Prix,
& meriré les élogesqueVtOUS
luy avez donnez.
-
SUR
LES CONQUESTES
DE
MONSEIGNEUR LEDAUPHIN.
O rv E. AVtrefois lors que la Gloire
Me demandoit quelques Ver*,
L'aallois
,
Filles de Mémoire,
Consulter vos chants divers,
de voyois par mille exemples
£)ne tout couroit à vos Temples
Implorerquelque feconrs,•
Maisje vous le dis sans feindre
,
Non, vous ne frauriCZ atteindre
A la carriere ou le cour;,
Je ne sitIs sije megare
Maisdansmon volsanspareil,
Si j'ay le destin d'Icare
,
Je vais plus prés du Soleil.
J'apperçois l'Aigle timide
De la hauteur où me guide
Vardeurdontjffuisépris ;
Ses foibles aistes s'abaissent
,
EEtsfsiessrreeggaarrddssmeparotjjent
Epouvantez, &surpris.
MC'eji
la conqueste étonnante
De tout le Palatinat,
Jïui sans doute l'épouvante , Etfait que le coeur luy bat,
La lâcheté de Bifance
Jyr/it enflésapuissance ,
Elle ne s'attendaitpas
D'avoir en cherchant querelle
Par une audace nouvelle
,
Deux Grands LOVISsur les !JrlU.
Elle croyoit
,
affermie
Par quelquesexploits guerriers,
Trouver la France endormie
A l'ombre deses Lauriers;
Mais on ne peut la surprendre
, philisbourg vient de l'apprendre
En dépit deses marais,
Et l'Europe en ces alarmes
Pourra jugersi nos asrmes
S'enroüillent pendant la Paix.
Le Heros dont la vaillance
A cimentéson repos,
La met par sa vigilance
A couvert de ses Rivaux ;
Et formé parsa fizge/Jè
Le Dauphin qui s'interesse
y. Et qui s'expose pour nous,
Parsa premiere conqueste,
Fait déja tourner la teste
A nos superbes Ialol/x.
Peut-estre l'ont-ils pû croire,
JOue ce Dauphin genereux
Voudroit toujours desa gloire
Goûter le repos heureux ;
J^ue le Grand Louis luy-mesme
Dont lasagesse est extrême,
Craindroit de le hazarder ;
Mais voicy comme tl raisonnes
Si'lilveutporter laCouronne, apprenne à la garder. 9
Jïuil aille sur la frontirere
Où t'on ne le connoist pas,
Montrer de quelle maniere Ildéfendrases Etats.
Il est vray que de la France
l'ayredoublé la puissance
Par mille exploits glorieux , Mais lagrandeur de courage,
£)u>e je luy laif/è en partage
Ytlltt encor mille fois mienx,
A ces mots pour se resoudre
Perdit-il unseul moment?
L'Aigle qui forte la foudre
Fend les airs moins hrttfiJuemfnt.
A peine ilpartdeVersailles ,
Jgjt'on apprend que les murailles
Outfait bréche à Pbilisbourg.
Toutse rend, les Placesfortes
Ouvrent à l'envy les portes,
Et le voilà de retour.
Tandis que la Renommée
JPar des récits étonnans
Conte a l'Europealarmée
Tous ces exploits surprenans
,
LOVIS prepare des Festes
Pour honorer les Conquestes
Dn Heros qu'il a formé.
71Cemhrajfe
,
il le carreffi,
Etde satendre jeunesse
Voit tout le monde charméCentfois
plus heureux qu'Augufle,
£)ue Trajan , que Conflantin,
Faveur rare, mais tres-juste
Ilrenaist dans sonDauphin. ,
s'il monte dans sa carriere,
Et de son char de lumière
S'il luy cede le Timon,
Son coupd'essay nous enseigne
<£>uilne fautpas que l'on craigne
La cheute de Phaëton.
Comme il n'y a rien
de plusprecieux que la
santé
, on prend toujours
beaucoup de plaisir à lire ce
qui peut donner des lumières
pour la conserver.
C'est ce qui m'engageàvous
envoyer la Lettre suivante.
Elle est de Mr de Rhodes
donc je vous ay parlé déja
dpelussieurs fois à l'occasion
eaux minerales qu'il a
imitées, & qu'il continuë de
faire boire à Lion avec beaucoup
de succés. Vous ne
devez point douter de la
verité des choses que cette
Lettre contient, puis que Mr
de Berule, Intendant de la
Province où elles se font paffées,
a bien voulu permettre
qu'elle ait paru fous son
nom.
A MONSIEUR
DE BERULE,
Vicomte de Guiencour, &:
Intendant dans les Provinces
de Lionnois, Forests,&
Beaujolois.
MONSIEUR,
L'honneur que vous m'avez
fait de me parler quelquefois des
eaux chaudes minerales artificielles
que jefais préparer;de
vouloir être informé de leurs
eJfits
,
de leur donner vostreapprobation,
probation, & mesme d'avoir
trouvé bon que Mademoiselle de
Berule les ait bûës, m'engage
à vous rendre compte du succés
qu'ellesonteus l'Automne derniere,
& dans les saisons precedentes.
J'avouë que je n'aurois
pas osé prendre la liberté de
vous écrire surce sujet dans la
crainte de vous détourner de vos
occupations impoitantes, si je ne
sçavois quepourvous en délasser
vous prenez quelquefois plaisira
descendre dans les raisonnemens,
& dans les experiences de Phi-
Iique» dont les misteres ne vous
sont ny cachez ny diffiiciles à penetrer,
&si je ne vous avois
souvent entendu loüer ceux qui
s'appliquent à enrichir la Medecine
de nouvellesDécouvertes
utiles , au public; & c'est effectivement
à quoy les premiers
Maistres de cette science travailloient
sans relasche, & à
quoyils invitoient leurs successeurs
à s'appliquer, la vie leur
paroissanttrop courte, &cette
scienced'une trop grande étendue.
Nous reussirons heureusement
dans nos recherches
,
si nous
sçavions imiter dans nos études
de Phifiques ce que vous pratiquez
si parfaitement dans la
Politique ; je veux dire, raporter
au bien public tous nos travaux
Particuliers, & estre fortement
tnime^ comme vous de ce zele
ardent que vous faites paroistre
pour le
bien
des peuples,& dont
vous venez encore tout recemnent
de donner des marques en
soulageant tant de mal-heureux
rue le Ciel avoit affligez
Ce sont-là des sentimens dignes
ddes ames é"l1evées ;' , & nt':S
pourgouvernerles hommes, dont
on voit tant d'exemples dans
'Joftre illustre Maison; vous en
outenck noblement la gloire,
& on admire en vous toutes les
qualitezdespersonnes rares
qu'elle a donnéesàl'Eglise
à l.taf.
Leplaisirdefairevostre eloge
m'entraineroit aisément,si je ne
sçavoit que ce dessein ejl trop
grand pourmoy, & que je dois
seulement vous rendre compte
des effets de mes eaux.Il estvray
que je ne les ay fait prendre à
personnequin'en ait estéguery
ou
considerablement soulagé ;
mais en vous raportant en détail
leurs bons effets, je me vois obli-,
gé de vous dire, qu'elles en
ent produit unfort mauvaissur
l'esprit d'un Anonime
,
qui les
a attaquées par des écrits imprimez.
Ellesmeriteroient sans
doute d'estre decriées, si elles
avoient causé les mauvais effets
qu'il leur attribuë
, & je me
condamneroismoy-mesme si j'avois
esté assèz temeraire pour
ordonner un remede mal-faisant
a quantité de personnes
,
parmi
lesquelles il y en a plusieurs d'une
qualité, & d'un méritédistingué,
Qir tout Mademoiselle deBerule,
qui est en toutes chosesdigne
fille d'un Pere tel que vous.
:'rfl ce qui m'oblige à prouver
^par la raison & par l'experience,
que c'est avec une extrême injustice
, que cet Auteuranonime
entreprend de décrier un remede
dont il ne connoist pas la composition,
& dont les bons effets
luy font de la peine. Vous en
jugerez,Monsieur,après que je
vous auray fait le détail des,
chosessuivantes.
L'Auteur de la nature fournit
libéralement des eaux en tous
lieux, comme un élément mceffaire
,sans lequel les autresprincipes
ne sçauroientestre unis
pourla formation des mixtesJ&
sans lequel ilsresteroient comme
des parties percluses & paralitiques
en la Nature. Outre cette
union que les eaux procurent,
ellesarrêtent le mouvement impetueux
desEsprits ; elles temperent
l'ardeur des souffres; elles servent
de véhicule aux fels, &
avec la terre elles composent tous
les mixtes dece monde inférieur.
Ilsemble que ce divin Ouvrier
a disposé l'intérieur de la terre,
comme un grandLaboratoire
pour les former3que lefeu central
éleve en vapeurs,&distille les
eaux des Mers les plus profondes
; que les rochers qui font sur
lasurface de la terre,sont comme
le chapiteau de ce grand
Alambic, & que les ouvertures
par où elles jalissent,en font les
becs qui forment les fontaines,
les ruisseaux,& les rivieres
Ne diroit-on pas mesme que
le Soleil éleve ces mesmes eaux
dans les airs, pour les rectifier;
qu'il les filtre, el les sublime
jusqu'à la région des nuées, où P.c~
il les digere
, & les remplit de
son esprit universel
,
d'où il les
laisse tomber en rosées & en
pluyes, pour la fécondité de la
terre, lesquelles operations il renouvelle
tres-souvent pour les
perfectionner par de nouvelles
cobobations.
Ce principe nous est necessaire,
pour temperer les chaleurs qui
nous consument, pour éteindre
la soif quinous presse, pour la
digestion de nos alimens
, pour
la filtration du chile, pour la
circulation dusang , pour la separation
de ses parties inutiles.
L'eau tempcre la bile exaltée,
les acides, & les alkalis predominans
qui causent mille maux 9 &met toutes les parties dans leur
ordre & dans leurjustesituation.
Le grandMaistre qui nous
donne l'eau pour la formation
des corps, & la conservation
de lasanté, nous enfournit un
très-grand nombre pour la guérison
de pluseurs maladies.
Comme elles ont leur coursdans
les canaux soûterrains,elles
trouvent dans leurs sroutes
diverses vapeurs minerales, divers
sucssalinssoufreux, bitumineux,
metalliques, les uns
tendres & liquidesausquelselles
s'unissent facilement,les autres
plussolides qu'elles dijfol-vent>
& dont elles s'approprient les
vertus.
Les unessont froides à leur
source, les autres chaudes
, &
les autres tiedes
, toutes participant
dediversminéraux que
la Natureprepare dans son feïnpcomme
dans ses fourneaux,dans
lesquels elle allume ses feux &
les graduë poursesdistillations,
subimations, & autres operations
dans lesquelleselle separe
ce qu'ily a de malin, de caustique
cm d'indigeste ,pour n'y laisser
que ce qui est propre &saluainsi
leur usage l'si
heureux, n'estantimpregnées que
de mineraux doux, & on s'en
sert utilement pour la guerison
de plusieurs maladies.
Le concours des Malades à ces
Piscines, les cures rnerrveilleufts
qu'elles procurent tous les jours ,
sont une preuve certaine de leur
bonté; les Curieuxy vontmesme
pour les admirer , & tâcher de
découvrir ce que le divin 011'-
vrier y a mis pour les rendre
salutaires, & si leur chaleur
provient des feux soûterrains
,
ou des acides&alkilis
, ou d'un
mélange de particules minerales
calcinées.
Nostre grand Monarque qui
afait l-'établiecmrre de l'Academie
des Sciences, qui fait fournir
aux frais des experiences qui
s'yfont journellement avec sa
magnificence ordinaire, a donné
lesmoyens aux Sçavans de cette
fameuse Compagnie, de travailler
avec empressementàdécouvrir
les secrets.1 de la Nature. Ils
ont donne leurs soins, leurs études,
leurs reflexions,pour découvrir
les principes des eaux mine-»
raies les plus renommées. Ils ont
eJle à leurs sources, ils les ont
fait transporter, il les ont examinéespar
la 'Vcuë')par legoust,
par la distillation, e2r par differentes
fermentations; ils ont
cherché dans leur residence les
mineraux & les metaux dont
ellesfont chargées, pour connoistre
ce qui les rend si utiles, &
donner le moyen aux Curieux
aen faire de semblebles.
AussiplujteursMedecins ont
travaillé, &ont cru que ces mineraux
ne sont pas si ensevelis
dans les entrailles de la terre,
qu'on n'en pHiflè recouvrer de
semblables, ($f imiter la Nature
danssespréparations.Ilssesont
servis utilement de l'art quisepare
le pur de l'impur,&après
avoir exalté les parties utiles au
degré de leur perfection, ils en
ont fait un
mélange
avec les
eaux de pluye & defontaine,
dont ils ontvû dessuccés aussi
heureux que des naturelles.
X)n s'ejl attaché singulierement
à imiter les eaux froides,
aigreletes. Plusieursy ont réüssi,
0* en ont composé qui ne cedent
point aux naturelles, pour rd-r
fraischir,ouvrir, purger, &
pour d'autres indications; mais
il n'est pas venu à ma connoissance,
qu'onaittâchéd'imiter
les eaux chaudes naturelles.
J'ay cru qu'on en pouvoit com-
'lofer de chaudes aussi-bien que
le froides, en se servant des
principes qui entrent dans les
naturelles, lesquelles pourroient
agir efficacement pour le soulagement
de ceux qui ne
pouvant
pas entreprendre de longs &
penibles voyages, estoient prievez
de leursecours.
J'*y cru qu'on pouvoitdissoudre
dans des eaux de pluye,
de fontaine,tisanes, au autres
liqueurs, des mineraux ouverts
&preparez, tels qu'ilsse trouvent
dans les eaux chaudes naturelles,
que l'estomach peut digerer
sanspeine, qui peuvent
adoucir les levains aigris,&
les sels trop penetrans, sans laisseraucune
impression;qu'on y
peut mêler des liqueurs spiritueuses,
& autres substances
pures separées des parties inutiles,
dessouffres doux& agréales
dans une juste proportion
ux forces
, aux temperamens
b- aux causes des maladies,
our dissoudre les pblegmes &
.°s tartres, purger les humeurs
acochimes, & pour purifier le
hile, le sang & la limphe ,
eur procurer un cours @J un
mouvement naturel, & donner
IUX esprits les moyensd'agir
avec liberté, 6w une nouvelle
vigueur.
Ces esprits font un amas de
petits corps d'une subtilité &
l'unevitesse inconcevable qui
tonnent le branle aux autres
principes du corps naturel, la
iney le sentiment, l'accroiee.
ment &la perfection aux corps
ttnimez, qui sont formez des
plus subtilesparties du sang volatilité,
&filtré dans le cerveau,
d'où ils partent continuellement
pour donner à toutes les parties
de la machine lemouvement&
la direction.
Ces esprits ainsi distribuez
dans toutes les parties travaillent
differemment.Lesuns dans
l'estomach y pêtrissent les aliment,
distribuent les levains.
font la digestion, la fermentation,
les separations des parties
inutiles ,portent le chile dans
les canaux dusang; les autres
font la circulation @r les rectifications
de cette liqueur pourpree
en separant les soufres impurs
,
les alkalis
)
les acides, (ef
les ferofitek [uperftués, chacun
par son émonctoire pour donner
ausangsa pureté, le metre
en estat de fournir au coeur l'aliment
necessaire à la flame de
vie ; les autres subliment au
cerveau ce sang allumé dans
le cawr) pour fournir des recruës
necessares à la dissipation
continuelle de cettematieresubtile.
Il riarrive que trop souvent
que cesmesmes esprits occupez
à ces operations naturelles, de
qui la Chimie a pris ce qu'elle a
de meilleur, sont dissipezparla
chaleur ou engourdis par lefroid;
que l'excés des alimens
> comme
le défaut leur nuit également;
que les idéesdesagreables
y &
les passionsviolentes leur causent
de fortes tempestes
:J troublent toute leur oeconomie.
Ils sont souvent détournez
de leurs fonctions ou accablez,.
lors que l'estomach ,les visceres
nourrissiers
) ou les vaisseaux se
trouvent embarassez par quantitéd'humeursindigestes,
par des
soufresimpurs, par des acides
nquans
, par des alkalis acres
caustiques, par des sels corroîfs,
pardes tartres grossiers, des
erositezexcessives,quantité de
ers ou autres corps étrangers ,
qui causent la dépravation du
hile) les fontes ou les coagulatons
du sang, ou de la liqueur
ter,veufe
,
lesembarras, les
tbflruBions des uaifjeaux &
les émonctoires
, qui empeschent
a transfusion des parties cacobimes,
desquelles le retour
mélange dans le sang, cause
es éfervescences,ses fimptomes
saconfusion.
- C'est alors que les parties spiritueuses
,comme desages Magistrats
, par une prompte immission
tâchent de remettre les
humeurs rebelles dans leur devoir,
en les châtiant, corrigeant,
separant, les exilantou chassant
dans lesvoyes qui servent aux
grandes évacuations.
Mdïs il arrive souvent que
ces parties cacochimes étrangeres
leur resisstent ; qu'elles s'irritent
loinde s'appaiser ; quelles
ne se separent ny ne sortent.
Alors les esprits les attaquentplus
fortement
> & les reduisent à
leur devoir
3 & quand ils ne
sont pas les plus forts, ils succombent
,comme quand ilsssont
,eitaquek les premiers dans leur
fort par des vapeurs ,
des exbalassons
ou des humeurs malignes,
par des idéesterribles qui leur
causent l'épouvante& l'horreur,
desmouvemens dereglez dont ils
sont aff-oiblis,& quelquefoisopprimez
entierement.
Comme la nature sesesprits,
ne sont pas souvent afife^forts9
pour resister à des ennemis si
puissans) la Medecineluyfournit
une infinitéde remedes pour
la défendre. Elle luy donne des
purgatifs, des diuretiques, des
sudorifiques pour la dégager,
elle l'aide de cordiaux pour la
fortifier, d'aperitifs , de specifiques
pour appaiser la violence
des levains,esubvenir singulierement
à diverses parties affligées,
luy communique
quantité d'autres remedes dont
nous voyons tous les jours des
effetssalutaires.
Entre une infinité de medicamens
qu'elle propose pour la
guerisondesmaladies ckroniques,
les eaux minérales ont
toujours tenu un des premiers
ran,gs & principalement les
chaudes naturelles que l'on va
boire
boire à leur source, les chaudes
artificielles qui ont des vertus
semblables, qui ne cedent
point aux premieres , ayant une
égalevertud'ouvrir, de purger,
de fortifier.
Elles ouvrent en détrempant
les tartres, & les mucilages,
iivisant leurs parties , rompant
eur union
>
.eur unzon, doonnnnaanntt une aauuttrr~e
disposition à tous ces corps étrangers
qui font l'embarras des
vaijjeaux ; elles émoussent les
ointes les coupans de leurs
els, qui trouvent dans ces
.auxs (jr dans les particules
ninerales des pores ,
d'une figureproportionnée
à les recevoir,
& quifaisant avec elles une
nouvelle alliance, sse détachent
du chile,dusang, & de la
limphequigemissoientsous leur
tyrannie , qui n'en recevant
plus d'incommodité reprennent
leur cours naturel, & leur premièredisposition.
Mais comme ce riejlpasajfe%
que ces humeurs indizestes
cacochimes soient separées des
naturelles, siellesnesont bannies
& purgées, autrement elles
causeroient de nouveaux troublesdans
le sang, de nouveaux
embarras dans les vais[
eaux, ces eaux artificiellespurgentpar
les njoyts des grandes
évacuations,ce qu'elles ont trouvé
d'impur dans leurs routc.',
qui causoit la confusion dans les
humeurs, (y redonnentainsi la
tranquillité& la paix à toute
la machine,&laliberté& les
moyens aux esprits de recommencer
leurs fonctions.
Nefl.ee pas les fortisier que de
leurôtercequilesempêche d'a.
gir? N'est.-ce pas fortifier les organes
quede les débarassir, en
ôtant à l'estomach ce qui l'empeche
de digérer, aux canaux ce
qui arrestelecours des humeurs
>
aux émonctoires ce qui les retient
de filtrer &separer les
parties superfluës du sang? En
ôtant l'embarras de l'utérus ne
facilite-t-on passes regles, &ses
fonctions? N'aide-t-on pas à la
respiration 1S à lavoix en dégageant
les canaux des poulmons,
&les fonélions desJens, de l'imagination
de la mémoire,
ne sont - elles pas meilleures
quand les esprits ont leur pureté,
& leur mouvement libre
dans un cerveau dégage? Tous
cesecours sontprocurez par les
'ettux artificielles de mesme que
par les naturelles, qui circulant
avec le sang,nettoyent fi1 purgent
ce qu'elles trouvent d'impur,
& les artificielles ont cet
avantage sur les naturelles, que
celles-cysonttoujours les mefmes,
& que celles-là peuvent
estre composées différemment,
On peut augmenter ou diminuer
la quantité des principes qui les
campossent) & les proportionner
aux forces, à l'Aze, & au
tempérament des Malades ; on
peut y ajouterutilement quelques
sels, ou autres principes tirez
de la botanique,quiayant
esté sublimez du dedans de la
terre à sasuperficie
,
sont par
de reiteréesopérations sublimez
dans les végétaux : mais tout
cela demande une connoissance.,
un discernement, & une application
bien différente de celles
d'un homme qui se contenteroit
de mêler de l'eau avec dusel.
Je pourrois me servirdeplusieurs
raisons &autoritez de nos
Anciens, ,@J de nos Modernes,
pour établir ce que j'ay avance
de mes eaux mineraiesartificiel
les, & de leurs vertus, quand
elles sont proportionnées aux
constitutions de ceux qui les
prennent, & aux (aUfCB des
maladies;mais après les raifonnemens
générauxque je viens
de fairelà-dessus ,je me conten.
teray d'en venir à l'experience ,
qui feravoirquelles ne cassent
point la poitrine,&n'affoblissentpoint
l'epomach) ny lesautres
parties nourrissieres,ainsique
r^nonime veut le faire croire:
qu'au contraire eilessont tresutiles
pour les foiblesses, les indigestionsy
&les douleurs d'ectomach.
Elles temperent ses sermens
trop piquans,elles facilitent
la dissolution&la digestion
des alimens, ellesaident au cbile
à se senarer des partiessuperfluës,
& à luy procurer un coulant
plus libre par les veines laEtEej"
pour arriverplus facilement aux
fouclavieres,@J s'y mêler avec
lesang. Elles ne sont pas moins
utiles ausang; elles rendent sa
circulation plusaisée, ellesenlevent
lesobstructions qui empes
chent la separation de ses parties
bilieuses, atrabilaires &
sereuses
, par les émonctoires dejlinez
à cette oeconvrnÍeJ dr purgent
fort doucement;tltinfi elles
sonttres-propres pour les maux
d'ectomacb de ftye) derate>
de reins, de mere , pour les opilations
,
les coliques & les oppressions.
Elles dissipentles vapeurs
qui naissent d'un sang in-;
digecte, & cacochime, qui causent
les maux de teste les pesanteurs
,
les mélancolies
>
les
vertiges les convulisions, d'où il
arrive que les esprits animaux
plus subtils & plus déoegek
tfgijJènr avec plus d'activité dans
toutes leurs fonctions.
Dans cette Automne derniere
1688.
Le Pere Perier, General des
Minimes, les aprises.
MademoiselledeRoctain,pour
la seconde fois.
MademoiselleJovej
Madame Viginai, la Procureuse
du Roy, pour la quatriéme
fois.
MQ!!!and, Avocat General
du ParlementdeDijon.
Madame deGrangeac, Lieutenante
Generale de Bourg.
MdeChaflenay,Prejtdent
au Parlement de Dombe.
Mademoiselle de Cbastenay,
saFille.
Madame de Port, Superieure
deSainteUrsule de Bourg.
Mr de Laurencin.
MadamelaConseillere Dutour
»pour la troisiéme fois.
MadameduRosier.
Mademoiselle Crotton , de
S.Estienne.
MadamePichon
,
Religieuse
/'Anticaille-.
M*l'JbbeJfnoraj.
Mademoiselle de Frangin
,
de
Dauphin?.
Dans le Printemps dernier.
Madame la Marquise de Senofjin
les prit.
Mademoiselle de Fontenay,
de la Valette.
- MrCroppet, pour la seconde
fois.
Madame Trunel, Religieuse
de l'Anticaïlle.
* Madame Pecordon,de Vienne.
MadamePorroy la Veuve.
Mademoiselle de SaintFoire.
J11.r 'Boiiilloud de la Roche, le
Conseiller.
MademoiselleBerge, de Vienne.
Le Pere Henry:t Correcteur
des Peres Minimes de Lion.
dM'A. le CvomitegdenBoeaunch.ans,
Madame Tamissier, de Bourg.
nJMtdemoifeïïe de Porcet, de
Bourg.
M. de Baret.
MadameBlaufla Conseillere.
Le Pere le Marchand, Provincial
des Celestins.
Le Pere Perouse, Sacristin
des Celestins.
)ans les deux Saisons de
l'année derniere.
M. leConseillerChollier. M-adame a Comieeè de Chéné.
Madame laComtesse de Bielle,
e Lorraine.
Mademoiselle de Dortan
-
de
M.de Machecoty Conseiller
au Parlement de Dijon.
M.deS.Hilaire, Secretaire
le Mr deHarlay
,
Conseiller
l'Etat.
MadamedeBrosses la Conseillere,
de Dijon.
Madame Lanvuet»la Procu-
——
reuseGenerale de U'-ijov,
Madame de Bujjî^abutin,
7\eligieufe de l'Abbaye de Saint
Julien de Dijon.
Madame la Marquise de
Saint Forjeux.
Madame de Saint Romain.
A4, Durand,de Chalons,Receveur
dDS Decimes de 'Bourgogne.
, Ad. de SeveJ Lieutenant Genéral*
zJ/kf.Ferrari , Avocat duParlement
de Paris.
M. Duxio,Conseiller dans
TEleflion.
M. Amaulry.
En Automne 1686.
<JMademoifelle deRostain ,de
Forests, cftazt tourmentée d'un
nal de teste des plus cruels demis-
deux ans sans relache, qui
l'avoitreduite dans une mairreur
extrême, sans avoir pû
strespoulagéeparaucun remede,
unsorte quelle estoit riso-Iuii à
sefairetrepaner,suivant l'avis
de ses Medecins; elle vint à
Lion boire de ces eaux. &
ulo heuresement.
MadamedeLoyaille, Relineufede
sainteMarie de Bet4y->
vint en la mesme saison
dans le Convent des Dames de
l'Anticaille de son Ordre. Elle
estoit paralitique,&épileptique
depuissix ans, elle fut fortsoulagée
d'abord par la boisson de
ces eaux, & les ayant beuës
une seconde fois dans le printems
suivant ,
elle guerit parfaitement.
MademoiselleSeigle,fille du
sieur Seigle ruësaint Jean à la
place Royale, estoit malade depuis
deux ans de frequentes
con vulsions, de maux d'estomach
continuels
, & de vomissemens
d'une matiere comme de lacendre
avec des particules noires
comme du charbon aprés tous
Lesrepas. Le mesme remede la
guerit dans le mesme temps.
MademoiselleMeget
,
ruë
Merciere au Mercure galant,
malade d'opressions,palpitations,
frequentes sincopes, & de plusieurs
accidcns de mere qui la
~enoient au lit depuis trois ans,
rouvasaguerison dans ces eaux
dans cette mesme automne. M Colet de Dijon atteint de
~Ancopes
,
palpitations, opressions
depuis un an, attendant tous les
jours sa derniere heure, guerit
de mesme dans le printems suivant.
Madame Perouse de Vienne,
en automne 16S7. malade depui
deux ans de vomijjemens continuels,
opressions ,sincopes
,
douleurs,
çy tensions des visceres
nourrissieres ,gueritdeses maux,
& acquit une disposition à avoir
desenfans,ayant eu depuis une
heureusegrossesse>&un heureux
accouchementaugrand contentetementdesafamille.
ÀfA le Comte de Beauchans,
dans le mois de May dernier,
vint d'Avignon boire de
ces eaux pour de frequentes palpitations
, pour unesupression
d'urine, pour laquelle on luy
avaitconseillédesefaire tailler,
(T s'en retourna dans une parfaite
giierijon.
Madame Blauf* la Conseillere
,
les prit dans la mesme saison
, pour des maux d'estomach
, & de colique alternatifs& continuels
,
les autres remedes luy
ayant esté inutiles depuis unan,
&pieritparfaitement.
Mademoiselle de Chastenay
avoit perdu la voix depuisplus
d'un an ,
ri!! avoit une toux
continuelle; elle a recouvre la
parole, &perdu la toux le mois,
d'Octobre dernier par l'usage de
ces eaux.
Madame de Perne d'Epinac,
Religieuse à saintTierre, lesa
prisesily a peu de jours pourde
cruels maux d'estomach
>.
coliques,
dégousts & autres accidens,
par le conseildeMrs Falconet
& Marquis ses Medecins,
& en a esté guerie dés les premiers
jours qu'elle lesabeües.
Madame Pichon , malade
d'opilations depuis sept ans Mademoiselle de fontenay,
maladedes mesmesmauxdepuis
troisans,&Mademoiselle de
Frangin depuisunan, avecde
tres-cruels accidens, ont trouvé
leur guerison dans ces eaux, les
iauntresuremteidelseleusr .ayant esté
Je pourrons nommer beaucoup
l'autres personnes qui les ont
mjes toutes avec Çucces> & qui
pondroient pour moy:J à la
~alomnic de l'Auteur anDnÍme)
qui publie hautement qu'on se
garde d'user de mes eaux, parce
elles sont extrêmement mal-
~y ijantes.
Il avancefaussement qu'on
promet de guerir toutesfortes de
naladies par ce remede
, &dans
autre endroit de fteei écrits,
lu'onpromet de guerir les fièvres.
Cette JuppoJttion est niée expressement
; jamais on n'a pensé
qu'il y eust un remede universel,
les causes des maladie estant
infinimentdifferentes&souvent
opposées , ce qui fait dire à un
sçavant homme que la twedecine
n'est qu'uneconduitesage
& prudente. Pour ce qui est de la
fiévre,c'est une exaltation desoufre
dont lesparties dans un mouvement
rapidecausent l'effervescence
de toute la massedusang
&elle demande d'autres remedes
Cet Auteur dit encore qu'il
fait ïanaljyfç de ces eauxcontrefaites,
qu'elles n'ont pas la residence
des eaux chaudes natu«\
relies, qu'il ne s'étonne pas
si elles ont si considerablement.
ffoibli l'estomach , & les paries
nourripieres. Elles n'ont pas
a mesme residence , je l'avoue,
~ry
les eaux minérales naturelles
ion plus putfées en différentes
sources. faut-il conclurre de là
qu'ellessont nuisibles ?
Il ne parle pas Flus juste dans
la recherche desprincipes des
eaux chaudes naturelles, voulant
que la nature leur communique
feulement des baurnes):
& des particules onstueuses.
Comment donc seraient-elles
aperitives, &commentpurgeroient
elles avec tant de douceur,
si elles estoientprivées des principes
qui leur communiquent ces
vertus; & pourquoy ne veut-il
pas qu'il y ait desparticules balsamiques
dans les nostres? Auroient-
ellesguéri tant de convulsions,
fortifié tant de nerfs,rétablit
tant d'estomachsdereglez,siquel-'
ques particulesspiritueusesn'entrent
pas dans leur composition.
Ilpretend que Mr Jfvillis3
sçavantMedecin d'Angleterre ,
,-l'cft retracté par une lettre
,
des
eaux aigreleteschalibées artificlef/
es, qu'il a trouvées, & desquelles
il
s'est servi si souvent,
pour la guerison de plusieurs maladies,
comme nous lisons dans
ses
~es
écrits. Cependant cette let-
~reimaginaire nese trouve point
ans tout le corps de ses OH-*
~rages.
Enfin Ujjede médire en pro-
, il appelle les Muses à son
~cours : mais comme les Vers
qu'illeur fait prononcer ont
stécomposezpourd'autres que
our moy , ayant paru imprime z
~ans l'hiflaire des ouvrages des
1ifavànf du mois de Mars iGSS.
wgetjzg* jérfay pas crû devoir
~epondre àce trait de Parasite.
Tel estlesort de ceux qui metentau
jourquelque nouvelle
Découverte, Ils sontexposez à
la critique &à la censure , &
certainement ilsauroient tort
de trouver mauvaisqu'on dist
sonsentimentsur leurs ouvrages*
mais il seroit à souhaiterque
ceux qui s'érigent en censeurs,
consultassent la justice & la
vérité
,
plustost que des pajfîcni,
qui les aveuglent.•., C'est en vous, Monsieur
,
qu'on trouve cette équité,&
éest à vous aussiquej'apelle de..
l'injusteaccusation qu'on afaite
contre ces eaux,mesoumettantà
tout ce que vous prononcerez ,
avec le mesme respect qui me
fera être toute ma vie roflre,
&c. < ..,
Le Roy a donné le commandement
du Havre de
Grace à Mr le Comte de La."
~lont, Colonel du Regiment
;rÕfJntene de Ponthieu. Il
~et Frere de feu Mr le Marquis
~e
Trichateau, qui estoit
Maréchal de Lorraine, &
ui mourut General Major
e l'A rmée que feu Mr l'E-
:£leur de Cologne avoit
~life sur pied pendant le dericr
Siège de Luxembourg.
eur nom est du Chastelet,
Maison illustre,originairede
orraine, & descenduë des
Ducs de ce nom. Jean du
Chastelet,Seigneur de Thons
Bisayeul de Ml" le Comte de
Lomont, en fit bien voirla
grandeur, dans les preuves
qu'il fut obligé de faire au
mois de Novembre 1585. pour
estre receu Chevalier de l'Ordre
du Sainr Esprit. Mrle
Marquis duChastelet, qui ~au
épouséMademoiselle de Bellefond
,
Fille du Maréchal des
ce nom ,
est descendu des
l'aisné decette Maison.Il est
Coufin Germain de celuy
dont je vous parle, & ils font:
tous deux petits-Fils d'Errard]
duChastelet , qui mourut
--
Grand Maréchal
,
&Chef du
~onseil des Ducs de Lorrai-
~te Tour le monde regarde
~le commandement du Havre
~e Grâce, comme une mar-
~lue d'une grande distinction.
Cette Place, qui est une des
Clefs de la France, & une
les plus importantes dans la
conjonction des affaires, fait
)ien connoistre l'estime & la
confiance dont Sa Majesté
~honore Mr deLomont. En
îffetj iln'y a guere d'Officiers
en France aussi appliquez,
& qui ayent servyavec
plus de zele. Il futinstalé
dans la Charge de Bailly du
Pays d'Auxoisen1686.enla
place de Mr le Marquis de
Trichateau son Frere, & M
Lemurier,Seigneur deBeau
vais, Maire de la VilledeSemeur
, qui le harangua, fit
paroisteson éloquence dans
ledétail de ses aâions.11 parla
du combat de Seinsen prés
Philisbourg, & de la Bataille
d'Emsem prés de Strasbourg,
où il s'est trouvé dans ses premieres
Campagnes ; de l'attaque
de Turquen, qui fut pn.
se & forcée, & pour laquelle
il avoitelle commandé ciil
~qualité deCapitaine de Gre-
~nad iers; des Sie ges de Dinan,
du Chasteau d'Huy,deLimbourg,
de Condé, de Bouchain
,d'Here, de Boüllon;
du secours de Mastric, & des
Deux- Ponts; des Sieges de
Valenciennes,de Cambray,
de saint Onler, de saint Guillain
,de Gand, d'Ipre ; de la
Bataille de Montcaseel, du
combat d'Offembourg en
Allemagne
,
du passagede la
rapide Riviere de Kins qu'il
passa trois fois en un jour
ayant l'eau jusqu'aux aisselles,
& enfin du fameux Siege
de Luxembourg ,qui son
les gloricusesoccasions ou
Mr le Comte de Lomont 4
versé son sang pourl'Estat
& signalé son zele pour
le
service du Roy. Al'égard
de sa Maison
,
voicy de quelle
maniéré il en parla. n'ay
pour donner une idée de l' excellence
de vostrenoblesse
,
qu'ai
retracer icy cette longue suite
de Ducs de Lorraine dontvous,
etesdescendu; je n'ay qu'à exposer
aux yrux du public le
blason de vos armes; qu'àfaire
remarquer le Manteau Ducal
& cette Couronne, qui en font
~omme les ornemens insepara-
'21es, qu'à jetter lesyeux surces
rois Fleurs de Lys qui y tierfr'
nent la place des Alerions, &
dont le glorieux échangéexprime
mieux que je ne puis dire,
toute la grandreur de vostre
MaisOn, ep>uis 4 que les Lis) comme
parle l'Ecriture, font plus
pompeusement & plus richement
vestus que ne fut jamais
Salomon dans toute sa gloire;
que la France, à qui le Ciel en
a faitpresent, a sceu les porter
à un si haut point de grandeur,
qu'il n'y a point aujourd'huy de
Nation sur la Terre qui ne les
rejpeéîe : que les jligjes? les
Alerions, les Lyons ><& les plus
redoutables animaux sont obll'-'
gez deflechir devant la Majesté
de nos Lys, que la sacrée
Maison Royale de France qui
les porte pour ses Armes, &
qui en a fait un present à la
Maison du Chastelet, est la
plus ancienne ,
la plusillujlre
& la plus puissante Maison
de celles qui dominent aujourd'huy
dans toutes les parties
du monde, & que Louis
le Grand, cet Invincible Monarque
qui regne dans l'esprit&
dans le coeur de tous les hommes
, ou par l'amourdesa bonté,
ou parl'admiration desaJustice,
ou par la crainte desa purffince
,
les a ornez de tant de triomphes
& tant de victoires, &les
a ejlcve% sur tant de trophées,
que voulant leurfairereprendre
le chemind'où il sont venus,la
'Vcuë' ne peut plus porterjusques
à leur élevation.
Comme nous sommes dans
un temps de Sainteté
,
je croy
que vous ne serez pas faschée
que je vous envoye un Air
conforme à ce temps.
AIR NOUVEAU.
BIen-heureux celuy qui n'aspire
-zu a vivresousle doux empire
D'un Dieu
,
dont ilreçoit la lumiere
du iour;
Jjïui prend toûjours la loy de si
volontésainte,
Et pour luy dans son ame entretient
une crainte
Jïuinempefiche pointson amour.
Ces paroles sont de feu Mr
Godeau
,
& Mr de Bacilly
qui les a mises en air, les a
choisies dans ses Ouvrages,
par la difficulté qu'il y a
d'en pouvoir trouver de cette
nature. Vous sçavez qu'il a
parfaitemene réüssi dans ces
sortes d'Airs, & qu'il en a
fait plus de cinquante avec
de seconds couplets en diminution.
La nouvelle Edition
qui en a esté faire depuis
quelques mois n'est pas
reconnoissable, tant elle differe
des precedentes
, tant
pour les corrections que pour
les augmentations. Ce sont
deux r>Livres parfaitement
bien gravez , que debite le
Sr Guerout. Tous les petits
Airs sontà trois Parties avec
leurs seconds couplets. Le
nombre des grands est fort
augmente, & presque cousu
ceux quiavoienc paruauparavant
sont changez debien
en mieux,& mesme pour les
paroles. Il y a entre autres un
Recit de trente Vers dont
tout le monde est charmé.
• On le compare aux plus belles
Scenes des Opera, sur
tout quand il est chanté par
l'Auteur,qui invite les Curieux
à venir entendre ces
Airs de vive voix, pour en
avoir une entiere intelligIenlce.
faut vous faire encore
art de quelques Ouvrages
ui ont cité faits à la gloire
e Monseigneur leDauphin.
Ainsi ceux qui manquent au
Recüeil que j'en ay fait à
a fin de la Relation que je
ous ay envoyée de la Camagne
de ce jeune Prince,
ous les trouverez répandus
dans mes Lettres ordinaies.
En voicy un de Mr de
Maumenet
,
Chanoine de
kaune.,
A MONSEIGNEUR
LE DADPHIÎ^
Sur son Retour des Conquestes
d'Allemagne.
v ODE. OVSde quilesnobles veilles
, ;
Ont éterniséLOVIS,
Doctes Soeurs ,
à ses merveilles
Meslez,cellesdesonFils.
Aujourd'huy brillant degloire ,
Sur le char de la Victoire, Il revient ce Fils Vainqueur;
Sursonfront que ceint Bellone,
Ajoûtez, une couronne, ^uattend de voussa Valeur.
r:voEntt ''VOIH,Ndiades plaintives,
Marstroubla le repos, 9itand la Seine defis rives,
.ril éloigner ce Heros.
Vous, Nymphes de nos Bocages,
JVuifous leurssombres feüillages,
Soupiriezpourson retour;
Calmez vos vives alarmes,
Et ne vftjez, plus de larmes
,
Dans ce tranquille séjour.
Le puissant Dieu des batailles
? Qui présidoit à son sort,
Au milieu des funerailles,
L'a garanty de la mort.
Le voicy ce jeune A/ciel',
Qui d'un courage intrepide
,
Vole au milieu des hazards
, Et qui dans une Campagne,
De l'orgueilleuse Allemagne
Abbat les plus hauts ramparts.
nl,* neuft crû)vOJtlnt les ligue
De tiiat d'Ennemis jaloux,
19ue d'en rompre les intrigues
Cessoitfaireajftz, pour nous ?
Et toutefois
,
sans attendre
Qu'ils osent rien entreprendre
Sur nos climatsfo:-'unc{:t
Mon Héros porte laguerre,
Etfaitgronderson tonnerre
Chez ces Peuples étonnez.
Apeine on le voitparoistre
Sur les Rivages du Rhin,
Queson bras s'y fait connoistre
A l'injuste Palatin.
Philisbourgde qui l'audace
Veut du coup quila menace
Sauversessuperbes Tours ;
Philisbourg que tout l'Empire
Eut tant de peine à reduire,
Efi reduit en peu dejours.
Confessez, GermainIbere
,
Jgue les douceurs de la Paix,
DeJôn invincible Pere
N'ontpas borné les hautsfaits;
Jiïue pour vous reduire en poudre,
Il n'a qu'à prêtersafoudre
Ason Filsvictorieux
,
Et que malgré les tempestes
,
On ne vitjamais nos testes
S'éleversiprésdesdeux.
En vain la Hollande ingrate
Ose attentersur les Rois,
Malgré l'espoir qui la lfattey
Ilssçauront vanger leurs droÙf.
Déja la Mermutinée,
D'une triste dessinée
Ménace son armement,
Et mieux que les vents & l'onde,
Le plus puissant Roy dn Monde
En promet le châtiment.
Dauphin,c'estpar ta vaillance,
,,,_i4e tous ces fiers Ennemis , Al'Empire de la France
Se verront bien-tostsoumis.
Ils doutoient que ton courage,
Fistpourson apprentissage
De si rapidesprojets;
Mais la prompte Renommée,
De ta Valeur animée,
Leur a montré les effets.
~iz
Thilisbourg qu'elle a vûprendre
En estl'assurégarant.
Manbein n'attend pourse rendre
£>U£l'afipeft du conquerant.
Frankendal ouvresesportes
Et les ifuptrbes Cobottes
Alloientfondre en cent climats,
Si taValeur équitable,
Autant qu'elle est redoutable
» N'avoit arresté leurs bras.
C'ejl ce noble caractere
De puissance & d'équité,
.f<::,i te rend digne d'un pere)
Sidigne d'estre imité;
Etsi ton coeur magnanime,
Qn'un si beau modele anime,
Ne bornoitpoint tes grandeurs,
Tu n'aurois pas l'avantage
D'estre laparfaite image
Duplusjuste des Vainqueurs.
&
Bon Prince ,
& grand Capitaine
Comme luy dans les combats,
Tu vas partager la peine
, Et le danger des Soldats ;
Et tandis que la Victoire
,
Couronnant leurfront de gloire,
Paye leurs teavaux guerriers,
Tes dons redoublent l'envie,
Jjïa'ils ont d'immoler leur vie,
Pour acquerir des Lauriers.
C'estainsi quesur la terre
Jupiter ne fait iamais
Tomberson bruyanttonnerre )
Sans y verser ses bien-faits.
Desa dextre menaçante,
Part une pluye abondante
Poursertiliser les Champs,
Tindisquesescoups terribles,
Sur desrocs inaccessibles
,
Vont foudroyer lesgTita.ns.
Vnique but de nia Lyre,
LOVIS
,
le plusgranddes RoÙ;
Jïue ne doitpoint cet Empire ,
A tes glorieux exploits ?
C'ej}pe# de voir l'abondance,
L'ordre & la magnificence,
Y triompher sous ta loy :
Tufis pour nous davantage
En inspirant ton courage
A ce Fils digne de toy.
Permets que ma mainsidelie>
Dans une illustre Avenir,
Desa grandeurimmortelle,
Consacre le souvenir.
Jïuand du bruit desa loüange
,
De la Seine jusquau Gange,
le fais retentir les airs len dis , plus pour ta memoire,
J^e si le fraçois L'bistoire
Detes triomphes divers.
Les deux Sonnets que j'ajoûte
font sur la mesme matiere,
L'Auteur n'a voulu
marquer son nom que par
ces Lettres, L. D. M. C. D. B.
A MONSEIGNEUR. DAuphin impatient de courir à
la Gloire,
Tu goûtois à regret les douceurs de
la Paix,
£)uand Bellonnepropice a tes nobles
, souhaits
Les palmes à la main t'appelle à L
Victoire.
,m
Tu cours, & ce Rampartsifameux
dans l'Histoire,
Philishourg en tombantsurpris d'
tes hautsfaits
Confesse que ton bras par ses pre
miersessais
Montreà nos Ennemis ce qu'ils 111
pouvoient croire.
&
L
Le Rhin, à ton aspect, croyant
voir ce Héros,
£)ui lafoudre à la mainosafendre
ses flots,
Tremble que ta Valeur ne s'y fraye
unpassage; à
Et bien-tolfle Germain par ton
brassurmonté
Poursauverses Etats, &fléchir tou
courage, [ bonté.
N'aura que le moyen d'implorer ta
A Mrle Duc de Montausier.
LlustreMontausier,qu'une Gloire
solide
Fit voler pour ton Prince au milieu
des hasards,
Et qui toûjours chery de Minerve&
deMars,
Sccus ioindre au bel esprit le courage
intrepide.s
Voy ce ieune Dauphin
,
de qui tu
fus le guide
,
Les armes à la main défier les Ce.
sirs.
L'orgueilleuxPhilisbourgluysoûmet
ses ramparts,
Et tsut tremble a l'aspect de ce non*
vel Alcide. 9
^ue ne fera-t-il point dans la
suite des temps,
Sidéiasa Valeurpar cent faitséclatans
.Aftr les bords du Rhinconsacrésa
memoire ?a
il ne manquoit plusrien à JIIJ
sort fortuné,
Alrés- avoir brillé dans le sein de
la Gloire,
Jgue d'y voir ce Heros de faîmtjcouronné*
Les quatre volumes que je
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
Le Pape qui voulut luy faire:
honneur) le fit lever, & ce
Pere continua de luy parle
Italien.Voicy une traduction
fidelledesonDiscours. | TRes-saint Pere*
Les Benedictions tres-parti
culieres que la Providence divne
répand sur son Eglise
avec
tant de prefusion
, ne nous péri
mettent pas de douter que Dic
n'aît CIJOifiVostre Saintetédari
ves derniers siecles, pour rfü/lir.
tout l'Univers dans son bercail.
Nousvoyons sous cefaint Pontificat
les Heretiqueslesplus
opiniâtreschassez ou convertis ;
les Royaumes qui s'estoient selarc%
avec tant de scandale ,
réunis à rEglifi, &soumis à
ron autorité; les Ennemis les plus
redoutables du nom Chrestien,
presque tous ou exterminez, ou si
tjfoiblis
,
qu'ils n'attendent que
le dernier coup pour achever leur
ruine; mais ce qui estde plus
extraordinaire, & sans exem- le,etquiestoit reservé comme
w.n Irivilege dû à Vostre Saintete>
c'est quun des plus grands
Rois de l'Orient, encore Payen,
prévenu et extraordinairement
touchéet non pas tant de l'éclat de
sa dignité et de sa prééminence,
que de la saintetédesavie,et de
la grandeur de ses vertuspersonnelles,
ce grand Roy
,
dis-je,m'a
chargé de venirdesa partdemanderà
Vostre Saintetéson amitié,
lassurer de ses respects, & luy
offrir sa protection royale poui
tous les Predicateurs de l'Evan~\
C~ pour tous les Fidelles
avec dessentimens qu'on trouv
à peine dans la Cour des Princes
Chrestiens.Ce puissant Roy commence
déja à se faireinstruire.
Il dresse des Autels&des Eglises
au vray Dieu; il demande des
Missionnairessçavans et zjlfzj
il leur fait bastir des Maisons
et des Collèges magnifiques; il
Inous donne tres-souvent des tlUdiences
secretes et très-longues,
i£<7* nous fait mesme rendre des
honneurs quifont de lajalousie
aux principaux Ministresdesa
Secte, pour qui il avoit autrefois
une vénération superstitieuse. Si
Dieu écoute nos voeux, ou plûtofl
s'il exauce les larmes CM les
prières de Vostre Sainteté, car ce
fera sans doute par une si puis
sante intercession que silacheverx
cegrand miracle, je veux dire
la conversion de ce Monarque
que de Rois ,
de Prince, di
de Peuples, ou soumis à sor
Empire, ou qui admirent safedegesse
, &se gouvernent parse
conseils
,
suivront un si grane
exemple!Certes,Tres-saintPere
jamais l'Evangile n aeu de
jrriïndëfOuverturespour/érablïi
solidement,&je répandre dans
cette partie de l'Orient laplus
vajle et la plus peuplée. Pou
moy je regarde déjà cette Let
tre Royalequejevienspresente
à Vostre Sainteté de la part d:'
Roy de Stam, ces pressens qu'il
luy a destinez, et ces Mandarins
ausquels il a ordonné de
se presenter à ses pieds, non
seulement comme des témoignages
sinceres de la reconnoissance
CjT* du profondrespect de ce
Prince , mais encore comme des
engagemens de sa soummission,et
si je l'ose dire
, comme des premices
deseshommages et de son
obci(fiance.
1.
Le Pere Tachard ayant
achevé ,voulut se remettre à
genoux pour entendre la réponse.
de Sa Sainteté, mais le
S. Pere l'obligea de se relever,
& fit voir par là l'estime qu'Il.,
faisoit du Roy de Siam. Les
Mandarinsfirent aussi leurs,
civilitez.Tous les trois estant
entrez ensembleimmediate.
ment a prés le Pere Tachard,
& ayantmis leurs presens sur
une petite ta ble,commc je
l'ay déja dit
;
les deux derniers
commencerent à lever
leurs mains jointes au front
& ayant incliné la telle) ils,
se mirent à genoux, & baisserent
ensuite leur visage contre
terre,ce qu'ils reitererent
trois fois. Pendantcetemps:
le premier Mandarin estoit
debout, tenant la Lettre du
Roy son Maistre fous un
bandege d'un precieux vernis
du Japon. Cette Lettre estoit
gravée sur une feülle d'or
longue d'un pied & demy ,
qu'attachoit un ruban bleu,
enrichy de fleurs d'or & d'argent,
le tout dans une boëte
d'or encilindre, excepté le
couvercle qui estoit en piramide,
orné de fleurs émaillées
de plusieurs couleurs.
Les Mandarins avancerent
jusqu'au milieu de la Salle,
où ilsfirent les mesmes reverences,
& enfin une troisiéme
lors qu'ils furent aux,
pieds de Sa Sainteté. Alors le
premier d'entre-eux mit la
boëte entre les mains du Perc
Tachard, fit ses genuflexions
avec tous les autres, premierement
à la Lettre qu'il quittoit,
& ensuite à Sa Sainteté,
& s'approchant l'un aprés;
l'autre,ils se prosternerentà
ses pieds, en forte que le bout
de leurs bonnets touchoit sa
robe. Le Pere Tachard ouvrit:
la boëte, & en ayant tiré la
Lettre du Roy de Siatn, illa
presentaauPape,qui la reccut
avec une assez grande marque
de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font les
qualitez de ce Prince, sans
pourtant que l'on y puisse
donner aucune explication.
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Au tres-Saint Pere Inno
cent XI.
Cette Lettre a esté trad uite
littéralement , & contenoit
ce qui fuit. DEs nostre avnement à
cette Couronne, le premier
foin que noUl eusmes, jnt
de connoistre les plus grands
Princes de l'Europe, & d'entretenir
avec eux de mutuelles
correspondances
,
afin d'en tiret
la connoissance & les lumieres
necessaires à nostre conduite.
Vostre Saintetéprevint ~& remplit
nos defin parsonBrefPontifical,
qui nousfutpresentepar
DomfranciscoPallud
,
Brefque
d'Heliopolis
) avec un present
digne del'augustepersonne
qui nous l'envoyoit
, que nous
reçûmes aussi avec une joye
touteparticuliere de nostre coeur„
Nous envoyamee quelque-temps
aprés nos Ambassadeurs pour al~
lersalüer Vostre Sainteté, luy
porter nostre Lettre Royale avec
quelques presens, dr établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une feüille d'or bien
polie; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle
, nous nous trouvons
obliei, de renvoyer le Pere
Tachard yjefuite
, en qualité de
nostre Envoyé Extraordinaire
auprés de Vostre Sainteté, pour
établir entre Elle Nous cette
bonnecorrespondance que nos
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager
, (jp
\n-ow rapporter incessamment des
nouvelles de l'heureusesanté de
VostreSainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'asseurer de nostre
part n que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres, ~& à tous les ChreBiens,
soit qu'ils soient nos Sujets 3ou
qu'ils demeurent dans nos Etats,
ou mesme qu'ils resident en quelque
autre Pays que ce soit de
cet Orient, les secourant conformement
à leurs besoins quand
ilsnousferontsçavoir leurs necrjJite"{
, ou qu'ils en feront
naistre l'occasion. Ainsi Vostre
Sainteté beut estre en repos de
ce cofîé~li ,puis que nous vou~
tons bien nous charger de ces
soins.Cemesme Pere Tachard
aura l[''hhoonnnneeuurr df'oinrmorwecrrVVoojsltrree
Saintetédes autres moyens qui
conviennent à cette finselon les
ordres que nous luy en avons donnez.
Nous la prions de donner
à ce Religieux une entiere
creance sur ce qu'il luy representera.
~& de recevoir les presens
qu'illuy portera, comme des
gages de nostre sincere amitié,
laquelle durera jusques à PiFter,
nité. Dieu, Createur de toutes
choses, conserve Vostre Sainteté
pour la défense de son Eglise
,
en sorte qu'Elle ptiijje voircette
mesme Eglise augmenter 3&Je
répandre avec une heureusefertilité
dans toutes lesparties de
l'Univers. C'estleveritable desir
de celuy qui efl, j Tres-SaintPere, '* DeVOSTRESAINTETE,
Le tres-cher ~& bon Amy.
- Au bas de cette Lettre il y
avoit à costé pour toute (Signature,
Phaul Kon. C'estun
des noms de Mr Confiance,
qui signe les Lettres du Roy,
comme font icy les Secrétaires
d'Estat. Aprés qu'elle eut
esté donnée à Sa Sainteté, les
Mandarins se leverent
, &
allerent tous trois à reculons
prendre les Presens. Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or, qui estoit celuy
du Roy,& setint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains. Les deux autres
prirent le Present de Mr
Constance,Ministre de Sa
Majesté Siamoise
,
& chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard
,
qui les presenta à
Sa Sainteté; ilsfirent
leurs
soumissions,& demeurerent
en fuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura prés
d'unecheure. Le..,:PJpe fitplusieurs
questions à ce Pere sur
l'estat du Royaume de Siam,
& témoigna estre fort touché
de la bonté du Roy, & du
zele de son Ministre pour la
Propagation dela Foy , aprés
quoy ayant o-Ré son Etolle,
il se retira pour considerer à
loisir les Prefcns qu'il venoit
derecevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avec les Cardinaux qui
lesentretinrent assez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir. Mr le Cardinal
Cibo
>
premier Ministre de
Sa Sainteté. On lesremena à
leur logis avec les mesmes
ceremonies. Le 24. sur les six
heures du [air) on les mena
voir une Feste qu'on faisoit
aux Cardinaux ,dont seize
assisterent à une Musique
qu'on leur fit entendre. Ils
virent eusuiteunetabletoute
couverte de Triomphes faits
de sucre, c'est à dire des
Chars
,
des Vaisseaux,des
Animaux, & autres Figures.
Onenvoye cela à tous les
Cardinaux 4, aprés qu'ils ont
fait là une legere collation
que le premier MiirfiVrcJeu:
donne. Lejourde Noël )Üs
visiterentles plus belles Eglises
de Rome
,
& le 27. les
Tonquinois curent audience.
On y observa les mesmes
choses qu'à celle des Mandadarins.
lls trouverent le Pape
seul , & aprés que le Pcrc
Tachard eut fait sa Harangue,
ils allerent l'un après l'autre
bâiser les pieds de Sa Sainteté.
Les autres jours furent employez
à voir le Vatican
, &
les Palais des Princes, qui
sont magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5. de Janvier ils
allerent tous ensemble prendre
congé de Sa Sainteté. On
les y conduisit dans trois Carrosses
, & on leur fit les mesjnes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois. Le
Pape estoitseul dans saChambre.
Les Mandarins
,
aprés y
avoir demeuré, une demyheure
à genoux, lassez de
cette posture,commencerent
à se mettre sur les coudes,
& Sa Sainteté, qui en voulut
çavoirla raison ,l'ayant apprise
du Pere Tachard
,
les
congedia en leur donnant à
chacunsixMédaillésde son
:Portrait, trois dorôc-trois
d'argent. Ensuite on fit approcher
les Tonquinois,ausquels
Elle donna sa benediction
avec un Chapelet &
une Médaille d'or à chacun.
Le28. ils allerent visiter les
[cpr Eglises dans un Carrosse
à six chevaux de Mr le Cardinal
d'Estrées
,
& à leur retour
ils trouverent plusieurs
gran des cassettes
, couverte
de brocard àfleurs or & argent
,
garnies de galons, too
Ães remplies de consitures
deux autres plus petires de
boisd'ébene,ornées de Fleux
rapportées de pluficurs couleurs,
pleines d'essence ; un
autre petit coffre où estoit le
Corps de Saint Modeste, avec
quantité d'autres Reliques;
une cassette remplied' .Dei, & un coffret de cristal
>où il n'y avoir que des Cordiaux.
C'estoit le present du
Pape au Pere Tachard. Sa
Sainteté luy donna aussi son
Portraitenrichy de Pierreries,
& une Lunette de vingt pieds
pour porter au Roy de Siam.
Elle y ajoûta un Chapelet de
Lapisgarny d'or
, avec une
Medaille pour MtConstance,
la mesmechose pourMadame
Confiance sa Femme,& quantité
d'Indulgences. Le 7. Janvier
les Mandarins & IesToll-"
quinois partirent de Rome
dansdcs Caleches pour se rendre
à Cività-Vecchia où deux
Vaisseaux Maloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
parrit que le 9. &le jour prrocedent,
lIntendant de la Mai,
son duPape luy apporta le
Brdfde Sa Sainte té, qui estois
Ittr.idu parchemin dans un
boëte d'or quarrée, avec sed
Armes dessus & son nom deE
sous. Ils s'embarqueient
it **0
CivitàCività
Vecchia,aprés y avoir.
:eceu de grands honneurs,
& trouverent dans leurs Vaifiaùx
toutes sortes de prosisionsqu'on
y avoit apport
éesde la partdu Pape.
Lors qu'ils furent de reour
,
ils eurent audience de
SaMajesté,nel'ayant paseuë
vant leur départ de Paris
pour Rome,parce que le Roy
stoità Fontainebleau , ôJ
Monseigneur le Dauphin en
Allemagne. Comme le Roy
de Siam souhaiteavoir une
Compagnie de François pour
Gardes duCorps,on en a levé
cent icy, & ils feront conW
mandez par Mr d'Eragny
,
que Sa Majesté a nommé,&
qui a esié autrefoisCapitaine
au Regiment des. Gardes. Ils,
sontvestus de rougeavec un.
gros galon d'or, & bien armez.
Le Royde Siam leur
fournirades chevaux qu'il
entretiendra, en sorte que:
sans en avoir aucun soin, ilse
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval. Ces cen
Gardes font partis avec Ice
Envoyez, & plusieurs Vais
seaux de la Compagnie,qui
oeft fort satisfaite de son comanerce
»s'en retournent avec
'eux. Monsieur,quiavoitreceu
quantité de presens du
RoydeSiam,en a renvoyé
de fort beaux) & en grand
:nombre.
-
Je vous envoye un Ouvrage
fort galant sur une Fontaine
, qui attireroit un grand
nombre de Beuveurs, si l'on
sçavoit où ses eaux se trouvent,
maison n'en a que d'artificielles,
& leur usage ne
donne pas un secours de longue
durée.
XA FONTAINE
deJouvence.
lvpiter qui de l'Empirée
Avoit chassé Saturne&Rhée;
Guipar un attentat doublement criminel
S'estoitsaisisur eux du Trône pa-.
ternel,
Et qui,suivant le cours desa bonnefortune,
Soumettoit, en Tyran, tout le Monde
àses loix,
Se vit enfn forcépar Pluton &*
Neptune
De lepartager entre eux trois.
Neptune pourfin lot eut le Sceptres
Aquatique,
Et régnasur toutes les Mers
Pluton content du fien prit 1er
tiltre emphatique
De grand Monarque des Enfers;
Iupiter, pour son droit d'aiftef/eJ
Eut le reste de £Univers,
Et feignit mesme avec adresse
De s'en voirsanschagrin defpoù'ille
des deux tiers.(perte ,
Cependant,ensecret outré de cette
,Deceux qui lacausoientilvouloit e vanger-
,Mais quoy ?les attaquerionsdaux-à
force ouverte,
Ily trouvoittrop de danger- .
Aiusi recourant à la rufe
Il flatteNeptune
,
l'abuse,
Et, d'accord avec lu), fait l'eslablisfiment
De lafontainede Iouvence.
Cette Source d'abord parutsansconfiquente,
On s'en loua partout, & ton crNl
flultment,
Quepropice à la race humaine,
Il luyfaisoit ce nouveau don:
Mais elle estoit un fruit de fin
adroite haine, ilsevangeoit par elle, & par elle
Pluton
Eust insensiblement veu Japper &
détruire
Lefondement deson Empire;
Car l'homme
, quoyque némortely
Sy dépouilloit de sa vieillesse
, Et trouvoit dansses eaux une verte
yunejfe
J^ui le rendoitcomme éternel;
DeJorte qu'alafin les droits de ce
Monarque ,
Se trouvant affaiblis par le peu de
Mou-rans,
Et par l'oisivété de lafatale Barque)
Ileufi estéfacile au Vainqueur des.
Géans
De reprendresur lay, fins Sujets)
sansfinance,
Ce que laseule violence
Avoit arraché desamain.
Plutondétruit,Neptune en vain
sBust voulu faire refiflance Monstresmarinsses 'TriIons)
ses rochers menaçans ses abysnes
profonds
L'auroientveuforcerdeluyrendre
Ces humides Estats qu'ils riauraient
pti difendre.
Mais Pluton s'esfantappercea
Vu tort quefinRoyaume avoit déjà
receu
De cette fameuseFontaine,
Consulta le prudent Minos.
vostre Majestéfouterrainc,
Répondit-ilenpeu de mots ,
Sfait.quejamaisun Dieu ness en
droit de défaire
Cequune autre Deitéfait , Et qu'il peutseulement en détruire
l'effet}
Ainsipourvoustirer, d'affaire,
.Mon avisestgrandRoy ,-qaililferoiii
a propos
De commettre au plus visse unDragor*
a lagarde
De ces rajeunisanteseaux.
Alors je ne croispas que quelquum
se hozarde
D'en approcher encor,la peur quom
en aura
Surmontera bientostcelle dela vieil*
lesse,
Et,quelque attrait qu'ait la ieiu.
neJlè
Tel qui courrait aprèssurses pas reviendra.
Ce conseil estoitsalutaire ; -
LesagePlaton lesuivit,
Et les hommes enfin que lafrayeur
saisit
Moururent, comme à l'ordinaire.
Ce Monstre affreux lesfit trembler>
Les infirmitez, du vieil âge
Leur parurent bien moins funefles
quesarage,
Et,trouvant a s'enconfier
Par cette conduite prudente.
eteisùit,ou que donnent les ans,
On les vit, mesmeencheveux
blancs,
Sortir d'unefaçon riante
De la jetmcfp: pétulante.
Mais le beau fïxe moinspoltron
Alla toujours à la Fontaine,
Et de cet infernal Dragon
Sans craindre labridante haleine,
;.CrtÎt qu'ilvalait autant s'exposera
c périr
JVue voir, mesme avant fou
Automne, Refroidir les Amans queson Printemps
luy donne
,
*
Et que luyseus peut retenir..
Cet Ouvrage est de Mrde
Vin, dont 0 <! vous en avez
déjaSj
veuplusieurs. Celuy quivous
a tant pleu au commence
ment de ma Lettre de De
cembre
,
& quia pourtitre *
Tbihjbourg pris par Monseigneur
le Dauphin, en vingt
tours de tranchées ouvertes
estoit encore de luy. Je ne
l'ayappris qu'après que je
vous l'ay envoyé &je prens
cette occasion de vous le dire,
afin de luy rendre la justice
qu'on luydoit.
Il est vray que les paroles
Jour vous me parlez sur les
Conquestes de Monseigneur,
font chantéesicy de tout le
monde.Comme elles font devenuës
par là presque populaires,
j'avois négligé de vous
en donner une copie, quoy
que dans leur genre elles
ayent leur agrément. Cependant
puis qu'elles sont souhaitéesavec
tant d'empressement
dans vostre Province, voicy
de quoy satisfaire ceux qui les
demandent,
Monseigneur est donc de retour
Du voyage de Philisbourg,
Le Palatin ne le tient guere,
Laire "t
,
laire lan laire
Laire la, laire lan la. 9
Quelplaisir pour ce nouveau Marp,
De voir qu'affrontant les hazards,
Tout luy cede couime àson Pere
Lairela ,
&c.
.-
S~
Le coeur charmédeses ha/Jls faits,
Mille Beautez,plus que jamais
Vontprendre lesoin de luy plaire.
Laire li, &c.
(9
Mais pour ellesje crains bienfort
.!!<!!'animf d'unplus beautransport,
La gloire ne luysoitplus chere.
Laire la,
.î]
j>)uc les Bergers de nos cantons
CraindrontpourLeurs pauvres moutons!
De Loups il ne prendra plus guere.
taire la,
Ce Ieune Mars dans les combats
S'en va faireplus defracas,
Qu'Achilleautrefois n'en putfaire.
Laire la,
Le Rhin danssesflots écumeux
Craint desentir encor desfeux. Iltremble comme un pauvre here.
Laire la, &c.
On ditqu'aumilieu de seseaux
Le fronttoutcouvert de rozeaux,
Ce grandFleuve se desespere.
Laire la,
Ses yeux ont esté les temoins
Des Exploits fameux, dessoins
Du Fils aussi bien que du Pere.
Laire la,
Ce beau coupd'essaysurses bords,
Faitvoirque de plus grands efforts
Vont suivre cette ardeur guerriere.
Laire la
,
é"C.
d'années, & qu'il se ttouvoit~
occupé des soins de son depart
pour aller commander
en Allemagne, Sa Majesté sit
~çavoir à Messieurs du Parlement,
que ce Duc ne pourroit
avoir le temps de leur
rendre les visites que l'usage
,& la civilité veulent qu'on
leur rende en des occasions
de certe nature, & qu'Elle
l'en dispensoit. Elle leur fit
dire aussiqu'il luy avoit ordonné
de ne rien donner pour
les droits qui se payent ordinairement
pour ces sortes de
receptions. Me illeurs duParlement
receurent ces ordres
avec tout le respectimaginable,
& sefirentun plaisir
singulier de l'obeissance.
Ainsi ils ne se contenterenc
pas de les executer avec toute
la ponctualité possible, mais
Mrle premier President, pour
marquer plus de soumission
aux ordres de Sa Majesté
allaluy-mesme, lors , que la
chose fut faite, enporter les
expéditions à Mr de Duras,
auquel le Roy, avec les manieres
bonnestesquiluy sont
si naturelles, dit de luy-même
quelques jours apr~s
, &
sans que ce Duc luy eust demandé
aucune chose
,
qu'il
croyoit qu'il voudroit bien
que sonFils fustDuc, & dés
lors leFils futreceuàla place
duPere;SaMajesté ayant
reservé à ce MaréchalDuc,
& à laDuchesse sa Femme,
tous les honneurs que ceux
de leur rang ontaccoutumé
d'avoir au Louvre. Ce jeune
&nouveau Duc, qui est un
des hommes de France le
mieux fait, & qu'on pourroit
dire des plus beaux, si c'estoit
une qualité par laquelle un
homme meritast d'estre loüé,
disputa le prix dans le dernier
Carrousel
,
quoyqu'il
jveuft pas encore dix-sept
ans, & l'on crut mesme longtemps
qu'ill'emporteroit. Il
vient d'épouserMademoiselle
dela Mark
,
qui est une riche
Heritiere
, & tres- bien
faite. Elle a beaucoup d'efprit,
mais decetesprit sage&
de bon goust qu'on ne peut
trop estimer& possede toutes
les qualitez, qu'un honneste
homme peut souhaiter dans
une Femme.
La Maison de la Mark est
tres-illustre, &a produitde
grands hommes. Engilbert I.
dunom,Comte de la MarK,
mourut en 1277.Everard de
la MarK achetaen 1414. la
SeigneuriedeSedan, de Loüis
de Braquemontson Beaufrere.
Robert de la MarK IV. du
Romv-Duc. deBuillon, Ma,
1 11 1'.1 F. 1 léclVaïde France, épousa en
15381.FrançoisedeBrezé,Comtesse
de Maulevrier
,
& il en
eutRobert Duc deBuillon,&
Charles- Roberc, Comte de
Maulevrier.LaBranche drRobert
s'est éteinte par la mort
de Charlote de la MarK, Duçhcfîe
de Bull-Ion)Princl-llilè,
de Sedanquimourut en
IY94i sans laisser d'Enfans, fit
Henry de laTour,Vicomte de
Turenne, Mareschal de France,
(pelle:.avoirépousé.trois
ans auparavant, héritier. de
tousses biens.Charles Robert
delaMarck,Comte deMaulevrier,
seondFilsdeRobert
IV.Mareschal de France, fut
Pere de Henry Robert de la
Mark
,
ComtedeBraine, Baron
deSerigman&Capitaine
d>-s.cent* Suissesdu Roy, qui,
mourut en 1652. ayant eude
Marguerite d'Autun,Fille de
Jacques Sieur de Chanclos,
&d'Iia>bel de Pluviers, Robert,
mort en enfance, Marie
Charlote, premiere femme de
RenédeLhospital, Marquis
de Choisy
, & Louise de la
Mark,mariéeen1633.avec
Maximilien EschallartsMarquis
de la Boulaye, & morte
ne1668. Ses Enfans ont pris
lenom de la Marck.
Depuis que je vous ay envoyé
une Lifte des Officiers
généraux, on m'assure qu'on
en a augmente le nombre.
Voicy les noms des derniers.
sDont Mar deuGougrnayéôc M.r
.tS Mareschaux de Camp de
*lr le Mareschal de Lorge,
eront.
Camp,commandera les
Troupes deDauphiné.
Quand tous ces Braves setoient
nommez pourcommander
dans tous les lieux
que je viens de vous mat.,
quer , ce n'etf pas à dire que
ces choses ne puissent changer
au commencement de laCam..;:,.
pagne, selon la situation des
affaires.Leslumieres duConseil
du Roy font grandes, &
tout ce qu'on y resout reuiffit.
Je vous ay déja mandé
qu'on fait frapper une suite
de Medailles, qui reprcfcnreront
route la vie de ce grand
Monarque
3
& je vous en ay
envoyé plusieurs suivant
qu'elles sont tombées entre
mes mains, & non pas selon
le temps de les attions.Q^eU
quesoins que jeusse pris pour
vous les donner dans un ordre
plus ex:*£t ,
il m'auroit
(fié impossibled'y reussirentièrement,
puis qu'on ne les a
pas mesme frapées toutes
selon qu'elles doivent estre
mifes pour faire voir de fuite
cette merveilleuse Histoire.
Ainsi vous ne devez pas
vous étonner si je vous envoye
aujourdhuy
,
la MeVoiiuarfejxb
daille
qui a esté faite pour
marquer la naissance de Sa
Majesté ,& qui doit estre
placée à la teste de toutes.
Elleest de Mr de laHaye,
tres- habi le danscet Art, &
dont nous avons les coins de
plusieurs autresMedailles,qui
regardentlavie deSaMajesté.
L'exemple de Mr Pelisson
qui nous a donné l'Histoire
de l' Academie Françoise,
vient d'estresuivy par Mrde
Hericourt, Académicien de
Soissons, à l'égard de celle
de sa Compagnie. Elle cft
écrite en Latin, & il expliqtie
dans sa Preface ce qui
l'a obligé de se servir de cette
Langueplûtost que de la
Françoise
,
à la pureté & à
l'embellissement de laquelle
il semble que toutes les Academies
ayent pour but de
travailler.Ceux quiaiment ta.
belle Latinité prendront
beaucoup de plaisirà la le.
cture de cette Histoire, Le
stile enest vif, aisé & ferré,
& fait connoistreque c'est;
avec beaucoup de justice que;
ceux qui ont le bon goust de;
cette Langue, disent qu'ellea
cfté autrefois une source fe-
,
conde de laplus fine politesse
&de cette urbanitétant vantée,
dont il seroit à souhaiter
que l'on s'appliquaft à renouveller
le caractere. Mr de Hericourt
nous fait voird'abord
l'Acadenlie de Soissons d^ris
sa naissance, lors qu'esant
?ntré dans un commerce d'érude
particulier avec Mr
Bertrand
,
Bailly, duComté
de Soissons, Mr Guerin
, Ayocat
du Roy au Presidial,
& MrMorant,Officier de
l'Election
>
ils commencement
en 1650. à s'assembler
;OI.;S les Mercredis, pour parlerensemble
detoutcequ'ils
avoient leu <5c composé pondant
la semaine. lis se prescrivoient
les matieres sur lesquellesils
JCVOlélHécnn:; ik.
de si loüables occupations ne
dpuoiurveoient manquer de proun
bonesser. En1652.
ils associerent à leurs Conferences
MeHebert,Tresorier
de France; Mr Hasterel de
Preaux, Conseiller au Presidial,
M le Sueur, Avocat au
Parlementéer.suite Mr Paret
, Capitaine de Cavalerie,
de Mr Â'ïiVou l Bcclefiaftique.
Leurs assembléesfirent bruIr)
«&M Patru> de l'Académie
Francoile,quienenten d it
padtru les exhorta par ses
Lettres à continuer ce qu'ils
avoient commencé si heu-
¡euiènv:nrJ & mesme il contribua
par (es conseils à les
mettre dans le vray chemin
de l'Eloquence. Le nom
d'A cad emiciens qu'il leur
donnoit les flatoitextremement,
& cela lesfit penser
àobtenir des Lettres du Roy
pouavoir lapermission de
s'assem bler en un certain
nombre. Ils en entèrent Mrs
de l'AAccaaudlceimnieie FFir-aanrççoo.i,sfez àà
leur estrefavorables danscette
entreprise, en les assurant
qu'il s choisiroient un Proie-J
cteurdansleur Corps. Mr le
Chancelier Seguier nevoulut
point consentir,à leur i étblissement,
& ce refus ne fut
point capable deles rebuter.
Ilsassocierent encore NXr'Gilluy
& Hebert, Chanoines
de l'EgliseCathedrale;Mrs
dePreaux & Ç>uinc[uct? Conseillers
au Presidial ïvlrsDurand
& Berthemet, Avocats
au Parlement,M Cousin,
Docteur de Sorbonne,Mrde
Froidour, Lieutenant général
au Bailliage de la Fere, & Mr
D'elfault:,Prcfldenr au Presidial."
Enfin au mois de Juin
itfyV» le Roy leuraccorda des
Lettres patentes, par lesquelles
il leur fut permis de s'assembler
au nombre de vingt
sdo<uïslSe~~unoonms de l'Academie ;à!achars-ed'endeSoissons,
à la charge d'en-
\&yertous les ans le jour de
laFefte de S.Loüis,àl'Académie
Françoise,un Ouvrage en
Vers ou en Prose sur telle matiere
qu'ils voudroient choisir,
comme par une maniere
de tribut. MrleCardinald'Efirées,
l'undesquarantedela
mesme Academie,sur nommé
par ces me(mes Lc{tles'I
pour Protecteur decelle dont
îlsobtcnoicnclétabbflemenr.
CeGardma!avoir<llîftésouvent
à leurs Aiiembiéeï lois
qu'il n'estoit encore qu'Evesque
de Laon,& ils l'avoient
toujours souhaité pour Chef,
s'ils pouvoient jamais réussir
dans leurs desseins. En 1679.
Mr Morant Ecclesiastique,
fut receu aunombre de ces
illustres Academiciens. Mr
leVasseur, Prieur d'Ouchies
en 1681. & M i'Abbe de Hericourten1682.
CetAbbéest
Fils deceluy quiadonné au
Publicl'Histoiredont jevous
parle, & dans laquelle vous
trouverez toutes ces choses
rapportéesau long avec beaucoup
de netteté & de grace aussi-bien , que plusieurs autres
particularitez de la mesme
Academie.Mrde Heriricourt
a grossi son Livrer
de quantité de Lettres Latines
écrites à ses Amis
> ausquelles il en aajoutépluficursen
Grec avec latraduction
Latine. Je ne vous d;s
rien de sa profonde érudition.
Outre un fort grand
nombre de Sçavans qui en
rendent témoignage,toutcc
qui parc de sa plume est un
éloge qui pasle toutes les
louanges que je pourrois luy
donner.
tiens
,
mais ils ne roulent
point sur ce qui s'est fait depuis
qu'ilest arrivé en Angleterre.
Ce sont des raisonnemens
qu'on fait seulement
sur ce qui regarde la Religion,
sans que l'on entre dans
aucun des faits.Ainsi cet
Ouvrage est divisé en cinq
Dialogues entre Demophile
& Theotime. Vous pouvez
connoistre par la signification
de ces deux Noms, quel
estle caraclere de l'un & de
l'autre. Dans le premier de
ces Dialogues on fait voir
par de solides raisons que les
Protestansonttoutes les marques
d'Anti-Christianisme
,
que M Jurieu prétend que
l'on doit trouver dans l'Eglise
Romaine. Eneffet,iln'y
a rien de plus détestable que
de favoriser un Prince dont
on voit que le' seul but est
d'envahir un Royaume sur
son légitime Souverain, &
l'Auteur de cet Ouvrage a
raison de dire que c'est un
crime qui en entraisne après
luy quantité d'autres. Cependant
les Refugiez de France
n'ont pas fait fcrupulc de se
donner auPrince d'Orange
pour soûtenir ses ambitieux
desseins. Le Miréchal de
:SCholD.bc:rg a elle nommé
tIo par la Princesse sa Femme,
pour poursuivre C.:s pretentions
injustes en la place du
Prince,il arrivoit qu'il moutust
avant l'execution de ses
projets. Les Protestans d'Angleterreontesté
incontinent
disposez à larévolte. L'Electeur
deBrandebourg a fourny
des Troupes; le Roy de Suede
s'est enDgagé d'en donner, &
on assure que leDac de Wirtemberg
a contribué plus de
mille chevaux acettematilere
deCroisade.Voilàcomme
tous les Protestans ont fermé
les yeux sur l'énormitédu
crime qu'ils commetcencjors
qu'ils aident à depossederun]
Roy pour mettre sa Couronne
fut la teste d'un Usurpattur.
Tousles autres Dialogues
sont traitez avec beaucoup
de force & d'esprit.
Dans le second, entre autres
marquesd'Anti-Christianisme
que l'on fait voir dans
les Protestans, on justifie que
l'esprit de persecutiona toujours
estéen eux? & que Luther
& lesautres ont jugé lu
1
.~A~";
Heretiques dignes de mort.
On y rapporte que pendant
es Guerres de France pour la
Religion, le Prince deCondé
ayant proposé à troisMinitres
qui passoient pour moderez,
s'il devoit continuer
a guerre pour obtenir la confirmation
de l'Edit de Janvier,
ils luy répondirent qu'il
estoit obligé; qu'ensuite
Soixante & douze Ministres
s'assemblerent pour convenir
desconditions sanslesquelles
on ne devoit point poser les
armes, & que l'une esloit,
quelesAtbées, les Libertins, les
Trinitaires & les Anabaptiste
ftijjent chaftirz: publiquement
ce qui faitconnoistre, non
feulement que les Protestans
croyaientalors qu'on devoir
punir exemplairement ces
Heretiques,mais encore qu'ils
se croyoient obligez de demander
à main arméequ'on
en fist le chastiment. A prés
que dans le troisiéme de ces;
Dialogues, on a fait voir la.
sausseté des predictions de
M. Jurieuau sujet de la France,
on y examine la Lettrede
Prerre Charpentier
,
Protestant
ecrite, en 1672. sous
cetitre, Lettre de PierreCbarpentier
Jurisconsulte
,
adréséeà
François Portes Candiois,parla-
,qui Us il montre que les perfecti-
\tions\,dej Eghfes de France font Lavenues> non, par la faute de
;ceu)C qui, professoient la Religion
,mais de ceux qui nourris
Joient les factions & conspirationsappellées;
la Cause.;i On
continuédans le Dialogue
suivantà examiner lereste
de la Lettre deCharpentier,
& l'on yvoit quels estoient
tics detestables desseinsdupartiy
des PretendusReformez de frraDcc
, contre l'Etat&contre
la Maison Royale, & enfin
on fait voir dans le der-
Hier, que les Prorestans,soit
Lutheriens, soitZuingliens,
ou Calvinistes, ont esté les
premiers à prendre les armes
contre les Catholiques; d'où.
l'Auteur conclut que jamais
l'Anti-Christianismene s'est
montré plus ouvertement
que dans l'entreprise du Prince
d'Orange, & dans ses fuites
,que l'esprit de perfecunon
paroist manifestement.
dans les mauvais traitemens
qu'on fait aux Catholiques
d'Angleterre sans aucune au1
legitime, & contre Finsention
du Roy, de forte que
Mr Jurieuayant asseuré que-
~e caractere de cruauté de
persecution fait un préjugé si
mijptnt; que pour cela seul il
quitteroituneReligion dans laquelle
ilseroitné, devroit se
tenir presentementobligé
d'abandonner sa Communion,
s'il vouloit tenir parole.
il finit en faisant connoistre
que lesPuritainsoupurs Calvinistes
n'en veulent pas
moins aux Episcopaux qu'aux
Catholiques, & qu'il ne se
3.eut qu'ils ne recherchent
l'extirpationde laReligion
Anglicane,qui approche plus
de la Catholique que de la
Puritaine, non seulement
parce qu'elle a confervé la^j
Hierarchie, les ceremonies ,
& presque tout l'exterieur de
laveritable Religion, JuCqu'lt
une cfpcce d'adoration de
rEucharifHe>que l'on reçoit
à genoux selon la Lithurgie,
Anglicane,maisencore parce
qu'e lle convient dans les mê-i
mesprincipes avec l'Eglise,
recevant tout ensemble l' E
criture & la Tradition, ccm-1
me Juges des Controuverses
au lieu que les Puritains avec
k-s.:Ana ba pti stes, les Sociniens,
& plusieurs aurres Hereti
q ues -) ne reconnoi ssent
que l' Ecriture. Voil ales principales
matieres du Livre
dont vousavez souhaité estre
informée. La lecture n'en
peut estre que d'une fort
grande utilité ; outre que les
traits d'Histoire que l'on y
trouve par tout, le diverfisient
a greab lement.
Le S Guerout, Libraire
court- neuvedu Palais, commence
à debiter un Livre
nouveau qu'on trouve fort
curieux. Il porte pour tirre,
Guerres des Turcs avec la Pologne,
la Mosvovie,&la Hongrie;
&l'on Joitd'autant plusajoûter
de foy à toutes les particularitez
de ces Guerres, qu'elles;
sont décrites par Mr de la.
Croix
,
qui ayant esté Secre.
taire de l'Ambassade de France
à la Porte, a esté témoin :
de la plus grande partie de
ce qu'il rapporte Il com-!
mence par l'Ambassade que.
le Roy de Pologne envoya à
l'Empereur Othoman
,
pour
demander l'abandonnement
des Cotsaquees,àlquilSaeHauresseavoitpromis
sa protession.
Il pourfuic par levoyage
,Incernonce
de Pologne, sa reception
,
ses
audiences, ses négociations,
décrit le Siege & la prise de
CaminieK,&passant à 1election
du Roy Jean par la mort
lu Roy Michel, il en rapporte
les circonstances, & fait
a description de la Diette de
Pologne, & de la maniere
dont elle de tient. En parlant
le la Guerre desTurcs avec la
Moscovie, il donne l'Histoire
de Georges Kemielniski qui
l'estoir fait Caloyer, après
avoir quitté le commande.
ment des Cosaques
, qu'i
avoiteu par la mort du Prin
ce sonPere. Sesdiverseavan
tures y sont expliquées., 8
cette Guerre finie par la pris
de Czegrim,&par laretrair
des Turcs qui resolurent de
porter en Hongrie. L'Auteu
explique les véritables moti
qui les obligerent à entre
prendre le Siege de Vienne
& dit bien des choses q
n'ont point estéconnuesju
ques à present, touchant,
mort du Grand visir Gap
Mustapha. -
Il me' resteà vous parler
l'un Ouvrage dont vous
)ourrez juger par vous mefnt:)
puis que je vous-en enroycune
copie. Il a receu icy
>eaucou p de loüanges, & je
uis fort seur que vous le troureriez
d'un fort bon goust,
luand je ne vous dirois pas
lue c'est Mr lePays qui en stl'Auteur. Vous connoisez
son stile enjoué. Apres
)caucou p de poursuites pour
'obligeràpayer une somme
res- considerable dont un
rraitant pretendoit le ren-
Ire garant, il en a esté enfin
déchargé par un Arrest di
Conseil
, & c'est là
-
dessu
quil a fait les Vers que vou
allez lire. ;
A M. Le CONTROLEUF:
General. r APrés de si longuesallarmes
La paix est chez, moy de relolt;
le dors la nuit, je ris le jour,
Du repos je sens tous les eharmes..
Enfin me voila déchargé
Du procès où j'estois plongé.
J^uand toutprest à faire naufwgs
Lesecours arrive àpropos, <
plus ona tremblédansl'oroge,1
Et mieux on goûte le repos.W
eigneur, puis-je sans vous deplaire
eusfaire un recit ingenu
e 1"eslit où je mesuis vû
endant le cours de mon affaire ?
lin air inquietj'obserois
ous les Huissiers que je trouvois:
ertainEcritsigné Coquille
Vayant declaré débiteur,
e Fort-l'Evesque & la Bastille
tous momens me faisoient peur.
Mon destin estoitdéplorable,
e connoissant, qui le croira ?
e languissois à l'opera;
estotsrêveur & triste à table.
Dans la peur d'une garnison
avois démeublémamaison;
la vaissellecraignant la guerre,
estoit dans un Convent voisin:
"ejloÙ reduit aux plats de terre
Ainsiqu'unpauvre Capucin.
AugreniermaTapisserie
Estoità lamercy des Rats
le n'avais chez moy que deux drap*
Avec un lit de Friperie.
Dans ce lit, au lieu de dormir,
le passois la nuit à gemir ,
Ma frayeur n'avoitpoint de tri'1)(;
Le matin, dans mon Oraison
, le disois, mon Dieu, ie me le ve
Pottr coucherpeut-estre en Prison.
Quelquefois au fort de mespeines
Me, croyant déjàprisonnier,
Avec de l'encre & du papier
J'esperois adoucir mes ch.u'nes.
J'y pretendois tracer en vers
De mon Royles Exploitsdivers:
mais en prisonpeut-on écrire?
Mon feubien-tost s'y fût éteint ;
C'est-làinstrementqu'on peut dire,
QueMPpÇte estfort contraint..
le nesçay point chanter en cage,
Legrandairplaist aixvieuxoiseaux.
Les champs, les Bois & les ruisseaux
Excitent mon plus doux ramage.
On esttoûiours deconcerté,
Si l'on ne chante en liberté.
La Prison arrestant ma veine,
Eût ensevely mon talent
D'Hélicon la docteFontaine
N'est pure & vive qu'en coulant.
Pourfuir jesentois quelque envie
D'aller à la Cour de Turin;
1y croyoiJ-poflvoirsanschagrin
Fasser le rcfie de ma vie.
Le »rince m'yfitautrefois
L'IJ.o..,nenr de me donnersa Crpix >
On my promettoitun a'{j/e
Jvccdes plaisirssans effroy:
Mais un François efi-il tranquile
Quand estsiloin deson Roy?
len'ay iamais pum'y resoudre.
QuitterParism'affligeroit,
Et L'ordre qui m'en banniroit,
Pourmoyseroitun coupde soudre.
Lors que je voy le Grand Louis ,
J^uoyque mes yeux soient éblouis Il , me semble que je possede
Le bien qui fait tous mes desirs
> Etsapresence estun remede
£ai change mes maux en plaifirs*
Leseulaspect defin visage
En sollicitant mon Procès,
M'en promettoit un bon succés
Etsortisioit mon courage.
le disoisaprèsl'avoir vu
Dans ces lieux regne la vertu >
On n'y souffre point d'injuJlice ;
D'un Roysi bon ,si doux,sigrand
Le Conseil me fera propice,
Etmon bon droit m'en estgarant.
Ainsi malgré la défiance
,
Dont quelquefoisefiois fiurpris
) j'ay demeuréferme à Paris
Entre la crainte & Cefperance^
Trop heureux d'avoir attendu
L'Arrifi qui vient tfifire rendu
»
Quifinit ma peine cruelle,
Jïuiva rétablirmasanté,
.I:0i me rend mon lit, ma vaifiJeUe,
Mon repos & ma liberté.
9
Ilestvray
, mon bien efi modique
Mais puis-ie me plaindre auiourd'huy
?
Seigneur, ie suis sous vofire dpÇuyx
l'exerce un Employ pacifique.
Forfpelt sensible à l'interest,
A/Jèz riche par mon Arrest,
le ne porte envie à perfionne,
Etie me croysibien traité,
J^»//semble que l'on me donne
Tout ce qu'on ne ma point ôté.
Demeslagestoutemavie
De mes ltlges toute ma vie
le pretens chanter l'équité
.,
Si haut, que la Pofierité
De leur vertu fera ravie.
Sousun Roy!jnfie £r genereux
Leur fortsera toûiours heureux:
On iugeapar leur conduite
Iufqu'ou doitallerheurbonheur
Dans une Cour, ou le merite
Ne peut manquer d'estre en faveur.:
1
L'Amour sincere est fouvent
récompsnsé, les obstacl
es ne font quelquefois
que mieux affermir le bonheur
qu'il doit attendre. Une. j
jeune Demoiselle
, toute aimable
par les agrémens de sa
personne,& plus encore par
,
la beauté de ses sentimens,
menoit une vie assez retirée.
Quoy que sa fortune fustfort
peu considerable3 on ne laissoit
pas de la voir contentes
& comme elle ne souhaitoit
jamais que ce qui estoit proportionné
aux esperances
que son estat luy pouvoit permettre
jelle elloit heureuse;
parcequ'elle sçavoit se regler.
La douceur de son efprit
répondoit à celle qu'on
voyou sur son visage ,ôciJL
eust esté fort malaisé que son
mérité ne luy eust pas attiré
grand nombre d'Amans, si
elle eust voulu le faire connostre,
mais sa Mere qui ne
luy avoit jamais donné que
des leçons de vertu, luy en
inspiroit l'heureuse pratique,
&
les
Coquettes, dont elle
trouvoit la conduite insupportable,
estoient pour elle
un miroir qui luy apprenoit
à ne pas tomber dans leurs
défauts. Ainsi elle passoit la
pluspart des jours à travailler
auprès de sa Mere , & ne recevoit
aucunes visites par le
peu de soinqu'elle prenoit à
s'en procurer. Elle eut pourtant
benu se tenir cachée ; le
hazard la découvrit à un Cavalier
d'une Province des plus
éloignées, qui estant venu
loger vis à vis de sa maison,
l'apperceutun jourà la fenestre.
Il la trouva toute aimable,
& l'ayant veuë ainsi plusieurs
fois,quoy qu'elle fc
retiraft si-toit qu'e lle remarquoit
qu'on s'attachait à la
regarder, il ne pue plus refister
à l'envie de la connoistre.
Il y fut porté avec beaucoup
plus d'ardeur, lors quel'ayant
entenduë chanter un soir
que la nuit avoit déjà commencé,
il sesentitentraîné
vers elle par ce nouveau charme.
Comme il avoir de l'esprit,&
de cet espritdu monde
qui se fait aimer partout,
ce luy fut assez pour s'introduire
chez cette aimable personne,
que le pretexte du voisinage.
Sa Mere crut que
l'honnesteté demandoit d'elle
qu'elle accordait à un Etranger
qui ne devoit passer à Paris
qu'un mois ou deux, ce
qui auroit pû tirer à confequence,
si elle l'eustsouffert
à un autre. Il alloit chezellc
la pluspart des soirs
,
& la
conversation se faisant toujours
en presence de la Mere.,
sans qu'il semblast souhaiter
duparticulier avec la Fille.,
ny l'une ny l'autre ne s'imagina
qu'il eust autre veuë dans
rempressement qu'il leur témoignoit,
quedepasser quelques
heures avec moinsd'ennuy
qu'il n'eust fait dans
une Auberge. Il y sur trompé
luy-mesme, & ilne connut
les sentimens qu'il avoit
pourcette charmante Fille,
que lors que la Mere luydemanda
son avis sur un mariage
qu'on luy proposoit
Elle ne luy en parla quecomme
le croyant assez de ses
Amis pour luy donner un
conseil sincere. En effet elle
estoit bien éloignée de croire
qu'il y deust prendre interest
que par le seul avantage de
sa Fille. Il n'avoit marqué
pour elle que ce qu'un homme
galant faitparoistre
en general pourtout le beau
Sexe. Elle n'avoir que fort
peu de bien à luy donner, &
elle sçavoit que le Cavalier
estoit fort riche. Outre une
Terre tres-considerable dont
il joüissoit,il avoit pour plus
de centmilleécus de prétentions
fort bien fondées, &
il n'estoit à Paris que pour
recouvrer des Pieces qui luy
estoient necessaires pour en
assurer l'effet. Il parut embarassé
sur leconseil qu'on luy
demandoit. Il s'informa du
bien de l'Amant, & le trouvant
mediocre, il dit qu'avec
du merite, de la jeunesse &
de la beauté, il n'y avoit rien
qu'on ne dust attendre,
quand on pouvoit ne se pas
haster de faire un choix. Le
lendemainvil pria la Fillede
.ne luy point déguiser si elle
sentoit ion coeurporté à ce
mariage. Elle ne fit poinc
difficulté de luy avoücr.
qu'ayant besoin de quelque
établissement pour réparer
fem peu de fortune, cett,
seule veuë l'en0gage0ait à(écouf ter les propositions qui lue
estoient faites. Le Cavalie
De luy dit rien davantage, 8
fjafTa encore trois jours fan
fuy, expliquerles sentimens
mais enfin voyant la chofi
,".¿n estatde se conclure, il n
luyfut plus possible deiT^etl
tve des bornes à sa passion.
Il luy declara qu'il estoit
éperduement amoureux d'elle,
& que si elle vouloit ronpre
avec l'Amant qui Ce presentoit,
& luy accorder le
temps de venirà bout de son
procès, il viendroit la rendre
rnaiitrene de sa fortune, comme
ellel'estoit déjàde son
coeur. Il parloit de bonne
foy,ainsi il ne faut pas s'é tonner
s'ilpersuada.La Belle luy
representa le tort qu'il auroit
de luy faire perdre ce qu'elle
ne retrouveroit peut-estre pas
niféiiicnt) &il luy mit l'esprit..
en repos, en luyfaisant les
pluscendres protestations de
fidélité 6c de confiance. Il
l'obligea de consentir à se
faire peindre pour luy donner
son portrait, & elle voulut
bien recevoir le fien. Illa
quitta avec promesse de terminer
les affaires au plûtost,
&devenir traiter d'une C harge
qui l'attachant à la Cour,
le dégageroit de la Province.
Estantarrivé chez luy, il ne
songea plus qu'à poursuivre
son procés. dans lequel il
s'agissoit de la meilleure partie
de son bien. La violence.
de sa passion luy fit chercher
les voyes les plus promptes de
se mettre hors d'affaires, & si
ses Parties eussentesté raisonnables,
il leur eust esté aisé
d'obtenir un accommodement
avantageux, mais le
credit de quelques personnes
d'un rang distingué, qui prenoient
leurs interets, leur
faisant croire infaillible le
gain de leur cause, il fallut
qu'unArrest de Parlement
en décidact. Le Cavalier chercha
de l'appuy contre une si
forte brigue, & jetta les yeux
sur l'homme de la Province,
& le plus puissant & le plus
consideré. Le moyen esloit
fort seur, mais les mesures
qu'il prit pour cela le jetterent
dans un embarras terri—^
ble. C'estoit un Marquîs d'une
Maison fort illustre, & qui
ayant une Fille, eust eftébien-
aise de la marier sans se
dépouiller de rien. Elleavoir,
plus d'esprit que de beauté*
& on conseilla au Cavalier dej
feindre d'avoir de l'amour
pour elle. Ces apparences
plûrent au Marquis; il s'em-f
ploya de tout son pouvoir
pour le Cavalier, qui ne
croyant hazarder que des
complaisances, rendoit à sa
Fille des soins assez assidus,
Ils estoient favorisez, & on
luy donnoit les occasions les
plus commodes pour le teste
àteste. Les procédures avancoienc
toujours,& dela maniéré
qu'on avoir tourné les
choses
,
les cent mille écusluy
estoient presqueassurez.
Comme ilnefaisoit aucune
declaration précise, le Marquis
, homme adroit & violent,
l'ayant trouvéseul un
jour dans la chambre de sa
Eille, luy dit que la conduite
qu'il avoit tenue avec elle depuis
quel que temps,faisoit
courir des bruitsdans laVille
qu'il estoit temps d'étouffer;,
qu'elle estoit d'une naissance
à ne pssouffrirqu'on l'expofast
au soupçond'aucune galanterie
; qu'il ne l'avoir receu
favorablement chez luy,
& servy dans son affaire que
dans la pensée qu'ill'épouseroit
; qu'il n'avoit fait aucune
démarche qui n'eust donné
lieu de croire qu'il en avoit
le dessein, & que le service
qu'il luy rendoit en luyfaisant
gagner un procès de la
plus
plus haute importance, meritoit
bienqu'il le reconnust
par ce mariage, sur tout lors
qu'il devoit tenir à honneur
d'estre son Gendre, Le Cavalier
étourdy du coup essaya
de se remettre,en demandant
au Marquis qu'illuy donnait
quelques jours pour luy répondre
positivement.Le Marquis
luy en voulut bien accorder
huit, mais à la charge que
pendant ce tempsil prendroit
chez luy un appartement, &
qu'il songeroit aux clauses
quil trouveroit à propos que
on employait dans le Contrat.
Cette violence cachée
fous de beaux dehors mit le
Cavalier au desespoir. Il connut
la faure qu'il avoit commise,
& iln'y voyoit aucun
remede. Le Marquis après
s'estre declaré comme il avoit
fait, n'estoit point homme
à se relâcher. Il pretendoit
que ce qu'il devoit à son
honneur, luy imposoit la
necessité de ce mariage, &
ce qu'il pouvoir auprès des
Juges, faisoit voir au
Cavalier
la perte de son
procès
inévitable, s'il se défendoit
d'époufer sa Fille , quand.
mesme on l'auroit laisse en
liberté de le faire, ce qui
n'estoit pas. Toutes ces raisonsl'obligerent
à ceder, sans
faire connoistre qu'il ne cedoit
qu'à la force. Le mariage
se fit, & le procès sur jugé
ensuite à son avantage. Il eut
de grands biens, mais ils
n'eurent point de quoy satisfaire
un coeur tout remply
d'amour. Il écrivit à la Belle
les cruelles circonstances de
ce qui venoit de luy arriver,
& ille fit d'une manicre touchante
qui l'auroitpersuadée
de ce qu'il souffroit, si la
consideration de son malheur
ne l'eust empeschée de
s'occuper d'autrechose. Elle
perdoit un Amant qui l'ayant
fait renoncer à un établissementqui
luy convenoit, l'avoit
reduite à ne pouvoir plus
s'arracher du coeur la passion
qu'il y avoir mireJ & qui l'abandonnant
pour toujours,
vouloit qu'elle crust qu'il fust
encore plus à plaindre qu'elle.
L'estat où elle se vit, la fit
s'emporter contre tous les
hommes, & rien n'eust pû
la convaincre que le Cavalier
ne l'eust pas. trahie volontairement,
s'il ne l'eust tirée
d'erreur par un procedé qui
n'a point d'exemple.Un Gentilhomme
la vint trouver de
sa part avec une Lettre, par
laquelleilluy mandoit, que
puis que sa mauvaise destinée
ne luy avoit pas permis de
s'unir à elle, il vouloit au
moins luy faire voir que jamais
amour n'avoit esté ny
plus sincere ny plus véritable
que le sien; que pour l'indemniser
de l'Amant qu'elleavoit
perdu pour luy, il luy envoyoit
-
dix mille écus, qui
pourroient en peu de temps
luy faire trouver un party
plus digne d'elle ;qu'il "la
conjuroit par route l'estime
, qu'elle luy avoir montrée,de
ne les pas refuser
,
& que
quelques marques qu'ellepust
jamais luy demander de l'interest
qu'il prenoit en elle, il
feroit tout son bonheur de la
satisfaire. Ce qu'elle lisoit luy
parut si peu croyable, qu'elle
ne sceut que répondre au
Gentilhomme
, & elle Ce vit
le lendemain compter les dix
mille écus sansêtre persuadés
que ce ne fust pas une illusionC'estoit
pourtant unprefent
réel, & le Cavalier estant
fort riche
, & la Demoiselle
peu accommodée,elle jugea à
propos de l'accepter. Elles'en
fil un merite auprès de luy,
en luy répondant aprés beaucoup
de loüanges sur sa generode)
qu'elle en feroit un usage
contraire àceluyqu'illuy
marquoit, & que puis qu'il la
mettoitenestat,par le secours
qu'il vouloit bien luy préter,
de n'avoir besoin d'aucun
établissement
,
le malheur de
ne pouvoir estre à luy l'empeschoit
d'estre jamais à personne.
Cette assurance qu'il
n'eust osé demander, luy
- donna beaucoup dejoye,
mais en mesme temps elle
redoubla sa passion, non pas
que la Belle l'autorisast à la
conserver; mais plus il la connoissoit
digne d'estre aimée,
plus celle qui étoit cause qu'il
navoit pu estre heureux,luy
estoit insupportable. Il ne
luy parloir jamais, & si le
nom de sa Femme qu'elle
portoit malgré luy, l'obligeoit
d'avoir fpoureïïe des
égardsd'honnesteté, il luy
estoit impombie deluy donner
des marques d'amour.
Cette froideur estoitremarquée,&
faisoit beaucoup de
peineà ceux qui les Souhaitoient
dans l'union. La Belle
en fut avertie par le Gentilhomme,&
à peine elle eut
appris cetteespece de divorce
, que jugeant bien qu'elle
y avoit part, elles'empressa
d'y remedier. Ses premieres
Lettres n'eurent point d'effet.
Il luy opposoit toujoursla
violence qu'on luy avoit faite,
& ne pouvoir concevoir
qu'elle pust exiger de luy avec
justice qu'il eust de l^mour
pour une Femme qui le rendoit
le plus malheureux de
tous les hommes ; mais enfin
elle luy peignit si vivement
l'obligation où il estoit de
vaincre l'aversion qui luy
donnoit de l'éloignement
pourelle > & luy fit si bien
connoistre que ce n'estoit
qu'àce prix qu'elle pouvoit
luyrépondre d'une éternelle
amitié, qu'il resolut de la
croire. Ainsi l'envie de luy
plaire luyfitobtenir sur son
esprit ce que personne n'avoit
encore pu gagner. Il
t) commença - ZD à montrer plus de
complaisance pour sa Fem- -
me, & on sur surpris de voir
entre eux une liaison qu'on
ne devoit plus attendre La
Dame elle-me sme ne sçavoit àquoyattribuer un si heureux
chancteinent, & un jour
qu'elle pria son Mary de luy
apprendre ce qui l'avoit engagé
à luy rendre sa tendresse,
il répondit qu'il vouloit luy
faire voir la personne qui avoitfaitcemiracle
A prés luy
avoir conté en peu de mots
son engagement avec laBelle,
illuy montra son portrait, &
luy leur toutes les Lettres
qu'elleluyavoitécrites pour
l'obliger à vivre avec elle
dans une parfaite intelligence.
La Dame sur charmée de
sa vertue,& luy marqua l'admiration
qu'elle luy causoit,
en luy demandant son amitié
par une Lettre aussi engageante
que spirituelle.Vous
jugez bien que la Belle réponditcommeelle
devoit à
ces avances. Il s'établit entre
elles en fort peu de temps un
agreable commerce, & la
Dame l'employaàmillecommissions
pour elle & pour ses
Amies. Une simpatie secrete
qu'augmentoit de jour en
jour la connoissance qu'elles
se donnoient de leurs sentilnens)
les attachoit l'une à
l'autre, quoy que la grande
distance des lieux les empeschast
de se voir, & après que
trois années se furent passées
de cette forte, sans que la
Belle cust voulu songer à se
marier, quelques partis qui se
fussent presentez
, une affaire
assez pressante appellant le
Cavalier à Paris, la Dame
voulut xl'y accompagner pour
avoir xla joye de voir l'Amie
qu'elle s'estoit faite. Ce fut
un redoublement d'estime
qui ne se peut concevoir lors
que la pratique leur eut fait
connoistre l'une à l'autre tout
le mérité qui ne leur estoit
quiimparfaitement connu. La
Dame lxüason Marysur son
bon goust & comme l'estat
où il xse trouvoit dxemandoit
deluybeaucoup de reserve,
il se cxonduioit au près de la
Belle d'une manierc obligeante,
qui sans luy marquer une
passionblâmable, luy faisoit
voir le pouvoir qu'elle avoir
toujours sur luy. Les deux
Amies devinrent inseparables,
& dans le temps que la
necèssité du retour leur faifoit
sentir d'avancele chagrin
de se quitter, la Dame fut xattaquée
d'une fièvre qui mit
bientost sa vie en peril. La
Belle en parut inconsolable,
& ne s'empressa pas
moins la nuit que xle jour à
luy rendre tous les foins qui
la pouvoient [DUlager, mais
la malignité de la fièvrevainquit
l'art des Medecins,& on
futcontraint de luy declarer
qu'elle devoir xsonger àmourir.
Dans ce triste estat, ne
voyantplus rien àesperer,
elle ditàsonMary,que puis
que l'obstacle qu'elle avoit
mis à l'engagement qu'il
avoit avec la Belle, cessoit par
sa mort, elle le prioit de l'époufer,
n'y ayant personne
qui fust plus digne de luy.
Elle expira dans ce sentiment,
& ce ne fut pas sans xcoûter
beaucoup de larmes & à son
Mary, &àla Belle. Ils donnerent
à leur sincere douleur
tout le temps que la bienseance
pouvoit xexiger, &
l'amour qui xestoit plûtost
assoupy qu'éteint) seftant
réveillé sans peine dans le
coeur de tous les deux, ils
eurentenfin la joye de se
voir unis comme ils l'avoient
souhaité. Le mariagese fit
un des derniers jours du Carnaval;
& plusieurs personnes
considerables qui se trouve,
entà cette ceremonie, peuvent
répondre dela vérité de
l'avanture.
Comme la derniere soisje
ne vous dis que fort peu de
chose;des marques de piété
quele Roy d'Angleterre donna
deux jours avant son départ
pour Brett). envenant
taire ses devotions à Nostre
Dame, ce fera par là que je
commencera ce que vous
attendez de moy sur son
voyage,afin de vous le donner
entier en un seul article.
Ce Monarque vint à Paris le
zj. du Mois passé, & ily
entra accompagné des Gardes
du Roy qui avoient l'épée
nue. Il se rendit à la
Cathedrale; où xMr l'Archevesque
en xChape&en Mitre,
à la teste des Chanoines, &
précédé de sa Croix &desa
Crosse, le receut à la grande
porte de la Nef en dedans
fous les Orgues. Sa Majestés'estantmise
àgenoux surun,
carreau que luy presenta un
des Chanoines, ce Prelat luy
donna de l'Eau benice, puis
la vraye Croix à xbaiser, que
leTreforier revestud'étoletenon:
coure prcfieJ& luy sxitenfuite
une harangue avec l'éloquence
qui luy xest si naturelle.
Le Roy répondit en peu
de paroles,mais obligeantes,
& alla au Choeur, où il xse mit
à genoux sur un Prié-Dieu
préparé- devant le grand Autel
qu'on avoir orné xd'un paxrement
de velours brodé de
Perles. Un peu après il alla
au lieu nommé leRevestiaire,
& descendit jusqu'en la derniere
Sacristiedes Chanoines,
oùl'on avoit mis un tapis de
pied & des paremensau Consessionnal.
Il y sur conduit
par Mr l' Archevesque
, qui
tenoit la droite à cause de ses
habits Pontificaux, On ferma
la porte , & le Roy se
consessaau Pere Freville
,
son
Confesseur ordinaire estant
party ce jourlà pourBress
Pendant ce temps, Mr l'Archevesque
se mit en Rochet
& en Camail, & en cet habit
il accompagna le Roy de la
Sacristie au Choeur,en tenant
pour lors la gauche. Mr l'Abbé
Parfait) l' Ancien Chanoine,
commença la Messe qu'il
celebra à voix basse, après
avoir salué Sa MajestéBritannique
par une inclination-
Là, le Ruy sappercevant que
M l' Archevesque qui s'estoit
mis à genoux à demy tourné
prés le Prie-Dieu à gauche ,
estoit sans carreau, luy en fit
apporter un, mais ce Prelat
ne s'en voulut point servir.
Aprés l'Evangile
,
les deux
Beneficiers quiservoient d'Acolytes
en Chapes, vinrent
apporter le texte à Mr l'Archevesque,
qui l'ayant ouvert
le donnaà baiserau Roy. A
l'Offertoire les Acolytesrevinrent
au Prié-Dieu, & apporterent
cinq petits Pains
sur la Palle; M l'Archevesquefit
l'essay, rompant avec
eux un de ces cinq Pains dont
il mangea. Le Royen désigna
un desautres, que l'un
des deux Acolytes reporta
seul au Celebrant sur la Palle.
L'autre Acolyte porta au Chevecier
les autres pains. On
chantoit cependantun PseaumeenMusique,
Quatre Ensans
de Choeur estant venus,,,
pour l'Elevation,avec des
lambeaux, firent ensemble
une profonde inclination
vers l' Aute l
, & s'estant rctournez
en dedans vers le
Roy,ilsluy firent tous une
profonde genuflexion sans se
courber. Aprés l'Agnus Dei,
M rArchevcfcjucconduisit
le Roy à l' Autel marchant à
sa gauche. Sa Majesté ayant
receu la Communion, fut
encore reconduite au Prié-
Dieu parcePrelat. On songea
trop tard à donner au
Roy l'ablution dans un Calu
ce> suivant l'usage de l'Eglifc.
de Paris, ce qui auroitesté
presenté par un Chanoine
Diacre avec une serviette sur
son bras gauche. Aprés la
Communion
,
les Enfans de
Choeur ayant fait les mesmes
reverences à l'Autel & au
Roy,seretirèrent,onchanta
le Dominesalvum. Le Celelebrant,
avant que de donner
labénédiction ,fit une inclination
à M'l'Archevesque &
au Roy ensemble» & lors
qu'ileut achevé la lvle{fe, il
vint sans quittersaChasuble
presenterau Roy le Corporal
plié qu'illuy donna à baiser.
Cela.
veu de Sa Majesté Britannique,
Mr le Marquis deChauvalon
,Neveu de Mrl'Archevesque,
& Mr de S. Viance
, Lieutenant des Gardes.
On y presenta au Roy des Carases
sur une Soucoupe. Ce
Monarque but un coup, &
mangea un peu de pain, Mr
de S. Viance disant que c'estoit-
là le premier morceau
que Sa Majesté eust mangé
depuis vingt- quatre heures.
Là, le Roy pria M l'Archevesque
de venir disner avec
luy chez Mr de Lauzun, &
pendant qu'il estoit allé chanRoy
luy prefenra M. de Chci
ster,& M. I'Archeve(que en
luy presentant un peu après
M. deChanvalon son Neveu,
qui est Mousquetairé., luy
dit que le premier coup de
Mousquet qu'il cirercic)feroit
pour le service de Sa Majesté
Bricannique. Alors le
Roy d'Angleterre dit à ce
Prelat le dessein qu'il avoit
fait de partir incessamment
pour l'Irlande, où il iroit en
postejusqu'à Brest. M lAr,,,
chevesque se mit ensuite sur
les loüanges du jeune Prince
de Richemont qui estoit present,
& le Roy dit que ce
qu'illuy souhaitoit le plus,
estoit qu'il eust toujours la
crainte de Dieu. Il dit encore
plusieurs choses qui faisoient
voir enluy un grand fond de
pieté, ce qui avoit déja fort
paru dans la maniére dont on
l'avait vu prier Dieu durant
la Messe.En sortant,ce Prince
trouva M. l'Archevesque de
Reims;&luy parla quelque
temps.M. l'Archevesque le
conduisit à la portiere du Carosse,
qui estoit un de ceux
duRoy;on ne portoit point
~il qucuë)' ny celle de M. de
Reims qui vint aussi jusque
là.LeRoyd'A ngleterre Ht
riûc, teql au fond
, M de
Lauzun,deux MiJordst &
M de ~SViance monteront
dans le Girofle duRoy. Sa
M^jdté Britannique estane
arrivéechez Mrde Lauzun,,
on y L-rvitaussi,toil un repasa fortmagnifique.L'aprésdisnée
Elle alla rendre visiteà,
Luxembourg à Mademoiselle
d'Orléans, à Madame.
<la3GanraineidrDcu;GrhueiTc, & à Ma-,"! ise.IAmprclie
mentque les Peuples eurent
pourvoir ce Monarque,artira
par tout une telle foule,
que ne pouvant passer par
quelques ruës , il fut obligé
de tourner par d'autres. Il ne
revint le soir à S. Germain
qu'àprésde dix heures, & il
y trouva un fort grand nombre
de personnes qui l'y attendoient,
& qui le virent
souper. Le 26. il allaà Ver
failles prendre congé de Sa
Majesté, qui le jour suivant
vint luy dire adieu à S. Ger,
main. Ces deux grands Princes
se dirent des choses fort
tendres,& le 28.le Roy d'Angleterrequi
devoit allercoucher
à Orleans, passa encore
par Paris,où les acclamations
du Peupleluyfirent connoistre
les voeux qu'on faisoit
pour l'heureux succés de son
voyage. Il alloit en poste dans
une Caleche, ayant à sa fuite
quinze ou vingt personnes.
&deluy faire rendre dans toutes
les Villes les honneurs qui
luysont dûs.Sachaise s'estant
rompuë dans la forest à trois
lieuës d'Orléans, M de Creil,
Intendant de la Province, qui
l'attendoit à une lieuë & demie
de la Ville, en futaverty,
& vit¥ promptement au devant
deSaMajesté
, avec ses
Carosses
,
dont il yen avoit
trois à six chevaux. Il estoit
à la teste des Bourgeois, dL:"
visez en dix Compagnies faisant
sept à huit mille hommes,
& formant une double
baye de prés de deux lieuës
de long.On peut direqu'il fut
suivy de toute la Ville. qui se
trouva sursarouteàpied, à
cheval & en carosse, Lesdeux
Compagny ~h
des Maréchaussces
qui ~taoientà la telle de
tout, fous les ordres deMrde
la Mouchetene, mirenr l'épée
nuë à la main dés qu'elle
apperceurent leRoy, & fuivirent,
précederent
, ou côtoyerent
le Carrosse où ce
Monarque monta Mde Creil
l'ayant trouvéàpied,luy fit
son compliment,& après que
Sa Majesté luy eut répondu
obligeamment, Elle monta en
Carosse, & ordonna a Mr de
Mruliy
,
au Milord Melford,
&à M deCreil d'y monter>
& peu après de se couvrir.
Lair retentit d'un cry général
-& perpetuel de Vive le RoyJ
& tout estoit éclairé par des
flambeaux. Ce Prince en marqua
une fatisfa&ion extraordinaire
,& M de Creil ayant
pris de là occasion de luy
direqu'il n'estoit pas surprenant
que la veuë d'un si grand
Roy causast tant de joye
,
demanda
grace à Sa Mijësté
pour un Gentilhomme Anglois
nommé L^ton qui
avoit estéarresté la veille,&
qu'on devoir transfererle
lendemain à la Bastille en
vertu d'une Lettre de Cachet,
a cause qu'il avoit tenu quelques
discourspeurespectueux
sur ce qui la regardoit. Le
Roy répondit en ordonnant
à M de
,
Creil de le mettre en
liberté, qu'il estoit bien-aise
de faire connoistre à tous les
Anglois qu'ilnavoit point
d'autre intentionque de leur
faire du bien. Il entra dans
Orleans àseptheures&demie
au bruit de plusieurs Boëtes,
& ayant apperceu Mrs de
Ville qui luy venoient presenter
les Clefs, il fit arrester
le Carosse, & écouta avec
une bonté toute particulière
Mr deMontaiguMaire, quiestant
accompagné de Ms-
ReynatddeSenonville,Toinard,
delaToiiy, Troslard,
Echevins,& Charon, Secretaire,
les luypresenta dans
un bassin de vermeil. Le Roy
luy dit, après les avoir prises
dans sa main, & s'estredécouvert
; Je vous remercie,
./J¡fonfit:ur.ellessont en de bonnes
mains, le Roy mefatt bien de
l'honneur. Illes remit ensuite
danslebassin,&estantarrivé
chezM deCreilquiluyavoit
fait préparersaMaison, il remarqua
que ses Armesavoient
esté mises au dessus de la porte
, comme il les avoit déjà
veuës au dessus de celle de la
Ville. Il descendit au pied du
grand Escalier, où Madame
deCreil lereceut accompagnée
de plusieursDames. Il
la ba1(1, ainsi que Madame
la Marquise de Montpipaux,
& Madame de Ville-chauve,
& faisantuneinclination aux
autres, il traversa plusieurs:
chambres fort éclairées, & se
retira un moment dans celle
oùil devoit coucher. Ce fut
làque M deCreil luy presensa
M de Villechauve, Brigadier
des Arméesdu Roy ,
à la teste des Gentilshommes
de la Province. Ce Monarque
le reconnut pour l'avoir vu
autrefois servir lors qu'il n'estoir
que Duc d'Yorc. M r de
Ville eurent encore l'honneur
de le sal uër dans lemême
lieu,en luy faisant des
presens de Vin& de Cotignac.
Le Chapitre de Sainte
Croix, Cathedralede Ll ville,&
celuy de S. Aignan,lePresidial
,
les Tresoriers de
France, la Prevosté, l'Université
, & plusieurs Ordres
Religieux luy furent aussî
pre sentez parM de Creil. Le
Roy dit à ceux de S.Benoist,
que l'Angleterre leur estoit
redevable de la foy qu'ils y
avoient preschée les premiers.
Ilse mit à table, & le repas
qui estoit tout en poisson lut
aussi propre que splendide
pour le peu de temps qu'on
avoit eu à le préparer. Il
n'y avoit qu'un couvert pour
Sa Majesté sous un magnifique
Dais;mais Elle ordonna
quel'on en mist d'autres,
pourMilordMelfort,Milord
Amazor,Mrle Comte de
Mailly,MrStaffort,Mr de
CfeTL & MFS deVillechauve, leComte du 13ruel, Lieutenant
Colonel des Dragons de
Languedoc e-, de.Beauregard,
cy-devant premier Capitaine
des. Grenadiers dansleRegimentdePicardie,
& Gouverneur
du Fort François. Sa
Majestéfutgardéepar la
Compagnie du Guet
, commandée
par Mr deMaffucre*.
qui prit l'ordre. Tous les Seiec/*
ne'urs Anglois& lesOffi-
-
("jers de la Maison du Roy
qui l'avoient suivi,trouverentchacunleur
chambre autour
de celle de Sa Majellé.
Ce Prince qui jeûne regulierement
, ne voulur. prendre
que du Thé le lendemain au
matin. Il alla entendre la
MesseaurPrestres de l'Oratoire,
oùlePere de l'Epiniere
leharangua en cestermes*
.:., SIRE :'
Noussommes infiniment re-,
devables à vofire fietéaujjibien
qu'à la Providence, qui parune
dispositionfavorable nous dotm#,
l'occasion
, & en mesme ten/ps
l'honneur d'ajjhrer VJftr;7 M*-
jestéde nos profonds refpeflr.
Je ne puis rien dire dans la conjoncture
presente deplus gloeux
pour ëllcjfnon que vos interests
sont ceux de Dieu, que
la guerrequevou* allezentreprendre
est celle du Dieu des armées
,que vosAmis sont ceux
qui font attache% à son servire)
& vos Ennemis ceux qui veulent
renverser ses Autels, c,
s'oppeserà sonautoritésuprême.
Cela estant,quelles faveurs,
quelle protécton, uelle prosperité
ne doit pas attendre du
Ciel VostreMajesté? C'est tout
dire que prenant le party de
Pieu, il eJ1 obligé de prendre le
vojlre.Aile%> grandRoy,sur
cetteassurance comme un autre
JosuéJ donner des combats, &
remporter des victoires,paroistre
devant vos Ennemis, & les
renverser;aile% vous presenter
à vos rebelles Sujets) & lesforcer
par vostre valeur à recevoir
la Loy qu'ils ont rejettée avec
autant d'infidélitéqued'infolence.
Toute l'Europe, ou plûtost
tout le Mondé Catholique,fait
des voeux pourvostre prosperité,
(:1 tous les Prestres de l'Eglise.
de Dieu font autant de Moyses
qui doivent lever les mains au
Ciel pour le bon succés deses
tlrmes. Soyezpersuadé, Sire,
que ceux de l'Oratoire dans ce
grand nombre s'acquitteront de
ce devoir;ils le feront autant
par inclination que par justice,
faisant une profession particuliere
d'estredans le profondrespectqui
rfi deu à vostreMajesté, vos
tres humbles CM tres-obeissans serviteurs..
Ausortirdel'EgliseleRoy
monta en chaise pour aller
coucher à Tours, après avoir
fait mille honnestetez à Mr
deCreil. Il yfut rcocu lesoir
au bruit du Canon par M le
Marquis de ftjfilly
)
Lieutenant
général pour leRoyen
Touraine, qui estoit allé au
devant de ce Monarque à
trois lieues de la Ville, accompagné
de la Noblesse,&-
suivy de ses Gardes & de la
Maréchaussée. Mrl'Archevesque
de Tours,&M de
Miromenil, Intendant estoient
avec cc Marquis, Sa
Majesté estant arrivée à la
premiere porte de l'enceinte
déjà Ville,, y reccut lescom}'
iJÜnens & les presens des
Ec hevms.La Bourgeoisiesous
les aimes formont une double
haye, & partoutoù il
passa ilyeut vies Illuminarionsauxfenellies.
On luy
avoir préparé un appartementau
logisdeMde Rasilly,
& à la desccccente du Carosle
il trouvaMadame la.
Marquise de Rasilly, & Madame
de Miromenil
,
qu'il
salüa. Toutes les Compagnies
en corps le vinrent complu
menter ; après quoy on fervit
diverses tables pour Sa
Majesté& pour les Seigneurs
gnifique,que ce Prince refusa.
Il alla de là au bruit du Canon
& des Boëtes descendre
à l'Hostel deVille, au travers
d'unedouble Haye de Milice.
Toutes les Compagnies l'y
complimenterent,& Mr Petrineau
,
l'un des Secrétaires
del'Academie Royale d'Angers,
luy parla ainsi à lateste
de son Corps.
SIRE,
Il cF juste qu'au bruit des
Acclamations publiques, Us hommes
de Lettres viennent à leur
tour rendre à vos vertus le culte
'qU)on leur doit. Spectateursattentifs
de tout ce qui se passi de
grand dans lemonde, nous revoyons
dans vostrePerjonnesacrée
les fameuxHéros de l'Angleterre
Chrestienne, qui sacriifoient
toutes leurs grandeurs à la
Religion, également contens de
sortir du combat ou Vainqueurs
ou Martirs. La Foy,siservente
alors dans vos Etats, n'a trouve
d'agile que dans vojîre coeur, Cm
vostre bras luy suffira. Le Ciel
est trop interessé dansvostre querelle
pour l'abandonner. Vous
a,vez tout hasardé pour luy, il
combattra pour vous. Vostre
Majestéporte avec Elle le destin
duChristianisme;lesuccés répondra
à la justice&à la grandeurdel'entreprise.
Henry VII.
l'un de vos Predecesseurs
>
qui
se signala comme vous , par une
heroique pieté, partit autrefois
de Brest avec de moindres avantages
, & par un seul combat
ils'assura la Couronne que vous
portez. Voilà, Sire, le fort qui
vous attend. La Renommée nous
,apprendra- bien-tost des actions
dignes de vostre intrépidité &
devostre confiance,quifait aujourd'huy
l'admiration de l'Vnivers,&
lespectacle le plus
beau que la Terre puiffl donner
aux Cieux. Ce sont, Sire, les
presages & les HJOEUX de nojlrt
A:ademie. •„ •
Ce Prince soupa sur les huit
heures, & M. de la Feauté.
Maire, le servit à table. Il
pritensuite une heure ou deux
de repos, & environ à minuit
il s'embar qua sur la Rivière
pour descendre à Nantes.
Toutes les Personnes
de qualité l'accompagnerent
jusques au Port, où il fut
suivi d'un nombre infiny de
peuple avec des acclamations
extraordinaires. Ho"-ob,
*' LeJeudy 3. Sa Majesté Britannique
coucha à la Roche-
Bernard, & en estans partie
de tres- grand matin le jour
suivant, Elle arriva sur les dix
heures un peu en deçà des
Fauxbourgs de Vennes. Elle
y trouva des Relais, &plusieursCaro
ssesremplisde Dames,
que l'envie de voir ce
Prince avoit attirées. Le Senéchal
du Presidial le complimenta,
& ensuite luy presensa
une Femme originaire
d'Irlande, mariée en ce lieulà.
Le Roy marqua de lajoyc
Pli
de voir une personne qui estoit
d'un Pays où ses Sujets
sont les plus fidelles de ses
trois Royaumes. Il passa par
les Fauxbourgs sans s'arrester,
&alla coucher à Nantes. Il y
fut receu aux acclamations
du Peuple, & ce Monarque
entendant crier, Vive le Roy,
dit à ceux qui entouroient
son Carosse, dites, la Foy Catholique
pour laquelle je vais
combattre. M le Comte de
Molac. Gouverneur du Chasteau
deNantes, luy fit servir
un Soupé très-magnifique.
C'est un homme qui
fait tout avec, éclat, & qui
vit d'une maniere fort digne
de ce qu'il est. SaMajestéfut
complimentée de tous les
Corps, & le Pere Blot, Superieur
du Collège des Peres
de l'Oratoire, luy parla en
ces termes.
SIRE,
Vostre Majesté ayant Jeeu
joindre un courage extraordinaire,
qu'Elle a signalé en tant.
d'occasions glorieuses
,
à un si
grand zele pour la Religion ,
qu'il n'a jamais eu d'exemple
,
nous pouvonssans doute la COMsiderercomme
unportrait fidelle
de cesaint Roy,qui estantselon
le coeur de Dieu, sceut si bien
accorder une valeur heroique
avec une pietéservente.
Ce n'aesté
>
Sire, qu'avec
un extrêmedéplaisir que nous
avons vû jusqu'aux plus facheuses
aventures de Da-uid.,renouvellées
dans vojlre<Jiï4ajefte<>
Ce genereux Prince , aprèsavoir
tfté plus d"une fois obligésous
le regne deson Predecesseur,à
chercher un azile dans les Pays
étrangers contre la fureurdeses
Ennemis>fie vit contraint ,pendant
qu'ilregnoitluy-mesme
*
d'abandonnersa Capitale par la
perfidie &la révolte que le traistre
Absalonavoit inspirée à ses
Sujets ; mais comme la grandeur
de cesaintRoy ne futéclipsée que
quelques moment,&que la victoire
entierequ'il remportasurson
Peuple rebelle le fit remonter sur
le Trôneplusglorieux qu'iln'y
avoit jamais paru , nous ne doutons
point que Dieu n'acheve
leportrait du courageux & fidelleDaviddans
vostre Majesté,
& que soncourage invincible ne
fasse souffrir à unusurpateur
dénaturé la peine que merite l'énormité
d'un attentat inspirépar
l'ambition, prétextépar laftujJè
Religion
, ee executé par la trahifon.
C'est ce que tous les bons
Françoisesperent de la justice
duCiel;&c'estceque toute la
Congregation de l'Oratoire ne
cesserapoint de demander par de
ferventes priere. Plust à Dieu
que nous pussions donner a vostre
Majestédesmarques plus sensibles
du tres- profond respect
dont nos coeursferonttoujours
remplis pour Elle.
Je ne vous dis rien de Mr le
Duc deChaunes. Vous jugez
bien qu'estant Gouverneur de
la Bretagne, il n'a pas manqué
de faire rendre à ce Prince
tous les honneurs qu'il
pouvoit attendre, & que sa
magnificence a éclaté dans
cette reception. Le Vendredy
5. sur le midy le Roy
entraàQuimper au bruit du
Canon, & trouva les Habitans
fous les armes. Quarante
Gentilshommes bienmontez
qui estoient allez au devant
de Sa Majesté environnoient
sa Caleche tenant l'épée nuë.
Mr l'Evesque de Quimper &
foil,-,Chiapitre la receurent
c(aj^ le Palais Episcopal,&
l'assurerent de leurs Prieres
pour la prosperité de ses Armes,
ce qu'il eut un foin particulier
de leur demander.
Les autres Corps firent aussi
leurs complimens à ce Prince,
tandis qu'il mangea un peu
de fruit, le jeûne étroit qu'il
observe l'obligeant de se referver
à souperàBrest. Il ne
donnaque le tems de prendre
d'autres Chevaux pourirentrer
dans faCaleche. Mrle Ducde
Berwic son Fils naturel, l'avoit
attendudeux jours en ce
lieulà,&estoitallé p lusieurs
fois au devant de luy avec
dpeosusreinl'sh.eureux succés de ses
Le soir Sa Majesté
arriva à Brest
,
accompagnée
de M le Mareschal d'Estrées,
qui, l'avoit esté recevoir à
Lanveoë de l'autre costé de
la rade à trois lieuës de la
Ville, avec une Fregate, une
Galiote & toutes les Chaloupes
des Vaisseaux. Elle fut saluée
à son passage de toute
l'Artillerie des mesmes Vaislèauxj
aussibien que parcelle
du Chasteau.Mrle Comte de
BethuneChefd'Escadre,&Mr
des Cluseaux Intendant de la
Marine,se trouverent à la descentc
, & ce Prince fut receu
par Mr l'Evesque de Leon,qui
estoit en habits Pontificaux à
la cette du Clergé, Il se rendit
au logis qu'on luy avoit preparé,
au travers d'une double
hayede la Bourgeoisierangée
fous les Armes. Il y soupa en
public, & fit mettre à sa table
Mrle Duc de Berwich, Mr le
Mareschal d'Estrées, & les
Officiers Generaux de la Marine
avec ceux que Sa Majesté
luy a donnez pour l'accompa
gner en Irlande. La Garnison
du Chasteau luy servit de
Regiment des Gardes & fit
sentinelle, & les Gardes Marines
firent les fonctions de
Gardes du Corps. Toutes les
Compagnies de la Ville le
complimenterent,&le 6. M.
de Saint Cosme Harscouet,
Lieutenant Civil & Criminel
au Siege Royal de Morlaix,
luyparla ainsi à la teste des
Deputez de la mesme Ville,
SIRE,
Ma voix tremblante,& non
accoutumée à se faire entendre
aux Rois, marquesensib lement
à Vostre Majesté les sentimens
derespect & d'admirationdont
nosesprits f$jr nos coeur? sont
penetrez à la veuë de tant de
caracteres de grandeur; de sagesse
& de fermeté qui reluisent
en vostresacréePersonne
,,malgré cette fortune marajlre-
dont les coups n'ont servi
que pour en relever davantage
ttcl.it. Je n'entreprens pas,
Sire, vostre 'E-oo-e" Cïjt un
Ouvrage au dessus demesforces
; la seule pensée m'en fait
trembler; 6" Cassiodore , cet
illustre Secretaire d'un Empereur
Romain ,m'apprend que magna
negocia magnis egent adjutonbus.
S,/7 n'appartient qu'aux
Rois de bien parlerdelaRoyauté,
il n'appartientaussi qu'àeux de
louer ceux
,,
quisont eleL,eK à
cette dignité éminente, qui est le
miroir de la Divinité. Le Monarque
dont nous avons le bonheur
d'estre les Sujets, ce Roy
orné de toutes les qualitez qui
font un Princeparfait, quisçait
mieux que tout le reste des
hommes connoistre & estimer
1Y.l vertu & le vray merite
, a
marqué par l'attachement , (p
par la bonne intelligence qu'il a
toujours euë avec V. M. qu'il
vous regardoit peur le Prince de
L'Europe le plusdigned'estreassis
au Trône. C'est la, Sire ,
le plus
juste Panegyrique de vos royales
vertus. Ce Prince a le discernementsijuste
, qu'il ne se trompe
jamais.C'est aussi le justesujet
des acclamations&des rejouif*
sances universelles que toute la
fl'ance vous marque;elle veut
seconder son Roy dans la reception
qu'il vous a faite, dr[c,»
Peuple s'estimantheureux devivre
fousson regne, nesonge qu'à
honorer ce qu'il estime.Le changement
arrivé dans voflre fortune,
n'e),n a point apporté au
coeur de ce genereux Monarque,
parce que vos malheurs n'ont rien
diminué de vos vertus. Vous
avez trouvé en luy l'Amy le
plus genereux de l'Europe, &
ila trouvé en vous le Prince qui
meritoitla mieuxderejjentir les
effets de sa generosité. Ce qui
vous arrivenesi pas un effet de
vostre malheur ny de la destinée,
mais un coup de la providence
du Dieu qui tient en ses mains
les coeurs des Rois. Ce Dieu qui
vous avoit destiné pour porter
trois Couronnes, & qui n'avoit
rien épargnépour former en vous
un Prince accomply &selonson
çoeu,x,, vous a trouvé trop parfait
pour ne vous laisserregner que
sur des Peuples dévoyez;il a
permis que leur rebellion vous air
donné lieu de les conquerir, afin
quevostreconfiance & l'ardeur
de vostrezele leurfasse ouvrir lesyeux
surles veritezd'uneReligion
qu'ils ont voulu abolir jusque
dans le coeur deleur Sottve*
rain. C'est un Ouvrage pour lequel
il vous avoir reservé depuis
plus d'un siécle ycommeilAvoir
déssiné nostre pieux Monarque
pour un pareilchef-d'oeuvre par
des routes différentes.Allez donc,
grandRoy,nonseulement à la
conqueste de ces trois Couronnnes
terrestres., mais. encore à celle de
cetteCouronne immortelle degloirt>€
jwtivoHS feïkobtenir
-
If. rètii.
blissement de laveritableReligion
dans vos Etats. Cefont des conquejles-
assurées. Loüis le Grand
#f)OUi
seconde,&le Cielinteressé
dans vostrequerelle, confondra
l'Usurpateur drt vostre Trône,
& lerendra le joüet de la fortune
,
qui ne l'aélevé sur le
Theatre de l'Univers, que pour
faireconnoistresaperfidie, &
ensuite le précipiter dans le plus
honteux abaissement. Ce font
les voeux,Sire, de vos trèshumbles
, tres-obeissans & trèssoumisserviteurs
,les Habitans
dela Ville de Morlaix.
Lemesme jour, SaMajesté
qui alla voir les Vaisseaux,
monta sur le S. Michel, que
commande Mr Gabaret,Chef
d'Escadre, & ensuite sur le
Vaisseau de M. Forant, aussi
Chef d'Escadre
,&le foir
Elle visita les Magasins de
l'Arsenal de la Marine.Le
lendemain Elles'embarqua
pour partir le 8. des que
le jour paroistroit , mais le
vent ayant changé,iln'a
pû partir que le 17. Comme
son embarquement & le nom
des Vaisseaux &* Commantdanos,
rengardne l'Héistoierera,ifonnéeron
trouveratoutcela
dans la cinquième partie des
Affairesdu Temps. J'ajoûteray
îeulcmertt que pendant
le sejour de ce Prince à Brest,
route la Nobkfietdcs environs
est venue le saluër;qu'on
l'a receu avec de tresgrandes
acclamations dans tous les
endroits où-ila esté ; qu'il a
admiré le bonordre qu'on
a étably dans toutes les chosesqui
regardent la Marine,
&*qu'il a gagné le coeur de
tous les François,par les grandes
marques de bonté qu'il à
données.-
Je vous ay parlé de la Statuë
de Sa Majesté , foulanr
l'Heresie aux pieds, que Mr
du Bois, Contrôleur de la
Maison de Madame la Dauphine,
a fait faire. On a demandé
des Inscriptions pour
les graver sur le piedestal,
felon le choix qui en fera
fait.Voicycelles quecetavis
m'a fait envoyer.
I.
Sessublimesvertus,ses éclatans
exploits*
-
Le rendoient des Heros le plus
parfait modetle>
Lors que ce Monstre affreux
expirant sousses LOIX,
Vint achever sa gloire, cm la
rendre immortelle.
II.
Terrarum pestem Lodoix dum
mittit avernoy
Se terris munussicprobat esse
Poli.
III.
LVD. XIV.
MAGNUS VNDIQJJE.
Et verus
Super Hoeresim
HEROS.
- V.
Sous ses pieds triomphant Louis
tient ahaifiée
L'Heresie àjamais parson bras
terrassée.
Ce Monstre au desespoir, pour
hâterson dessin
,
S'arrache les cheveux , boit son
proprevenin,
Mais malgré sa fureur, ce Heros
immobile
Joüit de sa>vi£loircy
Gtr' demeure
tranquille.
V.
LVDOVICUS XIV.
Hoc\Jiïfoft(lrodomitoi
Magnus, Rex,Christianissimus.
Ilestparson hamrang> Roy,
qrand, &Tres-Chrestien.
Il l'estencor bien plus parsasage
conduite>
Mais peut-il mieux unir tous
ces grands noms au fien3
Que lors que parses Loix l'Heresie
est détruite?
VI.
HoFlibu<> una fides
,
eversis,
teslas habenda,
Nunc un** Lodoix, numine
Relligio.
Ceux qui ont expliqué l'Enigmedu
mois passé sur le
Bruit, qui en estoit le vray
mor, font Mrs Dagoust d'O..
lieres, Chevalier de S. Jean
de Jerusalem
,
Gentilhomme
Provençal ,âgé de quinze ans;
Coudreau) Pensionnaire au
Collegede la Flèche; A. P..
Boistel;deS. Romain de la
rue S. Severin; de la Fresnaye
du CollegedeNavarre;Lourdet;
du Bousquet natif de
Covifan en Languedoc; du
Rofey le jeune, de Lisieux ;
dela Valaiserie
,
de Caën:
D. S. I. de Chevrigny; le
Cointre des Purcx: du Perricr
: le Chevalier du Tile
d'Iiroudun; l'Abbédes sept
Voyes: C- L. Hutuge d'Orléans
:
le Chevalier de Boisdenier
de la Memberolle,proche
de Tours:T. G. ou la Perle
nouvelle venuë de la rue
Montmartre : celuy qui tait
son nom, de Paris; l'Indifferent
de la rue Perpignan :le
Conquerant en Campagne
,
Amant de toutes les Belles:
leplus jeune des quatre Fre.
res de le rue Bourlabhé.:. le
petit Micron du Bal de la rue
des Saints Peres: le Portier
volontaire d'une grande Maison
: le plus tcftu de la ïufc
du gros Horloge de Roüen:
leVisage sans pitié,de Rennes
en Bretagne:Mesdemoiselles
-
Cherry &deVillebonne de la
rue de Bourbon: Gangié de
- c~— Soissons: la charmante Angélique
de Dormans : laBelle
aimée & la charmante Brune
de la rue aux Fers: la belle
Procureuse aux Comptes rue
des deuxBoules:laBelle Infante
de la rue S. Christophle la
Veuve sans pareille de la rue
de Tournon: la Veuve à
l'Anagramme, Mon partage
te guérit : & le petit Brunet
fonAmant.
, L'Enigme nouvelle que je
vous envoyé est de Mr Rault,
de Roüen.
ENIGME
EjitiJ rlii composé de douceur&
de charmes,
Les Dieux pour me fo- rmer s'interessent
pour moy ,
Neptune par sa mer m'offre je ne
sçayquoy,
Cybelle parson sein, l'Aurore par
ses larmes.
Minerveparses fruits fournit une
liqueur ;
Vertumneparses donsse metde U
partie ;
Bacchusparses raisinsy mesle unpeu
d'aigreur,
Et de tout leur mélange on me voir
assortie.
Fait-on quelque Régal, quelque noble
festin
,
On m'invite aussi-tost pour venir à
la table ;
le n'y bois, ny ne mange, vois
plus d'une main,
Jj)ui s'arme contre moy ; suisjepas
miserable ?
Voicy un second Air, conforme
à la sainteté du temps
Il est encore de M.de-Bacilly,,
sur desparoles de M. Godeau.
-T. A~IRNOUVEAU,
Ressé
de cruelles
douleurs
--tui ne font avec moy ny de paix,,
ny de tréve,
0 Dieu
,
qui peux finir le cours de
mes malheurs ,
Encetteextrémité mon ccnir-àtoy,
sélevéy
implore ton secours ,sans craindre
quunrefus
Rende mon visage confus.
Il n'y a point de Peu ples si
laborieux que les François,
ny qui soient plus prompts à
embrassèr toutes les occasions
qui se presentent, de faire
paroistre leuresprit, & d'estre
utiles à leur Patrie Dés qu'ils
ont cru que la Guerre devoir
s'allumer avec les Ennemis de
la gloire du Roy, ils ont cherché
les moyens de marquer
leur zele, les unsenunechose,
& les autres en une autre.
Il y en a qui ont employé
leurindustrie à faire des Cartes
qui pussent servir à tons
les Commandans, Je vousay
déja parlé de plusieurs ôc
j'ay encore à vous entretenir
aujourd'huy de trois. La premiere
est une Carte particulière
du Diocese deCoutances
enBasseNormandie. On l'estime
une des plus belles Piccesde
Geographie qui ayent
paru julquesà present.Elleest
de quatre feuilles
,
dont il y
en a deux qui contiennent
toute la grand
- terre de cet
Eyesché
>
& dat1) les deux
autres sont les isles de J-rf y
Grenezey,& les autresIlk$
adjacentesternuës à pretç-ç
par les Anglois,&qui ont fait
autrefoispartie de ce mesme
Dioccese. Outre les Villes,
Bourgs,. Paroisses, Abbayes,
Chapelles que l'on marque
dans les Cartes particulieres,
on voit dans celle-cy tous
les Chafteaux &aurres Maisons
considerables des Seigneurs
& Gentilshommes, les
Hameaux,toutes les hauteurs
& abaissemens du terrain, jusques
aux moindres ruisseaux
les grands chemins, avec tout
ce qui regarde la Marine, les
bancs de sable; Rochers,
Basses,Courans,&autres recherches
curieuses. Enfin il
cft aise de voir en l'examinant,
que M. Mariette de la
Pagerie, Gouverneur de Mrle
Marquis deBeringhen, qui
en est TAuteur> n'a épargné
ny ses soins ny la dépense
pour en faire un Ouvrage accomply.
Cette Carte se debite
chez le Sr Langlois
, rue
Saint Jacques,à la Victoire.
La situation presente des affaires
d' Angleterre, & les
menaces ridicules des Protestans
de descendre en France,
la doivent faire rechercher.
Ce n'est pas qu'outre cela elle
ne soittres-curieuse
, & d'une
grande utilité pour ceux
que leurs affaires engagent à
connoistre le Pays. D'ailleurs
elle ne peutestre que tresbien
reçeuë des Amateurs de
la Geographie, qui veulent
se rendre sçavans dans tout
ce qui regarde cetteScience.
.;, La seconde de cesCartes
est de, MrdesGranges,Geographe
demeurant lur\le
Q,iiy,dc l'Horloge du Palais,
à la Renommce.C'est le Cours
du Rhinj. tiré sur des- Mémoires
justes & approuvez
desmeilleurs Auteurs, & le
plus ample & le plus exa£t
qu'on air encore vûCette
Carte est embellie des plans
& profilsde trente six des
principales Villes.On y trouve
aussi les Pays bas François
&Espagnols, qui ne font
dans aucune autre Carte du
Cours du Rhin, avec toutes
les routes depuis Paris jusqu'en
Allemagne & dans les
Pays bas. On vend aussi dans
le mesme lieu la Carte particuliere
du Palatinatdu
Rhin, pareillement embellie
des plans & profils de Philisbourg,
,'X. autres Villesconquifes
par Monseigneur le
Dauphin,
La troisiémeest un trèsgrand
ouvrage de M de Fer,
qui demeure sur le Quay de
l'Horloge, àla Sphere Roya.-
le. C'est une Carre des Frontières
de France,& d'Allemagne,
de(Tus & aux environs
du Rhin. Elle est en trois
feüilles, qui se peuvent joindre
& separer
,
suivant qu'on
le jugera le plus à propos. La
premiere qui est celle d'en
haut est intirulée, Les Provinces
Unies des PajyS'bas,connut
sous le nom de Hollande. La seconde
partie qui est celle du
milieu comprend un grand
nombre de divers Etats, sçavoir
une partie des l]Jais-hM
£atbolitjUes> du Cercle de Vestphalie,
le- Ctlçlc Electoral duRhin,
une partie des Cercles
duHaut-Rhin &, de Souabe,
& quelques Estats reunis à la
France ; comme la Lorraine,
/'AIface,&c. La troisieme
feüille, qui est celle d'en bas
contient la Franche Comté
ou le Comté de Bourgogne, les
Suîjjes avec leurs Alliez &:
leurs Sujets ; le Comté de
Montbeliart
5
la partie méridionale
de i'Alsace
, & le
quartier des Villes Forestieres
&c. Je reserve pour le mois
prochain beaucoup de choses
curieuses que j'ayencors
à vous dire touchant cette
dernière Carte.
Je finis ma Lettre du mois
passé en vous apprenant la
mort de MessireHonoré
Barentin
,
Seigneur d'Hardiviliers,
Maistre des Requestes
)
President au Grand
Conseil.Cest une Charge
qu'il a exercée depuis l'année
1665. avec heaucoup de capacité
& d'estime. Il estoit
au paravant Conseil1er dans
le mesme Corps. Il mourut
-
subitement d'uneapoplexie
de fang dans le Grand Conseil,
en y rendant la justice
avec son équité ordinaire.
Les Enfansqu'il a laissez font
tous dans une grande jeunesse.
Madame la Presidente BarentinsaVeuve,
etFilledefeu
Mr>Perrot de laGrand-Mai
fotvj Conseiller en la Grand'
Chambre du Parlement de
Paris. La FamilledesBarentin
porte d'azurà trois faces,
la premiere d'or , les deux autrès
ondées,jurmontéesde trois
étoiles d'or en chef. De cette
Famille estoient Défunts
Charles Barentin Maistre
d'Hostel du feu Roy; Charles
Barentin, Maistre des Requelles,
&Honoré Barentin,
Seigneur de Charonne, Conseiller
d'Estat. Le FreredeMr
le PresidentBarentin, qui
vient de mourir,estMr Barentin
Conseiller en 71a
Grand* Chambre. Sa Soeur
avoir épouséfeu Mr le Marquis
deSouvré deCourtenvault,
dont la Filleuniqueest
Femme de Mr de Louvois,
Ministre Ez Secretaire d'Etat,
Chancelier des Ordres du
Roy,Sûr-Intendant de ses
Bastimens, Arts & Manusaéture-
s, & Sur-Intendant des
Postes de France. LaFamille
des Perrot , Seigneurs deE£f^
court& la lvlalmaifonaz,
donnédepuis le regne de
François I.plusieurs Presidens,
aux Enquestes, Maistres des
Requestes
,
Conseillers au
Parlement & aux Cours superieures
, & Chevaliers de
Malthe. Elle porte d'azurà
deux Croissants adojje^ en pal
d'or au chefd'argent charge de
trois Aiglesde fable.
Charles Henry de Cler-
/-".,11., mont, Marquis deCruty&
de Vouilars
,
Seigneur de
Ravieres
,
& autres lieux,
mourut en son Chasteau de
Vouilarsau Comté de Bourgogne,
le ig) du dernier mofe
Il estoit Fils de Roger de
Clermont & d'Elizubeth de
Perncs
,
& - l'aisné de la fécondé
Branche de cette illustre
Maison,dont le nom
seul fait un magnifique éloge.
Apres avoir servi vingtsix
ans dans des Emplois proportionnez
à sa naissance, il
épousa Elizabeth deMorsol,
Dame d'une haute vertu? &
d'unméritéaussidistingue,
que sa Maison l'est entre les
plus considerables de Bourgogne,
Il laille deux Fils &
une Fille.
-- Mr
MrCoquart de la Motrc»
Arachidiacre de Josas,Chanoine
de l'EglisedeParis, &
Abbé de S. Martin de Mas.
say
,
est mort aussi depuis
peu. Comme ce mot de Josas
vous peut arrester, je vous
dirayquel'Eglise de Paris a
trois Archidiaconez ; celuy
de Paris, qui cn: nommé
Grand Archidiacre de Paris;
celuy de Jofas, qui est le nom
d'un Village aux environs de
Versailles
,
où s'érend cet
Archidiaconé, & dont dépend
aussi Saint Germain en
Laye, & le troisiéme, l'Archidiacre
deBrie. Onneseauroit
remplir les fonctions
d'un Archidiaconéavecplus
d'exactitude que faisoit Mr
l'Abbé dela_Motte. Il a
réuny du temps queMr de
Perafixe estoit Archevesque
de Paris,beaucoup de choses
qui en avoient estédémembrées,&
ce Prelat le fit un'
des principaux Exécuteurs de
sontestament. Ila fait beaucoup
de Legs pieux, dont
il y en a un fort considerable
àl'Hostel Dieu,& ilafondé
un Obit à perperuité dans
l'Eglise Nostre-Dame. Mf.
l'Arcevesque voulant -lque!
son Arc-chidïacone tem"l
ply par un tiom'rae demerite&
d'une grande vertu , a
choifr Mrdela Bardes
, premier
fresident
aûx'£-n<Jue-ues-r
Frere de Mr de la Barde, qui
a esté pendant plusieureannées
Ambassadeur enSuisse,&
Mtl'AbbéMoreau,PilsdeMr
Moreau, permier Medecin de
Madame la Dauphine
, a esié.
pourvû de laChanoinie par ce
Prelat , à la recommamdationde
Madamela Dauphine.
Les dernieres nouvelles
qu'on a çu£s de Constantinople
nous ont appris que
M,1 Girardin, Ambassadeur
de France, y est mort d'une
retention d'urine, dans le
mois de Janvier. Il y estoit
toujours demeuré sans avoir
estéàAndrinople depuis que
le Grand Seigneur y fait son
sejour. Voussçavezqu'il a
voit estéConseiller au Parlement,
& ensuite Lieutenant
Civil au Chastelet de Paris.
Il estoit Filsde Madame Girardin,
qui s'estremariée à
Mr Girard de la Cour des
Bois. Maistre des Requestes.
Madame Girardin sa Femme
en Fille de Mr Ferrand, Lieu-,
d'Angleterre, ne voulant rien
repeter de ce qui est dans la
cinquièmePartiedesAffaires
du Temps. Le Prince d'Orange
s'est trompé lors qu'il
a cru que la Convention seroit
aussi prodigue d'argent
qu'elle l'a esté de suffrages
pour le mettre sur leTrône,
& il luy a fait tant de demandes
à la fois qu'elle s'en
est ve uë comme accablée, ce
qui n'a pas accommodé ses
affaires. Il a demand é vingt
mille hommes tant Cavalerie
qu'Infanterie pour envoyer
en Irlande, une Flotte qui
pust empescher les Vaisseaux
de France d'y passer, en se
joignant à celle des Hollandois,
& sixcens mille livres
Sterlin pour indemniser les
mesmes Hollandois de la dépense
qu'ilsont faiteàéquiper
la Flotte, avec laquelle
il est descendu en Angleterre.
Jugez à combien monte cette
somme qui va à treize fois
six cens mille livres. Il a aussi
demandé huit mille hommes
pour envoyer en Hollande
selon le Traité de Nimegue
,
parce qu'il pretend,comme
Roy d'Angleterre estre garand
delaPaix, qu'il ditavoir
esté rom pue par la France
,
bien que soninvasion en
Angleterre
,
de concert avec
la Maisond'Auftriche, quelques
Electeurs, plusieurs Princes
d'Allemagne,& les Hollandois,
afin de s'unir tous
pour attaquer ensuite le Roy,
ait engagé ce Monarque à se
mettre en estat de n'en rien
craindre, & de prevenir les
insolentes menaces que faisoient
les Protestans de descendre
en ce Royaume avec desArmées formidables.
Leurs descentes paroissent en.4
core assez éloignées, &: plusieursFrançois
ont passé les
Mers,sans qu'il ait paru
qu'aucun de ces Protestans
qui mettent leur bravoure à
menacer, ait osé venir de ce
costé-cy. S'il y en a quelquesuns
qui quittent l'Angleterre,
ils ne le feront que pour prendre
la fuite en Hollande avec
moins d'appareil qu'ils n'en
font fortis. Outre tant de
Troupes & d'argent que le
Prince d'Orange demande
aux Anglois, il a encore exposé
à la Convention qu'il
avoit fait un Traité un peu
avant son départ de Hollande
pour donner aux Etats un
secours consider*able, aussitost
qu'il auroit rétably les
Affaires d'A ngleterre. On
voit par là qu'il pensoit à la
Couronne;que les Hollandois
n'ontpas dit vray lors qu'ils
'eÍl,t voulu faire croire dans
toutes les Cours de l'Europe,
qu'ils prestoient du secours
au Prince d'Orange pour une
affaire à laquelleils n'avoient
aucune part, & que lors qu'ils
se sont recriez sur l'injustice
de la Déclaration de Guerre
que la France leur a faite, leur
chagrin n'estoit que de se
voir prevenus,puisqu'ils n'attendoient
tant de sortes de
secours du Prince d'Orange
& d'Angleterre, que pour
faire cette Déclaration les
premiers. Au milieu de tant
de demandes faites à la Convention
,
les Amis de ce
Prince, de concert avec
luy, ont encore proposé de
luy donner un subside extraordinaire
de deux millions
de livres Sterlin. Voilà comme
bien souvent la profperice
aveugle & fait trop tenter.
Cette proposition a achevé
d'aigrir les esprits. Pluficurs
l'ont rejettée, &quelquesuus
se sont retirez dans leurs
Terres
, en protestant qu'ils
n'en payeroient jamais rien.
Mr Seimour est de ce nombre.
C'est un homme fort
considerable
,
& qui a esté
Orateur d'un Parlement. On
a accusé plusieurs du party
du Prince d'Orange d'avoir
conseillé au R oy une partie
des choses contenues dans
les griefs que la Convention
a donnez contre Sa Majesté.
Ces Seigneurs se sont plaints
au Prince d' Orange , parce
qu'ils n'ont rien fait que de
concert avec luy
, en donnrnt
desconseils à ce Monarque
qui luy dévoient attirer
la haine des Peuples, &
donner lieu à tout ce qu'a
fait le Prince d'Orange;mais
cette inrrigue estoitun secret
pour les Communes qui ne
pouvoir estre confié àtant
de gens. Titus ~Onts paroist
digne d'occuper la Convention.
Elle reçoit ses Requêtes,
& veut bien donner son
temps à revoir son Procés.
Ainsi cette Assemblée illegitime
,
croit avoir droit de
revoir ce qu'a fait unParlement
legitimement convoqué
, & ce qui a esté approuvé
par plusieurs autres.Les Troupes
quittent le Prince d'_Q:'
range en plus grande quantité
à la fois qu'elles ne l'ont
joint après sa dcfccnte. Cinq
mille hommes qu'il vouloit
envoyer en Ecosse pour y faire
soutenir ses interests,onttous
deserté en mesme temps , &
ont pris party pour le Roy,
l'un d'un costé, & l'autre de
l'autre, dans les lieux où il y
a des Troupes assemblées
pour Sa Majesté. La plurpart
des Officiers de celles qui
font destinées pour la Hollande
ont aussi deserté, & huit
Officiers du Regiment de
Graftonont rendu leursCommissions,
de forte qu'on a esté
obligé de le casser. Plusieurs
ont suivyleurexemple,&on
ne voit par tout que desertionouCommissions
renduës,
On a proposé de punir de
mort ceux qui les rendroient.
Quand ce traitement, entierementcontraire
à l'usage en
pourroit intimider quelquesuns
, on est mal servy lors
qu'on veut l'estre de foree.
Toutes les prisons font pleines
; ceux qui les remplissent
ne serviront pas le Prince
d'Orange
, au contraire ils
feront beaucoup crier leurs
Parens & leurs Amis contre
le Gouvernement. Le Comte
de Devonshire, qui est un des
plus riches Seigneurs d'Angleterre
, a rendu ses Commissions
pour lever deux Regimens
à ses frais.Cetexemple
a porté beaucoup d'autres
moins enestat dele faire,
de rendre aussi cellesqu'ils,
avoient. Sa Majesté Britannique
a fait afficher à Londres.
une Proclamation, qui poir-te-/, (juElle casse la Convention; 1*'Elle donne une Amnistie de
tout le passé,à la reserve de
dix-sept personnes qu'on ne
nomme pas., ~& que si on n'executeseserdres,
Elleseraobli-
$ee de se fcrvtr de Troupes Strangeres,
à quoy onJçait qu'file
a toûjours eu grande répugnance.
Le Comte de Tirconnel
n'a pas seulement mis l'Irlande
en estat de se défendre,
mais encore de donner du secours
à ceux qui font fidelles
au Royen Ecosse &enAngleterre.
Cela renferme tout
ce qu'on pourroit dire de luy
& dece Royaume-là.Les Protestans
ont marqué autant de
joyeque les Catholiques lors
qu'ils y ontvû arriver le Roy.
Quancai Ecosse,elle fait paroistre
le mesme zele,& le
Duc de Gourdon qui a toujours,
confervé le Chasteau
d'Edimbourgpour le Roy, y
a mis un bonCommandant
en sa place, & enestsorty;
pour aller se mettre à la teste
de sixmille hommes qui ont
pris les armes pour ce Prince.
(
On asseuremesme presentement
que les Lettres que le
Prince d'Orange avoit envoyées
en Ecosse pour faire
assembler laConvention, ont
esté bruléespar 1Exécuter
de la Haute ]milice
,
suiv ant
l'ord re de plusieurs Seigneurs
& Dépütez,qui se sont assemblez
à Edimbourg. Je
suis, Madame, Vostre, &c..
A pariscesi.Mursi6S$. APOSTILE.
,
Les Lettres d'Angleterre du 28.
Mars, portent que leComte de
Devonshire, s\si. retiré dans Tes
terres après avoir dit hautement
*
que le Prince d'Orangen'avoit rien
tenu de ce qu'ilavoit promis, &
que ce Comte a esté suivy d'environ
quarante Seigneurs; que le
Parlement n'avoit encore rien resolu
touchant les demandes du
Prince d'Orange; qu'on fermoit
presque tous les jours les boutiques
dans quelque quartier de Londres,
à cause du desordre qui yarrivoir,
que les Aprentifs n'ayant rien à
faire pendant ce temps-là, il s'en
estoit trouvé qui avoient formé une
espece de Convention en derision
de celle qui se tient à Londres, &
qu'ils y avoient condamné l'E vesque
de Londres à estre degradé
à cause qu'il avoir paru à cheval
un juste-au-corps bleu, & l'épée
au costé
, que le Prince d'Orange
prevoyant bien qu'il seroit
obligé à combattre, avoit re-
{cI. de faire retirer la Princesse a
femme en Hollande, mais qu'il
vouloir sçavoir auparavant si on
l'yrecevroit en Reine , & qu'il
faisoit fairedes balots dans toutes
les maisons Royales des plus precieux
meubles qu'il y avoit trouvez,•
j'ay sceu ce dernier article
par un homme qui les a vus. '.-
On n'avoit encore sçeudes nouvelles
de l'arrivée de Sa Majesté
Britannique en Irlande que par les
Lettres d'Angleterre, mais le Fils,
de M. Cabaret, a apporté au Roy
des nouvelles de cette arrivée
, S>ç,
du retour des Vaifîeatix de Sa Majessé
à Brest.Comme le Roy seul a
reçû des Lettres, je ne fçaurois
encore vous dire le détail de ce qui
s'est passé en Irlande,maison confirme
tout ce que vous avez apris
touchant les acclamations avec
lesquelles le Roy d' Angleterre a
esté reçû. On dit que les Peuples
se sont jettez à l'eau pour avoirla
joye de le voirplûtost.
Ode\ 12
Autre. 15
LettreaMr.deBerufe. 22
CQmmandemcntdu Havre deGrâce
; : donné 4: Mr. le Gomte de Lomont.
75
Ode. 88
Voyage desEnvoyez de SÙtmà Rome. -- 99
Haranguefaite au sape par les En- vûyez,. 122
?raducfton de la Lettre du Roy de
TABLE.
Siam au Pape. iji
La Fontaine de Jouvance. 14S
Parolessur les Conquestesde Monseigneur.
iss
Mariage de Mr le Duc de Duras. IfS
OmfficierstgéZnérauxjno.uv1ellem6ent$nom- Hijloirede Accademie de Soissons
igl
Entretiens touchant t'ent;,,¡rift du
Prince d'Oyj/.ge sur l'Angleterre.
180
Guerre des Turcs avec la Pi/ogne,
la MVLOV'C, 6, la Hwgne.19c
Ouvrage de Mr le Pays. 1
Histoire. 202
Tout ce qui s'est passé au voyage du
Iioy u'A;ig\terre depuis son déport
jufquis à Brest aveclesHarangues
qui luy vnt 'lIt: faites. 233
TABLE.
Inscriptions pourla Statue du Roy ,
que Mr. du BoisGuerin a fait
faire. 2,00
Article des Enigmes. 297
CartesNouvelles. 299
Morts. 30&
Mr. le Blanc est nomméAmbassadeur
à Constantinople.315
Suitte des affaires d'Angleterre. 307
Avis pourplacerles Figures. L'Air qui commence par,Bienheureux
celuy qui n'aspire, doir
GALmh~~e
DEDIE' A MONSEIGNEUR
A PARIS,
AU PALAIS.
ON donnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier icut de chaque Mois, & on
le vendra Trente sols relié en Veau
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dans la
Salle des Mercitrs, à la Justice.
T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle ,
à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
1 M. DC. LXXXIX,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
AVIS.
QVelquesprieres qu'on aitfai..
tes jusqua present de bien
écrire les noms de Familleemployez
dans les Memoires qu'on envoyepour
le Mercure, on ne laiJlè pas d'y manquertoûjours.
cela estcausequ'ily a
de temps en temps quelques-uns de
,,les Memoires dont on nese peutservir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms, en sorte qu'on
je s'y puisse tromper. On ne prend
\ucuu argent pour les Mémoiresdr
on employera tous les bons Ouvrarr
à leur tour,pourveu qu'ilsne
lesobligent personne, & qu'il n'y
it rien de licentieux. On prieseu-
:ment sçux qui les envoyent,&sur
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer kjirs noms dans l'article
des Enigmes,d'affranchir leurs
Lettres.deport, s'ils veulent qu'on
faJlè ce qu'ils demandent.C'estfort
peu de chose four chaque particulier
& le tout ensemble efi beaucouppour
un Libraire.
Lesieur Guerout qui debite presentement
le Mercure, a rétably les
èhofes de maniere qu'il est toûjours
imprimé au commencementde chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui sefont à la Campagne,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyeravant
que l'on commence à vendre icy ti
Mercure. Comme ces paquetsseront
plusieursjours en chemin, Paris ne
laisserapasd'avoirle Mercure longtemps
avant qu'ilsoit arrivédan*,
AVIS.
les Villes éloignées,mais aussi les
Villes ne le recevront passi tard
qu'ellesfaisoient auparavant. Ceux
quise lefontenvoyer par leurs Amis
sans en charger ledit Guerout, s'exposentà
le recervoirtoûjoursforttard
pardeux raisons. La premiere,parce
que ces Amis n'ont pas soin de le
venir prendresi-tostqu'il est imprimé,
outre qu'il le sera toûjours quelqu
es jours avant qu'on en fijfc le
débit;& l'autre, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont lut, eux &
quelques autres à qui ils leprestent,
ils rejettent la faute du retardement
sur le Libraire, en disant que la
vente 'en a commencé que fort
eivdnt dans le mois. On évitera ce
retardementpar la voye dudit sieur
Guerout,puis qu'ilse charge de faire
les paquets ltiy-rnef;kncl&de lesfaire
AVIS.
porter à la poste ou aux Messagers
sans nulinterest, tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
ttdreJlè. Ilferala mesmechose generalementde
tous lesLivres nouveaux
qu'onluy demandera,soit qu'il les
débité
, ou qu'ils appartiennent , d'autres Libraires, sans en prendre
pour celadavantage que leprixfixé
par les Libraires qui les vendront
Quandilse rencontrera qu'on demandera
ces Livres à lafin du mois, illesjoindra au Mercure, afin de
n'en faire qu'un mesme paquet. Tout
celasera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
content.
MERCVRE
âr,.*eA~-Lî~
MARS 1689. I Lya desactions si
genereuses, & qui
font voir tant de
grandeurd'ame, qu'elles
n'ont pas besoin qu'on les
fasse remarquer, pour attirer
des loäanges à ceux qui les
font. La manicre dont le
Roy a reccu Leurs Majestez
Britanniques dans ses Ftatscit
de ce nombre, ainsi qu'elle
est au dessus de toutes fortes
d'expressions, & vous avoüerez
que Mr Marcel a eu raison
d'en parler comme il a
fait dans le Sonnet que vous
allez lire.
AU ROY,
Sur l'azile donné au Roy
d' Angleterre.
APrés mille hauts faits d'éternelle
memoire,
J<!!,T porteront ton nom au bout de
l'Univers ;
Aprésmille Ennemis vaincus, &
mis aux fers
,
Monumens immortels de ton augufh
Htjloire.
9
Aprés avoirdétruit la Secte la plus
noire
J>)ue l'on aitjamais veu s'élever
desEnfers,
Le Cielpour couronner tant de travaux
divers,
Vient d'ajoûter encore un rayon k ta
gloire.
Quelque grands qu'à nosyeuxparoissent
tels exploits,
Vn Heros tel que Toy peutimposer
des Idix,
Aux mains des Conquerans la victoire£
jl facile.
Maisd'un Roy détrône, qu'on Poursuit
en tout lieu,
Te declarer l'appuy, luy donner un
Az.jle
C'est , ej/re quelque chose entre les
Rois3 & Dieu.
Ilest vray que nous ne
voyons point de Souverains
àqui puissent estre comparez LOUIS LE GRAND,
& queceux mesmesquifont
le plus jaloux de sa gloire,
n'en mettent aucun en paralelle
avec luy. Puis que j'ay
commencé cette Lettre en
vous en parlant à l'occasion
de l'Angleterre, je crois que
vous ne ferez pas fachée de
voir ces autres Vers du Pere
Buffier, Jesuite.
SUR L'ARRIVE'E
DU PRINCE DE GALLES
en France.
ODE.
Lors
que je sens à vostre vuë,
Prince,je nesçay quoy qui m'agite lecoeur,
Est-ce le doux effet d'une joye imprcveuë
?
EJl-ce le mouvement d'unetendre
douleur ?
JO
Dans un
-
flli
our
Dansunsejourseeuurr&& ttrraannqqutiiilulee
Nous vous voyons enjin; c'estoient
là tous nos 'Voeux:;
jjlais, heldS.' quelque beau que puisse
estreun asise,
Vn asiletoujours nous marque un
malheureux.
Ne tirons pourtant point d'augures
De l'injuste, destin qu'onteuvospremiers
mois;
Dans les plus grands Heros les ttifies
avantures
Ont souvent devancé les plus hett*
reux exploits.
En un estatpluspitoyable
Se trouvasur le Nil l'Enfant, tar,
qui le Ciel
Vouloit executer le desseinadorable
De confondrel'Egypte
,
& vanger
ifraè'l,
Tousdeuxperdus en apparence,
Vous estes exposez, à la mercydesflots,
Mais une maindivine a pris vofire
défense
Contre un Peuple infidelle, &' le
dangerdes eaux. 9
Vous estes loin du precipice,
Malgré tous les efforts de l'Enfer en
couroux ; Ilse déchaîne en vain; L 0 FIS
vous est propice,
Prince, il n'ejl plus permis de rien
craindre pour vous.
Sage Monarque de la France,
Que le Ciel fit sur terre arbitre des
destins
Il , vous a confié lasuprèmepuissance
,
Vous l'employeztoujours pour ses
jufles desseins.
Renversez un projet impie,
roûtenezd'un grand Roy les droits
les plus sacrez,
r:JompteZ encor l'erreur, domptez III
perfidie
, 7efi ce que veut le Ciel, cesi ce que
vous ferez.
Vous voulez bien qu'aprés
Fous avoir parlé d'un jeune
Prince, heureux d'avoir trouré
retraite au près d'un grand
Roy, je vous parle d'un aure
encore plus heureux de
avoir pour Pere. C'est de
Monseigneur le Dauphin. Je
l'ay pu depuis quatre mois
nous faire part de tous lesVers
que l'on a faits à sa gloire,
parce que j'en avois assez
pour remplir toutes mes Lettres;
ainsi j'ay cru vous en
devoir donner moins à la fois,
& vous en envoyer plus souvent.
En voicy de Mr Magnin,
de l'Academie Royale
d'Arles. Cet illustre Auteur asouvent remporté des Prix,
& meriré les élogesqueVtOUS
luy avez donnez.
-
SUR
LES CONQUESTES
DE
MONSEIGNEUR LEDAUPHIN.
O rv E. AVtrefois lors que la Gloire
Me demandoit quelques Ver*,
L'aallois
,
Filles de Mémoire,
Consulter vos chants divers,
de voyois par mille exemples
£)ne tout couroit à vos Temples
Implorerquelque feconrs,•
Maisje vous le dis sans feindre
,
Non, vous ne frauriCZ atteindre
A la carriere ou le cour;,
Je ne sitIs sije megare
Maisdansmon volsanspareil,
Si j'ay le destin d'Icare
,
Je vais plus prés du Soleil.
J'apperçois l'Aigle timide
De la hauteur où me guide
Vardeurdontjffuisépris ;
Ses foibles aistes s'abaissent
,
EEtsfsiessrreeggaarrddssmeparotjjent
Epouvantez, &surpris.
MC'eji
la conqueste étonnante
De tout le Palatinat,
Jïui sans doute l'épouvante , Etfait que le coeur luy bat,
La lâcheté de Bifance
Jyr/it enflésapuissance ,
Elle ne s'attendaitpas
D'avoir en cherchant querelle
Par une audace nouvelle
,
Deux Grands LOVISsur les !JrlU.
Elle croyoit
,
affermie
Par quelquesexploits guerriers,
Trouver la France endormie
A l'ombre deses Lauriers;
Mais on ne peut la surprendre
, philisbourg vient de l'apprendre
En dépit deses marais,
Et l'Europe en ces alarmes
Pourra jugersi nos asrmes
S'enroüillent pendant la Paix.
Le Heros dont la vaillance
A cimentéson repos,
La met par sa vigilance
A couvert de ses Rivaux ;
Et formé parsa fizge/Jè
Le Dauphin qui s'interesse
y. Et qui s'expose pour nous,
Parsa premiere conqueste,
Fait déja tourner la teste
A nos superbes Ialol/x.
Peut-estre l'ont-ils pû croire,
JOue ce Dauphin genereux
Voudroit toujours desa gloire
Goûter le repos heureux ;
J^ue le Grand Louis luy-mesme
Dont lasagesse est extrême,
Craindroit de le hazarder ;
Mais voicy comme tl raisonnes
Si'lilveutporter laCouronne, apprenne à la garder. 9
Jïuil aille sur la frontirere
Où t'on ne le connoist pas,
Montrer de quelle maniere Ildéfendrases Etats.
Il est vray que de la France
l'ayredoublé la puissance
Par mille exploits glorieux , Mais lagrandeur de courage,
£)u>e je luy laif/è en partage
Ytlltt encor mille fois mienx,
A ces mots pour se resoudre
Perdit-il unseul moment?
L'Aigle qui forte la foudre
Fend les airs moins hrttfiJuemfnt.
A peine ilpartdeVersailles ,
Jgjt'on apprend que les murailles
Outfait bréche à Pbilisbourg.
Toutse rend, les Placesfortes
Ouvrent à l'envy les portes,
Et le voilà de retour.
Tandis que la Renommée
JPar des récits étonnans
Conte a l'Europealarmée
Tous ces exploits surprenans
,
LOVIS prepare des Festes
Pour honorer les Conquestes
Dn Heros qu'il a formé.
71Cemhrajfe
,
il le carreffi,
Etde satendre jeunesse
Voit tout le monde charméCentfois
plus heureux qu'Augufle,
£)ue Trajan , que Conflantin,
Faveur rare, mais tres-juste
Ilrenaist dans sonDauphin. ,
s'il monte dans sa carriere,
Et de son char de lumière
S'il luy cede le Timon,
Son coupd'essay nous enseigne
<£>uilne fautpas que l'on craigne
La cheute de Phaëton.
Comme il n'y a rien
de plusprecieux que la
santé
, on prend toujours
beaucoup de plaisir à lire ce
qui peut donner des lumières
pour la conserver.
C'est ce qui m'engageàvous
envoyer la Lettre suivante.
Elle est de Mr de Rhodes
donc je vous ay parlé déja
dpelussieurs fois à l'occasion
eaux minerales qu'il a
imitées, & qu'il continuë de
faire boire à Lion avec beaucoup
de succés. Vous ne
devez point douter de la
verité des choses que cette
Lettre contient, puis que Mr
de Berule, Intendant de la
Province où elles se font paffées,
a bien voulu permettre
qu'elle ait paru fous son
nom.
A MONSIEUR
DE BERULE,
Vicomte de Guiencour, &:
Intendant dans les Provinces
de Lionnois, Forests,&
Beaujolois.
MONSIEUR,
L'honneur que vous m'avez
fait de me parler quelquefois des
eaux chaudes minerales artificielles
que jefais préparer;de
vouloir être informé de leurs
eJfits
,
de leur donner vostreapprobation,
probation, & mesme d'avoir
trouvé bon que Mademoiselle de
Berule les ait bûës, m'engage
à vous rendre compte du succés
qu'ellesonteus l'Automne derniere,
& dans les saisons precedentes.
J'avouë que je n'aurois
pas osé prendre la liberté de
vous écrire surce sujet dans la
crainte de vous détourner de vos
occupations impoitantes, si je ne
sçavois quepourvous en délasser
vous prenez quelquefois plaisira
descendre dans les raisonnemens,
& dans les experiences de Phi-
Iique» dont les misteres ne vous
sont ny cachez ny diffiiciles à penetrer,
&si je ne vous avois
souvent entendu loüer ceux qui
s'appliquent à enrichir la Medecine
de nouvellesDécouvertes
utiles , au public; & c'est effectivement
à quoy les premiers
Maistres de cette science travailloient
sans relasche, & à
quoyils invitoient leurs successeurs
à s'appliquer, la vie leur
paroissanttrop courte, &cette
scienced'une trop grande étendue.
Nous reussirons heureusement
dans nos recherches
,
si nous
sçavions imiter dans nos études
de Phifiques ce que vous pratiquez
si parfaitement dans la
Politique ; je veux dire, raporter
au bien public tous nos travaux
Particuliers, & estre fortement
tnime^ comme vous de ce zele
ardent que vous faites paroistre
pour le
bien
des peuples,& dont
vous venez encore tout recemnent
de donner des marques en
soulageant tant de mal-heureux
rue le Ciel avoit affligez
Ce sont-là des sentimens dignes
ddes ames é"l1evées ;' , & nt':S
pourgouvernerles hommes, dont
on voit tant d'exemples dans
'Joftre illustre Maison; vous en
outenck noblement la gloire,
& on admire en vous toutes les
qualitezdespersonnes rares
qu'elle a donnéesàl'Eglise
à l.taf.
Leplaisirdefairevostre eloge
m'entraineroit aisément,si je ne
sçavoit que ce dessein ejl trop
grand pourmoy, & que je dois
seulement vous rendre compte
des effets de mes eaux.Il estvray
que je ne les ay fait prendre à
personnequin'en ait estéguery
ou
considerablement soulagé ;
mais en vous raportant en détail
leurs bons effets, je me vois obli-,
gé de vous dire, qu'elles en
ent produit unfort mauvaissur
l'esprit d'un Anonime
,
qui les
a attaquées par des écrits imprimez.
Ellesmeriteroient sans
doute d'estre decriées, si elles
avoient causé les mauvais effets
qu'il leur attribuë
, & je me
condamneroismoy-mesme si j'avois
esté assèz temeraire pour
ordonner un remede mal-faisant
a quantité de personnes
,
parmi
lesquelles il y en a plusieurs d'une
qualité, & d'un méritédistingué,
Qir tout Mademoiselle deBerule,
qui est en toutes chosesdigne
fille d'un Pere tel que vous.
:'rfl ce qui m'oblige à prouver
^par la raison & par l'experience,
que c'est avec une extrême injustice
, que cet Auteuranonime
entreprend de décrier un remede
dont il ne connoist pas la composition,
& dont les bons effets
luy font de la peine. Vous en
jugerez,Monsieur,après que je
vous auray fait le détail des,
chosessuivantes.
L'Auteur de la nature fournit
libéralement des eaux en tous
lieux, comme un élément mceffaire
,sans lequel les autresprincipes
ne sçauroientestre unis
pourla formation des mixtesJ&
sans lequel ilsresteroient comme
des parties percluses & paralitiques
en la Nature. Outre cette
union que les eaux procurent,
ellesarrêtent le mouvement impetueux
desEsprits ; elles temperent
l'ardeur des souffres; elles servent
de véhicule aux fels, &
avec la terre elles composent tous
les mixtes dece monde inférieur.
Ilsemble que ce divin Ouvrier
a disposé l'intérieur de la terre,
comme un grandLaboratoire
pour les former3que lefeu central
éleve en vapeurs,&distille les
eaux des Mers les plus profondes
; que les rochers qui font sur
lasurface de la terre,sont comme
le chapiteau de ce grand
Alambic, & que les ouvertures
par où elles jalissent,en font les
becs qui forment les fontaines,
les ruisseaux,& les rivieres
Ne diroit-on pas mesme que
le Soleil éleve ces mesmes eaux
dans les airs, pour les rectifier;
qu'il les filtre, el les sublime
jusqu'à la région des nuées, où P.c~
il les digere
, & les remplit de
son esprit universel
,
d'où il les
laisse tomber en rosées & en
pluyes, pour la fécondité de la
terre, lesquelles operations il renouvelle
tres-souvent pour les
perfectionner par de nouvelles
cobobations.
Ce principe nous est necessaire,
pour temperer les chaleurs qui
nous consument, pour éteindre
la soif quinous presse, pour la
digestion de nos alimens
, pour
la filtration du chile, pour la
circulation dusang , pour la separation
de ses parties inutiles.
L'eau tempcre la bile exaltée,
les acides, & les alkalis predominans
qui causent mille maux 9 &met toutes les parties dans leur
ordre & dans leurjustesituation.
Le grandMaistre qui nous
donne l'eau pour la formation
des corps, & la conservation
de lasanté, nous enfournit un
très-grand nombre pour la guérison
de pluseurs maladies.
Comme elles ont leur coursdans
les canaux soûterrains,elles
trouvent dans leurs sroutes
diverses vapeurs minerales, divers
sucssalinssoufreux, bitumineux,
metalliques, les uns
tendres & liquidesausquelselles
s'unissent facilement,les autres
plussolides qu'elles dijfol-vent>
& dont elles s'approprient les
vertus.
Les unessont froides à leur
source, les autres chaudes
, &
les autres tiedes
, toutes participant
dediversminéraux que
la Natureprepare dans son feïnpcomme
dans ses fourneaux,dans
lesquels elle allume ses feux &
les graduë poursesdistillations,
subimations, & autres operations
dans lesquelleselle separe
ce qu'ily a de malin, de caustique
cm d'indigeste ,pour n'y laisser
que ce qui est propre &saluainsi
leur usage l'si
heureux, n'estantimpregnées que
de mineraux doux, & on s'en
sert utilement pour la guerison
de plusieurs maladies.
Le concours des Malades à ces
Piscines, les cures rnerrveilleufts
qu'elles procurent tous les jours ,
sont une preuve certaine de leur
bonté; les Curieuxy vontmesme
pour les admirer , & tâcher de
découvrir ce que le divin 011'-
vrier y a mis pour les rendre
salutaires, & si leur chaleur
provient des feux soûterrains
,
ou des acides&alkilis
, ou d'un
mélange de particules minerales
calcinées.
Nostre grand Monarque qui
afait l-'établiecmrre de l'Academie
des Sciences, qui fait fournir
aux frais des experiences qui
s'yfont journellement avec sa
magnificence ordinaire, a donné
lesmoyens aux Sçavans de cette
fameuse Compagnie, de travailler
avec empressementàdécouvrir
les secrets.1 de la Nature. Ils
ont donne leurs soins, leurs études,
leurs reflexions,pour découvrir
les principes des eaux mine-»
raies les plus renommées. Ils ont
eJle à leurs sources, ils les ont
fait transporter, il les ont examinéespar
la 'Vcuë')par legoust,
par la distillation, e2r par differentes
fermentations; ils ont
cherché dans leur residence les
mineraux & les metaux dont
ellesfont chargées, pour connoistre
ce qui les rend si utiles, &
donner le moyen aux Curieux
aen faire de semblebles.
AussiplujteursMedecins ont
travaillé, &ont cru que ces mineraux
ne sont pas si ensevelis
dans les entrailles de la terre,
qu'on n'en pHiflè recouvrer de
semblables, ($f imiter la Nature
danssespréparations.Ilssesont
servis utilement de l'art quisepare
le pur de l'impur,&après
avoir exalté les parties utiles au
degré de leur perfection, ils en
ont fait un
mélange
avec les
eaux de pluye & defontaine,
dont ils ontvû dessuccés aussi
heureux que des naturelles.
X)n s'ejl attaché singulierement
à imiter les eaux froides,
aigreletes. Plusieursy ont réüssi,
0* en ont composé qui ne cedent
point aux naturelles, pour rd-r
fraischir,ouvrir, purger, &
pour d'autres indications; mais
il n'est pas venu à ma connoissance,
qu'onaittâchéd'imiter
les eaux chaudes naturelles.
J'ay cru qu'on en pouvoit com-
'lofer de chaudes aussi-bien que
le froides, en se servant des
principes qui entrent dans les
naturelles, lesquelles pourroient
agir efficacement pour le soulagement
de ceux qui ne
pouvant
pas entreprendre de longs &
penibles voyages, estoient prievez
de leursecours.
J'*y cru qu'on pouvoitdissoudre
dans des eaux de pluye,
de fontaine,tisanes, au autres
liqueurs, des mineraux ouverts
&preparez, tels qu'ilsse trouvent
dans les eaux chaudes naturelles,
que l'estomach peut digerer
sanspeine, qui peuvent
adoucir les levains aigris,&
les sels trop penetrans, sans laisseraucune
impression;qu'on y
peut mêler des liqueurs spiritueuses,
& autres substances
pures separées des parties inutiles,
dessouffres doux& agréales
dans une juste proportion
ux forces
, aux temperamens
b- aux causes des maladies,
our dissoudre les pblegmes &
.°s tartres, purger les humeurs
acochimes, & pour purifier le
hile, le sang & la limphe ,
eur procurer un cours @J un
mouvement naturel, & donner
IUX esprits les moyensd'agir
avec liberté, 6w une nouvelle
vigueur.
Ces esprits font un amas de
petits corps d'une subtilité &
l'unevitesse inconcevable qui
tonnent le branle aux autres
principes du corps naturel, la
iney le sentiment, l'accroiee.
ment &la perfection aux corps
ttnimez, qui sont formez des
plus subtilesparties du sang volatilité,
&filtré dans le cerveau,
d'où ils partent continuellement
pour donner à toutes les parties
de la machine lemouvement&
la direction.
Ces esprits ainsi distribuez
dans toutes les parties travaillent
differemment.Lesuns dans
l'estomach y pêtrissent les aliment,
distribuent les levains.
font la digestion, la fermentation,
les separations des parties
inutiles ,portent le chile dans
les canaux dusang; les autres
font la circulation @r les rectifications
de cette liqueur pourpree
en separant les soufres impurs
,
les alkalis
)
les acides, (ef
les ferofitek [uperftués, chacun
par son émonctoire pour donner
ausangsa pureté, le metre
en estat de fournir au coeur l'aliment
necessaire à la flame de
vie ; les autres subliment au
cerveau ce sang allumé dans
le cawr) pour fournir des recruës
necessares à la dissipation
continuelle de cettematieresubtile.
Il riarrive que trop souvent
que cesmesmes esprits occupez
à ces operations naturelles, de
qui la Chimie a pris ce qu'elle a
de meilleur, sont dissipezparla
chaleur ou engourdis par lefroid;
que l'excés des alimens
> comme
le défaut leur nuit également;
que les idéesdesagreables
y &
les passionsviolentes leur causent
de fortes tempestes
:J troublent toute leur oeconomie.
Ils sont souvent détournez
de leurs fonctions ou accablez,.
lors que l'estomach ,les visceres
nourrissiers
) ou les vaisseaux se
trouvent embarassez par quantitéd'humeursindigestes,
par des
soufresimpurs, par des acides
nquans
, par des alkalis acres
caustiques, par des sels corroîfs,
pardes tartres grossiers, des
erositezexcessives,quantité de
ers ou autres corps étrangers ,
qui causent la dépravation du
hile) les fontes ou les coagulatons
du sang, ou de la liqueur
ter,veufe
,
lesembarras, les
tbflruBions des uaifjeaux &
les émonctoires
, qui empeschent
a transfusion des parties cacobimes,
desquelles le retour
mélange dans le sang, cause
es éfervescences,ses fimptomes
saconfusion.
- C'est alors que les parties spiritueuses
,comme desages Magistrats
, par une prompte immission
tâchent de remettre les
humeurs rebelles dans leur devoir,
en les châtiant, corrigeant,
separant, les exilantou chassant
dans lesvoyes qui servent aux
grandes évacuations.
Mdïs il arrive souvent que
ces parties cacochimes étrangeres
leur resisstent ; qu'elles s'irritent
loinde s'appaiser ; quelles
ne se separent ny ne sortent.
Alors les esprits les attaquentplus
fortement
> & les reduisent à
leur devoir
3 & quand ils ne
sont pas les plus forts, ils succombent
,comme quand ilsssont
,eitaquek les premiers dans leur
fort par des vapeurs ,
des exbalassons
ou des humeurs malignes,
par des idéesterribles qui leur
causent l'épouvante& l'horreur,
desmouvemens dereglez dont ils
sont aff-oiblis,& quelquefoisopprimez
entierement.
Comme la nature sesesprits,
ne sont pas souvent afife^forts9
pour resister à des ennemis si
puissans) la Medecineluyfournit
une infinitéde remedes pour
la défendre. Elle luy donne des
purgatifs, des diuretiques, des
sudorifiques pour la dégager,
elle l'aide de cordiaux pour la
fortifier, d'aperitifs , de specifiques
pour appaiser la violence
des levains,esubvenir singulierement
à diverses parties affligées,
luy communique
quantité d'autres remedes dont
nous voyons tous les jours des
effetssalutaires.
Entre une infinité de medicamens
qu'elle propose pour la
guerisondesmaladies ckroniques,
les eaux minérales ont
toujours tenu un des premiers
ran,gs & principalement les
chaudes naturelles que l'on va
boire
boire à leur source, les chaudes
artificielles qui ont des vertus
semblables, qui ne cedent
point aux premieres , ayant une
égalevertud'ouvrir, de purger,
de fortifier.
Elles ouvrent en détrempant
les tartres, & les mucilages,
iivisant leurs parties , rompant
eur union
>
.eur unzon, doonnnnaanntt une aauuttrr~e
disposition à tous ces corps étrangers
qui font l'embarras des
vaijjeaux ; elles émoussent les
ointes les coupans de leurs
els, qui trouvent dans ces
.auxs (jr dans les particules
ninerales des pores ,
d'une figureproportionnée
à les recevoir,
& quifaisant avec elles une
nouvelle alliance, sse détachent
du chile,dusang, & de la
limphequigemissoientsous leur
tyrannie , qui n'en recevant
plus d'incommodité reprennent
leur cours naturel, & leur premièredisposition.
Mais comme ce riejlpasajfe%
que ces humeurs indizestes
cacochimes soient separées des
naturelles, siellesnesont bannies
& purgées, autrement elles
causeroient de nouveaux troublesdans
le sang, de nouveaux
embarras dans les vais[
eaux, ces eaux artificiellespurgentpar
les njoyts des grandes
évacuations,ce qu'elles ont trouvé
d'impur dans leurs routc.',
qui causoit la confusion dans les
humeurs, (y redonnentainsi la
tranquillité& la paix à toute
la machine,&laliberté& les
moyens aux esprits de recommencer
leurs fonctions.
Nefl.ee pas les fortisier que de
leurôtercequilesempêche d'a.
gir? N'est.-ce pas fortifier les organes
quede les débarassir, en
ôtant à l'estomach ce qui l'empeche
de digérer, aux canaux ce
qui arrestelecours des humeurs
>
aux émonctoires ce qui les retient
de filtrer &separer les
parties superfluës du sang? En
ôtant l'embarras de l'utérus ne
facilite-t-on passes regles, &ses
fonctions? N'aide-t-on pas à la
respiration 1S à lavoix en dégageant
les canaux des poulmons,
&les fonélions desJens, de l'imagination
de la mémoire,
ne sont - elles pas meilleures
quand les esprits ont leur pureté,
& leur mouvement libre
dans un cerveau dégage? Tous
cesecours sontprocurez par les
'ettux artificielles de mesme que
par les naturelles, qui circulant
avec le sang,nettoyent fi1 purgent
ce qu'elles trouvent d'impur,
& les artificielles ont cet
avantage sur les naturelles, que
celles-cysonttoujours les mefmes,
& que celles-là peuvent
estre composées différemment,
On peut augmenter ou diminuer
la quantité des principes qui les
campossent) & les proportionner
aux forces, à l'Aze, & au
tempérament des Malades ; on
peut y ajouterutilement quelques
sels, ou autres principes tirez
de la botanique,quiayant
esté sublimez du dedans de la
terre à sasuperficie
,
sont par
de reiteréesopérations sublimez
dans les végétaux : mais tout
cela demande une connoissance.,
un discernement, & une application
bien différente de celles
d'un homme qui se contenteroit
de mêler de l'eau avec dusel.
Je pourrois me servirdeplusieurs
raisons &autoritez de nos
Anciens, ,@J de nos Modernes,
pour établir ce que j'ay avance
de mes eaux mineraiesartificiel
les, & de leurs vertus, quand
elles sont proportionnées aux
constitutions de ceux qui les
prennent, & aux (aUfCB des
maladies;mais après les raifonnemens
générauxque je viens
de fairelà-dessus ,je me conten.
teray d'en venir à l'experience ,
qui feravoirquelles ne cassent
point la poitrine,&n'affoblissentpoint
l'epomach) ny lesautres
parties nourrissieres,ainsique
r^nonime veut le faire croire:
qu'au contraire eilessont tresutiles
pour les foiblesses, les indigestionsy
&les douleurs d'ectomach.
Elles temperent ses sermens
trop piquans,elles facilitent
la dissolution&la digestion
des alimens, ellesaident au cbile
à se senarer des partiessuperfluës,
& à luy procurer un coulant
plus libre par les veines laEtEej"
pour arriverplus facilement aux
fouclavieres,@J s'y mêler avec
lesang. Elles ne sont pas moins
utiles ausang; elles rendent sa
circulation plusaisée, ellesenlevent
lesobstructions qui empes
chent la separation de ses parties
bilieuses, atrabilaires &
sereuses
, par les émonctoires dejlinez
à cette oeconvrnÍeJ dr purgent
fort doucement;tltinfi elles
sonttres-propres pour les maux
d'ectomacb de ftye) derate>
de reins, de mere , pour les opilations
,
les coliques & les oppressions.
Elles dissipentles vapeurs
qui naissent d'un sang in-;
digecte, & cacochime, qui causent
les maux de teste les pesanteurs
,
les mélancolies
>
les
vertiges les convulisions, d'où il
arrive que les esprits animaux
plus subtils & plus déoegek
tfgijJènr avec plus d'activité dans
toutes leurs fonctions.
Dans cette Automne derniere
1688.
Le Pere Perier, General des
Minimes, les aprises.
MademoiselledeRoctain,pour
la seconde fois.
MademoiselleJovej
Madame Viginai, la Procureuse
du Roy, pour la quatriéme
fois.
MQ!!!and, Avocat General
du ParlementdeDijon.
Madame deGrangeac, Lieutenante
Generale de Bourg.
MdeChaflenay,Prejtdent
au Parlement de Dombe.
Mademoiselle de Cbastenay,
saFille.
Madame de Port, Superieure
deSainteUrsule de Bourg.
Mr de Laurencin.
MadamelaConseillere Dutour
»pour la troisiéme fois.
MadameduRosier.
Mademoiselle Crotton , de
S.Estienne.
MadamePichon
,
Religieuse
/'Anticaille-.
M*l'JbbeJfnoraj.
Mademoiselle de Frangin
,
de
Dauphin?.
Dans le Printemps dernier.
Madame la Marquise de Senofjin
les prit.
Mademoiselle de Fontenay,
de la Valette.
- MrCroppet, pour la seconde
fois.
Madame Trunel, Religieuse
de l'Anticaïlle.
* Madame Pecordon,de Vienne.
MadamePorroy la Veuve.
Mademoiselle de SaintFoire.
J11.r 'Boiiilloud de la Roche, le
Conseiller.
MademoiselleBerge, de Vienne.
Le Pere Henry:t Correcteur
des Peres Minimes de Lion.
dM'A. le CvomitegdenBoeaunch.ans,
Madame Tamissier, de Bourg.
nJMtdemoifeïïe de Porcet, de
Bourg.
M. de Baret.
MadameBlaufla Conseillere.
Le Pere le Marchand, Provincial
des Celestins.
Le Pere Perouse, Sacristin
des Celestins.
)ans les deux Saisons de
l'année derniere.
M. leConseillerChollier. M-adame a Comieeè de Chéné.
Madame laComtesse de Bielle,
e Lorraine.
Mademoiselle de Dortan
-
de
M.de Machecoty Conseiller
au Parlement de Dijon.
M.deS.Hilaire, Secretaire
le Mr deHarlay
,
Conseiller
l'Etat.
MadamedeBrosses la Conseillere,
de Dijon.
Madame Lanvuet»la Procu-
——
reuseGenerale de U'-ijov,
Madame de Bujjî^abutin,
7\eligieufe de l'Abbaye de Saint
Julien de Dijon.
Madame la Marquise de
Saint Forjeux.
Madame de Saint Romain.
A4, Durand,de Chalons,Receveur
dDS Decimes de 'Bourgogne.
, Ad. de SeveJ Lieutenant Genéral*
zJ/kf.Ferrari , Avocat duParlement
de Paris.
M. Duxio,Conseiller dans
TEleflion.
M. Amaulry.
En Automne 1686.
<JMademoifelle deRostain ,de
Forests, cftazt tourmentée d'un
nal de teste des plus cruels demis-
deux ans sans relache, qui
l'avoitreduite dans une mairreur
extrême, sans avoir pû
strespoulagéeparaucun remede,
unsorte quelle estoit riso-Iuii à
sefairetrepaner,suivant l'avis
de ses Medecins; elle vint à
Lion boire de ces eaux. &
ulo heuresement.
MadamedeLoyaille, Relineufede
sainteMarie de Bet4y->
vint en la mesme saison
dans le Convent des Dames de
l'Anticaille de son Ordre. Elle
estoit paralitique,&épileptique
depuissix ans, elle fut fortsoulagée
d'abord par la boisson de
ces eaux, & les ayant beuës
une seconde fois dans le printems
suivant ,
elle guerit parfaitement.
MademoiselleSeigle,fille du
sieur Seigle ruësaint Jean à la
place Royale, estoit malade depuis
deux ans de frequentes
con vulsions, de maux d'estomach
continuels
, & de vomissemens
d'une matiere comme de lacendre
avec des particules noires
comme du charbon aprés tous
Lesrepas. Le mesme remede la
guerit dans le mesme temps.
MademoiselleMeget
,
ruë
Merciere au Mercure galant,
malade d'opressions,palpitations,
frequentes sincopes, & de plusieurs
accidcns de mere qui la
~enoient au lit depuis trois ans,
rouvasaguerison dans ces eaux
dans cette mesme automne. M Colet de Dijon atteint de
~Ancopes
,
palpitations, opressions
depuis un an, attendant tous les
jours sa derniere heure, guerit
de mesme dans le printems suivant.
Madame Perouse de Vienne,
en automne 16S7. malade depui
deux ans de vomijjemens continuels,
opressions ,sincopes
,
douleurs,
çy tensions des visceres
nourrissieres ,gueritdeses maux,
& acquit une disposition à avoir
desenfans,ayant eu depuis une
heureusegrossesse>&un heureux
accouchementaugrand contentetementdesafamille.
ÀfA le Comte de Beauchans,
dans le mois de May dernier,
vint d'Avignon boire de
ces eaux pour de frequentes palpitations
, pour unesupression
d'urine, pour laquelle on luy
avaitconseillédesefaire tailler,
(T s'en retourna dans une parfaite
giierijon.
Madame Blauf* la Conseillere
,
les prit dans la mesme saison
, pour des maux d'estomach
, & de colique alternatifs& continuels
,
les autres remedes luy
ayant esté inutiles depuis unan,
&pieritparfaitement.
Mademoiselle de Chastenay
avoit perdu la voix depuisplus
d'un an ,
ri!! avoit une toux
continuelle; elle a recouvre la
parole, &perdu la toux le mois,
d'Octobre dernier par l'usage de
ces eaux.
Madame de Perne d'Epinac,
Religieuse à saintTierre, lesa
prisesily a peu de jours pourde
cruels maux d'estomach
>.
coliques,
dégousts & autres accidens,
par le conseildeMrs Falconet
& Marquis ses Medecins,
& en a esté guerie dés les premiers
jours qu'elle lesabeües.
Madame Pichon , malade
d'opilations depuis sept ans Mademoiselle de fontenay,
maladedes mesmesmauxdepuis
troisans,&Mademoiselle de
Frangin depuisunan, avecde
tres-cruels accidens, ont trouvé
leur guerison dans ces eaux, les
iauntresuremteidelseleusr .ayant esté
Je pourrons nommer beaucoup
l'autres personnes qui les ont
mjes toutes avec Çucces> & qui
pondroient pour moy:J à la
~alomnic de l'Auteur anDnÍme)
qui publie hautement qu'on se
garde d'user de mes eaux, parce
elles sont extrêmement mal-
~y ijantes.
Il avancefaussement qu'on
promet de guerir toutesfortes de
naladies par ce remede
, &dans
autre endroit de fteei écrits,
lu'onpromet de guerir les fièvres.
Cette JuppoJttion est niée expressement
; jamais on n'a pensé
qu'il y eust un remede universel,
les causes des maladie estant
infinimentdifferentes&souvent
opposées , ce qui fait dire à un
sçavant homme que la twedecine
n'est qu'uneconduitesage
& prudente. Pour ce qui est de la
fiévre,c'est une exaltation desoufre
dont lesparties dans un mouvement
rapidecausent l'effervescence
de toute la massedusang
&elle demande d'autres remedes
Cet Auteur dit encore qu'il
fait ïanaljyfç de ces eauxcontrefaites,
qu'elles n'ont pas la residence
des eaux chaudes natu«\
relies, qu'il ne s'étonne pas
si elles ont si considerablement.
ffoibli l'estomach , & les paries
nourripieres. Elles n'ont pas
a mesme residence , je l'avoue,
~ry
les eaux minérales naturelles
ion plus putfées en différentes
sources. faut-il conclurre de là
qu'ellessont nuisibles ?
Il ne parle pas Flus juste dans
la recherche desprincipes des
eaux chaudes naturelles, voulant
que la nature leur communique
feulement des baurnes):
& des particules onstueuses.
Comment donc seraient-elles
aperitives, &commentpurgeroient
elles avec tant de douceur,
si elles estoientprivées des principes
qui leur communiquent ces
vertus; & pourquoy ne veut-il
pas qu'il y ait desparticules balsamiques
dans les nostres? Auroient-
ellesguéri tant de convulsions,
fortifié tant de nerfs,rétablit
tant d'estomachsdereglez,siquel-'
ques particulesspiritueusesn'entrent
pas dans leur composition.
Ilpretend que Mr Jfvillis3
sçavantMedecin d'Angleterre ,
,-l'cft retracté par une lettre
,
des
eaux aigreleteschalibées artificlef/
es, qu'il a trouvées, & desquelles
il
s'est servi si souvent,
pour la guerison de plusieurs maladies,
comme nous lisons dans
ses
~es
écrits. Cependant cette let-
~reimaginaire nese trouve point
ans tout le corps de ses OH-*
~rages.
Enfin Ujjede médire en pro-
, il appelle les Muses à son
~cours : mais comme les Vers
qu'illeur fait prononcer ont
stécomposezpourd'autres que
our moy , ayant paru imprime z
~ans l'hiflaire des ouvrages des
1ifavànf du mois de Mars iGSS.
wgetjzg* jérfay pas crû devoir
~epondre àce trait de Parasite.
Tel estlesort de ceux qui metentau
jourquelque nouvelle
Découverte, Ils sontexposez à
la critique &à la censure , &
certainement ilsauroient tort
de trouver mauvaisqu'on dist
sonsentimentsur leurs ouvrages*
mais il seroit à souhaiterque
ceux qui s'érigent en censeurs,
consultassent la justice & la
vérité
,
plustost que des pajfîcni,
qui les aveuglent.•., C'est en vous, Monsieur
,
qu'on trouve cette équité,&
éest à vous aussiquej'apelle de..
l'injusteaccusation qu'on afaite
contre ces eaux,mesoumettantà
tout ce que vous prononcerez ,
avec le mesme respect qui me
fera être toute ma vie roflre,
&c. < ..,
Le Roy a donné le commandement
du Havre de
Grace à Mr le Comte de La."
~lont, Colonel du Regiment
;rÕfJntene de Ponthieu. Il
~et Frere de feu Mr le Marquis
~e
Trichateau, qui estoit
Maréchal de Lorraine, &
ui mourut General Major
e l'A rmée que feu Mr l'E-
:£leur de Cologne avoit
~life sur pied pendant le dericr
Siège de Luxembourg.
eur nom est du Chastelet,
Maison illustre,originairede
orraine, & descenduë des
Ducs de ce nom. Jean du
Chastelet,Seigneur de Thons
Bisayeul de Ml" le Comte de
Lomont, en fit bien voirla
grandeur, dans les preuves
qu'il fut obligé de faire au
mois de Novembre 1585. pour
estre receu Chevalier de l'Ordre
du Sainr Esprit. Mrle
Marquis duChastelet, qui ~au
épouséMademoiselle de Bellefond
,
Fille du Maréchal des
ce nom ,
est descendu des
l'aisné decette Maison.Il est
Coufin Germain de celuy
dont je vous parle, & ils font:
tous deux petits-Fils d'Errard]
duChastelet , qui mourut
--
Grand Maréchal
,
&Chef du
~onseil des Ducs de Lorrai-
~te Tour le monde regarde
~le commandement du Havre
~e Grâce, comme une mar-
~lue d'une grande distinction.
Cette Place, qui est une des
Clefs de la France, & une
les plus importantes dans la
conjonction des affaires, fait
)ien connoistre l'estime & la
confiance dont Sa Majesté
~honore Mr deLomont. En
îffetj iln'y a guere d'Officiers
en France aussi appliquez,
& qui ayent servyavec
plus de zele. Il futinstalé
dans la Charge de Bailly du
Pays d'Auxoisen1686.enla
place de Mr le Marquis de
Trichateau son Frere, & M
Lemurier,Seigneur deBeau
vais, Maire de la VilledeSemeur
, qui le harangua, fit
paroisteson éloquence dans
ledétail de ses aâions.11 parla
du combat de Seinsen prés
Philisbourg, & de la Bataille
d'Emsem prés de Strasbourg,
où il s'est trouvé dans ses premieres
Campagnes ; de l'attaque
de Turquen, qui fut pn.
se & forcée, & pour laquelle
il avoitelle commandé ciil
~qualité deCapitaine de Gre-
~nad iers; des Sie ges de Dinan,
du Chasteau d'Huy,deLimbourg,
de Condé, de Bouchain
,d'Here, de Boüllon;
du secours de Mastric, & des
Deux- Ponts; des Sieges de
Valenciennes,de Cambray,
de saint Onler, de saint Guillain
,de Gand, d'Ipre ; de la
Bataille de Montcaseel, du
combat d'Offembourg en
Allemagne
,
du passagede la
rapide Riviere de Kins qu'il
passa trois fois en un jour
ayant l'eau jusqu'aux aisselles,
& enfin du fameux Siege
de Luxembourg ,qui son
les gloricusesoccasions ou
Mr le Comte de Lomont 4
versé son sang pourl'Estat
& signalé son zele pour
le
service du Roy. Al'égard
de sa Maison
,
voicy de quelle
maniéré il en parla. n'ay
pour donner une idée de l' excellence
de vostrenoblesse
,
qu'ai
retracer icy cette longue suite
de Ducs de Lorraine dontvous,
etesdescendu; je n'ay qu'à exposer
aux yrux du public le
blason de vos armes; qu'àfaire
remarquer le Manteau Ducal
& cette Couronne, qui en font
~omme les ornemens insepara-
'21es, qu'à jetter lesyeux surces
rois Fleurs de Lys qui y tierfr'
nent la place des Alerions, &
dont le glorieux échangéexprime
mieux que je ne puis dire,
toute la grandreur de vostre
MaisOn, ep>uis 4 que les Lis) comme
parle l'Ecriture, font plus
pompeusement & plus richement
vestus que ne fut jamais
Salomon dans toute sa gloire;
que la France, à qui le Ciel en
a faitpresent, a sceu les porter
à un si haut point de grandeur,
qu'il n'y a point aujourd'huy de
Nation sur la Terre qui ne les
rejpeéîe : que les jligjes? les
Alerions, les Lyons ><& les plus
redoutables animaux sont obll'-'
gez deflechir devant la Majesté
de nos Lys, que la sacrée
Maison Royale de France qui
les porte pour ses Armes, &
qui en a fait un present à la
Maison du Chastelet, est la
plus ancienne ,
la plusillujlre
& la plus puissante Maison
de celles qui dominent aujourd'huy
dans toutes les parties
du monde, & que Louis
le Grand, cet Invincible Monarque
qui regne dans l'esprit&
dans le coeur de tous les hommes
, ou par l'amourdesa bonté,
ou parl'admiration desaJustice,
ou par la crainte desa purffince
,
les a ornez de tant de triomphes
& tant de victoires, &les
a ejlcve% sur tant de trophées,
que voulant leurfairereprendre
le chemind'où il sont venus,la
'Vcuë' ne peut plus porterjusques
à leur élevation.
Comme nous sommes dans
un temps de Sainteté
,
je croy
que vous ne serez pas faschée
que je vous envoye un Air
conforme à ce temps.
AIR NOUVEAU.
BIen-heureux celuy qui n'aspire
-zu a vivresousle doux empire
D'un Dieu
,
dont ilreçoit la lumiere
du iour;
Jjïui prend toûjours la loy de si
volontésainte,
Et pour luy dans son ame entretient
une crainte
Jïuinempefiche pointson amour.
Ces paroles sont de feu Mr
Godeau
,
& Mr de Bacilly
qui les a mises en air, les a
choisies dans ses Ouvrages,
par la difficulté qu'il y a
d'en pouvoir trouver de cette
nature. Vous sçavez qu'il a
parfaitemene réüssi dans ces
sortes d'Airs, & qu'il en a
fait plus de cinquante avec
de seconds couplets en diminution.
La nouvelle Edition
qui en a esté faire depuis
quelques mois n'est pas
reconnoissable, tant elle differe
des precedentes
, tant
pour les corrections que pour
les augmentations. Ce sont
deux r>Livres parfaitement
bien gravez , que debite le
Sr Guerout. Tous les petits
Airs sontà trois Parties avec
leurs seconds couplets. Le
nombre des grands est fort
augmente, & presque cousu
ceux quiavoienc paruauparavant
sont changez debien
en mieux,& mesme pour les
paroles. Il y a entre autres un
Recit de trente Vers dont
tout le monde est charmé.
• On le compare aux plus belles
Scenes des Opera, sur
tout quand il est chanté par
l'Auteur,qui invite les Curieux
à venir entendre ces
Airs de vive voix, pour en
avoir une entiere intelligIenlce.
faut vous faire encore
art de quelques Ouvrages
ui ont cité faits à la gloire
e Monseigneur leDauphin.
Ainsi ceux qui manquent au
Recüeil que j'en ay fait à
a fin de la Relation que je
ous ay envoyée de la Camagne
de ce jeune Prince,
ous les trouverez répandus
dans mes Lettres ordinaies.
En voicy un de Mr de
Maumenet
,
Chanoine de
kaune.,
A MONSEIGNEUR
LE DADPHIÎ^
Sur son Retour des Conquestes
d'Allemagne.
v ODE. OVSde quilesnobles veilles
, ;
Ont éterniséLOVIS,
Doctes Soeurs ,
à ses merveilles
Meslez,cellesdesonFils.
Aujourd'huy brillant degloire ,
Sur le char de la Victoire, Il revient ce Fils Vainqueur;
Sursonfront que ceint Bellone,
Ajoûtez, une couronne, ^uattend de voussa Valeur.
r:voEntt ''VOIH,Ndiades plaintives,
Marstroubla le repos, 9itand la Seine defis rives,
.ril éloigner ce Heros.
Vous, Nymphes de nos Bocages,
JVuifous leurssombres feüillages,
Soupiriezpourson retour;
Calmez vos vives alarmes,
Et ne vftjez, plus de larmes
,
Dans ce tranquille séjour.
Le puissant Dieu des batailles
? Qui présidoit à son sort,
Au milieu des funerailles,
L'a garanty de la mort.
Le voicy ce jeune A/ciel',
Qui d'un courage intrepide
,
Vole au milieu des hazards
, Et qui dans une Campagne,
De l'orgueilleuse Allemagne
Abbat les plus hauts ramparts.
nl,* neuft crû)vOJtlnt les ligue
De tiiat d'Ennemis jaloux,
19ue d'en rompre les intrigues
Cessoitfaireajftz, pour nous ?
Et toutefois
,
sans attendre
Qu'ils osent rien entreprendre
Sur nos climatsfo:-'unc{:t
Mon Héros porte laguerre,
Etfaitgronderson tonnerre
Chez ces Peuples étonnez.
Apeine on le voitparoistre
Sur les Rivages du Rhin,
Queson bras s'y fait connoistre
A l'injuste Palatin.
Philisbourgde qui l'audace
Veut du coup quila menace
Sauversessuperbes Tours ;
Philisbourg que tout l'Empire
Eut tant de peine à reduire,
Efi reduit en peu dejours.
Confessez, GermainIbere
,
Jgue les douceurs de la Paix,
DeJôn invincible Pere
N'ontpas borné les hautsfaits;
Jiïue pour vous reduire en poudre,
Il n'a qu'à prêtersafoudre
Ason Filsvictorieux
,
Et que malgré les tempestes
,
On ne vitjamais nos testes
S'éleversiprésdesdeux.
En vain la Hollande ingrate
Ose attentersur les Rois,
Malgré l'espoir qui la lfattey
Ilssçauront vanger leurs droÙf.
Déja la Mermutinée,
D'une triste dessinée
Ménace son armement,
Et mieux que les vents & l'onde,
Le plus puissant Roy dn Monde
En promet le châtiment.
Dauphin,c'estpar ta vaillance,
,,,_i4e tous ces fiers Ennemis , Al'Empire de la France
Se verront bien-tostsoumis.
Ils doutoient que ton courage,
Fistpourson apprentissage
De si rapidesprojets;
Mais la prompte Renommée,
De ta Valeur animée,
Leur a montré les effets.
~iz
Thilisbourg qu'elle a vûprendre
En estl'assurégarant.
Manbein n'attend pourse rendre
£>U£l'afipeft du conquerant.
Frankendal ouvresesportes
Et les ifuptrbes Cobottes
Alloientfondre en cent climats,
Si taValeur équitable,
Autant qu'elle est redoutable
» N'avoit arresté leurs bras.
C'ejl ce noble caractere
De puissance & d'équité,
.f<::,i te rend digne d'un pere)
Sidigne d'estre imité;
Etsi ton coeur magnanime,
Qn'un si beau modele anime,
Ne bornoitpoint tes grandeurs,
Tu n'aurois pas l'avantage
D'estre laparfaite image
Duplusjuste des Vainqueurs.
&
Bon Prince ,
& grand Capitaine
Comme luy dans les combats,
Tu vas partager la peine
, Et le danger des Soldats ;
Et tandis que la Victoire
,
Couronnant leurfront de gloire,
Paye leurs teavaux guerriers,
Tes dons redoublent l'envie,
Jjïa'ils ont d'immoler leur vie,
Pour acquerir des Lauriers.
C'estainsi quesur la terre
Jupiter ne fait iamais
Tomberson bruyanttonnerre )
Sans y verser ses bien-faits.
Desa dextre menaçante,
Part une pluye abondante
Poursertiliser les Champs,
Tindisquesescoups terribles,
Sur desrocs inaccessibles
,
Vont foudroyer lesgTita.ns.
Vnique but de nia Lyre,
LOVIS
,
le plusgranddes RoÙ;
Jïue ne doitpoint cet Empire ,
A tes glorieux exploits ?
C'ej}pe# de voir l'abondance,
L'ordre & la magnificence,
Y triompher sous ta loy :
Tufis pour nous davantage
En inspirant ton courage
A ce Fils digne de toy.
Permets que ma mainsidelie>
Dans une illustre Avenir,
Desa grandeurimmortelle,
Consacre le souvenir.
Jïuand du bruit desa loüange
,
De la Seine jusquau Gange,
le fais retentir les airs len dis , plus pour ta memoire,
J^e si le fraçois L'bistoire
Detes triomphes divers.
Les deux Sonnets que j'ajoûte
font sur la mesme matiere,
L'Auteur n'a voulu
marquer son nom que par
ces Lettres, L. D. M. C. D. B.
A MONSEIGNEUR. DAuphin impatient de courir à
la Gloire,
Tu goûtois à regret les douceurs de
la Paix,
£)uand Bellonnepropice a tes nobles
, souhaits
Les palmes à la main t'appelle à L
Victoire.
,m
Tu cours, & ce Rampartsifameux
dans l'Histoire,
Philishourg en tombantsurpris d'
tes hautsfaits
Confesse que ton bras par ses pre
miersessais
Montreà nos Ennemis ce qu'ils 111
pouvoient croire.
&
L
Le Rhin, à ton aspect, croyant
voir ce Héros,
£)ui lafoudre à la mainosafendre
ses flots,
Tremble que ta Valeur ne s'y fraye
unpassage; à
Et bien-tolfle Germain par ton
brassurmonté
Poursauverses Etats, &fléchir tou
courage, [ bonté.
N'aura que le moyen d'implorer ta
A Mrle Duc de Montausier.
LlustreMontausier,qu'une Gloire
solide
Fit voler pour ton Prince au milieu
des hasards,
Et qui toûjours chery de Minerve&
deMars,
Sccus ioindre au bel esprit le courage
intrepide.s
Voy ce ieune Dauphin
,
de qui tu
fus le guide
,
Les armes à la main défier les Ce.
sirs.
L'orgueilleuxPhilisbourgluysoûmet
ses ramparts,
Et tsut tremble a l'aspect de ce non*
vel Alcide. 9
^ue ne fera-t-il point dans la
suite des temps,
Sidéiasa Valeurpar cent faitséclatans
.Aftr les bords du Rhinconsacrésa
memoire ?a
il ne manquoit plusrien à JIIJ
sort fortuné,
Alrés- avoir brillé dans le sein de
la Gloire,
Jgue d'y voir ce Heros de faîmtjcouronné*
Les quatre volumes que je
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
Le Pape qui voulut luy faire:
honneur) le fit lever, & ce
Pere continua de luy parle
Italien.Voicy une traduction
fidelledesonDiscours. | TRes-saint Pere*
Les Benedictions tres-parti
culieres que la Providence divne
répand sur son Eglise
avec
tant de prefusion
, ne nous péri
mettent pas de douter que Dic
n'aît CIJOifiVostre Saintetédari
ves derniers siecles, pour rfü/lir.
tout l'Univers dans son bercail.
Nousvoyons sous cefaint Pontificat
les Heretiqueslesplus
opiniâtreschassez ou convertis ;
les Royaumes qui s'estoient selarc%
avec tant de scandale ,
réunis à rEglifi, &soumis à
ron autorité; les Ennemis les plus
redoutables du nom Chrestien,
presque tous ou exterminez, ou si
tjfoiblis
,
qu'ils n'attendent que
le dernier coup pour achever leur
ruine; mais ce qui estde plus
extraordinaire, & sans exem- le,etquiestoit reservé comme
w.n Irivilege dû à Vostre Saintete>
c'est quun des plus grands
Rois de l'Orient, encore Payen,
prévenu et extraordinairement
touchéet non pas tant de l'éclat de
sa dignité et de sa prééminence,
que de la saintetédesavie,et de
la grandeur de ses vertuspersonnelles,
ce grand Roy
,
dis-je,m'a
chargé de venirdesa partdemanderà
Vostre Saintetéson amitié,
lassurer de ses respects, & luy
offrir sa protection royale poui
tous les Predicateurs de l'Evan~\
C~ pour tous les Fidelles
avec dessentimens qu'on trouv
à peine dans la Cour des Princes
Chrestiens.Ce puissant Roy commence
déja à se faireinstruire.
Il dresse des Autels&des Eglises
au vray Dieu; il demande des
Missionnairessçavans et zjlfzj
il leur fait bastir des Maisons
et des Collèges magnifiques; il
Inous donne tres-souvent des tlUdiences
secretes et très-longues,
i£<7* nous fait mesme rendre des
honneurs quifont de lajalousie
aux principaux Ministresdesa
Secte, pour qui il avoit autrefois
une vénération superstitieuse. Si
Dieu écoute nos voeux, ou plûtofl
s'il exauce les larmes CM les
prières de Vostre Sainteté, car ce
fera sans doute par une si puis
sante intercession que silacheverx
cegrand miracle, je veux dire
la conversion de ce Monarque
que de Rois ,
de Prince, di
de Peuples, ou soumis à sor
Empire, ou qui admirent safedegesse
, &se gouvernent parse
conseils
,
suivront un si grane
exemple!Certes,Tres-saintPere
jamais l'Evangile n aeu de
jrriïndëfOuverturespour/érablïi
solidement,&je répandre dans
cette partie de l'Orient laplus
vajle et la plus peuplée. Pou
moy je regarde déjà cette Let
tre Royalequejevienspresente
à Vostre Sainteté de la part d:'
Roy de Stam, ces pressens qu'il
luy a destinez, et ces Mandarins
ausquels il a ordonné de
se presenter à ses pieds, non
seulement comme des témoignages
sinceres de la reconnoissance
CjT* du profondrespect de ce
Prince , mais encore comme des
engagemens de sa soummission,et
si je l'ose dire
, comme des premices
deseshommages et de son
obci(fiance.
1.
Le Pere Tachard ayant
achevé ,voulut se remettre à
genoux pour entendre la réponse.
de Sa Sainteté, mais le
S. Pere l'obligea de se relever,
& fit voir par là l'estime qu'Il.,
faisoit du Roy de Siam. Les
Mandarinsfirent aussi leurs,
civilitez.Tous les trois estant
entrez ensembleimmediate.
ment a prés le Pere Tachard,
& ayantmis leurs presens sur
une petite ta ble,commc je
l'ay déja dit
;
les deux derniers
commencerent à lever
leurs mains jointes au front
& ayant incliné la telle) ils,
se mirent à genoux, & baisserent
ensuite leur visage contre
terre,ce qu'ils reitererent
trois fois. Pendantcetemps:
le premier Mandarin estoit
debout, tenant la Lettre du
Roy son Maistre fous un
bandege d'un precieux vernis
du Japon. Cette Lettre estoit
gravée sur une feülle d'or
longue d'un pied & demy ,
qu'attachoit un ruban bleu,
enrichy de fleurs d'or & d'argent,
le tout dans une boëte
d'or encilindre, excepté le
couvercle qui estoit en piramide,
orné de fleurs émaillées
de plusieurs couleurs.
Les Mandarins avancerent
jusqu'au milieu de la Salle,
où ilsfirent les mesmes reverences,
& enfin une troisiéme
lors qu'ils furent aux,
pieds de Sa Sainteté. Alors le
premier d'entre-eux mit la
boëte entre les mains du Perc
Tachard, fit ses genuflexions
avec tous les autres, premierement
à la Lettre qu'il quittoit,
& ensuite à Sa Sainteté,
& s'approchant l'un aprés;
l'autre,ils se prosternerentà
ses pieds, en forte que le bout
de leurs bonnets touchoit sa
robe. Le Pere Tachard ouvrit:
la boëte, & en ayant tiré la
Lettre du Roy de Siatn, illa
presentaauPape,qui la reccut
avec une assez grande marque
de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font les
qualitez de ce Prince, sans
pourtant que l'on y puisse
donner aucune explication.
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Au tres-Saint Pere Inno
cent XI.
Cette Lettre a esté trad uite
littéralement , & contenoit
ce qui fuit. DEs nostre avnement à
cette Couronne, le premier
foin que noUl eusmes, jnt
de connoistre les plus grands
Princes de l'Europe, & d'entretenir
avec eux de mutuelles
correspondances
,
afin d'en tiret
la connoissance & les lumieres
necessaires à nostre conduite.
Vostre Saintetéprevint ~& remplit
nos defin parsonBrefPontifical,
qui nousfutpresentepar
DomfranciscoPallud
,
Brefque
d'Heliopolis
) avec un present
digne del'augustepersonne
qui nous l'envoyoit
, que nous
reçûmes aussi avec une joye
touteparticuliere de nostre coeur„
Nous envoyamee quelque-temps
aprés nos Ambassadeurs pour al~
lersalüer Vostre Sainteté, luy
porter nostre Lettre Royale avec
quelques presens, dr établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une feüille d'or bien
polie; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle
, nous nous trouvons
obliei, de renvoyer le Pere
Tachard yjefuite
, en qualité de
nostre Envoyé Extraordinaire
auprés de Vostre Sainteté, pour
établir entre Elle Nous cette
bonnecorrespondance que nos
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager
, (jp
\n-ow rapporter incessamment des
nouvelles de l'heureusesanté de
VostreSainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'asseurer de nostre
part n que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres, ~& à tous les ChreBiens,
soit qu'ils soient nos Sujets 3ou
qu'ils demeurent dans nos Etats,
ou mesme qu'ils resident en quelque
autre Pays que ce soit de
cet Orient, les secourant conformement
à leurs besoins quand
ilsnousferontsçavoir leurs necrjJite"{
, ou qu'ils en feront
naistre l'occasion. Ainsi Vostre
Sainteté beut estre en repos de
ce cofîé~li ,puis que nous vou~
tons bien nous charger de ces
soins.Cemesme Pere Tachard
aura l[''hhoonnnneeuurr df'oinrmorwecrrVVoojsltrree
Saintetédes autres moyens qui
conviennent à cette finselon les
ordres que nous luy en avons donnez.
Nous la prions de donner
à ce Religieux une entiere
creance sur ce qu'il luy representera.
~& de recevoir les presens
qu'illuy portera, comme des
gages de nostre sincere amitié,
laquelle durera jusques à PiFter,
nité. Dieu, Createur de toutes
choses, conserve Vostre Sainteté
pour la défense de son Eglise
,
en sorte qu'Elle ptiijje voircette
mesme Eglise augmenter 3&Je
répandre avec une heureusefertilité
dans toutes lesparties de
l'Univers. C'estleveritable desir
de celuy qui efl, j Tres-SaintPere, '* DeVOSTRESAINTETE,
Le tres-cher ~& bon Amy.
- Au bas de cette Lettre il y
avoit à costé pour toute (Signature,
Phaul Kon. C'estun
des noms de Mr Confiance,
qui signe les Lettres du Roy,
comme font icy les Secrétaires
d'Estat. Aprés qu'elle eut
esté donnée à Sa Sainteté, les
Mandarins se leverent
, &
allerent tous trois à reculons
prendre les Presens. Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or, qui estoit celuy
du Roy,& setint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains. Les deux autres
prirent le Present de Mr
Constance,Ministre de Sa
Majesté Siamoise
,
& chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard
,
qui les presenta à
Sa Sainteté; ilsfirent
leurs
soumissions,& demeurerent
en fuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura prés
d'unecheure. Le..,:PJpe fitplusieurs
questions à ce Pere sur
l'estat du Royaume de Siam,
& témoigna estre fort touché
de la bonté du Roy, & du
zele de son Ministre pour la
Propagation dela Foy , aprés
quoy ayant o-Ré son Etolle,
il se retira pour considerer à
loisir les Prefcns qu'il venoit
derecevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avec les Cardinaux qui
lesentretinrent assez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir. Mr le Cardinal
Cibo
>
premier Ministre de
Sa Sainteté. On lesremena à
leur logis avec les mesmes
ceremonies. Le 24. sur les six
heures du [air) on les mena
voir une Feste qu'on faisoit
aux Cardinaux ,dont seize
assisterent à une Musique
qu'on leur fit entendre. Ils
virent eusuiteunetabletoute
couverte de Triomphes faits
de sucre, c'est à dire des
Chars
,
des Vaisseaux,des
Animaux, & autres Figures.
Onenvoye cela à tous les
Cardinaux 4, aprés qu'ils ont
fait là une legere collation
que le premier MiirfiVrcJeu:
donne. Lejourde Noël )Üs
visiterentles plus belles Eglises
de Rome
,
& le 27. les
Tonquinois curent audience.
On y observa les mesmes
choses qu'à celle des Mandadarins.
lls trouverent le Pape
seul , & aprés que le Pcrc
Tachard eut fait sa Harangue,
ils allerent l'un après l'autre
bâiser les pieds de Sa Sainteté.
Les autres jours furent employez
à voir le Vatican
, &
les Palais des Princes, qui
sont magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5. de Janvier ils
allerent tous ensemble prendre
congé de Sa Sainteté. On
les y conduisit dans trois Carrosses
, & on leur fit les mesjnes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois. Le
Pape estoitseul dans saChambre.
Les Mandarins
,
aprés y
avoir demeuré, une demyheure
à genoux, lassez de
cette posture,commencerent
à se mettre sur les coudes,
& Sa Sainteté, qui en voulut
çavoirla raison ,l'ayant apprise
du Pere Tachard
,
les
congedia en leur donnant à
chacunsixMédaillésde son
:Portrait, trois dorôc-trois
d'argent. Ensuite on fit approcher
les Tonquinois,ausquels
Elle donna sa benediction
avec un Chapelet &
une Médaille d'or à chacun.
Le28. ils allerent visiter les
[cpr Eglises dans un Carrosse
à six chevaux de Mr le Cardinal
d'Estrées
,
& à leur retour
ils trouverent plusieurs
gran des cassettes
, couverte
de brocard àfleurs or & argent
,
garnies de galons, too
Ães remplies de consitures
deux autres plus petires de
boisd'ébene,ornées de Fleux
rapportées de pluficurs couleurs,
pleines d'essence ; un
autre petit coffre où estoit le
Corps de Saint Modeste, avec
quantité d'autres Reliques;
une cassette remplied' .Dei, & un coffret de cristal
>où il n'y avoir que des Cordiaux.
C'estoit le present du
Pape au Pere Tachard. Sa
Sainteté luy donna aussi son
Portraitenrichy de Pierreries,
& une Lunette de vingt pieds
pour porter au Roy de Siam.
Elle y ajoûta un Chapelet de
Lapisgarny d'or
, avec une
Medaille pour MtConstance,
la mesmechose pourMadame
Confiance sa Femme,& quantité
d'Indulgences. Le 7. Janvier
les Mandarins & IesToll-"
quinois partirent de Rome
dansdcs Caleches pour se rendre
à Cività-Vecchia où deux
Vaisseaux Maloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
parrit que le 9. &le jour prrocedent,
lIntendant de la Mai,
son duPape luy apporta le
Brdfde Sa Sainte té, qui estois
Ittr.idu parchemin dans un
boëte d'or quarrée, avec sed
Armes dessus & son nom deE
sous. Ils s'embarqueient
it **0
CivitàCività
Vecchia,aprés y avoir.
:eceu de grands honneurs,
& trouverent dans leurs Vaifiaùx
toutes sortes de prosisionsqu'on
y avoit apport
éesde la partdu Pape.
Lors qu'ils furent de reour
,
ils eurent audience de
SaMajesté,nel'ayant paseuë
vant leur départ de Paris
pour Rome,parce que le Roy
stoità Fontainebleau , ôJ
Monseigneur le Dauphin en
Allemagne. Comme le Roy
de Siam souhaiteavoir une
Compagnie de François pour
Gardes duCorps,on en a levé
cent icy, & ils feront conW
mandez par Mr d'Eragny
,
que Sa Majesté a nommé,&
qui a esié autrefoisCapitaine
au Regiment des. Gardes. Ils,
sontvestus de rougeavec un.
gros galon d'or, & bien armez.
Le Royde Siam leur
fournirades chevaux qu'il
entretiendra, en sorte que:
sans en avoir aucun soin, ilse
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval. Ces cen
Gardes font partis avec Ice
Envoyez, & plusieurs Vais
seaux de la Compagnie,qui
oeft fort satisfaite de son comanerce
»s'en retournent avec
'eux. Monsieur,quiavoitreceu
quantité de presens du
RoydeSiam,en a renvoyé
de fort beaux) & en grand
:nombre.
-
Je vous envoye un Ouvrage
fort galant sur une Fontaine
, qui attireroit un grand
nombre de Beuveurs, si l'on
sçavoit où ses eaux se trouvent,
maison n'en a que d'artificielles,
& leur usage ne
donne pas un secours de longue
durée.
XA FONTAINE
deJouvence.
lvpiter qui de l'Empirée
Avoit chassé Saturne&Rhée;
Guipar un attentat doublement criminel
S'estoitsaisisur eux du Trône pa-.
ternel,
Et qui,suivant le cours desa bonnefortune,
Soumettoit, en Tyran, tout le Monde
àses loix,
Se vit enfn forcépar Pluton &*
Neptune
De lepartager entre eux trois.
Neptune pourfin lot eut le Sceptres
Aquatique,
Et régnasur toutes les Mers
Pluton content du fien prit 1er
tiltre emphatique
De grand Monarque des Enfers;
Iupiter, pour son droit d'aiftef/eJ
Eut le reste de £Univers,
Et feignit mesme avec adresse
De s'en voirsanschagrin defpoù'ille
des deux tiers.(perte ,
Cependant,ensecret outré de cette
,Deceux qui lacausoientilvouloit e vanger-
,Mais quoy ?les attaquerionsdaux-à
force ouverte,
Ily trouvoittrop de danger- .
Aiusi recourant à la rufe
Il flatteNeptune
,
l'abuse,
Et, d'accord avec lu), fait l'eslablisfiment
De lafontainede Iouvence.
Cette Source d'abord parutsansconfiquente,
On s'en loua partout, & ton crNl
flultment,
Quepropice à la race humaine,
Il luyfaisoit ce nouveau don:
Mais elle estoit un fruit de fin
adroite haine, ilsevangeoit par elle, & par elle
Pluton
Eust insensiblement veu Japper &
détruire
Lefondement deson Empire;
Car l'homme
, quoyque némortely
Sy dépouilloit de sa vieillesse
, Et trouvoit dansses eaux une verte
yunejfe
J^ui le rendoitcomme éternel;
DeJorte qu'alafin les droits de ce
Monarque ,
Se trouvant affaiblis par le peu de
Mou-rans,
Et par l'oisivété de lafatale Barque)
Ileufi estéfacile au Vainqueur des.
Géans
De reprendresur lay, fins Sujets)
sansfinance,
Ce que laseule violence
Avoit arraché desamain.
Plutondétruit,Neptune en vain
sBust voulu faire refiflance Monstresmarinsses 'TriIons)
ses rochers menaçans ses abysnes
profonds
L'auroientveuforcerdeluyrendre
Ces humides Estats qu'ils riauraient
pti difendre.
Mais Pluton s'esfantappercea
Vu tort quefinRoyaume avoit déjà
receu
De cette fameuseFontaine,
Consulta le prudent Minos.
vostre Majestéfouterrainc,
Répondit-ilenpeu de mots ,
Sfait.quejamaisun Dieu ness en
droit de défaire
Cequune autre Deitéfait , Et qu'il peutseulement en détruire
l'effet}
Ainsipourvoustirer, d'affaire,
.Mon avisestgrandRoy ,-qaililferoiii
a propos
De commettre au plus visse unDragor*
a lagarde
De ces rajeunisanteseaux.
Alors je ne croispas que quelquum
se hozarde
D'en approcher encor,la peur quom
en aura
Surmontera bientostcelle dela vieil*
lesse,
Et,quelque attrait qu'ait la ieiu.
neJlè
Tel qui courrait aprèssurses pas reviendra.
Ce conseil estoitsalutaire ; -
LesagePlaton lesuivit,
Et les hommes enfin que lafrayeur
saisit
Moururent, comme à l'ordinaire.
Ce Monstre affreux lesfit trembler>
Les infirmitez, du vieil âge
Leur parurent bien moins funefles
quesarage,
Et,trouvant a s'enconfier
Par cette conduite prudente.
eteisùit,ou que donnent les ans,
On les vit, mesmeencheveux
blancs,
Sortir d'unefaçon riante
De la jetmcfp: pétulante.
Mais le beau fïxe moinspoltron
Alla toujours à la Fontaine,
Et de cet infernal Dragon
Sans craindre labridante haleine,
;.CrtÎt qu'ilvalait autant s'exposera
c périr
JVue voir, mesme avant fou
Automne, Refroidir les Amans queson Printemps
luy donne
,
*
Et que luyseus peut retenir..
Cet Ouvrage est de Mrde
Vin, dont 0 <! vous en avez
déjaSj
veuplusieurs. Celuy quivous
a tant pleu au commence
ment de ma Lettre de De
cembre
,
& quia pourtitre *
Tbihjbourg pris par Monseigneur
le Dauphin, en vingt
tours de tranchées ouvertes
estoit encore de luy. Je ne
l'ayappris qu'après que je
vous l'ay envoyé &je prens
cette occasion de vous le dire,
afin de luy rendre la justice
qu'on luydoit.
Il est vray que les paroles
Jour vous me parlez sur les
Conquestes de Monseigneur,
font chantéesicy de tout le
monde.Comme elles font devenuës
par là presque populaires,
j'avois négligé de vous
en donner une copie, quoy
que dans leur genre elles
ayent leur agrément. Cependant
puis qu'elles sont souhaitéesavec
tant d'empressement
dans vostre Province, voicy
de quoy satisfaire ceux qui les
demandent,
Monseigneur est donc de retour
Du voyage de Philisbourg,
Le Palatin ne le tient guere,
Laire "t
,
laire lan laire
Laire la, laire lan la. 9
Quelplaisir pour ce nouveau Marp,
De voir qu'affrontant les hazards,
Tout luy cede couime àson Pere
Lairela ,
&c.
.-
S~
Le coeur charmédeses ha/Jls faits,
Mille Beautez,plus que jamais
Vontprendre lesoin de luy plaire.
Laire li, &c.
(9
Mais pour ellesje crains bienfort
.!!<!!'animf d'unplus beautransport,
La gloire ne luysoitplus chere.
Laire la,
.î]
j>)uc les Bergers de nos cantons
CraindrontpourLeurs pauvres moutons!
De Loups il ne prendra plus guere.
taire la,
Ce Ieune Mars dans les combats
S'en va faireplus defracas,
Qu'Achilleautrefois n'en putfaire.
Laire la,
Le Rhin danssesflots écumeux
Craint desentir encor desfeux. Iltremble comme un pauvre here.
Laire la, &c.
On ditqu'aumilieu de seseaux
Le fronttoutcouvert de rozeaux,
Ce grandFleuve se desespere.
Laire la,
Ses yeux ont esté les temoins
Des Exploits fameux, dessoins
Du Fils aussi bien que du Pere.
Laire la,
Ce beau coupd'essaysurses bords,
Faitvoirque de plus grands efforts
Vont suivre cette ardeur guerriere.
Laire la
,
é"C.
d'années, & qu'il se ttouvoit~
occupé des soins de son depart
pour aller commander
en Allemagne, Sa Majesté sit
~çavoir à Messieurs du Parlement,
que ce Duc ne pourroit
avoir le temps de leur
rendre les visites que l'usage
,& la civilité veulent qu'on
leur rende en des occasions
de certe nature, & qu'Elle
l'en dispensoit. Elle leur fit
dire aussiqu'il luy avoit ordonné
de ne rien donner pour
les droits qui se payent ordinairement
pour ces sortes de
receptions. Me illeurs duParlement
receurent ces ordres
avec tout le respectimaginable,
& sefirentun plaisir
singulier de l'obeissance.
Ainsi ils ne se contenterenc
pas de les executer avec toute
la ponctualité possible, mais
Mrle premier President, pour
marquer plus de soumission
aux ordres de Sa Majesté
allaluy-mesme, lors , que la
chose fut faite, enporter les
expéditions à Mr de Duras,
auquel le Roy, avec les manieres
bonnestesquiluy sont
si naturelles, dit de luy-même
quelques jours apr~s
, &
sans que ce Duc luy eust demandé
aucune chose
,
qu'il
croyoit qu'il voudroit bien
que sonFils fustDuc, & dés
lors leFils futreceuàla place
duPere;SaMajesté ayant
reservé à ce MaréchalDuc,
& à laDuchesse sa Femme,
tous les honneurs que ceux
de leur rang ontaccoutumé
d'avoir au Louvre. Ce jeune
&nouveau Duc, qui est un
des hommes de France le
mieux fait, & qu'on pourroit
dire des plus beaux, si c'estoit
une qualité par laquelle un
homme meritast d'estre loüé,
disputa le prix dans le dernier
Carrousel
,
quoyqu'il
jveuft pas encore dix-sept
ans, & l'on crut mesme longtemps
qu'ill'emporteroit. Il
vient d'épouserMademoiselle
dela Mark
,
qui est une riche
Heritiere
, & tres- bien
faite. Elle a beaucoup d'efprit,
mais decetesprit sage&
de bon goust qu'on ne peut
trop estimer& possede toutes
les qualitez, qu'un honneste
homme peut souhaiter dans
une Femme.
La Maison de la Mark est
tres-illustre, &a produitde
grands hommes. Engilbert I.
dunom,Comte de la MarK,
mourut en 1277.Everard de
la MarK achetaen 1414. la
SeigneuriedeSedan, de Loüis
de Braquemontson Beaufrere.
Robert de la MarK IV. du
Romv-Duc. deBuillon, Ma,
1 11 1'.1 F. 1 léclVaïde France, épousa en
15381.FrançoisedeBrezé,Comtesse
de Maulevrier
,
& il en
eutRobert Duc deBuillon,&
Charles- Roberc, Comte de
Maulevrier.LaBranche drRobert
s'est éteinte par la mort
de Charlote de la MarK, Duçhcfîe
de Bull-Ion)Princl-llilè,
de Sedanquimourut en
IY94i sans laisser d'Enfans, fit
Henry de laTour,Vicomte de
Turenne, Mareschal de France,
(pelle:.avoirépousé.trois
ans auparavant, héritier. de
tousses biens.Charles Robert
delaMarck,Comte deMaulevrier,
seondFilsdeRobert
IV.Mareschal de France, fut
Pere de Henry Robert de la
Mark
,
ComtedeBraine, Baron
deSerigman&Capitaine
d>-s.cent* Suissesdu Roy, qui,
mourut en 1652. ayant eude
Marguerite d'Autun,Fille de
Jacques Sieur de Chanclos,
&d'Iia>bel de Pluviers, Robert,
mort en enfance, Marie
Charlote, premiere femme de
RenédeLhospital, Marquis
de Choisy
, & Louise de la
Mark,mariéeen1633.avec
Maximilien EschallartsMarquis
de la Boulaye, & morte
ne1668. Ses Enfans ont pris
lenom de la Marck.
Depuis que je vous ay envoyé
une Lifte des Officiers
généraux, on m'assure qu'on
en a augmente le nombre.
Voicy les noms des derniers.
sDont Mar deuGougrnayéôc M.r
.tS Mareschaux de Camp de
*lr le Mareschal de Lorge,
eront.
Camp,commandera les
Troupes deDauphiné.
Quand tous ces Braves setoient
nommez pourcommander
dans tous les lieux
que je viens de vous mat.,
quer , ce n'etf pas à dire que
ces choses ne puissent changer
au commencement de laCam..;:,.
pagne, selon la situation des
affaires.Leslumieres duConseil
du Roy font grandes, &
tout ce qu'on y resout reuiffit.
Je vous ay déja mandé
qu'on fait frapper une suite
de Medailles, qui reprcfcnreront
route la vie de ce grand
Monarque
3
& je vous en ay
envoyé plusieurs suivant
qu'elles sont tombées entre
mes mains, & non pas selon
le temps de les attions.Q^eU
quesoins que jeusse pris pour
vous les donner dans un ordre
plus ex:*£t ,
il m'auroit
(fié impossibled'y reussirentièrement,
puis qu'on ne les a
pas mesme frapées toutes
selon qu'elles doivent estre
mifes pour faire voir de fuite
cette merveilleuse Histoire.
Ainsi vous ne devez pas
vous étonner si je vous envoye
aujourdhuy
,
la MeVoiiuarfejxb
daille
qui a esté faite pour
marquer la naissance de Sa
Majesté ,& qui doit estre
placée à la teste de toutes.
Elleest de Mr de laHaye,
tres- habi le danscet Art, &
dont nous avons les coins de
plusieurs autresMedailles,qui
regardentlavie deSaMajesté.
L'exemple de Mr Pelisson
qui nous a donné l'Histoire
de l' Academie Françoise,
vient d'estresuivy par Mrde
Hericourt, Académicien de
Soissons, à l'égard de celle
de sa Compagnie. Elle cft
écrite en Latin, & il expliqtie
dans sa Preface ce qui
l'a obligé de se servir de cette
Langueplûtost que de la
Françoise
,
à la pureté & à
l'embellissement de laquelle
il semble que toutes les Academies
ayent pour but de
travailler.Ceux quiaiment ta.
belle Latinité prendront
beaucoup de plaisirà la le.
cture de cette Histoire, Le
stile enest vif, aisé & ferré,
& fait connoistreque c'est;
avec beaucoup de justice que;
ceux qui ont le bon goust de;
cette Langue, disent qu'ellea
cfté autrefois une source fe-
,
conde de laplus fine politesse
&de cette urbanitétant vantée,
dont il seroit à souhaiter
que l'on s'appliquaft à renouveller
le caractere. Mr de Hericourt
nous fait voird'abord
l'Acadenlie de Soissons d^ris
sa naissance, lors qu'esant
?ntré dans un commerce d'érude
particulier avec Mr
Bertrand
,
Bailly, duComté
de Soissons, Mr Guerin
, Ayocat
du Roy au Presidial,
& MrMorant,Officier de
l'Election
>
ils commencement
en 1650. à s'assembler
;OI.;S les Mercredis, pour parlerensemble
detoutcequ'ils
avoient leu <5c composé pondant
la semaine. lis se prescrivoient
les matieres sur lesquellesils
JCVOlélHécnn:; ik.
de si loüables occupations ne
dpuoiurveoient manquer de proun
bonesser. En1652.
ils associerent à leurs Conferences
MeHebert,Tresorier
de France; Mr Hasterel de
Preaux, Conseiller au Presidial,
M le Sueur, Avocat au
Parlementéer.suite Mr Paret
, Capitaine de Cavalerie,
de Mr Â'ïiVou l Bcclefiaftique.
Leurs assembléesfirent bruIr)
«&M Patru> de l'Académie
Francoile,quienenten d it
padtru les exhorta par ses
Lettres à continuer ce qu'ils
avoient commencé si heu-
¡euiènv:nrJ & mesme il contribua
par (es conseils à les
mettre dans le vray chemin
de l'Eloquence. Le nom
d'A cad emiciens qu'il leur
donnoit les flatoitextremement,
& cela lesfit penser
àobtenir des Lettres du Roy
pouavoir lapermission de
s'assem bler en un certain
nombre. Ils en entèrent Mrs
de l'AAccaaudlceimnieie FFir-aanrççoo.i,sfez àà
leur estrefavorables danscette
entreprise, en les assurant
qu'il s choisiroient un Proie-J
cteurdansleur Corps. Mr le
Chancelier Seguier nevoulut
point consentir,à leur i étblissement,
& ce refus ne fut
point capable deles rebuter.
Ilsassocierent encore NXr'Gilluy
& Hebert, Chanoines
de l'EgliseCathedrale;Mrs
dePreaux & Ç>uinc[uct? Conseillers
au Presidial ïvlrsDurand
& Berthemet, Avocats
au Parlement,M Cousin,
Docteur de Sorbonne,Mrde
Froidour, Lieutenant général
au Bailliage de la Fere, & Mr
D'elfault:,Prcfldenr au Presidial."
Enfin au mois de Juin
itfyV» le Roy leuraccorda des
Lettres patentes, par lesquelles
il leur fut permis de s'assembler
au nombre de vingt
sdo<uïslSe~~unoonms de l'Academie ;à!achars-ed'endeSoissons,
à la charge d'en-
\&yertous les ans le jour de
laFefte de S.Loüis,àl'Académie
Françoise,un Ouvrage en
Vers ou en Prose sur telle matiere
qu'ils voudroient choisir,
comme par une maniere
de tribut. MrleCardinald'Efirées,
l'undesquarantedela
mesme Academie,sur nommé
par ces me(mes Lc{tles'I
pour Protecteur decelle dont
îlsobtcnoicnclétabbflemenr.
CeGardma!avoir<llîftésouvent
à leurs Aiiembiéeï lois
qu'il n'estoit encore qu'Evesque
de Laon,& ils l'avoient
toujours souhaité pour Chef,
s'ils pouvoient jamais réussir
dans leurs desseins. En 1679.
Mr Morant Ecclesiastique,
fut receu aunombre de ces
illustres Academiciens. Mr
leVasseur, Prieur d'Ouchies
en 1681. & M i'Abbe de Hericourten1682.
CetAbbéest
Fils deceluy quiadonné au
Publicl'Histoiredont jevous
parle, & dans laquelle vous
trouverez toutes ces choses
rapportéesau long avec beaucoup
de netteté & de grace aussi-bien , que plusieurs autres
particularitez de la mesme
Academie.Mrde Heriricourt
a grossi son Livrer
de quantité de Lettres Latines
écrites à ses Amis
> ausquelles il en aajoutépluficursen
Grec avec latraduction
Latine. Je ne vous d;s
rien de sa profonde érudition.
Outre un fort grand
nombre de Sçavans qui en
rendent témoignage,toutcc
qui parc de sa plume est un
éloge qui pasle toutes les
louanges que je pourrois luy
donner.
tiens
,
mais ils ne roulent
point sur ce qui s'est fait depuis
qu'ilest arrivé en Angleterre.
Ce sont des raisonnemens
qu'on fait seulement
sur ce qui regarde la Religion,
sans que l'on entre dans
aucun des faits.Ainsi cet
Ouvrage est divisé en cinq
Dialogues entre Demophile
& Theotime. Vous pouvez
connoistre par la signification
de ces deux Noms, quel
estle caraclere de l'un & de
l'autre. Dans le premier de
ces Dialogues on fait voir
par de solides raisons que les
Protestansonttoutes les marques
d'Anti-Christianisme
,
que M Jurieu prétend que
l'on doit trouver dans l'Eglise
Romaine. Eneffet,iln'y
a rien de plus détestable que
de favoriser un Prince dont
on voit que le' seul but est
d'envahir un Royaume sur
son légitime Souverain, &
l'Auteur de cet Ouvrage a
raison de dire que c'est un
crime qui en entraisne après
luy quantité d'autres. Cependant
les Refugiez de France
n'ont pas fait fcrupulc de se
donner auPrince d'Orange
pour soûtenir ses ambitieux
desseins. Le Miréchal de
:SCholD.bc:rg a elle nommé
tIo par la Princesse sa Femme,
pour poursuivre C.:s pretentions
injustes en la place du
Prince,il arrivoit qu'il moutust
avant l'execution de ses
projets. Les Protestans d'Angleterreontesté
incontinent
disposez à larévolte. L'Electeur
deBrandebourg a fourny
des Troupes; le Roy de Suede
s'est enDgagé d'en donner, &
on assure que leDac de Wirtemberg
a contribué plus de
mille chevaux acettematilere
deCroisade.Voilàcomme
tous les Protestans ont fermé
les yeux sur l'énormitédu
crime qu'ils commetcencjors
qu'ils aident à depossederun]
Roy pour mettre sa Couronne
fut la teste d'un Usurpattur.
Tousles autres Dialogues
sont traitez avec beaucoup
de force & d'esprit.
Dans le second, entre autres
marquesd'Anti-Christianisme
que l'on fait voir dans
les Protestans, on justifie que
l'esprit de persecutiona toujours
estéen eux? & que Luther
& lesautres ont jugé lu
1
.~A~";
Heretiques dignes de mort.
On y rapporte que pendant
es Guerres de France pour la
Religion, le Prince deCondé
ayant proposé à troisMinitres
qui passoient pour moderez,
s'il devoit continuer
a guerre pour obtenir la confirmation
de l'Edit de Janvier,
ils luy répondirent qu'il
estoit obligé; qu'ensuite
Soixante & douze Ministres
s'assemblerent pour convenir
desconditions sanslesquelles
on ne devoit point poser les
armes, & que l'une esloit,
quelesAtbées, les Libertins, les
Trinitaires & les Anabaptiste
ftijjent chaftirz: publiquement
ce qui faitconnoistre, non
feulement que les Protestans
croyaientalors qu'on devoir
punir exemplairement ces
Heretiques,mais encore qu'ils
se croyoient obligez de demander
à main arméequ'on
en fist le chastiment. A prés
que dans le troisiéme de ces;
Dialogues, on a fait voir la.
sausseté des predictions de
M. Jurieuau sujet de la France,
on y examine la Lettrede
Prerre Charpentier
,
Protestant
ecrite, en 1672. sous
cetitre, Lettre de PierreCbarpentier
Jurisconsulte
,
adréséeà
François Portes Candiois,parla-
,qui Us il montre que les perfecti-
\tions\,dej Eghfes de France font Lavenues> non, par la faute de
;ceu)C qui, professoient la Religion
,mais de ceux qui nourris
Joient les factions & conspirationsappellées;
la Cause.;i On
continuédans le Dialogue
suivantà examiner lereste
de la Lettre deCharpentier,
& l'on yvoit quels estoient
tics detestables desseinsdupartiy
des PretendusReformez de frraDcc
, contre l'Etat&contre
la Maison Royale, & enfin
on fait voir dans le der-
Hier, que les Prorestans,soit
Lutheriens, soitZuingliens,
ou Calvinistes, ont esté les
premiers à prendre les armes
contre les Catholiques; d'où.
l'Auteur conclut que jamais
l'Anti-Christianismene s'est
montré plus ouvertement
que dans l'entreprise du Prince
d'Orange, & dans ses fuites
,que l'esprit de perfecunon
paroist manifestement.
dans les mauvais traitemens
qu'on fait aux Catholiques
d'Angleterre sans aucune au1
legitime, & contre Finsention
du Roy, de forte que
Mr Jurieuayant asseuré que-
~e caractere de cruauté de
persecution fait un préjugé si
mijptnt; que pour cela seul il
quitteroituneReligion dans laquelle
ilseroitné, devroit se
tenir presentementobligé
d'abandonner sa Communion,
s'il vouloit tenir parole.
il finit en faisant connoistre
que lesPuritainsoupurs Calvinistes
n'en veulent pas
moins aux Episcopaux qu'aux
Catholiques, & qu'il ne se
3.eut qu'ils ne recherchent
l'extirpationde laReligion
Anglicane,qui approche plus
de la Catholique que de la
Puritaine, non seulement
parce qu'elle a confervé la^j
Hierarchie, les ceremonies ,
& presque tout l'exterieur de
laveritable Religion, JuCqu'lt
une cfpcce d'adoration de
rEucharifHe>que l'on reçoit
à genoux selon la Lithurgie,
Anglicane,maisencore parce
qu'e lle convient dans les mê-i
mesprincipes avec l'Eglise,
recevant tout ensemble l' E
criture & la Tradition, ccm-1
me Juges des Controuverses
au lieu que les Puritains avec
k-s.:Ana ba pti stes, les Sociniens,
& plusieurs aurres Hereti
q ues -) ne reconnoi ssent
que l' Ecriture. Voil ales principales
matieres du Livre
dont vousavez souhaité estre
informée. La lecture n'en
peut estre que d'une fort
grande utilité ; outre que les
traits d'Histoire que l'on y
trouve par tout, le diverfisient
a greab lement.
Le S Guerout, Libraire
court- neuvedu Palais, commence
à debiter un Livre
nouveau qu'on trouve fort
curieux. Il porte pour tirre,
Guerres des Turcs avec la Pologne,
la Mosvovie,&la Hongrie;
&l'on Joitd'autant plusajoûter
de foy à toutes les particularitez
de ces Guerres, qu'elles;
sont décrites par Mr de la.
Croix
,
qui ayant esté Secre.
taire de l'Ambassade de France
à la Porte, a esté témoin :
de la plus grande partie de
ce qu'il rapporte Il com-!
mence par l'Ambassade que.
le Roy de Pologne envoya à
l'Empereur Othoman
,
pour
demander l'abandonnement
des Cotsaquees,àlquilSaeHauresseavoitpromis
sa protession.
Il pourfuic par levoyage
,Incernonce
de Pologne, sa reception
,
ses
audiences, ses négociations,
décrit le Siege & la prise de
CaminieK,&passant à 1election
du Roy Jean par la mort
lu Roy Michel, il en rapporte
les circonstances, & fait
a description de la Diette de
Pologne, & de la maniere
dont elle de tient. En parlant
le la Guerre desTurcs avec la
Moscovie, il donne l'Histoire
de Georges Kemielniski qui
l'estoir fait Caloyer, après
avoir quitté le commande.
ment des Cosaques
, qu'i
avoiteu par la mort du Prin
ce sonPere. Sesdiverseavan
tures y sont expliquées., 8
cette Guerre finie par la pris
de Czegrim,&par laretrair
des Turcs qui resolurent de
porter en Hongrie. L'Auteu
explique les véritables moti
qui les obligerent à entre
prendre le Siege de Vienne
& dit bien des choses q
n'ont point estéconnuesju
ques à present, touchant,
mort du Grand visir Gap
Mustapha. -
Il me' resteà vous parler
l'un Ouvrage dont vous
)ourrez juger par vous mefnt:)
puis que je vous-en enroycune
copie. Il a receu icy
>eaucou p de loüanges, & je
uis fort seur que vous le troureriez
d'un fort bon goust,
luand je ne vous dirois pas
lue c'est Mr lePays qui en stl'Auteur. Vous connoisez
son stile enjoué. Apres
)caucou p de poursuites pour
'obligeràpayer une somme
res- considerable dont un
rraitant pretendoit le ren-
Ire garant, il en a esté enfin
déchargé par un Arrest di
Conseil
, & c'est là
-
dessu
quil a fait les Vers que vou
allez lire. ;
A M. Le CONTROLEUF:
General. r APrés de si longuesallarmes
La paix est chez, moy de relolt;
le dors la nuit, je ris le jour,
Du repos je sens tous les eharmes..
Enfin me voila déchargé
Du procès où j'estois plongé.
J^uand toutprest à faire naufwgs
Lesecours arrive àpropos, <
plus ona tremblédansl'oroge,1
Et mieux on goûte le repos.W
eigneur, puis-je sans vous deplaire
eusfaire un recit ingenu
e 1"eslit où je mesuis vû
endant le cours de mon affaire ?
lin air inquietj'obserois
ous les Huissiers que je trouvois:
ertainEcritsigné Coquille
Vayant declaré débiteur,
e Fort-l'Evesque & la Bastille
tous momens me faisoient peur.
Mon destin estoitdéplorable,
e connoissant, qui le croira ?
e languissois à l'opera;
estotsrêveur & triste à table.
Dans la peur d'une garnison
avois démeublémamaison;
la vaissellecraignant la guerre,
estoit dans un Convent voisin:
"ejloÙ reduit aux plats de terre
Ainsiqu'unpauvre Capucin.
AugreniermaTapisserie
Estoità lamercy des Rats
le n'avais chez moy que deux drap*
Avec un lit de Friperie.
Dans ce lit, au lieu de dormir,
le passois la nuit à gemir ,
Ma frayeur n'avoitpoint de tri'1)(;
Le matin, dans mon Oraison
, le disois, mon Dieu, ie me le ve
Pottr coucherpeut-estre en Prison.
Quelquefois au fort de mespeines
Me, croyant déjàprisonnier,
Avec de l'encre & du papier
J'esperois adoucir mes ch.u'nes.
J'y pretendois tracer en vers
De mon Royles Exploitsdivers:
mais en prisonpeut-on écrire?
Mon feubien-tost s'y fût éteint ;
C'est-làinstrementqu'on peut dire,
QueMPpÇte estfort contraint..
le nesçay point chanter en cage,
Legrandairplaist aixvieuxoiseaux.
Les champs, les Bois & les ruisseaux
Excitent mon plus doux ramage.
On esttoûiours deconcerté,
Si l'on ne chante en liberté.
La Prison arrestant ma veine,
Eût ensevely mon talent
D'Hélicon la docteFontaine
N'est pure & vive qu'en coulant.
Pourfuir jesentois quelque envie
D'aller à la Cour de Turin;
1y croyoiJ-poflvoirsanschagrin
Fasser le rcfie de ma vie.
Le »rince m'yfitautrefois
L'IJ.o..,nenr de me donnersa Crpix >
On my promettoitun a'{j/e
Jvccdes plaisirssans effroy:
Mais un François efi-il tranquile
Quand estsiloin deson Roy?
len'ay iamais pum'y resoudre.
QuitterParism'affligeroit,
Et L'ordre qui m'en banniroit,
Pourmoyseroitun coupde soudre.
Lors que je voy le Grand Louis ,
J^uoyque mes yeux soient éblouis Il , me semble que je possede
Le bien qui fait tous mes desirs
> Etsapresence estun remede
£ai change mes maux en plaifirs*
Leseulaspect defin visage
En sollicitant mon Procès,
M'en promettoit un bon succés
Etsortisioit mon courage.
le disoisaprèsl'avoir vu
Dans ces lieux regne la vertu >
On n'y souffre point d'injuJlice ;
D'un Roysi bon ,si doux,sigrand
Le Conseil me fera propice,
Etmon bon droit m'en estgarant.
Ainsi malgré la défiance
,
Dont quelquefoisefiois fiurpris
) j'ay demeuréferme à Paris
Entre la crainte & Cefperance^
Trop heureux d'avoir attendu
L'Arrifi qui vient tfifire rendu
»
Quifinit ma peine cruelle,
Jïuiva rétablirmasanté,
.I:0i me rend mon lit, ma vaifiJeUe,
Mon repos & ma liberté.
9
Ilestvray
, mon bien efi modique
Mais puis-ie me plaindre auiourd'huy
?
Seigneur, ie suis sous vofire dpÇuyx
l'exerce un Employ pacifique.
Forfpelt sensible à l'interest,
A/Jèz riche par mon Arrest,
le ne porte envie à perfionne,
Etie me croysibien traité,
J^»//semble que l'on me donne
Tout ce qu'on ne ma point ôté.
Demeslagestoutemavie
De mes ltlges toute ma vie
le pretens chanter l'équité
.,
Si haut, que la Pofierité
De leur vertu fera ravie.
Sousun Roy!jnfie £r genereux
Leur fortsera toûiours heureux:
On iugeapar leur conduite
Iufqu'ou doitallerheurbonheur
Dans une Cour, ou le merite
Ne peut manquer d'estre en faveur.:
1
L'Amour sincere est fouvent
récompsnsé, les obstacl
es ne font quelquefois
que mieux affermir le bonheur
qu'il doit attendre. Une. j
jeune Demoiselle
, toute aimable
par les agrémens de sa
personne,& plus encore par
,
la beauté de ses sentimens,
menoit une vie assez retirée.
Quoy que sa fortune fustfort
peu considerable3 on ne laissoit
pas de la voir contentes
& comme elle ne souhaitoit
jamais que ce qui estoit proportionné
aux esperances
que son estat luy pouvoit permettre
jelle elloit heureuse;
parcequ'elle sçavoit se regler.
La douceur de son efprit
répondoit à celle qu'on
voyou sur son visage ,ôciJL
eust esté fort malaisé que son
mérité ne luy eust pas attiré
grand nombre d'Amans, si
elle eust voulu le faire connostre,
mais sa Mere qui ne
luy avoit jamais donné que
des leçons de vertu, luy en
inspiroit l'heureuse pratique,
&
les
Coquettes, dont elle
trouvoit la conduite insupportable,
estoient pour elle
un miroir qui luy apprenoit
à ne pas tomber dans leurs
défauts. Ainsi elle passoit la
pluspart des jours à travailler
auprès de sa Mere , & ne recevoit
aucunes visites par le
peu de soinqu'elle prenoit à
s'en procurer. Elle eut pourtant
benu se tenir cachée ; le
hazard la découvrit à un Cavalier
d'une Province des plus
éloignées, qui estant venu
loger vis à vis de sa maison,
l'apperceutun jourà la fenestre.
Il la trouva toute aimable,
& l'ayant veuë ainsi plusieurs
fois,quoy qu'elle fc
retiraft si-toit qu'e lle remarquoit
qu'on s'attachait à la
regarder, il ne pue plus refister
à l'envie de la connoistre.
Il y fut porté avec beaucoup
plus d'ardeur, lors quel'ayant
entenduë chanter un soir
que la nuit avoit déjà commencé,
il sesentitentraîné
vers elle par ce nouveau charme.
Comme il avoir de l'esprit,&
de cet espritdu monde
qui se fait aimer partout,
ce luy fut assez pour s'introduire
chez cette aimable personne,
que le pretexte du voisinage.
Sa Mere crut que
l'honnesteté demandoit d'elle
qu'elle accordait à un Etranger
qui ne devoit passer à Paris
qu'un mois ou deux, ce
qui auroit pû tirer à confequence,
si elle l'eustsouffert
à un autre. Il alloit chezellc
la pluspart des soirs
,
& la
conversation se faisant toujours
en presence de la Mere.,
sans qu'il semblast souhaiter
duparticulier avec la Fille.,
ny l'une ny l'autre ne s'imagina
qu'il eust autre veuë dans
rempressement qu'il leur témoignoit,
quedepasser quelques
heures avec moinsd'ennuy
qu'il n'eust fait dans
une Auberge. Il y sur trompé
luy-mesme, & ilne connut
les sentimens qu'il avoit
pourcette charmante Fille,
que lors que la Mere luydemanda
son avis sur un mariage
qu'on luy proposoit
Elle ne luy en parla quecomme
le croyant assez de ses
Amis pour luy donner un
conseil sincere. En effet elle
estoit bien éloignée de croire
qu'il y deust prendre interest
que par le seul avantage de
sa Fille. Il n'avoit marqué
pour elle que ce qu'un homme
galant faitparoistre
en general pourtout le beau
Sexe. Elle n'avoir que fort
peu de bien à luy donner, &
elle sçavoit que le Cavalier
estoit fort riche. Outre une
Terre tres-considerable dont
il joüissoit,il avoit pour plus
de centmilleécus de prétentions
fort bien fondées, &
il n'estoit à Paris que pour
recouvrer des Pieces qui luy
estoient necessaires pour en
assurer l'effet. Il parut embarassé
sur leconseil qu'on luy
demandoit. Il s'informa du
bien de l'Amant, & le trouvant
mediocre, il dit qu'avec
du merite, de la jeunesse &
de la beauté, il n'y avoit rien
qu'on ne dust attendre,
quand on pouvoit ne se pas
haster de faire un choix. Le
lendemainvil pria la Fillede
.ne luy point déguiser si elle
sentoit ion coeurporté à ce
mariage. Elle ne fit poinc
difficulté de luy avoücr.
qu'ayant besoin de quelque
établissement pour réparer
fem peu de fortune, cett,
seule veuë l'en0gage0ait à(écouf ter les propositions qui lue
estoient faites. Le Cavalie
De luy dit rien davantage, 8
fjafTa encore trois jours fan
fuy, expliquerles sentimens
mais enfin voyant la chofi
,".¿n estatde se conclure, il n
luyfut plus possible deiT^etl
tve des bornes à sa passion.
Il luy declara qu'il estoit
éperduement amoureux d'elle,
& que si elle vouloit ronpre
avec l'Amant qui Ce presentoit,
& luy accorder le
temps de venirà bout de son
procès, il viendroit la rendre
rnaiitrene de sa fortune, comme
ellel'estoit déjàde son
coeur. Il parloit de bonne
foy,ainsi il ne faut pas s'é tonner
s'ilpersuada.La Belle luy
representa le tort qu'il auroit
de luy faire perdre ce qu'elle
ne retrouveroit peut-estre pas
niféiiicnt) &il luy mit l'esprit..
en repos, en luyfaisant les
pluscendres protestations de
fidélité 6c de confiance. Il
l'obligea de consentir à se
faire peindre pour luy donner
son portrait, & elle voulut
bien recevoir le fien. Illa
quitta avec promesse de terminer
les affaires au plûtost,
&devenir traiter d'une C harge
qui l'attachant à la Cour,
le dégageroit de la Province.
Estantarrivé chez luy, il ne
songea plus qu'à poursuivre
son procés. dans lequel il
s'agissoit de la meilleure partie
de son bien. La violence.
de sa passion luy fit chercher
les voyes les plus promptes de
se mettre hors d'affaires, & si
ses Parties eussentesté raisonnables,
il leur eust esté aisé
d'obtenir un accommodement
avantageux, mais le
credit de quelques personnes
d'un rang distingué, qui prenoient
leurs interets, leur
faisant croire infaillible le
gain de leur cause, il fallut
qu'unArrest de Parlement
en décidact. Le Cavalier chercha
de l'appuy contre une si
forte brigue, & jetta les yeux
sur l'homme de la Province,
& le plus puissant & le plus
consideré. Le moyen esloit
fort seur, mais les mesures
qu'il prit pour cela le jetterent
dans un embarras terri—^
ble. C'estoit un Marquîs d'une
Maison fort illustre, & qui
ayant une Fille, eust eftébien-
aise de la marier sans se
dépouiller de rien. Elleavoir,
plus d'esprit que de beauté*
& on conseilla au Cavalier dej
feindre d'avoir de l'amour
pour elle. Ces apparences
plûrent au Marquis; il s'em-f
ploya de tout son pouvoir
pour le Cavalier, qui ne
croyant hazarder que des
complaisances, rendoit à sa
Fille des soins assez assidus,
Ils estoient favorisez, & on
luy donnoit les occasions les
plus commodes pour le teste
àteste. Les procédures avancoienc
toujours,& dela maniéré
qu'on avoir tourné les
choses
,
les cent mille écusluy
estoient presqueassurez.
Comme ilnefaisoit aucune
declaration précise, le Marquis
, homme adroit & violent,
l'ayant trouvéseul un
jour dans la chambre de sa
Eille, luy dit que la conduite
qu'il avoit tenue avec elle depuis
quel que temps,faisoit
courir des bruitsdans laVille
qu'il estoit temps d'étouffer;,
qu'elle estoit d'une naissance
à ne pssouffrirqu'on l'expofast
au soupçond'aucune galanterie
; qu'il ne l'avoir receu
favorablement chez luy,
& servy dans son affaire que
dans la pensée qu'ill'épouseroit
; qu'il n'avoit fait aucune
démarche qui n'eust donné
lieu de croire qu'il en avoit
le dessein, & que le service
qu'il luy rendoit en luyfaisant
gagner un procès de la
plus
plus haute importance, meritoit
bienqu'il le reconnust
par ce mariage, sur tout lors
qu'il devoit tenir à honneur
d'estre son Gendre, Le Cavalier
étourdy du coup essaya
de se remettre,en demandant
au Marquis qu'illuy donnait
quelques jours pour luy répondre
positivement.Le Marquis
luy en voulut bien accorder
huit, mais à la charge que
pendant ce tempsil prendroit
chez luy un appartement, &
qu'il songeroit aux clauses
quil trouveroit à propos que
on employait dans le Contrat.
Cette violence cachée
fous de beaux dehors mit le
Cavalier au desespoir. Il connut
la faure qu'il avoit commise,
& iln'y voyoit aucun
remede. Le Marquis après
s'estre declaré comme il avoit
fait, n'estoit point homme
à se relâcher. Il pretendoit
que ce qu'il devoit à son
honneur, luy imposoit la
necessité de ce mariage, &
ce qu'il pouvoir auprès des
Juges, faisoit voir au
Cavalier
la perte de son
procès
inévitable, s'il se défendoit
d'époufer sa Fille , quand.
mesme on l'auroit laisse en
liberté de le faire, ce qui
n'estoit pas. Toutes ces raisonsl'obligerent
à ceder, sans
faire connoistre qu'il ne cedoit
qu'à la force. Le mariage
se fit, & le procès sur jugé
ensuite à son avantage. Il eut
de grands biens, mais ils
n'eurent point de quoy satisfaire
un coeur tout remply
d'amour. Il écrivit à la Belle
les cruelles circonstances de
ce qui venoit de luy arriver,
& ille fit d'une manicre touchante
qui l'auroitpersuadée
de ce qu'il souffroit, si la
consideration de son malheur
ne l'eust empeschée de
s'occuper d'autrechose. Elle
perdoit un Amant qui l'ayant
fait renoncer à un établissementqui
luy convenoit, l'avoit
reduite à ne pouvoir plus
s'arracher du coeur la passion
qu'il y avoir mireJ & qui l'abandonnant
pour toujours,
vouloit qu'elle crust qu'il fust
encore plus à plaindre qu'elle.
L'estat où elle se vit, la fit
s'emporter contre tous les
hommes, & rien n'eust pû
la convaincre que le Cavalier
ne l'eust pas. trahie volontairement,
s'il ne l'eust tirée
d'erreur par un procedé qui
n'a point d'exemple.Un Gentilhomme
la vint trouver de
sa part avec une Lettre, par
laquelleilluy mandoit, que
puis que sa mauvaise destinée
ne luy avoit pas permis de
s'unir à elle, il vouloit au
moins luy faire voir que jamais
amour n'avoit esté ny
plus sincere ny plus véritable
que le sien; que pour l'indemniser
de l'Amant qu'elleavoit
perdu pour luy, il luy envoyoit
-
dix mille écus, qui
pourroient en peu de temps
luy faire trouver un party
plus digne d'elle ;qu'il "la
conjuroit par route l'estime
, qu'elle luy avoir montrée,de
ne les pas refuser
,
& que
quelques marques qu'ellepust
jamais luy demander de l'interest
qu'il prenoit en elle, il
feroit tout son bonheur de la
satisfaire. Ce qu'elle lisoit luy
parut si peu croyable, qu'elle
ne sceut que répondre au
Gentilhomme
, & elle Ce vit
le lendemain compter les dix
mille écus sansêtre persuadés
que ce ne fust pas une illusionC'estoit
pourtant unprefent
réel, & le Cavalier estant
fort riche
, & la Demoiselle
peu accommodée,elle jugea à
propos de l'accepter. Elles'en
fil un merite auprès de luy,
en luy répondant aprés beaucoup
de loüanges sur sa generode)
qu'elle en feroit un usage
contraire àceluyqu'illuy
marquoit, & que puis qu'il la
mettoitenestat,par le secours
qu'il vouloit bien luy préter,
de n'avoir besoin d'aucun
établissement
,
le malheur de
ne pouvoir estre à luy l'empeschoit
d'estre jamais à personne.
Cette assurance qu'il
n'eust osé demander, luy
- donna beaucoup dejoye,
mais en mesme temps elle
redoubla sa passion, non pas
que la Belle l'autorisast à la
conserver; mais plus il la connoissoit
digne d'estre aimée,
plus celle qui étoit cause qu'il
navoit pu estre heureux,luy
estoit insupportable. Il ne
luy parloir jamais, & si le
nom de sa Femme qu'elle
portoit malgré luy, l'obligeoit
d'avoir fpoureïïe des
égardsd'honnesteté, il luy
estoit impombie deluy donner
des marques d'amour.
Cette froideur estoitremarquée,&
faisoit beaucoup de
peineà ceux qui les Souhaitoient
dans l'union. La Belle
en fut avertie par le Gentilhomme,&
à peine elle eut
appris cetteespece de divorce
, que jugeant bien qu'elle
y avoit part, elles'empressa
d'y remedier. Ses premieres
Lettres n'eurent point d'effet.
Il luy opposoit toujoursla
violence qu'on luy avoit faite,
& ne pouvoir concevoir
qu'elle pust exiger de luy avec
justice qu'il eust de l^mour
pour une Femme qui le rendoit
le plus malheureux de
tous les hommes ; mais enfin
elle luy peignit si vivement
l'obligation où il estoit de
vaincre l'aversion qui luy
donnoit de l'éloignement
pourelle > & luy fit si bien
connoistre que ce n'estoit
qu'àce prix qu'elle pouvoit
luyrépondre d'une éternelle
amitié, qu'il resolut de la
croire. Ainsi l'envie de luy
plaire luyfitobtenir sur son
esprit ce que personne n'avoit
encore pu gagner. Il
t) commença - ZD à montrer plus de
complaisance pour sa Fem- -
me, & on sur surpris de voir
entre eux une liaison qu'on
ne devoit plus attendre La
Dame elle-me sme ne sçavoit àquoyattribuer un si heureux
chancteinent, & un jour
qu'elle pria son Mary de luy
apprendre ce qui l'avoit engagé
à luy rendre sa tendresse,
il répondit qu'il vouloit luy
faire voir la personne qui avoitfaitcemiracle
A prés luy
avoir conté en peu de mots
son engagement avec laBelle,
illuy montra son portrait, &
luy leur toutes les Lettres
qu'elleluyavoitécrites pour
l'obliger à vivre avec elle
dans une parfaite intelligence.
La Dame sur charmée de
sa vertue,& luy marqua l'admiration
qu'elle luy causoit,
en luy demandant son amitié
par une Lettre aussi engageante
que spirituelle.Vous
jugez bien que la Belle réponditcommeelle
devoit à
ces avances. Il s'établit entre
elles en fort peu de temps un
agreable commerce, & la
Dame l'employaàmillecommissions
pour elle & pour ses
Amies. Une simpatie secrete
qu'augmentoit de jour en
jour la connoissance qu'elles
se donnoient de leurs sentilnens)
les attachoit l'une à
l'autre, quoy que la grande
distance des lieux les empeschast
de se voir, & après que
trois années se furent passées
de cette forte, sans que la
Belle cust voulu songer à se
marier, quelques partis qui se
fussent presentez
, une affaire
assez pressante appellant le
Cavalier à Paris, la Dame
voulut xl'y accompagner pour
avoir xla joye de voir l'Amie
qu'elle s'estoit faite. Ce fut
un redoublement d'estime
qui ne se peut concevoir lors
que la pratique leur eut fait
connoistre l'une à l'autre tout
le mérité qui ne leur estoit
quiimparfaitement connu. La
Dame lxüason Marysur son
bon goust & comme l'estat
où il xse trouvoit dxemandoit
deluybeaucoup de reserve,
il se cxonduioit au près de la
Belle d'une manierc obligeante,
qui sans luy marquer une
passionblâmable, luy faisoit
voir le pouvoir qu'elle avoir
toujours sur luy. Les deux
Amies devinrent inseparables,
& dans le temps que la
necèssité du retour leur faifoit
sentir d'avancele chagrin
de se quitter, la Dame fut xattaquée
d'une fièvre qui mit
bientost sa vie en peril. La
Belle en parut inconsolable,
& ne s'empressa pas
moins la nuit que xle jour à
luy rendre tous les foins qui
la pouvoient [DUlager, mais
la malignité de la fièvrevainquit
l'art des Medecins,& on
futcontraint de luy declarer
qu'elle devoir xsonger àmourir.
Dans ce triste estat, ne
voyantplus rien àesperer,
elle ditàsonMary,que puis
que l'obstacle qu'elle avoit
mis à l'engagement qu'il
avoit avec la Belle, cessoit par
sa mort, elle le prioit de l'époufer,
n'y ayant personne
qui fust plus digne de luy.
Elle expira dans ce sentiment,
& ce ne fut pas sans xcoûter
beaucoup de larmes & à son
Mary, &àla Belle. Ils donnerent
à leur sincere douleur
tout le temps que la bienseance
pouvoit xexiger, &
l'amour qui xestoit plûtost
assoupy qu'éteint) seftant
réveillé sans peine dans le
coeur de tous les deux, ils
eurentenfin la joye de se
voir unis comme ils l'avoient
souhaité. Le mariagese fit
un des derniers jours du Carnaval;
& plusieurs personnes
considerables qui se trouve,
entà cette ceremonie, peuvent
répondre dela vérité de
l'avanture.
Comme la derniere soisje
ne vous dis que fort peu de
chose;des marques de piété
quele Roy d'Angleterre donna
deux jours avant son départ
pour Brett). envenant
taire ses devotions à Nostre
Dame, ce fera par là que je
commencera ce que vous
attendez de moy sur son
voyage,afin de vous le donner
entier en un seul article.
Ce Monarque vint à Paris le
zj. du Mois passé, & ily
entra accompagné des Gardes
du Roy qui avoient l'épée
nue. Il se rendit à la
Cathedrale; où xMr l'Archevesque
en xChape&en Mitre,
à la teste des Chanoines, &
précédé de sa Croix &desa
Crosse, le receut à la grande
porte de la Nef en dedans
fous les Orgues. Sa Majestés'estantmise
àgenoux surun,
carreau que luy presenta un
des Chanoines, ce Prelat luy
donna de l'Eau benice, puis
la vraye Croix à xbaiser, que
leTreforier revestud'étoletenon:
coure prcfieJ& luy sxitenfuite
une harangue avec l'éloquence
qui luy xest si naturelle.
Le Roy répondit en peu
de paroles,mais obligeantes,
& alla au Choeur, où il xse mit
à genoux sur un Prié-Dieu
préparé- devant le grand Autel
qu'on avoir orné xd'un paxrement
de velours brodé de
Perles. Un peu après il alla
au lieu nommé leRevestiaire,
& descendit jusqu'en la derniere
Sacristiedes Chanoines,
oùl'on avoit mis un tapis de
pied & des paremensau Consessionnal.
Il y sur conduit
par Mr l' Archevesque
, qui
tenoit la droite à cause de ses
habits Pontificaux, On ferma
la porte , & le Roy se
consessaau Pere Freville
,
son
Confesseur ordinaire estant
party ce jourlà pourBress
Pendant ce temps, Mr l'Archevesque
se mit en Rochet
& en Camail, & en cet habit
il accompagna le Roy de la
Sacristie au Choeur,en tenant
pour lors la gauche. Mr l'Abbé
Parfait) l' Ancien Chanoine,
commença la Messe qu'il
celebra à voix basse, après
avoir salué Sa MajestéBritannique
par une inclination-
Là, le Ruy sappercevant que
M l' Archevesque qui s'estoit
mis à genoux à demy tourné
prés le Prie-Dieu à gauche ,
estoit sans carreau, luy en fit
apporter un, mais ce Prelat
ne s'en voulut point servir.
Aprés l'Evangile
,
les deux
Beneficiers quiservoient d'Acolytes
en Chapes, vinrent
apporter le texte à Mr l'Archevesque,
qui l'ayant ouvert
le donnaà baiserau Roy. A
l'Offertoire les Acolytesrevinrent
au Prié-Dieu, & apporterent
cinq petits Pains
sur la Palle; M l'Archevesquefit
l'essay, rompant avec
eux un de ces cinq Pains dont
il mangea. Le Royen désigna
un desautres, que l'un
des deux Acolytes reporta
seul au Celebrant sur la Palle.
L'autre Acolyte porta au Chevecier
les autres pains. On
chantoit cependantun PseaumeenMusique,
Quatre Ensans
de Choeur estant venus,,,
pour l'Elevation,avec des
lambeaux, firent ensemble
une profonde inclination
vers l' Aute l
, & s'estant rctournez
en dedans vers le
Roy,ilsluy firent tous une
profonde genuflexion sans se
courber. Aprés l'Agnus Dei,
M rArchevcfcjucconduisit
le Roy à l' Autel marchant à
sa gauche. Sa Majesté ayant
receu la Communion, fut
encore reconduite au Prié-
Dieu parcePrelat. On songea
trop tard à donner au
Roy l'ablution dans un Calu
ce> suivant l'usage de l'Eglifc.
de Paris, ce qui auroitesté
presenté par un Chanoine
Diacre avec une serviette sur
son bras gauche. Aprés la
Communion
,
les Enfans de
Choeur ayant fait les mesmes
reverences à l'Autel & au
Roy,seretirèrent,onchanta
le Dominesalvum. Le Celelebrant,
avant que de donner
labénédiction ,fit une inclination
à M'l'Archevesque &
au Roy ensemble» & lors
qu'ileut achevé la lvle{fe, il
vint sans quittersaChasuble
presenterau Roy le Corporal
plié qu'illuy donna à baiser.
Cela.
veu de Sa Majesté Britannique,
Mr le Marquis deChauvalon
,Neveu de Mrl'Archevesque,
& Mr de S. Viance
, Lieutenant des Gardes.
On y presenta au Roy des Carases
sur une Soucoupe. Ce
Monarque but un coup, &
mangea un peu de pain, Mr
de S. Viance disant que c'estoit-
là le premier morceau
que Sa Majesté eust mangé
depuis vingt- quatre heures.
Là, le Roy pria M l'Archevesque
de venir disner avec
luy chez Mr de Lauzun, &
pendant qu'il estoit allé chanRoy
luy prefenra M. de Chci
ster,& M. I'Archeve(que en
luy presentant un peu après
M. deChanvalon son Neveu,
qui est Mousquetairé., luy
dit que le premier coup de
Mousquet qu'il cirercic)feroit
pour le service de Sa Majesté
Bricannique. Alors le
Roy d'Angleterre dit à ce
Prelat le dessein qu'il avoit
fait de partir incessamment
pour l'Irlande, où il iroit en
postejusqu'à Brest. M lAr,,,
chevesque se mit ensuite sur
les loüanges du jeune Prince
de Richemont qui estoit present,
& le Roy dit que ce
qu'illuy souhaitoit le plus,
estoit qu'il eust toujours la
crainte de Dieu. Il dit encore
plusieurs choses qui faisoient
voir enluy un grand fond de
pieté, ce qui avoit déja fort
paru dans la maniére dont on
l'avait vu prier Dieu durant
la Messe.En sortant,ce Prince
trouva M. l'Archevesque de
Reims;&luy parla quelque
temps.M. l'Archevesque le
conduisit à la portiere du Carosse,
qui estoit un de ceux
duRoy;on ne portoit point
~il qucuë)' ny celle de M. de
Reims qui vint aussi jusque
là.LeRoyd'A ngleterre Ht
riûc, teql au fond
, M de
Lauzun,deux MiJordst &
M de ~SViance monteront
dans le Girofle duRoy. Sa
M^jdté Britannique estane
arrivéechez Mrde Lauzun,,
on y L-rvitaussi,toil un repasa fortmagnifique.L'aprésdisnée
Elle alla rendre visiteà,
Luxembourg à Mademoiselle
d'Orléans, à Madame.
<la3GanraineidrDcu;GrhueiTc, & à Ma-,"! ise.IAmprclie
mentque les Peuples eurent
pourvoir ce Monarque,artira
par tout une telle foule,
que ne pouvant passer par
quelques ruës , il fut obligé
de tourner par d'autres. Il ne
revint le soir à S. Germain
qu'àprésde dix heures, & il
y trouva un fort grand nombre
de personnes qui l'y attendoient,
& qui le virent
souper. Le 26. il allaà Ver
failles prendre congé de Sa
Majesté, qui le jour suivant
vint luy dire adieu à S. Ger,
main. Ces deux grands Princes
se dirent des choses fort
tendres,& le 28.le Roy d'Angleterrequi
devoit allercoucher
à Orleans, passa encore
par Paris,où les acclamations
du Peupleluyfirent connoistre
les voeux qu'on faisoit
pour l'heureux succés de son
voyage. Il alloit en poste dans
une Caleche, ayant à sa fuite
quinze ou vingt personnes.
&deluy faire rendre dans toutes
les Villes les honneurs qui
luysont dûs.Sachaise s'estant
rompuë dans la forest à trois
lieuës d'Orléans, M de Creil,
Intendant de la Province, qui
l'attendoit à une lieuë & demie
de la Ville, en futaverty,
& vit¥ promptement au devant
deSaMajesté
, avec ses
Carosses
,
dont il yen avoit
trois à six chevaux. Il estoit
à la teste des Bourgeois, dL:"
visez en dix Compagnies faisant
sept à huit mille hommes,
& formant une double
baye de prés de deux lieuës
de long.On peut direqu'il fut
suivy de toute la Ville. qui se
trouva sursarouteàpied, à
cheval & en carosse, Lesdeux
Compagny ~h
des Maréchaussces
qui ~taoientà la telle de
tout, fous les ordres deMrde
la Mouchetene, mirenr l'épée
nuë à la main dés qu'elle
apperceurent leRoy, & fuivirent,
précederent
, ou côtoyerent
le Carrosse où ce
Monarque monta Mde Creil
l'ayant trouvéàpied,luy fit
son compliment,& après que
Sa Majesté luy eut répondu
obligeamment, Elle monta en
Carosse, & ordonna a Mr de
Mruliy
,
au Milord Melford,
&à M deCreil d'y monter>
& peu après de se couvrir.
Lair retentit d'un cry général
-& perpetuel de Vive le RoyJ
& tout estoit éclairé par des
flambeaux. Ce Prince en marqua
une fatisfa&ion extraordinaire
,& M de Creil ayant
pris de là occasion de luy
direqu'il n'estoit pas surprenant
que la veuë d'un si grand
Roy causast tant de joye
,
demanda
grace à Sa Mijësté
pour un Gentilhomme Anglois
nommé L^ton qui
avoit estéarresté la veille,&
qu'on devoir transfererle
lendemain à la Bastille en
vertu d'une Lettre de Cachet,
a cause qu'il avoit tenu quelques
discourspeurespectueux
sur ce qui la regardoit. Le
Roy répondit en ordonnant
à M de
,
Creil de le mettre en
liberté, qu'il estoit bien-aise
de faire connoistre à tous les
Anglois qu'ilnavoit point
d'autre intentionque de leur
faire du bien. Il entra dans
Orleans àseptheures&demie
au bruit de plusieurs Boëtes,
& ayant apperceu Mrs de
Ville qui luy venoient presenter
les Clefs, il fit arrester
le Carosse, & écouta avec
une bonté toute particulière
Mr deMontaiguMaire, quiestant
accompagné de Ms-
ReynatddeSenonville,Toinard,
delaToiiy, Troslard,
Echevins,& Charon, Secretaire,
les luypresenta dans
un bassin de vermeil. Le Roy
luy dit, après les avoir prises
dans sa main, & s'estredécouvert
; Je vous remercie,
./J¡fonfit:ur.ellessont en de bonnes
mains, le Roy mefatt bien de
l'honneur. Illes remit ensuite
danslebassin,&estantarrivé
chezM deCreilquiluyavoit
fait préparersaMaison, il remarqua
que ses Armesavoient
esté mises au dessus de la porte
, comme il les avoit déjà
veuës au dessus de celle de la
Ville. Il descendit au pied du
grand Escalier, où Madame
deCreil lereceut accompagnée
de plusieursDames. Il
la ba1(1, ainsi que Madame
la Marquise de Montpipaux,
& Madame de Ville-chauve,
& faisantuneinclination aux
autres, il traversa plusieurs:
chambres fort éclairées, & se
retira un moment dans celle
oùil devoit coucher. Ce fut
làque M deCreil luy presensa
M de Villechauve, Brigadier
des Arméesdu Roy ,
à la teste des Gentilshommes
de la Province. Ce Monarque
le reconnut pour l'avoir vu
autrefois servir lors qu'il n'estoir
que Duc d'Yorc. M r de
Ville eurent encore l'honneur
de le sal uër dans lemême
lieu,en luy faisant des
presens de Vin& de Cotignac.
Le Chapitre de Sainte
Croix, Cathedralede Ll ville,&
celuy de S. Aignan,lePresidial
,
les Tresoriers de
France, la Prevosté, l'Université
, & plusieurs Ordres
Religieux luy furent aussî
pre sentez parM de Creil. Le
Roy dit à ceux de S.Benoist,
que l'Angleterre leur estoit
redevable de la foy qu'ils y
avoient preschée les premiers.
Ilse mit à table, & le repas
qui estoit tout en poisson lut
aussi propre que splendide
pour le peu de temps qu'on
avoit eu à le préparer. Il
n'y avoit qu'un couvert pour
Sa Majesté sous un magnifique
Dais;mais Elle ordonna
quel'on en mist d'autres,
pourMilordMelfort,Milord
Amazor,Mrle Comte de
Mailly,MrStaffort,Mr de
CfeTL & MFS deVillechauve, leComte du 13ruel, Lieutenant
Colonel des Dragons de
Languedoc e-, de.Beauregard,
cy-devant premier Capitaine
des. Grenadiers dansleRegimentdePicardie,
& Gouverneur
du Fort François. Sa
Majestéfutgardéepar la
Compagnie du Guet
, commandée
par Mr deMaffucre*.
qui prit l'ordre. Tous les Seiec/*
ne'urs Anglois& lesOffi-
-
("jers de la Maison du Roy
qui l'avoient suivi,trouverentchacunleur
chambre autour
de celle de Sa Majellé.
Ce Prince qui jeûne regulierement
, ne voulur. prendre
que du Thé le lendemain au
matin. Il alla entendre la
MesseaurPrestres de l'Oratoire,
oùlePere de l'Epiniere
leharangua en cestermes*
.:., SIRE :'
Noussommes infiniment re-,
devables à vofire fietéaujjibien
qu'à la Providence, qui parune
dispositionfavorable nous dotm#,
l'occasion
, & en mesme ten/ps
l'honneur d'ajjhrer VJftr;7 M*-
jestéde nos profonds refpeflr.
Je ne puis rien dire dans la conjoncture
presente deplus gloeux
pour ëllcjfnon que vos interests
sont ceux de Dieu, que
la guerrequevou* allezentreprendre
est celle du Dieu des armées
,que vosAmis sont ceux
qui font attache% à son servire)
& vos Ennemis ceux qui veulent
renverser ses Autels, c,
s'oppeserà sonautoritésuprême.
Cela estant,quelles faveurs,
quelle protécton, uelle prosperité
ne doit pas attendre du
Ciel VostreMajesté? C'est tout
dire que prenant le party de
Pieu, il eJ1 obligé de prendre le
vojlre.Aile%> grandRoy,sur
cetteassurance comme un autre
JosuéJ donner des combats, &
remporter des victoires,paroistre
devant vos Ennemis, & les
renverser;aile% vous presenter
à vos rebelles Sujets) & lesforcer
par vostre valeur à recevoir
la Loy qu'ils ont rejettée avec
autant d'infidélitéqued'infolence.
Toute l'Europe, ou plûtost
tout le Mondé Catholique,fait
des voeux pourvostre prosperité,
(:1 tous les Prestres de l'Eglise.
de Dieu font autant de Moyses
qui doivent lever les mains au
Ciel pour le bon succés deses
tlrmes. Soyezpersuadé, Sire,
que ceux de l'Oratoire dans ce
grand nombre s'acquitteront de
ce devoir;ils le feront autant
par inclination que par justice,
faisant une profession particuliere
d'estredans le profondrespectqui
rfi deu à vostreMajesté, vos
tres humbles CM tres-obeissans serviteurs..
Ausortirdel'EgliseleRoy
monta en chaise pour aller
coucher à Tours, après avoir
fait mille honnestetez à Mr
deCreil. Il yfut rcocu lesoir
au bruit du Canon par M le
Marquis de ftjfilly
)
Lieutenant
général pour leRoyen
Touraine, qui estoit allé au
devant de ce Monarque à
trois lieues de la Ville, accompagné
de la Noblesse,&-
suivy de ses Gardes & de la
Maréchaussée. Mrl'Archevesque
de Tours,&M de
Miromenil, Intendant estoient
avec cc Marquis, Sa
Majesté estant arrivée à la
premiere porte de l'enceinte
déjà Ville,, y reccut lescom}'
iJÜnens & les presens des
Ec hevms.La Bourgeoisiesous
les aimes formont une double
haye, & partoutoù il
passa ilyeut vies Illuminarionsauxfenellies.
On luy
avoir préparé un appartementau
logisdeMde Rasilly,
& à la desccccente du Carosle
il trouvaMadame la.
Marquise de Rasilly, & Madame
de Miromenil
,
qu'il
salüa. Toutes les Compagnies
en corps le vinrent complu
menter ; après quoy on fervit
diverses tables pour Sa
Majesté& pour les Seigneurs
gnifique,que ce Prince refusa.
Il alla de là au bruit du Canon
& des Boëtes descendre
à l'Hostel deVille, au travers
d'unedouble Haye de Milice.
Toutes les Compagnies l'y
complimenterent,& Mr Petrineau
,
l'un des Secrétaires
del'Academie Royale d'Angers,
luy parla ainsi à lateste
de son Corps.
SIRE,
Il cF juste qu'au bruit des
Acclamations publiques, Us hommes
de Lettres viennent à leur
tour rendre à vos vertus le culte
'qU)on leur doit. Spectateursattentifs
de tout ce qui se passi de
grand dans lemonde, nous revoyons
dans vostrePerjonnesacrée
les fameuxHéros de l'Angleterre
Chrestienne, qui sacriifoient
toutes leurs grandeurs à la
Religion, également contens de
sortir du combat ou Vainqueurs
ou Martirs. La Foy,siservente
alors dans vos Etats, n'a trouve
d'agile que dans vojîre coeur, Cm
vostre bras luy suffira. Le Ciel
est trop interessé dansvostre querelle
pour l'abandonner. Vous
a,vez tout hasardé pour luy, il
combattra pour vous. Vostre
Majestéporte avec Elle le destin
duChristianisme;lesuccés répondra
à la justice&à la grandeurdel'entreprise.
Henry VII.
l'un de vos Predecesseurs
>
qui
se signala comme vous , par une
heroique pieté, partit autrefois
de Brest avec de moindres avantages
, & par un seul combat
ils'assura la Couronne que vous
portez. Voilà, Sire, le fort qui
vous attend. La Renommée nous
,apprendra- bien-tost des actions
dignes de vostre intrépidité &
devostre confiance,quifait aujourd'huy
l'admiration de l'Vnivers,&
lespectacle le plus
beau que la Terre puiffl donner
aux Cieux. Ce sont, Sire, les
presages & les HJOEUX de nojlrt
A:ademie. •„ •
Ce Prince soupa sur les huit
heures, & M. de la Feauté.
Maire, le servit à table. Il
pritensuite une heure ou deux
de repos, & environ à minuit
il s'embar qua sur la Rivière
pour descendre à Nantes.
Toutes les Personnes
de qualité l'accompagnerent
jusques au Port, où il fut
suivi d'un nombre infiny de
peuple avec des acclamations
extraordinaires. Ho"-ob,
*' LeJeudy 3. Sa Majesté Britannique
coucha à la Roche-
Bernard, & en estans partie
de tres- grand matin le jour
suivant, Elle arriva sur les dix
heures un peu en deçà des
Fauxbourgs de Vennes. Elle
y trouva des Relais, &plusieursCaro
ssesremplisde Dames,
que l'envie de voir ce
Prince avoit attirées. Le Senéchal
du Presidial le complimenta,
& ensuite luy presensa
une Femme originaire
d'Irlande, mariée en ce lieulà.
Le Roy marqua de lajoyc
Pli
de voir une personne qui estoit
d'un Pays où ses Sujets
sont les plus fidelles de ses
trois Royaumes. Il passa par
les Fauxbourgs sans s'arrester,
&alla coucher à Nantes. Il y
fut receu aux acclamations
du Peuple, & ce Monarque
entendant crier, Vive le Roy,
dit à ceux qui entouroient
son Carosse, dites, la Foy Catholique
pour laquelle je vais
combattre. M le Comte de
Molac. Gouverneur du Chasteau
deNantes, luy fit servir
un Soupé très-magnifique.
C'est un homme qui
fait tout avec, éclat, & qui
vit d'une maniere fort digne
de ce qu'il est. SaMajestéfut
complimentée de tous les
Corps, & le Pere Blot, Superieur
du Collège des Peres
de l'Oratoire, luy parla en
ces termes.
SIRE,
Vostre Majesté ayant Jeeu
joindre un courage extraordinaire,
qu'Elle a signalé en tant.
d'occasions glorieuses
,
à un si
grand zele pour la Religion ,
qu'il n'a jamais eu d'exemple
,
nous pouvonssans doute la COMsiderercomme
unportrait fidelle
de cesaint Roy,qui estantselon
le coeur de Dieu, sceut si bien
accorder une valeur heroique
avec une pietéservente.
Ce n'aesté
>
Sire, qu'avec
un extrêmedéplaisir que nous
avons vû jusqu'aux plus facheuses
aventures de Da-uid.,renouvellées
dans vojlre<Jiï4ajefte<>
Ce genereux Prince , aprèsavoir
tfté plus d"une fois obligésous
le regne deson Predecesseur,à
chercher un azile dans les Pays
étrangers contre la fureurdeses
Ennemis>fie vit contraint ,pendant
qu'ilregnoitluy-mesme
*
d'abandonnersa Capitale par la
perfidie &la révolte que le traistre
Absalonavoit inspirée à ses
Sujets ; mais comme la grandeur
de cesaintRoy ne futéclipsée que
quelques moment,&que la victoire
entierequ'il remportasurson
Peuple rebelle le fit remonter sur
le Trôneplusglorieux qu'iln'y
avoit jamais paru , nous ne doutons
point que Dieu n'acheve
leportrait du courageux & fidelleDaviddans
vostre Majesté,
& que soncourage invincible ne
fasse souffrir à unusurpateur
dénaturé la peine que merite l'énormité
d'un attentat inspirépar
l'ambition, prétextépar laftujJè
Religion
, ee executé par la trahifon.
C'est ce que tous les bons
Françoisesperent de la justice
duCiel;&c'estceque toute la
Congregation de l'Oratoire ne
cesserapoint de demander par de
ferventes priere. Plust à Dieu
que nous pussions donner a vostre
Majestédesmarques plus sensibles
du tres- profond respect
dont nos coeursferonttoujours
remplis pour Elle.
Je ne vous dis rien de Mr le
Duc deChaunes. Vous jugez
bien qu'estant Gouverneur de
la Bretagne, il n'a pas manqué
de faire rendre à ce Prince
tous les honneurs qu'il
pouvoit attendre, & que sa
magnificence a éclaté dans
cette reception. Le Vendredy
5. sur le midy le Roy
entraàQuimper au bruit du
Canon, & trouva les Habitans
fous les armes. Quarante
Gentilshommes bienmontez
qui estoient allez au devant
de Sa Majesté environnoient
sa Caleche tenant l'épée nuë.
Mr l'Evesque de Quimper &
foil,-,Chiapitre la receurent
c(aj^ le Palais Episcopal,&
l'assurerent de leurs Prieres
pour la prosperité de ses Armes,
ce qu'il eut un foin particulier
de leur demander.
Les autres Corps firent aussi
leurs complimens à ce Prince,
tandis qu'il mangea un peu
de fruit, le jeûne étroit qu'il
observe l'obligeant de se referver
à souperàBrest. Il ne
donnaque le tems de prendre
d'autres Chevaux pourirentrer
dans faCaleche. Mrle Ducde
Berwic son Fils naturel, l'avoit
attendudeux jours en ce
lieulà,&estoitallé p lusieurs
fois au devant de luy avec
dpeosusreinl'sh.eureux succés de ses
Le soir Sa Majesté
arriva à Brest
,
accompagnée
de M le Mareschal d'Estrées,
qui, l'avoit esté recevoir à
Lanveoë de l'autre costé de
la rade à trois lieuës de la
Ville, avec une Fregate, une
Galiote & toutes les Chaloupes
des Vaisseaux. Elle fut saluée
à son passage de toute
l'Artillerie des mesmes Vaislèauxj
aussibien que parcelle
du Chasteau.Mrle Comte de
BethuneChefd'Escadre,&Mr
des Cluseaux Intendant de la
Marine,se trouverent à la descentc
, & ce Prince fut receu
par Mr l'Evesque de Leon,qui
estoit en habits Pontificaux à
la cette du Clergé, Il se rendit
au logis qu'on luy avoit preparé,
au travers d'une double
hayede la Bourgeoisierangée
fous les Armes. Il y soupa en
public, & fit mettre à sa table
Mrle Duc de Berwich, Mr le
Mareschal d'Estrées, & les
Officiers Generaux de la Marine
avec ceux que Sa Majesté
luy a donnez pour l'accompa
gner en Irlande. La Garnison
du Chasteau luy servit de
Regiment des Gardes & fit
sentinelle, & les Gardes Marines
firent les fonctions de
Gardes du Corps. Toutes les
Compagnies de la Ville le
complimenterent,&le 6. M.
de Saint Cosme Harscouet,
Lieutenant Civil & Criminel
au Siege Royal de Morlaix,
luyparla ainsi à la teste des
Deputez de la mesme Ville,
SIRE,
Ma voix tremblante,& non
accoutumée à se faire entendre
aux Rois, marquesensib lement
à Vostre Majesté les sentimens
derespect & d'admirationdont
nosesprits f$jr nos coeur? sont
penetrez à la veuë de tant de
caracteres de grandeur; de sagesse
& de fermeté qui reluisent
en vostresacréePersonne
,,malgré cette fortune marajlre-
dont les coups n'ont servi
que pour en relever davantage
ttcl.it. Je n'entreprens pas,
Sire, vostre 'E-oo-e" Cïjt un
Ouvrage au dessus demesforces
; la seule pensée m'en fait
trembler; 6" Cassiodore , cet
illustre Secretaire d'un Empereur
Romain ,m'apprend que magna
negocia magnis egent adjutonbus.
S,/7 n'appartient qu'aux
Rois de bien parlerdelaRoyauté,
il n'appartientaussi qu'àeux de
louer ceux
,,
quisont eleL,eK à
cette dignité éminente, qui est le
miroir de la Divinité. Le Monarque
dont nous avons le bonheur
d'estre les Sujets, ce Roy
orné de toutes les qualitez qui
font un Princeparfait, quisçait
mieux que tout le reste des
hommes connoistre & estimer
1Y.l vertu & le vray merite
, a
marqué par l'attachement , (p
par la bonne intelligence qu'il a
toujours euë avec V. M. qu'il
vous regardoit peur le Prince de
L'Europe le plusdigned'estreassis
au Trône. C'est la, Sire ,
le plus
juste Panegyrique de vos royales
vertus. Ce Prince a le discernementsijuste
, qu'il ne se trompe
jamais.C'est aussi le justesujet
des acclamations&des rejouif*
sances universelles que toute la
fl'ance vous marque;elle veut
seconder son Roy dans la reception
qu'il vous a faite, dr[c,»
Peuple s'estimantheureux devivre
fousson regne, nesonge qu'à
honorer ce qu'il estime.Le changement
arrivé dans voflre fortune,
n'e),n a point apporté au
coeur de ce genereux Monarque,
parce que vos malheurs n'ont rien
diminué de vos vertus. Vous
avez trouvé en luy l'Amy le
plus genereux de l'Europe, &
ila trouvé en vous le Prince qui
meritoitla mieuxderejjentir les
effets de sa generosité. Ce qui
vous arrivenesi pas un effet de
vostre malheur ny de la destinée,
mais un coup de la providence
du Dieu qui tient en ses mains
les coeurs des Rois. Ce Dieu qui
vous avoit destiné pour porter
trois Couronnes, & qui n'avoit
rien épargnépour former en vous
un Prince accomply &selonson
çoeu,x,, vous a trouvé trop parfait
pour ne vous laisserregner que
sur des Peuples dévoyez;il a
permis que leur rebellion vous air
donné lieu de les conquerir, afin
quevostreconfiance & l'ardeur
de vostrezele leurfasse ouvrir lesyeux
surles veritezd'uneReligion
qu'ils ont voulu abolir jusque
dans le coeur deleur Sottve*
rain. C'est un Ouvrage pour lequel
il vous avoir reservé depuis
plus d'un siécle ycommeilAvoir
déssiné nostre pieux Monarque
pour un pareilchef-d'oeuvre par
des routes différentes.Allez donc,
grandRoy,nonseulement à la
conqueste de ces trois Couronnnes
terrestres., mais. encore à celle de
cetteCouronne immortelle degloirt>€
jwtivoHS feïkobtenir
-
If. rètii.
blissement de laveritableReligion
dans vos Etats. Cefont des conquejles-
assurées. Loüis le Grand
#f)OUi
seconde,&le Cielinteressé
dans vostrequerelle, confondra
l'Usurpateur drt vostre Trône,
& lerendra le joüet de la fortune
,
qui ne l'aélevé sur le
Theatre de l'Univers, que pour
faireconnoistresaperfidie, &
ensuite le précipiter dans le plus
honteux abaissement. Ce font
les voeux,Sire, de vos trèshumbles
, tres-obeissans & trèssoumisserviteurs
,les Habitans
dela Ville de Morlaix.
Lemesme jour, SaMajesté
qui alla voir les Vaisseaux,
monta sur le S. Michel, que
commande Mr Gabaret,Chef
d'Escadre, & ensuite sur le
Vaisseau de M. Forant, aussi
Chef d'Escadre
,&le foir
Elle visita les Magasins de
l'Arsenal de la Marine.Le
lendemain Elles'embarqua
pour partir le 8. des que
le jour paroistroit , mais le
vent ayant changé,iln'a
pû partir que le 17. Comme
son embarquement & le nom
des Vaisseaux &* Commantdanos,
rengardne l'Héistoierera,ifonnéeron
trouveratoutcela
dans la cinquième partie des
Affairesdu Temps. J'ajoûteray
îeulcmertt que pendant
le sejour de ce Prince à Brest,
route la Nobkfietdcs environs
est venue le saluër;qu'on
l'a receu avec de tresgrandes
acclamations dans tous les
endroits où-ila esté ; qu'il a
admiré le bonordre qu'on
a étably dans toutes les chosesqui
regardent la Marine,
&*qu'il a gagné le coeur de
tous les François,par les grandes
marques de bonté qu'il à
données.-
Je vous ay parlé de la Statuë
de Sa Majesté , foulanr
l'Heresie aux pieds, que Mr
du Bois, Contrôleur de la
Maison de Madame la Dauphine,
a fait faire. On a demandé
des Inscriptions pour
les graver sur le piedestal,
felon le choix qui en fera
fait.Voicycelles quecetavis
m'a fait envoyer.
I.
Sessublimesvertus,ses éclatans
exploits*
-
Le rendoient des Heros le plus
parfait modetle>
Lors que ce Monstre affreux
expirant sousses LOIX,
Vint achever sa gloire, cm la
rendre immortelle.
II.
Terrarum pestem Lodoix dum
mittit avernoy
Se terris munussicprobat esse
Poli.
III.
LVD. XIV.
MAGNUS VNDIQJJE.
Et verus
Super Hoeresim
HEROS.
- V.
Sous ses pieds triomphant Louis
tient ahaifiée
L'Heresie àjamais parson bras
terrassée.
Ce Monstre au desespoir, pour
hâterson dessin
,
S'arrache les cheveux , boit son
proprevenin,
Mais malgré sa fureur, ce Heros
immobile
Joüit de sa>vi£loircy
Gtr' demeure
tranquille.
V.
LVDOVICUS XIV.
Hoc\Jiïfoft(lrodomitoi
Magnus, Rex,Christianissimus.
Ilestparson hamrang> Roy,
qrand, &Tres-Chrestien.
Il l'estencor bien plus parsasage
conduite>
Mais peut-il mieux unir tous
ces grands noms au fien3
Que lors que parses Loix l'Heresie
est détruite?
VI.
HoFlibu<> una fides
,
eversis,
teslas habenda,
Nunc un** Lodoix, numine
Relligio.
Ceux qui ont expliqué l'Enigmedu
mois passé sur le
Bruit, qui en estoit le vray
mor, font Mrs Dagoust d'O..
lieres, Chevalier de S. Jean
de Jerusalem
,
Gentilhomme
Provençal ,âgé de quinze ans;
Coudreau) Pensionnaire au
Collegede la Flèche; A. P..
Boistel;deS. Romain de la
rue S. Severin; de la Fresnaye
du CollegedeNavarre;Lourdet;
du Bousquet natif de
Covifan en Languedoc; du
Rofey le jeune, de Lisieux ;
dela Valaiserie
,
de Caën:
D. S. I. de Chevrigny; le
Cointre des Purcx: du Perricr
: le Chevalier du Tile
d'Iiroudun; l'Abbédes sept
Voyes: C- L. Hutuge d'Orléans
:
le Chevalier de Boisdenier
de la Memberolle,proche
de Tours:T. G. ou la Perle
nouvelle venuë de la rue
Montmartre : celuy qui tait
son nom, de Paris; l'Indifferent
de la rue Perpignan :le
Conquerant en Campagne
,
Amant de toutes les Belles:
leplus jeune des quatre Fre.
res de le rue Bourlabhé.:. le
petit Micron du Bal de la rue
des Saints Peres: le Portier
volontaire d'une grande Maison
: le plus tcftu de la ïufc
du gros Horloge de Roüen:
leVisage sans pitié,de Rennes
en Bretagne:Mesdemoiselles
-
Cherry &deVillebonne de la
rue de Bourbon: Gangié de
- c~— Soissons: la charmante Angélique
de Dormans : laBelle
aimée & la charmante Brune
de la rue aux Fers: la belle
Procureuse aux Comptes rue
des deuxBoules:laBelle Infante
de la rue S. Christophle la
Veuve sans pareille de la rue
de Tournon: la Veuve à
l'Anagramme, Mon partage
te guérit : & le petit Brunet
fonAmant.
, L'Enigme nouvelle que je
vous envoyé est de Mr Rault,
de Roüen.
ENIGME
EjitiJ rlii composé de douceur&
de charmes,
Les Dieux pour me fo- rmer s'interessent
pour moy ,
Neptune par sa mer m'offre je ne
sçayquoy,
Cybelle parson sein, l'Aurore par
ses larmes.
Minerveparses fruits fournit une
liqueur ;
Vertumneparses donsse metde U
partie ;
Bacchusparses raisinsy mesle unpeu
d'aigreur,
Et de tout leur mélange on me voir
assortie.
Fait-on quelque Régal, quelque noble
festin
,
On m'invite aussi-tost pour venir à
la table ;
le n'y bois, ny ne mange, vois
plus d'une main,
Jj)ui s'arme contre moy ; suisjepas
miserable ?
Voicy un second Air, conforme
à la sainteté du temps
Il est encore de M.de-Bacilly,,
sur desparoles de M. Godeau.
-T. A~IRNOUVEAU,
Ressé
de cruelles
douleurs
--tui ne font avec moy ny de paix,,
ny de tréve,
0 Dieu
,
qui peux finir le cours de
mes malheurs ,
Encetteextrémité mon ccnir-àtoy,
sélevéy
implore ton secours ,sans craindre
quunrefus
Rende mon visage confus.
Il n'y a point de Peu ples si
laborieux que les François,
ny qui soient plus prompts à
embrassèr toutes les occasions
qui se presentent, de faire
paroistre leuresprit, & d'estre
utiles à leur Patrie Dés qu'ils
ont cru que la Guerre devoir
s'allumer avec les Ennemis de
la gloire du Roy, ils ont cherché
les moyens de marquer
leur zele, les unsenunechose,
& les autres en une autre.
Il y en a qui ont employé
leurindustrie à faire des Cartes
qui pussent servir à tons
les Commandans, Je vousay
déja parlé de plusieurs ôc
j'ay encore à vous entretenir
aujourd'huy de trois. La premiere
est une Carte particulière
du Diocese deCoutances
enBasseNormandie. On l'estime
une des plus belles Piccesde
Geographie qui ayent
paru julquesà present.Elleest
de quatre feuilles
,
dont il y
en a deux qui contiennent
toute la grand
- terre de cet
Eyesché
>
& dat1) les deux
autres sont les isles de J-rf y
Grenezey,& les autresIlk$
adjacentesternuës à pretç-ç
par les Anglois,&qui ont fait
autrefoispartie de ce mesme
Dioccese. Outre les Villes,
Bourgs,. Paroisses, Abbayes,
Chapelles que l'on marque
dans les Cartes particulieres,
on voit dans celle-cy tous
les Chafteaux &aurres Maisons
considerables des Seigneurs
& Gentilshommes, les
Hameaux,toutes les hauteurs
& abaissemens du terrain, jusques
aux moindres ruisseaux
les grands chemins, avec tout
ce qui regarde la Marine, les
bancs de sable; Rochers,
Basses,Courans,&autres recherches
curieuses. Enfin il
cft aise de voir en l'examinant,
que M. Mariette de la
Pagerie, Gouverneur de Mrle
Marquis deBeringhen, qui
en est TAuteur> n'a épargné
ny ses soins ny la dépense
pour en faire un Ouvrage accomply.
Cette Carte se debite
chez le Sr Langlois
, rue
Saint Jacques,à la Victoire.
La situation presente des affaires
d' Angleterre, & les
menaces ridicules des Protestans
de descendre en France,
la doivent faire rechercher.
Ce n'est pas qu'outre cela elle
ne soittres-curieuse
, & d'une
grande utilité pour ceux
que leurs affaires engagent à
connoistre le Pays. D'ailleurs
elle ne peutestre que tresbien
reçeuë des Amateurs de
la Geographie, qui veulent
se rendre sçavans dans tout
ce qui regarde cetteScience.
.;, La seconde de cesCartes
est de, MrdesGranges,Geographe
demeurant lur\le
Q,iiy,dc l'Horloge du Palais,
à la Renommce.C'est le Cours
du Rhinj. tiré sur des- Mémoires
justes & approuvez
desmeilleurs Auteurs, & le
plus ample & le plus exa£t
qu'on air encore vûCette
Carte est embellie des plans
& profilsde trente six des
principales Villes.On y trouve
aussi les Pays bas François
&Espagnols, qui ne font
dans aucune autre Carte du
Cours du Rhin, avec toutes
les routes depuis Paris jusqu'en
Allemagne & dans les
Pays bas. On vend aussi dans
le mesme lieu la Carte particuliere
du Palatinatdu
Rhin, pareillement embellie
des plans & profils de Philisbourg,
,'X. autres Villesconquifes
par Monseigneur le
Dauphin,
La troisiémeest un trèsgrand
ouvrage de M de Fer,
qui demeure sur le Quay de
l'Horloge, àla Sphere Roya.-
le. C'est une Carre des Frontières
de France,& d'Allemagne,
de(Tus & aux environs
du Rhin. Elle est en trois
feüilles, qui se peuvent joindre
& separer
,
suivant qu'on
le jugera le plus à propos. La
premiere qui est celle d'en
haut est intirulée, Les Provinces
Unies des PajyS'bas,connut
sous le nom de Hollande. La seconde
partie qui est celle du
milieu comprend un grand
nombre de divers Etats, sçavoir
une partie des l]Jais-hM
£atbolitjUes> du Cercle de Vestphalie,
le- Ctlçlc Electoral duRhin,
une partie des Cercles
duHaut-Rhin &, de Souabe,
& quelques Estats reunis à la
France ; comme la Lorraine,
/'AIface,&c. La troisieme
feüille, qui est celle d'en bas
contient la Franche Comté
ou le Comté de Bourgogne, les
Suîjjes avec leurs Alliez &:
leurs Sujets ; le Comté de
Montbeliart
5
la partie méridionale
de i'Alsace
, & le
quartier des Villes Forestieres
&c. Je reserve pour le mois
prochain beaucoup de choses
curieuses que j'ayencors
à vous dire touchant cette
dernière Carte.
Je finis ma Lettre du mois
passé en vous apprenant la
mort de MessireHonoré
Barentin
,
Seigneur d'Hardiviliers,
Maistre des Requestes
)
President au Grand
Conseil.Cest une Charge
qu'il a exercée depuis l'année
1665. avec heaucoup de capacité
& d'estime. Il estoit
au paravant Conseil1er dans
le mesme Corps. Il mourut
-
subitement d'uneapoplexie
de fang dans le Grand Conseil,
en y rendant la justice
avec son équité ordinaire.
Les Enfansqu'il a laissez font
tous dans une grande jeunesse.
Madame la Presidente BarentinsaVeuve,
etFilledefeu
Mr>Perrot de laGrand-Mai
fotvj Conseiller en la Grand'
Chambre du Parlement de
Paris. La FamilledesBarentin
porte d'azurà trois faces,
la premiere d'or , les deux autrès
ondées,jurmontéesde trois
étoiles d'or en chef. De cette
Famille estoient Défunts
Charles Barentin Maistre
d'Hostel du feu Roy; Charles
Barentin, Maistre des Requelles,
&Honoré Barentin,
Seigneur de Charonne, Conseiller
d'Estat. Le FreredeMr
le PresidentBarentin, qui
vient de mourir,estMr Barentin
Conseiller en 71a
Grand* Chambre. Sa Soeur
avoir épouséfeu Mr le Marquis
deSouvré deCourtenvault,
dont la Filleuniqueest
Femme de Mr de Louvois,
Ministre Ez Secretaire d'Etat,
Chancelier des Ordres du
Roy,Sûr-Intendant de ses
Bastimens, Arts & Manusaéture-
s, & Sur-Intendant des
Postes de France. LaFamille
des Perrot , Seigneurs deE£f^
court& la lvlalmaifonaz,
donnédepuis le regne de
François I.plusieurs Presidens,
aux Enquestes, Maistres des
Requestes
,
Conseillers au
Parlement & aux Cours superieures
, & Chevaliers de
Malthe. Elle porte d'azurà
deux Croissants adojje^ en pal
d'or au chefd'argent charge de
trois Aiglesde fable.
Charles Henry de Cler-
/-".,11., mont, Marquis deCruty&
de Vouilars
,
Seigneur de
Ravieres
,
& autres lieux,
mourut en son Chasteau de
Vouilarsau Comté de Bourgogne,
le ig) du dernier mofe
Il estoit Fils de Roger de
Clermont & d'Elizubeth de
Perncs
,
& - l'aisné de la fécondé
Branche de cette illustre
Maison,dont le nom
seul fait un magnifique éloge.
Apres avoir servi vingtsix
ans dans des Emplois proportionnez
à sa naissance, il
épousa Elizabeth deMorsol,
Dame d'une haute vertu? &
d'unméritéaussidistingue,
que sa Maison l'est entre les
plus considerables de Bourgogne,
Il laille deux Fils &
une Fille.
-- Mr
MrCoquart de la Motrc»
Arachidiacre de Josas,Chanoine
de l'EglisedeParis, &
Abbé de S. Martin de Mas.
say
,
est mort aussi depuis
peu. Comme ce mot de Josas
vous peut arrester, je vous
dirayquel'Eglise de Paris a
trois Archidiaconez ; celuy
de Paris, qui cn: nommé
Grand Archidiacre de Paris;
celuy de Jofas, qui est le nom
d'un Village aux environs de
Versailles
,
où s'érend cet
Archidiaconé, & dont dépend
aussi Saint Germain en
Laye, & le troisiéme, l'Archidiacre
deBrie. Onneseauroit
remplir les fonctions
d'un Archidiaconéavecplus
d'exactitude que faisoit Mr
l'Abbé dela_Motte. Il a
réuny du temps queMr de
Perafixe estoit Archevesque
de Paris,beaucoup de choses
qui en avoient estédémembrées,&
ce Prelat le fit un'
des principaux Exécuteurs de
sontestament. Ila fait beaucoup
de Legs pieux, dont
il y en a un fort considerable
àl'Hostel Dieu,& ilafondé
un Obit à perperuité dans
l'Eglise Nostre-Dame. Mf.
l'Arcevesque voulant -lque!
son Arc-chidïacone tem"l
ply par un tiom'rae demerite&
d'une grande vertu , a
choifr Mrdela Bardes
, premier
fresident
aûx'£-n<Jue-ues-r
Frere de Mr de la Barde, qui
a esté pendant plusieureannées
Ambassadeur enSuisse,&
Mtl'AbbéMoreau,PilsdeMr
Moreau, permier Medecin de
Madame la Dauphine
, a esié.
pourvû de laChanoinie par ce
Prelat , à la recommamdationde
Madamela Dauphine.
Les dernieres nouvelles
qu'on a çu£s de Constantinople
nous ont appris que
M,1 Girardin, Ambassadeur
de France, y est mort d'une
retention d'urine, dans le
mois de Janvier. Il y estoit
toujours demeuré sans avoir
estéàAndrinople depuis que
le Grand Seigneur y fait son
sejour. Voussçavezqu'il a
voit estéConseiller au Parlement,
& ensuite Lieutenant
Civil au Chastelet de Paris.
Il estoit Filsde Madame Girardin,
qui s'estremariée à
Mr Girard de la Cour des
Bois. Maistre des Requestes.
Madame Girardin sa Femme
en Fille de Mr Ferrand, Lieu-,
d'Angleterre, ne voulant rien
repeter de ce qui est dans la
cinquièmePartiedesAffaires
du Temps. Le Prince d'Orange
s'est trompé lors qu'il
a cru que la Convention seroit
aussi prodigue d'argent
qu'elle l'a esté de suffrages
pour le mettre sur leTrône,
& il luy a fait tant de demandes
à la fois qu'elle s'en
est ve uë comme accablée, ce
qui n'a pas accommodé ses
affaires. Il a demand é vingt
mille hommes tant Cavalerie
qu'Infanterie pour envoyer
en Irlande, une Flotte qui
pust empescher les Vaisseaux
de France d'y passer, en se
joignant à celle des Hollandois,
& sixcens mille livres
Sterlin pour indemniser les
mesmes Hollandois de la dépense
qu'ilsont faiteàéquiper
la Flotte, avec laquelle
il est descendu en Angleterre.
Jugez à combien monte cette
somme qui va à treize fois
six cens mille livres. Il a aussi
demandé huit mille hommes
pour envoyer en Hollande
selon le Traité de Nimegue
,
parce qu'il pretend,comme
Roy d'Angleterre estre garand
delaPaix, qu'il ditavoir
esté rom pue par la France
,
bien que soninvasion en
Angleterre
,
de concert avec
la Maisond'Auftriche, quelques
Electeurs, plusieurs Princes
d'Allemagne,& les Hollandois,
afin de s'unir tous
pour attaquer ensuite le Roy,
ait engagé ce Monarque à se
mettre en estat de n'en rien
craindre, & de prevenir les
insolentes menaces que faisoient
les Protestans de descendre
en ce Royaume avec desArmées formidables.
Leurs descentes paroissent en.4
core assez éloignées, &: plusieursFrançois
ont passé les
Mers,sans qu'il ait paru
qu'aucun de ces Protestans
qui mettent leur bravoure à
menacer, ait osé venir de ce
costé-cy. S'il y en a quelquesuns
qui quittent l'Angleterre,
ils ne le feront que pour prendre
la fuite en Hollande avec
moins d'appareil qu'ils n'en
font fortis. Outre tant de
Troupes & d'argent que le
Prince d'Orange demande
aux Anglois, il a encore exposé
à la Convention qu'il
avoit fait un Traité un peu
avant son départ de Hollande
pour donner aux Etats un
secours consider*able, aussitost
qu'il auroit rétably les
Affaires d'A ngleterre. On
voit par là qu'il pensoit à la
Couronne;que les Hollandois
n'ontpas dit vray lors qu'ils
'eÍl,t voulu faire croire dans
toutes les Cours de l'Europe,
qu'ils prestoient du secours
au Prince d'Orange pour une
affaire à laquelleils n'avoient
aucune part, & que lors qu'ils
se sont recriez sur l'injustice
de la Déclaration de Guerre
que la France leur a faite, leur
chagrin n'estoit que de se
voir prevenus,puisqu'ils n'attendoient
tant de sortes de
secours du Prince d'Orange
& d'Angleterre, que pour
faire cette Déclaration les
premiers. Au milieu de tant
de demandes faites à la Convention
,
les Amis de ce
Prince, de concert avec
luy, ont encore proposé de
luy donner un subside extraordinaire
de deux millions
de livres Sterlin. Voilà comme
bien souvent la profperice
aveugle & fait trop tenter.
Cette proposition a achevé
d'aigrir les esprits. Pluficurs
l'ont rejettée, &quelquesuus
se sont retirez dans leurs
Terres
, en protestant qu'ils
n'en payeroient jamais rien.
Mr Seimour est de ce nombre.
C'est un homme fort
considerable
,
& qui a esté
Orateur d'un Parlement. On
a accusé plusieurs du party
du Prince d'Orange d'avoir
conseillé au R oy une partie
des choses contenues dans
les griefs que la Convention
a donnez contre Sa Majesté.
Ces Seigneurs se sont plaints
au Prince d' Orange , parce
qu'ils n'ont rien fait que de
concert avec luy
, en donnrnt
desconseils à ce Monarque
qui luy dévoient attirer
la haine des Peuples, &
donner lieu à tout ce qu'a
fait le Prince d'Orange;mais
cette inrrigue estoitun secret
pour les Communes qui ne
pouvoir estre confié àtant
de gens. Titus ~Onts paroist
digne d'occuper la Convention.
Elle reçoit ses Requêtes,
& veut bien donner son
temps à revoir son Procés.
Ainsi cette Assemblée illegitime
,
croit avoir droit de
revoir ce qu'a fait unParlement
legitimement convoqué
, & ce qui a esté approuvé
par plusieurs autres.Les Troupes
quittent le Prince d'_Q:'
range en plus grande quantité
à la fois qu'elles ne l'ont
joint après sa dcfccnte. Cinq
mille hommes qu'il vouloit
envoyer en Ecosse pour y faire
soutenir ses interests,onttous
deserté en mesme temps , &
ont pris party pour le Roy,
l'un d'un costé, & l'autre de
l'autre, dans les lieux où il y
a des Troupes assemblées
pour Sa Majesté. La plurpart
des Officiers de celles qui
font destinées pour la Hollande
ont aussi deserté, & huit
Officiers du Regiment de
Graftonont rendu leursCommissions,
de forte qu'on a esté
obligé de le casser. Plusieurs
ont suivyleurexemple,&on
ne voit par tout que desertionouCommissions
renduës,
On a proposé de punir de
mort ceux qui les rendroient.
Quand ce traitement, entierementcontraire
à l'usage en
pourroit intimider quelquesuns
, on est mal servy lors
qu'on veut l'estre de foree.
Toutes les prisons font pleines
; ceux qui les remplissent
ne serviront pas le Prince
d'Orange
, au contraire ils
feront beaucoup crier leurs
Parens & leurs Amis contre
le Gouvernement. Le Comte
de Devonshire, qui est un des
plus riches Seigneurs d'Angleterre
, a rendu ses Commissions
pour lever deux Regimens
à ses frais.Cetexemple
a porté beaucoup d'autres
moins enestat dele faire,
de rendre aussi cellesqu'ils,
avoient. Sa Majesté Britannique
a fait afficher à Londres.
une Proclamation, qui poir-te-/, (juElle casse la Convention; 1*'Elle donne une Amnistie de
tout le passé,à la reserve de
dix-sept personnes qu'on ne
nomme pas., ~& que si on n'executeseserdres,
Elleseraobli-
$ee de se fcrvtr de Troupes Strangeres,
à quoy onJçait qu'file
a toûjours eu grande répugnance.
Le Comte de Tirconnel
n'a pas seulement mis l'Irlande
en estat de se défendre,
mais encore de donner du secours
à ceux qui font fidelles
au Royen Ecosse &enAngleterre.
Cela renferme tout
ce qu'on pourroit dire de luy
& dece Royaume-là.Les Protestans
ont marqué autant de
joyeque les Catholiques lors
qu'ils y ontvû arriver le Roy.
Quancai Ecosse,elle fait paroistre
le mesme zele,& le
Duc de Gourdon qui a toujours,
confervé le Chasteau
d'Edimbourgpour le Roy, y
a mis un bonCommandant
en sa place, & enestsorty;
pour aller se mettre à la teste
de sixmille hommes qui ont
pris les armes pour ce Prince.
(
On asseuremesme presentement
que les Lettres que le
Prince d'Orange avoit envoyées
en Ecosse pour faire
assembler laConvention, ont
esté bruléespar 1Exécuter
de la Haute ]milice
,
suiv ant
l'ord re de plusieurs Seigneurs
& Dépütez,qui se sont assemblez
à Edimbourg. Je
suis, Madame, Vostre, &c..
A pariscesi.Mursi6S$. APOSTILE.
,
Les Lettres d'Angleterre du 28.
Mars, portent que leComte de
Devonshire, s\si. retiré dans Tes
terres après avoir dit hautement
*
que le Prince d'Orangen'avoit rien
tenu de ce qu'ilavoit promis, &
que ce Comte a esté suivy d'environ
quarante Seigneurs; que le
Parlement n'avoit encore rien resolu
touchant les demandes du
Prince d'Orange; qu'on fermoit
presque tous les jours les boutiques
dans quelque quartier de Londres,
à cause du desordre qui yarrivoir,
que les Aprentifs n'ayant rien à
faire pendant ce temps-là, il s'en
estoit trouvé qui avoient formé une
espece de Convention en derision
de celle qui se tient à Londres, &
qu'ils y avoient condamné l'E vesque
de Londres à estre degradé
à cause qu'il avoir paru à cheval
un juste-au-corps bleu, & l'épée
au costé
, que le Prince d'Orange
prevoyant bien qu'il seroit
obligé à combattre, avoit re-
{cI. de faire retirer la Princesse a
femme en Hollande, mais qu'il
vouloir sçavoir auparavant si on
l'yrecevroit en Reine , & qu'il
faisoit fairedes balots dans toutes
les maisons Royales des plus precieux
meubles qu'il y avoit trouvez,•
j'ay sceu ce dernier article
par un homme qui les a vus. '.-
On n'avoit encore sçeudes nouvelles
de l'arrivée de Sa Majesté
Britannique en Irlande que par les
Lettres d'Angleterre, mais le Fils,
de M. Cabaret, a apporté au Roy
des nouvelles de cette arrivée
, S>ç,
du retour des Vaifîeatix de Sa Majessé
à Brest.Comme le Roy seul a
reçû des Lettres, je ne fçaurois
encore vous dire le détail de ce qui
s'est passé en Irlande,maison confirme
tout ce que vous avez apris
touchant les acclamations avec
lesquelles le Roy d' Angleterre a
esté reçû. On dit que les Peuples
se sont jettez à l'eau pour avoirla
joye de le voirplûtost.
Ode\ 12
Autre. 15
LettreaMr.deBerufe. 22
CQmmandemcntdu Havre deGrâce
; : donné 4: Mr. le Gomte de Lomont.
75
Ode. 88
Voyage desEnvoyez de SÙtmà Rome. -- 99
Haranguefaite au sape par les En- vûyez,. 122
?raducfton de la Lettre du Roy de
TABLE.
Siam au Pape. iji
La Fontaine de Jouvance. 14S
Parolessur les Conquestesde Monseigneur.
iss
Mariage de Mr le Duc de Duras. IfS
OmfficierstgéZnérauxjno.uv1ellem6ent$nom- Hijloirede Accademie de Soissons
igl
Entretiens touchant t'ent;,,¡rift du
Prince d'Oyj/.ge sur l'Angleterre.
180
Guerre des Turcs avec la Pi/ogne,
la MVLOV'C, 6, la Hwgne.19c
Ouvrage de Mr le Pays. 1
Histoire. 202
Tout ce qui s'est passé au voyage du
Iioy u'A;ig\terre depuis son déport
jufquis à Brest aveclesHarangues
qui luy vnt 'lIt: faites. 233
TABLE.
Inscriptions pourla Statue du Roy ,
que Mr. du BoisGuerin a fait
faire. 2,00
Article des Enigmes. 297
CartesNouvelles. 299
Morts. 30&
Mr. le Blanc est nomméAmbassadeur
à Constantinople.315
Suitte des affaires d'Angleterre. 307
Avis pourplacerles Figures. L'Air qui commence par,Bienheureux
celuy qui n'aspire, doir
Qualité de la reconnaissance optique de caractères