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RALMr
DRDIltt A MONSEIGNEUR.
A PARIS,
AIU PALAIS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier iour de chaque Mois. & on
le vendra Trente sols relié en Veau ,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez C. DE LUYNE,au Palais,dans la
Salle des Merciers, àla Justice. T. GIRARD,auPalais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuves
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROr.
AVIS. QVelquesprieres qu'on aitsaites
jusqu'a present de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Mémoires qu'on envoiepour
le Mercure, on ne laisse pas d'y rfJanquertoûjours.
Cela estcause qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on nesipeNtsir.
vir. On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms, en sorte qu'on
ne s'y puisse tromper. On ne prend
Aucun argent pour les Memoires, &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour, pourveu qu'ils ne
desobligentpersonne, & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prieseulement
ceux qui les envoyent,&sur
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes, d'affranchir leurs
Lettresdeport, s'ils veulentqu'on
faJlè ce qu'ils demandent. C'efifort
peu de chose pour chaque particulier,
&le tout ensemble efi beaucoup pour
un Libraire.
Lesieur Guerout qui debite presentement
le Mercure, a rétably les
choses de maniéré qu'il efi toujours
impriméau commencementde chaque
mois. Il avertit qu'a l'égard des
Envois qui sesont à la Campagne, ilsera partir lespaquets de ceux
qui le chargeront de les envoyeravant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquetsseront
plusieursjours en chemin, Paris ne
Uifferapas d'avoirle Mercurelongtemps
avant qu'ilsoitarrivé dws
les Villes éloignées,mais avfjl les
Villes ne le recevront passi tard
qu'ellesfaisoient auparavant. Ceux
qnise lefontenvoyer par leurs Amis
sansencharger ledit Guerout, s'exposent
à le recevoir toujoursfort tard
pardeux raisons. La première,parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendresi-tost qu'il efi imprimé,
outre qu'il le jtra toujours quelques
jours avant qu'on en fasse le
Jebit; & l'autre, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu
, eux dr
quelques autres à qui ils leprestent,
ilsrejettent la faute du retardement
surle Libraire, en disant que U
vente n',en a commencé1 que fsoi rt
avmt dans le mois. On évitera ce
retardementpar la voye dudit sieur
Guerout,puis qu'ilse charge defaire
les paquets IHJ-mefml';& de lesfaire
porter à la posse ou aux Heffagets
sans nul interet,tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luyaurontdonnéleur
adrfi. Ilfera la mefinechose generalement
de tous lesL vres nouveaux
qu'onluy demanderasoit qu'il les
débité ou qu'ilsappartiennent à
d'autres Libraires, sans en prendre
pour cela d.iva-tige que leprixfixé
par lesLibraires qui les vendront.
Quand ilse rencontreraqu'on demandera
C,"S L ;"J,'! à la /"j dit moÙ,
illesjo nIra 411 Mercure, afinde
n'enfrr.cju'unmefinepaquet. Tout
cela fera executté avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
<$;itcttt.
[--IilrERc-7,I~REJII
wfeilf#tf
SEPTEMBRE Jess.
\W>J
"l1i'
Oicy
,
Madame.
un nouveau Portrait
du Roy que
je vous envoyé. L'admiration
que vous avez toujours
euë pour les grandes qualitez
de cet auguste Monarque,
me persuade aisément
que je ne puis commencer
ma Lettre d'une maniere plus
agreable pour vous. Mr Bosquillon
dont je vous ay déja
envoyé plusîeurs Ouvrages,
est l'Auteur de celuy
- cy.
Tous ceux qui l'ont veu en
ont esté fort contens, &
vous avez le discernement
trop juste, pour n'y décou-
-
vrir pas les mesmes beautez
qu'ils y ont trouvées.
PORTRAIT
DE
LOUIS LE GRAND.
EStre Roy par mérité autant que
par naissance;
Reverer III raison, ignorer les esprices;
Estresobre au fin des delices ;
Pour protegersesPeuples,sesAmis,
Rendre ses interests à sa bontésournis;
Se faitecraindre en Maistre,&chérir
comme un Père ;
Recompenser pelr choix,& punir
sans colerc ;
Du Courageux brutal ramener le
fureur
Aux vraistermes de la valeur;
Auprès du bien de la Veuve timide,
Et du foible orphelin,
Reduire la Chicane avide
A secherde rage & de stÎm; ;-
Rendre muet le Demon du blaspheme
:
Forcer,au moins,l'Impiété
A rechercher l'obscurité
Pour outrager la Majlléftprême ;
Fermer par sa sagesse & ses nobles
travaux ,
Ses Mi.iijhrts ,
(ès Généraux ;
De ses Etats bien loin reculer les
frontieres ;
Sans regarder~so ra.-.gs\xpoferaux
h..-tards;
Soumettre en peu de jours des Provinces~
ce titres
Malgré les Elemens, lessaisons, les
rampars;
D'un monded'Ennemis vainqueur
de toutes parts,
Tout chargé de Lauriers, & tout
couvert de gloire
Faire monter la Paixsurson char
de victoire;
Fairefleurir les Sciences,les Arts:
Enrichir les Sçavans ,
étendre les
Sciences s
Rétablir,co.-jrrverl'ordreda.:s fis
Finances ;
Dresser des jardinsfimptuettx > Bâtir en mille & mille lieuse
Desuperbes Palais, des TempUs
ventrales,
Des Forts, des Places imprenables
Faire changerdefaceà l'Univers ;
Couvrir d'amples torrens les plusseches
campagnes; Abaisser à fin gré les plus- hautes
montagnes;
Elever les Vallons, &réunir les
Mers ;
Déciderdes destinsdumonde
Et voir des Souverains embrasserses
genoux
Pour calmer son juste couroux,
Sansperdred'un Chrestien l'humilité
profonde ;
Empescherquela Pauvreté
Nepuisse d'un beau sangsoüiller /4
pureté;
Avoir le coeur vasse, droit à* fin*
cere;
Par sa bontétempérer sa granaeurj
Estre toûjoursd'égale humeur,
Toûjours sensible à la misere;
Parses bienfaits estre l'oeil & le
bras
Deses vaillans & malheureux Soldats
CharmerlesRoisjusqu'au boutde
la terre:
Sur l'une & l'autre Mer voir ses
nombreux Vaisseaux
Faire laseuretéde l'Empire des eaux:
Nourrir en pleine paix de puissantes
Armées,
Vans l'austere devoir les tenir renfermées
;
- Autour de ses terriblesCamps
Par lesseuls Laboureurs voir moissonner
les champs;
Istreagissant, trllluJHiUe, impenétrable
;
Mejme danssonrepos si rendre redoutable
;
Sans employerlaflame ny le fer
Exterminer une Hydreépouvantable,
Que dans sa rage avoit vomy
l'Enfer;
-
Ciel, quel éclat ! que cette Imaçe
est belle !
Cet timas de Vertus &defaits inouïs
D'un Heros achevépresente le modelle,
x,gis il ne montre pas la moitié de
LOVÎS.
qu'ila faits avec applaudissement,&
entre autres deux fermons
de S.Loüispreschez aux
Jesuites de la ruë S. Antoine
en 1683. & l'autre à l'Academie
Françoise en 1685. toujours
differens & également
beaux. Il prit pour texte dans
ce troisiéme ces paroles tirées
du Livre des Rois chap. 7.
Firmaboregnum ejus; j'affirmiray
son Royaume, & il fit
voir que non seulementl'accomplissement
de cette promesse
faite à David ne se terminoit
pas à Salomon, &
qu'il tomboit sur J. C. & su
son Eglifc, mais qu'il se renouvelloit
encore aujourd'huy
)toutes les fois que les
saints Rois élevoient des
Temples au vray Dieu, parce
que sa divine & toute- puissante
protection passoit de
leur personne à celle de leurs
Enfans jusquàleur posterité
la plus reculée.
£)ui de vous, poursuivit il,,
ne me prévient passurl'exemple
de Saint Louis> qui comme
un autre David
,
brûlant du
desir d'élever des Temples au
vray Dicu, quoy que cette gloire
sufl reservée a ses Successeurs,
merita néanmoins que Dieu asfermifl
& immortalijafl Ion
Royaume. Vous fçavequelfut
son zele pour la gloire & pour
les interefls de J. C. ce qu'il fit
dans fis Etats, cequ'il entreprit
dans les Rrgions les plus eloi-
!g,nnééeess::FFiirrmmaabboorrceggnnuummeejjuussj;
C-vous nignorez pas qu'outre
la récompense qu'ilenreçoit dans
le Ciel, jamais Prince ne fut
plus honoréparses vertus sur la
terre, & que jamaisRoyaume
Chrestinnn'a receu du Ciel une
pluslongue plus heureuse
suite de benedictions que le
Royaume de SaintLouis, Fii>
mabo regnum ejus.-
Ce fut le suet de sa division,
par laquelle il s'engagea
de prouver, comme il
fit parfaitement bien, que
SaintLouis avoit affermy
le Royaume de J. C. par la
pratique & par l'exemple
des vertus Chrelliennes
J
& que J. C. avoitaffermy
le Royaume de Saint Louis,
en luyfaisant conserver ôc
augmenter toutes ses vertus,
en les rendant hereditaires
& immortelles dans sa Famille.
En parlant de Blanche de
Castille
?
qui eut beaucoup
de part aux premiers évenemens
du regne de S. Loüis,
& à toutes ses grandes vertus,
il fit cette reflexion. Que les
ames de ce caractère douées d'un
esprit de discernemerrt, capables
des plus grandes choses, & ne
trouvant rien qui les rebute &
qUI les arrejie,affables,bienfaisantes>
magnifiques
3
charitables
yjjquà la profusion) plus
Pioâefles quélevées> meritant
teujwrs de l'ejlre parleurvertu*
plusqu'elles ne sçauroientjamais
l'estre par la pluséclatante fortune;
faisantmesmeoublier le
nom de fortune) en forte qu'on
ne s'entretiennepar tout que de
leurvertu; que les ames de ce
caracteresont de grands&rares
presens du Cielî Quelles sont
utiles à l'Etat ~&a l'Egltfe !
Nous voyons aussi que la Providence
les reserve à des temps
à des Princes heureux. Et
sur ce que S.Loüis remit dans
son premier lustre la beauté
& la pureté de la Religion
Catholique dans uneProvince
de son Royaume, que les
Albigeois avoient infectéede
leurs erreurs, continuant la
mesme figure, il ajoûta,
Quelle félicité pour desChrestiens
de vivre sous un Roy qui
ne regarde comme ennemis irreconciliables
que les ennemis de
¡-Eglrft
,
f0 qui ne combattant
danslesHeretiques que l'Herefiey
reconnoist c-refoitfesSujets
fidelles avec une bonté de Pere,
~&unemagnificence de Roy un
momrnt aprèsquilles a traitez
en Enfans rebelles,Pour lesquels
on "Voit bien
quilconservoit
toujours une tendrejje secrete
>
quoy que leurégarement le sorçajl3
pour ainsidire, à les châtier.
A prés ce détail exact &
noble de la Vie de S. Louïs,
d'où il passa toujours tresdelicatement
& tres solidement
à ses applications mora,
les pleines d'onction,&trespropres
pour son auditoire,
il dit. Comme Dieu recompense
ordinairement les Peres dans la
perjonne des Ènfans, (y qu'il
donne prejque toujours aux Ensans
des Saints des témoignages
de bonté plus sensibles qu'aux
Saints mesme) LOVIS LE
GRANV areceu&de Jes
Sujets & des Etrangers plus
ethommages que S. Louis, il a
eu plus de bonheur> plus defucces
t&plus de puissance. Saint
LcUls a défindu les Duels, Louis
le Grand les a abolis , S. Loüis
a chasé les Heretiques J'une
Province de sesEtats;Louis le
Grand de tou* ses Etats, Saint
Louis a porté &,voulu rétablir
la Loy def.C.au delà desMers,
Louis le Grand l'a faitétablirj
CJT1 la fait fleurir au milieu des
Nations, qui non feulement ne
connoissentpointJ. C.mat*ss qui
estoient à peine connues. Plaise
à Dieuquainsique S. Loiiis fut
Grand & merita cet augufle
nom, Louis le Grand merite le
nom de Saint. Graces vous en
soient rendues
, mon Sauveu\
Vous avez déja prévenu,&en
quelque façonremply nos foulaaits.
haitsj& que ne devons-nous
pas attendre de cetesprit de paix,
de moderation, de justice, de
pieté &de zelr; de cette grandeur
d'ame qui est une disposition
si prochaine à l'humilité, de
cette conviction sincere de Religion
, qui est lefondement d'une
foy parfaite, de cette profonde
veneration pour Dieu, de cette
tendresse,decettevivacité pour
les interests de l'Eglise
,
de cette
fidelité à la grace ,
qui est une
caution& uneassurance de plus
grandes&de nouvellesgrâcesausque
lles nous devrons de jour en
jour lesprogrés heureux que nos
Ne'Ueu;.ftommerontlesMiracles
du long> heureux&pieux regne
deLoüisle Grand? Le lieu où
jesuis,rappelle dansma memoire
une circonstance de la Vie de
S.Loiii<> trop naturelle à mon
sujet pour ne ptUy entrer,&en
faire un des principaux ornemens.
S. Louis a fondé des aziles
où les pauvres trouventencore
un Pere, les aveugles un
Guide, les ignorans un Maistre,
les Sçavans une retraite, &les
Vierges un Défenseur,&outre
les Afaijons Pelio-leufes les
Temples & les Hôpitaux
,
qui
font & qui feront à jamais des
monumens immortels de sa pieté
& de sonzele, il s'appliquoit en
particnlieràfaire instruire
,
élever
, & établir selon leur condition
, les Fille s que la mort ou
le malheur de leurs Parens abandonnoit
à la corruption du
siecle. Combien la pieté & la
magnificence toute Royale q'!i
éclate dans cette Maison est-elle
conforme à la pieté (if à la magnificence
du Saint qui en est le
Protecteur? Et
combien
la main
dontDieus'estservy pour opererun
oeuvre qui luy efl Jïagreable
, mérite-t-elle de » loüanges,
d'applaudissemens C, de benedictions!
Vierges Chrestiennes,
ce doit estre le sujet de vostre
reconnoissance& de vos prieres
dans cet auguste Sanéluaire où
vous IveneK tous les jours rendre
graces à Dieu de vous avoir tirées,
quelques unes de l'erreur,
toutes du danger où vous estiez
de vous perdre dans le monde,
faute des soins & des secours
que la Nature vous a heureufl,.
ment refusez, pour vous les renelre
plus precieux en vous les faisant
tenir de la Grace.
Le mesme jour, Feste de
S. Loüis, l'Academie Françoise
la solemnisa dans la
Chapelle du Louvre avec les
mesmes ceremoniesqu'elle a
accoûtuméde faire tous les
ans. M l'Archevesque de
Paris, qui estoit alors Directeur
de cette celebre Compagnie
1 y assista en Camail &
en Rochet. Pendant la Melfe
qui fut celebrée par Mrl'Abbé
de Lavau, l'un des Academiciens
, on entendit une
excellenteMusique de la
composition de Mr Oudot.
La Messe finie, Mr l'Abbé
Rose, Neveu de Mr Rare)
President en laChambre des
Comptes, & Secretaire du
Cabinet du Roy, prononça
le Panegyrique de St Loüis
avec une éloquence digne de
miuitrc Assemblée qui l'écouta
, & qui estoitfort nombreufe
Il prit ces paroles
pour son texte ,
Non efi inventus
similis illi qui conservaret
legem Excelsi, & divisa son
Discours en deux Parties. Il
fit voir dans la premiere que
St Loüis avoit toûjours esté
fidelle à Dieu au milieu des
grandeurs& de la prosperité;
£>c dans la seconde
,
qu'illuy
avoiresté également fidelle
dans ses malheurs & dans les
humiliations. Comme il fit
une peinture fort vive de tous
les foins que ce saint Roy
avoit pris pour empescher
les blasphêmes, pour défendre
les duels,& pour s'oppofer
à l'heresie
,
sa matiere le
porta naturellement à parler
des merveilleuses actions du
Roy, & ille fit d'une maniere
fine & delicate, qui
contenta fort tous ses Auditeurs.
Il dit en parlant de l'Academie
Françoise
)
dont ce
grand Prince vouloit bien
eltre le Protecteur
,
queSt
Loüis avoit aussi étably une
Academie, mais qu'elleestoit
de Theologiens, Il fat aisé
de connoistre qu'il parloit du
College de Sorbonne, fondé
en iiji. par Robert de Sorbonne
,
Aumônier & Confesseur
de ce saint Roy,qui
par ses bien faits luy avoit
donné un fort grand éclat.
Ml'Archevesqueestant Proviseur
de Sorbonne
, & Directeur,
comme je l'ay dit,
de l'Academie Françoise,
celaluy donna sujet de dire
qu'il voyoit bien que tout le
monde attendoit l'éloge de
ce grand Prelat. Ce fut un
tableau dont il Le sit qu'ébaucher
les traits , en marquant
en peu de mots qu'il
n'y avoit personne qui ne
fust instruit de sa profonde
érudition, de cette fervente
pieté qui luy faisoit donner
tous ses soins à maintenir la
faine Discipline de l'Eglise
> de ces grandes & sublimes
qualitez qui luy faisoient
meriter la confiance du Roy;
mais le peu qu'il dit fut si
bien tourné, que lors qu'il
eut ajoûté que la modestie
de cet Illustre Prelatl'obligeoit
à supprimer quantité
de choses glorieuses que la
forcede la vérité auroit tirées
de sa bouche.) s'il n'eust pas
esté present
3 ce ne furent
qu'applaudiffct-iicns de toutes
parts qui luy donnèrent le
temps de reprendre haleine.
Il continua avec une égale
satisfaction de son Auditoire;
& lors qu'il eut achevé, Mr
l'Archevcfque donna la Benediction.
L'éloge de Sa Majesté se
Et en beaucoup de lieux le
jour de la mesme Feste. Il ne
fut pas oublié à Poiriers dans
J
le Panegyrique Latin de S*
Loüis que prononça ce jourlà
le PereBrillac, Jesuite.
Tous les Corps de la Ville y
assisterent
, ce qu'ilsfirent
encore le lendemain à une
Tragedie qui fut representée
dans le Collège des Jesuites
pour la distribution des Prix.
Mr Foucault
>
Intendant de
la Province,qui lesa fondez,
rendra son nom bien cher à
Poitiers, puis qu'outre qu'on
doit à ses soins & à son zele
la Statuë du Roy qu'on y a
fait élever, cette distribution
de Prix fera qu'on s'y fouviendra
toûjours de l'amour
qu'il a pour les belles Lettres.
Je ne vous dis rien de la
Tragedie
, non plus que de
beaucoup d'autres qui ont
esté representées dans le met
me temps en divers Collèges
des Peres Jesuites. Tout ce
qu'ilsfontestremply d'ef-,
prit, & l'on trouvetoujours
dequoy admirer dans toutes
les choses qu'ils inventent
pour ces fortes de Spectacles.
Cependant quoy que je me
taise sur cet article, rintereit
que vousprenez ace qui regarde
la gloire du Roy am'ablige
à vous dire quela Tragedie
du College de Poitiers
dont jeviens de vous parler
fut mesléed'unmagnifique,
Ballet, dont quatre Divinitez
firent l'ouverture. Mars, la
Paix, Themis, & laReligion,
vinrent disputer ensemble la.
gloire d'avoir le plus contribué
à donner au Roy le sur..
nom de Grand. Mars entra
précédé de deux Trompetes,
& furieux de ce qu'on osoit
luy contester cet honneur. La
Paix pretendit avoir sujet de
l'enexclure, puis que Loüis
LE GRAND l'avoit banny
de la France. Themis & la
Religion soûtinrent leurs avantages
,& sur Fénmiacion
quel ce differend produisit
entre eux 3
chacun ayant
publié les grandes choses
que cet Auguste Monarque
avoitfaites en sa faveur, enfin
pour le terminer, on convint
de donner la préférence
à celuy qui réüssiroit le
mieux dans une Feste qu'ils
feroientàson honneur. Ils
en furent tous d'accord, &
cette agreable contestation
fit diviser le Balet en quatre
parties, composées chacune
de cinq Entré,es. Mars par1u-'t
dans la premiere
, accompagné
de quatre Guerriers qui
portoient chacun un bouclier
,
sur lequel estoit peinte
une Devise sur les Conquestes
de Louis LE GRAND.
Ils firent la premièreEntrée
de cette partie. La seconde
fut de Vulcain,suivy des
Forgerons qui avoient forgé
les Bombes
,
les Carcasses
)
les
Mortiers) & les autres armes
extraordinaires, par lesquelles
le Roy s'est rend u si redoutable.
Après eux parut
Neptune amenant quatre
Tritons ,& cette troisiéme
Entrée rendoit témoignage
des Combats de Mer. La
quatrième estoit composée
de Peuples vaincus, qui étoientcontraints
deconfesser
qu'ils avoient contribué malgré
eux à la gloire de cet incomparable
Monarque. Dans
la derniereon vit la Fortune»
la Victoire;) la Glo:rc & la
Renommée,quipublioienc
à l'envy qu'il n'estoitjamais
plus Grand que durant la
Guerre.
Les cinqEntrées de la féconde
pattie de ce Ballet furcht.
I. La Paix conduisant
les Grâces,qui se vantoient
d'avoir trouvé le secret de
faire triompher LOUIS LE
GRAND du coeur de ses
Sujets, comme Mars l'avoit
fait triompher des Etrangers,
IL Apollon amenant la Mathematique,
la Poësoe,l'Hi
stoire & la Pl-lllo[oph-Ïe>qu'un.
regneaussi pacifique que celuy
du Roy faitfleurir jusqu'a
le disputer à l'Antiquité.
III. Pallas accompagnée
de quatre Arts qu'on a persectionnez
p endant la Paix;
la Peinture, la Sculpcure ,
la
Musique,&les Exercices Militaires.
IV. L'Opéra?la Danse,&
la Manufacture. V. Le
Commerce, Theris r-eprefentant
la jonction des deux
Mers, des Rivicrcs transportées
& changéesen Jets d'eau
& en Calcades& ces Jets
d'eau conduits par Neptune
& par Protée, ce qui exprimoit
parfaitement les merveilles
d'un regne où la Paix
triomphe.
La troisiémePartie regardoit
Thcmis. En voicy les
cinqEntrées. I. La Justice
levenant du Ciel, précédés
de quatre Nymphesqui portoient
les marques de sa dignité.
II. La Discorde, la
Chicanera Fraude &l'Usure
vouloient maintenir leur possession,
mais la Justice les
releguoit aux Enfers.III. L'Union
,
la Droiture, la Bonne
Foy, & la Conscience venoient
au secours de la Justice
) & la faisoient triompher
fous les auspices de Louis
LE GRAND. IV. Des Nations
venoient avoüer, les
unes que la Justice du Roy
les avoit rétablies aux dépens
de les Conquestes; les autres
qu'elles avoient senty sa Jusce
,
quand elles n'avaient pas
voulu déferer à la raison.
V. Des Sujets du Roy venoient
publier qu'ils ne vouloient
point d'autre Juge
qu'un Prince qui sçaitse condamner
luy
-
mesme en sa
proprecause.
Dans la quatriéme partie.
I. La Religion conduisoit
des Sacrificateurs pour rétablir
le culte divin,&rendre
le Roy aussiGrand dans le
Ciel qu'ill'est sur la terre.
II. Le Duel, le Blasphême.
la Débauche, & l'Atheisme
paroissoient; la Religion les
chassoit honteusement. ITI.
L'Heresie entroit avec ses
Furies, & après une foible
resistance> elle expiroit à la
veuë du Portrait du Roy
que luy presentoit la Religion.
IV. La Science) la
Force) la Prudence & la
Libéralité offroient d'effacer
les vestiges de l'Heresie.
V. Des Nations Etrangères
venoient avouer qu'elles estoient
obligées à Louis le
Grand, qui malgré leur éloignement
les avoit éclairées
des lumières de la Vérité.
Apres toutes ces Entrées, il
y eut un Ballet General, où
tous les Monarques à qui l'on
a donné autrefois le surnom
de GRAND, venoient feliciter
le Roy,& reconnoifsoient
qu'aucun d'eux n'avoit
porté si justement ceglorieux
titre..
Comme on a toujours esté
persuadé qu'il falloit joindre
la pratique à la Theorie, &
que l'âge ny lesoccasions
ne permettent pas à Monsieur
le Duc de Chartres d'aller
faire son apprentissage dans
les ArméesJ il ne pouvois
recevoir de plus utiles leçons
qu'en fermant un Fort, comme
il a fait depuis peu. Cela
luy apprend la maniere de
fortifier des Places) & celle
de les attaquer & de les défendre.
Cejeune Prince étant
né pour avoir le commandement
dans les Armées,estfort
à louër de ce qu'il rapporte
ses études à tout ce qui regarde
la Guerre.Je vousay déja
parlé de ses grandes qualitez.
Il a une vivacitéd'esprit
surprenante) il raisonneavec
toute la solidité d'une personne
fort au dessus de son
age je vous puis donner
pour exemple du profit qu'il
tire de ses lectures, qu'après
avoir leu les Commentaires
de Cesar, il se plaist dans les
heures de son divertissement,
a representer la disposition
de l'Armée de cet Empereur,
àconstruire le Pont qu'il décrit,
& à dessiner sans aucun
Maistre. Pour ce qui est des
Mathématiques, ildoitestre
surprenant qu'ilait appris en
unan l'Arithmétique, la Geol'netrie,
& les Fortifications,
non pas superficiellement,
mais à fond, quoy que ses
autres
re ,
des Allées qui l'environnent
, & de l'ombre que la
Montagne luy procure dans
le temps de la récréation de
ce jeune Prince. Mr de la
Berthiere, son Sous- Gouverneur
, receut l'ordre de Monsieur
pour faire élever ce
Fort, & Mr Sauveur, son
Maistre de Mathematique,
en donna les desseins, qu'il
fit executer à Monsieur le
Duc de Chartres, d'abord
sur le papier, fx, ensuite sur
le terrein. On eut en cela
deux choses en veuë; l'une,
de luy montrer les parties
un Fort dans les proporons
ordinaires, & l'autre,
e le construire d'une manie-
: à pouvoirsoutenir l'attaue
que l'on avoit resolu de
lire. C'est pourquoy l'on fie
n pentagone, dont deux teailles
gardoient les proporions
de celles des Places orlinaires,
enreduisant la toise
au demy-pied; & les trois aures
tenailles n'avoient qu'un
simple parapet assezélevé
)our couvrir les assiegez jusqu'aux
épaules. Monsieur le
Duc de Chartres traça la Place
avec une presenced'esprit
qui surprit ceux qui sçavoient
qu'il n'en avoit jamais veu
faire que sur le papier. Il traça
les fossez
,
les orillons, les tenailles
dans lefossé,la dcmylune
simple, la demy-lune
tenaillée, l'ouvrage à cornes
avec leurs fossez & leurs contrescarpes.
Ilen regla les profils.
Mr Sauveur eut la conduite
de cette Place, & en
son absence
, M de Villeferme,
qui s'est attaché au
jeune Prince, & dont le Pere
est un des Exempts ,
fit executer
cet Ouvrage avec une
assiduité & une adresse extraordinaire
,
& il en leva le
plan. Comme cette attaque
n'estoit que pour l'instruction
de S. A. R. on ne voulut
representer pour cette
premiere fois que les principales
actions d'un Siege, où
ce Prince pouvoit avoir part
en sa personne,& on negligea
les autreschoses, qui,
quoy qu'essentielles dans un
veritable Siege, n'estant pas
si nlarquécs) auroient trop
partagé son attention,&auroient
demandé non seulement
plus de temps qu'on
n'avoit dessein d'en mettre.
mais encore plus de monde,
&un plus grand lieu.Onchoilit
le 6.&le7.d'Aoustpour
l'attaque,&ellefutcommencée
sur les six heures du soit,
afin que l'ombre dela montagne
diminuast la chaleur,&:
pour ménager le temps, on
prépara le matin les épaulemens,
les batteries, & mesme
les tranchées qu'on remplit
feu lement de fascines. Le premier
de ces deux jours, on
garnit la Place d'Infanterie
& de Cavalerie pour en soutenir
leSiege. M Boulau,
Ecuyer de Monsieur, qui a
esté Capitaine dans le Regiment
d'Anjou,estoit le Gouverneur.
Mr de Villeferme
fut l'Ingenieur,&eut laconduite
de l'Artillerie. Monsieur
le Duc de Chartres avoit
pour Lieutenans Généraux,
M de la Berthiere qui
a servy longtemps dans les
Armées) & M de Rostaing,
ancien Officier, & Major
dans le Regiment de Bourbonnois.
Son Ingenieur general
fut Mr Sauveur, qui a
merité l'honneur d'estre son
Maistre de Mathématiques,
aprés s'estre attirél'estime
Gardes de Monsieur. Ildonna
ordre à l'Infanterie de le
suivre. Des Soldats du Regiment
deBourbonnois la composoient.
Ilpassa lePont, &
alla les poster au bout de
l'Isle du costé deS. Cloud
y derriere un rideau qui les
mettoit à couvert du Fort.
Ensuite ce Prince, precedé de
quatre Gardes l'épée à la
main,&accompagné de ses
Lieutenaux generaux ,
de son
Ingenieur uciiera& de quelques
autres, allar econnoistre
le Fort pour se déterminer à
l'endroit par lequel il seroit
plus à propos qu'il en ordonnast
l'attaque. La Garnison
qui avoitesté fort tranquille
jusquelà
) commença à tirer,
& à faire un fort grand feu.
S.A.R tintconseil à son retour,
& il fut arresté qu'on
attaqueroit leFort par le front
qui est du costé de S. Cloud.
On fit apporter des fascines,
& l'on fit faire qnantité de
gabions. Enfin lors qu'on eut
donné tous les ordres necessaires,
on commença à élever
quatre pieces de Canon
sur le rideau, & un épaulement
sur la droite, dans le
vallon. Ce fut entre ces deux
Ouvrages que l'on ouvrit la
Tranchée3~ on l'avoit déja
pousseeassez loin, lors que
ceux de la garnison ayant
fait une sortie, renverserent
les Travailleurs sur les Soldats
qui les soutenoient, &:
pousserentles Assiegeansassez
avant; mais la Garde de la
Cavalerie quiestoità lateste
de la Tranchée ,s'avança au
grand trot, & repoussa les
Assiegez jusque sur la Contrescarpe.
Ils se retirerent en
assez bon ordre, & alors il y
eut un fort grand feu de
la Place & des dehors, tant
du Canon que dela Mousqueterie.
La mesme chose
fut faite du costé des Asfiegcans.
On repara la tranchée
que les Soldats de la
Garnison avoient comblée à
moitié) & l'on poussa deux
rameaux, l'un vers la droite,
dont M Sauveur prit la conduite„
& l'autre à la gauche)
dont Mr Trcfaguet fut chargé.
Lors qu'ils furent poussez
allez avant, Monsieur le Duc
de Chartres donna ordre
qu'on fist les détachemens
pour attaquer la contrescarpe
autres Seigneurs estoient da
nombre des Volontaires.
Dans ce temps-là, le Commandant
du Fort se voyant
pressé
>
fit battre lachamade,
& dire à S. A. R. que si dans
vingt quatre heures il ne recevoit
point de secours
3
il
feroit la Capitulation pour
luy remettre la Place. Il demanda
une trêve, pendant laquelletousactes
d'hostilité
cesseroient de part & d'autre,
& l'on donna des ostages
pour cela.
Le lendemain Monsieur le
Duc de Chartres ayant eu.
avis qu'il arrivoit du secours
pour la Ville
, envoya un
Corps de Cavalerie avec ordre
de le couper; mais le
Gouverneur s'estant apperceu
de ce mouvement,fit
avancer sa Cavalerie qui s'opposa
à la premiere , & à la
faveur de laquelle le secours
entra. Elle se retira ensuite
fous leCanon de la Place,
qui faisant feu sur la Cavalerie
des Assiegeans l'obligea
de se retirer. Pendant qu'on
estoit aux mains de part &
d'autre, Monsieur le Duc de
Chartres ne put modererrardeur
de son courage. Il se
laissa emporter à son propre
mouvement, & ayant mis
l'épéeà la main, il pouffa
son cheval pour aller combattre
à la teste des fiens; mais
Mr de la Berthiere qui ne le
quittoit point,luy sir remarquer
qu'il n'estoit pas du
devoir d'un General de se
mettre à la teste d'un Détachement.
Le secours estant
entré dans la Ville, la tréve
cessa
, &: alors on dressa deux:
Batteries, l'une vers la droite:
pour battre la face de la demylune,
& l'autre vers la
gauche pour battre la face
du bastion qui défendoit
celle de la demy-lune. On
perfectionna les logemens de
la contrescarpe qu'on joignit
aux deux rameaux par deux
lignes de communication.
On fit ensuite trois demysapes
dans la contrescarpe de
la demy-lune ,parlesquelles
on entra dans le chemin couvert.
On s'en rendit maistre l'épée à la main, & l'ons'y
logea. La descente du fossé
fut faite à la faveur duCanon,
de la mousqueterie & des
Crenades
» & l'on tâcha de
prendre la demy lune ; mais
les Assiegez qui s'estoient retranchez
vers la gorge de cette
demy-lune,sortirent sur les
Assiegeans, & lesobligèrent
de se retirer dans le fossé de
la mesme demy-lune où ils
se retrancherent. Cette tentative
n'ayant pas eu de succés
, on fut obligé de prendre
le party d'attacher le Mineur
,
mais un orage estant
survenu dans ce temps-là >
Monficur fit cesser le reste
du Siège. Le jour suivant 8.
d'Aout
,
S. A. R. fit jouer
la Mine qui eut l'effetqu'on
enavoitattendu. Ellerenversala
terre dans le fossé ; & fit
une ouverture du tiers de la
face de la demy-lune. Le 10.
Monsieur le Duc de Chartres
rendit compte au Roy de
l'attaque de ce Fort, & ille
fit avec tant de presence d'esprit,
queSaMajesté conceut
de grandes esperances de ce
jeune Prince, & en fit pa*
roiftre beaucoup de joye.
Je vous envoye un Epithalame
dont vous aimerez
le stile. Il a tout ce qu'on :
peut souhaiter dans un ouvrage
de cette nature. Je ne
puis vous dire pour qui il a
esté fait. Tout ce que marque
le Memoire qu'on m'en don-
.ne.,c'cft que l'Auteur a tresbien
rencontré dans les Portraits
desInteressez; que l'Astre
qui paroist à la fin estun
des premiers & des plus célebres
Conseillers d'Etat, &
que Licidas & Amarante en
relevent
,
l'un en qualité de
Juge, & l'autre en qualité
de Vassale.
EPITHALAME.
Out aussi-tot que le monde fut
né
D'un peu bien loin je tire mon
exorde,
Lecteur impatient, vous esses étonné,
Point dje 'cahagbrino, drands unem.oment
Aussi-tost donc que le mondefut né,
De par l'Amour un ordrefut donné
Dans tair,sur la terre,surl'onde,
Enfin dans tous les coins & les recoins
du monde,
Qe tous Coeurspresens
,
à venir,
Eussent à se ranger sous son obeissance,
ÍlI/trnetles froideursmenaçant eU
punir
Tous ceux quiparfierté,mépris M
négligence
oseroienty contrevenir.
Les autresDieuxs'en ojfenfierint>
ContrerAmQur ilscabalerent.
Mars, Minerve, Bacchus, chacun
fit son party,
jMaisenfin eux-mesmes cederent,
Tous en eurent le démenty.
Voilà l'Amour déclaréMaistre
De tous les coeurs de l'Univers.
En vray Tyran ilsefaitreconnoitre,
On n'entend plusparler que defeux,
que de fers.
Les Coeurs en prennent l'épouvante,
iln'enest pas un qui ne tente
pessefiouft-raire aux rigueurs deses
Loix
,
Mais leur effort efi inutile,
il les cherche par tout, il courtde
VilleenVille,
En vain s'enfuit-on dans les bois.
C'estlà que fin pouvoir éclate dA.
vantage , Mainte Bergere aucrarsauvage
Là dépouillantsacruauté,
Ecoute son Berger à la commodité
Etdugazon&de l'ombrage.
Conclusion; l'Amour,helas !
Sur tous les Coeursétablitson empire,
Nuldepuis ne s'en put dedire.
Siquelqu'un avoit deune s'y jommettre
poesy
fessoit le coeur de Licidas.
Licidas, on lesçait, déssaplus tendre
enfance
Contre l'Amourmit fin coeur en
défense
, Et voulant fie le voirfournis
J>)iïaux divinesLoix de Themis,
Son coeurà toute autre rebelle,
A laseule Themis parut toujoursfielelle.
Aussi-tostqu'ilentendsa voix
3 A toute autre il ferme l'oreille.
En vain dans nos Maisons
,
dans
nos champs,dans nos bois
L'affreuseDiscorde reveille
De chimeriques droits
, Licidasprend la balance & lepoids
Ilpese ) tout d'une mainéquitable.
L'interest vainement veutpeser quelquefois;
Point d'interest
, pas pour un
Diable,
Ilsçait trop ce qu'ilapromis
A Themis.
Cependant malgrésa promesse,
L'Amour (sauf tous les droits de la
jufieDécjfe )
Pretend
Pretend au coeur de Licidss.
ilyfait quelque tentative >
Mais le timidecoeurs'esquive
Derriere Barthole & Cujas.
VAmdur le laisse
,
il ne le pressi pas.
J^uoy qu'il en aitjuré la perte
Il ne veut pas le prendre à force
ouverte; Ils'ecarte
, ou dumoins il en fuit
le semblant,
EtIAijJê enpaix ce coeur tremblant.
Vans quelque temps Licidasserasseure
,
Et lorsqu'ilse croit bien r:miJ,
Ilpartpour ce Hameau par ordre de
Themis.
Iltientsa liberté bien seure,
Ilpart, CAmouren ale vent. Ilprendaussi-tostle devant,
Et vient tout droit chez, Amarante.
Amarante, autre indifferente.
Elle est l'honneur de ce Hameau,
Sonslingell est le plus pur, leplus
beau,
De nos Beautez, elleest la pluscharmante;
Maisfin coeur tout entier auxsoins
deson Troupeau, N'avoit pas de l'Amour receu la
moindre atteinte.
NosBergerssansl'aimern'ontjamais
pu la voir,
Ils l'aimoient tous ,
& l'aimoient
sans espoir
S'ilssoupiroient ce n'estoit qu'avec
crainte;
Mais attendez,vous allez, voir beau
jeu.
L'Amour (je l'ay dit depuis peu)
Devance Licidas é71 vient tout droit
chezelle,
Adroitement s'introduitdans son
coeur>
En chllffi toute la froideur
,
Ysubstituë uneflamme nouvelle,
Il s'en asseure enfin, dr passe dans
ses yeux, Commodement s'y metensentinelle,
Licidas cependant arrive dans ces
lieux,
Ilparoist devant nostre Belle,
Laisse échaper un regard curieux.
L'Amour ne demande pas mieux,
Deceregard ilsuit la trace , Il entre à la sourdine aN coeur de
Licidas
, (glace ;
Dans un moment en fond toute la
Regards reïterez,soupirs ,
tendres
helas,
Des deux costezne manquentpas.
.2.uOJji-tost ! 1* wifon. vousme
la donnez bonne,
froment> c'est bien là qu'on rii.
sonne.
Lors que l'Amour assiege un coeur,
Ouylorsqu'ill'assiege enpersonne
Le plutost qu'il se rend, c'ejl mafoy
le meilleur.
Toutfranc,l'Amourest un terrible
Sire.
De nos deux coeurs de marbre il fait
deux coeurs de cire,
Lesfaitbrûler d'une si vive ardeur
,
G)ue l'on alloit voirfondre & l'un
&l'autre coeur,
Sans lesecours de l'Himenée
,
Jdui nepouvantsouffrir que Coeurs - brûlentenvain,
Voulut de al deux eOEttrs unir la destinée.
L'Amour approuve ce defftin,
Il consent qu'Hymen les unisse.
cf(!Je dis-je!ily consentsi bien
Ouil veut luy-mesmeen serrerle
lien,
Il jure, ér veut ry tout perisse
Pluiôfï eue ces chastes Amours.
L'Amour uc ditpasvray toujours;
Mais dans le cas, verité toute pure-
I'aytrouvé dans un examen
Quel'Amour n'estjamais parjure
Quandils'accorde avec l'Hymen,
Ilssont d'accord, je viens de vous
le dire.
Vit-on jamais deux Amans plus
heureux? [pour eux.
L'Amour, rHymen, tout conspire
Ouy,pour vous,Amans,tout conspire.
Vn Astre chery du Soleil
Pour avoir beaucoup de lumiere.,
J^uil appelle dansson ConseiL
Lors qu'ilcommence sa carriere;
YJJ Astre
,
dis-je
,
quisur nous
Presideavec pleine puissance,
J^UÎ loin de nos Hameauxdétournant
l'Ρ;clr¡;vnce
Du Ciel quelquefois en couroux, Fait de nostre Climat, le Climat le
plus doux,
Versesur voç Amours une heureuse
influence,
Vivez, vivt'{, heureux Amansy
rivez, que par des noeudssi forts
C7 si charmans ,
L'Amour dans tous les coeurs confirmesa
puissance.
Profitezdeses doux momens,
Faitesvoir qu'iln'est passi tyran
qu'on ieienfe
Et que le plus leger de ses plaisirs
balance
Le plus rude deses tourmens.
Messire Jean de Heiss, Seigneur
de Kogenheim ,Resident
en la Cour de France
pour Mrl'Electeur Palatin,
est mort icy depuis peu de
temps. Il a fait un Traité de
l'Empires,où il remarque avec
beaucoup d'exactitude toutes
les ceremonies qui se font
à l'Election d'un Empereur,
& tous les droits des Ele.
cteurs &des Princes d'Allemagne.
Joubliay le mois passé à
vous parler de la mort de
MessirePierre le Févre, Seigneur
dela Faluere,arrivée à
Tours le to. de Juillet. Il
estoit Chanoine de l'Eglise
de S. Martin de la mesme
Ville depuis prés de trente
ans , & Conseiller honoraire
au Grand Conseil, où pendant
vingt ans il s'estoit attiré
l'estime de tout ce Corps,
& la confiance des Parties par
sa grande penetration jointe
à une grande intégrité. Aussi
fut-il extremement regreté
de toute cette auguste Compagnie,
qu'il ne quitta que
pour consacrer le reste de sa
vie à la pricre auprés du tombeau
de S. Martin, si renorn"
mé autrefois qu'on y venoit
en foule de toute la terre. Le
Roy, que sa pieté y conduisite
en j-65o-y futreceu,& prit
la placed'Abbé & de Chanoine,
àl'exemple defes Prédecesseurs.
Ce Prince estant
Majeury retourna en 1652. &
prêta le fermentaccoûtumé
en cette qualité. Ce que l'on
publie de beaucoup de Saints
qui ont finy leurs jours dans
le mesme endroit, put facilement
inspirer. un dessein
semblable à Mr l'Abbé de
la Faluetc. Jamais on ne vit
une residence plus accomplie
que celle qu'il y a faite.
Il a donné à sa mort des marques
du zele qu'ilavoit pour
un si saint lieu, en laissant
dequoy embellir les Autels
qui sont autour du tombeau
de S Martin. Tout le monde
le regrete à Tours. Les Familles
trouvoienten luy l'Arbitre
de leurs differends, les
Pauvres un Pere, les Mai-
[cns Religieuses un Protecteur,
l'Eglise de S. Martin
un fidelle Ministre&unrare
exemple de vertu. Il estoit
aussi Prevost de Miley
,
&
Frere aisné de Messire René
le Févre de la Faluere, PreÍÏJ.
dent en la quatriéme Chambre
des Enqueftes du Parlement
de Paris, & aujourd'huy
premier President au
Parlement de Bretagne, &
deM de la Faluere, Doyen
des Conseillers de ce mesme
Parlement. La Famille de la
Faluere porte de gueuleatrois
bandes d'or. Ellea donné plusieurs
Conseillers aux Parlemens
de Paris & de Bretagne.
Messire Henry de Refuge
est mort au ifi des le mois
passe.Il avoit elle rcccu Conseillerau
Parlement de Paris le
17 Juillet 1614. & estoit Conseiller
honoraire en la GrandChambre.
Vous pouvez par
là juger de son âge. Il possedoit
les Abbayes de Morigny
& de S, Cibar d'Angousesme.
L'ancienne Famille de
Refuge, originaire de Bretagne,
dans l'Evesché de Leon,
porte d'argent à deux faces de
gueules à deux Givres de Sinople
posez en pal
, afontez &
brochants surletout. Alain de
Refuge, S' de Menehey, épousaThicphaine
duChastel,
Soeur du grand Tanneguy du
Chastel,dont vint Gauvain
de Refuge, qui fit son testament
en 1388. Son Fils Jean
deRefuge fut Gouverneur - <fAft en Piedmont, & Chancelier
du Duc d'Orleans.
Raoul de Refuge fut Echanson
& Maistre d'Hostel du
Roy Loüis XII. Pierre de
Refuge fut Chanoine en l'Eglise
de Paris, &President
aux Enquestes du Parlement
fous - François I. -M le Marquis
de Refuge, fort intelligent
en la connoissance de
l'Histoire,est de cette Fa,
mille, qui a donné plusieurs
personnes considerables dans
l'Epée & dans la Robe, &
qui est alliée aux Allegrain,
d'Elbene, Prevost deS.Cyr,
Choart de Buzenval,Believre,
Hennequin, Grangier de Liverdis
)
Berziau
, & autres.
J'ay encore à vous parler
de la mort de Dame Marie de
Harlus de Vertilly
, Dame
d'Orme, Femme de Messire
Loüis de Picot, Vicomte de
Dampierre, morte le 9. du
dernier mois en son Chasteau
d'Orme. Elle avoit des qualitez
cres-considerables
,
le
coeur bien fait, & une grandeur
d'ame qui a éclaté en
plusieurs rencontres avec
beaucoup de gloirepourelle,
lèloft les différentes situations
où Mr de Dampierre son
Mary s'est veu. en France, en
Allemagne, en Hongrie, & à
Constantinople. Elle estoit
de l'ancienneFamilledeHarlus
en Valois,quiported'azur
à trois Aigles volans d'or, deux
& un. Les Barons deGi-vraye
font de la mesme Famille. Feu
MrdeVertilly son Pere ,
laissa
huit Filles, remarquables toutes
par leur beauté. Madame
de Dampierre n'avoit que
trente-huit ans quand elleest
morte. Les autres font Madame
de Fonvannes, & Madame
d'Yverny. Ce font les
feules qui soient restéesdans
le monde. Elles ont pour
Freres Mr le Comte de Harlus,
Mestre de Camp de Cavalerie,
Mr le Chevalier de
Harlus de Verrilly)Major
du Regiment du Roy, & Mr
l'Abbéde Harlus, Chanoine
de Verdun. Cette Famille,
quiapossedéautrefois la Sirerie
de Cramailles, premiere
Baronnie de Valois, s'allia
fous le reerne de Loüis X I.
avec l'ancienne Famille des
le Pere en Valois, Seigneurs
de la Grand' Maison
, Cramailles,
S. Marc, Leau, &
autres lieux, dont font venus
les Averdet de la Chaize, &
Chippard, Seigneurs de la
Grand' Maison, & Vicomtes
de Cramailles en Valois. Elle
est encore alliée à celles d'Aunay,
d'Argillieres,deBourg,
&de Menisson Sainte-Maure.
Quant à la Maison de Picoc.,
Vicomtes de Dampierre
,
elle porte d'or au Chevron
d'azur, accompagné de trois fallots
de mefyncy a/lunzez de vutules
au chefde gueules. Loüis
Picot, Vicomte de Ronnay,
Baron de Dampierre 3c de
Sompuis en Champagne, fut
receu Conseiller au Parlement
de Paris en 1497. &
depuis il fut premier President
en la Cour des Aides.
Il mourut en 1540.aprésavoir
épousé Catherine Picart, de
l'ancienne Famille des le Picart
à Paris, de la branche
de la Grange Nevelon. C'est
d'eux que descendent les Picot
?
Seigneurs d'Amboise
3,
Santeny, Dampierre, Azonville,&
S.Leger. JeanPicot
estoit President aux Enquestes
du Parlement de Paris ,8c
mourut en 1565.Les le Picot
font alliez aux Bourdin, de
Marle,de Larche, de Chaumont,
de Dauray ,
Baillot,
Quinot,&autres.
Il est arrivé depuis peu de
Surate, Coste de CoromandeI,
Bengale,& Siam, plusieurs
Vaisseaux pour la Compagnie
des Indes Orientales
de France. J'ayaccoutuméde
vous en envoyer la Cargaison
depuis quelques années.
Voicy celle des Vaisseaux
dont je viens de vous
parler. Mrs les Directeurs de
la Compagnie vendront toutes
ces Marchandises dans te
Ville deRoüen, le19. Octobre
prochain. Les Magazins
feront ouverts, & les
Marchandises exposées aux
Marchands, depuis le 14. du
mesme mois d'Octobre jusquesau
19. inclusivement.
SÇAVOIR,
32600 livres de Poivre.
21250liv. de Cauris.
11350 liv.de Caffé.
80000 liv. Bois de Sapan.
100 liv. Bois de Chine.
6JOO liv. d'Indigo.
ijoo liv. de Boras en pierre.
1460 liv. Gomme-gutte.
~3 liv. Chcron.
120 liv. de Benjoin.
500 liv. Thé de Chine.
Cjoo liv. Dents d'Elephans,
en 2 71. pieces.
41 Barces de Camphre.
480 Onces de Mure du
Tunquin.
2400 Peaux de Rets.
1700 livres de Soyeescruë.
10000 livdeSoyedeBengalle.
6000 liv. de Soye de Chine.
1000 Pieces Armofins diverses
couleurs.
tooo Ps dits à carreaux.
116Ps Satins blancs de
Chine.
900 Ps Satins Cottonis.
- z,go Ps Satins Calquers.
2.5?o Ps Taffetas Calquers.
97 Ps .A».celas rayez.
8, Ps dittoàfleurs d'or.
120 Ps Quinkas.
160 Ps Chaquelas.
600 Ps Soucis.
ijo Ps Guingans.
2400 Ps Nillaës.
85 Couvertures de Satin
picquées.
270 Ps Toilles picquées de
Soye.
1000 Ps Mouchoirs de
Soye.
24200 Ps Doutys blancs divers.
320 Ps Baffetasblancs étroits.
30500 Ps Salempouris blancs
2700 PsGuinées blanches.
400 Ps Betilles Chavonis.
2000 Ps Betilles tarnatanes.
1000 Ps ditto de 16. aunes.
960 Ps ditto de20. aunes.
1388 Ps Mallemolle.
600 Ps Casses Bengalle.
600 Ps Doria.
280 Ps Tangers.
800 Ps Amans.
1400 Ps Sanas.
400 Ps dictes de Montepour.
1000 Ps Percalles.
1200 Ps Mauris.
8900 PsCoutelines diverses.
Porcelaines diverses.
I. Cabinet de la Chine.
Différentes étoffes ($f autres
Marchandises de la Chine,dont
l'on n'apointencore les factures.
Je vous envoye aussi un
estat de ce qui elt arrivé en
Hollande sur onze Vaisseaux
de cette Republique. Cela
vous paroistrabeaucou p , mais c'etf peu pour un Etat
dont toute la richesseest
dans le Commerce. Le retour
de la Flote Hollandoise
a souvent valu douze millions
de livres à l'Etat, mais
le Commerce y diminuë tous
les jours , & les Marchandises
apportées par ces derniers
Vaisseaux ne montent à guere
plus de trois millions de
livres.
CARGA GENERALE
de onze- Navires de retour
des Indes Orientales, partis
de Batavia le I. Décembre
16g7. v quelques autres de
Ceylan le 22. Janvier 1683.
300000 liv. Cloux de Giroffle.
258000 liv. Noix Muscades.
91477 liv. Macis.
512000 liv. Canelle.
2116800 liv.Salpestre.
13350 liv. Noix confites.
138105 liv. Estainde Siam.
114913 liv. Indigo Lauro.
308375 liv. Bois de Sapan de
Siam.
2S1600 liv. Bois de Sappan
de Bimaes.
32000.liv. Bois d'Ebeine.
45814 Bois de Caleatours.
12384liv. Cartamom. -
102982.liv. dt Cauris.
691liv. Cocque huile
de Canelle.
15498 liv. Aloës.
zOûï liv. Cire à cacheter.
757liv Benjuyn.
47SJliy. Borax.
192liv. Onces Ambre
gris.
134 liv. Catti muse de
Tonquin.
5 liv. Perles à piler.
5 1.Semences de perles.
25300 liv. Sucre en poudre.
67733liv. Catti
,
Soye de
Chine.
33315liv. Soye de Bengale.
7587liv.Fil de Florec.
zono liv, Fil de cotton.
7898 ps. Armofins.
48 ps.Etoffe de soye de
differentes couleurs.
770 ps. Pelins blancs de laChinefigurez.
2354 ps. Pelins à fleur de
Tonquin.
4in ps. Dito unies.
400 ps. Gilams blanc
grands.
300 ps. Dito commune
fort grands.
1800 Dito petits.
2151ps.Pansies blanc de
laChine.
Ill' ps. Dito blancs petits.
233 ps. Mangatys figu,
rez. -
3000 ps. Hockies deTon-
- quin.
900 ps. Siourons.
23 ps. Habits & étofses
d'or de Suratte
pour montre.
2000 ps. Lymenias,
2000 ps. Golgas.
1400 ps. Tassa de Foula.
103,0 ps. Chits de Patena.
15620 ps.Chits peints de
diverses sortes.
85020 ps. Toiles de Guinée.
40800 ps. Salampouris de
diverses sortes.
7S40 ps. Parcallen.
1400 ps. Mouris blanche.
800 ps. Dito rouge.
100 ps Hamans.
100 ps. Sanen.
100 ps. Oniaeis.
19 -Ps A bbarices.
~17ps. Alegias de Bengale.
367 ps. Mabette Banys
Bengale.
5840 ps.B»ifcas de diverses
sortes.
960 ps. Cambayen.
980 ps. Cambaye ou Jupes
de Femme.
755 ps. Robes de nuit &
Cambayc.
1100 ps. Garras.
3440 ps. Caetchies lages.
32.80 ps. Caetch ics de
Pieremoenemolan.
1440 ps. Dongrys
880 ps.IKendanDoepetys.
1750 PSI Mouchoirs de
diverses fortes.
irico ps. Corroots.
8080 ps.Bherms.
10040 ps. Niquanias.
6000 ps. Siadder Borael.
2400 ps. Tapekankenias.
1600 ps. Kannekyns.
8600 ps. Toile à Voile de
diverses fortes.
7200 ps. Habits d'Esclaves.
600 ps.Fotas de Bengale. 1o Nota5lir.
Il y a des gens qui imagi..
nent agréablement
)
& qui
ont un talent particulier à
peindre les choses dont ils
entreprennent de nous donner
des idées. C'estce qu'a
fait fort heureureufement
l'Auteur du Dialogue que
vous allez lire.
VOYAGE SUR LA MER
d'Amour.
DIALOGUE.
A DAMETAS H! mon cher Corydon,
vous voilà enfin
de retour;vostre longue
absencenous a fait beaucoup,
souffrir. Nous craignions de
ne vous revoir jamais. Venez
que je vous embrasse.
Alexis.
En verité, vous n'aimez
guere vos Amis, puis que
vous avez pu lesabandonner
aussi longtemps que vous
avez fait.
CORYDON.
Ne croyez pas que je vous
aye oubliez un feulmoment.
Vous estes ceux de mes Amis
que j'aime le plus. J'ay regretémille
fois le terre s qui
.m'c privoit de vos agreables
entretiens,maisj'estois embarqué
sur la Mer d'Amour
ojà les rempestes & les orages
m'ont si fort tourmenté, que
sans les soins officieux, du
Desabusement
,
je croy que
e n'en ferois jamais forty.
DAMETAS.
Il y a toujours des ames
genereuses qui nous tirent
des mauvais pas où la jeureste
nous a poussez; tuais,
mon cher Corydon, qui ne
s'intersseroit pas a vous servir?
Vousellesle Fils de celuy
qui gouverne nos Hameaux
; sa reputation s 'est
répandue jusquesaux rivages
de la Mer d'Amour, &
comme vous estes son image,
que vous avez ses vertus, ses
ralens& ses bonnes qualitez,
je m'étonneque le seul Desabusement
se foit empresseà
vous secourir.
CORYDON.
C'est à luy
,
Dametas, que
j'ay la principale obligation
de mon salut; mais à
la verité quelques autres y
ont contribué, & je puis
dire que l'Inégalitéd'humeur
( car ily a encore l'inégalité
de condition) ayant
sollicité l'Indifference, &
celle-cy le Dépit,enfin la
Raison estant survenuë, elles
ont tourcscontribué à me
donner pour Protecteur le
Desabusement? à la faveur
duquel je me fuis mis dans
l'Esquis de l'Absence, &
montant le long du fleuve de
l'Oubly
>
je me fuis enfia
trouvé au Port de l'entierc
Liberté.
ALEXIS.
Ce que vous nous dites,
Corydon, demande un plus
ample éclaircissement, &
vous nous ferez un plaisir extrême,
si vous voulez prendre
la peine de nous le donner.
CORYDON.
Pourrois- je refuser à mes
Amis la chose mesme la plus
difficile? Mais pour satisfaire
vos desirs, il faut vous dire
ce que c'est que la Merd'Amour
, comment on s'y embarque,
les perils qu'on y
rencontre,& les offices que
le Desabusement m'a rendus
pour m'en faire forrir. Lors
qu'on s'approche des rivages
de cette Mer, les objets des
choses inanimées )aulIi-bien
que les Graces , vous invitent
à vous y embarquer.
L'eau paroist belle, & transparente,
les Zephirs y font
respirer uz air doux, & la
tranquillité semble y devoir
regner éternellement. Les
Tritons, les Nereides, les
Nyrnphes) & mille petits
Amours viennent en foule
vous faire un accueil honneste
qui vous engage insensiblementà
la Navigation.
J'estois il y a trois ans le
Garde fidelle des troupeaux
de Palemon, mon Pere. La
passion que j'avois de les rendre
gras, me portoit quelquefois
à les conduire dans
despasxturages éloignez, d'où
je ne revends qu'a prés une
longue absence. Les Bergers
qui m'accompagnoient?
alloient prendre de temps en
temps les provisions dont
j'avois besoin, & en luy portant
des nouvelles de ma lanté,
ils l'instruisoient de mes
foins à élever ses Troupeaux.
Un jour que j'avois pris la
route d'une montagne couverre
de grand s arbres toufus
& verdoyans, sur laquelle
je n'avois jamais esté,j'apperceus
un Loup qui emportoit
une Brebis du cossé de
la Plaine où j'estois. Un Berger
grand & bien-fait le
poursuivoit avec ses chiens,
& s'interessoit à la ravoir;
je courus au Loup, & je fus
assez heureux pour neluy pas
laisser enlever sa proye.Je
luy tiray une flèche qui luy.
estant entrée dans le coeur,
le fit tomber mort. Le Berger àqui j'avois rendu ce bon
officem'en remercia avec des
transportsqui me firent voir
que je l'avois exrremément
obligé. Ilme dit que la Brebis
appàrtenoità la Nymphe
de l'Engagement, qu'il estoit
le Berger Occasion, & qu'il
me conjuroit de prendre le
party de passer la montagne
avec mes Troupeaux; qu'au
delà je verrois une Plaine
spacieuse parseméedefleurs,
dont l'herbe odoriserante engraissoit
le bestail en peu de
tem ps;qu'elle estoit le séjour
des Nymphes,&le plus beau
qui fust dans le monde. Il
ajoûta tant de choses, & me
pressa de si bonne grace , que
mabandonant à sa conduite
je fis prendre à mes Troupeaux
le chemin de la Forest.
Lors que je fus
au milieu de
la montagne, je rencontray
un Berger nommé la Repugnance
J'lui me fit repentir
de la legereté que j'avois euë
a suivre l'Occasion ;mais le
Berger de la Curiosité estant
survenu,me fitmépriserles
avis de celuy-là, & je poursuivis
ma route. J'estois déja
bien avant sur le sommet de
la montagne, & je commençois
mesme à descendre du
costé du sé jour desNymphes,
qnand je sentis que je respirois
un air tout différent de
celuy demanaissance. Estant
dans la Plaine, je vis plusieurs
Nymphes? les unes vestuës
modestement n'ayant que des
habits de couleur brune, mais
fort propres ,& qui voulant
affecter de paroistre dans une
grande retenuë }& dans une
austere vertu , ne laissoient
pourtant pas de donner à des
Bergers des marques secrettes
d'une coqueterie achevée;les
autres estoient libres, carressant
indifféremment tout
le monde. Celles-cy dansoient,
celles-là avoient des
entretiens particuliers; quelques-
unespassoient le temps
à chanrer
,
d'autres à joüer
desInstrumens ; enfinc'estoit
une espece de cahos, où la
confusion charmante en apparence
,renversoit mon esprit,&
luy déroboit la liberté
d'un discernement raisonnable
qu'il auroit voulu faire
sur ce qu'il voyoit. Mon habit
estoit d'une toile de fin
lin de coton, garny sur toutes
les coutures, de quantité
de noeuds de petits rubans
couleur de cerise, & bleu
mourant entremeslez. Ma
suite,& mes Troupeaux estoient
en grand nombre , &
sur ces apparences on me
crut un Berger de merite,
& de distinction. L'Occasion
me presenta aux Nymphes,
& le Berger Hazard
-
qui ta toujours fort officieux,
me rendit ses services
avec beaucoup d'assiduité &
d'affection. Il me dit qu'il
se mêloit presque toujours
du choix qu'un Berger devoit
faire d'une Nymphe,&il fit
tomber le mien sur Angelique.
Elle a la taille aisée &
assez belle; elleest noire comme
celles qui ont esté toute
leur vie exposéesaux ardeurs
du Soleil. Elle a l'humeur
enjoüée
)
& coquette ;un
certain mouvement de teste
qu'elle fait en parlant, ne
luy donnant pas toute la grace
qu'elle auroit sanscela, ne
luyoste pas aussi un petit
agrément que l'on y trouve
pour peu qu'on s'y foit accoûtumé.
Elle prévient les
gens par honnesteté,maiselle
est tellement entestée des
grandeurs, que si elle écoute
quelques Bergers,ce ne sont
que ceux qui peuvent contribuer
à son divertissement.
Elle eut pour moy de fort
grands égards, & mes aifiduitez
à luyoffrir mes services,
gagnerent son amitié.
Aprés t)cela on ne vit dans la
plaine que des parties deChasse,
deDanses, deFestins,de
Concerrs&de tousles plai firs
que l'Amour peut inspirer.
J'estois venu bien muny d'argent,
& la dépense que je
faisois plaisoit à la Nymphe,
Ce fut alors que nous montâmes
sur la Mer d'Amour.
Elle renferme quatre Isles.
Nous découvrismes d'abord
celle de l'Indifference,&nous
la costoyâmes fins. y entrer.
Nous vismes ensuite celle des
Plaisirs, où nous mismes pied
à terre. J'y passay les premiers
jours de la maniere du
monde la plus agreable. Ce
ne furent que protestations
reiterées du plus tendre amour.
Angelique m'assuroit
que
que son coeur estoit à moy
Elle se plaisoit à me le dire
àtoute heure, & ses caresses
continuelles me donnoient
lieu deme croire leplus heureux
de tous les Bergers. De
Tlfle des Plaisirs nous voguâmes
vers celle de l'Inquietude,&
je mapperceus presque
aussi-tost que ceux qui la viennent
habiter, ressentent l'effet
du nom qu'elle porte. J'y fus
agité de diversespassions,
toutes causées par l'amour.
Tantost je me figuroisque la
belle Nymphe ne me feroit
pas toûjours fidelle,& c'estoit
un juste pressentiment de ce
qui estoit prest de m'arriver.
Tantost je disois qu'elle auroit
peine à quitrer la Mer
d'Amour pour me suivre
dans nos Hameaux.Quelquefois
considerant combien les
grandeurs avoient de charmes
pour elle, je ne pouvois
croire qu'elle consentist à se
renfermer dans une petite
contrée pour y finir ses jours
avec moy. D'autres objets,
d'autres mouvemens) &d'autres
pensées vinrent m'accabler
ensuite
,
& me traverser
l'esprit. J'estoisrêveur, jene
dormois plus, & à peine pou*
vois - je prendre quelque
nourriture. Nous fortismes
de cette Isle
, & en passant
par le Détroit de l'Attachement
,
l'eau de la Mer
se troubla. Alors Angelique
ne fut plus la mesme.Je luy
remarquay de l'indifference,
& ses manieres me firent connoistre
qu'elle avoit banny
de son souvenir toutes les
promesses qu'elle m'avoit
faites. Un Pilote, nommé la
Vanité, avoit eul'adresse de
luy parler en secret, & de luy
dire que nous allions aborderdans
Tlfle des Grandeurs,
où le Dieu Pan étendoit son
Empire sur les hommes,
comme sur les animaux. Il la
prevint sur toutes les choses
qui pouvoient l'en dégoûter,
& luy avoüa qu'il estoit
mal fait, laid de virage,
petit & boiteux; qu'il avoit
les yeux bordez d'un rouge
pourpré,& que ses cheveux
estoient droits & longs,
mais il l'assura en mesme
temps, que quoy qu'ilfust
extremementserieux, il estoit
passionné pour les Nymphes,
& qu'il ne manqueroit pas de
l'aimer en la voyant, parce
qu'il aimoit sans se mettre en
peine d'approfondir le merite.
L'esperance du haut rang
où elle devoit monter si elle
estoit Maistresse d'un Dieu,
luy fit concevoirdumépris
pour moy. Nous entrâmes
dans le Port de l'Isle
,
où Pan
qui se promenoit ordinairement
sur le rivage, receut
Angelique avec une froideur
digne de sa grotesque Divinité.
Je ne pus m'empescher
de sourire en le voyant; il s'en
apperceut & par un branlement
de teste
,
il en marqua
son chagrin. Il presenta cependant
à la belle Nymphe
une mainveluë pour la conduire,
& après qu'il l'eut menée
en son Palais qui estoit
couvert de joncs marins,je
rencontray l'Inégalité qui me fitconnoistre celle qui estoit
entre Pan &moy ,
&entre
le mérité dont illuy plaisoit
de me flatter; & le procedé
condamnable de la Nymphe.
Elle memitensuite entre les
bras de l'Indifference, qui
m'apprità ne me point tourmenter
d'un changement qui
me dégageoitd'uneVolage,
& le Dépit s'estant empressé
à me rendre ses offices
,
je
suivis les conseils qu'il me
donna de la mépriser. Enfin
la Raison m'ayant fait remarquer
visiblement que cette
perside suivoit une Idole,
& qu'aux dépens de si gloire
& des sermens qu'elle m'avoit
faits ,ébloüie par de
fausses apparences ,
elle consentoit
à m'abandonner, moy
qui pouvois&la rendre heureuse,
& la faire Maistresse
d'une infinité de Troupeaux,
& d'un Hameauconsiderable,
le Desabusement survint qui
me fit resoudre à ne la revoir
jamais. Elle fut avertie de
mon dessein qui luy donna
de la confusion, & de la
douleur. Elleme fit rappcller
secretement,&fit ses efforts
pour me faire croire que j'aurois
toûjours place dans son
coeur; mais voulant se conserver
le nom de Déesse,elle
me laissa aller
>
& je montay
sur l'efquifde l'Absence pour
me sauver par le Fleuve de
l'Oubly qui aboutit en ce
lieu-là à Tlfle des Grandeurs.
Je ne m'arreste point à vous
dire que j'appris du Desabusement
qu'elle estoit la plus
coquette de toutes les Nymphes
; mais vous fçaurez que
sa malice me suscita de rudes
tempestes ; qu'elle obligeale
Dieu Pan à faire mourir la
plus grande partie de mes
Troupeaux, & que j'ay eu
des peines qu'on ne sçauroit
exprimer à trouver le port de
la Liberté. Enfin le Desabusement
m'en a fait venir à bout,
& je fuis arrivé auprès de
vous, mes chers Amis, après
trois ans d'absence,fortresolu
de fuir à jamais la rencontre
de l'Occasions & de ne plus
m'embarquer sur la Mer d'Amour.
ALEXIS.
Je fuis d'avis, Corydon,
que pour éviter un malheur
semblable nous fassions dresser
une Piramide au milieu de
la Plaine, afin d'avertir nos
Bergers de s'éloigner de l'Occasion
quivous a renduun si
dangereux service.
DAMETAS.
Etmoy
,
je me charge d'y
faire graver ces Vers qu'ils ne
pourront lire sans songer plus
d'une fois à la resolution
qu'ils voudroient prendre de
quitter nos Hameaux.
si l'Occasionse presente
Pourte conduire en deslieux inconnus
, Fais par tes voeux soumis que les
Dieuxprévenus
Rompent le charme qui t'enchante
;
JVui suit t'occ.l/ion sur la Mer de
l'Amour
Ne îf-luroitavoir un beaujour.
Les Amans font bien à
plaindre, ils ne font jamais
contens. L'Infidelité fait
souffrir les uns, & il en est
d'autres que l'Indifference
accable.C'est ce que vous
connoistrez en lisant les Vers
de l'Air nouveau que je vous
envoye.
AIR NOUVEAU. Dlvn oeiiindiferentvousvoyey
ma langueur.
Helas ! est-ce le prix de mon amour
fidelle?
Jj)ui ne croiroit, Iris, en vous
voyant si belle,
J>hte la pitié, que la douceur
Regnent dans vostre coeur?
Cet Air est de Mr de Bacilly?
qui vient de nous donner
un secondLivre de ses
Airs spirituels. Il y a déjà
deux mois que le premiera
paru,&je vous en ay parlé
dans ma Lettre de Juillet.
Cette édition est beaucoup
plus ample & plus correcte,
que celle qui avoit esté déja
faite de ces mesmes Airs,
comme on le peut voir par
Avis qu'on trouvera à la fin,
avec une Table des changemens
& desaugmentations
iointe à la graveure, qui est
bien plus fine; de forte que
cet Ouvrageest presentement
dans uneperfection toute autre
qu'on ne l'avoit veu jusques
icy. Il se debite chez le
Sr Guerout,Libraire au Palais,
ainsi que l'Art de chanter
du mesme Auteur, & tous les
*
auttres Livres de sa composition,
qui font au nombre de
vingt, tous differens, avec les
Airs de MrLambert
, gravez
par Richer.
Je vous ay marqué dans
maLettre du mois de Mars,
qu'un Gentilhomme, trèsbon
Médecin, s'estoit attaché
avec une forte application
à imiter les eaux de
Bourbon& de Vichy, dont
les vertus salutaires ont esté
connuës depuis si longtemps
par l'heureux secours qu'en
ont tiré un nombre infiny
degens dans des maladies de
toute nature. Ce Gentilhomme
s'appelle Mr de Rhodes.
Comme tous ceux qui ont
besoin de ces eaux,n'en peuvent
pas aller boire sur les
lieux,les uns à cause de leurs
affaires, les autres, parce qu'-
ils craignent l'incommodité
d'un long voyage, ou qu'ils
ne peuvent en supporter la
dépense, il a cru qu'un remede
équivalent seroit d'une
grande utilité pour les Malades
qui ne pourroient aller,
ny à Bourbon, ny à Vichy;
ce qu'il conseille pourtant de
faire toujours, à moins qu'on
n'ait des raisons considerables
pour s'en dispenser. En
voulant imiter ces eaux, il
a examiné les principes qui
les composent, leurs effets,
leurs mouvemens,sur quelles
parties ,sur quelles humeur s
elles agissent
, & pourquelles
maladies elles font propres.
Aprés de longues reflexions,
& beaucoup de conferences
avec les Beuveurs,& plusieurs
sçavans Medecins, il areconnu
qu'en employant les mêmes
Metaux & les mesmes
Mineraux préparez artistement,
en separant les parties
superfluës ou nuisibles au
corps humain, & joignant
les aperitifs innocens avec
ce qui purge doucement, &c
ce qui fortifie, on pourroit
faire des eaux semblables à
celles de Vichy & de Bourbon,
& qui en auroient Icg
qualitez. C'estce que jevous
ay déjà dit qu'il a trouvé,
n'ayant épargné ny soins ny
travail pour les mettre dans
leurestat de perfection. On
a toujoursdela peine à ajoûter
foy aux choses nouvelles.
Cependant il en est beaucoup
que les anciens n'ont point
connuës, &quiestantaujourd'huy
bien confirmées, ont
commencé de lamesme forte.
Ce qu'il y a de confiant par
les diverses experiencts qui
ont estédéjafaitesdeceseaux
artificielles, c'est qu'elles ne
cedent point en vertu aux naturelles
,
&: qu'elles sont propres
pour les mesmes maladies)
en forte que beaucoup
de personnes qui en ont bu
le Printemps dernier, sont
encore resolues d'en boire
pendant l'Automne. On assure
que quelques-uns en ont
receu une guerisonparfaite
pourdes maladies inveteréés.,
dans lesquelles ils n'avoient
pu trouver de soulagement
par aucun autre remede.Voicy
les noms de plusieurs qui
ont eu la joye de s'enretourner
guéris, ou fort soulagez.
Ceux qui douteront de la
bonté de ces eaux, pourront
sçavoir d'eux l'effet qu'ils en
ontsenty.
Madame la Marquise de
Senofan en a pris la premiere,
dans le mois de Mars dernier,
Se s'en est trouvée fort (bula*
gée. Elle a fait aussi le voyage
de Bourbon pendant le Printemps
>
& n'a pas esté moins
conrente de celles deMrRhodes
que des naturelles.
Mademoiselle de Chemé
de-Fontanay
, Niece de Mt
l' Archevesque de Tours, qui
avoit des opilations de trois
ans, avec un commencement
d'hydropisie ,guerie,
Mr Troppet
>
Fils de feu
M le Lieutenant général de
Montbrison
, pour un Astme
invétéré
) £tiery.
Madame Trunel à l'Anticaille
, pour des Vapeurs des
plus noires les a prises deux fois,guerie.
Madame Recordon, de
Vienne,pour des vapeurs &
vertiges, & quelquefois des
convulsions , fort soulagée.
Madame Porroy, pour des
vapeurs & oppressions, euerie.
MrVillot,Hoste du Chapeau
rouge, gouteux,soula-
(Te.
Mademoiselle de S. Joire
les a prises pour la seconde
fois, pour des vertiges&mélancolies;
guerie.
MrBouilloud de la Roche
le Conseiller, pour un mal de
teste sans relâchedepuis deux
ans;guery.
Mademoiselle Berge la
Procureuse, de Vienne, pour
un Astme ancienguérie.
Le P. Henry, Correcteur
des Minimes de Lyon, pour
un mal de teste vertiges,
fluxions) maux & foiblesses
d'estomach
, ,'gueu.
Mademoiselle Aurat, pour
de cruelles vapeurs &mélancolies,
soulagé
M de Genevray, de
Diuphiné, pour des opprefsians,
rotet,e.
d'urine, resolu à la tailleJ,
guery.
Madame de Tamizier
,
de
Bourg, pour de grands
maux de teftc, guérie.
Mademoiselle de Porcet,
de Bourg, pour une grande
soiblesse d'estomach
,
douleurs,
oppressions
?
uneglande
au sein,gueriej ~&saglande
dissi-pée.
Mr Baret Banquier, pour
des maux destomach
,
indiJgciohonts,
ivUents cgontiénue.ls,
Madame Blauf laConseillere
, pour une colique &
des maux d'estomach alternatifs
, sans relâche l'un ou
l'autre, guerie.
Mademoiselle de Berule la
Cadette,fille deMr l'Intendant,
pour des maux d'yeux,
fluxions,fort soulagée.
Le Pere le Marchant, Provincial
des Celestins
, pour
une foiblesse d'estomach, flus
Diarrhoique, obstructions
depuis deux ans, guery.
Le P. Perouse, Celestin
Sacristain à Lyon, pour de
profondes obstructions, douleurs
de foye, des reins &
vapeurs,guery.
Mademoiselle
Mademoiselle Avillon,
ille de Mr Avillon Procueur
du Roy de l'Election,
qui avoit la voix éteinte depuis
long-temps, guerie.
Madame Saginay la Procureuse
du Roy, a pris de ces
Eaux trois fois pour des coliques,
maux de rate & deMere,
&toujoursavec soulagement.
Mr le Commandeurde
Sainte jay, de Dauphiné,cydevant
Receveur de Malthe
qui en a pris par deux fois, a
esté fort soulage. On en a
donnéaussi à quelques pauvres
Artisans, & ils les ont
buës avec beaucoup de succes.
J'ay encore à vous entretenir
d'eaux, où plûtost lesçavant
M1 Comiers vous en va
entretenir pour moy. Il me
suffit de vous le nommer pour
vous faire lire avec plaisir la
Lettre qui fuit. Cestuneréponse
qu'il fait à M" Bernier
touchant la conduite de la
Rivière d'Eure àVersailles,
A MADAME
DELA SABLIERE. vOicy, Madame, la féconde
Lettrequevous rere,
vez d'un Aveugle
) pour lequel
vous eustesily a deux ans
la bonté de solliciter afin de le
faire recevoir dans les Incurables.
Depuis un mois il loge en
payant, dans une des Maisons
du Roy, que SaintLoüissit bâtir
pour Quinze-vingtsAveugles.
J'yfuis, Madame,comme le Paralitique
prés de la Piscine, non
habeohominem, jen'ay per.
sonne qui parle pour moy , car
je pourroisesperer de la bonté
de Sa Majesté un Brevet
, pour
fftre receu Confrere dans cet
Hôpital Royal; ne pouvantplus
depuis la perte de ma a:euetravailler
de mes mains, à l'exemple
de S. Paul, pour n'estre a
chargeàpersonne. Ma passion
dominante m'a toujours portéà
sacrifier mes veilles
, mon bien
&ma vie à la recherche & au
soûtien de la vérité, lors qu'elle
a regardé les interests de l'Eglise,
ceux du Roy ou du Tubllc*
En -voicytin échantillon
,
qui
concerne la conduitequeSaMajejléjfait
fairedelaRjnjiere
d'Eurea Versailles. Les deux
proportions de Monsieur Ber,
nier publiéesdans le Mercure
deFévrier dernier;La premiers
que dans le Canal du Languedoc,
qui fait la communicanon
des deux Mers
,
il yen
avoit iln particulier de six à
septlieues de long de pur
niveau, où l'eau couloit- d'un
bout à l'autre sans aucune
pente, (^r la secondé , qu'il
neust pas esté besoin de se
mettre si fort en peine,comme
on a fait, de niveler, pour
faire venir la Riviere d'Eure
à Versailles, font très-contraires
aux loix de la Nature, à
l'usage & à l'experience de
tous les siecles ; il estoit néanmoins
a craindre
,
quesur le dire
de M. Bernier, homme de poids
& de merite quelquun ne tombastdans
l'erreur> ~& nentreprist
a sa ruine la conduite de l'eau
par des Canaux ou Aqueducs,
sans aucune pente.
Je me sens obligé de faire
part au public dans le Mercure
de dernier ,
de ma Lettre
écrite à M. Hardy
)
Seigneur
de Beaulieu
,
dans laquelle j'ay
démontré, que l'eau ne peut
couler d'un bout à l'autre d'un
Canal
,
sans aucune pente, ü
que le nivellement est d'une ne..
cessité absolue pour la conduite
des eaux. M. Bernier ne pùt
goûter mes démonstrations geometriques,
& pour appuier ses
deux propositions, il s'avisa de
les rendre éclatantes par vostre
illustre nom,Madame,envous
les dédiantpour étrennes dans le
Jornal des Sçavans du iC. Juin
dernier. Les véritables Sçavans
sont bien aises qu'il vous ait
choisepour arbitredenostre dif-:.
serend
,
puis querien n'échappe
à vostre pénétration d'esprit,&
que vous esses la Femmeforte
de lasainte Ecriture,&la Minerve
de nostre siecle. J'espere,
Madame
, que rvOUJ ne refuse-
'rez pas audience à un homme
qui a toutela (v:n.raûon /JQ.,flible,
pour Platon
) pour Socrate pourM.Bernier ,
,
mais encore
plus pour la ucrité.
Je reconnais
, que M. Bernier
parle bien
,
quand il dit dans
la page26. ligne24. du Journal
du 16.Juin}cpiz tout son esprit
estAsiatique
,
c'està dire, fin ~cat ; mais pour meservir
de ses propres termes ,je ne luy
celeray pas, qu'il parle encore
plusjuste
,
quand il dit dans la
page 28.ligne zy que la narure
ne fuit pas toûjours les raisonnemens.
J'ajouteray à ceaJ
quil nous obligerait d'expliquer
ce qu'llditdans la page 25. ligne
30. que la chauqqée du Reqervoir
soûtient le poids de plus
de douze cens mille muids
d'eau;car par quel privilege at-
il déchargé le fond du reservoir
de tout le poids de l'eau,
quilsoûtient ? Sa Philosophie
Agéométriquepourra-t-elle bien
déterminer la quantité du poids
que soutient la Chaussée, &
quelle épaisseur ou force on luy
doitdonner?
Venons à la queston. M.
Bernier a donné toute une autre
face à sa premiereLettre, pour
porter quelque remede palliatifà
l'erreur deses deux propositions.
Puisquil n'a pas ruou/use rendre
à laforce des démonstrations geometriques
de ma premiere Lettre,
je veux le payer en belle &
honne Phjpque
3
afin qu'àlavenir
il tienne pour axiome,
qu'un bon Mathématicien est
toujours & par tout tres-bon
Physicien; mais, qu'on ne peut
estre Physicien sans estre Geometre,
Astronome &Mathematicien,
puis qu'il est dit dans le
Chapitre IU de la Sagesse>cjue
Dieu a disposé toutes choses
en poids, nombre & mesure,
quisont les troisparties pures de
la Mathernatique ; car dans
l'Arithmétiquenousconsiderons
ta quantitédiscrete, dans la Geometrie
la quantitécontinuë &
enfin dans la Statique la quantité
de la puissance ou force du
poids, &seseffets dans la Nature
& dans toutes les Machines,
de quelquegenre qu'elles
soient.
Venonsau fait dont il eji
question. Voicy hs termes par
lesquels M.~Berners'explique
dans le Journal 'lesSçavants
du Lundy 16.Jwn IDSg. J'en
cotte les pages, & je distingue
cequ'ilditpar articles* afin d'y
répondre
de
mesme.
Dans lapage28. bgne 13. je
neveux pas, dit-il, oublier
une circonstance très considerable,
en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à la
conduite des eaux. Le fait
est, qu'entre le grand nombre
des différents Canaux,
qui font le Canal entier du
Languedoc
,
il y en a un de
six à sept lieuës de long, dans
lequel l'eau coule d'un bout
à l'autre de pur niveau sans
aucune pente. Or cela estant,
ajoute-t-il
,
il n'eust pas esté
besoin de se mettre tant en
peine, comme on a fait, de a pente necessaire pourfaire
venir la Rivière d'Eure à
Versailles puis qu'une mediocre
chûte d'eau, dans un
Canal de niveau auroit suffy.
Il est vray , continué t-il, que
n'ayant pas de pente, l'eau ne
coulera pas si viste ;mais si
l'on fait un canal plus large,
l>i que l'on donne ainsi plus
de face à l'eau,on
remediera
infailliblement à l'inconvenient.
Pour répondre à Mr Ber- nier f - ,
jetpose pour axiôme incontestable
,
qu'ilfaut estre assuré
d'un faitavant que d'en
chercher la eauje3 afin d'éviter
le ridicule,d'avoir trouvé la
cause de ce qui riejt point. Ce
malheur arriva plaifartment à
cessagesPhilosophes de la qrecr,
qui disputant avec chaleur comment
un Figuier avoitporté des
figues qui sentoient lemiel, apréterent
àrire à -la- Servante qui
les avoit mises auparavant dans
dans une ruche à miel.Ainsi
souvent,dum latent veræ
causæ , singuntur inanes.
Ainsi autrefois des Physiciens de
grand nom crurent avoir fort
bien trouvé pourquoy les lieux
sousterrainssontchauds en Hiver
@ffroids enEsté. Mais depuis
quelquesAnnées degrands
Mathematiciens, véritablement
Physiciens
, ont trouvé par le
Thermometre
, que le degré de
chaleur y est toujours égal.
Les opinions de M1 Bernier
ont la mesmeinfortune. Il a supposéque
ce Canal desix àsept
lieuës de long
?
estoit de pur
niveau& ensuite il a employé
tout son esprit Asiatique,pour
chercher comment l'eau couloit
d'un bout à l'autre.
I. Je nie formellement
, que
ce Canalsoitdepur niveau
, car
ou il a estéformé tel par la Nature,
ou par l'art. Si la Nature
l'a formé tel, MrBermer devoit
auparavant s'en assurer,
& nous dire par quel moyen il
l'avoit examiné, & reconnu
estre de pur niveau; autrement
on pourra dire que les lits des
ruisseaux qui coulent aprèsavoir
fait tourner les roues verticales
des Moulins sont depur niveau,
sans aucune pente, parce que.,,
dira-t-on, l'eau qui est tombée de
la surfacesuperieure d'un étang,
ou reservoir sur la roué des
Moulinsyroulesans pente. Je dis qu'aucune industrie
humaine ne peut avoirfait ce
Canal de pur niveau
)
quiseroit
une portion de la surface du
globe de la terre ,
dont l'axe ou
diametre est de 2865,lieuës
,
puis que mesme on ne sçauroit
former un arc de quelques minutes
d'un cercle de demy-lieué'
de diametre. On reconnoist cette
difficulté, lors qu'ils'agit de tr-icaillerdans
la précisionrequist
comme sont Mrs de Divinis,
Campani, Borelli
>
& Mr
Hartsoëker
, un verre segment
d'une boule qui auroit cent
pieds de diametre
>
pour servir
de verre okj?ètis aux grandes
Lunettes pour contempler les
Astres.
Peut-estreMrBernier dira,
que par la vingt-unièmeproposition
du troisieme des Elemens
d'Euclide, on peut formersurun
plan d'un pied de large une portion
du cercle de plus grand diametre,
que n'estl'axe de laterre
par le moyen d'unfauxEquerre,
faisant tourner ses deux branchessur
les deux points extrêmes
de la corde de l'arc. Mais
outre que dans la pratique, les
branches de cet instrument roulant
contre des aiguilles ou cloux
cilindriques, la ligne que l'angle
traceroit,seroit d'un autre genre
de ligne que la circulaire,la difficultéseroit
insurmontable de faire
préci•sément 1> - langle requis,&
cet expedientestinutile dxns la
construction d'un Canal de pur
nilJe..1U, quandmesme il n'auroit
que cent pieds de longueur.
Voicy pourtant la maniere
facile de reconnoistre
,
si le lit
ou fond de ce Canal de sept
lieuës de long (si depur niveau.
Le Canal estant remply d'eau,
& ses deux bouts fermez
,
de
maniéré quaucune eau n'entre
@J n'ensorte,ilaura sasurface
supericure de pur&naturel niveau,
& par consequent ,si le
lit ou fond du Canal est aujji de
pur niveau
,
sa surface sera
concentrique à la surface superieure
de l'eau. Donc la hauteur
perpendiculaire del'eauserapar
tout égale, & la fonde doit par
tout donner mesme hautenr ou
profondeur d'eau.
Voicy encore la maniéréfacile de
constuire un Canal deseptlieues
de longueur
,
qui soit par tout
physiquement de pur niveau. Le
Canal estant fait sans avoir égard
aux inégalité% de son fond,
pourveu que le bordsoit partout
suffisamment haut,remplissez le
Canal d'eau, aprés quoy dans
un temps calme,&en la mesme
heure,si on marque prés à prés
la hauteur de l'eau de chaque
costé le long des murailles de
deux bords
, & l'eau estant enfuite
retirée horsduCanal,sion
fait le plan ou fondduCanal
suivantles deux lignes, ce Canal
sera de pur niveau. Un
semblable Canal d'environ trente
lieuëssurun cercle meridien,
serviroit à mesurerprécisément
la longueurd'un degré d'un
grand cercle de la terre.
A/1 Bernier,sur cette farunrTe
supposition
, que l'eau couloit
sans aucune pente d'un bout à
l'autre d'un Canal de pur niveau
, de six à sept lieuës de
long,conclut qu'il n'eust point
esté besoin de se mettre tant
en peine, comme on a fait,
de la pente necessaire pour
faire venir la Riviere d'Eure
à Versailles, puis qu'une mediocre
cheute d'eau dans un
Canalauroit suffi.
Cette consequence estvicieuse
en toute la Logique; car quand
mesmeilseroitvrajqu'unemediocre
cheute d'eau dans un canal
de niveauauroitsussi,il cust
toujours esté absolument necessairede
niveler, pourreconnoipre
quel endroit de la Riviere
d'Eure estoit de niveau avec le
reservoir de Versailles
, &pour
trouver ces deux points également
distans du centre de la
terre, il auroitfallu cent fois
plus de temps & de peine. De
plus, quand mesme la phJfique
de Ai1 Barner auroit pu déterminer
ces deux points
, par
quelle industrie auroit. ilpu conduire
ce Canal de pur niveau?
Mr Bernier ayant reconnu,
que si son Canal n'a point de
pente; l'eau ne coulera pas si
villey il ajoûte. Si l'on fait
un Canal plus large, &,que
l'on donne ainsiplus de face
à l'eau,on aura remedié parfaitement
à l'inconvenient.
C'efl icy où l'infaillibilité de
Mr Bernierest infailliblement
à bout, car son Canal de niveau
d'Eure à Versailles,d'environ
vingt lieuës de long eslans tteslarze
, (cr l'eau ayant tres-peu
de hauteur, la terre en emboiroit
laplus grande partie, lachaleur
en feroit autant exhaler
, le vent, l'air, & les mouches
, comme on dit
, en boivoient
le reste. Outre que le remede
de donner une si grande
face au Canal centuplerait let
dépense, puis qu'enplusieurs
en- droits cet Aqueduc a plus de
hauteur que n'en ont les Tours deNostre-Dame,&qu'il faudroitlefaire
centfoisplus large.
Le fruit que le Rcry auroit tiré
du voyage de JW Bernier en
Languedoc,&desa belle remarque,
qu'il dit estre de consequence
a ceux qui s'occupent
à la conduite des eaux,seroit
d'augmenter cent fois la dépense
de plusieurs centaines de millions,
pourfaire ce Canal&Aqueduc,
qui n'auroitamené l'eau de la
Riviered'EureàVersailles,
quaux Festes solemnelles des
Kalendes Grecques.
lt-fr Bernier, pour appuyersa
proportion,fait un tas de suppositionssur
le roulement aune
goutte ou boulette d'eau.Cela
m'oblige d'établir des vérité^
fondamentales de la Physique.
TousLiquides, exceptél'Ether,
ont de mesme que les corpssolides
, des filamens
,
fibres, où
partiesrameuses
, par lesquelles
elless'accrochent&sontun tijju.
Je donne à ces parties liantes le
nom deViscosité, qui lie les parties
sensibles, les tientattachées
ensemble, dr les réunit
facilement, lors qu'ellessont difpersées,
ce qu'onvoitarriver aux
gouttes d'eau ou de Mercure.
Cetteviscosité ou adherence re..
fijtc à la force du poids qui travaille
pour disjoindrelesparties
sensibles d'une boulette de Mercure,
ou d'une goutte d'eau. Elle
attache encore l'eau aux bots
fics, à la pierre, auverre, aux
futile* , orc.lçs gouttes d'eau
demeurent suspenduës auxfeuilles
des arbres,& au bec de ïAlambic,
d'oùelles ne tombent
que lors que lagrosseur en a augmentésuffisamment
le poids pour
rompre ce lien de leurs parties.
C'est pourquoy par la distillation
les partiesignées ayant découpé
ces partiesrameuses
,
les gouttes
tombent plus petites du bec de
l'Alambic, ce qu'onremarque
tres-évidemment en la diflillation
de l'esprit de vinrectifié.
dont les parties sensiblessons si
détachées&desunies,quesion en
jette en l'air,iln'entomberien
à terre. Ainsiles partiessensibles
se desunissent, s'éci
par leur extrême petitesse
, s'insinuent
par tout, & détrempent
le noir de fumée, ce que l'eau
commune ne peut faire.
Je dis qu'une goutte JFeatt
riejl pas fphcrique car lecercle
vertical Or les paralelles voisins
de part &d'autre ont leurs parltiaespilnufségrireaunrdeeshpaluutseuprrdeteéle'seapuar,
que ne font les parties des moindres
paralellesplusprès des poles
de l'axe horizontal, & s'affitif'
sant davantage, la goutte d'eau yy touche par un plan, &non par
un seul point; & de plus, par
le principe universel d'Archimede
„
les parties les plus prefées
poussent les moins presées &
ainsila goutte d'eau s'éponge horifontalemsr*
cer-parconsequent
n'estant pius spherique, elle est
incapable defairesur une furface
de pur niveau, lesmouvemens
que Mr Bernier suppose.
Jour ce que je viens de dire
démontre l'inutilité des quatre
suppositions qu'il fait dans les
pages28. & tg.
1. Unegoutte l'eauestantmise
sur un plan à niveau d'un pied
en quaréd'une pierre bien licée ,
elle s'y attachera
>
& cette
goutte d'eau ne fera pas un
globule d'eau,
2, Poussantcette goutte d'eau,
elle ne roulera pas ,
h'cjjant pas
spherique, mais elle jera une
trainée le long de la pierre,en
s'épanchant.
3. Un bout de ce Canal de
pierre lice estans bouché, si un
pouce d'eau y tombe
)
je dis
qu'elles'éparpillera en goutte lettes,
qui s'attacheront en diffirens
endroits de ce Canal.
4. Supposons avec luy dans
le cas dont il e[i question
, que
dans un Canalde pur niveau
desix aseptlieuës de long
,
l'eau
d'un Canal superieur y entre y tombe,y soit poussée,je dis,
que cette eau s'épanchera&s'attachera
à la teste dufonddu Canal
, & il n'y aura point de
globules spheriques d'eau,partant
il tient inutilement, que la
petitesse
,
la foliJ/ure
3
r& confe^
quemment la volubilitédes corpusoules
ou globules d'eau, ce
telle qu'ils couleront
ou rouleront
d'un bout du Canal à l'autre.
De plus, quand mesme les
gouttes d'eau demeureroientspheriquessans
s'attachersur le plan
du Canal
, & quelles pourroient
rouler quelquetempssanss'arresternyse
rejoindre
> & ne
faire qu'un corps à leur premier
attouchement, je dis que quelque
impulsion qu'on leur donne, elles
ne roulerontpas bien loin,
1. Parce que toutes les parties
d'un Liquidesont entre elles en
continuel mouvement,&diminueroient
celuy de l'impulsion,
à quoy le mouvement de ressort
des parties qxi auroient receu le
choc, & le tremoussement des
partiescontribueroitaujJi.
2. Ces globules d'eauacrocheroient
bien-tost les corpuscules
voltigeans dans l'air; par l'addition
desquels cesglobules d'eau
perdantleursphericité,perdroient
dUJfi toute leur
volubilité.
3. Quand toutcequedessusne
fuffroit pas, je dis que le mouvement
d'impulsion communique
à un globule d'eau seroit tresfoible
) & que par consequent il
finiroitbien-tost,ayant a forcer
l'entrelassement des parties de
l'air opposé an passage.
4. M.Bernier, pour expliquer
sa pensée
3
dit dans la
mesmepage %y. Que si la
surface spherique de la terre
estoit parfaitement polie, &
qu'on sist rouler une boule
aussiparfaitemene polie d'un
pole à l'autre, ou sur la ligne
cquinoxiale
)
la boule rouleroir
continuellement
,
de façon
qu'ayant fait le tour de
la terre, elle en recommenceroit
un autre, continuant
son mouvement sur la mesme
ligne sans jamais s'arrester.
Je dis,que le Globe de la terre
estant tel qu'il dit
,
il auroit
veritablement une infinité d'infinitéde
cercles pour le pretendu
perperuel roulement de sa boule,
car elle s'useroitbien-tost sur le
cercle de son mouvement, &deviendroit
un plan semblable au
Zodiaque,pendant que la ligne
du mouvement du grand cercle
de la terre (e caveroit, puisque
mesmeleau qui tombe goutte à
goutte, perce le plus dur Ro*
cher.
Nonvi sed sæpe cadendo.
Ajoûtez à cela
, que la difficulté
d'écarterl'air dans son
passage ralentiroit peu à peu son
mouvement ,
puis que l'air est
moins liquide que l'eau, ce qu'on
prouve par plusieurs experiences
faciles
» comme d'"un tuiau de
verre de deux pieds de Ions,) de
quatre lignes Couverture à un bout &capillaireà l'autre exremité;
car ayant mis quelques
pouces d'eau par la grande ouverture,
ellene pourra tomber,
ensuitel'ayantrenversé l'eau
n'en tombera pas y parce lliairne que la pourra suivre parce
trou capillaire
, de mesme que l'eau n'aura pu descendre
3
l'air
n'ayant pusortirparce trou capillaire
qu'aprèsenestre sorty en
bullules par le secouëment de
l'eau, car pourlors elle en coule
par goutelettes. Ajoutons encore la plusgranderesistance de l'air
plus grossier, quinousoblige de
racourcir le piedagronomique de
l'horloge à pendule
,
n'ayant à
Louveau de Siam que trois pieds
sixlignes &demie de longueur,
qui efi deux lignes plus court
qu'àParis.Voilàdoncbien-tosten
repos ce perpetuel mouvement de
la boule de M. Bernierfaisant
le tour de la terre. Je n'en dis pas
de mesme si cette boule traversoit
la terre dans un puits fait
suivantunDiametre. Mais on
aura peut-estre un mouvement
perpetuel purement artificiel par
mon doubletuyau de Mercure
l'un dans l'autremis en pendule,
par l'endroit de la hauteur perpendiculaire
du Mercure qui efi
dans le tuyau intérieur
,
dont
j'ayparlé dans le Journal des
Sçavans du .J 11, May 1676. parce
qu'il en à lépreuve de toutes les
démonstrations, qu'onajusqu'icy
apportées contre la possibilité du
mouvement perpetuel. Car dans
mon penduledeMercure
, tant
le poids de la partie inferieure
qui est audessous du mouvement
de vibration, que le poids de la
partiesuperieure augmente toujours
en descendant,&diminuë
toujours en remontant. On peut
aujji avoir une espece de mouvement
perpetuel tres-sensible
suivant la figure 6. de mon
Homme Artificiel, Prophete
Phisique du changement des
temps qui efl dans le Mercure
du mois de Mars lÓSJ.
Enfin M Bernier dit,Remarquons,
que l'eau tombant
du Canal superieur, se fait
elle-mefmc une pente
> en
faisant une continuelle tumeur,
& qu'ainsi les corpusculesd'eau
roulent & coulent
vers le bout du Canal qui fera
libre & ouvert.
- Cela arrivera
,
bien que l'autre
bout du canal soitfermé, non
par le roulement des corpuscules
de l'eau
, mais parce qu'estant
plus élevée à Io- tefie du Qp
nal
,
elle s'épanche & coule
d'un lieu plus haut dans un
lien
pllus bas, & à mesure que eau du Canalsuperieurparsa
cheute,Augmente la hauteur
de celle qui est à lateste du
Canal inférieur
,
la hauteur
de l'eau y croissant pas à pas,
coule ensuite par une continuelle
pente à l'autre bout du Canal
inferieur prétendu de niveau
& l'eau , a toute sa hauteur à
la teste du Canallong-temps
avant
qu'ilen arrive lamoindre
goutteal'autre bout.
Il n'y a rien de particulier, de
dire, que l'eautombantd'enhaut
dans un Canal, aille (ortïr par
l'autre bout, aprés que le Canal
aura epérernply) qu'on aura
debouché ce bout; car l'eau en
tombera de haut en bas, Lefond
du Canal efl indifferent
,
puis
qu'estans une fois remply, l'eau
continuant d'y tomber d'enhaut,
la mesmechose arrivera, bien
que leCanal fust au milieu, &
en plusieurs autres endroits de
profondeur immense
, cm quand
mesme à la reste du Canal qui
reçoit l'eau qui tombe, le fond
seroit de cent teifes plus bas
que le fond de l'autre bout du
Canal par lequell'eaudoitsortir,
pourveu que la hauteur des bords
à la teste du Canal, soit plu1s
hatit&3 cejl à direpluséloignée
du centre de la terreque le bord
de l'autre bout du -Canàl,par lequel
l'eaudoit firtir..
Mr Bernier dit dans la page
2p. ligne 2p. que les cor- lpeuusrcules d'eau, à cause de
pesanteur, ne sçauroient
se trouver dans un panchant,
qu'ils ne tombent & ne
roulent.
Mais l'experience t'si con- traire ; car une goutte d'eau
estant misesurun boissec,ousur
la glaced'un miroir,elle s'y attachesifort,
cjuUe ne roule ny ne tombe,nonobstant le pencha11t.
Dans la page 30. Ligne 5, il
dit, qu'une goutte d'eau
mise sur la surface d'un baffin
à niveau, coulera vers le
bout ouvert.Je dis que cette
goutte d'eaus'attachera & ne
roulera qu'après que d'autres
gouttes d'eau s'estantréuniesaux
premieres , en auront formé de
sigrojjeiy que le poids ou la force
de lapesanteur desparties qui ne
touchent pointleplan,serasuffissante
à rompre le lien qui les
attachait aux autres parties,
dont la colomne est appuyéesur
le fond du bassin. Ainsisespartiesdétachées
tombant de pltU
hauts'attachent encore au fond,
&ainsi de suite. D'oùje conclus,
qu'aucunegoutted'eau ne
peut rouler sur un plan de niveau,
&que l'eau au bajjîn é.
tant à niveau
>
celle qui tombera
apeès avoir jailly en l'air
, ne
roulera pas sur l'autre
, maisaugmentant
le poids de la hauteur
des colomnesd'eau du bassin,
sur lesquellesles goutta tombent,
elless'enfoncent au lieu de rou- ler,(& cc*
colomnesestant plue
pressées
,
poussent vers le bord
voisin les colomnes moinspressées
>
& ainsi de fuite ; de
sorte que l'east plus proche dts.
bords du bassin s'épanche d'abord,
&non pAS celle qui est immediatement
tombée dans le baffin)
aprèsavoirjailly enl'air.
Enfin Mr BernierJe rend à
la verité, lors que dans la page
30. ligne JO. il dit que l'eau
coule, pour peu qu'il y ait
de pente ou d'impulsion.
Je dis pourtant, quesonprétendu
Canal de niveau estant plein
à égale hauteur dans chaque
bout, l'impulsion quon feroità
l'eauà un bout de ce (onz Canal,
neseferoit pointressentir à
l'eau de l'autre bout de ce Canal.
jiinji3 Madame,sans avoir égard
à ce que MI: Bernier a dit,
qu'un Canal deniveauauroit
suffi
, on continue l'Aqueduc,
pour la conduite de la Riviere
d'EureàVersailles,donnant environ
dix pouces de pente pour
chaquelieuë. CetOuvrageseul
surpassera tout ce qu'autrefois les
sept Merveilles du monde onteu
degrand. AujJi est-cel'ouvrage
d'unRoy,qui par tout &en toutes
chosesesttoûjours GRAND.
In omnibus ubique & semper
LUDOVICUS MAGNUS.
Je suis, Madame,Vostre, &c.
L'Aveugle COMIERS, Prestre,
Docteur en Theologie.
Je vous envoye une Eglogue
qui a esté faite par un
Amant fort passionné. Les
Vers vous le feront aisément
connoistre. Ils sont fort tendres,
& marquent le desespoir
d'uncoeur véritablement
touchéd'amour. Cette Eglogueest
d'un jeune Chevalier,
qui aimoit une personne toute
charmante,&d'une naissance
tres-considerable. Ilsfurent
trahis par uneConfidente
qui découvrit le secret de leur
tendresse,& on mit la Demoifclle
dans un Conventauprès
d'une TanteReligieuse,
DAVHNIS,
DA P HNI S.
EGLOGUE. A-U pied des Monts fameux,
d'oùlepaisible Orance,
Vers les murs de Limpha coule
dansle ûlcncc,
Le oxm remply d'ennuis, sur ses
doux chalumeaux,
L'infortuné Daphnis, oubliantses
Troupeaux,
Chantoit son triste amour pour
sa divine Astrée.
Les Bergers assemblez de toute
la contrée,
Touchez de son malheur, rangez
autour deluy,
Tâchoientde soulagerson amoureuxennuy.
Le BergerAlcidon
, & le Berger
Tytire,
Plus sensibles au mal qui causoit
son martyre,
Tour à tour à l'envy luy tenoient
ce discours :
Pour un mal si cuisant, vain &
foible secours. ALCIDON.
Daphnis
, quelle douleurjour&
nuit vous transporte ?
D'où vient cette tristesse & cette
amour si forte?
.!f!..!!els charmes
,
quels appas, quelle
heureuseBeauté
De vostre coeurenfin desarmelafierté?
Fous juriezautrefois
reuse,fquleal'ammoite-I
Iamais deses ardeurs riembraferoit uojlrcmie..
Vous soùpirez, pourtant. 1 DAPHNIS.
Ainsi le veut Amour.
Chacuns'engage enfin, &soupire à
son tour. TYTIRE.
O Daphnis, ô Daphnis, quelexcès
defolie!
Quelle vaine fureur d'un esprit
qui s'oublie!
Tes Troupeaux dans les Bois errent
abandonnez.
£)ue tes voeux à Philis ne sont-ils
dessinez,,
philis, de qui Chumeur,moinsfierc
& moins volage,
D'un coeur comme le tien recevroit
mieux l'hommage!
DAPHNIS.
En vainj'opposerois contre un Ji
doux poifoh,
Vnremede charmant, qui n'est plus
defliflll;
pe-riffint les troupeaux ,
perissela
nature.
Ah !sije vouspouvois faire icy la
peinture
De l'Objet ravissant dont jesuis tNchanté
,
Blâmeriez-vous l'ardeurdontjesuis
transporté ?
Telle qu'aux plus beauxjours,sur
les vertesprairies
Au retour du Pintemps, nouvellementfleuries,
Vaimaible MARGVERITE étale ses
couleurs,
, Et remporte le prixdans l'Empire
desfleurs ; Tdie. Quel nom, grands DÙNX)
afrapé mesoreilles!
Vn doux ravissement m'inspire des
merveilles.
C'est la Reine des fleurs,c'est le
charme desJCUX C'estl'amourde la Terre,&, la gloire
des Cieux.
Bile paffè en blancheur les plus
belles Naïades ;
Et dispute de prix à leur chastes
oeilladess
Mille jaunes Zephirs flllfîrent" à
l'entour ;
Et le Soleilluy ritd'un regardplein
d'amour.
Telle, & plus belle eucor, III
Nymphe que j'adore
) Surpasseles beau/et (je- la nat(fonte
Aurore.
Les graces , les amours, les jeux &
les appas ,
Otf volent autour d'elle, ou naissent
sousses pas.
Iamais Déeffi eut-elle une taille si.
Cis charmesnompareils
, cette grA&e
divine,
Où tant d'attraits font joints à tant
de majesté ;
Et dans un airsi doux, tant d'ai
mable fierté ?
La neige desonsein, qui toute neige
efface,
Aux Roses de sa bouche ajoute plus
de (lTtl(/'
Lefeudesesregards,&l'éclat deses
yeux,
Forme?it lUi jour plusbeau, que la
clarté des Ci,'f.lx.
Ah ! mon ci'!'/- tu lesçais;l'Astre
qui lu.:' au monde
Brilled'unsamoinspur>%mefme
an tenirde l'onde.
C'sili'vous l,. d 'I. ,divinsrigardsjcesi
vous ,
beauxyeuxcharmans,
Sources de mon bonheur,sources de
mes tournéens )
Jgjtimijics dans mon sein unfeu)
dont la durée
Le veut disputer mesme aux feux
de l'Empirée.
Ouy , ce font ces beaux yeux.
Ah! mortelsouvenir
D'un bonheur passager, qui nepeut
revenir!
TH, que l'on voit l'éclair, qui devance
la Foudre,
Briller dedans la nuë çy puis reduire
en poudre,
Et Chênesorgueilleux
,
&Monts
audacieux
Dolnteleisoimemet ,hautaini'ticre VOUJ
Ie rd vousverrayplus
, veaux
Astres de ma vie ;
Voila de quel succés mon amourest
suivie.
Vn affreux desespoir, une rfemelle
Sont d'unfeusi charmant l'unique
& dignefruit.
Aussi-bien , juste Ciel, d'une telle
disgrace
Vous avez dû punir ma sacrilege
audace D'avoir osé , porter mes voeuxjufqtïàux
Autels
J)',tne jeune Beauté, digne des Immortels.
TYTIRE.
N'ayezpoint de regret, ô Bergere
adorable
,
De jettersur Daphnis un regardfavorable
; [ tant ,
Lit Bergere Philis en a bien fait auphilis,
qu'il n'aimoit pas ; Philis
qui C'aimoït tant. ALCIDON.
Ne vous repentezpas ,
ô miracle
de ! Belles.,.
D'avoir le coeursensible à ses peines
mortelles,
L'Aurore aimd Céphale, çp* ycnus
Adonis,
Diane Endymion; aimeT^y aimez
Daph/às : DAPHNIS.
Pour le moinsune fois dites-moy
je vous aime, ,
Et je suis trop heureux dans mon
malheur extrême.
Ah! non, non, oubliez l'Amant
infortuné
Qu'à des maux éternels le Ciel a
destiné.
Permettez seulement
, jeune &
charmante Astrée,
Ji^ensecret, de mon coeur vous
soyez adorée ; si 1 l.. ^uegravésur le liérre 2.'
,
&chanté
dans mes Vers
,
Vostre nom retentisse au bout de
l'Vnivers.
Quelquefois les doux chants de nos
tendresMusettes
Egalent les Clairons & le son des
Trompetles.
Phebus & les neuf Soeurs m'inspirent
quelquefois,
A chanter les hauts faits des Heros
& des Rois.
Les siecles à venir connoistront vostre
gloire,
Et fil/Nront de mes feux la déplorable
histoire,
Comme tout plein de gloire, & déjà
prés du port,
Va orage imprêvcii vint me donner
la mort,
Vn Monfire
, une perside -.. ah!
ifbnvcnïrfuneste !
ALCIDON.
De ce malheur, de grace , apprene'{;
noHs le reste. DAPHNIS.
Le diray-je, Alcidon ? D'un beau
feuconsumé
( Onse trompe en aimant) j'aimois,
j'estois aimé.
Ma Ber'Z[f'e en secret recevoit hommages mes
; Etdesonamitiéje recevois des gages;
MaisNise nous trahit. Qui leust
pensé,grands Dieux,
Nijè
,
la juste horreur de la Terre,
dr des Cieux.
Tout espoirm'estôté. L.l Beauté qui
m'enchante
Est livrée , au pouvoir d'une barbare
Tante,
Vestale impitoyable ,&dontjamais
le coeur
N'éprouva de l'Amour la peine &
la douceur,
Ah!quel coeur de rocher,&plus
dur qu'uneCouche
,
Ne seseroitfondu, lors quesabelle
bouche
Me dit de cette voix, source de mille
amours,
Adieu, Daphnis, adieu, mais adieu
pour toujours.
GrandsDieux, quiconnoissez,la
grandeur de maflâme,
Voyez le trait mortel qui me déchire
l'ame ;
Vous ne pouvez changer mon destin
ny monsort,
Mais VOHS pourriez; finir mes tourmens
par la mort.
Et vous ,
unique objet du malqui
me possede,
MelaiJfcz,vous ainsi sans espoir,
sans remede ?
Il mefiUI donc subir -voftrc injuste
rigueur
Ptrir de desespoirainsi que de langueur!
Doncvostre mainapusignerl'ordre
barbare,
JÇui de vouspourjamais, ingrate,
me separe ! Pardon, si ie me plains de vofirt
cruauté.
Ahl je me reconnois; ie l'aybien
mérité.
Vous tjleJ de mes feux l'innocente
victime;
On lapunitpourmoy ma flamefait
fin crime.
On la retient captive, on redouble
lesfers
De celle que devroit adorerlVnivers.
Vous toutes, qui craignez, que ma
divine Astre,
Ne brûle tous les coeurs sur la Terre
adorée,
Cachez, bien ce Soleil, renfermez
ses appas.
Car qui pourroit lavoir, & ne Padorer
pas?
Ah : voila lesuiet de ma douleur
profonde;
Moy ,
i'ay couté des pleurs aux plus
beauxyeux du monde.
Belle Astrée, excusez, l'excés de ma
douleur.
Pleurastes vous sur vous, ou bien
sur mon malheur?
Ces larmes qui couloient de ces vives
fontaines
Ah ! ces larmes estoient le pur sang
de mes veines,
Et ie respire encor! ALCIDON
InfortunéBerger:
Maisie teTplYainTs eInRvE.ain.
Tourqudy tant s'affliger?
Daphnis,iln'estpas temps deperdre
l'esperance ? Ilfaut de cet Argus tromper la vigilance.
C'estainsique Medé(e enTdormi~tpour LeDragon qui veilloit à garderla
DA PHNIS.
Il n'y faut plus penser ; ainsi
le veut Astrée,
Elle, dont le vouloir m'est une Loy
sacrée;
Mais au fond de mon coeur ie luy
dresseunAutel,
Ou fumera pourelle un encens immortel.
Cefl'Li qu'auplus haut lieu ie mettray
son image,
l'y viendray l'adorer, luy rendre
mon hommage,
Luy dire mes donleurs ; & cependant
laTmYoTrtI.RE.
Le temps, qui change tout, ebangera
vostresort.
DAPHNIS.
CtJfczj de me flater d'une vaine
ifptrdncr.
Ah parlez-moy plûtost du prix de
ma constance ,
D'aimer autant que i*aime & d'aimer
sans tffoir;
D'aimer autant que i'aime, & d'aimersans
la voir.
Allez, Allez, Bergers;ftJlè le Ciel
propice,
Quevostre coeur iamais n'éprouve
un telsupplice.
Ainsi parla Daphnis. Les pleurs
&les sanglots
Mêlez à ses soûpirs encre-coupoien1 t
ses mots: De sa juste douleur Echo parut
atteinte.
Les Zephirs se taisoient pour écouter
sa plainte.
Les ruisseaux d'alentour coûloient
plus doucement,
Et tout,jusqu'aux Rochers, refTen.
tit son tourment,
Je vous parlay il y a quelque
temps d'un mariage qui
avoitpensé estre rompu à
cause qu'on n'avait pas approuvé
des Vers, faits par un
Oncle qui promettoit vingt
mille écus à sa Niepce, en
attendant sa sucçession, &
j'ay aujourd'huy à vous apprendre
qu'on ena effectivement
rompu un sans nul
sujet que celuy d'une contestation
survenuë pour un
seul mot. Une jolie Dame,demeurée
Veuve assez jeune,
faisoit bruit également par
sa beauté & par son esprit.
Comme elle l'avoit extremement
vif, son Pere qui l'aimoit
fort tendrement, avoit
pris foin de le cultiver dés
son plus bas âge
-,
& luy
voyant beaucoup de facilité
à concevoir toutes les choses
dont illuy donnoit une premiere
teinture, il s'estoit fait
un plaisir de luy apprendre
luy-mesme la Langue Latine.
Elle y avoir réulïî parfaitement,
& ce fut un premier
pas qui la fit entrer dans la
connoissance de l'Histoire,
des Mathématiques, & de la
Physique. L'application qu'-
elle y donna sur si heureuse,
qu'elle n'eut pas lieu de s'en
repentir, mais elle comprit
en mesme temps qu'il n'y
avoit rien qui fust plus à fuir
pour une personne de son
sexe que la réputation d'estre
sçavante ;& pour éviter ce
ridicule
,
elle cacha si bien
ce qu'elle sçavoit, qu'il eust
esté difficile de s'appercevoir
qu'elle eust rien appris. C'estoient
des tresors qu'elle tenoitenterrezparmodestie
,
& dont elle ne tiroir que ce
qui pouvoit luy polir l'esprit.
Ainsi quand la conversation
tomboit sur ces fortes
de matieres, elle gardoit le
silence ou la détournoit adroitement.
Une conduite
si judicieuse luy acqueroit
encore plus d'estime, parce
qu'onn'ignoroit pas qu'elle
cust mieux parle qu'un autrede
toutes les choses qu'elle
seignoit de ne pas ravoir.
Son Mary qu'elle avoit perdu
depuis trois ans, luy avoit
laisse beaucoup de bien, &
l'on peutaisément s'imaginer
qu'estant fort riche
, & ayant
d'ailleurs tout le merite dont
jeviensde vous parler, ellene
pouvoit manquer de gens qui
s'attachassent à elle. Ladifficulté
estoit de s'en faire aimer.
Son goust se reglant sur
ses lumieres & sur son discernement,
onauroittâché inutilement
de l'ebloüir. Elle
penetroit d'abord le foible
de ses Amans, & cela tenoit
ses sentimens suspendus. Sa
delicatesse sur un choix si
important, ne fit point de
peur à un Gentilhomme fort
convaincu de ce qu'il valoit.
Il avoit du bien &de la naissance,
& s'estoit acquis une
reputation d'esprit qui le faisoit
écouter comme un oracle,&
qui tenoit en respect
les demy-Sçavans, quand il
luy plaisoit de developcr la
moindre partie de sa profonde
érudition. Ce que les endroits
obscurs des Auteurs
Grecs & Latins ont de plus
impénétrable
, n'avoit rien
pour luy dedifficile; il les
débrouilloit admirablement,
& quelque barbare que pust
estre un mot, il enconnoissoit
toute la verru & toute la
force. Il avoit donné à ces grandes connoissances une
partie de les plus belles nées, an- & enfin, quoy que l'amas
de cette science abstruse
semblast demander qu'il se
gardait tout entier pourelle,
la tentation le prit de [e marier.
Les louanges qu'il avoit
souvententendu donner à la
jeune Veuveluy firent croire
que c'estoit son fait. Il eut
envie de la voir, &onlefit
venir en un lieu où l'onsçavoit
qu'elle devoir se trouver.
La Dame à qui l'on n'avoit
rien dit de cette partie, parla
naturellemenr, & comme elle
estoit d'une humeur fort enjoüée,
elle plaisanta sur bien
des choses, mais d'une maniéré
fine,qui faisoit connoifirc
combien elle avoit l'esprit
aisé. Le Cavalier eut
toujours les yeux attachez
sur elle, & aprés qu'il l'eut
bien examinée, il se retira
sans s'estre fait remarquer
que
que par les regards. On luy
dit ron nom lors qu'il fut
sorty. Ce nom luy estant
connu par toutes les choses
qu'on publioit de luy dans
le monde; quelle trahison,
dit-elle! Vous me deviez a- vertir, jeme ferois bien gardée
de parler. Me voilà per- due. Je n'ay dit que des folies,
& on fait mal les affaires
avec Meilleurs les Sçavans,
quand on s'éloigne un moment
du stile sublime. On
l'assuraque le Cavalier estoit
moins terrible qu'elle ne croyoit,& elle futfort furprise
le lendemain quand on
luy vint dire qu'il devoir luy
rendre visite dés ce mesme
jour, & qu'il en cftoit tellementcharmé,
qu'il ne tiendroit
qu'àelle qu'il ne l'épousast,
Cela luy fit dire
qu'elle voyoit bien que les
grands esprits estoient au dessus
de la bagatelle; qu'un autre
avant que des'embarquer,
auroit voulu la connoistre,
pour sçavoir si elle estoit d'une
humeur qui luy convinst;
mais que pour luy, à qui le
temps estoit precieux,il alloit
droit à la chose sans s'arrester
à cette menuë formalitéCependant
comme on luy demanda
serieusement si elle
voudrait songer à luy, elle
répondit qu'elle n'alloit si pas viste, & que quelque reputation
que le Cavalier se
fust acquise,tout le merite
qu'on luy donnoit n'empeschoit
pas qu'elle n'en voulust
juger par elle-mesme;
que le bel esprit, & si elle
osoit le dire, le grand eipric
n'estoit point esprit pour
elle; qu'il falloit l'avoir aisé,
insinuant & commode,&
que ce qu'elle avoit remarque
de certains Sçavans, sur
qui leur trop de sçavoir avoit
répandu un sombre desagreable
qui les rendoit rudes dans
la conversation
,
& ne leur
laissoit nulle politesse, la faisoit
se défier de sa nouvelle
conqueste ; qu'elle en diroit
vsaifipreenssée aprèscinq ou six
, & ju[que-hl, point
l'engagement de part ny
d'autre. Le Cavalier vint, il
s'humanisa
,
& pleut assez à
la Dame. Illa trouvoit belle,
& l'amour adoucissant ce
que les Livres luy avoient pu
mettre de farouche dans l'cC.
prit, elle demeurapersuadée
qu'un Sçavant pouvoit estre
fait comme un autre homme.
Il s'accoûtuma à ses manieres,
& ayant estéinstruit
de son goust
,
il l'étudia si
bien, qu'oneust dit qu'il
oublioit que ce n'estoit pas
pour l'amour qu'ilestoit né.
S'il s'échapoit quelquefois
sur des matieres trop hautes,
elle luy disoit agreablemept
qu'il ne falloir pas qu'il se
fist perdre de veuë ,& le
ramenant à un entretien de
societé
,
elle luy oftoit ce je
ne sçayquoyde dur, dont
on ne peut se défaire qu'en
pratiquant le beau monde.
Insensiblement il toucha la
Dame comme elle l'avoit
touché. Ils avoient tous
deux beaucoup d'esprit, &
l'esprit contribuant à rendre
la vieheureuse,ils crurent
qu'ils ne pouvoientrienfaire
de mieux que de la passer
ensemble. Ils convinrent des
articles, & le jour avoit esté
déjà arresté entr'eux pour les
dresser, lors qu'un miserable
Inor renversa tout. La Dame
avoit du monde chez elle,
& l'entretien ayant roulé
sur l'Histoire
,
quelqu'un demandaau
Cavalier quel estoit
le langage le plus ordinaire
des Lacedemoniens.Il répondit
qu'ils avoient toûjours
mis en usage la Dialecte Dorique.
Cela ne sonnant pas
bien aux oreilles de la Dame.
la Dialecte Dorique,dit-elle!
la Dialecte Dorique ! Oüy)
Madame,poursuivit le Cavalier
,la Dialecte Dorique;
Que vous a fait cette malheureuse
Dialecte pour en
estreainsi choquée?J'en suis
choquée
,
dit la Dame
,
à
cause que j'aytoûjours en,
tendu dire un Diale£te )
&,.
o n pas une Dialecte. Vous
n'y prenez pas garde, Madame
,
repliqua le Cavalier
en prenant un air fort serieux.
C'est un mot Grec qui a toûjours
esté féminin. Ah, Monsieur,
reprit la Dame en riant,
que je vous tiens malheureux
desçavoirle Grec, j'entens,
le sçavoir parfaitement
, car
ce que vous dites me le fait
sentir. Le Grec est assurément
quelque chose de fort beau.
Il faut bien que cela soit,
puisque tout ce que j'ay veu
d'habilesgens me l'ont toûjours
dit. Cependant en me
montrant des choses fort
fades, ttaduites du Grec en
nostre Langue, &: dont je
n'estois nullement touchée, ils n'avoient rien autre chose
à me dire. pour me les faire
trouver admirables
)
sinon
que celaestoit divin en Grec,
d'où je puis conclure que
le Grec gaste l'esprit
, puis
qu'il fait que tous ceux qui
le sçaventparfaitement, en font tellement charmez
, que
s'applaudissant d'entendre
une Langue qui passe pour
la Langue desSçavans,ilsadmirent
cequi ne mérité aucune
admiration, parce qu'ils
ont le plaisir de le lire en
Grec. Je voy bien, Madame, dit le Cavalier, en s'échaufant
, que vous prenez le party
de ceux qui ont l'impertinence
de dire qu'il y en a
dans Homere& dans Theoente.
Cela meriteroit. Ne
vous fâchez point, interrompit-
elle. Bien loin d'estre de
leursentiment,il ne tiendra
pas à moy qu'on ne les condamne
à toutes les peines
que peut meriter le crime de
leze antiquité. Les Anciens
font les anciens ,
je les croy
incomparables, & les raisons
d'arbres de fibres, & grne.
ralement toutes celles qu'on
peut apporter contre eux me
semblent tres -
valablement
détruites, en disant que ce
ne font point des raisons:
Les petits Modernes font ridicules
quand ils s'attaquent
aux grands Anciens.. Ilsfont
obligez de les croire sans
défauts; mais je ne puis
m'empescher de vousledire
je me trouve un peu embarrassée
à l'égard de Theocrite
depuis qu'on nous l'a donné
- en vers François. Je l'ay leu.
avec un empressement extraordinaire
, ne doutant
point sur la foy de son grand
nom qne je n'ytrouvasse des
choses toutescharmantes.
J'ay eu beau chercher, je
n'ay pû les découvrir. D'où
vient cela? Je fuis fort seure
qu'il est admirable en Grec.
Tous les Vers du Traducteur
me semblent fort beaux &
très- bien tournez. Sa Traduction
est des plus fidelles,à
ce qu'on m'a dit. J'estois charmée
de tout ce qu'a écrit
Theocrite quand je ne l'entendois
pas, & je cesse de
l'admirer dés qu'on me le
fait entendre. J'imputerois
cela à mon méchant gouss:,
si j'estois feule de ce sentiment;
mais je l'ay fait voir
à quantité de personnes
qu'on estime pour l'esprit,
& tous l'ont trouvé si ennuyeux
, que n'enayant pu
lier que cinq ou six pages, ils
ont plaint le Traducteur de
la peine qu'il s'estdonnéede
l'habiller à grands frais à la
Françoise pour le perdre de
reputation parmy nous. Cela
me surprend
, & à vous dire
le vray ,
je ne sçay plus oii
j'en fuis. Il me semble
,
dit
alors un des Amis de la
Dame, qu'on peut aisément
rendre raison de ce qui vous
paroist si surprenant. Les
Vers Grecs qui font si beaux
hpeouurr ceux qui ont le bonde
les entendre, le font
ordinairement bien pluspar
leur son qui est tres-harmonieux
> que par les choses
fines & bien pensées qu'ils
expriment, & comme il est
impossible de traduire ce son
en François avec les paroles
Grecques
,
cela est cause que
ce qui est si charmant en
Grec ne l'estpoint ennostre
Langue. Le Cavalier prit la
défense du Grec avec beaucoup
de chaleur, & la Dame
l'ayant iaiue parler quelquetemps
; venons au fait,luy
dir-elle
, vous poussez trop
loin la digression. Je soûtiens vous que malgré le Grec,
nostre Langue veut que nous
disions le Dialecte Dorique.
Et pourqnoy ,
répondit-il,
s'attribueroit-elle un droit
que la Latine ne s'est point
donné? Elle a fait Via/eétus
feminin
, quoy que la terminaison
en soit masculine.
Laissonsla vos feminins , &
vostreDialectus
,
répliqua la
Dame. Il suffit que l'usage
ait décidé pour le Dialecte.
Je n'en conviens pas, dit le
Cavalier; & s'il estoit vray
que cela fust, il feroit d'une
grande consequence de s'opposer
à un usage si pernicieux.
Il n'y a,reprit la Dame,
que Ms de l'Academie Françoise
qui le puissent faire-,
& je fuis fort affeuréequ'ils
ne le font pas. Cette question
a déja fait naistre une premiere
dispute où j'ay eu part.
Comme j'ay quelques Amis
parmy ces Messieurs, jepriay
l'un d'eux de voir dans leur
Dictionnaire ce qu'ils disent
de ce mot ,
& il rapporta
que l'Academie le fait masculin,
sans ajoûter que quelques-
uns le croyent feminin,
ce qu'ils ne manquent jamais
de marquer sur les mots dont
l'usage est contesté. Ils feront
de celuy-cy ce qu'il leur plaira
,
dit fort brusquement le
Cavalier. Rien ne pourra
m'empescher de dire toûjours
la Dialecte ,comme je dis
un Comete & un Planete,
parce que le Grec, fait ces
deux mots masculins. Et
moy, répliqua la Dame d'un
ton assez fier, je vous asseure
que vous direz le Dialecte,
la Comete & la Planete
,
où
que nous ne ferons pas contens
l'un de l'autre. Il feroit
bien injuste
,
luy dit-il tout
irrité
, que vous voulussiez
exiger de moy, ce que mon
honneur ne souffre pas que
je vous accorde. Il finit ces
mots d'un ron de depic., qui
sirconnoistre qu'il ne se possedoit
pas, & dans la crainte
qu'il eut qu'onne le poussast
plus loin, il sortitaumesme
instant sans attendre de réponse.
On se mit à rire de
sa colere
, & le bruit de
leur querelle seftant répandu
) un de ses Amis vint
le lendemain trouverla Dame
pour la disposer à recevoir
le Cavalier sans aigreur. Il
luy coufeilla de ne luy plus
parler de sa Dialecte, parce
qu'il le voyoit si obstiné là..
dessus, qu'il necroyoit pas
qu'on luy pust faire quitter
son entestement. La Dame
dqeuri ne pretendoit point cesur
une chose,où elle se
tenoit asseurée d'avoir raison.
dit à cet Amy, qu'elle avoit
cru obliger le Cavalier, en
souhaitant qu'il parlast comme
parloit tout le monde;
mais que puis qu'il osoit luy
refuser de la complaisance
pour un mot lors qu'ilestoit
encore son Amant,ellecraignoit)
s'il devenoit son Mary,
qu'il ne luy voulust apprendre
le Grec,ce qui feroit un
fort grand malheur pour elle,
& qu'ainsi elle le prioit de
ne se pas souvenir qu'ils se
fussent rien promis. Plusieurs
personnes s'employerent
pour le raccommodement,
mais ils perdirent leur
peine. Elle tint ferme, & ne voulut point renoüer l'affaire.
Le zj. du moispaffé Mrs de
l'Academie de Villefranche
en Beaujolois, celebrerent la
Feste de S. Loüis avec un
éclat extraordinaire. Ils avoientchoisi
ce jour- là pour
élever le Buste du Roy dans
la Salle de l'Academie, &la
ceremonie fut commencée
par une Messe solemnelle
qu'ils allerent entendre dans
l'Eglise Collegiale
,
où l'on
chanta lesPrieres publiques
pour Sa Majesté. Ensuite le
Panegyrique du Saint fut
prononcé par le Pere Chastelain
Dessertines, Jesuste:te,avec
de grands applaudissemens
d'une assemblée fort nombreuse.
L'aprésdisnée
,
Mrs
les Académiciens se rendirent
au lieu ordinaire de leurs
Conferences,quiestlabelle
& grande Salle de Mr Bessie
du Peloux
)
Secretaire perpetuel
de cette Academie,
qui parmy plusieurs beaux
talens
a a celuy de conduire
ces sortes de Festes avec beaucoup
de magnificence. Le
Bustedu Roy estoit élevé sur
un Piedcftal attaché à la muraille
à dix pieds de hauteur
du parterre,&cinq du plancher
fous un riche Dais Dans
les bas reliefs du Buste, qui
cil: l'ouvrage du St Chabry,
habile Sculpteur de Lyon,
on avoit écrit en lettres d'or
les deux Quadrains que vous
allez lire;le premier de Mr
de Bussy
,
Directeur de la
Compagnie
,
& l'autre de
M1 l'Abbé Baudry, Academicien.
C'efl là cegrand Heros ,
le modelle
des Rois ;
c'ejl luy qui des Cesars efface la
memoire.
Le Ciel cede àses voeux, les Hommes
àses Loix,
La Nature àfin bras, & le Temps
à sa gloire.
Pour ériger un Trône à lA Majesté
mesme
, EjJ-il un lieu plus haut que ce front
cf cesyeux,
Et pour du monde entier porter le
Diadême,
Peut-on trouver un Chef qui le
meritemieux ?
Le Portrait de Mademoiselle
d'Orleans, Baronne de
Beaujolois
,
estoit élevé de
huit
huit pieds dans la mesme
Salle,sur une belle <k riche
toilettedesatin blanc en
broderie d'or. Celuy de Mr
l'Archevesque de Lyon, Protecteur
de cette Academie,
estoit placé de l'autre costé
au lieu ordinaire. Si-tostque
M l'Abbé Baudry eut salué
le Buste du Roy, il écrivit
cet autre Quadrain.
De concert l'Art & la Nature
Semblent s'estreépuisépar un esfort
égal,
L'un en faisant cette Figure,
L'autre enformant l'original.
Cette Salle fut bien-tost
remplie d'uneAssembléetres-
Illustre, composée de quantitéde
personnes distinguées
de l'un & de l'autre Sexe.
Les Académiciens sortant de
leur Bibliotheque ,allerent
prendre leurs places le long
d'une grande table couverte
d'un riche rapis de Perse. Mr
de Bussy
, comme Directeur
de l'Academie
, en fit l'ouverture
par un beau Discours,
dans lequel il fit voir en peu
de mots que Loüis LE
GRAND remplissant toute
la terre du bruit de ses merveilleuses
actions & de l'éclat
de son nom, faisoit l'occupation
continuelle des Académiciens
,
dont l'esprits'étoit
souvent trouvé accablé
de ses idées
,
le sujet en estant
si relevé, que leur penetration
ne le pouvoit suivre. Il ajoûta
qu'ils alloient reprendre de
nouvelles forces à l'exemple
de la Statuë de Memnon.
qui ne rendoit jamais un
plus agreable [on) que lors
qu'elle estoit frappée des
rayons du Soleil; qu'ainsi
l'Academie, honorée de la.
veuë du Buste du Roy, que
la France regardoit comme
son Soleil
-'
verroit répandre
ses rayons sur tous ses Membrcf,
pour lesanimeràrendre
des sons dignes de la gloire
de leur incomparable Heros,
& que pourcela
, laCompagnieavoit
prié Mr l'Abbé
Baudry,&M de Montosa,
de donner des preuves de
leur ardeur &de leur zele
respectueux pour ce grand
Monarque. Alors Mr <£e
Montofan commença à parler
de ses grandes qualitez,
& fit un Discours remply
d'éloquence qui dura une
demy- heure. Il
y fit entrer
l'éloge de Mademoiselle
d'Orleans, & le toucha d'une
maniere fort délicate. Ce fut
le sujet que prit il y a trois
ans Mr de la Barmondiere,
l'un des Academiciens ,pour
un discours de demy heure
qu'il prononça le jour de
S. Louis dans la mesme Salle,
& dont il s'acquitta, comme
en toutes occasions,avec une
approbation generale. Mr
l'Abbé Baudry fit pait à la
Compagnie d'une Odede
deux cens quarante Vers, qui
fut extrémement a pplaud ie ,
en forte qu'ils receurent l'un
& l'autre toutes les loüanges
qui leurestoient deuës. Aprés
cela on leut les ouvrages qui
au jugement de l'Academie
avoient merité les prix qu'elle
avoir proposez de deux belles
Medailles d'or du Roy à
ceux qui réüssiroient le
mieux dans l'Eloquence &
dans la PoedcJur les su jets
que je vous marquay dans
ma Letrre du mois d'Avril
Le premier fut remporté par
M de Livonnicre Pocquet,
de l'Academie Royale d'Angers,&
l'autre par Mr Maz
gnJn, del'Academie Royale
d'Arles, & ancienConseiller
à Maçon.
La These dédiée au Roy,
& soûtenuë le 10. du mois
passé, au Grand Convent des
Cordeliers de Paris, a fait
trop de bruit dans le monde,
& a esté trop applaudie des
Sçavans, pour ne vous en
point parler. Afin que vous
puissiez prendre une idée
patfaite de cette Action,vous
remarquerez, Madame, que
les Religieux de chaque Nation
de l'Ordre de S. François,
ayant accoutumé dans
leurs Chapitres generaux de
soûrenir une These à la gloire
de leursSouverains, le Pere
Claude Frasseu, Docteur de
Paris, ancien Professeur en
Theologie, & Définiteur
general de l'Ordre,assez
connu par les Livres qu'il a
donnez au PublicsurlaPhik>
fbpbie> la Theologie, &:
les curieuses recherches de ce
qu'il y a de plus mysterieux
dans la Bible, eut ordre du
Pere General, & l'agrément
du Roy, pour presider à la
These qui devoit estre répondue
à Rome fous raüguste
nom de Sa Majesté,
comme il avoit presidé à cellequifutsoûrenueàToledeil
Iyasix ansen presence & avec approbation de prés de deux
mille Religieux qui y estoient
assemblez de toutes les parties
du monde. Mais comme
la gloire de cette action dépendoit
particulierement de
la disposition de la These, &
de la capacité de celuy qui
devoit la soutenir, il crut
qu'il feroit avantageux à
l'honneur de la France, de
la disposer d'une maniere,
que les Nations Etrangeres
qui la liroient, y pussent
apprendre la methode de
traiter les dogmes de la Foy
& les veritez de laTheologie,
dans un ordre dégagé des
questions inutiles, du stile
barbare, & de la confusion
que l'on trouve dans la pluspart
des Auteurs qui ont
traité ces matieres. C'estaussi
ce que l'on peutremarquer
dans cette excellente These.
Comme ellea pour titre ces
paroles du Cantique, j>his
pascitur inter lilia? on y voit
d'abord l'éloge des Lys de la
France, & le bonheur qu'ils
ont de naistre fous les auspices
& fous la protection de
Loiiis LE GRAND, qui
les a heureusement dégagez
des épines de l'Heresie
,
qui
ternissoit en partie l'éclat de
leur blancheur, & diminuoit
beaucoup l'odeur qu'ils répandent
dans toute la terre.
Cela est explique dans la vignette
gravée delicatement,
qui represente le Sauveur du
monde au milieu d'un champ
femé de Lys, disant à ses Apostres
ces paroles de l'Evangile
,
Considerate hlid quomodo
crescunt. On y voit aussi
la figure de S. Michel, PrQ.
techeur de la France, qui
tient l'hydre de l'Heresie a-a.
tuë fous ses pieds. On déclare
ensuite l'excellence de la
Théologie en general
,
faisant
voir les trois sources
d'où s'écoulent toutes ses veritez,
qui font la Sainte Ecriture
,
la Tradition, & les
sentimens des saints Docteurs
de l'Eglise, qui l'ont
défenduë dans tous les Siecles
, avec la critique sur
leurs ouvrages.Toutes les
difficultez qui se peuvent
rencontrer dans la Theologie
dogmatique
)
historique,
&morale y sont ensuite propasées
ôc resoluës avec une
netteté & une érudition merveilleuse,
ce qui a fait dire
aux plus éclairez dans ces
matieres
, que cetre These
est une Encyclopedie de ce
qu'il y a de plus beau & de
plus sçavant dans tous les
Livres sacrez & prophanes,
qui ont traité de nostre Religion.
Ce qu'il y a de plus
remarquable
,
c'est que ces
sujets y sont touchez avec
tant de circonspction
qu'elle , a esté examinée par
le Sindic de la Faculté de la
Theologie de Paris, & par le
Maistre du sacré Palais à
ROIne) sans que ces deux
grands hommes si éclairez &
si exacts en leurs fonctions,
ayent rien trouvé à y censurer.
D'abord qu'elle parut à
Rome, elle yfut recherchée
avec ardeur par tout ce qu'il
yavoir de gens d'érudition,
qui souhaitoient qu'elle y
fust soutenuë au plutost, afin
d'y profiter des lumieres du
Pere Seraphique Crouzei l,
Religieux d'une profonde
doctrine, que le PereFrasseu
avoit choisi comme le plus
capable de soustenir la gloire
de la France dans la Capitale
du Monde Chrestien,& devant
des Religieux de toutes
les Nations du Monde; mais
des raisons importantes ayant
fait changer de sentiment
aux Religieux François qui
affiftoient à Rome au Chapitre
General, Dieu a permis
que cette belle action quis'y
devoit faire le Mardy de la
Pancecofte
,
ait esté refervéc
pour Paris
,
où l'on pouvoit
mieuxjuger de son excellence.
Elle y a aussi receu
l'applaudissement d'ungrand
nombre de Prelats, de gens
de qualité
,
de Religieux de
tous les Ordres, & particulierement
de tout ce qu'il y
a de plussçavans hommes
en cette Ville, qui furent
également surpris de voir en
mesme temps une Piece achevée
de l'Eloquence la plus
délicate dans le Panegyrique
du Roy que le Soutenant y fit, & les fruits d'une estude
consommée? En effet, il répondit
avec une admirable
facilité à tous les Argumcns
qui luy furent proposez sur
ce qu'il y a de plus curieux ,
& de plus difficileà demesler
dans les Aucheurs sacrez &
prophanes
,
&dans la plus
subtile Theologie. C'est ce
qui luy a fait meriter tous les
Eloges que ses Auditeursluy
ont donnez en- publiant,que
sonaction estoitune des plus
éclatantes & des plus belles
qu'on ait faites depuis un Siecle.
LeRoya eu aussi la bonté
deluy en marquer son agrément,
& de l'asseurer de sa
protection Royale. Sa Majesté
ayant donné ordre à Mr
l'Archevesquede Paris de tenir
sa place durant la These
,
ce Prelat y assista avec quantité
de Personnes d'up rang
distingué. On croyoit avoir
pleinement fatisfair aux desirs
du public par le grand
nombre de Copies de cette
Thesequiontesté distribuées
icy,&àRome; mais comme
elleest encore demandée
par p lufieurs Personnes
, tant
de la Ville
, que des Provinces,
le sieur Bonard Graveur
en taille douce, la fait imprimer
de nouveau afin de
la distribuer à ceux qui voudrontl'avoir,
il demeure ruë
Saint Jacques.
Le 5. de ce mois, jour de
la Naissance du Roy,le Pere
Alexis du Buc Supérieur des
Theatins ,
fit chanter une
Messe solemnelle dans leur
Eglise, en action de graces
du precieux don qu'il a pieu
à Dieu de faire ce jour-là à
la France. Le foir il y eut un
Salut, precedé d'un Eloge de
sa Majesté que ce mesme Pere
prononça. Il fit voir dans ce
Grand Prince une ame non
feulement Royale, mais encore
Sacerdotale, puisque les
foins qu'il prend tous les
jours ne se bornent pas à
Tatcrc,r4ra1nd-i1flement' de Ton Empire, & à la tranquilité de
ess Peuples, mais qu'un zele
plein Je pieté le fait s'occuper
sans cesse de ce qui regarde
le culte de Dieu
, en forte
qu'il est venu à bout d'anéantir
la sausse Religion qui
décote repandue depuis si
long temps dans sesEtats, &
qu'il y a fait triompher la
veriré avec tant de gloire. Il
finit en exhortant tous ses
Auditeurs à demander à
Dieu la conservation d'une
santé dont dépend tout le
bonheur des François., & qui
fert de fondement à nos plus
solides esperances.
Le Samedy 28. du passé,Mr
l'AbbédeLouvois, qui dans
un agefort peu avancé a déjà
donné tant de sujets de parler
de luy avec éloge, fit connoistre
les heureux progrés
qu'il fait dans les belles Lettres,
en repondant avec une
vivacité & une presence d'esprit
admirable à toutes les
Questions de Chronologie,
de Geographie, de Fable,
d'Histoire&de Critique,
qui luy furent faites sur Virgile.
Il se trouva un nombre
infiny de personnesdun rang
distingué
,
& de Sçavans a
l'Hostel de Louvois, qui
furent témoins de cet exercice,
& ne purent se lasser de
donner des louanges à ce
jeune Abbé sur la nouvelle
gloire que cette action luy
fit remportcr. 0
Le Roy a donné à Mr le
Marquis de Villars, Fils de
M le Marquis de Villars, qui
s'estdistingué en plusieurs
Alnbaffildes dans les premières
Cours de l'Europe, l'agrément
pour la Charge de
Commissaire général de la
si illustre Pere, & qu'ayant
toute la sagesse qu'on peut
souhaiter dans un homme de
son âge, il ne se distingue
beaucoup dans le monde.
L'esprit de Mr le Marquis
de Villars est connu il y a
longtemps. Il a ellé envoyé
à la Cour de l'Empereur,
pour faire des complimens
de condoleance sur la mort
de l'lmperatrice. Son courage
luy fit demander permission
de faire quelques Campagnes
en Hongrie. Ill'obtint,
il s'y distingua
3
& sa
valeur & sa vigilance le firent
rent choisir par Mrl'Electeur
de Baviere pour l'un de sesAides
de Camp.Son trop de mérite
causa son retour en France,
mais comme les Personnes
de diftinâion y sont toujours
estimées, & que le Roy ne
laisse point sans de grands
Emplois ceux qui les méritent
,
il vient d'estre élevé à
la Charge deCommissaire general
de la Cavalerie legere,
après avoir receu d'autres
grâces de Sa Majesté,qui
luy ont donné moyen de
parvenir à ce poste.
Je vous ay déjà marqué
que M'de Livoniere Pocquet,
Conseillerau Presidial d' Angers,&
l'un des trente Académiciens
de la mesme Ville,
avoir remporté un des prix
que MIS de l'Academie
Royale de Villefranche distribuerent
le 2.5.du mois passé.
On me donne ptesentement
une Copie de la Lettre qu'il
leur a écrite, après avoir fccu
qu'ils luy avoient adjugé ce
prix. En voicy les termes.
ESSIEVRS,
C'estoit une chose si glorieuse
de remporter le prix dans les
Jeux Olimpiens, que Ciceron
dit en quelque endroit, que cet
honneur n'eestoit pas moins estimé
che'{ les Grecs , que celuy
du Triomphe a Pome. Cependant
la recompense du Vainqueur
n'estoit quune simple branche
d'Olivier; cestoit une populace
ignorante qui estoit juge de la
victoire
) & l'on riy disputout
que de la force, ou de l'adresse
du corps.L'honneur que vous
m*avezfait, Messieurs en majugeant
un de vos Prix,surpasse
d'autant plus celuy de ces
anciens Vainqueurs, que l'or est
plus precieux que le bois) que
lesexercicesdel'espritfont audejJus
de ceux du corps, & qu'il
esttplus glorieuxd'estre couronné
par le jugement de perjonnes
cboifes
) & d'un merite tresdistingué,
queparlesufrage de
la multitude. Ainsi,Messieurs
trou'Vez. bon, quesans examiner
sije dois cet avantage à lafoiblesse
de mes Competiteurs, ou
à mes propres forces
, je m'dbandonne
au transport de la
joye que je ressens. Mais si la
gloirey dont vous me cnmblez
est extrême,&sij'en connois
toute l'exellence
, je puis vous
affiurer, Messieurs
3 que ma reconnoissance
cft encore plus
grande. se fuis si penetré des
vifs sentimens quelle m'infpirr,
que dfans l7a crai-nte où jefui- s,
de ne pouvoir trouver des termes
quiy répondent,& de l'affoiblir
par l'expressionje demeure dans
le silence
,
(e, me contente de
vous protesser>Afejjteurs
) que
pendanttoutemavie monoccupationferade
chercher les OCCAsions
de m'acquiter des obligationsque
je vous ay. Heureux,
si je pouvois quelque jour detenir
aetez elequent
, pour contribuer
quelque chose à la gloire
de vostre Illufbc Compagnie ;
ou persuader du moins par mes
services chacun de vous en particulier
, que jesuis
, comme je
le dois avec toute forte d'estime
& de vénération,
MESSIEVRS,
Vostre tres, &c.
En vous parlant de l'Academie
Royale d' Angers, je
ne dois pas oubfier à vous
apprendre, qu'elle propose
deux Prix; l'un pour celuy
qui réiilTira le mieux dans la
composition d'un Discours
François
)
donc le sujet fera;
l*application du Roy à se faite
informer des befo-tns de jes Peuples
)ypourvoir ; l'autre
pour la Poësie Françoise,dont
le sujet fera;, La jonction des
deux Mers. Ces deux Prix
qui sont deux Médaillesd'or
données par Mr de Beaumont
d'Autichamp lieutenant
de Roy au Gouverne,
ment des Ville & Chasteau
d' Angers,l'un des trente Academiciens,
feront distribuez
dans l'Academie le 14. May
de l'année prochaine 1689.
Le Discours ne fera au plus
que d'une demy-heure de
techire. Les Vers n'excederont
point le nombre de cent.
On laisse aux Auteurs le
choix de la mesure des Vers.
Ils marqueront leurs pieces
par une Devise sans y mettre
de nom? & elles finiront par
une Priere pour le Roy. Toutes
personnes seront receuës
à pretendre à ces Prix, à la
reserve des trente Academiciens,
qui en feront les Juges.
Les pieces feront affranchies
de port, & mises dans
le dernier deMars de l'année
prochaine enrre les mains de
MGourcau, ancienConseillerauPresidial
d' AngersJ'un
des deuxSecretaires de l'Academie
demeurant dans la même
Ville; il en donnera son
r-eceu à ceux qui le souhaiteront
; on n'en recevra plus aprés
le dernier de Mars passé.
Comme il y a beaucoup de
Sçavans dans vostre Province,
il y aussîdes gens de Negoce,
& je croy, Madame, que
vous leur ferez plaisir de les
avertir que M Savary vient
de donner au Public un Livre
qui leur fera d'une grande
utilité. Il a pour titre>
Pareres, ou DVIS& Conseils
surles plusimportantes matieres
du Commerce. Il contient la
resolution des questions les
plus difficiles sur les Banque-,
routes &Faillites; des Lettres
& Billets de change; des
ordres sans datte, & sans
expression de valeur; des Signatures
en blanc; des No
- vations des Lettres & Billets
de change;de celles qui sont
tirées ou acceptées par des
Femmes en puissance de Mary
; de minorité des Tireurs;
des différentes Societez ; de
la compétence des Juges-
Consuls, & plusieurs autres
questions touchant lefait du
Commerce. C'est une fuite
du ParfaitNégociant, que
l'Auteur fit imprimer en 1675.
& qui fut si bien receu non
seulement en France, mais
encore dans les Pays Etrangers
, que dés l'année fuivante
on en imprima à Geneve
une Traduction en Allemand.
La première édition
ayant esté fort promptement
debitée, M Savary
augmenta considerablement
la seconde, particulièrement
de plusieursPareres
ou Avis qu'il avoit donnez
sur diverses questions de
Negoce, touchant lesquelles
il avoit esté consulté, & cet
Ouvrage fut traduit en Italien,
en Hollandois & en
Anglois. Il y a grande apparence
que celuy-cy n'aura pas
un moindre succés. Si le
premier a étably des maximes&
des réglésà un Negociant
pour [c conduire dans
son commerce ( ce font les
termes dont sesert Mr Severt,
Avocat au Parlement, dans
le témoignage qu'il rend de
ce Livre) l'autre luy enseignera
la maniere de les mettre
en pratique,& les exemples
qu'il y trouvera feront
également profitables aux
Marchands pour se diriger,
&aux Juges Consuls pour
se déterminer dans les questions
différentesqui le pre- sentent. Les
Consultations
de l'Auteur sont appuyées de
solides raisons. & les Arrests
& les Jugemens qui les ont
suivies marquent l'estime que
l'on en doit faire. Le mot
Parere est Italien, & comme
un Negociant commence à
répondre à la demande qui
luy est faite par, Mi pare, il me semble
,
la pratique du
Négociant, principalement
pour les Lettres de change,
nous estant venuë d'Italie
l'on , a conservé presque par
toutes lesVilles du Royaume
l'usage des Pareres, qui
font les avis des Negocians
qui tiennent lieu d'actes de
notoriété lors qu'on les donne
del'autorité duConservateur,
ou bien d'une Consultation
particulière pour apuyer
le droit de cel uy qui consul te.
Quantà vous, Madame, je
je ne doute point que vous
ne lisiez avec beaucoup de
plaisir le Livre nouveau que
le Sr Barbin vient de mettre
en vente fous le titre
de Histoire de la Monarchie
Françoise. Il est de Mr de
Riencourt ,Correcteurdes
Comptesy & contient toutes
les merveilles du Regne
du Roy. Je vous dis parce seul mot tout ce qui peut
estre dit d'avantageux pour
un Livre. L'ouvrage dont je
vous parle est divisé en deux
volumes. On trouve dans
le premier tout ce qui s'cft
passé de plus remarquable
depuis la mort du feu Roy,
qui arriva le 14. May 1643.
jusquen 1654. Et le fecond
renferme tout ce qui s'est
fait depuisl'année 1654.jusqu'en
1688.
Jevous envoye le revers
d'une Medaille dont le Por -
trair du Roy fait la face droite.
Voussçavez qu'il est à
toutes les Medailles qui regardent
THiftoire de ce Monarque.
Je vous l'aydéjà envoyé
cinq ou six fois, lors
que j'ay fait graver des Medailles
qui avoient rapport
à sesactions, & je n'ay cette
de le faire qu'à cause que ce
seroit vous envoyer toujours
le mesme Portrait, ce qui
fcroit inutile, puis que ce
Portrait ne change pas comme
les revers. Je croy vous
avoir marqué dans quelque
autre Lettre, que j'en userois
de cette forte
, & je ne vous
le repete anjourdhuy que
parce que plusieurs personnes,
qui apparemment ne les
ont pas veuës toutes )
tkmaru
dent pourquoy-je no tfais
graver que les revers de plusieursMédaillesqu'ils
y
trouvent. Il ya autour de celuy
quevous vfcyez> Ornatâ
& ampliatâ
urbe.On
y remarque
les portes de S. Denis &
de S. Martin, qui sont des
Chëfd'oeuvres d'Architecture
& de Sculpture) & qui surpassent
de beaucoup celles
de l'ancienne Rome,, si nous
en croyons ceux qui en ont
écrit, & ce qui en est resté.
Ce que l'on voir dans le reste
de ce revers marque la Ville
-dcParîs,& l'abondance qu'on
en voit inseparable par les
foins du Roy., fous le regne
duquel elle a receu de nouveaux
ornemens, ayant esté
consïderablement augmentée,
à quoy ce grand Prince
a beaucoup contribué.
-Nous venons de voir un
nouvel effet de ces mesmes
soins, qui font que la France
est dans une prosperité si entiere.
Non seulementelle a
tout ce qui peut estre necesfaire
pour la vie, mais bien
loin d'estre obligée de rien
emprunter de sesvoisins, elle
esten estat de leur fournir
de quoy vivre, & particulierement
des bleds, dont on
manque presque toûjours
dans la plus grande partie de
l'Europe. Comme Sa Majesté
pense à tout, Elle a voulu
que ses Sujets profitaient de
cette heureuse abondance,
& s'estanc fait representer
l'Arrest rendu en son Conseille
15. Juin dernier, par
lequel Elle a permis à tous
ses Sujets des Provinces de
Normandie,Picardie
,
Soiffonnois,
Champagne,Bour
gogne,Berry, Bourbonnois,
Orléans> ouraine,Anjou
Poitou, Xaintonge
,
Pays
d'Aunix.Auvergne,& Languedoc,
de vendre & faire
sortir par les Bureaux établis
aux extremitez de ces Provinces,
leurs bleds,Fromens,
Meteils
, & autres grains,
pourestre portez en tels
Royaumes,Etats &fProvin..
ces qu'ils aviseront bonestre,
sans payer aucuns droits de
sortie jusques au premier du
mois d'Octobre prochain
sur ce qui luy a esté rapporté
que la derniere récolté a
esté tres-abondante
, & qu'il
reste encore quantité de
grains de celle de l'année
1687. le Roy par Arrest de
son Conseild'Etat tenu à
Versailles le 31. du mois passé,
a permis & permet à tous ses
Sujets des mesmes Provinces,
de continuer à faire forcir
leurs Bleds
,
Froments,Meteils,
& autres grains, sans
qu'on les puisse obliger à
payer aucuns droits, & Sa
Majesté donne moyen par là
à tous ceux qui s'en trouveront
chargez? de s'en défaire
à leur avantage. Cette
permission est renouvellée
pour six mois; c'est à
dire, depuis le premier du
mois prochain jusqu'au premier
d'Avril 1689.avecordre
aux Fermiers des Fermes
unies de Sa Majesté, & à
leurs Commis, de délivrer
tous Congez & Passeports
necessaires sans en exiger aucune
chose, à peine d'estre
contraints à la restitution de
ce qu'ils auraient reccu.
Le 9. de ce mois, Monseigneur
le Dauphin accompagné
de plusieurs Seigneurs,
alla prendre le divertissement
de la Chasse à Anet.
Il y a demeuréquatre jours
entiers, pendant lesquels il
a estédeuxfois tirer, &deux
fois à la Chasse du Loup.La
Comedie estoit le plaisir du
foir. Elle a esté representée
chaque jourdevantce Prince,
qui fut logé dans un Appartement
d'une très grande
magnificence, & où l'on
peut dire qu'il ne manquoit
rien,soit pour la peinture,
foit pour la dorure. La beauté
des meubles répondoit parfaitement
à ces ornemens.
Monsieurle Duc de Vandosme
a fait accommoder cet
Appartement
Appartement exprés -1
, pour
recevoir Monseigneur toutes
les fois qu'il voudra venir
châtier à Anet, qui est un lieu fort commode,& fort
agreable pour prendre ce
divertissement.
Dame Jeanne-Cartherine-
Henriete d'Orleans de Rothelin
est morte depuis peu de temps. Elle avoit épousé
en premières Noces M le
Marquis de Bethune, Guidon
des Gendarmes du Roy,
dont la Maison est assez connuë
par les divers Officiers
qu'elle a donnez à la Couronne,
& en secondes,Messire
Claude-François Bourclin)
Marquisd'Assy, Seigneur
de Santot, Messieres,
Egremont )
le Fort-Marot,
&c. premier Capitaine au
Regiment de Vermandois.
De la Maison des Marquis
d)Affy) dunomde Bourdin,
qui porte d'azur à trois testes
de Daim J'or, deux en chef,
une en pointe, sont les Mar-
-
quis de Villaines, Gouverneurs
de Vitry -le-François.
Entre les Personnes considerables
de cette Famille, il y
a euJacques Bourdin, Secretaire
d'Estat fous Henry II.
François II. &CharlesIX.
qui épousa Marie Bochetel,
Fille
de
Guillaume, Secretaire
dfflat, & de Marie de
Morvillier, Soeur de Jean,
Evesque d'Orléans, Garde
des Sceaux de France. Il
mourut en 1567. Il y a eu
encore Gilles Bourdin, qui
fut choisi entre un très-grand
nombre de celebres Avocats
qui fleurissoient defon temps,
pour remplir la Charge de
Procureur General au Parlement
de Paris. Il l'exerça fort
long- temps avec grande i4-
putation duneprofonde doctrine
& d'une vertu singuliere,
& mourut d'apoplexie
en 1570. âgé feulement de
ciquanre-trois ans. Les Bourdin
font alliez aux Brinon,
Bochetel, Faiet; Cauchond'Anglure,
leFevre- de-Guibermenil,
Fmféz., Gilbert-de.-
Voisins, Hurault. Madame
la Marquise d'Assy,dont
je vous apprens la lTIOrt) estoit
de la Maison des Marquis
d'Orléans-de-Rothelin, Barons
de Varenguebec, Comtes
de Neausle & Huguevil-
1e, descendus de celle d'Orseans-
de-Longueville,dont
estoit Leonor d'Orleans,Marquis
de Rothelin, Lieutenant
general de l'Artillerie de
France, mort au Siege de la
Rochelle en1628.
Cette mort a esté suivie de
celle deMreFrançois René du
Bec-Crespin-Grimaldi, Marquis
de Vardes & dela Bosse,
Comte de Moret, Seigneur
de Montmorin, Chevalier
des Ordresdu Roy
,
Lieutenant
général de ses Armées
, Gouverneur d'A igue-mortes,
cy -
devant Capitaine des cent
Suisses de la Garde du Roy,
arrivée le 3.de ce mois. C'estoit
un homme tres-bien
fait, & qui avoit infiniment
de l'esprit. Il avoit épousé
Dame Catherine Nicolaï,
Fille d'Antoine Nicolas,premier
President en la Chambre
des Comptes,& de Marie
Amelot. De ce Mariage
estvenuë une Fille unique,
Marie -
Elisabeth du
.-
Bec-
<";rffp]~-Grimaldi Femme
de Loüis deRohan-Chabot,
Duc de Rohan, Pair de France
, Vicomte de Lean, Comte
de Porhoüet , Marquis de
Blain, de Montlieu, lX. de
S. Aulaye
,
dont est forty
Loüis de Bretagne de Rohan- *
Chabot
,
Prince de Leon.
Le Bec. est une ancienne Baronnie
de Normandie
,
dans
le Pays de Caux. Il ya aussi
une Abbaye de ce nom, qui
fut fondée en 1077. par Helvin,
l'undes FilsdeCrespin,
dit Anlgotus. On tient que
la. Maison du Bec-Crespin,
Marquis de Vardes,Seigneurs
Barons duBec-Crespin, Dangu,
Estrepagny & Varangebec,
d'où sont sortis beaucoup
de grands Personnages
qui ont signalé leur zele au
service de nos Rois,& qui
ont esté Connestables hereditaires
de Normandie, tire
son origine de cet Anfgot,
Fils puisné de Grimaldus
, Prince Souverain de Monaco,
& deCrespine) Fillede
Raoul, premier Duc de Normandie.
L'Aisné s'appelloit
GuyGrimaldi, & c'est de
luy que font descendus les
Princes Souverains de Monaco
jusqu'à Honoré Grimaldi
II. du nom, Prince de
Monaco, Duc de Valentinois
,
Pair de France, Chevalier
des Ordres du Roy,
qui chassalesEspagnols de
son Estat pour semestre fous
la protection du feu Roy.
Cet HonoréGrimaldi eut
de la Princesse HippoliteTrivulse
, Hercule Grimaldi,
Prince de Monaco, qui de
la Princesse Aurelia Spinola,
a eu Loüis Grimaldi, Filleul
du Roy, ne en \6\1. & qui
est aujourd'huy Prince de
Monaco, Duc de Valentinois,
Marquis de Baux &
Comte de Carlades. Il a épousé Charlote-Catherine
de Gramont
, morte en 1679.
& il en a eu Antoine de Grimaldi,
Duc de Valentinois,
Colonel du Regiment de
Soissonnois, M le Chevalier
de Monaco,Mademoiselle
de Monaco, appellée Marie-
Charlote Grimaldi, & une
Fille Religieuse. Grimaldi
porte fuselé d'argent & de
gueules.
Pour cequiestd'Ansgoth
Grimaldi, puisné de Guy
Grimaldi, il s'établit en
Normandie & c'est de luy
qu'on tient, comme je l'ay
déja dir, que la Maison du
Bec Crespin est venuë. Jean
du Bec, S deBouvry
,
épousa
en 1441. Marguerite de Roncheroles,
Dame de Vardes,
& laissa Charles du Bec I. du
nom, Chevalier de S. Michel,
& Vice-Amiral de France,
marié avec Madeleine de
Beauvillier
-
Saint - Aignan.
donc il eut trois Fils, Charles
II. Baron de Bouvry,Philippes,
successivement Evesque
de Vannes & de Nantes,
puis Archevesque de Reims,
& Pierre, S' de Vardes.
Ce dernier fut Pere de René
I. Marquis de Vardes,
qu'on fit Chevalier des Ordres
du Royen 1619. & qui
épousa Helene d'O, Fille de
Charles S de Franconville.
De ce mariagevint René du
Bec II. du nom, Marquis de
Vardes
, Gouverneur de la
Chapelier Chevalier d'honneur
de Madame la Duchesse
d'Orleans. René II. épousa
Jaqueline de Bueil, Comtesse
de Moret
,
de l'ancienne
Maison de Bueil-Sancerre
,
si
renommée en l'Histoire,&
il en eut Mr le Marquis de
Vardes qui vient de mourir,
& Antoine, Comte de Moret
,
Lieutenant général des
* Arméesdu Roy? qui fut tue"
d'un coup de Canon en 1658.
au Siege de Gravelines.
La mort de Mr de Vardes
ayant faitvaquer le Gouvernement
d'Aigues-mortes en
Languedoc, le Royen a
pourvûM le Marquis d' Aubigné.
Vous vous ellesplainte
plusieurs fois que je vous
ay parlé de la pluspart des
plus illustres Maisons du
Royaume, & que je ne vous
ayencore rien dit de celle
d'Aubigné. Il est juste qu'elle
ait son tour, & que je vous
en parle à fond, comme j'ay
fait de quantité d'autres
beaucoup moins considerables.
La différence que vous
y trouverez, c'est qu'on me
surprend quelquefois,& qu'il
se glissedes endroits peu veritables
dans quelques Genealogies
, mais je vous puis
assurer qu'il n'en est pas de
mesme dans ce que je vous
envoyé de la Maison d'Au..
bigné. Je ne me fuis pas contenté
de donner tous mes
foins à la recherche de la
vérité; j'ay voulu consulter
sur cet article ceux qu'une
longue experience a mis en
droit de decider sur ces fortes
de matieres. Je n'ay -de-,,
mandé que ce qu'ils peuvent
justifier par des titres incontestables,
& qui ne laissent
aucun moyen de douter de
ce que je vais vous dire.Après
que lesDucs,lesComtes,&les
autres Grands de France assemblezàNoyonau
mois de
May de l'an987.eurent élevé
Hugues Capet sur le Trône,
& qu'ayant esté faits Souverains
des Provinces,& des
Gouvernemens,qui furent
la recompense de leur choix,
& qu'ils ne tenoient avant
cela qu'à titre bénéficiaire,
& à vie, ils eurent infeodé
la pluspart des Terres qui relevoient
de leurs Jurisdictions,
pour attacher à leurs
interests tous les vaillans
Hommes? dont le secours
estoit necessaire à la défense
de leurs Etats; tous ceux qui
furent gratifiez de ces infeodations,
estans par là devenus
Vassaux de chacun des
Princes, dont ils les avoient
reçuës
, commencerent dans
le onziéme Siecle à prendre
les noms des Domaines, dont
on leur avoit abandonné la
proprieté,àcondition de les
tenir en hommage,&moyennant
de certaines redevances;
& comme les Predecesseurs
de ceux qui portent encore
le nom d'Aubigné, prirent
celuy de cette Terre
,
dés le
temps que l'institution des
Fiefs établit les Surnoms,.&
les rendit ensuite hereditaires
aux Familles Nobles du
Royaume les Descendans,
de cette Maison peuvent fc
vanter d'avoir la mesme ancienneté
que les autres Maisons
les plus considerables de
la Province d'Anjou, où la
Seigneurie d'Aubigné est située.
Les Titres qui se
-
sont
conservez jusqu'à present font , une preuve certaine de
la vérité de cette origine;
ilsfont connoistre que Geofroy
d'Aubigné possedoit
cette Terre en Sirerie l'an
1160 & la qualité de Chevalier
qu'il avoit acquise dans
lesoccasions où il s'estoit signalé
,
luy estant donnée par
les mesmes titres? c'est un
témoignage qu'il avoit mérité
un honneur, qui estoit
autrefois la reconnoissance
la plus glorieuse des actions
de valeur que l'on avoitfaites
à la Guerre. Jean, Sire d'Aubigné
,marchant sur les traces
de son Pere
,
parvint au.
mesme d'egré de Chevalier.
Un acte de l'an 1201. marque
qu'il en avoit alors le titre,
& les autres Seigneurs d'Aubigné
le rechercherent tellement
pendant un Siccle,
qu'Olivier,Sire d'Aubigné,
l'an 1255. Aimery, Sire d'Aubigné,
l'an 1273. Guillaume
d'Aubigné,son Fils, qui fut
marié la mesmeannée avec
Aliénore de Coëme , & Savary,
Sire d'Aubigné
,
l'an
1315). en furent recompensez
successivement
, pour les services
militaires qu'ils avoient
rendus. Du mariage de ce
Savary d'Aubigné avec Honneur
de la Haye-Passavant,
sortirent Olivier,Sire d'Aubigné
, dont la posterité s'éteignit
il y a 200. ans., &
Pierre d'Aubigné, Seigneur
de la Touche d'Aubigné,
qui l'eut pour son partage,
& qui vivoit l'an 1341. Guion
d'Aubigné
,
Seigneur de la
Touche, l'an 1374. ayant
épousé Jeanne de l'Epine,
heritiere dela Seigneurie de
la Jousseliniere ,
Thibaud
d'Aubigné, fori Petit-fils>
quiestoit marié l'an 1444.
nom& des Armes de cette
Maison,par l'extinction de
la branche de Sainte-Gemme,
&il est le Frere de Claude.
Maur d'Aubigné, Abbé de
Poutieres en Champagne.
,
Loüis d'Aubigné
,
Seigneur
de la Rocheferriere, Cadet
des Seigneurs de la Touched'Aubigné,
est Chefde la
seconde branche, & Pere
de Loüis d'Aubignéde la
Rochcferriere
, qui fut receu
Page du Roy, dans la petite
Ecurie, au mois de Janvier
de l'an 1683. Les Titres énoncez
dans les preuves de sa
Noblesse, qui sont dansle
Registrede la petite Ecurie)
entre les mains deM le Premier,
& qui ont esté dressées
par Mr d'Hofier
,
Genealogiste
delaMaison de Sa Majestésuivant
l'usage qui s'observetoujours
dans la grande
& dans la petite Ecurie, justifient
que ce Gentilhomme
compte dix huit degrez de
Filiation consecutive depuis
luy jusqu'à Geofroy, Sire
d'Aubigné, le premier de
ses Ancestres
, qui vivoit l'an
1160. avantage de naissance siconsiderable, que les prefut
accordé le s de Juin de
l'an 1585.entre Susannne de
Lésai-deLusignan
,
Fille &
heritiered'AmbroisedeLefaide-
Lusignan, Baron de Surimeau
, & de Renée deVivonne
Dame de Murçai
avec Theodore
-
Agrippa
d'Aubigné,Seigneurdes
Landet & du Chaillou,Ecuyer
d'Ecurie du Roy Henry
IV. alors Roy de Navarre
, Gentilhomme ordinaire
de sa Chambre, Marclelui
de ses Camps & Années,
Gouverneur des Bles & du
Chasteau de Maillefais,&
Vice-Amiral deGuienne&
de Bretagne, celebre par
.HHill:oire des Guerres de son
temps,qu'il aécritescomme
une personne,qui par
l'excellence de son esprit avoit
eu longtemps, comme
il ledit luy-mesme, beaucoup
de part dans la faveur,
& dans la confiance la plus
étroite du Roy Henry IV.
& avoit toûjours donné de
grandes preuves de la fermeté
de son courage dans toutes
les perilleuses entreprises
qu'il avoit executées pour le
service de ce Prince. Du
d'Aubigné
,
sa Soeur
)
Dame
de Maintenon.
luy acquierent l'efiime &l'admiration
de toute la Cour.
gol
, &nous a donnél'Histoire de
ce qui regarde les vastes Etats de ce
Prince. il estoit grand Philosophe. -
C'est de luy qu'il est parlé dans
la réponse de M. Comiers,qui
est employée dans cette Lettre.
Celles de Rome nous ont
appris quele Pere Charles Clodi.
niski,General des Clercs Reguliersdes
Theatins,mourut le 10. de
ce mois dans leur Maifcn de Saint
Silvestre,âgé de 76. ans, dont il
en avoit passé 54. dans la Religion.
Il estoit d'une des plus IIlustres
Maisons de Pologne, &
s'estoit rendu tres-recommandable
par sa pieté singuliere
, & par
son zele pour l'observance. Son
rare merite qui luy avoit attiré la
bienveillance de sa Sainteté,l'avoit
élevé a la Charge de General de
son Ordre
,
qu'il a dignement
remplie.
LaFeste deChantilly a répondu
à tout ce qu'on en attendoit.Je ne
vous en dis rien dans cette Lettre.
par ce que je vous en envoye une
seconde, qui en contient toutes les
particularitez. l'yay joint,comme
vous m'aveztémoigné le fouhairer,
une description fortexacte de
toutes les beautez de cette delicieuse
Maison.
La terreur triomphe toûjours
quand on cft assez heureux pourla
pouvoirrépandrechez ses Ennemis.
Elle sert les Allemans,&
estele courage aux TurcsBelgrade
vient d'estre pris. Ce n'eust pas
esté une chose aisée si les Armes
seuleseussent decidé deceiceCongueste.
Elles ont commencé, 8c
les premieres Victoires des Impériauxontesté
cause que les dernieres
leur ont peu cousté. Quand
la division s'est mise une fois parmy
ceux que l'on attaque, &: qu'ils se
font presque tous égorgez euxmesmes
, il est facile de triompher
du reste, affoibly déja par la desolation
Se l'épouvante. Ce n'est pas
que les Troupes qui ont forcéBelgrade
ne se soient acquis beaucoup
degloirepuisque leur courage a fait
avancer ce qu'ils auroicnt pu ne
devoir qu'à la terreur Se au temps.
Elles ont pris cette Place d'assaut
après un Combat de plus de cinq
heures. M. l'Electeur de Baviere
que le feu continuel des Ennemis
ne put retenir, monta deux fois à
la breche
) ,& receut une legere
blessure à la jone Les Imperiaux
ont eu grand nombre des leurs
tuez ou blessez. Le Comte de
Scherffemberg
,
le Comte Emanuel
de Fuftemberg
,
Fils aisné du
Comte de Staremberg, & M. de
Gournay, Ayde de Camp General
font du nombre des premiers. On
a paslé tous les Infidelles au fil de
l'Epée.Belgrade ouAlbe -Grecque,
appellée par les HongroisNandor-
Alba,estsituée dans la Contrée
dite Rascie, un peu au dessous du
Confluent de la Save & du Danube.
Sa grandeur estconsiderable,,
8c la Colline sur laquelle est cette
Place, la rend extrêmement forte,
Amurath Il l'assiegea en 1442.
5c Mahomet Il en 1456. mais
l'un ny l'autre ne la purent prendre.
Soliman 1l remporta ca
1511. & depuis ce temps les Tutcs
en estoient toujours demeutez
Maistres, quelques efforts que les
Chrestiens eussent faits pour s'en
ressaisir.
La première des deux dernieres
Enigmes a esié expliquée sur
l'Elperance qui en estoit le vray
mot par Mrs Norbert de Beauvais:
le Chevalier des trois Ecussons de
la ruë de Blévre : le Chevalier le
Noir de la Place Maubert , le
Chevalier des Maronniers le Di..,
rêveur du Palais de Bacchus de la
rue de l'arbre-mort, l'Adorateur
Nocturene de la Belle Cathosdela
Grève: le Grand Clerc des Jefuites
: l'invincible de la rue du Mail:
Lamyfidelle à l'anagrame bonté
cherie
,
de Poitiers: l'A mant qui a
trouvé le nomde sa Maistresse
dansl'anagramme ton partage me
guérit : Tamiriste le jeune de las
rue delà Cerisaye : les deux
-
gros
Dodus de Belair : la plus Constante
Infortunée de larue Grenier
Saine Lazare: la belle Librairé-
de la rue de la Harpe : la
charmante Conductrice de-la.
bandeJoyeuse de la rue de Clery:
la Spirituelle à l'anagramme Beau
mérité y regne, de Poiriers.
, Le vray mot de la séconde qui
effoir lePalais de la Bouche, a elté
trouvé par Mrs Raoul de Bordeaux
: Bellet de Sainte Foy:
l'Abbéd'Harcourt Valentin Ma..
chaud, Directeurdel'Academiedu
gâÎTnr cousinage & sa charmante
cousine: Claudine de Goelles de
Mascon: & l'Apprentïf-Chasseur
de Bel-airle Paonne de la Sgw
rituelle M. Macet:& l'Amant de
l'aimable VituaisedeSaint Malo :
l'aimable Cousine delabelle brune
de la belle brune de la rue du
Plastre: & la plus jolie veuve de
la rue de Bourbon.
Ceux qui ont trouvé le vray
sens dé l'une & de l'autre, sont
Mrs Lourder: Digeon de sa rue
des Blancs- Manteaux ,: du Pré-
Henry : le plus petit des Pages du
Roy de la rue des Deux-écus ; le
petit Chartrain de la rue des Prottvaires
: J. L. Chef des Mecontens
de la rue Hautefeullle : R R.
L'oyseau le plus volage de lahorc-st
de Rez : le Tourangeau malgré
luy de la rue Fleurie
,
proche 1rs
noirsManteauxdeTours: le Voiiln
du groshorloge de Rouen: 1-J
Cherubin de la rue Co^inllijjre
)
àc
le Séraphin de la mesme maison.
MesdemoisellesMarie-Anne de la
Court; Viole, rue Beaubourg:
Bourgeois de la Nocle, sur le
Quay de la Tournelle : laDéesse
des Paramirabo :
Louise Lucie de
Surinam: l'Infortunée Diane d'Aclcon
: la grande Brune à l'Anagramme,
RevencTjbeauxjoursfilez*
desoye : le Berger Tircis, a l'Anagramme
,
Siecle d'amour: la
Blondine Soeur du plus petit des
Pages du Roy: la Soeur à la
belle main de Villenauxe : l'Incomparable
Compagnie de Nèss:
l'enjouée Manon de la rue du
Perray : les deux Soeurs du Pavillon
Royal de la rue S. Martin,8C
leur inseparable confine: M. L. L.
la plus Solitaire de la rue S Chriftophle
: M. A. G. la plus charmante
voix de larue S Nicolas:
J. E. F. l'Indifferente beauté de la
rue Pavée derriere l'Hôtel de
Bourgogne: l'aimable du Fauxbourg
Saint Antoine, à l'Anagramme
,sacrisions ssos coeurs , &
l'Inconsolable.
La premicre des deux Enigmes
nouvelles que je vous envoye est
de M. Digeon de la Fontaine des
Blancs- Manteaux. ENIGME.
IAy du Perc du jour j"J au plus
beau des Dieux
L'éclat quifort de moy, j'en suis la vive image, Mon fort senblable au jlen fait qu'on
m'aime en tous lieux
Tout , un Peuplese perd en me rendant
hommage.
Je fais voir clairement
, ejuoy que je
sois sans yeux,
lEt preste de mourir
, fJHme voitdavantage;
Quandjepartsd'icy bas jemoute dans
lesdeux, ( usage.
Et nelaîsseaprèsmàyqu'unreflesans
Mes mortels Ennemissont la pluye
~&levent
Et tel quime voir, nAistre
, en peu
d' heures sonvent
Me Vâit Aussi mourir par leur cruelle envie.
C'estl un Grand qui mesert dans l'Empire
Iberoisj , Aurois le nez. trop long en presence des
Rêysy ( vies
S'il ne tranchait le fil qui fait durer ma
AUTRE ENIGME. MOn rem change eomin- le temps, Je parois moins à la Ville cjiïaux
Champs.
Jefais msffait, /> le confesse
Une. aisle
, un pied
,
ftx bras que je
hausse &j\ibaijje
Au moindre effort d'nn secours ètrart -
ger.
Tous ces membres unis formentm Cil
corps leger.
Je passe maverte jeunesse
Aubord deseaux,mesme au mille*des
Bois
Mais dans , r:cs deux divers emplois
Quelque rustique que je n.:f!ffi
J'ayl'avantagequelquefois,
D'estreaudessusdes plus grands Rois.
Ovous
y
qui 1.t'1.'et dam le-crime
Mortels
, pour v&us sauverducelejfc
coU"'ou\ terne '•(<){$*oû]oH,fs (a v-ùlime;
QuelrSj!cî/dardeses feuxsur veut Ou qu'ilmarque aut , remsut la fureur
qui fln:me
Jesuis, , quoy qu' innocent, en burte àtoussescoups.
Je vous envoyé un Rondeaumis
en air par un de nos plus habiles
Maistres.Vous y trouverez une
maxime fort utile à suivre.
JQui veut vivresans Plint.
Qu'il vivesans amour.
Ce tyran nuit & jour
Réduit a la gesne
Sans espoir de retour.
Qui veut vivresans peine,
f2..!!'il vive sans tfMfJUr.
J'aurois beaucoup à vous dire des
affaires dutemps, mais le Mémoire
desraisons qui ont obligéle Roy à
reprendre les armes, & qui doivent
persuader toute la Chrestiencé
des sinceres intentions de Sa
Majesté pour l'affermissement de
la tranquillité de l'Europe, vous en
fera plus sçavoir, que je ne pourrois
-vous en apprendre. Cette piece
vient d'estre renduë publique,aussibien
que la Lettre du Roy à M. le
Cardinal d'Estrées. Je ne laisseray
pas de vous dire beaucoup de choses
surcesaffaires, dans ma Lettre qui
servira de secondé Partie àtelle du
mois prochain, & qui contiendra
non feulement tout ce qu'aura fait
Monseigneur leDauphindepuis son
départ, mais encore beaucoup de
choses qui l'ont precedé. Je suis,
Madame, vostre, &c.
A Paris ce jo. Septembre 16SS.
Le Sr Gueront avertit qu'il commence
à debiter plusieurs Livres.
les autres ont de foîùie S<: de eurieur,,
quoy que l'ordre <5c le cour en ~loiciic
çjiftcrens. Il l'a enrichy de quatrevingt
figures.
Jibrfgc Methodique des principes Heraldiques
n , ou du veritable art du Bla- du Pere Mcneftncr, Jesuite.Ce
Livre peut tenir lieu ds tous ceux
qui ont j amais esté faits sur le Blason,
ic l'on y trouve cinq cens armoiries
gravées avec prés de deux cens figures
quiencrentdans les Armoiries. Aprés
avoir donné des exemples &. des figures
pour parvenir à laconnoissance
entiere du Blason, & de la Science
Heraldique
,
il finit par des Dialogues
surcetart, qui instruisent beaucoup
& facilement. !
Histoire sommaire de Normandie ,
per M* de Masseville. Elle contient
l'ancien Etat cles Gaules & de (OR
Gouvernement, & l'Etat de la Normandie
fous la domination de ses
Ducs.
Ledit ~Ceurout avertit aussi qu'il
vend un Livre de M. Cusac, quia
,,(lé déja débitéavec succés parle feu
S. Flageard. Il a pour titre, Traité de
la Transpiration des humeurs
, ou la
méthode de guérir les Maladiessans le
secours de la frecjuente saignée
,
& instruit
Je Public des grands effetsde
l'esprit de vin composé
,
qui en purifiant
le fang & en le rafraichissant
sans presque le tirer des veines
, contribueàla
guerissondes Fièvres, de
ta-pieurefîe, de la fluxion sur la poitrine
,
de la perte de fang,& generalement
de tousles maux dont lacanee,
peut transpirer.
On trouvepresentement chez le
mesmeGuerout,l'Art de IlltJtr. dont
Spectacle donné à Poitiers
- 36
Fort attaqué par Monsieur le Duc de
Chartres. 46
Epithalame. 67
Mort. 78
Vaisseaux de la Compagnie des Indes
Orientales de France de retour avec
leur Cargaison 91
Retour des Vai/feaux de Hollande du
me/me lieu avec leur Cargaison, y6
Voyagesur la Mer d'Amour. Dialogue.
105
Suite de ce qui a déjà esté do""é touchant
le secret trouvéd'imiter les
Eaux de Bourbon & de Vichi. 134.
Lettre deM. de Comiers à Madame
de la Sltb/ierl. touchant la conduite
EdgeslEoaugx.ue. 147 193
Histoire. 209
Ce qui s'estfajfeà l'Académie de Jriee,
Franche le jsur de la Feste de Saint
Louis. 237
Explication de la These dediée au Roy,
soûtenuë aux Cordetiers.24^.
Ce qui s'est passe aux Theatinsle jout
de la Naissance du Roy. 259
M. rAhbt de Louvoisrépond à toutes
les questions qu'on luy fait sur IIJ
Chronologie, Géographie, Fable, Hifioire,
&Critique. 16t
Charges & Regimens donnez, far le
Roy. 262
Remerciement envoyé à Mrs de l'Académiedefille-
tranche. 2.64
Sujets des Prix proposezpar Mrs de
l'Academied'Angers pour tannée prochaine.270
Avis aux gens de Nefsete. 273
Histoire de la Monarchie Françoise.179
Arreflpar lequelle Roy permet lasortis
des bleds hors AuRoyaume. 285
Autres Morts. 189
Gouvernement donner, à M. le Marquis
d'Aubigné, & à M. le Marquis de
Tilladet. 301 Mort deM. le MarechalDuc deVivenne
31G
Chargede General des Galères donnée
à M. le Duc du MAJRI. 317
GouvernementdeChampagne & d?
Brie donné aAi. de Luxembourg.318
Mort du General des Theatins.319
prisede Bellegrade; 310
Article des Enigme.313
jafféairevs duitesmp.s.<. 33r330
,
Avis pourplacer les Figures LAirqui commence par., D'uik
oeil indifferent vous voyez, mil
langueur, doit regarder la page 132.
La Médaille doit regarder la p.246.
La Chanson qui commeuce par 9
.!<!!i veut vivresans peine,doit
regarder la page 330.
Page150. ligne 14.je mesens,lisez,
je me sentis.
Page 155. ligne S. delaMathemt,
figue, lisez. des Mathématiques.
DRDIltt A MONSEIGNEUR.
A PARIS,
AIU PALAIS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier iour de chaque Mois. & on
le vendra Trente sols relié en Veau ,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez C. DE LUYNE,au Palais,dans la
Salle des Merciers, àla Justice. T. GIRARD,auPalais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuves
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROr.
AVIS. QVelquesprieres qu'on aitsaites
jusqu'a present de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Mémoires qu'on envoiepour
le Mercure, on ne laisse pas d'y rfJanquertoûjours.
Cela estcause qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on nesipeNtsir.
vir. On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms, en sorte qu'on
ne s'y puisse tromper. On ne prend
Aucun argent pour les Memoires, &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour, pourveu qu'ils ne
desobligentpersonne, & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prieseulement
ceux qui les envoyent,&sur
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes, d'affranchir leurs
Lettresdeport, s'ils veulentqu'on
faJlè ce qu'ils demandent. C'efifort
peu de chose pour chaque particulier,
&le tout ensemble efi beaucoup pour
un Libraire.
Lesieur Guerout qui debite presentement
le Mercure, a rétably les
choses de maniéré qu'il efi toujours
impriméau commencementde chaque
mois. Il avertit qu'a l'égard des
Envois qui sesont à la Campagne, ilsera partir lespaquets de ceux
qui le chargeront de les envoyeravant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquetsseront
plusieursjours en chemin, Paris ne
Uifferapas d'avoirle Mercurelongtemps
avant qu'ilsoitarrivé dws
les Villes éloignées,mais avfjl les
Villes ne le recevront passi tard
qu'ellesfaisoient auparavant. Ceux
qnise lefontenvoyer par leurs Amis
sansencharger ledit Guerout, s'exposent
à le recevoir toujoursfort tard
pardeux raisons. La première,parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendresi-tost qu'il efi imprimé,
outre qu'il le jtra toujours quelques
jours avant qu'on en fasse le
Jebit; & l'autre, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu
, eux dr
quelques autres à qui ils leprestent,
ilsrejettent la faute du retardement
surle Libraire, en disant que U
vente n',en a commencé1 que fsoi rt
avmt dans le mois. On évitera ce
retardementpar la voye dudit sieur
Guerout,puis qu'ilse charge defaire
les paquets IHJ-mefml';& de lesfaire
porter à la posse ou aux Heffagets
sans nul interet,tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luyaurontdonnéleur
adrfi. Ilfera la mefinechose generalement
de tous lesL vres nouveaux
qu'onluy demanderasoit qu'il les
débité ou qu'ilsappartiennent à
d'autres Libraires, sans en prendre
pour cela d.iva-tige que leprixfixé
par lesLibraires qui les vendront.
Quand ilse rencontreraqu'on demandera
C,"S L ;"J,'! à la /"j dit moÙ,
illesjo nIra 411 Mercure, afinde
n'enfrr.cju'unmefinepaquet. Tout
cela fera executté avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
<$;itcttt.
[--IilrERc-7,I~REJII
wfeilf#tf
SEPTEMBRE Jess.
\W>J
"l1i'
Oicy
,
Madame.
un nouveau Portrait
du Roy que
je vous envoyé. L'admiration
que vous avez toujours
euë pour les grandes qualitez
de cet auguste Monarque,
me persuade aisément
que je ne puis commencer
ma Lettre d'une maniere plus
agreable pour vous. Mr Bosquillon
dont je vous ay déja
envoyé plusîeurs Ouvrages,
est l'Auteur de celuy
- cy.
Tous ceux qui l'ont veu en
ont esté fort contens, &
vous avez le discernement
trop juste, pour n'y décou-
-
vrir pas les mesmes beautez
qu'ils y ont trouvées.
PORTRAIT
DE
LOUIS LE GRAND.
EStre Roy par mérité autant que
par naissance;
Reverer III raison, ignorer les esprices;
Estresobre au fin des delices ;
Pour protegersesPeuples,sesAmis,
Rendre ses interests à sa bontésournis;
Se faitecraindre en Maistre,&chérir
comme un Père ;
Recompenser pelr choix,& punir
sans colerc ;
Du Courageux brutal ramener le
fureur
Aux vraistermes de la valeur;
Auprès du bien de la Veuve timide,
Et du foible orphelin,
Reduire la Chicane avide
A secherde rage & de stÎm; ;-
Rendre muet le Demon du blaspheme
:
Forcer,au moins,l'Impiété
A rechercher l'obscurité
Pour outrager la Majlléftprême ;
Fermer par sa sagesse & ses nobles
travaux ,
Ses Mi.iijhrts ,
(ès Généraux ;
De ses Etats bien loin reculer les
frontieres ;
Sans regarder~so ra.-.gs\xpoferaux
h..-tards;
Soumettre en peu de jours des Provinces~
ce titres
Malgré les Elemens, lessaisons, les
rampars;
D'un monded'Ennemis vainqueur
de toutes parts,
Tout chargé de Lauriers, & tout
couvert de gloire
Faire monter la Paixsurson char
de victoire;
Fairefleurir les Sciences,les Arts:
Enrichir les Sçavans ,
étendre les
Sciences s
Rétablir,co.-jrrverl'ordreda.:s fis
Finances ;
Dresser des jardinsfimptuettx > Bâtir en mille & mille lieuse
Desuperbes Palais, des TempUs
ventrales,
Des Forts, des Places imprenables
Faire changerdefaceà l'Univers ;
Couvrir d'amples torrens les plusseches
campagnes; Abaisser à fin gré les plus- hautes
montagnes;
Elever les Vallons, &réunir les
Mers ;
Déciderdes destinsdumonde
Et voir des Souverains embrasserses
genoux
Pour calmer son juste couroux,
Sansperdred'un Chrestien l'humilité
profonde ;
Empescherquela Pauvreté
Nepuisse d'un beau sangsoüiller /4
pureté;
Avoir le coeur vasse, droit à* fin*
cere;
Par sa bontétempérer sa granaeurj
Estre toûjoursd'égale humeur,
Toûjours sensible à la misere;
Parses bienfaits estre l'oeil & le
bras
Deses vaillans & malheureux Soldats
CharmerlesRoisjusqu'au boutde
la terre:
Sur l'une & l'autre Mer voir ses
nombreux Vaisseaux
Faire laseuretéde l'Empire des eaux:
Nourrir en pleine paix de puissantes
Armées,
Vans l'austere devoir les tenir renfermées
;
- Autour de ses terriblesCamps
Par lesseuls Laboureurs voir moissonner
les champs;
Istreagissant, trllluJHiUe, impenétrable
;
Mejme danssonrepos si rendre redoutable
;
Sans employerlaflame ny le fer
Exterminer une Hydreépouvantable,
Que dans sa rage avoit vomy
l'Enfer;
-
Ciel, quel éclat ! que cette Imaçe
est belle !
Cet timas de Vertus &defaits inouïs
D'un Heros achevépresente le modelle,
x,gis il ne montre pas la moitié de
LOVÎS.
qu'ila faits avec applaudissement,&
entre autres deux fermons
de S.Loüispreschez aux
Jesuites de la ruë S. Antoine
en 1683. & l'autre à l'Academie
Françoise en 1685. toujours
differens & également
beaux. Il prit pour texte dans
ce troisiéme ces paroles tirées
du Livre des Rois chap. 7.
Firmaboregnum ejus; j'affirmiray
son Royaume, & il fit
voir que non seulementl'accomplissement
de cette promesse
faite à David ne se terminoit
pas à Salomon, &
qu'il tomboit sur J. C. & su
son Eglifc, mais qu'il se renouvelloit
encore aujourd'huy
)toutes les fois que les
saints Rois élevoient des
Temples au vray Dieu, parce
que sa divine & toute- puissante
protection passoit de
leur personne à celle de leurs
Enfans jusquàleur posterité
la plus reculée.
£)ui de vous, poursuivit il,,
ne me prévient passurl'exemple
de Saint Louis> qui comme
un autre David
,
brûlant du
desir d'élever des Temples au
vray Dicu, quoy que cette gloire
sufl reservée a ses Successeurs,
merita néanmoins que Dieu asfermifl
& immortalijafl Ion
Royaume. Vous fçavequelfut
son zele pour la gloire & pour
les interefls de J. C. ce qu'il fit
dans fis Etats, cequ'il entreprit
dans les Rrgions les plus eloi-
!g,nnééeess::FFiirrmmaabboorrceggnnuummeejjuussj;
C-vous nignorez pas qu'outre
la récompense qu'ilenreçoit dans
le Ciel, jamais Prince ne fut
plus honoréparses vertus sur la
terre, & que jamaisRoyaume
Chrestinnn'a receu du Ciel une
pluslongue plus heureuse
suite de benedictions que le
Royaume de SaintLouis, Fii>
mabo regnum ejus.-
Ce fut le suet de sa division,
par laquelle il s'engagea
de prouver, comme il
fit parfaitement bien, que
SaintLouis avoit affermy
le Royaume de J. C. par la
pratique & par l'exemple
des vertus Chrelliennes
J
& que J. C. avoitaffermy
le Royaume de Saint Louis,
en luyfaisant conserver ôc
augmenter toutes ses vertus,
en les rendant hereditaires
& immortelles dans sa Famille.
En parlant de Blanche de
Castille
?
qui eut beaucoup
de part aux premiers évenemens
du regne de S. Loüis,
& à toutes ses grandes vertus,
il fit cette reflexion. Que les
ames de ce caractère douées d'un
esprit de discernemerrt, capables
des plus grandes choses, & ne
trouvant rien qui les rebute &
qUI les arrejie,affables,bienfaisantes>
magnifiques
3
charitables
yjjquà la profusion) plus
Pioâefles quélevées> meritant
teujwrs de l'ejlre parleurvertu*
plusqu'elles ne sçauroientjamais
l'estre par la pluséclatante fortune;
faisantmesmeoublier le
nom de fortune) en forte qu'on
ne s'entretiennepar tout que de
leurvertu; que les ames de ce
caracteresont de grands&rares
presens du Cielî Quelles sont
utiles à l'Etat ~&a l'Egltfe !
Nous voyons aussi que la Providence
les reserve à des temps
à des Princes heureux. Et
sur ce que S.Loüis remit dans
son premier lustre la beauté
& la pureté de la Religion
Catholique dans uneProvince
de son Royaume, que les
Albigeois avoient infectéede
leurs erreurs, continuant la
mesme figure, il ajoûta,
Quelle félicité pour desChrestiens
de vivre sous un Roy qui
ne regarde comme ennemis irreconciliables
que les ennemis de
¡-Eglrft
,
f0 qui ne combattant
danslesHeretiques que l'Herefiey
reconnoist c-refoitfesSujets
fidelles avec une bonté de Pere,
~&unemagnificence de Roy un
momrnt aprèsquilles a traitez
en Enfans rebelles,Pour lesquels
on "Voit bien
quilconservoit
toujours une tendrejje secrete
>
quoy que leurégarement le sorçajl3
pour ainsidire, à les châtier.
A prés ce détail exact &
noble de la Vie de S. Louïs,
d'où il passa toujours tresdelicatement
& tres solidement
à ses applications mora,
les pleines d'onction,&trespropres
pour son auditoire,
il dit. Comme Dieu recompense
ordinairement les Peres dans la
perjonne des Ènfans, (y qu'il
donne prejque toujours aux Ensans
des Saints des témoignages
de bonté plus sensibles qu'aux
Saints mesme) LOVIS LE
GRANV areceu&de Jes
Sujets & des Etrangers plus
ethommages que S. Louis, il a
eu plus de bonheur> plus defucces
t&plus de puissance. Saint
LcUls a défindu les Duels, Louis
le Grand les a abolis , S. Loüis
a chasé les Heretiques J'une
Province de sesEtats;Louis le
Grand de tou* ses Etats, Saint
Louis a porté &,voulu rétablir
la Loy def.C.au delà desMers,
Louis le Grand l'a faitétablirj
CJT1 la fait fleurir au milieu des
Nations, qui non feulement ne
connoissentpointJ. C.mat*ss qui
estoient à peine connues. Plaise
à Dieuquainsique S. Loiiis fut
Grand & merita cet augufle
nom, Louis le Grand merite le
nom de Saint. Graces vous en
soient rendues
, mon Sauveu\
Vous avez déja prévenu,&en
quelque façonremply nos foulaaits.
haitsj& que ne devons-nous
pas attendre de cetesprit de paix,
de moderation, de justice, de
pieté &de zelr; de cette grandeur
d'ame qui est une disposition
si prochaine à l'humilité, de
cette conviction sincere de Religion
, qui est lefondement d'une
foy parfaite, de cette profonde
veneration pour Dieu, de cette
tendresse,decettevivacité pour
les interests de l'Eglise
,
de cette
fidelité à la grace ,
qui est une
caution& uneassurance de plus
grandes&de nouvellesgrâcesausque
lles nous devrons de jour en
jour lesprogrés heureux que nos
Ne'Ueu;.ftommerontlesMiracles
du long> heureux&pieux regne
deLoüisle Grand? Le lieu où
jesuis,rappelle dansma memoire
une circonstance de la Vie de
S.Loiii<> trop naturelle à mon
sujet pour ne ptUy entrer,&en
faire un des principaux ornemens.
S. Louis a fondé des aziles
où les pauvres trouventencore
un Pere, les aveugles un
Guide, les ignorans un Maistre,
les Sçavans une retraite, &les
Vierges un Défenseur,&outre
les Afaijons Pelio-leufes les
Temples & les Hôpitaux
,
qui
font & qui feront à jamais des
monumens immortels de sa pieté
& de sonzele, il s'appliquoit en
particnlieràfaire instruire
,
élever
, & établir selon leur condition
, les Fille s que la mort ou
le malheur de leurs Parens abandonnoit
à la corruption du
siecle. Combien la pieté & la
magnificence toute Royale q'!i
éclate dans cette Maison est-elle
conforme à la pieté (if à la magnificence
du Saint qui en est le
Protecteur? Et
combien
la main
dontDieus'estservy pour opererun
oeuvre qui luy efl Jïagreable
, mérite-t-elle de » loüanges,
d'applaudissemens C, de benedictions!
Vierges Chrestiennes,
ce doit estre le sujet de vostre
reconnoissance& de vos prieres
dans cet auguste Sanéluaire où
vous IveneK tous les jours rendre
graces à Dieu de vous avoir tirées,
quelques unes de l'erreur,
toutes du danger où vous estiez
de vous perdre dans le monde,
faute des soins & des secours
que la Nature vous a heureufl,.
ment refusez, pour vous les renelre
plus precieux en vous les faisant
tenir de la Grace.
Le mesme jour, Feste de
S. Loüis, l'Academie Françoise
la solemnisa dans la
Chapelle du Louvre avec les
mesmes ceremoniesqu'elle a
accoûtuméde faire tous les
ans. M l'Archevesque de
Paris, qui estoit alors Directeur
de cette celebre Compagnie
1 y assista en Camail &
en Rochet. Pendant la Melfe
qui fut celebrée par Mrl'Abbé
de Lavau, l'un des Academiciens
, on entendit une
excellenteMusique de la
composition de Mr Oudot.
La Messe finie, Mr l'Abbé
Rose, Neveu de Mr Rare)
President en laChambre des
Comptes, & Secretaire du
Cabinet du Roy, prononça
le Panegyrique de St Loüis
avec une éloquence digne de
miuitrc Assemblée qui l'écouta
, & qui estoitfort nombreufe
Il prit ces paroles
pour son texte ,
Non efi inventus
similis illi qui conservaret
legem Excelsi, & divisa son
Discours en deux Parties. Il
fit voir dans la premiere que
St Loüis avoit toûjours esté
fidelle à Dieu au milieu des
grandeurs& de la prosperité;
£>c dans la seconde
,
qu'illuy
avoiresté également fidelle
dans ses malheurs & dans les
humiliations. Comme il fit
une peinture fort vive de tous
les foins que ce saint Roy
avoit pris pour empescher
les blasphêmes, pour défendre
les duels,& pour s'oppofer
à l'heresie
,
sa matiere le
porta naturellement à parler
des merveilleuses actions du
Roy, & ille fit d'une maniere
fine & delicate, qui
contenta fort tous ses Auditeurs.
Il dit en parlant de l'Academie
Françoise
)
dont ce
grand Prince vouloit bien
eltre le Protecteur
,
queSt
Loüis avoit aussi étably une
Academie, mais qu'elleestoit
de Theologiens, Il fat aisé
de connoistre qu'il parloit du
College de Sorbonne, fondé
en iiji. par Robert de Sorbonne
,
Aumônier & Confesseur
de ce saint Roy,qui
par ses bien faits luy avoit
donné un fort grand éclat.
Ml'Archevesqueestant Proviseur
de Sorbonne
, & Directeur,
comme je l'ay dit,
de l'Academie Françoise,
celaluy donna sujet de dire
qu'il voyoit bien que tout le
monde attendoit l'éloge de
ce grand Prelat. Ce fut un
tableau dont il Le sit qu'ébaucher
les traits , en marquant
en peu de mots qu'il
n'y avoit personne qui ne
fust instruit de sa profonde
érudition, de cette fervente
pieté qui luy faisoit donner
tous ses soins à maintenir la
faine Discipline de l'Eglise
> de ces grandes & sublimes
qualitez qui luy faisoient
meriter la confiance du Roy;
mais le peu qu'il dit fut si
bien tourné, que lors qu'il
eut ajoûté que la modestie
de cet Illustre Prelatl'obligeoit
à supprimer quantité
de choses glorieuses que la
forcede la vérité auroit tirées
de sa bouche.) s'il n'eust pas
esté present
3 ce ne furent
qu'applaudiffct-iicns de toutes
parts qui luy donnèrent le
temps de reprendre haleine.
Il continua avec une égale
satisfaction de son Auditoire;
& lors qu'il eut achevé, Mr
l'Archevcfque donna la Benediction.
L'éloge de Sa Majesté se
Et en beaucoup de lieux le
jour de la mesme Feste. Il ne
fut pas oublié à Poiriers dans
J
le Panegyrique Latin de S*
Loüis que prononça ce jourlà
le PereBrillac, Jesuite.
Tous les Corps de la Ville y
assisterent
, ce qu'ilsfirent
encore le lendemain à une
Tragedie qui fut representée
dans le Collège des Jesuites
pour la distribution des Prix.
Mr Foucault
>
Intendant de
la Province,qui lesa fondez,
rendra son nom bien cher à
Poitiers, puis qu'outre qu'on
doit à ses soins & à son zele
la Statuë du Roy qu'on y a
fait élever, cette distribution
de Prix fera qu'on s'y fouviendra
toûjours de l'amour
qu'il a pour les belles Lettres.
Je ne vous dis rien de la
Tragedie
, non plus que de
beaucoup d'autres qui ont
esté representées dans le met
me temps en divers Collèges
des Peres Jesuites. Tout ce
qu'ilsfontestremply d'ef-,
prit, & l'on trouvetoujours
dequoy admirer dans toutes
les choses qu'ils inventent
pour ces fortes de Spectacles.
Cependant quoy que je me
taise sur cet article, rintereit
que vousprenez ace qui regarde
la gloire du Roy am'ablige
à vous dire quela Tragedie
du College de Poitiers
dont jeviens de vous parler
fut mesléed'unmagnifique,
Ballet, dont quatre Divinitez
firent l'ouverture. Mars, la
Paix, Themis, & laReligion,
vinrent disputer ensemble la.
gloire d'avoir le plus contribué
à donner au Roy le sur..
nom de Grand. Mars entra
précédé de deux Trompetes,
& furieux de ce qu'on osoit
luy contester cet honneur. La
Paix pretendit avoir sujet de
l'enexclure, puis que Loüis
LE GRAND l'avoit banny
de la France. Themis & la
Religion soûtinrent leurs avantages
,& sur Fénmiacion
quel ce differend produisit
entre eux 3
chacun ayant
publié les grandes choses
que cet Auguste Monarque
avoitfaites en sa faveur, enfin
pour le terminer, on convint
de donner la préférence
à celuy qui réüssiroit le
mieux dans une Feste qu'ils
feroientàson honneur. Ils
en furent tous d'accord, &
cette agreable contestation
fit diviser le Balet en quatre
parties, composées chacune
de cinq Entré,es. Mars par1u-'t
dans la premiere
, accompagné
de quatre Guerriers qui
portoient chacun un bouclier
,
sur lequel estoit peinte
une Devise sur les Conquestes
de Louis LE GRAND.
Ils firent la premièreEntrée
de cette partie. La seconde
fut de Vulcain,suivy des
Forgerons qui avoient forgé
les Bombes
,
les Carcasses
)
les
Mortiers) & les autres armes
extraordinaires, par lesquelles
le Roy s'est rend u si redoutable.
Après eux parut
Neptune amenant quatre
Tritons ,& cette troisiéme
Entrée rendoit témoignage
des Combats de Mer. La
quatrième estoit composée
de Peuples vaincus, qui étoientcontraints
deconfesser
qu'ils avoient contribué malgré
eux à la gloire de cet incomparable
Monarque. Dans
la derniereon vit la Fortune»
la Victoire;) la Glo:rc & la
Renommée,quipublioienc
à l'envy qu'il n'estoitjamais
plus Grand que durant la
Guerre.
Les cinqEntrées de la féconde
pattie de ce Ballet furcht.
I. La Paix conduisant
les Grâces,qui se vantoient
d'avoir trouvé le secret de
faire triompher LOUIS LE
GRAND du coeur de ses
Sujets, comme Mars l'avoit
fait triompher des Etrangers,
IL Apollon amenant la Mathematique,
la Poësoe,l'Hi
stoire & la Pl-lllo[oph-Ïe>qu'un.
regneaussi pacifique que celuy
du Roy faitfleurir jusqu'a
le disputer à l'Antiquité.
III. Pallas accompagnée
de quatre Arts qu'on a persectionnez
p endant la Paix;
la Peinture, la Sculpcure ,
la
Musique,&les Exercices Militaires.
IV. L'Opéra?la Danse,&
la Manufacture. V. Le
Commerce, Theris r-eprefentant
la jonction des deux
Mers, des Rivicrcs transportées
& changéesen Jets d'eau
& en Calcades& ces Jets
d'eau conduits par Neptune
& par Protée, ce qui exprimoit
parfaitement les merveilles
d'un regne où la Paix
triomphe.
La troisiémePartie regardoit
Thcmis. En voicy les
cinqEntrées. I. La Justice
levenant du Ciel, précédés
de quatre Nymphesqui portoient
les marques de sa dignité.
II. La Discorde, la
Chicanera Fraude &l'Usure
vouloient maintenir leur possession,
mais la Justice les
releguoit aux Enfers.III. L'Union
,
la Droiture, la Bonne
Foy, & la Conscience venoient
au secours de la Justice
) & la faisoient triompher
fous les auspices de Louis
LE GRAND. IV. Des Nations
venoient avoüer, les
unes que la Justice du Roy
les avoit rétablies aux dépens
de les Conquestes; les autres
qu'elles avoient senty sa Jusce
,
quand elles n'avaient pas
voulu déferer à la raison.
V. Des Sujets du Roy venoient
publier qu'ils ne vouloient
point d'autre Juge
qu'un Prince qui sçaitse condamner
luy
-
mesme en sa
proprecause.
Dans la quatriéme partie.
I. La Religion conduisoit
des Sacrificateurs pour rétablir
le culte divin,&rendre
le Roy aussiGrand dans le
Ciel qu'ill'est sur la terre.
II. Le Duel, le Blasphême.
la Débauche, & l'Atheisme
paroissoient; la Religion les
chassoit honteusement. ITI.
L'Heresie entroit avec ses
Furies, & après une foible
resistance> elle expiroit à la
veuë du Portrait du Roy
que luy presentoit la Religion.
IV. La Science) la
Force) la Prudence & la
Libéralité offroient d'effacer
les vestiges de l'Heresie.
V. Des Nations Etrangères
venoient avouer qu'elles estoient
obligées à Louis le
Grand, qui malgré leur éloignement
les avoit éclairées
des lumières de la Vérité.
Apres toutes ces Entrées, il
y eut un Ballet General, où
tous les Monarques à qui l'on
a donné autrefois le surnom
de GRAND, venoient feliciter
le Roy,& reconnoifsoient
qu'aucun d'eux n'avoit
porté si justement ceglorieux
titre..
Comme on a toujours esté
persuadé qu'il falloit joindre
la pratique à la Theorie, &
que l'âge ny lesoccasions
ne permettent pas à Monsieur
le Duc de Chartres d'aller
faire son apprentissage dans
les ArméesJ il ne pouvois
recevoir de plus utiles leçons
qu'en fermant un Fort, comme
il a fait depuis peu. Cela
luy apprend la maniere de
fortifier des Places) & celle
de les attaquer & de les défendre.
Cejeune Prince étant
né pour avoir le commandement
dans les Armées,estfort
à louër de ce qu'il rapporte
ses études à tout ce qui regarde
la Guerre.Je vousay déja
parlé de ses grandes qualitez.
Il a une vivacitéd'esprit
surprenante) il raisonneavec
toute la solidité d'une personne
fort au dessus de son
age je vous puis donner
pour exemple du profit qu'il
tire de ses lectures, qu'après
avoir leu les Commentaires
de Cesar, il se plaist dans les
heures de son divertissement,
a representer la disposition
de l'Armée de cet Empereur,
àconstruire le Pont qu'il décrit,
& à dessiner sans aucun
Maistre. Pour ce qui est des
Mathématiques, ildoitestre
surprenant qu'ilait appris en
unan l'Arithmétique, la Geol'netrie,
& les Fortifications,
non pas superficiellement,
mais à fond, quoy que ses
autres
re ,
des Allées qui l'environnent
, & de l'ombre que la
Montagne luy procure dans
le temps de la récréation de
ce jeune Prince. Mr de la
Berthiere, son Sous- Gouverneur
, receut l'ordre de Monsieur
pour faire élever ce
Fort, & Mr Sauveur, son
Maistre de Mathematique,
en donna les desseins, qu'il
fit executer à Monsieur le
Duc de Chartres, d'abord
sur le papier, fx, ensuite sur
le terrein. On eut en cela
deux choses en veuë; l'une,
de luy montrer les parties
un Fort dans les proporons
ordinaires, & l'autre,
e le construire d'une manie-
: à pouvoirsoutenir l'attaue
que l'on avoit resolu de
lire. C'est pourquoy l'on fie
n pentagone, dont deux teailles
gardoient les proporions
de celles des Places orlinaires,
enreduisant la toise
au demy-pied; & les trois aures
tenailles n'avoient qu'un
simple parapet assezélevé
)our couvrir les assiegez jusqu'aux
épaules. Monsieur le
Duc de Chartres traça la Place
avec une presenced'esprit
qui surprit ceux qui sçavoient
qu'il n'en avoit jamais veu
faire que sur le papier. Il traça
les fossez
,
les orillons, les tenailles
dans lefossé,la dcmylune
simple, la demy-lune
tenaillée, l'ouvrage à cornes
avec leurs fossez & leurs contrescarpes.
Ilen regla les profils.
Mr Sauveur eut la conduite
de cette Place, & en
son absence
, M de Villeferme,
qui s'est attaché au
jeune Prince, & dont le Pere
est un des Exempts ,
fit executer
cet Ouvrage avec une
assiduité & une adresse extraordinaire
,
& il en leva le
plan. Comme cette attaque
n'estoit que pour l'instruction
de S. A. R. on ne voulut
representer pour cette
premiere fois que les principales
actions d'un Siege, où
ce Prince pouvoit avoir part
en sa personne,& on negligea
les autreschoses, qui,
quoy qu'essentielles dans un
veritable Siege, n'estant pas
si nlarquécs) auroient trop
partagé son attention,&auroient
demandé non seulement
plus de temps qu'on
n'avoit dessein d'en mettre.
mais encore plus de monde,
&un plus grand lieu.Onchoilit
le 6.&le7.d'Aoustpour
l'attaque,&ellefutcommencée
sur les six heures du soit,
afin que l'ombre dela montagne
diminuast la chaleur,&:
pour ménager le temps, on
prépara le matin les épaulemens,
les batteries, & mesme
les tranchées qu'on remplit
feu lement de fascines. Le premier
de ces deux jours, on
garnit la Place d'Infanterie
& de Cavalerie pour en soutenir
leSiege. M Boulau,
Ecuyer de Monsieur, qui a
esté Capitaine dans le Regiment
d'Anjou,estoit le Gouverneur.
Mr de Villeferme
fut l'Ingenieur,&eut laconduite
de l'Artillerie. Monsieur
le Duc de Chartres avoit
pour Lieutenans Généraux,
M de la Berthiere qui
a servy longtemps dans les
Armées) & M de Rostaing,
ancien Officier, & Major
dans le Regiment de Bourbonnois.
Son Ingenieur general
fut Mr Sauveur, qui a
merité l'honneur d'estre son
Maistre de Mathématiques,
aprés s'estre attirél'estime
Gardes de Monsieur. Ildonna
ordre à l'Infanterie de le
suivre. Des Soldats du Regiment
deBourbonnois la composoient.
Ilpassa lePont, &
alla les poster au bout de
l'Isle du costé deS. Cloud
y derriere un rideau qui les
mettoit à couvert du Fort.
Ensuite ce Prince, precedé de
quatre Gardes l'épée à la
main,&accompagné de ses
Lieutenaux generaux ,
de son
Ingenieur uciiera& de quelques
autres, allar econnoistre
le Fort pour se déterminer à
l'endroit par lequel il seroit
plus à propos qu'il en ordonnast
l'attaque. La Garnison
qui avoitesté fort tranquille
jusquelà
) commença à tirer,
& à faire un fort grand feu.
S.A.R tintconseil à son retour,
& il fut arresté qu'on
attaqueroit leFort par le front
qui est du costé de S. Cloud.
On fit apporter des fascines,
& l'on fit faire qnantité de
gabions. Enfin lors qu'on eut
donné tous les ordres necessaires,
on commença à élever
quatre pieces de Canon
sur le rideau, & un épaulement
sur la droite, dans le
vallon. Ce fut entre ces deux
Ouvrages que l'on ouvrit la
Tranchée3~ on l'avoit déja
pousseeassez loin, lors que
ceux de la garnison ayant
fait une sortie, renverserent
les Travailleurs sur les Soldats
qui les soutenoient, &:
pousserentles Assiegeansassez
avant; mais la Garde de la
Cavalerie quiestoità lateste
de la Tranchée ,s'avança au
grand trot, & repoussa les
Assiegez jusque sur la Contrescarpe.
Ils se retirerent en
assez bon ordre, & alors il y
eut un fort grand feu de
la Place & des dehors, tant
du Canon que dela Mousqueterie.
La mesme chose
fut faite du costé des Asfiegcans.
On repara la tranchée
que les Soldats de la
Garnison avoient comblée à
moitié) & l'on poussa deux
rameaux, l'un vers la droite,
dont M Sauveur prit la conduite„
& l'autre à la gauche)
dont Mr Trcfaguet fut chargé.
Lors qu'ils furent poussez
allez avant, Monsieur le Duc
de Chartres donna ordre
qu'on fist les détachemens
pour attaquer la contrescarpe
autres Seigneurs estoient da
nombre des Volontaires.
Dans ce temps-là, le Commandant
du Fort se voyant
pressé
>
fit battre lachamade,
& dire à S. A. R. que si dans
vingt quatre heures il ne recevoit
point de secours
3
il
feroit la Capitulation pour
luy remettre la Place. Il demanda
une trêve, pendant laquelletousactes
d'hostilité
cesseroient de part & d'autre,
& l'on donna des ostages
pour cela.
Le lendemain Monsieur le
Duc de Chartres ayant eu.
avis qu'il arrivoit du secours
pour la Ville
, envoya un
Corps de Cavalerie avec ordre
de le couper; mais le
Gouverneur s'estant apperceu
de ce mouvement,fit
avancer sa Cavalerie qui s'opposa
à la premiere , & à la
faveur de laquelle le secours
entra. Elle se retira ensuite
fous leCanon de la Place,
qui faisant feu sur la Cavalerie
des Assiegeans l'obligea
de se retirer. Pendant qu'on
estoit aux mains de part &
d'autre, Monsieur le Duc de
Chartres ne put modererrardeur
de son courage. Il se
laissa emporter à son propre
mouvement, & ayant mis
l'épéeà la main, il pouffa
son cheval pour aller combattre
à la teste des fiens; mais
Mr de la Berthiere qui ne le
quittoit point,luy sir remarquer
qu'il n'estoit pas du
devoir d'un General de se
mettre à la teste d'un Détachement.
Le secours estant
entré dans la Ville, la tréve
cessa
, &: alors on dressa deux:
Batteries, l'une vers la droite:
pour battre la face de la demylune,
& l'autre vers la
gauche pour battre la face
du bastion qui défendoit
celle de la demy-lune. On
perfectionna les logemens de
la contrescarpe qu'on joignit
aux deux rameaux par deux
lignes de communication.
On fit ensuite trois demysapes
dans la contrescarpe de
la demy-lune ,parlesquelles
on entra dans le chemin couvert.
On s'en rendit maistre l'épée à la main, & l'ons'y
logea. La descente du fossé
fut faite à la faveur duCanon,
de la mousqueterie & des
Crenades
» & l'on tâcha de
prendre la demy lune ; mais
les Assiegez qui s'estoient retranchez
vers la gorge de cette
demy-lune,sortirent sur les
Assiegeans, & lesobligèrent
de se retirer dans le fossé de
la mesme demy-lune où ils
se retrancherent. Cette tentative
n'ayant pas eu de succés
, on fut obligé de prendre
le party d'attacher le Mineur
,
mais un orage estant
survenu dans ce temps-là >
Monficur fit cesser le reste
du Siège. Le jour suivant 8.
d'Aout
,
S. A. R. fit jouer
la Mine qui eut l'effetqu'on
enavoitattendu. Ellerenversala
terre dans le fossé ; & fit
une ouverture du tiers de la
face de la demy-lune. Le 10.
Monsieur le Duc de Chartres
rendit compte au Roy de
l'attaque de ce Fort, & ille
fit avec tant de presence d'esprit,
queSaMajesté conceut
de grandes esperances de ce
jeune Prince, & en fit pa*
roiftre beaucoup de joye.
Je vous envoye un Epithalame
dont vous aimerez
le stile. Il a tout ce qu'on :
peut souhaiter dans un ouvrage
de cette nature. Je ne
puis vous dire pour qui il a
esté fait. Tout ce que marque
le Memoire qu'on m'en don-
.ne.,c'cft que l'Auteur a tresbien
rencontré dans les Portraits
desInteressez; que l'Astre
qui paroist à la fin estun
des premiers & des plus célebres
Conseillers d'Etat, &
que Licidas & Amarante en
relevent
,
l'un en qualité de
Juge, & l'autre en qualité
de Vassale.
EPITHALAME.
Out aussi-tot que le monde fut
né
D'un peu bien loin je tire mon
exorde,
Lecteur impatient, vous esses étonné,
Point dje 'cahagbrino, drands unem.oment
Aussi-tost donc que le mondefut né,
De par l'Amour un ordrefut donné
Dans tair,sur la terre,surl'onde,
Enfin dans tous les coins & les recoins
du monde,
Qe tous Coeurspresens
,
à venir,
Eussent à se ranger sous son obeissance,
ÍlI/trnetles froideursmenaçant eU
punir
Tous ceux quiparfierté,mépris M
négligence
oseroienty contrevenir.
Les autresDieuxs'en ojfenfierint>
ContrerAmQur ilscabalerent.
Mars, Minerve, Bacchus, chacun
fit son party,
jMaisenfin eux-mesmes cederent,
Tous en eurent le démenty.
Voilà l'Amour déclaréMaistre
De tous les coeurs de l'Univers.
En vray Tyran ilsefaitreconnoitre,
On n'entend plusparler que defeux,
que de fers.
Les Coeurs en prennent l'épouvante,
iln'enest pas un qui ne tente
pessefiouft-raire aux rigueurs deses
Loix
,
Mais leur effort efi inutile,
il les cherche par tout, il courtde
VilleenVille,
En vain s'enfuit-on dans les bois.
C'estlà que fin pouvoir éclate dA.
vantage , Mainte Bergere aucrarsauvage
Là dépouillantsacruauté,
Ecoute son Berger à la commodité
Etdugazon&de l'ombrage.
Conclusion; l'Amour,helas !
Sur tous les Coeursétablitson empire,
Nuldepuis ne s'en put dedire.
Siquelqu'un avoit deune s'y jommettre
poesy
fessoit le coeur de Licidas.
Licidas, on lesçait, déssaplus tendre
enfance
Contre l'Amourmit fin coeur en
défense
, Et voulant fie le voirfournis
J>)iïaux divinesLoix de Themis,
Son coeurà toute autre rebelle,
A laseule Themis parut toujoursfielelle.
Aussi-tostqu'ilentendsa voix
3 A toute autre il ferme l'oreille.
En vain dans nos Maisons
,
dans
nos champs,dans nos bois
L'affreuseDiscorde reveille
De chimeriques droits
, Licidasprend la balance & lepoids
Ilpese ) tout d'une mainéquitable.
L'interest vainement veutpeser quelquefois;
Point d'interest
, pas pour un
Diable,
Ilsçait trop ce qu'ilapromis
A Themis.
Cependant malgrésa promesse,
L'Amour (sauf tous les droits de la
jufieDécjfe )
Pretend
Pretend au coeur de Licidss.
ilyfait quelque tentative >
Mais le timidecoeurs'esquive
Derriere Barthole & Cujas.
VAmdur le laisse
,
il ne le pressi pas.
J^uoy qu'il en aitjuré la perte
Il ne veut pas le prendre à force
ouverte; Ils'ecarte
, ou dumoins il en fuit
le semblant,
EtIAijJê enpaix ce coeur tremblant.
Vans quelque temps Licidasserasseure
,
Et lorsqu'ilse croit bien r:miJ,
Ilpartpour ce Hameau par ordre de
Themis.
Iltientsa liberté bien seure,
Ilpart, CAmouren ale vent. Ilprendaussi-tostle devant,
Et vient tout droit chez, Amarante.
Amarante, autre indifferente.
Elle est l'honneur de ce Hameau,
Sonslingell est le plus pur, leplus
beau,
De nos Beautez, elleest la pluscharmante;
Maisfin coeur tout entier auxsoins
deson Troupeau, N'avoit pas de l'Amour receu la
moindre atteinte.
NosBergerssansl'aimern'ontjamais
pu la voir,
Ils l'aimoient tous ,
& l'aimoient
sans espoir
S'ilssoupiroient ce n'estoit qu'avec
crainte;
Mais attendez,vous allez, voir beau
jeu.
L'Amour (je l'ay dit depuis peu)
Devance Licidas é71 vient tout droit
chezelle,
Adroitement s'introduitdans son
coeur>
En chllffi toute la froideur
,
Ysubstituë uneflamme nouvelle,
Il s'en asseure enfin, dr passe dans
ses yeux, Commodement s'y metensentinelle,
Licidas cependant arrive dans ces
lieux,
Ilparoist devant nostre Belle,
Laisse échaper un regard curieux.
L'Amour ne demande pas mieux,
Deceregard ilsuit la trace , Il entre à la sourdine aN coeur de
Licidas
, (glace ;
Dans un moment en fond toute la
Regards reïterez,soupirs ,
tendres
helas,
Des deux costezne manquentpas.
.2.uOJji-tost ! 1* wifon. vousme
la donnez bonne,
froment> c'est bien là qu'on rii.
sonne.
Lors que l'Amour assiege un coeur,
Ouylorsqu'ill'assiege enpersonne
Le plutost qu'il se rend, c'ejl mafoy
le meilleur.
Toutfranc,l'Amourest un terrible
Sire.
De nos deux coeurs de marbre il fait
deux coeurs de cire,
Lesfaitbrûler d'une si vive ardeur
,
G)ue l'on alloit voirfondre & l'un
&l'autre coeur,
Sans lesecours de l'Himenée
,
Jdui nepouvantsouffrir que Coeurs - brûlentenvain,
Voulut de al deux eOEttrs unir la destinée.
L'Amour approuve ce defftin,
Il consent qu'Hymen les unisse.
cf(!Je dis-je!ily consentsi bien
Ouil veut luy-mesmeen serrerle
lien,
Il jure, ér veut ry tout perisse
Pluiôfï eue ces chastes Amours.
L'Amour uc ditpasvray toujours;
Mais dans le cas, verité toute pure-
I'aytrouvé dans un examen
Quel'Amour n'estjamais parjure
Quandils'accorde avec l'Hymen,
Ilssont d'accord, je viens de vous
le dire.
Vit-on jamais deux Amans plus
heureux? [pour eux.
L'Amour, rHymen, tout conspire
Ouy,pour vous,Amans,tout conspire.
Vn Astre chery du Soleil
Pour avoir beaucoup de lumiere.,
J^uil appelle dansson ConseiL
Lors qu'ilcommence sa carriere;
YJJ Astre
,
dis-je
,
quisur nous
Presideavec pleine puissance,
J^UÎ loin de nos Hameauxdétournant
l'Ρ;clr¡;vnce
Du Ciel quelquefois en couroux, Fait de nostre Climat, le Climat le
plus doux,
Versesur voç Amours une heureuse
influence,
Vivez, vivt'{, heureux Amansy
rivez, que par des noeudssi forts
C7 si charmans ,
L'Amour dans tous les coeurs confirmesa
puissance.
Profitezdeses doux momens,
Faitesvoir qu'iln'est passi tyran
qu'on ieienfe
Et que le plus leger de ses plaisirs
balance
Le plus rude deses tourmens.
Messire Jean de Heiss, Seigneur
de Kogenheim ,Resident
en la Cour de France
pour Mrl'Electeur Palatin,
est mort icy depuis peu de
temps. Il a fait un Traité de
l'Empires,où il remarque avec
beaucoup d'exactitude toutes
les ceremonies qui se font
à l'Election d'un Empereur,
& tous les droits des Ele.
cteurs &des Princes d'Allemagne.
Joubliay le mois passé à
vous parler de la mort de
MessirePierre le Févre, Seigneur
dela Faluere,arrivée à
Tours le to. de Juillet. Il
estoit Chanoine de l'Eglise
de S. Martin de la mesme
Ville depuis prés de trente
ans , & Conseiller honoraire
au Grand Conseil, où pendant
vingt ans il s'estoit attiré
l'estime de tout ce Corps,
& la confiance des Parties par
sa grande penetration jointe
à une grande intégrité. Aussi
fut-il extremement regreté
de toute cette auguste Compagnie,
qu'il ne quitta que
pour consacrer le reste de sa
vie à la pricre auprés du tombeau
de S. Martin, si renorn"
mé autrefois qu'on y venoit
en foule de toute la terre. Le
Roy, que sa pieté y conduisite
en j-65o-y futreceu,& prit
la placed'Abbé & de Chanoine,
àl'exemple defes Prédecesseurs.
Ce Prince estant
Majeury retourna en 1652. &
prêta le fermentaccoûtumé
en cette qualité. Ce que l'on
publie de beaucoup de Saints
qui ont finy leurs jours dans
le mesme endroit, put facilement
inspirer. un dessein
semblable à Mr l'Abbé de
la Faluetc. Jamais on ne vit
une residence plus accomplie
que celle qu'il y a faite.
Il a donné à sa mort des marques
du zele qu'ilavoit pour
un si saint lieu, en laissant
dequoy embellir les Autels
qui sont autour du tombeau
de S Martin. Tout le monde
le regrete à Tours. Les Familles
trouvoienten luy l'Arbitre
de leurs differends, les
Pauvres un Pere, les Mai-
[cns Religieuses un Protecteur,
l'Eglise de S. Martin
un fidelle Ministre&unrare
exemple de vertu. Il estoit
aussi Prevost de Miley
,
&
Frere aisné de Messire René
le Févre de la Faluere, PreÍÏJ.
dent en la quatriéme Chambre
des Enqueftes du Parlement
de Paris, & aujourd'huy
premier President au
Parlement de Bretagne, &
deM de la Faluere, Doyen
des Conseillers de ce mesme
Parlement. La Famille de la
Faluere porte de gueuleatrois
bandes d'or. Ellea donné plusieurs
Conseillers aux Parlemens
de Paris & de Bretagne.
Messire Henry de Refuge
est mort au ifi des le mois
passe.Il avoit elle rcccu Conseillerau
Parlement de Paris le
17 Juillet 1614. & estoit Conseiller
honoraire en la GrandChambre.
Vous pouvez par
là juger de son âge. Il possedoit
les Abbayes de Morigny
& de S, Cibar d'Angousesme.
L'ancienne Famille de
Refuge, originaire de Bretagne,
dans l'Evesché de Leon,
porte d'argent à deux faces de
gueules à deux Givres de Sinople
posez en pal
, afontez &
brochants surletout. Alain de
Refuge, S' de Menehey, épousaThicphaine
duChastel,
Soeur du grand Tanneguy du
Chastel,dont vint Gauvain
de Refuge, qui fit son testament
en 1388. Son Fils Jean
deRefuge fut Gouverneur - <fAft en Piedmont, & Chancelier
du Duc d'Orleans.
Raoul de Refuge fut Echanson
& Maistre d'Hostel du
Roy Loüis XII. Pierre de
Refuge fut Chanoine en l'Eglise
de Paris, &President
aux Enquestes du Parlement
fous - François I. -M le Marquis
de Refuge, fort intelligent
en la connoissance de
l'Histoire,est de cette Fa,
mille, qui a donné plusieurs
personnes considerables dans
l'Epée & dans la Robe, &
qui est alliée aux Allegrain,
d'Elbene, Prevost deS.Cyr,
Choart de Buzenval,Believre,
Hennequin, Grangier de Liverdis
)
Berziau
, & autres.
J'ay encore à vous parler
de la mort de Dame Marie de
Harlus de Vertilly
, Dame
d'Orme, Femme de Messire
Loüis de Picot, Vicomte de
Dampierre, morte le 9. du
dernier mois en son Chasteau
d'Orme. Elle avoit des qualitez
cres-considerables
,
le
coeur bien fait, & une grandeur
d'ame qui a éclaté en
plusieurs rencontres avec
beaucoup de gloirepourelle,
lèloft les différentes situations
où Mr de Dampierre son
Mary s'est veu. en France, en
Allemagne, en Hongrie, & à
Constantinople. Elle estoit
de l'ancienneFamilledeHarlus
en Valois,quiported'azur
à trois Aigles volans d'or, deux
& un. Les Barons deGi-vraye
font de la mesme Famille. Feu
MrdeVertilly son Pere ,
laissa
huit Filles, remarquables toutes
par leur beauté. Madame
de Dampierre n'avoit que
trente-huit ans quand elleest
morte. Les autres font Madame
de Fonvannes, & Madame
d'Yverny. Ce font les
feules qui soient restéesdans
le monde. Elles ont pour
Freres Mr le Comte de Harlus,
Mestre de Camp de Cavalerie,
Mr le Chevalier de
Harlus de Verrilly)Major
du Regiment du Roy, & Mr
l'Abbéde Harlus, Chanoine
de Verdun. Cette Famille,
quiapossedéautrefois la Sirerie
de Cramailles, premiere
Baronnie de Valois, s'allia
fous le reerne de Loüis X I.
avec l'ancienne Famille des
le Pere en Valois, Seigneurs
de la Grand' Maison
, Cramailles,
S. Marc, Leau, &
autres lieux, dont font venus
les Averdet de la Chaize, &
Chippard, Seigneurs de la
Grand' Maison, & Vicomtes
de Cramailles en Valois. Elle
est encore alliée à celles d'Aunay,
d'Argillieres,deBourg,
&de Menisson Sainte-Maure.
Quant à la Maison de Picoc.,
Vicomtes de Dampierre
,
elle porte d'or au Chevron
d'azur, accompagné de trois fallots
de mefyncy a/lunzez de vutules
au chefde gueules. Loüis
Picot, Vicomte de Ronnay,
Baron de Dampierre 3c de
Sompuis en Champagne, fut
receu Conseiller au Parlement
de Paris en 1497. &
depuis il fut premier President
en la Cour des Aides.
Il mourut en 1540.aprésavoir
épousé Catherine Picart, de
l'ancienne Famille des le Picart
à Paris, de la branche
de la Grange Nevelon. C'est
d'eux que descendent les Picot
?
Seigneurs d'Amboise
3,
Santeny, Dampierre, Azonville,&
S.Leger. JeanPicot
estoit President aux Enquestes
du Parlement de Paris ,8c
mourut en 1565.Les le Picot
font alliez aux Bourdin, de
Marle,de Larche, de Chaumont,
de Dauray ,
Baillot,
Quinot,&autres.
Il est arrivé depuis peu de
Surate, Coste de CoromandeI,
Bengale,& Siam, plusieurs
Vaisseaux pour la Compagnie
des Indes Orientales
de France. J'ayaccoutuméde
vous en envoyer la Cargaison
depuis quelques années.
Voicy celle des Vaisseaux
dont je viens de vous
parler. Mrs les Directeurs de
la Compagnie vendront toutes
ces Marchandises dans te
Ville deRoüen, le19. Octobre
prochain. Les Magazins
feront ouverts, & les
Marchandises exposées aux
Marchands, depuis le 14. du
mesme mois d'Octobre jusquesau
19. inclusivement.
SÇAVOIR,
32600 livres de Poivre.
21250liv. de Cauris.
11350 liv.de Caffé.
80000 liv. Bois de Sapan.
100 liv. Bois de Chine.
6JOO liv. d'Indigo.
ijoo liv. de Boras en pierre.
1460 liv. Gomme-gutte.
~3 liv. Chcron.
120 liv. de Benjoin.
500 liv. Thé de Chine.
Cjoo liv. Dents d'Elephans,
en 2 71. pieces.
41 Barces de Camphre.
480 Onces de Mure du
Tunquin.
2400 Peaux de Rets.
1700 livres de Soyeescruë.
10000 livdeSoyedeBengalle.
6000 liv. de Soye de Chine.
1000 Pieces Armofins diverses
couleurs.
tooo Ps dits à carreaux.
116Ps Satins blancs de
Chine.
900 Ps Satins Cottonis.
- z,go Ps Satins Calquers.
2.5?o Ps Taffetas Calquers.
97 Ps .A».celas rayez.
8, Ps dittoàfleurs d'or.
120 Ps Quinkas.
160 Ps Chaquelas.
600 Ps Soucis.
ijo Ps Guingans.
2400 Ps Nillaës.
85 Couvertures de Satin
picquées.
270 Ps Toilles picquées de
Soye.
1000 Ps Mouchoirs de
Soye.
24200 Ps Doutys blancs divers.
320 Ps Baffetasblancs étroits.
30500 Ps Salempouris blancs
2700 PsGuinées blanches.
400 Ps Betilles Chavonis.
2000 Ps Betilles tarnatanes.
1000 Ps ditto de 16. aunes.
960 Ps ditto de20. aunes.
1388 Ps Mallemolle.
600 Ps Casses Bengalle.
600 Ps Doria.
280 Ps Tangers.
800 Ps Amans.
1400 Ps Sanas.
400 Ps dictes de Montepour.
1000 Ps Percalles.
1200 Ps Mauris.
8900 PsCoutelines diverses.
Porcelaines diverses.
I. Cabinet de la Chine.
Différentes étoffes ($f autres
Marchandises de la Chine,dont
l'on n'apointencore les factures.
Je vous envoye aussi un
estat de ce qui elt arrivé en
Hollande sur onze Vaisseaux
de cette Republique. Cela
vous paroistrabeaucou p , mais c'etf peu pour un Etat
dont toute la richesseest
dans le Commerce. Le retour
de la Flote Hollandoise
a souvent valu douze millions
de livres à l'Etat, mais
le Commerce y diminuë tous
les jours , & les Marchandises
apportées par ces derniers
Vaisseaux ne montent à guere
plus de trois millions de
livres.
CARGA GENERALE
de onze- Navires de retour
des Indes Orientales, partis
de Batavia le I. Décembre
16g7. v quelques autres de
Ceylan le 22. Janvier 1683.
300000 liv. Cloux de Giroffle.
258000 liv. Noix Muscades.
91477 liv. Macis.
512000 liv. Canelle.
2116800 liv.Salpestre.
13350 liv. Noix confites.
138105 liv. Estainde Siam.
114913 liv. Indigo Lauro.
308375 liv. Bois de Sapan de
Siam.
2S1600 liv. Bois de Sappan
de Bimaes.
32000.liv. Bois d'Ebeine.
45814 Bois de Caleatours.
12384liv. Cartamom. -
102982.liv. dt Cauris.
691liv. Cocque huile
de Canelle.
15498 liv. Aloës.
zOûï liv. Cire à cacheter.
757liv Benjuyn.
47SJliy. Borax.
192liv. Onces Ambre
gris.
134 liv. Catti muse de
Tonquin.
5 liv. Perles à piler.
5 1.Semences de perles.
25300 liv. Sucre en poudre.
67733liv. Catti
,
Soye de
Chine.
33315liv. Soye de Bengale.
7587liv.Fil de Florec.
zono liv, Fil de cotton.
7898 ps. Armofins.
48 ps.Etoffe de soye de
differentes couleurs.
770 ps. Pelins blancs de laChinefigurez.
2354 ps. Pelins à fleur de
Tonquin.
4in ps. Dito unies.
400 ps. Gilams blanc
grands.
300 ps. Dito commune
fort grands.
1800 Dito petits.
2151ps.Pansies blanc de
laChine.
Ill' ps. Dito blancs petits.
233 ps. Mangatys figu,
rez. -
3000 ps. Hockies deTon-
- quin.
900 ps. Siourons.
23 ps. Habits & étofses
d'or de Suratte
pour montre.
2000 ps. Lymenias,
2000 ps. Golgas.
1400 ps. Tassa de Foula.
103,0 ps. Chits de Patena.
15620 ps.Chits peints de
diverses sortes.
85020 ps. Toiles de Guinée.
40800 ps. Salampouris de
diverses sortes.
7S40 ps. Parcallen.
1400 ps. Mouris blanche.
800 ps. Dito rouge.
100 ps Hamans.
100 ps. Sanen.
100 ps. Oniaeis.
19 -Ps A bbarices.
~17ps. Alegias de Bengale.
367 ps. Mabette Banys
Bengale.
5840 ps.B»ifcas de diverses
sortes.
960 ps. Cambayen.
980 ps. Cambaye ou Jupes
de Femme.
755 ps. Robes de nuit &
Cambayc.
1100 ps. Garras.
3440 ps. Caetchies lages.
32.80 ps. Caetch ics de
Pieremoenemolan.
1440 ps. Dongrys
880 ps.IKendanDoepetys.
1750 PSI Mouchoirs de
diverses fortes.
irico ps. Corroots.
8080 ps.Bherms.
10040 ps. Niquanias.
6000 ps. Siadder Borael.
2400 ps. Tapekankenias.
1600 ps. Kannekyns.
8600 ps. Toile à Voile de
diverses fortes.
7200 ps. Habits d'Esclaves.
600 ps.Fotas de Bengale. 1o Nota5lir.
Il y a des gens qui imagi..
nent agréablement
)
& qui
ont un talent particulier à
peindre les choses dont ils
entreprennent de nous donner
des idées. C'estce qu'a
fait fort heureureufement
l'Auteur du Dialogue que
vous allez lire.
VOYAGE SUR LA MER
d'Amour.
DIALOGUE.
A DAMETAS H! mon cher Corydon,
vous voilà enfin
de retour;vostre longue
absencenous a fait beaucoup,
souffrir. Nous craignions de
ne vous revoir jamais. Venez
que je vous embrasse.
Alexis.
En verité, vous n'aimez
guere vos Amis, puis que
vous avez pu lesabandonner
aussi longtemps que vous
avez fait.
CORYDON.
Ne croyez pas que je vous
aye oubliez un feulmoment.
Vous estes ceux de mes Amis
que j'aime le plus. J'ay regretémille
fois le terre s qui
.m'c privoit de vos agreables
entretiens,maisj'estois embarqué
sur la Mer d'Amour
ojà les rempestes & les orages
m'ont si fort tourmenté, que
sans les soins officieux, du
Desabusement
,
je croy que
e n'en ferois jamais forty.
DAMETAS.
Il y a toujours des ames
genereuses qui nous tirent
des mauvais pas où la jeureste
nous a poussez; tuais,
mon cher Corydon, qui ne
s'intersseroit pas a vous servir?
Vousellesle Fils de celuy
qui gouverne nos Hameaux
; sa reputation s 'est
répandue jusquesaux rivages
de la Mer d'Amour, &
comme vous estes son image,
que vous avez ses vertus, ses
ralens& ses bonnes qualitez,
je m'étonneque le seul Desabusement
se foit empresseà
vous secourir.
CORYDON.
C'est à luy
,
Dametas, que
j'ay la principale obligation
de mon salut; mais à
la verité quelques autres y
ont contribué, & je puis
dire que l'Inégalitéd'humeur
( car ily a encore l'inégalité
de condition) ayant
sollicité l'Indifference, &
celle-cy le Dépit,enfin la
Raison estant survenuë, elles
ont tourcscontribué à me
donner pour Protecteur le
Desabusement? à la faveur
duquel je me fuis mis dans
l'Esquis de l'Absence, &
montant le long du fleuve de
l'Oubly
>
je me fuis enfia
trouvé au Port de l'entierc
Liberté.
ALEXIS.
Ce que vous nous dites,
Corydon, demande un plus
ample éclaircissement, &
vous nous ferez un plaisir extrême,
si vous voulez prendre
la peine de nous le donner.
CORYDON.
Pourrois- je refuser à mes
Amis la chose mesme la plus
difficile? Mais pour satisfaire
vos desirs, il faut vous dire
ce que c'est que la Merd'Amour
, comment on s'y embarque,
les perils qu'on y
rencontre,& les offices que
le Desabusement m'a rendus
pour m'en faire forrir. Lors
qu'on s'approche des rivages
de cette Mer, les objets des
choses inanimées )aulIi-bien
que les Graces , vous invitent
à vous y embarquer.
L'eau paroist belle, & transparente,
les Zephirs y font
respirer uz air doux, & la
tranquillité semble y devoir
regner éternellement. Les
Tritons, les Nereides, les
Nyrnphes) & mille petits
Amours viennent en foule
vous faire un accueil honneste
qui vous engage insensiblementà
la Navigation.
J'estois il y a trois ans le
Garde fidelle des troupeaux
de Palemon, mon Pere. La
passion que j'avois de les rendre
gras, me portoit quelquefois
à les conduire dans
despasxturages éloignez, d'où
je ne revends qu'a prés une
longue absence. Les Bergers
qui m'accompagnoient?
alloient prendre de temps en
temps les provisions dont
j'avois besoin, & en luy portant
des nouvelles de ma lanté,
ils l'instruisoient de mes
foins à élever ses Troupeaux.
Un jour que j'avois pris la
route d'une montagne couverre
de grand s arbres toufus
& verdoyans, sur laquelle
je n'avois jamais esté,j'apperceus
un Loup qui emportoit
une Brebis du cossé de
la Plaine où j'estois. Un Berger
grand & bien-fait le
poursuivoit avec ses chiens,
& s'interessoit à la ravoir;
je courus au Loup, & je fus
assez heureux pour neluy pas
laisser enlever sa proye.Je
luy tiray une flèche qui luy.
estant entrée dans le coeur,
le fit tomber mort. Le Berger àqui j'avois rendu ce bon
officem'en remercia avec des
transportsqui me firent voir
que je l'avois exrremément
obligé. Ilme dit que la Brebis
appàrtenoità la Nymphe
de l'Engagement, qu'il estoit
le Berger Occasion, & qu'il
me conjuroit de prendre le
party de passer la montagne
avec mes Troupeaux; qu'au
delà je verrois une Plaine
spacieuse parseméedefleurs,
dont l'herbe odoriserante engraissoit
le bestail en peu de
tem ps;qu'elle estoit le séjour
des Nymphes,&le plus beau
qui fust dans le monde. Il
ajoûta tant de choses, & me
pressa de si bonne grace , que
mabandonant à sa conduite
je fis prendre à mes Troupeaux
le chemin de la Forest.
Lors que je fus
au milieu de
la montagne, je rencontray
un Berger nommé la Repugnance
J'lui me fit repentir
de la legereté que j'avois euë
a suivre l'Occasion ;mais le
Berger de la Curiosité estant
survenu,me fitmépriserles
avis de celuy-là, & je poursuivis
ma route. J'estois déja
bien avant sur le sommet de
la montagne, & je commençois
mesme à descendre du
costé du sé jour desNymphes,
qnand je sentis que je respirois
un air tout différent de
celuy demanaissance. Estant
dans la Plaine, je vis plusieurs
Nymphes? les unes vestuës
modestement n'ayant que des
habits de couleur brune, mais
fort propres ,& qui voulant
affecter de paroistre dans une
grande retenuë }& dans une
austere vertu , ne laissoient
pourtant pas de donner à des
Bergers des marques secrettes
d'une coqueterie achevée;les
autres estoient libres, carressant
indifféremment tout
le monde. Celles-cy dansoient,
celles-là avoient des
entretiens particuliers; quelques-
unespassoient le temps
à chanrer
,
d'autres à joüer
desInstrumens ; enfinc'estoit
une espece de cahos, où la
confusion charmante en apparence
,renversoit mon esprit,&
luy déroboit la liberté
d'un discernement raisonnable
qu'il auroit voulu faire
sur ce qu'il voyoit. Mon habit
estoit d'une toile de fin
lin de coton, garny sur toutes
les coutures, de quantité
de noeuds de petits rubans
couleur de cerise, & bleu
mourant entremeslez. Ma
suite,& mes Troupeaux estoient
en grand nombre , &
sur ces apparences on me
crut un Berger de merite,
& de distinction. L'Occasion
me presenta aux Nymphes,
& le Berger Hazard
-
qui ta toujours fort officieux,
me rendit ses services
avec beaucoup d'assiduité &
d'affection. Il me dit qu'il
se mêloit presque toujours
du choix qu'un Berger devoit
faire d'une Nymphe,&il fit
tomber le mien sur Angelique.
Elle a la taille aisée &
assez belle; elleest noire comme
celles qui ont esté toute
leur vie exposéesaux ardeurs
du Soleil. Elle a l'humeur
enjoüée
)
& coquette ;un
certain mouvement de teste
qu'elle fait en parlant, ne
luy donnant pas toute la grace
qu'elle auroit sanscela, ne
luyoste pas aussi un petit
agrément que l'on y trouve
pour peu qu'on s'y foit accoûtumé.
Elle prévient les
gens par honnesteté,maiselle
est tellement entestée des
grandeurs, que si elle écoute
quelques Bergers,ce ne sont
que ceux qui peuvent contribuer
à son divertissement.
Elle eut pour moy de fort
grands égards, & mes aifiduitez
à luyoffrir mes services,
gagnerent son amitié.
Aprés t)cela on ne vit dans la
plaine que des parties deChasse,
deDanses, deFestins,de
Concerrs&de tousles plai firs
que l'Amour peut inspirer.
J'estois venu bien muny d'argent,
& la dépense que je
faisois plaisoit à la Nymphe,
Ce fut alors que nous montâmes
sur la Mer d'Amour.
Elle renferme quatre Isles.
Nous découvrismes d'abord
celle de l'Indifference,&nous
la costoyâmes fins. y entrer.
Nous vismes ensuite celle des
Plaisirs, où nous mismes pied
à terre. J'y passay les premiers
jours de la maniere du
monde la plus agreable. Ce
ne furent que protestations
reiterées du plus tendre amour.
Angelique m'assuroit
que
que son coeur estoit à moy
Elle se plaisoit à me le dire
àtoute heure, & ses caresses
continuelles me donnoient
lieu deme croire leplus heureux
de tous les Bergers. De
Tlfle des Plaisirs nous voguâmes
vers celle de l'Inquietude,&
je mapperceus presque
aussi-tost que ceux qui la viennent
habiter, ressentent l'effet
du nom qu'elle porte. J'y fus
agité de diversespassions,
toutes causées par l'amour.
Tantost je me figuroisque la
belle Nymphe ne me feroit
pas toûjours fidelle,& c'estoit
un juste pressentiment de ce
qui estoit prest de m'arriver.
Tantost je disois qu'elle auroit
peine à quitrer la Mer
d'Amour pour me suivre
dans nos Hameaux.Quelquefois
considerant combien les
grandeurs avoient de charmes
pour elle, je ne pouvois
croire qu'elle consentist à se
renfermer dans une petite
contrée pour y finir ses jours
avec moy. D'autres objets,
d'autres mouvemens) &d'autres
pensées vinrent m'accabler
ensuite
,
& me traverser
l'esprit. J'estoisrêveur, jene
dormois plus, & à peine pou*
vois - je prendre quelque
nourriture. Nous fortismes
de cette Isle
, & en passant
par le Détroit de l'Attachement
,
l'eau de la Mer
se troubla. Alors Angelique
ne fut plus la mesme.Je luy
remarquay de l'indifference,
& ses manieres me firent connoistre
qu'elle avoit banny
de son souvenir toutes les
promesses qu'elle m'avoit
faites. Un Pilote, nommé la
Vanité, avoit eul'adresse de
luy parler en secret, & de luy
dire que nous allions aborderdans
Tlfle des Grandeurs,
où le Dieu Pan étendoit son
Empire sur les hommes,
comme sur les animaux. Il la
prevint sur toutes les choses
qui pouvoient l'en dégoûter,
& luy avoüa qu'il estoit
mal fait, laid de virage,
petit & boiteux; qu'il avoit
les yeux bordez d'un rouge
pourpré,& que ses cheveux
estoient droits & longs,
mais il l'assura en mesme
temps, que quoy qu'ilfust
extremementserieux, il estoit
passionné pour les Nymphes,
& qu'il ne manqueroit pas de
l'aimer en la voyant, parce
qu'il aimoit sans se mettre en
peine d'approfondir le merite.
L'esperance du haut rang
où elle devoit monter si elle
estoit Maistresse d'un Dieu,
luy fit concevoirdumépris
pour moy. Nous entrâmes
dans le Port de l'Isle
,
où Pan
qui se promenoit ordinairement
sur le rivage, receut
Angelique avec une froideur
digne de sa grotesque Divinité.
Je ne pus m'empescher
de sourire en le voyant; il s'en
apperceut & par un branlement
de teste
,
il en marqua
son chagrin. Il presenta cependant
à la belle Nymphe
une mainveluë pour la conduire,
& après qu'il l'eut menée
en son Palais qui estoit
couvert de joncs marins,je
rencontray l'Inégalité qui me fitconnoistre celle qui estoit
entre Pan &moy ,
&entre
le mérité dont illuy plaisoit
de me flatter; & le procedé
condamnable de la Nymphe.
Elle memitensuite entre les
bras de l'Indifference, qui
m'apprità ne me point tourmenter
d'un changement qui
me dégageoitd'uneVolage,
& le Dépit s'estant empressé
à me rendre ses offices
,
je
suivis les conseils qu'il me
donna de la mépriser. Enfin
la Raison m'ayant fait remarquer
visiblement que cette
perside suivoit une Idole,
& qu'aux dépens de si gloire
& des sermens qu'elle m'avoit
faits ,ébloüie par de
fausses apparences ,
elle consentoit
à m'abandonner, moy
qui pouvois&la rendre heureuse,
& la faire Maistresse
d'une infinité de Troupeaux,
& d'un Hameauconsiderable,
le Desabusement survint qui
me fit resoudre à ne la revoir
jamais. Elle fut avertie de
mon dessein qui luy donna
de la confusion, & de la
douleur. Elleme fit rappcller
secretement,&fit ses efforts
pour me faire croire que j'aurois
toûjours place dans son
coeur; mais voulant se conserver
le nom de Déesse,elle
me laissa aller
>
& je montay
sur l'efquifde l'Absence pour
me sauver par le Fleuve de
l'Oubly qui aboutit en ce
lieu-là à Tlfle des Grandeurs.
Je ne m'arreste point à vous
dire que j'appris du Desabusement
qu'elle estoit la plus
coquette de toutes les Nymphes
; mais vous fçaurez que
sa malice me suscita de rudes
tempestes ; qu'elle obligeale
Dieu Pan à faire mourir la
plus grande partie de mes
Troupeaux, & que j'ay eu
des peines qu'on ne sçauroit
exprimer à trouver le port de
la Liberté. Enfin le Desabusement
m'en a fait venir à bout,
& je fuis arrivé auprès de
vous, mes chers Amis, après
trois ans d'absence,fortresolu
de fuir à jamais la rencontre
de l'Occasions & de ne plus
m'embarquer sur la Mer d'Amour.
ALEXIS.
Je fuis d'avis, Corydon,
que pour éviter un malheur
semblable nous fassions dresser
une Piramide au milieu de
la Plaine, afin d'avertir nos
Bergers de s'éloigner de l'Occasion
quivous a renduun si
dangereux service.
DAMETAS.
Etmoy
,
je me charge d'y
faire graver ces Vers qu'ils ne
pourront lire sans songer plus
d'une fois à la resolution
qu'ils voudroient prendre de
quitter nos Hameaux.
si l'Occasionse presente
Pourte conduire en deslieux inconnus
, Fais par tes voeux soumis que les
Dieuxprévenus
Rompent le charme qui t'enchante
;
JVui suit t'occ.l/ion sur la Mer de
l'Amour
Ne îf-luroitavoir un beaujour.
Les Amans font bien à
plaindre, ils ne font jamais
contens. L'Infidelité fait
souffrir les uns, & il en est
d'autres que l'Indifference
accable.C'est ce que vous
connoistrez en lisant les Vers
de l'Air nouveau que je vous
envoye.
AIR NOUVEAU. Dlvn oeiiindiferentvousvoyey
ma langueur.
Helas ! est-ce le prix de mon amour
fidelle?
Jj)ui ne croiroit, Iris, en vous
voyant si belle,
J>hte la pitié, que la douceur
Regnent dans vostre coeur?
Cet Air est de Mr de Bacilly?
qui vient de nous donner
un secondLivre de ses
Airs spirituels. Il y a déjà
deux mois que le premiera
paru,&je vous en ay parlé
dans ma Lettre de Juillet.
Cette édition est beaucoup
plus ample & plus correcte,
que celle qui avoit esté déja
faite de ces mesmes Airs,
comme on le peut voir par
Avis qu'on trouvera à la fin,
avec une Table des changemens
& desaugmentations
iointe à la graveure, qui est
bien plus fine; de forte que
cet Ouvrageest presentement
dans uneperfection toute autre
qu'on ne l'avoit veu jusques
icy. Il se debite chez le
Sr Guerout,Libraire au Palais,
ainsi que l'Art de chanter
du mesme Auteur, & tous les
*
auttres Livres de sa composition,
qui font au nombre de
vingt, tous differens, avec les
Airs de MrLambert
, gravez
par Richer.
Je vous ay marqué dans
maLettre du mois de Mars,
qu'un Gentilhomme, trèsbon
Médecin, s'estoit attaché
avec une forte application
à imiter les eaux de
Bourbon& de Vichy, dont
les vertus salutaires ont esté
connuës depuis si longtemps
par l'heureux secours qu'en
ont tiré un nombre infiny
degens dans des maladies de
toute nature. Ce Gentilhomme
s'appelle Mr de Rhodes.
Comme tous ceux qui ont
besoin de ces eaux,n'en peuvent
pas aller boire sur les
lieux,les uns à cause de leurs
affaires, les autres, parce qu'-
ils craignent l'incommodité
d'un long voyage, ou qu'ils
ne peuvent en supporter la
dépense, il a cru qu'un remede
équivalent seroit d'une
grande utilité pour les Malades
qui ne pourroient aller,
ny à Bourbon, ny à Vichy;
ce qu'il conseille pourtant de
faire toujours, à moins qu'on
n'ait des raisons considerables
pour s'en dispenser. En
voulant imiter ces eaux, il
a examiné les principes qui
les composent, leurs effets,
leurs mouvemens,sur quelles
parties ,sur quelles humeur s
elles agissent
, & pourquelles
maladies elles font propres.
Aprés de longues reflexions,
& beaucoup de conferences
avec les Beuveurs,& plusieurs
sçavans Medecins, il areconnu
qu'en employant les mêmes
Metaux & les mesmes
Mineraux préparez artistement,
en separant les parties
superfluës ou nuisibles au
corps humain, & joignant
les aperitifs innocens avec
ce qui purge doucement, &c
ce qui fortifie, on pourroit
faire des eaux semblables à
celles de Vichy & de Bourbon,
& qui en auroient Icg
qualitez. C'estce que jevous
ay déjà dit qu'il a trouvé,
n'ayant épargné ny soins ny
travail pour les mettre dans
leurestat de perfection. On
a toujoursdela peine à ajoûter
foy aux choses nouvelles.
Cependant il en est beaucoup
que les anciens n'ont point
connuës, &quiestantaujourd'huy
bien confirmées, ont
commencé de lamesme forte.
Ce qu'il y a de confiant par
les diverses experiencts qui
ont estédéjafaitesdeceseaux
artificielles, c'est qu'elles ne
cedent point en vertu aux naturelles
,
&: qu'elles sont propres
pour les mesmes maladies)
en forte que beaucoup
de personnes qui en ont bu
le Printemps dernier, sont
encore resolues d'en boire
pendant l'Automne. On assure
que quelques-uns en ont
receu une guerisonparfaite
pourdes maladies inveteréés.,
dans lesquelles ils n'avoient
pu trouver de soulagement
par aucun autre remede.Voicy
les noms de plusieurs qui
ont eu la joye de s'enretourner
guéris, ou fort soulagez.
Ceux qui douteront de la
bonté de ces eaux, pourront
sçavoir d'eux l'effet qu'ils en
ontsenty.
Madame la Marquise de
Senofan en a pris la premiere,
dans le mois de Mars dernier,
Se s'en est trouvée fort (bula*
gée. Elle a fait aussi le voyage
de Bourbon pendant le Printemps
>
& n'a pas esté moins
conrente de celles deMrRhodes
que des naturelles.
Mademoiselle de Chemé
de-Fontanay
, Niece de Mt
l' Archevesque de Tours, qui
avoit des opilations de trois
ans, avec un commencement
d'hydropisie ,guerie,
Mr Troppet
>
Fils de feu
M le Lieutenant général de
Montbrison
, pour un Astme
invétéré
) £tiery.
Madame Trunel à l'Anticaille
, pour des Vapeurs des
plus noires les a prises deux fois,guerie.
Madame Recordon, de
Vienne,pour des vapeurs &
vertiges, & quelquefois des
convulsions , fort soulagée.
Madame Porroy, pour des
vapeurs & oppressions, euerie.
MrVillot,Hoste du Chapeau
rouge, gouteux,soula-
(Te.
Mademoiselle de S. Joire
les a prises pour la seconde
fois, pour des vertiges&mélancolies;
guerie.
MrBouilloud de la Roche
le Conseiller, pour un mal de
teste sans relâchedepuis deux
ans;guery.
Mademoiselle Berge la
Procureuse, de Vienne, pour
un Astme ancienguérie.
Le P. Henry, Correcteur
des Minimes de Lyon, pour
un mal de teste vertiges,
fluxions) maux & foiblesses
d'estomach
, ,'gueu.
Mademoiselle Aurat, pour
de cruelles vapeurs &mélancolies,
soulagé
M de Genevray, de
Diuphiné, pour des opprefsians,
rotet,e.
d'urine, resolu à la tailleJ,
guery.
Madame de Tamizier
,
de
Bourg, pour de grands
maux de teftc, guérie.
Mademoiselle de Porcet,
de Bourg, pour une grande
soiblesse d'estomach
,
douleurs,
oppressions
?
uneglande
au sein,gueriej ~&saglande
dissi-pée.
Mr Baret Banquier, pour
des maux destomach
,
indiJgciohonts,
ivUents cgontiénue.ls,
Madame Blauf laConseillere
, pour une colique &
des maux d'estomach alternatifs
, sans relâche l'un ou
l'autre, guerie.
Mademoiselle de Berule la
Cadette,fille deMr l'Intendant,
pour des maux d'yeux,
fluxions,fort soulagée.
Le Pere le Marchant, Provincial
des Celestins
, pour
une foiblesse d'estomach, flus
Diarrhoique, obstructions
depuis deux ans, guery.
Le P. Perouse, Celestin
Sacristain à Lyon, pour de
profondes obstructions, douleurs
de foye, des reins &
vapeurs,guery.
Mademoiselle
Mademoiselle Avillon,
ille de Mr Avillon Procueur
du Roy de l'Election,
qui avoit la voix éteinte depuis
long-temps, guerie.
Madame Saginay la Procureuse
du Roy, a pris de ces
Eaux trois fois pour des coliques,
maux de rate & deMere,
&toujoursavec soulagement.
Mr le Commandeurde
Sainte jay, de Dauphiné,cydevant
Receveur de Malthe
qui en a pris par deux fois, a
esté fort soulage. On en a
donnéaussi à quelques pauvres
Artisans, & ils les ont
buës avec beaucoup de succes.
J'ay encore à vous entretenir
d'eaux, où plûtost lesçavant
M1 Comiers vous en va
entretenir pour moy. Il me
suffit de vous le nommer pour
vous faire lire avec plaisir la
Lettre qui fuit. Cestuneréponse
qu'il fait à M" Bernier
touchant la conduite de la
Rivière d'Eure àVersailles,
A MADAME
DELA SABLIERE. vOicy, Madame, la féconde
Lettrequevous rere,
vez d'un Aveugle
) pour lequel
vous eustesily a deux ans
la bonté de solliciter afin de le
faire recevoir dans les Incurables.
Depuis un mois il loge en
payant, dans une des Maisons
du Roy, que SaintLoüissit bâtir
pour Quinze-vingtsAveugles.
J'yfuis, Madame,comme le Paralitique
prés de la Piscine, non
habeohominem, jen'ay per.
sonne qui parle pour moy , car
je pourroisesperer de la bonté
de Sa Majesté un Brevet
, pour
fftre receu Confrere dans cet
Hôpital Royal; ne pouvantplus
depuis la perte de ma a:euetravailler
de mes mains, à l'exemple
de S. Paul, pour n'estre a
chargeàpersonne. Ma passion
dominante m'a toujours portéà
sacrifier mes veilles
, mon bien
&ma vie à la recherche & au
soûtien de la vérité, lors qu'elle
a regardé les interests de l'Eglise,
ceux du Roy ou du Tubllc*
En -voicytin échantillon
,
qui
concerne la conduitequeSaMajejléjfait
fairedelaRjnjiere
d'Eurea Versailles. Les deux
proportions de Monsieur Ber,
nier publiéesdans le Mercure
deFévrier dernier;La premiers
que dans le Canal du Languedoc,
qui fait la communicanon
des deux Mers
,
il yen
avoit iln particulier de six à
septlieues de long de pur
niveau, où l'eau couloit- d'un
bout à l'autre sans aucune
pente, (^r la secondé , qu'il
neust pas esté besoin de se
mettre si fort en peine,comme
on a fait, de niveler, pour
faire venir la Riviere d'Eure
à Versailles, font très-contraires
aux loix de la Nature, à
l'usage & à l'experience de
tous les siecles ; il estoit néanmoins
a craindre
,
quesur le dire
de M. Bernier, homme de poids
& de merite quelquun ne tombastdans
l'erreur> ~& nentreprist
a sa ruine la conduite de l'eau
par des Canaux ou Aqueducs,
sans aucune pente.
Je me sens obligé de faire
part au public dans le Mercure
de dernier ,
de ma Lettre
écrite à M. Hardy
)
Seigneur
de Beaulieu
,
dans laquelle j'ay
démontré, que l'eau ne peut
couler d'un bout à l'autre d'un
Canal
,
sans aucune pente, ü
que le nivellement est d'une ne..
cessité absolue pour la conduite
des eaux. M. Bernier ne pùt
goûter mes démonstrations geometriques,
& pour appuier ses
deux propositions, il s'avisa de
les rendre éclatantes par vostre
illustre nom,Madame,envous
les dédiantpour étrennes dans le
Jornal des Sçavans du iC. Juin
dernier. Les véritables Sçavans
sont bien aises qu'il vous ait
choisepour arbitredenostre dif-:.
serend
,
puis querien n'échappe
à vostre pénétration d'esprit,&
que vous esses la Femmeforte
de lasainte Ecriture,&la Minerve
de nostre siecle. J'espere,
Madame
, que rvOUJ ne refuse-
'rez pas audience à un homme
qui a toutela (v:n.raûon /JQ.,flible,
pour Platon
) pour Socrate pourM.Bernier ,
,
mais encore
plus pour la ucrité.
Je reconnais
, que M. Bernier
parle bien
,
quand il dit dans
la page26. ligne24. du Journal
du 16.Juin}cpiz tout son esprit
estAsiatique
,
c'està dire, fin ~cat ; mais pour meservir
de ses propres termes ,je ne luy
celeray pas, qu'il parle encore
plusjuste
,
quand il dit dans la
page 28.ligne zy que la narure
ne fuit pas toûjours les raisonnemens.
J'ajouteray à ceaJ
quil nous obligerait d'expliquer
ce qu'llditdans la page 25. ligne
30. que la chauqqée du Reqervoir
soûtient le poids de plus
de douze cens mille muids
d'eau;car par quel privilege at-
il déchargé le fond du reservoir
de tout le poids de l'eau,
quilsoûtient ? Sa Philosophie
Agéométriquepourra-t-elle bien
déterminer la quantité du poids
que soutient la Chaussée, &
quelle épaisseur ou force on luy
doitdonner?
Venons à la queston. M.
Bernier a donné toute une autre
face à sa premiereLettre, pour
porter quelque remede palliatifà
l'erreur deses deux propositions.
Puisquil n'a pas ruou/use rendre
à laforce des démonstrations geometriques
de ma premiere Lettre,
je veux le payer en belle &
honne Phjpque
3
afin qu'àlavenir
il tienne pour axiome,
qu'un bon Mathématicien est
toujours & par tout tres-bon
Physicien; mais, qu'on ne peut
estre Physicien sans estre Geometre,
Astronome &Mathematicien,
puis qu'il est dit dans le
Chapitre IU de la Sagesse>cjue
Dieu a disposé toutes choses
en poids, nombre & mesure,
quisont les troisparties pures de
la Mathernatique ; car dans
l'Arithmétiquenousconsiderons
ta quantitédiscrete, dans la Geometrie
la quantitécontinuë &
enfin dans la Statique la quantité
de la puissance ou force du
poids, &seseffets dans la Nature
& dans toutes les Machines,
de quelquegenre qu'elles
soient.
Venonsau fait dont il eji
question. Voicy hs termes par
lesquels M.~Berners'explique
dans le Journal 'lesSçavants
du Lundy 16.Jwn IDSg. J'en
cotte les pages, & je distingue
cequ'ilditpar articles* afin d'y
répondre
de
mesme.
Dans lapage28. bgne 13. je
neveux pas, dit-il, oublier
une circonstance très considerable,
en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à la
conduite des eaux. Le fait
est, qu'entre le grand nombre
des différents Canaux,
qui font le Canal entier du
Languedoc
,
il y en a un de
six à sept lieuës de long, dans
lequel l'eau coule d'un bout
à l'autre de pur niveau sans
aucune pente. Or cela estant,
ajoute-t-il
,
il n'eust pas esté
besoin de se mettre tant en
peine, comme on a fait, de a pente necessaire pourfaire
venir la Rivière d'Eure à
Versailles puis qu'une mediocre
chûte d'eau, dans un
Canal de niveau auroit suffy.
Il est vray , continué t-il, que
n'ayant pas de pente, l'eau ne
coulera pas si viste ;mais si
l'on fait un canal plus large,
l>i que l'on donne ainsi plus
de face à l'eau,on
remediera
infailliblement à l'inconvenient.
Pour répondre à Mr Ber- nier f - ,
jetpose pour axiôme incontestable
,
qu'ilfaut estre assuré
d'un faitavant que d'en
chercher la eauje3 afin d'éviter
le ridicule,d'avoir trouvé la
cause de ce qui riejt point. Ce
malheur arriva plaifartment à
cessagesPhilosophes de la qrecr,
qui disputant avec chaleur comment
un Figuier avoitporté des
figues qui sentoient lemiel, apréterent
àrire à -la- Servante qui
les avoit mises auparavant dans
dans une ruche à miel.Ainsi
souvent,dum latent veræ
causæ , singuntur inanes.
Ainsi autrefois des Physiciens de
grand nom crurent avoir fort
bien trouvé pourquoy les lieux
sousterrainssontchauds en Hiver
@ffroids enEsté. Mais depuis
quelquesAnnées degrands
Mathematiciens, véritablement
Physiciens
, ont trouvé par le
Thermometre
, que le degré de
chaleur y est toujours égal.
Les opinions de M1 Bernier
ont la mesmeinfortune. Il a supposéque
ce Canal desix àsept
lieuës de long
?
estoit de pur
niveau& ensuite il a employé
tout son esprit Asiatique,pour
chercher comment l'eau couloit
d'un bout à l'autre.
I. Je nie formellement
, que
ce Canalsoitdepur niveau
, car
ou il a estéformé tel par la Nature,
ou par l'art. Si la Nature
l'a formé tel, MrBermer devoit
auparavant s'en assurer,
& nous dire par quel moyen il
l'avoit examiné, & reconnu
estre de pur niveau; autrement
on pourra dire que les lits des
ruisseaux qui coulent aprèsavoir
fait tourner les roues verticales
des Moulins sont depur niveau,
sans aucune pente, parce que.,,
dira-t-on, l'eau qui est tombée de
la surfacesuperieure d'un étang,
ou reservoir sur la roué des
Moulinsyroulesans pente. Je dis qu'aucune industrie
humaine ne peut avoirfait ce
Canal de pur niveau
)
quiseroit
une portion de la surface du
globe de la terre ,
dont l'axe ou
diametre est de 2865,lieuës
,
puis que mesme on ne sçauroit
former un arc de quelques minutes
d'un cercle de demy-lieué'
de diametre. On reconnoist cette
difficulté, lors qu'ils'agit de tr-icaillerdans
la précisionrequist
comme sont Mrs de Divinis,
Campani, Borelli
>
& Mr
Hartsoëker
, un verre segment
d'une boule qui auroit cent
pieds de diametre
>
pour servir
de verre okj?ètis aux grandes
Lunettes pour contempler les
Astres.
Peut-estreMrBernier dira,
que par la vingt-unièmeproposition
du troisieme des Elemens
d'Euclide, on peut formersurun
plan d'un pied de large une portion
du cercle de plus grand diametre,
que n'estl'axe de laterre
par le moyen d'unfauxEquerre,
faisant tourner ses deux branchessur
les deux points extrêmes
de la corde de l'arc. Mais
outre que dans la pratique, les
branches de cet instrument roulant
contre des aiguilles ou cloux
cilindriques, la ligne que l'angle
traceroit,seroit d'un autre genre
de ligne que la circulaire,la difficultéseroit
insurmontable de faire
préci•sément 1> - langle requis,&
cet expedientestinutile dxns la
construction d'un Canal de pur
nilJe..1U, quandmesme il n'auroit
que cent pieds de longueur.
Voicy pourtant la maniere
facile de reconnoistre
,
si le lit
ou fond de ce Canal de sept
lieuës de long (si depur niveau.
Le Canal estant remply d'eau,
& ses deux bouts fermez
,
de
maniéré quaucune eau n'entre
@J n'ensorte,ilaura sasurface
supericure de pur&naturel niveau,
& par consequent ,si le
lit ou fond du Canal est aujji de
pur niveau
,
sa surface sera
concentrique à la surface superieure
de l'eau. Donc la hauteur
perpendiculaire del'eauserapar
tout égale, & la fonde doit par
tout donner mesme hautenr ou
profondeur d'eau.
Voicy encore la maniéréfacile de
constuire un Canal deseptlieues
de longueur
,
qui soit par tout
physiquement de pur niveau. Le
Canal estant fait sans avoir égard
aux inégalité% de son fond,
pourveu que le bordsoit partout
suffisamment haut,remplissez le
Canal d'eau, aprés quoy dans
un temps calme,&en la mesme
heure,si on marque prés à prés
la hauteur de l'eau de chaque
costé le long des murailles de
deux bords
, & l'eau estant enfuite
retirée horsduCanal,sion
fait le plan ou fondduCanal
suivantles deux lignes, ce Canal
sera de pur niveau. Un
semblable Canal d'environ trente
lieuëssurun cercle meridien,
serviroit à mesurerprécisément
la longueurd'un degré d'un
grand cercle de la terre.
A/1 Bernier,sur cette farunrTe
supposition
, que l'eau couloit
sans aucune pente d'un bout à
l'autre d'un Canal de pur niveau
, de six à sept lieuës de
long,conclut qu'il n'eust point
esté besoin de se mettre tant
en peine, comme on a fait,
de la pente necessaire pour
faire venir la Riviere d'Eure
à Versailles, puis qu'une mediocre
cheute d'eau dans un
Canalauroit suffi.
Cette consequence estvicieuse
en toute la Logique; car quand
mesmeilseroitvrajqu'unemediocre
cheute d'eau dans un canal
de niveauauroitsussi,il cust
toujours esté absolument necessairede
niveler, pourreconnoipre
quel endroit de la Riviere
d'Eure estoit de niveau avec le
reservoir de Versailles
, &pour
trouver ces deux points également
distans du centre de la
terre, il auroitfallu cent fois
plus de temps & de peine. De
plus, quand mesme la phJfique
de Ai1 Barner auroit pu déterminer
ces deux points
, par
quelle industrie auroit. ilpu conduire
ce Canal de pur niveau?
Mr Bernier ayant reconnu,
que si son Canal n'a point de
pente; l'eau ne coulera pas si
villey il ajoûte. Si l'on fait
un Canal plus large, &,que
l'on donne ainsiplus de face
à l'eau,on aura remedié parfaitement
à l'inconvenient.
C'efl icy où l'infaillibilité de
Mr Bernierest infailliblement
à bout, car son Canal de niveau
d'Eure à Versailles,d'environ
vingt lieuës de long eslans tteslarze
, (cr l'eau ayant tres-peu
de hauteur, la terre en emboiroit
laplus grande partie, lachaleur
en feroit autant exhaler
, le vent, l'air, & les mouches
, comme on dit
, en boivoient
le reste. Outre que le remede
de donner une si grande
face au Canal centuplerait let
dépense, puis qu'enplusieurs
en- droits cet Aqueduc a plus de
hauteur que n'en ont les Tours deNostre-Dame,&qu'il faudroitlefaire
centfoisplus large.
Le fruit que le Rcry auroit tiré
du voyage de JW Bernier en
Languedoc,&desa belle remarque,
qu'il dit estre de consequence
a ceux qui s'occupent
à la conduite des eaux,seroit
d'augmenter cent fois la dépense
de plusieurs centaines de millions,
pourfaire ce Canal&Aqueduc,
qui n'auroitamené l'eau de la
Riviered'EureàVersailles,
quaux Festes solemnelles des
Kalendes Grecques.
lt-fr Bernier, pour appuyersa
proportion,fait un tas de suppositionssur
le roulement aune
goutte ou boulette d'eau.Cela
m'oblige d'établir des vérité^
fondamentales de la Physique.
TousLiquides, exceptél'Ether,
ont de mesme que les corpssolides
, des filamens
,
fibres, où
partiesrameuses
, par lesquelles
elless'accrochent&sontun tijju.
Je donne à ces parties liantes le
nom deViscosité, qui lie les parties
sensibles, les tientattachées
ensemble, dr les réunit
facilement, lors qu'ellessont difpersées,
ce qu'onvoitarriver aux
gouttes d'eau ou de Mercure.
Cetteviscosité ou adherence re..
fijtc à la force du poids qui travaille
pour disjoindrelesparties
sensibles d'une boulette de Mercure,
ou d'une goutte d'eau. Elle
attache encore l'eau aux bots
fics, à la pierre, auverre, aux
futile* , orc.lçs gouttes d'eau
demeurent suspenduës auxfeuilles
des arbres,& au bec de ïAlambic,
d'oùelles ne tombent
que lors que lagrosseur en a augmentésuffisamment
le poids pour
rompre ce lien de leurs parties.
C'est pourquoy par la distillation
les partiesignées ayant découpé
ces partiesrameuses
,
les gouttes
tombent plus petites du bec de
l'Alambic, ce qu'onremarque
tres-évidemment en la diflillation
de l'esprit de vinrectifié.
dont les parties sensiblessons si
détachées&desunies,quesion en
jette en l'air,iln'entomberien
à terre. Ainsiles partiessensibles
se desunissent, s'éci
par leur extrême petitesse
, s'insinuent
par tout, & détrempent
le noir de fumée, ce que l'eau
commune ne peut faire.
Je dis qu'une goutte JFeatt
riejl pas fphcrique car lecercle
vertical Or les paralelles voisins
de part &d'autre ont leurs parltiaespilnufségrireaunrdeeshpaluutseuprrdeteéle'seapuar,
que ne font les parties des moindres
paralellesplusprès des poles
de l'axe horizontal, & s'affitif'
sant davantage, la goutte d'eau yy touche par un plan, &non par
un seul point; & de plus, par
le principe universel d'Archimede
„
les parties les plus prefées
poussent les moins presées &
ainsila goutte d'eau s'éponge horifontalemsr*
cer-parconsequent
n'estant pius spherique, elle est
incapable defairesur une furface
de pur niveau, lesmouvemens
que Mr Bernier suppose.
Jour ce que je viens de dire
démontre l'inutilité des quatre
suppositions qu'il fait dans les
pages28. & tg.
1. Unegoutte l'eauestantmise
sur un plan à niveau d'un pied
en quaréd'une pierre bien licée ,
elle s'y attachera
>
& cette
goutte d'eau ne fera pas un
globule d'eau,
2, Poussantcette goutte d'eau,
elle ne roulera pas ,
h'cjjant pas
spherique, mais elle jera une
trainée le long de la pierre,en
s'épanchant.
3. Un bout de ce Canal de
pierre lice estans bouché, si un
pouce d'eau y tombe
)
je dis
qu'elles'éparpillera en goutte lettes,
qui s'attacheront en diffirens
endroits de ce Canal.
4. Supposons avec luy dans
le cas dont il e[i question
, que
dans un Canalde pur niveau
desix aseptlieuës de long
,
l'eau
d'un Canal superieur y entre y tombe,y soit poussée,je dis,
que cette eau s'épanchera&s'attachera
à la teste dufonddu Canal
, & il n'y aura point de
globules spheriques d'eau,partant
il tient inutilement, que la
petitesse
,
la foliJ/ure
3
r& confe^
quemment la volubilitédes corpusoules
ou globules d'eau, ce
telle qu'ils couleront
ou rouleront
d'un bout du Canal à l'autre.
De plus, quand mesme les
gouttes d'eau demeureroientspheriquessans
s'attachersur le plan
du Canal
, & quelles pourroient
rouler quelquetempssanss'arresternyse
rejoindre
> & ne
faire qu'un corps à leur premier
attouchement, je dis que quelque
impulsion qu'on leur donne, elles
ne roulerontpas bien loin,
1. Parce que toutes les parties
d'un Liquidesont entre elles en
continuel mouvement,&diminueroient
celuy de l'impulsion,
à quoy le mouvement de ressort
des parties qxi auroient receu le
choc, & le tremoussement des
partiescontribueroitaujJi.
2. Ces globules d'eauacrocheroient
bien-tost les corpuscules
voltigeans dans l'air; par l'addition
desquels cesglobules d'eau
perdantleursphericité,perdroient
dUJfi toute leur
volubilité.
3. Quand toutcequedessusne
fuffroit pas, je dis que le mouvement
d'impulsion communique
à un globule d'eau seroit tresfoible
) & que par consequent il
finiroitbien-tost,ayant a forcer
l'entrelassement des parties de
l'air opposé an passage.
4. M.Bernier, pour expliquer
sa pensée
3
dit dans la
mesmepage %y. Que si la
surface spherique de la terre
estoit parfaitement polie, &
qu'on sist rouler une boule
aussiparfaitemene polie d'un
pole à l'autre, ou sur la ligne
cquinoxiale
)
la boule rouleroir
continuellement
,
de façon
qu'ayant fait le tour de
la terre, elle en recommenceroit
un autre, continuant
son mouvement sur la mesme
ligne sans jamais s'arrester.
Je dis,que le Globe de la terre
estant tel qu'il dit
,
il auroit
veritablement une infinité d'infinitéde
cercles pour le pretendu
perperuel roulement de sa boule,
car elle s'useroitbien-tost sur le
cercle de son mouvement, &deviendroit
un plan semblable au
Zodiaque,pendant que la ligne
du mouvement du grand cercle
de la terre (e caveroit, puisque
mesmeleau qui tombe goutte à
goutte, perce le plus dur Ro*
cher.
Nonvi sed sæpe cadendo.
Ajoûtez à cela
, que la difficulté
d'écarterl'air dans son
passage ralentiroit peu à peu son
mouvement ,
puis que l'air est
moins liquide que l'eau, ce qu'on
prouve par plusieurs experiences
faciles
» comme d'"un tuiau de
verre de deux pieds de Ions,) de
quatre lignes Couverture à un bout &capillaireà l'autre exremité;
car ayant mis quelques
pouces d'eau par la grande ouverture,
ellene pourra tomber,
ensuitel'ayantrenversé l'eau
n'en tombera pas y parce lliairne que la pourra suivre parce
trou capillaire
, de mesme que l'eau n'aura pu descendre
3
l'air
n'ayant pusortirparce trou capillaire
qu'aprèsenestre sorty en
bullules par le secouëment de
l'eau, car pourlors elle en coule
par goutelettes. Ajoutons encore la plusgranderesistance de l'air
plus grossier, quinousoblige de
racourcir le piedagronomique de
l'horloge à pendule
,
n'ayant à
Louveau de Siam que trois pieds
sixlignes &demie de longueur,
qui efi deux lignes plus court
qu'àParis.Voilàdoncbien-tosten
repos ce perpetuel mouvement de
la boule de M. Bernierfaisant
le tour de la terre. Je n'en dis pas
de mesme si cette boule traversoit
la terre dans un puits fait
suivantunDiametre. Mais on
aura peut-estre un mouvement
perpetuel purement artificiel par
mon doubletuyau de Mercure
l'un dans l'autremis en pendule,
par l'endroit de la hauteur perpendiculaire
du Mercure qui efi
dans le tuyau intérieur
,
dont
j'ayparlé dans le Journal des
Sçavans du .J 11, May 1676. parce
qu'il en à lépreuve de toutes les
démonstrations, qu'onajusqu'icy
apportées contre la possibilité du
mouvement perpetuel. Car dans
mon penduledeMercure
, tant
le poids de la partie inferieure
qui est audessous du mouvement
de vibration, que le poids de la
partiesuperieure augmente toujours
en descendant,&diminuë
toujours en remontant. On peut
aujji avoir une espece de mouvement
perpetuel tres-sensible
suivant la figure 6. de mon
Homme Artificiel, Prophete
Phisique du changement des
temps qui efl dans le Mercure
du mois de Mars lÓSJ.
Enfin M Bernier dit,Remarquons,
que l'eau tombant
du Canal superieur, se fait
elle-mefmc une pente
> en
faisant une continuelle tumeur,
& qu'ainsi les corpusculesd'eau
roulent & coulent
vers le bout du Canal qui fera
libre & ouvert.
- Cela arrivera
,
bien que l'autre
bout du canal soitfermé, non
par le roulement des corpuscules
de l'eau
, mais parce qu'estant
plus élevée à Io- tefie du Qp
nal
,
elle s'épanche & coule
d'un lieu plus haut dans un
lien
pllus bas, & à mesure que eau du Canalsuperieurparsa
cheute,Augmente la hauteur
de celle qui est à lateste du
Canal inférieur
,
la hauteur
de l'eau y croissant pas à pas,
coule ensuite par une continuelle
pente à l'autre bout du Canal
inferieur prétendu de niveau
& l'eau , a toute sa hauteur à
la teste du Canallong-temps
avant
qu'ilen arrive lamoindre
goutteal'autre bout.
Il n'y a rien de particulier, de
dire, que l'eautombantd'enhaut
dans un Canal, aille (ortïr par
l'autre bout, aprés que le Canal
aura epérernply) qu'on aura
debouché ce bout; car l'eau en
tombera de haut en bas, Lefond
du Canal efl indifferent
,
puis
qu'estans une fois remply, l'eau
continuant d'y tomber d'enhaut,
la mesmechose arrivera, bien
que leCanal fust au milieu, &
en plusieurs autres endroits de
profondeur immense
, cm quand
mesme à la reste du Canal qui
reçoit l'eau qui tombe, le fond
seroit de cent teifes plus bas
que le fond de l'autre bout du
Canal par lequell'eaudoitsortir,
pourveu que la hauteur des bords
à la teste du Canal, soit plu1s
hatit&3 cejl à direpluséloignée
du centre de la terreque le bord
de l'autre bout du -Canàl,par lequel
l'eaudoit firtir..
Mr Bernier dit dans la page
2p. ligne 2p. que les cor- lpeuusrcules d'eau, à cause de
pesanteur, ne sçauroient
se trouver dans un panchant,
qu'ils ne tombent & ne
roulent.
Mais l'experience t'si con- traire ; car une goutte d'eau
estant misesurun boissec,ousur
la glaced'un miroir,elle s'y attachesifort,
cjuUe ne roule ny ne tombe,nonobstant le pencha11t.
Dans la page 30. Ligne 5, il
dit, qu'une goutte d'eau
mise sur la surface d'un baffin
à niveau, coulera vers le
bout ouvert.Je dis que cette
goutte d'eaus'attachera & ne
roulera qu'après que d'autres
gouttes d'eau s'estantréuniesaux
premieres , en auront formé de
sigrojjeiy que le poids ou la force
de lapesanteur desparties qui ne
touchent pointleplan,serasuffissante
à rompre le lien qui les
attachait aux autres parties,
dont la colomne est appuyéesur
le fond du bassin. Ainsisespartiesdétachées
tombant de pltU
hauts'attachent encore au fond,
&ainsi de suite. D'oùje conclus,
qu'aucunegoutted'eau ne
peut rouler sur un plan de niveau,
&que l'eau au bajjîn é.
tant à niveau
>
celle qui tombera
apeès avoir jailly en l'air
, ne
roulera pas sur l'autre
, maisaugmentant
le poids de la hauteur
des colomnesd'eau du bassin,
sur lesquellesles goutta tombent,
elless'enfoncent au lieu de rou- ler,(& cc*
colomnesestant plue
pressées
,
poussent vers le bord
voisin les colomnes moinspressées
>
& ainsi de fuite ; de
sorte que l'east plus proche dts.
bords du bassin s'épanche d'abord,
&non pAS celle qui est immediatement
tombée dans le baffin)
aprèsavoirjailly enl'air.
Enfin Mr BernierJe rend à
la verité, lors que dans la page
30. ligne JO. il dit que l'eau
coule, pour peu qu'il y ait
de pente ou d'impulsion.
Je dis pourtant, quesonprétendu
Canal de niveau estant plein
à égale hauteur dans chaque
bout, l'impulsion quon feroità
l'eauà un bout de ce (onz Canal,
neseferoit pointressentir à
l'eau de l'autre bout de ce Canal.
jiinji3 Madame,sans avoir égard
à ce que MI: Bernier a dit,
qu'un Canal deniveauauroit
suffi
, on continue l'Aqueduc,
pour la conduite de la Riviere
d'EureàVersailles,donnant environ
dix pouces de pente pour
chaquelieuë. CetOuvrageseul
surpassera tout ce qu'autrefois les
sept Merveilles du monde onteu
degrand. AujJi est-cel'ouvrage
d'unRoy,qui par tout &en toutes
chosesesttoûjours GRAND.
In omnibus ubique & semper
LUDOVICUS MAGNUS.
Je suis, Madame,Vostre, &c.
L'Aveugle COMIERS, Prestre,
Docteur en Theologie.
Je vous envoye une Eglogue
qui a esté faite par un
Amant fort passionné. Les
Vers vous le feront aisément
connoistre. Ils sont fort tendres,
& marquent le desespoir
d'uncoeur véritablement
touchéd'amour. Cette Eglogueest
d'un jeune Chevalier,
qui aimoit une personne toute
charmante,&d'une naissance
tres-considerable. Ilsfurent
trahis par uneConfidente
qui découvrit le secret de leur
tendresse,& on mit la Demoifclle
dans un Conventauprès
d'une TanteReligieuse,
DAVHNIS,
DA P HNI S.
EGLOGUE. A-U pied des Monts fameux,
d'oùlepaisible Orance,
Vers les murs de Limpha coule
dansle ûlcncc,
Le oxm remply d'ennuis, sur ses
doux chalumeaux,
L'infortuné Daphnis, oubliantses
Troupeaux,
Chantoit son triste amour pour
sa divine Astrée.
Les Bergers assemblez de toute
la contrée,
Touchez de son malheur, rangez
autour deluy,
Tâchoientde soulagerson amoureuxennuy.
Le BergerAlcidon
, & le Berger
Tytire,
Plus sensibles au mal qui causoit
son martyre,
Tour à tour à l'envy luy tenoient
ce discours :
Pour un mal si cuisant, vain &
foible secours. ALCIDON.
Daphnis
, quelle douleurjour&
nuit vous transporte ?
D'où vient cette tristesse & cette
amour si forte?
.!f!..!!els charmes
,
quels appas, quelle
heureuseBeauté
De vostre coeurenfin desarmelafierté?
Fous juriezautrefois
reuse,fquleal'ammoite-I
Iamais deses ardeurs riembraferoit uojlrcmie..
Vous soùpirez, pourtant. 1 DAPHNIS.
Ainsi le veut Amour.
Chacuns'engage enfin, &soupire à
son tour. TYTIRE.
O Daphnis, ô Daphnis, quelexcès
defolie!
Quelle vaine fureur d'un esprit
qui s'oublie!
Tes Troupeaux dans les Bois errent
abandonnez.
£)ue tes voeux à Philis ne sont-ils
dessinez,,
philis, de qui Chumeur,moinsfierc
& moins volage,
D'un coeur comme le tien recevroit
mieux l'hommage!
DAPHNIS.
En vainj'opposerois contre un Ji
doux poifoh,
Vnremede charmant, qui n'est plus
defliflll;
pe-riffint les troupeaux ,
perissela
nature.
Ah !sije vouspouvois faire icy la
peinture
De l'Objet ravissant dont jesuis tNchanté
,
Blâmeriez-vous l'ardeurdontjesuis
transporté ?
Telle qu'aux plus beauxjours,sur
les vertesprairies
Au retour du Pintemps, nouvellementfleuries,
Vaimaible MARGVERITE étale ses
couleurs,
, Et remporte le prixdans l'Empire
desfleurs ; Tdie. Quel nom, grands DÙNX)
afrapé mesoreilles!
Vn doux ravissement m'inspire des
merveilles.
C'est la Reine des fleurs,c'est le
charme desJCUX C'estl'amourde la Terre,&, la gloire
des Cieux.
Bile paffè en blancheur les plus
belles Naïades ;
Et dispute de prix à leur chastes
oeilladess
Mille jaunes Zephirs flllfîrent" à
l'entour ;
Et le Soleilluy ritd'un regardplein
d'amour.
Telle, & plus belle eucor, III
Nymphe que j'adore
) Surpasseles beau/et (je- la nat(fonte
Aurore.
Les graces , les amours, les jeux &
les appas ,
Otf volent autour d'elle, ou naissent
sousses pas.
Iamais Déeffi eut-elle une taille si.
Cis charmesnompareils
, cette grA&e
divine,
Où tant d'attraits font joints à tant
de majesté ;
Et dans un airsi doux, tant d'ai
mable fierté ?
La neige desonsein, qui toute neige
efface,
Aux Roses de sa bouche ajoute plus
de (lTtl(/'
Lefeudesesregards,&l'éclat deses
yeux,
Forme?it lUi jour plusbeau, que la
clarté des Ci,'f.lx.
Ah ! mon ci'!'/- tu lesçais;l'Astre
qui lu.:' au monde
Brilled'unsamoinspur>%mefme
an tenirde l'onde.
C'sili'vous l,. d 'I. ,divinsrigardsjcesi
vous ,
beauxyeuxcharmans,
Sources de mon bonheur,sources de
mes tournéens )
Jgjtimijics dans mon sein unfeu)
dont la durée
Le veut disputer mesme aux feux
de l'Empirée.
Ouy , ce font ces beaux yeux.
Ah! mortelsouvenir
D'un bonheur passager, qui nepeut
revenir!
TH, que l'on voit l'éclair, qui devance
la Foudre,
Briller dedans la nuë çy puis reduire
en poudre,
Et Chênesorgueilleux
,
&Monts
audacieux
Dolnteleisoimemet ,hautaini'ticre VOUJ
Ie rd vousverrayplus
, veaux
Astres de ma vie ;
Voila de quel succés mon amourest
suivie.
Vn affreux desespoir, une rfemelle
Sont d'unfeusi charmant l'unique
& dignefruit.
Aussi-bien , juste Ciel, d'une telle
disgrace
Vous avez dû punir ma sacrilege
audace D'avoir osé , porter mes voeuxjufqtïàux
Autels
J)',tne jeune Beauté, digne des Immortels.
TYTIRE.
N'ayezpoint de regret, ô Bergere
adorable
,
De jettersur Daphnis un regardfavorable
; [ tant ,
Lit Bergere Philis en a bien fait auphilis,
qu'il n'aimoit pas ; Philis
qui C'aimoït tant. ALCIDON.
Ne vous repentezpas ,
ô miracle
de ! Belles.,.
D'avoir le coeursensible à ses peines
mortelles,
L'Aurore aimd Céphale, çp* ycnus
Adonis,
Diane Endymion; aimeT^y aimez
Daph/às : DAPHNIS.
Pour le moinsune fois dites-moy
je vous aime, ,
Et je suis trop heureux dans mon
malheur extrême.
Ah! non, non, oubliez l'Amant
infortuné
Qu'à des maux éternels le Ciel a
destiné.
Permettez seulement
, jeune &
charmante Astrée,
Ji^ensecret, de mon coeur vous
soyez adorée ; si 1 l.. ^uegravésur le liérre 2.'
,
&chanté
dans mes Vers
,
Vostre nom retentisse au bout de
l'Vnivers.
Quelquefois les doux chants de nos
tendresMusettes
Egalent les Clairons & le son des
Trompetles.
Phebus & les neuf Soeurs m'inspirent
quelquefois,
A chanter les hauts faits des Heros
& des Rois.
Les siecles à venir connoistront vostre
gloire,
Et fil/Nront de mes feux la déplorable
histoire,
Comme tout plein de gloire, & déjà
prés du port,
Va orage imprêvcii vint me donner
la mort,
Vn Monfire
, une perside -.. ah!
ifbnvcnïrfuneste !
ALCIDON.
De ce malheur, de grace , apprene'{;
noHs le reste. DAPHNIS.
Le diray-je, Alcidon ? D'un beau
feuconsumé
( Onse trompe en aimant) j'aimois,
j'estois aimé.
Ma Ber'Z[f'e en secret recevoit hommages mes
; Etdesonamitiéje recevois des gages;
MaisNise nous trahit. Qui leust
pensé,grands Dieux,
Nijè
,
la juste horreur de la Terre,
dr des Cieux.
Tout espoirm'estôté. L.l Beauté qui
m'enchante
Est livrée , au pouvoir d'une barbare
Tante,
Vestale impitoyable ,&dontjamais
le coeur
N'éprouva de l'Amour la peine &
la douceur,
Ah!quel coeur de rocher,&plus
dur qu'uneCouche
,
Ne seseroitfondu, lors quesabelle
bouche
Me dit de cette voix, source de mille
amours,
Adieu, Daphnis, adieu, mais adieu
pour toujours.
GrandsDieux, quiconnoissez,la
grandeur de maflâme,
Voyez le trait mortel qui me déchire
l'ame ;
Vous ne pouvez changer mon destin
ny monsort,
Mais VOHS pourriez; finir mes tourmens
par la mort.
Et vous ,
unique objet du malqui
me possede,
MelaiJfcz,vous ainsi sans espoir,
sans remede ?
Il mefiUI donc subir -voftrc injuste
rigueur
Ptrir de desespoirainsi que de langueur!
Doncvostre mainapusignerl'ordre
barbare,
JÇui de vouspourjamais, ingrate,
me separe ! Pardon, si ie me plains de vofirt
cruauté.
Ahl je me reconnois; ie l'aybien
mérité.
Vous tjleJ de mes feux l'innocente
victime;
On lapunitpourmoy ma flamefait
fin crime.
On la retient captive, on redouble
lesfers
De celle que devroit adorerlVnivers.
Vous toutes, qui craignez, que ma
divine Astre,
Ne brûle tous les coeurs sur la Terre
adorée,
Cachez, bien ce Soleil, renfermez
ses appas.
Car qui pourroit lavoir, & ne Padorer
pas?
Ah : voila lesuiet de ma douleur
profonde;
Moy ,
i'ay couté des pleurs aux plus
beauxyeux du monde.
Belle Astrée, excusez, l'excés de ma
douleur.
Pleurastes vous sur vous, ou bien
sur mon malheur?
Ces larmes qui couloient de ces vives
fontaines
Ah ! ces larmes estoient le pur sang
de mes veines,
Et ie respire encor! ALCIDON
InfortunéBerger:
Maisie teTplYainTs eInRvE.ain.
Tourqudy tant s'affliger?
Daphnis,iln'estpas temps deperdre
l'esperance ? Ilfaut de cet Argus tromper la vigilance.
C'estainsique Medé(e enTdormi~tpour LeDragon qui veilloit à garderla
DA PHNIS.
Il n'y faut plus penser ; ainsi
le veut Astrée,
Elle, dont le vouloir m'est une Loy
sacrée;
Mais au fond de mon coeur ie luy
dresseunAutel,
Ou fumera pourelle un encens immortel.
Cefl'Li qu'auplus haut lieu ie mettray
son image,
l'y viendray l'adorer, luy rendre
mon hommage,
Luy dire mes donleurs ; & cependant
laTmYoTrtI.RE.
Le temps, qui change tout, ebangera
vostresort.
DAPHNIS.
CtJfczj de me flater d'une vaine
ifptrdncr.
Ah parlez-moy plûtost du prix de
ma constance ,
D'aimer autant que i*aime & d'aimer
sans tffoir;
D'aimer autant que i'aime, & d'aimersans
la voir.
Allez, Allez, Bergers;ftJlè le Ciel
propice,
Quevostre coeur iamais n'éprouve
un telsupplice.
Ainsi parla Daphnis. Les pleurs
&les sanglots
Mêlez à ses soûpirs encre-coupoien1 t
ses mots: De sa juste douleur Echo parut
atteinte.
Les Zephirs se taisoient pour écouter
sa plainte.
Les ruisseaux d'alentour coûloient
plus doucement,
Et tout,jusqu'aux Rochers, refTen.
tit son tourment,
Je vous parlay il y a quelque
temps d'un mariage qui
avoitpensé estre rompu à
cause qu'on n'avait pas approuvé
des Vers, faits par un
Oncle qui promettoit vingt
mille écus à sa Niepce, en
attendant sa sucçession, &
j'ay aujourd'huy à vous apprendre
qu'on ena effectivement
rompu un sans nul
sujet que celuy d'une contestation
survenuë pour un
seul mot. Une jolie Dame,demeurée
Veuve assez jeune,
faisoit bruit également par
sa beauté & par son esprit.
Comme elle l'avoit extremement
vif, son Pere qui l'aimoit
fort tendrement, avoit
pris foin de le cultiver dés
son plus bas âge
-,
& luy
voyant beaucoup de facilité
à concevoir toutes les choses
dont illuy donnoit une premiere
teinture, il s'estoit fait
un plaisir de luy apprendre
luy-mesme la Langue Latine.
Elle y avoir réulïî parfaitement,
& ce fut un premier
pas qui la fit entrer dans la
connoissance de l'Histoire,
des Mathématiques, & de la
Physique. L'application qu'-
elle y donna sur si heureuse,
qu'elle n'eut pas lieu de s'en
repentir, mais elle comprit
en mesme temps qu'il n'y
avoit rien qui fust plus à fuir
pour une personne de son
sexe que la réputation d'estre
sçavante ;& pour éviter ce
ridicule
,
elle cacha si bien
ce qu'elle sçavoit, qu'il eust
esté difficile de s'appercevoir
qu'elle eust rien appris. C'estoient
des tresors qu'elle tenoitenterrezparmodestie
,
& dont elle ne tiroir que ce
qui pouvoit luy polir l'esprit.
Ainsi quand la conversation
tomboit sur ces fortes
de matieres, elle gardoit le
silence ou la détournoit adroitement.
Une conduite
si judicieuse luy acqueroit
encore plus d'estime, parce
qu'onn'ignoroit pas qu'elle
cust mieux parle qu'un autrede
toutes les choses qu'elle
seignoit de ne pas ravoir.
Son Mary qu'elle avoit perdu
depuis trois ans, luy avoit
laisse beaucoup de bien, &
l'on peutaisément s'imaginer
qu'estant fort riche
, & ayant
d'ailleurs tout le merite dont
jeviensde vous parler, ellene
pouvoit manquer de gens qui
s'attachassent à elle. Ladifficulté
estoit de s'en faire aimer.
Son goust se reglant sur
ses lumieres & sur son discernement,
onauroittâché inutilement
de l'ebloüir. Elle
penetroit d'abord le foible
de ses Amans, & cela tenoit
ses sentimens suspendus. Sa
delicatesse sur un choix si
important, ne fit point de
peur à un Gentilhomme fort
convaincu de ce qu'il valoit.
Il avoit du bien &de la naissance,
& s'estoit acquis une
reputation d'esprit qui le faisoit
écouter comme un oracle,&
qui tenoit en respect
les demy-Sçavans, quand il
luy plaisoit de developcr la
moindre partie de sa profonde
érudition. Ce que les endroits
obscurs des Auteurs
Grecs & Latins ont de plus
impénétrable
, n'avoit rien
pour luy dedifficile; il les
débrouilloit admirablement,
& quelque barbare que pust
estre un mot, il enconnoissoit
toute la verru & toute la
force. Il avoit donné à ces grandes connoissances une
partie de les plus belles nées, an- & enfin, quoy que l'amas
de cette science abstruse
semblast demander qu'il se
gardait tout entier pourelle,
la tentation le prit de [e marier.
Les louanges qu'il avoit
souvententendu donner à la
jeune Veuveluy firent croire
que c'estoit son fait. Il eut
envie de la voir, &onlefit
venir en un lieu où l'onsçavoit
qu'elle devoir se trouver.
La Dame à qui l'on n'avoit
rien dit de cette partie, parla
naturellemenr, & comme elle
estoit d'une humeur fort enjoüée,
elle plaisanta sur bien
des choses, mais d'une maniéré
fine,qui faisoit connoifirc
combien elle avoit l'esprit
aisé. Le Cavalier eut
toujours les yeux attachez
sur elle, & aprés qu'il l'eut
bien examinée, il se retira
sans s'estre fait remarquer
que
que par les regards. On luy
dit ron nom lors qu'il fut
sorty. Ce nom luy estant
connu par toutes les choses
qu'on publioit de luy dans
le monde; quelle trahison,
dit-elle! Vous me deviez a- vertir, jeme ferois bien gardée
de parler. Me voilà per- due. Je n'ay dit que des folies,
& on fait mal les affaires
avec Meilleurs les Sçavans,
quand on s'éloigne un moment
du stile sublime. On
l'assuraque le Cavalier estoit
moins terrible qu'elle ne croyoit,& elle futfort furprise
le lendemain quand on
luy vint dire qu'il devoir luy
rendre visite dés ce mesme
jour, & qu'il en cftoit tellementcharmé,
qu'il ne tiendroit
qu'àelle qu'il ne l'épousast,
Cela luy fit dire
qu'elle voyoit bien que les
grands esprits estoient au dessus
de la bagatelle; qu'un autre
avant que des'embarquer,
auroit voulu la connoistre,
pour sçavoir si elle estoit d'une
humeur qui luy convinst;
mais que pour luy, à qui le
temps estoit precieux,il alloit
droit à la chose sans s'arrester
à cette menuë formalitéCependant
comme on luy demanda
serieusement si elle
voudrait songer à luy, elle
répondit qu'elle n'alloit si pas viste, & que quelque reputation
que le Cavalier se
fust acquise,tout le merite
qu'on luy donnoit n'empeschoit
pas qu'elle n'en voulust
juger par elle-mesme;
que le bel esprit, & si elle
osoit le dire, le grand eipric
n'estoit point esprit pour
elle; qu'il falloit l'avoir aisé,
insinuant & commode,&
que ce qu'elle avoit remarque
de certains Sçavans, sur
qui leur trop de sçavoir avoit
répandu un sombre desagreable
qui les rendoit rudes dans
la conversation
,
& ne leur
laissoit nulle politesse, la faisoit
se défier de sa nouvelle
conqueste ; qu'elle en diroit
vsaifipreenssée aprèscinq ou six
, & ju[que-hl, point
l'engagement de part ny
d'autre. Le Cavalier vint, il
s'humanisa
,
& pleut assez à
la Dame. Illa trouvoit belle,
& l'amour adoucissant ce
que les Livres luy avoient pu
mettre de farouche dans l'cC.
prit, elle demeurapersuadée
qu'un Sçavant pouvoit estre
fait comme un autre homme.
Il s'accoûtuma à ses manieres,
& ayant estéinstruit
de son goust
,
il l'étudia si
bien, qu'oneust dit qu'il
oublioit que ce n'estoit pas
pour l'amour qu'ilestoit né.
S'il s'échapoit quelquefois
sur des matieres trop hautes,
elle luy disoit agreablemept
qu'il ne falloir pas qu'il se
fist perdre de veuë ,& le
ramenant à un entretien de
societé
,
elle luy oftoit ce je
ne sçayquoyde dur, dont
on ne peut se défaire qu'en
pratiquant le beau monde.
Insensiblement il toucha la
Dame comme elle l'avoit
touché. Ils avoient tous
deux beaucoup d'esprit, &
l'esprit contribuant à rendre
la vieheureuse,ils crurent
qu'ils ne pouvoientrienfaire
de mieux que de la passer
ensemble. Ils convinrent des
articles, & le jour avoit esté
déjà arresté entr'eux pour les
dresser, lors qu'un miserable
Inor renversa tout. La Dame
avoit du monde chez elle,
& l'entretien ayant roulé
sur l'Histoire
,
quelqu'un demandaau
Cavalier quel estoit
le langage le plus ordinaire
des Lacedemoniens.Il répondit
qu'ils avoient toûjours
mis en usage la Dialecte Dorique.
Cela ne sonnant pas
bien aux oreilles de la Dame.
la Dialecte Dorique,dit-elle!
la Dialecte Dorique ! Oüy)
Madame,poursuivit le Cavalier
,la Dialecte Dorique;
Que vous a fait cette malheureuse
Dialecte pour en
estreainsi choquée?J'en suis
choquée
,
dit la Dame
,
à
cause que j'aytoûjours en,
tendu dire un Diale£te )
&,.
o n pas une Dialecte. Vous
n'y prenez pas garde, Madame
,
repliqua le Cavalier
en prenant un air fort serieux.
C'est un mot Grec qui a toûjours
esté féminin. Ah, Monsieur,
reprit la Dame en riant,
que je vous tiens malheureux
desçavoirle Grec, j'entens,
le sçavoir parfaitement
, car
ce que vous dites me le fait
sentir. Le Grec est assurément
quelque chose de fort beau.
Il faut bien que cela soit,
puisque tout ce que j'ay veu
d'habilesgens me l'ont toûjours
dit. Cependant en me
montrant des choses fort
fades, ttaduites du Grec en
nostre Langue, &: dont je
n'estois nullement touchée, ils n'avoient rien autre chose
à me dire. pour me les faire
trouver admirables
)
sinon
que celaestoit divin en Grec,
d'où je puis conclure que
le Grec gaste l'esprit
, puis
qu'il fait que tous ceux qui
le sçaventparfaitement, en font tellement charmez
, que
s'applaudissant d'entendre
une Langue qui passe pour
la Langue desSçavans,ilsadmirent
cequi ne mérité aucune
admiration, parce qu'ils
ont le plaisir de le lire en
Grec. Je voy bien, Madame, dit le Cavalier, en s'échaufant
, que vous prenez le party
de ceux qui ont l'impertinence
de dire qu'il y en a
dans Homere& dans Theoente.
Cela meriteroit. Ne
vous fâchez point, interrompit-
elle. Bien loin d'estre de
leursentiment,il ne tiendra
pas à moy qu'on ne les condamne
à toutes les peines
que peut meriter le crime de
leze antiquité. Les Anciens
font les anciens ,
je les croy
incomparables, & les raisons
d'arbres de fibres, & grne.
ralement toutes celles qu'on
peut apporter contre eux me
semblent tres -
valablement
détruites, en disant que ce
ne font point des raisons:
Les petits Modernes font ridicules
quand ils s'attaquent
aux grands Anciens.. Ilsfont
obligez de les croire sans
défauts; mais je ne puis
m'empescher de vousledire
je me trouve un peu embarrassée
à l'égard de Theocrite
depuis qu'on nous l'a donné
- en vers François. Je l'ay leu.
avec un empressement extraordinaire
, ne doutant
point sur la foy de son grand
nom qne je n'ytrouvasse des
choses toutescharmantes.
J'ay eu beau chercher, je
n'ay pû les découvrir. D'où
vient cela? Je fuis fort seure
qu'il est admirable en Grec.
Tous les Vers du Traducteur
me semblent fort beaux &
très- bien tournez. Sa Traduction
est des plus fidelles,à
ce qu'on m'a dit. J'estois charmée
de tout ce qu'a écrit
Theocrite quand je ne l'entendois
pas, & je cesse de
l'admirer dés qu'on me le
fait entendre. J'imputerois
cela à mon méchant gouss:,
si j'estois feule de ce sentiment;
mais je l'ay fait voir
à quantité de personnes
qu'on estime pour l'esprit,
& tous l'ont trouvé si ennuyeux
, que n'enayant pu
lier que cinq ou six pages, ils
ont plaint le Traducteur de
la peine qu'il s'estdonnéede
l'habiller à grands frais à la
Françoise pour le perdre de
reputation parmy nous. Cela
me surprend
, & à vous dire
le vray ,
je ne sçay plus oii
j'en fuis. Il me semble
,
dit
alors un des Amis de la
Dame, qu'on peut aisément
rendre raison de ce qui vous
paroist si surprenant. Les
Vers Grecs qui font si beaux
hpeouurr ceux qui ont le bonde
les entendre, le font
ordinairement bien pluspar
leur son qui est tres-harmonieux
> que par les choses
fines & bien pensées qu'ils
expriment, & comme il est
impossible de traduire ce son
en François avec les paroles
Grecques
,
cela est cause que
ce qui est si charmant en
Grec ne l'estpoint ennostre
Langue. Le Cavalier prit la
défense du Grec avec beaucoup
de chaleur, & la Dame
l'ayant iaiue parler quelquetemps
; venons au fait,luy
dir-elle
, vous poussez trop
loin la digression. Je soûtiens vous que malgré le Grec,
nostre Langue veut que nous
disions le Dialecte Dorique.
Et pourqnoy ,
répondit-il,
s'attribueroit-elle un droit
que la Latine ne s'est point
donné? Elle a fait Via/eétus
feminin
, quoy que la terminaison
en soit masculine.
Laissonsla vos feminins , &
vostreDialectus
,
répliqua la
Dame. Il suffit que l'usage
ait décidé pour le Dialecte.
Je n'en conviens pas, dit le
Cavalier; & s'il estoit vray
que cela fust, il feroit d'une
grande consequence de s'opposer
à un usage si pernicieux.
Il n'y a,reprit la Dame,
que Ms de l'Academie Françoise
qui le puissent faire-,
& je fuis fort affeuréequ'ils
ne le font pas. Cette question
a déja fait naistre une premiere
dispute où j'ay eu part.
Comme j'ay quelques Amis
parmy ces Messieurs, jepriay
l'un d'eux de voir dans leur
Dictionnaire ce qu'ils disent
de ce mot ,
& il rapporta
que l'Academie le fait masculin,
sans ajoûter que quelques-
uns le croyent feminin,
ce qu'ils ne manquent jamais
de marquer sur les mots dont
l'usage est contesté. Ils feront
de celuy-cy ce qu'il leur plaira
,
dit fort brusquement le
Cavalier. Rien ne pourra
m'empescher de dire toûjours
la Dialecte ,comme je dis
un Comete & un Planete,
parce que le Grec, fait ces
deux mots masculins. Et
moy, répliqua la Dame d'un
ton assez fier, je vous asseure
que vous direz le Dialecte,
la Comete & la Planete
,
où
que nous ne ferons pas contens
l'un de l'autre. Il feroit
bien injuste
,
luy dit-il tout
irrité
, que vous voulussiez
exiger de moy, ce que mon
honneur ne souffre pas que
je vous accorde. Il finit ces
mots d'un ron de depic., qui
sirconnoistre qu'il ne se possedoit
pas, & dans la crainte
qu'il eut qu'onne le poussast
plus loin, il sortitaumesme
instant sans attendre de réponse.
On se mit à rire de
sa colere
, & le bruit de
leur querelle seftant répandu
) un de ses Amis vint
le lendemain trouverla Dame
pour la disposer à recevoir
le Cavalier sans aigreur. Il
luy coufeilla de ne luy plus
parler de sa Dialecte, parce
qu'il le voyoit si obstiné là..
dessus, qu'il necroyoit pas
qu'on luy pust faire quitter
son entestement. La Dame
dqeuri ne pretendoit point cesur
une chose,où elle se
tenoit asseurée d'avoir raison.
dit à cet Amy, qu'elle avoit
cru obliger le Cavalier, en
souhaitant qu'il parlast comme
parloit tout le monde;
mais que puis qu'il osoit luy
refuser de la complaisance
pour un mot lors qu'ilestoit
encore son Amant,ellecraignoit)
s'il devenoit son Mary,
qu'il ne luy voulust apprendre
le Grec,ce qui feroit un
fort grand malheur pour elle,
& qu'ainsi elle le prioit de
ne se pas souvenir qu'ils se
fussent rien promis. Plusieurs
personnes s'employerent
pour le raccommodement,
mais ils perdirent leur
peine. Elle tint ferme, & ne voulut point renoüer l'affaire.
Le zj. du moispaffé Mrs de
l'Academie de Villefranche
en Beaujolois, celebrerent la
Feste de S. Loüis avec un
éclat extraordinaire. Ils avoientchoisi
ce jour- là pour
élever le Buste du Roy dans
la Salle de l'Academie, &la
ceremonie fut commencée
par une Messe solemnelle
qu'ils allerent entendre dans
l'Eglise Collegiale
,
où l'on
chanta lesPrieres publiques
pour Sa Majesté. Ensuite le
Panegyrique du Saint fut
prononcé par le Pere Chastelain
Dessertines, Jesuste:te,avec
de grands applaudissemens
d'une assemblée fort nombreuse.
L'aprésdisnée
,
Mrs
les Académiciens se rendirent
au lieu ordinaire de leurs
Conferences,quiestlabelle
& grande Salle de Mr Bessie
du Peloux
)
Secretaire perpetuel
de cette Academie,
qui parmy plusieurs beaux
talens
a a celuy de conduire
ces sortes de Festes avec beaucoup
de magnificence. Le
Bustedu Roy estoit élevé sur
un Piedcftal attaché à la muraille
à dix pieds de hauteur
du parterre,&cinq du plancher
fous un riche Dais Dans
les bas reliefs du Buste, qui
cil: l'ouvrage du St Chabry,
habile Sculpteur de Lyon,
on avoit écrit en lettres d'or
les deux Quadrains que vous
allez lire;le premier de Mr
de Bussy
,
Directeur de la
Compagnie
,
& l'autre de
M1 l'Abbé Baudry, Academicien.
C'efl là cegrand Heros ,
le modelle
des Rois ;
c'ejl luy qui des Cesars efface la
memoire.
Le Ciel cede àses voeux, les Hommes
àses Loix,
La Nature àfin bras, & le Temps
à sa gloire.
Pour ériger un Trône à lA Majesté
mesme
, EjJ-il un lieu plus haut que ce front
cf cesyeux,
Et pour du monde entier porter le
Diadême,
Peut-on trouver un Chef qui le
meritemieux ?
Le Portrait de Mademoiselle
d'Orleans, Baronne de
Beaujolois
,
estoit élevé de
huit
huit pieds dans la mesme
Salle,sur une belle <k riche
toilettedesatin blanc en
broderie d'or. Celuy de Mr
l'Archevesque de Lyon, Protecteur
de cette Academie,
estoit placé de l'autre costé
au lieu ordinaire. Si-tostque
M l'Abbé Baudry eut salué
le Buste du Roy, il écrivit
cet autre Quadrain.
De concert l'Art & la Nature
Semblent s'estreépuisépar un esfort
égal,
L'un en faisant cette Figure,
L'autre enformant l'original.
Cette Salle fut bien-tost
remplie d'uneAssembléetres-
Illustre, composée de quantitéde
personnes distinguées
de l'un & de l'autre Sexe.
Les Académiciens sortant de
leur Bibliotheque ,allerent
prendre leurs places le long
d'une grande table couverte
d'un riche rapis de Perse. Mr
de Bussy
, comme Directeur
de l'Academie
, en fit l'ouverture
par un beau Discours,
dans lequel il fit voir en peu
de mots que Loüis LE
GRAND remplissant toute
la terre du bruit de ses merveilleuses
actions & de l'éclat
de son nom, faisoit l'occupation
continuelle des Académiciens
,
dont l'esprits'étoit
souvent trouvé accablé
de ses idées
,
le sujet en estant
si relevé, que leur penetration
ne le pouvoit suivre. Il ajoûta
qu'ils alloient reprendre de
nouvelles forces à l'exemple
de la Statuë de Memnon.
qui ne rendoit jamais un
plus agreable [on) que lors
qu'elle estoit frappée des
rayons du Soleil; qu'ainsi
l'Academie, honorée de la.
veuë du Buste du Roy, que
la France regardoit comme
son Soleil
-'
verroit répandre
ses rayons sur tous ses Membrcf,
pour lesanimeràrendre
des sons dignes de la gloire
de leur incomparable Heros,
& que pourcela
, laCompagnieavoit
prié Mr l'Abbé
Baudry,&M de Montosa,
de donner des preuves de
leur ardeur &de leur zele
respectueux pour ce grand
Monarque. Alors Mr <£e
Montofan commença à parler
de ses grandes qualitez,
& fit un Discours remply
d'éloquence qui dura une
demy- heure. Il
y fit entrer
l'éloge de Mademoiselle
d'Orleans, & le toucha d'une
maniere fort délicate. Ce fut
le sujet que prit il y a trois
ans Mr de la Barmondiere,
l'un des Academiciens ,pour
un discours de demy heure
qu'il prononça le jour de
S. Louis dans la mesme Salle,
& dont il s'acquitta, comme
en toutes occasions,avec une
approbation generale. Mr
l'Abbé Baudry fit pait à la
Compagnie d'une Odede
deux cens quarante Vers, qui
fut extrémement a pplaud ie ,
en forte qu'ils receurent l'un
& l'autre toutes les loüanges
qui leurestoient deuës. Aprés
cela on leut les ouvrages qui
au jugement de l'Academie
avoient merité les prix qu'elle
avoir proposez de deux belles
Medailles d'or du Roy à
ceux qui réüssiroient le
mieux dans l'Eloquence &
dans la PoedcJur les su jets
que je vous marquay dans
ma Letrre du mois d'Avril
Le premier fut remporté par
M de Livonnicre Pocquet,
de l'Academie Royale d'Angers,&
l'autre par Mr Maz
gnJn, del'Academie Royale
d'Arles, & ancienConseiller
à Maçon.
La These dédiée au Roy,
& soûtenuë le 10. du mois
passé, au Grand Convent des
Cordeliers de Paris, a fait
trop de bruit dans le monde,
& a esté trop applaudie des
Sçavans, pour ne vous en
point parler. Afin que vous
puissiez prendre une idée
patfaite de cette Action,vous
remarquerez, Madame, que
les Religieux de chaque Nation
de l'Ordre de S. François,
ayant accoutumé dans
leurs Chapitres generaux de
soûrenir une These à la gloire
de leursSouverains, le Pere
Claude Frasseu, Docteur de
Paris, ancien Professeur en
Theologie, & Définiteur
general de l'Ordre,assez
connu par les Livres qu'il a
donnez au PublicsurlaPhik>
fbpbie> la Theologie, &:
les curieuses recherches de ce
qu'il y a de plus mysterieux
dans la Bible, eut ordre du
Pere General, & l'agrément
du Roy, pour presider à la
These qui devoit estre répondue
à Rome fous raüguste
nom de Sa Majesté,
comme il avoit presidé à cellequifutsoûrenueàToledeil
Iyasix ansen presence & avec approbation de prés de deux
mille Religieux qui y estoient
assemblez de toutes les parties
du monde. Mais comme
la gloire de cette action dépendoit
particulierement de
la disposition de la These, &
de la capacité de celuy qui
devoit la soutenir, il crut
qu'il feroit avantageux à
l'honneur de la France, de
la disposer d'une maniere,
que les Nations Etrangeres
qui la liroient, y pussent
apprendre la methode de
traiter les dogmes de la Foy
& les veritez de laTheologie,
dans un ordre dégagé des
questions inutiles, du stile
barbare, & de la confusion
que l'on trouve dans la pluspart
des Auteurs qui ont
traité ces matieres. C'estaussi
ce que l'on peutremarquer
dans cette excellente These.
Comme ellea pour titre ces
paroles du Cantique, j>his
pascitur inter lilia? on y voit
d'abord l'éloge des Lys de la
France, & le bonheur qu'ils
ont de naistre fous les auspices
& fous la protection de
Loiiis LE GRAND, qui
les a heureusement dégagez
des épines de l'Heresie
,
qui
ternissoit en partie l'éclat de
leur blancheur, & diminuoit
beaucoup l'odeur qu'ils répandent
dans toute la terre.
Cela est explique dans la vignette
gravée delicatement,
qui represente le Sauveur du
monde au milieu d'un champ
femé de Lys, disant à ses Apostres
ces paroles de l'Evangile
,
Considerate hlid quomodo
crescunt. On y voit aussi
la figure de S. Michel, PrQ.
techeur de la France, qui
tient l'hydre de l'Heresie a-a.
tuë fous ses pieds. On déclare
ensuite l'excellence de la
Théologie en general
,
faisant
voir les trois sources
d'où s'écoulent toutes ses veritez,
qui font la Sainte Ecriture
,
la Tradition, & les
sentimens des saints Docteurs
de l'Eglise, qui l'ont
défenduë dans tous les Siecles
, avec la critique sur
leurs ouvrages.Toutes les
difficultez qui se peuvent
rencontrer dans la Theologie
dogmatique
)
historique,
&morale y sont ensuite propasées
ôc resoluës avec une
netteté & une érudition merveilleuse,
ce qui a fait dire
aux plus éclairez dans ces
matieres
, que cetre These
est une Encyclopedie de ce
qu'il y a de plus beau & de
plus sçavant dans tous les
Livres sacrez & prophanes,
qui ont traité de nostre Religion.
Ce qu'il y a de plus
remarquable
,
c'est que ces
sujets y sont touchez avec
tant de circonspction
qu'elle , a esté examinée par
le Sindic de la Faculté de la
Theologie de Paris, & par le
Maistre du sacré Palais à
ROIne) sans que ces deux
grands hommes si éclairez &
si exacts en leurs fonctions,
ayent rien trouvé à y censurer.
D'abord qu'elle parut à
Rome, elle yfut recherchée
avec ardeur par tout ce qu'il
yavoir de gens d'érudition,
qui souhaitoient qu'elle y
fust soutenuë au plutost, afin
d'y profiter des lumieres du
Pere Seraphique Crouzei l,
Religieux d'une profonde
doctrine, que le PereFrasseu
avoit choisi comme le plus
capable de soustenir la gloire
de la France dans la Capitale
du Monde Chrestien,& devant
des Religieux de toutes
les Nations du Monde; mais
des raisons importantes ayant
fait changer de sentiment
aux Religieux François qui
affiftoient à Rome au Chapitre
General, Dieu a permis
que cette belle action quis'y
devoit faire le Mardy de la
Pancecofte
,
ait esté refervéc
pour Paris
,
où l'on pouvoit
mieuxjuger de son excellence.
Elle y a aussi receu
l'applaudissement d'ungrand
nombre de Prelats, de gens
de qualité
,
de Religieux de
tous les Ordres, & particulierement
de tout ce qu'il y
a de plussçavans hommes
en cette Ville, qui furent
également surpris de voir en
mesme temps une Piece achevée
de l'Eloquence la plus
délicate dans le Panegyrique
du Roy que le Soutenant y fit, & les fruits d'une estude
consommée? En effet, il répondit
avec une admirable
facilité à tous les Argumcns
qui luy furent proposez sur
ce qu'il y a de plus curieux ,
& de plus difficileà demesler
dans les Aucheurs sacrez &
prophanes
,
&dans la plus
subtile Theologie. C'est ce
qui luy a fait meriter tous les
Eloges que ses Auditeursluy
ont donnez en- publiant,que
sonaction estoitune des plus
éclatantes & des plus belles
qu'on ait faites depuis un Siecle.
LeRoya eu aussi la bonté
deluy en marquer son agrément,
& de l'asseurer de sa
protection Royale. Sa Majesté
ayant donné ordre à Mr
l'Archevesquede Paris de tenir
sa place durant la These
,
ce Prelat y assista avec quantité
de Personnes d'up rang
distingué. On croyoit avoir
pleinement fatisfair aux desirs
du public par le grand
nombre de Copies de cette
Thesequiontesté distribuées
icy,&àRome; mais comme
elleest encore demandée
par p lufieurs Personnes
, tant
de la Ville
, que des Provinces,
le sieur Bonard Graveur
en taille douce, la fait imprimer
de nouveau afin de
la distribuer à ceux qui voudrontl'avoir,
il demeure ruë
Saint Jacques.
Le 5. de ce mois, jour de
la Naissance du Roy,le Pere
Alexis du Buc Supérieur des
Theatins ,
fit chanter une
Messe solemnelle dans leur
Eglise, en action de graces
du precieux don qu'il a pieu
à Dieu de faire ce jour-là à
la France. Le foir il y eut un
Salut, precedé d'un Eloge de
sa Majesté que ce mesme Pere
prononça. Il fit voir dans ce
Grand Prince une ame non
feulement Royale, mais encore
Sacerdotale, puisque les
foins qu'il prend tous les
jours ne se bornent pas à
Tatcrc,r4ra1nd-i1flement' de Ton Empire, & à la tranquilité de
ess Peuples, mais qu'un zele
plein Je pieté le fait s'occuper
sans cesse de ce qui regarde
le culte de Dieu
, en forte
qu'il est venu à bout d'anéantir
la sausse Religion qui
décote repandue depuis si
long temps dans sesEtats, &
qu'il y a fait triompher la
veriré avec tant de gloire. Il
finit en exhortant tous ses
Auditeurs à demander à
Dieu la conservation d'une
santé dont dépend tout le
bonheur des François., & qui
fert de fondement à nos plus
solides esperances.
Le Samedy 28. du passé,Mr
l'AbbédeLouvois, qui dans
un agefort peu avancé a déjà
donné tant de sujets de parler
de luy avec éloge, fit connoistre
les heureux progrés
qu'il fait dans les belles Lettres,
en repondant avec une
vivacité & une presence d'esprit
admirable à toutes les
Questions de Chronologie,
de Geographie, de Fable,
d'Histoire&de Critique,
qui luy furent faites sur Virgile.
Il se trouva un nombre
infiny de personnesdun rang
distingué
,
& de Sçavans a
l'Hostel de Louvois, qui
furent témoins de cet exercice,
& ne purent se lasser de
donner des louanges à ce
jeune Abbé sur la nouvelle
gloire que cette action luy
fit remportcr. 0
Le Roy a donné à Mr le
Marquis de Villars, Fils de
M le Marquis de Villars, qui
s'estdistingué en plusieurs
Alnbaffildes dans les premières
Cours de l'Europe, l'agrément
pour la Charge de
Commissaire général de la
si illustre Pere, & qu'ayant
toute la sagesse qu'on peut
souhaiter dans un homme de
son âge, il ne se distingue
beaucoup dans le monde.
L'esprit de Mr le Marquis
de Villars est connu il y a
longtemps. Il a ellé envoyé
à la Cour de l'Empereur,
pour faire des complimens
de condoleance sur la mort
de l'lmperatrice. Son courage
luy fit demander permission
de faire quelques Campagnes
en Hongrie. Ill'obtint,
il s'y distingua
3
& sa
valeur & sa vigilance le firent
rent choisir par Mrl'Electeur
de Baviere pour l'un de sesAides
de Camp.Son trop de mérite
causa son retour en France,
mais comme les Personnes
de diftinâion y sont toujours
estimées, & que le Roy ne
laisse point sans de grands
Emplois ceux qui les méritent
,
il vient d'estre élevé à
la Charge deCommissaire general
de la Cavalerie legere,
après avoir receu d'autres
grâces de Sa Majesté,qui
luy ont donné moyen de
parvenir à ce poste.
Je vous ay déjà marqué
que M'de Livoniere Pocquet,
Conseillerau Presidial d' Angers,&
l'un des trente Académiciens
de la mesme Ville,
avoir remporté un des prix
que MIS de l'Academie
Royale de Villefranche distribuerent
le 2.5.du mois passé.
On me donne ptesentement
une Copie de la Lettre qu'il
leur a écrite, après avoir fccu
qu'ils luy avoient adjugé ce
prix. En voicy les termes.
ESSIEVRS,
C'estoit une chose si glorieuse
de remporter le prix dans les
Jeux Olimpiens, que Ciceron
dit en quelque endroit, que cet
honneur n'eestoit pas moins estimé
che'{ les Grecs , que celuy
du Triomphe a Pome. Cependant
la recompense du Vainqueur
n'estoit quune simple branche
d'Olivier; cestoit une populace
ignorante qui estoit juge de la
victoire
) & l'on riy disputout
que de la force, ou de l'adresse
du corps.L'honneur que vous
m*avezfait, Messieurs en majugeant
un de vos Prix,surpasse
d'autant plus celuy de ces
anciens Vainqueurs, que l'or est
plus precieux que le bois) que
lesexercicesdel'espritfont audejJus
de ceux du corps, & qu'il
esttplus glorieuxd'estre couronné
par le jugement de perjonnes
cboifes
) & d'un merite tresdistingué,
queparlesufrage de
la multitude. Ainsi,Messieurs
trou'Vez. bon, quesans examiner
sije dois cet avantage à lafoiblesse
de mes Competiteurs, ou
à mes propres forces
, je m'dbandonne
au transport de la
joye que je ressens. Mais si la
gloirey dont vous me cnmblez
est extrême,&sij'en connois
toute l'exellence
, je puis vous
affiurer, Messieurs
3 que ma reconnoissance
cft encore plus
grande. se fuis si penetré des
vifs sentimens quelle m'infpirr,
que dfans l7a crai-nte où jefui- s,
de ne pouvoir trouver des termes
quiy répondent,& de l'affoiblir
par l'expressionje demeure dans
le silence
,
(e, me contente de
vous protesser>Afejjteurs
) que
pendanttoutemavie monoccupationferade
chercher les OCCAsions
de m'acquiter des obligationsque
je vous ay. Heureux,
si je pouvois quelque jour detenir
aetez elequent
, pour contribuer
quelque chose à la gloire
de vostre Illufbc Compagnie ;
ou persuader du moins par mes
services chacun de vous en particulier
, que jesuis
, comme je
le dois avec toute forte d'estime
& de vénération,
MESSIEVRS,
Vostre tres, &c.
En vous parlant de l'Academie
Royale d' Angers, je
ne dois pas oubfier à vous
apprendre, qu'elle propose
deux Prix; l'un pour celuy
qui réiilTira le mieux dans la
composition d'un Discours
François
)
donc le sujet fera;
l*application du Roy à se faite
informer des befo-tns de jes Peuples
)ypourvoir ; l'autre
pour la Poësie Françoise,dont
le sujet fera;, La jonction des
deux Mers. Ces deux Prix
qui sont deux Médaillesd'or
données par Mr de Beaumont
d'Autichamp lieutenant
de Roy au Gouverne,
ment des Ville & Chasteau
d' Angers,l'un des trente Academiciens,
feront distribuez
dans l'Academie le 14. May
de l'année prochaine 1689.
Le Discours ne fera au plus
que d'une demy-heure de
techire. Les Vers n'excederont
point le nombre de cent.
On laisse aux Auteurs le
choix de la mesure des Vers.
Ils marqueront leurs pieces
par une Devise sans y mettre
de nom? & elles finiront par
une Priere pour le Roy. Toutes
personnes seront receuës
à pretendre à ces Prix, à la
reserve des trente Academiciens,
qui en feront les Juges.
Les pieces feront affranchies
de port, & mises dans
le dernier deMars de l'année
prochaine enrre les mains de
MGourcau, ancienConseillerauPresidial
d' AngersJ'un
des deuxSecretaires de l'Academie
demeurant dans la même
Ville; il en donnera son
r-eceu à ceux qui le souhaiteront
; on n'en recevra plus aprés
le dernier de Mars passé.
Comme il y a beaucoup de
Sçavans dans vostre Province,
il y aussîdes gens de Negoce,
& je croy, Madame, que
vous leur ferez plaisir de les
avertir que M Savary vient
de donner au Public un Livre
qui leur fera d'une grande
utilité. Il a pour titre>
Pareres, ou DVIS& Conseils
surles plusimportantes matieres
du Commerce. Il contient la
resolution des questions les
plus difficiles sur les Banque-,
routes &Faillites; des Lettres
& Billets de change; des
ordres sans datte, & sans
expression de valeur; des Signatures
en blanc; des No
- vations des Lettres & Billets
de change;de celles qui sont
tirées ou acceptées par des
Femmes en puissance de Mary
; de minorité des Tireurs;
des différentes Societez ; de
la compétence des Juges-
Consuls, & plusieurs autres
questions touchant lefait du
Commerce. C'est une fuite
du ParfaitNégociant, que
l'Auteur fit imprimer en 1675.
& qui fut si bien receu non
seulement en France, mais
encore dans les Pays Etrangers
, que dés l'année fuivante
on en imprima à Geneve
une Traduction en Allemand.
La première édition
ayant esté fort promptement
debitée, M Savary
augmenta considerablement
la seconde, particulièrement
de plusieursPareres
ou Avis qu'il avoit donnez
sur diverses questions de
Negoce, touchant lesquelles
il avoit esté consulté, & cet
Ouvrage fut traduit en Italien,
en Hollandois & en
Anglois. Il y a grande apparence
que celuy-cy n'aura pas
un moindre succés. Si le
premier a étably des maximes&
des réglésà un Negociant
pour [c conduire dans
son commerce ( ce font les
termes dont sesert Mr Severt,
Avocat au Parlement, dans
le témoignage qu'il rend de
ce Livre) l'autre luy enseignera
la maniere de les mettre
en pratique,& les exemples
qu'il y trouvera feront
également profitables aux
Marchands pour se diriger,
&aux Juges Consuls pour
se déterminer dans les questions
différentesqui le pre- sentent. Les
Consultations
de l'Auteur sont appuyées de
solides raisons. & les Arrests
& les Jugemens qui les ont
suivies marquent l'estime que
l'on en doit faire. Le mot
Parere est Italien, & comme
un Negociant commence à
répondre à la demande qui
luy est faite par, Mi pare, il me semble
,
la pratique du
Négociant, principalement
pour les Lettres de change,
nous estant venuë d'Italie
l'on , a conservé presque par
toutes lesVilles du Royaume
l'usage des Pareres, qui
font les avis des Negocians
qui tiennent lieu d'actes de
notoriété lors qu'on les donne
del'autorité duConservateur,
ou bien d'une Consultation
particulière pour apuyer
le droit de cel uy qui consul te.
Quantà vous, Madame, je
je ne doute point que vous
ne lisiez avec beaucoup de
plaisir le Livre nouveau que
le Sr Barbin vient de mettre
en vente fous le titre
de Histoire de la Monarchie
Françoise. Il est de Mr de
Riencourt ,Correcteurdes
Comptesy & contient toutes
les merveilles du Regne
du Roy. Je vous dis parce seul mot tout ce qui peut
estre dit d'avantageux pour
un Livre. L'ouvrage dont je
vous parle est divisé en deux
volumes. On trouve dans
le premier tout ce qui s'cft
passé de plus remarquable
depuis la mort du feu Roy,
qui arriva le 14. May 1643.
jusquen 1654. Et le fecond
renferme tout ce qui s'est
fait depuisl'année 1654.jusqu'en
1688.
Jevous envoye le revers
d'une Medaille dont le Por -
trair du Roy fait la face droite.
Voussçavez qu'il est à
toutes les Medailles qui regardent
THiftoire de ce Monarque.
Je vous l'aydéjà envoyé
cinq ou six fois, lors
que j'ay fait graver des Medailles
qui avoient rapport
à sesactions, & je n'ay cette
de le faire qu'à cause que ce
seroit vous envoyer toujours
le mesme Portrait, ce qui
fcroit inutile, puis que ce
Portrait ne change pas comme
les revers. Je croy vous
avoir marqué dans quelque
autre Lettre, que j'en userois
de cette forte
, & je ne vous
le repete anjourdhuy que
parce que plusieurs personnes,
qui apparemment ne les
ont pas veuës toutes )
tkmaru
dent pourquoy-je no tfais
graver que les revers de plusieursMédaillesqu'ils
y
trouvent. Il ya autour de celuy
quevous vfcyez> Ornatâ
& ampliatâ
urbe.On
y remarque
les portes de S. Denis &
de S. Martin, qui sont des
Chëfd'oeuvres d'Architecture
& de Sculpture) & qui surpassent
de beaucoup celles
de l'ancienne Rome,, si nous
en croyons ceux qui en ont
écrit, & ce qui en est resté.
Ce que l'on voir dans le reste
de ce revers marque la Ville
-dcParîs,& l'abondance qu'on
en voit inseparable par les
foins du Roy., fous le regne
duquel elle a receu de nouveaux
ornemens, ayant esté
consïderablement augmentée,
à quoy ce grand Prince
a beaucoup contribué.
-Nous venons de voir un
nouvel effet de ces mesmes
soins, qui font que la France
est dans une prosperité si entiere.
Non seulementelle a
tout ce qui peut estre necesfaire
pour la vie, mais bien
loin d'estre obligée de rien
emprunter de sesvoisins, elle
esten estat de leur fournir
de quoy vivre, & particulierement
des bleds, dont on
manque presque toûjours
dans la plus grande partie de
l'Europe. Comme Sa Majesté
pense à tout, Elle a voulu
que ses Sujets profitaient de
cette heureuse abondance,
& s'estanc fait representer
l'Arrest rendu en son Conseille
15. Juin dernier, par
lequel Elle a permis à tous
ses Sujets des Provinces de
Normandie,Picardie
,
Soiffonnois,
Champagne,Bour
gogne,Berry, Bourbonnois,
Orléans> ouraine,Anjou
Poitou, Xaintonge
,
Pays
d'Aunix.Auvergne,& Languedoc,
de vendre & faire
sortir par les Bureaux établis
aux extremitez de ces Provinces,
leurs bleds,Fromens,
Meteils
, & autres grains,
pourestre portez en tels
Royaumes,Etats &fProvin..
ces qu'ils aviseront bonestre,
sans payer aucuns droits de
sortie jusques au premier du
mois d'Octobre prochain
sur ce qui luy a esté rapporté
que la derniere récolté a
esté tres-abondante
, & qu'il
reste encore quantité de
grains de celle de l'année
1687. le Roy par Arrest de
son Conseild'Etat tenu à
Versailles le 31. du mois passé,
a permis & permet à tous ses
Sujets des mesmes Provinces,
de continuer à faire forcir
leurs Bleds
,
Froments,Meteils,
& autres grains, sans
qu'on les puisse obliger à
payer aucuns droits, & Sa
Majesté donne moyen par là
à tous ceux qui s'en trouveront
chargez? de s'en défaire
à leur avantage. Cette
permission est renouvellée
pour six mois; c'est à
dire, depuis le premier du
mois prochain jusqu'au premier
d'Avril 1689.avecordre
aux Fermiers des Fermes
unies de Sa Majesté, & à
leurs Commis, de délivrer
tous Congez & Passeports
necessaires sans en exiger aucune
chose, à peine d'estre
contraints à la restitution de
ce qu'ils auraient reccu.
Le 9. de ce mois, Monseigneur
le Dauphin accompagné
de plusieurs Seigneurs,
alla prendre le divertissement
de la Chasse à Anet.
Il y a demeuréquatre jours
entiers, pendant lesquels il
a estédeuxfois tirer, &deux
fois à la Chasse du Loup.La
Comedie estoit le plaisir du
foir. Elle a esté representée
chaque jourdevantce Prince,
qui fut logé dans un Appartement
d'une très grande
magnificence, & où l'on
peut dire qu'il ne manquoit
rien,soit pour la peinture,
foit pour la dorure. La beauté
des meubles répondoit parfaitement
à ces ornemens.
Monsieurle Duc de Vandosme
a fait accommoder cet
Appartement
Appartement exprés -1
, pour
recevoir Monseigneur toutes
les fois qu'il voudra venir
châtier à Anet, qui est un lieu fort commode,& fort
agreable pour prendre ce
divertissement.
Dame Jeanne-Cartherine-
Henriete d'Orleans de Rothelin
est morte depuis peu de temps. Elle avoit épousé
en premières Noces M le
Marquis de Bethune, Guidon
des Gendarmes du Roy,
dont la Maison est assez connuë
par les divers Officiers
qu'elle a donnez à la Couronne,
& en secondes,Messire
Claude-François Bourclin)
Marquisd'Assy, Seigneur
de Santot, Messieres,
Egremont )
le Fort-Marot,
&c. premier Capitaine au
Regiment de Vermandois.
De la Maison des Marquis
d)Affy) dunomde Bourdin,
qui porte d'azur à trois testes
de Daim J'or, deux en chef,
une en pointe, sont les Mar-
-
quis de Villaines, Gouverneurs
de Vitry -le-François.
Entre les Personnes considerables
de cette Famille, il y
a euJacques Bourdin, Secretaire
d'Estat fous Henry II.
François II. &CharlesIX.
qui épousa Marie Bochetel,
Fille
de
Guillaume, Secretaire
dfflat, & de Marie de
Morvillier, Soeur de Jean,
Evesque d'Orléans, Garde
des Sceaux de France. Il
mourut en 1567. Il y a eu
encore Gilles Bourdin, qui
fut choisi entre un très-grand
nombre de celebres Avocats
qui fleurissoient defon temps,
pour remplir la Charge de
Procureur General au Parlement
de Paris. Il l'exerça fort
long- temps avec grande i4-
putation duneprofonde doctrine
& d'une vertu singuliere,
& mourut d'apoplexie
en 1570. âgé feulement de
ciquanre-trois ans. Les Bourdin
font alliez aux Brinon,
Bochetel, Faiet; Cauchond'Anglure,
leFevre- de-Guibermenil,
Fmféz., Gilbert-de.-
Voisins, Hurault. Madame
la Marquise d'Assy,dont
je vous apprens la lTIOrt) estoit
de la Maison des Marquis
d'Orléans-de-Rothelin, Barons
de Varenguebec, Comtes
de Neausle & Huguevil-
1e, descendus de celle d'Orseans-
de-Longueville,dont
estoit Leonor d'Orleans,Marquis
de Rothelin, Lieutenant
general de l'Artillerie de
France, mort au Siege de la
Rochelle en1628.
Cette mort a esté suivie de
celle deMreFrançois René du
Bec-Crespin-Grimaldi, Marquis
de Vardes & dela Bosse,
Comte de Moret, Seigneur
de Montmorin, Chevalier
des Ordresdu Roy
,
Lieutenant
général de ses Armées
, Gouverneur d'A igue-mortes,
cy -
devant Capitaine des cent
Suisses de la Garde du Roy,
arrivée le 3.de ce mois. C'estoit
un homme tres-bien
fait, & qui avoit infiniment
de l'esprit. Il avoit épousé
Dame Catherine Nicolaï,
Fille d'Antoine Nicolas,premier
President en la Chambre
des Comptes,& de Marie
Amelot. De ce Mariage
estvenuë une Fille unique,
Marie -
Elisabeth du
.-
Bec-
<";rffp]~-Grimaldi Femme
de Loüis deRohan-Chabot,
Duc de Rohan, Pair de France
, Vicomte de Lean, Comte
de Porhoüet , Marquis de
Blain, de Montlieu, lX. de
S. Aulaye
,
dont est forty
Loüis de Bretagne de Rohan- *
Chabot
,
Prince de Leon.
Le Bec. est une ancienne Baronnie
de Normandie
,
dans
le Pays de Caux. Il ya aussi
une Abbaye de ce nom, qui
fut fondée en 1077. par Helvin,
l'undes FilsdeCrespin,
dit Anlgotus. On tient que
la. Maison du Bec-Crespin,
Marquis de Vardes,Seigneurs
Barons duBec-Crespin, Dangu,
Estrepagny & Varangebec,
d'où sont sortis beaucoup
de grands Personnages
qui ont signalé leur zele au
service de nos Rois,& qui
ont esté Connestables hereditaires
de Normandie, tire
son origine de cet Anfgot,
Fils puisné de Grimaldus
, Prince Souverain de Monaco,
& deCrespine) Fillede
Raoul, premier Duc de Normandie.
L'Aisné s'appelloit
GuyGrimaldi, & c'est de
luy que font descendus les
Princes Souverains de Monaco
jusqu'à Honoré Grimaldi
II. du nom, Prince de
Monaco, Duc de Valentinois
,
Pair de France, Chevalier
des Ordres du Roy,
qui chassalesEspagnols de
son Estat pour semestre fous
la protection du feu Roy.
Cet HonoréGrimaldi eut
de la Princesse HippoliteTrivulse
, Hercule Grimaldi,
Prince de Monaco, qui de
la Princesse Aurelia Spinola,
a eu Loüis Grimaldi, Filleul
du Roy, ne en \6\1. & qui
est aujourd'huy Prince de
Monaco, Duc de Valentinois,
Marquis de Baux &
Comte de Carlades. Il a épousé Charlote-Catherine
de Gramont
, morte en 1679.
& il en a eu Antoine de Grimaldi,
Duc de Valentinois,
Colonel du Regiment de
Soissonnois, M le Chevalier
de Monaco,Mademoiselle
de Monaco, appellée Marie-
Charlote Grimaldi, & une
Fille Religieuse. Grimaldi
porte fuselé d'argent & de
gueules.
Pour cequiestd'Ansgoth
Grimaldi, puisné de Guy
Grimaldi, il s'établit en
Normandie & c'est de luy
qu'on tient, comme je l'ay
déja dir, que la Maison du
Bec Crespin est venuë. Jean
du Bec, S deBouvry
,
épousa
en 1441. Marguerite de Roncheroles,
Dame de Vardes,
& laissa Charles du Bec I. du
nom, Chevalier de S. Michel,
& Vice-Amiral de France,
marié avec Madeleine de
Beauvillier
-
Saint - Aignan.
donc il eut trois Fils, Charles
II. Baron de Bouvry,Philippes,
successivement Evesque
de Vannes & de Nantes,
puis Archevesque de Reims,
& Pierre, S' de Vardes.
Ce dernier fut Pere de René
I. Marquis de Vardes,
qu'on fit Chevalier des Ordres
du Royen 1619. & qui
épousa Helene d'O, Fille de
Charles S de Franconville.
De ce mariagevint René du
Bec II. du nom, Marquis de
Vardes
, Gouverneur de la
Chapelier Chevalier d'honneur
de Madame la Duchesse
d'Orleans. René II. épousa
Jaqueline de Bueil, Comtesse
de Moret
,
de l'ancienne
Maison de Bueil-Sancerre
,
si
renommée en l'Histoire,&
il en eut Mr le Marquis de
Vardes qui vient de mourir,
& Antoine, Comte de Moret
,
Lieutenant général des
* Arméesdu Roy? qui fut tue"
d'un coup de Canon en 1658.
au Siege de Gravelines.
La mort de Mr de Vardes
ayant faitvaquer le Gouvernement
d'Aigues-mortes en
Languedoc, le Royen a
pourvûM le Marquis d' Aubigné.
Vous vous ellesplainte
plusieurs fois que je vous
ay parlé de la pluspart des
plus illustres Maisons du
Royaume, & que je ne vous
ayencore rien dit de celle
d'Aubigné. Il est juste qu'elle
ait son tour, & que je vous
en parle à fond, comme j'ay
fait de quantité d'autres
beaucoup moins considerables.
La différence que vous
y trouverez, c'est qu'on me
surprend quelquefois,& qu'il
se glissedes endroits peu veritables
dans quelques Genealogies
, mais je vous puis
assurer qu'il n'en est pas de
mesme dans ce que je vous
envoyé de la Maison d'Au..
bigné. Je ne me fuis pas contenté
de donner tous mes
foins à la recherche de la
vérité; j'ay voulu consulter
sur cet article ceux qu'une
longue experience a mis en
droit de decider sur ces fortes
de matieres. Je n'ay -de-,,
mandé que ce qu'ils peuvent
justifier par des titres incontestables,
& qui ne laissent
aucun moyen de douter de
ce que je vais vous dire.Après
que lesDucs,lesComtes,&les
autres Grands de France assemblezàNoyonau
mois de
May de l'an987.eurent élevé
Hugues Capet sur le Trône,
& qu'ayant esté faits Souverains
des Provinces,& des
Gouvernemens,qui furent
la recompense de leur choix,
& qu'ils ne tenoient avant
cela qu'à titre bénéficiaire,
& à vie, ils eurent infeodé
la pluspart des Terres qui relevoient
de leurs Jurisdictions,
pour attacher à leurs
interests tous les vaillans
Hommes? dont le secours
estoit necessaire à la défense
de leurs Etats; tous ceux qui
furent gratifiez de ces infeodations,
estans par là devenus
Vassaux de chacun des
Princes, dont ils les avoient
reçuës
, commencerent dans
le onziéme Siecle à prendre
les noms des Domaines, dont
on leur avoit abandonné la
proprieté,àcondition de les
tenir en hommage,&moyennant
de certaines redevances;
& comme les Predecesseurs
de ceux qui portent encore
le nom d'Aubigné, prirent
celuy de cette Terre
,
dés le
temps que l'institution des
Fiefs établit les Surnoms,.&
les rendit ensuite hereditaires
aux Familles Nobles du
Royaume les Descendans,
de cette Maison peuvent fc
vanter d'avoir la mesme ancienneté
que les autres Maisons
les plus considerables de
la Province d'Anjou, où la
Seigneurie d'Aubigné est située.
Les Titres qui se
-
sont
conservez jusqu'à present font , une preuve certaine de
la vérité de cette origine;
ilsfont connoistre que Geofroy
d'Aubigné possedoit
cette Terre en Sirerie l'an
1160 & la qualité de Chevalier
qu'il avoit acquise dans
lesoccasions où il s'estoit signalé
,
luy estant donnée par
les mesmes titres? c'est un
témoignage qu'il avoit mérité
un honneur, qui estoit
autrefois la reconnoissance
la plus glorieuse des actions
de valeur que l'on avoitfaites
à la Guerre. Jean, Sire d'Aubigné
,marchant sur les traces
de son Pere
,
parvint au.
mesme d'egré de Chevalier.
Un acte de l'an 1201. marque
qu'il en avoit alors le titre,
& les autres Seigneurs d'Aubigné
le rechercherent tellement
pendant un Siccle,
qu'Olivier,Sire d'Aubigné,
l'an 1255. Aimery, Sire d'Aubigné,
l'an 1273. Guillaume
d'Aubigné,son Fils, qui fut
marié la mesmeannée avec
Aliénore de Coëme , & Savary,
Sire d'Aubigné
,
l'an
1315). en furent recompensez
successivement
, pour les services
militaires qu'ils avoient
rendus. Du mariage de ce
Savary d'Aubigné avec Honneur
de la Haye-Passavant,
sortirent Olivier,Sire d'Aubigné
, dont la posterité s'éteignit
il y a 200. ans., &
Pierre d'Aubigné, Seigneur
de la Touche d'Aubigné,
qui l'eut pour son partage,
& qui vivoit l'an 1341. Guion
d'Aubigné
,
Seigneur de la
Touche, l'an 1374. ayant
épousé Jeanne de l'Epine,
heritiere dela Seigneurie de
la Jousseliniere ,
Thibaud
d'Aubigné, fori Petit-fils>
quiestoit marié l'an 1444.
nom& des Armes de cette
Maison,par l'extinction de
la branche de Sainte-Gemme,
&il est le Frere de Claude.
Maur d'Aubigné, Abbé de
Poutieres en Champagne.
,
Loüis d'Aubigné
,
Seigneur
de la Rocheferriere, Cadet
des Seigneurs de la Touched'Aubigné,
est Chefde la
seconde branche, & Pere
de Loüis d'Aubignéde la
Rochcferriere
, qui fut receu
Page du Roy, dans la petite
Ecurie, au mois de Janvier
de l'an 1683. Les Titres énoncez
dans les preuves de sa
Noblesse, qui sont dansle
Registrede la petite Ecurie)
entre les mains deM le Premier,
& qui ont esté dressées
par Mr d'Hofier
,
Genealogiste
delaMaison de Sa Majestésuivant
l'usage qui s'observetoujours
dans la grande
& dans la petite Ecurie, justifient
que ce Gentilhomme
compte dix huit degrez de
Filiation consecutive depuis
luy jusqu'à Geofroy, Sire
d'Aubigné, le premier de
ses Ancestres
, qui vivoit l'an
1160. avantage de naissance siconsiderable, que les prefut
accordé le s de Juin de
l'an 1585.entre Susannne de
Lésai-deLusignan
,
Fille &
heritiered'AmbroisedeLefaide-
Lusignan, Baron de Surimeau
, & de Renée deVivonne
Dame de Murçai
avec Theodore
-
Agrippa
d'Aubigné,Seigneurdes
Landet & du Chaillou,Ecuyer
d'Ecurie du Roy Henry
IV. alors Roy de Navarre
, Gentilhomme ordinaire
de sa Chambre, Marclelui
de ses Camps & Années,
Gouverneur des Bles & du
Chasteau de Maillefais,&
Vice-Amiral deGuienne&
de Bretagne, celebre par
.HHill:oire des Guerres de son
temps,qu'il aécritescomme
une personne,qui par
l'excellence de son esprit avoit
eu longtemps, comme
il ledit luy-mesme, beaucoup
de part dans la faveur,
& dans la confiance la plus
étroite du Roy Henry IV.
& avoit toûjours donné de
grandes preuves de la fermeté
de son courage dans toutes
les perilleuses entreprises
qu'il avoit executées pour le
service de ce Prince. Du
d'Aubigné
,
sa Soeur
)
Dame
de Maintenon.
luy acquierent l'efiime &l'admiration
de toute la Cour.
gol
, &nous a donnél'Histoire de
ce qui regarde les vastes Etats de ce
Prince. il estoit grand Philosophe. -
C'est de luy qu'il est parlé dans
la réponse de M. Comiers,qui
est employée dans cette Lettre.
Celles de Rome nous ont
appris quele Pere Charles Clodi.
niski,General des Clercs Reguliersdes
Theatins,mourut le 10. de
ce mois dans leur Maifcn de Saint
Silvestre,âgé de 76. ans, dont il
en avoit passé 54. dans la Religion.
Il estoit d'une des plus IIlustres
Maisons de Pologne, &
s'estoit rendu tres-recommandable
par sa pieté singuliere
, & par
son zele pour l'observance. Son
rare merite qui luy avoit attiré la
bienveillance de sa Sainteté,l'avoit
élevé a la Charge de General de
son Ordre
,
qu'il a dignement
remplie.
LaFeste deChantilly a répondu
à tout ce qu'on en attendoit.Je ne
vous en dis rien dans cette Lettre.
par ce que je vous en envoye une
seconde, qui en contient toutes les
particularitez. l'yay joint,comme
vous m'aveztémoigné le fouhairer,
une description fortexacte de
toutes les beautez de cette delicieuse
Maison.
La terreur triomphe toûjours
quand on cft assez heureux pourla
pouvoirrépandrechez ses Ennemis.
Elle sert les Allemans,&
estele courage aux TurcsBelgrade
vient d'estre pris. Ce n'eust pas
esté une chose aisée si les Armes
seuleseussent decidé deceiceCongueste.
Elles ont commencé, 8c
les premieres Victoires des Impériauxontesté
cause que les dernieres
leur ont peu cousté. Quand
la division s'est mise une fois parmy
ceux que l'on attaque, &: qu'ils se
font presque tous égorgez euxmesmes
, il est facile de triompher
du reste, affoibly déja par la desolation
Se l'épouvante. Ce n'est pas
que les Troupes qui ont forcéBelgrade
ne se soient acquis beaucoup
degloirepuisque leur courage a fait
avancer ce qu'ils auroicnt pu ne
devoir qu'à la terreur Se au temps.
Elles ont pris cette Place d'assaut
après un Combat de plus de cinq
heures. M. l'Electeur de Baviere
que le feu continuel des Ennemis
ne put retenir, monta deux fois à
la breche
) ,& receut une legere
blessure à la jone Les Imperiaux
ont eu grand nombre des leurs
tuez ou blessez. Le Comte de
Scherffemberg
,
le Comte Emanuel
de Fuftemberg
,
Fils aisné du
Comte de Staremberg, & M. de
Gournay, Ayde de Camp General
font du nombre des premiers. On
a paslé tous les Infidelles au fil de
l'Epée.Belgrade ouAlbe -Grecque,
appellée par les HongroisNandor-
Alba,estsituée dans la Contrée
dite Rascie, un peu au dessous du
Confluent de la Save & du Danube.
Sa grandeur estconsiderable,,
8c la Colline sur laquelle est cette
Place, la rend extrêmement forte,
Amurath Il l'assiegea en 1442.
5c Mahomet Il en 1456. mais
l'un ny l'autre ne la purent prendre.
Soliman 1l remporta ca
1511. & depuis ce temps les Tutcs
en estoient toujours demeutez
Maistres, quelques efforts que les
Chrestiens eussent faits pour s'en
ressaisir.
La première des deux dernieres
Enigmes a esié expliquée sur
l'Elperance qui en estoit le vray
mot par Mrs Norbert de Beauvais:
le Chevalier des trois Ecussons de
la ruë de Blévre : le Chevalier le
Noir de la Place Maubert , le
Chevalier des Maronniers le Di..,
rêveur du Palais de Bacchus de la
rue de l'arbre-mort, l'Adorateur
Nocturene de la Belle Cathosdela
Grève: le Grand Clerc des Jefuites
: l'invincible de la rue du Mail:
Lamyfidelle à l'anagrame bonté
cherie
,
de Poitiers: l'A mant qui a
trouvé le nomde sa Maistresse
dansl'anagramme ton partage me
guérit : Tamiriste le jeune de las
rue delà Cerisaye : les deux
-
gros
Dodus de Belair : la plus Constante
Infortunée de larue Grenier
Saine Lazare: la belle Librairé-
de la rue de la Harpe : la
charmante Conductrice de-la.
bandeJoyeuse de la rue de Clery:
la Spirituelle à l'anagramme Beau
mérité y regne, de Poiriers.
, Le vray mot de la séconde qui
effoir lePalais de la Bouche, a elté
trouvé par Mrs Raoul de Bordeaux
: Bellet de Sainte Foy:
l'Abbéd'Harcourt Valentin Ma..
chaud, Directeurdel'Academiedu
gâÎTnr cousinage & sa charmante
cousine: Claudine de Goelles de
Mascon: & l'Apprentïf-Chasseur
de Bel-airle Paonne de la Sgw
rituelle M. Macet:& l'Amant de
l'aimable VituaisedeSaint Malo :
l'aimable Cousine delabelle brune
de la belle brune de la rue du
Plastre: & la plus jolie veuve de
la rue de Bourbon.
Ceux qui ont trouvé le vray
sens dé l'une & de l'autre, sont
Mrs Lourder: Digeon de sa rue
des Blancs- Manteaux ,: du Pré-
Henry : le plus petit des Pages du
Roy de la rue des Deux-écus ; le
petit Chartrain de la rue des Prottvaires
: J. L. Chef des Mecontens
de la rue Hautefeullle : R R.
L'oyseau le plus volage de lahorc-st
de Rez : le Tourangeau malgré
luy de la rue Fleurie
,
proche 1rs
noirsManteauxdeTours: le Voiiln
du groshorloge de Rouen: 1-J
Cherubin de la rue Co^inllijjre
)
àc
le Séraphin de la mesme maison.
MesdemoisellesMarie-Anne de la
Court; Viole, rue Beaubourg:
Bourgeois de la Nocle, sur le
Quay de la Tournelle : laDéesse
des Paramirabo :
Louise Lucie de
Surinam: l'Infortunée Diane d'Aclcon
: la grande Brune à l'Anagramme,
RevencTjbeauxjoursfilez*
desoye : le Berger Tircis, a l'Anagramme
,
Siecle d'amour: la
Blondine Soeur du plus petit des
Pages du Roy: la Soeur à la
belle main de Villenauxe : l'Incomparable
Compagnie de Nèss:
l'enjouée Manon de la rue du
Perray : les deux Soeurs du Pavillon
Royal de la rue S. Martin,8C
leur inseparable confine: M. L. L.
la plus Solitaire de la rue S Chriftophle
: M. A. G. la plus charmante
voix de larue S Nicolas:
J. E. F. l'Indifferente beauté de la
rue Pavée derriere l'Hôtel de
Bourgogne: l'aimable du Fauxbourg
Saint Antoine, à l'Anagramme
,sacrisions ssos coeurs , &
l'Inconsolable.
La premicre des deux Enigmes
nouvelles que je vous envoye est
de M. Digeon de la Fontaine des
Blancs- Manteaux. ENIGME.
IAy du Perc du jour j"J au plus
beau des Dieux
L'éclat quifort de moy, j'en suis la vive image, Mon fort senblable au jlen fait qu'on
m'aime en tous lieux
Tout , un Peuplese perd en me rendant
hommage.
Je fais voir clairement
, ejuoy que je
sois sans yeux,
lEt preste de mourir
, fJHme voitdavantage;
Quandjepartsd'icy bas jemoute dans
lesdeux, ( usage.
Et nelaîsseaprèsmàyqu'unreflesans
Mes mortels Ennemissont la pluye
~&levent
Et tel quime voir, nAistre
, en peu
d' heures sonvent
Me Vâit Aussi mourir par leur cruelle envie.
C'estl un Grand qui mesert dans l'Empire
Iberoisj , Aurois le nez. trop long en presence des
Rêysy ( vies
S'il ne tranchait le fil qui fait durer ma
AUTRE ENIGME. MOn rem change eomin- le temps, Je parois moins à la Ville cjiïaux
Champs.
Jefais msffait, /> le confesse
Une. aisle
, un pied
,
ftx bras que je
hausse &j\ibaijje
Au moindre effort d'nn secours ètrart -
ger.
Tous ces membres unis formentm Cil
corps leger.
Je passe maverte jeunesse
Aubord deseaux,mesme au mille*des
Bois
Mais dans , r:cs deux divers emplois
Quelque rustique que je n.:f!ffi
J'ayl'avantagequelquefois,
D'estreaudessusdes plus grands Rois.
Ovous
y
qui 1.t'1.'et dam le-crime
Mortels
, pour v&us sauverducelejfc
coU"'ou\ terne '•(<){$*oû]oH,fs (a v-ùlime;
QuelrSj!cî/dardeses feuxsur veut Ou qu'ilmarque aut , remsut la fureur
qui fln:me
Jesuis, , quoy qu' innocent, en burte àtoussescoups.
Je vous envoyé un Rondeaumis
en air par un de nos plus habiles
Maistres.Vous y trouverez une
maxime fort utile à suivre.
JQui veut vivresans Plint.
Qu'il vivesans amour.
Ce tyran nuit & jour
Réduit a la gesne
Sans espoir de retour.
Qui veut vivresans peine,
f2..!!'il vive sans tfMfJUr.
J'aurois beaucoup à vous dire des
affaires dutemps, mais le Mémoire
desraisons qui ont obligéle Roy à
reprendre les armes, & qui doivent
persuader toute la Chrestiencé
des sinceres intentions de Sa
Majesté pour l'affermissement de
la tranquillité de l'Europe, vous en
fera plus sçavoir, que je ne pourrois
-vous en apprendre. Cette piece
vient d'estre renduë publique,aussibien
que la Lettre du Roy à M. le
Cardinal d'Estrées. Je ne laisseray
pas de vous dire beaucoup de choses
surcesaffaires, dans ma Lettre qui
servira de secondé Partie àtelle du
mois prochain, & qui contiendra
non feulement tout ce qu'aura fait
Monseigneur leDauphindepuis son
départ, mais encore beaucoup de
choses qui l'ont precedé. Je suis,
Madame, vostre, &c.
A Paris ce jo. Septembre 16SS.
Le Sr Gueront avertit qu'il commence
à debiter plusieurs Livres.
les autres ont de foîùie S<: de eurieur,,
quoy que l'ordre <5c le cour en ~loiciic
çjiftcrens. Il l'a enrichy de quatrevingt
figures.
Jibrfgc Methodique des principes Heraldiques
n , ou du veritable art du Bla- du Pere Mcneftncr, Jesuite.Ce
Livre peut tenir lieu ds tous ceux
qui ont j amais esté faits sur le Blason,
ic l'on y trouve cinq cens armoiries
gravées avec prés de deux cens figures
quiencrentdans les Armoiries. Aprés
avoir donné des exemples &. des figures
pour parvenir à laconnoissance
entiere du Blason, & de la Science
Heraldique
,
il finit par des Dialogues
surcetart, qui instruisent beaucoup
& facilement. !
Histoire sommaire de Normandie ,
per M* de Masseville. Elle contient
l'ancien Etat cles Gaules & de (OR
Gouvernement, & l'Etat de la Normandie
fous la domination de ses
Ducs.
Ledit ~Ceurout avertit aussi qu'il
vend un Livre de M. Cusac, quia
,,(lé déja débitéavec succés parle feu
S. Flageard. Il a pour titre, Traité de
la Transpiration des humeurs
, ou la
méthode de guérir les Maladiessans le
secours de la frecjuente saignée
,
& instruit
Je Public des grands effetsde
l'esprit de vin composé
,
qui en purifiant
le fang & en le rafraichissant
sans presque le tirer des veines
, contribueàla
guerissondes Fièvres, de
ta-pieurefîe, de la fluxion sur la poitrine
,
de la perte de fang,& generalement
de tousles maux dont lacanee,
peut transpirer.
On trouvepresentement chez le
mesmeGuerout,l'Art de IlltJtr. dont
Spectacle donné à Poitiers
- 36
Fort attaqué par Monsieur le Duc de
Chartres. 46
Epithalame. 67
Mort. 78
Vaisseaux de la Compagnie des Indes
Orientales de France de retour avec
leur Cargaison 91
Retour des Vai/feaux de Hollande du
me/me lieu avec leur Cargaison, y6
Voyagesur la Mer d'Amour. Dialogue.
105
Suite de ce qui a déjà esté do""é touchant
le secret trouvéd'imiter les
Eaux de Bourbon & de Vichi. 134.
Lettre deM. de Comiers à Madame
de la Sltb/ierl. touchant la conduite
EdgeslEoaugx.ue. 147 193
Histoire. 209
Ce qui s'estfajfeà l'Académie de Jriee,
Franche le jsur de la Feste de Saint
Louis. 237
Explication de la These dediée au Roy,
soûtenuë aux Cordetiers.24^.
Ce qui s'est passe aux Theatinsle jout
de la Naissance du Roy. 259
M. rAhbt de Louvoisrépond à toutes
les questions qu'on luy fait sur IIJ
Chronologie, Géographie, Fable, Hifioire,
&Critique. 16t
Charges & Regimens donnez, far le
Roy. 262
Remerciement envoyé à Mrs de l'Académiedefille-
tranche. 2.64
Sujets des Prix proposezpar Mrs de
l'Academied'Angers pour tannée prochaine.270
Avis aux gens de Nefsete. 273
Histoire de la Monarchie Françoise.179
Arreflpar lequelle Roy permet lasortis
des bleds hors AuRoyaume. 285
Autres Morts. 189
Gouvernement donner, à M. le Marquis
d'Aubigné, & à M. le Marquis de
Tilladet. 301 Mort deM. le MarechalDuc deVivenne
31G
Chargede General des Galères donnée
à M. le Duc du MAJRI. 317
GouvernementdeChampagne & d?
Brie donné aAi. de Luxembourg.318
Mort du General des Theatins.319
prisede Bellegrade; 310
Article des Enigme.313
jafféairevs duitesmp.s.<. 33r330
,
Avis pourplacer les Figures LAirqui commence par., D'uik
oeil indifferent vous voyez, mil
langueur, doit regarder la page 132.
La Médaille doit regarder la p.246.
La Chanson qui commeuce par 9
.!<!!i veut vivresans peine,doit
regarder la page 330.
Page150. ligne 14.je mesens,lisez,
je me sentis.
Page 155. ligne S. delaMathemt,
figue, lisez. des Mathématiques.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères