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1688, 12 (partie 2, Campagne de Monseigneur le Dauphin) (Lyon, 1689)
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25413
Aish 8.2 /1. 1248
hip . 1
801120
b #
Campagne
tagne de
Live
66
4
801125
CAMPAGNE
DE
MONSEIGNE
THE
QUE
LE DAUPHIN.
DELAP
LYON
BIELICTH
+ PUR +
LYON
COLLEG.
Chez THOMAS AMUN
ruë Merciere au Mercure
Galant..
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
CAMPAGNE
DE MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
A Gloire du Roy
eftant montée au
plus haut degré d'élevation
, moins encore
parle nombre prefque infiny
de fes Conqueftes , & par
ce qu'il a fait de grand , dont
aucune Hiftoire ne fournit
d'exemple , que par le caractere
d'une pieté folide & fans fafte ,
d'une bonté qui ne l'a jamais
fait defcendre de fon rang
à quelque excés qui l'ait pu
A
"
2 Campagne
porter , & d'une generofité fi
vafte , & fi peu connue jufques
à fon regne , qu'elle luy
a fait plus d'une fois facrifier
fes interefts au repos de
l'Europe ; on Ind devoit attendre
que de grandes choſes
du Fils d'un fi grand Monarque
, non pas parce qu'il eſt
forty du mefme Sang , puis
que quelquefois le fang fe
corrompt lors qu'il eft paffé
en d'autres veines , & que l'on
ne voit que trop fouvent le
Fils dégenerer des vertus du
Pere ; mais parce qu'il eftoit
impoffible que l'exemple de
Sa Majefté & fes manieres
honneftes & engageantes
n'excitaffent
pas Monfeigneur
le Dauphin à marcher
fur fes glorieufes traces , file
fang n'avoit pas fait en ce
1
de Monseigneur le Dauphin . 3
८
C
f
Prince tout ce qu'on avoit
lieu d'efperer de celuy de
Bourbon , à quis la vertu
n'eft pas moins hereditaire
que la valeur. Outre la naiffance
& d'exemple qui faifoient
attendre de grandes
- chofes de Monfeigneur , le
choix que le Roy avoit fait
de ceux qui avoientieu foin
de fon éducation , fortifioit
encore les efperances que
l'on avoit de ce jeune Prince .
On eftoit perfuadé que fon
Gouverneur ayant toutes les
qualitez d'un veritable honnefte
homme , & eftant d'une
verturigide , & d'une fincerité
generalement reconnuë ,
. & univerfellement ieftimée ,
il ne l'auroit point flatté .
Comme on a les yeux ou-
Iverts fur toutes les actions
A 2
4 Campagne
•
des grands Princes , on luy
avoit remarqué dés fes plus
tendres années , une ame genereufe
& liberale , une bonté
qui la toûjours empefché
non feulement de parler mal
de perfonne , mais de dire
mefme des chofes defobligeantes
à ceux contre lefquels
il pouvoit avoir des fujets
de plainte . Il fe faifoit
diftinguer par une fageffe qui
paffoit fon âge , & moins ordinaire
aux Princes qu'à ceux
qui ne font d'un rang fi
élevé parce qu'il eft difficile
lors qu'on peut beaucoup , de
ne pas vouloir tout ce qui,
plaiſt. Je vous diray là - deffus
que je fçay qu'un Souverain
dont le rang eft unique dans
le monde & que tous les
Princes Chreftiens reconnoifpas
de Monfeigneur le Dauphin. s
fent ,lors qu'il s'agit de quelque
affaire fpirituelle , a propofé
Monfeigneur le Dauphin
il y a déja quelques an
nées pour exemple , en parlant
aux Ambaffadeurs de
quelques Potentats de l'Europe.
Il ne manquoit plus a
ce Prince que d'eftre couronné
par les mains de la
Victoire , mais il falloit pour
cela entrer dans une carriere
qui ne luy eftoit pas ouverte.
Le Roy qui ne vouloit pas.
rompre la paix , ne pouvoit
luy donner de matiere pour
exercer fon courage , de forte
que n'ayant point dEnnemis
à combattre , il faifoit fes
delices les plus cheres de l'image
de la Guerre , afin de
s'accoutumer à la fatigue
qu'elle demande , Il y triom-
A 3
Campagne ar
phoit par fa force , & par fon
adreffe qu'il faifoit admirer
de jour en jour , lors que les
ligues des Ennemis du Roy
ayant obligé ce Monarque à
les prevenir , pour ne pas laiffer
fon Etat exposé aux coups
dont ils le menaçaient , de
clara à Monfeigneur le Daaphin
le deffein qu'il avoit
d'attaquer ceux qui avoient
refolu de le forprendre. Ja
mais fecret ne fut mieux
gardé que celuy là. Quoy que
la joye de Monfeigneur fuft
extraordinaire , il fceut la moderer
, de crainte qu'on ne
devinaft le fujet qui la faifoit
naiftre. Pendant que ce Prinee
la cachoit , & que les plais
firs de Chantilly couvroient
ceux qu'il reffentoit dans fon
ame , tout eftoit en mouve
de Monfeigneur le Dauphin. 7
ment pour preparer les chofes
neceffaires aux grands deffeins
de Sa Majesté ; & cependant
tout paroiffoit tranquille
, & dans le calme que
la paix produit ordinairement
; on preparoit les pro
vifions de guerre & de bouche
neceffaires
pour une
Armée nombreuse
, & pour
un grand Siege , qui , pou
voit durer long- temps . Oph
faifoit plus que les preparer
on les faifoit conduire aux
lieux pour lefquels elles étoient
deftinées , fans que
Ennemis sen apperceuffent
.,
Les Troupes firent des mouvemens
qui les tromperent ,
& Philisbourg
fe trouva invefty
fans qu'on euft fceu
qu'il le devoit cftre . Auffi le
fut - il dans une faifon , où il
les
A 4
8
Campagne
faut eftre né fous le Regne du
Roy pour ſe tenir en Campagne
, & affieger des Places ;
mais l'exemple que ce Prince
a montré là - deffus à fes Troupes
pendant les Hivers les
plus facheux , & le foin qu'il
a qu'elles ayent dequoy fe
garantir des injures des
mauvaiſes faifons , fait qu'elles
font preftes en tout temps
d'aller affronter les plus
grands perils , ce que ne peuvent
faire celles des autres
"
Princes ; qui
manquant
fouvent
des chofes
neceffaires
ne peuvent
tenir la Campa--
gue dans une faifon
, qui demande
qu'on
faffe plus de dépenfe
pour elles
› que dans
celle où elles fe mettoient
ordinairement
en eftat d'agir ,
avant
que le Roy cuft rendu
de Monfeigneur le Dauphin. 9
fes Armées toujours victorieuſes
, en leur apprenant à
vaincre en tout temps.
&
Il s'en paffa peu depuis le
jour que le Roy eut refolu de
prevenir fes Ennemis qui fe
preparoient avec une lenteur .
qui répondoit plûroft à leur
foibleffe qu'au defir qu'ils
avoient d'attaquer la France ,
jufques au jour du depart de
Monfeigneur le Dauphin ;
mais comme refoudre
executer ne font aujourd'huy
que la mefme chofe en France
, toutes les chofes dont on
pouvoit avoir befoin pour
l'execution des grands deffeins
qu'on avoit formez
acheverent d'eftre preftes
dans ce peu de temps , &
tout ce qui eftoit neceffaire
pour le Siege de Philisbong
A S
TO
Campagne
fe trouva devant cette Place ,
aprés avoir traversé la plus
grande partie de la France
fans qu'on en euft le moindre
foupçon , parce que toutes
les munitions pafferent fous
le nom de diverfes Marchandifes
.
?
Enfin Monfeigneur voyant
approcher le jour de fon depart
, fentit augmenter fa
joye. Il avoit toujours beaucoup
de peine à la retenir ;
mais elle éclata fi -toft que le
Roy cut declaré fes intentions
touchant le Siege de
Philisbourg , pour lequel il
luy confioit le commandement
de fon Armée. Il donna
par là un libre cours à la
joye de ce jeune Prince . Elle
parut dans toute fon étendue ,
& la fuite a fait voir qu'il n'y
de Monfeigneur le Dauphin. I.
avoit rien d'affecté , & qu'il
en reffentoit encore plus qu'il
n'en faifoit paroiftre . Toute
la Cour en témoigna auffi
beaucoup , parce que le Roy
n'ayant jamais rien entrepris
dont le fuccés alt efté douteux
il eftoit feur qu'en
donnant lieu à Monseigneur
le Dauphin de fe couvrir de
Lauriers , il alloit faire triompher
la France , étendre fes ,
bornes , & rompre les mefures
de fes Ennemis , qui travailloient
à fe mettre en eftar
de le furprendre , & qu'il fur .
prenoit luy- mefme en les attaquantle
premier.
Je prendray icy occafion
de vous marquer une chofe
qui vous fera voir quelle eft
l'impatiente ardeur de la
gloire dans le Sang augufte
A 6
12
Campagne
>
de Bourbon . Monfieur le
Duc de Chartres voyant les
mouvemens de joye de Monfeigneur
le Dauphin ainfi
que des Princes , & des jeunes
Seigneurs qui fe preparoient
à partir , & enfin de toute la
Cour , en témoigna un chagrin
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & donna des marques
tres touchantes de l'envie
qu'il portoit à leur bonheur.
Ce chagrin , & fon inquietude
l'ayant éveillez une
nuit , il dit qu'il vouloit fe lever
pour aller à Versailles demander
au Roy la permiffion
d'accompagner Monfeigneur à
l'armée. On luy répondit
qu'il eftoit trop ieune , & qu'il
falloit qu'il attendift encore trois
ans ce qui le fit foûpirer
& ce Prince fait fouvent des
"
de Monfeigneur le Dauphin. 13
voeux pour voir la fin de ces
trois années .
Dans le mefme temps que
toute la Cour apprit la refolution
de Sa Majesté ; & que
Monfeigneur devoit partir ,
on fcent auffi que Mr le Maréchal
Duc de Duras devoit
commander
l'Armée fous les
ordres de ce Prince . Il eftoit
alors en Franche Comté , &
le Roy luy avoit écrit pour
l'avertir du commandement
dont il l'honoroit . Ce Momarque
luy avoit mandé
qu'il luy confioit dans la perfonne
de Monfeigneur
le Dauphin
, tout ce qu'il avoit de plus
cher au monde. Comme le depart
de Monfeigneur
approchoir
le Roy entretint ce
Prince plufieurs fois far la
Campagne
qu'il valloit faires
3
14
Campagne
& tout ce que dit Sa Majefté
eftant digne de remar
que je m'en fuis informé
avec foin , & voicy ce que j'ay
appris . Si les paroles ne font
pas tout - à - fait femblables
au moins je vous en vais
expliquer le fens . Ainfi tout le
changement qu'il y aura c'eſt
que le Roy donna un tour
beaucoup plus agreable aux
chofes qu'il luy fit entendre
que celuy dont je me fers.
dans cette Lettre ; mais de
quelque maniere que je m'exprime
, il eft impoffible que
vous n'admiriez pas le Roy
dans tout ce qu'il dit , comme
dans tout ce qu'il fait .
Ce Monarque dit à Monteigneur
, que toute l'Europe alloit
estre attentive à fes actions , &
avoir les yeux ouverts furday's
de Monfeigneur le Dauphin. 15
ร
que Dieu avoit toujours beny fes
armes lors qu'il les avoit por
tées en perfonne contre fes Ennemis
, & qu'il efperoit qu'elles
ne feroient pas moins heureufes
entre fes mains ; qu'il avoit pris
de fon cofte toutes les mesures
neceffaires pour faire réussir fes
deffeins & que lors qu'un
Prince comme luy entreprenoit
une conquefte de cette importanbe
, il ne le faifoit pas fans avoir
aaparavant examiné les moyens
d'en fortir glorieufement , &
fans en efire affeuré. Le Roy
dit auffi à ce jeune Prince
qu'il n'avoit pas feulement befoin
de gloire , mais de fe rendre
babile en apprenant par la pra
tique tout ce qui regardoit la
& qu'ainfi il devoir
guerre
S'attacher à voir tout ce que doit
fçavoir un General , & exami
4
16
Campagne
ner tout ce que feroit M. de
Vauban . Il ajoûta , qu'il trouveroit
des flateurs , qui ne manqueroient
pas de luy dire qu'il
devoit fe ménager , mais qu'il
Luy confeilloit de faire ce que la
gloire exigeroit de luy & que
fi elle demandoit qu'il s'expofaft ,
il devoit s'expofer ainsi qu'un
Simple Soldat. Monfieur qui
fe trouva prefent à l'une de
ces converfations dit qu'il
ne voudroit pas aller avec Monfeigneur
, parce qu'il pourroit
avoir part à la gloire de la Campagne
qu'il alloit faire , & qu'il
ferait faché de la partager avec.
buy , puis qu'il eftoit feur qu'il
La meriteroit bien toute entiere.
mais qu'il efperoit que
avoit d'autres occafions de l'employer
le Roy ne le laifferoit
pas inutile.
>
,
s'il
"
de Monfeigneur le Dauphin. 17
Le jour du depart de Monfeigneur
, le Roy , & ce Prince
s'attendrirent beaucoup.
Qu'il est beau de paroiftre
tendre en de pareilles occafions
, & qu'il eft avantageux
aux Peuples d'avoir des Souverains
fenfibles .
Ce mefme jour Monfeigneur
entra chez Madame la
Dauphine , une demy heure
avant le temps ordinaire de
fon reveil , & ils demeurerent
feuls environ trois quarts
d'heure . Ce Prince avant fon
diner aprés lequel il partit.
monta encore chez cette !
Princeffe il l'embraffa les
larmes aux yeux , & la laiffa
auffi trifte , & en mefme état
que luy . Il ne laiffa pas de fe
trouver encore à fa toilette
où il demeura quelque temps
>
181 Campagne !
& où il la quitta pour partir.
Ainfi l'on peut affurer qu'il
luy dit trois fois adieu . Il
monta auffi- toft à cheval , &
traverfa toutes les cours de
Verſailles en faluant tous
ceux qui l'y attendoient pour
le voir partir. Il avoit cet air
honnefte & engageant qu'infpire
la joye quand on en eſt
penerré fort vivement. Cette
joye fait que de quelque rang
quion foit , on fe communique
plus que de conftume ,
mais cette espece de familia- ,
rité fans baffeffe partant d'un ,
hon Prince , ne peut eftre gue
glorieufe aux plus grands
Princes , puis qu'elle fait lire.
jufques au fond de leur ame
l'ardent amour qu'ils ont pour.
la gloire , & le plaifir qu'ils
reffentent de fe voir fur le
t
de Monseigneur le Dauphin. 19
point d'en acquerir. La joye
dent Monfeigneurs eftoit poffedé
paffa dans les cours de
tous ceux qui le virentsen ce
moment mais elle futen
mefme temps accompagnée.
de la crainte qu'ils eurent que
l'ardeur qu'ils voyoient bril
ler dans fes yeuxbne Penga-)
geaft à s'expofer aux plus
grands perils . Enfin ce Prince
partit comblé d'acclamations
, de voeux de benedic
tions , & de fouhaits pour un
heureux retour. Tout Verfailles
en retentiffoit , & la
fatisfaction qu'on faifoit pa
roiftre ne laiffoit pas de mar
quer un certain abattement ,
qui faifoit voir la crainte
dont elle étoit accompagnée . "
Si - toft que Monfeigneur
fut parti , Madame la Dau20
Campagne
phine renonça aux plaifirs ;
elle ne voulut plus voir la Comedie
, & il n'y en cut
point à Verfailles jufques au
retour de ce Prince. Le 28.
de Septembre , trois jours a
prés fon départ , les Docteurs
de la Maifon de Sorbonne
chanterent dans leur Chapelle
une grande Meffe pour l'heureux
fuccés des armes de fa
Majefté , & pour demander à
Dieu , la confervation de la
perfonne de Monfeigneur le
Dauphin .
-
Comme on ne fait rien en
France qui ne foit bien concerté
, & qu'on ne prend que
de tres juftes mefures , fur
tout ce que l'on refout , il
avoit esté arreßé que Mon-,
feigneur le rendroit à petites
journées devant Philisbourg.
ཡ
de Monfeigneur le Daaphin. 21
"
Ses équipages & ceux qui
l'accompagnoient n'auroient
pû le fuivre fi ce Prince euft
marché plus vifte . D'ailleurs
le temps que cette marche
avoit à durer n'eftoit pas perdu
, puis que les Troupes qui
devoient faire le Siege mar
-choient pendant ce temps- là ,
-& que tout: eftoit en mouvement
pour une entrepriſe , qui
bien que grande par elle- mefme
, l'eftoit encore davantage
à caufe de la faifon . Vous en
demeurerez d'accord quand
vous aurez lû ce qui fuit.
Philisbourg eft une Place
fituée au de là du Rhin , trois
lieuës au deffus de Spire , ce
fleuve entre deux , & paffe
pour une des plus importantes
Fortereffes d'Allemagne.
Ses fortifications confiftent
22
Campagne
en fept Baftions affez bas &
fans oreillons , de forte qu'ils
donnent fort peu de prife au
Canon de ceux qui les attaquent.
Il y a des demy -Lunes
aux endroits neceffaires avec
un Ouvrage couronné , precedé
d'un Ouvrage à corne
<qui acheve de remplir le terrain
. Elle est d'ailleurs naturellement
forte par fa fituation
; eſtant toute environnée
de marais , fi ce n'eſt du
cofté du Levant , où il y a
une langue de terre large
feulement de deux cens pas ,
par où il eft impoffible d'attaquer
que deux de fes Bafſ.
tions. Au delà de ces marais ,
on ne trouve preſque de tous
coftez que des bois . A main
gauche eft le Rhin , fur lequel
est un Fortappellé de
de Monfeigneur le Dauphin. 2 3
Fort da Rhin. C'eft un ouvrage
des Imperiaux , qui l'ont
bafty dans un terrain maref
cageux. Il commande à cette
Rivieres qui a de largeur environ
cent vingt - cinq ' toifes,
-& dont la rive opposée eft
bordée de bois prefque impenetrables
. Ce Fort eft joint
à la Place par une Chauffec
de huit cens pas qui traverfe
les Marais . Philisbourg a au
Levant Heidelberg , Bade au
Midy , la baffe Alface au
Couchant , & Vorms au Septentrion
. Ila fur la Riviere
un . Pont de Bateaux , dont la
tefte qui le fepare du Rhin
du cofté de Spire , a eſté défendue
par un Ouvrage en forme
de demy -'étoile à deux
demy Baſtions , & un Baftion
entier dans le milieu . Cette
2
24 Campagne
>
Place , qui eft aujourd'huy
d'une fi grande importance ,
n'eftoit autrefois qu'un petit
Village nommé Udenheim ,
fitué dans l'Eveſché de Spire ,
Gherard qui en eftoit Evelque
, le fit fortifier en 1343 .
& Georges Comte Palatin
du Rhin auffi Evefque de
Spire , en fit augmenter les
fortifications en 1513. & y fit
en mefme temps baſtir un
Chafteau . Environ foixante
ans aprés Marquard de VVaftein
, autre Evefque de Spire,
en fit rebaftir les murailles ,
qui avoient eſté détruites
pendant les guerres d'Allemagne
. Enfin en 1615. Philippes
Chriftophle de Soeteren
, Archevefque & Electeur
de Treves , & Evefque
de Spire , y fit faire de nou-
-
velles
de Monfeigneur le Dauphin. 2z
5
velles fortifications , & l'appella
Philisbourg , du nom
de Philippes qu'il portoit. Il
l'environna de fept Baftions.
pour la défenſe defquels il fit
fondre douze pieces de Canon
, dont chacun portoit la
repreſentation d'un Apoftre.
Philisbourg a fouvent changé
de Maiftre depuis cinquante
ans . La lâcheté de celuy
qui en eftoit Gouverneur
en 1633. le fit tomber cette
année là au pouvoir des Efpagnols.
Les Suedois les en
ayant chaffez de force le is .
Ianvier de l'année fuivante, le
rendirent au Feu Roy , mais
la rigueur de l'hyver ayant
empefché d'en achever les
fortifications , les Imperiaux
furprirent cette Place la nuit
du 25. Janvier 1635. & la gar-
3
B
26
Campagne
ce que
derent prés de dix ans , jufqu'à
feu Monfieur le Prince ,
alors Duc d'Anguien , la remit
en 1644. fous l'obeïffance de la
France . Il s'en rendit maiſtre
au mois de Septembre , ainfi
que de Spire , aprés qu'il eut
défait à Fribourg l'Armée Bavaroife.
Sa Majesté la fit fortifier
regulierement , & enfin les
Allemans & leurs Alliez , qui la
bloquoient depuis fort longtemps
, l'affiegerent le 16. May
1676. Ce Siege dura quatre
mois entiers, & ne leur fut renduë
par capitulation que le 17 .
Septembre.
Aprés vous avoir fait voir.
l'importance de la Place que
Monfeigneur le Dauphin devoit
affieger , il faut vous ap-.
prendre quelles Troupes furent
deftinées pour l'attaquer
.
'de Monfeigneur le Dauphin. 27
* ETAT PAR BRIGADES
des Regimens d'Infanterie , de
•
Cavalerie , de Dragons
qui compofoient l'Armée, com ",
mandée par Monfeigneur l:
Dauphin , ayant fous luy Me
le Marefchal Duc de Duras.
1 INFANTERIE .
Briga- Regi- Batail- Compadiers.
mens. lons . gnies.
M. de Picardie . 2. 32 .
Sandri Dauphin 2 . 2326
court.
Pied-
M.du mont. I. 15.
B 2
28
Campagne
Poitou . I. 16.
Perré .
Limozin. 1. 16 .
M. le Cham- I.' 17.
Chev.
pagne ,
Colbert, La Reine 1. 32 .
M. le Nor- 2 .
31.
Comte mandie ,
de Me- Grancé, 1 . 16.
davy.
M. le Auver- Auver- 2.31.
Marquis gne ,
Defcots, Artois ,
3
I. '16.
M. le
Feuquie- 2. 31.
Marquis res ,
a
de Feu
quieres ,
"
Bourbon 1. 16.
de Monfeigneur le Dauphin.29
M. le Sault, I.
Marquis Anjou , I.
de Ma- Iarze , I.
15.
17.
16 .
lauze , Rovergue, 1 . 16.
M. le Vaube- I 16 .
Comte court ,
de Vau- Royal ,
becourt, Touraine , 1 .
-M.Po- Le Roy, 3 .
I. 61 .
61 .
48
.
laftron ,
Total.
29.
462 .
B 3
30 Campagne
Brigadiers.
On ceuxqui CAVALERIE.
commandoient
les
Brigades où
il n'y avois
point deBri-
Regi- Efca- Compamens.
drons. gnies. ,
Colonel 3.
gadiers.
Mr.le
12 .
Comte General,
de Florenfac.
Orleans , 2 .
8.
* Florenf. 2.
Rouffil. 2 .
8.
8 .
M. le
Cheva
Royal , 3 .
Tilladet , 3. -
12.
12.
lier de
Tallard , 3 .
8.
Bezons.
M. le Du Roy, 3 .
12 .
Comte Bourbon , 2 .
8.
deVien . Vivans , 2 . 8 .
ne ,
de Monfeigneur le Dauphin. 31
Cuiraf.
M. Vil- Grignan ,
lepion , Villeroy ,
Rohan ,
2 .
3.
12.
8 .
2.2 8.
2. 8.
Total. 33 134
DRAGONS.
Regimens. Eftadrons . Compagnies .
Pinfonnel ,
La Lande , 3 .
Grammont , 3 .
Firmacon ,
3 .
I 2 .
12 •
12 .
3 .
12 .
12 .
48
.
Toute la Gendarmerie du
Roy eftoit auffi dans le Camp.
EGOLE D'ARTILLERIE,
Bombardiers , 60
Compagnies de Canonniers, 4 .
La Compagnie des Mincurs de
la Mothe.
F
4
3.2
Campagne
Voicy une autre Lifte qui ne
peut eftre mieux placée qu'aprés
celle que vous venez de
voir..
ETAT DES OFFICIERS
Generaux qui ont fervy au
Siege de Philisbourg fous Monfeigneur
le Dauphin.
Monfieur le Marefchal Duc
de Duras .
LIEUTENANS GENERAVX,
Meffieurs De Loyeufe .
De Montclar.
De Vauban .
De Tilladet .
De la Freziliere.
De Rubantel .
De Catinat .
D'Huxelles .
Marefchaux de Camp.
Meffieurs De Vivans .
De Nefle.
de Monfeigneur le Dauphin. 3 3
Du Bordage .
De Sebville.
D'Harcour.
De Montchevreuil.
M. de Verteillac , Major General
& Brigadier.
Brigadiers d'Infanterie.
Meffieurs de Polaftron .
Chevalier Colbert.
De Feuquiere .
De Vaubecour .
De Medavy .
Defcaux .
De Maloze .
De Sandricour
Du Perré .
Brigadiers de Cavalerie.
Monfieur du Bourg.
De Marfin .
De Laignon.
De Florenfac.
De Bezons.
Aprés vous avoir nommé
les Officiers Generaux , il faut
B 5
34
·Campagne
T
vous apprendre ceux qui cu
rent l'honneur de fervir d'Aides
de Camp à Monſeigneur le
Dauphin . Ce furent
M. le Marquis de Thiange.
M. le Marquis d'Antin . -
M. le Comte de Quelus .
M. le Comte de Mailly.
M. le Comte de Cruffol.
M. le Marquis d'Eudicourt.
M. le Comte de Guiche.
M. le Comte de Sainte-
Maure .
Les Aides de Camp de M. le
Marefchal Duc de Duras
eftoient
Mr le Comte de Duras , fon
Fils .
M. le Comte d'Auvergne .
M. le Comte de Luce .
M.le Comte de Blanchefort .
M. le Marquis du Chaftelet .
M. le Marquis de Trelon ,
de Monfeigneur le Dauphin. 35
M. le Comte de Chafteau-
Villain .
M. le Marquis de Lerry.
Il y avoit outre cela un grand
nombre de Perfonnes de qualité
qui devoient fervir à l'Armée
en qualité de Volontaires ,
mais il y en auroit encore eu
davantage, fi le Roy euft voulu
permettre de partir à tous ceux
qui luy demanderent permiffion
d'accompagner Monfeigneur
le Dauphin . Non feulement
Sa Majesté ne leur accorda
pas le congé qu'ils pour
fuivoient avec ardeur, mais jugeant
bien que tous ceux qui
devoient aller à l'Armée , voudroient
s'expofer tous les jours ,
Elle ordonna avec la prudence
qui luy eft ordinaire , que les
Princes qui avoient des Regimens
, n'iroient à la Tranchée
B 6
36
Campagne
(
que lors qu'ils la monteroient
à la tefte de ces mefines Regimens
, & que les Volontaires
feroient difperfez dans chacun
de ceux qui compofoient
l'Armée , & n'entreroient à
la Tranchée qu'avec les Regimens
où ils auroient efté mis ,
& feulement lors que ces Re- .
gimens feroient de jour. Sa
Majefté eftant perfuadée que
cela ne fuffifoit pas pour les
empefcher de s'expoſer tous
les jours , ordonna que ceux
qui contreviendroient à ce
Reglement feroient mis en
prifon , ce qui eftant arrivé
à l'un de ces Braves , il connut
que le Roy n'ordonne
rien qui ne foit executé . Le
ne le nomme point , quoy
que fon crime n'ait efté que
d'avoir eu trop de coeur &
de Monfeigneur le Dauphin . 37
que fa prifon luy ait efté ho
norable ; mais c'eftoit defobeïr
au Prince du monde le
plus jufte , & qui ne fait aucun
Reglement qu'avec beaucoup .
de prudence . Voicy les noms
de tous ces Volontaires , &
des Regimens dans lefquels ils
furent diftribuez .
Dans Champagne.
Mrs le Marquis de Grignan .
Le Duc de Brancas .
Le Comte de Tours .
Le Comte de Monfort.
Le Chevalier de Luynes.
Le Marquis de Blainville .
Aymond.
Dans Picardie.
Mrs le Marquis de Nogaret.
Le Comte d'Estrées .
Le Prince de Bournonville .
Le Marquis Delpy .
Dans le Regiment du Roy-
Mr le Duc du Mayne
38
Campagne
Meffieurs le Comte de Brionne .
De Befmau .
Le Comte de Murcé.
Le Chevalier de Murcé.
De Kercado .
Le Duc de Valentinois.
De la Chenaye .
Le Chevalier Pelot .
Le Chevalier de Soyecourt.
Le Marquis de Biron .
De Mimeurs.
De Bligny.
Dars.
Le Comte de la Fayette.
Le Comte de Guebriant .
Le Comte d'Hocquincourt.
Dans le Regiment Dauphin.
Meffieurs le Comte de Poitiers .
Le Marquis de Clerambaut .
Le Comte de Chemeraut .
Le Marquis de Chafteau Villain.
De Pompadour.
De Caftel - Moron.
de Monfeigneur le Dauphin.39
·Dans le Regiment de la Reyne
Le Comte d'Eſtrades.
Dars.
Dans le Regiment de Bourbon.
M. le Prince de Conty.
Meffieurs d'Vfez .
Le Marquis de Blanchefort .,
Le Comte de Novion.
De Francine .
Le Marquis de Broglio.
De Vibray .
Dans le Regiment Limofin.
M. de Polignac .
Dans : Feuquieres.
M.du Perré .
M. le Chevalier de Longue
ville .
Dans Normandie.
M. le Chevalier de Graves .
› Dans Vaubccourt ..
M. de Montauban .
Comme tous ces Volontaires
ne devoient monter la Tranchée
qu'avec leurs Regimens ,
40
Campagne
ce qui ne pouvoit arriver que
de loin à loin , on peut dire
qu'ils ne devoient pas eftre
fouvent expofez pendant le
Siege ; mais que Monfeigneur
qui devoit fe trouver par tout,
le devoit eftre tous les jours ,
& mefme à chaque moment.
Voicy la route que ce Prince
tint pour ſe rendre devant
Philisbourg. Le 25. Septembre
il alla coucher à Meaux , le 16 .
à Montmirel , le 27. à Fere
Champenoise , le 28. Arfilliers,
le 29. à Stinville,le 30. à Toul,
où il féjourna.Il en partit le 2.
d'Octobre , & alla coucher à
Vic , le 3. à Sarbourg , le 4. à
Paffenhoüen , le 5. à VVeiffembourg
, & le 6. il arriva
devant Philisbourg . Ce Prince
fe fit admirer dans tous les
licux oùil paffa , & commença
de Monfeigneur le Dauphin. 4 1
·
par gagner les coeurs avant
que de prendre des Places.On
remarqua fes manieres aifées
& honneftes , & il joua mefme
dans quelques Villes , afin que
ceux qui demandoient avec
empreffement à le voir , puffent
fatisfaire leur curiofité
pendant ce temps .
du
Tandis que ce Prince avançoit
, on agiffoit du cofté de
Philisbourg , afin qu'il trouvaft
toutes chofes en eftat
pour faire ouvrir la Tranchée
fi toft qu'il arriveroit
moins peu de jours aprés qu'il
feroit arrivé devant la Place!
Pour vous parler avec plus
d'ordre de tout ce qui s'eft
paffé à ce Siege , je vais vous
en faire un détail par journées
.
42. Campagne
Le 17. Septembre.
&
Monfieur le Baron de Monclar
, Lieutenant General , qui
avoit paffé le Rhin à Kell , arriva
devant Philisbourg
l'inveftit avec la Gendarmerie
, fix Regimens de Cavalerie
, & deux de Dragons . Il
occupa tous les endroits par cù
il crut que l'on pouvoit jetter
du fecours , & fit faire des intervalles
entre les Efcadrons ,
beaucoup plus grands qu'à
l'ordinaire , afin de remplir le
terrain avec le peu de Troupes
qu'il avoit. Il fit mefme des Pe
lotons compofez d'une feule
Compagnie chacun , & l'on
paffa la nuit au Biouac. Il mit
toutes les Vedettes neceffaires
du cofté de la Place. Pendant le
jour les chevaux eftoient bridez
, & chaque Gendarme &
de Monfeigneur le Dauphin. 43
Cavalier tenoit le fien par la
bride , afin d'eftre en cftat de fe
défendre , & de repouffer l'infulte
qu'auroient pu faire les
Ennemis.
Le 28.
Il ne fe paffa rien de confide
rable . Les Troupes qui inve
ftiffoient la Place fe tinrent
toujours preffées pour emper
cher qu'aucun fecours n'y en
traft , & en eftat de fe défendre
des Ennemis . Le Regiment de
Dragons de Fimarcon arriva
ce jour- là à deux heures aprés
midy , & fut fort loüés pour fa
diligence , il avoit fait dix-huit
lieuës de marche fans s'arrêter
qu'un quart d'heure pour repaître
. Il fut mis en bataille de
vant la Place , pendant que
Meffieurs de Monclar & Catinat
la reconnurenc , & diftri
44 Campagne
buerent les quartiers . Voicy.
quel fut le campement .
Le Pont du bas Rhin eftoit à
Reinhauſen .
Les Dragons de Fimarcon à
Reinhauſen , hors la ligne.
Grignan & Villeroy , entre
le Rhin & le Quartier general
.
•
Dans les Lignes à la gauche
de tout.
Picardie .
Dauphin.
Gendarmerie.
Rouffillon .
Florenfac.
Champagne .
* La Reine.
Orleans ,
Colonel General ,
Auvergne.
Artois ,
Tal art.
de Monfeigneur le Dauphin . 45
Royal.
"
Vaubecourt.
Touraine .
Royal Comtios .
Tilladet.
Bourbon .
Feuquieres .
Le Parc d'Artillerie.
Les Fuziliers.
Le Roy , Infanterie.
Vivans .
Grancey.
Normandie, fecond B.
Bourbon .
Normandie , premier B.
- Le Roy , Cavalerie.
Les Dragons de Pinfonnel, à
Kenhauden .
Dans les marais à la droite de
tout, près du Rhin .
Limofin.
Rohan .
&
Poitou.
46 Campagne
Piedmont.
Cuiraffiers .
Anjou .
Jarfé.
Roüergue .
Sault.
Je ne vous marque point icy
combien il y avoit d'Efcadrons
& de Bataillons de chacun de
ces Corps , puis que vous le ve
nez de voir dans l'état general
des Troupes qui devoient faire
le Siege dont je vous entretiens .
Le 29.
Monfieur de Monclar vint
fur le bord du Rhin , où l'on faifoit
un Pont du cofté de Guer
mershein.Il y receut Monfieur
le Maréchal Duc de Duras, &.
le conduifit à fon quartier , où
il luy donna un difné fort magnifique.
Monfieur de Duras
de Monfeigneur le Dauphin. 47.
alla vifiter enfuite tous les
Poftes , & approuva tout co
que Monfieur de Monclar a- ;
voit fait.
Monfieur le Marquis d'Vxelles
arriva devant le Fort qui eft
en deçà du Rhin , pour couvrir
le Pont volant avec deux Bri
gades d'Infanterie , comman
dées , l'une par Monfieur de
Vertillac ,l'autre
du Perré.
par Monfieur
Le 30.
Monfieur de Duras employa
toute la matinée à vifiter les
approches de la Ville. L'apréf
dinée , il alla au Camp qu'il
vifita, & donna les ordres pour :
faire les Lignes de circonvallation
. Le mefme jour Monfieur
de Vauban alla vifiter les de
hors de la Place , & remarqua
les endroits où l'on pouvoit
.
48
Campagne
s'avança à pied fort prés de
la Ville , avec un fufil fur fon
épaule , accompagné de deux
perfonnes feulement. Quelques
gens de la Place fe coulerent
le long de la haye . On
fit avancer fix Gendarmes
pour les forcer à fe retirer ; le
nombre augmenta , Monfieur
de Vauban ordonna à Monfieur
du Bourg de faire avancer encore
fix hommes . Toute la
Gendarmerie arriva au lieu de
ce petit nombre , & alla fort
prés de la Contrefcarpe . Les
Ennemis tirerent trois volées :
de Canon . La premiere donna
au milieu de l'Efcadron ,
tua un cheval , & emporta les
bras à deux Gendarmes , qui
en font morts.
Le i. le 2. & le 3. Octobre.
Il ne fe paffa rien de con ..
fiderable
de Monfeigneur le Dauphin.49
fiderable . Monfieur le Duc de
Duras fit camper les Troupes
à mesure qu'elles arriverent,&
donna tous les ordres neceffaires
pour le Camp & pour
le Siege. On travailla aux Batteries
pour battre le Pont volant
afin d'ofter aux Ennemis
la communication du pont
avec la Ville .
La nuit du 3 : an 4.
On ouvrit le foir la Tranchée
au Fort du Rhin . On y
jetta environ cinquante Bom
bes . La Tranchée s'ouvrit
auffi en mefme temps du coté
de la Ville au deffus , & audeffous
du Rhin. On ne fit
ces deux Tranchées que pour
pouvoir placer des Batteries
qui puffent voir le Fort à revers.
Monfieur le Marquis d'V
xelles qui commandoit l'at-
C
༡༠ Campagne
taque du Fort , & qui avoit
avec luy fix Bacaillons , pofà
trois Batteries , deux de Canon
& une de Bombes , tant
pour battre le Fort , que pour
couler à fond le Pont volant
qui fervoit de communication
aux Ennemis pour aller
de la Ville au Fort. fit
tirer ces mefmes Batteries
pour abbattre une Briquerie,
que les Ennemis avoient du
cofté de la Place , dans laquelle
ils avoient deux pieces
de Canon . Il fe fervit fi bien
& fi à propos de fes Troupes
& de fon Canon , qu'il emporta
le Fort l'épée à la main.
Les Ennemis en fortirent aprés
une tres foible refiftance
, & fe fauverent dans des
Batteaux du cofté de la Ville ,
parce que leur Pont eftoit
de Mnfeigneur le Dauphin. sı
déja rompu . Ils abandonnerent
auffi la Briquerie , &
laifferent leurs deux pieces de
Canon qui eftoient tres peti-
Bes . Ce Fort fut pris à dix
heures du matin , & ces deux
Poftes qui avoient coûté onze
jours aux Ennemis pendant le
dernier Siege, furent emportez
en quinze heures . Monfieur
de la Loge , Capitaine dans
Picardie , fut tué d'un coup
de Canon dans cette attaque.
On y perdit auffi un Ser
gent & trois ou quatre Soldats.
Le mefme jour à deux heures
aprés midy , Monfieur de
Colonques , Capitaine au Re
giment des Bombardiers du
Roy , & Ingenieur en chef à
Huningue , travaillant le long
du Rhin au deffous de la Pla
C 3
5.2 Campagne
ce , eut la manche emportée
d'un boulet de Canon . Il vit
venir le boulet fans changer
de vifage , ce qui fut remarqué
par les Officiers Generaux
qui n'eftoient pas loin de
luy.
Le si
Aprés la prife du Fort on
netravailla qu'à le mettre en
eftat de pouvoir fervir à bartre
la Ville par l'Ouvrage à
corne qui donne du cofté du
Rhin. Pour cet effet on travailla
inceffamment à mettre
huit pieces de Canon en état
de tirer le lendemain , & elles
auroient tiré le mefme jour ,
file Pont de Bateaux que
l'on avoit fait au deffus du.
5
Rhin , n'cuft pas rompu fous
la premiere que l'on voulut
y faire paffer . Les deux Trapde
Monfeigneur le Dauphin . 53
chées que l'on avoit faites au
deffus , & au deffous du Rhin
pour donner lieu d'y mettre
des Batteries afin de battre le
Fort à revers , ne furent d'aucune
utilité , le Fort ayant
efté pris plutoft que l'on
ne croyoit . On les laiffa dans
l'état où elles eftoient. Elles
fervirent neanmoins pour at
taquer l'Ouvrage à corne par
fes deux flancs . On attendit
que Monfeigneur le Dau
phin fuft arrivé pour les
continuer. On les conferva
avec quelques Troupes , afin
d'empefcher les Ennemis de
les détruireid a good 51
Lanuit du 5. au 6.
Il fe paffa cette nuit- là une
chofe affez particulière mais
avant que de vous en faire
C 3
54
Campagne
part , il eft à propos de vous
dire que tout le Canon qui
devoit eftre devant Philif
bourg eftoit defcendu le
long du Rhin à Rheinsheim ,
& que pour arriver aux lieux.
où il eftoit deftiné , il falloit
qu'il fift plus de trois grandes.
licues d'Allemagne dans des
chemins impraticables
--
4
• &
d'où
peut
eftre
il ne
feroit jamais
forty
, fi M.
le Duc
de Duras
, prevoyant
que
le chemin
gafté
par
la mauvaiſe faifon
en
retarderoit
l'arri- vée
, n'euft
refolu
de le faire
defcendre
dans
des
Bateaux
,
le
long
du
Rhin
, & de
le
faire
paffer
entre
le Eort
& la
Ville
, fous
le
feu
de l'Ou- vrage
à Corne
. Il le propoſa à quelques
Officiers
Generaux
qui
s'y oppoferent
en
de Monfeigneur le Dauphin . 55
tierement , & qui reprefen .
terent que c'ettoit trop expofer
le Canon ; que dans
Pexecution de ce deffein onpourroit
faire une perte con +
fiderable & qu'ainfi il ne
falloit rien hafarder. M. de
Duras qui outre de fort bonnes
raifons: Lavoit encore:
celles que donne une longue
experience qui l'avoit fait jus
dicieufement
prevoir à tout
ce qui pourroit arriver
chargea de tout le fuccés de
cette entreprife , & fe fervit
de fon autorité pour donner
fes ordres , afin qu'on le fift
paffer. Ses raifons eftoient ,
fe
la nuit devoit estre exque
tremement obfcure en ce
temps-là , & que cette obfcurité
luy devant eftre favora→
ble , empefcheroit que le Ca-
€ 4
$ 5
Campagne
: }
non de la Ville ne puſt nuire
à fon deffein que quand
mefme les Affiegez s'appercevroient
de la chofe , & tireroient
au hazard , ils auroient
peine à faire plonger
leurs boulets ; que par confequent
il n'y pouvoit avoir
à craindre que le feu de la
Moufqueterie , qui ne pouvoit
endommager ny les Ba
teaux ny le Canon . Tout arriva
comme M. de Duras fe
l'eftoit propofé , & les Bateaux
& le Canon pafferent
fans aucun accident. Ils effuyerent
feulement quelques
coups de moufquct qui ne
leur cauferent aucun dommage.
Tout arriva à bon port à
la pointe du jour , & le Čanon
fut en eftat d'eftre conduit
où l'on en avoit befoin . On
de Monfeigneur le Dauphin. 57
fit pendant cette feule nuit
ce qu'on n'auroit pas fait en
huit jours par terre . Il y avoit
cent Fuzeliers dans les Ba
teaux ,
4
& on avoit pris foin
de mettre des Officiers auprés
de ceux qui conduifoient ces
Bateaux , pour empefcher que
La peur qu'ils pourroient avoir
, ne puft prejudicier à
cette entreprife . Enfin les
ordres de M. de Duras furent
fi bien donnez & fi bien
executez , que tout répondit
heureuſement à ſon attente.
On ne peut guere voir de
manoeuvre plus belle , & plus
hardies M. de la Frezeliere ,
cut auffi part au fuccés de ce
deffein.
Leb.
Monfeigneur le Dauphin
arriva au Camp fur les trois
G.S
58
Campagne
4
heures aprés midy accom--
pagné de Monfieur le Duc
de Monfieur le Prince de
Conty , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de la plus
grande partie des jeunes Seigneurs
de la Cour , qui devoient
fervir cette Campagne
en qualité d'Aides de Camp,. ,
& de Volontaires . M. de Du- .
ras le receut à la tefte du Pont
de Bateaux dreffé fur le Rhin
vis à vis de Germerscheim ,
Monfeigneur luy témoigna
le plaifir qu'il avoit de ce
qu'il devoit commander fous
luy l'Armée , à la tefte de laquelle
il venoit fe mettre.
Aprés que M. de Duras cut
marqué à ce Prince par de
profonds refpects fa recon-
Boiffance de l'honneur qu'il i
Juy faifoit , il le conduifit
?
7
C
de Monfeigneur le Dauphin. 59
dans tout le Camp , luy montra
tous les Poftes , & luy
rendit compte de tout ce
qu'il avoit fait . Ce Prince
voulut dés ce jour la reconnoiftre
la Place , & s'avança
fur quelques hauteurs pour la
mieux voir. Aprés qu'il eut
tout vifité , il vine au quariier
de M. de Duras à Auberhaufem
j il eftoit plus de
cinq heures lors qu'il y arriva s
poar fe repofer , & il avoit efté
à cheval depuis la pointe dus
jour. Comme fes équipages
n'eftoient point encore arrivez
, & qu'une impatiente ardeur
d'acquerir de la gloire ,
en méprifant le peril , l'avoit
fait avancer fans les attendre ,
M. de Duras eut l'honneur
de luy donner à foûper , ainfi
qu'à toute la Cour qui eftoit
fort nombreufe...
бо Campagne
Le 7.
Monfeigneur employa la
matinée à vifiter toutes les
Gardes . Il fit le tour des Lignes
, & aprés avoir reconnu
le terrain > il approuva les
Attaques . Il y en avoit trois.
La grande , que l'on appelloit
de Monfeigneur le Dauphin
eftoit au Nord de la Ville , &
alloit aux Baftions de la Londe
, & de Turenne . Les deux
autres attaques eftoient du
cofté du Rhin au deffus &
au deffous de la Place. Celle
du haut Rhin eftoit pouffée.
à l'avant fofé de la gauche.
de l'Ouvrage à corne ; celle
du bas Rhin avoit deux branches
dont l'une traverfoit un
marais pour communiquer à
la grande attaque ; & l'autre
eftoit fur le bord de la Ri
1
de Monfeigneur le Dauphin. 61
>
4
viere , & tiroit vers la pointe
de l'Ouvrage à corne . Des
Troupes détachées de cha,
ques Corps montoient la
Tranchée à ces deux Attaques
& eftoient commandées
chacune par un Maréchal de
Camp , & par un Colonel ..
Monfeigneur aprés avoir
tout examiné avec beaucoup
d'application , alla diner chez
M. de Duras , qui l'avoit accompagné
par tout . L'apréf
dinée fe paffa à voir debarquer
le Canon , que l'on conduifit
au Parc de l'Artillerie.
Il paffa environ à une porté
de Moufquet des murailles
de la Ville. Monseigneur de
meura expofé an feu des Affiegez
avec une fermeté qui
furprit tous ceux qui en fus
rent témoins , & qui faifant
62
Campagne
juger de la maniere dont ilmétiferoit
les dangers pendant
tout le Siege , commença
à faire craindre beaucoup
pour fa Perfonne . Il alla voir
auffi travailler au fecond
Pont de Bateaux qu'on faifoit
au deffous de Philif
bourg. Ce Pont a efté tresutile
, & a fervy de paffage à
toutes les Munitions , tant de
bouche que de guerre , qui
devoient arriver au Camp,
M. de Vilacq , Lieutenant de
Roy de Strasbourg , qui eftoit
chargé du foin de faire conftruire
les Ponts , en inventa
un de plufieurs radeaux , qui
fut formé en moins de deux
heures . La Cavalerie & les
chariots pafferent fur ce pont,
en attendant que celuy der
Bateaux fuft fait. Pendant 4
de Monseigneur le Dauphin. 63
que Monfeigneur voyoit travailler
on tira trois volées de
Canon de la Place . Les Travailleurs
en furent fort épouvantez
, & le dernier paffa à
quinze pas de Monfeigneur..
Ce Prince regla ce jour - làl'ordre
dans lequel on devoit
monter à la Tranchée , &
diftribua les Volontaires
dans les Regimens , pour y
obferver l'ordre que je vous
ay déja marqué.……
·
Monfeigneur chargea Mr
de Duras , de témoigner aux :
Officiers
, qu'ils luy feroient
plaifir de le voir à fon diner
mais qu'il les prioit de ne le point
fuivre à cheval , ainfi ce Prin
ce vouloit s'expofer feul , &
menager les Officiers lors
qu'il ne fe menageoit pas luv- ..
mefme. Quoy que ce Princes
?
64 Campagne
fe foit toûjours fait rendre
ce qui eft dû à fon rang, fans
fouffrir qu'on luy manquaft
de refpect , fa bonté naturelle
l'avoit fait vivre jufque là
avec les jeunes Seigneurs de
la Cour d'une maniere affez
libre pour les autorifer à
quelque forte de familiarité ,
mais en confervant toûjours
la mefme bonté , il prit en
arrivant à l'Armée ; un air qui
fit fouvenir toute la jeuneffe
du profond refpect qu'elle
luy devoit , & qui le fit admirer
de fçavoir prendre fea
lon le temps , le caractere qui
le devoit faire paroiftre toute
ce qu'il eft.
Le 8. Octobre...
La grande tranchée n'é
tant pas encore ouverte , on
pouffa celle du bas Rhin qui
de Monfeigneur le Dauphin. 65
eftoit déja commencée. Les
Ennemis tirerent beaucoup
& ils le firent avec d'autant
plus de facilité qu'on n'avoit
point encore de batteries en
état de demonter les leurs . Ils
avoient des Canonniers fort
habiles ; & l'on remarqua que
le mefme canon qui le 4. avoit
emporté la manche de Mr
de Colonques dont je vous
ay déja parlé , tua d'un meſme,
coup Mrs de la Londes
& Pigeon , Ingenieurs . Mr de
la Londe avoit la veuë courte
, parce qu'il l'avoit euer
brulée. Mrade Colonques
avoit efté nommé pour fac
compagner , & pour l'inftruire
des chofes que la foibleffe de
fa veuë l'empefchoit de voir
affez
diftinctemente pour
en juger. Un ordre , receu ent
66
Campagne
éloignaMonfieurde Colonques
pour un peu de temps. Monfieur
Pigeon prit fa place , &
ayant fait avancer M. de la
Londe dans un lieu , oùil n'au
roit pas efté s'il avoiteu meilleure
veuë , le Canonnier ennemy
ne les manqua pas .
Le S
On 'fe logea fur l'avant
foffé à l'attaque du Hauts
Rhin. On y perdita cinq ou
fix Soldats , & il y en eut en
viron trente de bleffez. Vn
Ingenieur y cut un coup de
moufquet au travers du corps ,,
on ne pouffa pas plus avant ,
& on s'y établit feulement
afin de pouvoir attendre feurement
que le canon puft
eftre en batterie. Les munitions
commencerent à paffer
fur le Pont de bateaux du base
Rhin.
de Monfeigneur le Dauphin . 67
Le to..
Monfeigneur alla à la poin
te du jour reconnoiftre les
endroits , par où l'on devoit
ouvrir la grande tranchée &
celuy où l'on devoit élever
les batteries. Il s'avanca fort
prés de la contrelcarpe . H
eftoit accompagné de M. de :
Duras , de M. le Comte de
Brionne qui le fuivoit en qua
lité de grand Ecuyer , de M.
le Duc de Beauvilliers , nom
mé par lé Roy pour luy fer .
vit de premier Gentilhom
mede fa Chambre , de M. de
Vaubans, Lieutenant Gene ,
ral , qui avoit la conduite dess
travaux du Siege , de M. Du
mont , fon Ecuyer ordinaire ,
des cinq Officiers de fes Gardes
, & de fon Ecuyer de
quartier. Voilà ceux qui ont
68
Campagne
eu le privilege de le fuivre
dans tous les perils où ce
Prince s'eft expofé fi fouvent;
ce qui a efté abfolument refufé
à tous les Volontaires.
Les , Affiegez firent un grand
feu , & un boulet de canon
tomba à dix pas de Monfei
gneur , & tua deux Grena
diers .
L'attaque qui eftoit du côté
de cette grande tranchée ,
eftoit devant un des plus
grands fronts que l'on puiffe
voir , & avoit plus d'un grand
quart de lieuë de long. Monfeigneur
mit pied à terre , &
examina la Place pendant
deux heures . Ce Prince alla
enfuite vifiter la tranchée du
bas Rhin . M. de Duras ne le
quita point malgré la goute
qu'il avoit violemment de
de Monfeigneur le Dauphin . 69
puis deux jours . Il luy reprefenta
plufieurs fois qu'il devoit
moins
s'expofer , mais
l'ardeur de ce Prince fe trouvoit
encore plus forte que les
confeils
qu'on luy donnoit,
M. le Marquis de Nefle ya-
-voit monté la tranchée avec
le Regiment
de Bourbon ,
Monfeigneur
trouva à la teſte
de la tranchée
Monfieur le
Duc & Monfieur le Prince de
Conty qui y avoient
paffé la
nuit , & qui avoient beaucoup
animé les travailleurs
,
&
par leur
prefence
, &
par
leurs
grandes
liberalitez
. L'ouvrage
avoit
efté
pouffé
cette
nuit
-là
jufques
à la
paliffade
de
l'ouvrage
à corne
, & il y
eut
quinze
Soldats
tuez
. Les
Ennemis
firent
un
feu
continuel
pendant
tout
le
temps
70 Campagne
que Monfeigneur demeura
dans la tranchée , & tirerent
mefme beaucoup de canon
chargé à cartouche . Cependant
ce Prince vit toutes les
tranchées depuis la queue jufques
à la tefte , & s'y promena
d'un air auffi tranquille
, que
s'il avoit efté dans un lieu où
il n'y euft eu rien à craindre ,
quoy qu'il ne fuft pas à foixante
pas des Ennemis , qui
tirerent fort adroitement .
Laprefdinée ,la goute ne permettant
pas à Monfieur de Du
ras de fortir de fa Chambre ,
Monfeigneur y alla tenir confeil
pour y refoudre ce qui concernoit
le Siege & le Camp.
Ce Prince y demeura fort longtemps
.
M. le Marquis de Rebé à
l'attaque du haut Rhin , fic à
de Monfeigneur le Dauph n. 7×
la tefte du Regiment de Piedmont
, un logement fur le glacis
fans avoir eu que quatre
Soldats bleffez .
Le foir , Monfeigneur alla
à l'ouverture de la grande
Tranchée ,'que Monfieur
de
Vauban avoit pris foin de tra
cer luy mesme. Elle fut mon•
tée par M. de Ioyeufe , Lieutenant
General
, & par M.de
Polaftron
Brigadier
. Les
Volontaires
eftoient
Monfieur
le Comte d'Eftrées
, M. le Marquis
de Nogaret, & Monfieurle
Duc de Bournonville
. M. le
Comte de Mornay eftoit Aide
de Camp de Monfeigneur
.
Les Tronpes
furent animées
par la prefence
de ce Prince ,
qui leur fit diftribuer
beaucoup
d'argent . L'ouverture
fe fit dans un grand filence ,
72
Campagne
& avec un tres - bon ordre ;
il fut fi bien concerté , que les
Ennemis , qui avoient tourné
leur attention fur les autres
Attaques qui commençoit à
les preffer , ne s'en apperceurent
pas. On y pofa cette
nuit- là plus de deux cens
Travailleurs fur une feule
Tranchée. Ils poufferent lear
travail à plus de mille toifes ,
quoy.que dans un terrain tout
entre coupé de flaques d'eau
& de marais , fans qu'il y euft
qu'un Soldat bleffé . Monfieur
de Vauban demeura toujours
expofé , de forte que toute
l'Armée apprehendoit que
quelque malheureux coup ne
privaft la France d'un fi habile
homme.
La mefme nuit que la grande
Tranchée fut ouverte ,
l'Attaque
C
de Monseigneur le Dauphin.73
l'Attaque du bas Rhin chaffa
les Ennemis de la pointe d'un
chemin couvert qu'ils tenoient
le long du Rhin , &
s'empara d'une petite maifon
? fituée en cet endroit
mée la Maifon du Peage.
La nuit du 10. au 11 .
nom
- Outre le fuccés que je vous
ay marqué qu'avoit eu l'ouverture
de la grande tranchée
, on dreffa la nuit deux
batteries de dix pieces de canon
chacune. Les Volontaires
qui y demeurerent toute
cette nuit- là , s'avancerent
au delà des travailleurs , pafferent
mefme un Corps de
garde avancé
& furent decouverts
par des Soldats ennemis
qui eftoient dans des
chemins couverts . Ces Soldats
leur firent une decharge
>
D
74 Campagne
de plus de trente coups de
moufquet que ces jeunes Scigneurs
effuyerent avec une :
fermeté qui alla au delà de
tout ce qu'on en pouvoit attendre.
Ces Volontaires dont
je vous ay déja nommé quelques
uns ,étoient Mrsles Comte
de Duras , Mrs les Marquis
du Chaſtelet , & de Nogaret ,
& Mr le Comte d'Eftrées . Il
n'eft pas étonnant que ce dernier
ait fait voir tant de fermeté
, puis qu'il a déja vû
plufieurs affaires qui ont pers
fuadé de fa valeur. Quant aux
autres qui ne s'eftoient point
encore trouvez dans le peril ,
on peut connoiftre par ce
coup d'effay de quoy ils font
capables , & de quelle maniere
ils fe feront diftinguer
dans la fuite.
de Monfeigneur le Dauphin. 75
Le IL.
la
Monseigneur le Dauphin
alla reconnoiftre les environs
du Camp à trois ou quatre
lieuës à la ronde , pour voir
par où les Ennemis pourroient
marcher à fes lignes.
Ce Prince demeura prefque
toute la journée à cheval . Mr
de Duras ne le put fuivre à
caufe du mal violent que
goute luy caufoit , & Monfeigneur
alla chez lay tenir
confeil. On travailla à une
Place d'armes pour contenir
deux mille hommes & on
dreffa une batterie de douze
pieces de canon à la tefte de
cet ouvrage . On prit à l'attaque
du bas Rhin une maifon
où les ennemis s'étoient retranchez
on paffa l'avant foffé
, & on fe logea dans l'angle
D 2
76 Campagne
du chemin couvert de louvrage
à corne. On ne perdit
qu'un Soldat en faifant ce logement.
A la grande attaque
on avança une batterie de
douze mortiers , à caufe qu'elle
eftoit trop éloignée. Les
travaux furent pouffez jufqu'à
la riviere à l'attaque du
haut Rhin. Mr de Mauroy
Capitaine du Regiment de la
Reyne , & trois Soldats y furent
bleffez .
;
La nuit du 11. 46 12 . I
Mr le Marquis de Tilladet ,
Lieutenant General , monta la
grande tranchée. On aprocha
à foixante toifes du Corps de
la place , où l'on trouva beau-
Coup de terre , en forte qu'on
s'y logea aifément. Les Ennemis
tirerent beaucoup de Canon
chargé à cartouche. Cede
Monfeigneur le Dauphin. 77
pendant il n'y eut qu'un Soldat
tué. Ce fuccés mit les
noftres à tres - bonne portée
pour l'établiffement des Batteries
. On en établit une de
dix pieces de Canon , & l'autre
de douze Mortiers , qui
à la pointe du jour firent taire
les Ennemis. On fceut par un
Transfuge que rien ne les:
effrayoit davantage que les
Bombes. Les Attaques du
haut, & du bas Rhin fe prolongerent
l'une vers l'autre ,
& elles fe feroient dés lors
jointes enfemble fans les foffez
& les flaqués d'eau qui fe
rencontrerent , ce qui incommoda
beaucoup les Soldats
qui estoient dans l'eau jufqu'aux
genoux. Deux Offciers
du Regiment de Vaubecourt
furent bleffez cette
D 3
78
Campagne
nuit - là , avec environ quinze
Soldats .
Le 12.
On s'appliqua à s'affurer
le grand travail qu'on avoit
fait la nuit precedente , on
perfectionna la Tranchée de
la grande Attaque , & on fit
des communications aux Batteries.
Deux Capitaines , l'un
de Picardie , & l'autre du Regiment
Dauphin y furent >
bleffez avec deux Soldats .
La nuit du 12.4 1.3 .
On pouffa la Tranchée de
la grande attaque jufque fur
le bord de l'avant - Foffé. Mr
de la Vigne , Lieutenant Colonel
du Regiment de Feuquieres
, fut bleffé en faisant
avancer ce Travail. On fit
entre la Ville & le Rhin , la
communication des deux atde
Monfeigneur le Dauphin. 79
taques du haut & du bas
Rhin , & les Travaux fe trouverent
affez avancez pour
pouvoir approcher les Batteries
du Canon & des Mortiers
à bonne portée de la
Place..
∙Le 13.
Sur les neuf à dix heures
du foir M. le Marquis de
Prefle , Colonel du Regiment
d'Auvergne qui eftoit de
Tranchée , alla attaquer avec
quelques Grenadiers la contrefcarpe
de la Redoute qui
eft au bout de la grande Attaque
, fortifiée d'un petit
retranchement paliffadé à la
tefte du chemin couvert , &
qui avoit efté faite par feu M.
de la Londe durant le dérnier
Siege. Il la voulut emporter
l'épée à la main ; ceux
D
4
80
Campagne
qui la défendoient firent
beaucoup de refiſtance > &
nos Soldats croiferent leurs.
moufquets au travers des paliffades
avec ceux des Ennemis.
Mr de Prefle ſe jetta l'épée
à la main par deffus les.
paliffades , & vingt Grenadiers
le fuivirent animez par
fon exemple . Il emporta cette
contrefcarpe , ceux qui la défendoient
furent prefque tous.
tucz , & il y en eut trois qu'on
fit prifonniers . M. de Prefle
recent un coup de moufquet
au deffus de la hanche qui ne
donna que dans les chairs.
Les Affiegeans curent huit
ou dix Soldats tuez , & dix
cu douze bleffez . Ce fuccés
ne fut d'aucune utilité ,
parce qu'on ne put garder
cet Ouvrage , à caufe qu'il
de Monfeigneur le Dauphin. 81
eftoit trop éloignée de la
Tranchée . Les Ennemis firent
un plus grand feu de moufqueterie
qu'ils n'avoient de
coûtume . On acheva la communication
de la grande Attaque
avec celle du bas Rhin ,
ainfi la Batterie de douze
que
Mortiers qui commencerent
à ne plus ceffer de jetter des -
Bombes fur les ouvrages des
Affiegez.
La nuit du 13. au 14.
:
"
Les Ennemis firent une
fortie à une heure aprés minuit
du cofté de la grande
attaque. Ils eftoient environ
quatre- vingt , qui échaufez
de la vapeur du vin , comme
on l'a fçeu depuis , tomberent .
avec fureur fur les Travailleurs
de la Tranchée , qui
eftant furpris & épouvantez
par le feu & par le bruit ,furent
Dis
82
Campagne
·
bien toft renverfez . Mr de
Catinat , Lieutenant General
qui eftoit de jour à la tranchée
, courut où commençoit
le defordre , & s'eftant mis
l'épée à la main à la tefte de
quelques Grenadiers , chargea
Tes Ennemis avec tant de valeur
, & tant de prudence ;
qu'il les repouffa jufque dans
feurs paliffades . Il en tua cinq
ou fix , & fit quelques Pri .
fonniers . Il cut un coup
de Moufquet qui luy perça.
fon chapeau , & luy effleura
le deffus de la tefté . M. de
Blanzac Capitaine dans le Regiment
d'Auvergne receut
auffi on coup de moufquet à
Pépaule , & M. Merille , Sous-
Lieutenant des Grenadiers ,
Mr Boutilliers Aide de
Camp de M. le Marquis
>
"
de Monfeigneur le Dauphin.83
Y
d'Huxelles , & M. le Rous ,
Lieutenant de la Colonelle
de Biron , furent auffi bleffez .
Mrle Comte de Quelus , Aide
de Camp de Monseigneur
& Mrle Comte de Luce , Aide
de Camp de M. de Duras , fe
trouverent dans la mêlée , &
donnerent des marques de
leur courage , & de leur intrepidité
. Il y eut environ
vingt Soldats tuez. Les Ennemis
y perdirent deux Officiers
& beaucoup de Soldats
, la peur les ayant faifis
dés qu'il ne fe fentirent
plus échaufez par les fumées
du vin . Ils firent en
mefme temps une autre fortie
du cofté de l'attaque du
haut Rhin ; mais il fe retirerent
après avoir feulement
jetté quelques grenades . On
D. G
8:4
Campagne.
尊
+
pouffa cette attaque jufque
fur les angles du chemin couvert
de l'ouvrage à corne ; il yeut
dix Soldats bleffez & fix
de tuez. On fit à celle du bas
Rhin an logement fur le glacis
du chemin , couvert du
mefme ouvrage , & on travail .
la à une batterie de fix picces
de canon .
Le 14 :
Entre fix & fept heures da
matin on entendit un Tambour
, & dans ce moment on
ceffa de tirer de part & d'autre
. On envoya fçavoir ce que -
ce Tambour avoit à dire , &
il demanda qu'on permiſt aux
ennemis d'enlever deux de
leurs Officiers qui avoientelté
tuez dans l'affaire qui s'étoit
paffée la nuit. M. Catinat y
confentit pourveu qu'ils fuf
de Monfeigneur le Dauphin.85.
"
fent reportez dans la Place:
par des Soldats François . Les
Ennemis en demeurerentd'accord
. Monfieur Catinat fit
prendre des juftaucorps de
Soldat à deux Ingenieurs , qui
en emportant les corps dans la
Place ; & en s'en retournant ,
eurent le temps d'exami
ner de prés les fortifications
& les foffez . L'un d'eux feid'avoir
foif , defcendit gnant
dans le foffe de la demy lune ,
& le fonda avec un bafton . Il
trouva qu'il n'y avoit que
deux pieds d'eau , & que le
fond n'eftoit que de glaife..
Il's firent quantité d'autres remarques
qui donnerent à M.
de Vauban des lumieres tresutiles
, dont ils profita . Nos
Mortiers tirerent dans les
Baltions , & dans les chemins. -
:
>
T
861
Campagne™
Couverts & firent un tres
grand effet. On mit vingt
pieces de Canonsen batterie ,
& douze Mórtiers à.cent.
toifes de la Place . M. le Marquis
de Nefle receut la mefme
journée à quatre heures aprés
midy , un coup de moufquet
à la tefte. On eut beaucoup
de peine à le faire refoudre à
fortir de la Tranchée.
La nuit du 14. au 15.
On s'étendit le long de l'a--
vant foffé ou flaque d'eau ,qui
a des endroits de trente toifes
de large , & de deux pieds & .
demy de profondeur . Le terrain
eftant fort mauvais par
tout , la pluye continuelle
qu'il fit pendant quelques
jours , augmenta les difficultez
qu'il y avoit de paffer cet
avant follé , auffi bien que le
de Monfeigneur le Dauphin. 87
¿.
grand front que la Place a de
ce mefme colté d'où elle
faifoit un fort grand feu , &-
tiroit beaucoup de Canon ..
Monfieur le Duc du Maine
qui fervoit dans le Regiment
du Roy , contribua beaucoup
par fa preſence & par fes li
beralitez , à tout ce qui fe fit
cette nuit -là . Il anima les
Soldats , & n'oublia rien de
ce qu'il devoit au Sang dout:
il a l'honneur d'eftre forty.
Aux Attaques du haut & du
bas Rhin , on fe logea à l'une
& à l'autre fur l'angle de la
Contrefcarpe de l'Ouvrage à
corne .
Le
15:
On fit un grand feu ce
jour - là , tant du cofté des
Affiegeans que de celuy des
Affiegez . Les Bombes cau88-
Campagne
1
ferent un grand embraſement
& un grand defordre
dans la Ville , & le Canon des
Ennemis tua trente Soldats
dans la Tranchée. Monfeigneur
le Dauphin continuant
à s'expofer , un Grenadier du
Regiment du Roy fut tué , à
quelques pas de luy . Ce Prince
vifita ce jour - là tous les
travaux de la grande Attaque;
& s'avançajufques auprés des
Sapeurs.
Lanuit du 15. au 16 .
On fit la communication des
deux Logemens fur l'angle de
la Contrefcape .
Le 16..
Les Batteries tirerent tout le
jour fur le demy - baftion de
l'ouvrage couronné .
Le 17.-
On affeura le logement
de Monfeigneur le Dauphin . 89
mes
qu'on avoit fait fur l'angle
de la Contrefcarpe de l'ouvrage
à corne ; on faigna le
foffe du mefme ouvrage d'où
il fortit beaucoup d'eau , ce
qui en facilita la prife. Les
Ennemis tirerent continuellement
fur les Tranchées , &
tuerent douze ou treize homblefferent
cinq ou fix.
Officiers , & plus de vingt
Soldats . M. le Duc de Duras ,
malgré toutes les attaques de:
fa goute , fe faifoit porter en
chaife , & vifitoit toutes les
tranchées & tous les travaux ,
n'épargnant ny fes foins ny
fes peines pour examiner
tout. Va Transfuge de la
Ville affura que les Ennemis.
avoient encore plus de qua-
-vingt - quinze pieces de
Canon , & la prife de cette
୨୦ Campagne
Place paroiffoit d'autant pluss
difficile , que Monfieurde Vauban
avoit travaillé à la rendre
imprenable . I fit un fi vilain .
temps ; qu'on en fouffrit plus
que des Ennemis . On eut des
peines incroyables à avancer
les ouvrages . Les Ennemis tiroient
inceffamment de la
Place , & on avoit à effuyer
leurs feux , & l'eau du Ciel ;,
deux de nos Canonniers furent
tuez..
Le 18.
On affeura cette nuit- là un
logement fur la Contrefcarpe
de la Redoute de la Londe ..
Les Ennemis firent une fortie
qui n'eut pas grand effet.
On les repouffa vigoureufe .
ment , & Monfieur le Duc.
& Monfieur le Prince de
Conty s'expoferent fans fe
de Monfeigneur le Dauphin. 91
ménager , en forte qu'ils char
gerent eux mefmes les Ennemis
, à la tefte du Regiment
de Berry , & les obligerent à
fe retirer. M. de Vilandry fut
bleffé d'un coup de grenade..
Un de nos Canons fut démonté
& un Commiffaired'Artillerie
eftant dans fa
Batterie fut emporté d'un
bouler. Le feu prit dans un
tonneau de poudre qui enlevá
deux Soldats . Ils furent
tellement confumez du feu
en l'air , qu'il ne'n parut rien ..
Hy en eut trois ou quatre
autres brûlez .
La nuit du 18. au 19 .
On alla à la fape dans les
chemins couverts de la Redoute
de la Londe. On defcendit
jufque dans le foffé
où l'on demeura. On jettał
92
Campagne
>
plufieurs Bombes dans la Redoute
qui firent un tresgrand
degaft . Les travaux ne
purent guere avancer du côté
de cette attaque ; à cauſe du
grand lac ou flaque d'eau qui
fervoit d'avant - foffé à la
Contrefcarpe. Cer obſtacle
fut grand & facheux . M. de
Vauban découvrit une pente
par qu'il prétendit le faigner
d'une maniere qu'il n'y retteroit
plus d'eau , ce qui fit efperer
un grand avantage ; mais
le temps fut fi mauvais , & la.
pluye tomba en telle abondance
, qu'elle abifmoit les
Troupes entierement . Les
Tranchées eftoient toutes
pleines d'eau , & on avoit
grande peine à y marcher. M.
le Comte de Chafteau- Villain
, Aide de Camp de M.
de Monfeigneur le Dauphin, 93
?
de Duras , qui eftoit à la gran
de Attaque , pour luy rendre
compte de ce qui s'y pafferoit
, voulant vifiter luy - même
le chemin couvert de la
Redoute afin de pouvoir
faire un plus fidelle rapport ,
y receut un coup de Moufquet
qui luy emporta le bout
d'une oreille. M. le Marquis
du Bordage ne fut pas fiheureux
. Il eftoit Maréchal de
Camp de jour à la Tranchée
du haut & du bas Rhin . Ce
Marquis eftant à minuit à la
tefte des Travailleurs pour
voir luy - mefme fi on avançoit
, receut un coup de moufquet
au milieu de la tefte ,
dont il mourut dix heures
aprés , fans avoir parlé . Quelques
Soldats furent auffi tuez ,
& quelques Officiers bleffez .
694
Campagne
Le 19.
>
Il ne fe paffa rien qui fuft
digne de remarque . Monfieur
le Duc de Duras à qui la
goute donna quelque relâche,
paffa toute l'apreldînée dans
la Tranchée de la grande Attaque
. Sur le foir , Monfieur
de Colonques, dont je vous ay
déja parlé , fut chargé de faire
un logement à travers l'avantfoffé
, qui n'eft que vafe & rofeaux
, à quoy il réüffit , & méme
il fit plus qu'on ne luy
avoit demandé .
La nuit du 19. au 20.
Cette nuit là s'eftant trouvée
fort belle , on fe voulut
fervir de cet avantage pour
avancer les Travaux. On étoit
logé dans le chemin
couvert de la Redoute de la
Londe , qui eſt à la gauche de
de Monfeigneur le Dauphin, 95
la grande attaque . M. d'Huxelles
, Lieutenant General
de jour , entra à dix heures
du foir dans ce logement , &
s'eftant découvert pour voir
fonder le foffé , il recent dans
ce moment un " coup
de
fortit
Moufquet , qui gliffant le
long de l'omoplate.
fans entrer dans le ftorax .
Tout bleffé qu'il eftoit , il fit
porter des fafcines dans le
foffe , & fut enfuite obligé de
faire remedier à fa bleffure.
A peine fut - il panfe , qu'il
courut à un grand bruit de
moufqueterie qu'il entendit.
fur la droite de fon Attaque
qui eftoit la grande , fur le
bord de laquelle il y avoit
une petite Chauffée , qui paffant
au travers du Marais , va
droit à la Contrefcarpe ; les
96 Campagne
·
Ennemis avoient fait un petit
logement de terre fur cette
Chauffée , où ils eftoient
huit ou dix hommes ; on y
envoya un Sous -Lieutenant,
fuivy de dix Grenadiers pour
l'emporter. Il y réüffit , mais
il fut fort bleffé , & de ces
dix Grenadiers on en perdit
huit. Comme ce Sous Lieutenant
eftoit fortement foûtenu
, les Ennemis abandonnerent
le pofte dont on demeura
maitre. L'envie que
l'on eut de le garder , fit qu'on .
employa quantité de Travailleurs
pour conduire la:
Tranchée jufques à ce logement
fans pouvoir eftre enfilé.
On s'opiniâtra à
vailler malgré le feu des En-,
nemis , qui fe trouva fi grand
qu'on fut enfin obligé d'abandonner
y trade
Monfeigneur le Dauphin.97
bandonner , & le logement ,
& la Tranchée . On n'eut pas
beaucoup de peine à s'y refoudre
, parce que ce poſte
eftoit peu confiderable . Sitoft
que M. le Marquis d'Huxelles
fut bleffé , M. le Marquis
de Trélon qui eftoit auprés
de luy , le fit fçavoir à
M. de Duras , dont il eftoit
Aide de Camp. Il luy manda
en mefme temps , que nonobftant
la bleffure , il vouloit
agir , & qu'il feroit à propos
de luy ordonner de fe retirer ,
& de fe donner du repos. M.
de Duras luy envoya M. le
Marquis de Levy , l'un de fes
Aydes de Camp ; il obeït &
fe retira. Il eftoit fous le feu
des Ennemis au milieu des
Travailleurs qu'il animoit ,
afin qu'on puſt garder le re-
E
98
Campagne
A
tranchement que l'on avoit
emporté. Il y eut dans cette
affaire plus de foixante hommes
tant tuez que bleffez .
M. de Beauregard , Ingenieur,
eut le pied & la jambe gauche
brifez d'une Grenade , & la
cuiffe droite percée d'un coup
de moufquer. M. Regnaud ,
Ingenieur , fut auffi bleffé ,
ainfi que M. de la Grange ,
Capitaine dans Normandie
Monfieur de la Roquette , Sous-
Lieutenant dans le mefme
Regiment , & M. Efclotaire ,
Capitaine dans Auvergne .
M. Lambert , Sous Lieutenant
des Grenadiers fut tué .
Tandis que cette action fe
faifoit à la grande Tranchée ,
voicy ce qui fe paffoit à celle
du haut & du bas Rhin . On
faigna le foffé de l'ouvrage à
de Monfeigneur le Dauphin. 99
Corne , mais malgré tout ce
qu'on put faire , il y refta
plus de quatre pieds d'eau.
On travailla toute la nuit à
y jetter des fafcines , on y
en jetta plus de fix mille ,
mais ce nombre ne fut pas
fuffifant pour le combler. Il
y cut dans ce travail environ
quarante Soldats tuez ou blerfez.
M. de Chaune , Capitaine
dans Vaubecourt , & M. Saurant,
Lieutenant d'Artois , furent
bleffez. Monfeigneur le
Dauphin alla voir le Parc de
l'Artillerie , & fit l'honneur à
M. d'Huxelles de le vifiter en
revenant .
• Le 20. vin }
Les Ennemis ayant veu à
la pointe du jour , que
avoit
que
l'on
la Chunne
le pofte de
LYON
1895
LAVILLE
& la Tranchée
E 2
100
Campagne
&
pour y conduire , vinrent s'y
remettre. Une demy heure
avant le jour , comme M. de
Colonques achevoit de perfectionner
la tefte de fon
ouvrage du logement de traverfe
de l'avant foffé , il receut
au travers d'une fafcine ,
un coup de moufquet qui
ne luy fit qu'une contufion
augenoüil . M. de Duras paffa
toute l'apreſdinée à vifiter
tous les poftes des Tranchées
du haut & du bas Rhin . On
travailla toute la foirée à
achever de combler de fafcines
le foffé de l'Ouvrage à
Corne. Monfieur Cormaillon ,
Ingenieur , fut bleffé , & Monfieur
Dupuy,Sous - Lieutenant
de Feuquieres , fut emporté
d'un coup de Canon .
de Monfeigneur le Dauphin.101
Lanuit du 20. # 21.
Le paffage du foffé s'étant
trouvé affuré entre minuit &
une heure , il fut refolu d'infulter
l'ouvrage à Corne l'é
pée à la main. M. le Marquis
d'Harcourt , Colonel de Picardie
, & Marefchal de Camp
de jour à cette Attaque , en
eut les Ordres de Monfeigneur
le Dauphin , & fut
chargé du foin & de la conduite
de cette affaire . Monfieur
de Vertillac , Major General , s'y
trouva auffi par l'ordre de Monfeigneur.
Monfieur le Marquis
d'Harcourt fit avancer
quatre Compagnies de Grenadiers
, qui furent , la premiere
de Picardie
, la premiere
de Champagne
, la premiere
du Roy , & la premiere
du Dauphin ... Ces Compa-
E 3
102
Campagne
gnies fe glifferent fans bruit
jufques à la pointe de l'ouvrage
, où elles demeurerent
en attendant le fignal. Monfeigneur
le Dauphin alla voir
cette attaque une heure avant
qu'elle commençaft , & ce
Prince fit donner luy- mefme
le fignal par fix bombes . Les
Ennemis fe jetterent ventre à
terre pour en éviter les éclats ;
les deux dernieres ne portoient
qu'une fufée , & fervoient
de fignes pour l'attaque
, ce qui trompa les Enne
mis , qui demeurerent couchez
, pendant que cent Grénadiers
monterent en mefme
temps par les bréches , &
donnerent avec toute la vigueur
poffible en criant Vive
le Roy. Ils arborerent malgré
le feu des Ennemis , les
de Monfeigneur le Dauphin.103
Drapeaux de Picardie , & du
Dauphin. La confternation
fut fi grande parmy les Allemans
, qu'ils furent dans ce
moment taillez tous en pieces.
Ils eftoient cent cinquante ,
& il ne s'en échappa que
quelques uns qu'on arracha à
la fureur des Soldats , pour
avoir des prifonniers . M. le
Marquis d'Harcourt agit dans
cette affaire avec tant de va
leur , & de prudence qu'il ne
ponvoit manquer d'y reuffir.
Les Affiegeans eurent dans
cette action trente à
quarante
hommes tuez ou bleffez . Les
Ennemis perdirent prefque
tous leurs Officiers , entre lefquels
ils regreterent fort le
Comte d'Are , qui eftoit un
des plus braves. C'étoit celuy
qui fe donnoit le plus de
E 4:
104 Campagne
>
& mouvement dans la Place
fur lequel on fe repofoit le
plus . Il ne voulut jamais fe
rendre ny fe nommer , & refifta
jufqu'à ce que les coups
l'euffent accablé . Les Officiers
François voyant la grandeur
d'ame & fa fermeté ,
voulurent luy fauver la vie ,
mais il n'eftoit plus temps . Il
eftoit percé de dix coups de
bayonnette & de pertuifanes .
On le fit emporter avant qu'il
fuft mort & il mourut quelque
temps après , quoy que
l'on prift de luy tous les foins
imaginables. Il demanda à
Dieu la grace de mourir , puis
qu'il avoit efté vaincu . Deux
Grenadiers dépouillerent un
autre Capitaine qui avoit fur
luy la valeur de mille florins
dont ils profiterent . Nos Solde
Monfeigneur le Dauphin. 105
dats en dépouillerent trente
des Ennemis qui échaperent ,
mais Monfeigneur le Dauphin
les fit veftir & nourrir, &.
ordonna que l'on penfaſt les
bleffez . Monfieur dé Sandricourt
, Brigadier de jour , fut
bleffé au vifage d'un éclat de
Grenade . Mr le Chevalier
Courlin ayant oublié le mot
du ralliement , y fut tué . Mr
le Comte de Guiche , Aide de
Camp de Monfeigneur qui fe
trouva dans cette action , s' y
diftingua beaucoup . Les deux
premieres Compagnies du
Regiment du Roy , comman
dées par Mr Camelin , Major
du Regiment , eurent part
la gloire que l'on remporta .
Mr du Vigny eftoit alors à
la tefte des dix autres Compagnies
avec Mr de Bouffers .
E
1
106
Campagne
.
La prife de cet ouvrage donna
lieu d'établir une batterie
pour battre la gauche de
Ouvrage couronné. Il y
en avoit une autre qui battoit
auffi en breche la gauche du
mefme ouvrage..
3
Le 21 .
On ne s'appliqua ce jourlà
qu'à mettre à fec le lac on
flaque d'eau qui eftoit entrela
Tranchée & la Contrefcarpe.
Mr de Vauban en vint à
bout ; il permit enfuite de
faire un logement fur la Contrefcarpe
, & l'on fe difpofa .
ày travailler inceffamment
On remporta à la mefme At- :
taque le mefme retranchement
dont on s'eftoit rendu
maiftre , & qu'on avoit abandonné
la nuit du 19. au zo..
"
de Monfeigneur le Dauphin.107
Le 22.
On continua feulement la
Tranchée pour approcher des
chemins couverts de la Place.
J'y eut tres peu de Soldats tuez
& bleffez
La nuit du 22. Au 23.
Vn Lieutenant du Regi
ment du Roy allant reconnoiſtre
un Pofte où les Ennemis
avoient dix ou douze
hommes , avança luy fixième
dans le temps qu'ils fortoient
fur luys il en tua cinq ou fixe
& en prit autant . ·
A la grande Attaque , les
Grenadiers du Regiment du
Roy emporterent la Redoute
de la Londe , qui incommodoit
extremement. Ils l'attaquerent
avec tant de vigueur
que les Ennemis qui eftoient
dedans n'eurent que le temps-
EL. 6
108
Campagne
de faire leur premiere décharge
, tant ils fe virent preffez .
On fit cinq prifonniers , & on
tua le refte. Monfieur le Due
du Mayne , qui avoit monté
la Tranchée avec le Regiment
du Roy, fe trouva dans cette
action & ne parut pas moins
intrepide que ceux qui ont
accoutumé de voir les perils
d'auffi prés , & de fe mefler
avec les Ennemis. Il s'expofa
au feu , & n'écouta que les
mouvemens de fon courage
& de fon Sang , & ne parut
point étonné , quoy qu'on le
foit ordinairement quand on
ne s'eft pas encore rencontré
en de pareilles occafions . On
chaffa auffi les Ennemis d'un
retranchement qu'ils avoient
auprés de cette Redoute , &
ils fe retirerent dans la Ville.
de Monfeigneur le Dauphin.109
On fe logea à la meſme Attaque
prés du chemin couvert
des Tranchées du haut
& du bas Rhin , on s'appliqua
fortement à s'y établir , & à
faire un bon logement dans.
l'Ouvrage à corne , & on travailla
avec grande diligence
à y conftruire des Batteries ,
qui puffent ruiner l'ouvrage
couronné . Le feu de l'Artil
lerie des Affiegeans s'y rendit
fi fuperieur , qu'il fit taire
celny des Ennemis qui ne fit
plus que de foibles & inutiles
efforts , les Baftions de la Vil
le commençant déja à s'écrouler.
On apprit par des
Transfuges que les Soldats &
les Bourgeois preffoient le
Comte de Staremberg de fe
rendre , mais qu'il témoignois
avoir deffein d'attendre l'af
110%
Campagne
faut. A l'attaque du haut
Rhin, Mr Durant ,
Ingenieur ,
receut une bleffure mortelle .
Le 23.
Dés fept heures du matin ,
Monfeigneur le Dauphin alla
vifiter
l'Ouvrage à corne , y
eftant conduit par Mr de Duras.
Il y demeura longtemps
quoy que ce Duc fift tous fes
efforts pour
empefcher qu'il
ne s'expofaft , mais ce Prince
fe fervoit fouvent de fon autorité
pour impofer filence à
ceux qui le vouloient retenir..
On ne perdit pas dans ce jourlà
, & dans toute la nuit , dixx
hommes dans les
Attaques .
Lanuit du 23 au 24 .
་
On fe logea à la
grande
Attaque fur le chemin cou
vert ; on fit le logement à la
droire & à la gauche de la
de Monseigneur le Dauphin.111
mefme attaque , & une com
munication de l'un & de l'autre
logement , & l'on fe mit en
eftat de pafferle foffe ; deux-Ingenieurs
furent tuez en fai
fant les logemens.Un autre Ingenieur
nommé la Lande
tres -habile homme , & fort
eftimé , fut legerement bleffé ..
On felogea fur le chemin couvert
, de mefme que l'on avoit
fait à la grande Attaque , & less
Ennemis fe retirerent..
Le 24.....
Monfeigneur monta à cheval !
à onze heures du matin , & ne
fut de retour qu'à huit heures .
du foir . Mrde Duras l'accompagna
pour visiter les environs
du Camp , & pour voir par
quels endroits on pourroit fe - L
courirPhilisbourg quand il fe
roit à nous , en cas que les Ennemisle
vouluffent attaquer.
I12
Campagne
La nuit du 24. all 25 .
On pouffa cette nuit là la
Tranchée de la grande Attaque
le long de la paliffade
du chemin couvert de la longueur
d'environ vingt - cinq
toifes fur la gauche , & d'environ
trente fur la droite. La
Garniſon fit à la gauche une
fortie de dix ou douze hommes
, mais Mr le Marquis de
Courtenvaux s'y eftant trouvé
avec les Grenadiers de fon
Regiment , les fit rentrer fort
vifte dans le chemin cou
vert.
Le 25.
On s'appliqua à affurer &
augmenter les logemens que
l'on avoit fur le chemin couvert
de l'ouvrage à Corne
& l'on acheva les Batteries
pour dix- huit pieces de Cade
Monfeigneur le Dauphin. 1 1 3
non qui devoient tirer fur
l'Ouvrage couronné au principal
Baſtion de cet Ouvrage.
L'aprefdinée , Mr le Marquis
de Courtenvaux fortant de la
Tranchée , un boulet de Canon
renverfa fur luy des facs
à terre qui luy firent une
grande contufion à la cuiffe.
Le mefme coup tua deux
Grenadiers .. Mr de Barriere
Capitaine des Grenadiers de
Iarfey , fut bleffé à la main &
au bras.
Le 26.
A la grande Attaque , & à
celle du haut & du bas Rhin ,
on travailla avec tant d'application
à achever les Batteries
deftinées à ruiner
l'Ouvrage couronné > que
l'on y reüffit , & dés le matin
, dix - huit pieces de Canon
114 Campagne
commencerent à tirer fans
difcontinuer. L'effet en fut
el que le Baftion qui eſt à
face de l'Ouvrage couronné
fut entierement démoly . On
étendit le logement de la
grande Attaque de plus de
vingt- cing toifes . La Aaque
d'eau empefcha de mener du
Canon à la droite.
Le 27 .
On fe contenta à la grande
Attaque de couler une
tranchée le long de la palif
fade du chemin couvert afin
de s'en rendre maiftre fans
perdre de monde. Le terrain
s'y trouva parfaitement bon
& l'on y travailla avec faoilité
, fans y faire aucune
perte. On ne put à l'attaque
du haut Rhin avancer le tra--
vail le long du chemin cou--
9
de Nonfeigneur le Dauphin. 1 15
vet , parce que les Ennemis
avoient deux Corps de gardeenfermez
avec des palliffades .
L'un eftoit de quinze hom
mes , & l'autre de treize
qui incommodoient
extremement
les Travailleurs . Mr le
Marquis de Sepville , Maréchal
de Camp , qui commandoit
cette Attaque , jugea à
propos de chaffer les Ennemis
des Corps de garde où
ils eftoient. Il envoya pourcet
effet vingt Fufeliers qui
allerent arracher les Paliffades
qui les enfermoient. Ils .
tomberent fur les Ennemis .
avec tant de vigueur , qu'ils
les obligerent à prendre la
fuite. On en tua fept ou huit,.
on en fit deux prifonniers , &
le refte fe fauva. Il y eut vingt:
Soldats tuez ou bleffez par
116
Campagne
le feu que les Ennemis firent
du haut de leurs Baftions
d'où ils découvrirent qu'on
avoit attaqué les leurs . Il y
cut un Capitaine du Regiment
de Limofin tué en
abordant la paliffade ; fon
Lieutenant fut bleffé & deux
Sergens furent tuez . On aug.
menta les Batteries à l'attaque
du bas Rhin , où eft l'Ouvrage
à Corne , & vingt - deux
pieces tirerent fur l'Ouvrage
couronné. On fit deux pri
fonniers , dont l'un eftoit Ca
poral , qui ne fe laiffa prendre
qu'aprés s'eftre bien défendu
. On luy trouva de
l'efprit , on l'interrogea , &
on tira de luy des lumieres
qui furent utiles . I affeura
qu'il y avoit dans la Place fix
cens morts on bleffez ; que Monde
Monferneur le Dauphin. 117
fieur de Stemberg commençoit
à faire mettreles meublesfur des
chariots ; qu'il en avoit déja
quatre de chargez & qu'il difoit
pourtant à toute heure qu'il
vouloit fouffrir un aſſaut . Il aſ-
Sura encore que l'ouvrage couronné
qu'on vouloit emporter ,
n'eftoit point contreminė
qu'on avoit feulement preparé
quelques Bombes aufquelles on
devoit mettre le feu en fortant
de cet Ouvrage ; que les Ennemis
y avoient fait quelques retranchemens
pour se défendre ›
& pour y tenir le plus longtemps
qu'ils pourroient.
Le 28 .
mais
On continua à la grande
attaque le logement le long
du chemin couvert > ce
qu'on fit avec beaucoup de
precaution pour ne point
"
Campame
118
perdre de mone . On fit la
mefme chofe l'attaque du
haut Rhin. Pour ce qui regarde
le ba Rhin , on s'apliqua
entierement à augmenter
les bateries qui battoient l'ouvrage
couronné. Trente Picce
tirerent continuellement
deffus. La breche qui eftoir à
la pointe du Baftion de cet ouvrage
étoit fi grande , que huit
hommes y pouvoient monter
de front. On ne fe contenta
pás de cette breche , on en fit
deux autres qui estoient tresavancées
aux tranchées du
mefme ouvrage du cofté du
haut Rhin . Les Affiegeans pretendoient
monter à l'affaut
en mefme temps par ces deux
breches , & ferendre fi fuperieurs
que les Ennemis ne
puffent fe défendre. On
de Monfeigneur le Dauphin.119
1
travailla à des Ponts pour
paffer le Follé qui envelopoit
l'ouvrage couronné . Monfieur
le Marquis d'Harcourt , Marefchal
de Camp de jour qui
commandbit à l'attaque du
haut , & bas Rhin , monta
fur le haut d'une batteric
pour tafcher à découvrir ce
qu'il y avoit dans l'ouvrage
couronné , mais à peine y futil
monté qu'il tomba du
haut de cette batterie , & fe
demit le pied ; il ſe fit auffi
un grand mal à la cuiffe .
Les douleurs qu'il fouffroit
l'empéchant de fe fouftenir ,
on l'emporta fur une civiere.
M. le Comte d'Eftrées i fut
bleffé à la cuiffe d'un coup
de Moufquet , eſtant dans là
tranchée ; le coup ne donna
que dans les chairs , & la
"
120
Campagne
bleffure ne fut pas confiderable.
La nuit du 28. au 29.
Il fe paffa à minuit une
action digne d'eftre racontée .
On demanda s'il y avoit
quelqu'un parmy les Troupes
qui vouluft paffer le foffé à
nage , & monter par la Breche
qui eftoit faite à la pointe
du Baſtion de l'ouvrage couronné
. Un Sergent & un Grenadierfe
jetterent dans l'eau ,
monterent
fur le haut du
Baſtion , découvrirent
les rétranchemens
qui estoient
dans l'ouvrage , & exami
nerent le nombre d'ennemis
qui pouvoient à peu près être
dedans . Ils furent découverts
dans cette action ; ces
deux Braves agirent fur le
haut de la breche , avec tant
de
de Monfeigneur le Dauphin. 1 2 1
•
de courage , tant de fermeté
& de prudence , qu'ils intimi
derent les Ennemis. Aprés
avoir effuyé plufieurs coups ,
ils fe retirerent pour venir
rendre compte de ce qu'ils avoient
vû. Cette action - merite
bien que l'on
marque
icy
leurs
noms . Le Sergent
s'appelle
Arnoul
, & le Grenadier
, Vivarets
; ils font
tous
deux
du Regiment
de Tou
raine .
Le 29.
2
L'attaque de l'Ouvrage
couronné eftant refoluë pour
la nuit , les Grenadiers furent
commandez , & perfonne ne
penfoit à s'y loger pendant le
jour. Atrois heures aprés midy
, Mr de Vauban fit attacher
le Mineur à la droite de
cet ouvrage , afin d'élargir
F
122 Campagne
davantage la 'bréche du milieu
. Le Regiment du Roy
eftoit à la gauche , & Anjou
à la droice . Monfieur de Vauban
,pour couvrir fon Mineur ,
fit avancer dix Grenadiers , qui
monterent à moitié bréche , &
de logerent. Ces Grenadiers
eftant incommodez
par le
feu des Affiegez , on en envoya
vingt autres avec un
Lieutenant , & ils eurent ordre
de reconnoiftre les re
tranchemens que les Ennemis
qui s'eftoient rendus , avoient
marqué que l'on avoit faits.
Ils foûtinrent fort longtemps
lefen des Affiegez , & fe retirerent
aprés avoir bien examiné
les retranchemens
de
l'une & de l'autre branche de
l'Ouvrage. M. de Vauban
envoya fur leur rapport en-
I
de Monfeigneur le Dauphin . 123
core quelques Grenadiers , qui
firent un logement prefqu'à
la crefte de la bréche . Le refte
de la Compagnie brûlant
d'impatience de ſe ſignaler
avança. On fit encore monter
fur la brèche quelques ' Grenadiers
, qui entraifnez par
l'ardeur de vaincre deſcendirent
dans le Baftion , & crierent
auffi toft qu'on vinst à
eux Les Grenadiers du Roy
& d'Anjou monterent en
mefme temps l'épée à la
main parles deux autres bréches
des deux demy baftions,
& chafferent les Ennemis , fans
avoir perdu que tres peu de
monde. On les pouffa jufque
dans le chemin du corps de
la Place & on les auroit tous
pris fans le feu des remparts
qui incommodoit beaucoup
F 2
124
Campagne
Mr le Duc de Duras eftant
arrivé en ce temps - là , monta
furle haut de la bréche malgré
le feu que les Ennemis faifoient
avec leur Canon chargé
à cartouches . Mr le Marquis
de Joyeuſe y commandoit
comme Lieutenant General
de jour dans le moment que
cette action fe paffa , Monfieur
de Staremberg, Gouverneur de
Philifbourg
, eftoit dans le
Confeil de Guerre qu'il avoit
fait affembler pour fçavoir de
quelle maniere il défendroit
çet Ouvrage couronné , qui
devoit eftre attaqué la nuit
fuivante par deux cens Mouf- .
quetaires du Roy , quatre
cens Grenadiers , & les Regimens
qui eftoient de Tranchée
. Auffi - toft qu'on fe fut
rendu maiſtre de cet Ouvrade
Monfeigneur le Dauphin. 125
1
ge , on travailla à s'y loger ,
& le logement qu'on y fit ,
fut achevé avec toute la di-'
ligence poffible . Cependant
Monfieur de Staremberg vo
yant qu'on luy avoit pris cet
Ouvrage plutoft qu'il ne s'y étoit
attendu , ne fit aucune
tentative pour le reprendre,'
Il crut peut-eftre qui feroit
impoffible d'en chaffer les
François , & que ce feroit
épargner du fang ; peut eftre
auffi qu'il ne tint pas à luy
& que fes Troupes intimidées
par l'intrepide valeur des Af-
Legeans ne voulurent point
aller chercher dans leurs retranchemens
des Braves qu'ils
ne croyoient pas en pouvoir
faire fortirapuis qu'il entreprenoient
tous les jours à découvert
des chofes qui paffent
F3
126
Campagne
toute croyance. Le bruit a
couru que fes Troupes refuferent
de fe défendre plus ,
long - temps , parce qu'elles ,
n'eftoient point payées . Chas
eun en jugera comme il luy
plaira , il eft certain que les
noftres n'avoient encore:
qu'à peine achevé leur loge -s
ment dans l'ouvrage dont el
les venoient de fe faifir, quand
l'on vit paroiftre un Drapeau
blanc fur les Ramparts , &
auffi - toft un de leurs Tam
bours s'avança fur le chemin
couvert de la Place.
On ceffa de tirer , & on re- i
ceut ce Tambour qui deman
da des Oltages . On en promit.
M. le Duc de Duras en-
M. Durand , Major.
voya
d'Anjou , & M. de la Mothe- .
Capitaine du meſme Regide.
Monfeigneur le Dauphin.127
"
ment. Henvoya auffi M. Mazüyer
, Officier de fes Gardes ,
pour recevoir les Oftages des
Ennemis , & les amener. Ils
remirent entre les mains un
Capitaine , & un Ayde Ma
jor. Monfieur Mazuyer les
conduifit à M. de Duras , quiles
envoya à Monſeigneur le
Dauphin par M. le Comte de
Duras fon Fils. Vne heure
aprés on receut encore deux
Oftages qui apporterent des
articles de capitulation. M
de Duras les receut & les conduifit
luy - mefme chez Monfeigneur.
Voicy ce que contenoient
ces Articles , & ces
qui fut accordé & refufé .
128
Campagne
ARTICLES
De la Capitulation accordée
par Monfeigneur le Dauphin
à Monfieur le General
de Staremberg, Gouverneur
› de Philisbourg , & à la Gar-
'nifon Imperiale .
Mac
R de Staremberg deman
de buit jours pour rendre
la Place entre les mains de Monfeigneur,
fuppofé qu'il ne foit point
Secoara.
On remettra une des portes
de la Ville auffi - toft que le
Pont fera raccommodé , &
on empefchera qu'il ne fe
faffe aucun defordre . En attendant
on livrera aujourd'huy
30. Octobre une Conde
Monfeigneur le Dauphin. 129
rre garde , & les Demy - lunes
du cofté de la grande Atta
que , & les autres de dehors
la Place , & la Garnifon en
fortira Lundy matin premier
Novembre de cette annee
1688 16
T
t
Il demande que Monſeignear
veüille accorder que la Garnison:
de Philisbourg ait une Capitulation
honorable ; c'est à dire,
qu'elle forte de la Place Tambour
battant Enfeignes déployées ,
les Officiers & Soldats ayant leurs`
armes & moufquets , balle en bou
che , & la méche allumée..
Accordé.
It demande de pouvoir em.
mener avec luy fix pieces de Canon
de 24. des chevaux pour les
emmener & Supposé qu'il ne
veuille on qu'il ne le puiffe pas .
à prefent , d'avoir la permiffion
E S
130.
·Campagne
de les tranfporter dans trois mois .
oupar eau , ou par terre.
Accordé quatre pieces de
Canon, deux de vingt - quatre,
& deux de douze , à l'égard
des chevaux on les fournira
prefentement , fi l'on peut ,
avec permiffion d'emmener les ,
pieces dans trois mois.
Il demande de pouvoir em
mener avec luy tout fon Bagage,
Chariots chevaux , Meubles.
Faiffelle d'argent & autres ,
se qui appartient aux Officierss
& Soldats fans aucune excep- -
tion.
Accordé.
ن م
Il demande trois cens Chariots..
pour voiturer les Meubles , Ma...
lade & Bleßez...
Accordé 100. Chariots , &
plus , fi l'on peut.
Il demande un Palleport &
de Monfeigneur le Dauphin. 1 3 1½
une eſcorte de Cavalerie pour le
conduire , luy , fes Officiers &
fa Garnijon jufques à Kinsbourg
fur le Danube , entre Blin
& Donaverf.
*
Accordé un Paffeport &
une Eſcorte jufqu'à Vlm .
Il demande qu'en cas qu'il ne
puiffe transporter prefentement
tous fes meubles & hardes , il
ait la liberté deles laiſſer à Phil
lisbourg, ou de les faire porter à
Spire , Manheim ou Heydelberg ,
d'où il pourra les faire paffer en
Allemagne avecun Paffeport lors
qu'il luy plaira.
Accordé.
Il demande de pouvoir aller
demeurer pendant quelques
jours à Heydelberg pour y prendre
l'air , aprés quoy on lug
donnera un Paffeport pour suivre
le Regiment & aller à Kins
F60
132**
Campagne
bourg, ou par tout où il luy plaira
aller en Allemagne.
Accordé .
Il demande que lors que la
garnifonfortira de la Place , il ne
lug foit fait aucune infolence
non plus qu'aux femmes & fervi
teurs..
Accordé.
Il demande qu'on luy rende
Les Prifonniers de fa garnison
qui font au Camp de Monfei
gneur.
4
Accordé.
Il demande que cette capitu
lation vale pour les Officiers
d'Artillerie , des Vivres , Ingenieurs
, & en un mot pour tous.
autres Officiers militaires de
L'Empereur..
Accordé ..
Il demande que cette capitus
lation vale pour les Bourgeois
de Monfeigneur le Dauphin. 1-3 3
Chreftiens ou luifs & que
Leurs Privileges leur foient con-
Server, & qu'il leur foit permis
d'acheter les meubles des Officters
Soldats de la Garnison,
en cas qu'ils ne puiffent pas les
emporter avec eux..
Accordé .
Il demande que deux mille
Quintaux de farine que deuxe:
Bourgeois de Philisbourg ont
vendus à l'Empereur , & dont
ilsn'ontpas eftè paye , leur foient
remis pour argent comptant , Accordé
.
Il demande un Paffeport pour
tirer de Manheim , de Spire &
d'Heydelberg les hardes & meubles.
que luy & quelques Officiers de la
garnifon y ont & pour les faire
voiturer en Allemagne où ils vou .
dront ..
IL demande que les Soldats .
134.. Campagne
bleffez de la Garnison puiffent
demeurer dans l'Hofpital de
Philisbourg iufques à ce qu'ils
foient gueris , aufquels on don
nera un Paffeport pour les faire
paſſer en feureté en Allema
gne.
Accordé.
Il demande que s'il fe trouve
quelques Soldats Allemans dans
La Garnison qui ayent autrefois
Servy enFrance dans les Regimens
Allemans , Suiffes on François , on
nepuiffe pas les reprendre.
Accordé .
4
Il demande de pouvoir fee
journer à Drouffel.
Neant pour Drouffels accordé
pour Kinftein , où la
Garnifon fejournera deux
jours , & où elle prendra gar
de de ne faire aucun defor
dre......
s
de Morfeigneur le Dauphin, 13.5 .
Il demande que les chariots
qu'on leurdonnera pourleurs baga
ges ; aillent à Conftysalt , à l'entrée
du Pays de Virtemberg , où les
Etats dudit Pays leak en fourniront
d'autres.
Accordé.
30.
Fait double au Camp de de-.
vant Philisbourg le Octobre
1688. Signé LOUIS
Comte de Staremberg.
& te
M. de Staremberg fournira:
un Paffeport de l'Empereur ,
pour le retour de l'Eſcorte &
Cavalerie qu'il emmenera à
Vlm.
Monfieurde Chanlay alla à
la pointe du jour dans la Place,
pour faire fçavoir à Monfieur
de Staremberg les intentions i
de Monfeigneur le Dauphin
touchant les Articles de la
Capitulation qui luy avoient
136 Campagne
efté envoyez par ce Prince
& dés ce mefme matin toutes
chofes furent arreſtées .
Monfeigneur le Dauphin fit
l'honneur à M. le Marquis
d'Antin de le choisir pour
porter cette Capitulation au
Roy .
Le 3 t..
& Tout fut tranquille , & le
Regiment de Picardie pric
poffeffion d'une des portes
de Philisbourg.
Le premier Novembre.
Sur les dix heures du matin
toute l'Armée fut rangée
en Bataille fur une mefme
ligne. Les Chariots accordez
par la Capitulation , défilé
rent les premiers . M. de Staremberg
, Gouverneur de la
Place, & Frere de Monfieur de
Staremberg qui a défendu
&
de Monfeigneur le Dauphin . 137
>
·
Vienne , paffa enfuite en Caléche
fuivy de fon Regiment
, qui eftoit de plus de
douze cens hommes . Monfieur
de Starembergfon Neveu marchoit
à la tefte du fecond Bataillon
, vétu à la Hongroife
, une hallebarde à la main .
Monfeigneur le Dauphin ,
accompagné de Monfieur de
Duras , eftoit à la gauche , au
commencement de la ligne.
D'auffi loin que le Gouver
neur put diftinguer Monfeigneur
, il mit pied à terre
& s'eftant approché , il dit à
ce Prince , que fi quelque chofe
le pouvoit confoler de n'avoir
pas défendu fa Place auffi longtemps
qu'il le fouhaitoit pour le
fervice de l'Empereur fon Mai.
fire , c'est qu'il la remettoit à un
auffi grand Prince que luy. Son
138
Campagne
Neveu cut auf l'honneur
de faluer Mon cigneur , & fir
beaucoup de civilitez à Monfieur
de Duras . La Garnifon
étoit compofée d'hommes tresbien
faits , & en fort bon
eftat . La honte de fortir en ft
grand nombre , en fit difperfer
prés de fix cens avec les
chariots & les bagages qui
eftoient partis à la pointe
du jour. Quatre pieces de
Canon , deux pour l'Empereur
, & deux pour Monfieur
de Staremberg , furent embar
quées fur le Rhin , & envoyées
à Francfort. Le Regiment
d'Auvergne entra dans la Place
, & en prit poff ffion fous
les ordres de Mr des Bordes
que le Roy en avoit nommé
Gouverneur . Cette Place pa
rut fort endommagée par no
de Monfeigneur le Dauphin, 139
ftre Artillerie & par nos Bombes,
& les Habitans témoignerent
beaucoup de joye de
s'en voir delivrez . On trouva
dans la Place cent vingt quatre
pieces de Canon , cent
cinquante milliers de poudre ,
vingt-deux mille boulets , feize
mille facs de farine , avec
quantité de provifions , que
auroiene fuffi pour foûtenirun
long Siege , files François
euffent efté capables defe ménager
, & d'écouter moins
l'empreffée ardeur qu'ils ont de
vaincre.
Voicy un état fidelle &
exact de tout ceux qui ont
cfté tuéz & bleffez pendant
ce Siege . I fera.connoiftre
quantité de Braves qui ont
acquis de la gloire en s'expofant
, & à qui l'on n'a pûs
140 Campagne
rendre toute la juftice qui
leur eft dûë , leurs noms ayant
efté oubliez dans les Rela
tions qui ont efté faites de ce
Siege.
OFFICIERS GENERAUX .
Mr le Marquis d'Vxelles ,
Lieutenant General , bleffé .
Mr le Marquis du Bordage ,
Maréchal de Camp , tué .
Mr le Marquis de Nefle
Maréchal de Camp bleffé , &
mort enfuite de fa bleffure .
Mrle Marquis d'Harcourt
Maréchal de Camp , bleffé d'une
chute à la Tranchée .
Mr de Sandricourt , Brigadier
, bleffé.
Mrs
REGIMENS .
PICARDIE.
Capitaines bleffek
De Sandricourt , Lieutenant
Colonel.
>
de Monfeigneur le Dauphin.141
Monplaifir.
Mailly .
Defpy.
Capitaines tucz.
Dela Loge .
Subalternes bleffek
Rolivaux .
Du Quefnoy .
Subalterne tué.
Hautefeüille .
PIED MONT..
Capitaines bleffez.
Ciffé .
La Caffagne .
Subalterne bleße.
Poilcourt.
Subalterne tué.
Chauvelin.
CHAMPAGNE.
Capitaines bleffez.
Mablant.
De Gajan.
142 Campagne
Capitaine
tué.
Dafafpe.
Dugat.
Chaſtillon.
Subalternes bleffek
NORMANDIE
Capitaines bleffek
Guitonniere.
Giverfat .
Frecan .
La Grange.
Coeur de Chefne.
LaGogue.
Subalternes bleffe :
Le Roux.
Roquette.
Coupry.
Rafcas.
Joanis.
Subalternes vucz .
Fremefat.
Lambert.
de Monseigneur Dinobin. 143
FEU QUIERES.
Capitaines bleffez.
De vraigne , Major .
Campagnol.
Defpoir , bleffé à mort.
Contremoulin , bleſſé à mort.
Le Blanc .
Dupré .
Subalternes bleffez.
De Vaux .
Subalternes tuez .
La Colombe.
Du Puy.
AV VERGNE.
Capitainesbleffe
Le Marquis de Prefle , Colo
nel.
L'efclobeire.
Caſtejat .
Vignio.
Capitaine tucz
Sabran.
144 Campagne
Subalternes bleffez.
Comelle .
Saint Marc.
Du Perré .
Gelinot .
La Garigue.
La Rouffiliere .
Monmartin .
Flocourt.
Chambourdon .
Charrier . A
SAVL X.
Capitaine bleffé.
Del'lfle .
Subalternes bleffez.
De Villiers .
Condé .
Bruneau ..
VAV BECOVRT.
Capitaines bleffek
De Chaunes.
La Boiffiere.
Langault.
Subalternes
de
Monfeigneur le Dauphin, 145
Subalternes
bleffek
Du
Vernet .
Galliot.
La Tour.
Senevoye .
3
Subalterne tuè.
Saint
Chriſtophe.
LE ROY..
Capitaines ble fez
La
Garigue.
Puiffegur.
Charmont.
જે
Subalternesbleffez.
1
Belloc.
Mirville.
Ponthebrean .
Taraillan .
Subalterne tué.
Bimont.
DAUPHINO
Capitaines bleffek
Montagnac.
Vandragon .
G
T
146 Campagne
Campagne.
De l'ifle .
Subalternes bleffez.
Pedemont .
De Boutillier .
Feyrac.
Grezignac .
Boifrogey.
POITOV.
Capitaine bleflé.
De Ligny.
Capitaine tué.
La Cordellicre .
Subalternes bleffek
Tourmelon .
Bretout .
TOVRAINE.
Capitaines bleffek
La Reinterie .
La Gaucherie .
Subalterne bleffé.
Caftelnau .
de Monseigneur le Dauphin.147
ANJO V. 7
Capitaines bleffez.
Batinghen.
Euftache.
Subalternes bleffek
Moligny.
Neron .
Seneville .
La Cotte.
La Nouaille.
Fayolles .
Fayat.r
Chameville.
Cornat.
GRANCET
Capitaines bleßez.
Larfon
Du Clos.
De Sel.
Subalternes bleffez.
Tronquer.
La Bonnetiere.
Des Touches ,
G. 2
148
Campagne
LA REYNE.
Capitaines bleffek
Le Marquis de Courtenvaux
Colonel.
Chaumont.
Monroy.
Subalterne bleßè.
Bois du Haut .
Subalterne tué.1
De Verneil , du nom de Ran-
LIMOSIN.
cher.
Capitaine bleffe.
De Lignac.
Capitaine tuéz.
Defgrieux.
Subalternes bleffez.
D'Avignon.
Monié.
Reboul.
La Mothe.
ARTOIS.
Capitaines bleffez.
Du Mefnil.
de Monfeigneur le Dauphin. 149
"
Subalterne bleffe
Sauvin
BOVRBON. A
Capitaines Bleffek
Le Marquis de Vilandry , Co
lonel.
De Milancour.
Subalternes bloffer.
De Rouvre.
Chateauneuf.
Subalterne tue
a
De la Ville.ne that
ROUVERGUE
Capitaine bleffé..
Des Combies .
Subalternebleffé..
La Gironie , ob jod a
FUSELIERS.
1 1
JARSE. .901
Capitaines bleffezaun o
De Jarfé , Colonel.
Barriere.. C
C
G
3
150 Campagne
Subalternes bleffez.
Caumel.
Doufe .
Du Pré .
Ricor.
L'huillier.
Subalternes tuez.
Des Couronnes ,
C
ROYAL COM TOIS. \
Capitaine bleffé.
Danezay.
Subalternes bleffez. la
Chambron
. 77/
De Colme .
La Coſte.
Ingenieurs tuez & bleſſez.
Mrs de la Londe , tuél
Pigeon , tué .
Le Chevalier Denonville
tué.
Durant , tué, zoviatgeo
子
Saint Ouin , tuétolu , Suzie C
Beaumont , tué.
3 ) ;
de Monfeigneur le Dauphin.15 1
Dartigues
, tué.
Des Marais , tué .
Colonques
, bleffé .
Le Chevalier de Sinffac , bleffé:
Renaud , bleffé .
Du Bofcq , bleffé .
Ricor , bleffe .
Beauregard , bleffé.
Catelan , bleffé .
Du Fourt , bleffé .
La Vergne , bleſſé .
Villor de Jonville ; bleffe .
La Combe l'aifné , bleffé .
Cormaillon , bleffé.
Le Chevalier de Villeneuve ,
bleffé .
Le Chevalier de Leyret , bleffé ,
La Combe le cadet , bleſſe .
Volontaires.
Mr le Comte d'Eftrées , bleffé .
Mr Courtin , tué .
G
4
152
Campagne
Picardie deux Bataillons ,.
SOLDAT S.,
Bleffez 41.
Tuez 29.
Piedmont 1. Bataillon.
Bleffez 37.
Tuez 34.
Champagne 1. Bataillon .
Bleffez 20.
Tuez 14.
Bleffez 75 .
Normandie 2. Bataillons .
Tuez so.
Fenquieres 2. bataillons.
Bleffez 63 .
Tuez 30 .
Bleffez 60.
Tuez 57.
Bleffez 35 .
Tuez 13.
Auvergne 2. Bataillons..
Saulx 1. Bataillon..
de Monfeigneur le Dauphin. 1:53
Vaubecourt 1.Bataillon. T
Bleffez 34.
Tuez
18 .
ד
Le Roy 3. Bataillons.
Bleffez go.na .1 hoiva.
Tuez 46 .
Dauphin 2. Bataillons.
Bleffez 70. ‚ IN
Poitou 1. Bataillon:
Tuez . 33.
Bleffez 15
3
Tuez 16 .
Touraine 1. Bataillong T
Bleffez 3012
Tuez 6:
Anjou . Bataillön. A
Grancey 1. Bataillon F
Bleffez 22.05 .
Tuez 14.
Bleffez 30
Tuez 6 .
Bieffez 38.
enes
La Reyne 2. Bataillons
Gus
8154 Campagne
Tuez 1990
Limofin 1. Bataillon.
Bleffez 21 .
Tuez 436
Artois 1. Bataillon.
Bleffez 12 .
.1
で
Bourbon 1. Bataillon.
Tuez 6 .
Bleffez 19 .
Tuez 2 Musing
Rovergue
1. Bataillon.
Bleffez 22 .
Tuez 2nd Distan
Fuzeliers 2. Bataillons
Bleffez 107 .
Tucz 34,3
job
Farfey 1. Bataillen.
Bleffez 23 .
I Tuez pointaa pysmarɔ
Royal Comtois 1. Bataillon.
Tucż 16.015.senga ay
Bleffez 30 .
? :)
3 x
de Monfeigneur le Dauphin.155
Total des Bataillons 31 .
Total des Soldats bleffez
854.
3:01
Total des Sodalts tuez.562 .
Si je donnois icy à ces
Morts , & à ces Bleffez tous
les éloges qui » , leur · fönt
dûs , je ferois un volume
beaucoup plus gros que n'eft
la Relation du Siege dont je
vous entretiens ; ainfi vous
devez croire que la plupart
de ceux qui font dans ce Catalogue
en meritent de fort
grands quoy que je ne leur en
donne pas ; & comme il fuffic
leurs noms fe trouvent
icy pour en eftre dignes , leurs
noms leur en devoient tenir
heu, le vous avoue que j'ay
du chagrin de p'avoir ny affez
de temps ny affez de place
que
G 6
1560
•Campagne
pour m'étendre comme je le
fouhaiterois , fur ce qu'il feroit
injufte de refufer à la ,
memoire de tous . ces illuftres
Braves . C'eft en cette occa .
fion qu'on peut donner des
louanges , & que les plus fe
veres Difpenfateurs de la.
gloire , auroient , de la peine .
à les blâmer. Si j'ofois , je
loüerois encore les Princes
qui fe font trouvez à ce Sie,
ge , mais comine leur modeftie
eft égale à leur valeur
je fuis contraint d'en demeu
rer à ce que j'ay dit , lors que
jay parlé des occafions particulieres
où l'on a vu Mon¬
fieur le Due , Monfieur le
Prince de Conty , & Monfieur
le Duc du Mayne . Les louanges
données pour des faits,
de Monfeigneur le Dauphin 157-
conftans qui ont eſté publics ,,
& dont on marque toutes les
circonftances , ne peuvent
cftre foupçonnées de flaterie ,
& je puis affurer icy que ces
Princes ont beaucoup plus .
fait que je n'ay dit . Il eft cer .
tain qu'il ne feroit pas aifé de :
décrire avec quel plaifir ils
ont paffé des nuits à la Tranchée
, avec quel zele ils ont
fait travailler , les liberalitez
qu'ils ont faites aux Soldats , &
l'intrepidité avec laquelle ils
ont vu les Ennemis quand les
Afliegez ont efté affez malheureux
, & affez mal avertis
pour faire des forties les jours
que ces Princes eftoient à la
Tranchée . Ie ne vous ay parlé
que d'une partie de ceux qui ,
158
Campagne
fe font diftinguez à la priſe
de l'Ouvrage à corne , & je ne
dois pas oublier que plufieurs.
Relations donnent beaucoup
de louanges à M. le Prince
de Tingry , & à Mrs les Come
tes d'Estrées , de Guiche , de
Murfay , & de Luce. On louë
auffi beaucoup deux Pages
du Roy , dont l'un eft M. le
Comte de Billy , & l'autre M.
du Flos Neveu de M. de Moiffac
, Cornette des Moufquetaires
tué à la Bataille de Caffel
, & petit Fils du Maréchal
d'Ornano . Ce dernier étoit à
l'Ouvrage couronné . Les Pages
du Roy avoient leur tour
pour aller à la Tranchée , &
fon permettoit tous les jours
à deux d'y aller . M. le Comte
de Billy s'y trouva avec M. le
Comte de Guiche qui y eftoit
de Monfeigneur le Dauphin . 159
comme Aide de Camp de
3 Monfeigneur 3 dans le moment
que l'Ouvrage à corne
· furattaqué . Il monta à la bré-
• che , quoy qu'ils euft pû s'en
difpenfer puis qu'il n'avoit
point eftécommandé pour
cette action , qui ne devoit
mefme eftre executée que la
nuit fuivante. On fe fait quel-
-quefois du coeur par raifon
quandon eft commandé, mais
quand on expofe fa vie dans le
temps qu'on peut éviter le pé
ril fans aucune honte , on ne
-laiffe point douter que l'on
n'en ait naturellement.La méme
chofe eft arrivée à un Garde
du Corps du Roy , que fon
courage fit trouver à cette
-action , & dont on a écrit.
d'une maniere tres avanta
geuſes le voudrois & fçavoir
160
-
Campagne
2
fon nom pour vous l'appren
dre , puis que ceux qui ont
parlé de fa valeur , ne le connoiffoient
pas , il faut que la
verité feule les ait fait écrire.
Je voudrois avoir auffi l'élo .
quence de Monfeigneur le
Dauphin pour vous parler de
tous ceux qui le font fignalez
àce Siege . Ce Prince n'a pas
feulement écrit au Roy les actions
de diftinction qu'ils ont
faites , mais il a fait auffi des
-peintures du caractère de leur
valeur , dont toute la Cour a
efté charmée . Comme il écri-
-voittres fouvent au Roy , il ne
manqua pas de le faire fi -toft
qu'on cut battu la chamade.
Sa Majesté vayant, receu, cette
nouvelle , lors qu'Elle eftoit
au. Sermon le jour de la Fefte
de tous les Saints ¡ en parla
de Monfeigneur le Dauphin: 161
tout haut , & fe jetta en mcfme
temps à genoux avec
Madame la Dauphine ,, pour
rendre graces à Dieu . Ce
mouvement eft naturel &
fincere. La nouvelle que le
Roy receut n'eftoit pas attendue
fi toft , & ce Prince
ne croyoit pas qu'il duft là
recevoir àl'Eglife. Cependant
il fe jette aux pieds des Autels
, & la premiere reflexion
qu'il fait , eft qu'il doit à Dieu
cette importante conquefte..
Cet empreffement de luy
rendre graces , marque un
coeur tout penetré de fon
amour qui reconnoift ce
qu'il doit à cet Eftre fouve
rain , & fait voir qu'il n'a
cherché à vaincre que pour
faire un bon ufage de fes vi
doires , ainfi que Sa Majeſté
162
Campagne
a toujours fait . Le Predicateur
qui avoit efté interrompu
( c'eftoit le Pere Gaillard ,
Jefuite ) ne reprit la matiere
qu'il traitoit qu'aprés avoir
parlé de la nouvelle benediction
que Dieu donnoit aux
armes du Roy . Il dit que l'on
ne pouvoit douter que ces conqueftes
ne luy fuffent agreables
puis qu'il luy en faifoit fçavoir
la nouvelle jufques aux pieds des
Autels.
Le Roy receut le lendemain
la Capitulation . Elle
luy fut apportée par Monfieur
le Marquis d'Antin , qui malgré
la méchante faifon avoit fait
toute la diligence qu'il eftoit
poffible de faire. Sa Majesté
donna auffi toft fes ordres
pour faire chanter le Te Drum
dans la Chapelle du Chaſtcau
de Monfeigneur le Dauphin .163
de Fontainebleau où ce Prince
eftoit alors , & on le chantà
auffi à Verfailles , où Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
affifta. On ne fçauroit
affez admirer les manieres de
ce Prince , dont l'efprit paroift
beaucoup au deffus de fon
âge , par l'air dont il fait toutes
chofes. Les mefmes actions
de graces furent rendues à
Paris ,aprés que Monfieur l'Archevefque
cut receu la Lettre
fuivantes qui luy fut écrite par
le Roy .
Mete
ON Coufin , vous avez
esté informé par le Memoire
que j'ay fait don
ner au Public , des raisons qui
m'ont oblige à reprendre les Armes,
& faire affembler un Corps
d'Armée confiderable du cofté du
664 Campagne
Rhin , fous le commandement
de mon Fils , lequel s'eftant rendu
devant Philisbourg le 7.
du
mois passé , a fait ouvrir la
tranchée le 1o. & a fait poufferfi
vivement les travaux , que non.
obftant les pluyes prefque continuelles
• qui avoient rendu les
marais dont cette Place eft, envi
impraticables , & la
ronnée
bonté & multiplicité de fes fortifications
il en a contraint les
Gouverneur à demander à capituler
le 29. dudit mois ; & comme
je reconnois qu'un fuccés , fi
heureux dans une faifon fi
& une
avancée
"
contre place
i
auffi parfaitement fortifiée , eft
un effet vifible de l'affiftance de
Dieu , qui a bien voulu préferver
mon Fils des perils où il s'eft
exposé pour diligenter ce Siege ,
& en mefme temps benir mes
*
de Monfeigneur le Dauphin, 165
1
Armes par les avantages
qu'ont remporté celles qui ont
agi fous le commandement das
Marquis de Bouflers , lequel a
reduit fous mon obeiffance en
moins d'un mois de temps les
Villes de Referloutre , Voormes
Oppenheim , Bingben , Creuteknach
& Bacherach , & a porté
le Commandant de Mayence à
recevoir de mes Troupes dans la
Ville Citadelle , L'ay refolu
d'en rendre. graces à fa Divines
Bonté. C'est pourquog je vous
écriscette Lettre pour vous dire ,
que mon intention eft que vous
fafficz chanter le Te Deum
dans l'Eglife Cathedrale de ma
bonne Ville de Paris , au jour &
à l'heure que le Grand Maifire
ou Maistre de mes Ceremonies
vous dira de ma part , & m'affurans
que vous donnereken
166
Campagne
cette occafion des marques de
voftre pieté ordinaire ie prie
Dieu , mon Coufin , qu'il vous ait
en fa fainte & digne garde. Ecrit
à Fontainebleau le troifiéme iour
de Novembre mil fix cens quatrevingt-
huit . Signé , LOVIS; Et pluse
bas , COLBERT . " ?
Et fur la Lettre eftoit écrit ,
A mon Coufin l'Archevefque de
Paris, Duc & Pair de France, Commandeur
de mes Ordres.
Meffieurs les Prevofts des
Marchands, & Echevins de Paris
avoient fait conftruire un
Feu d'artifice devant l'Hoftel
de Ville,qui fut tiré le foir même
qu'on chanta le Te Deum.
Monfeigneur le Dauphin y
eftoit reprefenté fous la figure
du Dieu Mars , & le
Rhin & la Ville de Philisbourg
?
"
de Monseigneur le Dauphin. 167
f
fe voyoient dans cette machine
, où l'on remarquoit
auffi plufieurs Dauphins couverts
de palmes & de lauriers ,
avec quantité d'ornemens allegoriques
, qui marquoient.
la gloire & les victoires de
Monfeigneur. Ces , actions
de graces à Dieu , accompagnées
de feux d'artifice , fe ,
rendent toujours aprés de
grandes conquêtes ; & comme
ce font des Fétes d'ufage , elles
font veuës quelquefois des
peuples d'une maniere qu'on
peut appeller indifferente :
mais on ne remarqua rien de
femblable en celle - cy . Outre
les cris d'allegreffe qu'on fit.
entendre pendant la Ceremo
nie , on connut le foir , lors
que chaque Particulier fit des s
feux devant la porte que
168
Campagne
L
2
tout Paris eftoit veritablement
penetré de joye . Chacun
s'efforça d'en donner des
marques , & publia que le
plus grand bonheur qui pou
voit arriver en France ; eftoit
de voir Monfeigneur le Dau
phin marcher fur les traces
de Sa Majesté . Il n'y a pas
eu jufqu'aux Ennemis qui
n'ayent loué ce Prince , &
l'envie elle mefme feroit forcée
d'avouer qu'on ne luy:
fçauroit trop donner d'éloges.
Ce Prince alloit tresfouvent
à la tranchée , il
vifitoit les attaques tous les
jours , & le parc de l'Artil .:
lerie il voyoit monter la
garde , il eftoit prefent à tout ,
fe faifoit rendre compte . de :
tout , & donnoit exactement
les ordres à toutes chofes Ibi
J
alla
de Monfeigneur le Dauphin . 169
alla dans l'Ouvrage à corne
aprés qu'on l'eut emporté
fans craindre ce qui arrive
ordinairement , c'eft à dire
les tentatives qu'on fait pour
reprendre les poftes que l'on a
perdus. Sans les défenfes expreffes
de Sa Majeſté , il auroit
efté tous les jours à la
tranchée , & mefme avec les
Sapeurs . On ne sçauroit affez
dire de fes liberalitez pour
les Officiers bleffez . Chacun
d'eux , n'euft il eu qu'une contufion
, en reffentoit prefque
auffi -toft des effets , & fes
bienfaits , fe font étendus depuis
les Officiers generaux
juſques aux moindres Soldats ,
Toutes les fois qu'il alloit à
la tranchée , ou qui s'offroit
ailleurs quelque occafion de
faire du bien , il le répandoit
H
170
Campagne
à pleines mains Enfin il n'a
pas moins fait paroiftre fes
bontez que fa valeur intrepide
, en s'expofant aux endroits
les plus perilleux , &
voulant aller lay mefme
donner fes ordres , afin que
les chofes fuffent mieux &
*
plus promptement
executées .
Rien n'a plus charmé que les
manieres honneftes , & les
bons offices qu'il a rendus
auprés du Roy à tous ceux
qui ont eu l'avantage de fe
diftinguer . Non feulement il
a parlé dans fes Lettres des
marques de courage & de bravoure
qu'ils ont données ,
mais encore de leurs actions
particulieres qui meritoient
d'eftre fceues. Il a procuré à
plufieurs des récompenfes de
Sa Majefté , & dés qu'on luy
de Monfeigneur le Dauphin. 171
demandoit quelque chofe , il
répondoit qu'il en écriroit ,
ou qu'il en parleroit au Roy ,
puis qu'il n'eftoit venu que
pour commander fon Armée,
fuivre fes ordres , & executer
fest deffeins .
Ce Prince écrivit au Roy ,
pendant le Siege , beaucoup
de bien de M. Catinat , & l'on
fçait qu'il admira d'autant
plus fa valeur , qu'avec toute
l'ardeur imaginable , il luy
trouvoit une tres grande fageffe.
Il donna auffibeaucoup
de loüanges à M. de la Lande ,
Ingenieur , qui a tres bien
-fervy , & à qui le Roy a donné
depuis peu . le Gouvernement
de la Citadelle de Mets.
Il n'oublia pas auffi M. de
-la Londe qui a efté tué depuis
, ny Monfieur de Mablan ,
A "
H 2
172
Campagne
Capitaine des Grenadiers du
Regiment de Champagne ,
qui fit des merveilles à l'atta
que de l'Ouvrage à corne de
Philisbourg , & qui a esté tué
à Manheim. Ce qui a rendu
les louanges de ce Prince
tres -glorieufes pour ceux qui
ont eu l'honneur d'y avoir
part , c'eft qu'il n'a regardé
que le merite dans quelque
perfonne qu'il fe foit trouvé .
Quoy que j'en aye icy nommé
quelques uns , je ne pretens
pas avoir parlé de tous
ceux qu'il a loüez , & qui
ont merité place dans fes Lettres
, puis qu'il y en a une infinité
d'autres . cinqal bi
Monfeigneur le Dauphin
a tenu une Table de douze
couverts matin & foir , depuis
Verfailles jufques à Phide
Monfeigneur le Dauphin. 173
lisbourg , & fi - toft qu'il fut
arrivé au Camp , il en tint une
de vingt - quatre , qui a eſté
fervie pendant tout le Siege
avec autant d'abondance , &
de delicateffe , que fi on avoit
efté dans la meilleure
Ville de l'Europe . Monfieur.
le Duc , Monfieur le Prince
de Conty & Monfieur le Duc
du Mayne mangeoient avec
Monfeigneur. Tous les Officiers
Generaux ont eu de
mefme l'avantage d'y manger.
Auffi ont- ils l'honneur
d'eftre à la Table du Roy
quand Sa Majesté eft à l'Armée.
Les huit Aides de Camp
de Monfeigneur , ont joüy
du mefme avantage que les
Officiers Generaux . Je ne
vous repete les noms ny des
uns ny des autres , puis qu'ils
H
3
174 Campagne
font tous au commencement
de cette Relation..
Pendant que Monfeigneur
le Dauphin a demeuré devant
Philisbourg , il a efté
complimenté par les Envoyez
des Electeurs de Mayence ,.
& de Tréves , & par ceux des
Princes de VVittemberg , &
de Dourlac . Cés Ele&curs &
ces Princes luy ont tous envoyé
du vin mais outre cela ,.
M. le Prince de Dourlac luy
a envoyé plufieurs fois , des
Sangliers , des · Chevreuils
des Dains , des Perdrix , des
Gelinotes , & des Becaffines .
Monfeigneur a donné aux
Envoyez des Electeurs de
Mayence & de Treves , le
Portrait da Roy enrichy de-
Diamans,de la valeur de deux
mille écus ; à celuy du Prince:
>.
de Monfeigneur le Dauphin. 175
de VVittemberg
une Medaille
d'or, avec une chaifne de deux
cens Loüis, & à celuy du Prince
de Dourlac , une Medaille
& une chaifne de cent cinquante
Louis.
,
Monfeigneur
le Dauphin
ayantmis Garniſon dans Philisbourg
le premier de Novembre
, en partit dés le lendemain
, pour aller affieger
Manheim , qu'il avoit fait inveftir
par Monfieur le Baron de
Monclar . Au lieu de vous
donner une Relation de ce:
Siege fur les Memoires des
François qui s'y font trouvez ,
je vais vous faire part de la
Lettre d'un Gentilhomme
Allemand , qui est tombée
entre mes mains , & que j'ay
fait traduire exprés pour vous
Renvoyer. Vous y trouverez
H. 4
175
Campagne
mefme le tout de la
phraſe
Allemande que j'ay jugé à
propos de ne point
changer.
Vne
pareille
Relation ne doit
point eftre
fufpecte . La voicy .
De Manheim ce 15.
Novembre,
,
- LA reduction de cette Ville
s'eft faite ainfi. Les
François
nous ayant tenus bloque dixfept
jours , & affiegez trois
pendant lefquels quatre à cinq
cens bombes avoient mis le feu
dans trois rues les
Bourgeois,
fatiguez par de longues veilles
jetterent leurs armes , fe retirerent
de deffus leurs
remparts ,
rentrerent en leurs maisons , &
refuferent de fe defendre davantage.
Les femmes coururent avec
des draps jufque fur les remparts
, croyant les arborer , mais
an les chaffa.
Pendant ce
tempsde
Monfeigneur le Dauphin. 177
là la Bourgeoisie follicita le Ma
giftrat , & celuy- cy le Gouver
neur à leur priere , de vouloir
capituler , d'autant plus que l'ELecteur
, & le Grand- Maiftre de
L'Ordre Teutonique , en fe retirant
de Heidelberg
confeillé de ne pas attendre l'extrémité.
Le Sieur de Schliger ,
Commandant au Chateau , ayant
acquiefcé à leurs preffantes inf
tances , ou envoya un Trompette
qui revint avec l'Ecrit qui
fuit
avoient
La confideration de ce que
les Bourgeois & le Magiftrat
de la Ville de Manheim fe
font venus rendre à ma difcretion
, je veux leur accorder
la vie & leurs biens , &
conferver leurs Privileges , &
au cas que le Gouverneur de
la Citadelle , ou la Garnifon
H
178
Campagne
630
Palatine , tire ou jette des
bombes fur les maifons , ou
fur les Eglifes de la Ville , je
ne leur accorderay aucun
quartier ny capitulation. Jeveux
qu'en confequence decet
accord la porte du Necker
de la Ville foit cedée aux
gens que j'y envoyeray demain
matin , onzième de Novembre
, afin de s'en affurer. Fait
au Camp de devant Manheim
le 10. Novembre 1688. Signé,,
LOUIS.
Cela fut executé , mais de
quatre cens Soldats Palatins qui
eftoient icy & que l'on voulut:
faire aller dans la Fortereffe des
Le foir precedent , il n'y en cat
que foixante au plus , le refte fe
cacha. Aprés que la Garnifon .
Françaiſe far entrée dans la ,
Ville , le Chasteau fut affiegé
de Monfeigneur le Dauphin. 179
3
avec trois batteries de fept , de
neuf& de feize livres de bales ;
Les Bourgeois furent menacez
que s'ils donnoient le moindre
fecours au Gouverneur de la
Fortereffe , toutes leurs Maifons
feroient brûlées & qu'on les
traiteroit comme rebelles. Le
Gouverneur difpofa tout pour la
défendre ; & exhorta les Soldats
às'acquiter de leur devoir , mais
ceux - cy ayant fait enfemble un
complot , demanderent fix moisde
paye qui leur eftoient deûs ,
refuferent de combattre fon
ne leur donnoit cet argent. Vn
party de ces Mutins tira mefme
fur le Gouverneur tandis qu'ils
vifitoit les poftes accompagné de
quelques Officiers nonobftant
qu'il leur euft promis de les payer
de fes propres deniers . Le Colonel
Electoral qu'ils s'eftoient choify
E
HA 6 %.
180
Campagne
>
fe jetta fur lug dans le temps
qu'ils'en retournoit à fon Appartement
où eftant entre , ce
Colonel fit tirer fur les feneftres
Par fix Moufquetaires , dont un
coup brûla fa perruque , & it
menaça de piller fa maifon. Vn
party de ces Seditieux , alla au
quartier du Lieutenant Colonet
Strappe, & demanda les Drapeaux
; il ouvrit par force le
Magafin d'Armes , & y fit um
fort grand defordre. Le Gouverneur
voyant cette violence
qu'il ne pouvoit moderer
qu'on en vouloit mesme à fa
perfonne , & à sa vie , livra
une des portes aux François..
Tandis que cela fe paffoit , les
Mutins voulurent fe jetter derechef
fur luy , mais les Franfois
le fauverent de cette nouwolle
infulte , & Monfeigneur .3
de Monfeigneur le Dauphin . 181
te Dauphin donna permiffion de
fe faifir des principaux de cette
faction fi fort animée , afin de les
chaftier , de forte qu'avant que
de fortir , ily en eut dix paffe par
tes armes.
Aprés vous avoir fait voir
par cette Relation ce qui s'eft
paffé au dedans de la Place
je vais vous parler de ce qui
s'eft fait au dehors . Monfeigneur
le Dauphin qui eftoit
party de Philisbourg , arriva
le 4. devant Manheim. Ce
Prince l'avoit fait inveftir du
cofté Septentrional du Nec-
Kre , & aprés avoir détaché
M. le Marquis de Ioyenfe
avec douze cens Chevaux,
pour la ferrer du cofté Occidental
du Rhin , il fit travailler
à deux ponts de communication
, l'un fur le Rhin
182
Campagne
& l'autre fur le Nekre . Toute
l'Armée eſtant arrivée
elle fut diftribuée en differens
quartiers , & le terrain s'étant
trouvé fi humide que.
l'Infanterie ne pouvoit y faire
de baraques , Monfeigneur.
le Dauphin cut la bonté de
la faire loger dans les Villa ---
ges voisins. Ce Prince allas
vifiter tous les quartiers au
delà du Nekre , dont les eaux .
s'enflerent fi fort , qu'elles
rompirent le pont de bateaux
de cuivre , fur lequel il venoit
de paffer . On travailla à le
racommoder. Cet ouvrage
fut achevé fort tard , & cetx
intrepide Prince y paffa encore.
La tranchée fut ouverte
les . & Monſeigneur le Dau--
phin continuant à s'expofer
fit pofer luy - mefmes les fafci
de Monfeigneur le Dauphin. 183-
nes . Les Affiegez firent grand
feu pendant la nuit , il n'y eut
pourtant que cinq ou fix Sol--
dats tuez ou bleffez .
Le 9. M. le Marquis de-
Mornay Fils de M. le Marquis
de Monchevreuil , fut
tué d'un coup de Canon , & :
M. d'Ardencs , Lieutenant
des Gardes du Corps de Monfieur
le Duc du Mayne , eut
un bras emportés, dont il mous
rut deux heures aprés . Monfieur
de Mablans , dont je vous
ay déja parlé , fut auffi tué
La tranchée fut avancé de plus
de mille toifes , & l'on fit un
logement dans un travail a
bandonné par les Ennemis.
Les bombes firent un fort
grand effet pendantle jour ,
& mirent le feu , en plufieurs
endroits de la Ville. Le foin .
184 Campagne
de ce mefme jour , la tranchée
fut pouffée jufques à quarante
toiles du chemin couvert à
l'attaque de la Citadelle , &
celle du Nekre fut pouffée
auprés du chemin couvert
de la Ville , où l'on fit une
place d'armes . M. le Comte
de Grignan fut bleffé d'un
éclat de bombe , & Monfieur
le Comte de Tours , Fils de M.
le Duc de Luines , eut fon chapeau
percé d'une bale de mouf.
quet . Le ro.les Batteries mirent
les Affiegez en état de capituler.
Le mefme jour , Monfeigneur
le Dauphin alla à
Heydelberg où les Habitans
marquerent d'autant plus de
joye , de voir ce Prince , que
l'Electeur Palatin les avoit
abandonnez , aprés les avoir
prefque rançonnez , & avoir
de Monfeigneur le Dauphin.185
emporté tout ce qu'il avoit
de meilleur. Monfeigneur
vit le Tonneau qu'on y conferve
, & qui tient trois cens
foixante & dix muids de vin .
Le foir la Ville capitula , &
la Citadelle le lendemain , fuivant
ce que vous venez de
voir dans la Relation du
Gentilhomme Allemand . La
Garnifon fut conduite à Duf.
feldorp. Le Gouverneur ne
fit point de compliment à
Monfeigneur le Dauphin , &
ne parla à ce Prince que pour
le prier qu'on luy donnaft
des chariots pour emmener
fon bagage , & du pain pour fa
Garnifon .
Si - toft que la Ville de Manheim
eut batu la chamade,
Monfeigneur
envoya M ...
Portail , Page du Roy , & petis
1860
Campagne
Fils de Mrle Comte de Che
merault , pour en porter la
nouvelle à fa Majefté . Ce
Page avoit couru grand rifque
à ce Siege , il eftoit avec Mef
Geurs de Mornay le jour qu'il
fut tué. Il ne le quita qu'un inftant
par fon ordre , & à peine
fut- il forti d'auprés de luy, que
M. de Mornay reçeut le coup.
de Canon qui le tua . Le Roy
ayant receu le matin du 14
de Novembre la nouvelle de
la reddition de Manheim ,
aprit le foir du meſme jour
par M. le Comte de Sainte .
Maure que Monfeigneur le
Dauphin luy avoit envoyé
que la Citadelle s'eftoit aufli
rendue. CCeettttee Conqueſte
eftantachevée , Monfeigneur
le Dauphin alla devant FranKendal
que MonfieurleDuc de.
de Monfeigneur le Dauphin 187
>
Duras avoit déja fait fommer.
Ce Prince eftoit accompagné
de Monfieur le Duc ;
de Monfieur le Prince dé
Conty , & de Monfieur le Duc
du Mayne. Il y arriva le 15 .
reconnut la place vifita le
terrain , & fit ouvrir la tranchée
la nuit du 16. au 17. On
fit plus de quinze cens toifes
de travail cette nuit - là on
prepara deux batteries , l'une
de huit , & l'autre de dix pieces
de Canon , qui fe firent
entendre le 18. Le mefme jour
huit Mortiers jetterent des.
Bombes qui mirent le feu en
plufieurs endroits de la Ville ,
& qui obligerent le Gouverneur
à recevoir la capitula
tion qu'il plût à Monseigneur
le Dauphin de luy accorder
aprés avoir rejetté les Articless
$
188
Campagne
qu'il avoit envoyez . Il fortit
le lendemain 19. ep confequence
de cette capitulation.
Monfeigneur employa le 20.
& le 21 à vifiter les Troupes
& à donner des ordres , &
partit le 21. pour se rendre
auprés du Roy. Il fut receu
par tout où il paffa , aux
acclamations du peuple , qui
témoigna un trés grand empreffement
de le voir , & qui
ne pouvoit fe laffer de l'admirer.
Le 28. que ce Prince
devoit arriver à Verfailles ; le
Roy qui avoit de l'impatience
de le revoir , & qui par avance
s'en eftoit fait un plaifir , alla
au devant de luy afin d'en
jouir plûtoft , & de marquer
combien il eftoit, fatisfait de
fa conduite , & de fon courage.
Sa Majefté fe rendit au
de Monfeigneur le Dauphin.189
Chafteau de Saint Cloud incontinent
aprés fon difner , &
commanda qu'on pofaſt des
Gardes d'efpace en eſpace
jufques à Saint Denis , avec
ordre de tirer dés qu'ils apercevroient
Monfeigneur le
Dauphin. Cet ordre fut executé
, & on n'eut pas fi-toft
averty le Roy que l'on avoit
entendu tirer , que fa Majefté
monta en Carroffe avec Madame
la Dauphine , Monfieur
Madame , Madame de Guife ,
Madame la Ducheffe &
Madame la Princeffe de Conty.
On apperçeut Monfeigneur
le Dauphin dans l'efplanade
qui eft entre la porte du bois
de Bologne , & le Bois. Le
lieu eftoit fpacieux & découvert
, & l'arrivée de ce
Prince fit que l'on s'arrefta
>
190 Campagne
dans un endroit qu'on auroit
choify , fi on ne s'en fuft
point remis au hazard. Le
Caroffe des Ecuyers de Ma
dame la Dauphine eſtant à la
tefte de tout , ils aperçeurent
les premiers Monseigneur
& defcendirent dans le mef
me inftant. Monfieur le Duc
de Montaufier fut le premier
qui defcendit aprés eux du
Caroffe où il eftoit. Il dit à
ce Prince que le refpect ne le
pouvoit pas empefcher
de
l'embraffer
, & l'embraffa des
deux coftez . Il feroit affez
difficile d'exprimer
fa joye ,
puis qu'aprés le Roy , il n'y
a perfonne qui en du reffentir
davantage . Toute la
Cour ; qui eftoit fort nombreufe
, & qui avoit fuivy le
Roy , defcendit de carroffe en
2
de Monfeigneur le Daurhin.191
ce moment , & Monseigneur
fe trouva environné , mais
fans écouter perfonne il perça
, certe foule , & alla droit
au Carroffe du Roy qu'il
trouva à demy defcendu . Sa
Majefté luy dit ; Monfeigneur ,
vous voulez bien qu'on defcende
pour vous falüer. Monseigneur
embraffa fes genoux. Le Roy
fe remit en Caroffe , Monfeigneur
y entra , & commenga
ça à faluër les Princeffes . Cependant
toute la Cour s'é
tant rendue auprés du Car
roffe du Roy , Sa Majesté
trouva à propos de defcendre
, pour fatisfaire à l'impa
tience d'un grand nombre
de perfonnes du premier rang,
qui fouhaitoient de voir
Monfeigneur. Si - toft que le
Roy, & tous ceux qui estoient
•
1.92
Campagne
dans le Carroffe de Sa Majefté
, furent defcendus , Monfeigneur
acheva de faluer les
Princeffes qu'il n'avoit pu
faluer toutes dans le Carroffe.
Il receut enfuite les complimens
de toute la Cour. Toute
l'efplanade eftoit remplie , &
c'eftoit quelque chofe d'affez
beau à voir qu'un fi grand
nombre de perfonnes de qualité
à pied , parmy lefquelles
il y avoit beaucoup de Princes
& des Princeffes . On remonta
en Carroffe , & on alla
à Verfailles. Outre le Peuple
qui eftoit fur les avenuës , on
trouva l'Escalier fi remply
qu'on eut de la peine à monter.
Monfeigneur alla reconduire
le Roy chez luy , & demeura
pendant une demyheure
enfermé avec Sa Maje-
>
fté.
de Monfeigneur le Dauphin.193
fté.On remarqua que lors qu'il
en fortit, le Roy l'embraffa encore
. Il revint chez Madame
la Dauphine , qui l'attendoit
feule dans fon Cabinet. A peine
y fut- il entré , que cette
Princeffe luy dit que fa chambre
eftoit pleine de Dames qui
avoient une extrême impatience
de le voir , & qu'elle
leur avoit promis de l'y faire
entrer . Il fit ce que Madame
la Dauphine fouhaitoit de luy,
il entra dans la chambre de
cette Princeffe , qu'il trouva
toute remplie de Dames , parmy
lefquelles il y en eut qui
pleurerent de joye . Il falua les
unes , il fit de grandes honnêtetez
aux autres , aprés que fa
bonté & fa complaifance l'eurent
fait demeurer quelque
temps dans cette chambre , il
I
194 Campagne
my
rentra dans le Cabinet de Madame
la Dauphine.
Comme pour ne point perdre
Monfeigneur de veuë, j'ay
voulu vous parler de fuite de
tous les Sieges où il s'eft trouvé
en perfonne , je ne vous ay
rien dit des autres Places dont
on s'est rendu maistre en même
temps. Ce n'eſt pas que ce
Prince n'ait contribué à ces
Conqueftes , puis que tout
s'eft fait fur fes ordres . Voicy
la lifte de toutes ces Places .
Elles ont fi peu couté qu'il fuffit
de vous en donner les noms,
& de vous dire qu'elles ont efté
attaquées , pour vous apprendre
qu'elles ont efté priſes .
Kaifers- Lautern ou Lutra- Cafarea
fur le Loutre , eft une
Ville , Capitale d'un Bailliage
qui en porte le nom ; Elle eft
de Monfeigneur le Dauphin.195
7
$
environ à une journée audelà
de la Sare , & à fix lieues de
Hombourg.L'Electeur Palatin ,
comme Seigneur de cette Ville-
là , a feance aux Diétes Imperiales
dans le College des
Princes.Cette Ville a autrefois
apartenu à l'Empire , & eft aux
Electeurs Palatins par engage-
C
ment .
Creutzenach fur le Loutre , eft
la principale Ville de la Comté
de spanheim dans le Huns- berk..
Il y a haute & baffe Ville &
Chafteau.
Leuſtat fur le Spirbash.
ου Hailbrun ou Elbron Ville Imperiale
dans le Duché de Vvirtemberg
fur le Fleuve Necar ou
Necre . Elle n'eft pas éloignée de
Spire , & pour eftre affez bien
fortifiée.
Mayence qui a receu Garnifon
Françoife , & le premier
1 2
196
Campagne
Electorat de l'Empire . Cette
Ville qui eft fituée prés du
Confluent du Rhin & du Mein ,
fut fouvent ruinée par les Bataves
du temps de Vefpafien ,
par les Barbares fous l'Empereur
Julien , & parles Vandales
Alains & Suéves , vers l'an 415 .
Elles a efté long temps foûmife
à nos Rois & l'on tient que Clo.
vis s'eftaut fait Chreftien , l'enrichit
de diverfes Eglifes . Da
gobert la repara , & Charlemagne
y fit bâtir un pont fur le
Rhin. L'Archevêque de Mayence
eft Doyen des Electeurs ,
& Grand Chancelier de l'Empire
. Son Domaine ou Dioceze
eft en partie dans la Franconie ,
dans le cercle des quatre Electeurs
du Rhin , dans la Heffe &
dans la Thuringe . Mayence à
une Vniverfité fondée en 800 .
& rétablit en 1432. Outre de
de Monfeigneur le Dauphin . 197
tres belles Eglifes , les Palais
des Princes , la Maiſon de
cette Ville , & trois Chafteaux ,
on y remarque le Tombeau de
Drufus, & le Pont de Jule Cefar.
Elle a eu part aux malheurs de
l'Allemagne durant les Guerres
de ce Siecle. Les François la
prirent en 1644.
Oppenheim eft une Ville prés
du Rhin entre Vvormes
Mayence , dont on pretend que
la fituation reffemble à celle de
Ierufalem .
2
&
Bingen est un Bourg entre
Mayence & Coblens fitné fur
l'embouchure de la riviere de
Nabe ou Nave fur le Rhin.
Bacharach , fur le Rhin avec
fon Chafteau eft une Ville fort
ancienne , où l'on pretend qu'il
y ay eu autrefois des Autels dediez
à Bacchus , & que le nom
de Bacharach , viết de Bacobi– Ara
198
Campagne
, Vvormes Ville fur le Rhin
dans le bas Palatinat , avec Evefché
Suffragant de Maïence ,
l'Evefque en eft Seigneur , auffi-
bien que d'un petit Païs dont
elle eft la Capitale. Elle fut ruinée
par Attila dans le cinquiéme
Siecle , & repriſe depuis par
Clovis. Elle a auffi efté prife &
repriſe plufieurs fois dans les
dernieres guerres d'Allemagne .
Spire , Ville auffi du bas Palatinat
, fituée proche le Rhin .
Elle eft affez grande & confide
rable par la Chambre Imperiale
de quarante & un luges , par
qui les affaires importantes y
font décidées fouverainement.
L'Evefché de Spire cft Suffragant
de Mayence . Ce Pays que
les Allemans appellent Bithumb
Speyr,comprend Spire , Bruffel &
quelques autres Villes qui font
à l'Evefque avec Philisbourg.
de Monfeigneur le Dauphin.19.9
Treves , Ville d'Allemagne , fur la
Mofelle , avec Archevêché Electoral de
l'Empire , ayant efté ruinée plufieurs
fois par les Huns , les Vandals &
les Gots , s'eft toujours relevée avec
éclat. Les Empereurs qui s'arreftoient
dans les Gaules y ont fait leur ordinaire
sy
fejour. Les Evêchez de Mets , Toul &
Verdunfont fuffragans de l'Archevêché
de Tréves. Cét Eftat fitué entre le
Palatinat du Rhin , la Lorraine , le Luxembourg
, le Pays de Iulliers , & de la
Veteravie , comprend les Comtez de
Vvirnemberg,& Man - er- Scheit, &c.Et
outre Treves , il a Coblens , Boppar ,
Surbourg , & d'autres Villes. Saint Euchaire
a été le premier Prelat deTreves.
>
Heidelberg eft la Capitale du bas
Palatinat , où l'Electeur Palatin fait
fa refidence. Elle eft fur le Nexre à
trois lieuës de Spire , vers les frontieres
de la Soüabe. Rupert le Roux
Comte Palatin , Duc de Baviere , y
fonda une Univerfité en 1346. C'eſt
une Ville agreable & bien baſtie , dont
les fortifications font tres- regulieres.
Elle a beaucoup fouffert pendant les
Guerres d'Allemagne , ayant efté fou?
200 Camp.de Monf.le Dauphin.
vent prife & reprife , & toujours tresmal
traitée.
Manheim eft fur le Confluent du
Necre & du Rhin , à quatre lieuës au
deffous d'Heidesberg. C'eft une Ville
nouvelle que l'Electeur Palatin , Pere
de Madame a fait batir pour fervir de
retraite aux Proteftans.
apar-
Frankendal au deffus du Rhin
tenant à l'Electeur Palatin .
Toutes ces Places ont efté prifes ou
ont receu volontairement Garnifon.
Ces Generaux qui ont commandé
dans ces Expeditions fous les Ordres
du Roy & de Monfeigneur le Dauphin
, font M. de Monclar , & M. de
Bouflers , dont la valeur , & l'activité
font connuës .
Toute la France a donné des marqués
extraordinaires de fon zele pour
la gloire du Roy & de Monfeigneur
le Dauphin . Chacun a fait éclater fa
joye par des Festes publiques , & ceux
qui en ont pu donner des marques par
des preuves parlantes,l'ont fait , comme
vous pouvez voir par le Recueil
des Vers qui fuivent .
RECUEIL
RECUEIL
DE
DIVERS OUVRAGES
FAITS
A LA GLOIRE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SUR LA PRISE
DE PHILISBOURG.
OTANQUE
LYON
DELA FIL
1895
***
3
ODE
U beau Laurier qui ceint ta
Teſte
L'éclat vient de fraper mes
yeux ,
Et par un Hymne harmonieux
J'en veux celebrer la Conquefte .
Grand Prince , daigne m'écouter ,
Ceux qui ne fçavent point flater
M'ont mis au rang de nos Orphées ;
Et dans fes triomphes divers
J'ayfouvent dreffé des trophées
Au plus grand Roy de l'Univers,
a ij
4
S'il a fouffert quelques alarmes
Dans tes dangers par fon Amour ,
Qu'il eft content à ton retour !
Que ta gloire a pour luy de charmes !
Quel plaifir ne reffent- il pas
De te voir marcher fur les pas
D'une activitéfans feconde ;
De voir qu'il ne s'eſt point deçeu ,
Et que ton courage réponde
A l'espoir qu'il en a conçeu ?
Quand d'une fage prévoyance
Il eut découvert les complots ,
Qu'on tramoit contre le repos
Et contre l'honneur de la France ;
Quand pour rompre ces noirs deffeins
Il eut mis ta Foudre en tes mains ,
Rien ne fut égal à ta joye :
Non , Achille en fut moins touché ,
Lors qu'Ulyffe eut conduit à Troye
Ce Heros qu'on tenoit caché.
S
Le Rhin qui de noftre Monarque
A veu les merveilleux efforts ,
Dez que tu parus fur ſes bords ,
Te connut à plus d'une marque.
Dans ton air plein de majefté ,
Dans ta douceur , dans ta fierté ,
Il veid l'Image de ton Pere ;
Et s'eft applaudi mille fois
Par l'avantage qu'il efpere
De ne couler que fous fes loix.
•
Mais lors qu'ayant franchi fes , rives
Tu veis ces orgueilleux Remparts,
Qu'inveftifoient de toutes parts
Nos Troupes laffes d'eftre oifives ;
Quel fut le tranfport de ton coeur !
Quelle force , quelle vigueur
Se repandit dans ton Armée !
Et ce PHILISBOURG renommé ,
Lors qu'elle en étoit ſi charmée,
Combien en fut-il allarmé !
a iij
L'allegreffe ne fut point telle.
Dans le Camp des Grecs rallentis ,
Quand le vaillant Fils de Thetis
Parut pour vanger leur querelle :
Ny telle la peur d'Ilion ,
Lors qu'il veid ce jeune Lion
Roder autour de fes Murailles
Et que , dez le premier effor ,
Il fe montra dans les Batailles
Plus terrible que fon Hector.
D'abord plein d'une ardeur guerrière
Tu vas d'un regard curieux
Obferver jufqu'aux moindres lieux
D'une Fortereffe fi fiere.
Son affiette & tous les travaux
Sembloient devoir de nos affauts
Rendre tout l'effort inutile ,
Mais plus elle infpire d'effroy ,
Plus la prife en eft difficile ,
Plus ru la crois digne de Toy.
Dans les Confeils où tu prefides
On eft faifi d'étonnement
De voir avec quel Jugement
Tu raifonnes & tu decides :
Chacun ferange à tes avis ,
Et tous tes ordres font fuivis
D'une exactitude fidelle :
On voit Chefs , & Soldats voler
Où ta conduite les appelle ,
Et tout cherche à fe fignaler.
Sans ceffe le Siege s'avance
Malgré le feu des Affiegez ,
E: tes Guerriers encouragez ,
S'irritent par la reſiſtance ;
Au Canon , qui de toutes parts
Tonne du fafte des remparts
A tous momens ils font en butte ;
Et de plus d'un (puis - je y fonger 1 )
Tu veis , helas ! la trifte cheute ,
Et courus le même danger..
iv
-8
A ta contenance intrepide
Qui ne t'eût crû Maître du Sort ,
Ou que Pallas contre la Mort
Ne te couvrift de fon Egide ?
Ah ! Prince,ménage un peu mieux
Des jours fi chers , fi precieux ,
C'est trop nous vendre tes conquêtes :
Tant de fermeté fait trembler
Un Roy , que toutes les tempeftes
Jufqu'icy n'avoient pu troubler.
Cependant lorfque tu t'expofes ,
Dans tes plus dangereux projets ,
Le falut de fes chers Sujets
Eft le but que tu te propoſes. ,
Tes dons répandus largement
Des Bleffez calment le tourment ,
Ton coeur eft touché de leur plainte ,
Et par des marques d'amitié ,
S'il n'eft acceffible à la crainte
Fait voir qu'il l'eft à la pitié .
9
Les Eloges que tu difpenfes
A quiconque à bien combattu ',
Pourroient être de leur Vertu
D'affez illuftres recompenfes ;
Mais par un fidelle rapport
Auprés du Maître de leur fort
Tu travailles à leur Fortune ;
Et tiendrois ta gloire à mépris
Si tu ne la rendois commune ,
Et s'ils n'en partageoient le prix.
Que ces foinsd'une Ame héroïque,
Grand Prince , t'ont gagné de coeurs !
C'est le triomphe des Vainqueurs
Le plus doux , le plus magnifique.
Mais que tu fçais bien profiter
Du zele qu'ils font éclater !
Qu'ils t'offrent un charmant ſpectacle !
Ils portent la terreur par tout ,
Il n'eft digue, rempart, obftacle ,
Dont leur Valeur ne vienne à bour.
a v
ΤΟ
Par nos effroyables Machines
L'Ennemy voir tomber les Forts ,
Et les Soldats mourans ou morts
Enfevelis fous leurs ruines :
Ainfi Jupiter dans les Cieux
Sur les Titans audacieux
Lança les carreaux de la Foudre ;
Et ces rebelles terraffez
Furent engloutis fous la poudre
Des Monts qu'ils avoient entaffez..
Par fa refiftance obftinée
Ne pouvant vaincre fon deftin ,
PHILISBOURG te rend à la fin
Lé Maître de fa deftinée.
Ta haute generofité
Reçoit avec tant de bonté
Ceux qu'on commit à fa defenfe ,
Que malgré leur jufte douleur
On leur voit benir ta Clemence ,
Autant qu'ils ont craint ta Valeur.
II
Une Conquefte fi fameufe ,
Et qu'à peine on peut concevoir s
De terreur & de defefpoir
Remplit le Danube & la Meufe.
Enflé du débris du Croiffant
L'Aigle, qui d'un oeil menaçant
Déja nous annonçoit la guerre ,
Maintenant confus , éperdu
Par ce premier coup de Tonnerre
Voit tour fon orgueil confondu.
Jeune Heros , qui de ton Pere
Portes la Vertu fur le front ,
Et dont le coup d'Effay répond
Des Merveilles qu'on en efpere
Viens recevoir de ce grand Roy
Un accueil qui n'eft dû qu'à Toy.
Et qu'aux Actions immortelles ;
Viens de ce Maiftre des Guerriers
Recevoir des Leçons nouvelles
Pour cueillir des nouveaux Lauriers
a vj
12
Viens voir les Mufes empreffées
A te couronner de ces Fleurs ,
De qui les charmantes couleurs
Ne feront jamais effacées :
Viens ouir ces divins concerts ,
Qu'apprétent leur Chantres divers
Pour ta gloire & pour tes delices ;
Chantres, dont la celefte voix
Auroit pû de mille Euridices
Racheter les jours mille fois .
Viens confoler de fes allarmes
Ta Moitié , l'honneur de nos jours ,
A qui les perils où tu cours
Ont coûté tant & tant de larmes.
Viens recevoir cet heureux fejours ,
Où LOUIS à toute fa Cour
(ple;
Luit comme un Aftre , & fert d'exein-
Dieu fit ton guide , & ton appuy ;
Viéns luy confacrer dans fon Temple
Ce que tu ne tiens que de Luy.
13
Vous , qui d'un Roy fous qui tour
tremble
Occupez les foins genereux,
Peuples , que vous étes heureux
Qu'il ait un Fils , qui luy reffemble !
Que l'Aigle , & le Lion jaloux ,
Que mille Monftres contre vous
Arment leurs fureurs homicides ,
Vous n'avez rien à redouter ,
Le Ciel vous donne deux Alcides
Pour vous deffendre, & les dompter .
LE CLER C , de l'Academie
Françoife
14
++++
O DE
L faut que fur la même Lyre
Du Roy , que l'Univers admire ,
Et les vertus & les Exploits ,
Je chante la guerriere audace
Du jeune Heros de fa Race ,
Dont feul il peut étre imité ,
Qui fur le Char de la Victoire
Couronné de la méme gloire
S'éleve à l'immortalité.
L'héroïque ardeur de fon Ame
L'entraifne à forcer des Remparts ,
D'où le plomb, le fer & la flame
Portent la mort de toutes parts ;
Fier, il marche au front d'une Armée
A toûjours vaincre accoûtumée .
Seul il anime ce grand Corps ,
Il l'échauffe par la Vaillance ,
Et fon active Vigilance
En fait mouvoir tous les refforts
15
Icy de fa Conduite fage
If furprend fes plus grands Guerriers ,
Il les careffe & leur partage
La dure moiffon des Lauriers ,
Là , dans la Tranchée homicide
Il entre d'un pas intrepide ,
Au travers des feux & des dards ;
Pendant que glacé par la crainte
L'Ennemy tremble dans l'enceinte
De fes plus fermes boulevars.
Sur les murs couverts de fumée
Je voy briller de longs éclairs ,
Le bruit de la foudre enflamée.
Remplit tout le vague des airs
O Cicl ! une maffe de terre
Qu'enleve ce coup de Tonnerre
Me cache le jeune LOUIS ,
Mais de ce globe de pouffiere
Qu'ilfo téclatant de lumiere !
Que mes yeux en font éblouis !
16
Ah,Prince heureux & magnanime !
Songe dans quels triſtes hazards
La noble chaleur qui t'anime
Te pouffe au pied de ces remparts.
Songe que toute la France
Sur Toy repofe l'efperance ,
Le Bonheur , l'Amour & les Voeux ;
Et qu'à tes grandes deftinées
De mille noeuds font enchaînées
Celles de nos derniers Neveux .
Mais PHILISBOURG reply d'alarmes
T'appelle pour fubir tes loix ,
T'ouvre fon fein ,& rend les armes.
A la terreur du nom François.
Terreur dont la vafte Puiflance
Sous LOUIS a pris fa naiffance
Au bruit de fes Exploits divers ;
Terreur fans frein , fans retenue ,
Et fi grande enfin devenuë
Qu'elle remplit tout l'Univers .
17
Pourfuis ta marche glorieuſe ,
Héros, nos plus tendres amours ,
C'est en vain que l'Aigle orgueilleufe
Tâche d'en arrêter le cours.
MANHEIM qui s'offre à ton paffage ,
Voudra fignaler fon courage ;
Mais je le voy déja foûmis
Et ta Valeur prompte & rapide
N'ayant que l'Equité pour guide ,
Abatrra tous tes Ennemis .
Telle ne fera l'avanture
Des Princes d'orgueil enyvrez ,
Qui du Ciel & de la Nature
Bleffent les droits les plus facrez .
L'Eternel , dont la Providence
Aime à confondre l'imprudence ,
-Des projets injuftes & vains ,
Rira de leur vol temeraire ,
Et du fouffle de fa Colere
Diffipera tous leurs deffeins.
PERRAVLT,de l'Academ„Françoiſe.
18
SONNE T.
TOUS vos defirs fembloient plei-
Του nement fatisfaits ;
LOUIS , vôtre Grandeur voit tout au
deffous d'elle ;
Cependant vous aviez à remplir les
fouhaits
Que faifoit en fecret l'amitié paternelle.
Un Fils digne de Vous languiſſoit dans
la paix :
Enfin au champ de Mars la Victoire
l'appelle ;
Il part , & fa Valeur par les premiers
effais
Fait rejallir fur Vous une gloire nouvelle.
19
Pour en voir tout le prix, Grand Roy,
n'oubliez pas
Que ce Fils ménager du fang de vos
foldats
1
A feen , pour l'épargner , retarder fa
Conquefte.
Un rapide fuccés tentoit fon jeune
Coeur ;
Mais d'un double Laurier il couronne
fa Tefte ,
Quard fa Bonté triomphe ainfi que
Valeur.
fa
BOTER , de l'Academie
Françoife.
20
£ 3 *3 £ 3 ↓ +£ 3 £ 3
SONNET.
E voilà , MONT AUSIER, au comble
TE de tes voeux.
Ce Dauphin que tu fccus élever dés
l'Enfance
Dans tout ce que demande une augufte
Nailfance,
Montre combien pour luy tes foins
farent heureux.
Tel que doit étre un Prince & tel que
tu le veux ,
Il vient de faire voir Grandeur d'ame ,
Prudence ,
Activité , Valeur , Bonté , Magnificence
,
Tout ce que tu verfas dans ce Coeur
genereux .
21
Quel charme pour le tien de voir ce
jeune Alcide
Joindre à la fermeté d'un Guerrier
intrepide
Tout l'art d'un Chef habile , & qui
n'ignore rien !
Jouis de fon triomphe , & prens part
à fa gloire :
C
Seur qu'en quelques climats que vole
fa memoire ,
Le nom de Montaufier fuivra toûjours
le Sien .
BOTER , de l'Academie
Françoife.
22
CH
O DE
HANTEZ, Peuples de la France,
Chantez l'heureufe Vaillance
Du jeune & fage DAUPHIN ,
Reconnoiffez dans la gloire
De fa premiere Victoire ,
Quel doit être fon Deftin.
On l'a vû comine Hippolite ,
Infatigable & fans fuite
Dans nos Forefts s'exercer ;
Maintenant comme Thefée
Il trouve la Gloire aifée ,
Et fon Bras peut tout forcer.
Defa Valeur incroyable ,
PHILISBOURG fi redoutable ,
N'a pû foûtenir le feu ;
Devant cette affreufe Place ,
La Guerre comme la Chaffe ,
Pour lui n'a paru qu'un jeu.
23
Il
Dans la Tranchée homicide ,
porte un Coeur intrepide ,
Un Coeur né pour les Combats ;
Et fon augufte Prefence
Met la joye & l'afſurance
Dans l'ame de fes Soldats.
Tandis que devant la Place ,
De fa Main fçavante il trace
Le Plan d'unfage Deffein ,
Une mortelle Tempefte
Fait tout trembler fur fa Tefte ,
Et n'arrefte pas fa Main.
PHILISBOURG qu'il vient de prendre,
Euft pû mefme fe défendre
Contre les plus fiers Vainqueurs ;
Mais une plus belle Gloire ,
Une plus grande Victoire ,
C'eft d'avoir pris tous les coeurs.
24
En luy tout eft Vigilance , '
Activité , Prévoyance
Grandeur , heroïques Soins ,
Bonté , Pieré , Sageffe ;
Et fa charmante Jeuneffe
Eft ce qui paroît le moins .
Quelquefois fur un nuage
Le Soleil peint fon image ,
Et pour luy-même on la prend.
C'eft ainfi qu'au ROY reffemble
Son Fils devant qui tout tremble ,
Et l'Ennemi s'y méprend .
Heureux Monarque ,heureux Pere,
Pour qui toûjours tout profpere
Sur l'un & l'autre Element ;
Quel bonheur incomparable.
De n'avoir vû ton femblable
Que dans ton Fils feulement !
BARBIER D'AUCOUR ,
de l'Academie Françoise.
ODE
25
VERS
Ala maniere de Neugermain.
VA
A chez le Turc & le Sophi
Mufe , & dis de Tir à Calis ,
Que malgré la Ligue d'Ausbourg ,
Monfeigneur a pris PHILISBOURG,
Tu pourras jurer par ma fy
C'est le digne heritier des Lys .
Comment diable ? il prend comme un
Bourg ,
L'inexpugnable PHILISBOURG .
Seize jours un Siege ont fufy ,
D'autres Guerriers y font vieillis .
Ce premier labeur ou labour ,
Donne à la France PHIL1SBOURG.
b
226.
Le Dieu du Rhin en a dit Fy ,
Je fens les corps ensevelis ,
Et non le bois de Calembour ,
Le long des Murs de PHILISBOURG .
Staremberg d'orgueil tout boufy
Nous donnoit trois mois accomplis,
Avant qu'ouir fur leur tambourg
La Chamnade dans PHILISBOURG.
Il s'eft trompé dans fon defy.
Nos quartiers vont être établis
Sur mainte Ville & maint Faubourg
Par la prife de PHILISBOURG .
Ma foy , l'Empire eft déconfy ,
Si bien-tôt ne font démolis
Par la Paix les murs de Fribourg ,
Et l'imprenable PHILISBOURG.
LA FONTAINE, de l'Academie
Françoife.
27
BALADE.
Sur le Nom de hardy donné
par les Soldats à Monseigneur
le Dauphin.
de nós
UN de
Nomenclateur
Stres-bon
Du titre de Hardy baptifant Monfeigneur
,
Le fera fous ce Nom diftinguer dans
l'Hiftoire.
Ce Soldat par chacun fut d'abord
applaudy
Le Prince & fon Parrain firent dire à
leurgloire
LOUIS le bien nommé , c'eft LOVIS
le Hardy.
D'un pareil Nom de Guerre on traitoit
les neufPreux ,
bij
32
20
Nôtre. Jeune Heros le merite mieux
qu'eux ,
J'aime les Sobriquets qu'un Corps de
Garde impofe ,
Ils conviennent toujours , & quant à F
moy je dy ,
Pour ajoûter encor quelque luftre à la
choſe ,
LOUIS le bien nommé , c'est LOVIS
le Hardy.
1
Adam qui fur les fonds tint les
Eftres divers ,
Dout il plut au Seigneur de peupler
Univers ,
Adam , parrain banal de toutes ces
familles ,
Et qui n'impofoit pas les noms en
étourdy
N'y rencontroit pas mieux qu'on fait
ces bons Soudrilles ,
LOVIS le bien nommé , c'eft LOVIS
Isle Hardy,
VIS
29
L'homme n'engendre guere à foixante
& dix ans ,
Si le cas m'arrivoit comme à certaines
gens ,
J'irois à ce Soldat , & fans tant de
myftere ,
Toute autre chofe à part , je dirois ,
Cadedy ,
Viens tenir mon enfant tu feras mon
compere ,
LOUIS le bien nommé , c'eſt LOUIS
Cole Hardy.
1
LA FONTAINE
, de l'Academie
Françoife.
'
bilj
30
EPITRE.
De Madame des Houlieres à
M. le Duc de Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
A peine ce matin m'avoit abandonnée ,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi
clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31
LOUIS à fon Dauphin
vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg
en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voix à
Apollon
, à ces mots , m'a préfenté
fa
Lyre ,
(fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les maux dont
je foupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire ,
Je vais recommencer
d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier
, daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur
, à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre
Un charme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre
:
b iv
32
Sers mon zele, & dis - lny pour moy :
**
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un
luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu
fais.
(racles ,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy
qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits ,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors
que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles
.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune temeraire
,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps ,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales .
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton coeur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe & de joye & de
peur !
Reut, on regarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage
?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donner
tes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere
, (dent,
Moins lumineux , & moins ar-
D'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux em-
Tu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins ,ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour
d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des
Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte
Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs ::
Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude & la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir
,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance
,
La valeur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumer
l'encens ,.
Pour une fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy ,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Un fuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy. '
39
LE LION
QUI VENGE SON PERE .
FABLE
Traduite du Latin du P. Commire.
UN Lion , la terreur de l'Affriquain
Lionivage
,
Aprés avoir enfin foûmis
Les plus fiers de ſes ennemis ,
Ennuyé de tant de carnage ,
Leur accorda la paix , & s'acquit ju-
!
ftement
Le titre de Vainqueur clement ,
Par une conduite fi fage.
Le calme étoit par tout : les timides
troupeaux ,
40
Sans plus craindre des loups la fanglante
furie ,
- Paifoient fur le bord des ruif
N
feaux ,
Et bondiffoient dans la prairie ;
Un doux repos regnoit parmi les
animaux .
Heureux s'ils avoient fçû joüir de fa
clemence.
Mais leur temeraire imprudence
Bien-tôt les replongea dans des malheurs
nouveaux.
Le Lion doux , paiſible , affable,
Ne leur paroît plus redoutable
Et fa genereufe douceur
Paffe pour un defaut ou de force où de
coeur..
A ces preventions ils fe laiffent con
duire ,
Et s'imaginent follement ,
Parce qu'il ne nuit plus, qu'il ne fçau
roit plus nuire.
Ils peuvent , difent- ils , venger impu
nément
41.
Sur ce foible ennemi leur honteufe
défaite.
On cabale , on fe ligue , on cherche
le moment
D'aller infulter fa retraite.
De tous leurs vains projets le Lion
averti ,
En fecoüant fon crin d'un air fier &
fevére ::
Olez-vous hazarder le dangereux parti
De troubler mon repos , d'irriter ma
colere ;
Temeraires , dit -il , vous apprendrez
trop tard
Quel eft le funefte hazard
Où vôtre aveuglement aujourd'huy
vous expoſe.
Auffi- tôt l'intrepide au combat fe
difpofe .
Un jeune Lionceau plein d'audace &
de coeur ,
Luy dit : Il fuffira , Seigneur,
Pour punir ces mutins d'employer
mon courage.
42
Vous flateriez trop leur fierté
D'oppofer vos efforts à leur temerité.
Je fçauray venger cet outrage ,
Et leur orgueil fera fuivi du repentir
,
Si vous daignez y conſentir.
A ce noble couroux , à cette ardeur
extrême ,
Le Lion dans fon fils fe reconnoist
luy.même ,
Et voit avec plaifir dans fon ceil enflamé
Briller le mefme feu dont il eft animé.
Ce beau feu dit affez ce qu'ilfaut qu'on
efpere
D'un Fils fi digne d'un tel Pere.
Le Lionceau part à l'inſtant,
Et vole vers les lieux où la gloire
l'attend.
Tout cede à fa valeur , tout tremble à
La preſence.
Malheur à qui fait reſiſtance ,
A qui veut s'oppofer à fon rapide
COLLES
43
11 attaque à la fois les Tigres & les
Ours ;
Avec la meíme ardeur, avec la meſme
audace ,
Dont il fçeut, en jouant , donner aux
Loups la chaffe ,
On le voit au milieu des plus rudes
hazards
Poursuivre les fiers Leopars :
perce les forefts , il paffe les ri
vieres ,
Pour les forcer dans leurs ta
nieres.
De fon rugiffement l'air retentit par
tout ;
Les coeurs les plus hardis en font gla
cez de crainte >
Soudain à fon afpe &t toute ardeur eft
éteinte :
Il n'eft point d'ennemi dont il ne vienne
à bout.
Une Corneille alors feure en l'art de
predire ,
Ec qu'Apollon fouvent inſpire
44
Leur dit : Ah ! pauvres mak
heureux ,
Où vous conduit vostre impru
dence ?
Vous penfiez ne trouver qu'un Lion
fans défenſe ,
Et vous aurez à faire à deux .
Un Prince fur le Rhin vainqueur &
redoutable
Nous apprend le fens de la Fable.
i..
SAVRIN P.
2
31
45
* 3 +3‹ † → 3 » 3 3←
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
.
Auxgrandes actions que la guerre
fait naître ,
Jeune Heros , la paix t'empêchoit de
paroître ;
Tu nous fais bien voir en ce jour
Par la prife de Philisbourg,
Que pour ton coup d'effay tu fais un
coup de maître . <
La Renommée a dit que le plus grand
Guerrier ,
Et le plus fçavant du mêtier ,
D'experience conſommée ,
N'auroit pû mieux que toy commander
une armée.
En te voyant agir chacun reprit.vigueur
,
46
Et l'on difoit , eft celà Monfeigneur
?
Il n'agit pas comme un novice.
Quand il auroit cent fois commandé
la milice ,
Il ne pourroit pas faire mieux
Auffi l'on te voyoit aller en tous les
lieux
P Dans les quartiers , à la tranchée
Du Soldat la valeur par la tienne animée.
Crioit à haute voix , il faut vaincre ou
mourir ,
Avec un tel Heros on peut tout conquerir.
Pourfuis , Prince, pourſuis , fais craindre
à l'Allemagne
De voir ta feconde Campagne.
Declarez-vous fiers Ennemis ,
Vous verrez ce que c'eft d'être Fils
de LOUIS.
MADAME LE CAMUS.
47
Sur les vers de Madame le
Camus.
APeine Philisbourg fut pris
Que Mercure en porta la nouvelle au
Parnaffe ,
L'on s'étonna , l'onfut furpris,
Qu'on eût forcé fi-tôt une fi forte
Place.
Vrayement , dit Apollon, ce genereux
Dauphin,
S'il va toûjours ainfi , fera bien du
chemin.
Une Conquête fi belle
Fair naiftre cependant une grande
querelle.
Chacune des neufSoeurs vouloit avoir
l'honneur
De complimenter Monseigneur ;
48
Mais Apollon termina la difpute;
En leur difant ; tout beau , calmez
vôtre courroux ,
Un autre à ce Dauphin parlera mieux
que vous
Et s'il n'eft fatisfait , je veux qu'on
me l'impute ,
C'eft à l'illuftre le Camus
Que cette gloire eft deuë , à qui je la
referve ,
Chacune alors fe teut , & ne murmura
plus ;
Et toutes deformais connoiffant fes
vertus
Neveulent plus d'autre Minerve .
12
LE CLER C, de l'Academie
My
Francoife
.
1
SONNET
49
********* 3* 3+
SONNE T.
DAUPHIN impatient de courir à
la gloire ,
Tu gouftois à regret les douceurs de
la Paix ';
Quand Bellonne propice à tes nobles
fouhaits
Les Palmes à la main t'appelle à la
Victoire .
Tu cours ; & ce Rampart fi fameux
dans l'Hiftoire ,
-
Philisbourg en rombant furpris de tes
hautsfaits
Eft contraint d'avouer que tes premiers
fuccés ,
Montrent à l'Univers ce qu'il ne pouvoit
croire.
(Heros
Le Rhin à ton afpect croyant voir ce
с
-50
Qui la foudre à la main ofa fendre fes
flots ,
Tremble que ta valeur ne s'y fraye un
paffage ,
Et bien tôt le Germain par ton bras
furmonté
Pour fauver fes Etats & fléchir ton
courage ,
N'aura que le moyen d'implorer ta
bonté.
S
8
A MONSIEUR
LE DUC
DE MONTAUSIER,
I
SONNETA
Lluftre Montaufier , qu'une gloire
folide
Fit voler pour ton Prince au milieu
des hazars ,
Et qui toûjours cheri de Minerve , &
to 23 de Mars , H condylo 7
Sceus joindre au bel efprit le courage
intrepide.
Voy ce jeune Dauphin , de qui tu fus
le guide ,
Les armes à la main deffier les
Céfars :
cij
52
L'orgueilleux Philisbourg luy foumet
fes rampars ,
Et tout tremble à l'afpect de ce nouvel
Alcide.
Que ne fera- t - il point dans la fuite
des temps
,
Si déja fa valeur par cent faits éclatans
,
A fur les bords du Rhin confacré fa
memoire ?
Il ne manquoit plus rien à ton fort
fortuné ?
Aprés avoir brillé dans le fein de la
gloire ,
Que d'y voirce Heros de palmes cou
ronné.
caroj es
Qrne
I
53
-
» 3+ * 3‹ † → 3← →E 3+ 3+
ACT MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prince
Rince folide appui de l'Empire
François ,
Qui reçois & donne des loix ,
Que te preferit ton vaillant Pere ,
Le puiffant ennemi que tu viens d'accabler
,
Avec raiſon fe defefpere
i
De te voir aujourd'hui fi fort luy ref
fembler,
Epouvanté de fon courage ,
Il n'auroit jamais cru qu'on cuft pû
T'imitero
Mais à prefent quelle eft fa rage
De t'en voir fi bien heriter ?
Il fent que fes chaînes s'alongent
,
c iij
540
Que fes miferes fe prolongent ,
Et qu'il n'aura jamais que de funeftes
jours ,
Deffous le nouveau joug que ton bras
lny prepare ,
S'il ne vient implorer cette clemence
rare
D'un Roy qui pardonne toû
jours.
Les cris affreux qu'il fait enten-
..dre ',
Et les écrits qu'il fait repandre ,
Sont d'afurez: témoins qu'il donné à
tes fuccés :
Ses libelles aigris difpenfent d'y répondre
,
En outrageant avec excés ,
Luy-mefare il s'eft chargé du foin de
if. fe confondre.
7
'S'il fe plaignoit que tes guer-.
Sent fiersja
Abattent fes temparts pour élever ta
gloire ,
Et que tout couvert de lauriers >
Tu promenes chez luy hardiment la
Victoire ,
On auroit écouté fes preffantes douleurs
Mais il eft jufte qu'il endure ,
Tout ce qu'il te plaira luy caufer de*
malheurs ,
Tant que le Roy voudra que fa dif--
grace dure
VALNAY.
SUR L'EMPIRE.
I dans Rome jadis l'Aigle fat in--
trepide ,
Si tons fes Ennemis trembloient au
premier choc ,
L'Aigle eft dans l'Allemagne aujour
d'huy fi timide ,
Qu'elle s'enfuit devant un Coq.
ciy
v
56
AUTRE. V
Le nom feul ne fait pas une Aigle
glorieufe ,
Tu n'es chez l'Allemand qu'un oiſeau
mal nommé.
Tes plumes auroient pû te rendre impericufe
,
Si le Coq ces jours- cy ne t'avoit pas
plumé
AUTRE.
Quel fera ton deftin , Aigle dans
l'Allemagne ,
Si jamais le Soleil fe prefente à tes
yeux ,
Puifque le feul afpect de fon Fils glorieux
T'a fait baiffer la tefte , & quitter la
campagne ?
FIOT, Ecclefiaftique.
$7
MADRIGAL .
LE Fils du plus puiffant des Rois
Ε
Vient de ranger Philisbourg fous fes
- loix ;
L'ardeur de vaincre , qui l'enflame ,
L'a fait voir intrepide au milieu des
combats ;
Sa valeur ne me furprend pas ,
Le France eft ce grand corps à qui
Louis fert d'ame ,
Et Monfeigneur en eft le bras.
MARCEL.
AUTRE.
QUe ce beau coup d'effay va cauſer
de courroux ,
Et donner de chagrins fteriles !
18
Monfeigneur ne prend plus de
Loups , ( Villes
Il paffe plus avant , il eft preneur de
Tremblez,fuperbes Allemans ,
Tremblez de ces commencemens
Ce grand Prince , animé d'une jufte
colere ,
Pour triompher de la faifon ,
Et vous reduire à la raifon ,
N'a qu'a fuivre les pas de fon Augufte
Pere.
-
L. BOVCHET, ancien Curé z
de Nogent le Roy,
SONNET.
Uffi-tôt que Louis accorde à fon
Dauphin
De courir fur fes
moire ;
pas ſignaler fame-
Ce grand Prince commence où d'az
tres mettent fin ,
59
Et fait des actions que l'on a peine à
croire.
Tout fremit de terreur fur les rives
du Rhin :
Par tout ce jeune Mars fait voler la
Victoire.
Philisbourg , Heidelberg , Franxandal
, & Manhein
Servent dans peu de jours de Trophée
à fa Gloire.
L'Aigle qui fait palir aujourd'huy
le Croiffant
N'ofe pas regarder noftre Soleil naiffant
:
Il cueille des Lauriers au milieu de
fes plaines.
On croiroit à le voir que c'eſt quelqu'un
des Dieux ,
Que leur fang fait agir ce Heros glorieux
,
C'est le fang de Loüis qui coule dans
fes veines.
cävji
60
*E +E3E3E + ****
Traduction de l'Ode Latine du
P. Jouvency.
TEL qu'un jeune Lion , qui reçût
lumiere
D'un Lion le vainqueur & le Roy des
Forefts ,
Apprend de luy dans des antres fecrets
,
L'art de regner , de vaincre , & d'éga-
Ter fon Pere.
Dés qu'il peut contenter fes defirs genereux
›
Que l'âge joint en luy la force à la
vaillance ,
Son coeur impatient ne retient plus
fes feux .
Il quitte la caverne , & foudain il
s'élance ,
Où l'appelle dans ce moment ,
61
Et l'Ennemy qui fera fa victime , A.
Et d'un Pere offenfé le courroux le
Et fon
gitime ,
propre
reffentiment .
- De fes rugiffemens le fon fier &
terrible
Faifant trembler & fuir les habitans
de bois ::
Le Pere en fon antre paisible
De fon jeune Lion fent déja les ex- .
ploits .
En ce magnanime courage
Ravi de retrouver fon fang & fon.
( rieux ,
image ,
Sans quitter le fejour d'un repos glo-
Dans un autre luy même il triomphe
en tous lieux.
Tel fous l'exemple domestique
Du meilleur Pere & du plus puiffant
Roy
La France a vû former le courage
héroïque ( bir la loy.
Du PRINCE dont le Rhin vient de fu
62
(
A peine eft-il encor entré dans la carriere
;
Il ordonne, il agit par tout également ,
De LOUIS il imite , & foûtient noblement
L'activité, la prudence guerriere ;
Qui ne croiroit qu'en des fiécles
entiers
Il n'a fait que combattre & cueillir
des lauriers ? :
Combien de fois brava t-il la tenpefte
De cent globes de feu qui menaçoient
fa tefte ?
Combien de fois les fiens d'un peril
trop certain
Voulurent-ils le detourner en vain
De fon coeur toûjours intrepide
Rien ne peut retarder l'impetueux
• effort ,
Par mille endroits divers il affronte la
mort ;
Au milieu des dangers où fa valeur les
guide ,
63
L'Ennemi: l'aperçoit , il en tremble
d'effroy .
...Le Heros feul ne tremble point pour
Loy...
Les fiens que fon exemple & fon ardeur
excite ,
Paroiffent ne plus voir ny danger nyy
trépas ;
A l'envi chacun d'eux y court , s'y
précipite ,
Ni du canon bruyant le terrible fracas ,
Ni le marais fufpect n'arrefte point .
leurs pas :
Mais
celui
qui ne fçait
rien craindre
pour
luy mefine
›
Craint tout pour le foldat qu'il
aime.
Il retient les tranfports qu'il venoit
d'infpiret ,
Et fans être ébloui d'un faux éclat de
gloire ,
Pour épargner les fiens il aime à dif- -
ferer
Ledoux plaifir d'une fûre victoire.
1
64
Quand vous retardâtes le cours
De vos triomphes quelques jours
PRINCE, ce ne fut pas un leger avan
tage ;
En moderant vôtre courage
Vous confervâtes ceux dont le Ciel a
fait choix
Pour vous aider dans mille autres
exploits ,
Pour vous faire toûjours triompher
dans la guerre
Et vaincre , s'il le faut , un jour toute
la Terre.. ( de foin
Si du falut des fiens le Prince a tant
Sa tendreffe
pour eux le porte encor
plus loin:
Si- toft qu'ils fignalent leur zele
Il fait de leur valeur l'éloge glorieux
Il en trace à LOUIS une image fidelle-
Eft- il à des François rien de fi precieux
?
Eft-il à de grands coeurs recompenfe
plus belle ?
Qu'il eft doux à ce prix d'effuyer les
hazards
65
Et les fanglans travaux de Mars,
D'eftre percé de coups, de prodiguer
fa vie
Pour fon Prince & pour fa Patrie t
Ainfi meritez- vous & l'eftime &.
l'amour ,
PRINCE , de ce grand Roy dont vous
renez le jour :
Du François qui fous vous eût l'hon
neur de combattre ;
Et mefine du Germain que vous venez
d'abature.
Aprés ces aufpices heureux ,
Que de vous aujourd'huy ne doit - on
pas attendre?
Mars fera toûjours preft de feconder
vos voeux ,
Quoy qu'il vous plaife d'entreprendre.
Tremblez , peuples jaloux , de l'éclat
de nos Lis ,
Nous avons un autre LOUIS .
C. BUFFIER 7..
657
好
BE
MADRIGAL.
Enis le Ciel qui t'a fait naiftre
Le digne Fils du GRAND
LOUIS ,
Ses Exploits font tous inouis ;
Tes effais font des coups de Maiftre .
VERTON..
MADRIGA
L.
C'Et le jour de Mars qu'il eſt
né
Noftre Augufte Dauphine brillant de
tant de gloire ,
Ceft le Fils d'un Heros que Mars a
couronné ,
в
Faut- il plus d'affeurance afin de faire
croire
Qu'à vaincre , & triompher le Ciel
l'a deftiné ?
Philisbourg nous en rend le premier:
témoignage :
Au mépris de fon rang affronter les.
hazards ,
Aller à la tranchée , en vifiter l'ouvrage
,
Aux lieux plus avancez fignaler font
courage
C'est pour monter bien- tôt au Trênes
des Cefars.
SALBRAT, Valet de Chambrem
du Roy.
68
LE ROT A MONŠEIGNEVR
au Camp devant Philisbourg.
Rince , aimez voftre gloire un peu
moins que la France , Prince
Le fort de fon Dauphin doit étre
ménagé ,
N'expofez plus vos jours dont le Ciel
m'a chargé,
Je fens bien la rigueur de cette obeïffance
;
Je fuis le plus mal propre & le plus
obligé
Avous faire cette défence,
Réponse à Monseigneur.
A V ROT
Obeïray , Seigneur , à vôtre ordre
fevere ,. Jobe
69
Je fuiray les dangers où l'on vous vic
courir. ,
Et je feray pour obeïr
Ce qu'on ne vous vit jamais faire.
Le P. MOURGUES, Jefuite , Profeffeur
en Mathematiques à Poitiers.
LA
<
FRANCE
A L'ALLEMAGNE,
Heidelberg
s'eft rendu , tout conà
ma gloire ,
Mon Dauphin triomphant va tout
prendre à Neubourg :>
Comme il a pris Manhein , Heidelberg
, Philisbourg.
La chofe eft fort facile à croire ,"
Neft- il pas né pour la *Victoire?
VERTRON.
* Madame la Dauphine s'appelle
Victoire.
9270
O DE
M Fis
raifonnerautrefois ,
Ufe qui d'un ton fuperbe
Sur la lire de Malherbe ,
Les merveilles de nos Rois ,
Viens d'une force nouvelle ,
Chanter la gloire immortelle ,
D'un Prince chery des Cieux ,
Et prens le mefme langage
Que tu fçais mettre en ufage...
Pour la louange des Dieux.
Quand le Heros dont la France
Revere les juftes loix
A fufpendu fa vaillance ,
Et le cours de fes exploits ,
Pour s'oppofer à l'orage ,
Que vouloir former la rage
De fes mortels ennemis ,
Pour mettre leurs murs en poudre ,
Il a déposé la foudre
Entre les mains de fon Fils .
71
Il entre dans la carriere ,
Il commande à des Guerriers.,
Accoûtumez fous fon Pere ,
A fe couvrir de Lauriers.
Grand Prince , que ta prefence ,
A redoublé l'efperance ,
Qui déja flattoit leur coeur !
Elt - il rien qui les arreſte ,
Quand tu feras à leur tefte ,
Le Juge de leur valeur ?
Philisbourg, ouvre tes portes ,
Ne crois pas que tes remparts,
Que tes murailles fi fortes ,
Retardent ce jeune Mars.
Quitte l'efpoir que te donne
Le marais qui l'environne ;
De nos Bourbons triomphans.
Le fangfertile en miracles
Surmonte tous les obftacles ,
Des lieux, du fort, & du temps.
Que ce Prince eft intrepide !
Il fait honte à fes Soldats.
Le noble feu qui le guide
Le fait deyancer leurs pas.
Dans tous les lieux ou Bellonne
S'irrite ,fremit & tonne ,
Il court braver le trepas ,
Et fon ardeur enflamée ,
Fait trembler toute l'Armée ,
D'une peur qu'il ne fent pas.
烧烧
Prince , tu commet un crime
Qui ne peut être excufé ;
L'Augufte Sang qui t'anime
Doit être moins expofé.
Songe que le fort contraire
Nous peut montrer fa colere ,
Dansle plus parfait bonheur ;
Qu'un coup de fon inconftance ,
Peut remplir toute la France ,
D'une mortelle douleur.
En
75
En vain mon zele timide ,
Te preffe de t'arrester ,
Sorty d'un fecond Alcide ,
Tu cherches à Pipiter ,
elusiv
f
2
T
I
Ce Roy,digne de nos temples ,
T'a donné de grandes exemples
Ils font prefens à tes yeuxk
Tu fuis fon illuftre trace am y 10
Et marches avec audacel, biquip dinl
Sur les pas victorieux.larger y 2.1
Il te fait part de la gloire jorpor
Tes travaux fuivent les fiens . 1
P
Et de fes bras la Victoire son en 29.1
Vient de voler dans les tiens or 2 02
Le Rhin orgueilleux fuccombe T
Sous tes coupsPhilisbourg conbef
Tu mets à l'affujettir flow of a 15T
Moins de jours que tout l'Empire à 14
Affemblé pour le detruite ali mc?
N'en perdroit à l'inveſting in
་
74
Manhein, Frank endal fe rendent. "
Reviens , hafte ton retour ,
Songe à des coeurs qui t'attendent ,
Pleins de refpect & d'amour.
Tout languit en ton abſence
Les plaifirs fans ta preſence ,
N'ofent paroître à la Cour ,
On y meprife leurs charmes ,
Fais qu'aprés le bruit des armes.
Ils y regnent à leur tour, y
V
France que les destinées ,
Repandent de blens fur toy,
Les plus nombreuſes années ,
Sont promifes à ton Roy.
Tel que
lors que fon courage ,
Porta l'effroy jufqu'au Tage ?
Tel tu le vois aujourd'huy ;
Et formé par ce grand Maître , trať
Son Fils fait déja connoître , dLA
Qu'il fait vaincre comme luy ... V
75
LA RENOMMEE
Publiant les premieres Conquétes
2 ་
Talde Monleig
24A BA
de Monfeigneur.
251Ux bords des claires eaux
ADe ma chere retraites V
Je chantois pour Lyfette
2 Surmes doux chalumeaux ; I
Lors que l'agile Renommée
D'un beau zele animée , 1201
Dans la vague des aits crioit à pleine
voixdo oder in anchali o'
Peuples, accourez tous , venez , faites
filence ,
ald
Apprenez ce qu'a fait pour la premiere
folla eni fois abgeru f on it
Un jeune demi - Dieu que révere la
་
France,
d ij
76
En quittant les plaiſirs on n'auroit
mais dit
Qu'il deût pouffer fi loin fa valeur
triomphante ;
Mais il eft né d'un fang que Bellonne
cherit?
Ainfi , chez les Germains il feme l'épouvante.
Philisbourg ,Franxendal , Manheim.
So far leurs Ramparts ,
Voyent au gré du vent flotter fes
Etendarts :
Du Demon dès Combats les rudes
exercices
Pour ce vaillant Dauphin fe changent
onbal & aen delices ,
Ils font l'aimable objet de fes nobles
tranfports ;
t
Le Rhin en eft temoin ; il voit que
9sing fur fes bords
Il ne prend nul repos, que fans celle à
fapteſte Hardban , #elst
De fes braves Guerriers
Il ordonne , il agit , il vole à la conqueſte
:
77
Auli tous les laurier's
Qui fur fa tefte augufte étendent leur
feuillage ,
Sont deus à fa conduite,ainſi qu'à fon
courage;
x
Mais loin d'être plus fier , fa fuprême
bonté
Se plaît à confoler l'Ennemi furmonté,
Et fa main , quoy que foudroyante,
Devient une main bien-faifante.
La gloire de fon Nom va remplir l'Univers.
t
Ce Prince... Comme alors l'invifible
Courriere
Voloit fans s'arrêter le long de fa carriere
,
Sa voix en s'éloignant fe perdoit dans
les airs ::
Bien que tous les Zephirs retinffent
leur haleine ,
Je ne pus qu'à grand' peine
Oüir ces derniers mots :
Ce Prince eft digne Fils du plus grand
des Heros..
diij
77
PRince
SONNET.
Rince , l'efpoir , l'amour & l'hon
neur des François !! c..o !
Qui des Peuples du Rhin avez reçû
hommage ,
Digne Fils d'un Hesos grand, magna
nime , fage ,
Qui par mille vertus eft lexoniple des
7
Rois. ed
L'Empire qui vantoit fes rapides
exploits ,
Dans les profperkez code à poftre
courage st
Il voit des coups de Maitre en voftre
: apprentiffage
Quand votre bras redpie Philisbourg
fous vos Loix.U 2:5
i b
79
Mais fur les Forts duRhin les Fleurs
de Lys tracées ,
Da Vainqueur du Croiffant les Troupes
repouffées ,
Ces Lauriers remportez dans vos pres
miers combats ,
$ 2
Tant de titres d'honneur acquis parr
la Victoire ,
Eclatent à vos yeux avec bien moins
de gloire',
( dats .
Que ce titre fi cher de Pere des Sol- .
L'Abbé FLANC
Tout
MADRIGAL.
Out couvert de lauriers cueillis
fur les Germain's ,
Venir au plus grand des humaius
Rendre compte de la Victoire ,
C'est ce qu'aujourd huy fait un Dau
phin triomphant ,
8
1
f
1
Aprés avoir vaincu les vainqueurs du
Croiffant ,
Il reconnoît LOUIS la fource de fa
gloire.
Vers mis en Air par M de
Bacrily
.
CHers Amis , beuvons à la fanté
Du jeune Conquerant qui fait tant de
merveilles.
A fon bras Philisbourg en vain a
refifté ,
Staremberg étoit fiery, il l'a bien tôt
dompté.
C'a vuidons force bouteilles ..
Plus de chagrin ,
Songeons à boire ;
Noftre Dauphin
Brillant de gloire
Le long du Rhin
Nous a conquis le Pays du bon vin,
Le Pays
пр
fa
DE
LA
le
VILLE
THEQUE
LYON
1085
cJ
-A
gré
ler:
erpar
mrde
1 Cher's amus
ers am
de
de
ca 2
u
geori
·a
भ
boi - re plus
bri
br
au
ous a conge
now
naws
81
SUF
SONNE T.
Ur les pas de LOUIS , le plus
grand des Heros ,
A l'aspect des lauriers , à l'aſpect de
la gloire , len
Dont aprés mille Exploits dans un
noble repos sh
Tule vois couronné des mains dela
Victoire.
10 J.
Kredi
Va , Genereux Dauphin , malgré
mille Rivaux
De toy , comme de luy , faire parler
l'Hiftoire ,
Et par mille hauts faits , mille guerfiets
travaux , 7
Cours immortalifer ton Nom & ta
Memoire .
82
Vole, & par Philisbourg commen
ce tes Exploits .
&
Renverfe fes Ramparts , foûmets - les-
་
à tes Loix , J
Et par tout for le Rhin va lancer le
, 2tonnerre. sb ang vol 1 ):
20 naji br630
Etonne l'Allemand par des cours
incüis ,
Apprens luy ce que peut au Meftier
de la Guerre >
La force de ron bras , le fang du grand
LOUIS.
IOVRDAIN , Profeffeur de Re
thorique au College du Cardinal
le Maine à Paris , D
t Sininen
3 +3
MADRIGA L.
Evien , jeune Heros , prodige
des Guerriers RE
Philisbourg eft foûmis , tout trem--
ble en Allemagne.
83
C'eft baffez cueilly de Lauriers
Pour une premiere Campagne.
Aprés la gloire il faut fatisfaire l'Amour
,
Vien cueillir le Mitre à fon tour
Auprés de ta digne Compagne.
Hâte-toy donc de retourner,
Une autre Victoire t'appelle ,
Plus Illuftre encore que celle
Qui dans le Champ de Mars vient de
te courouner.
DE LORME , Avocat au Parle
ment de Grenoble.
ON
SONNET.
N entend retentir les faits de
Monfeigneur
On chante la grandeur de fa magnificence
Son intrepidité , fa force ,fa clemence,
Et les divers exploits qu'a produit fa
valeur.
84
Tout le monde eft chariné des bontez
de doncoeALU
De la fincerité qu'it mefle à fa pru
dence ,
De fes foins genereux & de fa vigilance
)
Et des biens que répand fa liberale
chunneur. PoIV ?
Cet agreable bruit dont l'Europe
eft remplie ,201 ( finie Acheve
de combler
d'une
gloire
in
Les Merveilleux
fuccés
du Monarque
des Lis.
C'eft ce grand Conquerant qui
fournit la matiere
Da triomphe 'aujourd'huy qu'on décerne
à fon Fils.
Et ce Fils dignement foutient l'honneur
du Pere .
Mademoiselle de Raftlly.
FIN
1.416 20.
OTHEQUE
BIBLIO
DE
LA
LYON
VILLE
(*P
*1895
Aish 8.2 /1. 1248
hip . 1
801120
b #
Campagne
tagne de
Live
66
4
801125
CAMPAGNE
DE
MONSEIGNE
THE
QUE
LE DAUPHIN.
DELAP
LYON
BIELICTH
+ PUR +
LYON
COLLEG.
Chez THOMAS AMUN
ruë Merciere au Mercure
Galant..
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
CAMPAGNE
DE MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
A Gloire du Roy
eftant montée au
plus haut degré d'élevation
, moins encore
parle nombre prefque infiny
de fes Conqueftes , & par
ce qu'il a fait de grand , dont
aucune Hiftoire ne fournit
d'exemple , que par le caractere
d'une pieté folide & fans fafte ,
d'une bonté qui ne l'a jamais
fait defcendre de fon rang
à quelque excés qui l'ait pu
A
"
2 Campagne
porter , & d'une generofité fi
vafte , & fi peu connue jufques
à fon regne , qu'elle luy
a fait plus d'une fois facrifier
fes interefts au repos de
l'Europe ; on Ind devoit attendre
que de grandes choſes
du Fils d'un fi grand Monarque
, non pas parce qu'il eſt
forty du mefme Sang , puis
que quelquefois le fang fe
corrompt lors qu'il eft paffé
en d'autres veines , & que l'on
ne voit que trop fouvent le
Fils dégenerer des vertus du
Pere ; mais parce qu'il eftoit
impoffible que l'exemple de
Sa Majefté & fes manieres
honneftes & engageantes
n'excitaffent
pas Monfeigneur
le Dauphin à marcher
fur fes glorieufes traces , file
fang n'avoit pas fait en ce
1
de Monseigneur le Dauphin . 3
८
C
f
Prince tout ce qu'on avoit
lieu d'efperer de celuy de
Bourbon , à quis la vertu
n'eft pas moins hereditaire
que la valeur. Outre la naiffance
& d'exemple qui faifoient
attendre de grandes
- chofes de Monfeigneur , le
choix que le Roy avoit fait
de ceux qui avoientieu foin
de fon éducation , fortifioit
encore les efperances que
l'on avoit de ce jeune Prince .
On eftoit perfuadé que fon
Gouverneur ayant toutes les
qualitez d'un veritable honnefte
homme , & eftant d'une
verturigide , & d'une fincerité
generalement reconnuë ,
. & univerfellement ieftimée ,
il ne l'auroit point flatté .
Comme on a les yeux ou-
Iverts fur toutes les actions
A 2
4 Campagne
•
des grands Princes , on luy
avoit remarqué dés fes plus
tendres années , une ame genereufe
& liberale , une bonté
qui la toûjours empefché
non feulement de parler mal
de perfonne , mais de dire
mefme des chofes defobligeantes
à ceux contre lefquels
il pouvoit avoir des fujets
de plainte . Il fe faifoit
diftinguer par une fageffe qui
paffoit fon âge , & moins ordinaire
aux Princes qu'à ceux
qui ne font d'un rang fi
élevé parce qu'il eft difficile
lors qu'on peut beaucoup , de
ne pas vouloir tout ce qui,
plaiſt. Je vous diray là - deffus
que je fçay qu'un Souverain
dont le rang eft unique dans
le monde & que tous les
Princes Chreftiens reconnoifpas
de Monfeigneur le Dauphin. s
fent ,lors qu'il s'agit de quelque
affaire fpirituelle , a propofé
Monfeigneur le Dauphin
il y a déja quelques an
nées pour exemple , en parlant
aux Ambaffadeurs de
quelques Potentats de l'Europe.
Il ne manquoit plus a
ce Prince que d'eftre couronné
par les mains de la
Victoire , mais il falloit pour
cela entrer dans une carriere
qui ne luy eftoit pas ouverte.
Le Roy qui ne vouloit pas.
rompre la paix , ne pouvoit
luy donner de matiere pour
exercer fon courage , de forte
que n'ayant point dEnnemis
à combattre , il faifoit fes
delices les plus cheres de l'image
de la Guerre , afin de
s'accoutumer à la fatigue
qu'elle demande , Il y triom-
A 3
Campagne ar
phoit par fa force , & par fon
adreffe qu'il faifoit admirer
de jour en jour , lors que les
ligues des Ennemis du Roy
ayant obligé ce Monarque à
les prevenir , pour ne pas laiffer
fon Etat exposé aux coups
dont ils le menaçaient , de
clara à Monfeigneur le Daaphin
le deffein qu'il avoit
d'attaquer ceux qui avoient
refolu de le forprendre. Ja
mais fecret ne fut mieux
gardé que celuy là. Quoy que
la joye de Monfeigneur fuft
extraordinaire , il fceut la moderer
, de crainte qu'on ne
devinaft le fujet qui la faifoit
naiftre. Pendant que ce Prinee
la cachoit , & que les plais
firs de Chantilly couvroient
ceux qu'il reffentoit dans fon
ame , tout eftoit en mouve
de Monfeigneur le Dauphin. 7
ment pour preparer les chofes
neceffaires aux grands deffeins
de Sa Majesté ; & cependant
tout paroiffoit tranquille
, & dans le calme que
la paix produit ordinairement
; on preparoit les pro
vifions de guerre & de bouche
neceffaires
pour une
Armée nombreuse
, & pour
un grand Siege , qui , pou
voit durer long- temps . Oph
faifoit plus que les preparer
on les faifoit conduire aux
lieux pour lefquels elles étoient
deftinées , fans que
Ennemis sen apperceuffent
.,
Les Troupes firent des mouvemens
qui les tromperent ,
& Philisbourg
fe trouva invefty
fans qu'on euft fceu
qu'il le devoit cftre . Auffi le
fut - il dans une faifon , où il
les
A 4
8
Campagne
faut eftre né fous le Regne du
Roy pour ſe tenir en Campagne
, & affieger des Places ;
mais l'exemple que ce Prince
a montré là - deffus à fes Troupes
pendant les Hivers les
plus facheux , & le foin qu'il
a qu'elles ayent dequoy fe
garantir des injures des
mauvaiſes faifons , fait qu'elles
font preftes en tout temps
d'aller affronter les plus
grands perils , ce que ne peuvent
faire celles des autres
"
Princes ; qui
manquant
fouvent
des chofes
neceffaires
ne peuvent
tenir la Campa--
gue dans une faifon
, qui demande
qu'on
faffe plus de dépenfe
pour elles
› que dans
celle où elles fe mettoient
ordinairement
en eftat d'agir ,
avant
que le Roy cuft rendu
de Monfeigneur le Dauphin. 9
fes Armées toujours victorieuſes
, en leur apprenant à
vaincre en tout temps.
&
Il s'en paffa peu depuis le
jour que le Roy eut refolu de
prevenir fes Ennemis qui fe
preparoient avec une lenteur .
qui répondoit plûroft à leur
foibleffe qu'au defir qu'ils
avoient d'attaquer la France ,
jufques au jour du depart de
Monfeigneur le Dauphin ;
mais comme refoudre
executer ne font aujourd'huy
que la mefme chofe en France
, toutes les chofes dont on
pouvoit avoir befoin pour
l'execution des grands deffeins
qu'on avoit formez
acheverent d'eftre preftes
dans ce peu de temps , &
tout ce qui eftoit neceffaire
pour le Siege de Philisbong
A S
TO
Campagne
fe trouva devant cette Place ,
aprés avoir traversé la plus
grande partie de la France
fans qu'on en euft le moindre
foupçon , parce que toutes
les munitions pafferent fous
le nom de diverfes Marchandifes
.
?
Enfin Monfeigneur voyant
approcher le jour de fon depart
, fentit augmenter fa
joye. Il avoit toujours beaucoup
de peine à la retenir ;
mais elle éclata fi -toft que le
Roy cut declaré fes intentions
touchant le Siege de
Philisbourg , pour lequel il
luy confioit le commandement
de fon Armée. Il donna
par là un libre cours à la
joye de ce jeune Prince . Elle
parut dans toute fon étendue ,
& la fuite a fait voir qu'il n'y
de Monfeigneur le Dauphin. I.
avoit rien d'affecté , & qu'il
en reffentoit encore plus qu'il
n'en faifoit paroiftre . Toute
la Cour en témoigna auffi
beaucoup , parce que le Roy
n'ayant jamais rien entrepris
dont le fuccés alt efté douteux
il eftoit feur qu'en
donnant lieu à Monseigneur
le Dauphin de fe couvrir de
Lauriers , il alloit faire triompher
la France , étendre fes ,
bornes , & rompre les mefures
de fes Ennemis , qui travailloient
à fe mettre en eftar
de le furprendre , & qu'il fur .
prenoit luy- mefme en les attaquantle
premier.
Je prendray icy occafion
de vous marquer une chofe
qui vous fera voir quelle eft
l'impatiente ardeur de la
gloire dans le Sang augufte
A 6
12
Campagne
>
de Bourbon . Monfieur le
Duc de Chartres voyant les
mouvemens de joye de Monfeigneur
le Dauphin ainfi
que des Princes , & des jeunes
Seigneurs qui fe preparoient
à partir , & enfin de toute la
Cour , en témoigna un chagrin
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & donna des marques
tres touchantes de l'envie
qu'il portoit à leur bonheur.
Ce chagrin , & fon inquietude
l'ayant éveillez une
nuit , il dit qu'il vouloit fe lever
pour aller à Versailles demander
au Roy la permiffion
d'accompagner Monfeigneur à
l'armée. On luy répondit
qu'il eftoit trop ieune , & qu'il
falloit qu'il attendift encore trois
ans ce qui le fit foûpirer
& ce Prince fait fouvent des
"
de Monfeigneur le Dauphin. 13
voeux pour voir la fin de ces
trois années .
Dans le mefme temps que
toute la Cour apprit la refolution
de Sa Majesté ; & que
Monfeigneur devoit partir ,
on fcent auffi que Mr le Maréchal
Duc de Duras devoit
commander
l'Armée fous les
ordres de ce Prince . Il eftoit
alors en Franche Comté , &
le Roy luy avoit écrit pour
l'avertir du commandement
dont il l'honoroit . Ce Momarque
luy avoit mandé
qu'il luy confioit dans la perfonne
de Monfeigneur
le Dauphin
, tout ce qu'il avoit de plus
cher au monde. Comme le depart
de Monfeigneur
approchoir
le Roy entretint ce
Prince plufieurs fois far la
Campagne
qu'il valloit faires
3
14
Campagne
& tout ce que dit Sa Majefté
eftant digne de remar
que je m'en fuis informé
avec foin , & voicy ce que j'ay
appris . Si les paroles ne font
pas tout - à - fait femblables
au moins je vous en vais
expliquer le fens . Ainfi tout le
changement qu'il y aura c'eſt
que le Roy donna un tour
beaucoup plus agreable aux
chofes qu'il luy fit entendre
que celuy dont je me fers.
dans cette Lettre ; mais de
quelque maniere que je m'exprime
, il eft impoffible que
vous n'admiriez pas le Roy
dans tout ce qu'il dit , comme
dans tout ce qu'il fait .
Ce Monarque dit à Monteigneur
, que toute l'Europe alloit
estre attentive à fes actions , &
avoir les yeux ouverts furday's
de Monfeigneur le Dauphin. 15
ร
que Dieu avoit toujours beny fes
armes lors qu'il les avoit por
tées en perfonne contre fes Ennemis
, & qu'il efperoit qu'elles
ne feroient pas moins heureufes
entre fes mains ; qu'il avoit pris
de fon cofte toutes les mesures
neceffaires pour faire réussir fes
deffeins & que lors qu'un
Prince comme luy entreprenoit
une conquefte de cette importanbe
, il ne le faifoit pas fans avoir
aaparavant examiné les moyens
d'en fortir glorieufement , &
fans en efire affeuré. Le Roy
dit auffi à ce jeune Prince
qu'il n'avoit pas feulement befoin
de gloire , mais de fe rendre
babile en apprenant par la pra
tique tout ce qui regardoit la
& qu'ainfi il devoir
guerre
S'attacher à voir tout ce que doit
fçavoir un General , & exami
4
16
Campagne
ner tout ce que feroit M. de
Vauban . Il ajoûta , qu'il trouveroit
des flateurs , qui ne manqueroient
pas de luy dire qu'il
devoit fe ménager , mais qu'il
Luy confeilloit de faire ce que la
gloire exigeroit de luy & que
fi elle demandoit qu'il s'expofaft ,
il devoit s'expofer ainsi qu'un
Simple Soldat. Monfieur qui
fe trouva prefent à l'une de
ces converfations dit qu'il
ne voudroit pas aller avec Monfeigneur
, parce qu'il pourroit
avoir part à la gloire de la Campagne
qu'il alloit faire , & qu'il
ferait faché de la partager avec.
buy , puis qu'il eftoit feur qu'il
La meriteroit bien toute entiere.
mais qu'il efperoit que
avoit d'autres occafions de l'employer
le Roy ne le laifferoit
pas inutile.
>
,
s'il
"
de Monfeigneur le Dauphin. 17
Le jour du depart de Monfeigneur
, le Roy , & ce Prince
s'attendrirent beaucoup.
Qu'il est beau de paroiftre
tendre en de pareilles occafions
, & qu'il eft avantageux
aux Peuples d'avoir des Souverains
fenfibles .
Ce mefme jour Monfeigneur
entra chez Madame la
Dauphine , une demy heure
avant le temps ordinaire de
fon reveil , & ils demeurerent
feuls environ trois quarts
d'heure . Ce Prince avant fon
diner aprés lequel il partit.
monta encore chez cette !
Princeffe il l'embraffa les
larmes aux yeux , & la laiffa
auffi trifte , & en mefme état
que luy . Il ne laiffa pas de fe
trouver encore à fa toilette
où il demeura quelque temps
>
181 Campagne !
& où il la quitta pour partir.
Ainfi l'on peut affurer qu'il
luy dit trois fois adieu . Il
monta auffi- toft à cheval , &
traverfa toutes les cours de
Verſailles en faluant tous
ceux qui l'y attendoient pour
le voir partir. Il avoit cet air
honnefte & engageant qu'infpire
la joye quand on en eſt
penerré fort vivement. Cette
joye fait que de quelque rang
quion foit , on fe communique
plus que de conftume ,
mais cette espece de familia- ,
rité fans baffeffe partant d'un ,
hon Prince , ne peut eftre gue
glorieufe aux plus grands
Princes , puis qu'elle fait lire.
jufques au fond de leur ame
l'ardent amour qu'ils ont pour.
la gloire , & le plaifir qu'ils
reffentent de fe voir fur le
t
de Monseigneur le Dauphin. 19
point d'en acquerir. La joye
dent Monfeigneurs eftoit poffedé
paffa dans les cours de
tous ceux qui le virentsen ce
moment mais elle futen
mefme temps accompagnée.
de la crainte qu'ils eurent que
l'ardeur qu'ils voyoient bril
ler dans fes yeuxbne Penga-)
geaft à s'expofer aux plus
grands perils . Enfin ce Prince
partit comblé d'acclamations
, de voeux de benedic
tions , & de fouhaits pour un
heureux retour. Tout Verfailles
en retentiffoit , & la
fatisfaction qu'on faifoit pa
roiftre ne laiffoit pas de mar
quer un certain abattement ,
qui faifoit voir la crainte
dont elle étoit accompagnée . "
Si - toft que Monfeigneur
fut parti , Madame la Dau20
Campagne
phine renonça aux plaifirs ;
elle ne voulut plus voir la Comedie
, & il n'y en cut
point à Verfailles jufques au
retour de ce Prince. Le 28.
de Septembre , trois jours a
prés fon départ , les Docteurs
de la Maifon de Sorbonne
chanterent dans leur Chapelle
une grande Meffe pour l'heureux
fuccés des armes de fa
Majefté , & pour demander à
Dieu , la confervation de la
perfonne de Monfeigneur le
Dauphin .
-
Comme on ne fait rien en
France qui ne foit bien concerté
, & qu'on ne prend que
de tres juftes mefures , fur
tout ce que l'on refout , il
avoit esté arreßé que Mon-,
feigneur le rendroit à petites
journées devant Philisbourg.
ཡ
de Monfeigneur le Daaphin. 21
"
Ses équipages & ceux qui
l'accompagnoient n'auroient
pû le fuivre fi ce Prince euft
marché plus vifte . D'ailleurs
le temps que cette marche
avoit à durer n'eftoit pas perdu
, puis que les Troupes qui
devoient faire le Siege mar
-choient pendant ce temps- là ,
-& que tout: eftoit en mouvement
pour une entrepriſe , qui
bien que grande par elle- mefme
, l'eftoit encore davantage
à caufe de la faifon . Vous en
demeurerez d'accord quand
vous aurez lû ce qui fuit.
Philisbourg eft une Place
fituée au de là du Rhin , trois
lieuës au deffus de Spire , ce
fleuve entre deux , & paffe
pour une des plus importantes
Fortereffes d'Allemagne.
Ses fortifications confiftent
22
Campagne
en fept Baftions affez bas &
fans oreillons , de forte qu'ils
donnent fort peu de prife au
Canon de ceux qui les attaquent.
Il y a des demy -Lunes
aux endroits neceffaires avec
un Ouvrage couronné , precedé
d'un Ouvrage à corne
<qui acheve de remplir le terrain
. Elle est d'ailleurs naturellement
forte par fa fituation
; eſtant toute environnée
de marais , fi ce n'eſt du
cofté du Levant , où il y a
une langue de terre large
feulement de deux cens pas ,
par où il eft impoffible d'attaquer
que deux de fes Bafſ.
tions. Au delà de ces marais ,
on ne trouve preſque de tous
coftez que des bois . A main
gauche eft le Rhin , fur lequel
est un Fortappellé de
de Monfeigneur le Dauphin. 2 3
Fort da Rhin. C'eft un ouvrage
des Imperiaux , qui l'ont
bafty dans un terrain maref
cageux. Il commande à cette
Rivieres qui a de largeur environ
cent vingt - cinq ' toifes,
-& dont la rive opposée eft
bordée de bois prefque impenetrables
. Ce Fort eft joint
à la Place par une Chauffec
de huit cens pas qui traverfe
les Marais . Philisbourg a au
Levant Heidelberg , Bade au
Midy , la baffe Alface au
Couchant , & Vorms au Septentrion
. Ila fur la Riviere
un . Pont de Bateaux , dont la
tefte qui le fepare du Rhin
du cofté de Spire , a eſté défendue
par un Ouvrage en forme
de demy -'étoile à deux
demy Baſtions , & un Baftion
entier dans le milieu . Cette
2
24 Campagne
>
Place , qui eft aujourd'huy
d'une fi grande importance ,
n'eftoit autrefois qu'un petit
Village nommé Udenheim ,
fitué dans l'Eveſché de Spire ,
Gherard qui en eftoit Evelque
, le fit fortifier en 1343 .
& Georges Comte Palatin
du Rhin auffi Evefque de
Spire , en fit augmenter les
fortifications en 1513. & y fit
en mefme temps baſtir un
Chafteau . Environ foixante
ans aprés Marquard de VVaftein
, autre Evefque de Spire,
en fit rebaftir les murailles ,
qui avoient eſté détruites
pendant les guerres d'Allemagne
. Enfin en 1615. Philippes
Chriftophle de Soeteren
, Archevefque & Electeur
de Treves , & Evefque
de Spire , y fit faire de nou-
-
velles
de Monfeigneur le Dauphin. 2z
5
velles fortifications , & l'appella
Philisbourg , du nom
de Philippes qu'il portoit. Il
l'environna de fept Baftions.
pour la défenſe defquels il fit
fondre douze pieces de Canon
, dont chacun portoit la
repreſentation d'un Apoftre.
Philisbourg a fouvent changé
de Maiftre depuis cinquante
ans . La lâcheté de celuy
qui en eftoit Gouverneur
en 1633. le fit tomber cette
année là au pouvoir des Efpagnols.
Les Suedois les en
ayant chaffez de force le is .
Ianvier de l'année fuivante, le
rendirent au Feu Roy , mais
la rigueur de l'hyver ayant
empefché d'en achever les
fortifications , les Imperiaux
furprirent cette Place la nuit
du 25. Janvier 1635. & la gar-
3
B
26
Campagne
ce que
derent prés de dix ans , jufqu'à
feu Monfieur le Prince ,
alors Duc d'Anguien , la remit
en 1644. fous l'obeïffance de la
France . Il s'en rendit maiſtre
au mois de Septembre , ainfi
que de Spire , aprés qu'il eut
défait à Fribourg l'Armée Bavaroife.
Sa Majesté la fit fortifier
regulierement , & enfin les
Allemans & leurs Alliez , qui la
bloquoient depuis fort longtemps
, l'affiegerent le 16. May
1676. Ce Siege dura quatre
mois entiers, & ne leur fut renduë
par capitulation que le 17 .
Septembre.
Aprés vous avoir fait voir.
l'importance de la Place que
Monfeigneur le Dauphin devoit
affieger , il faut vous ap-.
prendre quelles Troupes furent
deftinées pour l'attaquer
.
'de Monfeigneur le Dauphin. 27
* ETAT PAR BRIGADES
des Regimens d'Infanterie , de
•
Cavalerie , de Dragons
qui compofoient l'Armée, com ",
mandée par Monfeigneur l:
Dauphin , ayant fous luy Me
le Marefchal Duc de Duras.
1 INFANTERIE .
Briga- Regi- Batail- Compadiers.
mens. lons . gnies.
M. de Picardie . 2. 32 .
Sandri Dauphin 2 . 2326
court.
Pied-
M.du mont. I. 15.
B 2
28
Campagne
Poitou . I. 16.
Perré .
Limozin. 1. 16 .
M. le Cham- I.' 17.
Chev.
pagne ,
Colbert, La Reine 1. 32 .
M. le Nor- 2 .
31.
Comte mandie ,
de Me- Grancé, 1 . 16.
davy.
M. le Auver- Auver- 2.31.
Marquis gne ,
Defcots, Artois ,
3
I. '16.
M. le
Feuquie- 2. 31.
Marquis res ,
a
de Feu
quieres ,
"
Bourbon 1. 16.
de Monfeigneur le Dauphin.29
M. le Sault, I.
Marquis Anjou , I.
de Ma- Iarze , I.
15.
17.
16 .
lauze , Rovergue, 1 . 16.
M. le Vaube- I 16 .
Comte court ,
de Vau- Royal ,
becourt, Touraine , 1 .
-M.Po- Le Roy, 3 .
I. 61 .
61 .
48
.
laftron ,
Total.
29.
462 .
B 3
30 Campagne
Brigadiers.
On ceuxqui CAVALERIE.
commandoient
les
Brigades où
il n'y avois
point deBri-
Regi- Efca- Compamens.
drons. gnies. ,
Colonel 3.
gadiers.
Mr.le
12 .
Comte General,
de Florenfac.
Orleans , 2 .
8.
* Florenf. 2.
Rouffil. 2 .
8.
8 .
M. le
Cheva
Royal , 3 .
Tilladet , 3. -
12.
12.
lier de
Tallard , 3 .
8.
Bezons.
M. le Du Roy, 3 .
12 .
Comte Bourbon , 2 .
8.
deVien . Vivans , 2 . 8 .
ne ,
de Monfeigneur le Dauphin. 31
Cuiraf.
M. Vil- Grignan ,
lepion , Villeroy ,
Rohan ,
2 .
3.
12.
8 .
2.2 8.
2. 8.
Total. 33 134
DRAGONS.
Regimens. Eftadrons . Compagnies .
Pinfonnel ,
La Lande , 3 .
Grammont , 3 .
Firmacon ,
3 .
I 2 .
12 •
12 .
3 .
12 .
12 .
48
.
Toute la Gendarmerie du
Roy eftoit auffi dans le Camp.
EGOLE D'ARTILLERIE,
Bombardiers , 60
Compagnies de Canonniers, 4 .
La Compagnie des Mincurs de
la Mothe.
F
4
3.2
Campagne
Voicy une autre Lifte qui ne
peut eftre mieux placée qu'aprés
celle que vous venez de
voir..
ETAT DES OFFICIERS
Generaux qui ont fervy au
Siege de Philisbourg fous Monfeigneur
le Dauphin.
Monfieur le Marefchal Duc
de Duras .
LIEUTENANS GENERAVX,
Meffieurs De Loyeufe .
De Montclar.
De Vauban .
De Tilladet .
De la Freziliere.
De Rubantel .
De Catinat .
D'Huxelles .
Marefchaux de Camp.
Meffieurs De Vivans .
De Nefle.
de Monfeigneur le Dauphin. 3 3
Du Bordage .
De Sebville.
D'Harcour.
De Montchevreuil.
M. de Verteillac , Major General
& Brigadier.
Brigadiers d'Infanterie.
Meffieurs de Polaftron .
Chevalier Colbert.
De Feuquiere .
De Vaubecour .
De Medavy .
Defcaux .
De Maloze .
De Sandricour
Du Perré .
Brigadiers de Cavalerie.
Monfieur du Bourg.
De Marfin .
De Laignon.
De Florenfac.
De Bezons.
Aprés vous avoir nommé
les Officiers Generaux , il faut
B 5
34
·Campagne
T
vous apprendre ceux qui cu
rent l'honneur de fervir d'Aides
de Camp à Monſeigneur le
Dauphin . Ce furent
M. le Marquis de Thiange.
M. le Marquis d'Antin . -
M. le Comte de Quelus .
M. le Comte de Mailly.
M. le Comte de Cruffol.
M. le Marquis d'Eudicourt.
M. le Comte de Guiche.
M. le Comte de Sainte-
Maure .
Les Aides de Camp de M. le
Marefchal Duc de Duras
eftoient
Mr le Comte de Duras , fon
Fils .
M. le Comte d'Auvergne .
M. le Comte de Luce .
M.le Comte de Blanchefort .
M. le Marquis du Chaftelet .
M. le Marquis de Trelon ,
de Monfeigneur le Dauphin. 35
M. le Comte de Chafteau-
Villain .
M. le Marquis de Lerry.
Il y avoit outre cela un grand
nombre de Perfonnes de qualité
qui devoient fervir à l'Armée
en qualité de Volontaires ,
mais il y en auroit encore eu
davantage, fi le Roy euft voulu
permettre de partir à tous ceux
qui luy demanderent permiffion
d'accompagner Monfeigneur
le Dauphin . Non feulement
Sa Majesté ne leur accorda
pas le congé qu'ils pour
fuivoient avec ardeur, mais jugeant
bien que tous ceux qui
devoient aller à l'Armée , voudroient
s'expofer tous les jours ,
Elle ordonna avec la prudence
qui luy eft ordinaire , que les
Princes qui avoient des Regimens
, n'iroient à la Tranchée
B 6
36
Campagne
(
que lors qu'ils la monteroient
à la tefte de ces mefines Regimens
, & que les Volontaires
feroient difperfez dans chacun
de ceux qui compofoient
l'Armée , & n'entreroient à
la Tranchée qu'avec les Regimens
où ils auroient efté mis ,
& feulement lors que ces Re- .
gimens feroient de jour. Sa
Majefté eftant perfuadée que
cela ne fuffifoit pas pour les
empefcher de s'expoſer tous
les jours , ordonna que ceux
qui contreviendroient à ce
Reglement feroient mis en
prifon , ce qui eftant arrivé
à l'un de ces Braves , il connut
que le Roy n'ordonne
rien qui ne foit executé . Le
ne le nomme point , quoy
que fon crime n'ait efté que
d'avoir eu trop de coeur &
de Monfeigneur le Dauphin . 37
que fa prifon luy ait efté ho
norable ; mais c'eftoit defobeïr
au Prince du monde le
plus jufte , & qui ne fait aucun
Reglement qu'avec beaucoup .
de prudence . Voicy les noms
de tous ces Volontaires , &
des Regimens dans lefquels ils
furent diftribuez .
Dans Champagne.
Mrs le Marquis de Grignan .
Le Duc de Brancas .
Le Comte de Tours .
Le Comte de Monfort.
Le Chevalier de Luynes.
Le Marquis de Blainville .
Aymond.
Dans Picardie.
Mrs le Marquis de Nogaret.
Le Comte d'Estrées .
Le Prince de Bournonville .
Le Marquis Delpy .
Dans le Regiment du Roy-
Mr le Duc du Mayne
38
Campagne
Meffieurs le Comte de Brionne .
De Befmau .
Le Comte de Murcé.
Le Chevalier de Murcé.
De Kercado .
Le Duc de Valentinois.
De la Chenaye .
Le Chevalier Pelot .
Le Chevalier de Soyecourt.
Le Marquis de Biron .
De Mimeurs.
De Bligny.
Dars.
Le Comte de la Fayette.
Le Comte de Guebriant .
Le Comte d'Hocquincourt.
Dans le Regiment Dauphin.
Meffieurs le Comte de Poitiers .
Le Marquis de Clerambaut .
Le Comte de Chemeraut .
Le Marquis de Chafteau Villain.
De Pompadour.
De Caftel - Moron.
de Monfeigneur le Dauphin.39
·Dans le Regiment de la Reyne
Le Comte d'Eſtrades.
Dars.
Dans le Regiment de Bourbon.
M. le Prince de Conty.
Meffieurs d'Vfez .
Le Marquis de Blanchefort .,
Le Comte de Novion.
De Francine .
Le Marquis de Broglio.
De Vibray .
Dans le Regiment Limofin.
M. de Polignac .
Dans : Feuquieres.
M.du Perré .
M. le Chevalier de Longue
ville .
Dans Normandie.
M. le Chevalier de Graves .
› Dans Vaubccourt ..
M. de Montauban .
Comme tous ces Volontaires
ne devoient monter la Tranchée
qu'avec leurs Regimens ,
40
Campagne
ce qui ne pouvoit arriver que
de loin à loin , on peut dire
qu'ils ne devoient pas eftre
fouvent expofez pendant le
Siege ; mais que Monfeigneur
qui devoit fe trouver par tout,
le devoit eftre tous les jours ,
& mefme à chaque moment.
Voicy la route que ce Prince
tint pour ſe rendre devant
Philisbourg. Le 25. Septembre
il alla coucher à Meaux , le 16 .
à Montmirel , le 27. à Fere
Champenoise , le 28. Arfilliers,
le 29. à Stinville,le 30. à Toul,
où il féjourna.Il en partit le 2.
d'Octobre , & alla coucher à
Vic , le 3. à Sarbourg , le 4. à
Paffenhoüen , le 5. à VVeiffembourg
, & le 6. il arriva
devant Philisbourg . Ce Prince
fe fit admirer dans tous les
licux oùil paffa , & commença
de Monfeigneur le Dauphin. 4 1
·
par gagner les coeurs avant
que de prendre des Places.On
remarqua fes manieres aifées
& honneftes , & il joua mefme
dans quelques Villes , afin que
ceux qui demandoient avec
empreffement à le voir , puffent
fatisfaire leur curiofité
pendant ce temps .
du
Tandis que ce Prince avançoit
, on agiffoit du cofté de
Philisbourg , afin qu'il trouvaft
toutes chofes en eftat
pour faire ouvrir la Tranchée
fi toft qu'il arriveroit
moins peu de jours aprés qu'il
feroit arrivé devant la Place!
Pour vous parler avec plus
d'ordre de tout ce qui s'eft
paffé à ce Siege , je vais vous
en faire un détail par journées
.
42. Campagne
Le 17. Septembre.
&
Monfieur le Baron de Monclar
, Lieutenant General , qui
avoit paffé le Rhin à Kell , arriva
devant Philisbourg
l'inveftit avec la Gendarmerie
, fix Regimens de Cavalerie
, & deux de Dragons . Il
occupa tous les endroits par cù
il crut que l'on pouvoit jetter
du fecours , & fit faire des intervalles
entre les Efcadrons ,
beaucoup plus grands qu'à
l'ordinaire , afin de remplir le
terrain avec le peu de Troupes
qu'il avoit. Il fit mefme des Pe
lotons compofez d'une feule
Compagnie chacun , & l'on
paffa la nuit au Biouac. Il mit
toutes les Vedettes neceffaires
du cofté de la Place. Pendant le
jour les chevaux eftoient bridez
, & chaque Gendarme &
de Monfeigneur le Dauphin. 43
Cavalier tenoit le fien par la
bride , afin d'eftre en cftat de fe
défendre , & de repouffer l'infulte
qu'auroient pu faire les
Ennemis.
Le 28.
Il ne fe paffa rien de confide
rable . Les Troupes qui inve
ftiffoient la Place fe tinrent
toujours preffées pour emper
cher qu'aucun fecours n'y en
traft , & en eftat de fe défendre
des Ennemis . Le Regiment de
Dragons de Fimarcon arriva
ce jour- là à deux heures aprés
midy , & fut fort loüés pour fa
diligence , il avoit fait dix-huit
lieuës de marche fans s'arrêter
qu'un quart d'heure pour repaître
. Il fut mis en bataille de
vant la Place , pendant que
Meffieurs de Monclar & Catinat
la reconnurenc , & diftri
44 Campagne
buerent les quartiers . Voicy.
quel fut le campement .
Le Pont du bas Rhin eftoit à
Reinhauſen .
Les Dragons de Fimarcon à
Reinhauſen , hors la ligne.
Grignan & Villeroy , entre
le Rhin & le Quartier general
.
•
Dans les Lignes à la gauche
de tout.
Picardie .
Dauphin.
Gendarmerie.
Rouffillon .
Florenfac.
Champagne .
* La Reine.
Orleans ,
Colonel General ,
Auvergne.
Artois ,
Tal art.
de Monfeigneur le Dauphin . 45
Royal.
"
Vaubecourt.
Touraine .
Royal Comtios .
Tilladet.
Bourbon .
Feuquieres .
Le Parc d'Artillerie.
Les Fuziliers.
Le Roy , Infanterie.
Vivans .
Grancey.
Normandie, fecond B.
Bourbon .
Normandie , premier B.
- Le Roy , Cavalerie.
Les Dragons de Pinfonnel, à
Kenhauden .
Dans les marais à la droite de
tout, près du Rhin .
Limofin.
Rohan .
&
Poitou.
46 Campagne
Piedmont.
Cuiraffiers .
Anjou .
Jarfé.
Roüergue .
Sault.
Je ne vous marque point icy
combien il y avoit d'Efcadrons
& de Bataillons de chacun de
ces Corps , puis que vous le ve
nez de voir dans l'état general
des Troupes qui devoient faire
le Siege dont je vous entretiens .
Le 29.
Monfieur de Monclar vint
fur le bord du Rhin , où l'on faifoit
un Pont du cofté de Guer
mershein.Il y receut Monfieur
le Maréchal Duc de Duras, &.
le conduifit à fon quartier , où
il luy donna un difné fort magnifique.
Monfieur de Duras
de Monfeigneur le Dauphin. 47.
alla vifiter enfuite tous les
Poftes , & approuva tout co
que Monfieur de Monclar a- ;
voit fait.
Monfieur le Marquis d'Vxelles
arriva devant le Fort qui eft
en deçà du Rhin , pour couvrir
le Pont volant avec deux Bri
gades d'Infanterie , comman
dées , l'une par Monfieur de
Vertillac ,l'autre
du Perré.
par Monfieur
Le 30.
Monfieur de Duras employa
toute la matinée à vifiter les
approches de la Ville. L'apréf
dinée , il alla au Camp qu'il
vifita, & donna les ordres pour :
faire les Lignes de circonvallation
. Le mefme jour Monfieur
de Vauban alla vifiter les de
hors de la Place , & remarqua
les endroits où l'on pouvoit
.
48
Campagne
s'avança à pied fort prés de
la Ville , avec un fufil fur fon
épaule , accompagné de deux
perfonnes feulement. Quelques
gens de la Place fe coulerent
le long de la haye . On
fit avancer fix Gendarmes
pour les forcer à fe retirer ; le
nombre augmenta , Monfieur
de Vauban ordonna à Monfieur
du Bourg de faire avancer encore
fix hommes . Toute la
Gendarmerie arriva au lieu de
ce petit nombre , & alla fort
prés de la Contrefcarpe . Les
Ennemis tirerent trois volées :
de Canon . La premiere donna
au milieu de l'Efcadron ,
tua un cheval , & emporta les
bras à deux Gendarmes , qui
en font morts.
Le i. le 2. & le 3. Octobre.
Il ne fe paffa rien de con ..
fiderable
de Monfeigneur le Dauphin.49
fiderable . Monfieur le Duc de
Duras fit camper les Troupes
à mesure qu'elles arriverent,&
donna tous les ordres neceffaires
pour le Camp & pour
le Siege. On travailla aux Batteries
pour battre le Pont volant
afin d'ofter aux Ennemis
la communication du pont
avec la Ville .
La nuit du 3 : an 4.
On ouvrit le foir la Tranchée
au Fort du Rhin . On y
jetta environ cinquante Bom
bes . La Tranchée s'ouvrit
auffi en mefme temps du coté
de la Ville au deffus , & audeffous
du Rhin. On ne fit
ces deux Tranchées que pour
pouvoir placer des Batteries
qui puffent voir le Fort à revers.
Monfieur le Marquis d'V
xelles qui commandoit l'at-
C
༡༠ Campagne
taque du Fort , & qui avoit
avec luy fix Bacaillons , pofà
trois Batteries , deux de Canon
& une de Bombes , tant
pour battre le Fort , que pour
couler à fond le Pont volant
qui fervoit de communication
aux Ennemis pour aller
de la Ville au Fort. fit
tirer ces mefmes Batteries
pour abbattre une Briquerie,
que les Ennemis avoient du
cofté de la Place , dans laquelle
ils avoient deux pieces
de Canon . Il fe fervit fi bien
& fi à propos de fes Troupes
& de fon Canon , qu'il emporta
le Fort l'épée à la main.
Les Ennemis en fortirent aprés
une tres foible refiftance
, & fe fauverent dans des
Batteaux du cofté de la Ville ,
parce que leur Pont eftoit
de Mnfeigneur le Dauphin. sı
déja rompu . Ils abandonnerent
auffi la Briquerie , &
laifferent leurs deux pieces de
Canon qui eftoient tres peti-
Bes . Ce Fort fut pris à dix
heures du matin , & ces deux
Poftes qui avoient coûté onze
jours aux Ennemis pendant le
dernier Siege, furent emportez
en quinze heures . Monfieur
de la Loge , Capitaine dans
Picardie , fut tué d'un coup
de Canon dans cette attaque.
On y perdit auffi un Ser
gent & trois ou quatre Soldats.
Le mefme jour à deux heures
aprés midy , Monfieur de
Colonques , Capitaine au Re
giment des Bombardiers du
Roy , & Ingenieur en chef à
Huningue , travaillant le long
du Rhin au deffous de la Pla
C 3
5.2 Campagne
ce , eut la manche emportée
d'un boulet de Canon . Il vit
venir le boulet fans changer
de vifage , ce qui fut remarqué
par les Officiers Generaux
qui n'eftoient pas loin de
luy.
Le si
Aprés la prife du Fort on
netravailla qu'à le mettre en
eftat de pouvoir fervir à bartre
la Ville par l'Ouvrage à
corne qui donne du cofté du
Rhin. Pour cet effet on travailla
inceffamment à mettre
huit pieces de Canon en état
de tirer le lendemain , & elles
auroient tiré le mefme jour ,
file Pont de Bateaux que
l'on avoit fait au deffus du.
5
Rhin , n'cuft pas rompu fous
la premiere que l'on voulut
y faire paffer . Les deux Trapde
Monfeigneur le Dauphin . 53
chées que l'on avoit faites au
deffus , & au deffous du Rhin
pour donner lieu d'y mettre
des Batteries afin de battre le
Fort à revers , ne furent d'aucune
utilité , le Fort ayant
efté pris plutoft que l'on
ne croyoit . On les laiffa dans
l'état où elles eftoient. Elles
fervirent neanmoins pour at
taquer l'Ouvrage à corne par
fes deux flancs . On attendit
que Monfeigneur le Dau
phin fuft arrivé pour les
continuer. On les conferva
avec quelques Troupes , afin
d'empefcher les Ennemis de
les détruireid a good 51
Lanuit du 5. au 6.
Il fe paffa cette nuit- là une
chofe affez particulière mais
avant que de vous en faire
C 3
54
Campagne
part , il eft à propos de vous
dire que tout le Canon qui
devoit eftre devant Philif
bourg eftoit defcendu le
long du Rhin à Rheinsheim ,
& que pour arriver aux lieux.
où il eftoit deftiné , il falloit
qu'il fift plus de trois grandes.
licues d'Allemagne dans des
chemins impraticables
--
4
• &
d'où
peut
eftre
il ne
feroit jamais
forty
, fi M.
le Duc
de Duras
, prevoyant
que
le chemin
gafté
par
la mauvaiſe faifon
en
retarderoit
l'arri- vée
, n'euft
refolu
de le faire
defcendre
dans
des
Bateaux
,
le
long
du
Rhin
, & de
le
faire
paffer
entre
le Eort
& la
Ville
, fous
le
feu
de l'Ou- vrage
à Corne
. Il le propoſa à quelques
Officiers
Generaux
qui
s'y oppoferent
en
de Monfeigneur le Dauphin . 55
tierement , & qui reprefen .
terent que c'ettoit trop expofer
le Canon ; que dans
Pexecution de ce deffein onpourroit
faire une perte con +
fiderable & qu'ainfi il ne
falloit rien hafarder. M. de
Duras qui outre de fort bonnes
raifons: Lavoit encore:
celles que donne une longue
experience qui l'avoit fait jus
dicieufement
prevoir à tout
ce qui pourroit arriver
chargea de tout le fuccés de
cette entreprife , & fe fervit
de fon autorité pour donner
fes ordres , afin qu'on le fift
paffer. Ses raifons eftoient ,
fe
la nuit devoit estre exque
tremement obfcure en ce
temps-là , & que cette obfcurité
luy devant eftre favora→
ble , empefcheroit que le Ca-
€ 4
$ 5
Campagne
: }
non de la Ville ne puſt nuire
à fon deffein que quand
mefme les Affiegez s'appercevroient
de la chofe , & tireroient
au hazard , ils auroient
peine à faire plonger
leurs boulets ; que par confequent
il n'y pouvoit avoir
à craindre que le feu de la
Moufqueterie , qui ne pouvoit
endommager ny les Ba
teaux ny le Canon . Tout arriva
comme M. de Duras fe
l'eftoit propofé , & les Bateaux
& le Canon pafferent
fans aucun accident. Ils effuyerent
feulement quelques
coups de moufquct qui ne
leur cauferent aucun dommage.
Tout arriva à bon port à
la pointe du jour , & le Čanon
fut en eftat d'eftre conduit
où l'on en avoit befoin . On
de Monfeigneur le Dauphin. 57
fit pendant cette feule nuit
ce qu'on n'auroit pas fait en
huit jours par terre . Il y avoit
cent Fuzeliers dans les Ba
teaux ,
4
& on avoit pris foin
de mettre des Officiers auprés
de ceux qui conduifoient ces
Bateaux , pour empefcher que
La peur qu'ils pourroient avoir
, ne puft prejudicier à
cette entreprife . Enfin les
ordres de M. de Duras furent
fi bien donnez & fi bien
executez , que tout répondit
heureuſement à ſon attente.
On ne peut guere voir de
manoeuvre plus belle , & plus
hardies M. de la Frezeliere ,
cut auffi part au fuccés de ce
deffein.
Leb.
Monfeigneur le Dauphin
arriva au Camp fur les trois
G.S
58
Campagne
4
heures aprés midy accom--
pagné de Monfieur le Duc
de Monfieur le Prince de
Conty , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de la plus
grande partie des jeunes Seigneurs
de la Cour , qui devoient
fervir cette Campagne
en qualité d'Aides de Camp,. ,
& de Volontaires . M. de Du- .
ras le receut à la tefte du Pont
de Bateaux dreffé fur le Rhin
vis à vis de Germerscheim ,
Monfeigneur luy témoigna
le plaifir qu'il avoit de ce
qu'il devoit commander fous
luy l'Armée , à la tefte de laquelle
il venoit fe mettre.
Aprés que M. de Duras cut
marqué à ce Prince par de
profonds refpects fa recon-
Boiffance de l'honneur qu'il i
Juy faifoit , il le conduifit
?
7
C
de Monfeigneur le Dauphin. 59
dans tout le Camp , luy montra
tous les Poftes , & luy
rendit compte de tout ce
qu'il avoit fait . Ce Prince
voulut dés ce jour la reconnoiftre
la Place , & s'avança
fur quelques hauteurs pour la
mieux voir. Aprés qu'il eut
tout vifité , il vine au quariier
de M. de Duras à Auberhaufem
j il eftoit plus de
cinq heures lors qu'il y arriva s
poar fe repofer , & il avoit efté
à cheval depuis la pointe dus
jour. Comme fes équipages
n'eftoient point encore arrivez
, & qu'une impatiente ardeur
d'acquerir de la gloire ,
en méprifant le peril , l'avoit
fait avancer fans les attendre ,
M. de Duras eut l'honneur
de luy donner à foûper , ainfi
qu'à toute la Cour qui eftoit
fort nombreufe...
бо Campagne
Le 7.
Monfeigneur employa la
matinée à vifiter toutes les
Gardes . Il fit le tour des Lignes
, & aprés avoir reconnu
le terrain > il approuva les
Attaques . Il y en avoit trois.
La grande , que l'on appelloit
de Monfeigneur le Dauphin
eftoit au Nord de la Ville , &
alloit aux Baftions de la Londe
, & de Turenne . Les deux
autres attaques eftoient du
cofté du Rhin au deffus &
au deffous de la Place. Celle
du haut Rhin eftoit pouffée.
à l'avant fofé de la gauche.
de l'Ouvrage à corne ; celle
du bas Rhin avoit deux branches
dont l'une traverfoit un
marais pour communiquer à
la grande attaque ; & l'autre
eftoit fur le bord de la Ri
1
de Monfeigneur le Dauphin. 61
>
4
viere , & tiroit vers la pointe
de l'Ouvrage à corne . Des
Troupes détachées de cha,
ques Corps montoient la
Tranchée à ces deux Attaques
& eftoient commandées
chacune par un Maréchal de
Camp , & par un Colonel ..
Monfeigneur aprés avoir
tout examiné avec beaucoup
d'application , alla diner chez
M. de Duras , qui l'avoit accompagné
par tout . L'apréf
dinée fe paffa à voir debarquer
le Canon , que l'on conduifit
au Parc de l'Artillerie.
Il paffa environ à une porté
de Moufquet des murailles
de la Ville. Monseigneur de
meura expofé an feu des Affiegez
avec une fermeté qui
furprit tous ceux qui en fus
rent témoins , & qui faifant
62
Campagne
juger de la maniere dont ilmétiferoit
les dangers pendant
tout le Siege , commença
à faire craindre beaucoup
pour fa Perfonne . Il alla voir
auffi travailler au fecond
Pont de Bateaux qu'on faifoit
au deffous de Philif
bourg. Ce Pont a efté tresutile
, & a fervy de paffage à
toutes les Munitions , tant de
bouche que de guerre , qui
devoient arriver au Camp,
M. de Vilacq , Lieutenant de
Roy de Strasbourg , qui eftoit
chargé du foin de faire conftruire
les Ponts , en inventa
un de plufieurs radeaux , qui
fut formé en moins de deux
heures . La Cavalerie & les
chariots pafferent fur ce pont,
en attendant que celuy der
Bateaux fuft fait. Pendant 4
de Monseigneur le Dauphin. 63
que Monfeigneur voyoit travailler
on tira trois volées de
Canon de la Place . Les Travailleurs
en furent fort épouvantez
, & le dernier paffa à
quinze pas de Monfeigneur..
Ce Prince regla ce jour - làl'ordre
dans lequel on devoit
monter à la Tranchée , &
diftribua les Volontaires
dans les Regimens , pour y
obferver l'ordre que je vous
ay déja marqué.……
·
Monfeigneur chargea Mr
de Duras , de témoigner aux :
Officiers
, qu'ils luy feroient
plaifir de le voir à fon diner
mais qu'il les prioit de ne le point
fuivre à cheval , ainfi ce Prin
ce vouloit s'expofer feul , &
menager les Officiers lors
qu'il ne fe menageoit pas luv- ..
mefme. Quoy que ce Princes
?
64 Campagne
fe foit toûjours fait rendre
ce qui eft dû à fon rang, fans
fouffrir qu'on luy manquaft
de refpect , fa bonté naturelle
l'avoit fait vivre jufque là
avec les jeunes Seigneurs de
la Cour d'une maniere affez
libre pour les autorifer à
quelque forte de familiarité ,
mais en confervant toûjours
la mefme bonté , il prit en
arrivant à l'Armée ; un air qui
fit fouvenir toute la jeuneffe
du profond refpect qu'elle
luy devoit , & qui le fit admirer
de fçavoir prendre fea
lon le temps , le caractere qui
le devoit faire paroiftre toute
ce qu'il eft.
Le 8. Octobre...
La grande tranchée n'é
tant pas encore ouverte , on
pouffa celle du bas Rhin qui
de Monfeigneur le Dauphin. 65
eftoit déja commencée. Les
Ennemis tirerent beaucoup
& ils le firent avec d'autant
plus de facilité qu'on n'avoit
point encore de batteries en
état de demonter les leurs . Ils
avoient des Canonniers fort
habiles ; & l'on remarqua que
le mefme canon qui le 4. avoit
emporté la manche de Mr
de Colonques dont je vous
ay déja parlé , tua d'un meſme,
coup Mrs de la Londes
& Pigeon , Ingenieurs . Mr de
la Londe avoit la veuë courte
, parce qu'il l'avoit euer
brulée. Mrade Colonques
avoit efté nommé pour fac
compagner , & pour l'inftruire
des chofes que la foibleffe de
fa veuë l'empefchoit de voir
affez
diftinctemente pour
en juger. Un ordre , receu ent
66
Campagne
éloignaMonfieurde Colonques
pour un peu de temps. Monfieur
Pigeon prit fa place , &
ayant fait avancer M. de la
Londe dans un lieu , oùil n'au
roit pas efté s'il avoiteu meilleure
veuë , le Canonnier ennemy
ne les manqua pas .
Le S
On 'fe logea fur l'avant
foffé à l'attaque du Hauts
Rhin. On y perdita cinq ou
fix Soldats , & il y en eut en
viron trente de bleffez. Vn
Ingenieur y cut un coup de
moufquet au travers du corps ,,
on ne pouffa pas plus avant ,
& on s'y établit feulement
afin de pouvoir attendre feurement
que le canon puft
eftre en batterie. Les munitions
commencerent à paffer
fur le Pont de bateaux du base
Rhin.
de Monfeigneur le Dauphin . 67
Le to..
Monfeigneur alla à la poin
te du jour reconnoiftre les
endroits , par où l'on devoit
ouvrir la grande tranchée &
celuy où l'on devoit élever
les batteries. Il s'avanca fort
prés de la contrelcarpe . H
eftoit accompagné de M. de :
Duras , de M. le Comte de
Brionne qui le fuivoit en qua
lité de grand Ecuyer , de M.
le Duc de Beauvilliers , nom
mé par lé Roy pour luy fer .
vit de premier Gentilhom
mede fa Chambre , de M. de
Vaubans, Lieutenant Gene ,
ral , qui avoit la conduite dess
travaux du Siege , de M. Du
mont , fon Ecuyer ordinaire ,
des cinq Officiers de fes Gardes
, & de fon Ecuyer de
quartier. Voilà ceux qui ont
68
Campagne
eu le privilege de le fuivre
dans tous les perils où ce
Prince s'eft expofé fi fouvent;
ce qui a efté abfolument refufé
à tous les Volontaires.
Les , Affiegez firent un grand
feu , & un boulet de canon
tomba à dix pas de Monfei
gneur , & tua deux Grena
diers .
L'attaque qui eftoit du côté
de cette grande tranchée ,
eftoit devant un des plus
grands fronts que l'on puiffe
voir , & avoit plus d'un grand
quart de lieuë de long. Monfeigneur
mit pied à terre , &
examina la Place pendant
deux heures . Ce Prince alla
enfuite vifiter la tranchée du
bas Rhin . M. de Duras ne le
quita point malgré la goute
qu'il avoit violemment de
de Monfeigneur le Dauphin . 69
puis deux jours . Il luy reprefenta
plufieurs fois qu'il devoit
moins
s'expofer , mais
l'ardeur de ce Prince fe trouvoit
encore plus forte que les
confeils
qu'on luy donnoit,
M. le Marquis de Nefle ya-
-voit monté la tranchée avec
le Regiment
de Bourbon ,
Monfeigneur
trouva à la teſte
de la tranchée
Monfieur le
Duc & Monfieur le Prince de
Conty qui y avoient
paffé la
nuit , & qui avoient beaucoup
animé les travailleurs
,
&
par leur
prefence
, &
par
leurs
grandes
liberalitez
. L'ouvrage
avoit
efté
pouffé
cette
nuit
-là
jufques
à la
paliffade
de
l'ouvrage
à corne
, & il y
eut
quinze
Soldats
tuez
. Les
Ennemis
firent
un
feu
continuel
pendant
tout
le
temps
70 Campagne
que Monfeigneur demeura
dans la tranchée , & tirerent
mefme beaucoup de canon
chargé à cartouche . Cependant
ce Prince vit toutes les
tranchées depuis la queue jufques
à la tefte , & s'y promena
d'un air auffi tranquille
, que
s'il avoit efté dans un lieu où
il n'y euft eu rien à craindre ,
quoy qu'il ne fuft pas à foixante
pas des Ennemis , qui
tirerent fort adroitement .
Laprefdinée ,la goute ne permettant
pas à Monfieur de Du
ras de fortir de fa Chambre ,
Monfeigneur y alla tenir confeil
pour y refoudre ce qui concernoit
le Siege & le Camp.
Ce Prince y demeura fort longtemps
.
M. le Marquis de Rebé à
l'attaque du haut Rhin , fic à
de Monfeigneur le Dauph n. 7×
la tefte du Regiment de Piedmont
, un logement fur le glacis
fans avoir eu que quatre
Soldats bleffez .
Le foir , Monfeigneur alla
à l'ouverture de la grande
Tranchée ,'que Monfieur
de
Vauban avoit pris foin de tra
cer luy mesme. Elle fut mon•
tée par M. de Ioyeufe , Lieutenant
General
, & par M.de
Polaftron
Brigadier
. Les
Volontaires
eftoient
Monfieur
le Comte d'Eftrées
, M. le Marquis
de Nogaret, & Monfieurle
Duc de Bournonville
. M. le
Comte de Mornay eftoit Aide
de Camp de Monfeigneur
.
Les Tronpes
furent animées
par la prefence
de ce Prince ,
qui leur fit diftribuer
beaucoup
d'argent . L'ouverture
fe fit dans un grand filence ,
72
Campagne
& avec un tres - bon ordre ;
il fut fi bien concerté , que les
Ennemis , qui avoient tourné
leur attention fur les autres
Attaques qui commençoit à
les preffer , ne s'en apperceurent
pas. On y pofa cette
nuit- là plus de deux cens
Travailleurs fur une feule
Tranchée. Ils poufferent lear
travail à plus de mille toifes ,
quoy.que dans un terrain tout
entre coupé de flaques d'eau
& de marais , fans qu'il y euft
qu'un Soldat bleffé . Monfieur
de Vauban demeura toujours
expofé , de forte que toute
l'Armée apprehendoit que
quelque malheureux coup ne
privaft la France d'un fi habile
homme.
La mefme nuit que la grande
Tranchée fut ouverte ,
l'Attaque
C
de Monseigneur le Dauphin.73
l'Attaque du bas Rhin chaffa
les Ennemis de la pointe d'un
chemin couvert qu'ils tenoient
le long du Rhin , &
s'empara d'une petite maifon
? fituée en cet endroit
mée la Maifon du Peage.
La nuit du 10. au 11 .
nom
- Outre le fuccés que je vous
ay marqué qu'avoit eu l'ouverture
de la grande tranchée
, on dreffa la nuit deux
batteries de dix pieces de canon
chacune. Les Volontaires
qui y demeurerent toute
cette nuit- là , s'avancerent
au delà des travailleurs , pafferent
mefme un Corps de
garde avancé
& furent decouverts
par des Soldats ennemis
qui eftoient dans des
chemins couverts . Ces Soldats
leur firent une decharge
>
D
74 Campagne
de plus de trente coups de
moufquet que ces jeunes Scigneurs
effuyerent avec une :
fermeté qui alla au delà de
tout ce qu'on en pouvoit attendre.
Ces Volontaires dont
je vous ay déja nommé quelques
uns ,étoient Mrsles Comte
de Duras , Mrs les Marquis
du Chaſtelet , & de Nogaret ,
& Mr le Comte d'Eftrées . Il
n'eft pas étonnant que ce dernier
ait fait voir tant de fermeté
, puis qu'il a déja vû
plufieurs affaires qui ont pers
fuadé de fa valeur. Quant aux
autres qui ne s'eftoient point
encore trouvez dans le peril ,
on peut connoiftre par ce
coup d'effay de quoy ils font
capables , & de quelle maniere
ils fe feront diftinguer
dans la fuite.
de Monfeigneur le Dauphin. 75
Le IL.
la
Monseigneur le Dauphin
alla reconnoiftre les environs
du Camp à trois ou quatre
lieuës à la ronde , pour voir
par où les Ennemis pourroient
marcher à fes lignes.
Ce Prince demeura prefque
toute la journée à cheval . Mr
de Duras ne le put fuivre à
caufe du mal violent que
goute luy caufoit , & Monfeigneur
alla chez lay tenir
confeil. On travailla à une
Place d'armes pour contenir
deux mille hommes & on
dreffa une batterie de douze
pieces de canon à la tefte de
cet ouvrage . On prit à l'attaque
du bas Rhin une maifon
où les ennemis s'étoient retranchez
on paffa l'avant foffé
, & on fe logea dans l'angle
D 2
76 Campagne
du chemin couvert de louvrage
à corne. On ne perdit
qu'un Soldat en faifant ce logement.
A la grande attaque
on avança une batterie de
douze mortiers , à caufe qu'elle
eftoit trop éloignée. Les
travaux furent pouffez jufqu'à
la riviere à l'attaque du
haut Rhin. Mr de Mauroy
Capitaine du Regiment de la
Reyne , & trois Soldats y furent
bleffez .
;
La nuit du 11. 46 12 . I
Mr le Marquis de Tilladet ,
Lieutenant General , monta la
grande tranchée. On aprocha
à foixante toifes du Corps de
la place , où l'on trouva beau-
Coup de terre , en forte qu'on
s'y logea aifément. Les Ennemis
tirerent beaucoup de Canon
chargé à cartouche. Cede
Monfeigneur le Dauphin. 77
pendant il n'y eut qu'un Soldat
tué. Ce fuccés mit les
noftres à tres - bonne portée
pour l'établiffement des Batteries
. On en établit une de
dix pieces de Canon , & l'autre
de douze Mortiers , qui
à la pointe du jour firent taire
les Ennemis. On fceut par un
Transfuge que rien ne les:
effrayoit davantage que les
Bombes. Les Attaques du
haut, & du bas Rhin fe prolongerent
l'une vers l'autre ,
& elles fe feroient dés lors
jointes enfemble fans les foffez
& les flaqués d'eau qui fe
rencontrerent , ce qui incommoda
beaucoup les Soldats
qui estoient dans l'eau jufqu'aux
genoux. Deux Offciers
du Regiment de Vaubecourt
furent bleffez cette
D 3
78
Campagne
nuit - là , avec environ quinze
Soldats .
Le 12.
On s'appliqua à s'affurer
le grand travail qu'on avoit
fait la nuit precedente , on
perfectionna la Tranchée de
la grande Attaque , & on fit
des communications aux Batteries.
Deux Capitaines , l'un
de Picardie , & l'autre du Regiment
Dauphin y furent >
bleffez avec deux Soldats .
La nuit du 12.4 1.3 .
On pouffa la Tranchée de
la grande attaque jufque fur
le bord de l'avant - Foffé. Mr
de la Vigne , Lieutenant Colonel
du Regiment de Feuquieres
, fut bleffé en faisant
avancer ce Travail. On fit
entre la Ville & le Rhin , la
communication des deux atde
Monfeigneur le Dauphin. 79
taques du haut & du bas
Rhin , & les Travaux fe trouverent
affez avancez pour
pouvoir approcher les Batteries
du Canon & des Mortiers
à bonne portée de la
Place..
∙Le 13.
Sur les neuf à dix heures
du foir M. le Marquis de
Prefle , Colonel du Regiment
d'Auvergne qui eftoit de
Tranchée , alla attaquer avec
quelques Grenadiers la contrefcarpe
de la Redoute qui
eft au bout de la grande Attaque
, fortifiée d'un petit
retranchement paliffadé à la
tefte du chemin couvert , &
qui avoit efté faite par feu M.
de la Londe durant le dérnier
Siege. Il la voulut emporter
l'épée à la main ; ceux
D
4
80
Campagne
qui la défendoient firent
beaucoup de refiſtance > &
nos Soldats croiferent leurs.
moufquets au travers des paliffades
avec ceux des Ennemis.
Mr de Prefle ſe jetta l'épée
à la main par deffus les.
paliffades , & vingt Grenadiers
le fuivirent animez par
fon exemple . Il emporta cette
contrefcarpe , ceux qui la défendoient
furent prefque tous.
tucz , & il y en eut trois qu'on
fit prifonniers . M. de Prefle
recent un coup de moufquet
au deffus de la hanche qui ne
donna que dans les chairs.
Les Affiegeans curent huit
ou dix Soldats tuez , & dix
cu douze bleffez . Ce fuccés
ne fut d'aucune utilité ,
parce qu'on ne put garder
cet Ouvrage , à caufe qu'il
de Monfeigneur le Dauphin. 81
eftoit trop éloignée de la
Tranchée . Les Ennemis firent
un plus grand feu de moufqueterie
qu'ils n'avoient de
coûtume . On acheva la communication
de la grande Attaque
avec celle du bas Rhin ,
ainfi la Batterie de douze
que
Mortiers qui commencerent
à ne plus ceffer de jetter des -
Bombes fur les ouvrages des
Affiegez.
La nuit du 13. au 14.
:
"
Les Ennemis firent une
fortie à une heure aprés minuit
du cofté de la grande
attaque. Ils eftoient environ
quatre- vingt , qui échaufez
de la vapeur du vin , comme
on l'a fçeu depuis , tomberent .
avec fureur fur les Travailleurs
de la Tranchée , qui
eftant furpris & épouvantez
par le feu & par le bruit ,furent
Dis
82
Campagne
·
bien toft renverfez . Mr de
Catinat , Lieutenant General
qui eftoit de jour à la tranchée
, courut où commençoit
le defordre , & s'eftant mis
l'épée à la main à la tefte de
quelques Grenadiers , chargea
Tes Ennemis avec tant de valeur
, & tant de prudence ;
qu'il les repouffa jufque dans
feurs paliffades . Il en tua cinq
ou fix , & fit quelques Pri .
fonniers . Il cut un coup
de Moufquet qui luy perça.
fon chapeau , & luy effleura
le deffus de la tefté . M. de
Blanzac Capitaine dans le Regiment
d'Auvergne receut
auffi on coup de moufquet à
Pépaule , & M. Merille , Sous-
Lieutenant des Grenadiers ,
Mr Boutilliers Aide de
Camp de M. le Marquis
>
"
de Monfeigneur le Dauphin.83
Y
d'Huxelles , & M. le Rous ,
Lieutenant de la Colonelle
de Biron , furent auffi bleffez .
Mrle Comte de Quelus , Aide
de Camp de Monseigneur
& Mrle Comte de Luce , Aide
de Camp de M. de Duras , fe
trouverent dans la mêlée , &
donnerent des marques de
leur courage , & de leur intrepidité
. Il y eut environ
vingt Soldats tuez. Les Ennemis
y perdirent deux Officiers
& beaucoup de Soldats
, la peur les ayant faifis
dés qu'il ne fe fentirent
plus échaufez par les fumées
du vin . Ils firent en
mefme temps une autre fortie
du cofté de l'attaque du
haut Rhin ; mais il fe retirerent
après avoir feulement
jetté quelques grenades . On
D. G
8:4
Campagne.
尊
+
pouffa cette attaque jufque
fur les angles du chemin couvert
de l'ouvrage à corne ; il yeut
dix Soldats bleffez & fix
de tuez. On fit à celle du bas
Rhin an logement fur le glacis
du chemin , couvert du
mefme ouvrage , & on travail .
la à une batterie de fix picces
de canon .
Le 14 :
Entre fix & fept heures da
matin on entendit un Tambour
, & dans ce moment on
ceffa de tirer de part & d'autre
. On envoya fçavoir ce que -
ce Tambour avoit à dire , &
il demanda qu'on permiſt aux
ennemis d'enlever deux de
leurs Officiers qui avoientelté
tuez dans l'affaire qui s'étoit
paffée la nuit. M. Catinat y
confentit pourveu qu'ils fuf
de Monfeigneur le Dauphin.85.
"
fent reportez dans la Place:
par des Soldats François . Les
Ennemis en demeurerentd'accord
. Monfieur Catinat fit
prendre des juftaucorps de
Soldat à deux Ingenieurs , qui
en emportant les corps dans la
Place ; & en s'en retournant ,
eurent le temps d'exami
ner de prés les fortifications
& les foffez . L'un d'eux feid'avoir
foif , defcendit gnant
dans le foffe de la demy lune ,
& le fonda avec un bafton . Il
trouva qu'il n'y avoit que
deux pieds d'eau , & que le
fond n'eftoit que de glaife..
Il's firent quantité d'autres remarques
qui donnerent à M.
de Vauban des lumieres tresutiles
, dont ils profita . Nos
Mortiers tirerent dans les
Baltions , & dans les chemins. -
:
>
T
861
Campagne™
Couverts & firent un tres
grand effet. On mit vingt
pieces de Canonsen batterie ,
& douze Mórtiers à.cent.
toifes de la Place . M. le Marquis
de Nefle receut la mefme
journée à quatre heures aprés
midy , un coup de moufquet
à la tefte. On eut beaucoup
de peine à le faire refoudre à
fortir de la Tranchée.
La nuit du 14. au 15.
On s'étendit le long de l'a--
vant foffé ou flaque d'eau ,qui
a des endroits de trente toifes
de large , & de deux pieds & .
demy de profondeur . Le terrain
eftant fort mauvais par
tout , la pluye continuelle
qu'il fit pendant quelques
jours , augmenta les difficultez
qu'il y avoit de paffer cet
avant follé , auffi bien que le
de Monfeigneur le Dauphin. 87
¿.
grand front que la Place a de
ce mefme colté d'où elle
faifoit un fort grand feu , &-
tiroit beaucoup de Canon ..
Monfieur le Duc du Maine
qui fervoit dans le Regiment
du Roy , contribua beaucoup
par fa preſence & par fes li
beralitez , à tout ce qui fe fit
cette nuit -là . Il anima les
Soldats , & n'oublia rien de
ce qu'il devoit au Sang dout:
il a l'honneur d'eftre forty.
Aux Attaques du haut & du
bas Rhin , on fe logea à l'une
& à l'autre fur l'angle de la
Contrefcarpe de l'Ouvrage à
corne .
Le
15:
On fit un grand feu ce
jour - là , tant du cofté des
Affiegeans que de celuy des
Affiegez . Les Bombes cau88-
Campagne
1
ferent un grand embraſement
& un grand defordre
dans la Ville , & le Canon des
Ennemis tua trente Soldats
dans la Tranchée. Monfeigneur
le Dauphin continuant
à s'expofer , un Grenadier du
Regiment du Roy fut tué , à
quelques pas de luy . Ce Prince
vifita ce jour - là tous les
travaux de la grande Attaque;
& s'avançajufques auprés des
Sapeurs.
Lanuit du 15. au 16 .
On fit la communication des
deux Logemens fur l'angle de
la Contrefcape .
Le 16..
Les Batteries tirerent tout le
jour fur le demy - baftion de
l'ouvrage couronné .
Le 17.-
On affeura le logement
de Monfeigneur le Dauphin . 89
mes
qu'on avoit fait fur l'angle
de la Contrefcarpe de l'ouvrage
à corne ; on faigna le
foffe du mefme ouvrage d'où
il fortit beaucoup d'eau , ce
qui en facilita la prife. Les
Ennemis tirerent continuellement
fur les Tranchées , &
tuerent douze ou treize homblefferent
cinq ou fix.
Officiers , & plus de vingt
Soldats . M. le Duc de Duras ,
malgré toutes les attaques de:
fa goute , fe faifoit porter en
chaife , & vifitoit toutes les
tranchées & tous les travaux ,
n'épargnant ny fes foins ny
fes peines pour examiner
tout. Va Transfuge de la
Ville affura que les Ennemis.
avoient encore plus de qua-
-vingt - quinze pieces de
Canon , & la prife de cette
୨୦ Campagne
Place paroiffoit d'autant pluss
difficile , que Monfieurde Vauban
avoit travaillé à la rendre
imprenable . I fit un fi vilain .
temps ; qu'on en fouffrit plus
que des Ennemis . On eut des
peines incroyables à avancer
les ouvrages . Les Ennemis tiroient
inceffamment de la
Place , & on avoit à effuyer
leurs feux , & l'eau du Ciel ;,
deux de nos Canonniers furent
tuez..
Le 18.
On affeura cette nuit- là un
logement fur la Contrefcarpe
de la Redoute de la Londe ..
Les Ennemis firent une fortie
qui n'eut pas grand effet.
On les repouffa vigoureufe .
ment , & Monfieur le Duc.
& Monfieur le Prince de
Conty s'expoferent fans fe
de Monfeigneur le Dauphin. 91
ménager , en forte qu'ils char
gerent eux mefmes les Ennemis
, à la tefte du Regiment
de Berry , & les obligerent à
fe retirer. M. de Vilandry fut
bleffé d'un coup de grenade..
Un de nos Canons fut démonté
& un Commiffaired'Artillerie
eftant dans fa
Batterie fut emporté d'un
bouler. Le feu prit dans un
tonneau de poudre qui enlevá
deux Soldats . Ils furent
tellement confumez du feu
en l'air , qu'il ne'n parut rien ..
Hy en eut trois ou quatre
autres brûlez .
La nuit du 18. au 19 .
On alla à la fape dans les
chemins couverts de la Redoute
de la Londe. On defcendit
jufque dans le foffé
où l'on demeura. On jettał
92
Campagne
>
plufieurs Bombes dans la Redoute
qui firent un tresgrand
degaft . Les travaux ne
purent guere avancer du côté
de cette attaque ; à cauſe du
grand lac ou flaque d'eau qui
fervoit d'avant - foffé à la
Contrefcarpe. Cer obſtacle
fut grand & facheux . M. de
Vauban découvrit une pente
par qu'il prétendit le faigner
d'une maniere qu'il n'y retteroit
plus d'eau , ce qui fit efperer
un grand avantage ; mais
le temps fut fi mauvais , & la.
pluye tomba en telle abondance
, qu'elle abifmoit les
Troupes entierement . Les
Tranchées eftoient toutes
pleines d'eau , & on avoit
grande peine à y marcher. M.
le Comte de Chafteau- Villain
, Aide de Camp de M.
de Monfeigneur le Dauphin, 93
?
de Duras , qui eftoit à la gran
de Attaque , pour luy rendre
compte de ce qui s'y pafferoit
, voulant vifiter luy - même
le chemin couvert de la
Redoute afin de pouvoir
faire un plus fidelle rapport ,
y receut un coup de Moufquet
qui luy emporta le bout
d'une oreille. M. le Marquis
du Bordage ne fut pas fiheureux
. Il eftoit Maréchal de
Camp de jour à la Tranchée
du haut & du bas Rhin . Ce
Marquis eftant à minuit à la
tefte des Travailleurs pour
voir luy - mefme fi on avançoit
, receut un coup de moufquet
au milieu de la tefte ,
dont il mourut dix heures
aprés , fans avoir parlé . Quelques
Soldats furent auffi tuez ,
& quelques Officiers bleffez .
694
Campagne
Le 19.
>
Il ne fe paffa rien qui fuft
digne de remarque . Monfieur
le Duc de Duras à qui la
goute donna quelque relâche,
paffa toute l'apreldînée dans
la Tranchée de la grande Attaque
. Sur le foir , Monfieur
de Colonques, dont je vous ay
déja parlé , fut chargé de faire
un logement à travers l'avantfoffé
, qui n'eft que vafe & rofeaux
, à quoy il réüffit , & méme
il fit plus qu'on ne luy
avoit demandé .
La nuit du 19. au 20.
Cette nuit là s'eftant trouvée
fort belle , on fe voulut
fervir de cet avantage pour
avancer les Travaux. On étoit
logé dans le chemin
couvert de la Redoute de la
Londe , qui eſt à la gauche de
de Monfeigneur le Dauphin, 95
la grande attaque . M. d'Huxelles
, Lieutenant General
de jour , entra à dix heures
du foir dans ce logement , &
s'eftant découvert pour voir
fonder le foffé , il recent dans
ce moment un " coup
de
fortit
Moufquet , qui gliffant le
long de l'omoplate.
fans entrer dans le ftorax .
Tout bleffé qu'il eftoit , il fit
porter des fafcines dans le
foffe , & fut enfuite obligé de
faire remedier à fa bleffure.
A peine fut - il panfe , qu'il
courut à un grand bruit de
moufqueterie qu'il entendit.
fur la droite de fon Attaque
qui eftoit la grande , fur le
bord de laquelle il y avoit
une petite Chauffée , qui paffant
au travers du Marais , va
droit à la Contrefcarpe ; les
96 Campagne
·
Ennemis avoient fait un petit
logement de terre fur cette
Chauffée , où ils eftoient
huit ou dix hommes ; on y
envoya un Sous -Lieutenant,
fuivy de dix Grenadiers pour
l'emporter. Il y réüffit , mais
il fut fort bleffé , & de ces
dix Grenadiers on en perdit
huit. Comme ce Sous Lieutenant
eftoit fortement foûtenu
, les Ennemis abandonnerent
le pofte dont on demeura
maitre. L'envie que
l'on eut de le garder , fit qu'on .
employa quantité de Travailleurs
pour conduire la:
Tranchée jufques à ce logement
fans pouvoir eftre enfilé.
On s'opiniâtra à
vailler malgré le feu des En-,
nemis , qui fe trouva fi grand
qu'on fut enfin obligé d'abandonner
y trade
Monfeigneur le Dauphin.97
bandonner , & le logement ,
& la Tranchée . On n'eut pas
beaucoup de peine à s'y refoudre
, parce que ce poſte
eftoit peu confiderable . Sitoft
que M. le Marquis d'Huxelles
fut bleffé , M. le Marquis
de Trélon qui eftoit auprés
de luy , le fit fçavoir à
M. de Duras , dont il eftoit
Aide de Camp. Il luy manda
en mefme temps , que nonobftant
la bleffure , il vouloit
agir , & qu'il feroit à propos
de luy ordonner de fe retirer ,
& de fe donner du repos. M.
de Duras luy envoya M. le
Marquis de Levy , l'un de fes
Aydes de Camp ; il obeït &
fe retira. Il eftoit fous le feu
des Ennemis au milieu des
Travailleurs qu'il animoit ,
afin qu'on puſt garder le re-
E
98
Campagne
A
tranchement que l'on avoit
emporté. Il y eut dans cette
affaire plus de foixante hommes
tant tuez que bleffez .
M. de Beauregard , Ingenieur,
eut le pied & la jambe gauche
brifez d'une Grenade , & la
cuiffe droite percée d'un coup
de moufquer. M. Regnaud ,
Ingenieur , fut auffi bleffé ,
ainfi que M. de la Grange ,
Capitaine dans Normandie
Monfieur de la Roquette , Sous-
Lieutenant dans le mefme
Regiment , & M. Efclotaire ,
Capitaine dans Auvergne .
M. Lambert , Sous Lieutenant
des Grenadiers fut tué .
Tandis que cette action fe
faifoit à la grande Tranchée ,
voicy ce qui fe paffoit à celle
du haut & du bas Rhin . On
faigna le foffé de l'ouvrage à
de Monfeigneur le Dauphin. 99
Corne , mais malgré tout ce
qu'on put faire , il y refta
plus de quatre pieds d'eau.
On travailla toute la nuit à
y jetter des fafcines , on y
en jetta plus de fix mille ,
mais ce nombre ne fut pas
fuffifant pour le combler. Il
y cut dans ce travail environ
quarante Soldats tuez ou blerfez.
M. de Chaune , Capitaine
dans Vaubecourt , & M. Saurant,
Lieutenant d'Artois , furent
bleffez. Monfeigneur le
Dauphin alla voir le Parc de
l'Artillerie , & fit l'honneur à
M. d'Huxelles de le vifiter en
revenant .
• Le 20. vin }
Les Ennemis ayant veu à
la pointe du jour , que
avoit
que
l'on
la Chunne
le pofte de
LYON
1895
LAVILLE
& la Tranchée
E 2
100
Campagne
&
pour y conduire , vinrent s'y
remettre. Une demy heure
avant le jour , comme M. de
Colonques achevoit de perfectionner
la tefte de fon
ouvrage du logement de traverfe
de l'avant foffé , il receut
au travers d'une fafcine ,
un coup de moufquet qui
ne luy fit qu'une contufion
augenoüil . M. de Duras paffa
toute l'apreſdinée à vifiter
tous les poftes des Tranchées
du haut & du bas Rhin . On
travailla toute la foirée à
achever de combler de fafcines
le foffé de l'Ouvrage à
Corne. Monfieur Cormaillon ,
Ingenieur , fut bleffé , & Monfieur
Dupuy,Sous - Lieutenant
de Feuquieres , fut emporté
d'un coup de Canon .
de Monfeigneur le Dauphin.101
Lanuit du 20. # 21.
Le paffage du foffé s'étant
trouvé affuré entre minuit &
une heure , il fut refolu d'infulter
l'ouvrage à Corne l'é
pée à la main. M. le Marquis
d'Harcourt , Colonel de Picardie
, & Marefchal de Camp
de jour à cette Attaque , en
eut les Ordres de Monfeigneur
le Dauphin , & fut
chargé du foin & de la conduite
de cette affaire . Monfieur
de Vertillac , Major General , s'y
trouva auffi par l'ordre de Monfeigneur.
Monfieur le Marquis
d'Harcourt fit avancer
quatre Compagnies de Grenadiers
, qui furent , la premiere
de Picardie
, la premiere
de Champagne
, la premiere
du Roy , & la premiere
du Dauphin ... Ces Compa-
E 3
102
Campagne
gnies fe glifferent fans bruit
jufques à la pointe de l'ouvrage
, où elles demeurerent
en attendant le fignal. Monfeigneur
le Dauphin alla voir
cette attaque une heure avant
qu'elle commençaft , & ce
Prince fit donner luy- mefme
le fignal par fix bombes . Les
Ennemis fe jetterent ventre à
terre pour en éviter les éclats ;
les deux dernieres ne portoient
qu'une fufée , & fervoient
de fignes pour l'attaque
, ce qui trompa les Enne
mis , qui demeurerent couchez
, pendant que cent Grénadiers
monterent en mefme
temps par les bréches , &
donnerent avec toute la vigueur
poffible en criant Vive
le Roy. Ils arborerent malgré
le feu des Ennemis , les
de Monfeigneur le Dauphin.103
Drapeaux de Picardie , & du
Dauphin. La confternation
fut fi grande parmy les Allemans
, qu'ils furent dans ce
moment taillez tous en pieces.
Ils eftoient cent cinquante ,
& il ne s'en échappa que
quelques uns qu'on arracha à
la fureur des Soldats , pour
avoir des prifonniers . M. le
Marquis d'Harcourt agit dans
cette affaire avec tant de va
leur , & de prudence qu'il ne
ponvoit manquer d'y reuffir.
Les Affiegeans eurent dans
cette action trente à
quarante
hommes tuez ou bleffez . Les
Ennemis perdirent prefque
tous leurs Officiers , entre lefquels
ils regreterent fort le
Comte d'Are , qui eftoit un
des plus braves. C'étoit celuy
qui fe donnoit le plus de
E 4:
104 Campagne
>
& mouvement dans la Place
fur lequel on fe repofoit le
plus . Il ne voulut jamais fe
rendre ny fe nommer , & refifta
jufqu'à ce que les coups
l'euffent accablé . Les Officiers
François voyant la grandeur
d'ame & fa fermeté ,
voulurent luy fauver la vie ,
mais il n'eftoit plus temps . Il
eftoit percé de dix coups de
bayonnette & de pertuifanes .
On le fit emporter avant qu'il
fuft mort & il mourut quelque
temps après , quoy que
l'on prift de luy tous les foins
imaginables. Il demanda à
Dieu la grace de mourir , puis
qu'il avoit efté vaincu . Deux
Grenadiers dépouillerent un
autre Capitaine qui avoit fur
luy la valeur de mille florins
dont ils profiterent . Nos Solde
Monfeigneur le Dauphin. 105
dats en dépouillerent trente
des Ennemis qui échaperent ,
mais Monfeigneur le Dauphin
les fit veftir & nourrir, &.
ordonna que l'on penfaſt les
bleffez . Monfieur dé Sandricourt
, Brigadier de jour , fut
bleffé au vifage d'un éclat de
Grenade . Mr le Chevalier
Courlin ayant oublié le mot
du ralliement , y fut tué . Mr
le Comte de Guiche , Aide de
Camp de Monfeigneur qui fe
trouva dans cette action , s' y
diftingua beaucoup . Les deux
premieres Compagnies du
Regiment du Roy , comman
dées par Mr Camelin , Major
du Regiment , eurent part
la gloire que l'on remporta .
Mr du Vigny eftoit alors à
la tefte des dix autres Compagnies
avec Mr de Bouffers .
E
1
106
Campagne
.
La prife de cet ouvrage donna
lieu d'établir une batterie
pour battre la gauche de
Ouvrage couronné. Il y
en avoit une autre qui battoit
auffi en breche la gauche du
mefme ouvrage..
3
Le 21 .
On ne s'appliqua ce jourlà
qu'à mettre à fec le lac on
flaque d'eau qui eftoit entrela
Tranchée & la Contrefcarpe.
Mr de Vauban en vint à
bout ; il permit enfuite de
faire un logement fur la Contrefcarpe
, & l'on fe difpofa .
ày travailler inceffamment
On remporta à la mefme At- :
taque le mefme retranchement
dont on s'eftoit rendu
maiftre , & qu'on avoit abandonné
la nuit du 19. au zo..
"
de Monfeigneur le Dauphin.107
Le 22.
On continua feulement la
Tranchée pour approcher des
chemins couverts de la Place.
J'y eut tres peu de Soldats tuez
& bleffez
La nuit du 22. Au 23.
Vn Lieutenant du Regi
ment du Roy allant reconnoiſtre
un Pofte où les Ennemis
avoient dix ou douze
hommes , avança luy fixième
dans le temps qu'ils fortoient
fur luys il en tua cinq ou fixe
& en prit autant . ·
A la grande Attaque , les
Grenadiers du Regiment du
Roy emporterent la Redoute
de la Londe , qui incommodoit
extremement. Ils l'attaquerent
avec tant de vigueur
que les Ennemis qui eftoient
dedans n'eurent que le temps-
EL. 6
108
Campagne
de faire leur premiere décharge
, tant ils fe virent preffez .
On fit cinq prifonniers , & on
tua le refte. Monfieur le Due
du Mayne , qui avoit monté
la Tranchée avec le Regiment
du Roy, fe trouva dans cette
action & ne parut pas moins
intrepide que ceux qui ont
accoutumé de voir les perils
d'auffi prés , & de fe mefler
avec les Ennemis. Il s'expofa
au feu , & n'écouta que les
mouvemens de fon courage
& de fon Sang , & ne parut
point étonné , quoy qu'on le
foit ordinairement quand on
ne s'eft pas encore rencontré
en de pareilles occafions . On
chaffa auffi les Ennemis d'un
retranchement qu'ils avoient
auprés de cette Redoute , &
ils fe retirerent dans la Ville.
de Monfeigneur le Dauphin.109
On fe logea à la meſme Attaque
prés du chemin couvert
des Tranchées du haut
& du bas Rhin , on s'appliqua
fortement à s'y établir , & à
faire un bon logement dans.
l'Ouvrage à corne , & on travailla
avec grande diligence
à y conftruire des Batteries ,
qui puffent ruiner l'ouvrage
couronné . Le feu de l'Artil
lerie des Affiegeans s'y rendit
fi fuperieur , qu'il fit taire
celny des Ennemis qui ne fit
plus que de foibles & inutiles
efforts , les Baftions de la Vil
le commençant déja à s'écrouler.
On apprit par des
Transfuges que les Soldats &
les Bourgeois preffoient le
Comte de Staremberg de fe
rendre , mais qu'il témoignois
avoir deffein d'attendre l'af
110%
Campagne
faut. A l'attaque du haut
Rhin, Mr Durant ,
Ingenieur ,
receut une bleffure mortelle .
Le 23.
Dés fept heures du matin ,
Monfeigneur le Dauphin alla
vifiter
l'Ouvrage à corne , y
eftant conduit par Mr de Duras.
Il y demeura longtemps
quoy que ce Duc fift tous fes
efforts pour
empefcher qu'il
ne s'expofaft , mais ce Prince
fe fervoit fouvent de fon autorité
pour impofer filence à
ceux qui le vouloient retenir..
On ne perdit pas dans ce jourlà
, & dans toute la nuit , dixx
hommes dans les
Attaques .
Lanuit du 23 au 24 .
་
On fe logea à la
grande
Attaque fur le chemin cou
vert ; on fit le logement à la
droire & à la gauche de la
de Monseigneur le Dauphin.111
mefme attaque , & une com
munication de l'un & de l'autre
logement , & l'on fe mit en
eftat de pafferle foffe ; deux-Ingenieurs
furent tuez en fai
fant les logemens.Un autre Ingenieur
nommé la Lande
tres -habile homme , & fort
eftimé , fut legerement bleffé ..
On felogea fur le chemin couvert
, de mefme que l'on avoit
fait à la grande Attaque , & less
Ennemis fe retirerent..
Le 24.....
Monfeigneur monta à cheval !
à onze heures du matin , & ne
fut de retour qu'à huit heures .
du foir . Mrde Duras l'accompagna
pour visiter les environs
du Camp , & pour voir par
quels endroits on pourroit fe - L
courirPhilisbourg quand il fe
roit à nous , en cas que les Ennemisle
vouluffent attaquer.
I12
Campagne
La nuit du 24. all 25 .
On pouffa cette nuit là la
Tranchée de la grande Attaque
le long de la paliffade
du chemin couvert de la longueur
d'environ vingt - cinq
toifes fur la gauche , & d'environ
trente fur la droite. La
Garniſon fit à la gauche une
fortie de dix ou douze hommes
, mais Mr le Marquis de
Courtenvaux s'y eftant trouvé
avec les Grenadiers de fon
Regiment , les fit rentrer fort
vifte dans le chemin cou
vert.
Le 25.
On s'appliqua à affurer &
augmenter les logemens que
l'on avoit fur le chemin couvert
de l'ouvrage à Corne
& l'on acheva les Batteries
pour dix- huit pieces de Cade
Monfeigneur le Dauphin. 1 1 3
non qui devoient tirer fur
l'Ouvrage couronné au principal
Baſtion de cet Ouvrage.
L'aprefdinée , Mr le Marquis
de Courtenvaux fortant de la
Tranchée , un boulet de Canon
renverfa fur luy des facs
à terre qui luy firent une
grande contufion à la cuiffe.
Le mefme coup tua deux
Grenadiers .. Mr de Barriere
Capitaine des Grenadiers de
Iarfey , fut bleffé à la main &
au bras.
Le 26.
A la grande Attaque , & à
celle du haut & du bas Rhin ,
on travailla avec tant d'application
à achever les Batteries
deftinées à ruiner
l'Ouvrage couronné > que
l'on y reüffit , & dés le matin
, dix - huit pieces de Canon
114 Campagne
commencerent à tirer fans
difcontinuer. L'effet en fut
el que le Baftion qui eſt à
face de l'Ouvrage couronné
fut entierement démoly . On
étendit le logement de la
grande Attaque de plus de
vingt- cing toifes . La Aaque
d'eau empefcha de mener du
Canon à la droite.
Le 27 .
On fe contenta à la grande
Attaque de couler une
tranchée le long de la palif
fade du chemin couvert afin
de s'en rendre maiftre fans
perdre de monde. Le terrain
s'y trouva parfaitement bon
& l'on y travailla avec faoilité
, fans y faire aucune
perte. On ne put à l'attaque
du haut Rhin avancer le tra--
vail le long du chemin cou--
9
de Nonfeigneur le Dauphin. 1 15
vet , parce que les Ennemis
avoient deux Corps de gardeenfermez
avec des palliffades .
L'un eftoit de quinze hom
mes , & l'autre de treize
qui incommodoient
extremement
les Travailleurs . Mr le
Marquis de Sepville , Maréchal
de Camp , qui commandoit
cette Attaque , jugea à
propos de chaffer les Ennemis
des Corps de garde où
ils eftoient. Il envoya pourcet
effet vingt Fufeliers qui
allerent arracher les Paliffades
qui les enfermoient. Ils .
tomberent fur les Ennemis .
avec tant de vigueur , qu'ils
les obligerent à prendre la
fuite. On en tua fept ou huit,.
on en fit deux prifonniers , &
le refte fe fauva. Il y eut vingt:
Soldats tuez ou bleffez par
116
Campagne
le feu que les Ennemis firent
du haut de leurs Baftions
d'où ils découvrirent qu'on
avoit attaqué les leurs . Il y
cut un Capitaine du Regiment
de Limofin tué en
abordant la paliffade ; fon
Lieutenant fut bleffé & deux
Sergens furent tuez . On aug.
menta les Batteries à l'attaque
du bas Rhin , où eft l'Ouvrage
à Corne , & vingt - deux
pieces tirerent fur l'Ouvrage
couronné. On fit deux pri
fonniers , dont l'un eftoit Ca
poral , qui ne fe laiffa prendre
qu'aprés s'eftre bien défendu
. On luy trouva de
l'efprit , on l'interrogea , &
on tira de luy des lumieres
qui furent utiles . I affeura
qu'il y avoit dans la Place fix
cens morts on bleffez ; que Monde
Monferneur le Dauphin. 117
fieur de Stemberg commençoit
à faire mettreles meublesfur des
chariots ; qu'il en avoit déja
quatre de chargez & qu'il difoit
pourtant à toute heure qu'il
vouloit fouffrir un aſſaut . Il aſ-
Sura encore que l'ouvrage couronné
qu'on vouloit emporter ,
n'eftoit point contreminė
qu'on avoit feulement preparé
quelques Bombes aufquelles on
devoit mettre le feu en fortant
de cet Ouvrage ; que les Ennemis
y avoient fait quelques retranchemens
pour se défendre ›
& pour y tenir le plus longtemps
qu'ils pourroient.
Le 28 .
mais
On continua à la grande
attaque le logement le long
du chemin couvert > ce
qu'on fit avec beaucoup de
precaution pour ne point
"
Campame
118
perdre de mone . On fit la
mefme chofe l'attaque du
haut Rhin. Pour ce qui regarde
le ba Rhin , on s'apliqua
entierement à augmenter
les bateries qui battoient l'ouvrage
couronné. Trente Picce
tirerent continuellement
deffus. La breche qui eftoir à
la pointe du Baftion de cet ouvrage
étoit fi grande , que huit
hommes y pouvoient monter
de front. On ne fe contenta
pás de cette breche , on en fit
deux autres qui estoient tresavancées
aux tranchées du
mefme ouvrage du cofté du
haut Rhin . Les Affiegeans pretendoient
monter à l'affaut
en mefme temps par ces deux
breches , & ferendre fi fuperieurs
que les Ennemis ne
puffent fe défendre. On
de Monfeigneur le Dauphin.119
1
travailla à des Ponts pour
paffer le Follé qui envelopoit
l'ouvrage couronné . Monfieur
le Marquis d'Harcourt , Marefchal
de Camp de jour qui
commandbit à l'attaque du
haut , & bas Rhin , monta
fur le haut d'une batteric
pour tafcher à découvrir ce
qu'il y avoit dans l'ouvrage
couronné , mais à peine y futil
monté qu'il tomba du
haut de cette batterie , & fe
demit le pied ; il ſe fit auffi
un grand mal à la cuiffe .
Les douleurs qu'il fouffroit
l'empéchant de fe fouftenir ,
on l'emporta fur une civiere.
M. le Comte d'Eftrées i fut
bleffé à la cuiffe d'un coup
de Moufquet , eſtant dans là
tranchée ; le coup ne donna
que dans les chairs , & la
"
120
Campagne
bleffure ne fut pas confiderable.
La nuit du 28. au 29.
Il fe paffa à minuit une
action digne d'eftre racontée .
On demanda s'il y avoit
quelqu'un parmy les Troupes
qui vouluft paffer le foffé à
nage , & monter par la Breche
qui eftoit faite à la pointe
du Baſtion de l'ouvrage couronné
. Un Sergent & un Grenadierfe
jetterent dans l'eau ,
monterent
fur le haut du
Baſtion , découvrirent
les rétranchemens
qui estoient
dans l'ouvrage , & exami
nerent le nombre d'ennemis
qui pouvoient à peu près être
dedans . Ils furent découverts
dans cette action ; ces
deux Braves agirent fur le
haut de la breche , avec tant
de
de Monfeigneur le Dauphin. 1 2 1
•
de courage , tant de fermeté
& de prudence , qu'ils intimi
derent les Ennemis. Aprés
avoir effuyé plufieurs coups ,
ils fe retirerent pour venir
rendre compte de ce qu'ils avoient
vû. Cette action - merite
bien que l'on
marque
icy
leurs
noms . Le Sergent
s'appelle
Arnoul
, & le Grenadier
, Vivarets
; ils font
tous
deux
du Regiment
de Tou
raine .
Le 29.
2
L'attaque de l'Ouvrage
couronné eftant refoluë pour
la nuit , les Grenadiers furent
commandez , & perfonne ne
penfoit à s'y loger pendant le
jour. Atrois heures aprés midy
, Mr de Vauban fit attacher
le Mineur à la droite de
cet ouvrage , afin d'élargir
F
122 Campagne
davantage la 'bréche du milieu
. Le Regiment du Roy
eftoit à la gauche , & Anjou
à la droice . Monfieur de Vauban
,pour couvrir fon Mineur ,
fit avancer dix Grenadiers , qui
monterent à moitié bréche , &
de logerent. Ces Grenadiers
eftant incommodez
par le
feu des Affiegez , on en envoya
vingt autres avec un
Lieutenant , & ils eurent ordre
de reconnoiftre les re
tranchemens que les Ennemis
qui s'eftoient rendus , avoient
marqué que l'on avoit faits.
Ils foûtinrent fort longtemps
lefen des Affiegez , & fe retirerent
aprés avoir bien examiné
les retranchemens
de
l'une & de l'autre branche de
l'Ouvrage. M. de Vauban
envoya fur leur rapport en-
I
de Monfeigneur le Dauphin . 123
core quelques Grenadiers , qui
firent un logement prefqu'à
la crefte de la bréche . Le refte
de la Compagnie brûlant
d'impatience de ſe ſignaler
avança. On fit encore monter
fur la brèche quelques ' Grenadiers
, qui entraifnez par
l'ardeur de vaincre deſcendirent
dans le Baftion , & crierent
auffi toft qu'on vinst à
eux Les Grenadiers du Roy
& d'Anjou monterent en
mefme temps l'épée à la
main parles deux autres bréches
des deux demy baftions,
& chafferent les Ennemis , fans
avoir perdu que tres peu de
monde. On les pouffa jufque
dans le chemin du corps de
la Place & on les auroit tous
pris fans le feu des remparts
qui incommodoit beaucoup
F 2
124
Campagne
Mr le Duc de Duras eftant
arrivé en ce temps - là , monta
furle haut de la bréche malgré
le feu que les Ennemis faifoient
avec leur Canon chargé
à cartouches . Mr le Marquis
de Joyeuſe y commandoit
comme Lieutenant General
de jour dans le moment que
cette action fe paffa , Monfieur
de Staremberg, Gouverneur de
Philifbourg
, eftoit dans le
Confeil de Guerre qu'il avoit
fait affembler pour fçavoir de
quelle maniere il défendroit
çet Ouvrage couronné , qui
devoit eftre attaqué la nuit
fuivante par deux cens Mouf- .
quetaires du Roy , quatre
cens Grenadiers , & les Regimens
qui eftoient de Tranchée
. Auffi - toft qu'on fe fut
rendu maiſtre de cet Ouvrade
Monfeigneur le Dauphin. 125
1
ge , on travailla à s'y loger ,
& le logement qu'on y fit ,
fut achevé avec toute la di-'
ligence poffible . Cependant
Monfieur de Staremberg vo
yant qu'on luy avoit pris cet
Ouvrage plutoft qu'il ne s'y étoit
attendu , ne fit aucune
tentative pour le reprendre,'
Il crut peut-eftre qui feroit
impoffible d'en chaffer les
François , & que ce feroit
épargner du fang ; peut eftre
auffi qu'il ne tint pas à luy
& que fes Troupes intimidées
par l'intrepide valeur des Af-
Legeans ne voulurent point
aller chercher dans leurs retranchemens
des Braves qu'ils
ne croyoient pas en pouvoir
faire fortirapuis qu'il entreprenoient
tous les jours à découvert
des chofes qui paffent
F3
126
Campagne
toute croyance. Le bruit a
couru que fes Troupes refuferent
de fe défendre plus ,
long - temps , parce qu'elles ,
n'eftoient point payées . Chas
eun en jugera comme il luy
plaira , il eft certain que les
noftres n'avoient encore:
qu'à peine achevé leur loge -s
ment dans l'ouvrage dont el
les venoient de fe faifir, quand
l'on vit paroiftre un Drapeau
blanc fur les Ramparts , &
auffi - toft un de leurs Tam
bours s'avança fur le chemin
couvert de la Place.
On ceffa de tirer , & on re- i
ceut ce Tambour qui deman
da des Oltages . On en promit.
M. le Duc de Duras en-
M. Durand , Major.
voya
d'Anjou , & M. de la Mothe- .
Capitaine du meſme Regide.
Monfeigneur le Dauphin.127
"
ment. Henvoya auffi M. Mazüyer
, Officier de fes Gardes ,
pour recevoir les Oftages des
Ennemis , & les amener. Ils
remirent entre les mains un
Capitaine , & un Ayde Ma
jor. Monfieur Mazuyer les
conduifit à M. de Duras , quiles
envoya à Monſeigneur le
Dauphin par M. le Comte de
Duras fon Fils. Vne heure
aprés on receut encore deux
Oftages qui apporterent des
articles de capitulation. M
de Duras les receut & les conduifit
luy - mefme chez Monfeigneur.
Voicy ce que contenoient
ces Articles , & ces
qui fut accordé & refufé .
128
Campagne
ARTICLES
De la Capitulation accordée
par Monfeigneur le Dauphin
à Monfieur le General
de Staremberg, Gouverneur
› de Philisbourg , & à la Gar-
'nifon Imperiale .
Mac
R de Staremberg deman
de buit jours pour rendre
la Place entre les mains de Monfeigneur,
fuppofé qu'il ne foit point
Secoara.
On remettra une des portes
de la Ville auffi - toft que le
Pont fera raccommodé , &
on empefchera qu'il ne fe
faffe aucun defordre . En attendant
on livrera aujourd'huy
30. Octobre une Conde
Monfeigneur le Dauphin. 129
rre garde , & les Demy - lunes
du cofté de la grande Atta
que , & les autres de dehors
la Place , & la Garnifon en
fortira Lundy matin premier
Novembre de cette annee
1688 16
T
t
Il demande que Monſeignear
veüille accorder que la Garnison:
de Philisbourg ait une Capitulation
honorable ; c'est à dire,
qu'elle forte de la Place Tambour
battant Enfeignes déployées ,
les Officiers & Soldats ayant leurs`
armes & moufquets , balle en bou
che , & la méche allumée..
Accordé.
It demande de pouvoir em.
mener avec luy fix pieces de Canon
de 24. des chevaux pour les
emmener & Supposé qu'il ne
veuille on qu'il ne le puiffe pas .
à prefent , d'avoir la permiffion
E S
130.
·Campagne
de les tranfporter dans trois mois .
oupar eau , ou par terre.
Accordé quatre pieces de
Canon, deux de vingt - quatre,
& deux de douze , à l'égard
des chevaux on les fournira
prefentement , fi l'on peut ,
avec permiffion d'emmener les ,
pieces dans trois mois.
Il demande de pouvoir em
mener avec luy tout fon Bagage,
Chariots chevaux , Meubles.
Faiffelle d'argent & autres ,
se qui appartient aux Officierss
& Soldats fans aucune excep- -
tion.
Accordé.
ن م
Il demande trois cens Chariots..
pour voiturer les Meubles , Ma...
lade & Bleßez...
Accordé 100. Chariots , &
plus , fi l'on peut.
Il demande un Palleport &
de Monfeigneur le Dauphin. 1 3 1½
une eſcorte de Cavalerie pour le
conduire , luy , fes Officiers &
fa Garnijon jufques à Kinsbourg
fur le Danube , entre Blin
& Donaverf.
*
Accordé un Paffeport &
une Eſcorte jufqu'à Vlm .
Il demande qu'en cas qu'il ne
puiffe transporter prefentement
tous fes meubles & hardes , il
ait la liberté deles laiſſer à Phil
lisbourg, ou de les faire porter à
Spire , Manheim ou Heydelberg ,
d'où il pourra les faire paffer en
Allemagne avecun Paffeport lors
qu'il luy plaira.
Accordé.
Il demande de pouvoir aller
demeurer pendant quelques
jours à Heydelberg pour y prendre
l'air , aprés quoy on lug
donnera un Paffeport pour suivre
le Regiment & aller à Kins
F60
132**
Campagne
bourg, ou par tout où il luy plaira
aller en Allemagne.
Accordé .
Il demande que lors que la
garnifonfortira de la Place , il ne
lug foit fait aucune infolence
non plus qu'aux femmes & fervi
teurs..
Accordé.
Il demande qu'on luy rende
Les Prifonniers de fa garnison
qui font au Camp de Monfei
gneur.
4
Accordé.
Il demande que cette capitu
lation vale pour les Officiers
d'Artillerie , des Vivres , Ingenieurs
, & en un mot pour tous.
autres Officiers militaires de
L'Empereur..
Accordé ..
Il demande que cette capitus
lation vale pour les Bourgeois
de Monfeigneur le Dauphin. 1-3 3
Chreftiens ou luifs & que
Leurs Privileges leur foient con-
Server, & qu'il leur foit permis
d'acheter les meubles des Officters
Soldats de la Garnison,
en cas qu'ils ne puiffent pas les
emporter avec eux..
Accordé .
Il demande que deux mille
Quintaux de farine que deuxe:
Bourgeois de Philisbourg ont
vendus à l'Empereur , & dont
ilsn'ontpas eftè paye , leur foient
remis pour argent comptant , Accordé
.
Il demande un Paffeport pour
tirer de Manheim , de Spire &
d'Heydelberg les hardes & meubles.
que luy & quelques Officiers de la
garnifon y ont & pour les faire
voiturer en Allemagne où ils vou .
dront ..
IL demande que les Soldats .
134.. Campagne
bleffez de la Garnison puiffent
demeurer dans l'Hofpital de
Philisbourg iufques à ce qu'ils
foient gueris , aufquels on don
nera un Paffeport pour les faire
paſſer en feureté en Allema
gne.
Accordé.
Il demande que s'il fe trouve
quelques Soldats Allemans dans
La Garnison qui ayent autrefois
Servy enFrance dans les Regimens
Allemans , Suiffes on François , on
nepuiffe pas les reprendre.
Accordé .
4
Il demande de pouvoir fee
journer à Drouffel.
Neant pour Drouffels accordé
pour Kinftein , où la
Garnifon fejournera deux
jours , & où elle prendra gar
de de ne faire aucun defor
dre......
s
de Morfeigneur le Dauphin, 13.5 .
Il demande que les chariots
qu'on leurdonnera pourleurs baga
ges ; aillent à Conftysalt , à l'entrée
du Pays de Virtemberg , où les
Etats dudit Pays leak en fourniront
d'autres.
Accordé.
30.
Fait double au Camp de de-.
vant Philisbourg le Octobre
1688. Signé LOUIS
Comte de Staremberg.
& te
M. de Staremberg fournira:
un Paffeport de l'Empereur ,
pour le retour de l'Eſcorte &
Cavalerie qu'il emmenera à
Vlm.
Monfieurde Chanlay alla à
la pointe du jour dans la Place,
pour faire fçavoir à Monfieur
de Staremberg les intentions i
de Monfeigneur le Dauphin
touchant les Articles de la
Capitulation qui luy avoient
136 Campagne
efté envoyez par ce Prince
& dés ce mefme matin toutes
chofes furent arreſtées .
Monfeigneur le Dauphin fit
l'honneur à M. le Marquis
d'Antin de le choisir pour
porter cette Capitulation au
Roy .
Le 3 t..
& Tout fut tranquille , & le
Regiment de Picardie pric
poffeffion d'une des portes
de Philisbourg.
Le premier Novembre.
Sur les dix heures du matin
toute l'Armée fut rangée
en Bataille fur une mefme
ligne. Les Chariots accordez
par la Capitulation , défilé
rent les premiers . M. de Staremberg
, Gouverneur de la
Place, & Frere de Monfieur de
Staremberg qui a défendu
&
de Monfeigneur le Dauphin . 137
>
·
Vienne , paffa enfuite en Caléche
fuivy de fon Regiment
, qui eftoit de plus de
douze cens hommes . Monfieur
de Starembergfon Neveu marchoit
à la tefte du fecond Bataillon
, vétu à la Hongroife
, une hallebarde à la main .
Monfeigneur le Dauphin ,
accompagné de Monfieur de
Duras , eftoit à la gauche , au
commencement de la ligne.
D'auffi loin que le Gouver
neur put diftinguer Monfeigneur
, il mit pied à terre
& s'eftant approché , il dit à
ce Prince , que fi quelque chofe
le pouvoit confoler de n'avoir
pas défendu fa Place auffi longtemps
qu'il le fouhaitoit pour le
fervice de l'Empereur fon Mai.
fire , c'est qu'il la remettoit à un
auffi grand Prince que luy. Son
138
Campagne
Neveu cut auf l'honneur
de faluer Mon cigneur , & fir
beaucoup de civilitez à Monfieur
de Duras . La Garnifon
étoit compofée d'hommes tresbien
faits , & en fort bon
eftat . La honte de fortir en ft
grand nombre , en fit difperfer
prés de fix cens avec les
chariots & les bagages qui
eftoient partis à la pointe
du jour. Quatre pieces de
Canon , deux pour l'Empereur
, & deux pour Monfieur
de Staremberg , furent embar
quées fur le Rhin , & envoyées
à Francfort. Le Regiment
d'Auvergne entra dans la Place
, & en prit poff ffion fous
les ordres de Mr des Bordes
que le Roy en avoit nommé
Gouverneur . Cette Place pa
rut fort endommagée par no
de Monfeigneur le Dauphin, 139
ftre Artillerie & par nos Bombes,
& les Habitans témoignerent
beaucoup de joye de
s'en voir delivrez . On trouva
dans la Place cent vingt quatre
pieces de Canon , cent
cinquante milliers de poudre ,
vingt-deux mille boulets , feize
mille facs de farine , avec
quantité de provifions , que
auroiene fuffi pour foûtenirun
long Siege , files François
euffent efté capables defe ménager
, & d'écouter moins
l'empreffée ardeur qu'ils ont de
vaincre.
Voicy un état fidelle &
exact de tout ceux qui ont
cfté tuéz & bleffez pendant
ce Siege . I fera.connoiftre
quantité de Braves qui ont
acquis de la gloire en s'expofant
, & à qui l'on n'a pûs
140 Campagne
rendre toute la juftice qui
leur eft dûë , leurs noms ayant
efté oubliez dans les Rela
tions qui ont efté faites de ce
Siege.
OFFICIERS GENERAUX .
Mr le Marquis d'Vxelles ,
Lieutenant General , bleffé .
Mr le Marquis du Bordage ,
Maréchal de Camp , tué .
Mr le Marquis de Nefle
Maréchal de Camp bleffé , &
mort enfuite de fa bleffure .
Mrle Marquis d'Harcourt
Maréchal de Camp , bleffé d'une
chute à la Tranchée .
Mr de Sandricourt , Brigadier
, bleffé.
Mrs
REGIMENS .
PICARDIE.
Capitaines bleffek
De Sandricourt , Lieutenant
Colonel.
>
de Monfeigneur le Dauphin.141
Monplaifir.
Mailly .
Defpy.
Capitaines tucz.
Dela Loge .
Subalternes bleffek
Rolivaux .
Du Quefnoy .
Subalterne tué.
Hautefeüille .
PIED MONT..
Capitaines bleffez.
Ciffé .
La Caffagne .
Subalterne bleße.
Poilcourt.
Subalterne tué.
Chauvelin.
CHAMPAGNE.
Capitaines bleffez.
Mablant.
De Gajan.
142 Campagne
Capitaine
tué.
Dafafpe.
Dugat.
Chaſtillon.
Subalternes bleffek
NORMANDIE
Capitaines bleffek
Guitonniere.
Giverfat .
Frecan .
La Grange.
Coeur de Chefne.
LaGogue.
Subalternes bleffe :
Le Roux.
Roquette.
Coupry.
Rafcas.
Joanis.
Subalternes vucz .
Fremefat.
Lambert.
de Monseigneur Dinobin. 143
FEU QUIERES.
Capitaines bleffez.
De vraigne , Major .
Campagnol.
Defpoir , bleffé à mort.
Contremoulin , bleſſé à mort.
Le Blanc .
Dupré .
Subalternes bleffez.
De Vaux .
Subalternes tuez .
La Colombe.
Du Puy.
AV VERGNE.
Capitainesbleffe
Le Marquis de Prefle , Colo
nel.
L'efclobeire.
Caſtejat .
Vignio.
Capitaine tucz
Sabran.
144 Campagne
Subalternes bleffez.
Comelle .
Saint Marc.
Du Perré .
Gelinot .
La Garigue.
La Rouffiliere .
Monmartin .
Flocourt.
Chambourdon .
Charrier . A
SAVL X.
Capitaine bleffé.
Del'lfle .
Subalternes bleffez.
De Villiers .
Condé .
Bruneau ..
VAV BECOVRT.
Capitaines bleffek
De Chaunes.
La Boiffiere.
Langault.
Subalternes
de
Monfeigneur le Dauphin, 145
Subalternes
bleffek
Du
Vernet .
Galliot.
La Tour.
Senevoye .
3
Subalterne tuè.
Saint
Chriſtophe.
LE ROY..
Capitaines ble fez
La
Garigue.
Puiffegur.
Charmont.
જે
Subalternesbleffez.
1
Belloc.
Mirville.
Ponthebrean .
Taraillan .
Subalterne tué.
Bimont.
DAUPHINO
Capitaines bleffek
Montagnac.
Vandragon .
G
T
146 Campagne
Campagne.
De l'ifle .
Subalternes bleffez.
Pedemont .
De Boutillier .
Feyrac.
Grezignac .
Boifrogey.
POITOV.
Capitaine bleflé.
De Ligny.
Capitaine tué.
La Cordellicre .
Subalternes bleffek
Tourmelon .
Bretout .
TOVRAINE.
Capitaines bleffek
La Reinterie .
La Gaucherie .
Subalterne bleffé.
Caftelnau .
de Monseigneur le Dauphin.147
ANJO V. 7
Capitaines bleffez.
Batinghen.
Euftache.
Subalternes bleffek
Moligny.
Neron .
Seneville .
La Cotte.
La Nouaille.
Fayolles .
Fayat.r
Chameville.
Cornat.
GRANCET
Capitaines bleßez.
Larfon
Du Clos.
De Sel.
Subalternes bleffez.
Tronquer.
La Bonnetiere.
Des Touches ,
G. 2
148
Campagne
LA REYNE.
Capitaines bleffek
Le Marquis de Courtenvaux
Colonel.
Chaumont.
Monroy.
Subalterne bleßè.
Bois du Haut .
Subalterne tué.1
De Verneil , du nom de Ran-
LIMOSIN.
cher.
Capitaine bleffe.
De Lignac.
Capitaine tuéz.
Defgrieux.
Subalternes bleffez.
D'Avignon.
Monié.
Reboul.
La Mothe.
ARTOIS.
Capitaines bleffez.
Du Mefnil.
de Monfeigneur le Dauphin. 149
"
Subalterne bleffe
Sauvin
BOVRBON. A
Capitaines Bleffek
Le Marquis de Vilandry , Co
lonel.
De Milancour.
Subalternes bloffer.
De Rouvre.
Chateauneuf.
Subalterne tue
a
De la Ville.ne that
ROUVERGUE
Capitaine bleffé..
Des Combies .
Subalternebleffé..
La Gironie , ob jod a
FUSELIERS.
1 1
JARSE. .901
Capitaines bleffezaun o
De Jarfé , Colonel.
Barriere.. C
C
G
3
150 Campagne
Subalternes bleffez.
Caumel.
Doufe .
Du Pré .
Ricor.
L'huillier.
Subalternes tuez.
Des Couronnes ,
C
ROYAL COM TOIS. \
Capitaine bleffé.
Danezay.
Subalternes bleffez. la
Chambron
. 77/
De Colme .
La Coſte.
Ingenieurs tuez & bleſſez.
Mrs de la Londe , tuél
Pigeon , tué .
Le Chevalier Denonville
tué.
Durant , tué, zoviatgeo
子
Saint Ouin , tuétolu , Suzie C
Beaumont , tué.
3 ) ;
de Monfeigneur le Dauphin.15 1
Dartigues
, tué.
Des Marais , tué .
Colonques
, bleffé .
Le Chevalier de Sinffac , bleffé:
Renaud , bleffé .
Du Bofcq , bleffé .
Ricor , bleffe .
Beauregard , bleffé.
Catelan , bleffé .
Du Fourt , bleffé .
La Vergne , bleſſé .
Villor de Jonville ; bleffe .
La Combe l'aifné , bleffé .
Cormaillon , bleffé.
Le Chevalier de Villeneuve ,
bleffé .
Le Chevalier de Leyret , bleffé ,
La Combe le cadet , bleſſe .
Volontaires.
Mr le Comte d'Eftrées , bleffé .
Mr Courtin , tué .
G
4
152
Campagne
Picardie deux Bataillons ,.
SOLDAT S.,
Bleffez 41.
Tuez 29.
Piedmont 1. Bataillon.
Bleffez 37.
Tuez 34.
Champagne 1. Bataillon .
Bleffez 20.
Tuez 14.
Bleffez 75 .
Normandie 2. Bataillons .
Tuez so.
Fenquieres 2. bataillons.
Bleffez 63 .
Tuez 30 .
Bleffez 60.
Tuez 57.
Bleffez 35 .
Tuez 13.
Auvergne 2. Bataillons..
Saulx 1. Bataillon..
de Monfeigneur le Dauphin. 1:53
Vaubecourt 1.Bataillon. T
Bleffez 34.
Tuez
18 .
ד
Le Roy 3. Bataillons.
Bleffez go.na .1 hoiva.
Tuez 46 .
Dauphin 2. Bataillons.
Bleffez 70. ‚ IN
Poitou 1. Bataillon:
Tuez . 33.
Bleffez 15
3
Tuez 16 .
Touraine 1. Bataillong T
Bleffez 3012
Tuez 6:
Anjou . Bataillön. A
Grancey 1. Bataillon F
Bleffez 22.05 .
Tuez 14.
Bleffez 30
Tuez 6 .
Bieffez 38.
enes
La Reyne 2. Bataillons
Gus
8154 Campagne
Tuez 1990
Limofin 1. Bataillon.
Bleffez 21 .
Tuez 436
Artois 1. Bataillon.
Bleffez 12 .
.1
で
Bourbon 1. Bataillon.
Tuez 6 .
Bleffez 19 .
Tuez 2 Musing
Rovergue
1. Bataillon.
Bleffez 22 .
Tuez 2nd Distan
Fuzeliers 2. Bataillons
Bleffez 107 .
Tucz 34,3
job
Farfey 1. Bataillen.
Bleffez 23 .
I Tuez pointaa pysmarɔ
Royal Comtois 1. Bataillon.
Tucż 16.015.senga ay
Bleffez 30 .
? :)
3 x
de Monfeigneur le Dauphin.155
Total des Bataillons 31 .
Total des Soldats bleffez
854.
3:01
Total des Sodalts tuez.562 .
Si je donnois icy à ces
Morts , & à ces Bleffez tous
les éloges qui » , leur · fönt
dûs , je ferois un volume
beaucoup plus gros que n'eft
la Relation du Siege dont je
vous entretiens ; ainfi vous
devez croire que la plupart
de ceux qui font dans ce Catalogue
en meritent de fort
grands quoy que je ne leur en
donne pas ; & comme il fuffic
leurs noms fe trouvent
icy pour en eftre dignes , leurs
noms leur en devoient tenir
heu, le vous avoue que j'ay
du chagrin de p'avoir ny affez
de temps ny affez de place
que
G 6
1560
•Campagne
pour m'étendre comme je le
fouhaiterois , fur ce qu'il feroit
injufte de refufer à la ,
memoire de tous . ces illuftres
Braves . C'eft en cette occa .
fion qu'on peut donner des
louanges , & que les plus fe
veres Difpenfateurs de la.
gloire , auroient , de la peine .
à les blâmer. Si j'ofois , je
loüerois encore les Princes
qui fe font trouvez à ce Sie,
ge , mais comine leur modeftie
eft égale à leur valeur
je fuis contraint d'en demeu
rer à ce que j'ay dit , lors que
jay parlé des occafions particulieres
où l'on a vu Mon¬
fieur le Due , Monfieur le
Prince de Conty , & Monfieur
le Duc du Mayne . Les louanges
données pour des faits,
de Monfeigneur le Dauphin 157-
conftans qui ont eſté publics ,,
& dont on marque toutes les
circonftances , ne peuvent
cftre foupçonnées de flaterie ,
& je puis affurer icy que ces
Princes ont beaucoup plus .
fait que je n'ay dit . Il eft cer .
tain qu'il ne feroit pas aifé de :
décrire avec quel plaifir ils
ont paffé des nuits à la Tranchée
, avec quel zele ils ont
fait travailler , les liberalitez
qu'ils ont faites aux Soldats , &
l'intrepidité avec laquelle ils
ont vu les Ennemis quand les
Afliegez ont efté affez malheureux
, & affez mal avertis
pour faire des forties les jours
que ces Princes eftoient à la
Tranchée . Ie ne vous ay parlé
que d'une partie de ceux qui ,
158
Campagne
fe font diftinguez à la priſe
de l'Ouvrage à corne , & je ne
dois pas oublier que plufieurs.
Relations donnent beaucoup
de louanges à M. le Prince
de Tingry , & à Mrs les Come
tes d'Estrées , de Guiche , de
Murfay , & de Luce. On louë
auffi beaucoup deux Pages
du Roy , dont l'un eft M. le
Comte de Billy , & l'autre M.
du Flos Neveu de M. de Moiffac
, Cornette des Moufquetaires
tué à la Bataille de Caffel
, & petit Fils du Maréchal
d'Ornano . Ce dernier étoit à
l'Ouvrage couronné . Les Pages
du Roy avoient leur tour
pour aller à la Tranchée , &
fon permettoit tous les jours
à deux d'y aller . M. le Comte
de Billy s'y trouva avec M. le
Comte de Guiche qui y eftoit
de Monfeigneur le Dauphin . 159
comme Aide de Camp de
3 Monfeigneur 3 dans le moment
que l'Ouvrage à corne
· furattaqué . Il monta à la bré-
• che , quoy qu'ils euft pû s'en
difpenfer puis qu'il n'avoit
point eftécommandé pour
cette action , qui ne devoit
mefme eftre executée que la
nuit fuivante. On fe fait quel-
-quefois du coeur par raifon
quandon eft commandé, mais
quand on expofe fa vie dans le
temps qu'on peut éviter le pé
ril fans aucune honte , on ne
-laiffe point douter que l'on
n'en ait naturellement.La méme
chofe eft arrivée à un Garde
du Corps du Roy , que fon
courage fit trouver à cette
-action , & dont on a écrit.
d'une maniere tres avanta
geuſes le voudrois & fçavoir
160
-
Campagne
2
fon nom pour vous l'appren
dre , puis que ceux qui ont
parlé de fa valeur , ne le connoiffoient
pas , il faut que la
verité feule les ait fait écrire.
Je voudrois avoir auffi l'élo .
quence de Monfeigneur le
Dauphin pour vous parler de
tous ceux qui le font fignalez
àce Siege . Ce Prince n'a pas
feulement écrit au Roy les actions
de diftinction qu'ils ont
faites , mais il a fait auffi des
-peintures du caractère de leur
valeur , dont toute la Cour a
efté charmée . Comme il écri-
-voittres fouvent au Roy , il ne
manqua pas de le faire fi -toft
qu'on cut battu la chamade.
Sa Majesté vayant, receu, cette
nouvelle , lors qu'Elle eftoit
au. Sermon le jour de la Fefte
de tous les Saints ¡ en parla
de Monfeigneur le Dauphin: 161
tout haut , & fe jetta en mcfme
temps à genoux avec
Madame la Dauphine ,, pour
rendre graces à Dieu . Ce
mouvement eft naturel &
fincere. La nouvelle que le
Roy receut n'eftoit pas attendue
fi toft , & ce Prince
ne croyoit pas qu'il duft là
recevoir àl'Eglife. Cependant
il fe jette aux pieds des Autels
, & la premiere reflexion
qu'il fait , eft qu'il doit à Dieu
cette importante conquefte..
Cet empreffement de luy
rendre graces , marque un
coeur tout penetré de fon
amour qui reconnoift ce
qu'il doit à cet Eftre fouve
rain , & fait voir qu'il n'a
cherché à vaincre que pour
faire un bon ufage de fes vi
doires , ainfi que Sa Majeſté
162
Campagne
a toujours fait . Le Predicateur
qui avoit efté interrompu
( c'eftoit le Pere Gaillard ,
Jefuite ) ne reprit la matiere
qu'il traitoit qu'aprés avoir
parlé de la nouvelle benediction
que Dieu donnoit aux
armes du Roy . Il dit que l'on
ne pouvoit douter que ces conqueftes
ne luy fuffent agreables
puis qu'il luy en faifoit fçavoir
la nouvelle jufques aux pieds des
Autels.
Le Roy receut le lendemain
la Capitulation . Elle
luy fut apportée par Monfieur
le Marquis d'Antin , qui malgré
la méchante faifon avoit fait
toute la diligence qu'il eftoit
poffible de faire. Sa Majesté
donna auffi toft fes ordres
pour faire chanter le Te Drum
dans la Chapelle du Chaſtcau
de Monfeigneur le Dauphin .163
de Fontainebleau où ce Prince
eftoit alors , & on le chantà
auffi à Verfailles , où Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
affifta. On ne fçauroit
affez admirer les manieres de
ce Prince , dont l'efprit paroift
beaucoup au deffus de fon
âge , par l'air dont il fait toutes
chofes. Les mefmes actions
de graces furent rendues à
Paris ,aprés que Monfieur l'Archevefque
cut receu la Lettre
fuivantes qui luy fut écrite par
le Roy .
Mete
ON Coufin , vous avez
esté informé par le Memoire
que j'ay fait don
ner au Public , des raisons qui
m'ont oblige à reprendre les Armes,
& faire affembler un Corps
d'Armée confiderable du cofté du
664 Campagne
Rhin , fous le commandement
de mon Fils , lequel s'eftant rendu
devant Philisbourg le 7.
du
mois passé , a fait ouvrir la
tranchée le 1o. & a fait poufferfi
vivement les travaux , que non.
obftant les pluyes prefque continuelles
• qui avoient rendu les
marais dont cette Place eft, envi
impraticables , & la
ronnée
bonté & multiplicité de fes fortifications
il en a contraint les
Gouverneur à demander à capituler
le 29. dudit mois ; & comme
je reconnois qu'un fuccés , fi
heureux dans une faifon fi
& une
avancée
"
contre place
i
auffi parfaitement fortifiée , eft
un effet vifible de l'affiftance de
Dieu , qui a bien voulu préferver
mon Fils des perils où il s'eft
exposé pour diligenter ce Siege ,
& en mefme temps benir mes
*
de Monfeigneur le Dauphin, 165
1
Armes par les avantages
qu'ont remporté celles qui ont
agi fous le commandement das
Marquis de Bouflers , lequel a
reduit fous mon obeiffance en
moins d'un mois de temps les
Villes de Referloutre , Voormes
Oppenheim , Bingben , Creuteknach
& Bacherach , & a porté
le Commandant de Mayence à
recevoir de mes Troupes dans la
Ville Citadelle , L'ay refolu
d'en rendre. graces à fa Divines
Bonté. C'est pourquog je vous
écriscette Lettre pour vous dire ,
que mon intention eft que vous
fafficz chanter le Te Deum
dans l'Eglife Cathedrale de ma
bonne Ville de Paris , au jour &
à l'heure que le Grand Maifire
ou Maistre de mes Ceremonies
vous dira de ma part , & m'affurans
que vous donnereken
166
Campagne
cette occafion des marques de
voftre pieté ordinaire ie prie
Dieu , mon Coufin , qu'il vous ait
en fa fainte & digne garde. Ecrit
à Fontainebleau le troifiéme iour
de Novembre mil fix cens quatrevingt-
huit . Signé , LOVIS; Et pluse
bas , COLBERT . " ?
Et fur la Lettre eftoit écrit ,
A mon Coufin l'Archevefque de
Paris, Duc & Pair de France, Commandeur
de mes Ordres.
Meffieurs les Prevofts des
Marchands, & Echevins de Paris
avoient fait conftruire un
Feu d'artifice devant l'Hoftel
de Ville,qui fut tiré le foir même
qu'on chanta le Te Deum.
Monfeigneur le Dauphin y
eftoit reprefenté fous la figure
du Dieu Mars , & le
Rhin & la Ville de Philisbourg
?
"
de Monseigneur le Dauphin. 167
f
fe voyoient dans cette machine
, où l'on remarquoit
auffi plufieurs Dauphins couverts
de palmes & de lauriers ,
avec quantité d'ornemens allegoriques
, qui marquoient.
la gloire & les victoires de
Monfeigneur. Ces , actions
de graces à Dieu , accompagnées
de feux d'artifice , fe ,
rendent toujours aprés de
grandes conquêtes ; & comme
ce font des Fétes d'ufage , elles
font veuës quelquefois des
peuples d'une maniere qu'on
peut appeller indifferente :
mais on ne remarqua rien de
femblable en celle - cy . Outre
les cris d'allegreffe qu'on fit.
entendre pendant la Ceremo
nie , on connut le foir , lors
que chaque Particulier fit des s
feux devant la porte que
168
Campagne
L
2
tout Paris eftoit veritablement
penetré de joye . Chacun
s'efforça d'en donner des
marques , & publia que le
plus grand bonheur qui pou
voit arriver en France ; eftoit
de voir Monfeigneur le Dau
phin marcher fur les traces
de Sa Majesté . Il n'y a pas
eu jufqu'aux Ennemis qui
n'ayent loué ce Prince , &
l'envie elle mefme feroit forcée
d'avouer qu'on ne luy:
fçauroit trop donner d'éloges.
Ce Prince alloit tresfouvent
à la tranchée , il
vifitoit les attaques tous les
jours , & le parc de l'Artil .:
lerie il voyoit monter la
garde , il eftoit prefent à tout ,
fe faifoit rendre compte . de :
tout , & donnoit exactement
les ordres à toutes chofes Ibi
J
alla
de Monfeigneur le Dauphin . 169
alla dans l'Ouvrage à corne
aprés qu'on l'eut emporté
fans craindre ce qui arrive
ordinairement , c'eft à dire
les tentatives qu'on fait pour
reprendre les poftes que l'on a
perdus. Sans les défenfes expreffes
de Sa Majeſté , il auroit
efté tous les jours à la
tranchée , & mefme avec les
Sapeurs . On ne sçauroit affez
dire de fes liberalitez pour
les Officiers bleffez . Chacun
d'eux , n'euft il eu qu'une contufion
, en reffentoit prefque
auffi -toft des effets , & fes
bienfaits , fe font étendus depuis
les Officiers generaux
juſques aux moindres Soldats ,
Toutes les fois qu'il alloit à
la tranchée , ou qui s'offroit
ailleurs quelque occafion de
faire du bien , il le répandoit
H
170
Campagne
à pleines mains Enfin il n'a
pas moins fait paroiftre fes
bontez que fa valeur intrepide
, en s'expofant aux endroits
les plus perilleux , &
voulant aller lay mefme
donner fes ordres , afin que
les chofes fuffent mieux &
*
plus promptement
executées .
Rien n'a plus charmé que les
manieres honneftes , & les
bons offices qu'il a rendus
auprés du Roy à tous ceux
qui ont eu l'avantage de fe
diftinguer . Non feulement il
a parlé dans fes Lettres des
marques de courage & de bravoure
qu'ils ont données ,
mais encore de leurs actions
particulieres qui meritoient
d'eftre fceues. Il a procuré à
plufieurs des récompenfes de
Sa Majefté , & dés qu'on luy
de Monfeigneur le Dauphin. 171
demandoit quelque chofe , il
répondoit qu'il en écriroit ,
ou qu'il en parleroit au Roy ,
puis qu'il n'eftoit venu que
pour commander fon Armée,
fuivre fes ordres , & executer
fest deffeins .
Ce Prince écrivit au Roy ,
pendant le Siege , beaucoup
de bien de M. Catinat , & l'on
fçait qu'il admira d'autant
plus fa valeur , qu'avec toute
l'ardeur imaginable , il luy
trouvoit une tres grande fageffe.
Il donna auffibeaucoup
de loüanges à M. de la Lande ,
Ingenieur , qui a tres bien
-fervy , & à qui le Roy a donné
depuis peu . le Gouvernement
de la Citadelle de Mets.
Il n'oublia pas auffi M. de
-la Londe qui a efté tué depuis
, ny Monfieur de Mablan ,
A "
H 2
172
Campagne
Capitaine des Grenadiers du
Regiment de Champagne ,
qui fit des merveilles à l'atta
que de l'Ouvrage à corne de
Philisbourg , & qui a esté tué
à Manheim. Ce qui a rendu
les louanges de ce Prince
tres -glorieufes pour ceux qui
ont eu l'honneur d'y avoir
part , c'eft qu'il n'a regardé
que le merite dans quelque
perfonne qu'il fe foit trouvé .
Quoy que j'en aye icy nommé
quelques uns , je ne pretens
pas avoir parlé de tous
ceux qu'il a loüez , & qui
ont merité place dans fes Lettres
, puis qu'il y en a une infinité
d'autres . cinqal bi
Monfeigneur le Dauphin
a tenu une Table de douze
couverts matin & foir , depuis
Verfailles jufques à Phide
Monfeigneur le Dauphin. 173
lisbourg , & fi - toft qu'il fut
arrivé au Camp , il en tint une
de vingt - quatre , qui a eſté
fervie pendant tout le Siege
avec autant d'abondance , &
de delicateffe , que fi on avoit
efté dans la meilleure
Ville de l'Europe . Monfieur.
le Duc , Monfieur le Prince
de Conty & Monfieur le Duc
du Mayne mangeoient avec
Monfeigneur. Tous les Officiers
Generaux ont eu de
mefme l'avantage d'y manger.
Auffi ont- ils l'honneur
d'eftre à la Table du Roy
quand Sa Majesté eft à l'Armée.
Les huit Aides de Camp
de Monfeigneur , ont joüy
du mefme avantage que les
Officiers Generaux . Je ne
vous repete les noms ny des
uns ny des autres , puis qu'ils
H
3
174 Campagne
font tous au commencement
de cette Relation..
Pendant que Monfeigneur
le Dauphin a demeuré devant
Philisbourg , il a efté
complimenté par les Envoyez
des Electeurs de Mayence ,.
& de Tréves , & par ceux des
Princes de VVittemberg , &
de Dourlac . Cés Ele&curs &
ces Princes luy ont tous envoyé
du vin mais outre cela ,.
M. le Prince de Dourlac luy
a envoyé plufieurs fois , des
Sangliers , des · Chevreuils
des Dains , des Perdrix , des
Gelinotes , & des Becaffines .
Monfeigneur a donné aux
Envoyez des Electeurs de
Mayence & de Treves , le
Portrait da Roy enrichy de-
Diamans,de la valeur de deux
mille écus ; à celuy du Prince:
>.
de Monfeigneur le Dauphin. 175
de VVittemberg
une Medaille
d'or, avec une chaifne de deux
cens Loüis, & à celuy du Prince
de Dourlac , une Medaille
& une chaifne de cent cinquante
Louis.
,
Monfeigneur
le Dauphin
ayantmis Garniſon dans Philisbourg
le premier de Novembre
, en partit dés le lendemain
, pour aller affieger
Manheim , qu'il avoit fait inveftir
par Monfieur le Baron de
Monclar . Au lieu de vous
donner une Relation de ce:
Siege fur les Memoires des
François qui s'y font trouvez ,
je vais vous faire part de la
Lettre d'un Gentilhomme
Allemand , qui est tombée
entre mes mains , & que j'ay
fait traduire exprés pour vous
Renvoyer. Vous y trouverez
H. 4
175
Campagne
mefme le tout de la
phraſe
Allemande que j'ay jugé à
propos de ne point
changer.
Vne
pareille
Relation ne doit
point eftre
fufpecte . La voicy .
De Manheim ce 15.
Novembre,
,
- LA reduction de cette Ville
s'eft faite ainfi. Les
François
nous ayant tenus bloque dixfept
jours , & affiegez trois
pendant lefquels quatre à cinq
cens bombes avoient mis le feu
dans trois rues les
Bourgeois,
fatiguez par de longues veilles
jetterent leurs armes , fe retirerent
de deffus leurs
remparts ,
rentrerent en leurs maisons , &
refuferent de fe defendre davantage.
Les femmes coururent avec
des draps jufque fur les remparts
, croyant les arborer , mais
an les chaffa.
Pendant ce
tempsde
Monfeigneur le Dauphin. 177
là la Bourgeoisie follicita le Ma
giftrat , & celuy- cy le Gouver
neur à leur priere , de vouloir
capituler , d'autant plus que l'ELecteur
, & le Grand- Maiftre de
L'Ordre Teutonique , en fe retirant
de Heidelberg
confeillé de ne pas attendre l'extrémité.
Le Sieur de Schliger ,
Commandant au Chateau , ayant
acquiefcé à leurs preffantes inf
tances , ou envoya un Trompette
qui revint avec l'Ecrit qui
fuit
avoient
La confideration de ce que
les Bourgeois & le Magiftrat
de la Ville de Manheim fe
font venus rendre à ma difcretion
, je veux leur accorder
la vie & leurs biens , &
conferver leurs Privileges , &
au cas que le Gouverneur de
la Citadelle , ou la Garnifon
H
178
Campagne
630
Palatine , tire ou jette des
bombes fur les maifons , ou
fur les Eglifes de la Ville , je
ne leur accorderay aucun
quartier ny capitulation. Jeveux
qu'en confequence decet
accord la porte du Necker
de la Ville foit cedée aux
gens que j'y envoyeray demain
matin , onzième de Novembre
, afin de s'en affurer. Fait
au Camp de devant Manheim
le 10. Novembre 1688. Signé,,
LOUIS.
Cela fut executé , mais de
quatre cens Soldats Palatins qui
eftoient icy & que l'on voulut:
faire aller dans la Fortereffe des
Le foir precedent , il n'y en cat
que foixante au plus , le refte fe
cacha. Aprés que la Garnifon .
Françaiſe far entrée dans la ,
Ville , le Chasteau fut affiegé
de Monfeigneur le Dauphin. 179
3
avec trois batteries de fept , de
neuf& de feize livres de bales ;
Les Bourgeois furent menacez
que s'ils donnoient le moindre
fecours au Gouverneur de la
Fortereffe , toutes leurs Maifons
feroient brûlées & qu'on les
traiteroit comme rebelles. Le
Gouverneur difpofa tout pour la
défendre ; & exhorta les Soldats
às'acquiter de leur devoir , mais
ceux - cy ayant fait enfemble un
complot , demanderent fix moisde
paye qui leur eftoient deûs ,
refuferent de combattre fon
ne leur donnoit cet argent. Vn
party de ces Mutins tira mefme
fur le Gouverneur tandis qu'ils
vifitoit les poftes accompagné de
quelques Officiers nonobftant
qu'il leur euft promis de les payer
de fes propres deniers . Le Colonel
Electoral qu'ils s'eftoient choify
E
HA 6 %.
180
Campagne
>
fe jetta fur lug dans le temps
qu'ils'en retournoit à fon Appartement
où eftant entre , ce
Colonel fit tirer fur les feneftres
Par fix Moufquetaires , dont un
coup brûla fa perruque , & it
menaça de piller fa maifon. Vn
party de ces Seditieux , alla au
quartier du Lieutenant Colonet
Strappe, & demanda les Drapeaux
; il ouvrit par force le
Magafin d'Armes , & y fit um
fort grand defordre. Le Gouverneur
voyant cette violence
qu'il ne pouvoit moderer
qu'on en vouloit mesme à fa
perfonne , & à sa vie , livra
une des portes aux François..
Tandis que cela fe paffoit , les
Mutins voulurent fe jetter derechef
fur luy , mais les Franfois
le fauverent de cette nouwolle
infulte , & Monfeigneur .3
de Monfeigneur le Dauphin . 181
te Dauphin donna permiffion de
fe faifir des principaux de cette
faction fi fort animée , afin de les
chaftier , de forte qu'avant que
de fortir , ily en eut dix paffe par
tes armes.
Aprés vous avoir fait voir
par cette Relation ce qui s'eft
paffé au dedans de la Place
je vais vous parler de ce qui
s'eft fait au dehors . Monfeigneur
le Dauphin qui eftoit
party de Philisbourg , arriva
le 4. devant Manheim. Ce
Prince l'avoit fait inveftir du
cofté Septentrional du Nec-
Kre , & aprés avoir détaché
M. le Marquis de Ioyenfe
avec douze cens Chevaux,
pour la ferrer du cofté Occidental
du Rhin , il fit travailler
à deux ponts de communication
, l'un fur le Rhin
182
Campagne
& l'autre fur le Nekre . Toute
l'Armée eſtant arrivée
elle fut diftribuée en differens
quartiers , & le terrain s'étant
trouvé fi humide que.
l'Infanterie ne pouvoit y faire
de baraques , Monfeigneur.
le Dauphin cut la bonté de
la faire loger dans les Villa ---
ges voisins. Ce Prince allas
vifiter tous les quartiers au
delà du Nekre , dont les eaux .
s'enflerent fi fort , qu'elles
rompirent le pont de bateaux
de cuivre , fur lequel il venoit
de paffer . On travailla à le
racommoder. Cet ouvrage
fut achevé fort tard , & cetx
intrepide Prince y paffa encore.
La tranchée fut ouverte
les . & Monſeigneur le Dau--
phin continuant à s'expofer
fit pofer luy - mefmes les fafci
de Monfeigneur le Dauphin. 183-
nes . Les Affiegez firent grand
feu pendant la nuit , il n'y eut
pourtant que cinq ou fix Sol--
dats tuez ou bleffez .
Le 9. M. le Marquis de-
Mornay Fils de M. le Marquis
de Monchevreuil , fut
tué d'un coup de Canon , & :
M. d'Ardencs , Lieutenant
des Gardes du Corps de Monfieur
le Duc du Mayne , eut
un bras emportés, dont il mous
rut deux heures aprés . Monfieur
de Mablans , dont je vous
ay déja parlé , fut auffi tué
La tranchée fut avancé de plus
de mille toifes , & l'on fit un
logement dans un travail a
bandonné par les Ennemis.
Les bombes firent un fort
grand effet pendantle jour ,
& mirent le feu , en plufieurs
endroits de la Ville. Le foin .
184 Campagne
de ce mefme jour , la tranchée
fut pouffée jufques à quarante
toiles du chemin couvert à
l'attaque de la Citadelle , &
celle du Nekre fut pouffée
auprés du chemin couvert
de la Ville , où l'on fit une
place d'armes . M. le Comte
de Grignan fut bleffé d'un
éclat de bombe , & Monfieur
le Comte de Tours , Fils de M.
le Duc de Luines , eut fon chapeau
percé d'une bale de mouf.
quet . Le ro.les Batteries mirent
les Affiegez en état de capituler.
Le mefme jour , Monfeigneur
le Dauphin alla à
Heydelberg où les Habitans
marquerent d'autant plus de
joye , de voir ce Prince , que
l'Electeur Palatin les avoit
abandonnez , aprés les avoir
prefque rançonnez , & avoir
de Monfeigneur le Dauphin.185
emporté tout ce qu'il avoit
de meilleur. Monfeigneur
vit le Tonneau qu'on y conferve
, & qui tient trois cens
foixante & dix muids de vin .
Le foir la Ville capitula , &
la Citadelle le lendemain , fuivant
ce que vous venez de
voir dans la Relation du
Gentilhomme Allemand . La
Garnifon fut conduite à Duf.
feldorp. Le Gouverneur ne
fit point de compliment à
Monfeigneur le Dauphin , &
ne parla à ce Prince que pour
le prier qu'on luy donnaft
des chariots pour emmener
fon bagage , & du pain pour fa
Garnifon .
Si - toft que la Ville de Manheim
eut batu la chamade,
Monfeigneur
envoya M ...
Portail , Page du Roy , & petis
1860
Campagne
Fils de Mrle Comte de Che
merault , pour en porter la
nouvelle à fa Majefté . Ce
Page avoit couru grand rifque
à ce Siege , il eftoit avec Mef
Geurs de Mornay le jour qu'il
fut tué. Il ne le quita qu'un inftant
par fon ordre , & à peine
fut- il forti d'auprés de luy, que
M. de Mornay reçeut le coup.
de Canon qui le tua . Le Roy
ayant receu le matin du 14
de Novembre la nouvelle de
la reddition de Manheim ,
aprit le foir du meſme jour
par M. le Comte de Sainte .
Maure que Monfeigneur le
Dauphin luy avoit envoyé
que la Citadelle s'eftoit aufli
rendue. CCeettttee Conqueſte
eftantachevée , Monfeigneur
le Dauphin alla devant FranKendal
que MonfieurleDuc de.
de Monfeigneur le Dauphin 187
>
Duras avoit déja fait fommer.
Ce Prince eftoit accompagné
de Monfieur le Duc ;
de Monfieur le Prince dé
Conty , & de Monfieur le Duc
du Mayne. Il y arriva le 15 .
reconnut la place vifita le
terrain , & fit ouvrir la tranchée
la nuit du 16. au 17. On
fit plus de quinze cens toifes
de travail cette nuit - là on
prepara deux batteries , l'une
de huit , & l'autre de dix pieces
de Canon , qui fe firent
entendre le 18. Le mefme jour
huit Mortiers jetterent des.
Bombes qui mirent le feu en
plufieurs endroits de la Ville ,
& qui obligerent le Gouverneur
à recevoir la capitula
tion qu'il plût à Monseigneur
le Dauphin de luy accorder
aprés avoir rejetté les Articless
$
188
Campagne
qu'il avoit envoyez . Il fortit
le lendemain 19. ep confequence
de cette capitulation.
Monfeigneur employa le 20.
& le 21 à vifiter les Troupes
& à donner des ordres , &
partit le 21. pour se rendre
auprés du Roy. Il fut receu
par tout où il paffa , aux
acclamations du peuple , qui
témoigna un trés grand empreffement
de le voir , & qui
ne pouvoit fe laffer de l'admirer.
Le 28. que ce Prince
devoit arriver à Verfailles ; le
Roy qui avoit de l'impatience
de le revoir , & qui par avance
s'en eftoit fait un plaifir , alla
au devant de luy afin d'en
jouir plûtoft , & de marquer
combien il eftoit, fatisfait de
fa conduite , & de fon courage.
Sa Majefté fe rendit au
de Monfeigneur le Dauphin.189
Chafteau de Saint Cloud incontinent
aprés fon difner , &
commanda qu'on pofaſt des
Gardes d'efpace en eſpace
jufques à Saint Denis , avec
ordre de tirer dés qu'ils apercevroient
Monfeigneur le
Dauphin. Cet ordre fut executé
, & on n'eut pas fi-toft
averty le Roy que l'on avoit
entendu tirer , que fa Majefté
monta en Carroffe avec Madame
la Dauphine , Monfieur
Madame , Madame de Guife ,
Madame la Ducheffe &
Madame la Princeffe de Conty.
On apperçeut Monfeigneur
le Dauphin dans l'efplanade
qui eft entre la porte du bois
de Bologne , & le Bois. Le
lieu eftoit fpacieux & découvert
, & l'arrivée de ce
Prince fit que l'on s'arrefta
>
190 Campagne
dans un endroit qu'on auroit
choify , fi on ne s'en fuft
point remis au hazard. Le
Caroffe des Ecuyers de Ma
dame la Dauphine eſtant à la
tefte de tout , ils aperçeurent
les premiers Monseigneur
& defcendirent dans le mef
me inftant. Monfieur le Duc
de Montaufier fut le premier
qui defcendit aprés eux du
Caroffe où il eftoit. Il dit à
ce Prince que le refpect ne le
pouvoit pas empefcher
de
l'embraffer
, & l'embraffa des
deux coftez . Il feroit affez
difficile d'exprimer
fa joye ,
puis qu'aprés le Roy , il n'y
a perfonne qui en du reffentir
davantage . Toute la
Cour ; qui eftoit fort nombreufe
, & qui avoit fuivy le
Roy , defcendit de carroffe en
2
de Monfeigneur le Daurhin.191
ce moment , & Monseigneur
fe trouva environné , mais
fans écouter perfonne il perça
, certe foule , & alla droit
au Carroffe du Roy qu'il
trouva à demy defcendu . Sa
Majefté luy dit ; Monfeigneur ,
vous voulez bien qu'on defcende
pour vous falüer. Monseigneur
embraffa fes genoux. Le Roy
fe remit en Caroffe , Monfeigneur
y entra , & commenga
ça à faluër les Princeffes . Cependant
toute la Cour s'é
tant rendue auprés du Car
roffe du Roy , Sa Majesté
trouva à propos de defcendre
, pour fatisfaire à l'impa
tience d'un grand nombre
de perfonnes du premier rang,
qui fouhaitoient de voir
Monfeigneur. Si - toft que le
Roy, & tous ceux qui estoient
•
1.92
Campagne
dans le Carroffe de Sa Majefté
, furent defcendus , Monfeigneur
acheva de faluer les
Princeffes qu'il n'avoit pu
faluer toutes dans le Carroffe.
Il receut enfuite les complimens
de toute la Cour. Toute
l'efplanade eftoit remplie , &
c'eftoit quelque chofe d'affez
beau à voir qu'un fi grand
nombre de perfonnes de qualité
à pied , parmy lefquelles
il y avoit beaucoup de Princes
& des Princeffes . On remonta
en Carroffe , & on alla
à Verfailles. Outre le Peuple
qui eftoit fur les avenuës , on
trouva l'Escalier fi remply
qu'on eut de la peine à monter.
Monfeigneur alla reconduire
le Roy chez luy , & demeura
pendant une demyheure
enfermé avec Sa Maje-
>
fté.
de Monfeigneur le Dauphin.193
fté.On remarqua que lors qu'il
en fortit, le Roy l'embraffa encore
. Il revint chez Madame
la Dauphine , qui l'attendoit
feule dans fon Cabinet. A peine
y fut- il entré , que cette
Princeffe luy dit que fa chambre
eftoit pleine de Dames qui
avoient une extrême impatience
de le voir , & qu'elle
leur avoit promis de l'y faire
entrer . Il fit ce que Madame
la Dauphine fouhaitoit de luy,
il entra dans la chambre de
cette Princeffe , qu'il trouva
toute remplie de Dames , parmy
lefquelles il y en eut qui
pleurerent de joye . Il falua les
unes , il fit de grandes honnêtetez
aux autres , aprés que fa
bonté & fa complaifance l'eurent
fait demeurer quelque
temps dans cette chambre , il
I
194 Campagne
my
rentra dans le Cabinet de Madame
la Dauphine.
Comme pour ne point perdre
Monfeigneur de veuë, j'ay
voulu vous parler de fuite de
tous les Sieges où il s'eft trouvé
en perfonne , je ne vous ay
rien dit des autres Places dont
on s'est rendu maistre en même
temps. Ce n'eſt pas que ce
Prince n'ait contribué à ces
Conqueftes , puis que tout
s'eft fait fur fes ordres . Voicy
la lifte de toutes ces Places .
Elles ont fi peu couté qu'il fuffit
de vous en donner les noms,
& de vous dire qu'elles ont efté
attaquées , pour vous apprendre
qu'elles ont efté priſes .
Kaifers- Lautern ou Lutra- Cafarea
fur le Loutre , eft une
Ville , Capitale d'un Bailliage
qui en porte le nom ; Elle eft
de Monfeigneur le Dauphin.195
7
$
environ à une journée audelà
de la Sare , & à fix lieues de
Hombourg.L'Electeur Palatin ,
comme Seigneur de cette Ville-
là , a feance aux Diétes Imperiales
dans le College des
Princes.Cette Ville a autrefois
apartenu à l'Empire , & eft aux
Electeurs Palatins par engage-
C
ment .
Creutzenach fur le Loutre , eft
la principale Ville de la Comté
de spanheim dans le Huns- berk..
Il y a haute & baffe Ville &
Chafteau.
Leuſtat fur le Spirbash.
ου Hailbrun ou Elbron Ville Imperiale
dans le Duché de Vvirtemberg
fur le Fleuve Necar ou
Necre . Elle n'eft pas éloignée de
Spire , & pour eftre affez bien
fortifiée.
Mayence qui a receu Garnifon
Françoife , & le premier
1 2
196
Campagne
Electorat de l'Empire . Cette
Ville qui eft fituée prés du
Confluent du Rhin & du Mein ,
fut fouvent ruinée par les Bataves
du temps de Vefpafien ,
par les Barbares fous l'Empereur
Julien , & parles Vandales
Alains & Suéves , vers l'an 415 .
Elles a efté long temps foûmife
à nos Rois & l'on tient que Clo.
vis s'eftaut fait Chreftien , l'enrichit
de diverfes Eglifes . Da
gobert la repara , & Charlemagne
y fit bâtir un pont fur le
Rhin. L'Archevêque de Mayence
eft Doyen des Electeurs ,
& Grand Chancelier de l'Empire
. Son Domaine ou Dioceze
eft en partie dans la Franconie ,
dans le cercle des quatre Electeurs
du Rhin , dans la Heffe &
dans la Thuringe . Mayence à
une Vniverfité fondée en 800 .
& rétablit en 1432. Outre de
de Monfeigneur le Dauphin . 197
tres belles Eglifes , les Palais
des Princes , la Maiſon de
cette Ville , & trois Chafteaux ,
on y remarque le Tombeau de
Drufus, & le Pont de Jule Cefar.
Elle a eu part aux malheurs de
l'Allemagne durant les Guerres
de ce Siecle. Les François la
prirent en 1644.
Oppenheim eft une Ville prés
du Rhin entre Vvormes
Mayence , dont on pretend que
la fituation reffemble à celle de
Ierufalem .
2
&
Bingen est un Bourg entre
Mayence & Coblens fitné fur
l'embouchure de la riviere de
Nabe ou Nave fur le Rhin.
Bacharach , fur le Rhin avec
fon Chafteau eft une Ville fort
ancienne , où l'on pretend qu'il
y ay eu autrefois des Autels dediez
à Bacchus , & que le nom
de Bacharach , viết de Bacobi– Ara
198
Campagne
, Vvormes Ville fur le Rhin
dans le bas Palatinat , avec Evefché
Suffragant de Maïence ,
l'Evefque en eft Seigneur , auffi-
bien que d'un petit Païs dont
elle eft la Capitale. Elle fut ruinée
par Attila dans le cinquiéme
Siecle , & repriſe depuis par
Clovis. Elle a auffi efté prife &
repriſe plufieurs fois dans les
dernieres guerres d'Allemagne .
Spire , Ville auffi du bas Palatinat
, fituée proche le Rhin .
Elle eft affez grande & confide
rable par la Chambre Imperiale
de quarante & un luges , par
qui les affaires importantes y
font décidées fouverainement.
L'Evefché de Spire cft Suffragant
de Mayence . Ce Pays que
les Allemans appellent Bithumb
Speyr,comprend Spire , Bruffel &
quelques autres Villes qui font
à l'Evefque avec Philisbourg.
de Monfeigneur le Dauphin.19.9
Treves , Ville d'Allemagne , fur la
Mofelle , avec Archevêché Electoral de
l'Empire , ayant efté ruinée plufieurs
fois par les Huns , les Vandals &
les Gots , s'eft toujours relevée avec
éclat. Les Empereurs qui s'arreftoient
dans les Gaules y ont fait leur ordinaire
sy
fejour. Les Evêchez de Mets , Toul &
Verdunfont fuffragans de l'Archevêché
de Tréves. Cét Eftat fitué entre le
Palatinat du Rhin , la Lorraine , le Luxembourg
, le Pays de Iulliers , & de la
Veteravie , comprend les Comtez de
Vvirnemberg,& Man - er- Scheit, &c.Et
outre Treves , il a Coblens , Boppar ,
Surbourg , & d'autres Villes. Saint Euchaire
a été le premier Prelat deTreves.
>
Heidelberg eft la Capitale du bas
Palatinat , où l'Electeur Palatin fait
fa refidence. Elle eft fur le Nexre à
trois lieuës de Spire , vers les frontieres
de la Soüabe. Rupert le Roux
Comte Palatin , Duc de Baviere , y
fonda une Univerfité en 1346. C'eſt
une Ville agreable & bien baſtie , dont
les fortifications font tres- regulieres.
Elle a beaucoup fouffert pendant les
Guerres d'Allemagne , ayant efté fou?
200 Camp.de Monf.le Dauphin.
vent prife & reprife , & toujours tresmal
traitée.
Manheim eft fur le Confluent du
Necre & du Rhin , à quatre lieuës au
deffous d'Heidesberg. C'eft une Ville
nouvelle que l'Electeur Palatin , Pere
de Madame a fait batir pour fervir de
retraite aux Proteftans.
apar-
Frankendal au deffus du Rhin
tenant à l'Electeur Palatin .
Toutes ces Places ont efté prifes ou
ont receu volontairement Garnifon.
Ces Generaux qui ont commandé
dans ces Expeditions fous les Ordres
du Roy & de Monfeigneur le Dauphin
, font M. de Monclar , & M. de
Bouflers , dont la valeur , & l'activité
font connuës .
Toute la France a donné des marqués
extraordinaires de fon zele pour
la gloire du Roy & de Monfeigneur
le Dauphin . Chacun a fait éclater fa
joye par des Festes publiques , & ceux
qui en ont pu donner des marques par
des preuves parlantes,l'ont fait , comme
vous pouvez voir par le Recueil
des Vers qui fuivent .
RECUEIL
RECUEIL
DE
DIVERS OUVRAGES
FAITS
A LA GLOIRE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SUR LA PRISE
DE PHILISBOURG.
OTANQUE
LYON
DELA FIL
1895
***
3
ODE
U beau Laurier qui ceint ta
Teſte
L'éclat vient de fraper mes
yeux ,
Et par un Hymne harmonieux
J'en veux celebrer la Conquefte .
Grand Prince , daigne m'écouter ,
Ceux qui ne fçavent point flater
M'ont mis au rang de nos Orphées ;
Et dans fes triomphes divers
J'ayfouvent dreffé des trophées
Au plus grand Roy de l'Univers,
a ij
4
S'il a fouffert quelques alarmes
Dans tes dangers par fon Amour ,
Qu'il eft content à ton retour !
Que ta gloire a pour luy de charmes !
Quel plaifir ne reffent- il pas
De te voir marcher fur les pas
D'une activitéfans feconde ;
De voir qu'il ne s'eſt point deçeu ,
Et que ton courage réponde
A l'espoir qu'il en a conçeu ?
Quand d'une fage prévoyance
Il eut découvert les complots ,
Qu'on tramoit contre le repos
Et contre l'honneur de la France ;
Quand pour rompre ces noirs deffeins
Il eut mis ta Foudre en tes mains ,
Rien ne fut égal à ta joye :
Non , Achille en fut moins touché ,
Lors qu'Ulyffe eut conduit à Troye
Ce Heros qu'on tenoit caché.
S
Le Rhin qui de noftre Monarque
A veu les merveilleux efforts ,
Dez que tu parus fur ſes bords ,
Te connut à plus d'une marque.
Dans ton air plein de majefté ,
Dans ta douceur , dans ta fierté ,
Il veid l'Image de ton Pere ;
Et s'eft applaudi mille fois
Par l'avantage qu'il efpere
De ne couler que fous fes loix.
•
Mais lors qu'ayant franchi fes , rives
Tu veis ces orgueilleux Remparts,
Qu'inveftifoient de toutes parts
Nos Troupes laffes d'eftre oifives ;
Quel fut le tranfport de ton coeur !
Quelle force , quelle vigueur
Se repandit dans ton Armée !
Et ce PHILISBOURG renommé ,
Lors qu'elle en étoit ſi charmée,
Combien en fut-il allarmé !
a iij
L'allegreffe ne fut point telle.
Dans le Camp des Grecs rallentis ,
Quand le vaillant Fils de Thetis
Parut pour vanger leur querelle :
Ny telle la peur d'Ilion ,
Lors qu'il veid ce jeune Lion
Roder autour de fes Murailles
Et que , dez le premier effor ,
Il fe montra dans les Batailles
Plus terrible que fon Hector.
D'abord plein d'une ardeur guerrière
Tu vas d'un regard curieux
Obferver jufqu'aux moindres lieux
D'une Fortereffe fi fiere.
Son affiette & tous les travaux
Sembloient devoir de nos affauts
Rendre tout l'effort inutile ,
Mais plus elle infpire d'effroy ,
Plus la prife en eft difficile ,
Plus ru la crois digne de Toy.
Dans les Confeils où tu prefides
On eft faifi d'étonnement
De voir avec quel Jugement
Tu raifonnes & tu decides :
Chacun ferange à tes avis ,
Et tous tes ordres font fuivis
D'une exactitude fidelle :
On voit Chefs , & Soldats voler
Où ta conduite les appelle ,
Et tout cherche à fe fignaler.
Sans ceffe le Siege s'avance
Malgré le feu des Affiegez ,
E: tes Guerriers encouragez ,
S'irritent par la reſiſtance ;
Au Canon , qui de toutes parts
Tonne du fafte des remparts
A tous momens ils font en butte ;
Et de plus d'un (puis - je y fonger 1 )
Tu veis , helas ! la trifte cheute ,
Et courus le même danger..
iv
-8
A ta contenance intrepide
Qui ne t'eût crû Maître du Sort ,
Ou que Pallas contre la Mort
Ne te couvrift de fon Egide ?
Ah ! Prince,ménage un peu mieux
Des jours fi chers , fi precieux ,
C'est trop nous vendre tes conquêtes :
Tant de fermeté fait trembler
Un Roy , que toutes les tempeftes
Jufqu'icy n'avoient pu troubler.
Cependant lorfque tu t'expofes ,
Dans tes plus dangereux projets ,
Le falut de fes chers Sujets
Eft le but que tu te propoſes. ,
Tes dons répandus largement
Des Bleffez calment le tourment ,
Ton coeur eft touché de leur plainte ,
Et par des marques d'amitié ,
S'il n'eft acceffible à la crainte
Fait voir qu'il l'eft à la pitié .
9
Les Eloges que tu difpenfes
A quiconque à bien combattu ',
Pourroient être de leur Vertu
D'affez illuftres recompenfes ;
Mais par un fidelle rapport
Auprés du Maître de leur fort
Tu travailles à leur Fortune ;
Et tiendrois ta gloire à mépris
Si tu ne la rendois commune ,
Et s'ils n'en partageoient le prix.
Que ces foinsd'une Ame héroïque,
Grand Prince , t'ont gagné de coeurs !
C'est le triomphe des Vainqueurs
Le plus doux , le plus magnifique.
Mais que tu fçais bien profiter
Du zele qu'ils font éclater !
Qu'ils t'offrent un charmant ſpectacle !
Ils portent la terreur par tout ,
Il n'eft digue, rempart, obftacle ,
Dont leur Valeur ne vienne à bour.
a v
ΤΟ
Par nos effroyables Machines
L'Ennemy voir tomber les Forts ,
Et les Soldats mourans ou morts
Enfevelis fous leurs ruines :
Ainfi Jupiter dans les Cieux
Sur les Titans audacieux
Lança les carreaux de la Foudre ;
Et ces rebelles terraffez
Furent engloutis fous la poudre
Des Monts qu'ils avoient entaffez..
Par fa refiftance obftinée
Ne pouvant vaincre fon deftin ,
PHILISBOURG te rend à la fin
Lé Maître de fa deftinée.
Ta haute generofité
Reçoit avec tant de bonté
Ceux qu'on commit à fa defenfe ,
Que malgré leur jufte douleur
On leur voit benir ta Clemence ,
Autant qu'ils ont craint ta Valeur.
II
Une Conquefte fi fameufe ,
Et qu'à peine on peut concevoir s
De terreur & de defefpoir
Remplit le Danube & la Meufe.
Enflé du débris du Croiffant
L'Aigle, qui d'un oeil menaçant
Déja nous annonçoit la guerre ,
Maintenant confus , éperdu
Par ce premier coup de Tonnerre
Voit tour fon orgueil confondu.
Jeune Heros , qui de ton Pere
Portes la Vertu fur le front ,
Et dont le coup d'Effay répond
Des Merveilles qu'on en efpere
Viens recevoir de ce grand Roy
Un accueil qui n'eft dû qu'à Toy.
Et qu'aux Actions immortelles ;
Viens de ce Maiftre des Guerriers
Recevoir des Leçons nouvelles
Pour cueillir des nouveaux Lauriers
a vj
12
Viens voir les Mufes empreffées
A te couronner de ces Fleurs ,
De qui les charmantes couleurs
Ne feront jamais effacées :
Viens ouir ces divins concerts ,
Qu'apprétent leur Chantres divers
Pour ta gloire & pour tes delices ;
Chantres, dont la celefte voix
Auroit pû de mille Euridices
Racheter les jours mille fois .
Viens confoler de fes allarmes
Ta Moitié , l'honneur de nos jours ,
A qui les perils où tu cours
Ont coûté tant & tant de larmes.
Viens recevoir cet heureux fejours ,
Où LOUIS à toute fa Cour
(ple;
Luit comme un Aftre , & fert d'exein-
Dieu fit ton guide , & ton appuy ;
Viéns luy confacrer dans fon Temple
Ce que tu ne tiens que de Luy.
13
Vous , qui d'un Roy fous qui tour
tremble
Occupez les foins genereux,
Peuples , que vous étes heureux
Qu'il ait un Fils , qui luy reffemble !
Que l'Aigle , & le Lion jaloux ,
Que mille Monftres contre vous
Arment leurs fureurs homicides ,
Vous n'avez rien à redouter ,
Le Ciel vous donne deux Alcides
Pour vous deffendre, & les dompter .
LE CLER C , de l'Academie
Françoife
14
++++
O DE
L faut que fur la même Lyre
Du Roy , que l'Univers admire ,
Et les vertus & les Exploits ,
Je chante la guerriere audace
Du jeune Heros de fa Race ,
Dont feul il peut étre imité ,
Qui fur le Char de la Victoire
Couronné de la méme gloire
S'éleve à l'immortalité.
L'héroïque ardeur de fon Ame
L'entraifne à forcer des Remparts ,
D'où le plomb, le fer & la flame
Portent la mort de toutes parts ;
Fier, il marche au front d'une Armée
A toûjours vaincre accoûtumée .
Seul il anime ce grand Corps ,
Il l'échauffe par la Vaillance ,
Et fon active Vigilance
En fait mouvoir tous les refforts
15
Icy de fa Conduite fage
If furprend fes plus grands Guerriers ,
Il les careffe & leur partage
La dure moiffon des Lauriers ,
Là , dans la Tranchée homicide
Il entre d'un pas intrepide ,
Au travers des feux & des dards ;
Pendant que glacé par la crainte
L'Ennemy tremble dans l'enceinte
De fes plus fermes boulevars.
Sur les murs couverts de fumée
Je voy briller de longs éclairs ,
Le bruit de la foudre enflamée.
Remplit tout le vague des airs
O Cicl ! une maffe de terre
Qu'enleve ce coup de Tonnerre
Me cache le jeune LOUIS ,
Mais de ce globe de pouffiere
Qu'ilfo téclatant de lumiere !
Que mes yeux en font éblouis !
16
Ah,Prince heureux & magnanime !
Songe dans quels triſtes hazards
La noble chaleur qui t'anime
Te pouffe au pied de ces remparts.
Songe que toute la France
Sur Toy repofe l'efperance ,
Le Bonheur , l'Amour & les Voeux ;
Et qu'à tes grandes deftinées
De mille noeuds font enchaînées
Celles de nos derniers Neveux .
Mais PHILISBOURG reply d'alarmes
T'appelle pour fubir tes loix ,
T'ouvre fon fein ,& rend les armes.
A la terreur du nom François.
Terreur dont la vafte Puiflance
Sous LOUIS a pris fa naiffance
Au bruit de fes Exploits divers ;
Terreur fans frein , fans retenue ,
Et fi grande enfin devenuë
Qu'elle remplit tout l'Univers .
17
Pourfuis ta marche glorieuſe ,
Héros, nos plus tendres amours ,
C'est en vain que l'Aigle orgueilleufe
Tâche d'en arrêter le cours.
MANHEIM qui s'offre à ton paffage ,
Voudra fignaler fon courage ;
Mais je le voy déja foûmis
Et ta Valeur prompte & rapide
N'ayant que l'Equité pour guide ,
Abatrra tous tes Ennemis .
Telle ne fera l'avanture
Des Princes d'orgueil enyvrez ,
Qui du Ciel & de la Nature
Bleffent les droits les plus facrez .
L'Eternel , dont la Providence
Aime à confondre l'imprudence ,
-Des projets injuftes & vains ,
Rira de leur vol temeraire ,
Et du fouffle de fa Colere
Diffipera tous leurs deffeins.
PERRAVLT,de l'Academ„Françoiſe.
18
SONNE T.
TOUS vos defirs fembloient plei-
Του nement fatisfaits ;
LOUIS , vôtre Grandeur voit tout au
deffous d'elle ;
Cependant vous aviez à remplir les
fouhaits
Que faifoit en fecret l'amitié paternelle.
Un Fils digne de Vous languiſſoit dans
la paix :
Enfin au champ de Mars la Victoire
l'appelle ;
Il part , & fa Valeur par les premiers
effais
Fait rejallir fur Vous une gloire nouvelle.
19
Pour en voir tout le prix, Grand Roy,
n'oubliez pas
Que ce Fils ménager du fang de vos
foldats
1
A feen , pour l'épargner , retarder fa
Conquefte.
Un rapide fuccés tentoit fon jeune
Coeur ;
Mais d'un double Laurier il couronne
fa Tefte ,
Quard fa Bonté triomphe ainfi que
Valeur.
fa
BOTER , de l'Academie
Françoife.
20
£ 3 *3 £ 3 ↓ +£ 3 £ 3
SONNET.
E voilà , MONT AUSIER, au comble
TE de tes voeux.
Ce Dauphin que tu fccus élever dés
l'Enfance
Dans tout ce que demande une augufte
Nailfance,
Montre combien pour luy tes foins
farent heureux.
Tel que doit étre un Prince & tel que
tu le veux ,
Il vient de faire voir Grandeur d'ame ,
Prudence ,
Activité , Valeur , Bonté , Magnificence
,
Tout ce que tu verfas dans ce Coeur
genereux .
21
Quel charme pour le tien de voir ce
jeune Alcide
Joindre à la fermeté d'un Guerrier
intrepide
Tout l'art d'un Chef habile , & qui
n'ignore rien !
Jouis de fon triomphe , & prens part
à fa gloire :
C
Seur qu'en quelques climats que vole
fa memoire ,
Le nom de Montaufier fuivra toûjours
le Sien .
BOTER , de l'Academie
Françoife.
22
CH
O DE
HANTEZ, Peuples de la France,
Chantez l'heureufe Vaillance
Du jeune & fage DAUPHIN ,
Reconnoiffez dans la gloire
De fa premiere Victoire ,
Quel doit être fon Deftin.
On l'a vû comine Hippolite ,
Infatigable & fans fuite
Dans nos Forefts s'exercer ;
Maintenant comme Thefée
Il trouve la Gloire aifée ,
Et fon Bras peut tout forcer.
Defa Valeur incroyable ,
PHILISBOURG fi redoutable ,
N'a pû foûtenir le feu ;
Devant cette affreufe Place ,
La Guerre comme la Chaffe ,
Pour lui n'a paru qu'un jeu.
23
Il
Dans la Tranchée homicide ,
porte un Coeur intrepide ,
Un Coeur né pour les Combats ;
Et fon augufte Prefence
Met la joye & l'afſurance
Dans l'ame de fes Soldats.
Tandis que devant la Place ,
De fa Main fçavante il trace
Le Plan d'unfage Deffein ,
Une mortelle Tempefte
Fait tout trembler fur fa Tefte ,
Et n'arrefte pas fa Main.
PHILISBOURG qu'il vient de prendre,
Euft pû mefme fe défendre
Contre les plus fiers Vainqueurs ;
Mais une plus belle Gloire ,
Une plus grande Victoire ,
C'eft d'avoir pris tous les coeurs.
24
En luy tout eft Vigilance , '
Activité , Prévoyance
Grandeur , heroïques Soins ,
Bonté , Pieré , Sageffe ;
Et fa charmante Jeuneffe
Eft ce qui paroît le moins .
Quelquefois fur un nuage
Le Soleil peint fon image ,
Et pour luy-même on la prend.
C'eft ainfi qu'au ROY reffemble
Son Fils devant qui tout tremble ,
Et l'Ennemi s'y méprend .
Heureux Monarque ,heureux Pere,
Pour qui toûjours tout profpere
Sur l'un & l'autre Element ;
Quel bonheur incomparable.
De n'avoir vû ton femblable
Que dans ton Fils feulement !
BARBIER D'AUCOUR ,
de l'Academie Françoise.
ODE
25
VERS
Ala maniere de Neugermain.
VA
A chez le Turc & le Sophi
Mufe , & dis de Tir à Calis ,
Que malgré la Ligue d'Ausbourg ,
Monfeigneur a pris PHILISBOURG,
Tu pourras jurer par ma fy
C'est le digne heritier des Lys .
Comment diable ? il prend comme un
Bourg ,
L'inexpugnable PHILISBOURG .
Seize jours un Siege ont fufy ,
D'autres Guerriers y font vieillis .
Ce premier labeur ou labour ,
Donne à la France PHIL1SBOURG.
b
226.
Le Dieu du Rhin en a dit Fy ,
Je fens les corps ensevelis ,
Et non le bois de Calembour ,
Le long des Murs de PHILISBOURG .
Staremberg d'orgueil tout boufy
Nous donnoit trois mois accomplis,
Avant qu'ouir fur leur tambourg
La Chamnade dans PHILISBOURG.
Il s'eft trompé dans fon defy.
Nos quartiers vont être établis
Sur mainte Ville & maint Faubourg
Par la prife de PHILISBOURG .
Ma foy , l'Empire eft déconfy ,
Si bien-tôt ne font démolis
Par la Paix les murs de Fribourg ,
Et l'imprenable PHILISBOURG.
LA FONTAINE, de l'Academie
Françoife.
27
BALADE.
Sur le Nom de hardy donné
par les Soldats à Monseigneur
le Dauphin.
de nós
UN de
Nomenclateur
Stres-bon
Du titre de Hardy baptifant Monfeigneur
,
Le fera fous ce Nom diftinguer dans
l'Hiftoire.
Ce Soldat par chacun fut d'abord
applaudy
Le Prince & fon Parrain firent dire à
leurgloire
LOUIS le bien nommé , c'eft LOVIS
le Hardy.
D'un pareil Nom de Guerre on traitoit
les neufPreux ,
bij
32
20
Nôtre. Jeune Heros le merite mieux
qu'eux ,
J'aime les Sobriquets qu'un Corps de
Garde impofe ,
Ils conviennent toujours , & quant à F
moy je dy ,
Pour ajoûter encor quelque luftre à la
choſe ,
LOUIS le bien nommé , c'est LOVIS
le Hardy.
1
Adam qui fur les fonds tint les
Eftres divers ,
Dout il plut au Seigneur de peupler
Univers ,
Adam , parrain banal de toutes ces
familles ,
Et qui n'impofoit pas les noms en
étourdy
N'y rencontroit pas mieux qu'on fait
ces bons Soudrilles ,
LOVIS le bien nommé , c'eft LOVIS
Isle Hardy,
VIS
29
L'homme n'engendre guere à foixante
& dix ans ,
Si le cas m'arrivoit comme à certaines
gens ,
J'irois à ce Soldat , & fans tant de
myftere ,
Toute autre chofe à part , je dirois ,
Cadedy ,
Viens tenir mon enfant tu feras mon
compere ,
LOUIS le bien nommé , c'eſt LOUIS
Cole Hardy.
1
LA FONTAINE
, de l'Academie
Françoife.
'
bilj
30
EPITRE.
De Madame des Houlieres à
M. le Duc de Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
A peine ce matin m'avoit abandonnée ,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi
clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31
LOUIS à fon Dauphin
vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg
en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voix à
Apollon
, à ces mots , m'a préfenté
fa
Lyre ,
(fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les maux dont
je foupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire ,
Je vais recommencer
d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier
, daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur
, à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre
Un charme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre
:
b iv
32
Sers mon zele, & dis - lny pour moy :
**
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un
luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu
fais.
(racles ,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy
qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits ,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors
que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles
.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune temeraire
,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps ,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales .
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton coeur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe & de joye & de
peur !
Reut, on regarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage
?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donner
tes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere
, (dent,
Moins lumineux , & moins ar-
D'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux em-
Tu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins ,ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour
d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des
Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte
Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs ::
Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude & la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir
,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance
,
La valeur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumer
l'encens ,.
Pour une fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy ,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Un fuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy. '
39
LE LION
QUI VENGE SON PERE .
FABLE
Traduite du Latin du P. Commire.
UN Lion , la terreur de l'Affriquain
Lionivage
,
Aprés avoir enfin foûmis
Les plus fiers de ſes ennemis ,
Ennuyé de tant de carnage ,
Leur accorda la paix , & s'acquit ju-
!
ftement
Le titre de Vainqueur clement ,
Par une conduite fi fage.
Le calme étoit par tout : les timides
troupeaux ,
40
Sans plus craindre des loups la fanglante
furie ,
- Paifoient fur le bord des ruif
N
feaux ,
Et bondiffoient dans la prairie ;
Un doux repos regnoit parmi les
animaux .
Heureux s'ils avoient fçû joüir de fa
clemence.
Mais leur temeraire imprudence
Bien-tôt les replongea dans des malheurs
nouveaux.
Le Lion doux , paiſible , affable,
Ne leur paroît plus redoutable
Et fa genereufe douceur
Paffe pour un defaut ou de force où de
coeur..
A ces preventions ils fe laiffent con
duire ,
Et s'imaginent follement ,
Parce qu'il ne nuit plus, qu'il ne fçau
roit plus nuire.
Ils peuvent , difent- ils , venger impu
nément
41.
Sur ce foible ennemi leur honteufe
défaite.
On cabale , on fe ligue , on cherche
le moment
D'aller infulter fa retraite.
De tous leurs vains projets le Lion
averti ,
En fecoüant fon crin d'un air fier &
fevére ::
Olez-vous hazarder le dangereux parti
De troubler mon repos , d'irriter ma
colere ;
Temeraires , dit -il , vous apprendrez
trop tard
Quel eft le funefte hazard
Où vôtre aveuglement aujourd'huy
vous expoſe.
Auffi- tôt l'intrepide au combat fe
difpofe .
Un jeune Lionceau plein d'audace &
de coeur ,
Luy dit : Il fuffira , Seigneur,
Pour punir ces mutins d'employer
mon courage.
42
Vous flateriez trop leur fierté
D'oppofer vos efforts à leur temerité.
Je fçauray venger cet outrage ,
Et leur orgueil fera fuivi du repentir
,
Si vous daignez y conſentir.
A ce noble couroux , à cette ardeur
extrême ,
Le Lion dans fon fils fe reconnoist
luy.même ,
Et voit avec plaifir dans fon ceil enflamé
Briller le mefme feu dont il eft animé.
Ce beau feu dit affez ce qu'ilfaut qu'on
efpere
D'un Fils fi digne d'un tel Pere.
Le Lionceau part à l'inſtant,
Et vole vers les lieux où la gloire
l'attend.
Tout cede à fa valeur , tout tremble à
La preſence.
Malheur à qui fait reſiſtance ,
A qui veut s'oppofer à fon rapide
COLLES
43
11 attaque à la fois les Tigres & les
Ours ;
Avec la meíme ardeur, avec la meſme
audace ,
Dont il fçeut, en jouant , donner aux
Loups la chaffe ,
On le voit au milieu des plus rudes
hazards
Poursuivre les fiers Leopars :
perce les forefts , il paffe les ri
vieres ,
Pour les forcer dans leurs ta
nieres.
De fon rugiffement l'air retentit par
tout ;
Les coeurs les plus hardis en font gla
cez de crainte >
Soudain à fon afpe &t toute ardeur eft
éteinte :
Il n'eft point d'ennemi dont il ne vienne
à bout.
Une Corneille alors feure en l'art de
predire ,
Ec qu'Apollon fouvent inſpire
44
Leur dit : Ah ! pauvres mak
heureux ,
Où vous conduit vostre impru
dence ?
Vous penfiez ne trouver qu'un Lion
fans défenſe ,
Et vous aurez à faire à deux .
Un Prince fur le Rhin vainqueur &
redoutable
Nous apprend le fens de la Fable.
i..
SAVRIN P.
2
31
45
* 3 +3‹ † → 3 » 3 3←
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
.
Auxgrandes actions que la guerre
fait naître ,
Jeune Heros , la paix t'empêchoit de
paroître ;
Tu nous fais bien voir en ce jour
Par la prife de Philisbourg,
Que pour ton coup d'effay tu fais un
coup de maître . <
La Renommée a dit que le plus grand
Guerrier ,
Et le plus fçavant du mêtier ,
D'experience conſommée ,
N'auroit pû mieux que toy commander
une armée.
En te voyant agir chacun reprit.vigueur
,
46
Et l'on difoit , eft celà Monfeigneur
?
Il n'agit pas comme un novice.
Quand il auroit cent fois commandé
la milice ,
Il ne pourroit pas faire mieux
Auffi l'on te voyoit aller en tous les
lieux
P Dans les quartiers , à la tranchée
Du Soldat la valeur par la tienne animée.
Crioit à haute voix , il faut vaincre ou
mourir ,
Avec un tel Heros on peut tout conquerir.
Pourfuis , Prince, pourſuis , fais craindre
à l'Allemagne
De voir ta feconde Campagne.
Declarez-vous fiers Ennemis ,
Vous verrez ce que c'eft d'être Fils
de LOUIS.
MADAME LE CAMUS.
47
Sur les vers de Madame le
Camus.
APeine Philisbourg fut pris
Que Mercure en porta la nouvelle au
Parnaffe ,
L'on s'étonna , l'onfut furpris,
Qu'on eût forcé fi-tôt une fi forte
Place.
Vrayement , dit Apollon, ce genereux
Dauphin,
S'il va toûjours ainfi , fera bien du
chemin.
Une Conquête fi belle
Fair naiftre cependant une grande
querelle.
Chacune des neufSoeurs vouloit avoir
l'honneur
De complimenter Monseigneur ;
48
Mais Apollon termina la difpute;
En leur difant ; tout beau , calmez
vôtre courroux ,
Un autre à ce Dauphin parlera mieux
que vous
Et s'il n'eft fatisfait , je veux qu'on
me l'impute ,
C'eft à l'illuftre le Camus
Que cette gloire eft deuë , à qui je la
referve ,
Chacune alors fe teut , & ne murmura
plus ;
Et toutes deformais connoiffant fes
vertus
Neveulent plus d'autre Minerve .
12
LE CLER C, de l'Academie
My
Francoife
.
1
SONNET
49
********* 3* 3+
SONNE T.
DAUPHIN impatient de courir à
la gloire ,
Tu gouftois à regret les douceurs de
la Paix ';
Quand Bellonne propice à tes nobles
fouhaits
Les Palmes à la main t'appelle à la
Victoire .
Tu cours ; & ce Rampart fi fameux
dans l'Hiftoire ,
-
Philisbourg en rombant furpris de tes
hautsfaits
Eft contraint d'avouer que tes premiers
fuccés ,
Montrent à l'Univers ce qu'il ne pouvoit
croire.
(Heros
Le Rhin à ton afpect croyant voir ce
с
-50
Qui la foudre à la main ofa fendre fes
flots ,
Tremble que ta valeur ne s'y fraye un
paffage ,
Et bien tôt le Germain par ton bras
furmonté
Pour fauver fes Etats & fléchir ton
courage ,
N'aura que le moyen d'implorer ta
bonté.
S
8
A MONSIEUR
LE DUC
DE MONTAUSIER,
I
SONNETA
Lluftre Montaufier , qu'une gloire
folide
Fit voler pour ton Prince au milieu
des hazars ,
Et qui toûjours cheri de Minerve , &
to 23 de Mars , H condylo 7
Sceus joindre au bel efprit le courage
intrepide.
Voy ce jeune Dauphin , de qui tu fus
le guide ,
Les armes à la main deffier les
Céfars :
cij
52
L'orgueilleux Philisbourg luy foumet
fes rampars ,
Et tout tremble à l'afpect de ce nouvel
Alcide.
Que ne fera- t - il point dans la fuite
des temps
,
Si déja fa valeur par cent faits éclatans
,
A fur les bords du Rhin confacré fa
memoire ?
Il ne manquoit plus rien à ton fort
fortuné ?
Aprés avoir brillé dans le fein de la
gloire ,
Que d'y voirce Heros de palmes cou
ronné.
caroj es
Qrne
I
53
-
» 3+ * 3‹ † → 3← →E 3+ 3+
ACT MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prince
Rince folide appui de l'Empire
François ,
Qui reçois & donne des loix ,
Que te preferit ton vaillant Pere ,
Le puiffant ennemi que tu viens d'accabler
,
Avec raiſon fe defefpere
i
De te voir aujourd'hui fi fort luy ref
fembler,
Epouvanté de fon courage ,
Il n'auroit jamais cru qu'on cuft pû
T'imitero
Mais à prefent quelle eft fa rage
De t'en voir fi bien heriter ?
Il fent que fes chaînes s'alongent
,
c iij
540
Que fes miferes fe prolongent ,
Et qu'il n'aura jamais que de funeftes
jours ,
Deffous le nouveau joug que ton bras
lny prepare ,
S'il ne vient implorer cette clemence
rare
D'un Roy qui pardonne toû
jours.
Les cris affreux qu'il fait enten-
..dre ',
Et les écrits qu'il fait repandre ,
Sont d'afurez: témoins qu'il donné à
tes fuccés :
Ses libelles aigris difpenfent d'y répondre
,
En outrageant avec excés ,
Luy-mefare il s'eft chargé du foin de
if. fe confondre.
7
'S'il fe plaignoit que tes guer-.
Sent fiersja
Abattent fes temparts pour élever ta
gloire ,
Et que tout couvert de lauriers >
Tu promenes chez luy hardiment la
Victoire ,
On auroit écouté fes preffantes douleurs
Mais il eft jufte qu'il endure ,
Tout ce qu'il te plaira luy caufer de*
malheurs ,
Tant que le Roy voudra que fa dif--
grace dure
VALNAY.
SUR L'EMPIRE.
I dans Rome jadis l'Aigle fat in--
trepide ,
Si tons fes Ennemis trembloient au
premier choc ,
L'Aigle eft dans l'Allemagne aujour
d'huy fi timide ,
Qu'elle s'enfuit devant un Coq.
ciy
v
56
AUTRE. V
Le nom feul ne fait pas une Aigle
glorieufe ,
Tu n'es chez l'Allemand qu'un oiſeau
mal nommé.
Tes plumes auroient pû te rendre impericufe
,
Si le Coq ces jours- cy ne t'avoit pas
plumé
AUTRE.
Quel fera ton deftin , Aigle dans
l'Allemagne ,
Si jamais le Soleil fe prefente à tes
yeux ,
Puifque le feul afpect de fon Fils glorieux
T'a fait baiffer la tefte , & quitter la
campagne ?
FIOT, Ecclefiaftique.
$7
MADRIGAL .
LE Fils du plus puiffant des Rois
Ε
Vient de ranger Philisbourg fous fes
- loix ;
L'ardeur de vaincre , qui l'enflame ,
L'a fait voir intrepide au milieu des
combats ;
Sa valeur ne me furprend pas ,
Le France eft ce grand corps à qui
Louis fert d'ame ,
Et Monfeigneur en eft le bras.
MARCEL.
AUTRE.
QUe ce beau coup d'effay va cauſer
de courroux ,
Et donner de chagrins fteriles !
18
Monfeigneur ne prend plus de
Loups , ( Villes
Il paffe plus avant , il eft preneur de
Tremblez,fuperbes Allemans ,
Tremblez de ces commencemens
Ce grand Prince , animé d'une jufte
colere ,
Pour triompher de la faifon ,
Et vous reduire à la raifon ,
N'a qu'a fuivre les pas de fon Augufte
Pere.
-
L. BOVCHET, ancien Curé z
de Nogent le Roy,
SONNET.
Uffi-tôt que Louis accorde à fon
Dauphin
De courir fur fes
moire ;
pas ſignaler fame-
Ce grand Prince commence où d'az
tres mettent fin ,
59
Et fait des actions que l'on a peine à
croire.
Tout fremit de terreur fur les rives
du Rhin :
Par tout ce jeune Mars fait voler la
Victoire.
Philisbourg , Heidelberg , Franxandal
, & Manhein
Servent dans peu de jours de Trophée
à fa Gloire.
L'Aigle qui fait palir aujourd'huy
le Croiffant
N'ofe pas regarder noftre Soleil naiffant
:
Il cueille des Lauriers au milieu de
fes plaines.
On croiroit à le voir que c'eſt quelqu'un
des Dieux ,
Que leur fang fait agir ce Heros glorieux
,
C'est le fang de Loüis qui coule dans
fes veines.
cävji
60
*E +E3E3E + ****
Traduction de l'Ode Latine du
P. Jouvency.
TEL qu'un jeune Lion , qui reçût
lumiere
D'un Lion le vainqueur & le Roy des
Forefts ,
Apprend de luy dans des antres fecrets
,
L'art de regner , de vaincre , & d'éga-
Ter fon Pere.
Dés qu'il peut contenter fes defirs genereux
›
Que l'âge joint en luy la force à la
vaillance ,
Son coeur impatient ne retient plus
fes feux .
Il quitte la caverne , & foudain il
s'élance ,
Où l'appelle dans ce moment ,
61
Et l'Ennemy qui fera fa victime , A.
Et d'un Pere offenfé le courroux le
Et fon
gitime ,
propre
reffentiment .
- De fes rugiffemens le fon fier &
terrible
Faifant trembler & fuir les habitans
de bois ::
Le Pere en fon antre paisible
De fon jeune Lion fent déja les ex- .
ploits .
En ce magnanime courage
Ravi de retrouver fon fang & fon.
( rieux ,
image ,
Sans quitter le fejour d'un repos glo-
Dans un autre luy même il triomphe
en tous lieux.
Tel fous l'exemple domestique
Du meilleur Pere & du plus puiffant
Roy
La France a vû former le courage
héroïque ( bir la loy.
Du PRINCE dont le Rhin vient de fu
62
(
A peine eft-il encor entré dans la carriere
;
Il ordonne, il agit par tout également ,
De LOUIS il imite , & foûtient noblement
L'activité, la prudence guerriere ;
Qui ne croiroit qu'en des fiécles
entiers
Il n'a fait que combattre & cueillir
des lauriers ? :
Combien de fois brava t-il la tenpefte
De cent globes de feu qui menaçoient
fa tefte ?
Combien de fois les fiens d'un peril
trop certain
Voulurent-ils le detourner en vain
De fon coeur toûjours intrepide
Rien ne peut retarder l'impetueux
• effort ,
Par mille endroits divers il affronte la
mort ;
Au milieu des dangers où fa valeur les
guide ,
63
L'Ennemi: l'aperçoit , il en tremble
d'effroy .
...Le Heros feul ne tremble point pour
Loy...
Les fiens que fon exemple & fon ardeur
excite ,
Paroiffent ne plus voir ny danger nyy
trépas ;
A l'envi chacun d'eux y court , s'y
précipite ,
Ni du canon bruyant le terrible fracas ,
Ni le marais fufpect n'arrefte point .
leurs pas :
Mais
celui
qui ne fçait
rien craindre
pour
luy mefine
›
Craint tout pour le foldat qu'il
aime.
Il retient les tranfports qu'il venoit
d'infpiret ,
Et fans être ébloui d'un faux éclat de
gloire ,
Pour épargner les fiens il aime à dif- -
ferer
Ledoux plaifir d'une fûre victoire.
1
64
Quand vous retardâtes le cours
De vos triomphes quelques jours
PRINCE, ce ne fut pas un leger avan
tage ;
En moderant vôtre courage
Vous confervâtes ceux dont le Ciel a
fait choix
Pour vous aider dans mille autres
exploits ,
Pour vous faire toûjours triompher
dans la guerre
Et vaincre , s'il le faut , un jour toute
la Terre.. ( de foin
Si du falut des fiens le Prince a tant
Sa tendreffe
pour eux le porte encor
plus loin:
Si- toft qu'ils fignalent leur zele
Il fait de leur valeur l'éloge glorieux
Il en trace à LOUIS une image fidelle-
Eft- il à des François rien de fi precieux
?
Eft-il à de grands coeurs recompenfe
plus belle ?
Qu'il eft doux à ce prix d'effuyer les
hazards
65
Et les fanglans travaux de Mars,
D'eftre percé de coups, de prodiguer
fa vie
Pour fon Prince & pour fa Patrie t
Ainfi meritez- vous & l'eftime &.
l'amour ,
PRINCE , de ce grand Roy dont vous
renez le jour :
Du François qui fous vous eût l'hon
neur de combattre ;
Et mefine du Germain que vous venez
d'abature.
Aprés ces aufpices heureux ,
Que de vous aujourd'huy ne doit - on
pas attendre?
Mars fera toûjours preft de feconder
vos voeux ,
Quoy qu'il vous plaife d'entreprendre.
Tremblez , peuples jaloux , de l'éclat
de nos Lis ,
Nous avons un autre LOUIS .
C. BUFFIER 7..
657
好
BE
MADRIGAL.
Enis le Ciel qui t'a fait naiftre
Le digne Fils du GRAND
LOUIS ,
Ses Exploits font tous inouis ;
Tes effais font des coups de Maiftre .
VERTON..
MADRIGA
L.
C'Et le jour de Mars qu'il eſt
né
Noftre Augufte Dauphine brillant de
tant de gloire ,
Ceft le Fils d'un Heros que Mars a
couronné ,
в
Faut- il plus d'affeurance afin de faire
croire
Qu'à vaincre , & triompher le Ciel
l'a deftiné ?
Philisbourg nous en rend le premier:
témoignage :
Au mépris de fon rang affronter les.
hazards ,
Aller à la tranchée , en vifiter l'ouvrage
,
Aux lieux plus avancez fignaler font
courage
C'est pour monter bien- tôt au Trênes
des Cefars.
SALBRAT, Valet de Chambrem
du Roy.
68
LE ROT A MONŠEIGNEVR
au Camp devant Philisbourg.
Rince , aimez voftre gloire un peu
moins que la France , Prince
Le fort de fon Dauphin doit étre
ménagé ,
N'expofez plus vos jours dont le Ciel
m'a chargé,
Je fens bien la rigueur de cette obeïffance
;
Je fuis le plus mal propre & le plus
obligé
Avous faire cette défence,
Réponse à Monseigneur.
A V ROT
Obeïray , Seigneur , à vôtre ordre
fevere ,. Jobe
69
Je fuiray les dangers où l'on vous vic
courir. ,
Et je feray pour obeïr
Ce qu'on ne vous vit jamais faire.
Le P. MOURGUES, Jefuite , Profeffeur
en Mathematiques à Poitiers.
LA
<
FRANCE
A L'ALLEMAGNE,
Heidelberg
s'eft rendu , tout conà
ma gloire ,
Mon Dauphin triomphant va tout
prendre à Neubourg :>
Comme il a pris Manhein , Heidelberg
, Philisbourg.
La chofe eft fort facile à croire ,"
Neft- il pas né pour la *Victoire?
VERTRON.
* Madame la Dauphine s'appelle
Victoire.
9270
O DE
M Fis
raifonnerautrefois ,
Ufe qui d'un ton fuperbe
Sur la lire de Malherbe ,
Les merveilles de nos Rois ,
Viens d'une force nouvelle ,
Chanter la gloire immortelle ,
D'un Prince chery des Cieux ,
Et prens le mefme langage
Que tu fçais mettre en ufage...
Pour la louange des Dieux.
Quand le Heros dont la France
Revere les juftes loix
A fufpendu fa vaillance ,
Et le cours de fes exploits ,
Pour s'oppofer à l'orage ,
Que vouloir former la rage
De fes mortels ennemis ,
Pour mettre leurs murs en poudre ,
Il a déposé la foudre
Entre les mains de fon Fils .
71
Il entre dans la carriere ,
Il commande à des Guerriers.,
Accoûtumez fous fon Pere ,
A fe couvrir de Lauriers.
Grand Prince , que ta prefence ,
A redoublé l'efperance ,
Qui déja flattoit leur coeur !
Elt - il rien qui les arreſte ,
Quand tu feras à leur tefte ,
Le Juge de leur valeur ?
Philisbourg, ouvre tes portes ,
Ne crois pas que tes remparts,
Que tes murailles fi fortes ,
Retardent ce jeune Mars.
Quitte l'efpoir que te donne
Le marais qui l'environne ;
De nos Bourbons triomphans.
Le fangfertile en miracles
Surmonte tous les obftacles ,
Des lieux, du fort, & du temps.
Que ce Prince eft intrepide !
Il fait honte à fes Soldats.
Le noble feu qui le guide
Le fait deyancer leurs pas.
Dans tous les lieux ou Bellonne
S'irrite ,fremit & tonne ,
Il court braver le trepas ,
Et fon ardeur enflamée ,
Fait trembler toute l'Armée ,
D'une peur qu'il ne fent pas.
烧烧
Prince , tu commet un crime
Qui ne peut être excufé ;
L'Augufte Sang qui t'anime
Doit être moins expofé.
Songe que le fort contraire
Nous peut montrer fa colere ,
Dansle plus parfait bonheur ;
Qu'un coup de fon inconftance ,
Peut remplir toute la France ,
D'une mortelle douleur.
En
75
En vain mon zele timide ,
Te preffe de t'arrester ,
Sorty d'un fecond Alcide ,
Tu cherches à Pipiter ,
elusiv
f
2
T
I
Ce Roy,digne de nos temples ,
T'a donné de grandes exemples
Ils font prefens à tes yeuxk
Tu fuis fon illuftre trace am y 10
Et marches avec audacel, biquip dinl
Sur les pas victorieux.larger y 2.1
Il te fait part de la gloire jorpor
Tes travaux fuivent les fiens . 1
P
Et de fes bras la Victoire son en 29.1
Vient de voler dans les tiens or 2 02
Le Rhin orgueilleux fuccombe T
Sous tes coupsPhilisbourg conbef
Tu mets à l'affujettir flow of a 15T
Moins de jours que tout l'Empire à 14
Affemblé pour le detruite ali mc?
N'en perdroit à l'inveſting in
་
74
Manhein, Frank endal fe rendent. "
Reviens , hafte ton retour ,
Songe à des coeurs qui t'attendent ,
Pleins de refpect & d'amour.
Tout languit en ton abſence
Les plaifirs fans ta preſence ,
N'ofent paroître à la Cour ,
On y meprife leurs charmes ,
Fais qu'aprés le bruit des armes.
Ils y regnent à leur tour, y
V
France que les destinées ,
Repandent de blens fur toy,
Les plus nombreuſes années ,
Sont promifes à ton Roy.
Tel que
lors que fon courage ,
Porta l'effroy jufqu'au Tage ?
Tel tu le vois aujourd'huy ;
Et formé par ce grand Maître , trať
Son Fils fait déja connoître , dLA
Qu'il fait vaincre comme luy ... V
75
LA RENOMMEE
Publiant les premieres Conquétes
2 ་
Talde Monleig
24A BA
de Monfeigneur.
251Ux bords des claires eaux
ADe ma chere retraites V
Je chantois pour Lyfette
2 Surmes doux chalumeaux ; I
Lors que l'agile Renommée
D'un beau zele animée , 1201
Dans la vague des aits crioit à pleine
voixdo oder in anchali o'
Peuples, accourez tous , venez , faites
filence ,
ald
Apprenez ce qu'a fait pour la premiere
folla eni fois abgeru f on it
Un jeune demi - Dieu que révere la
་
France,
d ij
76
En quittant les plaiſirs on n'auroit
mais dit
Qu'il deût pouffer fi loin fa valeur
triomphante ;
Mais il eft né d'un fang que Bellonne
cherit?
Ainfi , chez les Germains il feme l'épouvante.
Philisbourg ,Franxendal , Manheim.
So far leurs Ramparts ,
Voyent au gré du vent flotter fes
Etendarts :
Du Demon dès Combats les rudes
exercices
Pour ce vaillant Dauphin fe changent
onbal & aen delices ,
Ils font l'aimable objet de fes nobles
tranfports ;
t
Le Rhin en eft temoin ; il voit que
9sing fur fes bords
Il ne prend nul repos, que fans celle à
fapteſte Hardban , #elst
De fes braves Guerriers
Il ordonne , il agit , il vole à la conqueſte
:
77
Auli tous les laurier's
Qui fur fa tefte augufte étendent leur
feuillage ,
Sont deus à fa conduite,ainſi qu'à fon
courage;
x
Mais loin d'être plus fier , fa fuprême
bonté
Se plaît à confoler l'Ennemi furmonté,
Et fa main , quoy que foudroyante,
Devient une main bien-faifante.
La gloire de fon Nom va remplir l'Univers.
t
Ce Prince... Comme alors l'invifible
Courriere
Voloit fans s'arrêter le long de fa carriere
,
Sa voix en s'éloignant fe perdoit dans
les airs ::
Bien que tous les Zephirs retinffent
leur haleine ,
Je ne pus qu'à grand' peine
Oüir ces derniers mots :
Ce Prince eft digne Fils du plus grand
des Heros..
diij
77
PRince
SONNET.
Rince , l'efpoir , l'amour & l'hon
neur des François !! c..o !
Qui des Peuples du Rhin avez reçû
hommage ,
Digne Fils d'un Hesos grand, magna
nime , fage ,
Qui par mille vertus eft lexoniple des
7
Rois. ed
L'Empire qui vantoit fes rapides
exploits ,
Dans les profperkez code à poftre
courage st
Il voit des coups de Maitre en voftre
: apprentiffage
Quand votre bras redpie Philisbourg
fous vos Loix.U 2:5
i b
79
Mais fur les Forts duRhin les Fleurs
de Lys tracées ,
Da Vainqueur du Croiffant les Troupes
repouffées ,
Ces Lauriers remportez dans vos pres
miers combats ,
$ 2
Tant de titres d'honneur acquis parr
la Victoire ,
Eclatent à vos yeux avec bien moins
de gloire',
( dats .
Que ce titre fi cher de Pere des Sol- .
L'Abbé FLANC
Tout
MADRIGAL.
Out couvert de lauriers cueillis
fur les Germain's ,
Venir au plus grand des humaius
Rendre compte de la Victoire ,
C'est ce qu'aujourd huy fait un Dau
phin triomphant ,
8
1
f
1
Aprés avoir vaincu les vainqueurs du
Croiffant ,
Il reconnoît LOUIS la fource de fa
gloire.
Vers mis en Air par M de
Bacrily
.
CHers Amis , beuvons à la fanté
Du jeune Conquerant qui fait tant de
merveilles.
A fon bras Philisbourg en vain a
refifté ,
Staremberg étoit fiery, il l'a bien tôt
dompté.
C'a vuidons force bouteilles ..
Plus de chagrin ,
Songeons à boire ;
Noftre Dauphin
Brillant de gloire
Le long du Rhin
Nous a conquis le Pays du bon vin,
Le Pays
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DE
LA
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VILLE
THEQUE
LYON
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81
SUF
SONNE T.
Ur les pas de LOUIS , le plus
grand des Heros ,
A l'aspect des lauriers , à l'aſpect de
la gloire , len
Dont aprés mille Exploits dans un
noble repos sh
Tule vois couronné des mains dela
Victoire.
10 J.
Kredi
Va , Genereux Dauphin , malgré
mille Rivaux
De toy , comme de luy , faire parler
l'Hiftoire ,
Et par mille hauts faits , mille guerfiets
travaux , 7
Cours immortalifer ton Nom & ta
Memoire .
82
Vole, & par Philisbourg commen
ce tes Exploits .
&
Renverfe fes Ramparts , foûmets - les-
་
à tes Loix , J
Et par tout for le Rhin va lancer le
, 2tonnerre. sb ang vol 1 ):
20 naji br630
Etonne l'Allemand par des cours
incüis ,
Apprens luy ce que peut au Meftier
de la Guerre >
La force de ron bras , le fang du grand
LOUIS.
IOVRDAIN , Profeffeur de Re
thorique au College du Cardinal
le Maine à Paris , D
t Sininen
3 +3
MADRIGA L.
Evien , jeune Heros , prodige
des Guerriers RE
Philisbourg eft foûmis , tout trem--
ble en Allemagne.
83
C'eft baffez cueilly de Lauriers
Pour une premiere Campagne.
Aprés la gloire il faut fatisfaire l'Amour
,
Vien cueillir le Mitre à fon tour
Auprés de ta digne Compagne.
Hâte-toy donc de retourner,
Une autre Victoire t'appelle ,
Plus Illuftre encore que celle
Qui dans le Champ de Mars vient de
te courouner.
DE LORME , Avocat au Parle
ment de Grenoble.
ON
SONNET.
N entend retentir les faits de
Monfeigneur
On chante la grandeur de fa magnificence
Son intrepidité , fa force ,fa clemence,
Et les divers exploits qu'a produit fa
valeur.
84
Tout le monde eft chariné des bontez
de doncoeALU
De la fincerité qu'it mefle à fa pru
dence ,
De fes foins genereux & de fa vigilance
)
Et des biens que répand fa liberale
chunneur. PoIV ?
Cet agreable bruit dont l'Europe
eft remplie ,201 ( finie Acheve
de combler
d'une
gloire
in
Les Merveilleux
fuccés
du Monarque
des Lis.
C'eft ce grand Conquerant qui
fournit la matiere
Da triomphe 'aujourd'huy qu'on décerne
à fon Fils.
Et ce Fils dignement foutient l'honneur
du Pere .
Mademoiselle de Raftlly.
FIN
1.416 20.
OTHEQUE
BIBLIO
DE
LA
LYON
VILLE
(*P
*1895
Qualité de la reconnaissance optique de caractères