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1688, 11, t. 2 (Affaires du temps)
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Library oftheUniversity ofMichigan
TheCoylCollection.
MissJean L.Coyl
ofDetroit
in memory ofherbrother
Col. WilliamHenryCoyl
M
1894.
4655
ت ر و ص
[
SUITE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
Chez
Tome 11
淡淡爽
2? Panier de gore 1688.
A PARIS ,
MICHEL GUEROUT ,
Court- neuve du Palais ,
au Dauphin.
M. D C. LXXXVIII..
Avec Privilege du Roy.
840.6
M558
16.88
Nov.
ptia
Coyl
Gottschalk
10.14.55
88594
SSSSS&SS25ESSE5ER
L
AVIS.
A matiere des Affaires du
Temps s'eft trouvée fi abon .
dante, qu'elle n'a pu eſtre renfermée
en deux Volumes. Ainfi
il y en aura un troifiéme qu'on
debitera le premier jour de Decembre
, & qui developera toute
l'intrigue qui a mis tant de
Puiffances en mouvement. Ce
volume fera tres-curieux , &
mefme plus qu'on ne le promet
icy, Aprés avoir veu les effets
dans les deux premiers › on vera
ij
AVIS
ra les caufes dans le troifiéme .
Il n'est pas extraordinaire de
voir agir fans que l'on feache
pourquoy de ne le découvrir
que dans la fuite des temps. Ce
n'eft pas que cette troifiéme partie
doive eftre denuée d' Actions:
on y trouvera lafuite de celles
des deux premieres parties ,
les actions n'y paroiftront pas
avec moins de détail que les intrigues.
Dans la premiere Partie page
$3. en parlant d'une Ordonnance
publiée à Bruxelles par le Marquis
de Grana , on a mis 1685.
il faut lire 1683 .
AVIS
Page 115. on a dit qu'il y a
dans le Chapitre de Cologne dix
Chanoines qu'on nomme Chanoines
illuftres . Ily en afeize .
Il faut oster ce qui fuit , qu'on
appelle leurs voix les Majora.
Le mot de Majora ne s'entend
que pour le plus grand nombre
de fufrages.
Page 134. On a dit que le Pape
avoit approuvé l'élection du
grand Doyen de Munster , &
celle du grand Doyen de Liege ,
il faut mettre avant ces deux
Elections, que Sa Sainteté a auffi
approuvé celle du grand Doyen
Hildesheim.deforte qu'il n'y a
AVIS
eu que l'Election du grandDoyen
de Cologne rejettée , à l'égard des
quatre Evefchez que feu M.
l'Electeur de Cologne a laiſſez
vacans , parce qu'elle regardoit
M. le Crrdinal de Furftemberg.
Page 146. On s'est mal expliqué
en difant que le Chapitre
de Cologne eftoit composé de
vingt- quatre Capitulaires ; ce
nombre eft toûjours reglé.
SUITE
SUITE
DES AFFAIRES
3173 20
ADU TEMPS.
nichenla
L
ACCUEIL favorable
que vous avez fait
à la premiere Lettre
a
que vous avez receuë de moy
fur cette matiere , m'engag
à vous tenir parole touchant
la feconde , que je me ferais
A.
2 Suite des Affaires
difpenfé de vous écrire , fi en
me la demandant vous
me marquiez un empreffement
qui me fait croire que
vous là lirez avec plaifir . Je
voy par là que vous aviez attendu
de moy autre choſe
que des Nouvelles dans cette
Lettre , & mon intention a
auffi efté d'aller plus loin ;
autrement , comme elle finit
à la traduction du Manifefte
de M' le Cardinal de Furftemberg
, vous n'auriez pas
lieu d'en eftre contente, puis
que je ne vous ay rien appris
de nouveau , à l'égard des
du
Temps
3
les
fujets que j'ay traitez , mais
ces fujets eftant mis en corps,
& contenant , non pas
actions , mais les motifs qui
ont fait agir, il y a toujours
de la nouveauté dans les hiftoires
que l'on écrit de la
forte , & ce qui s'eft paffé
mefme dans les fiecles préceders,
eft nouveau pour nous ,
lors qu'on nous en peût apprendre
les caufes . Sans cela
on ne travailleroit jamais à
l'Hiftoire , & la pofterité ne
verroit que des recueils d'évenemens
écrits dans le temps
qu'ils fe font paffez , & faits
A ij
4 Suite des Affaires
feulement pour faire fçavoir
alors au Public qu'une choſe
eft arrivée , & non pour l'inftruire
des intrigues & des
refforts qui font caufe du bon
ou du mauvais fuccés qu'elle
a eu.
Pour continuer ma Lettre
par une fuite qui ait quelque
liaiſon auec l'endroit où je
l'ay finie, je vous diray qu'on
trouve ce Manifeſte Latin de
M³ le Cardinal de Furſtemberg,
dont je vous ay envoyé
la traduction , fi remply de
raifons folides & de faits inconteſtables
, qu'on a cru à
du
Temps.
3
Rome qu'il falloit les ignorer
, parce qu'on ne pouvoit
y répondre ; de forte qu'au
lieu de raifons on s'eft fervy
de l'autorité, en croyant , ou
du moins en tâchant de faire
croire qu'il fuffifoit d'un je
le veux , pour s'oppoſer à ce
que les Conciles ont reglé .
Ainfion a voulu fe perfuader
qu'on pouvoit ofter un Archevefché
à un Cardinal Preftre
, âgé de prés de foixante
ans, pour le donner à unjeune
Prince qui n'en a que dixfept,
lors qu'il en faut avoir
trente pour le poffeder. Il eft
A iij .
6 Suite des Affaires
vray que les Conciles décident
fans prevention
, & fans
partialité , & que la politique
n'a point
de part à ce qu'on
y refout ,» parce qu'elle ne
pourroit en mefme temps.
faire agir tous les grands Perfonnages
qui les compofent.
On dit pour s'empefcher
de
donner des Bulles à M' le
Cardinal
de Furſtemberg
,
que l'Eglife ayant de grandes:
obligations
à M' l'Electeur
de Baviere , elle doit les re
connoiftre. C'eſt une verité
dont on ne fçauroit difconvenir
; mais les trefors de
du Temps. 7
l'Eglife font affez grands ,
pour l'acquitter de ces obligations
, fans que pour cela
il foit neceffaire de ravir à un
autre ce qui luy eft legitimement
acquis . Si M le Prince
Clement de Baviere avoit efté
veritablement élu , qu'il cuſt
eu autant de Voix que M' le
Cardinal de Furftemberg ,
qu'il ne luy euſt manqué que
F'âge porté par les Conciles ,
pour eftre Archeveſque de
Cologne , on auroit pu alors
luy donner une difpenfe , &
fi elle n'avoit pas efté felon
les Conciles , au moins n'au-
&
&
A iiij
8 Suite des Affaires
roit - on pas murmuré, quand
on auroit jerré les yeux fur
ce que M l'Electeur fon Fre-.
re vient de faire pour l'Egli-
Le .
Il n'y a point de dignitez
dans le monde que l'on ne
s'empreffe à rechercher . Les
brigues qu'on fait pour obtenir
celles de l'Eglife , font
autorifées par l'ufage , ainfi
que celles dont on fe fert
pour arriver aux Dignitez feculieres
, mais elles font condamnées
, & c'elt ce qui engage
ceux qui les font , à ne
les pas faire ouvertemer .
du
Temps.
9
Cependant on ne s'eft point
caché dans celles qui ont efté
faites pour M' le Prince Clement
, & contre M' le Cardinal
de Furſtemberg , & le
Comte de Kaunitz ayantagy
hautement , fon procedé a
fait connoiftre que le Pape
eftoit partie, ce qui luy oftoit
le droit d'eftre Juge . On fçavoit
bien à Rome que fi M
de Furftemberg venoit à eftre
legitimement élu , & qu'on
s'oppofaft à ſon élection , il
ne foufcriroit pas au tort
qu'on luy voudroit faire , &
qu'ainfi la guerre pourroit
10 Suite des Affaires
s'allumer dans l'Electorat de
Cologne ; c'eft pourquoy ,
dans le deffein de ne pas rendre
juftice à ce Cardinal , on
avoit fongé de bonne heure
à fe défendre, & M ' le Prince
d'Orange avoit promis à M²
Cafoni , qui a beaucoup de
credit dans la Cour de Rome,
qu'il y auroit trente mille
hommes prefts d'agir contre
M' de Furftemberg. Ce Prince
avoit fon but en tenant
cette conduite. Il trompoit
Rome ; il ne difoit pas la
verité aux Princes qu'il engageoit
à prendre les armes
du Temps.
rr
contre un Electeur élu canoniquement
; il vouloit faire
allumer une guerre entre la
France , l'Empire , & tous les
Princes qu'il engageoit à fe
liguer contre nous , afin qu'il
puſt profiter de l'occaſion
pour envahir l'Angleterre ,
pendant que les forces de
France feroient éloignées.
Ainfi Rome en ne fongeant
qu'à ofter l'Electorat a M
de Furftemberg, n'a pas laiffé
de contribuer
à tout ce que
le Prince d'Orange a entrepris
, & à tout ce que
la veritable
Religion en a fouffert
12 Suite des Affaires
La fituation des Affaires
eſtant alors trop violente ,
pour eftre plus longtemps
regardée fans prendre les mefures
neceffaires pour le bien
& la gloire de l'Etat , le Roy
écrivit la Lettre fuivante à
M' le Cardinal d'Eftrées , &
luy ordonna de la lire au
Pape , & de la laiffer à Sa
Sainteté , afin qu'Elle puſt
examiner fes intentions ; &
faire des reflexions ferieufes
fur les juftes fujets que ce
Monarque avoit de fe plaindre.
du
Temps.
139
LETTRE DU ROY
A MR LE CARDINAL
D'ESTRE' E S.
MON COUSIN. Quoy
quej'aye toûjours cru que
les preventions du Pape contre
ma Couronne , eftoicnt plutoft
les effets des fuggeftions de mes
Ennemis , que defon inclination
defon panchant naturel pour
la Maifon d'Auftriche , neanmoins
il vient de me donner des
preuves fi évidentes de fa par14
Suite des
Affaires
tialité pour elle, & de fon grand
éloignement à rétablir avec moy
une bonne
intelligence , qu'il
ne me reste plus aucune efperance
de leporter à reprendre lesfentimens
de Pere
commun , &
concourir avec moy à ce qui
peut & doit affermir le repos de
l'Europe. Il y a mefme bien
de l'apparence
que la conduite
que Sa Sainteté tient à prefent ,
produira bien- tost une guerre generale
dans toute la
Chreftienté ;
& comme la prudence ne me
permet plus d'attendre
de juſtice
de luy dans tous les differends
qui peuuent avoir rapport à mes
du
Temps. 13
interests , je fuis bien aife , pour
n'avoir rien à me reprocher, que
vous luyfaffiez connoiftre encore
une fois les juftes fujets qu'il me
donne de ne le plus confiderer
que comme un Prince engagé
avec mes Ennemis , &puis que
mon Ambaſſadeur ne peut avoir
aucun accés auprés de luy , &
que la Dignité de Cardinal vous
oblige à garder des mesures qui
ne conviennent pas avec la force
des veritez , dont il eft neceffaire
qu'ilfoit informé, vous luy ferez
la lecture de cette depefche &
vous luy en laifferez mefme
l'Original , qui le doit faire fou-
>
61 Suite de Affaires
à venir que depuis fon élevation
la Chaire de Saint Pierre › je
n'ay rien obmis de ce qui le pouvoit
perfuader de mon respect
filial pour luy , & du defir fincere
que j'avois de contribuer à
la gloire de fon Pontificat par
toutes les mesures qu'une parfaite
intelligence entre Nous pouvoit
établir pour l'augmentation de
nostre Religion
.
Que tous les ordres dont j'ay
chargé le feu Duc d'Eftrées
voftre Frere , ne tendoient uniquement
qu'à une fin fifalutaire
au bien general de la Chrêtienté.
du
Temps.
17
Qu'elle a fait auffi le feul
fujet de vostre envoy & d
voftre féjour auprés de Sa Sain.
teté.
Que c'est dans cette veuë que
je vous avoispermis de confentir
à des
temperamens fur la
Regale , infiniment plus avantageux
aux Eglifes de mon
Royaume que ne pouvoient
eftre les pretentions mal fondées
de quelques Evefques , quand
mefme j'y aurois acquiefcé.
Que quelque fatisfaction que
m'ayent donné les infinuations
les remontrances refpestucufes
que vous avezfaites à Sa Sain-
B
18 Suite des Affaires
teté, & toute la fageffe de voftre
conduite de vos negociations ,
neanmoins les preventions du
Pape contre ma Couronne ont
toûjours rendu inutile toute la
force de vos raifons.
Que je n'ay pas laiffé neanmoins
, pour reduire cette affaireaux
termes qui pouvoient plaire
à Sa Sainteté d'accorder aux
tres - humbles prieres du Clergé
de mon Royaume , par ma der..
niere Declaration du 24.Janvier.
1682. tous les avantages dont
je voulois qu'ils fuffent redevables
à Sa Sainiete mefme , par
le moyen du rétabliſſement d'une
du
Temps.
19
bonne intelligence entre Elle
moy.
ི
Que j'avois raison de croire
que cet éclairciffement de mes intentions
devoit contenter Sa
Sainteté , & la difpofer au moins
avoir pour moy les fentimens
que la qualité de Pere commun
luy devoit inspirer.
Que cependant bien loin de
trouver en Elle cette affection:
paternelle , qui me devoit faciliter
les moyens de ramener aus
giron de l'Eglife tous ceux de
mes fujets qui avoient eu le
malheur d'estre élevez & nourris
dans l'erreur , Elle s'eft opi
B. ij
20 Suite des Affaires
niatrée par une dureté inflexible
à refufer les Bulles à ceux que
jay nommez aux Evefchez
vacans de mon Royaume , &
que j'ay reconnus les plus capables
de travailler avec fuccés à
l'inftruction & à la converfion
des Heretiques qu'Elle a fondéfon
refus fur des moyens qui
n'ont jamais empefché aucun
Pape de pourvoir ceux que
Rois mes Predeceffeurs , & moy ,
avons nommez ·´`en vertu da
Concordat. Mais comme vous
luy avez affezfait voir , & à
fes Miniftres , tous les inconveniens
de ce refus , & que
les
les
du
Temps.
21
.
Evefques de mon Royaume , qui
ont acquis le plus de reputation
dans toute la Chreftienté , ont
fuivy les mefmes maximes , qui
font aujourd'huy le pretexte.
d'une prétendue incapacité dans
ceux que la Cour où vous eftes
qualifie n'eftre pas d'une faine
doctrine ; il est inutile de rebattre
toutes les raisons qui ont efté
fifouvent ditesfur ce sujet , &
que vous avezfi bien expliquées,
qu'elles ne peuvent laiffer aucun
lieu aux foibles excufes &
aux pretendus fcrupules de confcience
, dont Sa Sainteté , &
fes Minifires fe font toûjours
22 Suite des Affaires
fervis pour colorer l'injustice du
retardement qu'Elle apporte de
puis plufieurs années à l'expedition
de fes Bulles , pour des Prelats
d'un merite distingué.
Que les Catholiques anciens
& nouveaux font fcandalifez
de voir , que pendant que j'employe
mes foins , mon autorité,
mes finances à la deftruction
& à l'entiere extirpation de
Therefie , non feulement je ne
puis obtenir de Sa Sainteté les
graces qui peuvent contribuer à
l'affermiffement de ce grand ouvrage
, mais qu'au contraire Ellefe
fait un point d'honneur d'ofter
du
Temps.
23%
-
à mon Ambaſſadeur les franchifes
, dont fes predeceffeurs ont
toûjours jouy paisiblement , &
qui leur ont efté confirmées par
le Traité de Pife.
Qu'au lieu de fe fervir pour
cet effet des
de négociation
voyes de douceur
,
d'accommodement
pratiquées en pareils cas
entre Princes amis , & qui veulent
obferver les regles de la:
bien -feance , il a commencépar·
le refus de toute audience au
Marquis de Lavardın mon Ambaffadeur
, dont les inftructions
ne tendoient qu'à rétablir un
bon concert entre Sa Sainteté
24 Suite des Affaires
emmoy
; & dans une affaire
purement temporelle , il s'eft
fervy des armes fpirituelles ,
pour le déclarer notoirement excommunié
, contre l'avis mefme
de ceux qui font les plus dévoüez
afes fentimens , & les plus
portez contre mes interefts .
Que tous les foins que vous
le Marquis de Lavardin
avez pris pour luy faire connoistre
, qu'on pourroit trouver
des temperamens capables de
concilier fa fatisfaction avec la
mienne , ont eflé inutiles : Qu'il
en a rejetté toutes les propofitions
avec hauteur , faifant
mefme
du Temps.
25
mefme entendre par tout , que
vostre entremife , ny celle du
Marquis de Lavardin , ne pouvoient
jamais luy eſtre agreables.
1
Que c'est ce qui m'a enfin
obligé pour lever tous les obftacles
qui pouvoient l'embarraf
fer de luy depefcher fecretement
-un homme de confiance , auquel
j'avois donné une Lettre de ma
main en créance pour Sa Sainteté.
7
10
Que s'eft d'abord adreßé à
Cafonis & enfuite au Cardinal
Cibo , auquel il a fait voir ma
Lettre , en forte que le Pape
C
26 Suite des Affaires
na pû ignorer , que je l'avois
choifi pour l'informer de mes plus
feeretes intentions, fans vous
en rien communiquer , ny a
mon Ambassadeur. Que cependant
toutes les diligences qu'il
pu faire n'ont fervy qu'a luy
faire donnerune excluſion formelle,
avec plus d'indignité, que
s'il euft efté envoyé par le moindre
Prince de la Chreftienté. Que
le déplaifir de s'en revenir fans
avoir executé mes ordres l'avoit
enfin obligé de fe découvrir à
us & au Marquis de Lavar
din ; mais que toutes vos remontrances
par écrit & de vive voix
du
Temps .
27
à Sa Sainteté fur le blame qu' -
Elle s'attireroit dans toute la
Chreftienté du refus fi inju
rieux d'une perfonne de confiance
autorisée d'une lettre de ma
propre main avec ordre de ne
s'expliquer qu'à Sa Sainteté même
, fans l'interpofition d'aucun
Ministre , n'avoient pu rin
obtenir , qu'une espece de menace
de fe porter bien- toft à de
plus grandes extremitez.
Que cependant , non feulement
je n'ay jamais refusé d'entendre
le Nonce de Sa Sainteté
lors qu'il a eu quelque chofe à
me reprefenter de fa part ; mais
Cij
28 Suite des Affaires
mefme que pour marquer encore
davantage mon zele & ma veneration
pour le faint Siege , je
voulus bien donner plufieurs audiences
fecretes dans mon Cabinet,
au nommé Carlo Cavari ,
>
Preftre Napolitain , du moment
qu'il m'eut fait entendre qu'il
avoit une miffion fecrete de Sa
Sainteté qu'Elle l'avoit
chargé de faire des propofitions
tres- importantes, & qui pouvoient
rétablir une parfaite intelligence
entre nous, quoy qu'il
n'eust en effet aucune autre
marque de confiance du Pape ,
que quelques Lettres de Dom
du Temps.
29
Livio fon Neven , & que je
Luy euffe affez fait connoifire,
que s'il me faifoit voir un mot
de Sa Sainteté qui l'autoriſaſt ,
je l'écouterois toutes les fois qu'il
le defereroit.Je laiffe au Pape à
faire la comparaifon de ce trai
tement , à celuy qu'il a fait à
mon Envoyé , reconnu par fes
Ministres , & par Sa Sainteté
mefme ,fur les affurances que le
Cardinal Cibo luy en a dû donner,
& que vous luy avez con
firmées.
Je fuis bien perfuadé , qu'il
n'y auroit point d'ennemy declaré
de ma Couronne , qui refufaft
Ciil
30 Suite des Affaires
qua
d'écouter celuy qni luy porteroit
une Letrre de ma main , & je
m'aſſure auffi qu'il n'y a point
eu de Pape, & qu'il n'y en aura
jamais qui fe porte à une extremitéfi
peu convenable à la
lité de Pere commun .
Mais on peut dire que Sa
Sainteté a fait paroistrefa haine
perfonnelle contre ma Couronne,
& fa partialité pour la Maifon
d'Auftriche , encore plus
vertement dans tout ce qui s'eft
paßé touchant la Poftulation du
Cardinal de
Furftemberg à la
Coadjutorerie & enfuite à l'Electorat
de Cologne.
·
>
oudu
Temps.
3F
On n'auroit pas pic croire,
qu'un Doyen du Chapitres qui
en a fi longtemps adminiftré les
plus importantes affaires avec
toute la fageffe & la bonne conduite
qui luy ont acquis l'eſtime:
de tous fes Confreres , qui a esté
poftulé à la Coadjutorerie ,
confentement , tant du feu Electeur
, que de tous les Chanoines,,
& qui eft de plus honoré de la
dignité de Cardinal , n'aitpû obtenir
fa confirmation du mefine
Pape qui l'en a revestu..
du
Sa Sainteté affuroit par ce
moyen le repos de toute l'Europe,
☛ ne donnoit aucun juſte ſujet
C iiij.
32 Suite des Affaires
de plainte à ceux qui font les
plus oppofez à l'élevation dudit
Cardinal ; Elle n'auroit pas
mefme eu beſoin de ſefervir des
graces , dont la divine provi
dence l'a rendu le difpenfateur ;
il fuffifoit feulement de luy accorder
la permiffion de fe démertre
de l'Eveſché de Strasbourg ,
il n'auroit eu befoin ny de
Brefd'Eligibilité, ny defaveur,
ny de recommandation . Cepen
dant Sa Sainteté ne s'est pas
contentée de luy refufer cette
juftice ; mais on peut dire qu'entrant
aveuglément dans tous les
interefts de la Maifon d'Auftri
du Temps 35
33
che , Elle s'eft dépouillée tour
d'un coup de cette rigidité qui
luy avoit donné jufqu'alors un
fi grand éloignement pour toutes.
les graces , & Elle en a
fait une
profufion fi extraordinaire , en
faveur d'un jeune Prince , ágé
feulement de dix -fept ans , qu'il
ne faut que lire le Bref qu'Elle
buy a accordé pour voir qu'il
ne peut avoir efté dicté que par
ceux qui ne reconnoiffent aucune
regle que celle qui convient
à leurs paffions & à leurs
interests , & non pas par un
Pape qui s'est toujours fait un
fcrupule de confcience d'accorder
34 Suite des Affaires
la moindre grace à mes prieres.
C'est cependant ce Bref qui a
donné la force & le mouvement
à toutes les intrigues , cabales »
injures , dont le corruptions
Comte de Kaunitz s'eft fervy
pour gagner trois ou quatre
voix , & troubler l'union du
Chapitre qui avoit paru dans la
Poftulation dudit Cardinal à la
Coadjutorie ; ce qui n'a pas em
pefché neantmoins , que la plus
grande & la plus confiderable
partie ne fe foit declarée en faveur
dudit Cardinal , & ne
Lait
proclamé.
C'est
enfin
cette
conduite
du
1
du Temps. 35
Pape , tout ce que je viens de¬
vous écrire , qui porte les affaires
de l'Europe à une guerre generale
qui donne au Prince d'Orange
la bardieffe de faire tout
ce qui peut marquer un deffein
formé d'aller attaquer le Roy
d'Angleterre
dans fon propre
Royaume , de prendre pour pretexte
d'une entrepriſe fi hardie
le maintien de la Religion Proteftante
, ou plutoft l'extirpation
de la Catholique , & le renver
fement entier de la Monarchie :
Qui donne à fes Emiffaires d
aux Ecrivains de Hollande l'infolence
de traiter de fuppofition
36 Suite des Affaires
la Naiffance du Prince de Gal
les , d'exciter les Sujets du Roy
de la grande Bretagne à la révolte
, fe prevaloir de la neceffité
où me mettent la partialité
du Pape & les violences de
la Cour de Vienne contre le
Cardinal de Furftemberg
, & la
plus faine partie du Chapitre
de Cologne , à faire avancer
mes Troupes pour leur donner
tout le fecours & la protection
dont ils peuvent avoir befoin
pour fe maintenir dans leurs
droits & dans leurs libertez.
Sa Sainteté peut bien croire
auffi , que quelque attachement
du Temps. 37
que j'aye & que j'auray toû
jours pour lefaint Siege , je ne
puis plus m'empefcher de feparer
la qualité de Chefde l'Eglife ,
de celle d'un Prince temporel ,
qui éponſe ouvertement les inte»
refts des Ennemis de ma Couronne
: Que l'obligation qu'Elle
m'impofe ne me permet plus
d'attendre de fa part aucune juftice
fur les differends qui me regardent
: Que je ne puis plus le
reconnoiftre pour Mediateur des
conteftations qu'a fait naiftre la
fucceffion Palatine entre ma
Belle four & la Maison de
Neubourg: Que jefçauray bien
38 Suite des Affaires
faire rendre à cette Princeſſe la
justice qui luy eft deue , par les
moyens que Dieu m'a mis en
main contre les violentes ufurpations
de l'Electeur Palatin : Que
d'ailleurs je ne pretens pas laiffer
plus longtemps le Duc de
Parme mon allié , dépouillé de
fes Etats de Caftro e de Ronciglione,
dans lefquels il doit eftre
rétably, en execution de l'article
premier du Traité de Pife , dont
je fuis garant. Ainfi je veux ,
que pour ne laiffer à Sa Sainteté
aucun lieu de douter de la refolution
qu'Elle m'a obligé de
prendre , vous luy demandiez
www du Temps . 339
qu'Elle faffe incef- en mon nom , qu
fammentremettre dedit Duc de
-Parme en poffeffion de fes Etats
de Caftro & de Ronciglione ,
~ comme il eſt ſtipulépar ledit pre-
-mier article, luy declarant qu'an
moindre retardement, qu'Elle y
apporteras je feray entrer mes
Troupes en Italie,
meurer, jusqu'à ce que ce Prince
mon allié foit rentré dans la
jouiffance de fefdits Etatss &
que je me mettray dans le mefme
temps en poffeffion de la Ville
d'Avignon , foit pour la rendre
à Sa Sainteté , aprés l'entiere
execution du Traité de Rife on
pour
y de40
Suite des Affaires
pour la retenir , & donner audit
Duc de Parme le prix pour lequel
elle a esté engagée , en deduction
des interefts & des dommages
qu'il pourroit fouffrir d'u
ne plus longue privation de fefdits
Etats .
Que je continueray cependant
à donner au Cardinal de Furftemberg,
au Chapitre de Cologne
, toute la protection dont
ils pourront avoir besoin pour la
manutention de leurs droits ,fans
refuser à ma Belle-fourle fecours
qui luy fera neceffaire , pour le
recouvrement de ce qui luy appartient
de la fucceffion des Eledu
Temps.
41
Ateurs Palatins ,fes Pere &
Frere.
Je m'affure que tous les Princes
& Etats de la Chreftienté,
qui confidereront fans paffion la
conduite que le Pape
a tenuë
envers moy depuis fon élevation
au Pontificat , & qui connoiftront
d'ailleurs les foins & les
empreffemens que jay toujours
eus àrechercher fon amitié tous
se que j'ayfait pour le bien &
l'avantage de noftre Religion ;
mon attachement fincere & ma
veneration pour le faint Siege
mon application à maintenir le
repos de l'Europe , fans me pré-
D
42 Suite des Affaires
valoir des conjonctures favorables
& de la puiffance que Dieu
m'a mise en main , s'étonneront
plùtost que j'aye ſouffert tant
d'injures de mauvais traitemens
de la Cour de Rome, &
que j'aye laissé en mefme temps
agrandir l'Empereur contre tou
tes les regles d'une bonne Politique
, que de la jufte protection .
que je fuis refolu de donner à des.
Princes à un Chapitre , que
le Pape & l'Empereur veulent
dépouiller de leurs poffeffions &
de leurs droits , contre toute juftice,
& feulement à cause qu'ils
les croyent reconnoiſſans des
du Temps. 43
dé
>
marque's qu'ils ont toujours reccuës
de mon eftime & de mon
affection. Je suis mefme perfuas
que fi le Pape fait de ferienfes
reflexions fur ce que je vous
écris il tombera d'accord en
buy- mefme , que ma patience ne
pouvoit aller plus loin fans bless
fer ma reputasion, & qu'il ne
doit imputer qu'à fa partialité ,,
& aux confeils que luy ont don
né les Ennemis de ma Couronnes ,
tous les malheurs que peut caufer
La neceffité où il me met de faire
paffer des Troupes en Italie ,
de maintenir les droits & les li
bertez du Chapitre de Cologne.'s
D. ija
44 Suite des Affaires
Mais parce que je n'ay pas
kieu d'efperer que ce que je vous
écris faffe changer de fentiment
au Pape , je vous ordonne de
voir aprés voftre Audience chacun
des Cardinaux , & de leur
laiffer copie de ma Lettre , afin
qu'ils faffent auffi leurs refle
xionsfur les fuites d'une affaire
fi importante , & à laquelle le
SacréCollege a un fi notable interest.
Sur ce , je prie Dieu qu'il
vous ait , MON COUSİN ,
en fa fainte & digne garde.
Ecrit à Versailles le 6. Septembre
1688. Signé LOUIS, & plus
bas , COLBERT.
du Temps.7 45
Les raifons dont cette Lettre
eft remplie ont efté ex
tremement goûtées ; on les a
trouvées juftes , & expliquées
nettement . Elles ont fait voir
qu'il eftoit temps que le Roy
commençaft à fe declarer ;
que la prudence vouloit qu'il
agift en mefme temps qu'il
faifoit fçavoir les intentions,
& les injuftices dont il avoit
fujet de fe plaindre , & que
ce qu'il devoit aux Etats dont
Dieu luy avoit donné le foin
& la conduite , exigeoit de
luy qu'il ne les laiffaſt pas
plus longtemps expofez aux
46 Suite des Affaires
ligues qn'on faifoit de toutes
parts contre fa Couronne ,
dont il eftoit par ferment
obligé de maintenir tous les
droits. On peut meſme dire
que le Pape demeura, d'accord
malgré luy- mefme de
la juftice des raifons du Roy,
& de tout ce que contenoit
fa Lettre à Mr le Cardinal.
d'Eftrées , parce qu'il en parut
extrémement fâché , au
lieu qu'il en auroit fans dou
te montré de la joye , s'il y
avoir eu fujet de blâmer le
procedé de ce grand Monarque.
Jamais homme ne s'eft
du Temps. 47
montré plus veritablement
homme , que le Pape a faic
en cette occafion. Le Roy
qui n'ignore rien de tout ce
que doit fçavoir un fage &
vigilant Souverain touchant
les chofes où il a quelque in
tereft , & qui découvre jufqu'au
fond du coeur de fes
Ennemis , tant il eft bien fervy
par tous ceux qui ont le
fecret de fes affaires , & bien.
inftruit de tous les projets
qu'on fait contre luy , é
toit informé d'une maniere
à n'en pouvoir douter , que
le Pape eftoit abſolument dé48
Suite des Affaires
terminé à donner des Bulles
à Mr le Prince Clement de
Baviere ; mais Sa Sainteté ,
quoy que refolue , aprehendoit
l'éclat que feroit à fon
defavantage , l'expedition de
ces mefmes Bulles . Quand on
a pris une refolution que
l'on condamne en foy même,
& dont on craint de juftes
reproches que l'on croit inevitables
, on attend toûjours
le plus tard qu'on peut
l'executer. S'il y avoit cu
autant de juftice à donner les
Bulles à M le Prince Clement
, qu'à M' de Furſtemà
berg,
du
Temps. 49
berg , on n'auroit pas differe
d'un moment à les donner ,
parce qu'on fe fait toujours
un plaifir de rendre juſtice, à
caufe des aplaudiffemens
que
le public donne à toutes les
actions d'équité . Le Pape n'ofant
donc de fang froid délivrer
les Bulles que l'engagement
qu'il avoit pris ne permettoit
pas qu'il refuſaſt, ſe
trouva rêveur & in quiet aprés
avoir entendu la lecture de la
Lettre que Sa Majesté avoit
écrite à M le Cardinal d'Eftrées
, & dans ce moment n'écoutant
que fon dépit, il reſo-
E
50 Suite des Affaires
lut de les faire expedier .Ainfi
en terminant une affaire à la--
quelle toute l'Europe eſtoit
attentive ,il donna la joye à la
Maifon d'Auftriche de faire
éclater en fa faveur le triomphe
dont elle s'eftoit flatée ,
& qui a efté caufe depuis ce
temps -là que de nouvelles
Conqueftes ont mis la France
dans une plus haute éleva
tion de gloire. Il n'eft pas
difficile de connoiftre que la
politique du monde obligea
de prendre la refolution de
donner ces Bulles , & qu'un
chagrin mellé de dépit, pour
du
Temps.
2.51
ne rien dire de plus , les fit
délivrer. Si elles eftoient legitimement
deuës , il falloit
les donner pluſtoft , & ne les
pas expedier dans un mouvement
de colere , & feulement
pour des- obliger le Roy. Il
eft conftant que fi on a cherché
à le chagriner par là ,
comme il a paru aux yeux
de toute l'Europe , on n'ignoroit
pas que le droit de
M' le Cardinal de Furftemberg
eftoit le plus legitime ,
puis qu'autrement on n'auroit
point donné à ſa Majeſté
le chagrin qu'on pretendoit
E ij
32 Suite
des Affaires
pas
luy faire fentir par cette conduite
. Voila quelle eftoit la
fituation de l'efprit du Pape ,
lors que les Bulles ont eſté
données , je n'en aurois
neantmoins parléfi le fait n'étoit
conſtant. Il eſt genetalcment
reconnu, & toute l'Europe
a fait affez voir qu'elle
l'avoit remarquéjuſques dans
fes moindres circonftances.
Le Pape ne s'obſtinoit pas
à vouloir que M' le Prince
Clement de Baviere fuft Electeur
de Cologne , ſeulement
parce qu'il l'avoit promis à
la Maifon d'Auftriche , avec
du
Temps.
53
laquelle il eft fortement uny,
comme vous le verrez dans
la fuite , mais encore parce
que fon caractere eft de ne
jamais changer de fentiment,
lors qu'il s'eft mis une fois
une chofe en teſte . 11 fait
plus , & il ne veut écouter
aucune raison qui le puiffe
détourner de ce qu'il a dabord
arrefté de faire . Rien
que la fermen'eſt
plus beau
té , quand il s'agit de foute
nir une chofe que tout le
monde reconnoift pour jufte,
mais fi en de pareilles occafions
elle peut paffer pour
E
iij
54 Suite des Affaires
une vertu , il y en a d'autres
où elle eft regardée comme
une obftination . Les opiniâtretez
de cette nature font
capables de produire de
grands maux parce qu'il
n'eft aucune raifon où l'on
vcüille entrer touchant ce
qu'on s'eft refolu de foutenir.
On oublie jufqu'au fujet
pour lequel on s'obſtine ; on
ne le veut pas examiner , &
l'on ne s'attache plus qu'à ne
pas avoir le démenty . C'eſt
en cela feulement qu'on fait
confifter toute l'affaire dont
du
Temps.
55
il s'agir , parce qu'on n'eft
plus capable d'en connoiftre
d'autre. Voicy une belle occafion
de louer le Roy. Si ce
que je vais vous dire n'eftoit
une chofe fort connue , &
dont j'ay toute la certitude
qu'on en peut avoir , je ne
voudrois pas la rapporter
. Ce
Prince pouvant eftre loüé par
mille endroits differens , on
a fujet fi fouvent de luy
donner des loüanges , que les
Jaloux de fa gloire croyent
,
ou veulent du moins fe
fuader , qu'on le loue ou
pour luy plaire , ou parce
per-
E iiij
36 Suite des Affaires
qu'on eft né dans fes Etats .
C'eft ce qui m'engage à eftre
fort retenu lors qu'il s'agit
de parler des merveilles de
fon legne ; & fi l'on examinoit
bien de quelle maniere
je fais fon éloge , on connoiftroit
que je ne le louë que
par des faits dont tout le
monde convient , & jamais
par des paroles. Il eſt vray
que je m'y trouve engagé
plus fouvent qu'un autre ,
mais quand le Roy feroit des
chofes moins remarquables ,
& en plus petit nombre , il
arriveroit naturellement que
د
du
Temps.
57
j'aurois toujours beaucoup
à dire , puis que j'ay tous les
jours la plume à la main pour
écrire le Journal de fa Vie ,
ce qui m'oblige d'entrer dans
un plus grand nombre de circonftances
que
l'Hiftoire generale
, dont la principale
veuë eft de s'attacher aux affaires
d'Etat , & aux refforts
qui les font mouvoir.
Je reviens à ce que j'avois
commencé à vous dire du
Roy qui merite d'eftre fceu
par toute la terre , & qui luy
doit attirer l'eftime & ladmiration
de tous ceux qui
58 Suite des Affaires
l'apprendront . C Monarque
a toujours fait gloire de déclarer
hautement ›
que
lors qu'il
vouloit
une
chofe
, c'eftoit
parce
qu'il
eftoit
perfuadé
qu'il
y
avoit
de
la justice
dans
ce qu'il
avoit
refolu
; mais
que
dés
qu'il
eftoit
convaincu
du
contraire
,
au
lieu
de perfister
avec
opiniatreté
dans
fa
premiere
refolution
, il n'avoit
point
de
plus
grand
plaifir
que de
ceder
à la
verité
, &
qu'il
fe faifoit
une
gloire
de
ce que
d'autres
qui
eftoient
moins
en
estat
que
luy
de
faire
executer
leurs
volontez
, regardoient
comme
une
bonte
.
!
du
Temps. 59
pas
Ces fentimens ne font
moins dignes d'une grande
ame , que d'un Roy prudent
& jufte , & qui dans toutes
les chofes qu'il entreprend
fe propofe l'équité comme
la premiere regle qu'il doit
fuivre. Quelque puiffant que
puiffe eftre un Souverain , &
quelque temps qu'il employe
aux foins qu'exige de luy la
grandeur de fon Eftat , quand
mefme il y donneroit tous
fes momens , il eft impoffible
qu'il puiffe fçavoir tout
par luy-mefme , & c'eſt par
cette raifon qu'un fage Prince
60 Suite des Affaires
a
peut changer de fentiment ,
lors qu'il connoift qu'on ne
luy a pas dit la verité d'une
affaire , ou qu'elle a changé
de face , & il y auroit de
l'injuftice
à pretendre
qu'il
euft eu un démenty
, parce
qu'il fe feroit rendu à la force
d'une verité qui luy auroit
eſté inconnuë auparavant
. Je
fçay bien que lors qu'on s'eft
une fois mis dans l'efprit
qu'il eft honteux de ceder, &
que changer ce qu'on avoit refolu
, c'eft s'expofer
au reproche
d'avoir peu de fermeté
on remporte difficilement
ce
du
Temps.
61
triomphe fur foy - mefme ,
quand même ilne s'agiroit de
ceder que pour une chofe jufte
. Cependant il eft certain
que ceux quipeuvent en venir
à bout , meritent quelques
louanges , quoy qu'ils ne
faffent que ce que deman
dent la raifon & l'équité ;
mais on en eft infiniment
plus digne , lors que l'on cede
fans peine à laverité, qu'on
s'y laiffe aller par le panchant
naturel qui porte à la ſuivre ,
& qu'on n'écoute que l'inclination
droite & bien- faifante
avec laquelle on eſt
62 Suite des Affaires
né. Une fermeté trop opiniatrée
devient paffion , & il
eſt peu de paffions où il
n'entre quelque chofe de
condamnable ;
les vertus
mefmes qu'on pouffe jufques
à l'excés ,font toûjours mifes
au rang des défauts .
Ceux que l'on voit les plus
fermes à nefe point relafcher
dans ce qu'ils ont refolu , ne
laiffent pas d'eftre ſouvent
inquiets au fond de l'ame ,
& de fe trouver embarraſſez .
Ils voudroient bien quelquefois
n'avoir point pris de
party ; mais il y a des engadu
Temps.
63
gemens aufquels on ne peut
fe refoudre de manquer , non
feulement à caufe des Puiffances
avec qui on les a pris ,
mais encore par des confiderations
particulieres . Le Pape
s'eft trouvé dans cet eftat . Il
eftoit fortement engagé avec
l'Empereur . Cafoni & le
Prince d'Orange avoient pris
des mefures , pour affurer
l'élection de Mr le Prince
Clement , comme je vous
feray voir quand je parleray
des affaires d'Angleterre , &
Dom Livio , Neveu de Sa
Sainteté qui agiffoit ainfi
64 Suite des Affaires
qu'eux en faveur de M' le
Prince Clement
, eftoit trop
intereffé à fouftenir cette
affaire dont il luy devoit
revenir de grands avantages
, pour laiffer le Pape
en pouvoir de ne pas tenir
parole. Le fang luy parloir
pour Dom Livio , & il
eft bien difficile de ne le pas
écouter. D'ailleurs il n'y avoit
aucun fujet de douter
du fuccés de cette intrigue
, & Cafoni quien conduifoit
une partie affeuroit
qu'il y avoit des Troupes
toutes preftes pour maintenir
,
du Temps . 65
les Elections qui fe trouveroient
avoir eſté faites au gré
de la Cour de Rome . La fuite
mefme a fait voir qu'on avoit
pris des mefures affez juftes
pour cela , puis que le Prince
d'Orange a tellement contribué
à l'élection de l'Evefque
& Prince de Liege ,
qu'on y avoue tout haut
qu'elle luy eft entierement
deuë. Je developeray toute
cette intrigue dans la Lettre
où je vous entretiendray
des affaires d'Anglererre
,
parce qu'elles ont une grande
liaifon avec ce qui s'eft fait
*
F
66 Suite des Affaires
contre M' le Cardinal de
Furftemberg ; mais l'ordre
eftant neceffaire dans ce que
j'ay à vous dire des affaires
du temps, je continuë à vous
parler de la juſtice des plaintes
faites par le Roy , dans
fa Lettre écrite à M le
Cardinal d'Eftrées pour eftre
montrée au Pape. Ce Prince
s'y plaint avec raifon
de l'Audience refufée à fon
Ambaffadeur , & dit que
intentions ne tendoient qu'à
établir une bonne correfpondance
. Il falloit donc l'écouter
; on n'eftoit pas obligé
fes
du Temps.
67
pour cela de foufcrire aux
propofitions qu'il avoit à
faire . Les Souverains les plus
barbares n'ont jamais refufé
Audience aux Ambaffadeurs
des Princes qu'ils traitent avec
le plus de hauteur, & puis
que le Roy dit que les inftrutions
de fon Ambaffadeur
ne tendoient qu'à établir une
bonne correfpondance
, on
en devoit croire un Prince
qui n'a jamais manqué de
parole , mefme quand il l'a
donnée à fes Ennemis . Le
Roy a plus fait que tout cela,
& pour mmoonnttrreerr ,, qu il cher-
Fij
68 Suite des Affaires
choit de bonne foy à s'ac
commoder avec le Pape , il
luy a envoyé par un homme
de confiance une Letrre écrite
de fa propre main .
Ce fage Monarque pouvoit
ne pas chercher cet expedient
; il n'y eftoit point
obligé , & l'on n'auroit pas
trouvé à redire qu'il ne l'euft
point fait , puis qu'il avoit
un Ambaffadeur à Rome, &
un Cardinal François, auquel
il avoit donné le foin de faire
fçavoir fes intentions , mais
enfin le Pape ayant temoigné
que l'un ny l'autre ne
du Temps.
69
CC
luy eftoit agreable
qui arrive affez ordinairement
aux Miniftres qui fervent
avec zele , & qui font
chargez de Commiffions qui
ne plaiſent pas , Sa Majefté
voulut bien mettre en ufage
tous les moyens qui pouvoient
contribuer à un accommodement
par la prudente
precaution qu'Elle cut
d'envoyer au Pape un homme
en qui Elle fe confioit ,
qu'Elle avoit Elle meſme
choify, & qui n'ayant jamais
traité avec fa Sainteté , ny
avec fes Miniftres , ne pou70
Suite des Affaires
voit eftre defagreable du
cofté de fa perfonne ; mais
quoy que porteur d'une Lettre
du Roy, & d'une Lettre
écrite de la main mefme de
fa Majeſté , comme je l'ay
déja dit , il n'a pas laiffé d'étre
traité fort indignement,
on n'a point voulu le voir
ny recevoir fa Lettre , &
comme on n'a jamais agy de
la forte, mefme avec des Ennemis
reconnus pour tels ,
c'eftoit declarer plufque la
guerre à fa Majefté , s'il
m'eft permis de parler ainfi,
& vouloir l'obliger à fe rel
du
Temps
71
fentir de ce mauvais traittement
, afin qu'eftant tout à
Ait brouillé avec le Pape, ce
Prince ne demandaft plus les
chofes juftes qu'on ne luy
refufoit que fous de méchans
pretextes
, & dont les refus
n'atiroient que du blafme
le
aux Miniftres de Sa Sainteté .
Le Roy ayant toujours eu
tous les égards que tout
Chreftien doit avoir pour
Saint Siege , & toutes fes
actions ayant efté d'un Fils
ainé de l'Eglife dont il recherche
encore tous les jours
l'accroiffement , ce Prince
72 Suite des Affaires
n'auroit pû fe refoudre à fe
mettre en eftat de parer les
coups qu'on luy veut porter,
s'il n'avoit tenté auparavant
tous les moyens que fa prudence
& fa pieté luy ont fuggerez
, pour parvenir à un accommodement
dont toute la
Chreftienté auroit tiré de
grands avantages ; mais
aprés fa Lettre qu'on a refufé
de voir , il a témoigné
qu'il ne fe reprochoit rien
que fa confcience eftoit en
reps , & qu'il n'avoit oublié
aucune chofe pour empefcher les ;
fuites fachenfes d'une guerre
don
du Temps.2 73
dent il n'eftoit pas l'Auteur.
On ne peut douter qu'aprés
les démarches
du Roy , d'autres
ne foient coupables
du
fang que l'on répandra
dans
cette guerre . Outre la Lettre
écrite à M le Cardinal
d'Ef
trées , qui juftifie affez le
procedé de Sa Majeſté , il a
encore paru dans le meſme
temps un Ecrit avec ce titre,
Memoire des ratfons qui ont
obligé le Roy à reprendre les armes
, & qui doivent perfuader
toute la Chrestienté des finceres
intentions de Sa Majesté pour
l'affermiffement de la tranquilli
G
74 Suite des Affaires
4
té publique . Voicy ce que
contenoit cet Ecrit. Je croy
qu'il eft à propos que vous
vous en rafraifchiffiez la me
moire , afin que vous entriez
mieux dans les raifons qui le
doivent fuivre.
C
EUX qui examineront
fans paffion &fans aucun
autre intereft que celuy du bien
public , la conduite que Sa Majefté
a tenue depuis le commencement
de la guerre de Hongrie
jufqu'à prefent, auront une juſte
raifon de s'étonner , qu'ayant
toujours esté bien avertie du
du Temps.
73
deffein que l'Empereur a formé
depuis longtemps d'attaquer la
France, autost qu'il aurafais
la Paix avec les Turcs , Elle ait
differé jusqu'à cette heure à le
prévenir, & que bien loin de ſe
fervir des prétextes que les regles
d'une bonne Politique
luy pou
voient fuggerer, pour empêcher
l'agrandiffement
de ce Prince ,
Elle ait mefme voulu facrifier au
bien de la Paix les juftes fujets
qu'on luy a fi fouvent donnez
d'employer les forces que Dien
luy a mifes en main , tant pour
oster à la Cour de Vienne les
moyens de luy nuire que pour
G'ij
76 Suite des Affaires
arrester le cours des injuftices &
des violentes ufurpations de
Electeur Palatin , faire rendre
à Madame , Belle -foeur de Sa
Majefté, ce qui luy doit appartenir
de la fucceffion de fes Pere
Frere , & diffiper de bonneheure
toutes les ligues & lespreparatifs
de guerre qui l'ont enfin
forcé deporterfes Armes fur
les bords du Rhin , & d'atta
quer les Places qui pouvoient
donner leplus de facilité à l'Empereur
de recommencer & de
foutenir la guerre contre la
France.
Tout le monde convient audu
Temps.
77
jourd'huy, que le trop fincere defir
que Sa Majesté avoit d'em !
pefcher qu'il n'arrivast rien qui
fuft capable de troubler le repos
de la Chreftienté
, les preuves
convainquantes qu'Elle a données
defes bonnes intentions , ont
beaucoup contribué à tous les
fujets de mécontentemens qui
ont enfin laffé fa patience .
On a vu que dans le temps
qu'Elle pouvoit fe prévaloir de
Pembarras
que donnoit à l'Empereur
la guerre de Hongrie ,
pour obliger la Cour de Vienne
l'Empire à luy ceder par
G iij
78 Suite des Affaires
un Traité definitif » tous les
lieux qui avoient esté réunis àfa
Couronne , en confequence des
Traitez de Munster de Nimegue
, & faire ceffer par ce
moyen tous fujets de mefintelli
l'Empire , gence entre Elle
Elle avoit mieux aimé acquiefcer
à un Traité de Treve ou de Sufpenfion
, que de détourner par
fes Armes les Princes & Etats
de l'Empire , de donner à l'Empereur
les fecours dont il avoit
befoin , pour repouffer toutes les
forces de l'Empire Ottoman ;
que Sa Majeftéfuivant les mou
du Temps.
79
vemens de fa pieté & de fa
generofité avoit preferé l'intereft
general de la Chreftientés au
bien de fa Couronne , fe contentant
d'obtenirprovifionnellement
ce que laprudence vouloit qu'Elle
demandaft pour toûjours .
On avoit affez remarqué ,
qu'à peine ce Traité de Treve
fut ratifié de part & d'autre ,
que Sa Majesté voulut bien encore
donner de nouvelles marques
defa moderation ; &quoy
qu'Elle eût appris , que les Miniftres
Imperiaux employoient
tous leurs foins & tous leurs
efforts dans la plupart des Cours
Giiij
80 Suite des Affaires
d'Allemagne , pour porter les
-Princes & Etats de l'Empire à
entrer dans de nouvelles ligues
contre la France : Que par le
Traité fait à Aufbourg , ils avoient
engagé un nombre cond'Etats
a
fiderable de Princes
àfouferire cette affociation : Que
dans l'Affemblée de Nuremberg
on s'eftoit fervy de toutes fortes
d'artifices de fuppofitions ,
pour faire entrer dans cette mefme
ligue ceux qui efloient retenus
parla confideration des malheurs
que pourroit caufer une
nouvelle guerre & par
vantage que tout l'Empire trou-
C
l'adu
Temps.
81
8t
voit dans le maintien d'une
bonne intelligence avec Sa Ma
jesté ; & qu'enfin les Miniftres
de la Maifon d'Austriche s'étoient
clairement expliquez en
plufieurs endroits ,s que la guerre
de Hongrie ne feroit pas plûtoft
finie , que l'Empereur tourneroit
fes armes vers le Rhin ,
que le Traité de Treve ne
feroit pas capable d'arrefter fes
deffeins : Neantmoins tous ces
preffans motifs qui devoient
obliger dés lors Sa Majesté de
porter plûtost la guerre dans les
Pays & les Etats de ce Prince ,
que de l'attendre dans fon
ج ر ب
82 Suite des Affaires
le
Royaume , avoient encore cede
au defir empreffé qu'Elle a toujours
en de faire tout ce qui pou
voit dépendre d'Elle pour
maintien de la Paix & Elle
n'avoit point pris d'autres précautions
pour garantirfes Etats.
de tout le mal qu'on fe prepa
roit à leur faire , que de bien
fortifier les lieux de fesfrontieres
qui pouvoient arrefter les entreprifes
defes Ennemis .
Tant de preuves de la fincerité
de fes intentions avoient
fait oublier à la Cour de Vienne,
que toutes les fois qu'on a contraint
Sa Majesté de reprendre
du
Temps.
83
les armes , il a plû à Dieu de
faire voir la juflice de fa caufe,
par les bons fuccés qu'elles ont
eu. On s'eft imaginé qu'Elle
prefererait durefnavant la don
ceur du repos aux foins indif
penfables qu'Elle eft obligée de
prendre pour la confervation de
fes Etats & l'efperance de
trouver de grands avantages.
dans un renouvellement de
guerre , a porté la Cour de Vienne
à rejetter avec hauteur les
infinuations , mefme des Ministres
du Pape , qui croyoient ,
avec raison , qu'il n'y avoit
pas de moyen plus prompt , plus
84 Suite des Affaires
facile & plus neceſſaire pour
établir une bonne union & concorde
entre tous les Princes &
Etats
Chreftiens , que de
faire
un Traité de Paixfur le mefme
pied que celuy de Treve , fans
rentrer dans des difficultez fi
fouvent debatues , & qui ne
peuvent plus eftre foutenues que
pour exciter de nouvelles aigreurs
de nouveaux troubles.
Mais quand mefme toutes ces
démarches n'auroient pas efté
Suffifantes , pourfaire voir clairement
à Sa Majesté la refolution
que
la Cour de Vienne
du
Temps.
85
a prife de recommencer laguerre
contre la France , en pourroiton
douter , aprés toutes les preuves
qu'Elle en a données, tant
aufujet de lafucceffion Palatine,
qu'à l'occafion de la Poftulation
qui a eflé faite du Cardinal de
Furftemberg, premierement à la
Coadjutorerie , depuis à l'Electorat
de Cologne .
Perfonne n'ignore le droit inconteftable
qui appartient à Madame,
Belle-faur de Sa Majefte,
fur la fucceffion de l'Electeur
Palatin Charles fon Frere ; on
fçait que tous les meubles , biens
allodiaux , & fiefs hereditaires
86 Suite des Affaires
que
layfont aequis , comme à l'uniheritiere
de fes Pere & Frere
; quoy que Sa Majesté fuft
affez portée par l'affection
qu
Elle a pour cette Princeffe
luy donner toute la protection
dont elle avoit befoin , pour fe
mettre en poffeffion des biensmeubles
& immeubles
de cette
fucceffion, neanmoins les mefmes
confiderations qui avoient empefché
Sa Majefté de faire aucun
mouvement
qui puft retarder la
profperité des armes Imperiales
en Hongrie , l'avoient encore
obligé de préferer l'arbitrage du
Pape , quoy que déja declaré
du
Temps.
87
partial contre la France , aux
moyens plusfeurs &plusprompts
qu'Elle avoit en main , de faire
rendre à Madame,fa Belle-feur,
la justice qui luy eft dene'; &
bien que cet arbitrage ne duft
eftre fufpect qu'à Monfieur,
Frere unique de Sa Majesté ,
neanmoins il a bien voulu p
donner les mains ; en forte qu'il
n'a tenu qu'à l'Electur Palatin
de terminer tous ces differends
par la décifion du Pape. Mais
quoy qu'ily ait une infinité d'exemples
de femblables conteftations
entre les Princes & Etats
de l'Empire , remiſes au juge88
Suite des Affaires
ment des Puiffances qui n'en
dépendent point , cet Electeur.
qui a toujours travaillé à fomenter
la guerre entre la France
l'Empire , ne fe contentant pas
de vouloir envahir pourfa Maifon
les Electorats & les Dignitez
Ecclefiastiques , qu'il s'efforce
d'obtenir en toutes occafions par
les voyes les plus violentes &
les plus contraires aux regles de
l'Eglife & aux Loix & Constitutions
de l'Empire , a rejetté
l'arbitrage du Pape fur cette
affaire , & s'est non feulement
emparé des Terres infeparablement
attachées à la dignité El -
du
Temps.
89
Forale, mais mefme il s'eft encore
faifi fans aucune forme de
justice de tous les engagemens ,
biens allodiaux . fiefs hereditaigeneralement
de tout ce res ,
ques
T
qui appartient legitimement à
Madame Belle - foeur de Sa
Majesté , à la referve de quel
meubles qu'il a bien voulu
abandonner pour colorerfon injuftice
manifeste, & flater la
bonne foy de Monfieur , Frere
unique de Sa Majesté , de l'efperance
d'une plus grande restitution.
>
Mais comme il a bien reconnu
qu'il ne pourroit pas foute-
H
90 Suite des Affaires
nir longtemps fon injuste ufurpation
contre la protection que
Sa Majefté fe fent obligée de
donner au bon droit de Monfieur
, fon Frere unique , & de
Madame, fa Belle foeur , il n'a
rien obmis de tout ce qu'il a cru
capable d'exciter entre la France
l'Empire une guerre qu'il
confiderée comme un moyen
de retenir impunément dans la
confufion & le defordre qu'elle
porte avec elle , des biens qui
ne luy peuvent jamais appartenir
legitimement, tant que Ma
dame , ou fes defcendans fubfifteront.
C'est dans cette venë,
2
du Temps.
or
&
que
que pendant que Sa Majesté
apportoit le plus de foin à ofter
tous pretextes à la Cour de Vienne
de finir la guerre de Hongrie,
la décadence de l'Empire
Othoman faifoit encore esperer
à l'Empereur de plus grandes.
profperitez , cet Electeur a redoublé
fes efforts pour obliger la.
Cour de Vienne à faire la paix
avec les Turcs , & porter la
guerre vers le Rhin.Sa Majesté
n'a pas ignoré tous les mouvemens
qu'il s'eft donné pour cet effet
les ligues qu'il a formées ; &
enfin la refolution qu'il a fait
prendre de conclure au plûtest
Hij
92 Suite des Affaires
un accommodement avec l'Ennemyde
la Chreftienté » pour attaquer
la France , &furprendre
la vigilance de Sa Majesté.
Il eft vray que l'Archevefché
de Cologne demeurant au pouvoir
d'un Prince auffi- bien intentionné
que l'eftoit le feu Ele-
Eteur pour le maintien de la
tranquillité publique , il falloit
ofter un fi grand obftacle à de
nouveaux troubles ; le feul expedient
eftoit de luy donner de
gré ou de force un Coadjuteur
entierement devoué aux interefts
de la Maiſon d'Austriche , &
du Temps .
93
il n'en pouvoit trouver aucun
dont il fast plus affurépour l'execution
de ce deffein & l'agrandiffement
de fa Maifon ,
qu'un des Princes fes Enfans.
On peut dire auffi , qu'il n'y a
rien qu'il n'ait mis en pratique
pour y réuffir. Mais comme fes
offres & fes promeffes , appuyées
de la prefence du Duc de Juliers
n'ont pas eu l'effet qu'il en attendoit
les menaces dont il s'eft
fervy contre les Chanoines , &
contre l'Electeur mesme , ont
efté fi violentes & fi outrées
qu'elles luy ont attiré l'indignation
des uns & des autres; & de
;
94 Suite des Affaires
vingt-quatre voix dont le Chapitre
eft compofé , elles en ont
déterminé dix-neufà poftuler le
Cardinal de Furftemberg
à la
Coadjutorerie de l'Archevefché
de Cologne , le jugeant avec raifon
d'autant plus capable de le
bien gouverner , qu'outre l'experience
qu'il y a acquife pendant
la longue adminiftration
que
feu Electeur luy en avoit confiée
, fa dignité de Doyen , fon
age , fes bonnes qualitezperfonnelles
, le font eftimer &
aimer de tous ceux du Chapitre
qui ne font point obligez de facrifier
leurs inclinations à d'aule
du Temps.
951
tres interefts qu'à celuy de leur
Eglife.
Ta
Cependant cette Poftulation
fi canonique n'a pas efté capable
de renuerfer les projets de l'E
Lecteur Palatin. La partialité
du Pape , trop declarée pour
Maifon d'Auftriche , luy a don
né de nouvelles efperances ; &
l'impoffibilité de réuſſir pour un
de fesfils , luy a fait concevoir
un deffein beaucoup plus avantageux
pourfa Maifon . Il a cru
qu'il ne falloitpas attendre que
le Cardinal de Furftemberg
par
venu à cet Archevefché , &
fuivant les mouvemens de fon
6 Suite des Affaires
affection pour la Maifon de
Baviere , put faire agréer au
Chapitre le Prince Clement pour
fon Coadjuteur , lors qu'il auroit
lage indifpenfablement requis
par les Canons. Rien n'estoit
plus contraire aux interefts de cet
Electeur , & il n'avoit garde de
fouffrir que l'Electeur de Bavie
fuft redevable à la recommandation
de Sa Majesté & à
l'inclination dudit Cardinal , du
retour de cet Electorat dans fa
Maifon. Mais pour rompre
toutes ces mesures & affurerpour
fes Enfans , ou l'Electorat de
Cologne , ou celuy de Baviere ,
il
29 du Temps, 2 97
a
il a estimé qu'il n'y avoit pas de
meilleur moyen , que de profiter
de la mauvaife difpofition du
Pape envers Sa Majesté &
de fon attachement à la Maiſon
Autriche
premierement, pour
empefcher que la poftulation dre
dit Cardinal de
Furtemberg &
la
Coadjutorerie , qui n'auroit
pas reçu la moindre difficulté
fous un Pontificat moins paffionné
contre la France, ne fustcon
firmée ; & en fecond lieu , lux
donner pour
concurrent ce mcfme
Prince que ledis Cardinal a
vait deffein d'obliger ifenfibles
mentus tqst-xib ob soningcan
I
a-
SANS98
Suite des Affaires
&
Il eft vray qu'il n'y a aucune
perfonne raisonnable , inftruite
des principes de la Religion Catholique
, Apoftolique Romaine
, qui euft pu s'imaginer,
que malgré tout ce que les Conciles
Oecumeniques & en dernier
lieu le Concile de Trente ,
ont ftatué touchant l'âge la
fcience, & les qualitez requifes
neceffaires à un Evefque , le
Pape qui avoit témoigné par le
paffé tant d'éloignement pour
toutes les graces , pût fe porterà
declarer capable deftre élu à
l'Archevefché de Cologne , un
jeune Prince de dix -fept ans
du
Temps.t.090
que
qui n'en eft pas mesme Chanoine.
Mais il faut avoüer
ce renversement de la difcipline
Ecclefiaftique est bien moins avantageux
à la Maiſon de Baqu'à
celle d'Auftriche, &
viere ,
à l'Electeur Palatin ; car fi ce
projet réaffiffoit en faveur du
Prince Clement , on il ne feroit
que le dépofitaire de l'Electorat
de Cologne , pour le faire paffer
à un Prince de Neubourg , ou
s'il le vouloit retenir pour luy
mefme , avant qu'il air plú à
Dieu donner des enfans à l'Electeur
fon frere , & dans le
temps qu'il expofe fi fouvent fa
I ij
100 Suite des Affaires
wie pour le fervice de l'Emperear
, ik affeureroit à l'Electeur
Palatin la fucceffion aux Etats
de Baniere & à la Cour de
Vienne L'extinction d'une Mai
fon qui luy a toujours donné
une forte jalousie , er que be
merite de l'Electeur qui regne
prefent ne diminuera pas.
1 Voilà le veritable motifde ce
Brefconcerté entre le Pape , les
Miniftres de la Maifon d'Au
feriche , ceux de l'Electeur
Palatin comme ils ont bien
jugé que Sa Majesté ne fouffiroitpas
que le Cardinal de Fur-
Hemberg paftulécanoniquement
ji I
du Temps ? 1on
à
l'Archeveſché de Cologne , en
fuft dépouillé , en haine de l'ap
plication qu'il a toujours donnée
au maintien d'une bonne in
telligence entre Sa Majesté &
l'Empire , ny que la plus confi
derable partie du Chapitre que
luy a donné fes fuffrages , fust
privée de fes droits par la force
& la violence , ils se font enfin
determinez à faire la paix
avec le Turc , pour la
pour la rompre en
mefme temps avec la France.
Mais fi Sa Majefté a beaucoup
de fujet de fe plaindre
d'un procedé fi contraire à la
bonne foy avec laquelle Elle a
I. iij .
•
102 Suite des Affaires
toujours agy pendant les plus
grandes profperitez des Armes
Imperiales en Hongrie , & aux
foins qu'Elle a pris d'empêcher,
qu'il n'arrivaft rien dans toute
l'Europe qni en puft arrefter le
cours , il n'y a perfonne , quelque.
paffionnée qu'elle puiffe efire contre
la France qui ne doive avouer,
que tout ce qui s'est fait
depuis l'obtention de ce Bref
d'Eligibilité , tant par les Miniftres
Imperiaux , que par ceux
de l'Electeur Palatin , a dû achever
de laffer la patience du Roy,
& luy ôter fujet de douter de la
ferme refolution que l'Empereur
du Temps.
103
4..
prife de luy declarer la guerre
inceffamment.
C'est dans ce deffein que la
Cour de Vienne a cru n'eftre plus
obligée à garder aucunes mefu-
Le Concorres
qu'encore que res , &
dat Germanique , les Conftitutions
de l'Empire , & le Traité
de Munster doivent rendre inviolable
la liberté des Elections
dans les Chapitres d'Allemagne ;
& que l'Article 23. du Traité de
Nimegue ait dû faire ceffer les
injures & les invectives des
Ministres de la Cour de Vienne
contre le Cardinal de Furftemberg
; neanmoins le Comte de
I iiij.
104 Suite des Affaires
•
Kaunitz , voyant bien que ny
les promeffes ny les menaces
n'estoient pas capables d'ébranler
une affez confiderable partie du
Chapitre de Cologne , pour faire
quelque oppofition a l'élevation
du Cardinal de Furftemberg, &
qu'il n'y avoit que ceux qui par
leurs charges & leurs emplois
indifpenfablement obli- eftoient
-gez à fuivre les mouvemens de
la Cour de Vienne , qui ne vou
luffent pas concourir à fa Poftulation
, tous les autres eftant
pleinement perfuadez , qu'ils ne
pouvoient faire un plus digne
que de la perfonne dudii
'
choix ,
du
Temps. 105
Cardinal non
feulement pour le
bien & l'avantage
de l'Archevefché
, mais auffi pour l'affermiffement
du repos de l'Empire,
il n'y a point eu d'injures , d'invectives
, de calomnies , dont
&
ce Miniftre
n'ait chargé ledit
Cardinal , jusqu'à luy donner
une exclufion
formelle de la part
de l'Empereur
, & menacer le
Chapitre de luy ôter fes privileges
. Enfin on peut dire
méprise
l'infraction
manifefte
des Traitez de Paix ont paru
auffi
clairement dans le Difcours
adrefé au Chapitre de Cologne
par ledit Comte de
Kaunitz, que
que
·le
106 Suite des Affaires
la mpderation dudit Cardinal
fon zele pour le maintien de la
tranquillité publique dans la ré
ponfe qu'il y a faite .
re
Mais comme toutes ces violences
des Miniftres de la Maifon
d'Auftriche n'ont pas efté capables
d'empefcher que la plus
grande & plus confiderable partie
du Chapitre de Cologne ne
foit demeurée infeparablement
unie avec le Cardinal de Fur-
Stemberg, pour maintenir conjointement
avec luy les droits
les libertez de leur Eglife ,
la Cour de Vienne fait fes diligences
pour affembler les Trou
du Temps. 107
pes de la plupart des Princes
Proteftans aux environs de cet
Archevefché , afin de les employer
à faire executer conjointement
les Brefs qu'elle fe flate
d'obtenir de la Cour de Rome
>
contre la difpofition des Canons,
des Traitez des Constitu
tions de l'Empire , & elle ne fe
foucie pas que l'Archevefcbé de
Cologne foit entierement defolé »
& la Religion Catholique opprimée
dans tous les lieux qui en
dépendent pourveu qu'elle y
trouve des moyens & des faci
litez d'attaquer la France , de
foutenir la guerre contre Sa Ma-
>
108 Suite des Affaires
2
à
jesté aux dépens des Electeurs ,
Princes Etats de l'Empire
de contraindre les premiers
deferer au Roy de Hongrie la
Couronne de Roy des Romains ,
avant l'age indiſpenſablement
requis par ces mefmes loix &
conftitutions enfin d'aßujettir
toute l'Allemagne à l'autorité
defpotique de la Maifon
d'Auftriche
en éloignant de
Falliance & de l'amitié du Roy.
ceux qui pourroient eftre les plus
fermes défenfeurs des droits &
des libertez de leur Patrie.
Ces veritezfont parfaitement
connues de Sa Majesté, & il
ر
du
Temps. 109
'y aura perfonne de bon fens ,
bien informée de ce qui fe
paffe dans l'Europe , qui puiffe
revoquer en doute la moindre
circonstance de ce qui eft avancé
dans ce Memoire. Ilferoit mefme
affez inutile de rendre publiques
toutes les autres preuves que Sa
Majofté a enes de la refolution
prife par la Maifon d'Auftriche ,
de luy faire inceffamment la
guerre. Elle est bien perfuadée,
qu'après toutes celles qu'Elle a
données du trop grand defir
qu'Elle a toujours eu d'affermir
la tranquillitépublique tout le
monde avouera, qu'il euft efté à
110 Suite des Affaires
fouhaiter pour le bien general de
la Chrestienté , que ceux qui
croyent trouver leurs avantages
exciter de nouveaux troubles ›
n'euffentpas eu fi bonne opinion
de la fincerité des intentions de
Sa Majefté, & que ce ne fera
que fur eux qu'on rejettera le
blâme de la neceſſité où ils l'ont
mife , defaire marcherfesTroupes
, tant pour affieger Philisbourg
, comme la Place la plus
capable de faciliter à fes Ennemis
l'entrée dans fes Etats , que
pour ſe mettre en poffeffion de
Kaiferflouter , jufques à ce que
Electeur Palatin ait reftitué à
du Temps.
111
a
Fugth
8
Madame Belle-foeur de Sa
Majefté , ce qui luy doit appartenir
de la fucceffion des Electeurs
fes Pere & Frere.
Mais quelque fuccés qu'il
plaiſe Dieu de donner aux
armes de Sa Majesté , Elle a
toujours le mefme defir de faire
defa part tout ce qui pourra contribuer
a l'affermiffement de la
tranquillité publique : Et pour
cet effet Elle declare , qu'il ne
tiendra qu'à l'Empereur & àfes
adherans , de la rendre d'une
perpetuelle durée Sa Majesté
voulant bien , que pour oster à
l'avenir tout fujet de mefintelli
i
12 Suite des Affaires
gence entre Elle & l'Empire ,
e ne plus làißer aucune fa
mence de divifion & de xenon
vellement de guerre , ilfoitfait
un Traité de Paix definitifs aux
mefmes conditions que celuy de
Tréve, comalu & figné à Ratifkanne
le 15. douſt 1684. bien
extendu que Sa Majesté ne
pourra eftre troublée , ny inquietée
en quelque manière que
GAfoit touchant les nouvelles,
Fortifications qu'Elle a establi
gée de faire pour la feureté de fes
Etats , tant à Huningue , qu'an
Fort Louis du Rhinasid tralius
- Et comme elle n'a pas entre'd
du Temps:
113
pris le Siege de Philisbourg pour
s'ouvrir des moyens d'attaquer
l'Empire , mais feulement pour
fermer l'entrée de fes Etats à
ceux qui voudroient exciter de
nouveaux troubles , Elle offre
pourfaciliter davantage le Traité
de Paix , de faire demolir les
Fortifications de ladite Ville de
Philisbourg , lors qu'Elle l'aura
reduite à fon obeisance , & la
faire rendre à l'Evefque de Spire,
pour en jouir de la mesme maniere
que fes Predeceffeurs ont
fait avant que la Place fust for
tifiée , fans en pouvoir rétablir
les Fortifications .
K
114 Suite des Affaires
Sa Majesté veut bien encore
ajoûter à ces offres une preuve
plus confiderable & plus convainquante
du defir qu'Elle a de
rétablir une bonne corespondance
avec l'Empereur & l'Empire ,
& de la rendre d'une longue
durée ; & quoy que les dépenfes
extraordinaires qu'Elle a faites
pourrendre la Place de Fribourg
imprenable , comme elle est å
prefent , la doivent obliger à ne
la détacher jamais de fa Couronne
, neanmoins pour procurer
une longue paix à toute la Chrefienté
, & pourfaire voir qu'Elle
n'a pensé qu'à fermer ſon
du
Temps.
115
Royaume , & non pas àfe conferver
des moyens de l'agrandir,
Elle veut bien auffi faire démo
lir les fortifications de cette importante
Place , & la rendre à
l'Empereur avec ses dépendances
, à condition qu'elle ne pourra
jamais eftre fortifiée .
Quant à l'Electorat de Colo
gne, Sa Majeté offre d'en retirer
fes Troupes , auffitoft que
Pape , foit de fon pur mouvement
, ou à la priere de l'Empereur
, aura confirmé la Poftulation
du Cardinal de Furstemberg;
Elle s'employera volontiers
lors que ledit Cardinalfera
(
le
-K ij
116 Suite des Affaires
dans la paifible poffeffion &
joüiffance dudit Electorat , à le
faire entrer avec le Chapitre
dans les
temperamens qui pourront
eftre propofez pour la fatisfaction
du Prince Clement & de
l'Electeur de Baviere , en forte
que le repos de cet Archeveêché
ne puiffe eftre troublé ny à prefent
, ny à l'avenir.
Sa Majesté veut bien auffi,.
pour ne laiffer aucun refte ny
occafion de troubles , terminer
inceffamment les differends qui
regardent lafucceßion Palatine ,
& Elle offre pour Monfieursfon
Frere unique , & pour Madadu
Temps. 117
me, fa Belle foeur, un defiftement
de toutes les Places , Terres
Pays , mefme des meubles , des
Canons , & de toutes les autres
chofes qui leur doivent encore
eftre reftituées , moyennant un
dédommagement en argent , fuivant
l'eftimation qui en fera
faite , au plus tard dans un an,
par les Commiffaires qui feront
nommez à cet effet : & au cas
qu'ils n'en puffent convenir dans
ledit temps , Sa Majesté confent
que ce qui restera de differends
foit terminé par l'arbitrage du
Roy d'Angleterre & de la Repu
blique de Venife , fans qu'on en.
118 Suite des Affaires
d'autre
puiffe venir de part ny
à aucune voye de fait.
C'est à ces conditions , beaucoup
plus avantageufes à l'Empereur
& à l'Empire , qu'à Sa
Majesté àfa Couronne que
la tranquillité publique peut être
rétablie & affurée pour toujours ,
pourveu qu'elles foient acceptées
dans le mois de Janvier prochain
: à l'effet de quoy. ' effet de quoy Sa Majesté
est prête d'envoyer incef-
Samment fes Plenipotentiaires
à Ratisbonne. Mais aprés ce
temps , Sa Majesté estant obligée
de continuer des dépenfes
immenfes , Elle ne pretend plus
du Temps.
119
La
eftre tenue à fes offres ; & en
6as d'un plus long retardement ,
ou 'un refus de les accepter, Elle
protefte dés à prefent de tous les
malheurs que guerre pourra
caufer à la Chreftienté , contre
ceux qui l'ont forcée à reprendre
les armes , pour prévenir leurs
mauvais deffeins, & qui ne
voudront pas profiter des expediens
qu'Elle propofe, pour aſſu
ver inceffamment une Paix durable.
Fait à Versailles le
jour de Septembre 1688 .
21400
Quoy que je ne puiſſe vous
rien dire touchant ce Me120
Suite des Affaires
moire , qui ne foit beaucoup
au deffous de la maniere dont
il est écrit , l'abondance du
droit du Royeft fi grande
que je croy vous en pouvoir
encore entretenir. D'ailleurs,
ce Memoire n'expofe que les
faits ; il eft vray qu'ils font
affez forts & affez connus,
pour n'avoir pas besoin que
les raifonnemens & lespreuves .
les faffent valoir. Cependant
on ne fçauroit trop en faireconnoiftre
la verité à caufe
du grand nombre de jaloux
que la gloire du Roy a fait
élever contre ce Monarques
•
ce
du
Temps .
121
Ce n'eft pas qu'ils n'en foient
entierement convaincus , ils
ne voyent aucun fujet d'en
douter , & on fçait fort bien
qu'ils n'en difconviennent
pas dans leur ame; mais comme
leur ambition ne s'en accommode
pas , ils font les
premiers à chercher des couleurs
pour obfcurcir cette
verité , & les plus noires font
celles qui leur plaiſent da-
"
vantage . Il n'eft rien que leur
dépit & leur malice n'inventent
, mais ce qui leur nuit,
c'eſt qu'ils bâtiffent fur de
méchans fondemens
L
> &
122 Suite des Affaires
n'alleguent que des faits
qu'ils prennent plaifir à fuppofer
. Ainfi on n'a pas beaucoup
de peine à les combatre
dés qu'on le veut entreprendre
, & tous les fombres nuages
dont ils fe font efforcez
de couvrir la verité , s'éva
nouiffent aux moindres raila
fons que l'on apporte
pour
mettre au jour . Ils font perfuadez
en la déguifant
, qu'il
eft aifé de decouvrir
leurs
fuppofitions
, dés qu'on voudra
s'en donner la peine, mais
ils fe repofent
fur la fageffe
des Ecrivains
de France
, qui
du
Temps.
123
ne font pas accouftumez à
écrire comme eux , & à faire
des invectives, cela eft caufe
que moins on répond à leurs
écrits , plus ils écrivent , &
font écrire,
s'imaginant
qu'à
force de repeter des faufletez ,
& d'en fuppofer de nouvelles,
on y adjouftera foy ; cela
leur arrive fi fouvent , qu'on
pourroit dire qu'ils commencent
à la fin à croire euxmefmes
, ce qui ne fort point
de leur imagination échauf
fée , à force de le vouloir
perfuader aux autres . Ils feavent
auffi que ce qu'ils écri-
Lij
124 Suite des Affaires
vent , eft indifferent au Roy,
qu'il les regarde avec mépris
fans fe foucier qu'on y réponde
, ce Prince fçachant
bien qu'il n'y a que les méchantes
caufes qui ont befoin
d'Avocats , & d'eftre bien
défenduës , & ne fe mettant
pas en peine de tout ce que
la calomnie & l'envie peuvent
faire dire , pourveu
qu'il foit content de luymefme
, que la justice foit
de ſon coſté , qu'il ne faſſe
rien contre la gloire , & que
fa confcience n'ait rien à luy
reprocher. Il fcait que la madu
Temps.
125
lice eft roft ou tard confonduë
, que la verité fe decou
vre toujours de quelques
voiles qu'on la puiffe enveloper
, & que
le
temps
juſtice à tout le monde.
rend
C'eſt un fait incontestable
que quoy que le Roy ne puſt
douter des mauvaiſes intentions
de l'Empire contre luy,
ce Prince n'a point écouté
tout ce que la politique cuft
confeillé à un autre pour
empefcher l'Empereur de s'agrandir
, qu'il y a contribué,
plus qu'aucune autre Puiffance
en ne faifant point de
1
iij
126 Suite des Affaires
diverfion , qu'on a vu plus
de François de marque dans
les Armées de fa Majefté Ime
periale que d'aucune autre
Nation ; que les Fils meſme
de fes Miniftres y ont efté, ce
qui fait voir la fincerité des
intentions de ce Monarque
que fes Miniftres doivent
mieux fçavoir que beaucoup
d'autres. Sa Majesté a mefme
fait plus , & pour témoigner
fa bonne foy , & ofter aux
Allemans toute l'inquietude
qu'ils pouvoient avoir , parce
qu'un Prince puiffant , &
toujours certain de la victoi
du Temps .
127
re , eft à craindre , Elle a voulu
de fon cofté travailler auffi
pour l'agrandiffement de la
veritable Religion , & faire
dans fon Royaume ce que
tous fes Predeceffeurs n'avoient
pû faire depuis que
Calvin y avoit fait recevoir
fa Reforme prétenduë . Vous
fçavez que le relâchement
des moeurs fut le pretexte
qui la fit fuivre par ceux
qui dans chaque Eftat n'ont
de religion , que parce qu'on
eft obligé d'en avoir , & que
plufieurs Souverains d'Allemagne
l'embrafferent, à cauſe
Liiij
128 Suite des Affaires
qu'elle les autorifoit à s'emparer
& à jouir de tous les
biens de l'Eglife , qui font
grands en Allemagne . Cette
Religion reformée , ou plûtoft
relâchée , avoit pris de
profondes racines en France ,
& la plufpart de ceux qui en
faifoient profeffion , la fuivoient
de bonne foy , parce
qu'ils y eftoient nez . Comme
le libertinage ne la leur avoit
point fait choifir ,il eftoit fort
difficile, de déraciner de leur
coeur des erreurs fucées avec
le lait ; & le Roy qui entreprenoit
une auffi grande affaire
du Temps. 129
chez lay.fe mêtoit hors d'ètat
de faire foupçonner à l'Empereur,
& à l'Empire qu'il les
vouluft artaquer. Il eft con
ftant que s'il euft eu ce deffein
, il n'auroit point manqué
de pretexte fpecieux . Les
Souverains en trouvent toujours
lors qu'il s'agit d'une
guerre dont le fuccés leur
paroift certain . Mais il y avoit
plus dans la fituation où
eftoient les chofes , & c'eft un
fait fi clair & fi évident , que
je pretens vous faire voir que
le Roy avoit de juftes fujets
de l'entreprendre, en forte que
r30 Suite des Affaires
mis
fi le grand foin qu'il prend
de fes affaires , & le bon eftat
où elles fe trouvent , ne l'euffent
pas rendu feur de pouvoir
refifter quand les Ennel'attaqueroient
, fes Peuples
auroient eu lieu de fe
plaindre de ce qu'il ne faifoit
pas attaquer les Allemands
pendant qu'ils eftoient occupez
ailleurs , puis qu'ils avoient
refolu d'entrer dans
la France , fi- toft qu'ils au
roient conclu la Paix , ou du
moins une Tréve avec les
Turcs .
Il n'y a perfonne qui n'ait
du Temps.
13T
ouy parler de la ligue d'Aufbourg
. Elle s'eft faite avec
beaucoup de fecret ; elle a
efté cachée long- temps ; on
s'en eft enfuite vanté , on l'a
publiée, & pendant plufieurs
mois le nombre prefque infiny
des écrits menaçans de
Hollande , à roulé ſur cette
matiere, le Roy qui n'ignore
pas que pour regner , il ne
faut pas moins fçavoir ce qui
fe paffe chez les Ennemis que
ce qui fe fait dans fes Etats,
eut une Copie du Traité de
cetteLigue fi toft qu'elle fuſt
concluë , & fi ce Prince n'a132
Suite des Affaires
voit meprifé des Ennemis
dont il connoiffoit beaucoup
mieux les forces qu'eux mêmes
, il les auroit attaquez
avant qu'ils euffent feulement
levé la moitié des
Troupes qu'ils avoient reſolu
de mettre fur pied, mais il
fe contenta de dédaigner un
Projet dont il ne voyoit
point les effets à craindre ,
& quoy que cette ligue puft
eftre fuffifante pour l'autorifer
à rompre la Tréve , en
faifant entrer fes Armées en
Allemagne , il ne voulut
point embraffer une occa
du
Temps.
133
fron fi favorable
d'augmenter
le nombre de fes Conqueftes
, aimant mieux que
l'Empereur
étendift les fiennes
fur les Ennemis du nom
Chreftien . Il n'eft point befoin
de longs diſcours ,
ny de
raifonnemens pour prouver
ce que je dis ;ce ne font point
des imaginations
données
pour des veritez afin d'avoir
lieu d'écrire contre les Ennemis
du Roy, & de les rendre
odieux, de la meſme maniere
dont on veut tous les jours
noircir la France. Ce font
des faits , réels , connus , in134
Suite des Affaires
conteſtables , & qui rempliffent
une infinité de Cahaiers
& de Volumes imprimez
en Hollande.
La pieté du Roy l'ayant
empefché d'attaquer & de
vaincre ceux qui ne s'unif
foient que pour fa ruine , &
l'impuiffance des Princes lis
guez contre luy ayant fait
évanouir de fi beaux projets,
que la jaloufie qu'on avoit
de fa grandeur avoit fait imprudemment
refoudre , fans
qu'on puft eftre en état d'en
executer aucun , il s'eft pas
fé quelque temps pendant
du
Temps. 135
lequel les Ennemis de fa Majefté
fe font vus contraints à
former des
fouhaits impuiffans
; mais enfin le Prince.
d'Orange qui avoit fon but
particulier pour faire prendre
les armes contre le Roy , s'étant
fervy de la
difpofition
où il voyoit les affaires de
Cologne qui n'eftoit point
agreable à
l'Empereur , promit
à Sa
Majefté
Imperiale
de leur faire changer de face.
Il
falloit tenir parole , & il y
eut pour cela une Affemblée
fecrete à
Minden , où l'on
devoit
travailler à une nou136
Suite des Affaires
1
velle ligue . Il y avoit à cette
conference fuivant les nouvelles
publiques qui ont efté
imprimées à la Haye aprés
le retour du Prince d'Oran
ge , les Electeurs de Brandebourg
& de Saxe , les Ducs
de Brunfvic & de Lunebourg,
le Prince d'Orange , le Langrave
de Heffe Cafel , &
quelques autres Princes . L'Electeur
Palatin n'eftoit pas
moins intrigué de fon cofté,
il preffoit l'Empereur de faire
la Paix avec les Turcs
& de fe declarer ouver-
C
tement contre la France.
du
Temps.
137
Il avoit auffi fans cefle des
Envoyez , qui avoient des
Conferences fecretes avec les
Etats de Hollande, & avec le
Prince d'Orange . Enfin il eft
impoffible de fe donner plus'
de mouvement qu'il faifoit
contre le Roy, & cela, par des
veuës particulieres qui s'éxcitoient
à donner des confeils
à l'Empereur contre la gloire,
& contre les interefts de ce
Prince , à fe liguer avec la
Hollande , à s'vnir avec le
Prince d'Orange , & à mettre
toute l'Europe en armes,
afin que le defordre & la.
M
138 Suite des Affaires
confufion où feroient toutes
les affaires ,
empeſchaffent que
le Roy ne fuft en état de luy
faire rendre compte de la fucceffion
deue àMadame.Voila.
comme font fouvent ceux qui
font trop attachez à leurs interefts.
Ils facrifient amis &
ennemis pour venir à bout
d'un deffein qui n'eft ayan
tageux qu'à eux feuls , &
c'eft par cette raison que
l'on voit fouvent de grandes
guerres , dont on ignore les
veritables motifs . Mais
pour
revenir à la conference de
Minden , les nouvelles pudu
Temps.
139
bliques imprimées en Hollande
marquent , que les Etats
avoient remercié M le Prince
d'Orange à fon retour , du foin
qu'il avoit pris à Minden de
leurs interefts , & de ce qu'il
avoit utilement travaillé pour
eux. Si le Prince d'Orange
eft remercié par les Etats pour
avoir agy contre la France ,
en engageant pluſieurs Souverains
à fe liguer contre elle,
la France a donc eu raifon
de ne pas attendre les fuites
de cette feconde Ligue, La
premiere n'avoit point cu
d'effet ; la feconde en pouvoir
Mij
140 Suite des Affaires
produire de facheux , parce
que les affaires eftoient extrémement
aigries , & que la
prudence vouloit que le Roy
fe fervift de fes avantages ,
qui font d'eftre toûjours en
eftat d'attaquer , & de fe défendre
felon les évenemens .
Ainfi le chagrin qu'ont les
Ennemis du Roy d'avoir eſté
prevenus , ne le doivent pas
faire paffer pour agreffeur.
Le veritable agreffeur eft celuy
qui fait la querelle , &
qui fe met en eftat d'attaquer;
celuy qui prévient ne fait que
fe défendre , puis qu'il n'audu
Temps. 141
1
roit point pris les armes , s'il
n'avoit fceu qu'on le prépa
roit à les prendre contre luy
On ne peut donc fans injuf
tice accufer le Roy d'avoir
troublé le repos de l'Europe.
Rien n'eftant plus naturel
que d'empefcher le mal que
l'on veut nous faire , chacun
eft obligé de fe défendre ,
mais les Rois le font beaucoup
plus que les Particuliers,
parce qu'ils doivent empefcher
que les Peuples dont
la garde leur eft commife , ne
foient attaquez par leurs ennemis
, & qu'ils doivent met
142 Suite des Affaires
tre en ufage pour les défendre
tout ce que la politique a
d'adreffe , & tout ce que leurs
Etats ont de forces . On nc
manquera pas de m'objecter,
& on le fera avec raiſon ,
files Ligues dont je parle
eftoient veritables , elles auroient
produit quelque chodu
moins les Prinque
fe , ou
que
ces
qui
y font
entrez
ſe
ſeroient
mis
en
eftat
d'agir
.
Quant
à la verité
de
l'Affemblée
de
Minden
, c'eft
un
fait
connu
qui
n'a
point
beſoin
de
preuves
. On
fçait
le voyage
que
le Prince
d'Orange
y
du Temps .
143
a fait , & que plufieurs autres
Princes s'y font trouvez. Des
voyages faits par des Souverains
, & une Affemblée d'un
fi grand nombre de Princes
ne fçauroit eftre cachée, non
plus que la plus grande partie
de leurs refolutions , & d'ailleurs
tous les Hiftoriens de
Hollande en ont parlé à plufieurs
repriſes , comme je
vous l'ay déja fait voir . Voilà
ce qui regarde la verité de
l'Allemblée de Minden , qui
a fuccedé à la Ligue d'Aufbourg
; elle n'a pas eu
le fuccés
qu'on en avoit attendu ,
INT
$ 44 Suite des Affaires
non feulement parce que les
Confederez avoient plus de
méchante volonté que de
forces , mais encore parce
que le Prince d'Orange les a
tous
trompez , à commencer
par l'Empereur. Je vous expliqueray
plus au long ce que
j'avance icy quand il fera
temps de vous parler des affaires
d'Angleterre
. Cependant
je vous diray que ce
Prince fe devoit trouver avec
fes Troupes , à la tefte de
celles des Alliez, pour maintenir
l'élection de M le Prin
ce Clement , à qui l'Empereur
du Temps. 143
reur ne faifoit donner des
Bulles
ce
que
que fur cette affuranle
Prince d'Orange
luy avoit donnée , & qu'au
lieu de tenir fa parole , il fit
tout â coup tourner fes Troupes
du cofté des lieux où il
les vouloit embarquer pour
fon entrepriſe d'Angleterre
de forte qu'il a fallu faire une
troifiéme Affemblée qui s'eſt
tenue à Magdebourg, & c'est
celle dont les refolutions
fubfiftent aujourd'huy , &
qui a reglé les Troupes qui
doivent s'oppoſeraux progrés
rapides de nos armes victo-
N
146 Suite des Affaires
ricules. Je croy que cette affemblée
me donnera bientoft
lieu de vous en entretenir.
Ce n'eft pas qu'on doive
attendre de grandes chofes de
ces fortes de confederations .
La jalouſie qu'on a de la
gloire du Roy , & l'envie de
s'y oppofer , font refoudre
mille chofes. Dans l'emportement
où l'on fe trouve , les
Troupes ne coutent rien à
promettre , le dénombrement
en eft grand fur le papier ,
mais le temps de marcher
eftant venu , ce n'eft plus la
mefmechofe ; le mefme nomdu
Temps.
147
brede Troupes ne fe trouve
plus ; il n'y a point de Magazins,
il n'y a point de Chefs
parce qu'il y en a trop , &
quand il arrive que ces Troupes
fe trouvent affemblées
, &
qu'il faut combattre
, chaque
Commandant
ayant des ordres
fecrets de fon Prince de
ne point expofer les fiennes ,
tâche d'éviter d'eftre à la tefte
avec celles qu'il commande
,
& les Troupes
qui s'y trou
vent & qui font batuës , ne
peuvent facilement
eſtreremplacées
, les Princes à qui elles.
appartiennent
, n'eftant pas le
Nij
148 Suite des Affaires
t
plus fouvent en eftat d'en lever
d'autres. Ainfi il n'y a
nul fondement à faire fur des
Armées, compofées de Corps
appartenans à differens Princes
; outre qu'elles manquent
fort fouvent de tout , la diviſion
en eſt preſque infeparable.
Les uns veulenr combattre,
les autres ne le veulent
pas , ceux cy font d'avis que
l'on attaque une Place , &
ceux-là que l'on donne une
Bataille. Il n'en eft pas de
mefme des Armées de France,
rien n'y manque , l'union y
regne , c'eſt le mefme efprit
du Temps. ? 149
qui les fait mouvoir , le temps
ne le détruit point , elles font
toûjours auffi fortes parce
que les pertes en font fans ceffe
reparées , au lieu que le temps
ruine les Armées confederéssa
cauſe que la pluſpart des Princes
dont les Troupesles compofent
, ne font pas affez puiffans
pour faire de nouvelles
levées lors que le malheus
eft tombé fur leurs Troupes
plûroft qu'ils n'ont cru
que les defertions , les maladies
, & les autres inconveniens
de la guerre les ont en
tierement ruinées .
&
t
N iij
Ko Suite des Affaires
Si les ligues de tant de
Princes confederez n'operent
pas beaucoup , elles ne laiſſent
pas de faire grand bruit . A
peine l'Affemblée de Minden
fut- elle finie , que les nouvelles
publiques de Hollande
publierent que les Alliez alloient
mettre quatre- vingt mille
hommes fur pied , fans compter
vingt-trois Regimens que l'Empercur
eftoit prest de lever. Peu
de temps aprés elles dirent ,
comme fi ces Troupes cuf
fent efté déja levées , parce
qu'on avoit arrefté fur le papier
qu'on en leveroit une
du Temps... 151
ཀཙྪཱ།
partie ; Parmy tous ces mouvemens
les Allemands ont jugé à
propos de faire avancer un Corps
"d'Armée du cofté du Rhin ; il
marche des Troupes du Marquis
de Brandebourg des Princes de
la Maifon de Brunfvvic › &
du Langrave de Heffe, & dans
un autre endroit ,
Il ne faut pas s'etonner fi les
Allemands font avancer une
Armée du costé du Rhin , quand
ce ne feroit que pour ne pas manquer
à ce principe de politique , qui /
dit que fi l'on veut avoir la paix
il faut fe preparer à la Guerre.
Les mefmes ont auffi dit,
N iiij
152 Suite des Affaires
On n'eft pas peu embaraßé en
France à l'heure qu'il eft . On
n'y vouloit point de guerre , cependant
en voicy une qui fe
prépare , malgré qu'on en ait ,
ou bien il faut que cette Couronne
perde beaucoup de la
tation qu'elle a chez fes voi-.
fins.
repu-
Croiroit- on qu'aprés de
parcils difcours les mefmes.
perfonnes puffent accufer le
Roy d'avoir troublé le repos.
de l'Europe , en commençant
la guerre & n'auroient -ils.
pas plus de raifon de dire ...
Qu'il a fait ce qu'un habile
pindu Temps ? 13
f
bomme un grand Prince devoit
faire ; que les Alliez fe
font vantez trop toft , qu'ils luy
ont mis les armes à la main ,
qu'ils ont menacé par des paroles,
qu'il a répondu par des effets ,
& qu'ils ne devoient point menacer
pour s'attirer la foudre ,
à moins qu'ils ne fuffent en état
d'agir. Voilà ce qu'on doit
penfer du Roy & des Princes.
confederez; on ne peut parler
autrement fans ignorance ou
fans malice. Il ne s'agit point
icy de raifonnemens & defre-.
flexionspolitiques fur des faits.
futurs ou fuppofez , il n'eſt
154 Suite des Affaires
queftion que de faits conftans
qui peuvent eſtre expliquez
en fix ou fept lignes . Plufieurs
Souverains ont quitté
leur Cour pour s'aſſembler, &
pour fe liguer contre le Roy.
ils l'ont fait , ils l'ont dit enfuite,
on l'a publié , on l'a imprimé
, le Roy l'aſceu , il a
paré le coup , il a devancé
fes ennemis , il a triomphe
,
& le chagrin mortel qu'on a
eu de voir les conqueftes , &
d'avoir pris de méchantes
mefures, a fait dire qu'il eftoit
l'agreffeur lors qu'il n'a pris
les armes que pour ſe défendu
Temps. ISS
dre. Ce n'eft pas qu'il n'euft
efté obligé de les prendre
toft ou tard , pour faire rendre
juſtice à Madame , touchant
la fucceffion qu'on luy
retient , & qui luy eft deuë.
Il avoit toujours differé d'employer
la force , puis que
douceur luy eftoit inutile ,
parce qu'il ne vouloit pas inquieter
l'Allemagne par une
la
guerre qui auroit pu faire
croire qu'il avoit deffein
d'apporter
quelque obftacle
aux conqueftes
que l'Empereur
faifoit fur les Turcs , &
s'il attaque à preſent le Prin156
Suite des Affaires
ce Palatin , c'eſt parce qu'il
fe trouve les armes à la main
pour ſa défenſe , comme je
viens de vous le marquer , &
qu'il fe rencontre que cet
Électeur a follicité avec une
ardeur envenimée tous les
Princes confederez à fe liguer
contre luy , dans le deffein
de l'empefcher comme je l'ay
déja dit , de demander ce qui
eft dû à Madame , fuppofant
que le Roy ne feroit pas en
eftat de le faire pendant qu'il
feroit obligé de fe défendre
contre le grand nombre d'en
nemis qu'il luy a fufcitez .
du
Temps. 157
7.
¡ C'eſt une choſe qui paſſe
toute croyance , & qui jette
dans l'étonnement tous ceux
qui y font quelque reflexion,
qu'un Prince auffi puiffant
que le Roy , & qui foutient
un auffi bon droit que celuy
de Madame , n'ait pu encore
faire rendre juftice à cette
Princeffe par un Princeauffi
foible que M l'Electeur Pa
latin , & dont les Etats ne
peuvent feulement foutenir
la prefence de la moindre
partie des Troupes de Sa Majefté
,fans que toutes les Villes
qui les compofent foient
158 Suite des Affaires
auffi - toft obligées d'ouvrir
leurs portes. Ce Prince ne
pouvoit ignorer la puiffance
du Roy , & le Roy n'eftoit
pas en peine de faire rendre
juftice à Madame , toutes les
fois qu'il luy plairoit d'em
ployer une partie de fes forces;
mais Sa Majesté trouvoit
à propos de tenter auparavant
toutes les voyes de la douceur
pour parvenir à un accommodement
, & dans cette
veuë Elle a bien voulu faire
l'honneur à cet Electeur
d'envoyer à fa Cour des
Perfonnes intelligentes , &
du Temps. 7 1,9
bien inftruites , non feulement
de tout ce qui regarde
le droit de Madame , mais
auffi fort fçavantes dans tout
ce qui concerne les Loix &
le Droit en general . Cepenpendant
rien n'a pu
faire entendre
raifon à M l'Electeur
Palatin , & les Envoyez du
Roy qu'on a traitez fort indignement,
onteſté contraints
de revenir. Le bruit des manieres
hautaines du Prince
Palatin avec le Roy, & du
peu de juſtice que cet Eleteur
rendoit à Madame à la
follicitation d'un fi grand
160 Suite des Affaires
1
•
Monarque s'eftant répandu
les nouvelles publiques de
Hollande dirent que les chofes
avoient bien changé de face ,
qu'on n'auroit pu croire qu'un
Envoyé d'un auffi grand Roy que
celuy de France , eust efté chaffé
de la Cour Palatine, fans avoir
pû obtenir l'effet d'aucune defes
demandes. Ces paroles juftifient
ce que les armes du Roy
viennent de faire dans le Palatinat
, & les mefmes ne peuvent
l'accufer aujourd'huy
d'injustice fans être accufez de
partialité . Si ce qu'ils ont dit
eft veritable , comme on n'en
du Temps.
fçauroit douter ,puis que c'eff
un fait public, ils ne peuvent
blâmer aujourd'huy le Roy
fansune contradiction mani
fefte,& aprés avoir avoué que
c'est un grand Prince, & qu'il
a efté indignement traité , ils
doivent demeurer d'accord
qu'il a raifon de s'en reffentit,
& que n'ayant pû faire rendre
juftice à Madame par la douceur
,& par aucune voye d'accommodement,
il êtoit tempsqu'il
fe fervift de la force.
Quelque fujet que ce Prince
cuft de l'employer , fa bonté
naturelle l'empefcha de le
O
162 Suite des Affaires
faire auffi- toft aprés le peu
de fuccés de fon Envoyé. Il
fe remit à l'arbitrage du Pape,
qui n'a rien terminé
les
par
raifons qui font deduites ailleurs
. Ainfi le Roy s'eft veu
obligé de prendre d'autres
mefures , & dans le mefme
temps qu'il a eu recours aux
armes contre les Ennemis
que l'Electeur
Palatin luy
avoit en partie fufcitez , il les
a tournées contre le Palatinar .
Cet Electeur eftoit perfuadé
que tout luy eftoit permis ,
parce qu'il eftoit Beau - pere de
l'Empereur . Il vouloit gou-
,
du Temps. ! 153
verner l'Europe , & facrifier
la Chreftienté à fes interefts
particuliers. Il a mis les affaires
de l'Electorat de Cologne
dans le defordre où tout le
monde les voit , & pour faire
réüffir fes deffeins , il a donné
des confeils à l'Empereur
contre fa propre gloire , en
reprefentant qu'il devoit luy
"
faire la Paix avec le Turc. Il
a voulu que des Proteftans
fe meflaffent des affaires des
Catholiques ; il les a fait armer
contre eux , & contre des
Preftres , & a compromis la
Religion & la gloire de l'Em-
O ij
164 Suite des Affaires
pereur pour fatisfaire fa paffion
, & trouver moyen de
s'empefcher de rendre juftice
à ceux à qui il la doir.
Quand on fera une ferieufe.
reflexion au bon eftat où les
affaires du Roy font aujourd'huy
, on ne pourra ceffer
d'admirer fa genereuſe bonté
qui luy fait offrir la Paix , à
Les Ennemis au milieu de fes
Conqueftes. S'il ne s'agiffoit
que de quelques droits , les
affaires pourroient aiſement:
' accommoder , mais on ne
fçait ce que l'on demande au
Roy ; on ne veut que faire
du Temps . 164
diminuer l'éclat de fa gloire
& la grandeur de ſa puiffan
cc ,& comme fes Ennemis ne
pourront jamais reuffir dans
ce deffein, fa bonté aura beau
les defarmer pour un temps,
ils feront toujours fes Ennemis,
parce qu'ils feront toujours
ennemis de fa gloire ;
ils nien fçauroient fuporter
l'éclat , & fi leur foibleffe
leur fait aujourd'huy une neceffité
d'accepter la Paix que
ce. Monarque veut bien leur
offrir , ils ne laifferont pas de
la rompre , dés qu'ils fé croiront
en êtat de faire reuffir
166 Suite des Affaires
leurs entrepriſes. C'est pourquoy
on ne peut trop admi..
rer la bonté du Roy , qui
confent à les faire jouïr de la
Paix lors qu'il pourroit les
mettre hors d'eftat de pou
voir jamais reprendre les Armes
contre luy. Il n'y a que
les feuls moyens qu'il offre
qui puiffent faire reuffir à
conclure cette Paix . Il fau
droit des Siecles à Ratisbonne
pour en ébaucher ſeulement
quelques preliminaires
, de forte que les Affaires
de l'Europe changeant vingt
fois de face pendant qu'on y
du Temps.
167
་
delibere , il eft impoffible de
tirer aucun fruit de toutes ces
longues conferences , au contraire
tout s'y aigrit fort fouvent
par la diverfité des évenemens:
Les Deputez y tombent
malades , ils vieilliffent ,
ils y meurent fans y avoir
rien conclu , ou quand cela
ne leur arrive pas , ils demandent
qu'on les change , &
qu'on les renvoye chez eux,
pour veiller à leurs affaires ,
où la mort de plufieurs perfonnes
de leurs familles a
quelquefois caufé de grands
changemens pendant le long
168 Suite des Affaires
cours de leurs Ambaflades
, qu'on pourroit prefque
nommer éternelles .
C
Voila
ce
que
c'eft
que
la
Diette
de
Ratisbonne
, & ce qu'elle
a toujours
efté
. Si les affaires
de la Paix
, & de
la Tréve
avoient
efté
deliberées
dans
eette
Diete
, elles
feroient
encore
dans
le mefme
eſtat
& l'Europe
n'auroit
pas
joüi
deux
fois
de
la tranquillité
que
le Roy
luy
a fi heureuſement
procurée
, & qui
a donné
moyen
à l'Empereur
de
faire
de fi grandes
Conqueftes
fur
les Othomans
. Ainfi
l'on
peut.
du Temps. 169
peut dire que lorsque le Roy
offre la Paix par fon Manifefte
, il facrifie fes Conqueftes
afin de donner pour la
ttoifiéme fois le repos રે
l'Europe , qu'il n'ouvre le
C
champ de Mars que pour
faire ouvrir le temple de la
Paix , qu'elle ne fe peut faire
que par les moyens qu'il propofe
, parce qu'il facrifie des
Places qu'il donne de fon
plein gre pour faire éviter les
ennuyeufes longueurs de la
Diette qui n'aboutiffent jamais
à rien. Il eft certain
qu'il n'auroit pas lieu de re
P
170 Suite der Affaires
noncer à ces Places , fi on
mettoit les chofes en deliberation
, & qu'on ne pouroit
ny les reprendre, ny le forcer
de les donner . Peut-eftre
que fes Ennemis , lors qu'ils
l'ont contraint de prendre les
armes , fe fioient fur la bonté
, tant de fois éprouvée ,
en cas qu'ils ne puffent venir
à bout de leurs deffeins , ny
faire aucunes conqueftes fur
luy , comme ils fe l'eftoient
propofé , dans la penfée qu'il
n'eftoit point en eftat de foutenir
la Guerre , & qu'il ne
la vouloit point entreprendre.
du
Temps.
171
Je ne fçaurois m'enpefcher
de vous dire à propos de cette
guerre que les ennemis du
Roy recherchoient avec tant
d'opiniatreté ,quoy qu'ils fuffenthors
d'eftat de la foutenir,
ce que j'ay oüy plufieurs fois
fortir de la bouche d'un treshabile
Politique ; ils veulent
la guerre , difoit-il, & ils ne la
fçauroient faire le Roy ne
veut point la guerre , & il peut
la faire avec avantage . Les
derniers évenemens ont
confirmé cette verité d'une
maniere qui empefche
d'en douter . Dés qu'il a vu
Pij
172 Suite des Affaires
qu'on le preparoit à paffer
des menaces aux effets , &
qu'il eftoit temps de fe mettreà
couvert des nuages, qui
étoient prefts de crever fur fa
tefte , en cas qu'il n'euft pas
pris toutes les precautions
neceffaires pour les éviter , il
a fait tout ce que la prudence,
& fon experience confommée
luy ont confeillé de
faire. Il n'a point menacé,
mais il a agy , aprés avoir
routefois fait paroiftre les
raiſons qui l'engagoient à
prendre les armes , & fait des
propofitions de paix avant
du
Temps.
173
que de commencer la guerre .
On connoift par là que fa
moderation eft égale à fa
fageffe , & que ne voulant rien
retenir de fes conqueftes , il
n'a pas l'enteftement de la
Monarchie univerfelle , comme
luy imputent ridiculement
, & fans aucune vrayfemblance
, je ne dis pas fes
ennemis , mais ceux qui fe
meflent d'écrire & de faire
des raiſonnemens fur les affaires
des Souverains avant
qu'elles foient arrivées . Lors
que l'on veut tant écrire , l'on
s'egare , l'on fe perd à force
Piij
374 Suite des Affaires
de raifonner. On fait voir
qu'on a beaucoup de malice,
qu'on allegue faux , & qu'on
fe trompe fouvent en pretendant
penetrer dans l'intention
des Souverains .
Quant à ce qui regarde la
guerre d'aujourd'huy , de
quelque maniere qu'on tourne
les chofes il n'en fçauroit
rejallir aucun blâme fur le
Roy. On a publié qu'il ne
vouloit poinr de guerre , &
on l'a mefme imprimé. S'il
ne vouloit point de guerre,
pourquoy faire tant de ligues
contre la France ? Pourquoy
du Temps.
175
refoudre des armemens, & les
commencer ? A t- on fujet de
traiter le Roy de Prince qui
veut tout envahir , parce qu'il
cft pluſtoſt preſt à combatre
que fes ennemis, & qu'il va au
devant d'eux ? Le depit qu'ils
doivent avoir eft de fe voir
prevenus
, & d'avoir
affaire
à un Monarque
qui ne peut
eftre furpris , & qui n'attend
pas la foudre
quand
il la
voit prefte à tomber
fur luy.
C'est tout ce qui les oblige
de parler. Quant
à ce qui
regarde
ce qui s'eft paflè depuis
que fes armées
font en
Pi iij
176 Suite des Affaires
campagne , la rapidité de
leurs conqueftes
n'eft pas un
crime , & quelque chagrin
qu'elles donnent, elles ne font
dignes que de loüanges .
L'Europe eft heureufe que
les Armes du Roy foient fi
triomphantes ; fi elles l'étoient
moins , la guerre dureroit
plus long- temps , & les
ennemis de ce Prince voyant
une egalité de fuccés fe fateroient
d'obtenir des avantages
plus confiderables , ou du
moins s'applaudiroient de
voir leurs forces égales à celles
d'un fi grand Roy , faire
du Temps. 177
balancer la victoire scentre
eux & ce Prince , ce qui feroit
caufe qu'on prolongeroit
guerre, parce qu'aucun des
Partis ne voudroit devoir la
Paix à l'autre.
la
Je croy vous avoir affez
fait voir la justice des armes
du Roy, & mefme vous avoir
trop parlé d'une chofe qui
doit eftre hors de doute ,
quelques couleurs qu'em
ployent le grand nombre d'Ecrivains
de Hollande
, pour
furprendre
les efprits groffiers
& foibles. Il n'eft point
neceffaire de raifonnemens
178 Suite des Affaires
dans cette affaire , pour en
faire connoiftre la verité . Il
fuffit de mettre feulement les
faits d'un cofté , & les fables
qu'on écrit de l'autre ; mais
comme les Ligues qu'on
avoit faites contre le Roy
étoient grandes que les
Catholiques y cftoient enrrez
avec les Proteftans
qu'on avoit trouvé moyen
d'y faire entrer auffi Rome ,
& de l'aigrir contre la France ,
& qu'elle pouvoit ufer legerement
de fon pouvoir fpirituel
, la prudence a voulu
qu'on ait fait les Actes d'apdu
Temps .
179
pel fuivants
, felon
l'ufage
reçu & approuvé
par les
Conciiles
.
rs
Le 27. Septembre M
Mouffinot l'aifné , & Batel-
Hier, Notaires Apoftoliques
,
ayant efté mandez au Parquet
de Meffieurs les Gens
du Roy au Palais , Meffire
Achilles de Harlay , Confeiller
d'Etat , & Procureur
General du Parlement
dit , Que la reputation de la
pieté de noftre Saint Pere le
Pape Innocent XI. ayant fait.
voir à Sa Majesté avec beau
coup de joye fon exaltation au
Souverain Pontificat, Elle avoit
180 Suite des Affaires
4
tâché de s'unir depuis ce temps
avec Sa Saintetépour travailler
de concert à tout ce qui pourroit
regarder la gloire & le fervice
de Dieu . Que les defirs de Sa
Majefté , & les avances qu'-
Elle avoit faites pour ce fujet,
n'ayant pas eu lefuccés qu'Elle
en devoit efperer , Elle avoit
continué de fa part d'employer
la puiffance que Dieu avoit mife.
entrefes mains pour conferver
dansfon Royaume lapureté de la
Foy , pour faire rentrer dans le
fein de l'Eglife un grand nombre
defes Enfans qu'Elle avoit
perdus
qu'en luy donnant
du
Temps.
181
ainfi toute la protection qu'elle.
pouvoit attendre d'un grand
Roy, dans le temps mefme qu'
Elle l'avoit édifiée par fes exemples,
Elle avoit inftruit tous fes
Sujets parfa pieté particuliere.
Que cependant nostre faint Pere
le Pape , à qui tant de vertus
d'actions merveillenfes devoient
rendre fi chere la perfonne du
Roy , avoit embraẞé avec ardeur
la plainte que deux Evef
ques luy avoient faite fur le
droit de Regale , & rejetté en
mefme temps les témoignages que
luy avoient rendu tous les autres
Prelats de ce Royaume , des
182 Suite des Affaires
graces qu'ils avoient receues de
Sa Majesté fur ce fujet, au préjudice
mefme de fes droits . Que
Sa Sainteté avoit voulu oster
aux Ambaffadeurs du Roy en
Cour de Rome, les Franchifes
dont ils avoient joy , mefme
fous fon Pontificat , dans une
Ville , où la reconnoiffance
des
Papes auroit pu conferver à nos
Rois des marques plus éclatantes
plus fingulieres de la Souve
raineté, dont ils s'eftoient dépouillez
autrefois en faveur du
Saint Siege. Que le Pape avoit
regardé comme une doctrine fufpecte
& dangereuse la Declara-
4
du
Temps.
183.
tion que les Deputez du Clergé,
affemblez à Paris en 1682. avoient
faite de leurs fentimens
fur la Puiffance Ecclefiaftique,
dans une conjoncture où
au-
&
que
plufieurs
de
fes
Predeceffeurs
roient
efté
plutoft
aux
extremitez
de
l'Europe
, que
de
laiffer
fans
Paſteurs
tant
de
nouveaux
Catholiques
, Sa
Sainteté
avoit
refusé
des
Bulles
à plufieurs
Ecclefiaftiques
nommez
par
le
Roy
,
pour
remplir
les
Eglifes
vacantes
defon
Royaume
, &
àqui
l'on
ne
pouvoit
imputer
d'autre
crime
d'avoir
connu
la
verité
par
leur
fcience
, &
de
l'avoir
dite
que
184 Suite des Affaires
avec une fincerite pleine de
de refpect pour le Saint Siege.
Que la conduite que le Pape
avoit tenue depuis quelques
mois touchant l'Archevefché
de Cologne , avoit donné lieu
de croire que fes partialitez pou
voient également faire naiftre
diffiper une partie de fes
fcrupules de fes difficultez
Que la perfeverance qu'avoit
eue Sa Sainteté à ne point reconn
oiftre , & à ne point donner
audience à un Ambaſſadeur que le
Roy avoit bien voulu luy envoyer
dans cette conjoncture ,
les foudres dont Elle s'estoit
du Temps:
1851
fervie contre ce Ministre , l'Interdit
de l'Eglife dediée à Dieu
fous le tine de Saint Louis
dans la Ville de Rome ; enfin le
refus inoiy qu'Elle avoit fait
depuis peu de donner Audience à
une perfonne que le Roy avoit
depefchée vers Elle, mefme de
recevoir une Lettre de Sa Majefté
dont Elle l'avoit chargée ,
laifferoient un exemple quiferoit
prefque incroyable à la pofterité,
du pouvoir que la Religion &
le defir de conferver la Paix de
la Chrestiente, avoient eu fur
le coeur du Roy , & l'autorité
qu'avoient euë fur l'esprit du
186 Suite des Affaires
Pape, des preventions
fi contrai
res aux obligations
de la place
qu'il rempliffoit. Qu'il eftoit
inutle de s'étendre
davantage
, aprés que le Roy avoit
bien voulu
que
la Lettre écritte
par fa Majestéfur ce sujet à
Mle Cardinal d'Estrées le 6. de
Septembre devinft publique , &
que puifque fa Sainteté fermoit
ainfi les oreilles à tous les éclairciffemens
que Sa Majesté avoit
bien voulu luy faire donner , &
aux plaintes les plus juftes que
l'on avoit à luy porter de fa
part , il eftoit enfin contraint ,
Luy Procureur General du Roy ,
du
Temps.
1,87
de défendre & de main enir
maintenir la
Dignité de la Couronne , & le
repos des Sujets du Roy , par les
regles de la justice , en mefme
temps que fa Majefté continuoit
de le faire avec tant de gloire
par la puiffance de ſes Armes.
Que bien que l'on puftfe difpenfer
de faire aucunes procedures
contre desJugemens qui feroient
nuls par l'eftat de celuy qui les
prononceroit , par la qualité de la
matiere dont il s'agiffoit
, & par
celle des perfonnes qu'ils pourroient
regarder, neantmoins pour
n'obmettre aucune chofe de fon
devoir , & fuivant les exemples
Qij
188 Suite des Affaires
de fes Predeceffeurs , il déclaroit
en qualité de Procureur General
de Sa Majefté, & aprés qu'Elle
luy en avoit accordé la permiffion,.
qu'il eftoit appellant pour le Roy
pour fes Sujets au Concile
Univerfel , qu'il plairoit à Sa
Sainteté d'affembler dans les formes
canoniques, de toutes les procedures
& actes qne nostre Saint
Pere le Pape pourroit avoir faites
; & des jugemens que Sa
Sainteté pourroit avoir rendus
depuis la notification qui luy
avoit eftéfaite par les ordres de
Sa Majesté des justes fujets
de plainte de fufpicion qu'El-
1
du
Temps.
189
le avoit contre la perfonne de Sa
Sainteté pareillement des autres
procedures & jugemens
qu'Elle pourroit faire rendre à
avenir au prejudice de Sa Majefté
, des droits de fa Couronne
defes Sujets protestant en
mefme temps au nom , & fuivant
le commandement exprés
qu'il en avoit receu du Roy
que fon intention eftoit de demeurer
toûjours inviolablement
attaché au Saint Siege, comme
au centre veritable de l'unité de
l'Eglife, d'en conferver les droits,
l'autorité , & les preeminences ,
avec le mefme zele que Sa Ma190
Suite des Affaires
>
jefté avoit fait en tant d'occa
fions importantes de luy rendre
Elle-mefme , de luy faire ren
dre par tous fes Sujets , le ref
pect la deference & la foumiffion
qui luy estoient deus &
qu'auffi- toft que le Pape mieux
informé feroit paroiftre l'équité
les fentimens d'un fuge &
d'un Pere commun , Sa Majesté
rendroit , comme Elle avoit fait
auparavant, à fa perfonne mefme
, le respect filial qu'Elle luy
devoit dont la feule conduite
de Sa Sainteté contraignoit le
Roy de s'abftenir en cette occafian.
>
du
Temps:
191
Cet Appel ayant efté figné
par les deux Notaires Apoftoliques
, M le Procureur
General fe rendit auffi - toft
au Pretoire de l'Officialité ,
où en prefence des mefmes
Notaires
, il
comparut par devant
Meffire Nicolas Cheron
, Preftre , Docteur en
Theologie , & Official de
l'Archeveſché de Paris ; &
aprés luy avoir preſenté l'Acte
d'appel qu'il avoit interjetté
, & l'avoir fupplié de
luy accorder les Lettres accoutumées
pour le relever &
pour le pourfuivre quand
192 Suite des Affaires
befoin feroit , M' Cheron
Official, en tant qu'il pouvoit
le faire , accorda les Lettres
qu'oonn luy demandoit, par
par le
refpect qu'il a pour l'Eglife
Univerfelle , reprefentée par
un Concile general , & enconfideration
de ce que cet
Appel regardoit les droits du
Roy, les libertez de l'Eglife
Gallicane , & le repos du
Royaume ; ce qui fut encore
figné par les deux Notaires
Apoftoliques.
Le mefme jour 27. de Septembre
,M' de Harlay , Procureur.
du
Temps. 193
cureur General , entra dans la
Chambre des Vacations , &
dit , Que lesfaits expliquez par
la Lettre que Sa Majesté avoit
écrite à M le Cardinal d'Eftrées
le 6. du mefme mois, l'ayant obligé
à faire declarer à nostre faint
Pere le Pape , qu'Elle ne pouvoit
le regarder à l'avenir que
comme un Prince engagé avec
fes Ennemis , ny le reconnoistre
pourFuge de toutes les chofes qui.
pourroient toucherfes interests ,
il avoit cru en qualité de fon
Procureur General , qu'il eftoit
de fon devoir deprendre en mefme
temps les precautions éta-
R
194 Suite des Affaires
blies par le Droit , pratiquées en
plufieurs occafions & fondées
fur les fentimens mefme des Canoniftes
Italiens pour empefcher
que Sa Sainteté ne pust prononcer
au moins des Jugemens van
tables & reguliers fur ces matieres
; Que dans ce deffein il
avoit interjetté au Concile univerfel
un appel extrajudiciaire
de toutes les procedures qué Sa
Saintetépourroit avoir faites, or
faire à l'avenir , & des Fugen
mens qu'Elle pourroit avoir rene
dus , ou rendre dans la fuite, an
prejudice du Roy, des droits de
fa Couronne, & des Sujets de
du Temps. 195
Sa Majesté. Que le respect qu'il
devoit à la Cour , l'avoit obligé
de luy en venir rendre compte ,
& de luy prefenter l'Acte qu'il·
en avoit fait ; qu'elle y reconnoiftroit
dans le commandement
qu'il en avoit receu du Roy fur
ce fujet , la pieté , lafageffe , &
la moderation qui fembloient a
voir éteint dans la perfonne de
ce Prince les paffions qui agitoient
le plus vivement les autres
hommes. Qu'il efperoit que
la Cour approuveroitfa condui
tes estant affuré qu'elle employe
roit toujours avec beaucoup de
zele de fidelité toute l'au
Rij
196 Suite des Affaires
torité qu'il avoit plu au Roy de
luy confier , pour maintenir le
respect den à Sa Majesté à tant
de titres fijuftes , & pour conferferver
les droits de fa Couronne,
la tranquillité de fes Sujets , &
les libertez qui n'estoient pas
particulieres à l'Eglife Gallicane
, mais qu'elle avoit confervées
avec plus de lumiere & de vigueur
qne les autres .
M'le Procureur General s'étant
retiré, laChambre aprés
avoir veu l'Acte d'appel avec
fes Conclufions qu'il avoit
laifféesfur le Bureau, & la matiere
ayant efté miſe en delidu
Temps.
197
beration , ordonna que l'A& e
d'appel feroit enregistré au
Greffe pour y avoir recours
quand befoin feroit , & que
le Roy feroit tres- humblement
remercié d'avoir trouvé
bon que fon Procureur
General commençaft à faire
les Procedures qui avoient
efté pratiquées en femblables
occafions, & que M M le premier
Prefident affeureroit Sa
Majefté de la part de la Compagnie
, de fon attachement
à la Perfonne Sacrée & à fon
fervice , & du zele avec leqifel
elle employeroit toû
Riij
198 Suite des Affaires
jours l'autorité qu'il avoit
pleu au Roy de luy confier,
pour maintenir les droits de
fa Couronne , les libertez du
Royaume & le repos de fes
Sujets.
Ce que je viens de vous
rapporter fait voir que de
pareilles precautions font
établies par le Droit , qu'elles
ont efté pratiquées en plu
fieurs occafions & qu'elles
font fondées fur les fentimens
mefmes des Canoniftes Ita
liens. On y voit la pieté du
Roy, lors que M' le Procureur
General dit par un exdu
Temps. 199
près commandement de Sa
Majeſté , que l'intention de ce
Prince eft de demeurer toûjours
inviolablement attaché au Saint
Siege , comme au centre veritable
de l'Unité de l'Eglife , d'en
conferver les droits l'autorité
les preeminences , de luy ren
dre luy mefme , & de luy faire
rendre par tous fes Sujets le ref
pect, la deference , es la foûmiffion
qui luy font deus. Ceux
qui font dans une parfaite
intelligence avec le Pape ,
n'en peuvent parler en termes
plus refpectueux , & plus
Lignes d'un veritable Chré
R. iiij
200 Suite des Affaires
tien , & peut eftre n'en par
leroient-ils pas de même s'ils
avoient fujet de s'en plaindre.
Je ne dis rien de M' le
Procureur General . On fçait
que la prudence , l'erudition
& l'équité regnent dans tous
les difcours qu'il prononce.
Je viens à ce qui s'est fait
touchant les Actes d'appel
de l'Affemblée du Clergé
fuivant les ordres du Roy.
Elle fut convoquée le
de Septembre dans l'Archevefché
de Paris , par M's les
Abbez de Villars & Phely.
30.
du Temps.
201
peaux , Agens Generaux du
Clergé de France , & M™ s les
Archevefques
& Evefques
qui eftoient
à Paris pour les
affaires de leur Diocefe
, fe
rendirent fur les dix heures
du matin chez M l'Arche
vefque , le plus ancien des
Prelats qui s y rencontroient
alors . Ils eftoient au nombre
de vingt- fix , fçavoir Meffire
François de Harlay , Archevefque
de Paris , Duc & Pair
de France , Commandeur des
Ordres de fa Majefté , Provifeur
de Sorbonne , Superieur
de la Maifon de Navarre , &.
202 Suite des Affaires
Prefident de l'Affemblée ;
Meffire Charles Maurice le
Tellier Archevefque de
Rheims , premier Pair de
France , Legat-né du Saint
Siege Apoftolique , Primat
de la Gaule Belgique ; Meffire
Charles le Goux de la
Berchere, Evefque de Lavaur ,
nommé par le Roy à l'Archevefché
d'Albi ; Meffire Daniel
de Cofnac , nommé
Sa Majefté à l'Archeveſché
d'Aix ; Meffire Denis Sanguin
, Evefque de Senlis ;
Meffire Touffaint de Forbin
de Janfon , Evefque Comte
par
du Temps .
203
de Beauvais , Pair de France;
Meffire François de Clermont
de Tonnerre, Evefque Comte
de Noyon , Pair de France ;
Meffire Mathieu Thoreau ,
Evefque de Dol ; Meffire
François de Nefmond , Evef
que de Bayeux ; Meffire Antoine
François de Berthier ,
Evefque de Rieux ; Meffire
Jacques Seguier , Evefque de
Nifmes ; Meffire François de
Batailler , Evefque de Bethléem
; Meffire Louis Anne
Aubert de Villeferin , Evef
que & Seigneur de Senez ;
Meffire Paul Philippe de
204 Suite des Affaires
Chaumont, Evefque d'Acqss
Meffire Pierre du Laurens
Evefque du Bellay ; Meffire
Pierre de la Brouë , Evefque
de Mirepoix ; Meffire Humbert
Ancelin , Evefque de
Tulles ; Meffire Jean Baptifte
d'Entrées , Evefque & Duc de
Laon , Pair de France ; Mef
fire Louis Marcel de Coetlo
gon , Evefque de St Brieux ;
Meffire Louis Jofeph Adheymar
de Monteil de Grignan ,
Evefque de Carcaffonne ;
Meffire Charles - Benigne
Hervé , nommé à l'Evefché
de Gap ; Meffire Jacques des
du
Temps. 205
Marets , nommé à l'Evefché
de Riez ; Meffire Charles de
Villeneuve de Vence,nommé
à l'Evefcbé de Glandeve ;
Meffire Victor- Auguftin de
Mailly , nommé à l'Eveſché
de Lavaur , & Meffire Pierre-
François de Beauvau, nommé
à l'Evefché de Sarlat.
Lors que tous ces Prelats
furent affemblez , & qu'ils
eurent pris leurs rangs & leurs
feances dans l'ordre ordinaire
,M' l'Archevefque de Paris
fit la Priere du S' Eſprit
en la maniere accoutumée ,
aprés laquelle, Mª l'Abbé de
206 Suite des Affaires
Villars, Agent, eftant au Bureau
, leur dit , Qu'ayant receu
par M l'Archevefque de Paris
les ordres du Roy, pour les affembler
dans l'Archevefché, il les
avoit executez dans la forme
accoutumée avec toute la dili
gence poffible , & que les mefmes
ordres l'engageoient à leur rendre
compte de deux Actes dont
SaMajesté par l'estime fingulie
re qu'Ellefaifoit de leurs perfon
nes, avoit bien voulu leur faire
part. Que le premier eftoit une·
Lettre que Sa Majesté arvoir
écrite à M le Cardinal d'E
trées le 6. Septembre , à l'occa
du
Temps. 207.
fon des affaires prefentes & le
Second , un Acte d'appel in
terjetté au futur Concile general
par M le Procureur General
au Parlement, le 2%. du mefme
mois , lequel Acte Sa Majesté
avoit jugé à propos de faire rendre
public , aprés qu'il leur aunoit
efté communiqué, & que s'ils
L'avoient pour agreable , il au
roit l'honneur de leur faire la
Lecture de l'un & de l'autre .
Ml'Abbé de Villars ayans
ceffé de parler, M. l'Archevefque
de Paris luy ordonna
de faire la lecture de ces deux
Actes , & lors qu'elle eur eſté
208 Suite des Affaires
faite , ce Prelat adreffa la
parole à tous les autres , &
feur dit , Que le Roy luy avoit
commandé d'avertir leurs Agens
de les affembler , afin qu'en
qualité d'Ancien il puft leur
faire connoiftre la confiance
dont il luy plaifoit de les
honorer dans la conjoncture des
affairesprefentes . Qu'ils avoient
appris par la Lettre de Sa Majefté
à M le Cardinal d'Eftrées,
la fituation dans laquelle elles
eftoient , & la juste défiance
Sa Majefté avoit de la difpofition
du Pape , qui n'avoit pû
fe laiffer flechir par toutes les
que
du
Temps.
200
foumiffions qu'Elle luy avoit rendues
, nonfeulement comme Fils
aifné de l'Eglife qui respecte le
Pere commun des Chreftiens ,
mais encore comme un Prince
doué d'une pieté exemplaire , qui
n'avoit rien voulu oublier pour
rechercher fon amitié. Que cependant
les plus fidelles Tervi
teurs du Roy estoient perfuadez
que noftrefaint Pere avoitpouße
à bout la patience de Sa Majefté,
& qu'il s'eftoit entierement
partialisé en faveur des Ennemis
de fa Couronne les plus declarez.
Que c'eftoit ce qui luy
voit donné lieu d'envoyer fes
Sa
210 Suite des Affaires
ordres dans Rome , à M. le
Cardinal d'Etrées , & de
permettre à M. le Procureur
General du Parlement d'inter
jetter un Appel au Concile General
futur des Griefs receus on
recevoir dans le temps de ce
Pontificat , d'autant plus que la
conduite paffée du Pape , faifoir
aprehender avec jufte raifon à ce
digne Magiftrat qu'il n'en tinft
une femblable dans la fuite de
ces affaires . Que le Roy avoir
jugé à propos de fe fervir de
cette precaution, afin quefi Sa
Sainteté fe laiffoit aller à ces
préventions jufqu'à employer les
du Temps : 211
و ج
armes fpirituelles de l'Eglifera
prejudice des Sujets & des Etats
de Sa Majefté, M le Procureur
General arrestast par cet Acte
toutes les procedures Ecclefiafti
que d'un Pape irrité contre la
France, & que l'appel au futur
Concile general , qui felon
nos maximes fondamentales
est reconnu fuperieur de tout
Etat & de toute Puiffance Ecciefiastique
, fans exception, mefme
de celle du Pape , fufpendift
tous les effets de fa mauvaise
volonté, ou les rendift inutiles .
Que M¨ l'Official avoit donné
Acte de cet Appel à Mle Pro--
Sij
22 Suite des Affaires
cureur general, qui l'en avoit re
quis au Tribunal defa Jurifdic
tion, où ce Magistrat luy avoit
encore demandé les Lettres que
l'on nomme Apoftres,pour pourfuivre
cet Appel en temps & lieu...
M' l'Archevefque de Paris.
ajoûta , en continuant d'adreffer
la parole aux Archevefques
& Evefques prefens ,
que le Roy ne doutoit pas qu'ils
n'appriffent avec plaisir la fage
précaution de cette procedure Ecclefiaftique
qui raffeuroit les confciences
les plus timorées , mettoit
les chofes dans les Regles ,
prevenoit mefme les troubles que
du
Temps:
213
Sa Majesté fçauroit d'ailleurs
diffiper par la force & par la
juſtice de fes Armes , mais qu'il
attendoit de leur zele & de leur
fidelité qu'ils employeroient dans
leurs Diocefes leurs inftructions
leurs foins , pour faire entendre
à fes Sujets la prudence
la moderation de fa conduite.
Que Sa Majesté eftoit perfua
dée , que connoiffant parfaitement
, comme ils faifoient , la
difference qu'il y a entre un
demeflé de Religion & une
guerre purement temporelle , ils
feauoient lever les alarmes des "
perfonnes les plus fcrupuleuses ,
&
214 Suite des Affaires
diffiper les effets de la mali--
gnité de ceux qui feroient lesplus
mal intentionnez
contre fon fervice
& le repos de l'Eftat. Que
le Roy luy avoit encore commandé
de donner fes ordres à·
leurs Agens , pour faire entendre
fes intentions aux autres
Prelats abfents , qui nonobſtant
leur éloignement auroient par ce
moyen l'avantage de participer
à l'honneur qu'ils recevoient ..
Qu'au furplus , Sa Majesté ne
doutoit pas qu'ils n'employaffent
leurs prieres , pour rendre la
Paix generale à la Chreftienté,
& cette bonne intelligence
endu
Temps: 215-
tre Sa Sainteté & le Roy , pour
laquelle Sa Majesté avoit fait
tant d'avances. Que le Roy
n'épargneroit rien de fon cofté
qui fast jufte & raisonnable ,
pour venir à bout de ce deffein,
qu'il avoit fujer d'efperer
qu'eftant foutenu de fa valeur
& de leur zele , Dieu exauceroit
fes voeux & beniroit à plei
nes mains fes intentions & fa
pieté.
Ce Difcours eftant finy, la
Compagnie d'une voix commune
& unanime pria M
l'Archeveſque de Paris de remercier
tres - humblement Sa
216 Suite des Affaires
Majefté de l'honneur qu'Elle
luy faifoit de luy donner
part de ce qui s'eftoit fait &
paffé dans les affaires importantes
contenuës dans les
Actes dont on venoit de faire
la lecture , ne pouvant
mieux faire en ce rencontre
,
que de répondre à cette fades
afin qu'il
voeux,
veur
par
pluft
à Dieu
d'inspirer
au
Pape
dans
cette
occafion
des
fentimens
de
paix
; par
des
éloges
de la pieté
du
Roy
;
de tres-humbles
actions
de graces
, & par
des applau
diffemens
refpectueux
à la
fage
par
du
Temps.
217
fage conduite de Sa Majesté
.
Le 2. Octobre Mr les
Abbez de Villars & Phelypeaux
Agens generaux du
Clergé , écrivirent une Lettre
Circulaire à M's les Archevefques
& Evefques du
Royaume , & en leur enrs
voyant à chacun la copie du
leur
Procés verbal , pour leur apprendre
tout ce qui s'eftoit
paffé dans l'Affemblée , ils
marquerent qu'ils y ver
roient les intentions du Roy,
& la maniere pleine d'eftime
& de diftinction , avec la-
T
218 Suite des Affaires
és quelle Sa Majesté en avoit
ufé envers le Clergé de France
; qu'Elle ne s'eftoit pas contentée
de faire part des Affaires
prefentes aux Prelars
qui s'eftoient trouvez auprés
d'Elle , qu'Elle avoit voulu
honorer de la mefme g
grace
tous ceux de fon Royaume
en particulier , en ordonnant
aux Agens Generaux du Cler
gé de France , de leur rendre
compte de tout ce qui s'étoit
paffé , & de leur en envoyer
les Actes .
1
Le 4. d Octobre , M le .
Doyen de l'Eglife Metropo
du Temps. 219
litaine de Paris , ayant efté
convié de fe rendre auprés de
M' l'Archevefque , pour une
affaire importante , ce Pr elat
luy fit entendre que le Roy
perfuadé de la fidelité de
Meffieurs du Chapitre , & de
leur attachement à fen fervice
, defiroit leur faire part
de la conduite qu'il avoit te
nue à l'occafion des difficul
tez furvenues entre Sa Majefté
& noftre Saint Pere le
Pape ; qu'il eftoit chargé de
fes ordres pour les communiquer
au Chapitre , & qu'il
le prioit de le convoquer pour
Tij
220 Suite des Affaires
luy envoyer des Deputez ;
furquoy M le Doyen témoigna
que la Compagnie pleine
de zele pour Sa Majeſté , iroit
toûjours au devant des occa
ſions pour luy en donner des
preuves , & affeura M' l'Archevefque
qu'elle s'affembleroit
le lendemain . Cela fut
executé , & M's du Chapitre
s'eftant aſſemblez extraordinairement
le jour fuivant ,
nommerent pour Deputez ,
Mi le Doyen , M's les Archidiacres
de Paris & de Jofas ,
M' le Chancelier , M' le Penitencier
, & M' Gaudin , le
du Temps. 221
Gendre , de la Barde , Courcier
, Benard , Petit- pied , de
la Roche & Boyetet , tous
Chanoines. Lors qu'ils fe furrent
rendus au Palais Archiepifcopal
, pour eftre informez
des intentions du
Roy , M ' l'Archevefque leur
dit , Qu'ils avoient déja fcen
que Mr le Procureur General
avoit interjetté un appel aufutur
Concile , tant des griefs qu'on
avoit receus , que de ceux que
l'on pouvoit craindre de la partialité
du Pape dans le temps
fon Pontificat . Que Sa Majefté
ayant fait l'honneur à
de
Tiij .
222 Suite des Affaires
Mrs les Archervefques & Evefques
qui s'estoient trouvez
Paris pour les affaires de leurs
Eglifes , de leur communiquer
Get Acte , Sa Majefié par une
eftime particuliere pour le Chapi
tre de Paris , vouloit leur faire
la mefme grace . Qu'il ne s'arrefteroit
point à leur parler , ny
de la nature de cet appel , ny du
grand nombre de fujets qu'on a
voit eus de l'interjetter. Que des
gens auffi éclairez qu'eux ne
connoiffoient que trop , foit par
Leurs propres reflexions , foit par
L'histoire du passé , que jamais il
n'y eut de remede plus efficace &
du Temps. 223
plus doux pour guerir , ou pour
defarmer la paffion des Papes ,
fans bleffer en quoy que ce foit,
ny la veneration profonde qu'on
doit à leur Dignité , ny donner
d'atteinte au respect qu'on doit
mefme à leurs perfonnes. Que le
Pape eftans provenu en faveur
des Ennemis de l'Estat , & toû
jours inflexible dans fes fachenfes
preventions le Royn'avoit
pú trouver un plus fage temperament
, ny un moyen plus innocent
pour ofter à Sa Sainteté,
ou la volonté de luy nuires on
le pouvoir d'executer cette mauvaife
volonté. Que le Chapitre
Tiiij
224 Suite des Affaires
de Paris ayant donné dans tous
les temps tant de marques , &
·fi fignalées d'un zele ardent
pourla gloire de la Couronne, &
une fincere fidelité pour nos Rois
Tres-Chreftiens, l'experience du
paßé eftoit une affeurance & un
gage pour le prefent, & qu'ainfi
on estoit bien perfuadé que quelque
chofe qui pust arriver , le
Chapitre auroit toûjours un tresprofond
respect , & un attachement
entier & inviolable pour
le plusfage & le plus pieux de
tous nos Rois .
Mt le Doyen à la tefte des.
Deputez ayant répondu en.
du Temps . 225:
termes pleins d'affèurance &
de demonftrations
de leur
profond refpect pour les or
dres de Sa Majefté , tous enfemble
témoignerent à M
l'Archevefque qu'ils en alloient
rendre compte à leur
Compagnie , & qu'ils luy en
apporteroient la réponſe enfuite.
Le Chapitre fut affemblé
ce mefme jour par une
convocation generale, & l'affaire
ayant efté mise en deliberation
, il fut conclu par
un confentement unanime,
que M l'Archevefque feroit
tres - humblement fupplié de
226 Suite des Affaires
témoigner au Roy , que la
Compagnie eftoit entierement
fenfible à l'honneur
que Sa Majefté luy avoit fair
d'avoir bien voulu luy donner
connoiffance des motifs
de la conduite toute pleine
de Religion , de moderation
& de pieté , comme
auffi de luy faire communiquer
l'Acte d'appel que M
le Procureur General avoit
interjetté par une précaution.
neceffaire dans la conjoncture
prefente ; qu'ils redouble .
roient leurs prieres ponr la
confervation de la perfonne
dis Temps.
227
facrée de Sa Majefté , & pour
l'heureux fuccés de fes deffeins.
Qu'ils prieroient Dieu
avec la mefme ardeur qu'il
luy pluft d'inspirer à Sa Sainteté
les fonrimens qui conviennent
à fa qualité de Chef
de l'Eglife , & de Pere commun
de tous les Fidelles. Que
comme leurs Predeceffeurs
en de femblables occafions:
avoie ntcfté en leur nomappellans
des entreprifes que
la Cour de Rome avoit voulu
faire contre les droits du Roy,
& les libertez de l'Eglife Gal
licane , ils croiroient man228
Suite des Affaires
quer à leur devoir , fi fous le
regne d'un Prince , à qui l'Eglife
& la Religion eftoient
fi redevables , ils n'eftoient
pas animez du mefme zele.
Que le Chapitre agiroit par
toutes les voyes canoniques
& legitimes , mefme en adherant
à l'Appel interjetté
par M' le Procureur General
quand il plairoit à Sa Ma
jefté de luy en donner la
permiffion , & que M ' l'Archevefque
feroit tres - humblement
fupplié de prefenter
ou d'envoyer à Sa Majeſté
l'extrait de cette deliberation
du
Temps. 229
fcellé du Sceau du
Chapirre.
La mefme chofe fut obfervée
à l'égard de M " les
Curez de la Ville & des
Fauxbourgs
de Paris . Ils fe
rendirent à l'Acheveſché
le
7. Octobre , & cet Illuftre
Prelat leur dit Qu'ils avoient
déja fceu par la voix publique
le mal que l'on devoit craindre
la fage
precaution que
le Roy avoit prife pour le détourner
. où pour le guerir.
Que la Lettre de Sa Majefté
à M le
Cardinal d'Eftrées a
voit fait connoistre à tout le
monde tous les fujets qu'Elle
230 Suite des Affaires
avoit de fe plaindre de la mau
vaife difpofition du Pape. Que
toute cette fuite de querelles que
les Miniftres du faint Pere avoient
faites à la France depuis
fi longtemps auroit laßé la patience
de tout autre Prince que
du Roy , & que cependant Sa
Majesté auroit facrifié avec
joye fes plus juftes reffentimens,
file faint Pere , non content de
ne luy jamais rien accorder
n'euft embraffé publiquement le
party de fes Ennemis , & fait
encore des menaces de porter les
chofes plus loin. Que dans ces
temps facheux , les fimples
du
Temps. 22I
les foibles pouvoient fe faire des
fcrupules , & des gens mal intentionnez,
faire fervir ces fcrupules
à fuborner l'obeillance &
la fidelité des fimples . Que Dieu
mercy, le Publi cn'avoit rien à
craindre de Perfonnes auſſi eclairées
auffi bien intentionnées
qu'ils l'eftoient. Qu'ils avoient
tous trop de lumieres pour ne pas
demefler que la Religion n'avoit
point de part dans la querelle prefente.
Qu'ils ne manqueroient
pas en cette occafion de donner à
Sa Majesté des marques publiques
éclatantes d'un attachement
inviolable , & de la juste
232 Suite des Affaires
i
de
reconnoiffance que toute l'Eglife
luy devoir , tant des bienfaits
qu'elle en avoit receus , que
ceux qu'elle en pouvoit attendre;
mais que parmy les Peuples qui
eftoient foumis à leur conduite ,
comme il pouvoit s'y rencontrer
desfimples & des foibles & des
gens mal intentionnezil eftoit de
leurdevoirde diffiperpar leurs lumieres
les fcrupules des uns, &
de confondre par leur zele la
partialité des autres. Que pour
calmer l'inquietude des premiers,
faire rentrer les feconds dans
de plus jufles fentimens , le Roy
avoit permis à M le Procureur
du
Temps: 233
General d'interjetter au futur
Concile general & oecumenique
un Appel extra-judiciaire , de
tout ce que fa Sainteté auroit pu
faire par le paffe , & pourroit.
faire dans la fuite au defavantage
du Royaume , & des liber--
tez de l'Eglife Anglicane . Qu'ils
fçavoient que cetteforte d'appel,
felon même tous les Conciles ,ren--
droit abfolument nulles toutes les
cenfures qu'on fulminoit au prejudice
de cet Acte. Qu'à la veritépour
le rendre jufte & legitime
ilfalloit qu'on euft fujet de plain--
te contre le Juge dont onon appel-.
loit , & qu'il euft un Superieur
V₁
z34 274
t
Suite des Affaires
qui pufi juger de ces plaintes.
Qu'on fe trouvoit evidemment
dans l'une & dans l'autre de ces
circonstances, Qu'on ne pouvoit
avoir plus de fujets de plaintes
du cofté du Roy , que ceux que
Sa Majesté avoit fait connoiftre
dans fa Lettre à Mª le Cardinal
d'Estrées ; que felon nos maximes
& l'ancienne Doctrine
de la France le Concile Oecu
menique avoit fur la perfonne
des Papes une autorité Superieure
, & qu'ainfi c'eftoit à ce
feul Tribunal qu'on pouvoit por
ter les plaintes lors qu'elles étoient
justes & legitimes. Que
da Temps. 1233
Sa Majesté attendoir de la fidetité
co du zele fincere de tous
les Curez de Paris , qu'ils infinuaffent
àfes Sujets qui eftoient
foumis à leur conduite des fentimens
fi raifonnables. Que pour
reuffer avec plus de fuccez ils
devoient non feulement s'y ap
pliquer eux meſmes avec beaucoup
de foin , mais encore faire
infpirer la mefme chofe par les
Ecclefiaftiques qui confeffoient
prefchoient dans leurs Paroiffes
; que comme jufques ators
ils avoient donné des mar
ques finceres de leur foumiffion's
on avoit fujet d'eftre perfuade
Vij
236 Suite des Affaires·
que dans cette occafion ils renouvelleroient
avec plaisir ces mef.
mes temoignages d'une entiere
fidelité euvers Sa Majesté , &
d'une parfaite obeiffance aux
ordres de leur Archevefque.
Ce docte Prelat ayant fie
ny fon diſcours, M'Cordelle,
Curé de Sainte Geneviefve
des Ardens , & Doyen des
Gurez de Paris, luy répondit
au nom de tous fes Confreres. ,
Qu'ils eftoient tous convaincus
de la fincere intention du Roy ,,
de demeurer inviolablement uni
au Saint Siege , comme au centre
de l'Unité de l'Eglife , &
du
Temps.
237
d'en conferver les droits , l'au
torité & les prerogatives avec le
mefme zele qu'il les avoitfoute--
nus dans des occafions importantes.
Qu'il l'avoit fait publier
par l'appel de M le Procureur
General qui en avoit receu l'or- -
dres qu'il en avoit fait des protestations
dans la Lettre écrite
à M le Cardinal d'Eftrées pour
en affeurer fa Sainteté ; qu'il
l'avoit encore confirmé par le
Manifefte qu'il avoit fait publier
qu'avant tout cela il
n'avoit rien obmis de tout ce qui
pouvoit affeurer le Pape de fon
respectfilial qu'il luy rendoit e
238 Suite des Affaires
:
luy faifoit rendre par les Sujers,
lors
mel
e que Sou
W
n'agiffoit
pas avec luy en Pere commun
. Qu'aprés toutes cesprotef
tations & les grandes avances
que Sa Majesté avoit faites ,
Elle n'estoit que trop convain
cuë de laPartialité du Pape
defon attachement à la Maifon
d'Auftriche & du grand
éloignement defe reunir avec Sa
Majefté. Que dans cettefacheufe
conjoncture Louis le Grand nous
donnoit un admirable exemple
de fa pieté & de fa moderation ,
perfuadé qu'il eftoit que les droits.
de fa Couronne eftoient moins
du Temps: 239
ع و ن
à menager pour luy , que ceux
du Ciel. Que fa puiffance luy
offroit des armes victorienfes
pour furmonter tous les obftacles
& humilier fes Ennemis »
qu'il ne l'ecoutoit plus. Qu'il
preferoit la moderation qui luy
donnoit des voyes plus douces ,
plus eclairées & plus prudentes.
Qu'ilfe contentoit des procedu
res canoniques ufitées dans la
difcipline Ecclefiaftique , qui eftoient
l'Appel au futur Concile
Qecumenique. Que cet Appel
n'eftoit pas une chofe nouvelle ,
puis que les Hiftoires en fourniffoient
des exemples . Qu'il
240 Suite des Affaires
rendoit inutile, & annulloit tout
la prevention pouvoit
ce
que
la
avoir fait , ou pourroit faire .
Qu'il tenoit tout en eftat, &
confervoit tous les droits de fa
Couronne fans effufion de fangs
fans troubler le commerce ny
Paix , & donnoit le temps &
l'occafion aux Parties de prendre
des mesures d'accommodement.
Qu'il avoit toûjours efté
jugé neceffaire & jufte par les
plus fages du Royaume , & les
plus attachez au Saint Siege.
Qu'une conduite fi douce & f
éclairée devoit faire confiderer-
Sa Majesté comme le centre de
toutes :
du
Temps. 241
toutes les vertus qui avoit é
touffé en Elle toutes les paffions ,
& qui en repandoit furfon Perple
les heureufes influences comme
le Pafteur charitable de tous
Les Sujets , maintenant les uns
dans le centre de l'unité de l'Eglife
par fon attachement inviolable
au faint Siege , & y
faifant rentrer les autres qui s'en
eftoient miferablement feparez.
Que c'estoit dans cette veuë
qu'ils devoient le prendre pour
leur modelle,fuivre fes lumieres,
imiterfa conduite , & diffipant
Les vains fcrupules des confcien
ces ignorantes ou trop timorées ,
X
•
*
242 Suite des Affaires
maintenir avec ce Prince dans
le repos dans la tranquillité
interieure fes Sujets que la Providence
divine avoit foumis à
leur conduite fous les ordres de
leur Illuftre Archevefque . Qu'ils
ne pouvoient douter de l'équité
de ce procedé , puis que le Roy
avoit efté affisté des confeils du
plus éclairé des Prelats , qui
eftoit la fource d'où ils devoient
puifer les lumieres de leur con
duite. Que comme il eftoit l'ame
qui animoit toutfon Diocese , ils
en recevoient le mouvement.
Qu'ils eftoient donc tous infeparables
de leur zelé Prelat tous
du
Temps.
243
attachez aux interefts de noftre
Augufte Monarque. Que
e leur
foumiffion & leur fidelité pour
P'une pour l'autre feroient inviolables
, & qu'ils
eftoient
prefts d'adherer à l'Appel interjetté
au futur Concile's comme
Ms du Chapitre de Noftre
Dame de Paris avoient fait , &
de faire telles autres procedures
qu'on jugeroit neceffaires.
Meffieurs les Curez ayant
approuvé par un fentiment
unanime la réponse de leur
Doyen, chacun d'eux en particulier
affeura M l'Arche
vefque de fa parfaite obeif
X ij
244 Suite des Affaires ce
à faire
executer
fes
or
dres
&
d'une
fidélité
inviolable
pour
les
intereſts
de
l'Eftat
, &
du
fervice
de
Sa
Majefté
.
Le mefme jour , tous les
Chefs des Chapitres & les
Superieurs des Communautez
Seculiers & Regulieres
d'Hommes & de Filles , qui
avoient auffi receu ordre de
fe trouver à l'Archevefché,
s'y eſtant rendus , M ' l'Archevefque
leur dit avec fon
éloquence ordinaire. Que les
Evefques n'eftant élevez dans
des poftes eminents qu'afin de
budu Temps.
245
voir les chofes de plus loin, felon
la belle Parole de faint Augustin
, il estoit jufte qu'en decouvrant
les orages avant qu'ils
fondiffent fur la tefte de leurs
Troupeaux , ils ne penfaffent
qu'à les écarter. Qu'il ne falloit
pas s'eftonner fi dans la conjoncture
prefente il avoit fait affembler
tous les Chefs des Chapitres
Communautez, afin de
leur communiquer les mesures
que l'on avoit prifes pour des
tourner ou diffiper la tempefte
qui les menaçoit. Qu'à la verité
l'orage n'eftoit point encore
formé , mais que le Pape , parce <
X iij
246 Suite des Affaires
qu'il avoit dir plus d'unefoisaux
Miniftres de fa Majeſté , donnant
un juftefujet de craindre ,
que prevenu de paffion , & animé
par les Ennemis de l'Estat , il
ne lançaft quelques cenfures il
estoit de la prudence d'un Prelat
de prendre de bonne heure de
fages precautions fur un point fi
important. Que le Roy n'avoit
rien à craindre de ces foudres à
l'ombre , non feulement de fes
lauriers , & d'un Trone auf .
élevé qu'est celuy de nos Roys »
où la pieté éclatoit de toutes
parts , mais encore d'une infinité
de bienfaits , que l'Eglife en gedu
Temps. 247
neral & celle de France en particulier
avoit receus de fa
protection ou de fa liberalité.
Que comme ce grand Prince
avoit pour fes Peuples une tendreffe
de Pere , il vouloit auffi
les raffenter, & les mettre en
eftat de voir ces éclairs fans en
eftre éblouis , & d'entendre gron
der le tonnerre dans une grande
tranquillité. Que fa Majefte y
avoit pourven par l'Appel extrajudiciaire
qu'il avoit permis
à Mr le Procureur General du
Parlement , d'interjetter au futur
Concile General . Que c'é
toit-là le grand Tribunal on
Xiiij.
248 Suite des Affaires
l'on devoit porterd auffi grandes
plaintes , d'autant que l'on avoit
reconnu par l'experience des
Siecles paffez qu'il n'y avoit
point de meilleur moyen pour
concilier les volonteZ&redonner
la paix aux efprits les plusagitez.
Que perfonne n'ignoroit que cette
forte d'Appel , de l'aveu de tous
les Docteurs , lioit tellement la
puiffance de Fuge dont on appelloit
, que les cenfures qu'il fulminoit
& tous les Actes qu'il
pouvoit faire au prejudice de
' Appel eftoient abfolument
nuls. Que ce n'eftoit point un
fentiment qui fuft particulier
grodu Temps. 249
aux Docteurs de ce Royaume
et
mais une maxime commune , a
vouée par les Canoniftes les
Theologiens Seculiers & Regsliers
, de tout Pays , & de tous
Ordres . Que cette fage prevoyance
rendant nulles par
vance les cenfures dont le Pape
voudroit troubler noftre repos ,
il fembloit que ce feroit affez
de repandre de tous coftez des copies
de cet Appel. Que cependant
comme il fe trouvoit dans
le monde trois fortes de perfonnes,
les ignorans les foibles ,
gens prevenus , il falloir ,
pour feconder les bonnes intenles
250 Suite des Affaires
tions de l'Appel , que les Supe=
rieurs & ceux quifous leur conduite
on annonçoient la parole.
de Dieu , ou dirigeoient & confeffoient
fes Diocefains , euffent
dans cette occafion trois princi
pales qualitez, des lumieres pour
éclairer les ignorans , de la fermeté
pour foustenir les foibles
& de la fidelité pour retenir
ceux qui s'égaroient de leur de
voir.Que grace à Dien , il avoit
veu auec beaucoup de plaifir par
une heureuſe experience que ce
concours de qualitez fe rencon
troit parfaitement dans les Superieurs
des Communautez de
du Temps. 251
Paris , & dans ces dignes Ouvriers
qui travailloient fous eux.
Qu'ily avoit dans tous les Corps
d'excellens hommes en toutes manieres
d'une auffi grande capacité
que d'une fidelnéinviolable
envers le Roy. Qu'ainfi il
efperoit qu'il auroit la joye de
luy dire ce que le Cardinal de
Richelieu écrivoit au feu Roy
Louis XIII.d'heureuſe memoire,
quejamais il n'avoit trouvéplus
de fidelité que dans le Clergé de
Paris , dans la Faculté de Theologie,
& dans toutes les Com
munautez de cette grande Ville.
Qu'il les exhortoit afin d'execu-.
152 Suite des Affaires
ter fes ordres, d'avoir foin que
leurs Confeffeurs & leurs Predicateurs
fiffent entendre an
Peuple dont il leur avoit confié
la conduite le falut , que ces
querelles que l'on nous faifoit, ne
regardoient que le temporel &
les . interefts des Princes , &
nullement la Religion . Qu'ils
eftoient obligez en cette rencontre
de r'affeurer les confciences,
s'il y en avoit d'affez timorees,
pour ſe faire une vaine peur.
Que ce n'estoit pas fans raifon
qu'il leur difoit , s'il y en avoit,
puifque tout le monde en general
estoit fi perfuadé de la picté du
du Temps 153
Roy & delaJustice defes armess
qu'on auroit peine à trouver un
Particulier qui parust mefme en
douter. Qu'enfin ils devoientrecommander
à leurs Penitens d'avoir
toujours pour le Saint Pere
une grande veneration , d'avoir
pour ſa Majeſté un trés-profond
refpechune obeiffance parfaite,
une fidelite incorruptible, & que
c'eftoit le moyen de vivre tranquille
, bon Catholique , & bon.
François. Qu'au refte ils ne pouvoient
manquer en fuivant un
chemin fi feur. Que de celebres
Compagnies l'avoient déjafrayé
avant eux, puifque M's du Cha154
Suite des Affaires
pirre de l'Eglife Metropolitaine,
Mles Curez de Paris
leur en avoient donné l'exemple.
Lors que M l'Archevefque
cut achevé fon difcours,
Dom Claude de Bretagne
Prieur de l'Abbaye de S Germain
des Prez , & en cette
qualité grand Vicaire né de
ce Prelat dans le Fauxbourg
S ' Germain , luy répondit au
nom de toute l'Affemblée ,
Que les Communautez
Secutieres
& Regulieres de fon Eglife
de Paris , pour eftre feparées du
grand monde n'avoientpas laiffé
du Temps. 155
d'apprendre jusqu'où noftre invincible
Monarque avoit porté
fon inviolable attachement pour
le Saint Siege qu'il en avoit
donné des marques trop publi-
•ques & trop éclatantes pour les
ignorer, mais qu'en meſme temps
toutes ces Communautez a-
A
voient gemy devant Dieu de
voir que lefaint Pere cuft rendu
inutiles tant de refpectueuses
démarches de la part de Louis le
Grand , & que Rome fe fust
toûjours éloignée à mesure que
la France s'approchoit. Que
neantmoins la moderation du
Roy n'en avoit jamais efté ny
*
256 Suite des Affaires
vaincue ny laffée. Que toujours
Grand , toujours heureux , &
toujours vainqueur , il avoit
laiffé tout fon ponvoir arresté
ou fufpendu en fes mains.
Qu'il fe contentoit de demander
juftice à l'Eglife par les voyes
Canoniques , luy qui auroit pû
fe la faire rendre par d'autres
voyes juftes & legitimes . Que
c'eftoit un bel exemple de la
part qu'ils devoient prendre à
la tranquillité de l'Eglife
Estats comme des plus foumis
des plus zelez Sujets de fa
Majesté. Qu'il efperoit qu'il ne
feroit que l'interprete des Chefs
de
du Temps. 257
des Chapitres des Superieurs
des Communautez , quand il
affeureroit M. l'Archevefque
que chacun d'eux pour leurs
Corps, & luy pour le fien , ils
estoient prefts d'adherer à l'appet
interjetté au futur Concile Oé
cumenique & de donner leur
nom à toutes les procedures canonignes
& neceffaires. Que
Meffieurs du Chapitre de Noftre-
Dame , & Mrs les Curez
de Paris leur avoient déja frayé
le chemin où ils devoient entrer,
mais
que
feureté leur gloire , c'eftoit
deftre prefidez par un
tres-
Y
ce qui farfoit leur
258 Suite des Affaires
illustre Prelat , qui n'eftoit pas
moins à fuivre dans fes confeils,
qu'à admirer dans fa profonde
doctrine.
Le Pere Prieur de S. Ger
main des Prez ayant ceffé de
parler , tous les Chefs des
Chapitres , & tous les Superieurs
des Commuuautez Se.
culieres & Regulieres décla
rerent d'un confentement unanime
qu'ils adheroient à
fes fentimens & à fes conclufions
. Outre cela , ils témoignerent
tous en general
& chacun en particulier ,
qu'ils avoient bien de la dou29
du Temps : 230.
leur de la partialité du Pape,
Qu'ils feroient des prieres
pour le rétabliffement d'une
parfaite intelligence entre Sa
Sainteté & le Roy. Que ce-
..
pendant , quoy qu'il arrivaft,
cux & toutes leurs Compagnies
en gardant beaucoup
de refpect pour le Saint Pere ,
demeureroient
toûjours in
violablement attachez au fervice
& aux interefts de Sa
Majefté , & qu'ils fupplioient:
tres - humblement
M l'Archevefque
de l'en vouloir
bien affeurer. On ne peut trop
admirer l'éloquence de cer
Y ij
260 Suite des Affaires
Illuftre Prelat dans ce que je
viens de vous rapporter des
differens Difcours qu'il a faits
en cette importante occafion.
Le mefme jour 7. Octobre,
Mile Tréforier de la Sainte
Chapelle , à qui ce meſme
Prelat avoit fait donner part
des ordres qu'il avoit receus
du Roy de faire affembler
toutes les Compagnies &
Communautez
ques de la Ville de Paris , pour
leur faire voir la Lettre de Sa
Majefté à M le Cardinal
d'Eftrées , & l'Acte d'appel
9
1 Ecclefiafti
du Temps . ? 261
*
for
interjettée par Mrle Procureur
General , convoqua extraordinairement
à l'iffue de
Vefpres M le Chantre &
Mrs les Chanoines , & aprés
la lecture faite de ces deux
pieces , il dit qu'ils venoient
d'entendre ce qui s'eftoit paffé
entre noftre Saint Pere le Pape
& le Roy à l'occafion des af
faires qui estoient à la veille de
troubler le repos de la Chreftien
té , & qu'il s'affeuroit qu'à ce
recit il n'y auroit perfonne qui
n'admiraft la moderation que
Majefté avoit toujours confervée
dans tous les fujets de méconten
"
Sa
262 Suite des Affaires
temens qu'elle avoit receus des
la Cour de Rome , & la patience
avec laquelle Elle avoit
bien voulu attendre qu'il pluft
à Dieu d'inspirer au Pape des
fentimens plus convenables à la
place qu'il occupoit , & aux conjonctures
prefentes des affaires.
Que c'eftoit un effet de cette fageffe
que nous voyions éclater
dans toutes fes actions , & par
laquelle il eftoit au deffus des autres
hommes , autant que par l'étendue
de fa puiffance . Que
toute l'Europe l'avoit veu dans
temps que la fuperiorité de fes
armes , & la foibleffe de fes Enle
du Temps: 263
a-
7
nemis luy donnoient le plus de
lieu d'étendrefes conquestes , preferer
une paix utile à la Chrêtienté
aux avantages certains
d'une guerre legitime , dans la
veuë d'executer , comme il avoit
fait depuis fi heureufement, le
grand & pieux deffein qu'il
voit forméde bannir entierement
l'Herefie de fon Royaume . Que
tous les Peuples nos Voifins a
voient esté témoins comme nous
de la tranquillité , & mesme
du plaifir avec lequel il avoit
regardédans les dernieres années
tous les heureux fuccés qu'il avoit
pleu à Dieu de donner aux
264 Suite des Affaires
..
Armes de l'Empereur contre les
Infidelles , pendant que les interefts
de fon Eftat , & les regles
d'une Politique ordinaire
auroient dea luy faire prendre
des mesures pour en empefcher le
progrés. Qu'il paroiffoit fans
doute extraordinaire , & mefme
incroyable , que le Pape euſt uſe
de tant de dureté envers un
Prince fi pieux & fi zelé pour
la Religion , & que bien loin de
favorifer fes juftes deffeins , il
fuft entre ouvertement dans les
interefts des Princes les plus
ennemis de fa Couronne , au
zard de rallumer une guerre.
au bacruelle
7
du
Temps.
265
cruelle entre les Chrestiens , &
d'arrefter le cours de leurs victoires
, lors que l'Empire Othon
man eftoit fur le point de fon
entiere ruine. Quefa Compagnie
devoit gemir d'un fi grand malbeur
avec tous les gens de bien ,
afin qu'il pleuft à Dieu de
tourner fur les Ennemis du nom
Chreftien tous les maux dont
nous estions menacez , en inſpirant
au Pape des fentimens plus
conformes à fa qualité de Pere
commun des Fidelles . Que cependant
pour fatisfaire à ce que
demandoit d'eux le zele qu'ils
devoient avoir pour la conferva .
Ꮓ
266 Suite des Affaires
tion des libertez de l'Eglife Gallicane
, pour la tranquillité
de ce Royaume , & donner en
mefme temps au Roy de nouvelles
marques de leur foumiffion.
de leur attachement particu
lier à fa Perfonne facrée , il
croyoit qu'ils devoient adherer à
l'Acte d'Appel interjetté par M³,
le Procureur General au futur
Concile univerfel, conformement
à l'ufage pratiqué depuis plufieurs
fiecles en de femblables.
rencontres , en France , &
en d'autres Royaumes Chreftiens,
eftant d'ailleurs obligez d'offrir
inceffamment leurs prieres pour.
du Temps. 267
l'affermiffement de la Paix &
du repos de la Chrefticnté, &
pour l'accompliffement des bons
juftes deffens du Roy.
ع و م
Aprés ce Difcours la Compagnie
remercia M ' le Treforier
de les avoir aſſemblez
pour leur communiquer la
Lettre du Roy à M' le Cardinal
d'Eftrées , & l'Ate
d'Appel interjetté par M. le
Procureur General , & declara
qu'elle eftoit prefte d'adherer
à cet Acte en tant que
befoin feroit , eftant attachée
infeparablement au Corps de
l'Eglife Gallicane, & à laper-
Z ij
268 Suite des Affaires
fonne facrée de Sa Majeſté
en qualité de fes Commenfaux
, & devots Orateurs ,
Gardes du Trefor de la Sainte
Chapelle , où ils continueroient
fans ceffe leurs
prieres pour la confervation
de fa fanté , de toute la Maifon
Royale , de la paix de
l'Eglife , & de la profperité
de l'Etat .
On voit par tous ces Actes
que le Parlement, & tous
les Ordres du Clergé concou
rent unanimement pour une
chofe dont ils reconnoiffent
tous la justice , perfonne n'i
du
Temps. 269
gnorant que cette forte d'Appel
, de laveu de tous les
Docteurs , lie tellement la
puiffance du Juge duquel on
appelle , que les Cenfures
qu'il fulmine, & tous les Actes
qu'il peut faire au préjudice
de cet Appel , font abfolument
nuls.
Le jour fuivant 8. Octobre ,
l'Univerfité de Paris s'eftant
aflemblée aux Mathurins en
tres - grand nombre , & tous
les Maiftres & Docteurs, tant
Seculiers que Reguliers qui
la compofent, s'y eftant trouvez
pour entendre ce que M
Z iij
270 Suite des Affaires
le Procureur General avoit à
leur dire de la part de Sa Majefté
, fuivant l'avis que leur
en avoit donné publiquement
M. le Recteur , dan's
Affemblée tenuë la veille
pour les prieres accoutumées,
ce Magiftrat fut receu à la
porte de l'Eglife par les Députez
de chaque Faculté , &
lors qu'il fe fut affis dans la
chaife qui luy avoit efté préparée
, il mit entre les mains
de M. le Recteur une Lettre
de cachet avec cette fubfcription,
AAnnooss tres-chers & bien
Amez les Recteur , Docteurs, & .
du Temps.
271
Suppofts de noftre Fille Aifnée ,
l'Univerfité de Paris .1a Lettre
portoit que Sa Majeſté avoit
donné ordre à M. le Procu
reur General de leur communiquer
les Actes qui avoient
efté faits en dernier lieu für
les affaires prefentes , pour
mettre fon Royaume & fes
Sujets à couvert des proce
dures injuftes de la Cour de
Rome
, & que voulant bien
leur donner cette marque de
fa confiance , fon intention
eftoit qu'ils ajoûtaffent foy
à ce qu'il leur diroit de fa
part. La lecture de cette Let-
Z iiij
272 Suite des Affaires
tte ayant efté faite , M. le
Procureur General leur fit' un
Difcours tres éloquent . Il dit ,
Que l'estime que le Roy faifoit
de leurs lumieres
, & la confiance
qu'il avoit dans leur affection
pourfonfervice , l'avoient
engagé à luy commander de venir
dans leur Affemblée
pour les
informer des precautions que la
conduite du Pape à l'égard de
Sa Majesté avoit obligé de
prendre afin de prevenir les
fuites qu'elle pourroit avoir , ſi
Dieu par fa bonté n'inſpiroit à
Sa Sainteté des fentimens
plus
équitables , & plus conformes à
25 du Temps. 273
La place où la Providence avoit
permis qu'Elle fut élevée. Que
fi l'on jugeoit des fujets qui avoient
formé ces nuages par les
Brefs diferens du Saint Pere qui
avoient paru dans ce Royaume
depuis quelques années , par les
refus qu'il faifoit d'accorder à
un grand nombre d'Ecclefiaftiques
nommez par le Roy les
Bulles de plufieurs Eglifes que les
Papes font en droit de donner depuis
le dernier fiecle`, par
Bulle de Sa Sainteté concernant
les Franchifes des Quartiers où
les Ambassadeurs demeurent
dans la Ville de Rome , par fa
la
274 Suite des Affaires
perfeverance à ne pas écouter
celuy que le Roy avoit envoyé
vers Elle , avec l'éclat
que
Ta
grandeur de Sa Majesté & la
dignité du faint Siege pouvoient
defirer ; enfin par le refus incüy
qu'Elle avoit fait de donner audience
à une perfonne que le Roy
avoit chargée en fecret d'une
Lettre de fa main , & de fes
ordres particuliers , on ne pourroit
s'empefcher de s'imaginer,
que l'Arche du Seigneur eftoit
ébranlée par des effortsfacrileges,
que la Foy de l'Eglife estoit at
taquée , que l'on vouloit ufurper
fes droits , étouffer fa liberté, &
du Temps. 275
lors
qu'enfin on cherchoit à introdui
re des Pontifes corrompus
, qui y
portaffent avec eux la défolation
de l'abomination
; mais qué
que l'on voyoit que le Saint
Pere condamnoit fur la plainte
de quelques Religienfes , comme
fur une preuve affeurée , la pretention
qu'il vouloit croire que
te Roy avoit de nommer les
Superieurs d'un Convent vendu
peu de mois aprés pour
des dertes tres legitimes
, &
blamoit fur un fondement fi folide
la conduite d'un Archevefque
confiderable par la grandeur
defonfiege & par le merite
276 Suite des Affaires
defa perfonne quand on confideroit
que le Roy n'avoit fait
autre chofe fur le droit de Regale
qu'autorifer par des Lettres
Patentes le jugement contradictoire
intervenu fur ce fu
jet dans fon Confeil , aprés une
procedure de plus de foixante
ans, qui y avoit eftéportée par le
Clergé de France , & qu'abandonner
en faveur de tous les
Prelats de fon Royaume la partie
de ce droit qui pouvoit avoir
quelque chofe de fpirituel , &
dont le Roy faint Louis avoir
joui fans fcrupule ; quand cette
Declaraion prefentée au Roy en
du Temps. 277
1682. touchant la Puiffance Ec
clefiaftique , qui donnoit pretexte
au refus que faifoit fa
Sainteté d'accorderà ceux qui l'avoient
fignée , les Bulles de tant
d'Eglifes vacantes aufquelles
ils avoient efté nommez par Sa
Majesté, eftoit comparée avec
celle que
que le Cardinal de Lorraine
fit en 1563. fur le mefme fujet ,
fans quefa Foy devinst fufpecte
au Pape Pie IV. à qui elle eftoit
adreffée , ny à S. Charles Borromée
fon Neveu , qui gouvernoit
fous fes ordres , & dont au
moins les Miniftres de fa Sainteté
pourroient fe contenter d'i278
Suite des Affaires
miter le zele les vertus
quand on voyoit que le Pape
fans garder aucune des mesures,
mefme de bienfeance , & comme
fila mort d'un Ambaffadeur apportoit
quelque changement aux
Droits de fon Maistre , vouloit
oster aux Miniftres du Roy en
Cour de Rome les Franchifes du
quartieroù ils demeurent ; quand
on confideroit à quoy fe reduifoient
ces Franchifes & les exces
où nostre faint Pere s'eftoit
porté contre l'Ambassadeur de Sa
Majestéfous pretexte d'enfoutenir
l'abolition , on ne pouvoit
croire qu'il pufl trouver étrange
du
Temps.
279
dans
qu'on cherchaft ailleurs que
des chofes de cette nature les
motifs de fa conduite à l'égard
du Roy & defes Sujets ; qu'on
s'imaginaft que fon élevation au
Souverain Pontificat n'avoit
pas éteint les fentimens que fa
Patrie avoit trop profondement
gravez
dans fon coeur , & que
fi l'on donnoit quelques louanges
à fon zele , on fouhaitast en
mefme temps qu'il l'employaft
pour des fujets qui le puſſent
exciter avecplusde justice .Mais
que lors qu'on jetteroit lesyeux,
non pas fur la grandeur fur la
puiffance , & fur les Victoires
280 Suite des Affaires
du Roy , mais fur la pieté de ce
Prince ,fur fon application toujours
égale à maintenir la pureté
de la foy fur la protection qu'il
donnoit à tous les Prelats defon
Royaume ,pour rendre leur miniftere
plus utile au fervice de
Dieu , fur le zele avec lequel
Sa Majefté employe pour abolir
tous les defordres l'autorité
Dieu luy a donnée , enfin quand
on penfoit que ce Prince avoit
facrifié tant d'interefts confiderables
au rétabliſſement de la
feule & veritable Religion dans
fon Royaume , qu'il n'avoit
voulu profiter de la Paix qu'il
que
du
Temps.
281
t
3
s
venoit de donner encore une fois
à l'Europe que pour augmenter
l'Empire de JESUS CHRIST
dans fes Etats pendant que fes
Ennemis gagnoient des Royaumes
entiers . & détruifoient une
Puiffance qui leur avoit esté fi
formidable & fi funefte , il n'étoit
pas poffible que la Pofterité
s'imaginaft que ces Brefs euffent
pu eftre adresez àce Prince" , é
qu'un Pape qui avoit fait paroistre
de la pieté , du zele pour
la Religion , & du defintereffement
en beaucoup de chofes , euft
pû oublier jufques à ce point les
obligations que luy impofoit fa
J
*
A a
282 Suite des Affaires
place ,» la reconnoiffance que
l'Eglife eftoit obligée d'avoir
pour tant de bien -faits qu'elle.
avoit receus de ce grand Roy
qu'on ne pourroit enfinſe perfuader
que le Succeffeur de ces Pontifes
, qui avoient juré degarder
une alliance eternelle avec nos
Rois, & qui faifoient lire leurs
Lettres dans les Affemblées du
Clergé & du Peuple de Rome ,
s'engageast avec les Ennemis de
P'Heritier de ces Princes , & .
refufaft de recevoir fes Lettres ,
d'écouterfes Miniftres .
Que fi cette conduite du Pape
donnoit à l'Europe un grand fu
du Temps, et 283
jet d'étonnement , la moderation
avec laquelle le Roy avoit bien
voulu la fouffrir durant tant
d'années , ne luy donneroit pas
un moindre fujet d'admiration .
Que le fang Illuftre de tant de
Rois qui couloit dans les veines
de ce Prince , la dignité de fa
Couronne ,fa grandeur , fa puif
fance , la gloire de fes Triomphes
, la paix donnée plus d'une
fois à fes Ennemis , combattoient
dans fon coeur cette moderation ,
& que la Religion ſeule & le
refpect qu'il avoit pourfes Miniftres
la foûtenoient contré des
motifsfi puiffans ; mais que
LOKS
A a ij
284 Suite des Affaires
Sa
Dien
que le Roy avoit veu l'idée , que
Sa Sainteté prenoit de cette patience,
l'ufage qu'Elle en faifoit,
lesengagemens publics qu'Elle
avoit pris avecfes Ennemis ,
Majefté n'avoit pû reſiſter davantage
à l'obligation que
luy avoit impofée & auferment
folemnel qu'Elle avoit fait dans
fon Sacre de conferver la dignité
defaCouronne de maintenir
le repos dont fes Sujets joüiffent
fousfa protection.Que l'Univerfité
feroit beaucoup mieux informée
de ces faits importans par la
lecture de la Lettre que le Roy
avoit écrite à M le Cardinal
d'Eftés , qu'Elle ne le pouvoit
du Temps.
285
eftrepar fes paroles; qu'ainfi ilfe
contenteroit de dire à la Com
pagnie que le Roy ayant fait
declarer au Pape , que fa Majefté
contrainte de le regarder à
l'avenir comme un Prince
enga.
gé avecfes Ennemis , ne pouvoit
plus le reconnoistrepour Fuge de
toutes les affaires où Elle pour
avoir intereft.
Que pour luy il avoit eru qu'il
estoit de fon devoir d'affeurer
encore par les formes que le
Droit avoit établies une recufation
fi jufte & fi neceffaire d'un
Juge qui ne vouloit pas écouter ,
qui aprés le refus qu'il avoit
286 Suite des Affaires
fait d'admettre la Coadjutorerie
de l'Archevefché de Cologne, &
la multitude de difpenfes inouies
qu'il avoit accordées touchant
la mefme Eglife , ne pouvoit
trouver mauvais qu'on craignift
que fa volonté, qui tenoit à fon
égard le lieu de la Justice , ne
fuft à l'avenir la feule regle de
fa conduite , & defes jugemens .
Que dans cette veuë , inftruit
par leurs exemples & par leurs
maximes , il avoit interjetté un
Appel extra-judiciaire au futur
Concile , des procedures que Sa
Sainteté pouvoit avoir faites &
des jugemens qu'Elle pouvoit
du
Temps.
287
అ
avoir rendus depuis la notification
qui luy avoit efté faite de
-cette lettre des jugemens er
-procedures qu'Elle pouvait faire
rendre à l'avenir dans ces
difpofitions au prejudice du Roy,
de fa Couronne & de fes Sujets.
Que dans ces temps où les
Souverains Pontifes joignoient
à la prudence veritable & à
Fautorité legitime de leur Siege,
une connoiffance plus exacte , &
une obfervation plus fidelle que
les auties Prelats , des regles de
L'Eglife , lors que lapunitionfe
vere qu'ils faifoient de ceux qui
ofoient violer ces Saintes Loix,
1
•
288 Suite des Affaires
faifoit également respecter &
craindre leur pouvoir , nefalloit
point chercher de remede contre
leursFugemens , & que comme
ils eftoient toujours conformes
à ces regles dictées par le Saint
Efprit , on n'en pouvoit appeller
fans appellerde la justice mesme,
des Canons infpirez à l'Eglife
par le Saint Efprit ; mais
que depuis que des paffions &
des interefts purement humains
avoient engagé quelques- uns de
ces Pontifes dans des guerres,
& que le defir de dominer leur
avoit fait entreprendre de fonmettre
à leur Tiare les Couronnes
du
Temps. 289
nes des Souverains , on les avoit
veus armer les Enfans contre
les Peres , révolter les Sujets
contre les Princes , lancer les
foudres de l'Eglife contre les
Teftesfacrées, mettre des Royaumes
en interdit , exciter des
armes temporelles pour appuyer
leurs Cenfures fpirituelles . Que
durant ces temps , la
justice
n'ayant plus eu de part ny
leur conduite , ny à leurs jugemens
, ils avoient cru qu'ils
pouvoient tout ce qu'ils vouloient
, & avoient voulu tout
ce qui avoit pu fatisfaire leur
ambition leur vangeance ,
Bb
290 Suite des Affaires
&
leur autorité ; qu'ils avoientconfervé
dans la Paix une partie de
fentimens qu'ils avoienı pris
dans la guerre, & que trouvant
plus commode de donner des loix
que d'en fuivre , ils avoient introduit
dans le Gouvernement
de l'Eglife la mefme autorité ,
& employé pour la deftruction ›
la plenitude de puiffance qui leur
eftoit donnée pour l'édification..
Que de cette fource eftoient
forties , au lieu des punitions
fifeveres , les abfolutions gracieuſes
qu'ils avoient accordées
aux Infracteurs des Canons ;
peu de temps aprés les Difpenfes
www.du Temps
291
"%
1
"
de violer impunement cesfaintes
regles , les Referves , les Preventions
, les Decimes , & les autres
entreprifes fur les droits des
Prelats fur la liberté des
Eglifes , & des Communautez.
Que les Succeffeurs de ces Papes
plus moderez dans l'ufage de ce
pouvoir , ne l'avoient pas defa
voué , qu'ils s'eftoient accoutu
mez à leregarder infenfiblement
comme un apanage de leur Siege,
& que comme ilsy avoient trou
vé l'établiſſement de leur auto
riré , leurs Officiers la fatisfaction
de leurs interefts & la
plupart des hommes le foulage
Bb ij
292 Suite des Affaires
敷
ment de leur cupidité, & m.f
me de leurs fcrupules , l'union
de tous ces interefts differents
voit étably le droit nouveaus
& que quelques- uns de ceux qui
avoient confervé le fouvenir de
leur ancienne Difcipline , s'en
eftoient relâchez dans la prati
que , & avoient obtenu en particulier
des difpenfes dont ils blámoient
l'ufage en public.
Que d'autre part les Princes
dont quelques - uns de ces Pontifes
vouloient avilir
ufurper la Couronne , ces Eglifes
à qui l'on vouloit ravir la liberté
dont elles joüiſſoient , ces Com-
*
faire
• du Temps.
293
munautez Ecclefiaftiques & Seculieres
que l'on vouloit oppri
mer , avoient cherché les moyens
de fe défendre. Que quelquesuns
de ces Princes irritez a
voient repouffé les entreprises des
Papes par la force de leurs armes
, & que ne pouvant donner
de juftes mesures à leur reßentiment
,ils n'avoient pas eu de
fcrupule d'exciter des fchifmes
dans l'Eglife , & d'oppofer des
Antipapes aux Succeffeurs legitimes
de faint Pierre. Que plufieurs
de nos Rois tres - Cheftiens
des Empereurs , d'autres Princes
, des Eglifes,des Ordres Re-
Bb iij.
294 Suite des Affaires
Jigieux » des Cardinaux , enfin
la celebre Univerfité de Paris
s'eftoient contentez d'appeller au
Concile univerfel de l'Eglife des
Jugemens des Papes , & de
leurs entreprifes qui les bleffoient
, afin d'en fufpendre , &
mefme d'en prevenir les effets ,
& qu'encore que l'autorité de
ces exemples & ce confentement
de toutes les Nations pust for
mer un droit , neantmoins il n'é
toit pas inutile de penetrer le
fondement de cette procedure.
Que c'eftoit la fuperiorité que
l'Eglife Universelle avoitfur les
Papes lors qu'elle eftoit afſem
du Temps. 299
blée au nom de l'Esprit Saint ,
que Dieu luy avoit promis pour
conduire fes démarches , & pour
luy infpirer fes refoluions juf
ques à la fin des Siecles . Que
Saint Pierre à qui F. C. avoit
donné tant de marques de preference
fur les autres Apoftres ,
n'avoit joint à fes paroles Pautorité
de ce divin Efprit , que lors
qu'il avoit parlé au nom d'un
Concile où il prefidoit . Que les
plusfaints de fes SucceBeurs , &
ceux mefmes qu'on ne pouvoit
accufer d'avoir laißé diminuer
les droits de leur Siege , avoient
eu pour les Conciles une vene-
Bb iiij
296 Suite des Affaires
ration profonde , une foumiffion
parfaite ; que l'un d'eux regardoit
les premieres Affemblées
de l'Eglife avec le mesme respect
qu'il avoit pour les Evangiles ,
que ces Papes avoient mis le
comble de leur grandeur, à faire
obferverpar leur exemple auffi
bien que par leur autorité les
Canons de ces Conciles. Qu'il's
avoientfoufcrit à la condamnation
qu'on avoit faite de la doctrine
du Pape Honorius , au
lieu de s'en plaindre , comme
d'une entreprise qu'ils n'avoient
pas trouvé mauvais que
tony examinast leurs avis. &
du Temps. 297
leurs jugemens avant que de les
autorifer ; que fi c'euft esté manquer
de refpect à leur Siege , cés
Conciles n'en euffent pas ufe
de cetteforte , & que faint Au
guftin qui a fi bien étably la pri
mauté des Souverains Pontifes,
n'auroit pas dit qu'aprés le Jugement
du Pape Melchiade , il
reftoit encore le Concile General
de l'Eglife ; qu'enfin le Concile
de Conftance ne nous avoit pas
meſme laiſſé la liberté de douter
d'une verité qu'il afiprécisément
établie que lafuperiorité du
Concile fur les Papes eftant certaine
, c'estoit une fuite neceffai298
Suite des Affaires
re , qu'on pouvoit en certains cas
recourir à fon autorité pour refor
mer leurs fugemens.
Qu'il eftoit vray que les Papes
Pie & Jules 11. & mefme
Martin V. fi l'on en croit le
temoignage du celebre Gerfon
avoient defendu l'Ufage de cette
procedure , & qu'enfin le
Pape Gregoire XIIÎ. avoit inferé
cette defenfe dans ce ramas
d'execrations
que l'on prononce
tous les ans à Rome , mefme contre
des Princes que Dieu a établis
fur la terre & pourplufieurs
chofes qui font purement tem
porelles . Que le refpect qu'on
du
Temps:
299
devoit toûjours aux Perfonnes
qui avoient rempli des places fi
eminentes , l'empefchoit de parler
de la conduite particuliere de ces
deux Papes , mais qu'à l'égard
de leurs Bulles , Pie II. condamnoit
en 1459. comme une chofe
inoüie , cette procedure dont
l'Empereur Frederic II. s'eftoit
fervi plus de deux cens ans au
paravant qu'il fondoit la defenfe
qu'il en faifoit fur le pouvoir
de lier
Noftre Seigneur avoit donné à
S. Pierre , & qu'il ajoustoit
que ces appellations eftoient vaines
, parce qu'elles eftoient intera
de delier que
300 Suite des Affaires
jettées devant un Tribunal qui
n'eftoit pas affemblé. Qu'on é
toit bien éloigné de contester les
avantages de la Primanté &
de la Jurifdiction , que le merite
de S. Pierre avoit acquis àfes
Succeffeurs fur toutes les Eglifes
particulieres , & que le Concile
de Constance qui fervoit de regie
pour la Superiorité de l'Eglifefur
les Papes , avoit condamné les
Heretiques qui nioient cette primauté,
mais que nous ne croyions
pas que Saint Pierre eust eftéle
feul Apoftre du Fils de Dieu,
que fes Succeffeurs pour eftre les
premiers ,fuffent les feuls Evef
du Temps. 301
ques. Qu'il ne nous eftoit pas
permis d'ignorer que Noftre Seigneur
avoit donné(fa Miſſion &
autorité de lier & de delier à
tous fes autres Apostres , & que
nous croirionspluftoft S. Cyprien
& S. Augustin fur l'intelligen
ce de cesparoles adreffées àl'Eglife
en la perfonne de S. Pierre,
que les doctesFurifconfultes de
la Conr de Pie II. à qui ce Pape
avoit bien voulu donner part.
la compofition de fa Bulle. Que
cette confideration qu'il ajoustoit ,
que l'on ne peut appeller à un
Tribunal qui n'eft pas affemblé.
ne feroit pas d'impreffionfur ceux
à
302 Suite des Affaires
qui fçavent quel a efté l'Usage
de l'Eglife dans le temps où la
difcipline estoit la plus exacte,
d'ailleurs il fuffifoit que
&
que
celuy qui fe fervoit de cette defence
, n'empefchastpas l' Affemblée
du Concile
.
Que pour la Bulle par laquelle
Fule 11. avoit reiteré la mesme
defenfe , afin , difoit- il, d'empefcher
les Schifmes , & que des
hommes aveuglez par leurs interefts,
& emportez par leurs
defirs,ne déchiraffent la Tunique
de F. C. quelque idée
conduite de ce Pape nous euft
laiffée de luy , on ne pouvoit
+
{
que
la
2
du Temps. 1303
༣༠༣
s'imaginer qu'un Vicaire de ce
Dieu , qui a fi expreſſement
renoncé aux Royaumes de ce
-monde ofaſt ainfi prophaner pour
la confervation d'une partie des
"Provinces que nos Rois ont
données du Saint Siege , l'autorité
Spirituelle qu'il avoit recènë
de Dieu pour le gouvernement
defon Eglife ; qu'il ofaft comparer
à la rupture impie de la Tunique
venerable de noftre Sauveur
, la prife qu'avoit faite la
Republique de Venise de quelques
Villes de la Romagne qui
gemiffoient fous la domination
-d'un Tyran , & que dans le
304 Suite des Affaires
\temps qu'un Pape s'imaginois
qu'il fe fervoir innocemment des
fondres de l'Eglife pour un intereft
de cette nature , il reprochaft
à un Prince purement
temporel d'eftre aveuglé par
mefmes interefts ,
les
condamnafte
comme criminels en fa
perfonne des defirs femblables à
ceux qui l'animoient . Qu'il ne
falloit autre chofe que ces Bulles
pour établir la Juſtice & la
neceffité de la procedure qu'on
faifoit, & que filon oftoit cette
defenfe aux Souverains , il
leur refteroit que de foumettre
leurs Empires aux commundene
du
Temps, 35
, י
mens des Papes & de devenir
leurs efclaves pluflor que leurs
vaffaux. Que s'ils ne pouvoient
oublier qu'ils ne teuoient
que de Dieu leurs Sceptres e
leurs Couronnes, ilfaudroit qu'ils
euffent recours à la force de leurs
armes qu'ils portaffent dans le
fein d'un Pontife le glaive dont
ils voudroient feulement fe fervir
pour le proteger er pour le
defendre. Que toutes les Eglifes
la celebre Univerfité de Paris
& les
Communautez qui ne
pourroient avoir des armées ;feroient
hors d'eftat de maintenirleur
liberté legitime, & reduites,
Ca
306 Suite des Affaires
à gemirfans efperance de fecours
fous les chaines les plus dures
dont les Papes ou leurs Officiers
les voudroient accabler , à moins
que
·les uns les autres ne regardaffent
avec mépris cesJuge
mens & ces cenfures, mais qu'on
devoit craindre qu'aprés avoir
méprifé celles qui feroient injustes
, on ne s'accoustumaft dans
La fuite à méprifer les plus legitimes.
Que c'estoit par cette raison
qu'aucune perfonne éclairée n'avoit
regardé comme des loix Canoniques
ces Bulles données par
ces Papes contre l'autorité Sudu
Temps: 307
perieure de l'Eglife , & queplu
fieurs de nos Rois , des Eglifes ,
de l'Univerfité de Paris , des
Princes Catholiques , & mesme
l'Empereur Charles - Quint, avec
la devotion de la Maifon d'Auftriche
, au milieu de l'Espagne,
par l'avis d'un grand Perfonnage
Italien qui estoit fon
Chancelier , n'avoient pas leiffe
de fe fervir également de certe
procedure aprés ces Bulles, pour
faire infirmer, ou pour prevenir
des Jugemens injuftes. Que les
fondemens de ces appellations
eſtant ainfi folides , on ne pour
voit pas douter qu'elles ne fuf-
Cc ij
308 Suite des Affaires
pendiffent l'effet des Jugemens
qui estoient prononcez, & que
celles qui eftoient interjettées
hors jugement par unefage prevoyance
, autorisée mefme par
Le Droit Canonique , n'empef
chaffent, entierement l'effet des
Fugemens & mefme des Cen-.
fures qui lesfuivoient. Que dés
l'An 1491. l'Univerfité avoit
enfeigné ces regles fur l'effet des
Appellations que nous avions
mefme cet avantage à l'égard à.
des dernieres , qu'elles avoient
efté approuvées par le Cardinal
d'Oftie il y a plus de quatre
cens ans que le fentiment
du Temps . 309.
ce
de ce fçavant Canonifte avoit
efte fuivy par tous les autres Ita
liens qui avoient écrit depuis
temps-la avec reputation. Que
quoy qu'ily cuft lieu deprefumer
que le Pape ne voulant plus fatisfaire
au premier & au plus
neceffaire de tous les devoirs d'un
Fuge , qui eft celuy d'écouter , Sa
Sainteté fe defiftoit Elle mefme ,
& fentoit bien qu'Elle n'eftoit
pas en eftat de connoiftrede
juger des affaires que le Roy
avoit bien voulu remettre à fon
Fugement de toutes les autres
qui regardoient Sa Majefté,
Les droits de fa Couronne & de
310 Suite des Affaires
fon Royaume , neanmoins il avoit
cru que pour remplir fes
devoirs autant qu'il luy eftoit
poffible , il falloit encore prendre
la precaution d'interjetter cet
Appel , non pas comme une procedure
frivole & illufoire d'un
Particulier revolté contre l'autorité
de l'Eglife , qui voudroit
continuer dans fon herefie ou
dansfon libertinage ; mais comme
ayant l'honneur d'eftre Offi
cier d'un grand Roy tres-pieux
tres-Chreftien , obligé d'employer
pour fon fervice & pour
Le bien defon Eftat , le miniftere
dans lequel il avoit la bonté de
du
Temps. 311 W
3
de vele
fouffrir , & plein d'une jufte
confiance pour le fuccés de cette
procedure , s'il eftoit digne de la
foutenir devant un Concile &
de reprefenter à une Aſſemblée
où l'efprit de lumiere
rité prefide , les juftes fujets que
que le Roy avoit de fe plaindre
de la conduite de Sa Sainteté ,
la qualité des affaires qui luy
fervoient de pretexte pour for
mer ces divifions.
M' le Procureur General
continua fon difcours , en
priant M's de l'Univerfité de
trouver bon qu'aprés avoirfatisfait
au commandement qu'il
J
312 Suite des Affaires
avoit receu du Roy , il temorgnaft
comme un Difciple redevable
à cette Illuftre Academie
des connoiffances qu'il pouvoit.
avoir , la joye qu'il reffentoit
de l'honneur qu'ils recevoient
dans cette occafion , & de la
grace que Sa Majesté avoit en
la bonté de luy faire , en fe
fervant de luy pour leur donner
de fa part un témoignage fr éclatant
de fon eftime . Que tous
ceux qui avoient quelque connoiffance
de l'hiftoire de cette
Univerfité , ou plûtoft de celle
de l'Eglife & du Royaume , fçavoient
combien de fois les Papes
&
du
Temps.
313
& les les Conciles , nos Rois &
d'autres Princes , avoient demandé
fuivi leurs avis.
Qu'ils fçavoient combien les
foins & l'autorité de cette Illuftre
Compagnie avoient contribué
a éteindre le Schifme qui
avoit divifé l'Eglife durant tant
d'années , le zele avec le-
ជ
quel elle avoit combattu les Herefies
par fes cenfures avant
mefme que l'Eglife les cuft condamnées
parfesJugemens.Qu'on
la regardoit comme le Seminaire
d'où fortoient prefque tous les
Prelats de ce Royaume. Que
Dd
314 Suite des Affaires
¿' étoit elle qui inftruifoit la pluspart
des Ecclefiaftiques qui travailloient
fi utilementfous leurs
ordres à la Vigne du Seigneur ;
que les plus grands Magistrats
avoient puife dans fon fein les
principes de la Fuftice qu'ils rendoient
aux Sujets du Roy , &
qu'enfin on ne pouvoit aimer &
honorer les fciencesfans honorer
en mefme temps cette fource feconde
de toutes celles qui peuvent
estre utiles au culte de
Dien , à la regle des moeurs , au
bien de la fuftice , à la politeffe
de l'efprit & à lafanté du corps.
du Temps. 315
Mais qu'entre les témoignages
d'estime qu'on luy avoit don
nez , aucun n'avoit égalé celuy
qu'elle recevoit ce jour-là , puis
qu'il venoit d'un Roy qui en meritoit
beaucoup plus parfes vertus
& parfes actions, que tous les
Princes qui avoient regné avant
luy, & que Sa Majesté laiffant
agir leur affection & leur fidelite
pour fon fervice , luy avoit
commandé de leur donner de fa
part cette communication fi honorable
de ces affaires fi importantes.
Qu'on fe tenoit feur
qu'aucun Corps de l'Estat ne
Dd ij
316 Suite des Affaires
previendroit , ou au moins ne
furpafferoit leur zele dans cette
occafion ; qu'ils ne cefferoient pas
de demander à Dieu par leurs
prieres , qu'il pluft à ſa bonté
d'infpirer au Pape des fentimens
plus justes à l'égard du Roy ;
qu'il augmentaft les vertus qu'il
avoit données à ce Pontife , &
qu'il répandift abondamment fur
luy toutes les autres dont il avoit
befoin pour foutenir le pefant
fardeau dont ilfe trouvoit chargé
; qu'il devinft un Ange de
paix, que nous puffions bonorer
dans fa perfonne un Sucdu
Temps. 317
ceffeur de l'équité & de la moderation
, auffi- bien que de la
place de faint Pierre . Que cha
cun joindroit fes voeux à leurs
prieres pour demander cette grace
à Dieu , mais que fi on n'estoit
pas affez heureux pour l'obtenir ,
onfçauroit bien diftinguer la perfonne
du Pape d'avec le Saint
Siege ; qu'on fepareroit le Prince
temporel , & mefme l'homme
davec le Pontife , & que penle
Roy obligeroit ce
dant
que
Prince temporel à reconnoistre
& à respecter en cette qualité
l'Heritier des Bien -faicteurs de
fon Siege, à executer les Trai-
Dd iij
318 Suite des Affaires
tez que les Predeceffeurs de ce
Pontife avoient faits avec Sa
Majesté fur des matieres purement
temporelles , ils enfeigneroient
par des Predications ,.
par des Livres , dans le Tribunal
de la Penitence les bornes
que Dieu avoit plantées entre les
deux Puiffances que fa Provi- .
dence avoit établies dans le
monde. Qu'ils apprendroient la
veneration & la déference qu'on
estoit toûjours également obligé
d'avoir pour le faint Siege , le
respect qui estoit deu à la primauté
de fes Pontifes , non pas
comme à un vain titre d'hon-
1
du Temps . 319.
neur & depréfeance , mais comme
à un titre d'autorité & de
Jurifdiction dans chacune des
Eglifes en particulier , & à prononcer
anatheme contre tous ceux
quis'éloigneroient de ces veritez.
Qu'ils enfeigneroient la difference
qu'il y avoit entre ces
cenfures redoutables que l'Eglife
avoit droit de prononcer , mais
qu'elle ne prononçoit jamais qu'avec
beaucoup de justice & de
douleur, ces foudres injuftes
qui estoient feulement les effets
des paffions de ceux qui s'en fervoient.
Qu'ils enfeigneroient en
mefme temps aux Peuples que
Dd iiij.
320 Suite des Affaires
le
commandement par lequel
Nostre-Seigneur avoit ordonné
que l'on rendift à Dieu les hommages
qui luy eftoient deus , obligeoit
de rendre aux Rois le
respect qu'on leur devoit. Qu'enfin
ils leur apprendroient l'obligation
que le grand Apoftre des
Nations avoit laiffée aux Sujets
d'honorer & de fervir avec fidelivé
, non pas feulement des
Princes comme le noftre , admirables
par leur pieté par leurs
vertus , mais des Princes Inf
delles qui ne connoiffent pas mefme
le Dieu qui les fait regner.
Qu'ainfi ils inftruiroient les
du
Temps. 321
ignorans, fortifieroient lesfoibless
modereroient les forts , & que
rempliffant tous les devoirs de
Docteurs pieux fans foibleffe ,
fermes fans emportement , attachez
à la Religion , à leur Roy ,
à leur Patrie , ils augmenteroient
encore , s'il fe pouvoit,
par cette conduite , la gloire &
la reputation que leurs Predecef .
feurs leur avoient laiffée &
qu'ils avoientfoutenuë fi dignement
par leur merite .
*
Aprés ce Difcours , M' le
Procureur General mit entre
les mains de M' le Recteur
la Lettre du Roy à M' le
322 Suite des Affaires
Cardinal d'Efttées , l'Acte
d'Appel interjetté au futur
Concile , & l'Arreft du Parlement
qui le confirmoit .
Cette Lettre , & tous ccs Actes
ayant efté leus , M' le Reteur
alla demander les avis
de tous les Chefs d'Ordre ,
qui ayant conferé chacun avec
fon Ordre , les avis ,eftant
recueillis , & le rapport en
ayant efté fait par les Doyens
de la facrée Faculté de Theologie
, de la tres - fçavante
Faculté de Droit , & de la
tres -falutaire Faculté de Medecine
, & par les Procureurs
du Temps. 323
desquatre Nations , de l'honorable
Nation de France ,de la
tres fidelle Nation de Picardie,
de la venerable Nation'de
Normandie, & de latres- conftante
Nation d'Allemagne
,
M' le Recteur, du confentement
de tous les Ordres , 'dit,
Que ces Appellations des Souverains
Pontifes au futur Concile,
n'étoient ny nouvelles ny inouïes
parmi eux ; Que les Rois Tres-
Chreftiens avoient eu fouvent
recours à ce remede dans les
affaires publiques ; que l'Univerfité
de Paris s'en eftoitfervie,
quoy qu'avec regret , dans des
324 Suite des Affaires
la.
affaires particulieres , & infini
ment moins importantes , que
celles dont il s'agiffoit , & que
toutes les fois que la défense de la
Hierarchie Ecclefiafliqueerde
difcipline , ou l'utilité de l'Eftat
l'avoient exigéelle avoit confenti
& adheré à ces Appels interjettez
par les Rois , mais qu'elle
devoit rendre des graces immortelles
à LOUIS LE GRAND,
Le plus grand des Rois ,
l'honoroit du titre de fa Fille aif
née, de ce qu'il avoit daigné leur
faire part de ce deffein fi pieux
&fi jufte, & de ce qu'il avoit
choifi M le Procureur General
qui
du
Temps. 325
pour leur porter un fi pretieux
bienfait , reconnoiffant tous que
Sa Majesté ne pouvoit trouver
un homme dont les vertus attiraffent
plus deftime & plus de
refpect , ny qui leur fuft plus
agreable , ny enfin un plus
fçavant interprete de fes volontez
Royales. Qu'à la verité
ils reffentoient une douleur
trés- vive que les chofes
euſſent'efté portées à cette extremité
, qu'il euft esté forcé de
prendre ces precautions , & de
fe fervir de cet appel , eſtant
perfuadez que pour conferver &
avancer la Religion Catholique,
326 Suite des Affaires
rien n'eftoit plus propre ny plus
efficace que l'union & la bonne
intelligence du Sacerdoce avec
l'Empire . Mais qu'ils voyoient
bien qu'il n'avoit pû , & qu'il
ne pouvoit s'empeſcher de fuivre
fon devoir , er de s'acquiter des
fonctions de fon Miniftere lors
qu'on ébranloit les droits du
Royaume que la Majesté
Royale estoit offencée , & qu'on
tachoit d'opprimer nos Privileges
& nos libertez, Que ce
qui les confoloit c'est que
les moyens mefmes qu'il avait
pris pour défendre les droits
de la Couronne , dans ce mefme
A
dans
du Temps . 327
Acte d'Appel au futur Concile ,
il paroiffoit toujours un profond
respect , & une foumiffion entiere
pour le S. Siege , auquel
i
l'intention de Sa Majesté eftoit
qu'on demeuraft toujours inviolablement
attaché qu'ils
voyoient elairement par la Lettre
du Roy à M le Cardinal
d'Effrées , qu'il n'avoit rien onblié,
qu'il avoit fait toutes
fortes d'avances pour conferver
ou rétablir dans fon entier l'Al
liance & le concert qui avoient
toûjours esté entre les Rois Tres-
Chrestiens & les Souverains
Pontifes , ou pour reveiller &
328 Suite des Affaires
ranimer l'affection paternelle que
le Pape devoit avoir pour Sa
Majeflé . Que tous les deffeins
& toutes les avances faites par
le Roy ayant efté inutiles , ils ne
pouvoient rien faire autre chofe
en cet eftat qu'élever leurs mains
à Dieu pour luy demander fans
relâche avec un zele ardent ,
qu'il luy plust toucher le coeur de
nostre faint Pere , qui avoit efté
inflexible jusque-là , & faire
renaiftre la paix & la concorde
entre Sa Sainteté & noftre Invincible
Monarque , qui avoit
triomphé de l'Herefie , & comblé
l'Eglife de tant de bien"
du
Temps. 329
faits. Que tous leurs defirs , tous
leursfentimens , toutes leurs penfées
toujours d'accord avec leurs
devoirs leur obeiffance , c'étoit
d'eftre toujours prests, comme
ils l'avoient toujours efte , defacrifier
leurs vies pour la défenfe
des droits du Royaume , & de
donner les mains ,
l'Appel de M' le Procureur General
& à tous les Appels de
cette nature ; qu'ils le fuplioient
de le vouloirfaire connoistre au
plutoft au Roy qu'il augmenteroit
par là les obligations infinies
qu'ils confeffoient luy
voir qu'à l'exemple de fes
و ن و ب
adherer à
Ee
a330
Suite des Affaires
Ayeux , dont lafuite n'eftoit pas
moins illuftre que nombreuſe ,&
heritier de leur bonté comme de
leurs vertus , il honoroit l'Univerfité
defa protection ; qu'il la
relevoit & la fouftenoit ou panante
; qu'il l'af
chée ou
fermiffoit quand elle eftoit de
bout , & qu'enfin il avoit augmenté
fon éclat & fon luftrepar
les louanges qu'il venoit de luy
donner dans ce beau diſcours , ou
avec le profondfçavoir on trouvoit
toutes les graces de la politeffe
, & toutes les forces de
Eloquence que lesfeules marques
de reconnoiffance que luy
du Temps..
331*
& tous les Membres de l'Univerfite
pouvoient luy donner
pour tant defaveurs & de bons
offices qu'ils avoient receus de
luy, c'eftoit de luy protester -
comme ils y estoient obligez ,
que dans toutes les occafions , &
fon particulier , en qualité
d'homme du Roy , il trouveroit
toujours en eux une entiere
obeiſſance , & un dévouement
parfait.
Ce Difcours fut fuivy d'une
acclamation generale , &:
chacun s'empreffa de témoigner
qu'il eftoit prefſt d'adherer
à l'Appel, aprés quoy
a
Ee ij
332 Suite des Affaires
Ms le Procureur General affura
la Compagnie en termes
formels ,
le
que par rapport
qu'il feroit à Sa Majeſté , il
tâcheroit de luy faire connoiftre
avec quel fentiment
uniforme de tous les Ordres,
avec quelle promptitude , &
quel empreffement l'Univerfité
avoit fait paroiftre l'amour,
la fidelité & l'attachement
qu'elle avoit pour le
Roy & pour le Royaume, les
marques tres folides qu'elle
avoit données en mefme
temps de fa foy & de fa pieté
, & les offres auffi juftes
du Temps.
333
les acque
refpectueufes qu'elle a
voit faites par la bouche de
M ' le Recteur , & par
clamations generales de tous
les Membres ; qu'il ne doutoit
point que tous ces témoignages
ne fuffent eresagreables
à Sa Majefté , &
qu'il efperoit mefme de fa
bonté infinie , qu'ils deviendroient
à l'Univerfité une
fource de nouvelles- graces ,
qui feroient le fruit de fon
refpect & de fa fidelité envers
le Roy . Aprés ces affeurances
données , l'Affemblée fe fepara
, & M'le Procureur Ge334
Suite des Affaires
neral fut accompagné jufqu'à
fon Carroffe , par des
Députez de tous les Ordres .
Jay beaucoup de citations.
tres- curieufes à rapporter
qui prouveront la validité
dences fortes d'Actes d'Ap .
pel , mais je les reſerve pour
le commencement d'une au
tre Lettres qui fera la troifiéme
partie des Affaires du
Temps.
FIN.
UNIVERSITY
OF MICHIGAN
3 9015 06575 6770
TheCoylCollection.
MissJean L.Coyl
ofDetroit
in memory ofherbrother
Col. WilliamHenryCoyl
M
1894.
4655
ت ر و ص
[
SUITE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
Chez
Tome 11
淡淡爽
2? Panier de gore 1688.
A PARIS ,
MICHEL GUEROUT ,
Court- neuve du Palais ,
au Dauphin.
M. D C. LXXXVIII..
Avec Privilege du Roy.
840.6
M558
16.88
Nov.
ptia
Coyl
Gottschalk
10.14.55
88594
SSSSS&SS25ESSE5ER
L
AVIS.
A matiere des Affaires du
Temps s'eft trouvée fi abon .
dante, qu'elle n'a pu eſtre renfermée
en deux Volumes. Ainfi
il y en aura un troifiéme qu'on
debitera le premier jour de Decembre
, & qui developera toute
l'intrigue qui a mis tant de
Puiffances en mouvement. Ce
volume fera tres-curieux , &
mefme plus qu'on ne le promet
icy, Aprés avoir veu les effets
dans les deux premiers › on vera
ij
AVIS
ra les caufes dans le troifiéme .
Il n'est pas extraordinaire de
voir agir fans que l'on feache
pourquoy de ne le découvrir
que dans la fuite des temps. Ce
n'eft pas que cette troifiéme partie
doive eftre denuée d' Actions:
on y trouvera lafuite de celles
des deux premieres parties ,
les actions n'y paroiftront pas
avec moins de détail que les intrigues.
Dans la premiere Partie page
$3. en parlant d'une Ordonnance
publiée à Bruxelles par le Marquis
de Grana , on a mis 1685.
il faut lire 1683 .
AVIS
Page 115. on a dit qu'il y a
dans le Chapitre de Cologne dix
Chanoines qu'on nomme Chanoines
illuftres . Ily en afeize .
Il faut oster ce qui fuit , qu'on
appelle leurs voix les Majora.
Le mot de Majora ne s'entend
que pour le plus grand nombre
de fufrages.
Page 134. On a dit que le Pape
avoit approuvé l'élection du
grand Doyen de Munster , &
celle du grand Doyen de Liege ,
il faut mettre avant ces deux
Elections, que Sa Sainteté a auffi
approuvé celle du grand Doyen
Hildesheim.deforte qu'il n'y a
AVIS
eu que l'Election du grandDoyen
de Cologne rejettée , à l'égard des
quatre Evefchez que feu M.
l'Electeur de Cologne a laiſſez
vacans , parce qu'elle regardoit
M. le Crrdinal de Furftemberg.
Page 146. On s'est mal expliqué
en difant que le Chapitre
de Cologne eftoit composé de
vingt- quatre Capitulaires ; ce
nombre eft toûjours reglé.
SUITE
SUITE
DES AFFAIRES
3173 20
ADU TEMPS.
nichenla
L
ACCUEIL favorable
que vous avez fait
à la premiere Lettre
a
que vous avez receuë de moy
fur cette matiere , m'engag
à vous tenir parole touchant
la feconde , que je me ferais
A.
2 Suite des Affaires
difpenfé de vous écrire , fi en
me la demandant vous
me marquiez un empreffement
qui me fait croire que
vous là lirez avec plaifir . Je
voy par là que vous aviez attendu
de moy autre choſe
que des Nouvelles dans cette
Lettre , & mon intention a
auffi efté d'aller plus loin ;
autrement , comme elle finit
à la traduction du Manifefte
de M' le Cardinal de Furftemberg
, vous n'auriez pas
lieu d'en eftre contente, puis
que je ne vous ay rien appris
de nouveau , à l'égard des
du
Temps
3
les
fujets que j'ay traitez , mais
ces fujets eftant mis en corps,
& contenant , non pas
actions , mais les motifs qui
ont fait agir, il y a toujours
de la nouveauté dans les hiftoires
que l'on écrit de la
forte , & ce qui s'eft paffé
mefme dans les fiecles préceders,
eft nouveau pour nous ,
lors qu'on nous en peût apprendre
les caufes . Sans cela
on ne travailleroit jamais à
l'Hiftoire , & la pofterité ne
verroit que des recueils d'évenemens
écrits dans le temps
qu'ils fe font paffez , & faits
A ij
4 Suite des Affaires
feulement pour faire fçavoir
alors au Public qu'une choſe
eft arrivée , & non pour l'inftruire
des intrigues & des
refforts qui font caufe du bon
ou du mauvais fuccés qu'elle
a eu.
Pour continuer ma Lettre
par une fuite qui ait quelque
liaiſon auec l'endroit où je
l'ay finie, je vous diray qu'on
trouve ce Manifeſte Latin de
M³ le Cardinal de Furſtemberg,
dont je vous ay envoyé
la traduction , fi remply de
raifons folides & de faits inconteſtables
, qu'on a cru à
du
Temps.
3
Rome qu'il falloit les ignorer
, parce qu'on ne pouvoit
y répondre ; de forte qu'au
lieu de raifons on s'eft fervy
de l'autorité, en croyant , ou
du moins en tâchant de faire
croire qu'il fuffifoit d'un je
le veux , pour s'oppoſer à ce
que les Conciles ont reglé .
Ainfion a voulu fe perfuader
qu'on pouvoit ofter un Archevefché
à un Cardinal Preftre
, âgé de prés de foixante
ans, pour le donner à unjeune
Prince qui n'en a que dixfept,
lors qu'il en faut avoir
trente pour le poffeder. Il eft
A iij .
6 Suite des Affaires
vray que les Conciles décident
fans prevention
, & fans
partialité , & que la politique
n'a point
de part à ce qu'on
y refout ,» parce qu'elle ne
pourroit en mefme temps.
faire agir tous les grands Perfonnages
qui les compofent.
On dit pour s'empefcher
de
donner des Bulles à M' le
Cardinal
de Furſtemberg
,
que l'Eglife ayant de grandes:
obligations
à M' l'Electeur
de Baviere , elle doit les re
connoiftre. C'eſt une verité
dont on ne fçauroit difconvenir
; mais les trefors de
du Temps. 7
l'Eglife font affez grands ,
pour l'acquitter de ces obligations
, fans que pour cela
il foit neceffaire de ravir à un
autre ce qui luy eft legitimement
acquis . Si M le Prince
Clement de Baviere avoit efté
veritablement élu , qu'il cuſt
eu autant de Voix que M' le
Cardinal de Furftemberg ,
qu'il ne luy euſt manqué que
F'âge porté par les Conciles ,
pour eftre Archeveſque de
Cologne , on auroit pu alors
luy donner une difpenfe , &
fi elle n'avoit pas efté felon
les Conciles , au moins n'au-
&
&
A iiij
8 Suite des Affaires
roit - on pas murmuré, quand
on auroit jerré les yeux fur
ce que M l'Electeur fon Fre-.
re vient de faire pour l'Egli-
Le .
Il n'y a point de dignitez
dans le monde que l'on ne
s'empreffe à rechercher . Les
brigues qu'on fait pour obtenir
celles de l'Eglife , font
autorifées par l'ufage , ainfi
que celles dont on fe fert
pour arriver aux Dignitez feculieres
, mais elles font condamnées
, & c'elt ce qui engage
ceux qui les font , à ne
les pas faire ouvertemer .
du
Temps.
9
Cependant on ne s'eft point
caché dans celles qui ont efté
faites pour M' le Prince Clement
, & contre M' le Cardinal
de Furſtemberg , & le
Comte de Kaunitz ayantagy
hautement , fon procedé a
fait connoiftre que le Pape
eftoit partie, ce qui luy oftoit
le droit d'eftre Juge . On fçavoit
bien à Rome que fi M
de Furftemberg venoit à eftre
legitimement élu , & qu'on
s'oppofaft à ſon élection , il
ne foufcriroit pas au tort
qu'on luy voudroit faire , &
qu'ainfi la guerre pourroit
10 Suite des Affaires
s'allumer dans l'Electorat de
Cologne ; c'eft pourquoy ,
dans le deffein de ne pas rendre
juftice à ce Cardinal , on
avoit fongé de bonne heure
à fe défendre, & M ' le Prince
d'Orange avoit promis à M²
Cafoni , qui a beaucoup de
credit dans la Cour de Rome,
qu'il y auroit trente mille
hommes prefts d'agir contre
M' de Furftemberg. Ce Prince
avoit fon but en tenant
cette conduite. Il trompoit
Rome ; il ne difoit pas la
verité aux Princes qu'il engageoit
à prendre les armes
du Temps.
rr
contre un Electeur élu canoniquement
; il vouloit faire
allumer une guerre entre la
France , l'Empire , & tous les
Princes qu'il engageoit à fe
liguer contre nous , afin qu'il
puſt profiter de l'occaſion
pour envahir l'Angleterre ,
pendant que les forces de
France feroient éloignées.
Ainfi Rome en ne fongeant
qu'à ofter l'Electorat a M
de Furftemberg, n'a pas laiffé
de contribuer
à tout ce que
le Prince d'Orange a entrepris
, & à tout ce que
la veritable
Religion en a fouffert
12 Suite des Affaires
La fituation des Affaires
eſtant alors trop violente ,
pour eftre plus longtemps
regardée fans prendre les mefures
neceffaires pour le bien
& la gloire de l'Etat , le Roy
écrivit la Lettre fuivante à
M' le Cardinal d'Eftrées , &
luy ordonna de la lire au
Pape , & de la laiffer à Sa
Sainteté , afin qu'Elle puſt
examiner fes intentions ; &
faire des reflexions ferieufes
fur les juftes fujets que ce
Monarque avoit de fe plaindre.
du
Temps.
139
LETTRE DU ROY
A MR LE CARDINAL
D'ESTRE' E S.
MON COUSIN. Quoy
quej'aye toûjours cru que
les preventions du Pape contre
ma Couronne , eftoicnt plutoft
les effets des fuggeftions de mes
Ennemis , que defon inclination
defon panchant naturel pour
la Maifon d'Auftriche , neanmoins
il vient de me donner des
preuves fi évidentes de fa par14
Suite des
Affaires
tialité pour elle, & de fon grand
éloignement à rétablir avec moy
une bonne
intelligence , qu'il
ne me reste plus aucune efperance
de leporter à reprendre lesfentimens
de Pere
commun , &
concourir avec moy à ce qui
peut & doit affermir le repos de
l'Europe. Il y a mefme bien
de l'apparence
que la conduite
que Sa Sainteté tient à prefent ,
produira bien- tost une guerre generale
dans toute la
Chreftienté ;
& comme la prudence ne me
permet plus d'attendre
de juſtice
de luy dans tous les differends
qui peuuent avoir rapport à mes
du
Temps. 13
interests , je fuis bien aife , pour
n'avoir rien à me reprocher, que
vous luyfaffiez connoiftre encore
une fois les juftes fujets qu'il me
donne de ne le plus confiderer
que comme un Prince engagé
avec mes Ennemis , &puis que
mon Ambaſſadeur ne peut avoir
aucun accés auprés de luy , &
que la Dignité de Cardinal vous
oblige à garder des mesures qui
ne conviennent pas avec la force
des veritez , dont il eft neceffaire
qu'ilfoit informé, vous luy ferez
la lecture de cette depefche &
vous luy en laifferez mefme
l'Original , qui le doit faire fou-
>
61 Suite de Affaires
à venir que depuis fon élevation
la Chaire de Saint Pierre › je
n'ay rien obmis de ce qui le pouvoit
perfuader de mon respect
filial pour luy , & du defir fincere
que j'avois de contribuer à
la gloire de fon Pontificat par
toutes les mesures qu'une parfaite
intelligence entre Nous pouvoit
établir pour l'augmentation de
nostre Religion
.
Que tous les ordres dont j'ay
chargé le feu Duc d'Eftrées
voftre Frere , ne tendoient uniquement
qu'à une fin fifalutaire
au bien general de la Chrêtienté.
du
Temps.
17
Qu'elle a fait auffi le feul
fujet de vostre envoy & d
voftre féjour auprés de Sa Sain.
teté.
Que c'est dans cette veuë que
je vous avoispermis de confentir
à des
temperamens fur la
Regale , infiniment plus avantageux
aux Eglifes de mon
Royaume que ne pouvoient
eftre les pretentions mal fondées
de quelques Evefques , quand
mefme j'y aurois acquiefcé.
Que quelque fatisfaction que
m'ayent donné les infinuations
les remontrances refpestucufes
que vous avezfaites à Sa Sain-
B
18 Suite des Affaires
teté, & toute la fageffe de voftre
conduite de vos negociations ,
neanmoins les preventions du
Pape contre ma Couronne ont
toûjours rendu inutile toute la
force de vos raifons.
Que je n'ay pas laiffé neanmoins
, pour reduire cette affaireaux
termes qui pouvoient plaire
à Sa Sainteté d'accorder aux
tres - humbles prieres du Clergé
de mon Royaume , par ma der..
niere Declaration du 24.Janvier.
1682. tous les avantages dont
je voulois qu'ils fuffent redevables
à Sa Sainiete mefme , par
le moyen du rétabliſſement d'une
du
Temps.
19
bonne intelligence entre Elle
moy.
ི
Que j'avois raison de croire
que cet éclairciffement de mes intentions
devoit contenter Sa
Sainteté , & la difpofer au moins
avoir pour moy les fentimens
que la qualité de Pere commun
luy devoit inspirer.
Que cependant bien loin de
trouver en Elle cette affection:
paternelle , qui me devoit faciliter
les moyens de ramener aus
giron de l'Eglife tous ceux de
mes fujets qui avoient eu le
malheur d'estre élevez & nourris
dans l'erreur , Elle s'eft opi
B. ij
20 Suite des Affaires
niatrée par une dureté inflexible
à refufer les Bulles à ceux que
jay nommez aux Evefchez
vacans de mon Royaume , &
que j'ay reconnus les plus capables
de travailler avec fuccés à
l'inftruction & à la converfion
des Heretiques qu'Elle a fondéfon
refus fur des moyens qui
n'ont jamais empefché aucun
Pape de pourvoir ceux que
Rois mes Predeceffeurs , & moy ,
avons nommez ·´`en vertu da
Concordat. Mais comme vous
luy avez affezfait voir , & à
fes Miniftres , tous les inconveniens
de ce refus , & que
les
les
du
Temps.
21
.
Evefques de mon Royaume , qui
ont acquis le plus de reputation
dans toute la Chreftienté , ont
fuivy les mefmes maximes , qui
font aujourd'huy le pretexte.
d'une prétendue incapacité dans
ceux que la Cour où vous eftes
qualifie n'eftre pas d'une faine
doctrine ; il est inutile de rebattre
toutes les raisons qui ont efté
fifouvent ditesfur ce sujet , &
que vous avezfi bien expliquées,
qu'elles ne peuvent laiffer aucun
lieu aux foibles excufes &
aux pretendus fcrupules de confcience
, dont Sa Sainteté , &
fes Minifires fe font toûjours
22 Suite des Affaires
fervis pour colorer l'injustice du
retardement qu'Elle apporte de
puis plufieurs années à l'expedition
de fes Bulles , pour des Prelats
d'un merite distingué.
Que les Catholiques anciens
& nouveaux font fcandalifez
de voir , que pendant que j'employe
mes foins , mon autorité,
mes finances à la deftruction
& à l'entiere extirpation de
Therefie , non feulement je ne
puis obtenir de Sa Sainteté les
graces qui peuvent contribuer à
l'affermiffement de ce grand ouvrage
, mais qu'au contraire Ellefe
fait un point d'honneur d'ofter
du
Temps.
23%
-
à mon Ambaſſadeur les franchifes
, dont fes predeceffeurs ont
toûjours jouy paisiblement , &
qui leur ont efté confirmées par
le Traité de Pife.
Qu'au lieu de fe fervir pour
cet effet des
de négociation
voyes de douceur
,
d'accommodement
pratiquées en pareils cas
entre Princes amis , & qui veulent
obferver les regles de la:
bien -feance , il a commencépar·
le refus de toute audience au
Marquis de Lavardın mon Ambaffadeur
, dont les inftructions
ne tendoient qu'à rétablir un
bon concert entre Sa Sainteté
24 Suite des Affaires
emmoy
; & dans une affaire
purement temporelle , il s'eft
fervy des armes fpirituelles ,
pour le déclarer notoirement excommunié
, contre l'avis mefme
de ceux qui font les plus dévoüez
afes fentimens , & les plus
portez contre mes interefts .
Que tous les foins que vous
le Marquis de Lavardin
avez pris pour luy faire connoistre
, qu'on pourroit trouver
des temperamens capables de
concilier fa fatisfaction avec la
mienne , ont eflé inutiles : Qu'il
en a rejetté toutes les propofitions
avec hauteur , faifant
mefme
du Temps.
25
mefme entendre par tout , que
vostre entremife , ny celle du
Marquis de Lavardin , ne pouvoient
jamais luy eſtre agreables.
1
Que c'est ce qui m'a enfin
obligé pour lever tous les obftacles
qui pouvoient l'embarraf
fer de luy depefcher fecretement
-un homme de confiance , auquel
j'avois donné une Lettre de ma
main en créance pour Sa Sainteté.
7
10
Que s'eft d'abord adreßé à
Cafonis & enfuite au Cardinal
Cibo , auquel il a fait voir ma
Lettre , en forte que le Pape
C
26 Suite des Affaires
na pû ignorer , que je l'avois
choifi pour l'informer de mes plus
feeretes intentions, fans vous
en rien communiquer , ny a
mon Ambassadeur. Que cependant
toutes les diligences qu'il
pu faire n'ont fervy qu'a luy
faire donnerune excluſion formelle,
avec plus d'indignité, que
s'il euft efté envoyé par le moindre
Prince de la Chreftienté. Que
le déplaifir de s'en revenir fans
avoir executé mes ordres l'avoit
enfin obligé de fe découvrir à
us & au Marquis de Lavar
din ; mais que toutes vos remontrances
par écrit & de vive voix
du
Temps .
27
à Sa Sainteté fur le blame qu' -
Elle s'attireroit dans toute la
Chreftienté du refus fi inju
rieux d'une perfonne de confiance
autorisée d'une lettre de ma
propre main avec ordre de ne
s'expliquer qu'à Sa Sainteté même
, fans l'interpofition d'aucun
Ministre , n'avoient pu rin
obtenir , qu'une espece de menace
de fe porter bien- toft à de
plus grandes extremitez.
Que cependant , non feulement
je n'ay jamais refusé d'entendre
le Nonce de Sa Sainteté
lors qu'il a eu quelque chofe à
me reprefenter de fa part ; mais
Cij
28 Suite des Affaires
mefme que pour marquer encore
davantage mon zele & ma veneration
pour le faint Siege , je
voulus bien donner plufieurs audiences
fecretes dans mon Cabinet,
au nommé Carlo Cavari ,
>
Preftre Napolitain , du moment
qu'il m'eut fait entendre qu'il
avoit une miffion fecrete de Sa
Sainteté qu'Elle l'avoit
chargé de faire des propofitions
tres- importantes, & qui pouvoient
rétablir une parfaite intelligence
entre nous, quoy qu'il
n'eust en effet aucune autre
marque de confiance du Pape ,
que quelques Lettres de Dom
du Temps.
29
Livio fon Neven , & que je
Luy euffe affez fait connoifire,
que s'il me faifoit voir un mot
de Sa Sainteté qui l'autoriſaſt ,
je l'écouterois toutes les fois qu'il
le defereroit.Je laiffe au Pape à
faire la comparaifon de ce trai
tement , à celuy qu'il a fait à
mon Envoyé , reconnu par fes
Ministres , & par Sa Sainteté
mefme ,fur les affurances que le
Cardinal Cibo luy en a dû donner,
& que vous luy avez con
firmées.
Je fuis bien perfuadé , qu'il
n'y auroit point d'ennemy declaré
de ma Couronne , qui refufaft
Ciil
30 Suite des Affaires
qua
d'écouter celuy qni luy porteroit
une Letrre de ma main , & je
m'aſſure auffi qu'il n'y a point
eu de Pape, & qu'il n'y en aura
jamais qui fe porte à une extremitéfi
peu convenable à la
lité de Pere commun .
Mais on peut dire que Sa
Sainteté a fait paroistrefa haine
perfonnelle contre ma Couronne,
& fa partialité pour la Maifon
d'Auftriche , encore plus
vertement dans tout ce qui s'eft
paßé touchant la Poftulation du
Cardinal de
Furftemberg à la
Coadjutorerie & enfuite à l'Electorat
de Cologne.
·
>
oudu
Temps.
3F
On n'auroit pas pic croire,
qu'un Doyen du Chapitres qui
en a fi longtemps adminiftré les
plus importantes affaires avec
toute la fageffe & la bonne conduite
qui luy ont acquis l'eſtime:
de tous fes Confreres , qui a esté
poftulé à la Coadjutorerie ,
confentement , tant du feu Electeur
, que de tous les Chanoines,,
& qui eft de plus honoré de la
dignité de Cardinal , n'aitpû obtenir
fa confirmation du mefine
Pape qui l'en a revestu..
du
Sa Sainteté affuroit par ce
moyen le repos de toute l'Europe,
☛ ne donnoit aucun juſte ſujet
C iiij.
32 Suite des Affaires
de plainte à ceux qui font les
plus oppofez à l'élevation dudit
Cardinal ; Elle n'auroit pas
mefme eu beſoin de ſefervir des
graces , dont la divine provi
dence l'a rendu le difpenfateur ;
il fuffifoit feulement de luy accorder
la permiffion de fe démertre
de l'Eveſché de Strasbourg ,
il n'auroit eu befoin ny de
Brefd'Eligibilité, ny defaveur,
ny de recommandation . Cepen
dant Sa Sainteté ne s'est pas
contentée de luy refufer cette
juftice ; mais on peut dire qu'entrant
aveuglément dans tous les
interefts de la Maifon d'Auftri
du Temps 35
33
che , Elle s'eft dépouillée tour
d'un coup de cette rigidité qui
luy avoit donné jufqu'alors un
fi grand éloignement pour toutes.
les graces , & Elle en a
fait une
profufion fi extraordinaire , en
faveur d'un jeune Prince , ágé
feulement de dix -fept ans , qu'il
ne faut que lire le Bref qu'Elle
buy a accordé pour voir qu'il
ne peut avoir efté dicté que par
ceux qui ne reconnoiffent aucune
regle que celle qui convient
à leurs paffions & à leurs
interests , & non pas par un
Pape qui s'est toujours fait un
fcrupule de confcience d'accorder
34 Suite des Affaires
la moindre grace à mes prieres.
C'est cependant ce Bref qui a
donné la force & le mouvement
à toutes les intrigues , cabales »
injures , dont le corruptions
Comte de Kaunitz s'eft fervy
pour gagner trois ou quatre
voix , & troubler l'union du
Chapitre qui avoit paru dans la
Poftulation dudit Cardinal à la
Coadjutorie ; ce qui n'a pas em
pefché neantmoins , que la plus
grande & la plus confiderable
partie ne fe foit declarée en faveur
dudit Cardinal , & ne
Lait
proclamé.
C'est
enfin
cette
conduite
du
1
du Temps. 35
Pape , tout ce que je viens de¬
vous écrire , qui porte les affaires
de l'Europe à une guerre generale
qui donne au Prince d'Orange
la bardieffe de faire tout
ce qui peut marquer un deffein
formé d'aller attaquer le Roy
d'Angleterre
dans fon propre
Royaume , de prendre pour pretexte
d'une entrepriſe fi hardie
le maintien de la Religion Proteftante
, ou plutoft l'extirpation
de la Catholique , & le renver
fement entier de la Monarchie :
Qui donne à fes Emiffaires d
aux Ecrivains de Hollande l'infolence
de traiter de fuppofition
36 Suite des Affaires
la Naiffance du Prince de Gal
les , d'exciter les Sujets du Roy
de la grande Bretagne à la révolte
, fe prevaloir de la neceffité
où me mettent la partialité
du Pape & les violences de
la Cour de Vienne contre le
Cardinal de Furftemberg
, & la
plus faine partie du Chapitre
de Cologne , à faire avancer
mes Troupes pour leur donner
tout le fecours & la protection
dont ils peuvent avoir befoin
pour fe maintenir dans leurs
droits & dans leurs libertez.
Sa Sainteté peut bien croire
auffi , que quelque attachement
du Temps. 37
que j'aye & que j'auray toû
jours pour lefaint Siege , je ne
puis plus m'empefcher de feparer
la qualité de Chefde l'Eglife ,
de celle d'un Prince temporel ,
qui éponſe ouvertement les inte»
refts des Ennemis de ma Couronne
: Que l'obligation qu'Elle
m'impofe ne me permet plus
d'attendre de fa part aucune juftice
fur les differends qui me regardent
: Que je ne puis plus le
reconnoiftre pour Mediateur des
conteftations qu'a fait naiftre la
fucceffion Palatine entre ma
Belle four & la Maison de
Neubourg: Que jefçauray bien
38 Suite des Affaires
faire rendre à cette Princeſſe la
justice qui luy eft deue , par les
moyens que Dieu m'a mis en
main contre les violentes ufurpations
de l'Electeur Palatin : Que
d'ailleurs je ne pretens pas laiffer
plus longtemps le Duc de
Parme mon allié , dépouillé de
fes Etats de Caftro e de Ronciglione,
dans lefquels il doit eftre
rétably, en execution de l'article
premier du Traité de Pife , dont
je fuis garant. Ainfi je veux ,
que pour ne laiffer à Sa Sainteté
aucun lieu de douter de la refolution
qu'Elle m'a obligé de
prendre , vous luy demandiez
www du Temps . 339
qu'Elle faffe incef- en mon nom , qu
fammentremettre dedit Duc de
-Parme en poffeffion de fes Etats
de Caftro & de Ronciglione ,
~ comme il eſt ſtipulépar ledit pre-
-mier article, luy declarant qu'an
moindre retardement, qu'Elle y
apporteras je feray entrer mes
Troupes en Italie,
meurer, jusqu'à ce que ce Prince
mon allié foit rentré dans la
jouiffance de fefdits Etatss &
que je me mettray dans le mefme
temps en poffeffion de la Ville
d'Avignon , foit pour la rendre
à Sa Sainteté , aprés l'entiere
execution du Traité de Rife on
pour
y de40
Suite des Affaires
pour la retenir , & donner audit
Duc de Parme le prix pour lequel
elle a esté engagée , en deduction
des interefts & des dommages
qu'il pourroit fouffrir d'u
ne plus longue privation de fefdits
Etats .
Que je continueray cependant
à donner au Cardinal de Furftemberg,
au Chapitre de Cologne
, toute la protection dont
ils pourront avoir besoin pour la
manutention de leurs droits ,fans
refuser à ma Belle-fourle fecours
qui luy fera neceffaire , pour le
recouvrement de ce qui luy appartient
de la fucceffion des Eledu
Temps.
41
Ateurs Palatins ,fes Pere &
Frere.
Je m'affure que tous les Princes
& Etats de la Chreftienté,
qui confidereront fans paffion la
conduite que le Pape
a tenuë
envers moy depuis fon élevation
au Pontificat , & qui connoiftront
d'ailleurs les foins & les
empreffemens que jay toujours
eus àrechercher fon amitié tous
se que j'ayfait pour le bien &
l'avantage de noftre Religion ;
mon attachement fincere & ma
veneration pour le faint Siege
mon application à maintenir le
repos de l'Europe , fans me pré-
D
42 Suite des Affaires
valoir des conjonctures favorables
& de la puiffance que Dieu
m'a mise en main , s'étonneront
plùtost que j'aye ſouffert tant
d'injures de mauvais traitemens
de la Cour de Rome, &
que j'aye laissé en mefme temps
agrandir l'Empereur contre tou
tes les regles d'une bonne Politique
, que de la jufte protection .
que je fuis refolu de donner à des.
Princes à un Chapitre , que
le Pape & l'Empereur veulent
dépouiller de leurs poffeffions &
de leurs droits , contre toute juftice,
& feulement à cause qu'ils
les croyent reconnoiſſans des
du Temps. 43
dé
>
marque's qu'ils ont toujours reccuës
de mon eftime & de mon
affection. Je suis mefme perfuas
que fi le Pape fait de ferienfes
reflexions fur ce que je vous
écris il tombera d'accord en
buy- mefme , que ma patience ne
pouvoit aller plus loin fans bless
fer ma reputasion, & qu'il ne
doit imputer qu'à fa partialité ,,
& aux confeils que luy ont don
né les Ennemis de ma Couronnes ,
tous les malheurs que peut caufer
La neceffité où il me met de faire
paffer des Troupes en Italie ,
de maintenir les droits & les li
bertez du Chapitre de Cologne.'s
D. ija
44 Suite des Affaires
Mais parce que je n'ay pas
kieu d'efperer que ce que je vous
écris faffe changer de fentiment
au Pape , je vous ordonne de
voir aprés voftre Audience chacun
des Cardinaux , & de leur
laiffer copie de ma Lettre , afin
qu'ils faffent auffi leurs refle
xionsfur les fuites d'une affaire
fi importante , & à laquelle le
SacréCollege a un fi notable interest.
Sur ce , je prie Dieu qu'il
vous ait , MON COUSİN ,
en fa fainte & digne garde.
Ecrit à Versailles le 6. Septembre
1688. Signé LOUIS, & plus
bas , COLBERT.
du Temps.7 45
Les raifons dont cette Lettre
eft remplie ont efté ex
tremement goûtées ; on les a
trouvées juftes , & expliquées
nettement . Elles ont fait voir
qu'il eftoit temps que le Roy
commençaft à fe declarer ;
que la prudence vouloit qu'il
agift en mefme temps qu'il
faifoit fçavoir les intentions,
& les injuftices dont il avoit
fujet de fe plaindre , & que
ce qu'il devoit aux Etats dont
Dieu luy avoit donné le foin
& la conduite , exigeoit de
luy qu'il ne les laiffaſt pas
plus longtemps expofez aux
46 Suite des Affaires
ligues qn'on faifoit de toutes
parts contre fa Couronne ,
dont il eftoit par ferment
obligé de maintenir tous les
droits. On peut meſme dire
que le Pape demeura, d'accord
malgré luy- mefme de
la juftice des raifons du Roy,
& de tout ce que contenoit
fa Lettre à Mr le Cardinal.
d'Eftrées , parce qu'il en parut
extrémement fâché , au
lieu qu'il en auroit fans dou
te montré de la joye , s'il y
avoir eu fujet de blâmer le
procedé de ce grand Monarque.
Jamais homme ne s'eft
du Temps. 47
montré plus veritablement
homme , que le Pape a faic
en cette occafion. Le Roy
qui n'ignore rien de tout ce
que doit fçavoir un fage &
vigilant Souverain touchant
les chofes où il a quelque in
tereft , & qui découvre jufqu'au
fond du coeur de fes
Ennemis , tant il eft bien fervy
par tous ceux qui ont le
fecret de fes affaires , & bien.
inftruit de tous les projets
qu'on fait contre luy , é
toit informé d'une maniere
à n'en pouvoir douter , que
le Pape eftoit abſolument dé48
Suite des Affaires
terminé à donner des Bulles
à Mr le Prince Clement de
Baviere ; mais Sa Sainteté ,
quoy que refolue , aprehendoit
l'éclat que feroit à fon
defavantage , l'expedition de
ces mefmes Bulles . Quand on
a pris une refolution que
l'on condamne en foy même,
& dont on craint de juftes
reproches que l'on croit inevitables
, on attend toûjours
le plus tard qu'on peut
l'executer. S'il y avoit cu
autant de juftice à donner les
Bulles à M le Prince Clement
, qu'à M' de Furſtemà
berg,
du
Temps. 49
berg , on n'auroit pas differe
d'un moment à les donner ,
parce qu'on fe fait toujours
un plaifir de rendre juſtice, à
caufe des aplaudiffemens
que
le public donne à toutes les
actions d'équité . Le Pape n'ofant
donc de fang froid délivrer
les Bulles que l'engagement
qu'il avoit pris ne permettoit
pas qu'il refuſaſt, ſe
trouva rêveur & in quiet aprés
avoir entendu la lecture de la
Lettre que Sa Majesté avoit
écrite à M le Cardinal d'Eftrées
, & dans ce moment n'écoutant
que fon dépit, il reſo-
E
50 Suite des Affaires
lut de les faire expedier .Ainfi
en terminant une affaire à la--
quelle toute l'Europe eſtoit
attentive ,il donna la joye à la
Maifon d'Auftriche de faire
éclater en fa faveur le triomphe
dont elle s'eftoit flatée ,
& qui a efté caufe depuis ce
temps -là que de nouvelles
Conqueftes ont mis la France
dans une plus haute éleva
tion de gloire. Il n'eft pas
difficile de connoiftre que la
politique du monde obligea
de prendre la refolution de
donner ces Bulles , & qu'un
chagrin mellé de dépit, pour
du
Temps.
2.51
ne rien dire de plus , les fit
délivrer. Si elles eftoient legitimement
deuës , il falloit
les donner pluſtoft , & ne les
pas expedier dans un mouvement
de colere , & feulement
pour des- obliger le Roy. Il
eft conftant que fi on a cherché
à le chagriner par là ,
comme il a paru aux yeux
de toute l'Europe , on n'ignoroit
pas que le droit de
M' le Cardinal de Furftemberg
eftoit le plus legitime ,
puis qu'autrement on n'auroit
point donné à ſa Majeſté
le chagrin qu'on pretendoit
E ij
32 Suite
des Affaires
pas
luy faire fentir par cette conduite
. Voila quelle eftoit la
fituation de l'efprit du Pape ,
lors que les Bulles ont eſté
données , je n'en aurois
neantmoins parléfi le fait n'étoit
conſtant. Il eſt genetalcment
reconnu, & toute l'Europe
a fait affez voir qu'elle
l'avoit remarquéjuſques dans
fes moindres circonftances.
Le Pape ne s'obſtinoit pas
à vouloir que M' le Prince
Clement de Baviere fuft Electeur
de Cologne , ſeulement
parce qu'il l'avoit promis à
la Maifon d'Auftriche , avec
du
Temps.
53
laquelle il eft fortement uny,
comme vous le verrez dans
la fuite , mais encore parce
que fon caractere eft de ne
jamais changer de fentiment,
lors qu'il s'eft mis une fois
une chofe en teſte . 11 fait
plus , & il ne veut écouter
aucune raison qui le puiffe
détourner de ce qu'il a dabord
arrefté de faire . Rien
que la fermen'eſt
plus beau
té , quand il s'agit de foute
nir une chofe que tout le
monde reconnoift pour jufte,
mais fi en de pareilles occafions
elle peut paffer pour
E
iij
54 Suite des Affaires
une vertu , il y en a d'autres
où elle eft regardée comme
une obftination . Les opiniâtretez
de cette nature font
capables de produire de
grands maux parce qu'il
n'eft aucune raifon où l'on
vcüille entrer touchant ce
qu'on s'eft refolu de foutenir.
On oublie jufqu'au fujet
pour lequel on s'obſtine ; on
ne le veut pas examiner , &
l'on ne s'attache plus qu'à ne
pas avoir le démenty . C'eſt
en cela feulement qu'on fait
confifter toute l'affaire dont
du
Temps.
55
il s'agir , parce qu'on n'eft
plus capable d'en connoiftre
d'autre. Voicy une belle occafion
de louer le Roy. Si ce
que je vais vous dire n'eftoit
une chofe fort connue , &
dont j'ay toute la certitude
qu'on en peut avoir , je ne
voudrois pas la rapporter
. Ce
Prince pouvant eftre loüé par
mille endroits differens , on
a fujet fi fouvent de luy
donner des loüanges , que les
Jaloux de fa gloire croyent
,
ou veulent du moins fe
fuader , qu'on le loue ou
pour luy plaire , ou parce
per-
E iiij
36 Suite des Affaires
qu'on eft né dans fes Etats .
C'eft ce qui m'engage à eftre
fort retenu lors qu'il s'agit
de parler des merveilles de
fon legne ; & fi l'on examinoit
bien de quelle maniere
je fais fon éloge , on connoiftroit
que je ne le louë que
par des faits dont tout le
monde convient , & jamais
par des paroles. Il eſt vray
que je m'y trouve engagé
plus fouvent qu'un autre ,
mais quand le Roy feroit des
chofes moins remarquables ,
& en plus petit nombre , il
arriveroit naturellement que
د
du
Temps.
57
j'aurois toujours beaucoup
à dire , puis que j'ay tous les
jours la plume à la main pour
écrire le Journal de fa Vie ,
ce qui m'oblige d'entrer dans
un plus grand nombre de circonftances
que
l'Hiftoire generale
, dont la principale
veuë eft de s'attacher aux affaires
d'Etat , & aux refforts
qui les font mouvoir.
Je reviens à ce que j'avois
commencé à vous dire du
Roy qui merite d'eftre fceu
par toute la terre , & qui luy
doit attirer l'eftime & ladmiration
de tous ceux qui
58 Suite des Affaires
l'apprendront . C Monarque
a toujours fait gloire de déclarer
hautement ›
que
lors qu'il
vouloit
une
chofe
, c'eftoit
parce
qu'il
eftoit
perfuadé
qu'il
y
avoit
de
la justice
dans
ce qu'il
avoit
refolu
; mais
que
dés
qu'il
eftoit
convaincu
du
contraire
,
au
lieu
de perfister
avec
opiniatreté
dans
fa
premiere
refolution
, il n'avoit
point
de
plus
grand
plaifir
que de
ceder
à la
verité
, &
qu'il
fe faifoit
une
gloire
de
ce que
d'autres
qui
eftoient
moins
en
estat
que
luy
de
faire
executer
leurs
volontez
, regardoient
comme
une
bonte
.
!
du
Temps. 59
pas
Ces fentimens ne font
moins dignes d'une grande
ame , que d'un Roy prudent
& jufte , & qui dans toutes
les chofes qu'il entreprend
fe propofe l'équité comme
la premiere regle qu'il doit
fuivre. Quelque puiffant que
puiffe eftre un Souverain , &
quelque temps qu'il employe
aux foins qu'exige de luy la
grandeur de fon Eftat , quand
mefme il y donneroit tous
fes momens , il eft impoffible
qu'il puiffe fçavoir tout
par luy-mefme , & c'eſt par
cette raifon qu'un fage Prince
60 Suite des Affaires
a
peut changer de fentiment ,
lors qu'il connoift qu'on ne
luy a pas dit la verité d'une
affaire , ou qu'elle a changé
de face , & il y auroit de
l'injuftice
à pretendre
qu'il
euft eu un démenty
, parce
qu'il fe feroit rendu à la force
d'une verité qui luy auroit
eſté inconnuë auparavant
. Je
fçay bien que lors qu'on s'eft
une fois mis dans l'efprit
qu'il eft honteux de ceder, &
que changer ce qu'on avoit refolu
, c'eft s'expofer
au reproche
d'avoir peu de fermeté
on remporte difficilement
ce
du
Temps.
61
triomphe fur foy - mefme ,
quand même ilne s'agiroit de
ceder que pour une chofe jufte
. Cependant il eft certain
que ceux quipeuvent en venir
à bout , meritent quelques
louanges , quoy qu'ils ne
faffent que ce que deman
dent la raifon & l'équité ;
mais on en eft infiniment
plus digne , lors que l'on cede
fans peine à laverité, qu'on
s'y laiffe aller par le panchant
naturel qui porte à la ſuivre ,
& qu'on n'écoute que l'inclination
droite & bien- faifante
avec laquelle on eſt
62 Suite des Affaires
né. Une fermeté trop opiniatrée
devient paffion , & il
eſt peu de paffions où il
n'entre quelque chofe de
condamnable ;
les vertus
mefmes qu'on pouffe jufques
à l'excés ,font toûjours mifes
au rang des défauts .
Ceux que l'on voit les plus
fermes à nefe point relafcher
dans ce qu'ils ont refolu , ne
laiffent pas d'eftre ſouvent
inquiets au fond de l'ame ,
& de fe trouver embarraſſez .
Ils voudroient bien quelquefois
n'avoir point pris de
party ; mais il y a des engadu
Temps.
63
gemens aufquels on ne peut
fe refoudre de manquer , non
feulement à caufe des Puiffances
avec qui on les a pris ,
mais encore par des confiderations
particulieres . Le Pape
s'eft trouvé dans cet eftat . Il
eftoit fortement engagé avec
l'Empereur . Cafoni & le
Prince d'Orange avoient pris
des mefures , pour affurer
l'élection de Mr le Prince
Clement , comme je vous
feray voir quand je parleray
des affaires d'Angleterre , &
Dom Livio , Neveu de Sa
Sainteté qui agiffoit ainfi
64 Suite des Affaires
qu'eux en faveur de M' le
Prince Clement
, eftoit trop
intereffé à fouftenir cette
affaire dont il luy devoit
revenir de grands avantages
, pour laiffer le Pape
en pouvoir de ne pas tenir
parole. Le fang luy parloir
pour Dom Livio , & il
eft bien difficile de ne le pas
écouter. D'ailleurs il n'y avoit
aucun fujet de douter
du fuccés de cette intrigue
, & Cafoni quien conduifoit
une partie affeuroit
qu'il y avoit des Troupes
toutes preftes pour maintenir
,
du Temps . 65
les Elections qui fe trouveroient
avoir eſté faites au gré
de la Cour de Rome . La fuite
mefme a fait voir qu'on avoit
pris des mefures affez juftes
pour cela , puis que le Prince
d'Orange a tellement contribué
à l'élection de l'Evefque
& Prince de Liege ,
qu'on y avoue tout haut
qu'elle luy eft entierement
deuë. Je developeray toute
cette intrigue dans la Lettre
où je vous entretiendray
des affaires d'Anglererre
,
parce qu'elles ont une grande
liaifon avec ce qui s'eft fait
*
F
66 Suite des Affaires
contre M' le Cardinal de
Furftemberg ; mais l'ordre
eftant neceffaire dans ce que
j'ay à vous dire des affaires
du temps, je continuë à vous
parler de la juſtice des plaintes
faites par le Roy , dans
fa Lettre écrite à M le
Cardinal d'Eftrées pour eftre
montrée au Pape. Ce Prince
s'y plaint avec raifon
de l'Audience refufée à fon
Ambaffadeur , & dit que
intentions ne tendoient qu'à
établir une bonne correfpondance
. Il falloit donc l'écouter
; on n'eftoit pas obligé
fes
du Temps.
67
pour cela de foufcrire aux
propofitions qu'il avoit à
faire . Les Souverains les plus
barbares n'ont jamais refufé
Audience aux Ambaffadeurs
des Princes qu'ils traitent avec
le plus de hauteur, & puis
que le Roy dit que les inftrutions
de fon Ambaffadeur
ne tendoient qu'à établir une
bonne correfpondance
, on
en devoit croire un Prince
qui n'a jamais manqué de
parole , mefme quand il l'a
donnée à fes Ennemis . Le
Roy a plus fait que tout cela,
& pour mmoonnttrreerr ,, qu il cher-
Fij
68 Suite des Affaires
choit de bonne foy à s'ac
commoder avec le Pape , il
luy a envoyé par un homme
de confiance une Letrre écrite
de fa propre main .
Ce fage Monarque pouvoit
ne pas chercher cet expedient
; il n'y eftoit point
obligé , & l'on n'auroit pas
trouvé à redire qu'il ne l'euft
point fait , puis qu'il avoit
un Ambaffadeur à Rome, &
un Cardinal François, auquel
il avoit donné le foin de faire
fçavoir fes intentions , mais
enfin le Pape ayant temoigné
que l'un ny l'autre ne
du Temps.
69
CC
luy eftoit agreable
qui arrive affez ordinairement
aux Miniftres qui fervent
avec zele , & qui font
chargez de Commiffions qui
ne plaiſent pas , Sa Majefté
voulut bien mettre en ufage
tous les moyens qui pouvoient
contribuer à un accommodement
par la prudente
precaution qu'Elle cut
d'envoyer au Pape un homme
en qui Elle fe confioit ,
qu'Elle avoit Elle meſme
choify, & qui n'ayant jamais
traité avec fa Sainteté , ny
avec fes Miniftres , ne pou70
Suite des Affaires
voit eftre defagreable du
cofté de fa perfonne ; mais
quoy que porteur d'une Lettre
du Roy, & d'une Lettre
écrite de la main mefme de
fa Majeſté , comme je l'ay
déja dit , il n'a pas laiffé d'étre
traité fort indignement,
on n'a point voulu le voir
ny recevoir fa Lettre , &
comme on n'a jamais agy de
la forte, mefme avec des Ennemis
reconnus pour tels ,
c'eftoit declarer plufque la
guerre à fa Majefté , s'il
m'eft permis de parler ainfi,
& vouloir l'obliger à fe rel
du
Temps
71
fentir de ce mauvais traittement
, afin qu'eftant tout à
Ait brouillé avec le Pape, ce
Prince ne demandaft plus les
chofes juftes qu'on ne luy
refufoit que fous de méchans
pretextes
, & dont les refus
n'atiroient que du blafme
le
aux Miniftres de Sa Sainteté .
Le Roy ayant toujours eu
tous les égards que tout
Chreftien doit avoir pour
Saint Siege , & toutes fes
actions ayant efté d'un Fils
ainé de l'Eglife dont il recherche
encore tous les jours
l'accroiffement , ce Prince
72 Suite des Affaires
n'auroit pû fe refoudre à fe
mettre en eftat de parer les
coups qu'on luy veut porter,
s'il n'avoit tenté auparavant
tous les moyens que fa prudence
& fa pieté luy ont fuggerez
, pour parvenir à un accommodement
dont toute la
Chreftienté auroit tiré de
grands avantages ; mais
aprés fa Lettre qu'on a refufé
de voir , il a témoigné
qu'il ne fe reprochoit rien
que fa confcience eftoit en
reps , & qu'il n'avoit oublié
aucune chofe pour empefcher les ;
fuites fachenfes d'une guerre
don
du Temps.2 73
dent il n'eftoit pas l'Auteur.
On ne peut douter qu'aprés
les démarches
du Roy , d'autres
ne foient coupables
du
fang que l'on répandra
dans
cette guerre . Outre la Lettre
écrite à M le Cardinal
d'Ef
trées , qui juftifie affez le
procedé de Sa Majeſté , il a
encore paru dans le meſme
temps un Ecrit avec ce titre,
Memoire des ratfons qui ont
obligé le Roy à reprendre les armes
, & qui doivent perfuader
toute la Chrestienté des finceres
intentions de Sa Majesté pour
l'affermiffement de la tranquilli
G
74 Suite des Affaires
4
té publique . Voicy ce que
contenoit cet Ecrit. Je croy
qu'il eft à propos que vous
vous en rafraifchiffiez la me
moire , afin que vous entriez
mieux dans les raifons qui le
doivent fuivre.
C
EUX qui examineront
fans paffion &fans aucun
autre intereft que celuy du bien
public , la conduite que Sa Majefté
a tenue depuis le commencement
de la guerre de Hongrie
jufqu'à prefent, auront une juſte
raifon de s'étonner , qu'ayant
toujours esté bien avertie du
du Temps.
73
deffein que l'Empereur a formé
depuis longtemps d'attaquer la
France, autost qu'il aurafais
la Paix avec les Turcs , Elle ait
differé jusqu'à cette heure à le
prévenir, & que bien loin de ſe
fervir des prétextes que les regles
d'une bonne Politique
luy pou
voient fuggerer, pour empêcher
l'agrandiffement
de ce Prince ,
Elle ait mefme voulu facrifier au
bien de la Paix les juftes fujets
qu'on luy a fi fouvent donnez
d'employer les forces que Dien
luy a mifes en main , tant pour
oster à la Cour de Vienne les
moyens de luy nuire que pour
G'ij
76 Suite des Affaires
arrester le cours des injuftices &
des violentes ufurpations de
Electeur Palatin , faire rendre
à Madame , Belle -foeur de Sa
Majefté, ce qui luy doit appartenir
de la fucceffion de fes Pere
Frere , & diffiper de bonneheure
toutes les ligues & lespreparatifs
de guerre qui l'ont enfin
forcé deporterfes Armes fur
les bords du Rhin , & d'atta
quer les Places qui pouvoient
donner leplus de facilité à l'Empereur
de recommencer & de
foutenir la guerre contre la
France.
Tout le monde convient audu
Temps.
77
jourd'huy, que le trop fincere defir
que Sa Majesté avoit d'em !
pefcher qu'il n'arrivast rien qui
fuft capable de troubler le repos
de la Chreftienté
, les preuves
convainquantes qu'Elle a données
defes bonnes intentions , ont
beaucoup contribué à tous les
fujets de mécontentemens qui
ont enfin laffé fa patience .
On a vu que dans le temps
qu'Elle pouvoit fe prévaloir de
Pembarras
que donnoit à l'Empereur
la guerre de Hongrie ,
pour obliger la Cour de Vienne
l'Empire à luy ceder par
G iij
78 Suite des Affaires
un Traité definitif » tous les
lieux qui avoient esté réunis àfa
Couronne , en confequence des
Traitez de Munster de Nimegue
, & faire ceffer par ce
moyen tous fujets de mefintelli
l'Empire , gence entre Elle
Elle avoit mieux aimé acquiefcer
à un Traité de Treve ou de Sufpenfion
, que de détourner par
fes Armes les Princes & Etats
de l'Empire , de donner à l'Empereur
les fecours dont il avoit
befoin , pour repouffer toutes les
forces de l'Empire Ottoman ;
que Sa Majeftéfuivant les mou
du Temps.
79
vemens de fa pieté & de fa
generofité avoit preferé l'intereft
general de la Chreftientés au
bien de fa Couronne , fe contentant
d'obtenirprovifionnellement
ce que laprudence vouloit qu'Elle
demandaft pour toûjours .
On avoit affez remarqué ,
qu'à peine ce Traité de Treve
fut ratifié de part & d'autre ,
que Sa Majesté voulut bien encore
donner de nouvelles marques
defa moderation ; &quoy
qu'Elle eût appris , que les Miniftres
Imperiaux employoient
tous leurs foins & tous leurs
efforts dans la plupart des Cours
Giiij
80 Suite des Affaires
d'Allemagne , pour porter les
-Princes & Etats de l'Empire à
entrer dans de nouvelles ligues
contre la France : Que par le
Traité fait à Aufbourg , ils avoient
engagé un nombre cond'Etats
a
fiderable de Princes
àfouferire cette affociation : Que
dans l'Affemblée de Nuremberg
on s'eftoit fervy de toutes fortes
d'artifices de fuppofitions ,
pour faire entrer dans cette mefme
ligue ceux qui efloient retenus
parla confideration des malheurs
que pourroit caufer une
nouvelle guerre & par
vantage que tout l'Empire trou-
C
l'adu
Temps.
81
8t
voit dans le maintien d'une
bonne intelligence avec Sa Ma
jesté ; & qu'enfin les Miniftres
de la Maifon d'Austriche s'étoient
clairement expliquez en
plufieurs endroits ,s que la guerre
de Hongrie ne feroit pas plûtoft
finie , que l'Empereur tourneroit
fes armes vers le Rhin ,
que le Traité de Treve ne
feroit pas capable d'arrefter fes
deffeins : Neantmoins tous ces
preffans motifs qui devoient
obliger dés lors Sa Majesté de
porter plûtost la guerre dans les
Pays & les Etats de ce Prince ,
que de l'attendre dans fon
ج ر ب
82 Suite des Affaires
le
Royaume , avoient encore cede
au defir empreffé qu'Elle a toujours
en de faire tout ce qui pou
voit dépendre d'Elle pour
maintien de la Paix & Elle
n'avoit point pris d'autres précautions
pour garantirfes Etats.
de tout le mal qu'on fe prepa
roit à leur faire , que de bien
fortifier les lieux de fesfrontieres
qui pouvoient arrefter les entreprifes
defes Ennemis .
Tant de preuves de la fincerité
de fes intentions avoient
fait oublier à la Cour de Vienne,
que toutes les fois qu'on a contraint
Sa Majesté de reprendre
du
Temps.
83
les armes , il a plû à Dieu de
faire voir la juflice de fa caufe,
par les bons fuccés qu'elles ont
eu. On s'eft imaginé qu'Elle
prefererait durefnavant la don
ceur du repos aux foins indif
penfables qu'Elle eft obligée de
prendre pour la confervation de
fes Etats & l'efperance de
trouver de grands avantages.
dans un renouvellement de
guerre , a porté la Cour de Vienne
à rejetter avec hauteur les
infinuations , mefme des Ministres
du Pape , qui croyoient ,
avec raison , qu'il n'y avoit
pas de moyen plus prompt , plus
84 Suite des Affaires
facile & plus neceſſaire pour
établir une bonne union & concorde
entre tous les Princes &
Etats
Chreftiens , que de
faire
un Traité de Paixfur le mefme
pied que celuy de Treve , fans
rentrer dans des difficultez fi
fouvent debatues , & qui ne
peuvent plus eftre foutenues que
pour exciter de nouvelles aigreurs
de nouveaux troubles.
Mais quand mefme toutes ces
démarches n'auroient pas efté
Suffifantes , pourfaire voir clairement
à Sa Majesté la refolution
que
la Cour de Vienne
du
Temps.
85
a prife de recommencer laguerre
contre la France , en pourroiton
douter , aprés toutes les preuves
qu'Elle en a données, tant
aufujet de lafucceffion Palatine,
qu'à l'occafion de la Poftulation
qui a eflé faite du Cardinal de
Furftemberg, premierement à la
Coadjutorerie , depuis à l'Electorat
de Cologne .
Perfonne n'ignore le droit inconteftable
qui appartient à Madame,
Belle-faur de Sa Majefte,
fur la fucceffion de l'Electeur
Palatin Charles fon Frere ; on
fçait que tous les meubles , biens
allodiaux , & fiefs hereditaires
86 Suite des Affaires
que
layfont aequis , comme à l'uniheritiere
de fes Pere & Frere
; quoy que Sa Majesté fuft
affez portée par l'affection
qu
Elle a pour cette Princeffe
luy donner toute la protection
dont elle avoit befoin , pour fe
mettre en poffeffion des biensmeubles
& immeubles
de cette
fucceffion, neanmoins les mefmes
confiderations qui avoient empefché
Sa Majefté de faire aucun
mouvement
qui puft retarder la
profperité des armes Imperiales
en Hongrie , l'avoient encore
obligé de préferer l'arbitrage du
Pape , quoy que déja declaré
du
Temps.
87
partial contre la France , aux
moyens plusfeurs &plusprompts
qu'Elle avoit en main , de faire
rendre à Madame,fa Belle-feur,
la justice qui luy eft dene'; &
bien que cet arbitrage ne duft
eftre fufpect qu'à Monfieur,
Frere unique de Sa Majesté ,
neanmoins il a bien voulu p
donner les mains ; en forte qu'il
n'a tenu qu'à l'Electur Palatin
de terminer tous ces differends
par la décifion du Pape. Mais
quoy qu'ily ait une infinité d'exemples
de femblables conteftations
entre les Princes & Etats
de l'Empire , remiſes au juge88
Suite des Affaires
ment des Puiffances qui n'en
dépendent point , cet Electeur.
qui a toujours travaillé à fomenter
la guerre entre la France
l'Empire , ne fe contentant pas
de vouloir envahir pourfa Maifon
les Electorats & les Dignitez
Ecclefiastiques , qu'il s'efforce
d'obtenir en toutes occafions par
les voyes les plus violentes &
les plus contraires aux regles de
l'Eglife & aux Loix & Constitutions
de l'Empire , a rejetté
l'arbitrage du Pape fur cette
affaire , & s'est non feulement
emparé des Terres infeparablement
attachées à la dignité El -
du
Temps.
89
Forale, mais mefme il s'eft encore
faifi fans aucune forme de
justice de tous les engagemens ,
biens allodiaux . fiefs hereditaigeneralement
de tout ce res ,
ques
T
qui appartient legitimement à
Madame Belle - foeur de Sa
Majesté , à la referve de quel
meubles qu'il a bien voulu
abandonner pour colorerfon injuftice
manifeste, & flater la
bonne foy de Monfieur , Frere
unique de Sa Majesté , de l'efperance
d'une plus grande restitution.
>
Mais comme il a bien reconnu
qu'il ne pourroit pas foute-
H
90 Suite des Affaires
nir longtemps fon injuste ufurpation
contre la protection que
Sa Majefté fe fent obligée de
donner au bon droit de Monfieur
, fon Frere unique , & de
Madame, fa Belle foeur , il n'a
rien obmis de tout ce qu'il a cru
capable d'exciter entre la France
l'Empire une guerre qu'il
confiderée comme un moyen
de retenir impunément dans la
confufion & le defordre qu'elle
porte avec elle , des biens qui
ne luy peuvent jamais appartenir
legitimement, tant que Ma
dame , ou fes defcendans fubfifteront.
C'est dans cette venë,
2
du Temps.
or
&
que
que pendant que Sa Majesté
apportoit le plus de foin à ofter
tous pretextes à la Cour de Vienne
de finir la guerre de Hongrie,
la décadence de l'Empire
Othoman faifoit encore esperer
à l'Empereur de plus grandes.
profperitez , cet Electeur a redoublé
fes efforts pour obliger la.
Cour de Vienne à faire la paix
avec les Turcs , & porter la
guerre vers le Rhin.Sa Majesté
n'a pas ignoré tous les mouvemens
qu'il s'eft donné pour cet effet
les ligues qu'il a formées ; &
enfin la refolution qu'il a fait
prendre de conclure au plûtest
Hij
92 Suite des Affaires
un accommodement avec l'Ennemyde
la Chreftienté » pour attaquer
la France , &furprendre
la vigilance de Sa Majesté.
Il eft vray que l'Archevefché
de Cologne demeurant au pouvoir
d'un Prince auffi- bien intentionné
que l'eftoit le feu Ele-
Eteur pour le maintien de la
tranquillité publique , il falloit
ofter un fi grand obftacle à de
nouveaux troubles ; le feul expedient
eftoit de luy donner de
gré ou de force un Coadjuteur
entierement devoué aux interefts
de la Maiſon d'Austriche , &
du Temps .
93
il n'en pouvoit trouver aucun
dont il fast plus affurépour l'execution
de ce deffein & l'agrandiffement
de fa Maifon ,
qu'un des Princes fes Enfans.
On peut dire auffi , qu'il n'y a
rien qu'il n'ait mis en pratique
pour y réuffir. Mais comme fes
offres & fes promeffes , appuyées
de la prefence du Duc de Juliers
n'ont pas eu l'effet qu'il en attendoit
les menaces dont il s'eft
fervy contre les Chanoines , &
contre l'Electeur mesme , ont
efté fi violentes & fi outrées
qu'elles luy ont attiré l'indignation
des uns & des autres; & de
;
94 Suite des Affaires
vingt-quatre voix dont le Chapitre
eft compofé , elles en ont
déterminé dix-neufà poftuler le
Cardinal de Furftemberg
à la
Coadjutorerie de l'Archevefché
de Cologne , le jugeant avec raifon
d'autant plus capable de le
bien gouverner , qu'outre l'experience
qu'il y a acquife pendant
la longue adminiftration
que
feu Electeur luy en avoit confiée
, fa dignité de Doyen , fon
age , fes bonnes qualitezperfonnelles
, le font eftimer &
aimer de tous ceux du Chapitre
qui ne font point obligez de facrifier
leurs inclinations à d'aule
du Temps.
951
tres interefts qu'à celuy de leur
Eglife.
Ta
Cependant cette Poftulation
fi canonique n'a pas efté capable
de renuerfer les projets de l'E
Lecteur Palatin. La partialité
du Pape , trop declarée pour
Maifon d'Auftriche , luy a don
né de nouvelles efperances ; &
l'impoffibilité de réuſſir pour un
de fesfils , luy a fait concevoir
un deffein beaucoup plus avantageux
pourfa Maifon . Il a cru
qu'il ne falloitpas attendre que
le Cardinal de Furftemberg
par
venu à cet Archevefché , &
fuivant les mouvemens de fon
6 Suite des Affaires
affection pour la Maifon de
Baviere , put faire agréer au
Chapitre le Prince Clement pour
fon Coadjuteur , lors qu'il auroit
lage indifpenfablement requis
par les Canons. Rien n'estoit
plus contraire aux interefts de cet
Electeur , & il n'avoit garde de
fouffrir que l'Electeur de Bavie
fuft redevable à la recommandation
de Sa Majesté & à
l'inclination dudit Cardinal , du
retour de cet Electorat dans fa
Maifon. Mais pour rompre
toutes ces mesures & affurerpour
fes Enfans , ou l'Electorat de
Cologne , ou celuy de Baviere ,
il
29 du Temps, 2 97
a
il a estimé qu'il n'y avoit pas de
meilleur moyen , que de profiter
de la mauvaife difpofition du
Pape envers Sa Majesté &
de fon attachement à la Maiſon
Autriche
premierement, pour
empefcher que la poftulation dre
dit Cardinal de
Furtemberg &
la
Coadjutorerie , qui n'auroit
pas reçu la moindre difficulté
fous un Pontificat moins paffionné
contre la France, ne fustcon
firmée ; & en fecond lieu , lux
donner pour
concurrent ce mcfme
Prince que ledis Cardinal a
vait deffein d'obliger ifenfibles
mentus tqst-xib ob soningcan
I
a-
SANS98
Suite des Affaires
&
Il eft vray qu'il n'y a aucune
perfonne raisonnable , inftruite
des principes de la Religion Catholique
, Apoftolique Romaine
, qui euft pu s'imaginer,
que malgré tout ce que les Conciles
Oecumeniques & en dernier
lieu le Concile de Trente ,
ont ftatué touchant l'âge la
fcience, & les qualitez requifes
neceffaires à un Evefque , le
Pape qui avoit témoigné par le
paffé tant d'éloignement pour
toutes les graces , pût fe porterà
declarer capable deftre élu à
l'Archevefché de Cologne , un
jeune Prince de dix -fept ans
du
Temps.t.090
que
qui n'en eft pas mesme Chanoine.
Mais il faut avoüer
ce renversement de la difcipline
Ecclefiaftique est bien moins avantageux
à la Maiſon de Baqu'à
celle d'Auftriche, &
viere ,
à l'Electeur Palatin ; car fi ce
projet réaffiffoit en faveur du
Prince Clement , on il ne feroit
que le dépofitaire de l'Electorat
de Cologne , pour le faire paffer
à un Prince de Neubourg , ou
s'il le vouloit retenir pour luy
mefme , avant qu'il air plú à
Dieu donner des enfans à l'Electeur
fon frere , & dans le
temps qu'il expofe fi fouvent fa
I ij
100 Suite des Affaires
wie pour le fervice de l'Emperear
, ik affeureroit à l'Electeur
Palatin la fucceffion aux Etats
de Baniere & à la Cour de
Vienne L'extinction d'une Mai
fon qui luy a toujours donné
une forte jalousie , er que be
merite de l'Electeur qui regne
prefent ne diminuera pas.
1 Voilà le veritable motifde ce
Brefconcerté entre le Pape , les
Miniftres de la Maifon d'Au
feriche , ceux de l'Electeur
Palatin comme ils ont bien
jugé que Sa Majesté ne fouffiroitpas
que le Cardinal de Fur-
Hemberg paftulécanoniquement
ji I
du Temps ? 1on
à
l'Archeveſché de Cologne , en
fuft dépouillé , en haine de l'ap
plication qu'il a toujours donnée
au maintien d'une bonne in
telligence entre Sa Majesté &
l'Empire , ny que la plus confi
derable partie du Chapitre que
luy a donné fes fuffrages , fust
privée de fes droits par la force
& la violence , ils se font enfin
determinez à faire la paix
avec le Turc , pour la
pour la rompre en
mefme temps avec la France.
Mais fi Sa Majefté a beaucoup
de fujet de fe plaindre
d'un procedé fi contraire à la
bonne foy avec laquelle Elle a
I. iij .
•
102 Suite des Affaires
toujours agy pendant les plus
grandes profperitez des Armes
Imperiales en Hongrie , & aux
foins qu'Elle a pris d'empêcher,
qu'il n'arrivaft rien dans toute
l'Europe qni en puft arrefter le
cours , il n'y a perfonne , quelque.
paffionnée qu'elle puiffe efire contre
la France qui ne doive avouer,
que tout ce qui s'est fait
depuis l'obtention de ce Bref
d'Eligibilité , tant par les Miniftres
Imperiaux , que par ceux
de l'Electeur Palatin , a dû achever
de laffer la patience du Roy,
& luy ôter fujet de douter de la
ferme refolution que l'Empereur
du Temps.
103
4..
prife de luy declarer la guerre
inceffamment.
C'est dans ce deffein que la
Cour de Vienne a cru n'eftre plus
obligée à garder aucunes mefu-
Le Concorres
qu'encore que res , &
dat Germanique , les Conftitutions
de l'Empire , & le Traité
de Munster doivent rendre inviolable
la liberté des Elections
dans les Chapitres d'Allemagne ;
& que l'Article 23. du Traité de
Nimegue ait dû faire ceffer les
injures & les invectives des
Ministres de la Cour de Vienne
contre le Cardinal de Furftemberg
; neanmoins le Comte de
I iiij.
104 Suite des Affaires
•
Kaunitz , voyant bien que ny
les promeffes ny les menaces
n'estoient pas capables d'ébranler
une affez confiderable partie du
Chapitre de Cologne , pour faire
quelque oppofition a l'élevation
du Cardinal de Furftemberg, &
qu'il n'y avoit que ceux qui par
leurs charges & leurs emplois
indifpenfablement obli- eftoient
-gez à fuivre les mouvemens de
la Cour de Vienne , qui ne vou
luffent pas concourir à fa Poftulation
, tous les autres eftant
pleinement perfuadez , qu'ils ne
pouvoient faire un plus digne
que de la perfonne dudii
'
choix ,
du
Temps. 105
Cardinal non
feulement pour le
bien & l'avantage
de l'Archevefché
, mais auffi pour l'affermiffement
du repos de l'Empire,
il n'y a point eu d'injures , d'invectives
, de calomnies , dont
&
ce Miniftre
n'ait chargé ledit
Cardinal , jusqu'à luy donner
une exclufion
formelle de la part
de l'Empereur
, & menacer le
Chapitre de luy ôter fes privileges
. Enfin on peut dire
méprise
l'infraction
manifefte
des Traitez de Paix ont paru
auffi
clairement dans le Difcours
adrefé au Chapitre de Cologne
par ledit Comte de
Kaunitz, que
que
·le
106 Suite des Affaires
la mpderation dudit Cardinal
fon zele pour le maintien de la
tranquillité publique dans la ré
ponfe qu'il y a faite .
re
Mais comme toutes ces violences
des Miniftres de la Maifon
d'Auftriche n'ont pas efté capables
d'empefcher que la plus
grande & plus confiderable partie
du Chapitre de Cologne ne
foit demeurée infeparablement
unie avec le Cardinal de Fur-
Stemberg, pour maintenir conjointement
avec luy les droits
les libertez de leur Eglife ,
la Cour de Vienne fait fes diligences
pour affembler les Trou
du Temps. 107
pes de la plupart des Princes
Proteftans aux environs de cet
Archevefché , afin de les employer
à faire executer conjointement
les Brefs qu'elle fe flate
d'obtenir de la Cour de Rome
>
contre la difpofition des Canons,
des Traitez des Constitu
tions de l'Empire , & elle ne fe
foucie pas que l'Archevefcbé de
Cologne foit entierement defolé »
& la Religion Catholique opprimée
dans tous les lieux qui en
dépendent pourveu qu'elle y
trouve des moyens & des faci
litez d'attaquer la France , de
foutenir la guerre contre Sa Ma-
>
108 Suite des Affaires
2
à
jesté aux dépens des Electeurs ,
Princes Etats de l'Empire
de contraindre les premiers
deferer au Roy de Hongrie la
Couronne de Roy des Romains ,
avant l'age indiſpenſablement
requis par ces mefmes loix &
conftitutions enfin d'aßujettir
toute l'Allemagne à l'autorité
defpotique de la Maifon
d'Auftriche
en éloignant de
Falliance & de l'amitié du Roy.
ceux qui pourroient eftre les plus
fermes défenfeurs des droits &
des libertez de leur Patrie.
Ces veritezfont parfaitement
connues de Sa Majesté, & il
ر
du
Temps. 109
'y aura perfonne de bon fens ,
bien informée de ce qui fe
paffe dans l'Europe , qui puiffe
revoquer en doute la moindre
circonstance de ce qui eft avancé
dans ce Memoire. Ilferoit mefme
affez inutile de rendre publiques
toutes les autres preuves que Sa
Majofté a enes de la refolution
prife par la Maifon d'Auftriche ,
de luy faire inceffamment la
guerre. Elle est bien perfuadée,
qu'après toutes celles qu'Elle a
données du trop grand defir
qu'Elle a toujours eu d'affermir
la tranquillitépublique tout le
monde avouera, qu'il euft efté à
110 Suite des Affaires
fouhaiter pour le bien general de
la Chrestienté , que ceux qui
croyent trouver leurs avantages
exciter de nouveaux troubles ›
n'euffentpas eu fi bonne opinion
de la fincerité des intentions de
Sa Majefté, & que ce ne fera
que fur eux qu'on rejettera le
blâme de la neceſſité où ils l'ont
mife , defaire marcherfesTroupes
, tant pour affieger Philisbourg
, comme la Place la plus
capable de faciliter à fes Ennemis
l'entrée dans fes Etats , que
pour ſe mettre en poffeffion de
Kaiferflouter , jufques à ce que
Electeur Palatin ait reftitué à
du Temps.
111
a
Fugth
8
Madame Belle-foeur de Sa
Majefté , ce qui luy doit appartenir
de la fucceffion des Electeurs
fes Pere & Frere.
Mais quelque fuccés qu'il
plaiſe Dieu de donner aux
armes de Sa Majesté , Elle a
toujours le mefme defir de faire
defa part tout ce qui pourra contribuer
a l'affermiffement de la
tranquillité publique : Et pour
cet effet Elle declare , qu'il ne
tiendra qu'à l'Empereur & àfes
adherans , de la rendre d'une
perpetuelle durée Sa Majesté
voulant bien , que pour oster à
l'avenir tout fujet de mefintelli
i
12 Suite des Affaires
gence entre Elle & l'Empire ,
e ne plus làißer aucune fa
mence de divifion & de xenon
vellement de guerre , ilfoitfait
un Traité de Paix definitifs aux
mefmes conditions que celuy de
Tréve, comalu & figné à Ratifkanne
le 15. douſt 1684. bien
extendu que Sa Majesté ne
pourra eftre troublée , ny inquietée
en quelque manière que
GAfoit touchant les nouvelles,
Fortifications qu'Elle a establi
gée de faire pour la feureté de fes
Etats , tant à Huningue , qu'an
Fort Louis du Rhinasid tralius
- Et comme elle n'a pas entre'd
du Temps:
113
pris le Siege de Philisbourg pour
s'ouvrir des moyens d'attaquer
l'Empire , mais feulement pour
fermer l'entrée de fes Etats à
ceux qui voudroient exciter de
nouveaux troubles , Elle offre
pourfaciliter davantage le Traité
de Paix , de faire demolir les
Fortifications de ladite Ville de
Philisbourg , lors qu'Elle l'aura
reduite à fon obeisance , & la
faire rendre à l'Evefque de Spire,
pour en jouir de la mesme maniere
que fes Predeceffeurs ont
fait avant que la Place fust for
tifiée , fans en pouvoir rétablir
les Fortifications .
K
114 Suite des Affaires
Sa Majesté veut bien encore
ajoûter à ces offres une preuve
plus confiderable & plus convainquante
du defir qu'Elle a de
rétablir une bonne corespondance
avec l'Empereur & l'Empire ,
& de la rendre d'une longue
durée ; & quoy que les dépenfes
extraordinaires qu'Elle a faites
pourrendre la Place de Fribourg
imprenable , comme elle est å
prefent , la doivent obliger à ne
la détacher jamais de fa Couronne
, neanmoins pour procurer
une longue paix à toute la Chrefienté
, & pourfaire voir qu'Elle
n'a pensé qu'à fermer ſon
du
Temps.
115
Royaume , & non pas àfe conferver
des moyens de l'agrandir,
Elle veut bien auffi faire démo
lir les fortifications de cette importante
Place , & la rendre à
l'Empereur avec ses dépendances
, à condition qu'elle ne pourra
jamais eftre fortifiée .
Quant à l'Electorat de Colo
gne, Sa Majeté offre d'en retirer
fes Troupes , auffitoft que
Pape , foit de fon pur mouvement
, ou à la priere de l'Empereur
, aura confirmé la Poftulation
du Cardinal de Furstemberg;
Elle s'employera volontiers
lors que ledit Cardinalfera
(
le
-K ij
116 Suite des Affaires
dans la paifible poffeffion &
joüiffance dudit Electorat , à le
faire entrer avec le Chapitre
dans les
temperamens qui pourront
eftre propofez pour la fatisfaction
du Prince Clement & de
l'Electeur de Baviere , en forte
que le repos de cet Archeveêché
ne puiffe eftre troublé ny à prefent
, ny à l'avenir.
Sa Majesté veut bien auffi,.
pour ne laiffer aucun refte ny
occafion de troubles , terminer
inceffamment les differends qui
regardent lafucceßion Palatine ,
& Elle offre pour Monfieursfon
Frere unique , & pour Madadu
Temps. 117
me, fa Belle foeur, un defiftement
de toutes les Places , Terres
Pays , mefme des meubles , des
Canons , & de toutes les autres
chofes qui leur doivent encore
eftre reftituées , moyennant un
dédommagement en argent , fuivant
l'eftimation qui en fera
faite , au plus tard dans un an,
par les Commiffaires qui feront
nommez à cet effet : & au cas
qu'ils n'en puffent convenir dans
ledit temps , Sa Majesté confent
que ce qui restera de differends
foit terminé par l'arbitrage du
Roy d'Angleterre & de la Repu
blique de Venife , fans qu'on en.
118 Suite des Affaires
d'autre
puiffe venir de part ny
à aucune voye de fait.
C'est à ces conditions , beaucoup
plus avantageufes à l'Empereur
& à l'Empire , qu'à Sa
Majesté àfa Couronne que
la tranquillité publique peut être
rétablie & affurée pour toujours ,
pourveu qu'elles foient acceptées
dans le mois de Janvier prochain
: à l'effet de quoy. ' effet de quoy Sa Majesté
est prête d'envoyer incef-
Samment fes Plenipotentiaires
à Ratisbonne. Mais aprés ce
temps , Sa Majesté estant obligée
de continuer des dépenfes
immenfes , Elle ne pretend plus
du Temps.
119
La
eftre tenue à fes offres ; & en
6as d'un plus long retardement ,
ou 'un refus de les accepter, Elle
protefte dés à prefent de tous les
malheurs que guerre pourra
caufer à la Chreftienté , contre
ceux qui l'ont forcée à reprendre
les armes , pour prévenir leurs
mauvais deffeins, & qui ne
voudront pas profiter des expediens
qu'Elle propofe, pour aſſu
ver inceffamment une Paix durable.
Fait à Versailles le
jour de Septembre 1688 .
21400
Quoy que je ne puiſſe vous
rien dire touchant ce Me120
Suite des Affaires
moire , qui ne foit beaucoup
au deffous de la maniere dont
il est écrit , l'abondance du
droit du Royeft fi grande
que je croy vous en pouvoir
encore entretenir. D'ailleurs,
ce Memoire n'expofe que les
faits ; il eft vray qu'ils font
affez forts & affez connus,
pour n'avoir pas besoin que
les raifonnemens & lespreuves .
les faffent valoir. Cependant
on ne fçauroit trop en faireconnoiftre
la verité à caufe
du grand nombre de jaloux
que la gloire du Roy a fait
élever contre ce Monarques
•
ce
du
Temps .
121
Ce n'eft pas qu'ils n'en foient
entierement convaincus , ils
ne voyent aucun fujet d'en
douter , & on fçait fort bien
qu'ils n'en difconviennent
pas dans leur ame; mais comme
leur ambition ne s'en accommode
pas , ils font les
premiers à chercher des couleurs
pour obfcurcir cette
verité , & les plus noires font
celles qui leur plaiſent da-
"
vantage . Il n'eft rien que leur
dépit & leur malice n'inventent
, mais ce qui leur nuit,
c'eſt qu'ils bâtiffent fur de
méchans fondemens
L
> &
122 Suite des Affaires
n'alleguent que des faits
qu'ils prennent plaifir à fuppofer
. Ainfi on n'a pas beaucoup
de peine à les combatre
dés qu'on le veut entreprendre
, & tous les fombres nuages
dont ils fe font efforcez
de couvrir la verité , s'éva
nouiffent aux moindres raila
fons que l'on apporte
pour
mettre au jour . Ils font perfuadez
en la déguifant
, qu'il
eft aifé de decouvrir
leurs
fuppofitions
, dés qu'on voudra
s'en donner la peine, mais
ils fe repofent
fur la fageffe
des Ecrivains
de France
, qui
du
Temps.
123
ne font pas accouftumez à
écrire comme eux , & à faire
des invectives, cela eft caufe
que moins on répond à leurs
écrits , plus ils écrivent , &
font écrire,
s'imaginant
qu'à
force de repeter des faufletez ,
& d'en fuppofer de nouvelles,
on y adjouftera foy ; cela
leur arrive fi fouvent , qu'on
pourroit dire qu'ils commencent
à la fin à croire euxmefmes
, ce qui ne fort point
de leur imagination échauf
fée , à force de le vouloir
perfuader aux autres . Ils feavent
auffi que ce qu'ils écri-
Lij
124 Suite des Affaires
vent , eft indifferent au Roy,
qu'il les regarde avec mépris
fans fe foucier qu'on y réponde
, ce Prince fçachant
bien qu'il n'y a que les méchantes
caufes qui ont befoin
d'Avocats , & d'eftre bien
défenduës , & ne fe mettant
pas en peine de tout ce que
la calomnie & l'envie peuvent
faire dire , pourveu
qu'il foit content de luymefme
, que la justice foit
de ſon coſté , qu'il ne faſſe
rien contre la gloire , & que
fa confcience n'ait rien à luy
reprocher. Il fcait que la madu
Temps.
125
lice eft roft ou tard confonduë
, que la verité fe decou
vre toujours de quelques
voiles qu'on la puiffe enveloper
, & que
le
temps
juſtice à tout le monde.
rend
C'eſt un fait incontestable
que quoy que le Roy ne puſt
douter des mauvaiſes intentions
de l'Empire contre luy,
ce Prince n'a point écouté
tout ce que la politique cuft
confeillé à un autre pour
empefcher l'Empereur de s'agrandir
, qu'il y a contribué,
plus qu'aucune autre Puiffance
en ne faifant point de
1
iij
126 Suite des Affaires
diverfion , qu'on a vu plus
de François de marque dans
les Armées de fa Majefté Ime
periale que d'aucune autre
Nation ; que les Fils meſme
de fes Miniftres y ont efté, ce
qui fait voir la fincerité des
intentions de ce Monarque
que fes Miniftres doivent
mieux fçavoir que beaucoup
d'autres. Sa Majesté a mefme
fait plus , & pour témoigner
fa bonne foy , & ofter aux
Allemans toute l'inquietude
qu'ils pouvoient avoir , parce
qu'un Prince puiffant , &
toujours certain de la victoi
du Temps .
127
re , eft à craindre , Elle a voulu
de fon cofté travailler auffi
pour l'agrandiffement de la
veritable Religion , & faire
dans fon Royaume ce que
tous fes Predeceffeurs n'avoient
pû faire depuis que
Calvin y avoit fait recevoir
fa Reforme prétenduë . Vous
fçavez que le relâchement
des moeurs fut le pretexte
qui la fit fuivre par ceux
qui dans chaque Eftat n'ont
de religion , que parce qu'on
eft obligé d'en avoir , & que
plufieurs Souverains d'Allemagne
l'embrafferent, à cauſe
Liiij
128 Suite des Affaires
qu'elle les autorifoit à s'emparer
& à jouir de tous les
biens de l'Eglife , qui font
grands en Allemagne . Cette
Religion reformée , ou plûtoft
relâchée , avoit pris de
profondes racines en France ,
& la plufpart de ceux qui en
faifoient profeffion , la fuivoient
de bonne foy , parce
qu'ils y eftoient nez . Comme
le libertinage ne la leur avoit
point fait choifir ,il eftoit fort
difficile, de déraciner de leur
coeur des erreurs fucées avec
le lait ; & le Roy qui entreprenoit
une auffi grande affaire
du Temps. 129
chez lay.fe mêtoit hors d'ètat
de faire foupçonner à l'Empereur,
& à l'Empire qu'il les
vouluft artaquer. Il eft con
ftant que s'il euft eu ce deffein
, il n'auroit point manqué
de pretexte fpecieux . Les
Souverains en trouvent toujours
lors qu'il s'agit d'une
guerre dont le fuccés leur
paroift certain . Mais il y avoit
plus dans la fituation où
eftoient les chofes , & c'eft un
fait fi clair & fi évident , que
je pretens vous faire voir que
le Roy avoit de juftes fujets
de l'entreprendre, en forte que
r30 Suite des Affaires
mis
fi le grand foin qu'il prend
de fes affaires , & le bon eftat
où elles fe trouvent , ne l'euffent
pas rendu feur de pouvoir
refifter quand les Ennel'attaqueroient
, fes Peuples
auroient eu lieu de fe
plaindre de ce qu'il ne faifoit
pas attaquer les Allemands
pendant qu'ils eftoient occupez
ailleurs , puis qu'ils avoient
refolu d'entrer dans
la France , fi- toft qu'ils au
roient conclu la Paix , ou du
moins une Tréve avec les
Turcs .
Il n'y a perfonne qui n'ait
du Temps.
13T
ouy parler de la ligue d'Aufbourg
. Elle s'eft faite avec
beaucoup de fecret ; elle a
efté cachée long- temps ; on
s'en eft enfuite vanté , on l'a
publiée, & pendant plufieurs
mois le nombre prefque infiny
des écrits menaçans de
Hollande , à roulé ſur cette
matiere, le Roy qui n'ignore
pas que pour regner , il ne
faut pas moins fçavoir ce qui
fe paffe chez les Ennemis que
ce qui fe fait dans fes Etats,
eut une Copie du Traité de
cetteLigue fi toft qu'elle fuſt
concluë , & fi ce Prince n'a132
Suite des Affaires
voit meprifé des Ennemis
dont il connoiffoit beaucoup
mieux les forces qu'eux mêmes
, il les auroit attaquez
avant qu'ils euffent feulement
levé la moitié des
Troupes qu'ils avoient reſolu
de mettre fur pied, mais il
fe contenta de dédaigner un
Projet dont il ne voyoit
point les effets à craindre ,
& quoy que cette ligue puft
eftre fuffifante pour l'autorifer
à rompre la Tréve , en
faifant entrer fes Armées en
Allemagne , il ne voulut
point embraffer une occa
du
Temps.
133
fron fi favorable
d'augmenter
le nombre de fes Conqueftes
, aimant mieux que
l'Empereur
étendift les fiennes
fur les Ennemis du nom
Chreftien . Il n'eft point befoin
de longs diſcours ,
ny de
raifonnemens pour prouver
ce que je dis ;ce ne font point
des imaginations
données
pour des veritez afin d'avoir
lieu d'écrire contre les Ennemis
du Roy, & de les rendre
odieux, de la meſme maniere
dont on veut tous les jours
noircir la France. Ce font
des faits , réels , connus , in134
Suite des Affaires
conteſtables , & qui rempliffent
une infinité de Cahaiers
& de Volumes imprimez
en Hollande.
La pieté du Roy l'ayant
empefché d'attaquer & de
vaincre ceux qui ne s'unif
foient que pour fa ruine , &
l'impuiffance des Princes lis
guez contre luy ayant fait
évanouir de fi beaux projets,
que la jaloufie qu'on avoit
de fa grandeur avoit fait imprudemment
refoudre , fans
qu'on puft eftre en état d'en
executer aucun , il s'eft pas
fé quelque temps pendant
du
Temps. 135
lequel les Ennemis de fa Majefté
fe font vus contraints à
former des
fouhaits impuiffans
; mais enfin le Prince.
d'Orange qui avoit fon but
particulier pour faire prendre
les armes contre le Roy , s'étant
fervy de la
difpofition
où il voyoit les affaires de
Cologne qui n'eftoit point
agreable à
l'Empereur , promit
à Sa
Majefté
Imperiale
de leur faire changer de face.
Il
falloit tenir parole , & il y
eut pour cela une Affemblée
fecrete à
Minden , où l'on
devoit
travailler à une nou136
Suite des Affaires
1
velle ligue . Il y avoit à cette
conference fuivant les nouvelles
publiques qui ont efté
imprimées à la Haye aprés
le retour du Prince d'Oran
ge , les Electeurs de Brandebourg
& de Saxe , les Ducs
de Brunfvic & de Lunebourg,
le Prince d'Orange , le Langrave
de Heffe Cafel , &
quelques autres Princes . L'Electeur
Palatin n'eftoit pas
moins intrigué de fon cofté,
il preffoit l'Empereur de faire
la Paix avec les Turcs
& de fe declarer ouver-
C
tement contre la France.
du
Temps.
137
Il avoit auffi fans cefle des
Envoyez , qui avoient des
Conferences fecretes avec les
Etats de Hollande, & avec le
Prince d'Orange . Enfin il eft
impoffible de fe donner plus'
de mouvement qu'il faifoit
contre le Roy, & cela, par des
veuës particulieres qui s'éxcitoient
à donner des confeils
à l'Empereur contre la gloire,
& contre les interefts de ce
Prince , à fe liguer avec la
Hollande , à s'vnir avec le
Prince d'Orange , & à mettre
toute l'Europe en armes,
afin que le defordre & la.
M
138 Suite des Affaires
confufion où feroient toutes
les affaires ,
empeſchaffent que
le Roy ne fuft en état de luy
faire rendre compte de la fucceffion
deue àMadame.Voila.
comme font fouvent ceux qui
font trop attachez à leurs interefts.
Ils facrifient amis &
ennemis pour venir à bout
d'un deffein qui n'eft ayan
tageux qu'à eux feuls , &
c'eft par cette raison que
l'on voit fouvent de grandes
guerres , dont on ignore les
veritables motifs . Mais
pour
revenir à la conference de
Minden , les nouvelles pudu
Temps.
139
bliques imprimées en Hollande
marquent , que les Etats
avoient remercié M le Prince
d'Orange à fon retour , du foin
qu'il avoit pris à Minden de
leurs interefts , & de ce qu'il
avoit utilement travaillé pour
eux. Si le Prince d'Orange
eft remercié par les Etats pour
avoir agy contre la France ,
en engageant pluſieurs Souverains
à fe liguer contre elle,
la France a donc eu raifon
de ne pas attendre les fuites
de cette feconde Ligue, La
premiere n'avoit point cu
d'effet ; la feconde en pouvoir
Mij
140 Suite des Affaires
produire de facheux , parce
que les affaires eftoient extrémement
aigries , & que la
prudence vouloit que le Roy
fe fervift de fes avantages ,
qui font d'eftre toûjours en
eftat d'attaquer , & de fe défendre
felon les évenemens .
Ainfi le chagrin qu'ont les
Ennemis du Roy d'avoir eſté
prevenus , ne le doivent pas
faire paffer pour agreffeur.
Le veritable agreffeur eft celuy
qui fait la querelle , &
qui fe met en eftat d'attaquer;
celuy qui prévient ne fait que
fe défendre , puis qu'il n'audu
Temps. 141
1
roit point pris les armes , s'il
n'avoit fceu qu'on le prépa
roit à les prendre contre luy
On ne peut donc fans injuf
tice accufer le Roy d'avoir
troublé le repos de l'Europe.
Rien n'eftant plus naturel
que d'empefcher le mal que
l'on veut nous faire , chacun
eft obligé de fe défendre ,
mais les Rois le font beaucoup
plus que les Particuliers,
parce qu'ils doivent empefcher
que les Peuples dont
la garde leur eft commife , ne
foient attaquez par leurs ennemis
, & qu'ils doivent met
142 Suite des Affaires
tre en ufage pour les défendre
tout ce que la politique a
d'adreffe , & tout ce que leurs
Etats ont de forces . On nc
manquera pas de m'objecter,
& on le fera avec raiſon ,
files Ligues dont je parle
eftoient veritables , elles auroient
produit quelque chodu
moins les Prinque
fe , ou
que
ces
qui
y font
entrez
ſe
ſeroient
mis
en
eftat
d'agir
.
Quant
à la verité
de
l'Affemblée
de
Minden
, c'eft
un
fait
connu
qui
n'a
point
beſoin
de
preuves
. On
fçait
le voyage
que
le Prince
d'Orange
y
du Temps .
143
a fait , & que plufieurs autres
Princes s'y font trouvez. Des
voyages faits par des Souverains
, & une Affemblée d'un
fi grand nombre de Princes
ne fçauroit eftre cachée, non
plus que la plus grande partie
de leurs refolutions , & d'ailleurs
tous les Hiftoriens de
Hollande en ont parlé à plufieurs
repriſes , comme je
vous l'ay déja fait voir . Voilà
ce qui regarde la verité de
l'Allemblée de Minden , qui
a fuccedé à la Ligue d'Aufbourg
; elle n'a pas eu
le fuccés
qu'on en avoit attendu ,
INT
$ 44 Suite des Affaires
non feulement parce que les
Confederez avoient plus de
méchante volonté que de
forces , mais encore parce
que le Prince d'Orange les a
tous
trompez , à commencer
par l'Empereur. Je vous expliqueray
plus au long ce que
j'avance icy quand il fera
temps de vous parler des affaires
d'Angleterre
. Cependant
je vous diray que ce
Prince fe devoit trouver avec
fes Troupes , à la tefte de
celles des Alliez, pour maintenir
l'élection de M le Prin
ce Clement , à qui l'Empereur
du Temps. 143
reur ne faifoit donner des
Bulles
ce
que
que fur cette affuranle
Prince d'Orange
luy avoit donnée , & qu'au
lieu de tenir fa parole , il fit
tout â coup tourner fes Troupes
du cofté des lieux où il
les vouloit embarquer pour
fon entrepriſe d'Angleterre
de forte qu'il a fallu faire une
troifiéme Affemblée qui s'eſt
tenue à Magdebourg, & c'est
celle dont les refolutions
fubfiftent aujourd'huy , &
qui a reglé les Troupes qui
doivent s'oppoſeraux progrés
rapides de nos armes victo-
N
146 Suite des Affaires
ricules. Je croy que cette affemblée
me donnera bientoft
lieu de vous en entretenir.
Ce n'eft pas qu'on doive
attendre de grandes chofes de
ces fortes de confederations .
La jalouſie qu'on a de la
gloire du Roy , & l'envie de
s'y oppofer , font refoudre
mille chofes. Dans l'emportement
où l'on fe trouve , les
Troupes ne coutent rien à
promettre , le dénombrement
en eft grand fur le papier ,
mais le temps de marcher
eftant venu , ce n'eft plus la
mefmechofe ; le mefme nomdu
Temps.
147
brede Troupes ne fe trouve
plus ; il n'y a point de Magazins,
il n'y a point de Chefs
parce qu'il y en a trop , &
quand il arrive que ces Troupes
fe trouvent affemblées
, &
qu'il faut combattre
, chaque
Commandant
ayant des ordres
fecrets de fon Prince de
ne point expofer les fiennes ,
tâche d'éviter d'eftre à la tefte
avec celles qu'il commande
,
& les Troupes
qui s'y trou
vent & qui font batuës , ne
peuvent facilement
eſtreremplacées
, les Princes à qui elles.
appartiennent
, n'eftant pas le
Nij
148 Suite des Affaires
t
plus fouvent en eftat d'en lever
d'autres. Ainfi il n'y a
nul fondement à faire fur des
Armées, compofées de Corps
appartenans à differens Princes
; outre qu'elles manquent
fort fouvent de tout , la diviſion
en eſt preſque infeparable.
Les uns veulenr combattre,
les autres ne le veulent
pas , ceux cy font d'avis que
l'on attaque une Place , &
ceux-là que l'on donne une
Bataille. Il n'en eft pas de
mefme des Armées de France,
rien n'y manque , l'union y
regne , c'eſt le mefme efprit
du Temps. ? 149
qui les fait mouvoir , le temps
ne le détruit point , elles font
toûjours auffi fortes parce
que les pertes en font fans ceffe
reparées , au lieu que le temps
ruine les Armées confederéssa
cauſe que la pluſpart des Princes
dont les Troupesles compofent
, ne font pas affez puiffans
pour faire de nouvelles
levées lors que le malheus
eft tombé fur leurs Troupes
plûroft qu'ils n'ont cru
que les defertions , les maladies
, & les autres inconveniens
de la guerre les ont en
tierement ruinées .
&
t
N iij
Ko Suite des Affaires
Si les ligues de tant de
Princes confederez n'operent
pas beaucoup , elles ne laiſſent
pas de faire grand bruit . A
peine l'Affemblée de Minden
fut- elle finie , que les nouvelles
publiques de Hollande
publierent que les Alliez alloient
mettre quatre- vingt mille
hommes fur pied , fans compter
vingt-trois Regimens que l'Empercur
eftoit prest de lever. Peu
de temps aprés elles dirent ,
comme fi ces Troupes cuf
fent efté déja levées , parce
qu'on avoit arrefté fur le papier
qu'on en leveroit une
du Temps... 151
ཀཙྪཱ།
partie ; Parmy tous ces mouvemens
les Allemands ont jugé à
propos de faire avancer un Corps
"d'Armée du cofté du Rhin ; il
marche des Troupes du Marquis
de Brandebourg des Princes de
la Maifon de Brunfvvic › &
du Langrave de Heffe, & dans
un autre endroit ,
Il ne faut pas s'etonner fi les
Allemands font avancer une
Armée du costé du Rhin , quand
ce ne feroit que pour ne pas manquer
à ce principe de politique , qui /
dit que fi l'on veut avoir la paix
il faut fe preparer à la Guerre.
Les mefmes ont auffi dit,
N iiij
152 Suite des Affaires
On n'eft pas peu embaraßé en
France à l'heure qu'il eft . On
n'y vouloit point de guerre , cependant
en voicy une qui fe
prépare , malgré qu'on en ait ,
ou bien il faut que cette Couronne
perde beaucoup de la
tation qu'elle a chez fes voi-.
fins.
repu-
Croiroit- on qu'aprés de
parcils difcours les mefmes.
perfonnes puffent accufer le
Roy d'avoir troublé le repos.
de l'Europe , en commençant
la guerre & n'auroient -ils.
pas plus de raifon de dire ...
Qu'il a fait ce qu'un habile
pindu Temps ? 13
f
bomme un grand Prince devoit
faire ; que les Alliez fe
font vantez trop toft , qu'ils luy
ont mis les armes à la main ,
qu'ils ont menacé par des paroles,
qu'il a répondu par des effets ,
& qu'ils ne devoient point menacer
pour s'attirer la foudre ,
à moins qu'ils ne fuffent en état
d'agir. Voilà ce qu'on doit
penfer du Roy & des Princes.
confederez; on ne peut parler
autrement fans ignorance ou
fans malice. Il ne s'agit point
icy de raifonnemens & defre-.
flexionspolitiques fur des faits.
futurs ou fuppofez , il n'eſt
154 Suite des Affaires
queftion que de faits conftans
qui peuvent eſtre expliquez
en fix ou fept lignes . Plufieurs
Souverains ont quitté
leur Cour pour s'aſſembler, &
pour fe liguer contre le Roy.
ils l'ont fait , ils l'ont dit enfuite,
on l'a publié , on l'a imprimé
, le Roy l'aſceu , il a
paré le coup , il a devancé
fes ennemis , il a triomphe
,
& le chagrin mortel qu'on a
eu de voir les conqueftes , &
d'avoir pris de méchantes
mefures, a fait dire qu'il eftoit
l'agreffeur lors qu'il n'a pris
les armes que pour ſe défendu
Temps. ISS
dre. Ce n'eft pas qu'il n'euft
efté obligé de les prendre
toft ou tard , pour faire rendre
juſtice à Madame , touchant
la fucceffion qu'on luy
retient , & qui luy eft deuë.
Il avoit toujours differé d'employer
la force , puis que
douceur luy eftoit inutile ,
parce qu'il ne vouloit pas inquieter
l'Allemagne par une
la
guerre qui auroit pu faire
croire qu'il avoit deffein
d'apporter
quelque obftacle
aux conqueftes
que l'Empereur
faifoit fur les Turcs , &
s'il attaque à preſent le Prin156
Suite des Affaires
ce Palatin , c'eſt parce qu'il
fe trouve les armes à la main
pour ſa défenſe , comme je
viens de vous le marquer , &
qu'il fe rencontre que cet
Électeur a follicité avec une
ardeur envenimée tous les
Princes confederez à fe liguer
contre luy , dans le deffein
de l'empefcher comme je l'ay
déja dit , de demander ce qui
eft dû à Madame , fuppofant
que le Roy ne feroit pas en
eftat de le faire pendant qu'il
feroit obligé de fe défendre
contre le grand nombre d'en
nemis qu'il luy a fufcitez .
du
Temps. 157
7.
¡ C'eſt une choſe qui paſſe
toute croyance , & qui jette
dans l'étonnement tous ceux
qui y font quelque reflexion,
qu'un Prince auffi puiffant
que le Roy , & qui foutient
un auffi bon droit que celuy
de Madame , n'ait pu encore
faire rendre juftice à cette
Princeffe par un Princeauffi
foible que M l'Electeur Pa
latin , & dont les Etats ne
peuvent feulement foutenir
la prefence de la moindre
partie des Troupes de Sa Majefté
,fans que toutes les Villes
qui les compofent foient
158 Suite des Affaires
auffi - toft obligées d'ouvrir
leurs portes. Ce Prince ne
pouvoit ignorer la puiffance
du Roy , & le Roy n'eftoit
pas en peine de faire rendre
juftice à Madame , toutes les
fois qu'il luy plairoit d'em
ployer une partie de fes forces;
mais Sa Majesté trouvoit
à propos de tenter auparavant
toutes les voyes de la douceur
pour parvenir à un accommodement
, & dans cette
veuë Elle a bien voulu faire
l'honneur à cet Electeur
d'envoyer à fa Cour des
Perfonnes intelligentes , &
du Temps. 7 1,9
bien inftruites , non feulement
de tout ce qui regarde
le droit de Madame , mais
auffi fort fçavantes dans tout
ce qui concerne les Loix &
le Droit en general . Cepenpendant
rien n'a pu
faire entendre
raifon à M l'Electeur
Palatin , & les Envoyez du
Roy qu'on a traitez fort indignement,
onteſté contraints
de revenir. Le bruit des manieres
hautaines du Prince
Palatin avec le Roy, & du
peu de juſtice que cet Eleteur
rendoit à Madame à la
follicitation d'un fi grand
160 Suite des Affaires
1
•
Monarque s'eftant répandu
les nouvelles publiques de
Hollande dirent que les chofes
avoient bien changé de face ,
qu'on n'auroit pu croire qu'un
Envoyé d'un auffi grand Roy que
celuy de France , eust efté chaffé
de la Cour Palatine, fans avoir
pû obtenir l'effet d'aucune defes
demandes. Ces paroles juftifient
ce que les armes du Roy
viennent de faire dans le Palatinat
, & les mefmes ne peuvent
l'accufer aujourd'huy
d'injustice fans être accufez de
partialité . Si ce qu'ils ont dit
eft veritable , comme on n'en
du Temps.
fçauroit douter ,puis que c'eff
un fait public, ils ne peuvent
blâmer aujourd'huy le Roy
fansune contradiction mani
fefte,& aprés avoir avoué que
c'est un grand Prince, & qu'il
a efté indignement traité , ils
doivent demeurer d'accord
qu'il a raifon de s'en reffentit,
& que n'ayant pû faire rendre
juftice à Madame par la douceur
,& par aucune voye d'accommodement,
il êtoit tempsqu'il
fe fervift de la force.
Quelque fujet que ce Prince
cuft de l'employer , fa bonté
naturelle l'empefcha de le
O
162 Suite des Affaires
faire auffi- toft aprés le peu
de fuccés de fon Envoyé. Il
fe remit à l'arbitrage du Pape,
qui n'a rien terminé
les
par
raifons qui font deduites ailleurs
. Ainfi le Roy s'eft veu
obligé de prendre d'autres
mefures , & dans le mefme
temps qu'il a eu recours aux
armes contre les Ennemis
que l'Electeur
Palatin luy
avoit en partie fufcitez , il les
a tournées contre le Palatinar .
Cet Electeur eftoit perfuadé
que tout luy eftoit permis ,
parce qu'il eftoit Beau - pere de
l'Empereur . Il vouloit gou-
,
du Temps. ! 153
verner l'Europe , & facrifier
la Chreftienté à fes interefts
particuliers. Il a mis les affaires
de l'Electorat de Cologne
dans le defordre où tout le
monde les voit , & pour faire
réüffir fes deffeins , il a donné
des confeils à l'Empereur
contre fa propre gloire , en
reprefentant qu'il devoit luy
"
faire la Paix avec le Turc. Il
a voulu que des Proteftans
fe meflaffent des affaires des
Catholiques ; il les a fait armer
contre eux , & contre des
Preftres , & a compromis la
Religion & la gloire de l'Em-
O ij
164 Suite des Affaires
pereur pour fatisfaire fa paffion
, & trouver moyen de
s'empefcher de rendre juftice
à ceux à qui il la doir.
Quand on fera une ferieufe.
reflexion au bon eftat où les
affaires du Roy font aujourd'huy
, on ne pourra ceffer
d'admirer fa genereuſe bonté
qui luy fait offrir la Paix , à
Les Ennemis au milieu de fes
Conqueftes. S'il ne s'agiffoit
que de quelques droits , les
affaires pourroient aiſement:
' accommoder , mais on ne
fçait ce que l'on demande au
Roy ; on ne veut que faire
du Temps . 164
diminuer l'éclat de fa gloire
& la grandeur de ſa puiffan
cc ,& comme fes Ennemis ne
pourront jamais reuffir dans
ce deffein, fa bonté aura beau
les defarmer pour un temps,
ils feront toujours fes Ennemis,
parce qu'ils feront toujours
ennemis de fa gloire ;
ils nien fçauroient fuporter
l'éclat , & fi leur foibleffe
leur fait aujourd'huy une neceffité
d'accepter la Paix que
ce. Monarque veut bien leur
offrir , ils ne laifferont pas de
la rompre , dés qu'ils fé croiront
en êtat de faire reuffir
166 Suite des Affaires
leurs entrepriſes. C'est pourquoy
on ne peut trop admi..
rer la bonté du Roy , qui
confent à les faire jouïr de la
Paix lors qu'il pourroit les
mettre hors d'eftat de pou
voir jamais reprendre les Armes
contre luy. Il n'y a que
les feuls moyens qu'il offre
qui puiffent faire reuffir à
conclure cette Paix . Il fau
droit des Siecles à Ratisbonne
pour en ébaucher ſeulement
quelques preliminaires
, de forte que les Affaires
de l'Europe changeant vingt
fois de face pendant qu'on y
du Temps.
167
་
delibere , il eft impoffible de
tirer aucun fruit de toutes ces
longues conferences , au contraire
tout s'y aigrit fort fouvent
par la diverfité des évenemens:
Les Deputez y tombent
malades , ils vieilliffent ,
ils y meurent fans y avoir
rien conclu , ou quand cela
ne leur arrive pas , ils demandent
qu'on les change , &
qu'on les renvoye chez eux,
pour veiller à leurs affaires ,
où la mort de plufieurs perfonnes
de leurs familles a
quelquefois caufé de grands
changemens pendant le long
168 Suite des Affaires
cours de leurs Ambaflades
, qu'on pourroit prefque
nommer éternelles .
C
Voila
ce
que
c'eft
que
la
Diette
de
Ratisbonne
, & ce qu'elle
a toujours
efté
. Si les affaires
de la Paix
, & de
la Tréve
avoient
efté
deliberées
dans
eette
Diete
, elles
feroient
encore
dans
le mefme
eſtat
& l'Europe
n'auroit
pas
joüi
deux
fois
de
la tranquillité
que
le Roy
luy
a fi heureuſement
procurée
, & qui
a donné
moyen
à l'Empereur
de
faire
de fi grandes
Conqueftes
fur
les Othomans
. Ainfi
l'on
peut.
du Temps. 169
peut dire que lorsque le Roy
offre la Paix par fon Manifefte
, il facrifie fes Conqueftes
afin de donner pour la
ttoifiéme fois le repos રે
l'Europe , qu'il n'ouvre le
C
champ de Mars que pour
faire ouvrir le temple de la
Paix , qu'elle ne fe peut faire
que par les moyens qu'il propofe
, parce qu'il facrifie des
Places qu'il donne de fon
plein gre pour faire éviter les
ennuyeufes longueurs de la
Diette qui n'aboutiffent jamais
à rien. Il eft certain
qu'il n'auroit pas lieu de re
P
170 Suite der Affaires
noncer à ces Places , fi on
mettoit les chofes en deliberation
, & qu'on ne pouroit
ny les reprendre, ny le forcer
de les donner . Peut-eftre
que fes Ennemis , lors qu'ils
l'ont contraint de prendre les
armes , fe fioient fur la bonté
, tant de fois éprouvée ,
en cas qu'ils ne puffent venir
à bout de leurs deffeins , ny
faire aucunes conqueftes fur
luy , comme ils fe l'eftoient
propofé , dans la penfée qu'il
n'eftoit point en eftat de foutenir
la Guerre , & qu'il ne
la vouloit point entreprendre.
du
Temps.
171
Je ne fçaurois m'enpefcher
de vous dire à propos de cette
guerre que les ennemis du
Roy recherchoient avec tant
d'opiniatreté ,quoy qu'ils fuffenthors
d'eftat de la foutenir,
ce que j'ay oüy plufieurs fois
fortir de la bouche d'un treshabile
Politique ; ils veulent
la guerre , difoit-il, & ils ne la
fçauroient faire le Roy ne
veut point la guerre , & il peut
la faire avec avantage . Les
derniers évenemens ont
confirmé cette verité d'une
maniere qui empefche
d'en douter . Dés qu'il a vu
Pij
172 Suite des Affaires
qu'on le preparoit à paffer
des menaces aux effets , &
qu'il eftoit temps de fe mettreà
couvert des nuages, qui
étoient prefts de crever fur fa
tefte , en cas qu'il n'euft pas
pris toutes les precautions
neceffaires pour les éviter , il
a fait tout ce que la prudence,
& fon experience confommée
luy ont confeillé de
faire. Il n'a point menacé,
mais il a agy , aprés avoir
routefois fait paroiftre les
raiſons qui l'engagoient à
prendre les armes , & fait des
propofitions de paix avant
du
Temps.
173
que de commencer la guerre .
On connoift par là que fa
moderation eft égale à fa
fageffe , & que ne voulant rien
retenir de fes conqueftes , il
n'a pas l'enteftement de la
Monarchie univerfelle , comme
luy imputent ridiculement
, & fans aucune vrayfemblance
, je ne dis pas fes
ennemis , mais ceux qui fe
meflent d'écrire & de faire
des raiſonnemens fur les affaires
des Souverains avant
qu'elles foient arrivées . Lors
que l'on veut tant écrire , l'on
s'egare , l'on fe perd à force
Piij
374 Suite des Affaires
de raifonner. On fait voir
qu'on a beaucoup de malice,
qu'on allegue faux , & qu'on
fe trompe fouvent en pretendant
penetrer dans l'intention
des Souverains .
Quant à ce qui regarde la
guerre d'aujourd'huy , de
quelque maniere qu'on tourne
les chofes il n'en fçauroit
rejallir aucun blâme fur le
Roy. On a publié qu'il ne
vouloit poinr de guerre , &
on l'a mefme imprimé. S'il
ne vouloit point de guerre,
pourquoy faire tant de ligues
contre la France ? Pourquoy
du Temps.
175
refoudre des armemens, & les
commencer ? A t- on fujet de
traiter le Roy de Prince qui
veut tout envahir , parce qu'il
cft pluſtoſt preſt à combatre
que fes ennemis, & qu'il va au
devant d'eux ? Le depit qu'ils
doivent avoir eft de fe voir
prevenus
, & d'avoir
affaire
à un Monarque
qui ne peut
eftre furpris , & qui n'attend
pas la foudre
quand
il la
voit prefte à tomber
fur luy.
C'est tout ce qui les oblige
de parler. Quant
à ce qui
regarde
ce qui s'eft paflè depuis
que fes armées
font en
Pi iij
176 Suite des Affaires
campagne , la rapidité de
leurs conqueftes
n'eft pas un
crime , & quelque chagrin
qu'elles donnent, elles ne font
dignes que de loüanges .
L'Europe eft heureufe que
les Armes du Roy foient fi
triomphantes ; fi elles l'étoient
moins , la guerre dureroit
plus long- temps , & les
ennemis de ce Prince voyant
une egalité de fuccés fe fateroient
d'obtenir des avantages
plus confiderables , ou du
moins s'applaudiroient de
voir leurs forces égales à celles
d'un fi grand Roy , faire
du Temps. 177
balancer la victoire scentre
eux & ce Prince , ce qui feroit
caufe qu'on prolongeroit
guerre, parce qu'aucun des
Partis ne voudroit devoir la
Paix à l'autre.
la
Je croy vous avoir affez
fait voir la justice des armes
du Roy, & mefme vous avoir
trop parlé d'une chofe qui
doit eftre hors de doute ,
quelques couleurs qu'em
ployent le grand nombre d'Ecrivains
de Hollande
, pour
furprendre
les efprits groffiers
& foibles. Il n'eft point
neceffaire de raifonnemens
178 Suite des Affaires
dans cette affaire , pour en
faire connoiftre la verité . Il
fuffit de mettre feulement les
faits d'un cofté , & les fables
qu'on écrit de l'autre ; mais
comme les Ligues qu'on
avoit faites contre le Roy
étoient grandes que les
Catholiques y cftoient enrrez
avec les Proteftans
qu'on avoit trouvé moyen
d'y faire entrer auffi Rome ,
& de l'aigrir contre la France ,
& qu'elle pouvoit ufer legerement
de fon pouvoir fpirituel
, la prudence a voulu
qu'on ait fait les Actes d'apdu
Temps .
179
pel fuivants
, felon
l'ufage
reçu & approuvé
par les
Conciiles
.
rs
Le 27. Septembre M
Mouffinot l'aifné , & Batel-
Hier, Notaires Apoftoliques
,
ayant efté mandez au Parquet
de Meffieurs les Gens
du Roy au Palais , Meffire
Achilles de Harlay , Confeiller
d'Etat , & Procureur
General du Parlement
dit , Que la reputation de la
pieté de noftre Saint Pere le
Pape Innocent XI. ayant fait.
voir à Sa Majesté avec beau
coup de joye fon exaltation au
Souverain Pontificat, Elle avoit
180 Suite des Affaires
4
tâché de s'unir depuis ce temps
avec Sa Saintetépour travailler
de concert à tout ce qui pourroit
regarder la gloire & le fervice
de Dieu . Que les defirs de Sa
Majefté , & les avances qu'-
Elle avoit faites pour ce fujet,
n'ayant pas eu lefuccés qu'Elle
en devoit efperer , Elle avoit
continué de fa part d'employer
la puiffance que Dieu avoit mife.
entrefes mains pour conferver
dansfon Royaume lapureté de la
Foy , pour faire rentrer dans le
fein de l'Eglife un grand nombre
defes Enfans qu'Elle avoit
perdus
qu'en luy donnant
du
Temps.
181
ainfi toute la protection qu'elle.
pouvoit attendre d'un grand
Roy, dans le temps mefme qu'
Elle l'avoit édifiée par fes exemples,
Elle avoit inftruit tous fes
Sujets parfa pieté particuliere.
Que cependant nostre faint Pere
le Pape , à qui tant de vertus
d'actions merveillenfes devoient
rendre fi chere la perfonne du
Roy , avoit embraẞé avec ardeur
la plainte que deux Evef
ques luy avoient faite fur le
droit de Regale , & rejetté en
mefme temps les témoignages que
luy avoient rendu tous les autres
Prelats de ce Royaume , des
182 Suite des Affaires
graces qu'ils avoient receues de
Sa Majesté fur ce fujet, au préjudice
mefme de fes droits . Que
Sa Sainteté avoit voulu oster
aux Ambaffadeurs du Roy en
Cour de Rome, les Franchifes
dont ils avoient joy , mefme
fous fon Pontificat , dans une
Ville , où la reconnoiffance
des
Papes auroit pu conferver à nos
Rois des marques plus éclatantes
plus fingulieres de la Souve
raineté, dont ils s'eftoient dépouillez
autrefois en faveur du
Saint Siege. Que le Pape avoit
regardé comme une doctrine fufpecte
& dangereuse la Declara-
4
du
Temps.
183.
tion que les Deputez du Clergé,
affemblez à Paris en 1682. avoient
faite de leurs fentimens
fur la Puiffance Ecclefiaftique,
dans une conjoncture où
au-
&
que
plufieurs
de
fes
Predeceffeurs
roient
efté
plutoft
aux
extremitez
de
l'Europe
, que
de
laiffer
fans
Paſteurs
tant
de
nouveaux
Catholiques
, Sa
Sainteté
avoit
refusé
des
Bulles
à plufieurs
Ecclefiaftiques
nommez
par
le
Roy
,
pour
remplir
les
Eglifes
vacantes
defon
Royaume
, &
àqui
l'on
ne
pouvoit
imputer
d'autre
crime
d'avoir
connu
la
verité
par
leur
fcience
, &
de
l'avoir
dite
que
184 Suite des Affaires
avec une fincerite pleine de
de refpect pour le Saint Siege.
Que la conduite que le Pape
avoit tenue depuis quelques
mois touchant l'Archevefché
de Cologne , avoit donné lieu
de croire que fes partialitez pou
voient également faire naiftre
diffiper une partie de fes
fcrupules de fes difficultez
Que la perfeverance qu'avoit
eue Sa Sainteté à ne point reconn
oiftre , & à ne point donner
audience à un Ambaſſadeur que le
Roy avoit bien voulu luy envoyer
dans cette conjoncture ,
les foudres dont Elle s'estoit
du Temps:
1851
fervie contre ce Ministre , l'Interdit
de l'Eglife dediée à Dieu
fous le tine de Saint Louis
dans la Ville de Rome ; enfin le
refus inoiy qu'Elle avoit fait
depuis peu de donner Audience à
une perfonne que le Roy avoit
depefchée vers Elle, mefme de
recevoir une Lettre de Sa Majefté
dont Elle l'avoit chargée ,
laifferoient un exemple quiferoit
prefque incroyable à la pofterité,
du pouvoir que la Religion &
le defir de conferver la Paix de
la Chrestiente, avoient eu fur
le coeur du Roy , & l'autorité
qu'avoient euë fur l'esprit du
186 Suite des Affaires
Pape, des preventions
fi contrai
res aux obligations
de la place
qu'il rempliffoit. Qu'il eftoit
inutle de s'étendre
davantage
, aprés que le Roy avoit
bien voulu
que
la Lettre écritte
par fa Majestéfur ce sujet à
Mle Cardinal d'Estrées le 6. de
Septembre devinft publique , &
que puifque fa Sainteté fermoit
ainfi les oreilles à tous les éclairciffemens
que Sa Majesté avoit
bien voulu luy faire donner , &
aux plaintes les plus juftes que
l'on avoit à luy porter de fa
part , il eftoit enfin contraint ,
Luy Procureur General du Roy ,
du
Temps.
1,87
de défendre & de main enir
maintenir la
Dignité de la Couronne , & le
repos des Sujets du Roy , par les
regles de la justice , en mefme
temps que fa Majefté continuoit
de le faire avec tant de gloire
par la puiffance de ſes Armes.
Que bien que l'on puftfe difpenfer
de faire aucunes procedures
contre desJugemens qui feroient
nuls par l'eftat de celuy qui les
prononceroit , par la qualité de la
matiere dont il s'agiffoit
, & par
celle des perfonnes qu'ils pourroient
regarder, neantmoins pour
n'obmettre aucune chofe de fon
devoir , & fuivant les exemples
Qij
188 Suite des Affaires
de fes Predeceffeurs , il déclaroit
en qualité de Procureur General
de Sa Majefté, & aprés qu'Elle
luy en avoit accordé la permiffion,.
qu'il eftoit appellant pour le Roy
pour fes Sujets au Concile
Univerfel , qu'il plairoit à Sa
Sainteté d'affembler dans les formes
canoniques, de toutes les procedures
& actes qne nostre Saint
Pere le Pape pourroit avoir faites
; & des jugemens que Sa
Sainteté pourroit avoir rendus
depuis la notification qui luy
avoit eftéfaite par les ordres de
Sa Majesté des justes fujets
de plainte de fufpicion qu'El-
1
du
Temps.
189
le avoit contre la perfonne de Sa
Sainteté pareillement des autres
procedures & jugemens
qu'Elle pourroit faire rendre à
avenir au prejudice de Sa Majefté
, des droits de fa Couronne
defes Sujets protestant en
mefme temps au nom , & fuivant
le commandement exprés
qu'il en avoit receu du Roy
que fon intention eftoit de demeurer
toûjours inviolablement
attaché au Saint Siege, comme
au centre veritable de l'unité de
l'Eglife, d'en conferver les droits,
l'autorité , & les preeminences ,
avec le mefme zele que Sa Ma190
Suite des Affaires
>
jefté avoit fait en tant d'occa
fions importantes de luy rendre
Elle-mefme , de luy faire ren
dre par tous fes Sujets , le ref
pect la deference & la foumiffion
qui luy estoient deus &
qu'auffi- toft que le Pape mieux
informé feroit paroiftre l'équité
les fentimens d'un fuge &
d'un Pere commun , Sa Majesté
rendroit , comme Elle avoit fait
auparavant, à fa perfonne mefme
, le respect filial qu'Elle luy
devoit dont la feule conduite
de Sa Sainteté contraignoit le
Roy de s'abftenir en cette occafian.
>
du
Temps:
191
Cet Appel ayant efté figné
par les deux Notaires Apoftoliques
, M le Procureur
General fe rendit auffi - toft
au Pretoire de l'Officialité ,
où en prefence des mefmes
Notaires
, il
comparut par devant
Meffire Nicolas Cheron
, Preftre , Docteur en
Theologie , & Official de
l'Archeveſché de Paris ; &
aprés luy avoir preſenté l'Acte
d'appel qu'il avoit interjetté
, & l'avoir fupplié de
luy accorder les Lettres accoutumées
pour le relever &
pour le pourfuivre quand
192 Suite des Affaires
befoin feroit , M' Cheron
Official, en tant qu'il pouvoit
le faire , accorda les Lettres
qu'oonn luy demandoit, par
par le
refpect qu'il a pour l'Eglife
Univerfelle , reprefentée par
un Concile general , & enconfideration
de ce que cet
Appel regardoit les droits du
Roy, les libertez de l'Eglife
Gallicane , & le repos du
Royaume ; ce qui fut encore
figné par les deux Notaires
Apoftoliques.
Le mefme jour 27. de Septembre
,M' de Harlay , Procureur.
du
Temps. 193
cureur General , entra dans la
Chambre des Vacations , &
dit , Que lesfaits expliquez par
la Lettre que Sa Majesté avoit
écrite à M le Cardinal d'Eftrées
le 6. du mefme mois, l'ayant obligé
à faire declarer à nostre faint
Pere le Pape , qu'Elle ne pouvoit
le regarder à l'avenir que
comme un Prince engagé avec
fes Ennemis , ny le reconnoistre
pourFuge de toutes les chofes qui.
pourroient toucherfes interests ,
il avoit cru en qualité de fon
Procureur General , qu'il eftoit
de fon devoir deprendre en mefme
temps les precautions éta-
R
194 Suite des Affaires
blies par le Droit , pratiquées en
plufieurs occafions & fondées
fur les fentimens mefme des Canoniftes
Italiens pour empefcher
que Sa Sainteté ne pust prononcer
au moins des Jugemens van
tables & reguliers fur ces matieres
; Que dans ce deffein il
avoit interjetté au Concile univerfel
un appel extrajudiciaire
de toutes les procedures qué Sa
Saintetépourroit avoir faites, or
faire à l'avenir , & des Fugen
mens qu'Elle pourroit avoir rene
dus , ou rendre dans la fuite, an
prejudice du Roy, des droits de
fa Couronne, & des Sujets de
du Temps. 195
Sa Majesté. Que le respect qu'il
devoit à la Cour , l'avoit obligé
de luy en venir rendre compte ,
& de luy prefenter l'Acte qu'il·
en avoit fait ; qu'elle y reconnoiftroit
dans le commandement
qu'il en avoit receu du Roy fur
ce fujet , la pieté , lafageffe , &
la moderation qui fembloient a
voir éteint dans la perfonne de
ce Prince les paffions qui agitoient
le plus vivement les autres
hommes. Qu'il efperoit que
la Cour approuveroitfa condui
tes estant affuré qu'elle employe
roit toujours avec beaucoup de
zele de fidelité toute l'au
Rij
196 Suite des Affaires
torité qu'il avoit plu au Roy de
luy confier , pour maintenir le
respect den à Sa Majesté à tant
de titres fijuftes , & pour conferferver
les droits de fa Couronne,
la tranquillité de fes Sujets , &
les libertez qui n'estoient pas
particulieres à l'Eglife Gallicane
, mais qu'elle avoit confervées
avec plus de lumiere & de vigueur
qne les autres .
M'le Procureur General s'étant
retiré, laChambre aprés
avoir veu l'Acte d'appel avec
fes Conclufions qu'il avoit
laifféesfur le Bureau, & la matiere
ayant efté miſe en delidu
Temps.
197
beration , ordonna que l'A& e
d'appel feroit enregistré au
Greffe pour y avoir recours
quand befoin feroit , & que
le Roy feroit tres- humblement
remercié d'avoir trouvé
bon que fon Procureur
General commençaft à faire
les Procedures qui avoient
efté pratiquées en femblables
occafions, & que M M le premier
Prefident affeureroit Sa
Majefté de la part de la Compagnie
, de fon attachement
à la Perfonne Sacrée & à fon
fervice , & du zele avec leqifel
elle employeroit toû
Riij
198 Suite des Affaires
jours l'autorité qu'il avoit
pleu au Roy de luy confier,
pour maintenir les droits de
fa Couronne , les libertez du
Royaume & le repos de fes
Sujets.
Ce que je viens de vous
rapporter fait voir que de
pareilles precautions font
établies par le Droit , qu'elles
ont efté pratiquées en plu
fieurs occafions & qu'elles
font fondées fur les fentimens
mefmes des Canoniftes Ita
liens. On y voit la pieté du
Roy, lors que M' le Procureur
General dit par un exdu
Temps. 199
près commandement de Sa
Majeſté , que l'intention de ce
Prince eft de demeurer toûjours
inviolablement attaché au Saint
Siege , comme au centre veritable
de l'Unité de l'Eglife , d'en
conferver les droits l'autorité
les preeminences , de luy ren
dre luy mefme , & de luy faire
rendre par tous fes Sujets le ref
pect, la deference , es la foûmiffion
qui luy font deus. Ceux
qui font dans une parfaite
intelligence avec le Pape ,
n'en peuvent parler en termes
plus refpectueux , & plus
Lignes d'un veritable Chré
R. iiij
200 Suite des Affaires
tien , & peut eftre n'en par
leroient-ils pas de même s'ils
avoient fujet de s'en plaindre.
Je ne dis rien de M' le
Procureur General . On fçait
que la prudence , l'erudition
& l'équité regnent dans tous
les difcours qu'il prononce.
Je viens à ce qui s'est fait
touchant les Actes d'appel
de l'Affemblée du Clergé
fuivant les ordres du Roy.
Elle fut convoquée le
de Septembre dans l'Archevefché
de Paris , par M's les
Abbez de Villars & Phely.
30.
du Temps.
201
peaux , Agens Generaux du
Clergé de France , & M™ s les
Archevefques
& Evefques
qui eftoient
à Paris pour les
affaires de leur Diocefe
, fe
rendirent fur les dix heures
du matin chez M l'Arche
vefque , le plus ancien des
Prelats qui s y rencontroient
alors . Ils eftoient au nombre
de vingt- fix , fçavoir Meffire
François de Harlay , Archevefque
de Paris , Duc & Pair
de France , Commandeur des
Ordres de fa Majefté , Provifeur
de Sorbonne , Superieur
de la Maifon de Navarre , &.
202 Suite des Affaires
Prefident de l'Affemblée ;
Meffire Charles Maurice le
Tellier Archevefque de
Rheims , premier Pair de
France , Legat-né du Saint
Siege Apoftolique , Primat
de la Gaule Belgique ; Meffire
Charles le Goux de la
Berchere, Evefque de Lavaur ,
nommé par le Roy à l'Archevefché
d'Albi ; Meffire Daniel
de Cofnac , nommé
Sa Majefté à l'Archeveſché
d'Aix ; Meffire Denis Sanguin
, Evefque de Senlis ;
Meffire Touffaint de Forbin
de Janfon , Evefque Comte
par
du Temps .
203
de Beauvais , Pair de France;
Meffire François de Clermont
de Tonnerre, Evefque Comte
de Noyon , Pair de France ;
Meffire Mathieu Thoreau ,
Evefque de Dol ; Meffire
François de Nefmond , Evef
que de Bayeux ; Meffire Antoine
François de Berthier ,
Evefque de Rieux ; Meffire
Jacques Seguier , Evefque de
Nifmes ; Meffire François de
Batailler , Evefque de Bethléem
; Meffire Louis Anne
Aubert de Villeferin , Evef
que & Seigneur de Senez ;
Meffire Paul Philippe de
204 Suite des Affaires
Chaumont, Evefque d'Acqss
Meffire Pierre du Laurens
Evefque du Bellay ; Meffire
Pierre de la Brouë , Evefque
de Mirepoix ; Meffire Humbert
Ancelin , Evefque de
Tulles ; Meffire Jean Baptifte
d'Entrées , Evefque & Duc de
Laon , Pair de France ; Mef
fire Louis Marcel de Coetlo
gon , Evefque de St Brieux ;
Meffire Louis Jofeph Adheymar
de Monteil de Grignan ,
Evefque de Carcaffonne ;
Meffire Charles - Benigne
Hervé , nommé à l'Evefché
de Gap ; Meffire Jacques des
du
Temps. 205
Marets , nommé à l'Evefché
de Riez ; Meffire Charles de
Villeneuve de Vence,nommé
à l'Evefcbé de Glandeve ;
Meffire Victor- Auguftin de
Mailly , nommé à l'Eveſché
de Lavaur , & Meffire Pierre-
François de Beauvau, nommé
à l'Evefché de Sarlat.
Lors que tous ces Prelats
furent affemblez , & qu'ils
eurent pris leurs rangs & leurs
feances dans l'ordre ordinaire
,M' l'Archevefque de Paris
fit la Priere du S' Eſprit
en la maniere accoutumée ,
aprés laquelle, Mª l'Abbé de
206 Suite des Affaires
Villars, Agent, eftant au Bureau
, leur dit , Qu'ayant receu
par M l'Archevefque de Paris
les ordres du Roy, pour les affembler
dans l'Archevefché, il les
avoit executez dans la forme
accoutumée avec toute la dili
gence poffible , & que les mefmes
ordres l'engageoient à leur rendre
compte de deux Actes dont
SaMajesté par l'estime fingulie
re qu'Ellefaifoit de leurs perfon
nes, avoit bien voulu leur faire
part. Que le premier eftoit une·
Lettre que Sa Majesté arvoir
écrite à M le Cardinal d'E
trées le 6. Septembre , à l'occa
du
Temps. 207.
fon des affaires prefentes & le
Second , un Acte d'appel in
terjetté au futur Concile general
par M le Procureur General
au Parlement, le 2%. du mefme
mois , lequel Acte Sa Majesté
avoit jugé à propos de faire rendre
public , aprés qu'il leur aunoit
efté communiqué, & que s'ils
L'avoient pour agreable , il au
roit l'honneur de leur faire la
Lecture de l'un & de l'autre .
Ml'Abbé de Villars ayans
ceffé de parler, M. l'Archevefque
de Paris luy ordonna
de faire la lecture de ces deux
Actes , & lors qu'elle eur eſté
208 Suite des Affaires
faite , ce Prelat adreffa la
parole à tous les autres , &
feur dit , Que le Roy luy avoit
commandé d'avertir leurs Agens
de les affembler , afin qu'en
qualité d'Ancien il puft leur
faire connoiftre la confiance
dont il luy plaifoit de les
honorer dans la conjoncture des
affairesprefentes . Qu'ils avoient
appris par la Lettre de Sa Majefté
à M le Cardinal d'Eftrées,
la fituation dans laquelle elles
eftoient , & la juste défiance
Sa Majefté avoit de la difpofition
du Pape , qui n'avoit pû
fe laiffer flechir par toutes les
que
du
Temps.
200
foumiffions qu'Elle luy avoit rendues
, nonfeulement comme Fils
aifné de l'Eglife qui respecte le
Pere commun des Chreftiens ,
mais encore comme un Prince
doué d'une pieté exemplaire , qui
n'avoit rien voulu oublier pour
rechercher fon amitié. Que cependant
les plus fidelles Tervi
teurs du Roy estoient perfuadez
que noftrefaint Pere avoitpouße
à bout la patience de Sa Majefté,
& qu'il s'eftoit entierement
partialisé en faveur des Ennemis
de fa Couronne les plus declarez.
Que c'eftoit ce qui luy
voit donné lieu d'envoyer fes
Sa
210 Suite des Affaires
ordres dans Rome , à M. le
Cardinal d'Etrées , & de
permettre à M. le Procureur
General du Parlement d'inter
jetter un Appel au Concile General
futur des Griefs receus on
recevoir dans le temps de ce
Pontificat , d'autant plus que la
conduite paffée du Pape , faifoir
aprehender avec jufte raifon à ce
digne Magiftrat qu'il n'en tinft
une femblable dans la fuite de
ces affaires . Que le Roy avoir
jugé à propos de fe fervir de
cette precaution, afin quefi Sa
Sainteté fe laiffoit aller à ces
préventions jufqu'à employer les
du Temps : 211
و ج
armes fpirituelles de l'Eglifera
prejudice des Sujets & des Etats
de Sa Majefté, M le Procureur
General arrestast par cet Acte
toutes les procedures Ecclefiafti
que d'un Pape irrité contre la
France, & que l'appel au futur
Concile general , qui felon
nos maximes fondamentales
est reconnu fuperieur de tout
Etat & de toute Puiffance Ecciefiastique
, fans exception, mefme
de celle du Pape , fufpendift
tous les effets de fa mauvaise
volonté, ou les rendift inutiles .
Que M¨ l'Official avoit donné
Acte de cet Appel à Mle Pro--
Sij
22 Suite des Affaires
cureur general, qui l'en avoit re
quis au Tribunal defa Jurifdic
tion, où ce Magistrat luy avoit
encore demandé les Lettres que
l'on nomme Apoftres,pour pourfuivre
cet Appel en temps & lieu...
M' l'Archevefque de Paris.
ajoûta , en continuant d'adreffer
la parole aux Archevefques
& Evefques prefens ,
que le Roy ne doutoit pas qu'ils
n'appriffent avec plaisir la fage
précaution de cette procedure Ecclefiaftique
qui raffeuroit les confciences
les plus timorées , mettoit
les chofes dans les Regles ,
prevenoit mefme les troubles que
du
Temps:
213
Sa Majesté fçauroit d'ailleurs
diffiper par la force & par la
juſtice de fes Armes , mais qu'il
attendoit de leur zele & de leur
fidelité qu'ils employeroient dans
leurs Diocefes leurs inftructions
leurs foins , pour faire entendre
à fes Sujets la prudence
la moderation de fa conduite.
Que Sa Majesté eftoit perfua
dée , que connoiffant parfaitement
, comme ils faifoient , la
difference qu'il y a entre un
demeflé de Religion & une
guerre purement temporelle , ils
feauoient lever les alarmes des "
perfonnes les plus fcrupuleuses ,
&
214 Suite des Affaires
diffiper les effets de la mali--
gnité de ceux qui feroient lesplus
mal intentionnez
contre fon fervice
& le repos de l'Eftat. Que
le Roy luy avoit encore commandé
de donner fes ordres à·
leurs Agens , pour faire entendre
fes intentions aux autres
Prelats abfents , qui nonobſtant
leur éloignement auroient par ce
moyen l'avantage de participer
à l'honneur qu'ils recevoient ..
Qu'au furplus , Sa Majesté ne
doutoit pas qu'ils n'employaffent
leurs prieres , pour rendre la
Paix generale à la Chreftienté,
& cette bonne intelligence
endu
Temps: 215-
tre Sa Sainteté & le Roy , pour
laquelle Sa Majesté avoit fait
tant d'avances. Que le Roy
n'épargneroit rien de fon cofté
qui fast jufte & raisonnable ,
pour venir à bout de ce deffein,
qu'il avoit fujer d'efperer
qu'eftant foutenu de fa valeur
& de leur zele , Dieu exauceroit
fes voeux & beniroit à plei
nes mains fes intentions & fa
pieté.
Ce Difcours eftant finy, la
Compagnie d'une voix commune
& unanime pria M
l'Archeveſque de Paris de remercier
tres - humblement Sa
216 Suite des Affaires
Majefté de l'honneur qu'Elle
luy faifoit de luy donner
part de ce qui s'eftoit fait &
paffé dans les affaires importantes
contenuës dans les
Actes dont on venoit de faire
la lecture , ne pouvant
mieux faire en ce rencontre
,
que de répondre à cette fades
afin qu'il
voeux,
veur
par
pluft
à Dieu
d'inspirer
au
Pape
dans
cette
occafion
des
fentimens
de
paix
; par
des
éloges
de la pieté
du
Roy
;
de tres-humbles
actions
de graces
, & par
des applau
diffemens
refpectueux
à la
fage
par
du
Temps.
217
fage conduite de Sa Majesté
.
Le 2. Octobre Mr les
Abbez de Villars & Phelypeaux
Agens generaux du
Clergé , écrivirent une Lettre
Circulaire à M's les Archevefques
& Evefques du
Royaume , & en leur enrs
voyant à chacun la copie du
leur
Procés verbal , pour leur apprendre
tout ce qui s'eftoit
paffé dans l'Affemblée , ils
marquerent qu'ils y ver
roient les intentions du Roy,
& la maniere pleine d'eftime
& de diftinction , avec la-
T
218 Suite des Affaires
és quelle Sa Majesté en avoit
ufé envers le Clergé de France
; qu'Elle ne s'eftoit pas contentée
de faire part des Affaires
prefentes aux Prelars
qui s'eftoient trouvez auprés
d'Elle , qu'Elle avoit voulu
honorer de la mefme g
grace
tous ceux de fon Royaume
en particulier , en ordonnant
aux Agens Generaux du Cler
gé de France , de leur rendre
compte de tout ce qui s'étoit
paffé , & de leur en envoyer
les Actes .
1
Le 4. d Octobre , M le .
Doyen de l'Eglife Metropo
du Temps. 219
litaine de Paris , ayant efté
convié de fe rendre auprés de
M' l'Archevefque , pour une
affaire importante , ce Pr elat
luy fit entendre que le Roy
perfuadé de la fidelité de
Meffieurs du Chapitre , & de
leur attachement à fen fervice
, defiroit leur faire part
de la conduite qu'il avoit te
nue à l'occafion des difficul
tez furvenues entre Sa Majefté
& noftre Saint Pere le
Pape ; qu'il eftoit chargé de
fes ordres pour les communiquer
au Chapitre , & qu'il
le prioit de le convoquer pour
Tij
220 Suite des Affaires
luy envoyer des Deputez ;
furquoy M le Doyen témoigna
que la Compagnie pleine
de zele pour Sa Majeſté , iroit
toûjours au devant des occa
ſions pour luy en donner des
preuves , & affeura M' l'Archevefque
qu'elle s'affembleroit
le lendemain . Cela fut
executé , & M's du Chapitre
s'eftant aſſemblez extraordinairement
le jour fuivant ,
nommerent pour Deputez ,
Mi le Doyen , M's les Archidiacres
de Paris & de Jofas ,
M' le Chancelier , M' le Penitencier
, & M' Gaudin , le
du Temps. 221
Gendre , de la Barde , Courcier
, Benard , Petit- pied , de
la Roche & Boyetet , tous
Chanoines. Lors qu'ils fe furrent
rendus au Palais Archiepifcopal
, pour eftre informez
des intentions du
Roy , M ' l'Archevefque leur
dit , Qu'ils avoient déja fcen
que Mr le Procureur General
avoit interjetté un appel aufutur
Concile , tant des griefs qu'on
avoit receus , que de ceux que
l'on pouvoit craindre de la partialité
du Pape dans le temps
fon Pontificat . Que Sa Majefté
ayant fait l'honneur à
de
Tiij .
222 Suite des Affaires
Mrs les Archervefques & Evefques
qui s'estoient trouvez
Paris pour les affaires de leurs
Eglifes , de leur communiquer
Get Acte , Sa Majefié par une
eftime particuliere pour le Chapi
tre de Paris , vouloit leur faire
la mefme grace . Qu'il ne s'arrefteroit
point à leur parler , ny
de la nature de cet appel , ny du
grand nombre de fujets qu'on a
voit eus de l'interjetter. Que des
gens auffi éclairez qu'eux ne
connoiffoient que trop , foit par
Leurs propres reflexions , foit par
L'histoire du passé , que jamais il
n'y eut de remede plus efficace &
du Temps. 223
plus doux pour guerir , ou pour
defarmer la paffion des Papes ,
fans bleffer en quoy que ce foit,
ny la veneration profonde qu'on
doit à leur Dignité , ny donner
d'atteinte au respect qu'on doit
mefme à leurs perfonnes. Que le
Pape eftans provenu en faveur
des Ennemis de l'Estat , & toû
jours inflexible dans fes fachenfes
preventions le Royn'avoit
pú trouver un plus fage temperament
, ny un moyen plus innocent
pour ofter à Sa Sainteté,
ou la volonté de luy nuires on
le pouvoir d'executer cette mauvaife
volonté. Que le Chapitre
Tiiij
224 Suite des Affaires
de Paris ayant donné dans tous
les temps tant de marques , &
·fi fignalées d'un zele ardent
pourla gloire de la Couronne, &
une fincere fidelité pour nos Rois
Tres-Chreftiens, l'experience du
paßé eftoit une affeurance & un
gage pour le prefent, & qu'ainfi
on estoit bien perfuadé que quelque
chofe qui pust arriver , le
Chapitre auroit toûjours un tresprofond
respect , & un attachement
entier & inviolable pour
le plusfage & le plus pieux de
tous nos Rois .
Mt le Doyen à la tefte des.
Deputez ayant répondu en.
du Temps . 225:
termes pleins d'affèurance &
de demonftrations
de leur
profond refpect pour les or
dres de Sa Majefté , tous enfemble
témoignerent à M
l'Archevefque qu'ils en alloient
rendre compte à leur
Compagnie , & qu'ils luy en
apporteroient la réponſe enfuite.
Le Chapitre fut affemblé
ce mefme jour par une
convocation generale, & l'affaire
ayant efté mise en deliberation
, il fut conclu par
un confentement unanime,
que M l'Archevefque feroit
tres - humblement fupplié de
226 Suite des Affaires
témoigner au Roy , que la
Compagnie eftoit entierement
fenfible à l'honneur
que Sa Majefté luy avoit fair
d'avoir bien voulu luy donner
connoiffance des motifs
de la conduite toute pleine
de Religion , de moderation
& de pieté , comme
auffi de luy faire communiquer
l'Acte d'appel que M
le Procureur General avoit
interjetté par une précaution.
neceffaire dans la conjoncture
prefente ; qu'ils redouble .
roient leurs prieres ponr la
confervation de la perfonne
dis Temps.
227
facrée de Sa Majefté , & pour
l'heureux fuccés de fes deffeins.
Qu'ils prieroient Dieu
avec la mefme ardeur qu'il
luy pluft d'inspirer à Sa Sainteté
les fonrimens qui conviennent
à fa qualité de Chef
de l'Eglife , & de Pere commun
de tous les Fidelles. Que
comme leurs Predeceffeurs
en de femblables occafions:
avoie ntcfté en leur nomappellans
des entreprifes que
la Cour de Rome avoit voulu
faire contre les droits du Roy,
& les libertez de l'Eglife Gal
licane , ils croiroient man228
Suite des Affaires
quer à leur devoir , fi fous le
regne d'un Prince , à qui l'Eglife
& la Religion eftoient
fi redevables , ils n'eftoient
pas animez du mefme zele.
Que le Chapitre agiroit par
toutes les voyes canoniques
& legitimes , mefme en adherant
à l'Appel interjetté
par M' le Procureur General
quand il plairoit à Sa Ma
jefté de luy en donner la
permiffion , & que M ' l'Archevefque
feroit tres - humblement
fupplié de prefenter
ou d'envoyer à Sa Majeſté
l'extrait de cette deliberation
du
Temps. 229
fcellé du Sceau du
Chapirre.
La mefme chofe fut obfervée
à l'égard de M " les
Curez de la Ville & des
Fauxbourgs
de Paris . Ils fe
rendirent à l'Acheveſché
le
7. Octobre , & cet Illuftre
Prelat leur dit Qu'ils avoient
déja fceu par la voix publique
le mal que l'on devoit craindre
la fage
precaution que
le Roy avoit prife pour le détourner
. où pour le guerir.
Que la Lettre de Sa Majefté
à M le
Cardinal d'Eftrées a
voit fait connoistre à tout le
monde tous les fujets qu'Elle
230 Suite des Affaires
avoit de fe plaindre de la mau
vaife difpofition du Pape. Que
toute cette fuite de querelles que
les Miniftres du faint Pere avoient
faites à la France depuis
fi longtemps auroit laßé la patience
de tout autre Prince que
du Roy , & que cependant Sa
Majesté auroit facrifié avec
joye fes plus juftes reffentimens,
file faint Pere , non content de
ne luy jamais rien accorder
n'euft embraffé publiquement le
party de fes Ennemis , & fait
encore des menaces de porter les
chofes plus loin. Que dans ces
temps facheux , les fimples
du
Temps. 22I
les foibles pouvoient fe faire des
fcrupules , & des gens mal intentionnez,
faire fervir ces fcrupules
à fuborner l'obeillance &
la fidelité des fimples . Que Dieu
mercy, le Publi cn'avoit rien à
craindre de Perfonnes auſſi eclairées
auffi bien intentionnées
qu'ils l'eftoient. Qu'ils avoient
tous trop de lumieres pour ne pas
demefler que la Religion n'avoit
point de part dans la querelle prefente.
Qu'ils ne manqueroient
pas en cette occafion de donner à
Sa Majesté des marques publiques
éclatantes d'un attachement
inviolable , & de la juste
232 Suite des Affaires
i
de
reconnoiffance que toute l'Eglife
luy devoir , tant des bienfaits
qu'elle en avoit receus , que
ceux qu'elle en pouvoit attendre;
mais que parmy les Peuples qui
eftoient foumis à leur conduite ,
comme il pouvoit s'y rencontrer
desfimples & des foibles & des
gens mal intentionnezil eftoit de
leurdevoirde diffiperpar leurs lumieres
les fcrupules des uns, &
de confondre par leur zele la
partialité des autres. Que pour
calmer l'inquietude des premiers,
faire rentrer les feconds dans
de plus jufles fentimens , le Roy
avoit permis à M le Procureur
du
Temps: 233
General d'interjetter au futur
Concile general & oecumenique
un Appel extra-judiciaire , de
tout ce que fa Sainteté auroit pu
faire par le paffe , & pourroit.
faire dans la fuite au defavantage
du Royaume , & des liber--
tez de l'Eglife Anglicane . Qu'ils
fçavoient que cetteforte d'appel,
felon même tous les Conciles ,ren--
droit abfolument nulles toutes les
cenfures qu'on fulminoit au prejudice
de cet Acte. Qu'à la veritépour
le rendre jufte & legitime
ilfalloit qu'on euft fujet de plain--
te contre le Juge dont onon appel-.
loit , & qu'il euft un Superieur
V₁
z34 274
t
Suite des Affaires
qui pufi juger de ces plaintes.
Qu'on fe trouvoit evidemment
dans l'une & dans l'autre de ces
circonstances, Qu'on ne pouvoit
avoir plus de fujets de plaintes
du cofté du Roy , que ceux que
Sa Majesté avoit fait connoiftre
dans fa Lettre à Mª le Cardinal
d'Estrées ; que felon nos maximes
& l'ancienne Doctrine
de la France le Concile Oecu
menique avoit fur la perfonne
des Papes une autorité Superieure
, & qu'ainfi c'eftoit à ce
feul Tribunal qu'on pouvoit por
ter les plaintes lors qu'elles étoient
justes & legitimes. Que
da Temps. 1233
Sa Majesté attendoir de la fidetité
co du zele fincere de tous
les Curez de Paris , qu'ils infinuaffent
àfes Sujets qui eftoient
foumis à leur conduite des fentimens
fi raifonnables. Que pour
reuffer avec plus de fuccez ils
devoient non feulement s'y ap
pliquer eux meſmes avec beaucoup
de foin , mais encore faire
infpirer la mefme chofe par les
Ecclefiaftiques qui confeffoient
prefchoient dans leurs Paroiffes
; que comme jufques ators
ils avoient donné des mar
ques finceres de leur foumiffion's
on avoit fujet d'eftre perfuade
Vij
236 Suite des Affaires·
que dans cette occafion ils renouvelleroient
avec plaisir ces mef.
mes temoignages d'une entiere
fidelité euvers Sa Majesté , &
d'une parfaite obeiffance aux
ordres de leur Archevefque.
Ce docte Prelat ayant fie
ny fon diſcours, M'Cordelle,
Curé de Sainte Geneviefve
des Ardens , & Doyen des
Gurez de Paris, luy répondit
au nom de tous fes Confreres. ,
Qu'ils eftoient tous convaincus
de la fincere intention du Roy ,,
de demeurer inviolablement uni
au Saint Siege , comme au centre
de l'Unité de l'Eglife , &
du
Temps.
237
d'en conferver les droits , l'au
torité & les prerogatives avec le
mefme zele qu'il les avoitfoute--
nus dans des occafions importantes.
Qu'il l'avoit fait publier
par l'appel de M le Procureur
General qui en avoit receu l'or- -
dres qu'il en avoit fait des protestations
dans la Lettre écrite
à M le Cardinal d'Eftrées pour
en affeurer fa Sainteté ; qu'il
l'avoit encore confirmé par le
Manifefte qu'il avoit fait publier
qu'avant tout cela il
n'avoit rien obmis de tout ce qui
pouvoit affeurer le Pape de fon
respectfilial qu'il luy rendoit e
238 Suite des Affaires
:
luy faifoit rendre par les Sujers,
lors
mel
e que Sou
W
n'agiffoit
pas avec luy en Pere commun
. Qu'aprés toutes cesprotef
tations & les grandes avances
que Sa Majesté avoit faites ,
Elle n'estoit que trop convain
cuë de laPartialité du Pape
defon attachement à la Maifon
d'Auftriche & du grand
éloignement defe reunir avec Sa
Majefté. Que dans cettefacheufe
conjoncture Louis le Grand nous
donnoit un admirable exemple
de fa pieté & de fa moderation ,
perfuadé qu'il eftoit que les droits.
de fa Couronne eftoient moins
du Temps: 239
ع و ن
à menager pour luy , que ceux
du Ciel. Que fa puiffance luy
offroit des armes victorienfes
pour furmonter tous les obftacles
& humilier fes Ennemis »
qu'il ne l'ecoutoit plus. Qu'il
preferoit la moderation qui luy
donnoit des voyes plus douces ,
plus eclairées & plus prudentes.
Qu'ilfe contentoit des procedu
res canoniques ufitées dans la
difcipline Ecclefiaftique , qui eftoient
l'Appel au futur Concile
Qecumenique. Que cet Appel
n'eftoit pas une chofe nouvelle ,
puis que les Hiftoires en fourniffoient
des exemples . Qu'il
240 Suite des Affaires
rendoit inutile, & annulloit tout
la prevention pouvoit
ce
que
la
avoir fait , ou pourroit faire .
Qu'il tenoit tout en eftat, &
confervoit tous les droits de fa
Couronne fans effufion de fangs
fans troubler le commerce ny
Paix , & donnoit le temps &
l'occafion aux Parties de prendre
des mesures d'accommodement.
Qu'il avoit toûjours efté
jugé neceffaire & jufte par les
plus fages du Royaume , & les
plus attachez au Saint Siege.
Qu'une conduite fi douce & f
éclairée devoit faire confiderer-
Sa Majesté comme le centre de
toutes :
du
Temps. 241
toutes les vertus qui avoit é
touffé en Elle toutes les paffions ,
& qui en repandoit furfon Perple
les heureufes influences comme
le Pafteur charitable de tous
Les Sujets , maintenant les uns
dans le centre de l'unité de l'Eglife
par fon attachement inviolable
au faint Siege , & y
faifant rentrer les autres qui s'en
eftoient miferablement feparez.
Que c'estoit dans cette veuë
qu'ils devoient le prendre pour
leur modelle,fuivre fes lumieres,
imiterfa conduite , & diffipant
Les vains fcrupules des confcien
ces ignorantes ou trop timorées ,
X
•
*
242 Suite des Affaires
maintenir avec ce Prince dans
le repos dans la tranquillité
interieure fes Sujets que la Providence
divine avoit foumis à
leur conduite fous les ordres de
leur Illuftre Archevefque . Qu'ils
ne pouvoient douter de l'équité
de ce procedé , puis que le Roy
avoit efté affisté des confeils du
plus éclairé des Prelats , qui
eftoit la fource d'où ils devoient
puifer les lumieres de leur con
duite. Que comme il eftoit l'ame
qui animoit toutfon Diocese , ils
en recevoient le mouvement.
Qu'ils eftoient donc tous infeparables
de leur zelé Prelat tous
du
Temps.
243
attachez aux interefts de noftre
Augufte Monarque. Que
e leur
foumiffion & leur fidelité pour
P'une pour l'autre feroient inviolables
, & qu'ils
eftoient
prefts d'adherer à l'Appel interjetté
au futur Concile's comme
Ms du Chapitre de Noftre
Dame de Paris avoient fait , &
de faire telles autres procedures
qu'on jugeroit neceffaires.
Meffieurs les Curez ayant
approuvé par un fentiment
unanime la réponse de leur
Doyen, chacun d'eux en particulier
affeura M l'Arche
vefque de fa parfaite obeif
X ij
244 Suite des Affaires ce
à faire
executer
fes
or
dres
&
d'une
fidélité
inviolable
pour
les
intereſts
de
l'Eftat
, &
du
fervice
de
Sa
Majefté
.
Le mefme jour , tous les
Chefs des Chapitres & les
Superieurs des Communautez
Seculiers & Regulieres
d'Hommes & de Filles , qui
avoient auffi receu ordre de
fe trouver à l'Archevefché,
s'y eſtant rendus , M ' l'Archevefque
leur dit avec fon
éloquence ordinaire. Que les
Evefques n'eftant élevez dans
des poftes eminents qu'afin de
budu Temps.
245
voir les chofes de plus loin, felon
la belle Parole de faint Augustin
, il estoit jufte qu'en decouvrant
les orages avant qu'ils
fondiffent fur la tefte de leurs
Troupeaux , ils ne penfaffent
qu'à les écarter. Qu'il ne falloit
pas s'eftonner fi dans la conjoncture
prefente il avoit fait affembler
tous les Chefs des Chapitres
Communautez, afin de
leur communiquer les mesures
que l'on avoit prifes pour des
tourner ou diffiper la tempefte
qui les menaçoit. Qu'à la verité
l'orage n'eftoit point encore
formé , mais que le Pape , parce <
X iij
246 Suite des Affaires
qu'il avoit dir plus d'unefoisaux
Miniftres de fa Majeſté , donnant
un juftefujet de craindre ,
que prevenu de paffion , & animé
par les Ennemis de l'Estat , il
ne lançaft quelques cenfures il
estoit de la prudence d'un Prelat
de prendre de bonne heure de
fages precautions fur un point fi
important. Que le Roy n'avoit
rien à craindre de ces foudres à
l'ombre , non feulement de fes
lauriers , & d'un Trone auf .
élevé qu'est celuy de nos Roys »
où la pieté éclatoit de toutes
parts , mais encore d'une infinité
de bienfaits , que l'Eglife en gedu
Temps. 247
neral & celle de France en particulier
avoit receus de fa
protection ou de fa liberalité.
Que comme ce grand Prince
avoit pour fes Peuples une tendreffe
de Pere , il vouloit auffi
les raffenter, & les mettre en
eftat de voir ces éclairs fans en
eftre éblouis , & d'entendre gron
der le tonnerre dans une grande
tranquillité. Que fa Majefte y
avoit pourven par l'Appel extrajudiciaire
qu'il avoit permis
à Mr le Procureur General du
Parlement , d'interjetter au futur
Concile General . Que c'é
toit-là le grand Tribunal on
Xiiij.
248 Suite des Affaires
l'on devoit porterd auffi grandes
plaintes , d'autant que l'on avoit
reconnu par l'experience des
Siecles paffez qu'il n'y avoit
point de meilleur moyen pour
concilier les volonteZ&redonner
la paix aux efprits les plusagitez.
Que perfonne n'ignoroit que cette
forte d'Appel , de l'aveu de tous
les Docteurs , lioit tellement la
puiffance de Fuge dont on appelloit
, que les cenfures qu'il fulminoit
& tous les Actes qu'il
pouvoit faire au prejudice de
' Appel eftoient abfolument
nuls. Que ce n'eftoit point un
fentiment qui fuft particulier
grodu Temps. 249
aux Docteurs de ce Royaume
et
mais une maxime commune , a
vouée par les Canoniftes les
Theologiens Seculiers & Regsliers
, de tout Pays , & de tous
Ordres . Que cette fage prevoyance
rendant nulles par
vance les cenfures dont le Pape
voudroit troubler noftre repos ,
il fembloit que ce feroit affez
de repandre de tous coftez des copies
de cet Appel. Que cependant
comme il fe trouvoit dans
le monde trois fortes de perfonnes,
les ignorans les foibles ,
gens prevenus , il falloir ,
pour feconder les bonnes intenles
250 Suite des Affaires
tions de l'Appel , que les Supe=
rieurs & ceux quifous leur conduite
on annonçoient la parole.
de Dieu , ou dirigeoient & confeffoient
fes Diocefains , euffent
dans cette occafion trois princi
pales qualitez, des lumieres pour
éclairer les ignorans , de la fermeté
pour foustenir les foibles
& de la fidelité pour retenir
ceux qui s'égaroient de leur de
voir.Que grace à Dien , il avoit
veu auec beaucoup de plaifir par
une heureuſe experience que ce
concours de qualitez fe rencon
troit parfaitement dans les Superieurs
des Communautez de
du Temps. 251
Paris , & dans ces dignes Ouvriers
qui travailloient fous eux.
Qu'ily avoit dans tous les Corps
d'excellens hommes en toutes manieres
d'une auffi grande capacité
que d'une fidelnéinviolable
envers le Roy. Qu'ainfi il
efperoit qu'il auroit la joye de
luy dire ce que le Cardinal de
Richelieu écrivoit au feu Roy
Louis XIII.d'heureuſe memoire,
quejamais il n'avoit trouvéplus
de fidelité que dans le Clergé de
Paris , dans la Faculté de Theologie,
& dans toutes les Com
munautez de cette grande Ville.
Qu'il les exhortoit afin d'execu-.
152 Suite des Affaires
ter fes ordres, d'avoir foin que
leurs Confeffeurs & leurs Predicateurs
fiffent entendre an
Peuple dont il leur avoit confié
la conduite le falut , que ces
querelles que l'on nous faifoit, ne
regardoient que le temporel &
les . interefts des Princes , &
nullement la Religion . Qu'ils
eftoient obligez en cette rencontre
de r'affeurer les confciences,
s'il y en avoit d'affez timorees,
pour ſe faire une vaine peur.
Que ce n'estoit pas fans raifon
qu'il leur difoit , s'il y en avoit,
puifque tout le monde en general
estoit fi perfuadé de la picté du
du Temps 153
Roy & delaJustice defes armess
qu'on auroit peine à trouver un
Particulier qui parust mefme en
douter. Qu'enfin ils devoientrecommander
à leurs Penitens d'avoir
toujours pour le Saint Pere
une grande veneration , d'avoir
pour ſa Majeſté un trés-profond
refpechune obeiffance parfaite,
une fidelite incorruptible, & que
c'eftoit le moyen de vivre tranquille
, bon Catholique , & bon.
François. Qu'au refte ils ne pouvoient
manquer en fuivant un
chemin fi feur. Que de celebres
Compagnies l'avoient déjafrayé
avant eux, puifque M's du Cha154
Suite des Affaires
pirre de l'Eglife Metropolitaine,
Mles Curez de Paris
leur en avoient donné l'exemple.
Lors que M l'Archevefque
cut achevé fon difcours,
Dom Claude de Bretagne
Prieur de l'Abbaye de S Germain
des Prez , & en cette
qualité grand Vicaire né de
ce Prelat dans le Fauxbourg
S ' Germain , luy répondit au
nom de toute l'Affemblée ,
Que les Communautez
Secutieres
& Regulieres de fon Eglife
de Paris , pour eftre feparées du
grand monde n'avoientpas laiffé
du Temps. 155
d'apprendre jusqu'où noftre invincible
Monarque avoit porté
fon inviolable attachement pour
le Saint Siege qu'il en avoit
donné des marques trop publi-
•ques & trop éclatantes pour les
ignorer, mais qu'en meſme temps
toutes ces Communautez a-
A
voient gemy devant Dieu de
voir que lefaint Pere cuft rendu
inutiles tant de refpectueuses
démarches de la part de Louis le
Grand , & que Rome fe fust
toûjours éloignée à mesure que
la France s'approchoit. Que
neantmoins la moderation du
Roy n'en avoit jamais efté ny
*
256 Suite des Affaires
vaincue ny laffée. Que toujours
Grand , toujours heureux , &
toujours vainqueur , il avoit
laiffé tout fon ponvoir arresté
ou fufpendu en fes mains.
Qu'il fe contentoit de demander
juftice à l'Eglife par les voyes
Canoniques , luy qui auroit pû
fe la faire rendre par d'autres
voyes juftes & legitimes . Que
c'eftoit un bel exemple de la
part qu'ils devoient prendre à
la tranquillité de l'Eglife
Estats comme des plus foumis
des plus zelez Sujets de fa
Majesté. Qu'il efperoit qu'il ne
feroit que l'interprete des Chefs
de
du Temps. 257
des Chapitres des Superieurs
des Communautez , quand il
affeureroit M. l'Archevefque
que chacun d'eux pour leurs
Corps, & luy pour le fien , ils
estoient prefts d'adherer à l'appet
interjetté au futur Concile Oé
cumenique & de donner leur
nom à toutes les procedures canonignes
& neceffaires. Que
Meffieurs du Chapitre de Noftre-
Dame , & Mrs les Curez
de Paris leur avoient déja frayé
le chemin où ils devoient entrer,
mais
que
feureté leur gloire , c'eftoit
deftre prefidez par un
tres-
Y
ce qui farfoit leur
258 Suite des Affaires
illustre Prelat , qui n'eftoit pas
moins à fuivre dans fes confeils,
qu'à admirer dans fa profonde
doctrine.
Le Pere Prieur de S. Ger
main des Prez ayant ceffé de
parler , tous les Chefs des
Chapitres , & tous les Superieurs
des Commuuautez Se.
culieres & Regulieres décla
rerent d'un confentement unanime
qu'ils adheroient à
fes fentimens & à fes conclufions
. Outre cela , ils témoignerent
tous en general
& chacun en particulier ,
qu'ils avoient bien de la dou29
du Temps : 230.
leur de la partialité du Pape,
Qu'ils feroient des prieres
pour le rétabliffement d'une
parfaite intelligence entre Sa
Sainteté & le Roy. Que ce-
..
pendant , quoy qu'il arrivaft,
cux & toutes leurs Compagnies
en gardant beaucoup
de refpect pour le Saint Pere ,
demeureroient
toûjours in
violablement attachez au fervice
& aux interefts de Sa
Majefté , & qu'ils fupplioient:
tres - humblement
M l'Archevefque
de l'en vouloir
bien affeurer. On ne peut trop
admirer l'éloquence de cer
Y ij
260 Suite des Affaires
Illuftre Prelat dans ce que je
viens de vous rapporter des
differens Difcours qu'il a faits
en cette importante occafion.
Le mefme jour 7. Octobre,
Mile Tréforier de la Sainte
Chapelle , à qui ce meſme
Prelat avoit fait donner part
des ordres qu'il avoit receus
du Roy de faire affembler
toutes les Compagnies &
Communautez
ques de la Ville de Paris , pour
leur faire voir la Lettre de Sa
Majefté à M le Cardinal
d'Eftrées , & l'Acte d'appel
9
1 Ecclefiafti
du Temps . ? 261
*
for
interjettée par Mrle Procureur
General , convoqua extraordinairement
à l'iffue de
Vefpres M le Chantre &
Mrs les Chanoines , & aprés
la lecture faite de ces deux
pieces , il dit qu'ils venoient
d'entendre ce qui s'eftoit paffé
entre noftre Saint Pere le Pape
& le Roy à l'occafion des af
faires qui estoient à la veille de
troubler le repos de la Chreftien
té , & qu'il s'affeuroit qu'à ce
recit il n'y auroit perfonne qui
n'admiraft la moderation que
Majefté avoit toujours confervée
dans tous les fujets de méconten
"
Sa
262 Suite des Affaires
temens qu'elle avoit receus des
la Cour de Rome , & la patience
avec laquelle Elle avoit
bien voulu attendre qu'il pluft
à Dieu d'inspirer au Pape des
fentimens plus convenables à la
place qu'il occupoit , & aux conjonctures
prefentes des affaires.
Que c'eftoit un effet de cette fageffe
que nous voyions éclater
dans toutes fes actions , & par
laquelle il eftoit au deffus des autres
hommes , autant que par l'étendue
de fa puiffance . Que
toute l'Europe l'avoit veu dans
temps que la fuperiorité de fes
armes , & la foibleffe de fes Enle
du Temps: 263
a-
7
nemis luy donnoient le plus de
lieu d'étendrefes conquestes , preferer
une paix utile à la Chrêtienté
aux avantages certains
d'une guerre legitime , dans la
veuë d'executer , comme il avoit
fait depuis fi heureufement, le
grand & pieux deffein qu'il
voit forméde bannir entierement
l'Herefie de fon Royaume . Que
tous les Peuples nos Voifins a
voient esté témoins comme nous
de la tranquillité , & mesme
du plaifir avec lequel il avoit
regardédans les dernieres années
tous les heureux fuccés qu'il avoit
pleu à Dieu de donner aux
264 Suite des Affaires
..
Armes de l'Empereur contre les
Infidelles , pendant que les interefts
de fon Eftat , & les regles
d'une Politique ordinaire
auroient dea luy faire prendre
des mesures pour en empefcher le
progrés. Qu'il paroiffoit fans
doute extraordinaire , & mefme
incroyable , que le Pape euſt uſe
de tant de dureté envers un
Prince fi pieux & fi zelé pour
la Religion , & que bien loin de
favorifer fes juftes deffeins , il
fuft entre ouvertement dans les
interefts des Princes les plus
ennemis de fa Couronne , au
zard de rallumer une guerre.
au bacruelle
7
du
Temps.
265
cruelle entre les Chrestiens , &
d'arrefter le cours de leurs victoires
, lors que l'Empire Othon
man eftoit fur le point de fon
entiere ruine. Quefa Compagnie
devoit gemir d'un fi grand malbeur
avec tous les gens de bien ,
afin qu'il pleuft à Dieu de
tourner fur les Ennemis du nom
Chreftien tous les maux dont
nous estions menacez , en inſpirant
au Pape des fentimens plus
conformes à fa qualité de Pere
commun des Fidelles . Que cependant
pour fatisfaire à ce que
demandoit d'eux le zele qu'ils
devoient avoir pour la conferva .
Ꮓ
266 Suite des Affaires
tion des libertez de l'Eglife Gallicane
, pour la tranquillité
de ce Royaume , & donner en
mefme temps au Roy de nouvelles
marques de leur foumiffion.
de leur attachement particu
lier à fa Perfonne facrée , il
croyoit qu'ils devoient adherer à
l'Acte d'Appel interjetté par M³,
le Procureur General au futur
Concile univerfel, conformement
à l'ufage pratiqué depuis plufieurs
fiecles en de femblables.
rencontres , en France , &
en d'autres Royaumes Chreftiens,
eftant d'ailleurs obligez d'offrir
inceffamment leurs prieres pour.
du Temps. 267
l'affermiffement de la Paix &
du repos de la Chrefticnté, &
pour l'accompliffement des bons
juftes deffens du Roy.
ع و م
Aprés ce Difcours la Compagnie
remercia M ' le Treforier
de les avoir aſſemblez
pour leur communiquer la
Lettre du Roy à M' le Cardinal
d'Eftrées , & l'Ate
d'Appel interjetté par M. le
Procureur General , & declara
qu'elle eftoit prefte d'adherer
à cet Acte en tant que
befoin feroit , eftant attachée
infeparablement au Corps de
l'Eglife Gallicane, & à laper-
Z ij
268 Suite des Affaires
fonne facrée de Sa Majeſté
en qualité de fes Commenfaux
, & devots Orateurs ,
Gardes du Trefor de la Sainte
Chapelle , où ils continueroient
fans ceffe leurs
prieres pour la confervation
de fa fanté , de toute la Maifon
Royale , de la paix de
l'Eglife , & de la profperité
de l'Etat .
On voit par tous ces Actes
que le Parlement, & tous
les Ordres du Clergé concou
rent unanimement pour une
chofe dont ils reconnoiffent
tous la justice , perfonne n'i
du
Temps. 269
gnorant que cette forte d'Appel
, de laveu de tous les
Docteurs , lie tellement la
puiffance du Juge duquel on
appelle , que les Cenfures
qu'il fulmine, & tous les Actes
qu'il peut faire au préjudice
de cet Appel , font abfolument
nuls.
Le jour fuivant 8. Octobre ,
l'Univerfité de Paris s'eftant
aflemblée aux Mathurins en
tres - grand nombre , & tous
les Maiftres & Docteurs, tant
Seculiers que Reguliers qui
la compofent, s'y eftant trouvez
pour entendre ce que M
Z iij
270 Suite des Affaires
le Procureur General avoit à
leur dire de la part de Sa Majefté
, fuivant l'avis que leur
en avoit donné publiquement
M. le Recteur , dan's
Affemblée tenuë la veille
pour les prieres accoutumées,
ce Magiftrat fut receu à la
porte de l'Eglife par les Députez
de chaque Faculté , &
lors qu'il fe fut affis dans la
chaife qui luy avoit efté préparée
, il mit entre les mains
de M. le Recteur une Lettre
de cachet avec cette fubfcription,
AAnnooss tres-chers & bien
Amez les Recteur , Docteurs, & .
du Temps.
271
Suppofts de noftre Fille Aifnée ,
l'Univerfité de Paris .1a Lettre
portoit que Sa Majeſté avoit
donné ordre à M. le Procu
reur General de leur communiquer
les Actes qui avoient
efté faits en dernier lieu für
les affaires prefentes , pour
mettre fon Royaume & fes
Sujets à couvert des proce
dures injuftes de la Cour de
Rome
, & que voulant bien
leur donner cette marque de
fa confiance , fon intention
eftoit qu'ils ajoûtaffent foy
à ce qu'il leur diroit de fa
part. La lecture de cette Let-
Z iiij
272 Suite des Affaires
tte ayant efté faite , M. le
Procureur General leur fit' un
Difcours tres éloquent . Il dit ,
Que l'estime que le Roy faifoit
de leurs lumieres
, & la confiance
qu'il avoit dans leur affection
pourfonfervice , l'avoient
engagé à luy commander de venir
dans leur Affemblée
pour les
informer des precautions que la
conduite du Pape à l'égard de
Sa Majesté avoit obligé de
prendre afin de prevenir les
fuites qu'elle pourroit avoir , ſi
Dieu par fa bonté n'inſpiroit à
Sa Sainteté des fentimens
plus
équitables , & plus conformes à
25 du Temps. 273
La place où la Providence avoit
permis qu'Elle fut élevée. Que
fi l'on jugeoit des fujets qui avoient
formé ces nuages par les
Brefs diferens du Saint Pere qui
avoient paru dans ce Royaume
depuis quelques années , par les
refus qu'il faifoit d'accorder à
un grand nombre d'Ecclefiaftiques
nommez par le Roy les
Bulles de plufieurs Eglifes que les
Papes font en droit de donner depuis
le dernier fiecle`, par
Bulle de Sa Sainteté concernant
les Franchifes des Quartiers où
les Ambassadeurs demeurent
dans la Ville de Rome , par fa
la
274 Suite des Affaires
perfeverance à ne pas écouter
celuy que le Roy avoit envoyé
vers Elle , avec l'éclat
que
Ta
grandeur de Sa Majesté & la
dignité du faint Siege pouvoient
defirer ; enfin par le refus incüy
qu'Elle avoit fait de donner audience
à une perfonne que le Roy
avoit chargée en fecret d'une
Lettre de fa main , & de fes
ordres particuliers , on ne pourroit
s'empefcher de s'imaginer,
que l'Arche du Seigneur eftoit
ébranlée par des effortsfacrileges,
que la Foy de l'Eglife estoit at
taquée , que l'on vouloit ufurper
fes droits , étouffer fa liberté, &
du Temps. 275
lors
qu'enfin on cherchoit à introdui
re des Pontifes corrompus
, qui y
portaffent avec eux la défolation
de l'abomination
; mais qué
que l'on voyoit que le Saint
Pere condamnoit fur la plainte
de quelques Religienfes , comme
fur une preuve affeurée , la pretention
qu'il vouloit croire que
te Roy avoit de nommer les
Superieurs d'un Convent vendu
peu de mois aprés pour
des dertes tres legitimes
, &
blamoit fur un fondement fi folide
la conduite d'un Archevefque
confiderable par la grandeur
defonfiege & par le merite
276 Suite des Affaires
defa perfonne quand on confideroit
que le Roy n'avoit fait
autre chofe fur le droit de Regale
qu'autorifer par des Lettres
Patentes le jugement contradictoire
intervenu fur ce fu
jet dans fon Confeil , aprés une
procedure de plus de foixante
ans, qui y avoit eftéportée par le
Clergé de France , & qu'abandonner
en faveur de tous les
Prelats de fon Royaume la partie
de ce droit qui pouvoit avoir
quelque chofe de fpirituel , &
dont le Roy faint Louis avoir
joui fans fcrupule ; quand cette
Declaraion prefentée au Roy en
du Temps. 277
1682. touchant la Puiffance Ec
clefiaftique , qui donnoit pretexte
au refus que faifoit fa
Sainteté d'accorderà ceux qui l'avoient
fignée , les Bulles de tant
d'Eglifes vacantes aufquelles
ils avoient efté nommez par Sa
Majesté, eftoit comparée avec
celle que
que le Cardinal de Lorraine
fit en 1563. fur le mefme fujet ,
fans quefa Foy devinst fufpecte
au Pape Pie IV. à qui elle eftoit
adreffée , ny à S. Charles Borromée
fon Neveu , qui gouvernoit
fous fes ordres , & dont au
moins les Miniftres de fa Sainteté
pourroient fe contenter d'i278
Suite des Affaires
miter le zele les vertus
quand on voyoit que le Pape
fans garder aucune des mesures,
mefme de bienfeance , & comme
fila mort d'un Ambaffadeur apportoit
quelque changement aux
Droits de fon Maistre , vouloit
oster aux Miniftres du Roy en
Cour de Rome les Franchifes du
quartieroù ils demeurent ; quand
on confideroit à quoy fe reduifoient
ces Franchifes & les exces
où nostre faint Pere s'eftoit
porté contre l'Ambassadeur de Sa
Majestéfous pretexte d'enfoutenir
l'abolition , on ne pouvoit
croire qu'il pufl trouver étrange
du
Temps.
279
dans
qu'on cherchaft ailleurs que
des chofes de cette nature les
motifs de fa conduite à l'égard
du Roy & defes Sujets ; qu'on
s'imaginaft que fon élevation au
Souverain Pontificat n'avoit
pas éteint les fentimens que fa
Patrie avoit trop profondement
gravez
dans fon coeur , & que
fi l'on donnoit quelques louanges
à fon zele , on fouhaitast en
mefme temps qu'il l'employaft
pour des fujets qui le puſſent
exciter avecplusde justice .Mais
que lors qu'on jetteroit lesyeux,
non pas fur la grandeur fur la
puiffance , & fur les Victoires
280 Suite des Affaires
du Roy , mais fur la pieté de ce
Prince ,fur fon application toujours
égale à maintenir la pureté
de la foy fur la protection qu'il
donnoit à tous les Prelats defon
Royaume ,pour rendre leur miniftere
plus utile au fervice de
Dieu , fur le zele avec lequel
Sa Majefté employe pour abolir
tous les defordres l'autorité
Dieu luy a donnée , enfin quand
on penfoit que ce Prince avoit
facrifié tant d'interefts confiderables
au rétabliſſement de la
feule & veritable Religion dans
fon Royaume , qu'il n'avoit
voulu profiter de la Paix qu'il
que
du
Temps.
281
t
3
s
venoit de donner encore une fois
à l'Europe que pour augmenter
l'Empire de JESUS CHRIST
dans fes Etats pendant que fes
Ennemis gagnoient des Royaumes
entiers . & détruifoient une
Puiffance qui leur avoit esté fi
formidable & fi funefte , il n'étoit
pas poffible que la Pofterité
s'imaginaft que ces Brefs euffent
pu eftre adresez àce Prince" , é
qu'un Pape qui avoit fait paroistre
de la pieté , du zele pour
la Religion , & du defintereffement
en beaucoup de chofes , euft
pû oublier jufques à ce point les
obligations que luy impofoit fa
J
*
A a
282 Suite des Affaires
place ,» la reconnoiffance que
l'Eglife eftoit obligée d'avoir
pour tant de bien -faits qu'elle.
avoit receus de ce grand Roy
qu'on ne pourroit enfinſe perfuader
que le Succeffeur de ces Pontifes
, qui avoient juré degarder
une alliance eternelle avec nos
Rois, & qui faifoient lire leurs
Lettres dans les Affemblées du
Clergé & du Peuple de Rome ,
s'engageast avec les Ennemis de
P'Heritier de ces Princes , & .
refufaft de recevoir fes Lettres ,
d'écouterfes Miniftres .
Que fi cette conduite du Pape
donnoit à l'Europe un grand fu
du Temps, et 283
jet d'étonnement , la moderation
avec laquelle le Roy avoit bien
voulu la fouffrir durant tant
d'années , ne luy donneroit pas
un moindre fujet d'admiration .
Que le fang Illuftre de tant de
Rois qui couloit dans les veines
de ce Prince , la dignité de fa
Couronne ,fa grandeur , fa puif
fance , la gloire de fes Triomphes
, la paix donnée plus d'une
fois à fes Ennemis , combattoient
dans fon coeur cette moderation ,
& que la Religion ſeule & le
refpect qu'il avoit pourfes Miniftres
la foûtenoient contré des
motifsfi puiffans ; mais que
LOKS
A a ij
284 Suite des Affaires
Sa
Dien
que le Roy avoit veu l'idée , que
Sa Sainteté prenoit de cette patience,
l'ufage qu'Elle en faifoit,
lesengagemens publics qu'Elle
avoit pris avecfes Ennemis ,
Majefté n'avoit pû reſiſter davantage
à l'obligation que
luy avoit impofée & auferment
folemnel qu'Elle avoit fait dans
fon Sacre de conferver la dignité
defaCouronne de maintenir
le repos dont fes Sujets joüiffent
fousfa protection.Que l'Univerfité
feroit beaucoup mieux informée
de ces faits importans par la
lecture de la Lettre que le Roy
avoit écrite à M le Cardinal
d'Eftés , qu'Elle ne le pouvoit
du Temps.
285
eftrepar fes paroles; qu'ainfi ilfe
contenteroit de dire à la Com
pagnie que le Roy ayant fait
declarer au Pape , que fa Majefté
contrainte de le regarder à
l'avenir comme un Prince
enga.
gé avecfes Ennemis , ne pouvoit
plus le reconnoistrepour Fuge de
toutes les affaires où Elle pour
avoir intereft.
Que pour luy il avoit eru qu'il
estoit de fon devoir d'affeurer
encore par les formes que le
Droit avoit établies une recufation
fi jufte & fi neceffaire d'un
Juge qui ne vouloit pas écouter ,
qui aprés le refus qu'il avoit
286 Suite des Affaires
fait d'admettre la Coadjutorerie
de l'Archevefché de Cologne, &
la multitude de difpenfes inouies
qu'il avoit accordées touchant
la mefme Eglife , ne pouvoit
trouver mauvais qu'on craignift
que fa volonté, qui tenoit à fon
égard le lieu de la Justice , ne
fuft à l'avenir la feule regle de
fa conduite , & defes jugemens .
Que dans cette veuë , inftruit
par leurs exemples & par leurs
maximes , il avoit interjetté un
Appel extra-judiciaire au futur
Concile , des procedures que Sa
Sainteté pouvoit avoir faites &
des jugemens qu'Elle pouvoit
du
Temps.
287
అ
avoir rendus depuis la notification
qui luy avoit efté faite de
-cette lettre des jugemens er
-procedures qu'Elle pouvait faire
rendre à l'avenir dans ces
difpofitions au prejudice du Roy,
de fa Couronne & de fes Sujets.
Que dans ces temps où les
Souverains Pontifes joignoient
à la prudence veritable & à
Fautorité legitime de leur Siege,
une connoiffance plus exacte , &
une obfervation plus fidelle que
les auties Prelats , des regles de
L'Eglife , lors que lapunitionfe
vere qu'ils faifoient de ceux qui
ofoient violer ces Saintes Loix,
1
•
288 Suite des Affaires
faifoit également respecter &
craindre leur pouvoir , nefalloit
point chercher de remede contre
leursFugemens , & que comme
ils eftoient toujours conformes
à ces regles dictées par le Saint
Efprit , on n'en pouvoit appeller
fans appellerde la justice mesme,
des Canons infpirez à l'Eglife
par le Saint Efprit ; mais
que depuis que des paffions &
des interefts purement humains
avoient engagé quelques- uns de
ces Pontifes dans des guerres,
& que le defir de dominer leur
avoit fait entreprendre de fonmettre
à leur Tiare les Couronnes
du
Temps. 289
nes des Souverains , on les avoit
veus armer les Enfans contre
les Peres , révolter les Sujets
contre les Princes , lancer les
foudres de l'Eglife contre les
Teftesfacrées, mettre des Royaumes
en interdit , exciter des
armes temporelles pour appuyer
leurs Cenfures fpirituelles . Que
durant ces temps , la
justice
n'ayant plus eu de part ny
leur conduite , ny à leurs jugemens
, ils avoient cru qu'ils
pouvoient tout ce qu'ils vouloient
, & avoient voulu tout
ce qui avoit pu fatisfaire leur
ambition leur vangeance ,
Bb
290 Suite des Affaires
&
leur autorité ; qu'ils avoientconfervé
dans la Paix une partie de
fentimens qu'ils avoienı pris
dans la guerre, & que trouvant
plus commode de donner des loix
que d'en fuivre , ils avoient introduit
dans le Gouvernement
de l'Eglife la mefme autorité ,
& employé pour la deftruction ›
la plenitude de puiffance qui leur
eftoit donnée pour l'édification..
Que de cette fource eftoient
forties , au lieu des punitions
fifeveres , les abfolutions gracieuſes
qu'ils avoient accordées
aux Infracteurs des Canons ;
peu de temps aprés les Difpenfes
www.du Temps
291
"%
1
"
de violer impunement cesfaintes
regles , les Referves , les Preventions
, les Decimes , & les autres
entreprifes fur les droits des
Prelats fur la liberté des
Eglifes , & des Communautez.
Que les Succeffeurs de ces Papes
plus moderez dans l'ufage de ce
pouvoir , ne l'avoient pas defa
voué , qu'ils s'eftoient accoutu
mez à leregarder infenfiblement
comme un apanage de leur Siege,
& que comme ilsy avoient trou
vé l'établiſſement de leur auto
riré , leurs Officiers la fatisfaction
de leurs interefts & la
plupart des hommes le foulage
Bb ij
292 Suite des Affaires
敷
ment de leur cupidité, & m.f
me de leurs fcrupules , l'union
de tous ces interefts differents
voit étably le droit nouveaus
& que quelques- uns de ceux qui
avoient confervé le fouvenir de
leur ancienne Difcipline , s'en
eftoient relâchez dans la prati
que , & avoient obtenu en particulier
des difpenfes dont ils blámoient
l'ufage en public.
Que d'autre part les Princes
dont quelques - uns de ces Pontifes
vouloient avilir
ufurper la Couronne , ces Eglifes
à qui l'on vouloit ravir la liberté
dont elles joüiſſoient , ces Com-
*
faire
• du Temps.
293
munautez Ecclefiaftiques & Seculieres
que l'on vouloit oppri
mer , avoient cherché les moyens
de fe défendre. Que quelquesuns
de ces Princes irritez a
voient repouffé les entreprises des
Papes par la force de leurs armes
, & que ne pouvant donner
de juftes mesures à leur reßentiment
,ils n'avoient pas eu de
fcrupule d'exciter des fchifmes
dans l'Eglife , & d'oppofer des
Antipapes aux Succeffeurs legitimes
de faint Pierre. Que plufieurs
de nos Rois tres - Cheftiens
des Empereurs , d'autres Princes
, des Eglifes,des Ordres Re-
Bb iij.
294 Suite des Affaires
Jigieux » des Cardinaux , enfin
la celebre Univerfité de Paris
s'eftoient contentez d'appeller au
Concile univerfel de l'Eglife des
Jugemens des Papes , & de
leurs entreprifes qui les bleffoient
, afin d'en fufpendre , &
mefme d'en prevenir les effets ,
& qu'encore que l'autorité de
ces exemples & ce confentement
de toutes les Nations pust for
mer un droit , neantmoins il n'é
toit pas inutile de penetrer le
fondement de cette procedure.
Que c'eftoit la fuperiorité que
l'Eglife Universelle avoitfur les
Papes lors qu'elle eftoit afſem
du Temps. 299
blée au nom de l'Esprit Saint ,
que Dieu luy avoit promis pour
conduire fes démarches , & pour
luy infpirer fes refoluions juf
ques à la fin des Siecles . Que
Saint Pierre à qui F. C. avoit
donné tant de marques de preference
fur les autres Apoftres ,
n'avoit joint à fes paroles Pautorité
de ce divin Efprit , que lors
qu'il avoit parlé au nom d'un
Concile où il prefidoit . Que les
plusfaints de fes SucceBeurs , &
ceux mefmes qu'on ne pouvoit
accufer d'avoir laißé diminuer
les droits de leur Siege , avoient
eu pour les Conciles une vene-
Bb iiij
296 Suite des Affaires
ration profonde , une foumiffion
parfaite ; que l'un d'eux regardoit
les premieres Affemblées
de l'Eglife avec le mesme respect
qu'il avoit pour les Evangiles ,
que ces Papes avoient mis le
comble de leur grandeur, à faire
obferverpar leur exemple auffi
bien que par leur autorité les
Canons de ces Conciles. Qu'il's
avoientfoufcrit à la condamnation
qu'on avoit faite de la doctrine
du Pape Honorius , au
lieu de s'en plaindre , comme
d'une entreprise qu'ils n'avoient
pas trouvé mauvais que
tony examinast leurs avis. &
du Temps. 297
leurs jugemens avant que de les
autorifer ; que fi c'euft esté manquer
de refpect à leur Siege , cés
Conciles n'en euffent pas ufe
de cetteforte , & que faint Au
guftin qui a fi bien étably la pri
mauté des Souverains Pontifes,
n'auroit pas dit qu'aprés le Jugement
du Pape Melchiade , il
reftoit encore le Concile General
de l'Eglife ; qu'enfin le Concile
de Conftance ne nous avoit pas
meſme laiſſé la liberté de douter
d'une verité qu'il afiprécisément
établie que lafuperiorité du
Concile fur les Papes eftant certaine
, c'estoit une fuite neceffai298
Suite des Affaires
re , qu'on pouvoit en certains cas
recourir à fon autorité pour refor
mer leurs fugemens.
Qu'il eftoit vray que les Papes
Pie & Jules 11. & mefme
Martin V. fi l'on en croit le
temoignage du celebre Gerfon
avoient defendu l'Ufage de cette
procedure , & qu'enfin le
Pape Gregoire XIIÎ. avoit inferé
cette defenfe dans ce ramas
d'execrations
que l'on prononce
tous les ans à Rome , mefme contre
des Princes que Dieu a établis
fur la terre & pourplufieurs
chofes qui font purement tem
porelles . Que le refpect qu'on
du
Temps:
299
devoit toûjours aux Perfonnes
qui avoient rempli des places fi
eminentes , l'empefchoit de parler
de la conduite particuliere de ces
deux Papes , mais qu'à l'égard
de leurs Bulles , Pie II. condamnoit
en 1459. comme une chofe
inoüie , cette procedure dont
l'Empereur Frederic II. s'eftoit
fervi plus de deux cens ans au
paravant qu'il fondoit la defenfe
qu'il en faifoit fur le pouvoir
de lier
Noftre Seigneur avoit donné à
S. Pierre , & qu'il ajoustoit
que ces appellations eftoient vaines
, parce qu'elles eftoient intera
de delier que
300 Suite des Affaires
jettées devant un Tribunal qui
n'eftoit pas affemblé. Qu'on é
toit bien éloigné de contester les
avantages de la Primanté &
de la Jurifdiction , que le merite
de S. Pierre avoit acquis àfes
Succeffeurs fur toutes les Eglifes
particulieres , & que le Concile
de Constance qui fervoit de regie
pour la Superiorité de l'Eglifefur
les Papes , avoit condamné les
Heretiques qui nioient cette primauté,
mais que nous ne croyions
pas que Saint Pierre eust eftéle
feul Apoftre du Fils de Dieu,
que fes Succeffeurs pour eftre les
premiers ,fuffent les feuls Evef
du Temps. 301
ques. Qu'il ne nous eftoit pas
permis d'ignorer que Noftre Seigneur
avoit donné(fa Miſſion &
autorité de lier & de delier à
tous fes autres Apostres , & que
nous croirionspluftoft S. Cyprien
& S. Augustin fur l'intelligen
ce de cesparoles adreffées àl'Eglife
en la perfonne de S. Pierre,
que les doctesFurifconfultes de
la Conr de Pie II. à qui ce Pape
avoit bien voulu donner part.
la compofition de fa Bulle. Que
cette confideration qu'il ajoustoit ,
que l'on ne peut appeller à un
Tribunal qui n'eft pas affemblé.
ne feroit pas d'impreffionfur ceux
à
302 Suite des Affaires
qui fçavent quel a efté l'Usage
de l'Eglife dans le temps où la
difcipline estoit la plus exacte,
d'ailleurs il fuffifoit que
&
que
celuy qui fe fervoit de cette defence
, n'empefchastpas l' Affemblée
du Concile
.
Que pour la Bulle par laquelle
Fule 11. avoit reiteré la mesme
defenfe , afin , difoit- il, d'empefcher
les Schifmes , & que des
hommes aveuglez par leurs interefts,
& emportez par leurs
defirs,ne déchiraffent la Tunique
de F. C. quelque idée
conduite de ce Pape nous euft
laiffée de luy , on ne pouvoit
+
{
que
la
2
du Temps. 1303
༣༠༣
s'imaginer qu'un Vicaire de ce
Dieu , qui a fi expreſſement
renoncé aux Royaumes de ce
-monde ofaſt ainfi prophaner pour
la confervation d'une partie des
"Provinces que nos Rois ont
données du Saint Siege , l'autorité
Spirituelle qu'il avoit recènë
de Dieu pour le gouvernement
defon Eglife ; qu'il ofaft comparer
à la rupture impie de la Tunique
venerable de noftre Sauveur
, la prife qu'avoit faite la
Republique de Venise de quelques
Villes de la Romagne qui
gemiffoient fous la domination
-d'un Tyran , & que dans le
304 Suite des Affaires
\temps qu'un Pape s'imaginois
qu'il fe fervoir innocemment des
fondres de l'Eglife pour un intereft
de cette nature , il reprochaft
à un Prince purement
temporel d'eftre aveuglé par
mefmes interefts ,
les
condamnafte
comme criminels en fa
perfonne des defirs femblables à
ceux qui l'animoient . Qu'il ne
falloit autre chofe que ces Bulles
pour établir la Juſtice & la
neceffité de la procedure qu'on
faifoit, & que filon oftoit cette
defenfe aux Souverains , il
leur refteroit que de foumettre
leurs Empires aux commundene
du
Temps, 35
, י
mens des Papes & de devenir
leurs efclaves pluflor que leurs
vaffaux. Que s'ils ne pouvoient
oublier qu'ils ne teuoient
que de Dieu leurs Sceptres e
leurs Couronnes, ilfaudroit qu'ils
euffent recours à la force de leurs
armes qu'ils portaffent dans le
fein d'un Pontife le glaive dont
ils voudroient feulement fe fervir
pour le proteger er pour le
defendre. Que toutes les Eglifes
la celebre Univerfité de Paris
& les
Communautez qui ne
pourroient avoir des armées ;feroient
hors d'eftat de maintenirleur
liberté legitime, & reduites,
Ca
306 Suite des Affaires
à gemirfans efperance de fecours
fous les chaines les plus dures
dont les Papes ou leurs Officiers
les voudroient accabler , à moins
que
·les uns les autres ne regardaffent
avec mépris cesJuge
mens & ces cenfures, mais qu'on
devoit craindre qu'aprés avoir
méprifé celles qui feroient injustes
, on ne s'accoustumaft dans
La fuite à méprifer les plus legitimes.
Que c'estoit par cette raison
qu'aucune perfonne éclairée n'avoit
regardé comme des loix Canoniques
ces Bulles données par
ces Papes contre l'autorité Sudu
Temps: 307
perieure de l'Eglife , & queplu
fieurs de nos Rois , des Eglifes ,
de l'Univerfité de Paris , des
Princes Catholiques , & mesme
l'Empereur Charles - Quint, avec
la devotion de la Maifon d'Auftriche
, au milieu de l'Espagne,
par l'avis d'un grand Perfonnage
Italien qui estoit fon
Chancelier , n'avoient pas leiffe
de fe fervir également de certe
procedure aprés ces Bulles, pour
faire infirmer, ou pour prevenir
des Jugemens injuftes. Que les
fondemens de ces appellations
eſtant ainfi folides , on ne pour
voit pas douter qu'elles ne fuf-
Cc ij
308 Suite des Affaires
pendiffent l'effet des Jugemens
qui estoient prononcez, & que
celles qui eftoient interjettées
hors jugement par unefage prevoyance
, autorisée mefme par
Le Droit Canonique , n'empef
chaffent, entierement l'effet des
Fugemens & mefme des Cen-.
fures qui lesfuivoient. Que dés
l'An 1491. l'Univerfité avoit
enfeigné ces regles fur l'effet des
Appellations que nous avions
mefme cet avantage à l'égard à.
des dernieres , qu'elles avoient
efté approuvées par le Cardinal
d'Oftie il y a plus de quatre
cens ans que le fentiment
du Temps . 309.
ce
de ce fçavant Canonifte avoit
efte fuivy par tous les autres Ita
liens qui avoient écrit depuis
temps-la avec reputation. Que
quoy qu'ily cuft lieu deprefumer
que le Pape ne voulant plus fatisfaire
au premier & au plus
neceffaire de tous les devoirs d'un
Fuge , qui eft celuy d'écouter , Sa
Sainteté fe defiftoit Elle mefme ,
& fentoit bien qu'Elle n'eftoit
pas en eftat de connoiftrede
juger des affaires que le Roy
avoit bien voulu remettre à fon
Fugement de toutes les autres
qui regardoient Sa Majefté,
Les droits de fa Couronne & de
310 Suite des Affaires
fon Royaume , neanmoins il avoit
cru que pour remplir fes
devoirs autant qu'il luy eftoit
poffible , il falloit encore prendre
la precaution d'interjetter cet
Appel , non pas comme une procedure
frivole & illufoire d'un
Particulier revolté contre l'autorité
de l'Eglife , qui voudroit
continuer dans fon herefie ou
dansfon libertinage ; mais comme
ayant l'honneur d'eftre Offi
cier d'un grand Roy tres-pieux
tres-Chreftien , obligé d'employer
pour fon fervice & pour
Le bien defon Eftat , le miniftere
dans lequel il avoit la bonté de
du
Temps. 311 W
3
de vele
fouffrir , & plein d'une jufte
confiance pour le fuccés de cette
procedure , s'il eftoit digne de la
foutenir devant un Concile &
de reprefenter à une Aſſemblée
où l'efprit de lumiere
rité prefide , les juftes fujets que
que le Roy avoit de fe plaindre
de la conduite de Sa Sainteté ,
la qualité des affaires qui luy
fervoient de pretexte pour for
mer ces divifions.
M' le Procureur General
continua fon difcours , en
priant M's de l'Univerfité de
trouver bon qu'aprés avoirfatisfait
au commandement qu'il
J
312 Suite des Affaires
avoit receu du Roy , il temorgnaft
comme un Difciple redevable
à cette Illuftre Academie
des connoiffances qu'il pouvoit.
avoir , la joye qu'il reffentoit
de l'honneur qu'ils recevoient
dans cette occafion , & de la
grace que Sa Majesté avoit en
la bonté de luy faire , en fe
fervant de luy pour leur donner
de fa part un témoignage fr éclatant
de fon eftime . Que tous
ceux qui avoient quelque connoiffance
de l'hiftoire de cette
Univerfité , ou plûtoft de celle
de l'Eglife & du Royaume , fçavoient
combien de fois les Papes
&
du
Temps.
313
& les les Conciles , nos Rois &
d'autres Princes , avoient demandé
fuivi leurs avis.
Qu'ils fçavoient combien les
foins & l'autorité de cette Illuftre
Compagnie avoient contribué
a éteindre le Schifme qui
avoit divifé l'Eglife durant tant
d'années , le zele avec le-
ជ
quel elle avoit combattu les Herefies
par fes cenfures avant
mefme que l'Eglife les cuft condamnées
parfesJugemens.Qu'on
la regardoit comme le Seminaire
d'où fortoient prefque tous les
Prelats de ce Royaume. Que
Dd
314 Suite des Affaires
¿' étoit elle qui inftruifoit la pluspart
des Ecclefiaftiques qui travailloient
fi utilementfous leurs
ordres à la Vigne du Seigneur ;
que les plus grands Magistrats
avoient puife dans fon fein les
principes de la Fuftice qu'ils rendoient
aux Sujets du Roy , &
qu'enfin on ne pouvoit aimer &
honorer les fciencesfans honorer
en mefme temps cette fource feconde
de toutes celles qui peuvent
estre utiles au culte de
Dien , à la regle des moeurs , au
bien de la fuftice , à la politeffe
de l'efprit & à lafanté du corps.
du Temps. 315
Mais qu'entre les témoignages
d'estime qu'on luy avoit don
nez , aucun n'avoit égalé celuy
qu'elle recevoit ce jour-là , puis
qu'il venoit d'un Roy qui en meritoit
beaucoup plus parfes vertus
& parfes actions, que tous les
Princes qui avoient regné avant
luy, & que Sa Majesté laiffant
agir leur affection & leur fidelite
pour fon fervice , luy avoit
commandé de leur donner de fa
part cette communication fi honorable
de ces affaires fi importantes.
Qu'on fe tenoit feur
qu'aucun Corps de l'Estat ne
Dd ij
316 Suite des Affaires
previendroit , ou au moins ne
furpafferoit leur zele dans cette
occafion ; qu'ils ne cefferoient pas
de demander à Dieu par leurs
prieres , qu'il pluft à ſa bonté
d'infpirer au Pape des fentimens
plus justes à l'égard du Roy ;
qu'il augmentaft les vertus qu'il
avoit données à ce Pontife , &
qu'il répandift abondamment fur
luy toutes les autres dont il avoit
befoin pour foutenir le pefant
fardeau dont ilfe trouvoit chargé
; qu'il devinft un Ange de
paix, que nous puffions bonorer
dans fa perfonne un Sucdu
Temps. 317
ceffeur de l'équité & de la moderation
, auffi- bien que de la
place de faint Pierre . Que cha
cun joindroit fes voeux à leurs
prieres pour demander cette grace
à Dieu , mais que fi on n'estoit
pas affez heureux pour l'obtenir ,
onfçauroit bien diftinguer la perfonne
du Pape d'avec le Saint
Siege ; qu'on fepareroit le Prince
temporel , & mefme l'homme
davec le Pontife , & que penle
Roy obligeroit ce
dant
que
Prince temporel à reconnoistre
& à respecter en cette qualité
l'Heritier des Bien -faicteurs de
fon Siege, à executer les Trai-
Dd iij
318 Suite des Affaires
tez que les Predeceffeurs de ce
Pontife avoient faits avec Sa
Majesté fur des matieres purement
temporelles , ils enfeigneroient
par des Predications ,.
par des Livres , dans le Tribunal
de la Penitence les bornes
que Dieu avoit plantées entre les
deux Puiffances que fa Provi- .
dence avoit établies dans le
monde. Qu'ils apprendroient la
veneration & la déference qu'on
estoit toûjours également obligé
d'avoir pour le faint Siege , le
respect qui estoit deu à la primauté
de fes Pontifes , non pas
comme à un vain titre d'hon-
1
du Temps . 319.
neur & depréfeance , mais comme
à un titre d'autorité & de
Jurifdiction dans chacune des
Eglifes en particulier , & à prononcer
anatheme contre tous ceux
quis'éloigneroient de ces veritez.
Qu'ils enfeigneroient la difference
qu'il y avoit entre ces
cenfures redoutables que l'Eglife
avoit droit de prononcer , mais
qu'elle ne prononçoit jamais qu'avec
beaucoup de justice & de
douleur, ces foudres injuftes
qui estoient feulement les effets
des paffions de ceux qui s'en fervoient.
Qu'ils enfeigneroient en
mefme temps aux Peuples que
Dd iiij.
320 Suite des Affaires
le
commandement par lequel
Nostre-Seigneur avoit ordonné
que l'on rendift à Dieu les hommages
qui luy eftoient deus , obligeoit
de rendre aux Rois le
respect qu'on leur devoit. Qu'enfin
ils leur apprendroient l'obligation
que le grand Apoftre des
Nations avoit laiffée aux Sujets
d'honorer & de fervir avec fidelivé
, non pas feulement des
Princes comme le noftre , admirables
par leur pieté par leurs
vertus , mais des Princes Inf
delles qui ne connoiffent pas mefme
le Dieu qui les fait regner.
Qu'ainfi ils inftruiroient les
du
Temps. 321
ignorans, fortifieroient lesfoibless
modereroient les forts , & que
rempliffant tous les devoirs de
Docteurs pieux fans foibleffe ,
fermes fans emportement , attachez
à la Religion , à leur Roy ,
à leur Patrie , ils augmenteroient
encore , s'il fe pouvoit,
par cette conduite , la gloire &
la reputation que leurs Predecef .
feurs leur avoient laiffée &
qu'ils avoientfoutenuë fi dignement
par leur merite .
*
Aprés ce Difcours , M' le
Procureur General mit entre
les mains de M' le Recteur
la Lettre du Roy à M' le
322 Suite des Affaires
Cardinal d'Efttées , l'Acte
d'Appel interjetté au futur
Concile , & l'Arreft du Parlement
qui le confirmoit .
Cette Lettre , & tous ccs Actes
ayant efté leus , M' le Reteur
alla demander les avis
de tous les Chefs d'Ordre ,
qui ayant conferé chacun avec
fon Ordre , les avis ,eftant
recueillis , & le rapport en
ayant efté fait par les Doyens
de la facrée Faculté de Theologie
, de la tres - fçavante
Faculté de Droit , & de la
tres -falutaire Faculté de Medecine
, & par les Procureurs
du Temps. 323
desquatre Nations , de l'honorable
Nation de France ,de la
tres fidelle Nation de Picardie,
de la venerable Nation'de
Normandie, & de latres- conftante
Nation d'Allemagne
,
M' le Recteur, du confentement
de tous les Ordres , 'dit,
Que ces Appellations des Souverains
Pontifes au futur Concile,
n'étoient ny nouvelles ny inouïes
parmi eux ; Que les Rois Tres-
Chreftiens avoient eu fouvent
recours à ce remede dans les
affaires publiques ; que l'Univerfité
de Paris s'en eftoitfervie,
quoy qu'avec regret , dans des
324 Suite des Affaires
la.
affaires particulieres , & infini
ment moins importantes , que
celles dont il s'agiffoit , & que
toutes les fois que la défense de la
Hierarchie Ecclefiafliqueerde
difcipline , ou l'utilité de l'Eftat
l'avoient exigéelle avoit confenti
& adheré à ces Appels interjettez
par les Rois , mais qu'elle
devoit rendre des graces immortelles
à LOUIS LE GRAND,
Le plus grand des Rois ,
l'honoroit du titre de fa Fille aif
née, de ce qu'il avoit daigné leur
faire part de ce deffein fi pieux
&fi jufte, & de ce qu'il avoit
choifi M le Procureur General
qui
du
Temps. 325
pour leur porter un fi pretieux
bienfait , reconnoiffant tous que
Sa Majesté ne pouvoit trouver
un homme dont les vertus attiraffent
plus deftime & plus de
refpect , ny qui leur fuft plus
agreable , ny enfin un plus
fçavant interprete de fes volontez
Royales. Qu'à la verité
ils reffentoient une douleur
trés- vive que les chofes
euſſent'efté portées à cette extremité
, qu'il euft esté forcé de
prendre ces precautions , & de
fe fervir de cet appel , eſtant
perfuadez que pour conferver &
avancer la Religion Catholique,
326 Suite des Affaires
rien n'eftoit plus propre ny plus
efficace que l'union & la bonne
intelligence du Sacerdoce avec
l'Empire . Mais qu'ils voyoient
bien qu'il n'avoit pû , & qu'il
ne pouvoit s'empeſcher de fuivre
fon devoir , er de s'acquiter des
fonctions de fon Miniftere lors
qu'on ébranloit les droits du
Royaume que la Majesté
Royale estoit offencée , & qu'on
tachoit d'opprimer nos Privileges
& nos libertez, Que ce
qui les confoloit c'est que
les moyens mefmes qu'il avait
pris pour défendre les droits
de la Couronne , dans ce mefme
A
dans
du Temps . 327
Acte d'Appel au futur Concile ,
il paroiffoit toujours un profond
respect , & une foumiffion entiere
pour le S. Siege , auquel
i
l'intention de Sa Majesté eftoit
qu'on demeuraft toujours inviolablement
attaché qu'ils
voyoient elairement par la Lettre
du Roy à M le Cardinal
d'Effrées , qu'il n'avoit rien onblié,
qu'il avoit fait toutes
fortes d'avances pour conferver
ou rétablir dans fon entier l'Al
liance & le concert qui avoient
toûjours esté entre les Rois Tres-
Chrestiens & les Souverains
Pontifes , ou pour reveiller &
328 Suite des Affaires
ranimer l'affection paternelle que
le Pape devoit avoir pour Sa
Majeflé . Que tous les deffeins
& toutes les avances faites par
le Roy ayant efté inutiles , ils ne
pouvoient rien faire autre chofe
en cet eftat qu'élever leurs mains
à Dieu pour luy demander fans
relâche avec un zele ardent ,
qu'il luy plust toucher le coeur de
nostre faint Pere , qui avoit efté
inflexible jusque-là , & faire
renaiftre la paix & la concorde
entre Sa Sainteté & noftre Invincible
Monarque , qui avoit
triomphé de l'Herefie , & comblé
l'Eglife de tant de bien"
du
Temps. 329
faits. Que tous leurs defirs , tous
leursfentimens , toutes leurs penfées
toujours d'accord avec leurs
devoirs leur obeiffance , c'étoit
d'eftre toujours prests, comme
ils l'avoient toujours efte , defacrifier
leurs vies pour la défenfe
des droits du Royaume , & de
donner les mains ,
l'Appel de M' le Procureur General
& à tous les Appels de
cette nature ; qu'ils le fuplioient
de le vouloirfaire connoistre au
plutoft au Roy qu'il augmenteroit
par là les obligations infinies
qu'ils confeffoient luy
voir qu'à l'exemple de fes
و ن و ب
adherer à
Ee
a330
Suite des Affaires
Ayeux , dont lafuite n'eftoit pas
moins illuftre que nombreuſe ,&
heritier de leur bonté comme de
leurs vertus , il honoroit l'Univerfité
defa protection ; qu'il la
relevoit & la fouftenoit ou panante
; qu'il l'af
chée ou
fermiffoit quand elle eftoit de
bout , & qu'enfin il avoit augmenté
fon éclat & fon luftrepar
les louanges qu'il venoit de luy
donner dans ce beau diſcours , ou
avec le profondfçavoir on trouvoit
toutes les graces de la politeffe
, & toutes les forces de
Eloquence que lesfeules marques
de reconnoiffance que luy
du Temps..
331*
& tous les Membres de l'Univerfite
pouvoient luy donner
pour tant defaveurs & de bons
offices qu'ils avoient receus de
luy, c'eftoit de luy protester -
comme ils y estoient obligez ,
que dans toutes les occafions , &
fon particulier , en qualité
d'homme du Roy , il trouveroit
toujours en eux une entiere
obeiſſance , & un dévouement
parfait.
Ce Difcours fut fuivy d'une
acclamation generale , &:
chacun s'empreffa de témoigner
qu'il eftoit prefſt d'adherer
à l'Appel, aprés quoy
a
Ee ij
332 Suite des Affaires
Ms le Procureur General affura
la Compagnie en termes
formels ,
le
que par rapport
qu'il feroit à Sa Majeſté , il
tâcheroit de luy faire connoiftre
avec quel fentiment
uniforme de tous les Ordres,
avec quelle promptitude , &
quel empreffement l'Univerfité
avoit fait paroiftre l'amour,
la fidelité & l'attachement
qu'elle avoit pour le
Roy & pour le Royaume, les
marques tres folides qu'elle
avoit données en mefme
temps de fa foy & de fa pieté
, & les offres auffi juftes
du Temps.
333
les acque
refpectueufes qu'elle a
voit faites par la bouche de
M ' le Recteur , & par
clamations generales de tous
les Membres ; qu'il ne doutoit
point que tous ces témoignages
ne fuffent eresagreables
à Sa Majefté , &
qu'il efperoit mefme de fa
bonté infinie , qu'ils deviendroient
à l'Univerfité une
fource de nouvelles- graces ,
qui feroient le fruit de fon
refpect & de fa fidelité envers
le Roy . Aprés ces affeurances
données , l'Affemblée fe fepara
, & M'le Procureur Ge334
Suite des Affaires
neral fut accompagné jufqu'à
fon Carroffe , par des
Députez de tous les Ordres .
Jay beaucoup de citations.
tres- curieufes à rapporter
qui prouveront la validité
dences fortes d'Actes d'Ap .
pel , mais je les reſerve pour
le commencement d'une au
tre Lettres qui fera la troifiéme
partie des Affaires du
Temps.
FIN.
UNIVERSITY
OF MICHIGAN
3 9015 06575 6770
Qualité de la reconnaissance optique de caractères