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1688, 12, t. 3 (Affaires du temps) (Lyon)
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PP. Claudio Frunz.Merrestrier
for.Jen


8071
AFFAIRES
Collegii Lugdun.
SS.Trinit.Soc.Jesu Cat.
TEMPS
EQUE
DE
TOM IN
LYON
1893
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure
Galant.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROT
LAHT
V
AVIS.
Oilà toutes les Affaires du Temps renfermées
en trois volumes . On y voit leur origine
, leur progrés & leur fuite, Pluft au Ciel
qu'on y vist auffi leur fin. Los pieces histo- .
riques qui concernent toutes ces affairesfont dans
ces mêmes volumes , le refte qui regarde moins
la politique que des faits , fur lesquels il n'eft
pas befoin de raisonner , & qui ne demandent
point de replique comme , marches , dénombrement
de Troupes & Combats , fe trouvera dans
le Mercure de ce mois dans les fuivans . La
défenfe de la verité , & la justice du bon party ,
ont fait parler dans ce Volume d'une maniere
qui pourroit paroiftre hardie , fi ce qu'on y
rapporte n'estoit pas constant . D'ailleurs on fe
fent animé d'un ele qui nepeut estre blafme
quand on parle pour des Testes couronnées ,
qu'on le fait avec autant de jufice , & avec
autant d'autoritez que l'on en trouvera d'alle.
guées dans ces trois Volumes. Les ennemis de
la verité , qui ne fçauroient fouffrir derepliques.
voudront peut estrefaire passer pour fatyre , ce
qui ne l'eft point ; ceux qui attaquent avec in
jures font des fatyres , mais des réponses qu'on
fait pour l'interest de la verité ne peuvent estre
de ce nombre , quelques vigoureufes qu'elles puif
A V I S.
fent eftie. En tout cas on ne croit point qu'art.
cune Puiffance de Hollande fe puiffe plaindre ,
puis que c'est un Pays ou tout eft remply d'écrits
injurieux à tous les Potentats de l'Europe , fans
parler des Tableaux & des Estampes qui ne les
épargnent pas. Ceux quifont des Satyres prennentfoin
defe cacher , & l'Auteur du Mercure
veut bien fefaireconnoitre , fachant avec certitude
qu'il ne dit que la verité , qu'il ne défend
qu'une jufte caufe , & qu'il ne repouffe que
des calomnies.
1
On avertit le public qu'il doit prendregarde à
la maniere dont on a refuté la Priere du MiniftreMenard.
On fait qu'elle eft prefque toute
compofée de paroles de l'Ecriturefainte , & ce
n'eft pas ceque l'on attaque , mais on la ruine
parfonfondement par le mauvais ufage par
la mechante application. On s'eft feulement at
taché à deuxchofes touchant cettePriere ; l'une
àfaire voir la contradiction qui fe trouve entre
elle , &la déliberation des Etats , & l'autre à
détruire l'application injurienfe de ' lofué de
Sennacherib , c, que les Miniftres affectent:
dansleurs Ouvrages.
III. P.
VILLE
TROISIE'ME PARTIE
DES AFFAIRES
DU TEMP
LYON
1893
OUS avez vû dans
ma Lettre précedente
ce qui a donné lieu
à l'Appel interjetté au
futur Concile Vniverfel , par
Monfieur le Procureur GeneralduParlement
de Paris . Il faut
vous faire part dans celle- cy
des remarques que j'ay faites
pour prouver que ces fortes
d'appellations font canoniques
Tome III. A
2
111. P. des Affaires
& legitimes , & qu'elles ont
efté toujours pratiquées chez
tous les Souverains. Elles ont:
leur fondement dans le droit
de Nature , & font autorifées
par le droit des Gens , en forte
qu'il n'y a rien de plus commun
& de plus neceffaire que
l'Appel , qui eft un moyen de
défenfe ; Appellandi ufus quàm
fit apud omnes frequens , quamve
neceffarius , nemo eft qui nefciat.
Digeft.1. de appellat . Auffi les
Canoniftes conviennent que
tout ce qui fe pourfuit juridiquement
par la voye d'Appel,
doit eftre receu & approuvé
par les parties intereffées.
Afin d'éclaircir cette matiere ,
qui eft de confequence pour
bien entendre les affaires du
temps , il faut fuppofer comme
'une verité conftante dans le
du
Temps .
3
droit , que quoy que toute
affaire jugée foit censée pour
une verité , à caufe de l'autori
té du Juge , il eft cependant
hors de doute par la pratique
fondée fur le Droit Civil &
Canonique , qu'il eft permis
d'appeller du Jugement , ou de
la Sentence d'un Juge inferieur
à un luge fuperieur , ce
qui ne fe doit pas feulement
entendre des Jugemens ou
Sentences, mais encore de toutes
peines judiciaires , ou extrajudiciaires
.
Il faut donc ſe ſouvenir qu'il
y a de deux fortes d'Appellations
, fçavoir judiciaires &
extrajudiciaires. L'Appel judiciaire
eft fait de la Sentence,
ou des circonstances qui font
de l'effence , & qui accompa
gnent le jugement . L'Appel
A 2
4 111. P. des Affaires
4
extrajudiciare , & dont il s'agit
icy , eft regulierement interjetté
hors le Jugement , contre
un Juge qui nous a lezez
, ou qui pourroit dans la
fuite nous lezer , ce qui fe pratique
comme un remede &
une précaution , tant pour
le paffé que pour l'avenir.
De appel. in Clement , c. 3. & cap.
concertationi 8. in 6. Item , cap.
confideramus 10. cap . cùm nobis
19.cap. auditis 29.ext.de electio.
&c.On peut voir cette diftin-,
ction d'appellations traitée
avec plus d'étendue par le Panormitain
fur le chapitre, bone
fi.ext.de appell.
Appeller , c'eft provoquer
fa partie devant , ou pardevant
un Juge fuperieur , pour me
fervir du mot qui eft en ufage
dans la pratique . L'appel
da
Temps.. 5.
s'interjette au nom du Procureur
General , qui eft la vraye
Partie aux appellations par un
fimple Acte , & on le releve par
un Arreft .
Qu'on ne nous dife pas done
que cette maniere de proceder
a efté inventée par les François
. La fubordination qui fert
à conferver les Etats , a fait
que de tout temps , chez toutes
les Nations , on s'eft plaint
aux Superieurs des jugemens
qu'ont rendu les inferieurs .
De plus , c'eft avec raifon que
Moncur le Procureur General
a remarqué dans fon Acte
d'Appel , que les precautions font
établiespar le Droit , pratiquées en
plufieurs occafions , & fondées fur
Les fentimens mefmes des Canoniftes
Italiens. Auffi le droit Romain
nous apprend que lors que l'on
A 3
6 111. P. des Affaires
avoit lieu de fe plaindre de l'injuftice
d'une Sentence , on en
pouvoit interjetter appel L.
Prefect 17. ff. de minorib. & L.
à fententia , ff. de appellationibus.
Les Souverains Pontifes &
les autres Princes Ecclefiaftiques
ayant fait des entreprifes
extraordinaires fur le droit des
Souverains , lors que l'ignorance
des fiecles paffez ne permettoit
pas de demêler le Sacerdoce
d'avec le Prince tem ,
porel , les Rois ont efté contraints
d'avoir recours aux Appellations
au futur Concile, &
dans la fuite aux Appellations
comme d'abus . Elles fe reduifent
prefentement à quatre
points principaux. Le premier
eft la contravention aux Saints
Conciles . Le fecond l'entrepridu
Temps.
7
fe fur les Droits du Roy en ce
qui regarde les chofes tempo .
relles , & les libertez de l'Eglife
Gallicane. Le troifiéme , la:
derogation aux Concordats
& c . Le quatrième , l'entrepriſe
de la Jurifdiction Eccléfiaftique
fur la feculiere.
Pour prouver ce que nous
avons dit , que les Canoniftes
Italiens admettent les appellations,
il faut bien remarquer,
que Meffieurs les Docteurs
Vltramontains conviennent
avec nous du fond , & difent
qu'il eft permis d'appeller pour
vu principalement , que l'Appel
aille de l'inferieur au Superieur
Comment le pourroientils
nier , puifque les Ecclefiaftiques
peuvent en bien des
rencontres entreprendre fur le
A
4
8
111. P. des Affaires
droit des Souverains ? On eft
obligé de les arrefter , ce qui
les neceffite non feulement de
recevoir les Appellations , mais
encore les fimples citations .
Cela eft fi vray , qu'il fe trouve
dans la definition mefme de
l'Appel , qui eft une provocation
fatete d'un Tribunal infericur àun
Superieur , pour faire reformer y
une Sentence injufte.
l'avoue que la Cour Romaine
n'a pas toûjours eſté ſemblable
à elle - mefme dans ce
fentiment.Elle s'eft accommo .
dée aux temps & aux circonftances
, embraffant toujours
avec chaleur toutes les occafions
qu'elle a cru favorables à
fes entrepriſes . Mais fans m'engager
dans un detail & dans
des diftinctions qui ne font
pas de mon fujet , je me con-
"
du
Temps.
9
tenteray de remarquer , avec
les fçavans Jurifconfultes , que
L'Appel eft tres legitime , &
qu'il ne peut eftre denié , lors
que la Cour Romaine excede
dans fes pretentions , ou que
les Refcrits du S. Pere font oppofez
à la puiffance du Prince
fur fon temporel, ou qu'ils ten
dent à porter prejudice à fes
Edits , Ordonnances , ou aux
libertez Ecclefiaftiques de fon
Royaume. On peut voir ce
qu'en a écrit celuy qui a fait
des Commentaires fur la ,
Pragmatique Sanction , fur le
.ne tamen verbo voluit ..
Left vray qu'il n'eft pas permis
d'imiter le procedé injufte
des Donatiftes qui appellerent:
du Synode tenu à Rome par le
Pape Melchiade en 313. less
Heretiques ne voulant pas fe
10 111. P. des Affaires
foûmettre aux decifions du
Synode quiles venoit de condamner
, voulurent traduire
la caufe au tribunal de l'Empereur
Conftantin , qui rejetta
leur Appel , avec des paroles
de mépris & d'horreur pour
leur temerité .
Nous lifons encore dans
l'Hiftoire Ecclefiaftique qu'-
un Evefque nommé Chrononius
, ayant efté condamné par
fes Confreres , appella à l'Empereur
Valentinien , qui le
condamnaà une amende envers
les pauvres , pour le punir
de ce qu'il avoit mal appellé.
C'est ce qui fe voit dans le
Code Theodofien au livre 20..
On pourroit encore appor
ter le 9. Canon du 3 Concile
de Cartage celebré en l'année
de J. C. 397. fi ce n'étoit une
3.
du Temps.
TI
chofe inutile dans l'affaire pre .
fente , où il s'agit feulement.
de montrer que l'Appel au
futur Concile eft tres - legitime
& Canonique , n'eftant autre
chofe qu'une provocation
A fede ad Sanctam fedem , & ad
futurum generale Concilium proximè
celebrandum ainfi que difent
les Canoniftes, qui remarquent
fort bien que ce n'eft point
faire tort à la juriſdiction & à
l'autorité de l'Eglife , dont on
conferve le droit . Ce ne font
pas feulement nos Archives
de France qui font foy de l'Vfage
de ces Appellations ; elles
ont auffi efté pratiquées en
Angleterre, en Eſpagne & dans
les autres Eftats Catholiques.
L'Hiftoire nous en fournit de
grands exemples & de belles
A 6
12 III. P. des Affaires
3
autoritez , qu'il feroit trop
long de citer.
La verité eft cependant que
les Princes , ou les Cours Superieures
n'ont jamais em
ployé le remede de l'Appel au
futur Concile que dans l'extremité
, c'eſt à dire , dans les
chofes qui eftoient du bien
general de toute l'Eglife , ou qui
regardoient
l'Estat des Princes
, comme nous l'avons deja
dit.
Philippe le Bel , Roy de
France , qui vivoit au commencement
du 14. Siecle , ne
pouvant plus fouffrir les entreprifes
que le Pape Boniface
VIII. faifoit injuftement fur le
temporel de fon Royaume , fut
contraint d'en appeller au futur
Concile. On voit tous les
Actes de cette procedure qui
du
Temps .
13
font affez curieux pour trouver
place dans une Hiftoire.
particuliere.
Monfieur Dauvet interjetta.
auffi un Appel , comme Procureur
General du Roy ; fur un
refus du Pape Pie 11. La for
me de cet Acte eft trop im .
portante à noftre fujer pour
n'en pas donner icy unex
trait . Ob reverentiam militantis
Ecclefia , reprefentandam in Conci
lio generali congregando : & quoniam
appellatio , feu procuratio per
vos facta , ftatum ejufdem Univerfalis
Ecclefia , facrorum Concia.
liorum authoritatem , ac tantum
·Principem , tantumque Chriftianitatis
portionem , ficut Chriftianif
fimum Francorum Regem &fuum
nobiliffimum Regnum de directo
tangit & concernit , idcirco , quanzum
dejure poffumus , & valemus,
14
111.
P. des
Affaires
appellationi veftra deferimus reverenter
, & hoc pro Apoftolis vobis
refpondemus. C'est ce qui fe lit
dans Mathieu en fon Hiftoire
de Louis XI. & c'eft un paffage
fort important pour montrer
à nos Adverfaires en quels
cas on met en pratique dans ce
Royaume les Appellations au
futur Concile . Nous declarons
donc que par là nous donnons
de plus fortes marques de nôtre
profond reſpect pour l'Eglife
militante , reprefentée
dans un Concile general legitime
, dont nous reconnoiffons
la fouveraine autorité . Que
c'eft auffi pour maintenir cette
même autorité des faints Conciles
, & afin de ne pas mettre
en compromis la dignité d'un
auffi grand Prince que le Roy
Tres- Chreftien ; enfin c'eſt
4
du
Temps. Is
pour conferver une des plus
belles portions de l'Eglife Vniverfelle
, qui a toujours regar
dé le Royaume de France comme
l'une de fes plus nobles
parties.
Peut - on avoir des motifs
plus juftes d'appeller , & à
moins que d'eftre entierement
dévoué aux fentimens infoûttenables
des Docteurs ultramontains
, ne doit- on pas tom
ber d'accord que les appellations
au futur Concile ne paroiftront
nouvelles & illegitimes
qu'à ceux qui feront ate
tention feulement aux entreprifes
de la Cour Romaine
qui a tâché d'inspirer par tout
ce qu'ily a de moyens , que
les Papes font les Juges fouve
rains dont il n'eſt pas permis
d'appeller e
16 111. P. des Affaires
L'ignorance des ficcles paffez
, jointe àla divifion de l'E
glife , agitée par des Schifmes
horribles & des Herefies , fut
caufe que cette opinion fe glif
fa infenfiblement dans l'efprit
de plufieurs.. Les Papes fe fervirent
de ces conjonctures favorables
à leurs deffeins pour
étendre leur domaine temporel
. Ils firent plus de conquef
tesavec le fecours des armes
fpirituelles , que leurs Chefs
n'auroient ofé efperer avec les
Troupes de plufieurs Royaumesqu'ils
avoient pour Alliez .
On eut peur des foudres du
Vatican , & fans démefler fi
les Cenfures Ecclefiaftiques
.
avoient leur effet , & portoient
coup lors qu'elles partoient
d'un principe injufte , ce fut
affez d'excommunier
& de
du
Temps. 17
mettre des Royaumes en inter
die , pour infpirer une terreur
generale , & donner la liberté
à des ufurpations injuftes.
Quels defordres n'a - t- on
point vûs dans tous les Etats ,
& dans la fuite des Siecles ,
pour n'avoir pas d'abord remedié
à des entreprifes fi peu legitimes
? Les Papes feuls en ont
profité ; le Patrimoine de S.
Pierre qu'ils tient dela liberalité
de nos Roys Tres - Chref
tiens s'eft augmenté de telle
forte , que nous le pouvons
regarder comme l'une des plus
puiffantes parties de l'Italie .
Les Souverains Pontifes fe
voyantdonc en eftat de donner
des loix dans le temporel
auffi bien que dans le fpirirituel
, ont fait des alliances ,
déclaré la Guerre,fortifié leurs,
18 111. F. des Affaires
Etats , conduit des Armées ,
levé des Troupes & des Con.
tributions ; en un mot, ils font
entrez dans les mefmes engagemens
que les autres Souverains
du monde , & lors que
leur mauvaife fortune , oùla
foibleffe humaine les a contraints
de ceder à la fuperiorité
des Empereurs ou des autres
Princes contre qui ils combattoient
, ils ont eu recours
aux excommunications & aux
interdits.
L
Ils n'avoient garde alors de
fouffrir qu'on dift chez eux
qu'il y avoit unluge au deffus
de leur tefte , qu'ils eftoient
foumis aujugement d'un Concile
, & que les Papes ne pouvoient
difpofer du temporel
des Souverains . C'étoit eftre
Heretique & digne de mort
du
Temps,
19
que d'en douter mefme , d'où
vient que la complaifance , qui
a efté de tous les fiecles , leur
produifitdes Ecrivains gagnez
& des plumes venales qui flatterent
la cupidité humaine , &
qui foûtinrentavec confiance ,
qu'on ne pouvoit appeller du Iugement
du Pape à un Concile , que les
Souverains estoient foumis au faint
Siege , mefme pour le temporel , &
tant d'autres maximes qui font
entierement oppofées à l'efprit
de Iefus Chrift , & au repos
dés Royaumes , & comme le
droit Canonique doit fa meilleure
partie aux décifions,aux
Decretales , aux Lettres , aux
Bulles, & aux Refcrits des Sou- !
verains Pontifes , il n'y a pas
lieu de s'étonner de quelle
maniere on y traite les appellations
au futur Concile .
20 III. P. des Affaires
Mais fans m'engager dans
tous les exemples queje pourrois
tirer de 1Hiftoire , c'eft
affez de remarquer en paffant
que fi les Papes avoient cru
devoir rendre compte de leur
conduite devant un Tribunal
Superieur , qui eft le Concile
General , ils fe feroient bien
donné de garde dans les fiecles.
paffez , de fouffrir des ufurpations
& invafions de tant de
petits Etats qu'ils ont ajoutez
à leur Domaine,temoin ce que
fit le Duc de Valentinois fous
Alexandre VI. pour ne point
parler de tant d'autres .
Bien loin de reconnoiftre
une Doctrine fi canonique ,
& de fe foumettre au jugement
des Conciles Generaux , ils
conferverent precieufement &
avec une extrême jaloufic les
du
Temps.
2 I
fentimens qui étoient fi utiles
à leur politique ; mais comme
c'eft une politique humaine ,
& que nous devons , fans nous
feparer de l'unité de l'Eglife , diftinguer
l'homme d'avec le Vicaire
de Iefus - Chrift , on s'eft
relevé de l'ignorance groffiere,
où l'on eftoit plongé autrefois ,
& l'on a dévelopé les tenebres
épaiffes qui environnoient
l'efprit de plufieurs.
De là vinrent ces Appella- ·
tions , à fede adfanctam fedem ;
à Papa , ad Papam melius confultum
; à Papa non benè informato ,
ad Papam melius informandum , à
Papa dormiente , ad Papam vigilantem
; & enfin à Papa ad futu
rum generale Concilium ; quoy que
l'on n'euft dans toutes ces Appellations
, d'autre deffein que
de maintenir la fubordination ,
22
III. P. des Affaires
& les degrez de Iurifdiction
qui doivent eftre dans l'ordre
hierarchique de l'Eglife .
>
Auffi l'Vniverfité de paris ,
comme le remarqua tres - bien
Monfieur le procureur General
en parlant à cet Illuftre
Corps le 8.d'Octobre dernier ,
nous a enfeigné dés l'an 1491 .
ce que nous devons croire fur
les Appellations.Le Pape Innocent
VIII . avoit expedié des
Bulles avec pouvoir à certains
Commiffaires de lever de groffes
fommes fur les Ecclefiaftiques
du Royaume . L'Vniverfité
de paris ne pouvant fouffrir
cette entrepriſe appella des
Bulles, fanctiffimo Domino noftro
Papa Innocentio VIII . minime
debitè confulto , ad ipfum melius
confulendum , & ad fedem Apoftolicam
melius confulendam , nec non
du
Temps.
23
ad facro fanctam Synodum univer_
falem celebrandam , ad illumque ,
vel ad illos , ad quem , feu ad quos
-de jure licet , inbocfcripto provocamus
& appellamus , proteftantes in-
Super de nullitate , &c.
Ce n'est donc pas feulement
un Royaume tout entier qui
a droit d'appeler au futur Con-
-cile , mais encore un Corps
feparé comme l'Vniverfité , &
mefme un Chapitre feul. Cela
paroift par l'Acte d'appel interjetté
par le Sieur Nicolas du
Bois,Procureur fpecial du Chapitre
de l'Eglife de Paris , qui
appella en 501. d'une indic
tion de Decime extraordinaire
faite par le Pape Alexandre
- VI. & forma fon appel , A Papa
ad Papam melius confultum , vel
ad Synodum univerfalem primum
celebrandam.
24 III P. des Affaires
Les Appellations ne peu
vent eftre receuës que par les
Notaires Apoftoliques qui
font reprefentez au Parlement
, & l'on enregistre cet
Acte au Greffe du Parlement
afin de pouvoir juftifier , lors
qu'il eft neceffaire , & rendre
raifon de l'appel & des motifs
que l'on a eus pour l'interjetter
, & ces cauſes ou motifs
font expofez en détail par le
Procureur General , ou par
celuy qui a charge & pouvoir
d'appeller .
Et afin de pourvoir à ce
que pendant l'appel , les entreprifes
foient arreſtées , &
le Roy & fon Eglife maintenus
dans leurs droits & immunitez
, l'on introduit les
Proteftations de nullité &
les commiffions , in forma in-
>
fractionis
badu
Temps. 25
fractionis Canonum › aut Pragmatica
; & c. dont il n'eſt pas
neceffaire , de donner plus de
connoiffance dans la fituation
où font à prefent les affaires .
De tout ce que nous avons
vujufques à prefent,il eft évident
de conclure combien les
Appellations
au futur Concile
font canoniques & legitimes ,
enforte que pour me fervir des
propres paroles de Saint Ber
nardau Pape Innocent , le Saint
Siege ne doit pas avoir de pei ,
ne de voir reformer ce qu'il
pourroit avoir fait ou ordon,
né par furprife , puis , que fon
principal caractere c'eſt de s'at
tacherinviolablement
à la verité.
Apoftolica fedes boc folet
habere pracipuumut non pigeat
revocare quod àfefortè deprehen-
Tome III.
B
26 III III F. .. F. des Affaires
derit fraude elicitum , non veritate
promeritum . Bernard . Ep . 180.
Ce feroit donc en vain qu'on
oppoferoit icy la Bulle In Cana
Domini,de non appellando de Gregoire
XIII. la Conſtitution de
Martin V.de l'an 1417.qui fut
depuis confirmée par Pie 11 .
dans fa Conftitution execra
bilis , puis qu'on répond que
la Politique de la Cour Romaine
eft l'unique fource
de ces ruiffeaux qui ne viennent
pas jufques à nous , &
qui ne peuvent nous nuire .
On fouftient donc , & on ne
peut le nier , que les Appellations
dontil s'agit ont efté approuvées
par le Cardinal d'Ol
tie, il y a plus de 400. ans , &
depuis par les autres Canonif
tes Italiens , qu'elles font legidu
Temps.
27
times & canoniques ,lors qu'elles
vont du luge inferieur au
Iuge fuperieur , & que le Concile
General eſtant Superieur
au Saint Pere , c'eft avec raiſon
& dans les regles de l'Eglife
qu'on a interjetté appel au
futur Concile ,
Le Pape Zozime eftoit làdeffus
contraire au fentiment
du Cardinal Bellarmin
, trop
partial & trop dévoué à la Cour
de Rome; & dans la Lettre que
ce Pape écrit aux Evefques de
France, il s'avouëinferieur aux
Conciles, Contraftatuta Patrum
condere aliquid vel mutare nec
huius quidem fedis valet authoritas.
C'eftoit le fentiment de S.
Auguſtin & de Saint Gregoire.
Les François tiennent avec
les Conciles de Conftance , &
B 2
28
111.
P.
des
Affaires
de Bafle pour heretiques ceux
qui par une honteuse flaterie
ont inventé que la tefte
eftoit plus que tout le corps
dont elle ne fait que partie . Le
Concile affemblé eft le veritable
corps entier , le pape n'en
eft que le Chef qui adminiftre .
Peut on s'imaginer que le
Cheffeul foit plus que le Corps
entier , que comprend le Chef
& tous les Membres ? Le pape
qui eft luy - mefme une
ouaille de fon propre Troupeau
, ne peut eftre ny fans
l'Eglife , ny hors de l'Eglife ,
mais à chaque changement de
Pape , l'Eglife fubfifte fans
Pontife. L'Eglife legitimement
affemblée eft donc plus inconteftablement
que n'eft le pape.
Le pape n'eft point en droit de
du
Temps.
22
+
changer la moindre chofe aux
Conciles, fuivant le fentiment
de Zozime que je viens de rapporter
; auquel on peut ajoûter
celuy de Saint Gregoire , qui
dit , Qu'on ne peut délier ce que les
Conciles lient , ny lier ce qu'ils
délient. Ainfiles papes ne peuvent
donner aucunes dif
penfes contre les décifions
des Conciles . Le pape n'eft
point au deffus fous le nom
de Chef univerfel de l'Eglife ,
il n'en eft que le membre
principal , il peut faillir &
eftre repris. lefus - Chrift n'a
point dit à S. Pierre ie feray
avectoy , mais quand vous ferez
deux ou trois affemblez en mon
nom , je feray au milieu de vous,
& quand il voulut donner
fon efprit Saint qui eft l'efprit
B
3
30 111. P. des Affaires
d'infaillibilité qui demeurera
à l'Eglife jufques à la confommation
des Siecles , il ne
dit pas à faint Pierre . Rogabo
patrem & alium paracletum
dabit tibi ut manent tecum in
aternum >
>
Spiritum veritatis
mais rogabo & dabit vobis
ut maneat vobifcum. Il ne dit
pas non plus à faint Pierre en
donnant le faint Efprit accipe
Spiritum Sanctum mais à tous les
A poftres affemblez accipite spiritum
Sanctum . Ainfi l'Efprit de
verité ; & d'infaillibilité a eſté
donné à l'Eglife & non pas ǎ
faint Pierre feul , parce que
quand le Sauveur a dit qu'il
feroit au millieu de deux ou
trois affemblez en fon nom, cette
expreffion du pluriel eft une
exclufion formelle du fingudu
Temps,
31
,
her. Auffi omnis Pontifex ex
hominibus affumptus , circunda.
tus eft infirmitate , poteftque &
fallere & falli. Gregoire VIL
qui abufa le premier des
foudres de l'Eglife & qui
avoit ému de grands troubles
& de fanglantes guerres , avoua
fa faute avant que de
mourir , & aprés en avoir fait
une confeffion puplique , il
depefcha un Cardinal à l'Empereur
Henry IV . & à l'Eglife
Germanique qui eftoit
alors affemblée , à laquelle ce
Cardinal demanda publiquement
pardon de la part de
ce Souverain Pontife , & leva
toutes les excommunications
qu'il avoit prononcées .
Saint Gregoire qui avoit
la veritable humilité d'un
B 4
32 HL. P. des Affaires
Saint , bien loin de fe croire
infaillible , écrivoit à l'Empercur
Maurice en ces termes .
Ego indignus pietatis veftra famulus
, quis fum , nifi pulvis &
vermis ?
Les fentimens de tant de
Papes veritablement Saints ,
c'est à dire , qui ont merité
ce titre non feulement
par leur dignité , mais encore
parce qu'ils ont efté canonifez
; nous font connoiftre
d'une maniere à ne pas laiffer
le moindre fcrupule dans l'ef
prit , qu'il eft permis d'apellér
des cenfures des Papes , à des
Conciles legitimement affemblez
. Monfieur le Procureur
General n'a pas feulement fait
voir fon éloquence en parlant
du pouvoir des Papes à l'occas
B
du Temps. 33
fion des affaires d'aujourd'huy ,
il l'a encore fait éclater en
d'autres rencontres , dans lef
quelles on l'admira il y a quel
ques années . Je croy que vous
ne ferez pas fachée que je vous
raporte icy quelques endroits
des difcours qui luy attirerent
cette jufte admiration .
Dieu , dit- il , dans l'un de ces
Difcours , a planté des bornes
entre le Sacerdoce & l'Empire
( en parlant de l'Empire il entend
la puiffance des Souve
rains )fa Providence qui a étably
la puiffance des uns & des autres ,
leur a donné des objets differens pour
en exercer les fonctions . Elle a voulu
que lespremiers Chreftiens receuf-
Sent la nourriture & la vie fpirituelle
de la main des Pontifes ,
c'est à dire , l'instruction des chofes
B
S
34 111. P. des Affaires
neceffaires pour leurfalat ; que les
Preftres attiraffent fur eux , par
leurs prieres , les benedictions du
Ciel , & qu'ils fantifiaffent leurs
Sujets par leurs exemples , auffi
bien que parleur doctrine . D'autre
part , cefouverain difpenfateur de
toutes chofes a voulu que les Pontifes
receuffent de la liberalité des
Rois les fecours dont ils avoient be-
Join pour la vie temporelle , & que
jouffant fous leur protection du repos
neceffaire pour leurs facrifices ,
ils s'appliquaffent uniquement aux
affairesfpirituelles fans aucune diftration
pour celles de la terre.
Vous connoiffez bien , Meffieurs ,
Besparoles & les penfées que j'emprunte
du Pape Gelafe & de plufieurs
autres de fes Succeffeurs qui
n'avoient que lezele de la Maifon
de Dieu & dont nous regardons
du
Temps. 35
Y
auffiles fentimens comme des ora-
* cles .Nos Rous ont executéfidellement
Ace partage de leur cofté. Ils ont
enrichy l'Eglife , & particuliere-
-ment celle de Rome , de leurs liberalitez
; ils ont donné aux Pontifes
la protection dont ils avoient befoin,
ils ont confervé en mefme temps
avecune extrêmejaloufie la pureté
& la nobleffe de leur Couronne . Et
s'ilsont regardé la foumiffion qu'ils
avoient pour Dieu comme la fource
dela puiffance qu'ils avoient fur
les hommes , ils ont borné aux chofes
fpirituelles les déferences qu'ils
rendoient à fes Miniftres , & n'ont
jamais fouffert qu'ils donnaffent
aucune atteinte à la liberté de ce
Royaume . Ce fut dans cet efprit que
Charlemagne , qui a fondé l'Uniwerfité
de Paris , ordonna à fon
Fils d'aller prendre luy- méme fur
B& 6
36 III. P. des Affaires
l'Antella Couronne de cet Empire ,
afin d'apprendre à ce Prince qu'il
ne la tenoit que de Dien feut . Et
- nonfeulement nos Rois plus nobles
ér plus puiſſans , mais tous les autres
Princes n'ont pas efté troublez
dans cette indépendance avant
l'onzième ficcle de l'Eglife , mais
l'ambition & l'intereft ont fait
naitre les nouvelles opinions . Gregoire
VII, s'est voulu affujettir les
-Empereurs d'Allemagne , & quelques
- uns de fes Succeffeurs ont
-fuivyfon exemple & fes maximes
afin de fe maintenir dans le Pon
tificat qu'on leur difputoit dont la
fuite de leurs dem flez , & pour
ruiner leurs. Ennemis par les mesmes
voyes dont ils fe fervoient
pour les attaquer. La violence de
ces paffions leur afait oublier que
Iefus Chrift n'ayant retenu que le
du
Temps. 37
Ciel pour fon partage , avoit laiffé
aux Princes la terre qu'ils poffedoient
avant fon avenement en ce
monde , & ne fe fouvenant plus
qu'il les avoit établis pour eftre les
Pafteurs & les Peres communs de
Son Troupeau , ils ont armé les Enfans
contre les Peres que Dien les
obligeoit d'honnorer
.
& au lieu
d'infpirer aux Sujets l'obeiffance
qu'il leur commandoit d'avoir pour
Leurs Princes , ils ont favorifé , &
quelquefois excite leurs révoltes.
Mr le Procureur General
dit dans un autre endroit
en parlant du Parlement , &
du Cardinal Bellarmin : Ges
Magiftrats n'estoient pas moins
Zelekpour la foy, & n'avoient pas
moins de refpect & d'attachement
pour lefaint Siege que ce Cardinal,
mais ils croyoients comme nous le
38 III. P. des Affaires
croyons encore , fervirDieu en fér
vantfidellement le Prince qu'il leur
avoit donné, & en defirant que les
François demeuraffent toujours des
Enfans obeiffans & refpectueux du
faint Siegepour les matieres fpiri
tuelles ils ne vouloient pas qu'ils
devinffent des efclaves de la Cour
de Rome pour le Temporel. Ils
avoient cet avantage fur ce Cardi
nal , que leurs fentimens qu'ils nous
ont laiffezfontfondezfur des textes
formels , clairs & précis de l'Evangile
fur la reconnoiffance des
plus faints Papes , non feulement
par leur doctrine , mais pour la
foumiffion qu'ils ont rendue auxe
Princes , fur les fentimens les plus
éclairez de ceux que l'Eglife a
honorez du titre de fes Peres , &
enfin fur l'autorité que l'antiquité
doit toujours avoir furla ñouveauté
du
Temps.
39
·
dans les matieres de la Religion &
de la doctrine, C'a efté dans les
mefmes temps , &fur des principes
anffi folides que l'on a voulu elever
l'authorité du cheffur la ruine de
celle de tout le Corps , & reduire
dans l'Eglife de Rome , & enfin
dans la feule perfonne du Pape , l'e
pouvoir que F. C.n'a donné qu'à fon
Eglife entiere ; & quoy que la chute
de quelques uns de ces Pontifes ,
& l'aveu que les plus éclairez ont
fait de leurfoibleffe & de leurfou
miffion aux Conciles , & à leurs
faintes regles , deuffent avoir étouffé
ces nouveaute ; neanmoins la
Cour de Rome a fouvent preferé ces
chimeres de puiffance fans fondement
, à la grandeur folide & inconteftable
du faint Siege . Les
appellations que vous avez inter
jettées des Papes aux Conciles ,
comme au fouverain & infaillible
40 III. P. des Affaires
Tribunal de l'Eglife qu'il reprefentent
, vos avis , vos cenfures , les
ouvrages de Gerfon , le Livrefait
par voftre ordre pour répondre à ce
luy du Cardinal Cajetan que le Roy
Louis XII. vous avoit envoyé, &
tous les grands hommes qui ont fait
l'ornement de ce Corps , nous ont
toujours appris les fentimens que
l'on doit avoir fur cette matiere
décidée par les Conciles de Con
Stance & de Bafle , dont le premier
a mefme esté approuvé par le Pape
Martin V.
Cet Illuftre Magiftrat dit
dans un autre difcours , faint
Pierre qui connoffoit par fon experience
la foibleffe à laquelle font
fujets tous les Pontifes choifis entre
les hommes n'apas trouvé mauvais
que S. Paul luy refistaft en face. Il
a affemblé les autres Apostres lors
b
du Temps.
41
qu'il a esté neceffaire de donner
des regles à l'Eglife naiffante.
Les plus eclairez de fes Succeffeurs
n'ont pascru eftre lesfeuls pour eftre
les premiers des Miniftres de Dieu,
& lors qu'il a permis que des herefies
troublaffent la paix de fon Eglife
, les Papes les plus faints &
aqui le zele ardent pour leſervice
de Dieu n'a pas fait negliger· la
dignité de leur Siege, ont affez marqué
l'opinion qu'ils avoient de l'autorité
des Conciles , par les foins.
qu'ils ont pris d'en procurer l'affemblée
auprès des Empereurs où de
Les affembler eux mefmes aprés la
Divifion de l'Empire . Les erreurs
de quelques - uns n'ont que trop confirmé
laneceffué de cette oeconomie
dans la Maifon de Dieu ,& il vaut
mieux en appuyer la certitude fur
lafoumiffion que plufieurs autres;ont
42 III . P. des Affaires
temoignée pour ces Saintes Affem
blées & fur l'attachement qu'ils
ont eu àfaire obferver leurs décifions
mefme par leur exemple. C'eft fur
ses fondemens infaillibles que les
Conciles de Conftance & de Bafle
prononcerent les Decrets qui devroient
avoir entierement delivré
l'Eglife de ces opinions nées fous
Gregoire VIII. & c'étoit fur les
mefmes principes que l'on avoit introduit
le remede falutaire des
appellations des Papes au Souverain
Tribunal de l'Eglife ..
Il dit encore dans un autre
diſcours en parlant de Iules &
Innocentl.de S. Leon , de S.
Gregoire , & de plufieurs autres
. Et fi lafincerité de ces bons
Papes eft fufpecte aux flateurs de
La Cour de Rome , qu'ils écoutent
encore la condamnation de leurs
du
Temps. 43
nouveaute qu'Innocent III. à prononcée
bien des ficcles aprés , par
lareconnoiffance qu'a fait ce Sca
vant Pape que le Concile generab
le pouvoit depofer. Its trouveront
un defaveu bienfincere de leur ins
faillibilité dans le Teftament de
Gregoire XI.Le Diurnalmefme, &
tes anciens Breviaires de Rome ne
leur donneront que trop de preuves
des erreurs de quelques uns de
ces Pontifes , dans lesquels ils veu
tent renfermer toutes les lumieres
& toute la puiffance de l'Eglife ,
& je leur pourrois fournir encore la
confultation celebre que fit le Roy
Philippes de Valois à des Prelats &
à des Docteurs de ce Royaume fur
les erreurs du Pape Jean XXII
Auffi la France a toujours regardé
le Concile general comme le feul
Souverain & infaillible Tribunat
44 111. P. des Affaires
de l'Eglife qu'il reprefente , & les
appellations que l'ony a intejettees
des entreprifes de quelques Papes ;
lesfentimens de cette celebre Eglife ,
les ouvrages de ceux qui en ontfait
les principaux ornemens , & les
Arrefts du Parlement ont toujours
confervé ces maximes cxecutées par
le Concile de Pife , avant les decifions
de ceux de Conftance & de
Bafle pour lesquels ce Royaume a
toujours eu tant d'attachement.
Je paffe des affaires de Rome
à celles d'Angleterre & de
Hollande . Elles ont une fort
grande liaiſon enfemble , &
particulierement
celles de
Hollande quoy que vray femblablement
elles ne deuffent
point en avoir avec celles
d'Italie mais on voit aujour
d'huy ce qui n'eſt peut eftre
point arrivé depuis plufieurs
du
Temps.
45
fiecles , puifque tous les Princes
de l'Europe fe trouvent
les armes à la main fans qu'ils
euffent deffein de les y mettre
qu'un mefme fujet les leur a
fait prendre , quoy qu'ils
combatent pour different intereft
; que tel les tient pour
fe defendre , qui croyoit ne
devoir eftre que fpectateur ; &
fe trouve aujourd'huy le plus
intereffé dans l'affaire , qui
fait à prefent le plus de bruit ;
que ceux qui croyoient tromper
les autres ont efté trom .
pez eux-mefmes , pour s'eſtre
fiez à des gens de mauvaiſe
foy dans une méchante caufe;
que les Puiffances dont toute
l'application ne devroit eftre
qu'à maintenir la Paix.
quoy Elles fon obligées par
> à
45 III. P. des Affaires
leur caractere , ont confenty
à la guerre que plufieurs de
ceux qui avoient fait la partie
à leur avantage l'ont perduë ,
& qu'un Prince fans Souve
raineté a efté feul le premier
mobile qui a fait répandre
tant de fang , & qui en fera
encore verſer , & qu'il a trompé
non feulement ceux dont
il vouloit fe faire des Ennemis
, mais auffi ceux avec lefquels
il faifoit des ligues , &
qu'il regardoit comme fes
Amis . Quoy que vous connoiffiez
par là une partie
de fon caractere il faut
vous l'apprendre tout entier .
Quand les caracteres des perfonnages
que reprefentent les
Acteurs d'une Tragedie font
une fois connus , on fe figure
>
1 47 du Temps.
mieux de quoy ils peuvent
avoir efté capables , & l'on devine
plus
facilement ce que
l'on en doit entendre . Il ne feroit
pas neceffaire
de vous
nommer le Prince d'Orange
pour vous faire voir qu'il eft le
grand Acteur qui fait aujour
d'huy le plus de bruit fur le
Theatre du Monde , & qui en
fanglante la Scene ; mais quoy
qu'il foit celuy dont on parle
davantage
, vous le connoiftriez
pas fi je difois qu'il eft
auffi celuy dont on parle le
mieux. Je vous ay fait une
peinture dans ma premiere
Lettre fur les Affaires du
Temps desactions
de ce Prince
depuis l'âge de feize ans , fans
vous citer que des faits , &
comme on connoift l'homme à
48 111. P. des Affaires
fes actions , celles du Prince
d'Orange femblent l'avoir affés
fait connoiftre. Cependant elles
ne fuffifoient pas pour le
faire croire capable d'une entrepriſe
pareille à celle qu'il
vient de faire contre fon Beaupere
, qui non feulement ne
luy a jamais donné aucun fujet
de fe plaindre , mais qui eft
mefme d'un merite diftingué
parmy les Rois . C'est une verité
dont les Ennemis de fa
Religion , ne font point encore
difconvenus. Les plus grands
Heros n'ont jamais fait voir
une fermeté plus intrepide.lamais
Regne n'a efté plus doux ,
ny Prince moins fanguinaire' ;
jamais on n'a moins verfé de
fang en Angleterre que depuis
qu'il eft fur le Trône , quoy
qu'on
du
Temps .
49
qu'on foit accoutumé d'y en
voir repandre . On peut même
dire qu'on n'y a veu couler
depuis le commencement de
fon regne que celuy des Rebelles,
pris les Armes à la main.
Il n'a point fait comme les Tirans
qui fuppofoient des crimes
à ceux qui eftoient d'une
autre Religion , ou qui condamnoient
leur tirannie, pour
avoir des pretextes de les faire
perir , il n'a marqué que de
l'amour & de la confiance pour
fes fujets de toutes fortes d'états
, eftant toûjours parmy fes
Peuples prefque fans aucune
garde . Enfin ce Prince n'a paru
Roy que par fes actions , &
jamais par la pompe qui fait
connoiftre les Rois , par les delices
de la table , & par les plai-
Tome III, C
50
III
. P. des Affaires

firs qui environnent les Souverains
. Ce n'est pas que toutes
ces chofes ne foient permiſes
, & mefme neceffaires
pour faire voir aux Etrangers
la grandeur d'un Eftat,& pour
en fouftenir la dignité; mais ce
Monarque avoit à travailler à
l'union de fes Peuples , & à
maintenir la Religion . Il Y
donnoit tout fon temps , & ne
regardant la Royauté que du
cofté des peines , & non de celuy
des plaifirs , & des avantages
qu'elle donne , il vouloit
faire les delices de fon Peuple
& meriter l'eftime de l'Vni .
vers. Voilà quel eft le Monarque
que le prince d'Orange
traite aujourd'huy d'une maniere
fi tyrannique , & fi cruelle
, malgré l'alliance, & le fang,
du
Temps . 51
2
ce Monarque eftant fon Beaupere,
& fon Oncle . Ce font
deux chofes qui demandent de
la dépendance & du reſpect &
aprés la qualité de Pere , il n'y
en apoint qui en exige davantage
. Tout ce que pourroient
faire fes Amis , ce feroit de
chercher des couleurs pour
diminuer fon crime , en cas
quele Roy d'Angleterre l'euft.
cruellement outragé , & qu'il
cuft mefme refolu fa pertejencore
ne devroit il que fe défendre
contre luy fans l'attaquer,
tant' c'eſt une chofe odieufe
de fe declarer les armes à la
main contre fon fang . Mais ce
Prince , pour fatisfaire l'ambition
qui le devore , l'attaque ,
le pourfuit , le perfecute dans
fon Beau pere , dans un Roy
C 2
52
111.P.
des Affaires
eftimé de tout le monde dans
un Monarque qui ne luy a
jamais fait aucun outrage , &
a qui il doit refpect par toutes
fortes de confiderations , & par
l'âge qu'il a plus que luy , fans
compter la qualité de Beau
pere , & le caractere de Souverain.
Outre que je vous feray
voir en cent endroits de cette
Lettre,que tout ce que le Prince
d'Orange allegue pour couvrir
fon ambition , eft abſolument
faut , & fe contredit par
tout, nous n'avons qu'à examiner
ce prince tout entier
pour
en eſtre convaincus.Quoy qu'il
foit né Sujet , toutes les actions
ont fait connoiftre qu'à
peine eft - il parvenu à l'âge
de raifon , qu'il s'eft refolu
de mettre tout en ufage pour
du
Temps.
53
regner ; ou pour commander
du moins avec une autorité
abfoluë. On luy a vû faire
pour y parvenir tout ce que
la politique qui n'a aucun
égard pour les chofes les plus
dignes de refpect , peut faire
entreprendre . On connoift
par les projets de ce Prince
qu'il eft perfuadé qu'on
court à fa perte , & qu'elle
eft infaillible
lors qu'on
entreprend des chofes qui
peuvent meriter le nom de
crime de quelques pretextes
qu'on les couvre , mais
que les crimes qui font obtenir
une Couronne ne font
point honteux , & qu'il fuffit
d'eftre heureux pour eftre juftifié
, & pour s'acquerir des
Sujets bien plus foumis que
C 3
54 111. P. des Affaires
>
& le fuccés
ceux d'un Prince legitime ,
parce qu'ils craignent davantage
un Vfurpateur. Quoy
que les grands ambitieux doivent
avoir d'autant plus
d'obftination dans les projets
qu'ils forment que leurs entrepriſes
eftant ordinairement
violentes
en paroiffant fort peu vrayfemblable
, ils y rencontrent
beaucoup de difficultez ; il
s'en trouve qui ne laiffent pas
d'avoir quelque forte de prudence
, bien que leur ambition
foit demefurée , & qui
ne s'obſtinent point contre
toute forte d'apparence à
faire réuffir les chofes ; qui
commencent à leur paroiftre
abfolument impoffibles , mais
le Prince d'Orange a fait
voir dans tous ce qu'il a entredu
Temps. 55
pris , une obftination fi invincible
, qu'apres avoir eſté
battu une fois , il n'a jamais
manqué de fe remettre en
eftat d'éprouver encore la
mefme fatalité , eſperant toujours
, ou de vaincre ou de
perir , & fe flatant que la derniere
entrepriſe repareroit
le malheur de toutes les autres.
Voilà ce qui a fouvent
fait échouer la plus grande
partie de fes projets , fur tout
lors qu'ils ont efté contre la
France , qui ne peut recevoir
d'atteinte fous le Monarque
qui la gouverne aujourd'huy .
Le malheur d'un Prince toû
jours infortuné pourroit eftre
attribué à fon étoile , s'il ne
fe l'attiroit pas par fon imprudence
mais quand ce malheur
C
4
56 III . P. des Affaires
vient de fa conduite , il ne peut
s'en prendre qu'à luy - mefme .
Le Prince d'Orange n'avoit
que vingt deux ans lors que
la guerre de Hollande commença
en 1672. Il fe mit dés
lors en tefte de la rendre éternelle
pour fon intereſt particulier.
Il n'eftoit rien fans la
Guerre , & avec la Guerre il
eftoit tout . L'armée dépendoit
abfolument de luy dans ces
temps de confufion & de defordre
, il fe faifoit des Creatures ;
il perdoit fes Ennemis . Il n'é-、
toit pas alors entierement Souverain
, quoy qu'il ne luy en
manquaft prefque que le titre ,
mais il regardoit le pouvoir
qu'il avoit en ce temps - là
comme une chofe qui luy ferviroit
de degré pour y parvedu
Temps.
57
nir , & qui luy en faciliteroit
les moyens . Cette Guerre cou
ta trois cens millions aux Hollandois
. Il difpofa prefque de
toute cette fomme , & ce maniement
ne l'appauvrit pas .
Ses appointemens devoient
eftre grands , & fes profits de
mefme. Illuy euſt eſté facheux
de voir finir une Guerre qui
luy eftoit fi utile ; auffi regarda
-t-il en criminels d'Etat ,
ceux qui voulurent parler
de paix ; on fçait ce qu'il leur
en couta . Je paffe legerement
fur cet article , pour épargner
le reputation de ceux qui n'épargnent
pas aujourd'huy le
fang dont ils font defcendus
. Tout trembla aprés le
malheur de ces déplorablesvictimes
de l'ambition d'au
C. S
58 III. P. des Affaires
>
pour
paru
les
le
bien pu

> detruy
, & chacun abandonna
les interefts de l'Etat pour
penfer aux fiens propres & a
fa confervation . Ceux qui
jufque là avoient
plus zelez
blic & avoient toûjours
parlé avec la liberté permife
dans les Republiques
vinrent plus retenus . Ainfi
perfonne ne s'oppofa plus ouvertement
aux fentimens du
Prince d'Orange dans les Affemblées
, & l'on n'y vit plus
de ces hommes pleins de vigueur
, qui parleur fermeté
& par la force de leurs raifonnemens
font fouvent
changer d'opinion à tout un
Corps , en faifant revenir
toutes les voix qui le compofent
. Ceux qui auroient p
>
du
Temps.
,
le faire , aimerent mieux que
l'Etat en fouffrist un peu que
d'en fouffrir beaucoup en
leur particulier & mefme
que la forme du gouvernement
fuft changée que de
voir changer leur fortune.
Mr Vanbuningue eut beaucoup
plus de vigueur en 1683 .
& fa fermeté inébranlable
empefcha les Etats de rentrer
en guerre avec la France
quoy que le Prince d'O.
range cuft formé de vaſtes
projets , & qu'il cuft pris de
grandes mefures pour cette
rupture ; mais par malheur
pour luy ou plûtoft par
bonheur ( car que pourroient
gagner cceeuuxx qui attaqueroient
la France ) il ne s'agiffoit
point d'une refolution
"
C 6
60 111. P. des Affaires
,
, parce
des Etats affemblez à la Haye,
qui confentent à toutes fes
volontez beaucoup plus par
force , & par crainte , qu'autrement
mais d'un confentement
de la Ville d'Amfterdam
pour faire la guerre fans
lequel on ne la pouvoit entreprendre
, ou du moins la
continuer longtemps
que cette Ville -là paye feule
les deux tiers des frais . Monfieur
Vanbuningue en eftant
alors Bourguemeftre luy reprefenta
fi bien que cette guerre
ruineroit fon commerce qu'elle
fe défendit d'y contribuer ,
malgré toutes les raifons du
Prince d'Orange , & fes violentes
perfecutions . Ce prince
en parut extremement irrité ,
& fit mefme apprehender fon
du
Temps.
61
reffentiment contre Vanbu
ningue, ce qui fut caufe qu'on.
luy donna des Gardes . Ils ne
luy auroient peut - eftre fervy
de rien à la Haye , mais le
Prince d'Orange avoit peu
de
credit à Amfterdam , & il y eft
mefme fi peu aimé , qu'on imprime
beaucoup de chofes
contre luy en cette Ville- là
qu'on ne fouffre pas dans le
refte de la Hollande . Ce coup
ayant manqué le Prince
d'Orange vit bien qu'un regne
qui n'est étably que par
la force , eft fouvent fort incertain
. Il fe fit des creatures
de quelques uns des principaux
membres des Etats , a
fin de faire par leur moyen
ce qu'il ne voudroit pas faire
parluy mefme , & que rien.de
>
62
111. P. des Affaires
ce qu'il voudroit ne luy échapaſt
, eftant aimé des uns &
craint des autres . Avec cette
efpece de Souveraineté , &
l'empire prefque abfolu qu'il
avoit fur toutes les voix qui
compofent les Etats , il ne defefperoit
pas de rallumer la
Guerre , à caufe des grands
avantages que je vous ay déja
marqué qu'il y trouvoit , mais
il apprehendoit que le Roy ne
ruinaft toûjours fes deffeins ,
& qu'il ne travaillaſt à calmer
l'Europe autant de fois qu'il
agiroit pourla troubler . Voilà
pourquoy il n'a jamais aimé le
Roy. On ne trouve rien que
de vray-femblable & de naturel
dans cette haine qui eft
glorieufe à Sa Majesté . Nous
avons un certain panchant ,
du
Temps.
63
& une certaine fimpathie
pour ceux dont l'humeur a
quelque raport avec la noftre ,
& comme il n'y a rien de fi
éloigné que le caractere du
Roy avec celuy du Prince d'O .
range , on ne doit pas être furpris
fi ce prince ne le peut aimer.
Ce n'eft pas que le Roy
luy ait jamais donné aucune
marque de fa haine . Si ce Manarque
haït quelque chofe en
luy, ce font celles de fes actions
que toute la Terre condamne .
Ainfi le caractere de bonté qui
fe rencontre dans le Roy , fait
toute l'oppofition qui fe trouve
entre eux . L'ambition du
prince d'Orange n'ayant point.
d'objet auquel il puft s'attacher
depuis la Tréve , elle l'a
fort tourmenté. Comme l'Em64
111. P. des Affaires
pire eftoit occupé avec les
Turcs , il ne voyoit point de
lieu de l'engager dans une
guerre à laquelle il puft avoir
part. La France eftoit en paix,
& d'ailleurs ce n'eft pas une
puiffance avec laquelle il puft
feul meſurer fes armes...
Cependant il avoit beaucoup
d'argent comptant , comme
je vous l'ay déja marqué
dans cette Lettre , la plus grande
partie de cet argent avoit
profité dans le Commerce , il
en avoit tiré un fort gros intereft
, & il avoit fait fort peu de
dépenfe. Tout le monde fçait
que la prodigalité eft un vice
dont il n'a jamais efté ac-
-cufé . Ce prince ayant une
fi grande quantité d'argent
comptant , pouvoit entredu
Temps . 65
prendre,& commencer la guer
re en Souverain , mais il ne la
pouvoit continuer que comme
Particulier . Les fonds d'un
homme privé s'épuiſent , l'ar-`
gent comptant fe diffipe , il n'en
retrouve plus de nouveau dans
fes coffres , & fes fonds ne font
pas fuffifans pour les remplir ,
au lieu qu'on en apporte chaque
jour dans ceux d'un Souverain,
& que ce qu'il dépenfe
en une année luy revient
dans l'autre . Le prince d'Orange
qui n'en doutoit pas , fe mit
en tefte il y a deux ans , que
cet argent , avec quelques pretextes
que fon efprit invencif
ne manqueroit pas de luy fournir
, pourroit contribuer beaucoup
à le faire Roy d'Angleterre
, & on a remarqué que
66 III . P. des Affaires
depuis ce temps là il a toujours
efté tellement remply de cette
idée , qu'il n'a pris aucun plaifir
, ny à la Chaffe , ny à la
Table , ny dans aucun des divertiffemens
où il s'eft trouvé .
Comme l'intrepide valeur des
François , & leur experience
dans le métier de la guerre luy
eftoient connus , il commença
à travailler à fon projet , en
s'attachant à s'acquerir les Proteftans
François qui fe retirerent
en Hollande aprés que
l'Edit de Nantes eut efté caffé .
Il les careffa , & fit du bien
particulierement à ceux qui
avoient fervy dans les Armées
de France avec quelque forte
de diftinction , qui avoient eu
du commandement , ou qui
avoient efté Ingenieurs.Onatdu
Temps.
67
tribua ces liberalitez au zele
qu'on croyoit que ce Prince
avoit pour la Religion proteftante.
Elles attirerent à fa
Cour prefque tous ceux qui
eftoient fortis de France , de
maniere qu'il choifit les perfonnes
qu'il crut les plus capables
de le fervir dans fon
deffein, mais fans fe découvrir
pourtant à aucun . Les Proteftans
de France n'ont pas efté
les feuls arreftez à fon fervice,
pour eftre employez dans fon
entreprife. Ce Prince y a retenu
tout ce qui s'eft trouvé
en Hollande de gens de main ,
qui y font venus , ou pour éviter
de payer leurs dettes , ou
pour fe fouftraire à la punition
de leurs crimes . Comme perfonne
n'a fceu fon deffein , fi
68 III. P. des Affaires
l'on en excepte fon Favory
jufqu'à ce que fon armement
a efté achevé , il ne faut pas
s'étonner fi le fecret en a efté
caché fi long-temps . Ce prince
ne laiffoit pas de faire preparer
toutes chofes , & de faire
remplir des magazins d'armes ,
& de munitions. Il avoit des
gens affidez en Angleterre ,
qui travailloient à mettre de
la divifion entre le Roy & fes
Peuples , les uns agiffoient à la
Cour , & les autres parmi la
populace . Ils alloient dans les
fieux où l'on prend du Caffé .
Comme on y trouve ordinairement
beaucoup de monde ,
& que la liberté de parler eft
fort grande en Angleterre , ils
s'entretenoient
des affaires du
Gouvernement
, & de celles de
du
Temps.
69
la Religion . Par ce moyen ils
faifoient gliffer dans les efprits
plufieurs chofes contre le
Roy , & tâchoient de perfua-.
der qu'il vouloit abolir leurs
Loix , détruire la Religion
Anglicane , & chaffer tous les
Proteftans qui s'étoient retirez
en Angleterre , afin de faire
triompher la Religion Catholique.
Quelques uns ne faifoient
point difficulté d'affeurer
qu'ils avoient des preuves
certaines de ce qu'ils difoient ,
& qu'il leur feroit aifé de les
faire voir. Les frequens voyages
que les Creatures du Prince
d'Orange faifoient de Hollande
en Angleterre , & d'Angleterre
en Hollande, pouvant
eftre remarquez & devenir
fufpects , ce Prince jugea à
70 111. P. des Affaires
propos de fe fervir des Refugiez
de France, parce que cher ..
chant alors à s'établir , ils partoient
fans ceffe d'un Pays à
l'autre , & qu'ils alloient tantoft
en Suiffe , tantoft à la Cour
de Brandebourg , & tantoft en
Angleterre & en Hollande ,
jufqu'à ce qu'ils euffent trouvé
un pays ou une Ville qui les
accommodaft afin d'y fixer
leur refidence . Le mouvement
perpetuel de ces Proteftans ,
dont la caufe n'étoit attribuée
qu'à l'établiffement qu'ils cherchoient
, eftoit tres - propre
empefcher qu'on ne foupçonnaft
le Manege auquel le Prince
d'Orange vouloit leur faire
avoir part, & il fe fervit d'eux
utilement. Ceux qu'il employoit
ne fçavoient point fon fe
>
à
du
Temps .
70
cret , quoy qu'ils contribuaf
fent beaucoup à fon deffein; ils
voyoient bien qu'il les faifoit
agir en faveur de leur Religion
; mais ils fe perfuadoient
que fon but eftoit de la faire
fleurir , & d'empefcher l'accroiffement
de la Religion Catholique.
Tout fe trouvoit en
affez bon eftat pour commencer
à donner au prince d'Oran.
ge quelque efperance de reüffir
dans fon entrepriſe . Il ne doutoit
point que l'Angleterre
ne
fe foulevast quand il mettroit
la derniere main à l'ouvrage
qu'il meditoit depuis fi longtemps
; il avoit des Creatures ,
de l'argent , des armes , de bons
Officiers à fa folde propres à
commander
les Troupes qu'il
leveroit , & celles des Eftats
72 III. P. des Affaires
eſtoient affez bonnes & aſſez
nombreuſes , mais on ne pouvoit
en lever davantage , ny
équiper des Vaiffeaux ,& lever
un plus grand nombre de Matelots
qu'il y en avoit en Hollade,
fans que l'Angleterre foupçonnaft
les Etats , & le Prince
d'Orange de la vouloir
attaquer. Elle n'avoit pu tirer
raifon de l'affaire de Bantam
ny ſe faire rendre les cinq
Regimens Anglois qui étoient
demeurez en Hollande
, quoy que le Roy d'Angleterre
euft fait voir fi clai .
rement la juftice de les demander
que toute l'Europe
en eftoit perfuadée . Cela auroit
du faire croire à ce Monarque
que les Hollandois
voyant qu'on pouvoit les attaquer
dr
Temps.
73
-
taquer juſtement , vouloient
eux mefmes commencer
la
Guerre pour n'eftre pas prevenus
par celuy à qui ils donnoient
lieu de fe déclarer leur
Ennemy. D'ailleurs quoy que
le Roy d'Angleterre ne cruft
pas que le Prince d'Orange
en vouluft à fa perfonne , ny
qu'il euft deffein d'envahir fes
Etats , fon extrême ambition
luy eftoit connue . Il fçavoit
qu'il vouloit fe rendre Pro-
-tecteur de tous les Proteftans
de l'Europe , & que cela
pouvoitobliger tous les Proteftans
Anglois & François
qui efloient en Angleterre
à prendre les armes contre luy
en faveur du Prince d'O.
range de forte que ce Monarque
fe feroit défié de l'armement
qu'il luy auroit veu
Tome III. D
74 III . P. des Affaires
1
faire , & auroit en mefme
temps armé pour ne fe pas
laiffer furprendre , ce que la
politique du Prince d'Orange
vouloit empefcher . Auffi il
apprehendoit beaucoup que
fon deffein ne fuft fceu , & ne
vouloit rien faire qui don
naft lieu de le découvrir.
Comme il s'agiffoit d'ofter le-
Trône à un Roy , l'affaire regardoit
tous les Souverains ,
& il eftoit à craindre pour le
Prince d'Orange qu'ils ne
fiffent une ligue contre luy
de quelque Religion qu'ils
fuffent , parce que de femblables
attentats font d'une
dangereuſe conſequence pour
toutes les teftes couronnées
& qu'ils ne doivent eſtre ny
autorifez ny foufferts . Auffi
le Prince d'Orange eftoit-il
du
Temps .
75
.
tellement en garde là deffus ,
qu'il vouloit tromper jufques
à ceux qui eftoient liez d'amitié
avec luy , & qu'un intereft
de Religion auroit
peut eftre pu faire confentir
à fon deffein. Vous pouvez
juger que les chofes cftant
en cet eftat il eftoit bien difficile
à ce Prince de faire un
armement auffi grand que
celuy qu'il a fait fans donner
de la jaloufie à beaucoup de
Puiffances , & principalement
à celle qu'il avoit deffein de
détruire. Il avoit pourtant
refolu de venir à bout de cec
armement , & il y a réuffi
lors qu'il commençoit à trouver
la chofe impoffible
qu'il doutoit le plus du fuccés.
Voicy comment.
L'Empereur qui hait Mr le
4 &
D 2
76 111. P. des Affaires
A
Il
Cardinal de Furftemberg par
les raifons que je vous ay déja
fait connoiftre , avoit fortement
refolu d'empefcher qu'il
ne faft Coadjuteur de feu
M. l'Archevelque de Cologne
pendant la vie de cet
Electeur , & qu'il ne fut élu
Archevefque quand ce Prelat
viendroit à mourir.
pouvoit prendre de fauffes
meffures , & montrer des fentimens
qui ne feroient pas
fuivis . Le merite de ce Car
dinal , fa fuffifance pour bien
gouverner l'Electorat , & l'enriere
connoiffance qu'il avoit
de fes affaires , eftoient connuës
de tout le Chapitre de
Cologne , il y eftoit aimé ,
de maniere qu'il n'y avoit
point à douter qu'il ne fuft
receu à la pluralité des voix.
du Tamps. 17
L'Empereur prévoyoit bien
que les brigues feroient inutiles
à Colognes mais il avoit
pris , comme je vous l'ay marqué
,des mefures du cofté de
Rome pour empefcher que le
Pape ne donnaft des Bulles
à ce Cardinal , s'il arrivoit
qu'il fut élu Archevefque
de mefme qu'il avoit efté élu
Coadjuteur. Les nullitez eftoient
formées avant qu'on
fceuft s'il y en auroit dans fon
élection , & elles eftoient tirées
de la haine que l'Empe- :
reur avoit pour luy . Le Prince
d'Orange qui eftoit attentifà r
tout ce qui fe paffoit en Eus
rape , afin de fe fervir de
l'occafion en cas qu'il en puft
trouver quelqu'une qui fuft
favorable à fon deffein , &
dont il puft profiter , exa-
D 3
78 III. P. des Affaires
mina ce grand démêlé , comme
une chofe dont il pouvoit
titer avantage , parce qu'il
devoit brouiller la France
avec le rape & avec l'Empereur
, ne doutant point que le
Roy ne prift le party de Mon-!
freur le Cardinal de Furftemberg,
à qui on faifoit une injuf
tice fi manifefte , que fes ennemis
- mefmes en tomboient
d'accord . Plus le prince d'Orange
approfondit cette affaire
, plus il la trouva propre
à faire réuffir fes ambitieux
projets. Il crut mefme qu'au
lieu de payer une femblable
occafion , qu'il euſt achetée
fi elle ne fe fuft pas offerte
d'elle - meſme , elle pourroit ,
luy valoir de l'argent , bien
loin d'eftre obligé d'en donner.
Quelques - uns veulent
du
Temps.
79
qu'il en ait touché ; c'eft ce
que je ne puis dire avec certitude
, mais la fuite vous
fera voir qu'il en a pu toucher
, & qu'il y a affez de
femblance dans ce ·
vraye
qu'on avance
là - deſſus . Mais
pour donner
quelque
ordre.
au récit de cette affaire
, qui
a fervy
au prince
d'Orange
pour tromper
des Puiffances
du premier
ordre , je vous diray
que pendant
tout le tems
qu'on
differa
à expedier
des
Bulles
pour Monfieur
de Furftemberg
,parce qu'on eftoit perfuadé
que Monfieur
l'Electeur
de Cologne
ne vivroit
pas
long temps , & qu'il faudroit
proceder
à une autre élection
,
les brigues
commencerent
pour foutenir
par la force des
armes , ce qu'il eftoit impof-
D 4
80 111. P. des Affaires
fible d'empefcher par la force
des raifons . En effet on
n'en avoit pas qui puffent
mefme difputer en apparence.
L'Electeur mourut , &
toutes les parties oppofées à
Monfieur de Furftemberg , rea
nouvellerent leurs intrigues ,
& leur union . Le prince d'Orange
dont le jeu eftoit
couvert , & qui avoit double
intereft dans l'affaire réprefenta
aux Eftats fort a--
droitement & en leur marquant
beaucoup de zele ,
qu'il eftoit d'une tres grande
importance à la Hollande
que Monfieur de Furftemberg
ne fuccedaft point aux dignitez
de feu Monfieur de Cologne;
que fi cela arrivoit , ce Cardinal
eftant amy de la France ,
on en auroit tout à craindre
·
>
du Temps.
81%
parce qu'il feroit facile aux :
Armées
du Roy d'entrer .
dans leur païs qui eft tout.
ouvert de ces coftez là . On
luy laiffa la liberté de pren
drelà deffus les mesures qu'il
jugeroit à propos , ou pluſtoſt
il fe la fit donner puis qu'il
n'y a plus perfonne
dans la
Republique
qui ſoit affez ferme
pourluy difputer aucune .
chofe . L'affaire
eftoit deli- ›
cate ; il leur eftoit avanta-
Electeur de
devotion
,
geux d'avoir un
Cologne
à leur
mais comme il falloit vray :
femblablement
s'attirer
unea
guerre pour travailler
à en
avoir un, tel qu'ils auroient
pu le fouhaiter
, & que le
fuccés de l'entrepriſe
eftoit
plus incertain
que le mauvais.
fuccés de la guerre , il n'y
D 5
82 III. P. des Affaires
avoit pas de politique à l'entreprendre
, mais le Prince
avoit fes raifons qui ne regardoient
que luy , il promit
à l'Empereur qu'il feroit li
guer plufieurs Princes proteftant
, pour maintenir l'Election
du prince Clement
de Baviera qu'ils convincent
de faire Electeur , & que le
Pape promis de charger de
difpenfes pour cela , aprés.
quoy , il luy donneroit des .
Bulles en confequence de ces
difpenfes. Ainfi il eftoit
prefque inutile aux Chanoines
de Cologne de travailler
à une élection , puis qu'avant
qu'ils y procedaſſent on avoit
refolu que leur voix ne ferviroient
de rien , à moins qu'-.
elles ne fuffent pour celuy que
la Cour de Rome , l'Empereur,
du Temps. 8:3
& le prince d'Orange avoient
refolu de faire Electeur . L'Election
fut pourtant faite en
faveur de M. de Furftemberg.
Je ne vous repete point ce
qui fe paffa là deffus , vous
fçavez le grand nombre de
voix qui furent pour ce Cardinal
, & le peu qu'en eut le
prince Clement . Tout cela
ayant efté raporté au pape le
fit differer de donner des Bulles.
Il avoit promis qu'il n'en
accorderoit point à M. de Furftemberg
, & il ne pouvoit fe
refoudre d'en envoyer au
Prince Clement , parce qu'il
ne croyoit pas qu'on pût foûtenir
une Election fi peu reguliere
. Ce retardement donna
de l'inquietude au Prince
d'Orange ; il craignoit que les
chofes ne s'accommodaffènt
D 6
8.4
111.
P.
des
Affaires
>
à l'amiable , & il avoit befoin
que la guerre s'allumaſt , afin
que dans le defordre il puft
cacher fes intrigues . Il promit
à l'Empereur qu'il fe trouveroit
à la tefte de trente
mille hommes de troupes
des Etats , & de celles des Alliez
, fur les frontieres de
l'Electorat de Cologne , pour
maintenir l'élection du Prince
Clement , & l'affura que
loin que le Pape fuft en danger
d'en avoir le démenty ,
Ies chofes iroient de la ma
niere que Sa Sainteté le fouhaitoit.
L'Empereur le fit
fçavoir au Saint Pere , & Cafoni
fe mêla dans l'intrigue.
Il y a beaucoup de Lettres de
luy touchant cette affaire
qu'on a parlé de rendre publiques
, & qu'on fera peut-

da
Temps.
85
eftre imprimer un jour. Le
Pape goûta ces refolutions ;
& devint plus ferme dans
celle qu'il avoit de donner
des Bulles au Prince Clement ,
mais les forces qu'on avoit
deffein de mettre fur pied ;
ne luy paroiffoient pas fuffifantes
pour arrefter celles que
la France pouvoit fournir à
Mr le Cardinal de Furftemberg.
Le Prince d'Orange
qui ne l'ignoroit pas non
plus que Sa Sainteté , & qui
avoit efperé que cette réponfe
à laquelle il s'attendoit ,
mettroit les affaires juftemenc
dans l'Etat où il fouhaitoit
les voir pour faire réuffir fon
entrepriſe propofa d'equiper
une Flote confiderable pour
inquieter feulement les côtes
de France qu'il n'avoit pas,
86 III. P. des Affaires
deffein d'attaquer , & affeura
que l'allarme qu'il leur donneroit
feroit une fort grande
diverfion des forces du
Royaume , parce que le Roy
feroit obligé de les partager
, & d'en envoyer la plus
grande partie fur fes coftes
, où Sa Majefté apprehendoit
que les Nouveaux
Convertis ne fe revoltaffent ,
ce qui feroit caufe que la
France feroit peu à craindre
du cofté de l'Electorat de Cologne
, où les forces qu'il mettroit
fut pied avec celles des
Princes liguez , non feulement
pourroient aisément
leurs faire tefte , mais auffi en
triompher fi elles estoient
affez temeraires pour entreprendre
d'en venir aux mains .
Tous les ennemis de la France
*
du
Temps.
87
approuverent cet armement
de mer , & donnerent de
grandes louanges au Prince
d'Orange. Les Princes liguez.
furent les premieres dupes de
ce Prince , & promirent de
garder inviolablement un fecret
dont ils ignoroient entierement
le miftere . Quelque
joye que tant de puiffances :
témoignaffent de la propofition
du Prince d'Orange , ik
ne fe trouva perſonne qui en
fift paroiftre plus que l'Empereur.
Il fie auffi toft fçavoir
au Pape le grand deffein de
cet armement ',., qui devoit
faire triompher leur haine.
contre Mr le Cardinal de Furftemberg
, luy ravir l'Electorat
de Cologne , & donner
L'avantage à la plus foible par-.
nie du Chapitre. Sa Sainteté
88 III. P. des Affaires
trouvant le fentiment de fes
Miniftres conforme à celuy
de l'Empereur , donna d'autant
plus aifément dans ce
piege , que le Prince d'Orange
leur tendoit à tous , qu'il.
flatoit le defir qu'Elle avoit
de fervir la Maifon d'Auftriche
& de nuire à la France .
Le Pape avoit encore une autre
raison pour approuver :
cette propofition . Il s'eftoit :
declaré ouvertement pour le
Prince Clement de Baviere
contre Mr de Furftemberg ,
& tout ce qui pouvoit l'em- .
pefcher d'avoir un dementy
luy paroiffoit jufte , de forte
que dés qu'il crut que le Prin-
Clement pourroit eftre :
maintenu dans l'Electorat de
Cologne , il luy fit expedier .
des Bulles , & marqua qu'il.
2
du Temps.
89
craignoit peu ce que
le
Roy
avoit écrit à Mr le Cardinal
d'Eftrées pour luy faire voir.
Cette Lettre luy auroit caufé ,
quelque embarras , s'il n'avoit
pas été affuré peu de temps auparavant
des grands armemens
du Prince d'Orange , qu'il
ne croyoit fe devoir faire.
que pour maintenir les Bulles
qu'il devoit donner au Prince
Clement , & ce qui le de-.
termina à le croire , fut l'intereft
qu'il eftoit perfuadé
que les Hollandois avoient
d'empefcher que l'Electorat
de Cologne ne fuft poffedé
par un homme qu'ils ne
croyoient pas leur amy. Comme
la propofition du Prince
d'Orange devoit eftre tenuë
fort fecrete , le Pape qui ne
vouloit pas qu'on la fçeuft .
90 III . P. des Affaires
,
ou qui fouhaitoit du moins ,
qu'on ignoraft qu'il en euft , cuſt
eu communication en cas
qu'elle vint à eftre decouverte
declara qu'il donneroit
les Bulles au Prince
Clement aprés avoit oüy lire
la Lettre du Roy écrite à Mr
le Cardinal d'Eftrées , afin
qu'on cruft que c'eftoit ce
qui l'auroit determiné à les
accorder. Si jamais il a efté
permis de faire des reflexions
dans une affaire politique
c'eft dans cette occafion . Il
eft conftant , comme la fuite
le fera affez connoiftre , qu'on
n'en fera point fur des faits
fuppofez arrivez ou qui doivent
arriver , puis qu'il n'eſt
quetrop certain que le Pape
a donné dans un piege dont
il devoit plûtoft fe garder
du
Temps.
21
qu'un autre , puis que quand
mefme il y auroit eu de la
fincerité dans les propofitions
du Prince , d'Orange
& qu'un Prince feculier auroit
pu avoir intelligence
avec luy pour l'execution de
fes projets , le Succeffeur de
S. Pierre n'en devoit pas avoir
avec un Prince qui travailloit
à fe faire Chef d'une Secte
contraire à la veritable Eglife .
Je fçay bien qu'il n'a pas
luy - mefme traité avec luy,
que c'est un Ouvrage de la
Cour de Vienne -, que fi le
Prince d'Orange en a receu
efté par
de l'argent , ce n'a pas
les mains du Pape mais par
celles de Sa Majesté Imperiale,
enfin que Sa Sainteté n'a
point agy Elle mefme dans
cette affaire , mais que Cafoni
>
file .
92 III . P. des Affaires
}
y a travaillé . Je veux mefme
que tout cela ne foit point ,
malgré toutes les preuves
qu'on en a , mais il eft conftant
que le Pape y a donné fon
confentement , comme la fuite
vous le fera voir. J'aurois.
tant à dire là - deffus , que je
me tairay pour ne point entrer
trop avant dans cette
matiere ; je diray feulement :
qu'il falloit eftre bien credule
pour: fe perfuader que le
Prince d'Orange , eſtant auffi
temeraire qu'entreprenant &
ambitieux , fe verroit à la
tefte d'une flote formidable.
dont il feroit le Maiftre abfolu
, feulement pour inquierer
ceux à qui il pourroit
faire plus de mal , & qu'il ne
fe faifiroit pas de l'occafion
pour peu qu'il la trouvalt fa-
&
1.
>
du
Temps . 23
vorable. Cela pouvoit arriver,
& il n'y a point d'homme ,
quelque penetrant qu'il fuft ,
qui puft affeurer le contraire .
Tout ce qui depend de la force
des hommes eft incertain ;
le foible bat fouvent le fort ,
& quand deux Armées fe trouvent
également nombreuſes,
la victoire ne laiffe pas de fe
déclarer pour l'une ou pour
l'autre malgré l'égalité de
leurs forces. Les François font
braves , mais ils pouvoient
manquer à la fidelité qu'ils
doivent au Roy. Quelques
nouveaux Convertis mal intentionnez
, ( car quoy que
puiffent publier les Ennemis
de la France , le nombre eft
petit de ceux qui ne le font
pas de bonne foy ) pouvoient
avoir des intelligences avec
94 111. P. des Affaires
>
les Proteftans François de la
Flote du Prince d'Orange .
Il ne faut qu'un Traiftre pour
livrer une Place ; l'alarme fe
répand enfuite dans tous un
païs ; la confufion s'y met
& faifant plus de mal que les
Ennemis mefmes , leur donne
fouvent des victoires qu'ils
ne fe promettent pas . Ainfi ils
fe trouvent maiſtre d'une
Province fans avoir preſque
fait aucune perte . Sile Prince
d'Orange cuft débarque en
France ; s'il cuft triomphé , fi
la veritable Religion en cuft
fouffert , à qui ce malheur
pouvoit - il eftre imputé qu'au
Pape Auroit -il mieux aimé
voir détruire ce que le Roy
avoit fait en France d'avantageux
pour la Religion , que
Mr de Furftemberg Electeur
du Temps. ༡༨
>
de Cologne ? Je n'ofe dire que
les apparences font facheufes
contre luy puis qu'il a rifqué
l'un pour l'autre , tant
ce qu'on fait en France pour
la Religion le touche peu
comme fi la veritable Religion
n'eftoit pas la meſme
dans tous les Eftats où elle
regne , & ne devoit pas également
le toucher. Il la doit
proteger par tout ; il en doit
par tout chercher l'augmen
tation , il doit fçavoir gré
aux Princes qui l'étendent
dans leurs Etats : enfin il doit
regarder comme fes enfans ,
tous les Princes qui reconnoiffent
l'Eglife Romaine &
les traiter tous également
afin de ne point femer de ja
loufic entre eux & de n'y
point mettre de divifion .
"
96 111. P. des Affaires
C
C'est ce que font les Peres de
Famille , dont la conduite eft
eftimée › & qui aiment le
repos de leurs Enfans.
Mais pour revenir à l'entrepriſe
du Prince d'Orange,
dont le fecret eftoit alors
impenetrable
; & l'a efté fort
long temps
, excepté aux
yeux de la France , il ne pouvoit
faire le grand armement
de Mer qu'il projettoit
qu'il avoit promis à l'Empereur
, fans que les Etats y
contribuaffent
; car tout l'argent
qu'il avoit avancé depuis
plufieurs années ne
luy fuffifoit
pas pour une
auffi grande entreprife
.
>

&
Il falloit donc faire entrer
les Etats dans cette affaire ,
& trouver en mefme temps
le moyen de ne leur point
découvrir
du
Temps.
97
découvrir par quels motifs
il l'entreprenoit . Il leur dit
qu'il avoit pris de juftes me
fures pour faire réuffir une .
chofe d'une tres - grande importance
, & qui ne commettroit
ny fa gloire , ny leurs
forces , parce que le fuccés
en eftoit indubitable ; mais
il leur dit en mefme temps
qu'il n'y avoit que le fecret
qui fift réuffir les grandes affaires
, & qu'on n'en douteroit
pas fi on examinoit ce
qui fe paffoit en France à cet
égard . Il ajoûta qu'il demandoit
feulement pour cette
année , que les Etats nom .
maffent trois perfonnes pour
deliberer , & pour agir avec
luy , afin que fon fecret ne
fuſt point rendu public ; qu'il
Tome III. E
98 III. P. des Affaires
ne pretendoit pas pour cela
changer la maniere accoutumée
des Etats ; qu'ils pouvoient
en ufer à l'ordinaire
pour leurs autres affaires , &
en faire part à tous ceux de
l'Affemblée mais que pour
la fienne & pour cette année
feulement , il fouhaitoit de
n'avoir affaires qu'à trois de
leurs Députez , mais qu'il les
prioit de leur donner le même
pouvoir qu'auroient enfemble
les Députez de toutes
les Provinces qui compofent
les Etats . Il ne faifoit
point de pareilles propofitions
fans s'eftre auparavant
affeuré des voix neceffaires
pour les obtenir , &
peut etre mefme que c'eftoit
du Temps.
BLIOTHER
DE
LA
N
TILLE
un jeu concerté entre leu
tats & luy ; ce qui s'eft paffe
dans la fuite le fait foupçonner.
Il n'eut affaire qu'aux
principaux des Etats qui ef
toient fes Creatures , & qui
n'ofoient luy manquer , peuteftre
plus par crainte que par
amour. Jufque - là rien ne s'é
ventoit de fon fecret , & l'armement
n'eftoit pas encore
affez confiderable pour donner
lieu d'en penetrer quelque
chofe à ceux qui s'attachent
à deviner , & qui reuffiffent
quelquefois , mais comment.
n'auroit on pas été trompé
, puis que le Prince d'Orange
qui alla à la Conferen
ce de Mindin , y trompa tous,
les Princes qui s'y trouverent
quoy que de fa Religion a
D 2
100
111. P. des Affaires
dans le mefme temps qu'il fit
alliance avec eux pour empêcher
que Mr de Furftemberg
ne joüift paisiblement de l'tlectorat
de Cologne , & pour
maintenir le Prince Clement
dans les droits pretendus
que les Bulles du Pape
devoient luy donner ? Il leur
die les mefmes chofes qu'il
avoit fait dire à l'Empereur ,
& dont Sa Majesté Imperiale
avoit fait porter parole
au Pape & les affeura
que la Flote qu'il avoit commencé
à faire équiper , n'eftoit que pour
alarmer les coftes de France, & faire
une diverfion des forces que le
Roy auroit pû envoyer au fecours.
de Monfieur de Furftemberg . Il ne
s'eft trouvé que l'Electeur de
Brandebourg, qui a dit depuis
>
du
Temps.
101
ee temps - là qu'il avoit fceu le
fecret.L'avantage n'eſt pas fort
glorieux pour s'en vanter.
Comme le temps commençoit
à preffer, les levées redou
blerent dans toute la Hollande
. On les fit fous le nom du
Prince d'Orange , & fes Officiers
diftribuerent l'argent.
Ce Prince receut auffi des
Troupes Etrangeres qu'il mit
dans les principales Villes des
Eftats , dont il retira les troupes
, de forte qu'il fe rendoit
par ce moyen maiftre des Vil-
Jes où il les faifoit entrer . Il ne
l'eftoit pas moins de ces troupes
des Eftats qu'il faifoit fortir
de ces Villes - là ; parce
qu'il les joignoit à celles qui
devoient monter la flote , &
qui avoient efté levées à fes
E 3
102 - III P. des Affaires
dépens. Comme elles eftoient
fuperieures en nombre , on
peut dire qu'il eftoit maiſtre
des Villes & de la Flote, & par
confequent des Etats . C'est une
Souveraineté dont il vouloit
s'affurer à tout évenement ; les
uns la luy laiffoient ufurper de
leur bon gré , les autres en murmuroient
en fecret , parce qu'ils
avoient lieu d'aprehender fon
reffentiment , & d'être fevere -
ment punis de leur zele pour
leur patrie. Il y en avoit d'autres
qui fe feroient plaints un
peu plus hautement , & dont
le nombre auroit efté trop
grand pour les punir avec
éclat , mais l'efperance qu'ils
avoient d'eftre bien - toft delivrez
d'un Prince qui agiffoit
chez eux en Souverain , & dont
du
Temps.
103
I
l'ambition ne pouvoit qu'eftre
fort prejudiciable à l'Etat , &
luy coufter beaucoup de fang
& d'argent , faifoit qu'ils luy
fouhaittoient un heureux fuccés
dans une injufte entreprife
, afin d'eftre garantis de fa
domination , la guerre qu'il
vouloit rendre éternelle ne
pouvant accommoder un Etat
qui ne fçauroit fubfifter fans le
Commerce. Le Roy dont la
fage prevoyance ne laiffe rien
échaper, crut à propos de faire
expliquer les Etats fur leur
armement. Qu'auroient-ils pû
dire , puis que la plupart des
Deputez des Provinces qui
forment le Corps des Etats , ne
fçavoient pas encore les deffeins
du Prince d'Orange :
L'Envoyé d'Angleterre auprés
D
4
104 I 11. P. des Affaires
des Etats fit la meſme demande
que l'Ambaffadeur de Sa Majefté
. On demanda du temps
pour répondre ; on biaifa , on
fit des honneftetez ; on affecta
de la fierté , & l'on n'oublia
rien de tout ce qui devoit tenir
cette réponſe en fufpens ,
parce qu'il eftoit alors dangereux
de s'expliquer , & que
l'entreprife auroit avoṛté avant
qu'on l'eût commencée fiquelque
chofe en euft efté découvert.
La France qui voit clair ,
& qui eft fidellement fervie ,
parce qu'elle ne fait que
de
bons choix , developa que le.
deffein du Prince d'Orange
eftoit d'envahir l'Angleterre ,
& elle en donna avis au Roy
de la grande Bretagne , qu'on
trouva bien éloigné d'en avoir
du
Temps. 105
- le moindre foupçon , & qui
n'en prit pas même de ce qu'on
luy dit là - deffus . La crainte
que ce Prince n'ouvrift les
yeux fit faire une demarche
aux Etats & une autre au Prince
d'Orange , aufquelles il n'eft
pas befoin de donner de nom
pour
bien faire connoiftre de
quelle maniere on les doit regarder
, & pour lesquelles on
n'en peut trouver d'affez fort
pour bien exprimer l'effet
qu'elles doivent faire fur l'efprit
des honneftes gens . Tout
ce qu'on peut dire , c'eft que la
pofterité ne les oubliera pas , &..
leur rendra la juftice qu'elles
meritent . Cependant je diray
en general qu'il est bien dange
reux de fe fier à des perfonnes
de ce caractere .
E
106 III P. des Affaires
L'Ambaffadeur de Hollande
en Angleterre , aſſeura Sa Majefté
Britannique que Leurs
Hautes puiffances avoient refolu
de vivre en bonne intelligence
avec Elle , & qu'Elles
n'avoient nullement deffein de
porter la guerre dans fes Etats .
Ces affeurances furent dõnées
avec toutes les circonftances
neceffaires pour luy ofter de
la pensée , en cas qu'il euſt pu
ajoûter foy aux finceres avis
qu'on luy donnoit , que l'armement
de Hollande regardaft
l'Angleterre.
Voilà à peu prés la maniere
dont on en ufe lors qu'on
veut affaffiner fon ennemy ,
au lieu de fe battre contre
luy. On ne fe contente pas
de ne le point avertir , de peur
du Temps.
107
?
l'affaffiner
qu'il ne fe tienne fur fes gardes
on le careffe afin de
en l'embraffant .
On avoit refolu de donner
une espece de Manifeſte , mais
on ne vouloit pas le laiffer
paroiftre avant que le Prince
d'Orange fuft party avec la
Flote , afin que le Roy d'Angleterre
n'cuft pas le temps
de fe mettre en eftat de fe
défendre , & d'y répondre
par la force de fes armes , non
plus que par celle de fes raifons.
L'Ambaffadeur de Hollande
qui eftoit à Londres ne
donna pas feulement au Roy
d'Angleterre les affeurances
que vous venez de voir ; que·
fa Majefté Britannique n'avoit
rien à craindre des Etats ; mais
les Etats firent délivrer à
D 6
108 111. P.des Affaires
l'Envoyé de ce Prince à laHaye
un Extrait des Regiftres de
leurs refolutions , dont voicy
les propres termes , Qu'ils dé
clarent n'avoir cuny n'avoir aucune
intention d'entrer en guerre avec
Sa Majesté Britannique , ou avec
la Nation Angloife , puis qu'il n'y
arien qui leur foit plus cherny qu'ils
prennent plus à coeur , que de vivre
avec Sa Majesté & ladite Nation ,
dans une fincere & cordiale amitié.
Ils tinrent cette conduite , afin
que le Roy d'Angleterre fuſt
trompé dans toutes les formes ,
& que ce qui avoit efté refolu
fuft accomply. Le Prince d'Orange
luy écrivit dans le même
temps
la mefme chofe que les
Etats luy avoient fait dire ,
croyant que lors qu'il apprendroit
de deux coftez la fince ..
du
Temps.
109
rité fuppofée de leurs bonnes
intentions, il y ajoûteroit plus
de foy. Il fe fervit de termes
encore plus forts que n'avoit .
fait l'Ambaffadeur de Hollande
, pour luy perfuader qu'il
n'avoit rien à craindre de fa
part , de maniere qu'il n'y a
perfonne , qui fur la foy & le
Seing d'un Prince qui femble .
devoir eftre encore plus fin- .
cere & plus honnefte hom ,
me que de fimples particuliers
, n'euft crû veritable
ce que contenoient les Lettres
du Prince d'Orange .
D'ailleurs un Monarque genereux
& honnefte - homme.
comme le Roy d'Angleterre ,.
ne croyoit pas devoir mettre
en doute ce que luy écrivoit
un Prince de fon fang , & il
110 111. P. des Affaires
aimoit mieux s'expofer , que
de marquer qu'il fe défiaft de
Iuy. Ce qui faifoit encore
croire au Roy d'Angleterre
qu'on luy donnoit de faux
avis , c'est qu'on luy difoit
que le Prince d'Orange l'accufoit
d'avoir fuppofé le
Prince de Galles , & il ne pouvoit
fe perfuader que cela
fuft veritable , le Prince d'O .
range l'ayant envoyé complimenter
fur la naiffance de
ce jeune Prince par Mr Bentingh
fon Favory.
Malgré toutes les affurances
qu'on donnoit au Roy
d'Angleterre qu'il ne feroit
point attaqué , & les préfomptions
qui luy faifoient croi
re que fes Ennemis luy difoient
la verité , la France :
du
Temps.
Fri
perfiſta à luy donner des avis
falutaires , & auroit mefme fait
plus pour luy , s'il avoit voulu .
Ce Prince témoigna toujours
qu'il ne craignoit rien , & qu'il
eftoit affeuré qu'on n'en vouloit
ny à fa Perfonne , ny à fes
Etats . Il pouffa mefme les chofes
plus avant , & marqua qu'il
feroit à fouhaiter pour la France
qu'elle ne fuft pas plus menacée que
lug. Ce qui le fit parler ainfi
c'eftoit qu'ayant commencé
d'ajoûter foy aux avis reiterez.
de la France , malgré les affurances
du contraire que l'Ambaffadeur
de Hollande luy
donnoit de tems en tems , le
Pape & l'Empereur , l'avoient
tiré d'inquietude en le faifant
affeurer d'une maniere à ne luy
laiffer nul doute , que l'arme112
111.P. des Affaires
ment de Hollande ne le regar
doit en aucune forte. Ils pafferent
mefme plus avant pour fe
faire croire , & firent connoi ,
ftre qu'ils fçavoient à quel
ufage cet armement eftoit deftiné
. Comme la France ne faifoit
que penetrer , & qu'elle
n'eftoit point du fecret; auquel
ces grandes Puiffances faifoient
connoiftre qu'elles avoient
part , il ne faut pas s'étonner
le Roy d'Angleterre.
ajoûta foy à ce qu'Elles luy firent
dire là deffus avec toutes
les affurances poffibles , qu'il
n'y avoit rien de plus veritable.
Le Roy d'Angleterre fe
croyant affez fort pour fe défendre
s'il eftoit attaqué , ou
plûtoft ne voulant point de
du
Temps.
113
fecours , parce qu'il ne croyoit
point avoir d'Ennemis , Sa Majeſté
ne penfa pius à fe mettre
en eftat de luy en donner; mais
quoy qu'Elle n'apprehendaft
rien pour fes coftes , & qu'Elle
fuft perfuadée que l'orage devoit
tomber en Angleterre ,
Elle ne laiffa pas à tout évenement
de les mettre en eftat de
défenfe, parce que la prudence
veut qu'on foit armé lors que
nos voisins le font .
Enfin l'armement du Prince
d'Orange eftant prefque achevé
, & plufieurs Anglois de fon
party eftant venus le joindre ,
fon fecret éclata , parce qu'il
ne pouvoit plus eftre caché
& il y avoit même lieu de
croire qu'il n'avoit pas efperé
qu'il le feroit plus longtemps..
114 111. P. des Affaires
On peut dire que le Roy d'Angleterre
fut celuy qui le fceut,
ou du moins qui le crut le dernier.
Ce que le Pape & l'Empereur
luy avoient fouvent
fait dire , l'avoient empefché
d'en avoir aucun foupçon ;
ainfi ils n'ont pas feulement
efté caufe que le Prince d'Orange
a armé pour envahir
l'Angleterre , en tombant d'accord
avec luy que cet armement
ferviroit pour arrefter les
forces des François fur les Côtes
de ce Royaume ; mais ils
ont empefché l'Angleterre de
fe mettre en eftat de fe défendre
, & l'ont obligée de refufer
un fecours de France , qui auroit
empefché le Prince d'Orange
de poursuivre fon entreprife
, & d'achever fon armement
.
du Temps. 115
Le Roy d'Angleterre ayant
efté pleinement convaincu de
la mauvaiſe foy du Prince d'Orange
, & de la defcente qu'il
devoit faire dans fes Etats contre
ce qu'il luy avoit écrit ,
commença à mettre ordre à fes
affaires par la proclamation
fuivante.
DE PAR LE ROT.
PROCLAMATION .
JACQUES ROY ,
Novs
Y
OVS avons reçeu des avis
tres certain qu'une Armée
d'estrangers doit bien- toft venir de
Hollande , pour envahir noftre Royaume,
& commettre toutes fortes
d'Actes d'hoftilité quoy qu'ilpuiffe
arriver qu'on publiera quelques
I.PG III. P. des Affaires
fauxpretextes de liberté , de privi-
Lege, & de Religion,forgez & écrits
Avec autant defubilité que d'artifice
feton qu'on fe trouvera utile pour
une telle entreprife , il eft neanmoins
évident, veu les grands preparatifs
que l'onfait , qu'on a deffein &
qu'on ne fe propofe pas moins par
cette invafion, que la conqueste abfoluë
de nos Royaumes ¿ de fubjuguer&
affuettir entierement.Nous
& tous nos Peuples à un pouvoir
Eftranger. Cette entreprife eft fomentée
, ainfi que nous l'apprenons ,
quoy que cela femble prefque incroyable
, par quelques uns de nos Sujets
, qui eftant porte d'un efprit
mechant , turbulent, & d'une malice
implacable , neforment que des def
feins pleins de rage & de defefpoir.
Ces gens n'eftant point touchez de
nos divifionspaffées , dont la memoi
du
Temps.
117
re & les malheurs devroient rendre
chere & eftimable cette paix & ce
bonheur dontily a long temps qu'on
joüit , & n'eftant point fenfibles à
nos Actes reitere de grace & de
clemence nous eftant estudiez
& ayant prisplaifir de les repandre
àpleines mains fur nos Sujets , &
mefmefur ceux qui estoient nos ennemis
ouverts & declarez ) s'effor
cent encore de plonger ce Royaume
dans le carnage & dans la ruine ,
pour flatter leur ambition & leur
mechanceté , ne fe propofant dans
une telle confufion publique' , que le
pillage & le butin.
C
Nous ne fçaurions nous empescher
de faire fçavoir , que quoy que
nous ayons esté avertis depuis quel
que temps , qu'une force eftrangere
Se preparoit contre Nous , nous n'avons
pourtant point voulu avoir
118 III . P. des Affaires
recours à aucun fecours Etrangersz
nous avons mieux aimé nous
repofer aprés Dieu , fur la veritable
& ancienne valeur de noftre
Peuple , & fur fon courage & ja
fidelité. Et comme nous avons fouvent
hazardé noftre vie avec luy,
pour l'honneur de cette Nation , auffi
nous avons fortement refolu de
vivre & mourir, pour le defendre
contre tous Ennemis . C'est pourquoy
nous conjurons tous nos Sujets de fe
deffaire de toutes fortes d'animofitez,
dejaloufies & de prejugez , &
de s'unir volontiers & de bon coeur,
pour defendre noftre perfonne &
leur Patrie. Gela feul aprés Dieu,
fuffit pour renverser & fruftrer les
principales efperances & les deffeins
de nos Ennemis , qui s'attendent
à trouver noftre peuple divifé,
& qui peut estre en publiant queldu
Temps. 119
ques raifons plaufibles de leur venuë
, comme le pretexte fpecieux ,
quoy que tres-faux , de maintenir
La Religion Proteftance , ou de conferver
les liberte & les droits &
biens de nostre peuple efperant par
ce moyen- là conquerir ce grand &
fameux Royaume ; mais quoy que
ce deffein ait efté concerté avec tout
Le Secret imaginable , & qu'on
ait fait tout ce qu'on a pú pour nous
furprendre & nous tromper , nous
n'avons pas laiffé de noftre cofté ,
de prendre toutes les precautions
neceffaires . Et nous ne doutons pas
qu'avec l'aide de Dieu , nos ennemis
ne nous trouvent en fi bon estat
qu'ils nepuiffent avoir fujet de fe
repentir de leurinjufte & temeraire
entreprife.
>
Nous avions deffein , ainsi que
nous l'avions declaré depuis peu ,
120
III. P. des Affaires
defaire affembler noftre Parlement
au mois de Novembre prochain , &
les Lettres Circulaires ont eftè délivrés
pour cet effet nous nous propofions
entr'autres chofes , de pouvoir
calmer les efprits de nôtre peuple
, fur ce qui regarde la Religion
, en confequence de diverfes
Declarations que nous avons fait
publier à ce fujet; mais à caufe de
cette eftrange & deraiſonnable entreprise
de la part de nos voisins ,
(fans leur en avoir donné aucun
Sujet quipretendent par ces voyeslà
traverser tous nos bons deffeins ,
nous trouvons qu'il eft neceffaire de
revoquer nos dites Lettres Circulaires
, ainfi que nous faifons par
les
prefentes , commandant & ordonnant
à tous nos Amez Sujets d'en.
prendre connoiffance , & de furfeoir
toutes fortes de procedures à
cet
du
Temps.
121
cet égard. Et dautant que le danger
qui est fort proche , requierera une
grande & vigoureuſe deffenſe , nous
ordonnons & commandons expreßement
par les prefentes , à tous nos
bons Sujets , tant fur Mer que fur
Terre, ( de la concurrence , de la
valeur & du courage defquels , comme
veritables Anglois, nous ne doutons
aucunement dans une fi jufte
caufe ) de fe preparer à défendre
leur Pays ; & nous ordonnons o
commandons par les prefentes,à tous
les Gouverneurs & Lieutenans
Gouverneurs des Provinces , d'employer
leurs derniers effors pour repouffer
& deftruire nos Ennemis
qui viennent avec tant d'affurance
& de fi grands preparatifs , afin
d'envahir & conquerir nos Royaumes.
Et enfin nous deffendons tresexpreffement
à tous & à un chacun
Tome III. F
122
111. P. des Affires
de nos Sujets de quelque qualité ,
rangou condition qu'ils soient , de
donner aucune forte d'aide , d'affi.
ftance , ou de fecours à nos Ennemis
, ny d'avoir ou entretenir aucune
maniere de correspondance avec
eux ou avec aucun de leurs Com
plices , fur peine de haute trahison
&deftrepoursuivis & traitez avec
la derniere riguear.
,
Donné en noftre Cour à VVhitebal
, le 28. Septembre 1688. &
de noftre Regne l'an quatrième.
Cette Proclamation fut faite
le 28. de Septembre , felon le
ftile d'Angleterre , & le premier
jour d'Octobre fuivant le Roy
fit la Declaration que vous
allez lire .
7
du
Temps .
123
JACQUES ROT.
AYantdéjà fait publier que nofrs
bon plaifir eft defaire appeller
un Parlement pour l'affembler
dans noftre Ville de Vveſtmunfter
au mois de Novembre prochain,
& les Lettres de convocation
pour cela eftant envoyées dans les
Provinces , de peur que ceux qui ont
le droit de choisir des membres du
Parlement , ne foient trompez &
abufez par les artifices des mal intentionne
: Nous avons trouvé à
propos de declarer, que comme noftre
intention Royale eft defaire noftre
poffible pour établir une liberté legale
de Confcience univerfelle pour
tous nos Sujets , auffifommes nous.
refolus de conferver inviolablement
l'Eglife Anglicane
donnant de telles confirmations
en
F 2
124 III. P. des Affaires
aux differens Actes d'uniformité
, qu'ils ne pourront jamais
eftré changez qu'en revoquant les
Claufes diverfes qui impofent des
peines aux perfonnes non promenes ,
ou qui doivent eftre promenës à des
Benefices Ecclefiaftiques felon le
fens des Actes , lesquelles font des
Actes d'exercice de leur Religion
contraire àla teneur , & à l'inten–
tion defdits Actes d'uniformité. Et
pour tant plus grande feureté non
feulement de l'Eglife Anglicane ,
mais auffi de la Religion Proteftante
en general , Nous voulons bien , que
les Catholiques Romains demeurent
incapables d'eftre membres de la
Chambre Baffe du Parlement , par
où ces craintes & apprehenfions ,
que plufieurs perfonnes ont euës à
voir que l'autorité legislative fe voit
ufurpée par eux & employee contre
du
Temps.
125
les Proteftans , viendront à ceffer
entierement. Nous affeurons de
mefme tous nos bons Sujets , que nous
ferons prompts à accorder tout ce
qui d'ailleurs pourra fervir à leur
Seureté& avantages comme il convient
à un Roy qui veut toujours
avoirfoin defon peuple, & s'ils defirent
le bonheur de leurspays , nous
les exhortons de mettre à coftétoute
animofité , & de fonger à choisir
4
de telles Perfonnes pour les reprefenter
dans le Parlement , qui par
leur habileté & moderation foient
capables de perfectionner un ouvrage
fi grand &fi falutaire . Etpour
prevenir toute forte de defordres ,
irregularitez ou procedures illicite
, qui pourroient arriver , ou deou
pendant l'Election
des membres du prochain Parlement,
nous enjoignonsferieusement,
vant ,
F
3
ri6 111. P. des Affaires
& commandons a tous Maires ,
Scherifs, Baillifs & autres Officiers
quels qu'ilsfoient , aufquels appartient
l'execution des Edits , de tenir
la main pour l'execution defdits
Edits ,fommations & ordres felon
Leur teneur , & qu'ils ayent foin
que lesmembres qui feront choifis ,
foient de bonne foy confirmez felon
qu'un choix fait dans les formes le
demandera. Fait à noftre Cour de
Vuhitehall le 1. Ottobre 1688. la`·
quatrième année de noftre regne.
Le fecond du meſme mois
on publia la Piece fuivante .
AMNISTIE , OU PARDON
General du Roy.
JACQUES Second , par la grace
de Dieu , Roy d'Angleterre , Def
du
Temps!
127
fenfeur de la Foy , drc . A tous ceux
qui les prefentes verrontz »Sälut
Nous avons toujouss fouhaité de
puis noftre avenement à la Couronne
, que tous nos Sujets vécuffent à
leur aife , & puffent iouir de toute
forte de tranquilité & de bonheur,
fous noftre Gouvernement. Kien ne
peut nous eftre plus agreable , que
de voir les Criminels s'amender par
des Actes de confcience envers eux,
pluftoft quepar le chaftiment . Nos
Ennemis declarés ont trouvé faveur
envers nous , lors qu'ils fe font repentis
; & quoy qu'outre diverfes
graces particulieres que nous avons
accordées à plufieursperfonnes , nous
ayons neanmoins depuis peu fait
publier noftre Proclamation Royale
pour accorder un pardon general à
tous nos peuples ; dautantpourtant
F
4
128 111. P. des Affaires
que ceux qui vivent le plus tranquillement
, tombent fouvent dans
des fautes puniffables par nos Loix,
& peuvent eftre fuiets , fi nous
étions feveres , à eftre poursuivis ,
foit en leurs perfonnes ou en leurs
biens dans nos Cours Civiles ou
Temporelles & Ecclefiaftiques . Nous
donc par unefaveurspeciale,& par
l'affection que nous avons pour nos
Suiets , defquels nous attendons
toute forte de respect & d'obeiſſance,
en reconnoiffance de noftre bonte)
accordons par les prefentes , pu-.
blions & declarons noftre prefent
Pardon Royal on Amniftie. Nous
pardonnons par les prefentes , pour
nous , nos heritiers & fucceffeurs ,
nons acquitons relafchons & defchargeons
tous & un chacun de nos
Sujets de ce Royaume d'Angleterre ,
denoftre Principauté de Galles &
du
Temps .
129
4
>
de la Ville de Berovich fur la
Tuveed , leurs heritiers , Execu
teurs ou Adminiftrateurs ; & toutes
fortes de Corps politique ou incor
poré , de noftre Royaume ou Eftats
fufdits , & leurs Succeffeurs , à la
referve des perfonnes cy - aprés cxceptées
, de toutes les offenfes comwifes
contre Nous nos Heri.
tiers & Succeffeurs , de toutes
Les trabifons , felonies , des expreffions
de trabifon , paroles feditienfes
, libelles , affemblées ou
conventicules feditieux , de tous les
crimes par lesquels on pourroit encourir
la peine de premunire , de
toutes feditions , tumaltes ,offenfes ,
mefpris , tranfgreffions & malverfations
, de tous iugemens & convictions
pour n'avoir pasfrequenté
Les Eglifes , de toutes peines où amendespour
cesfortes de fauteson
F
130 III. P. des Affaires
· pour aucune d'icelles су devant
commiſes oufaites, hormis ce quifera
cy-après executé. Nous voulons auffi
& il nous plaift , que nynofdits
Sujets
, ny aucuns d'eux ,,ny leurs he
ritiers , Executeurs
ou Adminif
trateurs nefoient pourſuivis
, trou
blez ou inquietez
foit en leurs
Corps , Biens Titres , Terres ou
Foßeffions , pour aucnne chofe , caus
fe , mefpris , malverfations
, confifcation
, offenfe ou aucune autre
chofe quelconque
cy- devantfouffer.
te , faite ou commife contre Nous ,
nostre Couronne
, Dignité , Prerogative
, nos Loix ou Statuts quine
feront point cy. aprés exceptez dans
on par les prefentes . Et que noftre
prefenteconceffion
on Amnifie generale
, ainfi qu'elle eft cy - deffus
exprimé , fera tenuë , expliquée
&
prife dans toutes les Cours de Iuftice
du
Temps.
131
>:
& aillieurs , à l'avantage & aw
profit de nofdits Sujets , aufquels
le pardon eft par les prefentes accordé
, pourtoutes les chofes , qui ne
font par cy- aprés exceptées , tout de
méme quefileurs Perfonnes avoient
efté denotées , & leurs crimes amplement
& largement exprimez .
Nous exceptons de ce prefent pardon
, toutesfortes de trabifons commifes
delà la Mer 014 en aucun
putre endroit hors de ce Royau.
me , tous crimes commis enforgeant,
ou contrefaifant noftre grand ou
perit Sceau noftre Seing , & petit
cachet , en aucune espece de nos
monnoyes ayant cours dans ce Ropaume,
en diminuant lefdites efpeces
de quelque maniere oupar quelque
moyen que ce fait , ou pour avoir
aidé , affifté oufoutenu ceux qui ont
commis lefdits crimes on
aucun
F 6
132 III. P. des Affaires
d'iceux , Nous en exceptons auffi
tous meurtres volontaires, ou Affaf.
finats , Crimes de leke Majefte au
Second chef, empoifonnemens volon
taires , & tous les acceffoires avant
le fait ; comme auffi toutes les Pirateries
, vols fur Mer , ou les grands
chemins , les crimes de ceux qui entrent
dans les maisons en rompant
portes ,feneftres & autres chofes , ou.
tous ceux qui font acceffoires aufdits
crimes . Nous en exceptons auffi
le vice abominable & déteftable
contre nature , tous viols & ravißemens
de Femmes , tous enlevemens
de Femmespour les marierparfor
ce ,foit qu'elles foient Filles Veuves
ou Vierge contre leur confentement
ou celuy de leurs Parens , ou de ceux.
quiles ont en leur garde , & tous
Les crimes qu'on commet en aidant,
du
Temps,
133
affiftant oupreftant la main à commettre
lesdites offenfes , ou aucunes
d'icelles. Nous en exceptons auffi
tous crimes de parjure , ou fubornation
de Témoins , tous ceux que
l'on commet en effaçant , forgeant
ou contrefaifant aucuns Actes publics
, Ecrits , Inquifitions , Contrats
ou autres Actes , ou en les
publiant , en forgeant & contrefaifant
des interrogatoires , ou dépofitions
d'aucuns Temoins , pour
mettre en danger la vie de quelque
perfonne , ou en çonfeillant ou faifant
commettre lefdits crimes . Ex-,
cepté auffi toutes informations ou
procedures touchant les grands chemins
& les inconveniens publics,les
Ponts , ou pour reparer les Prifons
des Provinces , & toutes les amendes
données pour cela , depuis l'an
1670. Excepté toutes les offenfes
134 111. P. des Affaires
commifes pour avoir emporté , gafte
ou détourné aucuns meubles , argent ,
immeubles , papiers , ioyaux, armes ,
munitions , provifions de Mer ,
Vaiffeaux, Canons ou autres armes;
& armures appartenant à Nous ou
au feu Roy noftre Frere , & toutes
tes offenfes commifes depuis un an
dans nostre Foreft de VVindfor.Excepté
auffi tous crimes d'Incefte , de
Dilapidations & de Simonie. Excepté
toutes fortes de mépris , & les
procés commencez pour cela dans la
Cour d'Equité ou ailleurs . Excepté
auffi les obligations , conditions &
Contrats, toutes les amendes , titres
& confifcations d'offices , conditions
ou contrats confifquez à nofire
profit , ou à celuy du feu Roy noftre
Frere , pour avoir violé ou n'avoir
pas exercé quelque charge ou
accomply quelque condition on
Contrats , Excepté toutes fraudes ,
du Temps. 135
'corruptions;malversations & offenfes
que cefoit , par le moyen defquelles
Nouson lefeu Roy noftre Fre
re, avous eftétrompe , dans la recepte,
collection ous payement de nos
revenus , ou de quelque partie d'icoux
, ou de quelque autre argent à
Nous deu,ou receu pour Neus ou pour
Luy, & toutes confifcations, amendes,&
Nomine penes , qui en
pourroient venir , comme auffitous
les proces , informations & autres
procedures commencées , ou pendan_
tes , ou qu'on pourroit faire là - def
fus .
A condition que tout ce qui eft
contenu dans noftre prefent pardon ,
ne s'étendra , on ne fera expliqué
pour décharger d'aucune amendes ,
Commes d'argent recouvertes par
jugement , amendes pro licentia
concordandi ou amendes pecu136
III . P. des Affaires
>
niaires perdres , ou enregistrées dans
quelque Greffe que ce foit . Excepté
auffi toutes perfonnes qui furent
exceptées pour toutes peines , chaftimens
amendes , ou difabilité
quelconque , par les divers Actes
de pardon general d'indemnité , &
d'oubly , paffez pendant le regne du
feu Roy noftre Frere. Excepté auffi
tous ceux qui aprés avoir efté atteins
ou convaincus de quelque trabifon
que ce foit , ou du crime de
n'avoir pas revelé les trahisons par
eux connuë , ont efté transporte ; ou
ceux qui estant atteins de grands
crimes ou felónnies , ont efté condamne
à eftre transporte dans
aucune de nos Colonies étrangeres .
Excepté auffitous fugitifs & ceux
qui ont fuy delà la mer oufont fortis
de noftre Royaume pour eviter nôtre
Luftice , & quine fe rendront pas
du
Temps. 137
7
noftre Chefde Iuftice , ou à quelque
Juge de paix , avant le premier dus
mois de Ianvier prochain . Nous
exceptons auffide ce pardon les per
Jonnes cy- aprés particulierement
nommées ; àfçavoir , Robert Parfons
, Edouard Matthevus , Sammuel
Venner , André Fletcher, le Colonel
lean Rumfey , le Major lean
Rumfey, le Maior Jean Manley,
Ifaac Manley, François Charleton,
Ecuyer, lean vilman , Ecuyer , Titus
Oates, Robert Forgafon, Gilbert Brunet
, le Chevalier Robert Peyton ,
Laurent Braddon , Samuel Iohnſon
Ministre, Thomas Tipping Ecuyer
& le Chevalier Rouland Guyenne . A
condition qu'en vertu de ce pardon ,
aucun procés intenté par quelque
perfonne que ce fois pour en faire codamner
une autre par cotumace , ne
foit arrefté ou évité , à moins que
le Defendeur ne comparoiffe & ne
18 III. P. des Affaires
donne caution , où il est neceffaire
par la Loy,& ne prenne un Alte appelle
Scire facias , contre la partie
, à la pourfuite de laquelle il
avoit eftécondamné par contumace;
& que noftre prefente Amnistiene
s'étende pas à annuller aucune condamnation
par contumace , aprés
jugement , iufqu'à ce qu'il ait efté
donne fatisfaction à la Partie , ou
accordé avec la Partic, à la requête
ou pourfuite de laquelle telle condamnation
auroit efté obtenuë.Nous
voulons auffi , & il nous plait que
ce prefent pardon ait autant de
force & d'effet , pour pardonner &
decharger tous & un chacun , comme
il est porté cy deffus , que fi nous
avions accordédes pardons particuliers
à chacun de nos Suiess , par
des Lettres Patences fous le grand
Sceau. Et pour mieux faire connoidu
Temps.
139
fire nos bonnes intentions & nostre
volonté à cet égard , nous donnons
permiffion à unchacun de nos Suier's,
qui n'eft pas excepté dans les prefentes
, de demander & folliciter
le Pardon enfon particulier fuivant
la teneur des prefentes . Et pour cet
effet , nous donnerons ordre à nos
Secretaires d'Estat de nous prefen.
ter des Ordres on Varants , pour estre
fignez de nous , & donnerons ordre
à noftre Procurear ou Avocat General
, de préparer des bills , pour
paffer des pardons à ceux qui en
fouhaiteront. En témoignage dequoy
, nous avons fait fceller les
prefentes , à Voeminster , le fecond
du mois d'octobre , l'an quatriéme
de noftre regne. CLÉRKE,
Peu de temps après avoir
donné cette Amniftie , le
140 III. P. des Affaires
2
Roy eftant en fon Confeil
declara que fuivant la refolution
& le deffein qu'il avoit
de proteger l'Eglife Anglicane
, & pour éloigner toutes
fortes de foupçons , & de
jaloufies , il avoit trouvé à
propos de caffer la Commif
fion pour les caufes ou affaires
Ecclefiaftiques , en confequence
de quoy Sa Majesté
ordonna au Chancelier d'Angleterre
de faire inceffamment
executer fa volonté làdeffus
. Le Roy donna en
mefme temps le Gouvernement
des trois parties de la
Province d'Yorc au Duc de
Neucafte. Il rétablit auffi la
Ville de Londres dans fes
Privileges & anciennes Franchifes
, de la mefme maniere
du
Temps .
141
dont elle en joüiffoit avant
la derniere Sentence prononcée
fur le Quo VVarranto . Les
Actes de rétabliſſement ayant
efté fcellez du grand Sceau
d'Angleterre , le Chevalier
Chapman fut étably Lord-
Maire jufqu'à la Saint Simon
Saint Jude , qui eſt le temps ,
fuivant les anciennes coutumes
, que les Maires font receus
dans leur employ . Les
Bourgeois en témoignerent
leur joye par des acclamations
reiterées . Ceux qui eftoient
Aldermans ou Echevins
reprirent leurs places , &
le Roy receut cette Adreffe .
$
142 III. P. des Affaires
AU ROY. A
SIRE ,
S
Vos tres-obeiſſans & fidelles
Sujets le Seigneur Maire , les
Efchevins & les Sherifs de vofire
Ville de Londres , remercient treshumblement
& de tout leur coeur ,
Vôtre Majefté , de la grace & de la
faveur qu'Elle a faite aux Bourgeois
de cette ville , en les reftabliffant
dans leurs anciennes Libertez
& Franchifes. Ils fupplient
enmefmetemps Vostre Majefté , de
leur permettre de l'affarer qu'ils
s'acquitteront avec toute forte d'o
beiffance & de fidelité , de leur devoir
, & de la confiance que Voftre
Majefté a la bonté de prendre en
eux ; & qu'ils la deffendront ainsi
que le Gouvernement étably, aupedu
Temps.
143
ril de leurs vies & de leurs biens ,
conformement aux principes connus .
de l'Eglife Anglicane.
Le Roy receut auffi l'Adreffe
fuivante . Elle luy fut
prefentée par les Commiffaires
que ce Prince avoit nommez
pour regler & commander
la Milice de la Ville de
Londres.
SIRE ,
No
OVS ne sçaurions nous em-.
pefcher de rendre à Vostre
Majefté , nostres humbles & tres-
Jinceres actions de graces , de fon
Soin particulièr , de fa bonté , &
de fa clemence envers fon ancienne
& fameufe Ville de Londres . Nous
Sommes furpris que parmi le grand
nombre des importantes affaires,
144 111. P. des Affaires
qui occupent Vostre Majefté , Elle
ais pensé à noftre feureté,& qu'elle
ait bien voulu par fa Commiffion
mettre noftre confervation entre nos
propres mains ; en nous permettant
de choisir entre nous & d'établir
des Officiers , du zele & de la fidelité
defquels pour la feureté &
l'honneur de Voftre Majefté , nous
ne puiffions douter , non plus que de
leur courage , pour deffendre nos
perfonnes & nos Familles. Nous
avoüons que nos vies & nos biens
font unfacrifice trop peu confiderable
pour desfaveurs fi extraordinaires
; nous ne laiffons pas neantmoins
d'affeurer Voftre Majesté que:
nous les hazarderons toûjours voi
lontiers & de bon coeur , pour la
fervir contre tous fes Ennemis qui
voudroient troubler la paix , fur
quelque pretexte que ce puiffe
eftre.
Les
duTemps.
145
Les Seigneurs du Conſeil
Privé du Roy en Ecoffe s'étant
affemblez , pour mettre
ce Royaume là en eftat de
défenfe , écrivirent à Sa Majeſté
la Lettre qui fuit.
SIRE
Pov R obeir aux commande_
mens de Foftre Majefté®, qui
nous ont eftéfignifiez parfa Lettre
du 27.septemb. dernier,nous avons
delivré des ordres pour faire marcher
les forces de Voftre Majesté
vers Carlifle & Chefter . Elles ont
en confequence de ces ordres , commencé
àfe mettre en marche , &
ont receu leurpage pour tout lepre
fent mois d'Octobre. Nous avons
auffi ordonné à toute la Milice de
ce Royaume de s'aſſembler,& avans
que nous euffions receu la Lettre de
Tome III. G
146 111. P. des Affaires
Voftre Majesté , nous avions détaché
une partie de la Milice de quel_
ques Provinces , fe montant à cing
mille hommes , qui font encore en
armes. Nous avons fait fçavoir
aux Principaux Gentilshommes &
Habitans du haut Pays d'amener
les Troupes qu'ils doivent fournir ,
quife montent à plus de quatre mille
hommes , dont le rendez- vous eft
à Striveling , pour y attendre les
nouveaux ordres de Voftre Majesté.
Tous les Heretors de ce Royaume on
gens qui tiennent dès fonds de terre
en propre , ont auffi ordre de s'affembler
en quelques endroits commodes
, & fous le commandement
des perfonnes que nous avons trouvées
les plus capables de cet employ.
Nous vous donnerons , Sire , en cette
occafion , & en toutes les autres qui
Se prefenteront toutes les marques
du
Temps.
147
poffibles de noftre diligence & promptitude
à obeyr à vos commandemens
; & nous ferons toûjours prefts
à expofer nos vies & nos biens ,
pour la défenfe de Vostre Perfonne
Sacrée , & de la Reyne voftre
Epoufe , de fon Alteffe Royale le
Prince d'Ecoffe , &r de Vostre autorité
Royale , ayant fortement refolu
de meriter, autant qu'il nous fera
poffible , la confiance que Voftre Majefté
a la bonté de mettre en nous ,
& de fervir d'exemple à vos autres
Sujets , dans cette furprenante &
extraordinaire occafion . Nou efperons
par la bonne volonté & la joye
que nous avons veu paroiftre dans
les Troupes qui font déja affemblées
, que celles qui doivent s'af
fembler feront voir le Zele & l'affection
qu'elles font obligées d'avoir
pour unfi grand & unfi bon Prince,
G 3
148 111. P. des Affaires
de la confervation duquel dépend
tout noftre bonheur . Nous sommes
avec un tres profond respect ,
SIRE ,
De Voftre Majeſté ,
Les tres- humbles , tres obeïffaus &
tres - fidelles Sujets & Servi
teurs.
Cette Lettre eftoit fignée
par le Comte de Perth , Seigneur
Chancelier, le Seigneur
Archevefque de S. André , le
Seigneur Archevêque de Glafcovv
, le Marquis d'Athol , Seigneur
Garde du Sceau Privé ,
le Comte de Linlithgovv , le
Comte de Southefque , le Comte
de Belcares , le Vicomte de
Tarbat , le Seigneur Maitland ,
le Maistre de Balmirino , le
Lieutenant General Douglas ,
le Seigneur Preſident de la Sefdu
Temps.
149 .
fion , le Seigneur Avocat , le
Seigneur Juge Cler , le Seigneur
Caflehil , le Seigneur
Lochore le Major General
Graham , Nidrie .
>
L'adreffe fuivante fuft prafentée
au Roy quelques jours
enfuite , par les Juges de paix .
de la province de Cumberland ,
& par plufieurs Gentilshommes
du mefme pays dont elle
eftoit fignée .
SIRE ,
Lave
,
ES nouvelles fi peu attendues
de l'Invafion que les Hollandois
ont deffein de faire nous
ont remplis d'horreur & d'eftonnement
, de voir qu'une Nation foit
parvenue à un haut degré de mechanceté
, que devenir fans aucun
fondement troubler la paix & le
G3
150 111. P. des Affaires
bonbeur dont nous avons jouy juſqu'à
prefent ,fous le doux & benit gouvernement
de Votre Majesté. C'est
pourquoy nous croyons qu'il eft abfolument
de noftre devoir , & prin->
cipalement dans la conjoncture prefente
, d'offrir à Vostre Majefte
nos vies & nos biens pour fon fervice
; & nous affurons Votre Majeffé
, que nous porterons auffi loin
qu'il fe puiffe , la fidelité & l'obeiffance
qui luy font fi indifpenfa- ·
blement dues ; ne doutant pas que
les bons & heureux fuccés dont il a
pleu à Dieu de benir cy - devant fes
Armes , ne luy foient continue ,
& que les deffeins de ce Gouvernement
antimonarchique ne foient
bien - toft confondus. Enfinfi voftre
Maiefté trouve àpropos d'expofer
fon Etendart Royal , quoy que nous.
fouhaittions & efperions qu'elle
du
Temps. ISI
n'aura iamais occafion de le faire ,
nous promettons fidellement & fincerement
de nous rendre au lieu où
ilfera expofé avec tout ce qui nous
appartiens pour vous donner des
marques de noftre fidelité & de
noftre devoir , comme auffi pour facrifier
nos vies & nos biens , pour la
conferuation dela Couronne & dela
Dignité de Vostre Maicfté , fouhai
tant de tout noftre coeur , que fon
Regne foit Long & heureux , &
eftant avec un tres -profond respect,
SIRE
,
De Voftre Majeſté ,
Les tres -bumbles , tres- obeiffans
& tres -fidelles Suiers & Serviteurs.
2
Le Chevalier Thomas Haggerfton
, Lieutenant Gouverneur
de Barvich , fit fçavoir
G
4
152 III.P. des Affaires
"
au Roy qu'il trouvoit cette
Ville là dans le deffein de
demeurer fidelle à Sa Majefté
, & qu'ayant appris la
nouvelle de la defcente que
fes ennemis qui eftoient en
Hollande avoient deffein de
faire dans fes Etats , les Bourgeois
de cette Communauté la
déteftoient fi fort, & l'avoient
tellement en horreur , qu'ils
avoient unanimement refolu
de hazarder leurs vies & leurs
biens pour défendre l'Etat , & la
Persone facrée deS.M que pour
cet effet ils l'avoient prié de la
ſupplier tres humblement de
leur envoyer des Commiffaires
pour lever un Regiment
de Bourgeois afin d'aider les
forces du Roy qui eftoient en
garnifon dans leur Ville , à la
du
Temps.
153
défendre felon les occafions .
Le Roy ayant déclaré fa refolution
de conferver l'Eglife
Anglicane dans tous fes droits
& dans toutes fes immunitez ,
Sa Majefté fit fçavoir à l'Evef
que de Vincheſter , Vifiteur
du College de Sainte Magdeleine
à Oxford , que fa volonté
eftoit qu'il rétabliſt cette Societé
felon fes Statuts .
Cependant le Maire les
Echevins , & les membres du
commun Confeil de la Ville
d'Exeter , luy prefenterent l'A
dreffe fuivante.
V
SIRE ,
Os tres obeiffans & fidelles
Sujets de vostre Ville d'Exetereftant
tres-reconnoiffans du grand
bonheur dont ils jouiffent avec tous
G.. S
154 111. P. des Affaires
дн
que
les autres Sujets de vostre Majesté.
fous fon tres-doux & favorable
Gouvernement , la fupplient treshumblement
de leur permettre ,prefentement
qu'Elle vient de declarer
Elle a eu des avis tres- certains,
des Eftrangers doivent venir de
Hollande , pour envahir fes Royaumes
, d'affeurer encore voſtre Majefté
, qu'ilsferont toujours prefts à
foûtenir & à défendre vostre Perfonne
Sacrée, ainfi qu'ilsy font obligez
par leur devoir & leur fidelité ,
& qu'ilsy font naturellement portez
par leur inclination & par
ardente affection ; & qu'ils n'èpargneront
ny leurs vies ny leurs biens ,
pour repouffer tous fes Ennemis , de
quelque forte qu'ils puiffent efire .
Que le Grand Dieu du Ciel & de
la Terre , qui a jufqu'icy confervé
noftre Perfonne Royale , & l'a preleur
du
Temps
ISS
fervée de plufieursgrands dangers
qui vous a fait triompher de tous
os Ennemis , continue à proteger
Vôtre Perfonne Sacrée , pour faire
encore le bonheur de ces Nations , &
que tous les deffeins formez contre
Voftre Maiefté & Son Gouvernement
, puiffent estre confondus , &
qu'enfin Elle voye fes Ennemis tomber
à fes pieds. Ce font , Sire , les
fouhaits ardens & les prieres que
font tous les jours du meilleur de Ïcur
coeur vos tres- humbles
tresobciffans
, & trres fidelles Suiets.
" >
En témoignage de quoy , nous
Avons fait mettre noftre Sceau public
à la prefente Addreffe , le
neufvieme du mois d'Octobre 1688.
& du Regne de Voftre Maiefté l'an
quatrième.
Voicy une autre Adreffè que
G S
156 111. P.des Affaires
le Maire , les Echevins les Baillifs
, & les Bourgeois de la Ville
de Carlile luy preſenterent .
L
SIRE ,
ES nouvelles furprenantes d'u-
'ne invafion estrangere, que nous
avons apprifes par la Proclamation
de Voftre Maiefté , nous caufant
cette jufteindignation que nousfom.
mes obligez d'avoir contre les Ennemis
de noftre patrie , & nous remplissant
d'horreur & de deteſtation
de voir qu'il y ait entre vos Suiets
des gens affez perfides pour avoir
ffort oublié leur devoir , & toutes
fortes d'obligations d'une naturelle
reconnoiffance, que de contribuer à
une telle entreprife ; elles nous font
naiftre auffi cette loüable envie , de
faire voir à Voftre Maiefté , dans
une fi glorieufe occafion , que nous
du
Temps .
157
n'avons rien degeneré de cette an
cienne valeur & fidelité que poffe
dent les veritables Anglois . Nous
venons donc offrir à Voſtre Maicfté,
dans une rencontre fi preßante de.
luy aider de tout noftre pouvoir , à
défendre fa Perfonne Sacrée , fa.
Couronne & fon Eftat , ayantforte.,
ment refolu de baarder nos vies
& nos biens pour fa defenfe . Nous
ne doutons pas que tous les Suiers de
Voftre Maiefté ne s'uniffent dans
une fi iuste caufe , & qu'ils ne fuivent
cet exemple heroïque , qui leur
doit infpirer un fi noble courage &
tant de generofité , que cela rendra
tout le fecours etranger inutile , &
rendra cette année de 88. auffi il-
Luftre dans les Chroniques Annales,
que le fut la derniere , n'y ayant
point de triomphe qu'on ne puiffe
attendre du courage des veritables
158 III. P. des Affaires
Anglois, gouvernez & conduits par
un Prince , qui leur a cy- devant
rendu la victoire fi familiere.
En témoignage de quoy , nous
avonsfigné la prefente Adreſſe, &
y avons fait pofer noftre Sceau pu
blic, ce buitiéme iour du mois d'o-
Etobre 1688. & l'an quatrième du
Regne de Votre Maiesté.
LeRoy fit publier une Proclamation
pour rendre aux
Communautez leurs anciennes
Chartes, & les rétablir dans
leurs anciennes libertez ,droits.
& franchiſes. Elle portoit que
fa Majefté étant informée que
plufieurs Actes par lefquels les
Communautez avoient rendu
leurs Chartes , n'eftoient point
encore enregistrez dans fes
Cours de Juftice , & que l'on
du
Temps.
159
n'avoit point encore non plus
enregistré les payemens fur les
Quo VVarranto , ou autres pro-3
cedures contre ces mêmes
Communautez ce qui mettoit
Sa Majesté dans le pouvoir de
les laiffer dans le méme eſtat
qu'elles eftoient avant la red-'
dition de leurs Chartes , Elle
publioit & declaroit que par
une faveur fpeciale & toute
particuliere , Elle remettoit en
vertu de cette Proclamation
par l'ordre de fon Conſeil , &
par un Acte figné de fa main ,
& contrefigné du Prefident de
fon Confeil Privé , les Communautéz
au mefme eftat où
elles étoient durant le regnedu
feu Roy Charles 11. fon Frere ,
de glorieufe memoire, & avanc.
qu'elles euffent rendu leurs
160 III. P. des Affaires
Chartes. & que l'on euft pro
noncé aucun lugement con
tre elles fur les Quo VVarranto ,
ou autres informations.
Le 15.Octobre , vieux ftile ,,
le Prince de Galles fut folemnellement
baptifé dans la Chapelle
du Palais de Saint Iames ,.
& nommé lacques François-
Edouard. Le Pape reprefenté.
par fon Nonce eftoit le Parrain ,..
& la Reine Doüairiere d'Angleterre
en futla Maraine. Le
Roi & la Reine affifterent à cette
Ceremoine avec un grand
nombre de Seigneurs , de Perfonnes
de la premiere qualité
de l'un & de l'autre Sexe , &
un grand concours de peuple.
Voilà ce qui fe paffoit en An:
gleterre , pendant que toute
du
Temps.
150
l'Europe eftoit attentive aux:
preparatifs du Prince d'Orange
pour envahir cet Etat . Ie ne
fais point de raiſonnemens fur
les affaires de ce Royaume , il
faudroit eftre plus habile que
je ne fais , & avoir le don de
deviner pour en faire de juftes .
Il faut voir prefentement ce
que dit le Pape lors qu'on luy
apprit la verité des mouvemens
que l'on faifoit en Hollande
contre l'Angleterre..
Le pape qui eftoit fortement
perfuadé par les continuelles
affurances que l'Empereur
luy en faifoit donner
que l'armement du Prince
d'Orange n'eftoit que pour
inquieter la France , & pour
faire diverfion des Troupes,
qu'elle auroit pu envoyer du:
3
162
111. P. des Affaires

}
coſté de Cologne , ne répondoit
rien à ceux qui luy di- ;
foient qu'on le deftinoit contre
l'Angleterre , & fe contentoit
de les écouter d'unei
maniere qui faifoit voir qu'il
rioit dans fon ame de l'aveuglement
où il les croyoit.Monfieur
le Cardinal d'Eftrées fut
un de ceux qu'il n'écouta pas , ›
& Monfieur le Cardinal Hov
vard , perfuadé par les Agens:
de la Maifon d'Auftriche
par tout fon party , n'eftoit
pas moins incredule fur cetar
ticle que Sa Sainteté . L'Envoyé
d'Angleterre à Rome , qui n'avoit
point tant de liaiſon avec
les Partiſans de l'Empereur,
que cette Eminence qui faifoit
fon féjour ordinaire à Rome ,
panchoit bien plus à croire les
&
du
Temps.
163
·
}
avis de Monfieur le Cardinal
d'Eftrées , qui en receut enfin
de fi certains , qu'il falloit eſtre ›
auffi prévenu que le Pape pour
ne les pas croire . Le mefme
Envoyé receut auffi là - deffus
des Lettres du Roy fon Maî-:
tre . Elles eftoient pofitives , &
ne laiffoient non plus douter
du veritable fujet de l'armement
, que d'une chofe qui
cuft déja éclaté . Le Nonce du
Pape en Angleterre l'écrivit
en mefme temps , avec ce qui
s'étoit paffé dans ce Royaumelà
à cette occafion . Sa Sainteté
n'eut pas fitoft appris ces nouvelles
qu'Elle s'écria , Ah: l'em-,
pereur m'a trompé! & pourfuivit
d'un ton plus bas & plus languiffant
, ou pluftoft on l'a trompé
Luy-mefme.Que le Pape & l'Em
164 111. P. des Affaires
pereur ayent efté
trompez, ou
non , cela ne les rend pas excufables
à l'égard du Roy , &
foit que la Religion en deuft
fouffrir en France ou en Angleterre,
c'eftoit toujours confentir
à des chofes dont il ne:
fe pouvoit qu'elle ne receuſt
quelque atteinte ; & tout eft a
craindre en matiere de Religion
, parce que les guerres .
qu'elle caufe deviennent plus
violentes que les autres, & produifent
tout à coup un embrafement
univerfel dans les Etats
où elles s'allument .
Je repaffe d'Italie en Hollande.
Le prince d'Orange aprés
avoir tenu fon projet caché
autant qu'il eftoit poffible qu'il
le fuft , excepté à la penetration
de la France , fit achever.
I
du Temps. 165
fon armement avec une extrê
me diligence. Il avoit d'autant
plus d'intereft à le preffer qu'il
n'ignoroit pas que lors qu'un
deffein eft decouvert , il eft
dangereux d'en reculer l'exe
cution , à caufe qu'un pareil.
retardement donne temps à
celuy qu'on veut attaquer , de
prendre des mefures pour fe
défendre.
Toute l'Europe attendoit à
voir de quelle maniere les Etats
s'expliqueroient fur l'attentat
du prince d'Orange , aprés la
declaration qu'ils avoient faite
au Roy d'Angleterre , & queje
vous ay raportée en propres
termes. Il eftoit vifible que le
Prince d'Orange ne pouvoit
faire feul un armement fi confiderable
, & que toute la Flote
166 III. P. des Affaires
n'eftoit prefque compofée que
de Vaiffeaux appartenans aux
Etats . Cela eftant, rien n'eftoit
plus ridicule que de dire , comme
le bruit commençoit à s'en
répandre , que les Etats n'entroient
point dans cette Af
faire ; mais qu'ils prêtoient
des Troupes au prince d'Orange
, comme fi les Etats &
le Prince d'Orange euffent
fait deux Corps , & qu'ils enffent
eu des interefts feparez .
C'eftoit la mefme choſe que
fi l'on euft dit que le Roy ne
faifoit point le Siege de Philisbourg
, mais qu'il preftoit
des Troupes à Monfeigneur
le Dauphin . Enfin le prince
d'Orange eftant fur le point de
partir les Etats fe declarerent
par un écrit intitulé ,
du
Temps.
167
Extrait des Refolutions des hauts
& puiffans Seigneurs les Etats
3 Generaux des Provinces unies .
Le Prince d'Orange fe découvrit
auffi , mais plus qu'il
ne penfoit , dans l'Adieu qu'il
fit aux Etats , & le Miniftre
Meynard parla dans la priere
publique qu'il fit à l'iffuë de
fon Sermon , le jour de leûne
qui fut ordonné en Hollande
pourattirer la Benediction du
Ciel fur cette injufte entreprife
, avec la même imprudence
&le

fe ,
ame
aveuglement, qu'avoient
fait les Etats dans leur
Ecrit , & le Prince d'Orange
dans fon Adieu , de'forte que
la Priere , l'Ecrit & l'Adieu fe
dementent,font pleins de con1
68
III
. des Affaires
tradictions , & prouvent que
l'ambition du prince d'Orange
l'a porté à vouloir envahir
l'Angleterre, lors qu'ils veulent
perfuader le contraire. Ie vais
répondre à toutes leurs raifons
& à tous les endroits qui fe
contrediſent
, par un raiſonnement
qui ne fera qu'un
Corps , & dans lequel je feray
entrer par Articles , prefque
tous les difcours & l'Ecrit que
j'entreprens
de combatre , ce
qui ne me fera pas difficile ,
rant il eft aifé de les refuter
pour peu que l'on s'y applique.
Qui ne croiroit lors qu'on
entend parler les Etats de Hollande
avec tant de confiance
& de hauteur , qu'ils font les
Arbitres de toutella Terre , ou
qu'ils
du
Temps. 169
qu'ils compofent cette Republique
Romaine qui fe vantoit
dans l'éclat de fa gloire & de fa
profperité de donner la loy au
refte du monde ? L'Angleterre
fans doute attendoit aprés de
tels liberateurs que les Hollandois
; & ce Royaume , fi fujec
aux agitations & aux chan
gemens , n'avoit point encore
eu le bonheur de trouver de
Puiffance Etrangere qui prift
la liberté de regler fes intereſts,
ce qu'il doit croire , & qu'elle
doit eftre fa Religion .
En effet , pour montrer la
temerité de l'entrepriſe infoû
tenable du prince d'Orange &
des Etats de Hollande , il ne
faut que jetter les yeux fur
tout ce qui s'eft paffé en Angleterre
depuis le changement
Tome III. H
170 111. P. des Affaires
du Roy Henry VIII . juſques à
prefent. On verra par tant de
fituations differentes où ce
Royaume a efté depuis plus
d'un Siecle , que le changement
de Religion n'a pas efté
capable de faire changer de
Souverain , & qu'aucun Etat
de l'Europe , avant la Hollande
ne s'eftoit avifé de vouloir
ufurper l'Angleterre, fous pre
texte que le Roy fait profeffion
ouverte de la Foy Catholi
que.
On fçait qu'Henry VIII.
quitta cette Rellgion en 1533 .
& avec quelle furie il perfecuta
l'Eglife , qu'il venoit de défendre
fi glorieufement contre
les blafphêmes de Luther . Cependant
ce Prince qui avoit
efté follicité fi puiffamment
du Temps , 171
d'embraffer le Lutheranifme
depuis fon Apoftafie , fut touché
des remords de fa confcience
, & voulut rentrer dans
le fein de l'Eglife Catholique
en 1541. Ce que
Dieu ne permit
pas pour ce temps - là , la
Diete qui fe tenoit en Allemagne
par les Eftats de l'Empire ,
s'eftant feparée fans que le Roy
d'Angleterre y trouvaft ce qu'il
fouhaittoit , c'eſt à dire , de ſe
raccommoder avec le Pape , de
maniere que l'honneur de la
Majefté Royale n'y fuſt point
bleffé .
Cette reunion ayant donc
manqué , Henry recommença
à perfecuter les Ecclefiaftiques
avec autant de rigueur qu'auparavant
, & à s'emparer de
leurs biens , jufqu'à fa dernie-
H 2
172 III. P. des Affaires
re maladie qui arriva en 1547 .
Il fit alors appeller les Evefques
pour les confulter fur les moyens
de fe reconcilier avec
I'Eglife Catholique , & penfa
ferieufement aux affaires de
fon falut. Vingt - cinq jours
avant fa mort il commanda
qu'on ouvrift l'Eglife des Cordeliers
pour fervir de paroiffe .
Il fit dire la Meffe , & la donna
à la Ville de Londres , avec
l'Hoſtel Dieu de S. Barthelemy,
qu'il augmenta d'un revenu
de mille écus . Parfon Teftament
il fit beaucoup de legs
pieux , fit ce qu'il put pour rétablir
la Foy Catholique, communia
fous une efpece , & donna
en mourant des marques
fenfibles de refpect pour le
S. Sacrement , & de regret findu
Temps.
173
cere de fes crimes , en repetant
fouvent ces paroles , Nous avons
tout perdu.
Edouard VI. fucceda à fon
pere , le 28. Janvier 1547. Il
II
n'eftoit âgé que de neuf ans.
& quelques mois & fut mis
fous la tutelle de feize Seigneurs
qu'Henry VIII . avoic
nommez pour gouverner le
Royaume , fous l'autorité de
fon Fils , pendant qu'il feroit
mineur. Douze Chevaliers
avoient efté ajoutez aux feize
Tuteurs , pour leur fervir de
Confeil , & tous avoient ordres
exprés du Roy Henry de
retablir la Religion Catholique
en Angleterre , & de faire
élever le jeune Roy Edouard
dans cette creance.
Cependant Edouard Sey-
H 3
174 111. P. des Affaires
mer , Comte d'Herford , & depuis
Duc de Sommerfet , qui
eftoit Oncle du Roy , & qui
avoit la qualité de Protecteur
du Royaume , fe rendit auffi
Protecteur de l'Herefie , &
donna le moyen aux Lutheriens
de s'établir en Angleterre.
Le jeune Roy fut donc élevé
dans l'Herefie , contre l'intention
, & les dernieres volontez
d'Henry VIII . & il n'y eut
parmi les Grands , que la Princeffe
Marie qui fe conferva
dans la Religion Catholique ,
au milieu d'une Cour fi corrompuë.
Edouard VI . eftant mort
en 1553. agé de plus de 16. ans
& ayant
laiffe par fon Teftament
le Royaume à Jeanne ,
Fille du Duc Suffolk , au predu
Temps.
175
*
judice de Marie & d'Elifabeth,
Filles de Henry VIII . La Princeffe
Marie , dont je viens de
parler , fut declarée Reine
d'Angleterre & legitime heritiere
, & elle ſe mit en poffeffion
de ce Royaume.
Cette pieufe Princeffe qui
eftoit Catholique , comme
vous venez de voir , rétablit
la veritable Religion dans
fon Royaume rendit le premier
luftre aux Eglifes , & fit
changer de face aux Affaires
en forte que l'on pouvoit efperer
une deftruction generale
du Schifme & de l'Herefie
s'il euft pleu à Dieu de
continuer plus long - temps
une vie fi precieufe aux Fi
delles .
;
Cette Reine eftant donc
H 4
176 III.P. des Affaires
décedée au Palais de Saint
Iames , le 17. de Novembre
1558. Elifabeth fa Soeur , Fille.
du Roy Henry VIII . & d'Anne
de Boulen ' , luy fucceda .
On fçait affez que cette Princeffe
, qui jufqu'alors avoit
profeffé publiquement la Foy
Catholique , eftant parvenuë
à la Couronne d'Angleterre ,
changea de Religion , dans
la crainte que le Pape qui
avoit declaré nul le mariage
du Roy fon Pere avec Anne
de Boulen , ne fuſt tenté dans
la fuite de la declarer auffi
incapable de fucceder à la
Couronne , comme eftant néé
d'une perfonne dont Sa Sainteté
n'avoit pas approuvé le
mariage .
T
Elifabeth alarmée de ces
du
Temps.
177
&
craintes que les Heretiques
avoient foin de nourrir , ne
trouva point de moyen plus
affeuré pour elle , que de fecouer
entierement le joug de
l'Eglife Romaine , Elle rappella
les Heretiques , défendit
aux Carholiques de prefcher, -
& fit affembler un Parlement
le 23 de lanvier- 1559 . dans lequel
elle fe fit declarer Chef
de l'Eglife Anglicane
obligea par un Edit tous les
Grands & les principaux du
Royaume de la reconnoiftre
dans cette qualité . Voicy les
Serment de la mefme manie-.
re qu'il fe trouve dans un
Hiftorien fidelle , qui écri- ·
voit il y a prés de cent ans .
Je N jure entierement &
declare en ma confcience que la
HS
9
178
111.
P.
des
Affaires
,
Reine eft feule Souverainne Gouvernante
tant de ce Royaume
d'Angleterre, que de tous les autres
Domaines , Seigneuries , & Regions
de Sa Majefte , non moins és caufes
Spirituelles & Ecclefiaftiques , qu'es
temporelles , & que nul Prince
Efranger, Perfonne , Prelat , Eftat,
on Potentats , n'a en ce Royaume
fait de fait , foit de droit aucune-
Furifdiction , Puiffance , Superiorité,
préeminence , on autoritéEcclefiastique
, ou fpirituelle ; & partant
ie renonce entierement ,& rejette
toutes les autres furifdictions,
puiffances , fuperioritez & autoritek.
Et je promets de prefter ferment
en aprés à la Royale Maieste
& à fes Heritiers & legitimes Succeffeurs
, que ie ferviray fidellement
; & que ie foutiendray &
deffendray de toutes mes forces ,
---
1
du
Temps,
179
toutes les Iurifdictions , privileges ,
préeminences & autoritez , lefquelles
ont efté accordées & competentes
à la Royale Maiesté , à fes
Heritiers & Succeffeurs , ou qui font
annexes & unies à cette Couronne
Royale. Ainfi Dieu me foit en aide
&fes faints Evangiles .
2
Ce fut ainfi que cette Reyne.
abolit la Religion Catholique.
en Angleterre; & fans m'engager
dans un détail plus long ,
il fuffit de remarquer que fon
Regne & ceux qui ont fuivy
jufqu'au Roy d'aprefent , n'ont
efté qu'une fuite de perfecutions
pour les Catholiques .
Jay cru que cet abregé de
l'hiftoire des changemens arrivez
en Angleterre depuis plus
d'un Siecle & demy , eftoit neccffaire
pour montrer , 1. Que
H 6
18 III. P. des Affaires
ce n'eft pas d'aujourd'huy que
ce Royaume - là a eu des Monarques
qui ont changé de
Religion , 2. Que felon la remarque
d'un Ambaffadeur Italien
, Il n'y a Nation au monde
plus attachée à fes Princes , &qui
ait plus de refpet pour la Religion:
qu'ils profeffent , que l'Angloife ,&
que l'exemple & l'autorité du Prin
ce peut tout en leur endroit . 3.Que
les Anglois ont encore plus
d'averfion pour les Calviniftes.
que pour nous , d'où vient
qu'ils appellent l'Affemblée de
ces Heretiques, une vraye Mofquée.
C'est donc un pretexte faux
& remply de tromperies que
de vouloir faire croire à toute
l'Europe que la Nation Angloife
appelle à fon fecours le
du
Temps.
181
Prince d'Orange , à caufe que
le Roy eft Catholique , puifque
nous venons de voir dans l'efpace
de cent cinquante ans
l'Angleterre obeïr à des Princes
de Religions toutes diffe .
rentes , fans que ce Peuple ait
fongé à changer de Souverain ,.
difant avec cet Ancien , il eft
vray que la liberté eft en recom..
mandation chez nous , mais la plus
belle & fainte ordonnance que nous ✨
ayons , c'eft celle qui nous commande
d'honorer , de fervir , & reverer
Le Roy comme l'image du Dieu vivant.
¿
Mais quand il feroit vray.
que la Nation Angloife cuft murmure
& fait desplaintes ,par quelle
autorité & par quel droit le
prince d'Orange & les Etats fe
veulent - ils eriger en Juges.
182
III . P. des Affaires
Souverains des differens qui
peuvent naiſtre entre les Souverains
& leurs peuples ?
Ils fe plaignent de ce que le
Koy empietoit fur les Loix fonda .
mentales , & qu'il travailloit à les
détruire par l'introduction de la Religion
Catholique. Avant que de
renverfer cette chimeré , il eft
bon de faire voir à ces Meffieurs
, & principalement au
Prince d'Orange qui veut paroiftre
fi zelé défenfeur des
Loix & des Privileges du
Royaume d'Angleterre , que felon
ces mefmes Loix fon invafion
injufte le rend lay &
tous fes adherens & complices
incapables de fucceder au
Royaume d'Angleterre & criminels
de Leze -Majefté .
Voilà ce qu'on appelle avec
du
Temps.
183
plus de juftice que Meffieurs
de Hollande , empieterfur les Loix
fondamentales , & travailler à
détruire le Royaume . C'est ce
qu'on trouve dans la Loy qui
fut faite par un Edit donné
dans la premiere feance du
Parlement , affemblé le vingttrois
Novembre 1567. Voicy
l'Edit felon l'ancienne traduction
que je n'ay pas cru devoir
changer. Nous eftant manifeftement
appara que plufieurs
complots & menées depuis nagueres
ont esté dressées , & entreprises,
auffi bien que delà la Mer és Païs
Etrangers , & forains , que dans ce
Royaume , au grand danger &prez
judice de la Tres - Royale perfonne
de fon Alteffe , & à l'extrême ruine
du bien public , fi par la mifericor
dienfe providence de Dieu la chofe
184 III. D. des Affaires
n'euft efté revelé: Pour cette caufe,
& afin de prevenir les grands perils
qui autrement pourroient croistre
par cy-aprés , par le moyen de telles
pratiques deteftables & diaboliques
, à l'humble pourſuite , &ferieufe
demande des Seigneurs fpirituels
& temporels , & du Tiers
eftat , en ce prefent Parlement af..
femblez, & de l'autorité dudit Parlement
, foit fait un Acte , & enregistré
: Que s'il avient aprés lafin,
de cette prefente feffion du Parlement
, qu'aucune ouverte invafion,
ou rebellion fe faffe on dreffe dedans
ancun des Royaumes où Seigneuriesdefa
Majeftés oufi aucune chofe eft
attentée , tendante au detriment de
fa tres - Royaleperfonne, pour enfaveur
d'aucune perfonne voulant ou
pouvant pretendre aucun droit à la
Couronne de ce Royaume , aprés le
du
Temps.
185
deceds de fa Majesté : ou ſi aucune
chofe eft projettée ou imaginée au
prejudice de fa Royale perfonne
par aucun pretendant tel droit , ou
de fon confentement , ſcience , ou
intelligence du fait , qu'alors par
commiffion de Sa Maiefté , expediée
de fongrand Sceau , les Milords &
autres de fon Confeil privé , le
nombre de 24 au moins affiftez
d'aucuns des luges des Cours qu'on
appelle de Recorde à VVeftmonster,
tels qu'ilplaira à Sa Maiefté d'a
pointer, & ordonner pour ce regard,
ou la plus grande partie dudit Confeil,
Milors & luges aurontpouvoir
autorité en vertu de cette Ordonnance
, d'examiner toutes &
chacunes telles offenſes fufdites , &
toutes les circonstances d'icelles ; &...
là deffus donner Sentence ou iugement
,felon qu'ils verront par bon...
186
111.P. des Affaires
nes preuves le cas le requerir. Et
aprés telle Sentence ou iugement
donné & declaration d'iceluy faite
& publiée par les Lettres de Sa
Maicfté, fous legrand Sceau d'Angleterre
, toutes perfonnes contre
lefquelles telle Sentence ou iugement
aura eftédonnè , publié en la
maniere fufdite , feront forcloses ,
des habilitées, & renduës incapables
à iamais d'avoir d'amande ,
ou pretendre aucun droit à la cou-.
ronne de ce Royaume , au en aucune
Seigneurie de Sa Maiefté , nonob ..
ftant toutes Loix precedentes ou
Statuts à ce contraires . Et en vertu
de cette Ordonnance : de la
Commiffion de Sa Maieftéfur icelle,
tous les Suiets de Sa Maiefté pourront
iuftement par tous moyens poffibles
, foit par voye de fais ou autrement
, poursuivre à la mort telle
du
Temps.
187
perfonne méchante& perverse ,par
laquelle ou par le moyen, confentement
ou privauté de laquelle , aucune
telle invafion , attentat ou
rebellion en forme fufdite fera dénoncée
avoir efté faite , ou qui ait
attenté , proiette ou imaginé tel
mechant acte contre la Perfonne-de
Sa Maiefté, & femblablement tous
leurs coadjuteurs , fauteurs , adhe.
rens , ou complices . Et fi quelque
Acte femblable venoit à efire executé
contre la tres- Royale Perfonne.
de fon Alteffe , par laquelle la vie
defa Maicftè luy fuft oftée ( dont
Dieu de fa grande mifericorde la
veüille preferver ) alors toutes perfonnes
par , ou en faveur defquelles
telacte aura efté executé
leurs hoirs participans en aucune
maniere , confentans , ou ayans intelligence
de telforfait , feront en
نم
188 III. P. des Affaires
1
vertu de cette Ordonnance deboutes
& rendus inhabiles à joüir, demanderou
pretendre la Couronne de ce
Royaume , ou autre quelconque des
Seigneuries de fon Alteffe , nonobftant
toutes les loix precedentes ,
ou Statuts quelconques à ce contrai- ..
res.
N'eft- ce pas là un portrait
bien reffemblant au Prince
d'Orange , qui trouve
dans une loy fi autentique dé
tout le Parlement d'Angleterre
la condamnation de
fon injufte entrepriſe ? Et afin
que l'on puiffe remarquer
combien cet Edit que je viens
de rapporter , à de force dans
l'affaire dont il s'agit aujourd'huy
, il eft bon de fe fouvenir
que le Parlement d'Angleterre
eft une affemblée des
du
Temps.
189
.
trois Etats du Royaume , qui
fe tient une fois ou deux l'an.
née , plus ou moins , felon la
neceffité , & lors que le Prince
le juge à propos . Il cft
compofé des Pairs du Royaume
Ecclefiaftiques
& Seculiers
, des Barons , Chevaliers ,
& des Députez des Provinces
& des Villes, Dans' ce
Parlement il y a deux Chambres
fçavoir la Chambre
Haute & la Chambre Baffe .
La premiere eft compofée .
des Princes du Sang , des Archevefques
, Evefques , des
Dues , Marquis , Comtes &
Vicomtes , & c'eft generalement
ce qu'on entend par
le
mot de Milords .
La Chambre Baffe eft com
pofée des Barons , Sindics ,
190 111. P. des Affaires
& Députez des Provinces &
des Villes, Le Roy d'Angleterre
ne peut faire aucune
loy , en ce qui concerne le
Royaume
, fans l'approba-
,

tion & le confentement de ce
Parlement. Il ne peut declarer
la Guerre ou faire la Paix ,
non plus que des Ordonnances
fi le mefme Parlement
n'y confent. Le Roy y affifte
reveftu de fes habits Royaux,
le jour de l'ouverture , & le
jour de la conclufion , ou derniere
Seance . Sa Majesté
propofe ce qui eft de fon intention
, enfuite la Chambre
Haute mande fon avis à la
Chambre Baffe , pour fçavoir
fon fentiment , qui eſtant rapporté
à la Chambre Haute,
on arrefte l'affaire felon l'avis
du
Temps.
191
& le confentement des deux
Chambres.
Voilà de quelle maniere on
a étably la Loy que je viens de
rapporter tout au long. Le
Prince d'Orange y trouve fa
condamnation formelle , il y
eft declaré rebelle , criminel de
leze Majefté , inhabile & incapable
de , fucceder jamais à la
Couronne d'Angleterre , non
feulement luy , mais encore
tous ceux & celles en faveur
de qui il pourroit agir , ou par
le confeil de qui il a formé fon
entrepriſe infoûtenable. Tout
eft pofitif dans cette Loy , il
n'y a point d'exception , moins
encore d'ouverture pour le
pretexte de Religion , ou de
murmures imaginaires , que les
Etats de Hollande font fonner
fi haut.
2
192 III. P. des Affaires
Il faut encore remarquer que
ce Prince rebeile , à qui l'on
donne un fecours de Vaiffeaux &
de Troupes , en mefme temps.
qu'on proteste que c'eft pour
contribuer au repos de l'Angle
terre , témoigne que ce qui l'oblige
à fe donner tant de mouvemens
, c'est parce que Sa
MajestéBritannique empietefur les
loixfondamentales. Qu'il eft zelé
pour les loix , fondamentales
d'Angleterre , ' ce prince aveuglé
qui viole toutes les loix.
divines & humaines , pour
détrôner fon propre Sang, fous
pretexte de proteger une Religion
qu'il detefte dans le
fond de fon coeur , & qu'il eft
contraire à la Religion qu'il
profeffe pour le moins autant
que la Religion Catholique !
"
Qu'il
du temps. !!
193
Qu'il faffe donc voir fon zele
à nepas violerune loyfondamen
anc
tale qu'on luy oppofe ; ou s'il
rejette cette mefme loy qui eft
authorifée par tout un Parles
ment , qui condamne fon in-t
vafion , qu'il nous permettes
de faire remarquer , qu'ent
mefme temps qu'il veut paroi
ftrefi zelé pour les loix fondamentales
, il s'en declare infraeur
public au premier chef:
d'eft une barriere que les Anglois
peuvent oppoferau Princed'Orange
, & qu'il n'est pas
affez puiffant pour forcer avec
toute fa Flote & tous fes
Canons .
Mais quelles font ces loix
fondamentales , fur lefquelles
Meffieurs de Hollande pretendent
que le Roy d'Angleterre
Tome III. I
194 III. P. des Affaires
aempiété , & qu'il travailloit a
détruire , par l'introduction de la
Religion Catholique.
left vray que Sa Majeſté
Britannique a tâché de procurer
plus de liberté & de repos
aux Catholiques , en aboliffant
, fi cela fe pouvoit par des
voyes douces & raisonnables,
les loix penables contre les
Catholiques , & le ferment
du Teft .
Les loix penales font de
deux fortes , ou pecuniaires
ou capitales. Les peines pecuniaires
obligent à des Amendes
qu'on eft obligé de payer
pour avoir agy contre la difpofition
des loix du Royaume.
Je ne m'arrefteray pas à rapporter
toutes les peines marquées
dans les Edits des Roys
du
Temps.
195
Proteftans de la grande Breta
gne , depuis le Schifme de.
Henry VIII. c'eft affez . de
citer celle- cy qui eft l'une des
21. publiées par ordre d'Elizabeth
le 28. d'Octobre 1559% 1
1. Quiconque fera refractaire ,
d'aller , & affister aux Affemblées
des Proteftans , pourfaire & oüir le
Service Divin , fi tels refractaires
paffent l'âge de feize ans , ils pageront
pour chacun mois de leur abfence
20 livres , monnoye & valeur
d'Angleterre ( qui font 70. écus )
que s'ils ne peuvent payer, ilsferont
retenus en prifon , jufqu'à ce qu'ils
ayent le moyen de payer.
+
Les loix capitales ou afflicti
ves fe conçoivent facilement
par l'exemple de celle qui fuit ,
& qui eft la premiere des 2 r.
que la mefme Reine Elizabet
I 2
196 III. P. des Affaires
fit publier au mefme jour que
celles dont je viens de parler .
1. Quiconque dira , écrira , out!
affeurera par quelque façon que ce
foit , mefme en estant prié , aura
confeffe quele Pontife Romain fort
chef de l'Eglife Anglicane , ou qu'il
ait quelque paiffance ence Royaume
furleschofes Ecclefiaftiques , qu'il
fort eftimé criminel de like - Majefié,
& punyde la mefme peine enjointe
aux traitres publics .
Le Serment du Teft , dont
on a tant parlé depuis dix ans ,
futrefolu au Parlement tenu a
Londres en 1678. Le voicy
traduit en noftre Langue.
SERMENT DU TEST .
Moy N. Farefte , inft :fie & declarefolemnellement
& fincerement
en la prefence de Dieu , que ie croy
qué dans le Sacrement de la Cene
du Temps !
2097
du Seigneur il n'y a aucune tranfubftantiation
des élemens du pain &
du vin dans le corps & le fang de
Chriſt , dans & aprés la confecration
faitepar quelque perfonne que
ce foit, & quel wvocation on adoration
de la Vierge Marie ondertout
autre Saint , & le Sacrifice de la
Mefle de la manière qu'ils font en
fage à prefent dans l'Eglife de
Rome , eft fuperftition & idolatrie.
On eft auffi obligé en faifant
ce Serment de Gurer
qu'on le fait fans aucune reticence.
C'est le propre
terme ou reftriction mentale
, cela eft caufe qu'il n'y a
point en Angleterre de véritables
Proteftans dans les
charges , parce que les honneftes
gens qui croyent à la
I - 3 .
198 111. P. des Affaires
Religion qu'ils profeffent , ne
veulent point faire de ferment
, qui ne foit entiere .
ment conforme à ce qu'ils
croyent. On peut remarquer
en paffant que le Prince dorange
ne doit point s'accommoder
beaucoup de cette
Profeffion de foy qui n'eft pas
favorable à la verité à la
trans- fubftantiation
auffi qui ne fe declare point
contre la prefence réelle .
De tout ce que je viens de
rapporter
il eft fort facile
de conclure , que les Catholiques
ayant efté perfécutez
avec tant de feverité en Angleterre
, jufqu'au Regne du
Roy d'aprefent , & ce Prince
eftant de cette Religion " , ba
auroit bien peu de justice de
i
mais
du
Temps.
199
12.
vouloir contraindre un Sey- »
verain jufqu'à cet excés que
de le faire l'ennemy de fa
propre Religion
ou de ne
luy pas permettre de cher.
cher des adouciffemens pacifiques
pour faire refpirer une
Eglife qu'il fuit & qu'il cherit.
Récrions- nous donc avec
, mais
le Miniftre Menard
dans un efprit bien different
du fien. Pourquoy. Se matinent
Les Nations de la Terre , les
Princes confultent ensemble
contre l'Eternel & contre fon
Oingt ? Un Roy eft l'Oingt du
Seigneur , comme il dit luymême
par fon Prophete , & cependant
des Etats Etrangers
conjurent aujourd'huy , par
un attentat digne d'execra-
I 4
200
III. P. des Affaires
tion , de détrôner ce Roy ,
& de mettre trois Royaumes
en proye , fans autre raifon
que l'ambition , la vangeance
& le defir d'opprimer , s'ils.
pouvoient , la veritable Religion
..
L
Ce n'eft pas affez le Royaume
d'Angleterre eft trop é
clairé , pour ne pas voir jufques
où va la délicateffe de
confcience des Eftats equi
fevantent icy avec fi peu de
fondement , d'eftre pouffezpar
le zele de Religion . Si
eela eftoit , & que le maintien
des Loix fondamentales de
l'Angleterre fuft encore l'ob
jet de leurs mouvemens , il
faut donc que le Prince d'O
range preffe le ferment du
Teft , il faut qu'il change de
"
22
du Temps, II 201
Religiones lab creance de l'Eq
glife d'Angleterre auroit ſous
fon Regne les mefaics défian.
ces & les mefmes apprehen+
fions dans celata Ge neft dont
plus la Religion qui le fait
agir s'il eft preft d'en ochanger
, outre qu'un Prince qui
feroit preft d'embraffer une
nouvelle Religion par poli
tique ou par intereft , he doit
pas infpirer une idée fort
avantageufe de fa perfonnes
ou bien s'il perfiftoit dans la
fienne qui eft opposée à la
Religion Anglicane ! ' , ce
Royaume auroit encore un
Roy de differente Religion
¿ec qui feroits s'expoferrode
anouveau à de plus grands
changemens.as
Meffieurs de Hollande ré
202 111. P. des Affaires
pondront fans doute que l'on
ne pretend rien innover
qu'ils veulent feulement donner
un fecours de Vaiffeaux &
de Troupes pour empefcher un
defordre general dans ce Royaume
en oftant aux Catholi
ques le repos dont ils commençoient
à jouir , d'autant
plus que ces démarches excitoient
une telle averfion contre le Roy ,
qu'on n'en poavoir attendre
qu'une confufion generale , &c.

Que ces Eftats font attentifs
au repos des Royaumes ..
& qu'ils ont de charité pour
diffiper l'averfion qui peut
eftre entre les Peuples d'Angleterre
& leur Souverain ` ;
Tant de brigues fecrettes qu'ils.
ont faites pour entretenir la
divifion dans ce Royaume- là.
du Temps . 203
le
principalement depuis cinquante
ans , font bien voir
qu'ils cherchent autre choſe
que le repos & le bien d'une
Monarchie , qu'ils feignent au
jourd'huy de vouloir fecourir.
En effet , ils déclarent un peu
aprés que le Prince & la Prin
ceffe d'Orange ne pouvoient pas
voir les differends & divifions dont
Royaume d'Angleterre étoit
agité ,fans danger d'eftre exclus
-de la Couronne, Voilà fans doute
le veritable motif d'une entre--
priſe & d'une invaſion ſrinjus
fte. La naiffance d'un Prince
& d'un Succeffeur legitime:
aux Eftats de la grande Breta
gne , a reveillé l'ambition de :
ceux qui fe voyent par là fru
ftrez de l'efperance qu'ils
avoient de regner un jour. Ce
I 6
204 111. P. des Affaires
furcroift de benedictions , que
Dieu a pris plaifir de verfer
far la tefte d'un grand Prince
felon fon coeur , eſt devenu un
fujet de defeſpoir à plufieurs;
& c'eft la veritable caufe d'une
intrigue qui fera en horreur à
tous les ficcles à venir .
Mais d'où vient que les
Etats pretendent la liberté de
fe declarer ainfi les Tuteurs
des Royaumes ; & par quelle :
authorité le Prince d'Orange,
a t- il receu en depoſt le Salut de
cet .Eftat dont le fon luy efi confié,
fi nous les en voulions croire ?
Ils ne font pas plus équitables
lors qu'ils appellent une entreprife
louable , ce que tout autre
qu'eux traitera toûjours d'ufurpation
injufte & contraire
àtoutes les loix divines & hu13
du Temps I 205
maines . Qui ne fremit de voir
avec combien de liberté l'on
fejouë icy de la bonne foy de
toute l'Europe , lorsqu'on vient
dire, que pour travailler aufalut
& às la paix d'Angleterre , ilfal
loit paffer dans ce Royaume -là avec
des forces militaires ? &
Ce n'eft pas tout ce qui eft
caufe des mouvemens que les ,
Etats de Hollande fe donnent
Ils avouent franchement qu'ils
ne peuvent fouffrir que les Roys
de France & dela grande Breta
gnefoientdans une tres bonne intelliger
ence & amitié Celales incommode
, & ils craignent que le
Roy de France n'estant pas bienintentionnépour
la Hollande , fi le
Loy de la Grande Bretagne, pouvoit,
parvenir dans fes Royaumes àfaire
renffir fes deffeins ces deux Roys ร
206 III. P. des Affaires
par intereft d'Etat , par haine &
-animofité contre la Religion Proteftante
tafcheroient de renverser
entierement cet Etat & mesme
l'aneantiroient , s'il eftoit pof—
fible.
Il ne faut pas oublier de remarquer
en paffant avec combien
peu
de refpect ces Meffeurs
traittent la Majefté
Royale ; mais fur tout il faut
admirer comment ils ont pû
laiffer échaper une verité qu'
ils avoient intereft de cacher .
Ce n'eft donc plus le defir de
fecourir la Nation , qui les fait
remuer , mais leur unique intereft
. Is tombent d'accord
qu'ils craignent la colere des
deux Puiffances juftement irritées
contre leur infidelité . Ils
ne peuvent éviter l'orage qui
du Temps II 207
les menace , & le connerre qui
gronde déja fur leur tefte , à
ce qu'ils fe veulent perfuader,
à moins que de fe mettre à couvert
fous quelque changement
confiderable. C'eft dans.
cette veuë qu'ils n'oublient
rien pour exciter les enfans.
contre leur propre pere , & les
fujets contre leur legitime Sou
verain ...
Tout cela leur paroift peu
de choſe pourveu qu'ils fe
cachent à la faveur du manteau
de Religion. Ils proteſtent d'un
cofté qu'ils veulent , retablir la
paix en Angleterre , & de l'autre
ils declarent qu'ils arment conore
ce Royaume , & qu'ils vont
fournir au Prince d'Orange quel
ques Kaiffeaux & quelques Troupes.
tomme. Auxiliaires. Que peut- on
7208 III. P. des Affaires
voir de plus oppofé entre la
refolution de procurer la paix
à un Royaume , & la declara.
tion qu'on fait sicy d'y entrer
à main arméeemph
Pour achever d'éblouir les
fimples , on dit que le Prince
d'Orange avoit refolu de paſſer en -
Argl terre , fans again la moindre
veuë de s'imparer de se Royaume ,
ou de détrôner le Roy. J'en appelle
icy à la bonne foy des Etats
de Hollande , qui ont dit , en
s'adreffant à Dieu dans la prie
re publique pour l'heureux
fuccés de l'entreprise du prince
d'Orange , par la bouche du
Miniftre Menard , à qui l'on
attribuë cette priere qu'aucun
maln'approche de fon tabernacle ,
conferveluy la fanté , conferve lay
la vie afin qu'étant élevée (C'elt
du
Temps.
109
en parlant de la Princeffe d'O
range ) à la haute dignitéque nous
luy fouhaitions avec tant d'ardeux .
Elle foit la nourrice de ton Eglife &
de cefiecle , &c.
Que veut dire toute ette:
figure , finon que les Etats de
Hollande fouhaitent avec ardeur
,que
le Roy d'Angleterre
foit détrôné , & quela Prince
fe d'Orange regne avec fon
époux puifque fans cela elle
ne peut eftre la nourrice de
L'Eglife de Calvin , & , élevée à
la haute Dignité que les Hollandois
lay fouhaitent ? Que
ces avoeux font Chreftiens , &
qu'ils font dignes de ces Meffleurs
qui veulent paroistre fi
zelez pour la Paix des Royaumes!
Aufi , quand ils ' ajofitents ,
:
210 III. P. des Affaires
moins encore pour s'en rendre le maître
, ou apporter quelque changement
à la fucceffion legitime , on
peut voir fi cela fe rapporte à
tout ce qu'ils viennent de dire ,
& avec ces paroles du Miniftre
Meinard , Affemble les Rois
&les Princes qui te fervent enpureté
pour défendre ta caufe . Rends.
les victorieux de tes Ennemis , &
toy , Dieu des Armées , rends leurs
mains habiles au combat & environne
les de ta fauvegarde.Puis
il ajoûte , en parlant du prince
d'Orange , Soutiens fa caufe , puis
que c'est latienne , & luy donne la
grace d'estre victorieux de tous fes
ennemis.
Tout homme de bon fens &
defintereffé doit facilement
tomber d'accord , que ce ne
font pas là des promeffes de
du
Temps.
22 RI
faire en forte que l'Angleterre
puiffe demeurer en repos , ou de ne
pas aporter quelque changement à
la fucceffion legitime : mais pluttôt
c'est ce qu'on appelle declarer
la guerre & en forme, &
faire éclater un deffein formé
d'envahir le Royaume d'Angleterre.
Mais il y a plus ; dans le
difcours
que le Prince d'Orange
fit aux Etats Generaux ,
en prenant congé d'eux , avant
que de s'embarquer à Bel
voetfluys , fur la fin du mois
d'Octobre dernier , il les affura
de fon amitié , & il leur
promie de les affifter d'hommes
d'argent , & de tout ce
-qui feroit en fon pouvoir , s'il
réuffiffoit dans fon entreprife.
202
III. P. des Affaires
Un Prince quion'a pas la
moindre veuë de s'emparer d'un
Royaume ou de detrofner le Roy ,
moins encore d'apporter quelque
shangement àla fucceffion Legitime
, n'auroit garde de promettre
aux Etats de Hollande
pourveu qu'il réuffiffe dans
fon entreprife , de les affifter
d'hommes , d'argent , & de
tout ce qui fera en fon pouvoir
. Il n'y arien de plus oppofé
à ce que les Etats veu-
•lent que nous croyons top-

4
chant ce qu'ils difent dans
-leur deliberation , dont ils fe
1fervent comme d'un Mani-
- feſter main debai
Auffi rien ne fait mieux
voir quela promeffe du Prince
d'Orange , dont nous venons
de parler , eft une preas
2 du Temps. !! 2137
we invincible qu'il n'eft party
que dans le deffein d'envahir
le Royaume , & de fer faire
Roy. S'il ne réuffit pas dans
fon deffein, il n'affiftera point
les Etats : & s'il réuffit , il les >
affifterat d'hommes & d'argent.)
mungon mul kolon
Où prendra til Pan &
l'autre en Angleterre , s'il
n'est pas Roy , puis que c'eft
tout ce que peut faire un
Prince qui regne que d'envoyer
à des Etrangers
hommes & l'argent de fes
Etats On peut ajoûter cette
reflexion digne de remarque .
Le Prince d'Orange a pris le
Pavillon d'Angleterre , on ne
prend point le Pavillon d'un
Etat quand on n'en eft point
les Souverain oucolVfurpa
P
les
214 III. P: des Affaires
teur > le Prince d'Orange
n'eft point Roy d'Angleter
re , cependant il fait Pavillon
d'Angleterre , pour me
fervir du terme de Marine ;
c'eſt donc un Vfurpateur , à
moins qu'il ne veuille fouffrir
qu'on le compare à ces Cou
reurs de Mer qui font Pavil
lon d'un Etat pour en tromper
plus facilement les Sujets , &
afin que ne leur donnant aucun
lieu de défiance par cette
feinte, ils puiffent pirater impunément
fur eux .
Les Etats continuent de
nous impofer , en diſant encore
moins pour exterminer la Religion
Catholique. C'eft une veritable
fatisfaction que d'entendre
Meffieurs de Hollande lors
qu'ils parlent à Dieu ils font
du
Temps.
21453
bien plus finceres que lors
qu'ils ne parlent qu'aux hom
mes. Ainfi ils nous permettront
de leur répondre avec
les paroles mefmes de leur Miniftre
Menard , que le Roy
d'Angleterre ayant youlu procurer
quelque repos aux Catholiques
; c'eft aneantir la ve
rité de laparole de Dieu, & établir
un Culte idolatre qui eft en abomi.
nation devant fes yeux. Et afin
qu'il n'y ait aucun lieu de douter
de la bonne volonté du
Prince d'Orange , on prie le
Seigneur de renforcer ce grand
Prince , qui eft le Conducteur du
Peuple de Dieu , ce grand Iofué qu'il
a donné aux Hollandois pour eftre
le Zorobabel qui doit rétablir la
Jerufalem. On fouhaite enfuite,
qu'il foit intrepide au milieu des
216
111. P. des Affaires
plus grands hazards , qu'il ait la
force de Samfon , le bonheur de Ge
deon , les victoires de David , &
qu'enfinaprés lesfignalées victoires
que Dieu luy fera remporter &c.
7 Apparemment ces Victoires
, ces hazards , ces combats
n'ont pour objet que les Ennemis
qui veulent établir un Culte
Idolaire. Si les Catholiques ne
le reconnoiffent point à tous
ces traits ,je ne fçay qui pourra
mieux le repreſenter . Mais il
eft bon de tirer le voile , & de
déveloper tous les miſteres ,
qui font la figure veritable du
deffein du Prince d'Orange.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
que les Hollandois ont affecté
de comparer leur Chef à lofué
qui fut un Chefdu Peuple de
Diou outre fes grandes vic
1
toires
du
Temps.
217
toires on remarque de luy
qu'il défit cinq Rois , qu'il arreſta
le Soleil , & que les murailles
de Jericho tomberent
d'elles- mefmes à fon arrivée
devant cette Ville . Les Ecrivains
feditieux & peu finceres
de Hollande ont amufé juf
qu'à prefent les Peuples trop
credules avec ces fortes de
figures , qui ne ferviront qu'à
les faire railler , & à faire demander
dans toute la pofterité
en quoy Dieu a déja exploite
de grandes chofes par la va
Leur &par la vertu du Prince d'Orange?
2
Zorobabel fut le Chef des
Juifs aprés leur delivrance de
la captivité fous Cirus ; Samfon
montrafa force particulierement
dans la défaite des
Tome 111. K
218
III.P.
des •Affaires
Philiftins dont il fut le fleau.
Gedeon tira les Ifraëlites de
l'idolatrie , renverfa les Autels
prophanes , & défit avec
trois cens hommes une Arméc
fort nombreuſe d'Infidelles .
Enfin les Victoires de David
;
que le Miniftre
Menard
fouhaite
au Prince
d'Orange
,
éclaterent
contre
les Philiftins
& contre
les
Infidelles
. Si ce
Miniftre
feditieux
a pris
plaifir
de
choisir
ce
Prophete
Roy
pour
le ſymbole
de fon
Prince
à caufe
que
David
for
victo
.
rieux
de fon
Beau
Perc
Saül
,
il doit
auffi
fouffrir
qu'on
le
faffe
fouvenir
, que
David
bien
loin
d'attaquer
& de
vouloir
envahir
le Royaume
de
Saul
,
fuyoit
de devant
fa face
, comme
parle
l'Ecriture
, ne prenoit
du
Temps.
219
les armes qué par neceffité , &
pour ne fe pas laiffer ofter la
vie de gayeté de coeur ; qu'il
eut deux fois entre fes mains
la vie de fon Beau - Pere , fars
vouloir faire le moindre tort à
ce Prince , & qu'il couronna
toutes les actions par une douceur
que l'Ecriture Sainte canonife
.
}
Je me fuis un peu arreſté à
expliquer ces Allegories pour
faire voir que malgré la promeffe
des Etats , elles prouvent
la mauvaiſe volonté du Prince
d'Orange contre les Catholiques
.
Mais fans s'amufer à la figure
, il faut chercher plôtoft la
réalité dans les voeux fi Chreftiens
d'un Miniftre furieux
qui fouhaite que lesfaints Anges
K 2
220 III. P. des Affaires
campent autour du Prince d'Orani
ge, & que Dieu le faffe combattre
comme ilfit du temps de Sennache+
rib , pourexterminer tous ces Idow
Lâtres qui voudront s'opposer àfes
armes. - V
Sennacherib eftoit un Ray
des Affyriens qui fit d'abord
de grandes conqueftes dans
la Paleſtine & aux environs ;
mais dans tous ces avantages
il s'élevoit contre Dieu pas
fon impieté , & le des honoroit
par fes blafphêmes. Ce Prince
eftant irrité contre le Roy de
Judée , mit le Siege devant la
Ville de Ierufalem . Avant qu'al
euft tiré un feul coup de flêche
, Dieu envoya un Ange
pendant la nuit , qui tua cent
quatre- vingt- cing mille hom
mes de l'Armée de ce Prince ,
du
Temps,
221
t
qui leva le Siege de Ierufal
lem , & fut tué un peu aprés
dans un Temple à Ninive
deux de fes Enfans .
par
Des comparaifons fi outrageantes
ne font elles pas capables
de faire fremir d'horreur
tous ceux qui ont le moindre
fentiment d'humanité , & de
refpect pour la Majefté de Dieu
imprimée fur le front des Rois;
Cleft ainfi que les Miniftres
feditieux font éclater leur Religion
, ou plutoft on reconnoift
à ces imprecations , & à
ces exemples de feu & de fang
le caractere de leurs méchans
deffeins. Cela ne s'accorde
guère avec la fauffe promeffe
des Etats de Hollande , que
c'eft encore moins pour exterminer
la Keligion Catholique, puifque le
C
K
3
222
111. P. des Affaires
Miniftre prie Dieu d'exterminer
tous les idolâtres qui voudront s'op
pofer aux armes du Prince d'Orange.
Je ne puis quiter cet exemple
du Roy Sennacherib
dont les Ennemis du Roy
d'Angleterre parlent trop ,
fans leur dire qu'ils y trou
vent leur condamnation
puis que s'ils entendent le
Prince d'Orange par le Roy
Ezechias , qui fit lever le
Siege de lerufalem à cet
impie l'Ecriture remarque
.
en mefme temps que toutes:
les armes d'Ezechias , & tout
ce qu'il employa pour fa de-.
fenfe , fut de fe reveftir d'un
fac , & de fe profterner devant
Dieu dans le Temple ,
bien loin de foulever des Sujets
contre leur legitime Sou- .
>
・du
Temp .
223
crain , & de vouloir envahir
un Royaume qui ne luy appartenoit
pas. Il n'attaquoit
point il fe deffendoit feulement
, & il fe deffendoit par
l'exercice de la penitence , des
larmes & des prieres .
Une conduite fi fage & fi
douce n'eft point du gouft de
Meffieurs les Miniftres , principalement
de ceux que le
Prince d'Orange deftine. pour
eftre les Apoftres d'Angleterre,
je veux dire Jurieu , le Do-
& eur Burnet , & le Miniftre
Menard . On ne fera peut- eftre
pas faché d'en trouver icy un
petit crayon, pour mieux connoiftre
leur caractere .
Pierre Jurieu , cy - devant
Miniftre de Sedan , eft originaire
de Courcheverni dans
K
4
224 111. P. des Affaires
.
le Pays Blaifois , & a demeuré
longtemps proche d'Orleans
comme il dit luy - mefme dans
la feconde partie des Préjugez ,
pag. 233. aprés avoir efté Miniftre
de deux Temples des
Proteftans en France pendant
douze ans , & depuis Profeffeur
en Theologie à Sedan
; cette Academie eftant
fermée par ordre du Roy , il
fe retira en Hollande , où on
l'a fait depuis Miniftre de
Eglife Vallone à Roterdam .
Il fe vante d'eftre le quatrième
Miniftre de la Religion P. R.
de fa Famille de Pere en Fils .
Pierre du Moulin , fameux
Miniftre de Charenton , mort
en 1658. eftoit fon Ayeul maternel.
Il n'y a point encore
cu de Miniftre plus emporté ,
du
Temps.
225
plus violent ; & plus feditieux
. Il ne faut que le voir
feulement lors qu'il pretend
eftre du plus grand fang froid
du monde . C'eft dans fa Preface
fur le vray Syftême de
l'Eglife , où il protefte qu'il
n'écrit point par emportement,
n'y par un mouvement de colere,
Cependant vous y remarquez
d'abord la furie de ce
frenetique qui affeure , en parlant
de la Revocation de l'Edit
de Nantes , qu'il ne fut ja.
mais rien inventé de plus infernal
, que ce qui s'est fait contre
Les Reformez qu'à regarder
Fexterieur de cette conduite , elle
eft affreuse ; mais qu'à regarder
L'interieur , on y trouve des énormitez
qui donnent encore
plus d'horreur & un esprit dia-
K
S
226 111. P. des Affaires
bolique. Qu'il n'y eut jamais un
fi grand dechaifnement de l'Enfer
, & que de fi¦horribles fumées
ne monterent jamais du
puits de l'abifme. Ce feul trait
fuffit pour donner une idée
fort jufte de ce Miniftre . La
calomnie ; l'emportement , &
l'efprit de fedition font répandus
dans tous les ouvrages
, dont les principaux font
les Prejuge qu'il a dediez à
feu Mr l'Electeur de Brandebourg
; Pere de l'Electeur
d'aujourd'huy ; fes Lettres Paftorales
, & tant d'autres Li .
belles , dans lefquels il fe déchaifne
contre les Souverains
& contre les premieres perfonnes
de l'Europe lors qu'el
les ne fe rencontrent pas dans
fa creance. On n'a garde de
du
Temps.
227
falir icy le papier en rappor
tant les expreffions contraires
à la pudeur , dont ce Miniftre
fe fert. Il fuffit d'achever fon
Portrait , en le faifant connoiftre
comme un illuminé .
Du Moulin avoit eu la folie
de débiter des Propheties de
La façon . Jurieu a cru devoir
couronner fon propre
merite en encheriffant fur les
rêveries de fon. A yeul , mais
avec des injures fi atroces
contre l'Eglife Catholique
qu'il fait horreur mefme à
ceux de fon party . Auffi Mr
Leti , dans fon Ceremonial
hiftorique & politique , ne
peut l'excufer d'emportement
, & d'eftre un Auteur
outré , & quoy que cet habile
Italien foit Proteftant , il
K 6
228 111. P. des Affaires
eft fincere ; mais en mefme
temps pour adoucir le portrait
de fon Heros , il dit qu'il
ne faut pas trouver étrange
qu'un Miniftre qui eft né d'une
Famille auffi zelée pour la
Religion Protettante , & qui a
tant travaillé pour la défendre ,
gemiffe fur la ruine de fon
Eglife & regrette fa perte.
Le Docteur Burnet eft un
profcrit , qui a efté condamné
au dernier fupplice, pour avoir
confpiré contre le feu Roy
d'Angleterre . Il n'a évité la
mort qu'en fe retirant fecrettement
de ce Royaume - là . Il a
écrit une hiftoire de la Reformation
d'Angleterre , une Relation
de fes Voyages , & une
Traduction du Livre de La-
Aencede la mort des Perfecuteurs..
3
du
Temps.
229
C'eft principalement dans la
Preface de ce dernier Ouvrage
que Burnet fait voir en évidence
fon efprit de rebellion ,
d'emportement & de peu de
refpect pour la perfonne facrée
des Souverains . On fait affez
le refte de tout ce qui regarde
ee fugitif , que le Roy d'Angleterre
vient d'excepter en
particulier du pardon qu'il a
accordé aux Rebelles de fon
Rovaume.
Si c'eft le Miniftre Menard
qui eft Auteur de la Priere que
nous venons d'examiner , il ne
faut point d'autre preuve que
cette piece , pour montrer que
l'Herefie conduit aux derniers
excés d'emportement, & qu'el
le ne laiffe ny refpect ny obeif
fance pour les Teftes couron
230 III. P. des Affaires
nées , le caractere principal
d'un Heretique eftant de vivre
independant.
Avec de teis Apoftres , fi le.
Prince d'Orange réuffiffoit.
dans fon entrepriſe , on peut
s'affeurer qu'il ne tiendroit
pas parole aux Etats qui nous
difent que c'est moins encore pour
exterminer la Religion Catholique .
Jurieu n'a t il pas l'effronterie
de dire , qu'elle eft le veritable
Anti - Chriftianifme, la plus cruelle
& la plus inhumaine de toutes les
erreurs , que c'est un Empire d'orgüeil,
d'Idolatrie d'avarice , &c?
Sur ce principe , que Menard
vient d'infinuer fi hardiment ,
fes Coapoftres ne manqueroient
pas avec luy s'ils étoient
les Maiftres en Angleterre , d'y
preconifer la Loy qui eſt entre
du Temps.
231
celles de ce Royaume- là & qui
a pour titre , de Heretico comburendo,
puis qu'il eſt conſtant ,
felon ces Meffieurs , qu'on doir
punir de mort les Heretiques,
& que felon eux les Catholiques
font de ce nombre.
Aprés cela fiez- vous à la parole
des Etats de Hollande ,
dont les Miniftres mefmes
foutiennent qu'il faut détruire
la Religion Catholique , parce
qu'ils l'accufent d'Idolatrie . Il
eft facile de voir la fauffeté de
cette promeffe . Mais il ne faut
pas oublier à remarquer que
Jurieu ayant voulu exciter la
révolte dans fa Patrie , par tout
ce que la malice a de plus execrable
, & defefperant de voir
accomplir en 1688. la ridicule
Prophetic , ou vifion fanatique
232 III. P. des Affaires
>
dont il avoit amufé les peuples
de fa créance ; pour fe dédom
mager de ce qu'il ne peut venir
en France comme il avoit
promis dans cette menace in .
folente , Nous irons bientoft porter
la verité iufque fur le Trofne du
menfonge , & le relevement de ce
qu'on vient d'abatre fe fera d'une
maniere fi glorieuse , que ce fera
l'étonnement de toute la terre . Il
feroit ravy de trouver autre
part dequoy fatisfaire la rage
qu'il a concene contre la veritable
Religion j c'eft trop
avoir d'attention fur des gens
qu'on devroit oublier pour
toûjours .
Aprés que les Etats ont débité
ce qu'ils ont cru propre
pour diffiper les horreurs & les
marques d'injuftice qui envis
du
Temps.
233
ronnent l'entrepriſe du Prince
d'Orange , ils ofent affeurer
que l'invafion qu'il medite , eft
feulemet & uniquement pourfeconrir
la Nation, pour le rétablissement
des Privileges qui ont esté caffez.
A - t- on jamais veu fecourir
une Nation malgré elle , & le
droit des Gens & de Nature
qui doit eftre fi precieux par
ticulierement chez les Souverains
, n'infpire t - il pas une
fidelité reciproque , qui oblige
à ne pas écouter , & encore plus
à ne point donner de la protection
aux rebelles & aux
traiftres ? Ces derniers exceptez
, qui eft ce qui peut
appeller le Prince d'Orange au
fecours de l'Angleterre ?
3
Ce qu'ils difent du rétablif
fement des Privileges , n'eſt pas
234 III. P. des Affaires
plus équitable mais pour fermer
la bouche aux Etats , on
peut répondre que ces Privileges
ont efté rendus à toutes
les Villes du Royaume , outre
qu'on n'a point d'exemple
qu'un Etat voifin aille s'em
baraffer fi les Privileges font
maintenus hors de chez luy ,
& nous n'avons que trop de
preuves queles Hollandois ont
toujours tout facrifié pour
exciter du trouble chez leurs
Alliez , bien loin de s'étudier
àyprocurer le rétabliſſement des
Privileges,
C'eft auffi pourla confervation
de la Religion & de la liberté.
Le Prince d'Orange affecte à
prefent cette Deviſe au deffus
de fesArmes PROT.RELIGION
AND LIBERTY, afin de mieux.
du Temps. 235
1 tromper les Anglois , qui font
tropéclairez ,pour ne pas voir
que ce n'eft point le zele Favory
de fon Alteffe, & je croy
que l'on feroit fort empefché
de deviner quelle Religion il
favoriferoit fi fon invafion
pouvoit réüffir.. Il eft toûjours
fort certain que les Calvinif
tes font pour le moins autant
oppoſez à la Religion Angli
cane qu'aux Catholiques. Ie
dis pour le moins , puis que
Mr l'Evefque de Meaux page
489. de fon 14. Livre du 2.
volume des Variations , prouve
avec beaucoup d'éloquence ;
que par le ferment du Teft,
les Anglois s'y rapprochent
de nos fentimens , & ne s'at
taquent point à la preſence
réelle , que les Calvinistes.
-7
236 III. P. des Affaires
combattent avec tant de fu.
rie , & qu'ils ne recevront jamais
parmy leurs Dogmes.
Afin de poursuivre & procuter
qu'il foit convoqué un Parlement
libre & legitimes . Les Etats
de . Hollande n'appelleront
point du tout leurs Affemblées
libres & legitimes , fi un
Etat voifin s'en méloit , &
venoit les convoquer à la
tefte de trente mille hommes.
Qui a jamais veu une telle
propofition ? On ne fçauroit
abufer avec plus de hardieffe
du mot de liberté & de legitimes.
La veritable liberté des
Peuples confifte dans la fubordination
& dans l'obeïffance
qu'ils doivent à leur
Souverain , & c'est ce que les
Anglois reconnoiffent pardu
Temps.
237
faitement , perfuadez qu'il
font prefentement que le
changement de Souverain ne
contribueroit qu'à leur perte .
Pour faire donner aux Lords,
au Clergé , à la Nobleffe , &
au Peuple une entiere affeurance
que les loix droits , & privi
leges de leur Royaume , ne feront
pas violez , ny revoquez à l'a
venir. On peut déja donner
parole au Clergé d'Angleterre
; que l'on ne pretend
rien moins que ce qu'on luy
prometicy. Les trois Apoftres
que le Prince d'Orange deftine
pour reformer l'Eglife
Anglicane , font trop ennemis
de l'Epifcopat & de la
Hierarchie Ecclefiaftique
pour laiffer le Clergé en repos.
Pour ce qui eft des Lords &

238 III. P. des Affaires
du Peuple , que l'on amufe
d'une vaine promeffe , il falloit
employer un autre Protecteur
que le prince d'Orange
pour cette entrepriſe.
Meffieurs de Hollande fçavent
par leur
propre expc-.
rience que ce Prince n'eſt pas
un homme fort propre à
conferver la liberté & les
Privileges d'un Etat.
Je pourrois rapporter icy
plufieurs chofes fur ce fujet
que l'Hiftoire aura foin de
donner à la pofterité . Perfonne
n'ignore que n'ayant encore
pu , réuffir dans le deffein qu'il
avoit de regner fouverainement
en Hollande , & fe voyant
privé de la Couronne d'Angleterre
par la naiffance du
Prince de Galles , il a mieux
du
Temps.
239
aimé rifquer toutes chofes ,
que de ne pas employer le talent
qu'il a de brouiller , dans
la penfée imginaire que Jurieu
luy a infpirée qu'il feroit Roy.
Il y a plus quoy que je n'aye
pas coutume de penetrer dans
la politique des Etats , je croy
pouvoir faire icy cette re-
Alexion , que Meffieurs de
Hollande qui apprehendent
l'efprit ambitieux & remuant
du Prince d'Orange , & qui
n'ont pas encore perdu la
crainte qu'ils avoient de le
voir ufurper leur Souveraineté
, ne font pas fâchez de fe
défaire de luy d'une maniere fi
fine & fi avantageufe pour eux .
En effet , ces Meffieurs fi jaloux
de leur liberté qu'ils ont mieux
aimé facrifier l'obeïffance
240 111. III .
P. des Affaires
qu'ils devoient à leur legitime
Souverain
, que , que de ne pas fecouër
le joug d'Espagne , ces
Meffieurs dis - je , fe fouviennent
de quelle maniere le Prince
d'Orange fe fit élire le 3 .
Juillet 1672. pour Gouverneur
, Amiral & Capitaine general
, malgré le ferment qu'il
avoit efté obligé de faire auparavant
, qu'il n'accepteroit
jamais cette Charge. Ils fçavent
quelles brigues on fit
dans l'Affemblée des Etats qui
fe tenoit à la Haye , avec quelle
violence il fallut arracher
ce confentement
, & comme
l'on fut obligé de décharger
tous les Membres de la Province
de Hollande , de l'obfervation
de l'Edit perpetuel ,
qui porte qu'aucun ne pourra
propofer
du
Temps .
241
propofer l'élection de ce Prince
à cette Charge .
Cette entrepriſe ſi violente
qui eftoit le commencement
de la ruine des Provinces
vnies , fit voir aux Etats d'une
maniere à n'en plus douter ,
que le Prince d'Orange afpiroit
à la Souveraineté ; ils
n'ont pas crû trouver d'occupation
plus propre pour fe
garantir de l'invafion qui les
menaçoit , qu'en rejettant fur
un Eftat voifin le mal qu'ils
craignoient. Ils ont trouvé
parlà un fecret infaillible de
calmer leur frayeur. Si l'entrepriſe
reuffit , le Prince
d'Orange les affeure de protection
, de fecours & d'argent
, fi elle manque , ce
Prince perira , ou fera fi af-
Tome III.
"
L
242 111. P. des Affaires
foibly qu'il ne pourra plus
leur donner la loy ; ainfi ils
s'en délivrent d'une façon ou
d'autre .
Cette confideration meritoit
bien que les Eftars infpiraffent
au Prince d'Orange le
deffein d'envahir l'Angleterre
, & toute l'Europe n'eft pas
furpriſe de voir aujourd'huy
un Prince & les Eftats de
concert & d'intelligence
pour un deffein fi injufte ,
eux qui ont fait profeffion
depuis fi long- temps de n'avoir
aucun refpect pour les
Loix les plus facrées , lors que
leur intereft particulier a
demandé la fuperiorité fur
leur devoir.
Enfin , Leurs Hautes Puiffances
esperens & affurent avec la gradu
Temps.
243
ce de Dieu , que le repos & la
concorde feront reftablis en se
Royaume. On ne fçauroit
- mieux juger de l'intention
qu'ils ont de reftablir le repos
& la concorde en Angleterre
que par leurs démarches Pacifiques
, qui ont efté juqu'à
prefent fort propres à brouil
ler tout ce Royaume , fi Dieu.
ne l'avoit affifté visiblement
de fa grace , & d'une maniere
qui devroit faire rentrer les
Eftats en eux - mefmes . Ils
fe doivent ſouvenir de la
medaille affertis legibus , & de
l'eftat où il fe font vûs reduits
pour avoir voulu eftre Arbi
tres des Souverains & leur
donner la Loy. Leur Jofué
n'arrefta pas le Soleil comme
ils s'en eftoient vantez , mais
L 2
244 III. P. des Affaires
ce Soleil leur fit fentir leur
foibleffe , & les punir de leur
temerité. Aprés avoir voulu
eftre Arbitres entre les Souils
veulent l'eftre
verains
entre les Rois & leurs peuples
, qui ne les demandent
point pour luges de leurs differens
, qui ne font pas tel
qu'on les fuppofe. Il eft vray
que l'on en veut exciter entre
eux , afin deles affoiblir ,
& de fe rendre maistre de
l'Etat fous ombre de vouloir
Lecourir les opprimez , mais
il arrive ſouvent que leur trahifon
fe' decouvre , & que tes
parties s'uniffent contre les
fecours intereffé qu'on leur
veut donner. Comme le party
du Prince d'Orange pré-
Naut en Hollande il auroit
>
du Temps. 245
efté inutile aux Etats de penfer
à mettre l'Angleterre en
Republique , & quand ils au
roient eu cette veüc ', la difpofition
de cet Etat rend la
chofe abfolument impoffble
. La Ville de Londres étant
feule auffi puiffante que
toutes les autres Villes du
Royaume , il faudroit qu'elles
luy obeiffent toutes , ou
que Londres leur obeift , ce
qui ne s'accommode en aucune
forte aux manieres des
Republicains. A l'égard du
deffein du Prince d'Orange
d'envahir l'Angleterre , fous
pretexte que le Roy n'eft pas
de la principale Religion de
l'Etat , outre que j'ay déja
prouvé par quantité de cho
fes de fait & de paffages de-
L
3
246 111. P. des Affaires
20 l'hiftoire , qu'il fe trompoit
lourdement je dois encore
ajoûter qu'il a esté arrefté par
les parlemens d'Angleterre ,
que la difference de Religion
-des Rois & de leurs Sujets , ne
troubleroit point l'ordre des
fucceffions , parce que lors
qu'un Roy auroit une fois perdu
la Couronne par cette raifon
, l'Etat feroit toûjours en
proye au plus fort, & qu'on ne
verroit plus que des ufurpateurs
fur le Trofne , ce qui
cauferoit de perpetuelles guerres
dans le coeur du Royaume .
Lors que le Prince d'Orange
paffe en Angleterre avec une
armée , il pretend queles Loix
de ce Royaume défendent au
Roy d'appeller des Etrangers à
fon fecours. Il eft mal inftruit
1
du
Temps. 11
247
des Loix d'un Etat qu'il veut
envahir , & il ne devroit pas
ignorer , qu'il eft porté par la
Charte appelée magna charta ,
que files Etrangers veulent
entrer dans le Royaume pour
l'envahir; le Roy peut non feulement
appeller du fecours ,
mais encore s'il reconnoift que
fes Sujets ayent appellé ceux
qui ont deffein de s'en rendre
maiftres ,il eft en droit de traiter
le Royaume comme un
Pays conquis , & le Parlement
eft dechu de fes Privileges . Le
Roy d'Angleterre n'a pas eu
befoin de fe fervir des avantages
de cette Loy , ayant trouvé
fes Sujets plus Fidelles que
lePrince d'Orange n'avoit cru ,
& plus inebranlables aux of
fres qu'il leur a fait faire pour
L
4
248 III. P. des Affaires
les feduire . Les depences qu'il
a faites font grandes , & les
Etats n'ofent fe vanter de ce
que leur coute fon armement ;
un nombre infini de particuliers
Proteftans luy ont preté
de l'argent au denier dix , qu'ils
courent rifque de perdre .
Voilà de grands frais , & de
grands travaux pour aller mener
un fecours trop à charge à
un Peuple qui ne le demandoit
pas , afin de meriter le nom
d'Vfurpateur , fi non de fait au
moins de volonté & de s'acquerir
l'indignation de toute
la terre. La Princeffe d'Orange
en pleure , on doit en pleurer
aux pieds des Autels , & defa
prouvant peut eftre en ellemefme
une action qu'elle n'ofe
condamner publiquement , elle
du Temps.
249
que
craint l'Hiftoire ne luy
donne des noms , qui peuvent
ne luy eftre pas dûs .
Le Prince d'Orange , fon
Mary , qui depuis deux ans
travaille à l'entrepriſe qui
vient d'éclater, a fabriqué avec
ceux qui font de fon Confeil
fecret,une Requeſte pour fervir
de bafe à fon deffein. Son
Favory Bentingh , qu'on a veu
fon Page , en a efté porter des
projets en Angleterre , à quelques
Amis de fon Maiftre , qui
voyant ce Royaume fidelle a
fon Roy , n'ont ofé fe declarer
depuis ce temps - là , & il fut
arrefté entre le Prince d'Orange
& luy , qu'il l'employeroit
à gagner les Grands d'Angleterre
contre le Roy , dans le
temps qu'il iroit faire compli
L..
250 III. P. des Affaires
ment à Sa Majesté Britanni
que , furlanaiffance du Prince
de Galles, le ne dis rien de ce
procedés perfonne n'ignore le
nom qu'on luy doit donner.
On a tenu cette requefte fecrete
, & quand l'entrepriſe a efté
fur le point d'éclore , on a fuppofé
qu'une partie des Seigneurs
d'Angleterre l'avoit envoyée
à Monfieur Bentingh
fous le nom de Memoire des Pro
teftans Anglois , pour la preſenter
au Prince & à la Princeffe
d'Orange. Elle porte tout ce
qu'on fçait que ce prince & les
Etats ont allegué pour autorifer
le deffein de leur invafion;
elle parle auffi de la fuppofttion
pretenduë du prince de
Galles. Ceux qu'on fuppofe
l'avoir envoyée , n'y laiffens
du
Temps.
point voirde nom. Il faudroie
eftre bien imprudent pour dépenfer
des fommes immenfes ,
& couvrir la Mer d'hommes ,
de Vaiffeaux & d'attirail de
guerre , fur la fimple requeſte
de perfonnes qui ne fe nomment
point , & qui envoyent
leur Memoire au Portier de
Monfieur Bentingh , comme
on feroit un Exploit. Voicy, en
propres termes la ridicule fin
de ce Memoire. Monfieur , la
grande idée que nous avons de voftre
merite nous fait efperer que
vous ferekfidelle àrendre prompiement
l'inclufe àfon Alteffe Monfieur
le Prince d'Orange , ou en fon
abfence yà fon Aluffe Royale Madame
la Princeffe . Nous n'avonspas
pu la confier à la Pofte , c'est pourquoy
nous l'avons envoyée par un
L 6
252 III. P. des Affaires
Exprés qui fera peut eftre longtemps
en chemin. L'Exprés a ordre
de la delivrerfeulement à un de vos
Domestiques ; nous nous repofons
entierement fur vous , & fommes ,
Monfieur
Vos tres humbles ferviteurs ,
que vous pourrez connoiſtre
cy -aprés.
Qui feroit affez ridicule pour
croire que fur un paquet rendu
au portier , ou à quelque
autre Domeſtique de Mon- .
fieur Bentingh , l'armement
euft efté fait , la deliberation
des Etats delivrée aux Miniftres
Etrangers , le Manifefte
du prince d'Orange publié ,
& qu'il fuft enfuite party pour
envahir trois Royaumes ? Cela
• n'eft qu'un pretexte pour avoir
du Temps. 253
lieu de femer des Ecrits feditieux
, & pour autorifer les premiers
pas d'un ambitieux . La
Religion en eft auffi un beau ,
& fous un femblable voile on
couvre tout ce que l'on veut
cacher. Un Ufurpateur commenee
toujours avec des pretextes
fpecieux , & tout contraires
à ce qu'il a dans l'ame ,
& il n'a garde de dire qu'il
marche pour envahir. Quand
Cefar paffa le Rubicond , il ne
dit point qu'il avoit deffein de
fe faire Empereur , mais il fe
declara feulement en faveur
des Tribuns . Si le Prince d'Orange
n'avoit en que la Reli
gion Proteftante en veuë , il
auroit fallu qu'il euft exhorté
le Roy fon Beau - pere à fuivre
cette Religion , & qu'il l'eut
all
254 III. P. des Affaires
averty des mal - heurs dont il
eftoit menacé , s'il refufoit de
le faire , puis que c'eſt celle
qu'il cherche à faire Alcurir, &
qu'il n'a voulu que des Proteftans
dans fon Armée. Mais
quand le Roy d'Angleterre fe
feroit fait Proteftant, en auroitil
dû eftre mieux dans l'efprit
de ceux qui profeffent la Religion
Anglicane Il ne s'agiffoit
donc point de Religion , &
elle ne fervoit que d'un pretexte
au Prince d'Orange , mais.
encore fort méchant puis qu'il
ne fçait de laquelle on aimera
mieux en Angleterre
qu'il
foutienne le party . On voit
déja qu'il ne parle plus de l'Anglicane,
& dans fes Lettres écri
tes à la Flote & à l'armée , il
fait feulement mention de la
!
A
du Temps .
255-
Proteftante. Que deviendront
donc ceux qui profeffent l'Anglicane,
& quel feraleurappuy
fi le prince d Orange vient à
regner en Angleterre ? Comme
il comptoit déja le Roy
d'Angleterre pour un Prince
détrôné lors qu'il eft parti de
Hollande , il ne parle plus de
ce Monarque dans fes Lettres
écrites à la Flote , & à l'Armée
de terre. Il leur dit qu'ils ayent
à examiner ce qu'ils doivent
à la Religion & à eux mefmes,
& ne parle non plus du Roy ,
que fi des Sujets ne devoient
rien à leur Prince legitime
quoy que les loix divines &
humaines ordonnent de les ho
norer , & que Dieu ait commandé
derendre à Cefar ce qui
appartient à Cefar....
256 111. P. des Affaires
Le Prince d'Orange a telle
ment manqué de pretextes , &
il avoit un fi violent defir d'en
avoir , qu'il en a pris deux touc
à la fois ; mais outre qu'ils font
foibles , & peuvent eſtre aiſément
combatus , l'un détruit
tellement l'autre , que pour en
avoir pris deux , il n'en fçauroit
foutenir aucun . Il eft certain
qu'un homme qui avec le
pretexte de la Religion en
prend un autre tout humain ,
ne peut plus dire que la Religion
feule le fait agir , qui eft
l'unique pretexte qui puiffe
paroiftre un peu recevable,
pourveu que celuy qui s'en
fert , foit d'une pieté & d'une
vertu generalement reconnuës
, qu'on ſoit affeuré qu'il
ait affez de Religion pour agi
du Temps. 257
par ce principe , & qu'il n'ait
jamais fait que des actions qui
ne puiffent eftre condamnées .
Je n'accufe pas icy le Prinee
d'Orange du contraire , mais
je laiffe à juger fi fuppofé qu'il
n'euft pris que le pretexte de
la Religion , on le croiroit d'un
caractere à n'avoir en veuë.
que le defir de la fecourir,
s'il avoit affez de pieté pour
cela , il ne l'accompagneroit
pas en même temps d'une cho
fe qui fait horreur à la nature
, & qui le fait comparer aux
Tarquins. Il n'y avoit qu'un
feul cas qui puft l'obliger a
paffer en Angleterre , il falloir
qu'il n'y cuft qu'une Religion
dans cet Eftat , & que ce fust
celle du Prince d'Orange ;
qu'il y euft une Guerre Civilo.
4 .
258 111. P. des Affaires
qui euft déja fait répandre
beaucoup de fang : que le Roy
fuft en péril , & que le Prince
d'Orange y allaft avec fes Trou
pes , fe mettre au milieu des
Armées Angloiſes , pour em
peſcher l'effufion du fang, tirer
le Roy de peril , & tâcher
d'en, obtenir quelque chofe
pour fa Religion , en confide
ration du fervice qu'il luy au
roit rendu.Mais au lieu de cela
il fe cache pour furprendre
fon Beau pere , de mefme que
s'il.eftoit fon plus mortel Ennemy.
Il luy donne le baifer de
paix par le compliment que
fon Favory luy vient faire de fa
part , & il luy écrit enfuite
luy-mefme fur le point de fon
départ , pour luy marquer que
l'armement qu'il fait faire ne
ག་ ག་ ་
P
du
Temps.
259
fe fait point contre luy. Quel
caractere quel procedé ! Je ne
croy pas mefme qu'il fuft approuvé
pour furprendre des
Brigands. Il faut tenir fa parole
à fes Ennemis , & ce Prince ne
la tient pas à fon Beau- pere.
Mais quand l'ambition ſeule &
le defir de regner ne le feroient
pas agir , ne doit - il pas eftre
cruel au Roy d'Angleterre de
voir un homme plus jeune que
luy , & de plus fon Gendre ,
qui a moins d'acquis que lay
dans le monde, qui n'a rien fait
de fort éclatant , qui n'a cherché
qu'à faire répandre du
fang mal à propos , & qui n'a
jamais réüffi dans aucune entrepriſe
, venir à main armée
luy impofer des Loix dans fes
propres Etats , & jufque fur
1260
11 L. P. des Affaires
fon Trône , comme à un jeune
homme qui ne fçauroit pas
Fart de gouverner ? Cela n'eftil
pas d'une temerité inoüie ,
& ne devroit- il pas être moins
fenfible au Roy d'Angleterre
devoir fes plus mortels Ennemis
dans fon Royaume , que
sde recevoir la Loy d'un homme
qui par toutes fortes de raifons
la devroit recevoir de luy ? Si
le Prince d'Orange qui agiten
defefperé venoit à avoir l'avantage
, il ne refuferoit pas
qualité de protecteur de la
liberté & de la Religion , puis
1. qu'il la prend dans fes Etendards
, & chacun fçait ce que
vaut en Angleterre la qualité
de protecteur avec l'autorité
Royale. Les peuples dans leur
revolte encenfent de tels Pro
la
du Temps,
261 .
·
tecteurs, mais ces mefmes Peuples
leur font bien toft leur
procés comme à des Tirans ,
& ont leur memoire en execration
. Ainfi la revolte de ces.
Peuples ne donne pas un droit
à ceux qu'ils appellent pour
la foûtenir. Les Revoltez les
élevent dans le temps qu'ils
font à leur tefte , mais ils font
les premiers à les detefter dés
qu'ils reconnoiffent qu'ils les
ont mal à propos engagez dans
une Rebellion dont ils fe repentent.
Que diroient les Etats de
Hollande qui ont eux mefmes
découvert leur intelligence
avec le Prince d'Orange , &
tous les princes Proteftans , fi
fous pretexte qu'ils ne font
pas Catholiques , & qu'à l'égard
262 111. P. des Affaires
de leur Souveraineté , il ne
leur refte plus qu'an vain titre
dont le Prince d'Orange atoute
la puiffance, on alloit chezeux
pour fe rendre Maistre
de leur Etat & faire foûlever
leurs Peuples. l'ay rapporté
dans vingt endroits de cette
Lettre des faits hiſtoriques ,
qui font voir de quelle maniere
le prince d'Orange a
ufurpé le pouvoir fuprême,
& l'ufurpe encore tous les
jours. Rien n'est plus honnefte
que fon procedé dans
l'Affemblée des Etats ; mais
fes Creatures n'y propoſent
que ce qu'il veut , & ceux qui
font d'un fentiment contraire
au fien ne fe trouvent pas en
eftat de s'y oppofer une autrefois
. Il n'a jamais cu le dé-
7
du
Temps.
263
menty de ce qu'il a voulu ; &
il a toûjours engagé les Etats
dans des guerres contraires à
leur commerce , de forte qu'ils
font aujourd'huy extremement
endettez & doivent
encore depuis peu huit millions
de rente qu'ils ont pris
au denier quatre, Le Prince
d'Orange ne les veut pas en
meilleur eftat , il eft ravy
qu'ils foient foibles , afin qu'il
puiffe triompher de leur foi
bleffe , & il les embarque
dans de méchantes affaires ,
dont il prévoit qu'ils ne
pourront fortir que par fon
fecours. Le Comte de Naffau
eft fon parent , & c'eſt à luy
de droit que les Miniftres Etrangers
devroient s'adreffer
en fon abfence. Cependant
204 ILI. P. des Affaires
comme le prince d'Orange eft
fon ennemy , il a demandé
aux Etats qu'on s'adreffaft au
prince de Valdec , & ils n'ont
ofé lay refufer ce que la juftixe
vouloit qu'ils luy déniaffent
là- deffus . Deux raifons ont
obligé le Prince d'Orange d'en
ufer de cette forte l'une , qu'ils
font ennemis , & qu'ils ont
une fois mis les armes à la
main l'un contre l'autre . La feconde
raifon eft politique . Le
Prince de Naffau eft Gouverneur
de l'Overiffel , de la Frife
& de Groningue .Les loix venlent
que les Officiers qu'ils le,
vent pour le ſervice des Etats ,
foient Hollandois , & qu'ils
-précent ferment: entre les
mains des Etats , au lieu que
ceux qui fe levent dans les autres
du
Temps.
265
tres Provinces prêtent ferment
entre les mains du prince d'Orange.
C'est pour cela qu'il ne
peut fouffrir les Officiers de
ces Provinces ; il les décrie , &
a fouvent des démeſlez là - deffus
avec le Prince de Naffau.
Ie ne puis finir fans vous
parler encore du Memoire
des Proteftans , fuppofé envoyé
par les Proteftans d'angleterre
au Favory du prince
d'Orange . On a découvert
qu'il a efté fait en Hollande
par le Docteur Burnet , & c'eft
une chofe dont la plupart des
Intereffez conviennent. Vous
pouvez juger par le portrait
queje vous ay fait de luy , en
vous apprenant qu'il a efté
condamné pour crime de baute
trahifon , s'il n'eft pas ca-
Tome 111. M
266
111. P. des Affaires
ble de tout faire , aprés l'avoir
efté de tout écrire . La premiere
partie de fon diſcours n'eſt
qu'un amas d'injure groffieres
contre les Catholiques , & de
ces chofes ridicules & ou
trées , par lesquelles on ne
fçauroit corrompre le fentiment
des honneftes gens.
Comme toute cette partie ne
tend qu'à prouver ce qui eft
dans la deliberation des Etats ,
à la quelle j'ay répondu prefque
mot pour mor , je paffe à
la feconde qui ne regarde que
la fuppofition du Prince de
Galles , qu'il veut prouver fans
alleguer aucun faits mais par
des conjonctures feulement.
Il perd beaucoup de pages
à dire d'abord ,, que dés qu'on
a publié que la Reine eftoit groſſe,
du
Temps .
267
ز
on a dit publiquement dans toute
l'Angleterre qu'on fuppoferoit un
Enfant pour Prince de Galles. Si
la chofe eftoit fi publique , les
parties intereffées devoient
s'en défier , & prendre leurs
précautions là - deffus mais
comme on vouloit avoir lieu
defe fervir de ce pretexte , on
n'avoit garde de prendre des
mefures qui puffent donner
fujet d'empécher de douter de
la verité.Si le Prince d'Orange
ajoûto t foy à ces bruits là , il
ne devoit point faire faire compliment
à leurs Majeſtez fur la
Naiffance du prince de Galles ;
on pourroit objecter qu'il n'a
fceu que depuis ce temps- là ,
la verité de la fuppofition; mais
cela n'eft point , puis qu'on
n'allegue rien de pofitif, & que
M 2
268
III. P. des Affaires
le Docteur Burnet ne raiſonne
que fur des conjectures .
Il dit que la Reyne n'eftoit pas
enbonnefanté , & que par confequent
, elle ne pouvoit devenirgroffe.
Vn pareil raifonnement ne
merite point de réponse ; le
public luy en fera , & luy dira
qu'on voit tous les jours des
femmes languiffantes , & d'une
affez mauvaiſe fanté , avoir
, non pas un enfant , mais
plafiears jufque - là meſme
qu'on dit qu'elle en ont plus
que les autres. Il dit que la
Reyne n'eftoit groffe quepar devant,
& nonpar derriere nyfur les coftez,
& s'étend beaucoup là deffus.
Vn tel raifonnement fait pitié
, mais outre que ce qu'il
allegue peut eftre faux , & qu'il
falloit le dire avant que la Reydu
Temps .
259
ne accouchaft , il eft conftant
qu'il y a des femmes qui ne font
groffes que du ventre , & d'autres
des hanches .
Il dir que la Reyne voulant
aller demeurer dans l'Appartement
deftinépourfaire fes couches , avoit
dit le Vendredy qu'elle accoucheroit
le lendemain , & que fi l'Appartement
n'eftoit pas preft , elle
accoucheroitfur la place. Ce rai
fonnement par lequel il veut
faire voir que le Prince eft fuppofé
, prouve le contraire . On
voit que la Reyne dit qu'elle
accouchera pour faire preffer
de mettre fon Appartement en
eftat . Si fon accouchement
n'avoit efté qu'une choſe concertée
pour fuppofer un prince
ce jour-là , elle fe feroit bien
donné de garde d'en parler, &
M 33
270 II. P. des Affaires
1
d'ailleurs il fe trouve plufieurs
femmes qui aprés leurs premieres
couches devinent le
temps des autres par l'eftat où
elles fe trouvent. Elles fe fentent
& peuvent en dire autant
que les Sages Femmes qui devinent
fouvent jufte là deffus.
Il dit qu'on a fait aller la Princeffe
de Danemark aux Bains à
quarante milles de Londres . Le
Roy ne gouverne point cette
Princeffe ; elle eft en puiffance
de Mary , fon Mary eft avec
elle pour veiller à fes interefts ,
& elle fait pour fa fanté ce que
fes Medecins luy confeillent fi
elle le juge à propos . Ce n'est
point une affaire du Roy , &
il n'y entre point.
Le Docteur Burnet rapporte
encore qu'on a dit que la Reyne
du
Temps.
271
eftoit groffe d'un Prince , avant
qu'on fceuft fi elle eftoit veritable
mene groffe. C'eſt l'ordinaire ,
quand on fouhaite une choſe
de cette nature , de dire qu'elle
arrivera , & il s'enfuivroit qu'en
confequence de ce raiſonnement
il auroit falut que la Reyne
cuft accouché d'une Fille ,
fi dans l'apprehenfion d'en
avoirune , elle avoit dit qu'elle
n'accoucheroit que d'une
Fille .

Ce Docteur parle encore
d'une feconde porte qui eftoit dans
la Chambre , par laquelle on apu
apporter un Enfant ; mais outre
que tout cela eft mal digeré ,
il n'affure rien luy - mefme ,
& toutes ces conjectures ne
donnent pas droit d'envahir
un Royaume , & mefme du
M4
272 III. P. des Affaires
vivant du Roy qui en eft le
legitime poffeffeur .
Tout ce que je viens de répondre
aux raiſons du Do-
&teur Brunet qui pretend
prouver que le Prince de Gal
le eft fuppofé , fe peut ajouter
à celles du Roy d'Angleterre
qui a combattu ces raiſonne
mens par des faits , & en a fait
connoiftre la fauffeté . J'ay feulement
répondu à des choſes
qui paroiffent infoûtenables,
mefme aux efprits les moins
éclairez .
Aprés des raifonnemens ,
voyons des chofes de fait .
Voicy une Proclamation du .
Roy d'Angleterre du 20. d'Octobre
1688 .
du Temps:
273
C
JACQUES ROY.-
Omme les grands preparatifs
que Lonfait , pour envahir &
conquerir ce Royaume , demandent
que nous apportions tous nos foins à
pourvoir à tout ce qui eft neceffaire
àfafureté & àfa défenfe, qu'avec
la Grace de Dieu nous avons refolu
defaire ; & afin que nos Ennemis
qui apporteront avec eux toutes les
triftes calamitez de la Guerre , ne
puiffent fe fortifier en entrant dans
nostre Royaume, foit en s'emparant
de tous les Chevaux , Boeufs & autres
Beftiaux de nos Suiets, qui leur
pourront eftre utiles pour porter ou
traîner leurs bagages & autres
chofes lourdes & pefantes , nous
avons trouvé à propos d'ordonner
& nous ordonnons par noftre prefente
Proclamation Royale , p .
M- 53
274 III. P. des Affaires
bliée de l'avis de noftre Confeil
Privé , nous requerons & commandons
expreffement à tous Gouverneurs
& Lieutenans Gouverneurs
des Provinces voifines de la
Mer , & à tous Sheriffs , Juges de
Paix , Maires , Baillifs , & à tous
Bos autres Officiers & Miniftres
tant Civils que Militaires , de faire
faire bonne & feure garde fur les
Coftes & dans leurs Villes , Bourgs
Jurifdictions , & que d'abord
quils, verrent approcher les Ennemis
, ils faffent retirer à vingt
milles au moins du lieu où les Ennemis
voudront debarquer tous les
chevaux , boeufs & beftiaux qui
eftant propres à porter ou tirer , ne
font point actuellement employez
à noftre fervice & deffenfe ou à
celle du pays , & de s'affurer de
telle maniere de ces beftes de charge,
qu'elles ne puiffent tomber entre
du
Temps .
275
7
les mains ou au pouvoir d'aucuns
de nos Ennemis . En quoy neanmoins
nous ne voulons pas que ceux aufquels
ces Beftiaux appartiennent ,
Souffrent aucune perte ou dommage
, ou du moins auffi peu qu'il confifte
avec la fureté publique da
Royaume.
Donné en noftre Cour à VVhitehal
, le 20. jour du mois d'Octobre
1688. & de nostre Regne l'an quatriéme.
Voicy une feconde Procla
mation. Je vous l'envoye , afin
que rien ne manque à la fuite
de l'Hiftoire de l'invafion du
Prince d'Orange . Elle a efté
faite pour empefcher que l'on
ne difperfe de fauffes nouvelles.
N65
276 111.P. des Affaires
Q >
JAC QVES ROT.
Voyque depuis noftre avene.
ment à la Couronne nous
ayons donné des marques de noftre
bonté & de noftre clemence à nos
Sujets , par plufieurs pardons ou
amniftiesgenerales , l'une defquelles
a efté publiée depuis peu , nous
fommes neanmoins fenfiblement.
touchez de ce que plufieurs Perfonnes
mal difpofées ne s'eftant
point corrigées , & ces témoignages
de noftrefaveur & de noftre bonté,
n'ayant fait aucun effet fur eux ,
s'employent entierement à diffamer
noftre Gouvernement , en écrivant
imprimant ou raportant de fauffes
nouvelles ,& des bruits feditieux ,
leur intention eftant d'amuſer par
ce moyen - là nos Amez Sujets , &
defaire naiftre generalement dans
ils
du
Temps.
277
«
leurs efprits , autant qu'ils le peuvent
, de la jaloufie & du mecon-.
tentement , principalement dans →→
ces temps dedanger public , à cause
de l'invafion dont ce Royaume eft
menacé ; & tafchant par confe
quent d'aliener de nous les coeurs
de ceux de nos Amez Suiets , qui
fans cela , nous donneroient volon
tiers l'aide & l'affistance , à laquelle
ils font obligez par leur fidelité
naturelle. Et d'autant que les Loix
& les Statuts de ce Royaume infli
gent de grandes & de rigoureufes
peines à tous ceux qui feront trou
vez difperfer de fauffes nouvelles ,
ou eftre promoteurs de calomnies
malicieufes , par leurs difcours or
dinaires , ou autrement ; & encore
davantage à ceux qui tiendront
aucuns difcours ou publieront ancuue
chofe , pour exciter les peuples à
278 2
III. P. des Affaires
méprifer ou hair noftre Perfonne on
noftre Gouvernement , & que nonobftant
ces Loix & ces Statuts , on
a depuis peu parlé plus librement
& plus licentienfement , que l'on
n'avoit accoûtumé de faire , & que
les gens ont pris la liberté non fenlement
dans les Coffé-houſes , mais
auffien d'autres endroits & affemblées
tant publiques que particu
lieres , de cenfurer & critiquer les
affaires d'Eftat , en parlant malde
ce qu'ils n'entendent pas ; Nous
donc , confiderant que les fautes de
cette nature procedent de la malice
inquiete de méchants Eſprits, ou de
la mauvaise conduite de quelques
autres , qui fe repofent trop fur
noftre clemence & bonté accoûtumée
, avons trouvé à propos de
deffendre expreffement par noftre
prefente Proclamation publiée par ·
du
Temps.
279
l'avis de noftre Confeil Privé , à
tous nos Sujets , de quelque qualité,
rangou condition qu'ils foient , de ne
Pas prendre cy - après la liberté, de
tenir quelques faux difcours que ce ·
foit , ny les écrire , imprimer, ou pu
blier , ny de fe mefler dans leurs difcours
ordinaires, des affaires d'Eftat
ou du Gouvernement , ou des Perz
fonnes de nos Confeillers ou Miniftres
d'Eftat , far peine de répondre
du contraire , à leurs perils & fortunes.
Et parce que tous les difcours trop
bardis & peu refpectueux que l'on
tient , au fujet des chofes de cette
grande confequence , & tous bruits
faux & malicieux, tendant àfedition
ou à amufer les peuples ,fontpuniffables
non feulement en ceux qui
les tiennent , mais auffi en ceux qui
les écoutent , à moins que ceux - cJ
280 111. P. des Affaires
ne les revelent inceffamment à quel
qu'un de nos Confeillers d'Eftat ,-
on a quelques uns de nos Iuges ou
lafticiers de paix , afin donc d'ofter
toutesfortes d'excufe à tous ceux qui
ne fe tiendront pas dans la modeftie
& le refpect qu'ils doivent avoir,
Nous declarens en outre , que nous
feront poursuivre avec toute feverité
& rigueur , toutes les Perfonnes
coupables d'un tel procedé malicieux
& contraires aux Loix , en
écrivant,imprimant ou publiant de
femblablesfauffes nouvelles oufaux
bruits, ou qui les recevront, fans les
reveler, ou en donner avis de bonne
heure, ainsi qu'il a efté dit ci - deffus,
ayant refolu d'étouffer & empêcher
ces énormitez par chatiment fevere
& exemplaire de tous les tranfgreffeurs,
quiferont cy aprés decouverts
Et nous enioignous & commandons.
du
Temps.
281
expreffement par les prefentes à tons
& à un chacun de nos Iuges , lufticiers
de Paix , Sherifs , Maires
Baillifs & à tous nos autres Officiers
& Miniftres quelconques , d'avoir
un foin particulier de faire inceffamment
arrefter , poursuivre &
feverement punir toutes les Perfon
nes , qui en quelque temps que ce
foit, cy- aprés feront trouvées conpables
de ce que deffus.
Donnéen noftre Cour à VVhitehal
le 26.jour du mois d'Octobre 1688.
& de noftre Regne l'an quatrième.
Peu de jours aprés on publia
la Proclamation qui fait tou
chant les libelles , feditieux qui
fe repandoient dans l'Angleterre
.
282
III . P. des Affaires
IACQUES ROY.
D'Autant que le Prince d'Orange
& fes Adherens qui ont
deffein d'envahir nos Royaumes , ont
pour cet effect inventé & forgé
plufieurs Papiers & Declarations
remplies de trabifon , esperant par
ce moyen - là feduire nos peuples, &
s'il eftoit poffible , corrompre noftre
Armée, & qu'ils ont fait imprimer
ungrand nombre de ces libelles , &
envoyé plufieurs Perfonnes quifont
employées à les diftribuer dans nos
Royaumes ; Et quoy que toutes fortes
de gens , auffi- bien dans les cas
criminels que dans les autres
foient obligez de prendre connoiffance
des Loix , finon d'encourir la
peine & les perils ; afinneanmoins .
que perfonne ne penfe échaper la
punition deuë , ou s'excufe lors
du
Temps.
283
qu'elle fera découverte , en pretendant
ignorer la nature de fon crime
, nous voulons bien avertir par
la prefente Proclamation publiée
de l'avis de noftre Confeil Privé ,
& exhorter tous nos Sujets de quelque
qualité,rang on condition qu'ils
foient , de ne point publier , diftribuer,
repeter ou difperfer lefdits
Papiers ou Declarations remplies
de trahisons , ny aucun d'eux ou
aucune d'icelles , ny aucun autre,
Papier ou Papiers de cette nature ,
Sans les decouvrir & reveler auſſi
promptement que faire fe pourra , à
quelqu'un de nos Juges , fufticiers
de paix ou autre Magiftrat public;
fur peine d'eftre poursuivis felon la
plus grande feverité des Loix .
Donné en noftre Cour à VVhitehal
le deuxième jour du mois de Novembre
1688. & de noftre Regne
l'an quatrième.
284 111. P. des Affaires
J'ajoufte encore une Procla
mation qu'on a trouvée fort
judicieufe , & qui eft extremement
eftimée . Vous remarquerez
que jufques à ces
deux dernieres le Roy d'An
gleterre a eu l'honnefteté de:
ne point nommer le Prince
d'Orange , & qu'il a attendu
qu'il fe foit declaré le premier
, quoy qu'il ne puft dou
ter de fon entrepriſe ..
Com
JACQUES ROT.
' Omme nous ne sçaurions regarder
qu'avec horreur, l'Invafion
de nos Royaumes par le Prince d'Orange,
cette entrepriſe eftant auffi
peu Chrêtienne qu'elle eft denatu
rée dans une Perfonne qui nous eft
alliée de fi prés ; auffi ne pouvons .
nous fans beaucoup de chagrin ,
du
Temps.
285
Faire reflexion fur les malheurs &
les calamitez qu'une Armée d'EStrangers
& de Rebelles doit inevitablement
apporter à noftre
Peuple ,fans en eftre fenfiblement
touchez. Il n'est que trop évident
par une Déclaration qu'il a fait
publier depuis peu , que nonobftant
tous les pretextesfpecieux & plaufibles
qu'elle renferme , fon deffein
ne tend au fond , qu'à une ufure
pation abfoluë de nôtre Couronn-
&de nostre autorité Royalle , ainfi
qu'il paroift amplementpar le file
Royal dont il fe fert dans ladite.
Déclaration , requerant les Pairs de
ce Royaume , tant Ecclefiaftique que
Seculiers, toutes autres Perfonnes de
quelque rang , ou condition qu'elles
foient , de luy obeir & de l'affifter
dans l'executinn de fes deffeins ,
prérogative qui eft infeparable de
286
111. P. des Affaires
La Couronne Imperiale de ce Royaume.
Et pour une preuve encoreplus
forte & indubitable defon ambition
demefurée que rien ne peut affonvir,
que la poffeffion immediate de
La Couronne mefme , il revoque en
doute la legitimation du Prince de
Galles noftre Fils & Heritier pre-
Somptif, quoy que par la Providence
de Dieu ilfoit né en prefence de
tant de Témoins d'un credit & d'uprobité
irreprochables, qu'ilfemle
Cielait pris un foin par
ticulier de cette naiffance , expres
pour renverser un attentat fi mechant
, & qui n'ajamais eu c'égal.
Pour accomplir fes deffeins ambitieux
, il fimble fur la fin de
fa Declaration , vouloir tout foûmettre
à la decifion d'un Parlement
libre esperant par ce
mogen- là s'infinuer dans l'afec
ble
que
du
Temps.
287
tion de nos Peuples , bien qu'il
n'y ait rien de plus évident qu'un
Parlement ne sçauroit Scauroit eftre libre
, tant qu'il y aura une Armée
d'Estrangers dans le coeur
de nos Royaumes ; de forte qu'il
eft veritablement luy- mefme le
feul qui empefche ' qu'il n'y en
ait un libre puifque nous avons
fortementt refolu , ainsi que ·
uous l'avons déja déclaré , de
convoquerun Parlement , auffi - toft
quepar la benediction de Dieu , nos
Royaumes feront délivrez de cette
Invafion , & on ne sçauroit en aucune
maniere douter qu'ilnefoit librement
choifi , puiſque nous avons
actuellement rétabli toutes les Villes
, Bourgs & Communautez de c8
Royaume , dans leurs anciens droits
& privileges. Dans ce Parlement
nous ferons prefts non feulement à
288 III. P. des Affaires
recevoir toutes les juftes plaintes de
nos Ame Sujets , & à redreffer leurs
griefs ,mais auffi àreiterer & confirmer
les affurances que nous leur
avons déja données par nos diverfes
Declarations , de la refolution que
nous avons prife , moyennant la
Grace de Dieu,deles maintenir dans
leur Religion, dans leurs libertez ,&
dans tous leurs autres justes droits&
privileges quelconques. Sur ces con
fiderations, les obligations de leur
devoir & fidelité naturelle, nous ne
fçaurons douter que tous nos fidelles
& Ame Sujets ne concourent
promptement & de bon coeur avec
nous , & ne fe ioignent à nos troupes
, pour repouffer & deftruire
entierement nos ennemis , & nos
Sujets rebelles engagez dans cette
entreprife , & qui ont fi injurieu
fement & fi perfidement envahi ce
Royaume,
du
Temps.
289
Royaume, & en ont troublé la paix
&la tranquilité.
Donné en noftre Cour à VVhitehal
, le fixième jour du mois
de Novembre 1688. & de noftre
Regne l'an quatrième.
Ie . finis , parce que je në
me fuis propofé dans cet Ouvrage
que de faivre le Prince
d'Orange jufqu'au jour de
fon dernier depart pour l'Angleterre.
Ce depart fut devancé
par deux Lettres qu'ils
écrivit à la Flote , & à l'Armée
de terre.Elles contiennent
peu prés les mefmes chofes
fous differens termes
,
&
toutes deux ne tendent qu'à
les exciter à la revolte . Il dit
dans l'une. Nous n'oublierons iamais
les fervices que vous nous
Tome III.
à
N
290 III . P. des Affaires
rendrez en cette occafion , & nous
promettons des marques de noftre
reconnoiffance à tous ceux qui les
voudront bien meriter de, nous ,
& dans l'autre , Nous efperons
que vous confidererek ce que vous
devezà Dieu & à voftre patrie ,
& à vous mefmes . Ces deux endroits
font voir qu'il ne compte
non plus le Roy d'Angleterre
, que s'il n'y en avoit
point , & qu'il prétend que ce
n'cft qu'à luy qu'on doit
obeir . Il parle par Nous , il
promet des recompenfes ,
& il agit en Souverain . Il
ne faudroit pas d'autres pieces
pour juſtifier le deffein qu'il
a de fe rendre maiſtre d'un Royaume
, qui ne luy appartient:
pas , puis que c'eft travailler à
faire tourner les Armes des
du
Temps.
291
1
Sujets contre leur Prince .
Quand il feroit appellé par
tous les Peuples d'Angleterre ,
il ne devroit point ſecourir
des Sujets rebelles , mais l'on
voit par la refiftance qu'il y
trouve qu'il n'y est appellé
que par quelque nombre de
mutins , & qu'il a befoin
d'employer fa force ce quile
rend encore plus coupable . Il
ne par le plus dans fes Lettres
que de la Religion Proteſtante
; il la veut donc faire
Aleurir feule , ce qui ne s'accorde
pas avec les Loix d'Angleterre
qu'il veur maintenir .
Si l'on fuivoit ces Loix dans
la rigueur , on n'y fouffriroit
pas les Proteftans , & ils feroient
fujets aux peines portées
contre les non Confor-
.
N 2
292 III. P. des Affaires
miftes. Ainfi ils font obligez
au Roy d'Angleterre qui les
fouffre , & quand malheureufement
l'authorité du Prince
d'Orange prevaudroit par la
force des armes , il ne pour-.
roit tenir qu'une partie de ce
qu'il promet par fes écrits ,
car s'il maintient la Religion
Anglicane felon les Loix , les
Proteftans feront fujets à des
peines , & s'il fait triompher
la Proteftante qui cft la feule
dont il parle dans fes dernieres
Lettres , il abaiffera l'Anglicane
, & les Loix qu'il fuppofe
qu'il va maintenir n'auront
plus d'effet. Quand fon
Manifefte feroit écrit avec
toute la fincerite imaginable
, il ne fçauroit faire qu'une
partie des chofes dont il l'a
du Temps.
293
groffi . On doit coclure de la
fans pouvoir faire autrement ,
que la liberté de confcience
que le Roy d'Angleterre laiffe
à fes Peuples , eft un effet de fa
prudence , & qu'il eſt abſolument
impoffible que le cal
me regne dans fes trois Royaumes
fans cette liberté , vû le
grand nombre de Sujets qu'il
a de differentes Religions.
DE
LA
FIN
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le