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1688, 11, t. 1 (Affaires du temps) (Lyon)
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EX BIBLIOTHECA
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI
807158
AFFAIRES
DU
TEMPS
LYON
DE
A LTON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure
Galant.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A U
LECTEUR.
L'A
'Abondance des matieres qui
entrent ordinairement dans le
Mercure , wefté fi grande ce moiscy,
qu'elle auroit remply quatre
volumes , s'il avoit efté poffible de
les faire , & qu'on n'eut rien refervé.
Ons'eft contenté d'en faire.
deux. On a mis dans le premier les
nouvelles courantes , & qui font
par articles ; mais comme il eft
difficile de parler des mouvemens
qui agitent aujourd'huy l'Europe
fans en faire une maniere de
a z
AU LECTEUR .
corps hiftorique , à caufe des divers
interefts & des intrigues caufées
par les partialitez , on s'eft trouvé
obligé de faireun difcours fuivy, &
non des articles. Il s'eft mefmerencontré
tant d'enchainement entre
tout ce qui fe paffe aujourd'huy , &
ce qui s'eft paffe depuis la Paix de
Nimegue qu'on a cru le devoir ramaffer
en peu de paroles , parce
qu'on en découvrira mieux les ref
forts qui ont donnéaux affaires prefentes
le grand mouvement où nous
les voyons. Toutes celles qui regardent
cette Partie intitulée les Affaires
du Temps , n'ont pu efire
enfermées dans un feul Volume ;
mais elles feront affurement refferrées
en deux , & celuy qui paroiftra
le premier jour de Decembre contiendra
tout ce qui ſe ſera fait jufques
à ce jour là , & fera lié en
corps historique de la mesme ma
AV LECTEVR .
niere que celuy cy . Comme il y a
beaucoup de chofes dans cette Hiftoire
du Temps , qui se trouvent
directement oppofées aux divers
écrits qui paroiffent en Hollande
tous les mois , prefque au nombre
de quarante , on pourroit dire qu'on
auroit voulu y repondre , mais on
declare qu'on n'en a point eu la
penfee. Il est vray qu'on a marqué
les endroits où ces écrits fe contredi
fent dans des chofes effentielles, &
fur lefquelles roulent toutes les
affaires d'aujourd'huy , mais on ne
s'eft pas donne la peine de raifonner
fur ce qu'ils contiennent ; puifque
lesfaits qui font tous à l'avantage
du Roy , fervent de replique , &
qu'il en refulte une réponſe tacite
contre laquelle on ne peut
rien oppofer , s'agilant de faits
publics. C'eft ouvrage , quo
qu'un peu plus vif qu'à l'ordiAV
LECTEVR.
naire , paroiftra modefte , quand
on le comparera a l'aigreur de
ces fortes d'écrits ; ainfi perfonne
ne doit avoir fujet de fe plaindre ,
bien que dela maniere qu'on écrit
par tout aujourd'huy hors en Fran
ce , rien ne duft fafcher , quelque
chofe qu'on put dire , puis qu'on
ne feroit qu'imiter ceux qui fe
donnent la liberté d'écrire tout
ce qu'ils penfent . Si tout ce que
contient ce Volume n'est pas avantageux
aux Puiffances dont
on parle doit fonger qu'il
ya de certains cas où l'on peut
parler à la maniere des Avocats ,
à qui il eft permis de citer tout
ce qui fert à la defenfe de leurs
Parties. On ne verra rien icy
qui forte de la verité , ny de
ta liberté qui doit eftre permife
anx Hiftoriens. Ily a de certains
faits publics dont l'Hiftoire
072
AV LECTE VR .
peut parler , & mefme contre,
ceux avec qui l'on eft en paix.
C'est un ufage de tous les temps ,
fans cela l'Hiftoire ne ferois
point Hiftoire , cela est cause
qu'un Auteur en écrivant celle
de fon Pays , dit ce qui n'eft pas
à fa gloire , & ne l'épargne pas
plus que les autres Etats . A l'égard
de ce que la profperité de
la France fait écrire contre elle
dans les Pays Etrangers , acaufe
de la jalousie qu'elle donne à fes
Voifins , il fe trouve beaucoup de
gens qui ne demandent pas mieux
que d'y répondre , &
диг s'en acquiteroient
avec avantage , Les
Lettres n'eftant pas aujourd'huy
moins floriffantes en France que les
Armes ; mais le fage Prince qui La
gouverne aime mieux qu'elle foit
iuftifiée par degrandes actions que
par de pareilles réponses . LagranAV
LECTE VR.
deur de fon ame s'étend encore plus
loin là - deffus , il eft Maistre ab.
Jolu dans fes Etats , & pour
roit empefcher que les écrits qui
les attaquent n'y euffent cours ;
mais il les méprife trop pour cela ,
& rien ne prouve mieux leur
faufferé , & la jaloufie de gloire
que ce grand Monarque excite ,
que fa moderation fur toutes les
chofes de cette nature.
On doit prendre garde que toutes
les affaires estant dans un
grand mouvement , leur fituation
peut changer à toute heure ;
qu'ainfi ce qu'on écrit en com.
mençant une Lettre peut eftre
changé quand on la finit , & que
du jour qu'on acheve un Livre
jufqu'à celuy où l'on commence à
le debiter , la face des affaires.
peut encore de venir differente.
AFFAIRES
I
AFFAIRES
DU TEMPS
L
VE
LYON
*
7893
DE
Es mouvemens dont
l'Europe eft aujour
d'huy agitée , font
grands. Elle paroift toute en
feu , & l'embraſement eſt
tel qu'on fe perfuade qu'il
fera difficile qu'il ceffe fi .
toft , un fi grand nombre
de Puiffances ayant efté de
concert pour l'allumer qu'il n'y
en a point qui foient en état de
travailler à l'éteindre . Pour
A
Affaires
remedier aux Troubles qui
commencent à s'élever , l'Europe
auroit fans doute befoin
d'un Pere commun , c'eft - àdire
de quelque Puiffance
fage , équitable , generalement
eftimée , & qui n'ayant point
pris de party fuft crue affez
jufte pour eftre receuë arbitre
de ces grands démélez ; mais
commeil ne s'en trouve point
à prefent de ce noble caractere ,
& de ce fage defintereffement,
il faudra que le Roy , qui ne
peut avoir la qualité de Mediateur
ny d'Arbitre , parce
qu'il eft trop intereffe , & qu'on
en veut à la gloire dont l'éclat
bleffe toutes les puiffances inferieures
à la fienne , fe mette
encore en état par les conqueftes
de procurer une feconde
fois le repos à tant de Nations
du
Temps.
3
> differentes en facrifiant fes
propres interefts , comme il
a déja fait. Ce Prince s'en eft
expliqué , & comme il n'a jamais
manqué de parole , les
Peuples dont les Souverains
fe laiffent éblouir aux raifons
des aveugles Ambitieux , à qui
le deffein de s'élever ne fouffre
point de repos , doivent auffi
bien que les François faire
des voeux pour le fuccés des
armes de Sa Majefté , puis qu'il
eft indubitable qu'elles produiront
la Paix generale , ce
qui n'arriveroit pas fi celles de
fes Ennemis , qui ne peuvent
fatisfaire leur paffion dominante
que pendant la Guerre ,
remportoient quelques avantages
, ou faifoient du moins
balancer la victoire.Encore que
l'embrafement qu'on voit
A 2
4 Affaires
aujourd'huy éclater ſi vivėment
, ait paru tout à coup , il
y a longtemps que le feu qui
le caufe cherchoit à s'étendre,
quoy qu'il fuft couvert , &
qu'il faifoit des progrés , mais
qui veritablement estoient un
peu lens, dans le coeur de ceux
qui avoient refolu d'attaquer
le Roy lors qu'ils s'eftimeroient
affez fort pour une " entrepriſe
fi hardie . Ce feu caché
n'en faifoit pas moins fur
le coeur de ceux que l'on vou
loit engager à former des Li-
-gues contre ce Monarque . C'eſt
ce que j'entreprens de vous
décrire ; mais j'iray encore
plus loin , & je pretens vous
donner une idée de tout ce
qui s'eft paffé depuis que le
Roy s'eftant dépouillé volontairement
d'une partie des
du Temps.
S
fruits de fes victoires , pour
faire goûter à l'Europe la tranquillité
dont elle a jouy depuis
dix ans , & qui a donné lieu à
l'Empire Chreftien de s'étendre
, & à la veritable Religion
de fe rétablir dans des lieux
dont il y a deux fiecles qu'elle
avoit efté bannie . Vous croyez
peut eftre que je n'ay rien à
vous dire , que vous n'ayez
appris par les Nouvelles publi
ques à mefure que les choſes
fe font paffées ; mais quoy que
le nombre des volumes , & des.
cahiers qui paroiffent tous les
mois , aille prefqu'à l'infiny ,.
il eft impoffible que l'efprit ne
foit embaraffé de tout ce qu'on
en alû, & qu'on en puiffe por.
ter jugement. Entre les Nouvelles
publiques , celles qui
n'entrent dans rien , n'appren-
A 3
6. Affaires
nent rien , & tout ce qu'on en
peut dire, c'est qu'elles font finceres
& fages , & que l'ordre
des évenemens y eft bien
marqué felon leur date ; mais
on n'y voit rien de ce qui a pu
caufer tous ces mouvemens ;
on n'y voit point l'interieur :
des grands Acteurs de la Tragedie
continuelle qui fe jouë
fur le Theatre du monde , qui
a commencé avec luy , & qui;
que
ne prendra fin lors qu'il
n'y aura plus d'hommes fur
la Terre ; de maniere qu'on
peut dire que ces fortes de
Nouvelles qui n'expliquent
rien des intrigues qui produifent
tous les mouvemens de:
I'Vnivers , & qui font enfemble
ce qu'on appelle l'Hiftoire ,
peuvent feulement fervir à la
redreifer , quand elle manque
du
Temps.
7.
pro
de fidelité touchant l'ordre &
le temps des évenemens ; ainfi
comme elles n'ont point d'autre
but , & que ceux qui les
publient rempliffent parfaitement
la carriere qu'ils fe
poſent , on ne peut que louer
leur regularité & leur fageffe ,
mais ces Nouvelles ne rempliffant
pas entierement l'avide
curiofité du Lecteur , qui
voudroit qu'on luy apprift ce
qui fe paffe de plus fecret dans
les Confeils des Princes , les
veritables motifs de tous ce
qu'on y refout , & qu'on de.
vinaft mefme les chofes que
l'on y doit agiter , & quel fuccés
elles auront , il s'eft trouvé
depuis quelques années , un
nouveau genre d'Ecrivains
qui font des Livres & des
cahiers remplis de Nouvelles
A
4
8
Affaires
futures, c'eft à dire , de chofes
qu'ils pretendent devoir arriver
, qui fe plaifent à former
des raifonnemens politiques
fur ces évenemens que leur
feule imagination a fait naiftre,
& qui fe forgent des Monftres
pour avoir l'avantage de
les combattre , & de les detruire
, ou plûtoft pour avoir matiere
d'écrire tous les jours , &
de raifonner felon leurs idées .
Je ne me mêleray jamais de
deviner les fecrets des Souverains
. Je ne diray jamais ce
qu'ils devroient faire , mais
feulement ce qu'ils auront fait ,
& je me garderay bien fur tout
de leur donner des confeils .
Quand de tels raifonnemens
feroient permis , & qu'ils pourroient
eftre juftes , ( ce que
l'orpeut tenir pour impoffible)
du
Temps.
9
pourroit-on en faire tous les
mois , toutes les femaines , &
mefme tous les jours , fur ce
que les Souverains doivent
tenir le plus fecret . Ils feroient
bien inconftans , fi la fituation
de leurs affaires changeoit fi
fouvent. Cela ne peut qu'à
peine arriver une ou deux fois
L'année au Prince le plus inquiet
, & qui fe plairoit le plus
au changemet; mais pour avoir
lieu d'écrire tous les jours , ces
Auteurs les regardent comme
une cire à laquelle on fait:
changer de figure à chaque in.
ftant enla maniant fans ceffe,
On fouille dans les fecrets de :
ces Princes , qu'on croit penetrer,
ou plutoft qu'on feint d'a
voir penetrez, on leur en donne
qu'ils n'ont point , & l'on
tend fçavoir mieux les affaires.
A S
preΙΟ
Affaires
..
des Souverains de toute l'Eu
rope , que leurs Miniftres mémes.
Enfin ces pretendus Hiftoriens
fe confument en raifonnemens
& en invectives
contre ceux qui ne font pas de
la Nation qu'ils veulent favorifer
, & ils parlent le plus fou
vent contre leur Païs pour fe
faire fouffrir dans celuy où ils
demeurent. I'avoue qu'il pa
roift autant de feu & d'efprit
dans les Ouvrages de quelques
uns , qu'on y trouve de calomnies
& d'injures ; mais il n'eſt
rien de fi aifé que de réuffir de
cette maniere. Les plus méchantes
Satires font toujours
recherchées , on les aime ,
on les lit avec plaifir ; mais
leurs Auteurs ont le fort des
traîtres , qui font haïs , quoy
que leur trahifon plaife . On
du
Temps.
peut faire des Satires fur les
moeurs en general , elles font
utiles , mais on ne doit point
aller jufqu'aux perfonnes en
les nommant , & encore moins
jufqu'aux Souverains , dont on
doit toujours reſpecter le caractere
fi l'on ne veut meriter
les noms que le Public donne.
ordinairement à ces fortes
d'Auteurs . On doit demeurer
d'accord que parmy ceux qui
font paroiftre aujourd'huy
leurs raifonnemens fur les
Nouvelles journalieres , il fe
trouve des perfonnes qui ne
manquent ny d'efprit ny de
vivacité ; que les Ouvrages de
quelques - uns font eftimez :
par ceux- mefmes qui en reconnoiffent
la fauffeté , & que
le tour qu'ils donnent à ce
qu'ils écrivent , eft cauſe que
A 6
12
Affaires
des gens peu éclairez dans les
affaires du monde leur ajoutent
foy,mais ils me permettront de
leur dire, que pour vouloir trop
écrire , & trop raifonner , ils fe
contredifent fort fouvent &
que cela eft prefque toujours
arrivé d'un mois à l'autre depuis
plufieurs années . Il me feroit
fort facile de le faire remarquer
en differentes matieres
, mais je ne parleray icy
que de ce qui regarde le Roy .
Tantôt ce Prince eft un Monarque
ambitieux qui ne travaille
qu'à fon agrandiffement , &
qui veut tout envahir , qui ne
refpire que la Guerre , qui ne
penfe qu'à la Guerre , & contre
lequel toute l'Europe devroit.
feliguer , & tantoſt c'eſt un
Prince qui ne cherche que le
repos , dont la fanté eft mal afdu
Temps.
13
fermie, & qui voit fes Finances.
épuifées. Après avoir alternativement
rebatu dans plufieurs
écrits deux chofes froppofées ,
on a dit qu'il alloit eftre fort
embaraffé , & qu'on avoit fair
de puiffantes Ligues contre
luy. On a nommé les Princes
Liguez, on a compté leurs Trou .
pes & aprés les avoir fait monter
jufqu'à quatre vingt mille
hommes lors qu'on le voit
toujours conquerant , & en
eftat de conquerir , fans fe fouvenir
qu'on a publié mille fois
qu'il ne vouloit point de guer
re, on dit aujourd'huy qu'il
trouble le repos de l'Europe ,
& qu'il fe va attirer de grandes
affaires , quoy qu'il foit vray ,
ainfi qu'on en est tombé d'accord
, qu'on la forcé à prendre
lesarmes , & qu'il ne cherchoi
14
Affaires
que le repos , non pas pour en
jouir par impoffibilité de faire
la guerre , comme on le peut.
voir prefentement , mais pour
en faire jouir l'Europe par une
bonté paternelle . Cette verité
ne peut eftre bien connue , fi
l'on ne reprend les chofes de
plus haut , afin d'examiner
avec quelque attention tout
ce qui s'eft paffé depuis que le
Roy , par une moderation qui
ne fera jamais affez admirée , a
bien voulu borner fes conqueftes
pour finir les maux
que caufe la guerre . Comme il
s'agit de chofes paffées & de
faits publics , il me feroit diffi
cile de déguifer la verité . Je ne
rapporteray rien par efprit de-
Prophetie , je ne vous écriray
point ce que j'auray deviné , &
ne feray point non plus de rai
du
Temps.
IS
fonnemens politiques ; il feroit
trop tard , & il ne fe peuvent
faire que dans le temps qu'une
Nouvelle commence à fe debiter
, & qu'elle n'a pas encore.
eu de fuite . Je vous écriray
donc nuëment & avec finceri ..
té ce que mille & mille écrits
on tâché d'enveloper à meſure
que les chofes font paffées , &.
que le tems & la verité ont dés
couvert . Ainfi tout l'avantage
qu'aura cette Lettre , c'eft
qu'on y verra dans un corps en
peu de paroles , & prefque
d'une feule veuë , ce que l'on
ne peut trouver enſemble autre
part, c'est à dire ,tout ce qui
s'eft fait depuis prés de vingt
années , & qui caufe les mouvemens
d'aujourd'huy . Cette
feule Lettre vous inftruira de
Lout ce qu'on a donné au Pu
16
Affaires
blic dans un nombre prefque
infiny de cahiers &.de volumes
differens , qui n'ont que raremétété
en faveur de la France,
parce qu'ils ont efté écrits dans
ces lieux où fa gloire excite
une jaloufie mêlée de crainte ,
qui eft caufe qu'on y fupporte
impatiemment l'éclat de fa
grandeur , & àcaufe de la pente
naturelle qu'on a d'attaquer
toujours le plus puiffant , les
hommes dans chaque eftat de
la vie voyant avec un chagrin
envieux ceux qui s'élevent au
deffus des autres . Comme ces
derniers ont fouvent un grand
fond de merite , & qu'il eft difficile
d'attaquer ce qu'ils ont
fait , on raiſonne fur ce qu'on
pretend qu'ils doivent faire; on
Fempoifonne , & quand ils ont
fait quelque chofe de bien , on
du
Temps.
17
cherche à l'obfcurcir , en publiant
contre leur gloire des
chofes aufquelles il font bien
éloignez de penfer . Tout ce
qu'on a imprimé depuis vinge
ans de Nouvelles publiques
dans les Pays Etrangers , a toujours
éfté de cette nature . Ainfi
, quoy que je reprenne les
Nouvelles prefque depois ce
temps là , & que je traite une .
matiere rebatuë, tout ce que je
vous en écriray , ne laiffera pas.
de vous poroiftre nouveau , à
caufe qui ne fera point enve-
Fopé de toutes les Fables qur
ontjufqu'icy obfcurcyla verité
. Il fera bien mal -aifé de ne la
pas reconnoiftre , puis qu'il eft
certain qu'il ne s'agit que
de
faits. Mais comme la plus grande
partie de tout ce qui s'eft fait
en Europe depuis le temps que
je viens de vous marquer , re18
Affaires
garde le Roy , tant par le mouvement
qu'il a donné luy mefme
aux affaires , que par les
troubles qu'a fait naiftre la ja-
Joufie que fa grandeura cau-,
fée , il faut vous faire voir en
peu de paroles, avant que d'en- ~
trer dans la matiere principale,
que le Roy a toujours facrifié
fes interêts à la tranquilité publique
, & aux repos de l'Europe
, & que ce qu'il a fait en
1678.en impofant la Paix au
milieu de fes conqueſtes , n'eſt
pas la feule marque qu'il ait
donnée d'un defintereffement
inoüy jufqu'à fon regne . Comme
ce Monarque eft né pour
conquerir , & qu'il a toujours
fait voir qu'il a le pouvoir de
fe moderer , ce qui n'eft jamais
arrivé aux Conquerans
, l'exemple qu'il donna
du
Temps .
19
là deffus lors qu'il voulu bien
faire cette Paix , ne fut qu'une
fuite de ce qui fit admirer fa
moderation en 1658. Il eft,
prefque impoffible de faire des
conqueftes confiderables , en
auffi grand nombre que celles
qu'il fit dans cette Campagne.
Ilprit Dunckerque & gagna la
Bataille des Dunes . Bergues fe
rendit,& Dom Jean d'Autriche
fut battu devant Brugues . Gra
velines , Oudenarde , & Menin
furent emportées , Ypres pris ,
ainfi que le Chafteau de Comines.
La mefme chofe arriva de
Mortale en Italie . L'Europe
n'eftoit point alors liguée contre
ce Monarque , les Ennemis.
eftoient confternez , & n'avoient
plus ny forces , ny ref
fources. Ces conqueftes ne
pouvoient eftre arreftées que
20 Affaires
par fa fenle bonté , il l'écouta ,
& remply les defirs d'Alexandre
VII . qui depuis fon élevation
au Pontificat n'avoit point
ceffé de faire des prieres & des
voeux pour cette Paix .
Jamais il ne s'eft vû un Prince
fi fidelle & fi utile à fes AIlez.
Il n'a jamais negligé de
prendre leurs interefts , quelque
fujet qu'il euft de s'en
plaindre , & s'ils n'avoient pas
perdu la memoire defes bien
faits , l'Europe n'auroit point
vûles troubles qui l'ont agitée
depuis 1672. Le Roy avoit
confervé l'alliance que fes Predeceffeurs
, à qui ils devoient
tout ce qu'ils font aujourd'huy ,
avoient faite avec eux . Cependant
les François avoient eu
diverfes fois des fujets de
plaintes contre ces. Peuples ,,
du
Temps.
21
qui avoient laiffé perir de belle
Troupes employées à leur
fecours. Ce fouvenir n'empef
cha pas le Roy de leur envoyer
en 1665. un Corps de mille
hommes , commandé par Monfieur
de Pradelles , Lieutenant
general , avec une partie de fes
Moufquetaires , qui avoient à
leur tefte Monfieur Colbert de
Maulevrier. Ces Troupes eftoient
deſtinées contre l'Evef
que de Munfter qui leur avoit
declaré la guerre , & elles leur
aiderent a prendre la Ville de
Lokon. Deux ans aprés , Sa Ma
jefté ayant fait plufieurs propofitions
aux Efpagnols touchant
le Duché de Brabant , qui ap
partenoit à la Reine avec fes
annexe's par droit de devolution
, alla en Flandre à la tefte
d'une puiffante Armée . Les
22
Affaires
Holladois chagrins de fes conqueftes
firent alliance avec les
Anglois & les Suedois pour en
arrefter le cours , & cette union
fut nommée La Triple Alliance.
Ainfi le Roy qui n'a jamais
manqué de fecourir fes Alliez
au delà même de fes engagemens
, cut le déplaifir de voir
que la jaloufie qu'ils eurent de
fa gloire les obligea à ſe declarer
prefque tous contre luy.
Les Hollandois reconnurent
leur faute en 1672. & eurent
tout lieu de s'en repentir. Les
Suédois fe raccommoderent
avec le Roy , & promirent d'attaquer
les Ennemis de Sa Majefté
, qui pour faire diverfion ,
s'eftoient declarez en faveur
des Hollandois , mais eftant
entrez en action plus tard
qu'ils n'avoient promis , ils
du
Temps.
23
perdirent beaucoup de Places
que le Roy leur fit rendre quelques
années aprés lors qu'il
donna la Paix à l'Europe, mais
auffi Sa Majeſté abandonna en
cette confideration plufieurs
de fes conqueftes . La Guerre
qui avoit commencé en 1672 .
étoitfur le point d'accabler les
Hollandois , lors qu'ils furent
fecourus par ceux qui eſtoient
leurs veritables Maiftres , &
contre lefquels ils s'eftoient
révoltez . Le Gouverneur des
Pays-bas ayant fait en 1673 .
declarer'à Bruxelles la rupture
de la Paix entre la France & les
Espagnols , l'Empereur fe joignit
à l'Espagne , & ces deux
Puiffances donnerent lieu à la
France , non feulement de
triompher , mais encore de faire
de juſtes conqueftes fur El24
Affaires
les , rien n'eftant plus juftementacquis
que ce qui l'eft par
un pareil droit de guerre . En
1678. le Roy donna à l'Europe
cette Paix generale qui a tant
fait de bruit , qui fera le plus
"bel ornement de l'Hiftoire univerfelle
, & qui luy acquit
une fi grande reputation . Iamais
on n'avoit fait une guerre
fi heureuſe,avec tant de gloire,
ny avec tant de vigeur, & jamais
Conquerant n'avoit conclu
une paix qui luy fuft fi glorieufe
, ny qui marquaft mieux
un coeur vraiment genereux
& plein de bonté . Cette Paix
réjouit les ennemis , à caufe
du befoin qu'ils en avoient
mais en mefme temps la maniere
dont elle fut donnée les
chagrina . Elle avoit quelque
"chole de fi nouveau , de fi extraordinaire
du
Temps: 25
traordinaire , & de fi grand ,
qu'on auroit voulu que le Roy
en fe montrant moins defin
tereffé , euft acquis moins de
gloire,moins d'eftime , & moins
d'admiration . Les Hollandois
qui avoient le plus de befoin
de la Paix à caufe de leur commerce
, & qui eftoient menacez
d'une entiere ruine , ſi la
guerre euft duré , leur Etat
eftant extremement épuifé , &
endetté par les fubfides qu'il
fourniffoit aux Puiffances qui
avoient armé pour fon fecours
,furent les premiers à accepter
les conditions aufquelles
le Roy voulut bien leur
donner la Paix . Le Prince d'O
range pour qui la guerre eftoit
une espece de regne , vit cette
Paix avec toute la douleur
qu'euft pu reffentir up- Souve
B
26
Affaires
rain qu'on auroit dépouillé de
fes Etats. I difpofoit avant
qu'elle euft efté faite , de toutes
les Charges Militaires , &
de tous les fonds deftinez pour
l'Armée ; il avoit tout pouvoir
fur les Troupes ; il fe faifoit des
Creatures , toute fa dépenſe
eftoit aux frais de l'E ftat , &
loin d'en faire de fon fond
il pouvoit amaffer , non feulement
en épargnant fes revenus
, mais encore d'une autre
maniere.Toutes ces chofes luy
donnerent un chagrin invincible
contre le glorieux Pacificateur
de l'Univers ,& fon intereft
particulier luy fit tenter
toutes fortes de moyens pour
empefcher que l'on n'acceptaft
les offres du Roy. Il voulut
intimider les principaux
des Etats , que le paffé avoit
du
Temps.
27
lieu de faire craindre ; mais le
Peuple qui avoit fçeu les propofitions
faites par Sa Majesté ,
& qui dans le temps que celuy
quiles portoit paffa au travers
de la Haye , avoit crié , Vive
le Roy qui leur donnoit la
Paix , demeura fi ferme dans
la refolution de les faire accepter
, que le Prince d'Orange
vit bien qu'il falloit prendre
d'autres mesures pour venirà
bout de fes deffeins. L'envie
qu'il eut de faire tout rompre ,
luy fit trouver un expedient
qui n'avoit point encore eu
d'exemple , & qui vous fera
connoiftre ce Prince tout entier
,, quoy que je ne vous en
dife que le fait , vous laiffant
faire fur ce que vous allez lire
toute la reflexion que vous jugerez
à propos . Les Etats luy
B 2
28
Affaires
manderent que la Paix avoit
efté fignée à Nimegue.Comme
il le fçavoit déja , il n'ouvrit
point le paquet , & tâcha d'engager
une Bataille avec Monfieur
de Luxembourg , qui ne
la refufa pas. Ce Prince avoit
deux vuës . La premiere eftoit
que s'il gagnoit la Bataille , les
Alliez qui n'avoient point encore
confenty aux propofitions
de Paix du Roy , ne les accepteroient
pas , & poufferoient
leurs avantages , ce qui engageroit
bien toft aprés les Hollandois
à rompre la Paix qu'ils
venoit de figner . L'autre veuë
que le Prince d'Orange avoit
en faifant répandre tant de fang
qu'il auroit pu épargner, eftoit
que foit que le Roy perdift , ou
qu'il gagnaft la Bataille , il feroit
également irrité d'un produ
Temps.
2.9
cedé fi contraire à la bonne foy
& aux Traitez ; en forte que
pour s'en vanger il voudroit
continuer la guerre ; mais ilfut
trompé dans toutes fes veuës .
Le combat fut fanglant , fans
qu'il en tiraft aucun avantage
qui puft contribuer à faire
réuffir fes deffeins , ce qui
fut caufe que cette action , que
l'on condamna generalement,
ne donna pas lieu aux Alliez
de continuer la guerre, ny aux
Hollandois de rompre la Paix.
Le Roy qu'il avoit pretendu
irriter , regarda cette action.
comme faite par un Particu
lier , contre lequel il dédaigna
de faire paroiftre du reffentiment
,penetroit les motifs qui
faifoient agir ce Prince , & fa
moderation l'emporta fur la
colere qu'un Vainqueur moins
B
3
30
Affaires
fouhaite de pacifier l'Europe
cuft pu juftement faire éclater
dans une femblable occafion .
Aucun des deffeins du Prince
, d'Orange n'ayant réuffi la
Paix qui avoit eſté fignée à
Nimeguele 10. d'Aouſt 1678 .
entre la France & les Etats
Generaux ,eut fon entier effet.
Elle fut auffi conclue à Nimegue
le
17. Septembre de la méme
année , entre la France &
I'Efpagne , de forte qu'il ne refta
plus que l'Empereur , &
l'Empire qui ne pouvoient fe
-refoudre à tenir la Paix de la
bonté du Roy. Ce grand Corps
compofé de tant de membres
differens dont l'union à tou .
jours paffé pour formidable ,
avoit de la peine à fe foumettre
aux conditions prefcrites par
Sa Majefté . Il ne fçavoit ny ce
du
Tempi.
31 :
qu'il vouloit , ny ce qu'il devoit
fouhaitersiltrouvoit qu'il y
avoit trop de gloire pour le Roy
à facrifier fes interefts en don
nant des Places pour le repos.
de l'Europe , & il en étoit bleflé
, quoy que neanmoins it
n'euft pu voir fans chagrin que
ce Prince euft retenu toutes
fes conqueftes . Enfin aprés
avoir chicané longtemps , il
fut obligé de fuivre l'exemple
des autres Puiffances ne fe
trouvant pas en eftat, tout formidable
qu 'on l'avoit cru jufqu'alors
, de refifter feul aux
armés d'un Roy toujours victorieux
, & fous qui tant de
Souverains liguez avoient eſté
contraints de plier. Lors qu'on
eut figné ces divers Traitez
de Paix , le Roy ne fongea plus
qu'à faire rentrer les Suedois
B
4
32 Affaires
dans les Places qu'ils avoient
perdues. Il avoit témoigné que
c'eftoit en cette confideration
qu 'il rendoit celles qu'il étoit
preft d'évacuer , ainfi il fut
queftion de le fatisfaire . Sa
generofité eftoit grande , car
la lenteur de la Suede avoit
efté caufe des pertes qu'elle
avoit faites . Les Places qui
luy avoient efté prifes eftoient
entre les mains du Roy de
Danemarc & de l'Electeur de
Brandebourg , & ils avoient
peine à confentir de les ren--
dre leurs Alliez qui venoient
de figner la Paix avec le Roy,..
n'eftoient plus en eftat de les
fecourir ; & fi leurs armes
avoient efté employées dans
cette affaire , elles auroient dû
fervir contre eux pour leur.
faire rendre les Places qu'ils
མརྒྱུ
1
8
du
Temps..
33
avoient prifes, & qui devoient
eftre évacuées , en confequen
ce du Traité de Paix qui avoit
efté figné , mais comme ils eurent
quelque repugnanceda
faire la guerre contre ceux
qui avoient efté de leur party
dans celle qui venoit d'eftre
finie , le Roy voulut bien les
en difpenfer , & fe chargea
feul de faire donner fatisfaction
au Roy de Suede , fon
Allié. Il ne s'agiffoit que de
combattre deux Souverains, &
ce n'eftoit pas une affaire pour
un Monarque qui venoit de
triompher prefque de toute
l'Europe .Le Roy de Danemarc
& 'Electeur de Brandebourg.
voulurent meſurer leurs armes
avec celles de Sa Majefté ; mais.
elles firent fi peu de refiftance ,
qu'on peut dire qu'elles ne
BS
34 Affaires
J
parurent que pour avoir la
gloire d'eftre vaincuës par
celles de France de forte
que
l'Electeur de Brandebourg
fuc
obligés de rendre au Roy de
Suede , Stralzont , Stetin , &
les autres Places de Pomeranie
; & le Roy de Danemarc ,
les Ifles de Rugen & de Gotlan
, & les Villes de Lanfer
Maſtrand , Vifmar , & plufieurs
autres. Le grand nombre d'as
ctions furprenantes & extraor
dinaires que le Roy a faites ,
& qu'il fait encore tous les
jours , eft caufe qu'on en onblie
toujours quelques - unes ,
& qu'il y en a que l'on n'examine
point autant qu'on des
vroit , parce qu'une autre qui
luy fuccede auffi - toft , attire
l'admiration que l'on come
mençoit à avoir pour celle qui
"
du
Temps.
35
avoit brillé peu
auparavant,
On peut dire que ce que le Roy
a fait pour la Suede en cette
occafion , cft grand & fans.
exemple , & que l'on n'a jamais
vûde bonté fi genereufe , ny
d'Allié. fi fidelle & fi definte .
reffé :
T
En 1683. l'Espagne n'ayant
pas encore fatisfait à toutes
les conditions du Traité de
Paix , & devant donner au
Roy quelques dépendances
qui luy appartenoient par ce
Traité , la lenteur qui luy eft ,
ordinaire , & dont elle s'eft
fouvent bien trouvée , lors
qu'elle a eu affaire avec d'au
tres Princes qu'avec le Roy ,
Pobligea à traîner les chofes
en longueur , & à chercher
des faux fuyans pour laffer fai
patience. Le Prince d'Orange
B G
36.. Affaires
avoit part à tout ce manege ,,
& il l'excitoit fous main afin
de pouvoir ralumer la guerre...
Le Roy qui eft mieux fervy
qu'aucun Prince l'ait jamais
été , parce qu'on le fert autant
par inclination que par devoir
, eftant bien inftruit de
tontes les menées de ce Prince,
& des intelligences fecretes.
qu'il avoit avec le Gouverneur
des Pays bas , fe miten eftat de
n'eftre pas furpris , & meſme
de recommencer la guerre , fii
on luy dénioit plus long- temps .
la juftice qui luy eftoit deue ,
ce qu'il n'avoit pourtant refolus
de faire qu'à la derniere extremité
ne doutant point que
T'armement qu'il faifoit n'enga
geaft les Efpagnols, dont la foi
bleffe eftoit grande , à luy donncr
fatisfaction.Le Prince d'O
du
Temps.
37
2:
range trouva moyen d'empef.
cher ce coup , en faisant tomber
les Espagnols dans les
pieges qu'il leur avoit tendus
de mefine qu'il avoit
fait dans la derniere Guerre.
Il fceut fi bien leur per ..
fuader que la Hollande feroit
de grands efforts pour les fecourir
utilement , que le 11.
Decembre 1685.le Marquis de
Grana , Gouverneur des Paysbas
, fit publier à Bruxelle une
Ordonnance , par lequelle il
commanda aux Officiers de
guerre , & aux autres Sujets de
la Couronne d'Espagne , de
courir fus aux François . Le
Roy qui n'eft jamais furpris
profita de cette Declaration .
Les Espagnols declaroient las
guerre par des paroles , il répondit
à leur Declaration par
2
3
3.8
Affaires
des effets ; & aprés s'eftre ren
du Maistre de Coutray , il fic
affieger la Ville de Luxembourg.
Ce qu'il eut de furprenant
de glorieux pour ce Monarque
, c'eſt qu'il promit de fe
contenter de cette Place pour
ce que les Efpagnols eftoient
obligez de luy rendre , & qu'il
s'engagea de mettre les armes.
bas , encore qu'il fuft plus en
eftat que jamais de poursuivre
fes conqueftes. Quoy que le
Roy euft déja donné de pareils
exemples de moderation , ce-.
luy cy furprit d'autant plus
que fa patience devoit eftre :
laffe , & qu'il eftoit en eftat de
faire voir au Prince , qui avoit
déja efté caufe que les Efpagnols
avoient perdu les Villes .
de Courtray & de Luxem
bourg , qu'il avoit mis les Hole
du
Temps.
39
landois en peril d'eftre acca.:
blez par les forces de la France ,
s'ils euffent fuivy les Confeils :
qu'il leur donnoit de prendre›
les armes pour le fecours de
l'Espagne. Il eft impoffible de
décrire tous les mouvemens &
toutes les cabales qu'il fit pour
les engager à cette nouvelle:
guerre. Il gagna la plus grande
partie des Deputez des Villes.
qui compofent les Etats , &
cette affaire à laquelle toute :
l'Europe a efte attentive pendant
un affez long temps , fut:
fur le point de divifer la Hol
lande , qui n'auroit pu éviter fa
ruine files Troupes du Roys
l'euffent attaquée en mefme
temps , mais la Ville d'Amfter
dam , appuyée du fentiment de
Monfieur Vian. Beuninguem
qui en eftoit alors Bourgue40
Affaires
meftre , difputa avec tant de
vigueur & de fageffe contre
tous ceux qui tenoient le party.
duPrince d'Orange , & remon-,
trá fi vivement qu'il eftoit de
l'intereft de la Hollande d'em-.
ployer fes bons offices auprés
des Efpagnols pour les obliger
à s'accommoder avec la Fran -1
ce , plûtoft que de leur donner
des fecours capables de faire
durer une guerre qui leur feroit
perdre le refte de la Flandre
, qu'elle l'emporta nonob :
ftant toutes les brigues , les
menaces , & les emportemens
du Prince d'Orange . Enfin ,
aprés plufieurs conteftations
entreles Villes de Hollande , on
figna le 9. Juin de l'année 1684 .
une Treve entre le Roy , & les
Etats Generaux . Jamais l'Eſpa-i
du
Temps.
41 .
,
gne n'a fait voir tant de ferme
τέ que dans cette occafion ,,
mais c'eftoit un peu à contretemps.
Elle ne vouloit point,
d'accommodement & elle
aimoit mieux fouffrir la perte
du refte des Villes qu'elle occupe
dans les Pays bas.Cependant
elle devoit faire reflexion
qu'elle eftoit cauſe de fon mal-,
heur , puis que non feulement
elle avoit declaré la guerre
dans toutes les formes , mais
qu'elle avoit fait faifir les effets.
des Marchands François dans
plufieurs Villes de fes Etats.
Elle avoit attiré l'Empereur &
l'Empire dans fon party ; mais
toutes ces Puiffances ne fuffifoient
par pourluy faire recou
vrer ce qu'elle avoit perdu , ny
mefme pour empefcher qu'elle
ne fift de nouvelles pertes . Il
4
42
Affaires
n'y avoit plus rien à efperer du
cofté de la Hollande ,& le Prince
d'Orange eftoit hors d'eftat
de faire mefme des promeffese
inutiles , de forte que la Mai- ,
fon d'Auftriche fut obligée des
figner une Treve ainſi qu'avoient
fait les Etats Gene->
raux. Elle fut propofée pour
dix ans , l'Empereur la demanda
pour vingt, & le Roy y confen-.
tit. Enfin on la conclut deux :
mois aprés celle que les Hollandois
avoient faite , & elle
fut fignée au mois d'Aouſt à
Ratisbone , entre le Roy , l'Empereur
, le Roy d'Espagne , &
Empire. La maniere dont on
confentit à cette Treve & le
chagrin qu'on parut avoir de
la faire , auroit dû empefcher
un Prince moins Chreftien
que le Roy de la conclure . Il
du
Temps. 43
voyoit que la feule foibleffede
fes Ennemis les portoit à ce
Traité , & qu'ils avoient refolu
mefme avant que de le figner,
de s'unir contre luy dés qu'ils
fe trouveroient en état de le
combattre. En effet ils agif
foient & parloient d'une mahiere
qui faifoit voir qu'ils.
n'eftoient pas fâchez que toute
l'Europe s'aperceuft qu'ils
avoient refolu de rompre la
Treve fi toit que l'occafion s'en
offriroit. Ainfi le Roy pouvoir
fe fervir des conjonctures qui
luy eftoient favorables ; on luy
avoit declaré la guerre, il pou
voit la continuer , & ne pas attendre
que tous les Ennemis.
de fa gloire s'uniffant enfemble,
lors que l'Empereur auroit:
conclu la Paix avec la Porte , fë
liguaffent contre luy .On peut
44 Affaires
.
dire que s'il ne pouffa point
alors fes conqueftes , ce n'eftoit
pas qu'il ignoraft les deffeins
de fes Ennemis , mais il ne voulut
pas arrefter le cours de celles
que des Armées Chref
tiennes pourroient faire fur
les Infidelles . Il ne fe rendit
point à ce que la politique luy
demandoit , & il facrifia fes
interefts à ceux de la Religion ..
Cependant il avoit des preuves
certaines de la refolution qu'on
avoit prife de rompre la Paix
quand on n'auroit plus les
Turcs à combattre. On avoit
mieux aimé tout rifquer , &
fe voir reduit aux dernieres.
extremitez ,que de luy demander
du fecours , quoy que ce
Prince euft fait toutes les demarches
neceffaires pour marquer
qu'il eftoit preft d'en dondu
Temps.
45
ner. Comme le paffé faifoit
juger qu'on devroit beaucoup
à fes armes , fi on s'en fervoit
pour repouffer les Turcs , on
apprehenda d'en eftre fecouru ,
parce qu'on auroit regardé
comme une lâcheté la declaration
de la guerre que dans
la fuite on auroit faite à un
Prince dont les Troupes auroient
beaucoup contribué
aux triomphes de ceux quila
luy feroient. On vouloit que
le Roy euft de la joye de voir
les Turcs en Allemagne
parce qu'il auroit deu en avoir
, & que le Siege de Vienne
luy offroit une occafion
de s'agrandir , & quoy que ces
fentimens euffent deu ceffer ,
lors qu'on reconnut qu'il ne
vouloit profiter d'aucun de ces
avantages , on ne laiffoit pas
>
45
Affaires
de les faire paroiftre , pour
avoir toujours fujet de fe
plaindre , & d'entreprendre
un
jour ce qu'on avoit refolu .
Cependant outre ces preaves
convainquantes de la bonté
genereufe , & de la pieté du
Roy , ceux qui avoient l'honneur
de l'approcher , & de l'entendre
parler , découvroient
jufques au fond de fon coeur,
& voyoient combien il eſtoit
touché de l'eftat ou fe trouvoient
ceux qui estoient les
plus expofez à la fureur des
armes des Turcs . Ie ne fçaurois
m'empefcher de vous rapporter
à cette occafion une
chofe qui n'eft venue à ma
connoiffance que depuis un
mois , & qui merite d'eftre
fceuë de toute la terre . Sa Majefté
eftant à Châlons , receut
du
Temps. 47
&
une Lettre qu'Elle ouvrit en
mefme temps. Monfieur eftoit
dans fa chambre , où étoient
´encore Mr l'Evefque de Châ
lons , Mr de Miromenil , Intendant
de la Province
quelques Officiers de la Chambre
; car le Roy eftoit alors en
particulier , & toute la Cour
n'entroit pas. Chacun s'éloigna
lors que ce Prince commença
à lire la Lettre qu'il venoit
de recevoir , mais on ne s'éftoit
pas retiré fi loin , qu'on ne
puft s'apercevoir par l'abattemét
qu'il fit paroiftre , que cette
lecture l'avoit penetré de quelque
vive douleur, de forte que
quand le Roy auroit tâché de
la déguifer , il luy auroit été
impoffible d'en venir à bout ,
& on s'en feroit plûtoft rapporté
à la trifteffe qui cftoit
48
Affaires
peinte fur fon viſage qu'à la
feinte joye qu'il auroit voulu
marquer. Ainfi l'on peut dire
que fon coeur parla pluftoft que
fa bouche , qu'on en vit tous
les mouvemens , quoy que cachez
& qu'ils furent des témoins
inconteftables de la fincerité
de ce qu'il dit dans la
fuite. Après avoir efté quelque
temps fans parler , & eſtre
demeuré dans la poſture d'un
homme vivement touché , ce
qui rendit prefque immobiles
ceux qui étoient dans fa chambre,
Vous me voyez chagrin, leur
dit- il, les Turcs ont affiegé Vienne,
j'en fuis au defefpoir. Voila ce
que l'Europe n'a point fceu ;
voilà ce que les ennemis de fa
gloire auroient affecté de ne
pas croire ; voilà ce que les
Politiques n'auroient pu fe
perfuader
du
Temps.
49
perfuader , voilà les veritables
fentimens quedevoit avoir un
Roy Tres- Chreftien , & voilà
ce qu'on n'a point publié , parce
que la verité doit fe faire
connoiftre d'elle - mefme , &
que tout ce qu'on prend foin
de répandre dans le monde
avec quelque forte d'affectation
, eft bien fouvent peu fincere.
On ne peut dire qu'il y
en ait dans cecy, puis que c'eft
une chofe que le hazard m'a
fait découvrir , fix ans aprés
qu'elle s'eft paffée , par une
perfonne qui étoit dans la
chambre lors qu'elle arriva.
Quoy qu'elle puiffe beaucoup
fervir à faire voir le caractere
d'honnefte homme, & de vray
Chreftien , qui a toujours efté
celuy de ce grand Monarque ,
on n'a pas befoin de fes paroles
C
!
50
Affaires
pour le prouver , puis que fes
actions l'ont affez fait connoiftre
jufquicy , & qu'on en peut
moins douter que des paroles ;
on voit ce qu'il fait, & on n'entend
pas toutes fes paroles.
Ceux qui ont l'honneur de
l'approcher de prés , & qui
joüiffent du plaifir de l'entendre
, ont à chaque moment
de nouveaux fujets de s'étonner
, puis qu'il ne dit jamais
rien qui ne foit d'un Prince
fage & prudent , & digne d'ef
tre admiré. Mais ce n'eſt pas
icy le lieu d'entreprendre fon
éloge . Il me fuffira de vous
faire remarquer à l'occafion de
ce qu'onluy a entendu dire à
Châlons , que ce Monarque
dit & fait tous les jours des
chofes dignes d'admiration ,
qui ne font point fçuës du
du
Temps.
Public , & dont il ne tire que
la fatisfaction interieure deles
avoir faites . Ileft vray que cette
fatisfaction touche bien plus
fortement un Prince qui a
l'ame grande, que tout ce qu'on
pourroit publier pour élever
fa gloire.
Aprés vous avoir marqué ce
qu'il s'eft paffé à l'égard de la
Guerre declarée par les Efpagnols
depuis la Paix donnée
à l'Europe par Sa Majefté , en
1678. & vous avoir fait voir
que malgré tous les mouvemens
& toutes les intrigues du
Prince d'Orange , cette Guer
're ne dura qu'une Campagne,
il faut vous aprendre avant
d'entrer dans le détail des
affaires d'aujourd'huy , ce que
hors cette Campagne que je
viens de vous décrire , le Roy
a fait depuis cette même année
que
C 2
52
Affaires
jufques au jour que je vous écrits.
Pendant ces dix ans qui
ſemble n'avoir eſté qu'un regne
de Paix , ce Prince s'eft
diftingué entre tous les Souverains
qui ont jamais porté la
Couronne , par une infinité de
chofes qui luy ont plus fait
meriter le furnom de Grand ,
que fes plus hautes conqueftes.
Il a travaillé pour toute
l'Europe , pour la gloire de
fes Etats , pour le bien &
pour le repos de fes Sujets. Il a
declaré la guerre aux vices ,
& fait triompher la vertu ,
& la veritable Religion . Il a
dépensé plufieurs millions
pour affoiblir la puiffance des
Algeriens , qu'il eſt preſque
impoffible de détruire entierement
mais ; on ne sçauroit nier
quefes armes ayant efté fecondées
du bruit de fon nom , n'adu
Temps. 53
yent eu des fuccés beaucoup
plus avantageux , & plus glorieux
que Charles - Quint n'en
eut en perfonne avec une Armée
formidable qu'il n'y mena
qu'à fa honte , eftant revenu
aprés avoir fait de grandes pertes.
Le Royau contraire a obligé
ceux d'Alger à rendre des
Efclaves Chreftiens prefque à
toutes les Nations de l'Europe ,
& à nommer des Ambaffadeurs
pour venir luy demander
don jufqu'à fes genoux . Mais
commeles Barbares changent
rarement leur caractere , & que
la bonne foy & l'honnefteté
ne peuvent regner parmy eux ,
le Roy , les voulant punir en
dernier lieu , a fait foudroyer
leur Ville , plûtoft que de leur
accorder encore une Paix qui
n'auroit pas efté de longue dapar-
C
3
54 Affaires
>
rée , parce que des Pyrates accoutumez
à la cruauté , & qui
n'ont point d'autre employ
pour vivre que celuy de voler,
ne peuvent ceffer d'eftre pirates
. Sa Majefté prit l'année
derniere prefque tous les Vaiffeaux
qu'ils avoient en mer
& aprés avoir ruiné leur Ville ,
Elle continura à les affoiblir de
cette maniere.Tunis & Tripoly
on reconnu la puiffance de
ce Prince, & ils ont fidellement
executé leurs Traitez . L'Empereur
de Maroc luy a envoyé
des Ambaffadeurs & a efté contraint
, tout puiffant qu'il eft ,
à recevoir la Paix qu'il a plu à
Sa Majesté de luy impofer.
Jirois trop loin fi je voulois.
vous parler de tout ce qu'Elle a
fait d'extraordinaire dans fon
Royaume depuis le Traité
conclu à Nimegue . Que ne
du
Temps.
55
vous dirois - je point du nombre
prefque infiny de fes fages
Ordonnances , de tant de nou
veaux Reglemens , qui femblent
avoir efté dictez par la
Prudence mefme, de l'établiffement
des Ecoles de vertu & de
valeur & de quantité d'autres
actions éclatantes , dont le feul
dénombrement fuffiroit pour
faire un ample Panegyrique ,
& qui ont fervy de modelle à
plufieurs Souverains pour faire
la mefme chofe dans leurs
Etats ? Quel grand fujet de
louanges me pourroit fournir
le zele de ce Monarque dans
ce qu'il a fait pour la gloire de
Dieu en faveur de la veritable
Religion , & cela , fans aucune
confideration humaine , puis
qu'il a bien voulu s'expofer
par là à perdre un affez grand
C
4
56
Affaires
nombre de Sujets , qui hors ce
qui regardoit la Religion eftoient
d'un merite diftingué y
qu'il n'a point apprehendé de
voir fortir leurs effets de fon
Royaume , & que loin d'écou
ter ce que la politique luy a
fait entendre là - deffus , il a fait
gloire de témoigner hautement
qu'il ne la connoiffoit point
quand il s'agiffoit de Religion .
Ce que nous avons veu depuis
peu temps , ne nous laiffe point
douter que Dieu n'ait voulu le
recompenfer par les mefmes
chofes qu'il luy avoit facrifiées.
Il ne s'eft mis en peine
ny de l'argent , ny des hom
mes qui pouvoient fortir de
fes Etats , lors que ces deux
chofes s'oppofoient à ce qu'il
avoit refolu pour le falut de
ceux de fes Sujets qui n'édu
Temps. 57
toient pas dans la bonne voye,
& dés qu'il femble avoir befoin
de l'une & de l'autre , tout
s'offre à luy , & les millions ne
coutent rien à luy apporter .
On ne fçauroit aborder du
lieu où l'on doit recevoir les
fommes qu'on luy deftine ; il
en faut fermer les portes , &
longtemps avant qu'on les
croye ouvertes,il s'y en trouve
plus qu'on n'en peut compter
dans tout le jour , en forte que
l'on eft bien - toft contraint de
refufer ce qu'on offre , chacun
voulant donner à fon Prince
tout ce qu'il poffede. S'il s'agit
de lever des Troupes, on trou-,
ve des hommes avec la mefme
facilité qu'on a trouvé de l'argent
; des ruës feules de Paris
fourniffent des Compagnies
en une journée , Paris donne
C
1
58 Affaires
quatorze mille hommes en
huit jours , & la France en
fournit en un mois prés de
foixante mille. Il n'eft point
befoin aprés cela de raifonnemens
pour répondre à tous
les Ecrivains de Hollande , qui
depuis la fuppreffion de l'Edit:
de Nantes , publient que la
France eft épuiſée d'hommes ;
& d'argent. Ce font des paroles
; le contraire eft prouvé.
clairement par des effets , &:
ce que je dis eft fi veritable
que par une benediction de
Dieu fur le Roy qui a touc
facrifié pour fa gloire, la France
eft auffi floriffante qu'elleait
jamais efté , de forte que:
le dernier Bail des Fermes ge-.
nerales , fait il n'y a qu'une
année , auroit efté plus fort:
que les precedens , fi Sa. Ma
2:
du Temps. 59.
ة ي ر ح
jeſté , qui dans toutes les
actions de fa vie à la moderation
pour regle , avoit voulu
recevoir toutes les encheres.
Ce n'eft point là faire des reflexions
politiques fur des
chofes qui ne font point &
qui ne feront jamais . Ce font
des faits publics & inconte
ftables , & la fortie des bleds
de France que le Roy a bien
voulu permettre , eft encore
un fait public qui ne fçauroit.
eftre mis en doute , & qui fait
connoiftre que l'abondance
regne dans tout fon Royaume..
Peut-on dire aprés cela que la
France foit en mauvais eftat,,
à moins que d'écrire pour des
peuples bien ignorans ? Le
Roy a la bonté de vouloir bien
fournir aux Etrangers dequoy
fubfifter ; il a les coeurs less
C. 6.
во
Affaires
bourfes , & les bras de fes Sujets
; il eſt contraint de faire
fermer fon Trefor pour ne plus
recevoir d'argent , ou s'il en
reçoit , c'est celuy des Veuves,
des Orphelins , des Commumautez
; & feulement par bonté
, & aprés les grandes levées
qu'il vient de faire , il fe voit
obligé de refufer des Commiffions
à tous ceux qui en demandent.
Tous ces faits par
lent , & je me tais . Je ne puis
pourtant entrer dans les matieres
d'aujourd'huy , qui ont
un grand enchaînement avec
tout ce que je viens de vous
dire , & qui ne font que le
mefme corps, puis que ce n'eft
qu'une fuite des intrigues du
Prince d'Orange , depuis la
Paix de Nimegue, pour brouiller
l'Europe, fans vous deman-
3
1
du
Temps.
61
der voftre fentiment touchant
deux Princes que je fuppofe
eftre tels que je vais vous les
dépeindre. Le premier a veu
paiſiblement fes Ennemis poffeffeurs
d'une forte Place à
une journée de la Capitale de
fon Empire , fans fe mettre en
eftat de la reprendre, non plus
qu'un Royaume entier , qui a
efté poffedé par ces melimes
Ennemis . Il a au contraire negligé
fi fort le foin de fes affaires
, & tout ce qui regarde la
défenfe de fes Etats , qu'on l'a
prefque furpris dans fa Capitale
qu'on eft venu affieger
il n'a jamais paru à la tefte
de fes Armées , ny meſme témoigné
aucun defir d'en ap
procher il n'a prefque combattu
qu'avec les forces & le
fecours d'argent des autres
62
Affaires
Puiffances ; il doit la plus
grande partie de fes conquê
tes à la divifion qui regne entre
fes Ennemis , & mefme au
milieu de fes victoires , pour
trop écouter l'avis de fon Confeil
, il a prefque toûjours efté
fur le point de faire la Paix
avec les ennemis de fa Reli
gion, feulement par la jalouſie
que lagloire d'un autre Souverain
luy a donnée . Le fecond
de ces deux Princes à fait tout
ce qui eft marqué dans la peinture
que je vous viens de faire
du Roy , à quoy l'on peut ajou
ter qu'il a toujours efté à la
tefte de fes Armées , qu'il a enfeigné
comme on doit faire la
guerre dans les plus rudes faifons
qu'il n'a point atttaqué
de Places fans les aller recon.
noistre luy méme en perfon-
►
du
Temps.
63
ne ; qu'il a conquis plufieurs
fois des Provinces entières en
un hivers qu'il a ſouvent expofé
fa vie à des perils fiévi
dens , qu'on a vu plufieurs
perfonnes tuées & bleffées auprés
de luy que fes victoires
font en fi grand nombre , qu'il
feroit fort difficile de venir à
bout de les compter , & enfin
que ce Conquerant a eu à come
battre , non pas de foibles ennemis
; mais prefque tous les
Souverains d'une des parties
du monde . Défaites - vous de:
toute prevention fur le Portrait
de ces deux Monarques ,
lequel croyez - vous qui meriteroit
le mieux le furnom de
Grand ? C'eft fans doute avec
raifon que
je fuis entré dans
cetre matiere. Ceux qui lifent
toutes les Nouvelles publi
6.4 Affaires
ques n'auront pas de peine à
en deviner la caufe, & trouveront
que je parle fort modeftement
, aprés tout ce qui a
efté écrit touchant cette comparaifon
. L'Article eft du
temps , & plus vous voudrez
l'examiner , plus vous connoiftrez
que je ne fuis point
forty demon fuiet.
Voyons maintenant ce que
les grandes chofes que le Roy
a faites en France pour l'ac
croiffement de la Religion
Catholique ont produit à
Rome. Plufieurs des Rois fes
Predeceffeurs enſemble n'avoient
feulement ofé penfer
là- deffus ce qu'il a executé ..
L'Empereur agrandiffoit fes
Etats , & augmentoit le nom-
.bre de fes Sujets , avec l'argent.
de Sa Sainteté , les Troupes de
du
Temps.
65
plufieurs Princes de l'Europe ,
& beaucoup de Volontaires
François . Le Roy perdoit des
Sujets pour n'en avoir que de
Catholiques . Il rifquoit à voir
fortirde fon Royaume autant
d'argent qu'ils en pourroient
enlever, & ne laiffoit pas d'en
donner encore de fon Trefor
à ceux qu'il voyoit fe convertir.
Il y avoit lieu de croire
qu'un Pape qui paroiffoit auffi
zelé pour la Religion que celuy
qui gouverne aujourd'huy
l'Eglife , feroit paroiftre une
joye proportionnée à ce que
le Roy venoit de faire pour la
Religion , & qu'il le combleroit
de graces . Ce n'eft pas
que ce Monarque luy en demandaft.
La France eft plus
accoutumée à faire du bien au
faint Siege , qu'à le voir recon66
Affaires
noiffant ; mais Sa Majesté ne
croyoit pas que prefque dans
ce temps mefme , on voudroit
luy ofter un des privileges defa
Couronne dans Rome , où
Elle pourroit regner fans la
pieté des Rois fes predecef-.
feurs , qui fort fouvent y ont
rétably les Papes , & qui ont
conquis pour eux , par la force
de leurs armes , prefque toutes
les Provinces & toutes les
Terres dont ils jouiffent ; en
forte que les Souverains Pontifes
n'ont efté Maiftres abfo .
lus du Temporel de l'Eglife de
Rome que depuis ce temps - là
c'est à dire , depuis les donations
faites au faint Siege par
Pepin ; par Charlemagne , par
Louis le Debonnaire , & par
plufieurs autres Rois de France.
Cependant leurs Succefdu
Temps.
67
feurs ne joüiffent auiourd'huy
pour tant de bienfaits que des
Franchiſes qui leur appartiennent
avec beaucoup plus de
droit qu'aux autres Nations.
Mais comme le Pape eft Mi-.
lanois , & qu'il a efté élevé à
Genes , qu'il eft fort uny à
la Maifon d'Auftriche , & que
le Miniftre dont il fe fert eft
Genois , il n'a fait voir que de
la dureté pour le Roy , dont la
qualité de Fils aifné de l'Eglife
prouve combien le faint Siegeeft
obligé à la France. Les
Efpagnols dés le commencement
de ce demeflez , ont renoncé
à ce qui leur appartenoit
bien moins qu'au Roy , afin de
marquer un droit par cette
renonciation. Leur fubtile
politique avoit encore d'autres
veuës. Ils jugeoient
68
Affaires
que le Roy cftoit un Prince
trop puiffant pour fouffrir
que fon hiftoire fift . voir
qu'il avoit laiffé perdre pendant
fon regne ; un droit qu'il
avoit trouvé attaché à la Couronne
, quiluy eft inconteftablement
den , & qui luy venoit
d'eftre confirmé par le Traité
de Pife. Ils concluoient de là
que le Pape & le Roy fe brouilleroient
, & que tant qu'ils
feroient defunis , toutes les
graces de Sa Sainteté tomberoient
fur la Maiſon d'Auſtrithe.
Ils fe perfuadoient bien
qu'en renonçant aux Franchifes
, ils ne couroient aucun
rifque de les perdre , puis que
leur pretention eftoit , comme
ils ont fait paroistre depuis ,
de rentrer dans leurs mefmes
droits , s'il arrivoit que le Padu
Temps.
69
pe
confentiſt que les François
gardaffent les leurs . Loin que
les Franchiſes les inquietaf
fent , ils ne fe foucioient pas
de les perdre , pourveu qu'elles
fuffent oftées aux François .
Ils fe faifoient un plaifir de fe
voir traitez également. Ils ne
trouvoient aucun defavantage
peur eux à faire connoiftre
qu'ils avoient bien voulu y
renoncer , & ils regardoient
cette perte pour les François
comme une chofe qui faifoit
beaucoup diminuer de l'éclat
de leur gloire , par la honte
qu'il y a de ceder , & fur tout
quand les chofes font legitimement
acquifes. S'ils croyoient
ne devoir perdre leurs
Franchiſes que par là , ils devoient
fe tenir feurs de les
conferver , puis qu'ils fça70
Affaires
voient bien que Sa Majefté
ne cederoit pas les fiennes . Le
Roy n'ayant plus d'Ambaffadeur
à Rome depuis la mort
de Monfieur le Duc d'Eftreés ,
auroit pu n'y en pas envoyer
un autre fi - toft , & il arrive
mefme fouvent aux Couronnes
de ne pas remplir ces places
que longtemps aprés qu'-
elles font vacantes ; mais Sa
Majefté jugea à propos dans la
fituation où les affaires étoient
de faire partir un Ambaffadeur
qui occupaft la place de feu
Monfieur le Duc d'Eftrées ,
'parce que s'il n'y en avoit
point eu à Rome aprés la declaration
autentique que le
Pape avoit faite de ne plus
vouloir fouffrir les Franchiſes ,
on auroit pu croire que c'étoit
un confentement que de
du
Temps. 71
>
ne point envoyer d'Ambaffadeur
, de forte que fi le Pape
fuft mort , celuy qui luy auroit
fuccedé euft eu lieu de dire
que le Roy auroit cedé les
Franchiſes fous le regne de fon
Predeceffeur. D'ailleurs la
Maifon d'Auftriche qui croyoit
que le Pape eftoit tous les
jours fur le point de mourir
fe preparoit à en faire élire un
à fa devotion , & croyoit y
trouver d'autant plus de facilité,
qu'il n'y avoit point d'Ambaffadeur
de France à Rome.
Mais le Roy qui prevoit à tout,
y a mis ordre en y envoyant
Monfieur le Marquis de Lavardin.
On ne doit point mettre
en doute que tous les differends
que Sa Majefté avoit
alors avec la Cour de Rome ,
n'euffent efté terminez , file
72
Affaires
Pape cuft donné audience à
cet Ambaffadeur. Je nedevine
point , ainfi qu'ont fait ceux
qui font des reflexions politiques
, quelles propofitions il
avoit à faire , mais il eft conftant
qu'il en auroit fait , &
comme tout ce que le Roy a
propofé en de pareilles , occa,
fions a toujours efté trouvé fi
jufte , qu'on n'a pû fe défendre
de l'accepter , quelque
chagrin qu'on cuft de voir que
cela luy donnoit lieu d'augmenter
fa gloire , parce qu'il
Içavoit s'impofer des loix pour
le bien public , qu'il ne recevroit
pas fi elles luy eftoient
données par d'autres , on doit
eftre perfuadé que le Pape
n'auroit
pu fe défendre des
propofitions qui luy auroient
cité faites par Monfieur de
Lavardin ,
du
Temps. 7.3.
Lavardin , & que l'Europe feroit
prefentement calme , mais
on craint quelquefois de fe
racommoder avec ceux contre
qui on veut avoir d'apparens
fujets de plainte , pour
n'accorder nyà eux , ny à leurs
Amis, ce qu'on ne pourroit
leur refufer. Le Pape avoit refolu
d'empêcher que Monfieur
le Cardinal de Eurftemberg ne
fuft ny Coadjuteur , ny Electeur
de Cologne , parce que
le Roy le confideroit beaucoup
; cette affaire avoit efté
examinée politiquement , &
Rome avoit bien voulu entrer
dans tout ce qui la concernoit ,
quoy qu'elle ne deuft examinerque
le feul droit, fans avoir
aucune part à tout ce qui regardoit
la politique. L'Empereur
s'eftoit declaré contre
D
74 Affaires
Monfieurle Cardinal de Furftemberg
, parce qu'on vouloit
un Electeur de Cologne qui
fuft Ennemy de la France . On
trouva le Pape aigry contre
le Roy , & l'on fe fervit de ce
temps pour luy faire promettre
, qu'il ne donneroit point
de Bulles à Monfieur de Furftemberg.
Les Hollandois ne
craignoient pas moins que
l'Empereur que ce Cardinal
fuft Electeur de Cologne , parce
que les Places de cet Eletorat
font trop proches de
celles des Etats ; de forte que
le Prince d'Orange travailla ,
ainfi que le Pape & l'Empereur
, à empêcher que Monfieur
de Fürftemberg ne fuft
élu Coadjuteur. Toutes leurs
brigues pour intimider le Chapitre
furent inutiles , & l'on
du
Temps.
75
1
peut dire qu'il fut élu tout
d'une voix .
Quand tout un Chapitre eft
ainfi d'accord , & qu'il a tant
de grandes Puiffances à combattre
, il faut qu'il trouve un
grand merite en celuy qu'il
élit , pour fe le donner pour
Chef. Il n'y avoit rien à dire à
cette élection ; auffi ne dit on
rien , mais on differa à donner
les Bulles , dans l'efperance
que fi l'Electeur qui ne poupas
vivre long-temps , venoit
à mouriravant qu'elles fuffent
données on feroit de nouvelles
brigues pour faire élire un
autre Electeur. Cela fut caufe
que
l'on differa d'abord à Rome
à donner Audience à l'Envoyé
de Monfieur de Furftemberg.
Le Pape fe trouva enfuite
indifpofe , & il le fut long-
D 2
76
Affaires
temps . Lors qu'il fe vit obligé
de fe porter bien , il fit naiſtre
quelque difficultez , & traîna
fi bien les chofes en longueur
que l'Electeur de Cologne
mourut . Ce fut alors que les
brigues redoublerent & que
le prince d'Orange conceut ,
que les defordres que cette
affaire cauferoit dans l'Europe
, à caufe de l'injuſtice qu'on
feroit à Monfieur de Furftemberg
, protegé par le Roy ,
pourroient fervir aux deffeins
qu'il avoit d'envahir l'Angle -
terre ; car on penfe à de pareilles
entreprifes
long - temps
avant que de les executer . Il
-ne doutoit pas que le Roy , jufte
& puiffant comme il eft , ne
vouluft maintenir les droits
de Monfieur de Furftemberg
,
& que la protection qu'il luy
1
du
Temps. 77
donneroit n'attiraft fes Armes
fur le Rhin , & il medita dés
lors le moyen de les en faire approcher
, en cas qu'elles n'y
vinffent pas affez toft , afin d'éloigner
les fecours que le Roy
auroit pu donner à l'Angleterre.
Il fe propofa pour réüffir
dans fon deffein , de faire des
Ligues avecplufieurs Princes ,
afin de maintenir l'Electeur
qui feroit nommé & promit à
Monfieur Cafoni qui eft dans
les Secrets de Rome, parce qu'il
agit contre la France , qu'il
maintiendroit l'Electeur qui feroit
élu à la place de Monfieur
de Furftemberg.Il n'oublia rien
pour luy enlever des voix , &
il eft hors de doute qu'il en a
fait donner à Monfieur le Prince
Clement. Il n'eft point de
ftratagême dont on ne ſe ſoit
D
3
78
Affaires
た
fervy pour corrompre ceux qui
n'ont pas efté pour luy, ou pour
leur faire perdre leurs voix .
Tout Cologne fçait que Monfieur
.... ayant refolu de donner
la fienne à Monfieur de
Furftemberg, en fat empeſché
par des lettres , où on le menaçoit
de perdre toute la Famille ,
dont le bien eft fitué dans les
Etats de ceux qui luy faifoient
ces menaces. Il n'y avoit point
de fujet qui euft les qualitez.
requifes,pour difputer à Mr de
Furftemberg une place qui luy
appartenoit legitimement
ayant efté tout d'une voix éleu
Coadjuteur. Mr le Prince Clement
qui auroit pu y pretendre
s'il avoit eu l'âge & s'il avoit
efté Chanoine de Cologne
n'avoit point la vocation neceffaire
pour cela , ne voulant
>
du
Temps.
79
point fe faire Preftre , dans la
penfée que Monfieur l'Elec-
&teur de Baviere fon Frere
n'aura point d'Enfans, & il marqua
meſme beaucoup de chagrin
lors qu'on luy propoſa d'étre
Electeur de Cologne , parce
qu'avec cette dignité on ne ſe
peut difpenfer d'étre Preftre ,
mais comme il falloit choifir
quelqu'un pour oppofer à Monfieur
de Furftemperg , il fut ar
refté qu'on fe ferviroit de luy,
& qu'on luy donneroit tant de
fortes de difpenfes qu'on le
rendroit éligible . Enfin on
avoit refolu qu'il feroit Electeur
, & il eftoit arrefté avant
que de proceder à l'Election ,
qu'on le maintiendroit , quelque
peu de voix qu'il puft
avoir , parce qu'on avoit refolu
de trouver des nullitez
3
D 4
80
Affaires
re dans tout ce qui regarderoit
Monfieur de Furftemberg.
L'affaire ayant efté terminée
à l'avantage de ce Cardinal
par un nombre infiny de raifons
, comme vous le verrez
dans la fuite , le Courrier de
Monfieur le Prince Clement
arriva le premier à Rome , &
dit qu'on avoit éleu ce Prince.
La joye qu'on en témoigna fit.
d'abord connoiftre la partialité.
Le Courrier de Monfieur
de Furftemberg arriva enſuite
, & la nouvelle qu'il apporta
donna beaucoup de chagrin
. On demeura muet , &
embaraffé , & on ne chercha
qu'à prendre des mesures contre
luy. Si le bon droit n'avoit
pas efté de fon cofté , on auroit
fans hefiter donné des
Bulles à Monfieur le Prince
du
Temps.
St
Clement , & on ne differa que
parce qu'on vit bien qu'il n'y
avoit pas d'apparence de s'op
pofer directement à un droit
étably par une pluralité de
voix fi manifefte à toute l'Europe
, car il eft à remarquer
qu'il y a dans le Chapitre de
Cologne dix Chanoines qu'on
nomme les Chanoines Illuftres ,
parce qu'ils font tous Princes
ou Comtes. On appelle leurs
voix les Majora . Monfieur de
Furftemberga eu ces dix voix,
majeures , & quelques autres.
encore . Ainfi avec le plus
grand nombre de voix , il a eu
les principales de maniere
qu'en n'approuvant pas fon
élection , ce n'eft pas feulement
contre luy qu'on fe declare,
mais encore contre tous
les Chanoines qui l'ont élu ,
DS
82
Affaires
quoy qu'ils faffent la plus
grande , & la plus illuftre partie
du Chapitre. Il y a quelque
chofe de fi furprenant
en cela , que ceux qui ont intereft
à ne pas fouhaitter que
Monfieur de Furftemberg ſoit
Electeur de Cologne , marquerent
d'abord leur furpriſe du
refus que l'on faifoit de luy
accorder des Bulles , & s'échaperent
mefme à l'écrire
quoy que fans y penſer , tant
la force de la verité eft
grande.
Ce fut cette même verité
qui empefcha Rome de ſe déclarer
d'abord . Il falloit l'affoiblir
peu à peu , & chercher
quelques plaufibles raifons .
pour venir à bout du deffein
que l'on forma de la détruireentierement
. On dit d'abord
que la chofe eftoit douteufe
>
du Temps .
83
& qu'il falloit l'examiner..
Rendre une choſe douteufe
quand on eft partial , & qu'on
en eft le Juge , c'eft prendre le
chemin de la condamner . Il
eft conftant que fi Monfieur
de Furttemberg éftoit celuy
que l'on euft voulu favoriferi,.
on luy auroit d'abord donné
des Bulles fans mettre l'affaire
en deliberation
, parce qu'il
eftoit feur que toute la Chrê
tienté n'auroit point trouvé à
redire , qu'on euft aprouvé un
choix apuyé non feulement
par la pluralité des Voix, mais
par toutes les plus illuftres
voix d'un Chapitre , qui a le
droit de s'élire un Archevefque
; mais un droit qui ne luy
eft point contefté par ceux
mefmes qui décident contre
celuy qui a efté élu kin
D 6
84 Affaires
Le Pape demeurant tou
jours dans la refolution qu'il
avoit prife d'empefcher que
Monfieur de Furftemberg ne
fuft Electeur de Cologne , &
voulant tenir ce qu'il a promis
là- deffus à la Maifon d'Auftriche
, fe trouva embaraffé.
Il connut bien que toute l'Europe
ayant les yeux ouverts:
fur cette affaire , on feroit extremement
furpris de la partialité
qu'il feroit paroiftre ,
en donnant des Bulles à ces
luy , qui non feulement auroit
le moins de Voix , mais
qui n'eftoit pas mefme éligible
par une infinité de raifons que
je ne rapporteray point . Ainfi
il fit affembler une Congregation
de Cardinaux pour leurdemander
leurs avis , croyant
qu'ilfe pourroit difculper par
1
#
du Temps.
85
là , mais on fçait ce qui fe pratique
ordinairement en pareilles
occafions . On eft feur des
Voix de ceux qu'on choifit, &
on ne nomme pas des perfonnes
qui foient amies de ceux
qu'on veut condamner, ou de
ceux qui les protegent. D'ailleurs,
il n'en eft pas de ces Congregations
comme des Iuges
queles Souverains établiffent
dans leurs Etats . Ces luges
prononcent , & ce qu'ils ont
jugé à fon entier effet , fans
que le Souverain donne fon
jugement , ny s'en mêle en
aucune forte , au lieu que
Congregations
les
ne fervent
qu'à faire fçavoir au Pape les.
avis de ceux qui les compofent
, & comme il demeure le
maiſtre de décider en faveur
de qui il luy plaift , il est tou86
Affaires
jours blâmé feul de fes décifions
quand elles fe trouvent
contraires aux Concordats
faits avec l'Eglife Romaine ,
approuvez & fuivis non feu
lement par fes Predeceffurs',
mais encore par luy - mefme ,
quand il n'a point efté partial.
On ne fçait de quelle maniere
les chofes font agitées dans les
Congregations du Pape qui
occupe prefentement le S. Sie .
ge. On n'entend parler que
du
fecret qu'on demande à ceux
qui en font & quelque temps .
aprés le Pape prononce fans
qu'on fçache preſque rien de
ce qui s'eft dit dans ces fortes.
d'Affemblées . Le Public feroit
content , & les Parties qui perdent
n'auroient pas tout- àfait
fujet de fe plaindre , fi elles
voyoient qu'après avoir exa
du
Temps,
87
miné leurs raifons , on les cuft
détruites , mais on juge une
Affaire de la confequence de
celle dont il s'agit , fans mar .
quer qu'on ait feulement daigné
voir aucune de celles de
Monfieur de Furftemberg, que
tout le Public juge incontestables
; & comme il y en a trop ,
& qu'on ne fçauroit répondre ,
on fe garde bien de les examiner
, ce qui fait que la feule
volonté du Pape , qu'il croit.
tenir lieu de droit à celuy qu'il
veut favorifer , décide tont..
S'il eft maiftre abfolu de toutes
les affaires de cette nature ,
il peut en ufer ainfi ; mais ſi les
Chapitres ont droit d'élire , il
ne fçauroit faire un autre
choix quand l'élection eft canonique
, autrement tout ſeroit
en confufion & en defor
88
Affaires
dre.Les Concordats n'auroient
aucune vertu , & celuy qui doit
corriger les abus fans partialité
, les feroit naiftre & feroit
auteur de la guerre lors qu'il
devroit entretenir la Paix entre
les Chreftiens , comme un
Pere la doit maintenir entre fes
Enfans . Quand l'affaire de
Monfieur de Furftemberg au
roitefté douteufe , ce qui n'eft
pas , on voit que la partialité
a fait pancher la balance du
cofté du Prince Clement. Les
Cardinaux croyent devoir
trouver des defauts dans l'une
& dans l'autre élection , & s'en
remettent au Pape , en difant
qu'il peut décider & fupléer
par fon choix au defaut de fait
& de droit de l'élection de
Monfieur le Prince Clement , &
rejetter la Poftulation de Mondu
Temps. 89
fieur de Furftemberg. Si le
Pape a ce pouvoir , il n'eftoit
pas neceffaire qu'il affemblaſt
les Cardinaux , il ne le devoit
pas ignorer; & s'il ne l'a point,
les Cardinaux ne fçauroient
le luy donner. Mais fuppofé
qu'il puft faire grace , qui la
meritoit plûtoft , d'un Preftre,
d'un Cardinal , d'un Coadjuteur
, d'un Grand Doyen félu
tout d'une voix , d'un Adminiftrateur
de l'Archeveſché
dont il s'agit , & enfin d'un
Evefque choifi par fon Predeceffeur
, ou d'un jeune Prince
qui ne veut point ſe faire Preftre?
Ce n'eft pas encore touts
car fuppofé que le Pape puſt
fuppléer aux defauts de quelque
fujet , cela ne s'entend que
quand ce fujet eft fans Concurrent
dans le Benefice en quef90
Affaires
tion , ou qu'il a moins de defauts
dans l'élection qu'on en
a faite ; autrement ce feroit
faire une grace qui cauferoit
une injuftice , & Sa Sainteté
n'ignore pas qu'il n'eft point
permis de faire un mal dontil
naiſt un avantage , ny d'ofter
le bien de fon prochain pour
le donner à un autre.
On ne peut fe plaindre à
Rome de la maniere d'agir de
Monfieur de Furftemberg.
Comme on s'eftoit affez declaré
contre luy par des follicitations
ouvertes avant fon éle-
&tion , qu'on avoit harangué
le Chapitre au nom de l'Empereur
, ainsi que vous verrez
dans la fuite , & que le Pape
mefme avoit ceffé d'eftre Pere
commun ; en faifant folliciter
contre ce Cardinal , ce qui de
du Temps.
91
voit faire croire qu'il ne luy
feroit pas favorable lors qu'il
luy faudroit donner fes Bulles
il écrivit à tous les Cardinaux
pour leur reprefenter fes interefts
, car le Pape ne vouloit
donner audience à perfonne
de fa part , ce qui faifoit tellement
paroiftre fa partialité , que
fes plus affidez ne pouvoient
la déguifer. Les Lettres de
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
aux Cardinaux , eftoient
extremement honnef.
tes.Il leur reprefentoit fon bon
droit , & la justice qu'ils luy
rendroicot, s'ils entroient dans
fes raifons. Il n'oublioit pas de
marquer qu'il eftoit leur Confrere,
& que la dignité de Cardinal
les engageoit tous à avoir
beaucoup d'égards les uns pour
les autres , & que le mauvais.
92
Affaires
traitement qu'on luy feroit
devant retomber fur cette dignité
qui luy eftoit commune
avec eux , il croyoit qu'ils en
foutiendroient l'éclat , en travaillant
autant qu'ils pourroient
à détruire ce qu'on voudroit
faire à fon defavantage.
Enfin , ces Lettres étoient conceuës
en des termes fort obligeans
& qui auroient deu les
engager à foutenir les interefts
de Monfieur de Furftemberg
comme Cardinal , s'ils
euffent en quelque repugnan,
ce à le fervir comme Amy;mais
les choſes eftoient trop aigries,
pour permettre à ceux qui
n'auroient pris que le party de
la verité , d'agir d'eux mefmes
dans cette importante occafion.
Monfieur le Cardinal de
du
Temps. 93
Furftemberg aprés avoir efté
élu tout d'une voix Coadjuteur
à l'Archeveſché de Colo .
gne , en avoit esté nommé
Archevefque à la pluralité des
fuffrages lors que cet Archevefché
étoit demeuré vacant.
Il eftoit criminel , parce que
c'eftoit contre la volonté du
Pape , & comme Sa Sainteté
ne vouloit
ily
pas qu'il fuft éleu,
avoit des défauts dans fon
élection , ou du moins il falloit
qu'on y en trouvaft . Ainfi perfonne
ne pouvoit foutenir le
bon droit d'un Cardinal . La
forte antipatie que le Pape
avoit pour Monfieur de Furftemberg
impofoit filence aux
Cardinaux , amis de la verité ,
& les autres étoient amis des
Miniftres de Sa Sainteté qui
avoient leurs raifons pour l'ai94
Affaires
grir , & avoient efté choisis
par ces mefmes Miniftres pour
trouver des défauts dans l'élection
de Monfieur de Furftemberg.
Ainfi la dignité de Cardinal
, qui dans un autre temps
auroit pu luy faire meriter
juftement la préference fur
fon Concurrent , fuppofé que
fon élection euſt eſté auffi défectueufe
que celle de Monfieur
le Prince Clement qui
ne peut paffer pour élection ,
luy fut entierement inutile ,
& le grand Doyen d'un Chapitre
, Preftre , Cardinal
Coadjuteur
, n'ayant pas efté
trouvé , fon élection a esté
rejetée lors qu'on a approuvé
celle du grand Doyen de
Munfter , & celle du grand
Doyen de Licge , & qu'on
leur a donné des Bulles , com,
du
Temps. 95
me fi l'on n'avoit cherché qu'à
faire un affront à Monfieur le
Cardinal de Furftemberg , en
donnant des Bulles à deux
grands Doyens fans en donner
au troisième ; & tout cela ,
parce que l'Empereur qui l'a
outragé en le tenant prifonnier
, ne croyoit pas qu'aprés
la maniere dont il en avoit
ufé avec luy , il duft être fon
Amy , & que le Pape a une fi
parfaite intelligence avec la
Maiſon d'Auftriche , qu'il ne
veat rien faire qui puiffe donner
du chagrin à l'Empereur ;
mais tout cela n'ofte rien du
droit de Monfieur de Furftemberg
, & ne rend pas fon
élection défectueuse , quoy
qu'elle foit chagrinante pour
l'Empereur. Il eft conftant
que fi on n'avoit point preſſé
96
Affaires
Monfieur le Prince Clement
de penser à l'Archevefché de
Cologne , il étoit bien éloigné
d'avoir des veuës pour
briguer l'élection , puis qu'il
n'eftoit pas éligible ; mais on
luy a donné un Bref d'eligi
bilité , pour le faire paroiftre
fur les rangs, en luy promettant
qu'en confequence de ce Bref,
il auroit des Bulles , quelque
chofe qui pût arriver ,pourveu
qu'il eût feulement quelques
voix , ce qu'on luy a fait avoir
par menaces & autrement. Ce
n'eft pas icy le lieu de parler
de la nouveauté finguliere de
ce Bref , ny de voir s'il pouvoit
être donné . Si ces fortes
de Brefs avoient lieu pour des
chofes auffi éloignées de la
vray femblance qu'eftoit celle
de faire élire Monfieur le
Prince
du
Temps . 97
Prince Clement Electeur de
Cologne le Pape feroit Maiftre
abfolu de tout ; tous les Privileges
& tous les Concordats
feroient inutiles , & l'on ne
pourroit plus élire que ceux
qui auroient des Brefs d'éligibilité
, puis qu'ils feroient les
feuls qui pourroient obtenir
des Bulles , quelques défauts
qui fe trouvaffent dans leur
élection , & quelque peu de
voix qu'il euffent . D'ailleurs ,
que deviendroient les Privileges
de ces grands & illuftres
Chapitres d'Allemagne , qui
font compofez de tant de Prin
ces , & de tant de perfonnes
d'une inaiffance diftinguée ?
qui ne font entrez dans des
Corps fi celebres que dans
l'efperance de pouvoir parvenir
aux premieres dignitez
E
98
Affaires
2
& d'en être élus Evefques , ou
Archevefques ? On ne donne
pas feulement lieu à Monfieur
de Furftemberg de former de
juftes plaintes lors qu'on s'oppofe
à fon élection , mais on
fait un affront ſignalé à tout
le Chapitre , puis qu'on fait
connoître par là qu'on n'y
trouve aucun Chanoine qui
ait les qualitez neceffaires
pour être élu Archevefque.
On dira qu'on ne pretend pas
pour cela ôter les privileges
du Chapitre , & que le Pape a
eru devoir en ufer comme il a
fait pour cette fois feulement;
mais un autre Pape croira
qu'il luy fera permis de faire
ce que fon Predeceffeur aura
fait , & il aura raiſon , puis
qu'il fera fondé en exemple .
Vn troifiéme autorisé par Les
P
du Temps.
LYON
deux Prédeceffeurs , voudra
faire de mefme ; ainfi le droit
des Papes fera étably , & le privilege
des Eglifes perdu . C'eſt
pourquoy ceux qui ont élu
Monfieur de Furftemberg , &
qui repreſentefiele Corps du
Chapitre , parce que lors qu'il
ya de la divifion dans un
Corps ila toûjours eſté reprefenté
par le plus grand nombre
, n'ont pas moins de raifon
que Monfieur de Furftemberg
de défendre lear droit ,
de forte que ceux qui foûtiennent
leurs droits , & leurs privileges
n'eftant pas auteurs de
la guerre que ces démeflez
allument , font d'autant plus
innocens des maux qu'elle
peut caufer , qu'il eſt naturel
& permis aux hommes de fe
défendre , fur tout lors qu'on
E 2
100 Affaires
les attaque en leur bien , &
leur honneur.com
La Lettre dont je viens de
vous parler que Monfieur
le Cardinal de Furemberg
écrivit aux Cardinaux , fut
foutenue d'un
ManifeX
"
tin qui courut en ce tempslà
à Rome. Vous remarquercz
qu'il ne fut point donné comme
une Piece qu'on produi
roit dans un Procés , & fur laquelle
on devroic eftre jugé ,
en fe rapportant à ce que les
Juges en diroient . Le droit de
M. le Cardinal de Furftemberg
étant incontestable , il ne pretendoit
point s'en rapporter
au Jugement des hommes,
Ainfi ce Manifefte eftoit donné
au Public , pour faire voir
à toute l'Europe la justice , &
la bonté de fa caufe . Voicy
du
Temps.
ce que j'en ay tiré . Ce n'eſt
pas tout à fait une traduction .
J'en ay renversé l'ordre , &
j'en ay fait comme un corps
d'hiftoire , pour le rendre plus
intelligible. J'ay ramaffé &
preffé toutes les raifons ; j'ay
ofté la plus grande partie des
citations ; mais j'ay laiffé en
beaucoup d'endroits les noms
des Auteurs & de leurs Ouvrages
, où l'on pourra les
trouver. Enfin cecy eft un
précis du Manifefte , qui bien
qu'il foit beaucoup plus court,
contient pourtant toutes les
raifons qui s'y trouvent alleguées.
Ne me regardez point
dans ce que vous allez lire ,
mais regardez l'Auteur du
Manifefte. C'eft luy qui va
yous parler.
E 3
102
Affaires
M
CA
AXIMILIEN - HENRY
de Bavieres , Archevel
que de Cologne, Electeur du Si
Empire Romain , ayant gouvernë
fon Dioceſe & fes Etats avec
beaucoup de prudence , & une conduite
admirable , pour me fervir
des termes du Miniftre de
l'Empereur , & fentant dimi
nuer fes forces de jour en jour
par les attaques frequentes
d'une longue maladie , n'eut
rien tant à coeur que de prévenir
avant la mort les grands
maux qu'il prévoyoit devoir
arriver à toute l'Europe , fr
l'Eglife de Cologne demeuroic
vacante . Dans cette veuë il
crut qu'il eftoit du bien com
mun de demander un Coadjuteur
qui fuſt capable de main
tenir le repos de l'Europe en
du
Temps.
10 3
marchant fur fes traces , & en
continuant d'étendre dans fon
Dioceſe le bien que fon Alteffe
y avoit étably . Aprés en
avoir conferé plufieurs fois
avec le Nonce du Pape , la
Poſtulation du Coadjuteurfur
indiquée pour le 7. Janvier
1688. On fçait que malgré les
brigues & les menaces faites
par ceux qui ne cherchoient
qu'à brouiller , Monfieur le
Cardinal Landgrave de Furftemberg
, qui eftoit Doyen
de ce Chapitre , compofé alors
de vingt-quatre Capitulaires ,
eut dix - neuf voix , & fut poftulé
Coadjuteur. Les accla
mations publiques qui fuivirent
cette action firent voir
combien elle estoit jufte &
paisible du côté de Meffieurs
les Chanoines .
E
4
104 Affaires
Monfieur l'Electeur de Cologne
, qui fe fentoit proche
de fa fin, écrivit quelque temps
aprés au Pape , pour luy demander
la confirmation de
fon Coadjuteur. Il marquoit
à Sa Sainteté en des termes
touehans & pleins de refpect ,
Que Se voyant mourir illa prioit
inftamment de vouloir prévenir les
grands maux qui affligeroient infailliblement
l'Eglife de Cologne ,
fi elle venoit à demeurer vacante,
faute d'avoir confirmé fon Coadjuteur
, qu'il fe fentoit obligé en
confcience de luy demander cette
grace avec les plus inftantesprières
dont il eftoit capable , & qu'il l'en
conjuroit par la charité de noftre
Sauveur.
On n'eut point d'oreilles
pour entendre une voix fi
jufte.Monfieur l'Electeur moudu
Temps. 105
fut le 3. luin fuivant , fans que
Monfieur le Coadjuteur fuft
confirmé . Cette mort obligea
le Chapitre de Cologne d'écrire
au Pape le 5. du meſme
mois pour luy apprendre le déceds
de l'Electeur , & pour luy
faire fçavoir que n'ayant point
eu d'avis que Sa Sainteté cuft confirméla
poftulation qui avoit esté
faite de Monfieur le Cardinal de
Furftemberg pour Coadjuteur ; il
leur fembloit important de prevenir
Les maux qui eftoient infeparables
de lavacance , & qui auroient efté
détournez par la vigilante &fage
conduite de ce Cardinal , qui a tant
de merite & gui a rendu de fi
grandsfervices à l'Eglife . Que quoy
que cette Poftulation cuft eftéfaite
unanimement & dans les formes ,
il ne leur paroiffoit point que Sa
Sainte L'euf approuvée : ce qui les
E s
106
Affaires
obligeoit àproceder àune nouvelle
élection, ou bien à une Poftulation ,le
tout felon la difpofition des Saints
Canons & felon la regle du Droit.
Que pour cet effet ils avoient chois
le
1.9 de Tuillet , efperant que Sa
Sainteté confirmeroit ce qu'ils aus
roient fait pour lebien de l'Eglife de
Cologne.
A
Cependant le Saint Pere envoya
un Bref , ou un Indult
d'éligibilité le 19. de Juin à
Monfieur le Prince lofeph
Clement de Baviere , âgé feulement
de 17.ans , & qui n'ef
toit pas du Corps du Chapitre
de Cologne . Sa Sainteté après
avoir donné de grands éloges
à la tres-Illuftre Maifon de Baviere
, dit à Monfieur le Prince
Clement , que s'il arrive que
Monfieur l'Electeur de Cologne
wienne à mourir ( cette condidu
Temps.
107
tion eft digne de remarque &
de confequence , ) ou bien qu'il
veuille dans la fuite fe demettre
de quelqu'unes des Eglifes de Cologne,
de Hildesheim ou de Liege , il
Le rend capable, & luy donne le droit
de pouvoir eftre éleû Archevefque
on Evefque de l'une , ou de toutes
ces Eglifes ,quoy qu'il n'aitpas l'âge
marqué dans les Saints Canons ,
qu'ilnefoit pas encore entré dans
les Ordres Sacre , qu'il ne foit du
Corps d'aucun de ces Chapitres , où
il n'a eujusque -là,& n'a pû avoir
aucune voix active & paffive.com
formément à la difpofition des
Saints Cavans , des Ordonnances ,
& autres Reglemens de l'Eglife.
Enfin quoy qu'il ait déja l'admi.
niftration des Evefchez de Ratis
bonne & de Frifingueşil le rend babile
à pouvoir efire eleu pour l'une
E 6
108
Affaires
de ces Eglifes en particulier, ou pour
toutes les trois enfemble , comme
s'il en avoit efté Chanoine , fans
que lesdeux Evefchez dont il eft
déja pourveu , puiffent porter prejudice
en aucune maniere àfon èletion
pour les autres Cathedraleszen
forte toutefois qu'auffi- tost que le
Saint Siege aura confirmé fon éle
Etion pour l'une , ou pourtoutes les
trois Eglifes , celles de Ratisbonne
& de Frifingne, dont il eft déja
Pourveu ,feront cenfées vacantes ,
fa Sainteté le difpenfant de toutes
les oppofitions , contradictions op
empefchemens ànaiftre , & generalement
de tons les défaurs qui
pourroient rendre nulle ou défeetuenfe
l'electron qu'on pourroit faire
de luy pourlefdites Cathedrales.
Etafin que l'on fcache par
quelmotifle Saint Pere agit
dans cette rencontre,il declare
du
Temps. 109
"
expreffement , qu'il donne cet
Indult de fon propre mouvement,
avecconnoiffance de caufe , & dans
toute l'étendue defon pouvoir, vou
lant bien déroger en ce point au Concilegeneral
de Latran , aux autres
Conciles Provinciaux ou Synodes
foit generaux,foit particuliers, aux
Conftitutions , Reglemens ou Ordon –
nances defdites @glifes Cathedrales
, qui feroient confumées par
quelque ferment que ce foit , ou
munies de l'approbation du Sains
Siege , ou enfin qui feroient recenës
par le moyen de quelque autorité
que ce puiße eftre.Sa Saintetépretend
aufft que l'on n'ait aucun égard
pour cettefois aux Statuts , Coutumes
, Vfages , Concordats , Regle
mens, Privileges , Indulas,
Decrets
,
Lettres, Brefs ou Bulles Apoftoliques,
adreßèés, aux. Prelats ou Eglifes „
& c.
110
Affaires
En un mot le Saint Pere
pretend que toutes les nullitez
qui pourroient s'opposer au
deffein qu'il a de faire élire
Monfieur le Prince Clement
foient levées . Toute la Chrê.
tienté n'en doit pas douter aprés
un Indult fi autentique , &
& fur lequel on a jetté avec
profufion toutes les graces que
que l'on a cru pouvoir mettre
en ufage , pour favorifer un
jeune Prince , qui malgré tout
fon merite il n'eft pas encore en
eftat d'entrer dans les premieres
Dignitez de l'Eglife , n'ayant
que 17. ans , fimple Clerc,
puis qu'il n'a receu aucun des
Ordres Sacrez , & d'ailleurs
lié à deux Eveſchez confidera
bles.
Qui n'auroit cru que le Pape
aprés avoir répandu tant de
du
Temps.
4
Benedictions fur la tefte du
Prince de Baviere, n'euſt reſer
vé au moins une feule
grace
pour Monfieur le Cardinal de
Furftemberg Ce Prince ne de
mandoit à Sa Sainteté que la
permiffion de fe demettre de
'Evefché de Strasbourg mais
au lieu d'obtenir fi peu de
chofe , en comparaifon de ce
qu'on avoit accordé au Prince
Clement , il ne receut pour
toute réponſe, qu'un refus embaraffe
de complimens , que le
S.Pere luy écrivit par un Bref
du 1.Juillet 1688. Sa Sainteté
y marque la joye qu'elle auroit, de
trouver des occafions favorables à
Finclination qu'Elle a de gratifier
fon Eminence, & de faire connoif
tre de plus en plus , combien elle
eftimefavertu & fes merites ; mais
que cequi luy donne un grandfujet
112
Affaires
?
grandfujet de chagrin , c'eft de ne
pouvoir vaincre les difficultez qui
s'opposent à la bonne volonté , d
qui l'empefchent en quelqué maniere
que ce foit , de trouver le moyen
d'accorder àfon Eminence ce qu'Elle
luy ademandéau ſujet de la mort
de l'Electeur de Cologne , parce que
cette affaire eft ambaraſſée de tant
de difficultez, & qui font fifortes,
ainsi qu'Elle pourra l'apprendre
plus amplement de la bouche du
Nonce qui refide à Cologne, que Sa
Sainteté a le déplaifir de rencontrer
des empefchemens infurmontables
dans la bonne volonté qu'El
le a de fatisfaire aux defirs defon
Eminence. Qu'au reste Elle fait
tant defond fur la pieté & fur la
fageffe de Monfieur le Cardinal
qu'elle efpere qu'il fe conformera
aux intentions & à la refolution
"Elle a prife fur ce fujet..
qu
du
Temps.
113
On ne parloit pas il n'y a
qu'un moment à Monfieur le
prince de Baviere avec tant de
referve.On ne parloit pas mê
me quelque temps auparavant
à Monfieur le Cardinal
de Furftemberg avec fi peu de
ménagement; cela paroift affez
par l'Indult que le rape luy
avoit envoyé de fon propre
mouvement , & fans que Son
Eminence l'en cuft follicité ;
mais c'étoit dans un temps , &
dans une conjoncture indifferente
à Sa Sainteté , & où Elle
n'avoit aucun intereſt de faire
éclater les vues particulieres .
Le S. pere reconnoift dans
cet Indult , que Dieu a comblé de
graces & de merites la perfonne de
Monfieur le Cardinal , & que ce
Prince fait grand honneur à l'eglife
Romaine , dont il eſt un tres114
Affaires
illuftre membre , C'eft en confideration
de cela que Sa Sainteté
croit qu'il eft de lajustice d'accorder
àfon Eminence la permif
fion de pourvoir à toutes fortes de
Benefices , qui feront àfa difpofition
, non feulement pour les dépendances
des Eglifes dont il auroit
le titre , à caufe de fa dignité
de Cardinal , mais encore pour ce
qui relevera de l'Eglife de Stras
bourg, dont il eft Evefque , & de
quelques Eglifes Cathedrales Me
tropolitaines , ou Patriachales que
ce puiffe eftre,dont il feroit pourvû
dans la fuite ou dont il pourroit
avoir l'adminiftration .
t
Cependant
ce Cardinal eft il
en eftat de devenir Archevêque
de Cologne , toutes ces
belles promeffes s'évanouiffent,&
le faint Pere oublie tout
ce qu'il a dit en fa faveur .On
du
Temps. 145
ne fçauroit croire combien
cette conduite excita les ennemis
du repos public qui conf.
piroient depuis longtemps
contre l'élection de Monfieur
de Furftemberg . Ils recommencerent
à fe donner des mouvemens
feditieux , à femer des
libelles , à exciter des murmures
, foutenus par la cabale du
Prince d'Orange , qui comme
l'on adéja remarqué , avoit une
forte brigue , pour exclure
s'il pouvoit de l'Electorat un
Prince qui eft capable de procurer
la paix & le repos à l'E
glife de Cologne , & ce n'eſt
pas ce que demande le Prince
d'Orange.
On n'épargná donc aucunes
careffes pour corrompre Meffieurs
les Chanoines , & ceux
qui ne purent eftre gagnez
116
Affaires
par cette voye ,
C
furent menacez
d'eftre perfecutez avec
toute leur Famille. On s'emporta
mefme jufqu'à cette furie.
que de dire , Que fi le Cha
pitre ne prenoit pas le bon party , on
ofteroit à la Cathedrale de Cologne
la dignité de l'Electorat pour la
transferer à une autre Eglife.
Quoy que ces menaces fuffent
vaines , elles ne laifferent pas
d'avoir quelque effet , & de
jetter de la terreur dans l'ef.
prit de certains du Chapitre ,
qui fe laifferent aller dans le
party de Monfieur le Prince
Clement , comme il feroit fort
aifé de le prouver par de bons
témoins , s'il eftoit neceffaire .
Le Roy qui n'ignoroit pas
toutes ces brigues , & qui a
toujours facrifié fes propres
interefts & fes plus juftes prédu
Temps,
117
tentions au bien de l'Eglife &
à la tranquillité de l'Europe ,
crut qu'il devoit lever un empefchement
que les ennemis.
de Monfieur le Cardinal de
Furftemberg pourroient luy
fufciter malicieuſement au fujet
de fes Lettres de naturalité
prifes dans ce Royaume .
C'est ce qui obligea Sa Majefté,
de donner une Déclaration
du 12. Iuillet , par laquelle
Elle dégage ce Prince de tout engagement
perfonnel, ferment defide .
lité , ou autre obligation contractée.
en confequence des Lettres de naturalité
qu'il auroit prifes cy - devant
, afin de pouvoir poffeder des
Benefices en France , & c. parade[
Monfieur le Nonce du Pape
, pour garder en apparence
de grandes mefures , écrivit aus
Chapitre le 13. Juillet , pour
11:18
Affaires
luy faire offre de ſervice , &
pour recommander à Meffieurs
les Capitulaires de la part de
Sa Sainteté , de proceder à l'éle
Etion felon la forme preferite par
les Saints Canons , & de donner
leurs voix à ceux qu'ils fçauroient
avoir plus de merite, & qu'ils jugeroiens
eftre leseplus dignes de
gouverner les Eglifes vacantes par
la mort de Monfieur l'Electeur . Que
c'eftoient là des voeux dignes d'un
fi grand Pape & d'ailleurs fi legitimes
, qu'ils ne pouvoientfe difpenfer
d'y obeir. On verra dans
la fuite que la meilleure partie
du Chapitre de Cologne s'eft
fait une religion d'executer à
la lettre ce confeil de Monfieur
le Nonce. Le plus grand nombre
des Chanoines a pris pour
un precepte qu'il n'étoit pas
permis de violer , ces belles
du
Temps.
119
paroles qui font employées
dans le Bref que le Saint Pere
adreffa à l'Eglife de Cologne
le 3. luillet , & qu'elle receut
peu de jours avant l'Election .
Autant qu'il m'eft poffible , je vous
exhorte en Noftre Seigneur , de
n'avoir en veuë que la gloire de
Dieu , & de ne choifir que celuy
d'entre vous en qui vous reconnoî
trez le merite & les grandes qualitez
qu'il faut avoir pourfaire un
digne Prelat, qui ait auffitoutes les
Parties neceffaires pour remplir
avec fuccés les devoirs d'un bon
Pafteur , vous fouhaitant pour cet
effet le fecours particulier & les
Lumieres du S. Efprit.
Le jour de l'Election approchoit;
il eftoit attendu avec impatience
, & toute l'Europe
avoit les yeux tournez du cofté
de Cologne pour voir fur
120
Affaires
qui le choix tomberoit . Ce fut
alors que le Comte de Kaunitz
, Envoyé de l'Empereur ,
crut qu'il eftoit temps de couronner
toutes fes brigues par
la publication d'un écrit injurieux,
que l'on doit plûtoſt appeller
un Libelle diffamatoire ,
qu'il prefenta au Chapitre.
de Cologne le 14. Juillet.
"
Quoy que le nom de l'Empereur
foit employé dans ce
Memoire , il y a lieu de croire.
que Sa Majefté Imperiale a
trop de foin de fa reputation
& de fa gloire , pour avoüer
fon Miniftre dans une occafion
, où il fe donne la liberté
de dire des injures Baffes , &
d'infulter à la patience d'un
illuftre Cardinal , qui eft fans
contredit l'un des plus grands
Princes de l'Eglife & de l'Empire
. 1-21 du Temps.
pire. Le Comte de Kaunitz
devoit avoir plus de refpect
pour le Traité de Nimegue ,
qui a fermé la bouche pour
toujours à la calomnie & à la
médifance , au fujet de Monfieur
le Cardinal de Furftemberg.
Pour ne pas laiffer un
Memoire auffi injurieux fans
quelque réponſe , nous en parlerons
dans la fuite avec plus
d'étendue .
44
Cependant le 19. jour de
Juillet eftant venu , qui étoit
celuy que l'on avoit marqué
pour faire l'élection , Monfieur
le Cardinal de Furftemberg
qui eftoit Doyen , & en cette
qualité Prefident du Chapitre ,
confacra tous fes foins & toutes
fes lumieres pour faire obferver
toutes les formalitez
qui font neceffuires pour une
F
122
Affaires
élection canonique , pour laquelle
on s'affembla à dix heures
du matin .
Son Eminence avertit Mef-
> fieurs les Chanoines qui
eſtoient au nombre de vingttrois
, que s'il y en avoit quelqu'un
qui cuft procuration des
abfens , il euft à ſe declarer.
En mefme temps le Comte de
Konigfeeck prefenta un écrit ,
qu'il dit eftre une Procuration
de Monfieur le Prince Herman
de Bade , qu'on declara nulle ,
pour n'avoir pas les conditions
requifes, & on proteſta contre .
Monfieur le Prefident du
Chapitre avertit enfuite que
s'il y en avoit dans l'Affemblée
qui fuffent excommuniez ,fufpendus
, interdits , irregulier,
ou inhabiles en quelque maniere
que ce fuft , ils cuffent à
du
Temps. 123
fortir de l'Affemblée . Son Eminence
declara auffi qu'on devoit
obferver la mefme chofe
à l'égard de ceux qui auroient
procuration de perfonnes liées .
les mefmes cenfures , faifant
fçavoir que leurs voix &
fuffrages ne pourroient fervir
ou nuire à perfonne , & que
l'on n'en feroit pas plus d'état
que s'ils ne les avoient point.
par
donnez .
Aprés ces formalitez , on
proceda à l'élection des Scrutateurs
, qui furent Monfieur
le Comte de Rittberg Ecolaftre
; Monfieur le Duc de
Croy , & Monfieur Mehring.
Ils ouvrirent donc le Scrutin j
mais avant que de paffer outre
dans le détail de l'élection , il
eft à propos de remarquer
qu'il y a trois principales
*
F 2
124 Affaires
voyes , felon la difpofition des
faints Canons , pour donner
un Prelat à une Eglife Cathedrale
, ou Metropolitaine , &
que ces trois voyes font celles
qui s'obfervent le plus ordinairement
en Allemagne ;
fçavoir , l'Election canonique ,
la Poftulation folemnelle , &
l'Election jointe à la Poſtulation
, lors qu'il y a lieu de
douter que l'Election fe faffe
paifiblement.
Il faut encore remarquer que
l'on y procede plus ordinairement
par le moyen du Scrutin ,
ainfi qu'il eft prefcrit dans le
Concile general de Latran , où
left marqué que foit dans l'élection
ou dans la poſtulation ,
pourvû qu'un feul du Chapi
demande que l'on fe ferve
C. Scrutin, tout le refte des Cadu
Temps. 125
pitulaires eft obligé de s'y con
former.
Cela s'eft particulierement
obfervé jufqu'à prefent dans
la Cathedrale de Cologne, ainfi
qu'on le fit voir au Nonce du
Pape ( en luy montrant l'Acte
de l'élection faite en 1642. du
Prince Maximilien de Baviere
, dernier mort )* pour fatisfaire
aux nouvelles chicanes
du Comte de Kaunitz , Envoyé
de l'Empereur , qui demandoit
au nom de fon Maiftre que
l'on donnaft les fuffrages dans
de's Billets pliez .
Monfieur le Cardinal de
Furftemberg eut la complaifance
pour le Comte de Kaunitz
, de propoſer fa difficulté
au Chapitre , on y conclut à
la pluralité des voix, qu'il fal
loit s'en tenir à la voye du
F
3
126
Affaires
Scrutin , comme il eft preferit
dans le Concile general de La
tran. Meffieurs les Scrutateurs
s'appliquerent enfuite à remplir
exactement tous les devoirs
de leur Charge , ils recueillirent
les voix , & trouverent
qu'il y en avoit treize
qui avoient confpiré en faveur
d'un fujet , neuf en faveur
d'un autre , une pour un feul,
& une autre pour un feul.
Ce partage des voix obligeales
Scrutateurs
de propofer
fi ceux qui feroient en plus
petit nombre d'un party , vouloient
fe joindre à ceux qui
eftoient en plus grand nombre.
On fut d'avis à la pluralité
des voix que cela fe pourroit
faire ; auffi , toft Monfieur
Geyr fe joignit aux treize , &
fit le nombre
de quatorze
.
du
Temps. 127
Les Chanoines gagnez exchcrent
alors du trouble . Ils
demanderent qu'on declaraft
s'il y avoit une élection faite ou
une poftulation , voulant auffi
qu'on leur montraft le Scrutin;
mais on reconnut par l'avis
des Chanoines les plus éclairez
, & à la pluralité des voix ,
que c'étoitaffez de dire publiquement,
comme l'on fit auffitoft
, qu'il y avoit une poftulation
pour quatorze voix , &
une élection pour neuf.
Monfieur Becquerer deman
da que l'on fift conſecutivement
la publication de l'élection
& de la poftulation.Monfieur
le Comte de Rittberg
Ecolaftre , & premier Scrutateur
, luy répondit que le devoir
de fa Charge l'obligeoit
de publier l'élection ou la po-
F
4
128
Affaires
ftulation de celuy qui avoit le
plus de voix. Ainfi après avoir
receu le confentement de la.
plus grande & de la plus confiderable
partie du Chapitre
il publia en fon nom &
au nom des Chanoines la
Poftulation de Monfieur le
Cardinal Landgrave de Furftemberg
, pour Archevefque
& Electeur de Cologne .
Les huit Capitulaires , qui
avoient concouru à l'élection
d'un mefme fujet , protefterent
contre cet Acte , demandant
que l'on publiaft auffi l'élection
, ou que l'on déclaraft
au moins les fujets qui avoient
eu des voix . Monfieur le Prefident
permit qu'on leur donnaft
encore cette fatisfaction ,
file Chapitre y confentoit .
On retourna donc aux avis ,
du
Temps.
129
& aprés le confentement unanime
de tous les Capitulaires, a
le premier Scrutateur déclara
que
le Sereniffime Prince lofeph
Clement de Baviere avoit
eu neuf voix , le Prince Louis
Antoine de Neubourg une
voix , & Monfieur le Comte
de Reckeim une voix ,
Toutes ces formalitez eftant
finies , on demanda à Monfieur
le. Cardinal de Furftemberg
s'il vouloit bien accepter la
Poftulation qu'on venoit de
faire de fa perfonne pour l'Ar- ,
chevefché de Cologne . Il répondit
qu'il y confentoit ce
qui fut fuivy de la publication
folemnelle que fit Monfieur
Mehring , troifiéme Scrutateur
, dans le Choeur de la Ca
thedrale , aprés que l'on y eur
conduit Monfieur le Cardi- 1
FS
ز
130 Affaires
nal , qui eftoit accompagné de
la plus grande & de la plus confiderable
partie du Chapitre
auquel Monfieur Geyr s'étoit
auffi joint , comme nous l'avons
déja remarqué .
Pendant que l'on eftoit occupé
à cette auguſte Ceremo .
nie , les autres Capitulaires ,
qui avoient confpiré en faveur
de Monfieur le Prince Clement
, fe feparerent & retournerent
chez eux , fe contentant
de protefter contre ce
qui s'eftoit fait , fans avoir
fait attention que s'ils vou
loient donner quelque apparence
de validité à l'élection
pretenduë de celuy qu'ils avoient
nommé dans le Scru
tin , il falloit au moins y proceder
dans les formes , & publier
enfuite cette élection , de
du
Temps.
131
la maniere qu'il eft preſcrit
dans les Saints Canons . C'eft
ce qu'ils ne firent pas , & en
cela ils commirent une faute
irreparable , l'omiffion ſeule de
cette derniere formalité étant
fuffifante pour rendre nul tout
ce qu'ils auroient pu faire
jufque- là de plus canonique..
Ceux qui avoient efté corrompus
& gagnez avant l'éleation
, devinrent encore plus
animez , aprés que ce qui venoit
de fe paffer avoit rendu
inutile le mauvais deffein des
Ennemis de Monfieur de Eurftemberg.
On peut dire de leur
cabale ce qu'un Prophete a
remarqué des méchans , qu'ils
fe font liez d'interestspour conjurer
contre l'Oingt du Seigneur.En effet
ces feditieux fe font répandus
en des injures indignes da
F 6
132
Affaires
nom Chrêtien . Ils ont cherché
de fauffes confolations dans le
debit de plufieurs Libelles diffamatoires
, foûtenus par des
braits de Peuple , à qui ils ont;
tâché d'inspirer des nullitez
imaginaires dans l'élection de
Monfieur le Cardinal .
Mais le bon droit & la verité
n'ont pas befoin pour fe
foûtenir , de tant d'artifices
odieux . Ainfi Monfieur le
Prince de Furftemberg a mieux
aimé repouffer la calomnie &
les injures par la douceur &
par la moderation , en mefme
temps qu'il défend fon bon
droit par la force & par la folidité
de fes raifons . C'eſt ce qui
paroift avec évidence dans le
Manifefte que ce Prince publia
aprés fa Poftulation . Nous en
allons donner un précis fidelle
du
Temps. 1:33
& exact , felon la methode obfervée
dans l'écrit Latin qui
a eſté public.
ABREGE' DU MEMOIRE
quiprouve la validité de la Pof-.
tulation de Monfieur le Cardinal
Landgrave de Furftemberg,
pour l'Archevefché& Electorat:
de Cologne..
Pour fuivre quelque ordre :
dans cet écrit , l'on prouve:
d'abord
que.
-
l'Election
que
3
quelques uns ont pretendu
avoir efté faite de Monfieur le
Prince de Baviere , eft nulle, & :
qu'il n'y en a point eu du tout; -
enfuite on apporte les raifons
qui démontrent invincibleiment
que la Poftulation de .
Monfieur le Cardinal de Furf
temberg eft valide & canoni ,
que.
134 Affaires
1.Que l'Election de Monfieur le
Prince Iofeph- Clement de Baviere
est nulle , & n'a point efté:
faite,c'eft pourquoyil feroit inutile
d'en attendre la confirma
tion du S. Siege.
par
du Scru
Avant que d'établir cette
verité , il eft à propos d'examiner
de quelle maniere on a
procedé dans cette Election ..
Il paroift donc par les Actes
que c'eſt la voye
tin; non feulement parce qu'el
le eft marquée dans le Concile
General de Latran , &
qu'elle eft fort en ufage dans le
Diocefe de Cologne , mais auffi
parce que la plus grande partie
des Chanoines ayant conclu
qu'on devoit la fuivre , le refte
des Capitulaires ne pouvoit
du
Temps.
135
fe difpenfer de s'y conformers
ce qui eft fi vray , comme nous
l'avons déja dit , qu'il fuffic, felon
le droit , qu'un feul du
Corps demande qu'on procede
par la voye du Scrutin , pour y
obliger tout le Chapitre ..
Ce n'eft pas affez de fuivre
la voye du Scrutin , lors qu'on
y eft obligé ,il faut encore ob
ferver toutes les conditions
qui font neceffaires , autrement
l'élection eft nulle , ainfi
qu'il paroift clairement par
plufieurs chapitres du droit , &
par tant de decifions & dejugemens
rendus par la Rote à Kome
, qui eft un Tribunal dont
la Iurifdiction eft confiderable
dans toute l'Eglife Catholique ..
On ne s'arreftera pas icy à rapporter
les paffages qui prouvent
ce que nous avançons , il
DZG
Affaires
2
fuffit de renvoyer le lecteur à
ce qu'en a écris Nicolartz fur
le Concordat Germanique . Or:
on remarque fept conditions :
effentielles & abfolument neceffaires
pour rendre un Scru
tin canonique .
1. Il faut choifir trois Scrutateurs
qui foient du Corps du :
Chapitre , & de la bonne foy.
defquels l'on foit affuré.
2. Les voix des Capitulaires.
doivent eftre recueillies fecretement
, & les unes aprés les
autres , par ces Scrutateurs ...
3. Ils doivent écrire ces
voix féparement .
4. On eft obligé de publier
ces voix en prefence de tous .
les Capitulaires
5. On doit les conferer enfemble.
6.Aprés les avoir conferées,
du
Temps.
137
il faut faire l'élection commune
d'un fujet.
7. Cette élection fe doit
faire par un des Capitulaires
en fon propre nom , & au nom
de la plus grande partie du
Chapitre, ou au moins de ceux
qui ont confpiré avec luy en
faveur d'une mefme perfonne .
Il n'y a aucun lieu de douter
que les cinq premieres.
conditions n'ayent cfté exacement
obfervées dans l'élection
pretenduë du Serenif
fime Prince de Baviere ; il s'a-.
git feulement de fçavoir fi l'on
a accomply les deux autres
qui renferment l'effentiel des
l'Election .
Nous répondons que non ,
& nous prouvons cette verité
par les Actes de l'Affemblée du
Chapitre de Cologne qui ne:
r38 Affaires
font aucune mention de cette
élection fuppofée , & qui n'a
jamais efté que commencée .
Pour l'achever il auroit fallu
que les Capitulaires , qui ont
donné leurs voix au Prince de
Baviere , euffent procedé à fon
élection auffi - toft que l'un des
Scrutateurs eut declaré que
fon Alteffe avoit neuf voix .
La Regle du droit y eft formelle,
qu'en même temps que l'on
a conferé les voix enfemble , il
faut proceder à l'élection fans
aucun retardement , en forte
que fi l'on differe jufqu'à la
feparation du Chapitre , quand
bien méme on fe fepareroitd'un
commun confentement &
de concert , ca qui ne fe peut
pas dire icy , l'élection eft nulle
, parce que tout ce qui s'eft
fait jufque là , n'eſt qu'un predu
Temps.
139
liminaire à l'élection .
C'est donc une verité conftante
que l'élection ne fe fait
pas lors que l'on donne les
voix dans le Scrutin , ainfi que
plufieurs l'ont fauffement crû ,
mais elle fe fait lors qu'on a
publié ces voix en prefence de
tout le Chapitre , qu'on les a
conferées enfemble , & que
celuy qui a commiffion de la
plus grande partie des Capitulaires
, ou au moins de ceux
qui ont confpiré avec luy en
faveur d'un fujet.declaré publiquement
& dans les formes,
qu'il élit en fon nom&au nom de
ceux qui ont concouru avec luy
N .... pour Archevesque au
nom du Pere , & du Fils , & du
S: Efprit. Ainfifoit- il.
Toutes ces formalitez font
de l'effence de l'élection
2 &
140
Affaires
1
elles fe trouvent fi bien établies
dans le Droit , qu'il n'y
a aucun lieu de douter que
ceux qui ont voulu élire Monfieur
le Prince Clement , n'ayant
rien obſervé touchantla
publication de cette élection
de la maniere que nous l'avons
expliqué , ils ont manqué dans
le principal , & par confequent
, ils n'ont fait aucune
élection . Auffi c'eſt en vain que
Pon en attend la confirmation
du Pape , puis que Sa Sainteté
ne doit pas confirmer ce quis
n'eft point. Où il n'y a rien ,
il ne peut y avoir de confirmation
. C'est une verité que™
ceux du party de Monfieur le
Prince Clement ne peuvent
nous difputer , d'autant plus
qu'ils doivent encore avouer ,
que quand ils auroient fidelledu
Temps .
141
ment obfervé toutes les regles
de l'Election , il eft certain par
les Actes publics & par les témoins
que le Chapitre a choifis
pour affifter à l'action , ils
n'en ont point fait la publication
, ce qui fuffit feul pour
rendre l'élection nulle .
Pourquoy donc fe retrancher
à la faveur d'une efperance
inutile que l'on a de faire
approuver une élection qui
n'a jamais efté , & mefme
dont il n'y a aucun Acte ? Il
feroit encore tres- inutile de
s'excufer fur l'ignorance , fur
l'oubly , où fur le peu d'attention
. On doit fçavoir que
l'ignorance du Droit n'eft point capable
de relever de la nullité d'une
élection. Le Decret du Concile
de Latran y eft formel . Il tombe
également fur les ignorans
142
Affaires
& fur ceux qui font inftruits
de toutes les formalitez . Il lie
les uns & les autres avec tant
de force , qu'il rend, nul tout
ce qui fe fait contre fes ordon -
nances ; ſemblable à un foudre
qui renverfe indifferemment
tout ce qui luy eft oppofé .
Auffi l'on n'a garde de nous
avouer que ce foit par ignorance
que l'on a omis les formalitez
neceffaires pour élire
Monfieur le Prince Clement,
qui avoit dans fon party plufieurs
habiles Docteurs en
droit & en Theologie . On peut
encore moins fe plaindre qu'on
ait empêché les partifans de
ce Prince de proceder à leur
élection , & de la publier. Ils
devoient le faire , au lieu de
s'amufer à de vaines chicanes
& à des proteftations
>
du
Terps.
143
『་
4
inutiles , qui paroiffent affez
dans l'Acte des Notaires .
L'Election fe trouvant donc
non feulement défectueuse
mais auffi tout - à - fait nulle ,
puis qu'elle n'a jamais efté ,
toutes les voix qui avoient
confpiré en faveur de Monfieur
le Prince de Baviere , luy
deviennent inutiles , & tout le
Scrutin s'évanouit pour luy .
Que deviendroit donc la confirmation
du Saint Pere , qui
ne peut pas influer für un rien ,
ou plûtoft fur un non eſtre ,
s'il eft permis de fe fervir de ce
terme ?
Mais il a plus ; non ſeulement
on ne peut faire naiftre
une élection canonique d'un
Scrutin fi défectueux mais
encore les Capitulaires qui ne
fe font pas conformez en tout
144 Affaires
aux regles de l'élection commune
, doivent eſtre privez
pour cette fois du droit d'élire,
parce, qu'ils ont manqué contre
la forme preferite & ordonnée
dans le faint Concile de Latran
, au fameux chapitre
Quia propter, fur lequel Barbofa
a écrit , où il marque mefme
que ceux qui auroient agy de
bonne foy dans l'élection , ne
font pas pour cela exemts de
cette peine . La raiſon que ce
fçavant Jurifconfulte en donne
, c'est parce qu'ils ont manqué.
Ainfi tout ce que ces Meffieurs
devroient attendre de
Rome , au lieu de la confirmation
de ce qui n'a jamais cfté
élection , ce feroit d'eftre privez
pour cette fois du droit
d'élire,parce qu'en ne publiant
pas
du
Terps. 145
pas l'élection du Prince de Baviere
, ils ont formellement
contrevenu aux Ordonnances
du Concile , en forte mefme
que Sa Sainteté ne puiffe pour
cette fois s'attribuer aucune
provifion , par quelque droit
qu'Elle pretende qu'elle luy
foit devoluë , en quelque maniere
que ce foit.
Ce que nous diſons eft fondé
fur ce que les provifions des
Eglifes Cathedrales ou Metropolitaines
d'Allemagne ne font
point devoluës au faint Siege ,
à moins que le Chapitre entier
n'ait manqué contre la forme
d'élire ou de poftuler de la maniere
qu'il eft preſcrit dans le
Concile . Le droit de provifion
eft encore devolu au faint
Siege , lors que les Capitulaires
conviennent à élire ou à
G
146
Affaires
poftuler un fujet indigne.
Voilà la regle certaine du droit
commun , & elle eft confirmée
par les articles du Concordat
Germanique , fait avec
le Saint Siege en 1448 .
En quoy l'on doit bien remarquer
que cette provifion
ne peut pas eftre devoluë au
faint Siege , dés qu'une partie
du Chapitre a fuivy la regle
preferite par les faints Canons ,
foit dans l'élection , foit dans
la poftulation . Il faut encore fe
fouvenir que c'eſt affez non
feulement que la plus grande
partie des Capitulaires ait obfervé
regulierement toutes
les conditions requifes , comme
cela s'eft pratiqué dans la
poftulation de Monfieur le
Cardinalde Furftemberg,mais.
encore il fuffit que deux , &
du
Temps.
147
mefme un feul du Chapitre ait
fuivy la forme ordinaire d'élire
, pour que le droit d'élection
demeure au Chapitre ; & ce
droit d'élection n'eft perdu que
pour ceux d'entre les membres
qui s'en font éloignez .
Il est donc tres -affure qu'il n'y
a eu aucune élection canonique
du Sereniffime Prince de
Baviere, & l'on ne peut s'imaginer
quele faint Pere vouluft
confirmer ce qui n'eft point.
Ce qui feroit plus conforme
aux decrets du Concile , c'eſt
la privation du droit d'élire
pour cette fois , que Meffieurs
les Chanoines qui ont confpiré
en faveur de Monfieur le
Prince Clement , ont meritée ,
ainfi que nous l'avons prouvé
.
Il ne feroit pas neceffaire
G 2
$48 Affaires
d'employer plus de temps à
prouver la nullité de cette pretendue
élection . Cependant
pour épuifer une matiere fi importante
, & afin de faire voir
avec évidence la justice qu'il
y a de confirmer la Poftulation
canonique de Monfieur le
Cardinal de Furftemberg, il eſt
bon de faire valoir fes avantages
, & de diffiper les nuages
qu'on s'efforce d'oppofer à la
verité , & à la jufte pretention
de fon Eminence fur l'Electorat
de Cologne,
Suppofons donc ce qui n'eſt
pas , c'eft à dire qu'il y a quelque
apparence de validité dans
ce qu'on appelle élection de
Monfieur le Prince de Baviere
; auffi - roft que l'on prouve
qu'elle a efté faite par la plus
petite partie des Capitulaires,
du
Temps.
·7719
on prouve qu'elle eft nulle
Cette verité eft fans replique ,
& elle fe trouve autorisée par
le fentiment de la plus grande.
partie des Canoniftes . Ils foutiennent
que depuis le Concile
de Latran , il n'y a point
d'élection canonique à moins
que d'eftre faite par la plus
nombreuſe partie du Chapitre
, laquelle partie doit eftre
confiderée
, non pas par rapport
au nombre des voix feparées
ou unies pour l'élection
d'un ou de plufieurs fujets
mais ayant égard au nombre
de tous les Capitulaires enfemble
.
Le Pape Innocent III . le
dit expreffement dans le Concile
de Latran au chapitre 24-
Toutes les Decretales Y fone
formelles; & Gregoire IX.traite
G
3
150 Affaires
de nulle l'élection qui auroit
efté faite par la moindre partie
des Capitulaires Poffevvin va
encore plus loin , en foutenant
, comme il fait par plufieurs
autoritez , que quand
mefme ce feroit la plus faine
& la plus prudente partie du
Chapitre qui auroit concouru
pour une élection , fielle eft
la moindre , ce qu'elle a fait
' eft nul.
On ne peut pas nous dire
qu'un autre Concile depuis
celuy de Latran , ait rien ordonné
de contraire à cette regle
, qui trouve encore une
nouvelle force dans ces paroles
du Concordat Germanique.
Nousaprouvons que l'oncontinuë les
élections canoniques dans les Eglis
fes Metropolitaines , & dans les
Cathedrales , qu'on porte enfuite
du Temps.
151
l'Acte au faint Siege , nous obligeant
de ' confirmer ces élections,
pourveu qu'elles foient canoniques,
C'eft ainfi qu'un Predeceffeur
de Sa Sainteté s'eft obligé par
un Contract folemnel , qui lie
le faint Siege en toutes manieres
, à ne rien faire qui puiffe
porter préjudice au droit des
Eglifes d'Allemagne.
De plus , quelle apparence
de croire que Sa Sainteté vou
luft aller contre la difpofition
d'un Concile celebré par un
grand Pape , & que l'on vift
fous le Pontificat d'Innocent
XI. violer une conftitution
qui a couté tant de foins , &
qui n'a efté introduite que
pour la plus grande utilité de
I'Eglife ? Seroit- il dit que nous
aurions veu renverser un Canon
qui a fervyde modelle à la
G 4.
I 52
Affaires
difcipline des Chapitres , &
que Sa Sainteté auroit pu fe
refoudre à rompre de fang froid
le Concordat Germanique
que l'on a toujours confideré
comme le gage precieux de
l'union jurée entre les deux
Nations , je veux dire entre la
Cour Romaine & l'Empire
d'Allemagne d'autant plus
qu'il y a des Canoniftes qui
fouftiennent que le Saint Pere
mefme ne peut pas déroger à
ce Concordat ; quand il voudroit
l'entreprendre ? Outre
que plufieurs Papes ont declaré
de leur propre mouvement
, dans des conftitutions
particulieres , qu'ils ne pretendent
jamais fe départir des
conditions portées par ce
Traité. Voila le fujet de la
confiance de Meffieurs les
a
du
Temps,
153
Capitulaires qui ont confpiré
en plus grand nombre , & qui
on fait une élection tout à fait
Canonique en la perfonne de
Monfieur le Cardinal de Fur
ftemberg.
Mais on nous oppofe un
bruit populaire , qui ne peut
eftre fondé que fur une igno
rance groffiere du Droit Canon.
On dit que l'élection de
la moindre partie doit estrepreferée
à la poftulation du plus grand nom
bre , pourvu que cette poftulations
nefoitpasfaite par les deux tiers
du chapitre..
Pour refuter cette obje
ction avec toute la force neceffaire
, il faut remarquer
d'abord qu'elle eft fondée fur
une erreur de Fait & de Droit,
que s'il y a quelques Do
teurs qui ayent efté du fenti
GS
&
154
Affaires
ment que nous allons combattre
, ils ont fuivy aveugle .
ment , & pas à pas un méchant
guide dans un chemin perdu ,
de la mefme maniere qu'une
Gruë , fuis une autre Gruë..
Mais afin que toute la terre
foit convaincuë
de ce que
nous avançons , il eft à
pos d'entrer dans cette verité
avec un peu plus de détail , &
de commencer par quelques
reflexions .
pro-
1.Que le chapitre fcriptum 40 ...
de elect, dont l'on veut ſe faireun
rampart contre nous , contientune
commiffion fpeciale
du Pape Innocent II . adreffée
à maxime , fon Notaire ( que
nous appellerions aujourd'huy
Protonotaire ) au fujet d'une
élection qui avoit efté faite
d'un Curé par la plus petite
du
Temps. 155
po- partie du Clergé , & de la
ftulation d'un Archevefque
faite
Par le plus grand nombre,
pour l'Eglife de Conftantinople.
2. Que cette commiffion fut
donnée par le Pape Innocent
III. avant qu'il euft indiqué le
Concile general de Latran ,
comme il fe prouve principalement
l'ordre des chapitres
40. 41. & des fuivans
ainfi qu'on les trouve aux
Decretales .
par
,
3. Que le Concile de Latran
fut celebré par le mefme
Pape Innocent III . en la dixhuitième
année de fon Pontificat
, & de la naiffance du
Sauveur
121 5. ·
4. Que ce grand Pontife de
Eglife Catholique
eft mort
Jen 1216 , & qu'il a eu pour
G 6
156 Affaires
Succeffeur immediat le Pape
Honoré III . auquel Gregoire
IX. fucceda .
s . Que la difpofition generale
touchant cette nouvelle
maniere de proceder dans les
élections , qui avoit efté inventée
par Innocent III . fut
publiée dans le Concile en
1215.immediatement avant la
mort du meſme Pape , comme
il fe voit dans le 23. chapitre
de ce Concile , de la mefme
maniere & avec toutes les
mefmes formalitez qui fe trouvent
dans le chapitre 42. des
Décretales , où cette forme
d'élire a esté inferée , & prife
des propres paroles du Concile
.
Or comme la difpofition de
ce Concile eft que dans la fuite
& pour toujours , il n'y ait
du
Temps. 157
point d'élection canonique
finon celle qui aura efté faite
par la plus grande & par la
plus confiderable partie du
Chapitre, il eft infaillible d'affurer
que cette autre difpofition
pretenduë , qui eſt marquée
dans le Chapitre 40 .
·fcriptum de elect. a esté entiere,
ment abolie , & a perdu toute
fa force, bien loin de pouvoir
s'étendre dans la fuite au droit
commun , & mefme c'eſt une
neceffité indifpenfable que de
luy donner de juftes bornes.
Qu'y a - t-il donc de moins
raifonnable & de plus contraire
à l'honneſteté que de vouloir
fe parer du faux , & de
pretendre faire revivre uneconftitution
quia efté expreffement
caffée dans un Concile
aprés qu'une nouvelle ya efté
ele
158
Affaires
introduite à la faveur d'un
Decret qui porte fa veuë par
tout , & qui déclare abfolument
nulles toutes les élections
qui fe feront dans la
fuite autrement qu'il ne l'or
donne ?
Auffi les Papes qui fucce--
derent immediatement à Innocent
III. déclarerent , lors
qu'il fur queſtion de 's'expliquer
dans leurs Decretalestouchant
les élections , que
celles qui fe feroient par la
plas petite partie du Chapitre
feroient nulles , parce que , difent
ces illuftres Chefs de l'E--
glife , il eft ordonné dans le Concile -
General de Latran , que l'on ne
doit tenir pour Canoniques & pour
bien confirmées , que les élections
feulement , qui auront efté faites
par la plus grande partie du Cha..
du
Temps:
1591
8
pitre, ce qui ayant efté depuis .
pratiqué , & ayant receu une :
nouvelle force dans le Concordat
Germanique , il n'y a
pas d'apparence qu'un Pape
qui a voulu paroiftre jufqu'à
preſent fi zelé pour la difcipline
de l'Eglife , & pour
faire
obferver les Saints Canons
dans toute leur vigueur , vouluft
aller formellement contre
la difpofition d'un Concile General
, & rompre aujourd'huy
un Traité qui luy doit eftre fi
facré
Je fçay que certains Auteurs
ont voulu combattre cette verité
, & entr'autres lé Panormitain
quin'a pu dire fon fen.
timent fur ce fajet fans témoi--
gner de la défiance ; mais il eft
conftant que l'on ne doit avoir
aucun égard à l'autorité de ces
160
Affaires
Canoniftes , & quelque peine
qu'ils fe foient donnée pour
prouver que la pratique dela
Cour Romaine , eft de confirmer
les élections faites par le
plus petit nombre au prejudi .
ce des Poftulatións faites par
la plus grande partie du Chapitre,
on défie ces Meffieurs de:
donner aucun exemple raiſonnable
& legitime , d'un Jugement
femblable , rendu avec :
connoiffance de caufe , & dans
toutes les regles de la Juftice ,
au fujet de l'Allemagne , qui
a pour fondement inébranlable
la difpofition du Concile
& les articles du Concordat
Germanique, directement oppofé
au fentiment du Panormitain
..
Bien loin de cela , nous a
du Temps . 151
vons beaucoup d'exemples de
quantité de fujets , qui ayant
efté poftulez par la plus gran- .
de partie du Chapitre , ont efté
preferez à ceux qui avoient
efté élus par la moindre partie
pour les Cathedrales & pour
les Metropolitaines d'Allemagne
. Il nous fuffira icy de marquer
Jean , Marquis de Bade,
qui fut poftulé Archevefque
de Tréves par la plus grande
partie du Chapitre le 21. Iuin
1456. c'est à dire quelques an
nées aprés le Traité du Con
cordat Germanique . On le
conduifit au grand Autel , au
fon des Cloches , & il prit poffeffion
de l'Eglife & de toutes.
les dépendances de l'Archevefché
de Tréves , malgré les
oppofitions du Seigneur d'lf162
Affaires
fembourg , dont la plus petite
partie avoit fait l'élection . Le
Pape confirma la Poftulation .
du Marquis de Bade , qui receut
enfuite l'inveftiture des
mains de l'Empereur , comme
on voit dans les Annales de
Tréves écrites par Brouver.
liv, 19. pag. 290. au verfet Sede
per facobi &c. & dans Kyriandre
aux Annales de Tréves part. Sie i
pag.206. verf. Jacobo primo.
On pourroit encore fortifier
un fentiment fi veritable & fi
affeuré , par l'autorité des Empereurs
mefmes Ferdinand III ..
de glorieufe memoire , parlera
pour tous les autres dans la Lettre
qu'il a écrite au Cardinal.
Colonna, en faveur de Charles
Gafpard de la Pierre , choifi
Coadjuteur de Tréves par la
plus grande partie du Chapitre
du Temps. 163
contre Hugues Everard Cratz.
qui avoit le moins de voix- Sa
Majefté Imperiale remontre
avec force , que ce feroit une chofe
tout à fait nouvelle en Allemagne
& d'un exemple tres-pernicieux ,
que de mettrefeulement endoute
ou de difputer dans cette occafion ,
ou dans tout autre que ce fait , tou
chant la preference qui est duë au
plus grand nombre de voix. Et:
aprés quelques lignes ,il ajoûte,
que c'est l'ufage generalem ni receu
en Allemagne de faire feulement
attention àlapluralité des fuffra
ges.
D'où il s'enfuit naturellement
que l'on n'a eu égard en
Allemagne qu'aux regles du
Concile de Latran , & aux articles
du Concordat Germanique
, lors qu'il a efté queſtion
d'élire un Coadjuteur , un
164 Affaires
Evefque , ou un Archevefques
& quel on n'a confirmé que
l'élection ou la Poftulation de
celuy qui a eu le plus de voix,
foit que l'élection de la plus
petite partie ait concouru avec
la Poftulation de la plus grande
partie du Chapitre , foit que
le contraire foit arrivé . Larai–
fon de cette pratique eft
l'on eft convaincu que toute la
force d'un Chapitre doit refi
der dans le plus grand nombre
des Capitulaires .
que
Cela eft auffi reconnu dans
l'Eglife de Cologne , & fi generalement
, que l'on a cru
que l'unique fecret pour conferver
cet Electorat & y maintenir
la Paix , c'eſtoit d'établir
une Loy fondamentale , comme
l'on a fait en 1462.par cette
ordonnance qui porte , que
du
Temps .
165
l'on ne reconnoiftra dans la
fuite , pour Archevefque &
pour legitime Seigneur , que
celuy que la plus grande partie
du Chapitre aura éleu ou
poftulé , puis que c'eft la coûttume
generalement recuë en
Allemagne , de ne faire aucune
difference entre l'élection & la
Poftulation.
Mais quand on voudroit ſe
prévaloir de l'exemple que
nous avons déja cité , touchant
la commiffion qui fut donnée ,
avant le Concile de Latran ,
par le Pape Innocent III . dans
la conteftation qui s'eftoit formée
au fujet de l'élection d'un
Curé de Veniſe , & de la poftulation
d'un Archevefque
pour l'Eglife de Conftantinople;
quand on voudroit, dis- je,
par une entrepriſe infoûtena166
Affaires
ble étendre au droit commun
le chapitre Scriptum 40. de elect.
on ne peut fe difpenfer de nous
accorder que ce n'eft que dans
la caufe d'une élection réelle
& canonique , que l'on pour
roit tirer quelque avantage
contre nous ; ce qui ne fe peut
trouver dans l'élection prétendue
, que l'on oppoſe avec fi
peu de raiſon , à la Poſtulation
legitime de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg . Mais
quoy que l'on ait déja montré
Ja nullité de l'élection de Mr
le Prince Clement , avec affez
de force pour ne laiffer aucun
fcrupule fur cette matiere , il
ne fera pas inutile de prouver,
que quand mefme il paroi-
Atroit un acte d'élection , ce qui
n'eft pas , la plufpart des voix
de ceux qui ont confpiré en
du
Temps.
167
faveur de Monfieur de Baviere
, ont des deffauts fi effentiels
qu'elles ne peuvent faire
un nombre fuffilant pour une
élection canonique.
Commençons par la voix
de Monfieur le Marquis Herman
de Bade , laquelle trouve
évidemment fa nullité dans ce
texte du chapitre quia propter,
dont voicy les paroles . Nous
défendons abfolument à toute per-
Jonnede mettre un'Procureur de fa
part , à moins que l'on ne foit abfent,
& que l'on ne demeure dans
unlieu où l'on foit à portée pour pouvoir
eftre legitimement cité , & que
l'on foit retenu dans ce lieu par des
empefchemens juftes & raiſonnables
, dont l'on fera ferment , s'il
eft neceffaire , aprés quoy l'on donnera
Sa procuration à l'un des
membres du College.
168
Affaires
•
Tout celaa manqué à Monfieur
de Bade , puis que pour
pouvoir donner validement fa
procuration , il faut eſtre abfent
, & dans un lieu où l'on
foit à portée pour y eftre legitimement
cité ; au lieu que
ce Prince eftoit , non feulement
pendant la citation.mais
encore au temps de l'élection ,
hors du Diocefe de Cologne,
demeurant à Vienne ou à
Ratisbonne, & par confequent
dans un lieu qui n'obligeoit
point de l'appeller à l'élection
.
Il faut de plus que celuy qui
a procuration , faffe ferment
que celuy qu'il repreſente eft
abfent avec fujet , & qu'il eſt
retenu par des empefchemens
valides ; ce que le Comte de
Konigfeck , qui fe difoit Procureur
du
Temps. 169
cureur pour M.de Bade , a refufé
de faire & mefme eftant preffe
de montrer fa commiffion pour
faire norment
de la parte
& au19
nom de ce Prince , il n'a pas
pu , ny mefme voulu la montrer
, aimant mieux
hazarder
fon fuffrage dans le Scrutin ,
&
donner fa voix au rifque de
Monfieur de Bade , & faufla
nullité qui en devoit fuivre,
Dès defauts fi
effentiels dans
la
procuration du
Marquis de
Bade ,
prouvent que la voix
quila efté donnée en fon nom
& de fa part , eft nulle de droit,
& que par
confequent
elle ne
doit pas eftré
compriſe dans le
nombre des
fuffrages . Nous
pourrions établir cette
conclufion
fur une foule
d'autoritez
tirées du droits maisilfuffit de
fermer la bouche à nos adver
H
170 Affaires
faires par cette décifion de,
la Rote , du 13. Novembre,
1620. dans laquelle il a efté,
reglé , qu'il faut trois chofes abfolument
neceffaires , pour faire
recevoirpar Procureur la voix d'un
abfent. 1. Qu'ilfoit dans un lieu
où on le puiffe citer, 2. qu'il fait
retenu par un empefchement legis
time, quiluy ofte la liberté de venir.
3. Quefon Procureur ait une com →
miffion expreffe par écrit de faire
ferment , que c'est avec raison qu'it
ne peut venir. Voilà cependant
une décifion de Rome peu
favorable à nos Adverfaires.
Qui ne voit donc pas que
le Marquis de Bade n'a fait
confideration für aucune de
ces conditions effentielles , lors
qu'il a rifqué fa commiſſion
pour donner une voix qui s'é ,
vanouit d'elle - mefme pan La
du
Temps.
171
nullité. Ajoutons à cela l'irregularité
manifefte que ce Prince
a encouruë , par une profelfion
ouverte qu'il fait depuis
plufieurs années de porter les
armes , non feulement contre
les Infidelles , mais encore plus
en qualité de General , contre
plufieurs Princes Chreftiens
de l'Europe . Ne l'avons - nous
pas vu les armes à la main livrer
des combats , affieger des
Villes , & donner des ordres
dans des occafions de feu & de
fang,dans lesquelles on ne peut
nier qu'il n'ait encouru , felon
les faints Canons, une irregularité
de notorieté publique ,
ce qui le rend abſolument
inhabile à pouvoir donner
fon fuffrage dans l'occafion
dont il s'agit.
Les partifans de Monfieur
H 2
172 Affaires
le Prince Clement font done
reduit à huit voix , qui ne font
que la troifiéme partie du Chapitre
, compofe de vingt quatre
perfonnes feulement , qui ont
droit de donner leurs fuffrages.
Or tous les Docteurs que nous
avons citez , & mefme ceux
qui font les plus favorables à
nos Adverfaires en toute autre
chofe , conviennent en ce
point, que l'on ne peut en quel
que maniere que ce foit préferer
une élection faite par la
troifiéme partie du Chapitre
feulement , à une Poftulation
folemnelle foutenue de la plus
grande partie des Capitulaires
, parce que cette troifiéme
partie ne participe en rien de
la force & de l'autorité Capitulaire
, comme le Panormitain
mefme eft contraint de l'adu
Temps .
173
vouer, fur le chapitre Scriptum,
fiifouvent repeté , n.7 . & 14.
C'est donc une fuite neceffaire
, dans le fentiment mefme
des Auteurs qui font favora
bles à nos Adverfaires , que
l'élection du Prince de Bavicre
ne peut eftre legitimement
préferée , fous quelque pretexte
que ce foit , à la Poftulation
folemnelle & canonique
de Monfieur de Furtemberg...
Je dis plus ; le reproche de
nullité ne fe trouve pas feulement
dans la voix de Monfieur
de Bade , c'eft une verité conftante
, que l'on peut encore
marquer quantité de defauts
effentiels , dans la plufpart des
autres fuffrages qui ont concouru
en faveur de Monfieur
le Prince Clement . Il ne faut
que jetter les yeux fur le Me-
H 3
174
Affaires
moire que le Comte de Kaunits
s'eſt donné la liberté de prefenter
le 14. du mois de Juillet,
contre Monfieur le Cardinal
de Furftemberg , pour avoüer
de bonne foy que tout efprit
capable d'eftre prévenu , a pu
fe laiffer intimider par un écrit
fi feditieux .
On fçait affez l'impreffion
trop forte & fi mal fondée qu'il
a faite fur quelques - uns des
Chanoines ; & pour faire ouvrir
les yeux à toute l'Europe ,
& laiffer à toutes les perfonnes
defintereffées la liberté de juger
files offices du Comte de
Kaunitz eftoient pour porter
le Chapitre de Cologne à une
élection libre & canonique ,
nous allons donner icy un
abregé de ce Memoire injurieux,
avec les Réponses qu'on
du
Temps.
175
y'a faites pour Monfieur le
Cardinal de Furftemberg .
23
- C. KAUNITZ.
• L'Empereurfartfes complimens
au Chapitre , & luy témoigne fa
douleur pour la mort de Monfieur
l'Electeur de Cologne , non feulement
àcause qu'il eftoit fon parent
mais encore plus pour la pieté &
ta prudencefinguliere de cet illuftre
Défunt , qui al gouverne fi fage.
ment de Dioceze de Cologne , &
dont la perte eft tres confiderable
pourcette Eglife, &pour tont l'Em
pire , en forte que l'on ne pourra
guerir cette playe , qu'on nommant
un fucceffeur à ce Prince , qui mars
the fur les mefmes traces , & qui
travaille fans relache , comme
luy à la confervation de l'Eglife
& de l'Empire ; un succeſſeur enfin
qui foit zele pour la defenfe de
3
H
4
176
Affaires
la liberté de toute l'Allemagne , &-
capable de détourner par fa prudence
les dangers & les maux qui
pourroient s'emparer de cette Archevefché
, qui , comme l'onfçait
eft fitué furles Frontieres de l'Em
pire.
REPONSE.
Monfieur le Cardinal de Fur
ftemberg fe fent tres particu
lierement obligé , en qualité de
Coadjuteur de feu Monfieur
l'Electeur de Cologne , choify
par fon Alteffe Electorale pen
dant fon vivant , de rendre fes
tres - humbles actions de
graces
à la Majesté Imperiale , pour
la jufte douleur qu'Elle témoi
gne au fujet de la mort de Mr
Electeur, & de la juftice qu'Elle
rend à ce Prince en reconnoiffant
, comme Elle fait , la
fageffe & la prudence de fon
du Temps . 177
gouvernement
. Cette bonté de
l'Empereur
touche d'autant
plus fenfiblement
Monfieur le
Cardinal, que les louanges qui
font données à fon Alteffe Electorale
, affurent entierement
la reputation de fon Eminence
, &. mettent à couvert de
quelques reproches que ce foit
toutes fes actions & tous fes.
confeils , fur la direction defquels
le Gouvernement
de l'Electorat
a roulé , en forte que
Son Alteffe Electorale a voulu
que toute la Terre en fuft témoin.
De plus fon Eminence
n'a rien entrepris qu'aprés l'avoir
communiqué
à Monfieur.
l'Electeur, & ne l'a mis en execution
qu'avec fon confentement
& fon approbation.C'eſt
ce qui fait que fi l'on avoit la
temerité
de vouloir objecter
H: 5
178
Affaires
quelque chofe contre le gouvernement
, ce feroit plûtoſt à
Monfieur l'Electeur , qu'à Mr
le Cardinal qu'il faudroit l'atz
tribuer.
C. KAVNITZ .
Meffieurs les Capitulaires doivent
fe fouvenir des chofes que l'Envoyé
de l'Empereur leur reprefenta il y a
quelque temps , lors qu'il fut queftion
d'élire un Coadjuteur ; quelles
remontrances ils reçeurent du Pape,
dont ils devoient faire plus d'eftat.
Mais on veut bien laiffer cette affaires
éteinte , & oublier le mépris
que l'on fit alors des charitables
avertiffemens du Saint Pere ,
des offices de l'Empereur. A prefent
que le Siege Archiepifcopaleft vacant
, Sa Majesté a cru qu'il eftoit
de fon devoir , & de la protection
qui luy eft acquife fur les Eglifes
d'Allemagne , de remontrer aux
du
Temps.
179
membres de ce chapite, que l' Archevefche
de Cologne est revestu de
la dignité Electorale , qu'il eft à
propos de maintenirfans l'expofer à
aucun danger.
REPONSE..
シ
C'eſt à preſent l'Election ou
la Poftulation d'un Electeur
qui nous occupe ; il ne s'agit
plus de faire revivre tout ce qui
s'eft paffé dans l'affaire du s
Coadjuteur. Nous la laiffons
repofer cette affaire , à l'imitation
de Monfieur de Kaunitz,
jufqu'à ce que ce droit de Protection
ou d'autorité qu'on at
tribue fi legerement à l'Empe
reur , s'étende fur les Eglifes
Cathedrales d'Allemagne
priant au refte cét Envoyé de
fe donner moins d'inquietude
touchant le foin que doit avoir r
le nouvel Electeur , puifque
H &6
180
Affaires
•
nous pouvons promettre qu'il
n'épargnera rien pour empef
cher qu'on ne faffe aucun tort
à la Dignité Electorale , & que
toute fon application fera de
contribuer à tout ce qui eft
capable de maintenir la paix
dans le Dioceſe de Cologne ,
dans l'Empire , & dans toute la
Chreftienté .
C. KAVNITZ.
Onfçait affez que Monfieur le
Cardinal de Furftemberg, quoy que
ne Allemand , ne laiffé pas d'eftre
engagé au fervice de la Couronne
de France , à laquelle il eft devoué
d'une maniere toute fervile , qu'il
en est un des Miniftres , & qu'il a
pris des Lettres de Naturalité dans
ce Royaume là ; qu'il y a eftéem_
ployé dans plufieurs affaires qui s'y
font traittees contre l'Empire : qu'il
a prefte ferment de fidelité , & a
du
Temps.
1.8L
rendu hommage au Roy tres Chrefien
; qu'il a fait de ce Diocese un-
Theatre de laguerro ; qu'ila ravy
La Ville de Strasbourg à l'Empire,
& foumis la Citadelle de Liege à
une Puiffance étrangere ..
-
REPONSE..
Comme c'eft une verité
conftante que Monfieur le Car
dinal eft né de la tres - illuftre &
tres ancienne Famille des
Comtes de Furftemberg , qui
eft une Maiſon libre , & alliée à
plufieurs grands Princes , auffi
eft-il tout a fait faux que fon
Eminence foit engagée au fervice
de la France ; ce qui fe
démontre évidemment par les
reflexions fuivantes.
44 1. Son Eminence n'a prefté
aucun ferment de fidelité jufqu'à
prefent à perfonne , fi ce
n'eft à fa Sainteté & aux Egli
182
Affaires
fes , dont ce Prince fe fait un
honneur d'eftre membre depuis
plus de cinquante ans .
2. Les Lettres de Naturalité
ne lient aucunement mais
elles donnent feulement le mê
me droit que fi l'on eftoit né
dans le Pays dans lequel on les
prend avec le privilege d'y
pouvoir poffeder des Offices :
& Benefices , difpofer de fes
biens en faveur des autres par
le moyen d'un Teftament , enfin
d'heriter par la voye de facceffion
, ou de toute autre maniere
que ce foit. Que s'il étoit
vray qu'il fuſt d'avoir enFrance
des Lettres de Naturalité pour
eftre dévoué d'une maniere
fervile à cette Couronne , il
faudroit dire la mefme chofe de
Monfieur le Prince Louis Antoine
de Neubourg , Grand
du
Temps.
183
Maiftre de l'Ordre Teutoni--
que , puis qu'il a pris des Let
tres de Naturalité dans ce
Royaume- là .
3. Ce qu'on appelle foy &:
hommage n'engage à aucune
fujetion perfonnelle ; mais il
donne feulement le droit qui
eft acquis aux Vaffaux , & le
droit de Domaine & de Protetion
: autrement le Roy Catho
lique qui a rendu autrefois , & :
mefme qui continue aujour .
d'huy de rendre foy & hommage
au Roy Tres Chreftien,
pour le Comté de Charolois
feroit par cette meſme raiſon
Sujet & Serviteur du Roy de
France.On n'auroit jamais fait
fi l'on vouloit s'engager dans le
détail de tous les Princes
Comtes , Chapitres de Metropolitaines
& de Cathedrales ,
T
1.84
Affaires
qui doivent foy & hommage ,
foit à la France ou à l'Espagne ,
foit aux Provinces unies des
Pays-Bas , ou enfin à tant de
Puiffances étrangeres . Qui eft
donc , je vous prie ; celuy qui
auroit la temerité de foûtenir
que cela rend ces Seigneurs
déchus de leurs dignitez , ou
qu'ils ne puiffent eftre élevez
à des degrez plus confiderables
, ou qu'ils foient indignes.
de l'électorat ?
4. Quand cela feroit vray,
quoy qu'il n'y ait pas mefme le
moindre fondement de fe. l'imaginer
, tous fes empefchemens
fontlevez par la Declaration
dont nous avons parlé cydeffus
, dans laquelle le Roy
Tres Chreftien délie ledit
Seigneur Cardinal de tous engagement
publics & particu
du Temps. 185
liers , s'ils en avoir jamais eu .
Son Eminence reconnoift de
plus qu'on luy fait trop d'honneur
de luy attribuer la qualité
de Miniftre de France . Pour ce
qui eft de ce qu'on prend la liberté
d'avancer que ce Prince
a cu part à des affaires qui fe
font traitées contre les interefts
de l'Empire ; qu'on faffe
connoiftre à Son Eminence
quelles font ces affaires & elle
fera facilement voir la fauffeté
d'une accufation fi injufte .
5. Ce que l'on veut encore
imputer à Monfieur le Cardinal
d'avoir fait de l'Electorat de
Cologne le Theatre de la Guer
re , eft une tromperie fi claire ,
qu'on la montreroit dans toute
fa difformité , fi une verité fi
odieufe n'eftoit capable de devenir
un fujet de confufion &
186 Affaires
de chagrin mortel à plufieurs .
On s'eft appliqué , tant en
vertu de fon droit qu'en confequence
d'une Sentence de la
Chambre Imperiale , à recouvrer
ce qui avoit efte ufurpé .
Que d'autres ayent donné du
fecours à ceux qui retenoiene
injuftement ce qui ne leur ap
partenoit pas , & qu'ils ayent
attiré la Guerre prefque dans
le coeur de l'Empire & de cet
Archevefché , par le motif de
s'établir fur les ruines du bien
public , c'eſt à ceux- là qu'il en
faut attribuer la caufe , & non
pas à fon Eminence ; mais il
ne faut pas dans un temps de
Paix refufciter ces troubles
& l'on ne fe feroit pas avifé
de r'ouvrir cette playe , fi l'accufation
tout à fait dure & in .
jufte du C. Kaunitz n'avoit
du Temps.
187
contraint M. le Cardinal de le
faire .
6. Mais c'eft encoreune ca
fomnie horrible & infupportable
à tout homme qui a le
moins de fenfibilité pour fon
honneur, que de dire que fon.
Eminence a ravy la Ville de
Strafbourg à l'Empire , & foû
mis la Citadelle de Liege à.
une Puiffance étrangere . On
ne laifferoit pas fans punition
une telle calomnie , fi l'on en
connoiffoit l'Auteur , qui a la
temerité & l'effronterie de
faire retomber fur Sa Majeſté
Imperiale des fauffetez fi manifeftes
& fi odieufes . Qui ne
fçait que la Citadelle de Liege
s'eft rendue entre les mains
des François , dans le temps
que Monfieur le Cardinal de
Furftemberg eftoit retenu Pri188
Affaires
fonnier à Vienne , depuis plus
d'un an ? Pouvoit- il agir jufqu'à
une diſtance fi éloignée ,
luy qui eftoit alors gardé fi
étroitement , qu'il ne fçavoit
pas mefme ce qui fe faifoit au
monde ? Mais que Monfieur le
Cardinal ait recouvré le Liege
, qu'il ait réparé & mis la
Citadelle , qui eftoit toute ruinée
, en eftat de défenſe, qu'il
ait fortifié les Frontieres de
l'Empire , & qu'il les ait mifes
hors d'eftat d'eftre infultées
dans la fuite , quoy que tout
cela foit auffi certain qu'il eft
connu de toute la terre , on le
fait un principal de le fupprimer
avec foin , parce que l'on
ne fouffre pas de bon coeur la
gloire de Monfieur le Cardinal
. Voilà juſtement la fource
de tant de fauffetez & de cadu
Temps.
189
"
lomnies qu'on prend plaifir
d'inventer.On à la hardieffe de
les débiter enfuite , fans avoir
aucun refpect pour la bonne
foy qu'on doit au Public , & l'on
abandonne tous les principes
d'honneur afin de rendre
odieux un fi grand Prince . Ce
qu'on débite de la Ville de
Strasbourg enlevée à l'Empire
n'eft pas plus veritable ; ce qui
feroit tres -facile de prouver
fi ce n'eftoit une chofe connuë
de toute l'Europe . Bien loin
que Monfieur le Cardinal ait
eu aucune part à cette affaire ,
il n'a pas mefme fceu de quelle
maniere elle avoit efté faite .
C. KAVNITZ .
C'est encore une chofe toute publique
qu'il replonge cet Archevefché
dans de nouveaux dangers ,
qu'il met dans les Places de l'Eflat
190 Affaires
des Officiers & des Garnisons dont
la fidelité eft fufpecte ; qu'ilfait
fortifier la Ville de Bonne , fans
qu'on fcache de quel argent , &
par de telles demarchesil rendra
toft ou tardce Diocefe , la proye du
vainqueur.
REPONSE.
Perfonne ne fçauroit comprendre
quel eft le danger ,
auquel l'on pretend que Mr.
le Cardinal expofe l'Archevêché
de Cologne. Ce qui eft
tres certain , c'eft que fon Eminence
n'a d'autre paffion que
de maintenir dans ce Diocefe ,
& dans tout le Chriftianifme
une Paix & une tranquilité
folide. C'eft auffi dans cette
veuë que feu Monfieur l'Elecur
figna de fa propre main ,
pendant fa derniere maladie ,
des Commiffions pour lever
du
Temps.
191
des Troupes , & qu'il délivra
les fommes d'argent neceffaires
àleur entretien . De plus,
il n'y a aucun Officier ou aucun
Soldat qui n'ait prefté ferment
de fidelité entre les mains du
Doyen & de tout le Chapitre
de Cologne. Pourveu qu'on ne
trouble point dans la fuite le
repos de ce Dioceſe , il appartiendra
de droit au nouvel Electeur
de faire , avec le confeil
de fon Chapitre , la deftination
de ces levées. Enfin pour ne
laifferaucun fcrupule fur l'inquietude
qui témoigne le C.
de Kaunitz au ſujet des Fortifications
de Bonne , quoy qu'on
ne foit obligé de rendre compte
à perfonne de quel fond cette
dépenfe fe tire , puifque les
Electeurs , & les Princes de
l'Empire ne font redevables
192 Affaires
de ce détail à qui que ce foit, on
veut bien declarer que c'eft de
l'argent de feu M. l'Electeur ,
qui avoit étably un fond pour
cela,dans le deffein de maintenir
par là une folide Paix dans
l'Empire'; c'est donc dans cette
veuë que l'on a commencé &
que l'on finira ces travaux Au
refte on ne peut affez admirer
par quelle raifon des Citadelles
bafties fur lés Frontieres de
l'Empire foient capables de
donner de la jaloufie à l'Empi
re mefme. Ce feroit au contraire
à nos Voifins d'en prendre
de l'ombrage , & à noſtre
Nation d'applaudir à un ou
vrage qui affure les Frontieres
de l'Empire , qui défend ce
Dioceſe contre les incurfions
des Etrangers , & qui l'empê
che enfin de devenir la proye
2
du
du Temps. 193
du Vainqueur , de la maniere
que nous l'avons vû fervir de
butin au premier Vfurpateur
qui l'a voulu .
C. KAVNITZ .
Qu'une telle perfonne ne peur
eftre admife entre les Electeurs , &
qu'il n'y a aucun doute que fi l'on en
fait la Poftulation , elle aura le mefmefort
que la premiere.
REPONSE.
Il n'y a point d'apparence
que Sa Sainteté vouluft violer
les Traitez & les Concordats ,
aller contre la difpofition de la
Bulle d'or , détruire les fondemens
les plus folides de l'Empire
, en un mot s'éloigner de
la pratique & des exemples de
tant de grands Papes fes Predeceffeurs
, & faire ce qui ne
fe trouvera point autorisé par
le droit ou par les monumens
de l'Hiftoire .
I
194 Affaires
aucun
C. KAVNITZ.
Ainfi le chapitre ne doit faire,
aucune attention fur la perfonne de
Monfieur le Cardinal ; Sa Majefté
Imperiale n'ayant pas intention
de porter , en difant cela
prejudice à la liberté des fuffrages
mais au contrairefes veuësfe portent
à la maintenir , de crainte
qu'elle nefoit icy violée de la mesme
maniere . qu'elle l'a efté dans l'èletionde
Strasbourg.
RESPONSE .
Il eſt abſolument impoffible
d'accorder la liberté des fuffrages
avec l'exclufian formelle
que l'on fait icy de la perfonne
de Monfieur le Cardinal
. Faffe le Ciel que cette liberté
ne fe trouve pas plusviolée
à Cologne qu'elle l'a efté à
Strasbourg , où l'on ne s'eft pas
donné la liberté de folliciter
du
Temps. 195
l'exclufion de perfonne , comme
fait icy le Comte de Kaunitz
. Tout au contraire, on n'y
a pas feulement recommandé
un fujet plûtoft qu'un autre ,
ainfi que ceux qui restent aujourd'huy
en peuvent rendre
témoignage , auffi bien que
plufieurs de nos Capitulaires
y eftoient prefens.
C. KAVNITZ.
Il faut encore fe jouvenir qu'en
ce qui concerne les Diocefis d Alle
magne, la lurifdiction temporelle
a de la liaison avec le Droit de
Regale , enforte qu'il n'appartient
pas aux Chapitres d'avoir un pou
voir d'elire qui foit fi étendu qu'il
ne reconnoiffe aucunes bornes, mais
au contraire ils doiventfçavoir que
leur pouvoir eft tellement limité
qu'ils ne peuvent pas fe feparerdes
interefts de l'Empire.
I 2
196
Affaires
RESPONSE.
Que toutes les Eglifes Metropolitaines
ou Cathedrales ,
& que tous les Chapitres qui
font dans l'Empire , ouvrent
les yeux & les oreilles fans aucune
préoccupation , pour dėcouvrir
ce Serpent dangereux
qui eft caché fous des fleurs
pour porter facilement le coup
mortel à la liberté des élections
& des fuffrages , fi l'on n'a la
force & la prudence de luy refifter
d'abord.
C. KAVNITZ .
C'est pourquoy Sa Majesté Imperiale
exhorte tous les Capitulaires
de fe reffouvenir ferieusement
du ferment qui les engage à l'Empire
, de n'epoufer aucun party , de
n'avoirpoint d'égard au fang & a
la chair , en un mot de ne point re
chercheren cette occafion leur propre
utilité ; mais an contraire de
du
Temps .
197
jetter les yeux fur tant de dignes
fujets qu'ils ont dans leurs Corps
tres-illuftre , & en donnant leurs
vox dans des billets fermez , de
choisir unfuret dont ils forent affurez
d'obtenir la confirmation , &
qui gouverne le Diocefe d'une telle
maniere , que bien loin de la charger
de dettes étrangeres ir nouvel-
Les , il foit capable d'acquitter les
anciennes.
RESPONSE,
4
Les voeux & les fouhaits de
Monfieur le Cardinal fe rapportent
à cette fin filegitime ,
qui eft de voir une élection
exempte de toute partialité ,
& que l'Eglife de Cologne ait
un Archevefque qui foit en
eftat d'y faire encore beaucoup
plus de bien que le Comte de
Kaunitz ne luy en fouhaite au
nom de l'Empereur .
1 3
198
Affaires
C. KAVNITZ .
Que fi l'on s'éloigne de ces mojens
, l'on a toutfuret de craindre
que l'Empereur ne difpofe , ainft
qu'il le ingera à propos , de la Regale
& de la Iarifdiction temporelle
, & qu'il ne rende refponfable
de ces évenemens , ceux quienferont
caufe. Au reste , Sa Majesté
Imperiale promet de conferver fa
protection à cet Archevefché, &
Monfieurl'Envoyé offre de nouveau
fes fervices à Meffieurs les Chanoines
; leur recommandant tres inftamment
de ne rien oublier dans
L'affaire dont il s'agit, afin qu'elle fe
puiffe terminer à la gloire de Dieu
conformement au fervice de l'Emà
pereur , à la confervation & an
repos de la patrie.
RESPONSE.
Si Meffieurs les Capitulaires.
font reflexion fur ce qu'on leur
du
Temps.
LYON
DE
reprefente icy , & qu'ils ne le
laiffent point gafter par de
fauffes impreffions , ils n'ont
rien à craindre pour les Regades
. Pour ce qui regarde les
injures atroces qu'on prend la
hardieffe de dire à Monfieur
le Cardinal , Son Eminence
déclare qu'Elle fe referve à un
autre temps pour défendre fan
honneur que lon bleffe avec fi
peu de refpect & de meſure ,
eftanti difpofée des répondre
dans la fuite avec plus d'éten
due & de vigueur à tout be
qu'on a latemerité de luy imputer.
De plus , Son Eminence
protefte folemnellement & de
fait,contreroutes les menaces
dont on s'eft fervy pour violer
la liberté des fuffrages , & pour
demander fill ouvertement fon
exclufiqn del'Electoratu
I 4
200
Affaires
Voilà le principal inftrument
dont le Comte de Kaunitz
s'eft fervy pour gagner
trois ou quatre voix , & pour
troubler l'union du Chapitre
de Cologne . Il ne s'eft pas contenté
des injures atroces qui
font répandues dans fon Memoire
, pour détourner les fuffrages
& intimider les Cha.
noines , il a fallu encore les
menacer , comme on a fait , de
tranfporter la dignité Electo
rale à une autre Cathedrale ou
Metropolitaine,fi les voix concouroient
en faveur de Monfieur
de Furftemberg. C'eſt ce
qui a donné de la terreur à
plufieurs Chanoines , qui fe
font laiffé furprendre trop facilement
, & font tombez dans
le piege qu'on leur tendoit .
D'autres craighant la perfecu
du
Temps.
201
tion qu'on feignoit de preparer
à leurs Familles , ont cedé ,
d'autres enfin ont efté attirez
par des artifices plus doux ,
qui font des promeffes . Peuton
douter , aprés des corruptions
fi vifibles , que les voix
qui en ont refulté , ne foient
nulles felon le droit , felon les
conftitutions des Papes , & fe-
Jon les faints Canons ? Il fuffira
de citer icy le faint Concile de
Trente , Seffion 25.chapitre 20.
Quoy que la clemence de
l'Empereur ne donne pas lieu
de croire que Sa Majefté Imperiale
ait voulu expreffèment
qu'on employaft des moyens fi
odieux , il ne laiffe pas d'eftre
tres -aifé de prouver , par
témoins irreprochables ,que les
Miniftres fe font fervis de pro
meffes & de menaces , & mê
des
I S
202
Affaires
me qu'ils ont fait voir à quel
ques uns d'entre les Chanoi
nes , des Lettres qu'ils difoient
eftre de l'Empereur , & où il
étoit marqué que Sa Majesté
Imperiale n'auroit rien de plus .
agreable que l'élection de Mrle
Prince Clement , de mefme :
que fon indignation eftoit affurée
à ceux qui en auroient
fait une autre .
Des fuffrages obtenus par
des moyens fi violens , ne peuvent
eftre comptez entre des
fuffrages legitimes . On doit de
plas confiderer que ces Moffieurs
qui ont ainfi changé de
fentiment par une pure foi-
Bleffe , avoient juré folemnel-.
lement lors qu'il fut queftion
d'élire un Coadjuteur , qu'ils .
donneroient leurs voix au
plus digne , & ils le firent
du
Temps .
12.03
alors. Qu'est- celque Monfieur
Ne Cardinal, qui eft un illuftre
membre de leur Eglife depuis
quarante ans , a dins mexiué
aprés fixe mois finon davor
encore ajouté de nouveaux
merites aux premiers it
t
On dit plus..quand même
cles injuces que le Comte de
Kaunitz na pas eu honte d'a-
Svancer dans fon Memoire, feoroient
apparentes , ce qui fait
feulemont hopteur à penferil
falloit felon le droit citer Mr.
cle Cardinal de Furftemberg ,
l'entendre dans fa défenfe , &
le convaincre , avant que de
-l'exdlobes d'une dignité qui
duy eft fi joltementdaue . On
n'a point obfervé ces formali--
tez effentielles ceft ce quit
fait qu'on n'a pu exclure ,
infique Pafferin , & les autress
C
I 6
204 Affaires's
Canoniftes le prouvent fort
bien .
fi
Mais ce n'eftoit pas affez à
nos adverfaires. Pour donner
de l'ame à des mouvemens , à
des intrigues & à des cabales
corrompues , il falloit encore
emprunter l'autorité du Pape ,
& faire entendre à ceux que
-l'on avoit déja ébranlez , que
-le Saint Pere eftoit déterminé
à foutenir Monfieur le Prince
Clement . Maisqui peut mieux.
expliquer les intentions du
faint Pere , que le faint Pere
mefme ? Voicy ce qu'il dit
dansfon Brefdu3.Juilleta688 .
adreffe au Chapitre de Golóagne,
au fujet de l'élection dont
il s'agit . Je vous exhorte en noftre
Seigneur autant qu'il m'eft poffible,
de n'avait en venë dans l'élection ,
que l'augmentation de la gloine de
с
du
Temps .
205
Dieu , & de choisir celuy d'entre
vous . ( c'eſt à dire un Capitulaire
) en qui vous reconnoistrez les
grande's qualitez qu'un digne Prelat
doit avoir, & qui his de plus
toutes les parties neceffaires pour
-remplir avecfuccés tous les devoirs
d'unbon Pafteurng
C'eftoit donc fur ces paroles
expreffes du faint Pere
qu'il falloit faire attention , &
non pas fur des infpirations
feditieufes qu'on a mifes én
ufage pour enlever des fuffra
ages à Monfieur de Furſtemberg
, fans parler de cette imaagination
mal fondée de quatre
-Preftres d'entre Meffieurs les
Chanoines,qui ne fe font laiffé
entraifner dans le party de Mr
de Baviere , que dans la penfée
que la grande jeuneſſe de
-cé Prince obligeroit d'atten7206
Affaires
dre huit ou neuf ans avant
que de gouverner l'Archevefché
, & qui laifferoit par ce
moyen le fpirituel & le temporel
à la difpofition du Chas
pitre , qui trouveroit ainfi une
facilité tres - grande pour acquitter
les anciennes dettes .
Qui ne voit pasque d'eften.
core une fuitades artifices precedens
? Il eftoit à propos pour
les interefts de nos adverfaires ,
de trouver une apparence &
-un pretexte de bien afin de
-mieux tromper. Cependant
-c'eftoit rendrele mal fans remesde
que defuivoe ce party , puis
que l'on sçait affez que BElectoratde
Cologne eft environné de
je ne fçay combien de Princes ,
-dontil y en a qui s'en font appropriedes
dépendances confiderables
, & les autres né dedu
Temps.
207
mandent que l'occafion d'une
minorité femblable à celle
qu'on vouloitintroduire pour
ufurperle refte.com
Il faut donc un Prince qui
ait de l'experience , qui foit
éclairé , puiffant , & capable de
foutenir fes interefts , & de
défendre les Etats . Pour ce qui
eft des revenus de la Menfe
Archiepifcopale, il eft certain:
que les penfions acquitées , ils.
ne vont pas à quarante cinq
mille écus Romains , qui fuffirofent
à peine pour l'entretien
des Officiers & de l'Aminiſtra-
2teur , d'où il s'enfuit que cette
"minorité de l'Electeur auroit
tres - prejudiciable à l'Etat ,.
& que tous ces preventes que
Fon a pris pour gagner des
orxa Monfieur de Baviere ,
font fondez fur des principes,
efté
208
Affaires
d'erreur , & contraires aux
faints Canons & par confequent
tout à fait détruits par
eux mefmes , qui rendent les
fuffrages nuls .
Ce n'est pas encore affez ; il
faut de plus faire voit à nos
adverfaires , que les plus forts
ramparts dont ils fe couvrent,
tombent d'eux-mefmes . Qu'ils
fcachent donc que l'indult d'éligibilité
qu'ils ont obtenu à
Rome en faveur de Monfieur
le Prince Clement eft nul.
L'Indult eft une difpenfe , toute
difpenfe obtenuë fur un
fanx expofe eft nulle. Ces
-Meffieurs ont fait entendre au
Pape , que feu Monfieur l'Eleateur
eftoit encore vivant le
19. Juin 1688. quoy qu'il fuft
mort dés le 3. du mefme mois.
Or c'eſt une maxime conftandu
Temps.
209
ve ,
te que le droit d'élection paffic'eſt
à dire , de pouvoir
eftre admis pour avoir voix
dans un Chapitre , fi toft que
le Siege eft vacant, refide dans
les feuls Capitulaires qui font
du Corps , en forte qu'il n'y a
qu'eux feuls qui puiffent admettre
un fujet étrangers pour
avoir voix dans leur Chapitre,
& qui que ce foit ne peut alors
donner difpenfe & étendre la
vertu de ce droit , en faveur
de ceux qui ne font pas du
Corps. Ainfi le Pape ayant
donné font Indult le 19. Juin ,
dans le temps que Monfieur
Electeur eftoit mort depuis
feize jours , & cependant Sa
Sainteté croyant que ce Prince
eftoit encore vivant , il eft
hors de doute que l'Indult a
efté accordé fur un faux expo210
Affaires
fé. Cela eft fi vray , que les
propres paroles de l'indult ne
donnent pas le moindre fujer
d'en douter. Afin que s'il arrive
que noftre venerable Frere Maximilien.
Henry Archevefque de
Cologne , veuille fe défaire de
L'archevefché , ou qu'il vienne à
mourir.
•
Je fçay bien que nos adver
faires n'ont pas eu de honte de
fupprimer fes paroles dans les
copies qu'ils ont produites de
l'Indult parce qu'un endroit
fi pofitifcontre eux les incommodoit
; mais ce manque de
bonne foy n'empefche pas que
la difpenfe ne devienne inutile
, & qu'elle ne foit directement
oppofée à la justice , qui
défend qu'on raviffe à un Chapiare
le droit d'élection paffivej
qui luy eft devolu par la niort
du
Temps.
ZII
de l'Archevefque , en forte que
l'on ne peut admettre un membre
dans l'affociation de fon
Corps fans fon confentement .
C'est la difpofition du Droit ,
qui doit eftre la règle inviola
ble de ceux qui veulent paffer
pour juftes : ainfi le faint Pere
n'a eu garde de vouloir aller
contre . On peut voir là- deffus
les Canoniftes ; & entre
autres Lotter, de re benef. lib. 2.
q.23.n.3.Chokier ad reg.de non sol
bendo jure quæfiton. 24. in fine Sel
raph. dec.108 :per tot.
Eftant dane hors de conte
Atation , qu'un Chapitre feula
le droit d'élection paffive , lors
qu'il n'y a point d'Indult expedié
avant la vacance , on
voit avec bien de l'évidence
que quandil y auroit une élec
tion canonique , ce qui n'eſt
212.
Affaires
pas , dés - là que cette élection
eft fondée fur un Indult abufif
& nul , l'élection eft auffi nulle
& abufive Or comme dans
l'affaire dont il s'agit , la meilleure
partie du Chapitre de
Cologne fe récrie contre l'Indult
de Monfieur de Baviere
fur lequel feul pourroit eftre
fondée l'élection de ce Prince,
s'il y en avoit eut une , ce qui
n'eft pas, il est d'une confequence
neceffaire & infaillible
, que l'Election qui s'eft
faite en fa faveur, ne peut eſtre
legitimement approuvée du
Saint Siege , parce que cette
élection , quand il y en auroit
a efté faite par le moindre
nombre au prejudice & contre
les droits de la meilleure & de
la plus confiderable partie du
Chapitre de Cologne . Il y a
du
Temps.
2137
plufieurs autoritez qui prouvent
invinciblement cette verité
dans le Memaire Latin.On
y voit le fentiment unanime
des Canoniftes , principalement
fur la diftinction 61 , an
chap. nec emeritis fur les Decretales
, fur le Concile de Latran
cap.41 . de elect . & fur une infinité
d'endroits , que la brieveté
que nous obfervons icy
ne permet pas de citer . Voyez
auffi le Concile de Trente
Jeff.24.c.1.où il eft porté que celuy
que l'on choifit pour eſtre
Evefque doit avoir les quali
tez neceffaires pour l'Efpicopat-
left marqué expreffe ment
que ceux qui feront le contraipecheront
mortellement.
Monfieur de Baviere n'ayant
donc pas actuellement les qualitez
requifes par les faints Ca-
,
211
Affaires
nons pour eftre Evefque , dont
la principale eft l'âge , pendant
qu'il y a d'autres fujets dans le
Chapitre de Cologne qui peuvent
eftre éleus canoniquement
, & l'indult envoyé à ce
Prince eftant nul , quoy que
ce fuft la feule chofe capable
de le faire admettre à l'Epifco.
pat , il s'enfuit qu'on n'a pu
canoniquement Mon- élire
fieur de Baviere ; & comme le
Pape s'eft obligé par le Concordat
Germanique de laiffer
les élections canoniques & de
n'y point toucher au prejudice
du droit des Chapitres , en
forte qu'il ne doive confirmer
que celles qui font canoniques,
je demande à nos adverfaires
ce qu'ils ont à efperer
d'une confirmation fi impuif
fante finon une fuite de fteri .
du
Temps.
215
lité , de nullité , & d'irregularité
manifefte .
8.
:: Auffi il paroift par les termes
l'Indult mefme , que le Pape
n'a point eu deffein d'aller
contre le Concordat Germanique
, & que le Saint Pere a
toujours cru que Monfieur
l'Electeur de Cologne eftoit
encore vivant ; autrement Sa
Sainteté auroit deu déclarer
en propres termes qu'Elle dérogeoit
actuellement en cecy
au Concordat , dont Elle devoit
faire une mention expreffe
& individuelle ; fans
cette formalité , il n'y a rien
de fait , felon Clock . ad preces
primar. Sect. 5. par . 2.n.15.verf.
interea advertendum .
Quoy que plusieurs Auteurs
dignes de foy foutiennent encore
quelque chofe de plus ,
216
Affaires
qui eft que le Saint Père ne
peut déroger aux Concordats ,
ou au moins qu'il ne le doit
pas , mais plutoft qu'il doit
prendre pour regle de fa conduite
ces belles paroles de l'Apoftre
; Tout m'eft permis , mais
il n'est pas à propos de tout faire ,
tout n'édifie pas. 1. Cor 10. v.
33. & autre part . Fen'uferay pas
avec feverité de la puiffante que
Dieu m'a donné pour édifier & non
pas pour détruire . 2. Cor. 13. v.10 .
C'est l'autorité dont le fert le
Pere Vvagnereck , Jefuite &
Docteur en Droit de l'Univerfité
de Delinghen dans la Souabe
, lors qu'il traite de la maniere
avec laquelle le Pape
peut déroger aux Concordats
Germaniques . C'est ce que
peut voir dans les Ouvrages
de cefçavant Jefuite , Exel'on
ges.
du
Temps.
217
ges. fuper concordatis Germ.par.§ .
notab. 2 .
!
Donc la moindre partie du
Chapitre de Cologne n'a pu
legitimement élire un Prince
qui n'eftoit point de fon
Corps , qui n'avoit ny l'âge
fuffifant , ny
, ny les autres quali
tez que demandent les faints
Canons , & qui ne pouvoit
obtenir avec juftice un Indult
capable de le faire élire au prejudice
du Droit , & malgré
l'oppofition de la plus grande
partie du Chapitre , puis que
le Saint Pere n'a point derogé
expreffement dans cet Indult
aux Concordats , ce qui eftoit
pourtant d'une neceffité indifpenfable
, fi l'on vouloit que la
difpenfe euft lieu ; & pour ne
pas perdre de veuë une verité
fi évidente , il faut toujours fe
!
K
218
Affaires
fouvenir que c'eſt une regle
des plus certaines du Droit ,
que l'on ne peut choisir un
fajet hors du Corps, fans avoir
auparavant le confentement
de la plus grande partie des
Capitulaires , lors qu'il y a
dans le Chapitre des fujets ca
pables d'eftre élus , parce que
c'eft aller directement contre
la difpofition & contre les regles
du Droit , que de choisir ,
foit pour l'élection active , ſoit
pour l'élection paffive hors du
Corps du Chapitre . Outre le
grand nombre d'Auteurs qu'on
a déja citez , & qui font de ce
fentiment ,on peut voir Lotter.
de re benef. lib.1.9.32. m. 37. Il
ya mefme beaucoup d'Auteurs
qui vont plus loin, & qui veulent
que quand la plus grande
partie du Chapitre voudroit
du
Temps.
219
élire un fujet hors du Corps , il
fuffit pour l'empefcher que la
plus petite partie s'y oppofe .
Quoy qu'il en ſoit , il eſt toûjours
tres- feur de dire , & même
on ne peut nous le nier ,
que c'eft aller directement
contre le Droit, que d'élire un
fujet hors du Corps , extra
gremium, contre la volonté de la
plus grande partie du Chapitre;
ce que l'on vient pourtant
de voir dans Monfieur le Prince
de Baviere , que l'on a voulu
, par une entrepriſe infoùtenable
, unir au Corps du College
Electoral des Chanoines
de Cologne.
De tout ce que nous avons
ditjufqu'à prefent , il s'enfuit
par une confequence infaillible
;
Qu'il n'y a point d'élection
K 2
220
Affaires
faite en faveur de Monfieur .
le Prince Jofeph Clement.
2. Que quand il y auroit
une élection elle ne pourroit
eftre appellée canonique , mais
au contraire on doit tomber
d'accord qu'elle eft formellement
oppofée aux faints Canons
, & par conſequent nulle ,
non feulement pour avoir efté
tentée par la moindre partic
du College , mais encore parce
que ces Meffieurs ont choifi
un fujet incapable d'eftre élu ,
hors du Corps , & n'ayant pas
l'âge porté par les faints Canons,
+
Or cet empêchement caufé
par le défaut d'âge ; quoy
qu'en difent nos adverfaires ,
n'a pas efté levé par Sa Sainte-
, qui ne pouvoit le faire fans
avoir auparavant marqué en
té ,
du Temps.
221
?
termes formels & individuels,
qu'Elle pretendoit déroger en
ce point aux Concordats Germaniques
, qui marquent fort
clairement que l'on procedera
aux élections dans les Cathedrales
& dans les Metropolitaines
,felon la forme canonique
& quel'on ne chomira que des
fujets capables d'eftre élus , fuivant
la difpofition des faints Canons.
Quelle eft , je vous prie ,
cette difpofition & cette forme.
prefcrite par les faints Canons ,
finon celle que le Pape Innocent
III. a introduite dans
ce fameux chapitre Quia propter
, du Concile general , avec
les declarations des Papes qui
ont fuccedé , & qui conviennent
tous , que la forme effen
tielle , & feule capable de rendre
une élection canonique
K
3
222
Affaires
fuivant l'intention du faint
Concile , c'eft qu'elle foit faite
par la plus grande partie du
Chapitre .
Nous avons déja dit plu
fieurs fois que les Concordats
Germaniques ont renouvellé
& confirmé cette forme d'éle
&tion par un Traité exprés
avec le faint Siege, ce qui fait
que nous affurons avec confiance
que le faint Pere ne doit
pas confirmer une élection qui
n'exifte point , quand meſme
elle exiſteroit ,elle feroit nulle,
parce qu'elle n'eft pas canoni→
que , & parce qu'elle eft directement
oppofée aux faints
Conciles , non feulement par
le defaut qu'elle a d'une forme
fubftantielle , mais encore par
cet autre defaut , que les Canoniftes
expriment par le ter
du
Temps.
223
me de matiere habile , c'eſt à
dire , d'un fujet incapable ,
parce qu'il n'a pas l'âge.
Nos Adverfaires n'ont pas
fujet de fe plaindre que nous
ayons manqué jufqu'à prefent
de preuves à leur oppofer . Cependant
pour épuifer la maticre
, il eft bon de leur marquer
cet endroit du Memoire Latin
que l'on a publié pour Monfieur
le Cardinal de Furftem
berg , aux pages 32.33 . 34. &
35. Hy verront une foule de
citations folides & fidelles , qui
font affez puiffantes pour confondre
les plus rebelles à la
verité. Nous ne pouvons donner
ces autoritez dans cet abregé
, parce qu'il n'y auroit rien
de plus incommode en François
, & de plus obfcur que des
citations de droit Canon . On
K
4
224 Affaires
Le contente d'indiquer la fourcej
ceux qui en auront befoin
pourront y avoir recours .
Que les Partifans de Monfieur
de Baviere reconnoiffent
donc cette Sentence & cet
Oracle que leur rend le Concile
general de Latran. L'on doit
faire élection de celuy qui aura eftè
choifi par lefuffrage de tous , ou de
la plus grande partie du Chapitre.
C'est ce que le Pape Boniface
VIII. a confirmé par une belle
declaration ; on la peut voir ,
in cap. fi cui 23 , de elect.in 6.Qu'ils
avoüent auffi , & qu'ils le faffent
de bonne foy , que c'eft inutilement
qu'ils ont voulu fe couvrir
à la faveur d'une chicane
honteufe , en difant que l'election
de la plus petite partie
doit eftre preferée à la Poftulation
de la plus grande , fe fondu
Temps.
7225
典
dant mal à propos fur ce chapitre
Scriptum40.de elect.puis qu'il
eft coftantque cette Decretale
étant anterieure au Concile de
Latran, elle a efté abolie & rendue
nulle par le Decret de ce
Concile qui l'a fuivy , ainfi
que nous l'avons remarqué au
commencement de cet Ouvrage.
Ce que nous avançons eft
fi certain , que plufieurs Canoniftes
foutiennent
par
exemple
, que , que la forme d'élire
up, Abbé ,qui eft prefcrite dans
la régle de Saint Benoift , de
vient inutile aux Religieux
de cet Ordre , s'ils n'obfervent
en mefme temps toutes les
formalitez qui font preferites
dans le Concile
de Latran,par,
ce que la regle de S. Benoift eft
anterieure à ce Concile . Le Tria
bunal de la Rote à Rome l'a
K S
226
Affaires
ainfi jugé dans la décifion $ 74 .
2.52 .
Non feulement nous n'avons
rien à craindre de cette chi
cane , mais auffi elle devient
inutile à ceux qui en vou
droient abuſer , puifque tous.
les Auteurs qui fe font trom
pez , en voulant faire fervir
aprés le Concile de Latran cette
Decretale du Chapitre feri
ptum , ont efté contraints d'a
vouer que l'élection de la plus.
petite partie ne doit eftre préferéeà
la Poftulation de la plus
grande , que dans la fuppofi
tion que celuy qui a cfté élû ,
eftoit capable de l'eftre , qu'il
eftoit du corps du Chapitre
que l'ona obfervé la difpofi
tion du Concile , qui eft qu'aprés
avoir conferé les voix on
falle l'élection en commun de
A
du
Temps.
227
la perfonne que l'on a nommée
dans le Scrutin , & que cette
élection fe faffe enfuite par un
feul , & par des paroles qui
expriment le nombre fingulier,
& celapubliquement dans le Chapitre,&
d'une voix intelligible en
difant , je N... en mon nom &.
au nom de ceux qui ont concouru
avec moy ,j'aychoifi N......
"
Toutes ces formalitez que:
nous venons de remarquer
ontefté omifes dans l'élection
imaginaire qu'on nous oppoſe,.
c'eft ce qui fait que fe rencon
trant de concours avec une
poftulation canonique & legitime
, il n'y a aucun doute
qu'elle doit luy ceder. C'eft la
decifion d'Hoft.de Post. Pral.n.13
Donc cette élection de Monfieur
le Prince de Baviere
n'ayant point efté faite come
K 6
228
Affaires
·
me il paroift évidemment , par
:ce que nous avons dit , en donnant
un détail exact de la Poftulation
de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg , & dans .
la fuite des preuves où il eft.
remarqué que Monfieur Bequerer
, l'un des. Chanoines ,
s'eftoit contenté de demander
qu'on nommaſt , ou qu'on publiaft
le fujet qui avoit eu neuf
voix,& que ces Meffieurs n'ont
point fait attention , qu'ils ef
toient obligez d'achever ce
qu'ils avoient commencé , ea
difant comme ils devoient à
Mrle Scrutateur de faire l'éledion
deMr le Prince Clement
en leur nom , ou au refus du
Scrutateur de la faire faire par
un de leur party , il eft fans .
contredit qu'ils ont manqué
effentiellement.Donc leur De
du
Temps.
229
eretale du Chapitre fcriptum
leur eft abfolument inutile ,
parce qu'ils ont negligé ou refufé
d'achever leur élection ,.
comme le prouve fort bien le
Panormitain fur le Chapitre:
publicato n. 6. verf. in fin. Gieff..
& les autres Canoniftes que
Pafferin cite à la queſtion 19.
nombre 3.1.
: S'il eft donc certain , comme
nous venons de le démontrer,,
que l'élection eftant nulle , elle
ne peut pas eftre préférée à
une Poftulation Canonique ,,
quel ufage pourra avoir cette
étendue & ce pouvoir que nos
Adverfaires attribuent à là
Decretale compriſe dans le
Chapitre fcriptum ? On ne luy
en peut donner aucun , puif
que pour faire qu'une élec
tion puiffe legitimement con
230 Affaires
courir avec une poftulation
il faut que cette élection foit
réelle. Mais quand tout cela
feroit , ce qui n'eft pas , la
confirmation du S. Pere feroit
toûjours fterile & infructueufe
; nous l'avons déja dit , &
nous l'allons encore confirmer
par quelques raifonnemes fornificz
par de bonnes autoritez.-
En effet , quelque tour que
l'on donne à fon imagination;
quelque effor qu'elle prenne ,
où trouver le moyen de lever
cetobftacle fâcheux d'une nul
lité vifible,qui refulte de cette
infraction du Droit commun ,
& du defaut desfuffrages de la
plus grande partie des Capitu
laires , & du Concordat Ger
manique qui n'admet au→
cune élection , de mefme
que le Pape de fon coſté ne
du
Temps.
231
s'oblige à confirmer , que celle
•qui eſt Canonique ? Comment
donc pourroit - on appeller
Canonique cette élection qui
n'eft pas conforme à la difpofition
des SS . Canons ? Ainf
l'élection pour eftre Canoni
ques doit eftre un Acte legiti
me , c'est - à - dire , folemnel ,
comme l'a remarqué . Lotterius
; qui ajoûte expreffement
quelorfque le Pape Innocent
III.marque la forme de l'éle
ction dans le Concile de Latran
il n'entend pas qu'on
élude par de vaines chicanes
de la Scholaftique , la difpofition
qu'il a donnée au Canon;
en voulant à l'imitation de
certains , diſtinguer l'élection
par ces termes de ſtrictè & latè,,
ou large, qui font en ufage dans.
l'école , & à la faveur defquels
232 Affaires
on nous fuppoferoit des éle
tions prifes à la rigueur , où
d'autres expliquées d'une maniere
plus favorable .
Il faut icy renoncer à toutes
Ices chicanes inutiles ; point de
diftinctions qui ne fervent:
qu'à rendre une caufe plus.
méchante. Dés qu'on s'eft
éloigné dans l'élection de quel
qu'une des formalitez prefcrites
par le Concile , il n'y a
plus d'élection Canonique..
Voyez le Memoire latin pag.
36. & 37. où l'on cite un grandi
nombre d'autoritéz incontef
tables...
Nos Adverfaires fentent
bien ces coups , & mefme ils
font contraints d'avouer parla
bouche de leurs propres Auteurs
qui ont écrit pour eux
depuis peu à Liege & à Colo
du
Temps.
233
gne , que l'élection de la plus
petite partie , quand elle auroit
toutes les formalitez requifes
par les SS . Canons , ce
qui n'eft pas icy , dés qu'elle
fe trouve de concours avec la
plus grande partie du Chapitre
qui fait une Poftulation ,
cette élection , dis - je , ne don
ne aucun droit au fujet élu
mais elle demeure inutile , à
moins que le Souverain Pontife
ne l'aprouve , lequel peut
dans cette rencontre la rejet
ter , & confirmer la Poftulation
. Voilà le fentiment même
des Auteurs qui veulent
nous combattre ; d'où il s'enfuit
fort naturellement
, que
l'élection de la plus petite partie
ne peut eftre appellée Canonique
, dans le fentiment
mefme de nos Adverfaires
234 Affaires
puifqu'ils avouent que le Pape
peut nene la
pas approuver
, ce
qui ne feroit pas fi cette éledion
eftoit Canonique
, puif,
qu'il eft feur que le S. Pere
s'eft obligé
d'approuver
les
élections
Canoniques
, & qu'il
le doit indiſpenſablement
par
la loy de Justice
.
La raifon fe prend de ce droit
irrevocable qui eft acquis à
un fujer canoniquement élû
& c'eft ce droit qui néceffite le
Pape d'approuver , de forte
qu'une élection ayant efté faite
felon la difpofition des SS .
Canons , la confirmation n'eſt
pas laiffée àfon choix , mais il
la doit donner par une obligation
préciſe & de neceffité abfoluë,
ainsi que le Panormitain
l'enſeigne fort au longan
Chap.poftquam 3. de clect. n. I
du
Temps .
235
Le fentiment de cet habile
Sicilien a efté fuivy de tous les
Canoniftes qui ont écrit , &
de plus , les Souverains Tribu-
Daux de Rome ont decidé la
mefme choſe .
Il est donc vray que le Pape,
fuivant les articles du Concordat
Germanique , ne doit
approuver que les élections
canoniques , & que les Predeceffeurs
de Sa Sainteté ont toujours
protefté qu'ils ne pretens
doient point déroger à ce Concordat
quel'on a fait avec tant
de fageffe & de prudence , &
aprés des deliberations fi ferieufes
, pour établir à jamais
une paix fincere & folide en .
trela Cour Romaine & le S.
Empire. On peut voir ce fentiment
fi jufte,chez les Auteurs
qui ont écrit fur le Droit , &
qui font fondez en cela fur de
236 Affaires
bonnes preuves . Voyez Clok.
ad reg. 8. Gloff. 11.ànum. 12. úfque
adnum. 24.
•
" ce
Les Papes ayant mefme marqué
par plufieurs declarations
qu'ils ne pretendoient jamais
déroger aux Concordats
feroit en vain que l'on demanderoit
icy, & que l'on mettroit
en queſtion file Pape a coutume
de préferer une élection
faite par la plus petite partie ,
à une Poftulation faite par la
plus grande partie des Capitulaires
puis que Sa Sainteté a
devant les yeux l'exemple de
tant de fages Pontifes fes Predeceffeurs
qui ont regardé le
Concordat Germanique comme
une chofe facrée , à laquelle
ils ne devoient point toucher.
Or ce Concordat Germani-
2
que , comme nous l'avons déja
du
Temps .
237
que
dit tant de fois , n'admet
les élections canoniques , &
il n'y a que les élections faites
par la plus grande partie du
Chapitre qui foient canoniques.
C'est donc en vain que
l'on attend d'autre confirmation
legitime, que de la Poftulation
de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg , qui eft icy
l'unique qui foit conforme aux
Decrets du S. Concile .
Si nos Adverfaires preten
dent faire croire que l'ufage
de Rome eft de preferer tou
jours l'élection , quoy que de
la plus petite partie du Chapitre
, à la Poftulation de la plus
grande , on peut répondre à
cette objection en deux mots ;
fçavoir que Lotterius , qui eft
le principal Auteur qu'on nous
oppofe , n'a fait aucune men238
Affaires
tion de l'Allemagne , où il y a
un ufage & des Concordats
particuliers qui obligent de
n'admettre dans ce Pays -là
que les élections ou les poftulations
qui font felon les faints
Canons voilà noftre grand
principe qu'on ne détruira pas
facilement.Que nos adverfaires
ne nous donnent - ils quelque
autorité de Lotterius
& des autres dont ils fe fervent,
pour marquer que l'ufage
d'Allemagne eft oppofé à ce
que nons difons?
Comme donc il y a des ufages
& des Concordats particuliers
en Allemagne, qui font
de s'arrefter uniquement aux
élections canomiques
, l'éle-
Яtion imaginaire de Monfieur
le Prince de Baviere eſt tout
à fait oppofée à ces ufages ,
du
Temps.
2.39
1
puis qu'elle eft nulle ; & quand
mefme elle feroit réelle , ce
qui n'eſt pas , les Auteurs de
Liege & de Cologne qui ont
écrit pour ce Prince tom
bent d'accord que le Saint
Pere peut ne pas approuver
fon élection , qui eft une fuite
naturelle qu'ils reconnoiffent
qu'elle n'eft pas canonique
puis que le Concordat Germanique
porte que le Pape
approuvera les élections canoniques
, & que cette confirmation
eft de droit , dejuftice
& de neceffité , & non pas de
grace , ainfi que nous l'avons
démontré .
Il y a encore cette difficulté
dans le fentiment de
nos adverfaires , qui eft de
fe detourner , comme ils font ,
du fens naturel de leur Au240
Affaires
teur. En effet Lotterius ne dit
pas que le Pape ait coutume de
confirmer l'élection de la plus
petite partie , lors qu'elle fe
rencontre de concours avec
cette poftulation de la plus
grande partie ; mais il dit feu -
lement
que le Pape peut admettre
la poftulation faite par
la plus grande partie du Chapitre
. Cela eft étably avec for
ce dans le Memoire Latin
pag. 39. 40. & 41. qn'on peut
confulter.C'est
pourquoy nous
ne nous arreſterons pas à donner
plus d'étenduë à ces raifons
, ce feroit inutilement
puis qu'il fuffit de remarquer
que quand mefme Lotterius
auroit un fentiment favorable
à nos adverfaires , ce qui n'eft
pas , il ne nous feroit aucun
tort. La raiſon eft que ce Canonifte
du
Temps.
241
2
noniſte auroit deu marquer
que c'eft auffi l'uſage en Allemagne
de preferer l'élection
de la plus petite partie à la
poftulation de la plus grande
partie des Capitulaires . De
plus , qu'il l'ait marqué ou
non , nous fommes toujours à
couvert , à la faveur de cette
Décifion de la Rote ; tous conviennent
qu'il ne faut pas croire
legerement à un Docteur qui affeure
qu'une telle coutume eft établie ;
mais il eft abfolument neceffaire
qu'il prouve réellement cette coû
tume , & ce n'est pas affez d'apporterpour
preuve quelque autorité
nouvelle , parce qu'une telle nouveauté
eft opposée au Droit , qui
demande une autorité qui foit de
temps immemorial. Rota coràm
Mohedan. de confuetud. dec.2 . m.
verbis , fuit tentum.Cela eft con-
L
242 Affaires
forme au Droit , en forte même
que Jaffon fur ce paffage,
que nous citons affure , que.
c'est l'opinion commune,
Je dis encore plus , bien loin
que l'on fe puiffe prévaloir
contre nous du fentiment de
Lotterius que nous venons de
combattre, & que l'on attribuë
fans fujet à cet Auteur , il faut
ajoûter que quand il auroit
compris l'Allemagne , nous le
recuferions , par ces exemples
que nous avons donnez au
commencement de cet Ouvrage
, & entre autres par celuy
de Jean, Marquis de Bade,
qui fuft poftulé en 1456. pour
l'Archevefché de Tréves.
Donc malgré tous les efforts
de nos Adverfaires , cette verité
fi fouvent repetée , demeure
ferme & conftante ,
du
Temps .
243 •
qu'il n'y a point eu d'élection faite
de la perfonne du Sereniffime Prin
ce Iofeph Clement de Baviere , &
que par confequent la plus grande
partie du Chapitre s'oppofant à fa
confirmation , il n'y a point lieu
d'efperer une confirmation legitime
du Saint Siege.
Il nous reste à prouver qu'il
fuffic que la meilleure partie
du Chapitre ait fait une Poftulation
valide & legitime ,
pour devoir eftre confirmée
par le Saint Pere , ce qui renferme
naturellement cette fe
conde Propofition .
II. LA POSTULATION DE
Monfieur le Cardinal Landgrave
de Furftemberg eft canonique,
ayant efté faite folemnellement
par la plus grande & la plus
confiderablepartie du Chapitre ,
ce qui rend fa confirmation ne -
ceffaire & legitime.
L 2
244. Affaires
Cette concluſion eſt fondée
fur une verité certaine , qui
eft , que la poftulation qui a
été faite folemnellement par la
plus grande partie des Capitulaires
; pourveu qu'on ait obfervé
la forme prefcrite par le
chapitre , Quia propter , eſt valide
, & doit eftre admife du
Saint Siege. Pafferin le prouve
fort au long , chap. 24. q.6 . per
tot. conformément à cette experience
de tous les temps
qui nous montre les Souverains
Pontifes toujours appliquez
à fuivre exactement
comme une Loy inviolable ,
cette pratique de confirmer
les Poftulations faites par la
plus grande partie des Chanoines
ces dignes Succeffears
de S. Pierre fçachant
fort bien que felon le droit ,
›
du
Temps. 245
les Poftulations fuccedent &
entrent dans le droit des élections
canoniques.
La raifon en eft fenfible
parce que les Poftulations fe
font toûjours des perfonnes
les plus propres , les plus confiderables
& les plus utiles à
l'Eglife; d'où il s'enfuis qu'elles
renferment toûjours une canfe
plus évidente de neceffité &
d'utilité à l'Eglife , auffi l'on
dit fort bien que ces Poftulations
contiennent toujours
une caufe de juftice , qui oblige
neceffairement le Superieur
de les confirmer parcc
qu'en les faifant , on a en veuë
une plus grande utilité . Lotteran.
de re Benef. l. 3. q. 17.
1.234.
Pafferin va encoce plus loin,
car il prouve que dés qu'il pa-
L3
246
Affaires
roift que la confirmation de la
Poftulation fera utile à l'Eglife
, & qu'au contraire fon refus
fera préjudiciable au bien de
l'Eglife , le Superieur eft obligé
, par la Loy de juftice , d'admettre
cette poftulation , quand
elle auroit efté accompagnée
de differens & de difcorde ,
pourvû qu'on l'ait faite avec
le plus grand nombre des Ca
pitulaires. Paffer. de elect. 24.
9.14 . n.48 .
Et il ne fert de rien de nous
oppofer cette obiection de certains
Ecrivains , qui ont compilé
de nouvelles obfervations.
& des doutes en faveur de Mr.
le Prince de Baviere , fçavoir ,
que pour rendre parfaitement
canonique une folemnelle Poftulation
, ce n'eſt pas affez
qu'elle ne foit point de con
3
du
Temps, 247
cours avec une élection , máis
encore qu'elle doit avoir tous
les fuffrages , ou au moins lest
deux tiers . C'eft une erreur
de droit qui a déia reccu fa
condamnation dans tous les
Tribunaux , où l'on tient una
nimement , que la plus grande
partie du Chapitrefuffit pourfaire
une Poftulation legitime , quand la
plus petite partie s'y oppoferoit , ou
manqueroit defaire l'election,Hoftien
in fumma de Poſtul.n.io.
in verb. qualiter fiat Poftulatio.
Où cet Auteur ne demande
qu'une condition qu'il appelle
la forme , qui eft que ceux qui
font la Poftulation foient d'accord
, & agiffent en commun ;
parce que comme ils demandent
une grace jils le doivent
faire unanimement & de
concert ; autrement le fain
L4
248
Affaires
Siege n'a pas la coûtume d'admettre
la Poftulation. Elle pour-
Toit cependant eftre confirmée par
La Sainteté pourvû qu'elle eût eftè
faite par la plusgrande partie , &
que la plus petite partie n'eût pas
fait d'élection , & en cela le Saint
Pere ne feroit tort à perfonne . Le
mefme 65. dift. c . 1. 2. & 3. 10 .
q. 2. hoc ejus porrectum , &c.
parce que la Regle la plus certaine
c'eft de fe mettre du côté.
de la plus grande & de la plus
confiderable partie. Vne foule.
de Canoniftes fe prefente icy
à nôtre fecours, ce qu'on peut
voir dans le Memoire Latin
pag. 42.
نم
43.
Mais nous ne devons pas,
omettre de remarquer , que
le celebre Panormitain eft de
noftre cofté , auffi bien que
Barbofa , Azor & pafferin , qui
du Temps.
249
refutent folidement quelques
Canoniftes qui ont voulu dire,
qu'il falloit de neceffité avoir
unanimement les fuffrages de
tout le Chapitre pour une poftulation
, ce qui n'eft pas
vray , puis que non feulement
les deux tiers fuffifent , mais
que c'eft affez d'en avoir la
plus grande partie..
Cet efprit incertain,qui eft
fi facile à fe laiffer aller aux
doutes nous fait icy une chicane
dans fa Décade , imprimée
depuis peu à Cologne , au
Doute 4. Il trouve mauvais
qu'on ait publié & dénoncé
dans l'Eglife de Cologne , au
Clergé & au peuple , la poftu- :
lation de Monfieur le Cardi .
nal de Furftemberg . Nous lay /
répondons qu'il eft le feul capable
d'inventer une telle :
La
Sc
250 Affaires
difficulté . Cette formalité ef
toit abfolument neeeffaire ;
parce que comme il eft ordonné
dans le Concile general ;
au chapitre Quia propter , de
publier au Clergé & au Peu
ple l'élection canonique , afin
qu'on n'entreprenne pas de
faire d'élections clandeftines;
auffi par la mefme raiſon la pof
tulation folemnelle & canonique
a coutume, & doit eſtre
publiée & dénoncée au peuple
,fuivant l'intention & la
forme prefcite par le Concile;
avec cela d'extremement fort
pour nous , que cette formalité
eft de neceffité abfoluë
felon Pafferin , Mandagot , &
plufieurs autres , qui font citez
dans l'original , pag. 45 .
Au refte , pour ce qui eft
des Etats & des Sujets de l'E-
7
du
Temps:
251
lectorat de Cologne , il ne
faut que faire un peu d'attention
fur les circonstances de
la poftulatien dont il s'agit ,
& l'on tombera d'accord que
tous en font tres - contens ; &
qu'ils reconnoiffent Monfieur
le Cardinal de Furftemberg ,
pour avoir efté legitimement
poftulé .
Quant à ce qui regarde l'ac
cufation qu'on forge contre-
Son Eminence , comme fi Elle
s'eftoit ingerée ou mêlée de
l'adminiftration
, & que par là
ce Prince euft rendu fa Poftulation
nulle , nous répondons
que c'eft une impreffion maligne
& fauffe de ce faiseur de
doutes mal informé qui parle
avec fi peu de verité , qu'il
ne mérite pas qu'on le refute
en cet endroit , non plus
L &
25.2 Affaires
que dans fes autres doutes
qui font tres- faciles à refoudre
par tout ce que nous avons
dit jufqu'à prefent .
Toutes les raifons , & toutes
les antoritez que nous venons
de rapporter eftant donc
examinées fans paffion , & avec
attention , ferieufe , prouvent
d'une maniere invincible , non
feulement ce que nous avons
propofé en premier lieu , qu'il
n'y a point eu d'élection faite,
de la perfonne du Sereniffime
Prince Jofeph Clement de Ba .
viere , & que par confequentil .
n'y a point lieu d'en attendre
du Saint Siege , une confirmation
legitime , mais encore.
l'autre conclufion , qui eft que
la poftulation de Monfieur le
Cardinal de Furftemberg, eft
canonique , s'eftant faite fodu
Temps.
·25-32
Temnellement par la plus gran--
de & la plus confiderable partie:
du Chapitre ce qui rend fat
confirmation jufte , équitable
& neceffaire pour l'utilné évidente
qu'en recevra l'Eglife de :
Cologne , car la poſtulation a
efté faite par les plus illuftres
Prelats , qui compofent fans .
doute la plus confiderable partie
du Chapitre. Le Sujet qu'ils
ont choifi eft de leurs Corps ,
dans lequel le Pape a voulu
qu'il foit refté , aprés l'avoir
confirmé dans l'Evêché . de:
Strasbourg , en forte qu'en
vertu de cette difpenfe , ce
Prince s'est toujours perfuadé
qu'il eftoit eligible comme au
paravant pour l'Eglife de Cologne.
C'eft ce qui luy a fait
croire de bonne foy qu'il n'avoit
pas befoin d'obtenir un
254 Affaires
nouvel Indult d'éligibilité.
Le Sujet que l'on poftule eft
parfaitement informé par une
tres - longue experience de l'état
, & de tous les befoins de
l'Electorat & de l'Eglife de Cologne
, ayant esté employé
dans les affaires de cet Archevefché
en qualité de Chanoines
plus de 50. ans ; en qualité de
Chanoine Capitulaire plus de
40. ans comme Eccliftre &
Prelat plus de trente ans ; enfin
en qualité de Doyen & de
premier Prelat pendant plufieurs
années , avec des peines
& des travaux incroyables ,
fans parler des fecours que ce
Prince a donnez , & des bons
offices qu'il eft en état de ren--
dre , dans la fuite , à l'Eglife & .
à l'Electorat de Cologne , en
forte qu'il eft en droit de dedu
Temps:
255
mander aujourd'huy qu'on ait
pour luy cette reconnoiffance.
que les faints Canons attribuent
avec juftice aux Prelats
defon merite , que chacun reçoi
ve les fruits de fes bons fervices,
dans l'Eglife mefme dans laquelle il
a confatré tous les travaux de fa
vie, in cap. nullus , dift . 61.
On fait la poftulation d'un
Prince que l'Electeur défungs
a preferé àfes propres parens.
pour le faire fon Coadjuteur:
pendant fa vie , & fon Succeffeur
aprés fa mort , parce
qu'il l'a jugé plus utile que
les autres à l'Eglife de Cologne
; & ce qui eft plus à confiderer,
avec un empreffement
fi louable , qu'eftant à l'extremité
il a écrit au pape avec de
grandes inftances & de fortes
prieres,pour conjurer Sa Sain
2.55 Affaires
teté d'admettre le choix qu'on
avoit fait de ce Cardinal. On
fçait auffi que ce prince ayant
été éleu Coadjuteur unanimement
& de concert , tout le
Chapitre écrivit an Saint pere
pour en obtenir la confirmation
, avec de nouvelles inf.
tances à Sa Sainteté depuis la
mort de Monfieur l'Electeur.
Enfin l'on poſtule une perfonne
qui eft enrichie , au
fentiment du pape mefme ,.
de toutes les rates vertus, quifont
un grand Evefque , &;
que toute la terre juge capable
de gouverner l'Eglife.
& l'Electorat de Cologne , avec.
toute la pieté , la prudence le
courage & la douceur poffible ..
Peut on douter de cette capacité
de Monfieur de Furftemberg
, auffi bien que de fon
du Temps . 275
י
zele pour la difcipline Ecclefiaftique
, & du defir efficace
qu'ila de délivrer l'Archevéché
de Cologne des Penfions.
exceffives qui l'accablent ,.
aprés que ce Prince a tant fait
par fes manieres engageantes
& par fon extreme habileté à
gouverner , que Meffieurs les
Chanoines fe font foumis aux
reglemens qui avoient efté
dreffez depuis long temps au
fujet de la décence dans les
habits Ecclefiaftiques & de
l'affiftance au Choeur, ce qu'ils
ont fuivy & fuivent encore
fort exactement. Cette gloire:
eft deue à ce Cardinal , puif .
qu'aucun de fes Prededeffeurs.
dans la Charge de Doyen n'a .
voit ofé tenter cette reforme..
On fçait encore que par
fon autorité il a réuffi dans le
258
Affaires
payement des penfions annuelles
jufque - là que d'avoir fatis.
fait à celles qui courent depuis
deux aus,& qui font une fomme
tres- confiderable , dont il
a acquitté l'Electorat envers les
Hôpitaux , les Monafteres , les
Collegiales,les Eglifes particulieres
?les Orphelins ,& lesVeu .
ves , fans parler des dettes courantes
, que Son Eminence a
payées aux Creanciers, à la decharge
de l'Archeveſché .
Ce font des faits connus de
tous ceux de la Patrie qui ne
voudront pas s'aveugler , &
Fon fçait affez que perfonne
avant luy n'avoit pû venir à
bout de démefler toutes ces
affaires qui estoient environnées
de tant d'épines , qu'il
n'y a que, l'application de plufieurs
années qui ait pû vaindu
Temps.
259
cre tous ces obftacles , auffi
glorieufement que cette Emi-.
nence a fait.
Ajoutons à tout cela , um
attachement fidelle & inviolable,
que ce Prince a toujours.
marqué pour Sa Sainteté ; avec
tant de zele qu'il a pris un foin
extrême de faire rendre au
Saint Pere , en plufieurs occafons
, tout l'honneur & tout le
refpect qui luy eft deu , & qu'on
n'a jamais violé impunément ,
quand Monfieur de Furftemberg
l'a pu fçavoir. C'eft encore
un Cardinal que le Pape a.
honoré de la pourpre en confideration
de fes rares vertus
& de fon grand merite ; qui
eft tel en un mot, que Sa Sainteté
ſouhaite un Archevefque
de Cologne, dans le Bref qu'Elle
a écrit à Meffieurs du Cha
260
Affaires
pitre , qu'il exhorte d'élire
celuy d'entre- cux qu'ils jugeront
le plus digne .
Le Prince qui entre en con-
Cours avec ce Cardinal eft
Monfieur le Prince de Baviere
qui a eu les fuffrages feulement
de quatre illuftres Membres
du Chapitre , qui font des plus
jeunes , qui ne refident point
à Cologne , & qui par confe
quent n'ont aucne experience
des affaires & de la necefiité
de l'Eglife & de la Patrie ..
Ce prince a encore eu les voix.
de quatre autre Chanoines des
moins anciens d'entre les preftres
, & qui ne font entrez
dans le corps du Chapitre que
depuis peu d'années ..
Enfin Monfieur de Baviere ,.
dont on pretend fuppofer une
élection , eft à peine âgé de
du
Temps.
261
dix fept ans , il n'eft point du
corps du Chapitre , & on ne l'a
jamais vu dans l'Eglife de Cologne.
Ileft de plus engagé à
deux Eglifes Chathedrales , qui
font les Evefchez de Frifingue
& de Ratisbonne , avec les
provifions de la Prevofté de
Berchtolfgaden , ne pouvant
encore prendre d'adminiftration
de l'Archevefché . Pour
achever en un mot,il eft inhabile
pour eftre admis dans le
College Electoral avant l'âge
de dix huit ans , & quoy que
remply de merite perfonnel ,
il n'a neanmoins aucune des
qualitez requifes à l'Electorat
de Cologne , lefquelles on reconnoift
eftre toutes fort abondamment
dans le fujet poftulé
.
Donc lajuftice d'une Poftu -
234 Affaires du Temps.
lation fi canonique , qui eſt
tout à fait conformé à la droite
raifon , & à la neceffité évidente
& preffante de l'Eglife
de Cologne , demande que
l'on confirme inceffamment
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
, qui a eſté poſtulé
par la plus grande & la plus
confiderable partie du Chapitre.
Vous jugez bien par la longueur
de cette Lettre , qu'il eft
temps que je la finiffe. Je vous
en envoyeray la fuite le premier
jour de Decembre , &
vous affure qu'elle ne fera
pas moins curieufe que ce
que vous venez de lire, Je fuis
voftre , & c.
FIN.
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI
807158
AFFAIRES
DU
TEMPS
LYON
DE
A LTON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure
Galant.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A U
LECTEUR.
L'A
'Abondance des matieres qui
entrent ordinairement dans le
Mercure , wefté fi grande ce moiscy,
qu'elle auroit remply quatre
volumes , s'il avoit efté poffible de
les faire , & qu'on n'eut rien refervé.
Ons'eft contenté d'en faire.
deux. On a mis dans le premier les
nouvelles courantes , & qui font
par articles ; mais comme il eft
difficile de parler des mouvemens
qui agitent aujourd'huy l'Europe
fans en faire une maniere de
a z
AU LECTEUR .
corps hiftorique , à caufe des divers
interefts & des intrigues caufées
par les partialitez , on s'eft trouvé
obligé de faireun difcours fuivy, &
non des articles. Il s'eft mefmerencontré
tant d'enchainement entre
tout ce qui fe paffe aujourd'huy , &
ce qui s'eft paffe depuis la Paix de
Nimegue qu'on a cru le devoir ramaffer
en peu de paroles , parce
qu'on en découvrira mieux les ref
forts qui ont donnéaux affaires prefentes
le grand mouvement où nous
les voyons. Toutes celles qui regardent
cette Partie intitulée les Affaires
du Temps , n'ont pu efire
enfermées dans un feul Volume ;
mais elles feront affurement refferrées
en deux , & celuy qui paroiftra
le premier jour de Decembre contiendra
tout ce qui ſe ſera fait jufques
à ce jour là , & fera lié en
corps historique de la mesme ma
AV LECTEVR .
niere que celuy cy . Comme il y a
beaucoup de chofes dans cette Hiftoire
du Temps , qui se trouvent
directement oppofées aux divers
écrits qui paroiffent en Hollande
tous les mois , prefque au nombre
de quarante , on pourroit dire qu'on
auroit voulu y repondre , mais on
declare qu'on n'en a point eu la
penfee. Il est vray qu'on a marqué
les endroits où ces écrits fe contredi
fent dans des chofes effentielles, &
fur lefquelles roulent toutes les
affaires d'aujourd'huy , mais on ne
s'eft pas donne la peine de raifonner
fur ce qu'ils contiennent ; puifque
lesfaits qui font tous à l'avantage
du Roy , fervent de replique , &
qu'il en refulte une réponſe tacite
contre laquelle on ne peut
rien oppofer , s'agilant de faits
publics. C'eft ouvrage , quo
qu'un peu plus vif qu'à l'ordiAV
LECTEVR.
naire , paroiftra modefte , quand
on le comparera a l'aigreur de
ces fortes d'écrits ; ainfi perfonne
ne doit avoir fujet de fe plaindre ,
bien que dela maniere qu'on écrit
par tout aujourd'huy hors en Fran
ce , rien ne duft fafcher , quelque
chofe qu'on put dire , puis qu'on
ne feroit qu'imiter ceux qui fe
donnent la liberté d'écrire tout
ce qu'ils penfent . Si tout ce que
contient ce Volume n'est pas avantageux
aux Puiffances dont
on parle doit fonger qu'il
ya de certains cas où l'on peut
parler à la maniere des Avocats ,
à qui il eft permis de citer tout
ce qui fert à la defenfe de leurs
Parties. On ne verra rien icy
qui forte de la verité , ny de
ta liberté qui doit eftre permife
anx Hiftoriens. Ily a de certains
faits publics dont l'Hiftoire
072
AV LECTE VR .
peut parler , & mefme contre,
ceux avec qui l'on eft en paix.
C'est un ufage de tous les temps ,
fans cela l'Hiftoire ne ferois
point Hiftoire , cela est cause
qu'un Auteur en écrivant celle
de fon Pays , dit ce qui n'eft pas
à fa gloire , & ne l'épargne pas
plus que les autres Etats . A l'égard
de ce que la profperité de
la France fait écrire contre elle
dans les Pays Etrangers , acaufe
de la jalousie qu'elle donne à fes
Voifins , il fe trouve beaucoup de
gens qui ne demandent pas mieux
que d'y répondre , &
диг s'en acquiteroient
avec avantage , Les
Lettres n'eftant pas aujourd'huy
moins floriffantes en France que les
Armes ; mais le fage Prince qui La
gouverne aime mieux qu'elle foit
iuftifiée par degrandes actions que
par de pareilles réponses . LagranAV
LECTE VR.
deur de fon ame s'étend encore plus
loin là - deffus , il eft Maistre ab.
Jolu dans fes Etats , & pour
roit empefcher que les écrits qui
les attaquent n'y euffent cours ;
mais il les méprife trop pour cela ,
& rien ne prouve mieux leur
faufferé , & la jaloufie de gloire
que ce grand Monarque excite ,
que fa moderation fur toutes les
chofes de cette nature.
On doit prendre garde que toutes
les affaires estant dans un
grand mouvement , leur fituation
peut changer à toute heure ;
qu'ainfi ce qu'on écrit en com.
mençant une Lettre peut eftre
changé quand on la finit , & que
du jour qu'on acheve un Livre
jufqu'à celuy où l'on commence à
le debiter , la face des affaires.
peut encore de venir differente.
AFFAIRES
I
AFFAIRES
DU TEMPS
L
VE
LYON
*
7893
DE
Es mouvemens dont
l'Europe eft aujour
d'huy agitée , font
grands. Elle paroift toute en
feu , & l'embraſement eſt
tel qu'on fe perfuade qu'il
fera difficile qu'il ceffe fi .
toft , un fi grand nombre
de Puiffances ayant efté de
concert pour l'allumer qu'il n'y
en a point qui foient en état de
travailler à l'éteindre . Pour
A
Affaires
remedier aux Troubles qui
commencent à s'élever , l'Europe
auroit fans doute befoin
d'un Pere commun , c'eft - àdire
de quelque Puiffance
fage , équitable , generalement
eftimée , & qui n'ayant point
pris de party fuft crue affez
jufte pour eftre receuë arbitre
de ces grands démélez ; mais
commeil ne s'en trouve point
à prefent de ce noble caractere ,
& de ce fage defintereffement,
il faudra que le Roy , qui ne
peut avoir la qualité de Mediateur
ny d'Arbitre , parce
qu'il eft trop intereffe , & qu'on
en veut à la gloire dont l'éclat
bleffe toutes les puiffances inferieures
à la fienne , fe mette
encore en état par les conqueftes
de procurer une feconde
fois le repos à tant de Nations
du
Temps.
3
> differentes en facrifiant fes
propres interefts , comme il
a déja fait. Ce Prince s'en eft
expliqué , & comme il n'a jamais
manqué de parole , les
Peuples dont les Souverains
fe laiffent éblouir aux raifons
des aveugles Ambitieux , à qui
le deffein de s'élever ne fouffre
point de repos , doivent auffi
bien que les François faire
des voeux pour le fuccés des
armes de Sa Majefté , puis qu'il
eft indubitable qu'elles produiront
la Paix generale , ce
qui n'arriveroit pas fi celles de
fes Ennemis , qui ne peuvent
fatisfaire leur paffion dominante
que pendant la Guerre ,
remportoient quelques avantages
, ou faifoient du moins
balancer la victoire.Encore que
l'embrafement qu'on voit
A 2
4 Affaires
aujourd'huy éclater ſi vivėment
, ait paru tout à coup , il
y a longtemps que le feu qui
le caufe cherchoit à s'étendre,
quoy qu'il fuft couvert , &
qu'il faifoit des progrés , mais
qui veritablement estoient un
peu lens, dans le coeur de ceux
qui avoient refolu d'attaquer
le Roy lors qu'ils s'eftimeroient
affez fort pour une " entrepriſe
fi hardie . Ce feu caché
n'en faifoit pas moins fur
le coeur de ceux que l'on vou
loit engager à former des Li-
-gues contre ce Monarque . C'eſt
ce que j'entreprens de vous
décrire ; mais j'iray encore
plus loin , & je pretens vous
donner une idée de tout ce
qui s'eft paffé depuis que le
Roy s'eftant dépouillé volontairement
d'une partie des
du Temps.
S
fruits de fes victoires , pour
faire goûter à l'Europe la tranquillité
dont elle a jouy depuis
dix ans , & qui a donné lieu à
l'Empire Chreftien de s'étendre
, & à la veritable Religion
de fe rétablir dans des lieux
dont il y a deux fiecles qu'elle
avoit efté bannie . Vous croyez
peut eftre que je n'ay rien à
vous dire , que vous n'ayez
appris par les Nouvelles publi
ques à mefure que les choſes
fe font paffées ; mais quoy que
le nombre des volumes , & des.
cahiers qui paroiffent tous les
mois , aille prefqu'à l'infiny ,.
il eft impoffible que l'efprit ne
foit embaraffé de tout ce qu'on
en alû, & qu'on en puiffe por.
ter jugement. Entre les Nouvelles
publiques , celles qui
n'entrent dans rien , n'appren-
A 3
6. Affaires
nent rien , & tout ce qu'on en
peut dire, c'est qu'elles font finceres
& fages , & que l'ordre
des évenemens y eft bien
marqué felon leur date ; mais
on n'y voit rien de ce qui a pu
caufer tous ces mouvemens ;
on n'y voit point l'interieur :
des grands Acteurs de la Tragedie
continuelle qui fe jouë
fur le Theatre du monde , qui
a commencé avec luy , & qui;
que
ne prendra fin lors qu'il
n'y aura plus d'hommes fur
la Terre ; de maniere qu'on
peut dire que ces fortes de
Nouvelles qui n'expliquent
rien des intrigues qui produifent
tous les mouvemens de:
I'Vnivers , & qui font enfemble
ce qu'on appelle l'Hiftoire ,
peuvent feulement fervir à la
redreifer , quand elle manque
du
Temps.
7.
pro
de fidelité touchant l'ordre &
le temps des évenemens ; ainfi
comme elles n'ont point d'autre
but , & que ceux qui les
publient rempliffent parfaitement
la carriere qu'ils fe
poſent , on ne peut que louer
leur regularité & leur fageffe ,
mais ces Nouvelles ne rempliffant
pas entierement l'avide
curiofité du Lecteur , qui
voudroit qu'on luy apprift ce
qui fe paffe de plus fecret dans
les Confeils des Princes , les
veritables motifs de tous ce
qu'on y refout , & qu'on de.
vinaft mefme les chofes que
l'on y doit agiter , & quel fuccés
elles auront , il s'eft trouvé
depuis quelques années , un
nouveau genre d'Ecrivains
qui font des Livres & des
cahiers remplis de Nouvelles
A
4
8
Affaires
futures, c'eft à dire , de chofes
qu'ils pretendent devoir arriver
, qui fe plaifent à former
des raifonnemens politiques
fur ces évenemens que leur
feule imagination a fait naiftre,
& qui fe forgent des Monftres
pour avoir l'avantage de
les combattre , & de les detruire
, ou plûtoft pour avoir matiere
d'écrire tous les jours , &
de raifonner felon leurs idées .
Je ne me mêleray jamais de
deviner les fecrets des Souverains
. Je ne diray jamais ce
qu'ils devroient faire , mais
feulement ce qu'ils auront fait ,
& je me garderay bien fur tout
de leur donner des confeils .
Quand de tels raifonnemens
feroient permis , & qu'ils pourroient
eftre juftes , ( ce que
l'orpeut tenir pour impoffible)
du
Temps.
9
pourroit-on en faire tous les
mois , toutes les femaines , &
mefme tous les jours , fur ce
que les Souverains doivent
tenir le plus fecret . Ils feroient
bien inconftans , fi la fituation
de leurs affaires changeoit fi
fouvent. Cela ne peut qu'à
peine arriver une ou deux fois
L'année au Prince le plus inquiet
, & qui fe plairoit le plus
au changemet; mais pour avoir
lieu d'écrire tous les jours , ces
Auteurs les regardent comme
une cire à laquelle on fait:
changer de figure à chaque in.
ftant enla maniant fans ceffe,
On fouille dans les fecrets de :
ces Princes , qu'on croit penetrer,
ou plutoft qu'on feint d'a
voir penetrez, on leur en donne
qu'ils n'ont point , & l'on
tend fçavoir mieux les affaires.
A S
preΙΟ
Affaires
..
des Souverains de toute l'Eu
rope , que leurs Miniftres mémes.
Enfin ces pretendus Hiftoriens
fe confument en raifonnemens
& en invectives
contre ceux qui ne font pas de
la Nation qu'ils veulent favorifer
, & ils parlent le plus fou
vent contre leur Païs pour fe
faire fouffrir dans celuy où ils
demeurent. I'avoue qu'il pa
roift autant de feu & d'efprit
dans les Ouvrages de quelques
uns , qu'on y trouve de calomnies
& d'injures ; mais il n'eſt
rien de fi aifé que de réuffir de
cette maniere. Les plus méchantes
Satires font toujours
recherchées , on les aime ,
on les lit avec plaifir ; mais
leurs Auteurs ont le fort des
traîtres , qui font haïs , quoy
que leur trahifon plaife . On
du
Temps.
peut faire des Satires fur les
moeurs en general , elles font
utiles , mais on ne doit point
aller jufqu'aux perfonnes en
les nommant , & encore moins
jufqu'aux Souverains , dont on
doit toujours reſpecter le caractere
fi l'on ne veut meriter
les noms que le Public donne.
ordinairement à ces fortes
d'Auteurs . On doit demeurer
d'accord que parmy ceux qui
font paroiftre aujourd'huy
leurs raifonnemens fur les
Nouvelles journalieres , il fe
trouve des perfonnes qui ne
manquent ny d'efprit ny de
vivacité ; que les Ouvrages de
quelques - uns font eftimez :
par ceux- mefmes qui en reconnoiffent
la fauffeté , & que
le tour qu'ils donnent à ce
qu'ils écrivent , eft cauſe que
A 6
12
Affaires
des gens peu éclairez dans les
affaires du monde leur ajoutent
foy,mais ils me permettront de
leur dire, que pour vouloir trop
écrire , & trop raifonner , ils fe
contredifent fort fouvent &
que cela eft prefque toujours
arrivé d'un mois à l'autre depuis
plufieurs années . Il me feroit
fort facile de le faire remarquer
en differentes matieres
, mais je ne parleray icy
que de ce qui regarde le Roy .
Tantôt ce Prince eft un Monarque
ambitieux qui ne travaille
qu'à fon agrandiffement , &
qui veut tout envahir , qui ne
refpire que la Guerre , qui ne
penfe qu'à la Guerre , & contre
lequel toute l'Europe devroit.
feliguer , & tantoſt c'eſt un
Prince qui ne cherche que le
repos , dont la fanté eft mal afdu
Temps.
13
fermie, & qui voit fes Finances.
épuifées. Après avoir alternativement
rebatu dans plufieurs
écrits deux chofes froppofées ,
on a dit qu'il alloit eftre fort
embaraffé , & qu'on avoit fair
de puiffantes Ligues contre
luy. On a nommé les Princes
Liguez, on a compté leurs Trou .
pes & aprés les avoir fait monter
jufqu'à quatre vingt mille
hommes lors qu'on le voit
toujours conquerant , & en
eftat de conquerir , fans fe fouvenir
qu'on a publié mille fois
qu'il ne vouloit point de guer
re, on dit aujourd'huy qu'il
trouble le repos de l'Europe ,
& qu'il fe va attirer de grandes
affaires , quoy qu'il foit vray ,
ainfi qu'on en est tombé d'accord
, qu'on la forcé à prendre
lesarmes , & qu'il ne cherchoi
14
Affaires
que le repos , non pas pour en
jouir par impoffibilité de faire
la guerre , comme on le peut.
voir prefentement , mais pour
en faire jouir l'Europe par une
bonté paternelle . Cette verité
ne peut eftre bien connue , fi
l'on ne reprend les chofes de
plus haut , afin d'examiner
avec quelque attention tout
ce qui s'eft paffé depuis que le
Roy , par une moderation qui
ne fera jamais affez admirée , a
bien voulu borner fes conqueftes
pour finir les maux
que caufe la guerre . Comme il
s'agit de chofes paffées & de
faits publics , il me feroit diffi
cile de déguifer la verité . Je ne
rapporteray rien par efprit de-
Prophetie , je ne vous écriray
point ce que j'auray deviné , &
ne feray point non plus de rai
du
Temps.
IS
fonnemens politiques ; il feroit
trop tard , & il ne fe peuvent
faire que dans le temps qu'une
Nouvelle commence à fe debiter
, & qu'elle n'a pas encore.
eu de fuite . Je vous écriray
donc nuëment & avec finceri ..
té ce que mille & mille écrits
on tâché d'enveloper à meſure
que les chofes font paffées , &.
que le tems & la verité ont dés
couvert . Ainfi tout l'avantage
qu'aura cette Lettre , c'eft
qu'on y verra dans un corps en
peu de paroles , & prefque
d'une feule veuë , ce que l'on
ne peut trouver enſemble autre
part, c'est à dire ,tout ce qui
s'eft fait depuis prés de vingt
années , & qui caufe les mouvemens
d'aujourd'huy . Cette
feule Lettre vous inftruira de
Lout ce qu'on a donné au Pu
16
Affaires
blic dans un nombre prefque
infiny de cahiers &.de volumes
differens , qui n'ont que raremétété
en faveur de la France,
parce qu'ils ont efté écrits dans
ces lieux où fa gloire excite
une jaloufie mêlée de crainte ,
qui eft caufe qu'on y fupporte
impatiemment l'éclat de fa
grandeur , & àcaufe de la pente
naturelle qu'on a d'attaquer
toujours le plus puiffant , les
hommes dans chaque eftat de
la vie voyant avec un chagrin
envieux ceux qui s'élevent au
deffus des autres . Comme ces
derniers ont fouvent un grand
fond de merite , & qu'il eft difficile
d'attaquer ce qu'ils ont
fait , on raiſonne fur ce qu'on
pretend qu'ils doivent faire; on
Fempoifonne , & quand ils ont
fait quelque chofe de bien , on
du
Temps.
17
cherche à l'obfcurcir , en publiant
contre leur gloire des
chofes aufquelles il font bien
éloignez de penfer . Tout ce
qu'on a imprimé depuis vinge
ans de Nouvelles publiques
dans les Pays Etrangers , a toujours
éfté de cette nature . Ainfi
, quoy que je reprenne les
Nouvelles prefque depois ce
temps là , & que je traite une .
matiere rebatuë, tout ce que je
vous en écriray , ne laiffera pas.
de vous poroiftre nouveau , à
caufe qui ne fera point enve-
Fopé de toutes les Fables qur
ontjufqu'icy obfcurcyla verité
. Il fera bien mal -aifé de ne la
pas reconnoiftre , puis qu'il eft
certain qu'il ne s'agit que
de
faits. Mais comme la plus grande
partie de tout ce qui s'eft fait
en Europe depuis le temps que
je viens de vous marquer , re18
Affaires
garde le Roy , tant par le mouvement
qu'il a donné luy mefme
aux affaires , que par les
troubles qu'a fait naiftre la ja-
Joufie que fa grandeura cau-,
fée , il faut vous faire voir en
peu de paroles, avant que d'en- ~
trer dans la matiere principale,
que le Roy a toujours facrifié
fes interêts à la tranquilité publique
, & aux repos de l'Europe
, & que ce qu'il a fait en
1678.en impofant la Paix au
milieu de fes conqueſtes , n'eſt
pas la feule marque qu'il ait
donnée d'un defintereffement
inoüy jufqu'à fon regne . Comme
ce Monarque eft né pour
conquerir , & qu'il a toujours
fait voir qu'il a le pouvoir de
fe moderer , ce qui n'eft jamais
arrivé aux Conquerans
, l'exemple qu'il donna
du
Temps .
19
là deffus lors qu'il voulu bien
faire cette Paix , ne fut qu'une
fuite de ce qui fit admirer fa
moderation en 1658. Il eft,
prefque impoffible de faire des
conqueftes confiderables , en
auffi grand nombre que celles
qu'il fit dans cette Campagne.
Ilprit Dunckerque & gagna la
Bataille des Dunes . Bergues fe
rendit,& Dom Jean d'Autriche
fut battu devant Brugues . Gra
velines , Oudenarde , & Menin
furent emportées , Ypres pris ,
ainfi que le Chafteau de Comines.
La mefme chofe arriva de
Mortale en Italie . L'Europe
n'eftoit point alors liguée contre
ce Monarque , les Ennemis.
eftoient confternez , & n'avoient
plus ny forces , ny ref
fources. Ces conqueftes ne
pouvoient eftre arreftées que
20 Affaires
par fa fenle bonté , il l'écouta ,
& remply les defirs d'Alexandre
VII . qui depuis fon élevation
au Pontificat n'avoit point
ceffé de faire des prieres & des
voeux pour cette Paix .
Jamais il ne s'eft vû un Prince
fi fidelle & fi utile à fes AIlez.
Il n'a jamais negligé de
prendre leurs interefts , quelque
fujet qu'il euft de s'en
plaindre , & s'ils n'avoient pas
perdu la memoire defes bien
faits , l'Europe n'auroit point
vûles troubles qui l'ont agitée
depuis 1672. Le Roy avoit
confervé l'alliance que fes Predeceffeurs
, à qui ils devoient
tout ce qu'ils font aujourd'huy ,
avoient faite avec eux . Cependant
les François avoient eu
diverfes fois des fujets de
plaintes contre ces. Peuples ,,
du
Temps.
21
qui avoient laiffé perir de belle
Troupes employées à leur
fecours. Ce fouvenir n'empef
cha pas le Roy de leur envoyer
en 1665. un Corps de mille
hommes , commandé par Monfieur
de Pradelles , Lieutenant
general , avec une partie de fes
Moufquetaires , qui avoient à
leur tefte Monfieur Colbert de
Maulevrier. Ces Troupes eftoient
deſtinées contre l'Evef
que de Munfter qui leur avoit
declaré la guerre , & elles leur
aiderent a prendre la Ville de
Lokon. Deux ans aprés , Sa Ma
jefté ayant fait plufieurs propofitions
aux Efpagnols touchant
le Duché de Brabant , qui ap
partenoit à la Reine avec fes
annexe's par droit de devolution
, alla en Flandre à la tefte
d'une puiffante Armée . Les
22
Affaires
Holladois chagrins de fes conqueftes
firent alliance avec les
Anglois & les Suedois pour en
arrefter le cours , & cette union
fut nommée La Triple Alliance.
Ainfi le Roy qui n'a jamais
manqué de fecourir fes Alliez
au delà même de fes engagemens
, cut le déplaifir de voir
que la jaloufie qu'ils eurent de
fa gloire les obligea à ſe declarer
prefque tous contre luy.
Les Hollandois reconnurent
leur faute en 1672. & eurent
tout lieu de s'en repentir. Les
Suédois fe raccommoderent
avec le Roy , & promirent d'attaquer
les Ennemis de Sa Majefté
, qui pour faire diverfion ,
s'eftoient declarez en faveur
des Hollandois , mais eftant
entrez en action plus tard
qu'ils n'avoient promis , ils
du
Temps.
23
perdirent beaucoup de Places
que le Roy leur fit rendre quelques
années aprés lors qu'il
donna la Paix à l'Europe, mais
auffi Sa Majeſté abandonna en
cette confideration plufieurs
de fes conqueftes . La Guerre
qui avoit commencé en 1672 .
étoitfur le point d'accabler les
Hollandois , lors qu'ils furent
fecourus par ceux qui eſtoient
leurs veritables Maiftres , &
contre lefquels ils s'eftoient
révoltez . Le Gouverneur des
Pays-bas ayant fait en 1673 .
declarer'à Bruxelles la rupture
de la Paix entre la France & les
Espagnols , l'Empereur fe joignit
à l'Espagne , & ces deux
Puiffances donnerent lieu à la
France , non feulement de
triompher , mais encore de faire
de juſtes conqueftes fur El24
Affaires
les , rien n'eftant plus juftementacquis
que ce qui l'eft par
un pareil droit de guerre . En
1678. le Roy donna à l'Europe
cette Paix generale qui a tant
fait de bruit , qui fera le plus
"bel ornement de l'Hiftoire univerfelle
, & qui luy acquit
une fi grande reputation . Iamais
on n'avoit fait une guerre
fi heureuſe,avec tant de gloire,
ny avec tant de vigeur, & jamais
Conquerant n'avoit conclu
une paix qui luy fuft fi glorieufe
, ny qui marquaft mieux
un coeur vraiment genereux
& plein de bonté . Cette Paix
réjouit les ennemis , à caufe
du befoin qu'ils en avoient
mais en mefme temps la maniere
dont elle fut donnée les
chagrina . Elle avoit quelque
"chole de fi nouveau , de fi extraordinaire
du
Temps: 25
traordinaire , & de fi grand ,
qu'on auroit voulu que le Roy
en fe montrant moins defin
tereffé , euft acquis moins de
gloire,moins d'eftime , & moins
d'admiration . Les Hollandois
qui avoient le plus de befoin
de la Paix à caufe de leur commerce
, & qui eftoient menacez
d'une entiere ruine , ſi la
guerre euft duré , leur Etat
eftant extremement épuifé , &
endetté par les fubfides qu'il
fourniffoit aux Puiffances qui
avoient armé pour fon fecours
,furent les premiers à accepter
les conditions aufquelles
le Roy voulut bien leur
donner la Paix . Le Prince d'O
range pour qui la guerre eftoit
une espece de regne , vit cette
Paix avec toute la douleur
qu'euft pu reffentir up- Souve
B
26
Affaires
rain qu'on auroit dépouillé de
fes Etats. I difpofoit avant
qu'elle euft efté faite , de toutes
les Charges Militaires , &
de tous les fonds deftinez pour
l'Armée ; il avoit tout pouvoir
fur les Troupes ; il fe faifoit des
Creatures , toute fa dépenſe
eftoit aux frais de l'E ftat , &
loin d'en faire de fon fond
il pouvoit amaffer , non feulement
en épargnant fes revenus
, mais encore d'une autre
maniere.Toutes ces chofes luy
donnerent un chagrin invincible
contre le glorieux Pacificateur
de l'Univers ,& fon intereft
particulier luy fit tenter
toutes fortes de moyens pour
empefcher que l'on n'acceptaft
les offres du Roy. Il voulut
intimider les principaux
des Etats , que le paffé avoit
du
Temps.
27
lieu de faire craindre ; mais le
Peuple qui avoit fçeu les propofitions
faites par Sa Majesté ,
& qui dans le temps que celuy
quiles portoit paffa au travers
de la Haye , avoit crié , Vive
le Roy qui leur donnoit la
Paix , demeura fi ferme dans
la refolution de les faire accepter
, que le Prince d'Orange
vit bien qu'il falloit prendre
d'autres mesures pour venirà
bout de fes deffeins. L'envie
qu'il eut de faire tout rompre ,
luy fit trouver un expedient
qui n'avoit point encore eu
d'exemple , & qui vous fera
connoiftre ce Prince tout entier
,, quoy que je ne vous en
dife que le fait , vous laiffant
faire fur ce que vous allez lire
toute la reflexion que vous jugerez
à propos . Les Etats luy
B 2
28
Affaires
manderent que la Paix avoit
efté fignée à Nimegue.Comme
il le fçavoit déja , il n'ouvrit
point le paquet , & tâcha d'engager
une Bataille avec Monfieur
de Luxembourg , qui ne
la refufa pas. Ce Prince avoit
deux vuës . La premiere eftoit
que s'il gagnoit la Bataille , les
Alliez qui n'avoient point encore
confenty aux propofitions
de Paix du Roy , ne les accepteroient
pas , & poufferoient
leurs avantages , ce qui engageroit
bien toft aprés les Hollandois
à rompre la Paix qu'ils
venoit de figner . L'autre veuë
que le Prince d'Orange avoit
en faifant répandre tant de fang
qu'il auroit pu épargner, eftoit
que foit que le Roy perdift , ou
qu'il gagnaft la Bataille , il feroit
également irrité d'un produ
Temps.
2.9
cedé fi contraire à la bonne foy
& aux Traitez ; en forte que
pour s'en vanger il voudroit
continuer la guerre ; mais ilfut
trompé dans toutes fes veuës .
Le combat fut fanglant , fans
qu'il en tiraft aucun avantage
qui puft contribuer à faire
réuffir fes deffeins , ce qui
fut caufe que cette action , que
l'on condamna generalement,
ne donna pas lieu aux Alliez
de continuer la guerre, ny aux
Hollandois de rompre la Paix.
Le Roy qu'il avoit pretendu
irriter , regarda cette action.
comme faite par un Particu
lier , contre lequel il dédaigna
de faire paroiftre du reffentiment
,penetroit les motifs qui
faifoient agir ce Prince , & fa
moderation l'emporta fur la
colere qu'un Vainqueur moins
B
3
30
Affaires
fouhaite de pacifier l'Europe
cuft pu juftement faire éclater
dans une femblable occafion .
Aucun des deffeins du Prince
, d'Orange n'ayant réuffi la
Paix qui avoit eſté fignée à
Nimeguele 10. d'Aouſt 1678 .
entre la France & les Etats
Generaux ,eut fon entier effet.
Elle fut auffi conclue à Nimegue
le
17. Septembre de la méme
année , entre la France &
I'Efpagne , de forte qu'il ne refta
plus que l'Empereur , &
l'Empire qui ne pouvoient fe
-refoudre à tenir la Paix de la
bonté du Roy. Ce grand Corps
compofé de tant de membres
differens dont l'union à tou .
jours paffé pour formidable ,
avoit de la peine à fe foumettre
aux conditions prefcrites par
Sa Majefté . Il ne fçavoit ny ce
du
Tempi.
31 :
qu'il vouloit , ny ce qu'il devoit
fouhaitersiltrouvoit qu'il y
avoit trop de gloire pour le Roy
à facrifier fes interefts en don
nant des Places pour le repos.
de l'Europe , & il en étoit bleflé
, quoy que neanmoins it
n'euft pu voir fans chagrin que
ce Prince euft retenu toutes
fes conqueftes . Enfin aprés
avoir chicané longtemps , il
fut obligé de fuivre l'exemple
des autres Puiffances ne fe
trouvant pas en eftat, tout formidable
qu 'on l'avoit cru jufqu'alors
, de refifter feul aux
armés d'un Roy toujours victorieux
, & fous qui tant de
Souverains liguez avoient eſté
contraints de plier. Lors qu'on
eut figné ces divers Traitez
de Paix , le Roy ne fongea plus
qu'à faire rentrer les Suedois
B
4
32 Affaires
dans les Places qu'ils avoient
perdues. Il avoit témoigné que
c'eftoit en cette confideration
qu 'il rendoit celles qu'il étoit
preft d'évacuer , ainfi il fut
queftion de le fatisfaire . Sa
generofité eftoit grande , car
la lenteur de la Suede avoit
efté caufe des pertes qu'elle
avoit faites . Les Places qui
luy avoient efté prifes eftoient
entre les mains du Roy de
Danemarc & de l'Electeur de
Brandebourg , & ils avoient
peine à confentir de les ren--
dre leurs Alliez qui venoient
de figner la Paix avec le Roy,..
n'eftoient plus en eftat de les
fecourir ; & fi leurs armes
avoient efté employées dans
cette affaire , elles auroient dû
fervir contre eux pour leur.
faire rendre les Places qu'ils
མརྒྱུ
1
8
du
Temps..
33
avoient prifes, & qui devoient
eftre évacuées , en confequen
ce du Traité de Paix qui avoit
efté figné , mais comme ils eurent
quelque repugnanceda
faire la guerre contre ceux
qui avoient efté de leur party
dans celle qui venoit d'eftre
finie , le Roy voulut bien les
en difpenfer , & fe chargea
feul de faire donner fatisfaction
au Roy de Suede , fon
Allié. Il ne s'agiffoit que de
combattre deux Souverains, &
ce n'eftoit pas une affaire pour
un Monarque qui venoit de
triompher prefque de toute
l'Europe .Le Roy de Danemarc
& 'Electeur de Brandebourg.
voulurent meſurer leurs armes
avec celles de Sa Majefté ; mais.
elles firent fi peu de refiftance ,
qu'on peut dire qu'elles ne
BS
34 Affaires
J
parurent que pour avoir la
gloire d'eftre vaincuës par
celles de France de forte
que
l'Electeur de Brandebourg
fuc
obligés de rendre au Roy de
Suede , Stralzont , Stetin , &
les autres Places de Pomeranie
; & le Roy de Danemarc ,
les Ifles de Rugen & de Gotlan
, & les Villes de Lanfer
Maſtrand , Vifmar , & plufieurs
autres. Le grand nombre d'as
ctions furprenantes & extraor
dinaires que le Roy a faites ,
& qu'il fait encore tous les
jours , eft caufe qu'on en onblie
toujours quelques - unes ,
& qu'il y en a que l'on n'examine
point autant qu'on des
vroit , parce qu'une autre qui
luy fuccede auffi - toft , attire
l'admiration que l'on come
mençoit à avoir pour celle qui
"
du
Temps.
35
avoit brillé peu
auparavant,
On peut dire que ce que le Roy
a fait pour la Suede en cette
occafion , cft grand & fans.
exemple , & que l'on n'a jamais
vûde bonté fi genereufe , ny
d'Allié. fi fidelle & fi definte .
reffé :
T
En 1683. l'Espagne n'ayant
pas encore fatisfait à toutes
les conditions du Traité de
Paix , & devant donner au
Roy quelques dépendances
qui luy appartenoient par ce
Traité , la lenteur qui luy eft ,
ordinaire , & dont elle s'eft
fouvent bien trouvée , lors
qu'elle a eu affaire avec d'au
tres Princes qu'avec le Roy ,
Pobligea à traîner les chofes
en longueur , & à chercher
des faux fuyans pour laffer fai
patience. Le Prince d'Orange
B G
36.. Affaires
avoit part à tout ce manege ,,
& il l'excitoit fous main afin
de pouvoir ralumer la guerre...
Le Roy qui eft mieux fervy
qu'aucun Prince l'ait jamais
été , parce qu'on le fert autant
par inclination que par devoir
, eftant bien inftruit de
tontes les menées de ce Prince,
& des intelligences fecretes.
qu'il avoit avec le Gouverneur
des Pays bas , fe miten eftat de
n'eftre pas furpris , & meſme
de recommencer la guerre , fii
on luy dénioit plus long- temps .
la juftice qui luy eftoit deue ,
ce qu'il n'avoit pourtant refolus
de faire qu'à la derniere extremité
ne doutant point que
T'armement qu'il faifoit n'enga
geaft les Efpagnols, dont la foi
bleffe eftoit grande , à luy donncr
fatisfaction.Le Prince d'O
du
Temps.
37
2:
range trouva moyen d'empef.
cher ce coup , en faisant tomber
les Espagnols dans les
pieges qu'il leur avoit tendus
de mefine qu'il avoit
fait dans la derniere Guerre.
Il fceut fi bien leur per ..
fuader que la Hollande feroit
de grands efforts pour les fecourir
utilement , que le 11.
Decembre 1685.le Marquis de
Grana , Gouverneur des Paysbas
, fit publier à Bruxelle une
Ordonnance , par lequelle il
commanda aux Officiers de
guerre , & aux autres Sujets de
la Couronne d'Espagne , de
courir fus aux François . Le
Roy qui n'eft jamais furpris
profita de cette Declaration .
Les Espagnols declaroient las
guerre par des paroles , il répondit
à leur Declaration par
2
3
3.8
Affaires
des effets ; & aprés s'eftre ren
du Maistre de Coutray , il fic
affieger la Ville de Luxembourg.
Ce qu'il eut de furprenant
de glorieux pour ce Monarque
, c'eſt qu'il promit de fe
contenter de cette Place pour
ce que les Efpagnols eftoient
obligez de luy rendre , & qu'il
s'engagea de mettre les armes.
bas , encore qu'il fuft plus en
eftat que jamais de poursuivre
fes conqueftes. Quoy que le
Roy euft déja donné de pareils
exemples de moderation , ce-.
luy cy furprit d'autant plus
que fa patience devoit eftre :
laffe , & qu'il eftoit en eftat de
faire voir au Prince , qui avoit
déja efté caufe que les Efpagnols
avoient perdu les Villes .
de Courtray & de Luxem
bourg , qu'il avoit mis les Hole
du
Temps.
39
landois en peril d'eftre acca.:
blez par les forces de la France ,
s'ils euffent fuivy les Confeils :
qu'il leur donnoit de prendre›
les armes pour le fecours de
l'Espagne. Il eft impoffible de
décrire tous les mouvemens &
toutes les cabales qu'il fit pour
les engager à cette nouvelle:
guerre. Il gagna la plus grande
partie des Deputez des Villes.
qui compofent les Etats , &
cette affaire à laquelle toute :
l'Europe a efte attentive pendant
un affez long temps , fut:
fur le point de divifer la Hol
lande , qui n'auroit pu éviter fa
ruine files Troupes du Roys
l'euffent attaquée en mefme
temps , mais la Ville d'Amfter
dam , appuyée du fentiment de
Monfieur Vian. Beuninguem
qui en eftoit alors Bourgue40
Affaires
meftre , difputa avec tant de
vigueur & de fageffe contre
tous ceux qui tenoient le party.
duPrince d'Orange , & remon-,
trá fi vivement qu'il eftoit de
l'intereft de la Hollande d'em-.
ployer fes bons offices auprés
des Efpagnols pour les obliger
à s'accommoder avec la Fran -1
ce , plûtoft que de leur donner
des fecours capables de faire
durer une guerre qui leur feroit
perdre le refte de la Flandre
, qu'elle l'emporta nonob :
ftant toutes les brigues , les
menaces , & les emportemens
du Prince d'Orange . Enfin ,
aprés plufieurs conteftations
entreles Villes de Hollande , on
figna le 9. Juin de l'année 1684 .
une Treve entre le Roy , & les
Etats Generaux . Jamais l'Eſpa-i
du
Temps.
41 .
,
gne n'a fait voir tant de ferme
τέ que dans cette occafion ,,
mais c'eftoit un peu à contretemps.
Elle ne vouloit point,
d'accommodement & elle
aimoit mieux fouffrir la perte
du refte des Villes qu'elle occupe
dans les Pays bas.Cependant
elle devoit faire reflexion
qu'elle eftoit cauſe de fon mal-,
heur , puis que non feulement
elle avoit declaré la guerre
dans toutes les formes , mais
qu'elle avoit fait faifir les effets.
des Marchands François dans
plufieurs Villes de fes Etats.
Elle avoit attiré l'Empereur &
l'Empire dans fon party ; mais
toutes ces Puiffances ne fuffifoient
par pourluy faire recou
vrer ce qu'elle avoit perdu , ny
mefme pour empefcher qu'elle
ne fift de nouvelles pertes . Il
4
42
Affaires
n'y avoit plus rien à efperer du
cofté de la Hollande ,& le Prince
d'Orange eftoit hors d'eftat
de faire mefme des promeffese
inutiles , de forte que la Mai- ,
fon d'Auftriche fut obligée des
figner une Treve ainſi qu'avoient
fait les Etats Gene->
raux. Elle fut propofée pour
dix ans , l'Empereur la demanda
pour vingt, & le Roy y confen-.
tit. Enfin on la conclut deux :
mois aprés celle que les Hollandois
avoient faite , & elle
fut fignée au mois d'Aouſt à
Ratisbone , entre le Roy , l'Empereur
, le Roy d'Espagne , &
Empire. La maniere dont on
confentit à cette Treve & le
chagrin qu'on parut avoir de
la faire , auroit dû empefcher
un Prince moins Chreftien
que le Roy de la conclure . Il
du
Temps. 43
voyoit que la feule foibleffede
fes Ennemis les portoit à ce
Traité , & qu'ils avoient refolu
mefme avant que de le figner,
de s'unir contre luy dés qu'ils
fe trouveroient en état de le
combattre. En effet ils agif
foient & parloient d'une mahiere
qui faifoit voir qu'ils.
n'eftoient pas fâchez que toute
l'Europe s'aperceuft qu'ils
avoient refolu de rompre la
Treve fi toit que l'occafion s'en
offriroit. Ainfi le Roy pouvoir
fe fervir des conjonctures qui
luy eftoient favorables ; on luy
avoit declaré la guerre, il pou
voit la continuer , & ne pas attendre
que tous les Ennemis.
de fa gloire s'uniffant enfemble,
lors que l'Empereur auroit:
conclu la Paix avec la Porte , fë
liguaffent contre luy .On peut
44 Affaires
.
dire que s'il ne pouffa point
alors fes conqueftes , ce n'eftoit
pas qu'il ignoraft les deffeins
de fes Ennemis , mais il ne voulut
pas arrefter le cours de celles
que des Armées Chref
tiennes pourroient faire fur
les Infidelles . Il ne fe rendit
point à ce que la politique luy
demandoit , & il facrifia fes
interefts à ceux de la Religion ..
Cependant il avoit des preuves
certaines de la refolution qu'on
avoit prife de rompre la Paix
quand on n'auroit plus les
Turcs à combattre. On avoit
mieux aimé tout rifquer , &
fe voir reduit aux dernieres.
extremitez ,que de luy demander
du fecours , quoy que ce
Prince euft fait toutes les demarches
neceffaires pour marquer
qu'il eftoit preft d'en dondu
Temps.
45
ner. Comme le paffé faifoit
juger qu'on devroit beaucoup
à fes armes , fi on s'en fervoit
pour repouffer les Turcs , on
apprehenda d'en eftre fecouru ,
parce qu'on auroit regardé
comme une lâcheté la declaration
de la guerre que dans
la fuite on auroit faite à un
Prince dont les Troupes auroient
beaucoup contribué
aux triomphes de ceux quila
luy feroient. On vouloit que
le Roy euft de la joye de voir
les Turcs en Allemagne
parce qu'il auroit deu en avoir
, & que le Siege de Vienne
luy offroit une occafion
de s'agrandir , & quoy que ces
fentimens euffent deu ceffer ,
lors qu'on reconnut qu'il ne
vouloit profiter d'aucun de ces
avantages , on ne laiffoit pas
>
45
Affaires
de les faire paroiftre , pour
avoir toujours fujet de fe
plaindre , & d'entreprendre
un
jour ce qu'on avoit refolu .
Cependant outre ces preaves
convainquantes de la bonté
genereufe , & de la pieté du
Roy , ceux qui avoient l'honneur
de l'approcher , & de l'entendre
parler , découvroient
jufques au fond de fon coeur,
& voyoient combien il eſtoit
touché de l'eftat ou fe trouvoient
ceux qui estoient les
plus expofez à la fureur des
armes des Turcs . Ie ne fçaurois
m'empefcher de vous rapporter
à cette occafion une
chofe qui n'eft venue à ma
connoiffance que depuis un
mois , & qui merite d'eftre
fceuë de toute la terre . Sa Majefté
eftant à Châlons , receut
du
Temps. 47
&
une Lettre qu'Elle ouvrit en
mefme temps. Monfieur eftoit
dans fa chambre , où étoient
´encore Mr l'Evefque de Châ
lons , Mr de Miromenil , Intendant
de la Province
quelques Officiers de la Chambre
; car le Roy eftoit alors en
particulier , & toute la Cour
n'entroit pas. Chacun s'éloigna
lors que ce Prince commença
à lire la Lettre qu'il venoit
de recevoir , mais on ne s'éftoit
pas retiré fi loin , qu'on ne
puft s'apercevoir par l'abattemét
qu'il fit paroiftre , que cette
lecture l'avoit penetré de quelque
vive douleur, de forte que
quand le Roy auroit tâché de
la déguifer , il luy auroit été
impoffible d'en venir à bout ,
& on s'en feroit plûtoft rapporté
à la trifteffe qui cftoit
48
Affaires
peinte fur fon viſage qu'à la
feinte joye qu'il auroit voulu
marquer. Ainfi l'on peut dire
que fon coeur parla pluftoft que
fa bouche , qu'on en vit tous
les mouvemens , quoy que cachez
& qu'ils furent des témoins
inconteftables de la fincerité
de ce qu'il dit dans la
fuite. Après avoir efté quelque
temps fans parler , & eſtre
demeuré dans la poſture d'un
homme vivement touché , ce
qui rendit prefque immobiles
ceux qui étoient dans fa chambre,
Vous me voyez chagrin, leur
dit- il, les Turcs ont affiegé Vienne,
j'en fuis au defefpoir. Voila ce
que l'Europe n'a point fceu ;
voilà ce que les ennemis de fa
gloire auroient affecté de ne
pas croire ; voilà ce que les
Politiques n'auroient pu fe
perfuader
du
Temps.
49
perfuader , voilà les veritables
fentimens quedevoit avoir un
Roy Tres- Chreftien , & voilà
ce qu'on n'a point publié , parce
que la verité doit fe faire
connoiftre d'elle - mefme , &
que tout ce qu'on prend foin
de répandre dans le monde
avec quelque forte d'affectation
, eft bien fouvent peu fincere.
On ne peut dire qu'il y
en ait dans cecy, puis que c'eft
une chofe que le hazard m'a
fait découvrir , fix ans aprés
qu'elle s'eft paffée , par une
perfonne qui étoit dans la
chambre lors qu'elle arriva.
Quoy qu'elle puiffe beaucoup
fervir à faire voir le caractere
d'honnefte homme, & de vray
Chreftien , qui a toujours efté
celuy de ce grand Monarque ,
on n'a pas befoin de fes paroles
C
!
50
Affaires
pour le prouver , puis que fes
actions l'ont affez fait connoiftre
jufquicy , & qu'on en peut
moins douter que des paroles ;
on voit ce qu'il fait, & on n'entend
pas toutes fes paroles.
Ceux qui ont l'honneur de
l'approcher de prés , & qui
joüiffent du plaifir de l'entendre
, ont à chaque moment
de nouveaux fujets de s'étonner
, puis qu'il ne dit jamais
rien qui ne foit d'un Prince
fage & prudent , & digne d'ef
tre admiré. Mais ce n'eſt pas
icy le lieu d'entreprendre fon
éloge . Il me fuffira de vous
faire remarquer à l'occafion de
ce qu'onluy a entendu dire à
Châlons , que ce Monarque
dit & fait tous les jours des
chofes dignes d'admiration ,
qui ne font point fçuës du
du
Temps.
Public , & dont il ne tire que
la fatisfaction interieure deles
avoir faites . Ileft vray que cette
fatisfaction touche bien plus
fortement un Prince qui a
l'ame grande, que tout ce qu'on
pourroit publier pour élever
fa gloire.
Aprés vous avoir marqué ce
qu'il s'eft paffé à l'égard de la
Guerre declarée par les Efpagnols
depuis la Paix donnée
à l'Europe par Sa Majefté , en
1678. & vous avoir fait voir
que malgré tous les mouvemens
& toutes les intrigues du
Prince d'Orange , cette Guer
're ne dura qu'une Campagne,
il faut vous aprendre avant
d'entrer dans le détail des
affaires d'aujourd'huy , ce que
hors cette Campagne que je
viens de vous décrire , le Roy
a fait depuis cette même année
que
C 2
52
Affaires
jufques au jour que je vous écrits.
Pendant ces dix ans qui
ſemble n'avoir eſté qu'un regne
de Paix , ce Prince s'eft
diftingué entre tous les Souverains
qui ont jamais porté la
Couronne , par une infinité de
chofes qui luy ont plus fait
meriter le furnom de Grand ,
que fes plus hautes conqueftes.
Il a travaillé pour toute
l'Europe , pour la gloire de
fes Etats , pour le bien &
pour le repos de fes Sujets. Il a
declaré la guerre aux vices ,
& fait triompher la vertu ,
& la veritable Religion . Il a
dépensé plufieurs millions
pour affoiblir la puiffance des
Algeriens , qu'il eſt preſque
impoffible de détruire entierement
mais ; on ne sçauroit nier
quefes armes ayant efté fecondées
du bruit de fon nom , n'adu
Temps. 53
yent eu des fuccés beaucoup
plus avantageux , & plus glorieux
que Charles - Quint n'en
eut en perfonne avec une Armée
formidable qu'il n'y mena
qu'à fa honte , eftant revenu
aprés avoir fait de grandes pertes.
Le Royau contraire a obligé
ceux d'Alger à rendre des
Efclaves Chreftiens prefque à
toutes les Nations de l'Europe ,
& à nommer des Ambaffadeurs
pour venir luy demander
don jufqu'à fes genoux . Mais
commeles Barbares changent
rarement leur caractere , & que
la bonne foy & l'honnefteté
ne peuvent regner parmy eux ,
le Roy , les voulant punir en
dernier lieu , a fait foudroyer
leur Ville , plûtoft que de leur
accorder encore une Paix qui
n'auroit pas efté de longue dapar-
C
3
54 Affaires
>
rée , parce que des Pyrates accoutumez
à la cruauté , & qui
n'ont point d'autre employ
pour vivre que celuy de voler,
ne peuvent ceffer d'eftre pirates
. Sa Majefté prit l'année
derniere prefque tous les Vaiffeaux
qu'ils avoient en mer
& aprés avoir ruiné leur Ville ,
Elle continura à les affoiblir de
cette maniere.Tunis & Tripoly
on reconnu la puiffance de
ce Prince, & ils ont fidellement
executé leurs Traitez . L'Empereur
de Maroc luy a envoyé
des Ambaffadeurs & a efté contraint
, tout puiffant qu'il eft ,
à recevoir la Paix qu'il a plu à
Sa Majesté de luy impofer.
Jirois trop loin fi je voulois.
vous parler de tout ce qu'Elle a
fait d'extraordinaire dans fon
Royaume depuis le Traité
conclu à Nimegue . Que ne
du
Temps.
55
vous dirois - je point du nombre
prefque infiny de fes fages
Ordonnances , de tant de nou
veaux Reglemens , qui femblent
avoir efté dictez par la
Prudence mefme, de l'établiffement
des Ecoles de vertu & de
valeur & de quantité d'autres
actions éclatantes , dont le feul
dénombrement fuffiroit pour
faire un ample Panegyrique ,
& qui ont fervy de modelle à
plufieurs Souverains pour faire
la mefme chofe dans leurs
Etats ? Quel grand fujet de
louanges me pourroit fournir
le zele de ce Monarque dans
ce qu'il a fait pour la gloire de
Dieu en faveur de la veritable
Religion , & cela , fans aucune
confideration humaine , puis
qu'il a bien voulu s'expofer
par là à perdre un affez grand
C
4
56
Affaires
nombre de Sujets , qui hors ce
qui regardoit la Religion eftoient
d'un merite diftingué y
qu'il n'a point apprehendé de
voir fortir leurs effets de fon
Royaume , & que loin d'écou
ter ce que la politique luy a
fait entendre là - deffus , il a fait
gloire de témoigner hautement
qu'il ne la connoiffoit point
quand il s'agiffoit de Religion .
Ce que nous avons veu depuis
peu temps , ne nous laiffe point
douter que Dieu n'ait voulu le
recompenfer par les mefmes
chofes qu'il luy avoit facrifiées.
Il ne s'eft mis en peine
ny de l'argent , ny des hom
mes qui pouvoient fortir de
fes Etats , lors que ces deux
chofes s'oppofoient à ce qu'il
avoit refolu pour le falut de
ceux de fes Sujets qui n'édu
Temps. 57
toient pas dans la bonne voye,
& dés qu'il femble avoir befoin
de l'une & de l'autre , tout
s'offre à luy , & les millions ne
coutent rien à luy apporter .
On ne fçauroit aborder du
lieu où l'on doit recevoir les
fommes qu'on luy deftine ; il
en faut fermer les portes , &
longtemps avant qu'on les
croye ouvertes,il s'y en trouve
plus qu'on n'en peut compter
dans tout le jour , en forte que
l'on eft bien - toft contraint de
refufer ce qu'on offre , chacun
voulant donner à fon Prince
tout ce qu'il poffede. S'il s'agit
de lever des Troupes, on trou-,
ve des hommes avec la mefme
facilité qu'on a trouvé de l'argent
; des ruës feules de Paris
fourniffent des Compagnies
en une journée , Paris donne
C
1
58 Affaires
quatorze mille hommes en
huit jours , & la France en
fournit en un mois prés de
foixante mille. Il n'eft point
befoin aprés cela de raifonnemens
pour répondre à tous
les Ecrivains de Hollande , qui
depuis la fuppreffion de l'Edit:
de Nantes , publient que la
France eft épuiſée d'hommes ;
& d'argent. Ce font des paroles
; le contraire eft prouvé.
clairement par des effets , &:
ce que je dis eft fi veritable
que par une benediction de
Dieu fur le Roy qui a touc
facrifié pour fa gloire, la France
eft auffi floriffante qu'elleait
jamais efté , de forte que:
le dernier Bail des Fermes ge-.
nerales , fait il n'y a qu'une
année , auroit efté plus fort:
que les precedens , fi Sa. Ma
2:
du Temps. 59.
ة ي ر ح
jeſté , qui dans toutes les
actions de fa vie à la moderation
pour regle , avoit voulu
recevoir toutes les encheres.
Ce n'eft point là faire des reflexions
politiques fur des
chofes qui ne font point &
qui ne feront jamais . Ce font
des faits publics & inconte
ftables , & la fortie des bleds
de France que le Roy a bien
voulu permettre , eft encore
un fait public qui ne fçauroit.
eftre mis en doute , & qui fait
connoiftre que l'abondance
regne dans tout fon Royaume..
Peut-on dire aprés cela que la
France foit en mauvais eftat,,
à moins que d'écrire pour des
peuples bien ignorans ? Le
Roy a la bonté de vouloir bien
fournir aux Etrangers dequoy
fubfifter ; il a les coeurs less
C. 6.
во
Affaires
bourfes , & les bras de fes Sujets
; il eſt contraint de faire
fermer fon Trefor pour ne plus
recevoir d'argent , ou s'il en
reçoit , c'est celuy des Veuves,
des Orphelins , des Commumautez
; & feulement par bonté
, & aprés les grandes levées
qu'il vient de faire , il fe voit
obligé de refufer des Commiffions
à tous ceux qui en demandent.
Tous ces faits par
lent , & je me tais . Je ne puis
pourtant entrer dans les matieres
d'aujourd'huy , qui ont
un grand enchaînement avec
tout ce que je viens de vous
dire , & qui ne font que le
mefme corps, puis que ce n'eft
qu'une fuite des intrigues du
Prince d'Orange , depuis la
Paix de Nimegue, pour brouiller
l'Europe, fans vous deman-
3
1
du
Temps.
61
der voftre fentiment touchant
deux Princes que je fuppofe
eftre tels que je vais vous les
dépeindre. Le premier a veu
paiſiblement fes Ennemis poffeffeurs
d'une forte Place à
une journée de la Capitale de
fon Empire , fans fe mettre en
eftat de la reprendre, non plus
qu'un Royaume entier , qui a
efté poffedé par ces melimes
Ennemis . Il a au contraire negligé
fi fort le foin de fes affaires
, & tout ce qui regarde la
défenfe de fes Etats , qu'on l'a
prefque furpris dans fa Capitale
qu'on eft venu affieger
il n'a jamais paru à la tefte
de fes Armées , ny meſme témoigné
aucun defir d'en ap
procher il n'a prefque combattu
qu'avec les forces & le
fecours d'argent des autres
62
Affaires
Puiffances ; il doit la plus
grande partie de fes conquê
tes à la divifion qui regne entre
fes Ennemis , & mefme au
milieu de fes victoires , pour
trop écouter l'avis de fon Confeil
, il a prefque toûjours efté
fur le point de faire la Paix
avec les ennemis de fa Reli
gion, feulement par la jalouſie
que lagloire d'un autre Souverain
luy a donnée . Le fecond
de ces deux Princes à fait tout
ce qui eft marqué dans la peinture
que je vous viens de faire
du Roy , à quoy l'on peut ajou
ter qu'il a toujours efté à la
tefte de fes Armées , qu'il a enfeigné
comme on doit faire la
guerre dans les plus rudes faifons
qu'il n'a point atttaqué
de Places fans les aller recon.
noistre luy méme en perfon-
►
du
Temps.
63
ne ; qu'il a conquis plufieurs
fois des Provinces entières en
un hivers qu'il a ſouvent expofé
fa vie à des perils fiévi
dens , qu'on a vu plufieurs
perfonnes tuées & bleffées auprés
de luy que fes victoires
font en fi grand nombre , qu'il
feroit fort difficile de venir à
bout de les compter , & enfin
que ce Conquerant a eu à come
battre , non pas de foibles ennemis
; mais prefque tous les
Souverains d'une des parties
du monde . Défaites - vous de:
toute prevention fur le Portrait
de ces deux Monarques ,
lequel croyez - vous qui meriteroit
le mieux le furnom de
Grand ? C'eft fans doute avec
raifon que
je fuis entré dans
cetre matiere. Ceux qui lifent
toutes les Nouvelles publi
6.4 Affaires
ques n'auront pas de peine à
en deviner la caufe, & trouveront
que je parle fort modeftement
, aprés tout ce qui a
efté écrit touchant cette comparaifon
. L'Article eft du
temps , & plus vous voudrez
l'examiner , plus vous connoiftrez
que je ne fuis point
forty demon fuiet.
Voyons maintenant ce que
les grandes chofes que le Roy
a faites en France pour l'ac
croiffement de la Religion
Catholique ont produit à
Rome. Plufieurs des Rois fes
Predeceffeurs enſemble n'avoient
feulement ofé penfer
là- deffus ce qu'il a executé ..
L'Empereur agrandiffoit fes
Etats , & augmentoit le nom-
.bre de fes Sujets , avec l'argent.
de Sa Sainteté , les Troupes de
du
Temps.
65
plufieurs Princes de l'Europe ,
& beaucoup de Volontaires
François . Le Roy perdoit des
Sujets pour n'en avoir que de
Catholiques . Il rifquoit à voir
fortirde fon Royaume autant
d'argent qu'ils en pourroient
enlever, & ne laiffoit pas d'en
donner encore de fon Trefor
à ceux qu'il voyoit fe convertir.
Il y avoit lieu de croire
qu'un Pape qui paroiffoit auffi
zelé pour la Religion que celuy
qui gouverne aujourd'huy
l'Eglife , feroit paroiftre une
joye proportionnée à ce que
le Roy venoit de faire pour la
Religion , & qu'il le combleroit
de graces . Ce n'eft pas
que ce Monarque luy en demandaft.
La France eft plus
accoutumée à faire du bien au
faint Siege , qu'à le voir recon66
Affaires
noiffant ; mais Sa Majesté ne
croyoit pas que prefque dans
ce temps mefme , on voudroit
luy ofter un des privileges defa
Couronne dans Rome , où
Elle pourroit regner fans la
pieté des Rois fes predecef-.
feurs , qui fort fouvent y ont
rétably les Papes , & qui ont
conquis pour eux , par la force
de leurs armes , prefque toutes
les Provinces & toutes les
Terres dont ils jouiffent ; en
forte que les Souverains Pontifes
n'ont efté Maiftres abfo .
lus du Temporel de l'Eglife de
Rome que depuis ce temps - là
c'est à dire , depuis les donations
faites au faint Siege par
Pepin ; par Charlemagne , par
Louis le Debonnaire , & par
plufieurs autres Rois de France.
Cependant leurs Succefdu
Temps.
67
feurs ne joüiffent auiourd'huy
pour tant de bienfaits que des
Franchiſes qui leur appartiennent
avec beaucoup plus de
droit qu'aux autres Nations.
Mais comme le Pape eft Mi-.
lanois , & qu'il a efté élevé à
Genes , qu'il eft fort uny à
la Maifon d'Auftriche , & que
le Miniftre dont il fe fert eft
Genois , il n'a fait voir que de
la dureté pour le Roy , dont la
qualité de Fils aifné de l'Eglife
prouve combien le faint Siegeeft
obligé à la France. Les
Efpagnols dés le commencement
de ce demeflez , ont renoncé
à ce qui leur appartenoit
bien moins qu'au Roy , afin de
marquer un droit par cette
renonciation. Leur fubtile
politique avoit encore d'autres
veuës. Ils jugeoient
68
Affaires
que le Roy cftoit un Prince
trop puiffant pour fouffrir
que fon hiftoire fift . voir
qu'il avoit laiffé perdre pendant
fon regne ; un droit qu'il
avoit trouvé attaché à la Couronne
, quiluy eft inconteftablement
den , & qui luy venoit
d'eftre confirmé par le Traité
de Pife. Ils concluoient de là
que le Pape & le Roy fe brouilleroient
, & que tant qu'ils
feroient defunis , toutes les
graces de Sa Sainteté tomberoient
fur la Maiſon d'Auſtrithe.
Ils fe perfuadoient bien
qu'en renonçant aux Franchifes
, ils ne couroient aucun
rifque de les perdre , puis que
leur pretention eftoit , comme
ils ont fait paroistre depuis ,
de rentrer dans leurs mefmes
droits , s'il arrivoit que le Padu
Temps.
69
pe
confentiſt que les François
gardaffent les leurs . Loin que
les Franchiſes les inquietaf
fent , ils ne fe foucioient pas
de les perdre , pourveu qu'elles
fuffent oftées aux François .
Ils fe faifoient un plaifir de fe
voir traitez également. Ils ne
trouvoient aucun defavantage
peur eux à faire connoiftre
qu'ils avoient bien voulu y
renoncer , & ils regardoient
cette perte pour les François
comme une chofe qui faifoit
beaucoup diminuer de l'éclat
de leur gloire , par la honte
qu'il y a de ceder , & fur tout
quand les chofes font legitimement
acquifes. S'ils croyoient
ne devoir perdre leurs
Franchiſes que par là , ils devoient
fe tenir feurs de les
conferver , puis qu'ils fça70
Affaires
voient bien que Sa Majefté
ne cederoit pas les fiennes . Le
Roy n'ayant plus d'Ambaffadeur
à Rome depuis la mort
de Monfieur le Duc d'Eftreés ,
auroit pu n'y en pas envoyer
un autre fi - toft , & il arrive
mefme fouvent aux Couronnes
de ne pas remplir ces places
que longtemps aprés qu'-
elles font vacantes ; mais Sa
Majefté jugea à propos dans la
fituation où les affaires étoient
de faire partir un Ambaffadeur
qui occupaft la place de feu
Monfieur le Duc d'Eftrées ,
'parce que s'il n'y en avoit
point eu à Rome aprés la declaration
autentique que le
Pape avoit faite de ne plus
vouloir fouffrir les Franchiſes ,
on auroit pu croire que c'étoit
un confentement que de
du
Temps. 71
>
ne point envoyer d'Ambaffadeur
, de forte que fi le Pape
fuft mort , celuy qui luy auroit
fuccedé euft eu lieu de dire
que le Roy auroit cedé les
Franchiſes fous le regne de fon
Predeceffeur. D'ailleurs la
Maifon d'Auftriche qui croyoit
que le Pape eftoit tous les
jours fur le point de mourir
fe preparoit à en faire élire un
à fa devotion , & croyoit y
trouver d'autant plus de facilité,
qu'il n'y avoit point d'Ambaffadeur
de France à Rome.
Mais le Roy qui prevoit à tout,
y a mis ordre en y envoyant
Monfieur le Marquis de Lavardin.
On ne doit point mettre
en doute que tous les differends
que Sa Majefté avoit
alors avec la Cour de Rome ,
n'euffent efté terminez , file
72
Affaires
Pape cuft donné audience à
cet Ambaffadeur. Je nedevine
point , ainfi qu'ont fait ceux
qui font des reflexions politiques
, quelles propofitions il
avoit à faire , mais il eft conftant
qu'il en auroit fait , &
comme tout ce que le Roy a
propofé en de pareilles , occa,
fions a toujours efté trouvé fi
jufte , qu'on n'a pû fe défendre
de l'accepter , quelque
chagrin qu'on cuft de voir que
cela luy donnoit lieu d'augmenter
fa gloire , parce qu'il
Içavoit s'impofer des loix pour
le bien public , qu'il ne recevroit
pas fi elles luy eftoient
données par d'autres , on doit
eftre perfuadé que le Pape
n'auroit
pu fe défendre des
propofitions qui luy auroient
cité faites par Monfieur de
Lavardin ,
du
Temps. 7.3.
Lavardin , & que l'Europe feroit
prefentement calme , mais
on craint quelquefois de fe
racommoder avec ceux contre
qui on veut avoir d'apparens
fujets de plainte , pour
n'accorder nyà eux , ny à leurs
Amis, ce qu'on ne pourroit
leur refufer. Le Pape avoit refolu
d'empêcher que Monfieur
le Cardinal de Eurftemberg ne
fuft ny Coadjuteur , ny Electeur
de Cologne , parce que
le Roy le confideroit beaucoup
; cette affaire avoit efté
examinée politiquement , &
Rome avoit bien voulu entrer
dans tout ce qui la concernoit ,
quoy qu'elle ne deuft examinerque
le feul droit, fans avoir
aucune part à tout ce qui regardoit
la politique. L'Empereur
s'eftoit declaré contre
D
74 Affaires
Monfieurle Cardinal de Furftemberg
, parce qu'on vouloit
un Electeur de Cologne qui
fuft Ennemy de la France . On
trouva le Pape aigry contre
le Roy , & l'on fe fervit de ce
temps pour luy faire promettre
, qu'il ne donneroit point
de Bulles à Monfieur de Furftemberg.
Les Hollandois ne
craignoient pas moins que
l'Empereur que ce Cardinal
fuft Electeur de Cologne , parce
que les Places de cet Eletorat
font trop proches de
celles des Etats ; de forte que
le Prince d'Orange travailla ,
ainfi que le Pape & l'Empereur
, à empêcher que Monfieur
de Fürftemberg ne fuft
élu Coadjuteur. Toutes leurs
brigues pour intimider le Chapitre
furent inutiles , & l'on
du
Temps.
75
1
peut dire qu'il fut élu tout
d'une voix .
Quand tout un Chapitre eft
ainfi d'accord , & qu'il a tant
de grandes Puiffances à combattre
, il faut qu'il trouve un
grand merite en celuy qu'il
élit , pour fe le donner pour
Chef. Il n'y avoit rien à dire à
cette élection ; auffi ne dit on
rien , mais on differa à donner
les Bulles , dans l'efperance
que fi l'Electeur qui ne poupas
vivre long-temps , venoit
à mouriravant qu'elles fuffent
données on feroit de nouvelles
brigues pour faire élire un
autre Electeur. Cela fut caufe
que
l'on differa d'abord à Rome
à donner Audience à l'Envoyé
de Monfieur de Furftemberg.
Le Pape fe trouva enfuite
indifpofe , & il le fut long-
D 2
76
Affaires
temps . Lors qu'il fe vit obligé
de fe porter bien , il fit naiſtre
quelque difficultez , & traîna
fi bien les chofes en longueur
que l'Electeur de Cologne
mourut . Ce fut alors que les
brigues redoublerent & que
le prince d'Orange conceut ,
que les defordres que cette
affaire cauferoit dans l'Europe
, à caufe de l'injuſtice qu'on
feroit à Monfieur de Furftemberg
, protegé par le Roy ,
pourroient fervir aux deffeins
qu'il avoit d'envahir l'Angle -
terre ; car on penfe à de pareilles
entreprifes
long - temps
avant que de les executer . Il
-ne doutoit pas que le Roy , jufte
& puiffant comme il eft , ne
vouluft maintenir les droits
de Monfieur de Furftemberg
,
& que la protection qu'il luy
1
du
Temps. 77
donneroit n'attiraft fes Armes
fur le Rhin , & il medita dés
lors le moyen de les en faire approcher
, en cas qu'elles n'y
vinffent pas affez toft , afin d'éloigner
les fecours que le Roy
auroit pu donner à l'Angleterre.
Il fe propofa pour réüffir
dans fon deffein , de faire des
Ligues avecplufieurs Princes ,
afin de maintenir l'Electeur
qui feroit nommé & promit à
Monfieur Cafoni qui eft dans
les Secrets de Rome, parce qu'il
agit contre la France , qu'il
maintiendroit l'Electeur qui feroit
élu à la place de Monfieur
de Furftemberg.Il n'oublia rien
pour luy enlever des voix , &
il eft hors de doute qu'il en a
fait donner à Monfieur le Prince
Clement. Il n'eft point de
ftratagême dont on ne ſe ſoit
D
3
78
Affaires
た
fervy pour corrompre ceux qui
n'ont pas efté pour luy, ou pour
leur faire perdre leurs voix .
Tout Cologne fçait que Monfieur
.... ayant refolu de donner
la fienne à Monfieur de
Furftemberg, en fat empeſché
par des lettres , où on le menaçoit
de perdre toute la Famille ,
dont le bien eft fitué dans les
Etats de ceux qui luy faifoient
ces menaces. Il n'y avoit point
de fujet qui euft les qualitez.
requifes,pour difputer à Mr de
Furftemberg une place qui luy
appartenoit legitimement
ayant efté tout d'une voix éleu
Coadjuteur. Mr le Prince Clement
qui auroit pu y pretendre
s'il avoit eu l'âge & s'il avoit
efté Chanoine de Cologne
n'avoit point la vocation neceffaire
pour cela , ne voulant
>
du
Temps.
79
point fe faire Preftre , dans la
penfée que Monfieur l'Elec-
&teur de Baviere fon Frere
n'aura point d'Enfans, & il marqua
meſme beaucoup de chagrin
lors qu'on luy propoſa d'étre
Electeur de Cologne , parce
qu'avec cette dignité on ne ſe
peut difpenfer d'étre Preftre ,
mais comme il falloit choifir
quelqu'un pour oppofer à Monfieur
de Furftemperg , il fut ar
refté qu'on fe ferviroit de luy,
& qu'on luy donneroit tant de
fortes de difpenfes qu'on le
rendroit éligible . Enfin on
avoit refolu qu'il feroit Electeur
, & il eftoit arrefté avant
que de proceder à l'Election ,
qu'on le maintiendroit , quelque
peu de voix qu'il puft
avoir , parce qu'on avoit refolu
de trouver des nullitez
3
D 4
80
Affaires
re dans tout ce qui regarderoit
Monfieur de Furftemberg.
L'affaire ayant efté terminée
à l'avantage de ce Cardinal
par un nombre infiny de raifons
, comme vous le verrez
dans la fuite , le Courrier de
Monfieur le Prince Clement
arriva le premier à Rome , &
dit qu'on avoit éleu ce Prince.
La joye qu'on en témoigna fit.
d'abord connoiftre la partialité.
Le Courrier de Monfieur
de Furftemberg arriva enſuite
, & la nouvelle qu'il apporta
donna beaucoup de chagrin
. On demeura muet , &
embaraffé , & on ne chercha
qu'à prendre des mesures contre
luy. Si le bon droit n'avoit
pas efté de fon cofté , on auroit
fans hefiter donné des
Bulles à Monfieur le Prince
du
Temps.
St
Clement , & on ne differa que
parce qu'on vit bien qu'il n'y
avoit pas d'apparence de s'op
pofer directement à un droit
étably par une pluralité de
voix fi manifefte à toute l'Europe
, car il eft à remarquer
qu'il y a dans le Chapitre de
Cologne dix Chanoines qu'on
nomme les Chanoines Illuftres ,
parce qu'ils font tous Princes
ou Comtes. On appelle leurs
voix les Majora . Monfieur de
Furftemberga eu ces dix voix,
majeures , & quelques autres.
encore . Ainfi avec le plus
grand nombre de voix , il a eu
les principales de maniere
qu'en n'approuvant pas fon
élection , ce n'eft pas feulement
contre luy qu'on fe declare,
mais encore contre tous
les Chanoines qui l'ont élu ,
DS
82
Affaires
quoy qu'ils faffent la plus
grande , & la plus illuftre partie
du Chapitre. Il y a quelque
chofe de fi furprenant
en cela , que ceux qui ont intereft
à ne pas fouhaitter que
Monfieur de Furftemberg ſoit
Electeur de Cologne , marquerent
d'abord leur furpriſe du
refus que l'on faifoit de luy
accorder des Bulles , & s'échaperent
mefme à l'écrire
quoy que fans y penſer , tant
la force de la verité eft
grande.
Ce fut cette même verité
qui empefcha Rome de ſe déclarer
d'abord . Il falloit l'affoiblir
peu à peu , & chercher
quelques plaufibles raifons .
pour venir à bout du deffein
que l'on forma de la détruireentierement
. On dit d'abord
que la chofe eftoit douteufe
>
du Temps .
83
& qu'il falloit l'examiner..
Rendre une choſe douteufe
quand on eft partial , & qu'on
en eft le Juge , c'eft prendre le
chemin de la condamner . Il
eft conftant que fi Monfieur
de Furttemberg éftoit celuy
que l'on euft voulu favoriferi,.
on luy auroit d'abord donné
des Bulles fans mettre l'affaire
en deliberation
, parce qu'il
eftoit feur que toute la Chrê
tienté n'auroit point trouvé à
redire , qu'on euft aprouvé un
choix apuyé non feulement
par la pluralité des Voix, mais
par toutes les plus illuftres
voix d'un Chapitre , qui a le
droit de s'élire un Archevefque
; mais un droit qui ne luy
eft point contefté par ceux
mefmes qui décident contre
celuy qui a efté élu kin
D 6
84 Affaires
Le Pape demeurant tou
jours dans la refolution qu'il
avoit prife d'empefcher que
Monfieur de Furftemberg ne
fuft Electeur de Cologne , &
voulant tenir ce qu'il a promis
là- deffus à la Maifon d'Auftriche
, fe trouva embaraffé.
Il connut bien que toute l'Europe
ayant les yeux ouverts:
fur cette affaire , on feroit extremement
furpris de la partialité
qu'il feroit paroiftre ,
en donnant des Bulles à ces
luy , qui non feulement auroit
le moins de Voix , mais
qui n'eftoit pas mefme éligible
par une infinité de raifons que
je ne rapporteray point . Ainfi
il fit affembler une Congregation
de Cardinaux pour leurdemander
leurs avis , croyant
qu'ilfe pourroit difculper par
1
#
du Temps.
85
là , mais on fçait ce qui fe pratique
ordinairement en pareilles
occafions . On eft feur des
Voix de ceux qu'on choifit, &
on ne nomme pas des perfonnes
qui foient amies de ceux
qu'on veut condamner, ou de
ceux qui les protegent. D'ailleurs,
il n'en eft pas de ces Congregations
comme des Iuges
queles Souverains établiffent
dans leurs Etats . Ces luges
prononcent , & ce qu'ils ont
jugé à fon entier effet , fans
que le Souverain donne fon
jugement , ny s'en mêle en
aucune forte , au lieu que
Congregations
les
ne fervent
qu'à faire fçavoir au Pape les.
avis de ceux qui les compofent
, & comme il demeure le
maiſtre de décider en faveur
de qui il luy plaift , il est tou86
Affaires
jours blâmé feul de fes décifions
quand elles fe trouvent
contraires aux Concordats
faits avec l'Eglife Romaine ,
approuvez & fuivis non feu
lement par fes Predeceffurs',
mais encore par luy - mefme ,
quand il n'a point efté partial.
On ne fçait de quelle maniere
les chofes font agitées dans les
Congregations du Pape qui
occupe prefentement le S. Sie .
ge. On n'entend parler que
du
fecret qu'on demande à ceux
qui en font & quelque temps .
aprés le Pape prononce fans
qu'on fçache preſque rien de
ce qui s'eft dit dans ces fortes.
d'Affemblées . Le Public feroit
content , & les Parties qui perdent
n'auroient pas tout- àfait
fujet de fe plaindre , fi elles
voyoient qu'après avoir exa
du
Temps,
87
miné leurs raifons , on les cuft
détruites , mais on juge une
Affaire de la confequence de
celle dont il s'agit , fans mar .
quer qu'on ait feulement daigné
voir aucune de celles de
Monfieur de Furftemberg, que
tout le Public juge incontestables
; & comme il y en a trop ,
& qu'on ne fçauroit répondre ,
on fe garde bien de les examiner
, ce qui fait que la feule
volonté du Pape , qu'il croit.
tenir lieu de droit à celuy qu'il
veut favorifer , décide tont..
S'il eft maiftre abfolu de toutes
les affaires de cette nature ,
il peut en ufer ainfi ; mais ſi les
Chapitres ont droit d'élire , il
ne fçauroit faire un autre
choix quand l'élection eft canonique
, autrement tout ſeroit
en confufion & en defor
88
Affaires
dre.Les Concordats n'auroient
aucune vertu , & celuy qui doit
corriger les abus fans partialité
, les feroit naiftre & feroit
auteur de la guerre lors qu'il
devroit entretenir la Paix entre
les Chreftiens , comme un
Pere la doit maintenir entre fes
Enfans . Quand l'affaire de
Monfieur de Furftemberg au
roitefté douteufe , ce qui n'eft
pas , on voit que la partialité
a fait pancher la balance du
cofté du Prince Clement. Les
Cardinaux croyent devoir
trouver des defauts dans l'une
& dans l'autre élection , & s'en
remettent au Pape , en difant
qu'il peut décider & fupléer
par fon choix au defaut de fait
& de droit de l'élection de
Monfieur le Prince Clement , &
rejetter la Poftulation de Mondu
Temps. 89
fieur de Furftemberg. Si le
Pape a ce pouvoir , il n'eftoit
pas neceffaire qu'il affemblaſt
les Cardinaux , il ne le devoit
pas ignorer; & s'il ne l'a point,
les Cardinaux ne fçauroient
le luy donner. Mais fuppofé
qu'il puft faire grace , qui la
meritoit plûtoft , d'un Preftre,
d'un Cardinal , d'un Coadjuteur
, d'un Grand Doyen félu
tout d'une voix , d'un Adminiftrateur
de l'Archeveſché
dont il s'agit , & enfin d'un
Evefque choifi par fon Predeceffeur
, ou d'un jeune Prince
qui ne veut point ſe faire Preftre?
Ce n'eft pas encore touts
car fuppofé que le Pape puſt
fuppléer aux defauts de quelque
fujet , cela ne s'entend que
quand ce fujet eft fans Concurrent
dans le Benefice en quef90
Affaires
tion , ou qu'il a moins de defauts
dans l'élection qu'on en
a faite ; autrement ce feroit
faire une grace qui cauferoit
une injuftice , & Sa Sainteté
n'ignore pas qu'il n'eft point
permis de faire un mal dontil
naiſt un avantage , ny d'ofter
le bien de fon prochain pour
le donner à un autre.
On ne peut fe plaindre à
Rome de la maniere d'agir de
Monfieur de Furftemberg.
Comme on s'eftoit affez declaré
contre luy par des follicitations
ouvertes avant fon éle-
&tion , qu'on avoit harangué
le Chapitre au nom de l'Empereur
, ainsi que vous verrez
dans la fuite , & que le Pape
mefme avoit ceffé d'eftre Pere
commun ; en faifant folliciter
contre ce Cardinal , ce qui de
du Temps.
91
voit faire croire qu'il ne luy
feroit pas favorable lors qu'il
luy faudroit donner fes Bulles
il écrivit à tous les Cardinaux
pour leur reprefenter fes interefts
, car le Pape ne vouloit
donner audience à perfonne
de fa part , ce qui faifoit tellement
paroiftre fa partialité , que
fes plus affidez ne pouvoient
la déguifer. Les Lettres de
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
aux Cardinaux , eftoient
extremement honnef.
tes.Il leur reprefentoit fon bon
droit , & la justice qu'ils luy
rendroicot, s'ils entroient dans
fes raifons. Il n'oublioit pas de
marquer qu'il eftoit leur Confrere,
& que la dignité de Cardinal
les engageoit tous à avoir
beaucoup d'égards les uns pour
les autres , & que le mauvais.
92
Affaires
traitement qu'on luy feroit
devant retomber fur cette dignité
qui luy eftoit commune
avec eux , il croyoit qu'ils en
foutiendroient l'éclat , en travaillant
autant qu'ils pourroient
à détruire ce qu'on voudroit
faire à fon defavantage.
Enfin , ces Lettres étoient conceuës
en des termes fort obligeans
& qui auroient deu les
engager à foutenir les interefts
de Monfieur de Furftemberg
comme Cardinal , s'ils
euffent en quelque repugnan,
ce à le fervir comme Amy;mais
les choſes eftoient trop aigries,
pour permettre à ceux qui
n'auroient pris que le party de
la verité , d'agir d'eux mefmes
dans cette importante occafion.
Monfieur le Cardinal de
du
Temps. 93
Furftemberg aprés avoir efté
élu tout d'une voix Coadjuteur
à l'Archeveſché de Colo .
gne , en avoit esté nommé
Archevefque à la pluralité des
fuffrages lors que cet Archevefché
étoit demeuré vacant.
Il eftoit criminel , parce que
c'eftoit contre la volonté du
Pape , & comme Sa Sainteté
ne vouloit
ily
pas qu'il fuft éleu,
avoit des défauts dans fon
élection , ou du moins il falloit
qu'on y en trouvaft . Ainfi perfonne
ne pouvoit foutenir le
bon droit d'un Cardinal . La
forte antipatie que le Pape
avoit pour Monfieur de Furftemberg
impofoit filence aux
Cardinaux , amis de la verité ,
& les autres étoient amis des
Miniftres de Sa Sainteté qui
avoient leurs raifons pour l'ai94
Affaires
grir , & avoient efté choisis
par ces mefmes Miniftres pour
trouver des défauts dans l'élection
de Monfieur de Furftemberg.
Ainfi la dignité de Cardinal
, qui dans un autre temps
auroit pu luy faire meriter
juftement la préference fur
fon Concurrent , fuppofé que
fon élection euſt eſté auffi défectueufe
que celle de Monfieur
le Prince Clement qui
ne peut paffer pour élection ,
luy fut entierement inutile ,
& le grand Doyen d'un Chapitre
, Preftre , Cardinal
Coadjuteur
, n'ayant pas efté
trouvé , fon élection a esté
rejetée lors qu'on a approuvé
celle du grand Doyen de
Munfter , & celle du grand
Doyen de Licge , & qu'on
leur a donné des Bulles , com,
du
Temps. 95
me fi l'on n'avoit cherché qu'à
faire un affront à Monfieur le
Cardinal de Furftemberg , en
donnant des Bulles à deux
grands Doyens fans en donner
au troisième ; & tout cela ,
parce que l'Empereur qui l'a
outragé en le tenant prifonnier
, ne croyoit pas qu'aprés
la maniere dont il en avoit
ufé avec luy , il duft être fon
Amy , & que le Pape a une fi
parfaite intelligence avec la
Maiſon d'Auftriche , qu'il ne
veat rien faire qui puiffe donner
du chagrin à l'Empereur ;
mais tout cela n'ofte rien du
droit de Monfieur de Furftemberg
, & ne rend pas fon
élection défectueuse , quoy
qu'elle foit chagrinante pour
l'Empereur. Il eft conftant
que fi on n'avoit point preſſé
96
Affaires
Monfieur le Prince Clement
de penser à l'Archevefché de
Cologne , il étoit bien éloigné
d'avoir des veuës pour
briguer l'élection , puis qu'il
n'eftoit pas éligible ; mais on
luy a donné un Bref d'eligi
bilité , pour le faire paroiftre
fur les rangs, en luy promettant
qu'en confequence de ce Bref,
il auroit des Bulles , quelque
chofe qui pût arriver ,pourveu
qu'il eût feulement quelques
voix , ce qu'on luy a fait avoir
par menaces & autrement. Ce
n'eft pas icy le lieu de parler
de la nouveauté finguliere de
ce Bref , ny de voir s'il pouvoit
être donné . Si ces fortes
de Brefs avoient lieu pour des
chofes auffi éloignées de la
vray femblance qu'eftoit celle
de faire élire Monfieur le
Prince
du
Temps . 97
Prince Clement Electeur de
Cologne le Pape feroit Maiftre
abfolu de tout ; tous les Privileges
& tous les Concordats
feroient inutiles , & l'on ne
pourroit plus élire que ceux
qui auroient des Brefs d'éligibilité
, puis qu'ils feroient les
feuls qui pourroient obtenir
des Bulles , quelques défauts
qui fe trouvaffent dans leur
élection , & quelque peu de
voix qu'il euffent . D'ailleurs ,
que deviendroient les Privileges
de ces grands & illuftres
Chapitres d'Allemagne , qui
font compofez de tant de Prin
ces , & de tant de perfonnes
d'une inaiffance diftinguée ?
qui ne font entrez dans des
Corps fi celebres que dans
l'efperance de pouvoir parvenir
aux premieres dignitez
E
98
Affaires
2
& d'en être élus Evefques , ou
Archevefques ? On ne donne
pas feulement lieu à Monfieur
de Furftemberg de former de
juftes plaintes lors qu'on s'oppofe
à fon élection , mais on
fait un affront ſignalé à tout
le Chapitre , puis qu'on fait
connoître par là qu'on n'y
trouve aucun Chanoine qui
ait les qualitez neceffaires
pour être élu Archevefque.
On dira qu'on ne pretend pas
pour cela ôter les privileges
du Chapitre , & que le Pape a
eru devoir en ufer comme il a
fait pour cette fois feulement;
mais un autre Pape croira
qu'il luy fera permis de faire
ce que fon Predeceffeur aura
fait , & il aura raiſon , puis
qu'il fera fondé en exemple .
Vn troifiéme autorisé par Les
P
du Temps.
LYON
deux Prédeceffeurs , voudra
faire de mefme ; ainfi le droit
des Papes fera étably , & le privilege
des Eglifes perdu . C'eſt
pourquoy ceux qui ont élu
Monfieur de Furftemberg , &
qui repreſentefiele Corps du
Chapitre , parce que lors qu'il
ya de la divifion dans un
Corps ila toûjours eſté reprefenté
par le plus grand nombre
, n'ont pas moins de raifon
que Monfieur de Furftemberg
de défendre lear droit ,
de forte que ceux qui foûtiennent
leurs droits , & leurs privileges
n'eftant pas auteurs de
la guerre que ces démeflez
allument , font d'autant plus
innocens des maux qu'elle
peut caufer , qu'il eſt naturel
& permis aux hommes de fe
défendre , fur tout lors qu'on
E 2
100 Affaires
les attaque en leur bien , &
leur honneur.com
La Lettre dont je viens de
vous parler que Monfieur
le Cardinal de Furemberg
écrivit aux Cardinaux , fut
foutenue d'un
ManifeX
"
tin qui courut en ce tempslà
à Rome. Vous remarquercz
qu'il ne fut point donné comme
une Piece qu'on produi
roit dans un Procés , & fur laquelle
on devroic eftre jugé ,
en fe rapportant à ce que les
Juges en diroient . Le droit de
M. le Cardinal de Furftemberg
étant incontestable , il ne pretendoit
point s'en rapporter
au Jugement des hommes,
Ainfi ce Manifefte eftoit donné
au Public , pour faire voir
à toute l'Europe la justice , &
la bonté de fa caufe . Voicy
du
Temps.
ce que j'en ay tiré . Ce n'eſt
pas tout à fait une traduction .
J'en ay renversé l'ordre , &
j'en ay fait comme un corps
d'hiftoire , pour le rendre plus
intelligible. J'ay ramaffé &
preffé toutes les raifons ; j'ay
ofté la plus grande partie des
citations ; mais j'ay laiffé en
beaucoup d'endroits les noms
des Auteurs & de leurs Ouvrages
, où l'on pourra les
trouver. Enfin cecy eft un
précis du Manifefte , qui bien
qu'il foit beaucoup plus court,
contient pourtant toutes les
raifons qui s'y trouvent alleguées.
Ne me regardez point
dans ce que vous allez lire ,
mais regardez l'Auteur du
Manifefte. C'eft luy qui va
yous parler.
E 3
102
Affaires
M
CA
AXIMILIEN - HENRY
de Bavieres , Archevel
que de Cologne, Electeur du Si
Empire Romain , ayant gouvernë
fon Dioceſe & fes Etats avec
beaucoup de prudence , & une conduite
admirable , pour me fervir
des termes du Miniftre de
l'Empereur , & fentant dimi
nuer fes forces de jour en jour
par les attaques frequentes
d'une longue maladie , n'eut
rien tant à coeur que de prévenir
avant la mort les grands
maux qu'il prévoyoit devoir
arriver à toute l'Europe , fr
l'Eglife de Cologne demeuroic
vacante . Dans cette veuë il
crut qu'il eftoit du bien com
mun de demander un Coadjuteur
qui fuſt capable de main
tenir le repos de l'Europe en
du
Temps.
10 3
marchant fur fes traces , & en
continuant d'étendre dans fon
Dioceſe le bien que fon Alteffe
y avoit étably . Aprés en
avoir conferé plufieurs fois
avec le Nonce du Pape , la
Poſtulation du Coadjuteurfur
indiquée pour le 7. Janvier
1688. On fçait que malgré les
brigues & les menaces faites
par ceux qui ne cherchoient
qu'à brouiller , Monfieur le
Cardinal Landgrave de Furftemberg
, qui eftoit Doyen
de ce Chapitre , compofé alors
de vingt-quatre Capitulaires ,
eut dix - neuf voix , & fut poftulé
Coadjuteur. Les accla
mations publiques qui fuivirent
cette action firent voir
combien elle estoit jufte &
paisible du côté de Meffieurs
les Chanoines .
E
4
104 Affaires
Monfieur l'Electeur de Cologne
, qui fe fentoit proche
de fa fin, écrivit quelque temps
aprés au Pape , pour luy demander
la confirmation de
fon Coadjuteur. Il marquoit
à Sa Sainteté en des termes
touehans & pleins de refpect ,
Que Se voyant mourir illa prioit
inftamment de vouloir prévenir les
grands maux qui affligeroient infailliblement
l'Eglife de Cologne ,
fi elle venoit à demeurer vacante,
faute d'avoir confirmé fon Coadjuteur
, qu'il fe fentoit obligé en
confcience de luy demander cette
grace avec les plus inftantesprières
dont il eftoit capable , & qu'il l'en
conjuroit par la charité de noftre
Sauveur.
On n'eut point d'oreilles
pour entendre une voix fi
jufte.Monfieur l'Electeur moudu
Temps. 105
fut le 3. luin fuivant , fans que
Monfieur le Coadjuteur fuft
confirmé . Cette mort obligea
le Chapitre de Cologne d'écrire
au Pape le 5. du meſme
mois pour luy apprendre le déceds
de l'Electeur , & pour luy
faire fçavoir que n'ayant point
eu d'avis que Sa Sainteté cuft confirméla
poftulation qui avoit esté
faite de Monfieur le Cardinal de
Furftemberg pour Coadjuteur ; il
leur fembloit important de prevenir
Les maux qui eftoient infeparables
de lavacance , & qui auroient efté
détournez par la vigilante &fage
conduite de ce Cardinal , qui a tant
de merite & gui a rendu de fi
grandsfervices à l'Eglife . Que quoy
que cette Poftulation cuft eftéfaite
unanimement & dans les formes ,
il ne leur paroiffoit point que Sa
Sainte L'euf approuvée : ce qui les
E s
106
Affaires
obligeoit àproceder àune nouvelle
élection, ou bien à une Poftulation ,le
tout felon la difpofition des Saints
Canons & felon la regle du Droit.
Que pour cet effet ils avoient chois
le
1.9 de Tuillet , efperant que Sa
Sainteté confirmeroit ce qu'ils aus
roient fait pour lebien de l'Eglife de
Cologne.
A
Cependant le Saint Pere envoya
un Bref , ou un Indult
d'éligibilité le 19. de Juin à
Monfieur le Prince lofeph
Clement de Baviere , âgé feulement
de 17.ans , & qui n'ef
toit pas du Corps du Chapitre
de Cologne . Sa Sainteté après
avoir donné de grands éloges
à la tres-Illuftre Maifon de Baviere
, dit à Monfieur le Prince
Clement , que s'il arrive que
Monfieur l'Electeur de Cologne
wienne à mourir ( cette condidu
Temps.
107
tion eft digne de remarque &
de confequence , ) ou bien qu'il
veuille dans la fuite fe demettre
de quelqu'unes des Eglifes de Cologne,
de Hildesheim ou de Liege , il
Le rend capable, & luy donne le droit
de pouvoir eftre éleû Archevefque
on Evefque de l'une , ou de toutes
ces Eglifes ,quoy qu'il n'aitpas l'âge
marqué dans les Saints Canons ,
qu'ilnefoit pas encore entré dans
les Ordres Sacre , qu'il ne foit du
Corps d'aucun de ces Chapitres , où
il n'a eujusque -là,& n'a pû avoir
aucune voix active & paffive.com
formément à la difpofition des
Saints Cavans , des Ordonnances ,
& autres Reglemens de l'Eglife.
Enfin quoy qu'il ait déja l'admi.
niftration des Evefchez de Ratis
bonne & de Frifingueşil le rend babile
à pouvoir efire eleu pour l'une
E 6
108
Affaires
de ces Eglifes en particulier, ou pour
toutes les trois enfemble , comme
s'il en avoit efté Chanoine , fans
que lesdeux Evefchez dont il eft
déja pourveu , puiffent porter prejudice
en aucune maniere àfon èletion
pour les autres Cathedraleszen
forte toutefois qu'auffi- tost que le
Saint Siege aura confirmé fon éle
Etion pour l'une , ou pourtoutes les
trois Eglifes , celles de Ratisbonne
& de Frifingne, dont il eft déja
Pourveu ,feront cenfées vacantes ,
fa Sainteté le difpenfant de toutes
les oppofitions , contradictions op
empefchemens ànaiftre , & generalement
de tons les défaurs qui
pourroient rendre nulle ou défeetuenfe
l'electron qu'on pourroit faire
de luy pourlefdites Cathedrales.
Etafin que l'on fcache par
quelmotifle Saint Pere agit
dans cette rencontre,il declare
du
Temps. 109
"
expreffement , qu'il donne cet
Indult de fon propre mouvement,
avecconnoiffance de caufe , & dans
toute l'étendue defon pouvoir, vou
lant bien déroger en ce point au Concilegeneral
de Latran , aux autres
Conciles Provinciaux ou Synodes
foit generaux,foit particuliers, aux
Conftitutions , Reglemens ou Ordon –
nances defdites @glifes Cathedrales
, qui feroient confumées par
quelque ferment que ce foit , ou
munies de l'approbation du Sains
Siege , ou enfin qui feroient recenës
par le moyen de quelque autorité
que ce puiße eftre.Sa Saintetépretend
aufft que l'on n'ait aucun égard
pour cettefois aux Statuts , Coutumes
, Vfages , Concordats , Regle
mens, Privileges , Indulas,
Decrets
,
Lettres, Brefs ou Bulles Apoftoliques,
adreßèés, aux. Prelats ou Eglifes „
& c.
110
Affaires
En un mot le Saint Pere
pretend que toutes les nullitez
qui pourroient s'opposer au
deffein qu'il a de faire élire
Monfieur le Prince Clement
foient levées . Toute la Chrê.
tienté n'en doit pas douter aprés
un Indult fi autentique , &
& fur lequel on a jetté avec
profufion toutes les graces que
que l'on a cru pouvoir mettre
en ufage , pour favorifer un
jeune Prince , qui malgré tout
fon merite il n'eft pas encore en
eftat d'entrer dans les premieres
Dignitez de l'Eglife , n'ayant
que 17. ans , fimple Clerc,
puis qu'il n'a receu aucun des
Ordres Sacrez , & d'ailleurs
lié à deux Eveſchez confidera
bles.
Qui n'auroit cru que le Pape
aprés avoir répandu tant de
du
Temps.
4
Benedictions fur la tefte du
Prince de Baviere, n'euſt reſer
vé au moins une feule
grace
pour Monfieur le Cardinal de
Furftemberg Ce Prince ne de
mandoit à Sa Sainteté que la
permiffion de fe demettre de
'Evefché de Strasbourg mais
au lieu d'obtenir fi peu de
chofe , en comparaifon de ce
qu'on avoit accordé au Prince
Clement , il ne receut pour
toute réponſe, qu'un refus embaraffe
de complimens , que le
S.Pere luy écrivit par un Bref
du 1.Juillet 1688. Sa Sainteté
y marque la joye qu'elle auroit, de
trouver des occafions favorables à
Finclination qu'Elle a de gratifier
fon Eminence, & de faire connoif
tre de plus en plus , combien elle
eftimefavertu & fes merites ; mais
que cequi luy donne un grandfujet
112
Affaires
?
grandfujet de chagrin , c'eft de ne
pouvoir vaincre les difficultez qui
s'opposent à la bonne volonté , d
qui l'empefchent en quelqué maniere
que ce foit , de trouver le moyen
d'accorder àfon Eminence ce qu'Elle
luy ademandéau ſujet de la mort
de l'Electeur de Cologne , parce que
cette affaire eft ambaraſſée de tant
de difficultez, & qui font fifortes,
ainsi qu'Elle pourra l'apprendre
plus amplement de la bouche du
Nonce qui refide à Cologne, que Sa
Sainteté a le déplaifir de rencontrer
des empefchemens infurmontables
dans la bonne volonté qu'El
le a de fatisfaire aux defirs defon
Eminence. Qu'au reste Elle fait
tant defond fur la pieté & fur la
fageffe de Monfieur le Cardinal
qu'elle efpere qu'il fe conformera
aux intentions & à la refolution
"Elle a prife fur ce fujet..
qu
du
Temps.
113
On ne parloit pas il n'y a
qu'un moment à Monfieur le
prince de Baviere avec tant de
referve.On ne parloit pas mê
me quelque temps auparavant
à Monfieur le Cardinal
de Furftemberg avec fi peu de
ménagement; cela paroift affez
par l'Indult que le rape luy
avoit envoyé de fon propre
mouvement , & fans que Son
Eminence l'en cuft follicité ;
mais c'étoit dans un temps , &
dans une conjoncture indifferente
à Sa Sainteté , & où Elle
n'avoit aucun intereſt de faire
éclater les vues particulieres .
Le S. pere reconnoift dans
cet Indult , que Dieu a comblé de
graces & de merites la perfonne de
Monfieur le Cardinal , & que ce
Prince fait grand honneur à l'eglife
Romaine , dont il eſt un tres114
Affaires
illuftre membre , C'eft en confideration
de cela que Sa Sainteté
croit qu'il eft de lajustice d'accorder
àfon Eminence la permif
fion de pourvoir à toutes fortes de
Benefices , qui feront àfa difpofition
, non feulement pour les dépendances
des Eglifes dont il auroit
le titre , à caufe de fa dignité
de Cardinal , mais encore pour ce
qui relevera de l'Eglife de Stras
bourg, dont il eft Evefque , & de
quelques Eglifes Cathedrales Me
tropolitaines , ou Patriachales que
ce puiffe eftre,dont il feroit pourvû
dans la fuite ou dont il pourroit
avoir l'adminiftration .
t
Cependant
ce Cardinal eft il
en eftat de devenir Archevêque
de Cologne , toutes ces
belles promeffes s'évanouiffent,&
le faint Pere oublie tout
ce qu'il a dit en fa faveur .On
du
Temps. 145
ne fçauroit croire combien
cette conduite excita les ennemis
du repos public qui conf.
piroient depuis longtemps
contre l'élection de Monfieur
de Furftemberg . Ils recommencerent
à fe donner des mouvemens
feditieux , à femer des
libelles , à exciter des murmures
, foutenus par la cabale du
Prince d'Orange , qui comme
l'on adéja remarqué , avoit une
forte brigue , pour exclure
s'il pouvoit de l'Electorat un
Prince qui eft capable de procurer
la paix & le repos à l'E
glife de Cologne , & ce n'eſt
pas ce que demande le Prince
d'Orange.
On n'épargná donc aucunes
careffes pour corrompre Meffieurs
les Chanoines , & ceux
qui ne purent eftre gagnez
116
Affaires
par cette voye ,
C
furent menacez
d'eftre perfecutez avec
toute leur Famille. On s'emporta
mefme jufqu'à cette furie.
que de dire , Que fi le Cha
pitre ne prenoit pas le bon party , on
ofteroit à la Cathedrale de Cologne
la dignité de l'Electorat pour la
transferer à une autre Eglife.
Quoy que ces menaces fuffent
vaines , elles ne laifferent pas
d'avoir quelque effet , & de
jetter de la terreur dans l'ef.
prit de certains du Chapitre ,
qui fe laifferent aller dans le
party de Monfieur le Prince
Clement , comme il feroit fort
aifé de le prouver par de bons
témoins , s'il eftoit neceffaire .
Le Roy qui n'ignoroit pas
toutes ces brigues , & qui a
toujours facrifié fes propres
interefts & fes plus juftes prédu
Temps,
117
tentions au bien de l'Eglife &
à la tranquillité de l'Europe ,
crut qu'il devoit lever un empefchement
que les ennemis.
de Monfieur le Cardinal de
Furftemberg pourroient luy
fufciter malicieuſement au fujet
de fes Lettres de naturalité
prifes dans ce Royaume .
C'est ce qui obligea Sa Majefté,
de donner une Déclaration
du 12. Iuillet , par laquelle
Elle dégage ce Prince de tout engagement
perfonnel, ferment defide .
lité , ou autre obligation contractée.
en confequence des Lettres de naturalité
qu'il auroit prifes cy - devant
, afin de pouvoir poffeder des
Benefices en France , & c. parade[
Monfieur le Nonce du Pape
, pour garder en apparence
de grandes mefures , écrivit aus
Chapitre le 13. Juillet , pour
11:18
Affaires
luy faire offre de ſervice , &
pour recommander à Meffieurs
les Capitulaires de la part de
Sa Sainteté , de proceder à l'éle
Etion felon la forme preferite par
les Saints Canons , & de donner
leurs voix à ceux qu'ils fçauroient
avoir plus de merite, & qu'ils jugeroiens
eftre leseplus dignes de
gouverner les Eglifes vacantes par
la mort de Monfieur l'Electeur . Que
c'eftoient là des voeux dignes d'un
fi grand Pape & d'ailleurs fi legitimes
, qu'ils ne pouvoientfe difpenfer
d'y obeir. On verra dans
la fuite que la meilleure partie
du Chapitre de Cologne s'eft
fait une religion d'executer à
la lettre ce confeil de Monfieur
le Nonce. Le plus grand nombre
des Chanoines a pris pour
un precepte qu'il n'étoit pas
permis de violer , ces belles
du
Temps.
119
paroles qui font employées
dans le Bref que le Saint Pere
adreffa à l'Eglife de Cologne
le 3. luillet , & qu'elle receut
peu de jours avant l'Election .
Autant qu'il m'eft poffible , je vous
exhorte en Noftre Seigneur , de
n'avoir en veuë que la gloire de
Dieu , & de ne choifir que celuy
d'entre vous en qui vous reconnoî
trez le merite & les grandes qualitez
qu'il faut avoir pourfaire un
digne Prelat, qui ait auffitoutes les
Parties neceffaires pour remplir
avec fuccés les devoirs d'un bon
Pafteur , vous fouhaitant pour cet
effet le fecours particulier & les
Lumieres du S. Efprit.
Le jour de l'Election approchoit;
il eftoit attendu avec impatience
, & toute l'Europe
avoit les yeux tournez du cofté
de Cologne pour voir fur
120
Affaires
qui le choix tomberoit . Ce fut
alors que le Comte de Kaunitz
, Envoyé de l'Empereur ,
crut qu'il eftoit temps de couronner
toutes fes brigues par
la publication d'un écrit injurieux,
que l'on doit plûtoſt appeller
un Libelle diffamatoire ,
qu'il prefenta au Chapitre.
de Cologne le 14. Juillet.
"
Quoy que le nom de l'Empereur
foit employé dans ce
Memoire , il y a lieu de croire.
que Sa Majefté Imperiale a
trop de foin de fa reputation
& de fa gloire , pour avoüer
fon Miniftre dans une occafion
, où il fe donne la liberté
de dire des injures Baffes , &
d'infulter à la patience d'un
illuftre Cardinal , qui eft fans
contredit l'un des plus grands
Princes de l'Eglife & de l'Empire
. 1-21 du Temps.
pire. Le Comte de Kaunitz
devoit avoir plus de refpect
pour le Traité de Nimegue ,
qui a fermé la bouche pour
toujours à la calomnie & à la
médifance , au fujet de Monfieur
le Cardinal de Furftemberg.
Pour ne pas laiffer un
Memoire auffi injurieux fans
quelque réponſe , nous en parlerons
dans la fuite avec plus
d'étendue .
44
Cependant le 19. jour de
Juillet eftant venu , qui étoit
celuy que l'on avoit marqué
pour faire l'élection , Monfieur
le Cardinal de Furftemberg
qui eftoit Doyen , & en cette
qualité Prefident du Chapitre ,
confacra tous fes foins & toutes
fes lumieres pour faire obferver
toutes les formalitez
qui font neceffuires pour une
F
122
Affaires
élection canonique , pour laquelle
on s'affembla à dix heures
du matin .
Son Eminence avertit Mef-
> fieurs les Chanoines qui
eſtoient au nombre de vingttrois
, que s'il y en avoit quelqu'un
qui cuft procuration des
abfens , il euft à ſe declarer.
En mefme temps le Comte de
Konigfeeck prefenta un écrit ,
qu'il dit eftre une Procuration
de Monfieur le Prince Herman
de Bade , qu'on declara nulle ,
pour n'avoir pas les conditions
requifes, & on proteſta contre .
Monfieur le Prefident du
Chapitre avertit enfuite que
s'il y en avoit dans l'Affemblée
qui fuffent excommuniez ,fufpendus
, interdits , irregulier,
ou inhabiles en quelque maniere
que ce fuft , ils cuffent à
du
Temps. 123
fortir de l'Affemblée . Son Eminence
declara auffi qu'on devoit
obferver la mefme chofe
à l'égard de ceux qui auroient
procuration de perfonnes liées .
les mefmes cenfures , faifant
fçavoir que leurs voix &
fuffrages ne pourroient fervir
ou nuire à perfonne , & que
l'on n'en feroit pas plus d'état
que s'ils ne les avoient point.
par
donnez .
Aprés ces formalitez , on
proceda à l'élection des Scrutateurs
, qui furent Monfieur
le Comte de Rittberg Ecolaftre
; Monfieur le Duc de
Croy , & Monfieur Mehring.
Ils ouvrirent donc le Scrutin j
mais avant que de paffer outre
dans le détail de l'élection , il
eft à propos de remarquer
qu'il y a trois principales
*
F 2
124 Affaires
voyes , felon la difpofition des
faints Canons , pour donner
un Prelat à une Eglife Cathedrale
, ou Metropolitaine , &
que ces trois voyes font celles
qui s'obfervent le plus ordinairement
en Allemagne ;
fçavoir , l'Election canonique ,
la Poftulation folemnelle , &
l'Election jointe à la Poſtulation
, lors qu'il y a lieu de
douter que l'Election fe faffe
paifiblement.
Il faut encore remarquer que
l'on y procede plus ordinairement
par le moyen du Scrutin ,
ainfi qu'il eft prefcrit dans le
Concile general de Latran , où
left marqué que foit dans l'élection
ou dans la poſtulation ,
pourvû qu'un feul du Chapi
demande que l'on fe ferve
C. Scrutin, tout le refte des Cadu
Temps. 125
pitulaires eft obligé de s'y con
former.
Cela s'eft particulierement
obfervé jufqu'à prefent dans
la Cathedrale de Cologne, ainfi
qu'on le fit voir au Nonce du
Pape ( en luy montrant l'Acte
de l'élection faite en 1642. du
Prince Maximilien de Baviere
, dernier mort )* pour fatisfaire
aux nouvelles chicanes
du Comte de Kaunitz , Envoyé
de l'Empereur , qui demandoit
au nom de fon Maiftre que
l'on donnaft les fuffrages dans
de's Billets pliez .
Monfieur le Cardinal de
Furftemberg eut la complaifance
pour le Comte de Kaunitz
, de propoſer fa difficulté
au Chapitre , on y conclut à
la pluralité des voix, qu'il fal
loit s'en tenir à la voye du
F
3
126
Affaires
Scrutin , comme il eft preferit
dans le Concile general de La
tran. Meffieurs les Scrutateurs
s'appliquerent enfuite à remplir
exactement tous les devoirs
de leur Charge , ils recueillirent
les voix , & trouverent
qu'il y en avoit treize
qui avoient confpiré en faveur
d'un fujet , neuf en faveur
d'un autre , une pour un feul,
& une autre pour un feul.
Ce partage des voix obligeales
Scrutateurs
de propofer
fi ceux qui feroient en plus
petit nombre d'un party , vouloient
fe joindre à ceux qui
eftoient en plus grand nombre.
On fut d'avis à la pluralité
des voix que cela fe pourroit
faire ; auffi , toft Monfieur
Geyr fe joignit aux treize , &
fit le nombre
de quatorze
.
du
Temps. 127
Les Chanoines gagnez exchcrent
alors du trouble . Ils
demanderent qu'on declaraft
s'il y avoit une élection faite ou
une poftulation , voulant auffi
qu'on leur montraft le Scrutin;
mais on reconnut par l'avis
des Chanoines les plus éclairez
, & à la pluralité des voix ,
que c'étoitaffez de dire publiquement,
comme l'on fit auffitoft
, qu'il y avoit une poftulation
pour quatorze voix , &
une élection pour neuf.
Monfieur Becquerer deman
da que l'on fift conſecutivement
la publication de l'élection
& de la poftulation.Monfieur
le Comte de Rittberg
Ecolaftre , & premier Scrutateur
, luy répondit que le devoir
de fa Charge l'obligeoit
de publier l'élection ou la po-
F
4
128
Affaires
ftulation de celuy qui avoit le
plus de voix. Ainfi après avoir
receu le confentement de la.
plus grande & de la plus confiderable
partie du Chapitre
il publia en fon nom &
au nom des Chanoines la
Poftulation de Monfieur le
Cardinal Landgrave de Furftemberg
, pour Archevefque
& Electeur de Cologne .
Les huit Capitulaires , qui
avoient concouru à l'élection
d'un mefme fujet , protefterent
contre cet Acte , demandant
que l'on publiaft auffi l'élection
, ou que l'on déclaraft
au moins les fujets qui avoient
eu des voix . Monfieur le Prefident
permit qu'on leur donnaft
encore cette fatisfaction ,
file Chapitre y confentoit .
On retourna donc aux avis ,
du
Temps.
129
& aprés le confentement unanime
de tous les Capitulaires, a
le premier Scrutateur déclara
que
le Sereniffime Prince lofeph
Clement de Baviere avoit
eu neuf voix , le Prince Louis
Antoine de Neubourg une
voix , & Monfieur le Comte
de Reckeim une voix ,
Toutes ces formalitez eftant
finies , on demanda à Monfieur
le. Cardinal de Furftemberg
s'il vouloit bien accepter la
Poftulation qu'on venoit de
faire de fa perfonne pour l'Ar- ,
chevefché de Cologne . Il répondit
qu'il y confentoit ce
qui fut fuivy de la publication
folemnelle que fit Monfieur
Mehring , troifiéme Scrutateur
, dans le Choeur de la Ca
thedrale , aprés que l'on y eur
conduit Monfieur le Cardi- 1
FS
ز
130 Affaires
nal , qui eftoit accompagné de
la plus grande & de la plus confiderable
partie du Chapitre
auquel Monfieur Geyr s'étoit
auffi joint , comme nous l'avons
déja remarqué .
Pendant que l'on eftoit occupé
à cette auguſte Ceremo .
nie , les autres Capitulaires ,
qui avoient confpiré en faveur
de Monfieur le Prince Clement
, fe feparerent & retournerent
chez eux , fe contentant
de protefter contre ce
qui s'eftoit fait , fans avoir
fait attention que s'ils vou
loient donner quelque apparence
de validité à l'élection
pretenduë de celuy qu'ils avoient
nommé dans le Scru
tin , il falloit au moins y proceder
dans les formes , & publier
enfuite cette élection , de
du
Temps.
131
la maniere qu'il eft preſcrit
dans les Saints Canons . C'eft
ce qu'ils ne firent pas , & en
cela ils commirent une faute
irreparable , l'omiffion ſeule de
cette derniere formalité étant
fuffifante pour rendre nul tout
ce qu'ils auroient pu faire
jufque- là de plus canonique..
Ceux qui avoient efté corrompus
& gagnez avant l'éleation
, devinrent encore plus
animez , aprés que ce qui venoit
de fe paffer avoit rendu
inutile le mauvais deffein des
Ennemis de Monfieur de Eurftemberg.
On peut dire de leur
cabale ce qu'un Prophete a
remarqué des méchans , qu'ils
fe font liez d'interestspour conjurer
contre l'Oingt du Seigneur.En effet
ces feditieux fe font répandus
en des injures indignes da
F 6
132
Affaires
nom Chrêtien . Ils ont cherché
de fauffes confolations dans le
debit de plufieurs Libelles diffamatoires
, foûtenus par des
braits de Peuple , à qui ils ont;
tâché d'inspirer des nullitez
imaginaires dans l'élection de
Monfieur le Cardinal .
Mais le bon droit & la verité
n'ont pas befoin pour fe
foûtenir , de tant d'artifices
odieux . Ainfi Monfieur le
Prince de Furftemberg a mieux
aimé repouffer la calomnie &
les injures par la douceur &
par la moderation , en mefme
temps qu'il défend fon bon
droit par la force & par la folidité
de fes raifons . C'eſt ce qui
paroift avec évidence dans le
Manifefte que ce Prince publia
aprés fa Poftulation . Nous en
allons donner un précis fidelle
du
Temps. 1:33
& exact , felon la methode obfervée
dans l'écrit Latin qui
a eſté public.
ABREGE' DU MEMOIRE
quiprouve la validité de la Pof-.
tulation de Monfieur le Cardinal
Landgrave de Furftemberg,
pour l'Archevefché& Electorat:
de Cologne..
Pour fuivre quelque ordre :
dans cet écrit , l'on prouve:
d'abord
que.
-
l'Election
que
3
quelques uns ont pretendu
avoir efté faite de Monfieur le
Prince de Baviere , eft nulle, & :
qu'il n'y en a point eu du tout; -
enfuite on apporte les raifons
qui démontrent invincibleiment
que la Poftulation de .
Monfieur le Cardinal de Furf
temberg eft valide & canoni ,
que.
134 Affaires
1.Que l'Election de Monfieur le
Prince Iofeph- Clement de Baviere
est nulle , & n'a point efté:
faite,c'eft pourquoyil feroit inutile
d'en attendre la confirma
tion du S. Siege.
par
du Scru
Avant que d'établir cette
verité , il eft à propos d'examiner
de quelle maniere on a
procedé dans cette Election ..
Il paroift donc par les Actes
que c'eſt la voye
tin; non feulement parce qu'el
le eft marquée dans le Concile
General de Latran , &
qu'elle eft fort en ufage dans le
Diocefe de Cologne , mais auffi
parce que la plus grande partie
des Chanoines ayant conclu
qu'on devoit la fuivre , le refte
des Capitulaires ne pouvoit
du
Temps.
135
fe difpenfer de s'y conformers
ce qui eft fi vray , comme nous
l'avons déja dit , qu'il fuffic, felon
le droit , qu'un feul du
Corps demande qu'on procede
par la voye du Scrutin , pour y
obliger tout le Chapitre ..
Ce n'eft pas affez de fuivre
la voye du Scrutin , lors qu'on
y eft obligé ,il faut encore ob
ferver toutes les conditions
qui font neceffaires , autrement
l'élection eft nulle , ainfi
qu'il paroift clairement par
plufieurs chapitres du droit , &
par tant de decifions & dejugemens
rendus par la Rote à Kome
, qui eft un Tribunal dont
la Iurifdiction eft confiderable
dans toute l'Eglife Catholique ..
On ne s'arreftera pas icy à rapporter
les paffages qui prouvent
ce que nous avançons , il
DZG
Affaires
2
fuffit de renvoyer le lecteur à
ce qu'en a écris Nicolartz fur
le Concordat Germanique . Or:
on remarque fept conditions :
effentielles & abfolument neceffaires
pour rendre un Scru
tin canonique .
1. Il faut choifir trois Scrutateurs
qui foient du Corps du :
Chapitre , & de la bonne foy.
defquels l'on foit affuré.
2. Les voix des Capitulaires.
doivent eftre recueillies fecretement
, & les unes aprés les
autres , par ces Scrutateurs ...
3. Ils doivent écrire ces
voix féparement .
4. On eft obligé de publier
ces voix en prefence de tous .
les Capitulaires
5. On doit les conferer enfemble.
6.Aprés les avoir conferées,
du
Temps.
137
il faut faire l'élection commune
d'un fujet.
7. Cette élection fe doit
faire par un des Capitulaires
en fon propre nom , & au nom
de la plus grande partie du
Chapitre, ou au moins de ceux
qui ont confpiré avec luy en
faveur d'une mefme perfonne .
Il n'y a aucun lieu de douter
que les cinq premieres.
conditions n'ayent cfté exacement
obfervées dans l'élection
pretenduë du Serenif
fime Prince de Baviere ; il s'a-.
git feulement de fçavoir fi l'on
a accomply les deux autres
qui renferment l'effentiel des
l'Election .
Nous répondons que non ,
& nous prouvons cette verité
par les Actes de l'Affemblée du
Chapitre de Cologne qui ne:
r38 Affaires
font aucune mention de cette
élection fuppofée , & qui n'a
jamais efté que commencée .
Pour l'achever il auroit fallu
que les Capitulaires , qui ont
donné leurs voix au Prince de
Baviere , euffent procedé à fon
élection auffi - toft que l'un des
Scrutateurs eut declaré que
fon Alteffe avoit neuf voix .
La Regle du droit y eft formelle,
qu'en même temps que l'on
a conferé les voix enfemble , il
faut proceder à l'élection fans
aucun retardement , en forte
que fi l'on differe jufqu'à la
feparation du Chapitre , quand
bien méme on fe fepareroitd'un
commun confentement &
de concert , ca qui ne fe peut
pas dire icy , l'élection eft nulle
, parce que tout ce qui s'eft
fait jufque là , n'eſt qu'un predu
Temps.
139
liminaire à l'élection .
C'est donc une verité conftante
que l'élection ne fe fait
pas lors que l'on donne les
voix dans le Scrutin , ainfi que
plufieurs l'ont fauffement crû ,
mais elle fe fait lors qu'on a
publié ces voix en prefence de
tout le Chapitre , qu'on les a
conferées enfemble , & que
celuy qui a commiffion de la
plus grande partie des Capitulaires
, ou au moins de ceux
qui ont confpiré avec luy en
faveur d'un fujet.declaré publiquement
& dans les formes,
qu'il élit en fon nom&au nom de
ceux qui ont concouru avec luy
N .... pour Archevesque au
nom du Pere , & du Fils , & du
S: Efprit. Ainfifoit- il.
Toutes ces formalitez font
de l'effence de l'élection
2 &
140
Affaires
1
elles fe trouvent fi bien établies
dans le Droit , qu'il n'y
a aucun lieu de douter que
ceux qui ont voulu élire Monfieur
le Prince Clement , n'ayant
rien obſervé touchantla
publication de cette élection
de la maniere que nous l'avons
expliqué , ils ont manqué dans
le principal , & par confequent
, ils n'ont fait aucune
élection . Auffi c'eſt en vain que
Pon en attend la confirmation
du Pape , puis que Sa Sainteté
ne doit pas confirmer ce quis
n'eft point. Où il n'y a rien ,
il ne peut y avoir de confirmation
. C'est une verité que™
ceux du party de Monfieur le
Prince Clement ne peuvent
nous difputer , d'autant plus
qu'ils doivent encore avouer ,
que quand ils auroient fidelledu
Temps .
141
ment obfervé toutes les regles
de l'Election , il eft certain par
les Actes publics & par les témoins
que le Chapitre a choifis
pour affifter à l'action , ils
n'en ont point fait la publication
, ce qui fuffit feul pour
rendre l'élection nulle .
Pourquoy donc fe retrancher
à la faveur d'une efperance
inutile que l'on a de faire
approuver une élection qui
n'a jamais efté , & mefme
dont il n'y a aucun Acte ? Il
feroit encore tres- inutile de
s'excufer fur l'ignorance , fur
l'oubly , où fur le peu d'attention
. On doit fçavoir que
l'ignorance du Droit n'eft point capable
de relever de la nullité d'une
élection. Le Decret du Concile
de Latran y eft formel . Il tombe
également fur les ignorans
142
Affaires
& fur ceux qui font inftruits
de toutes les formalitez . Il lie
les uns & les autres avec tant
de force , qu'il rend, nul tout
ce qui fe fait contre fes ordon -
nances ; ſemblable à un foudre
qui renverfe indifferemment
tout ce qui luy eft oppofé .
Auffi l'on n'a garde de nous
avouer que ce foit par ignorance
que l'on a omis les formalitez
neceffaires pour élire
Monfieur le Prince Clement,
qui avoit dans fon party plufieurs
habiles Docteurs en
droit & en Theologie . On peut
encore moins fe plaindre qu'on
ait empêché les partifans de
ce Prince de proceder à leur
élection , & de la publier. Ils
devoient le faire , au lieu de
s'amufer à de vaines chicanes
& à des proteftations
>
du
Terps.
143
『་
4
inutiles , qui paroiffent affez
dans l'Acte des Notaires .
L'Election fe trouvant donc
non feulement défectueuse
mais auffi tout - à - fait nulle ,
puis qu'elle n'a jamais efté ,
toutes les voix qui avoient
confpiré en faveur de Monfieur
le Prince de Baviere , luy
deviennent inutiles , & tout le
Scrutin s'évanouit pour luy .
Que deviendroit donc la confirmation
du Saint Pere , qui
ne peut pas influer für un rien ,
ou plûtoft fur un non eſtre ,
s'il eft permis de fe fervir de ce
terme ?
Mais il a plus ; non ſeulement
on ne peut faire naiftre
une élection canonique d'un
Scrutin fi défectueux mais
encore les Capitulaires qui ne
fe font pas conformez en tout
144 Affaires
aux regles de l'élection commune
, doivent eſtre privez
pour cette fois du droit d'élire,
parce, qu'ils ont manqué contre
la forme preferite & ordonnée
dans le faint Concile de Latran
, au fameux chapitre
Quia propter, fur lequel Barbofa
a écrit , où il marque mefme
que ceux qui auroient agy de
bonne foy dans l'élection , ne
font pas pour cela exemts de
cette peine . La raiſon que ce
fçavant Jurifconfulte en donne
, c'est parce qu'ils ont manqué.
Ainfi tout ce que ces Meffieurs
devroient attendre de
Rome , au lieu de la confirmation
de ce qui n'a jamais cfté
élection , ce feroit d'eftre privez
pour cette fois du droit
d'élire,parce qu'en ne publiant
pas
du
Terps. 145
pas l'élection du Prince de Baviere
, ils ont formellement
contrevenu aux Ordonnances
du Concile , en forte mefme
que Sa Sainteté ne puiffe pour
cette fois s'attribuer aucune
provifion , par quelque droit
qu'Elle pretende qu'elle luy
foit devoluë , en quelque maniere
que ce foit.
Ce que nous diſons eft fondé
fur ce que les provifions des
Eglifes Cathedrales ou Metropolitaines
d'Allemagne ne font
point devoluës au faint Siege ,
à moins que le Chapitre entier
n'ait manqué contre la forme
d'élire ou de poftuler de la maniere
qu'il eft preſcrit dans le
Concile . Le droit de provifion
eft encore devolu au faint
Siege , lors que les Capitulaires
conviennent à élire ou à
G
146
Affaires
poftuler un fujet indigne.
Voilà la regle certaine du droit
commun , & elle eft confirmée
par les articles du Concordat
Germanique , fait avec
le Saint Siege en 1448 .
En quoy l'on doit bien remarquer
que cette provifion
ne peut pas eftre devoluë au
faint Siege , dés qu'une partie
du Chapitre a fuivy la regle
preferite par les faints Canons ,
foit dans l'élection , foit dans
la poftulation . Il faut encore fe
fouvenir que c'eſt affez non
feulement que la plus grande
partie des Capitulaires ait obfervé
regulierement toutes
les conditions requifes , comme
cela s'eft pratiqué dans la
poftulation de Monfieur le
Cardinalde Furftemberg,mais.
encore il fuffit que deux , &
du
Temps.
147
mefme un feul du Chapitre ait
fuivy la forme ordinaire d'élire
, pour que le droit d'élection
demeure au Chapitre ; & ce
droit d'élection n'eft perdu que
pour ceux d'entre les membres
qui s'en font éloignez .
Il est donc tres -affure qu'il n'y
a eu aucune élection canonique
du Sereniffime Prince de
Baviere, & l'on ne peut s'imaginer
quele faint Pere vouluft
confirmer ce qui n'eft point.
Ce qui feroit plus conforme
aux decrets du Concile , c'eſt
la privation du droit d'élire
pour cette fois , que Meffieurs
les Chanoines qui ont confpiré
en faveur de Monfieur le
Prince Clement , ont meritée ,
ainfi que nous l'avons prouvé
.
Il ne feroit pas neceffaire
G 2
$48 Affaires
d'employer plus de temps à
prouver la nullité de cette pretendue
élection . Cependant
pour épuifer une matiere fi importante
, & afin de faire voir
avec évidence la justice qu'il
y a de confirmer la Poftulation
canonique de Monfieur le
Cardinal de Furftemberg, il eſt
bon de faire valoir fes avantages
, & de diffiper les nuages
qu'on s'efforce d'oppofer à la
verité , & à la jufte pretention
de fon Eminence fur l'Electorat
de Cologne,
Suppofons donc ce qui n'eſt
pas , c'eft à dire qu'il y a quelque
apparence de validité dans
ce qu'on appelle élection de
Monfieur le Prince de Baviere
; auffi - roft que l'on prouve
qu'elle a efté faite par la plus
petite partie des Capitulaires,
du
Temps.
·7719
on prouve qu'elle eft nulle
Cette verité eft fans replique ,
& elle fe trouve autorisée par
le fentiment de la plus grande.
partie des Canoniftes . Ils foutiennent
que depuis le Concile
de Latran , il n'y a point
d'élection canonique à moins
que d'eftre faite par la plus
nombreuſe partie du Chapitre
, laquelle partie doit eftre
confiderée
, non pas par rapport
au nombre des voix feparées
ou unies pour l'élection
d'un ou de plufieurs fujets
mais ayant égard au nombre
de tous les Capitulaires enfemble
.
Le Pape Innocent III . le
dit expreffement dans le Concile
de Latran au chapitre 24-
Toutes les Decretales Y fone
formelles; & Gregoire IX.traite
G
3
150 Affaires
de nulle l'élection qui auroit
efté faite par la moindre partie
des Capitulaires Poffevvin va
encore plus loin , en foutenant
, comme il fait par plufieurs
autoritez , que quand
mefme ce feroit la plus faine
& la plus prudente partie du
Chapitre qui auroit concouru
pour une élection , fielle eft
la moindre , ce qu'elle a fait
' eft nul.
On ne peut pas nous dire
qu'un autre Concile depuis
celuy de Latran , ait rien ordonné
de contraire à cette regle
, qui trouve encore une
nouvelle force dans ces paroles
du Concordat Germanique.
Nousaprouvons que l'oncontinuë les
élections canoniques dans les Eglis
fes Metropolitaines , & dans les
Cathedrales , qu'on porte enfuite
du Temps.
151
l'Acte au faint Siege , nous obligeant
de ' confirmer ces élections,
pourveu qu'elles foient canoniques,
C'eft ainfi qu'un Predeceffeur
de Sa Sainteté s'eft obligé par
un Contract folemnel , qui lie
le faint Siege en toutes manieres
, à ne rien faire qui puiffe
porter préjudice au droit des
Eglifes d'Allemagne.
De plus , quelle apparence
de croire que Sa Sainteté vou
luft aller contre la difpofition
d'un Concile celebré par un
grand Pape , & que l'on vift
fous le Pontificat d'Innocent
XI. violer une conftitution
qui a couté tant de foins , &
qui n'a efté introduite que
pour la plus grande utilité de
I'Eglife ? Seroit- il dit que nous
aurions veu renverser un Canon
qui a fervyde modelle à la
G 4.
I 52
Affaires
difcipline des Chapitres , &
que Sa Sainteté auroit pu fe
refoudre à rompre de fang froid
le Concordat Germanique
que l'on a toujours confideré
comme le gage precieux de
l'union jurée entre les deux
Nations , je veux dire entre la
Cour Romaine & l'Empire
d'Allemagne d'autant plus
qu'il y a des Canoniftes qui
fouftiennent que le Saint Pere
mefme ne peut pas déroger à
ce Concordat ; quand il voudroit
l'entreprendre ? Outre
que plufieurs Papes ont declaré
de leur propre mouvement
, dans des conftitutions
particulieres , qu'ils ne pretendent
jamais fe départir des
conditions portées par ce
Traité. Voila le fujet de la
confiance de Meffieurs les
a
du
Temps,
153
Capitulaires qui ont confpiré
en plus grand nombre , & qui
on fait une élection tout à fait
Canonique en la perfonne de
Monfieur le Cardinal de Fur
ftemberg.
Mais on nous oppofe un
bruit populaire , qui ne peut
eftre fondé que fur une igno
rance groffiere du Droit Canon.
On dit que l'élection de
la moindre partie doit estrepreferée
à la poftulation du plus grand nom
bre , pourvu que cette poftulations
nefoitpasfaite par les deux tiers
du chapitre..
Pour refuter cette obje
ction avec toute la force neceffaire
, il faut remarquer
d'abord qu'elle eft fondée fur
une erreur de Fait & de Droit,
que s'il y a quelques Do
teurs qui ayent efté du fenti
GS
&
154
Affaires
ment que nous allons combattre
, ils ont fuivy aveugle .
ment , & pas à pas un méchant
guide dans un chemin perdu ,
de la mefme maniere qu'une
Gruë , fuis une autre Gruë..
Mais afin que toute la terre
foit convaincuë
de ce que
nous avançons , il eft à
pos d'entrer dans cette verité
avec un peu plus de détail , &
de commencer par quelques
reflexions .
pro-
1.Que le chapitre fcriptum 40 ...
de elect, dont l'on veut ſe faireun
rampart contre nous , contientune
commiffion fpeciale
du Pape Innocent II . adreffée
à maxime , fon Notaire ( que
nous appellerions aujourd'huy
Protonotaire ) au fujet d'une
élection qui avoit efté faite
d'un Curé par la plus petite
du
Temps. 155
po- partie du Clergé , & de la
ftulation d'un Archevefque
faite
Par le plus grand nombre,
pour l'Eglife de Conftantinople.
2. Que cette commiffion fut
donnée par le Pape Innocent
III. avant qu'il euft indiqué le
Concile general de Latran ,
comme il fe prouve principalement
l'ordre des chapitres
40. 41. & des fuivans
ainfi qu'on les trouve aux
Decretales .
par
,
3. Que le Concile de Latran
fut celebré par le mefme
Pape Innocent III . en la dixhuitième
année de fon Pontificat
, & de la naiffance du
Sauveur
121 5. ·
4. Que ce grand Pontife de
Eglife Catholique
eft mort
Jen 1216 , & qu'il a eu pour
G 6
156 Affaires
Succeffeur immediat le Pape
Honoré III . auquel Gregoire
IX. fucceda .
s . Que la difpofition generale
touchant cette nouvelle
maniere de proceder dans les
élections , qui avoit efté inventée
par Innocent III . fut
publiée dans le Concile en
1215.immediatement avant la
mort du meſme Pape , comme
il fe voit dans le 23. chapitre
de ce Concile , de la mefme
maniere & avec toutes les
mefmes formalitez qui fe trouvent
dans le chapitre 42. des
Décretales , où cette forme
d'élire a esté inferée , & prife
des propres paroles du Concile
.
Or comme la difpofition de
ce Concile eft que dans la fuite
& pour toujours , il n'y ait
du
Temps. 157
point d'élection canonique
finon celle qui aura efté faite
par la plus grande & par la
plus confiderable partie du
Chapitre, il eft infaillible d'affurer
que cette autre difpofition
pretenduë , qui eſt marquée
dans le Chapitre 40 .
·fcriptum de elect. a esté entiere,
ment abolie , & a perdu toute
fa force, bien loin de pouvoir
s'étendre dans la fuite au droit
commun , & mefme c'eſt une
neceffité indifpenfable que de
luy donner de juftes bornes.
Qu'y a - t-il donc de moins
raifonnable & de plus contraire
à l'honneſteté que de vouloir
fe parer du faux , & de
pretendre faire revivre uneconftitution
quia efté expreffement
caffée dans un Concile
aprés qu'une nouvelle ya efté
ele
158
Affaires
introduite à la faveur d'un
Decret qui porte fa veuë par
tout , & qui déclare abfolument
nulles toutes les élections
qui fe feront dans la
fuite autrement qu'il ne l'or
donne ?
Auffi les Papes qui fucce--
derent immediatement à Innocent
III. déclarerent , lors
qu'il fur queſtion de 's'expliquer
dans leurs Decretalestouchant
les élections , que
celles qui fe feroient par la
plas petite partie du Chapitre
feroient nulles , parce que , difent
ces illuftres Chefs de l'E--
glife , il eft ordonné dans le Concile -
General de Latran , que l'on ne
doit tenir pour Canoniques & pour
bien confirmées , que les élections
feulement , qui auront efté faites
par la plus grande partie du Cha..
du
Temps:
1591
8
pitre, ce qui ayant efté depuis .
pratiqué , & ayant receu une :
nouvelle force dans le Concordat
Germanique , il n'y a
pas d'apparence qu'un Pape
qui a voulu paroiftre jufqu'à
preſent fi zelé pour la difcipline
de l'Eglife , & pour
faire
obferver les Saints Canons
dans toute leur vigueur , vouluft
aller formellement contre
la difpofition d'un Concile General
, & rompre aujourd'huy
un Traité qui luy doit eftre fi
facré
Je fçay que certains Auteurs
ont voulu combattre cette verité
, & entr'autres lé Panormitain
quin'a pu dire fon fen.
timent fur ce fajet fans témoi--
gner de la défiance ; mais il eft
conftant que l'on ne doit avoir
aucun égard à l'autorité de ces
160
Affaires
Canoniftes , & quelque peine
qu'ils fe foient donnée pour
prouver que la pratique dela
Cour Romaine , eft de confirmer
les élections faites par le
plus petit nombre au prejudi .
ce des Poftulatións faites par
la plus grande partie du Chapitre,
on défie ces Meffieurs de:
donner aucun exemple raiſonnable
& legitime , d'un Jugement
femblable , rendu avec :
connoiffance de caufe , & dans
toutes les regles de la Juftice ,
au fujet de l'Allemagne , qui
a pour fondement inébranlable
la difpofition du Concile
& les articles du Concordat
Germanique, directement oppofé
au fentiment du Panormitain
..
Bien loin de cela , nous a
du Temps . 151
vons beaucoup d'exemples de
quantité de fujets , qui ayant
efté poftulez par la plus gran- .
de partie du Chapitre , ont efté
preferez à ceux qui avoient
efté élus par la moindre partie
pour les Cathedrales & pour
les Metropolitaines d'Allemagne
. Il nous fuffira icy de marquer
Jean , Marquis de Bade,
qui fut poftulé Archevefque
de Tréves par la plus grande
partie du Chapitre le 21. Iuin
1456. c'est à dire quelques an
nées aprés le Traité du Con
cordat Germanique . On le
conduifit au grand Autel , au
fon des Cloches , & il prit poffeffion
de l'Eglife & de toutes.
les dépendances de l'Archevefché
de Tréves , malgré les
oppofitions du Seigneur d'lf162
Affaires
fembourg , dont la plus petite
partie avoit fait l'élection . Le
Pape confirma la Poftulation .
du Marquis de Bade , qui receut
enfuite l'inveftiture des
mains de l'Empereur , comme
on voit dans les Annales de
Tréves écrites par Brouver.
liv, 19. pag. 290. au verfet Sede
per facobi &c. & dans Kyriandre
aux Annales de Tréves part. Sie i
pag.206. verf. Jacobo primo.
On pourroit encore fortifier
un fentiment fi veritable & fi
affeuré , par l'autorité des Empereurs
mefmes Ferdinand III ..
de glorieufe memoire , parlera
pour tous les autres dans la Lettre
qu'il a écrite au Cardinal.
Colonna, en faveur de Charles
Gafpard de la Pierre , choifi
Coadjuteur de Tréves par la
plus grande partie du Chapitre
du Temps. 163
contre Hugues Everard Cratz.
qui avoit le moins de voix- Sa
Majefté Imperiale remontre
avec force , que ce feroit une chofe
tout à fait nouvelle en Allemagne
& d'un exemple tres-pernicieux ,
que de mettrefeulement endoute
ou de difputer dans cette occafion ,
ou dans tout autre que ce fait , tou
chant la preference qui est duë au
plus grand nombre de voix. Et:
aprés quelques lignes ,il ajoûte,
que c'est l'ufage generalem ni receu
en Allemagne de faire feulement
attention àlapluralité des fuffra
ges.
D'où il s'enfuit naturellement
que l'on n'a eu égard en
Allemagne qu'aux regles du
Concile de Latran , & aux articles
du Concordat Germanique
, lors qu'il a efté queſtion
d'élire un Coadjuteur , un
164 Affaires
Evefque , ou un Archevefques
& quel on n'a confirmé que
l'élection ou la Poftulation de
celuy qui a eu le plus de voix,
foit que l'élection de la plus
petite partie ait concouru avec
la Poftulation de la plus grande
partie du Chapitre , foit que
le contraire foit arrivé . Larai–
fon de cette pratique eft
l'on eft convaincu que toute la
force d'un Chapitre doit refi
der dans le plus grand nombre
des Capitulaires .
que
Cela eft auffi reconnu dans
l'Eglife de Cologne , & fi generalement
, que l'on a cru
que l'unique fecret pour conferver
cet Electorat & y maintenir
la Paix , c'eſtoit d'établir
une Loy fondamentale , comme
l'on a fait en 1462.par cette
ordonnance qui porte , que
du
Temps .
165
l'on ne reconnoiftra dans la
fuite , pour Archevefque &
pour legitime Seigneur , que
celuy que la plus grande partie
du Chapitre aura éleu ou
poftulé , puis que c'eft la coûttume
generalement recuë en
Allemagne , de ne faire aucune
difference entre l'élection & la
Poftulation.
Mais quand on voudroit ſe
prévaloir de l'exemple que
nous avons déja cité , touchant
la commiffion qui fut donnée ,
avant le Concile de Latran ,
par le Pape Innocent III . dans
la conteftation qui s'eftoit formée
au fujet de l'élection d'un
Curé de Veniſe , & de la poftulation
d'un Archevefque
pour l'Eglife de Conftantinople;
quand on voudroit, dis- je,
par une entrepriſe infoûtena166
Affaires
ble étendre au droit commun
le chapitre Scriptum 40. de elect.
on ne peut fe difpenfer de nous
accorder que ce n'eft que dans
la caufe d'une élection réelle
& canonique , que l'on pour
roit tirer quelque avantage
contre nous ; ce qui ne fe peut
trouver dans l'élection prétendue
, que l'on oppoſe avec fi
peu de raiſon , à la Poſtulation
legitime de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg . Mais
quoy que l'on ait déja montré
Ja nullité de l'élection de Mr
le Prince Clement , avec affez
de force pour ne laiffer aucun
fcrupule fur cette matiere , il
ne fera pas inutile de prouver,
que quand mefme il paroi-
Atroit un acte d'élection , ce qui
n'eft pas , la plufpart des voix
de ceux qui ont confpiré en
du
Temps.
167
faveur de Monfieur de Baviere
, ont des deffauts fi effentiels
qu'elles ne peuvent faire
un nombre fuffilant pour une
élection canonique.
Commençons par la voix
de Monfieur le Marquis Herman
de Bade , laquelle trouve
évidemment fa nullité dans ce
texte du chapitre quia propter,
dont voicy les paroles . Nous
défendons abfolument à toute per-
Jonnede mettre un'Procureur de fa
part , à moins que l'on ne foit abfent,
& que l'on ne demeure dans
unlieu où l'on foit à portée pour pouvoir
eftre legitimement cité , & que
l'on foit retenu dans ce lieu par des
empefchemens juftes & raiſonnables
, dont l'on fera ferment , s'il
eft neceffaire , aprés quoy l'on donnera
Sa procuration à l'un des
membres du College.
168
Affaires
•
Tout celaa manqué à Monfieur
de Bade , puis que pour
pouvoir donner validement fa
procuration , il faut eſtre abfent
, & dans un lieu où l'on
foit à portée pour y eftre legitimement
cité ; au lieu que
ce Prince eftoit , non feulement
pendant la citation.mais
encore au temps de l'élection ,
hors du Diocefe de Cologne,
demeurant à Vienne ou à
Ratisbonne, & par confequent
dans un lieu qui n'obligeoit
point de l'appeller à l'élection
.
Il faut de plus que celuy qui
a procuration , faffe ferment
que celuy qu'il repreſente eft
abfent avec fujet , & qu'il eſt
retenu par des empefchemens
valides ; ce que le Comte de
Konigfeck , qui fe difoit Procureur
du
Temps. 169
cureur pour M.de Bade , a refufé
de faire & mefme eftant preffe
de montrer fa commiffion pour
faire norment
de la parte
& au19
nom de ce Prince , il n'a pas
pu , ny mefme voulu la montrer
, aimant mieux
hazarder
fon fuffrage dans le Scrutin ,
&
donner fa voix au rifque de
Monfieur de Bade , & faufla
nullité qui en devoit fuivre,
Dès defauts fi
effentiels dans
la
procuration du
Marquis de
Bade ,
prouvent que la voix
quila efté donnée en fon nom
& de fa part , eft nulle de droit,
& que par
confequent
elle ne
doit pas eftré
compriſe dans le
nombre des
fuffrages . Nous
pourrions établir cette
conclufion
fur une foule
d'autoritez
tirées du droits maisilfuffit de
fermer la bouche à nos adver
H
170 Affaires
faires par cette décifion de,
la Rote , du 13. Novembre,
1620. dans laquelle il a efté,
reglé , qu'il faut trois chofes abfolument
neceffaires , pour faire
recevoirpar Procureur la voix d'un
abfent. 1. Qu'ilfoit dans un lieu
où on le puiffe citer, 2. qu'il fait
retenu par un empefchement legis
time, quiluy ofte la liberté de venir.
3. Quefon Procureur ait une com →
miffion expreffe par écrit de faire
ferment , que c'est avec raison qu'it
ne peut venir. Voilà cependant
une décifion de Rome peu
favorable à nos Adverfaires.
Qui ne voit donc pas que
le Marquis de Bade n'a fait
confideration für aucune de
ces conditions effentielles , lors
qu'il a rifqué fa commiſſion
pour donner une voix qui s'é ,
vanouit d'elle - mefme pan La
du
Temps.
171
nullité. Ajoutons à cela l'irregularité
manifefte que ce Prince
a encouruë , par une profelfion
ouverte qu'il fait depuis
plufieurs années de porter les
armes , non feulement contre
les Infidelles , mais encore plus
en qualité de General , contre
plufieurs Princes Chreftiens
de l'Europe . Ne l'avons - nous
pas vu les armes à la main livrer
des combats , affieger des
Villes , & donner des ordres
dans des occafions de feu & de
fang,dans lesquelles on ne peut
nier qu'il n'ait encouru , felon
les faints Canons, une irregularité
de notorieté publique ,
ce qui le rend abſolument
inhabile à pouvoir donner
fon fuffrage dans l'occafion
dont il s'agit.
Les partifans de Monfieur
H 2
172 Affaires
le Prince Clement font done
reduit à huit voix , qui ne font
que la troifiéme partie du Chapitre
, compofe de vingt quatre
perfonnes feulement , qui ont
droit de donner leurs fuffrages.
Or tous les Docteurs que nous
avons citez , & mefme ceux
qui font les plus favorables à
nos Adverfaires en toute autre
chofe , conviennent en ce
point, que l'on ne peut en quel
que maniere que ce foit préferer
une élection faite par la
troifiéme partie du Chapitre
feulement , à une Poftulation
folemnelle foutenue de la plus
grande partie des Capitulaires
, parce que cette troifiéme
partie ne participe en rien de
la force & de l'autorité Capitulaire
, comme le Panormitain
mefme eft contraint de l'adu
Temps .
173
vouer, fur le chapitre Scriptum,
fiifouvent repeté , n.7 . & 14.
C'est donc une fuite neceffaire
, dans le fentiment mefme
des Auteurs qui font favora
bles à nos Adverfaires , que
l'élection du Prince de Bavicre
ne peut eftre legitimement
préferée , fous quelque pretexte
que ce foit , à la Poftulation
folemnelle & canonique
de Monfieur de Furtemberg...
Je dis plus ; le reproche de
nullité ne fe trouve pas feulement
dans la voix de Monfieur
de Bade , c'eft une verité conftante
, que l'on peut encore
marquer quantité de defauts
effentiels , dans la plufpart des
autres fuffrages qui ont concouru
en faveur de Monfieur
le Prince Clement . Il ne faut
que jetter les yeux fur le Me-
H 3
174
Affaires
moire que le Comte de Kaunits
s'eſt donné la liberté de prefenter
le 14. du mois de Juillet,
contre Monfieur le Cardinal
de Furftemberg , pour avoüer
de bonne foy que tout efprit
capable d'eftre prévenu , a pu
fe laiffer intimider par un écrit
fi feditieux .
On fçait affez l'impreffion
trop forte & fi mal fondée qu'il
a faite fur quelques - uns des
Chanoines ; & pour faire ouvrir
les yeux à toute l'Europe ,
& laiffer à toutes les perfonnes
defintereffées la liberté de juger
files offices du Comte de
Kaunitz eftoient pour porter
le Chapitre de Cologne à une
élection libre & canonique ,
nous allons donner icy un
abregé de ce Memoire injurieux,
avec les Réponses qu'on
du
Temps.
175
y'a faites pour Monfieur le
Cardinal de Furftemberg .
23
- C. KAUNITZ.
• L'Empereurfartfes complimens
au Chapitre , & luy témoigne fa
douleur pour la mort de Monfieur
l'Electeur de Cologne , non feulement
àcause qu'il eftoit fon parent
mais encore plus pour la pieté &
ta prudencefinguliere de cet illuftre
Défunt , qui al gouverne fi fage.
ment de Dioceze de Cologne , &
dont la perte eft tres confiderable
pourcette Eglife, &pour tont l'Em
pire , en forte que l'on ne pourra
guerir cette playe , qu'on nommant
un fucceffeur à ce Prince , qui mars
the fur les mefmes traces , & qui
travaille fans relache , comme
luy à la confervation de l'Eglife
& de l'Empire ; un succeſſeur enfin
qui foit zele pour la defenfe de
3
H
4
176
Affaires
la liberté de toute l'Allemagne , &-
capable de détourner par fa prudence
les dangers & les maux qui
pourroient s'emparer de cette Archevefché
, qui , comme l'onfçait
eft fitué furles Frontieres de l'Em
pire.
REPONSE.
Monfieur le Cardinal de Fur
ftemberg fe fent tres particu
lierement obligé , en qualité de
Coadjuteur de feu Monfieur
l'Electeur de Cologne , choify
par fon Alteffe Electorale pen
dant fon vivant , de rendre fes
tres - humbles actions de
graces
à la Majesté Imperiale , pour
la jufte douleur qu'Elle témoi
gne au fujet de la mort de Mr
Electeur, & de la juftice qu'Elle
rend à ce Prince en reconnoiffant
, comme Elle fait , la
fageffe & la prudence de fon
du Temps . 177
gouvernement
. Cette bonté de
l'Empereur
touche d'autant
plus fenfiblement
Monfieur le
Cardinal, que les louanges qui
font données à fon Alteffe Electorale
, affurent entierement
la reputation de fon Eminence
, &. mettent à couvert de
quelques reproches que ce foit
toutes fes actions & tous fes.
confeils , fur la direction defquels
le Gouvernement
de l'Electorat
a roulé , en forte que
Son Alteffe Electorale a voulu
que toute la Terre en fuft témoin.
De plus fon Eminence
n'a rien entrepris qu'aprés l'avoir
communiqué
à Monfieur.
l'Electeur, & ne l'a mis en execution
qu'avec fon confentement
& fon approbation.C'eſt
ce qui fait que fi l'on avoit la
temerité
de vouloir objecter
H: 5
178
Affaires
quelque chofe contre le gouvernement
, ce feroit plûtoſt à
Monfieur l'Electeur , qu'à Mr
le Cardinal qu'il faudroit l'atz
tribuer.
C. KAVNITZ .
Meffieurs les Capitulaires doivent
fe fouvenir des chofes que l'Envoyé
de l'Empereur leur reprefenta il y a
quelque temps , lors qu'il fut queftion
d'élire un Coadjuteur ; quelles
remontrances ils reçeurent du Pape,
dont ils devoient faire plus d'eftat.
Mais on veut bien laiffer cette affaires
éteinte , & oublier le mépris
que l'on fit alors des charitables
avertiffemens du Saint Pere ,
des offices de l'Empereur. A prefent
que le Siege Archiepifcopaleft vacant
, Sa Majesté a cru qu'il eftoit
de fon devoir , & de la protection
qui luy eft acquife fur les Eglifes
d'Allemagne , de remontrer aux
du
Temps.
179
membres de ce chapite, que l' Archevefche
de Cologne est revestu de
la dignité Electorale , qu'il eft à
propos de maintenirfans l'expofer à
aucun danger.
REPONSE..
シ
C'eſt à preſent l'Election ou
la Poftulation d'un Electeur
qui nous occupe ; il ne s'agit
plus de faire revivre tout ce qui
s'eft paffé dans l'affaire du s
Coadjuteur. Nous la laiffons
repofer cette affaire , à l'imitation
de Monfieur de Kaunitz,
jufqu'à ce que ce droit de Protection
ou d'autorité qu'on at
tribue fi legerement à l'Empe
reur , s'étende fur les Eglifes
Cathedrales d'Allemagne
priant au refte cét Envoyé de
fe donner moins d'inquietude
touchant le foin que doit avoir r
le nouvel Electeur , puifque
H &6
180
Affaires
•
nous pouvons promettre qu'il
n'épargnera rien pour empef
cher qu'on ne faffe aucun tort
à la Dignité Electorale , & que
toute fon application fera de
contribuer à tout ce qui eft
capable de maintenir la paix
dans le Dioceſe de Cologne ,
dans l'Empire , & dans toute la
Chreftienté .
C. KAVNITZ.
Onfçait affez que Monfieur le
Cardinal de Furftemberg, quoy que
ne Allemand , ne laiffé pas d'eftre
engagé au fervice de la Couronne
de France , à laquelle il eft devoué
d'une maniere toute fervile , qu'il
en est un des Miniftres , & qu'il a
pris des Lettres de Naturalité dans
ce Royaume là ; qu'il y a eftéem_
ployé dans plufieurs affaires qui s'y
font traittees contre l'Empire : qu'il
a prefte ferment de fidelité , & a
du
Temps.
1.8L
rendu hommage au Roy tres Chrefien
; qu'il a fait de ce Diocese un-
Theatre de laguerro ; qu'ila ravy
La Ville de Strasbourg à l'Empire,
& foumis la Citadelle de Liege à
une Puiffance étrangere ..
-
REPONSE..
Comme c'eft une verité
conftante que Monfieur le Car
dinal eft né de la tres - illuftre &
tres ancienne Famille des
Comtes de Furftemberg , qui
eft une Maiſon libre , & alliée à
plufieurs grands Princes , auffi
eft-il tout a fait faux que fon
Eminence foit engagée au fervice
de la France ; ce qui fe
démontre évidemment par les
reflexions fuivantes.
44 1. Son Eminence n'a prefté
aucun ferment de fidelité jufqu'à
prefent à perfonne , fi ce
n'eft à fa Sainteté & aux Egli
182
Affaires
fes , dont ce Prince fe fait un
honneur d'eftre membre depuis
plus de cinquante ans .
2. Les Lettres de Naturalité
ne lient aucunement mais
elles donnent feulement le mê
me droit que fi l'on eftoit né
dans le Pays dans lequel on les
prend avec le privilege d'y
pouvoir poffeder des Offices :
& Benefices , difpofer de fes
biens en faveur des autres par
le moyen d'un Teftament , enfin
d'heriter par la voye de facceffion
, ou de toute autre maniere
que ce foit. Que s'il étoit
vray qu'il fuſt d'avoir enFrance
des Lettres de Naturalité pour
eftre dévoué d'une maniere
fervile à cette Couronne , il
faudroit dire la mefme chofe de
Monfieur le Prince Louis Antoine
de Neubourg , Grand
du
Temps.
183
Maiftre de l'Ordre Teutoni--
que , puis qu'il a pris des Let
tres de Naturalité dans ce
Royaume- là .
3. Ce qu'on appelle foy &:
hommage n'engage à aucune
fujetion perfonnelle ; mais il
donne feulement le droit qui
eft acquis aux Vaffaux , & le
droit de Domaine & de Protetion
: autrement le Roy Catho
lique qui a rendu autrefois , & :
mefme qui continue aujour .
d'huy de rendre foy & hommage
au Roy Tres Chreftien,
pour le Comté de Charolois
feroit par cette meſme raiſon
Sujet & Serviteur du Roy de
France.On n'auroit jamais fait
fi l'on vouloit s'engager dans le
détail de tous les Princes
Comtes , Chapitres de Metropolitaines
& de Cathedrales ,
T
1.84
Affaires
qui doivent foy & hommage ,
foit à la France ou à l'Espagne ,
foit aux Provinces unies des
Pays-Bas , ou enfin à tant de
Puiffances étrangeres . Qui eft
donc , je vous prie ; celuy qui
auroit la temerité de foûtenir
que cela rend ces Seigneurs
déchus de leurs dignitez , ou
qu'ils ne puiffent eftre élevez
à des degrez plus confiderables
, ou qu'ils foient indignes.
de l'électorat ?
4. Quand cela feroit vray,
quoy qu'il n'y ait pas mefme le
moindre fondement de fe. l'imaginer
, tous fes empefchemens
fontlevez par la Declaration
dont nous avons parlé cydeffus
, dans laquelle le Roy
Tres Chreftien délie ledit
Seigneur Cardinal de tous engagement
publics & particu
du Temps. 185
liers , s'ils en avoir jamais eu .
Son Eminence reconnoift de
plus qu'on luy fait trop d'honneur
de luy attribuer la qualité
de Miniftre de France . Pour ce
qui eft de ce qu'on prend la liberté
d'avancer que ce Prince
a cu part à des affaires qui fe
font traitées contre les interefts
de l'Empire ; qu'on faffe
connoiftre à Son Eminence
quelles font ces affaires & elle
fera facilement voir la fauffeté
d'une accufation fi injufte .
5. Ce que l'on veut encore
imputer à Monfieur le Cardinal
d'avoir fait de l'Electorat de
Cologne le Theatre de la Guer
re , eft une tromperie fi claire ,
qu'on la montreroit dans toute
fa difformité , fi une verité fi
odieufe n'eftoit capable de devenir
un fujet de confufion &
186 Affaires
de chagrin mortel à plufieurs .
On s'eft appliqué , tant en
vertu de fon droit qu'en confequence
d'une Sentence de la
Chambre Imperiale , à recouvrer
ce qui avoit efte ufurpé .
Que d'autres ayent donné du
fecours à ceux qui retenoiene
injuftement ce qui ne leur ap
partenoit pas , & qu'ils ayent
attiré la Guerre prefque dans
le coeur de l'Empire & de cet
Archevefché , par le motif de
s'établir fur les ruines du bien
public , c'eſt à ceux- là qu'il en
faut attribuer la caufe , & non
pas à fon Eminence ; mais il
ne faut pas dans un temps de
Paix refufciter ces troubles
& l'on ne fe feroit pas avifé
de r'ouvrir cette playe , fi l'accufation
tout à fait dure & in .
jufte du C. Kaunitz n'avoit
du Temps.
187
contraint M. le Cardinal de le
faire .
6. Mais c'eft encoreune ca
fomnie horrible & infupportable
à tout homme qui a le
moins de fenfibilité pour fon
honneur, que de dire que fon.
Eminence a ravy la Ville de
Strafbourg à l'Empire , & foû
mis la Citadelle de Liege à.
une Puiffance étrangere . On
ne laifferoit pas fans punition
une telle calomnie , fi l'on en
connoiffoit l'Auteur , qui a la
temerité & l'effronterie de
faire retomber fur Sa Majeſté
Imperiale des fauffetez fi manifeftes
& fi odieufes . Qui ne
fçait que la Citadelle de Liege
s'eft rendue entre les mains
des François , dans le temps
que Monfieur le Cardinal de
Furftemberg eftoit retenu Pri188
Affaires
fonnier à Vienne , depuis plus
d'un an ? Pouvoit- il agir jufqu'à
une diſtance fi éloignée ,
luy qui eftoit alors gardé fi
étroitement , qu'il ne fçavoit
pas mefme ce qui fe faifoit au
monde ? Mais que Monfieur le
Cardinal ait recouvré le Liege
, qu'il ait réparé & mis la
Citadelle , qui eftoit toute ruinée
, en eftat de défenſe, qu'il
ait fortifié les Frontieres de
l'Empire , & qu'il les ait mifes
hors d'eftat d'eftre infultées
dans la fuite , quoy que tout
cela foit auffi certain qu'il eft
connu de toute la terre , on le
fait un principal de le fupprimer
avec foin , parce que l'on
ne fouffre pas de bon coeur la
gloire de Monfieur le Cardinal
. Voilà juſtement la fource
de tant de fauffetez & de cadu
Temps.
189
"
lomnies qu'on prend plaifir
d'inventer.On à la hardieffe de
les débiter enfuite , fans avoir
aucun refpect pour la bonne
foy qu'on doit au Public , & l'on
abandonne tous les principes
d'honneur afin de rendre
odieux un fi grand Prince . Ce
qu'on débite de la Ville de
Strasbourg enlevée à l'Empire
n'eft pas plus veritable ; ce qui
feroit tres -facile de prouver
fi ce n'eftoit une chofe connuë
de toute l'Europe . Bien loin
que Monfieur le Cardinal ait
eu aucune part à cette affaire ,
il n'a pas mefme fceu de quelle
maniere elle avoit efté faite .
C. KAVNITZ .
C'est encore une chofe toute publique
qu'il replonge cet Archevefché
dans de nouveaux dangers ,
qu'il met dans les Places de l'Eflat
190 Affaires
des Officiers & des Garnisons dont
la fidelité eft fufpecte ; qu'ilfait
fortifier la Ville de Bonne , fans
qu'on fcache de quel argent , &
par de telles demarchesil rendra
toft ou tardce Diocefe , la proye du
vainqueur.
REPONSE.
Perfonne ne fçauroit comprendre
quel eft le danger ,
auquel l'on pretend que Mr.
le Cardinal expofe l'Archevêché
de Cologne. Ce qui eft
tres certain , c'eft que fon Eminence
n'a d'autre paffion que
de maintenir dans ce Diocefe ,
& dans tout le Chriftianifme
une Paix & une tranquilité
folide. C'eft auffi dans cette
veuë que feu Monfieur l'Elecur
figna de fa propre main ,
pendant fa derniere maladie ,
des Commiffions pour lever
du
Temps.
191
des Troupes , & qu'il délivra
les fommes d'argent neceffaires
àleur entretien . De plus,
il n'y a aucun Officier ou aucun
Soldat qui n'ait prefté ferment
de fidelité entre les mains du
Doyen & de tout le Chapitre
de Cologne. Pourveu qu'on ne
trouble point dans la fuite le
repos de ce Dioceſe , il appartiendra
de droit au nouvel Electeur
de faire , avec le confeil
de fon Chapitre , la deftination
de ces levées. Enfin pour ne
laifferaucun fcrupule fur l'inquietude
qui témoigne le C.
de Kaunitz au ſujet des Fortifications
de Bonne , quoy qu'on
ne foit obligé de rendre compte
à perfonne de quel fond cette
dépenfe fe tire , puifque les
Electeurs , & les Princes de
l'Empire ne font redevables
192 Affaires
de ce détail à qui que ce foit, on
veut bien declarer que c'eft de
l'argent de feu M. l'Electeur ,
qui avoit étably un fond pour
cela,dans le deffein de maintenir
par là une folide Paix dans
l'Empire'; c'est donc dans cette
veuë que l'on a commencé &
que l'on finira ces travaux Au
refte on ne peut affez admirer
par quelle raifon des Citadelles
bafties fur lés Frontieres de
l'Empire foient capables de
donner de la jaloufie à l'Empi
re mefme. Ce feroit au contraire
à nos Voifins d'en prendre
de l'ombrage , & à noſtre
Nation d'applaudir à un ou
vrage qui affure les Frontieres
de l'Empire , qui défend ce
Dioceſe contre les incurfions
des Etrangers , & qui l'empê
che enfin de devenir la proye
2
du
du Temps. 193
du Vainqueur , de la maniere
que nous l'avons vû fervir de
butin au premier Vfurpateur
qui l'a voulu .
C. KAVNITZ .
Qu'une telle perfonne ne peur
eftre admife entre les Electeurs , &
qu'il n'y a aucun doute que fi l'on en
fait la Poftulation , elle aura le mefmefort
que la premiere.
REPONSE.
Il n'y a point d'apparence
que Sa Sainteté vouluft violer
les Traitez & les Concordats ,
aller contre la difpofition de la
Bulle d'or , détruire les fondemens
les plus folides de l'Empire
, en un mot s'éloigner de
la pratique & des exemples de
tant de grands Papes fes Predeceffeurs
, & faire ce qui ne
fe trouvera point autorisé par
le droit ou par les monumens
de l'Hiftoire .
I
194 Affaires
aucun
C. KAVNITZ.
Ainfi le chapitre ne doit faire,
aucune attention fur la perfonne de
Monfieur le Cardinal ; Sa Majefté
Imperiale n'ayant pas intention
de porter , en difant cela
prejudice à la liberté des fuffrages
mais au contrairefes veuësfe portent
à la maintenir , de crainte
qu'elle nefoit icy violée de la mesme
maniere . qu'elle l'a efté dans l'èletionde
Strasbourg.
RESPONSE .
Il eſt abſolument impoffible
d'accorder la liberté des fuffrages
avec l'exclufian formelle
que l'on fait icy de la perfonne
de Monfieur le Cardinal
. Faffe le Ciel que cette liberté
ne fe trouve pas plusviolée
à Cologne qu'elle l'a efté à
Strasbourg , où l'on ne s'eft pas
donné la liberté de folliciter
du
Temps. 195
l'exclufion de perfonne , comme
fait icy le Comte de Kaunitz
. Tout au contraire, on n'y
a pas feulement recommandé
un fujet plûtoft qu'un autre ,
ainfi que ceux qui restent aujourd'huy
en peuvent rendre
témoignage , auffi bien que
plufieurs de nos Capitulaires
y eftoient prefens.
C. KAVNITZ.
Il faut encore fe jouvenir qu'en
ce qui concerne les Diocefis d Alle
magne, la lurifdiction temporelle
a de la liaison avec le Droit de
Regale , enforte qu'il n'appartient
pas aux Chapitres d'avoir un pou
voir d'elire qui foit fi étendu qu'il
ne reconnoiffe aucunes bornes, mais
au contraire ils doiventfçavoir que
leur pouvoir eft tellement limité
qu'ils ne peuvent pas fe feparerdes
interefts de l'Empire.
I 2
196
Affaires
RESPONSE.
Que toutes les Eglifes Metropolitaines
ou Cathedrales ,
& que tous les Chapitres qui
font dans l'Empire , ouvrent
les yeux & les oreilles fans aucune
préoccupation , pour dėcouvrir
ce Serpent dangereux
qui eft caché fous des fleurs
pour porter facilement le coup
mortel à la liberté des élections
& des fuffrages , fi l'on n'a la
force & la prudence de luy refifter
d'abord.
C. KAVNITZ .
C'est pourquoy Sa Majesté Imperiale
exhorte tous les Capitulaires
de fe reffouvenir ferieusement
du ferment qui les engage à l'Empire
, de n'epoufer aucun party , de
n'avoirpoint d'égard au fang & a
la chair , en un mot de ne point re
chercheren cette occafion leur propre
utilité ; mais an contraire de
du
Temps .
197
jetter les yeux fur tant de dignes
fujets qu'ils ont dans leurs Corps
tres-illuftre , & en donnant leurs
vox dans des billets fermez , de
choisir unfuret dont ils forent affurez
d'obtenir la confirmation , &
qui gouverne le Diocefe d'une telle
maniere , que bien loin de la charger
de dettes étrangeres ir nouvel-
Les , il foit capable d'acquitter les
anciennes.
RESPONSE,
4
Les voeux & les fouhaits de
Monfieur le Cardinal fe rapportent
à cette fin filegitime ,
qui eft de voir une élection
exempte de toute partialité ,
& que l'Eglife de Cologne ait
un Archevefque qui foit en
eftat d'y faire encore beaucoup
plus de bien que le Comte de
Kaunitz ne luy en fouhaite au
nom de l'Empereur .
1 3
198
Affaires
C. KAVNITZ .
Que fi l'on s'éloigne de ces mojens
, l'on a toutfuret de craindre
que l'Empereur ne difpofe , ainft
qu'il le ingera à propos , de la Regale
& de la Iarifdiction temporelle
, & qu'il ne rende refponfable
de ces évenemens , ceux quienferont
caufe. Au reste , Sa Majesté
Imperiale promet de conferver fa
protection à cet Archevefché, &
Monfieurl'Envoyé offre de nouveau
fes fervices à Meffieurs les Chanoines
; leur recommandant tres inftamment
de ne rien oublier dans
L'affaire dont il s'agit, afin qu'elle fe
puiffe terminer à la gloire de Dieu
conformement au fervice de l'Emà
pereur , à la confervation & an
repos de la patrie.
RESPONSE.
Si Meffieurs les Capitulaires.
font reflexion fur ce qu'on leur
du
Temps.
LYON
DE
reprefente icy , & qu'ils ne le
laiffent point gafter par de
fauffes impreffions , ils n'ont
rien à craindre pour les Regades
. Pour ce qui regarde les
injures atroces qu'on prend la
hardieffe de dire à Monfieur
le Cardinal , Son Eminence
déclare qu'Elle fe referve à un
autre temps pour défendre fan
honneur que lon bleffe avec fi
peu de refpect & de meſure ,
eftanti difpofée des répondre
dans la fuite avec plus d'éten
due & de vigueur à tout be
qu'on a latemerité de luy imputer.
De plus , Son Eminence
protefte folemnellement & de
fait,contreroutes les menaces
dont on s'eft fervy pour violer
la liberté des fuffrages , & pour
demander fill ouvertement fon
exclufiqn del'Electoratu
I 4
200
Affaires
Voilà le principal inftrument
dont le Comte de Kaunitz
s'eft fervy pour gagner
trois ou quatre voix , & pour
troubler l'union du Chapitre
de Cologne . Il ne s'eft pas contenté
des injures atroces qui
font répandues dans fon Memoire
, pour détourner les fuffrages
& intimider les Cha.
noines , il a fallu encore les
menacer , comme on a fait , de
tranfporter la dignité Electo
rale à une autre Cathedrale ou
Metropolitaine,fi les voix concouroient
en faveur de Monfieur
de Furftemberg. C'eſt ce
qui a donné de la terreur à
plufieurs Chanoines , qui fe
font laiffé furprendre trop facilement
, & font tombez dans
le piege qu'on leur tendoit .
D'autres craighant la perfecu
du
Temps.
201
tion qu'on feignoit de preparer
à leurs Familles , ont cedé ,
d'autres enfin ont efté attirez
par des artifices plus doux ,
qui font des promeffes . Peuton
douter , aprés des corruptions
fi vifibles , que les voix
qui en ont refulté , ne foient
nulles felon le droit , felon les
conftitutions des Papes , & fe-
Jon les faints Canons ? Il fuffira
de citer icy le faint Concile de
Trente , Seffion 25.chapitre 20.
Quoy que la clemence de
l'Empereur ne donne pas lieu
de croire que Sa Majefté Imperiale
ait voulu expreffèment
qu'on employaft des moyens fi
odieux , il ne laiffe pas d'eftre
tres -aifé de prouver , par
témoins irreprochables ,que les
Miniftres fe font fervis de pro
meffes & de menaces , & mê
des
I S
202
Affaires
me qu'ils ont fait voir à quel
ques uns d'entre les Chanoi
nes , des Lettres qu'ils difoient
eftre de l'Empereur , & où il
étoit marqué que Sa Majesté
Imperiale n'auroit rien de plus .
agreable que l'élection de Mrle
Prince Clement , de mefme :
que fon indignation eftoit affurée
à ceux qui en auroient
fait une autre .
Des fuffrages obtenus par
des moyens fi violens , ne peuvent
eftre comptez entre des
fuffrages legitimes . On doit de
plas confiderer que ces Moffieurs
qui ont ainfi changé de
fentiment par une pure foi-
Bleffe , avoient juré folemnel-.
lement lors qu'il fut queftion
d'élire un Coadjuteur , qu'ils .
donneroient leurs voix au
plus digne , & ils le firent
du
Temps .
12.03
alors. Qu'est- celque Monfieur
Ne Cardinal, qui eft un illuftre
membre de leur Eglife depuis
quarante ans , a dins mexiué
aprés fixe mois finon davor
encore ajouté de nouveaux
merites aux premiers it
t
On dit plus..quand même
cles injuces que le Comte de
Kaunitz na pas eu honte d'a-
Svancer dans fon Memoire, feoroient
apparentes , ce qui fait
feulemont hopteur à penferil
falloit felon le droit citer Mr.
cle Cardinal de Furftemberg ,
l'entendre dans fa défenfe , &
le convaincre , avant que de
-l'exdlobes d'une dignité qui
duy eft fi joltementdaue . On
n'a point obfervé ces formali--
tez effentielles ceft ce quit
fait qu'on n'a pu exclure ,
infique Pafferin , & les autress
C
I 6
204 Affaires's
Canoniftes le prouvent fort
bien .
fi
Mais ce n'eftoit pas affez à
nos adverfaires. Pour donner
de l'ame à des mouvemens , à
des intrigues & à des cabales
corrompues , il falloit encore
emprunter l'autorité du Pape ,
& faire entendre à ceux que
-l'on avoit déja ébranlez , que
-le Saint Pere eftoit déterminé
à foutenir Monfieur le Prince
Clement . Maisqui peut mieux.
expliquer les intentions du
faint Pere , que le faint Pere
mefme ? Voicy ce qu'il dit
dansfon Brefdu3.Juilleta688 .
adreffe au Chapitre de Golóagne,
au fujet de l'élection dont
il s'agit . Je vous exhorte en noftre
Seigneur autant qu'il m'eft poffible,
de n'avait en venë dans l'élection ,
que l'augmentation de la gloine de
с
du
Temps .
205
Dieu , & de choisir celuy d'entre
vous . ( c'eſt à dire un Capitulaire
) en qui vous reconnoistrez les
grande's qualitez qu'un digne Prelat
doit avoir, & qui his de plus
toutes les parties neceffaires pour
-remplir avecfuccés tous les devoirs
d'unbon Pafteurng
C'eftoit donc fur ces paroles
expreffes du faint Pere
qu'il falloit faire attention , &
non pas fur des infpirations
feditieufes qu'on a mifes én
ufage pour enlever des fuffra
ages à Monfieur de Furſtemberg
, fans parler de cette imaagination
mal fondée de quatre
-Preftres d'entre Meffieurs les
Chanoines,qui ne fe font laiffé
entraifner dans le party de Mr
de Baviere , que dans la penfée
que la grande jeuneſſe de
-cé Prince obligeroit d'atten7206
Affaires
dre huit ou neuf ans avant
que de gouverner l'Archevefché
, & qui laifferoit par ce
moyen le fpirituel & le temporel
à la difpofition du Chas
pitre , qui trouveroit ainfi une
facilité tres - grande pour acquitter
les anciennes dettes .
Qui ne voit pasque d'eften.
core une fuitades artifices precedens
? Il eftoit à propos pour
les interefts de nos adverfaires ,
de trouver une apparence &
-un pretexte de bien afin de
-mieux tromper. Cependant
-c'eftoit rendrele mal fans remesde
que defuivoe ce party , puis
que l'on sçait affez que BElectoratde
Cologne eft environné de
je ne fçay combien de Princes ,
-dontil y en a qui s'en font appropriedes
dépendances confiderables
, & les autres né dedu
Temps.
207
mandent que l'occafion d'une
minorité femblable à celle
qu'on vouloitintroduire pour
ufurperle refte.com
Il faut donc un Prince qui
ait de l'experience , qui foit
éclairé , puiffant , & capable de
foutenir fes interefts , & de
défendre les Etats . Pour ce qui
eft des revenus de la Menfe
Archiepifcopale, il eft certain:
que les penfions acquitées , ils.
ne vont pas à quarante cinq
mille écus Romains , qui fuffirofent
à peine pour l'entretien
des Officiers & de l'Aminiſtra-
2teur , d'où il s'enfuit que cette
"minorité de l'Electeur auroit
tres - prejudiciable à l'Etat ,.
& que tous ces preventes que
Fon a pris pour gagner des
orxa Monfieur de Baviere ,
font fondez fur des principes,
efté
208
Affaires
d'erreur , & contraires aux
faints Canons & par confequent
tout à fait détruits par
eux mefmes , qui rendent les
fuffrages nuls .
Ce n'est pas encore affez ; il
faut de plus faire voit à nos
adverfaires , que les plus forts
ramparts dont ils fe couvrent,
tombent d'eux-mefmes . Qu'ils
fcachent donc que l'indult d'éligibilité
qu'ils ont obtenu à
Rome en faveur de Monfieur
le Prince Clement eft nul.
L'Indult eft une difpenfe , toute
difpenfe obtenuë fur un
fanx expofe eft nulle. Ces
-Meffieurs ont fait entendre au
Pape , que feu Monfieur l'Eleateur
eftoit encore vivant le
19. Juin 1688. quoy qu'il fuft
mort dés le 3. du mefme mois.
Or c'eſt une maxime conftandu
Temps.
209
ve ,
te que le droit d'élection paffic'eſt
à dire , de pouvoir
eftre admis pour avoir voix
dans un Chapitre , fi toft que
le Siege eft vacant, refide dans
les feuls Capitulaires qui font
du Corps , en forte qu'il n'y a
qu'eux feuls qui puiffent admettre
un fujet étrangers pour
avoir voix dans leur Chapitre,
& qui que ce foit ne peut alors
donner difpenfe & étendre la
vertu de ce droit , en faveur
de ceux qui ne font pas du
Corps. Ainfi le Pape ayant
donné font Indult le 19. Juin ,
dans le temps que Monfieur
Electeur eftoit mort depuis
feize jours , & cependant Sa
Sainteté croyant que ce Prince
eftoit encore vivant , il eft
hors de doute que l'Indult a
efté accordé fur un faux expo210
Affaires
fé. Cela eft fi vray , que les
propres paroles de l'indult ne
donnent pas le moindre fujer
d'en douter. Afin que s'il arrive
que noftre venerable Frere Maximilien.
Henry Archevefque de
Cologne , veuille fe défaire de
L'archevefché , ou qu'il vienne à
mourir.
•
Je fçay bien que nos adver
faires n'ont pas eu de honte de
fupprimer fes paroles dans les
copies qu'ils ont produites de
l'Indult parce qu'un endroit
fi pofitifcontre eux les incommodoit
; mais ce manque de
bonne foy n'empefche pas que
la difpenfe ne devienne inutile
, & qu'elle ne foit directement
oppofée à la justice , qui
défend qu'on raviffe à un Chapiare
le droit d'élection paffivej
qui luy eft devolu par la niort
du
Temps.
ZII
de l'Archevefque , en forte que
l'on ne peut admettre un membre
dans l'affociation de fon
Corps fans fon confentement .
C'est la difpofition du Droit ,
qui doit eftre la règle inviola
ble de ceux qui veulent paffer
pour juftes : ainfi le faint Pere
n'a eu garde de vouloir aller
contre . On peut voir là- deffus
les Canoniftes ; & entre
autres Lotter, de re benef. lib. 2.
q.23.n.3.Chokier ad reg.de non sol
bendo jure quæfiton. 24. in fine Sel
raph. dec.108 :per tot.
Eftant dane hors de conte
Atation , qu'un Chapitre feula
le droit d'élection paffive , lors
qu'il n'y a point d'Indult expedié
avant la vacance , on
voit avec bien de l'évidence
que quandil y auroit une élec
tion canonique , ce qui n'eſt
212.
Affaires
pas , dés - là que cette élection
eft fondée fur un Indult abufif
& nul , l'élection eft auffi nulle
& abufive Or comme dans
l'affaire dont il s'agit , la meilleure
partie du Chapitre de
Cologne fe récrie contre l'Indult
de Monfieur de Baviere
fur lequel feul pourroit eftre
fondée l'élection de ce Prince,
s'il y en avoit eut une , ce qui
n'eft pas, il est d'une confequence
neceffaire & infaillible
, que l'Election qui s'eft
faite en fa faveur, ne peut eſtre
legitimement approuvée du
Saint Siege , parce que cette
élection , quand il y en auroit
a efté faite par le moindre
nombre au prejudice & contre
les droits de la meilleure & de
la plus confiderable partie du
Chapitre de Cologne . Il y a
du
Temps.
2137
plufieurs autoritez qui prouvent
invinciblement cette verité
dans le Memaire Latin.On
y voit le fentiment unanime
des Canoniftes , principalement
fur la diftinction 61 , an
chap. nec emeritis fur les Decretales
, fur le Concile de Latran
cap.41 . de elect . & fur une infinité
d'endroits , que la brieveté
que nous obfervons icy
ne permet pas de citer . Voyez
auffi le Concile de Trente
Jeff.24.c.1.où il eft porté que celuy
que l'on choifit pour eſtre
Evefque doit avoir les quali
tez neceffaires pour l'Efpicopat-
left marqué expreffe ment
que ceux qui feront le contraipecheront
mortellement.
Monfieur de Baviere n'ayant
donc pas actuellement les qualitez
requifes par les faints Ca-
,
211
Affaires
nons pour eftre Evefque , dont
la principale eft l'âge , pendant
qu'il y a d'autres fujets dans le
Chapitre de Cologne qui peuvent
eftre éleus canoniquement
, & l'indult envoyé à ce
Prince eftant nul , quoy que
ce fuft la feule chofe capable
de le faire admettre à l'Epifco.
pat , il s'enfuit qu'on n'a pu
canoniquement Mon- élire
fieur de Baviere ; & comme le
Pape s'eft obligé par le Concordat
Germanique de laiffer
les élections canoniques & de
n'y point toucher au prejudice
du droit des Chapitres , en
forte qu'il ne doive confirmer
que celles qui font canoniques,
je demande à nos adverfaires
ce qu'ils ont à efperer
d'une confirmation fi impuif
fante finon une fuite de fteri .
du
Temps.
215
lité , de nullité , & d'irregularité
manifefte .
8.
:: Auffi il paroift par les termes
l'Indult mefme , que le Pape
n'a point eu deffein d'aller
contre le Concordat Germanique
, & que le Saint Pere a
toujours cru que Monfieur
l'Electeur de Cologne eftoit
encore vivant ; autrement Sa
Sainteté auroit deu déclarer
en propres termes qu'Elle dérogeoit
actuellement en cecy
au Concordat , dont Elle devoit
faire une mention expreffe
& individuelle ; fans
cette formalité , il n'y a rien
de fait , felon Clock . ad preces
primar. Sect. 5. par . 2.n.15.verf.
interea advertendum .
Quoy que plusieurs Auteurs
dignes de foy foutiennent encore
quelque chofe de plus ,
216
Affaires
qui eft que le Saint Père ne
peut déroger aux Concordats ,
ou au moins qu'il ne le doit
pas , mais plutoft qu'il doit
prendre pour regle de fa conduite
ces belles paroles de l'Apoftre
; Tout m'eft permis , mais
il n'est pas à propos de tout faire ,
tout n'édifie pas. 1. Cor 10. v.
33. & autre part . Fen'uferay pas
avec feverité de la puiffante que
Dieu m'a donné pour édifier & non
pas pour détruire . 2. Cor. 13. v.10 .
C'est l'autorité dont le fert le
Pere Vvagnereck , Jefuite &
Docteur en Droit de l'Univerfité
de Delinghen dans la Souabe
, lors qu'il traite de la maniere
avec laquelle le Pape
peut déroger aux Concordats
Germaniques . C'est ce que
peut voir dans les Ouvrages
de cefçavant Jefuite , Exel'on
ges.
du
Temps.
217
ges. fuper concordatis Germ.par.§ .
notab. 2 .
!
Donc la moindre partie du
Chapitre de Cologne n'a pu
legitimement élire un Prince
qui n'eftoit point de fon
Corps , qui n'avoit ny l'âge
fuffifant , ny
, ny les autres quali
tez que demandent les faints
Canons , & qui ne pouvoit
obtenir avec juftice un Indult
capable de le faire élire au prejudice
du Droit , & malgré
l'oppofition de la plus grande
partie du Chapitre , puis que
le Saint Pere n'a point derogé
expreffement dans cet Indult
aux Concordats , ce qui eftoit
pourtant d'une neceffité indifpenfable
, fi l'on vouloit que la
difpenfe euft lieu ; & pour ne
pas perdre de veuë une verité
fi évidente , il faut toujours fe
!
K
218
Affaires
fouvenir que c'eſt une regle
des plus certaines du Droit ,
que l'on ne peut choisir un
fajet hors du Corps, fans avoir
auparavant le confentement
de la plus grande partie des
Capitulaires , lors qu'il y a
dans le Chapitre des fujets ca
pables d'eftre élus , parce que
c'eft aller directement contre
la difpofition & contre les regles
du Droit , que de choisir ,
foit pour l'élection active , ſoit
pour l'élection paffive hors du
Corps du Chapitre . Outre le
grand nombre d'Auteurs qu'on
a déja citez , & qui font de ce
fentiment ,on peut voir Lotter.
de re benef. lib.1.9.32. m. 37. Il
ya mefme beaucoup d'Auteurs
qui vont plus loin, & qui veulent
que quand la plus grande
partie du Chapitre voudroit
du
Temps.
219
élire un fujet hors du Corps , il
fuffit pour l'empefcher que la
plus petite partie s'y oppofe .
Quoy qu'il en ſoit , il eſt toûjours
tres- feur de dire , & même
on ne peut nous le nier ,
que c'eft aller directement
contre le Droit, que d'élire un
fujet hors du Corps , extra
gremium, contre la volonté de la
plus grande partie du Chapitre;
ce que l'on vient pourtant
de voir dans Monfieur le Prince
de Baviere , que l'on a voulu
, par une entrepriſe infoùtenable
, unir au Corps du College
Electoral des Chanoines
de Cologne.
De tout ce que nous avons
ditjufqu'à prefent , il s'enfuit
par une confequence infaillible
;
Qu'il n'y a point d'élection
K 2
220
Affaires
faite en faveur de Monfieur .
le Prince Jofeph Clement.
2. Que quand il y auroit
une élection elle ne pourroit
eftre appellée canonique , mais
au contraire on doit tomber
d'accord qu'elle eft formellement
oppofée aux faints Canons
, & par conſequent nulle ,
non feulement pour avoir efté
tentée par la moindre partic
du College , mais encore parce
que ces Meffieurs ont choifi
un fujet incapable d'eftre élu ,
hors du Corps , & n'ayant pas
l'âge porté par les faints Canons,
+
Or cet empêchement caufé
par le défaut d'âge ; quoy
qu'en difent nos adverfaires ,
n'a pas efté levé par Sa Sainte-
, qui ne pouvoit le faire fans
avoir auparavant marqué en
té ,
du Temps.
221
?
termes formels & individuels,
qu'Elle pretendoit déroger en
ce point aux Concordats Germaniques
, qui marquent fort
clairement que l'on procedera
aux élections dans les Cathedrales
& dans les Metropolitaines
,felon la forme canonique
& quel'on ne chomira que des
fujets capables d'eftre élus , fuivant
la difpofition des faints Canons.
Quelle eft , je vous prie ,
cette difpofition & cette forme.
prefcrite par les faints Canons ,
finon celle que le Pape Innocent
III. a introduite dans
ce fameux chapitre Quia propter
, du Concile general , avec
les declarations des Papes qui
ont fuccedé , & qui conviennent
tous , que la forme effen
tielle , & feule capable de rendre
une élection canonique
K
3
222
Affaires
fuivant l'intention du faint
Concile , c'eft qu'elle foit faite
par la plus grande partie du
Chapitre .
Nous avons déja dit plu
fieurs fois que les Concordats
Germaniques ont renouvellé
& confirmé cette forme d'éle
&tion par un Traité exprés
avec le faint Siege, ce qui fait
que nous affurons avec confiance
que le faint Pere ne doit
pas confirmer une élection qui
n'exifte point , quand meſme
elle exiſteroit ,elle feroit nulle,
parce qu'elle n'eft pas canoni→
que , & parce qu'elle eft directement
oppofée aux faints
Conciles , non feulement par
le defaut qu'elle a d'une forme
fubftantielle , mais encore par
cet autre defaut , que les Canoniftes
expriment par le ter
du
Temps.
223
me de matiere habile , c'eſt à
dire , d'un fujet incapable ,
parce qu'il n'a pas l'âge.
Nos Adverfaires n'ont pas
fujet de fe plaindre que nous
ayons manqué jufqu'à prefent
de preuves à leur oppofer . Cependant
pour épuifer la maticre
, il eft bon de leur marquer
cet endroit du Memoire Latin
que l'on a publié pour Monfieur
le Cardinal de Furftem
berg , aux pages 32.33 . 34. &
35. Hy verront une foule de
citations folides & fidelles , qui
font affez puiffantes pour confondre
les plus rebelles à la
verité. Nous ne pouvons donner
ces autoritez dans cet abregé
, parce qu'il n'y auroit rien
de plus incommode en François
, & de plus obfcur que des
citations de droit Canon . On
K
4
224 Affaires
Le contente d'indiquer la fourcej
ceux qui en auront befoin
pourront y avoir recours .
Que les Partifans de Monfieur
de Baviere reconnoiffent
donc cette Sentence & cet
Oracle que leur rend le Concile
general de Latran. L'on doit
faire élection de celuy qui aura eftè
choifi par lefuffrage de tous , ou de
la plus grande partie du Chapitre.
C'est ce que le Pape Boniface
VIII. a confirmé par une belle
declaration ; on la peut voir ,
in cap. fi cui 23 , de elect.in 6.Qu'ils
avoüent auffi , & qu'ils le faffent
de bonne foy , que c'eft inutilement
qu'ils ont voulu fe couvrir
à la faveur d'une chicane
honteufe , en difant que l'election
de la plus petite partie
doit eftre preferée à la Poftulation
de la plus grande , fe fondu
Temps.
7225
典
dant mal à propos fur ce chapitre
Scriptum40.de elect.puis qu'il
eft coftantque cette Decretale
étant anterieure au Concile de
Latran, elle a efté abolie & rendue
nulle par le Decret de ce
Concile qui l'a fuivy , ainfi
que nous l'avons remarqué au
commencement de cet Ouvrage.
Ce que nous avançons eft
fi certain , que plufieurs Canoniftes
foutiennent
par
exemple
, que , que la forme d'élire
up, Abbé ,qui eft prefcrite dans
la régle de Saint Benoift , de
vient inutile aux Religieux
de cet Ordre , s'ils n'obfervent
en mefme temps toutes les
formalitez qui font preferites
dans le Concile
de Latran,par,
ce que la regle de S. Benoift eft
anterieure à ce Concile . Le Tria
bunal de la Rote à Rome l'a
K S
226
Affaires
ainfi jugé dans la décifion $ 74 .
2.52 .
Non feulement nous n'avons
rien à craindre de cette chi
cane , mais auffi elle devient
inutile à ceux qui en vou
droient abuſer , puifque tous.
les Auteurs qui fe font trom
pez , en voulant faire fervir
aprés le Concile de Latran cette
Decretale du Chapitre feri
ptum , ont efté contraints d'a
vouer que l'élection de la plus.
petite partie ne doit eftre préferéeà
la Poftulation de la plus
grande , que dans la fuppofi
tion que celuy qui a cfté élû ,
eftoit capable de l'eftre , qu'il
eftoit du corps du Chapitre
que l'ona obfervé la difpofi
tion du Concile , qui eft qu'aprés
avoir conferé les voix on
falle l'élection en commun de
A
du
Temps.
227
la perfonne que l'on a nommée
dans le Scrutin , & que cette
élection fe faffe enfuite par un
feul , & par des paroles qui
expriment le nombre fingulier,
& celapubliquement dans le Chapitre,&
d'une voix intelligible en
difant , je N... en mon nom &.
au nom de ceux qui ont concouru
avec moy ,j'aychoifi N......
"
Toutes ces formalitez que:
nous venons de remarquer
ontefté omifes dans l'élection
imaginaire qu'on nous oppoſe,.
c'eft ce qui fait que fe rencon
trant de concours avec une
poftulation canonique & legitime
, il n'y a aucun doute
qu'elle doit luy ceder. C'eft la
decifion d'Hoft.de Post. Pral.n.13
Donc cette élection de Monfieur
le Prince de Baviere
n'ayant point efté faite come
K 6
228
Affaires
·
me il paroift évidemment , par
:ce que nous avons dit , en donnant
un détail exact de la Poftulation
de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg , & dans .
la fuite des preuves où il eft.
remarqué que Monfieur Bequerer
, l'un des. Chanoines ,
s'eftoit contenté de demander
qu'on nommaſt , ou qu'on publiaft
le fujet qui avoit eu neuf
voix,& que ces Meffieurs n'ont
point fait attention , qu'ils ef
toient obligez d'achever ce
qu'ils avoient commencé , ea
difant comme ils devoient à
Mrle Scrutateur de faire l'éledion
deMr le Prince Clement
en leur nom , ou au refus du
Scrutateur de la faire faire par
un de leur party , il eft fans .
contredit qu'ils ont manqué
effentiellement.Donc leur De
du
Temps.
229
eretale du Chapitre fcriptum
leur eft abfolument inutile ,
parce qu'ils ont negligé ou refufé
d'achever leur élection ,.
comme le prouve fort bien le
Panormitain fur le Chapitre:
publicato n. 6. verf. in fin. Gieff..
& les autres Canoniftes que
Pafferin cite à la queſtion 19.
nombre 3.1.
: S'il eft donc certain , comme
nous venons de le démontrer,,
que l'élection eftant nulle , elle
ne peut pas eftre préférée à
une Poftulation Canonique ,,
quel ufage pourra avoir cette
étendue & ce pouvoir que nos
Adverfaires attribuent à là
Decretale compriſe dans le
Chapitre fcriptum ? On ne luy
en peut donner aucun , puif
que pour faire qu'une élec
tion puiffe legitimement con
230 Affaires
courir avec une poftulation
il faut que cette élection foit
réelle. Mais quand tout cela
feroit , ce qui n'eft pas , la
confirmation du S. Pere feroit
toûjours fterile & infructueufe
; nous l'avons déja dit , &
nous l'allons encore confirmer
par quelques raifonnemes fornificz
par de bonnes autoritez.-
En effet , quelque tour que
l'on donne à fon imagination;
quelque effor qu'elle prenne ,
où trouver le moyen de lever
cetobftacle fâcheux d'une nul
lité vifible,qui refulte de cette
infraction du Droit commun ,
& du defaut desfuffrages de la
plus grande partie des Capitu
laires , & du Concordat Ger
manique qui n'admet au→
cune élection , de mefme
que le Pape de fon coſté ne
du
Temps.
231
s'oblige à confirmer , que celle
•qui eſt Canonique ? Comment
donc pourroit - on appeller
Canonique cette élection qui
n'eft pas conforme à la difpofition
des SS . Canons ? Ainf
l'élection pour eftre Canoni
ques doit eftre un Acte legiti
me , c'est - à - dire , folemnel ,
comme l'a remarqué . Lotterius
; qui ajoûte expreffement
quelorfque le Pape Innocent
III.marque la forme de l'éle
ction dans le Concile de Latran
il n'entend pas qu'on
élude par de vaines chicanes
de la Scholaftique , la difpofition
qu'il a donnée au Canon;
en voulant à l'imitation de
certains , diſtinguer l'élection
par ces termes de ſtrictè & latè,,
ou large, qui font en ufage dans.
l'école , & à la faveur defquels
232 Affaires
on nous fuppoferoit des éle
tions prifes à la rigueur , où
d'autres expliquées d'une maniere
plus favorable .
Il faut icy renoncer à toutes
Ices chicanes inutiles ; point de
diftinctions qui ne fervent:
qu'à rendre une caufe plus.
méchante. Dés qu'on s'eft
éloigné dans l'élection de quel
qu'une des formalitez prefcrites
par le Concile , il n'y a
plus d'élection Canonique..
Voyez le Memoire latin pag.
36. & 37. où l'on cite un grandi
nombre d'autoritéz incontef
tables...
Nos Adverfaires fentent
bien ces coups , & mefme ils
font contraints d'avouer parla
bouche de leurs propres Auteurs
qui ont écrit pour eux
depuis peu à Liege & à Colo
du
Temps.
233
gne , que l'élection de la plus
petite partie , quand elle auroit
toutes les formalitez requifes
par les SS . Canons , ce
qui n'eft pas icy , dés qu'elle
fe trouve de concours avec la
plus grande partie du Chapitre
qui fait une Poftulation ,
cette élection , dis - je , ne don
ne aucun droit au fujet élu
mais elle demeure inutile , à
moins que le Souverain Pontife
ne l'aprouve , lequel peut
dans cette rencontre la rejet
ter , & confirmer la Poftulation
. Voilà le fentiment même
des Auteurs qui veulent
nous combattre ; d'où il s'enfuit
fort naturellement
, que
l'élection de la plus petite partie
ne peut eftre appellée Canonique
, dans le fentiment
mefme de nos Adverfaires
234 Affaires
puifqu'ils avouent que le Pape
peut nene la
pas approuver
, ce
qui ne feroit pas fi cette éledion
eftoit Canonique
, puif,
qu'il eft feur que le S. Pere
s'eft obligé
d'approuver
les
élections
Canoniques
, & qu'il
le doit indiſpenſablement
par
la loy de Justice
.
La raifon fe prend de ce droit
irrevocable qui eft acquis à
un fujer canoniquement élû
& c'eft ce droit qui néceffite le
Pape d'approuver , de forte
qu'une élection ayant efté faite
felon la difpofition des SS .
Canons , la confirmation n'eſt
pas laiffée àfon choix , mais il
la doit donner par une obligation
préciſe & de neceffité abfoluë,
ainsi que le Panormitain
l'enſeigne fort au longan
Chap.poftquam 3. de clect. n. I
du
Temps .
235
Le fentiment de cet habile
Sicilien a efté fuivy de tous les
Canoniftes qui ont écrit , &
de plus , les Souverains Tribu-
Daux de Rome ont decidé la
mefme choſe .
Il est donc vray que le Pape,
fuivant les articles du Concordat
Germanique , ne doit
approuver que les élections
canoniques , & que les Predeceffeurs
de Sa Sainteté ont toujours
protefté qu'ils ne pretens
doient point déroger à ce Concordat
quel'on a fait avec tant
de fageffe & de prudence , &
aprés des deliberations fi ferieufes
, pour établir à jamais
une paix fincere & folide en .
trela Cour Romaine & le S.
Empire. On peut voir ce fentiment
fi jufte,chez les Auteurs
qui ont écrit fur le Droit , &
qui font fondez en cela fur de
236 Affaires
bonnes preuves . Voyez Clok.
ad reg. 8. Gloff. 11.ànum. 12. úfque
adnum. 24.
•
" ce
Les Papes ayant mefme marqué
par plufieurs declarations
qu'ils ne pretendoient jamais
déroger aux Concordats
feroit en vain que l'on demanderoit
icy, & que l'on mettroit
en queſtion file Pape a coutume
de préferer une élection
faite par la plus petite partie ,
à une Poftulation faite par la
plus grande partie des Capitulaires
puis que Sa Sainteté a
devant les yeux l'exemple de
tant de fages Pontifes fes Predeceffeurs
qui ont regardé le
Concordat Germanique comme
une chofe facrée , à laquelle
ils ne devoient point toucher.
Or ce Concordat Germani-
2
que , comme nous l'avons déja
du
Temps .
237
que
dit tant de fois , n'admet
les élections canoniques , &
il n'y a que les élections faites
par la plus grande partie du
Chapitre qui foient canoniques.
C'est donc en vain que
l'on attend d'autre confirmation
legitime, que de la Poftulation
de Monfieur le Cardinal
de Furftemberg , qui eft icy
l'unique qui foit conforme aux
Decrets du S. Concile .
Si nos Adverfaires preten
dent faire croire que l'ufage
de Rome eft de preferer tou
jours l'élection , quoy que de
la plus petite partie du Chapitre
, à la Poftulation de la plus
grande , on peut répondre à
cette objection en deux mots ;
fçavoir que Lotterius , qui eft
le principal Auteur qu'on nous
oppofe , n'a fait aucune men238
Affaires
tion de l'Allemagne , où il y a
un ufage & des Concordats
particuliers qui obligent de
n'admettre dans ce Pays -là
que les élections ou les poftulations
qui font felon les faints
Canons voilà noftre grand
principe qu'on ne détruira pas
facilement.Que nos adverfaires
ne nous donnent - ils quelque
autorité de Lotterius
& des autres dont ils fe fervent,
pour marquer que l'ufage
d'Allemagne eft oppofé à ce
que nons difons?
Comme donc il y a des ufages
& des Concordats particuliers
en Allemagne, qui font
de s'arrefter uniquement aux
élections canomiques
, l'éle-
Яtion imaginaire de Monfieur
le Prince de Baviere eſt tout
à fait oppofée à ces ufages ,
du
Temps.
2.39
1
puis qu'elle eft nulle ; & quand
mefme elle feroit réelle , ce
qui n'eſt pas , les Auteurs de
Liege & de Cologne qui ont
écrit pour ce Prince tom
bent d'accord que le Saint
Pere peut ne pas approuver
fon élection , qui eft une fuite
naturelle qu'ils reconnoiffent
qu'elle n'eft pas canonique
puis que le Concordat Germanique
porte que le Pape
approuvera les élections canoniques
, & que cette confirmation
eft de droit , dejuftice
& de neceffité , & non pas de
grace , ainfi que nous l'avons
démontré .
Il y a encore cette difficulté
dans le fentiment de
nos adverfaires , qui eft de
fe detourner , comme ils font ,
du fens naturel de leur Au240
Affaires
teur. En effet Lotterius ne dit
pas que le Pape ait coutume de
confirmer l'élection de la plus
petite partie , lors qu'elle fe
rencontre de concours avec
cette poftulation de la plus
grande partie ; mais il dit feu -
lement
que le Pape peut admettre
la poftulation faite par
la plus grande partie du Chapitre
. Cela eft étably avec for
ce dans le Memoire Latin
pag. 39. 40. & 41. qn'on peut
confulter.C'est
pourquoy nous
ne nous arreſterons pas à donner
plus d'étenduë à ces raifons
, ce feroit inutilement
puis qu'il fuffit de remarquer
que quand mefme Lotterius
auroit un fentiment favorable
à nos adverfaires , ce qui n'eft
pas , il ne nous feroit aucun
tort. La raiſon eft que ce Canonifte
du
Temps.
241
2
noniſte auroit deu marquer
que c'eft auffi l'uſage en Allemagne
de preferer l'élection
de la plus petite partie à la
poftulation de la plus grande
partie des Capitulaires . De
plus , qu'il l'ait marqué ou
non , nous fommes toujours à
couvert , à la faveur de cette
Décifion de la Rote ; tous conviennent
qu'il ne faut pas croire
legerement à un Docteur qui affeure
qu'une telle coutume eft établie ;
mais il eft abfolument neceffaire
qu'il prouve réellement cette coû
tume , & ce n'est pas affez d'apporterpour
preuve quelque autorité
nouvelle , parce qu'une telle nouveauté
eft opposée au Droit , qui
demande une autorité qui foit de
temps immemorial. Rota coràm
Mohedan. de confuetud. dec.2 . m.
verbis , fuit tentum.Cela eft con-
L
242 Affaires
forme au Droit , en forte même
que Jaffon fur ce paffage,
que nous citons affure , que.
c'est l'opinion commune,
Je dis encore plus , bien loin
que l'on fe puiffe prévaloir
contre nous du fentiment de
Lotterius que nous venons de
combattre, & que l'on attribuë
fans fujet à cet Auteur , il faut
ajoûter que quand il auroit
compris l'Allemagne , nous le
recuferions , par ces exemples
que nous avons donnez au
commencement de cet Ouvrage
, & entre autres par celuy
de Jean, Marquis de Bade,
qui fuft poftulé en 1456. pour
l'Archevefché de Tréves.
Donc malgré tous les efforts
de nos Adverfaires , cette verité
fi fouvent repetée , demeure
ferme & conftante ,
du
Temps .
243 •
qu'il n'y a point eu d'élection faite
de la perfonne du Sereniffime Prin
ce Iofeph Clement de Baviere , &
que par confequent la plus grande
partie du Chapitre s'oppofant à fa
confirmation , il n'y a point lieu
d'efperer une confirmation legitime
du Saint Siege.
Il nous reste à prouver qu'il
fuffic que la meilleure partie
du Chapitre ait fait une Poftulation
valide & legitime ,
pour devoir eftre confirmée
par le Saint Pere , ce qui renferme
naturellement cette fe
conde Propofition .
II. LA POSTULATION DE
Monfieur le Cardinal Landgrave
de Furftemberg eft canonique,
ayant efté faite folemnellement
par la plus grande & la plus
confiderablepartie du Chapitre ,
ce qui rend fa confirmation ne -
ceffaire & legitime.
L 2
244. Affaires
Cette concluſion eſt fondée
fur une verité certaine , qui
eft , que la poftulation qui a
été faite folemnellement par la
plus grande partie des Capitulaires
; pourveu qu'on ait obfervé
la forme prefcrite par le
chapitre , Quia propter , eſt valide
, & doit eftre admife du
Saint Siege. Pafferin le prouve
fort au long , chap. 24. q.6 . per
tot. conformément à cette experience
de tous les temps
qui nous montre les Souverains
Pontifes toujours appliquez
à fuivre exactement
comme une Loy inviolable ,
cette pratique de confirmer
les Poftulations faites par la
plus grande partie des Chanoines
ces dignes Succeffears
de S. Pierre fçachant
fort bien que felon le droit ,
›
du
Temps. 245
les Poftulations fuccedent &
entrent dans le droit des élections
canoniques.
La raifon en eft fenfible
parce que les Poftulations fe
font toûjours des perfonnes
les plus propres , les plus confiderables
& les plus utiles à
l'Eglife; d'où il s'enfuis qu'elles
renferment toûjours une canfe
plus évidente de neceffité &
d'utilité à l'Eglife , auffi l'on
dit fort bien que ces Poftulations
contiennent toujours
une caufe de juftice , qui oblige
neceffairement le Superieur
de les confirmer parcc
qu'en les faifant , on a en veuë
une plus grande utilité . Lotteran.
de re Benef. l. 3. q. 17.
1.234.
Pafferin va encoce plus loin,
car il prouve que dés qu'il pa-
L3
246
Affaires
roift que la confirmation de la
Poftulation fera utile à l'Eglife
, & qu'au contraire fon refus
fera préjudiciable au bien de
l'Eglife , le Superieur eft obligé
, par la Loy de juftice , d'admettre
cette poftulation , quand
elle auroit efté accompagnée
de differens & de difcorde ,
pourvû qu'on l'ait faite avec
le plus grand nombre des Ca
pitulaires. Paffer. de elect. 24.
9.14 . n.48 .
Et il ne fert de rien de nous
oppofer cette obiection de certains
Ecrivains , qui ont compilé
de nouvelles obfervations.
& des doutes en faveur de Mr.
le Prince de Baviere , fçavoir ,
que pour rendre parfaitement
canonique une folemnelle Poftulation
, ce n'eſt pas affez
qu'elle ne foit point de con
3
du
Temps, 247
cours avec une élection , máis
encore qu'elle doit avoir tous
les fuffrages , ou au moins lest
deux tiers . C'eft une erreur
de droit qui a déia reccu fa
condamnation dans tous les
Tribunaux , où l'on tient una
nimement , que la plus grande
partie du Chapitrefuffit pourfaire
une Poftulation legitime , quand la
plus petite partie s'y oppoferoit , ou
manqueroit defaire l'election,Hoftien
in fumma de Poſtul.n.io.
in verb. qualiter fiat Poftulatio.
Où cet Auteur ne demande
qu'une condition qu'il appelle
la forme , qui eft que ceux qui
font la Poftulation foient d'accord
, & agiffent en commun ;
parce que comme ils demandent
une grace jils le doivent
faire unanimement & de
concert ; autrement le fain
L4
248
Affaires
Siege n'a pas la coûtume d'admettre
la Poftulation. Elle pour-
Toit cependant eftre confirmée par
La Sainteté pourvû qu'elle eût eftè
faite par la plusgrande partie , &
que la plus petite partie n'eût pas
fait d'élection , & en cela le Saint
Pere ne feroit tort à perfonne . Le
mefme 65. dift. c . 1. 2. & 3. 10 .
q. 2. hoc ejus porrectum , &c.
parce que la Regle la plus certaine
c'eft de fe mettre du côté.
de la plus grande & de la plus
confiderable partie. Vne foule.
de Canoniftes fe prefente icy
à nôtre fecours, ce qu'on peut
voir dans le Memoire Latin
pag. 42.
نم
43.
Mais nous ne devons pas,
omettre de remarquer , que
le celebre Panormitain eft de
noftre cofté , auffi bien que
Barbofa , Azor & pafferin , qui
du Temps.
249
refutent folidement quelques
Canoniftes qui ont voulu dire,
qu'il falloit de neceffité avoir
unanimement les fuffrages de
tout le Chapitre pour une poftulation
, ce qui n'eft pas
vray , puis que non feulement
les deux tiers fuffifent , mais
que c'eft affez d'en avoir la
plus grande partie..
Cet efprit incertain,qui eft
fi facile à fe laiffer aller aux
doutes nous fait icy une chicane
dans fa Décade , imprimée
depuis peu à Cologne , au
Doute 4. Il trouve mauvais
qu'on ait publié & dénoncé
dans l'Eglife de Cologne , au
Clergé & au peuple , la poftu- :
lation de Monfieur le Cardi .
nal de Furftemberg . Nous lay /
répondons qu'il eft le feul capable
d'inventer une telle :
La
Sc
250 Affaires
difficulté . Cette formalité ef
toit abfolument neeeffaire ;
parce que comme il eft ordonné
dans le Concile general ;
au chapitre Quia propter , de
publier au Clergé & au Peu
ple l'élection canonique , afin
qu'on n'entreprenne pas de
faire d'élections clandeftines;
auffi par la mefme raiſon la pof
tulation folemnelle & canonique
a coutume, & doit eſtre
publiée & dénoncée au peuple
,fuivant l'intention & la
forme prefcite par le Concile;
avec cela d'extremement fort
pour nous , que cette formalité
eft de neceffité abfoluë
felon Pafferin , Mandagot , &
plufieurs autres , qui font citez
dans l'original , pag. 45 .
Au refte , pour ce qui eft
des Etats & des Sujets de l'E-
7
du
Temps:
251
lectorat de Cologne , il ne
faut que faire un peu d'attention
fur les circonstances de
la poftulatien dont il s'agit ,
& l'on tombera d'accord que
tous en font tres - contens ; &
qu'ils reconnoiffent Monfieur
le Cardinal de Furftemberg ,
pour avoir efté legitimement
poftulé .
Quant à ce qui regarde l'ac
cufation qu'on forge contre-
Son Eminence , comme fi Elle
s'eftoit ingerée ou mêlée de
l'adminiftration
, & que par là
ce Prince euft rendu fa Poftulation
nulle , nous répondons
que c'eft une impreffion maligne
& fauffe de ce faiseur de
doutes mal informé qui parle
avec fi peu de verité , qu'il
ne mérite pas qu'on le refute
en cet endroit , non plus
L &
25.2 Affaires
que dans fes autres doutes
qui font tres- faciles à refoudre
par tout ce que nous avons
dit jufqu'à prefent .
Toutes les raifons , & toutes
les antoritez que nous venons
de rapporter eftant donc
examinées fans paffion , & avec
attention , ferieufe , prouvent
d'une maniere invincible , non
feulement ce que nous avons
propofé en premier lieu , qu'il
n'y a point eu d'élection faite,
de la perfonne du Sereniffime
Prince Jofeph Clement de Ba .
viere , & que par confequentil .
n'y a point lieu d'en attendre
du Saint Siege , une confirmation
legitime , mais encore.
l'autre conclufion , qui eft que
la poftulation de Monfieur le
Cardinal de Furftemberg, eft
canonique , s'eftant faite fodu
Temps.
·25-32
Temnellement par la plus gran--
de & la plus confiderable partie:
du Chapitre ce qui rend fat
confirmation jufte , équitable
& neceffaire pour l'utilné évidente
qu'en recevra l'Eglife de :
Cologne , car la poſtulation a
efté faite par les plus illuftres
Prelats , qui compofent fans .
doute la plus confiderable partie
du Chapitre. Le Sujet qu'ils
ont choifi eft de leurs Corps ,
dans lequel le Pape a voulu
qu'il foit refté , aprés l'avoir
confirmé dans l'Evêché . de:
Strasbourg , en forte qu'en
vertu de cette difpenfe , ce
Prince s'est toujours perfuadé
qu'il eftoit eligible comme au
paravant pour l'Eglife de Cologne.
C'eft ce qui luy a fait
croire de bonne foy qu'il n'avoit
pas befoin d'obtenir un
254 Affaires
nouvel Indult d'éligibilité.
Le Sujet que l'on poftule eft
parfaitement informé par une
tres - longue experience de l'état
, & de tous les befoins de
l'Electorat & de l'Eglife de Cologne
, ayant esté employé
dans les affaires de cet Archevefché
en qualité de Chanoines
plus de 50. ans ; en qualité de
Chanoine Capitulaire plus de
40. ans comme Eccliftre &
Prelat plus de trente ans ; enfin
en qualité de Doyen & de
premier Prelat pendant plufieurs
années , avec des peines
& des travaux incroyables ,
fans parler des fecours que ce
Prince a donnez , & des bons
offices qu'il eft en état de ren--
dre , dans la fuite , à l'Eglife & .
à l'Electorat de Cologne , en
forte qu'il eft en droit de dedu
Temps:
255
mander aujourd'huy qu'on ait
pour luy cette reconnoiffance.
que les faints Canons attribuent
avec juftice aux Prelats
defon merite , que chacun reçoi
ve les fruits de fes bons fervices,
dans l'Eglife mefme dans laquelle il
a confatré tous les travaux de fa
vie, in cap. nullus , dift . 61.
On fait la poftulation d'un
Prince que l'Electeur défungs
a preferé àfes propres parens.
pour le faire fon Coadjuteur:
pendant fa vie , & fon Succeffeur
aprés fa mort , parce
qu'il l'a jugé plus utile que
les autres à l'Eglife de Cologne
; & ce qui eft plus à confiderer,
avec un empreffement
fi louable , qu'eftant à l'extremité
il a écrit au pape avec de
grandes inftances & de fortes
prieres,pour conjurer Sa Sain
2.55 Affaires
teté d'admettre le choix qu'on
avoit fait de ce Cardinal. On
fçait auffi que ce prince ayant
été éleu Coadjuteur unanimement
& de concert , tout le
Chapitre écrivit an Saint pere
pour en obtenir la confirmation
, avec de nouvelles inf.
tances à Sa Sainteté depuis la
mort de Monfieur l'Electeur.
Enfin l'on poſtule une perfonne
qui eft enrichie , au
fentiment du pape mefme ,.
de toutes les rates vertus, quifont
un grand Evefque , &;
que toute la terre juge capable
de gouverner l'Eglife.
& l'Electorat de Cologne , avec.
toute la pieté , la prudence le
courage & la douceur poffible ..
Peut on douter de cette capacité
de Monfieur de Furftemberg
, auffi bien que de fon
du Temps . 275
י
zele pour la difcipline Ecclefiaftique
, & du defir efficace
qu'ila de délivrer l'Archevéché
de Cologne des Penfions.
exceffives qui l'accablent ,.
aprés que ce Prince a tant fait
par fes manieres engageantes
& par fon extreme habileté à
gouverner , que Meffieurs les
Chanoines fe font foumis aux
reglemens qui avoient efté
dreffez depuis long temps au
fujet de la décence dans les
habits Ecclefiaftiques & de
l'affiftance au Choeur, ce qu'ils
ont fuivy & fuivent encore
fort exactement. Cette gloire:
eft deue à ce Cardinal , puif .
qu'aucun de fes Prededeffeurs.
dans la Charge de Doyen n'a .
voit ofé tenter cette reforme..
On fçait encore que par
fon autorité il a réuffi dans le
258
Affaires
payement des penfions annuelles
jufque - là que d'avoir fatis.
fait à celles qui courent depuis
deux aus,& qui font une fomme
tres- confiderable , dont il
a acquitté l'Electorat envers les
Hôpitaux , les Monafteres , les
Collegiales,les Eglifes particulieres
?les Orphelins ,& lesVeu .
ves , fans parler des dettes courantes
, que Son Eminence a
payées aux Creanciers, à la decharge
de l'Archeveſché .
Ce font des faits connus de
tous ceux de la Patrie qui ne
voudront pas s'aveugler , &
Fon fçait affez que perfonne
avant luy n'avoit pû venir à
bout de démefler toutes ces
affaires qui estoient environnées
de tant d'épines , qu'il
n'y a que, l'application de plufieurs
années qui ait pû vaindu
Temps.
259
cre tous ces obftacles , auffi
glorieufement que cette Emi-.
nence a fait.
Ajoutons à tout cela , um
attachement fidelle & inviolable,
que ce Prince a toujours.
marqué pour Sa Sainteté ; avec
tant de zele qu'il a pris un foin
extrême de faire rendre au
Saint Pere , en plufieurs occafons
, tout l'honneur & tout le
refpect qui luy eft deu , & qu'on
n'a jamais violé impunément ,
quand Monfieur de Furftemberg
l'a pu fçavoir. C'eft encore
un Cardinal que le Pape a.
honoré de la pourpre en confideration
de fes rares vertus
& de fon grand merite ; qui
eft tel en un mot, que Sa Sainteté
ſouhaite un Archevefque
de Cologne, dans le Bref qu'Elle
a écrit à Meffieurs du Cha
260
Affaires
pitre , qu'il exhorte d'élire
celuy d'entre- cux qu'ils jugeront
le plus digne .
Le Prince qui entre en con-
Cours avec ce Cardinal eft
Monfieur le Prince de Baviere
qui a eu les fuffrages feulement
de quatre illuftres Membres
du Chapitre , qui font des plus
jeunes , qui ne refident point
à Cologne , & qui par confe
quent n'ont aucne experience
des affaires & de la necefiité
de l'Eglife & de la Patrie ..
Ce prince a encore eu les voix.
de quatre autre Chanoines des
moins anciens d'entre les preftres
, & qui ne font entrez
dans le corps du Chapitre que
depuis peu d'années ..
Enfin Monfieur de Baviere ,.
dont on pretend fuppofer une
élection , eft à peine âgé de
du
Temps.
261
dix fept ans , il n'eft point du
corps du Chapitre , & on ne l'a
jamais vu dans l'Eglife de Cologne.
Ileft de plus engagé à
deux Eglifes Chathedrales , qui
font les Evefchez de Frifingue
& de Ratisbonne , avec les
provifions de la Prevofté de
Berchtolfgaden , ne pouvant
encore prendre d'adminiftration
de l'Archevefché . Pour
achever en un mot,il eft inhabile
pour eftre admis dans le
College Electoral avant l'âge
de dix huit ans , & quoy que
remply de merite perfonnel ,
il n'a neanmoins aucune des
qualitez requifes à l'Electorat
de Cologne , lefquelles on reconnoift
eftre toutes fort abondamment
dans le fujet poftulé
.
Donc lajuftice d'une Poftu -
234 Affaires du Temps.
lation fi canonique , qui eſt
tout à fait conformé à la droite
raifon , & à la neceffité évidente
& preffante de l'Eglife
de Cologne , demande que
l'on confirme inceffamment
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
, qui a eſté poſtulé
par la plus grande & la plus
confiderable partie du Chapitre.
Vous jugez bien par la longueur
de cette Lettre , qu'il eft
temps que je la finiffe. Je vous
en envoyeray la fuite le premier
jour de Decembre , &
vous affure qu'elle ne fera
pas moins curieufe que ce
que vous venez de lire, Je fuis
voftre , & c.
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères