→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1688, 10 (partie 1, complétée par les Affaires du temps)
Taille
61.40 Mo
Format
Nombre de pages
352
Source
Année de téléchargement
Texte
1*
l ! 1;1 1) \, r 1, L-"~~~: -
.MEACURt
CALANT
LEDEDDIJit AAMUONSPEIGHNEUIRN.
APARIS,
AU PALAIS.
oN donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier iourde chaque Mois
,
& on
le vendra Trente sols relié en Veau , & Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuve
- du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROr.
AVIS. QVelquesprieres qu'on aitfaitesjusqu'a
present de bien
ecrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoyepouir
le Mercure, on ne laisse pas d'y manquertoujours.
Cela estcause qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on nese peutservir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms, en forte qu'on
ne s'y puisse tromper. On ne prend
aucun argent pour les Mémoires
,
&
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour,pourveu qu'ilsne
desobligent personne, à* qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prieseulement
ceux qui les envoyent,&sur
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes, d'affranchir leurs
Lettres de port, s'ils veulent qu'on
fasse ce qu'ils demandent. C'estfort
peu de chose pour chaque particulier,
& le tout ensemble eji beaucoup pour
un Libraire.
Lesieur Guerout qui débité presentement
le Mercure, a rétably les
choses de maniere qu'il est toujours
impriméau commencementde chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui se font à la Campagne, ilfera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyeravant
que l'on commence à, veudre icy le
Mercure. Comme ces paquetsseront
plusieursjours en chemin, Paris ne
Uiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilsoit arrivé dans
les Villes éloignées
,
maisaussiles
Villes ne le recevront passi tard
quelles faissoientauparavant. Ceux
qniselesontenvoyer par leurs Amis
sansencharger ledit Guerout, s'exposentà
le recevoirtoujoursfort tard
par deux raisons. La première,parce
que ces Amis n'ont ptU soin de le
venir prendresi-tost qu'ilest imprimé,
outre qu'il le sera toujours quelques
jours avant qu'on en fasse le
débit,& l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ilsl'ont leu, eux &
quelques autres à qui ils le pressent,
ils rejettent la faute du retardement
sur le Libraire, en disant que III
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardementpar la voye dudit sieur
Guerout,puis qu'ilse charge de faire
les paquets luy-mesme,& de lesfaire
porter à la poste ou aux Messagers
sans nul interest, tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donnéleur
adresse. Ilfera la mesmechose generalementde
tous lesLivresnouveaux
qu'onluy demandera,soit qu'il les
debite
, ou qu'ilsappartiennent à
d'autres Libraires, sans en prendre
pour celadavantage que leprixfxé
par les Libraires qui les vendront
JOuand ilse rencontrera qu'on demandera
ces Livres à lafin dIt mois, illesjoindra au Mercure, afin de
n'enfaire qu'unmesmepaquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on Iltlr4 tout lieu d'estre
content.
MERCURE
.! "-1 ab 1-
r~>ny~-~~
OCTOBRE1688
Ene dis rien de
nouveau, Madame,
en vous disant
que toute la Terre
est remplie de la reputation
du Roy. Mille actions qui
ébloüissent jusques aux Jaloux
de sa grandeur
,
leur
arrachent les loüanges qu'il
est impossible de refuser à
la vérité. Elles font dans la
bouche des Peuples les plus
éloignez,dont les Souverains
luy ont envoyé des Ambassadeurs
pour estretémoins
des merveilles de sa vie. Ses
Sujets qui luy doivent plus
que les Nations Etran gères;
parlent à toute heure avec
admiration de ses grandes
qualitez; mais quelques justes
que soient les divers Eloges
qui luy font donnez de toutes
parts, il est certain que
l'on n'en voit point de meilleur
goust, que ceux qu'on
trouve employez dans les
Ouvrages qui remportent les
Prix proposez par les Academies
des Gens de Lettres. Il
n'y en a aucune aujourd'huy,
qui ne choisisse quelque action
de ce grand Monarque
pour le sujet de ces Prix
, &
comme la matiere est toûjours
belle, que l'émulation
de ceux qui travaillent est
grande, &que les Juges font
fort éclairez, il ne faut pas
s'étonner si les Ouvrages de
cette nature sont plus reguliers
& plusachevez que
beaucoup d'autres. Voicy celuy
qui a remporté cette année
le prix dePoësiepar le jugement
de l'Academie Royale
d'Angers. Elle avoit marqué
pour sujet,les sentimens
de respect & d'admiration
dont les Peuples les plus
éloignez ont donné des témoignages
au Roy par de
celebres Ambassades. La
Priere que vous trouverez à
la fin de cette Piece, est
d'une obligation indispensable,
& c'est par là que doiventfinir
tous ceux qui veulent
entrer dans cette forte
de lice.
ODE. vOus
,
quiguideznos pasau
Temple de la Gloire,
fous ,
sans qui les Mortels font
d'impuissansefforts,
Sçavantes FillesdeMemoire,
Inspireznousicyvoscelstestransports.
On nousa veussans crainte au milieu
des alarmes
Faire entendre nos voix parmy le
bruit des armes,
Et chanterles combats du plus grand
des Vainqueurs.
Pourrions-nous demeurer dans u
honteux silence ,
J>)uand les Peuples surpris de
~j
magnificence
Viennent de toutes parts admirer~s
grandeurs?
9
C'estpeu qu'Alger tremblant, qt
Genes confonduë
,
Viennent à ses genlH." soumette
leurfierté;
c'est peu que l'Europe éperduë
Ait veu mille Ennemis implorer
bonté. ,
L OVIS, de ces ingrats dédaignat
les hommages
Demande à l'Univers de plus beau
témoignages
j^ue ceux que la frayeur~& le troi
ble ontformez.
Il veut dessentimens & d'amour
dejl'me.
;tej de voui- qu'ilAttend ce tribut
légitime
»
Peuples , quesa valeur n'a jamais
alarme'{;
~s
si-tostqu'avec centvoix laprompte
Messagere
Faitpar tout retentirsesfaits prodigieux,
De l'un & de l'autre hemisphere
chacun vient contempler ce Heros
glorieux.
Dans ces brulans Climats où bornant
sa carriere ( lumiere,
LeSoleilva dans l'onde éteindre sa
Le More * impatient ne peut plus
s'arrester.
il part,ilfend les eaux d'unecourse
rapide,
* LesAmbassadeurs de Maroc.
Et surpris à l'afpecl de ce nouvk
Alcide
Ilprefere , LOVIS,au Fils de Iupite,
~9
Sortez, *fiers Habitans des Çh
mats de l'Aurore,
Traversez pour le voir le vasteseir
des Mers,
Et vous direz avec le More
£)ue vous n'avez rien veu d'éga,
en l'Univers.
Le pompeux appareil desa gloire e.
datante
,
Son ejjritJsa honté,passeront vostre
attente,
Surson augustefront vous lirez ses
hautsfaits,
Vous verrez cette main qui lance le
Tonnerre,
* Les Ambassadeurs deSiam.
Afris avoircalmé les fureurs de la
Guerre,
Versermille faveurs dans lesein de
la Paix.
Quelspectacle déjàsurleborddela
Seine!
le vous vois observer ces Palais I.
orgueilleux,
2. Ces Rivages 3. & cette Plaine
Où Mars 4. offre un a7Jle au Soldat
malheureux. ( conde
Cette grande Citési belle~&sife-
I. Le Louvre, le College des
Quatre-Nations, &c.
2.. La Seine au sortirde Paris est
une des plusbelles choses du
vieilde.»
3. La Plaine de Grenelle.
4. L'Hôtel des Invalides.
Paris, vous paroist moins une Ville
qu'un Monde;
Cent miracles divers s'offrent de toutes
parts,
D'Archimedes 5. nouveaux une
Troupeéclairéey
Vous fait porter les yeux dans la
voûte Azurée
Où des feux 6. inconnus brillent à
vos regards.
~a
Tarmy tant de beautez que rien
ne vous arreste ,
N'yfixez,pas long-temps vos regards
curieux.
CequeVersailles vous appreste
5. L'Observatoire.
6. On fitvoir aux Ambassadeurs
de Siam les deux Satellites qu'on
a découvertsdepuis peu.
N'estpas moinssurprenant que le
Palais des Dieux.
Ce Louvre , ces lardins, ces Figures
charmantes,
Ces Travaux , ce Canal, ces Ondes
jaillissantes,
Ces Concerts, tout enchante en cet
heureuxséjour.
L'art tout puissanty sçait applanir
les Montagnes,
Etfait naistre des fleurs au milieu
desCampagnes
Où n'en pourroit formerle belAstre
du jour.
~3»
Maissi tout charme icyvosyeux
& vos oreilles, (ébloüis
,
Si dans ce beau séiour vous estes
A l'aspect de tant de merveilles,
J>)ue ne sera-ce point à l'aspect de
LOVIS?
HaflcT^vousd'approcher deson superbe
Trône,
Voyez à ses costez, & Minerve ~d
Bellone
Maintenir les beaux Arts dans un
parfait accord,
VIniufiice& l'erreur àsespieds encljainees,
Et toutes les Vertusparsa main couronnées,
Al'abrypourjamais des outrages du
Csi"r' e C'estainsiqu'adoré dans unepaix
profonde
Leplussage des Rois, le plus grand
des Mortels,
Salomon, vit la Terre& l'onde
AsahautesagesseéleverdesAutels.
Au bruit qn'en répandoitpar tout 14
Renommée
,
D'un genereux transport une Reyne
animée ( Etats.
Sortit pour l'admirer dufond deses
Quelseroit aujourd'huy l'excés de
safnrj'/ife,
Sises yeux pouvaientvoir ce que la
Terre éprise
Aprésunsi long âge admire en nos
Climats!
Mais quel troublesoudain
,
quelle
rnorne tristesse
Viennentforcer ("vos coeurs àpousser
dessoupirs
Tandis , qu'une viveallègresse
N'offre de tous costez que pompe &
que plaisirs?
Sans doute de LOFIS vostre ame
possedée
D'tt.1 trisse éloignement ne peutsouf
frir l'idée,
Vous quittez à regret des lieux si
pleins d'appas.
Mais un iuste devoir au retour nous
engage,
Et l'Asie a besoin de vostre témoignage
Pour croire des grandeurs qu'elle ne
comprendpas.
Allez, heureux témoins d'unesi
belle vie,
AuxyeuxdevojheVrinceentracer
le tableau,
lout l'orient brujle d'envie
D'apprendre le succés d'un voyage sibeau.
Etale7,, ces vertus> dont la vive
lumiere
Va d'un nouvel éclatembellir l'Inde
-
entiere,
Vous devez ce tresor à la pofleritéDe
rAugufte LOVIS éternisez la
gloire,
V9s noms avec le sien çonflcret
dans l'Histoire,
S'ouvriront un cheminàtimmortalité.
PRIERE POUR LE ROY.
Source éternelle de lumières
Seigneur, exauce ma priere l'invoque , ta bonté pour le plus
grand des Rois.
Répans toujours sur luy ta sagesse
profonde,
Et l'on ne verra riensur la terre c7
sur monde
Jj>ui nesoitfournisa tes loix.
Ce Prince qu'en tous lieux a suivy
la victoire,
Te consacretousses hauts faits ,
Et met son bonheur&sagloire
A te faire regner au coeur de ses
Sujets.
Quepourrions-nous ,
Seigneur, demander
davantage,
Sinon qu'aprés avoiraccomply ton
Ouvrage,
Tit ne l'abandonnesiamais ?
Cette Piece est de Mr TAbbé
de Maumenet, dont je
vous ay envoyé un fort bel
Ouvrage au commencement
de ma Lettre du moisdeJuillet
dernier. J'ajoûte un Sonnet
qui a esté presenté au
Roy, & que Mr Mallement
de Messange qui en est l'Auteur
, a fait à son retour de
Rome. Vous sçavez par plusieurs
Ouvrages que je vous
ay envoyez de luy qu'il a
beaucoup d'érudition, &
qu'il sçait faire autre chose
que des Vers. vOus quisansredouterle danger
ny la peine,
Pour voirdel'Vnivers lesplus beaux
ornemens,
Pafez, d'affreux rochers
, ou bien
1
au gré des Yens)
Dans unfragile bois, coupez, Phumide
Plaine;
Sisur les bords du Tibre un Pireilfoin-
vousmene,
Afin d'y contempler dans ces vieux
Monumens,
Sur des Marbresifauve\' de l'outrage
des temps, -
Les restes orgueilleuxdelagrandeur
Romaine;
Apresavoir loué les Siecles des
Césars,
Tournez sur celuy-cy vos curieux
regards;
Vous ne vanterez plus ce que l'Histoire
admire.
ri
Vos esprits éclairez, d- vos yeux
éblouis
Obligeront enfin vofire bouche de
dire,
JPu'on n'a jamais rien veu de si
grandque LOVJS.
Je vous ay appris il y a
déjà longtemps que le jour
de
de Saint Loüis de l'année
derniere, la Communauté
des Marchands de la Ville
de Poitiers avoit fait ériger
àses dépens une Staruë du
Roy, dans la plus grande &
plus belle Place de la Ville,
quia quitté le nom de Marche
vieil
,
qu'elle avoit auparavant
, pour prendre celuy
de Place Royale, à cause du
glorieux ornement qu'elle
possede. Cette mesme Compagnie
des Marchands a donné
cette année, au mesme
jour de Saint Louis,de nouvelles
marques de sonzele
pour la gloire de cet Auguste
Monarque, & de sajuste reconnoissance
de la protection
qu'il daigne accorder à tous
les Negocians de les Etats.
Ils ont fait mettre un Buste
de Sa Majesté, relevé en or,
sur la porte & principale entrée
de leur JurisdictionConsulaire,
appellée vulgairement
la Cour des Marchands.
Ce Buste a deux autres Figures
en relief à ses collez;
l'une est de Themis tenant
dans sa droite une épée; &
dans sa gauche la balance,
symbole de la Jultice , &,
l'autre Figure est celle de la
Prudence qui presente au Roy
une Couronne. Cette erection
se fitavec des acclamations
extraordinaires, & aux
cris de Vive le Roj3 accompagnez
d'un concert de Voix
& d'Instrumens. La Ceremonie
fut suivie d'une Me(Te
chantéeenMusique dans la
belle Chapelle de la Cour
des Marchands, qui fut ce
jour-la richement ornée.
Tous les Marchands s'y trouvèrent
en Corps. Mr Foucault
,
Intendant de la Province
à
dont le zele ne peut
estre plus ardent pour tout
ce qui regarde le Roy c, ne
manqua pas de s'y rendre. Il
y vint accompagné de Mr le
President duPresidial,&de
plusieurs autres Personnes de
qualité. La Messe estant achevée
, on chanta le Te Deum &
l'Exaudiat enfui te. Le « reste
du jour fut employé à des
réjoüissances que les Marchands
assemblez en Corps
firent dans leur Maison commune.
On y entendit plusieurs
concerts d'instrumens,
qui durèrent jusques à minuit
, & l'on en tint toutes
les portes ouvertes ,
afin que
tout le monde pust prendre
part à la Feste.
Quoy que l'usage de France
n'ait jamais esté de celebrer
le jour de la naissance
des Rois, comme on y fait
tous les jours des choses extraordinaires
pour un Monarque
aussi distingué que
LOUIS LE GRAND,
cet usage a commencé à s'y
introduire depuis quelques
années. Il y a beaucoup de
justice à faire ces fortes de
Festes pour la naissance des
Princes, puis que les Particuliersenfaisoient
autrefois
pour des Peerrsfoonnnneess pri*vées.
Ils celebroient ces naissances
par des sacrifices, & afin
que la beauté de ces jours
ne fust pas soüillée par le mélange
du fang des victimes,
on y répandoit feulement du
vin. Cet usage s'étendit jusqu'à
celebrer le jour de la
fondation des Villes) ce
qu'on appelloit Paliles, ou
Parties; & comme il ne trouvoit
pas proprement sa place
dans la médiocrité de ces
sortes de sujets, il passa enfin
jusques aux Princes. On ne
(e contenta pas de faire des
Festes pour se réjouir de leur
naissance,onfit de pareilles
ceremonies pour marquer le
jour que leur Empire avoir
commencé. Mr le President
de Trobat
,
Intendant du
Roùffllro-n-, mieux instruit
que personne de tout ce qui
s'est passé dans l'Antiquité ,
renouvelle tous les ans, cette
maniere de Feste le 5. de Septembre
,
jour de la naissance
du Roy; & comme la reduction
de Perpignan fous
l'obeissance de Loüis XIII.
:& la réunion de ce Pays -là
à la Couronne, se fit le 9. de
ce mesme mois, il joint dans
son zele la grandeur de ces
deux journées si proches l'une
de l'autre, pour une feule
réjouïssance, afin d'inspirer
auxPeuples du Roussillon ce
qu'ils doivent sentir? & pour
la naissance de leur Prince,
& pour le bonheur d'estre
rentrez fous la domination de
leurs premiers Maistres.Ainsi
le 4. du mois passé
,
la ceremonie
de cette Feste fut annoncée
pour le lendemain,
selon la coutume du Pays,
par les Crieurs publics à chaval,
au bruit des tambours &
bduex fanfares des trompettes
la Ville. Ces trompettes
fx. ces tambours recommenerent
à se faire entendre le
tnatin du jour suivant
, &
un grand Peuple accourut à
la Place de la Loge, qui se
trouva tapissée de bout en
bout. L'Hostel de Ville qui
fait une des faces de la Loge,
fut paré dedans & dehors
avec une magnificence extraordinaire.
A cofté de rentrée
de cet Hostel, Mr l'Intendant
avoit fait faire une
niche à laruftique garnie de
verdure, du milieu de lal',.
quelle;&du bout d'un Sceptre
terminé par une Fleur
de Lys, sortoit une fontaine
d'excellent vin, qui tomboit
dans un bassin
, qu'on avoit
pratiqué au dessous
, & où le
vin regorgeoit pour tout le
Peuple qui en vouloit boire.
Beaucoup de Tableaux & de
Figures faisoient connoistre
qu'on avoit dédié cette journée
à la gloire du plus grand
Prince du monde. A neuf
heures du matin, le Conseil
Souverain de ce Pays-là sortir
du Palais en robesrouges.

la Messe en habits Pontificaux,
&elle fut chantée par
quatre Choeurs de Musique,
placez en differens endroits
de l'Eglise. On ne l'eut pas
plûtost commencée qu'on
entendit une décharge de
Boëtes que l'on avoit rangées
tout autour. La mesme décharge
se fit à l'élévation & (., àla fin de la Mcllè, aprés laquelle
le Pere Vaissiere, Correcteur
des Minimes, monta
en chaire, & parla d'une ma-,
niere fine & delicate qui luy
attira beaucoup d'applaudissemens.
Il fit voir l'obligation
qu'ont les Sujets de meer
à la crainte de Dieu l'honleur
& l'obeissance qu'ils
doivent à leur Souverain. Les
Colonels & autres Officiers
les Troupes,-
assisstèrent à
:erre Ceremonie avec toute
Noblesse du Pays Les Conùls&
Officiers de Ville s'y
trouverent aussi avec leurs
ivrées, & quand tout fut
achevé
,
le Conseil Souverain
retourna au Palais
dans la mesme pompe qu'il
estoitvenu. Mr l'Intendant
de Trobat donna ensuite un
magnifique repas à Mr le
Comte de Chaseron, aux
Colonels, & aux Officiers
les plus considerables des
Troupes. Deux grandes ta..
bles, chacune de vingt couverts,
furent servies avec
beaucoup d'abondance & de
propreté, & tous les Conviez
beurent debout à la [an-i!
té du Roy. Pendant le repas
il y eut de très beaux Concerts
de Musique, de Violons,
&de Flûtes douces. On
fit des réjoüissances publiques
dans tout le reste du
jour, & ce ne furent que
danses à la Place de la Logc.-
Quatre échafauts qu'on avoit
ressez aux quatre coins,
tfoienc remplis de Hautbois
de Flûtes douces, & les
rompettes interrom poient
e temps en temps cette harlonie.
Les Dames placées
ux Balcons de l'Hostel de
fille, & aux fenestres de
ouces les Maisons quiaboutirent
à cette Place, y faioient
un agreable ornement.
ors que la nuit fut venuë,
n entendit une décharge du
Canonde la Ville & de la Ciadelle,&
plusde milleslambeaux
furent allumez sur cetcette
Place. Les feux dejoye
augmentèrent la clarté, &
divers feux d'artifice donnèrent
en l'air un agreable
spectacle. Toute laVille fut
illuminée, & pendant que
tout y estoit en mouvement,
Mr l'Intendant fit servir aux
mesmes Officiers qu'il avoit
déjà traitez, une Collation
des plus magnifiques. Aprés
cela,on se rendit à l'Hostel
de Ville, où il y eut un bal
public.Toutes les Dames y
vinrent parées,&les liqueurs
& lesconfitures n'y manquèrent
pas. La profusion que
l'on en fit parut extraordinaire,
& l'on donna mille
loüanges à Mr le President
deTrobat, qui avoit fait voir
tant de zele à celebrér la naissance
denostre Auguste Monarque.
Les Echecs estant regardez
pcomme un exercice noble
Beaucoup plus que comme
un Jeu, ce que je vous ay ciéja
envoyé touchant la maniere
d'y jouer ,a esté si bien recéu,
qu'onm'aadressé de nouveaux
Avis dont je vous fais
part.
NOUVELLE SUITE
d'AvisauxJoueursd'Echecs.
S LXXXI. 'Il se rencontre au milieu
du Jeu , que vostre
Chevalier estant à la quatrième
Cafe de la Dame de
l'autre, & que cette Dame
se trouve à la cinquiéme Café
de sa tour, dans le mesme
travers que son Roy,pouf
fez vostre Fou quoy que no~i
appuyé, elle, entre son Roy 8
il faudra que cette Dam
vous prenne, pour oster ~so
Roy d'Echec, & vostre Che
valier prenant alors le pion
de son Fou, mettra le Roy
de l'autre en Echec, & donnera
en mesme temps sur la
Dame, quine pourra éviter
d'estre prise.
LXXXII.
Dans le Jeu du Gambit,
lors que vous avez avancé
le pion de vostre Chevalier
deux Cafés, pour soûtenir
vostre pion, qui a pris celuy
de l'autre
, ne pou ssez pas
vostre pion sur le Chevalier
de l'autre qui s'est avancé;
c'est un faux coup, dont la
fuite cause la perte du Jeu.
LXXXIII.
Quand vostre Dame se
trouve pressée par le Chevalier
de l'autre qui donne dessus,
sans qu'elle puisse se
remueren lieu où ellene foit
pas en prise
,
si ce Chevalier
se trouve devant son Roy,
mettez une de vos pieces qui
donne sur ce Chevalier, il ne
pourra prendre vostre Dame,
car son Roy seroit en Echec
&vousau premier , coup ,vous
prendrez son Chevalier, ce
qui dégagera vostre Dame.
LXXXIV.
On ne sçauroit mener à )
Dîme avec la tourun pion
qui reste, si l'autre a son Roy
proche ce pion, & sa tour
dcrriere : c'est là un refait.
LXXXV.
Lors qu'il ne vous reste
qu'un Fou à la fin du Jeu
,
tenez vos pions sur des Cafes
de la mesme couleur que ce
Fou,jusqu'à ce que vous
ayez amené vostre Roy auprès
d'un d'eux, pour le
conduire à Dame.
LXXXVI.
Si vous avez une piece enfermée
,
dont vous ne pouvez
éviter la prise
,
tâchez de
reparer cette perte, soit er
avançant un pion qui va à
Dame
,
foit en avançant un
dessein que vous aviez formé,
LXXXVII.
Quand on vous donne un
pion à prendre par le vostre,
remarquez si en le prenant cela
n'ouvre pas la rangée aux
pieces de l'autre, comme
Dame/TouMU Fou,& si cela
ne découvre piS vostre Roy,
car en ce cas-là,loin deprendre
le pion de l'autre , il faut
pousserplus avant vôtre pion,
& de ce pion-là
, vous en
iexez une barriere avec ce
qui le soutient.
LXXXVIII. -
Lors qu'il vous manque
ne Tour? pour doubler celque
vous avez conduite
yeç un Chevalier dans la
~ngéedes pions de l'autre ,
menez encore un Chevalier,
vous matterez son Roy
ans la derniere Cafe dela
mgée où il a roqué.
LXXXIX.
Le Fou estantsujet dans
~s premiers coups du Jeu à
[ire renfermé dans ses prores
pions par ceux de Taure5
il faut avancer le pion
e la Tour une Cafe , pour
luy faire une place de re
serve.
XC.
Jouezavec un air libre
hardy, car lors qu'on crair
celuy avec qui l'on jouë
sans dire que la peur fair de
illusions, elle porte à prendr~
des précautions qui gêner
& qui gastentleJeu.
,:

XCI.
Si vous jouez toûjours~vi
te, il vous échape bien de
coups qui ne se peuvent voi
d'abord, & quelquefois
faitde crossesfautes.Sivous
rêvez trop , vous fatiguez ce
luy
uy avec qui vous jouëz, &
vous vous ébloüissez, vousnefme.
La main peut feule
oüer les premiers coups, l'es-
~rit doit penser dans le miieu
du jeu où se font les
grands desseins,&où se rencontrent
les coups difficiles;
& sur la fin il faut bien regarder
à chaque piece qu'on
~ouë
> pour ne faire aucune
perte, & pour ne pas manquer
le cou p qui se renconre,
car après cela il n'y a plus
le ressource.
XCII.
Le Pion de vostre Tour
avancéjusqu'à la troisiéme
Cafede la Tour de l'autre du
costé qu'ila roqué, pourra
servir à luy donner mac avec
vostre Dame. XCIII.
Il ne faut pas avancer d'a
bord le Pion de la Dame
non plus que celuy du Fo~
du Roy, ce sont comme deux
Gardes du Corps qui empef
chent les premiers échec
qu'on pourroit luy donner
des deux costez.
XCIV.
Lors que vous avez avancé
le Pion de vostre Roy deux
Cafés, le Chevalier du Roy
à la troisiéme Case du Fou,
& le Fou à la quatrième
Cafe du Fou de la Reine,qui
est une bonne maniere d'ouvrir
le jeu, avancez le Pion
du Fou de la Reine en Cafe,
afin de faire passer vostre Reine
derriere le Fou de vostre
Roy,vous ferez par ce moyen
une attaque fâcheuse à l'autre.
xcv.
Empeschez l'autre de roquer
autant quevous le pourrez
, en commençant à luy
donner des échecs; car vous
pouvez ensuitel'obliger de
sortir de sa rangée, &fstrouver
avoir derriere luy ses
Pions, qui doivent estre au
devance vos pieces qui viendront
tomber sur luy? enfin,
l'enfermeront& luy donneront
mat.
XCVI.
Quand le Fou de l'autre
estant dans sa place, vous empêche
d'approcher vostreDame
dans lemesme travers,
pour donner échec, & pour
suivre vostre premier deOEein)
prenez avec vôtre Fou le pion
de son Chevalier,car alors ou
il laissera vostre Fou, qui
prendra sa Tour;ou s'il prend
vostre Fou, vous aurez la liberté
d'approcher vostre Da-
Ille) & de continuer jusqu'à
ce qu'il foit mat.
XCVII.
Quand l'autre n'a remué
ny sa Dame
, ny son pion,
ny le Fou ny le Pion du
Roy: & que le pion de
sonFou se trouve avancé,
perdez plusieurs pieces
-'
jusqu'à
vostre Dame mesme,
pour trouver le moyen de
faire allervostre Fou dans le
travers donner échec & mat
au Roy, ne pouvant se couvrir.
XCVIII.
Quand l'autre a roqué,
avancez un Chevalier vers
luy ,s'il pouffe le pion de sa
Tour une Cafe sur vostre
Chevalier
,
pouffez le pion
de vostre Tour deux cafés,
car s'il prend vostre Chevalier
avec son pion, vous reprendrez
son pion avec le
voH:re) & par ce moyen donnerez
lieu à vostre Dame de
se venir joindre avec vostre
Tour, &de matterl'autre.
XCIX.
Il estbon aprèsavoir roqué,
de mettre à l'autre coup
vostre Tour à la cafedu
Roy.
C.
Lors que vous avez trois
pions qui vont à Dame, &
qui sont éloignez de voftrc
Roy, quiest occupé à empescher
ceux de l'autre de
damer? il faut qu'ils se trouvent
sur la fin en triangle,
& alors pouffez le pion de la
Tour à Dame,le Roy de
l'autre le prendra; &vous
après poussez le pion du Fou
à Dame, qui luy donnera
mat. CI
Lorsque vous faites une
découverte pour prendre une
grosse piece quin'est pas appuyée,
si l'autre couvre l'échcc
d'une piece qui peut
prendre la vostre, prenez
cette piecelà,quand mesme
ce ne feroit qu'un pion, car
vous ferez assez à temps pour
prendre celle pour laquelle
s'est fait la découverre.
CII
On ne peut donner mat
avec un Chevalier seul, s'il
me reste à l'autre aucune pie-
Xe; mais s'il a un pion qu'il
conduità Dame; que son
îRoy se trouve à la derniere
case de la Tour,& son pion
fâ la cafe derniere
,
& que
Í/Vofire Roy soit à la cafe de
vostreFou, mettez vostre )Chevalier à la seconde cafe
)de vostre Fou devant vostre
Roy? il mattera l'autre.
CIII.
Quand il reste à chacun
sa Dame avec le Roy, celuylà
gagnera, qui donnera le
premier échec, & reduira
l'autre à mettre son Royàla

case du Chevalier, & sa Dame
à la cafe du Fou; car s'il
a conduit son Roy à la troisiéme
case du Chevalier de
l'autre Roy, & sa Dame à la
deuxiéme cafe du Roy de
l'autre
,
il luy donnera mat
au premier coup, ou au lecond,
si l'autre perd sa Dame.
CIV.
Ceux quiétudient les diverses
manieres de joüer du
Carrera, du Salivai,& du Calabrois,
doivent remarquer
certains faux coups qu'ils
font faire à celuy qu'onveut
qui perde.
Aprés vous avoir parlé
lans plusieurs Lettres des
avantages qu'on tire des eaux
minerales pour beaucoup de
maladies
, je vous envoye aujourd'huy
une description
les Bains d'Aix en Savoye,
qui a esté leuë icy avec plaityir.
On m'assure que la peinture
des lieux y eH: fort
juste.
BAINSD'AIX
ENSAVOYE. cEst dans la Ville d'Aix queje
pttjJè mesjours,
De ces brûlantes eaux j'attens tout
monsecours.
L'Auteur de l'Vniversquilespousse
& lesguide,
A mis dans kuu conduits une ifame
liquide,
Dont les membres perclus où manque
la chaleur
Reçoivent dans lenrs nerfs une nouvelle
ardeur.
Ces canauxsousterrains qui portent
dans leurs veines
wec l'ardeur du feu le cristal des
fontaines,
portent en mesme tempsparuneffet
soudain
ux maux les plus cachez un Remede
certain.
JLCJ Romains autrefois, Maistres de
tout leMonde,
'mmirent à leurs loix cette terre seconde,
t ce qui reste encor * de pompeux
Monumens
sont ils ornoient les lieux de leurs
Gouvernemens,
%'sas efl de leurgrandeur une marque
éclatante,
\Jais ces Bains merveilleux, 6" dont
lyeau suprenante
¡<* On voit les restes d'unancien
temple & d'un Arc de Triomphe.
Dansfin brazierliquide enferman
tant d'effets, (secrets
Confond du Medecin & l'art & le
Ces Bains jadis sans doute en leu
richestructure
Faisioentvoircomme l'artpeut orne.
la nature,
Et ces Vainqueurs instruitsdusecre
de ces eaux ( travaux
S'y venoient dellljJèr de leurs noble.
De blessures couverts, biensouven.
sans autre ayde
Ilsy trouvoient ensemble, &plaifîi
dr remede,
Et guéris de leurscoups,fortfain.
& bien remis,
Retournoient attaquer de nouvedUJt,¡
Ennemis.
Fortproche de ce lieu dortun Lac*'
pacifique,
* Le Lac du Bourget.
Dont le bord est charmant autant
qu'il est rustique ;
Son onde a la couleur de celle de la
Mer,
Sans en avoir pourtant ny l'odeur
ny l'amer.
c'est une eau transparente
,
ou l'oeil
pourroitsans peine
Pénétrerjusqu'au fond desa paisible
arene,
Si l'obstacle qu'y met sa grande
profondeur
Fouvoit permettre à l'oeil d'en percer
la hauteur.
Parmy tant de poissons dont tout ce
Lacabonde,
Le * Lavaretf»pUififeulementdans
cette onde,
* Espece de Poisson qu'on ne
trouve que dans ce Lac.
Et luyseul
,
dédaignantdenageren
autre eau,
Partoutailleurs estrare autantqu'il
esi nouveau,
Ainsi que le Phénix unique en son
espece, (sans cesse.
Constant dans sa demeure il y reste
Des deux costez, du laca des Rocherssourcilleux
Elevent à l'envy leurs testes insqu'aux
deux,
Et de Rocs inégaux resserrant le rivdgei(
pajî,tge-
Far dessentiers étroits limitentle
Du costédu couchant on voitleMont
dl1 Chat,
Quisemble avec les Cieuxvouloir
livrer combat.
c'tjl desflancs de ce Mont quesort
cette * Fontam'e
* La Fontaine des Merveilles.
ZJelebre,&merveilleuse enfacourse
incertaine.
En retenant icy le cristal de ces eaux>
Ailleurshorsdesonsein les pouffant
à grandsflots,
Cette onde tantost libre & tantofl
prisonniere
Fournit à raisonner une riche matiere.
toit qu'enprenant etabordson cours
dans un détrot
f!ourson flux abondant trop petit ,
trop étroit,
Cette eau qui pour sortir fèntemille
enfreprifes
Ve puisses'échaper qi'a diverses reprises
,
Arinesisquse drarnséun vaseoù le col
Ve donne à la liqueur qu'un cours;
réitéré,
Soit que cet élement s'amassantgoute
a goûte
Se dégorge par fois, parfois cesse
sa route,
Suivant qu'unReservoir dans le ROj
enfermé
Par la chute des eaux est ouvert ou
fermé,
Ou soit que l'eau venant de la neige
fondue
Dans de certains détourssoitparsoi:
retenue ,
Ou quel'air introduitdansson étroi
Canal
N'en puissefondre ajf,,7, pourfaire
un cours égal,
Ou bien qu'une vapeur trop Ipaiffi;
dr. grossiere
Asa route s'opposeainsiquune Barrière,
(reflux.
Soitqu'ainsique la Merellefasseu
QtI que dinsfon Canal certains va;s
retenus
.'jiyferment tour à tour, & donnent
lepassage
Dans ceflux inconstant la raison fait
naufrage.
1-rn la mesme Contrée un Tzoeple*
auguste &vieux
J>)uefervent à tenvy de saintsReligieux
, Construit après que l'art eut perfiu
toutson luflrc,
;faitvoir l' intiquité d'unEdifice
illustre.
Dansce Templeanciensous de riches
Tombeaux
Des Princes Savoyardssontenfermez,
lesos.
* L'Abbaye de Haute Combe.
InvinciblesAyeux de cette ieune *
Altesse,
En qui la vertu brille avecque la
sagesse.
Aux deux extremitez, du tàc &1
de ces Monts
détendent de plaisans à* fertiles
Vallons,
Où sans beaucoup de peine &sans
grande culture
Le terroir abondant produit avec
usure,
Et les effets divers desafécondité
De ces aimables lieux maintiennent
la beauté.
Des Rtiijfeaux serpentans dans ces
Plainescharmantes
forment de Cristal des veines andoyantes,
* Meneur le Duc de Savoye.
.-"-.-'" ---"-
.Et de hauts Peupliers nourrispar la
fraîcheur
Del'humiderivage éloignent la
chaleur.
Dr'iuncchoJlée, dsesCereesssee ffdaiitt vVoOiirr l1a,1
,Dautre costé, Bacchus inspire faite*
gresse,
Et tous deux de concert conspirent
tour à tour
Aqui rendra seconds les Costeaux
d'alentour.
Flore dans la Prairie amene la
verdure,
Et les Nymphes des eaux y font un
doux murmure.
jfun autre costé Pan avec les Dieux
des BMSy(choix.
De cent lieux differens afait un iujle
Voilà l'endroit, Orrmte) où iefais
ma retraite ,
Trop heureux sily trouveunesanté
parfaite,
Etsi l'eau redonnant malgré les Médecins
Vne vigueur entiere à mes membres
mal-fains,
Ce bonheurremplissant enfin mon
esperance
Me fait ioüirbien-tost de ta chere
presence.
Le Roy qui donne des foins
continuels à ce qui regarde
la gloire & la seureté de son
Estat, ne longe pas moins
aux choses qui peuvent contribuer
aux avantages & à la
commodité de ses Sujets.
Ainsi, foit en Paix
,
soit en
Guerre, il veille à tout, il
pourvoit à tout, & ses affairesne
font jamais en danger
d'estre alterées. Le grand travail
du prolongement du
pont de Perpignan, sur la
Riviere de Latet, ayant esté
proposé
,
Sa Majesté en a
gousté les rairons, & a donné
ses ordres pour le faire
commencer. On remediera
par là aux fréquentes inondations
qui arrivent dans ce
Pays-là par lac hute des eaux
qui descendent des montagnes.
Cette Riviere, qui D'ell
proprement qu'un torrent)
prenant sa source du costé
du Mont-Loüis, la hauteur
du terrain du costé de Saint
Esteve contribue extremement
au débordement de
l'eau sur la campagne. C'est
pour cela qu'on doit faire
des digues & des épies de
l'autre cofté de la Rivière
pour la retenir dans son lit,
& pour mettre la campagne
en seureté contre les ravages
que ces inondations y font
ordinairement trois ou qua.;
tre fois l'année.Commeelles
ont souvent fermé le passage
aux Courriers qui apportoient
portoient les ordresdu Roy,
en forte que M l'Intendant
deTrobat, pour n'en pas re- tarderl'execution, a esté
obligé de faire passer plusieurs
fois des hommes à la
nâge, qui metroient les paquets
de la Cour sur leur rettei,
ce qui arrivant dans un tem ps
de guerre, pourroit avoir des
fuites fâcheuses pour le fervice
de Sa Majesté
, cet obstacle
cessera lors que le pont
aura esté prolongé. Joignez.
à cela que le Commerce qui
vient presque tout du costé
de France, aetie souvent interrompu,
les Marchands,&
autres gens d'affaires ayant
esté arrestez quelquefois cinq
ou six jours dans les lieux
voisins de la Ville avec beaucoup
d'incommodité, en
attendant que les eaux baissassent.
La Ville mesme a aussi,
beaucoup fouffert en plusieurs
occasions,les Paysans
n'y pouvant apporter de vivres,
& les Habitans manquant
de bois
, & des autres
chosesnecessaires pour la
vie. Toutes ces raisons ont
obligé Mr de Trobat à faire
commencer un si utile travail
si-tost qu'il en a receu
les derniers ordres de Sa Majessé.
Ce prolongement fera
le cent trente-cinq toises de
longueur sur seize pieds de
largeur, à commencer depuis
le parement de la pile
dela derniere arche de l'ancien
pont. Il commencera
par une chaussée qui aura
trente toises de longueur,
suivie de trois arches, qui
avec leurs piles,bajoyers ou
culées aurontvingt-cinq toises
de long. Celaferacontinué
tout de suite par une autre
chauffée de la longueurde
vingt-cinq toises, après laquelle
il y aura trois autres
arches de la mesme longueur
&structure que les premières
, ce qui fera finy & terminé
par une autre chauffée
qui aura vingt-huit toises de
long. On travaille presentement
à l'excavation du terrain
pour la premiere chauffée
,
& à la fondation de la
pile quidoitsoutenir les trois
premieres arches; & comme
l'eau decetteRiviere accoutuméeau
ravage& ennemie
des bornes qu'on luy veut
donner
,
faitrenaistre ses
sources pour empescher la
fondation de cette pile, le
principal foin a esté de vuider
ses eaux pour parvenir à
cette fondation; mais nonobstant
cette resistance on
n'a pas laissé de planter cent
dix pilots,&soixante ou
quatre vingt pal planches autour
des pilots, qu'on ensonce
dans la terre par trois marmoutonsqui
les ont mis déjà
au niveau du crrillacre. Huit
moulins à chapelet t>travaillent
incessamment à vui der
les eaux renaissantes, & trois
cens quatre- vingt hommes
qui se relevent de demy-heure
en demy-heure, sont employez
à bien affermir cette
fondation. On doittravailler
au premier jour à la maçonnerie,
& l'on verra bientost
élever sur la terre, malgré
la resistance de l'eau ce
superbe bastiment, qui fera
passer à la posterité le nom
& la gloire de ses Auteurs.
Les Dames de la Ville font
leur Cours de ce costé-là, &
tous les Etrangers qui arrivent
viennent admirer la
beauté de ce dessein.
Nous avons appris la mort
de Dame Anne deChoiseulde
Pralain, Abbesse de Nostte-
Dame de Troye. Elle
entra dans la Religion au
mois de Septembre 1605?.
âgée feulement de vingtdeux
mois, prit l'habit de
Religieuse le 7. Novembre
de l'année suivante, fit prosession
le 7. Novembre
1623. fut Coadjutrice. de
Madame Claude de Choiseul
sa Soeur en 1627.fut benue
Abbesse le 29. Septembre
1667. & mourut le 2^*
Aoust dernier, regretée generalement
de sa Commu-
auté, qu'ellea conduite penant
vingt & un an avec la
erniere douceur, & dans
oute la règle de son Ordre.
Le deüil particulier de cette
Maison a passéjusque dans la
Ville, qu'elle avoit édifiée
par la sainte vie des Religieuses
dont Dieu luy avoit donné
le foin
, &par les charitez
continuelles qu'elle faisoit
faire aux Pauvres. On n'eut
pas plûtost appris sa mort
qu'on entendit toutes les cloches
des Chapitres,Paroisses
&Communautez mêler leur
son lugubre aux larmes qu'on
versoitailleurs, ce qui dura
ce jour-là,& le lendemain,
qui fut celuy de son enterrement.
L'Eglise, & le Choeur
des Religieuses, qui futchoisi
pour le lieu de sa sepulture,
estoient tendus depuis le haut
jusqu'au bas de draps noirs,
chargez d'Ecussons de la
Maison de Choiseul.Ondressa
dans cet end roit uneChapelle
ardente, qui fut ornée
de cent chandeliers d'argent.
Sur les neuf heures du matin
,
le Pere Supérieur de l'Oratoire,
qui officia, accompagné
de douze Prestres, fit
transporter le corps de la D
sunte, de son logisAbbati;
dans le lieu que l'on avo
préparé
,
& estant retourn
pour faire le rervice,, il si
obligé dedifferer plus d'un
heure à cause de la foule de
personnes de toutes fortes d
conditionsquiestoient dar
l'Eglise dés le grand matin
pour avoir la consolation d
voir au visage, celle que 1
feule renommée leur avoi
fait connoistre. Ils y viren
aussi unechose qui les sur
prit. Ce fut qu'après plus d
vingt- quatre heures que cet
e Dame fut morte, ses mains
5c son visage parurent aussi
"raisj que si elle eust esté
dansunesantéparfaite. Cette
merveille,&la pompe funere
qu'on luy fit, attirerent
des gens du sexe mesmesur
es voûtes) & sur les toits de
Eglise qu'on découvroit, &.-\
dont on levoit les vitres pour
voir plus aisément les honneurs
qu'onrendoit a cette
digne Abbesse. Après que la
evlicliequi fut chantée par la
Musique de S.Estienne, fut
chevée, on entra en procession
dans le Convent pour
aller faire ses Obseques. Il
avoit plus de cent trente E
clefiaftiques en surplis. L
Chanoines de l'Eglise Papa
& Collégiale de S. Urbains
trouverenttous, ainsi que 1
deux Communautez des Pr
stres de l'Oratoire de S. Lou
& de S. Martin; les Peres B
nedjetinsde Montier- la
Celle de Fontevraut, de
Trinité, dite de la MercyJ,
Jacobins & les Cordelier
Depuis ce temps-là les Pa
roisses & les Communauté
n'ont point cesse de fair
faire dans l'Eglise de l'Ab
aye? des Services pour le
::pos de son ame. L'Oraison
inebre fera prononcée par
J Pere Supérieur de lOraaire,
son Consesseur, lors
ne les Dames Religieuses
Durront s'acquitter ellesnefmes
de ce que la douleur
Je leur a pas permis de faire
ttfquesàprefenc. Cetteillu-
:re Abbesse estoit Fille de
Charles de Choiseul, Marluis
de Prâlain
,
Baron de
:., haou-rcc,Ch-c-v-aiier des Orires
du Roy, Maréchal de
rrance, Gouverneur de Xainonge
&duPays d'Aunis &
ucnt de Champagne
, au
ailliage de Troyes & de
angres, & Gouverneur parculierdelaVille
de Troyes, t Fils de Charles de Choiul,
Maréchal de France,&
dernier de cette branche.
est Frere de Messire Gilbert
deChoiseul,Evesque de
ournay, & de Loüise de
noiseul Abbesse du Sau-
':.ir IOüs Laon. Outre pluimrs
avantages tres -
consirables
de cette Maison, elle
xeluy d'avoir esté alliée au
ng de nos Rois, par le Maged'AlixdeDreux,
Petite- -
Lieutenant général au Gcnj
vernement de Champagne
Cette Maison est une des plu
anciennes de cette Province
& prouve sa Noblesse depui
l'an 1080. Ellaaeudes Mare
chaux de France, des Lieu
tenans Généraux des Arnlé.
du Roy, des Gouverneurs d
Provinces, des Evesques., de
Abbez
,
des Abbesses
,
&e
Jean II. Seigneur de Choiseu
& d'Aigremont, estoit Con
nestable de Bourgogne cm
ia.5>7. François de Choiseul
Marquis de Pralain, Lieute
rnnt général au
Gouverne
fille du Roy Loüis le Gros,
Ellea donné de grands hom
mes, dont plusieurs ont esté
tuez ou blessez pour le service
de la France & de la Religion
, & entre autres Jean de:
Choiseul, Chevalier de Malthe,
tué en 1555. au Siege de;
cette Place, & Roger de
Choiseul, Marquis de Pralain,
tué à la Bataille de Sedan
en 1640. Ils portent d'azur
à la Croix d'or,cantonner
de dix-huit billetes de mesme.
L'estime generale que s'é-.
toit acquise le Pere Berger.
Jesuite; vous fera sans douter
aprendre sa mort plutost que
je ne puis vous l'aprendre,
Elle cH: arrivée au commencement
de ce mois. Il fut
surpris d'une apoplexie qui
l'emporta.Il estoitConsesseur
de feu Monsieur le Prince,
& avoit esté Précepteur de
Monsieur le Prince d'aujourd'huy.
C'estit un homme
d'une grande pieté
, qui aimoit
à obliger, & qui le faisoit
de bonne grâce. Il avoit
beaucoup d'érudition & de
belles Lettres, & comme il
s'estoit fait quantitéd'Amis,
on ne doit pas s'estonner s'il
cft regreté de beaucoup de
monde.
Je vousenvoye une Lettre
qui ne sçauroit manquer de
vous plaire, puis qu'elle est
de Mr deFontenelle dont
vous estimez tant tous les
Ouvrages. En rendant visite
à Mrl'Envoyé de Suede,ilfut
surpris de la beauté d'un
Portrait qu'il vit chez luy,,,
C'estoit celuy d'une fort jeune
personne. Il croyoit qu'en,
le faisant
,
le Peintre n'avoit
suivy que saseuleidée, quand
Mr l'Envoyé l'asseura que la
personne dont il voyoit le
Portrait ,
loin d'avoir esté
flatée,estoit encore plus belle
qu'on ne la representoit;que
c'estoit une Demoiselle Suedosse
,aussiestimable parfoîfc
esprit que par sa naissance,
que toutes les Langues luy
estoient connuës
,
& qu'elle
avoit leu avec grand plaisir
les Dialogues des Morts
, &£
les Entretiens sur la pluralité,
des Mondes. Ce fut sur cette
nouvelle peinture) que Mr
de Fontenelle forma le dessein
de luy écrire. Mr iTavoyé
deSuede voulut biense
charger du foin de luy faire,
'Mnir sa Lettre En voicy la.
copie. H ij
M.
ADEMOISELLE,
Je ne sçaysi enmedonnant
l'honneur de vous écrirej'écris,
il quelqu'un. Survostre nom qui
tft sort illustre
,
il faut que je
vous croye Suedoise. Sur les
grands yeux noirs quej'ay veus
dans vostre Portrait , @'. qui
doivent estrepleinsdefeu dans
l'original, je vous croy Espagnole
Sur de fort jolis. Vers
François que ton ma montrez
de vous , je vous croy françoise.
Sur d'autres Vers qui
fin. Italiens , je vous croy Ita~
tienne. Sur tout cela ensemble
vous n'essesd'aucunPays.
'•
Pour rendre le miracle encor ,. plus achevé , Dix-sept ans à peu prés,c'estl'âge
qu'on vous donne.
lfDixg-saepst taéns jusqu'icyn'avoient personne
Pour , prvoiust, ilsvous sont tort ; l'es- si cultivé
; Et dix-sept ans, font que je vous
soupçonne
Den'estre,Dieumelepardonne,
Q!;e quelque objet en l'air qu'un
Poëtearesvé.
Cependant il est certain que
Mr l'Envoyé de Suede prend
l'affaireserieusement, &sil'on
ja à croira des prediz/$.) ce doit
seusrtrceetptelutostsursonautorité qm
d'aucun autre. Ilsoûtient
quevous estes à Sto kolm.
quemillegens vousy ont veut
(^f vousy ont parlé. Il dit mesme
que ajojïre Portrait qui re.,
presente leplus charmant ojifaga
du monde) ne represente pas la
vojire dans toutesa beauté
, (9\
que les Peintres de Suede ne patent
jamais» Mais pourquoy
nous qui sommes dans le Pay;.'
de la beauté,de l'esprit, &de
agrémens, n'aurions-nousjamais
rien veu de pareil à une Personne
si accomplie ? Voilà ce que
lajJ.nous ~faisons
dire aussi-tost. A cela je ne jçay
qu'une feule réponse qui puijje
nous aider à croire tout ce qui se
dit de vous.
L'Amour,ailleurs si redoutable,
Ne trouve pas sans doute un climat
favorable
Sous le Ciel de Suede, & si prés
des Lapons.
[Les coeurs y font glacez, & pour
fondre ces glaces,
N'a-t-il pas deu produire un Chefd'oeuvre
où les Graces
Eussent répandu tous leut*
dons?
Si nos climats n'ont rien qui ne
vous cede
Soit en esprit, foit en attraits,
C\ft qu'Amour y soûmet les
coeursà moins de frais
- Qull ne pourroit faire en Suede
Voilà,Mademoiselle,tout ce
que j,à pûimaginer pour ma
persuader que vous foye% une
chose rvrayfemblable.Tirez-mo}.
d'embarras, je vous en conjure»
<*7° ayez la bonté de me faire,
Jçavoirsivous estes. Que voflre'
modeflie ne vous empesche point
de me l'avcu.er naturellement,,
je vous promets de n'en parler
personne
, car je n'aimerois pas
qu'on me traitastdeVisionnaire.,,
&' deplus, moy qui me pique
tteflre bon françois , je ne
voudrois pas qu'onsceust que
j'eusseintelligence avec une Etrangere
r;engere qui triompheroit de toutes
les Françoises , e:;ï qui effa-
\iroh l'honneur de la NatioYl/
Ceseroitlà un assezgrand crime
contremaPatrie. Cependantje
m'accoûtume peu àpeu à en faire
encore un plus grand. Tous mes
Soûpirs à l'heurequ'il Cfl sortent
de France, 0* vont du cojié du
Nort.
Lieux desolez
,
où l'Hyver tient
son siege
Sur de vastes amas de nége;-
Où Les Aquilons violens,
Et les frimats 8& les Oursblancs
Composent son triste cortege,
Mer glaciale, affreuxClimats,
C'est aprés vous que je [oûpirc;
.- Les lieux où regne un éternel
Zephire
Lé séjour de Venus
,
Cypre ne
vous vaut pas.
Vous 'Voyez, Mademoiselle,
que mon coeur a déja bien fait
au chemin
, quoy que je doute
encore quevoussoyez au monde.
Mais c'est des tendres coeurs l'ordinairedéfaut,
Ils se hastenttoujours un peu plus
qu'il ne faut,
De fuivre une agreable idée;
Avecardeur ils courent la saisir,
Et des charmes trop doux leur
ostent le loisir
De s'assurerqu'elle foit bien
fondée. -
Cette idée seule que j'ay de
rvous afaitsurmoy l'effet que
pourroientfairelesBelles mesmes
de ce Pays-cy. Vous pouve^
conquerir la Suede par vousmesme
,& le reste du monde par
les deux Portraits que nous
vivonsveus ; car je compte pour
\un Portrait vos Vers ou vojlre
esprits'est si bien peint. Je me
featue qrueemmes hoemmnagets qui ne dignes
de vous à Stokolrtl.) deviendront
de quelque prix en traversant
quatre cens lieuës de Pays pour
aller jusques à vous,& que s'il
efi triste de vous adorer desi loin,
ceme fera du moinsauprés de
vous une especedemerite. Je
- n'en Ily point d'autre à vousfaire
valoir, ~&je ne croy seulement
pas que vouspuijjie^jamaisjça*>
voir quijefuis,
Si ce n'est que peut-estre un coup.
de la fortune
Ait porté jusque sur vos bords
Le nom de l'Enchanteur qui fait
parler les Morts,
Et qui voyage dans la Lune.
, Voicy un Aird'unhabiles
Maistre, qui n'a encore esté;
~veu que de peu de monde.
101
-1
fait
hcréent
eux
eux
: dc4vX*.-
~e h<tUM' aplois,
par
soid'aubesil
j
1

AIR NOUVEAU.
TIrcispar millesoins me fait
voirson amour, l vientsous nos ormeaux me cher"
cher chaque jour,
me dit tendrement tout ce quipeus
:, meplaire.
Ah, qu'un Bergerest dangereux
Auprès desa Bergère, £)uand il merite d'estre heureux
I M le Maréchal Duc de
Vivonne) dont je vous appris
la mort il y a un mois,
>'est fait assez connoistre par
•es grandes choses qu'il a rp/i>
tes, pour n'avoir besoin d'aucun
autre éloge. Eneffet,il
st assez loüé parsesaction
8cle détail que j'en pourra
faire icy seroit assez inuti
Cependant comme un Ab
d'un fort grand merite, qu<
sçait avoir esté toujou
attaché auprès de luy, a f
dans une Lettre fort belle
fort curieuseun abregé de
Vie de cet Illustre Désun
je croy vous obliger en vo
faisant part de ce qui mer
d'estre vû de tout le mon
CetteLettreestadressée à
I'Evesquc de Treguier,no
mé à l'Evesché dePoitie
pour servir de Memoire
celuy qui fera l'Oraison sunebre
de ce Maréchal aux
Cordeliers de Poitiers, où
son corps a esté porté dans
la magnifique sepulture de
ses Ancestres. Outre ce qu'-
elle vous apprendra de ses
actions, vous y verrez bien
deschosesqui regardent l'histoire
du regne d: Sa Majessé.
M
ONSEIGNEUR.,
La France vient de perdre
un homme. C'cjl Mr le Duc de
JSvvonne) Pair & Marechal
de France
,
gouverneur de
Champagne & Brie,General
des Galeres. Ce Seigneur illustre
par tant de Titresglorieux, &
d'actions éclatantes, avoit toutes
les qualitez qu'oncherche
dans les Grands Hommes, &
en mesmetemps toutes celles qui
sont necessaires pour la focietr*
On ne peut avoir l'esprit d'une
plus grande étendue
,
l'avoir
plus vif, plus penetrant, ny
plus juste, & jamais on n'en
eut un meilleur. Mais il ne
s'estoit pas contenté d'un beau
naturel
,
admiré de tout le monde
, il avoit eu soin de le culiiver}
par toutes les connoifances
quipourvoient servir aux
mplois les plus rele-vez
, & de
ce qui en mesmetemps le pouvoit
rendre plus agreable dans
ses conversations, &feconder
,"C genie merveilleux avec lequel
il estoit né. Il connoissoit.
parfaitement le prix des Auheurs
anciens, & modernesy il
n jugeoit avec beaucoup de
dircerneraeïjt & il cherissoitsur
tout les gens de Lettres; il se
plaisoit dans leur compagnie,
& sisa modestie l'empeschoit de
eur faire paroistre les connoissances
qu'il avoit acquises par
l'estude, il s'entretenoit nean
moins avec eux de façon qui
s'apercevoient aisement qu'il n'
avoit rien de perdu des belle
choses qu'ils luydisoient, &
qu'il sçavoit gouster ce qt/
aprenoit d'eux.
Il estoit libéral& magnifiqu
jusqua la profusion
? pourve
qu'il ne luy en coutastpas quel
que injustice,dontsaconscience
ÇJson honneur luy fissent de
reproches. La veritable gloir
avoit de grands charmes pou
son coeur,mais il se contentoi
de la mériter, & ne prenoi
aucun foin de faire valoir
qu'ilfaisoitpouren acquérir.Sa
pajjton pour leRoynese peut
figurer aussi grande quelle estoit,
i£<r il comptoit pour sipeu tout
ce qu'ilfaisoitpour sonservice,
quand il y estoit le plus employé,
que lors qu'ilestoitpresé
par sesamis, d'informer au
moins le mondedeCes actions>
pour en retirer l'honneur que
les autres recherchent avec tant
d'artifices
,
il avoit accoutumé
de leur répondre en ces propres
termes. Le Royest servy,
nous sommesicy pour cela,
nostre a ffaire cfr achevée.
La valeurdi'MrdeVivonne
a estésouvent éprouvée
, &dans
lesoccasions où il lest trouvé
surTerre&surMer, on ne
peut avoir fait paroistre plus
d'intrépidité. Ilsçavoitprecisément
tout ce qui regardoit la
Guerre; il n'avoit aussi jamais
négligé aucune occasion de s'y
instruire,&avoitsouvent mis
en oeuvre ce qu'il avoit appris.
Il avoit voulu scAvoir ce qui
formolt un habileIngenieur,
aussi-bien que ce qui faisoit un
excellentCapitaine;& ilprenait
unsoinparticulier d'apprendre
ce qu'il pouvoit de ceux qui
se distinguoient le plus dans
Veurs emplois, ou pour le pratiquery
ou pourjuger plussainement
desactions
> cr mieux opiner
dans les conseils. Il etudioit
sur toutes choses les actions de
seu MonsieurlePrince
,
qu'il
troyoit preferable à ceux qui ont
fait l'admiration des Nations
jusques à luy, & puis celles de
el. de Turrenne.
La Paixdontjouissoit la Franre
aprés le Mariage du Roy &
leTraité des Pirenécs qu'il prevoyoit
devoirdurerlong-temps,
le fit resoudre en 1665.as'attaber
à la Mer, où il croyoit trouver
des occasions de signaler son
'{ele pour leservice defonzyttautre.
Ily apprit bien-tost nom
fàtulementce qui avoit contribués
la gloire des plus renomme
Capitaines;mais ce que doivent
fçanjoir les Pilotes les plus ex--
perimentez. Il ne negligea pas
aujJi de s'instruire dans tout ces
bqaujilirestoit necessaire pour bien
des Vaisseaux, & ceux
qu'on afaits sur ses deffiins ont
eu l'approbation des plus habiles..
Mais il s'estoit encoreplus parti--
culierement attaché à la conflruflion
des Galeres, oùsa Charge
de General l'obligeoit d'avoir
plusd'application; &les Capi--:
sines qui les montent,sollicitent
jourd'huyleMinistre de la
der
, pour avoir de celles qui
nt deson invention. Tant de
mandes qualitez lefaisoient estiserdans
le Corps de la Marine,
mposé des plus braves gens du
onde) ("t'T"remply depersonnes
? qualité. Il cherissoit ce Corps
lujlre
)
dont il estoit parfaitementaimé,
&ilprenoitun plaisingulier
à vanter le merite
ceux qui s'y estoient le plus
distingue.Iln'infultoit jamais
1ceux qui navoient encore pu
former au mestier
, & qui ne
iy seroient pas engagez,s'ils
avoient connu la peine qu'il
a d'y réussir
, & il ne pouvou
se resoudre à découvrir les dù'
sauts d'aucun Officier, s*ilrit\
toit fort important pour le fer
vice du Roy. Ces raisons
contribuoientpaspeu à l'attache
ment qu'on avoit pourluy ,outre
qu'il eilait toujours civil,faci
a aborder, &familiersansrie
perdre desa dignité; & enfi}\
ces braves gens ne pouvoient
s'empescherd'avoir une violen
amitié pour un General
,
lepres
mierqui leuravoit appris à vair.v
cre surla Mer.
Cependant tant de grandes
^jualite^ auroient esté moins con-
Riderai/les
,
s'il n'y avoit joint
lies vertus par où les Chrestienssontsipréférables
à ceux qui ne ont pas éclairez des lumieres de
la Foy.Il reconnoissoittenir de le
main de Dieu les avantages dont
il joüissoit
, & comme il estoit
persuadé que lestraverses que
la fortune luy avoitsuscitées,
estoient des ch$atimens du Ciel,
dans cette pensée il les souffroit
avec patience. Ces grâces luy
avoient esté attirées d'en haut
par les prieresd'une Mere
dont la pietéexemplaire
, 0* la
vertu soliden'ontjamais esté en
doute, non pas meprie auprés des
personnes les plus faciles à sorrn;?
r des soupçons. Cette sage
lAet;
,
comparable à celle dont
l'Ecriture nous donne l'histoire
av:,c des éloges, luy avoit inspiré
des sentimens pour Dieu, qui
n'ontpaspeuservi à l'éloigner
des routes contraires à celles des
bons Chrestiens. Elle luy avoit
ispiré l'heureuse coutume qu'il
a toujours conservée de se recommander
à Dieu soir @r matin,
& de n'attendre pas les
tempsdePasques à faireses
'Dévotions> pour satisfaireseulement
au precette. Il avoit
accoustuméd'entendre la Messe
avec attention, & toujours à
genoux. Il faisoit des aumosnes
considerables
) & sceuësseulement
de ceux qui les recevoient
& qui ont mieux aimédécouvrir
les besoins où ils sisont
trouvez que de cacher la main
dont ilsavoientestésecourus.
Mais il prenoit les sommes necessaires
pour fournir cessecours
aux miserables
,
sur ce qu'il
s'estoit reservé de ses revenus
du consentement de ses Creancieî-
s,, quiaprésl'avoirmisàla
teste de leursaffaires communes,
cflcient devenus ses drnis> son
conseil, si) ses Tuteurs. S'il
faisoit des aumosnespubliquesy
c'esloit dans la créance, que
tout homme constituéen dignité
comme luy, devoitdes exemples
de toutes manieresaupublic.
Sa bontépour ses Domestiques
& les soins qu'ilprenoit de les
faire soulager quand ils estoient
malades ,ne pourvoient s'étendre
plus loin; il souffroit leurs
deffauts avec indulgence,trouvant
de la dureté à f/a-ire apercevoir
de leur estat par de
mauvais traittemens, des gens
assez malheureux pour estrree
obligez à servir, c2r à obéir au
caprice des autres, quand la
nature les a fait naistrelibres)
.5r dans la mesme condition que
leurs Maistresàl'égardde Dieu,
pud quem non est acceptio
Qersonarum.
Ce Seigneur tel que je 'Vous
l'e dépeins
, est mort après avoir
donnédans le cours d'unemala-
Vi-t deseptjours, qui neparois-
Toit pas dangereuse, des marques
d'une pieté solide
,
&) d'une
vertuHeroique. Ceux qui l'ont
veu pendant ces mal-heureux
jours, le publient,& celuy qui
uprés l'avoirconfessé, & receu
desa bouche toutes les marches
d'un coeurvéritablementcontriti
&pénétrédel'amour deDieu
le laissa dans la résolution dti
faire encore quelques
après uneConfession générale de
toute sa vie, ajjeure qu'ilne*
jamaistrouvé de Penitent l'lu,
exaéla s'accllfir, plus resolu dCI
s'éloigner de tout ce qui pouvoir
nuire à sonsalut,&qui (1/1\
moins d'indulgence pourses
bblleIrsflès'ess,,nypourses passions non ny pourftespns,r,op
pas mesme pour celles où il
laiffoit plusfacilement emportera
Avec les sentimens quejeviens
de vous dire, on naura pas dus
peine à persuader qr/il aimoit LJ
7{elivion. Il l'aimoit en effet,
depuis qu'il anjoitesté une
rois General de l'Eglise, il
souhaitoit toujours passionnement
la servir, & Malgré ses
préventions contreirolouie
judiciaire, il ne pouvoits'emescher
d'estreflattéde la Previction
d'un Astrologue, qui luy
injoit dit qu'après avoir utilement
combattu pour elle, il per- oit la teJl, pour la Foy.
Mr de Vivonne estoitné le
four de Saint Louis de l'année
p6e3r5c.eAapueineesloit-il hors du
qu'ilfut mis auprès du
~o~. Il ne parloit pas encore
qu'il estoitCapitaine d"Infin.,
terie,&itnavoit quesept ansi
lors qu'il fut choisy pour eflm
seul Enfantd'honneurdesaMa..
jeftéy & receu ensurvivance de
la Charge de PremierGentilhomme
de la Chambre, qu'avoi
Mr le Duc de Mortemar son
pere, de lafameuse Maison d.)
Rochechoüart, cette Maison
~~c~c~'si illustre, dent L).
France, l'Angleterre, l'Escosse
& l'Irlande ont tiré tant ds
Grands Hommes
,
dont /«
actions sont admirées dans h]
Histoires, par les grands, ££
ssiinn~guliers évenemens,où ceux ti)
vie cette race siglorieuse ont eu
Va principale part.
Pendantsonenfancè il donna,
ttoujours des marques de ce qu'il
\devoit estre ; son esprit &son
ïcourage parurent en mille occasfions,
& ddéissqquui'illeeuuttaafsïee%zdJee
force pour porterlesarmesyil
aYa volontaire à la Guerre de
Flandre. Ilservit aprèspendant
quelques années,deCapitaine
de Chevaux- Legers dans le Régiment
du Roy;il sy distingua
toujours
> & particulièrement
aux lignes d'Aras) à la prise de
Condé,& aux SiegesdeValenciennes>
(7 de Landrecy, &c.
Ilfutensuite Mestre de Camp
de Cavalerie, &servit avec
son Regiment en Italie,&par
tout il se signala par des actions
de valeur,& par uneforteapplicationàse
perfectionner dans
le mestier,sans en negliger dU"
cune occasion. Feu Mr le Mareschald'Estradesous
qui ilservoitenparloitsouvent
, & il
avoit accoustumé de le donner
pour exemple.Feu Monsieur
le Prince de Comty, Pere de
Afonjieur le Prince de Conty
d'aujourd'huy, &feuMonsieur
le Duc de Modene qui commandoient
les Armées du Roy
n qualitéde Generalalissimes,ont
~wuvent informé la Cour de ce
u'on en
devoitejperer> & le
laisir qu'ils avoient à le garder
\;'t}ec eux,faisoitassez voir désfJJrs
le cas qu'on en devoitfaire
l'avenir.
La Paix des Pirences parut
ong-tempsavoirestablyt le repos
lans toute l'Europe , & la,
;r;'rance en jouissoitsanscrainte
delevoir troubler, quand Mr
ife Vivonne
>
Premier Gentilhomme
de la Chambre,aiméde
toute la Cour,jeune,@,r dans le
temps où l'on s'abandonne aux
laisirs, & qu'on sçait mieux
les gouster parfaitementbien
avec le Roy,.( & quel Roy?)
lassade l'oisiveté inseparable de
délices de la Cour, & regard.
lagloire comme la seule guid
desactions par où il devoit me
riter l'estime & les bontez de
son Maistre.Plein de cette
noble ambition
,
il supplia
Majesté en 1663. de consent
qu'il allastvolontaire dans Joi
ArméeNavale;commandée pt*
feu M le Duc de Beausor:
Amiral de france
,
& au ren
tour de la Campagne où il avox
appris à connoistre la mer-i
obtint du R.oy le commandes
vent d'un Vaisseau, mais ce
rince clair-voyant
,
connoir-
Nnt quesa valeury & son
expérience le menaient fort au
iïejjus d'un pareilemploy
,
luy
n confia un beaucoup plus important
, & l'envoyaen qualité
de çJMarefchal de Camp à l'expédition
de Gijrtri. Il n'y a pervonne
qui n'y ait louésa conduite,
aussi bien que son intrepidité
dans un dangerpresque
continuel. Une gravelle incommode,
accompagnée des dorileurs
les plus aiguës> le sorçoit
souvent à se tenir dans une
chaise, maiselle ne luyservit
jamais de pretexte pour nez/igt.
aucune occasionimportante otlj
periUcnJe3& fcn courage
/*
soutenoitseulquandles douleur
l'accabloient. Ceux qui conservent
comme il faisoit tout leun
sens froid dans les lieux ou
les
danger est plusgrand, & qU;L
s'y trouvèrentsouventavec luy
dans le cours de cette Campagne
, ne purent s'empescher de l'n
bpulibelnieternacuorerteotouusr, & ils le pu.
les jours, A~~
deGadaigne qui servoit de"'J
Lieutenant General à cette
Guerre, cet homme dont la va-~
leur a esté mise à tant d'épreu-
-
MJes, que le danger le plus asseu-
Te} leplusgrandfeu, Criaplus
vpaijjefumée n'ontjamais em-
Qpefché de bien juger de ce qui se
fafJoit autour de luy, en a rendu
wn témoignagequi vaut encore
Iplus que cAuy de tous les autres,
ïperfonne ne jugeantmieux de la
svraye valeur & desbelles act
tionsue les hommes comme luy,
i dont la vie en el toute pleine
¡& qui ne peuvent rienvoir
1
dont ilspuissent prendre de
l*ombrage> ou avoir de la jalouse,
Apres l'expédition de Gigrri,
le Roy ayant de nouvellesraisons
d'avoir encore plus d'opi
nion du courage , & de la con..,
duite de Mr de Vivonne, luy
confia le commandement de ses
Galeres
, fY luy en fit exercer laCharge de General par Commission.
Ce fut en cette qualité
qu'aprèsavoirservy avecsuccés
l'année zC6f. il commença à ré
tablirce Corps siredoutableaux
Ennemis de la France,& aux
Pirates de Barbarie.L'année
1666. ayant rencontré les Galeres
d'Espagne desarmées avec toutes
les Jn:1:raues de commandement
,
marques commandement,
mais chargéesdes Robes de ïlmperatrice
,
Soeur de la Reyne ,
il
demanda le Salut suivant ses
unstructions
, & la juste pretention
de la Couronne. Le General
Espagnol n'estoit pas en estat de
le refuser, (j* ne pouvoitse resoudre
à le faire, ce qui obligea
..Mr de Vivonne de se contenter
de le fairepassersous le vent,*
de luy envoyerdire que s'il eust
esté dans un estat
,
où il y eust
eu quelque honneur à le vaincre,
il l'auroit force de rendre à Sa
Majesté Très -
Chrestienne le
respectqui luy l'st deu par toutes
les Nations.
Aprdç cette avanture nostre
General courut danger de se perdre.
Les Galèresfaisant Canal,
& approchant au détroit, la
Reale qr/il montoit toucha un
Rocher caché fous l'eau, dont
ellefuttellement endommagée
>
adueount ne douta point quelle ne
couler à fond. Il efioi.
nuit
,
l'otfcuyiie augmentoit le
peril, & ne le cachoit point. Il
parut d'abordaussi grand qu'ilt
ejloit, ce qui sit songer à mettre
le General en seureté
,
mais il
empescha qu'on nestsi le Signal
necessaire pour faire approcher
les autres Galeres ; car pendant
qu'on songeoit à la conservation
du General le General nesongeoit
qu'à sauver la Gàlere du
Roy3aveclesbravesgensqui la
montoient avec luy
, &
il
pen-
VOit à empescher la confusion qui
muroit pu en précipiter la perte.
ïll sut encore occupéd'un autre
soin que luy donnoit son Kele
pour la gloire de Sa Adajesté,
teûjours plus vifdans son coeur
que les passions les plus violentess
dont les hommesfont agitez. Il
apprehenda que la Galere venant
à se perdre dans cette Mer
les Espagnols,Adaictres de toutes
les Costesnevoulurentfevanger
de la mortification qu'ils venoient
de recevoir en manquant:
au respect deû à l'Etendart de
france;illefit détacher, (fyJe
lefit mettre autour du corps,afin
que s'il faloitperir) l'Etendart
sust ensevely dans la Meravec
luj ü qu'il le pust garantir
par là des outrages qu'ilauroit
pu recevoir d'une Nation si
fiere.
rpeu de temps après en l'année
1667. le Roy déclara la Guerre
à l'Espagnepourlesjustespretentions
de la Reyne
,
dontil avoit
demandéplusieurs fois qu'on luy
fiii raison
,
r& toujours inutilement.
M. de Vivonne, informé
qu'ilyauroit moins d'occasions
importantesfur laMerque dans
l'Armée de Terre, supplia Sa
Adajzjiê de luy donner de temploy
en Flandre, pour jouir dé
l'avantage si desiré des vrais
braves
, d'avoirsonMaistre
pourtémoin de ses actions. Ily
servlt en qualité de Maréchal
de Camp ,&ilse trouva a tous
les Siege.s) où il répondittoûjours
à ce qu'on devoit attendre de
luy. Ce fut en ce temps-là que
jru M. de turrenne , qu'on
voyoit rarementse tromperdans
les jugement qu'ilsaisoit. des
hommes,luyconfia quelques,Commandemens
, dont ileutlieu
de concevoir des idéesavantageuses
de celuy a qui il les con.
fioit , & qui marquoient ajftz
l'estimequ'il faisoit desa pru.
dence @1 de safermeté.
La Campagne de 1K67* finie
heurensement
3
il ne crut point
que ce fust djJeZ pour luydy
Avoir remply, tous ses devoirs,
& de n'avoir rien oubliepour
la gloire, ny pour marquerson
zele. Il voulut passer ÏHyver
en Flandre, ~ilsepersuada
qu'ilyseroitplus utile auservice,
que s'ilretournoit a la Cour où
les plaisirs attiroient la pluspart
des autres. Les incommodiVaisseaux
&d'aller en courfi;
pouraider à nettoyer nos Mcm
des Pirates qui les infestoient.:
Le Roy ne desaprouva pas sa re--
solution, & non seulement itc
luy permit d'armer deux VaiJ
seaux,mais il luy en donna uns
des siens
)
afin de le rendre plut:,
redoutable aux Ennemis quiw
alloit chercher. Cet Armemeni:
fàit.) il estloit à peine en estat diù
sortir du Port, (gf de se mettre 44 la Voile, qu'il eut ordre de le,,,'
Cour d'aller devant Alger pour
forcer leç Bir aresà r t,
forcerles Barbares a faire urv
Traité, qui misi en seureté /e.\,
Sujets de la France ,dont lt\
Commerceestlaprincipale occupation
; & pour retirer de leurs
Forts une infinité de Chrestiens.
Cette Paix ordonnée se conclut
dans les formes ordinaires,&
comme ilconvient à unsipuissant
Monarque3de lafaire avec
cette Nation indigne de mesurer
ses Armesavec les siennes.
Aprés ce Traité, il retourna
Marseillese mettre en rftat
d'obeirauRoy, qui luy ordon,
noit de prendre le Commandement
des Galeres
, Sa Majefie
ayant trouvé à, propos d) 1. ((Janger
cette Charge de General avec
celle de Premier Gentilhomme
de la Chambre
,
dont il
estoitpourveu ensurvivance de
M. le Duc de Mortemar son
Pere. A peine en avoit-il pris
possession
,
qu'ilsalut partir pour
Candie, &porteravec les Vttifseaux
commandez parfeu M.de
Beaufort Amiral, le secours que
le Roy envoyoit aux Venitiens
réduits aux dernieres extremitez
par les Armes Ottomanes.Ilalla
à cette expédition en qualité de
General de l'Eglise en 1669. &
quand M. le Duc de Beaufort
eut este tué,ilmonta l'Amiral,&
après avoir donné de nouvelles
preuves de sa valeur ordinaire ,
)& desa prudence dans les Conseils
,aussi-bien que desasermetéasoûtenirlesrésolutionsle*
q>hs hardies que l'on y prenoit , ,J/ fit fairecettefameuse canonnade
, où malgré le feu continuel
des Turcs ,
dont l'artillerie est
terrible
,
il fit perir un nombre
prodigieux de ces Infidellesr
quoy que leur Campsust comme
enterré. Lefameux Morosini que
tant d'actions éclatantes ont éleltiéa
la dignitéde Doge de Venise
, toutabsent qu'il efloit
, cet
homme à qui la Chrestienté
dresse des Statues, & qui vient
defaire de nouvellesactionsdont
l'Europe est étonnée,aprés avoir
donné à M. de Vivonne de
grands éloges dans une Lettre
écrite de sa mainqui se garde
precieusrment,en donna part à
sa Republique, & luy écrivit
en des termes si pressantsy qu'ils
l'obligèrent àfaireremercier le-
Roy par son Ambassadeur du
Secours envoyé en Candie, &
de parler du General de l'Eglise
d'unemaniéré qui matrquast, &
la grandeur de l'action
,&l'utilité
qu'elleen recevoit.
Lasaison estant déjàavancée,
< st) les Troupes de France n'estant
plusneccessaires aux desseins des ;
Venit iens, M. de ffiuonneeut
permission d'allerà Rome rendre
compte aux pieds de Clement X. de ce qui s'estoitfaitpour
conder le zelr de Sa Sainteté
pendant cette Guerre
,
eu D.
Vincent Rospiglliozison Ne'"L'eu,
General de ses Galeres commandoit
en qualité de Generalissime.
Cegrand 7>ontift déjà informé
de ce qu'avoit fait le General
des Galeres de Jprance, lereceut
somme un homme qui venoit
de combattre pour la Religion,
£? dont il avoit plu à Dieu de
'se fernjir pour remporter de
glorieux avantagessur les Ennemis
de son nom. CesaintPape\
ne s'arresta pas mesme à des'¡
demonstratiom particulières
,
it1
en donna encore de publiques ,
&voulant reconnoistre en quelque
façon dans la personne de
M. de Vivonne le plaisir que les
Roy luy avoit faitd'envoyer du
secours aux Vénitiensàsa prierl'n
Sa Sainteté l'honora du Confa
Ion
, pour le porter dans Jes ArôtJlej,
luy &saPosterité.
Ilpartitde Rome comblédesi
grâces, &des honneurs que luy
fit ce Pape,&retourna en Fran--
ce ,
oul'Hyver qui approchoit tt
rendant la navigation des Gale::
s dangereuse , il revint a la
Cour ; mais il nn''yséjourna que
s temps qu'ilfaloitpourrecevoir
le nouveaux ordres de se mettre
n Mer,&d'yfeairelescourses
accoutumées,pendant lesquelles
remporta toujours quelque nouvel
avantage sur les Ennemis,
usurlesjaloux de lafrance.Il
ravailla aussi àse perfectionner
le plus en plus dans l'art de la
Navigation, &il n'oublia rien
le ce qui pouvoir luyfournir des
umieres pour la rendreplusseu-
&mettreles Bastimens qu'il
commandoit plus en esratd'exemter
les choses qui estoient avantageuses
pour le service ,
& pour la gloire desArmes
du plus grand Roy, qui ait jaf.
mais règne. Ce Roy dont la sa..,.
gesse ,&l'activité doiventservir
de modelle aux Conquerans.
& qui eust rendu ses conquester
sans bornes, sisa modération neli
luyeustpasfaitpreferer le repo.
de l'Europe auplaisirde vaincre.
apprendra aux Princes qui an
ment la veritable gloire, le che.')
min qu'ilsdoivent suivre pour
y parvenir infailliblement
, a
mesmequesa pietéson Kelepotin
laReligion, &sasinceresou
mission à ÏEglife
, qui ont par,^
, -, 4/alJp;
ans It destruction de l'Heresie
danslerejpefl& , l'obeissance
filiale qu'il a toujours renduë au
Saint Siege) seront voir à tous
Ves Monarques les sentimens
que doiventavoir ceux qui occupent
les premiersThrônes du
Wonde s'ils veulent estre selon
le coeur de Dieu "Roy veritablementgrand,
dont l'Antiquité.
ne sçauroit donner d'exmple, qu'à l'avenir il seradifficile
d'imiter, ceque je dirois imtyojjivle
s'iln'avoit un Fils,
qui nous donne une ferme
sperance qu'il passera au moins
tous les autres, s'il n'estbas
possible d'arriver à son Auguste
Pere.
L'année1672. leRoyayant
déclaré la Guerre aux Hollandois,
& Mde Vivonne ne recevant
aucun ordre de la Cour
de se mettre en Mer, où
d'ailleurs il ne voyoit point
d'ennemis
, contre qui l'on pust
former des entreprises dignes de
la grandeur desaMajesté, il la
supplia de luy permettre de se
rendre auprès d'Elle pour lasuivre
à cette Guerre, Une telle
priere ne pouvoit faire suivie
d'un refus
, & il n'eut pas
plutost la permissionqu'il souhaittoit}-
qutlvola, pour ainsi
dire
,
auprès de sa Majesté, où
il arriva ttffiz..-tos? pour Je
trouver à ce fameux passage du
Rhin, dont il fitletrajetd*une.
maniere qui n'estignorée depersonne.
Dés qu'ilfut de l'autre.
costéoù les Hollandois nepouvaientresister
à des Troupes qui
riavoïentpasaccoutuméd'estré
vaincues
? & qui avoient le
plusgrand Prince de laTerre
pour fp-eëlateur
,
qui lèujMonnoit
ses ordres au milieudupéril
qu'il neregardoit que pourelIes3
pUefrmsuMaditéfqeuueiMc'oensftioeuirtlleePPrriinn-ccee')i,
luy
, &de Monsieur le Ducfort
Fils, qu'on apprenoit ail bien
servir le Roy,qu'onpouvoit
trouver cette gloire, dontilestoit
si avide. Ilfut blessé d'un coup
de mousqueton dontil eut l'épaule
fracajjée à une Barriere que
^lonjteur le Prince força
,
@'
ou ce grand hornme receut aujJi
,une blessure dangereuse
>
qui n'alarma
pas médiocrement ceux
lqeuuer le courage & le zele pour
Roy menoit à cette Guerre.
Une aussigrande blessure que
celle de Mr de Vivonne , &
qu'on crut long temps mortelle,
émithors d'éstat d'agir
1 & de
suivre les mouvemens de son
coeur,qui luy faisoitcompter pour
perdus les momens qu'il n'employoit
pas au service de son
Maistre , & ilfallut qu'il donnast
le reste de la Campagne,&
tout l'Hyveràsa guerison ; elle
fut neantmoins bastée par les
soins dela genereuseSoeurMadame
de Tiange
,
qui partit de
la Cour malgré les incommoditez
d'unesaison fdchcu(e) traversa
les Pays Ennemis avec
mille incommoditez
, & mille
dangers
,
&se rendit auprès de
cet illustreFrere qu'elle aimoit
avec une tendresse
,
qui auroit
toujourseslé à l'épreuve de et
quia accoutumé de ladétruire
parmy les proches.
Il n'attendit pas quesesforces
fussententièrementrétabliespour
suivre leRoy au Siege de Mastrik,
où n'estant que volontaire,
il nelaissapas de setrouverpar
tout, comme s'il eust eu besoin
de faire voir qu'en perdant presque
tout sonsang parsa blessure
il n'avoitrienperdu desavaleur.
Aprês la prise de Mastrik. dont
Sa Majesté fit le Siege5(^f où
Elle ne futqu'obeïe parses Géneraux
,
Elle vint à Nancy,
où la blessure de MrdeVivonne
s'estant r'ouverte, il eut besoin
de toutson courage pourse soûtenir
contre les douleurs causées
par les cruelles&fréquentes operations
qu'il salut luy faire. Il
fut plusieursfois en cet estat; où
il eut toujours recours à Dieu
pour sa guerison
, ce qu'ilfit paroistre
,
ense preparant par le
Sacrement de Penitence à aller
rendrecompte deses actions àce
Juge terrible, maiséquitable
quine nous ayant créezque pour
luy
, nous punit avecseverité,
si nous abusons des graces que
nous en avons receuës. Sa blessurefut
àpeine guerie, qu'ilfut
obligéde partirpourla Provence
sur 1"avis qu'on eut que les Hollandois
avoient fait pajJèr des
forces considerables dans la AJediterranée
, pour joindre à celles
des Esparnols qui s'estoient déclarez.
pour eux. Il monta les
Vaisseaux
, &porta au fien le
Pavillon au grand mastJ pour
aller chercher les Ennemis jus
quau détroit; maissacourse ne
servit qu'à établir la seureté du
commerce. LesHollandois ny les
Espagnols qui avoient porté la
terreur dans ces Mers quand ils
yestoientseuls, ne parurentpoint
sur sa route , & il revint en
Provencesepréparer au t'voyaze
de Sicile pour porter du secours
la Ville de Messine.
Cette VilleayantJeCGue le
oug des Espagnols
,
implora la
protection du Roy, non fiu/ementcomme
de l'arbitre de l'Europe
, mais de l'Heritierdesses
iAfaijîres légitimes. A/1 de Virvonpe
partitde Toulonsuivant
ves ordres, le 2. Février1674. &
'6 mit en Mer avec deux Vaisveaux
de guerre ,trois Brulots,
& quantité de Bastimens chltr-
,gc7,de bled. &desautres rnumitions
necessaires pour une Ville
donttoutes les provisions estoient
consumées
, & qui rien rOU'1JO;
tirer de sa propre terre ,
quelqu
abondance qu'ilyeust, ny de.
Etrangers,parcequelle setrou-
'Voit bloquée de tous cosse'{. 75
arriva avec sa petiteFlote à lut
,veuë decelle desEspagnols beau,
coup plus nombreuse, qui l'atteni
doit pour luy deffendre l'entrée
du Fare de Messine Les Ennenus
avoientvingt-deux Va
seaux de Guerre commandez pan
D.Melchior de la Cueva
, C"
feiz.c Galeres, dont la Rcale étoitmontée
par le Marquis del
kiko
,
qui commandoit toutes
l'Armée.
<
Cegrand, nombre de Vaifjcaux
pr de Galèresn'effrayapointle
général François) qui ne eoit
pas attendu àfaire passer JZ.n
Convoysansy trouver des
;'u/tc'{ ; il eut bien-tost pris fort
party & ce fut celuy de comqbaut'terell.
eSma erreistooliuttion eut lesuccés ,&ilvainquit
aprés un combat de plusieurs heu-
'res opiniat; é de part & d'autre,
^La Victoire qt'C la France remporta
en cette occasion fut complète
, & les Ennemiscraignant
d'estre entièrement défaitss'ils
estoient plus long-temps
, &
sevoyant encore chargez par six
Vaisseauxsortis de Messinesous
le commandement du Chevalier
deVeilbelle, Chefd'Escadre,ili
si retirerent avec tant de precipitation,
d'épouvante,&de desordre
,qu'on leurprit un Vaisseau
de quarante pieces de Canon
, (jr les autres furent teJ/r1
ment endommagez
,
qu'ily t'nit
eut quatre desplusgrosqu'il leur
sist impossible d'empescherdecouler
àfond pen iant la nuit. Ce*
qui en restoit avec les Galeres
eut besoin que le Vainqueurcesfait
de poursuivresaVictioire , sur l'avis de Mr de Valavoir
Commandant pour le Roy dansv'>
UefJine, qui luy apprenoit l'ex.
?emenecessitédesf-Iabitans,
ont la vie languissanten'estoit
ussoùtenuë que par uYirejlç
u cuir des Carrosses
,
après que
chairdes Mules qui sorvoient
les traisner eust esté toute conumée.
Ilfallutlaijjerfuir les
spaguols pour aller chasser la
gim
,
devenuë un Ennemy plus
doutable a ces nouveauxSutâi
de la France.
,.
Mr deVivonne entra dans le
ort deMessine avec tous ses
bastimens, maiscomme il foloit
aporter quelque ordre à la
didtribution des Vivres, &que
cet ordre empeschoit le promp,
secours dont le peuple mouran,
avoit besoin
,
il fit prendre tou
cequ'ilavoit de Provisionspour,
sa Maison, & achepta sur Iti
champ ce qu'on luy en voulut
fournir des autres Vaisseaux;'
qu'il fit distribuer avant qms
d'allerchercherle repos dont i
• avoit besoin, dans le Palais dé.:
Vice-Rois qu'on luy avoit pres
paré, & il oublia trois contu
sions dangereuses
, avec- le
meurtrissures dontson corps estoi
tout plein,poursecourir luy
mesme desapropre maïnplu^
sieurs personnes,àquiunelon
ue inanitionavoit osté la force
se retirer cbek eux.
L'avantage qu'il remporta
Ytns ce Combat fut grand &
orieux dans toutes sescirconstances
, mais il ne put éviter de
tire une perte considerable
, &
y eut beaucoup d'Officiers,&
ses principaux Domestiques
uifurent tuez auprès de luy.
A1 le Bailly d'Harcour,Prince
qui tout le monde connoist la
al1eur, &>dd'une race où lL',on
en a point encore veu qui ne
ortassent la bravoure au plus
aut point, estoitpresentà cette
meusejournée. Il y-futblessé,),
& comme il est de ceux à qui
les perils ne font point voir les
objetsautrement qu'ils font> on
pouroits'en tenir au témoignage,
lqaui'l en a rendu,quand mesme
voix de tant de vaillants
,"
Hommes qui s'y trouverent aveu luy
, & les Lettres interceptées
des Minières @J des Généraux*
d'Espagne
, n'en auroient pat:
parlé aussi avantageusement qUfj
le peuvent souhaitter ceux qui
font le plus avides de louanges.
- Aprés avoir eu quelques jours
pourgoûter le plaisir d'une Victoire
dont il sçavoit que le RO)(
recevroit beaucoup de joye , ce
quifaisoitpresque toute la fien..
ne,. aprèsavoir en quelque
façon retably le repos dans une
Ville agitéede continuelles alarmes,
& où la mort estoit devenuë
leseulobjetquifrappoit l';..
imaginationdesHabitans,M.de
Vivonne,pourrépondre à l'estime
queSaMajesté marquoitpour
luy,en l'honorant de la qualitéde
Vice-Royavectoutesonautorité,
sur les nouveaux Sujets qui s'ftoient
donner à Elle), & pour
faire encorequelque choje digne
de la réputation de ses Armes,
sortitdeMessine avec les Vaisseaux
qu'il avoit menez , ceux
qui s'y trouvaient avant son
arrivée
, & toutes les Ga/eru
arrivéesdepuispeu, ilsortit,
dis-je,pjour, une entreprise qui
auroit
sans
doute siny pour toôjours
la Guerre Italiei s'il
eustestépossible de lafaireréüssir.
Il en reconnut l'impQjfiltilitéavec
lesprincipauxdeceux qui commandoient
sous IÜY
, & ceux
qui avoient le plus d'empressementpour
l'executçr. Il
loua
néanmoins fori ceux qui en avoientdonnéledessein
,qu'il
n'estoitpaspermis déJuivreà un
General quirépond des évtnemens
,& il dit obligeamment
en parlant d'eux, que leur zele
pour le service du Roy,&
leur valeur ne leur laissoient
point imaginer de risques,
& leur fermoient mesme les
yeux pour les difficultez les
plus insurmontables.
Une entreprise manquée ne
l'empescha pas de songer à d'autres.
Il retourna à Mcffîne
,

quelques Vaisseaux arrivez de
France fortifièrent son Armée,
&ilenpartit le 15. d'Aoust anjee
tout ce qui composoit sa flotte
de Vaisseaux & de Galeres. Il
arriva le 17. devant Augouste
qu'il prit en moins de cinq heu;,
res,aussi-bien que trois autres
Forteressestoutescapables de tenir
contre une Armée, L'opinion
que ceux quiy commandoient
eurent de nos forces, ralentit la
vigoureuse resistance qu'ilsfirent
d'abord,&Mr de Vivonne
s'estant apperceu du trouble où
ils estoient, en sceut profiter si
utilement,& disposasibienses
Troupes ,
qu'ils ne purentsortir
d'erreur.Ilse rendit entièrement
maistre de cette Place & de ses
dépendances, & ayant trouvé
le Port d'Augousteun des plus
beaux Ports du monde
, &commodepour
dcnner une entrée en
Sicileplus aisée que celle de Mes-
Vine, il jugea à propos de l'oster
uiux Ennemis qui auroient pû
s'yretirer, principalement l'AmiralRuyter
,
dont la valeur
&l'experiencefaisoient la plus
grande force du Espagnols. Il
fut dans cette pensée qu'après
s'estreassuréd'Augouste
, & de
ses Forteresses ,prévoyant tout
ce que les Ennemis pourroient
faire pour nous en chajjer> il en
rétablit non feulement les Fortifications)
mais ilen ajoûta de
nouvelles> & les munit d'ajJe'{
J'Artilleriepour lesdessendre contre
les entreprises qu'on seroit. Il
n'en demeura pas là
, ilJeJaiJit
encore de deux Châteaux jbrti^
fiez,
,
éloignezseulement dedeux
ou trois milles, dont il eut avisque
les Espagnols voulolent se
Jernjir pourfairevenir des Troupes
dont ils auroient pusurprendre
les François, &leurfaire le
mesme affront qu'ilsvenoient
d'en recevoir.
Depuis la prise d^Augoujîey
(£p le retour du Vice-roy à Mesfine;,
il nes'y passa rien de considerablependant
quelque-temps,
si l'on ne compte pour beaucoup
lessoins qu'ilprenoitdefaire tout
rc que l'estat où cette Ville estoit
reduite
,
exigeoit pour la seureté
Vu Peuple. On y découvroit tous
es jours quelque nouvelle consiration.
Ilfaloitseprécautionver
contre les Religieux les plus
steres. Les Vierges les plus
retirées dans les Convents les
lusreguliers,avoient des intelligences
avec les Ennemis ; les
vivres se consumoient
, (y il
faloit avoir une continuelle application
pour en faire venir par
e commerce, ou en prendre sur
les Ennemis
, en faisantfaire
des coursessur eux;cesressources
nejîoient pas asseurées
à les
0
* 't.
Espagnols bien avertisfaisoient
tous les jours quelque nouvelle
entreprise. Le Zf. de Mars r6*,76,1
ils tenterent de prendre un J<orl\
construitparles ordres de Mdex
Fïvonne pour la seureté d'un
posteconsiderable.La grande resistance
quy fitsonRegiment ne
les rebuta point; mais ayant
reconnu qu'un autre poste sur le
bord de la Mer nomme Le Salvador
des Grecs,leur convenoit
davantage, ils tournerent
tous leurs desseins de ce cojle-là
Le Viceroy toujours vigilant
&averty à propos ,
sortit
de Messine avec une partie
Je,.
desesTroupes, & un Régi*
ment de Messinois commandé
par le Marquis Gallidoro. Il
chargea si à propos les Ennemis,
xjuilles défit eutierement. On titquantité de Prisonniers. Le
Comte de Bucquoyquicomman~
doit les Allemans,yfuttué,
&les ÀfeJJtnois y combattirent
àavec tant de valeur,qu'ils su.
rent admire,,-, des François, qui
demeurerent persuadez dés lors
qu'ily aurait de la gloire à acquérir
avec eux. Le Comte D.
Jacques Daverne & le ChevalerCassaro
s'y distinguerent,&
firent des actionscomparablesà
celles quon vante le plus. Cette
Victoirefut remportée le 30.Mars
1616.leDimanche des Rameaux,
& M. de Vivonne. ,
si-tost qu'il
fut rentré dans la Ville
,
s'achemina
vers la grande Eglise
, afin
d'offrir aux pieds des Autelsavec
les Messinois victorieux.
la gloire qu'il venoit d'acquêt
rir dans un Combat, dont lei
succésfaisoit voir aux rPeuples\
qui luy estoientconfiez,qu'ils
avoient des Protecteurs qui nez
pourvoientestre vaincus par leurs
Ennemis. Il trouva dans fom
chemin le Clergé qui faisoitai
Procession accoutumée en ces
grand jour, Cq, le Prelat quiy
presidoit luy ayantoffert des
Palmes comme onfaitd'ordinaire
aux Vicerois
,
il leyrefufic
rn disant,quece jour~là,elles
devoient estredonnées aux
Messinois à qui la Viétoirc:
estoitentierement deuë.
Cette action galante ne déplut
pas au Peuble de Messine , qui estoit sur tout charmé de
voirquesonViceroy ne s'appliquoït
pasmoins à rendrejustice
aux particuliers, & à secourir
Ves moindres Habitans, qu'auxctionséclatantes,
quipouvoient
augmenter sa reputation. Il ne
saisoit pas paroistre moins de
sagesse que de valeur. Il en avoit
besoin aussi avec cette Nation
jalouse~soupçonneuse &
dans un lieu où les Espagnols
avaientplusieurs creaturesattentives
à trouver les moyens de
le surprendre.Dans des conjonctures
si epineuses,sonesprit
s'élevoit davantage, &sa penetration
augmentoit. Il scavoit
demescer la vérité des rapports
qui luy efloient faits, ilprenoit
après les resolutions qui estoient
àprendre
, & iln'a jamaisfait
paroisse aucune crainte, quelque
hazard qu'il ait pu courir.Ilalloitordinairementseul
enChaise,
suivy de peu de Laquaissans
arrnes, ou quelquefois accompagned'un
jimy ,
&dam cet estat
il marquoit la confiance qu'il avoit
àà ce Peuple qu'il rasseuroit qu i l raffeuroit
mesme par là contre les terreurs,
qu'on luy vouloit inspirer. Il
eflonnoit encore par sa fermeté
ceux qui avoient quelque dessein
sur j il est arriveplus
d'une fois que le poignard est
tombé des mains des dfjafjins
qu'on luy avoit ennjoye^ ,
dans
l'esperancequesa mort pourroit
changer les affaires. Sa porte
cfloit ouverte toute la nuit aussibien
que le jour ,
à ceux qui avoient,
ou quelque avis
, ou
quelque memoireà luy donner,
CJT1 on abusoitsifortdeJafacilité,
quil passoitpresque toutes;
les nuitssans dormir ou il ne
dormoit que d'un sommeil in.
terrompu.Quand
ilpassoit
dans
les ruës
,
u
s'arrestoit pour las
moindre personne qui voulust luy
parler, ou
luy
presenter un pla.
cet, & il nese servoit desess
Gardes quepour assister aux Cerémonies
, ou pour executer les
ordres du Roy.
On arresta un Gentilhomme
alliénon seulement aux princÍ-::-
faux de la Ville ,mais à ceux
qui tiennent les premiers rangs
dans ce Royaume ,quiavoit 'Voulu
livrersa Patrie. Sa trahison
estoit découverte
, ~& il estoit
convaincu. La nouvelle de sa
perfidie avoit excitéde lafureur?
mais des qu'onse representa qu'il
allait mourir , on en eut de la
compassion. On n'osoit cependant
demandersa grace , ~& on ne
pouvoit consentirasaperte.Mrs
de Messineseduits par les Emis
faires secrets des Espagnols, prirent
là-dessus un party bizarre.
Ils allerentau Palais au nombrt
de plus de deux cens, arme7,, de
carabines ~& de pistolets. Ilétoiï
nuit, les Officiers de Marine
s'estoient retirez
,
les autres dispersez
en divers endroitsse trouivoientaussiéloignez.
M. de
Vivonne estoitavecpeu de Gardes,
~&quelques Domestiques.
Il pénétra d'abord leur dtjfiin,
&il ne leur eut pas plûtost parlé
qu'ilsse troublerent. Il s'en apperceut
sans en rien faire paroistre
; il les entretint comme il
avoitaccoutumé, illoüa lafidélité
des uns ,
l'application des
autres au Gouvernement,& la
valeur de ceux quis'ejloicnt distinguez
dans
lesoccasions.
Sa
fermeté eut le succés qu'il en
avoitesperé,ce qu'ayant bien
,obftrvé" illesentretintdumauvais
dessein du Prisonnier, de
la noirceur de son action
,
qui
eust fait égorgertoute la Noblesse
Messinoise
, & il leur dit
obligeamment que si ce Criminel
n'avoir eu de dessein que
sur sa vie? & que ce ne fust
pas à ses propres Compatriotes
qu'il se fust attaqué
:J
il
l'auroit renvoyé aux Ennemis
,
qui ne songeant qu'à
vaincre par des trahisons,
avoient besoinde pareils Ministres
de leurs injustices ;
mais que le Roy qui affectionnoit
ses nouveaux
Sujets
ne luy pardonneroit pas s'il
usoit de clemence en cette
occasion. Il ajoûta que cette
raisonl'avoit obligé de donner
ordre qu'on executast promptement
la Sentence des Juges;
àufa croyoit-il alors que ce
perfideavoit esté étrangle, (jr
que L. lendemain,on exposeroit
son corp s dans la grande place
sur un Escbafaut tendu de noir,
pour servir d'éxemple aux Traitres
, & de consolation aux Sujets
fidelles ,qui connoistroient
avec quelsoin on s'appliquait à
leur conservation. Il n'eut pas
plûtost achevé de leur
parler,
que cette Troupe étonnée se dissoipansans
qu'il en restast aucun, vit
le
joursuivant le corps
du Criminelexposésur l'échasfaut.
M. de Vivonne receutpeu de
temps aprés unegrande mortisication.
Les Espagnols & les
Hollandois commandez par l'Amiral
Ruyterparoissoient à la
njeue de Mestine; l*Armée Navale
de France estoit en cfiat de
les combattre, & il ne doutoit
point de la Victoire.ilavoit déjà
monté le Vaisseau Amiral,&
ilestoit prest à sortir du Port
quand le Senatqui l'avoit dejan
supplié par plusieurs députations
de ne pointsortir de la Ville
djSiegée par les Ennemis prejjen
par lafaim, & troublée par des
dissensions
>
vint 'en Corps luy,
faire ~dce~s p~rrootfecstat~ico~n~s quil /lce'
rendrait responsable
de tous lcs
malheurs qui arriveraient pendant
son absence, & qu'il alloit
envoyer en FrancesaProtestation.
Aprés une longueresistance
ilsalut ceder,sortir du VatJ]eau>
suivrelesMeBinois
, & laisser
l'honneur de la Victoire à un
autre. Mais cette Victoirefaweufe
par la perte du redoutable
Ruiter
,
donna ensuite àM
Ve Vivonne une autre belle occavon
de faire connoistre à toute
Europe qu'ilsçavoit gouverner
Ves Peuples,,
veiller à leur jeufête
, & executer les entreprises
sesplus hardies, que lepérilfait
aroistre impossibles aux autres.
Les Galeres estoient arrivées
ve France, les Vaisseaux vainqueurs
rentrez dans le Port, &
esEnnemisestoientsous le Canon
de Palerme. Leur Armée
.,floit encore considerable; ilse
Faisoit continuellement des cons-
Pirations dans la Ville; les Creatures
des Espagnolsyestoient
puissantes,& le PeupleJevoyoit
réduit à peu d'onces de pain. Il,
venoit a 'la vérité un grand,
Convoy de France,mais il pou..
voitestre arrestépar les Enne..
mis si les Vaissauxretournoient
à toulon, comme il paroijfoift
necessaire, parce
qu'il
ne leur
restoit presque de toutes sortes de
munitions que pour ce voyage.
Ces considerationssirent resoudres
Ml'dc Vivonne à proposer d'al.
ler combattre de nouveaules\
Espagnols & les HoOandoüJi
quoy qu'ilsparussent en efiat>«
non seulement de disputerlaviwire,
mais de rendre vaine son
?ntreprife, & de nous faire retourner
avec honte. Ilestoitbien
nvertys & il ne doutoit point
que favorisé, comme il estoit toujours
de l'estoite du Roy,son proiet
neréussist. La proportion parut
d'abord terrible dans le conseil
de guerre ,
mais il sceut si
hien en faire voir la necessité,
Sr lever les diffcultez qui y
Raroioient, que cette expeditiioonn
fsaemeuse fut resoluë. Il partit
de Adcjjinele28* May i6j6".
,'Vec trente& un Vaisseaux de
guerre, neufBrulots,&vingtzinq
Galeres. Il arriva devant:
Palerme le premier de Juin, &'
reconnut que tout ce qu'on luy,
avoit rapporté efloit veritable..
Il attaqua l'Armée ennemie encore
plus nombreuse que la (ien.
ne , & qui avecses forces estoits
défenduë par le Canon de Palerme.
La veuë du peril ne l'effraya
point; il s'approcha de*
l'Amiral dejpagne, & de celuy
de Hollande à la portée du pistolet.
Le combat fut long, csoutenu
de part &d'autreavec
unevaleurétonnante. VAmiraK
d'Espagnese défenditjusquà ccs
qu'il just entierement brûlé, &.
il riavoit plus d'esperancedeses
sauver3 qui'lfaisoit comme s'il
avoit encore esperédevaincre:
mais il salut ceder aux armes
toujours vistorieuses d'un Roy
que le Ciel n'a pas fait naistre
pourestre vaincu. La perte des
Ennemisfut grande; presque
tous leurs Vaisseaux & leurs
Galeres furent consumez par le
feu
, ou mÍJ hors d'estat de leur
servirde longtemps, a laveuë
de tous les Peuples de Sicile, accourus
de tous costez pour estre
témoins de leur malheur.
cettegrandeaffaire achevée,
le Gentral François ayant laisé
à Mrdu Teron ,
Intendant, qui
(Daoble 1688. Q
sen retournoit en France avec
les Vaisseaux, le soin de l'apprendre
à la CVHr) il s'en revint
à MtjJine, qui tremblait dans
la crainte qu'une entreprise si
hardie n'eust pas le succésqu'on
luyfaisoitesperer. Nos Vaisseaux
qui passoient à sa veut>
&qui n'entroient point dans le
Port , augmentaientsa crainte,
mais la peur se dissipa bientost
par l'arrivée deson Viceroy. Il
fut receu avec les acclamations
du Peuple,qui le porta entriomphe
jusques à la grande Eglise
de Nostre-Dame
,
ou il voulut
commencer par rendre grâces à
la Mere de Dieu , Protectrice de
Messine, de la Victoire qu'il
croyoit devoiràson intercession.
Le Convoy de vivres arriva
de France incontinentaprés. Les
Ennemis qui estoient aux portes,
avertis de l'estat de la Ville se
retirerent, dr ilslaissirent
^JMeJJîne joüir pendant quelques
jours du fruit de la vi£loire>&
du repos quelle avoit perdu depurs
longtemps.
Au retour de cette fameuse
journéequi fit trembler les Ennemis
de la :Frttnce,@J qui porta
-la terreur jusque dans Constantinople
"Mi de Vivonne apprit
que le Roy l'avoit honoré dit
asson de Maréchal de France,
qu'onfeut dire à la honte
-
des
faiseurs de libellesque la Hollande
souffre,qu'il avoit merité
Autant qu'aucun autre, dr par
la longueurde sesservices toujoursrendussans
nulle interruption
, & par leur importance.
Maïs comme ces libelles attaquent
les choses lesplus saintes
& les Monarques les plus auguftes)
ilnefautpoints'étonner
s'ilsaffectent de ternir la reputation
desplus ll/umes particuliers.
S'ils vouloient donner quel.
que couleur à leurs impostures,
ïls devroient mieux observer
qu'ilsnefont la Geographie
,
la
Chronologie & marquer plus
justement lespersonnes
,
qu'ils
interessent,oùsontspectatrices
ydes évenemens
, car d'ordinaire
l'Historien qui ne l'observe pas
suspectdemalignitéaussi-bien
qu'il estconvaincud'ignorance.
Aprés tant de succés heureux,
les Peuples de Mesine auroient
joüy d'une longue tranquillité.,
eils avaient veu
rétablir
leur
commerce , & s'ils avoient pû
estre asseurez de subsister autrement
que par des Convois
) ou
par les prises quisefaissientsur
la Mer.Ce n'estoitpasaussi ajfè%]
pour asseurer ce poste à la France:
que d'avoir des forces pour le
dessendre. M.. de Vivonne crut
qu'il estoit à propos de faire dci
nouvelles conquestes, qui missent
les Messinois en estat dcî
n'estre plus pressez par lasaim
CJFqui ouvrissent en mesme temps
un chemin par où le Roy si pust
rendre Maistre de toute l'Isle. Ce
fut dans cettepenséequ'ilsortit
de Mesinevers lafin du mois
d'Octobre1676qu'estant en—
tré par Augouste dans le dedans
du Royaume,il prit malgré Icsi
efforts des Espagnols, commandezavec
de bonnes Troupes &
les Milices du Païs par le Marquis
de Cassel Rodrigo leur Vicerojisept
Places en troissemaines,
qui auraient deu occuper une
Armée entiere pendant le cours
d'une année.
Tauromine fut une desprincipales
de celles qu'il prit. Elle est
à deux lieuës de Catagne de
d'autre costé du Mont-Gibel,situéesur
une Montagne d'un accés
difficile
,
de plus deffenduë
par deux Forts,sur deux rochers
escarpez d'une hauteur
inconcevable, dont l'un se nomme
la Garde
, & l'autre la
Mole. Ilpritensuite le Château
de Saint Alexis, dont la situation
eust deueffrayer les plus
hardis,&quine le rebuta point
Ilserendit aprèsMaistre d'une
Place nommée la Force
>&atta~
qua Savoca , dontles Habitans
ont la reputation d'estre les Soldats
les plus determinez de toutes
l'Isle; mais que leur valeur &l
leur opiniatreté, avec le secours
de leur Garnisonsuffisante pour
deffendreseule la Place, ne purent
empescher dese rendre au
GeneralFrançois.Ilnes'arrestat
pasà laprise de Savoca ) main
toujours guidépar l'étoile de son
Maistre,
Maistre , il attaqua ~e força
l'Escalette
,
assise entre deux
précipices affreux sur la pointe
d'unrocher
3
& défendue par
deux petits rorts si cle'1)ez)
'qu'ils ne paroissoient inaccessibles
qu'auxoj/feaux.
Jeferois trop long si je vous
racontois tout ce que ú/d. de
Vivonne fitpendant cette Cam-*
pagne,sans entrermcfmeenaucun
détail; il donna des marques
d'une valeur & d'une patience
,dontles plus hardis furentétonneLes
mauvaistemps»la
disete de toutes choses
3
les efforts
des Ennemis
3
l'impatience des
Officiers de ú/d,r que le temps
& le peu de vivres qui leur
restoient obligeaient à presser leur
retour, la difficulté des chemins,
où il fxlloit presque toújaurs:
marcher à pied, ny ses incommoditez
ne lepurentforcerase
relâcher un moment. Aprés avoir
envoyéau RoyparlesVasseaux
qui s'en retournoienten France,
les Capitulations desept Places,
ilrentra dans Messinepoury
pourvoir à tout ce qui estoit du
service de Sa Maje(lé , & a ce Îljauil estoitàpropos de fairepour
conservation deses Conquefrese
çjr lasureté des Peuples.
Jenevous entretiendraypoin-,
de ce quise pajJa en Sicile en
année 1677. nydes actions qui
"ê firentpourmaintenirles Places
conquises
, ou pour garantir
Messine des surprises des Espagnols.
L'estrades affaires sitsoubaiteràMr
de Vivonne de retourner
en France pour en entretenir
le Roy de vive veix ; il
demanda son congé que Sa MajeJlé
luy accorda) gjf il revint
enfin à la Cour, ou il receut toutes
les marques d'eslime & de
bien-veillance qu'il pouvoit desirerdesonMaitre,
qui n'étant
accoutumequàfaire de grandes
choses, sçaitaussi mieux quau*
cun Prince du monde reconnoistre
celles qu'on faitpourluy.
L'année1678. quoy qu'on
traitastla Paix à Nimegue, le
Roy ayant quelque sujet de se
défier de la bonnesoy des Ennemis,
dont les surprises faisoient
souvent les principales forces,
matcha avec son Armée
>
choisit M. de Vivonnepour un
des Mareschaux de France qui
comanderoient fousluy. Sa Majesté
reconnut à la maniéré dont
il conduisoit une Armée, aux
ordresqu'il donnoit pour les
marches&pour les campemens
&util efloit capable de tout , &
qu'ilnj avait point de commandement
qu'on ne pust luy
confier.
Cette Campagne finitpromptement
3
aussi ne fut-elle faite que
pour forcer les Puissàncesarméesàconsentir
aurepos , que
de Roy vouloit bien donner à
\l*Europeyenleur imposant les
conditions d'une Paix, où tout
efloit pour elles & pourses Allie^
paf où il n'estoit pas difficile
de jug,er que Ce grand Prince n'avoircombattu
que pour laseule
gloire) & pour affiturcr à jes
Peuples ce mesme repos dont il
alloit fairejuir tout le Monde
Chretien. Quand Sa lrlajefté
fut de
retour, on ne pensa qu'à
gouster la tranquillité qui s'établissoit
par tout
3
@r M.de
Vivonne eut sujet de prendre
plus de part à cette Paix qu'autun
autre; car ce fut dans ce
temps-là quonsongea a affermir
la grandeur desaMaison, en
ajjeurant ses Charges) & ses
dignitez à sa posterité ; on les
fit passer a M. le Duc de
AJorttmarfin Fils) qui dans une
tendre jeunesse donnoit de belles
esperances
,
qui n'ontpoint esté
trompeuses. Sa Majestéajouta
encore des biensconsiderables
aux dignitez.
, &consentit à un
mariage, dont le Projetavoit
estéforme
,
dans la pensée d'unir
la Maison de Mortemar à une
famille toute dévouée au Roy.
Onnescçauroit trop louer lespersonnes
quiprirent cettepige precaution
, qui prouve autant
qu'aucune autre chose l'attachement
veritable, @J la passion
qu'on a toujours euë dans cette
race illustre
,
de donner à nos
Rois des preuves d'une fidélité
~e d'un Zele , qui ont toujours
e(lé sans bornes.
Le Mariage de M. le Duc
de Mortemarfutfait avec la
Fille de M. Colbert
, ce Mi-,,
niftrejrizeteI.,qui auroit toutsacrisé
pour asseurer son Maistre
de sondévouement, qui a tant
laissé de marques de sa passion
pour son service
, & pour sa
gloire, ~e dont il reste dans tous
les Etats du Royaume, aujjibien
que dans les marbres, des
monumensglorieux que les temps
ne pourront détruire. Apres ces
heureusesNopces , M. de Vivonnefitencore
deux Campagnes
avec les Galeres ; mais il ne
trouva dans ses courses que des
orages gr des mauvais temps à


-ombattre
, qui auroient coûté la
verte infaillible d'une partie de
--:e
beau Corps,s'il n'eust eu autant
de prévoyance
, pourse garantir
de ces sortes d'Ennemis,
gutl avoit de hardiesse pour attaquer
lesautres.
Ces deux Campagnes finies» il
obtint que M. de Mortemar
commanderoit en sa place
, ce
flite fit ce jeune Seigneur avec
tant desuccés de gloire, que
M. de Vivonne augmenta pour
luy l'estime qu'ilavoit eu sujet
d'en avoir dés son enfance.
duffi le perdit-il, quand la mort
le luy osta
) avec un regret de
Pere, @Jd'Amy. Ilfut charme
desa vertu dans une longuemaladie
; sa conduite, &sa
fermetéqui luyfaisoientregarder
une mort certaine sans en eftrt
trouble, luy donnerent de l'admiration.
Siquelque chose
l'eujl pu consoler
,
c'estl'amitié
qu'iltrouva dans toutes les l,rr--
sonnes qui composentl'illustre
Famille, oùil estoitentrépar If,
Mariage de son Fils, les
marques de confiance de cordialité
qu'il receut de '71. le
Marquis de Seignelay idibo-ne
heritier de feu M. Colbert, ce
quiluy fit esperer qu'ayant de*.
nouvelles occasionsdeservir le
Roy,ilauroitcelles de mériter
desgracespour deux petits fris
que M. le Duc de
-
luy Mortemar
laissoit.Ilyasujetde croire
qu'avec l'exemple de leur Pere,
celuy d'unAyeul dont la vie
estpleine d'actions mémorables,
& qui leur auroitdonné tous ses
soins,ilsse seroientrendus dignes
de laprotection &des bon-
:lez de Sa Majesté, comme l'on
doit l'espererencore des soins que
A4, de Seignelay leur Oncle en
prend
, qui marque aussi par
tout ce qu'il fait pour eux, par
combien d'endroits ils luy sont
chers.
M. de Vivonne anjoittoujours
eu de l'inclination pour la personne
de Madame la Duchejje
de Mortemarsa belle-Fille, @¡
beaucoup d'estimepoursa rvertu;
mais elle s'estoitfort accruepat
le commerce plusparticulierquil
avoit eu avec elle pendant la
maladie de M. le Duc de Mortemar
son Mary, elle ne
s'estoit pas peu augmentéedtpuis
sa mort. Aussi peut-on dire à la
loüange de cette jeune Dame
,
qu'on ne peut donner un mtilleur
exempleaux Femmes pour'vivre
avec leur Epoux, ny pour si
conduirequand la mort les en a
separées.
La perte de M. le Mareschal
deFluorine, celle de A4,
son fols> ont bien fait répandre
vies larmes. Onsçait le regret de
Va Cour; des Provinces entieres
vnt fait paroistre leur deüil par
ides demonstrations qui ne permettentpas
dedouterde leurdouÏeur.
La Provencenese console
yoint;t/M de Vivonney estoit
wniquement aimé;Marseille
vu la Charge de General des Ga-
Neres luy faisoitfaire plus de sejour,
ne cesse point de lepleurer.
Jl est vray qu'il avoit un grand
bamourpourcette Ville
,
son
Mtacbementne venoit pas de la
beautédu climat, ny de celle de
ses édifices, par où plusieurs personnes
ysont attirées. Il y avoit
trouvé tant d'hommes de merité,
qu'ilne s'en esi pas éloigné
sans douleury & ilsifaisoittoûjours
UÎ plaisirtrcs-sensibled'y
retourner. On l'y aimoit aussi
beaucoup; la Noblesse & le
Peuple donnoient à l'envy des
demonstrations de l'affection
qu'ils avoient pour luy
,
@J leur
amitiése répandoit encore surses
Domestiques, & sur ceux qui
luy estoientplus particulierement
attachek. Ce Peuple venu de la
Phocide a conservé toute la positesse,
toutl'esprit de justice
ïcsa premiere rpatrie, & aprés
alliance de l'ancienne Rome qui
nettoit Marseille au nombre
les Villes à qui cette Afdiflrejje
lu monde donnoit le titresuperbe
lesaSoeur,elle n'a jamaisrien
fait par où elle ait pu cesser de
meriter les avantages qu'elle a
suspar dessus lesautres Citez. Il
s'y a point de heu où l'espritsoit
duspenetrant, &eîiIon convoisseplus
promptementle merite
Yesperronnes.,cm on ne leconnoist
sointsans lefaireparoître sans
uy rendre ce qu'on luy doit.
&Ien n'estoit échapé à ce Peuple
des grandes qualitez de M. de
Vivonne
, on se plaisoit à luy
en donner des marques; il en
avoitaussi unesensibilitésigrande,
qu'il ne pouvoit à son gré
trouver assezd'occaflonsdefaire
paroistre combien il s'applaudissoit
d'en estre aimé, parce qu'il
connoissoit tout le prix de ïamitié
qu'onavoit pour luy. Mais
aprés cela je ne dois rien dire
ik
je ne cesseray pourtant pas des
vous entretenir ,
Monseigneur,
pour ne trouver plus de matiere
La vie de cet homme illustre efiun
beau champpour les Panegy..:
ristes, quand on prendra soin
d'enrecueillir toutes les particularitez,&
elle fournira de beaux
endroits à ceux qui voudront
donnerdegrands exemples à ht
posterité.Je ne doute pasque sa
mort nefasse verserbeaucoup delarmesdansvostre
Province. Le
souvenir de ce qu.on y doitàsa
tsWâifcny qui en a esté pendant
des sieclesle principal ornement
&ce que les Peuples dévoient
à la posterité de ses tantefires,
leurferasansdoute accordersans
peine les prieresque vous leurdemanderez
pour luy. Ses emplois
& ses affairesleprivant
de lasatisfactionqu'ilauroit tuë
de vivre avec eux, il a toujours
souhaité que ses cendres fussent
conservées à Poitiers dans le
Tombeau de ses Peres, & ilse
regardoit comme Etranger en
quelque autre lieu qu'ilpustestre.
Vous connoiz, M. le Ma.
refchal de Vivonne comme moy > Monseigneur;il vous honoroit
parfaitement, &j'espere que
vousjoindrez vos prieres à celles
des Fidelles du Diocese que la
Providence a commis à vossoins,
Jesuis avec un profondrespect,
MONSEIGNEUR,
Vostre très-humble & tresobeissant
Serviteur.
A Paris le iySeptembre168$.
Le 18. du mois passé, Mr
l'Evesque de Noyon s'estant
rendu à~ Challiot , en la
maison de feu Mr le Mareschal
de Vivonne,leva le
Corps qui estoit sur un Lit
de Parade, & il le fittransporter
en l'Eglise Abbatiale
des Dames Chanoinesses de
Sainte Geneviefve de Challiot
où il dit laMesse. Toutes
les Ceremonies de la Deposition
furent faites en presenec
de plusieurs personnes
de qualité, qui ne purent retenir
leurs larmes à la veuë
de ce lugubre spectacle. Ce
Prélat presenta ensuite le
Coeur de cet illustre - Maréchal
à l'Abbesse du Convent
, qui est une Dame
d'un merite distingué. Elle
receut ce depost d'un air
qui marquoit combien elle
estoit touchée. Aussi Mr
de Vivonneavoit-il eu pour
elle pendant son vivant
beaucoup d'estime & de
consideration.
le ne sçay si vous sçavez
que ce Maréchal avoit fait
un Regiment en Sicile qui
portoit son nom. Il estoit
pourtant François. Les Dixpeaux
y avoient ses armes, ce
que le Roy avoit permis ainsi
qu'auxTambours quiestoient
aussi vestus de les Livrées.
Il en avoit pris grand soin,
,& c'est un des Regimens du
Royaume où ladisciplineest
mieux observée. Il n'y avoit
rien épargné, & il avoir esté
bien secondépar M le Chevalier
Parost qui en est Major
, & depuis encore par
:M' de la Tour, Lieutenant
Colonel. Le Roy l'a accordé
après sa mort à M le Maruqunis
de Trange son neveu, des Meninsde Monseigneur
le Dauphin, SiMrle
Mareschal de Vivonneavoit
disposéde quelque chose des
Emplois qu'il avoit, il auroit
donné ce Regiment à Mrde
Tiange qu'il aimoit & estimoit
beaucoup, parce qu'il
connoissoit rattachement
qu'il avoir pour luy, & qu'avec
tout le courage, il. toute
la valeur possible on ne
-
peut
trouver plus de probité, ny
s'attacher plus à fairejustice,
qui citoitune des choses qui
le touchoient davantage.
Comme vous aimez tour
ce qui parle du Roy, je ntr
sçaurois m'empescher de
vous dire quelque chose d'un
Sermon qui fut presché par le
P. Simon de laViergePrieur
des Carmes de la Rochelle, le
29 Septembre, jour de Saint
Michel
,
dans l'Eglise des
Peres Recolets, qui le reconnoissent
pour titulaire
de leur Maison. Il prit pour
texte ces paroles de Daniel,
Et ecce eWicbaè'l., unus dePrincipibus
primis,venit inadjutorium
meum, & après avoir remarqué
qu'il n'y avoit nul
rapport de nos connoissances
qui sont sensibles, àcesesprits
qui ont puïs, & des
qualitez des Anges aux expressions
deshommes,faisant
reflexion qu'un Dieu
s'est uny à la nature humaine
preferablement à la nature
Angélique, il se persuada
que l'homme pouvoir parler
d'un Ange, &que le merite
de Saint Michel ne perdoit
rien entre les mains des Pre.
dicateurs, & mesme que l'entreprise
estoit facile depuis
qu'un Ange avoit parlé aune
Vierge. Dans le fécond exorde,
il parla de la création des
Anges,dela separation des
bons
bons d'avec les mauvais
,
ëc
faisant connoiitre que la
chûte deceux-cy aexercéle
zele de ceux-là, quelle grandeur
, dit-il, est comparable à
scelle de Saint Michel! Dieu luy
a mis entre les mains ce qu'il
tjiime leplus, sa gloire pour la
defendre
,
son Eglise pour la
soûtenir,sonpeuple pour le proteger.
Lès preuves de la pre..
miere partie furent brillantes,
morales, & pleines de feu.
Apres avoir observé dans la
seconde que Dieu a toujours
employé Saint Michel dans
'a conduite de son Egliselors
mesme qu'elle n'estoit encore
que figurée dans les Anciens
Ilraehces) il continua son discours
par ces paroles. Dans
quel Siecle ce bien-heureux Archange
n'a-t il pas pris les interests
de l'épouse du Sauveur du
monde?C'est luy qui brisa les
chaisnes de Saint Pierre, &
mit en liberté cet Apostre pour
la consolationdesFidelles;c'est
luy qui fut donné à Saint Paul
pour l'accompagner dans des
voyages où il ne s'agissoit de !
rien moins que de la conversion
de l'Univers
> & pourtoutdire
dans une seuleparole, cejl luy.
qui fous les ordres du Seigneur
regle toutes les démarchés de
Louis le Grand par une suite
rapide de vertus ZST de victoires,
Combien devons-nous eslimer,
combien devons-nous cherir un
Prince qui travaillant pour l'état,
travaillesanscesse pour
l'Eglise
,
se montre très-
Chrestien dans toutesses oeuvres?
N'est-il pas nostre consolation
& nostre joye, luy qui réjouit
tous lesjours le Ciel &laTerre
par la réunion de nos Freres qui
s'estoient trop facilement fèpapas
touchcependantquil excite
les unsparsespicuseslibéralité
attire les autres par lesmarques
de sa bienveillance, releve sa
douceurpar saMajejlé, modéré
la severité de ses Edits par sa
clemence, aime ses Sujets
hait leurs erreurs, ramene les
esprits à la veritépar la persuasion
y
les coeurs à la charité par
la crainte, gagne tout le monde
pour faire regner par tout le
maistre du Ciel de la Terre?
iïMais que noussertd'avoir un
Prince religieux, si nous n'avons
pas plus de religion? Que
nous sertd'avoir un Roy zetés,
nous resistons aJon zeU ? Que
nous sert de voir les Temples de
l'erreur démolis parsesjoins, si
nous les relevons par nos desirs?
ghte nous fert de le voir triompher
des ennemis de ïEdifie
,
si
nous ne triomphons des passions
de noctre coeur ? £)ue nous sert
d'applaudir au fameuxordre
de Chevalerie que le; Rois
sa ayeux ont etably Jous
le nom de Saint Michel, si
nous ne respondons à la protection
que cet Archangeoffre
dans toutes les rencontres au
Peuple de Dieu?
Pour continuer à vous faire
part de toutes les grandes actions
de la vie du Roy, marquées
par autant de Medail.
les, frapées exprés pour faire
une fuite decette belle vie,
je vous envoye celle qui regarde
la Marine) que ce
Prince a tellement augmentée
pendantfon regnequ'elle
n'a jamais esté si florissante
fous ceux de tous ses Predecesseurs
ensemble.
L'amour que lesPeuples ont
pour ce grand Monarque,fait
que tous ceux qui vont de sa
part dans les Provinces,y sont
reccus avec des demonstrations
de joye extraordinaire.
Le Lundy 4. de ce mois? M15
de la Chambre pour la Reformation
des abus de la justice,
s'estant rendus à la Maison-
Rouge, à trois lieuës en deça
de la Ville de Limoges.
Mr de Fieubet, President de
cette illustre Chambre, y arriva
ce mesme jour à midy,
estant escorté duFils de Mr
Ausillonavec sa Compagnie,
que le Roy a nommé pour
servir en qualité de Ptevost
auprés de ces Meilleurs. Le
Prevost de la Marcschauffée
de la Province du Limosin,
& le ViceSenéchal s'y trouverent,
chacun avec ses Officiers
& Archers. Il y avoit
encore trois cens notables
Bourgeois à Cheval avec les
Officoiers de Juilice. Ces derniers
haranguèrent Mr le
President ; apres quoy on
commença à s'avancer vers
la Ville. La Compagnie de la
Mareschaussée marchoit la
premiere, & estoitfiiivie de
celle duVice-Senéchal. Enfuite
on voyoit le Carrosse
de M de Fieubet, dans
lequel il estoit avec M.
Bignon,M. de Marillac) &
M. l'AbbélePelletier,Conseillers
d'Estat. Tous ceux
de la Compagnie de M. Ausillon,
l'épée à la main, environnoient
ce Carrosse, qui
estoit à huit Chevaux. Deux
autres de M. de la Briffe,
Procureur General de la
Chambre,quivoientxeluy cy; ilestoitdans le premier de
ses Officiers dans le second.
Apres ceux-cy marchoienc
les Carrosses des Conseillers
d'Estat, celuy de l'Intendant
de la Province, & ceux des
Maistres des Requestes, tous
à six chevaux. Ils estoient
suivis des Officiers de la
Chancellerie5& de la Chambre
,
& les trois cens notable!
Bourgeois fermoient la o mar. che. Lors qu'on aprocha de
la Ville, le Canon tira toujours
jusqu'à ce que Mr le
Presïdentfustentré dans son:
Hostel.
Nous avons perdu ce moiscy
M' Perrault, Docteur en
Medecine, 8c de l' Academie:
des Sciences. Il estoit fort
habile dans tout ce qui regarde
les beaux Arts, & les
Public luy est obligé de la
belle tradudtion qu'il luy ai
donnée de Vitruve. Elleest
extrêmement recherchée,& a
fait plaisir à beaucoup d'Architectes
MrPerrault n'estoit
pas feulement gavant dans
la belle Architecture
y
mais il
a sceu mettre cette science
en pratique.L'A rc de Triomphe
a esté fait sur son dellèin,
aussi bien que la façade du
Louvre ornée du beau periftrille
qui l'accompagne. C'est
un Ouvrage fort estimé de
tous ceux qui s'y connoissent,
& que les Etrangers regardent
avec étonnement. Il a aussi
faitbastir l'Observatoire,dont
.h conltructionquiest finguliere,
demandoit un genie
quieustune parfaiteconnois
sance des Sciences pour les
quelles on a élevé ce Basti
ment. Je vous en ay doilil
uneample&curieusedescrip
tion,dans l'une de mesqua
tre Lettres touchant l'Am
bassade de Siam en France
où l'on voit, comme vous
sçavez
,
des choses tres-particulieres
qui n'avoient jamais
esté sceuës
, quoy quo
l'Observatoire soitconnudepuis
long-temps. Outre les
dix Livres d'A rchitecture de
Vitruve , traduits en nostres
Langue , avec des Notes &
les Figures, dont on a fait
une seconde édition in folio,
:orrigée & augmentée, Mr
Perrault a donné les Ordonnances
des cinq especes de
Colomnes selon la Methode
des Anciens,aussi in folio, aÎCCdes
Figures» & des. Essais
ïc Physique, ou Recueil de
plusieursTraitez touchant les
chosesnaturelles,quatrevolu-
TIesindouze avecdes Figures.
il a laisse un nouvel Ouvrage
dePhysique qu'on vadebiter.
Les lumieres qu'il avoit sur
routes chosesfaisoient qu'on
le regaidoit comme un homme
rare;aussiestoit-il d'une
Famille qui a toujours esté
tout esprit. Mr Perrault son
Frère) qui est de l'Academie.
Françoise
, en rend un témcoiognange
tque'onsnetseçaurro.it
M. le Fouyn est mort
peude jours après. Il estoit
Secretaire du Roy, Greffier
du Conseil, & Secretaire
General de la Marine..
& avoit une si grande pénétration
pour les affaires, qu'il
les concevoit sur le moindres
recit qu'on luyen faisoit, ce:
qui ayant esté reconnu par Mri
Colbert,dont l'activité estoit
êmeentourcschofcs, &
qui ne cherchoit que des gens
qui en eussent beaucoup pour
le service de Sa Majesté
?
il
le fit un plaisir de contribuer
son élevation
,
qu'on doit
egarder comme un effet de
son grand travail.
Pendant que les uns sorcent
à regret du monde? d'aures
y demeurent avec douleur.
Les Goûteux sont de ce
nombre. Il est peu de gens
qui y souffrent davantage,&
comme on donneroitvolonriers
tout son bien pour se
délivrer des douleurs aiguës
que cause la goûte,l'espoir
du gain a fait chercher de
tout temps des remedes pour
ce mal. On en a trouvé qui
l'adoucissent
>
mais on n'a
pu encore en trouver qui le:
guerifrent entierement. Entre:
tous ceux qui ont travailléà
chercher de ces remedes, il
semble qu'aucun n'a mieux
réiiOE
? que MMesnard
, premier
Chirurgien de la seuës
Reyix Mere. Comme le Baume
dont il a trouve le secret,
n'a jamaisesté distribué aut
Public, & qu'ill'a laissé enr
mourant àMllc Guyet sa niece,
Femme de Mr de Vassefont,
ils ont cru qu'on leur seroit
redevable, s'ils en faisoient
part à ceux que la goute attaqueroit
& danscette veuë, ils
ont supplié le Roy de leur en
donner le Privilege. Sa Majesté
qui n'accorde rien sans
êrtebien informée de l'utilité
de ce qu'elleaccorde , donna
ordre à son premier Medecin
de prendre connoissance de la
faculté & deseffets deceBaume.
Mr Daquin,aprés en avoir
kfajtY faire plusieursexperien-
:ces pendant deux ans,adonné
son avis par lequel il paroist
que tous les Malades qui se
font servis de ce remede, en
ont receu une entiere guerison
, ce qui a obligéle Roy à
permettre que ce Baume soit
distribué dans tout son
Royaume. J'ay veu & leu,
tous les Certificats & les Mémoires
où sont les noms des
tous ceux qui en ontesté;
gueris & sans cela je ne vous
endirois
,
rien
,
n'ayant pas
accoutumé de vous parler de
ces sortes de remedes, à moins
que jene fois seur qu'ils v-ien:.
nent de bonne part ,
& qUI
les effets en sont certains.
D'ailleurs Mr de Vallefonc
estant homme de service
, &
passant pour Gentilhomme,
il ne doit point estre mis au
nombre de ceux qui ne débitentque
de faux remedes.
Il apassé plus de dix-huit ans
dans les Armées, en qualité
de Volontaire,Officier d'Infanterie
, de Cavalerie, & autres
emplois considetables. Il
demeure àl'Hôtel àeLussani,
ruë des Petits-Champs, &
on aura chez luy tous leséclaircissemensnecessaires
touchant
son Baume.
'>#
-,
Cen'estpasseulement dans
les Armées qu'on a la gloire
de mourir pour son Roy.
Ceux qui sacrifient aussi leur
vie pour le bien de l'Etat,
sont dignes de trouver place
parmy les Illustres. C'est ce
qu'a merité MJohin
,
fort
estimé dans Paris pour sa probité
,
& qui est mort depuis
peu à XainteSjOiï il accompagnoit
M de Pomereu,
Conseiller d'Estatordinaire,
dont il esté Secretaire pendantvingt-
troisans. L'application
extrême qu'il a euëâ
travailler aux affaires & au
soulagement de cette Province,
& de tous les autres,
lieux que Mr de Pomereu a
visitez avec son activiré accoutumée,&
cezeleextréme
qu'il a pour ce qui regarde le
service de Sa Majesté, luy a
causé une grosse fiévre
,
qui
jointe au mauvais air qu'il
avoit pris à la Rochelle, l'a
emporté en fort peu de
jours.
Il y a une nouvelle mode
de Manchons qui fait du
bruit. Ils sont d'Obuzer.
IC'eH: un petitanimal que l'on
ne trouve que dans des Pays
très éloignez. Il a la peau si
fine & si belle, qu'on n'en a
point veu de semblables,ny
qui l'égalent en beauté. Sz
coul eurest admirable,&,
d'une teinte naturelle, qui
n'estny rayée ny mouche
tée, mais jaspée d'une ma
niere toute particuliere, ôi
quiest fort agreable, ayan
cela de propre, qu'on ne peu
la contrefaire par aucun liti
stre
, ny par aucune peintures
Ce qu'il y a deplus extraor
dinaire dans cette fouruw
d'Obuzer, c'est de se pour
voir coucher de tous fensl
& mesme d'estre encore plus
belle à contre-poil que dans
le sens qui luy est naturel.
Lecuir en est fort mince &
d'une grande douceur, ce que
les gens du métier expriment
par le terme de Molet.Il n'est
point facile à se déchirer
ayant de plus cette propriété
fort singuliere, de n'estre
pointsujet aux vers & aux
insectes qui ont coutume de
se trouver dans les autres
peaux, & de les ronger, ce
qui fait ordinairement tonv
ber le poil, & gâtelesplus
belles fourures, Cesmanchons
d'Obuzer n'ont pas
besoin d'étuis pour être conservez.
OH peuti.mesme le*:
mettre & leschifonnerdans
la poche.Gins que cela leur
sa sse rien perdre de leur sorn-
le) ou de leur beauté natu,
relle. On a presenté au Roy
le premierdecette espece qu
ait paru enEurope, & SaMa,
jesté a eu la bonté de Fagreetj
Le Srdu Tremble, Marchant
Foureur de Paris , qui a tou
jours esté. extrêmement cu
lieux d'avoir de belles foLW
rures, est leseul en Franc
qui ait de ces manchonsd'O
buiel:
buzer. Illes a fait venir de
fort loin, & avec beaucoup
de peine. Il demeure au bout
de la ruë Dauphine du costé
du Fauxbourg Saint Germain,
à l'Enseigne du Grand
Monarque.
La beauté conduit à tout
quand on a assezd'esprit pour
la menager avec adresse. Ces
deux avantages s'estant rencontrez
dans une jeune Personne
qui manquoit de bien
.& de naissance ,elleena sceu
si bien profiter
,
qu'ils l'ont
élevée a une fortune qu'elle
soûtient aujourd'huy admirablement.
Le nom d'Angélique
qui luy fut donné, répondoit
aux agrémens qui
la rendoient toute aimable.
Elle n'avoir que douze ans
lors qu'elle perdit son Pere &
sa Mere. En ce malheureux
estat, une Tante qui sçavoit
le monderqui n'avoir point
d'Enfans, la fit venir avec
elle. Quoy qu'elle fust assez
peu accommodée, & que la
dépensequ'illuy falloit faire
pour l'entretenir se pust nommer
une charge, elle avoit
ses veuës en la prenant. C'étoit
une Femme debeaucoup
d'intrigue. Sa Niece estoit
belle,& sembloit avoir ce je
ne sçay quoy qui est encore
plus piquant que la beauté.
Ainsi s'illuy devoit couter
quelque chose pour la tenir
propre & dans un estat à
faire valoir ses charmes, elle
esperoit s'en dédommager
par les Amis qu'elle pourroit
luy donner un jour. En effet;
à peine eut-elle atteint sa
quinzième année,qu'on ne
parla plus que de la belle
Angelique. La fraischeurde
la jeunesse jointe aux traits
lesplus touchants la fit regarder
avec des yeux d'admiration.
Oneutde l'elnpre{[e:'
mène a trouver accés chez
elle, & comme personne n'y
pouvoit estre receu sans avoir
gagné la Tante,elleeut bientost
le plaisir de fc voir faire
la cour. C'estoit ce qu'elleattendoit
depuis long-temps.
Elle,Pc fut pas inexorable.
On prenoit divers pretextes
pouraller lavoir,& la Niece
estant toûjours dela converfation
, & disant les choses
dela manière du monde Ii:"
plusagreable,on estoit charmédel'entretenir
; mais fill
ce chitii-icattiroit,on n'alloit
pas loin sans estre arresté.
Aprés deux ou trois visites,
la Tante opposoit des regles
de bien-seance dont , on ne
s'affranchissoitque par des
voyes utiles pour elle. On
n'ignoroit pas que safortune
estoit mediocre
, & les prefents
applanissoient les difficu
l tez. Elle avoit l'adresse
non seulement de s'en attirer,
mais de se faire imposer une
espece decontrainte pour se
resoudre à les recevoir. Cependant
ils ne servoient qu'à
faire obtenir la permission
d'un entretien général
,
& il
falloit payer cherement un
teste à tcfte quand pour l'accorder
elle feignoic quelque
affaire qui l'obligeoit à quitter
sa Niece. Mais si la belle
Angelique demeuroit alors
sur sa bonne foy
,
l'Amant
qui sembloitfavorisé n'en
tiroit pasun grand avantage.
La Tante qui luy donnoit de
bonnes leçons
,
luy avoit
souvent reïteré, que la fierté
feuleluy pourroit faire trouuer
un Mary, & que tout son
bien consistant dans sa beauté
, c'estoit à elleà étudierle
,
foiblede ceux qu'elle luyat-
: tireroit pour réüssir dans
quelque établissement. Elle
ajoûtoit que la tendresse de
coeurestoitperte des Filles,
& que pour se mettre bien
avec la fortune, il ne falloit
jamaisrienaimer. Ces maximes
estoient assez du goust
d'Angelique; aussilespratiquoit-
ellefort heureusement.
Elle avoit l'esprit aussi fin
que pénétrant,& illuy estoit
aiséde demefler que tout l'attachement
que luy faîsoient
voir ceux qui en avoient le
plus pourelle,estoitfondé
sur les esperances d'une liatson
de galanterie. Ils s'en flaterent
inutilement. Leurs plus
ardentes protestations demeurcrent
sans pouvoir;elle
ne se laissa éblouir d'aucune,
& toutes les offres qui luy furent
faites, & qu'on luy faisoit
d'autant plus ouvertement
que sa condition qui
estoit fort basse, sembloit les
autoriser) ne la purent faire
consentir à aucun engagement.
La Tante prenoit coujours
, & Angelique seignoit
de n'en rien ravoir. Quand
elleauroit pûsoufrir que l'on
cust fait quelque dépense
pour elle, il n'y eust eu rien
d'assez solide pour remplir
l'ambition dont elle estoit
rourmentée. Elle avoit befoin
de rencontrer une Dupe
qui luy voulust tout facrifler.
C'est: ce qu'on ne trouve pas
toujours aisément Les hom,
mes s'accoutumentde bonne
heure à se tenir sur leurs
gardes, & quand il s'agit de
mariage les plus amoureux y
pensent plus d'une fois.
D'ailleurs? quoyqu'Angélique
parust d'une vertu
fort
exacte , comme elle voyoi
beaucoup de monde., chacun
ne se croyoit refusé que parce
qu'un autre estoit plus
heureux que luy, & les vilites
qu'elle recevoir engageant
toujours à quelque Tribut
envers laTante, si on ne la
mettoit pas au rang des Filles
d'une réputation douteuses
elle passoit au moins pour
une coquette. Trois ans s'estantcoulez
de la forte, sans
quelleeusttrouvé un époufeur
, elle reconnut que cette
conduite ne luy ettoit pas
avantageuse, & que si un tour
d'esprir ne fecondoit sa beauté
,
elle estoit en risque de ne
pas changer d'estat. On luy
parla d'un vieux Marquis de
Province
,
qui s'estant déjà
marié deux fois, avoit la
tentation de faire une troisiéme
folie. C'estoit un homme
fort riche, demeurant à
une Terre à quinze lieuës de
Paris. Il estoit facile à s'enflamer,
& s'estoit laissé duper
par ses deux premieres femmes?
qu'un entestement d'amour
luy avoit fait épouser.
Angelique ayant appris qu'il
avoit le coeur sensible
, crut
qu'elle en pouvoit entreprendre
la conqueste. Elle inventa
un Romanqu'elle concertaavecsaTante,&
un jour
qu'elles furent averties qu'il
difneroit à un certain Bourg?
au retour d'un court voyage
qu'il faisoit de temps en
temps, elles se rendirent à
l'Hôtellerie où il avoit accoûtumé
de descendre. La
beauté d'Angelique eiranc
de celles qui brillent & qui
surprennent
?
l'Hôtelle qui
eu fut frappée la mit dans
une chambre fort propre,
& s'empressa à luy demander
ce qu'elle vouloir. Elleeffecta
un air de langueur qui la
rendoit encore plus belle, &
luy répondit en soûpirant
qu'il ne falloir à disner que
pour la Demoiselle quil'accompagnoit
? parce qu'elle
estoit dans un estac qui luy
oftoit l'envie de manger.
L'Hôtesse entra dans son déplaisir,
quoy qu'elle n'orait
luy en demander la cause
,
&
luyayant dit tout ce qu'elle
put pour adoucir ses chàr.
grins, elle la quitta au bruit
d'un Carrosse qu'elle entendit
arriver. C'estoit le Marquis.,
Elle luy dit aussi-rost
qu'elle avoit chez ellelaplus
belle Fille qu'elle eust jamais
veue, mais si affligée que cela
faisoit pitié. Le Marquis fut
attendry
,
& dans l'impatience
qu'il eut de la voir,il pria
rHôceuc de le mener dans
sa chambre. Il prit pour pretexte
une liberté de Voyageur,
& luy demanda si elle
voudroit souffrir qu'ileuit
l'honneur de disner avec elle.
L'Hôtesse l'ayant asseurée que
c'estoit un Gentilhomme des
plusestimez de tout lePays,
forcit un momentaprès pour
donner ordre au repas..La
Belle répondant civilement
àtoutes les honnestetez du
vieux Marquis) le pria de s'épargner
l'ennuy qu'il auroit
de passer deux heures avec
une malheureuse
)
dont la
conversation ne pouvoit
qu'eitre importune. Sa beauté
fit sur Con coeur l'effetqu'elle
enattendoit. Il en parut vivement
touché) & commençant
à s'intcreifer dansfà
forrunc:" il la ^conjura deluy
découvrir qui elleeltoit. Elle
fut long-tcmps à s'en défendre
sur ce qu'illuy estoit im-
': portant de demeurer inconnuë
, & ce refus le rendant
plus curieux, illa preflatant
qu'elle luy dit que de puissantes
raisons luy impo soienc
la necessîté de cacher son
nom) & quetout ce qu'elle
pouvoit luy apprendre en.
général ,c'estoit qu'estant demeurée
sans Pere ny Mere:
avec. douze mille livres de
rente lors qu'elle n'avoit encore
que dix, ans, son Tuteur
quiestoit sonHeririer,l'avoin
enfermée dans un Couvent;
où il avoit- fait tous ses effortspour
l'obliger à prendre: àlt";que n'ayanr pu. ent
venir à bout, il avoir voulu
luy faite époufer un de ses
Fils) hommemal fait & de
nul merite
,
& qu'enfin. par
le conseil d'une Tante qui
estoit la feule de tous ses Parens
qui prenoit ses interests
elle avoir trouvé moyen de
s'échaper du Convent 6c
qu'ellealloit à Paris se cacher
chez la Demoiselle donc
il la voyoit accompagnée,
en attendant qu'on eust pris
de justes mesures pour la garantir
de la persecution de
son Tuteur. Tout cela fut
dit avec des marques d'un si
grand accablement, & d'une
maniéré si noble, que leMar.
quis ayant donné dans le
piege, ne douta point qu*Angélique
ne fust une Fille de
qualiré. L'amour échauffant
déjà son coeur» illapria
devenii chez luy, Tasseurant
qu'elle y trouveroit tout le
secours qu'elle devoit s'en
promettre. La Belle luy témoignant
beaucoup de reconnoissance
de cette offre)
dit qu'elle feroit fâchée de
l'enveloper dans son malheur,
queses Ennemis étoient :
d'une humeur fort violcnre.,
& que dans le desespoirou
ils seroient lors qu'on leur
auroit appris qu'elle s'estoit
tirée du Convent, il n'y
avoir rien qu'ils ne fussent capables
d'entreprendre contre
ceux qui auroient favorisé
son évasion. La Tante qui
n'avoit point encore parlé
,
comme se tenant dans leresped,
dit alors à Angelique
que dans Testas où ses affaires
estoient
,
elle ne feroit pas
mal d'accepter les e ffres que
luy faisoit Mr le Marquis;
que ccmme on ne pourroit
deviner qu'il la connust
,
la
maison feroitunlieuoù personne
ne s'aviseroit de la
chercher, au lieu qu'estant
cachée à Paris chez elle, ses
Parens qui mettroient par
tout desespions, pourroient
découvrir qu'elle y seroit, &
la tireroient d'entre ses mains
sans qu'illuy fust possible de
la défendre contre eux, comme
pourroir faire Mrle Mar-•j|
quisîdont laqualité seroit respectée.
Le raisonnement fut
trouvé bon? & le Marquis
l'ayant appuyé avec beaucoup
de chaleur, la Belle
futobligée dele rendre, à la
charge qu'il luy donneroit
un A ppartement ,
où elle
ne seroit veuë que de quelquesuns
de ses Domestiques.
La condition fut acceptée.
On servit le disné,
& le Marquis luy fit de si
instantes prieres de moderer
son chagrin, qu'elle resolut
pour l'amour de luy de
reprendre la gayeté qui luy
estoit naturelle. Il estoitravy
d'avoir à garder un si precieux
tresor, & tenoit sans
ceÍfe les yeux attachez sur
elle. Lors qu'elle futarrivée
chez luy , il la logea dans un
fort beau Pavillon, où illa
voyoità tousrnomens-L-Ile le
pria d'abord de trouver bon
qu'elle fist sçavoir touteschosesàcetteTante,
qui luy avoit
conseillé d'abandonner le
Convent, afin de pouvoir apprendre
par elle dans quel sentiment
seroient sesautresParens.
Il le permit avec joye,
&la veritable Tantequi éroit
auprèsd'elle, & qu'elle nommoit
! sa Gouvernanre, se
chargea du foin de faire venir
la réponseavec d'autres
Lettres de différente écriture.
selon qu'elles en auroient be- 4
foin pour le succés de la
tromperie.Ellelesconcertoit
avec Angelique, & un Correspondant
de Paris les renvoyoit
dans les mesmes termes
qu'elle luy marquoit de
les faire écrire.La chose estoit
conduite avec tant d'adresse,
que toutes ces Lettres venoient
par le Courrier de Bretagne
qui passoit à une licuë
de la Terre du Marquis, où
illes laissoit. C'estoit là que
la belle Fugitive luy avoit dit
qu'estoit tout son bien. Elle
luyavoit sur tout parlé d'un
vieuxChaficau,ce qui marquoit
uneancienne Nobles
se. La réponse de la Tante
prétendue qui vint quelques
jours a près fous une envelopeparticulièrepour
le
Marquis, faisoit connoistre
la ! joyequ'elle ressentoit
de la retraite qu'elle avoic
trouvée. Elle l'exhorroit
à se bien cacher, parce
que son Tuteur desesperé de
sa fuite, avoit envoyé aux
environs du Convent pour
découvrir où elle s'estoit refugiée
?
& que s'il pouvoit
venir à bout de se resaisir de
sa personne,elleendtvoit perionDe cile en dévoie
- craindre.
craindre toute forte de malheurs.
Cette Lettre luyayant
esté apportée par le Marquis,
elle la leut devant luy, & il
témoigna une forte resolution
de la défendre contre
Pinjuftice. Cependant comme
il estoit toujours avec
elle, ses maniérés qui estoient
toutes charmantes l'engageoient
de plus en plus, &
elle connut bientost que l'amour
seul avoit part aux foins
cmpreuez qu'il luy rendoit.
Elle profita de ces dispositions
pour l'enflamer encore
davantage, & de nouvelles
Lettres de laTante pretenduë
servirent beaucoup à le faire
declarer. 3 Elles portoient
qu'on sevanroit de sçavoir
ou elle estoit; que pour se
mettre à couvert des violences
qu'elle avoit à redouter,
elle luy conseilloit de se marier
sans retardement dans la
maison mesme du Marquis;
que c'estoit l'avis de ceux qui
demeuroient dans ses interests;
que quand elle paroiftroit
avec un Mary
,
les plus
emportez n'auroient rien a.
dire; que pour cela elle avoit
jetté les yeux sur un jeune
Gentilhomme qui avoit du
bien,& qui l'ayant vûë avant
qu'elle entrât dans le Con-
,
vent, elloit fort content de sa
personne mais que son Tuteur
& ses enfans qu'il falloit
avoir pour ennemis, luyfaisoient
un peu de peine, &
,
qu'au premier jour elle l'instruiroit
detoutes choies.
Cette Lettre fit dire au Marquis
qu'elle trouveroit des
gens qui s'expoferoient avec
plaisir à l'inimitié de son Tuteur.
Six jours après on receut
une autre Lettre qui s'adressoit
à luy- mesme; le caractere
estoitdifterent. On l'avertisfoit
qu'on luy viendroit demander
une jeune Demoiselle
qu'il gardoit chez luy depuis
quelquetemps,&onle prioit
de la remettre sans bruit entre
les mains de ceux qu'il
verroit autorisez par un ordre
de justice,avec menace s'il refusoitdela
rendre, de se fervirde
toutes fortes de voyes
pour le mettre à la raison. La
pretenduë Tante écrivit en
mesme temps que le Gentilhomme
qu'elle vouloit luvl
faire épouserestoit tout prest
de partir, lors qu'il avoit estés
retenu par certaines procédures
que l'on disoit avoir
esté faites sur sa fuite du Convent,&
quelle tacheroit de
s'en éclaircir pour luy en
donner des nouvelles seures.
Toutes ces choses convainquirent
le Marquis du bien
& de la naissance de sa belle
Prisonniere. Il s'abandonna à
son amour, & luy remontrant
qu'ellen'avoitpoint de remps
à perdre, illuy ditque si ses
années ne luy faisoient point
de peur, il étoit tout prest de
l'épouser, que ce mariage feroir
avorter les desseins de son
Tuteur, & que peut- estre y
alloit-il de ses interests d'y
consentir, puisqu'il voyoit
bien que ce Tuteur s'estoit
fait si redoutable, qu'elle ati
roit peine à trouver dans le
Pays un homme assez resolu
pour se vouloir faire des affaires
avec luy. La Belle assec
tant de fausses lannes, dit au
Marquisqu'après toutes les
bontez qu'il avoit pour
ellej
il seroit injuste qu'elle en a.J
bufaft; que luy estant aussi
obligée qu'ellel'étoit,elle ne
pouvoit souffrir qu'il prist un
engagement dont les suites
ne pouvoient questre facheuses
) & qu'il valoir mieux
qu'on l'abandonnait à toute
la malignité de son étoile.
Ce feint refus ne servant qu'à
luy donner plus d'amout, il
la pressa de telle maniéré quelle
fut enfin forcée de se
rendre, mais à la charge qu'il
luy donneroit le temps de
demander le consentement
de sa Tante, & de quelques
autres de ses Parens. afin que
la chose eust plus de force.
Ce ne fut pas sans beaucoup
de peine qu'il supporta ce
délay qui luy paroissoit un
siecle. Le consentement quelle
demandoit ayant elle envoyé
dans toutes les formes
avec de grandes signatures de
faux Notaires) le mariage se
fit. Le Marquis charmé de sa
conqueste mic sa Prisonniere
en liberté,&déclarant quelle
estoit sa femme, il receut
icy compuinens de toute la
Noblesse des environs. La
jeune Marquise fort satisfaire
d'un titre qu'elle avoir siardemment
souhaité, répondit
de si bonne grace, &avec
tant d'honnesteté aux marques
d'eitime qu'on luy don.
na) que la beauté ayant d'ailleurs
un charme attirant pour
riout le monde,elle gagna
tous les coeurs. Elle affectoit
beaucoup de simplicité dans
ses manieres) & elle y méloit
de cerrains airs nobles qui
faisoient dire que l'éducation
du C onvent ne luy avoit rien
oRe de ce qu'elle tenoit de sa
nainance. Elle eut sur tout
pour le vieux Marquis des
complaisances qui luy donnerent
tout pouvoir sur son
esprir ; il y alloit de ses interests
de luy inspirer beaucoup
d'amour,puilqu'illuy estoit
impossibled'éviter que la
tromperie ne fust bientost
découverte
,
& qu'à moins
qu'il ne l'aimaft passionnément,
cette connoissance dévoit
produire de méchants
effets pour elle. Le mal que
l'on craint arrivant toujours
trop [oft, elle employa toutes
fortes de moyens pour le tenir
long-temps en erreur, &;
après quelques Lettres le la
fausse Tante qui la Felicitaitsur
son Mariage
,
& luy donnoit
d'utiles conseils pour sa
conduire, il en vint une qui
luy apprenoit que son Tuteur:
avoit etc averty de tout;qu'il
en estoit dans une fureur inconcevable
; & que les menaces
qu'il faisoit luy donnant
sujet de craindre que lavie du
Marquis ne fust pas en feureté,
elle devoit l'obliger àne
point sortir qu'avec bonne
escorte. Le Marquisluy dit
sur cette menace, que c'estoit
un feu qui n'auroit
point de durée
,
& laissa paffer
encore six mois, pendant
lerquels tous les avis qu'on
receut, furent que le Tuteur
pretendoit avoir mis si bon
ordre à toutes choses, quela
Marquise ne jouiroit de son
bien qu'après de terribles
avantures. Cela n'étonna
point le Marquis. Les menaces
luy paroissoient aisées à
faire de loin, & il ne pouvoir
se persuader qu'on voulust
risquer assez pour en venir
aux effets.Ainsi la saison
estant fort belle?& douze
mille livres de rente valent
bien la peine de les de,-1
mander, il resolut d'aller se
mettre en possession du bien
de sa Femme. Quoy qu'il eust
pour elle toute la tendresse
imaginable, sa craintene put
le retenir plus longtemps.
Tout ce qu'elle obtint, ce
fut d'avoir encore des nouvelles
de sa Tante, q il luy
mandaque tout c stoitassez
calme, qu'elle croyoit que
ses ennemis se rendroimt à
la raison, & que s'iln'arrivoit
rien qui changeait Testas des
choses, elle ne manqueroit
pas de les venir recevoir à la
derniere couchée. Ils partirent
là-dessus, le Marquis
faisant accompagner ion
carosse d'unassez grand nombre
de ses Domestiques bien
armez; & ils avoient déja
fait quarante lieuës,jors que la
Marquise,toujours deconcert
avec la vraye Tante quiécrivoitpour
la faulse, cherchant
à parer) ouà reculer du moins
ce dernier coup, fit paroistre
un Envoyé avec une Lettre,
qui portoit que son Tuteur
ayant esté averty de
son départ, avoit fait mettre
le grand Prevost en campagne
avec quantité d'Archers
pour arrester le Marquis;qu'il
avoit traité son mariage de
rapt,& obtenu un decret;
que la Justice alloit fort vite
en Bretagne, où l'on faisoit
couper la teste à un homme
avant qu'il eust le temps de
se reconnoistre, & qu'ayant
1. se défendre du crime qu'on
luy vouloit imputer, il valoit
mieux qu'il le fist de
loin3 tout ellant à craindre
pourluy dans un lieu où il
n'auroit que son bon droit
pourappuy,& où sa Partie
estoit puissante. Cette nouvelle
mit tout en desordre.
LaMarquisequitrouvait des
larmes quand elle voulait,
n'en fut point avare. Elle pria
son Mary d'une maniere touchante
de luy épargner le
desespoit où elle seroit, si
sa vie couroit le moindre
danger
, & comme elle
estoit dans un COffilllcncement
de grossesse,ce qui donnoit
beaucoup de joye au
Marquis,il ne lavoulut point
exposer à de plus longues
frayeurs. D'un autre costé,
l'accusationdurapt avoit de
la vray-semblance ; c'estoit
une Fille de qualitétirée d'un
Convent ; il l'avoit tenuë
cachée chez luy, & il crut
devoir prendre ses précautions
contre les poursuites
dont on luydonnoit avis. Il
jugea donc à propos de ne
pas aller plus loin, & donna
les ordres pour retourner à sa
Terre, jurant à sa femme qu'il
renonceroit plutott toute sa
vie à ion bien que de la mettre
jamais dans les alarmes
où illa voyait, mais il ne fie
pas tout le chemin sans apprendre
ce qu'on luy cachoit
avec tant de foin, &: la même
Hostellerie où son amour avoit
commencée, servit à le
tirerde l'erreur où il estoit
depuis si long-tcms.11 y ell-oit
à peine arrivéqu'un Cavalier
de sa connoissance y arriva
comme luy. Un de Ces gens
qu'il trouva en décendant de
Cheval luy ayant dit que son
Maîtreestoit en haur, il monta
incontinent à sa chambre,
& ne luy eut pas dit plutost
quelques mots, qu'appercevant
Angelique il alla à elle.,
& luy demanda avec beaucoup
de surprise) ce qu'elle
faisoit avec le Marquis. Elle
fut embaraflee
, & auroit
peut-estre feint de ne l'avoir
jamais veu si dans ce moment :
sa Tante ne fust entrée. Le
Cavalier luy parla avec la
mesme familiarité qu'il avoic
fait à la Niece, & toutes deux
rougissant, & se regardant
sans oser rien dire,leMarquis
que ce mistere rendit
inquiet ne voulant point d'éclaircissement
qui sist éc lat
, pria le Cavalier de décendre,
parce qu'il seroit bien aise de
l'entretenir. Quand ils furent
seuls, il le pria de luy dire
d'où ilconnoissoit les Demoiselles
qu'il venoit devoir, Le
Cavalier ayant esté un de
ceux qui avoient paru les plus
empressez auprès d'Angelique
, ne fit aucune façon de
luy en conter l'Histoire. Il
ajoûta que ne luyvoyant ny
bien nynaissance, il s'estoit
flaté que la conqueste ne seroit
pas difficile, & que les
presens que la Tante recevoit
l'avoient fortifié dans cette
esperance,mais qu'après beaucoup
de soins & de protestations
d'amour ayant reconnu
qu'il n'yavoit rien à faire, à
moins qu'il ne parlait une langue
qui ne luy convenoit pas
il s'en estoit retiré; qu'il sçavoit
que la mesme choseétoit
arrivée à plusieurs personnes
qui l'avoientaussiaimée
passionnement,&quiavoient
quitté la partie sans avoir pû
obtenir la moindre faveur;
qu'après cela il avoit esté furpris
de la trouver dans sa
Chambre, & que s'il estoit
venu à bout de surmonter sa
fierté, il falloit qu'il l'eust
ébloüie par quelque établissement
fortconsiderable. Le
Marquis voyant que sa destinéeestoit
d'estre toujours
dupe, trouva au moins quelque
consolation dans l'asseurance
qu'on luy donnoitde la
vertu de sa f-ciny-nc.11l'aimoit
avec excès, & comme elle
n'oublioitriende ce qui pouvoit
l'en rendre digne, illuy
estoit impossible de l'abandonner.
Dans cette agitation
d'esprit, il fit encore quel ques
questions au Cavalier pour
trouver le tem ps de se remettre
de la surprise qu'il avoit
laisséparoistre, & s'estantenfin
déterminé à luy faire croire
qu'ayant formé le dessein
del'épouser il n'avoitrienfait
qu'en connoissance de cause,,
illuy dit que cette belle personne
luy ayant paru d'une sagesse
invincible,il avoitvoulu.
satisfaire son amour en lac
prenant pour sa femme, maisa
que pour s'en faire honneur
dans le monde, il avoit dit
que c'estoit une Fille de qualité
de Bretagne qui avoit du
bien,& qu'il le prioit de ne
pas détruire ce qu'il avoit
publié. Le Cavalier luy en
ayant donnné sa parole, il le
mena à sa Femme, qui n'e.
stoit pas moins embarassée
que sa Tante,d'une rencontre
qui découvroit ce qu'elles
estoient. Pour rassurer la
jeune Marquise, il luy dit
d'abord d'un air libre & fort
content, que puis que le Cavalier
la connoissoitdepuis si
longtemps, il nevouloit pas
qu'elle devinstBretonne pour
luy, qu'elle devoit l'estre;
seulement pour tous les autres
à qui il estoit bon de cacher
qu'il s'estoit laissé surprendre
assez à l'amour, poun
avoir bien voulu époufer une
personne d'une naissance si
inégaleà la sienne. LaTante
& la Nièce comprirent par-làé
le tour qu'il avoit donné àfOIn
Mariage. Le Cavalier fit som
complimentàlaMarquise fui;
l'état avantageux où il hi
trouvoit. & il le fit en des
termes qui firent connoistre
qu'ilJ
qu'il,l'estimoitvéritablement.
Il disnerent tous ensemble,
& quand le Cavalier fut
party, la Tante & la Niéce
se jetterent aux pieds du Marquis,
pour luy demander pardon
de
la tromperie qu'on
luy avoit faite. Il répondit
que chacun devant travailler
pour sa fortune
,
il n'avoit
pointàse plaindre d'elles,&
la Marquise quiestoiten larmes
, ne se hastant point de
se releveril-l'affura qu'il
oublieroit tout avec plaisir,
pourveu qu'elle eust foin de
îc conserverdans sa grossesse.
Elle luy donna un Fils, qui
fut pourluyun sujet de joye,
qu'il fit éclater par toutes
fortes de réjoüissances. De
cinq Enfans que ses deux
premieres Femmes luy avoient
donnez, il ne luy en
restoit point à qui laisser sa
succession. Trois Filles s'estoient
faites Religieuses, &
deux Fils qu'il avoit eus,
zftoicnt morts pour le fervivice
du Roy pendant les dernicres
Guerres. Cet heureux
gage de l'amour de la Marquise
redoubla celuy qu'il
avoit pour elle, & ill'estime:
aujourd'huy & la considere
d'tautantplus, qu'elle paroist
estre née ce qu'il l'a faite,
tant sa conduite & sesmaniéres
douces & honnestes sont
d'une personne de qualité.
Je vous ay souvent parlé
de Mr Gauthier, en vous
envoyant des Devises de sa
composition que vous avez
toujours trouvées tres- justes.
Comme il y a peu d'hommes
en France qui ayent une
plus parfaite connoissance
du Blason que luy, il vient
defaire un jeu d' Armoiries,
ou tous les termesduBlason
- -
sont expliquez & rangez par
ordre. Il s'est servy pour cela
d'un jeu de carres qui n'est
remplyque du nombre des
cartes ordinaires ausquelles
il a laissé la mesmedisposition.
Les couleurs qui les distinguent
sont celles qui sont
usitées dans le Blason
, & au
lieu des marques qui fervent
à compterdes points, ce sont
des hachures qui sontla différence
des quatre couleurs
dans ce jeu nouveau. La premiere
est Sahlc
,
la seconde
Sinople, la troisième Azur,&,
la quatrième Gueles. L'Or&
l'Argent se trouvent par tout
indifféremmentChaque partie
a quatre cartes qui fervent
de Roy,de Dame, de VaItt
& d'As,dans lesquelles on a
mis les éléments du fiiafon.
Rienn'est pluscurieux& plus
utile que ce jeu de carres,
parce qu'en se divertissant on
se trouveinstruit dans une
science qui demande beaucoup
d'application & qu'on
retient mieux ce que l'on apprend
de cette forte, que ce
qu'on apprend à force d'étude.
Le Public doit estre
oblige à ceux qui luy donnent
des ouvrages de cette
nature, pour lesquels il faut
de longuesreflexions. Celuycy
a esté presentéà Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
parce qu'illuypeut-estre fort
utile. Il se trouve chez le
Sieur Valet,ruëSaint Jacques,
au Buste de Loüis XIV.
Dans la conjoncture presente
je croy vous faire plaisir
, & à ceux de vos Amis
qui s'attachent aux affaires
du temps, en vous disant
,
que le Sieur Langlois, rue
Saint Jacques,àla Victoire,
vend trois Cartes parriculieres,
sçavoir;
L'Evesché de Spire oùest
Philisbourg, avec son Plan,
&vne partie du Palatinat du
Rhin.
1/Evefchc deVvormes avec
une partie du Palatinat du
Rhin, & de l'Archevesché
de Mayence.
Les environs de la Ville de
Strasbourg, avec les Campemens
des Batailles defeu Mr
de Turenne en Alsace.
Mrs lePresident Estei>enne;
le Chevalier des Maronniers
rue de l'Arbre sans feiiSes,
& l'aimableVoisine du PXm
Nostre-Dame,àl'Anagramme
,
Je t'aime
, ma chere, ont
expliqué la premiere des deux
Enigmes du mois passé sur
la Chan/elle, allumée, qui en
estoit le vray sens.
Le Parasol ou Parapluye qui
estoitceluy de la seconde,a
esté trouvé par M Digeon,
de la rue des Blancs Manteaux
; le Fidclle du brave
Saxon à la Devise, Gode
, e
taci
> amore njmï vosi ; Grapinian&
la Rapiniere du Chapeau
rouge de la rue des
Lombards:le Clerc du jeu
du Monde sur les Terreaux
de Lyon: l'Amant dont le
coeur n'est pas toûjours tourné
au Nord, & la charmante
Jeunesse au retour de la
Chasse.
Ceux qui ont expliqué
l'une & l'autre dans leurvray
sens, sont M s Lourdet:Hongnant:
Firroini de la rue de
Gesvre :Querouriou de Cholennet
de Morlaix:P. B. R.
de Poitiers, à l'Anagramme,
Pour estre bon &cher: le Berger
Tirfis à l' Aliacrramme,Stecle
d'Amour: le Pere de l'Ecole
du Salut de Roüen : P. Martin
: le Voisin de la Fontaine
de larue deRichelieu:Coeffé,
Bourgeois du Châteaudu
Loir, & le mieux nourry des
Chappelains.
Je vous envoye deuxautres
Eni gmes. La premiere
cfi: de Pomone, & la seconde
de la Bergere Fleuretc.
o
ENIGME.
ILfaut dufeu-pour nousforger
Nous sommesmasles ou femelles
;
Nousavons despiedssansbouger,
Bien que nous courions les ruelles.
On nous y voitfbuvent à la gloire
des Belles;
Maisparfois aujjipourvanger
DesAmansmalsatisfaitsd'elles.
Cherchezvous nostre nom ? n'invaquezpas
les Dieux,
Vous nous avezdevaiticsyeux.
AUTRE ENIGME. ON ne se sert demoy, qu'à
force de me battre,
Et d'autant mieux ie fers que ie
suis mieux battu.
On peut me redresser ; mais on ne
peut m'abbatre,
lesuis en moins de rien,fourchu
» droit, & tortu.
L'Air qui fuit est du fameux
M deBacilly. Ilen a
mesme fait les paroles,ainsi
que d'une infinité d'autres
Recits de Basse,dontil est
l'original & l'Inventeur. Il y
a quelques Vers irrreguliers)
mais il les a fait exprés de
cette mesure,parce qu'ils s'accommodent
mieux au chant.
RECIT DE BASSE. cElebronsle verre à la main
Ces Vandangcs,
quinousfournissent tant de Fin.
Autant que nous voyons de Bled
dans nos granges,
Autant nous allons voir nos caves
sansfin
Se remplir de ce jus divin.
L'Empire Othoman s'af,
foiblit de jour en jour, &

3oo
Récits
l'origi
o,
a que
mais
ccrtci
comn
RE
C
J^ut
Autant
Autant
Sere
L'E
foibli
ndis que les Imperiaux se
saisissent du reste de la
ongrie, les Venitiens font
leur cané de grandes con-
IcttcS. Il y a grande appance
que Negrepont dont
ous sçavez que le Doge a
rmé le Siege, ne leur échara
pas,&cependantonaeu
nouveles que le Provediteur
eneral Cornaro s'est rendu
aistre de Clim. C'est une
ace de la Dalmatie, vers
quelleils'avança, après aairfait
débarquer ses Trous
& son Canon à Scarma
>
où il fut joint par le
Capitaine général des Troupes
de Zara avec la Cavalerie,
l'Infanterie, & les Milices.
Les Turcs voulurentluy difputer
le partage d'une Riviere)
par l'avantage d'un
Fort qu'ils avoient construit
nouvellement, mais illa pafsa
malgré lesefforts qu'ilsfirent
pour l'en empescher. Il
les chassa de leur poste, &
ayant fait faire le degast à la
campagne, il fit marcher du
costé de Clim,qui étoit comme
bloqué par la Garnison
Vénitienne duFort de Dernis.
Le Bacha d'Ertzcgoyin^
que les Turcs de celle de
^lim avoienc appelle à leur
secours, tira quatre cens Cheaux
de diverses Places, &
arut le soirdu 16. Aoust aux
nvirons de Demis. Le len.
emain il en fit avancer eoiante
& dix pour attirer les
Venitiens dans la Plaine,
sperant qu'il les enveloteroit
avec le reste de ses
coupes qu'il avoit miles en
mbuscade, mais le Commanlant
de Dernis ayant eu avis
le son dessein, envoya ordre
,
celles qui estoient arrivées
le Scardona le jour precedent
de charger les Turcs,
lorsqu'ils quitteroient leur
embusade pour attaquer les
détachemens qu'il feroit fortir
du Fort. Cela fut executé
fore heureusement, & la défaite
des Ennemis fut entiere.
Quantité surent tuez dont on
emporra les testes, & les au.
tres s'estant sauvez vers les
Bois, furent contraints d'abandonner
leurs chevaux)
parce qu'ilestoit impossible
d'y entrer qu'à pied. On fit
16.Prisonniers,&l'onemporta
plufieursDrape-ux& Tim.
bales.Ensuite le siege de Clim
ryantesté fait danstoutes les
Formes, le ProvediteurCorlarofittoutbarre
laPlace
* lu coeté du couchanc, & la
~cche paroissant estre élargie
la gauche pour donner l'asaut,
on fit sommer les Asiegez
de se rendre. Ils pro.,
nirent de remettre la Place
su bout de huit jours, si dans
:e temps là ils ne recevoient
~oint. un secours qu'on leur
assoit esperer. Cependant les
Venitiens s'emparerent de la
SortereflcdeVerlich;elleeft
entre Clim & Sing. Le 2.. de
septembre M Çornaro s'êtant
misala telle de les troupes,
alla jusqu'aux retranchemens
des Ennemis dont il effuya
le feu avec beaucoup
d'intrepidité; ce feu ne discontinua
point,tant du canon
que de la Mousqueterie. Le
Marquis Borri monta sur la
brechefufvy de quelquesVolontaires.,
de quarante Grenadiers,
& d'autres Troupes;&
pendant ce temps Mr Grimani
donna de l'autre collé
de la Riviere avec une vigueur
qui surpritles Anicgcz,
& qui les força aprés:
quelque resistance de se retirer
des postes qu'ils defendoient,
ce qui donna lieu
aux Assiegeans d'entier de
toutes parts dans la Place. Ils
l'auroient fait sans beaucoup
de perte, si le pillage ne les
eust pas d'abord arrêtez. Ils
s'y attachèrent tellement, que
les Turcs estant fortisd'une
retiradejen tuerent un grand
nombre qu'ils f. chargèrent
Drusquement. Les autres prirent
la suiteen desordre vers
a bréche, & auroient eu
Dcine à revenir attaquer les
Turcs, siM Cornaro ne fust
~ccouru l'épée à la main.
Il les ranima par son courage,
&son exemple leur donnant
de la vigueur, ils chasserent
les Assiegez du second
retranchement. Ceux-cy furent
obligez de se sauver au
Chaftean
,
où ils arborerent
le Drapeau blanc. M£ Cornaro
ne les voulut recevoir
qu'à discretion. Alors Attavich
Bacha vint se jetter
à ses pieds avec son Fils &
son Neveu) Sangiac de
Cheika,& demeura prisonnier
, ainsi que cinq autres
Bachas) & le Commandant
de la Forteresse de Verlich.
Cette conqueste n'a coûté
aux Venitiens que deux cens
hommes ou environ., la pluspart
Morlaques. On tient que
les Infidelles en ont perdu
quinze cens pendant ce Siege.
On délivra trois cens Esclaves
Chretiens, & plus de
mille personnes sortirent de
Clim. Trois cens Soldats qui
paroissoient hommes de défente)
furent de ce nombre.
I» Je devrois.en vous parlant
du Siege dePhilisbourg reprendre
les choses de plus
haut, pour suivre l'usage que
j'ay toujours observé, n'ayant
jamais manque depuis que je
vous écris? à prendre leschoses
dés leur source. Je devrois
donc vous parler des motifs
qui ont engagé le Roy à
cette entreprise, mais comme
il les a dcja donnez au Pu-
Public,& que d'ailleursmes
Lettres sur les Affaires du
Temps vous en instruiront, je
passe d'abord à ce qui regarde
leSiege, Il n'y a presentement
que le Roy assez puissant
pour entreprendre la
conqueste d'une Placez,de
cette importance, dans une
saison si avancée; & des
François seuls estoient capables
de l'executer, puis qu'au
sentiment des plus habiles
Ingenieurs, Philisbourg est
aujourd'huy la plus forte Place
de l'Europe; mais il suffit
que le Roy veuille une chose;
les mesures font prises si juste
, que l'execution en est
toujours seurc,ce qui fait voir
la modération de ce Prince
quand il n'étend pas ses
conquestes. Cette entreprise
qui pouraassermir le repos de
l'Europe, siles proportions
de Sa Majestésne font point
rejettées,parcequ'Elleauroit
trop de gloire en sacrifiant
encore ses interests pour le
bien public) ayant elle arrestée
par ce Monarque) elle
fut tenue secrete, à la maniere
ordinaire, & qui n'est
connue en France que depuis
(on regne ,
c'est à dire, que
personne n'en eut connoissance
,
& qu'elle n'éclataicy
que lors que Philisbourg eut
estéinvefty. Le départ de
MonseigneurleDauphin)
pour commander à ce Siege,
ne fut sceu qu'un jour avant
que ce Prince deuil patir.
LeRoy parut alors tendre
Pcrc.
Pere, & grand Monarque-)&
Cila nature parla par desmouvemens
de tendresse, il ne
luyéchapa aucune parole
dans tout ce qu'il dit à Mon-
Seigneur, en déclarant qu'il
devoit aller commander ion
Armée sur le Rhin, ny dans
e moment que partit ce
Prince, qui ne regardait uniquement
la gloire. Il feroit
difficilededépeindre tous les
nouvemens
dont
Monseigneur
futagité) mais chacun
emarqua que ceux que luy
nfpira la joye furent les plus
'ores,& qu'il s'y abandonna
entièrement
,
après avoir
donné au sang, & à latendresse
ce qu'il leur devoit.
Ce Prince partit avec une
gayeté qui préfageoit qu'il
couroit à la victoire. Il alla
à petites journées, non seulement
parce que ceux qui l'accompagnoientn'auroient
pu
le suivre, mais encore parce
qu'il auroit estéinutilequ'il
se fuit hasté) la faison ne permettant
pas que routeschoses
se trouvaient prestes pour
ouvrir la Tranchée, avant le
temps que l'on avoit arresté
qu'ilarriveroit devant Philisbourg.
On travaillait à
plusieurs choses en mesme
temps. Monseigneur avançoit
d'un coné) les prepararifs
du Siege se faisoient de
l'autre
,
& Mr de Bouflers
avec un corps d'Armée fepafaisoit
entrer des Garnisons
dans plusieurs Places le
long & aux environs duRhin.
Philisbourg fut invefty le 28.
Septembre à deux heures aprés
midy par Nir de Monclar.
La diligence de lapluspart
des Troupes qui l'invertirent
futextraordinaire,puisqu'elles
firent dix-huit licuës
sans s'arrester qu'un quart
d'heure pour repaistre. Il n'y
avoir que deux heures que le
Gouverneur estoitrentrédans
la Place;c'est un fort brave
homme, & fortestimé pour
sa conduite & pour son efdperit,
il est frere du Comte
Staremberg quia défendu
Vienne en 1683. L'Armée demeura
en bataille devant la
Place &essuya plusieurs volées
de Canon, dont il y eut
deux Gendarmes & plusieurs
chevaux tuez. Pendant ce
temps Mts de Monclar & Ca:
tinat reconnurent la Place, &
distribuerentensuite les quar.
tiers.LeForr quieit au deç* d u
41iîn fut attaqué le 4. de ce
mois, avec deux petites Reçûtes.
parMleMarquisd'U
xelles, & après 2.4. heures de
tranchée ouverte,les Ennemis
y mirent le feu & l'abandonnerent.
On n'y perdit que 3.
Soldars& M dela Loge,Capitaine
dans le Regiment de
Picardie. La prise de ce Fort
donna lieu aux Troupes qui
avoient invefty la Place de se
communiquer. Monseigneur
arriva le 6. après une marche
de quinze heures. Ce Prince
estantmonté à cheval dés la
pointe du jourle 7.fit le tour
desLignes,& alla voir unPont
que l'on construisoit audes
sous dePhilisbourg5on avoit
ouvert la Tranchée aux deux
costez de la Ville le long du
Rhin à deux fausses attaques
cinq jours avant l'arrivéede
Monseigneur. Mrs delaLonde
& PigeonIngénieursestant
allez reconnoillre la Place ,
furent tuez d'un coup de Canon?
derriere un buissondou
ils l'oblèrvoient. La grande
Tranchée fut ouverte le 10.
Monseigneur y demeura pendant
trois heures; il fil beaucoup
de largesses
,
& anima
encore plus les Soldats par .sa
presencea & par son intrépidité.
Comme il y avoit un
grand nombre de Volontaires
à l'Armée qui se seroientexporezà
tous momens, le Roy
avoir ordonnéqu'ils secroient
distribuez dans les Regimens)
& qu'ils n'iroient à la tranchée
que quand leurs Regimens
la monteraient, ce qui
s'execute tous les jours. Mr
le Marquis de Gerfey eut la
main droite emportée d'un
coup de Canon. On en mit
plusieurs Pieces en batterie»
& quelques Mortiers aux
deux costez de la Tranchée)
& on travailla à une Place
d'Armes. Monseigneur Ce
trouva par tour, & demeura
plus de neuf heures à cheval.
Toutes ces choses se firent
pendant le jour, & la nuit on
poussa laTranchéeàla grande
attaque jusqu"a 30. toises de
la Contrescarpe. Les nuits
fuivanres on avança les batteries)
& vingt Grenadiers se
rendirent maistres d'un chemin
couvert palliffadé. Les
AlIiegez firent une sortie la
mesmenuit, ils eurent d'abord
quelque avantage) mais
ils furent repoussez avec vigueur.
Mr le Marquis de
PPr—efrlee)flCeo?lCoonleolndeuldRuRegéginim,,cenntt
d' Auvergne) fut blessé en
cetteoccasion. M le Marquis
de Nesse qui venoit de relever
la Tranchée, fut aussi
blessé ; il aesté trepané. On
travailla à placer, & affurer
quelques Batteries. M du
Bordage receut un coup
de mousquet dans la Tranchée
,
dont il mourutquatre
heures après. La nuit du 10.
au 11. Mrle Marquis d' Harcourt)
Colonel du Regiment
de Picardie) attaqua l'ouvrage
à corne. On avoit commandé
quatre Compagnies
de Grenadiers pour cette expédition;
sçavoir5 de Picardie3
de Champagne, du Régiment
du Roy,& de celuy
de Monseigneur.Une saignée
que l'on avoit faite facilita
fort la prise de cet Ouvrage.
Les approches furent si bien
concertées que les Ennemis
furent trompez, &ne s'en
apperceurent point desorte
qu'on estoit aux palissades
avant qu'ils eussent remarqué
qu'onalloit à eux. On eoit
demeuré d'accord qu'on jetteroit
deux Bombes chargées,
& ensuite deux qui ne le feroient
pas. Ces deux demieres
devoient servir de signal
pour attaquer les Ennemis.
On eltoit assuré de les surprendre,
& d'entrer sans qu'-
ils fussent en estat de tefifterf
parce que dés qu'on-voitune
Bombe en l'air, la coutume
est de se coucher le ventre à
terre, pour éviter d'estre blc[.
sé des éclats qui s'en sepaparent.
Les François entrèrent
dans le moment que
ceux qui défendaient UOavrage
àcorne estoient dans
cette posture.On se mesla,
& le combat fut cruel de
part & d'autre. Mr le Marquis
d'Este qui commandoit
fous le Gouverneur qui est
indisposé) & qui agissoit le
plus dans la Place, & se donnoit
le plus de mouvement,
fut tué. Mr Spaheim qui
désendoit cet ouvrage fut
pris fort blessé, & mourut
dans la Tente de Monsei
gneur. On ne fit qu'environ
vingt Prisonniers
,
presque
tous ceux qui défendoient
cet ouvrage ayant esté tuez.
M de Sandricour,Lieutenant.
Colonel du Régiment de Picardie
, & BrigadierJ y a eu la
mâchoire emportée. Mr le
Chevalier Courtin y a receu
un coup de Percuisane, & un
autre un coup de bayonnette,
dont il est mort. Il y a eu
un Capitaine de Champagne
tué) & plusieurs Officiers,
ainsi que des Compagnies
de Grenadiers qui estoient à
cette attaque. M le Marquis
d'Uxellesy a eu un coup de
Mousquet dans l'épaule qui
n'a fait que couler, parce
qu'il estoitpanchéence moment
, & qu'il regard oit dans
le fossé. Il ne voulut pointse
retirer, & fut pansé dans la
Tranchée) mais n'ayant pu
s'empescher d'agir? sa playe
se rouvrit, & on l'obligea
d'aller chercher du repos.
Si-tost qu'on eut pris l'Ouvrage
à corne, on travailla
à s'en assurer,afin que les
Ennemis ne pussent le reprendre,
parce qu'il arrive fouvent
que de pareils Ouvrages
font pris & repris plusieurs
fois dans le cours d'un met
me Sieges Monseigneur y demeurapendant
quatreheures.
Le 23. on se rendit maistre
d'une Redoute nommée Redoute
de la Londe. C'est: un
ouvrage fort considerable, &
qui donne lieu de battre à
revers le Chemin couvert de
la Contrescarpe. Cette prise
rend inutile la plusgrande
partie du Canon des Ennemis.
On n'a perdu que trois
Soldats dans cette attaque,
& M Durand
,
Ingénieur.
Vous voulez bien,Madame,
que je ne pouffe pas plus loin
cet article. Je ne l'ay pas mis
dans Con entiere étend uë pour
me reserver à vous décrire
dans une autre Lettre toute la
premiere Campagne de Monseigneur
le Dauphin. Vous
l'aurez un peu après que la
nouvelle de laprisedePhilisbourg
aura esté aportée.Ainsî
ce que je viens de vous d-ire)
est seulement pour satisfaire
vostrecuriosîté, en attendant
que je vous l'envoye accompagné
de toutes les circonstances
qui doivent y estre
TABLE.
TABLE.
Traufport dit Corps de ce
Duc.
211
Rcgnnent de Vivonne donné a M.
le Marquis de Tbiange. 212
Sermon. 241
Receptionftite à Limoges à Mrs de
la Chambre pour la reformation de
la JujJice. 222
Autres Morts. 220
Avis quiferapUifïrauxGoûteux.
231
Modenouvelle. 237
Hijloire. 24r
leu d'Armoiries ou tous les termes
du BlafllJsint exp/ique'{; 291
Cartes nouvelles & du temps. 294
Noms de ceux qui ont dtviné les
Enigmes. 295
Enigmes. 298
Pri<j,,e-' de cCtl,i;mm.. 3 00
Siège de Philisbourg. 30J
CATALOGVEDES LIVRES
nouveaux qui se débitent cheZ le
Sieur Guerout , Court-neuve du
Palais.
LEs Notes de M. Corneille sur les
remarques de M. de Vargelas,
suivant le sentimenr du Pere Bouhours,
& de Meilleurs Chapelain Se
Ménage,avec lesRemarques mesmes.
2. vol. in douze. 4. liv. 10. Cr
Relation de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 80,figures, 4.
volumes in douze. 8. liv.
Méthode parfaite du Blasondu Pere
Ménétrier, 2. liv.
Arithmétiqueraisonnée. i. l.io. f.
Histoire Sommaire de Normandie.
1. 1.10.f.
Secrets concernant la beauté & la
santé. 5. 1.10. 1:
Traité de la Transpiration. 1. l.io.f*
L'Art de laver. x.1»
Histoire de Mahomet IV. déposse.

,
& de l'Elévation de Soliman III.
3. volumes in douze. 4. 1. 10. f.
Histoire des Troubles de Hongrie.
6. vol. in douze. 9. liv.
Eloges des PersonnesIllustresde
l'ancien Testamentpar M. Doujat,
Doyen de l'Academie Françoise.
1.I.5.C
Dialogues Satyriques & Moraux.
2.. vol. 3. J.
Le Secretaire Turc; contenant l'art
..si)exprimer ses pensées sans se voir,
sans se parler & sans s'écrire, avec
les circonstances d'une avanture Turque,
&uue Relation tres-curieuse de
plusieurs particularitez du Serrail
,
qui
n'ont point encore esté sceuës. 1.l.1o. f.
Le Mary Jaloux. 1.1.10. s.
L'Estat presentde la Puissance
Othomane. 1. l. 10. f.
Chevalerie ancienne& moderne,avec
la maniere de fairela preuve pourtous
les Ordres de Chevalerie 1. 1. 10. f.
PoeuesFlorales de M. de Fontenelle,
avec un Traité de la Naturedel'Eglogue
, & une Digression
sur les Anciens & les Modernes, 1.
liv. 10 f.
Le Chevalier à la Mode, Comedie.
1.l.10. s.
La Désolation des Joüeuses, Comedie.
15. f.
Entretiens sur la pluralité des Mondes,
de M. de Fontenelle, augmentez
en plusieurs endroits, avec un sixiéme
Soir qui n'a point encore paru, contenant les dernieres découvertes
qui ont esté faites dans le Ciel.
1. 1. 10. f.
Réflexions sur l'Acide & sur TA1-
Kali. 1.liv.10.s.
Traité des Fortifications enrichy de
H! Figures,contenant la Démonstration
& l'Examen de tout ce qui regar- derArtdefortifier les Places tant régulières
, qu'irregulieres
,
suivant ce
qui se pratique aujourd'huy
,
le tout
d'une maniere abregée, &: fort aisée
po1ur l'in.stlruictivon d.e1la 0Jeun.esse, f.

Essais de Morale & de Politique,
où il esttraité des Devoirs de l Homme
confiderécommeparticulier ,&
comme vi vant en Société. 2. vol. 2. l.
Le Cours du Danube & des Rivieres
quis'y déchargent, où se trouvent
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Dialogues des Morts, 2. vol. indouze.
3.1.
Histoires des Oracles. 1. liv. 10 f.
Lettres galantes deM. le Chevalier
d'Her. 2.vol. 3. I.
Les'Malheurs de l'Amour, ou EleonordYvrée.
1.1.10.j
Ambassades de Mons. le Comte de
Guilleragues,& de M. Girardin, auprés
du Grand Seigneur,avec plusieurs
Pieces curieuses,tirées des Mémoires
de tous les Ambassadeurs de France à
laPorte,&c. 1.1.1o.f.
Academie galante. 2. vol. 3. liv.
LaDuchesse d' Estramene.2.vol..l
Le Napolitain. 1. I.
Sentimens sur les Lettres & sur
l'Histoire
,
avecdes Scrupules sur le
Stile. 1.l.la. f.
Caracteres de l'Amour, 1. 1. 10. f.
Le Grand Visir Cara Mustapha.
1.l.10. f.
L'illustre G(noir.!. 1. 1. 10. s.
LeSerasKier. 1. l.10. f.
Re'ation du Mariagede Mademoiselle
avecle Roy d'Espagne. 1.l.10.
Relation du Mariage de Monsieur
le Prince de Contyavec Mademoiselle
de Blois. 1.l.10s
Relati du Mariage de Monseigneur
le Dauphin, avec la Princes
Anne - C hrestiene-Victoire de Bavière.
1lIo. f.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la description
des Places de la haute & basse Alsace,
&de celles de la Province de la prise
& de Luxembourg. 1. liv. io. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chrestiennesen Hongrie,
&dans la Morée, avec la prise
de plusieursPlaces sur leslnfidelles.1.1.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perse & aux Indes Orientales par la
Mer noire & parlacolchide, enrichy
dde doix-huuitzgranede.s Figures. 2. vol. in 4. 1. 10. f.
Observations de M. Spon sur les
Fièvres &les Fébrifuges, 1. 1.
L'Arioste moderne. 4.. v. in 11. 6.1.
Discours Satyriques & Moraux en
Vers. 1
Avis pourplacer les Figures. L'Air qui commence par, Tircis
par mille soins mefait voir
sonamour, doit regarder la page
ioi*
La Médaille doit regarder la page
izi
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le