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1688, 11, t. 2 (Affaires du temps) (Lyon)
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SUITE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS
HE
DE
TO ME I 1. I I LYON
1893
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure
Galant.
M. DC. LXXXIX.
AFEC PRIVILEGE DUROT,"
7.
AVIS.
A matiere des Affaires du Temps
L'eft
s'est trouvée fi abondante , qu'elle n'a
pu eftre renfermée en deux Volumes.
Ainfi il y en aura un troifiéme qu'on debitera
le premier jour de Decembre , &
qui developera toute l'intrigue qui a mis
tant de Puiffances en mouvement.Ce Votume
fera tres- curieux , & mefme plus
qu'on ne le promet icy . Après avoir ven
les effets dans les deux premiers, on verra
les cauſes dans le troifiême.Il n'eſtpas
extraordinaire de voir agir fans que l'on
fcache pourquoy, & de ne le découvrir
que dans la fuite des temps . Ce n'eft pas
que cette troifiéme partie doive estre denuée
d'Actions ; on y trouvera la fuite
de celles des deux premieres parties ,
Les actions n'y paroistrontpas avec moins,
de détail que les intrigues .
نم
Dans le premier Tome , page 36. en
parlant d'une Ordonnance publiée à
A VIS...
Bruxelles par le Marquis de Grana , on ›
a mis 1685. ilfaut lire 1683 .
Page 87. on'a dit qu'il y a dans le
Chapitre de Cologne dix Chanoines qu'on.
nomme Chanoines illuftres . Il y en a :
foize. Il faut offer ce qui fuit , qu'on ap
pelle leurs voix les Majora. Le mot de
Majora ne s'entend que pour le plus
grand nombre de fufrages.
>
Page 97. On a dit que le Pape avoit
approuvé l'élection du grand Doyen de
Munster , & celle du grand Doyen de
Liege , il faut mettre avant ces deux,
Elections, que fa Sainteté a außi approu
vé celle du grand Doyen d'Hildesheim.
de forte qu'il n'y a eu que l'Election du
grand Doyen de Cologne rejettée , à l'égard
des quatre Eveſchez que feu M.
Electeur de Cologne a laiffez vacans
parce qu'elle regardoit M.le Cardinal de
Furftemberg.
Page 103. On s'eft mal expliqué en
difant que le Chapitre de Cologne estoir
composé de vingt- quatre Capitulaires 3.
ce nombre eft toûjours regle.
SVITES
SUITE
THE
QUE
LYON
DE
DES AFFAIRES
DU TEMPS.
ACCUEIL favorable
que vous avez fait
à la premiere Lettre
que vous avez recuë
de moy fur cette matiere ,
m'engage à vous tenir parole.
touchant la feconde , que je me
ferois difpenfé de vous écrire ,
fi en me la demandant yous ne
me marquiez un empreffe-
Tome II. Α
2 Suite des Affaires
ment qui me fait croire que
vous la lirez avec plaifir. Je
voy par là que vous aviez attendu
de may autre chofe
que
des Nouvelles dans cette
Lettre , & mon intention a
auffi efté d'aller plus loin ;
autrement , comme elle finit
à la traduction du Manifefte
de Mr le Cardinal de Fur .
ftemberg , vous n'auriez pas
lieu d'en eftre contenté , puis
que je ne vous ay rien appris
de nouveau à l'égard des
fujets que j'ay traitez , mais
ces fujets eftant mis en corps,
& contenant , non pas les
actions , mais les motifs qui
ont fait agir , il y a toujours
de la nouveauté dans les hiftoires
que l'on écrit de la
forte , & ce qui s'eft paffé
mefme dans les fiécles précedu
Temps.
3
dens , eft nouveau pour nous
lors qu'on nous en peut apprendre
les caufes . Sans cela
on ne travailleroit jamais à
l'Hiftoire , & la pofterité ne
verroit que des recueils d'évenemens
écrits dans le temps
qu'ils fe font paffez , & faits
feulement pour faire fçavoir
alors au Public qu'une chofe
eft arrivée , & non pour l'inftruire
des intrigues & des
refforts qui font caufe du bon
ou du mauvais fuccés qu'elle
a eu .
Pour continuer ma Lettre
par une fuite qui ait quelque
liaifon avec l'endroit où je
l'ay finie , je vous diray qu'on
trouve ce Manifefte Latin de
Mr le Cardinal de Furfſtemberg
, dont je vous ay envoyé
la traduction , fi remply de
A 2
4 Suite des Affaires
raifons folides & de faits inconteftables
, qu'on a cru à
Rome qu'il falloit les ignorer
, parce qu'on ne pouvoit
y répondre ; de forte qu'au
lieu de raifons on s'eft fervy
de l'autorité , en croyant , ou
du moins en tâchant de faire
croire qu'il fuffifoit d'un je
le veux , pour s'opposer à ce
que les Conciles ont reglé.
Ainfi on a voulu ſe perfuader
qu'on pouvoit ofter un Archeveſché
à un Cardinal Pre.
ftre , âgé de prés de foixante
ans, pour le donner à un jeune
Prince qui n'en a que dixfept
, lors qu'il en faut avoir
trente pour le poffeder. Il eft
vray que les Conciles décident
fans prevention , & fans
partialité , & que la politique
' a point de part à ce qu'on
du
Temps.
5
y refout , parce qu'elle ne
pourroit en mefme temps
faire agir tous les grands Perfonnages
qui les compofent.
On dit pour s'empefcher de
donner des Bulles à Mr le
Cardinal de Furftemberg
que l'Eglife ayant de grandes
obligations à Mr l'Electeur
de Baviere , elle doit les reconnoiftre.
C'eſt une verité
dont on ne fçauroit difconvenir
; mais les trefors de
l'Eglife font affez grands ,
pour l'acquitter de ces obligations
fans que pour cela
il foit neceffaire de ravir à un
autre ce qui luy eft legitimement
acquis . Si Mr le Prince
Clement de Baviere avoit eſté
veritablement élu , qu'il euft
eu autant de Voix que Mr le
Cardinal de Furftemberg , &
A 3
6
Suite des Affaires
qu'il ne luy euft manqué que
l'âge porté par les Conciles
pour eftre Archevefque de
Cologne , on auroit pu alors.
luy donner une difpenfe , &
fi elle n'avoit pas eſté ſelon
les Conciles , au moins n'auroit-
on pas murmuré , quand
on auroit jetté les yeux fur.
ce que Mr l'Electeur fon Frere
vient de faire pour l'Egli
fe.
Il n'y a point de dignitez
dans le monde que l'on ne
s'empreffe à rechercher . Les
brigues qu'on fait pour obtenir
celles de l'Eglife , font
autorisées par l'uſage
ainfi
que celles dont on fe fert
pour arriver aux Dignitez feculieres
, mais elles font condamnées
, & c'est ce qui engage
ceux qui les font , à ne
du
Temps,
7
les pas faire ouvertement.
Cependant on ne s'eft pointcaché
dans celles qui ont efté
faites pour Mr le Prince Cle--
ment , & contre Mr le Cardinal
de Furftemberg , & le
Comtede Kaunitz ayant agy
fon procedé a 2
tort
hautement
fait connoiftre que le Pape
eftoit parrie , ce qui luy oftoit
le droit d'eftre Juge . On fçavoit
bien à Rome que fi Mr
de Furftemberg
venoit à eftre
legitimement
élu , & qu'on
s'oppofaft à ſon élection il:
ne fouforiroit pas au
qu'on luy voudroit faire , &
qu'ainfi la guerre pourroit .
sallumer dans l'Electorat de
Cologne ; c'est pourquoy ,
dans le deffein de ne pas rendre
juftice à ce Cardinal , on
avoit fongé de bonne heure
A
4:
8 Suite des Affaires
à fe défendre , & Mr le Prince
d'Orange avoit promis à Mr
Cafoni , qui a beaucoup de
credit dans la Cour de Rome ,
qu'il y auroit trente mille
hommes prefts d'agir contre-
Mr de Furftemberg. Ce Prince
avoit fon but en tenant
cette conduite. Il trompoit
Rome ; il ne difoit pas la
verité anx Princes qu'il engagecit
à prendre les armes
contre un Electeur élu canoniquement
, il vouloit faire
allumer une guerre entre la
France , l'Empire , & tous les
Princes qu'il engageoit à fe
liguer contre nous , afin qu'il
puft profiter de l'occafion
pour envahir l'Angleterre
pendant que les forces de
France feroient éloignées.
Ainfi Rome en ne fongeant
du
Temps.
9.
qu'à ofter l'Electorat à Mr
de Furftemberg , n'a pas laiffé
de contribuer à tout ce que
le Prince d'Orange à entrepris
, & à tout ce que la ve
ritable Religion en a fouffert.
La fituation des Affaires
eftant alors trop violente
pour eftre plus longtemps.
regardée fans prendre les mefures
neceffaires pour le bien
& la gloire de l'Etat , le Roy
écrivit la Lettre fuivante à
Mr le Cardinal d'Eftrées , &
luy ordonna de la lire au
Pape , & de la laiffer à Sa
Sainteté , afin qu'Elle puft
examiner fes intentions ; &
faire des reflexions ferieufes
fur les juftes fujets que ce
Monarque avoit de fe plaindre.
A s
II
Suite des Affaires
-
LETTRE DU ROY
4
A MR LE CARDINAL
29.1
33. D'ESTRE'E S..
M
ON COUSIN, Quoy que,
i'aye toûiours cru que les
préventions du Pape contre ma
Couronne , eftoient plutot les effets?
des fuggeftions de mes Ennemis ,que
de fon inclination & de fon panchant
naturel pour la Maifon
d'Auftriche , neanmoins ilvient de
me donner des preuves fi évidentes'
de fa partialitépour elle , & defon
grand éloignement à retablir avec
moy une bonne intelligence , qu'il ne
me reste plus aucune efperance de
le porter à reprendre les fentimens
W
du
Temps.
ΙΟ
dée Père commun , & à concourir
avec moy à ce qui peut & doit af
fermir le repos de l'Europe, Ilya:
mefme bien de l'apparence que
la conduite que Sa Sainteté
tient à prefent produira bientoft
une guerre generale dans toute la
Chreftienté ; & comme la prudence
ne me permet plus d'attendre de
jaftice de luy dans tous les diffe
rends qui peuvent avoir rapport
mes interefts , je fuis bien aife , pour
n'avoir rien à me reprocher , que
vons luy fafficz connoistre encore
une fois les juftes fujets qu'il me
denne de ne le plus confiderer que
comme un Prince engagé avec mes
Ennemis , & pais que mou Ambaf.
fadeur ne peut avoir aucun accés
auprés de luy, & que la Dignité de
Cardinal vous oblige à garder des
mesures qui ne conviennent par
A. 6 .
12
Suite
des Affaires
avec la force des veritez , dont il
eft neceffaire qu'il foit informé ,
ous luy ferez la lecture de cette
depefche , & vous luy en laifferez.
mefme l'original , qui le doitfairefouvenir
que depuis fon élevation
à la Chaire de Saint Pierre , je·
n'ay rien obmis de ce qui le pouvoit
perfander de mon respect filialpour
Lay , & du defirfincere que Lavois
de contribuer à la gloire de fon
Pontificat par toutes les mesures:
"qu'une parfaite intelligence entre
Nous pouvoit établir pour l'augmentationde
noftre Religion..
Que tous les ordres dont j'ay
chargé le feu Duc d'Eftrées voftre
Frere, netendoient uniquement qu'à
une fin fi falutaire au bien general
de la Chrêtientė.
Qu'elle a fait auffi le feulfujet
de vostre envoy& de vostre séjour
3 A
1
·137 du Temps.
auprés de Sa Sainteté
Que c'est dans cette veuë que
je vous avois permis de confentir à
des temperamens fur la Regale ,
infiniment plus avantageux aux
·Eglifes de mon Royaume , que ne
Rouvoient eftreles pretentions mal
fondées de quelques Evefques ,
quand mefme j'y aurois acquiefcé.
Que quelque fatisfaction que
mayent donnéles infinuations &
·les remontrances refpectueufes que
vous avezfaites à Sa Sainteté , &
toute la fageffe de vostre conduite.
& de vos negociations , neanmoins
les preventions du Pape contre ma
Couronne ont toujours rendu inutile
toutela force de vos raifons.
El Que je n'aypaslaiffé neanmoins,
pour réduire cette affaire aux termes
quipouvoient plaire à Sa Sain
telé , d'accorderaux tress- bumbless
14 Suite des Affaires
24 .
prieres du Clergé de mon Royaume,
parma derniere Declaration du
Ianvier 1682. tous les avantages
dont je voulois qu'ils fuffent rede
vables à fa Sainteté mesme , par
le moyen du rétabliſſement d'une
bonne intelligence entre Elle &~
moy...
Que j'avois raison de croire que
cet éclairciffeme
ement de mes intentions
devoit contenter Sa Sainteté , &.
la difpofer an moins à avoir pour
moy lesfentimens , que la qualité
de Perecommun luy devoit inſpirer, .
Que cependant bien loin de trou … -
ver en Elle cette affection paternelle
, qui me devoit faciliter les
moyens de ramener an giron de
l'Eglife tous ceux de mes furets qui s
avoient eu le malheur d'eftre élev
vel & nourris dans l'erreur , Elle
s'eft opiniatrée par une dureté in..
7
du
Temps:
15

flexible à refufer les Bulles à ceux
quej'ay nommez aux Evescheva
cansde mon Royaume , & que j'agreconnus
les plus capables de tra
vailler avec fuccés à l'inftruction
& à la converfion des Heretiques .
qu'Elle a fondé fon refus fur des
moyens qui n'ont jamais empefchéaucun
Pape de pourvoir ceux que les ·
Rois mes Predeceffeurs , & moys
avons nomméz en vertu du Concordat.
Mais comme vous luy
ave affez fait voir , & à fes-
Miniftres tout les inconve ..
niens de ce refus , & que les
Evefques de man Royaume , qui ont
acquis le plus de reputation dans
toute la Chreftienté , ont fuivy les
me
nefmes maximes , qui font auiour
d'huy le pretexte d'une prétenduës
incapacité dans ceux que la Cour
oùvous estes qualifién'eftrepas d'ax
+
7
16
Suite des Affaires
ne faine doctrine ; il eft inutile de
rebattre toutes les raifons qui ont
eftefifouvent dites fur cefuiet , &
que vous avez fi bien expliquées
qu'elles ne peuvent laiffer aucun
lieu aux foibles excufes & aux pretendus
fcrupules de confcience, dont
Sa Sainteté , & fes Miniftres fe
font toujours fervis pour colorer
l'iniuftice du retardement qu'Elle
apporte depuis plufieurs années à
L'expedition de fes Bulles , pour des
Prelats d'un merite diftingué.
Que les Catholiques anciens &
nouveaufont fcandalifek de voir
quependant que j'employe mesfoins,
mon autorité, & mes finances à la
destruction & à l'entiere extirpation
de l'herefie , non feulement ie
ne puis obtenir de Sa Sainteté les
graces quipeuvent contribuer à l'affermillement
de ce grand ouvrage»
du
Temps.
17
mais qu'au contraire Elle fe fait
un point d'honneur d'ofter à mon
Ambaffadeur les franchifes , dont
fes predeceffeurs ont toutours iony.
paifiblement , & qui leur ont efte
confirmées par le Traité de Pife.
Qu'au lieu de fe fervir pour cet
effet des voyes de douceur , de négociation
& d'accommodement pratiquées
en pareils cas entré Princes
amis , & qui veulent obferver les
regles de la bien-feance , il a com
mencé par le refus de toute audien
ce au Marquis de Lavardin mon
Ambaffadeur , dont les inftructions
ne tendoient qu'à rêtablir un bon
concert entre Sa Sainteté & moy ;
& dans une affaire temporelle , il
s'eft fervy des armes fpirituelles ,
pour le déclarer notoirement excommunić
, contre l'avis mefme de
ceux qui font les plus devouez àfes
A
2014
18 Suite des Affaires
fentimens, & lesplus emportez contre
mes interefts.
connoil
Que tous les foins que vous &
le Marquis de Lavardin avez
pris pour luy faire qu'on
pourroit trouver des temperamens
capables de concilierfafatisfaction
avec la mienne , ont fté inutiles :
Qu'il en a reietté toutes les propofitions
avec bauteur , faifant
méme entendre par tout , que vostre
entremife , ny celle du Marquis de
Lavardin , ne pouvoient jamais luy
estre agreables..
Que c'est ce qui m'a enfin obligé,
pour lever tous les obftacles qui pauvoient
l'embarraffer , de luy depecher
fecrettement un homme de
confiance , auquel j'avois donné
une Lettre de ma main en créance
Pourfa Sainteté..
Que s'eft d'abord adreſſe à Ca..
du
Temps.
19
foni , & enfuite au Cardinal Cibe,
auquelil afait voir ma Lettre , en
forte que le Pape n'a pú ignorer ,
queje l'avois choisi pour l'informer
de mes plus fecretes intentions fans
vous en rien communiquer , ny
mon Ambaffadeur. Que cependant
toutes les diligences qu'il apu
faire n'ontfervy qu'àluy faire donner
une exclufion formelle , avec
plus d'indignité , que s'il cuft eflé
envoyé par le moindre Prince de la
Chreftienté. Que le déplaifir de s'en
revenirfans avoir executé mes or➡
dres l'avoit enfin obligédefe decou
vrir à vous és au Marquis de La..
vardin , mais que toutes vos remontrances
par écrit & de vive voixà
Sa Sainteté, fur le blâme qu'Elle
s'attireroit dans toute la Chrêtienté
, du refus fi iniurieux d'une
perfonne de confiance autorisée d'u20
Suite des Affaires
ne lettre de ma propre main , avec
ordre de ne s'expliquer qu'à Sa
Sainteté même , fans l'interpofition
d'aucun Miniftre , n'avoient pu rien
obtenir , qu'une espece de menace de
fe porter bien toft à desplusgrandes
extremitek;
Que cependant , non feulement
je n'ay iamais refusé d'entendre le
Nonce de Sa Sainteté , lors qu'ila
eu quelque chofe à me reprefenter
defa part ; mais mefme que pour
marquer encore davantage mon
zele & ma veneration pour lefaint
Siege , ie voulus bien donner plufieurs
audiences fecrettes dans mon
Cabinet , au nommé Carlo Cavari,
Preftre Napolitain , du moment
qu'ilm'eut fait entendre qu'il avoit
ane miffion fecrete de Sa Sainteté,
& qu'Elle l'avoit chargé de faire
despropofitions tres - importantes
du
Temps.
21
&qui pouvoient rétablir une parfaite
intelligence entre nous , quoy
qu'il n'euft en effet aucune autre
marque de confiance du Pape que
quelques Lettres de Dom Livio
fon Neveu , & que je luy euffe affe
fait connoiftre , que s'il me faifoit
voir un mot de Sa Sainteté qui l'autorifaft
, ie l'écouterois toutes les
fois qu'il le defireroit . le laiffe an
Pape à faire la comparaison de ce
traitement , à celuy qu'il a fait à
mon Envoyé,reconnupar fes Miniftres
& parSa Sainteté mefme , fur
les affurances que le Cardinal Cibo
luy en a du donner, & que vous luy
avez confirmées.
+
le fuis bien perfuadé , qu'il n'y
auroit point d'ennemy declaré de
ma Couronne , quirefuſaft d'écouter
celuy qui luy porteroit une Lettre
de ma main , & je m'aſſure auſſi
22 Suite des Affaires
qu'iln'y a point cu de Pape, & qu'il
n'y en aura jamais qui fe porte à
une extremité fi peu convenable à
la qualité de Pere commun.
Mais on peut dire que fa Sainteté
a fait paroiftre fa haine perfonnelle
contre ma Couronne , & fa
partialitépour la Maifon d'Auftriche
, encore plus ouvertement, dans
tout ce qui s'eft passé touchant la
Poftulation du Cardinal de Furftem
berg à la Coadjutorerie , & enfuite
à l'Electorat de Cologne.
On n'auroit pas pu croire , qu'un
Doyen du Chapitre , qui en afi longtemps
adminiftré les plus importantes
affaires avec toute la fage & la
bonne conduite qui luy ont acquis
l'eftime de tousfes Confreres , qui a
efté poftulé à la Coadiutorerie , du
confentement tant du feu Electeur ,
que de tous les Chanoines , & qui
du
Temps .
23
eft de plus honoré de la dignité de
Cardinal, n'ait pû obtenir fa confirmation
du mefme Pape quilen a
revestu.
Sa Sainteté affuroit par ce mogen
le repos de toute l'Europe , &.
ne donnoit aucum jufte fuiet de
plainte à ceux qui font les plus oppofez
à l'élevation dudit Cardinals
Elle n'auroit pas même eu befoin de
fe fervir des graces , dont la divine
providence l'a rendu le difpenfateur
ilfuffifoit feulement de luy ac
corder la permiffion de fe démettre
de l'Evefché de Strasbourg , & il
n'auroit cu befoin ny de Bref d'Eligibilité,
ny defaveur , ny derccommandation
. Cependant Sa Sainteté
ne s'eft pas contentéè de luy refufer
cette inftice ; mais on peut dire
qu'entrant aveuglément dans tous
Les interefts de la Maiſon d'Aufiri24
Suite des Affaires
نم
che , Elle s'eft dépouillée tout d'un
coup de cette rigidité qui luy avoit
donné jufqu'alors un fi grand éloignement
pour toutes les graces ,
Elle en a fait une profusionfi extraordinaire,
en faveur d'un ieune
Prince , âgéfeulement de dix fept
ans , qu'ilnefaut que lire le Bref
qu'Elle luy a accordé pour voir qu'il
ne peut avoir efté dicté que par
ceux qui ne reconnoiffent aucune
regle que celle qui convient à leurs
paffions & àleurs interests , & non
pas par un Pape qui s'eft toûiours
fait unfcrupule de confcience d'accorder
la moindre grace à mes prieres.
C'eft cependant ce Bref qui a
donne laforce & le mouvement à
toutes les intrigues , cabales, corruptions
& iniures , dont le Comte
de Kaunitzs'eft fervy pour gagner
trois
du
Temps .
25
trois ou quatre voix , & troubler
l'union du Chapitre qui avoit păru
dans la Poftulation dudit Cardinal
àla Coadiutoriesce qui n'apas cmpefché
neantmoins , que la plus
grande & la plus confiderable partie
ne fe foit declarée enfaveur dudit
Cardinal , & ne l'ait proclamé..
C'est enfin cette conduite du
Pape , & tout ce que je viens de
vous écrire , qui porte les affaires .
de l'Europe à uneguerre generale
qui donne au Prince d'Orange la
bardieffe de faire tout ce qui peut
marquer un deffeinformé d'aller
attaquer le Roy d'Angleterre dans
fonpropre Royaume , de prendre pour
pretexte d'une entreprife fi bardie.
le maintien de la Religion Protef
tante , ou plutoft l'extirpation de
la Catholique , & le renversement
entier de la Monarchic .Qui donne's
Tome II. B
26
Suite des Affaires
àfes Emiffaires & aux Ecrivains!
de Hollande l'infolence de traiter.
de fuppofition la Naiffance dis
Prince de Galles , d'exciter les Su- ·
jets du Roy de la grande Bretagne
à la revolte , & fe prevaloir de la
neceffite où me mettent lapartialité
du Pape & les violences de la Cour
de Vienne contre le Cardinal de
Furftemberg, & la plus fainepartie
du Chapitre de Cologne , à faire
avancer mes Troupespour leur donnertout
le fecours & la protection
dont ilspeuvent avoir befoin pour
fe maintenir dans leurs droits gon
dans leurs liberték.
Sa Sainteté peut bien croire
auffi , que quelque attachement
que j'aye , & que j'auray toûjours
pour le faint Siege, ie ne puis plus
m'empefcher de feparer la qualité
de Chef de l'Eglife , de celle d'un
1
du
Temps.
27
Prince temporel , qui époufe onvertement
les interefts des Ennemis de
ma Couronne : Que l'obligation
qu'Elle m'impofe; ne mepermet plus
d'attendre de fa part aucune infice
fur les differends qui me regardent
: Que ie ne puis plus le reconnoiftre
pour Mediateur des conteftations
qu'a fait naifire la fucceffion
Palatine entre ma Bellefaur
& la Maifon de Neubourg :
Que iefçauray bien faire rendre à
cette Princeffe la inftice qui luy eft
deuë , par les moyens que Dieu m'a
mis en main contre les violentes
ufurpations de l'Electeur Palatin :
Que d'ailleurs ie ne pretens pas
laiffer plus longtems le Duc de Parme
mon alliè , dépouille defes Etats
de Caftro & de Ronciglione , dans
lefquels il doit eftre rétably,en execution
de l'article premier du Trai-
B 2
28 Suite des Affaires
ré de Pife , dont ie fuis garant.
Ainfi ie veux , que pour ne laiffer
à Sa Sainteté aucun lien de douter
de la refolution qu'Elle m'a obligé
de prendre , vous luy demandiez
en mon nom , qu'Elle faffe incef-
Samment remettre ledit Duc de Parme
enpoffeffion de fes Etats de Caftro
& de Ronciglione , comme il eft
Stipulé par ledit premier article ,
luy declarant qu'au moindre retardement
qu'Elle y apporterazieferag
entrer mes Troupes en Italie , poury
demeurer , iufqu'à ce que ce Prince
mon allié foit rentré dans la ioüiffance
de fefdits Etats ; & que ie me
mettray dans le mesme temps en
poffeffion de la ville d'Avignon ,foit
pour la rendre à Sa Sainteté, aprés
l'entiere execution du Traité de Pife
, ou pour la retenir , & donner
Audit Duc de Parme le prix pour
du Temps.
29
lequel elle a efté engagée , en deduction
des interefts & des dommages
qu'il pourroit fouffrir d'une plus
tongue privation de fefdits Etats.
Que ie continueray cependant à
donner au Cardinal de Furftemberg,
& au Chapitre de Cologne , toute
la protection dont ils pourront avoir
befoin pour la manutention de leurs
droits , fans refuser à ma Bellefour
le fecours qui luy fera necef
faire,pour le recouvrement de ce qui
luy appartient de la fucceffion des
Electeurs Palatins ,fes Pere & Frere.
Je m'affure que tous les Princes
Etats de la Chreftienté , qui confidereront
fans paffion la conduite
que le Pape a tenue envers moy depuis
fon élevation au Pontificat ,
& qui connoiftront d'ailleurs les
foins & les empressemens que i'ay
Loniours eus à rechercher fon ami.
B.
3
30 Suite des Affaires
tie , toutce que i'ayfait pour le bien
& l'avantage de noftre Religion ;
mon attachement fincere & ma
veneration pourlefaint Siege, mon
application à maintenir le repos de
l'Europe,fans me prévaloir des con
jonctures favorables & de lapuif,
fance que Dieu m'a mife en main,
s'étonneront plutoft que i'aye fouffert
tant d'iniures & de mauvais
traitemens de la Cour de Rome ,
que j'aye laißé en mefme temps
agrandir l'Empereur contre toutes
les regles d'une bonne Politique ,
que de la jufte protection queje fuis
refolu de donner à des Princes & à
un Chapitre , que le Pape & l'Empereur
veulent dépouiller de leurs
poffeffions & de leurs droits , contre
toute iuftice , & feulement à caufe
qu'ils les croyent reconnoiſſans des
marques qu'ils ont toujours recenës
du
Temps.
31
de moneftime & de mon affection.
Le fuis mefme perfuadé que fi le
Papefait de ferieufes reflexions fur
ce queje vous écrts , iltombera d'accord
en lug- mefme , que ma patien- ¸
ce ne pouvoit aller plus loin fans
bleffer ma reputation , & qu'il ne
doit imputer qu'àfa partialité , &
aux confeils que luy ont donné les
Ennemis de ma Couronne , tous les
malheurs que peut caufer la neceffitéoù
ilme met de faire paffer des
Troupes en Italie , & de maintenir
tes droits & les liberrez du Chapitre
de Cologne.
Mais parce queie n'ay pas lieu
d'efperer que ce que je vous écris
faffe changer de fentiment au Pape;
ie vous ordonne de voir aprés voftre
Audience chacun des Cardinaux, &
de leur laißer copie de ma Lettre,
afin qu'ils faffent auſſi leurs refle-
B 4
32 Suite des Affaires
ces
xionsfur les fuites d'une affaire fi
importante , & à laquelle le Sacré
College a unfi notable intereft . Sur
ie prie Dieu qu'il vous ait
MON COUSIN ; en fa fainte &
dignegarde, Ecrit à Versailles le 6.
Septembre 1688. Signé LOVIS ,
& plus bas, COLBERT.
Les raifons dont cette Lettre
eft remplie ont efté extremement
goûtées ; on les a
trouvées juftes , & expliquées
nettement. Elles ont fait voir
qu'il eftoit temps que le Roy
commençaft à fe declarer ;
que la prudence vouloit qu'il
agift en mefme temps qu'il
faifoit fçavoir les intentions ,.
& les injuſtices dont il avoit
fujet de fe plaindre , & que
ce qu'il devoit aux Etats dont
Dieu luy avoit donné le foin
du
Temps. 33
& la conduite , exigeoit de
luy qu'il ne les laiffaft pas
plus longtemps expofez aux
higues qu'on faifoit de toutes
parts contre la Couronne
dont il eftoit par ferment
>
obligé de maintenir tous les
droits . On peut mefme dire
que le Pape demeura d'accord
malgré luy - mefme de
la juftice des raiſons du Roy,
& de tout ce que contenoit
fa Lettre à Mr le Cardinal
d'Eftrées , parce qu'il en parut
extrémement fâché au
lieu qu'il en auroit fans doute
montré de la joye , s'il y
avoit eu fujet de blâmer le
procedé de ce grand Monarque.
Jamais homme ne s'eft.
montré plus veritablement.
homme ; que la Papé a fait
en cette occafion . Le Roy
B S
34 Suite des Affaires
9. 1
qui n'ignore rien de tout ce
que doit fçavoir un fage &
vigilant Souverain touchant
les chofes où il a quelque intereft
, & qui découvre jufqu'au
fond du coeur de fes
Ennemis , tant il eft bien fer .
vy par tous ceux qui ont le
fecret de fes affaires , & bien
inftruit de tous les projets
qu'on fait contre luy é
toit informé d'une maniere
à n'en pouvoir douter , que
le Pape eftoit abfolument determiné
à donner des Bulles
à Mr le Prince Clement de
Baviere ; mais Sa Saintetés
quoy que refolue , aprehendoit
l'éclat que feroit à fon
defavantage , l'expedition de
ces mefmes Bulles . Quand on
a pris une refolution que
l'on condamne en foy même,
du Temps.
35
65
& dont on craint de juftes
reproches que l'on croit inevitables
, on attend toûjours
le plus tard qu'on peut à
l'executer. S'il y avoit eu
autant de juftice à donner les
Bulles à Mr. le Prince Clement
qu'à Mr de Furftemberg
, on n'auroit pas differé
d'un moment àles donner parce
qu'on fe fait toujours un
plaifir de rendre juſtice , à caufe
des aplaudiffemens que le public
donne à toutes les actions
d'équité. Le Pape n'ofant donc
de fang froid' délivrer les Bulles
que l'engagement qu'il a
voit pris ne permettoit pas.
qu'il refufaft , fe trouva rêveur
& inquietaprés avoir entendu
la lecture de la Lettre que Sa
Majefté avoit écrite à Monfieur
le Cardinal d'Eftrées , &.
B 6
-36 Suite des Affaires
dans ce moment n'écoutant:
que fon dépit , il refolut de les
faire expedier. Ainfi en termi .
nant une affaire à laquelle toute
l'Europe eftoit attentive , il
donna la joye à la Maiſon
d'Auftriche de faire éclater en
la faveur le triomphe dont elle
s'eftoit flatée & quia efté caufe
depuis cetemps - là que de nouvelles
Conqueftes ont mis la
France dans une plus haute :
élevation de gloire. Il n'eft pas.
difficile de connoiftre que la
politique du monde obligea
de prendre la refolution de
donner ces Bulles , & qu'un
chagrin meflé de dépit , pour
ne rien dire de plus , les fic
délivrer. Si elles eftoient legitimement
deues , il falloit
les donner pluftoft , & ne les
pas expedier dans un mouve
du
Temps.
37
ment de colere , & feulement
pour des obliger le Roy. I
eft conftant que fi on a cherché
à le chagriner par là,
comme il a paru aux yeux:
de toute l'Europe , on n'ignoroit
pas que le droit de:
Mr le Cardinal de Furftem--
berg eftoit le plus legitime,
puis qu'autrement on n'auroit
point donné à ſa Majeſté
le chagrin qu'on pretendoit :
luy faire fentir par cette conduite
. Voila quelle eftoit la
fituation de l'efprit du Pape ,
lors que les Bulles ont efté
données ; je n'en aurois pas:
neantmoins parlé file fait n'étoit
conftant. Il eft generale-.
ment reconnu , & toute l'Eurepe
a fait affez voir qu'elle
l'avoit remarqué jufques dans.
fes moindres circonftances ..
38 Suite des Affaires
4
Le Pape ne s'obstinoit pas
à vouloir que Mr le Prince .
Clement de Paviere fuft Electeur
de Cologne , feulement ,
parce qu'il l'avoit promis à
la Maifon d'Auftriche , avec
laquelle il eft fortement uny,.
comme vous le verrez dans .
la fuite , mais encore parce
que fon caractere eft de ne
jamais changer de fentiment,
lors qu'il s'eft mis une fois
une chofe en tefte . Il fait
plus , & il ne veut écouter
aucune raifon qui le puiffe.
détourner de ce qu'il a d'abord
arrefté de faire . Rien
n'eft plus beau que la ferme
té , quand il s'agit de foutenir
une chofe que tout le
monde reconnoift pour jufte,
mais fi en de pareilles occafons
elle peut paffer pour
du
Temps.
39
de
une vertu , il y en a d'autres
où elle eft regardée comme
une obſtination . Les opiniâ
tretez de cette nature font
capables de produire
grands maux , parce qu'il
n'eft aucune raifon où l'on
veuille , entrer touchant ce
qu'on s'eft refolu de foutenir.
On oublie juqu'au fujet.
pour lequel on s'obtine , on
ne le veut pas examiner , &
Fon ne s'attache plus qu'à ne
pas avoir le démenty . C'eft
en cela, feulement , qu'on fait
confifter toute l'affaire dont
il s'agit parce qu'on n'eſt
plus capable d'en connoiftre
d'autre. Voicy, une belle occafion
de louer le Roy . Si ce
que je vais vous dire n'eftoir
une chofe fort connue , &
dont j'ay toute la certitude
40
Suite des Affaires
qu'on en peut avoir , je ne
voudrois pas la rapporter. Ce
Prince pouvant eftre loué par
mille endroits differens , on
a fujet fi fouvent de luy
donner des louanges , que les
kaloux de fa gloire croyent,
ou veulent du moins fe perfuader
qu'on le loue ou
pour luy plaire , ou parce
qu'on eft né dans fes Etats..
C'est ce qui m'engage à eſtre
fort retenu lors qu'il s'agit
de parler des merveilles de
fon regne , & fi l'on examinoit
bien de quelle maniere
je fais fon éloge , on connoi-
Aroit que je ne le louë que
par des fais dont tout le
monde convient , & jamais
par des paroles . Heft vray
que je m'y trouve engagé
plus fouvent qu'un autre
}
ور
du
Temps.
41
mais quand le Roy feroit des
chofes moins remarquables
& en plus petit nombre , il
arriveroit naturellement que
j'aurois toujours beaucoup
à dire , puis que j'ay tous les
jours la plume à la main pour
écrire le Journal de fa Vie
ce qui m'oblige d'entrer dans
un plus grand nombre de circonftances
que l'Hiftoire generale
dont la principale
veuë eft de s'attacher aux affaires
d'Etat , & aux refforts
qui les font mouvoir.
"
Je reviens à ce que j'avois
commencé à vous dire du
Roy qui merite d'eftre fceu
par toute la terre & qui luy
doit attirer l'eftime & l'admiration
de tous ceux qui
l'apprendront. Ce Monarque
a toujours faitgloire de decla
42 Suite des Affaires

rer hautement que lors qu'il
vouloit une chofe , c'eftoit parce
qu'il eftoit perfuadé qu'il y avoit
de la justice dans ce qu'il avoit refolu
; mais que dés qu'il eftoit convaincu
du contraire , au lieu de
perfifier avec opiniâtreté dans fa
premiere refolution, il n'avoit point
de plus grand plaifir que de ceder
à la verité , & qu'il fe faifoit une
gloire , de ce que d'autres qui
eftoient moins en eftat que luy de
faire executer leurs volontez , re
gardoient comme une konte.
A
Ces fentimens ne font pas
moins dignes d'une grande
ame , que d'un Roy prudent
& jufte , & qui dans toutes
les chofes qu'il entreprend
fe propofe l'équité comme
la premiere regle qu'il doit
fuivre. Quelque puiffant que
puiffe eftre un Souverain , &~
du
Temps .
43
9
quelque temps qu'il employe
aux foins qu'exige de luy la
grandeur de fon Eftat quand
mefme il y donneroit tous
fes momens eft- il impoffi
ble qu'il puiffe fçavoir tout
par luy mefme , & c'eft par
cette raifon qu'un fage Prince
peut changer de fentiment ,
lors qu'il connoift qu'on ne
luy a pas dit la verité d'une
affaire , ou qu'elle a changé
de face , & il y auroit de
l'injuftice à pretendre qu'il
cuft cu un dementy , parce
qu'il fe feroit rendu à la force
d'une verité qui luy auroit
efté inconnue auparavant. le
fçay bien que lors qu'on s'eft
une fois mis dans l'efprit
qu'il eft honteux de ceder , &
que changer ce qu'on avoit refolu
, c'eft s'expofer au repro
44 Suite des Affaires
·
;
che d'avoir peu de fermeté
on remporte difficilement ce
triomphe fur foy mefme ,
quand même il ne s'agiroit de
ceder que pour une chofe jufte
. Cependant il eſt certain
que ceux qui peuvent en venir
à bout , meritent quelques
loüanges , quoy qu'ils ne
faffent que ce que demandent
la raifon & l'équité
mais on en eft infiniment
plus digne , lors que l'on cede
fans peine à la verité qu'on
s'y laiffe aller par le panchant
naturel qui porte à la fuivre
& qu'on n'écoute que l'inclination
droite & bien- faifante
avec laquelle on eft
né. Vne fermeté trop opinia
trée devient paffion , & il eſt
peu de paffions où il n'entre .
quelque chofe de condamna
3.
du Temps, 45
ble ; les vertus mefmes qu'on
pouffe jufques à l'excés , font
toûjours mifes au rang des
défauts .
Ceux que l'on voit les plus
fermes à ne fe point relaſcher
dans ce qu'ils ont refolu , ne
laiffent pas d'eftre fouvent inquiets
au fond de l'ame ," & de
fe trouver embarraffez.Ils voudroient
bien quelquefois n'avoir
point pris de party ; mais
il y a des engagemens aufquels
on ne peut fe refoudre
de manquer , non feulement à
caufe des Puiffances avec qui
on les a pris , mais encore par
des confiderations particulieres.
Le Pape s'eft trouvé dans
cet eftat. Il eftoit fortement
engagé avec l'Empereur. Cafoni
& le Prince d'Orange avoient
pris des mesures , pour
46 Suite des Affaires
affurer l'élection de Monfieur
le Prince Clement , comme
je vous feray voir quand je
parleray des affaires d'Angleterre
, & Dom Livio , Neveu
de Sa Sainteté , qui agiffoit
ainfi qu'eux en faveur de Mr
le Prince Clement , eftoit trop
intereffé à fouftenir cette affaire
dont il luy devoit revenir
de grands avantages , pour
laiffer le Pape en pouvoir de
ne pas tenir parole . Le fang
luy parloit pour Dom Livio ,
& il est bien difficile de ne le
pas écouter. D'ailleurs il n'y
avoit aucun fujet de douter
du fuccés de cette intrigue
, & Cafoni qui en conduifoit
une partie , affeu
roit qu'il y avoit des Troupes
toutes preftes pour maintenir
les Elections qui fe trouvedu
Temps. 47
roient avoir efté faites au gré
de la Cour de Rome . La fuite
meſme a fait voir qu'onavoit
pris des mefures affez juftes
pour cela , puis que le Prince
d'Orange a tellement contribué
à l'élection de l'Evéque
& Prince de Liege , qu'on
y avoue tout haut qu'elle luy
eft entierement deuë . Je developeray
toute cette intrigue
dans la Lettre où je vous entretiendray
des affaires d'An .
gleterre , parce qu'elles ont
une grande liaiſon avec ce qui
s'eft fait contre Monfieur le
Cardinal de Furftemberg; mais
l'ordre eftant neceffaire dans
ce que j'ay à vous dire des affaires
du temps , je continue à
vous parler de la juftice des
plaintes faites par le Roy , dans
fa Lettre écrite à Monfieur le
48 Suite des Affaires
Cardinal d'Eftrées pour eftre
montrée au Pape. Ce Prince
s'y plaint avec raifon.
de l'Audience refufée à fon
Ambaffadeur , & dit que fes
intentions ne tendoient qu'à
établir une bonne correfpondance.
Il falloit donc l'écouter
; on n'eftoit pas obligé
pour cela de foufcrire aux.
propofitions qu'il avoit à
faire . Les Souverains les plus,
barbares n'ont jamais refufé,
Audience aux Ambaffadeurs
des Princes qu'ils traitent a-.
vec le plus de hauteur & puis
que le Roy dit que les inftructions
de fon Ambaffadeur
ne tendoient qu'à établir une
bonne correfpondance >
on
en devoit croire un Prince.
qui n'a jamais manqué de
parole , mefme quand il l'a
donnée
du
Temps.
49
"
donnée à fes Ennemis. Le
Roy a plus fait que tout cela ,
& pour montrer , qu'il cherchois
de bonne foy à s'accommoder
avec le Pape , il
luy a envoyé par un homme
[
de confiance une Lettre écrite
de fa propre main .
Ce fage Monarque pouvoit
ne pas chercher cet expedient
; il n'y eftoit point
obligé , & l'on n'auroit pas
trouvé à redire qu'il ne l'euft
point fait , puis qu'il avoit
un Ambaffadeur à Rome , &
un Cardinal François , auquel
il avoit donné le foin de faire
fçavoir fes intentions , mais
enfin le Pape ayant temoigné
que l'un ny l'autre ne
luy eftoit agreable , ce qui arrive
affez ordinairement aux
Miniftres qui fervent avec ze-
C Tome II.
so
Suite des Affaires
le , & qui font chargez de
Commiffions qui ne plaiſent
pas , Sa Majesté voulut bien
mettre en ufage tous les moyens
qui pouvoient contribuer
à un accommodement
par la prudente precaution
qu'Elle eut d'envoyer au Pape
un homme en qui Elle fe confioit
qu'Elle avoit Elle - méme
choify , & qui n'ayant jamais
traité avec fa Sainteté , ny
avec fes Miniftres , ne pouvoit
eftre defagreable du cofté
de fa perfonne mais quoy que
porteur d'une Lettre du Roy ,
& d'une Lettre écrite de la
main mefme de ſa Majeſté
comme je l'ay déja dit , il n'a
pas laiffé d'être traité fort indignement
, on n'a point voulu
le voir ny recevoir fa Lettre
, & comme on n'a jamais
du
Temps .
agy
de la forte , mefme avec
des Ennemis reconnus pour
tels , c'eftoit declarer plufque
la guerre à Sa Majefté , s'il
m'eft permis de parler ainsi ,
& vouloir l'obliger à fe reffentir
de ce mauvais traittement
, afin qu'eftant tout- àfait
brouillé avec le Pape , ce
Prince ne demandaft plus les
chofes juftes qu'on ne luy refufoit
que fous de méchans
pretextes , & dont les réfus n'atiroient
que du blafme aux Miniftres
de Sa Sainteté .
+
Le Roy ayant toujours eu
tous les égards que tout Chrêtien
doit avoir pour le Saint
Siege , & toutes les actions
ayant eſté d'un Fils ainé de
l'Eglife dont il recherche encore
tous les jours l'accroiffement
, ce Prince n'auroit pû.
C 2
52 Suite des Affaires
.
fe refoudre à fe mettre en
eftat de parer les coups qu'on
luy veut porter , s'il n'avoit
tenté auparavant tous les moyens
que fa prudence & fa pieté
luy ont fuggerez , pour parvenir
à un accommodement
dont toute la Chreftienté auroit
tiré de grands avantages ;
mais aprés fa Lettre qu'on a
refufé de voir , il a témoigné
qu'il ne fe reprochoit rien , que fa
confcience eftoit en repos , & qu'il
n'avoit oublié aucune chofe pour
empefcher les fuites facheufes d'une
guerre dont il n'eftoit pas l'Auteur.
On ne peut douter qu'aprés
les démarches du Roy ,
d'autres ne foient coupables ,
du fang que l'on répandra dans
cette guerre . Outre la Lettre
écrite à Monfieur le Cardinal
d'Eftrées , qui juſtifie affez le
du
Temps.
53
procedé de Sa Majefté , il a encore
paru dans le mefme temps
un Ecrit avec ce titre , Memoire
des raifons qui ont obligé le Roy
à reprendre les armes , &qui doivent
perfuader toute la Chrêtienté
desfinceres intentions de Sa Majefté
pour l'affermiffement de la
tranquillité publique . Voicy ce
que contenoit cet Ecrit . Je
croy qu'il eft à propos que
Vous vous en rafraifchiffiez la
memoire , afin que vous entriez
mieux dans les raifons:
qui le doivent fuivre.
C
EUX qui examineront fans
paffion &fans aucun autre intereft
que celuy du bien public , la
conduite que Sa Majesté a tenuë
depuis le commencement de la guerre
de Hongrie juſqu'à prefent , au-
G
3
54 Suite des Affaires
ront une infte raifon de s'étonner ,
qu'ayant toujours efté bien avertie
du deffein que l'Empereur a formé
depuis longtemps d'attaquer la
France , auffi toft qu'il aura fait
la Paix avec les Turcs , Elle ait
differé jufqu'à cette beure à le
prévenir , & que bien loin de fe
Servir desprétextes, que les regles.
d'une bonne Politique luy pouvoient
Suggerer , pourempêcher l'agrandiffement
de ce Prince , Elle ait
mefme voulu facrifier au bien de la
Paix les iuftes fuiets qu'on luy afi
fouvent donnez d'employer les for
ces que Dieu luy a mifes en main ,
tant pour offer à la Cour de Vienne
les moyens de luy nuire , que pour
arrefter le cours des iniuftices & des
violentes ufurpations de l'Electeur
Palatin ,faire rendre à Madame
, Belle -foeur de Sa Maieftè , ce
du
Temps .
55 %
qui luy doit appartenir de la fucceffion
de fes Pere & Frere , &.
diffiper de bonne - heure toutes les
ligues & les preparatifs de guerre ,
qui l'ont enfin forcé de porter fes
Armes fur les bords du Rhin , &
d'attaquer les Places qui pouvoient
donner le plus defacilité à l'Empereur
de recommencer & de foûtenir
la guerre contre la France.
Tout le monde convient auiourd'huy
que le trop fincere defir que
Sa Majesté avoit d'empefcher qu'il
n'arrivaft rien quifuft capable de
troubler le repos de la Chreftienté ,
& les preuves convainquantes
qu'Elle a données de fes bonnes intentions
, ont beaucoup contribué à
tous les fujets de mécontemens qui
ont enfin laffefapatience.
On a vû que dans le temps qu'Elle
pouvoit fe prévaloir de l'embarras
C
4
56 Suite
des Affaires
que donnoit à l'Empereur la guerre
de Hongrie , pour obliger la Cour de
Vienne & l'Empire à luy ceder par
un Traité definitif, tous les lieux
qui avoient efté reünis à fa Coùronne
, en confequence des Traitez
de Munster & de Nimegue, &faire
ceffer par ce moyen tous fuiets de
mefintelligence entre- Elle & l'Empire,
Elle avoit mieux aimé acquiefcer
à un Traité de Treve ou de
Sufpenfion , que de détourner par
fes Armes les Princes & Etats de
l'Empire , de donner à l'Empereur
Lesfecours dont il avoit befoin , pour
repouffer toutes les forces de l'Empitre
Ottoman ; & que Sa Maiefté
fuivant les mouvemens defa pieté
& de fa generofité , avoit preferé
l'intereft generalde la Chreftienté ,
au bien defa Couronne , fe contentant
d'obtenir provifionnellement
du
Temps :
57.
ce que la prudence vouloit qu'elle
demandaft pourtoûjours.
On avoit affez remarqué , qu'à
peine ce Traité de Treve fut ratifié
depart & d'autre , que Sa Majesté
voulut bienencore donner de nouvel
les marques de fa moderation
; &
quoy qu' Elle eût appris , que les
Miniftres
Imperiaux
employoient
tous leurs foins & tous leurs efforts
dans la plupart des Cours d'Allemagne
, pour porter les Princes &
Etats de l'Empire à entrer dans '
de nouvelles ligues contre la France: :
Que par le Traitéfait à Aufbourg,
ils avoient engagé un nombre confiderable
de Princes & d'Etats à
foufcrirecette affociation
: Que dans
Affemblée deNuremberg
on s'eftoit
Servy de toutes fortes d'artifices
&
de fuppofitions
, pour faire entrer
dans cette mefme ligue ceux qu
58 Suite des Affaires
eftoient retenus par la confideration
des malheurs que pourroit caufer.
une nouvelle guerre , & par l'avantage
que tout l'Empire trouvoit
dans le maintien d'une bonne intelligente
avec Sa Majesté ; &
qu'enfin les Miniftres de la Maifon
d'Autriche s'étoient clairement expliquez
en plufieurs endroits , que la
guerre de Hongrie neferoit pas plûtoft
finie , que l'Empereur tourneroit
fes armes vers le Rhin , & que le
Traité de Treve ne feroit pas capable
d'arrefterfes deffeins : Neantmoinstous
ces preffans motifs , qui
devoient obliger dès lors Sa Majefté
de porterplutoft la guerre dans
Les Pays & les Etats de ce Prince
de l'attendre dans fon Royauque
me avoient encore cedé au defir em
preffé qu'Elle a toujours eu de faire
tout ce qui pouvoit dépendre d'Elle
1
du
Temps.
59
pour le maintien de la Paix ; &
Elle n'avoit pris d'autres précau
tions pourgarantir fes Etats de tout
te mal qu'onfe preparoit à leur faire
, que de bienfortifier les lieux de
fes frontieres quipouvoient arrefter
Les entreprifes defes Ennemis .
Tant de preuves de la fincerité
defes intentions avoientfait oublier
à la Cour de Vienne , que toutes les
fois qu'on a contraint Sa Majesté
de reprendre les armes , il a plû à
Dieu de faire voir la justice de fa.
caufe , par les bons fuccés qu'elles
ont eu . On s'eft imaginé qu'Elle
prefereroit dorefnavant la douceur
du repos aux foins indifpenfables
qu'Elle eft obligée de prendre pour
la confervation de fes Etats ; &
Pefperance de trouver de grands
avantages dans un renouvellement
deguerre , a porté la Cour de Vien
C 6
60 Suite des Affaires
ne à rejetter avec hauteur les infinuations
, mefme des Miniftres du
Pape , qui croyoient , avec raison ,
qu'il n'y avoit pas de moyen plus
prompt ,plus facile & plus neceffaire
pour établirune bonne union &concorde
entre tous les Princes &
Etats Chrétiens , que de faire un
Traitéde Paix fur le mefme pied.
que celuy de Treve , fans rentrer
dans des difficultez fi fouvent debatues
, & qui ne peuvent plus être.
foutenues que pour exciter de nou
velles aigreurs & de nouveaux troubles.
Mais quand mefme toutes ces
démarches n'auroient pas eftéfuffifantes
, pour faire voir clairement à
Sa Majeftela refolution que la Cour
de Vienne aprife de recommencer la
guerre contre la France , en pour-
Toit on douter, aprés toutes les preu
" du Temps 619
.
ves qu'elle en a données , tant au
fujet de la fucceffion Palatine, qu'à
L'occafion de la Poftulation qui a été
faite du Cardinal de Furftemberg
premierement à la Coadjutorerie ,
& depuis à l'Electorat de Cologne .
Perfenne n'ignore le droit inconteftable
qui appartient à Mada
me , Belle -foeur de Sa Maieftè, fur
la fucceßion de l'Electeur Palatin
Charles fon Frere , on fçait que tous
les meubles , biens allodiaux , &.
fifs hereditaires luy font acquis ,,
comme à l'unique heritiere de fes
Pere & Frere ; & quoy que sa
Majestéfuft affezportée par l'affe
ction qu'Elle a pour cette Princeffe
, à luy donner toute la prote-.
ction dont elle avoit befoin ; pourfe
mettre en poffeffion des biens- meu
bles & immeubles de cette fuccef-.
fion , neanmoins les memes confi .
4
62 Suite des Affaires
>
derations qui avoient empefché Sa
Majesté defaire aucun mouvement
qui puft retarder la profperité des
armes Imperiales en Hongrie , l'a
voient encore obligé de préferer
l'arbitrage du Pape , quoy que déia
declaré partial contre la France
aux moyens plus feuls & plus.
prompts qu'Elle avoit en main , de
faire rendre à Madame , fa Bellefour,
la justice qui luy eft denë ; &
bien que cet arbitrage ne duft eftre
Suspect qu'à Monfieur , Frere unique
de Sa Maiefté , neanmoins il a
bien voulu y donner les mains ; en
forte qu'il n'a tenu qu'à l'Electeur
Palatin de terminer tous ces differend's
par la décifion du Pape . Mais
quoy qu'ily ait une infinité d'exemples
de femblables conteftations entre
les Princes & Etats de l'Empi
re , remifes au ingement des Puifdu
Temps.
63
fances qui n'en dépendent point ,
cet Electeur qui a toujours travaille
àfomenter laguerre entre la France
& l'empire , ne fe contentant pas
de vouloir envahir pourfa Maifon
les Electorats & les Dignitez Ecclefiaftiques
, qu'il s'efforce d'obte
nir en toutes occafions par les voyes
les plus violentes & les plus contraires
aux regles de l'Eglife &
aux Loix & Conftitutions de l'Empire
, a reietté l'arbitrage du Pape
fur cette affaire , & s'eft non feu-
Lement emparé des Terres infepa.
rablement attachées à la dignité
Electorale , mais mefme il s'eft encore
faifi fans aucune forme de
inftice de tous les engagemens, biens.
allodiaux , fiefs hereditaires , &
generalement de tout ce qui appar
tient legitimement à Madame ,
Belle-foeur de Sa Maiefté , àla xe64%
Suite des Affaires
Serve de quelques meubles qu'il a
bien voulu abandonner, pour colorer
fan iniuftice manifefte , & flater la
bonnefoy de Monfieur , Frere unique
de Sa Maiefté , de l'esperance
d'une plus grandereftitution.
Mais comme il a bien reconnu,~
qu'ilne pourroit pas foutenir longtemsfon
iniufte ufurpation contre la:
Protection que Sa Maiesté fe fent .
obligée de donner au bon droit de
Monfieur, fon Frere unique , & de.
Madame ,fa Belle foeur , il n'a rien
obmis de tout ce qu'il a cru capable:
d'exciter entre la France & l'em-.
pirs , une guerre qu'il a confiderée
un moyen de retenir impunement .
dans la confufion & le defördre :
qu'elle porte avec elle , des biens
quine luy peuvent iamais apparte
nir legitimement, tant que Mada
me , oufes defcendans fubfifteront
du
Temps.
65
>
C'est dans cette veuë , que periant
que Sa Maiefté apportoit le plus
de foin à ofter tous pretextes à la
Cour de Vienne de finir la guerre
de Hongrie , & que la décadence
de l'Empire Othoman faifoit enco
re efperer à l'Empereur de plus
grandes profperitez , cet Electeur
a redouble fes efforts pour obliger la
Cour de Vienne à faire lapaix avea
Les Turcs , & porter la guerre vers
le Rhin . Sa Majesté n'a pas ignoré
tous les mouvemens qu'il s'eft donné
pour cet effet , les ligues qu'il a
formées ; & enfin la refolution qu'il
a fait prendre de conclure au plu
toft un accommodement avec l'Ennemy
de la Chrestienté , pouratta_
quer la France , & Surprendre la
vigilance de Sa Majesté.
Il est vray que l'Archevefché de
Cologne demeurant au pouvoir d'uns
66 Suite des Affaires
Prince auffi-bien intentionné que
l'eftoit le feu Electeur pour le
maintien de la tranquillité publique
, il falloit ofter unfi grand
obftacle à de nouveaux troubles ;
le feulexpedient étoit de luy donner
de gré ou de force un Coadjuteur
entierement devoüé aux interefts
de la Maison d'Austriche , & il
n'en pouvoit trouver aucun , dont
ilfut plus affure pour l'execution
de ce deffein & l'agrandiffement
de fa maifon , qu'un des Princes fes
Enfans. On peut dire auffi , quil
u'y a rien qu'il n'ait mis en pratique
pour y réuffer . Mais comme fes
offres & fes promeffes , appuyées
de la prefence du Duc de Juliers
n'ont pas cu l'effet qu'ilen attendoit
; les menaces dont il s'eft fervy
contre les Chanoines , & contre
l'Electeur mefme , ont efté fi viodu
Temps,
67
lentes & fi outrées , quelles luy ont
attiré l'indignation des uns & des
autres, & de vingt - quatre voix
dont le Chapitre eft compofe , elles
en ont déterminé dix - neufà postuler
le Cardinal de Furftembergà la
Coadiutorerie de l'Archevefché de
Cologne , le jugeant avec raifon
d'autant plus capable de le bien
gouverner , qu'outre l'experience
qu'il y a acquife pendant la longue
administration que le feu
Electeur luy en avoit confiée , fa
dignité de Doyen , fon âge , & fes
bonner qualitez perfonnelles, lefont
eftimer & aimer de tous ceux du
Chapitre qui ne font poont obligez
de facrifier leurs inclinations à
d'autres interests qu'à celuy de leur
Eglife
Cependant cette postulation fi
canonique n'a pas efté capable de
68 Suite des Affaires
renverfer les proiets de l'Electeur
Palatin. La partialité du Pape ›
trop declarée pour la Maifon d'Aufiriche
, luy a donné de nouvelles
efperances ; & l'impoffibilité de
réüffir pour un de fes fils , luy afait
concevoir un deffein beaucoup plus
avantageux pour fa Maifon. Il a
cru qu'il nefalloit pas attendre, que
le Cardinal de Furſtemberg parvenu
à cet Archevêché , &ſuivant
les mouvemens de fon affection pour
la Maifon de Baviere , pût faire
agréer au chapitre le Prince Clement
pour fon Coadiuteur , lors
qu'il auroit l'âge indifpenfablement
reques par les Canons. Rien
neftoit plus contraire aux interefts
de cet Electeur , & il n'avoitgarde
de fouffrir que l'Electeur de Bas
viere fuft redevable à la recommandation
de Sa Maiefté & à l'in
du
Temps .
69
clination du Cardinal , dudit retour
de cet Electorat dans fa Maifon.
Mais pour rompre toutes ces
mesures & affurer pour les Enfans
, ou l'Electorat de Cologne, ou
celuy de Baviere , il a estimé qu'il
n'y avoit pas de meilleur moyen .
que de profiter de la mauvaiſe diſpofition
du Pape envers Sa Maiefté,
& de fon attachement à la
Maifon d'Auftriche:premierement
pour empefcher que la poftulation
dudit Cardinal de Furſtemberg à la
Coadiutorerie , qui n'auroit pas res
çu la moindre difficulté fous un
Pontificat moins paffionné contre la
France , ne fuft confirmée : & en
fecond lies , luy donner pour con
current ce mefme Prince , que ledit
Cardinal avoit deffein d'obligerfi
fenfiblement.
Il est vray qu'il n'y a aucune
70 Suite des Affaires
2
perfonne raisonnable , inftruite des
principes de la Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine , qui euſt
pû s'imaginer , que malgré tout ce
que les Conciles Oecumeniques , &
en dernier lieu le Concile de Tren
te , ont ftatué touchant l'âge , la
fcience , & les qualitez requifes &
neceffaires à un Evefque , le Pape
qui avoit témoigné par le paffé
tant d'éloignement pour toutes
les graces , pût fe porter
declarer capable d'eftre élu à
l'Archevefché de Cologne , un
ieune Prince de dix-sept ans , &
qui n'en est pas mefme Chanoine.
Mais ilfaut avouer que ce renver
fement de la difcipline Ecclefiafti
que
est bien moins avantageux के
la Maifon de Baviere , qu'à celle
d'Austriche , & à l'Electeur Palatin
; carfi ce projet réuffiffoit en
à
du
Temps.
71
>
faveur du Prince Clement , ou ilne
feroit que le dépofitaire de l'Electorat
de Cologne , pour le faire
paffer à un Prince de Neubourg
ou s'il le vouloit retenir pour luymefme
, avant qu'il ait plû à Dieu
donner des enfans à l'Electeur fon
frere , & dans le temps qu'il expofe
fi fouvent fa vie pour le fervice de
l'Empereur , il affeureroit à l'Ele-
Eteur Palatin la fucceffion aux
Etats de Baviere : & à la Cour de
Vienne l'extinction d'une Maifon
qui luy a toujours donné une forte
ialoufie , & quele merite de l'Electeur
qui regne à prefent ne diminuera
pas.
Voilà le veritable motif de ce
Bref concerté entre le Pape , les
Miniftres de la Maiſon d'Auftriche,
& ceux de l'Electeur Palatin:
& comme ils ont bien iugé que Sa
72 Suite des Affaires
Maicfte ne fouffriroit pas que le
Cardinal de Furftemberg , poftulé
canoniquement à l'Archevefché de
Cologne , en fuft dépouille , en
haine de l'application qu'il a tous
iours donnée au maintien d'une
bonne intelligence entre Sa Maie-
Até & l'Empire , ny que la plus
confiderable partie du Chapitre.
qui luy a donné fes fuffrages , fuft
privée de fes droits par la force &
la violence , ils fe font enfin determinez
à faire la paix avec le Turc,
pour la rompre en mefme temps
avec la France.
Maisfi Sa Maiefté a beaucoup.
de fuiet de le plaindre d'un proce
dé fi contraire à la bonne foy anec
laquelle Elle à toujours agy , pendant
les plus grandes profperitez
des Armes Imperiales en Hongrie ,
& aux foins qu'Elle a pris d'em-.
pêcher,
du Temps. 73
pêcher , qu'il n'arrivaft rien dans
toute l'Europe qui en puft arrêter
le cours , il n'y a perfonne , quelque
paffionnée qu'elle puiffe estre contre
la France , qui ne doive avouer,
que tout ce qui s'est fait depuis
l'obtention de ce Bref d'Eligibilitè ,
tant par les Miniftres Imperiaux ,
que par ceux de l'Electeur Palatin,
a dû achever de laffer la patience
du Roy, & luy ôter fuiet de douter
de la ferme refolution que l'empereur
a prife de luy declarer la
guerre inceffamment .
C'est dans ce deffein que la Cour
de Vienne acru n'eftre plus obligée
àgarder aucunes mesures, & qu'encore
que le Concordat Germanique,
les conftitutions de l'Empire , & le
Traité de Munfter doivent rendre
inviolable la liberté des Elections
dans les Chapitres d'Allemagne, &
Tome II. D
74
Suite des Affaires
que l'Article 23.du Traité de Nimegue
ait dûfaire ceffer les iniures
& les invectives des Miniftres de
La Cour de Vienne contre le Cardinal
de Furstemberg ; neanmoins le
Comte de Kaunitz voyant bien que
ny les promeffes ny les menaces n'ètoient
pas capables d'ébranler une
affez confiderables partie du Chapitre
de Cologne , pour faire quel
que oppofition a l'élevation du
Cardinal de Furftemberg , & qu'il
n'y avoit que ceux qui par leurs
charges & leurs emplois eftoient
indifpenfablement obligez à fuibre
les mouvemens de la Cour de
Vienne , qui ne vouluffent pas concourir
à fa Poftulation , tous les autres
effant pleinement perfuadez,
qu'ils ne pouvoient faire un plus
digne choix , que de la perfonne
dudit Cardinal , non feulement
du
Temps, 75
5
pour le bien & l'avantage de l'Archevefché
, mais auffi pour l'affermiffement
du repos de l'Empire,
il n'y a point eu d'iniures , d'inve-
Etives , & de calomnies , dont ce
Miniftre n'ait chargé ledit Cardinal
, jufqu'à luy donner une exclu
fionformelle de la part de l'Empereur
; & menacer le Chapitre de
luy ôter fes privileges . Enfin on peut
dire que le mépris & l'infraction
manifefte des Traitez de Paix ont
paru auffi clairement dans le Dif
cours adreffé au Chapitre de Colc
gne par ledit Comte de Kaunitz
que la moderation dudit Cardinal
&fon zele pour le maintien de la
tranquillité publique dans la réponfe
qu'il y a faite.
Mais comme toutes ces violences
des Miniftres de la Maifon
d'Auftriche n'ont pas efte capables
D 2
76
Suite
des Affaires
d'empefch r que la plus grande &
plus confiderable partie du Chapi.
tre de Cologne ne foit demeurée
infeparablement unie avec le Cardinal
de Furstemberg , pour maintenir
conjointement avec luy les
droits & les libertez de leur Eglife,
la Cour de Vienne fait fes diligences
pour affembler les Troupes de
la plupart des Princes Proteftans
aux environs de cet Archevefché,
afin de les employer à faire executer
conjointement les Brefs qu'elle
fe flate d'obtenir de la Cour de
Rome contre la difpofition des Ca
nons , des Traitez , & des Constitutions
de l'Empire , & elle ne fe
Soucie pas que l'Archevefché de
Cologne foit entierement defolé , &
la Religion Catholique opprimée
dans tous les lieux qui en dépendent
, pourveu qu'elle y trouve des
du
Temps. 77
moyens & des facilite d'attaquer
la France , de foûtenir la guerre
contre Sa Maiefté aux dépens des
Electeurs , Princes , & Etats de
l'Empire , de contraindre les premiers
à deferer au Roy de Hongrie
la Couronne de Roy des Romains
avant l'âge indifpenfablement requis
par ces mêmes loix & conftitutions
, & enfin d'affuiettir toute
l'Allemagne à l'autorité defpotique
de la Maifon d'Auftriche , en éloi -
gnant de l'alliance & de l'amitié
du Roy ceux qui pourroient estre
les plus fermes défenfeurs des
droits des libertez de leur Pa
trie.
Ces veritez font parfaitement
connues de Sa Majesté , & il n'y
aura perfonne de bon fens, & bien
informée de ce qui fe paffe dans
l'Europe, qui puiffe revoquer en
D
3
78 Suite des Affaires
doute la moindre circonstance de ce
qui eft avancé dans ce Memoire.
Il feroit mefme affez inutile de
rendre publiques toutes les autres
Preuves que Sa Majesté a euës de
la refolution prife par la Maifon
d'Auftriche , de luy faire inceffamment
la guerre. Elle est bien perfuadée,
qu'après toutes celles qu'Elle
a données du trop grand defir
qu'Elle a toujours eu d'affermir la
tranquillité publique , tout le monde
avoüera , qu'il cuft efté à fouhaiter
pour le bien general de la
Chreftienté , que ceux qui croyent
trouver leurs avantages à exciter
de nouveaux troubles, n'euffent pas
eu fi bonne opinion de la fincerité
des intentions de Sa Majesté , &
que ce ne fera que fur eux quon
rejettera le blâme de la neceffité où
ils l'ont mife , de faire marcher fes
"
1
du
Temps.
79
Troupes , tant pour affieger Philisbourg
, comme la Place la plus ca.
pable de faciliter à fes Ennemis
L'entrée dans fes Etats , que pour
fe mettre en poffeffion de Kaiferflouter
, iufques à ce que l'Electeur
Palatin ait restitué à Madame ,
Belle -foeur de Sa Maiefté , ce qui
Luy doit appartenir de la fucceffion
des Electeurs fes Pere & Frere.
Mais quelquefuccés qu'il plaife
à Dieu de donner aux armes de Sa
Maiefte , Elle a toujours le même
defir de faire de fa part tout ce
qui pourra contribuer à l'affermiffement
de la tranquillité publique :
Et pour cet effet Elle declare , qu'il
ne tiendra qu'à l'Empereur & àfes
adherans , de la rendre d'une perpetuelle
durée ; Sa Majesté voulant
bien , quépour ofter à l'avenir tout
fuiet de mefintelligence entre Elle
D 4
80 Suite des Affaires
& l'Empire , & ne plus laiffer
aucune femence de divifion & de
renouvellement de guerre , il foit
fait un Traité de paix definitif,
aux mémes conditions que celuy
de Tréve , conclu & fignè à Ratifbonne
le 15. Aouft 1684. bien entendu
que Sa Maiefté ne pourra
estre troublée, nyinquietée en quelque
maniere que ce foit , touchant
les nouvelles Fortifications qu'Elle
a efté obligée de faire pour la feureté
de fes Etats, tant à Huningue,
qu'au Fort Louis du Rhin.
1
Et comme elle n'a pas entrepris
le Siege de Philisbourg , pour
s'ouvrir des moyens d'attaquer
l'Empire , mais feulement pour fermer
l'entrée de fes Etats à ceux
qui voudroient exciter de nouveaux
troubles,elle offre pourfaciliter davantage
le Traitéde Paix, defaire
du
Temps.
81

demolir les Fortifications de ladite
Ville de Philisbourg , lors qu'Elle
l'aura reduite à fon obriffance , & la
faire rendre à l'Evefque de spire ,
pour en jouir de la mefme maniere
que fes Predeceffeurs ontfait avant
que la Placefuft fortifiée , fans en
pouvoir rétablir les Fortifications.
Sa Maiefte veut bien encore
ajouter à ces offres une preuve plusconfiderable
& plus convainquantes
du defirqu'Elle a de retablirune
bonne correspondance avec l'Em-.
pereur & l'Empire , & de la rendre
d'une longue durée ; & quoy
que les dépenfes extraordinaires
qu'Elle a faites pour la Place de
Fribourg imprenable , comme elle
eft à prefent , le doivent obliger à
ne la détacher jamais de fa Couronne
, neanmoins pour procurer une
longue paix à toute la Chre
DS
82
Suite
des
affaires
ftienté, & pour faire voir qu'Elle
n'a pensé qu'à fermer Jon Royaume
, & non pas à fe conferver des
moyens de l'agrandir , Elle veut
bien auffi faire démolir les fortifi
cations de cette importante place ,
& la rendre à l'Empereur avec
fes dépendances , à condition qu'el
le ne pourra iamais eftrefortifiée.
Quant à l'Electorat de Cologne;
Sa Majesté offre d'en retirer fes
Troupes , auffi toft que le Pape, foir
de fon pur mouvement ,
priere de l'Empereur , aura confirmé
la Poftulation du Cardinal de
Furstemberg ; Elle s'employera
volontiers , lors que ledit Cardinal
fera dans la paifible poffeffion &
ion fance dudit Electorat , à le
faire entrer avec le chapitre dans
les temperamens qui pourront cftre
propofez pour la fatisfaction du
ou à la
du
Temps.
83
de
Prince Clement & de l'Electeur de
Baviere , en forte que le repos.
cet Archevéché ne puiffe eftre
troublé ny àprefent , ny à l'avenir.
Sa Majefte veut bien aufi,
pour ne laiffer aucun refte ny
occafion de troubles terminer
inceffamment les differends qui
regardent la fucceffion Palatine ,
& Elle offre pour Monfieur , fon
Frere unique , & pour Madame
, fa Belle-four , un defiftement
de toutes les Places Terres & Pays ,
mefme des meubles , des Canons ,
& de toutes les autres chofes qui
leur doivent encore eftre reftituées ,
moyennant un dedommagement en
argent , fuivant l'estimation qui
en fera faite , au plus tard dans
un an , par les Commiffaires qui
feront nommez à cet effet : & an
cas qu'ils n'en puffent convenir
D. 6
84 Suite des
Affaires
dans ledit temps , Sa Ma efté confent
que ce qui restera de differend's
foit terminé par l'arbitrage du Roy
d'Angleterre & de la Republique.
de Venife , fans qu'on en puiffe venir
de part ny d'autre à aucune
voye de fait.
plus
C'est à ces conditions , beaucoup
avantageufes à l'Empereur &
à l'Empire , qu'à Sa Majesté & à
fa Couronne , que la tranquillité.
publique peut être rétablie & aſſu
rée pour toujours, pourvu qu'elles
foient acceptées dans le mois de
Fanvier prochain : à l'effet dequoy
Sa Maieftè eft preste d'envoyer inceffamment
(es Plenipotentiaires.
à Ratisbonne. Mais après ce
temps , Sa Majesté eftant obligée
de continuer des dépenfes
immenfes , Elle ne pretend plus
eftre tenue à fes offres ; & en cas
}
du
Temps.
85
" où
Elle
pro- d'un plus long retardement
d'unrefus de les accepter,
tefte des àprefent de tous les malbeurs
que la guerre pourra caufer
à la Chreftiente , contre ceux qui
l'ont forcée à reprendre les armes ,
pour prévenir leurs mauvais deffeins
, & qui ne vondront pas profiter
des expediens qu'Elle propof ,
pour affurerinceffamment une Paix
durable. Fait à Versailles le 24-
jour de Septembre 1688.
a
Quoy que je ne puiffe vous
rien dire touchant ce Memoire
, qui ne foit beaucoup
au deffous de la maniere dont
il est écrit , l'abondance du
droit du Roy eſt fi grande
que je croy vous en pouvoir
encore entretenir. D'ailleurs,
ce Memoire n'expofe que les
faits , il eft vray qu'ils font
86 Suite des Affaires
affez forts & affez connus,,
pour n'avoir pas besoin que
les raifonnemens & les preuves
les faffent valoir. Cependant
on ne sçauroit trop en faire
connoiftre la verité à caufe
du grand nombre de jaloux
que la gloire du Roy a fait
élever contre ce Monarque ;
Ce n'eft pas qu'ils n'en foient
entierement convaincus , ils
ne voyent aucun fujet d'en
douter & on fçait fort bien
qu'ils n'en difconviennent
pas dans leur ame ; mais comme
leur ambition ne s'en accommode
pas , ils font les
premiers à chercher des couleurs
pour obfcurcir cette
verité , & les plus noites fent
celles qui leur plaifent davantage
. Il n'eft rien que leur
dépit & leur malice n inven-
"
du
Temps,
87
fondemens & >
tent , mais ce qui leur nuit
c'eft qu'ils bâtiffent fur de
méchans
D'alleguent que des faits
qu'ils prennent plaifir à fuppofer.
Ainfi on n'a pas beaucoup
de peine à les combatre
dés qu'on le veut entreprendre
, & tous les fombres nuages
dont ils fe font efforcez
de couvrir la verité , s'éva .
nouiffent aux moindres raifons
que
mettre
au
jour
. Ils font
perfuadez
en
la déguifant
, qu'il
eft
aifé
de
decouvrir
leurs
fuppofitions
, dés
qu'on
voudra
s'en
donner
la peine
, mais
ils fe
repofent
fur
la
fageffe
des
Ecrivains
de
France
, qui
ne
font
pas
accouftumez
à
écrire
comme
eux
, & à faire
des
invectives
, cela
eft caufe
l'on apporte pour la
88
Suite des Affaires
que moins on répond à leurs
écrits , plus ils écrivent , &
font écrire , s'imaginant qu'à
force de repeter des fauffetez,
& d'en fuppofer de nouvelles ,
on y adjouftera foy ; cela.
leur arrive fi fouvent , qu'on
pourroit dire qu'ils commencent
à la fin à croire euxmefine
, ce qui ne fort point:
de leur imagination échauffée
, à force de le vouloir
perfuader aux autres . Ils fçavent
auffi que ce qu'ils écrivent
, eft indifferent au Roy,
qu'il les regarde avec mépris
fans fe foucier qu'on y réponde
ce Prince feachant
bien qu'il n'y a que les méchantes
caufes qui ont befoin
d'Avocats , & d'eftre bien défenduës
& ne fe mettant
"
pas en peine de tout ce que
du
Temps.
89
la calomnie & l'envie peuvent
faire dire , pourveut
qu'il foit content de luymefme
, que la justice foit
de fon cofté , qu'il ne faffe
rien contre la gloire , & que
fa confcience n'ait rien à luy
reprocher. Il fçait que la malice
eft toft ou tard confon.
duë ; que la verité fe decouvre
toujours de quelques
voiles qu'on la puiffe enve-
, loper & que le temps rend
juftice à tout le monde .
C'est un fait inconteftable.
que quoy que le Roy ne puft:
douter des mauvaiſes intentions
de l'Empire contre luy,
ce Prince n'a point écouté.
tout ce que la politique euft
confeillé à un autre pour
empefcher l'Empereur de s'agrandir
, qu'il y a contribué,
་ ༡༠ Suite des Affaires
;
plus qu'aucune autre Puif
fance en ne faifant point de
diverfion , qu'on a vû plus
de François de marque dans
les Armées de fa Majefté Im .
periale que d'aucune autre
Nation que les Fils mefme
de fes Miniftres y ont efté , ce
qui fait voir la fincerité des
intentions de ce Monarque
que fes Miniftres doivent
mieux fçavoir que beaucoup
d'autres . Sa Majesté a mefme
faits plus , & pour témoigner
fa bonne foy , & ofter aux
Allemans toute l'inquietude
qu'ils pouvoient avoir , parce
qu'un Prince puiffant , &
toujours certain de la victoire
, eft à craindre , Elle a voulu
de fon cofté travailler auffi
pour l'agrandiffement de la
veritable Religion , & faire
du
Temps .
91
dans fon Royaume ce que
tous fes Predeceffeurs n'avoient
pu faire depuis que
Calvin Y avoit fait recevoir
fa Reforme prétendue. Vous
fçavez que le relâchement
des moeurs fur le pretexte
qui la fit fuivre par ceux
qui dans chaque Eftat n'ont'
de religion , que parce qu'on
eft obligé , d'en avoir , & que
plufieurs Souverains d'Allemagne
l'embrafferent , à caufe
qu'elle les autorifoit à s'emparer
& à joüir de tous les
biens de l'Eglife , qui font
grands en Allemagne . Cette
Religion reformée , ou plûtoſt
relâchée , avoit pris de
profondes racines en France
& la plufpart de ceux qui en
faifoient profeffion la fuivoient
de bonne foy , parce
2
92 Suite des Affaires
qu'ils y eftoient nez . Comme
le libertinage ne la leur avoit
point fait choisir , il eftoit fort
difficile , de déraciner de leur
coeur des erreurs fuccées avec
le lait ; & le Roy qui entreprenoit
une auffi grande affaire
chez luy , fc métoit hors d'êtat
de faire foupçonner à l'Empereur
, & à l'Empire qu'il les
vouluft attaquer . Il eft conftant
que s'il cuft eu ce deffein
il n'auroit point manqué
de pretexte fpecieux . Les
Souverains en trouvent toujours
lors qu'il s'agit d'une
guerre dont le fuccés leur
paroift certain. Mais il y avoit
plus dans la fituation où
eftoient les chofes , & c'eſt un
fait fi clair & fi évident , que
je pretens vous faire voir que
Le Roy avoit de juftes fujets
du
Temps .
93
de l'entreprendre , en forte que
fi le grand foin qu'il prend
de fes affaires , & le bon eftat
où elles fe trouvent , ne l'euf
fent pas rendu feur de pou
voir refifter quand fes Ennemis
l'attaqueroient , ſes Peuples
auroient eu lieu de fe
plaindre de ce qu'il ne faifoit
pas attaquer les Allemands
pendant qu'ils eftoient occu
pez ailleurs , puis qu'ils avoient
refolu d'entrer dans
la France , fi toft qu'ils auroient
conclu la Paix , ou du
moins une Tréve avec les
Turcs.
Il n'y a perfonne qui n'ait
ouy parler de la ligue d'Aufbourg.
Elle s'eft faite avec
beaucoup de fecret ; elle a
efté cachée long - temps ; on
s'en eft enfuité vanté , on l'a
94 Suite des Affaires
>
publiée , & pendant plufieurs
mois le nombre prefque infiny
des écrits menaçans de
Hollande a roulé fur cette
matiere , le Roy qui n'ignore
pas que pour regner, il ne faut
pas moins fçavoir ce qui fe
paffe chez les Ennemis que ce
qui fe fait dans les Etats , eut
une Copie du Traité de cette
Ligue fi toft qu'elle fuſt concluë
, & fi ce Prince n'avoit
meprifé des Ennemis
dont il connoiffoit beaucoup
mieux les forces qu'eux mêmes
, il les auroit attaquez
avant qu'ils euffent feuiement
levé la moitié des
Troupes qu'ils avoient refolu
de mettre fur pied , mais il
fe contenta en dédaigner un
Projet dont il ne voyoit
point les effets à craindre ,
du
Temps.
95
,
occa-
& quoy que cette ligue puft
eftre fuffifante pour l'autorifer
à rompre la Tréve , en
faifant entrer les Armées en
Allemagne il ne voulut
point embraffer une
fon fi favorable d'augmenter
le nombre de fes Conqueftes
, aimant mieux que
l'Empereur étendift les fiennes
fur les Ennemis du nom
Chreftien . Il n'eft point befoin
de longs difcours , ny de
raifonnemens
pour prouver
ce que je dis ; ce ne font point
des imaginations données
pour des veritez afin d'avoir
lien d'écrire contre les Ennemis
du Roy , & de les rendre
odieux de la mefme maniere
dont on veut tous les jours
noircir la France . Ce font
des faits , réels , connus , in,
96 Suite des Affaires
conteftables , & qui rempliffent
une infinité de Cahiers
& de Volumes imprimez
en Hollande.
La pieté du Roy l'ayant
empefché d'attaquer & de
vaincre ceux qui ne s'unif
foient que pour fa ruine , &
l'impuiffance des Princes liguez
contre luy ayant fait
évanouir de fi beaux projets ,
que la jaloufie qu'on avoit
de fa grandeur avoit fait im
prudemment refoudre , fans
qu'on puſt eſtre en état d'en
executer aucun ; il s'eſt paſfé
quelque temps pendant
lequel les Ennemis de fa Majefté
fe font vûs contraints à
former des fouhaits impuiffans
; mais enfin le Prince
d'Orange qui avoit fon but
particulier pour faire
prendre
les
du Temps. 97
les armes contre le Roy , s'étant
fervy de la difpofition
qùe il voyoit les affaires de
Cologne qui n'eftoit point
agreable à l'Empereur , promit
à Sa Majesté Imperiale .
de leur faire changer de face.
Il falloit tenir parole , & il y
eut pour cela une Affemblée
fecrete à Minden , où l'on
devoit travailler à une nouvelle
ligue. Il y avoit à cette
conference fuivant les nouvelles
publiques qui ont elté
imprimées à la Haye aprés
le retour du Prince d'Oran.
ge , les Electeurs de Brandebourg
& de Saxe
les Ducs
de Brunfvic & de Lunebourg,
le Prince d'Orange , le Langrave
de Heffe . Caffel , &
quelques autres Princes . L'E
lecteur Palatin n'eftoit pas
Tome II. E
98.
Suite
des Affaires
K
moins intrigué de fon cofté ,
il preffoit l'Empereur de fairela
Paix avec les Turcs ,
& de fe declarer ouver
tement contre la France.
Il avoit auffi fans ceffe des Envoyez
, qui avoient des Conferences
fecretes avec les Etats
de Hollande , & avec le Prince
d'Orange . Enfin il eft impoffi .
ble de fe donner plus de mouvement
qu'il faifoit contre le
Roy , & cela , par des veuës
particulieres qui s'excitoient à
donner des confeils à l'Empereur
contre la gloire , & contre.
les intereſts de ce Prince , à fe
liguer avec la Hollande , à
s'unir avec le Prince d'Orange
, & à mettre toute l'Europe.
en armes afin que le defordre
& la confufion où feroient
toutes les affaires empef
J
>
du
Temps.
BLO
THERE
fuft chaffent que le Roy
en état de luy faire re
compte de la fucceffion deue à
Madame. Voila comme font
fouvent ceux qui font trop
attachez à leurs interefts . Ils
facrifient amis & ennemis
pour venir à bout d'un deffein
qui n'eft avantageux qu'à eux
fculs , & c'est par cette raifon
que l'on voit fouvent de grandes
guerres , dont on ignore.
les veritables motifs . Mais
pour revenir à la conference
de Minden , les nouvelles publiques
imprimées en Hollan -t
de marquet , que les Etats avoient
remercié Monfieur le Prince d'o
range à fon retour , du foin qu'il
avoit pris à Minden de leur interefts
, & de ce qu'il avoit utilement
travaillé pour eux. Si le
Prince d'Orange eft remercié
DE
LA
E 2
100 Suite des Affaires
par les Etats pour avoir
agy
contre
la France
, en engageant
plufieurs
Souverains
à
fe liguer contre clle , la France
a donc
eu raifon
de ne pas attendre
les fuites
de cette feconde
Ligue. La premiere
n'avoit
point eu d'effet ; la feconde
en pouvoit
produire
de facheux
, parce que les affaires
eftoient
extrêmement
aigries
,
& que la prudence
vouloit
que
le Roy fe fervift
de fes avantages
, qui font d'eftre toûjours
en eftat d'attaquer
, & de fe défendre
felon
les évenemens
.
Ainfi le chagrin
qu'ont les Ennemis
du Roy d'avoir
efté prevenus
, ne le doivent
pas faire
paffer pour agreffeur
. Le veritable
agreffeur
eft celuy
qui
fait la querelle
, & qui fe met
en eftat d'attaquer
, celuy qui
du
Temps.
LOI
prévient ne fait que fe défendre
, puis qu'il n'auroit point
pris les armes , s'il n'avoit fceu
qu'on fe préparoit à les prendre
contre luy. On ne peut
donc fans injuftice accufer le
Roy d'avoir troublé le repos
de l'Europe . Rien n'eftant plus
naturel que d'empefcher le mal
que l'on veut nous faire , chacun
eft obligé de fe défendre ,
mais les Rois le font beaucoup
plus que les Particuliers ,parce
qu'ils doivent empefcher que
les Peuples dont la garde leur
eft comife , ne foient attaquez
par leurs ennemis , & qu'ils
doivent mettre en ufage pour
les défendre tout ce que la politique
a d'adreffe , & tout ce
que leurs Etats ont de forces.
On ne manquera pas de m'objecter
, & on le fera avec raifon ,
E 3
102
Suite des Affaires
,
que fi les Ligues dont je parle
étoient veritables elles auroient
produit quelque chofe;
ou que du moins les Princes
qui y font entrez fe feroient
mis en eftat d'agir . Quant à la
verité de l'Affemblée de Minden
, c'est un fait connu qui
n'a point befoin de preuves.
On fçait le voyage que le Prince
d'Orange y a faits , & que
plufieurs autres Princes s'y
font trouvez. Des voyages
faits par des Souverains , &
une Affemblée d'un fi grand
nombre de Princes ne sçauroit
eftre cachée , non plus que la
plus grande partie de leurs refolutions
, & d'ailleurs tous les
Hiftoriens de Hollande en ont
parlé à plufieurs reprifes, comme
je vous l'ay déja fait voir .
Voilà ce qui regarde la verité
du
Temps.
103
7
a
de l'Affemblée de Minden , qui
a fuccedé à la Ligue d'Aufbourg;
elle n'a pas eu le fuccés
qu'on en avoit attendu , non
feulement parce que les Confederez
avoient plus de méchante
volonté que de forces ,
mais encore parce que le Prince
d'Orange les atous trompez;
à commencer par l'Empereur.
Je vous ex
expliqueray plus au
long ce que j'avance icy quand
il fera temps de vous parler des
affaires d'Angleterre . Cependantje
vous diray que ce Prince
fe devoit trouver avec fes
Troupes , à la tefte de celles des
Alliez pour maintenir l'élection
de Monfieur le Prince
Clement , à qui l'Empereur ne
faifoit donner des Bulles que
fur cette affurance que le Prince
d'Orange luy avoit donnét,
E
4
104 Suite des Affaires
&
& qu'au lieu de tenir fa parole ,
il fit tout à coup tourner fes
Troupes du cofté des lieux où
illes vouloit embarquer pour
fon entreprise d'Angleterre
de forte qu'il a fallu faire une
troifiéme Affemblée qui s'eft
tenue à Magdebourg , & c'eſt .
celle dont les refolutions
fubfiftent aujourd'huy
qui a reglé les Troupes qui
doivent s'oppofer aux progrés
rapides de nos armes victorieufes.
Je croy que cette aaf1-
femblée me donnera bientoft
lieu de vous en entretenir.
Ce n'eft pas qu'on doive
attendre de grandes chofes de
ces fortes de confederations .
La jaloufie qu'on a de la
gloire du Roy , & l'envie de
s'y oppofer , font refoudre
mille chofes . Dans l'emportedu
Temps.
105
"
1
ment où l'on fe trouve , les.
Troupes ne coutent rien à
promettre , le dénombrement
en eft grand fur le papier
mais le temps de marcher
eftant venu ce n'est plus la
meſme choſe ; le mefme nombre
de Troupes ne fe trouve
plus , il n'y a point de Magazins,
il n'y a point de Chefs
parce qu'il y en a trop , &
quand il arrive que ces Troupes
fe trouvent affemblées , &
qu'il faut combattre , chaque
Commandant ayant des ordres
fécrets de fon Prince de
ne point expofer les fiennes ,
tâche d'éviter d'eftre à la tefte
avec celles qu'il commande ,
& les troupes qui s'y trouvent
& qui font batues , ne peuvent
facilement eftre remplacée
les Princes à qui elles appar
106
Suite des
Affaires
"
tiennent , n'eftant pas le plus
fouvent en eftat d'en lever
d'autres . Ainfi il n'y a nul fondement
à faire fur des Armées ,
compofées de Corps appartenans
à differens Princes ; outre
qu'elles manquent fort fouvent
de tout , la divifion en
eft prefque infeparable . Les
uns veulent combatre', les autres
ne le veulent pas , ceax
cy font d'avis que l'on attaque
une Place , & ceux - là que l'on
donne une Bataille . Il n'en eft
pas de mefme des Armées de
France rien n'y manque ,
l'union y regne , c'eft le mefme
efprit qui les fait mouvoir ,
temps ne le détruit point , elles
font toûjours auffi fortes , parles
pertes en font fans
2
le:
ce que
ceffe reparees
, au lieu que le
temps
ruine
les Armées
conCon
du
Temps.
107
federées , à caufe que la plufpartdes
Princes dont les Trou
pes les compofent , ne font pas
affez puiffans pour faire de
nouvelles levées , lots que le
malheur eft tombé fur leurs
Troupes plutoft qu'ils n'ont
cru , & que
& que les defertions , les
maladies , & les autres inconveniens
de la guerre les ont
entierement ruinées .
Si les ligues de tant de Princes
confederez
n'operent pas
beaucoup , elle ne laiffent pas
de faire grand bruit . A peine
l'Affemblée
de Minden futelle
finie , que les nouvelles
publiques de Hollande publierent
que les Alliez alloient mettre.
quatre - vingt mille hommes fur
Pied ,fans compter vingt trou Regimens
que l'Empereur eftoit preft
de lever. Peu de temps aprés
E 6
108 Suite des Affaires
elles dirent , comme fi ces
Troupes cuffent efté déja levées
, parce qu'on avoit arrêté
fur le papier qu'on en leve
roit une partie , Parmy tous ces
mouvemens les Allemands ont jugé
àpropos de faire avancer un Corps.
d'Armée du cofté du Rhin ; il marche
des Troupes du Marquis de
Brandebourg, des Princes de la
Maifon de Brunfvvic , & du Langrave
de Heffe , & dans un autre
endroit , colo
के
Il ne faut pas s'étonner fi les
Allemands font avancer une Armée
du cofté du Rhin , quand ce ne
feroit que pour ne pas manquer
ce principe de politique, quidit que
fi l'on veut avoir la paix ilfautfe
preparer à la Guerre.
2
Les mefmes ont auffi dit
On n'est pas peu embaraffé en Fran
ce à l'heure qu'il eft , On n'y vouloit
du
Temps.
109
point de guerre, cependant envoicy
une qui fe prépare , malgré qu'on
en ait , ou bien il faut que cette
Couronne perde beaucoup de la re.
putation qu'elle a chez fes voi
fins.
les.
Croiroit - on qu'aprés de
pareils difcours les mefmes
perfonnes puffent accufer le
Roy d'avoir troublé le repos
de l'Europe , en commençant
la guerre , & n'auroient - ils pas
plus de raifon de dire, qu'il
fait ce qu'un habile homme & un
grand Prince devoit faire , que
Alliez fe font vantez trop toft ..
qu'ils luy ont mis les armes à la..
main , qu'ils ont menacé par des
paroles , qu'il a répondu par des
effets , & qu'ils ne devoient point
menacer pour s'attirer la foudre ,
à moins qu'ils ne fuffent en état
d'agir . Voilà ce qu'on doit pen-
2
110
Suite des Affaires
fer du Roy & des Princes
confederez ; on ne peut parler
autrement fans ignorance
ou fans malice . Il ne s'agit
point icy de raifonnemens
& de reflexions politi--
ques fur des faits futurs ou
fuppofez , il n'eft question que
de faits conftans qui peuvent
eftre expliquez en fix ou fept
lignes . Plufieurs Souverains,
ont quitté leur Cour pour s'af
fembler , & pour fe liguer contre
le Roy , ils l'ont fait , ils
l'ont dit enfuite on l'a publié
, on l'a imprimé , le Roy
l'a fceu , il a paré le coup , il
devancé fes ennemis , il a
triomphe , & le chagrin mortel
qu'on a eu de voir fes conqueftes
, & d'avoir pris de méchantes
mefures , a fait dire
qu'il eftoit l'agreffeur lors qu'il
>
il a
du
Temps,
Tr
fe
n'a pris les armes que pour
défendre . Ce n'eft pas qu'il
n'eut efté obligé de les prendre
toft ou tard , pour faire rendre
juftice à Madame , touchant
la fucceffion qu'on luy retient,
& qui luy cft deuë . Il avoit
toujours differé d'employer la
force , puis que la douceur luy
eftoit inutile , parce qu'il ne
vouloit pas inquieter l'Allemagne
par une guerre qui auroit
pu faire croire qu'il avoit
deffein d'apporter quelque
obftacle aux conqueftes que
l'Empereur faifoit fur les Turcs
& s'il attaque à prefent le Prince
Palatin , c'eft parce qu'il fe
trouve les armes à la main pour
fa défenfe , comme je viens de
vous le marquer , & qu'il fe
rencontre que cet Electeur a
follicité avec une ardeur enveFI
2 Sute des Affaires
nimée tous les princes conféderez
à fe liguer contre luy,
dans le deffein de l'empefchercomme
je l'ay déja dit, de demander
ce qui eft dû à Madame
, fuppofant que le Roy ne
feroit pas en eftat de le faire.
pendant qu'il feroit obligé de
fe défendre contre le grand
nombre d'ennemis qu'il luy as
fafcitez .
C'eft une chofe qui paffe .
toute croyance , & qui jette
dans létonnement tous ceux
qui y font quelque reflexion ,,
qu'un prince auffi puiffant que
le Roy , & qui foutient un auffi
bon droit que celuy de Madame
, n'ait pu encore faire rendre
juftice à cette princeffe
un prince auffi foible que Mr.
l'Electeur Palatin , & dont les
Etats ne peuvent feulement
par
du
Temps.
13
foutenir la prefence de la
moindre partie des Troupes
de Sa Majefté , fans que toutes
les Villes qui les compofent
foient auffi toft obligées d'ouvrir
leurs portes . Ce prince
ne pouvoit ignorer la puiffance
du Roy , & le Roy n'eftoit
pas en peine de faire rendre
juftice à Madame , toutes les
fois qu'il luy plairoit d'employer
une partie de les forces ;
mais Sa Majefté trouvoit à
propos de tenter auparavant.
toutes les voyes de la douceur
pour parvenir à un accommodement
, & dans cette veuë
Elle a bien voulu faire l'honneur
à cet Electeur d'envoyer
à fa Cour des perfonnes intelligentes
, & bien inftruites
non feulement de tout ce qui
regarde le droit de Madame ,
114
Suite des Affaires
mais auffi fort fçavantes dans
tout ce qui concerne les Loix
& le Droit en general . Ce
pendant rien n'a pu faire en
tendre raifon à Mr l'Electeur
Palatin , & les Envoyez du Roy
qu'on a traitez fort indignement
, ont efté contraints de
revenir. Le bruit des manieres
hautaines du prince palatih
avec le Roy , & du peu de juftice
que cet Electeur rendoit à
Madame à la follicitation d'un
fi grand Monarque s'eftant répandu
, les nouvelles publiques
de Hollande dirent que les
chofes avoient bien changé de face ,
& qu'on n'auroit ри croire qu'un
Envoyé d'un auffi grand Roy que ce
luy de France, euft este chaffe de ta
Cour Palatine,fans avoir på obtenir
l'effet d'aucune de fes demandes.
Ces paroles juftifient ce que les
du
Temps.
115
armes duRoy viennent de faire
dans le palatinat, & les mefmes
ne peuvent l'accufer aujourd'huy
d'injustice fans étre ac.
cufez de partialité . Si ce qu'ils
ont dit eft veritable, comme on
n'en fçauroit douter , puis que
c'est un fait public ; ils ne peuvet
blâmer aujourd'huy le Roy
fans une contradiction manifefte
, & après avoir avoué que
c'eſt un grand Prince , & qu'il
a efté indignement traité , ils
doivent demeurer d'accord
qu'il a raifon de s'en reffentir
& que n'ayant pû faire rendre
juftice à Madame par la douceur
, & par aucune voye d'accommodement,
il êtoit temps
qu'il fe fervift de la force .
Quelque fujet que ce Prince
euft de l'employer , fa bonté
naturelle l'empefcha de le
116 Suite des Affaires
faire auffi - toft aprés le peu
de fuccés de fon Envoyé. Ilfe
remit à l'arbitrage du Pape
qui n'a rien terminé par les.
raifons qui font deduites ailleurs.
Ainfi le Roy s'eft : veu
obligé de prendre d'autres
mefures , & dans le meſme
temps qu'il a eu recours aux
armes , contre les Ennemis.
que l'Electeur Palatin luy
avoit en partie fufcitez , il les.
a tournées contre le Palatinat.
Cet Electeur eftoit perfuadé
que tout luy eftoit permis
parce qu'il eftoit Beau pere
I'Empereur. Il vouloit gouverner
l'Europe , & facrifier
la Chrefticuté à fes interefts.
particuliers. Il a mis les affaires
de l'Electorat de Cologne
dans le defordre où tout le
monde les voit , & pour faire
de
du
Temps .
117
réüffir fes deffeins , il a donné
des confeils à l'Empereur
contre fa propre gloire , en
luy reprefentant , qu'il devoit
faire la Paix avec le Turc. Il
a voulu que des Proteftans
fe meflaffent des affaires des
Catholiques ; il les a fait armer
contre eux , & contre des
Preftres , & a compromis la
Religion & la gloire de l'Empereur
pour fatisfaire fa paffion
& trouver moyen de
s'empefcher de rendre juſtice
à ceux à qui il la doit.
Quand on fera une ferieuſe
reflexion au bon eftat où les
affaires du Roy font aujourd'huy
, on ne pourra ceffer
d'admirer fa genereufe bonté
qui luy fait offrir la Paix à
fes Ennemis au milieu de fes
Conqueftes. S'il ne s'agiffoit
118 Suite
des Affaires
que de quelques droits , les
affaires pourroient aiſement
s'accommoder >
mais on ne
fçait ce que l'on demande au
Roy ; on ne veut que faire
diminuer l'éclat de fa gloire
& la grandeur de fa puiffance
, & comme fes Ennemis ne
pourront jamais reuffir dans
ce deffein, fa bonté aura beau.
les defarmer pour un temps,
ils feront toujours , fes Ennemis
, parce qu'ils feront toujours
ennemis de fa gloire ;
ils n'en fçauroient fuporter
l'éclat , & fi leur foibleffe
leur fait aujourd'huy une neceffité
d'accepter la Paix que
ce Monarque veut bien leur
offrir , ils ne laifferont pas de
la rompre , dés qu'ils fe croiront
en êtat de faire reuffir
leurs entrepriſes . C'eſt pourdu
Temps ,
119
quoy on ne peut trop admirer
la bonté du Roy ; qui
confent à les faire jouir de la
Paix lors qu'il pourroit les
mettre hors d'eftat de pouvoir
jamais reprendre les Armes
contre luy . Il n'y a que
les feuls moyens qu'il offre
qui puiffent faire reufir à
conclure cette Paix . Il faudroit
des Siecles à Ratisbonne
pour enébaucher feulement
quelques preliminaires
, de forte que les Affaires
de l'Europe changeant vingt
fois de face pendant qu'on y
delibere , il eft impoffible de
tirer aucun fruit de toutes ces.
longues conferences , au contraire
tout s'y aigrit fort fou
vent par la diverfité des éve
nemens. Les Deputez y tom
bent malades , ils vieilliffent,
120 Suite des Affaires
&
ils y meurent
fans y avoir
rien conclu , ou quand cela
ne leur arrive pas , ils demandent
qu'on les change
qu'on les renvoye
chez eux ,
pour veiller à leurs affaires,
où la mort de plufieurs
perfonnes
de leurs familles
a
quelquefois
caufé de grands
changemens
pendant
le long
cours
de leurs
Ambaffades
qu'on pourroit
prefque
pommer
éternelles
. Voila!
ce que c'est que la Diette.
de Ratisbonne
; & ce qu'elle
a toujours
efté . Si les affaires
de la Paix , & de la Tréve
avoient
efté deliberées
dans
cette Diete
elles feroient
encore dans le mefme eſtat
& l'Europe
n'auroit
pas joüi.
deux fois de la tranquillité.
que le Roy luy a fi heureufe-

ment
du Temps.
121
ment procurée , & qui a donné
moyen à l'Empereur de
faire de fi grandes Conqueftes
fur les Othomans . Ainfi l'on
peut dire que lorfque le Roy
offre la Paix par fon Manifefte
il facrifie fes Conqueftes
afin de donner pour la
troifiéme fois le repos à l'Europe
, qu'il n'ouvre le champ
de Mars que pour faire ouvrir
le temple de la Paix , qu'elle
ne fe peut faire que par les moyens
qu'il propoſe , parce qui
facrifie des Places qu'il donne
de fon plein gré pour faire
éviter les ennuyeufes lon .
gueurs de la Diette qui n'aboudiffent
jamais à rien . Il eſt
certain qu'il n'auroit pas lieu
de renoncer à ces Places , fi on
mettoit les chofes en deliberation
, & qu'on ne pouroit ny les
Tome II. F
122 Suite des Affaires
reprendre , ny les forcer de les
donner . Peut être que fes Ennemis
, lors qu'ils l'ont contraint
de prendre les armes , fe fioient
fur fa bonté, tant de fois éprouvée
, en cas qu'ils ne puffent
venir à bout de leurs deffeins ,
ny faire aucunes conqueſtes
fur luy , comme ils fe l'eftoient
propofé , dans la pensée qu'il
n'eftoient point en eftat de
foutenir la Guerre , & qu'il ne
la vouloit point entreprendre .
Je ne fçaurois m'empefcher
de vous dire à propos de cette
guerre que les ennemis du
Roy recherchoient avec tant
d'opiniatreté quoy qu'ils fuffent
hors d'eftat de la foutenir,
ce que j'ay ouy plufieurs fois
fortir de la bouche d'un treshabile
Politique ; ils veulent
la guerre, difoit - il , & ils ne la
du
Temps.
123
;
Scauroient faire le Roy ne
veut point la guerre , & il peut
la faire avec avantage. Les
derniers évenemens ont
confirmé cette verité d'u
ne maniere qui empefche
d'en douter. Dés qu'il a vu
qu'on fe preparoit à paffer
des menaces aux effets , &
qu'il eftoit temps de fe mettre
à couvert des nuages , qui
étoient prefts.de crever fur fa
tefte , en cas qu'il n'euft pas
pris toutes les precautions
neceffaires pour les éviter , il
a fait tout ce que la prudence
, & fon experience confommée
luy ont confeillé de
faire. Il n'a point menacé,
mais il a agy , aprés avoir
toutefois fait paroiftre les
raifons qui l'engagoient à
prendre les armes , & fait des
F 2
124 Suite des Affaires .
propofitions de paix avant
que de commencer la guerre .
On connoift par là que fa moderation
eſt égale à ſa ſageſſe ,
& que ne voulant rien retenir
de fes conqueftes , il n'a pas
l'enteftement de la Monarchie.
univerfelle , comme luy imputent
ridiculement , & fans aucune
vray- femblance , je ne
dis pas fes ennemis , mais ceux
qui fe meflent d'écrire & de
faire des raifonnemens fur les
affaires des Souverains avant
qu'elles foient arrivées. Lors
que l'on veut tant écrire , l'on
s'égare , l'on fe perd à force
de raifonner.On fait voir qu'on
a beaucoup de malice , qu'on
allegue faux, & qu'on fe trompe
fouvent en pretendant penetrer
dans l'intention des
Souverains.
du
Temps. 125
Quant à ce qui regarde la
gu erre d'aujourd'huy de quelque
maniere qu'on tourne les
chofes il n'en fçauroit rejallir
aucun blâme fur le Roy ..
On a publié qu'il ne vouloit
point de guerre , & on.
l'a mefme imprimé . S'il ne
vouloit point de guerre , pourquoy
faire tant de ligues
contre la France ? Pourquoy
refoudre des armemens , & les
commencer ? A - t - on fujet de
traiter le Roy de Prince qui
veut tout envahir parce qu'il
eft pluftoft preft à combatre
que fes ennemis , & qu'il va au
devant d'eux ? Le depit qu'ils
doivent avoir eft de fe voir
prevenus , & d'avoir affaire à
un Monarque qui ne peut étre
furpris , & qui n'attend pas la
foudre quand il la voit prefte
F3
126
Suite des Affaires
à tomber fur luy. C'est tout ce
qui les oblige de parler .Quant
à ce qui regarde ce qui s'eft
paffé depuis que fes armées
font en campagne , la rapidité
de leurs conquêtes n'eft pas un
crime , & quelque chagrin
qu'elles donnent , elles ne font
dignes que de loüanges . L'Europe
eft heureufe que les Armes
du Roy foient fi triomphantes,
fi elles l'étoient moins,
la guerre dureroit plus longtemps
, & les ennemis de ce
Prince voyant une égalité de
fuccés fe Aateroient d'obtenir
des avantages plus confiderables
, ou du moins s'applaudiroient
de voir leurs forces éga
les à celles d'un figrand Roy ,
faire balancer la victoire entre
eux & ce Prince , ce qui feroit
caufe qu'on prolongeroit la
du
Temps .
127
guerre , parce qu'aucun des
partis ne voudroit devoir la
Paix à l'autre .
Je croy vous avoir affez fait
voir la justice des armes du
Roy, & mefme vous avoirtrop
parlé d'une chofe qui doit être
hors de doute , quelques couleurs
qu'employent
le grand
nombre d'Ecrivains de Hollande
, pour furprendre les efprits
groffiers & foibles . Il n'eſt
point neceffaire de raifonnemens
dans cette affaire , pour
en faire connoiftre la veriré .
Il foffit ' de mettre feulement
les faits d'un cofté , & les fables
qu'on écrit de l'autre ; mais
comme les Ligues qu'on avoit
faites contre le Roy étoient
grandes , que , que les Catholiques
Y eftoient entrez avec les proteftans
, qu'on avoit trouvé
F
4
128
Suite
des Affaires
moyen d'y faire entrer auffi
Rome , & de l'aigrir contre la
France , & qu'elle pouvoit ufer
legerement de fon pouvoir fpirituel
, la prudence a voulu
qu'on ait fait les Actes d'appel
fuivants , felon l'ufage reçu &
approuvé par les Conciles.
Le 27. Septembre Meffieurs
Mouffinot l'aifné , & Batellier,
Notaires Apoftoliques
, ayant
été mandez au parquet deMeffieurs
les Gens du Roy au Palais
, Meffire Achilles de Harlay
, Confeiller d'Etat , & Procureur
General du Parlement,
dit , Que la reputation de la pieté .
de noftre Saint Pere le Pape Innocent
XI. ayantfait voir à Sa Ma .
jesté avec beaucoup de joye Son
exaltation au Souverain Pontificat,
Elle avoir tâché de s'unir depuis ce
temps avec fa Sainteté pour tra1
129
du Temps.
vailler de concert à tout ce qui pourroit
regarder la gloire & le fervice
de Dieu . Que les defirs de S. M.
& les avances qu'Elle avoit faites
pour ce fuiet , n'ayant pas eu lefuccés
qu'Elle en devoit efperer , Elle
Avo t continué defa part d'employer .
la puiffance que Dieu avoit mife
entre fes mains pour conferver dans
fon Royaume la pureté de la Foy,
pour faire rentrer dans le fein de
Eglife un grand nombre de fes Enfans
qu'elle avoit perdus , & qu'on
luy donnat ainfi toute la protection
qu'elle pouvoit attendre d'ungrand
Roy, dans le temps mefme qu'Elle
l'avoit édifiée par fes exemples ,
-Elle avoit instruit tous fes Sujets »
par fa pieté particulière. Que cependant
noftre faint Pere le Pape, «
à qui tant de vertus & d'actions
merveil eufes devoient rendre f
chere la perfonne du Roy , lavois
4
F.
S.
3
130
Suite des Affaires
embraße avee ardeur la plainte
que deux Evefques luy avoientfaite
fur le droit de Regale , & rejette
en même temps les témoignages que
luy avoient rendu tous les autres
Prelats de ce Royaume , des graces
qu'ils avoient receues de Sa Majeftefur
ceffuujjeert,, au préiudice meſme
de fes droits. Quefa Sainteté avoit
voulu ofter aux Ambaffadeurs du
Roy en Cour de Rome , les Franchi
fes dont ils avoient joy , mefmefous
fon Pontificat , dans une Ville , où
La reconnoiffance des Papes auroit
pú conferver ànos Rois des marques
plus éclatantes & plus fingulieres
de la Souveraineté, dont ils s'étoient
dépouillez autrefois en faveur du
faint Siege. Que le Pape avoit
regardé comme une doctrine fuf
pecte & dangereufe la Declaration
que les Deputez du Clergé affimlez
à Paris en 168.2 .. avoientfaidu
Temps.
I3r
que
dans une
te de leurs fentimens fur la Puiffan-
Ecclefiaftique, &
conjoncture où plufieurs de fes predeceffeurs
auroient esté plûsoft aux
extremitez de l'Europe , que de
laiffer fans Pasteurs tant de nouveaux
Catholiques , fa Sainteté
avoit refusé des Bulles à plufieurs
Ecclefiaftiques nomme par le Roy,
pour remplir les Eglifes vacantes:
de fon Royaume, & à qui l'on ne
pouvoit imputer d'autre crime que
d'avoir connu la verité par lear
Sciencs , & de l'avoir dite avec une
fincerité pleine de refpect pour le
Jaint Siege. Que la conduite que
Le Pape avoit tenuë depuis quelques
mois touchant l'Archevefché de
Cologne , avoit donné lieu de croire
que fes partialite pouvoient également
faire naistre & diffiper une
partie de fes fcrupules & de
F 6
232 Suite des Affaires
Jes difficultez. Que la perfeverence
qu'avoit euë Sa Sainteté à nepoint.
reconnoftre & ànpoint donner a
dience à un Ambaffadeur que le Roy
avoit bien voulu luy envoyer dans
cette conjoncture , les foudres dont
Elle s'étoitfervie contre ce Miniftre
l'Interdit de l'Eglife dediée à Dieu.
fous le titre de S. Louis dans la Ville
de Rome ; enfin le refus inouy
qu'Elle avoit fait depuis peu de
donner Audience à une perfonne
que Le Roy avoit depefchée vers
Elle , & mefme de recevoir une
Lettre de Sa Maiefté dont Elle l'avoit
chargée, laifferoient un eximple
qui feroit prefque incroyable à
la pofterité , du pouvoir que la Religion
& le defir de conferver la
Paix de la Chreftienté , avoient
eu fur le coeur du Roy , & l'autorité
qu'avoient enë fur l'esprit du
du
Temps.
133-
Pape , des preventions fi contraires
aux obligations de la place qu'il.
rempliffoit. Qu'il eftoit inutile de
s'étendre davantage , aprés que le.
Roy avoit bien voulu que la Lettre,
écrite par fa Majesté fur ce sujet.
à Monfieur le Cardinal d'Eftrées
Le 6.de Septembre devinft publique
& que puifque fa Saintetéfermoit. -
ainfi les oreilles à tous les éclairciffemens
que sa Maiefté avoit
bien voulu luy faire donner , &
aux plaintes les plus juftes que l'or
avoit à luy porter de fa part , ik
eftoit enfin contraint , luy Procureur
General du Roy , de défendre
& de maintenir la Dignité de la
Couronne , & le repos des Suiets dis
Roy , par les regles de la justice , en
mesme temps que fa Maiefté continuoit
de le faire avec tant de
gloire par la puiffance de fes Aril
134 Suite des Affaires
mes. Que bien
que l'on puft fe difpenfer
de faire aucunes procedures
contre des Jugemens qui feroient
nuls par l'estat de celuy qui les
prononceroit
, par la qualité de la
matiere dont il s'agiſſoit , & par
celle des perfonnes qu'ils pourroient
regarder, neantmoins
pour n'obmet –
tre aucune chofe de fon devoir , &
fuivant les exemples de fes Prede
ceffeurs , il déclaroit en qualité de
Procureur General de Sa Maiefté ,
& après qu'Elle luy en avoit accordé
la permiffion , qu'il eftoit appellant
pour le Roy & pour fes Sujets
au Concile Univerfel , qu'il
plairoit à Sa Sainteté d'affembler
dans les formes canoniques,de toutes
les procedures & actes que nôtre
Saint Pere le Pape pourroit avoirfaites
, & des iugemens que Sã
Saintetépourroit avoir rendus de
du
Temps.
135
puis la notification qui luy avoit
efté faite par les ordres de fa Ma
iefté, des inftes fuiets de plainte &
de fufpicion qu'Elle avoit contre la
perfonne defa Sainteté , & pareillement
des autres procedures & ingemens
qu'Elle pourroit faire rendre
à l'avenir au presudice de Sa
Maieftè , des droits de fa Couronne
& de fes Suiets, protestant en même
temps au nom , & fuivant le
commandement exprés qu'ilen avoit
receu du Roy, que fon intention étoit
de demeurer toujours inviolablement
attaché au faint Siege, comme au
centre veritable de l'unité de l'eglife
, d'en conferver les droits
L'autorité, & les préeminences avec
Le mefme zele que Sa Maicfté avoit
fait en tant d'occafions importantes
, de luy rendre Elle- mefme , &
de luy faire rendre par tous fes
136 Suite des Affaires
Suiets , le refpect , la deference &
la foamiffion qui luy estoient deus
& qu'auffi-toft que le Pape mieux
informe, feroit paroistre l'équité
& les fentimens d'un Juge & d'un
Pere commun, Sa Maiefté rendroit,
comme Elle avoit fait auparavant ,
àfa perfonne mefme , le respectfi
lial qu'elle luy devoit , & dont la
Leale conduite de fa Sainteté contraignoit
le Roy de s'abstenir en .
cette occafion.
,
Cet Appel ayant efté figné
par les deux Notaires Apoftoliques
Mr. le procureur
General fe rendit auffi toft
au Pretoire de l'Officialité
où en prefence des mefmes
Notaires , il comparut par devant
Meffire Nicolas Che .
Fon Preftre Docteur en
Theologie & Official de
>
,
>
du
Temps .
137
,
le
l'Archevefché de Paris ; &
aprés luy avoir prefenté l'A ;
&te d'appel qu'il avoit inter
jetté , & l'avoit fupplié de
luy accorder les . Lettres ac
coutumées pour le relever &
pour le poursuivre quand
befoin feroit Mr Cheron .
Official , en tant qu'il pouvoit
le faire , accorda les Lettres
qu'on luy demandoit , par
refpect qu'il a pour l'Eglife
Univerfelle , reprefentée par
un Concile general , & en
confideration de ce que cet
Appel regardoit les droits du.
Roy , les libertez de l'Eglife
Gallicane ; & le repos du
Royaume ; ce qui fut encore
figné par les deux Notaires
Apoftoliques .
Le mefme jour 27. de Se
138 Suite des Affaires
>
ptembre Mr de Harlay Procureur
General , entra dans la
Chambre des Vacations & dit ,
Que les faits expliquez par la
Lettre que Sa Majesté avoit écrite
à Monfieur le Cardinal d'Estrées
le 6. du mefme mois , l'ayant obligé
àfaire declarer à noftre faint Pere
le Pape , qu'Elle ne pouvoit le re
garder à l'avenir que comme un
Prince engagé avec fes Ennemis
ny le reconnoistre pour Fuge de toutes
les chofes qui pourroient toucher
fes interefts , il avoit cru en qualité
de fon Procureur General , qu'il
eftoit de fon devoir de prendre en
mefme temps les précautions établies
par le Droit , pratiquées en
plufieurs occafions , &fondées fur
les fentimens mefme des Canoniftes
Italiens , pour empefcher que fa
Sainteté ne puft prononcer au moins
du
Temps,
139
des lugemens valables & reguliers
fur ces matieres ; Que dans ce deffein
il avoit interietté au Concile
univerfel un appel extrajudiciaire
de toutes les procedures que fa Sainteté
pourroit avoir faites , oufaire
à l'avenir , & des lugemens qu'Elle
pourroit avoir rendus, ou rendre dans
lafuite , au preiudice du Roy , des
droits defa Couronne , & des Suie ts
defa Maiefte. Que le refpect quit
devoit à la Cour, l'avoit obligé de
luy en venir rendre compte , & de
buy prefenter l'Acte qu'il en avoit
fait qu'elley reconnoiftroit dans le
commandement qu'il en avoit rel
ceu du Roy fur ce fuiet , la pieté ,
la fageffe , & la moderation qui
Jembloient avoir éteint dans la per.
Jonne de ce Prince les paffions qui
agitoient le plus vivement les autres
hommes. Qu'il efperoit que le
140
Suite des Affaires
Cour approuveroit fa conduite
eftant affuré qu'elle employeroit
toujours avec beaucoup de zele &
de fidelité toute l'autorité qu'il
avoit plu au Roy de luy confier ,
pour maintenir le respect deu àfa
Maieftéà tant de titres fi iuftes,
&pour conferver les droits de fa
Couronne , la tranquillité de fes
Suiets, & les libertez qui n'estoient
Pas particulieres à l'Eglife Galli
Cane , mais qu'elle avoit confervées
avec plus de lumiere & de vigueur
que les autres..
Mr le Procureur General s'étant
retiré , la Chambre aprés
avoir veu l'Acte d'appel avec
fes Conclufions qu'il avoit
laiffées fur le Bureau , & la matiere
ayant efté mife en deliberation
, ordonna que l'Acte
d'appel feroit enregistré au
du
Temps .
141
Greffe pour y avoir recours
quand befoin feroit , & que
le Roy feroit tres humblement
remercié d'avoir trouvé
bon que fon Procureur
General commençaft à faire
les Procedures qui avoient
efté pratiquées en femblables
occafions , & que Mr le premier
Prefident affeureroit Sa
Majefté de la part de la Compagnie
, de fon attachement
à fa Perfonne Sacré & à fon
fervice , & du zele avec lequel
elle employeroit toûjours
l'autorité qu'il avoit
pleu au Roy de luy confier,
pour maintenir les droits de
fa Couronne , les libertez du
Royaume , & le repos de fes
Sujets .
Ce que je viens de vous
142 Suite des Affaires
rapporter fait voir que de
pareilles precautions font
établies par le Droit , qu'elles
ont efté pratiquées en plufieurs
occafions & qu'elles
font fondées fur les fentimens
mefme des Canoniftes Italiens
. On y voit la pieté du
Roy , lors que Mr le Procureur
General dit par un exprés
commandement
de Sa
Majefté , que l'intention de ce
Prince eft de demeurer toûiours in
violablement attaché aufaint Sicge
, comme au centre veritable de
L'Unité de l'Eglife , d'en conferver
les droits , l'autorité & les preéminences
, de luy rendre luy- mefme
& de luy faire rendre par tous fes
Suiets le refpect , la deference , &
la foûmiffion qui lug font deus.
Ceux qui font dans une pardu
Temps.
143
faite intelligence avec le Pape,
n'en peuvent parler en termes
plus refpectueux , & plus digues
d'un veritable Chrêtien ,
& peut- eftre n'en parleroientils
pas de même , s'ils avoient
fujet de s'en plaindre . Je ne
dis rien de Monfieur le Procureur
General . On fçait que
la prudence , l'érudition &
l'équité regnent dans tous les
difcours qu'il prononce.
Je viens à ce qui s'eft fait
touchant les Actes d'appel de
l'Affemblée du Clergé fuivant
les ordres du Roy . Elle fut
convoquée le 30. de Septembre
dans l'Archevefché de paris
, par Meffieurs les Abbez
de Villars & Phelypeaux
Agens Generaux du Clergé
de France , & Meffieurs les
144
Suite des Affaires
Archevefques & Evefques qui
eftoient à Paris pour les affaires
de leur Diocefe , fe rendirent
fur les dix heures du matin
chez Monfieur l'Archevefque,
le plus ancien des prelats qui
s'y rencontroient alors . Ils .
eftoient au nombre de vingtfix
, fçavoir Meffire François
de Harlay , Archevefque de
Paris , Duc & Pair de France,
Commandeur des Ordres de
fa Majefté , provifeur de Sorbonne
, Superieur de la Maifon
de Navarre , & Prefident
de l'Affemblée , Meffire Charles
Maurice le Tellier , Archevefque
de Rheims , premier
pair de France , Legat - né du
faint Siege Apoftolique , Primat
de la Gaule Belgique ,
'Meffire Charles le Goux de
la
du
Temps. 145
la Berchere , Evefque de Lavaur
, nommé par le Roy à
l'Archevefché d'Albi ; Meffire
Daniel de Cofnac , nommé par
Sa Majefté à l'Archevefché
d'Aix ; Meffire Denis San- -
guin , Evefque de Senlis
Meffire Touffaint de Forbin
Evefque Comte
de Janfon >
de Beauvais , Pair de France;
Meffire François de Clermont
de Tonnerre , Evefque Comte
de Noyon , Pair de France ;
Meffire Mathieu Thoreau
Evefque de Dol ; Meffire
François de Neſmone , Evef
que de Bayeux ; Meffire Antoine
François de Berthier
Evefque de Rieux ; Meffire
Jacques Seguier , Evefque de
Nifmes ; Meffire François de
Batailler Evefque de Bethléem
; Meffire Louis Anne
Tome II.
1.
G
146 Suite des Affaires
,
>
Aubert de Villeferin , Evefque
& Seigneur de Senez ;
Meffire Paul philippe de
Chaumont , Evefque d'Acqs ;
Meffire Pierre du Laurens
Evefque du Bellay ; Meffire
Pierre de la Broue , Evefque
de Mirepoix ; Meffire Humbert
Ancelin Evefque de
- Tulles , Meffire Iean Baptifte
d'Eftrées , Evefque & Duc de
Laon , Pair de France ; Meffire
Louis Marcel de Coetlo.
gon , Evefque de S. Brieux ;.
Meffire Louis Joſeph Adheymar
de Monteil de Grignan ,
Evefque de Carcaffonne
Mellire Charles Benigne
Hervé nommé à l'Evefché,
de Gap ; Meffire lacques des
Marets , nommé à l'Evefché
de Riez ; Meffire Charles de
Villeneuve de Vence , nommé.
ز
;
du
Temps.
147
à
l'Evefché de
Glandeve
Meffire Victor
Auguſtin de
Mailly , nommé à l'Eveſché
de Lavant , & Meffire Pierre-
Prançois de Beauvau, nommé
à l'Evefché de Sarlat.
t
Lors que tous ces Prelats
furent affemblez , & qu'ils
eurent pris leurs rangs & leurs
fcances dans l'ordre ordinaire
, Mr l'Archevefque de Paris
fit la
Priere.du S. Efprit
en la maniere accoutumée
aprés laquelle , Mr l'Abbé de
Villars , Agent, cftant au Bureau
, leur dit , Qu'ayant recen
par Monfieur l'Archevefque de
Paris les ordres du Roy , pour les
affembler dans
l'Archevefché , il
les avoit executez dans la forme
accoutumée avec toute la diligence
poffible , & que les mefmes ordres
L'engageoient à leur rendre compte
G2
148
Suite
des Affaires
de deux Actes dont fa Maiefté ,
par l'eftime finguliere qu'Elle fai.
foit de leursperfonnes , avoit bien
voulu leurfairepart . Que le premier
eftoit une Lettre que Sa Maiefté
avoit écrite à Monfieur Le
Cardinal d'Estrées le 6. Septembre,
à l'occafion des affaires prefentes ;
& le fecond , un Acte d'appel interietté
aufutur Concile general ,
par Monfieur le Procureur General
au Parlement , le 27. du mesme
mois,lequel Acte fa Maieftè avoit
sugé à propos defaire rendre public,
aprés qu'il leur auroit efté communiqué,
& que s'ils l'avoient pour
agreable, ilauroit l'honneur de leur
faire la lecture de l'un & de l'autre.
Monfieur l'Abbé de Villars
ayant ceffé de parler, Monfieur
l'Archevefque de Paris luy
ordonna de faire la lecture de
du
Temps.
149
ces deux Actes , & lors qu'elle
eut efté faite , ce Prelat adreffa
la parole à tous les autres , &
leur dit, Que le Roy lay avoit commandé
d'avertir leurs Agens de les
affembler, afin qu'en qualité d'Ancien
il puft leur faire connoistre la
confiance dont il luyplaifoit de les
honorer dans la conjoncture des
affaires prefentes. Qu'ils avoient
appris par la Lettre de Sa Majesté
à Monfieur le Cardinal d'eftrées,
la fituation dans laquelle elles
eftoient , la jufte défiance que
Majefté avoit de la difpofition
du Pape , qui n'avoit pû
fe laiffer flechir par toutes les
foumiffions qu'Elle lay avoit rendues
, non feulement comme Fils
aifné de l'Eglife qui refpecte le
Pere commun des Chreftiens , mais
encore comme un Prince doüé d'une
pietéexemplaire , qui n'avoit rien
Sa
G
3
150
Suite
des
Affaires
vonlu oublier pour rechercher for
amitié . Que cependant les plus
fidelles ferviteurs du Roy étoient
perfuadez que nostre faint Pere
avoit pouffé à bout la patience de
Sa Maiesté , & qu'il s'eftoit entierement
partialisé en faveur des
Ennemis de fa Couronne les plus
declarez Que c'eftoit ce qui luy
avoit donné lieu d'envoyer fes ordres
dans Rome à Monfieur le Cardinal
d'Eftrées , & de permettre à Monfieur
le Procureur General du Parle
ment d'interjeter un Appel au Concile
Generalfutur des Griefs receus
ou à recevoir dans le temps de ce
Pontificat , d'autant plus que la
conduite paffée du Pape , faifoit
aprehender avec juſte raison à ce
digne Magiftrat qu'il n'en tinft une
femblable dans la fuite de ces affaires.
Que le Roy avoit jugé apropos
defe fervir de cette precautions
3
du
Temps.
151
afin quefifa Saintetéfe laiffoit aller
aces préventions jufqu'à employer
les armesfpirituelles de l'Eglife, au
prejudice des Sujets & des Etats de
Sa Majefté , Monfieur le Procureur
General arrestaftpar cet Acte toutes
les procedures Ecclefiaftique d'un
Pape irritécontre la France, & que
L'appel au futur Concile general, qui
felon nos maximes fondamentales
est reconnu fuperieur de tout eftat
& de toute Puissance Ecclefiastique
,fans exception , mefme de celle
du Pape , fufpendift tous les effets
defa mauvaife volonté , ou les rendift
inutiles. Que Monfieur l'Official
avoit donné Acte de cet Appel à
Monfieur le Procureur general , qui
L'en avoit requis au Tribunal defa
Jurifdiction , où ce Magistrat lay
avoit encore demandé les Lettres que
l'on nomme Apoftres , pour pourfuivre
cet Appel en temps & lieu .
2
G
4
152 Suite des Affaires
Mr l'Archevefque de Paris
ajoûta, en continuant d'adreffer
la parole aux Archevefques
& Evefques prefens , que le Roy
ne doutoit pas qu'ils n'appriffent.
avec plaifir la fage précaution de
cette procedure Ecclefiaftique qui
raffeuroit les confciences les plus
timbrées , mettoit les chofes dans
les Regles, prevenoit mefme les troubles
que Sa Majesté fçauroit d'ail
leurs diffiper par la force & par la
justice de fes Armes , mais qu'il
atendoit de leur Kele & de leurfidelité
qu'ils employeroient dans leurs
Diocefes leurs inftructions & leurs
foins , pour faire entendre à fes
Sujets la prudence & la moderation
de fa conduite. Que Sa Majesté
eftoit perfuadée , que connoiffant
parfaitement , comme ils faifoients
la difference qu'il y a entre ces
demeflé de Religion & une guerre
du
Temps. 1-53
purement temporelle , ils fçauroient
lever les alarmes des perfonnes les
plusfcrupuleufes, & diffiper les effets
de la malignité de ceux quiferoient
les plus malintentionnez contre fon
Service & le repos de l'Estat. Que
le Roy luy avoit encore commandé
de donner fes ordres à leurs Agens ,
pour faire entendre fes intentions
aux autres prelats abfents , quinonobftant
leur éloignement auroient
par ce moyenl'avatage departiciper
à l'honneur qu'ils recevoient. Quan
furplus , Sa Majesté ne doutoit pas
qu'ils n'employaffent leursprieres
pour rendre la Paix generale à la
Chreftiente, & cette bonne intelli..
gence entre fa Sainteté & le Roy ,
pour laquelle Sa Maiefté avoit fait
tant d'avances . Que le Roy n'epargueroit
rien de fon costé qui fuft
iufte raisonnable , pour venir à
bout de ce deffein , & qu'il avoit ·
G&S
ན་
154
Suite des Affaires
fuiet d'efperer qu'eftantfoutenu de
fa valeur & de leur ele , Dieu
exauceroit fes voeux & beniroit
pleines mains fes intentions & fa
picté.
Ce Difcours eſtant finy , la
Compagnie d'une voix commúne
& unanime pria Monfieur
l'Archevefque de Paris de
remercier tres humblement Sal
Majefté de l'honneur qu'Elle
luy faifoit de luy donner part
de ce qui s'eftoit fait & paffe
dans les affaires importantes ,
contenues dans les Actes dont
on venoit de faire la lecture , ne
pouvant mieux faire en ce rencontre
, que derepondre à cette
faveur par des voeux, afin qu'il
pluft à Dieu d'infpirerau Pape
dans cette occafion des fentimens
de paix , par des Eloges .
de la pieté du Roy ; par de
2
du
Temps . 155
tres -humbles actions de gracès
, & par des applaudiffemens
refpectueux à la fage
conduite de Sa Majeſté .
Le 2. Octobre Meffieurs les
Abbez de Villars & Philypeaux
, Agens generaux du
Clergé, écrivirent une Lettre
Circulaire à Meffieurs les Archevelques
& Evefques du
Royaume, & en leur envoyant
à chacun la copie du Procés
verbal , pour leur apprendre
tout ce qui s'eftoit paffé dans
l'Affemblée , ils leur marquerent
qu'ils y verroient les intentions
du Roy , & la manicre
pleine d'eftime & de di
ftinction avec laquelle Sa
Majefté en avoit ufé envers le
Clergé de France ; qu'Elle ne
s'eftoit pas contentée de faire
part des affaires prefentes aux
,
G. 6
156
Suite
des Affaires
Prelats qui s'étoient trouvez
auprés d'Elle , qu'Elle avoit
youlu honorer de la même grace
tous ceux de fon Royaumeen
particulier , en ordonnant
aux Agens Generaux du Clergé
de France , de leur rendre
compte de tout ce qui s'é
toit paffé , & de leur en envoyer
les actes .
Le 4. d'Octobre , Mr le
Doyen de l'Eglife Metropolitaine
de Paris , ayant efté
convié de fe rendre auprés de
Mr l'Archevefque
, pour une
affaire importante , ce Prelat
luy fit entendre que le Roy
perfuadé de la fidelité de
Meffieurs du Chapitre , & de
leur attachement à fon fervice
, defiroit leur faire part
de la conduite qu'il avoit tenuë
à l'occafion des difficuldu
Temps:
1572
tez furvenuës entre Sa Ma
jetté & noftre Saint Pere le
Pape ; qu'il eftoit chargé de
fes ordres pour les commu
niquer au Chapitre , & qu'il
le prioit de le convoquer pour
luy envoyer des Deputez
furquoy Mr le Doyen temoigna
que la Compagnie pleine :
de zele pour Sa Majefté , iroit
toûjours au devant des occafions
pour luy en donner des
preuves , & affeura Mr l'Archevefque
qu'elle s'affembleroit
le lendemain. Cela fut :
executé , & Mrs du Chapitre
s'eftant affemblez extraordinairement
le jour fuivant
nommerent pour Deputez
Mr le Doyen , Mrs les Archidiacres
de Paris & de Jofas ,
Mr le Chancelier , Mr le Pe
nitencier , & Mrs Gaudin , le
158 Suite des Affaires
Gendre , de la Barde , Courcier
, Benard , Petit - pied ; de
la Roche & Boyeter , tous
Chanoines. Lors qu'ils fe furent
rendus au Palais Archiepifcopal
, pour eftre informez
des intentions du Roy , Monfieur
l'Archevefque leur dit ,
Qu'ils avoient déia fceu que Monfieur
le Procureur General avoit
interietté un appel au futur Concile,
tant des griefs qu'on avoit rèceus ,
que deceux que l'on pouvoit craindre
de la partialité du Pape dans
le temps defon Pontificat . Que Sa
Maiefté ayant fait l'honneur à
Meffieurs les Archevefques &
Evefques qui s'eftoient trouvez à
Paris pour les affaires de leurs Eglifes
, de leur communiquer cet Acte,
Sa Maicfté par une estime particuliere
pour le Chapitre de Paris ,
vouloit leur faire la mefme grace.
du
Temps.
159
Qu'il ne s'arrefteroit point à leur
parler , ny de la nature de cet appel
, ny du grand nombre de fuiers
qu''oon avoit eus de l'interietter.Que
des gens auffi éclaire qu'eux ne
connoiffoient que trop , foit par leurs
propres reflexions , foit par l'histoire
du passé , que iamais il n'y cut de
remede plus efficace & plus doux ,
pour guerir , ou pour defarmer la
paffion des Papes , fans bleffer en
quoy que ce foit , ny la veneration
profonde qu'on doit à leur Dignité,
ny donner d'atteinte au respect qu'on
doit mefme à leurs perfonnes . Que
le Pape eftant prevenu en faveur
des Ennemis de l'Estat , & toujours
inflexible dans fes fâcheufes preventions,
le Roy n'avoit pú trouver
un plus fage temperameni , ny un
moyen plus innocent pour ofter à fa
Sainteté ou la volonté de luy nuire,
ou le pouvoir d'executer cettè mau »
1.60 % Suite des Affaires
vaife volonté. Que le Chapitre de
Paris ayant donné dans tous les
temps tant de marques, & fi figna.
lées d'un zele ardent pour la gloire
de la Couronne , & unefincere fidelité
pour nos Kois Tres Chreftiens
Lexperience du paffé eftoit une af
Seurance & ungage pour le prefent,
& qu'ainfi on eftoit bien perfuade
que quelque chofe qui pust arriver,
le Chapitre auroit toûïours un tresprofond
respect,& un attachement
entier & inviolable pour le plus ·
Lage & le plus pieux de tous nos.
Rois.
Mr le Doyen à la teſte des
Deputez ayant répondu en
termes pleins d'affeurance &
de demonſtrations de leur
profond refpect pour les ordres
de Sa Majefté , tous enfemble
témoignerent à Mr
Parchevefque qu'ils en aldu
Temps:
161.
loient rendre compte à leur
Compagnie , & qu'ils luy en.
apporteroient la réponſe enfuite.
Le Chapitre fut affemblé
ce mefme jour par une
convocation generale , & l'af
faire ayant efté miſe en de-:
liberation , il fut conclu par
un confentement unanime
que Mr l'Archevefque feroit.
tres humblement fupplié de
témoigner au Roy , que la
Compagnie eftoit entierement
fenfible à l'honneur
que Sa Majefté luy avoit fait
d'avoir bien voulu luy donner
connoiffance des motifs .
de fa conduite toute pleine
de Religion , de mode .
ration & de pieté comme.
auffi de luy faire communi
quer l'acte d'appel que Mr.
le Procureur General avoit
162 Suite des Affaires
interjetté par une précaution
neceffaire dans la conjoncture'
prefente ; qu'ils redoubleroient
leurs prieres pour la
confervation de la perfonne
facrée de Sa Majefté , & pour
l'heureux fuccés de fes deffeins.
Qu'ils prieroient Dieu
avec la mefme ardeur qu'il luy
pluft d'infpirer à Sa Sainteté
les fentimens qui conviennent
à fa qualité de Chef de l'Eglife
, & de Pere commun de tous
les Fidelles . Que comme leurs
Predeceffeurs en de femblables
occafions avoient efté en leur
nom appellans des entrepriſes
que la Cour de Rome avoit
voulu faire contre les droits
du Roy , & les libertez de l'Eglife
Gallicane , ils croiroient
manquer à leur devoir , fi fous
le regne d'un Prince , à qui
du
Temps. 163
l'Eglife & la Religion eftoient
fi
redevables
, ils n'eftoient
pas animez du mefme zele .
Que le Chapitre agiroit par
toutes les voyes canoniques
& legitimes , mefme en adherant
à l'Appel interjetté par
Monfieur le Procureur General
, quand il plairoit à Sa Majefté
de luy en donner la permiffion
, & que Monfieu
NZ
chevefque feroit tres humblement
fupplié de prefenter
ou d'envoyer à Sa Majefté
l'extrait de cette deliberation
ſcellé du Sceau du Chapitre.
La mefme chofe fut obfervée
à l'égard de Meffieurs les
Curez de la Ville & des Fauxbourgs
de Paris.Ils fe rendirent
à l'Archevefché le 7. Octobre ,
& cet illuftre Prelat leur dit
Qu'ils avoient déia fccu par la voix
164 Suite des Affaires
publique le mal que l'on devoit
craindre, & lafage precaution que
le Roy avoit prife pour le détourner,
ou pourleguerir. Que la Lettre
de fa Maiefté à Monfieur le
Cardinal d'Eftrées avoit fait connoiftre
à tout le monde tous les fu
iets qu'Elle avoit de fe plaindre
de la mauvaife difpofition du Pape,
Que toute cette fuite de querelles
que les Miniftres du faint Pere
avoient faites à la France depuisfi
Longtemps , auroit laße la patience
de tout autre Prince du Roy,
que
que cependant fa Maiefté auroit
facrifié avec joye fes plus iustes
reffentimens , fi le faint Pere , non
content de ne luy iamais rien accorder
, n'euft embraßé publiquement
le party de fes Ennemis , &
fait encore des menaces de porter
les chofes plus loin. Que dans ces
temps fâcheux , les fimples &
du
Temps,
165
Les foibles pouvoient fe faire des
fcrupules , & des gens mal intentionnez
, faire fervir ces fcrupules
à fuborner l'obeiffance & la
fidelitè des fimples. Que Dieu
mercy , le Public n'avoit rien à
craindre de Perfonnes auffi eclairées
& auffi bien intentionnées qu'ils
l'eftoient. Qu'ils avoient tous trop
de lumieres pourne pas demeler que
la Keligion n'avoit point de part
dans la querelle prefente. Qu'ils ne
manqueroient pas en cette occafion
de donner à fa Maiefté des marques
publiques & éclatantes d'un
attachement inviolable , & de la
infte reconnoiffance que toute l'Eglife
luy devort, tant des bienfaits
qu'elle en avoit receus , que de ceux
qu'elle en pouvoit attendre ; mais
que parmy les Peuples qui eftoient.
foumis à leur conduite , comme il
pouvoit s'y rencontrer des fimples
166
Suite des Affaires
& des foibles & des gens mal intentionnez
, 'il eftoit de leur devoir
de diffiper par leurs lumieres les
fcrupules desuns , & de confondre
par leurzele la partialité des autres.
Quepour calmer l'inquietude
des premiers , & faire rentrer les
fecondsdans de plus iuftes fentimens
, les Roy avoit permis à MỸ
le Procureur General d'interietter.
au futur Concile general & oecumenique
un Appel extra -judi.
ciaire , de tout ce que fa Sainteté
auroit pu faire par le paffe , &
pourroit faire dans lafuite au defavantage
du Royaume , & des
liberte de l'Eglife Anglicane.
Qu'ils fçavoient que cette forte
d'appel , felon même tous les Con
ciles , rendroit abfolument nulles
toutes les cenfures qu'on fulminoit
au preiudice de cet Acte . Qu'à la
veritépour le rendre infté & legi
du
Temps.
167
time il falloit qu'on euft fuiet de
plainte contrele luge dont on appeloit
, & qu'il euft un Superieur
qui puft iuger de ces plaintes.
Qu'on fe trouvoit
evidemment
dans l'une & dans l'autre de ces
circonstances. Qu'on ne pouvoit
avoir plus de fujets de plaintes du
cofté du Roy , que ceux que fa Ma
ieſté avoit fait connoiftre dans fa
Lettre à Monfieur le Cardinal d'EStrées
; que felon nos maximes &
Lancienne Doctrine de la France®
le Concile
Oecumenique avoitfur la
perfonne des Papes une autorité
Superieure , & qu'ainsi c'eftoit à ce
feul Tribunal qu'on pouvoit porter
Les plaintes lors qu'elles estoient
juftes & legitimes . Que Sa Majeftè
attendoit de la fidelité & du
zele fincere de tous les Curez de
Parus , qu'ils infinuaffent à fes Sujets
qui eftoient foumis à leur con-
>
168
Suite des Affaires
duite des fentimens fi raisonnables
Que poury reaffir avec plus defuc
cez ils devoient non feulement s'y
apliquer eux mefmesavec beaucoup
de foin , mais encore faire infpirer
la mefme chofe par les Eccle
fiaftiques qui confeffoient & prefchoient
dans leurs Paroiffes ; que
comme jufques alors ils a
donné des marquesfinceres de leur
Soumiffion on avoit fuiet d'eftre
perfuadé que dans cette occafion
ils renouvelleroient avec plaisir ces
mefmes temoignages d'une entiere.
fidelité envers Sa Majesté , & d'une
parfaite obeissance aux ordres de
leur Archevefque.
Ce docte Prelat ayant finy
fon difcours , Monfieur Cordelle
, Curé de Sainte Geneviefve
des Ardens , & Doyen des Curez
de paris luy répondit au
nom de tous fes Confreres.
Qu'ils
du
Temps.
169
Qu'ils eftoient tous convaincus de
lafincere intention du Roy , de demeurer
inviolablement uni au faint
Siege , comme au centre de l'Unité
del Eglife , & d'en conferver les
droits , l'autorité & les prerogatives
avec le mesme zele qu'il les
avoit foutenues dans des occafions
importantes. Qu'il l'avoitfait publierpar
l'appelde Monfieur le Procureur
General qui en avoit recew
l'ordre, qu'ilen avoit fait desproteftations
dans la Lettre écrite à
Monfieur le Cardinal d'Eftréespour
en affurerfa Sainteté , qu'il l'avoit
encore confirmé par le Manifefte
qu'il avoitfait publier qu'avant
tout cela il n'avoit rièn obmis de.
de tout ce qui pouvoit affeurer le
Pape de fon respect filial qu'il luy
rendoit & luyfaifoit rendre parfes
Sujets , lors mefme que Sa Majesté
Tome II. H
179 Suite des Affaires
n'agiffoitpas avec luy en Pere com
mun. Qu'aprés toutes ces protefta
tions & les grandes avances que Sa
Maiefte avoit faites , Elle n'eftoit
que trop convaincuë de la Partia-
Lité du Pape & defon attachement
à la Maifon d'Auftriche & du
grand éloignement de fe réunir
avec Sa Majesté. Que dans cette
facheufe conioncture Louis le Grand
nous donnoit un admirable exemple
de fa pieté & de fa moderation
, perfuadé qu'il estoit que les
droits de fa Couronne eftoient moins
à menager pour luy , que ceuse
du Ciel. Que fa puissance luy
offroit des armes victorieuses pour
Jurmonter tous les obſtacles & bumilier
fes ennemis , & qu'il ne
Léontoit plus. Qu'il préferoit la
moleration qui luy donnoit des vojes
plus douces plus éclairées &pluspru
сеих
du
Temps. 171
dentes . Qu'ilfe contentoit desproce
dures canoniques ufitées dans la difcipline
Ecclefiaftique , qui estoient
L'Appel aufutur Concile Oecumeni
que. Que cet Appel n'estoit pas une
chofe nouvelle,puis que les Hiftoires.
en fourniffoient des exemples . Qu'il
rendoit inutile , & annulloit tous
ce quela prevention pouvoit avoir
fait, ou pourroit faire. Qu'il tenoit
tout en eftat , & confervoit tous
les droits de fa Couronne fans
effufion de fang, fans troubler le
commerce ny la Paix , & donnoit
Le temps & l'occafion aux Parties
de prendre des mesures d'accommodement.
Qu'il avoit toûjours efté
jugé neceffaire & iufte par les
plus fages du Royaume & les
plus attachez au Saint Siege.
Qu'une conduite fi douce & fi
éclairée devoit faire confiderer
H 2
172 Suite des Affaires
fa Maiefté comme le centre de
toutes les vertus qui avoit é
touffé en Elle toutes fes paffions
& qui en repandoit furfon Peuple
les heureufes influences comme
le Pafteur charitable de tous
fes Suiers >
maintenant les uns
dans le centre de l'unité de l'eglife
par fon attachement inviolable
au faint Siege , & ”
faifans rentrer les autres qui s'en
eftoient miferablement feparez.
Que c'eftoit dans cette venë
qu'ils devoient le prendre pour
leur modelle, fuivre fes lumieres,
imiter fa conduite , & diffipant
les vains fcrupules des confcienees
ignorantes ou trop timorées
maintenir avec ce Prince dans
le repos dans la tranquillité
interieure fes Sujets que la Providence
divine avoit foumis à
du
Temps.
173
leur conduite fous les ordres de
leur Illuftre Archevefque. Qu'ils
ne pouvoient douter de l'équité
de ce procedé , puis que le Roy.
avoit efté affisté des confeils du
plus éclairé des Prelats
eftoit la fource d'où ils devoient
puifer les lumieres de leur con
duite , Quecomme il eftoit l'ame
qui animoit tout fon Diocefe , ils
en
qui
recevoient le mouvement.
Qu'ils eftoient donc tous infeparables
de leur Zelé Prelat , tous
attache aux interefts de noftre
Augufte Monarque. Que leur
Soumillon & leur fidelité pour
L'un & pour l'autre feroient inviolables
& qu'ils eftoient
prefts d'adherer à l'Appel interjette
au futur Concile comme
Mrs du Chapitre de Nostre
Dame de Paris avoient fait , &
"

HI
174 Suite des Affaires
de fairé telles autres procedures
qu'on jugeroit neceffaires.
Meffieurs les Curez ayanc
approuvé par un fentiment
unanime la réponſe de leur
Doyen , chacun d'eux en particulier
affeura Monfieur l'ar
chevefque de fa parfaite obeiffance
à faire exccuter ſes or
dres & d'une fidelité inviolable
pour les interefts de
l'Etat , & du ſervice de S.M.
Le mefme jour , tous les
Chefs des Chapitres & les
Superieurs des Communautez
Seculieres & Regulieres d'Ho
mes & de Filles , qui avoient
auffi receu ordre de fe trouver
Al'Achevefché , s'y eftant rendus
, Monfieur l'Archevefque
leur dit avec fon éloquence
ordinaire . Que les Evefques n'é
+
vodudu Temps
.
175
tant élevez dans des pofles eminents
qu'afin de voir les chofes do plus
loin ,felon la belle Parole de S. Au
gustin , ileftoit jufte quand découvrant
les orages avant qu'ils fondiffent
fur lateste de leurs Trea
peaux , ils ne penfaffent qu'à les
écarter. Qu'il nefalloit pas s'eftonner
fi dans la conjoncture preſente
ilavoit fait aſſembler tous les Chefs
desChapitres Communautez,afin
de leurcómuniquer les mefures que
L'on avoit prifes pour détourner ou
diffiper la tempefte qui les menafoit.
Qu'à la verité l'orage n'eftoit
point encore fermé , mais que le
Pape parce qu'il avoit dit plus
d'une fois aux Miniftres de fa
Maicfté donnant uniuftefujet de
craindre , quepreveni de paffion ,
& animépar les Ennemis de l'Estat,
`ileftoit de laprudence d'un Prelat
H
4
176 Suite des Affaires
de prendre de bonne heure defages
precautions fur un point fi impor
tant. Que le Roy n'avoit rien à
craindre de ces foudres à l'ombre,
non feulement de fes lauriers , &
d'un Trône auffi élevé qu'est celuy
de nos Roys , où la pieté éclatoit de
toutes parts ,
mais encore d'une
infinité de bienfaits , que l'Eglife
engeneral & celle de France en
particulier avoit recens de fa protection
ou de fa liberalité. Que
comme cegrand Prince avoit pour
fes Peuples une tendreffe de Pere ,
il vouloit auffi les raffeurer , & les
mettre en estat de voir ces éclairs
fans en estre éblouis ; & d'entendre
gronder le tonnerre dans une
grande tranquillité. Que fa Majesté
y avoit pourven par l'Appel
extraiudiciaire qu'il avoit permis
Monfieur le Procureur General
-5
du Temps.
177
du Parlement , d'interjetter aufu
tur Concile General.Que c'étoit-là
Le grand Tribunal où l'on devoit
porter d'auffi grandes plaintes
d'autant que l'on avoitreconnu par
L'experience des Siecles paffez
qu'il n'y avoit point de meilleur
moyen pour concilier les volontez.
& redonner la paix aux efprits¦les
plus agitek Que perfonne n'ignoroit
que cette forte d' Appel , de
l'aveu de tous les Docteurs „ lioit
tellement la puissance de fuge dont
on appelloit , que les cenfures qu'il
fulminoit & tous les Actes qu'il
pouvoit faire aupreiudice de l'Appel
, eftoient abfolumentnuls. Que
ce n'eftoit point un Sentiment qui
fuft particulier aux Docteurs de ce
Royaume , mais une maxime com
mune , avouée par les Canoniftes &
Les Theologiens Seculiers & Regu
HS
178 Suite des Affaires
liers , de tout Pays , & de tous
Ordres. Que cette fage prevoyance
rendant nulles par avance les cenfures
dont le Pape voudroit troublernoftrerepos
, il fembloit que ce
feroit affez de repandre de tous
coftez des copies de cet Appel. Que
cependantcomme ilfe trouvoit dans
le mondetrors fortes de perfonnes ,
tes ignorans , les foibles , & les gens
prevenus , il falloit , pourfeconder
les bonnes intentions de l' Appel, que
les Superieurs & ceux quifous leur
conduite où annonçoient la parole
de Dieu , ou dirigeoient & confeffoient
fes Diocefains , euffent
dans cette occafion trois principales
qualitez , des lumieres pour éclai
rer les ignorans , de lafermeté pour
fouftenir les foibles , & de la fide
litepourretenirceux qui s'égaroient
de leur devoir. Que grace à Dieu,
du Temps.
179
ilavoit ven avec beaucoup de plaifir
par une heureuſe experience que
ce concours de qualitez fe rencontroir
parfaitement dans les Supe
rieurs des Communautez de Paris ,
& dans ces dignes Ouveriers quitravailloientfous
eux, Qu'il y avoit
dans tous les Corps d'excellens hom--
mes en toutes manieres d'une auffi
grande capacité que d'une fidelité
inviolable enverste Roy. Qu'ainft
il efperoit qu'il auroit la jope de
buy dire ce que le Cardinal de Ri
chelien écrivoit au few Roy Louis
XIII. d'heureuſe memoire , que
jamais il n'avoit trouvé plus de
fidelite que dans le Clergé de Paris,
dans la Faculté de Theologie , &
dans toutes lesCommunaute de cess
te grande Fille. Qu'il les exhortois
afin d'executer fes ordres , d'avoir
foin queleurs Confeffeurs & leurs
H.6
180 Suite des Affaires
E
Predicateurs fiffent entendre au
Peuple dont il leur avoit confié la
conduite & le falut , que ces que
relles que l'on nous faifoit , ne regardoient
que le temporel & les
interefts des Princes , & nullement
la Religion. Qu'ils eftoient obligez.
encette rencontre de r'affeurer les.
aònſciences , s'ily en avoit d'affe
timorées , pour se faire une vaine
peur. Que ce n'estoit pasfans raifon
qu'il leur difoit, s'il y en avoic
puifque tout le monde en general
eftoit fi perfuadé de la pieté du
Roy & de la Iuftice de fes armes,
qu'on auroit peines à trouver un
Particulier qui paruft mesme en
douter. Qu'enfin ils devoient recom ~
mander à leurs Penitens d'avoir.
toûjours pour le Saint Pere une
grande veneration , d'avoir pour
Sa Majesté un très-profond respect.
du Temps.
181
une obeiffance parfaite , & unefidelite
incorruptible , & que c'effort.
Le moyen de vivre tranquille , bon
Catholique, & bon François . Qu'an
reste ils ne pouvoient manquer en
faivant un celebres fi feur. Que de
celebres Compagnies l'avoient déia
frayé avant eux , puifque Meffieurs.
du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
& Meffieurs les Curez de
Paris leur en avoient donne l'exemple...
e
Lors que Monfieur l'Archevefque
eut achevé fon difcours
, Dom Claude de Bretagne
, Prieur de l'Abbaye de
S. Germain des, Prez , & en
cette qualité grand Vicaire né
de ce Prelat dans le Fauxbourg,
S. Germain , luy répondit au
nom de toute l'Affemblée , Que
las, Communautéz Seculieres &
182 Suite des Affaires

Regulieres de fon Eglife de Paris ,
pour estre feparées du grand monde
n'avoient pas laißé d'apprendre ·
infqu'où nostre invincible Monar
que avoit porté fon inviolable at
tachement pour le faint Siege:qu'il
en avoit donné des marques trop
publiques & trop éclatantes pour
Lesignorer , mais qu'en mefme temps
toutes ces Communaute avoient
gemy devant Dieu de voir que le
Saint Pere euft rendu inutiles tant\
de respectueufes démarches de la
part de Louis le Grand , & que
Romefe fuft toujours éloignée à mez³.
Sure que la France s'approcheit.
Que neantmoins la moderation du
Roy n'enavoit jamais eštény vain.
cue ny laßée. Que toulours Grand
toujours heureux , &toujours vainquear
, il avoir laiffé tout fon pouvoir
arrêtéoufufpendu en fesmains.
du
Temps
183
Qu'il fe contentoit de demander
justice à l'Eglifepar les voyes Cano-~
raques , luy qui auroit pû fe la faire
rendre par d'autres voyes justes &
legitimes. Que c'eftoit un bel exem
ple de la part qu'ils devoient pren-:
dre à la tranquillité de l'Eglife &
de l'Eftat , comme des plus foumis
& des plus Klez Sujets defa Majesté.
Qu'il efperoit qu'il ne feroit
que l'interprete des Chefs des Cha-.
pitres & des Superieurs des Com
munautez's quand il affeureroit
Monfieur l'Archevefque que chacun
d'eux pour leurs Corps , & lugë .
pour le fien , ils eftoient prefts
d'adherer à l'appel interjetté au
futur Concile Oecumenique , & de
donner leur nom à toutes les proce –
dure's canoniques : & neceffaires .
Que Meffieurs du Chapitre de Nofire.
Dame, & Meffieurs les Cure
184
Suite des Affaires
¿
de Paris leur avoient déia frayé le
chemin où ils devoient entrer, mais
que ce qui faifoit leur feureté &
lear gloire , c'eftoit d'efire prefidez
par un tres- illuftre Prelat , qui n'étoit
pas moins à fuivre dans fes
confeils , qu'à admirer dans fa profonde
doctrine.
Le Pere Prieur de S. Germain
des Prez ayant ceffé de
parler , tous
, tous les Chefs , des.
Chapitres , & tous les Superieurs
des Communautez Seculieres
& Regulieres déclarerent
d'un confentement unanime
qu'ils adheroient à
fes fentimens & à fes conclufions
. Outre cela , ils témoignerent
tous en general
& chacun en particulier
qu'ils avoient bien de la doufeur
de la partialité du Pape ,
du
Temps.
185
Qu'ils feroient des prieres
pour le rétabliffement d'une
parfaite intelligence entre Sa
Sainteté & le Roy. Que cependant
, quoy qu'il arrivaft,
eux & toutes leurs Compa
gnies ; en gardant beaucoup
de refpect pour le Saint Pere
demeureroient toujours in-
Violablement attachez au fervice
& aux intereſts de Sa
Majelté , & qu'ils fupplioient
tres - humblement Mr l'ara
chevefque de l'en vouloir
bien affeurer. On ne peut trop
admirer l'éloquence de cet
Illuftre Prelat dans ce que je
viens de vous rapporter des
differens Difcours qu'il a faits
en cette importante occa →
fion
Le mefme jour 7. Octobre,
186
Suite
des Affaires
Mr le Tréforier de la Sainte
Chapelle , à qui ce mefme
Prelac avoit fait donner part
des ordres qu'il avoit receus
du Roy de faire affembler
toutes les Compagnies &
Communautez™
Ecclefiaftiques
de la Ville de Paris pour
leur faire voir la Lettre de Sa
Majefté à Mr le Cardinal
d'Entrées , & l'acte d'appel
interjetté par Mr le Procu
reur General , convoqua extraordinairement
à l'iffuë de
Vefpres Mr le Chantre &
Mrsles Chanoines , & aprés
la lecture faite de ces deux
picces , il dit qu'ils wenvient
d'entendre ce qui s'eftoit paſſé
entres noftre Saint Pere le Pape
& le Roy , à l'occafion des af
faires qui eftoient à la veille de
du
Temps.
187
troubler le repos de la Chrestiente
& qu'il s'affeuroit qu'à ce recit il
n'y auroit perfonne qui n'admiraft.
Lamoderation que fa Maiefté avoit
toûjours confervée dans tous les
fuiets de mécontentemens qu'Elle
avoit receus de la Cour de Rome,.
&la patience avec laquelle Elle.
avoit bien voulu attendre qu'ilplaft
à Dien d'inspirer au Pape des Jentimens
plus convenables à la place
qu'il occupoit , & aux conjonctures
prefentes des affaires . Que c'eftoit
en effet de cette fagesse que nous
voyions éclater dans toutes fes
actions ,& par laquelle il étoit au
deffus des autres hommes , autant
gae par l'étendue de fa puiffance.
Que toute l'Europe l'avoit veu dans
Le temps que la fuperiorité de fes
armes , & la foibleffe de fes Enne
mis luy donnoient le plus de liew
3
"
188
Suite des Affaires
d'étendre fes conquestes , preferer
une paix utile à la Chrêtienté aux
avantages certains d'une guerre legitime
, dans la veuë d'excenter
comme il avoit fait depuis fi heu-.
reufement , legrand & pieux deffein
qu'il avoit formé de bannir entierement
l'Herefie de fon Royaume..
Que tous les Peuples nos Voifins
avoient efté témoins comme nous
de la tranquillité , & même du
plaifir avec lequel il avoit regardé
dans les dernieres années tous les
heureux fuccés qu'il avoit pleu à
Dieu de donner aux armes de l'Empereur
contre les Infidelles,pendant .
que les interêts de fon Eftat , & les
regles d'une Politique ordinaire
auroient deu luy faire prendre des
mefures pour en empefcher le progrés.
Qu'il paroiffoit fans doute
extraordinaire , & même inarojadu
Temps.
189
ble , que le Pape euft ufé de tant de
dureté envers un Prince fi pieux &
felé pour la Religion , & que bien
Loin de favorifer fes juftes deffeins,
il fuft entré ouvertement dans les
interefts des Princes les plus Ennemis
defa Couronne , au hazard de
rallumer une guerre cruelle entre les
Chreftiens , & d'arrester le cours de
leurs victoires , lors que l'Empire
Othoman eftoit fur le point de fon
entiere ruine. Que fa Compagnie
devoitgemir d'unfigrand malheur
avec tous les gens de bien , afin qu'il
plenft à Dieu de tourner fur les
Ennemis du nom Chreftien tous les
maux dont nous eftions menacez
, en infpirant au Pape des
fentimens plus conformes àfa qualité
de Pere commun des Fidelles.
Que cependant pour fatisfaire
À ce que demandoit d'eux le
1༡༠ Suite des Affaires
zele qu'ils devoient avoir pour la
confervation des libertez de l'Eglife
Gallicane , & pour la tranquillité
de ce Royaume,& donner en meſme
temps au Roy de nouvelles marques
de leur foumiffion & de leur attachement
particulier àfa Perfonne
Sacrée , il croyoit qu'ils devoient
adherer à l'Acte d'Appel interjetté
par Monfieur le Procureur
General aufutur Concile univerfel,
conformement à l'usage pratiqué
depuis plufieurs ficcles en de fem
blables rencontres , & en France,
& en d'autres Royaumes Chreftiens
eftant d'ailleurs obligez d'offrir inceffamment
leurs prieres pour l'affermiffement
de la Paix & du
repos de la Chreftienté , & pour
l'accompliffement des bons & juftes
deffeins du Roy,
#
Aprés ce Difcours la Comdu
Temps.
1
pagnie remercia Mr le Treforier
de les avoir affemblez
pour leur communiquer la
Lettre du Roy à Mr le Care
dinal d'Eftrées ; & l'Acte
d'Appel interjetté par Mr le
Procureur General , & decla→
ra qu'elle eftoit prefte d'adherer
à cet: Acte en tant que
befoin feroit , cftant attachée
infeparablement, au Corps de
l'Eglife Gallicane , & à la perfonne
facrée de Sa Majesté ,
en qualité de fes Commenfaux
, & devots Orateurs
Gardes du Trefor de la Sainte
Chapelle , où ils contimueroient
fans ceffe leurs
prieres pour la confervation
de fa fanté , de toute la Maifon
Royale , de la paix de
T'Eglife , & de la profperité
de l'Etat.
192 Suite des Affaires
On voit par tous ces Ac
tes que le Parlement , & tous
les Ordres du Clergé concou
rent unanimement pour une
chofe dont ils reconnoiffent
tous la juſtice , perfonne n'ignorant
que cette forte d'Appel
, de l'aveu de tous les
Docteurs , lie tellement la
puiffance du Juge duquel on
appelle , que les Cenfure's
qu'il fulmine , & tous les Actes
qu'il peut faire au préju
dice de cet Appel , font ab
Lolument nuls .
Le jour fuivant 8. Octobre,
l'Univerfité de Paris s'eftant
affemblée aux Mathurins en
tres -grand nombre , & tous
les Maiftres & Docteurs , tant
Seculiers que Reguliers qui
la compofent , s'y eftant trouvez
du
Temps.
193
vez pour entendre ce que Mr
le Procureur General avoit à
leur dire de la part de Sa Majeſté
, fuivant l'avis que leur
en avoit donné publiquement
M. le Recteur , dans
l'Affemblée tenuë la veille
pourles prieres accoutumées ,
ce Magiftrat fut receu à la
porte de l'Eglife par les Députez
de chaque Faculté , &
lors qu'il fe fut affis dans la
chaifequi luy avoit efté pré- :
parée , il mit entre les mains
de M. le Recteur une Lettre
de cachet avec cette fubfcription.
A nos très - chers & bien
Amez les Recteur , Docteurs , &
Suppoft de nostre Fille Afnée ,
l'aniverfité de Paris . La Lettre
portoit que Sa Majeſté avoit
donné ordre à M. le Procu-
Tome II. I
194
Suite des Affaires
reur General de leur communiquer
les Actes qui avoient
efté faits en dernier lieu fur
les affaires prefentes , pour
mettre fon Royaume & fes
Sujets à couvert des procedures
injustes de la Cour de
Rome , & que voulant bien
leur donner cette marque de
fa confiance , fon intention
cftoit qu'ils ajoûtaffent foy
à ce qu'il leur diroit de fa .
part. La lecture de cette Lettre
ayant efté faite , M. le
Procureur General leur fit un
Difcours tres- éloquent. Il dit ,
Que l'estime que le Roy faifoit de
leurs lumieres, & la confiance qu'il
avoit dans leur affection pour fon
fervice , l'avoient engagé à luy
commander de venir dans leur Affemblée
pour les informer des predu
Temps.
195
cautions
que
la conduite du Pape à
l'égard de Sa Majesté avoit obligé
de prendre , afin de prevenir les
fuites qu'elle pourroit avoir , fi
Dieu par fa bonté n'infpiroit à Sa
Sainteté des fentimens plus équitables
, & plus conformes à la place
où la Providence avoit permis
qu'elle fust élevée. Que fi l'on
jugeoit des fuiets qui avoientformé
ces nuages par les Brefs diferens du
Saint Pere qui avoient paru dans
ce Royaume depuis quelques années ,
par les refus qu'ilfaifoit d'accorder
à un grand nombre d'Ecclefia
ftiquesnomme par le Roy les Bub
Les deplufieurs Eglifes que les Papes
font en droits de donner depuis le
dernier fiecle par la Bulle de Sa
Sainteté concernant les Franchife
des Quartiers où les Ambaſſadeurs
demeurent dans la Ville de Rome par

I 2
196 Suite des Affaires
Sa fa perfeverance à ne pas écouter
celuy que le Roy avoit envoyé vers
Elle , avec l'éclat que la grandeur
de sa Maiefté & la dignité da
faint Siege pouvoient defirer; enfin
par le refus inciy qu'Elle avoitfait
de donner audience à une perfonne
que le Roy avoit chargée en fecret
d'uneLettre defa main , & de fes
ordres particuliers , on ne pourroit
s'empefcher de s'imaginer , que
l'Arche du Seigneur eftoit ébranlée
par des efforts facrileges , que la`
Foy de l'Eglife eftoit attaquée que
L'on vouloit ufurper fes droits ,
étouffer fa liberté , & qu'enfin on
cherchoit à introduire des Pontifes
corrompus , qui y portaffent avec
eux la defolation de l'abomination;
maisque lors que l'on voyoit que le
faint Pere condamnoitfar la plainse
de quelque Religienfes , comme
$
du 197 Temps.
fur une preuve affeurée , la préten
tion qu'il vouloit croire que le Roy
avoit de nommer les Superieurs
d'un Convent vendu peu de mois
aprés pour des dettes tres - legitimes,
& blamoitfur unfondement fi folide
la conduite d'un Archevefque
confiderable par la grandeur de fon
Siege & par le merite de fa perfonme
, quand on confideroit que le
Roy n'avoit fait autre chofe fur le
droit de Regale qu'autorifer par
des Lettres le iugement contradictoire
intervenu fur cefuier dans
fon Confeil , après une procedure de
plus de foixante ans , qui y avoit
efté portée par le Clerge de France,
qu'abandonner en faveur de tous
Les Prelats defon Royaume la par.
tie de ce droit qui pouvoit avoir
quelque chofe de fpirituel , & dont
le Roy faint Louis avoit joui fans:
&
I 3
198 Suite des Affaires
Scrupule , quand cette Declaraion
prefentée au Roy en 1682. touchant
la Puiffance Ecclefiaftique , & qui
donnoit pretexte au refus que faifoit
fa Sainteté d'accorder à ceux
qui l'avoient fignée , les Bulles de
tant d'Eglifes vacantes aufquelles
ils avoient efté nommeż par Sa
Majesté , eftoit comparée avec celle
que le Cardinalde Lorraine fit en
1563. fur le mefmefuiet , fans que
fa Foy devinst fufpecte au Pape
Pie IV. à qui elle estoit adreßée ,
ny à S. Charles Borromée fon Neveu
, quigouvernoit fous fes ordres ,
& dont au moins les Ministres de
Sa Sainteté pourroient fe contenter
d'imiter le Zele & les vertus; quand
on voyoit que le Pape , fans garder
aucune des mesures , mefme de
bienfeance , & comme fila mort
d'un Ambasadeur apportoit queldu
Temps.
SYON
que changement aux Droits de
Maistre , vouloit ofter aux Minif
tres du Roy en Cour de Rome les
Franchifes du quartier où ils demeurent
; quand on confideroit à
quoyfe reduifoient ces Franchiſes &
Les excés où nostrefaint Pere s'eftoit
porté contre l'Ambaffadeur de Sa
Majeftéfouspretexte d'en foutenir
l'abolition , on ne pouvoit croire
qu'il pust trouver étrange qu'on
cherchaft ailleurs que dans des
chofes de cette nature les motifs de
fa conduite à l'égard du Roy & de
fes Sujets ; qu'on s'imaginat que
fon élevation au Souverain Pontificat
n'avoit pas éteint les fentimens
que fa Patrie avoit trop
profondement gravez dans fon
coeur,& quefi l'on donnoit quelques
louanges à fon zele , on fouhaitaft
en mefme temps qu'il l'employalt
14
200 Suite des Affaires
pour desfuiers qui le puffent exciter:
avec plus de inftice . Mais que lors
qu'on jetteroit les yeux , non pas fur
la grandeur ,fur la puiffance , &
fur les Victoires du Roy , mais fur
la pieté de ce Prince , fur fon application
toûjours égale à maintenir
la pureté de la foy ; fur la protection
qu'il donnoit à tous les Prelats
de fon Royaume , pour rendre
leur minifiere plus utile au fervice
de Dien , fur le zele avec lequel Sa.
Majesté employe pour abolir tous les
defordres l'autorité que Dieu luy a
donnée , enfin quand on penfoit que
ce Prince avoitfacrifié tant d'interefts
confiderables au rétablissement
de la feule & veritable Religion
dans fon Royaume , qu'il n'avoit
voulu profiter de la Paix qu'il
venoit de donner encore une fois à
l'Europe , quepour augmenter l'Emdu
Temps.
201
pire de JESUS- CHRIST dans fes
Etats pendant que fes Ennemis gagnoient
des Royaumes entiers , &
détruifoient une Puiffance qui leur
avoit efte fiformidable &fifunefte
iln'étoit paspoffible que la Pofterité
s'imaginaſt que ces Brefs euffent
pu eftre adreffez à ce Prince, &
qu'un Pape qui avoit fait paroiftre
de la pieté , du zéle pour la Religion
, & du defintereffement en
beaucoup de chofes , cuft pû oublier
jufque à ce point les obligations que
luy impofoit fa Place , & la reconnoiffance
que l'Eglife eftoit obligée
d'avoir pour tant de bienfaits
qu'elle avoit receus de ce grandRoy,..
qu'on ne pourroit enfin fe perfuader
que le Succeffeur de ces Pontifes,qui
avoient iuréde gardèr une alliance·
eternelle avec nos Rois , & quifai
foient lire leurs Lettres dans les
L S
202
Suite des Affaires
Affemblées du Clergé & du Peuple
de Rome , s'engageaft avec les Ennemis
de l'Heritier de ces Princes,
& refufat de recevoir fes Lettres,
& d'écouter fes Miniftres.
Que fi cette conduite du Pape
donnoit à l'Europe un grand fujet
d'étonnement , la moderation
avec laquelle le Roy avoit bien
voulu la fouffrir durant tant d'années
, ne luy donneroit pas un moindre
fuiet d'admiration . Que le
Sang Illuftre de tant de Rous qui
couloit dans les veines de ce Prince,
La dignitéde fa Couronne , fa grandeur
, fa pu fance , la gloire de
fes Triomphes , la paix donnée
plus d'une fois à fes ɛnnemis , com_
battoient dansfon coeur cette moderation
, que la Religion feule
& le respect qu'il avoit pour fes
Miniftres la foûtenoient contre dess
du
Temps.
203'
motifs fi puiffans ; mais que lors
que le Roy avoit veu l'idée , que
Sa Sainteté prenoit de cette patience
, l'ufage qu'elle en faifoit , &
Les engagemens publics qu'Elle avoit
pris avec fes Ennemis , Sa Maiefté
n'avoit pu refifter davantage à l'obligation
que Dieu luy avoit impofee
& aufermentfolemnel qu'Elle
avoit fait dans fon Sacre de conferver
la dignité de fa Couronne
& de maintenir le repos dont fes
Sujets jouiffent fous fa protection..
Que l'Univerfité feroit beaucoup
mieux informée de ces faits importans
par la lecture de la Lettre que·
le Roy avoit écrite à Monfieur le
Cardinal d'Eftrées , qu'Elle ne le
pouvoit eftreparfesparoles; qu'ainfi
ilfe contenteroit de dire à la Compagnie
quele Roy ayant fait decla
rer au Pape , que Sa Majesté con-
1 6
204 Suite des Affaires
trainte de le regarder à l'avenir
comme un Prince engagé avec fes
Ennemis , ne pouvoit plus le reconnoistre
pour Fuge de toutes les af
faires où Elle pourroit avoir intereft.
Que pour luy il avoit cru qu'il
eftoit de fon devoir d'affeurer encore
par les formes que le Droit
avoit établies une recufation fi
jufte & fi neceffaire d'un fuge qui
ne vouloit pas écouter , & qui aprés
le réfus qu'il avoit fait d'admettre
la Coadjutorerie de l'Archevefché.
de Cologne , & la multitude de
" difpenfes inouies qu'il avoit accordées
touchant la même Eglife , ne
pouvoit trouver mauvais qu'on craignifts
que fa volonté , qui tenoit à
fon égard le lieu de la Justice , ne
fuft à l'avenir la feule regle de fa
conduite , & defes jugemens . Que-
3
du
Temps. 205
dans cette veuë , instruit par leurs
exemples & par leurs maximes , il
avoit interjetté un Appel extrajudiciaire
au futur Concile , des
procedures que Sa Sainteté pouvoit
avoirfaites & des jugemens
qu'Elle pouvoit avoir reradus depuis
la notification qui luy avoit efé
faite de cette lettre , & des jugemens
& procedures qu'Elle pouvoit
faire & rendre à l'avenir dans ces
difpofitions au preiudice du Roy ,.
defa Couronne , & de fes Suiets ..
Que dans ces temps où les Souve-.
rains Pontifes joignent à la prudence
veritable, & à l'autorité legitime
de leur Siege , une connoiffance plus
exacte , & une obfervation plus fidelle
que les autres Prelats , des rea
-gles de l'Eglife , lors que la punition
-fevere qu'ils faifoient de ceux qui
ofolent violer ces Saintes Loix , fai206
Suite des Affaires
foit également respecter & craindre
leur pouvoir , il ne falloit point
chercher de remede contre leurs
Jugemens & que comme ils
estoient toujours conformes à ces
regles dictées
par
le Saint Efprit ,
on n'en pouvoit appeller fans ap
peller de la iuftice même , & des.
Canons inspirez à l'Eglife par le
faint Efprit ; mais que depuis que
des paffions & des interefts pure
ment humains avoient engagé quelques-
uns de ces Pontifes dans des
guerres , & que le defir de dominer
Leur avoit fait entreprendre de
foumettre à leur Tiare les Couronnes
des Souverains on les avoit
weusarmer les Enfans contre les
•Peres , révolter les Suiets contre les
Princes , lancer lesfoudres de l'Eglife
contre les Teftes facrées, mettre
des Royaumes en interdit , ex-
"
du
Temps, 207
eiter des armes temporelles pour
appuyer leurs Cenfures fpirituelles
Que durant ces temps , la justice
n'ayant plus eu de part ny à leur
conduite , ny à leur iugemens , ils
avoient cru qu'ils pouvoient tout
ce qu'ils vouloient, & avoient voulu
tout ce qui avoit pu fatisfaire leur
ambition , leur vangeance , & leur
autorité ; qu'ils avoient confervé
dans la Paix une partie de ces fentimens
qu'ils avoient pris dans la
guerre , que trouvantplus commode
de donner des loix que
fuivre , ils avoient introduit dans
le Gouvernement de l'Eglife la
mefme autorité,& employépour la
deftruction , la plenitude de puif
fance qui leur eftoit donnée pour
L'édification.
ی ن
d'en
Que de cettefource eftoient for-
208 Suite des Affaires
ties , au lieu des punitions fi feveres
les abfolutions gracieufes
qu'ils avoient accordées aux Infracteurs
des Canons peu de temps
aprés , les Difpenfes de violer impunement
ces faintes regles , les
Referves , les Preventions , les Decimes
, & les autres entreprises fur
les droits des Prelats , & fur la
liberté des Eglifes , & des Com-.
munaute . Que les Succeffeurs de
ces Papes plus moderez dans l'ufage
de ce pouvoir, ne l'avoient pas defavoüé,
qu'ils s'eftoient accoûtu--
mez à le regarder infenfiblement
comme un apunage de leur Siege ,
& que comme il y avoient trouvé
L'établissement de leur autorité,.
Leurs Officiers la fatisfaction de
leurs interefts , & la plupart des
hommes le foulagement de leur
cupidité , & mefme de leurs feru
du Temps.
209
pules , l'union de tous ces interefts
differents avoit étably le droit nowveau
, & que quelques - uns de ceux
qui avoient confervé le fouvenir
de leur ancienne Difcipline , s'en
eftoient relâchez dans lapratique,
& avoientobtenu en particulier des
difpenfes dont ils blâmoient l'uſage
en public..
Que d'autre part les Princes
dont quelques- uns de ces Pontifes
vouloient avilir & faire ufurper
la Couronne , ces Eglifes à
qui l'on vouloit ravir la liberté
dont elles jouiffoient ces Com
munautez Ecclefiaftiques & Seculieres
que l'on vouloit opprimer ,
avoient cherché les moyens de fe
défendre. Que quelques - uns de ces
Princes irritez avoient repoussé les
entreprifes des Papes par la force
de leurs armes , & que ne pouvant.
210
Suite des Affaires
donner de juftes meſures à leur reffentiment
, ils n'avoient pas eu de
fcrupule d'exciter des fchifmes
dans l'églife , & d'oppofer des Antipapes
aux Succeffeurs legitimes
defaint Pierre. Que plufieurs de
nos Rois tres- Chreftiens , des Empereurs,
d'autres Princes , des Egli
fes, des Ordres Religieux , des Cardinaux
, enfin la celebre Univerfité de
Paris , s'eftoient contentez d'appeller
au Concile univerfel de l'Eglife
des Jugemens des Papes , & de
leurs entreprifes qui les bleffoient ,
afin d'enfufpendre , & mefme d'en
prevenir les effets , & qu'encore
que l'autorité de ces exemples &
ce confentement de toutes les Nations
puft former un droit , neantmoins
il n'étoit pas inutile de penetrer
le fondement de cette procedure.
Que c'estoit lafuperiorité
du
Temps.
211
que l'Eglife Universelle avoit fur
les Papes, lors qu'elle eftoit affem .
blée au nom de l'Esprit Saint , que
Dieu luy avoit promis pour conduire
fes démarches , & pour luy inspirer.
fes refolutions jufques à la fin des
Siecles. Que faint Pierre à qui
I. C. avoit donné tant de marques
de preference fur les autres Apoftres
, n'avoit joint à fes paroles
l'autorité de ce divin Eſprit, que
lors qu'il avoit parlé au nom d'un
Concile où il prefidoit . Que les plus
faints de fes Succeffeurs , & ceux
mêmes qu'on ne pouvoit accufer
d'avoir laißé diminuer les droits
de leur Siege , avoient eu pour les
Conciles une veneration profonde ,
& une foumiſſion parfaite ; que l'un
d'eux regardoit les premieres Affemblées
de l'Eglife avec le même
respect qu'il avoit pour les Evan212
Suite des Affaires
giles , & que ces Papes avoient mis
le comble de leur grandeur, àfaire
obferver par leur exemple affi
bien que par leur autorité les Canons
de ces Conciles .Qu'ils avoient
fouferit à la condamnation qu'on
avoitfaite de la doctrine du Pape
Honorius , au lieu de s'en plaindre ,
comme d'une entrepriſe ; qu'ils n'avoient
pas trouvé mauvais que·
l'on y examinast leurs avis &
leurs jugemens avant que de les
autorifer; que fi c'euft efté manquer
de refpect à leur Siege , ces
Conciles n'en euffent pas ufé de
cette forte , & que faint Augustin
qui a fi bien étably la primauté
des Souverains Pontifes , n'auroit
pas dit qu'après le Jugement du
Pape Melchiade , il restoit encore
le Concile General de l'églife
qu'enfin le Concile de Conftance, ne
du Temps.
213
24
nous avoitpas même la ffè la liberté
de douter d'une verité qu'il a fi
précisément établie , & que lafuperiorité
du Concile fur les Papes
eftant certaine , c'eftoit une fuite
neceffaire , qu'on pouvoit en certains
cas recourir à fon autorité
pour reformer leurs Iugemens.`
Qu'il eftoit vray que les Papes
Pie & Jules 11. & même Martin
V. fi l'on en croit le temoignage
du celebre Gerfon , avoieni defendu
Ifage de cette procedure ; &
qu'enfin te Pape Gregoire X111.
avoit inferé cette defenfe dans ce
ramas d'execrations que l'on prononce
tous les ans à Rome , méme
contre des Princes que Dieu à établis
fur la terre & pour plusieurs
chofes qui font purement temporelles.
Que lerefpect qu'on devoit aux
Perfonnes qui avoient rempli des
33
214 Suite des Affaires
placesfi eminentes , l'empefchoit de
parler de la conduite particuliere
de cesdeux Papes , mais qu'à l'égard
de leurs Bulles , Pie I I. condamnoit
en 1459. comme une chofe
inoüie , cette procedure dont l'Empereur
Frederic 11. s'eftoit fervi
plus de deux cens ans auparavant ; ·
qu'il fondoit la defenfe qu'il en
faifoit fur le pouvoir de lier & de
delier que Noftre Seigneur avoit
donné à S. Pierre, & qu'il ajoustoit
que cesappellations eftoient vaines,
parce qu'elles eftoient interiettées
devant un Tribunal › qui n'eftoit.
pas affemblé. Qu'on étoit bien éloigné
de contefter Les avantages de
La Primauté & de la Iurifdiction ,
que le merite de S. Pierre avoit acquis
à fes Succeffeurs fur toutes les
Eglifes particulieres , & que le
Concile de Conftance qui fervoit de
S
du
Temps .
215
regle pour la Superiorité de l'Eglife
fur les Papes , avoit condamné les
Heretiques qui nioient cette primauté
, mais que nous ne croyions
Pas que Saint Pierre euft esté le
feul Apostre du Fils de Dieu , &.
que fes Succeffeurs pour estre les
premiers , fuffent les feuls Evef
ques. Qu'il ne nous eftoit pas permis
d'ignorer que Notre Seigneur
avoit donnéfa Miffion & l'autorité
de lier & de delier à tous fes autres
Apostres , & que nous croirions
pluftoft S : Cyprien & S. Augustinfur
l'intelligence de ces paroles
adreffées à l'Eglife en la perfonne
de S. Pierre , que les doctes
Iurifconfultes de la Cour de Pic II.
à qui ce Pape avoit bien voulu
donner part à la compofition de fa
Bulle. Que cette confideration
qu'il aiouftoit que l'on ne peut
215
Suite
des Affaires
appeller à un Tribunal qui n'eft
pas affemblé , ne feroit pas d'im
preffion furceux qui fçavent quel a
cfié l'Vfage de l'Eglife dans le
temps où la discipline eftoit la plus
exacte , & que d'ailleurs il fuffifoit
que celuy qui fe fervoit de cette
defence , n'empefchaft pas l'Affemblée
du Concile.
Que pour la Bulle par laquelle
Inle II, avoit reiteré la mefme de-.
fenfe , afin , difoit - il, d'empefcher
les Schifmes , & que des hommes.
aveugle par leurs interefts , &
emporte par leurs defirs , ne déchiraffent
la Tunique de J. C. quelque
idée que la conduite de ce Pape nous
euft laiffée de lay , on ne pouvoit
s'imaginer qu'un Vicaire de ce Dieu,
qui a fi expreffement renonce aux
·Royaumes de ce monde ofaſt ainfi
prophaner pour la confervation
d'une
du Temps.
215
d'une partie des Provinces que nos
Rois ont données au Saint Siege
l'autorité Spirituelle qu'il avoit receuë
de Dieu pour le gouvernement
defon Eglife ; qu'il ofaft comparer
à la rupture impie de la Tunique
venerable de noftre Sauveur , la
prife qu'avoit faite la Republique
de Venife de quelques villes de la
Romagne qui gemilfoient fous la
domination d'un Tyran , & que
dans le temps qu'un Pape s'imaginoit
qu'ilfe fervoit innocemment
des foudres de l'Eglife pour un interest
de cette nature , il reprochaft
à un Prince purement temporel
d'eftre aveuglé par les mefmes interefts
, & condamnaft comme criminels
enfa perfonne des defirsfemblables
à ceux qui l'animoient . Qu'il
ne falloit autre chose que cès Bulles
pour établir la Iuftice & la necef-
Tome 11.
K
216
Suite
des Affaires
fité de laprocedure qu'onfaifoit, &
que fi l'on oftoit cette defenſe aux
Souverains , il ne leur refteroit que
defoumettre leur Empires aux commandemens
des Papes , & de devenir
leurs efclaves pluftot que
leurs vaffaux. Que s'ils ne pouvoient
oublier qu'ils ne tenoient que
de Dieu leurs Sceptres & leurs
Couronnes , ilfaudroit qu'ils euffent
recours à la force de leurs armes, &
qu'ilsportaffent dans le fein d'un
Pontife le glaive dont ils vou
droient feulementfefervir pour le
proteger& pour le defendre. Que
toutes les Eglifes , la celebre Vniverfité
de Paris & les Communautez
qui ne pourroient avoir des armées
feroient hors d'estat de maintenir
leur liberté legitime , & reduites
àgemir fans efperance de fecours
fous les chaines les plus dures done
du Temps.
217
les Papes ou leurs Officiers les voudroient
accabler , à moins que les
uns & les autres ne regardaſſent
Avec mépris ces lugemens & ces
cenfures , mais qu'on devoit crain.
dre qu'aprés avoir méprifé celles
quiferoient iniuftes , on ne s'accouftumaft
dans la fuite à méprifer les
plus legitimes.
Que c'estoit par cette raison
qu'aucune perfonne éclairée n'avoit
regardé comme des loix Canoniques
ces Bulles données par ces
Papes contre l'autorité Superieure
de l'Eglife , & que plufieurs de nos
Rois , des Eglifes , de l'Univerfité
de Paris , des Princes Catholiques ,
& mefme l'Empereur Charles-
Quint , avec la devotion de la
Maison d'Auftriche , au milieu
de l'Espagne , & par l'avis d'un
grand Perfonnage Italien qui eftoit
K 2
218 Suite des Affires
que
3
fon Chancelier, n'avoient pas laiffé
defe fervir également de cette
procedure aprés ces Bulles , pour
faire infirmer, ou pour prevenir
des Jugemens injuftes , Que les fondemens
de ces appellations eftant
ainfi folides , on ne pouvoit pas
douter qu'elles ne fufpendiffent
l'effet des lugemens qui eftoient
prononcez, &
celles qui estoient
interjettées hors jugement par une
fage prevoyance , autorisée mefme
par le Droit Canonique , n'empefchaffent
entierement l'effet des lugemens
& mefme des Cenfures qui
les fuivoient. Que dés l'An 1491 .
l'Univerfité avoit enfeigné ces regles
fur l'effet des Appellations ;
que nous avions mefme cet avantage
à l'égard des dernieres , qu'el
les avoient efté approuvées par le
Cardinal d'Oftie ily a plus de qua
du
Temps.
2192
tre cens ans , & que le fentiment
de ce fçavant Canonifte avoit esté
fuivy par tous les autres Italiens
qui avoient écrit depuis ce tempslà
avec reputation. Que quoy qu'il
yeuft lieu de prefumer que le Pape
ne voulant plus fatisfaire au premier
& au plus neceffaire de tous
les devoirs d'un luge , qui eft celuy
d'écouter , fa Sainteté fe defiftoit
Elle mesme, & fentoit bien qu'Elle
n'eftoit pas en eftat de connoiftre &
de juger des affaires que le Roy avoit
bien voulu remettre à fon lugement,
& de toutes les autres qui regardoient
Sa Majesté , les droits de
Sa Couronne & de fon Royaume,
neanmoins il avoit cru que pour.
remplirfes devoirs autant qu'il luy
eftoit poffible , ilfalloit encor prendre
la precaution d'interjetter cet
Appel , non pás comme une prose-
K
3
220
Suite des Affaires
durefrivole & illufoire d'un Particulier
revolté contre l'autorité de
l'Eglife , qui voudroit continuer
dans for herefie ou dans fon libertinage
; mais comme ayant l'honneur
d'eftre Officier d'un grand Roy
tres - pieux & tres- Chreftien , obligé
d'employer pour fonService & pour
le bien de fon Eftat , le miniftere
dans lequel il avoit la bonté de
le fouffrir , & plein d'une jufte
confiance pour le fuccés de cette
procedure , s'il eftoit digne de la
foutenir devant un Concile , & de
repreſenter à une Affemblée où
L'efprit de lumiere & de veritéprefide
, les inftes fujets que le Roy
avoit defe plaindre de la conduite
de fa Sainteté , & la qualité des ·
Affaires qui luy fervoient de pretexte
pourformer ces divifions .
Monfieur le Procureur Gedu
Temps .
221
neral continua fon difcours, en
priant Meffieurs de l'Univerfité
de trouver bon qu'aprés avoir
fatisfait au commandement qu'il
avoit receu du Roy , il témoignaft
comme un Difciple redevable à cette
Illuftre Academie des connoif
fances qu'il pouvoit avoir , la
joye qu'il reffentoit de l'honneur
qu'ils recevoient dans cette occafion
, & de la grace que Sa Majefte
avoit eu la bonté de luy faire,
en fe fervant de luy pour leur
donner de fa part un témoignage
fi éclatant de fon eftime . Que
tous ceux qui avoient quelque
connoiffante de l'hiftoire de cette
Univerfité , on plutoft de celle
de l'Eglife & du Royaume , fçavoient
combien de fois les Papes
& les Conciles , nos Rois & d'au
tres Princes , avoient demandé &
K
4:
222 Suite des Affaires
fuivi leurs avis. Qu'ils fçavoient
combien les foins & l'autorité de
cette illustre Compagnie, avoient
contribué a éteindre le Schifme qui
avoit divifé l'Eglife durant tant
d'années , &le zele avec lequel
elle avoit combattu les Herefies par
fes cenfures avant mefme que L'E .
glife les euft condamnées par fes
Jugemens, Qu'on la regardoit comwe
le Seminaire d'oùfortoient prefque
tous les Prelats de ce Royaume.
Que c'étoit elle qui inftruifoit
la plus part des Ecclefiaftiques qui
travailloient fi utilement fous leurs
ordres à la Vigne du Seigneur; que
les plus grands Magistrats avoient
puifé dans fon fein les principes de
la Iuftice qu'ils rendoient aux Sujets
du Roy , & qu'enfin on ne pouvoit
aimer & honorer les feiences
Sans honorer en mefme temps . cette
du
Temps.
223
fource feconde de toutes celles qui
peuvent estre utiles au culte de
Dieu , à la regle des moeurs , au bien
de la Iuftice,à la politeffe de l'efpriz
&à lafantédu corps . Mais qu'entre
les témoignages d'estime qu'on.
luy avoit donne , aucun n'avoit
égalé celuy qu'elle recevoit ce jourlà
, puis qu'il venoit d'un Roy
qui en meritoit beaucoup plus par
fes vertus & par fes actions , que
tous les Princes qui avoient regné
avant luy,& que Sa Majestélaiffant
agir leur affection & leur
fidelitépour fon fervice , luy avoit
commandé de leur donner defapart
cette communication fi honorable
de ces affaires fimportantes . Qu'on
fe tenoit feur qu'aucun Corps de
l'eftat nepreviendroit , ou au moins
ne furpafferoit leur zele dans cette
occafion ; qu'ils ne ceßeroient pas
de demander à Dieupar leurs prieg

224
Suite des Affaires
res , qu'il pluft à fa bonté d'infpirer
au Papedes fentimens plus iuftes
àl'égard du Roy ; qu'il augmentaſt
les vertus qu'il avoit données à ce
Pontife , & qu'il répandift abondamment
fur luy tous les autres dont
il avoit befoin pour foûtenir le
pefantfardeau dont il se trouvoit
charge ; qu'il devinft un Ange de
& que nous puffions ko- paix
norer dans fa perfonne un Succeffeur
de l'équité & de la moderation
, auffi bien que de la place
defaint Pierre. Que chacun joindroit
fes voeux à leurs prieres pour
demander cette grace à Dieu , mais
que fi on n'estoit pas affez heureux
pour l'obtenir , on fçauroit bien di-
Stinguer la perfonne du Pape d'avec
le faint siege qu'on fepareroit
le Prince temporel & même
l'homme d'avec le Pontife &
que pendant que le Roy obligeroit
du
Temps.
225
ce Prince temporel à reconnoiftre
& à respecter en cette qualité
l'Heritier des Bien -faicteurs de fon
Siege , & à executer les Traitez
que les Predeceffeurs de ce Pontife
avoient faits avec S. M. fur des
matieres purement temporelles , ils
enfeigneroient par des Predications,
par des Livres ,& dans le Tribunal
de la Penitence les bornes que Dieu
avoit plantées entre les deux Puiffances
que fa Providence avoit
établies dans le monde. Qu'ils
apprendraient la veneration & la
déference qu'on eftoit toûjours également
obligé d'avoir pour le S.
Siege , le refpect qui estoit deu à
la primauté de fes Pontifes , non
pas comme à un vain titre d'honneur
& de préfeance , mais comme
à un titre d'autorité & de Iurifdiction
dans chacune des Eglifes
enparticulier , & àprononcer ana226
Suite des Affaires
theme contre tous ceux qui s'éloignéroient
de ces veritez. Qu'ils enfeigneroient
la difference qu'il y avoit
entre ces cenfures redoutables que
l'Eglife avoit droit de prononcer,,
mais qu'elle ne prononçoit iamais.
qu'avec beaucoup de justice & de
douleur , & cesfoudres iniustes qui
estoientfeulement les effets des paffions
de ceux qui s'en fervoient..
Qu'ils enfeigneroient en même tems
aux Peuples que le commandement
par lequel Notre-Seigneur avoit or .
donné que l'on rendit à Dieu les
hommages qui luyétoient deus ,obligeoit
de rendre aux Rois le refpect
qu'on leur devoit. Qu'enfin ils leur
apprendroient l'obligation que le
grand Apostre des Nations avoit
laisée aux Suiets d'honorer & de
fervir avec fidelité , non pas feu-.
lement des Princes comme le nô-:
tre , admirables par leur pieté &
du
Temps.
227
par leurs vertus , mais des Prin
ces Infidelles qui ne connoiffent pas
mefme le Dicu qui les fait regner.
Qu'ainfi ils inftruiroient les
ignorans , fortifieroient les foibles ,
modereroient les forts , & que remplifant
tous les devoirs de Docteurs
pieuxfansfoibleffe,fermesfans emportement
, attachez à la Religion,
àleur Roy , & à leur Patrie,ils augmenteroient
encore , s'il fe pouvoit,
par cette conduite , la gloire & la
reputation que leurs Predeceffeurs
leur avoient laiffée,&qu'ils avoient
foutenuefi dignemet par leur merite.
Aprés ce Difcours , Monfieurle
Procureur General mit
entre les mains de Monfieur
le Recteur la Lettre du Roy à
Monfieur leCardinal d'Eftrées ,
l'Acte d'Appel interjetté au
futur Concile , & l'Arreft du
Parlement qui le confirmoit .
Cette Lettre, & tous ces A&tes
228
Suite des Affaires
ayant efté leus , Monfieur le
Recteur alla demander les avis
de tous les Chefs d'Ordre , qui
ayant conferé chacun avec
fon Ordre , les avis eftant recueillis
, & le rapport enayant
efté fait par les Doyens de la
facrée Faculté de Theologie ,
de la tres -fçavante Faculté de
Droit , & de la tres - falutaire
Faculté de Medecine
, & par
les Procureurs des quatre Nations
, de l'honorable Nation
de France , de la tres- fidelle
Nation de Picardie , de la venerable
Nation de Normandie
, & de la tres conftante
Nation d'Allemagne , Monfieur
le Recteur , du confentement
de tous les Ordres , dit ,
Que ces Appellations des Souverains.
Pontifes au futur Concile , n'étoient ny
nouvelles ny inouies parmi eux ; Que les
Rois Tres- Chreftiens avoient en ſouvent
du
Temps.
229
2
recours à ce remede dans les affaires publiques
; que l'Univerfité de Paris s'en
eftoit fervie , quoy qu'avec regret , dans
des affaires particulieres , & infiniment
moins importantes , que celles dont il
s'agiffoit , & que toutes les fois que la
défenfe de la Hierarchie Ecclefiaftique
& de la difcipline , on l'utilité de l'Eftat
l'avoient exigé , elle avoit confentit
& adheré à ces Appels interjettez par
les Rois , mais qu'elle devoit rendre des
graces immortelles à LOVIS LE
GRAND , le plus grand des Rois , &
qui l'honoroit du titre de fa Fille aifnée,
de ce qu'il avoit daigné leur faire part
de ce deffein fipieux & fi jufte , & de
ce qu'il avoit choifi Monfieur le Procureur
General pour leur porter un fi precieux
bienfait , reconnoiffant tous que Sa
Majesté ne pouvoit trouver un homme
dont les vertus attiraffent plus d'eftime
& plus de respect , ny qui leur fuft plus
agreable , ny enfin un plus fçavant interprete
defes volontez Royales. Qu'à la
verité ils reffentoient une douleur trésvive
que les chofes euffent efté portées à
cette extremité qu'il euft efté forcé de
prendre ces precautions , & de fe fervir
230
Suite des Affaires
-de cet appel , estant perfuadez que pour
conferver & avancer la Religion Catho
lique , rien n'eftoit plus propre ny plus
efficace que l'union & la bonne intelligence
du Sacerdoce avec l'Empire . Mais
qu'ils voyoient bien qu'il n'avoit pû , ó
qu'il ne pouvoit s'empefcher defuivre fon
-devoir , & de s'acquiter des fonctions de
fon Ministere lors qu'on ébranloit les
droits du Royaume , que la Majesté
Royale estoit offencée , & qu'on tâchoit
d'opprimer nos Privileges & nos libertez.
Que ce qui les confoloit , c'est que
dans les moyens mefmes qu'il avoit pris
pour défendre les droits de la Couronne ,
dans ce mefme Acte d'Appel au futur
Concile , il paroiffoit toujours un profond
respect , & une foumiffion entiere pour le
S. Siege , auquel l'intention defa Majefté
eftoit qu'on demeuraft toûjours inviolablement
attaché ; qu'ils voyoient
clairement par la Lettre du Roy à M.
le Cardinal d'Eftrées , qu'il n'avoit rien
eublié , & qu'il avoit fait toutes fortes
d'avances pour conferver on rétablir
dans fon entier i Alliance le concert
qui avoient toujours efté entre les Rois
Tres- Chrêtiens & les Souverains Pontifes
,
du Temps. 23 R
fes , ou pour reveiller & ranimer l'affe.
Etionpaternelle que le Pape devoit avoir.
pourfa Majesté. Que tous les deffeins
& toutes les avances faites par le Roy
ayant efté inutiles , ils ne pouvoient rien
faire autre chofe en cet estat qu'élever
leurs mains à Dieu pour luy demandır .
fans relâche avec un ele ardent ,.
qu'il luy pluft toucher le coeur de noftre
faint Pere , qui avoit esté inflexible jufque-
là faire renaiftre la paix & lạ
concorde entre fa Sainteté & noftre Invincible
Monarque , qui avoit triomphé
de l'Herefie , & comblé l'Eglife de tant
de bienfaits. Que tous leurs defirs , tous
leurs fentimens, toutes leurs pensées toû◄.
jours d'accord avec leurs devoirs & leur
obeiffance , c'étoit d'eftre toûjours prefts,
comme ils l'avoient toûjours esté , de
facrifier leurs vies pour la défenfe des
droits du Royaume , & de donner les
mains , & adherer à l'Appel de Monfieur
le Frocureur General,& à tous les
Appels de cette nature ; qu'ils le fupplioientdele
vouloir faire conoître au plutoft
au Roy qu'il augmenteroit par là les
obligations infinies qu'ils confeffoient luy
avoir ; qu'à l'exemple de fes Ayeux ,
Tome II. ·L
232 Suite
des Affaires
dont la fuite n'estoit pas moins illuftre
que nombreuse , & heritier de leur bonté
comme de leurs vertus , il honoroit l'Univerfité
de fa protection ; qu'il la relevoit
& lafouftenoit ou panchée ou chancelante
; qu'il l'affermiffoit quand elle
eftoit de bout, qu'enfin il avoit augmenté.
fon éclat & fon luftre par les louanges
qu'il venoit de luy donner dans ce beau
difcours , ou avec le profond fçavoir on
trouvoit toutes les graces de la politeffe
, & toutes les forces de l'Eloquence;
que les feules marques de reconnoiffance
que luy & tous les Membres de
I'Vniverfité pouvoient luy donner pour
tant de faveurs & de bons offices qu'ils
avoient receus de luy , c'eftoit de luy protefter
comme ils y eftoient obligez , que
dans toutes les occafions , & en fon particulier
, & en qualité d'homme du Roy,
il trouveroit toujours en eux une entiere
beiffance , un dévouement parfait.
Ce Difcours fut ſuivy d'une
acclamation generale , &
chacun s'empreffa de témoigner
qu'il eftoit preft d'adherer
à l'Appel , aprés quoy.
:
E
du 233 Temps
.
Mr le procureur General af
fura la Compagnie en termes :
formels , que par le rapport
qu'il feroit à Sa Majefté , il
tâcheroit de luy faire con-.
noiftre avec quel fentiments
uniforme de tous les Ordres ,
avec quelle promptitude , &
quel empreffement l'Vniver..
fité avoit fait paroiftre l'a-.
mour , la fidelité & l'attachement
qu'elle avoit pour le
Roy & pour le Royaume les
marques tres folides qu'elle
avoit données en mefme
temps de fa foy & de fa pie .
té , & les offres auffi juftes .
que refpectueufes qu'elle avoit
faites par la bouche de
Mr le Recteur , & par les acclamations
generales de tous
les Membres ; qu'ils ne doutoit
point que tous ces té…….
Lad... 3
1
234 Suite des Affaires
moignages ne fuffent tresagreables
à Sa Majefté , &
qu'il efperoit mefme de fa
bonté infinie , qu'ils devien
droient à l'Vniverfité une
fource de nouvelles graces ,
qui feroient le fruit de fon
refpect & de fa fidelité envers.
le Roy . Aprés ces affeurances.
données , l'Affemblée fe fepara
, & Mrle Procureur General
fut accompagné jufqu'à
fon Carroffe › par des
Députez de tous les Ordres .
J'ay beaucoup de citations
tres curieufes à rapporter ;
qui prouveront la validité
de ces fortes d'actes d'Appel
; mais je les reſerve pour
le commencement d'une autre
Lettre , qui fera la troifiéme
partie des Affaires du
Temps.

FIN
LYO
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le