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1688, 12, t. 3 (Affaires du temps)
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Library ofthe University ofMichigan
TheCoylCollection.
MissJeanL.Coyl
ofDetroit
in memory ofherbrother
Col.WilliamHenry
Coyl
1894.
16557
суре
V
.
;
{
**
་
1-
TROISIE ME PARTIE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
2dePartie de x 1688 .
Chez
A PARIS ,
MICHEL GUERCUT
Court- neuve du Falais ,
auDauphin.
M. D C. LXXXVIII.
Avec Privilege du Roy.
840,6
M558
1688
Dec.
pt.2
+
Coyl
Gottschalk
10.14.55
88594
AVIS .
Voidestotrois o
Oilà toutes les Affaires du Temps renfer
oans
gine , leur progrés & leur fuite. Pluft au Ciel
qu'on y vist auffi leur fin. Les pieces hifto- .
riques qui concernent toutes ces affaires font dans
ces mefmes Volumes , le refte qui regarde moins
Lapolitique que des faits , fur lesquels il n'eft
pas besoin de raisonner , & qui ne demandent
point de replique comme, marches , dénombrement
de Troupes & Combats , fe trouvera dans
le Mercure de ce mois dans les fuivans. La
défense de la verité , la justice du bon party ,
ont fait parler dans ce Volume d'une maniere
qui pourroit paroistre hardie , fi ce qu'on y
rapporte n'eftoit pas conftant. D'ailleurs on fe
Jent animé d'un zele qui ne peut eftre blafmé
quand on parle pour des Teftes couronnées , &
qu'on le fait avec autant de justice , & avec
autant d'autoritez que l'on en trouvera d'aller
quées dans ces trois Volumes. Les ennemis de
la verité, qui ne fçauroient fouffrir de repliques,
voudront peut- efire faire passer pour fatyre , ce
qui ne l'eft peint ; ceux qui attaquent avec injures
font des fatyres , mais des réponses qu'on
fait pour l'intereft de la verité ne peuvent estre
A VIS.
dece nombre , quelques vigoureuſes qu'elles puif
fent eftre. En tout cas on ne croit point qu'cu
cune Fuillance de Hollandefe puiffe plaindre
puis que c'est un Pays où tout eft remply d'écrit
injurieux à tous les Potentats de l'Europe , fan
parler des Tableaux & des Estampes qui ne le
épargnent pas. Ceux qui font des Satyres pren
nent foin de fe cacher, & l'Auteur du Mercur
reut bienfe faire connoifre , fçachant avec certitude
qu'il ne dit que la verité , qu'il ne défend
qu'une jufte cause , & qu'il ne repousse qui
dés calomnies.
On avertit le public qu'il doit prendre garde à
la maniere dont on a refuté la Priere du Miniftre
Menard. On fait qu'elle eft presque toute
composée de paroles de l'Ecriture fainte , & ce
n'eft pas ce que l'on attaque , mais on la ruine
par fonfondement , par le mauvais usage &par
la mechante application. On s'eft feulement attaché
à deux chofes touchant cette Priere ; l'une
à faire voir la contradiction qui fe trouve entre
elle , la déliberation des Etats , & l'autre à
détruire l'application injurieuse de 1ofué , de
Sennacherib , &c. que les Miniftres affectent
dans leurs Ouvrages.
TROISIE ME PARTIE
DES AFFAIRES
DU
TEMPS
OUS avez vû dans
ma Lettre précedente
ce qui a donné
lieu à l'Appel inrerjetté
au futur Concile Univerfel ,
par M' le Procureur General
du Parlement de Paris . Il faut.
vous faire part dans celle- cy
3. Part. A
2
Suite des Affaires
des
remarques
que j'ay faites
pour prouver que ces fortes
d'appellations
font canoniques
& legitimes , & qu'elles
ont efté toujours pratiquées
chez tous les Souverains
. Elles
ont leur fondement
dans
le droit de Nature, & font autorifées
par le droit des Gens ,
en forte qu'il n'y a rien de
plus commun & de plus neceffaire
que l'Appel
, qui eft
un moyen de défenſe ; Ap-.
pellandi ufus quàm fit apud omnes
frequens , quámve neceffarius
nemo eft qui nefciat.
Digeft . 1. de appellat. Auffi les
•
du Temps.
3
Canoniftes conviennent que
tout ce qui fe pourſuit juridiquement
par la voye d'Ap
pel , doit eftre receu & approuvé
par les parties intereffées
. Afin d'éclaircir cette
matiere , qui eft de confequence
pour bien entendre
les affaires du temps , il faut
fuppofer
comme une verité
conftante
dans le droit , que
quoy que toute affaire jugée
foit cenfée pour une verité
à cauſe de l'autorité
du Juge,
il eft cependant
hors de doute
par la pratique fondée fur
de Droit Civil & Canonique
,
A ij
4 Suite des Affaires
qu'il eft permis d'appeller du
Jugement, ou de la Sentence
d'un Juge inferieur à un Juge
fuperieur; ce qui ne ſe doit
pas feulement entendre des
Jugemens ou Sentences, mais
encore de toutes peines judiciaires,
ou extrajudiciaires .
Il faut donc fe fouvenir
qu'il y a de deux fortes d'Appellations
, fçavoir judiciaires
& extrajudiciaires. L'Appel
judiciaire eft fait de la
Sentence , ou des circonftances
qui font de l'effence ,
& qui accompagnent le Jugement.
L'Appel extrajudiciaire,
& dont il s'agit icy,
du
Temps.
eft regulierement interjetté
hors le Jugement , contre un
Juge qui nous a lezez , ou
qui pouroit dans la fuite nous
lezer; ce qui fe pratique comme
un remede & une précaution
, tant pour le paffé
que pour l'avenir. De appel.
in Clement. c. 3 & cap. concertationi
8. in 6. Item , cap. confideramus
10. cap. cum nobis 19.
cap. auditis 29. ext . de electio.
&c. On peut voir cette diftinction
d'appellations traitée
avec plus d'étendue par
le Panormitain fur le chapitre
, bona ft. ext. de appell .
A iij
6
Suite des Affaires
Appeller , c'eft provoquer
fa partie devant, ou pardevant
un Juge fuperieur , pour me
fervir du mot qui eft en uſage
dans la pratiqué . L'Appel
s'interjette au nom du Procureur
General , qui eft la
vraye Partie aux appellations
par un fimple Acte , & on le
releve par un Arreſt.
Qu'on ne nous dife pas
donc que cette maniere de
proceder a esté inventée par
les François . La fubordinanation
qui fert à conferver
les Etats , a fait que de tout
temps , chez toutes les Nadu
Temps.
7
tions , on s'eſt plaint aux Superieurs
des jugemens qu'ont
rendu les inferieurs . De plus,
c'eft avec raiſon que M. le
Procureur General a remarqué
dans fon Acte d'Appel,
les precautions font établies
par le Droit , pratiquées en plufieurs
occafions , & fondées fur
les fentimens mefmes des Canoniftes
Italiens. Auffi le droit
que
Romain nous apprend que
lors que l'on avoit licu de fe
plaindre de l'injustice d'une
Sentence, on en pouvoit interjetter
appel L. Præfecti 17-
ff. de minorib.& L. à fententia,
A j
8 Suite des Affaires
ff. de appellationibus.
Les Souverains Pontifes &
les autres Princes Ecclefiaftiques
ayant fait des entreprifes
extraordinaires fur le droit
des Souverains , lors que l'ignorance
des ficcles paffez
ne permettoit pas de demêler
le Sacerdoce d'avec le
Prince temporel , les Rois
ont efté contraints d'avoir
aux Appellations
recours
au futur Concile , & dans
la fuite aux Appellations
comme d'abus . Elles fe reduifent
prefentement à quatre
points principaux . Le
premier eft la contravention
du Temps. 9
aux Saints Conciles . Le
fecond l'entrepriſe fur les
Droits du Roy en ce qui regarde
les chofes temporelles,
& les libertez de l'Eglife Gallicane
. Le troifiéme, la derogation
aux Concordats & c .
Le quatrième, l'entrepriſe de
la Jurifdiction Ecclefiaftique
fur la feculiere .
Pour prouver ce que nous
avons dit , que les Canoniftes
Italiens admettent les appellations
, il faut bien remarquer
, que M's les Docteurs
Ultramontains conviennent
avec nous du fond , & difent
qu'il eſt permis d'appeller
10 Suite des Affaires
pourvû principalement , que
l'Appel aille de l'inferieur au
Superieur.
Comment le pourroientils
nier , puifque les Ecclefiaftiques
peuvent en bien
des rencontres entreprendre
fur le droit des Souverains ?
On eft obligé de les arrefter,
ce qui les neceffite non feu ..
lement de recevoir les Appellations
, mais encore les
fimples citations . Cela eft fi
vray , qu'il fe trouve dans la
definition mefme de l ' Appel ,
qui eſt une provocation faite
d'un Tribunal inferieur à un
du
Temps.
II
·Superieur , pour y faire reformer
une Sentence injufte.
J'avoue que la Cour Romaine
n'a pas toûjours efté
femblable à elle- mefme dans
ce fentiment . Elle s'eft accommodée
aux temps & aux
circonstances
>
embraffant
toujours avec chaleur toutes
les occafions qu'elle a cru favorables
à fes entrepriſes .
Mais fans m'engager dans un
detail & dans des diftinctions
qui ne font pas de mon ſujet ,
je me contenteray de remarquer
, avec les fçavans Jurifconfultes
, que l'Appel eft
12 Suite des Affaires
tres- legitime, & qu'il ne peut
eftre denié , lors que la Cour
Romaine excede dans fes pretentions
, ou que les Refcrits
du S. Pere font oppoſez à la
puiffance du Prince fur fon
temporel , ou qu'ils tendent
à porter prejudice à fes Edits,
Ordonnances , ou aux libertez
Ecclefiaftiques de fon
Royaume . On peut voir ce
qu'en a écrit celuy qui a fait
des Commentaires , fur la
Pragmatique Sanction , ſur le
§ . ne tamen verbo voluit.
Il eft vray qu'il n'eft pas
permis d'imiter le procedé
du Temps .
13
injufte des Donatiftes qui appellerent
du Synode tenu à
Rome par le Pape Melchiade
en 313. les Heretiques ne voulant
pas fe foûmettre aux decifions
du Synode qui les venoit
de condamner,voulurent
traduire la cauſe au tribunal
de l'Empereur Conſtantin ,
qui rejetta leur Appel , avec
des paroles de mépris &
d'horreur pour leur temerité.
Nous lifons encore dans
l'Hiftoire Ecclefiaftique qu'-
un Evefque nommé Chrononius
, ayant effé condam .
14 Suite des Affaires
né fes Confreres , appella
par
à l'Empereur Valentinien ,
qui le condamna à une amende
envers les pauvres , pour
le punir de ce qu'il avoit mal
appellé. C'eft ce qui fe voit
dans le Code Theodofien au
livre 20.
On pourroit encore apporter
le 9. Canon du . 3. Concile
de Cartage celebré en l'année
de J. C. 397. ſi ce n'étoit
une chofe inutile dans
l'affaire prefente , où il s'agit
feulement de montrer que
l'Appel au futur Concile eft
tres - legitime & Canonique,
du Temps. 15
n'eftant autre chofe qu'une
provocation , Afede ad Sanctam
fedem , & ad futurum generale
Concilium, proximè celebrandum
, ainfi que difent les
Canoniftes , qui remarquent
fort bien que ce n'eſt point
faire tore à la juriſdiction &
à l'autorité de l'Eglife, dont
on conferve le droit. Ce ne
font pas feulement nos Archives
de France qui font
foy de l'Ufage de ces Appellations
; elles ont auffi efté
pratiquées en Angleterre , en
Efpagne & dans les autres
Eftats Catholiques. L'Hi-
C
16 Suite des Affaires
ftoire nous en fournit de
gtands exemples & de belles
autoritez , qu'il feroit trop
long de citer .
La verité eft cependant
que les Princes , ou les Cours
Superieures n'ont jamais employé
le remede de l'Appel
au futur Concile que dans
l'extremité, c'eſt à dire, dans
les chofes qui estoient du
bien general de toute l'Egli
fe , ou qui regardoient l'Etat
dcs Princes , comme nous l'avons
déja dit.
Philippe le Bel , Roy de
France , qui vivoit au comdu
Temps.
17
mencement du 14. Siecle, ne
pouvant plus fouffrir les entrepriſes
que le Pape Boniface
VIII. faifoit injuſtement
fur le temporel de fon Royaume
, fut contraint d'en appeller
au futur Concile . On
voit tous les Actes de cette
procedure qui font aſſez curieux
pour trouver place dans
une Hiftoire particuliere .
M Dauvet interjetta auff
un Appel , comme Procureur
General du Roy , fur un
refus du Pape pie II . La forme
de cet Acte eft trop importante
à noftre fujet pour
3. Part. B
Is Suite des Affaires
n'en pas donner icy un extrait.
Ob reverentiam militantis
Ecclefia , reprefentandam
in Concilio generali congregando
: & quoniam appellatio , feu
procuratio per vos facta , ftatum
ejufdem Univerfalis Ecclefia ,
facrorum Conciliorum authoritatem
, ac tantum Principem, tantamque
Chriftianitatis portionem
, ficut
Chriftianiffimum
Francorum Regem & fuum nobiliffimum
Regnum de directo
tangit & concernit , idcirco ,
quantum de jure poffumus , &
valemus, appellationi veftra deferimus
reverenter › & hoc pro
du
Temps .
19
Apoftolis vobis refpondemus .
C'est ce qui fe lit dans Mathieu
en fon Hiftoire de
Louis XI . & c'eſt un paſſage
fort important pour montrer
à nos Adverfaires en quels
cas on met en pratique dans
ce Royaume les Appellations
au futur Concile . Nous declarons
donc que par
donnons de plus fortes marques
de noftre profond refpect
pour l'Eglife militante ,
reprefentée dans un Concile
general legitime , dont nous
reconnoiffons la fouverains
là nous
autorité. Que c'eft qv.Ili pour
Bij
zo Suite des Affaires
maintenir cette mefme autorité
des faints Conciles , & -
afin de ne pas mettre en compromis
la dignité d'un auffi
grand Prince que le Roy
Tres - Chreftien ; enfin c'eſt
pour conferver une des plus
belles portions de l'Eglife
Univerfelle , qui a toujours
regardé le Royaume de France
comme l'une de ſes plus
nobles parties.
Peut - on avoir des motifs
plus juftes d'appeller , & à
moins que d'eftre entierement
dévoué aux fentimens
inſouſtenables des Docteurs
du
Temps.
21
ultra- montains , ne doit- on
pas tomber d'accord que les
appellations au futur Concile
ne paroiftront nouvelles
& illegitimes qu'à ceux qui
feront attention feulement
aux entrepriſes de la Cour
Romaine , qui a tâché d'infpirer
par tout ce qu'il y a
de moyens , que les Papes
font les Juges fouverains dont
il n'eſt pas permis d'appeller?
L'ignorance des ficcles paffez
, jointe à la divifion de
l'Eglife, agitée par des Schifmes
horribles & des Herefies ,
fut caufe que cette opinion
22 Suite des Affaires
pes
fe gliffa infenfiblement dans
l'efprit de plufieurs. Les Pafe
fervirent de ces conjonctures
favorables à leurs
deffeins, pour étendre leur
domaine temporel . Ils firent
plus de conqueftes avec le ſecours
des armes fpirituelles ,
que leurs Chefs n'auroient
ofé efperer avec les Troupes
de plufieurs Royaumes qu'ils
avoient pour Alliez . On eut
peur des foudres du Vatican,
& fans démefler fi les Cenfures
Ecclefiaftiques avoient
leur effet , & portoient coup
lors qu'elles partoient d'un
i
1
du Temps. 23
principe injufte, ce fut affez
d'excommunier
& de mettre
des Royaumes en interdit ,
pour infpirer une terreur generale
, & donner la liberté à
des ufurpations injuftes .
Quels defordres n'a t- on
point vûs dans tous les Etats,
& dans la fuite des Siecles .
pour n'avoir pas
d'abord
remedié
à des entrepriſes
fi peu
legitimes ? Les Papes feuls en
ont profité ; le Patrimoine de
S. Pierre qu'ils tiennent de la
liberalité de nos Roys Tres-
Chreftiens
s'eft augmenté
de
telle forte , que nous le pou24
Suite des Affaires
vons regarder comme l'une
des plus puiffantes parties de
l'Italie .
Les Souverains Pontifes fe
voyant donc en eftat de donner
des loix dans le temporel
auffi- bien que dans le fpirirituel
, ont fait des alliances,
déclaré la Guerre , fortifié
leurs Etats , conduit des Armées
, levé des Troupes &
des Contributions ; en un
mot , ils font entrez dans
les mefmes engagemens
que
les autres Souverains du mon-
"
de , & lors que leur mauvaiſe
fortune , où la foibleffe humaine
du
Temps.
2$
maine les a contraints de ceder
à la fuperiorité des Empereurs
ou des autres Princes
contre qui ils combattoient ,
ils ont eu recours aux excommunications
& aux interdits.
Ils n'avoient garde alors
de fouffrir qu'on dift chez
eux qu'il y avoit un Juge au
deffus de leur tefte , qu'ils
eſtoient foûmis au jugement
d'un Concile , & que les Papes
ne pouvoient difpofer du
temporel des Souverains . C'étoit
estre Heretique & digne
de mort que d'en douter
3. Part.
C
26 III. P. des Affaires
})
mefme , d'où vient que la
complaifance , qui a eſté de
tous les fiecles , leur produifit
des Ecrivains gagnez & des
plumes venales qui flatterent
la cupidité humaine , & qui
foûtinrent avec confiance ,
qu'on ne pouvoit appeller duFugement
du Pape à un Concile
que les Souverains efloient foumis
au faint Siege , mesme pour
le temporel , & tant d'autres
maximes qui font entierement
oppofées à l'efprit de
Jefus Chrift , & au repos des
Royaumes ; & comme le
droit Canonique doit ſa meil-
;
du Temps. 27
leure partie aux déciſions, aux
Decretales , aux Lettres , aux
Bulles , & aux Refcrits des
Souverains Pontifes , il n'y
a pas lieu de s'étonner de
quelle maniere on y traite
les appellations au futur Con
cile.
Mais fans m'engager dans
tous les exemples que je pourrois
tirer de l'Hiftoire , c'eft
affez de remarquer en paflane
que fi les Papes avoient cru
devoir rendre compte de leur
conduite devant un Tribunal
Superieur , qui eft le Concile
General , ils fe feroient bien
Cij
28 III. P. des Affaires
donné de garde dans les fiecles
paffez , de fouffrir des
ufurpations & invaſions de
tant de petits Etats qu'ils ont
ajoutez à leur Domaine , temoin
ce que fit le Duc de
Valentinois fous Alexandre
VI. pour ne point parler de
tant d'autres.
Bien loin de reconnoiftre
une Doctrine fi
canonique ,
& de fe foumettre au jugement
des Conciles Generaux ,
ils
conferverent precicufement
& avec une extrême jaloufie
les fentimens qui étoient
fi utiles à leur politidu
Temps.
29
que ; mais comme c'eft une
politique, humaine , & que
nous devons , fans nous feparer
de l'unité de l'Eglife , diftinguer
l'homme d'avec le
Vicaire de Jefus Chrift , on
s'eft relevé de l'ignorance
groffiere , où l'on eftoit plongé
autrefois , & l'on a déve
lopé les tenebres épaiffes qui
environnoient l'efprit de plu-
Leurs.
De là vinrent ces Appellations
» à fede adfanctamfedem 5
à Papa ad Papam melius confultum
; à Papa non benè informato
» ad Papam melius infor
Ciij
30 III. P. des Affaires
mandum , à Papa dormientes ad
Papam vigilantem ; & enfin à
Papa ad futurum generale Concilium
; quoy que l'on n'euft
dans toutes ces Appellations,
d'autre deffein que de maintenir
la fubordination , & les
degrez de Jurifdi&ion qui
doivent eftre dans l'ordre
hierarchique de l'Eglife .
Auffi l'Univerfité de Paris,
comme le remarqua tres - bien
Mile Procureur General , en
parlant à cet Illuftre Corps
le 8. d'Octobre dernier , nous
a enſeigné dés l'an 1491. ce
que nous devons croire fur
du Temps . 30 ;
les Appellations. Le Pape Innocent
VIII . avoit expedié
des Bulles avec pouvoir à
certains Commiffaires de lever
de groffes fommes fur les
Ecclefiaftiques du Royaume.
L'Univerfité de Paris ne pouvant
fouffrir cette entrepriſe
appella des Bulles , Afanétiffimo
Domino noftro Papa Innocentio
VIII. minime debitè confulto
ad ipfum melius confulendum
, & ad fedem Apoftolicam
melius confulendam , nec non ad
facrofanctam Synodum univerfalem
celebrandam, ad illumque,
vel ad illos , ad quem feu ad
C iiij
3 2 III. P. des Affaires
quos de jure licet , in hocfcripto
provocamus & appellamus , proteftantes
infuper de nullitate ,
Ce n'eft donc pas feulement
un Royaume tout entier
qui a droit d'appeller au
futur Concile , mais encore
un Corps feparé comme l'Univerfité
, & mefme un Chapitre
feul . Cela paroift par
Acte d'Appel interjetté par
le S ' Nicolas du Bois , Procureur
fpecial du Chapitre de
F'Eglife de Paris , qui appella
en 1501. d'une indiction de
Decime extraordinaire faite
du Temps.
33
par le Pape Alexandre VI . &
forma fon appel , A Papa ad
Papam melius confultum , vel ad
Synodum univerfalem primum
celebrandam.
Les Appellations ne peuvent
eftre receues que par les
Notaires Apoftoliques qui
font reprefentez au Parlement
, & l'on enregistre cet
Acte au Greffe du Parlement,
afin de pouvoir juftifter , lors
qu'il eft neceffaire , & rendre
Faifon de l'Appel & des motifs
que l'on a eus pour l'interjetter
, & ces caufes où motifs
font expofez en détail par le
34 III. P. des Affaires
Procureur General , ou par
celuy qui a charge & pouvoir
d'appeller.
Et afin de pourvoir à ce.
que pendant l'Appel , les entreprifes
foient arreftées , &
le Roy & fon Eglife maintenus
dans leurs droits & immunitez
, l'on a introduit les
Proteftations de nullité , &
les commiffions , in forma infractionis
Canonum , aut Pragmatica
, c. dont il n'eft pas
neceffaire de donner plus de
connoiffance , dans la fituation
où font à prefent les affaires.
du Temps.
35.
De tout ce que nous avons
vû juſques à prefent , il eſt évident
de conclure combien
les Appellations au futur
Concile font canoniques &
legitimes , en forte que pour
me fervir des propres paroles
de Saint Bernard au Pape Innocent
, le Saint Siege ne
doit pas avoir de peine de
voir reformer ce qu'il pourroit
avoir fait ou ordonné
par furpriſe , puis que fon
principal caractere c'cft de
s'attacher inviolablement à
la verité . Apoftolica fedes hoc
folet habere præcipuum , ut non.
36 III. P. des Affaires
pigeat revocare quod à ſe fortè
deprehenderit fraude elicitum ,
non veritate promeritum. Bernard
. Ep. 180.
,
Ce feroit donc en vain
qu'on oppoferoit icy la Bulle
In Cana Domini de non appellando
de Gregoire XIII . la
Conftitution de Martin V.
de l'an 1417. qui fut depuis
confirmée par Pie II. dans fa
Conſtitution execrabilis , puis
qu'on répond que la Politique
de la Cour Romaine eft
l'unique fource de ces ruiffeauxqui
ne viennent pas juſ
ques à nous , & qui ne peuvent
du Temps .
37
nous nuire . On fouftient
donc , & on ne peut le nier
que les Appellations dont il
s'agit ont efté approuvées
par le Cardinal d'Oftie , il y
a plus de 400. ans , & depuis
par les autres Canoniftes Itafiens
, qu'elles font legitimes
& canoniques , lors qu'elles
vont du Juge inferieur au
Juge fuperieur , & que le
Concile General eftant Superieur
au Saint Pere , c'eſt
avec raifon & dans les regles
de l'Eglife qu'on a iuterjetté
Appel au futur Concile,
Le Pape Zozime eſtoit là38
III. P. des Affaires
*
1
deffus contraire au fentiment
du Cardinal Bellarmin , trop
partial & trop dévoüé à la
Cour de Rome ; & dans la
Lettre que ce Pape écrit aux
Evefques de France, il s'avouë
inferieur aux Conciles , Con+
tra ftatuta Patrum condere aliquid
vel mutare nec hujus quidem
fedis valet authoritas.
C'eftoit le fentiment de Saint
Auguſtin & de Saint Gregoire.
Les François tiennent
avec les Conciles de Confſtance
, & de Bafle pour he
retiques ceux qui par une
du
Temps.
39
honteuse flaterie ont inventé
que la tefte eftoit plus
que tout le corps dont elle ne
fait que partie. Le Concile
affemblé eft le veritable corps
entier , le Pape n'en eft que
le Chef qui adminiftre . Peuton
s'imaginer que le Chef
feul foit plus que le Corps
entier,qui comprend le Chef
& tous les Membres ? Le Pape
qui eft luy- mefine une
ouaille de fon propre Troupeau,
ne peut eftte ny fans
I'Eglife , ny hots de l'Églife ,
mais à chaque changement
de Pape, l'Eglife fubfiſte ſans
1
40 III. P. des Affaires
Pontife . L'Eglife legitimement
affemblée est donc plus
incontestablement que n'eſt
le Pape. Le Pape n'est point
en droit de changer la moindre
chofe aux Conciles , fui-.
vant le ſentiment dc Zozime
Les
que je viens de rapporter, auquel
on peut ajoûter celuy
de Saint Gregoire , qui dit ,
Qu'on ne peut délier ce que
Conciles lient , ny lier ce qu'ils
délient. Ainfi les Papes ne
peuvent donner aucunes difpenfes
contre les décifions
des Conciles. Le Pape n'eft
point au deffus fous le nom
du Temps .
41
de Chefuniverfel de l'Eglife,
il n'en eft que le membre
principal ; il peut faillir &
eftre repris. Jeſus Chriſt n'a
point dit à S. Pierre je feray.
avec toy, mais, quand vousferez
deux ou trois affemblez en mon
nom, je feray au milieu de vous
& quand il voulut donner
fon efprit Saint,qui eft l'esprit
d'infaillibilité qui demeurera.
à l'Eglife jufques à la confommation
des Siecles , il ne
dit pas à faint Pierre . Rogabo
patrem & alium paracletum
dabit tibi ut maneat tecum in
aternum , fpiritum veritatis ;
3. Part
..
D
42 III . P. des Affaires
&
mais rogabo , dabit vobis
ut maneat vobifcum. Il ne dit
pas non plus à faint Pierre
en donnant le faint Efprit
accipe Spiritum Sanctum mais
à tous les Apoftres affemblez
accipite Spiritum Sanctum.
Ainfi l'efprit de verité
d'infaillibilité a eſté donné à
l'Eglife & non pas à ſaint
Pierre feul parce que quand
le Sauveur a dit qu'il feroit
au milieu de deux ou trois
affemblez en fon nom , cette
expreffion du pluriel eſt une
exclufion formelle du fingulier
. Auffi omnis Pontifex ex
du Temps.
43
hominibus affumptus , circundatus
eft infirmitate , poteftque &
fallere falli. Gregoire VII.
qui abufa le premier des
foudres de l'Eglife , & qui
avoit ému de grands troubles
& de fanglantes guerres , a
voüa fa faute avant que de
mourir, & aprés en avoit fait
une confeffion publique , it
depeſcha un Cardinal à l'Empereur
Henry IV. & à l'Eglife
Germanique qui eftoit
alors affemblée , à laquelle ce
Cardinal demanda publiquement
pardon de la part de
ce Souverain Pontife , & leva
Dij
44 III. P. des Affaires
toutes les excommunications
qu'il avoit prononcées.
Saint Gregoire qui avoit
la veritable humilité d'un
Saint , bien loin de se croire
infaillible , écrivoit à l'Empereur
Maurice en ces termes,
Ego indignus pietatis veftra famulus,
quis fum , nifipulvis &
vermis ?
Les fentimens de tant de
Papes veritablement Saints
c'eſt à dire , qui ont merité
ce titre non feulement
par leur dignité , mais encore
parce qu'ils ont eſté canonifez
, nous font connoiftre
du Temps. 45
d'une maniere à ne pas laiffer
le moindre fcrupule dans
l'efprit , qu'il eft permis d'apeller
des cenfures des Papes ,
à des Conciles legitimement
affemblez . M' le Procureur
General n'a pas ſeulement
fait voir fon éloquence en
parlant du pouvoir des Papes
à l'occafion des affaires d'aujourd'huy,
il l'a encore fait éclater
en d'autres rencontres,
dans lesquelles on l'admira
il y a quelques années . Je
croy que vous ne ferez pas
fachée que je vous raporte
icy quelques endroits des
46 III. P. des Affaires
difcours qui luy attirerent
cette jufte admiration.
3
Dieu , dit- il dans l'un de
ces Diſcours ; a planté des bornes
entre le Sacerdoce & l'Empire
( en parlant de l'Empire.
il entend la puiffance des
Souverains) fa Providence qui
a étably la puiffance des uns
des autres ,leur a donné des objets
differens pour en exercer les fon-
Etions. Elle a voulu que les premiers
Chrestiens receuffent la
nourriture & la vie ſpirituelle
de la main des Pontifes , c'est à
dire , l'inftruction des chofes neceffaires
pour leurfalut ; que les
du
Temps .
47
Preftres attiraffent fur eux par
leurs prieres, les benedictions du
Ciel, & qu'ilsfantifiaffent leurs
Sujets par leurs exemples , auffibien
que par leur doctrine . D'antre
part , ce fouverain difpenfateur
de toutes chofes a voulu que
les Pontifes receuffent de la
liberalité des Rois les fecours
dont ils avoient befoin pour la
vie temporelle , & que jouiffant
fous leur protection du repos neceffaire
pour leurs facrifices , ils
s'appliquaffent uniquement aux
affaires fpirituelles fans aucune .
diftraction pour celles de la terre.
Vous connoiffez bien , Mef48
III. P. des Affaires
fieurs, les paroles & les pensées
que j'emprunte du Pape Gelafe.
de plufieurs autres de fes Suc
ceffeurs qui n'avoient que le zele
de la Maifon de Dieu , & dont
nous regardons auffi lesfentimens
comme des oracles. Nos Rois
ont executé fidellement ce partage
de leur cofté. Ils ont enrichy.
l'Eglife , & particulierement.
celle de Rome, de leurs liberalitezi
ils ont donné aux Pontifes
la protection dont ils avoient
befoin ils ont confervé en
meſme temps avec une extrême.
jaloufie la pureté & la nobleffe
de leur Couronne . Et s'ils ont
regarde
du Temps. 49
regardé la foumiffion qu'ils avoient
pour Dieu comme lafource
de la puiffance qu'ils avoient
fur les hommes , ils ont borné
aux chofes fpirituelles les déferences
qu'ils rendoient à fes Miniftres
, & n'ont jamais fouffert
qu'ils donnaffent aucune atteinte
à la liberté de ce Royaume.
Ce fut dans cet efprit que
Charlemagne , qui a fondé l'U
niverfité de Paris , ordonna à
fon Fils d'aller prendre luy -mêfur
l'Autel la Couronne de cet
Empire , afin d'apprendre à ce
Prince qu'il ne la tenoit
que de
Dieufeul. Et nonfeulement nos
3. Part. E
so III . P. des Affaires
Rois plus nobles & plus puiffans,
mais tous les autres Princes n'ont
pas efté troublez dans cette indépendance
avant l'onziême fiecle
de l'Eglife , mais l'ambition
l'intereft ont fait naiſtre les
nouvelles opinions.Gregoire VII.
s'est voulu affujettir les Empeleurs
d'Allemagne, & quelquesuns
ds fes Succeffeurs ont fuivy
fon exemple & fes maximes ,
afin de fe maintenir dans le
Pontificat qu'on leur difputoit
dons la fuite de leurs démeflez,
pour ruiner leurs Ennemis
par les mefmes voyes dont ilsfe
fervoient pour les attaquer.
La
du Temps.
ST
ن ب
violence de cespaffions leur afait
oublier que Jefus - Chrift n'ayant
retenu que le Ciel pourſon partage
, avoit laißé aux Princes
la terre qu'ils poffedoient avant
fon avenement en ce monde ,
ne fe fouvenant plus
qu'il les avoit établis pour eftré
les Pasteurs & les Peres communs
de fon Troupeau , ils ont
armé les Enfans contre les Peres
que Dieu les obligeoit d'honorer,
& au lieu d'inspirer aux Sujets
l'obeiſſance qu'il leur commandoit
d'avoir pour leurs Princes,
ils ont favorisé, & quelquefois
excité leurs révoltes .
E ij
52 III . P. des Affaires
!
Mile Procureur General dit
dans un autre endroit en parlant
du Parlement, & du Cardinal
Bellarmin: Ces Magiflrats
n'eftoient pas moins zelez pour
lafoy, n'avoient pas moins de
respect & d'attachement pour le
faint Siege que ce Cardinal, mais
ils croyoient comme nous le
croyons encore, fervir Dieu en
fervant fidellement le Prince
qu'il leur avoit donné , & en
defirant que les François demeuraffent
toujours des Enfans
obeiffans refpectueux dufaint
Siege pour les matieres fpirituelles,
ils ne vouloient pas qu'ils
>
du Temps.
53.
devinffent des efclaves de la
Cour de Rome pour le Temporel.
Ils avoient cet avantage fur ce
Cardinal ,
que
leurs fentimens
qu'ils nous ont laiffez font fondezfur
des textes formels, clairs
précis de l'Evangile , fur la
reconnoiffance des plus faints
Papes , non feulement par leur
doctrine , maispour la foxmiſſion
qu'ils ont rendue aux Princes
fur lesfentimens les plus éclairez
de ceux que l'Eglife a honorez
du titre de fes Peres , & enfin
fur l'autorité que l'antiquité
doit toujours avoir fur la nouveauté
dans les matieres de la
E iij
54 III . P. des Affaires
Religion & de la doctrine . C'a
efté dans les mefmes temps, &
fur des principes auffi folides que
l'on a voulu élever l'autorité du
Cheffur la ruine de celle de tout
le Corps, & reduire dans l'Eglife
de Rome , & enfin dans lafeule
perfonne du Pape , le pouvoir
que 7. C. n'a donné qu'à fon
Eglife entiere ; & quoy que la
chute de quelques - uns de ces
Pontifes , l'aveu que les plus
éclairez ont fait de leur foibleffe
de leur foumiffion aux Conciles
, & à leurs faintes regles ,
deuffent avoir étouffé ces nouveautez
; neanmoins la Cour de
Rome a fouvent préféré ces chi-
م
du Temps.
55
meres de puiffance fans fondement,
à la grandeur folide &
inconteftable dufaint Siege. Les
appellations que vous avez interjettées
des Papes aux Conciles
, comme au fouverain & infaillible
Tribunal de l'Eglife qu'◄
ils reprefentent , vos avis , vos
cenfures, les ouvrages de Gerfon,
le Livre fait par vostre ordre
pour répondre à celuy du Cardinal
Cajetan que le Roy
Louis XII. vous avoit envoyé,
& tous les grands hommes qui
ont fait l'ornement de ce Corpsy
nous ont toujours appris les fentimens
que
l'on doit avoir fur
E
iiij
56 1II . P. des Affaires
cette matiere décidée par les Conciles
de Constance & de Bafle,
dont le premier a mefme efté approuvé
par le Pape Martin V.
Cet Illuftre Magiftrat dit
dans un autre difcours , Saint
Pierre qui connoiffoit par fon
experience la foibleffe à laquelle
font fujets tousles Pontifes choiis
entre les hommes n'a pas trouvé
mauvais que S. Paul luy
reſiſtaſt en face . Il a aſſemblé
les autres Apoftres lors qu'il
a efté neceffaire de donner
des regles à l'Eglife naiffante.
Les plus éclairez de fes Suc-.
affeurs n'ont pas cru estre les
&
du
Temps.
57
Leuls pour estre les premiers
des Miniftres de Dieu & lors
qu'il a permis que des herefies
troublaffent la paix de fon Eglife
, les Papes les plus faints
& à qui le zele ardent pour le
fervice de Dieu n'a pas fait negliger
la dignité de leur Siege ,
ont affez marqué l'opinion qu'ils
avoient de l'autorité des Conciles
par lesfoins qu'ils ont pris
1. d'en procurer l'affemblée auprés
des Empereurs , où de les affem
bler eux mefmes aprés la Divifon
de l'Empire. Les erreurs de
quelques - uns n'ont que trop confirmé
la neceffité de cette acono58
III . P. des Affaires
mie dans la Maifon de Dieu ,
& il vaut mieux en appuyer la
ertitudefur lafoumiffion que plu
fieurs autres ont temoignée pour
ces Saintes Affemblées & fur
l'attachement qu'ils ont eu à
faire obferver leurs décifions
mefme par leur exemple . C'eft
fur ces fondemens infaillibles
que les Conciles de Conftance &
de Bafle prononcerent les Decrets
qui devroient avoir entierement
delivré l'Eglife de ces opinions
néesfous Gregoire VII. & cétoit
fur les mefmes principes que
l'on avoit introduit le remede
falutaire des appellations des Pa- ~
du
Temps. $9
pes au Souverain Tribunal de
l'Eglife .
Il dit encore dans un autre
difcours en parlant de Jules &
Innocent I. de S. Leon , de S.
Gregoire , & de plufieurs autres.
Etfi la fincerité de ces bons
Papes eftfufpecte aux flateurs de
la Cour de Rome , qu'ils écou
tent encore la condamnation de
leurs nouveautez qu'Innocent
III. à prononcée bien des ficcles
aprés par la reconnoiffance qu'a
fait cefçavant Pape que le Concile
general lepouvoit depofer.Ile
trouveront un defaveu bien fincere
de leur infaillibilité dans le
60 III. P. des Affaires
Teftament de Gregoire XI.
Le Diurnal meme , &les anciens
Breviaires de Rome ne leur
donneront que
trop de preuves
des erreurs
de quelques
- uns
de
ces Pontifes
, dans
lesquels
ils
veulent
renfermer
toutes
les lumieres
toute
la puiffance
de
l'Eglife
, & je leurpourrois
fournir
encore
la confultation
célebre
que fit le Roy
Philippes
de Valois
à des Prelats
& à des
Docteurs
de ce Royaume
fur les
erreurs
du Pape
Jean
XXII
.
Auffi
la France
a toujours
regardé
le Concile
general
comme
le feul
Souverain
& infaillible
du Temps.
61
Tribunal de l'Eglife qu'il repreles
appellations que
fente ,
l'on y a intejettées des entreprifes
de quelques Papes ; les fentimens
de cette celebre Ecole ; lei
ouvrages de ceux qui en ontfait
les principaux ornemens , & les
Arrefts du Parlement ont toujours
confervé ces maximes executées
par le Concile de Pife
avant les decifions de ceux de
Conftance & de Baſle pour leſquels
ce Royaume a toujours eu
tant d'attachement .
Je paffe des affaires de Rome
à celles d'Angleterre & de
Hollande . Elles ont une fort
62 III. P. des Affaires
grande liaiſon enſemble , &
particulierement celles de
Hollande quoy que vray femblablement
elles ne deffeunt
point en avoir avec celles
d'Italie , mais on voit aujourd'huy
ce qui n'eft peut eftre .
point arrivé depuis plufieurs
fiecles , puifque tous les Princes
de l'Europe fe trouvent
les armes à la main fans qu'ils
euffent deffein de les y mettre;
qu'un mefme fujet les leur a
fait prendre , quoy qu'ils
combatent pour differens in
terefts
; que
fe defendre , qui croyoit ne
tel les
tient pour
du Temps.
63
devoir eftre que fpectateur, &
fe trouve aujourd'huy le plus
intereffe dans l'affaire , qui
fait à preſentle plus de bruit;;
queceux qui croyoient tromper
les autres ont efté trompez
eux- mefmes , pour s'eftre
fiez à des gens de mauvaiſe
foy dans une méchante cauſe ;
que les Puiffances dont toute
l'application ne devroit cftre
qu'à maintenir la Paix à
quoy Elles font obligées par
leur caractere , ont confenty
à la guerre ; que plufieurs de
ceux qui avoient fait la partie
à leur avantage l'ont perdue ,
1
64 III. P. des Affaires
& qu'un Prince fans Souveraineté
a efté ſeul le premier
mobile qui a fait répandre
tant de fang , & qui en fera
encore verfer, & qu'il a trompé
non feulement ceux dont
il vouloit fe faire des Ennemis
, mais auffi ceux avec lef
quels il faifoit des ligues › &
qu'il regardoit comme fes
Amis . Quoy que vous connoiffiez
par là une partie
de fon caractere il faut
vous l'apprendre tout entier .
Quand les caracteres des perfonnages
que repreſentent les
Acteurs d'une Tragedie font
>
t
du Temps .
une fois connus, on fe figure
mieux de quoy ils peuvent
avoir efté capables , & l'on
devine plus facilement ce que
l'on en doit attendre. Il ne
feroit pas neceffaire de vous
nommer le Prince d'Orange
pour vous faire voir qu'il eft
le grand Acteur qui fait aujourd'huy
le plus de bruit für
le Theatre du Monde , & qui
enfanglante la Scene ; mais
quoy qu'il foit celuy dont
on parle davantage , vous
ne le connoiftriez pas , fi e
difois qu'il eft auffi celuy
dont on parle le mieux . Je
3. Part. F
66 III. P. des Affaires
vous ay fait une peinture dans
ma premiere Lettre fur les
Affaires duTemps , des actions.
de ce Prince depuis l'age de
feize ans , fans vous citer que
des faits , & comme on connoift
l'homme à fes actions ,
celles du Prince d'Orange
femblent l'avoir affez fait
connoiftre. Cependant elles
ne fuffifoient pas pour le
faire croire capable d'une
entreprife pareille à celle qu'il
vient de faire contre fon
Beau- pere , qui non ſeulement
ne luy a jamais donné
aucun fujet de fe plaindre ,
du Temps: ·67
mais qui eft mefme d'un
merite diſtingué parmy les
Rois . C'eft une verité dont
les Ennemis de fa Religion ,
ne font point encore difconvenus
. Les plus grands Heros
n'ont jamais fait voir une fer
meté plus intrepide . Jamais
Regne n'a efté plus doux , ny
Prince moins fanguinaire ;
jamais on n'a moins verſé de
fang en Angleterre que depuis
qu'il eft fur le Trône ,
quoy qu'on foit accoutumé
d'y en voir repandre . On peut
mefme dire qu'on n'y a veu
couler depuis le commence-
Fij
68 III . P. des Affaires
ment de fon regne que celuy
des Rebelles , pris les Armes
à la main. Il n'a point fait
comme les Tirans qui fuppofoient
des crimes à ceux
qui cftoient d'une autre Religion
, ou qui condamnoient
leur tirannie , pour avoir des .
pretextes de les faire perir ;
il n'a marqué que de l'amour
& de la confiance pour fes.
fujets de toutes fortes d'états ,
eftant toûjours parmy fes
Peuples prefque fans aucune
garde. Enfin ce Prince n'a
paru Roy que par
Les actions,
& jamais par la pompe qui
du
Temps. 69
fait connoiftre les Rois ,
les delices de la table , & par
les plaifirs qui environnent
les Souverains . Ce n'eſt pas
par
que toutes ces chofes ne
foient permifes & mefme
neceffaires pour faire voir aux
Etrangers la grandeur d'un
Eftat , & pour en ſouftenir la
dignité ; mais ce Monarque
avoit à travailler à l'union de
fes Peuples , & à maintenir la
Religion . Il y donnoit tout
fon temps , & ne regardant
la
Royauté que du cofté des
peines , & non de celuy des
plaifirs
, & des avantages
70 III . P. des Affaires
qu'elle donne , il vouloit faire
les delices de fon Peuple &
meriter l'eftime de l'Univers .
Voilà quel eft le Monarque
que le Prince d'Orange traite
aujourd'huy d'une maniere fi
tiránique, & fi cruelle, malgré
l'alliance , & le fang , ce Monarque
eſtant ſon Beau- Pere ,
& fon Oncle. Ce font deux
chofes qui demandent de la
dépendance & du reſpect , &
aprés la qualité de Pere , il
n'y en a point qui en exige
davantage . Tout ce que pourroient
faire fes Amis , ce feroit
de chercher des couleurs
du
Temps.
71
pour diminuer fon crime , en
cas que le Roy d'Angleterre
l'euſt cruellement outragé ,
& qu'il euſt meſme refolu fa
perte ; encore ne devroit - il
que fe défendre contre luy
fans l'attaquer , tant c'eſt une
choſe odieuſe de ſe declarer
les armes à la main contre
fon fang. Mais ce Prince ,
pour fatisfaire l'ambition qui
le devore , l'attaque , le pourfuit
, le perfecute dans fon
Beau pere , dans un Roy eftimé
de tout le monde , dans
un Monarque qui ne luy a
jamais fait aucun outrage, &
72 III . P. des Affaires
à qui il doit refpect par toutes
fortes de confiderations ,
& par l'âge qu'il a plus que
luy , fans compter la qualité
de Beau - pere , & le caractere
de Souverain. Outre que je
vous feray voir en cent endroits
de cette Lettre , que
tout ce que le Prince d'Orange
allegue pour couvrir
fon ambition , eft abſolument
faux , & fe contredit par tout,
nous n'avons qu'à examiner
ce Prince tout entier pour en
eftre convaincus . Quoy qu'il
foit né Sujet , toutes les actions
ont fait connoiftre qu'à
peine
du Temps.
73
peine eft-il parvenu à l'âge
de raiſon , qu'il s'eſt reſolu
de mettre tout en ufage pour
regner , ou pour commander
du moins avec une autorité
abſoluë. On luy a vû faire
pour y parvenir tout ce que
la politique qui n'a aucun
égard pour les chofes les plus
dignes de refpect , peut faire
entreprendre . On connoist
par les projets de ce Prince
qu'il eft perfuadé qu'on
court à fa perte , & qu'elle
eft infaillible
lors qu'on
entreprend des chofes qui
peuvent meriter le nom de
3. Part. ३. G
74 III. P. des Affaires
mais
crime , de quelques pretextes
qu'on les couvre
que les crimes qui font obtenir
une Couronne ne font -
point honteux , & qu'il fuffit
d'eftre heureux pour eftre jus
ftifié , & pour s'acquerir des
Sujets bien plus foumis que
ceux d'un Prince legitime )
parce qu'ils craignent davan
tage un Ufurpateur . Quoy
que les grands ambitieux doivent
avoir d'autant plus
d'obſtination dans les projets
qu'ils forment que leurs entrepriſes
eftant ordinairement
violentes , & le fuccés
du
Temps.
75
en paroiffant fort peu vrayfemblable
, ils y rencontrent
beaucoup de difficultez , il
s'en trouve qui ne laiſſent pas
d'avoir quelque forte de prudence
, bien que leur ambition
foit demefurée , & qui
ne s'obſtinent point contre
toute forte d'apparence à
faire réüffir les chofes qui
commencent à leur paroiftre
abfolument impoffibles ; mais
le Prince d'Orange a fait
voir dans tout ce qu'il a entrepris
, une obſtination fi invincible
, qu'aprés avoir efté
battu , une fois , il n'a jamais
Gij
76 III . P. des Affaires
manqué de fe remettre en
eftat d'éprouver encore la
mefme fatalité , efperant toujours
, ou de vaincre ou de
perir , & fe flatant que la derniere
entrepriſe repareroit
le malheur de toutes les autres.
Voilà ce qui a fouvent
fait échouer la plus grande
partie de fes projets , fur tout
lors qu'ils ont efté contre la
France , qui ne peut recevoir
d'atteinte fous le Monarque
qui la gouverne aujourd'huy .
Le malheur d'un Prince toûjours
infottuné pourroit eſtre
attribué à fon étoile , s'il ne
du Temps .
77
fe l'attiroit pas par fon imprudence,
mais quand ce malheur
vient de fa conduire , il
ne peut s'en prendre qu'à
luy-mefme. Le Prince d'Orange
n'avoit que vingt- deux
ans lors que la guerre de Hollande
commença en 1672
Il fe mit dés lors en tefte de
la rendre eternelle pour fon
intereſt particulier. Il n'eftoit
rien fans la Guerre , & avec
la Guerre il eftoit tout . L'Ar
mée dépendoit abſolument
de luy dans ces temps de
confufion & de defordre ; il
fe faifoit des Creatures ; il
G iij.
78 III . P. des Affaires
ce
perdoit
fes Ennemis
. Il n'étoit
pas alors entierement
Souverain
; quoy qu'il ne luy
en manquaft
prefque
que le
titre , mais il regardoit
le
pouvoir
qu'il avoit en
temps - là comme
une choſe
qui luy ferviroit
de degré
pour y parvenir
, & qui luy
en faciliteroit
les moyens
,
Cette Guerre
coûta trois cens
millions
aux Hollandois
.
Il difpo'a
prefque
de toute
cette fomme , & ce manicment
ne l'appauvrit pas . Ses
apointemens
devoient eftre
grands , & fes profits de meſdu
Temps . 79
me. Il luy euft efté facheux
de voir finir une Guerre qui
luy eftoit fi utile ; auffi regarda-
t- il en criminels d'Etat s
ceux qui voulurent parler
de paix ; on fçait ce qu'il leur
en couta. Je paffe legerement
fur cet articles pour épargner
la reputation de ceux qui n'épargnent
pas aujourd'huy le
fang dont ils font defcendus.
Tour trembla aprés le
malheur de ces déplorables
victimes de l'ambition d'autruy,
& chacun abandonna
les interefts de l'Etat pour
penfer aux fiens propres & à
Giiij .
80 III. P. des Affaires
pufa
confervation . Ceux qui
jufque là avoient paru les
plus zelez pour le bien
blic & avoient toûjours
parlé avec la liberté permife
dans les Republiques , devinrent
plus retenus . Ainfi
perfonne ne s'oppofa plus ouvertement
aux fentimens du
Prince d'Orange dans les Affemblées
, & l'on n'y vit plus
de ces hommes pleins de vigueur
, qui par leur fermeté,
& par la force de leurs rai ..
fonnemens , font fouvent
changer d'opinion à tout un
Corps , en faifant revenir
du
Temps.
81
toutes les voix qui le compofent.
Ceux qui auroient pû
le faire,
aimerent mieux que
l'Etat en
fouffrift un peu , que
d'en fouffrir
beaucoup en
leur particulier , & mefme
que la forme du
gouverne
ment fuft changée que de
voir changer leur fortune.
M Vanbuningue
cut beaucoup
plus de vigueur en 1683.
& fa fermeté
inébranlable
empefcha les Etats de rentrer
en guerre avec la France
, quoy que le Prince d'Orange
cuft formé de vaſtes.
projets , & qu'il cuft pris de
82 III. P. des Affaires
grandes mefures pour cette
rupture ; mais par malheur
pour luy , ou plûtoſt par
bonheur ( car que pourroient
gagner ceux qui attaqueroient
la France ? ) il ne s'agiffoit
point d'une refolution
des Etats affemblez à la Haye,
qui confentent à toutes fes
volontez beaucoup plus par
force , & par crainte , qu'autrement
, mais d'un confenrement
de la Ville d'Amfterdam
pour faire la guerre ,fans
lequel on ne la pouvoit entreprendre
, ou du moins la
continuer longtemps , parce
du Temps.
83
que cette Ville -là paye feule
les deux tiers des frais . M'
Vanbuningue en eſtant alors
Bourguemeftre luy reprefenta
fi bien que cette guerre
ruineroit fon commerce, qu'-
elle fe défendit d'y contribuer
, malgré toutes les rai--
fons du Prince d'Orange , &
fes violentes perfecutions . Ce,
Prince en parut extremement
irrité , & fit mefme apprehender
fon reffentiment contre
Vanbuningue , ce qui fut
caufe qu'on luy donna des
Gardes. Ils ne luy auroient ;
peut eftre fervy de rien à la
84 III . P. des Affaires
Haye , mais le Prince d'O
range avoit peu de credit à
Amfterdam , & il y eft mefme
fi peu aimé , qu'on imprime
beaucoup de chofes
contre luy en cette Ville là
qu'on ne fouffre pas dans le
refte de la Hollande
Ce coup
ayant manqué , le Prince
d'Orange vit bien qu'un regne
qui n'eft étably que par
la force , eft fouvent fort incertain
. Il fe fit des creatures
de quelques - uns des principaux
membres des Etats , afin
de faire par leur moyen
ce qu'il ne voudroir pas faire
du
Temps.
85
il
par luy- mefme , & que rien
de ce qu'il voudroit ne luy
échapaſt , eſtant aimé des uns
& craint des autres . Avec
cette efpece de Souveraineté ,
& l'empire prefque abſolu
qu'il avoit fur toutes les voix
qui compofent les Etats ,
ne defefperoit pas de rallumer
la Guerre , à caufe des grands
avantages que je vous ay déja
marqué qu'il y trouvoit , mais
il apprehendoit que le Roy
ne ruinaft toûjours fes deffeins
, & qu'il ne travaillaſt à
calmer l'Europe autant de
fois qu'il agiroit pour la trou86
III. P. des Affaires
bler. Voilà pourquoy il n'a
jamais aimé le Roy. On ne
trouve rien que de vray-femblable
& de naturel dans cette
haine qui eft glorieuſe à
Sa Majefté. Nous avons un
certain panchant , & une certaine
fimpathie , pour ceux
dont l'humeur a quelque raport
avec la noftre , & comme
il n'y a rien de fi éloigné que
le caractère du Roy avec celuy
du Prince d Orange , on ne
doit pas étre furpris fice Prince
ne le peut aimer . Ce n'eſt
pas que le Roy luy ait jamais
donné aucune marque de fa
du
Temps. 87
haine . Si ce Monarque hair
quelque chofe en luy , ce font
celles de fes actions que toute
la Terre condamne . Ainfi
le caractere de bonté qui fe
rencontre dans le Roy , fait
toute l'oppofition qui fe
trouve entre eux. L'ambition
du Prince d'Orange n'ayant
point d'objet auquel il puft
s'attacher depuis la Tréve, elle
l'a fort tourmenté . Comme
l'Empire eftoit occupé avec
les Turcs , il ne voyoit point
de lieu de l'engager dans une
guerre à laquelle il puſt avoir
part . La France eftoit en paix,
88 III. P. des Affaires
& d'ailleurs ce n'eft pas une
Puiffance avec laquelle il puſt
feul mefurer fes armes.
Cependant il avoit beaucoup
d'argent comptant , comme
je vous l'ay déja marqué dans
cette Lettre , la plus grande
partie de cet argent avoit
profité dans le Commerce, il
en avoit tiré un fort gros inte
Teſt, & il avoit fait fort peu de
dépenfe . Tout le monde fçait
que la prodigalité eſt un vice
dont il n'a jamais eſté accufé.
Ce Prince ayant une fi
grande quantité d'argent
comptant , pouvoit entre
du
Temps.
89
prendre , & commencer la
guerre en Souverain , mais il
ne la pouvoit continuer que
comme Particulier.Les fonds
d'un homme privé s'épuifent
, l'argent comptant fe
diffipe , il n'en retrouve plus.
de nouveau dans fes coffres ,
& fes fonds ne font pas fuffifans
pour ·les remplir , au
lieu qu'on en apporte chaque
jour dans ceux d'un Souverain
, & que ce qu'il dépenſe
en une année luy revient
dans l'autre . Le Prince
d'Orange qui n'en doutoit
pas , fe mit en tefte il y a deux.
3. Part.. H
90 III . P. des Affaires
ans , que cet argent , avec:
quelques pretextes que fon
efprit inventif ne manqueroit
pas de luy fournir, pourroit
contribuer beaucoup à le
faireRoy d'Angleterre , & on a
remarqué que depuis ce temps
là il a toujours efté tellement
remply de cette idée , qu'il
n'a pris aucun plaifir , ny à
la Chaffe , ny à la Table , ny
dans aucun des divertiffemens
où il s'eft trouvé ..
Comme l'intrepide valeur des
François , & leur experience
dans le métier de la guerre
luy eftoient connus , il comdu
Temps :
91
mença à travailler à fon projet
, en s'attachant à s'acquerir
les Proteftans François ,
qui fe retirerent en Hollande.
aprés que l'Edit de Nantes
eut efté caffé . Il les careffa ,
& fit du bien particulierement
à ceux qui avoient fervy
dans les Armées de Fratce
avec quelque forte de diftinction
, qui avoient eu du
commandement , ou qui avoient
efté Ingenieurs. On
attribua ces liberalitez au
zele qu'on croyoit que ce
Prince avoit pour la Religion
Proteftante. Elles attirerent
Hij
92 III. P. des Affaires
à la Cour prefque tous ceux:
qui eftoient fortis de France,
de maniere qu'il choifit les
perfonnes qu'il crut les plus,
capables de le fervir dans fon
deffein , mais fans fe découvrir
pourtant à aucun. Les
Proteftans de France n'ont
pas efté les feuls arreftez à
fon ſervice , pour eſtre employez
dans fon entrepriſe ..
Ce Prince y a retenu tout ce
qui s'eft trouvé en Hollande
de gens de main , qui y font
ou pour éviter de
payer leurs dettes , ou pour
e fouftraire à la punition de
venus 3.
du
Temps: 93
Teurs crimes . Comme perfonne
n'a fceu fon deffein, fi l'on
en excepte fon Favory ,jufqu'à
. ce que fon armement ait cfté
achevé,il nefaut pas s'étonner
fi le fecret en a efté caché fi
long- temps.Ce Prince ne laiſfoit
pas de faire preparer toutes
chofes, & de faire remplir
des magazins d'armes , & de
munitions . Il avoit des gens
affidez en Angleterre,qui travailloient
à mettre de la divifion
entre le Roy & fes Peuples,
les uns agiffoiet à laCour,
& les autres parmi la populace.
Ils alloient dans les lieux où
l'on prend du Caffé . Comme
94 III . P. des Affaires
on y trouve ordinairement
beaucoup de monde , & que
la liberté de parler eft fort:
grande en Angleterre , ils
s'entretenoient des affaires du:
Gouvernement , & de cellesde
la Religion . Par ce moyen
ils faifoient gliſſer dans les
efprits plufieurs chofes contre
le Roy , & tâchoient de
perfuader qu'il vouloit abolir
leurs Loix , détruire la Religion
Anglicane , & chaffer
tous les Proteftans qui s'étoient
retirez en Angleterre ,
afin de faire triompher la
Religion Catholique. Quel-
4.
du Temps.
95
ques- uns ne faifoient point:
difficulté d'affeurer qu'ils avoient
des preuves certaines
de ce qu'ils difoient , & qu'il
leur feroit aifé de les faire
voir. Les frequens voyages
que les Creatures du Prince
d'Orange faifoient de Hollande
en Angleterre , & d'Angleterre
en Hollande , pouvant
eftre remarquez & de-:
venir fufpects , ce Prince jugea
à propos de fe fervir des ;
Refugiez de France , parce
que cherchant alors à s'érablir
, ils partoient fans ceffe
d'un Pays à l'autre , & qu'ils
96 III. P. des Affaires
alloient tantoft en Suiffe ;
tantoft à la Cour de Brandebourg
, & tantoft en Angle
terre & en Hollande , jufqu'à
ce qu'ils euffent trouvé un
Pays ou une Ville qui les accommodaft
, afin d'y fixer
leur refidence. Le mouvement
perpetuel de ces Proteftans
, dont la cauſe n'étoit
attribuée qu'à l'établiſſement
qu'ils cherchoient , eftoit
tres- propre à empeſcher qu'-
on ne foupçonnaft le Manege
auquel le Priuce d'Orange
vouloit leur faire avoir part ,
& il fe fervit d'eux utilement..
du Temps. 207
ment. Ceux qu'il employoit
ne fçavoient point fon fecret ,
quoy qu'ils contribuaffent
beaucoup à fon deſſein ; ils
voyoient bien qu'il les faifoit
agir en faveur de leur
Religion ; mais ils fe perfuadoient
que fon but eftoit de
la faire Acurir , & d'empef
cher l'accroiffement de la
Religion Catholique . Tout
fe trouvoit en affez bon eſtat
pour commencer à donner
au Prince d'Orange quelque
efperance de réüffir dans fon
entrepriſe . Il ne doutoit point
que l'Angleterre ne fe fou
3' Part
.
a
I
98 III. P. des Affaires
levaft quand il mettroit fa
derniere main à l'ouvrage
qu'il meditoit depuis fi longtemps
; il avoit des Creatures
, de l'argent , des armes ,
de bons Officiers à fa folde
propres à commander les
Troupes qu'il leveroit , &
celles des Eftars eftoient affez
bonnes & affez nombreuſes ,
mais on ne pouvoit en lever
davantage , ny équiper des
Vaiffeaux , & lever un plus
grand nombre de Matelots
qu'il y en avoit en Hollande,
fans que l'Angleterre foupconnalt
les Etats , & le Prin-
I
du
Temps
99
ce d'Orange de la vouloir
attaquer . Elle n'avoit pu tirer
raifon de l'affaire de Bantam ,
ny fe faire rendre les cinq
Regimens Anglois qui étoient
demeurez en Hollande
, quoy que le Roy d'Angleterre
eult fait voir fi clairement
la juftice de fes demandes
que toute l'Europe
en eftoit perfuadée . Cela auroit
dû faire croire à ce Monarque
que les Hollandois
voyant qu'on pouvoit les attaquer
juſtement , vouloient
eux - mefmes commencer la
Guerre pour n'eftre pas pre
I ij
100 III. P. des Affaires
venus par celuy à qui ils donnoient
lieu de fe déclarer leur
Ennemy . D'ailleurs quoy que
le Roy d'Angleterre ne cruft
pas que le Prince d'Orange
en vouluft à fa perfonne , ny
qu'il euft deffein d'envahir fes
Etats , fon extrême ambition
luy eftoit connue. Il fçavoir
qu'il vouloit fe rendre Protecteur
de tous les Proteftans
de l'Europe , & que cela
pouvoit obliger tous les Proteftans
Anglois & François
qui estoient en Angleterre ,
à prendre les armes contre luy
en faveur du Prince d'Odu
Temps.
101
range , de forte que ce Mo
marque fe feroit défié de l'armement
qu'il luy auroit veut
faire & auroit en mefme
temps armé pour ne fe pas
laiffer furprendre , ce que la
politique du Prince d'Orange
vouloit empefcher . Ainſi il
apprehendoit
beaucoup que
fon deffein ne fuft fceu, & ne
vouloit rien faire qui donnaft
lieu de le découvrir.
Comme il s'agiffoit d'ofter le
Frône à un Roy , l'affaire regardoit
tous les Souverains ,
& il efloit à craindre pour le
Prince d'Orange qu'ils ne
I iij
102 III. P. des Affaires
fiffent une ligue contre luy ,
de quelque Religion qu'ils
fuffent , parce que de femblables
attentats font d'une
dangereufe confequence pour
toutes les teftes couronnées ,
& qu'ils ne doivent eſtre ny
autorifez ny foufferts . Auff
le Prince d'Orange efloit- il
tellement´en gatde là - deſſus ,
qu'il vouloit tromper jufques
à ceux qui estoient liez d'amitié
avec luy , & qu'un intereft
de Religion auroit
peut-eftre pu
à fon deffein . Vous pouvez
juger que les chofes eftant
faire confentir
du
Temps.
103
en cet eftat il eftoit bien dif
ficile à ce Prince de faire un
armement auffi grand que
celuy qu'il a fait fans donner
de la jaloufie à beaucoup de
Puiffances, & principalement
à celle qu'il avoit deffein de
dérruire . Il avoit pourtant
refolu de venir à bout de cet
armement , & il y a réüffi ,
lors qu'il commençoit à trou
ver la chofe impoffible , &
qu'il doutoit le plus du fuc
cés. Voicy comment.
L'Empereur qui hait M' le
Cardinal de Furſtemberg
par
les raifons que je vous ay déja
*
I
iiij
104 III . P. des Affaires
fait connoiftre , avoit fortement
refolu d'empefcher qu'-
il ne fuft Coadjuteur de feu
M' l'Archevelque de Cologne
pendant la vie de cet
Electeur , & qu'il ne fuft élu
Archevefque quand ce Prelav
viendroit à mourir . Il
pouvoir prendre de faules
mefures , & montrer des fentimens
qui ne feroient pas
fuivis. Le merite de ce Cardinal
, fa fuffifance pour bien
gouverner l'Electorat , & l'entiere
connoiffance qu'il avoit
de fes affaires , eftoient connuës
de tout le Chapirre de
du Temps .
TOS
Cologne ; il y eftoit aimé ,
de maniere qu'il n'y avoit
point à douter qu'il ne fuft
receu à la pluralité des voix .
L'Empereur prévoyoit bien
que fes brigues feroient inutiles
à Cologne; mais il avoit
pris , comme je vous l'ay
marqué, des mesures du coſté
de Rome pour empefcher
que
le Pape ne donnaft des Bulles
à ce Cardinal , s'il arrivoit
qu'il fut élu Archevefque
,
de mefme qu'il avoit eſté élu
Coadjuteur . Les nullitez eftoient
formées avant qu'on
fceuft s'il y en auroit dans fon
106 III. P. des Affaires
élection , & elles eftoient tirées
de la haine que l'Empereur
avoit pour luy.Le Prince
d'Orange qui eftoit attenrifà
tout ce qui fe paffoit en Europe
, afin de fe fervir de
l'occafion en cas qu'il en puſt
trouver quelqu'une qui fuft
favorable à fon deffein , &
> exadont
il puft profiter
mina ce grand démêlé, comme
une chofe dont il pouvoit
tirer
avantage >
parce qu'il
devoit brouiller la France.
avec le Pape & avec l'Empereur
, ne doutant point que
le Roy ne prift le party de M
du Temps.
107
le Cardinal de Furftemberg,
à qui on faifoit une injuſtice
fi manifefte , que fes ennemis-
mefmes en tomboient
d'acord . Plus le Prince d'Orange
approfondit cette affaire
, plus il la trouva propre
à faire réuffir fes ambitieux
projets. Il crut mefme qu'au
lieu de payer une femblable
occafion , qu'il eut achetée
fi elle ne fe fuft pas offerte
d'elle- mefme , elle pourroit
luy valoir de l'argent , bien
loin d'eftre obligé d'en donner.
Quelques-uns veulent
qu'il en ait touché ; c'eſt ce
108 III. P. des Affaires
2
que je ne puis dire avec certitude
, mais la fuite vous
fera voir qu'il en a pu tou
cher , & qu'il ya affez de
vraye - femblance dans ce
qu'on avance là- deffus . Mais
pour donner quelque ordre
au récit de cette affaire , qui
a fervy au Prince d'Orange
pour tromper des Puiffances.
du premier ordre, je vous diray
que pendant tout le tems
qu'on differa à expedier des
Bulles pour M'de Furftemberg
, parce qu'on eftoit perfuadé
que M1 Electeur de.
Cologne ne vivroit pas longdu
Temps. 109
temps , & qu'il faudroit proceder
à une autre élection,
les brigues commencerent
pour ſoutenir par la force des
armes , ce qu'il eftoit impoffible
d'empefcher par la force
des raifons . En effet on
n'en avoit pas qui puffent
mefme difputer en apparen
ce. L'Electeur mourut , &
toutes les parties oppoſées à
M' de Furitemberg , renouvellerent
leurs intrigues , &
leur union Le Prince d'Orange
dont le jeu eftoit
couvert , & qui avoit double
intereft dans l'affaire re-
•
110 III. P. des Affaires
prefenta aux Eftats fort adroitement
& en leur marquant
beaucoup de zele
qu'il eftoit d'une tres grande
importance à la Hollande ,
que M de Furftemberg ne
fuccedaft point aux dignitez
de feu M de Cologne
; que
fi cela arrivoit , ce Cardinal
eftant amy de la France , on
en auroit tout à craindre ,
parce qu'il feroit facile aux
Armées du Roy d'entret
dans leur pais qui eſt tout
ouvert de ces coftez - là . On
Juy laiffa la liberté de pren
dre là- deffus les mesures qu'il
>
du
Temps.
STIT
jugeroit à propos, ou plustoft
il fe la fit donner puis qu'il
n'y a plus perſonne dans la
Republique qui foit aſſez ferme
pour luy difputer aucune
chofe. L'affaire eftoit delicate
; il leur eftoit avantageux
d'avoir un Electeur de
Cologne â leur devotion ,
mais comme il falloit vray
femblablement s'attirer une
guerre pour travailler à en
avoir un' , tel qu'ils auroient
pu le fouhaiter , & que le
faccés de l'entrepriſe eftoir
plus incertain que le mauvais
112 III. P. des Affaires
avoit
fuccés de la guerte , il n'y
pas de politique à l'entreprendre
, mais le Prince
avoit fes raifons qui ne re
gardoient
que luy , il promit
à l'Empereur
qu'il feroit liguer
plufieurs Princes Proteftans
, pour maintenir
l'Election
du Prince Clement
de Baviere qu'ils convinrent
de faire Electeur , & que
Pape promit de charger de
difpenfes pour cela aprés
quoy , il luy donneroit
des
Bulles en confequence
de ces
difpenfes. Ainfi il cftoit
;
le
du Temps.
113
prefque inutile aux Chanoines
de Cologne de travailler
à une élection , puis qu'avant
qu'ils y procedaffent , on avoit
refolu que leurs voix ne ferviroient
de rien , à moins qu'-
elles ne fuffent pour celuy que
la Cour de Rome , l'Empereur
,
& le Prince d'Orange avoient
refolu de faire Electeur. L'Election
fut pourtant faite en
faveur de M³ de Furſtemberg
.
Je ne vous repete point ce
qui fe paffa là- deffus ; vous
fçavez le grand nombre de
voix qui furentpour ce Cardinal
, & le peu qu'en eut le
3. Part. K
114 III. P. des Affaires
Prince Clement . Tout cela ayant
efté raporté au Pape le fit
differer de donner des Bulles..
Il avoit promis qu'il n'en accorderoit
point à M' de Furftemberg,
& il ne pouvoit ſe
refoudre d'en envoyer au
Prince Clement , parce qu'il
ne croyoit pas qu'on pût foû
tenir une Election fi
peu re-..
guliere . Ce retardement donna
de l'inquietude au Prince
d'Orange ; il craignoit que les
chofes ne s'accommodaffent
à l'amiable , & il avoit befoin
que la guerre s'allumaft , afin
que dans le defordre il puft
du Temps.
115°
cacher fes intrigues . Il promit
à l'Empereur qu'il fe
trouveroit à la tefte de trente
mille hommes des troupes.
des Etats, & de celles des Al!
liez , fur les frontieres de:
l'Electorat de Cologne, pour
maintenir l'élection du Prin .
ce Clement, & l'affura que
loin que le Pape fuft en dan--
ger d'en avoir le démenty ,
les chofes iroient de la maniere
que Sa Sainteté le fouhaitoit.
L'Empereur le fi
fçavoir au Saint Pere , & Ca
foni fe mêla dans l'intrigue .
Il y a beaucoup de Lettres de
Kij
116 III. P. des Affaires
pupeutluy
touchant cette affaire ,
qu'on a parlé de rendre
bliques , & qu'on fera
eſtre imprimer un jour. Le
Pape goûta ces refolutions ,
&, devint plus ferme dans
celle qu'il avoit de donner
des Bulles au PrinceClement ,
mais les forces qu'on avoit
deffein de mettre fur pied ,
ne luy paroiffoient pas fuffifantes
pour arrefter celles que
la France pouvoit fournir à
Mr le Cardinal de Furftemberg
Le Prince d'Orange.
qui ne l'ignoroit pas non
plus que Sa Sainteté , & qui
du
Temps.
117
avoit efperé que cette réponfe
à laquelle il s'attendoit ,
mettroit les affaires juſtement
dans l'Etat où il fouhaitoit
les voir pour faire réuffir fon
entreprife , propofa d'équiper
une Flote confiderable
pour
inquieter feulement les côtes
de France qu'il n'avoit pas
deffein d'attaquer, & affeura
que l'allarme qu'il leur donneroit
feroit une fort grande
diverfion des forces du
Royaume , parce que le Roy
feroit obligé de les partager
, & d'en envoyer la plus
grande partie fur les cof118
III. P. des Affaires
tes , où Sa Majefté appre
hendoit que les Nouveaux
Convertis ne fe revoltaffent,
1
que
la ce qui feroit caufe
France feroit peu à craindre
du cofté de l'Electorat de Cologne,
où les forces qu'il mettroit
fur pied avec celles des
Princes liguez , non feulement
pourroient
aisément
leur faire tefte , mais auffi en
triompher
fi elles eftoient :
affez temeraires
pour entreprendre
d'en venir aux mains .
Tous les ennemis de la France
approuverent
cet armement
de mer , & donnerent
de:
du Temps.
1194
grandes louanges au Prince.
d'Orange. Les Princes liguezfurent
les premieres dupes de
ce Prince , & promirent de
garder inviolablement un ſecret,
dont ils ignoroient entierement
le miftere.Quelque
joye que tant de Puiflances
témoignaffent de la propofition
du Prince d'Orange
, il
ne fe trouva perfonne qui en
fift paroiftre plus que l'Empereur..
Il fit auffi toft fçavoir
auffitoft
au Pape le grand deffein de
cet armement qui devoit
faire triompher leur haine
contre Mr le Cardinal de Fur-
>
120 III. P. des Affaires
ſtemberg , luy ravir l'Electorat
de Cologne , & donner
l'avantage à la plus foible partie
du Chapitre. Sa Sainteté
trouvant le fentiment de fes
Miniftres conforme à celuy
de l'Empereur , donna d'autant
plus aisément dans ce
piege , que le Prince d'Orange
leur tendoit à tous , qu'il
flatoit le defir qu'Elle avoit
de fervir la Maifon d'Auftriche
& de nuire à la France.
Le Pape avoit encore une autre
raison pour approuver
cetre propofition . Il s'eftoit
declaré ouvertement
pour le
Prince
du Temps. 121
Prince Clement de Baviere
contre M' de Furſtemberg ,
& tout ce qui pouvoit l'em
peſcher d'avoir un dementy
lay paroiffoit jufte ', de forte
que dés qu'il crut que le Prince
Clement pourroit eftre
maintenu dans l'Electorat de
Cologne il luy fit expedier
des Bulles , & marqua qu'il
craignoit peu ce que le Roy
avoit écrit à Marle Cardinal
d Estrées pour luy faire voir .
Cette Lettre luy auroit caufé
quelque embarras, s'il n'avoit
pas étéaffuré peu de temps au
paravant des grads armemens
3. Part L
122 III. P. des Affaires
du Prince d'Orange , qu'il
ne croyoit fe devoir faire
que pour maintenir les Bulles,
qu'il devoit donner au Prince
Clement , & ce qui le determina
à le croire , fut l'intereft
qu'il eftoit perfuadé
que les Hollandois avoient
d'empefcher que
l'Electorat
de Cologne ne fuft poffedé
par un homme qu'ils ne
croyoient pas leur amy. Com
me la propofition du Prince
d'Orange devoit eſtre tenuë
fort fecrete , le Pape qui ne
vouloit pas qu'on la fçeuft ,
ou qui fouhaitoit du moins
qu'on ignoraft qu'il en cuſt
du
Temps .
123
eu
communication en cas
qu'elle vinſt à eftre decouverte
, declara qu'il donneroit
les Bulles au Prince
Clement aprés avoir ouy hire
la Lettre du Roy écrite à Mr
le
Cardinal
d'Eftrées , afin
qu'on cruft que
c'eftoit ce
qui l'auroit determiné à les
accorder. Si jamais il a eſté
permis de faire des reflexions
dans une affaire
politique
c'eſt dans cette occafion . Il
eft conſtant, comme la fuite
le fera affez
connoiftre , qu'on
n'en fera point fur des faits
fuppofez arrivez ou qui doi .
Lij
124 III . P. des Affaires
vent arriver , puis qu'il n'eſt
que trop certain que le Pape
a donne dans un piege dont
il devoit plutoft fe garder
qu'un autre , puis que quand
mefme il Y auroit eu de la
fincerité dans les propofitions
du Prince d'Orange ,
& qu'un Prince feculier auroit
pu avoir intelligence
avec luy pour l'execution de
fes projets , le Succeffeur de
S. Pierre n'en devoit pas avoir
avecun Prince qui travailloit
à fe faire Chef d'une Secte
contraire à la veritable Eglife.
Je fçay bien qu'il n'a pas
du
Temps . 125
luy- mefme traité avec luy;
que c'est un Ouvrage de la
Cour de Vienne , que file
Prince d'Orange en a receu
de l'argent ce n'a pas efté par
Jes mains du Pape , mais par
celles de Sa Majesté Imperiale
; enfin que Sa Sainteté n'a
point agy Elle mefme dans
cetre affaire , mais que Cafoni
y a travaillé . Je veux mefme
que tout cela ne foit point ,
malgré toutes les preuves
qu'on ena,mais il eft conftant
que le Pape y a donné fon
confentement, comme la fuite
vous le fera voir. L'aurois
+
Liij
126 III . P. des Affaires
tant à dire là -deffus , que je
me tairay pour ne point entrer
trop avant dans cette
matiere ; je diray
feulement
qu'il faloit eftre bien credule
pour ſe perfuader que le Prince
d'Orange , eftant auffi temeraire
qu'entreprenant &
ambitieux , fe verroit à la
tofte d'une flote
formidable
dont il feroit le Maiftre abfolu
,
feulement pour inquieter
ceux à qui il
pourroit
faire plus de mal , & qu'il ne
fe faifiroit pas de
l'occafion ,
pout peu qu'il la trouvaft
favorable
.Cela pouvoit arriver ,
du Temps. 127
& il n'y a point d'homme ,
quelque penetrant qu'il fuft,
qui puft affeurer le contraire.
Tout ce qui dépend de la force
des hommes eft incertain ;
le foible bat fouvent le fort ,
&quand deux Armées fe trouvent
également nombreuſes
la victoire ne laiffe pas de fe
déclarer pour l'une ou pour
l'autre malgré l'égalité de
leurs forces . Les François font
braves , mais ils pouvoient
manquer à la fidelité qu'ils
doivent au Roy. Quelques
nouveaux Convertis mal intentionnez
( car quoy que
Liiij
178 III . P. des Affaires
puiffent publier les Ennemis.
de la France , le nombre eft
petit de ceux qui ne le font
pas de bonne foy ) pouvoient
avoir des intelligences avec
les Proteftans François de la
Flote du Prince d'Orange
.
Il ne faut qu'un Traiftre pour
livrer une Place Palarme fel
répand enfuite dans tout un
Païs ; la confufion s'y met ,
& faifant plus de mal que les
Ennemis mefmes , leur donne
fouvent des victoires qu'ils
ne fe promettent pas. Ainfi ils
fe trouvent maiftre d'une
Province fans avoir prefque,
du
Temps.
129
fait aucune perte. Si le Prince
d'Orange cult débarqué en
France , s'il euſt triomphe , fi
la veritable Religion en euft
fouffert , à qui ce malheur
pouvoit- il eftre imputé qu'au
Pape ? Auroit il mieux aimé
voir détruire ce que le Roy
avoit fait en France d'avantageux
pour la Religion , que
M de Furftemberg Electeur
de Cologne ? Je n'ofe dire que
apparences font facheufes
contre luy puis qu'il a rifqué
l'un pour l'autre , tant
ce qu'on fait en France pour
la Religion le touche peux
les
1
130 III . P.des Affaires
comme fi la veritable Religion
n'eftoit pas la mefme
dans tous les Eftats où elle
regne , & ne devoit pas également
le toucher . Il la doit
proteger par tout ; il en doit
par tout chercher l'augmen
tation , il doit fçavoir gré
aux Princes qui l'étendent
dans leurs Etats : enfin il doit
regarder comme ſes enfans ,
tous les Princes qui reconnoiffent
l'Eglife Romaine , &
les traiter tous également
,
afin de ne point femier de jaloufie
entre cux & de n'y
point mettre de divifion .
盈
du Temps . 131
C'eſt ce que font les Peres de
Famille , dont la conduite eft
eftimée , & qui aiment le
repos de leurs Enfans.
Mais pour revenir à l'entrepriſe
du Prince d'Orange,
dont le fecret eftoit alors
impenetrable , & l'a eſté fort
long - temps , excepté aux
yeux de la France, il ne pouvoit
faire le grand armement
de Mer qu'il projettoit , &
qu'il avoit promis à l'Empereur
, fans que les Etats y
contribuaffent , car tout l'ar
gent qu'il avoit avancé depuis
plufieurs années , ne
132 III . P. des Affaires
luy fuffifoit pas pour une
auffi grande entrepriſe.
.. Il falloit donc faire entrer
les Etats dans cette affaire ,
& trouver en mefme temps
le moyen de ne leur point
découvrir par quels motifs
il l'entreprenoit Il leur dit
qu'il avoit pris de juftes mefures
pour faire réuffir une
chofe d'une tres- grande im ,
portance, & qui ne commet
troit ny fa gloire , ny leurs
forces , parce que le fuccés
en eftoit indubitable ; mais
il leur dit en mefme temps.
qu'il n'y avoit que le fecret
du Temps. 121
qui fift réuffit les grandes af
faires , & qu'on n'en douteroit
pas fi on examinoit ce
qui fe paffoit en France à cet
égard . Il ajoûta qu'il demandoit
feulement pour cette
année , que les Etats nommaflent
trois
perfonnes pour
deliberer , & pour agir avec
luy , afin que fon fecret ne
fuft point rendu public ; qu'il
ne pretendoit
pas pour cela
changer la maniere accoutu
mée des Etats qu'ils pouvoient
en ufer à l'ordinaire
pour leurs autres affaires , &
en faire part à tous ceux de
134 III . P. des Affaires
l'ATemblée , mais que pour
la fienne & pour cette année
feulement
, il fouhaitoit
de
n'avoir affaire qu'à trois de
leurs Députez , mais qu'il les
prioit de leur donner le même
pouvoir qu'auroient
enfemble
les Députez de toutes
les Provinces qui compofent
les Etats . Il ne faifoit
point de pareilles propofitions
fans s'eftre auparavant
affeuré des voix necef
faires pour les obtenir , &
peut- eſtre mefme que c'eſtoit
un jeu concerté entre les Erats
& luy ; ce qui s'eſt paſſé
du Temps. 135
dans la fuite le fait foupçonner.
Il n'eut affaire qu'aux
principaux des Etats qui eftoient
fes Creatures , & qui
n'ofoient luy
manquer , peuteftre
plus par crainte que par
amour. Jufque-là rien ne s'éventoit
de fon fecret , & l'are
mement
n'eftoit pas encore
affez confiderable
pour donner
lieud en penetrer
quelque
chofe à ceux qui s'attachent
à deviner , & qui réuffiffent
quelquefois
, mais comment
n'auroit- on pas efté trompé
, puis que le Prince d'Orange
qui alla à la Conferen136
III . P. des Affaires
ce de Mindin, y trompa tous
les Princes qui s'y trouverent,
quoy que de fa Religion ,
dans le mefme temps qu'il fit
alliance avec eux pour empê
cher que M de Furftemberg
ne joüift paiſiblement de l'Electorat
de Cologne, & pour
maintenir le Prince Cle
ment dans les droits pretendus
que les Bulles du Pape
devoient luy donner ? Il leur
dit les mefmes choſes qu'il
avoit fait dire à l'Empereur ,
& dont Sa Majesté Imperiale
avoit fait porter parole
au Pape , & les affeura
du Temps : 137
1
que la Flore qu'il avoit commencé
à faire équiper , n'eftoit
que pour alarmer les costes
de France faire une diverfion
des forces que le Roy auroit
pu envoyer au fecours de
M'de Furflemberg. Il ne s'eft,
trouvé que l'Electeur de
Brandebourg, qui a dit depuis
ce temps là qu'il avoit
fceu le fecret. L'avantage.
n'eft pas fort glorieux pour
s'en vanter.
Comme le temps commençoit
à preffer , les levées
redoublerent dans toute la
Hollande. On les fit fous le
M
3. Part.
2
138 III . P. des Affaires
nom du Prince d'Orange , &
fes Officiers diftribuerent
l'argent . Ce Prince receut
auffi des Troupes Etrangeres
qu'il mit dans les principales
Villes des Eftats , dont il retira
les troupes , de forte qu'il
fe rendoit par ce moyen maiftre
des Villes où il les faifoit
entrer . Il ne l'eftoit pas moins
de ces troupes des Eftats qu'il
faifoit fortir de ces Villes - là ,
parce qu'il les joignoit à celles
qui devoient monter la
flote , & qui avoient eſté levées
à fes dépens . Comme
elles eftoient fuperieures en
du Temps . 139
nombie , on peut dire qu'il
eftoit maiftre des Villes &
de la Flote , & par confequent
des Etats . C'eft une Souveraineté
dont il vouloit s'affurer
à tout évenement ; les uns
la luy laiffoient ufurper de
leur bon gré , les autres en
murmuroient en fecret ,parce
qu'ils avoient lieu d'aprehender
fon reffentiment, & d'être
feverement punis de leur zele
pour leur patrie . Il y en avoir
d'autres quife feroient plaints
un peu plus hautement , &
dont le nombre auroit cité
trop grand pour les punir a-
Mij
14.0 III . P. des Affaires
vec éclat , mais l'efperance
qu'ils avoient d'eftre bientoft
delivrez d'un Prince qui
agiffoit chez eux en Souve
rain , & dont l'ambition net
pouvoit qu'eftre fort prejudiciable
à l'Etat , & luy coufter
beaucoup de fang & d'argent,!
faifoit qu'ils luy fouhaite
toient un heureux fuccés dans
une injufte entreprife , afin
d'eftre garantis de fa domina-i
tion , la guerre qu'il vouloit
rendre éternelle ne pouvant
accommoder un Etat qui ne
fçauroit fubfifter fans le Commerce.
Le Roy dont la fage
du Temps. 14r
prevoyance
ne laiffe rien é
chaper , crut à propos de faire
expliquer
les Etats fur leur
armement .
意
Qu'auroient- ils
û dire , puis que la plufpart!
es Deputez des Provinces
qui forment le Corps des
Etats,ne fçavoient pas encore,
les deffeins du Prince d'Orange?
L'Envoyé d'Angleterre
auprés des États fit la mefme
demande que l'Ambaf
fadeur de Sa Majefté . Ondemanda
du temps pour répondre
; on biaifa , on fit des
honneftetez , on affe & a de la
fierté , & l'on n'oublia rien
142 III . P. des Affaires
de tout ce qui devoit tenir
cette refponſe en fufpens ,parce
qu'il eftoit alors dangereux
de s'expliquer , & que
l'entrepriſe auroit avorté avant
qu'on l'euft commencée
fi quelque chofe en cuſt eſté
découvert. La France qui voit
clair , & qui eft fidellement
fervie , parce qu'elle ne fait
que de bons choix , developa
que le deffein du Prince d'Orange
eftoit d'envahir l'Angleterre
, & elle en donna avis
au Roy de la grande Bretagne
, qu'on trouva bien éloigné
d'en avoir le moindre
du Temps. 143
foupçon , & qui n'en prit pas
mefme de ce qu'on luy dit
là-deffus. La crainte que ce
Prince n'ouvrift les yeux fit
faire une demarche aux Etats
& une autre au Prince d'Orange
,' auſquelles il n'eſt
pas
befoin de donner de nom
pour bien faire connoistre de
quelle maniere on les doit
regarder , & pour lesquelles
on n'en peut trouver d'affez
fort pour bien exprimer l'ef
fet qu'elles doivent faire fur
l'efprit des honneftes gens .
Tout ce qu'on peut dire ,
c'est que la pofterité ne les
14.4 III. P. des Affaires
oubliera pas , & leur rendra là
juftice qu'elles meritent . Ce
pendant je díray en general
qu'il eft bien dangereux de
fe ficr à des perfonnes de ce
caractere .
L'Ambaffadeur de Hollan
de en Angleterre , affeura Sa
Majefté Britannique que
Leurs Hautes Puiffances a
voient refolu de vivre en
bonne intelligence avec Elle,
& qu'Elles n'avoient nullement
deffein de porter la
guerre dans fes Etats. Ces
affeurances furent données
avec toutes les circonftances ,
neccffaires
du Temps. 145
neceffaires pour luy offer de
la penfée , en cas qu'il euft pu
ajoûter foy aux finceres avis
qu'on luy donnoit , que l'ar
mement de Hollande regardaſt
l'Angleterre.
Voilà à peu prés la maniere
dont on en ufe lors qu'on
veut affaffiner ſon ennemy.
au lieu de fe battre contre
luy. On ne fe contente pas
de ne le point avertir, de
qu'il ne fe tienne fur fes gardes
, on le careffe afin de
l'affaffiner en l'embraffant.
On avoit refolu de donner
une efpece de Manifefte , mais
3. Part
.
N
peur
146 III . P. des Affaires
on ne vouloit pas le laiffer
paroiftre avant que le Prince
d'Orange fuft party avec la
Flote , afin que le Roy d'Angleterre
n'eut pas le
>
temps
de fe mettre en eftat de fe
défendre & d'y répondre
par la force de fes armes , non
plus que par celle de fes rai
fons. L'Ambaffadeur de Hollande
qui eftoit à Londres ne
donna pas feulement au Roy
d'Angleterre les affeurances
que vous venez de voir ; que
faMajefté Britannique n'avoit
rien à craindre des Etats ; mais
les Etats firent délivrer à
du
Temps. 147
I'Envoyé de ce Prince à la
Haye un Extrait des Regiftres
de leurs refolutions
dont voicy les propres termes.
Qu'ils déclarent n'avoir eu
ny n'avoir aucune intention
d'entrer en guerre avec Sa Majefté
Britannique , ou avec
Nation Angloife , puis qu'il n'y
a rien qui leur foit plus cher ny
qu'ils prennent plus à coeur , que
de vivre avec Sa Majesté &
ladite Nation , dans une fincere
cordiale amitié. Ils tinrent
la
cette conduite , afin que le
Roy d'Angleterre fuft trompé
dans toutes les formes ,
Nij
148 III . P. des Affaires
+
& que ce qui avoit efté
refolu fuft accomply
. Le
Prince d'Orange luy écrivit
dans le mefme temps la mefme
chofe que les Etats luy
avoient fait dire , croyant que
lors qu'il apprendroit
de
deux coftez la fincerité ſuppofée
de leurs bonnes intentions
; il y ajoûteroit plus
de foy . Il fe fervit de termes
que n'avoit encore plus forts
fait l'Ambaffadeur
de Hollande,
pour luy perfuader qu'il
n'avoit rien à craindre de fa
part de maniere qu'il n'y a
perfonne , qui ſur la foy & le
Seing d'un Prince qui femble
du Temps. 149
devoir eftre encore plus fincere
& plus honneſte - homme
que de fimples particuliers
n'cuft crû veritable
ce que contenoient les Lettres
du Prince d'Orange .
D'ailleurs un Monarque genereux
& honnefte - homme
comme le Roy d'Angleterre ,
ne croyoit pas devoir mettre
in doute ce que luy écrivoit
un Prince de fon fang , & il
aimoit mieux s'expofer , que
de marquer qu'il fe défiaft de
luy. Ce qui faifoit encore
croire au Roy d'Angleterre
qu'on luy donnoit de faux
Niij
Ijo III . P. des Affaires
avis , c'eft qu'on luy difoit
que le Prince d'Orange l'accufoit
d'avoir fuppofé le
Prince de Galles , & il ne pouvoit
fe perfuader que cela
fuft veritable, le Prince d'Orange
l'ayant envoyé complimenter
fur la naiſſance de
par M ' Ben- ce jeune Prince
tingh fon Favory.
Malgré toutes les affurances
qu'on donnoit au Roy
d'Angleterre
qu'il ne feroit
point attaqué, & les préfomptions
qui luy faifoient croire
que fes Ennemis luy difoient
la verité , la France
iſta
du
Temps
.
511
à des avis
falutaires , & auroit mefme
fait plus pour luy , ' s'il avoit
voulu . Če Prince témoigna
toujours qu'il ne craignoit
rien , & qu'il eftoit affeuré
qu'on n'en vouloit ny à fa
Perfonne , ny à fes Etats . Il
pouffa mefme les chofes plus
avant , & marqua qu'il feroit
à fouhaiter pour la France qu'elle
ne fust pas plus menacée que
luy. Ce qui le fit parler ainfi ,
c'eftoit qu'ayant commencé
d'ajoûter foy aux avis reiterez
de la France , malgré les
affurances du contraire que
Niiij
152 III . P. des Affaires
l'Ambaffadeur de Hollande
luy donnoit de tems en tems ,
le Pape & l'Empereur , l'avoient
tiré d'inquietude en
le faifant affeurer d'une maniere
à ne luy laiffer nul doute
, que l'armement de Hollande
ne le regardoit en aucune
forte. Ils pafferent même
plus avant pour fe faire
croire , & firent connoiftre
qu'ils fçavoient à quel ufage
cet armement efloit deftiné.
Comme la France ne faifoit
que penetrer , & qu'elle n'eftoit
point du fecret , auquel
ces grandes Puiflances faidu
Temps. 153
foient connoiftre qu'elles avoient
part , il ne faut pas
s'étonner fi le Roy d'Angleterre
ajoûta foy à ce qu'Elles
luy firent dire là- deffus avec
toutes les affurances poffibles
, qu'il n'y avoit rien de
plus veritable.
Le Roy d'Angleterre fe
croyant affez fort pour fe
défendre s'il eftoit attaqué ,
ou plûtoſt ne voulant point
de fecours , parce qu'il ne
croyoit point avoir d'Ennemis
, Sa Majefté ne penfa
plus à fe mettre en eſtat de
luy en donner ; mais quoy
154 III. P. des Affaires.
qu'Elle n'apprehendaſt rien
pour fes coftes, & qu'Elle fuft
perfuadée que l'orage devoit
tomber en Angleterre , Elle
ne laiffa pas à tout évene
ment de les mettre en eftat
de défenfe
, parce que la prudence
veut qu'on foit armé
lors que nos voifins le font .
Enfin l'armement du Prince
d'Orange eftant prefque
achevé , & plufieurs Anglois
de fon party eftanr venus le
joindre , fon fecret éclata ,
parce qu'il ne pouvoit plus
eftre caché , & il y avoit même
lieu de croire qu'il n'adu
Temps. ISS
voit pas efperé qu'il le feroit
plus longtemps . On peut dire
que
le Roy d'Angleterre
fut celuy qui le fceut , ou du
moins qui le crut le dernier .
Ce que le Pape & l'Empereur
luy avoient fouvent fait
dire, l'avoient empeſché d'en
avoir aucun foupçon ; ainfi
ils n'ont pas feulement eſté
caufe que le Prince d'Orange
a armé pour envahir l'Angleterre
, en tombant d'accord
avec luy que cet arme
ment ferviroit pour arrefter
les forces des François fur les
Coltes de ce Royaume ; mais
156 III . P. des Affaires
ils ont empefche l'Angleterre
de fe mettre en eftat de
ſe défendre , & l'ont obligée
de refufer un fecours de
France , qui auroit empefché
le Prince d'Orange de pourfuivre
fon entreprife , & d'achever
fon armement.
Le Roy d'Angleterre ayant
efté pleinement convaincu
de la mauvaife foy du Prince
d'Orange , & de la defcente
qu'il devoit faire dans fes
États contre ce qu'il luy avoit
écrit , commença à mettre
ordre à fes affaires par la Proclamation
fuivante .
du
Temps. 157
DE PAR LE ROY.
PROCLAMATION.
JACQUES ROY,
NOUSS avons reçeu des .
avis tres certains qu'une
Armée d'Eftrangers doit
bien - toft venir de Hollande, pour
envahir nostre Royaume , &
commettre toutes fortes d'Actes
d'Hoftilité ; quoy qu'il puiffe
arriver qu'on publiera quelques
faux pretextes de liberté
, de privilege , & de Religion
, forgez & écrits avec autant
de fubtilité que d'artifice ,
158 III. P. des Affaires
felon qu'on le trouvera utile pour
une telle entreprife , il eft neanmoins
évident , veu les grands
préparatifs que l'on fait , qu'on
a deffein & qu'on ne fe propoſe
pas moins par cette invafion ,
que la conqueste abfoluë de nos
Royaumes & defubjuguer &
affujettir entierement Nous &
tous nos Peuples à un pouvoir
Estranger. Cette entreprife eft
fomentée , ainfi que nous l'apprenons
quoy que celafemblepref
que incroyable, par quelques uns
de nos Sujets , qui eftant portez
d'un efprit mechant, turbulent,
d'une malice implacable , ne
du
Temps . 159
forment que des deffeinspleins de
rage & de defefpoir. Ces gens
n'eftant point touchez de nos divifions
paffées , dont la memoire
les malheurs devroient rendre
chere & estimable cette paix
& ce bonheur dont il y a longtemps
qu'on jouit , & n'eftant
pointfenfibles à nos Actes reiterezdegrace
& de clemence(nous
eftant estudiezes ayant pris plai
fir de les repandre àpleines mains
fur nos Sujets , & mefme fur
ceux qui efloient nos Ennemis
ouverts
encore de plonger ce Royaume
dans le carnage & dans la ruine,
declarez) s'efforcent
160 III. P. des Affaires
pour flatter leur ambition
leur méchanceté
, ne fe propofant
dans une telle confufion publique
,
que le pillage & le butin.
Nous ne fcaurions nous empefcher
de fairefçavoir, que quoy
que nous avons efté avertis depuis
quelque temps qu'une force
estrangere fe preparoit contre
Nous , nous n'avons pourtant
point voulu avoir recours à aucun
fecours Estranger ; & nous
avons mieux aimé nous repofer
aprés Dieu ,fur la veritable
ancienne valeur de noftre Peuple
, & fur fon courage & fa
fidelité. Et comme nous avons
du
Temps.
161
fouvent hazardé noftre vie avec
luy, pour l'honneur de cette Nation
, auffi nous avons fortement
refolu de vivre & mourir ,pour
le deffendre contre tous Ennemis .
C'est pourquoy nous conjurons
tous nos Sujets de fe deffaire de
toutes fortes d'animofitez , de
jalousies & de prejugez , & de
s'unir volontiers & de bon coeur,
pour deffendre noftre Perfonne
leur Patrie . Cela feul aprés
Dieu , fuffit pour renverser &
frustrer les principales efperances
e les deffeins de nos Ennemis
, qui s'attendent à trouver
-noftre peuple divife , & qui peut
3. Part .
162 III. P. des Affaires
les droits
eftre en publiant quelques raifons
plaufibles de leur venue ,
comme le pretexte fpecieux, quog
que tres-faux , de maintenir la
Religion Proteftante, ou de conferver
les libertez
& biens de noftre peuple , efperant
par ce moyen - là conqueair
ce grand & fameux Royaume
; mais quoy que ce deffein
ait esté concerté avec tout le fecret
imaginable & qu'on ait
fait tout ce qu'on a pú pour nous
furprendre & nous tromper, nous
n'avons pas laiffé de nostre coftés
de prendre toutes les precautions
neceffaires. Et nous ne doutons
du
Temps.
163
pas qu'avec l'aide de Dieu , nos
ennemis ne nous trouvent en fi
bon eftat , qu'ils ne puiffent a
voir fujer defe repentir de leur
injuste temeraire entreprise .
Nous avions deffein , ainfi
que nous l'avions declaré depuis
peu , de faire affembler noftre
Parlement au mois de Novembre
prochain ; & les Lettres
Circulaires ont efté délivrées
pour cet effet nous nous propofions
entr'autres chofes , de
pouvoir calmerles efprits de notre
peuple , fur ce qui regarde la
Religion , en confequence de diverfes
Declarations que nous a-
O ij
164 III. P. des Affaires
vons fait publier à ce sujet ;mais
à cause de cette eftrange & deraisonnable
entreprise de la part
de nos voifins (fans leur en
avoir donné aucun fujet ) qui
pretendent par ces voyes-là traverfer
tous nos bons deffeins
nous trouvons qu'il eft neceſſaire
de revoquer nos dites Lettres
Circulaires , ainfi que nous faifons
par les prefentes , comman
dant & ordonnant à tous nos
Amez Sujets d'en prendre connoiffance
, & de furfeoir toutes
fortes de procedures à cet égard.
Et dautant que le danger qui
est fort proches requierera une
du
Temps . 1165
grande & vigoureuse deffenſe,
nous ordonnons & commandons
expreſſement par les prefentes , à
tous nos bons Sujets , tant fur
Mer que fur Terre , ( de la concurrence
de la valeur & du
courage defquels , comme veritables
Anglois , nous ne doutons
aucunement dans une fi jufte
caufe ) de fe preparer à defendre
leur Pays ; & nous ordonnons
commandons par les
prefentes , à tous les Gouverneurs
& Lieutenans Gouverneurs des
Provinces d'employer leurs derniers
efforts pour repouffer &
deftruire nos Ennemis , qui vien-
&
166 III. P. des Affaires
nent avec tant d'affurance &
de fi grands preparatifs , afin
d'envahir & conquerir nos
Royaumes. Et enfin nous deffendons
tres-expreffement à tous
à un chacun de nos Sujets
de quelque qualité, rang ou condition
qu'ils foient , de donner
aucune forte d'aide d'affiftance,
ou de fecours à nos Ennemis ,
ny d'avoir ou entretenir aucune
maniere de correſpondance
avec eux , ou avec aucun
de leurs Complices , fur peine
de haute trahifon & d'eftre
pourfuivis & traitez avec la
derniere rigueur.
du Temps.
167
Donné en noftre Cour à VVhitehal
, le 28. Septembre 1638.
de noftre Regne l'an quatrième.
Cette Proclamation fut faite
le 28. de Septembre , felon
le ftile d'Angleterre , & le
premier jour d'Octobre ſuivant
le Roy fit la Declaration
que vous allez lire.
JACQUES ROY,
Alant déja fait publier que
noftre bon plaifir eft de faire
appeller un Parlement pour l'affembler
dans noftre Ville de
Vvestmunster au mois de Novembre
prochain , & les Lettres
168 III. P. des Affaires
4
tres de convocation pour cela
estant envoyées dans les Provinces
, de peur que ceux qui
ont le droit de choifir des membres
du Parlement , ne foient
trompez & abufez par les artifices
des mal intentionnez Nous
avons trouvé àpsopos de declarer,
que comme noftre intention
Royale eft de faire noftre poffible
pour établir une liberté legale de
Confcience univerfelle pour tous
nos Sujets , auffi fommes nous
refolus de conferver inviolable–
ment l'Eglife Anglicane , en
donnant de telles confirmations
aux differens Actes d'uniformité,
2 du Temps .
169
mité , qu'ils ne pourront jimats
eftre changez, qu'en revoquant
·les Claufes diverfes qui impofent
des peines aux perfonnes
non promenes , ou qui doivent
eftre promenes à des Benefices
Ecclefiaftiques felon le fens des
Actes , lefquelles font des Actes
d'exercice de leur Religion contraire
à la teneur, & à l'inten
tion defdits Actes d'uniformité.
Et pour tant plus grandefeureté
non feulement de l'Eglife Anglicane
, mais auſſi de la Religion
Proteftante en general, Nous
voulons bien, que les Catholiques
Romains demeurent inca-
3. Part.
P
170 III. P. des Affaires
pables d'eftre membres de la
Chambre Baffe du Parlement,
par où ces craintes & apprehenfions,
que plufieurs perfon
nes ont eues à voir que l'autorité
Legiſlative fe voit ufurpée par
eux & employée contre les
Proteftans viendront à ceffer
entierement. Nous affeurons de
mefme tous nos bons Sujets , que
nous ferons prompts à accorder
tout ce qui d'ailleurs pourra fervir
à leur feureté & avantages,
comme il convient à un Roy qui
veut toujours avoirfoin de fon
peuple. & s'ils defirent le bonbeur
de leur pays , nous les
du
Temps .
170
exhortons de mettre à coflé toute
animofités & de fonger à choisir
de telles Perfonnes pour les reprefenter
dans le Parlement , qui
par leur habileté moderation
foient capables de perfectionner
un ouvrage fi grand & fifalutaire.
Et pour prevenir touteforte
de defordres , irregularitez ou
procedures illicites, qui pourroient
arriver , ou devant ou pendant
l'Election des membres du prochain
Parlement , nous enjoignonsferieufement,
& comman
dons à tous Maires , Scherifss
Baillifs & autres Officiers quel's
qu'ilsfoient, aufquels appartiene
Pij
172 III. P. des Affaires
l'execution des Edits , de tenir
la main pour l'execution defdits
Edits , fommations & ordres
felon leurteneur,& qu'ils ayent
foin que les membres qui feront
choifis, foient de bonne foy confirmez
felon qu'un choix fait
dans les formes le demandera .
Fait à noftre Cour de Vvhitehall
le 1. Octobre 1688. la quatrième
année de noftre regne .
Le fecond du mefme mois
on publia la Piece ſuivante.
9
du Temps.
173
AMNISTIE,OU PARDON
General du Roy.
ACQUES Second , par
la
grace de Dieu , Roy d'Angleterre
, Deffenfeur de la
Foy , & c. A tous ceux qui les
prefentes verront ; Salut. Nous
avons toujours fouhaité depuis
noftre avenement à la Couronne,
tous nos Sujets vecuffent à
leur aife , & puffent jouir de
toute forte de tranquilité & de
bonheur , fous nofire Gouverne
ment. Rien ne peut nous estre
plus agreable , que de voir les
Piit
174 III. P. des Affaires
Criminels s'amender par. des
Actes de confcience envers eux,
pluftoft que par le chaftiment.
Nos Ennemis declarez ont trouvé
faveur
faveur
qu'ils
fe font
repentis
; &
envers nous , lors
quoy qu'outre diverfes graces
particulieres que nous avons
accordées à plufieurs perfonnes ,
nous ayons neanmoins depuis
peu fait publier noftre Proclamation
Royale pour accorder un
pardon general à tous nos peuples
; dautant pourtant que ceux
qui vivent le plus tranquillement,
tombent fouvent dans des
fautes puniffables par nos Loix ,
'du
Temps. 175
& peuvent eftre ſujets ,fi nous
étions feveres, à eftre poursuivis,
foit en leurs perfonnes ou en leurs
biens dans nos Cours Civiles ou
Ecclefiaftiques .
d'obeiffance :
?
Temporelles
Nous donc par une faveur Speciale
, & par l'affection que
nous avons pour nos Sujets ,
defquels nous attendons toute
forte de respect
en reconnoiffance de noftre bonté)
accordons par lesprefentes , publions
& declarons noftre prefent
Pardon Royal ou Amnistie.
Nous pardonnons par les prefentes
, pour nous , nos beritiers
fucceffeurs , nous acquitons
Piiij
176 III. P. des Affaires
relafchons defchargeons tous
un chacun de nos Sujets de
c: Royaume d'Angleterre de
noftre Principauté de Galles &
de la Ville de Berovich für la
Tuvecd , leurs heritiers , Executeurs
ou Adminiſtrateurs
toutes fortes de Corps politique
ou incorporé , de noftre Royaume
ou Eftats fufdits , & leurs Succeffeurs
, à la referve des perſonne's
cy- aprés exceptées , de toutes
le's offenfes commifes contre
Nous nos Heritiers & Sue-`
ceffeffeurs, de toutes les trahifons
, felonies , des expreffions
de trabifon , paroles fedttienfes
, libelles , affemblées ou
>
du Temps . 177
conventicules feditieux , de tous
les crimes par lefquels on pour-.
roit encourir la peine de premunire
, de toutes feditions , tumultes
, offenfes › meſpris, tranſgreffion's
malverfations , de
1
rous jugemens & convictions
pour n'avoir pas frequenté les
Eglifes, de toutes peines ou a
mendes pour ces fortes de fautes,
ou pour aucune d'icelles cy- devant
commifes on faites hormis
ce qui fera cy-aprés executé.
Nous voulons auffi & il nous.
plaift, que ny nofdits Sujets, ny
aucuns d'eux, ny leurs heritiers ,
Executeurs ou Administrateurs
,
ne foient poursuivis, troublez ou
178 III. P. des Affaires
inquietez foit en leurs Corps
Biens, Titres, Terres ou Poffef
fions , pour aucune chofe, caufe ,
mefpris , malverfations , confif
cation , offenfe ou aucune autre
chofe quelconque cy- devant
foufferte, faite ou commiſe contre
Nous ,nostre Couronne, Dignite,
Prerogative, nos Loix ou Statuts
qui neferont point cy- aprés exceptez
dans ou par les prefentes.
Et que noftre prefente conceffion
ou Amnistie generale, ainfi qu'
elle eft cy- deffus exprimée , fera
tenuë , expliqué: & priſe dans
toutes les Cours de Iulice &
ailleurs , à l'avantage & au
profit de nofdits Sujets, auſquels
1
du Temps .
179
le pardon est par les prefentes
accordé , pour toutes les chofes,
qui ne fint par cy- aprés exceptées
, tout de mefme que fi leurs
Perfonnes avoient efté denotées,
leurs crimes amplement &
largement exprimez . Nous execptons
de ce prefent pardon ,
toutes fortes de trahisons commifes
delà la Mer, ou en aucun autre
endroit hors de ce Royaume,
tous crimes commis en forgeant,
ou contre faisant noftre grand ou
petit Sceau , noflre Seing, & petit
cachet , ou aucune espece de
nos monnoyes ayant cours dans
ce Royaume , en diminuant lef180
III . P. des Affaires
2
dites efpeces de quelque maniere
ou par quelque moyen que cefoit
on pour avoir aidé , affifté on
foutenu ceux qui ont commis lefdits
crimes ou aucun d'iceux .
Nous en exceptons auffi tous
meurtres volontaires ou Affoffinats
, Crimes de leze Majefté
au fecond chef, empoisonnemens
volontaires && tous les acceffoires
avant le fait ; comme außi
toutes les Pirateries vols fur
Mer, ou les grands chemins , les
crimes de ceux qui entrent dans
les maisons en rompant portes,.
feneftres autres chofes , ou
tous ceux quifont acceſſoires aufdu
Temps.
181
dits crimes . Nous en exceptons
auffi le vice abominable & dé
teftable contre nature , tous viols
& raviffemens de Femmes , tous
enlevemens de Femmes pour les
marierparforce foit qu'elles foient
Filles , Veuves ou Vierges , contre
leur confentement ou celuy de
leurs Parens , ou de ceux qui les
ont en leur garde , & tous les
crimes qu'on commet en aidant ,
affiftant ou preftant la main
commettre lefdites offenfes , ou
aucunes d'icelles . Nous en exceptons
auffi tous crimes de parjure
, ou fubornation de Témoins ,
l'on commet en
tous ceux que
182 III . P. des Affaires
"
effaçant , forgeant ou contrefaifant
aucuns Actespublics, Ecrits,
Inquifitions , Contrats ou autres
Actes , ou en les publiant , en
forgeant & contrefaiſant des interrogatoires,
ou dépofitions d'aucuns
Temoins , pour mettre en
danger la vie de quelque perſonne
, ou en confeillant ou faifant
commettre lefdits crimes . Excepté
auffi toutes informations ou procedures
touchant les grands chemins
les inconveniens publics,
les Ponts ou pour reparer les
Prifons des Provinces & toutes
les amendes données pour
cela , depuis l'an 1670. Excepté
du Temps..
183
toutes les offenfes commifes pour
avoir emporté gafté ou détourné
aucuns meubles , argent , immeubles,
papiers , joyaux , armes,
munitions , provifions de Mer
Vaiffeaux Canons ou autres
armes , armures appartenant
à Nous ou au feu Roy noftre
Frere , & toutes les offenfes
-commifes depuis un an dans noftre
Foreft de VVindfor. Excepté
auffi tous crimes d'Inceste de
Dilapidations
Excepté toutes fortes de mépris ,
& les procés commencez pour
cela dans la Cour d'Equité ou
ailleurs. Excepté auffi les oblide
Simonie.
184 III . P. des Affaires
•
gasions , conditions & Contrats,
toutes les amendes titres
confifcations d'offices , conditions
ou contrats confifquez à noftre
-profit ou à celuy du feu Roy
noftre Frere , pour · avoir violé
ou n'avoir pas exercé quelque
charge , ou accomply quelque
conditi
on Contrat ; Excepté
toutes fraudes , corruptions, malverfations
& offenfes que ce
foit par le moyen desquelles
Nous ou le feu Roy noftre Freres
avons efté trompez dans la recepte
collection on payement de
nos revenus , ou de quelque partie
d'iceux , ou de quelque autre ardu
Temps, 185
gent à Nous deu , ou receu pour
Nous ou pour luy , & toutes
confifcations , amendes , & Nomine
penes , qui en pourroient
venir , comme auffi tous les procés
, iuformations & autres procedures
commencées , ou pendantes
, ou qu'on pourroit faire làdeffus
.
14
fi-
A condition que tout ce qui
eft contenu dans noftre prefent
Pardon , ne s'étendra, ou ne
1a expliqué pour décharger d'aucunes
amendes , fommes d'argent
recouvertes par jugement, amendes
pro licentia concordandi
,
ou amendes pecuniaires perdues ,
3. Part.
186 III . P. des Affaires
imposées ou enregistrées dans
quelque Greffe que ce foit. Excepté
auffi toutes perfonnes qui furent
excepties pour toutes peines
, chaftimens , amendes , ou
difabilité quelconque , par les
divers Actes de pardon general ,
d'indemnité , & doubly , paſſez
pendant le regne du feu Roy noftre
Frere. Exceptè auffi tous
ceux qui aprés avoir esté atteins
ou convaincus de quelque trahifon
que ce foit , ou du ctime de
n'avoir pas revelé les trahifons
par eux connues , ont eſté transportez
ou ceux qui eftant atteins
de grands crimes ou felon
du Temps:
187
nies , ont esté condamnez à eſtre
tranfportez dans aucune de nos
Colonies étrangeres.Excepté auffi
tous fugitifs , & tous ceux qui
ont fuy delà la mer, ou font
fortis de noftre Royaume pour
eviter noftre Justice , & qui ne
fe rendront pas à noftre Chef
de Justice , ou à quelque Juge
de paix , avant le premier du
mois de Janvier prochain. Nous
exceptons auffi de ce pardon les
perfonnes cy-aprés particulierement
nommées ; àfçavoir, Robert
Parfons, Edouard Matthevus,
Sammuel Venner , André Flet .
cher , le Colonel Jean Rumfey ,
Qij
ISS III . P. des Affaires
be Major Jean Rumfey le
Major Jean Manley , Ifaac
Manley , François Charleton ,
Ecuyer,Jean Vvildman Ecuyer,
Titus Oates , Robert Forgufon ,
Gilbert Brunet , le Chevalier
Robert Peyton , Laurent Braddon
, Samuel Johnson Miniftre ,
Thomas Tipping Ecuyer , & le
Chevalier Rouland Guyenne.
A condition qu'en vertu de ce
pardon , aucun procés intenté par
quelque perfonne que ce foit ,
pour en faire condamer une autre
par contumace , ne foit arrefté ou
évité , à moins que le Defendeur
comparoiffe & ne donne caudu
Temps. 189
tion , où il est neceſſaire par la
Loy , & ne prenne un Acte appellé
Scire facias , contre la
partie à la pourfuite de laquelle
il avoit effé condamné par con
tumace : & que nostre preſente
Amniftie ne s'étende pas à annuller
aucune condamnation par
contumace, aprés jugement , jufqu'à
ce qu'il ait esté donnéfatisfaction
à la Partie , ou accordé
avec la Partie , à la requeste
ou pourfuite de laquelle telle condamnation
auroit efté obtenuë.
Nous voulons auffi , & il nous
plaift ' que ce prefent pardon
ait autant de force & d'ef190
III . P. des Affaires
fet ,pour pardonner decharger
tous es un chacun , comme il
eft porté cy - deffus , que fi nous
avions accordé des pardons particuliers
à chacun de nos Sujets
, par des Lettres Patentes
fous le grand Sceau. Et pour
mieuxfaire connoiftre nos bonnes
intentions & noftre volonté à
cet égard , nous donnons permiſſion
à un chacun de nos Sujets
, qui n'eſt pas excepté dans
les prefentes , de demander &
folliciterle Pardon enfon parti
culier fuivant la teneur des
prefentes. Et pour cet effet, nous
donnerons ordre à nos Secretaires
du Temps. 191
d'Estat de nous prefenter des
Ordres ou Varants , pour estre
fignez de nous, & donnerons or
dre ànoftre Procureur ou Avocat
General , de preparer des bills ,
pour paffer des pardons à ceux
qui en fouhaiteront. En témoigrage
dequoy , nous avons fait
fceller les prefentes , à Vvestminfter
, le fecond du mois d'Ốctobre
, l'an quatrième de noftre
regne . CLERKE.
Peu de temps aprés avoir
donné cette Amniftie , le
Roy eftant en fon Confeil ,
declara que fuivant la reſo192
III. P.des Affaires
lution & le deffein qu'il avoit
de proteger l'Eglife Anglicane
, & pour éloigner toutes
fortes de foupçons , & de
jaloufies , il avoit trouvé à
propos de caffer la Commif
fion pour les caufes ou affaires
Ecclefiaftiques , en confequence
de quoy Sa Majefté
ordonna au Chancelier d'Angleterrre
de faire inceffam
ment executer fa volonté làdeffus
. Le Roy donna en
mefme temps le Gouvernement
des trois parties de la
Province d'Yorc au Duc de
Neucafe. Il rétablit auffi la
Ville
du
Temps. 193
Ville de Londres dans fes
Privileges & anciennes Franchiſes
, de la mefme maniere
dont elle en jou fſoit avant
la derniere Sentence prononcée
fur le QuoVVarranto. Les
Actes de rétabliffement ayant
efté fcellez du grand Sceau
d'Angleterre , le Chevalier
Chapman fut étably Lord .
Maire jufqu'à la Saint Simon
Saint Jude, qui eft le temps,
fuivant les anciennes coutumes
, que les Maires font receus
dans leur employ. Les
Bourgeois en témoignerent
leur joye par des acclama-
3. Part. R
194 III. P. des Affaires
tions reiterées . Ceux qui eftoient
Aldermans ou Echevins
reprirent leurs places &
le Roy receur cette Adreffe .
AU ROY.
SIRE ,
Vos
OS tres - obeiffans & fi
delles Sujets le Seigneur
Maire les Efchevins & les
Sherifs de vostre Ville de Londres
, remercient tres-humblement
& de tout leur coeur, Vôtre
Majefté, de la grace de &
la faveur qu'Elle a faite aux
Bourgeois de cette Ville , en les
reſtabliſſantdans leurs anciennes
du Temps.
195
1
Libertez Franchiſes. » Ils
Supplient en mefme temps Vofre
Majefté de leur permettre de
Paffurer qu'ils s'acquittéront a
vec toute forte d'obeiffance &
de fidelité , de leur devoir , & de
la confiance que Voftre Majesté
a la bonté de prendre en eux ;
qu'ils la deffendront dinfi
que le Gouvernement étably , au
peril de leurs vies & de leurs
biens , conformement aux principes
connus de l'Eglife Angli
cane.
Le Roy receut auffi l'Adreffe
fuivante . Elle luy fut
Rij
196 III . P. des Affaires
prefentée par les Commiſſaires
que ce Prince avoit nommez
pour regler & commander
la Milice de la Ville de
Londres.
SIRE ,
Ne
de rendre
à ne fçaurions
nous
Voftre
Majefté
, nos
tresbumbles
& tree-finceres
actions
de graces
, de fonfoin
particulier
,
defa bonté
, & de fa clemence
envers
fon
ancienne
& fameufe
Ville
de
Londres
. Nous
fommes
Surpris
que parmy
le grand
nombre
des
importantes
affaires
, qui
du Temps. 197
occupent Voftre Majefté , Elle ait
pensé à noftre feureté, & qu'Elle
ait bien voulu par fa Commiffion
mettre noftre confervation entre
nos propres mains ; en nous permettant
de choisir entre nous &
d'établir des Officiers du zele
de la fidelné defquelspour la
feureté l'honneur de Vofere
Majefté , nous ne puiffions don
ter , non plus que de leur courages
pour deffendre nos perfonnes
nos Familles. Nous avoüons.
que nos vies et nos biens font
un facrifice trop peu confiderable,
pour des faveurs fiextraordinaires
; nous ne laiffons pas neant-
Rij
198 III . P. des Affaires
moins d'affeurer Vostre Majesté
que nous les harzarderons toujours
volontiers de bon coeur ,
·pour la fervir contre tous fes Ennemis
qui voudroient troubler la
-paix,fur quelque pretexte que ce
puiße eftre.
Les Seigneurs du Confeil
Privé du Roy en Ecoffe s'étant
affèmblez
, pour mettre
ce Royaume -là en eftat de
défenfe , écrivirent à Sa Majefté
la Lettre qui fuit .
du
Temps. 199
SIRE ,
pour
obeir aux commandemens
de Voftre Majefté ,
qui nous ont efté fignifiez
parfa Lettre du 27. Septembre
dernier , nous avons delivré des
ordres pour faire marcher lesforces
de Voftre Majesté vers Carlifle
& Chefter. Elles ont en confequence
de ces ordres , commencé
à fe mettre en marche , & on
receu leur paye pour tout le prefent
mois d'Octobre . Nous avons
auffi ordonné à toute la Milice
de ce Royaume de s'aſſembler ;
& avant que nous euffions re-
R iiij
200 III . P. des Affaires
encore en arceula
Lettre de Vofire Majefé
nous avions détaché une partie
de la Milice de quelques Provinces
, fe montant à cinq mille
hommes , qui font enco
mes . Nous avons fait fçavoir
aux Principaux Gentilshommes
Habitans du haut Pays d'amener
les Troupes qu'ils doivent
fournir , quife montent à plus de
quatre mille hommes , dont le
rendez - vous eft à Striveling:
pour y attendre les nouveaux
ordres de Voftre Majesté. Tous
les Heretors de ce Royaume ou
gens qui tiennent des fonds de
terre en propre , ont auffi ordre de
du Temps .
201
saffembier en quelques endroits
commodes , &fous le commandement
des perfonnes que nous avons
trouvées les plus capables
de cet employ. Nous vous donnerous
, Sire , en cette occafion ,
en toutes les autres qui fe
prefenteront , toutes les marques
poffibles de noftre diligence &
promptitude à obeyr à vos commandemens
; nous ferons
&
toûjours prefts à expofer nos vies
& nos biens , pour la défenſe
de Vostre Perfonne Sacrée , co
de la Reyne voftre Epoufe , de
fon Alteffe Royale le Prince d'Ecoffe,
& de Vofire autorité Roya202
III . P. des Affaires
le , ayant fortement refolu de
meriter , autant qu'il nous fera
poffible , la confiance que Voftre
Majefté a la bonté de mettre en
nous , & de fervir d'exemple à
vos autres Sujets dans cette
Surprenante & extraordinaire
occafion. Nous efperons par la
bonne volonté & la joye que
nous avons veu paroiftre dans les
Troupes qui font déja affemblées,
que celles qui doivent s'affembler
feront voir le zele &
l'affection qu'elles font obligées,
d'avoir pour un fi grand & un
fibon Prince , de la confervation
duquel dépend tout nostre bondu
Temps. 203
heur. Nousfommes avec un tresprofond
respect,
SIRE ,
De Voftre Majefté ,
Les tres-humbles , tres - obeiffans
tres- fidelles Sujets &
Serviteurs.
Cette Lettre eftoit fignée
par le Comte de Perth , Seigneur
Chancelier , le Seigneur
Archevefque
de Saint
André , le Seigneur
Arche
vefque de Glafcovv
, le Marquis
d'Athol , Seigneur
Garde
du Sceau Privé , le Comte de
Linlithgovv
, le Comte de
204 III . P. des Affaires
Southefque , le Comte de Belcares
, le Vicomte de Tarbat,
le Seigneur Maitland , le Maiftre
de Balmirino , le Lieutenant
General Douglas , le
Seigneur Prefident de la Sef
fion , le Seigneur Avocat , le
Seigneur Juge Clerc , le Sei
gneur Caftlchill , le Seigneur
Lochore , le Major General
Graham , Nidrie .
L'Adreffe fuivante fut
prefentée
au Roy quelques jours
enfuite, par les Juges de paix
dɔ la Province de Cumberland
& par plufieurs Gendu
Temps . 205
tilshommes du mefme Pays,
dont elle eftoit fignée .
SIRE ,
ES nouvelles fipeu atten-
Ldues de
l'Invafion que les
Hollandois ont deffein de
faire, nous ont remplis d'horreur
d'eflonnementide voir qu'une
Nation foit parvenue à un fi
haut degré de mechanceté , que
de venirfans aucun fondement,
troubler la paix & le bonheur
dont nous avons jouy juſqu'à
prefent , fous le doux & benin
gouvernement
de Vostre Majesté.
C'est pourquoy nous
206 III. P. des Affaires
>
croyons qu'il eft abfolument de
noftre devoir, & principalement
dans la conjoncture prefente
d'offrir à Vostre Majesté nos
vies & nos biens pour fon fervice
; & nous affurons Voftre
Majesté , que nous porterons
auſſi loin qu'il ſe puiffe , la fidelité
l'obeiffance qui luy font
fi indifpenfablement dues ; ne
doutant pas que les bons & heureux
fucces dont il a pleu à
Dieu de benir cy - devant fes
Armes , ne luyfoient continuez,
& que les deffeins de ce Gouvernement
antimonarchique ne
foient bien-toft confondus . Endu
Temps.
207
fin fi voftre Majefté trouve à
propos d'expofer fon Etendart
Royal , quoy que nous fouhait
tions & efperions qu'elle n'aura
jamais occafion de le faire , nous
promettons fidellement & fincerement
de nous rendre au lieu où
il fera expofé avec tout ce qui
nous appartient pour vous donner
des marques de noftre fidelité
de noftre devoir, comme auffi
pour facrifier nos vies e nos
biens , pour la confervation de
la Couronne & de la Dignité
de Voftre Majefté ,fouhaitant de
tout noftre coeur que fon Regne
foit long & heureux estant
208 III . P. des Affaires
avec un tres- profond respect ,
SIRE ,
De Voftre Majefté ,
Les rres - humbles , tres - obeiffans
& tres - fidelles Sujets &
Serviteurs .
Le Chevalier Thomas Haggerſton
, Lieutenant Gouverneur
de Barvich , fit fçavoir
au Roy qu'il trouvoit cette
Ville là dans le deffein de
demeurer fidelle à Sa Majefté
, & qu'ayant appris la
nouvelle de la defcente que
fes ennemis qui eftoient en
Hollande avoient deffein de
faire dans fes Etats , les Bourdu
Temps.
209
.
geois de cette Communauté
la déteftoient fi fort , &
l'avoient tellement en horreur
, qu'ils avoient unanimement
refolu de hazarder
leurs vies & leurs biens pour
défendre l'Etat , & la Perfonne
facrée de Sa Majeſté ; que
pour cet effet ils l'avoient
prié de la fupplier tres humblement
de leur envoyer des
Commiffaires pour lever un
Regiment de Bourgeois, afin
d'aider les forces du Roy qui
eftoient en garnifon dans leur
Ville , à la défendre felon
les occafions .
3. Part.* S.
210 III. P. des Affaires
Le Roy ayant declaré fa
refolution de conferver l'Eglife
Anglicane dans tous fes
droits & dans toutes les im
munitez , Sa Majeſté fir fçavoir
à l'Evefque de Vinchefter
, Vifiteur du College de
Sainte Magdeleine à Oxford,
que fa volonté eftoit qu'il
rétablift cette Societé felon
fes Statuts.
Cependant le Maire , les
Echevins, & les membres d
commun Confeil de la Ville
d'Exeter
, luy preſenterent
l'Adreffe fuivante.
du Temps, 211
Ꮴ
Son
fi
SIRER
OS
tres- obeiffans
delles
Sujets
de vofire
Ville
d'Exeter
eftant
tres- reconnoiffans
du grand
bonheur
dont
ils jouiffent
avec
tous
les autres
Sujets
de voftre
Majeſté
, fous
on tres
doux
&
favorable
Gouvernement
, la
Supplient
tres - bublement
de leur
permet
tre , prefentement
qu'Elle
vient
de declarer
qu'Elle
a eu des avis
tres-certains
, que
des
Eftrangers
doivent
venir
de Hollande
, pour
envahir
fes Royaumes
,
d'affurer
encore
voftre
Majesté
,
Sij
212 III . P. des Affaires
7
qu'ils feront toujours prests à
foutenir à défendre voftre
Perfonne Sacrée , ainfi qu'ils
font obligez par leur devoir &
leur fidelité, & qu'ils y font
naturellement portez par leur inclination
& par leur ardente
affection ; & qu'ils n'épargneront
ni leurs vies ni leurs biens,
pour repouffer tous fes Ennemis,
de quelque forte qu'ils puiffent
eftre. Que le Grand Dieu du
Ciel & de la Terre , qui a juf
qu'icy conferve vostre Perfonne
Royale , & l'a prefervée de plufieurs
grands dangers , qui vous
a fait triompher de tous vos Endu
Temps. 213,
nemis , continue à proteger Votre
Perfonne Sacrées pour faire encore
le bonheur de ces Nations ,
que tous les deffeins formez
contre Vostre Majefté & fon
Gouvernement , puiffent veftre
confondus, & qu'enfin Elle voye
fes Ennemis tomber à fes pieds.
Ce font , Sire , les fouhaits ardens
& les prieres que font tous
les jours du meilleur de leur
coeur vos tres-humbles , " tresobeiffans
,
jets.
›
tres-fidelles Su-
En témoignage de quoy , nous
avons fait mettre noftre Sceau
public à la prefente Addreffe ,
214 III. P. des Affaires
le nenfvième du mois d'Octobre
1688. & du Regne de Voftre
Majesté l'an quatrième,
Voicy une autre Adreſſe
que le Maire , les Echevins ,
les Baillifs , & les Bourgeois
de la Ville de Carlisle luy
preſenterent .
SIRE ,
ES nouvelles furprenantes
Ld'une invasion estrangere ,
que nous avons apprifes par
la Proclamation de Voftre Majesté
, nous caufant cette jufte
indignation que nousfommes
bligez d'avoir contre les Ennemis
du
Temps. 215
de noftre patrie , & nous rempliffant
d'horreur & de deteftation
de voir qu'il y ait entre
vos Sujets des gens affezperfides
pour avoirfi fort oublié leur devoir
» & toutes fortes d'obliga.
tions d'une naturelle reconnoiffance
, que de contribuer à une
telle entreprife Elles nous font
naiftre auffi cette louable envie
de faire voir à Voftre Majesté ,
dans une fi glorieufe occafion ,
que nous n'avons rien degeneré
de cette ancienne valeur & fidelité
que poffedent les veritables
Anglois. Nous venons donc of
frir à Vofire Majefté , dans
216 III . P. des Affaires
>
une rencontre fi preffante de luy
aider de tout nostre pouvoir à
défendrefa Perfonne Sacrée , fa
Couronne & fon Eftat , ayant
fortement refolu de hazarder nos
vies & nos biens pourfa défense.
Nous ne doutons pas que tous
les Sujets de Voftre Majefié ne
s'uniffent dans une fijufte caufe :
&qu'ils ne fuivent cet exemple
heroïque qui leur doit infpirer
un fi noble courage & tant
de generofté , que cela rendra
tout le fecours Etranger inutile
rendra cette année de 88. auſſ
illuftre dans les Chroniques Annales
, que le fut la derniere
>
J.
n'y
du Temps.
217
rage
y ayant point de triomphe
qu'on ne puiffe attendre du coude
veritables Anglois , gouvernez
& conduits par un Prince
, qui leur a cy- devant rendu
la victoire fi familiere.
&
En témoignage de quoy , nous
avons figné la prefente Adreffe ,
y avons fait pofer noftre
Sceau public , ce buitiene jour
du mois d'Octobre 1688. & l'an
quatrième du Regne de Voftre
Majesté.
Le Roy fit publier une Proclamation
pour rendre aux
Communautez leurs ancien-
T
3. Part
.
218 III . P. des Affaires
esChartes, & les rétablir dans
leurs anciénes libertez , droits
& franchises . Elle portoit que
faMajeſté étant informée que
plufieurs Actes par lefquels
les Communautez avoient
rendu leurs Chartes , n'eftoient
point encore enre .
giftrez dans fes Cours de Juftice
, & que l'on n'avoit
point encore non plus enregiftré
les payemens fur les
Quo VVarranto , ou autres
procedures contre ces mêmes
Communautez , ce qui mettoit
Sa Majeſté dans le pouvoir
deles laiffer dans le mêdu
Temps. 219
me eftat qu'elles eftoient
avant la reddition de leurs
Chartes , Elle publioit & declaroit
que par une faveur fpeciale
& toute particuliere, Elle
remettoit en vertu de catre
Proclamation , par l'ordre de
fon Confeil , & par un Acte
figné de fa main, & contrefigné
du Preſident de fon
Confeil Privé, lesCommunautez
au mefme eftat où elles
étoient durant le regnedu feu
Roy Charles II . fon Frere, de
glorieufe memoire, & avant
qu'elles euffent rendu leurs
Chartes , & que l'on cuftpro-
Tij
220 III . P. des Affaires
noncé aucun Jugement con
tre elles fur les Quo V.Var
ranto , ou autres informations.
Le 15. Octobre, vieux ſtile,
le Prince de Galles fut folemnellement
baptifé dans
la Chapelle du Palais de Saine
James , & nommé Jacques-
François- Edouard . Le Pape
reprefenté par fon Nonce
eftoit le Parrain , & la Reine
Doüairiere d'Angleterre en
fur la Maraine. Le Roy & la
Reine affifterent à cette Ceremonie
avec un grand nombre
de Seigneurs , de Perfondu
Temps.
221
nes de la premiere qualité
de l'un & de l'autre Sexe , &
un grand concours de Peuple.
Voilà ce qui ſe paſſoit en
Angleterre , pendant que
toute l'Europe eftoit attentive
aux preparatifs du Princc
d'Orange pour envahir
cet Etat. Je ne fais point de
raifonnemens fur les affaires
de ce Royaume , il faudrois
eftre plus habile que je ne
fuis , & avoir le don de deviner
pour en faire de juftes.
Il faut voir prefentement ce
que dit le Pape lors qu'on
Tiij
222 III . P. des Affaires
luy apprit la verité des mouvemens
que l'on faifoit en
Hollande contre l'Angleterre
.
Le Pape qui eftoit fortement
perfuadé par les continuelles
affurances que l'Empereur
luy en faifoit donner,
que l'armement
du Prince
d'Orange n'eftoit que pour
inquieter
la France , & pour
faire diverfion
des Troupes
.
qu'elle auroit pu envoyer du
cofté de Cologne
, ne répondoit
rien à ceux qui luy difoient
qu'on le deftinoit contre
l'Angleterre
, & fe condu
Temps.
223
售
tentoit de les écouter d'une
maniere qui faifoit voir qu'il
rioit dans fon ame de l'aveuglement
où il les croyoit .
M' le Cardinal d'Eftrées
fur un de ceux qu'il n'écouta
pas , & M' le Cardinal
Howard , perfuadé par
les Agens de la Maifon d'Auftiche,
& par tout fon party,
n'eftoit pas moins incredule
fur cet article que Sa Sainteté.
L'Envoyé d'Angleterre à
Rome qui n'avoit point
tant de liaison avec les Partifans
de l'Empereur que
cette Eminence qui faifoir
Tiiij
224 III. P. des Affaires
fon fejour ordinaire à Rome,
panchoit bien plus à croire
les avis de M le Cardinal
d'Eſtrées , qui en receut enfin
de fi certains , qu'il falloie
eftre auffi prévenu que le Pape
pour ne les pas croire. Le
mefme Envoyé receut auffi
là - deffus des Lettres du Roy
fon Maiftre. Elles eftoient
pofitives, & ne laiffoient non
plus douter du veritable fnjet
de l'armement , que d'une
chofe qui euft déja éclaté .
Le Nonce du Pape en Angleterre
l'écrivit en mefme
temps , avec ce qui s'eftoit
du Temps.
223
paffé dans ce Royaume- là à
cette occafion . Sa Sainteté
n'eut pas fitoft appris ces
nouvelles qu'Elle s'écria, Ah:
l'Empereur m'a trompé! & pourfuivit
d'un ton plus bas &
plus languiffant , ou plutoft on
l'a trompé luy mefme . Que le
Pape & l'Empereur ayent efte
trompez, ou non , cela ne les
rend pas excufables à l'égard
du Roy , & foit que la Reli
gion en deuft fouffrir en
France ou en Angleterre . c'e
ftoit toujours confentir à des
chofes dont il ne fe pouvoit
qu'elle ne receuft quelque
226 III. P. des Affaires
atteinte ; & tout eft à craindre
en matiere de Religion ,
parce que les guerres qu'elle
caufe deviennent plus violentés
que les autres , & produifent
tout à coup un embrafement
univerfel dans
les Etats où elles s'allument
.
Je repaffe d'Italie en Hollande.
Le Prince d'Orange
aprés avoir tenu fon Projet
caché autant qu'il eftoit poffible
qu'il le fuft , excepté
à la penetration de la France,
fit achever fon armement
avec une extréme diligence,
au lemps .
227
Il avoit d'autant plus d'intereft
à le preffer qu'il n'ignoroit
pas que lors qu'un deffein
eft decouvert , il eft dangereux
d'en reculer l'execution,
à cauſe qu'un pareil retardement
donne temps
celuy qu'on veut attaquer ,
de prendre des mesures pour
fe défendre.
à
Toute l'Europe attendoit
à voir de quelle maniere les
Etats s'expliqueroient fur
l'attentat du Prince d'Orange
, aprés la declaration
qu'ils avoient faite au Roy
d'Angleterre , & que je vous
228 III. P. des Affaires
ay raportée en propres termes.
Il eftoit viſible que le
Prince d'Orange ne pouvoit
faire feul un armement fi
confiderable , & que toute la
Flote n'eftoit prefque compofée
que de Vaiffeaux appartenans
aux Etats. Cela étant
, rien n'eftoit plus ridicule
que de dire , comme le
bruit commençoir à s'en répandre
, que les Etats n'entroient
point dans cette Af
faire , mais qu'ils preftoient
des Troupes au Prince d'Orange,
comme fi les Etats &
le Prince d'Orange euffent
du Temps. 229
fait deux Corps , & qu'ils euffent
eu des interefts feparez.
C'eſtoit la meſme chofe que
fi l'on euft dit que leRoy ne
faifoit point le Siege de Phi
lisbourg, mais qu'il preftoit
des Troupes à Monseigneur
le Dauphin. Enfin le Prince
d'Orange eftant fur le point
de
partir
clarerent
par un écrit
intiles
Etats fe deculé
i
230 III . P. des Affaires
Extrait des Refolutions
des hauts & puiffaus
Seigneurs les Etats
Generaux des Provinces
unies .
Le Prince d'Orange ſe
découvrit auffi , mais plus
qu'il ne penfoit , dans l'Adieu
qu'il fit aux Etats , &
le Miniftre Meynatd parla
dans la priere publique qu'il
fit à l'iffuë de fon Sermon, le
jour de Jeûne qui fut ordonné
en Hollande pour attirer
La Benediction du Ciel fur
du Temps. 231
cette injufte entrepriſe , avec
la mefme imprudence & le
mefme aveuglement , qu'avoient
fait les Etats dans leur
Ecrit , & le Prince d'Orange .
dans fon Adieu , deforte que
la Priere , l'Ecrit & l'Adieu
ſe dementent , font pleins de
contradictions
, & prouvent
que
l'ambition du Prince
d'Orange l'a porté à vouloir
envahir l'Angleterre , lors
qu'ils veulent perfuader le
contraire. Je vais répondre à
toutes leurs raifons , & à tous
les endroits qui fe contredifent
par un raiſonnement
232 III . P. des Affaires
qui ne fera qu'un Corps , &
dans lequel je feray entrer
par Articles , prefque tous les
difcours & Ecrit que j'entreprens
de combatre , ce
qui ne me fera pas difficile,
tant il eft aifé de les refuter
pour peu que l'on s'y appli
que.
Qui ne croiroit lors qu'on
entend parler les Etats de
Hollande avec tant de confiance
& de hauteur , qu'ils
font les Arbitres de toute la
Terre, ou qu'ils compofent.
cette Republique Romaine
qui fe vantoit dans l'éclat de
du Temps.
232
fa gloire & de fa profperité
de donner la loy au reste du
monde ? L'Angleterre fans
doute attendoit aprés de tels
liberateurs que les Hollandojs
; & ce Royaume , fi fujet
aux agitations & auz
changemens , n'avoit point
encore eu le bonheur de
trouver de Puiffance Etrangere
qui prift la liberté de
regler fes interefts , ce qu'il
doit croire , & quelle doit
eftre fa Religion.
En effet , pour montrer la
temerité de l'entrepriſe infoûtenable
du Prince d'OY
3. Part
.
234 III. P. des Affaires
range & des Etats de Hollande
, il ne faut que jetter
les yeux fur tout ce qui s'eft
paffé en Angleterre depuis le
changement
du Roy Henry
VIII . jufques à prefent . On
verra par tant de ſituations
differentes
où ce Royaume
a
efté depuis plus d'un Siecle ,
que le changement
de Religion
n'a pas efté capable de
faire changer de Souverain
,
& qu'aucun Etat de l'Europe,
avant la Hollande, ne s'eftoit
avifé de vouloir ufurper
l'Angleterre
, fous pretexte
que le Roy fait profeffion
du Temps.
225
ouvette de la Foy Catholi
que .
On fcait qu'Henry VIII.
quitta cette Religion en
1533. & avec quelle furie il
perfecuta l'Eglife , qu'il venoit
de défendre fi glorieu
fement contre les blafphêmes
de Luther. Cependant
-ce Prince qui avoit eſté follicité
fi puiffamment d'enbraffer
le Lutheranifme depuis
fon Apoftafie , fut touché
des remords de fa conf
cience, & voulut rentrer dans
le fein de l'Eglife Catholique
en 1541. ce que Dieu ne per-
V ij
236 III. P. des Affaires
mit pas pour ce temps-là ; la
Diete qui fe tenoit en Allemagne
par les Eftats de l'Empire
, s'eftant feparée fans que
le Roy d'Angleterre y trouvaft
ce qu'il fouhaittoit ; c'eſt
à dire , de fe raccommoder
avec le Pape , de maniere que
l'honneur de la Majeſté
Royalen'y fuft point bleſſé .
Cette reunion ayant donc
manqué . Henry recommença
à parfecurer les Ecclefia-
Atiques avec autant de rigueur
qu'auparavant , & à s'emparer
de leurs biens , juſqu'à fà
derniere maladie qui arriva
du Temps. 237
en 1547. Il fit alors appeller
les Evefques pour les confulter
fur les moyens de fe reconcilier
avec l'Eglife Catholique
, & penfa ſerieuſement
aux affaires de fon falut
. Vingt-cinq jours avant fa
mort il commanda qu'on ouvrift
l'Eglife des Cordeliers
pour fervir de Paroiffe . Il y
fit dire la Meffe , & la donna
à la Ville de Londres , avec
l'Hoftel - Dieu de Saint Barthelemy,
qu'il augmenta d'un
revenu de mille écus . Par
fon Teftament il fit beaucoup
de legs pieux , fit ce
238 III . P. des Affaires
qu'il put pour rétablir la Foy
Catholique , communia fous
une espece , & donna en mourant
des marques fenfibles de
refpect pour le Saint Sacrement
. & de regret fincere de
fes crimes , en repetant fouvant
ces paroles , Nous avons
tout perdu.
Edouard VI. fucceda àfon
pere , le 28. Janvier 1547. Il
n'eftoit âgé que de neuf ans
& quelques mois , & fut mis
fous la tutelle de feize Seigneurs
qu'Henry VIII . avoit
nommez pour gouverner le
Royaume fous l'autorité
du
Temps.
239
de fon Fils , pendant qu'il
feroit mineur . Douze Che
valiers avoient eſté ajouſtez
aux feize Tuteurs , pour leur
fervir de Confeil , & tous
avoient ordres exprés du
Roy Henry de retablir la
Religion Catholique en Angleterre,
& de faire élever le
jeune Roy Edouard dans cette
créance ,
Cependant Edouard Seymer,
Comte d'Herford , & depuis
Duc de Sommerfet, qui eftoit
Oncle du Roy , & qui avoit
la qualite de Protecteur du
Royaume , fe rendit auffi
240 III . P. des Affaires
Protecteur de l'Herefie , &
donna le moyen aux Lutheriens
de s'établir en Angle
terre. Le jeune Roy fut donc
élevé dans l'Herefie , contre
l'intention & les dernieres
volontez d'Henry VIII . & il
n'y eut parmi les Grands , que
la Princeffe Marie qui fe conferva
dans la Religion Catholique
, au milieu d'une Cour
fi corrompuë.
Edouard VI. eftant mort
en 1553. agé de plus de 16 ans ,
& ayant laiffé par ſon Teſtament
le Royaume à Jeanne,
Fille du Duc de Suffolk , au
prejudice
du Temps . 241
prejudice de Marie & d'Élis
fabeth , Filles de Henry VIII .
La Princeffe Marie , dont je
viens de parler , fut declarée
Reine d'Angleterre
& legitime
heritiere , & elle fe mit
en poffeffion de ce Royaume.
Cette pieuſe Princeffe qui
eftoit Catholique
, comme
Vous venez de voir , rétablit
la veritable Religion dans
fon Royaume , rendit le pre
mier luftre aux Eglifes , & fit
changer de face aux Affaires
enforte que l'on pouvoit ef
perer une deftruction generale
du Schifme & de l'He-
3. Part. X
242 III . P. des Affaires
Tefie , s'il euft pleu à Dieu de
continuer plus long- temps
une vie fi precieuſe aux Fidelles.
Cete Reine esant donc
décedée au Palais de Saint
James , le 17. de Novembre
1558 Elifabeth fa Soeur , Fille
du Roy Henry VIII . & d'Anne
de Boulen . luy fucceda.
On fçait affez que cette Princeffe
, qui jufqu'alors avoit
profeffé publiquement
la Foy
Catholique , eftant parvenue
à la Couronne d'Angleterre .
changea de Religion . dans
la crainte que le Pape qui
du Temps . 243
avoit declaré nul le mariage
du Roy fon Pere avec Anne
de Boulen , ne fuft tenté dans
la fuite de la declarer auffi
incapable de fucceder à la
Couronne, comme eítant née
d'une perfonne dont Sa Sainteté
n'avoit pas approuvé le
mariage.
Elifabeth alarmée de ces
craintes que les Heretiques
avoient foin de nourrir , ne
trouva point de moyen plus
affeuré pour elle , que de fecoüer
entierement le joug de
l'Eglife Romaine, Elle rappella
les Heretiques, défendit
X ij
244 III . P. des Affaires
aux Catholiques de prefcher,
& fit affembler un Parlement
le 23 de Janvier 1559. dans lequel
elle fe fit declarer Chef
fe
Anglicane
&
de
4
tous les
obligea par un Edit
Grands
& les principaux
du
Royaume
de la reconnoiftrc
dans cette qualité. Voicy
le
Serment
de la mefme maniere
qu'il fe trouve dans un
Hiftorien
fidelle , qui écrivoit
il y a prés de cent ans.
Je N... Jure entierement
&
declare en ma conscience
que la
Reine eft feule Souveraine
Gouvernantes
tant de ce Royaume
du
Temps. 245
d'Angleterre , que de tous les
autres Domaines , Seigneuries
& Regions de Sa Maj :ſtés non
moins és caufes fpirituelles &
Ecclefiaftiques, qu'és temporelles,
que nul Prince Estranger ,
Perfonne, Prelat , Eftat , ou
Potentats , n'a en ce Royaume
fait defait , foit de droit aucune
Furifdiction , Puiffance , Superiorité
, preeminence , ou autorité
Ecclefiastique , ou fpirituelle;
& partant je renonce entierement
, c rejette toutes les ¿º
autres Furifdictions , puiffances ,
fuperioritez autoritez. Et je
promets de prefter fermert en
X
iij
246 III. P. des Affaires
aprés à la Royale Majesté && à
fes Heritiers & legitimes Succeffeurs
que je ferviray fidellement
; & que je foutiendray &
deffendray de toutes mesforces's
Toutes les Jurifdiction sprivileges,
préeminences & autoritez lef
quelles ont esté accordées
competentes à la Royale Ma-
Jefté , àfes Heritiers & Succeffeurs
ou quifont annexes &
unies à cette Couronne Royale.
Ainfi Dien me foit en aide &
fes faints Evangiles.
鉴
Ce fut ainfi que cette Reyne
abolit la Religion Catho
lique en Angleterre
; & fans
du Temps. 247
m'engager dans un détail
plus long , il fuffit de remarquer
que fon Regne & ceux
qui ont fuivy jufqu'au Roy
d'à prefent, n'ont eſté qu'une
fuite de perfecutions
pour
les Catholiques
.
J'ay cru que cet abregé de
l'hiftoire des changemens arrivez
en Angleterre depuis
plus d'un Siecle & demy ,
eftoit neceffaire pour montrer
, 1. Que ce n'eft pas d'aujourd'huy
que ce Royaumelà
a eu des Monarques qui
ont changé de Religion , 2 .
Que felon la remarque d'un
X iiij
248 III. P. des Affaires
a
Ambaffadeur Italien , Il n'y a
Nation au monde plus attachée
fes Princes , & qui ait plus de
refpect pour la Religion qu'ils
profeffent , que l'Angloife , &
que l'exemple & l'autorité du
Prince peut tout en leur endroit .
3 Que les Anglois ont encore
plus d'averfion pour les Calviniftes
que pour nous , d'où
vient qu'ils appellent l'Af
femblée de ces Heretiques
,
une vraye Mosquée .
C'est donc un
pretexte
faux & remply de tromperies
que de vouloir faire croire à
toute l'Europe que
la Nation
du Temps. 249
Angloife appelle à fon fecours
le Prince d'Orange ,
à cauſe que le Roy eft Čatholique
, puifque nous venons
de voir dans l'espace de
cent cinquante ans l'Angleterre
obeir à des Princes de
Keligions toutes differentes ,
fans que ce Peuple ait fongé
à changer de Souverain , difant
avec cet Ancien , il eft
vray que la liberté est en recommandation
chez nous , mais
la plus belle & fainte ordonnance
que nous ayons , c'est celle qui
"nous commande d'honorer , de
fervir , & reverer le Roy comme
250 III. P. des Affaires
l'Image du Dieu vivant .
Mais quand il feroit vray
que la Nation Angloise eust
murmuré fait des plaintes ;
par quelle autorité & par quel
droit le Prince d'Orange &
les Etats fe veulent- ils eriger
en Juges Souverains des differens
qui peuvent naiſtre entre
les Souverains & leurs Peuples
?
Ils fe plaignent de ce que
le Roy empietioitfur les Loix
fondamentales ,& qu'il travailloit
à les détruire par l'introduction
de la Religion Catholique.
Avant que de renverfer cette
du Temps. 251
chimere , il eft bon de faire
voir à ces Meffieurs , & principalement
au Prince d'Orange
qui veut paroiftre fi
zelé défenfeur des Loix &
des Privileges du Royaume
d'Angleterre , que felon ces
mefmes Loix fon invafion
injufte le rend luy & tous
fes adherens & complices ,
incapables de fucceder au
Royaume d'Angleterre &
criminels de Leze- Majefté.
Voilà ce qu'on appelle avec
plus de juftice que Meffieurs
de Hollande , empieter fur les
Loix fondamentales , & tra252
III . P. des Affaires
vailler à détruire le Royaume.
C'eft ce qu'on trouve dans
la Loy qui fut faite par
un Edit donné dans la premiere
feance du Parlement ,
aſſemblé le vingt trois Novembre
1567. Voicy l'Edit
felon l'ancienne traduction
que je n'ay pasicru devoir
changer. Nous eftant manifeftement
apparu que plufieurs
complots & menées depuis nagueres
ont esté dreffées ; & en-
&
treprifes , auffi bien que
delà la
Mer és Pais Etrangers ,
forains , que dans ce Royaume,
au grand danger & prejudice
du
Temps . 253
de la Trs- Royale perfonne de
fon Alieffe , & à l'extréme ruine
du bien public , fipar la mifericordieufe
providence de Dieu la
chofe n'euft esté revelé : Pour
cette caufe , & afin de prevenir
les grands perils qui autrement
pourroient croistre par cy - aprés,
par le moyen de telles pratiquss
deteftables diaboliques , à
l'humble pourfuite, & ferieufe
demande des Seigneursfpirituels
& temporels, & du Tiers eftat,
en ce prefent Parlement aſſemblez
de l'autorité dudit
Parlement , foit fait un Acte ,
enregiflré : Que s'il a vient
254 III. P. des Affaires
falle
aprés la fin de cette preſente
feffion du Parlement, qu'aucune
-ouverte invaſion, ou rebellionfe
ou dreffe dedans aucun des
Royaumes ou Seigneuries de fa
Majefté ; ou fi aucune chofe eft
attentée , tendante au detriment
defa tres- Royale perfonne , pour
faveur d'aucune perfonne
voulant ou pouvant pretendre
aucun droit à la Couronne de
ce Royaume , aprés le deceds de
faMajefté: ou fì ancune chofe eft
projettée ou imaginée au prejudice
de fa Royale perfonne , par au
cun pretendant tel droit , ou de
fon confentement , Science , ou
du
Temps. 255
intelligence du fait , qu'alors par
commiffion defa Majesté, exper
diée de fon grend Sceau , les
Milords autres de fon Confeil
privé , le nombre de 24.
au moins affiftez d'aucuns des
Fuges des Cours qu'on appelle
de Recorde à VVeftmonster ,
tels qu'il plaira à Sa Majefté
d'apointer
Gordonner
pour ce regard , ou la plus
grande partie dudit Confeil, Milords
& Fuges auront pouvoir
autorité en vertu de cette
Ordonnance, d'examiner toutes
chacunes telles offenfes fuf-
-dites , & toutes les circonstan256
III . P. des Affaires
-
ces d'icelles , & là deffus donner
Sentence ou jugement , felon
qu'ils verront par bonnes preuves
le cas le requerir. Et aprés
telle Sentence ou jugement donné
declaration d'iceluy faite &
publiée par les Lettres de Sa
Majefté , fous le grand Scean
d'Angleterre toutes perfonues
contre lefquelles telle "Sentence
ou jugement aura efté donné ,
publié en la manierefufdite ,feront
forclofes , deshabilitées ,
rendues incapables à jamais
d'avoir d'amardé , ou pretendre
aucun droit à la couronne de ce
Royaume
ou en aucune Seidu
Temps. 257
gneurie de Sa Majesté , nonobftant
toutes Loix precedentes ou
Statuts à ce contraires. Et en
vertu de cette Ordonnance : &
de la Commiffion de Sa Majefié
fur icelle tous les Sujets de Sa
Majefté pourront justement par
tous moyens possibles , foit par
voye de fait ou autrement
poursuivre à la mort telle per
fonne méchante e perverſe, par
laquelle ou par le moyen , confentement
ou privauté de laquelle
, aucune telle invafion ,
attentat on rebellion en forme
fufdite fera dénoncée avoir efté
faite , ou qui ait attenté , pro-
3. Part. Y
258III. P. des Affaires
jetté ou imaginé tel mechant
acte contre la Perfonne de Sa
Majefté , &femblablement tous.
leurs coadjuteurs
, fauteurs
adherens ou complices . Et fi
quelque Acte femblable venoit
à eftre executé contre la tres-
Royale Perfonne de fon Alteffe,
par laquelle la vie de Sa Mar
jesté luy fust oftée dont Dien
de fa grande mifericorde la
veuille preferver alors toutes
perfonnes par , ou en faveur def
quelles tel acte aura efté execu
té , & leurs hoirs participans en
aucune maniere , confentans , ou
ayans intelligence de tel forfaits
f
du
Temps. 259
feront en vertu de cette Ordon
nance deboutez rendus inhabiles
à jouir , demander ou
pretendre la Couronne de ce
Royaume , ou autre quelconque
des Seigneuries de fon Alteffe ,
nonobftant toutes les loix precedentes
, ou Statuts quelconques
à ce contraires.
N'est-ce pas là un portrait
bien reffemblant au Prince
, d'Orange , qui trouve
dans une loy fi autentique de
tout le Parlement d'Angleterre,
la condamnarion
de
fon injufte entreprife ? Erafin
que l'on puiffe remarquer
V
Y ij
260 III . P. des Affaires
combien cet Edit que je viens
de rapporter , a de force dans
l'affaire dont il s'agit aujourd'huy
, il eft bon de fe fouvenir
que le Parlement d'Angleterre
eft une affemblée des
trois Etats du Royaume , qui
fe tient une fois ou deux l'année
, plus ou moins , felon la
neceffité , & lors que le Prince
le juge à propos . Il eft
compofé des Pairs du Royau-.
Ecclefiaftiques & Seculiers,
des Barons , Chevaliers ,
& des Députez des Provinces
& des Villes. Dans ce
* Parlement il y a deux Chamme
du
Temps.
261
*
bres, fçavoir la Chambre
Hauté & la Chambre Baffe.
La premiere eft compofée
des Princes du Sang , des Archevefques
, Evefques des
Ducs , Marquis , Comtes &
Vicomtes , & c'eft generalement
ce qu'on entend pår le
mor de Milords. 2 on
La Chambre Baffe eft com
pofée des Barons , Sindics ,
& Députez des Provinces &
des Villes. Le Roy d'Angle
terre ne peut faire aucune
loy , en ce qui concerne le
Royaume , fans l'approbation
& le confentement de cé
262 III. P. des Affaires
Parlement. Il ne peut decla
rer la Guerre ou faire la Paix,
non plus que des Ordonnances
, fi le mefme Parlement
n'y confent . Le Roy y affilte
reveſtu de fes habits Royaux,
le jour de l'ouverture , & le
jour de la conclufion , ou derniere
Seance. Sa Majefté
propofe ce qui eft de fon intention
, enfuite la Chambre
Haute mande fon avis à la
Chambre Baffe, pour fçavoir
fon
fentiment , qui eftant rapporté
à la Chambre Haute,
on arrefte l'affaire felon l'avis
& le
confentement des deux
Chambres.
W.
du Temps . 263
Voilà de quelle maniere
on a étably la Loy que je
viens de rapporter tout au
long . Le Prince d'Orange y
trouve fa condamnation formelle,
il y eft declaré rebelle ,
criminel de leze Majefté , inhabile
& incapable de fucceder
jamais à la Couronne
d'Angleterre, non feulement
luy, mais encore tous ceux &
celles enfaveur de qui il pour-
Toit agir , ou par le confeil
de qui il a formé fon entreprife
infoûtenable . Tout eft
pofitif dans cette Loy , il n'y
a point d'exception , moins
1
264 III. P. des Affaires
encore d'ouverture pour le
pretexte de Religion , ou de
murmures imaginaires , que les
Etats de Hollande font fon !
ner fi haut, ubno ) i ovuon
‚ ' ' Il faut encore remarquer
que ce Prince rebelle , à qui
L'on donne un fecours de Vaiffeaux
& de Troupes en mefme
temps qu'on protester que
c'eſt pour contribuer au re
pos de l'Angleterre , témoi
gne que ce qui Poblige à fe
donner tant de mouvemens ,
c'est parce que Sa Majesté
Bittannique empiere fur les loix
fondamentales. Qu'il eſt zelé
pour
zoi du Temps . 111865
pour les loix fondamentales
d'Angleterre , ce Prince a
veugle qui viole toutes les
foix divines & humaines
- 305 , 11, га
pour détrôner lon
Sang , fous pretexte de
une Religion
teger qu'il ddée…
Teers US ON
telte dans le fond de fon
coeur ,& qui eft contraire à la
Religion qu'il profeſſe pour
Te
mos
autant que la
Rellgion
que ! Qu'il falle
53011.50 1951
fon à pas
no
violer une
on luy
oppofe
โวย ไวใบ
ou s '
cette melme loy , qui rejecte cette i
eft autorisée par tout un Par-
3. Part. Z
266 111. P. des Affaires
lement, & qui condamne for
invafion , qu'il nous permette
STOLY TUŻ Olepov
de faire remarquer , qu'en
mefme temps qu'il veut paroiltre
fi zelé pour les
les pog
fondamentales
, il s'en declare
infracteur public au premier
chef : c'eſt une barriere que
les Anglois peuvent oppoſer
au Prince d'Orange , & qu'il
n'eft pas affez puiflant pour
forcer avec toute la Flote &
tous fes Canons .
•20OLI 91
Mais quelles font ces loix
fondamentales , fur lefquelles
Meffieurs de Hollande
pretendent que le Roy d'Andu
Temps.
267
gleterre a empieté, & qu'il trávailloit
a détruire , par l'introduction
de la Religion Catholique.
Il eft vray que Sa Majesté
Britannique a taſché de
procurer
plus de liberté & de
repos aux Catholiques , en
abolifant, fi cela fe pouvoit ,
par des voyes douces & raifonnables
, les loix penales
contre les Catholiques , & lé
Terment du Teft.
Les loix penales font de
deux fortes, ou pecuniaires ou
capitales. Les peines pecuniaires
obligent à des Amen-
Z ij
268 III. P. des Affaires
des qu'on eft obligé de payer
pour avoir agy contre la difpofition
des loix du Royaume.
Je ne m'arrefteray pas à
rapporter toutes les peines
marquées dans les Edits des
Roys Proteftans de la grande
Bretagne , depuis le Schifmǝ
de Henry VIII. c'eft affez de
citer celle cy qui eft l'une
des 21. publiées par ordre
d'Elizabeth le 28. d'Octobre
1559 .
1. Quiconque fera refractaire
, d'aller , & affifter aux
Affemblées des Proteftans , pour
faire ouir le Service Divin,
du Temps.
269
fi tels refractaires paffent l'âge
de feize ans , ils payeront
pour ch
chacun mois de leur abfence
20. livres , monnoye & valeur
d'Angleterre & qui font 70. écus Y
que s'ils ne peuvent payer,
feront retenus en priſon, juſqu'à
ce qu'ils ayent le moyen de
payer.
its
Les loix capitales ou afflictives
fe conçoivent facilement
par l'exemple de celle
qui fuit, & qui eft la premiere
des 21. que la mefme Reine
Elizabet fit publier au méme
jour que celles dont je viens
de parler.
Z iij
270 III . P. des Affaires
1. Quiconque dira, écrira, ou
affeurera par quelquefaçon que
foit , mefme en eftant prié ,
aura confeffé que le Pontife
Romain foit chef de l'Eglife
Anglicane , ou qu'il ait quelque
puiffance en ce Royaume fur les
chofes Ecclefiaftiques , qu'il foit
eftimé criminel de leze-Majefté,
&puny de la mefme peine enjointe
aux traiftres publics.
Le Serment du Teſt , done
on a tant parlé depuis dix
ans , fut refolu au Parlement
tenu à Londres en 1678. Le
voicy traduit en noftre Languc.
• du Temps. 271
ÖSER MENT DU TEST.
.airtalebi
May N. Fatefle , juftific &
declare folemnellement &fincerement
en la prefence de Dieu ,
que je croy que dans le Sacrement
de la Cene duSeigneur iln'y
a aucune tranfubftantiation des
limens du pain & du vin dans
Le corps & le fang de Chrift
dans & aprés la confecration
faite par quelque perfonne que
ce foit ; & que l'invocation on
adoration de la Vierge Marie
de 1out autre Saint , & le
Sacrifice de la Meffe , de la
maniere qu'ils font en uſage à
ои
Z
iiij
272 III . P. des Affaires
31
prefent dans l'Eglife der Rome,
est fuperftition & idolatrie.
On cft aufff oblige en faifant
ce Serment de jurer
qu'on le fait fans aucune teticence.
C'est le propre
terme ) ou restriction mentale,
cela eft caufe qu'il n'y a
point en Angleterre de veritables
Proteftans dans les
charges , par ce que les honneftes
gens qui croyent à la
Religion qu'ils profeffent, nè
veulent point faire de ferment
, qui ne foit entierement
conforme à ce qu'ils
croyent . On
peut remarquer
297183 du Temps.
273
hue
a
و
en paffant que le Prince d'OBge
ne doit point s'accomfoder
beaucoup de cette
Profeſſion de foy qui n'eſt pas
fivorable à la verité à la
trans ſubſtantiation mais
auffi qui ne fe declare point
contre la prefence réelle .
Detour ce que je viens de
rapporter , il eft fort facile
de conclure , que les Catholiques
ayant efté perfecutez
avec tant de feverité en Angleterre
, jufqu'au Regne du
Roy d'a prefent , & ce Prince
eftant de cette Religion , on
auroit bien peu de juftice de
ས
274 III. P. des Affaires
..
vouloir contraindre un Souverain
jufqu'à cet excés que
de le faire l'ennemy de fa
propre Religion , ou de ne
luy pas permettre de cher
cher des adouciffemens paci
fiques pour faire refpirer une
Eglife qu'il fuit & qu'il chegit.
Récrions - nous donc avec
le Miniftre Menard , mais
dans un efprit bien different
du fien, pourquoy ſe mutinent
les Nations de la Terre , & les
Princes confultent ensemble
contre l'Eternel & contre fon
Qingt ? Un Roy eft l'Oingt du
du Temps. 275
Seigneur
, comme
il dit luymême
par fon Prophete
, & cependant
des Etats Etrangers
conjurent
aujourd'huy
, par
un attentat
digne d'execra
tion , de détrôner
ce Roy ,
& de mettre trois Royaumes
en proye , fans autre raison
que l'ambition
, la vangeance
& le defir d'opprimer
, s'ils
pouvoient
, la veritable
Religion
.
é-
Ce n'eft pas affez; le Royaume
d'Angleterre
eſt trop
clairé , pour ne pas voir jufques
où va la délicateffe de
confcience
des Eftats qui
276 III. P. des Affaires
de
il
fe vantent icy avec fi peu
fondement , d'eftre pouffez
par le zele de Religion. Si
ceļa cftoit, & que le maintien
des Loix fondainentales de
d'Angleterre fuft encore l'objet
de leurs mouvemens ,
faut donc que le Prince d'Orange
prefte le ferment du
Teft , il faut qu'il change de
Religion ; la creance de l'Eglife
d'Angleterre auroit fous
fon Regne les mefmes défiances
& les mefmes apprehenfions
fans cela . Ce n'est donc
plus la Religion qui le fait
agir s'il eft prest d'en chandu
Temps . 277
ger , outre qu'un Prince qui
feroit preft d'embraffer une
nouvelle Religion , par poli,
tique ou par intereft , ne doit
pas infpirer une idée fort
avantageufe de fa perfonne ;
ou bien s'il perfiftoit dans la
fienne , qui eft oppofée à la
Religion Anglicane , ce
Royaume auroit encore un
Roy de differente Religion ,
ce qui feroit s'expofer de
nouveau à de plus grands
changemens,
Meffieurs de Hollande ré
pondront fans doute que l'on
ne pretend rien innover,
278 III . P. des Affaires
1
qu'ils veulent ſeulement donner
un fecours de Vaiffeaux &
de Troupes pour empefcher un
defordre general dans ce Royaume
, en offant aux Catholiques
ues le repos dont ils commençoient
à jouir , d'autant
plus que ces démarches excitoient
une telle averfion contre le Roy ,
qu'on n'en pouvoit attendre
qu'une confufion generale , c.
Que ces Eftats font attentifs
au repos des Royaumes
& qu'ils ont de charité pour
diffiper l'averfion qui peut
eftre entre les Peuples d'Angleterre
& leur Souverain !
1
29715 du
Temps.
279
CC
Fant de Brigues fecrettes
qu'ils ont faites pour entretenir
la divifionaidanse
Royaume- là, principalement
depuis cinquante ans , font
Bien voir qu'ils cherchent
autre chofe que le repos &
Pe Bien d'une Monarchie ,
qu'ils feignent aujourd'huy
de vouloir fecourir. En effet ,
Hs déclarent un peu aprés
que lePrince & la Princeffe d'Orange
ne pouvoient pas voir les
differends & divifions dont le
SUC
Royaume
d'Angleteit
agité ,fans danger d'eftre exclus
de la Couronne. Voilà fans
280 III
. P.
des
Affaires
doute le veritable motif d'u
ne entrepriſe & d'une invafion
fi injufte . La naiffance
d'un Prince & d'un Succef
feur legitime aux Etats de la
grande Breragne , a reveillé
Pambition de ceux qui , fe
voyent par la fruftrez de
l'efperance qu'ils avoient de
regner un jour. Ce furcroift
de benedictions
, que Dieu
a pris p'aifir de verfer fur la
tefte d'un grand Prince ſelon
fon coeur , eft devenu un fu- u an fujet
de defefpoir à plufieurss
& c'eſt la veritable cauſe d'u
ne intrigue qui fera en hordu
Temps.
281
.
&
Youreur
à tous les fiecles à venir.
Mais d'où vient que les
Etats prennent la liberté de
fe declarer ainfi les
des Royaumes ; & par quelle
bateurs
autorité le Prince d'Orange ,
a- t-il receu endepoft le Salut
de cet Estat dont le foin luy
eft confiés fi nous les env
lions croire ? Ils ne font pas
plus équitables lors qu'ils appellent
une entrepriſe loüable ,
ce que tout autre qu'eux trai
tera toûjours d'ufurpation injufte
& contraire à toute les
loix divines & humaines .
Qui ne fremit de voir avec
3. Part. A a
282 III . P. des Affaires
combien de liberté l'on fe
joue icy de la bonne foy de
toute l'Europe , lors qu'on
vient dire , que pour travailler
au falut & à la paix d'Angleterre
, il falloit paßer dans ce
Royaume- la avec des forces militaires
?
Ce n'eft pas tout ce qui eft
caufe des mouvemens que les
Etats de Hollande fe donnent.
Ils avoüent franchement
qu'ils ne peuvent foufles
Roys de France &
frir
que
de la grande Bretagne foient
dans une tres-bonne intelligence
amitié. Cela les incom
du
Temps:
183
>
mode, & ils craignent que le
Roy de France n'estant pas bien
intentionnépour la Hollande,fi
le Roy de la Grande Bretagne
pouvoit parvenir dans fes Royaumes
à faire reuffer fes deffeins ,
ces deux Royspar intereft d'Etat,
par haine animofité contre
la Religion Proteftante taf
cheroient de renverfer entierement
cet Etat, & mesme l'eneantiroient
, s'il estoit poffible,
Il ne faut pas oublier de
remarquer en paffant avec
combien peu de refpect ces
Meffieurs traittent la Majefté
Royale mais fur tout il faut
A a ij
284 III. P. des Affaires
admirer comment ils ont pu
laiffer échaper une verité qu'-
ils avoient intereft de cacher:
Ce n'eft donc plus le defir de
·fecourir la Nation, qui les fait
remuer , mais leur unique intereft
. Ils tombent d'accord
qu'ils craignent la colere de
deux Puiflances juftement irritées
contre leur infidelité.
Ils ne peuvent éviter l'orage
qui les menace, & le tonnerre
qui gronde dé a fur leur tefte,
à ce qu'ils fe veulent perfua
der,à moins que de fe mettre
à couvert fous quelque changement
confiderable. C'eſt
du
Temps.
vetemp
285
dans cette veuë qu'ils n'oublient
rien pour exciter les
enfans contre
leur propre
pere , & les ſujets contre leur
legitime Souverain. 4251, 19
Tout cela leur paroift peu
de chofe pourveu qu'ils fe
cachent à la faveur du manteau
de Religion . Ils protef
tent d'un colté qu'ils veulent
retablir la paix en Angleterre ,
& de l'autre ils declarent
qu'ils arment contre ce Royaume
, & & qu'ils vont fournir
au Prince d'Orange quelques .
Vaisseaux & quelques Troupes
comme Auxiliaires.Que peut- on
286 III . P. des Affaires
voir de plus oppofé entre la
refolution de procurer la
paix à un Royaume , & la declaration
qu'on fait icy d'y
entrer à main armée ?
le
Pour acheyer d'éblouit les
fimples , on dir que le Prince
d'Orange avait refolu de paffer
en Angleterre , fans avoir la
moindre veuë ds s'emparer de
ce Royaume , ou de détrofner
Roy . J'en appelle icy à la
bonne foy des Etats de Hollande
, qui ont dit , en s'adreffant
à Dieu dans la priere
publique pour l'heureux fuccés
de l'entrepriſe du Prince
14.
du Temps . 287
d'Orange , par la bouche du
Miniftre Menard , à quil'on
attribue cette priere , qu'au
cun mal n'approche de fon tar
bernacle , conferve lay la fanté,
conferve luy la vie afin qu'étane
élevée Ceft en parlant
de la Princeſſe d'Orange ) à
la haute dignité que nous luy
fouhaittons avec tant d'ardeur,
Elle fois la nourrice de ton Eglife
& de ce fiecle , dic.
Que veut dire toute cette
figure , finon que les Etats de
Hollande fouhaitent
avec ardeur
, que le Roy d'Angle
terre foit détrôné , & que la
288 III. P. des Affaires.
Princeffe
d'Orange regne
avec ſon époux ; puifque
fans cela elle ne peut eftre la
nourrice de l'Eglife de Calvin,
& élevée à la haute Di
gnité que les Hollandois
luy
fouhaitent
Que ces voeux
font Chreftiens , & qu'ils
font dignes de ces Meffieurs
qui veulent paroiftre ſi zelez
pour la Paix des Royaumes!
Auffi ,quand ils ajoûtent,
moins encore pour s'en rendre le
maistre , ou apporter quelque
-changement à la fucceffion legitime
, on peut voir fi cela fe
rapporte à tout ce qu'ils viennent
du
Temps. 289
nent de dire , & avec ces paroles
du Miniftre Meinard ,
Affemble les Rois
qui te fervent
сп
les Princes
pureté pour
défendre ta caufe . Rends- les
victorieux de tes Ennemis , &
toy , Dieu des Armées , rends
leurs mains habiles au combat ,
environne les de ta fauvegarde.
Puis il ajoûte , en parlant
du Prince d'Orange
,
Soutiens fa caufe , puis que c'est
la tienne , & luydonne la grace
d'eftre victorieux de tous fes ennemis.
Tout homme de bon fens
& defintereffe doit facile-
3. Part
.
Bb
290 III . P. des Affaires
menttomber d'accord,que.ce
là des promeffes
ne font pas
de faire en forte que l'Angleterre
puiffe demeurer
en re
pos, ou de ne pas aporter quelque
changement
à la fucceffion
legitime
mais plûtoft
que
c'eft ce qu'on appelle
declarer
la guerre & en forme , &
faire éclarer un deffein
formé
d'envahir le Royaume
d'Angleterre
.
Mais il y a plus ; dans le
difcours que le Prince d'Orange
fit aux Etats Generaux ,
en prenant congéd'eux, avant
que de s'embarquer à Beldu
Temps. 291
20
voctfluys , fur la fin du mois
d'Octobre dernier , il les affura
de fon amitié , & il leur
promit de les affifter d'hom
mes , d'argent , & de tout ce
qui feroit en fon pouvoir , s'il
réuffiffoit dans fon entreprife
.
Un Prince qui n'a pas la
moindre veuë de s'emparer d'un
Royaume ou de detrofner le Roy,
moins encore d'apporter quelque
changement à la fucceffion legitime
, n'auroit garde de promettre
aux Etats de Hollande,
pourveu qu'il réüffiffe dans
fon entreprife , de les affifter
Bb ij
292 III . P. des Affaires
d'hommes , d'argent , & de
tout ce qui fera en fon pouvoir.
Il n'y a rien de plus oppofé
à ce que les Etats veulent
que nous croyions touchant
ce qu'ils difent dans
leur deliberation , dont ils fe
fervent comme d'un Manifefte
.
Auffi rien ne fait mieux
voir que la promeffe du Prince
d'Orange , dont nous venons
de parler, eft une preuve
invincible qu'il n'eſt party
que dans le deffein d'envahir
le Royaume , & de fe faire
Roy. S'il ne réuſſit pas dans
du Temps. 293
fon deffein, il n'affiftera point
les Etats & s'il réuffit , il les
affiftera d'hommes & d'argent.
Où prendra- t - il l'un &
Paurre en Angleterre , s'il
n'eft pas Roy , puis que c'eft
tout ce que peut faire un
Prince qui regne que d'envoyer
à des Etrangers , les
hommes & l'argent de fes
Etats ? On peut ajoûter cette
reflexion digne de
remarque .
Le Prince d'Orange a pris le
Pavillon
d'Angleterre, on ne
prend point le Pavillon d'un
Etat quand on n'en eft point
Bb
iij
294
III. P. des Affaires
le Souverain ou l'Ufurpa
teur ; le Prince d'Orange
n'eft point Roy d'Angleterre
, cependant il fait Pavil
lon d'Angleterre , pour me
fervir du terme de Marine ;
c'eſt donc un Ufurpareur , à
moins qu'il ne veüille fouffrir
qu'on le compare à ces Coureurs
de Mer , qui font Pavillon
d'unEtat pour en
tromper
plus facilement les Sujets , &
afin ne leur donnant auque
cun lieu de défiance
par cette
feinte, ils puiffent pirater impunément
fur eux .
Les Etats continuent de
du Temps. 295
nous impoſer , en difant ,
encore moins pour exterminer la
Religion Catholique C'eft une
veritable fatisfaction que
d'entendre Meffieurs de Hollande
lors qu'ils parlent à
Dieu , ils font bien plus finceres
que lors qu'ils ne parlent
qu'aux hommes. Ainfi
ils nous permettront de leur
répondre avec les paroles
mefmes de leur Miniftre Me
nard , que le Roy d'Angleterre
ayant voulu procurer
quelque repos aux Catholi
ques c'eft aneantir la verité
de la parole de Dieu , & éta-
Bb iiij.
296 III . P. des Affaires
blir un Culte idolatre qui eft en
abomination devant fes yeux.
Et afin qu'il n'y ait aucun lieu
de douter de la bonne vo
lonté du Prince d'Orange
on prie le Seigneur de renfor
cer ce grand Prince , qui eft le
Conducteur du Peuple de Dieu
ce grandfofué qu'il a donné aux
Hollandois pour efire le Zoroba
bel qui doit rétablir la Ferufalem.
On fouhaite enfuite ,
qu'ilfort intrepide au milieu des
plus grands hazards , qu'il ait
la force de Samfon , le bon-heur
de Gedeon , les victoires de David
, & qu'enfin apré les fignaurdu
Temps. 297
lées victoires que Dieu luy fera
remporter ,& c.
Apparemment ces Vic
toires , ces hazards , ces combats
n'ont pour objet que les
Ennernis qui veulent établir
un Culte Idolâtre. Si les Catholiques
ne le reconnoiffent
point à tous ces traits , je ne
fçay qui pourra mieux le reprefenter.
Mais il eft bon de
tirer le voile, & de déveloper
tous les miſteres , qui font
la figure veritable du deſſein
du Prince d'Orange
.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
que les Hollandois ont af298
III. P. des Affaires
fecté de comparer leur Chef
à Jofué qui fut un Chef du
Peuple de Dieu , outre fes
grandes victoires on remar
que de luy qu'il défit cinq
Rois , qu'il arrefta le Soleil ,
& queles murailles de Jericho
tombetent d'elles- mefmes à
fon arrivée devant cette Ville ,
Les Ecrivains feditieux & peu
finceres de Hollande ont a
mufé jufqu'à prefent les Peuples
trop credules avec ces
fortes de figures , qui ne ferviront
qu'à les faire railler , &
à faire demander dans toute
la pofterité en quoy Dieu a
*
du Temps. 299
deja exploité de grandes chofes
par la valeur & par la vertu
du Prince d'Orange ?
Zorobabel fut le Chef des
Juifs aprés leur délivrance de
la captivité fous Cirus ; Samfon
montra la force particulierement
dans la défaite des
Philiftins dont il fut le fleau.
Gedeon tira les Ifraëlites de
l'idolâtrie , renverfa les Au
tels prophanes , & défit avec
trois cens hommes une Armée
fort nombreufe d'Infidelles.
Enfin les Victoires de David
, que le Miniftre Menard
300 III . P. des Affaires
fouhaite au Prince d'Orange,
éclaterent conrre les Philif
tins & contre les Infidelles.
Sice Miniftre feditieux a pris
plaifir de choisir ce Prophete
Roy pour le fymbole de fon
Prince , à caufe que David fue
victorieux de fon Beau Pere
Saül , il doit auffi fouffrir
qu'on le faffe fouvenir , que
David bien loin d'attaquer
& de vouloir envahir le
Royaume de Saül , fuyoit de
devant fa face , comme parle
l'Ecriture , ne prenoit les
armes que par neceffité , &
pour ne fe pas laiffet ofter la
du
Temps. 301
vie de gayeté de coeur ; qu'il
eut deux fois entre fes mains
la vie de fon Beau- Pere , fans
vouloir faire le moindre tort
à ce Prince, & qu'il couronna
toutes fes actions par une
douceur que l'Ecriture Sainte
canonife.
à
Je me fuis un peu arreſté
expliquer ces Allegories pour
faire voir que malgré la promeffe
des Etats , elles prouvent
la mauvaiſe volonté du
Prince d'Orange contre les
Catholiques .
Mais fans s'amufer à la
il faut chercher
figure
302 III . P. des Affaires
plûroft la réalité dans les
voeux fi Chreftiens d'un Miniftre
furieux , qui fouhaite
que les faints Anges campent
autour du Prince d'Orange , &
Dieu le faffe combattre
comme il fit du temps de Sennacherib
, pour extermïner tous ces
Idolatres qui voudront s'oppoſer
à fes armes.
que
Sennacherib eftoit un Roy
des Affyriens qui fit d'abord
de grandes conquestes dans
la Paleſtine & aux environs ;
mais dans tous ces avantages
il s'élevoit contre Dieu pat
fon impieté , & le deshonodu
Temps . 303
roit par fes blafphêmes . Ce
Prince eftant irrité contre ld.
Roy de Judec , mit le Siege
devant la Ville de Jerufa
lem . Avant qu'il euft tiré un
feul coup de flêche , Dieu
envoya un Ange pendant la
nuit , qui tua cent quatre
vingt- cinq mille hommes de
l'Armée de ce Prince , qui
leva le Siege de Jerufalem ,
& fut tué un peu aprés dans
un Temple à Ninive par deux
de fes Enfans. !
Des comparaifons foutrageantes
ne font- elles pas
capables de faire fremir
304 III . P. des Affaires
d'horreur tous ceux qui ont
le moindre fentiment d'humanité
, & de reſpect pour la
Majefté de Dieu imprimée ſur
le front des Rois ; C'eft ainfi
que les Miniftres feditieux
font éclater leur Religion
ou plûtoft on reconnoift à
cès imprecations , & à ces
exemples de feu & de fang
le caractere de leurs méchans
deffeins. Cela ne s'accorde
guere avec la fauffe promeffe
des Etats de Hollande , que
c'est encore moins pour extermi–
ner la ReligionCatholique, puifque
le Miniftre prie Dieu
du Temps. : 205
d'exterminer tous les Idolasres
qui voudront s'opposer aux armes
du Prince d'Orange.
Je ne puis quitter cet exemple
du Roy Sennacherib ,
dont les Ennemis du Roy
d'Angleterre parlent trop ,
fans leur dire qu'ils y trou
vent leur condamnation
puis que s'ils entendent le
Prince d'Orange par le Roy
Ezechias , qui fit lever le
Siege de Jerufalem à cet
impie , l'Ecriture remarque
en mefme temps que toutes
les armes d Ezechias , & tout
ce qu'il employa pour fa de-
3. Part. Cc
306 III . P. des Affaires
%
fenfe , fut de fe reveftir d'un
fac , & de fe profterner devant
Dieu dans le Temple ,.
bien loin de foulever des Sujets
contre leur legitime Souverain.
& de vouloir envahir
un Royaume qui ne luy appartenoit
pas. Il n'attaquoit
point , il fe défendoit feulement
, & il fe défendoit par
l'exercice de la penitence, des.
larmes & des prieres..
Une conduite fi fage & fi
douce n'eft point du gouft
de Meffieurs les Miniftres ,
principalement de ceux que
le Prince d'Orange deftine
du Temps. 307
pour eftre les Apoftres d'An
gleterre , je veux dire Jurieu,
le Docteur Burnet, & le Miniftre
Menard . On ne ferá
peut
- eftre
pas
faché
d'en
trouver
icy
un petit
crayon
, pour
mieux
connoiftre
leur caractere
.
Pierre Jurieu , cy - devant
Miniftre de Sedan , eft originaire
de Courcheverni dans
le Pays Blaifois , & a demeuré
longtemps proche d'Orleans ,
comme il dit luy - mefme
dans la feconde parrie des
Préjugez, pag. 233.aprés avoir
efté Miuiftre de deux Tem-
Cc ij
308 III. P. des Affaires
ples des Proteftans en France
pendant douze ans , & dépuis
Profeffeur en Theologie à Se
dan ; cette Academic eftant
fermée par ordre du Roy , il
fe retira en Hollande , où on
l'a fait depuis Miniftre de
l'Eglife Vallone à Roterdam .
Ilfe vante d'eftre le quatriéme
Miniftre de la Religion P. R.
de fa Famille de Pere en Fils.
Pierre du Moulin , fameux
Miniftre de Charenton , mort
en 1658. eftoit fon Ayeul ma
ternel . Il n'y a point encore
eu de Miniſtre plus emporté ,
plus violent , & plus fedidu
Temps . 309
tieux. Il ne faut que le voir
feulement lors qu'il pretend
eftre du plus grand fang froid
du monde. C'eft dans fa Preface
fur le vray Systême de
l'Eglife , où il protefte qu'il
n'écrit point par emportement,
nypar un mouvement de colere.
Cependant vous y remarquez
d'abord la furie de ce
frenetique qui affeure , en parlant
de la Revocation de l'Edit
de Nantes qu'il nefut jamais
rien inventé de plus infernal
', que ce qui s'eſt -fait contre
les Reformez qu'à regarder
l'exterieur de cette conduite , elle
310 III. P. des Affaires
eft affreufe ; mais qu'à regarder
l'interieur , on y trouve des é
normitez qui donnent encore
plus d'horreur , & un eſprit diaboliques
Qu'il n'y eutjamais un
figrand déchaifnement de l'Enfer
, & que de fi horriblesfu
mées ne monterent jamais du
puits de l'abifme: Ce feul trait
fuffit pour donner une idée
fort jufte de ce Miniftre . La
calomnie l'emportement, &
l'efprit de fedition font répandus
dans tous fes ouvra
ges ,dont les principaux font
les Préjugez qu'il a dediez à
feu M l'Electeur de Brandedu
Temps. 311
bourg , Pere de l'Electeur
d'aujourd'uy
, fes Lettres Paftorales
, & tant d'autres Libelles
, dans lesquels il fe déchaifne
contre les Souverains
& contre les premieres perfonnes
de l'Europe,lors qu'elles
ne fe rencontrent
pas dans
fa creance. On n'a garde de
falir icy le papier en rapportant
les expreffions contraires
à la pudeur , dont ce Miniftre
fe fert. H fuffit d'achever fon
Portrait , en le faifant connoiftré
comme un illuminé .
Du Moulin avoit eu la folie
de débiter des Propheties de
312 III. P. des Affaires
fa façon. Jurieu a cru devoir
couronner fon propre
merite en encheriffant fur les
rêveries de fon Aycul ; mais
avec des injures fi atroces
contre l'Eglife Catholique
qu'il fait horreur mefme ,
ceux de fon party. Auffi M
Leti , dans fon Ceremonial
historique & politique , ne
peut l'excufer d'emportement
, & d'eftre un Auteur
outré , & quoy que cet habile
Italien foit Proteftant, il
eft fincere ; mais en meſme
temps pour adoucir le
trait de fon Heros, il dit qu'il
porne
du
Temps 313
ne faut pas trouver étrange
qu'nn Miniftre qui eft né
d'une Famille auffi żelée pour
la Religion Proteftante , &
qui a tant travaillé pour la
défendre, gemiffe fur la ruine
de fon Eglife & regrette ſa
perte.
Le Docteur Burnet eft un
profcrit, qui a cfté condamné
au dernier fupplice , pour a
voir confpiré contre le feu
Roy d'Angleterre.Il n'a évité
la mort qu'en fe retirant ſecrettement
de ce Royaumelà
. Il a écrit une hiftoire de
la Reformation d'Angleter-
3. Part. Dd
314 III. P. des Affaires
re, une Relation de fes Voyages
, & une Traduction du
Livre de Lactence de la mort
des Perfecuteurs. C'eft principalement
dans la Preface de ce
dernier Ouvrage que Burnet
fait voir en évidence fon efprit
de rebellion , d'emportement
& de peu de refpect
pour la perfonne facrée des
Souverains . On fçait affez le
refte de tout ce qui regarde
ce fugitif , que le Roy d'Angleterre
vient d'excepter en
particulier du pardon qu'il
à accordé aux Rebelles de
fon Royaume
.
du Temps. 315
Si c'est le Miniftre Menard
qui eft Auteur de la Priere
que nous venons d'examiner ,
il ne faut point d'autre preuve
que cette piece, pour montrer
que l'Herefie conduit aux
derniers excés d'emportement,
& qu'elle ne laiffe ny
refpect ny obeiflance pour
les Teftes couronnées ; le caractere
principal d'un Heretique
eftant de vivre indépendant.
#
Avec de tels Apoftres , fi
le Prince d'Orange réüffiffoit
dans fon entrepriſe , on peut
s'affeurer qu'il ne tiendroit
Dd ij
316 III . P. des Affaires
pas parole aux Etats qui nous
difent que c'est moins encore
pour exterminer la Religion Catholique.
Jurieu n'a- t- il pas
l'effronterie de dire , qu'elle
eſt le veritable Anti-Chriftianifme
, la plus cruelle & la plus
inhumaine de toutes les erreurs ,
que c'est un Empire d'orgüeil ,
d'Idolatrie , d'avarice, ¿ ? Sur
ce principe , que Menard
vient d'infinuer fi hardiment,
fes Coapoftres ne manque
roient pas avec luy s'ils ef
toient les Maiſtres en Angleterre
, d'y preconifer la Loy
qui eft entre celles de ce
du
Temps. 317
Royaume- là , & qui a pour
ritre , de Haretico comburendo ;
puis qu'il eft conftant , felon
ces Meffieurs , qu'on doit punir
de mort les Heretiques ,
& que felon eux les Catholi
ques font de ce nombre .
Aprés cela ficz - vous à la
parole des Etats de Hollande
, dont les Miniftres mef
mes foutiennent qu'il faut
détruire la Religion Catholique
, parce qu'ils l'accufent
d'Idolatrie . il eft facile de
voir la faufferé de cette promeffe
. Mais il ne faut pas ou
blier à remarquer que Jurieu
D'd iij
318 III. P. des Affaires
&
fe
ayant voulu exciter la révolte
dans fa Patrie ,par tout ce que
la malice a de plus execrable,
defefperant de voir accomplir
en 1688. la ridicule Prophetie
, cu vifion fanatique
dont il avoit amuſé les peuples
de fa créance ; pour ,
dédommager de ce qu'il ne
peut venir en France , comme
il avoit promis dans cette
menace infolente : Nous irons
bientost porter la verité juſque
fur le Trofne du menfonge, &
le relevement de ce qu'on vient
d'abattre fe fera d'une maniere
fi glorieuse , que ce fera l'étondu
Temps. 319
nement de toute la terre. Il feroit
ravy de trouver autre
part dequoy fatisfaire la rage
qu'il a conceuë contre la veritable
Religion ; c'est trop
avoir d'attention fur des gens
qu'on devroit oublier pour
toujours.
Aprés que les Etats ont debité
ce qu'ils ont cru propre
pour diffiper les horreurs &
les marques d'injuſtice qui
environnent l'entrepriſe du
Prince d'Orange . ils ofent
affeurer que l'invafion qu'il
medite , eft feulement uniquement
pour fecourir la Na-
Dd iiij
320 III . P. des Affaires
tion , pour le rétabliffement des
Privileges qui ont efte caffez-
A- t-on jamais veu fecourie
une Nation malgré elle, & le
droit des Gens & de nature
qui doit eftre fi precieux ,particulierement
chez les Souverains
, n'infpire- t- il pas une
fidclité reciproque , qui oblige
à ne pas écouter, & encore
plus à ne point donner de
la protection aux rebelles &
aux traiftres ? Ces derniers exceptez
, qui eft ce qui peut
appeller le Prince d'Orange
au fecours de l'Angleterre ?
Ce qu'ils difent du rétablis
du Temps. 321
fement des Privileges , n'eft pas
plus équitable ; mais pour
fermer la bouche aux Etats ,
on peut répondre que ces
Privileges ont efté rendus à
toutes les Villes du Royaume
, outre qu'on n'a point
d'exemple qu'un Etat voiſin
aille s'embaraffer fi les Privileges
font maintenus hors
de chez luy , & nous n'avons
que trop
de preuves que les
Hollandois ont toujours tout
facrifié pour exciter du trouble
chez leurs Alliez , bien
loin de s'étudier à y procurer
le rétabliffement des Privi-
Leges..
322 III . P. des Affaires
C - eft auffi pour la confervation
de la Religion & de la liberté.
Le Prince d'Orange affecte
à prefent cette Devife
au deffus de fes Armes PROT.
RELIGION AND LIBERTY ,
afin de mieux tromper les
éclai-
Anglois , qui font trop
rez , pour ne pas voir que ce
n'eft point le zele Favory de
fon Alteffe ; & je croy que
l'on feroit fort empefché de
deviner quelle Religion il favoriferoit
fi fon invafion
pouvoit réüffir.Il eft toûjours
fort certain que les Calvinif
tes font pour le moins autant
1
du
Temps 323
oppofez à la Religion Anglicane
qu'aux Catholiques. Je
dis le moins , puis que
pour
M' l'Evefque de Meaux page
489. de fon 14. Livre du 2 .
volume des Variations ,prouve
avec beaucoup d'éloquence ,
que par le ferment du Teſt,
les Anglois s'y rapprochent
de nos fentimens , & ne s'attaquent
point à la prefence
réelle , que les Calviniftes
combattent avec tant de furie
, & qu'ils ne recevront jamais
parmy leurs Dogmes .
Afin de poursuivre & procurer
qu'il foit convoqué un Parlement
324 III. P. des Affaires
libre & legitimes . Les Etats
de Hollande n'appelleroient
point du tout leurs Affemblées
libres & legitimes , fi un
Etat voin s'en méloit , &
venoit les convoquer à la
tefte de trente millehommes.
Qui a`jamais veu une telle
- propofition ? On ne fçauroit
abufer avec plus de hardieffe
du mot de liberté & de legitime.
La veritable liberté des
Peuples confite dans la fubordination
& dans l'obeïffance
qu'ils doivent à leur
Souverain ; & c'eſt ce que les
Anglois reconnoiffent pardu
Temps.
325
faitement , perfuadez qu'ils
font prefentement que le
changement de Souverain ne
contribueroit qu'à leur perte .
Pour faire donner aux Lords,
au Clergé, à la Nobleffe , &
au Peuple une entiere affeurance
que
les loix's droits , &privileges
de leur Royaume, ne feront
pas violez, ny revoquez à l'as
venir. On peut déja donner
parole au Clergé d'Anglecerre
, que l'on ne pretend
rien moins que ce qu'on luy
promet icy. Les trois A poftres
que le Prince d'Orange defrine
pour reformer l'Eglife
•
326 III. P. des Affaires
Anglicane , font trop ennemis
de l'Epifcopat & de la
Hierarchie Ecclefiaftique ,
pour laiffer leClergé en repos.
Pour ce qui eft des Lords &
du Peuple , que l'on amuſe
d'une vaine promeſſe , il falloit
employer un autre Protecteur
que le Prince d'Orange
pour cette entrepriſe .
Meffieurs de Hollande fçavent
par leur propre experience
que ce Prince n'eft pas
un homme fort propre à
conferver la liberté & les
Privileges d'un Etat.
Je pourrois rapporter icy
du
Temps. 327
plufieurs chofes fur ce fujet
que l'Histoire aura foin de
donner à la pofterité. Perſonne
n'ignore que n'ayant encore
pu réuffir dans le deffein
qu'il avoit de regner fouverainement
en Hollande , &
ſe voyant privé de ta Couronne
d'Angleterre par la
naiffance du Prince de Galles,
il a mieux aimé riſquer toutes
chofes , que de ne
pas employer
le talent qu'il a de
broüiller,dans la penſée imaginaire
que Jurieu luy a inf
pirée qu'il feroit Roy.
Il y a plus ; quoy que je
328 III . P. des Affaires
n'aye pas coutume de penetrer
dans la politique des
Etats , je croy pouvoir faire
icy cette reflexion , que Mcffieurs
de Hollande qui appres
hendent l'efprit ambitieux
& remuant du Prince d'O
range , & qui n'ont pas enco
re perdu la crainte qu'ils a«
voient de le voir ufurper leur
Souveraineté , ne font pas fa
chez de le défaire de luy d'u
ne maniere fi fine , & fi avantagcufe
pour eux . En effet ,
ces Meffieurs fi jaloux de
leur liberté , qu'ils ont mieux
aimé facrifier l'obeiffance
du Temps. 329
qu'ils devoient à leur legitime
Souverain que de ne pas
fecouer le joug d'Efpagne ,
ces Meffieurs , dis- je , fe fouviennent
de quelle maniere
le Prince d'Orange ſe fit élire
te 3.
Juillet 1672. pour Gouverneur,
Amiral & Capitaine
general , malgré le ferment
qu'il avoit efté oblgé de fai-
De auparavant , qu'il n'accepteroit
jamais cette Charge .
Els Igavent quelles brigues
on ft dans Affemblée des
Etats qui fe tenoit à la Haye,
avec quelle violence il fallut
arracher ce confentement , &
3 Part. E e
330
III. P. des Affaires
comme l'on fut obligé de décharger
tous les Membres de
la Province de Hollande , de
l'obfervation de l'Edit perpetuel,
qui porte qu'aucun ne
pourra propofer l'élection
de ce Prince à cette Charge.
Cette entrepriſe fi violente
qui eftoit le commencement
de la ruine des Provinces
vnies , fit voir aux Erats d'une
maniere à n'en plus douter,
que le Prince d'Orange afpiroit
à la Souveraineté ; ils
n'ont pas crû trouver d'occupation
plus propre pour fe
garantir de l'invafion qui les
du Temps.
༢ } 1
menaçoit, qu'en rejettant fur
un Eftat voifin le mal qu'ils
craignoient. Ils ont trouvé
parla un fecret infaillible de
calmer leur frayeur .. Si l'entreprife
reuffit , le Prince
d'Orange les affeure de protection
, de fecours & d'arce
gent ; fi elle manque
Prince perira , ou fera fi affoibly
qu'il ne pourra plus
leur donner la loy ; ainfi ils
s'en délivrent d'une façon ou
d'autre.
Cette confideration meritoit
bien que
ſent au Prince d'Orange le
les Eftats infpiraf-
Ee ij
332 TIT. P. des Affaires
,
deffein d'envahir l'Angleter
& toute l'Europe n'eft pas.
furprife de voir aujourd'huy
un Prince & les Eftats de
concert & d'intelligence ,
pour un deffein fi injufte ,
cux qui ont fait profeffion
depuis fi lon-gremps de n'avoir
aucun refpect pour les
Loix les plus facrées, lors que
leur intereſt particulier a
demandé la fuperiorité fur
leur devoir .
Enfin, Leurs Hautes Puiffances
efperent & affurent avec lagrace
de Dieu , que le repos & la
concorde feront reftablis en cedu
Temps.
333
Royaume. On ne fçauroie
mieux juger de l'intention
qu'ils ont de reftablir le repos
é la concorde en Angleterre,
que par leurs démarches Pacifiques
, qui ont eſté juſqu'à
prefent fore propres à brouil
ler tout ce Royaume, fi Dieu
ne l'avoir affifté visiblement
de fa grace, & d'une maniere
qui devroit faire rentrer les
Eftats en eux mefmes. Ils
fe doivent fouvenir de la
medaille affertis legibus , & de
l'eftat où il fe font vûs reduits
pour avoir voulu eſtre Arbitres
des Souverains & leun
334 III . P. des Affaires
donner la Loy. Leur Jofué
n'arrefta pas le Soleil comme
ils s'en eftoient vantez , mais
ce Soleil leur fit fentir leur
foibleffe , & les punit de leur
temerité. Aprés avoir voulu
eftre Arbitres entre les Souverains
, ils veulent l'eftre
entre les Rois & leurs peuples,
qui ne les demandent
point pour Juges de leurs differens
qui ne font
qu'on les fuppofe. Il eſt vray
que Ron en veut exciter entre
eux , afin de les affoiblir,
& de fe rendre maistre de
l'Etat fous ombre de voulois
pas
tels
du Temps.
335
fecourir les opprimez , mais
il arrive fouvent que leur trahifon
fe decouvre , & que les
parties s'uniffent contre le
fecours intereffé qu'on leur
veut donner. Comme le party
du Prince d'Orange prévaut
en Hollande , il auroit
eſté inutile aux Etats de penfer
à mettre l'Angleterre en
Republique , & quand ils auroient
eu cette veüe , la difpofition
de cet Etat rend la
chofe abfolument impoffi
ble. La Ville de Londres étant
ſeule auſſi puiſſante que
toutes les autres Villes du
336 III. P. des Affaires
Poyaume , il faudroit qu'el
les luy obeiffent toutes , ou
que Londres leur obeiſt , ce
qui ne s'accommode en aucune
forte aux manieres des
Republicains. A l'egard du
deffein du Prince d'Orange
d'envahir l'Angleterre , fous
pretexte que le Roy n'eft pas
de la principale Religion de
l'Etat , outre que j'ay déja
prouvé par quantité de chofes
de fait & de paffages de
l'hiftoire , qu'il fe trompoit ..
lourdement , je dois encore
ajoûter qu'il a efté arreſté par
les . Parlemens d'Angleterre
,
que
du
Temps.
337
1
que la difference de Religion
des Rois & de leurs Sujets
, ne troubleroit point
l'ordre des fucceffions
, parce
que lors qu'un Roy auroit
une fois perdu la Couronne
par cette raifon , l'Etat feroit
toûjours en proye au plus
fort,& qu'on ne verroit plus
que des ufurpateurs fur le
Trofne , ce qui cauferoit de
perpetuelles guerres
coeur du Royaume.
Lors que le Prince d'Orange
paffe en Angleterre avec
une armée il pretend
que les Loix de ce Royaume
3. Part. Ff
53
dans le
338 III . P. des Affaires
défendent au Roy d'appeller
des Etrangers à fon fecours.
Il eft mal inftruit , des
Loix d'un Etat qu'il veurenvahir
, & il ne devroit pas
ignorer , qu'il eft porte par
la Charte appelée magna charta
, que fi les Etrangers vei
lent entrer dans le Royaume
pour l'envahir , le Roy peut
non feulement appeller du
fecours , mais encore s'il reconnoiſt
que Les Sujets ayent
appellé ceux qui ont deffein
de s'en rendre maistres , il eft
en droit de traiter le Royaume
comme un Pays con-
民
du
Temps. 339
quis , & le Parlement eft
dechu de fes Privileges
. Le
Roy d'Angleterre n'a pas cu
befoin de fe fervir des avantages
de cette Loy , ayant
trouvé fes Sujets plus Fidelles
que le Prince d'Orange
n'avoit cru , & plus inebran
lables aux offres qu'il leur a
fait faire pourles feduire. Les
depences qu'il a faites font
grandes , & les Etats n'ofent
fe vantfr de ce que leur cous
te fon armement ; un nombre
infini de particuliers Proteftans
luy ont preté de l'are
gene au denier dix , qu'ils
F fij
340 III. P. des Affaires
courent rifque de perdre.
Voilà de grands frais , & de
grands travaux pour aller
mener un fecours trop à charge
à un Peuple qui ne le demandoit
pas , afin de meriter
le nom d'Ulurpateur , fi non
de fait au moins de volonté,
& de s'acquerir l'indignation
de toute la terre. La Princeffe
d'Orange en pleure , ou doit
en pleurer aux pieds des Autels
, & defaprouvant peuteftre
en elle - mefme une
action qu'elle n'ofe condamner
publiquement, elle craint
que BHiftoire ne luy donne
du
Temps. 341
des noms , qui peuvent ne luy
eftre pas dûs.
Le Prince d'Orange , fon
Mary , qui depuis deux ans
travaille à l'entreprife qui
vient d'éclater , a fabriqué
avec ceux qui font de fon
Confeil fecret , une Requefte
pour fervir de bafe à fon deflein,
Son Favory Bentingh ,
qu'on a veu fon Page , en a
clté porter des projets en Angleterre
, à quelques Amis de
fon Maiftre , qui voyant ce
Royaume fidelle à ſon Roy,
n'ont ofé fe declarer depuis
ce temps-là , & il fut arreſté
Ef iij
342 III . P. des Affaires
entre le Prince d'Orange &
luy , qu'il l'employeroit à
gagner les Grands d'Angleterre
contre le Roy , dans le
temps qu'il iroit faire compliment
à Sa Majesté Britannique
, fur la naiffance du
Prince de Galles . Je ne dis
rien de ce procedé perfonne
n'ignore le nom qu'on luy
doit donner. On a tenu cette
requeste fecrete , & quand
l'entrepriſe a efté fur le point
d'éclore , on a fuppofé qu'une
partie des Seigneurs d'Angleterre
l'avoit envoyée à
M Bentingh , fous le nom
du Temps. 343
de Memoire des Proteflans Anglois
, pour la prefenter au
Prince & à la Princeffe d'Orange.
Elle porte toutce qu'on
fçait que ce Prince & les Etars
ont allegué pour autorifer le
deffein de leur invafion ; elle
parle aufli de la fuppofition
pretendue du Prince de Galles.
Ceux qu'on fuppofe l'avoir
envoyée , n'y laiffent
point voir de nom.Il faudroit
eftré bien imprudent pour dépenfer
desfommes immenfes,
& couvrir la Mer d'hommes ,
de Vaiffeaux & d'attirail de
guerre, fur la fimple requeſte
Ff iiij
344 III . P. des Affaires
de perfonnes qui ne fe nomment
point, & qui envoyent
leur Memoire au Portier de
M' Bentingh , comme on fe
roit un Exploit. Voicy en
propres termes la ridicule fin
de ce Memoire. Monfieur ,
la grande idée que nous avons
de vostre merite , nous fait efperer
que vous ferez fidelle à rendre
promptement l'inclufe à fon
Alteffe Monfieur le Prince d'O
ranges ou en fon abfence , àfon
Alteße RoyaleMadame la Prin
ceffe. Nous n'avons pas pu
confier à la Pofte, c'est pourquoy
nous l'avons envoyée par un
Exprés qui fera peut- estre long-
} la
du Temps. 345
temps en chemin. L'Exprés a or
dre de la delivrer feulement à
un de vos Domestiques ; nous
nous repofons entierement fur
vous , &fommes,
Monfieur
Vos tres humbles ferviteurs ,
que vous pourrez connoi
fire cy-apré .
Qui feroit affez ridicule
fur un pa- pour croire que
quer rendu au Portier , ou à
quelque autre Domestique de
M Bensingh , l'armement
cuft efté fait , la deliberation
des Etats delivrée aux Minires
Etrangers , le Manifefte
du Prince d'Orange publié ,
346 III . P. des Affaires
& qu'il fuft enfuite party
pour envahir trois Royaumes
? Cela n'eft qu'un pretexte
pour avoir lieu de femer
des Ecrits feditieux , & pour
autorifer les premiers pas
d'un ambitieux. La Religion
en eft auffi un beau , & fous
un femblable voile on couvre
tout ce que l'on veut cacher .
Un Ufurpateur commence
toujours avec des pretextes
fpecieux , & tout contraires à
ce qu'il a dans l'ame , & il
n'a garde de dire qu'il marche
pour envahir. Quand
Cefar paffa le Rubicond , il ne
du
Temps. 247
dit point qu'il avoit deffein
de fe faire Empereur , mais il
fe declara feulement en faveur
des Tribuns. Si le Prince
d'Orange n'avoit eu que
la Religion Proteftante en
veuë , il auroit fallu qu'il cuſt
-exhorté le Roy fon Beau- pere
à fuivre cette Religion, &
qu'il l'euft averty des malheurs
dont il eftoit menacé ,
s'il refufoit de le faire , puis
•que c'eſt celle qu'il cherche
à faire fleurir , & qu'il n'a
voulu que des Proteftans
dans fon Armée. Mais quand
le Roy d'Angleterre fe feroit.
348 III . P. des Affaires
fait Proteftant , en auroit-il
dû eftre mieux dans l'efprit
de ceux qui profeffent la Religion
Anglicane 2 Il ne s'agiffoit
donc point de Religion
, & elle ne fervoit que
d'un pretexte au Prince d'Orange
, mais encore fort méchant
puis qu'il ne fçait de laquelle
on aimera mieux en
Angleterre qu'il foutienne le
party . On voit déja qu'il ne
parle plus de l'Anglicane ,
& dans fes Lettres écrites à la
Flote & à l Armée , il fait
feulement mention de la Proteftante
. Que deviendront.
du Temps . 349
donc ceux qui profeffent
l'Anglicane , & quel fera
leur appuy fi le Prince d'Orange
vient à regner en Angleterre?
Comme il comptoit
déja le Roy d'Angleterre
pour un Prince détrôné lors
qu'il eft parti de Hollande
il ne parle plus de ce Monarque
dans fes Lettres écrites à
la Flote, & à l'Armée de terre.
Il leur dit qu'ils ayent à examiner
ce qu'ils doivent à la
Religion & à eux mefmes , &
ne parle non plus du Roy,
que fi des Sujets ne devoient
rien à leur Prince legitime ,
350 III . P. des Affaires
quoy que les loix divines &
humaines
ordonnent
de les
honorer , & que Dieu ait
commandé
de rendre
à Cefar
ce qui appartient
à Cefar.
Le Prince d'Orange a tellement
manqué de pretextes ,
& il avoit un fi violent defir
d'en avoir , qu'il en a pris
deux tout à la fois ; mais outre
qu'ils font foibles , &
peuvent eftre ailément com
batus , l'un détruit tellement
l'autre › que pour en avoir
pris deux , il n'en fçauroit
foûtenir aucun . Il eft certain
qu'un homme qui avec le
du Temps.
"
pretexte de la Religion en
prend un autre tout humain ,
ne peut plus dire que la Re
ligion feule le fait agir , qui
eft l'unique pretexte qui puif
fe paroiftre un peu recevable ,
pourveu que celuy qui s'en
fert ,foit d'une pieté & d'une
vertu generalement reconnuës
, qu'on foit affeuré qu'il
ait affez de Religion pour
agir par ce principe , & qu'il
n'ait jamais fait que des actions
qui ne puiffent eftre
condamnées
. Je n'accufe pas
icy le Prince d'Orange du
contraire , mais je laiffe à ju352
III. P. des Affaires
ger,fi fuppofé qu'il n'euft pris
que le pretexte de la Religion
, on le croiroit d'un caractere
à n'avoir en veuë que
le defir de la fecourir. S'il
avoit affez de pieté pour cela ,
il ne l'accompagneroit pas
en meſme temps d'une chofe
qui fait horreur à la nature ,
& qui le fait comparer aux
Tarquins. Il n'y avoit qu'un
feul cas qui puft l'obliger à
paſſer en Angleterre ; il falloit
qu'iln'y euft qu'une Religion
dans cet Eftat & que ce fuft
celle du Prince d'Oranges
qu'il y euft une Guerre Civile
du Temps.. 353
qui cuft déja fait répandre
beaucoup de fang ; que le
Roy fuft en peril , & que le
Prince d'Orange y allaſt avec
les Troupes , fe mettre
au milieu des Armées Angloifes
, pour empefcher l'ef
fufion du fang, tirer le Roy
de peril , & tâcher d'en obtenir
quelque chofe pour fa
Religion , en confideration
du fervice qu'il luy auroit
rendu . Mais au lieu de cela il
fe cache pour furprendre fon
Beau pere , de mefme que
eftoit fon plus mortel Ennemy.
Il luy donne le baifer de
3: Part. Gg
s'ile
354 III . P. des Affaires
paix par le compliment que
fon Favory luy vient faire de
fa part , & il luy écrit enfuite
luy mefme fur le point de
fon départ, pour luy marquer
que l'armement qu'il fait faire
ne fe fait point contre luy..
Quel caractere ! quel procedé
! Je ne croy pas mefme
qu'il fuft approuvé pour furprendre
des Brigands. Il faut
renir fa parole à fes Ennemis,
& ce Prince ne la tient
fon Beau-pere. Mais quand
l'ambition feule & le defir
pas
à
de regner ne le feroient pas
agir , ne doit- il pas eftre cruel
29
355 du Temps.
au Roy d'Angleterre de voir
un homme plus jeune que
luy , & de plus fon Gendre
qui a moins d'acquis que luy
dans le monde , qui n'a rien
fait de fort éclatant , qui n'a
cherché qu'à faire répandre
du fang mal à propos , & qui
n'a jamais reülli dans aucune
entrepriſe , venir à main armée
luy impofer des Loix
dans fes propres Etats , &
jufque fur fon Trône , comme
à un jeune homme qui
ne fçauroit pas l'art de gouverner?
Cela n'eft- il pas d'une
temerité inouie , & ne de-
Gg ij
356 III. P. des Affaires
vroit- il pas eftre moins fenfible
au Roy d'Angleterre de
voir fes plus mortels Ennemis
dans fon Royaume , que de
recevoir la Loy d'un homme
qui par toutes fortes de raifons
la devroit recevoir de
lay 2 Si le Prince d'Orange
qui agit en defefperé venoic
à avoir l'avantage , il ne refuferoit
pas la qualité de Protecteur
de la liberté & de la
Religion , puis qu'il la prend
dans fes Etendards , & chacun
fçait ce que vaut en Angle
terre la qualité de Brotecteur
avec l'autorité Royale . Les
du Temps . 357
Peuples dans leur revolte encenfent
de tels Protecteurs
mais ces mefmes Peuples leur
font bien-toft leur procés
comme à des Tirans , & onr
leur memoire en execration .
Ainfi la revolte de ces Peuples
ne donne pas un droit à
ceux qu'ils appellent pour la
foûtenir. Les Revoltez les
élevent dans le temps qu'ils
font à leur tefte , mais ils font
les premiers à les detefter dés
qu'ils reconnoiffent qu'ils les
ont mal à propos engagez
dans une Rebellion dont ils
fe repentent.
358 III . P. des Affaires
2
Que diroient les Etats de
Hollande qui ont eux- mefmes
découvert leur intelligence
avec le Prince d'Orange
, & tous les Princes
Proteftans , fi fous pretexte
qu'ils ne font pas Catholi
ques , & qu'à l'égard de leur
Souveraineté , il ne leur refte
plus qu'un vain titre dont le
Prince d'Orange a toute la
puiffance on alloit chezeux
pour le rendre Maistre
de leur Etat & faire foûlever
leurs Peuples. Fay rapporté
dans vingt endroits de cette
Lettre des faits hiftoriques ,
du
Temps.
·359
Ma
qui font voir de quelle maniere
le Prince d'Orange
ufurpé le pouvoir fuprême ,
& l'ufurpe encore tous les
jours. Rien n'eft plus honnefte
que fon procedé dans
' Affemblée des Etats ; mais.
fes Creatures n'y propofent
que ce qu'il veut , & ceux qui
font d'un fentiment contraire
au fien ne fe trouvent pas en
eftat de s'y oppofer une autre
fois. Il n'a jamais eu le démenty
de ce qu'il a voulu ; &
il a toûjours engagé les Etats
dans des guerres contraires à
leur commerce, de forte qu'ils
360 III. P. des Affaires
font aujourd'huy extremement
endettez , & doivent
encore depuis peu huit millions
de rente qu'ils ont pris
au denier quatre. Le Prince
d'Orange ne les veut pas en
meilleur eftat , il eftravy
qu'ils foient foibles, afin qu'il
puiffe triompher de leur foibleſſe
, & il les embarque
dans de méchantes affaires ,.
dont il prévoit qu'ils ne
pourront fortir que par fon
fecours . Le Comte de Naffau
eft fon parent , & c'eſt à luy
de droit que les Miniftres Etrangers
devroient s'adreffer
.
en :
du Temps.
361
en fon abfence. Cependant
comme le Prince d'Orange
eſt ſon ennemy , il a demandé
aux Etats qu'on s'adreffaſt
au Prince de Valdec , & ils
n'ont ofé luy refufer ce que
la justice vouloit qu'ils luy
déniaffent là - deffus, Deux
raiſons ont obligé le Prince
d'Orange d'en ufer de cette
forte ; l'une , qu'ils font ennemis
, & qu'ils ont une fois
mis les armes à la main l'un
contre l'autre . La feconde
raifon eft politique . Le Prin
ce de Naffau eft Gouverneur
de l'Overiffel , de la Frife ,
3. Part.
Hh
162 III . P. des Affaires
& de Groningue . Les loix
veulent que les Officiers qu'ils
levent pour le fervice des Etats
, foient Hollandois , &
qu'ils prêtent ferment entre
les mains des Etats , au lieu
que ceux qui le levent dans
les autres Provinces prêtent
ferment entre les mains
du Prince d'Orange. C'eft
pour cela qu'il ne peut fouf
frir les Officiers de ces Provinces
, il les décrie , & a
fouvent des démeflez là- def
fus avec le Prince de Naffau .
Je ne puis finir fans vous
parler encore du " Memoire
&
4
du Temps . 363
des Proteftans , fuppofé envoyé
par les Proteftans d'Angleterre
au Favory du Prince
d'Orange . On a découvert
qu'il a efté fait en Hollande
par le Docteur Burnet , &
c'eft une chofe dont la pluf
part des Intereffez convien .
nent.Vous pouvez juger par
le portrait que je vous ay fait
de luy , en vous apprenant
qu'il a efté condamné pour
crime de haute rrahifon , s'il
n'eft pas capable de tout
faire , aprés l'avoir eſté de
tout écrire. La premiere partie
de fon diſcours n'eft qu'un
Hh ij
64 III . P. des Affairs
amas d'injures groffieres contre
les Catholiques , & de ces
chofes ridicules & outrées ,
par lesquelles on ne sçauroit
corrompre le fentiment des
honneftes gens. Comme toute
cette partie ne tend qu'à
prouver ce qui eft dans la déliberation
des Etats , à laquelle
j'ay répondu prefque
mot pour mots je paffe à la
feconde qui ne regarde que
la fuppofition du Prince de
Galles , qu'il veut prouver
fans alleguer aucun fait, mais
par des conjectures feulement
du Temps. 369
4
a:
11 perd beaucoup de pages
à dire d'abord , que dés qu'
publié que la Reine eftoit
groffe , on a dit publiquement
dans toute l'Angleterre qu'on
fuppoferoit un Enfant pour Prince
de Galles. Si la chofe eftoit
fi publique , les parties intereffées
devoient s'en défier,
& prendre leurs précautions
là- deffus ; mais comme on
vouloit avoir lieu de fe fervis
de ce pretexte , on n'avoit
garde de prendre des mesures
qui puffentdonner fujet d'èm-.
pécher de douter de la verité.
Si le Prince d'Orange ajoû-
Hh iij
366 III. P. des Affaires
toit foy à ces bruits-là , il ne
devoit point faire faire compliment
à leurs Majeftez fur
la Naiffance du Prince de
Galles ; on pourroit objecter
qu'il n'a fceu que depuis ce
temps -là , la verité de la fuppofition
; mais cela n'eft
point , puis qu'on n'allegue
rien de pofitif, & que le Do-
&teur Burnet neraifonne que
fur des conjectures.
Il dit que la Reyne n'estoit
pas en bonne fanté , & que par
confequent , elle ne pouvoit devenir
groffe . Un pareil raiſonnement
ne merite point de
du
Temps. ༢67
>
réponse ; le public luy en fera,
& luy dira qu'on voit tous
les jours des femmes languiffantes
& d'une affez mauvaiſe
ſanté,avoir, non pas un
enfant, mais plufieurs, jufque
là mefme qu'on dit qu'elles
en ont plus que les autres .
Reyne n'estoit groffe
que par devant , & non par
derriere ny fur les coftez , & s'étend
beaucoup là - deffus .
Un tel raifonnement fait pidit
la
que
tié , mais outre que ce qu'il
allegue peut eftre faux , &
qu'il falloit le dire avant que
la Reyne accouchaft
, il eft
Hh iiij
368 III . P. des Affaires
conſtant qu'il y a des femmes
qui ne font groffes que du
ventre , & d'autres des hanches.
>
Il dit que la Reyne voulant
aller demeurer dans l'Appartement
destiné pour faire fes cou
ches avoit dit le Vendredy
qu'elle accoucheroit le lende
main , & que fi l'Appartement
n'efloit pas preft , elle accoucheroitfur
la place. Ce raiſonnement
par lequel il veut faire
voir que le Prince eſt ſuppofé
, prouve le contraire.
On voit que la Reyne dit
qu'elle accouchera pour faire
du Temps: 369
preffer de mettre fon Appar
tement en eftat . Si fon accou
chement n'avoit efté qu'uno
chofe concertée pour fuppofer
un Prince ce jour- là , elle
fe feroit bien donné de garde
d'en parler , & d'ailleurs il fe
trouve plufieurs femmes qui
aprés leurs premieres couches
devinent le temps des autres
par l'eftat où ellesfe trouvent .
Elles fe fentent : & peuvent
en dire autant que les Sages.
Femmes qui devinent fouvent
jufte là-deffus .
Il dit qu'on a fait aller la
Princeffe de Danemark aux
370 III. P. des Affaires
Bains à quarante milles de Londres.
Le Roy ne gouverne
point cette Princeffe ; elle eft
en puiffance de Mary ; fon
Mary eft avec elle pour vciller
à fes interefts , & elle fait
pour fa fanté ce que fes Medecins
luy confeillent fi elle
le juge à propos. Ce n'eſt
point une affaire du Roy , &
iln'y entre point.
que
Le Docteur Burnet rapporte
encore qu'on a dit
la Reyne eftoit groffe d'un Prince
, avant qu'on fceuft fi elle
eftoit veritablemene groffe . C'eft:
l'ordinaire , quand on fou
du Temps . 371
haite une chofe de cette nature
, de dire qu'elle arrivera ,
& il s'enfuivroit qu'en confequence
de ce raiſonnement
il auroit falu que la Reyne
euft accouché d'une Fille ,
fi dans l'apprehenfion d'en
avoir une elle avoit dit
qu'elle n'accoucheroit que
d'une Fille .
By
Ce Docteur parle encore
d'une feconde porte qui eftoit
dans la Chambre par laquelle on
a pu apporter un Enfant ; mais
outre que tout cela eft mal
digeré , il n'afſure rien luymefine
, & toutes ces con372
III . P. des Affaires
jectures ne donnent pas droir
d'envahir un Royaume , &
meſme du vivant du Roy qui
en eft le legitime poffeffeur .
Tout ce que je viens de répondre
aux raifons du Docteur
Burnet , qui pretend
prouver que le Prince de Gal
les eft fuppofé , fe peut ajouà
celles du Roy d'Angleterre
qui a combattu ces raifonnemens
par des faits , &
en a fait connoiftre la fauffeté
. J'ay ſeulement répondu à
des chofes qui paroiffent infoûtenables
, mefme aux efprits
les moins éclairez.
ter
du Temps . 373
Aprés des raifonnemens
voyons des chofes de fait.
Voicy une Proclamation du
Roy d'Angleterre du 20. d'O-
Яobre 1688.
JACQUES ROY.
Cquel'onfait , pour envahir &
Omme les grands preparatifs
Conquerir ce Royaume , demandent
que nous apportions tous nos foins à
pourvoir à tout ce qui eft neceffaire à
Ja fureté & à fa defenfe , qu'avec
la Grace de Dieu nous avons refolu
defaire afin que nosEnnemis qui
apporteront avec eux toutes les triftes
calamitez de la Guerre , ne puiffent
Je fortifier en entrant dans noftre
Royaume ,fait en s'emparant de tous
374 III. P. des Affaires
&
>
les Chevaux , Boeufs & autres Beftiaux
de nos Sujets , qui leur pourront
eftre utiles pour porter ou trainer
leurs bagages & autres chofes
lourdes & pefantes , nous avons
trouvé à propos d'ordonner
nous ordonnons par noftre prefente
Proclamation Royale , publiée de
l'avis de noftre Confeil Privé
nous requerons & commandons expreffement
à tous Gouverneurs &
Lieutenans Gouverneurs des Pro
vinces voisines de la Mer , & à tous
Sheriffs , luges de Paix , Maires ;
Baillifs , & à tous nos autres officiers
& Miniftres tant Civils que
Militaires , de faire faire bonne &
feure garde fur les Coftes & dans
leurs Villes, Bourgs & Iurifdictions,
&
que d'abord qu'ils verront approcher
les Ennemis , ils faffent retirer
du Temps. 375
à vingt milles au moins du lieu où
les Ennemis voudront débarquer
tous les chevanx , boeufs & beftiaux
qui eftant propres à porter ou tirers
nefontpoint actuellement employez
à noftre fervice & deffenfe ou à celle
du pays , & de s'affurer de telle maniere
de ces beftes de charge, qu'elles
ne puiffent tomber entre les mains
ou au pouvoir d'aucuns de nos Ennemis.
En
quoy
neanmoins nous ne
voulons pas que cenx aufquels cès
Beftiaux appartiennent , fouffrent
Aucune perte ou dommage , ou du
moins auffi peu qu'il confifte avec la
fureté publique du Royaume.
Donné en noftre Cour à VVhitehal
, le 20. jour du mois d'Octobre
1688. & de noftre Regne l'an qua¨
triéme,
376 III. P. des Affaires
Voicy une feconde Proclamation.
Je vous l'envoye , afin que
rien ne nanque à la fuite de
'Hiftoire de l'invafion du Prince
d'Orange. Elle a efté faite pour
empelcher que l'on ne difperfe de
fauffes nouvelles.
IAC QVES ROY.
Qroyque dipuis noſtre avenement
la Couronne , nous avons donné
des marques de noftre bonté &
de noftre clemence à nos Sujets , par
plufieurs pardons ou amnisties generales
, l'une defquelles a efté publiée
depuis peu , nous fommes neanmoins
fenfiblement touchez de ce que plufeurs
Perfonnes mal difpofées ne
s'eftant point corrigées , & ccs témoignages
de noftre faveur & de
noftre bonté, n'ayantfait aucun effet
du Temps.
377
fur eux , ils s'employent entierement
diffamer noftre Gouvernement , en
écrivant , imprimant ou raportant de
fauffes nouvelles , & des bruits feditieux
leur intention eftant d'amufer
par ce moyen-là nos Amez Sujets,
& de faire naiſtregénéralement.
dans leurs efprits , autant qu'ils le
peuvent, de la ialoufie & du mecontentement
, principalement dans ces
temps de danger public , à caufe de
Finvafion dont ce Royaume eft menacé
; & tafchant par confequent d'aliener
de nous les cours de ceux de
nos Amez Suiets, qui fans cela, nous .
donneroient volontiers l'aide & l'affiftance
, à laquelle ils font obligez..
parleurfidelité naturelle. Et d'autant
que les Laix & les Statuts de ce
Royaume infligent degrandes & de
rigoureufes peines à tous ceux qui
3. Part. Li
+
378 III. P. des Affaires
feront trouvez difperfer de faußes
nouvelles , ou eftre promoteurs de
calomnies malicieufes , par leurs dif
cours ordinaires , ou autrement ; &
encore davantage à ceux qui tiendront
aucuns difcours ou publieront
aucune chofe , pour exciter les peu
ples à mépriser ou hair noftre Perfonne
ou noftre Gouvernement , &
que nouobftant ces Loix & ce's Statnts
, on a depuis peu parlé plus librement
& plus licentieufement, que
L'on n'avoit acoûtumé defaire,& que
gens out pris la liberté non feuicment
dans les Coffé-houſes , mais
auffi en d'autres endroits & affemblees
tant publiques que particu
lieres , de cenfurer & critiquer les.
affaires d'Eftat , en parlaut mal de
ce qu'ils n'entendent pass Nous
donc , confiderant que les fautes de
L.s
du Temps 379
w
cette nature procedent de la malice
inquiete de méchants Efprits , ou de
la mauvaise conduite de quelques
autres , qui fe repoſent trop fur
noftre clemence & bonté accouſtumée,
avons trouvé à propos de deffendre
expreffement par noftre prefente Pro
clamation publiée parl'avis de noftre
Confeil Privé , à tous nos Sujets, de
quelque qualité , rang ou condition
qu'ils foient , de ne pas prendre y
aprés la liberté , de tenir quelques
fauxdifcours que ce fait, ny les écri
re , imprimer ou publier , ny de fe
mejlerdans leurs difcours ordinaires,
des affaires d'Eftat ou du Gouverne
ment , ou des Perſonnes de nos Confeillers
ou Miniftres d'Eftat , fur
peine de répondre du contraire, à leurs
perils & fortunes.
· Et parce que tous les difcours trop
Ii ij
380 III . P. des Affaires
hardis & peu refpectueux que l'on
tient , aufujet des chofes de cette
grande conféquence , & tous bruitsfaux
& malicieux tendant àfedition
au à amufer les peuples , font punif
fables non feulement en ceux qui les
tiennent , mais auffi en ceux qui les
écoutent , à moins que ceux-cy› ne
les revelent inceffamment à quel
qu'un de nos Confeillers d'Eftat
on à quelques uns de nos luges ou
Iufticiers de paix , afin donc d'ofter .
toutesfortes d'excuſe à tous ceux qui
ne fe tiendront pas dans la modeftie
& le refpect qu'ils doivent avoir .
Nous declarons en outre , que nous
ferons poursuivre avec toute feverité
& rigueur , toutes les Perfonnes
coupables d'un tel procedé malicieux
& contraire aux Loix , en..
écrivant », imprimant ou publiant de
du
Temps.
381
femblables fauffes nouvelles on faux
bruits, ou qui les recevront , fans less
reveler , ou en donner avis de bonne§.
heure, ainsi qu'il a efté ditcy- dessus,
ayant refolu d'eftöuffer & empefcher
ces énormitez par le chatimentfevere
& exemplaire de tous les tranfgref
feurs, qui feront cy aprés decouverts.
Et nous enjoignons & commandons
expreffement par les prefentes, à tous
& à un chacun de nos luges , Iufticiers
de Paix , Sherifs , Mairesy
Baillifs & à tous nos autres Officiers
& Miniftres quelconques , d'avoir
unfoin particulier de faire inceffamment
arrefter , poursuivre &feverement
punir toutes les Perfonnes, qui
en quelque temps que cefoit, cy-aprés
feront trouvées coupables de ce que
deffus.
Donné en noftre Cour à VVhitchal,
382 III . P. des Affaires
le 26. jour du mois d'Octobre 1688.
& de noftre Regne l'an quatrième,
Peu de jours aprés on publia la
Proclamation qui fuit touchant les
libelles feditieux qui fe repandoient
dans l'Angleterre.
IAC QVES ROY.
D
*
Autant que le Prince d'Orange
& fes Adherens qui ont
deffein d'envahir nos Royaumes, ont
pour cet effect inventé & forgé
plufieurs Papiers & Declarations
remplies de trabifon, esperant par ce
moyen-là feduire nos peuples , &
s'il eftoit poffible , corrompre noſtre
Armée , & qu'ils ont fait imprimer
un grand nombre de ces libelles , &
envoyé plufieurs Perfonnes qui font
employées à les diftribuer dans nos
Royaumes ; Et quoyque toutes fortes.
du
Temps. 383
de gens , auffi bien dans les cas criminels
que dans les autres , foient
abligez de prendre connoiffance des.
Loix , finon d'encourir la peine &
les perils ; afin ncanmoins que perfonne
ne penfe échaper la punition
deue , ou s'excufe lors qu'elle fera
découaerte , en pretendant ignorer la
nature de fon crime , nous voulons
bien avertir par la prefente Proclamation
publiée de l'avis de noftre
Confeil Privé , & exhorter tous nos
Sujets de quelque qualité , rang ou
Condition qu'ils foient , de ne point
publier , diftribuer , repeter ou dif
perfer lefdits Papiers on Declarations.
remplies de trahisons , ny aucnn.
d'eux ou aucune d'icelles, ny aucun.
autre Papier on Papiers de cette
nature , Jans les decouvrir & reve--
Ler auffi promptement que faire. Le.
384 III. P. des Affaires
pourra , à quelqu'un de nos Iuges ,
Iufticiers de paix ou autre Magiftrat
public , fur peine d'eftre poursuivis
felon la plus grande feverité des
Loix.
Donné en noftre Cour à VVhitehal,
le deuxième jour du mois de Novembre
1688.& de noftre Regne
l'an quatrième.
J'ajouſte encore une Proclamation
qu'on a trouvée fort judicieufe
, & qui eft extremement
eftimée. Vous remarquerez que
juſques à ces deux dernieres leRoy
d'Angleterre a eu l'honnefteté de
ne point nommer le Prince d'Orange
, & qu'il a artendu qu'il fe
foit declaré le premier , quoy qu'il
ne puft douter de fon entrepriſe .
Facques
du
Temps.
385
Coder
qu
IAC QVES ROT.
Omme nous ne sçaurions regar
qu'avec horreur , l'Invaſion
de nos Royaumes par le Prince d'orange
, cette entreprise eftant außi
peu Chrétienne qu'elle eft denaturée
dans une Perfonne qui nous eft alliée
de fi prés ; außi ne pouvons
nous fans beaucoup de chagrin , faire
reflexion fur les malheurs & les calamitez
qu'une Armée d'Eftrangers
& de Rebelles doit inevitablement
apporter à noftre Peuple , fans en
eftre fenfiblement touchez. Il n'eft
que trop évident par une Déclaration
qu'il a fait publier depuis peu,
que nonobftant tous les pretextes
Specienx & plaufibles qu'elle renferme
, fon deffein ne tend au fond,
qu'à une ufurpation abfoluë de no
3. Part. Kk
386 III . P. des Affaires
que
tre Couronce & de nostre autorité
Royale, ainfi qu'il paroift amplement
par le ftile Royal dont ilfefert dans
ladite Déclaration, requerant les Pairs
de ce Royaume , tant Ecclefiaftiques
Seculiers , toutes autres Perfonnes
de quelque rang, ou condi
tion qu'ellesfoient , de luy obeir &
de l'affifter dans l'execution de fes
deffeins , prérogative qui eft infeparable
de la Couronne Imperiale de
ie Royaume. Et pour une preuve
encore plus forte & indubitable de
fon ambition demefurée que rien ne
peut affouvir , que la poffeffion immediate
de la Couronne mefme , it
revoque en doute la legitimation da
Prince de Galles noftre Fils & Heritierprefomptif,
quoy que par la Providence
de Dieu il foit né en prefence
de tant de Témoins d'un credit
du
Temps.
387
& d'une probité irreprechalles, qu'il
Lemble que le Ciel ait pris un foin
particulier de cette naiffance , exprés
pour renverser un attentat fi méchant
, & qui n'a jamais eu d'egal.
Pour accomplir fes deffeins ambitieux
, il fimble fur la fin de fa
Declaration , vouloir tout faûmettre
à la decifion d'un Parlement libre ,
efperant par ce moyen- là s'infinuer
dans l'affection de nos Peuples , bien.
qu'il n'y ait rien de plus évident ,
qu'un Parlement ne fçauroit eftre libre
, tant qu'il y aura une Armée
d'Eftrangers dans le coeur de nos
Royaumes ; de forte qu'il eft veritablement
luy- mefme le feul qui cmpefche
qu'il n'y en ait un libre, puifque
nous avons fortement refolu
ainsi que nous l'avons déja declaré
convoquer un Parlement, auffi- toſt:
de
K k ij
t
388 III . P. des Affaires
que par la benediction de Dieu , nos
Royaumes feront délivrez de cette
Invasion , & on ne fçauroit en aucune
maniere douter qu'il ne foit librement
choifi , puifque nous avons
actuellement rétabli toutes lesvilles ,
Bourgs & Communautez de ce Royaume,
dans leurs anciens droits & privileges.
Dans ce Parlement , nous
ferons prefts non feulement à rece.
voir toutes les juftes plaintes de nos
Amez Sujets , & à redresser Leurs.
griefs, mais auffi à reiterer & confirmer
les assurances que nous leur
avons déja données par nos diverfes
Declarations , de la refolution que
nous avons prife , moyennant la
Grace de Dieu, de les maintenir dans.
leur Religion , dans leurs libertez, &
dans tous leurs autresjules droits &
privileges quelconques. Sur ces condu
Temps 389
fiderations, & les obligations de leur
devoir & fidelité naturelle, nous ne
feaurions douter que tous nos fidel- -
les & Amez Sujets, ne concourent
promptement & de bon coeur avec
nous nefejoignent à nos troupes ,
pour repouffer & deftruire entierement
nos ennemis , & nos Sujets rebelles
engagez dans cette entrepriſe,
& qui ont fi injurieufement & fi
perfidement envahi ce Royaume , &
en ont troublé la paix & la tran-.
quilité.
Donné en noftre Cour à VVhitehal,
le fixieme jour du mois de Novembre
1668. & de noftre Regne l'an
quatriéme.
Je finis , parce que je ne me fais
propofé dans cet Ouvrage que de fuivre
le Prince d'Orange jufqu'au jour
de fon dernier depart pour l'Argle-
Kk iij
390 III. P. des Affaires
terre . Ce depart fut devancé par deur
Lettres qu'il écrivit à la Flote , & à
l'Armée de terre. Elles contiennent à
peu prés les mefmes choſes fous differens
termes , & toutes deux ne tendent
qu'à les exciter à la revolte. Il
dit dans l'une . Nous n'oublierons ja
mais les fervices que vous nous rendrez
en cette occafion , & reus premestons
des marques de noftre reconnoiffance
à tous ceux qui les voudrent bien meriter
de nous ; & dans l'autre , Neus
efperons que vous confidererez ce que
vous devez à Dieu & à voftre patrie,
& à vous-mefmes. Ces deux endroits
font voir qu'il ne compte non plus le
Roy d'Angleterre, que s'il u'y en avoit
point, & qu'il pretend que ce n'eſt
qu'à luy qu'on doit obeir. 11 farle
par Nous , il promet des recompenfes ,
& ilagit en Sowerain . Il ne far dreit
pas d'autres pieces . pcur juſtifier le
deffein qu'il a de fe rendre maiſtre
dun Royaume , qui ne luy appartient.
du Temps. 391
pas , puis que c'eft travailler à faire
tourner les Armes des Sujets contre
leur Prince. Quand il feroit appellé
par tous les Peuples d'Angleterre, ilne
devroit point fecourir des Sujets rebelles
, mais l'on voit par la refiftance
qu'ily trouve qu'il n'y eft appellé que
par quelque nombre de mutins, & qu'il
a befoin d'employer fa force ce qui le
rend encore plus coupable . Il ne parle
plus dans fes Lettres que de la Religion
Proteftante ; il la veut donc faire
Acurir feule , ce qui ne s'accorde pas
avec les Loix d'Angleterre qu'il veut
maintenir. Si l'on fuivoit ces Loix
dans la rigueur, on n'y fouffriroit pas
les Proteftans , & ils feroient fujets
aux peines portées contre les non
Conformistes . Ainfi ils font obligez
au Roy d'Angleterre qui les fouffre,
& quand malheureufement
l'autorité
du Prince d'Orange prevaudroit par
la force des armes, il ne pourroit tenir
qu'une partie dece qu'il promet par fes
392 III. P. des Affaires
écrits ,car s'il maintient laReligion Anglicane
felon les Loix , les Proteftans
feront fujets à des peines , & s'il fait
triompher la Proteftante qui eft la
feule dont il parle dans fes dernieres
Lettres , il abaillera l'Anglicane , &
les Loix qu'il fuppofe qu'il va maintenir
n'auront plus d'effet. Quand
fon Manifefte feroit écrit avec toute
la fincerité imaginable , il ne fçauroit
faire qu'une partie des chofes
dont il l'a groffi . On doit conclure
de là fans pouvoir faire autrement ,
que la liberté de confcience que le
Roy d'Angleterre laiffe à fes Peuples
eft un effet de fa prudence , & qu'il
eft abfolument impoffible que le calme
regne dans fes trois Royaumes
fans cette liberté , vû le grand nombre
de Sujets qu'il a de differentes
Religions.
FIN.
1
1
UNIVERSITY
OF MICHIGAN
3 9015 06575
6762
TheCoylCollection.
MissJeanL.Coyl
ofDetroit
in memory ofherbrother
Col.WilliamHenry
Coyl
1894.
16557
суре
V
.
;
{
**
་
1-
TROISIE ME PARTIE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
2dePartie de x 1688 .
Chez
A PARIS ,
MICHEL GUERCUT
Court- neuve du Falais ,
auDauphin.
M. D C. LXXXVIII.
Avec Privilege du Roy.
840,6
M558
1688
Dec.
pt.2
+
Coyl
Gottschalk
10.14.55
88594
AVIS .
Voidestotrois o
Oilà toutes les Affaires du Temps renfer
oans
gine , leur progrés & leur fuite. Pluft au Ciel
qu'on y vist auffi leur fin. Les pieces hifto- .
riques qui concernent toutes ces affaires font dans
ces mefmes Volumes , le refte qui regarde moins
Lapolitique que des faits , fur lesquels il n'eft
pas besoin de raisonner , & qui ne demandent
point de replique comme, marches , dénombrement
de Troupes & Combats , fe trouvera dans
le Mercure de ce mois dans les fuivans. La
défense de la verité , la justice du bon party ,
ont fait parler dans ce Volume d'une maniere
qui pourroit paroistre hardie , fi ce qu'on y
rapporte n'eftoit pas conftant. D'ailleurs on fe
Jent animé d'un zele qui ne peut eftre blafmé
quand on parle pour des Teftes couronnées , &
qu'on le fait avec autant de justice , & avec
autant d'autoritez que l'on en trouvera d'aller
quées dans ces trois Volumes. Les ennemis de
la verité, qui ne fçauroient fouffrir de repliques,
voudront peut- efire faire passer pour fatyre , ce
qui ne l'eft peint ; ceux qui attaquent avec injures
font des fatyres , mais des réponses qu'on
fait pour l'intereft de la verité ne peuvent estre
A VIS.
dece nombre , quelques vigoureuſes qu'elles puif
fent eftre. En tout cas on ne croit point qu'cu
cune Fuillance de Hollandefe puiffe plaindre
puis que c'est un Pays où tout eft remply d'écrit
injurieux à tous les Potentats de l'Europe , fan
parler des Tableaux & des Estampes qui ne le
épargnent pas. Ceux qui font des Satyres pren
nent foin de fe cacher, & l'Auteur du Mercur
reut bienfe faire connoifre , fçachant avec certitude
qu'il ne dit que la verité , qu'il ne défend
qu'une jufte cause , & qu'il ne repousse qui
dés calomnies.
On avertit le public qu'il doit prendre garde à
la maniere dont on a refuté la Priere du Miniftre
Menard. On fait qu'elle eft presque toute
composée de paroles de l'Ecriture fainte , & ce
n'eft pas ce que l'on attaque , mais on la ruine
par fonfondement , par le mauvais usage &par
la mechante application. On s'eft feulement attaché
à deux chofes touchant cette Priere ; l'une
à faire voir la contradiction qui fe trouve entre
elle , la déliberation des Etats , & l'autre à
détruire l'application injurieuse de 1ofué , de
Sennacherib , &c. que les Miniftres affectent
dans leurs Ouvrages.
TROISIE ME PARTIE
DES AFFAIRES
DU
TEMPS
OUS avez vû dans
ma Lettre précedente
ce qui a donné
lieu à l'Appel inrerjetté
au futur Concile Univerfel ,
par M' le Procureur General
du Parlement de Paris . Il faut.
vous faire part dans celle- cy
3. Part. A
2
Suite des Affaires
des
remarques
que j'ay faites
pour prouver que ces fortes
d'appellations
font canoniques
& legitimes , & qu'elles
ont efté toujours pratiquées
chez tous les Souverains
. Elles
ont leur fondement
dans
le droit de Nature, & font autorifées
par le droit des Gens ,
en forte qu'il n'y a rien de
plus commun & de plus neceffaire
que l'Appel
, qui eft
un moyen de défenſe ; Ap-.
pellandi ufus quàm fit apud omnes
frequens , quámve neceffarius
nemo eft qui nefciat.
Digeft . 1. de appellat. Auffi les
•
du Temps.
3
Canoniftes conviennent que
tout ce qui fe pourſuit juridiquement
par la voye d'Ap
pel , doit eftre receu & approuvé
par les parties intereffées
. Afin d'éclaircir cette
matiere , qui eft de confequence
pour bien entendre
les affaires du temps , il faut
fuppofer
comme une verité
conftante
dans le droit , que
quoy que toute affaire jugée
foit cenfée pour une verité
à cauſe de l'autorité
du Juge,
il eft cependant
hors de doute
par la pratique fondée fur
de Droit Civil & Canonique
,
A ij
4 Suite des Affaires
qu'il eft permis d'appeller du
Jugement, ou de la Sentence
d'un Juge inferieur à un Juge
fuperieur; ce qui ne ſe doit
pas feulement entendre des
Jugemens ou Sentences, mais
encore de toutes peines judiciaires,
ou extrajudiciaires .
Il faut donc fe fouvenir
qu'il y a de deux fortes d'Appellations
, fçavoir judiciaires
& extrajudiciaires. L'Appel
judiciaire eft fait de la
Sentence , ou des circonftances
qui font de l'effence ,
& qui accompagnent le Jugement.
L'Appel extrajudiciaire,
& dont il s'agit icy,
du
Temps.
eft regulierement interjetté
hors le Jugement , contre un
Juge qui nous a lezez , ou
qui pouroit dans la fuite nous
lezer; ce qui fe pratique comme
un remede & une précaution
, tant pour le paffé
que pour l'avenir. De appel.
in Clement. c. 3 & cap. concertationi
8. in 6. Item , cap. confideramus
10. cap. cum nobis 19.
cap. auditis 29. ext . de electio.
&c. On peut voir cette diftinction
d'appellations traitée
avec plus d'étendue par
le Panormitain fur le chapitre
, bona ft. ext. de appell .
A iij
6
Suite des Affaires
Appeller , c'eft provoquer
fa partie devant, ou pardevant
un Juge fuperieur , pour me
fervir du mot qui eft en uſage
dans la pratiqué . L'Appel
s'interjette au nom du Procureur
General , qui eft la
vraye Partie aux appellations
par un fimple Acte , & on le
releve par un Arreſt.
Qu'on ne nous dife pas
donc que cette maniere de
proceder a esté inventée par
les François . La fubordinanation
qui fert à conferver
les Etats , a fait que de tout
temps , chez toutes les Nadu
Temps.
7
tions , on s'eſt plaint aux Superieurs
des jugemens qu'ont
rendu les inferieurs . De plus,
c'eft avec raiſon que M. le
Procureur General a remarqué
dans fon Acte d'Appel,
les precautions font établies
par le Droit , pratiquées en plufieurs
occafions , & fondées fur
les fentimens mefmes des Canoniftes
Italiens. Auffi le droit
que
Romain nous apprend que
lors que l'on avoit licu de fe
plaindre de l'injustice d'une
Sentence, on en pouvoit interjetter
appel L. Præfecti 17-
ff. de minorib.& L. à fententia,
A j
8 Suite des Affaires
ff. de appellationibus.
Les Souverains Pontifes &
les autres Princes Ecclefiaftiques
ayant fait des entreprifes
extraordinaires fur le droit
des Souverains , lors que l'ignorance
des ficcles paffez
ne permettoit pas de demêler
le Sacerdoce d'avec le
Prince temporel , les Rois
ont efté contraints d'avoir
aux Appellations
recours
au futur Concile , & dans
la fuite aux Appellations
comme d'abus . Elles fe reduifent
prefentement à quatre
points principaux . Le
premier eft la contravention
du Temps. 9
aux Saints Conciles . Le
fecond l'entrepriſe fur les
Droits du Roy en ce qui regarde
les chofes temporelles,
& les libertez de l'Eglife Gallicane
. Le troifiéme, la derogation
aux Concordats & c .
Le quatrième, l'entrepriſe de
la Jurifdiction Ecclefiaftique
fur la feculiere .
Pour prouver ce que nous
avons dit , que les Canoniftes
Italiens admettent les appellations
, il faut bien remarquer
, que M's les Docteurs
Ultramontains conviennent
avec nous du fond , & difent
qu'il eſt permis d'appeller
10 Suite des Affaires
pourvû principalement , que
l'Appel aille de l'inferieur au
Superieur.
Comment le pourroientils
nier , puifque les Ecclefiaftiques
peuvent en bien
des rencontres entreprendre
fur le droit des Souverains ?
On eft obligé de les arrefter,
ce qui les neceffite non feu ..
lement de recevoir les Appellations
, mais encore les
fimples citations . Cela eft fi
vray , qu'il fe trouve dans la
definition mefme de l ' Appel ,
qui eſt une provocation faite
d'un Tribunal inferieur à un
du
Temps.
II
·Superieur , pour y faire reformer
une Sentence injufte.
J'avoue que la Cour Romaine
n'a pas toûjours efté
femblable à elle- mefme dans
ce fentiment . Elle s'eft accommodée
aux temps & aux
circonstances
>
embraffant
toujours avec chaleur toutes
les occafions qu'elle a cru favorables
à fes entrepriſes .
Mais fans m'engager dans un
detail & dans des diftinctions
qui ne font pas de mon ſujet ,
je me contenteray de remarquer
, avec les fçavans Jurifconfultes
, que l'Appel eft
12 Suite des Affaires
tres- legitime, & qu'il ne peut
eftre denié , lors que la Cour
Romaine excede dans fes pretentions
, ou que les Refcrits
du S. Pere font oppoſez à la
puiffance du Prince fur fon
temporel , ou qu'ils tendent
à porter prejudice à fes Edits,
Ordonnances , ou aux libertez
Ecclefiaftiques de fon
Royaume . On peut voir ce
qu'en a écrit celuy qui a fait
des Commentaires , fur la
Pragmatique Sanction , ſur le
§ . ne tamen verbo voluit.
Il eft vray qu'il n'eft pas
permis d'imiter le procedé
du Temps .
13
injufte des Donatiftes qui appellerent
du Synode tenu à
Rome par le Pape Melchiade
en 313. les Heretiques ne voulant
pas fe foûmettre aux decifions
du Synode qui les venoit
de condamner,voulurent
traduire la cauſe au tribunal
de l'Empereur Conſtantin ,
qui rejetta leur Appel , avec
des paroles de mépris &
d'horreur pour leur temerité.
Nous lifons encore dans
l'Hiftoire Ecclefiaftique qu'-
un Evefque nommé Chrononius
, ayant effé condam .
14 Suite des Affaires
né fes Confreres , appella
par
à l'Empereur Valentinien ,
qui le condamna à une amende
envers les pauvres , pour
le punir de ce qu'il avoit mal
appellé. C'eft ce qui fe voit
dans le Code Theodofien au
livre 20.
On pourroit encore apporter
le 9. Canon du . 3. Concile
de Cartage celebré en l'année
de J. C. 397. ſi ce n'étoit
une chofe inutile dans
l'affaire prefente , où il s'agit
feulement de montrer que
l'Appel au futur Concile eft
tres - legitime & Canonique,
du Temps. 15
n'eftant autre chofe qu'une
provocation , Afede ad Sanctam
fedem , & ad futurum generale
Concilium, proximè celebrandum
, ainfi que difent les
Canoniftes , qui remarquent
fort bien que ce n'eſt point
faire tore à la juriſdiction &
à l'autorité de l'Eglife, dont
on conferve le droit. Ce ne
font pas feulement nos Archives
de France qui font
foy de l'Ufage de ces Appellations
; elles ont auffi efté
pratiquées en Angleterre , en
Efpagne & dans les autres
Eftats Catholiques. L'Hi-
C
16 Suite des Affaires
ftoire nous en fournit de
gtands exemples & de belles
autoritez , qu'il feroit trop
long de citer .
La verité eft cependant
que les Princes , ou les Cours
Superieures n'ont jamais employé
le remede de l'Appel
au futur Concile que dans
l'extremité, c'eſt à dire, dans
les chofes qui estoient du
bien general de toute l'Egli
fe , ou qui regardoient l'Etat
dcs Princes , comme nous l'avons
déja dit.
Philippe le Bel , Roy de
France , qui vivoit au comdu
Temps.
17
mencement du 14. Siecle, ne
pouvant plus fouffrir les entrepriſes
que le Pape Boniface
VIII. faifoit injuſtement
fur le temporel de fon Royaume
, fut contraint d'en appeller
au futur Concile . On
voit tous les Actes de cette
procedure qui font aſſez curieux
pour trouver place dans
une Hiftoire particuliere .
M Dauvet interjetta auff
un Appel , comme Procureur
General du Roy , fur un
refus du Pape pie II . La forme
de cet Acte eft trop importante
à noftre fujet pour
3. Part. B
Is Suite des Affaires
n'en pas donner icy un extrait.
Ob reverentiam militantis
Ecclefia , reprefentandam
in Concilio generali congregando
: & quoniam appellatio , feu
procuratio per vos facta , ftatum
ejufdem Univerfalis Ecclefia ,
facrorum Conciliorum authoritatem
, ac tantum Principem, tantamque
Chriftianitatis portionem
, ficut
Chriftianiffimum
Francorum Regem & fuum nobiliffimum
Regnum de directo
tangit & concernit , idcirco ,
quantum de jure poffumus , &
valemus, appellationi veftra deferimus
reverenter › & hoc pro
du
Temps .
19
Apoftolis vobis refpondemus .
C'est ce qui fe lit dans Mathieu
en fon Hiftoire de
Louis XI . & c'eſt un paſſage
fort important pour montrer
à nos Adverfaires en quels
cas on met en pratique dans
ce Royaume les Appellations
au futur Concile . Nous declarons
donc que par
donnons de plus fortes marques
de noftre profond refpect
pour l'Eglife militante ,
reprefentée dans un Concile
general legitime , dont nous
reconnoiffons la fouverains
là nous
autorité. Que c'eft qv.Ili pour
Bij
zo Suite des Affaires
maintenir cette mefme autorité
des faints Conciles , & -
afin de ne pas mettre en compromis
la dignité d'un auffi
grand Prince que le Roy
Tres - Chreftien ; enfin c'eſt
pour conferver une des plus
belles portions de l'Eglife
Univerfelle , qui a toujours
regardé le Royaume de France
comme l'une de ſes plus
nobles parties.
Peut - on avoir des motifs
plus juftes d'appeller , & à
moins que d'eftre entierement
dévoué aux fentimens
inſouſtenables des Docteurs
du
Temps.
21
ultra- montains , ne doit- on
pas tomber d'accord que les
appellations au futur Concile
ne paroiftront nouvelles
& illegitimes qu'à ceux qui
feront attention feulement
aux entrepriſes de la Cour
Romaine , qui a tâché d'infpirer
par tout ce qu'il y a
de moyens , que les Papes
font les Juges fouverains dont
il n'eſt pas permis d'appeller?
L'ignorance des ficcles paffez
, jointe à la divifion de
l'Eglife, agitée par des Schifmes
horribles & des Herefies ,
fut caufe que cette opinion
22 Suite des Affaires
pes
fe gliffa infenfiblement dans
l'efprit de plufieurs. Les Pafe
fervirent de ces conjonctures
favorables à leurs
deffeins, pour étendre leur
domaine temporel . Ils firent
plus de conqueftes avec le ſecours
des armes fpirituelles ,
que leurs Chefs n'auroient
ofé efperer avec les Troupes
de plufieurs Royaumes qu'ils
avoient pour Alliez . On eut
peur des foudres du Vatican,
& fans démefler fi les Cenfures
Ecclefiaftiques avoient
leur effet , & portoient coup
lors qu'elles partoient d'un
i
1
du Temps. 23
principe injufte, ce fut affez
d'excommunier
& de mettre
des Royaumes en interdit ,
pour infpirer une terreur generale
, & donner la liberté à
des ufurpations injuftes .
Quels defordres n'a t- on
point vûs dans tous les Etats,
& dans la fuite des Siecles .
pour n'avoir pas
d'abord
remedié
à des entrepriſes
fi peu
legitimes ? Les Papes feuls en
ont profité ; le Patrimoine de
S. Pierre qu'ils tiennent de la
liberalité de nos Roys Tres-
Chreftiens
s'eft augmenté
de
telle forte , que nous le pou24
Suite des Affaires
vons regarder comme l'une
des plus puiffantes parties de
l'Italie .
Les Souverains Pontifes fe
voyant donc en eftat de donner
des loix dans le temporel
auffi- bien que dans le fpirirituel
, ont fait des alliances,
déclaré la Guerre , fortifié
leurs Etats , conduit des Armées
, levé des Troupes &
des Contributions ; en un
mot , ils font entrez dans
les mefmes engagemens
que
les autres Souverains du mon-
"
de , & lors que leur mauvaiſe
fortune , où la foibleffe humaine
du
Temps.
2$
maine les a contraints de ceder
à la fuperiorité des Empereurs
ou des autres Princes
contre qui ils combattoient ,
ils ont eu recours aux excommunications
& aux interdits.
Ils n'avoient garde alors
de fouffrir qu'on dift chez
eux qu'il y avoit un Juge au
deffus de leur tefte , qu'ils
eſtoient foûmis au jugement
d'un Concile , & que les Papes
ne pouvoient difpofer du
temporel des Souverains . C'étoit
estre Heretique & digne
de mort que d'en douter
3. Part.
C
26 III. P. des Affaires
})
mefme , d'où vient que la
complaifance , qui a eſté de
tous les fiecles , leur produifit
des Ecrivains gagnez & des
plumes venales qui flatterent
la cupidité humaine , & qui
foûtinrent avec confiance ,
qu'on ne pouvoit appeller duFugement
du Pape à un Concile
que les Souverains efloient foumis
au faint Siege , mesme pour
le temporel , & tant d'autres
maximes qui font entierement
oppofées à l'efprit de
Jefus Chrift , & au repos des
Royaumes ; & comme le
droit Canonique doit ſa meil-
;
du Temps. 27
leure partie aux déciſions, aux
Decretales , aux Lettres , aux
Bulles , & aux Refcrits des
Souverains Pontifes , il n'y
a pas lieu de s'étonner de
quelle maniere on y traite
les appellations au futur Con
cile.
Mais fans m'engager dans
tous les exemples que je pourrois
tirer de l'Hiftoire , c'eft
affez de remarquer en paflane
que fi les Papes avoient cru
devoir rendre compte de leur
conduite devant un Tribunal
Superieur , qui eft le Concile
General , ils fe feroient bien
Cij
28 III. P. des Affaires
donné de garde dans les fiecles
paffez , de fouffrir des
ufurpations & invaſions de
tant de petits Etats qu'ils ont
ajoutez à leur Domaine , temoin
ce que fit le Duc de
Valentinois fous Alexandre
VI. pour ne point parler de
tant d'autres.
Bien loin de reconnoiftre
une Doctrine fi
canonique ,
& de fe foumettre au jugement
des Conciles Generaux ,
ils
conferverent precicufement
& avec une extrême jaloufie
les fentimens qui étoient
fi utiles à leur politidu
Temps.
29
que ; mais comme c'eft une
politique, humaine , & que
nous devons , fans nous feparer
de l'unité de l'Eglife , diftinguer
l'homme d'avec le
Vicaire de Jefus Chrift , on
s'eft relevé de l'ignorance
groffiere , où l'on eftoit plongé
autrefois , & l'on a déve
lopé les tenebres épaiffes qui
environnoient l'efprit de plu-
Leurs.
De là vinrent ces Appellations
» à fede adfanctamfedem 5
à Papa ad Papam melius confultum
; à Papa non benè informato
» ad Papam melius infor
Ciij
30 III. P. des Affaires
mandum , à Papa dormientes ad
Papam vigilantem ; & enfin à
Papa ad futurum generale Concilium
; quoy que l'on n'euft
dans toutes ces Appellations,
d'autre deffein que de maintenir
la fubordination , & les
degrez de Jurifdi&ion qui
doivent eftre dans l'ordre
hierarchique de l'Eglife .
Auffi l'Univerfité de Paris,
comme le remarqua tres - bien
Mile Procureur General , en
parlant à cet Illuftre Corps
le 8. d'Octobre dernier , nous
a enſeigné dés l'an 1491. ce
que nous devons croire fur
du Temps . 30 ;
les Appellations. Le Pape Innocent
VIII . avoit expedié
des Bulles avec pouvoir à
certains Commiffaires de lever
de groffes fommes fur les
Ecclefiaftiques du Royaume.
L'Univerfité de Paris ne pouvant
fouffrir cette entrepriſe
appella des Bulles , Afanétiffimo
Domino noftro Papa Innocentio
VIII. minime debitè confulto
ad ipfum melius confulendum
, & ad fedem Apoftolicam
melius confulendam , nec non ad
facrofanctam Synodum univerfalem
celebrandam, ad illumque,
vel ad illos , ad quem feu ad
C iiij
3 2 III. P. des Affaires
quos de jure licet , in hocfcripto
provocamus & appellamus , proteftantes
infuper de nullitate ,
Ce n'eft donc pas feulement
un Royaume tout entier
qui a droit d'appeller au
futur Concile , mais encore
un Corps feparé comme l'Univerfité
, & mefme un Chapitre
feul . Cela paroift par
Acte d'Appel interjetté par
le S ' Nicolas du Bois , Procureur
fpecial du Chapitre de
F'Eglife de Paris , qui appella
en 1501. d'une indiction de
Decime extraordinaire faite
du Temps.
33
par le Pape Alexandre VI . &
forma fon appel , A Papa ad
Papam melius confultum , vel ad
Synodum univerfalem primum
celebrandam.
Les Appellations ne peuvent
eftre receues que par les
Notaires Apoftoliques qui
font reprefentez au Parlement
, & l'on enregistre cet
Acte au Greffe du Parlement,
afin de pouvoir juftifter , lors
qu'il eft neceffaire , & rendre
Faifon de l'Appel & des motifs
que l'on a eus pour l'interjetter
, & ces caufes où motifs
font expofez en détail par le
34 III. P. des Affaires
Procureur General , ou par
celuy qui a charge & pouvoir
d'appeller.
Et afin de pourvoir à ce.
que pendant l'Appel , les entreprifes
foient arreftées , &
le Roy & fon Eglife maintenus
dans leurs droits & immunitez
, l'on a introduit les
Proteftations de nullité , &
les commiffions , in forma infractionis
Canonum , aut Pragmatica
, c. dont il n'eft pas
neceffaire de donner plus de
connoiffance , dans la fituation
où font à prefent les affaires.
du Temps.
35.
De tout ce que nous avons
vû juſques à prefent , il eſt évident
de conclure combien
les Appellations au futur
Concile font canoniques &
legitimes , en forte que pour
me fervir des propres paroles
de Saint Bernard au Pape Innocent
, le Saint Siege ne
doit pas avoir de peine de
voir reformer ce qu'il pourroit
avoir fait ou ordonné
par furpriſe , puis que fon
principal caractere c'cft de
s'attacher inviolablement à
la verité . Apoftolica fedes hoc
folet habere præcipuum , ut non.
36 III. P. des Affaires
pigeat revocare quod à ſe fortè
deprehenderit fraude elicitum ,
non veritate promeritum. Bernard
. Ep. 180.
,
Ce feroit donc en vain
qu'on oppoferoit icy la Bulle
In Cana Domini de non appellando
de Gregoire XIII . la
Conftitution de Martin V.
de l'an 1417. qui fut depuis
confirmée par Pie II. dans fa
Conſtitution execrabilis , puis
qu'on répond que la Politique
de la Cour Romaine eft
l'unique fource de ces ruiffeauxqui
ne viennent pas juſ
ques à nous , & qui ne peuvent
du Temps .
37
nous nuire . On fouftient
donc , & on ne peut le nier
que les Appellations dont il
s'agit ont efté approuvées
par le Cardinal d'Oftie , il y
a plus de 400. ans , & depuis
par les autres Canoniftes Itafiens
, qu'elles font legitimes
& canoniques , lors qu'elles
vont du Juge inferieur au
Juge fuperieur , & que le
Concile General eftant Superieur
au Saint Pere , c'eſt
avec raifon & dans les regles
de l'Eglife qu'on a iuterjetté
Appel au futur Concile,
Le Pape Zozime eſtoit là38
III. P. des Affaires
*
1
deffus contraire au fentiment
du Cardinal Bellarmin , trop
partial & trop dévoüé à la
Cour de Rome ; & dans la
Lettre que ce Pape écrit aux
Evefques de France, il s'avouë
inferieur aux Conciles , Con+
tra ftatuta Patrum condere aliquid
vel mutare nec hujus quidem
fedis valet authoritas.
C'eftoit le fentiment de Saint
Auguſtin & de Saint Gregoire.
Les François tiennent
avec les Conciles de Confſtance
, & de Bafle pour he
retiques ceux qui par une
du
Temps.
39
honteuse flaterie ont inventé
que la tefte eftoit plus
que tout le corps dont elle ne
fait que partie. Le Concile
affemblé eft le veritable corps
entier , le Pape n'en eft que
le Chef qui adminiftre . Peuton
s'imaginer que le Chef
feul foit plus que le Corps
entier,qui comprend le Chef
& tous les Membres ? Le Pape
qui eft luy- mefine une
ouaille de fon propre Troupeau,
ne peut eftte ny fans
I'Eglife , ny hots de l'Églife ,
mais à chaque changement
de Pape, l'Eglife fubfiſte ſans
1
40 III. P. des Affaires
Pontife . L'Eglife legitimement
affemblée est donc plus
incontestablement que n'eſt
le Pape. Le Pape n'est point
en droit de changer la moindre
chofe aux Conciles , fui-.
vant le ſentiment dc Zozime
Les
que je viens de rapporter, auquel
on peut ajoûter celuy
de Saint Gregoire , qui dit ,
Qu'on ne peut délier ce que
Conciles lient , ny lier ce qu'ils
délient. Ainfi les Papes ne
peuvent donner aucunes difpenfes
contre les décifions
des Conciles. Le Pape n'eft
point au deffus fous le nom
du Temps .
41
de Chefuniverfel de l'Eglife,
il n'en eft que le membre
principal ; il peut faillir &
eftre repris. Jeſus Chriſt n'a
point dit à S. Pierre je feray.
avec toy, mais, quand vousferez
deux ou trois affemblez en mon
nom, je feray au milieu de vous
& quand il voulut donner
fon efprit Saint,qui eft l'esprit
d'infaillibilité qui demeurera.
à l'Eglife jufques à la confommation
des Siecles , il ne
dit pas à faint Pierre . Rogabo
patrem & alium paracletum
dabit tibi ut maneat tecum in
aternum , fpiritum veritatis ;
3. Part
..
D
42 III . P. des Affaires
&
mais rogabo , dabit vobis
ut maneat vobifcum. Il ne dit
pas non plus à faint Pierre
en donnant le faint Efprit
accipe Spiritum Sanctum mais
à tous les Apoftres affemblez
accipite Spiritum Sanctum.
Ainfi l'efprit de verité
d'infaillibilité a eſté donné à
l'Eglife & non pas à ſaint
Pierre feul parce que quand
le Sauveur a dit qu'il feroit
au milieu de deux ou trois
affemblez en fon nom , cette
expreffion du pluriel eſt une
exclufion formelle du fingulier
. Auffi omnis Pontifex ex
du Temps.
43
hominibus affumptus , circundatus
eft infirmitate , poteftque &
fallere falli. Gregoire VII.
qui abufa le premier des
foudres de l'Eglife , & qui
avoit ému de grands troubles
& de fanglantes guerres , a
voüa fa faute avant que de
mourir, & aprés en avoit fait
une confeffion publique , it
depeſcha un Cardinal à l'Empereur
Henry IV. & à l'Eglife
Germanique qui eftoit
alors affemblée , à laquelle ce
Cardinal demanda publiquement
pardon de la part de
ce Souverain Pontife , & leva
Dij
44 III. P. des Affaires
toutes les excommunications
qu'il avoit prononcées.
Saint Gregoire qui avoit
la veritable humilité d'un
Saint , bien loin de se croire
infaillible , écrivoit à l'Empereur
Maurice en ces termes,
Ego indignus pietatis veftra famulus,
quis fum , nifipulvis &
vermis ?
Les fentimens de tant de
Papes veritablement Saints
c'eſt à dire , qui ont merité
ce titre non feulement
par leur dignité , mais encore
parce qu'ils ont eſté canonifez
, nous font connoiftre
du Temps. 45
d'une maniere à ne pas laiffer
le moindre fcrupule dans
l'efprit , qu'il eft permis d'apeller
des cenfures des Papes ,
à des Conciles legitimement
affemblez . M' le Procureur
General n'a pas ſeulement
fait voir fon éloquence en
parlant du pouvoir des Papes
à l'occafion des affaires d'aujourd'huy,
il l'a encore fait éclater
en d'autres rencontres,
dans lesquelles on l'admira
il y a quelques années . Je
croy que vous ne ferez pas
fachée que je vous raporte
icy quelques endroits des
46 III. P. des Affaires
difcours qui luy attirerent
cette jufte admiration.
3
Dieu , dit- il dans l'un de
ces Diſcours ; a planté des bornes
entre le Sacerdoce & l'Empire
( en parlant de l'Empire.
il entend la puiffance des
Souverains) fa Providence qui
a étably la puiffance des uns
des autres ,leur a donné des objets
differens pour en exercer les fon-
Etions. Elle a voulu que les premiers
Chrestiens receuffent la
nourriture & la vie ſpirituelle
de la main des Pontifes , c'est à
dire , l'inftruction des chofes neceffaires
pour leurfalut ; que les
du
Temps .
47
Preftres attiraffent fur eux par
leurs prieres, les benedictions du
Ciel, & qu'ilsfantifiaffent leurs
Sujets par leurs exemples , auffibien
que par leur doctrine . D'antre
part , ce fouverain difpenfateur
de toutes chofes a voulu que
les Pontifes receuffent de la
liberalité des Rois les fecours
dont ils avoient befoin pour la
vie temporelle , & que jouiffant
fous leur protection du repos neceffaire
pour leurs facrifices , ils
s'appliquaffent uniquement aux
affaires fpirituelles fans aucune .
diftraction pour celles de la terre.
Vous connoiffez bien , Mef48
III. P. des Affaires
fieurs, les paroles & les pensées
que j'emprunte du Pape Gelafe.
de plufieurs autres de fes Suc
ceffeurs qui n'avoient que le zele
de la Maifon de Dieu , & dont
nous regardons auffi lesfentimens
comme des oracles. Nos Rois
ont executé fidellement ce partage
de leur cofté. Ils ont enrichy.
l'Eglife , & particulierement.
celle de Rome, de leurs liberalitezi
ils ont donné aux Pontifes
la protection dont ils avoient
befoin ils ont confervé en
meſme temps avec une extrême.
jaloufie la pureté & la nobleffe
de leur Couronne . Et s'ils ont
regarde
du Temps. 49
regardé la foumiffion qu'ils avoient
pour Dieu comme lafource
de la puiffance qu'ils avoient
fur les hommes , ils ont borné
aux chofes fpirituelles les déferences
qu'ils rendoient à fes Miniftres
, & n'ont jamais fouffert
qu'ils donnaffent aucune atteinte
à la liberté de ce Royaume.
Ce fut dans cet efprit que
Charlemagne , qui a fondé l'U
niverfité de Paris , ordonna à
fon Fils d'aller prendre luy -mêfur
l'Autel la Couronne de cet
Empire , afin d'apprendre à ce
Prince qu'il ne la tenoit
que de
Dieufeul. Et nonfeulement nos
3. Part. E
so III . P. des Affaires
Rois plus nobles & plus puiffans,
mais tous les autres Princes n'ont
pas efté troublez dans cette indépendance
avant l'onziême fiecle
de l'Eglife , mais l'ambition
l'intereft ont fait naiſtre les
nouvelles opinions.Gregoire VII.
s'est voulu affujettir les Empeleurs
d'Allemagne, & quelquesuns
ds fes Succeffeurs ont fuivy
fon exemple & fes maximes ,
afin de fe maintenir dans le
Pontificat qu'on leur difputoit
dons la fuite de leurs démeflez,
pour ruiner leurs Ennemis
par les mefmes voyes dont ilsfe
fervoient pour les attaquer.
La
du Temps.
ST
ن ب
violence de cespaffions leur afait
oublier que Jefus - Chrift n'ayant
retenu que le Ciel pourſon partage
, avoit laißé aux Princes
la terre qu'ils poffedoient avant
fon avenement en ce monde ,
ne fe fouvenant plus
qu'il les avoit établis pour eftré
les Pasteurs & les Peres communs
de fon Troupeau , ils ont
armé les Enfans contre les Peres
que Dieu les obligeoit d'honorer,
& au lieu d'inspirer aux Sujets
l'obeiſſance qu'il leur commandoit
d'avoir pour leurs Princes,
ils ont favorisé, & quelquefois
excité leurs révoltes .
E ij
52 III . P. des Affaires
!
Mile Procureur General dit
dans un autre endroit en parlant
du Parlement, & du Cardinal
Bellarmin: Ces Magiflrats
n'eftoient pas moins zelez pour
lafoy, n'avoient pas moins de
respect & d'attachement pour le
faint Siege que ce Cardinal, mais
ils croyoient comme nous le
croyons encore, fervir Dieu en
fervant fidellement le Prince
qu'il leur avoit donné , & en
defirant que les François demeuraffent
toujours des Enfans
obeiffans refpectueux dufaint
Siege pour les matieres fpirituelles,
ils ne vouloient pas qu'ils
>
du Temps.
53.
devinffent des efclaves de la
Cour de Rome pour le Temporel.
Ils avoient cet avantage fur ce
Cardinal ,
que
leurs fentimens
qu'ils nous ont laiffez font fondezfur
des textes formels, clairs
précis de l'Evangile , fur la
reconnoiffance des plus faints
Papes , non feulement par leur
doctrine , maispour la foxmiſſion
qu'ils ont rendue aux Princes
fur lesfentimens les plus éclairez
de ceux que l'Eglife a honorez
du titre de fes Peres , & enfin
fur l'autorité que l'antiquité
doit toujours avoir fur la nouveauté
dans les matieres de la
E iij
54 III . P. des Affaires
Religion & de la doctrine . C'a
efté dans les mefmes temps, &
fur des principes auffi folides que
l'on a voulu élever l'autorité du
Cheffur la ruine de celle de tout
le Corps, & reduire dans l'Eglife
de Rome , & enfin dans lafeule
perfonne du Pape , le pouvoir
que 7. C. n'a donné qu'à fon
Eglife entiere ; & quoy que la
chute de quelques - uns de ces
Pontifes , l'aveu que les plus
éclairez ont fait de leur foibleffe
de leur foumiffion aux Conciles
, & à leurs faintes regles ,
deuffent avoir étouffé ces nouveautez
; neanmoins la Cour de
Rome a fouvent préféré ces chi-
م
du Temps.
55
meres de puiffance fans fondement,
à la grandeur folide &
inconteftable dufaint Siege. Les
appellations que vous avez interjettées
des Papes aux Conciles
, comme au fouverain & infaillible
Tribunal de l'Eglife qu'◄
ils reprefentent , vos avis , vos
cenfures, les ouvrages de Gerfon,
le Livre fait par vostre ordre
pour répondre à celuy du Cardinal
Cajetan que le Roy
Louis XII. vous avoit envoyé,
& tous les grands hommes qui
ont fait l'ornement de ce Corpsy
nous ont toujours appris les fentimens
que
l'on doit avoir fur
E
iiij
56 1II . P. des Affaires
cette matiere décidée par les Conciles
de Constance & de Bafle,
dont le premier a mefme efté approuvé
par le Pape Martin V.
Cet Illuftre Magiftrat dit
dans un autre difcours , Saint
Pierre qui connoiffoit par fon
experience la foibleffe à laquelle
font fujets tousles Pontifes choiis
entre les hommes n'a pas trouvé
mauvais que S. Paul luy
reſiſtaſt en face . Il a aſſemblé
les autres Apoftres lors qu'il
a efté neceffaire de donner
des regles à l'Eglife naiffante.
Les plus éclairez de fes Suc-.
affeurs n'ont pas cru estre les
&
du
Temps.
57
Leuls pour estre les premiers
des Miniftres de Dieu & lors
qu'il a permis que des herefies
troublaffent la paix de fon Eglife
, les Papes les plus faints
& à qui le zele ardent pour le
fervice de Dieu n'a pas fait negliger
la dignité de leur Siege ,
ont affez marqué l'opinion qu'ils
avoient de l'autorité des Conciles
par lesfoins qu'ils ont pris
1. d'en procurer l'affemblée auprés
des Empereurs , où de les affem
bler eux mefmes aprés la Divifon
de l'Empire. Les erreurs de
quelques - uns n'ont que trop confirmé
la neceffité de cette acono58
III . P. des Affaires
mie dans la Maifon de Dieu ,
& il vaut mieux en appuyer la
ertitudefur lafoumiffion que plu
fieurs autres ont temoignée pour
ces Saintes Affemblées & fur
l'attachement qu'ils ont eu à
faire obferver leurs décifions
mefme par leur exemple . C'eft
fur ces fondemens infaillibles
que les Conciles de Conftance &
de Bafle prononcerent les Decrets
qui devroient avoir entierement
delivré l'Eglife de ces opinions
néesfous Gregoire VII. & cétoit
fur les mefmes principes que
l'on avoit introduit le remede
falutaire des appellations des Pa- ~
du
Temps. $9
pes au Souverain Tribunal de
l'Eglife .
Il dit encore dans un autre
difcours en parlant de Jules &
Innocent I. de S. Leon , de S.
Gregoire , & de plufieurs autres.
Etfi la fincerité de ces bons
Papes eftfufpecte aux flateurs de
la Cour de Rome , qu'ils écou
tent encore la condamnation de
leurs nouveautez qu'Innocent
III. à prononcée bien des ficcles
aprés par la reconnoiffance qu'a
fait cefçavant Pape que le Concile
general lepouvoit depofer.Ile
trouveront un defaveu bien fincere
de leur infaillibilité dans le
60 III. P. des Affaires
Teftament de Gregoire XI.
Le Diurnal meme , &les anciens
Breviaires de Rome ne leur
donneront que
trop de preuves
des erreurs
de quelques
- uns
de
ces Pontifes
, dans
lesquels
ils
veulent
renfermer
toutes
les lumieres
toute
la puiffance
de
l'Eglife
, & je leurpourrois
fournir
encore
la confultation
célebre
que fit le Roy
Philippes
de Valois
à des Prelats
& à des
Docteurs
de ce Royaume
fur les
erreurs
du Pape
Jean
XXII
.
Auffi
la France
a toujours
regardé
le Concile
general
comme
le feul
Souverain
& infaillible
du Temps.
61
Tribunal de l'Eglife qu'il repreles
appellations que
fente ,
l'on y a intejettées des entreprifes
de quelques Papes ; les fentimens
de cette celebre Ecole ; lei
ouvrages de ceux qui en ontfait
les principaux ornemens , & les
Arrefts du Parlement ont toujours
confervé ces maximes executées
par le Concile de Pife
avant les decifions de ceux de
Conftance & de Baſle pour leſquels
ce Royaume a toujours eu
tant d'attachement .
Je paffe des affaires de Rome
à celles d'Angleterre & de
Hollande . Elles ont une fort
62 III. P. des Affaires
grande liaiſon enſemble , &
particulierement celles de
Hollande quoy que vray femblablement
elles ne deffeunt
point en avoir avec celles
d'Italie , mais on voit aujourd'huy
ce qui n'eft peut eftre .
point arrivé depuis plufieurs
fiecles , puifque tous les Princes
de l'Europe fe trouvent
les armes à la main fans qu'ils
euffent deffein de les y mettre;
qu'un mefme fujet les leur a
fait prendre , quoy qu'ils
combatent pour differens in
terefts
; que
fe defendre , qui croyoit ne
tel les
tient pour
du Temps.
63
devoir eftre que fpectateur, &
fe trouve aujourd'huy le plus
intereffe dans l'affaire , qui
fait à preſentle plus de bruit;;
queceux qui croyoient tromper
les autres ont efté trompez
eux- mefmes , pour s'eftre
fiez à des gens de mauvaiſe
foy dans une méchante cauſe ;
que les Puiffances dont toute
l'application ne devroit cftre
qu'à maintenir la Paix à
quoy Elles font obligées par
leur caractere , ont confenty
à la guerre ; que plufieurs de
ceux qui avoient fait la partie
à leur avantage l'ont perdue ,
1
64 III. P. des Affaires
& qu'un Prince fans Souveraineté
a efté ſeul le premier
mobile qui a fait répandre
tant de fang , & qui en fera
encore verfer, & qu'il a trompé
non feulement ceux dont
il vouloit fe faire des Ennemis
, mais auffi ceux avec lef
quels il faifoit des ligues › &
qu'il regardoit comme fes
Amis . Quoy que vous connoiffiez
par là une partie
de fon caractere il faut
vous l'apprendre tout entier .
Quand les caracteres des perfonnages
que repreſentent les
Acteurs d'une Tragedie font
>
t
du Temps .
une fois connus, on fe figure
mieux de quoy ils peuvent
avoir efté capables , & l'on
devine plus facilement ce que
l'on en doit attendre. Il ne
feroit pas neceffaire de vous
nommer le Prince d'Orange
pour vous faire voir qu'il eft
le grand Acteur qui fait aujourd'huy
le plus de bruit für
le Theatre du Monde , & qui
enfanglante la Scene ; mais
quoy qu'il foit celuy dont
on parle davantage , vous
ne le connoiftriez pas , fi e
difois qu'il eft auffi celuy
dont on parle le mieux . Je
3. Part. F
66 III. P. des Affaires
vous ay fait une peinture dans
ma premiere Lettre fur les
Affaires duTemps , des actions.
de ce Prince depuis l'age de
feize ans , fans vous citer que
des faits , & comme on connoift
l'homme à fes actions ,
celles du Prince d'Orange
femblent l'avoir affez fait
connoiftre. Cependant elles
ne fuffifoient pas pour le
faire croire capable d'une
entreprife pareille à celle qu'il
vient de faire contre fon
Beau- pere , qui non ſeulement
ne luy a jamais donné
aucun fujet de fe plaindre ,
du Temps: ·67
mais qui eft mefme d'un
merite diſtingué parmy les
Rois . C'eft une verité dont
les Ennemis de fa Religion ,
ne font point encore difconvenus
. Les plus grands Heros
n'ont jamais fait voir une fer
meté plus intrepide . Jamais
Regne n'a efté plus doux , ny
Prince moins fanguinaire ;
jamais on n'a moins verſé de
fang en Angleterre que depuis
qu'il eft fur le Trône ,
quoy qu'on foit accoutumé
d'y en voir repandre . On peut
mefme dire qu'on n'y a veu
couler depuis le commence-
Fij
68 III . P. des Affaires
ment de fon regne que celuy
des Rebelles , pris les Armes
à la main. Il n'a point fait
comme les Tirans qui fuppofoient
des crimes à ceux
qui cftoient d'une autre Religion
, ou qui condamnoient
leur tirannie , pour avoir des .
pretextes de les faire perir ;
il n'a marqué que de l'amour
& de la confiance pour fes.
fujets de toutes fortes d'états ,
eftant toûjours parmy fes
Peuples prefque fans aucune
garde. Enfin ce Prince n'a
paru Roy que par
Les actions,
& jamais par la pompe qui
du
Temps. 69
fait connoiftre les Rois ,
les delices de la table , & par
les plaifirs qui environnent
les Souverains . Ce n'eſt pas
par
que toutes ces chofes ne
foient permifes & mefme
neceffaires pour faire voir aux
Etrangers la grandeur d'un
Eftat , & pour en ſouftenir la
dignité ; mais ce Monarque
avoit à travailler à l'union de
fes Peuples , & à maintenir la
Religion . Il y donnoit tout
fon temps , & ne regardant
la
Royauté que du cofté des
peines , & non de celuy des
plaifirs
, & des avantages
70 III . P. des Affaires
qu'elle donne , il vouloit faire
les delices de fon Peuple &
meriter l'eftime de l'Univers .
Voilà quel eft le Monarque
que le Prince d'Orange traite
aujourd'huy d'une maniere fi
tiránique, & fi cruelle, malgré
l'alliance , & le fang , ce Monarque
eſtant ſon Beau- Pere ,
& fon Oncle. Ce font deux
chofes qui demandent de la
dépendance & du reſpect , &
aprés la qualité de Pere , il
n'y en a point qui en exige
davantage . Tout ce que pourroient
faire fes Amis , ce feroit
de chercher des couleurs
du
Temps.
71
pour diminuer fon crime , en
cas que le Roy d'Angleterre
l'euſt cruellement outragé ,
& qu'il euſt meſme refolu fa
perte ; encore ne devroit - il
que fe défendre contre luy
fans l'attaquer , tant c'eſt une
choſe odieuſe de ſe declarer
les armes à la main contre
fon fang. Mais ce Prince ,
pour fatisfaire l'ambition qui
le devore , l'attaque , le pourfuit
, le perfecute dans fon
Beau pere , dans un Roy eftimé
de tout le monde , dans
un Monarque qui ne luy a
jamais fait aucun outrage, &
72 III . P. des Affaires
à qui il doit refpect par toutes
fortes de confiderations ,
& par l'âge qu'il a plus que
luy , fans compter la qualité
de Beau - pere , & le caractere
de Souverain. Outre que je
vous feray voir en cent endroits
de cette Lettre , que
tout ce que le Prince d'Orange
allegue pour couvrir
fon ambition , eft abſolument
faux , & fe contredit par tout,
nous n'avons qu'à examiner
ce Prince tout entier pour en
eftre convaincus . Quoy qu'il
foit né Sujet , toutes les actions
ont fait connoiftre qu'à
peine
du Temps.
73
peine eft-il parvenu à l'âge
de raiſon , qu'il s'eſt reſolu
de mettre tout en ufage pour
regner , ou pour commander
du moins avec une autorité
abſoluë. On luy a vû faire
pour y parvenir tout ce que
la politique qui n'a aucun
égard pour les chofes les plus
dignes de refpect , peut faire
entreprendre . On connoist
par les projets de ce Prince
qu'il eft perfuadé qu'on
court à fa perte , & qu'elle
eft infaillible
lors qu'on
entreprend des chofes qui
peuvent meriter le nom de
3. Part. ३. G
74 III. P. des Affaires
mais
crime , de quelques pretextes
qu'on les couvre
que les crimes qui font obtenir
une Couronne ne font -
point honteux , & qu'il fuffit
d'eftre heureux pour eftre jus
ftifié , & pour s'acquerir des
Sujets bien plus foumis que
ceux d'un Prince legitime )
parce qu'ils craignent davan
tage un Ufurpateur . Quoy
que les grands ambitieux doivent
avoir d'autant plus
d'obſtination dans les projets
qu'ils forment que leurs entrepriſes
eftant ordinairement
violentes , & le fuccés
du
Temps.
75
en paroiffant fort peu vrayfemblable
, ils y rencontrent
beaucoup de difficultez , il
s'en trouve qui ne laiſſent pas
d'avoir quelque forte de prudence
, bien que leur ambition
foit demefurée , & qui
ne s'obſtinent point contre
toute forte d'apparence à
faire réüffir les chofes qui
commencent à leur paroiftre
abfolument impoffibles ; mais
le Prince d'Orange a fait
voir dans tout ce qu'il a entrepris
, une obſtination fi invincible
, qu'aprés avoir efté
battu , une fois , il n'a jamais
Gij
76 III . P. des Affaires
manqué de fe remettre en
eftat d'éprouver encore la
mefme fatalité , efperant toujours
, ou de vaincre ou de
perir , & fe flatant que la derniere
entrepriſe repareroit
le malheur de toutes les autres.
Voilà ce qui a fouvent
fait échouer la plus grande
partie de fes projets , fur tout
lors qu'ils ont efté contre la
France , qui ne peut recevoir
d'atteinte fous le Monarque
qui la gouverne aujourd'huy .
Le malheur d'un Prince toûjours
infottuné pourroit eſtre
attribué à fon étoile , s'il ne
du Temps .
77
fe l'attiroit pas par fon imprudence,
mais quand ce malheur
vient de fa conduire , il
ne peut s'en prendre qu'à
luy-mefme. Le Prince d'Orange
n'avoit que vingt- deux
ans lors que la guerre de Hollande
commença en 1672
Il fe mit dés lors en tefte de
la rendre eternelle pour fon
intereſt particulier. Il n'eftoit
rien fans la Guerre , & avec
la Guerre il eftoit tout . L'Ar
mée dépendoit abſolument
de luy dans ces temps de
confufion & de defordre ; il
fe faifoit des Creatures ; il
G iij.
78 III . P. des Affaires
ce
perdoit
fes Ennemis
. Il n'étoit
pas alors entierement
Souverain
; quoy qu'il ne luy
en manquaft
prefque
que le
titre , mais il regardoit
le
pouvoir
qu'il avoit en
temps - là comme
une choſe
qui luy ferviroit
de degré
pour y parvenir
, & qui luy
en faciliteroit
les moyens
,
Cette Guerre
coûta trois cens
millions
aux Hollandois
.
Il difpo'a
prefque
de toute
cette fomme , & ce manicment
ne l'appauvrit pas . Ses
apointemens
devoient eftre
grands , & fes profits de meſdu
Temps . 79
me. Il luy euft efté facheux
de voir finir une Guerre qui
luy eftoit fi utile ; auffi regarda-
t- il en criminels d'Etat s
ceux qui voulurent parler
de paix ; on fçait ce qu'il leur
en couta. Je paffe legerement
fur cet articles pour épargner
la reputation de ceux qui n'épargnent
pas aujourd'huy le
fang dont ils font defcendus.
Tour trembla aprés le
malheur de ces déplorables
victimes de l'ambition d'autruy,
& chacun abandonna
les interefts de l'Etat pour
penfer aux fiens propres & à
Giiij .
80 III. P. des Affaires
pufa
confervation . Ceux qui
jufque là avoient paru les
plus zelez pour le bien
blic & avoient toûjours
parlé avec la liberté permife
dans les Republiques , devinrent
plus retenus . Ainfi
perfonne ne s'oppofa plus ouvertement
aux fentimens du
Prince d'Orange dans les Affemblées
, & l'on n'y vit plus
de ces hommes pleins de vigueur
, qui par leur fermeté,
& par la force de leurs rai ..
fonnemens , font fouvent
changer d'opinion à tout un
Corps , en faifant revenir
du
Temps.
81
toutes les voix qui le compofent.
Ceux qui auroient pû
le faire,
aimerent mieux que
l'Etat en
fouffrift un peu , que
d'en fouffrir
beaucoup en
leur particulier , & mefme
que la forme du
gouverne
ment fuft changée que de
voir changer leur fortune.
M Vanbuningue
cut beaucoup
plus de vigueur en 1683.
& fa fermeté
inébranlable
empefcha les Etats de rentrer
en guerre avec la France
, quoy que le Prince d'Orange
cuft formé de vaſtes.
projets , & qu'il cuft pris de
82 III. P. des Affaires
grandes mefures pour cette
rupture ; mais par malheur
pour luy , ou plûtoſt par
bonheur ( car que pourroient
gagner ceux qui attaqueroient
la France ? ) il ne s'agiffoit
point d'une refolution
des Etats affemblez à la Haye,
qui confentent à toutes fes
volontez beaucoup plus par
force , & par crainte , qu'autrement
, mais d'un confenrement
de la Ville d'Amfterdam
pour faire la guerre ,fans
lequel on ne la pouvoit entreprendre
, ou du moins la
continuer longtemps , parce
du Temps.
83
que cette Ville -là paye feule
les deux tiers des frais . M'
Vanbuningue en eſtant alors
Bourguemeftre luy reprefenta
fi bien que cette guerre
ruineroit fon commerce, qu'-
elle fe défendit d'y contribuer
, malgré toutes les rai--
fons du Prince d'Orange , &
fes violentes perfecutions . Ce,
Prince en parut extremement
irrité , & fit mefme apprehender
fon reffentiment contre
Vanbuningue , ce qui fut
caufe qu'on luy donna des
Gardes. Ils ne luy auroient ;
peut eftre fervy de rien à la
84 III . P. des Affaires
Haye , mais le Prince d'O
range avoit peu de credit à
Amfterdam , & il y eft mefme
fi peu aimé , qu'on imprime
beaucoup de chofes
contre luy en cette Ville là
qu'on ne fouffre pas dans le
refte de la Hollande
Ce coup
ayant manqué , le Prince
d'Orange vit bien qu'un regne
qui n'eft étably que par
la force , eft fouvent fort incertain
. Il fe fit des creatures
de quelques - uns des principaux
membres des Etats , afin
de faire par leur moyen
ce qu'il ne voudroir pas faire
du
Temps.
85
il
par luy- mefme , & que rien
de ce qu'il voudroit ne luy
échapaſt , eſtant aimé des uns
& craint des autres . Avec
cette efpece de Souveraineté ,
& l'empire prefque abſolu
qu'il avoit fur toutes les voix
qui compofent les Etats ,
ne defefperoit pas de rallumer
la Guerre , à caufe des grands
avantages que je vous ay déja
marqué qu'il y trouvoit , mais
il apprehendoit que le Roy
ne ruinaft toûjours fes deffeins
, & qu'il ne travaillaſt à
calmer l'Europe autant de
fois qu'il agiroit pour la trou86
III. P. des Affaires
bler. Voilà pourquoy il n'a
jamais aimé le Roy. On ne
trouve rien que de vray-femblable
& de naturel dans cette
haine qui eft glorieuſe à
Sa Majefté. Nous avons un
certain panchant , & une certaine
fimpathie , pour ceux
dont l'humeur a quelque raport
avec la noftre , & comme
il n'y a rien de fi éloigné que
le caractère du Roy avec celuy
du Prince d Orange , on ne
doit pas étre furpris fice Prince
ne le peut aimer . Ce n'eſt
pas que le Roy luy ait jamais
donné aucune marque de fa
du
Temps. 87
haine . Si ce Monarque hair
quelque chofe en luy , ce font
celles de fes actions que toute
la Terre condamne . Ainfi
le caractere de bonté qui fe
rencontre dans le Roy , fait
toute l'oppofition qui fe
trouve entre eux. L'ambition
du Prince d'Orange n'ayant
point d'objet auquel il puft
s'attacher depuis la Tréve, elle
l'a fort tourmenté . Comme
l'Empire eftoit occupé avec
les Turcs , il ne voyoit point
de lieu de l'engager dans une
guerre à laquelle il puſt avoir
part . La France eftoit en paix,
88 III. P. des Affaires
& d'ailleurs ce n'eft pas une
Puiffance avec laquelle il puſt
feul mefurer fes armes.
Cependant il avoit beaucoup
d'argent comptant , comme
je vous l'ay déja marqué dans
cette Lettre , la plus grande
partie de cet argent avoit
profité dans le Commerce, il
en avoit tiré un fort gros inte
Teſt, & il avoit fait fort peu de
dépenfe . Tout le monde fçait
que la prodigalité eſt un vice
dont il n'a jamais eſté accufé.
Ce Prince ayant une fi
grande quantité d'argent
comptant , pouvoit entre
du
Temps.
89
prendre , & commencer la
guerre en Souverain , mais il
ne la pouvoit continuer que
comme Particulier.Les fonds
d'un homme privé s'épuifent
, l'argent comptant fe
diffipe , il n'en retrouve plus.
de nouveau dans fes coffres ,
& fes fonds ne font pas fuffifans
pour ·les remplir , au
lieu qu'on en apporte chaque
jour dans ceux d'un Souverain
, & que ce qu'il dépenſe
en une année luy revient
dans l'autre . Le Prince
d'Orange qui n'en doutoit
pas , fe mit en tefte il y a deux.
3. Part.. H
90 III . P. des Affaires
ans , que cet argent , avec:
quelques pretextes que fon
efprit inventif ne manqueroit
pas de luy fournir, pourroit
contribuer beaucoup à le
faireRoy d'Angleterre , & on a
remarqué que depuis ce temps
là il a toujours efté tellement
remply de cette idée , qu'il
n'a pris aucun plaifir , ny à
la Chaffe , ny à la Table , ny
dans aucun des divertiffemens
où il s'eft trouvé ..
Comme l'intrepide valeur des
François , & leur experience
dans le métier de la guerre
luy eftoient connus , il comdu
Temps :
91
mença à travailler à fon projet
, en s'attachant à s'acquerir
les Proteftans François ,
qui fe retirerent en Hollande.
aprés que l'Edit de Nantes
eut efté caffé . Il les careffa ,
& fit du bien particulierement
à ceux qui avoient fervy
dans les Armées de Fratce
avec quelque forte de diftinction
, qui avoient eu du
commandement , ou qui avoient
efté Ingenieurs. On
attribua ces liberalitez au
zele qu'on croyoit que ce
Prince avoit pour la Religion
Proteftante. Elles attirerent
Hij
92 III. P. des Affaires
à la Cour prefque tous ceux:
qui eftoient fortis de France,
de maniere qu'il choifit les
perfonnes qu'il crut les plus,
capables de le fervir dans fon
deffein , mais fans fe découvrir
pourtant à aucun. Les
Proteftans de France n'ont
pas efté les feuls arreftez à
fon ſervice , pour eſtre employez
dans fon entrepriſe ..
Ce Prince y a retenu tout ce
qui s'eft trouvé en Hollande
de gens de main , qui y font
ou pour éviter de
payer leurs dettes , ou pour
e fouftraire à la punition de
venus 3.
du
Temps: 93
Teurs crimes . Comme perfonne
n'a fceu fon deffein, fi l'on
en excepte fon Favory ,jufqu'à
. ce que fon armement ait cfté
achevé,il nefaut pas s'étonner
fi le fecret en a efté caché fi
long- temps.Ce Prince ne laiſfoit
pas de faire preparer toutes
chofes, & de faire remplir
des magazins d'armes , & de
munitions . Il avoit des gens
affidez en Angleterre,qui travailloient
à mettre de la divifion
entre le Roy & fes Peuples,
les uns agiffoiet à laCour,
& les autres parmi la populace.
Ils alloient dans les lieux où
l'on prend du Caffé . Comme
94 III . P. des Affaires
on y trouve ordinairement
beaucoup de monde , & que
la liberté de parler eft fort:
grande en Angleterre , ils
s'entretenoient des affaires du:
Gouvernement , & de cellesde
la Religion . Par ce moyen
ils faifoient gliſſer dans les
efprits plufieurs chofes contre
le Roy , & tâchoient de
perfuader qu'il vouloit abolir
leurs Loix , détruire la Religion
Anglicane , & chaffer
tous les Proteftans qui s'étoient
retirez en Angleterre ,
afin de faire triompher la
Religion Catholique. Quel-
4.
du Temps.
95
ques- uns ne faifoient point:
difficulté d'affeurer qu'ils avoient
des preuves certaines
de ce qu'ils difoient , & qu'il
leur feroit aifé de les faire
voir. Les frequens voyages
que les Creatures du Prince
d'Orange faifoient de Hollande
en Angleterre , & d'Angleterre
en Hollande , pouvant
eftre remarquez & de-:
venir fufpects , ce Prince jugea
à propos de fe fervir des ;
Refugiez de France , parce
que cherchant alors à s'érablir
, ils partoient fans ceffe
d'un Pays à l'autre , & qu'ils
96 III. P. des Affaires
alloient tantoft en Suiffe ;
tantoft à la Cour de Brandebourg
, & tantoft en Angle
terre & en Hollande , jufqu'à
ce qu'ils euffent trouvé un
Pays ou une Ville qui les accommodaft
, afin d'y fixer
leur refidence. Le mouvement
perpetuel de ces Proteftans
, dont la cauſe n'étoit
attribuée qu'à l'établiſſement
qu'ils cherchoient , eftoit
tres- propre à empeſcher qu'-
on ne foupçonnaft le Manege
auquel le Priuce d'Orange
vouloit leur faire avoir part ,
& il fe fervit d'eux utilement..
du Temps. 207
ment. Ceux qu'il employoit
ne fçavoient point fon fecret ,
quoy qu'ils contribuaffent
beaucoup à fon deſſein ; ils
voyoient bien qu'il les faifoit
agir en faveur de leur
Religion ; mais ils fe perfuadoient
que fon but eftoit de
la faire Acurir , & d'empef
cher l'accroiffement de la
Religion Catholique . Tout
fe trouvoit en affez bon eſtat
pour commencer à donner
au Prince d'Orange quelque
efperance de réüffir dans fon
entrepriſe . Il ne doutoit point
que l'Angleterre ne fe fou
3' Part
.
a
I
98 III. P. des Affaires
levaft quand il mettroit fa
derniere main à l'ouvrage
qu'il meditoit depuis fi longtemps
; il avoit des Creatures
, de l'argent , des armes ,
de bons Officiers à fa folde
propres à commander les
Troupes qu'il leveroit , &
celles des Eftars eftoient affez
bonnes & affez nombreuſes ,
mais on ne pouvoit en lever
davantage , ny équiper des
Vaiffeaux , & lever un plus
grand nombre de Matelots
qu'il y en avoit en Hollande,
fans que l'Angleterre foupconnalt
les Etats , & le Prin-
I
du
Temps
99
ce d'Orange de la vouloir
attaquer . Elle n'avoit pu tirer
raifon de l'affaire de Bantam ,
ny fe faire rendre les cinq
Regimens Anglois qui étoient
demeurez en Hollande
, quoy que le Roy d'Angleterre
eult fait voir fi clairement
la juftice de fes demandes
que toute l'Europe
en eftoit perfuadée . Cela auroit
dû faire croire à ce Monarque
que les Hollandois
voyant qu'on pouvoit les attaquer
juſtement , vouloient
eux - mefmes commencer la
Guerre pour n'eftre pas pre
I ij
100 III. P. des Affaires
venus par celuy à qui ils donnoient
lieu de fe déclarer leur
Ennemy . D'ailleurs quoy que
le Roy d'Angleterre ne cruft
pas que le Prince d'Orange
en vouluft à fa perfonne , ny
qu'il euft deffein d'envahir fes
Etats , fon extrême ambition
luy eftoit connue. Il fçavoir
qu'il vouloit fe rendre Protecteur
de tous les Proteftans
de l'Europe , & que cela
pouvoit obliger tous les Proteftans
Anglois & François
qui estoient en Angleterre ,
à prendre les armes contre luy
en faveur du Prince d'Odu
Temps.
101
range , de forte que ce Mo
marque fe feroit défié de l'armement
qu'il luy auroit veut
faire & auroit en mefme
temps armé pour ne fe pas
laiffer furprendre , ce que la
politique du Prince d'Orange
vouloit empefcher . Ainſi il
apprehendoit
beaucoup que
fon deffein ne fuft fceu, & ne
vouloit rien faire qui donnaft
lieu de le découvrir.
Comme il s'agiffoit d'ofter le
Frône à un Roy , l'affaire regardoit
tous les Souverains ,
& il efloit à craindre pour le
Prince d'Orange qu'ils ne
I iij
102 III. P. des Affaires
fiffent une ligue contre luy ,
de quelque Religion qu'ils
fuffent , parce que de femblables
attentats font d'une
dangereufe confequence pour
toutes les teftes couronnées ,
& qu'ils ne doivent eſtre ny
autorifez ny foufferts . Auff
le Prince d'Orange efloit- il
tellement´en gatde là - deſſus ,
qu'il vouloit tromper jufques
à ceux qui estoient liez d'amitié
avec luy , & qu'un intereft
de Religion auroit
peut-eftre pu
à fon deffein . Vous pouvez
juger que les chofes eftant
faire confentir
du
Temps.
103
en cet eftat il eftoit bien dif
ficile à ce Prince de faire un
armement auffi grand que
celuy qu'il a fait fans donner
de la jaloufie à beaucoup de
Puiffances, & principalement
à celle qu'il avoit deffein de
dérruire . Il avoit pourtant
refolu de venir à bout de cet
armement , & il y a réüffi ,
lors qu'il commençoit à trou
ver la chofe impoffible , &
qu'il doutoit le plus du fuc
cés. Voicy comment.
L'Empereur qui hait M' le
Cardinal de Furſtemberg
par
les raifons que je vous ay déja
*
I
iiij
104 III . P. des Affaires
fait connoiftre , avoit fortement
refolu d'empefcher qu'-
il ne fuft Coadjuteur de feu
M' l'Archevelque de Cologne
pendant la vie de cet
Electeur , & qu'il ne fuft élu
Archevefque quand ce Prelav
viendroit à mourir . Il
pouvoir prendre de faules
mefures , & montrer des fentimens
qui ne feroient pas
fuivis. Le merite de ce Cardinal
, fa fuffifance pour bien
gouverner l'Electorat , & l'entiere
connoiffance qu'il avoit
de fes affaires , eftoient connuës
de tout le Chapirre de
du Temps .
TOS
Cologne ; il y eftoit aimé ,
de maniere qu'il n'y avoit
point à douter qu'il ne fuft
receu à la pluralité des voix .
L'Empereur prévoyoit bien
que fes brigues feroient inutiles
à Cologne; mais il avoit
pris , comme je vous l'ay
marqué, des mesures du coſté
de Rome pour empefcher
que
le Pape ne donnaft des Bulles
à ce Cardinal , s'il arrivoit
qu'il fut élu Archevefque
,
de mefme qu'il avoit eſté élu
Coadjuteur . Les nullitez eftoient
formées avant qu'on
fceuft s'il y en auroit dans fon
106 III. P. des Affaires
élection , & elles eftoient tirées
de la haine que l'Empereur
avoit pour luy.Le Prince
d'Orange qui eftoit attenrifà
tout ce qui fe paffoit en Europe
, afin de fe fervir de
l'occafion en cas qu'il en puſt
trouver quelqu'une qui fuft
favorable à fon deffein , &
> exadont
il puft profiter
mina ce grand démêlé, comme
une chofe dont il pouvoit
tirer
avantage >
parce qu'il
devoit brouiller la France.
avec le Pape & avec l'Empereur
, ne doutant point que
le Roy ne prift le party de M
du Temps.
107
le Cardinal de Furftemberg,
à qui on faifoit une injuſtice
fi manifefte , que fes ennemis-
mefmes en tomboient
d'acord . Plus le Prince d'Orange
approfondit cette affaire
, plus il la trouva propre
à faire réuffir fes ambitieux
projets. Il crut mefme qu'au
lieu de payer une femblable
occafion , qu'il eut achetée
fi elle ne fe fuft pas offerte
d'elle- mefme , elle pourroit
luy valoir de l'argent , bien
loin d'eftre obligé d'en donner.
Quelques-uns veulent
qu'il en ait touché ; c'eſt ce
108 III. P. des Affaires
2
que je ne puis dire avec certitude
, mais la fuite vous
fera voir qu'il en a pu tou
cher , & qu'il ya affez de
vraye - femblance dans ce
qu'on avance là- deffus . Mais
pour donner quelque ordre
au récit de cette affaire , qui
a fervy au Prince d'Orange
pour tromper des Puiffances.
du premier ordre, je vous diray
que pendant tout le tems
qu'on differa à expedier des
Bulles pour M'de Furftemberg
, parce qu'on eftoit perfuadé
que M1 Electeur de.
Cologne ne vivroit pas longdu
Temps. 109
temps , & qu'il faudroit proceder
à une autre élection,
les brigues commencerent
pour ſoutenir par la force des
armes , ce qu'il eftoit impoffible
d'empefcher par la force
des raifons . En effet on
n'en avoit pas qui puffent
mefme difputer en apparen
ce. L'Electeur mourut , &
toutes les parties oppoſées à
M' de Furitemberg , renouvellerent
leurs intrigues , &
leur union Le Prince d'Orange
dont le jeu eftoit
couvert , & qui avoit double
intereft dans l'affaire re-
•
110 III. P. des Affaires
prefenta aux Eftats fort adroitement
& en leur marquant
beaucoup de zele
qu'il eftoit d'une tres grande
importance à la Hollande ,
que M de Furftemberg ne
fuccedaft point aux dignitez
de feu M de Cologne
; que
fi cela arrivoit , ce Cardinal
eftant amy de la France , on
en auroit tout à craindre ,
parce qu'il feroit facile aux
Armées du Roy d'entret
dans leur pais qui eſt tout
ouvert de ces coftez - là . On
Juy laiffa la liberté de pren
dre là- deffus les mesures qu'il
>
du
Temps.
STIT
jugeroit à propos, ou plustoft
il fe la fit donner puis qu'il
n'y a plus perſonne dans la
Republique qui foit aſſez ferme
pour luy difputer aucune
chofe. L'affaire eftoit delicate
; il leur eftoit avantageux
d'avoir un Electeur de
Cologne â leur devotion ,
mais comme il falloit vray
femblablement s'attirer une
guerre pour travailler à en
avoir un' , tel qu'ils auroient
pu le fouhaiter , & que le
faccés de l'entrepriſe eftoir
plus incertain que le mauvais
112 III. P. des Affaires
avoit
fuccés de la guerte , il n'y
pas de politique à l'entreprendre
, mais le Prince
avoit fes raifons qui ne re
gardoient
que luy , il promit
à l'Empereur
qu'il feroit liguer
plufieurs Princes Proteftans
, pour maintenir
l'Election
du Prince Clement
de Baviere qu'ils convinrent
de faire Electeur , & que
Pape promit de charger de
difpenfes pour cela aprés
quoy , il luy donneroit
des
Bulles en confequence
de ces
difpenfes. Ainfi il cftoit
;
le
du Temps.
113
prefque inutile aux Chanoines
de Cologne de travailler
à une élection , puis qu'avant
qu'ils y procedaffent , on avoit
refolu que leurs voix ne ferviroient
de rien , à moins qu'-
elles ne fuffent pour celuy que
la Cour de Rome , l'Empereur
,
& le Prince d'Orange avoient
refolu de faire Electeur. L'Election
fut pourtant faite en
faveur de M³ de Furſtemberg
.
Je ne vous repete point ce
qui fe paffa là- deffus ; vous
fçavez le grand nombre de
voix qui furentpour ce Cardinal
, & le peu qu'en eut le
3. Part. K
114 III. P. des Affaires
Prince Clement . Tout cela ayant
efté raporté au Pape le fit
differer de donner des Bulles..
Il avoit promis qu'il n'en accorderoit
point à M' de Furftemberg,
& il ne pouvoit ſe
refoudre d'en envoyer au
Prince Clement , parce qu'il
ne croyoit pas qu'on pût foû
tenir une Election fi
peu re-..
guliere . Ce retardement donna
de l'inquietude au Prince
d'Orange ; il craignoit que les
chofes ne s'accommodaffent
à l'amiable , & il avoit befoin
que la guerre s'allumaft , afin
que dans le defordre il puft
du Temps.
115°
cacher fes intrigues . Il promit
à l'Empereur qu'il fe
trouveroit à la tefte de trente
mille hommes des troupes.
des Etats, & de celles des Al!
liez , fur les frontieres de:
l'Electorat de Cologne, pour
maintenir l'élection du Prin .
ce Clement, & l'affura que
loin que le Pape fuft en dan--
ger d'en avoir le démenty ,
les chofes iroient de la maniere
que Sa Sainteté le fouhaitoit.
L'Empereur le fi
fçavoir au Saint Pere , & Ca
foni fe mêla dans l'intrigue .
Il y a beaucoup de Lettres de
Kij
116 III. P. des Affaires
pupeutluy
touchant cette affaire ,
qu'on a parlé de rendre
bliques , & qu'on fera
eſtre imprimer un jour. Le
Pape goûta ces refolutions ,
&, devint plus ferme dans
celle qu'il avoit de donner
des Bulles au PrinceClement ,
mais les forces qu'on avoit
deffein de mettre fur pied ,
ne luy paroiffoient pas fuffifantes
pour arrefter celles que
la France pouvoit fournir à
Mr le Cardinal de Furftemberg
Le Prince d'Orange.
qui ne l'ignoroit pas non
plus que Sa Sainteté , & qui
du
Temps.
117
avoit efperé que cette réponfe
à laquelle il s'attendoit ,
mettroit les affaires juſtement
dans l'Etat où il fouhaitoit
les voir pour faire réuffir fon
entreprife , propofa d'équiper
une Flote confiderable
pour
inquieter feulement les côtes
de France qu'il n'avoit pas
deffein d'attaquer, & affeura
que l'allarme qu'il leur donneroit
feroit une fort grande
diverfion des forces du
Royaume , parce que le Roy
feroit obligé de les partager
, & d'en envoyer la plus
grande partie fur les cof118
III. P. des Affaires
tes , où Sa Majefté appre
hendoit que les Nouveaux
Convertis ne fe revoltaffent,
1
que
la ce qui feroit caufe
France feroit peu à craindre
du cofté de l'Electorat de Cologne,
où les forces qu'il mettroit
fur pied avec celles des
Princes liguez , non feulement
pourroient
aisément
leur faire tefte , mais auffi en
triompher
fi elles eftoient :
affez temeraires
pour entreprendre
d'en venir aux mains .
Tous les ennemis de la France
approuverent
cet armement
de mer , & donnerent
de:
du Temps.
1194
grandes louanges au Prince.
d'Orange. Les Princes liguezfurent
les premieres dupes de
ce Prince , & promirent de
garder inviolablement un ſecret,
dont ils ignoroient entierement
le miftere.Quelque
joye que tant de Puiflances
témoignaffent de la propofition
du Prince d'Orange
, il
ne fe trouva perfonne qui en
fift paroiftre plus que l'Empereur..
Il fit auffi toft fçavoir
auffitoft
au Pape le grand deffein de
cet armement qui devoit
faire triompher leur haine
contre Mr le Cardinal de Fur-
>
120 III. P. des Affaires
ſtemberg , luy ravir l'Electorat
de Cologne , & donner
l'avantage à la plus foible partie
du Chapitre. Sa Sainteté
trouvant le fentiment de fes
Miniftres conforme à celuy
de l'Empereur , donna d'autant
plus aisément dans ce
piege , que le Prince d'Orange
leur tendoit à tous , qu'il
flatoit le defir qu'Elle avoit
de fervir la Maifon d'Auftriche
& de nuire à la France.
Le Pape avoit encore une autre
raison pour approuver
cetre propofition . Il s'eftoit
declaré ouvertement
pour le
Prince
du Temps. 121
Prince Clement de Baviere
contre M' de Furſtemberg ,
& tout ce qui pouvoit l'em
peſcher d'avoir un dementy
lay paroiffoit jufte ', de forte
que dés qu'il crut que le Prince
Clement pourroit eftre
maintenu dans l'Electorat de
Cologne il luy fit expedier
des Bulles , & marqua qu'il
craignoit peu ce que le Roy
avoit écrit à Marle Cardinal
d Estrées pour luy faire voir .
Cette Lettre luy auroit caufé
quelque embarras, s'il n'avoit
pas étéaffuré peu de temps au
paravant des grads armemens
3. Part L
122 III. P. des Affaires
du Prince d'Orange , qu'il
ne croyoit fe devoir faire
que pour maintenir les Bulles,
qu'il devoit donner au Prince
Clement , & ce qui le determina
à le croire , fut l'intereft
qu'il eftoit perfuadé
que les Hollandois avoient
d'empefcher que
l'Electorat
de Cologne ne fuft poffedé
par un homme qu'ils ne
croyoient pas leur amy. Com
me la propofition du Prince
d'Orange devoit eſtre tenuë
fort fecrete , le Pape qui ne
vouloit pas qu'on la fçeuft ,
ou qui fouhaitoit du moins
qu'on ignoraft qu'il en cuſt
du
Temps .
123
eu
communication en cas
qu'elle vinſt à eftre decouverte
, declara qu'il donneroit
les Bulles au Prince
Clement aprés avoir ouy hire
la Lettre du Roy écrite à Mr
le
Cardinal
d'Eftrées , afin
qu'on cruft que
c'eftoit ce
qui l'auroit determiné à les
accorder. Si jamais il a eſté
permis de faire des reflexions
dans une affaire
politique
c'eſt dans cette occafion . Il
eft conſtant, comme la fuite
le fera affez
connoiftre , qu'on
n'en fera point fur des faits
fuppofez arrivez ou qui doi .
Lij
124 III . P. des Affaires
vent arriver , puis qu'il n'eſt
que trop certain que le Pape
a donne dans un piege dont
il devoit plutoft fe garder
qu'un autre , puis que quand
mefme il Y auroit eu de la
fincerité dans les propofitions
du Prince d'Orange ,
& qu'un Prince feculier auroit
pu avoir intelligence
avec luy pour l'execution de
fes projets , le Succeffeur de
S. Pierre n'en devoit pas avoir
avecun Prince qui travailloit
à fe faire Chef d'une Secte
contraire à la veritable Eglife.
Je fçay bien qu'il n'a pas
du
Temps . 125
luy- mefme traité avec luy;
que c'est un Ouvrage de la
Cour de Vienne , que file
Prince d'Orange en a receu
de l'argent ce n'a pas efté par
Jes mains du Pape , mais par
celles de Sa Majesté Imperiale
; enfin que Sa Sainteté n'a
point agy Elle mefme dans
cetre affaire , mais que Cafoni
y a travaillé . Je veux mefme
que tout cela ne foit point ,
malgré toutes les preuves
qu'on ena,mais il eft conftant
que le Pape y a donné fon
confentement, comme la fuite
vous le fera voir. L'aurois
+
Liij
126 III . P. des Affaires
tant à dire là -deffus , que je
me tairay pour ne point entrer
trop avant dans cette
matiere ; je diray
feulement
qu'il faloit eftre bien credule
pour ſe perfuader que le Prince
d'Orange , eftant auffi temeraire
qu'entreprenant &
ambitieux , fe verroit à la
tofte d'une flote
formidable
dont il feroit le Maiftre abfolu
,
feulement pour inquieter
ceux à qui il
pourroit
faire plus de mal , & qu'il ne
fe faifiroit pas de
l'occafion ,
pout peu qu'il la trouvaft
favorable
.Cela pouvoit arriver ,
du Temps. 127
& il n'y a point d'homme ,
quelque penetrant qu'il fuft,
qui puft affeurer le contraire.
Tout ce qui dépend de la force
des hommes eft incertain ;
le foible bat fouvent le fort ,
&quand deux Armées fe trouvent
également nombreuſes
la victoire ne laiffe pas de fe
déclarer pour l'une ou pour
l'autre malgré l'égalité de
leurs forces . Les François font
braves , mais ils pouvoient
manquer à la fidelité qu'ils
doivent au Roy. Quelques
nouveaux Convertis mal intentionnez
( car quoy que
Liiij
178 III . P. des Affaires
puiffent publier les Ennemis.
de la France , le nombre eft
petit de ceux qui ne le font
pas de bonne foy ) pouvoient
avoir des intelligences avec
les Proteftans François de la
Flote du Prince d'Orange
.
Il ne faut qu'un Traiftre pour
livrer une Place Palarme fel
répand enfuite dans tout un
Païs ; la confufion s'y met ,
& faifant plus de mal que les
Ennemis mefmes , leur donne
fouvent des victoires qu'ils
ne fe promettent pas. Ainfi ils
fe trouvent maiftre d'une
Province fans avoir prefque,
du
Temps.
129
fait aucune perte. Si le Prince
d'Orange cult débarqué en
France , s'il euſt triomphe , fi
la veritable Religion en euft
fouffert , à qui ce malheur
pouvoit- il eftre imputé qu'au
Pape ? Auroit il mieux aimé
voir détruire ce que le Roy
avoit fait en France d'avantageux
pour la Religion , que
M de Furftemberg Electeur
de Cologne ? Je n'ofe dire que
apparences font facheufes
contre luy puis qu'il a rifqué
l'un pour l'autre , tant
ce qu'on fait en France pour
la Religion le touche peux
les
1
130 III . P.des Affaires
comme fi la veritable Religion
n'eftoit pas la mefme
dans tous les Eftats où elle
regne , & ne devoit pas également
le toucher . Il la doit
proteger par tout ; il en doit
par tout chercher l'augmen
tation , il doit fçavoir gré
aux Princes qui l'étendent
dans leurs Etats : enfin il doit
regarder comme ſes enfans ,
tous les Princes qui reconnoiffent
l'Eglife Romaine , &
les traiter tous également
,
afin de ne point femier de jaloufie
entre cux & de n'y
point mettre de divifion .
盈
du Temps . 131
C'eſt ce que font les Peres de
Famille , dont la conduite eft
eftimée , & qui aiment le
repos de leurs Enfans.
Mais pour revenir à l'entrepriſe
du Prince d'Orange,
dont le fecret eftoit alors
impenetrable , & l'a eſté fort
long - temps , excepté aux
yeux de la France, il ne pouvoit
faire le grand armement
de Mer qu'il projettoit , &
qu'il avoit promis à l'Empereur
, fans que les Etats y
contribuaffent , car tout l'ar
gent qu'il avoit avancé depuis
plufieurs années , ne
132 III . P. des Affaires
luy fuffifoit pas pour une
auffi grande entrepriſe.
.. Il falloit donc faire entrer
les Etats dans cette affaire ,
& trouver en mefme temps
le moyen de ne leur point
découvrir par quels motifs
il l'entreprenoit Il leur dit
qu'il avoit pris de juftes mefures
pour faire réuffir une
chofe d'une tres- grande im ,
portance, & qui ne commet
troit ny fa gloire , ny leurs
forces , parce que le fuccés
en eftoit indubitable ; mais
il leur dit en mefme temps.
qu'il n'y avoit que le fecret
du Temps. 121
qui fift réuffit les grandes af
faires , & qu'on n'en douteroit
pas fi on examinoit ce
qui fe paffoit en France à cet
égard . Il ajoûta qu'il demandoit
feulement pour cette
année , que les Etats nommaflent
trois
perfonnes pour
deliberer , & pour agir avec
luy , afin que fon fecret ne
fuft point rendu public ; qu'il
ne pretendoit
pas pour cela
changer la maniere accoutu
mée des Etats qu'ils pouvoient
en ufer à l'ordinaire
pour leurs autres affaires , &
en faire part à tous ceux de
134 III . P. des Affaires
l'ATemblée , mais que pour
la fienne & pour cette année
feulement
, il fouhaitoit
de
n'avoir affaire qu'à trois de
leurs Députez , mais qu'il les
prioit de leur donner le même
pouvoir qu'auroient
enfemble
les Députez de toutes
les Provinces qui compofent
les Etats . Il ne faifoit
point de pareilles propofitions
fans s'eftre auparavant
affeuré des voix necef
faires pour les obtenir , &
peut- eſtre mefme que c'eſtoit
un jeu concerté entre les Erats
& luy ; ce qui s'eſt paſſé
du Temps. 135
dans la fuite le fait foupçonner.
Il n'eut affaire qu'aux
principaux des Etats qui eftoient
fes Creatures , & qui
n'ofoient luy
manquer , peuteftre
plus par crainte que par
amour. Jufque-là rien ne s'éventoit
de fon fecret , & l'are
mement
n'eftoit pas encore
affez confiderable
pour donner
lieud en penetrer
quelque
chofe à ceux qui s'attachent
à deviner , & qui réuffiffent
quelquefois
, mais comment
n'auroit- on pas efté trompé
, puis que le Prince d'Orange
qui alla à la Conferen136
III . P. des Affaires
ce de Mindin, y trompa tous
les Princes qui s'y trouverent,
quoy que de fa Religion ,
dans le mefme temps qu'il fit
alliance avec eux pour empê
cher que M de Furftemberg
ne joüift paiſiblement de l'Electorat
de Cologne, & pour
maintenir le Prince Cle
ment dans les droits pretendus
que les Bulles du Pape
devoient luy donner ? Il leur
dit les mefmes choſes qu'il
avoit fait dire à l'Empereur ,
& dont Sa Majesté Imperiale
avoit fait porter parole
au Pape , & les affeura
du Temps : 137
1
que la Flore qu'il avoit commencé
à faire équiper , n'eftoit
que pour alarmer les costes
de France faire une diverfion
des forces que le Roy auroit
pu envoyer au fecours de
M'de Furflemberg. Il ne s'eft,
trouvé que l'Electeur de
Brandebourg, qui a dit depuis
ce temps là qu'il avoit
fceu le fecret. L'avantage.
n'eft pas fort glorieux pour
s'en vanter.
Comme le temps commençoit
à preffer , les levées
redoublerent dans toute la
Hollande. On les fit fous le
M
3. Part.
2
138 III . P. des Affaires
nom du Prince d'Orange , &
fes Officiers diftribuerent
l'argent . Ce Prince receut
auffi des Troupes Etrangeres
qu'il mit dans les principales
Villes des Eftats , dont il retira
les troupes , de forte qu'il
fe rendoit par ce moyen maiftre
des Villes où il les faifoit
entrer . Il ne l'eftoit pas moins
de ces troupes des Eftats qu'il
faifoit fortir de ces Villes - là ,
parce qu'il les joignoit à celles
qui devoient monter la
flote , & qui avoient eſté levées
à fes dépens . Comme
elles eftoient fuperieures en
du Temps . 139
nombie , on peut dire qu'il
eftoit maiftre des Villes &
de la Flote , & par confequent
des Etats . C'eft une Souveraineté
dont il vouloit s'affurer
à tout évenement ; les uns
la luy laiffoient ufurper de
leur bon gré , les autres en
murmuroient en fecret ,parce
qu'ils avoient lieu d'aprehender
fon reffentiment, & d'être
feverement punis de leur zele
pour leur patrie . Il y en avoir
d'autres quife feroient plaints
un peu plus hautement , &
dont le nombre auroit cité
trop grand pour les punir a-
Mij
14.0 III . P. des Affaires
vec éclat , mais l'efperance
qu'ils avoient d'eftre bientoft
delivrez d'un Prince qui
agiffoit chez eux en Souve
rain , & dont l'ambition net
pouvoit qu'eftre fort prejudiciable
à l'Etat , & luy coufter
beaucoup de fang & d'argent,!
faifoit qu'ils luy fouhaite
toient un heureux fuccés dans
une injufte entreprife , afin
d'eftre garantis de fa domina-i
tion , la guerre qu'il vouloit
rendre éternelle ne pouvant
accommoder un Etat qui ne
fçauroit fubfifter fans le Commerce.
Le Roy dont la fage
du Temps. 14r
prevoyance
ne laiffe rien é
chaper , crut à propos de faire
expliquer
les Etats fur leur
armement .
意
Qu'auroient- ils
û dire , puis que la plufpart!
es Deputez des Provinces
qui forment le Corps des
Etats,ne fçavoient pas encore,
les deffeins du Prince d'Orange?
L'Envoyé d'Angleterre
auprés des États fit la mefme
demande que l'Ambaf
fadeur de Sa Majefté . Ondemanda
du temps pour répondre
; on biaifa , on fit des
honneftetez , on affe & a de la
fierté , & l'on n'oublia rien
142 III . P. des Affaires
de tout ce qui devoit tenir
cette refponſe en fufpens ,parce
qu'il eftoit alors dangereux
de s'expliquer , & que
l'entrepriſe auroit avorté avant
qu'on l'euft commencée
fi quelque chofe en cuſt eſté
découvert. La France qui voit
clair , & qui eft fidellement
fervie , parce qu'elle ne fait
que de bons choix , developa
que le deffein du Prince d'Orange
eftoit d'envahir l'Angleterre
, & elle en donna avis
au Roy de la grande Bretagne
, qu'on trouva bien éloigné
d'en avoir le moindre
du Temps. 143
foupçon , & qui n'en prit pas
mefme de ce qu'on luy dit
là-deffus. La crainte que ce
Prince n'ouvrift les yeux fit
faire une demarche aux Etats
& une autre au Prince d'Orange
,' auſquelles il n'eſt
pas
befoin de donner de nom
pour bien faire connoistre de
quelle maniere on les doit
regarder , & pour lesquelles
on n'en peut trouver d'affez
fort pour bien exprimer l'ef
fet qu'elles doivent faire fur
l'efprit des honneftes gens .
Tout ce qu'on peut dire ,
c'est que la pofterité ne les
14.4 III. P. des Affaires
oubliera pas , & leur rendra là
juftice qu'elles meritent . Ce
pendant je díray en general
qu'il eft bien dangereux de
fe ficr à des perfonnes de ce
caractere .
L'Ambaffadeur de Hollan
de en Angleterre , affeura Sa
Majefté Britannique que
Leurs Hautes Puiffances a
voient refolu de vivre en
bonne intelligence avec Elle,
& qu'Elles n'avoient nullement
deffein de porter la
guerre dans fes Etats. Ces
affeurances furent données
avec toutes les circonftances ,
neccffaires
du Temps. 145
neceffaires pour luy offer de
la penfée , en cas qu'il euft pu
ajoûter foy aux finceres avis
qu'on luy donnoit , que l'ar
mement de Hollande regardaſt
l'Angleterre.
Voilà à peu prés la maniere
dont on en ufe lors qu'on
veut affaffiner ſon ennemy.
au lieu de fe battre contre
luy. On ne fe contente pas
de ne le point avertir, de
qu'il ne fe tienne fur fes gardes
, on le careffe afin de
l'affaffiner en l'embraffant.
On avoit refolu de donner
une efpece de Manifefte , mais
3. Part
.
N
peur
146 III . P. des Affaires
on ne vouloit pas le laiffer
paroiftre avant que le Prince
d'Orange fuft party avec la
Flote , afin que le Roy d'Angleterre
n'eut pas le
>
temps
de fe mettre en eftat de fe
défendre & d'y répondre
par la force de fes armes , non
plus que par celle de fes rai
fons. L'Ambaffadeur de Hollande
qui eftoit à Londres ne
donna pas feulement au Roy
d'Angleterre les affeurances
que vous venez de voir ; que
faMajefté Britannique n'avoit
rien à craindre des Etats ; mais
les Etats firent délivrer à
du
Temps. 147
I'Envoyé de ce Prince à la
Haye un Extrait des Regiftres
de leurs refolutions
dont voicy les propres termes.
Qu'ils déclarent n'avoir eu
ny n'avoir aucune intention
d'entrer en guerre avec Sa Majefté
Britannique , ou avec
Nation Angloife , puis qu'il n'y
a rien qui leur foit plus cher ny
qu'ils prennent plus à coeur , que
de vivre avec Sa Majesté &
ladite Nation , dans une fincere
cordiale amitié. Ils tinrent
la
cette conduite , afin que le
Roy d'Angleterre fuft trompé
dans toutes les formes ,
Nij
148 III . P. des Affaires
+
& que ce qui avoit efté
refolu fuft accomply
. Le
Prince d'Orange luy écrivit
dans le mefme temps la mefme
chofe que les Etats luy
avoient fait dire , croyant que
lors qu'il apprendroit
de
deux coftez la fincerité ſuppofée
de leurs bonnes intentions
; il y ajoûteroit plus
de foy . Il fe fervit de termes
que n'avoit encore plus forts
fait l'Ambaffadeur
de Hollande,
pour luy perfuader qu'il
n'avoit rien à craindre de fa
part de maniere qu'il n'y a
perfonne , qui ſur la foy & le
Seing d'un Prince qui femble
du Temps. 149
devoir eftre encore plus fincere
& plus honneſte - homme
que de fimples particuliers
n'cuft crû veritable
ce que contenoient les Lettres
du Prince d'Orange .
D'ailleurs un Monarque genereux
& honnefte - homme
comme le Roy d'Angleterre ,
ne croyoit pas devoir mettre
in doute ce que luy écrivoit
un Prince de fon fang , & il
aimoit mieux s'expofer , que
de marquer qu'il fe défiaft de
luy. Ce qui faifoit encore
croire au Roy d'Angleterre
qu'on luy donnoit de faux
Niij
Ijo III . P. des Affaires
avis , c'eft qu'on luy difoit
que le Prince d'Orange l'accufoit
d'avoir fuppofé le
Prince de Galles , & il ne pouvoit
fe perfuader que cela
fuft veritable, le Prince d'Orange
l'ayant envoyé complimenter
fur la naiſſance de
par M ' Ben- ce jeune Prince
tingh fon Favory.
Malgré toutes les affurances
qu'on donnoit au Roy
d'Angleterre
qu'il ne feroit
point attaqué, & les préfomptions
qui luy faifoient croire
que fes Ennemis luy difoient
la verité , la France
iſta
du
Temps
.
511
à des avis
falutaires , & auroit mefme
fait plus pour luy , ' s'il avoit
voulu . Če Prince témoigna
toujours qu'il ne craignoit
rien , & qu'il eftoit affeuré
qu'on n'en vouloit ny à fa
Perfonne , ny à fes Etats . Il
pouffa mefme les chofes plus
avant , & marqua qu'il feroit
à fouhaiter pour la France qu'elle
ne fust pas plus menacée que
luy. Ce qui le fit parler ainfi ,
c'eftoit qu'ayant commencé
d'ajoûter foy aux avis reiterez
de la France , malgré les
affurances du contraire que
Niiij
152 III . P. des Affaires
l'Ambaffadeur de Hollande
luy donnoit de tems en tems ,
le Pape & l'Empereur , l'avoient
tiré d'inquietude en
le faifant affeurer d'une maniere
à ne luy laiffer nul doute
, que l'armement de Hollande
ne le regardoit en aucune
forte. Ils pafferent même
plus avant pour fe faire
croire , & firent connoiftre
qu'ils fçavoient à quel ufage
cet armement efloit deftiné.
Comme la France ne faifoit
que penetrer , & qu'elle n'eftoit
point du fecret , auquel
ces grandes Puiflances faidu
Temps. 153
foient connoiftre qu'elles avoient
part , il ne faut pas
s'étonner fi le Roy d'Angleterre
ajoûta foy à ce qu'Elles
luy firent dire là- deffus avec
toutes les affurances poffibles
, qu'il n'y avoit rien de
plus veritable.
Le Roy d'Angleterre fe
croyant affez fort pour fe
défendre s'il eftoit attaqué ,
ou plûtoſt ne voulant point
de fecours , parce qu'il ne
croyoit point avoir d'Ennemis
, Sa Majefté ne penfa
plus à fe mettre en eſtat de
luy en donner ; mais quoy
154 III. P. des Affaires.
qu'Elle n'apprehendaſt rien
pour fes coftes, & qu'Elle fuft
perfuadée que l'orage devoit
tomber en Angleterre , Elle
ne laiffa pas à tout évene
ment de les mettre en eftat
de défenfe
, parce que la prudence
veut qu'on foit armé
lors que nos voifins le font .
Enfin l'armement du Prince
d'Orange eftant prefque
achevé , & plufieurs Anglois
de fon party eftanr venus le
joindre , fon fecret éclata ,
parce qu'il ne pouvoit plus
eftre caché , & il y avoit même
lieu de croire qu'il n'adu
Temps. ISS
voit pas efperé qu'il le feroit
plus longtemps . On peut dire
que
le Roy d'Angleterre
fut celuy qui le fceut , ou du
moins qui le crut le dernier .
Ce que le Pape & l'Empereur
luy avoient fouvent fait
dire, l'avoient empeſché d'en
avoir aucun foupçon ; ainfi
ils n'ont pas feulement eſté
caufe que le Prince d'Orange
a armé pour envahir l'Angleterre
, en tombant d'accord
avec luy que cet arme
ment ferviroit pour arrefter
les forces des François fur les
Coltes de ce Royaume ; mais
156 III . P. des Affaires
ils ont empefche l'Angleterre
de fe mettre en eftat de
ſe défendre , & l'ont obligée
de refufer un fecours de
France , qui auroit empefché
le Prince d'Orange de pourfuivre
fon entreprife , & d'achever
fon armement.
Le Roy d'Angleterre ayant
efté pleinement convaincu
de la mauvaife foy du Prince
d'Orange , & de la defcente
qu'il devoit faire dans fes
États contre ce qu'il luy avoit
écrit , commença à mettre
ordre à fes affaires par la Proclamation
fuivante .
du
Temps. 157
DE PAR LE ROY.
PROCLAMATION.
JACQUES ROY,
NOUSS avons reçeu des .
avis tres certains qu'une
Armée d'Eftrangers doit
bien - toft venir de Hollande, pour
envahir nostre Royaume , &
commettre toutes fortes d'Actes
d'Hoftilité ; quoy qu'il puiffe
arriver qu'on publiera quelques
faux pretextes de liberté
, de privilege , & de Religion
, forgez & écrits avec autant
de fubtilité que d'artifice ,
158 III. P. des Affaires
felon qu'on le trouvera utile pour
une telle entreprife , il eft neanmoins
évident , veu les grands
préparatifs que l'on fait , qu'on
a deffein & qu'on ne fe propoſe
pas moins par cette invafion ,
que la conqueste abfoluë de nos
Royaumes & defubjuguer &
affujettir entierement Nous &
tous nos Peuples à un pouvoir
Estranger. Cette entreprife eft
fomentée , ainfi que nous l'apprenons
quoy que celafemblepref
que incroyable, par quelques uns
de nos Sujets , qui eftant portez
d'un efprit mechant, turbulent,
d'une malice implacable , ne
du
Temps . 159
forment que des deffeinspleins de
rage & de defefpoir. Ces gens
n'eftant point touchez de nos divifions
paffées , dont la memoire
les malheurs devroient rendre
chere & estimable cette paix
& ce bonheur dont il y a longtemps
qu'on jouit , & n'eftant
pointfenfibles à nos Actes reiterezdegrace
& de clemence(nous
eftant estudiezes ayant pris plai
fir de les repandre àpleines mains
fur nos Sujets , & mefme fur
ceux qui efloient nos Ennemis
ouverts
encore de plonger ce Royaume
dans le carnage & dans la ruine,
declarez) s'efforcent
160 III. P. des Affaires
pour flatter leur ambition
leur méchanceté
, ne fe propofant
dans une telle confufion publique
,
que le pillage & le butin.
Nous ne fcaurions nous empefcher
de fairefçavoir, que quoy
que nous avons efté avertis depuis
quelque temps qu'une force
estrangere fe preparoit contre
Nous , nous n'avons pourtant
point voulu avoir recours à aucun
fecours Estranger ; & nous
avons mieux aimé nous repofer
aprés Dieu ,fur la veritable
ancienne valeur de noftre Peuple
, & fur fon courage & fa
fidelité. Et comme nous avons
du
Temps.
161
fouvent hazardé noftre vie avec
luy, pour l'honneur de cette Nation
, auffi nous avons fortement
refolu de vivre & mourir ,pour
le deffendre contre tous Ennemis .
C'est pourquoy nous conjurons
tous nos Sujets de fe deffaire de
toutes fortes d'animofitez , de
jalousies & de prejugez , & de
s'unir volontiers & de bon coeur,
pour deffendre noftre Perfonne
leur Patrie . Cela feul aprés
Dieu , fuffit pour renverser &
frustrer les principales efperances
e les deffeins de nos Ennemis
, qui s'attendent à trouver
-noftre peuple divife , & qui peut
3. Part .
162 III. P. des Affaires
les droits
eftre en publiant quelques raifons
plaufibles de leur venue ,
comme le pretexte fpecieux, quog
que tres-faux , de maintenir la
Religion Proteftante, ou de conferver
les libertez
& biens de noftre peuple , efperant
par ce moyen - là conqueair
ce grand & fameux Royaume
; mais quoy que ce deffein
ait esté concerté avec tout le fecret
imaginable & qu'on ait
fait tout ce qu'on a pú pour nous
furprendre & nous tromper, nous
n'avons pas laiffé de nostre coftés
de prendre toutes les precautions
neceffaires. Et nous ne doutons
du
Temps.
163
pas qu'avec l'aide de Dieu , nos
ennemis ne nous trouvent en fi
bon eftat , qu'ils ne puiffent a
voir fujer defe repentir de leur
injuste temeraire entreprise .
Nous avions deffein , ainfi
que nous l'avions declaré depuis
peu , de faire affembler noftre
Parlement au mois de Novembre
prochain ; & les Lettres
Circulaires ont efté délivrées
pour cet effet nous nous propofions
entr'autres chofes , de
pouvoir calmerles efprits de notre
peuple , fur ce qui regarde la
Religion , en confequence de diverfes
Declarations que nous a-
O ij
164 III. P. des Affaires
vons fait publier à ce sujet ;mais
à cause de cette eftrange & deraisonnable
entreprise de la part
de nos voifins (fans leur en
avoir donné aucun fujet ) qui
pretendent par ces voyes-là traverfer
tous nos bons deffeins
nous trouvons qu'il eft neceſſaire
de revoquer nos dites Lettres
Circulaires , ainfi que nous faifons
par les prefentes , comman
dant & ordonnant à tous nos
Amez Sujets d'en prendre connoiffance
, & de furfeoir toutes
fortes de procedures à cet égard.
Et dautant que le danger qui
est fort proches requierera une
du
Temps . 1165
grande & vigoureuse deffenſe,
nous ordonnons & commandons
expreſſement par les prefentes , à
tous nos bons Sujets , tant fur
Mer que fur Terre , ( de la concurrence
de la valeur & du
courage defquels , comme veritables
Anglois , nous ne doutons
aucunement dans une fi jufte
caufe ) de fe preparer à defendre
leur Pays ; & nous ordonnons
commandons par les
prefentes , à tous les Gouverneurs
& Lieutenans Gouverneurs des
Provinces d'employer leurs derniers
efforts pour repouffer &
deftruire nos Ennemis , qui vien-
&
166 III. P. des Affaires
nent avec tant d'affurance &
de fi grands preparatifs , afin
d'envahir & conquerir nos
Royaumes. Et enfin nous deffendons
tres-expreffement à tous
à un chacun de nos Sujets
de quelque qualité, rang ou condition
qu'ils foient , de donner
aucune forte d'aide d'affiftance,
ou de fecours à nos Ennemis ,
ny d'avoir ou entretenir aucune
maniere de correſpondance
avec eux , ou avec aucun
de leurs Complices , fur peine
de haute trahifon & d'eftre
pourfuivis & traitez avec la
derniere rigueur.
du Temps.
167
Donné en noftre Cour à VVhitehal
, le 28. Septembre 1638.
de noftre Regne l'an quatrième.
Cette Proclamation fut faite
le 28. de Septembre , felon
le ftile d'Angleterre , & le
premier jour d'Octobre ſuivant
le Roy fit la Declaration
que vous allez lire.
JACQUES ROY,
Alant déja fait publier que
noftre bon plaifir eft de faire
appeller un Parlement pour l'affembler
dans noftre Ville de
Vvestmunster au mois de Novembre
prochain , & les Lettres
168 III. P. des Affaires
4
tres de convocation pour cela
estant envoyées dans les Provinces
, de peur que ceux qui
ont le droit de choifir des membres
du Parlement , ne foient
trompez & abufez par les artifices
des mal intentionnez Nous
avons trouvé àpsopos de declarer,
que comme noftre intention
Royale eft de faire noftre poffible
pour établir une liberté legale de
Confcience univerfelle pour tous
nos Sujets , auffi fommes nous
refolus de conferver inviolable–
ment l'Eglife Anglicane , en
donnant de telles confirmations
aux differens Actes d'uniformité,
2 du Temps .
169
mité , qu'ils ne pourront jimats
eftre changez, qu'en revoquant
·les Claufes diverfes qui impofent
des peines aux perfonnes
non promenes , ou qui doivent
eftre promenes à des Benefices
Ecclefiaftiques felon le fens des
Actes , lefquelles font des Actes
d'exercice de leur Religion contraire
à la teneur, & à l'inten
tion defdits Actes d'uniformité.
Et pour tant plus grandefeureté
non feulement de l'Eglife Anglicane
, mais auſſi de la Religion
Proteftante en general, Nous
voulons bien, que les Catholiques
Romains demeurent inca-
3. Part.
P
170 III. P. des Affaires
pables d'eftre membres de la
Chambre Baffe du Parlement,
par où ces craintes & apprehenfions,
que plufieurs perfon
nes ont eues à voir que l'autorité
Legiſlative fe voit ufurpée par
eux & employée contre les
Proteftans viendront à ceffer
entierement. Nous affeurons de
mefme tous nos bons Sujets , que
nous ferons prompts à accorder
tout ce qui d'ailleurs pourra fervir
à leur feureté & avantages,
comme il convient à un Roy qui
veut toujours avoirfoin de fon
peuple. & s'ils defirent le bonbeur
de leur pays , nous les
du
Temps .
170
exhortons de mettre à coflé toute
animofités & de fonger à choisir
de telles Perfonnes pour les reprefenter
dans le Parlement , qui
par leur habileté moderation
foient capables de perfectionner
un ouvrage fi grand & fifalutaire.
Et pour prevenir touteforte
de defordres , irregularitez ou
procedures illicites, qui pourroient
arriver , ou devant ou pendant
l'Election des membres du prochain
Parlement , nous enjoignonsferieufement,
& comman
dons à tous Maires , Scherifss
Baillifs & autres Officiers quel's
qu'ilsfoient, aufquels appartiene
Pij
172 III. P. des Affaires
l'execution des Edits , de tenir
la main pour l'execution defdits
Edits , fommations & ordres
felon leurteneur,& qu'ils ayent
foin que les membres qui feront
choifis, foient de bonne foy confirmez
felon qu'un choix fait
dans les formes le demandera .
Fait à noftre Cour de Vvhitehall
le 1. Octobre 1688. la quatrième
année de noftre regne .
Le fecond du mefme mois
on publia la Piece ſuivante.
9
du Temps.
173
AMNISTIE,OU PARDON
General du Roy.
ACQUES Second , par
la
grace de Dieu , Roy d'Angleterre
, Deffenfeur de la
Foy , & c. A tous ceux qui les
prefentes verront ; Salut. Nous
avons toujours fouhaité depuis
noftre avenement à la Couronne,
tous nos Sujets vecuffent à
leur aife , & puffent jouir de
toute forte de tranquilité & de
bonheur , fous nofire Gouverne
ment. Rien ne peut nous estre
plus agreable , que de voir les
Piit
174 III. P. des Affaires
Criminels s'amender par. des
Actes de confcience envers eux,
pluftoft que par le chaftiment.
Nos Ennemis declarez ont trouvé
faveur
faveur
qu'ils
fe font
repentis
; &
envers nous , lors
quoy qu'outre diverfes graces
particulieres que nous avons
accordées à plufieurs perfonnes ,
nous ayons neanmoins depuis
peu fait publier noftre Proclamation
Royale pour accorder un
pardon general à tous nos peuples
; dautant pourtant que ceux
qui vivent le plus tranquillement,
tombent fouvent dans des
fautes puniffables par nos Loix ,
'du
Temps. 175
& peuvent eftre ſujets ,fi nous
étions feveres, à eftre poursuivis,
foit en leurs perfonnes ou en leurs
biens dans nos Cours Civiles ou
Ecclefiaftiques .
d'obeiffance :
?
Temporelles
Nous donc par une faveur Speciale
, & par l'affection que
nous avons pour nos Sujets ,
defquels nous attendons toute
forte de respect
en reconnoiffance de noftre bonté)
accordons par lesprefentes , publions
& declarons noftre prefent
Pardon Royal ou Amnistie.
Nous pardonnons par les prefentes
, pour nous , nos beritiers
fucceffeurs , nous acquitons
Piiij
176 III. P. des Affaires
relafchons defchargeons tous
un chacun de nos Sujets de
c: Royaume d'Angleterre de
noftre Principauté de Galles &
de la Ville de Berovich für la
Tuvecd , leurs heritiers , Executeurs
ou Adminiſtrateurs
toutes fortes de Corps politique
ou incorporé , de noftre Royaume
ou Eftats fufdits , & leurs Succeffeurs
, à la referve des perſonne's
cy- aprés exceptées , de toutes
le's offenfes commifes contre
Nous nos Heritiers & Sue-`
ceffeffeurs, de toutes les trahifons
, felonies , des expreffions
de trabifon , paroles fedttienfes
, libelles , affemblées ou
>
du Temps . 177
conventicules feditieux , de tous
les crimes par lefquels on pour-.
roit encourir la peine de premunire
, de toutes feditions , tumultes
, offenfes › meſpris, tranſgreffion's
malverfations , de
1
rous jugemens & convictions
pour n'avoir pas frequenté les
Eglifes, de toutes peines ou a
mendes pour ces fortes de fautes,
ou pour aucune d'icelles cy- devant
commifes on faites hormis
ce qui fera cy-aprés executé.
Nous voulons auffi & il nous.
plaift, que ny nofdits Sujets, ny
aucuns d'eux, ny leurs heritiers ,
Executeurs ou Administrateurs
,
ne foient poursuivis, troublez ou
178 III. P. des Affaires
inquietez foit en leurs Corps
Biens, Titres, Terres ou Poffef
fions , pour aucune chofe, caufe ,
mefpris , malverfations , confif
cation , offenfe ou aucune autre
chofe quelconque cy- devant
foufferte, faite ou commiſe contre
Nous ,nostre Couronne, Dignite,
Prerogative, nos Loix ou Statuts
qui neferont point cy- aprés exceptez
dans ou par les prefentes.
Et que noftre prefente conceffion
ou Amnistie generale, ainfi qu'
elle eft cy- deffus exprimée , fera
tenuë , expliqué: & priſe dans
toutes les Cours de Iulice &
ailleurs , à l'avantage & au
profit de nofdits Sujets, auſquels
1
du Temps .
179
le pardon est par les prefentes
accordé , pour toutes les chofes,
qui ne fint par cy- aprés exceptées
, tout de mefme que fi leurs
Perfonnes avoient efté denotées,
leurs crimes amplement &
largement exprimez . Nous execptons
de ce prefent pardon ,
toutes fortes de trahisons commifes
delà la Mer, ou en aucun autre
endroit hors de ce Royaume,
tous crimes commis en forgeant,
ou contre faisant noftre grand ou
petit Sceau , noflre Seing, & petit
cachet , ou aucune espece de
nos monnoyes ayant cours dans
ce Royaume , en diminuant lef180
III . P. des Affaires
2
dites efpeces de quelque maniere
ou par quelque moyen que cefoit
on pour avoir aidé , affifté on
foutenu ceux qui ont commis lefdits
crimes ou aucun d'iceux .
Nous en exceptons auffi tous
meurtres volontaires ou Affoffinats
, Crimes de leze Majefté
au fecond chef, empoisonnemens
volontaires && tous les acceffoires
avant le fait ; comme außi
toutes les Pirateries vols fur
Mer, ou les grands chemins , les
crimes de ceux qui entrent dans
les maisons en rompant portes,.
feneftres autres chofes , ou
tous ceux quifont acceſſoires aufdu
Temps.
181
dits crimes . Nous en exceptons
auffi le vice abominable & dé
teftable contre nature , tous viols
& raviffemens de Femmes , tous
enlevemens de Femmes pour les
marierparforce foit qu'elles foient
Filles , Veuves ou Vierges , contre
leur confentement ou celuy de
leurs Parens , ou de ceux qui les
ont en leur garde , & tous les
crimes qu'on commet en aidant ,
affiftant ou preftant la main
commettre lefdites offenfes , ou
aucunes d'icelles . Nous en exceptons
auffi tous crimes de parjure
, ou fubornation de Témoins ,
l'on commet en
tous ceux que
182 III . P. des Affaires
"
effaçant , forgeant ou contrefaifant
aucuns Actespublics, Ecrits,
Inquifitions , Contrats ou autres
Actes , ou en les publiant , en
forgeant & contrefaiſant des interrogatoires,
ou dépofitions d'aucuns
Temoins , pour mettre en
danger la vie de quelque perſonne
, ou en confeillant ou faifant
commettre lefdits crimes . Excepté
auffi toutes informations ou procedures
touchant les grands chemins
les inconveniens publics,
les Ponts ou pour reparer les
Prifons des Provinces & toutes
les amendes données pour
cela , depuis l'an 1670. Excepté
du Temps..
183
toutes les offenfes commifes pour
avoir emporté gafté ou détourné
aucuns meubles , argent , immeubles,
papiers , joyaux , armes,
munitions , provifions de Mer
Vaiffeaux Canons ou autres
armes , armures appartenant
à Nous ou au feu Roy noftre
Frere , & toutes les offenfes
-commifes depuis un an dans noftre
Foreft de VVindfor. Excepté
auffi tous crimes d'Inceste de
Dilapidations
Excepté toutes fortes de mépris ,
& les procés commencez pour
cela dans la Cour d'Equité ou
ailleurs. Excepté auffi les oblide
Simonie.
184 III . P. des Affaires
•
gasions , conditions & Contrats,
toutes les amendes titres
confifcations d'offices , conditions
ou contrats confifquez à noftre
-profit ou à celuy du feu Roy
noftre Frere , pour · avoir violé
ou n'avoir pas exercé quelque
charge , ou accomply quelque
conditi
on Contrat ; Excepté
toutes fraudes , corruptions, malverfations
& offenfes que ce
foit par le moyen desquelles
Nous ou le feu Roy noftre Freres
avons efté trompez dans la recepte
collection on payement de
nos revenus , ou de quelque partie
d'iceux , ou de quelque autre ardu
Temps, 185
gent à Nous deu , ou receu pour
Nous ou pour luy , & toutes
confifcations , amendes , & Nomine
penes , qui en pourroient
venir , comme auffi tous les procés
, iuformations & autres procedures
commencées , ou pendantes
, ou qu'on pourroit faire làdeffus
.
14
fi-
A condition que tout ce qui
eft contenu dans noftre prefent
Pardon , ne s'étendra, ou ne
1a expliqué pour décharger d'aucunes
amendes , fommes d'argent
recouvertes par jugement, amendes
pro licentia concordandi
,
ou amendes pecuniaires perdues ,
3. Part.
186 III . P. des Affaires
imposées ou enregistrées dans
quelque Greffe que ce foit. Excepté
auffi toutes perfonnes qui furent
excepties pour toutes peines
, chaftimens , amendes , ou
difabilité quelconque , par les
divers Actes de pardon general ,
d'indemnité , & doubly , paſſez
pendant le regne du feu Roy noftre
Frere. Exceptè auffi tous
ceux qui aprés avoir esté atteins
ou convaincus de quelque trahifon
que ce foit , ou du ctime de
n'avoir pas revelé les trahifons
par eux connues , ont eſté transportez
ou ceux qui eftant atteins
de grands crimes ou felon
du Temps:
187
nies , ont esté condamnez à eſtre
tranfportez dans aucune de nos
Colonies étrangeres.Excepté auffi
tous fugitifs , & tous ceux qui
ont fuy delà la mer, ou font
fortis de noftre Royaume pour
eviter noftre Justice , & qui ne
fe rendront pas à noftre Chef
de Justice , ou à quelque Juge
de paix , avant le premier du
mois de Janvier prochain. Nous
exceptons auffi de ce pardon les
perfonnes cy-aprés particulierement
nommées ; àfçavoir, Robert
Parfons, Edouard Matthevus,
Sammuel Venner , André Flet .
cher , le Colonel Jean Rumfey ,
Qij
ISS III . P. des Affaires
be Major Jean Rumfey le
Major Jean Manley , Ifaac
Manley , François Charleton ,
Ecuyer,Jean Vvildman Ecuyer,
Titus Oates , Robert Forgufon ,
Gilbert Brunet , le Chevalier
Robert Peyton , Laurent Braddon
, Samuel Johnson Miniftre ,
Thomas Tipping Ecuyer , & le
Chevalier Rouland Guyenne.
A condition qu'en vertu de ce
pardon , aucun procés intenté par
quelque perfonne que ce foit ,
pour en faire condamer une autre
par contumace , ne foit arrefté ou
évité , à moins que le Defendeur
comparoiffe & ne donne caudu
Temps. 189
tion , où il est neceſſaire par la
Loy , & ne prenne un Acte appellé
Scire facias , contre la
partie à la pourfuite de laquelle
il avoit effé condamné par con
tumace : & que nostre preſente
Amniftie ne s'étende pas à annuller
aucune condamnation par
contumace, aprés jugement , jufqu'à
ce qu'il ait esté donnéfatisfaction
à la Partie , ou accordé
avec la Partie , à la requeste
ou pourfuite de laquelle telle condamnation
auroit efté obtenuë.
Nous voulons auffi , & il nous
plaift ' que ce prefent pardon
ait autant de force & d'ef190
III . P. des Affaires
fet ,pour pardonner decharger
tous es un chacun , comme il
eft porté cy - deffus , que fi nous
avions accordé des pardons particuliers
à chacun de nos Sujets
, par des Lettres Patentes
fous le grand Sceau. Et pour
mieuxfaire connoiftre nos bonnes
intentions & noftre volonté à
cet égard , nous donnons permiſſion
à un chacun de nos Sujets
, qui n'eſt pas excepté dans
les prefentes , de demander &
folliciterle Pardon enfon parti
culier fuivant la teneur des
prefentes. Et pour cet effet, nous
donnerons ordre à nos Secretaires
du Temps. 191
d'Estat de nous prefenter des
Ordres ou Varants , pour estre
fignez de nous, & donnerons or
dre ànoftre Procureur ou Avocat
General , de preparer des bills ,
pour paffer des pardons à ceux
qui en fouhaiteront. En témoigrage
dequoy , nous avons fait
fceller les prefentes , à Vvestminfter
, le fecond du mois d'Ốctobre
, l'an quatrième de noftre
regne . CLERKE.
Peu de temps aprés avoir
donné cette Amniftie , le
Roy eftant en fon Confeil ,
declara que fuivant la reſo192
III. P.des Affaires
lution & le deffein qu'il avoit
de proteger l'Eglife Anglicane
, & pour éloigner toutes
fortes de foupçons , & de
jaloufies , il avoit trouvé à
propos de caffer la Commif
fion pour les caufes ou affaires
Ecclefiaftiques , en confequence
de quoy Sa Majefté
ordonna au Chancelier d'Angleterrre
de faire inceffam
ment executer fa volonté làdeffus
. Le Roy donna en
mefme temps le Gouvernement
des trois parties de la
Province d'Yorc au Duc de
Neucafe. Il rétablit auffi la
Ville
du
Temps. 193
Ville de Londres dans fes
Privileges & anciennes Franchiſes
, de la mefme maniere
dont elle en jou fſoit avant
la derniere Sentence prononcée
fur le QuoVVarranto. Les
Actes de rétabliffement ayant
efté fcellez du grand Sceau
d'Angleterre , le Chevalier
Chapman fut étably Lord .
Maire jufqu'à la Saint Simon
Saint Jude, qui eft le temps,
fuivant les anciennes coutumes
, que les Maires font receus
dans leur employ. Les
Bourgeois en témoignerent
leur joye par des acclama-
3. Part. R
194 III. P. des Affaires
tions reiterées . Ceux qui eftoient
Aldermans ou Echevins
reprirent leurs places &
le Roy receur cette Adreffe .
AU ROY.
SIRE ,
Vos
OS tres - obeiffans & fi
delles Sujets le Seigneur
Maire les Efchevins & les
Sherifs de vostre Ville de Londres
, remercient tres-humblement
& de tout leur coeur, Vôtre
Majefté, de la grace de &
la faveur qu'Elle a faite aux
Bourgeois de cette Ville , en les
reſtabliſſantdans leurs anciennes
du Temps.
195
1
Libertez Franchiſes. » Ils
Supplient en mefme temps Vofre
Majefté de leur permettre de
Paffurer qu'ils s'acquittéront a
vec toute forte d'obeiffance &
de fidelité , de leur devoir , & de
la confiance que Voftre Majesté
a la bonté de prendre en eux ;
qu'ils la deffendront dinfi
que le Gouvernement étably , au
peril de leurs vies & de leurs
biens , conformement aux principes
connus de l'Eglife Angli
cane.
Le Roy receut auffi l'Adreffe
fuivante . Elle luy fut
Rij
196 III . P. des Affaires
prefentée par les Commiſſaires
que ce Prince avoit nommez
pour regler & commander
la Milice de la Ville de
Londres.
SIRE ,
Ne
de rendre
à ne fçaurions
nous
Voftre
Majefté
, nos
tresbumbles
& tree-finceres
actions
de graces
, de fonfoin
particulier
,
defa bonté
, & de fa clemence
envers
fon
ancienne
& fameufe
Ville
de
Londres
. Nous
fommes
Surpris
que parmy
le grand
nombre
des
importantes
affaires
, qui
du Temps. 197
occupent Voftre Majefté , Elle ait
pensé à noftre feureté, & qu'Elle
ait bien voulu par fa Commiffion
mettre noftre confervation entre
nos propres mains ; en nous permettant
de choisir entre nous &
d'établir des Officiers du zele
de la fidelné defquelspour la
feureté l'honneur de Vofere
Majefté , nous ne puiffions don
ter , non plus que de leur courages
pour deffendre nos perfonnes
nos Familles. Nous avoüons.
que nos vies et nos biens font
un facrifice trop peu confiderable,
pour des faveurs fiextraordinaires
; nous ne laiffons pas neant-
Rij
198 III . P. des Affaires
moins d'affeurer Vostre Majesté
que nous les harzarderons toujours
volontiers de bon coeur ,
·pour la fervir contre tous fes Ennemis
qui voudroient troubler la
-paix,fur quelque pretexte que ce
puiße eftre.
Les Seigneurs du Confeil
Privé du Roy en Ecoffe s'étant
affèmblez
, pour mettre
ce Royaume -là en eftat de
défenfe , écrivirent à Sa Majefté
la Lettre qui fuit .
du
Temps. 199
SIRE ,
pour
obeir aux commandemens
de Voftre Majefté ,
qui nous ont efté fignifiez
parfa Lettre du 27. Septembre
dernier , nous avons delivré des
ordres pour faire marcher lesforces
de Voftre Majesté vers Carlifle
& Chefter. Elles ont en confequence
de ces ordres , commencé
à fe mettre en marche , & on
receu leur paye pour tout le prefent
mois d'Octobre . Nous avons
auffi ordonné à toute la Milice
de ce Royaume de s'aſſembler ;
& avant que nous euffions re-
R iiij
200 III . P. des Affaires
encore en arceula
Lettre de Vofire Majefé
nous avions détaché une partie
de la Milice de quelques Provinces
, fe montant à cinq mille
hommes , qui font enco
mes . Nous avons fait fçavoir
aux Principaux Gentilshommes
Habitans du haut Pays d'amener
les Troupes qu'ils doivent
fournir , quife montent à plus de
quatre mille hommes , dont le
rendez - vous eft à Striveling:
pour y attendre les nouveaux
ordres de Voftre Majesté. Tous
les Heretors de ce Royaume ou
gens qui tiennent des fonds de
terre en propre , ont auffi ordre de
du Temps .
201
saffembier en quelques endroits
commodes , &fous le commandement
des perfonnes que nous avons
trouvées les plus capables
de cet employ. Nous vous donnerous
, Sire , en cette occafion ,
en toutes les autres qui fe
prefenteront , toutes les marques
poffibles de noftre diligence &
promptitude à obeyr à vos commandemens
; nous ferons
&
toûjours prefts à expofer nos vies
& nos biens , pour la défenſe
de Vostre Perfonne Sacrée , co
de la Reyne voftre Epoufe , de
fon Alteffe Royale le Prince d'Ecoffe,
& de Vofire autorité Roya202
III . P. des Affaires
le , ayant fortement refolu de
meriter , autant qu'il nous fera
poffible , la confiance que Voftre
Majefté a la bonté de mettre en
nous , & de fervir d'exemple à
vos autres Sujets dans cette
Surprenante & extraordinaire
occafion. Nous efperons par la
bonne volonté & la joye que
nous avons veu paroiftre dans les
Troupes qui font déja affemblées,
que celles qui doivent s'affembler
feront voir le zele &
l'affection qu'elles font obligées,
d'avoir pour un fi grand & un
fibon Prince , de la confervation
duquel dépend tout nostre bondu
Temps. 203
heur. Nousfommes avec un tresprofond
respect,
SIRE ,
De Voftre Majefté ,
Les tres-humbles , tres - obeiffans
tres- fidelles Sujets &
Serviteurs.
Cette Lettre eftoit fignée
par le Comte de Perth , Seigneur
Chancelier , le Seigneur
Archevefque
de Saint
André , le Seigneur
Arche
vefque de Glafcovv
, le Marquis
d'Athol , Seigneur
Garde
du Sceau Privé , le Comte de
Linlithgovv
, le Comte de
204 III . P. des Affaires
Southefque , le Comte de Belcares
, le Vicomte de Tarbat,
le Seigneur Maitland , le Maiftre
de Balmirino , le Lieutenant
General Douglas , le
Seigneur Prefident de la Sef
fion , le Seigneur Avocat , le
Seigneur Juge Clerc , le Sei
gneur Caftlchill , le Seigneur
Lochore , le Major General
Graham , Nidrie .
L'Adreffe fuivante fut
prefentée
au Roy quelques jours
enfuite, par les Juges de paix
dɔ la Province de Cumberland
& par plufieurs Gendu
Temps . 205
tilshommes du mefme Pays,
dont elle eftoit fignée .
SIRE ,
ES nouvelles fipeu atten-
Ldues de
l'Invafion que les
Hollandois ont deffein de
faire, nous ont remplis d'horreur
d'eflonnementide voir qu'une
Nation foit parvenue à un fi
haut degré de mechanceté , que
de venirfans aucun fondement,
troubler la paix & le bonheur
dont nous avons jouy juſqu'à
prefent , fous le doux & benin
gouvernement
de Vostre Majesté.
C'est pourquoy nous
206 III. P. des Affaires
>
croyons qu'il eft abfolument de
noftre devoir, & principalement
dans la conjoncture prefente
d'offrir à Vostre Majesté nos
vies & nos biens pour fon fervice
; & nous affurons Voftre
Majesté , que nous porterons
auſſi loin qu'il ſe puiffe , la fidelité
l'obeiffance qui luy font
fi indifpenfablement dues ; ne
doutant pas que les bons & heureux
fucces dont il a pleu à
Dieu de benir cy - devant fes
Armes , ne luyfoient continuez,
& que les deffeins de ce Gouvernement
antimonarchique ne
foient bien-toft confondus . Endu
Temps.
207
fin fi voftre Majefté trouve à
propos d'expofer fon Etendart
Royal , quoy que nous fouhait
tions & efperions qu'elle n'aura
jamais occafion de le faire , nous
promettons fidellement & fincerement
de nous rendre au lieu où
il fera expofé avec tout ce qui
nous appartient pour vous donner
des marques de noftre fidelité
de noftre devoir, comme auffi
pour facrifier nos vies e nos
biens , pour la confervation de
la Couronne & de la Dignité
de Voftre Majefté ,fouhaitant de
tout noftre coeur que fon Regne
foit long & heureux estant
208 III . P. des Affaires
avec un tres- profond respect ,
SIRE ,
De Voftre Majefté ,
Les rres - humbles , tres - obeiffans
& tres - fidelles Sujets &
Serviteurs .
Le Chevalier Thomas Haggerſton
, Lieutenant Gouverneur
de Barvich , fit fçavoir
au Roy qu'il trouvoit cette
Ville là dans le deffein de
demeurer fidelle à Sa Majefté
, & qu'ayant appris la
nouvelle de la defcente que
fes ennemis qui eftoient en
Hollande avoient deffein de
faire dans fes Etats , les Bourdu
Temps.
209
.
geois de cette Communauté
la déteftoient fi fort , &
l'avoient tellement en horreur
, qu'ils avoient unanimement
refolu de hazarder
leurs vies & leurs biens pour
défendre l'Etat , & la Perfonne
facrée de Sa Majeſté ; que
pour cet effet ils l'avoient
prié de la fupplier tres humblement
de leur envoyer des
Commiffaires pour lever un
Regiment de Bourgeois, afin
d'aider les forces du Roy qui
eftoient en garnifon dans leur
Ville , à la défendre felon
les occafions .
3. Part.* S.
210 III. P. des Affaires
Le Roy ayant declaré fa
refolution de conferver l'Eglife
Anglicane dans tous fes
droits & dans toutes les im
munitez , Sa Majeſté fir fçavoir
à l'Evefque de Vinchefter
, Vifiteur du College de
Sainte Magdeleine à Oxford,
que fa volonté eftoit qu'il
rétablift cette Societé felon
fes Statuts.
Cependant le Maire , les
Echevins, & les membres d
commun Confeil de la Ville
d'Exeter
, luy preſenterent
l'Adreffe fuivante.
du Temps, 211
Ꮴ
Son
fi
SIRER
OS
tres- obeiffans
delles
Sujets
de vofire
Ville
d'Exeter
eftant
tres- reconnoiffans
du grand
bonheur
dont
ils jouiffent
avec
tous
les autres
Sujets
de voftre
Majeſté
, fous
on tres
doux
&
favorable
Gouvernement
, la
Supplient
tres - bublement
de leur
permet
tre , prefentement
qu'Elle
vient
de declarer
qu'Elle
a eu des avis
tres-certains
, que
des
Eftrangers
doivent
venir
de Hollande
, pour
envahir
fes Royaumes
,
d'affurer
encore
voftre
Majesté
,
Sij
212 III . P. des Affaires
7
qu'ils feront toujours prests à
foutenir à défendre voftre
Perfonne Sacrée , ainfi qu'ils
font obligez par leur devoir &
leur fidelité, & qu'ils y font
naturellement portez par leur inclination
& par leur ardente
affection ; & qu'ils n'épargneront
ni leurs vies ni leurs biens,
pour repouffer tous fes Ennemis,
de quelque forte qu'ils puiffent
eftre. Que le Grand Dieu du
Ciel & de la Terre , qui a juf
qu'icy conferve vostre Perfonne
Royale , & l'a prefervée de plufieurs
grands dangers , qui vous
a fait triompher de tous vos Endu
Temps. 213,
nemis , continue à proteger Votre
Perfonne Sacrées pour faire encore
le bonheur de ces Nations ,
que tous les deffeins formez
contre Vostre Majefté & fon
Gouvernement , puiffent veftre
confondus, & qu'enfin Elle voye
fes Ennemis tomber à fes pieds.
Ce font , Sire , les fouhaits ardens
& les prieres que font tous
les jours du meilleur de leur
coeur vos tres-humbles , " tresobeiffans
,
jets.
›
tres-fidelles Su-
En témoignage de quoy , nous
avons fait mettre noftre Sceau
public à la prefente Addreffe ,
214 III. P. des Affaires
le nenfvième du mois d'Octobre
1688. & du Regne de Voftre
Majesté l'an quatrième,
Voicy une autre Adreſſe
que le Maire , les Echevins ,
les Baillifs , & les Bourgeois
de la Ville de Carlisle luy
preſenterent .
SIRE ,
ES nouvelles furprenantes
Ld'une invasion estrangere ,
que nous avons apprifes par
la Proclamation de Voftre Majesté
, nous caufant cette jufte
indignation que nousfommes
bligez d'avoir contre les Ennemis
du
Temps. 215
de noftre patrie , & nous rempliffant
d'horreur & de deteftation
de voir qu'il y ait entre
vos Sujets des gens affezperfides
pour avoirfi fort oublié leur devoir
» & toutes fortes d'obliga.
tions d'une naturelle reconnoiffance
, que de contribuer à une
telle entreprife Elles nous font
naiftre auffi cette louable envie
de faire voir à Voftre Majesté ,
dans une fi glorieufe occafion ,
que nous n'avons rien degeneré
de cette ancienne valeur & fidelité
que poffedent les veritables
Anglois. Nous venons donc of
frir à Vofire Majefté , dans
216 III . P. des Affaires
>
une rencontre fi preffante de luy
aider de tout nostre pouvoir à
défendrefa Perfonne Sacrée , fa
Couronne & fon Eftat , ayant
fortement refolu de hazarder nos
vies & nos biens pourfa défense.
Nous ne doutons pas que tous
les Sujets de Voftre Majefié ne
s'uniffent dans une fijufte caufe :
&qu'ils ne fuivent cet exemple
heroïque qui leur doit infpirer
un fi noble courage & tant
de generofté , que cela rendra
tout le fecours Etranger inutile
rendra cette année de 88. auſſ
illuftre dans les Chroniques Annales
, que le fut la derniere
>
J.
n'y
du Temps.
217
rage
y ayant point de triomphe
qu'on ne puiffe attendre du coude
veritables Anglois , gouvernez
& conduits par un Prince
, qui leur a cy- devant rendu
la victoire fi familiere.
&
En témoignage de quoy , nous
avons figné la prefente Adreffe ,
y avons fait pofer noftre
Sceau public , ce buitiene jour
du mois d'Octobre 1688. & l'an
quatrième du Regne de Voftre
Majesté.
Le Roy fit publier une Proclamation
pour rendre aux
Communautez leurs ancien-
T
3. Part
.
218 III . P. des Affaires
esChartes, & les rétablir dans
leurs anciénes libertez , droits
& franchises . Elle portoit que
faMajeſté étant informée que
plufieurs Actes par lefquels
les Communautez avoient
rendu leurs Chartes , n'eftoient
point encore enre .
giftrez dans fes Cours de Juftice
, & que l'on n'avoit
point encore non plus enregiftré
les payemens fur les
Quo VVarranto , ou autres
procedures contre ces mêmes
Communautez , ce qui mettoit
Sa Majeſté dans le pouvoir
deles laiffer dans le mêdu
Temps. 219
me eftat qu'elles eftoient
avant la reddition de leurs
Chartes , Elle publioit & declaroit
que par une faveur fpeciale
& toute particuliere, Elle
remettoit en vertu de catre
Proclamation , par l'ordre de
fon Confeil , & par un Acte
figné de fa main, & contrefigné
du Preſident de fon
Confeil Privé, lesCommunautez
au mefme eftat où elles
étoient durant le regnedu feu
Roy Charles II . fon Frere, de
glorieufe memoire, & avant
qu'elles euffent rendu leurs
Chartes , & que l'on cuftpro-
Tij
220 III . P. des Affaires
noncé aucun Jugement con
tre elles fur les Quo V.Var
ranto , ou autres informations.
Le 15. Octobre, vieux ſtile,
le Prince de Galles fut folemnellement
baptifé dans
la Chapelle du Palais de Saine
James , & nommé Jacques-
François- Edouard . Le Pape
reprefenté par fon Nonce
eftoit le Parrain , & la Reine
Doüairiere d'Angleterre en
fur la Maraine. Le Roy & la
Reine affifterent à cette Ceremonie
avec un grand nombre
de Seigneurs , de Perfondu
Temps.
221
nes de la premiere qualité
de l'un & de l'autre Sexe , &
un grand concours de Peuple.
Voilà ce qui ſe paſſoit en
Angleterre , pendant que
toute l'Europe eftoit attentive
aux preparatifs du Princc
d'Orange pour envahir
cet Etat. Je ne fais point de
raifonnemens fur les affaires
de ce Royaume , il faudrois
eftre plus habile que je ne
fuis , & avoir le don de deviner
pour en faire de juftes.
Il faut voir prefentement ce
que dit le Pape lors qu'on
Tiij
222 III . P. des Affaires
luy apprit la verité des mouvemens
que l'on faifoit en
Hollande contre l'Angleterre
.
Le Pape qui eftoit fortement
perfuadé par les continuelles
affurances que l'Empereur
luy en faifoit donner,
que l'armement
du Prince
d'Orange n'eftoit que pour
inquieter
la France , & pour
faire diverfion
des Troupes
.
qu'elle auroit pu envoyer du
cofté de Cologne
, ne répondoit
rien à ceux qui luy difoient
qu'on le deftinoit contre
l'Angleterre
, & fe condu
Temps.
223
售
tentoit de les écouter d'une
maniere qui faifoit voir qu'il
rioit dans fon ame de l'aveuglement
où il les croyoit .
M' le Cardinal d'Eftrées
fur un de ceux qu'il n'écouta
pas , & M' le Cardinal
Howard , perfuadé par
les Agens de la Maifon d'Auftiche,
& par tout fon party,
n'eftoit pas moins incredule
fur cet article que Sa Sainteté.
L'Envoyé d'Angleterre à
Rome qui n'avoit point
tant de liaison avec les Partifans
de l'Empereur que
cette Eminence qui faifoir
Tiiij
224 III. P. des Affaires
fon fejour ordinaire à Rome,
panchoit bien plus à croire
les avis de M le Cardinal
d'Eſtrées , qui en receut enfin
de fi certains , qu'il falloie
eftre auffi prévenu que le Pape
pour ne les pas croire. Le
mefme Envoyé receut auffi
là - deffus des Lettres du Roy
fon Maiftre. Elles eftoient
pofitives, & ne laiffoient non
plus douter du veritable fnjet
de l'armement , que d'une
chofe qui euft déja éclaté .
Le Nonce du Pape en Angleterre
l'écrivit en mefme
temps , avec ce qui s'eftoit
du Temps.
223
paffé dans ce Royaume- là à
cette occafion . Sa Sainteté
n'eut pas fitoft appris ces
nouvelles qu'Elle s'écria, Ah:
l'Empereur m'a trompé! & pourfuivit
d'un ton plus bas &
plus languiffant , ou plutoft on
l'a trompé luy mefme . Que le
Pape & l'Empereur ayent efte
trompez, ou non , cela ne les
rend pas excufables à l'égard
du Roy , & foit que la Reli
gion en deuft fouffrir en
France ou en Angleterre . c'e
ftoit toujours confentir à des
chofes dont il ne fe pouvoit
qu'elle ne receuft quelque
226 III. P. des Affaires
atteinte ; & tout eft à craindre
en matiere de Religion ,
parce que les guerres qu'elle
caufe deviennent plus violentés
que les autres , & produifent
tout à coup un embrafement
univerfel dans
les Etats où elles s'allument
.
Je repaffe d'Italie en Hollande.
Le Prince d'Orange
aprés avoir tenu fon Projet
caché autant qu'il eftoit poffible
qu'il le fuft , excepté
à la penetration de la France,
fit achever fon armement
avec une extréme diligence,
au lemps .
227
Il avoit d'autant plus d'intereft
à le preffer qu'il n'ignoroit
pas que lors qu'un deffein
eft decouvert , il eft dangereux
d'en reculer l'execution,
à cauſe qu'un pareil retardement
donne temps
celuy qu'on veut attaquer ,
de prendre des mesures pour
fe défendre.
à
Toute l'Europe attendoit
à voir de quelle maniere les
Etats s'expliqueroient fur
l'attentat du Prince d'Orange
, aprés la declaration
qu'ils avoient faite au Roy
d'Angleterre , & que je vous
228 III. P. des Affaires
ay raportée en propres termes.
Il eftoit viſible que le
Prince d'Orange ne pouvoit
faire feul un armement fi
confiderable , & que toute la
Flote n'eftoit prefque compofée
que de Vaiffeaux appartenans
aux Etats. Cela étant
, rien n'eftoit plus ridicule
que de dire , comme le
bruit commençoir à s'en répandre
, que les Etats n'entroient
point dans cette Af
faire , mais qu'ils preftoient
des Troupes au Prince d'Orange,
comme fi les Etats &
le Prince d'Orange euffent
du Temps. 229
fait deux Corps , & qu'ils euffent
eu des interefts feparez.
C'eſtoit la meſme chofe que
fi l'on euft dit que leRoy ne
faifoit point le Siege de Phi
lisbourg, mais qu'il preftoit
des Troupes à Monseigneur
le Dauphin. Enfin le Prince
d'Orange eftant fur le point
de
partir
clarerent
par un écrit
intiles
Etats fe deculé
i
230 III . P. des Affaires
Extrait des Refolutions
des hauts & puiffaus
Seigneurs les Etats
Generaux des Provinces
unies .
Le Prince d'Orange ſe
découvrit auffi , mais plus
qu'il ne penfoit , dans l'Adieu
qu'il fit aux Etats , &
le Miniftre Meynatd parla
dans la priere publique qu'il
fit à l'iffuë de fon Sermon, le
jour de Jeûne qui fut ordonné
en Hollande pour attirer
La Benediction du Ciel fur
du Temps. 231
cette injufte entrepriſe , avec
la mefme imprudence & le
mefme aveuglement , qu'avoient
fait les Etats dans leur
Ecrit , & le Prince d'Orange .
dans fon Adieu , deforte que
la Priere , l'Ecrit & l'Adieu
ſe dementent , font pleins de
contradictions
, & prouvent
que
l'ambition du Prince
d'Orange l'a porté à vouloir
envahir l'Angleterre , lors
qu'ils veulent perfuader le
contraire. Je vais répondre à
toutes leurs raifons , & à tous
les endroits qui fe contredifent
par un raiſonnement
232 III . P. des Affaires
qui ne fera qu'un Corps , &
dans lequel je feray entrer
par Articles , prefque tous les
difcours & Ecrit que j'entreprens
de combatre , ce
qui ne me fera pas difficile,
tant il eft aifé de les refuter
pour peu que l'on s'y appli
que.
Qui ne croiroit lors qu'on
entend parler les Etats de
Hollande avec tant de confiance
& de hauteur , qu'ils
font les Arbitres de toute la
Terre, ou qu'ils compofent.
cette Republique Romaine
qui fe vantoit dans l'éclat de
du Temps.
232
fa gloire & de fa profperité
de donner la loy au reste du
monde ? L'Angleterre fans
doute attendoit aprés de tels
liberateurs que les Hollandojs
; & ce Royaume , fi fujet
aux agitations & auz
changemens , n'avoit point
encore eu le bonheur de
trouver de Puiffance Etrangere
qui prift la liberté de
regler fes interefts , ce qu'il
doit croire , & quelle doit
eftre fa Religion.
En effet , pour montrer la
temerité de l'entrepriſe infoûtenable
du Prince d'OY
3. Part
.
234 III. P. des Affaires
range & des Etats de Hollande
, il ne faut que jetter
les yeux fur tout ce qui s'eft
paffé en Angleterre depuis le
changement
du Roy Henry
VIII . jufques à prefent . On
verra par tant de ſituations
differentes
où ce Royaume
a
efté depuis plus d'un Siecle ,
que le changement
de Religion
n'a pas efté capable de
faire changer de Souverain
,
& qu'aucun Etat de l'Europe,
avant la Hollande, ne s'eftoit
avifé de vouloir ufurper
l'Angleterre
, fous pretexte
que le Roy fait profeffion
du Temps.
225
ouvette de la Foy Catholi
que .
On fcait qu'Henry VIII.
quitta cette Religion en
1533. & avec quelle furie il
perfecuta l'Eglife , qu'il venoit
de défendre fi glorieu
fement contre les blafphêmes
de Luther. Cependant
-ce Prince qui avoit eſté follicité
fi puiffamment d'enbraffer
le Lutheranifme depuis
fon Apoftafie , fut touché
des remords de fa conf
cience, & voulut rentrer dans
le fein de l'Eglife Catholique
en 1541. ce que Dieu ne per-
V ij
236 III. P. des Affaires
mit pas pour ce temps-là ; la
Diete qui fe tenoit en Allemagne
par les Eftats de l'Empire
, s'eftant feparée fans que
le Roy d'Angleterre y trouvaft
ce qu'il fouhaittoit ; c'eſt
à dire , de fe raccommoder
avec le Pape , de maniere que
l'honneur de la Majeſté
Royalen'y fuft point bleſſé .
Cette reunion ayant donc
manqué . Henry recommença
à parfecurer les Ecclefia-
Atiques avec autant de rigueur
qu'auparavant , & à s'emparer
de leurs biens , juſqu'à fà
derniere maladie qui arriva
du Temps. 237
en 1547. Il fit alors appeller
les Evefques pour les confulter
fur les moyens de fe reconcilier
avec l'Eglife Catholique
, & penfa ſerieuſement
aux affaires de fon falut
. Vingt-cinq jours avant fa
mort il commanda qu'on ouvrift
l'Eglife des Cordeliers
pour fervir de Paroiffe . Il y
fit dire la Meffe , & la donna
à la Ville de Londres , avec
l'Hoftel - Dieu de Saint Barthelemy,
qu'il augmenta d'un
revenu de mille écus . Par
fon Teftament il fit beaucoup
de legs pieux , fit ce
238 III . P. des Affaires
qu'il put pour rétablir la Foy
Catholique , communia fous
une espece , & donna en mourant
des marques fenfibles de
refpect pour le Saint Sacrement
. & de regret fincere de
fes crimes , en repetant fouvant
ces paroles , Nous avons
tout perdu.
Edouard VI. fucceda àfon
pere , le 28. Janvier 1547. Il
n'eftoit âgé que de neuf ans
& quelques mois , & fut mis
fous la tutelle de feize Seigneurs
qu'Henry VIII . avoit
nommez pour gouverner le
Royaume fous l'autorité
du
Temps.
239
de fon Fils , pendant qu'il
feroit mineur . Douze Che
valiers avoient eſté ajouſtez
aux feize Tuteurs , pour leur
fervir de Confeil , & tous
avoient ordres exprés du
Roy Henry de retablir la
Religion Catholique en Angleterre,
& de faire élever le
jeune Roy Edouard dans cette
créance ,
Cependant Edouard Seymer,
Comte d'Herford , & depuis
Duc de Sommerfet, qui eftoit
Oncle du Roy , & qui avoit
la qualite de Protecteur du
Royaume , fe rendit auffi
240 III . P. des Affaires
Protecteur de l'Herefie , &
donna le moyen aux Lutheriens
de s'établir en Angle
terre. Le jeune Roy fut donc
élevé dans l'Herefie , contre
l'intention & les dernieres
volontez d'Henry VIII . & il
n'y eut parmi les Grands , que
la Princeffe Marie qui fe conferva
dans la Religion Catholique
, au milieu d'une Cour
fi corrompuë.
Edouard VI. eftant mort
en 1553. agé de plus de 16 ans ,
& ayant laiffé par ſon Teſtament
le Royaume à Jeanne,
Fille du Duc de Suffolk , au
prejudice
du Temps . 241
prejudice de Marie & d'Élis
fabeth , Filles de Henry VIII .
La Princeffe Marie , dont je
viens de parler , fut declarée
Reine d'Angleterre
& legitime
heritiere , & elle fe mit
en poffeffion de ce Royaume.
Cette pieuſe Princeffe qui
eftoit Catholique
, comme
Vous venez de voir , rétablit
la veritable Religion dans
fon Royaume , rendit le pre
mier luftre aux Eglifes , & fit
changer de face aux Affaires
enforte que l'on pouvoit ef
perer une deftruction generale
du Schifme & de l'He-
3. Part. X
242 III . P. des Affaires
Tefie , s'il euft pleu à Dieu de
continuer plus long- temps
une vie fi precieuſe aux Fidelles.
Cete Reine esant donc
décedée au Palais de Saint
James , le 17. de Novembre
1558 Elifabeth fa Soeur , Fille
du Roy Henry VIII . & d'Anne
de Boulen . luy fucceda.
On fçait affez que cette Princeffe
, qui jufqu'alors avoit
profeffé publiquement
la Foy
Catholique , eftant parvenue
à la Couronne d'Angleterre .
changea de Religion . dans
la crainte que le Pape qui
du Temps . 243
avoit declaré nul le mariage
du Roy fon Pere avec Anne
de Boulen , ne fuft tenté dans
la fuite de la declarer auffi
incapable de fucceder à la
Couronne, comme eítant née
d'une perfonne dont Sa Sainteté
n'avoit pas approuvé le
mariage.
Elifabeth alarmée de ces
craintes que les Heretiques
avoient foin de nourrir , ne
trouva point de moyen plus
affeuré pour elle , que de fecoüer
entierement le joug de
l'Eglife Romaine, Elle rappella
les Heretiques, défendit
X ij
244 III . P. des Affaires
aux Catholiques de prefcher,
& fit affembler un Parlement
le 23 de Janvier 1559. dans lequel
elle fe fit declarer Chef
fe
Anglicane
&
de
4
tous les
obligea par un Edit
Grands
& les principaux
du
Royaume
de la reconnoiftrc
dans cette qualité. Voicy
le
Serment
de la mefme maniere
qu'il fe trouve dans un
Hiftorien
fidelle , qui écrivoit
il y a prés de cent ans.
Je N... Jure entierement
&
declare en ma conscience
que la
Reine eft feule Souveraine
Gouvernantes
tant de ce Royaume
du
Temps. 245
d'Angleterre , que de tous les
autres Domaines , Seigneuries
& Regions de Sa Maj :ſtés non
moins és caufes fpirituelles &
Ecclefiaftiques, qu'és temporelles,
que nul Prince Estranger ,
Perfonne, Prelat , Eftat , ou
Potentats , n'a en ce Royaume
fait defait , foit de droit aucune
Furifdiction , Puiffance , Superiorité
, preeminence , ou autorité
Ecclefiastique , ou fpirituelle;
& partant je renonce entierement
, c rejette toutes les ¿º
autres Furifdictions , puiffances ,
fuperioritez autoritez. Et je
promets de prefter fermert en
X
iij
246 III. P. des Affaires
aprés à la Royale Majesté && à
fes Heritiers & legitimes Succeffeurs
que je ferviray fidellement
; & que je foutiendray &
deffendray de toutes mesforces's
Toutes les Jurifdiction sprivileges,
préeminences & autoritez lef
quelles ont esté accordées
competentes à la Royale Ma-
Jefté , àfes Heritiers & Succeffeurs
ou quifont annexes &
unies à cette Couronne Royale.
Ainfi Dien me foit en aide &
fes faints Evangiles.
鉴
Ce fut ainfi que cette Reyne
abolit la Religion Catho
lique en Angleterre
; & fans
du Temps. 247
m'engager dans un détail
plus long , il fuffit de remarquer
que fon Regne & ceux
qui ont fuivy jufqu'au Roy
d'à prefent, n'ont eſté qu'une
fuite de perfecutions
pour
les Catholiques
.
J'ay cru que cet abregé de
l'hiftoire des changemens arrivez
en Angleterre depuis
plus d'un Siecle & demy ,
eftoit neceffaire pour montrer
, 1. Que ce n'eft pas d'aujourd'huy
que ce Royaumelà
a eu des Monarques qui
ont changé de Religion , 2 .
Que felon la remarque d'un
X iiij
248 III. P. des Affaires
a
Ambaffadeur Italien , Il n'y a
Nation au monde plus attachée
fes Princes , & qui ait plus de
refpect pour la Religion qu'ils
profeffent , que l'Angloife , &
que l'exemple & l'autorité du
Prince peut tout en leur endroit .
3 Que les Anglois ont encore
plus d'averfion pour les Calviniftes
que pour nous , d'où
vient qu'ils appellent l'Af
femblée de ces Heretiques
,
une vraye Mosquée .
C'est donc un
pretexte
faux & remply de tromperies
que de vouloir faire croire à
toute l'Europe que
la Nation
du Temps. 249
Angloife appelle à fon fecours
le Prince d'Orange ,
à cauſe que le Roy eft Čatholique
, puifque nous venons
de voir dans l'espace de
cent cinquante ans l'Angleterre
obeir à des Princes de
Keligions toutes differentes ,
fans que ce Peuple ait fongé
à changer de Souverain , difant
avec cet Ancien , il eft
vray que la liberté est en recommandation
chez nous , mais
la plus belle & fainte ordonnance
que nous ayons , c'est celle qui
"nous commande d'honorer , de
fervir , & reverer le Roy comme
250 III. P. des Affaires
l'Image du Dieu vivant .
Mais quand il feroit vray
que la Nation Angloise eust
murmuré fait des plaintes ;
par quelle autorité & par quel
droit le Prince d'Orange &
les Etats fe veulent- ils eriger
en Juges Souverains des differens
qui peuvent naiſtre entre
les Souverains & leurs Peuples
?
Ils fe plaignent de ce que
le Roy empietioitfur les Loix
fondamentales ,& qu'il travailloit
à les détruire par l'introduction
de la Religion Catholique.
Avant que de renverfer cette
du Temps. 251
chimere , il eft bon de faire
voir à ces Meffieurs , & principalement
au Prince d'Orange
qui veut paroiftre fi
zelé défenfeur des Loix &
des Privileges du Royaume
d'Angleterre , que felon ces
mefmes Loix fon invafion
injufte le rend luy & tous
fes adherens & complices ,
incapables de fucceder au
Royaume d'Angleterre &
criminels de Leze- Majefté.
Voilà ce qu'on appelle avec
plus de juftice que Meffieurs
de Hollande , empieter fur les
Loix fondamentales , & tra252
III . P. des Affaires
vailler à détruire le Royaume.
C'eft ce qu'on trouve dans
la Loy qui fut faite par
un Edit donné dans la premiere
feance du Parlement ,
aſſemblé le vingt trois Novembre
1567. Voicy l'Edit
felon l'ancienne traduction
que je n'ay pasicru devoir
changer. Nous eftant manifeftement
apparu que plufieurs
complots & menées depuis nagueres
ont esté dreffées ; & en-
&
treprifes , auffi bien que
delà la
Mer és Pais Etrangers ,
forains , que dans ce Royaume,
au grand danger & prejudice
du
Temps . 253
de la Trs- Royale perfonne de
fon Alieffe , & à l'extréme ruine
du bien public , fipar la mifericordieufe
providence de Dieu la
chofe n'euft esté revelé : Pour
cette caufe , & afin de prevenir
les grands perils qui autrement
pourroient croistre par cy - aprés,
par le moyen de telles pratiquss
deteftables diaboliques , à
l'humble pourfuite, & ferieufe
demande des Seigneursfpirituels
& temporels, & du Tiers eftat,
en ce prefent Parlement aſſemblez
de l'autorité dudit
Parlement , foit fait un Acte ,
enregiflré : Que s'il a vient
254 III. P. des Affaires
falle
aprés la fin de cette preſente
feffion du Parlement, qu'aucune
-ouverte invaſion, ou rebellionfe
ou dreffe dedans aucun des
Royaumes ou Seigneuries de fa
Majefté ; ou fi aucune chofe eft
attentée , tendante au detriment
defa tres- Royale perfonne , pour
faveur d'aucune perfonne
voulant ou pouvant pretendre
aucun droit à la Couronne de
ce Royaume , aprés le deceds de
faMajefté: ou fì ancune chofe eft
projettée ou imaginée au prejudice
de fa Royale perfonne , par au
cun pretendant tel droit , ou de
fon confentement , Science , ou
du
Temps. 255
intelligence du fait , qu'alors par
commiffion defa Majesté, exper
diée de fon grend Sceau , les
Milords autres de fon Confeil
privé , le nombre de 24.
au moins affiftez d'aucuns des
Fuges des Cours qu'on appelle
de Recorde à VVeftmonster ,
tels qu'il plaira à Sa Majefté
d'apointer
Gordonner
pour ce regard , ou la plus
grande partie dudit Confeil, Milords
& Fuges auront pouvoir
autorité en vertu de cette
Ordonnance, d'examiner toutes
chacunes telles offenfes fuf-
-dites , & toutes les circonstan256
III . P. des Affaires
-
ces d'icelles , & là deffus donner
Sentence ou jugement , felon
qu'ils verront par bonnes preuves
le cas le requerir. Et aprés
telle Sentence ou jugement donné
declaration d'iceluy faite &
publiée par les Lettres de Sa
Majefté , fous le grand Scean
d'Angleterre toutes perfonues
contre lefquelles telle "Sentence
ou jugement aura efté donné ,
publié en la manierefufdite ,feront
forclofes , deshabilitées ,
rendues incapables à jamais
d'avoir d'amardé , ou pretendre
aucun droit à la couronne de ce
Royaume
ou en aucune Seidu
Temps. 257
gneurie de Sa Majesté , nonobftant
toutes Loix precedentes ou
Statuts à ce contraires. Et en
vertu de cette Ordonnance : &
de la Commiffion de Sa Majefié
fur icelle tous les Sujets de Sa
Majefté pourront justement par
tous moyens possibles , foit par
voye de fait ou autrement
poursuivre à la mort telle per
fonne méchante e perverſe, par
laquelle ou par le moyen , confentement
ou privauté de laquelle
, aucune telle invafion ,
attentat on rebellion en forme
fufdite fera dénoncée avoir efté
faite , ou qui ait attenté , pro-
3. Part. Y
258III. P. des Affaires
jetté ou imaginé tel mechant
acte contre la Perfonne de Sa
Majefté , &femblablement tous.
leurs coadjuteurs
, fauteurs
adherens ou complices . Et fi
quelque Acte femblable venoit
à eftre executé contre la tres-
Royale Perfonne de fon Alteffe,
par laquelle la vie de Sa Mar
jesté luy fust oftée dont Dien
de fa grande mifericorde la
veuille preferver alors toutes
perfonnes par , ou en faveur def
quelles tel acte aura efté execu
té , & leurs hoirs participans en
aucune maniere , confentans , ou
ayans intelligence de tel forfaits
f
du
Temps. 259
feront en vertu de cette Ordon
nance deboutez rendus inhabiles
à jouir , demander ou
pretendre la Couronne de ce
Royaume , ou autre quelconque
des Seigneuries de fon Alteffe ,
nonobftant toutes les loix precedentes
, ou Statuts quelconques
à ce contraires.
N'est-ce pas là un portrait
bien reffemblant au Prince
, d'Orange , qui trouve
dans une loy fi autentique de
tout le Parlement d'Angleterre,
la condamnarion
de
fon injufte entreprife ? Erafin
que l'on puiffe remarquer
V
Y ij
260 III . P. des Affaires
combien cet Edit que je viens
de rapporter , a de force dans
l'affaire dont il s'agit aujourd'huy
, il eft bon de fe fouvenir
que le Parlement d'Angleterre
eft une affemblée des
trois Etats du Royaume , qui
fe tient une fois ou deux l'année
, plus ou moins , felon la
neceffité , & lors que le Prince
le juge à propos . Il eft
compofé des Pairs du Royau-.
Ecclefiaftiques & Seculiers,
des Barons , Chevaliers ,
& des Députez des Provinces
& des Villes. Dans ce
* Parlement il y a deux Chamme
du
Temps.
261
*
bres, fçavoir la Chambre
Hauté & la Chambre Baffe.
La premiere eft compofée
des Princes du Sang , des Archevefques
, Evefques des
Ducs , Marquis , Comtes &
Vicomtes , & c'eft generalement
ce qu'on entend pår le
mor de Milords. 2 on
La Chambre Baffe eft com
pofée des Barons , Sindics ,
& Députez des Provinces &
des Villes. Le Roy d'Angle
terre ne peut faire aucune
loy , en ce qui concerne le
Royaume , fans l'approbation
& le confentement de cé
262 III. P. des Affaires
Parlement. Il ne peut decla
rer la Guerre ou faire la Paix,
non plus que des Ordonnances
, fi le mefme Parlement
n'y confent . Le Roy y affilte
reveſtu de fes habits Royaux,
le jour de l'ouverture , & le
jour de la conclufion , ou derniere
Seance. Sa Majefté
propofe ce qui eft de fon intention
, enfuite la Chambre
Haute mande fon avis à la
Chambre Baffe, pour fçavoir
fon
fentiment , qui eftant rapporté
à la Chambre Haute,
on arrefte l'affaire felon l'avis
& le
confentement des deux
Chambres.
W.
du Temps . 263
Voilà de quelle maniere
on a étably la Loy que je
viens de rapporter tout au
long . Le Prince d'Orange y
trouve fa condamnation formelle,
il y eft declaré rebelle ,
criminel de leze Majefté , inhabile
& incapable de fucceder
jamais à la Couronne
d'Angleterre, non feulement
luy, mais encore tous ceux &
celles enfaveur de qui il pour-
Toit agir , ou par le confeil
de qui il a formé fon entreprife
infoûtenable . Tout eft
pofitif dans cette Loy , il n'y
a point d'exception , moins
1
264 III. P. des Affaires
encore d'ouverture pour le
pretexte de Religion , ou de
murmures imaginaires , que les
Etats de Hollande font fon !
ner fi haut, ubno ) i ovuon
‚ ' ' Il faut encore remarquer
que ce Prince rebelle , à qui
L'on donne un fecours de Vaiffeaux
& de Troupes en mefme
temps qu'on protester que
c'eſt pour contribuer au re
pos de l'Angleterre , témoi
gne que ce qui Poblige à fe
donner tant de mouvemens ,
c'est parce que Sa Majesté
Bittannique empiere fur les loix
fondamentales. Qu'il eſt zelé
pour
zoi du Temps . 111865
pour les loix fondamentales
d'Angleterre , ce Prince a
veugle qui viole toutes les
foix divines & humaines
- 305 , 11, га
pour détrôner lon
Sang , fous pretexte de
une Religion
teger qu'il ddée…
Teers US ON
telte dans le fond de fon
coeur ,& qui eft contraire à la
Religion qu'il profeſſe pour
Te
mos
autant que la
Rellgion
que ! Qu'il falle
53011.50 1951
fon à pas
no
violer une
on luy
oppofe
โวย ไวใบ
ou s '
cette melme loy , qui rejecte cette i
eft autorisée par tout un Par-
3. Part. Z
266 111. P. des Affaires
lement, & qui condamne for
invafion , qu'il nous permette
STOLY TUŻ Olepov
de faire remarquer , qu'en
mefme temps qu'il veut paroiltre
fi zelé pour les
les pog
fondamentales
, il s'en declare
infracteur public au premier
chef : c'eſt une barriere que
les Anglois peuvent oppoſer
au Prince d'Orange , & qu'il
n'eft pas affez puiflant pour
forcer avec toute la Flote &
tous fes Canons .
•20OLI 91
Mais quelles font ces loix
fondamentales , fur lefquelles
Meffieurs de Hollande
pretendent que le Roy d'Andu
Temps.
267
gleterre a empieté, & qu'il trávailloit
a détruire , par l'introduction
de la Religion Catholique.
Il eft vray que Sa Majesté
Britannique a taſché de
procurer
plus de liberté & de
repos aux Catholiques , en
abolifant, fi cela fe pouvoit ,
par des voyes douces & raifonnables
, les loix penales
contre les Catholiques , & lé
Terment du Teft.
Les loix penales font de
deux fortes, ou pecuniaires ou
capitales. Les peines pecuniaires
obligent à des Amen-
Z ij
268 III. P. des Affaires
des qu'on eft obligé de payer
pour avoir agy contre la difpofition
des loix du Royaume.
Je ne m'arrefteray pas à
rapporter toutes les peines
marquées dans les Edits des
Roys Proteftans de la grande
Bretagne , depuis le Schifmǝ
de Henry VIII. c'eft affez de
citer celle cy qui eft l'une
des 21. publiées par ordre
d'Elizabeth le 28. d'Octobre
1559 .
1. Quiconque fera refractaire
, d'aller , & affifter aux
Affemblées des Proteftans , pour
faire ouir le Service Divin,
du Temps.
269
fi tels refractaires paffent l'âge
de feize ans , ils payeront
pour ch
chacun mois de leur abfence
20. livres , monnoye & valeur
d'Angleterre & qui font 70. écus Y
que s'ils ne peuvent payer,
feront retenus en priſon, juſqu'à
ce qu'ils ayent le moyen de
payer.
its
Les loix capitales ou afflictives
fe conçoivent facilement
par l'exemple de celle
qui fuit, & qui eft la premiere
des 21. que la mefme Reine
Elizabet fit publier au méme
jour que celles dont je viens
de parler.
Z iij
270 III . P. des Affaires
1. Quiconque dira, écrira, ou
affeurera par quelquefaçon que
foit , mefme en eftant prié ,
aura confeffé que le Pontife
Romain foit chef de l'Eglife
Anglicane , ou qu'il ait quelque
puiffance en ce Royaume fur les
chofes Ecclefiaftiques , qu'il foit
eftimé criminel de leze-Majefté,
&puny de la mefme peine enjointe
aux traiftres publics.
Le Serment du Teſt , done
on a tant parlé depuis dix
ans , fut refolu au Parlement
tenu à Londres en 1678. Le
voicy traduit en noftre Languc.
• du Temps. 271
ÖSER MENT DU TEST.
.airtalebi
May N. Fatefle , juftific &
declare folemnellement &fincerement
en la prefence de Dieu ,
que je croy que dans le Sacrement
de la Cene duSeigneur iln'y
a aucune tranfubftantiation des
limens du pain & du vin dans
Le corps & le fang de Chrift
dans & aprés la confecration
faite par quelque perfonne que
ce foit ; & que l'invocation on
adoration de la Vierge Marie
de 1out autre Saint , & le
Sacrifice de la Meffe , de la
maniere qu'ils font en uſage à
ои
Z
iiij
272 III . P. des Affaires
31
prefent dans l'Eglife der Rome,
est fuperftition & idolatrie.
On cft aufff oblige en faifant
ce Serment de jurer
qu'on le fait fans aucune teticence.
C'est le propre
terme ) ou restriction mentale,
cela eft caufe qu'il n'y a
point en Angleterre de veritables
Proteftans dans les
charges , par ce que les honneftes
gens qui croyent à la
Religion qu'ils profeffent, nè
veulent point faire de ferment
, qui ne foit entierement
conforme à ce qu'ils
croyent . On
peut remarquer
297183 du Temps.
273
hue
a
و
en paffant que le Prince d'OBge
ne doit point s'accomfoder
beaucoup de cette
Profeſſion de foy qui n'eſt pas
fivorable à la verité à la
trans ſubſtantiation mais
auffi qui ne fe declare point
contre la prefence réelle .
Detour ce que je viens de
rapporter , il eft fort facile
de conclure , que les Catholiques
ayant efté perfecutez
avec tant de feverité en Angleterre
, jufqu'au Regne du
Roy d'a prefent , & ce Prince
eftant de cette Religion , on
auroit bien peu de juftice de
ས
274 III. P. des Affaires
..
vouloir contraindre un Souverain
jufqu'à cet excés que
de le faire l'ennemy de fa
propre Religion , ou de ne
luy pas permettre de cher
cher des adouciffemens paci
fiques pour faire refpirer une
Eglife qu'il fuit & qu'il chegit.
Récrions - nous donc avec
le Miniftre Menard , mais
dans un efprit bien different
du fien, pourquoy ſe mutinent
les Nations de la Terre , & les
Princes confultent ensemble
contre l'Eternel & contre fon
Qingt ? Un Roy eft l'Oingt du
du Temps. 275
Seigneur
, comme
il dit luymême
par fon Prophete
, & cependant
des Etats Etrangers
conjurent
aujourd'huy
, par
un attentat
digne d'execra
tion , de détrôner
ce Roy ,
& de mettre trois Royaumes
en proye , fans autre raison
que l'ambition
, la vangeance
& le defir d'opprimer
, s'ils
pouvoient
, la veritable
Religion
.
é-
Ce n'eft pas affez; le Royaume
d'Angleterre
eſt trop
clairé , pour ne pas voir jufques
où va la délicateffe de
confcience
des Eftats qui
276 III. P. des Affaires
de
il
fe vantent icy avec fi peu
fondement , d'eftre pouffez
par le zele de Religion. Si
ceļa cftoit, & que le maintien
des Loix fondainentales de
d'Angleterre fuft encore l'objet
de leurs mouvemens ,
faut donc que le Prince d'Orange
prefte le ferment du
Teft , il faut qu'il change de
Religion ; la creance de l'Eglife
d'Angleterre auroit fous
fon Regne les mefmes défiances
& les mefmes apprehenfions
fans cela . Ce n'est donc
plus la Religion qui le fait
agir s'il eft prest d'en chandu
Temps . 277
ger , outre qu'un Prince qui
feroit preft d'embraffer une
nouvelle Religion , par poli,
tique ou par intereft , ne doit
pas infpirer une idée fort
avantageufe de fa perfonne ;
ou bien s'il perfiftoit dans la
fienne , qui eft oppofée à la
Religion Anglicane , ce
Royaume auroit encore un
Roy de differente Religion ,
ce qui feroit s'expofer de
nouveau à de plus grands
changemens,
Meffieurs de Hollande ré
pondront fans doute que l'on
ne pretend rien innover,
278 III . P. des Affaires
1
qu'ils veulent ſeulement donner
un fecours de Vaiffeaux &
de Troupes pour empefcher un
defordre general dans ce Royaume
, en offant aux Catholiques
ues le repos dont ils commençoient
à jouir , d'autant
plus que ces démarches excitoient
une telle averfion contre le Roy ,
qu'on n'en pouvoit attendre
qu'une confufion generale , c.
Que ces Eftats font attentifs
au repos des Royaumes
& qu'ils ont de charité pour
diffiper l'averfion qui peut
eftre entre les Peuples d'Angleterre
& leur Souverain !
1
29715 du
Temps.
279
CC
Fant de Brigues fecrettes
qu'ils ont faites pour entretenir
la divifionaidanse
Royaume- là, principalement
depuis cinquante ans , font
Bien voir qu'ils cherchent
autre chofe que le repos &
Pe Bien d'une Monarchie ,
qu'ils feignent aujourd'huy
de vouloir fecourir. En effet ,
Hs déclarent un peu aprés
que lePrince & la Princeffe d'Orange
ne pouvoient pas voir les
differends & divifions dont le
SUC
Royaume
d'Angleteit
agité ,fans danger d'eftre exclus
de la Couronne. Voilà fans
280 III
. P.
des
Affaires
doute le veritable motif d'u
ne entrepriſe & d'une invafion
fi injufte . La naiffance
d'un Prince & d'un Succef
feur legitime aux Etats de la
grande Breragne , a reveillé
Pambition de ceux qui , fe
voyent par la fruftrez de
l'efperance qu'ils avoient de
regner un jour. Ce furcroift
de benedictions
, que Dieu
a pris p'aifir de verfer fur la
tefte d'un grand Prince ſelon
fon coeur , eft devenu un fu- u an fujet
de defefpoir à plufieurss
& c'eſt la veritable cauſe d'u
ne intrigue qui fera en hordu
Temps.
281
.
&
Youreur
à tous les fiecles à venir.
Mais d'où vient que les
Etats prennent la liberté de
fe declarer ainfi les
des Royaumes ; & par quelle
bateurs
autorité le Prince d'Orange ,
a- t-il receu endepoft le Salut
de cet Estat dont le foin luy
eft confiés fi nous les env
lions croire ? Ils ne font pas
plus équitables lors qu'ils appellent
une entrepriſe loüable ,
ce que tout autre qu'eux trai
tera toûjours d'ufurpation injufte
& contraire à toute les
loix divines & humaines .
Qui ne fremit de voir avec
3. Part. A a
282 III . P. des Affaires
combien de liberté l'on fe
joue icy de la bonne foy de
toute l'Europe , lors qu'on
vient dire , que pour travailler
au falut & à la paix d'Angleterre
, il falloit paßer dans ce
Royaume- la avec des forces militaires
?
Ce n'eft pas tout ce qui eft
caufe des mouvemens que les
Etats de Hollande fe donnent.
Ils avoüent franchement
qu'ils ne peuvent foufles
Roys de France &
frir
que
de la grande Bretagne foient
dans une tres-bonne intelligence
amitié. Cela les incom
du
Temps:
183
>
mode, & ils craignent que le
Roy de France n'estant pas bien
intentionnépour la Hollande,fi
le Roy de la Grande Bretagne
pouvoit parvenir dans fes Royaumes
à faire reuffer fes deffeins ,
ces deux Royspar intereft d'Etat,
par haine animofité contre
la Religion Proteftante taf
cheroient de renverfer entierement
cet Etat, & mesme l'eneantiroient
, s'il estoit poffible,
Il ne faut pas oublier de
remarquer en paffant avec
combien peu de refpect ces
Meffieurs traittent la Majefté
Royale mais fur tout il faut
A a ij
284 III. P. des Affaires
admirer comment ils ont pu
laiffer échaper une verité qu'-
ils avoient intereft de cacher:
Ce n'eft donc plus le defir de
·fecourir la Nation, qui les fait
remuer , mais leur unique intereft
. Ils tombent d'accord
qu'ils craignent la colere de
deux Puiflances juftement irritées
contre leur infidelité.
Ils ne peuvent éviter l'orage
qui les menace, & le tonnerre
qui gronde dé a fur leur tefte,
à ce qu'ils fe veulent perfua
der,à moins que de fe mettre
à couvert fous quelque changement
confiderable. C'eſt
du
Temps.
vetemp
285
dans cette veuë qu'ils n'oublient
rien pour exciter les
enfans contre
leur propre
pere , & les ſujets contre leur
legitime Souverain. 4251, 19
Tout cela leur paroift peu
de chofe pourveu qu'ils fe
cachent à la faveur du manteau
de Religion . Ils protef
tent d'un colté qu'ils veulent
retablir la paix en Angleterre ,
& de l'autre ils declarent
qu'ils arment contre ce Royaume
, & & qu'ils vont fournir
au Prince d'Orange quelques .
Vaisseaux & quelques Troupes
comme Auxiliaires.Que peut- on
286 III . P. des Affaires
voir de plus oppofé entre la
refolution de procurer la
paix à un Royaume , & la declaration
qu'on fait icy d'y
entrer à main armée ?
le
Pour acheyer d'éblouit les
fimples , on dir que le Prince
d'Orange avait refolu de paffer
en Angleterre , fans avoir la
moindre veuë ds s'emparer de
ce Royaume , ou de détrofner
Roy . J'en appelle icy à la
bonne foy des Etats de Hollande
, qui ont dit , en s'adreffant
à Dieu dans la priere
publique pour l'heureux fuccés
de l'entrepriſe du Prince
14.
du Temps . 287
d'Orange , par la bouche du
Miniftre Menard , à quil'on
attribue cette priere , qu'au
cun mal n'approche de fon tar
bernacle , conferve lay la fanté,
conferve luy la vie afin qu'étane
élevée Ceft en parlant
de la Princeſſe d'Orange ) à
la haute dignité que nous luy
fouhaittons avec tant d'ardeur,
Elle fois la nourrice de ton Eglife
& de ce fiecle , dic.
Que veut dire toute cette
figure , finon que les Etats de
Hollande fouhaitent
avec ardeur
, que le Roy d'Angle
terre foit détrôné , & que la
288 III. P. des Affaires.
Princeffe
d'Orange regne
avec ſon époux ; puifque
fans cela elle ne peut eftre la
nourrice de l'Eglife de Calvin,
& élevée à la haute Di
gnité que les Hollandois
luy
fouhaitent
Que ces voeux
font Chreftiens , & qu'ils
font dignes de ces Meffieurs
qui veulent paroiftre ſi zelez
pour la Paix des Royaumes!
Auffi ,quand ils ajoûtent,
moins encore pour s'en rendre le
maistre , ou apporter quelque
-changement à la fucceffion legitime
, on peut voir fi cela fe
rapporte à tout ce qu'ils viennent
du
Temps. 289
nent de dire , & avec ces paroles
du Miniftre Meinard ,
Affemble les Rois
qui te fervent
сп
les Princes
pureté pour
défendre ta caufe . Rends- les
victorieux de tes Ennemis , &
toy , Dieu des Armées , rends
leurs mains habiles au combat ,
environne les de ta fauvegarde.
Puis il ajoûte , en parlant
du Prince d'Orange
,
Soutiens fa caufe , puis que c'est
la tienne , & luydonne la grace
d'eftre victorieux de tous fes ennemis.
Tout homme de bon fens
& defintereffe doit facile-
3. Part
.
Bb
290 III . P. des Affaires
menttomber d'accord,que.ce
là des promeffes
ne font pas
de faire en forte que l'Angleterre
puiffe demeurer
en re
pos, ou de ne pas aporter quelque
changement
à la fucceffion
legitime
mais plûtoft
que
c'eft ce qu'on appelle
declarer
la guerre & en forme , &
faire éclarer un deffein
formé
d'envahir le Royaume
d'Angleterre
.
Mais il y a plus ; dans le
difcours que le Prince d'Orange
fit aux Etats Generaux ,
en prenant congéd'eux, avant
que de s'embarquer à Beldu
Temps. 291
20
voctfluys , fur la fin du mois
d'Octobre dernier , il les affura
de fon amitié , & il leur
promit de les affifter d'hom
mes , d'argent , & de tout ce
qui feroit en fon pouvoir , s'il
réuffiffoit dans fon entreprife
.
Un Prince qui n'a pas la
moindre veuë de s'emparer d'un
Royaume ou de detrofner le Roy,
moins encore d'apporter quelque
changement à la fucceffion legitime
, n'auroit garde de promettre
aux Etats de Hollande,
pourveu qu'il réüffiffe dans
fon entreprife , de les affifter
Bb ij
292 III . P. des Affaires
d'hommes , d'argent , & de
tout ce qui fera en fon pouvoir.
Il n'y a rien de plus oppofé
à ce que les Etats veulent
que nous croyions touchant
ce qu'ils difent dans
leur deliberation , dont ils fe
fervent comme d'un Manifefte
.
Auffi rien ne fait mieux
voir que la promeffe du Prince
d'Orange , dont nous venons
de parler, eft une preuve
invincible qu'il n'eſt party
que dans le deffein d'envahir
le Royaume , & de fe faire
Roy. S'il ne réuſſit pas dans
du Temps. 293
fon deffein, il n'affiftera point
les Etats & s'il réuffit , il les
affiftera d'hommes & d'argent.
Où prendra- t - il l'un &
Paurre en Angleterre , s'il
n'eft pas Roy , puis que c'eft
tout ce que peut faire un
Prince qui regne que d'envoyer
à des Etrangers , les
hommes & l'argent de fes
Etats ? On peut ajoûter cette
reflexion digne de
remarque .
Le Prince d'Orange a pris le
Pavillon
d'Angleterre, on ne
prend point le Pavillon d'un
Etat quand on n'en eft point
Bb
iij
294
III. P. des Affaires
le Souverain ou l'Ufurpa
teur ; le Prince d'Orange
n'eft point Roy d'Angleterre
, cependant il fait Pavil
lon d'Angleterre , pour me
fervir du terme de Marine ;
c'eſt donc un Ufurpareur , à
moins qu'il ne veüille fouffrir
qu'on le compare à ces Coureurs
de Mer , qui font Pavillon
d'unEtat pour en
tromper
plus facilement les Sujets , &
afin ne leur donnant auque
cun lieu de défiance
par cette
feinte, ils puiffent pirater impunément
fur eux .
Les Etats continuent de
du Temps. 295
nous impoſer , en difant ,
encore moins pour exterminer la
Religion Catholique C'eft une
veritable fatisfaction que
d'entendre Meffieurs de Hollande
lors qu'ils parlent à
Dieu , ils font bien plus finceres
que lors qu'ils ne parlent
qu'aux hommes. Ainfi
ils nous permettront de leur
répondre avec les paroles
mefmes de leur Miniftre Me
nard , que le Roy d'Angleterre
ayant voulu procurer
quelque repos aux Catholi
ques c'eft aneantir la verité
de la parole de Dieu , & éta-
Bb iiij.
296 III . P. des Affaires
blir un Culte idolatre qui eft en
abomination devant fes yeux.
Et afin qu'il n'y ait aucun lieu
de douter de la bonne vo
lonté du Prince d'Orange
on prie le Seigneur de renfor
cer ce grand Prince , qui eft le
Conducteur du Peuple de Dieu
ce grandfofué qu'il a donné aux
Hollandois pour efire le Zoroba
bel qui doit rétablir la Ferufalem.
On fouhaite enfuite ,
qu'ilfort intrepide au milieu des
plus grands hazards , qu'il ait
la force de Samfon , le bon-heur
de Gedeon , les victoires de David
, & qu'enfin apré les fignaurdu
Temps. 297
lées victoires que Dieu luy fera
remporter ,& c.
Apparemment ces Vic
toires , ces hazards , ces combats
n'ont pour objet que les
Ennernis qui veulent établir
un Culte Idolâtre. Si les Catholiques
ne le reconnoiffent
point à tous ces traits , je ne
fçay qui pourra mieux le reprefenter.
Mais il eft bon de
tirer le voile, & de déveloper
tous les miſteres , qui font
la figure veritable du deſſein
du Prince d'Orange
.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
que les Hollandois ont af298
III. P. des Affaires
fecté de comparer leur Chef
à Jofué qui fut un Chef du
Peuple de Dieu , outre fes
grandes victoires on remar
que de luy qu'il défit cinq
Rois , qu'il arrefta le Soleil ,
& queles murailles de Jericho
tombetent d'elles- mefmes à
fon arrivée devant cette Ville ,
Les Ecrivains feditieux & peu
finceres de Hollande ont a
mufé jufqu'à prefent les Peuples
trop credules avec ces
fortes de figures , qui ne ferviront
qu'à les faire railler , &
à faire demander dans toute
la pofterité en quoy Dieu a
*
du Temps. 299
deja exploité de grandes chofes
par la valeur & par la vertu
du Prince d'Orange ?
Zorobabel fut le Chef des
Juifs aprés leur délivrance de
la captivité fous Cirus ; Samfon
montra la force particulierement
dans la défaite des
Philiftins dont il fut le fleau.
Gedeon tira les Ifraëlites de
l'idolâtrie , renverfa les Au
tels prophanes , & défit avec
trois cens hommes une Armée
fort nombreufe d'Infidelles.
Enfin les Victoires de David
, que le Miniftre Menard
300 III . P. des Affaires
fouhaite au Prince d'Orange,
éclaterent conrre les Philif
tins & contre les Infidelles.
Sice Miniftre feditieux a pris
plaifir de choisir ce Prophete
Roy pour le fymbole de fon
Prince , à caufe que David fue
victorieux de fon Beau Pere
Saül , il doit auffi fouffrir
qu'on le faffe fouvenir , que
David bien loin d'attaquer
& de vouloir envahir le
Royaume de Saül , fuyoit de
devant fa face , comme parle
l'Ecriture , ne prenoit les
armes que par neceffité , &
pour ne fe pas laiffet ofter la
du
Temps. 301
vie de gayeté de coeur ; qu'il
eut deux fois entre fes mains
la vie de fon Beau- Pere , fans
vouloir faire le moindre tort
à ce Prince, & qu'il couronna
toutes fes actions par une
douceur que l'Ecriture Sainte
canonife.
à
Je me fuis un peu arreſté
expliquer ces Allegories pour
faire voir que malgré la promeffe
des Etats , elles prouvent
la mauvaiſe volonté du
Prince d'Orange contre les
Catholiques .
Mais fans s'amufer à la
il faut chercher
figure
302 III . P. des Affaires
plûroft la réalité dans les
voeux fi Chreftiens d'un Miniftre
furieux , qui fouhaite
que les faints Anges campent
autour du Prince d'Orange , &
Dieu le faffe combattre
comme il fit du temps de Sennacherib
, pour extermïner tous ces
Idolatres qui voudront s'oppoſer
à fes armes.
que
Sennacherib eftoit un Roy
des Affyriens qui fit d'abord
de grandes conquestes dans
la Paleſtine & aux environs ;
mais dans tous ces avantages
il s'élevoit contre Dieu pat
fon impieté , & le deshonodu
Temps . 303
roit par fes blafphêmes . Ce
Prince eftant irrité contre ld.
Roy de Judec , mit le Siege
devant la Ville de Jerufa
lem . Avant qu'il euft tiré un
feul coup de flêche , Dieu
envoya un Ange pendant la
nuit , qui tua cent quatre
vingt- cinq mille hommes de
l'Armée de ce Prince , qui
leva le Siege de Jerufalem ,
& fut tué un peu aprés dans
un Temple à Ninive par deux
de fes Enfans. !
Des comparaifons foutrageantes
ne font- elles pas
capables de faire fremir
304 III . P. des Affaires
d'horreur tous ceux qui ont
le moindre fentiment d'humanité
, & de reſpect pour la
Majefté de Dieu imprimée ſur
le front des Rois ; C'eft ainfi
que les Miniftres feditieux
font éclater leur Religion
ou plûtoft on reconnoift à
cès imprecations , & à ces
exemples de feu & de fang
le caractere de leurs méchans
deffeins. Cela ne s'accorde
guere avec la fauffe promeffe
des Etats de Hollande , que
c'est encore moins pour extermi–
ner la ReligionCatholique, puifque
le Miniftre prie Dieu
du Temps. : 205
d'exterminer tous les Idolasres
qui voudront s'opposer aux armes
du Prince d'Orange.
Je ne puis quitter cet exemple
du Roy Sennacherib ,
dont les Ennemis du Roy
d'Angleterre parlent trop ,
fans leur dire qu'ils y trou
vent leur condamnation
puis que s'ils entendent le
Prince d'Orange par le Roy
Ezechias , qui fit lever le
Siege de Jerufalem à cet
impie , l'Ecriture remarque
en mefme temps que toutes
les armes d Ezechias , & tout
ce qu'il employa pour fa de-
3. Part. Cc
306 III . P. des Affaires
%
fenfe , fut de fe reveftir d'un
fac , & de fe profterner devant
Dieu dans le Temple ,.
bien loin de foulever des Sujets
contre leur legitime Souverain.
& de vouloir envahir
un Royaume qui ne luy appartenoit
pas. Il n'attaquoit
point , il fe défendoit feulement
, & il fe défendoit par
l'exercice de la penitence, des.
larmes & des prieres..
Une conduite fi fage & fi
douce n'eft point du gouft
de Meffieurs les Miniftres ,
principalement de ceux que
le Prince d'Orange deftine
du Temps. 307
pour eftre les Apoftres d'An
gleterre , je veux dire Jurieu,
le Docteur Burnet, & le Miniftre
Menard . On ne ferá
peut
- eftre
pas
faché
d'en
trouver
icy
un petit
crayon
, pour
mieux
connoiftre
leur caractere
.
Pierre Jurieu , cy - devant
Miniftre de Sedan , eft originaire
de Courcheverni dans
le Pays Blaifois , & a demeuré
longtemps proche d'Orleans ,
comme il dit luy - mefme
dans la feconde parrie des
Préjugez, pag. 233.aprés avoir
efté Miuiftre de deux Tem-
Cc ij
308 III. P. des Affaires
ples des Proteftans en France
pendant douze ans , & dépuis
Profeffeur en Theologie à Se
dan ; cette Academic eftant
fermée par ordre du Roy , il
fe retira en Hollande , où on
l'a fait depuis Miniftre de
l'Eglife Vallone à Roterdam .
Ilfe vante d'eftre le quatriéme
Miniftre de la Religion P. R.
de fa Famille de Pere en Fils.
Pierre du Moulin , fameux
Miniftre de Charenton , mort
en 1658. eftoit fon Ayeul ma
ternel . Il n'y a point encore
eu de Miniſtre plus emporté ,
plus violent , & plus fedidu
Temps . 309
tieux. Il ne faut que le voir
feulement lors qu'il pretend
eftre du plus grand fang froid
du monde. C'eft dans fa Preface
fur le vray Systême de
l'Eglife , où il protefte qu'il
n'écrit point par emportement,
nypar un mouvement de colere.
Cependant vous y remarquez
d'abord la furie de ce
frenetique qui affeure , en parlant
de la Revocation de l'Edit
de Nantes qu'il nefut jamais
rien inventé de plus infernal
', que ce qui s'eſt -fait contre
les Reformez qu'à regarder
l'exterieur de cette conduite , elle
310 III. P. des Affaires
eft affreufe ; mais qu'à regarder
l'interieur , on y trouve des é
normitez qui donnent encore
plus d'horreur , & un eſprit diaboliques
Qu'il n'y eutjamais un
figrand déchaifnement de l'Enfer
, & que de fi horriblesfu
mées ne monterent jamais du
puits de l'abifme: Ce feul trait
fuffit pour donner une idée
fort jufte de ce Miniftre . La
calomnie l'emportement, &
l'efprit de fedition font répandus
dans tous fes ouvra
ges ,dont les principaux font
les Préjugez qu'il a dediez à
feu M l'Electeur de Brandedu
Temps. 311
bourg , Pere de l'Electeur
d'aujourd'uy
, fes Lettres Paftorales
, & tant d'autres Libelles
, dans lesquels il fe déchaifne
contre les Souverains
& contre les premieres perfonnes
de l'Europe,lors qu'elles
ne fe rencontrent
pas dans
fa creance. On n'a garde de
falir icy le papier en rapportant
les expreffions contraires
à la pudeur , dont ce Miniftre
fe fert. H fuffit d'achever fon
Portrait , en le faifant connoiftré
comme un illuminé .
Du Moulin avoit eu la folie
de débiter des Propheties de
312 III. P. des Affaires
fa façon. Jurieu a cru devoir
couronner fon propre
merite en encheriffant fur les
rêveries de fon Aycul ; mais
avec des injures fi atroces
contre l'Eglife Catholique
qu'il fait horreur mefme ,
ceux de fon party. Auffi M
Leti , dans fon Ceremonial
historique & politique , ne
peut l'excufer d'emportement
, & d'eftre un Auteur
outré , & quoy que cet habile
Italien foit Proteftant, il
eft fincere ; mais en meſme
temps pour adoucir le
trait de fon Heros, il dit qu'il
porne
du
Temps 313
ne faut pas trouver étrange
qu'nn Miniftre qui eft né
d'une Famille auffi żelée pour
la Religion Proteftante , &
qui a tant travaillé pour la
défendre, gemiffe fur la ruine
de fon Eglife & regrette ſa
perte.
Le Docteur Burnet eft un
profcrit, qui a cfté condamné
au dernier fupplice , pour a
voir confpiré contre le feu
Roy d'Angleterre.Il n'a évité
la mort qu'en fe retirant ſecrettement
de ce Royaumelà
. Il a écrit une hiftoire de
la Reformation d'Angleter-
3. Part. Dd
314 III. P. des Affaires
re, une Relation de fes Voyages
, & une Traduction du
Livre de Lactence de la mort
des Perfecuteurs. C'eft principalement
dans la Preface de ce
dernier Ouvrage que Burnet
fait voir en évidence fon efprit
de rebellion , d'emportement
& de peu de refpect
pour la perfonne facrée des
Souverains . On fçait affez le
refte de tout ce qui regarde
ce fugitif , que le Roy d'Angleterre
vient d'excepter en
particulier du pardon qu'il
à accordé aux Rebelles de
fon Royaume
.
du Temps. 315
Si c'est le Miniftre Menard
qui eft Auteur de la Priere
que nous venons d'examiner ,
il ne faut point d'autre preuve
que cette piece, pour montrer
que l'Herefie conduit aux
derniers excés d'emportement,
& qu'elle ne laiffe ny
refpect ny obeiflance pour
les Teftes couronnées ; le caractere
principal d'un Heretique
eftant de vivre indépendant.
#
Avec de tels Apoftres , fi
le Prince d'Orange réüffiffoit
dans fon entrepriſe , on peut
s'affeurer qu'il ne tiendroit
Dd ij
316 III . P. des Affaires
pas parole aux Etats qui nous
difent que c'est moins encore
pour exterminer la Religion Catholique.
Jurieu n'a- t- il pas
l'effronterie de dire , qu'elle
eſt le veritable Anti-Chriftianifme
, la plus cruelle & la plus
inhumaine de toutes les erreurs ,
que c'est un Empire d'orgüeil ,
d'Idolatrie , d'avarice, ¿ ? Sur
ce principe , que Menard
vient d'infinuer fi hardiment,
fes Coapoftres ne manque
roient pas avec luy s'ils ef
toient les Maiſtres en Angleterre
, d'y preconifer la Loy
qui eft entre celles de ce
du
Temps. 317
Royaume- là , & qui a pour
ritre , de Haretico comburendo ;
puis qu'il eft conftant , felon
ces Meffieurs , qu'on doit punir
de mort les Heretiques ,
& que felon eux les Catholi
ques font de ce nombre .
Aprés cela ficz - vous à la
parole des Etats de Hollande
, dont les Miniftres mef
mes foutiennent qu'il faut
détruire la Religion Catholique
, parce qu'ils l'accufent
d'Idolatrie . il eft facile de
voir la faufferé de cette promeffe
. Mais il ne faut pas ou
blier à remarquer que Jurieu
D'd iij
318 III. P. des Affaires
&
fe
ayant voulu exciter la révolte
dans fa Patrie ,par tout ce que
la malice a de plus execrable,
defefperant de voir accomplir
en 1688. la ridicule Prophetie
, cu vifion fanatique
dont il avoit amuſé les peuples
de fa créance ; pour ,
dédommager de ce qu'il ne
peut venir en France , comme
il avoit promis dans cette
menace infolente : Nous irons
bientost porter la verité juſque
fur le Trofne du menfonge, &
le relevement de ce qu'on vient
d'abattre fe fera d'une maniere
fi glorieuse , que ce fera l'étondu
Temps. 319
nement de toute la terre. Il feroit
ravy de trouver autre
part dequoy fatisfaire la rage
qu'il a conceuë contre la veritable
Religion ; c'est trop
avoir d'attention fur des gens
qu'on devroit oublier pour
toujours.
Aprés que les Etats ont debité
ce qu'ils ont cru propre
pour diffiper les horreurs &
les marques d'injuſtice qui
environnent l'entrepriſe du
Prince d'Orange . ils ofent
affeurer que l'invafion qu'il
medite , eft feulement uniquement
pour fecourir la Na-
Dd iiij
320 III . P. des Affaires
tion , pour le rétabliffement des
Privileges qui ont efte caffez-
A- t-on jamais veu fecourie
une Nation malgré elle, & le
droit des Gens & de nature
qui doit eftre fi precieux ,particulierement
chez les Souverains
, n'infpire- t- il pas une
fidclité reciproque , qui oblige
à ne pas écouter, & encore
plus à ne point donner de
la protection aux rebelles &
aux traiftres ? Ces derniers exceptez
, qui eft ce qui peut
appeller le Prince d'Orange
au fecours de l'Angleterre ?
Ce qu'ils difent du rétablis
du Temps. 321
fement des Privileges , n'eft pas
plus équitable ; mais pour
fermer la bouche aux Etats ,
on peut répondre que ces
Privileges ont efté rendus à
toutes les Villes du Royaume
, outre qu'on n'a point
d'exemple qu'un Etat voiſin
aille s'embaraffer fi les Privileges
font maintenus hors
de chez luy , & nous n'avons
que trop
de preuves que les
Hollandois ont toujours tout
facrifié pour exciter du trouble
chez leurs Alliez , bien
loin de s'étudier à y procurer
le rétabliffement des Privi-
Leges..
322 III . P. des Affaires
C - eft auffi pour la confervation
de la Religion & de la liberté.
Le Prince d'Orange affecte
à prefent cette Devife
au deffus de fes Armes PROT.
RELIGION AND LIBERTY ,
afin de mieux tromper les
éclai-
Anglois , qui font trop
rez , pour ne pas voir que ce
n'eft point le zele Favory de
fon Alteffe ; & je croy que
l'on feroit fort empefché de
deviner quelle Religion il favoriferoit
fi fon invafion
pouvoit réüffir.Il eft toûjours
fort certain que les Calvinif
tes font pour le moins autant
1
du
Temps 323
oppofez à la Religion Anglicane
qu'aux Catholiques. Je
dis le moins , puis que
pour
M' l'Evefque de Meaux page
489. de fon 14. Livre du 2 .
volume des Variations ,prouve
avec beaucoup d'éloquence ,
que par le ferment du Teſt,
les Anglois s'y rapprochent
de nos fentimens , & ne s'attaquent
point à la prefence
réelle , que les Calviniftes
combattent avec tant de furie
, & qu'ils ne recevront jamais
parmy leurs Dogmes .
Afin de poursuivre & procurer
qu'il foit convoqué un Parlement
324 III. P. des Affaires
libre & legitimes . Les Etats
de Hollande n'appelleroient
point du tout leurs Affemblées
libres & legitimes , fi un
Etat voin s'en méloit , &
venoit les convoquer à la
tefte de trente millehommes.
Qui a`jamais veu une telle
- propofition ? On ne fçauroit
abufer avec plus de hardieffe
du mot de liberté & de legitime.
La veritable liberté des
Peuples confite dans la fubordination
& dans l'obeïffance
qu'ils doivent à leur
Souverain ; & c'eſt ce que les
Anglois reconnoiffent pardu
Temps.
325
faitement , perfuadez qu'ils
font prefentement que le
changement de Souverain ne
contribueroit qu'à leur perte .
Pour faire donner aux Lords,
au Clergé, à la Nobleffe , &
au Peuple une entiere affeurance
que
les loix's droits , &privileges
de leur Royaume, ne feront
pas violez, ny revoquez à l'as
venir. On peut déja donner
parole au Clergé d'Anglecerre
, que l'on ne pretend
rien moins que ce qu'on luy
promet icy. Les trois A poftres
que le Prince d'Orange defrine
pour reformer l'Eglife
•
326 III. P. des Affaires
Anglicane , font trop ennemis
de l'Epifcopat & de la
Hierarchie Ecclefiaftique ,
pour laiffer leClergé en repos.
Pour ce qui eft des Lords &
du Peuple , que l'on amuſe
d'une vaine promeſſe , il falloit
employer un autre Protecteur
que le Prince d'Orange
pour cette entrepriſe .
Meffieurs de Hollande fçavent
par leur propre experience
que ce Prince n'eft pas
un homme fort propre à
conferver la liberté & les
Privileges d'un Etat.
Je pourrois rapporter icy
du
Temps. 327
plufieurs chofes fur ce fujet
que l'Histoire aura foin de
donner à la pofterité. Perſonne
n'ignore que n'ayant encore
pu réuffir dans le deffein
qu'il avoit de regner fouverainement
en Hollande , &
ſe voyant privé de ta Couronne
d'Angleterre par la
naiffance du Prince de Galles,
il a mieux aimé riſquer toutes
chofes , que de ne
pas employer
le talent qu'il a de
broüiller,dans la penſée imaginaire
que Jurieu luy a inf
pirée qu'il feroit Roy.
Il y a plus ; quoy que je
328 III . P. des Affaires
n'aye pas coutume de penetrer
dans la politique des
Etats , je croy pouvoir faire
icy cette reflexion , que Mcffieurs
de Hollande qui appres
hendent l'efprit ambitieux
& remuant du Prince d'O
range , & qui n'ont pas enco
re perdu la crainte qu'ils a«
voient de le voir ufurper leur
Souveraineté , ne font pas fa
chez de le défaire de luy d'u
ne maniere fi fine , & fi avantagcufe
pour eux . En effet ,
ces Meffieurs fi jaloux de
leur liberté , qu'ils ont mieux
aimé facrifier l'obeiffance
du Temps. 329
qu'ils devoient à leur legitime
Souverain que de ne pas
fecouer le joug d'Efpagne ,
ces Meffieurs , dis- je , fe fouviennent
de quelle maniere
le Prince d'Orange ſe fit élire
te 3.
Juillet 1672. pour Gouverneur,
Amiral & Capitaine
general , malgré le ferment
qu'il avoit efté oblgé de fai-
De auparavant , qu'il n'accepteroit
jamais cette Charge .
Els Igavent quelles brigues
on ft dans Affemblée des
Etats qui fe tenoit à la Haye,
avec quelle violence il fallut
arracher ce confentement , &
3 Part. E e
330
III. P. des Affaires
comme l'on fut obligé de décharger
tous les Membres de
la Province de Hollande , de
l'obfervation de l'Edit perpetuel,
qui porte qu'aucun ne
pourra propofer l'élection
de ce Prince à cette Charge.
Cette entrepriſe fi violente
qui eftoit le commencement
de la ruine des Provinces
vnies , fit voir aux Erats d'une
maniere à n'en plus douter,
que le Prince d'Orange afpiroit
à la Souveraineté ; ils
n'ont pas crû trouver d'occupation
plus propre pour fe
garantir de l'invafion qui les
du Temps.
༢ } 1
menaçoit, qu'en rejettant fur
un Eftat voifin le mal qu'ils
craignoient. Ils ont trouvé
parla un fecret infaillible de
calmer leur frayeur .. Si l'entreprife
reuffit , le Prince
d'Orange les affeure de protection
, de fecours & d'arce
gent ; fi elle manque
Prince perira , ou fera fi affoibly
qu'il ne pourra plus
leur donner la loy ; ainfi ils
s'en délivrent d'une façon ou
d'autre.
Cette confideration meritoit
bien que
ſent au Prince d'Orange le
les Eftats infpiraf-
Ee ij
332 TIT. P. des Affaires
,
deffein d'envahir l'Angleter
& toute l'Europe n'eft pas.
furprife de voir aujourd'huy
un Prince & les Eftats de
concert & d'intelligence ,
pour un deffein fi injufte ,
cux qui ont fait profeffion
depuis fi lon-gremps de n'avoir
aucun refpect pour les
Loix les plus facrées, lors que
leur intereſt particulier a
demandé la fuperiorité fur
leur devoir .
Enfin, Leurs Hautes Puiffances
efperent & affurent avec lagrace
de Dieu , que le repos & la
concorde feront reftablis en cedu
Temps.
333
Royaume. On ne fçauroie
mieux juger de l'intention
qu'ils ont de reftablir le repos
é la concorde en Angleterre,
que par leurs démarches Pacifiques
, qui ont eſté juſqu'à
prefent fore propres à brouil
ler tout ce Royaume, fi Dieu
ne l'avoir affifté visiblement
de fa grace, & d'une maniere
qui devroit faire rentrer les
Eftats en eux mefmes. Ils
fe doivent fouvenir de la
medaille affertis legibus , & de
l'eftat où il fe font vûs reduits
pour avoir voulu eſtre Arbitres
des Souverains & leun
334 III . P. des Affaires
donner la Loy. Leur Jofué
n'arrefta pas le Soleil comme
ils s'en eftoient vantez , mais
ce Soleil leur fit fentir leur
foibleffe , & les punit de leur
temerité. Aprés avoir voulu
eftre Arbitres entre les Souverains
, ils veulent l'eftre
entre les Rois & leurs peuples,
qui ne les demandent
point pour Juges de leurs differens
qui ne font
qu'on les fuppofe. Il eſt vray
que Ron en veut exciter entre
eux , afin de les affoiblir,
& de fe rendre maistre de
l'Etat fous ombre de voulois
pas
tels
du Temps.
335
fecourir les opprimez , mais
il arrive fouvent que leur trahifon
fe decouvre , & que les
parties s'uniffent contre le
fecours intereffé qu'on leur
veut donner. Comme le party
du Prince d'Orange prévaut
en Hollande , il auroit
eſté inutile aux Etats de penfer
à mettre l'Angleterre en
Republique , & quand ils auroient
eu cette veüe , la difpofition
de cet Etat rend la
chofe abfolument impoffi
ble. La Ville de Londres étant
ſeule auſſi puiſſante que
toutes les autres Villes du
336 III. P. des Affaires
Poyaume , il faudroit qu'el
les luy obeiffent toutes , ou
que Londres leur obeiſt , ce
qui ne s'accommode en aucune
forte aux manieres des
Republicains. A l'egard du
deffein du Prince d'Orange
d'envahir l'Angleterre , fous
pretexte que le Roy n'eft pas
de la principale Religion de
l'Etat , outre que j'ay déja
prouvé par quantité de chofes
de fait & de paffages de
l'hiftoire , qu'il fe trompoit ..
lourdement , je dois encore
ajoûter qu'il a efté arreſté par
les . Parlemens d'Angleterre
,
que
du
Temps.
337
1
que la difference de Religion
des Rois & de leurs Sujets
, ne troubleroit point
l'ordre des fucceffions
, parce
que lors qu'un Roy auroit
une fois perdu la Couronne
par cette raifon , l'Etat feroit
toûjours en proye au plus
fort,& qu'on ne verroit plus
que des ufurpateurs fur le
Trofne , ce qui cauferoit de
perpetuelles guerres
coeur du Royaume.
Lors que le Prince d'Orange
paffe en Angleterre avec
une armée il pretend
que les Loix de ce Royaume
3. Part. Ff
53
dans le
338 III . P. des Affaires
défendent au Roy d'appeller
des Etrangers à fon fecours.
Il eft mal inftruit , des
Loix d'un Etat qu'il veurenvahir
, & il ne devroit pas
ignorer , qu'il eft porte par
la Charte appelée magna charta
, que fi les Etrangers vei
lent entrer dans le Royaume
pour l'envahir , le Roy peut
non feulement appeller du
fecours , mais encore s'il reconnoiſt
que Les Sujets ayent
appellé ceux qui ont deffein
de s'en rendre maistres , il eft
en droit de traiter le Royaume
comme un Pays con-
民
du
Temps. 339
quis , & le Parlement eft
dechu de fes Privileges
. Le
Roy d'Angleterre n'a pas cu
befoin de fe fervir des avantages
de cette Loy , ayant
trouvé fes Sujets plus Fidelles
que le Prince d'Orange
n'avoit cru , & plus inebran
lables aux offres qu'il leur a
fait faire pourles feduire. Les
depences qu'il a faites font
grandes , & les Etats n'ofent
fe vantfr de ce que leur cous
te fon armement ; un nombre
infini de particuliers Proteftans
luy ont preté de l'are
gene au denier dix , qu'ils
F fij
340 III. P. des Affaires
courent rifque de perdre.
Voilà de grands frais , & de
grands travaux pour aller
mener un fecours trop à charge
à un Peuple qui ne le demandoit
pas , afin de meriter
le nom d'Ulurpateur , fi non
de fait au moins de volonté,
& de s'acquerir l'indignation
de toute la terre. La Princeffe
d'Orange en pleure , ou doit
en pleurer aux pieds des Autels
, & defaprouvant peuteftre
en elle - mefme une
action qu'elle n'ofe condamner
publiquement, elle craint
que BHiftoire ne luy donne
du
Temps. 341
des noms , qui peuvent ne luy
eftre pas dûs.
Le Prince d'Orange , fon
Mary , qui depuis deux ans
travaille à l'entreprife qui
vient d'éclater , a fabriqué
avec ceux qui font de fon
Confeil fecret , une Requefte
pour fervir de bafe à fon deflein,
Son Favory Bentingh ,
qu'on a veu fon Page , en a
clté porter des projets en Angleterre
, à quelques Amis de
fon Maiftre , qui voyant ce
Royaume fidelle à ſon Roy,
n'ont ofé fe declarer depuis
ce temps-là , & il fut arreſté
Ef iij
342 III . P. des Affaires
entre le Prince d'Orange &
luy , qu'il l'employeroit à
gagner les Grands d'Angleterre
contre le Roy , dans le
temps qu'il iroit faire compliment
à Sa Majesté Britannique
, fur la naiffance du
Prince de Galles . Je ne dis
rien de ce procedé perfonne
n'ignore le nom qu'on luy
doit donner. On a tenu cette
requeste fecrete , & quand
l'entrepriſe a efté fur le point
d'éclore , on a fuppofé qu'une
partie des Seigneurs d'Angleterre
l'avoit envoyée à
M Bentingh , fous le nom
du Temps. 343
de Memoire des Proteflans Anglois
, pour la prefenter au
Prince & à la Princeffe d'Orange.
Elle porte toutce qu'on
fçait que ce Prince & les Etars
ont allegué pour autorifer le
deffein de leur invafion ; elle
parle aufli de la fuppofition
pretendue du Prince de Galles.
Ceux qu'on fuppofe l'avoir
envoyée , n'y laiffent
point voir de nom.Il faudroit
eftré bien imprudent pour dépenfer
desfommes immenfes,
& couvrir la Mer d'hommes ,
de Vaiffeaux & d'attirail de
guerre, fur la fimple requeſte
Ff iiij
344 III . P. des Affaires
de perfonnes qui ne fe nomment
point, & qui envoyent
leur Memoire au Portier de
M' Bentingh , comme on fe
roit un Exploit. Voicy en
propres termes la ridicule fin
de ce Memoire. Monfieur ,
la grande idée que nous avons
de vostre merite , nous fait efperer
que vous ferez fidelle à rendre
promptement l'inclufe à fon
Alteffe Monfieur le Prince d'O
ranges ou en fon abfence , àfon
Alteße RoyaleMadame la Prin
ceffe. Nous n'avons pas pu
confier à la Pofte, c'est pourquoy
nous l'avons envoyée par un
Exprés qui fera peut- estre long-
} la
du Temps. 345
temps en chemin. L'Exprés a or
dre de la delivrer feulement à
un de vos Domestiques ; nous
nous repofons entierement fur
vous , &fommes,
Monfieur
Vos tres humbles ferviteurs ,
que vous pourrez connoi
fire cy-apré .
Qui feroit affez ridicule
fur un pa- pour croire que
quer rendu au Portier , ou à
quelque autre Domestique de
M Bensingh , l'armement
cuft efté fait , la deliberation
des Etats delivrée aux Minires
Etrangers , le Manifefte
du Prince d'Orange publié ,
346 III . P. des Affaires
& qu'il fuft enfuite party
pour envahir trois Royaumes
? Cela n'eft qu'un pretexte
pour avoir lieu de femer
des Ecrits feditieux , & pour
autorifer les premiers pas
d'un ambitieux. La Religion
en eft auffi un beau , & fous
un femblable voile on couvre
tout ce que l'on veut cacher .
Un Ufurpateur commence
toujours avec des pretextes
fpecieux , & tout contraires à
ce qu'il a dans l'ame , & il
n'a garde de dire qu'il marche
pour envahir. Quand
Cefar paffa le Rubicond , il ne
du
Temps. 247
dit point qu'il avoit deffein
de fe faire Empereur , mais il
fe declara feulement en faveur
des Tribuns. Si le Prince
d'Orange n'avoit eu que
la Religion Proteftante en
veuë , il auroit fallu qu'il cuſt
-exhorté le Roy fon Beau- pere
à fuivre cette Religion, &
qu'il l'euft averty des malheurs
dont il eftoit menacé ,
s'il refufoit de le faire , puis
•que c'eſt celle qu'il cherche
à faire fleurir , & qu'il n'a
voulu que des Proteftans
dans fon Armée. Mais quand
le Roy d'Angleterre fe feroit.
348 III . P. des Affaires
fait Proteftant , en auroit-il
dû eftre mieux dans l'efprit
de ceux qui profeffent la Religion
Anglicane 2 Il ne s'agiffoit
donc point de Religion
, & elle ne fervoit que
d'un pretexte au Prince d'Orange
, mais encore fort méchant
puis qu'il ne fçait de laquelle
on aimera mieux en
Angleterre qu'il foutienne le
party . On voit déja qu'il ne
parle plus de l'Anglicane ,
& dans fes Lettres écrites à la
Flote & à l Armée , il fait
feulement mention de la Proteftante
. Que deviendront.
du Temps . 349
donc ceux qui profeffent
l'Anglicane , & quel fera
leur appuy fi le Prince d'Orange
vient à regner en Angleterre?
Comme il comptoit
déja le Roy d'Angleterre
pour un Prince détrôné lors
qu'il eft parti de Hollande
il ne parle plus de ce Monarque
dans fes Lettres écrites à
la Flote, & à l'Armée de terre.
Il leur dit qu'ils ayent à examiner
ce qu'ils doivent à la
Religion & à eux mefmes , &
ne parle non plus du Roy,
que fi des Sujets ne devoient
rien à leur Prince legitime ,
350 III . P. des Affaires
quoy que les loix divines &
humaines
ordonnent
de les
honorer , & que Dieu ait
commandé
de rendre
à Cefar
ce qui appartient
à Cefar.
Le Prince d'Orange a tellement
manqué de pretextes ,
& il avoit un fi violent defir
d'en avoir , qu'il en a pris
deux tout à la fois ; mais outre
qu'ils font foibles , &
peuvent eftre ailément com
batus , l'un détruit tellement
l'autre › que pour en avoir
pris deux , il n'en fçauroit
foûtenir aucun . Il eft certain
qu'un homme qui avec le
du Temps.
"
pretexte de la Religion en
prend un autre tout humain ,
ne peut plus dire que la Re
ligion feule le fait agir , qui
eft l'unique pretexte qui puif
fe paroiftre un peu recevable ,
pourveu que celuy qui s'en
fert ,foit d'une pieté & d'une
vertu generalement reconnuës
, qu'on foit affeuré qu'il
ait affez de Religion pour
agir par ce principe , & qu'il
n'ait jamais fait que des actions
qui ne puiffent eftre
condamnées
. Je n'accufe pas
icy le Prince d'Orange du
contraire , mais je laiffe à ju352
III. P. des Affaires
ger,fi fuppofé qu'il n'euft pris
que le pretexte de la Religion
, on le croiroit d'un caractere
à n'avoir en veuë que
le defir de la fecourir. S'il
avoit affez de pieté pour cela ,
il ne l'accompagneroit pas
en meſme temps d'une chofe
qui fait horreur à la nature ,
& qui le fait comparer aux
Tarquins. Il n'y avoit qu'un
feul cas qui puft l'obliger à
paſſer en Angleterre ; il falloit
qu'iln'y euft qu'une Religion
dans cet Eftat & que ce fuft
celle du Prince d'Oranges
qu'il y euft une Guerre Civile
du Temps.. 353
qui cuft déja fait répandre
beaucoup de fang ; que le
Roy fuft en peril , & que le
Prince d'Orange y allaſt avec
les Troupes , fe mettre
au milieu des Armées Angloifes
, pour empefcher l'ef
fufion du fang, tirer le Roy
de peril , & tâcher d'en obtenir
quelque chofe pour fa
Religion , en confideration
du fervice qu'il luy auroit
rendu . Mais au lieu de cela il
fe cache pour furprendre fon
Beau pere , de mefme que
eftoit fon plus mortel Ennemy.
Il luy donne le baifer de
3: Part. Gg
s'ile
354 III . P. des Affaires
paix par le compliment que
fon Favory luy vient faire de
fa part , & il luy écrit enfuite
luy mefme fur le point de
fon départ, pour luy marquer
que l'armement qu'il fait faire
ne fe fait point contre luy..
Quel caractere ! quel procedé
! Je ne croy pas mefme
qu'il fuft approuvé pour furprendre
des Brigands. Il faut
renir fa parole à fes Ennemis,
& ce Prince ne la tient
fon Beau-pere. Mais quand
l'ambition feule & le defir
pas
à
de regner ne le feroient pas
agir , ne doit- il pas eftre cruel
29
355 du Temps.
au Roy d'Angleterre de voir
un homme plus jeune que
luy , & de plus fon Gendre
qui a moins d'acquis que luy
dans le monde , qui n'a rien
fait de fort éclatant , qui n'a
cherché qu'à faire répandre
du fang mal à propos , & qui
n'a jamais reülli dans aucune
entrepriſe , venir à main armée
luy impofer des Loix
dans fes propres Etats , &
jufque fur fon Trône , comme
à un jeune homme qui
ne fçauroit pas l'art de gouverner?
Cela n'eft- il pas d'une
temerité inouie , & ne de-
Gg ij
356 III. P. des Affaires
vroit- il pas eftre moins fenfible
au Roy d'Angleterre de
voir fes plus mortels Ennemis
dans fon Royaume , que de
recevoir la Loy d'un homme
qui par toutes fortes de raifons
la devroit recevoir de
lay 2 Si le Prince d'Orange
qui agit en defefperé venoic
à avoir l'avantage , il ne refuferoit
pas la qualité de Protecteur
de la liberté & de la
Religion , puis qu'il la prend
dans fes Etendards , & chacun
fçait ce que vaut en Angle
terre la qualité de Brotecteur
avec l'autorité Royale . Les
du Temps . 357
Peuples dans leur revolte encenfent
de tels Protecteurs
mais ces mefmes Peuples leur
font bien-toft leur procés
comme à des Tirans , & onr
leur memoire en execration .
Ainfi la revolte de ces Peuples
ne donne pas un droit à
ceux qu'ils appellent pour la
foûtenir. Les Revoltez les
élevent dans le temps qu'ils
font à leur tefte , mais ils font
les premiers à les detefter dés
qu'ils reconnoiffent qu'ils les
ont mal à propos engagez
dans une Rebellion dont ils
fe repentent.
358 III . P. des Affaires
2
Que diroient les Etats de
Hollande qui ont eux- mefmes
découvert leur intelligence
avec le Prince d'Orange
, & tous les Princes
Proteftans , fi fous pretexte
qu'ils ne font pas Catholi
ques , & qu'à l'égard de leur
Souveraineté , il ne leur refte
plus qu'un vain titre dont le
Prince d'Orange a toute la
puiffance on alloit chezeux
pour le rendre Maistre
de leur Etat & faire foûlever
leurs Peuples. Fay rapporté
dans vingt endroits de cette
Lettre des faits hiftoriques ,
du
Temps.
·359
Ma
qui font voir de quelle maniere
le Prince d'Orange
ufurpé le pouvoir fuprême ,
& l'ufurpe encore tous les
jours. Rien n'eft plus honnefte
que fon procedé dans
' Affemblée des Etats ; mais.
fes Creatures n'y propofent
que ce qu'il veut , & ceux qui
font d'un fentiment contraire
au fien ne fe trouvent pas en
eftat de s'y oppofer une autre
fois. Il n'a jamais eu le démenty
de ce qu'il a voulu ; &
il a toûjours engagé les Etats
dans des guerres contraires à
leur commerce, de forte qu'ils
360 III. P. des Affaires
font aujourd'huy extremement
endettez , & doivent
encore depuis peu huit millions
de rente qu'ils ont pris
au denier quatre. Le Prince
d'Orange ne les veut pas en
meilleur eftat , il eftravy
qu'ils foient foibles, afin qu'il
puiffe triompher de leur foibleſſe
, & il les embarque
dans de méchantes affaires ,.
dont il prévoit qu'ils ne
pourront fortir que par fon
fecours . Le Comte de Naffau
eft fon parent , & c'eſt à luy
de droit que les Miniftres Etrangers
devroient s'adreffer
.
en :
du Temps.
361
en fon abfence. Cependant
comme le Prince d'Orange
eſt ſon ennemy , il a demandé
aux Etats qu'on s'adreffaſt
au Prince de Valdec , & ils
n'ont ofé luy refufer ce que
la justice vouloit qu'ils luy
déniaffent là - deffus, Deux
raiſons ont obligé le Prince
d'Orange d'en ufer de cette
forte ; l'une , qu'ils font ennemis
, & qu'ils ont une fois
mis les armes à la main l'un
contre l'autre . La feconde
raifon eft politique . Le Prin
ce de Naffau eft Gouverneur
de l'Overiffel , de la Frife ,
3. Part.
Hh
162 III . P. des Affaires
& de Groningue . Les loix
veulent que les Officiers qu'ils
levent pour le fervice des Etats
, foient Hollandois , &
qu'ils prêtent ferment entre
les mains des Etats , au lieu
que ceux qui le levent dans
les autres Provinces prêtent
ferment entre les mains
du Prince d'Orange. C'eft
pour cela qu'il ne peut fouf
frir les Officiers de ces Provinces
, il les décrie , & a
fouvent des démeflez là- def
fus avec le Prince de Naffau .
Je ne puis finir fans vous
parler encore du " Memoire
&
4
du Temps . 363
des Proteftans , fuppofé envoyé
par les Proteftans d'Angleterre
au Favory du Prince
d'Orange . On a découvert
qu'il a efté fait en Hollande
par le Docteur Burnet , &
c'eft une chofe dont la pluf
part des Intereffez convien .
nent.Vous pouvez juger par
le portrait que je vous ay fait
de luy , en vous apprenant
qu'il a efté condamné pour
crime de haute rrahifon , s'il
n'eft pas capable de tout
faire , aprés l'avoir eſté de
tout écrire. La premiere partie
de fon diſcours n'eft qu'un
Hh ij
64 III . P. des Affairs
amas d'injures groffieres contre
les Catholiques , & de ces
chofes ridicules & outrées ,
par lesquelles on ne sçauroit
corrompre le fentiment des
honneftes gens. Comme toute
cette partie ne tend qu'à
prouver ce qui eft dans la déliberation
des Etats , à laquelle
j'ay répondu prefque
mot pour mots je paffe à la
feconde qui ne regarde que
la fuppofition du Prince de
Galles , qu'il veut prouver
fans alleguer aucun fait, mais
par des conjectures feulement
du Temps. 369
4
a:
11 perd beaucoup de pages
à dire d'abord , que dés qu'
publié que la Reine eftoit
groffe , on a dit publiquement
dans toute l'Angleterre qu'on
fuppoferoit un Enfant pour Prince
de Galles. Si la chofe eftoit
fi publique , les parties intereffées
devoient s'en défier,
& prendre leurs précautions
là- deffus ; mais comme on
vouloit avoir lieu de fe fervis
de ce pretexte , on n'avoit
garde de prendre des mesures
qui puffentdonner fujet d'èm-.
pécher de douter de la verité.
Si le Prince d'Orange ajoû-
Hh iij
366 III. P. des Affaires
toit foy à ces bruits-là , il ne
devoit point faire faire compliment
à leurs Majeftez fur
la Naiffance du Prince de
Galles ; on pourroit objecter
qu'il n'a fceu que depuis ce
temps -là , la verité de la fuppofition
; mais cela n'eft
point , puis qu'on n'allegue
rien de pofitif, & que le Do-
&teur Burnet neraifonne que
fur des conjectures.
Il dit que la Reyne n'estoit
pas en bonne fanté , & que par
confequent , elle ne pouvoit devenir
groffe . Un pareil raiſonnement
ne merite point de
du
Temps. ༢67
>
réponse ; le public luy en fera,
& luy dira qu'on voit tous
les jours des femmes languiffantes
& d'une affez mauvaiſe
ſanté,avoir, non pas un
enfant, mais plufieurs, jufque
là mefme qu'on dit qu'elles
en ont plus que les autres .
Reyne n'estoit groffe
que par devant , & non par
derriere ny fur les coftez , & s'étend
beaucoup là - deffus .
Un tel raifonnement fait pidit
la
que
tié , mais outre que ce qu'il
allegue peut eftre faux , &
qu'il falloit le dire avant que
la Reyne accouchaft
, il eft
Hh iiij
368 III . P. des Affaires
conſtant qu'il y a des femmes
qui ne font groffes que du
ventre , & d'autres des hanches.
>
Il dit que la Reyne voulant
aller demeurer dans l'Appartement
destiné pour faire fes cou
ches avoit dit le Vendredy
qu'elle accoucheroit le lende
main , & que fi l'Appartement
n'efloit pas preft , elle accoucheroitfur
la place. Ce raiſonnement
par lequel il veut faire
voir que le Prince eſt ſuppofé
, prouve le contraire.
On voit que la Reyne dit
qu'elle accouchera pour faire
du Temps: 369
preffer de mettre fon Appar
tement en eftat . Si fon accou
chement n'avoit efté qu'uno
chofe concertée pour fuppofer
un Prince ce jour- là , elle
fe feroit bien donné de garde
d'en parler , & d'ailleurs il fe
trouve plufieurs femmes qui
aprés leurs premieres couches
devinent le temps des autres
par l'eftat où ellesfe trouvent .
Elles fe fentent : & peuvent
en dire autant que les Sages.
Femmes qui devinent fouvent
jufte là-deffus .
Il dit qu'on a fait aller la
Princeffe de Danemark aux
370 III. P. des Affaires
Bains à quarante milles de Londres.
Le Roy ne gouverne
point cette Princeffe ; elle eft
en puiffance de Mary ; fon
Mary eft avec elle pour vciller
à fes interefts , & elle fait
pour fa fanté ce que fes Medecins
luy confeillent fi elle
le juge à propos. Ce n'eſt
point une affaire du Roy , &
iln'y entre point.
que
Le Docteur Burnet rapporte
encore qu'on a dit
la Reyne eftoit groffe d'un Prince
, avant qu'on fceuft fi elle
eftoit veritablemene groffe . C'eft:
l'ordinaire , quand on fou
du Temps . 371
haite une chofe de cette nature
, de dire qu'elle arrivera ,
& il s'enfuivroit qu'en confequence
de ce raiſonnement
il auroit falu que la Reyne
euft accouché d'une Fille ,
fi dans l'apprehenfion d'en
avoir une elle avoit dit
qu'elle n'accoucheroit que
d'une Fille .
By
Ce Docteur parle encore
d'une feconde porte qui eftoit
dans la Chambre par laquelle on
a pu apporter un Enfant ; mais
outre que tout cela eft mal
digeré , il n'afſure rien luymefine
, & toutes ces con372
III . P. des Affaires
jectures ne donnent pas droir
d'envahir un Royaume , &
meſme du vivant du Roy qui
en eft le legitime poffeffeur .
Tout ce que je viens de répondre
aux raifons du Docteur
Burnet , qui pretend
prouver que le Prince de Gal
les eft fuppofé , fe peut ajouà
celles du Roy d'Angleterre
qui a combattu ces raifonnemens
par des faits , &
en a fait connoiftre la fauffeté
. J'ay ſeulement répondu à
des chofes qui paroiffent infoûtenables
, mefme aux efprits
les moins éclairez.
ter
du Temps . 373
Aprés des raifonnemens
voyons des chofes de fait.
Voicy une Proclamation du
Roy d'Angleterre du 20. d'O-
Яobre 1688.
JACQUES ROY.
Cquel'onfait , pour envahir &
Omme les grands preparatifs
Conquerir ce Royaume , demandent
que nous apportions tous nos foins à
pourvoir à tout ce qui eft neceffaire à
Ja fureté & à fa defenfe , qu'avec
la Grace de Dieu nous avons refolu
defaire afin que nosEnnemis qui
apporteront avec eux toutes les triftes
calamitez de la Guerre , ne puiffent
Je fortifier en entrant dans noftre
Royaume ,fait en s'emparant de tous
374 III. P. des Affaires
&
>
les Chevaux , Boeufs & autres Beftiaux
de nos Sujets , qui leur pourront
eftre utiles pour porter ou trainer
leurs bagages & autres chofes
lourdes & pefantes , nous avons
trouvé à propos d'ordonner
nous ordonnons par noftre prefente
Proclamation Royale , publiée de
l'avis de noftre Confeil Privé
nous requerons & commandons expreffement
à tous Gouverneurs &
Lieutenans Gouverneurs des Pro
vinces voisines de la Mer , & à tous
Sheriffs , luges de Paix , Maires ;
Baillifs , & à tous nos autres officiers
& Miniftres tant Civils que
Militaires , de faire faire bonne &
feure garde fur les Coftes & dans
leurs Villes, Bourgs & Iurifdictions,
&
que d'abord qu'ils verront approcher
les Ennemis , ils faffent retirer
du Temps. 375
à vingt milles au moins du lieu où
les Ennemis voudront débarquer
tous les chevanx , boeufs & beftiaux
qui eftant propres à porter ou tirers
nefontpoint actuellement employez
à noftre fervice & deffenfe ou à celle
du pays , & de s'affurer de telle maniere
de ces beftes de charge, qu'elles
ne puiffent tomber entre les mains
ou au pouvoir d'aucuns de nos Ennemis.
En
quoy
neanmoins nous ne
voulons pas que cenx aufquels cès
Beftiaux appartiennent , fouffrent
Aucune perte ou dommage , ou du
moins auffi peu qu'il confifte avec la
fureté publique du Royaume.
Donné en noftre Cour à VVhitehal
, le 20. jour du mois d'Octobre
1688. & de noftre Regne l'an qua¨
triéme,
376 III. P. des Affaires
Voicy une feconde Proclamation.
Je vous l'envoye , afin que
rien ne nanque à la fuite de
'Hiftoire de l'invafion du Prince
d'Orange. Elle a efté faite pour
empelcher que l'on ne difperfe de
fauffes nouvelles.
IAC QVES ROY.
Qroyque dipuis noſtre avenement
la Couronne , nous avons donné
des marques de noftre bonté &
de noftre clemence à nos Sujets , par
plufieurs pardons ou amnisties generales
, l'une defquelles a efté publiée
depuis peu , nous fommes neanmoins
fenfiblement touchez de ce que plufeurs
Perfonnes mal difpofées ne
s'eftant point corrigées , & ccs témoignages
de noftre faveur & de
noftre bonté, n'ayantfait aucun effet
du Temps.
377
fur eux , ils s'employent entierement
diffamer noftre Gouvernement , en
écrivant , imprimant ou raportant de
fauffes nouvelles , & des bruits feditieux
leur intention eftant d'amufer
par ce moyen-là nos Amez Sujets,
& de faire naiſtregénéralement.
dans leurs efprits , autant qu'ils le
peuvent, de la ialoufie & du mecontentement
, principalement dans ces
temps de danger public , à caufe de
Finvafion dont ce Royaume eft menacé
; & tafchant par confequent d'aliener
de nous les cours de ceux de
nos Amez Suiets, qui fans cela, nous .
donneroient volontiers l'aide & l'affiftance
, à laquelle ils font obligez..
parleurfidelité naturelle. Et d'autant
que les Laix & les Statuts de ce
Royaume infligent degrandes & de
rigoureufes peines à tous ceux qui
3. Part. Li
+
378 III. P. des Affaires
feront trouvez difperfer de faußes
nouvelles , ou eftre promoteurs de
calomnies malicieufes , par leurs dif
cours ordinaires , ou autrement ; &
encore davantage à ceux qui tiendront
aucuns difcours ou publieront
aucune chofe , pour exciter les peu
ples à mépriser ou hair noftre Perfonne
ou noftre Gouvernement , &
que nouobftant ces Loix & ce's Statnts
, on a depuis peu parlé plus librement
& plus licentieufement, que
L'on n'avoit acoûtumé defaire,& que
gens out pris la liberté non feuicment
dans les Coffé-houſes , mais
auffi en d'autres endroits & affemblees
tant publiques que particu
lieres , de cenfurer & critiquer les.
affaires d'Eftat , en parlaut mal de
ce qu'ils n'entendent pass Nous
donc , confiderant que les fautes de
L.s
du Temps 379
w
cette nature procedent de la malice
inquiete de méchants Efprits , ou de
la mauvaise conduite de quelques
autres , qui fe repoſent trop fur
noftre clemence & bonté accouſtumée,
avons trouvé à propos de deffendre
expreffement par noftre prefente Pro
clamation publiée parl'avis de noftre
Confeil Privé , à tous nos Sujets, de
quelque qualité , rang ou condition
qu'ils foient , de ne pas prendre y
aprés la liberté , de tenir quelques
fauxdifcours que ce fait, ny les écri
re , imprimer ou publier , ny de fe
mejlerdans leurs difcours ordinaires,
des affaires d'Eftat ou du Gouverne
ment , ou des Perſonnes de nos Confeillers
ou Miniftres d'Eftat , fur
peine de répondre du contraire, à leurs
perils & fortunes.
· Et parce que tous les difcours trop
Ii ij
380 III . P. des Affaires
hardis & peu refpectueux que l'on
tient , aufujet des chofes de cette
grande conféquence , & tous bruitsfaux
& malicieux tendant àfedition
au à amufer les peuples , font punif
fables non feulement en ceux qui les
tiennent , mais auffi en ceux qui les
écoutent , à moins que ceux-cy› ne
les revelent inceffamment à quel
qu'un de nos Confeillers d'Eftat
on à quelques uns de nos luges ou
Iufticiers de paix , afin donc d'ofter .
toutesfortes d'excuſe à tous ceux qui
ne fe tiendront pas dans la modeftie
& le refpect qu'ils doivent avoir .
Nous declarons en outre , que nous
ferons poursuivre avec toute feverité
& rigueur , toutes les Perfonnes
coupables d'un tel procedé malicieux
& contraire aux Loix , en..
écrivant », imprimant ou publiant de
du
Temps.
381
femblables fauffes nouvelles on faux
bruits, ou qui les recevront , fans less
reveler , ou en donner avis de bonne§.
heure, ainsi qu'il a efté ditcy- dessus,
ayant refolu d'eftöuffer & empefcher
ces énormitez par le chatimentfevere
& exemplaire de tous les tranfgref
feurs, qui feront cy aprés decouverts.
Et nous enjoignons & commandons
expreffement par les prefentes, à tous
& à un chacun de nos luges , Iufticiers
de Paix , Sherifs , Mairesy
Baillifs & à tous nos autres Officiers
& Miniftres quelconques , d'avoir
unfoin particulier de faire inceffamment
arrefter , poursuivre &feverement
punir toutes les Perfonnes, qui
en quelque temps que cefoit, cy-aprés
feront trouvées coupables de ce que
deffus.
Donné en noftre Cour à VVhitchal,
382 III . P. des Affaires
le 26. jour du mois d'Octobre 1688.
& de noftre Regne l'an quatrième,
Peu de jours aprés on publia la
Proclamation qui fuit touchant les
libelles feditieux qui fe repandoient
dans l'Angleterre.
IAC QVES ROY.
D
*
Autant que le Prince d'Orange
& fes Adherens qui ont
deffein d'envahir nos Royaumes, ont
pour cet effect inventé & forgé
plufieurs Papiers & Declarations
remplies de trabifon, esperant par ce
moyen-là feduire nos peuples , &
s'il eftoit poffible , corrompre noſtre
Armée , & qu'ils ont fait imprimer
un grand nombre de ces libelles , &
envoyé plufieurs Perfonnes qui font
employées à les diftribuer dans nos
Royaumes ; Et quoyque toutes fortes.
du
Temps. 383
de gens , auffi bien dans les cas criminels
que dans les autres , foient
abligez de prendre connoiffance des.
Loix , finon d'encourir la peine &
les perils ; afin ncanmoins que perfonne
ne penfe échaper la punition
deue , ou s'excufe lors qu'elle fera
découaerte , en pretendant ignorer la
nature de fon crime , nous voulons
bien avertir par la prefente Proclamation
publiée de l'avis de noftre
Confeil Privé , & exhorter tous nos
Sujets de quelque qualité , rang ou
Condition qu'ils foient , de ne point
publier , diftribuer , repeter ou dif
perfer lefdits Papiers on Declarations.
remplies de trahisons , ny aucnn.
d'eux ou aucune d'icelles, ny aucun.
autre Papier on Papiers de cette
nature , Jans les decouvrir & reve--
Ler auffi promptement que faire. Le.
384 III. P. des Affaires
pourra , à quelqu'un de nos Iuges ,
Iufticiers de paix ou autre Magiftrat
public , fur peine d'eftre poursuivis
felon la plus grande feverité des
Loix.
Donné en noftre Cour à VVhitehal,
le deuxième jour du mois de Novembre
1688.& de noftre Regne
l'an quatrième.
J'ajouſte encore une Proclamation
qu'on a trouvée fort judicieufe
, & qui eft extremement
eftimée. Vous remarquerez que
juſques à ces deux dernieres leRoy
d'Angleterre a eu l'honnefteté de
ne point nommer le Prince d'Orange
, & qu'il a artendu qu'il fe
foit declaré le premier , quoy qu'il
ne puft douter de fon entrepriſe .
Facques
du
Temps.
385
Coder
qu
IAC QVES ROT.
Omme nous ne sçaurions regar
qu'avec horreur , l'Invaſion
de nos Royaumes par le Prince d'orange
, cette entreprise eftant außi
peu Chrétienne qu'elle eft denaturée
dans une Perfonne qui nous eft alliée
de fi prés ; außi ne pouvons
nous fans beaucoup de chagrin , faire
reflexion fur les malheurs & les calamitez
qu'une Armée d'Eftrangers
& de Rebelles doit inevitablement
apporter à noftre Peuple , fans en
eftre fenfiblement touchez. Il n'eft
que trop évident par une Déclaration
qu'il a fait publier depuis peu,
que nonobftant tous les pretextes
Specienx & plaufibles qu'elle renferme
, fon deffein ne tend au fond,
qu'à une ufurpation abfoluë de no
3. Part. Kk
386 III . P. des Affaires
que
tre Couronce & de nostre autorité
Royale, ainfi qu'il paroift amplement
par le ftile Royal dont ilfefert dans
ladite Déclaration, requerant les Pairs
de ce Royaume , tant Ecclefiaftiques
Seculiers , toutes autres Perfonnes
de quelque rang, ou condi
tion qu'ellesfoient , de luy obeir &
de l'affifter dans l'execution de fes
deffeins , prérogative qui eft infeparable
de la Couronne Imperiale de
ie Royaume. Et pour une preuve
encore plus forte & indubitable de
fon ambition demefurée que rien ne
peut affouvir , que la poffeffion immediate
de la Couronne mefme , it
revoque en doute la legitimation da
Prince de Galles noftre Fils & Heritierprefomptif,
quoy que par la Providence
de Dieu il foit né en prefence
de tant de Témoins d'un credit
du
Temps.
387
& d'une probité irreprechalles, qu'il
Lemble que le Ciel ait pris un foin
particulier de cette naiffance , exprés
pour renverser un attentat fi méchant
, & qui n'a jamais eu d'egal.
Pour accomplir fes deffeins ambitieux
, il fimble fur la fin de fa
Declaration , vouloir tout faûmettre
à la decifion d'un Parlement libre ,
efperant par ce moyen- là s'infinuer
dans l'affection de nos Peuples , bien.
qu'il n'y ait rien de plus évident ,
qu'un Parlement ne fçauroit eftre libre
, tant qu'il y aura une Armée
d'Eftrangers dans le coeur de nos
Royaumes ; de forte qu'il eft veritablement
luy- mefme le feul qui cmpefche
qu'il n'y en ait un libre, puifque
nous avons fortement refolu
ainsi que nous l'avons déja declaré
convoquer un Parlement, auffi- toſt:
de
K k ij
t
388 III . P. des Affaires
que par la benediction de Dieu , nos
Royaumes feront délivrez de cette
Invasion , & on ne fçauroit en aucune
maniere douter qu'il ne foit librement
choifi , puifque nous avons
actuellement rétabli toutes lesvilles ,
Bourgs & Communautez de ce Royaume,
dans leurs anciens droits & privileges.
Dans ce Parlement , nous
ferons prefts non feulement à rece.
voir toutes les juftes plaintes de nos
Amez Sujets , & à redresser Leurs.
griefs, mais auffi à reiterer & confirmer
les assurances que nous leur
avons déja données par nos diverfes
Declarations , de la refolution que
nous avons prife , moyennant la
Grace de Dieu, de les maintenir dans.
leur Religion , dans leurs libertez, &
dans tous leurs autresjules droits &
privileges quelconques. Sur ces condu
Temps 389
fiderations, & les obligations de leur
devoir & fidelité naturelle, nous ne
feaurions douter que tous nos fidel- -
les & Amez Sujets, ne concourent
promptement & de bon coeur avec
nous nefejoignent à nos troupes ,
pour repouffer & deftruire entierement
nos ennemis , & nos Sujets rebelles
engagez dans cette entrepriſe,
& qui ont fi injurieufement & fi
perfidement envahi ce Royaume , &
en ont troublé la paix & la tran-.
quilité.
Donné en noftre Cour à VVhitehal,
le fixieme jour du mois de Novembre
1668. & de noftre Regne l'an
quatriéme.
Je finis , parce que je ne me fais
propofé dans cet Ouvrage que de fuivre
le Prince d'Orange jufqu'au jour
de fon dernier depart pour l'Argle-
Kk iij
390 III. P. des Affaires
terre . Ce depart fut devancé par deur
Lettres qu'il écrivit à la Flote , & à
l'Armée de terre. Elles contiennent à
peu prés les mefmes choſes fous differens
termes , & toutes deux ne tendent
qu'à les exciter à la revolte. Il
dit dans l'une . Nous n'oublierons ja
mais les fervices que vous nous rendrez
en cette occafion , & reus premestons
des marques de noftre reconnoiffance
à tous ceux qui les voudrent bien meriter
de nous ; & dans l'autre , Neus
efperons que vous confidererez ce que
vous devez à Dieu & à voftre patrie,
& à vous-mefmes. Ces deux endroits
font voir qu'il ne compte non plus le
Roy d'Angleterre, que s'il u'y en avoit
point, & qu'il pretend que ce n'eſt
qu'à luy qu'on doit obeir. 11 farle
par Nous , il promet des recompenfes ,
& ilagit en Sowerain . Il ne far dreit
pas d'autres pieces . pcur juſtifier le
deffein qu'il a de fe rendre maiſtre
dun Royaume , qui ne luy appartient.
du Temps. 391
pas , puis que c'eft travailler à faire
tourner les Armes des Sujets contre
leur Prince. Quand il feroit appellé
par tous les Peuples d'Angleterre, ilne
devroit point fecourir des Sujets rebelles
, mais l'on voit par la refiftance
qu'ily trouve qu'il n'y eft appellé que
par quelque nombre de mutins, & qu'il
a befoin d'employer fa force ce qui le
rend encore plus coupable . Il ne parle
plus dans fes Lettres que de la Religion
Proteftante ; il la veut donc faire
Acurir feule , ce qui ne s'accorde pas
avec les Loix d'Angleterre qu'il veut
maintenir. Si l'on fuivoit ces Loix
dans la rigueur, on n'y fouffriroit pas
les Proteftans , & ils feroient fujets
aux peines portées contre les non
Conformistes . Ainfi ils font obligez
au Roy d'Angleterre qui les fouffre,
& quand malheureufement
l'autorité
du Prince d'Orange prevaudroit par
la force des armes, il ne pourroit tenir
qu'une partie dece qu'il promet par fes
392 III. P. des Affaires
écrits ,car s'il maintient laReligion Anglicane
felon les Loix , les Proteftans
feront fujets à des peines , & s'il fait
triompher la Proteftante qui eft la
feule dont il parle dans fes dernieres
Lettres , il abaillera l'Anglicane , &
les Loix qu'il fuppofe qu'il va maintenir
n'auront plus d'effet. Quand
fon Manifefte feroit écrit avec toute
la fincerité imaginable , il ne fçauroit
faire qu'une partie des chofes
dont il l'a groffi . On doit conclure
de là fans pouvoir faire autrement ,
que la liberté de confcience que le
Roy d'Angleterre laiffe à fes Peuples
eft un effet de fa prudence , & qu'il
eft abfolument impoffible que le calme
regne dans fes trois Royaumes
fans cette liberté , vû le grand nombre
de Sujets qu'il a de differentes
Religions.
FIN.
1
1
UNIVERSITY
OF MICHIGAN
3 9015 06575
6762
Qualité de la reconnaissance optique de caractères