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1688, 07
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Eur
. 511-
m
16887
Mercure
<36614138940016
<36614138940016
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
JUILLET 1688.
A PARIS ,
AU PALAIS.
+
K
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier iour de chaque Mois , & on
ven dra , Trente fols relié en Veas,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS .
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT , Court-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LXXXVIII,
AVEC PRIVILEGE DU ROT.
Bayerische
Stansbibliothek
München
O
AVIS.
Velquesprieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye poule
Mercure, on ne laiffe pas d'y manr
quer toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvraà
leur tour , pourvu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent,& fur
ges
A ij
Y
A
out ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent . C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure tong
temps avant qu'ilfoit arrivé dans
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qni fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoirtoûjours fort tard
pardeux raifons. La premiere, parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toûjours quelques
jours avant qu'on en falle te
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent,
its rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardementpar la voye dudit ficur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy -mefme, & de les faire
A iij
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe generalement
de touslesLivres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand ilfe rencontrera qu'on de
mandera ces Livres à la fin du mois,
il les joindra au Mercure , afin de
W'en faire qu'un mefme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'efre
content.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1685.
L
E ROY fait tant
de
chofes dignes
d'eftre
remarquées ,
que quelque foin que je
prenne de les ramaffer toutes
, il eft impoffible qu'il
ne m'en échape , je ne dis
A
j
8 MERCURE
pas quelques- unes , mais même
un fort grand nombre.
Comme
il est toujours temps
de les apprendre
à ceux qui
n'en font pas informez , &
qu'il n'importe
pas pour
Hiftoire que ce qui s'eft
paffé dans un mois , ne foit
fceu que dans un autre , je me
croiray toujours obligé de
vous écrire ce que vous ignorerez
, mefme long. temps aprés
que les chofes que vous ne
Içaurez pas , auront efté faites
fur tout à l'égard de ce qui
regarde noftre grand Monarque.
Vous avez fceu qu'il
GALANT.
9
tut quelques accés de Fiévre
le mois dernier . Ces accés le
prirent dans le temps de la
Pentecofte , qui eft une des
Feftes aufquelles
il a accoutumé
de toucher les Malades.
Il en estoit venu un grand
nombre , & comme c'est même
une fatigue pour luy,
quand il fe porte
le mieux .
que de toucher cinq ou fix
cens perfonnes , ceux qui ont
foin d'une fanré fi précieuſe
à l'Etat , s'oppoferent
à l'ardeur
de fon zele , de forte
que Sa Majefté ordonna que
tous lesMalades qui s'eftoient
10 MERCURE
rendus à Versailles feroient
défrayez pendant huit jours,
parce qu'Elle efperoit faire
fes devotions dans ce tempslà
, & pratiquer enfuite cet
acte de charité ; mais ce Prince
n'eftant pas encore remis
de fon indifpofition lors que
ces huit jours furent paffez ,
fes Medecins jugerent qu'il
devoit plutoft travailler à reprendre
fes forces . què de
s'expoſer à effuyer des fatigues
qui auroient pu luy re
donner fes premiers accés.
Ainfi il refolut de renvoyer
les Malades ; mais par une
GALANT II.
bonté toute genereuſe il fit
diftribuer à chacun l'argent
qui leur pouvoir eftre neceffaire
pour s'en retourner , &
l'éloignement des lieux en
regla la fomme . Cette action,
ainſi qu'une infinité d'autres
dont elle est la fuite, affure
au Roy avec beaucoup de ju
ftice , le furnom de Grand
que tout le monde luy donne.
Jamais on n'à mieux marqué
le merite que renferme
ce titre de Grand , que fit
M Corbet , Bachelier de Sorbonne
& Curé d'Erennes ,
dans une Feſte qui fur cele12
MERCURE
brée le jour de S. Yves , par
les foins de M' de S. Gervais,
Procureur du Roy de la Ville
de Falaiſe en Normandie. Ily
avoitconvié toute laNobleffe,
& tout ce qui fe trouva de
Perfonnés confiderables aux
environs. Toute la Juftice y
affifta en robes , au nombre de
foixante ou quatre-vingt, tant
Officiers qu'Avocats
plusde cent Ecclefiaftiques.La
Ceremonie fe fit dans l'Eglife
de la Trinité , où l'on entendit
une fort bonne Mufique.
M Corbet eſtant mon,
té en Chaire , prit pour texte
, avec
GALANT
13
ces paroles de la Geneſe,
Faifons l'Homme à nostre image
& reffemblance , & fit connoiftre
qu'un vray Magiftrat
portoit l'Image de ce qu'il y
a de plus augufte dans le Ciel,
& de plus grand fur la terre ,
c'est à dire , de la puiſſance
de Dieu , & de celle de Louis
le Grand
. Il prouva par de
juftes comparaifons & par un
raifonnement
folide , que les
Juges portoient l'Image de
la grandeur de Dieu ; mais
lors qu'il voulut prouver
qu'ils portoient également
I' Image du Roy , qui eſt ce
14 MERCURE
qui fe peut trouver de plus
grand dans toute la terre , il
dit qu'il s'eftoit autrefois
étonné pourquoy ce Monarque
, aprés tant de Batailles
gagnées , tant de Victoires
remportées , tant de Provinces
conquifes , aprés avoir
donne la paix à toute 1 Europe,
& eftre devenu l'admiration
de l'Univers par tant
de faits heroïques , ne portoit
pas le nom d'invincible & de
Conquerant, plûtoft que celuy
de Grand' ; mais que fon
étonnement avoit ceffe lors
qu'en cherchant l'idée d'un
MERCURE 15
parfait Monarques il n'avoit
pu le trouver que dans la
grandeur ; qu'il falloit qu'un
Roy fuft grand de ce qui fair
la grandeur de l'homme , à
l'égard de Dieu , c'eſt à dire,
la Religion ; à l'égard de
luy-mefine , c'eft à dire la
fageffe ; à l'égard des hommes
, c'eſt à dire la puiſſance.
Il fit connoiftre ces trois fortes
de grandeur unies dans
la facrée perfonne du Roy.
Il dit qu'il eftoit Grand de ce
qui fait la grandeur de l'homme
à l'égard de Dieu , puis
qu'outre que ce qui regarde
16 MERCURE
la Religion luy avoit toujours
efté commun avec les Rois
fes Piedeceffeurs , par les titres
communs de Fils aifnez
de l'Eglife & de Princes tres-
Chreftiens , il s'eftoit entierement
appliqué à étouffer l'He
refie dans fon Royaume, fans
avoir cherché dans ce faint
ouvrage que la reparation des
Autels , la gloire de Dieu, &
le falut de fes Peuples qu'il
eftoit Grand de ce qui fait la
grandeur de l'homme à l'égard
de luy-mefme , puis que
fa fagefle qu'admiroit toute la
terre , le rendoit l'ame de fon
GALANT. 17
Confeil , les delices de fes Sujets
, & la terreur de fes Ennemis
, en forte que demeurant
toujours maistre de luy - même
, il eftoit clement dans fes
Victoires , moderé dans fes
triomphes, & pacifique au
milieu de fes conqueftes ; enfin
qu'il eftoit Grand de ce
qui fait la grandeur de l'hom ..
me à l'égard des hommes ,
puis que tout ce que l'Antiquité
nous apprend de la
puiffance des Alexandres &
des Cefars , n'avoit rien qui
ne fuft inferieur à la fienne,
qui obligeoit de grands Rois
Fuillet 1688.
B
18 MERCURE
à luy envoyer demander fon
amitié des extremitez du
Monde
. Il ajoûta que cette
triple grandeur le communiquoit
aux Juges , lors qu'ils
luy preftoient le ferment de
fidelité entre les mains des
Officiers de fon Parlement ,
parce
qu'il vouloit
que dans
tous leurs jugemens
ils n'culfent
pour guide
que fa Religion
, pour modelle
que fa
fageffe
, & pour
limites
que
celles
de fa puiffance
. Aprés
que cette Ceremonie
fut achevée
, M ' le Procureur
du Roy
conduifit
tour le Corps
de
GALANT.
19
Juftice dans un
appartement
tendu de bleu parfemé de
Fleurs de lys , où l'on fervit
un repas avec autant de magnificence
que de propreté.
Madame de Saint Gervais fa
Femme , regala de fon coſté
toutes les Dames chez elle, &
l'on n'entendit de toutes
parts que des Violons meflez
de cris de Vive le Roy.
Comme chacun travaille
diverſement à la gloire de ce
Prince, aprés vous avoir parlé
d'un ouvrage d'Eloquence ,
je puis vous en faire voir un
de Poëfic , dont M' l'Abbé
Bij
20 MERCURE
de Maumenet eft l'Auteur.
La Gloire & le Genie qu'il y
fait parler , meritent bien
que vous ayez de l'attention
pour ce qu'ils difent.
LA GLOIRE
E T
LE GENIE.
Qrand LOVIS animé d'une jſtue
vangeance
Au gré de fa valeur étendoit fa
puiſſance ,
Et que feul il domptoit tant d'Ennemis
divers
Ilfe vainquit luy-mesme , & calma
I'Vaivers.
GALANT. 21
Eft - ce ainfi , s'écria la Gloire qui
l'anime ,
Que ce fameux Heros me cherit &
m'estime ?
Compagne fi fidelle attachée àfes pas,
Manquay-je de le fuivre au milieu
des Combats?
Quand il ofa du Rhin tenter l'affreux
paffage,
Du Chef& des Soldats j'échauffois
le courage ;
Quand il ofa braver l'orgueil des
Elemens ,
le fis tout obeir à fes commandemens.
Le Comtois alarmé vit fous fes coups
terribles
Tomber pendant l'hyver fes Rocs
inacceffibles.
Belge , Ibere , Germain Bataves
éperdus ,
>
22 MERCURE
Malgré voftre union vous fuftes confondus.
Lors que le front couvert d'une noble
pouffiere
te frayois le chemin à fon ardeur
guerriere ,
Où n'ay-je point femé le bruit defa
valeur?
Du Midy juſqu'à l'ourse on connoift
fagrandeurs
Genes humiliée, Alger encorfumante
Ont reffenty les coups de fa main
foudroyante,
Et loin de confommer fes rapides
projets ,
Quad il peuttout foumettre, il ac
corde la Paix.
Cette indigne Rivale à mes yeux
preferée ,
Me bannit de fon coeur où j'estois
adorée ,
GALANT. 23
23
Et LOVIS par mes mains tant de
fois couronné
Dédaigne les Lauriers dontje l'avois
orné !
C'est ainsi qu'elle parle au celefte
Genie ,
Dépofitaire heureux d'unefi belle vie.
A ces mots le Genie attentif, &
Surpris
Voulut par ce difcours raffurer fes
efprits.
Connois mieux un Heros que l'vnivers
admire
,
Dit-il , & ne crains rienfous fon
heureux Empire.
Ilſçait l'art d'accorder les armes &
les Loix,
Et pour luy la Paix mefme eft fe
conde en exploits.
S'il fit regner le calme au milieu de
·la guerre
,
24 MRCUERE
Au milieu de la Paix ilfait trembler
la terre .
Ceffe- t- il d'étaler fur l'Empire des
eaux ( Vaiſſeaux ?
Le terrible appareil de fes fameux,
N'a-t-il pas en tout temps de nombreufes
Armées
Aux penibles travaux fans ceffe accoutumées
?
que
Bien loin
la moleffe entre dans
fes plaifirs ,
Il n'eft pas moins actif en reglant
fes defirs.
Sa prudence eft la loy que fa valeur
écoute ,
Et moins il fait de bruit , & plus
on le redoute.
Dans ce calme profond Vnivers
alarmě
,
Craint toujours un Vainqueur qu'il
voit toujours armé.
Ses
GALANT.
25
Ses Ecoles de Mars fijuftement vantées
domptées,
L'ornement & l'appuy des Provinces
Ouvrent à la Noblesse au milieu de
la Paix
Vn champ que luy fermoient tant
d'Ennemis défaits.
C'est là que mon Heros fans bruit ,
fans funerailles,
Cultive la valenr dans l'eſſay des
Batailles ,
Et que Mars à l'olive unifant les
Lauricrs My
Ceint doublement le front de ces
Ce jeunes Guerriers.
Voy lesfur des Courfiers partant de
la Barriere,
D'un air plein de fiertéfournir une
carriere ,
Les armes à la main s'exercer avec
art ,
Juillet 1688. C
26 MERCURE
Tracer le juste plan d'un orgueilleux
Rampart ,
Et malgré la fplendeur d'une illuftre
naiffance ,
Apprendre à commander
obeiffance ;
par
leur
Sans craindre les chaleurs , fans
craindre les frimats ,
Remplir tous les devoirs du moindre
des Soldats.
Voy les pour
cice ,
adoucirunfi rude exer-
"
Vnir l'art de la danfe à l'art de la
Milice,
Et fous un Prince aimable autant
que redouté,
Accorder la douceur avec la majesté.
Eprife injustement de la pompe Romaine
,
Tu couronnois iadis cette adreſſe inbumaine
,
GALANT.
Qui vouloit dans le fang de fes
Gladiateurs ,
Aguerrir la Ieuneffe en corrompant
les moeurs.
Dans des ieux innocens Louis plus
magnifique¿
Sçait inftruire &fçait plaire enſage
politique ,
Humaniſe à ſon gré le Demon des
combats ,
Etfçait regler le coeur en exerçant le
bras.
• Le barbare Duel, l'audacieux Blaſ.
phême
Redoutent de fes loix la maicftéfuprême
,
Et desfacrez Autels le culte rétably
Eft l'ouvrage étonnant de ce Prince
accomply.
C'est peu qu'auprés des murs d'une
Superbe Ville
་ །
Cij
28 MRCUERE
L'invalide Soldat trouve un Royal
azile;
C
LOVIS ne borne pas fa liberalité
A combler de bienfaits ceux qui l'ont
merité ,
De l'arbitre du Ciel imitant la conduite
,
Parfes dons prevenans il forme le
merile ;
Tan; de jeunes Guerriers dans les
beaux Arts inftruits,
De leurs efprits formez luy devront
tous les fruits.
Rien n'échape à fes foins ; fa vafte
prévoyance
Veut encor du beau Sexe affurer
l'innocence ank
Tantoft fa main Royale anime la
valeur ,
Tantoft elle foutient la timide pu
deur.
GALANT. 29
Tu verras élever unpompeux édifice,
Et former pour l'Etat une chafte
Milice
Qui fans fortir du monde en fuira
les abus,
Et joindra l'art de plaire auxfolides
vertus.
Les Graces , de ces lieux hofteffes
fortunées,
Par la main de LOVIS sy verront
couronnées ;
La Chafteté
tranquille y regnera
toujours
Sans craindre l'indigence & les folles
amours.
Parmy tant de grandeur, tant de magnificence
,
Eft-il quelque vertu qui n'ait sà
récompenfe.
Quel Demon oferoit y troubler la
pudeur ,
C iij
30 MERCURE
Quand pour mieux affurer fa paix
&fon bonheur
Le plus fage des Rois au beau Sexe
deftine
Vn modelle parfait , une illuftre He
roïne ,
Qui joint au bel efprit le fublime
Sçavoir ,
( du devoirs
Et l'éclat des grandeurs aux regles
A bien former les moeurs de lajeune
Nobleffe ,
Qu'il eft beau de la voir fignaler
Sa tendreffe ,
Et par mille faveurs , mille foins
genereux ,
Vanger d'un fort ingrat les Peres
malheureux !
Que ne luy devront point tant d'illuftres
Familles ,
Que fa bonté foulage en élevant
leurs Filles ?
GALANT.
31
Que ne luy devront pas tant de
dignes Sujets ,
Sur qui dans l'avenir elle étend fes
bienfaits ?
Voy comme à fes coflex, une Troupe
choifie ,
Entre dans lesfentiers où fa voix
la convie,
Tantoft en s'exerçant avec dexterité,
Le Canevas en main dompte l'oifiveté;
Tantoft en femeflant avec le Choeur
des Anges,
Celebre du Tres- haut les divines
loüanges ,
Et tantoft meditant avec foumif
Sion,
Remplit tous les devoirs de la Relie
gion.
Ainfi , Gloire , LoVIS jufte dans fa
conduite ,
Ciiij
32 MERCURE
Difpenfe les emplois , couronne le
merite ,
Se rend de l'Vnivers & l'amour &
L'effroy,
Et fe montre un bon Pere auffi-bien
qu'un bon Roy.
Eft- ce affez pour calmer tesfoupçons
& ta crainte ?
Te refte-t-il encor quelque fujet de
plainte ,
EtLouis agiffant dans un noble repos,
Sans forcer de ramparts eft -il moins
un Heros ?
À de nouveanx projets fon grand
coeur me rappelle ,
Adieu , Gloire , il eft temps de luy
marquerton zele ;
Fais par tout retentir fes exploits
inoüis.
A ces hautes vertus je reconnois
LOY IS.
GALANT.
33
ait
Dit-elle , allons , allons entous lieax
faire entendre
Ce
que la terre admire , & ne sçauroit
comprendre .
LOVIS, fans me confondre avec un
faux honneur ,
Connoift parfaitement ma folide
grandeur.
De cent pieges fecrets par fes foins
delivrée,
Libre je puis voler jusqu'au Ciel
Empirée ,
Et dans ce beau fejour consacrer les
hauts faits
D'un Roy, Grand dans la guerre, &
plus Grand dans la paix.
Jl n'y a point de plaifirs
qui conviennent mieux aux
Princes, & fur tout lors qu'ils
34 MERCURE
font
jeunes, que
le divertiffe
ment de la Chaffe, parce qu'il
eft neceffaire
qu'ils
fe faffent
une
habitude
des fatigues
afin qu'ils
puiffent
fuporter
plus
aifement
celles
de la
guerre
. Comme
la Chaffe
en
eft une Image
, il ſemble
qu'ils
foient
plus naturellement
portez
à ce plaifir , que
ceux qui menent
une vie particuliere
, & c'eſt par cette
raifon
que Monfeigneur
le
Dauphin
cherche
à le prendre
dans tous les lieux
des
environs
de Verfailles
& de
Paris , où la Chaffe
eft la plus
1
GALANT.
35
belle. La Foreft de Livry
eftant des plus propres pour
cela , ce Prince y va chaffer
fort fouvent , & il couche
mefme quelquefois chez M
Sanguin , Marquis de Livry,
Premier Maiftre d'Hoftel de
Sa Majesté . Vous pouvez
croire , Madame , que ce
Marquis reffent cet honneur
comme il le doit . L'envie
d'y répondre d'une autre maniere
qu'en donnant à manger
à Monfeigneur , ce qu'il
ne peut faire à cauſe. que la
Table de ce Prince le fuit par
tout , & qu'il ne veut point
36 MERCURE
permettre
qu'on faffe de la
dépenſe
pour luy dans aucun
des lieux qu'il honore
de fa
prefence
, le fit rravailler
fecretement
à quelques divertiffemens
pour l'en regaler en
le furprenant , mais quelque
fecret qu'on cuft exigé touchant
les apprefts de cette
Fefte , il fut impoffible de
les avancer fans qu'il échapaft
à quelqu'un de ceux qu'on y
employoit. C'est ce qui arrive
ordinairement dans toutes
les chofes qu'on eft obligé
de confier à un grand
nombre de gens . MonfeiGALANT.
37
gneur eftant allé chaffer à
Livry , & coucher enfuite
chez M Sanguin , fut informé
de ce qu'on y preparoit.
Comme on n'eut plus aucun
fecret à garder , on travailla
librement & celadonna
moyen de rendre la Féfte
plus magnifique qu'elle n'cuft
pû eftre fi on euſt toujours
efté contraint. Le jour deftiné
pour la donner , qui fut
letrente du dernier mois,
Monfeigneur arriva à Livry
fur lafin de l'apréfdînéc
, ac、
compagné de M le Duc de
Vandofme , de M ' le Grand

28 MERCURE
-
Prieur , de la plus grande
partie des Seigneurs qui ont
accouftumé de le fuivre en
qualité de Menins , & de
plufieurs autres perfonnes diftinguées.
Ce Prince alla d'abord
fe repofer aux Appar
temens , & fe mit au jeu peu
de temps aprés. Les divertiffemens
qu'on luy avoit preparez
, eftant en eftat de
commencer , il fortit pour
les aller prendre , & pafla pari
un lieu delicieux , appellé
Allée des Chevrefeuils. C'eſt
un lieu fort agreable, & dont
un coſté eſt remply de tres
GALANT. 39
beaux Berceaux. Ils eftoienr
alors tous fleuris , & il fembloit
que la nature s'interef
fant aux plaifirs de Monfei
gneur , avoir fait exprés pour
le récevoir, ce que la dépense
& Part avec tout le zele ima-)
ginable , auroient entrepris
inutilement . Ce Prince eftant
au bout de cette allée , entra
dans une autre longue de
quatre cens toiles, & de dixhuir
de largeur, au milieu de
laquelle eft un Tapis de Gazon
large de vingt- trois pieds .
Au milieu de cette belle
allée eftoient à droite & à
40 MERCURE
gauche un grand nombre
d'Orangers qui en formoient
une nouvelle & faifoient
une agreable perſpective de
Fleurs , jufques au Theatre,
qui eftoit au bout . Les
Caiffes de tous ces Orangers
eftoient peintes en Porcelaines
, & reprefentoient les
chiffres de Monfeigneur , &
plufieurs Devifes à la gloire
de ce Prince . Au devant du
Theatre eftoit le haut- Dais .
Vous fçavez qu'on nomme
ainfi la place du Roy, & des
Princes du rang de Monſei
gneur. Ce haur-Dais eftoit
GALANT. 41
élevé , & on y montoit par
trois marches de Gazon . Endeçà
, & aux deux coſtez, il y
avoit deux grandes Arcades
de feuillées. Dans le milieu
de leurs ceintres eftoient
des cartouches rehauffez d'or,
aux Armes de Monfeigneur
le Dauphin avec des Feftons
attachez aux deux cô,
ftez, & des Luftres de criftalpendoient
au milieu de
ces Feftons . Chaque colté
du haut- Dais eftoit rempli
d'Orangets , & comme on
avoit choify ceux où il y
avoit le plus de Fleurs , tour
Fuillet 1688.
I
D
42 MERCURE
le haut Dais eftoit parfumé
de la douce odeur qui en
fortoit. Il y avoit encore
de chaque cofté du Theatre
deux Arcades pareilles
à celles que je viens de
vous décrire , & ces Arcades
eftoient proche de la charmille
à caufe de la largeur
du Theatre. Entre chaque
Arcade on avoit rangé des
Orangers tout le long de la
charmille , & il y avoit des
Luftres pendus au deffus de
chaque Oranger. L'Orcheſtre
eftoit caché d'une hauteur de
Gazon figuré en conſole, fur
" >
GALANT.
43
Laquelle eftoitun rang de pots
de Fleurs qui faifoit face à
Monfeigneur . Tout le Theatre
eftoit composé de Ber-
Geaux de feuillées , reveftus
de Fleurs , & de Feftons , &
garnis, de Luftres, & de chif
fres de ce Prince pareils à
ceux qui remplifoient les
premiers Berceaux , Il y en
avoit auffi dans l'enfonce
ment du Theatre , de forte
que tous ces Berceaux for
moient prefque un cercle
tout couvert de Fleurs &
de chifres , & tout brillant
de l'éclat des lumieres , & de
Dij
44 MERCURE
celuy des cristaux des Luftres.
Ainfi en quelque endroit
que l'on fuft placé , foit
de colté , foit de face , on
eftoit toûjours vis à vis les
ouvertures de quelques arca
des. Au milieu de chaque
ouverture on voyoit un Oranger
tout couvert de fleurs ,
directement au deffous d'un
Luftre de criftal : Les caiffes
de tous ces Orangers eftoient
peintes en Porcelaine , & tout
ce qu'elles reprefentoient regardoit
la gloire de Monfeigneur
. Vis a vis des tru
maux de verdure , dont chaGALANT.
45
que berceau eftoit feparé, on
avoit placé des efcabelons .
qui eftoient auffi peints en
Porcelaine , & qui portoient
chacun une Girandole d'argent
garnie de bougies . Tout
le devant du Theatre eftoit
bordé de gazon , dans lcquel
on avoit piqué une
infinité de fleurs. Monfeigneur
s'eftant placé dans
le milieu du haut- Dais , les
plus belles Voix & les meilleurs
Danfeurs de l'Academie
de Mufique commencerent
le Prologue. Ils teprefentoient
les Habitans de
46 MERCURE
Livry. Quelques - uns d'entre-
eux avoient des rateaux,
& d'autres des cifeaux de Jardinier
, & tous , emfemble:
fembloient travailler à l'or
nement d'un Jardin . En effet
on le voyoit s'embellir à
mefure qu'ils donnoient leuts
foins pour le parer , s'il m'eft
permis de parler ainfi . Les
unsa chevoient d'attacher des
feltons ; d'autres rangeoient
des Orangers , & d'autres fe
fervant de leurs cizeaux pour
tondre les paliffades , les fai
foient mouvoir felon la cadence
des Violons
. pendant
GALANT. 47
que ceux qui avoienr des rareaux
emportoient avec ces
inftrumens
, les feuilles que
les autres avoient fait tomber.
Voicy les Vers qui furent
chantez dans ce Prologue
.
Deux Jardiniers & une Jardiniere.
Travaillons , haftons- nous ,
Difpofons ces ombrages ;
Nos fleurs y répandront leurs parfums
les plus doux,
Travaillons , haftons- nous.
Deux Jardiniers .
Les fleurs & les feuillages
Sont de nos Villages
·Les ornemens les plus beaux ,
Les fleurs & les feuillages
de nos hameaux.
sont la
pompe
48 MERCURE
Choeur.
Travaillons, baftons - nous , &c.
Un Jardinier.
Venez, petits oifeaux ,
Venez dans ces Bocages ,
Faites-les retentir de vos tendres
ramages ,
Et de nos chants nouveaux.
Choeur.
Travaillons , hâtons- nous ,&c.
Un Jardinier
.
Ces lieux n'ont pas
L'éclat pompeux des villes ,
Ces lieux n'ont pas
De fuperbes appas.
Le Choeur.
Ces lieux n'ont pas , &c.
Un Jardinier.
Mais les Amans font icy plus tranquilles
Et les Amours
Trouvent
CALANT. 49
Trouvent de plus beaux jours.
Deux Jardiniers.
Mais les Amans , &c.
Le Choeur.
Ces lieux n'ont
pas
L'éclat pompeux des Villes ,
Ces lieux n'ont pas
De fuperbes appas ;
Mais les Amans font icy plus tranquilles
,
Et les Amours
Trouvent de plus beaux jours.
Un Jardinier.
Que nos foinsfaßent naistre
De nouveaux appas en ces
lieux ;
Nous y voyons paroistre
Vn Prince glorieux.
Que nosfoins faßent naistre
De
nouveaux appas en ces
lieux.
Juillet 1688 . E
50 MERCURE
Une Jardiniere.
S'il trouve peu d'attraits dans ce
Sejour champestre ,
Noftre ele du moins attirera fes
yeux .
Un
Jardinier.
Il cft du fang des Dieux ,
Son heroïque ardeur le fait affez
connoiftre ;
Mais fa bonté nous montre encore
mieux
Qu'il eft du fang des Dieux.
Choeur.
left du fang des Dieux , &c .
Ces Vers qu'on trouva
fort agreables, & entierement
convenables au fujet avoient
efté mis en Mufique par M
Colaffe , l'un des quatre Maiftres
de Mufique de la ChaGALANT
ད་
pelle du Roy. Vous devez
eftre perfuadée qu'un homme
qui a efté jugé digne
d'une telle Charge , ne fçauroit
rien faire que de bien .
Comme M de Livry ne
vouloit donner ucun diver
Γ
tiſſement à
Monſeigneur qui
ne fuſt nouveau , & qu'il n'avoit
pas eu le temps
de faire
faire une piece de Theatre ,
il en
choifit une qui parut
nouvelle à ce Prince , parce
qu'il ne l'avoit veuë que
dans fa grande jeuneffe . Cette
piece eftoit du fameux Moliere
, & n'avoit point eſté
E ij
<2 MERCURE
joüée depuis fort longtemps,
qu'elle fut reprefentée dans
un Balet de Sa Majesté . On
y fit des intermedes nouveaux
, qu'on accommoda à
la venue de Monſeigneur à
Livry. Les Comediens Italiens
en firent de fi diver
tiffans , qu'on pourroit dire
l'Affemblée en fut fatiguée
à force de rire . M ' Pecour
parut dans quelquesuns
d'une maniere tres agreable
. Toutes les Entrées qu'on
danfa dans cette Feſte
toient de fa compofition. La
plufpart des Acteurs du Proque
efGALANT.
53
logue , parurent encore à la
fin de la Piece . Voicy ce qu'ils
chanterent.
I. BERGER .
Redoublons nos foins empreffez,
Les yeux d'un Prince aimable
Sur nos jeux fe font abaissez,
R doublons nos foins empreffez.
'il nous honore encor d'un regard
favorable ,
Nous ferons bien recompensez,
Redoublons nos foins impreffez
Une Bergere.
Que noftre Zele fe fignale ,
Qu'il s'efforce à paroifire encor plus
éclatant.
Quelle gloire eft égale
Au prix qui nous attend !
Chuur,
Que noftre Zele fe fignale , &c.
E iij
54 MERCURE
Une Bergere,
Quittons des chants où regnoit la
tendreffe.
Un
Berger.
Elevons élevons les tons de nos
Hautbois .
Tous deux.
Et redifons fans ceffe,
Quel Hofte glorieux a vifité nos
bois.
Le Choeur.
Quittons des chants où regnoit
la tendreffe ,
Elevons , élevons les tons de nos
Hautbois ,
Et redifons fans ceffe
QuelHofte glorieux a vifité nos bois .
Un Berger-
Bergers , quelle douceur extrême,
Quand nous nous vanterons de cet
honneurSuprême
GALANT. 55
Aux Bergers des Hameaux voi-
4
fins !
Bergers , quelle douceur extrême
Quand nous nous vanterons de nos
heureux deffins !
Le Choeur.
Quittons des chants, &c.
Un Berger
.
Voftre destinée est trop belle ,
Lieux ruftiques , Iardins par nos
Joins cultivez ,
Gardez la memoire immortelle
De l'honneur que vous recevez.
Le Choeur.
Voftre destinée, &6
Ce
divertiſſement qui parut
tres bien imaginé , donna
beaucoup de plaifir , & on
écouta la Mufique avec gran-
E
iiij
56 MERCURE
de
attention , parce que ĺe
temps eftoit fi beau , qu'il
fembloit
avoir contribué
à
la Fefte. L'Aſſemblée
eftoit
choifie , & n'eftant
point
trop nombreuſe
, il n'y eut
perfonne
incommodé
, quoy
qu'on le foit fort fouvent
dans les divertiffemens
de cette
nature , qui font prefque
roûjours
cffuyer plus de fatigue
qu'on n'y goûte de plaifir .
Toute la Compagnie
s'eftant
levée ,
Monfeigneur
retourna
par la mefme allée
où eftoit le Theatre, & marcha
au milieu de ce beau
GALANT . 57
tapis de gazon, dont je vous
ay déja parlé , & qu'on avoit
bordé d'Orangers . Lors qu'il
fut environ aux trois quarts
de cette allée, ce Prince tourna
dans celle des Chevrefeüils
, qu'il trouva toute
illuminée de groffes lumieres
, qui avoient cfté placées
au bas des boules des Chevrefeuils
& des Ifs . Comme
l'éloignement fait paroiftre
joint ce qui eft ſeparé , on
n'appercevoit aucune diſtance
entre ces lumieres, & elles
formoient deux groffes lignes
de feu fi brillantes , qu'elles
$8 MERCURE
éclairoient toute l'Allée . On
paffa de là dans une autre ,
qui bien qu'on n'y cuft pas
mis de lumieres , eftoit neanmoins
éclairée par celles du
Parterre dont je vous vais
faire la defcriprion , & dans
lequel Monfeigneur entra en
quittant cette Allée . Les arbres
qui regnoient le long de
trois des quatre faces de ce
Parterre , eftoient éclairez
d'une maniere toute differente
de l'Illumination de
l'Allée des Chevrefeüils. Les
lumieres y eftoient belles &
groffes , & dans le Parterre
GALANT. 59
elles eftoient élevées , moins
groffes , & en plus grand
nombre . On y voyoit une
infinité de Luftres de criftal
, garnis de bougies , qui
pendoient entre tous les arbres.
Quoy qu'il femble
qu'on ne puiffe rien ajoûter
à cette Illumination , la quatriéme
face qui eftoit à l'oppofite
de Monſeigneur, eftoit
beaucoup plus éclatante. Elle
reprefentoit un Arc de
triomphe , avec une Architecure
toute profilée de lumieres.
On voyoit dans l'arcade
du milieu , un grand
60 MERCURE
Chifre de ce Prince qui en
eftoit formé , & le deffus de
la mefme arcade cftoit terminé
par une grande Couronne
auffi toute de lumieres
. Entre cet Atc de triomphe
& la Table de Monſeigneur
, il Y avoit un Baffin
qui en eftoit auffi bordé , de
forte que de quelque cofté
que ce Prince jettaft les yeux
il voyoit des lumieres differemment
arrangées , dont la
verdure recevoit une vivacité
qui la rendoit encore
plus agreable à la veuë que
pendant le plus beau jour.
GALANT. 61
Tandis que Monfeigneur eftoir
à table , & que fes yeux
eftoient occupez par des paliffades
, & par des morceaux
d'architecture formez de lumieres
, fon odorat par les
Fleurs qui rempliffoient le
lieu où il eftoit , fon gouft
par les mets qu'on luy fervoit
, tous ceux dont l'Orcheftre
avoit efté remply
pendant la Comedie , ayant
paffé par un chemin plus
court que celuy qu'on avoit
fait prendre à Monſeigneur,
pour luy faire voir l'Illumination
de l'Allée des Che62
MERCURE
en
vrefeüils , fe trouverent placez
avec tous leurs Inftrumens
, derriere la Table de cè
Prince , lors qu'il arriva pour
fouper. Ainfiily eut pendant
ce repas de quoy fatisfaire
mefme temps , l'oüye , l'odorat
, la veuë & le gouft . M
de Livry avoit donné ordre
qu'onon fervift des tables pour
tous ceux qui furviendroient ,
& qui n'eftoient pas attendus
à cette Fefte. On en fervit
auffi plufieurs pour tous
ceux qui avoient efté employez
dans le divertiffement
, & il y en eut qui fuGALANT:
63
rent remplies de foixante
perfonnes. Monfeigneur alla
encore à la Chaffe le lende
main aux environs de Livry ,
& revint difner dans le Chafteau
d'où il partit extrémement
fatisfait du divertiffe .
ment que M. le Marquis de
Livry luy avoit donné , aprés
l'en avoir remercié avec cet
air de bonté qui luy eft ordinaire
. Auffi peut- on dire qu'il
ne manquoit rien à cette Fefte.
Elle eftoit galante , magnifique
, & bien entenduë.
Tout ce qui avoit efté projetté
fut executé dans le
64 MERCURE
temps , rien ne fit attendre ,
il n'y eut point de confufion,
& il parut que tout répondoit
au zele de M' de Livry , &
aux foins de M ' Berrin , Def
finateur ordinaire du Cabinet
de Sa Majesté . Comme il at
l'efprit fecond , il a beaucoup
inventé pour cette Feſte , će
qui n'eft pas furprenant
, puis
qu'il nous a fouvent fait voir
de grandes chofes en de pareilles
occafions
. Quelques
jours aprés , la Comedie , le
Prologue , & les Intermedes
qui avoient efté reprefentez
à Livry , fervirent de diverce
GALANT. 65
tiffement à Marly , ce qui
marque le plaifir qu'il avoit
donné la premiere fois , puis
qu'il ne fut demandé que ſur
le bien qu'en avoient dit
ceux qui s'eftoient trouvez à
cette Fefte .
Mr Michel I ambrect, Abbé
General de Sainte Croix de
laVille de Huy, Pays de Liege,
Chef d'Ordre confiderable
de Chanoines Reguliers qui
portent ce nom , cſtant arrivé
en cette Ville pour faire
fa vifite dans le Prieuré de
Sainte- Croix de la Bretonnerie
, fut conduit quelques
Juillet 1688 .
F
66 MERCURE
jours aprés à l'audience du
Roy, par M' de Bonneüil ,
Introducteur
des Ambaffadeurs
. Sa Majesté le receut
avec beaucoup de bonté , &
luy fit l'honneur de luy ac
corder
fa protection
pour
toutes les Maifons de fon
Ordre en France , & particulierement
pour celle de Sain
te - Croix de la Bretonnerie ,
qui reconnoiſt
S. Louis pour
fon Fondateur . Le mefme
jour il fut conduit à l'audience
de Madame la Dauphine
, de Monfeigneur
le
Duc de Bourgogne, de MonGALANT.
67
feigneur le Duc d'Anjou , &
de Monfeigneur le Duc de
Berry . Il eſtoit accompagné
du Pere le Doux , Docteur
de Sorbonne , Prieur de Sainte
- Croix , & de plufieurs
Religieux , & fut reconduit
icy avec les Carroffes du Roy
& de Madame la
Dauphine ,
par le mefme M' de Bonneüil
qui eftoit venu le prendre . Il
retourna enfuite à Verſailles ,
dont Sa Majefté ordonna
qu'on luy fit voir toutes les
magnificences , & qu'on fift
jouer les eaux.
Depuis que la Guerre s'eft
Fij
68 MERCURE
renouvellée entre les Venitiens
& les Othomans , il
ne s'eft prefque point paffé
de Campagne , fans que je
vous aye fait fçavoir les
noms des Commandeurs &
des Chevaliers de Malthe qui
expofent leur vie tous les ans
pour la caufe commune . Ils
Îe font avec tant d'intrepidité
& de valeur , qu'on voit
bien qu'ils font deſtinez à
combattre pour la Foy, pendant
que la plufpart des autres
ne pensent qu'à acquerir
de la gloire , & à défendre
leur Patrie.Je vous envoye les
GALANT. 69
**
noms de tant de braves Défenfeurs
de la Religion qui doivent
fervir cette année dans
l'Armée des Venitiens ; mais
je ne vous répons pas qu'il
n'y en ait beaucoup de défi .
gurez . Le Memoire que j'en
ay receu n'eſt pas d'une écriture
affez diftincte, pour deviner
aisément ceux qui ne
font pas generalement connus.
Le fens fait trouver la
fuite d'un difcours , mais
quand des noms propres font
mal écrits , il eft impoffible
qu'on n'y prenne fort fouvent
des lettres pour d'autres.
70 MERCURE
$22255225:22522255
LISTE
DES COM MANDANS
des Galeres de Malte , pour
la Campagne de l'année 1688 .
M
R le Bailly d'Armenie
Spinelli , General
Galere Capitane , Napolitain .
M' le Commandeur de Ses-
Maiſons , Capitaine, Galere S.
Gregoire Patronne , François.
M le Chevalier Solaro ,
Capitaine , Galere S. Loüis ,
Piedmontois.
GALANT . 71
Mr le Chevalier Perito ,
Capitaine, Galere Magiſtrale,
Portugais.
M le Chevalier de la
Vieuville , Capitaine , Galere
S. Paul , François .
Mr le Chevalier de Reggio ,
Capitaine , Galere l'Anonciata
, Sicilien.
Mr le Chevalier Herbeftein
, Capitaine , Galere S.
Antoine , Allemand.
M' le Chevalier Caraccioli,
Capitaine , Galere S. Pierre
Napolitain.
72 MERCURE
Lifte des Commandans & Officiers
• Chevaliers qni
compofent le Bataillon de
Malte pour la mmeefſmmee Campagne.
Mr le Commandeur de
Meſchatin de la Langue
d'Auvergne , General .
Mrs les Chevaliers de Mareüil
, Lieutenant General ,
de France.
De Lufignan Lezé , Colonel
, de France
.
De Herbeftein , Colonel ,
Allemagne.
De Bourdilx , Sergent Major,
Arragon .
De
GALANT. 73
De Ceyre , Sergent Major ,
Provence.
De la Varenne Porte-
Etendard
>
Auvergne.
De la Ferté , Provediteur
du Bataillon ,
France.
De Denoiſe , Ayde- Major,
France.
D'Aygeville
Provence.
Ayde Major,
Baron , Ayde-Major . Provence
.
Colomb, Ayde - Major › Prevence.
Archembredi
Ayde
de
Italie
.
De Roquefpine , Ayde
Camp ,
Juillet 1688.
"
G
74 MERCURE
France.
De Tierfanville , Ayde de
de
Camp,
Camp ,
Camp ,
France.
De l'Eſcheraine , Ayde de
Provence.
De Thury , Ayde de Camp.
France.
GARDES ETENDART,
Ms les Chevaliers »'. (I
S
De Sares , Provence.
De Robien , France .
De Rouville , Provence.
Camarata , Italie.
De S.
Pomeq , Provence.
De Chafteau- Brudan , Auvergne.
C
De Bragelongne, France .
GALANT. 75
D'Hoquincourt , France.
CAPITAINES
,
Meffieurs les Chevaliers ,
De Voyer Paulmy , des
Grenadiers , France.
De l'Eſpinaſſe , des Fuſeliers
,
De Montonneau , Capitai-
Auvergne.
ne d'une Compagnie, France.
De Paredés ,
Italie.
De Ponte, Italie.
De Vincenzo , Italie.
De Falk , Allemagne.
De la Penou , Provence.
Davila , Caftille.
De Pinto,
Caftille.
De Barlot ,
France
Gij
76 MERCURE
De Sainte- Croix, Provence.
De Balefter ,
Arragon.
De Broiffia ,
Auvergne.
De Paris-Fontaine , France.
De Ventura ,
Italie.
De Madeii , Italie.
De Faella ,
Italie.
* LIEUTENANS,
MS les Chevaliers ,
De Lommieres , des Grenadiers
,
Provence.
Du Terrail ,Sous- Lieut . des
Grenadiers ,
NO
Provence.
De Bouffolle , Sous- Lieut .
des Grenadiers ,
Du Ché , Lieutenant des
Fufeliers ,
Provence .
Auvergne.
GALANT. 77
De Launay , Sous- Lieute
nant ,
Du Perou
Auvergne.
De Biffy
Provence .
Sous-Lieut.
>
Lieutenant de
Compagnie ,
Altieri ,
De Lafcaris
Hierepopoli
Schemefink ,
France.
Italie.
Provence.
Italie
Allemagne.
Auvergne.
Caftile.
Des Prez ,
De
Garay ,
De
Froulay ,
France.
De Blanés ,
Arragon .
De Sarfay , Auvergne,
De Barbançois , Auvergne.
De Silos , Italie.
G iij
78 MERCURE -
San- Biazi ,
Guerardini ,
Guiral :
De Bairy ,
Italie,
Italie.
Arragon .
Auvergne.
Chevaliers Volontaires qui font
dans le Bataillon , qui ne
fontpas Officiers.
Langue de Provence .
Mrs les Chevaliers de Roffet .
De
Peyet.
Du Caftelet l'aifné .
Du Caftelet le Cadet.
Aubin.
Auvergne.
De Mongon,
De S. Hilaire .
De Corin.
GALANT. 79
Morgon.
De la Valette.
De Blonay.
De Martel.
France.
De Lamoignon.
Le Maiſtre.
La Mothe .
De Camilly .
De Couneraille .
De Crevecoeur.
La Tour-Landry.
De Mefgrigny.
De Couloners.
De Coulombier.
De Lantage.
Doria Braffeufe.
G iiij
80 MERCURE
De Biffy.
De la Luzerne .
De S. Heron .
De
Boyer.
Arquier
.
Langue
d'Italie
.
Marcherelli .
Devarca.
Arragon.
Efclava .
Zamora.
Allemagne.
Ranfifol .
Caftille.
Bustamante.
Mirabol .
De Guzman .
GALANT. 81
Outre ces Chevaliers , il
y en a qui doivent refter
fur les Galeres ,
rs
comme
M's les Chevaliers d'Avernes
, de la Mothe , Hotot ,
& autres jufqu'au nombre
de quarante. Chacun d'eux
demande à defcendre à ter
re mais comme il faut
qu'il en demeure fur les, Galeres
, on les fait tirer au fort,
pour fçavoir ceux qui ſeront
du Bataillon ,
4
>
Vous vous connoiffez fi
bien en Mufique , qu'il me
feroit inutile de vous vanter
l'Air nouveau que je vous
82 MERCURE
envoye noté , & dont voicy
les paroles
.
AIR NOUVEAU.
T
goûtes à plaifir les douceurs
du Printemps
,
Tu m'entretiens toûjours d'une faifon
fi belle,
Et tu ne me dis rien , cruelle
Qui rende mes defers contens.
Languiray- je toûjours dans une
vaine attente ?
Ne donneras tu rien à mes foins
amoureux ?
N'es-tu fi belle &fi charmante
Que pourfaire des malheureux ?
Le Printemps dont il eft
parlé dans cette Chanſon , &

MUU!
1
S
2
C..
82
env
les
Tui
Lan
Ne
I
par
GALANT. 83
qui eft venu fort tard cette
année , m'engage à vous faire
part d'un Dialogue dans lequel
un Pinçon fe plaint
de la trop longue abſence
d'une Fauvette. Ses plaintes
font agreables , & vous avoüerez
que M. Bofquillon ,
dont vous avez déja veu des
Ouvrages fort galans, a grand
fujet de fe déclarer Auteur
de celuy- cy.
84 MERCURE
2255255555SZSSS25
SUR LE RETOUR
DE LA FAUVETTE
Du Jardin de l'Hoftel·
D. C.
Le Pinçon .
DEpuis le retour du Prim
temps ,
Ie n'ayfait que compter les heures ,
les momens ,'
Que Soupirer aprés voſtre prefence.
Ah, chere Fauvette, l'abſence
Eft le plus grand mal des Amans .
La Fauvette .
Que diriez- vous de l'inconftance?
GALANT.
85
Le Pinçon.
Quoy, vous cefferiez de m'aimer?
La Fauvette .
Ie me plais à vous voir prompt
vous alarmer.
Ayez toujours mefme ardeur ,
mefme Zele,
.
Et vous me trouverez toujours tendre
& fidelle.
Ie vous ay fait pouffer quelques
foupirs,
Ie l'ay fait à deffein.
Le
Pinçon.
Que vous eftes cruelle !
La Fauvette .
L'amour languit quand il eft fans
defers ;
Vn coeur trop toft content fe dérobe
àfes chaifnes ;
on ne goufte bien les plaifirs
Que quand ils ont coûté des peines.
86 MERCURE
Le
Pinçon.
Que celuy de vous voirm'eft doux!
Vous ne fuftes iamais plus belle &
plus charmante.
La Fauvette.
"
Votre flame eft conftante ,
Ie fuis fatisfaite de vous.
Le Pinçon .
le trouve en vous tout ce qui peut
me plaire.
La Fauvette.
Il n'eft rien
que ie vous préfere.
Le
Pinçon.
•Vousfeule allumez tous mes feux.
La Fauvette.
L'oifeau du Maistre du Tonnerre
N'a rien auprés de vous qui puft
touchermes voeux.
Le Pinçon & la Fauvette .
Redifons donc cent fois dans nos
chants amoureux ,
GALANT. 87
"il eft quelques Oiseaux plus connus
fur la terre ,
Il n'en eft point de plus heureux.
* La Fauvette de l'illuftre Sapho.
On croit toûjours le plus
card qu'on peut les nouvelles
qui viennent de loin , lors
qu'elles annoncent quelque
grand malheur , & c'eſt par
cette raifon que quelques - uns
cherchent à douter de ce que
je yous ay mandé de la ruine
prefque entiere de la Ville de
Lima ,caufée par un tremblement
de terre Quoy que plufieurs
Lettres de la Jamaïque
confirment cette nouvelle ,
88 MERCURE
qu'on n'a encore euë que par
la voye d'Angleterre , ils difent
que celles de Panama ,
qui font prefque de mefme
datte , n'en font point de
mention , & qu'il n'eft pas
poffible que ce tremblement
eftant arrivé le 23. d'Octobre,
le dommage qu'il a caufé
le mefme jour en differens
endroits du Perou fort éloignez
de Lima , y ait efté ſceu
le du mefme mois , qui
eft le jour de la datte d'une
Lettre dont on a icy une copie
, & qui a efté écrite à Lima
meſme , par le Commif-
29.*
GALANT. 89
faire general de l'Ordre de
Saint François. Ainfi ils at
tendent le retour des premiers
Vaiſſeaux pour donner
croyance à ce que l'on en publie
. Mais s'il y a quelque
incertitude dans ce tremblement
, il n'y en a point dans
celuy de Naples . Le temps
ayant commencé à s'obfcurcir
le Samedy s . du mois
paffé à dix heures du matin ,
il y cut une premiere ſecouffe
qui ne dura qu'un moment
, mais fur les deux heu-.
res aprés midy elle fut fi
violente , qu'elle ébranla tou-
Juillet 1688 .
H
90 MERCURE
1
tes les maifons jufqu'aux fondemens.
Les uns coururent
dans les grandes Places , les
autres à la campagne , &per、
fonne ne fçavoit où fe mettre
en feureté . La cheute des toits
accabla plufieurs perfonnes
qui eftoient forties dans l'efperance
de pouvoir gagner
un lieu découvert. On vit
auffitoft une infinité de Peuple
en habits de penitens . Les
uns avoient un Chapelet à la
main & la corde au cou , &
les autres foutenoient de
grandes croix , & cripient
mifericorde. Mr le Cardinal
1
GALANT. 91
Pignatelli , Archevefque de
Naples , alla dans tous les
quartiers avec fes Ecclefiaftiques
, pour donner à tout le
monde les fecours fpirituels
qu'on pouvoit attendre d'un
Prelat auffi zelé ; il exhortoit
à la penitence , & envoyoir
des Religieux pour affifter
ceux qui fe trouvoient à demy
écrafez fous les ruines.
On publia par ſon ordre que
tous les Preftres avoient pouvoir
d'abfoudre des cas refervez.
Il n'y avoit point d'endroits
où ils ne fuffent occupez
à confeffer , & les cris du
Hij
92 MERCURE
que
peuple fe joignant au bruit
faifoit la cheute des Palais
& des Eglifes , on peut
dire qu'on n'a jamais entendu
parler d'une défolation pareille
. Le Giefu novo
• qui
eftoit une des plus belles
Eglifes d'Italie , à laquelle on
avoit travaillé prés de cent
ans , & qui avoit couté plus
d'un million d'or à baſtir , a
efté extraordinairement
endommagé.
Il appartient aux
Jefuites . Deux de ces Peres
qui estoient au Confef
fionnal , & le Sacriftin furent
enfevelis fous les ruines avec
GALANT. 93
plus de cent perfonnes. Le
comble de la grande Coupole
que le Chevalier Lanfranc
avoit peinte , & les trois autres
Coupoles qui eſtoient à
cofté , tomberent avec le clocher
& la façade de l'Eglife .
Celle de S.Paul, qui eft deffetvie
par
les Theatins, fut auffi
extremement endommagée
par la cheute de quatre grandes
colomnes fort anciennes,
comme celle de la Rotonde
de Rome , qui entraifnerent
une partie de la façade de
la mefme Eglife . C'eftoit
un refte d'un ancien Tem94
MERCURE
ple de Caftor & de Pollux .
Plus de trois cens perfonnes
y perirent , & cent quatrevingt
dans celle des Saints
Apoftres qui fut entierement
ruinée , auffi - bien que I'E
glife des Religieufes de Sainte
Gaudiofe , & le Refectoire
des Dominicains
: Je ne parle
point de plufieurs autres où
il n'y eut pas un moindre
dommage. Il tomba quinze
Palais , & plus de deux cens
Maifons qui écraferent quantité
de monde . Le 6. jour de
la Pentecofte , ce terrible
tremblement recommença
GALANT.
95
fur les onze heures . Il creva
l'ancienne Eglife des Jefuites,
& fit tomber un fort grand
nombre de pierres , avec la
moitié d'une grande Corniche
de Saint Pierre le Martir
qui eft aux Jacobins. A midy
le petit Convent des Carmelites
fut renverfé , & l'on vit
tomber le mefme jour qua
torze petites Eglifes qu'on
appelle Compagnies . Če ne
fut pas fans enfevelit quantité
de malheureux . La crainte
d'eftre accablé , obligea la
plufpart des Habitans d'abandonner
leurs Maifons . Ils alle96
MERCURE
rent fur la Plage de la Chiaia,
& en d'autres endroits découverts
, où les uns coucherent
dans leurs Carroffes , & les autres
fous des Tentes. Le 7.
il y eut une nouvelle fecouffe
qui acheva de faire tomber
beaucoup de Maiſons dont
les fondemens avoient elté
ébranlez . Elle ne ceffa que
vers le foir , mais en mefine
temps il s'éleva un vent fort
impetueux , qui fut accompagné
de tonnerres & d'éclairs
, avec une pluye mélée
de grefle d'une groffeur extraordinaire
ce qui caufa
un

GALANT . 97
un grand préjudice aux biens
de la Terre. Le 10. & le 14.
de ce mefme mois , plufieurs
Maiſons furent encore aba
tuës , & la frayeur continuë
toûjours . On fe fouvient d'un
femblable tremblement qui
commença le 15. de Decembre
1456. Il dura toute la Lune, &
cela fait craindre aujourd'huy
aux Napolitains que la mefme
chofe n'arrive . On attribue
ces rudes fecouffes aux
feux que jette ordinairement
le Mont Vefuve , & qui n'eſtant
point fortis depuis quel
que temps , font croire qu'ils
Fuillet 1688.
Bayerische
Stems
ofothek
München
I
98 MERCURE
ont pris une autre route . Ils
peuvent avoir preffe l'air, qui
fe trouvant condenfé fait le
tremblement
de terre , l'air ne
pouvant faire de pareils efforts
à moins que d'eftre preffé
. Les Proceffions
ont efté
continuelles
depuis ce tempslà
, & comme le peuple y a
toûjours affifté en foule , fe
donnant la difcipline , &
couvert
de chaifnes
, M le
Cardinal Pignatelli a efté
obligé de les défendre , pour
prévenir les defordres qui en
-pouvoient
arriver. Ce fleau
de Dieu qui a fait voir tant
GALANT. 99
de penitens , n'a pas empefché
plufieurs fcelerats d'aller
piller les maifons qu'ils trouvoient
abandonnées . Le Viceroy
y a donné ordre , &
comme la plufpart des rues
font remplies de pierres &
d'autres demolitions , il les
fait enlever par des Eſclaves
qui font employez à ce tra
vail . Il n'y a que les principaux
de la Ville à qui il ſoit
permis d'aller en carroffe jufqu'à
ce que la terre foit bien
raffermie ; encore a- t- il ordonné
que ces caroffes marcheront
fort lentement. Il eft
I ij
100 MERCURE
auffi défendu de faire aucunc
décharge dans le Port
fous quelque pretexte que
ce foit , de crainte que
les maifons qui font encore
debout , n'en foient ébranlées.
Toutes celles qui fembloient
menacer rulne ont
efté vifitées par les Architetes,
qui font abattre les unes,
& étayer les autres. Le prix
du bois de charpente , des
pierres , & autres materiaux
commençant à devenir exceffif
à caufe du befoin qu'on
en avoit , il a efté trouvé à
propos de le fixer.
GALANT. 101
Dans le mefme temps que
le tremblement de terre commença
à Naples , la Ville de
Benevent en fut entierement
renversée , en forte que de fix
mille Habitans que l'on y
comptoit , il ne s'en fauva
qu'un tres - petit nombre . M
le Cardiual Urfin , Arche
vefque , fut retiré comme par
miracle , de deffous les debris
de fon Palais , dont les ruines
accablerent deux de fes
Domestiques qu'on trouva
auprés de luy . Il fut fort
bleffé à la tefte & au bras ,
& fe fit porter à la campa-
I iij
102 MRCUERE
gne prés de Montefarchio,
où il demeura dans une cabane
à exhorter & à confoler
le peuple qui venoit le
chetcher de toutes parts . Benevent
, qui eft environ à
trente milles de Naples , appartient
au Pape. Elle a titre
de Duché. La Principauté
en fut donnée par l'Empereur
Henry III . dit le Noir ,
au Pape Leon IX . qui eftoit
fon Parent , & qu'il avoit élevé
au Pontificat. Les Villes
d'Aviano , de 'Mirabella , &
quelques autres, ont auſſi eſté
toutes renversées avec le
GALANT. 103
y a
Bourg de Saret. Il eftoit extremement
peuplé , & appartenoir
au Duc de Matalona.
La Carte generale contenant
les Mondes celefte ,
Berreftre , & civil , que M
Jaugeon avoit promis il
deux ans de donner au Public
, eft achevée. Cet ouvrage
, qui eſt auſſi agreable que
nouveau , donne une parfaite
intelligence de la Sphere ,
une connoiffance nette de la
Geographie generale , & une
idée raifonnable à toutes fortes
de perfonnes de ce que
Monde eft & a efté juſques à
lc
I iiij
104 MERCURE
prefent . Il eft compofé de
deux parties. La premiere ,
qu'on peut appeller fuperieure
, contient les Mondes celefte
& rerreftre , c'eſt à dire,
l'effentiel de la Sphere , de
l'Aftrologie , & la poſition
des Terres & des Mers, le tout
à la faveur de ſept figures de
l'invention de l'Auteur , &
de plufieurs ornemens tous
utiles, La premiere de ces fept
figures , appellée le Siſtême
du Soleil , montre le Point
des Equinoxes & des Solſtices
; la domification des Planettes;
ce qui fait que le Soleil
GALANT. 105
s'éloigne & s'approche de lá
Terre , & l'endroit du Monde
que le Soleil & la Lune.
parcourent chaque jour . Elle
eft placée entre les deux Hemifpheres
, touchant par les
extremitez les deux Tropiques
, pour faire l'office de
l'Ecliptique ordinaire des
Cartes qu'on a ofté de cellecy.
La feconde , qui eſt au
deffus de la premiere , appel
lée le Siftême de la Lune, fait
voir fenfiblement la caufe des
deux Eclypfes , l'accroiſſement
& le décroiffement de
lumiere de cette Planette, fes
106 MERCURE ,
afpects differens , & le temps
qu'elle met à faire fes revolu
tions. La troifiéme, qui eft des
Siftêmes du Monde,fait connoiftre
en quoy ils confiftent,
& qui en ont efté les Auteurs.
La quatrième , appellée des
heures civiles montre par
l'heure qu'il eft icy, celle qu'il
doit eftre chez tous les Peuples
qui ont commencé leur
jour au lever ou au coucher
du Soleil, à minuit , ou à midy.
La cinquième , qui eft des
jours planetaires , marque la
fucceffion neceffaire des jours
de la femaine , c'eſt à dire ,
„ GALANT. 107
pourquoy Mardy fuit Lundy,
& non pas Jeudy ny Samedy,
& la Planete qui domine à
chaque heure du jour & de la
nuit.. La fixiémeappellée des
années civiles , montre toutes
les Nations du monde qui
ont commencé leurs années
aux Equinoxes & aux Solftices
; l'Epacte de chaque année
, la lettre Dominicale, &
la revolution
de tout leCycle .
La feptième enfin appellée
des Orizons , fait voir quel
eft i'Orizon fenfible & le
rationel ; ce que c'eſt que
Diametre , Semidiametre , &
108 MERCURE
Circonference de la terre ; le
Point de l'exaltation & de
la dépreffion des Planetes ,
avec le lieu de leur trifteffe &
de leur joye. Toutes ces figures
font exterieures à d'autres
ornemens qui enferment
la Geographie de l'un & de
l'autre Hemiſphere . C'eſt là
que font placez tous les vens
dans les PointsduMonde , d'où
ils viennent, avec leurs noms ,
tant anciens que modernes ;
les climats foit de demyheures
, foit de vingt jours ,
avec leur largeur , & de combien
y font les grands jours ,
GALANT. 109
avec une explication de tous
les Cercles , Poles , Zones, &
autres chofes de la Sphere ,
dans vingt- quatre compartimens
, entre lefquels font pofez
tous les afterifmes avec
le nombre des Eftoiles qui les
compofent. La feconde partie
de cette Carte qui fert de
baze à la premiere , & qui
renferme le Monde civil , eft
une galerie fermée par des
colomnes d'ordre Corinthiên
. On y voit les quatre
grands Fondateurs des Religions
, avec les principales
Sectes de chacune ; le com110
MERCURE
mencement des grands Empires
& des Republiques ; ceux
qui ont fait de grandes découvertes
; le principe des
Philofophes, tant anciens que
modernes , fur la nature ; les
définitions des termes les plus
neceffaires de la Geographie,
& une defcription generale
de tous les principaux Etats
du Monde , comme on les
connoift à preſent . Voilà en
gros ce que contient un ouvrage
environ de trois pieds
& demy de haut fur un peu
mo'ns de large, qui eft encore
plus beau à voir qu'à s'imagiMERCURE
III
ner . Son Auteur qui depuis
douze ans ne ceffe de rendre
fenfibles par toutes fortes de
moyens , les Sciences qu'il a
acquifes par fes continuelles
applications, a refolu de donner
au Public tous les ans
s'il fe
peut, un ouvrage de
la force de celuy- cy . C'est
pourquoy il fupplie ceux qui
approuveront fon deffein, de
luy faire part de leurs lumieres
fur toutes fortes d'Arts &
de Sciences, & de luy faire la
grace de luy envoyer des Memoires
des chofes qu'ils jug
eront plus dignes de remar-
>
112 MERCURE
que , particulierement
fur
toutes
les parties
de Mathematique
, fur l'Hiftoire
, la
Geographic
, & la Navigation
.
Cette
Carte
qui fe vend
à Paris
, dans la rue S. Jacpues
,
proche S. Yves,& fur le Quay
des Morfondus, n'eft pas feulement
à fouhaiter pour les
connoiffances qu'elle donne.
Comme elle fait beaucoup de
plaifir à voir , elle peut
vir d'un ornemeut agreable
dans tous les endroits qu'on
voudra parer utilement.
fer-
Le 24. du mois paffé , M'
l'Electeur de Brandebourg
GALANT.
113
receut à Berlin l'hommage de
fes Sujets avec de grandes ceremonies
. A fept heures du
matin on prefcha fur ce fujet
dans toutes les Eglifes ,
aprés quoy la Nobleffe des
Villes & de la campagne s'affembla
dans une des Sales du
Chafteau . Le nouvel Electeur
s'y plaça fur un Trône couvert
de velours noir , qui
eftoit fous un grand Dais, &
autour duquel fe mirent cinquante
Gardes du Corps armez
de Pertuifanes . Chacun
d'eux avoit un manteau noir,
avec le nom & les armes de
Juillet 1688 .
K
114 MERCURE
l'Electeur en broderie d'or.
Les Princes fes Freres , le
Prince d'Anhalt , Lieutenant
au Gouvernement Electoral ,
les principaux Officiers du
Confeil d'Etat & de Guerre,
ceux des Troupes avec les
perfonnes de qualité les plus
confiderables , & plufieurs
Miniftres Etrangers demeurerent
debout aux deux coftez
de ce Trône. M' Fuchs ,
Membre du Confeil Privé &
Secretaire d'Etat , fit un beaudifcours
aux Etats Provinciaux
, pour les remercier au
nom de Son Alteffe ElectoGALANT
. 115
rale de ce qu'ils eftoient venus
fi promptement , & en fi
grand nombre , & pour leur
témoigner qu'Elle fe promettoit
d'eux toutes les marques
de fidelité & de zele qu'ils
luy devoient rendre comme
à leur legitime Seigneur &
Prince hereditaire . Il leur
reprefenta pour les y engager
davantage , la maniere douce
& agreable du Gouvernement
des Electeurs & Princes
de fa Maiſon , fes Predeceffeurs
, & le bonheur dont
les Peuples avoient joüy fous
leur regne , particulierement
Kij
116 MERCURE
fous celuy du dernier Ele-
&teur fon Pere . Il les affura
que Son Alteffe eftoit reſoluë
de les conferver dans la
poffeffion de leurs privileges
& de leurs biens , ainfi que
dans la liberté de coufcience
pour toutes les choſes qui
regardoient leur Religion .
Aprés ce difcours , les Etats
prefterent le ferment accoutumé
, & enfuite M. l'Ele-
Ateur paffa à un Echafaut
dreffé vis à vis de la Place du
Chaſteau , & couvert pareillement
de velours noir, où il
y avoit encore un Trône, fur
GALANT 117
lquel il ſe plaça. Les Bourgeois
des fept Villes Capita-
Les del'Electorat , de la Marche
de Brandebourg , & des
autres fituées en deçà de l'Oder
, eftoient dans cette Place,
& chacune avoit des manteaux
longs. Deux Efcadrons
ayant des Carabines chargées
à bales , eftoient rangez dans
la mefme Place , depuis le
grand Pont jufqu'au chemin
appellé le Stechbahn , ou chemin
du Pic. Il y avoit auffi
un Regiment de Dragons le
long de la ruë qui va à la Cathedrale.
Les Compagnies des
"
118 MERCURE
Gardes faifoient haye depuis
le quartier de la Franchiſe
jufqu'à celuy de Plaiſance ,
ayant pareillement leurs armes
chargées à bales , & il y
avoit fur les ramparts cent
pieces de Canon chargées à
boulet , & la bouche tournée
vers la Ville . M. Fuchs fit
aux Bourgeois un autre difcours
fur ce qu'ils devoient
à leur Souverain , & M.
Schurdlo ,
Bourgmestre , y
répondit au nom des Corps
avec de grands témoignages
de leur foumiffion & de leur
obeiffance . Ces difcours finis,
GALANT. 119
ils prefterent le ferment en l
maniere ordinaire , & on fit
trois décharges du Canon, &
trois falves de la Moufqueterie.
La Nobleffe , & les principaux
des Bourgeois furent
traitez à vingt- huit tables
avec beaucoup de magnificence
, pendant que quatre
Aigles aux armes Electorales,
& dreffées au milieu de la Place
du Château , répandoient
pour le peuple du vin blanc
&du vin rouge . Ces Aigles
étoient entre quatre Figures,
dont l'une repreſentoit l'Efperance
fous un arc de triom120
MERCURE
phe , pour marquer celle qu'avoient
les Sujets d'un bonheur
parfait fous le regne de
leur nouvel Electeur , qui
de fon cofté devoit tout attendre
de leur fidelité & de
leur zele, La feconde qui
reprefentoit la Paix fignifioit
la tranquillité du mefme
tegne . La troifiéme eftoit
une Cerés , & vouloit dite
que les foins de fon Alteffe
Electorale mettroient l'a
bondance dans tous fes Etats.
On reconnoiffoit la Prudence
dans la derniere Figure , &
elle defignoit la fageffe avec
laquelle
GALANT. 121
laquelle ce Prince gouverneroit
fes fujets.
Y
Quelque tranquillité que
la Paix établiffe dans les Villes
, ce n'eft point là qu'on
la goufte purement. Elle
eft toûjours troublée par le
bruit & par le monde , & la
Solitude qui fait qu'on eft
tout à foy , peut feule donner
ce calme qu'on ne trouve
point parmy le tumulte ; &
l'embarras des affaires . C'eft
ce qui eft décrit agreablement
dans l'Idille nouveau
que je vous envoye , & où
je fuis feur que vous trou-
Juillet 1688.
L
1
122 MERCURE
verez de grandes beautez .
Cet Ouvrage merite d'autant
plus d'eftre confervé , que
les premiers Vers font voir
qu'il a cfté fait par une perfonne
de voftre Sexe.
22SZ522222-2552555
LA SOLITUDE
.
Harmante & paisible Retraite
→ Ca
Que de voftre douceur je connois
bien le prix ,
Et queje conçois de mépris ,
Pour les vains embarras dont je me
fuis défaite !
Que fous ces Chefnes vertsje palle
d'heureux
jours !
GALANT. 123
Dans ces lieux écartez que la Nature
eft belle!
Rien ne la défigure , elle garde toûjours
La mefme autorité , qu'avant qu'on
euft contre elle
Imaginé des Loix l'inutile fecours.
Icy le Cerf , l'Agneau , le Pan ,
Tourterelle ,
la
Pour la poffeffion d'un champ ou d'un
verger ,
N'ont point ensemble de querelle
Nul bien ne leur est étranger.
Nul n'exerce fur eux fon pouvoir
tirannique ,
Ils ne fe doivent point de respect ny
de foins ,
Ce n'est que par les nauds de l'amour
qu'ils font joints ,
Et d'Ayeux éclatans aucun d'eux ne
Se pique.
Lij
124 MERCURE
Helas ! pourquoy faut- il qu'à ces
Sauvages lieux
Soient refervez des biens fi doux ,
fi precieux ?
Pourquoy n'y voit-on point d'Avare,
de Parjure ?
N'est-ce point qu'entre vous ,
quilles Animaux ,
tran-
Tous les biens font communs , tous
les rangs font égaux ,
Et que vous ne fuivez que lafeule
nature ?
Elle eft fage chez vous , qui n'eftes
point contraints
" Par une Loy bizarre & dure.
Quelle erreur a pu faire appeller les
Humains
Le chef- d'oeuvre accomply de fesfçavantes
mains ?
GALANT. 125
Quepourle détromper de ces fauffes
chimeres
Qui nous rendentfifiers,fi vains,
On vienne mediter dans ces lieux
Solitaires.
29
Avec étonnement je voy
"Que le plus petit des Reptiles
Cent fois plus habile que moy ,
Trouve pour tous fes maux des ré--
medes utiles.
Qui de nous , dans le temps de la
profperité,
A l'active Fourmy reſſemble ?
A voir faprévoyance , ilfemble
Qu'elle ait de l'avenir percé l'obfcurité
,
Et qu'eftant au deffus de la foibleffe
humaine
Elle nefaffe point de cas ,
De tout ce qu'étale d'appas ,
Liij
126 MERCURE
La volupté qui nous entraîne.
Quels Etatsfont mieux policez
Que l'eft une ruche d'Abeilles ?
C'est là que les abus ne fefontpoint
gliffez,
Et que les volontez en tout temps
font pareilles.
De leur Roy qui les aime elles font
le foutien >
on Jent leur aiguillon dés qu'on
cherche à luy nuire .
Pour les chaftier il n'a rien ,
Il n'eft Roy que pour les conduire,
Et que pour leurfaire du bien.
&
Envain noftre orgüeil nous engage,
A ravaler l'instinct qui dans chaque
faifon ,
A la honte de la Raiſon ,
Pour tous les Animaux eft un guide
fi fage.
GALANT. 127
Ah, n'avons-nous pas deu nous dire
mille fois ,
En les voyant eftre heureux fans
richeffe ,
Habiles fans étude , équitables fans
loix ,
Qu'ils poffedentfeuls la fageffe ?
Iln'en eft prefque point dont l'hom
me n'ait receu
Des leçons qui l'ont fait rongir defa
foibleffe ,
Et quoy qu'il s'applaudiffe , il doit
à leur adreffe
Plus d'un art , que fans eux il n'au
roitjamais fceu.
2
Innocens Animaux , quelle reconnoiffance
Avons-nous de tant de bien-faits ?
Des prefens de la Terre , helas , peu
fatisfaits,
Liiij
128 MERCURE
Nous vous facrifions à noftre intemperance
.
Quelle inhumanité ! quelle lâche
fureur !
Il n'eſt point d'animal dont l'homme
n'adoucife
La brutale & farouche humeur ,
Et de l'homme il n'eft point d'animal
quiflechiße
Le cruel & fuperbe coeur..
S
De quel droit , de quel front eft- ce
que L'on compare
Ceux à qui la Nature a fait un coeur
barbare
Aux Ours , aux Sangliers , aux
·Loups ?
Ilsfont moins barbares que nous.
Font- ils éprouver leur colere
lors que
d'un Chaffeur avide
& temeraire,
Que
lors
GALANT. 129
Le fer ennemy les atteint ,
Où que
lors que la faim lespreffe &
les contraint
De chercher à la fatisfaire ?
Vafte & fombre Forest , leurfejour
ordinaire,
N'est-ce en vous traversant que leur
rage qu'on craint ?
Helas ! combien de fois cette nuit
infidelle
Que vous offrez contre l'ardeur ,
Dont au milieu du jour le Soleil
étincelle,
A-t.elle eftéfatale à lajeune pudeur ?
Helas ! combien de fois complice
Et de meurtres, & de larcins,
A-t-elle dérobé de Brigans , d'Affaf
fins ,
Et d'autres Scelerats aux yeux de la
Iuftice ?
Combien avez- vous veu defois
130 MERCURE
Le Frere armé contre le Frere,
Faire taire dufangla forte & tendre
voix ,
Et dans l'heritage d'un Pere
Par le crime acquerir de legitimos

droits ?
Parlez , Forefts ; jadis une de vos
femblables
Daigna plus d'une fois répondre à
des Mortels .
Quelles fureurs auffi coupables
Pouvons-nous reprocher à vos Hoftes
cruels ? [Soudaine
Si quelquefois entre eux une rage
Les porte à s'arracher le jour ,
Ce n'eft point l'intereft , l'ambitian
la haine
Qui les anime , c'est l'amour.
Luyfeul leur fait troubler vostre facré
filence's
'
GALANT. 131
Amoureux , Rivaux , & Ialoux
Leurcoeur nepeutfouffrir la moindre
préference ,
La mort leur femble un fortplus
doux.
D'une fi belle excuſe au dur fiecle où
nousfommes
On ne peut déguifer les maux que
nous faifons ;
, Non des meurtres fanglans , des
noires trahisons
L'amour nefournit plus aux hommes
Les violens confeils , ny les tendres
raifons.
Rien ne sçauroit eftre plus
utile qu'une Methode complete
de l'Art du Blafon , qui
apprenne à expliquer exacte132
MERCURE
"
ment , & en termes propres,
les Emaux , les Figures , & les
ornemens dont les Armoiries
font composées , & qui faffe
connoiftre la difpofition &
les attributs de chacune de
ces Figures . Le Pere Menef
trier Jefuite , qui eſt parfaitement
inftruit de toutes ces
choſes , en donna une abregée
il y a plus de vingt ans . On
en a fait quantité d'impreffions,
& comme on l'a copiée
, & contrefaite en differents
lieux , les Libraires Y
ont mis de leur chef des armoiries
de quelques Maifons
GALANT. 133
peu connues
& peu illuftres
.
Elle fut imitée
en 1671. &
porta le titre de Methode
Royale , facile & hiftorique
du
Blafon , avec l'origine des Armes
des plus Illuftres Etats & Fa
milles de l'Europe . On s'y fervit
des meſmes Figures
que ce
Pere avoit données
dans fon
Abregé methodique , & l'on
laiffa toutes les fautes que
les Imprimeurs avoient faites
en diverfes éditions . L'année
fuivante il parut une nouvelle
Methode que fon Autheur
nomma Heraldique. Il y employa
plus de cent Armoiries
134 MERCURE
fous des noms fuppofez de
Juron , de Gontin , de Melet ,
de Raler , de Mintes , de Melin
, de Raban , de Joubles ,
de Jagon , & c. & crut éviter
par la les reproches que le
Public luy auroit pu faire ,
s'il s'eftoit fervy des mefmes
exemples qui avoient eſté
donnez dans la premiere
Methode , fans avoir cherché
à les déguifer. Il a pris quantité
de noms de Terres pour
des noms de Maiſons , ce qui
pouvant confondre la connoiffance
du Blafon , eft d'une
dangereufe confequence.
GALANT. 135
C'eſt ce qui a obligé le Pere
Meneftrier à fatisfaire l'impa
tience qu'avoit le Public
d'avoir quelque chofe de plus
achevé fur cette matiere .Ainfi
il a reveu ce qu'il avoit
fait , & vient de nous le don -
ner dans un autre ordre , &
d'une maniere bien plus ample
, fous le titre d'Abregé
Methodique des principes Heraldiques
, ou du veritable Art du
Biafon. Il s'attache uniquement
dans ce Livre à l'Art
de blafonner toutes fortes
d'Armoiries , & donne des
exemples & des Figures pour
4
-
136 MERCURE
parvenir à la connoiffance
entiere du Blafon & de la
fcience Heraldique . Comme
il ne fuffit
"
"
pas de fçavoir
expliquer en termes propres,
toutes fortes d'Armoiries ,
& qu'on doit s'accoûtumer à
connoiftre les Familles par
leurs Armoiries, & les Armoiries
par les Familles , il donne
plufieurs manieres de fixer
l'imagination fur cela, & finit
par des Dialogues fur l'Art
du Blafon qui inftruiſent
beaucoup & facilement. Il y
a dans ce Volume cinq cens
Armoiries gravées avec prés
GALANT. 137
de deux cens Figures qui entrent
dans les Armoiries , de :
forte qu'eftant extremement
augmenté , & n'ayant prefque
rien de vieux que fon
titre, il peut paffer pour nouyeau
, & tenir lieu de tous
ceux qui ont jamais efté faits
fur le Blafon. Ce Livre qui a
eſté imprimé à Lyon par le
St Amaurry , fe vend à Paris
chez le S Guerout , Court
Dauphine...
Cet Article me donne fujet
de vous parler d'un Reglement
qui vient d'eftre fait,
& dont ceux qui font des
Juillet 1688.·
M
138 MERCURE
Livres, affi - bien que ceux qui
font la dépense de les imprimer
, doivent tirer de grands
avantages, fi toutes les Communautez
de Libraires imitent
ceux deBordeaux.Il n'eſt
pas fort étonnant que les Auteurs
perdent leur peine, & les
Libraires leurs frais , quand
ils donnent au Public de méchans
Livres , mais il eft fâ
cheux que la mefme chofe
arrive pour de bons Ouvra→
ges , & cependant il n'y arien
de plus ordinaire . Un Libraire
eft prefque affuré de per.
dre toûjours, de quelque naGALANT.
129
ture que foient les Livres
qu'on luy donne à imprimer.
Les méchans demeurent dans
fa Boutique , & les bons luy
font volez , puis qu'on les
imprime incontinent , non
feulement dans les Pays Etrangers,
mais mefme en plufieurs
Villes de France. A l'égard
des Etrangers , il eſt impoffible
d'y apporter du remede
, & jufqu'icy il a efté
extrémement difficile d'en
trouver pour ce qui regarde
la France . Les Libraires de
Province n'ont guere fait imprimer
de Livres des Librai
Mij
140 MERCURE
res de Paris , qn'ils n'ayent
impunément jouy de leur
vol . Leurs Confreres fe font
contentez de les blâmer , &
auroient cru faire une malhonnefteté
s'ils les avoient :
accufez: Ainfi il falloit envoyer
de Paris des Officiers
de Juftice pour furprendre
les coupables , & ceux du
Pays , loin de vouloir fervira
de témoins contre eux , cher
choient à les garantir des
peines qui font portées par
les Privileges . C'eftoit par la
que l'impunité regnoit fur
cette efpece de crime , & fi
i
GALANT 141
ced defordre ne continue
point , on en fera redevable
à la Communauté des Librai--
res de Bordeaux , qui s'eft
reſoluë à donner l'exemple
la- deffus? Il y avoit long
temps qu'elle fouhaitoit le
retranchement de cet abus, &
qu'elle voyoit avec déplaifir
les Libraires fes voifins , &
quelques- uns de fes Confre
res de la mefme Ville , profi
ter du bien d'autruy fans aucun
fcrupule , & s'enrichir
par un vol dont tout le Corps
eftoit accufé. Enfin aprés
des deliberations de plufieurs
142 MERCURE
a &
années , deux Sindics intelligens
& auffi actifs que bien
intentionnez eftant aujour
d'huy à la refte de cette
Communauté , on a de nouveau
agité l'affaire , & le fieur
de la Cour , l'un des deux
Sindics , a efté envoyé pour
propofer à M lc Chancelier
les moyens d'arrefter le cours
des Livres qui paffent dans le
Royaume , dont les uns font
pernicieux , & les autres contrefaits
fans égard aux pri
vileges , & pour demander
quelques Reglemens touchant
leur Communauté.
GALANT.
143
Cet illuftre Magiftrat toujours
preft à écouter ce qui
regarde le bien de la France ,
a témoigné de la joye de voir
que des Libraires qu'on pou
voit tous accufer de debiter
en fecret des Livres contrefaits
ou défendus , demandoient
eux - mefmes qu'on
remediaft à ces defordres , &
il leur a accordé toutes les
expeditions neceffaires , que
le
Parlement de Guyenne
doit confirmer. Comme il
faudra qu'ils vifitent tous les
Livres , leurs Confreres qui
feront trouvez en faute, n'au144
MERCURE
gagez
ront à fe plaindre que de la
mauvaife foy qui les aura enà
continuer l'uſage :
des contrefaçons . Par là il ne
fe gliffera plus que tres- difficilement
des Livres contre la
Religion , contre l'Etat , &
contre les bonnes moeurs ; &
les Communautez de Librai
res des autres Provinces ne
1.

pouvant ſe diſpenſer
de ſuivre
le mefme Reglement
qu'il eft à croire qu'on leur
fera obferver
de gré ou de
force , chacun tirera , du
moins en France , du profit
de fon travail , & de la dé
penfe
GALANT 345
penfé que l'on aura faite pous
le mettre au jour, ce qui fera
entreprendre, plus d'Ouvrat
ges , & fera caufe que les Li
braires n'épargneront rien
pour faire de belles impreft
fions ,lau lieu que les Livres
contrefaits , font la plufpart
fur de tres-vilain papieri, &
remplis de fautes . C'eſt une
obligation qu'aura le Public
aux Libraires de Bordeaux.
Quandje vous parle de ceux
qui contrefont les Livres de
leurs Confreres, je n'y com .
prens point les Libraires de
Paris. Tout le monde fçait
Fuillet 1688.
N
146 MERCURE
qu'ils ne font point de ce
nombre. On contrefait leurs
Impreffions , & on les envoye
dans les Pays Etrangers , &
dans toutes les Provinces de
France , mais ces Provinces
n'impriment rien qu'ils vouluffent
contrefaire .
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation affez ample
de la rencontre des Vaiffeaux
du Roy, commandez par
Mr le Chevalier de Tourville,
& de ceux de Papachin,Vice-
Amiral d'Eſpagne . En voicy
une autre qui vient de bon
lieu, & de perfonnes qui doi
GALANT. 147
vent fçavoir la verité . Elle eſt
fouvent difficile à developer,
fur tout lors que les chofes
fe font paffées dans des lieux
éloignez , & qu'on n'en peut
avoir de nouvelles que par
les Intereffez , qui n'ont
point de témoins de leurs
actions. Tout ce qu'on peut
faire alors , eft de voir de
quelle maniere ils parlent
tous , & c'eft pour cela que
je vous envoye la Relation
que vous allez lire . Je la laiffe
telle qu'elle m'a efté donnée,
fans y rien ajoûter , & fans en
rien retrancher .
Nij
+48 MERCURE
food shovel riovną) nov
10E 2. delicet mois :M.de
Chevalier de Tourville
accompagné de M. de Chasteaur
renaud de M. le Comte
L
d'Eftrées , appercent d'affez loin
deux Vaiffeaux que l'éloigne
ment empefcha d'abord de ret
connoiſtres mais le Pavillon
qu'ils mirent peu de temps aprés ,
nous apprit que c'estoient Vaif
feaux d'Espagne. Ils Reftoient
commandez par de Vice-Ami
ral Papachin qui re venoit de
Naples . Il nous reconnut pour
Vaiffeaux François , & comme
nous eftions fort loin au vent,
GALANTM149
nbus fufmes obligez d'arriver
vent arriere pour aller àreux
Papachincargua fawigrande
Voile dés qu'il vit nofire deffeins
continua fa route à petites
Voites. Lors que M. de Tours,
ville se trouva affez prés , it
envoyafa Tartane pour luy dea
mander le Salut , & Papachin
lay ayant répondufort fierement
qu'il n'avoit point d'ordre pour
cela , & qu'il euft à fe retirer
M. de Tourville qui fceut fa
réponſe par un fignal que fit la
Tartane , arriva fur luy à la
portée du pistolet , & luy donna
toutefa bordé à quoy Papachin
Niij
150 MERCURE
répondit de la fienne . M. de
Tourville paffa de l'avant , &
Papachin aprés avoir un peu
arrivé , luy redonna une feconde
bordée , & auffi toft revint pour
gagner le vent à M. de Tourville
qui avoit paffé de l'avant,
& il le fit effectivement , car
aprés avoir amaré fa grande
Voile, il fe trouva beaucoup au
pent de luy. M. de Chasteaurenaud
qui fuivoit M. de Tourville
, reprit fa place fitost
qu'il eut paßé de l'avant , &
aprés avoir combattu quelque
temps de fort prés , il fut affez
beureux pour defmaster de fon
·
GALANT.
151
grand Mats le Vaiffeau de Papachin.
Cependant M. le Comte
d'Eftrées s'estoit attaché feul à
l'autre Vaiffeau , & s'en estoiv
rendu Maiftre aprés avoir combattu
pendant trois heures. Il
avoit déja dansfon bord le Ca-
>
pitaine avec tous les Officiers i
& auffi toft il envoya le S
Rouffel à M. de Tourville qui
faifoit un bord pour ſe rapprocher
de Papachin avec ordre
de luy apprendre l'estat où étoient
les chofes. M. de Tourville
envoya fon Lieutenant au
bord de Papachin , pour luy déclarer
qu'il falloit qu'il faluaſt.
Niiij
152 MERCURE
"
Comme il avoit veu ſon ſecond
Navire\pris , & qu'il nesçavoir
se qu'on avoit refolu de faire de
hay , il futfort aife d'en eftre
quitte à fi bon marché. Il tint
danfeil adeo fes Officiers y
demandad You Equipage sit
vouloirJaluer. On luy répondin
qu'on ilfalua de neuf
coups qu'on luy rendit. Son Nas
vire eftoit da66 pieces de Canon}
& de 500. hommes d'Equipage ,
& bautre de 54. pieces de Ca→
nande 350.hòmmes. Celay
de MordenTourville eft un Nas
vire de cor pieces de Canon ,
de 375. hommes d'Equipage.
и
GALANT
153 K3
Ceux de M. de
Chasteaurenaud
& de M. le Comte d'Eftrées
font éganbel, obacun de 4o. pie ,
ées de Canons & 2301 hommeşı
On ne peut fçavoit precifement
combien les Espagnols ont perdu
de gens ; mais il eſt conſtant
qu'ils en ont perilu beaucoup!,
& qu'ils ont esté extrêmement
maltraitez! Les Matelots Of
tendois de ce Vaiẞeau ont dit
à des gens du mefme Pays qui
eftoient au bord de M. le Comre
d'Eftrées
qu'ils avoient eu
trente- cing hommes de tuez &
autant de bleffez! Pour le Vaif
feau pileflon cribléde coups , it
154 MERCURE
n'y avoit pas place pour da
vantage.
C'eft une terrible affaire
que l'enteftement . On en
prend fur bien des choſes ,
mais il n'y en eut jamais de
plus dangereux que celuy des
Vers. Quantité de gens fe
meffent d'en faire qui en font
tres - mal , & de toutes les ef
peces de cerveaux gâtez , il
n'y en a point de plus difficiles
àraccommoder.N'ayang
point d'oreille pour diſtinguer
la bonne ou la mauvaife
cadence , ils font incapables
de s'appercevoir en quoy
GALANT. ISS
ceux qui ont un veritable
genie l'emportent ſur eux, &
perfuadez qu'il n'y a qu'à
mettre douze fillabes enfemble
, ils continuent toûjours
à mal faire , & accufent d'i
gnorance ou d'injuſtice , les
Lecteurs ou Auditeurs trop
finceres , ou peu complaifans
qui les veulent détromper.
Une fincerité de cette nature
a fait trembler deux Amans
qui s'aimoient fort tendrement
, & a penfé leur couter
tout le repos de leur vie . Ils
eftoient affez le fait l'un de
l'autre. Tous deux avoient de
#16 MERCURE
l'efprit , tous deux des ma
nieres engageantes & fi la for
gane cuft mis autant de rapt
port entre cux du cofté du
bien , que la nature paroiffoir
en avoir mis pour les belles
qualitez , rien n'euft pu met?
He de l'incertitude dans leur
bonheur mais le Cavalier
dépendoit d'un Pere , qui
eltant fort richer , cherchoit
un party proportionné , &
les avantages de la Demoi
felle n'eftoient pas confide
rables , à moins qu'on ne fift
parler un Oncle dont elle
heritoit , & qui ne menaçoit
GALANTA 197
pas de thouripfitoft . Il avoit
ofté dixou douze ans Mary
tres-marryl & ce qu'il avoit
fouffert d'une Feinmefort
bizarre, qui eftoit morte ſans
luy procréer lignééluy avoit
ofté le gouft d'en avoir . Il
s'en tenoitau véuvage , & ćet
eftat le rendoip heureux del
long- temps qu'on puis
eftoit perfuadé qu'il ne lé
changeroit pas mais ce n'el
ftoit. pas affez que des efpe ?
rances pour le Pere de l'Amant
itu vouloir quelque
chofe de folide ; & pour don
ner lieu au Mariage , il falloit
que l'Oncle fift quelque a-
?
158 MERCURE
vance à fa Niepce. Il avoit
beaucoup d'argent comptant,
& il auroit pû luy donner
vingt mille écus fans eftre
reduit à aucun emprunt.
Ainfi la Demoiſelle employa
tout ce qu'elle avoit d'Amis
pour tâcher de le gagner . On
luy remontra que comme elle
eftoit fon heritiere , il ne devoit
rien fouhaiter plus fortement
que de jouir du platfir
de la voir dans un établif
fement confiderable , mais
tout ce qu'on put luy dire
ne l'obligea point à ouvrir fa
bourfe . Il répondit qu'il falGALANT.
159
foit le laiffer vivre , & que fa
Niepce ne manqueroit
point
d'Amans qui voudroient
bien
attendre fa fucceffion avec
patience, fans demander qu'il
fe dépoüillaft . L'obftination
qu'il eut à ne rien donner ,
fut d'autant plus fenfible à
l'Amant , que fon Pere qui
eftoit imperieux, vouloit abfolument
qu'il fe mariaſt , &
le preffoit de choiſit entre
deux ou trois perſonnes qu'il
luy propofoit . Comme le
Cavalier eftoit fort infinuant,
cela luy fit prendre le deffein
de faire fa cour à l'On160
MERCURE

5 cle de fa Maistrelle pout
voir fià force d'eftre coms
plaifant il ne pourroit pas
s'en faire aimer. On fait faire
aux gens tout de que l'on veut,
quand on les prend par leur
faible . La Belle à qui il parla
de fon entrepriſe luy dit que
s'il vouloit qu'elle réuſſiſts il
falloit qu'il le faraft fur une
chofe où fon peu de complai
fance qu'elle commençoit à
fe reprocher luy pouvoir
bien avoir attiré la dureté
qu'il marquoit pour elle
qu'il avoit pour fon malheur
la demangeaifon de faire des
1
GALANT 160
Vers,qu'il en avoit cent fois
étourdie mais qu'elle les
avoit toûjours trouvez li difu
férens de ceux des jolies chan
fons qu'on luy apprenolt !
qu'elle n'avoit pû fe refoudre
autes louer ce qui l'avoie
bbligé plus d'une fois à luy
dire rudement qu'elle n'aiq
moit pas les belles chofes ! Le
Cavalier fut fort content de
Favis. Ilfe refolut d'en profi
teroy & fçachant combien
les Vers font clvers ordinaî
rement à celuy qui les enfante
, ilfe rendit affidu auprés
den Oncle , & ne douta
Fuilt 1653.
16 MERCURE
point qu'en fe contraignant
à luy applaudir fur fa folie ,
il ne fe mift affez bien dans
fon efprit , pour obtenir de
luy ce qu'onfouhaitoit . Il luy
en coûtoit du temps , &
beaucoup d'ennuy, parce que
l'Oncle eftoit un fort grand
parleur , & qu'ayant une me→
moire confufe de tout ce
qu'il avoit leu , il fe plaifoit
à faire parade de plufieurs
chofes qu'il croyoit fçavoir ,
mais il s'apperceut bien toft
que les loüanges dont il luy
eftoit prodigue , commençoient
à faire effet . Il admiGALANT:
763
roit toutes les fottifes qui
luy échapoient , & ne ceffoit
de luy dire qu'il avoit peine
à comprendre comment à
fon âge on pouvoit avoir un
fi grand feu. L'Oncle l'embraffoit
, & pour ſe faire
loüer encore davantage , il
difoit auCavalier qu'il voyoit
bien qu'il avoit le gouft tout
autre que la plufpart des jeu-:
nes gens qui ne s'attachoient
qu'à la bagatelle , & qu'il
vouloit luy montrer des Vers
qui luy feroient voir s'il
eftoit encore infpiré des
Mufes. Le Cavalier qui l'at
O ij
164 MERCURE
tendoit là , ne laiffa passé
chaper une occafion fi favor!
table . Ilows'écriap milleyfois !
repeta des Vers qu'il nom
inoit incomparables» , & div
qu'on shen pouvoit faire
deifi beaux fans entoufialmed
L'Oncle eftoit dans une joyel
qu'on ne fçauroit exprimer.
Huoprevenpit iBapplaudiffed
ment en le preparant à écou
ter quelque chofe qui playi
paronſtroit d'une beauté fin
guliere & voulant qudula
Poefie l'emportaft fur les plus
fublimes Connoiffances il
ajoûtoit que fans vanité ill
GALANT.Mis
avoit là deffus des avantages
qui n'effoient pas communs
à beaucoup de gens, Le Caq
valier , malgré tout ce qu'ill
fouffroit d'eftre reduirà louer
de méchantes chofes fud
fore ravy de voir ſes affaires
prendre un fibon train, ell
ne fe contenta pas d'agir par
Huy mefme pil crue qu'un
peu de fecours ne luy nui
roit pas, & pratiqua quelques
uns de fes Amis qu'il mena
chez l'Oncles, & qui eftant
bien inftruits de ce qu'ils a
voient à faire lors qu'il leur!
litoit les Vers , ne manque.
166 MERCURE
rent pas de l'accabler d'applaudiffemens.
Ce fut affez
pour luy renverser l'efprit .
Il devint plus fou qu'il n'avoit
encore eſté , & ne paſfoit
plus de jour fans s'appli
quer à quelque nouvel Ou
vrage. Les fauffes rimes ne
l'arreftant pass il faifoit fouvent
jufqu'à deux cens Vers
en un feul matin , & cette
fecondité portoit fes interref
fez Admirateurs à de plus
grandes exclamations . Le Cavalier
qui difoit toûjours que
la Poëfie avoit quelque chofe
de divin , acheva de le ga
GALANT. 167
gner en le priant de l'initier
dans fes mifteres , & de luy
apprendre comment il falloit
faire un Sonnet ou un Madrigal
. Il triompha de fe
voir choisi pour Maiſtre , &
commença à luy donner des
leçons fur le nombre des fillabes
& fur la cefure . Le Cavalier
en mettoit exprés une
de moins en beaucoup de
Vers , & tâchoit d'en faire
de plus méchants que les
fiens , ce qui luy eftoit fort
mal-aifé , quoy qu'il ne fuft
pas né Poëte. Ĉ'eftoit un
charme pour le galant hom168
MERCURE
me que de luy montrer en
quoyil manquoite & lors
qu'il a l'eut veu profiter des
regles qu'il luy donnoir aved
de grands termos affectezgj
dit pan um emportementide
joye dont il ne put fe rendro
le maitre qu'il meritoin d'êt
tre fon Neveu of &l que dil
vouloit duyo promettre Ide
faire des Vers toute fa vich
il donneroit à fà , Niece deš
yingt mille écus qu'on luy
avoit demandez. Vous pou
yez juger fiyle Cavalierscy
confentit. On en porta parole
à fon Pere fans luy décou
vrir
GALANT. 169
vrir d'où venoit ce change .
ment , & à la faveur des Mufes
&d'Apollon tout fut conclu
de parole , & le jour pris
pour dreffer le Contrat de
mariage. Jamais Amans ne
furent plus fatisfaits ; mais
quoy qu'il n'y cuft aucune
apparence que leur bonheur
deuft eftre troublé , il fut traverfé
par un incident qu'on
n'attendoit pas. L'Amant fut
obligé de faire un Voyage
de deux jours , & pendant ce
temps , l'Oncle qui ne ceffoit
point de faire des Vers , &
qui en eftoit infatué , s'avifa
Fuillet 1688.
Р
170 MERCURE
d'en faire fur une chofe dont
tout le monde parloit dans
la Ville , & les faifant copier,
il les envoya fans nom dans
un paquet cacheté au Pere du
Cavalier . Il vouloit fçavoir
ce qu'il en diroit fans en connoiftre
l'Auteur , ne doutant
point qu'il n'en fuſt charmé ,
& qu'il n'euft pour un fi
heureux talent la meſme ad.
miration que fon Fils luy
avoit fait tant de fois paroitre
. Le hazard voulut qu'étant
allé ce jour là dans une
maiſon où il y avoit bonne
Compagnie , le Pere du Ca
GALANT 17
valier y arriva , & le difcours
eftant tombé fur les Vers , il
dit qu'il ne fçavoit pas fi on
avoit pretendu fe moquer de
luy ; mais qu'on luy en avoit
envoyé d'auffi deteftables
qu'on en pouvoit faire fans
luy en avoir marqué l'Auteur.
En meſme temps il les
tira de fa poche , & lors qu'il
en eut leu dix ou douze , il
demanda dans quelle Fonraine
empeſtée le malheureux
Poëte qui les avoit faits ,
pouvoit avoir beu . L'Auteur
fort furpris de voir fes Vers
traitez fi cruellement , vou-
Pij
172 MERCURE
lut fçavoir en quoy il les
trouvoit deteftables , & celuy
qui les attaquoit ayant répondu
qu'ils ne valoient pas.
qu'on perdift du temps à les
examiner , parce qu'il n'y a
voit ny tour , ny élevation ,
ny bon fens , l'Auteur foûtint
qu'ils eftoient tres- bons , &
pria tous ceux qui fe trouve-.
rent prefens de vouloir dire
ce qu'ils en penfoient . Comme
il en parloit avec chaleur,
la pluſpart fçavoient
& que
qu'il fe mefloit de Poëfic ,
on connut bien qu'il y prenoit
intereſt . Ainfi il les
GALANT. 173
preffa inutilement de s'expliquer.
Les uns fe teurent les
autres dirent qu'ils ne s'y
connoiffoient
pas , & chacun
fe divertit de cette querelle.
L'Attaquant ne voulut point
fe dédire . Il continua de blâmer
les Vers comme eftant
méchans en tout , & l'Auteur
qui les pretendit toûjours
admirables , fe prevalant
de l'honnefteté que les
témoins de leur differend avoient
euë pour luy , en refufant
d'en eftre les Juges ,
s'adreffa à un Cavalier qu'il
vit entrer afin qu'il pronon-
Piij
374 MERCURE
çaft fur les Vers. C'eſtoit un
des Amis de l'Amant , qui
fçachant combien il luy étoit
important qu'il en dift
du bien , ne manqua pas d'y
trouver mille beautez . Le
Pere indigné de fa baſſe complaifance
, commençoit à s'échauffer
, & il auroit fait une
cruelle Satyre fur les méchans
Poëtes , s'il n'euft
efté averty par quelques
coups d'oeil du Cavalier , &
interrompu en mefme temps
par l'Auteur des Vers que
les loüanges qu'il venoit de
, avoient fort en- recevoir ,
GALANT . 175
couragé , & qui dit d'un ton
fort fier qu'il falloit eftre
ignorant de la derniere ignorance
pour ne les pas admirer
; qu'il vouloit bien qu'on
fceuft que c'eftoit luy qui les
avoit faits , & que bien loin
de vouloir faire aucune avance
à la Niece , il déclaroit
que s'il falloit fon confentement
pour la marier , jamais
il ne fouffriroit qu'elle époufaft
le Fils d'un homme qui
fçavoit fi peu ce que c'eftoit
que de faire de bons Vers . Làdeffus
il fortit tout en colere ,
fans
que perfonne le puft re-
P iiij
176 MERCURE
tenir. Son extravagance fut
un grand fujet de rire pour
tous ceux qui l'avoient veuë ,
& on admira la rage qu'avoient
de certaines gens de
vouloir fe faire Poëtes en dépit
des Mufes. Cependant
comme il paroiffoit piqué au
jeu on crut à propos de
travailler à raccommoder
l'affaire. Le Pere eftant riche
n'en eftoit embarraffé que
pour fon Fils dont il connoiffoit
l'amour . Il avoit
pour luy beaucoup de tendreffe
, & il luy fachoit qu'une
folie de cette nature romGALANT.
177
pift une affaire qu'il tenoit
certaine. L'Amy
fur prié
d'aller trouver l'Oncle , & de
luy reprefenter
qu'il ne devoit
pas prendre
garde à ce
qu'avoit
dit un homme , qui
n'ayant jamais eu affez de
genie pour faire des Vers ,
ne pouvoit pas s'y connoiſtre
.
Il alla chez luy , & le tourna
de toutes manieres
, mais il
n'en eut point d'autre réponfe
, finon qu'il falloit que fon
Ennemy
cuft Iefprit
méchant
, & qu'un homme qui
par malice blâmoit
de bons
Vers , eftoit capable de cauſer
178 MFR CURE
de grands defordres dans une
Famille . Le Fils revint , &
apprit avec douleur le renverfement
de fes affaires . Il
alla chez lO'ncle , & aprés luy
avoir fait de longues prieres
fans rien obtenir , il luy demanda
s'il vouloit l'abandonner
, luy qui ayant bien
voulu luy fervir de Maiftre ,
luy avoit déja donné de fi
utiles leçons . Cette raifon
l'ébranla
, & fon Amy qui
avoit tâché de luy rendre
office avant fon retour , le
voyant preft de fe rendre ,
acheva de l'adoucir , en luy
GALANT. 179
promettant pour cet Amant
defolé qu'il feroit un Poëme
à fa louange . L'Oncle confirma
la parole qu'il avoit
donnée pour le mariage
pourveu qu'on luy fift une
fatisfaction proportionnée
à
l'injure . Elle ne fut pas aifée
à regler . Le Pere donnoit
la carte blanche , & cet
accommodement
eftant une
feconde folie de l'Auteur des
Vers , il ne refufoit aucune
condition
mais l'Offenfé
trouva de grandes difficultez
dans cette affaire . Il voulut
qu'on en dreffaſt un écrit
,
180 MRCUERE
pour eftre figné de douze
témoins
, devant qui la reparation
fe feroit . Il demandoit
d'abord que le Pere reconnuſt
qu'il avoit blafmé ſes Vers
faute de fçavoir comment
il
en falloit faire, & cela ne luy
paroiffant
point affez fort
pour le genre de l'offenſe , il
fut enfin arrefté aprés plufieurs
allées & venues , qu'il
declareroit
en prefence
de
douze des meilleurs
Poëtes
qu'on pourroit trouver , que
témerairement
& malicieufementilavoit
dit que les Vers
de l'Oncle eftoient méchans ,
GALANT. 181
encore qu'il euft toutes les lumieres
neceffaires pour s'y
bien connoiftre, de quoy ilfe
repentoit , luy en demandant
pardon, & promettant d'approuver
toute fa vie les Vers
qu'il voudroit bien luy mongala
trer.Lejourfut choisi pour cer
accord qu'il cut grand ſoin de
faire figner; aprés quoy il remagnifiquement
les douze
Poëtes qu'il avoit pris pour
témoins.Il fe plaça au bout de ›
la table , & pour marquer la
victoire qu'il venoit de remporter
, il mit une couronne
de Laurier fur fa tefte.Le Pere :
Σ
182 MERCURE
& l'Amant furent du repas .
On ybut à la fanté d'Apollon
& de chacune des Mufes , &
l'on debita grand nombre de
Vers.Jugez fi on manqua à les
approuver.Le
Contrat de mariage
fut figné le lendemain ,
& l'on en fit la ceremonie
peu de jours aprés. L'Amant
fort content de poffeder
qu'il aime , a la fatigue d'écouter
fouvent de mauvais
Ouvrages qu'il eft contraint
de louër, à caufe de la fucceffion
qu'il attend , & que
l'Oncle pourroit luy ofter s'il
n'avoit pas cette complai
GALANT. 183

fance ; mais il ne fçauroit
avoir celle de perdre du
temps à faire des Vers , & il
fe défend des reproches
qu'on luy fait de ne tenir pas
ce qu'il a promis , fur les embarras
de fon employ , qui étant
confiderable, ne luylaiffe
pas d'heures inutiles .
Comme la nouvelle de la
naiffance du Prince de Galles
ne fut fceue icy le mois dernier
que lors qu'il fallut achever
ma Lettre , je n'eus le
temps que de vous l'apprendre
, & je n'entray dans aucun
détail de ce qui ſe paffa à
184 MERCURE
l'occafion de cette naiſſance.
On peut dire que ce Prince
eftoit extremement ſouhaité,
non feulement par leurs Majeſtez
Britaniques , mais encore
par tous les Anglois qui
defirent la tranquillité des
trois Royaumes , & par tout
ce que l'Europe a de perfonnes
raifonnables, Le bruit
s'eſtant répandu dans Londres
le matin de cette grande
journée , que la Reine eftoit
en travail, le peuple_parut
comme immobile & affoupy.
On euft dit qu'il compatiffoit
aux douleurs que fentoit
GALANT. 18
cette Princeffe, & que l'attention
qu'il preſtoit à ce qui
devoit arriver , l'avoit laiffé
fans parole. Si - toft qu'on cut
publié qu'il venoit de naiſtre
un Prince , ce Peuple revint
tout à coup de fon affoupiffement
, & plufieurs ayant
couru au Palais où il eftoit
né , demanderent avec em
preffement à le voir. Cela
doit paroiftre extraordinaire ,
puis que des perfonnes qui
n'ont aucun rang , ne vont
point ainfi chez leur Souverain
, & qu'un Prince , lors
qu'il ne fait que de naiſtre',
Juillet 1688 .
186 MERCURE
n'eft point en eftat d'eſtre vû
de tant de monde, du moins
pendant un long temps , car
ce qui a efté une fois commencé
par le Peuple , ne finit
point , chacun voulant imiter
ce qu'il a vû faire aux
autres. Les Gardes avoient
beaucoup de peine à repouffer
cette multitude empref
fée , & le Roy voyant du
zele dans fon obftination ,
faifoit entrer luy - meſme
beaucoup de ceux qui n'avoient
pu les fléchir; de forte
qu'il fe trouva fouvent mêlé
parmy cette populace . Il y
eut mefme beaucoup qui
GALANT. 187
dirent que le Fils d'un Prince
fi intrepide , & qui a de fi
grandes qualitez , pouvoit devenir
un jour un grand Monarque
, fur tout s'il pouvoit
eftre élevé par le Roy d'Angleterre
, comme il Y avoit
beaucoup d'apparence , ce
Prince Teftant encore affez
jeune pour luy apprendre à
regner. OOnn nnee ppeeuutt douter
que dans un Pays où toutes
Les Religions font permifes, il
n'y euft beaucoup de perfonnes
parmy ce Peuple , qui en
fuivoien de differentes . Ainfi
on contut par
là que ceux
Q ij
188 MERCURE
qui n'eftoient
pas de celle du
Roy , ne pouvoient
refufer
leur eftime
& leur amour
à
un Monarque
digne d'admiration
, en qui l'on n'a ja
mais remarqué
de foibleffes
»
qui foutient
la dignité
de fon
rang avec tout l'éclat
, &
toute la grandeur
d'ame
qu'on peut fouhaiter
dans
un grand Prince ; qui fçait
accommoder
l'affabilité
&
la douceur
avec la majeſté
attachée
au Trône
, & que le
Ciel protege
fi viſiblement
..
Outre ceux du Peuple
qu'on
laiffa entrer pour voir le jeuGALANT
189
ne Prince , il y avoit encore
beaucoup de perfonnes de la
premiere qualité qui s'étoient
trouvées à l'accouchement
de la Reine. On n'attendit
pas que la nuit fuft venue
pour faire des feux de joye ;
on en alluma avant ce tempslà,
& on en fit de fi grands ,
que tel qui avoit à peine de
quoy acheter une charertée
de Bois, la brûla entiere . On
but à la Santé du jeune Prince
de Galles , & on donna tous
les témoignages d'allegreffe
qui eftoient deus à cette heureufe
naiffance. On éleve ce
190 MERCURE
Prince d'une maniere dont
l'ufage n'eft pas general , mais
dont quelques Anglois fe
font bien trouvez , ayant remarqué
que les Enfans s'élevoient
mieux de cette maniere
, & qu'il en mouroit
moins . On appelle cette fa-
-çon de les élever les nourrir
à la cuilier. Au lieu de leur
donner à teter , on leur fait
prendre de l'eau d'orge avec
du lait .
La novvelle de la naiffance
de ce Prince fut à peine arrivée
en France
que >
Με
Skelton , Envoyé Extraor
GALANT. 191
dinaire d'Angleterre , en fit
part au Roy , & à toute la
Maiſon Royale. Il avoit en
voyé demander audience le
jour precedent par fon Secretaire
, & il fut conduit.
dans toutes les formes par
M. de Bonneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs . II
eftoit accompagné de plufieurs
Milords Anglois , &
enrre autres des Ducs de Norfolc
& de S. Albans . Sa Majefté
luy dit que fa joye eftoitfi
grande qu'elle ne le cedoit qu'à
celle du Roy fon Frere. Cet
Euvoyé fut fplendidement
regalé par l'ordre du Roy
192 MERCURE
vec toute fa fuite aprés l'audience
. Madame la Dauphine
qui ne s'eftoit point levée ,
parce qu'elle avoit refolu de
ne voir perfonne ce jour-là ,
dir qu'encore qu'elle n'euſt pas
accoutumé de permettre qu'on entrast
dans fa Chambre pendant
qu'elle eftoit au lit, cette nouvelle
luy estoit fi agreable qu'elle
ne pouvoit s'empefcher de l'apprendre
de la bouche mefme de
Envoyé , & de luy en temoigner
fa joye . Monfeigneur le
Duc de Bourgogne dit de
luy - mefme , que pour faire
voir la fienne il feroit faire dés
་ .

le
GALANT. 193
le foir mefme un grand feu dans
la court du Chasteau de Verfailles
. M' l'Abbé le Houx dont
les Vers Latins font fi efti
mez , a fait ce. Diftique fur
cette naiffance .
Fortunata novo Regina puerperá
pártu !
Divina enixa es Relligionis
opus.
En voicy un autre de ce
mefme Abbé...
Nofce triumphantem partu
nunc, Anglia Matrem:
Hac Christo & Regipariundo
restituitrem.
Le 5. de ce mois , les Reli
Juillet 1688.
R
194 MERCURE
gieufes Angloifes du Fauxbourg
Saint Antoine rendirent
graces à Dieu de ce qu'il
avoit accordé un Prince aux
fouhaits de l'Angleterre . Ja
mais leur Eglife n'avoit cfté
ny fi bien ornée ny fi éclairée
qu'elle le fut ce jour- là . Il y
eut le matin une Meffe folemnelle
, & l'apreſdinée un
Te Deum , & un Salut en Mufique.
Elle eftoit de la con
poſition de M' Oudor › Maître
de la Mufique des Peres
Jefuites de la Maifon de
Saint Louis . M' l'Evefque de
Senez y officia en habits PonGALANT
. 195
tificaux , & cette ceremonie
fe fit en prefence de M. le
Prince de Richemont. M*
Skelton , Envoyé Extraordinaire
d'Angleterre en cette
Cour , s'y trouva avec Milord
Hoord , Frere de M' le Duc
de Noceforc , Envoyé Etraordinaire
à Rome , Milord
Staffort , & un tres -grand
nombre de perfonnes de qualité
, François & Anglois . Sut
les dix heures du foir , il y
eut un Feu d'artifice dans la
Court au dehors de leur Convent
, & elles firent des liberalitez
à ceux du peuple de
Rij
196 MERCURE
leur voifinage , qui fe preſen
terent pour les recevoir . Le
zele de ces Religieufes eft à
eftimer puis que depuis
vingt ans qu'elles fe font établies
icy , elles ont eu un Salut
tous les Vendredis dans
leur Eglife avec Expofition ,
pour demander à Dieu la
Converfion des Heretiques ,
ce qu'elles continueront juf
qu'à ce qu'il luy ait plu de les
exaucer.
Les Religieufes Auguſtines
Angloifes établies dans le
Fauxbourg Saint-Victor, ont
fait de femblables prieres
GALANT. 197
pour la naiffance du Prince ,
& elles les ont continuées
trois jours , pendant lefquels
elles ont marqué leur joye
par des Feux . Elles les finirent
par le Te Deum.
Le 8. il y eut des prieres en
action de graces pour le mefme
fujet dans la Chapelle du
College des Ecoffois , par les
foins du Principal , & elles
furent fuivies le foir de réjoüiffances
publiques. Un
tres - grand nombre de lampes
éclairoit la façade du College,
& dans la Place voifine qui
eftoit auffi toute éclairée , on
Rij
198 MERCURE
avoit dreffé une grande Piramide
qui fut fort illuminée.
Elle eftoit ornée d'Emblêmes
& de Devifes à l'honneur de
Sa Majesté Britanique , & du
jeune Prince de Galles . M.
l'Envoyé d'Angleterre s'y
trouva avec Mr le Duc de
Norfolc , & quantité de perfonnes
diftinguées . On fit
jouer un Feu d'artifice , & ce
divertiffement fut accompagné
d'une magnifique Collation
. Les Irlandois des Colleges
des Lombard & de Montaigu
ont rendu les mefmes,
actions de graces dans leur
Chapelle .
GALANT. 199
Le jour précedent, M' Gorman,
Superieur du Seminaire
de Sainte Anne la Royale des
Irlandois de la Ville de Bordeaux
, avoit fait une gran
de Feſte , pour rendre graces
à Dieu de cette mefme naiffance
. M' d'Allaire , Grand-
Vicaire de la Cathedrale , celebra
la grand' Meffe , & le
Te Deum fut chanté enfuite
par une tres-bonne Mufique,
au bruit de plufieurs falves
de Canon. Les Superieurs de
chaque Ordre Ecclefiaftique
y affifterent avec quantité de
perfonnes confiderables. Le
R iiij
200 MERCURE
foir, les Marchands Anglois
& Hibernois , entre lefquels
eftoient Ms Henry , la Vic ,
Poucere , Dekaler & Koane ,
donnerent un grand Feftin ,
& il fut fuivy de plufieurs
Feux d'artifice fur les bords
de la Riviere & fur la Riviere
mefme , accompagnez de décharges
de Canon , qui durerent
une grande partie de la
nuit.
1
Ce mefme jour , MS Patrice
Lambert , & Patrice
Deans , Irlandois , marquerent
leur joye par une grande
Meffe qu'ils firent chanter à
GALANT. 201
Saint Malo dans l'Eglife de
S, Servan, aprés quoy ils donnerent
un grand regale à bord
de la Fregate nommée ,leMarchand.
Il y fut tiré plus de
deux cens coups de Canon,
& le foir ils terminerent la
réjouiffance, par un tres - beau
feu de joye , orné de toute
forte de fufées figurées, avec
l'applaudiffement de toute la
Ville .
Les mefmes Prieres ont
efté faites à Rheims , au College
de Saint Patrice , Patron
d'Irlande.
Vous avez ſceu que M'.de
202 MERCURE
la Chapelle , Secretaire des
Commandemens de Son Alteffe
Sereniffime Monfieur le
Prince de Conty , avoit efte
nommé pour remplir la place
qui vaquoit à l'Academie ,
par la mort de M' l'Abbé de
Furetiere . Il y fut receu le
Lundy 12. de ce mois , & le
difcours qu'il y prononça
receut
beaucoup d'applaudiſ
femens . Je ne vous en diray
pas davantage , puis que je
vous l'envoye entier . Vous y
trouverez en original les
beaux endroits dont je vous
entretiendrois
, fi je ne vous
GALANT. 203
en envoyois pas une copie .
MESSIEURS,
Si les mouvemens du coeur
pouvoientfuppléer aux lumieres
de l'efprit , l'honneur que vous
me faites aujourd'huy ne jetteroit
pas dans mes pensées le
defordre & la confufion dont je
ne puis les developer. Je fçay
que cet honneur eft d'un prix
infiny , stl fuffifoit de le connoiftre
pour le meriter , je ne
rougirois pas à la veuë de ceux
à qui j'en fuis redevable , honteux
de ne pouvoir donner des
204 MERCURE
expreffions à ma reconnoiſſance.
Eh! comment en pourrois- je
trouver ? A peine initié dans
les miſteres du Parnaſſe ( s'il
m'eft permis de me fervir de ces
termes ) par quelques Ouvra
ges que je n'ofe pas mesme avouer,
tant ils me
paroiffent peu dignes
du rang que je viens occuper,
& connu feulement par les bontez
d'un grand Prince que je
n'ay pas meritées , je me trouve
élevé au plus haut degré d'honneur
, où la Vertu fincere , l'Erudition
profonde, l'Eloquence parfaite
puißent élever ceux que
L'étude des belles Lettres diftinGALANT.
209
gue du refte des hommes ; je m'y
regarde exposé aux yeux de toute
la France , comme fur un Theatre
magnifique , où tout ce qui
frape mes yeux , étonne mon
efprit , & glace ma voix.
Ce filence profond que gardent
autour de moy tant d'Hommes
illuftres , accoutumez àfe faire
admirer lors qu'ils parlent , ce`
concours extraordinaire de toutes
fortes de perfonnes , à qui vous
ouvrez aujourd'huy les portes de
cet augufle Tribunal des Mufes,
tous ces regards attachez & confondus
fur moy , qui prefentent
aux miens autant de Juges que
206 MERCURE
jay & Auditeurs , Juges inflexibles
, & preftsfur ce qu'ils vont
entendre à approuver ou à condamner
vostre choix ; enfin , la
dignité de ces lieux , & plus
encore la majesté de celuy , qui,
quoy qu'abfent , les remplit toujours
, dont l'Image facrée préfide
à toutes vos Affemblées , les
échauffe , les anime de cet efprit
de grandeur, & de droiture qui
éclate dans toutes fes actions .
Quelfpectacle pour un homme
qui connoift fa foibleffe , & à
qui vostre gloire eft encore plus
chere que la fienne ! Fofe le
dire, Meffieurs, il eftoit de voftre
GALANT 207
interest, que fur le pretexte fpecieux
des occupations que me
donne , fur tout en ce temps -cy,
mon attachement affidu auprés
d'un Prince que j'ay l'honneur
de fervir , je fuffe difpensé de la
loy commune qui m'oblige aujourd'huy
à vous parler en pu
blic ; mais puis qu'il ne m'est pas
permis de violer un uſage obfervé
depuis fi longtemps avec tant
d'éclat , parffe le Genie de ce fa
meux Cardinal à qui cet augufte
Corps doit fa naiffance , m'infpirer
ce qu'il faut que je dife , de
mesme que longtemps aprés fa
mort il a encore conduit les affai208
MERCURE
res de cct Empire floriffant , &
donné le mouvement à celles de
toute l'Europe tant les mesures.
qu'il avoit prifes estoient longues
& juftes ,& les fondemen's.
qu'il avoit jettez eftoient folides
& affurez. Son nom au deffus de
tous les éloges, imprime à ce qu'il
fait un caractere de gloire, qui
par ce feul titre attire avec juftice
à cette illuftre Compagnie la
veneration de tous les efprits ;
mais vous n'eftes point de ces:
Enfans oififs , qui fiers de la dignité
de leur naiẞance , & enfevelis
dans un honteux loifir ,
penfent fucceder à la reputation
GALANT 209
de leurs Peres , comme à un heritage
, fans imiter leurs vertus.
Vous avez encore plus acquis
qu'on ne vous a laißé ; vous
arvez mesme augmenté la gloire
de voftre Fondateur , en meritant
que
que l'invincible Monarque
qui regne auiourd'huy ne dedaignast
pas d'eftre voftre Protecteur
, ny de remplir une place
quedeux defes Suiets ont occupée
avant luy , comme fi ce grand
Prince aprés avoir porté la
France à un degré de puiſſance ,
auquel le Cardinal de Richelieu
luy- mefme , tout vafte tout
élevé qu'il eftoit dans fes pro-
Juillet 1688.
S
210 MERCURE
iets , n'a iamais porté ſes efperances
ny fes veuës , comme fi,
dis- ie , il s'eftoit fait un plaifir
de donner la perfection à tout ce
que ce celebre Miniſtre n'avoit
fait quefouhaiter pour couronner
en mefme temps la vertu d'un
grand homme , & faire connoifire
la fuperiorité du genie des
Rois fur celuy de leurs Suiets,
Aprés tout , quelque éclatant
que foit l'estat où ſe voit auiourd'huy
l'Academie , fouffrez
ie vous rappelle avec quelque
plaifir celuy où elle estoit
en naiffant ; fouffrez que ie vous
faffe fouvenir de ces premiers
que
GALANT. 211
temps dont voftre hiſtoire a fait
une fi agreable peinture , temps
heureux où l'estime reciproque ,
l'amitié defintereẞée , l'étroite
union des coeurs faifoient le principal
ornement de l'Academie.
Alors nulle infidelité n'avoit
encore obligé l'Academie à retrancher
aucun de fes Membres,
nul autre avant moy , en
prenant fa place parmy vous ,
n'avoit esté reduit à deplorer les
égaremens de fon Predeceffeur,
au lieu de donner des louanges
fon merite ,
memoire.
des pleurs à fa
alorss un meſmes efprit ani-
Sij
212 MERCURE
moit tous les Membres de ce
grand Corps un mefme coeur
les faifoit mouvoir ; nulle intrique
fecrette , nulle crainte
nulle défiance , nulle jalousie ne
les divifoit chacun regardoit
les interefts des autres comme les
fiens propres les affaires de
chaque Particulier devenaient
celles de tout le Corps.
Je ne fay fi mes expreffions
répondent à mon idée ; mais
j'avoue qu'il fe forme dans mon
efprit une image fi parfaite & fi
gracieufe de ces premiers temps ,
que j'ay peine à l'en détacher.
Cependant qu'on ne croye
GALANT. 213
>
pas que je ne vous la prefente
icy cette heureuſe image , que
comme une de ces admirables
Antiques dont le gouft a pery
avec ceux qui les ont faites,
dont ceux qui ont travaille d'aprés
n'ont donné que
des copies ,
plus propres à faire admirer les
anciens Ouvriers , qu'à nous
confoler de leur perte.
Non , Meffieurs cette fimplicité
noble de nos Peres , cet
efprit d'union de concorde &
n'eft point éteint parmy vous 3
il est environné de mille autres
qualitez plus brillantess qui en
quelque maniere le dérobent aux
214 MERCURE
.
yeux , mais il n'en estpas moins
réel ny moins effectif , & vous
confervez encore au Louvre la
mesme pureté que vous aviez
dans le Temple de Themis.
C'est ainsi que j'appelle la
Maifon qui vous fervit de retraite
après la mort du Cardinal
de Richelieu ; le Palais d'un des
plus illuftres Chefs que la Justice
ait jamais eus en France , neft
pas indigne d'un titres fa aus
gustaron co
Combien eftoit il au deffus des
autres hommes , cet homme merweilleux
, que la multitude des
affaires dans la diftribution de
GALANT. 215
la
ny
Fuftice commune ne laſſa
laſſa ny
ne dégoûta point , que le poids
des grandes chofes dans le Confeil
de nos Rois n'accabla
ne déconcerta jamais , également
fublime , également admiré dans
les plus grands & dans les
moindres emplois ! Jugez de ce
que fut M Seguier par ce qui a
fuivy fa mort , reparé fa
perte, Louis,l'Invincible Louis a
bien voulu estre fon Succeffeur,
Qu'il me foit permis icy
Meffieurs , quoy que je connoiffe
mon peu de forces pour une fr
haute entreprife , qu'il me foit.
permis de rendre à cet Auguste
C
216 MERCURE
Protecteur le jufte tribut d'admiration
& de louanges que luy
Tendent fes Ennemis mefmes , fi
toutefois il est encore des hommes
fur la terre à qui on puiſſe
donner ce nom , affez aveugles
temeraires pour ne pas refpeter
fapuiffanceformidable,affez
pervers & barbares pour ne pas
adorer fes vertus,
·N'attendez-pas que je vous
entretienne de fes conquestes, ny
de fes autres actions encore plus
éclatantes que fes Victoires.
N'attendez pas que raſſemblant
tous les traits de fa gloire en un
feul Tableau , je vous reprefente
GALANT. 217
!
;
fente les bornes de fon Eftat
pouffées au delà des Pretentions
defes Ayears les Peuples nou
veaux acquis à fon Empire ; les
Etats les plus éloignez humiliez
tremblan's ; les voifins étonnez
& foumis la terreur de
fon nom portée aux deux bouts
du Monde les Pays incon
nus à l'Europe avant luy
pleins du bruit de fes exploits
de l'admiration de fa gran-
-deurs la paix, l'abondance &
la tranquillité affermies dansfon
Royaume , tandis que les hor
reurs de la
;
·guerre menacent ou
defolent les autres Empires ; le
Juillet 1688.
T
218 MERCURE
Commerce rendu libre à ſes Sujets
dans toutes les parties de
l'Universs la Justice & les Loix
rétablies ; la Religion protegée s
l'Herefie détruite.
Sans entreprendre de parcou
rir toute cettefuite de merveilles,
je tâcheray feulement de vous
faire remarquer en luy un caratere
de perfection qui m'a toujours
frapé, & qui me femble
élever fa gloire infiniment au
deffus de tout ce qui a fait le com
ble de celle des autres. En effet,
d'autres ont efté Conquerans
avant luy , mais ils ont borné
leurs veuës leurs projets à
GALANT 219
gagner des Batailles , & à
BreVilles , LOUIS
va plus loin.
Confiderez encore aujour
d'huy , plufieurs fecles aprés la
mort de ces fameux Vainqueurs,
Les Pays où ils fe font fignalez
Ce ne font que ruines affreufes
que reftes épouvantables de carmage
d'incendie , que deſerts
d'autant plus borribles,qu'ils ont
efté autrefois habitez , & qu'on
n'y trouve plus que quelques miferables
refugiez fous de triftes
mazures où ils gemiffent , &
n'entendent prononcer qu'en fremiffant
le nomde cesConqueranss
Tij
220 MERCURE
qui nefont louez & admirez que
dans les lieux où ils n'ont jamais
efté; regardez les Pays que
Louis a conquis , Villes florif
fantes, Baftimensfuperbes qui les
embelliffent Fortifications ma
gnifiques qui les ornent & qui
les défendent , Peuples heureux
enrichis qui beniffent à toute

beure
le
où ils ont efte
foumis à fa domination.
On diroit qu'il a voulu faire
pour chaque Place ajoutée à ſon
Empire , ce dont un des premiers
Maiftres du monde faifoit fa
principale gloire pour Romefeule
qu'ilfe vantoit d'avoir trouvée
GALANT 221
de brique , & d'avoir renduë de
marbre.
La mesme fingularite glorieufe
fe trouve dans tour le refte
de fes actions. S'il détruit par la
juſte rigueur de les Loix la
fureur des Duels iufques alors
impunie en France , il en imprime
enmefmetemps l'horreur dans
tous les coeurs par l'ardeur de luy
plaire , que fes bontez inspirent
afes Suiets, & il attache la
honte à ce qui faifoit autrefois
la gloire des plus braves.
93
on Si fes Vaiffeaux vont fous un
autre Ciel porter la gloire de fon
nom , il entreprend auffi toft d'y
Tiij
222 MERCURE
faire connoiftre & adorer celuy
du vray Dieu.
Enfin, s'il détruit entierement
une Herefie également fatale à
l'Etat & pernicienfe à la Religion
, également forte par le
nombre de fes Sectateurs , & par
lafubtilité de fes fauxprincipes,
il déracine des femences d'erreurs
prefque imperceptibles , qui cachées
autourdbuy fous des apparences
fpccienfes , deviendroient
un iour de veritables Herefies, fi
Safageße n'étouffoit ces Monftres
en naiffant ; tantil eft ray que
Le Ciel luy a donné d'agir , d'or
donner de voir au delà des
GALANT. 223.
lumieres des autres hommes.
Je m'imagine, Meffieurs» qu'en
ce moment où l'idée de la grandeur
de ce Roy , toniours victorieux,
bònorant cette Compagnie
defa protection, fe prefente toute
entiere à vos efprits , vous me
croyez plus occablé de vostre
gloires pluspenetré que iamais
du peu de raison que i'avois d'af
piter à l'honneur que vous.
m'avezfaits
Geft au contraire en ce mo
ment que ie deviens plus hardys
que je trouve qu'il m'eft per..
mis de vous dire que i'ay merité
laplace que vous m'avez accor-
Tiiij
224 MERCURE
dée. Je mefouviens que le Prince
à qui ie dois vos bontez, a l'honneur
d'appartenir à LOUIS
LE GRAND, & de là me
vient cette espece de prefomption
qui fied bien quelquefois , & an
oray merite, àla vraye vertu.
Ouy,Meffieurs, quand ie fonge.
à celuy qui me donne à vouss ie
fuis digne de vous. Au lieu des
talens que vous cherchez,& que
vous ne trouvez point en moy
ie vous apporte l'amitié de ce
grand Prince dont il m'a or
donné de vous assurer , amitié,
precieuse , qui faifoit autrefois
la ioye & les délices du fameux
GALANT 225
Heros fon Oncle, dont la France
pleure encore la perte , & dont
tous les fiecles publieront la gloire
fans la pouvoir iamais égaber.
Il eftoit vous le fçavez , un
des plus chers obiets de l'eftime
& des tendres affections de cet
Oncle fi admirable , & qu'il
Louffre que ie le dife , cette eftime
ny cette affection n'eftoient
point aveugles , il a paru digne
en effet des foins & de l'atta
chement du grand Prince de
Condé. Quand j'oferois entreprendre
de vous faire fon éloger
de m'abandonner aux mou226
MERCURE
vemens de mon coeur , aprés là
défense qu'il m'en a faite , ie ne
feay fi ie pourrois rien aiouter à
ce que je viens de vous dire, ny
de plus glorieux pour luy, ny de
univerfellement avoué de plus
toutle monde.
Mais il ne m'a permis, Mef=
fieurs , de vous parler de luy que
pour vous faire des remercimens,
✔ vous affurer qu'il veut bien
prendre part à l'obligation que
ie vous ay , dont ie ne perdray
jamais le ſouvenir , & dont la
reconnoiffance fera auffs longue
que ma vie.
GALANT 227
Vous fçavez que l'Acadé
miechange tous les trois
mois de Directeur , & que
c'eſt le fort qui en décide.
Mt Charpentier pour qui il
s'eftoit déclaré , eftoit alors à
latefte de cette celebre Compagnie
; ainfi ce fut luy qui
répondit à M. de la Chapelle.
Il y a longtemps que les excellens
Ouvrages qu'il a donnez
au Public , vous ont fait
connoiftre fon merité. Aprés
qu'il eut ceffé de parler , on
cut le plaifir d'entendre une
Epiſtre en Vers de M. Perrault
, qu'il adreſſe à Mr de
228 MERCURE
Fontenelle. Elle futa lûë paf
Mil'Abbé de la Viau &ore
ceut un
applaudiffement general
, Le mefme M de la
Vau lût enfuite une Priere
pour le Roy , auffi en Vers
de M Boyer , & la feance fit
nit par la lecture que fit M
le Clerc d'une
Paraphraſe de
l'Exaudiat . Ils
receurent l'un
& l'autre les
louanges qu'ils
meritoient. Voicy
l'Ouvrage
de M Perrault.
*
GALANT. 229
22552555555ESSS25
LE GENIE
,
EPISTRE
ΠΙΟ ΚΙ
A MONSIEUR
DE FONTENELLE.
2 +1
OMME
OM ME on voit des Beautez
Jan's grace & fans appas ,
Qui furprennent les yeux, mais qui
ne touchent pas ;
Où brille vainement fur un jeune
vifage
De la rofe & du lys le pompeux
affemblage ,
Où fous un front ferein de beau
yeuxfe font voir
230 MERCURE
Comme des Rois captifs , fans force
&fans pouvoir
Tels on voit des Efprits au deffus
du vulgaire,
Quiparmi cent talens n'ont point
celuy de plaire.
En vain,cher Fontenelle,ils fçavent
prudemment.
Emploier dans leurs vers juſqu'am
moindre ornement,
Prodiguer les grands mots
figures fublimes,
les
Et porter à l'excés la richeffe dès
rimes 3
On baille , on s'affoupit , & tout cet
appareil
Aprés un long ennay cauſe enfin le
Sommeil. (répandue,
Ilfaut qu'une chaleur dans l'ame
Pour agir au dehors , l'elleve &
remue
GALANT.
231
Luy fourniffe un difcours qui dans
chaque Auditeur
Ou de force ou de gré trouve un
approbateur
Quifaififfe l'esprit, le convainque
& le pique ,
Qui deride le front du plus fombre
Critique
Et qui par la beauté de ſes expreffions
Allume dans le coeur toutes lespaffions.
C'est ce feu qu'autrefois , d'une
audace nouvelle ,
Promethee enleva de la voûte éter
nelle,
(s'épuifer,
Et que le Ciel répand , fans jamais
Dans l'ame des Mortels qu'il veut
favorifer.
L'homme,fans ce beau feu qui l'é
claire & l'épure ,
232 MERCURE
Neft que l'ombre de l'homme &
Ja vainefigure ,
Il demeure infenfible à mille doux
appas
Que d'un oeil languiſſant il voit &
ne voit
pas .
Des plus tendres accords lesfçavantes
merveilles
Frapentfans le charmer fes ftupides
oreilles,
Et les plus beaux objets qui paſſent
par fes fens,
N'ont tous ,pour fa raison , que des
traits impuillans 3
Il luy manque ce feu , cette divine
flame, ( ame.
L'efprit defon efprit, & l'ame defon
Que celuy qui poßede un don fa
precieux ,
D'un encens eternel en rende grace
ayx Cieux ;
GALANT 233
Eclairé par luy-mefme & fans étude
babile
Il trouve à tous les Arts une route
Facile ;
( venir
Le favoir le prévient,&Jemble lug
Rien mains de fon travail que de fon
22) Jouvenir...
Sans peine il fe fait jour dans cette
nuit obfcure
soù ſe a s
cache à nos yeux la fecrette
Nature
Il voittousles, reſorts qui meuvent
l'Vnivers
Etfi leſort l'engage au doux mestier
des vers
Par luy mille beautez à toute heure
font deues ,
Que les autres Mortèls n'ont jamais
appercenes ;
Quelque part qu'au matin il dé-
Couvre des fleurs
Juillet 1688.
234 MERCURE

Il voit la jeune Aurore'y répandre
des pleurs
Sʻiljette fes regards fur les plaines
bumides
Ily voit fe jouer les vertes Nèrès-
Et fon
des, ren's tons
Queposententend tous les diffeles
airs les
ques des Tritons
.
S'il promene fespas dans une foreſt
Jombre
Ily voit des Silvains & dès Nymphes
fans nombre
ได้ Qui toutes l'arc en main , le carquoisfur
le dos ,
De leurs cors enrouez reveillent les
échos,
Etchaſſant
& gran
grand bruit vont terminer
leur courfe
Au bord des claires eaux d'une
bruianteſource.
I
GALANT. 235
Tantoft il les verrafans are fans
carquois .
Danfer durant la nuit aufilence des
bois, danfe legere
Et fous les pas nombreux de leur
Faire à peine plier la mouſſe & la
fougere ,
Pendant qu'aux mefmes lieux le
refte des Humains
Ne voit que des chevreuils , des
biches & des daims.
C'eft dans cefeufacré que germe
Eloquence ,
Qu'elley forge fes traits , fa noble
A vehemence ,
Quelle y rendfes difcours fa brillans
&fi clairs ;
C'est ce feu qui formoit la foudre
* les éclairs
¡
Dent le fils de Xantippe &r ›le
grand
Demofthenes
* Periclés .
V ij
236 MERCURE
Effrayoient à leur gré tout le peuple
d'Athenes.
C'eft cette même ardeur qui donne
aux autres Arts
Ce qui merite en eux d'attirer nos.
regards ,
Quifeconde, produit parfes vertus
fecrettes
Les Peintres , les Sculpteurs , les
Chantres , les Poëtes ,
Tous ces hommes enfin en qui l'on
voit regner
Vn merveilleux fçavoir qu'on ne
peut enfeigner,
Vue faintefureur , une fage manie ,
Et tous les autres dons qui formens
le Genie.
Au deffus des beautez , au deſſus
licy bas ,
des
appas
Dont
on
voit
fe
parer
la
Nature
icy-bas.
GALANT. 237
Sont dans un grand Palais foigneu
fement gardées
De l'immuable Beau les brillantes
idées ;
Modelles eternels des travaux plus
qu'humains
Qu'enfantent les efprits ou que,
forment les mains.
Ceux qu'anime & conduit cette,
flame divine
Qui du flambeau des Cieux tire
*tio bonesJon origine,
Seulsy trouvent accés , & par d'heuwww.
oreux efforts
Y viennent enlever mille riches tréso
del fors.We tut
Les celebres Mirons , les illuftres
Apelles
velles,
Yprirent à l'envy mille graces nou-
Les charmantes Venus , ces Lupiters
tonnans
178 MERCURE
où Fon vit éclater tant de traits
tonnans,
Que la Nature mefme en fes plás
beaux Ouvrages ON
Hè peur nous en donner que defois
bles images.
Gefatlà qu'autrefoisfans l'afage des
yeax ,
Du Siege d'ation le Chantreglorieux
Découurit defon Are les plusfacrez
salt samyfteria, was
Et prit de fes Heros les divins caª
-racteres
Ce fut là qu'il forma la vaillance
Awald Hettor
Le courage d' Ajax , le bon sens de
be
Nefter
Dufier Agamemnon la conduite fewere
,
Er du fils de Thetis l'implacable
-colere ;
GALANT
2139
233
Vliffey fut conceu toujours fage &
prudent,
Therfite toujours lâche & toujours
impudent.
Dans ce mesme fejour tout brillant
de lumières al
où l'on voit des objets los images
premieres,

Jeſcent, trouver encor tant de va
rietez-
Tant de faits merveilleux fagemem
inventer notes
Que malgré de fon temps l'ignorance
profonde ...ca
Defon temp's trop vaison de l'enfance
du mondey trinuch rug
Malgré de tous fes Dieux les dif
coursindecen's ,
Ses redites fans fin , fes contes lan-
Shot ob guiffense & Poreille,
Dont l'harmonien fon ne flatte que
040 MERCURE
Et qu'il laiffe échapper quand fa
Mufe fommeille,
En tous lieux on l'adore , en tous
lieux fes écrits &
D'un charme inévitable enchantens
les efprits s
C'est là que s'élevoit le Heros de
ta race , zayoiword
Cornòille , dont tufuis la glorienfe
trace. solain
•C'eſt là qu'en contfaçons fous des
fantômes vains
S'apparoiffoit à luyla Kextu des
Romains , images
~Qu kabile il en tira cès piquantes
Qui donnent tant de pompe à fes
il rol divins ouvrages, brola14
Et qu'il releve encor par l'éclat de
fes vers
2
Delices de la France & de tout
P
En
GALANT. 241
En vain quelques Auteurs dont
La Mufe fterile
N'eût jamais rien chanté fans Homere
& Virgile ,
Pretendent qu'en nos jours on ſe
doit contenter
( ter,
De voir les Anciens & de les imi-
Qu'en leurs doctes travaux font
toutes les Idées
Que nous donne le Ciel pour eftre
regardées ,
Et que c'est un orgueil aux plus
ingenieux ,
De porter autre part leur efprit &
leurs yeux.
Combienfans le fecours de ces rares
modelles
En voit-on s'élever par des routes.
nouvelles ?
Combien de traits charmans feme
dans tes écrits ,
Juillet 1688.
X
242 MERCURE
Ne doivent qu'à toy feul & leur
eftre & leur prix ?
N'at on pas vû des Morts aux..
rives infernales
Briller de cent beautez toutes originales
,
Et plaire aux plus chagrins fans
redire en françois
Ce qu'un aimable Grec leur fit dire
autrefois ? ( merite ,
De l'Eglogue , en tes vers, éclate le
Sans qu'il en couste rien aufameux
Theocrite
Qui jamais ne fit plaindre un
amoureux deftin ,
D'un ton fi delicat , fi galant &fi
fin.
Pour toy , n'en doutons pas , trop
heureux Fontenelle ,
Des nobles fictions la fource eft
éternelle s
GALANT 243
Pour toy , pour tes égaux , d'un
immuable cours
Elle coule fans ceffe & coulera
toujours.
Certe Epiftre vous fait voir
que Ms Perrault perfiſte à
foûtenir que les Modernes
qui ont du Genie , peuvent
faire quelque chofe de tresbon
fans imiter fervilement
les Anciens. Il fait imprimer
un Ouvrage en Profe intitulé
, Paralelle des Anciens
des Modernes en ce qui regarde
Les Arts & les Sciences . Comme
il traite cette matiere à
fond , vous aurez le plaifir
de voir l'injuſtice des pre-
X ij
244 MERCURE
ventions où font quantité
à l'égard des uns &
de
gens
des
autres .
Je ne puis finir cet Arti
cle d'Academie fans vous apprendre
que M' Guyonnet
de Vertron , Academicien
d'Arles , a efté receu dans
celle des Ricourati de Padouë ,
à la place de feu Mr le Duc
de S. Aignan
.
Le bruit qui avoit couru
il y a longtemps que M Larcher
, Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris ,
avoit époufé Mademoiſelle
de Dononla Montagne, dont
GALANT. 245
le Pere eftoit Treforier general
de l'Artillerie de France ,
s'eft enfin trouvé veritable ,
& ce mariage qu'on avoit
tenu fecret ,a efté declaré depuis
peu de jours . La Maiſon
de Donon eft originaire de
Champagne
, & a pour Armes
trois Hures de Sanglier de
fable en champ d'or , & pour
fuppofts deux Levretes . Elle eft
alliée à des perfonnes des plus
confiderables
de la Robe &
de l'Epée , & plufieurs de ce
nom ont poffedé des Charges
importantes
dans la Maifon
de nos derniers Rois .
X iij
246 MERCURE
Mr le Prince de Courte
nay épouſa ces jours paffez
Madame la Prefidente le
Brun. La naiſſance de ce
Prince eft fi connuë , ' qu'il
me feroit inutile de vous en
parler. Il eft tres - bien fait ,
& fa bonne mine foutient fa
naiffance. Madame la Prefidente
le Brun eft de la Maifon
Pleffis-Befançon,dont il y a
eu un Ambaffadeur à Venife.
M' le Brun fon premier Mary,
eftoit Prefident au Grand
Confeil , & Maistre des Requeftes
, parce que fans cette
derniere Charge on ne peut
de
GALANT. 247
poffeder la premiere.
Environ au mefme temps
que fe fit ce mariage , moufurent
M' l'Abbé Faget , ancien
Agent general du Clergé
de France , & M Lorenchet
, Avocat Genetal de la
feuë Reine,
Le Roy ayant arreſté le
Mariage de fon Alteffe Sereniffime
Monfieur le Prince
de Conty , avec Mademoifelle
de Bourbon
, & que la
ceremonie des Fiançailles
fe
feroit le 28. du mois paffé , ce
Prince & cette Princeffe fe
rendirent
ce jour là à quatre
x iiij
248 MERCURE
heures aprés midy dans l'Ap
partement de Madame la
Dauphine. Monfieur le Prince
de Conty eftoit en manteau
, & avoit un habit de
brocard à fond brun & à
fleurs d'argent tout couvert
d'un point d'Efpagne d'or
mellé d'un peu d'argent. La
doublûre du manteau eftoit
d'une étoffe couleur de rofe.
à fleurs d'argent , & ce Prince
avoit une garniture & un
bouquet de plumes de la
mefme couleur , avec une
tres - belle attache de Diamans
. Il avoit à fon pourGALANT
249
point des Emeraudes & des
Diamans au lieu de boutons ,
& le grand air qui luy eft fi
naturel eftant relevé par tout
ce qu'une magnifique parure
luy pouvoit donner d'éclat
, ce Prince attira les yeux
de toute la Cour , qui ne pouvoit
fe laffer d'admirer fa
bonne mine..
Mademoiſelle de Bourbon
avoit un habit de taffetas
noir brodé d'or avec un peu
de foye couleur de feu ; le
corps eftoit de la mefme
étoffe, mais avec une broderie
meflée de Diamans , & de
250 MERCURE
Rubis . La jupe eftoit blanche
brodée d'or , meflée d'un
peu de couleur de feu . Elle
avoit une mante de brocard.
d'or , dont la queue eftoit
portée par Mademoiſelle de
Condé fa Soeur. La joye
modefte qui paroiffoit dans
fes yeux la rendit encore plus
brillante , & lors qu'on la
vit paroiftre , il y cut de tous
coftez des voix qui loüoient
fon air , fa bonne grace , &
de fa pertous
les
agremens
fonne qui avoit ce jourlà
un certain brillant qui fe
faifoit remarquer. Les FianGALANT.
251
bez
traverferent
l'Appartement
de Madame la Dauphine
& la Galerie , où toute
la Cour qui s'eftoit parée
l'occafion de cette ceremonie
, ſe trouvoit en haye pour
les attendre , & pour fe rendre
avec eux dans le Cabinet
du Roy. Le Contrat y fut
figné par Sa Majefté , Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur
, Madame , Monfieur
le Duc de Chartres , & par
tout le refte de la Maifon
Royale , aprés que M le
Marquis de Seignelay , Se252
MERCURE
cretaire d'Etat, qui a la Maifon
du Roy dans fon Dépar
tement , en cut fait la lecture,
fuivant ce qui fe pratique en
de pareilles occafions . Cela
eſtant fait , M ' l'Evefque
d'Orleans , premier Aumô
nier du Roy , fit la ceremonie
des Fiançailles.
Le lendemain toute la Maifon
Royale , & toute la Cour
magnifiquement parée s'étant
trouvée à la Meffe du
Roy , ce mefine Prelat fit en
prefence de Sa Majefté la ceremonie
des Epoufailles .Mademoiſelle
de Bourbon avoit
GALANT.
253
un habit de brocard d'argent,
dont le corps eftoit brodé de
perles , & de Diamans . Le
refte de l'habit eftoit chamaré
de point d'Efpagne d'argent
, & la juppe de mefme
étoffe garnie de mefme. Cette
princeffe avoit une coëffure
toute de perles . Mademoifelle
de Condé portoit encore
fa queue ce jour là.
Monfieur le Prince de
Conty avoit un habit , noir
brode d'or , & garny de rubans
couleur de feu , avec un
bouquet de plumes de la
mefme couleur , les boutons
254 MERCURE
pour
le coude
fon pourpoint eftoient de
Diamans. L'aprefdinée
ce
Prince receut fes vifites dans
l'Apparcement de fon Alteſſe
Sereniffime Monfieur le Prince
, où l'on avoit preparé
toutes chofes
cher des Epouſez . Aprés
le Soupé , le Roy defcendit
dans cet Appartement . Il
fuffit que vous fçachiez qu'il
eft à Monfieur
le Prince pour
eftre perfuadée que tout y
eftoit magnifique & de bon
gouft , puis qu'il eft mal- aiſé
de voir éclater plus de grandeur
, & plus de galanterie
GALANT 255
que dans toutes les chofes
qui regardent ce Prince .:
Monſeigneur le Dauphin ,
Madame la Dauphine , Monfieur
, Madame , & toute la
Cour fuivirent le Roy dans
ce mefme Appartement. La
Toilette de Madame la Prin.
ceffe de Conty eftoit dans la
Chambre de Monfieur les
Prince , où les Mariez devoient
coucher. Cette Toilette
fut admirée de toute la
Cour. Le deffus eftoit de
drap d'or brodé d'or & de
perles , & le Miroir les quarrez
, les boëtes , les baffins &
256 MERCURE
les flacons , de vermeil doré,
le tout d'un tres - bel ouvrage ,
& de fort bon goût. Le deffous
de la Toilette eftoit garny
d'un point de France fi
haut qu'on ne voyoit point
de toile. Il y avoit fous cette
Toilette un Tapis de velours
vert garny d'une crefpine
d'or. Le lit eftoit de velours
cramoifi à bandes brodées,
d'or , & doublé d'une moire
d'or , brodée d'argent . Le
foubaffement eftoit de point
de France, & la courte- pointe
en eftoit auffi garnic .
On avoit mis la Toilette
GALANT.
257
2
le
de Monfieur le Prince de
Conty dans un Cabinet joignant
la Chambre où ce
Prince devoit coucher. Ellë ~
eftoit d'un brocard d'or mêlé
de couleur de feu , & de
vert , mais fi agreable que
Roy en remarqua la beauté.
Sa Robe de Chambre eftoit
de mefme étoffe , & tout fon
deshabillé fi bien entendu &
fi magnifique , qu'il attira les
yeux de route la Cour . Le
Roy
by fit l'honneur à ce Prince
de luy donner fa chemife , &
Madame le
Dauphine , la
donna à
Madamela Princeffe
Juillet 1688.
Y
258 MERCURE
de Conty. Cet honneur fut
accompagné pour l'un &
pour l'autre de toutes fortes
de marques de joye,de bonté:
& d'agrément de la
part de
Sa Majefté & de Madame la
Dauphine. Aprés que Madame
la Princeffe de Conty
eut efté mife au lit , le Roy
y conduifit M le Prince de
Conty. Ces nouveaux Mariez
receurent encore le lendemain
des vifites dans le
mefme appartement. Le Roy
leur fit l'honneur de les aller
voir à l'iffue de fon difner.
Monfeigneur le Dauphin éGALANT
259
tant à Livry ce jour - là , leur
rendit vifite à Paris . Madamc
la Dauphine leur fit le meſme
honneur à Versailles le
jour que le Roy y alla , & ils
furent vifitez de toute la
Maiſon Royale avant que de
venir à Paris , & de tout ce
qu'il y avoit de perfonnes
diftinguées à la Cour . Ils partirent
de Verſailles l'apréf
dînée du jour fuivant , pour
fe rendre icy à l'Hoſtel de
Conty Monfeigneur avoit
refolu de venir voir ce jour- là
Monfieur le Prince & Ma
dame la Princeffe de Conty,
Y ij
260 MERCURE
ce qui fut caufe qu'on travailla
avec toute la diligence
poffible aux apprefts d'une
Fefte proportionnée à la
promptitude avec laquelle il
falloit s'y préparer, & qui ,
quoy que belle, eftoit encore
au deffous du zele de Monfieur
le Prince de Conty , &
de ce qu'il auroit fait s'il
avoit eu plus de temps. Monfeigneur
arriva fur les cinq
heures du foir , & fut receu
à la defcente de fon Carroflè,
par Monfieur le Prince ,Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Prince de Conry. Il monta
GALANT 261
d'abord dans
l'appartement
haut qui donne fur le Jar
din, ce qui le rend fort agreable.
Comme le jour eftoir
encore grand, on ne le voyoit
briller que par que par l'éclat de fes
meubles , qui font fort magnifiques.
Il eft composé d'un
grand Salon d'une tres - belle
antichambre , d'une grande
chambre , d'une plus petite
pour coucher , & de deux
fort beaux Cabinets , le tout
formant une tres- belle enfilade
, & aboutiffant à un grand
baffin fur l'eau, qui donne un
agrément merveilleux à tout
262 MERCURE
cet appartement
. A coſté du
dernier des deux Cabinets on
trouva une Collation compofée
de tout ce que la faifon
avoit pu fournir de plus rares
fruits , & de toutes fortes
d'eaux glacées, & de liqueurs.
On paffa enfuite dans un
grand falon éclairé par unfort
grand nombre de Luftres , de
Girandoles , & de flambeaux ,
où un divertiffement
en forme
d'Opera avoit efté preparé Ce
Salon eftoit partagé en deux.
Il y en avoir une moitié pour
les Spectateurs , & l'autre étoit
Occupée par leTheatre. Com
GALANT. " 263
me le terrein manquoit , M
Berrin avoit trouvé moyen
d'épargner celuy qui auroit
efté neceffaire
faire un
pour
Orcheſtre , & avoit fait faire
trois Amphiteatres fur le
Theatre , un de chaque cofté,
& un autre dans le fond . Ils
eftoient dans des manieres de
Corridors , avec des appuys:
en Baluftres pardevant , fur
lefquels on voyoit de fort
beaux Tapis. Toute la Mu
fique eftoit dans les Amphiteatres
des coftez , & la Simphonie
dans celuy du fonds .
de forte qu'elle eftoit égale264
MERCURE
ment entendue de tout le:
monde. Quand Monfeigneur
fut placé , on tira des rideaux
qui eftoient au devant du
Theatre au lieu de toile , &.
l'on fut furpris de voir un
nombre infiny de perfonnes
magnifiquement veftues
reprefentant plufieurs Divinitez
qui devoient fervir
d'Acteurs à une
d'Epitalame. Cet ouvrage mis
en Muſique par M" de Lully
eftoit de la compofition de
Mi de la Chapelle , Secre
taire des Commandemen de
Monfieur le Prince de Conty,
maniere
qui
GALANT 268.
qui avoit le foin, & la cònduite
de toute la Fefte. Mi-
2
& nerve parut d'abord
chanta ces vers qui fervirent
de
Prologue
.
Di
Ieux des Arts,occupez au Temple
de Memoire
A confacrer àl'immortalité,
Le nom d'un Roy dontles faïts & la
gloires
Paroifrons un prodige à la poſterité,
Ceffons de celebrer fes travaux fes
merveilles,
L'V'nivers a trèmblé, les Peuplesfont.
foumis ;
Le Vainqueur regne en paix ; & n'a
plus d'Ennemis
Ses bontez , fes exploits ont épuisé
nos veilles
Juillet 1688. Z
266 MERCURE
- Il nous permet d'interrompre en co
jour, Non criab
Les Joins que nous prenons pourfa
gloire immortelle
immorchons
Et veut qu'icy l'Hymen,d'accord avec
l'Amour, upaloidco
Chante les doux plaifirs d'une ardeur
mutuelle,
Qui joint aux næends dufang une
chaîne nouvelles
On vit enfuite paroiftre Apollon
qui fit cette Scene avec Minerve.
APOLLONS
Ie quitte les Valonsfacrez
Où je tiens mon Empire,
Etje viens avec vous ordonner &
conduire
Tout l'appareil des Teux qu'icy vous
celebrez. h
MINERVESS
Ah, qu'ils auront de charmes &de
gloire!
.983
GALANT 267
Apollon vient luy-mefme augmenter
leurs appas,
Et les Filles de Memoire )
Accompagnent fes pas.
APOLLON.
Vous lefçavez, Minerve, & lefoin
qui me preffe
Comme moy vous intereſſe .
Que ne devons - nous point à ce
fangglorieux ,
Dont les Heros s'affemblent en ces
lieux!
Apollon & Minerve ayant repeté
enfemble ces deux derniers Vers, la
Suite de l'un & de l'autre fit une
entrée de Ballet , aprés quay Apol
lon reprit.
Mufes , Dieux , fur qui je prefide,
Je vous laiffe en ce beau fejour ,
Venez, paroiffez tous; venez,fuivez
& Amourɔ mark
Zij
268 MERCURE
Tous les lieux font charmans quand
Amour fert de guide.
Ce prologue eftant finy,l'Amour
vint chanter ces Vers, qu'il adrefla
aux jeux & aux plaiſirs qui l'accompagnoient.
Aimables jeux,fuivez mes pas ,
Doux plaifirs, redoublez vos charmes
,
Offrez tous vos appas
deux coeurs dont l'Hymen a fing
les alarmes.
C'eft deformais dans ce Séjour
Queje veux établir ma Cour...
Preparez degalantes Feftes
Pourcelebrer l.Hymen deces heureux
Epoux ;
Dans les lieux où vous etes
Tous les momensfont doux.
Ily eut icy une Entrée de Balet,
la Nuit cftant furvenuë , comGALANT
269
mença par ces Vers tout le diver
tiffement qui fuit.
Qui vient troubler la paix de
cet azile ?
Mortels , finiffez ces Concerts;
Iouiffez du repos tranquille
Queje donne à tout l'Vnivers.
La Nuit fe plaift dans lefilence,
Elle finit du jour les penibles travaux.
N'oppofez à fes loix aucune refif
tance,
Couronnez vous de fes pavots.
Cedez à leur paisible & douce vialence,
Goûtez les charmes du repos.
L'AMOUR.
Charmante Nuit , fecondez mon
envie.
Pour plaire à deux Epoux fortis da
fang de Mars
Z iij
270 MERCURE
T'ay raffemble de tontes parts
Tout ce qui peutfarmer laplus douce
harmonie
Charmante Nuit , fecondez mon
envie
LAN LA NUIT. )
Fuyez ,fuyez de ce,
·Séjour,
Sommeil , portez ailleurs un fecours
neceffaire ;
Votre Empire ne dure guere
Dans les lieux où regne l'Amour.
L'AMOUR.
Laiffons dormir l'inutile Vieillesse,
Dont la tendreffe
Se perd en vains defirs.
L'uniquefoin de la Lenneſſe
221 Eft de veillerfans ceffe,
Et de chercher toujours l'amour &
les plaifirs
La Nuit & le Choeur.
Laiffons dormir l'inutile vieilleſſe..
GALANT 271
Heureux Epoux,
L'Amour veille avec vous.
L'AMOUR.
Le plus puiſſant des Dieux a celebré
Luy- mefme
Cet Hymen plus heureux que celuy
de Thetis
Rien n'en trouble la paix ny la douceurextrême,
Et l'Amour & Hymen font pour
jamais unis.
" DEUX PLAISIRS.
Chantons la douce intelligence
Où ces Dieux vivront deformais.
C'est à vous que
l'on doit
cette
reufe alliance,
heu-
Tendres Epoux , goûtez-en lés
2
attraits.
L'AMOUR.
Pour leur marquer mon Zele & m
reconnoiffance
2378 I
Z iii:
272 MERCURE
L'invente un Divertiffement
Digne ,fi je le puis , de leur plaire
un moment.
I'ay befoin de vostre aſſiſtance ,
Et la Nuit eftpluspropre aux plaifirs
de l'Amour
Que le brillant éclat du jour.
LA NUIT .
Les Graces & l'Hymen icy viennent
enfemble.
Quel bonheur les affemble
L'AMOUR.
En faveur des nouveaux Epoux
L'ordonne aux Graces de lefuivre.
Ah, s'il est doux de vivre ,
Ce ne doit eftre qu'avec nous.
Venez , aimable Hymen , que rien
da ne nous fepare ,
Venez prendre part aux plaiſirs
De la Fefte queje prepare,
Et n'ayons deformais que les mefmes
defirs.
BAN
GALANT
. 273
La Nuit & deux Plaifirs.
Begnez , charmant Hymen , couron❤
nez la tendreffe
De tous les coeurs que l'Amour
bleffe
Aimables Dieux , ne vous quittez
jamais ;
Que vostre Empire aurad'attraits!
Regnez , charmant Hymen , courons
nez la tendreffe
De tous les coeurs que l'Amour
bleffe.
L'HYMEN.
Pour les fidelles Amans soovi
L'Amour n'eſt pointfans alarmes ¿
Leurs plaifirs les plus charmans
Leurcouftenttoujours des larmes ;
Mais quand l'Hymen unit tous leur
momens ,
L'Amour n'a plus que des charmes
Pour les fidelles Amans.
274 MERCURE
L'AMOUR & L'HYMEN.
Que noftre intelligence est belle
Qu'elle foit eternelle.
L'HYMEN
Mais qu'entens -je ? Iunon vient
dans ce beauféjour.
Que d'éclat ! que de gloire & de ma
gnificence !
JUNON
Que j'aime à voir l'intelligence ,
oulHymen eft avec l'Amour !
Ces Epoux , dont la chaine aujour
d'huy vous raffemble ,
Sont dignes des foinsglorieux
De tous les Immortels enſemble,
Voyez ce queje fais pour eux.
Je vais rendre eternel woftre innocent
Sy commerte
Pour affeurer leurs plaifirs ,
Fuye chagrins , fuyez , triftes
Soupirs
GALANT. 275
Dans leur aimable ardeur que rien
ne les traverſe ,
Et que toutflate leurs defirs
L'AMOUR.
Lunon dans nos Ieux s'intereffe,
Qu'ils auront de charmes divers !
Montrez voftre allegreffe,
Redoublez vos concerts.
Il fe fit icy une troifiéme Entrée
de Balet.
MT
JUNON
.
Sortez du noirféjour , haftez- vous
de me plaire,
Pluton répondez à ma vaix
PLUTONG
A quay tefuis-je neceſſaire ?
Commande , mon Empire eft foumis
à tes loix
+
JUNON WA
Amur celebre une Fefte nouvelle,
Lepartageſes foins , j'autoriſe ſon
·Zele
276 MERCURE
Eloignez de ces lieux ce qui pourroit
troublers
Les innocens plaifirs qu'il a fee
raffembler..
Dans l'affreuse épaiffeur de vos
funeftes ombres ,
Enchaifnez la Difcorde & les Soup
çons jaloux.
Allez revoir l'horreur de vos demen
res fombres ,
Dieu des Enfers, allez, protegez
nous.
PLUTON...
Le t'obeis , je vais dans leurs Antres
funebres
Actabler fous les fers ces Monftres
odieux
Te vais voiler leurs yeux
D'eternelles tenebres ,
Et rien ne troublerà les jeux.
De lo Fefte que tu celebres.
$3
GALANT.1279
Noirs Miniftres de mon couroux »
Suivez mes pas, préparez- vous,
Venez dans nos prifons les plus ime
penetrabless
Enfevelirpour iamais
Les Ennemis deteftables
De l'Amour & de la Paix.
L'AMOUR.
La Difcorde , la Talousie
Ne fuivront iamais vos pas;
Heureux Epoux , iouiffez des
appas
D'une innocente vie.
JUNON.
Aimable Nuit, tandis qu'en ces
momens "
le comble de douceurs cet heureux
of ...
bymenée ,
Pouraccomplir cette journée
Fais par quelques Songes chats,
mans ,
278 MERCURE
Predire à ces tendres Amans
Le bonheur de leur destinée.
LA NUIT
Doux Enfans du Sommeil , agreables
menfonges ,
Par qui les Mortels enchante
De leurs biens à venir fçavent les
veritez
Répondez à ma voix , accouṛez ,
heureux Songes.
Montrez à ces Epoux de combien de
beaux jours ,
revie
De combien de bonheur par tout ſera
cak veSuivies
La plus heureuſe & la plus belle
Dont la Parque iamais puiffe filer le
xcours.
Premier SONGE heureux .
Pour vos coeurs enflamez
Ne craignez point les nauds dont
l'Hymen vous enchaine,
5
GALANT. 27 °
exempts de toutes peines.
Ils
font
exempouces
loix &
Amour
Sous
fes
plus plus
•·les a formez ?
Pour vos coeurs enflamez.
Deuxième SONGE heureux.
Princeffe , voftre Epoux fera touiours
aimable ,
Et vous aurez toujours le pouvoir
de charmer.
d
Eft-il un bien plus desirable
Que d'avoir en tout temps
Je faire aimer
LA NUIT
Les Ris , les Plaifirs
de quoy
les Ieux
Vous comblent de douceurs ex-
Savon
Strêmes Ju
Voftre deftin eft plus heureux
Et plus beau que celuy des Dieux
mefmes.
L'Amour fans ceffe offre à vos
VXuX
280 MERCURE
Les Ris, les Plaisirs , &les Ieux.
L'AMOUR & L'HYMEN
Vos vertus ont des Dieux attiré la
prefence
Et merité leurfecours. i
Heureux Epoux, que leurpuiſſance
| Veille à iamais fur vos beaux
iours. 131
Une GRACE.
C
Princeffe aimable , Amour vous
favorife
Dans vos plaifirs Hymen vous
autorifer
Conten Cedex à leurs transports , goufteren
les douceurs
Vous regnezfur tous les coeurs,
Fille de la vertu mefme
Vous marchez furfes pas,
Vous avez fes folides appas ;
Que vous rendez, beureux Le Hergs
qui vous aime!
GALANT. 281
Chantons , chantons fa gloire, &fon
bonheur extrême.
Un PLAISIR & une GRACE.
a Ciel , prens foin de leurs defti
nées ,
Que pour eux tes faveurs
Ne foient iamais bornées.
" Dans les plaiſirs , dans les hone
neurs
Fais couber toutes leurs années.
L'AMOUR.
nons- nous offrons nos Ieux les
plus charmans
A deux Epoux toujours amans ,
N'oublions rien pour plaire
· Dans ces aimables lieux
Rien ne nous eft contraires
Ony voit briller des yeux
Plus beaux que la lumiere,
Dontfe parent les Cieux,
N'oublions rien pour plaire.
Aa Juillet 1688.
282 MERCURE
-11°
Un PLAISIR.
Que l'Amour a d'attraits
Pour un coeur qu'il infpire ! ;
Heureux qui fent fes traits
Trop beureux qui foupire !
Ne nous Laffons iamais
De fuivre fon empire.
y eut encore icy une entrée
de Balet
Une GRACE
L'Hymen a cent douceurs
Pour un coeur qui l'appelle
- Il bannit les rigueurs
D'une Beauté cruelle
30
> Et charme les langueurs
D'un coeur tendre &fidelle.
Cedez à vostre tours
Beautez à qui tout cede.
Faut- il qu'en ce beau iour
La crainte vous possede ?
Des maux que fait l'Amour
GALANT. 28;
L'Hymen eft le remede..
L'HY MEN.
Vive , heureux Epoux ,
SL Dans une paix profonde,
Soyez toutours comble de nos bien's
• le's plus doux , … )
Fivez, heureux Epoux, pour le bon--
heur du monde,
Donnez luy des Heros qui foient
dignes de vous.
Le Chacur repeta les deux der--
iers Vers , comme il emavoit repeté
plufieurs autres en divers en--
droits que j'ay cru inutile de vous
marquer
Ce divertiffement eftant
finy, Monfeigneur traverfa le
mefme Apartement par le
quel il avoit déja paffé. IL
Aa ij
284 MERCURE
A
eftoit éclairé par un tres
grand nombre de Luftres ,
de riches Girandoles , & de
Flambeaux de vermeil dorés
de forte que la grande quantité
de lumieres qui faifoient
éclater les meubles dont cette
longue enfilade eftoit ornée,
la rendoient toute differente
de ce qu'elle avoit paru lors
qu'on y avoit paſſe la premiere
fois . Monfeigneur
eftant defcendu de cet Apartement
, trouva d'abord un
petit Salon qui n'eſtoit orné
que de Bufets chargez de
Criftaux , de Vafes de ver
GALANT 285
2
meil doré , & de lumieres.
Il entra de là dans une longue
Sale qui pourroit paffer
pour une Galerie ; elle eft de
plein pied du jardin , & c'eſt
par cette Sale qu'on entre
dans l'Apartement bas . Il y
avoit outre les Luftres qui
l'éclairoient un nombre infiny
de lumieres dont la difpofition
avoit quelque chofe
d'auffy galant qu'extraordinaire.
Quantité de Quaiffes
d'Orangers eftoient rangées
des deux coftez de la Sale ,
& on en avoit mis vis-à vis
de chaque trumeau & dans
286 MERCURE
Tous les Angles. Ces Quailles
eftoient toutes couvertes de
toile d'argent. On voyoit au
pied de chaque arbre une
perite Montagne de verdure
toute remplie de Fleurs , Un
Fefton d'autres Fleurs ( tournoit
en montant autour de
la tige de chaque Orangeri
& couvroit ce qui fervoit
d'appuy à une Girandole
de criftal , qui s'élevoit au
deffus de fon fommer , & qui
eftoit environ à ſept pieds de
haut Les Orangers eftoient,
tout couverts de Fleurs , &
de Fruits , & l'Art joint à la
a
GALANT. 287
Nature ſembloit avoir pris
plaifir à les en charger . A l'un
des bouts de cette Sale eftoit
une stable carrée couverte
d'un tapis magnifique fur
lequel il y avoit encore quatre
Quaiffes pareilles aux precedentes
, quatre Girandoles
de pieces de toutes fortes de
couleurs , & un Miroir qui
faifoit paroiftre une feconde
Sale , & reprefentoit un Bufte
de feur Monfieur le Prince
qui eftoit à l'autre bout . Co
Bufte quis eftoir de front
eftoit fur un Scabelon de
marbre & fi reffemblant
9
288 MERCURE
qu'il frapa d'abord tous ceux
qui le virent. Ily avoit deux
Tables au milieu de cette
Sale , de dix-huit couverts
chacune . De cette Sale Mon
feigneur entra dans une autre
carrée. Elle eftoit éclairée
par quatre Girandoles portées
fur quatre Orangers , ornez
comme ceux dont je viens
de vous parler . On avoit placé
ces Orangers aux quatre
coins de la Sale . Il y avoit
quatre autres Girandoles dans
le mefmelieu, pofées fur qua
tre Gueridons , dont deux
5%.
eftoient aux coftez de la che
minée,
GALANT. 289
minée, & les deux autres aux
coftez d'un Miroir placé entre
deux croiſées , Huit grandes
Plaques d'argent portant
de groffes bougies fervoient
encore d'ornement à cette
Sale , ainfi que deux Portraits
qu'on y voyoit feuls ; l'un
eftoit du Roy, & l'autre de
Monfeigneur. Ce fut dans
ce lieu que ce Prince mangea
, à une grande table à
pans ralongez , & qui efto t
de vingt quatre couverts . Les
Dames margerent avecMonfeigneur
. Je ne vous décris
point le repas . Vous pouvez
Juillet 1688.
Bb
1
20 MERCURE
:
bien vous imaginer que tout
y fut delicat, & en abondance
& qu'on n'avoit rien oublié
de tout ce que la faifon pou
voir fournir de plus rare. De
cette: Salle où l'on mangea,
on paſſa dans un petit Cabi
netvtoutagarny de Glaces
peintes de forte qu'on n'y
voyoit que des Glaces , side
Ja Peinture & de l'or , Rien
ne pouvoit eftre plas galam
plus riant & plus magnifi
ques Aprés qu'on eŭt admi
ré ce Cabinet, la Compagnie
fe difperfa dans trois autres,
où eftoient dep tables pour
128
GALANT.
0291
Moutes fortes de Jeux . Tous
eces Cabinets eftoient ornez
& éclairez de differentes må¬
nieres. Get
appartement qui
eft remply de croifées en
forme de portes vitrées , par
lefquelles on entre dans le
Jardin tiroit un nouvel agrément
de l'Illumination
que l'on voyoit par ces croifees
& qui paroiffoit encore
plus belle qu'elle n'avoit
fait de
l'appartement
haur Vis avis la porte de
Lappartement bas qui donne
dans ce Jardim , il y avoit une
trer- grande quantité d'Oran
'
Bb ij
292 MERCURE
gers qui formoient un grand
demy cercle. Ils eftoient tous
chargez de fleurs & de fruits,
qui faifoient un agreable
mélange avec les lumieres
vives dont les quaiffes étoient
toutes bordées. Ces quaiffes
eftoient auffi jointes par des
filets des mefmes lumieres ,
qui regnoient haut & bas le
long de l'efpace qui les feparoit
, & dans le milieu de ces
cfpaces entre deux Orangers ,
eftoit une Girandole garnie
de bougies qui s'élevoient au
deffus du fommet des Orangers
. Dans le fond du demy
"
}
GALANT. 293
cercle qui s'étendoit juſques
au bout du Jardin , il y avoit
une piramide de lumieres de
vingt- cinq pieds de hauts qui
finiffoit par une Fleur de lys.
L'Allée qui regnoit au bout,
non pas en perfpective , mais
dont on voyoit tout un côté,
paroiffoit auffi toute brillante's
par un nombre infiny
de Luftres qui eftoient fufpendus
entre tous les arbres.
Le Baffin qui faitle centre du
Parterre , & qui fe trouvoit
au milieu du demy cercle ,
eftoir également bordé de
lumieres vives . On avoit pris
Bb iij.
250
294
MERCURE
foin d'en envoyer dans tou
tes les maifons de la rue de z
Guenegault, qui font au delà.
du Jardin , & qui donnent au
deffus des arbres , afin que
l'Illumination fuft continuée
auffi loin que la veue pouvoir
s'étendre. Ces ma fons eftant
illuminées jufqu'aux toits , &
l'éclats des appartemens
de
l'Holtek de Conty éclaitez
de la maniere que je viens de
vous décrire , répondant à
cerre ilumination , on ne
voyoit que lumieres de quelque
cofté qu'on le tourmaft .
Tout cela eftoit du deffein
im da
GALANT.295
de M Berrin Monseigneur
s'en retourna à Verfailles ,
aprés avoir témoigné toute
la farisfaction poffible d'un
regale, fi complet and 2
La Modeftre de Monfieur
le Prince de Conty , quitâches
à détourner toutes les louanges
qu'il fait qu'on luy veut
donner , m'empefche de m'é
tendre icy fur toutes celles
qui luy font deues & je , neh
les toucheray que légeres
mentro & deulement pour
fuivre da regle que j'ayi obe
fervée depuis douze ans que
je vous écris qui eft de vous
Bb iiij .
»
6
26 MERCURE
entretenir du merite de ceux.
dont je vous apprens le
mariage ou la mort . Je ne
vous diray point que MHe
Prince de Conry a route ola
valeur qu'on peut fouhaiter
dans un grand Prince , puis
qu'il n'a laiffé paffer aucune
toccafion de courir à la gloire,
quelque perillcufe qu'elle fuft
fans l'embraffer avec toute la
chaleur que demandoir Par
deuregenereufe du fang dont
-il eftforty . Je n'entre point
dans le détail de fes actions .
Ce n'eft pas icy le lieu dien
parler. Ce Prince eft encore
GALANT. 297
fijeuné, qu'il ya fujet de croi
ré qu'elles ne manqueront
pas de fournir dequoy groffir
Hiftoire du regne le plus
floriffant & le plus beau qu'on
air jamais veundāns aucun
Empire de la Terre . La lecture
luy fait beaucoup de plaifir ..
& comme il voudroit ne sien
ignorer, il ne s'attache qu'aux
Livres qui peuvent luy ap
prendre quelque chofe, Il ai
me toutes les perfonnes d'un
merite diftingué , fès manieres
font engageantes & fa
fermeté eft grande à foûtenir
ce qu'il a une fois entrepris..
298 MERCURE
C
On a peu veu de Princes de
fon âge dont les affaires
foient mieux reglées , cla
vient de ce qu'il fçait fe mos
derer quand il n eft pas en
eflar de faire les chofes qu'il
fouhaite avec le plus de paffron
Cette fagelle , & cet empire
fur luy-mefme ont quel
chofe de fi fingulier
, &
de fi nouveau
, que plus on y
fera de reflexion
, plus on
trouvera qu'une conduite fi
fage & fr prudente rend cer
Prince digne de loüanges . Il
in cft peu qui en meritent
de ce colté-là , & c'eſt d'où^
que
GALANT. 299
vient la ruine des plus Illuftres
Maifons. Enfin je puis
dire pour achever fon éloge
ce qui feul en vaudroit un
tout entier , qu'il avoit merité
l'eftime de feu Monfieur
le Prince , dont les vives lumieres
font connues , & cela
dans les derniers jours de fa
vie,c'est à dire dans un temps,
ou le
détachement qu'on
du monde , fait qu'on juge
de tout avec moins de pre
vention , fur tout lors qu'il
s'agit de donner fon eftime .
Je vous parleray pen de,
Madame la Princeffe de Con
300 MERCURE
,
en
ty , & cependant
je vous e
diray beaucoup
puis qu'on
ne fçauroit
donner
de plus
grandes
louanges
à une Femme
qu'en diſant qu'elle a l'efprit
parfaitement
bien tourné
, & toute la prudence
&
tout le bon goût imaginable
.
Ces qualitez
font fi naturelles
à cette Princeffe
, qu'on peut
dire qu'elles
font nées avec.
elle ; auffi ne peut - on la connoiftre
fans l'aimer . Elle a de
plus une bonté
engageante
qui acheve
de gagner
les Cours
.
coeurs . Enfin , elle eft digne.
Fille de Madame
la Princeffe
,,,
t
GALANT 201
dont la douceur & la
vertu,
a
font connues & eftimées de
toute la Terre,
Quoy que vous ayez déja
veu dans cette Lettre un long
article touchant la naiffance
du Prince de Galles , & les
réjouiffances qu'elle a fait
faire en divers endroits , je
dois vous donner icy, une
continuation de ce mefme
article, dont je n'avois pas les
particularitez lors que je l'ay
commencé . Mr Skelton ,
Letour des Audiences qu'il
cut à Verſailles, donna les premieres
marques de la joye ,en
au
302 MERCURE
traitant tous les Anglois de
qualité qui eftoient à Paris,
& refolut de faire un Feu
d'artifice afin que le Public
ý pult prendre part . Comme
il fçavoit bien que toutes les
Feftes confiderables qui fe
font en France eftoient de
l'invention de M' Berrin , il
le pria d'avoir ſoin de la Decoration
de ce Feu , & ne
luy donna que fort peu de
temps pour y faire travailler
quoy qu'il fouhaitaft quelque
chofe quirépondift à la grandeur
de fonzele. Le jour qu'il
regala le Public de ce ſpecta,
GALANT
dle il le fit annoncer des fix
heures du matin , par un
grand nombre de Boëtes . Elles
recommencerent fur le
midy & le Peuple en fut
plus particulierement informé
par deux Fontaines de
vin qui coulerent ce jour là ,
& pendant une grande partie
de la nuit devant Hôtel de
M Envoyé. Un peu avant
qu'on uraft le Feu , il fit fervit
une magnifique Collation
aux Miniftres udes Princes
Etrangers à plufieurs Dames
de qualité Angloifes & Fratçoiles,
& generalement à tous!
304 MERCURE
de
«ceux qui avoient efté conviez
, dont le nombre montoit
à prés de deux cens perfonnes.
Tout eftant preft
pour tirer le feu , M™ Skelton
qui demeure proche de l'Hoftel
de Conty, fçachant que
Madame la Princeffe
Conty y eftoit avec Madame
la Princeffe , & Madame
Ducheffe , en ufa d'une maniere
fort honneſte & fort
galante, Il leur envoya M
Lochement, fon Ecuyer,pour
fçavoir d'elles quand elles
vouloient que l'on commencaft
à allumer. Elles répon
GALANT 205
༢༨ ་
dirent fort obligemment à
cette honnefteté dont elles le
remercierent , & dirent que
puis qu'il vouloit bien avoir
cette déference , elles luv de
mandoient encore une demyheure
. Pendant ce temps le
Peuple qui rempliſſoit la Place
où le Feu eftoit drefle , fe
diverti foir à voir l'Illumina
tion du Logis de M`Skelton,,
ainſi qu'à entendre les Hautbois
, les Timbales , & les
Trompettes . La demy-heureque
les Priceles avoient de--
mandée s'eftant écoulée , on
pas l'Artifice ful--
alluma, non pas
Juillet 1688.
Cc
256 MERCURE
vant ce qui s'eft roujours prac
tiqué, mais les lumieres dont .
l'architecture de cet édifice
eftoit toute profilée , de forte
que longtemps avant que
l'Artifice joüaft , cer édifice
parut tout brillant , & tout
couvert d'un nombre infiny
de lumieres fans pourtant
'qu'aucun membre de l'archit
tecture en fuft caché. Ainfi
toutes les parties de ce grand
corps le voyoient diſtincte- /
´ment.Je pafle à la defcription
de tout l'édifice , & des De
vifes & Infcriptions . Les unes
& les autres font de M LoGALANT
37
chement dont ſje viens de
vous parler , ainfi que tout
ce qui les concerne dans l'ar
tiele que vous allez lire , &
fur lequel je n'ay fait aucun
raifonnement
de moy mefmengs
L'Edifice qui reprefentoit
le Temple de la Vertu &
dont l'Architecture eftoit
d'un ordre Dorique parce que
les Anciens l'ont attribué à la
Valeur & à la Prudence, s'éle
voit à prés de cinquante pieds
de hauteur depuis le rezodes
chauffée jufques au fommer
de da Couronne & fortoita
Cc jj g
38 MERCURE
d'une plate - forme de cinq
pieds de haut » qui eftoit end
fermée d'une balustrade , entrecoupée
de Piedeftaux .
'portant des Vales dorez avec
un Efcalier de huit marches ,
für douze pieds d'ouverture
de face . Huit pilaftres ifolez ,
de marbre de differentes cou
leurs portoient la façade , au
deffüs de laquelle, comme au .
milieu de la frife , eftoient,
reprefenrées des Armes ode
leurs Majeftez Britanniques
dans un Ecu divifé en doux
parties égales . Entre les pila
fred estoient des PicdeGALANT
309-
ftaux avec des Statues de mar
bre blanc. Au milieu du Por,
tique DIE
la
4
Religion
foulant aux pieds l'Hercfie ,
& tenant d'une main le Galice
, & de l'autre, la Croix
qu'elle appuyoit für un Bou
elier au chiffre du Roy d'Angleterre.
Ce Bouclier eftoit à
Les pieds pour marque de la
protection qu'il luy donnoit,
Dans le Piedeſtal de cette
Figure on voyoit pourDevi,
fe un Aigle portant fon, Aif
glon droit au Soleil avec ces
mots Dignaproles,ce qui mar
quoit l'efperance que les Peut
210 MERCURE
ples doivent concevoir de la
Naiffance du Prince de Gal- I
les , fortant d'un Pere qui le &
conduïa à la Gloire . On fai-sv
foit auffi allufion par cer Ai - 3
gle , à L'Aigle blanche , qui
compofe une partie des Ac
moiries de la Maifon d'Ef
dont la Reine d'Angleterre
eft fortie, pour faire entendre
que de jeune Prince fera ledie A
gne heritier des Vertus de lalo
Reine fa Mere. A chacun des
Angles de l'Edifice eftoit unes d
Statue. Celle du côté droici
reprefentoit la Force appuyée
fur une colomne , & à côté
GALANT. : Im
gauclie eftoit la Prudence,
L'une & l'autre tenoit un
Bouclier scùreftoient
gra
vées les Armes du jeune Prince.
On lifoit ces deux Vers
Larins fur la Corniche ,
Marmora dura cadunt ; Virtus
eft Machina, per quamorous
JACOBI rapide Nomen ad 5
Astra volat.
and s
Au deffus de la Cornicheo
eftoit un Att que portant un
grand Piédeftal , orné d'um
bas relief d'un Combat fur A
Mer , & fut ce Piédeftal on
voyoit pofe un Galbe quit
portoit de chaque côté une
212 MERCURE.
Renommée fonnant de la
Trompette, pour faire enten.
dre juſqu'où va la gloire du
Roy d'Angleterre . Dans le
milieu on voyoit une Devife
de bas relief. C'eſtoit un Soleil
naiffance , & qui chaffoit
les Oifeaux de nuit. Ces deux .
mots luy fervoient d'ame :
Excacat candore , pour mar
quer que comme le Soleil
naiffant chaffe les Hiboux , &.
réjouir ceux qui attendent
fon lever , de mefme le Prince
de Galles , avec la qualité
d'H ritier de la . Couronne,
diffipera les vains projers desi
Ames
GALANT. 313
Ames mal intentionnées , &
affermira le zele de ceux qui
font profeffion d'être fidelles
Sujets. Sur ce mefme piédeftal
eftoit élevée une , Cour
ronne de huits pieds de dia
metre qui reprefentoit celle
d'Angleterre. Elle eſtoit portée
par deux Lions & par
deux Licornes , & formée de
lumieres vives qui la rendoient
toute brillante . Le refte
de l'Architecture en étoit
auffi
i tout porfilé pour mar
quer l'éclat du glorieux Re
gne de Jacques II. & l'on
voyoit des trophées d'Armes
Fuillet 1688. Dd

314 MERCURE
fur tous les piédeftaux qui
cftoient fur la corniche .
les Geans,
Dans le contour fuivoient
les Médailles entourées de feftons
de Palmes & de Lauriers
, attachez entre les Pilaftres
. La premiere contenoit
la rebellion du Duc de Monmouth
, figurée par
entaffant montagnes fur montagnes
pour faire la guerre
Jup ter qui les foudroye , &
qui les étouffe entre les rochers
. On y lifoit ces paroles,
In culmine fulmen . La feconde
eftoit un Sceptre entortillé de
Laurier, & dont un bout tou
à
GALANT. 315
che la terre, & l'autre les nuées,
avec ces mots, Pro Deo & Populo
, pour fignifier que tous
les deffeins du Roy d'Angleterre
ne tendent qu'à la gloire
de Dieu , & au bonheur de
fon Peuple. La troifiéme qui
repreſentoit une nacre de
perles voguant fur la Mer
avec ces mots,Thefauro gravida
, marquoit que la Reine
avoit porté un Trefor qui
doit faire les delices de l'Angleterre.
On voyoit enfin
dans la quatriéme une Rofe
partie blanche & partie rouge,
dont fortoit un Mars avec
Dd ij
316 MERCURE
ces mots E rosa Mars , pour
faire connoitre que le Prince
de Galles marchant un jour
fur les traces du Roy fon Pere,
fera un Mars comme luy .
La Rofe blanche & rouge fait
voir la réunion des deux
Maifons d'Yorc & de Lancaftre
, dont Jaques II. aujourd'huy
regnant eſt heritier.
130 y
Je vous envoye
une Eſtampe
du Feu , que j'ay fait
graver
beaucoup
plus exacte
&
mieux
travaillée
, que celle
qui courut parmy le Peuple
le
jour du Spectacle
. Lors qu'il
GALANT. 317
fut finy , M ' Skelton fit continuer
l'Illumination & les
Fontaines de vin tout le refte
de la nuit , & partit de Paris ,
avec tous ceux qu'il avoit
conviez , pour ſe rendre au
Chafteau de Montrouge . On
y fervit un magnifique Souquatre
tables de quapé
fur
rante couverts chacune . Les
plats furent portez par cent
Suiffes , au fon des Violons
& des Hautbois , aufquels répondoient
les Timbales , &
les Trompettes . Il y avoit
cent Boëtes dans le Jardin.
On en fit plufieurs décharges
Dd iij
218 MERCURE
lors que l'on but la fanté des
deux Rois , & des Maifons
Royales . Toute la court du
Chafteau eftoit illuminée , &
il y avoit au milieu une piramide
de lumieres , où eftoient
reprefentées les Armes
d'Angleterre , d'Ecoffe,
& d'Irlande. On voyoit un
Chefne au deffus, en memoire
de celuy qui garantit le feu
Roy d'Angleterre de la pourfuite
de fes Ennemis . Trois
Couronnes eftoient attachées
à ce Chefne , & il y avoit fur
le fommet de la piramide un
Lion armé , qui tenoit trois
GALANT. 319
épées nues avec ces mots ,
Nemo me impune laceffit . Cette
grande Feſte ſe termina par
un Bal qui dura jufques à
cinq heures du matin . Le foir
fuivant , Mr l'Envoyé regala
plufieurs autres perfonnes qui
n'avoient pu avoir place à ce
grand repas , ce qui fe fit encore
avec beaucoup de ma
gnificence , & au bruit des
Boëtes & de plufieurs Inftrumens
. On ne devoit pas
moins atrendre d'un Miniftre
auffi genereux & auffi
zelé pour la gloire de fon
Prince & qui s'eft dignement
Dd iiij
320 MERCURE
acquitté , & avec applaudiffement
, des differens emplois
qu'il a eus, à Vienne, à Hambourg
, aux Cours des Princes
de la Baffe - Saxe , & en
Hollande , où avec les manieres
genereufes d'un homme
tout magnifique , il afai
voir qu'il avoit toutes les
qualitez d'un parfait Ambaſfadeur.
Voicy , Madame , ce que vous
me demandez il y a longtemps , je
veux dire, la fixième Partie de l Hiftoire
des Troubles de Hongrie . Elle
contient tout ce qui s'eſt paffé pendant
l'année entiere de 1687 tant
du cofté des Imperiaux , que de
GALANT. 221
celuy des Othomans , la Bataille
que ces Infidelles perdirent auprés
de Mohats , les diverfes Conqueftes
de l'Empereur avec la reddition
d'Agria ; le Couronnement de
l'Archiduc Jofeph , aujourd'huy
Roy de Hongrie , la Dépofition
de Mahomet IV. l'élevation de Soliman
III. & les malheurs caufez
à Conftantinople par la revolte
des Troupes. Cette fixiéme Partie
fe vend chez les Sieurs de Luines
& Guerout , Marchands Libraires
à Paris , qui debitent les cinq pre
mieres..
La nouvelle Carte de la Grece,.
tirée des Memoires de M. l'Abbé
Baudrand , embellie du profil des
principales Villes conquifes par
Venitiens , fe vend chez le Sieur
Delgranges, à l'entrée du Qy de
les
322 MERCURE
l'Horloge du Palais , du cofté du
Pont au Change , avec toutes fortes
de Cartes de Hollande , & autres
des plus nouvelles. Il y a autour
de celle-cy 21 Places ou profils de
toutes les Villes de la Grece .
Depuis qu'on imprime la Mufi
que , perfonne ne s'eftoit encore
avifé de faire imprimer des Airs
ferieux & Bachiques à deux ou trois
Parties , mêlées de fimphonies &
& d'accompagnemens , de maniere
qu'on puiffe jouer tout un Livre de
fuite , fans trouver deux Airs d'une
mefme modulation . C'eft ce que
vient de faire M. Martin , qui a
donné au Public un Livre qu'il a
compofé exprés pour former un petit
concert. Chaque recit ou Trio
chantant eft precedé d'une petite
fimphonie , comme Ouvertures ,
GALANT. 323
Chaconnes , Rondeaux , & autres
petites Pieces de caprice , propres
pour les Violons & pour les Flûtes
avec des accompagnemens dans
tous les Recits ; & afin de faciliter
le concert , il·les a fait imprimer en
quatre Parties , & a joint à la Baffe
continue tous les Recits chantans
en partition , pour plaire aux perfonnes
qui peuvent s'accompagner
elles- mefmes du Claveffin , du
Theorbe , ou de la Baffe de Viole.
Ces Livres fe debitent chez le Sieur
Guerout . Court- neuve du Palais.
Voicy les Noms de ceux qui ont
expliqué la premiere Enigme du
mois paffé fur le Fichu , qui en
étoit le vray mot. Mrs Coüeffé du
Loir ; Hongnant ; du Montrel ,
Carrere ; blondeau ; Chicolay Sr
de Goubertin ; le Directeur du
324 MERCURE
Godgar , J. L. le chef des Mécontens
de la Ruë Hautefueille ; R.R ;
l'Oiseau le plus volage de la Foreft
de Rez ; Thibaut ; l'Ingenieux
des petits Ponts de Caën ;
l'Illuftre Berger Nicaife ; Tresruant
Joueur d'Echets ; Le grand
Scamandius ; Silvio Seigneur de
Brademort l'Apoticaire de Montagné
& fa Belle de la Rue du
Beau-feiour ; l'Eminente Vertu
du Cerf volant , & fon aimable
foeur la Joye du Monarque , &
fon indiferente Voifine ila face la
plus copieufe ; la Soeur aux trois
Pucelles , & fa charmante Coufine
des Singes de Chartres ; la belle
Pleurcufe de la Prairie de Troyes:
la charmante Theano ; la belle
Magnelonne : la grande Anacorette
les deux foeurs du Pavillon
;
GALANT.
325
6
Royal de la rue S. Martin & leur
inféparable coufine : M. L. L. la
plus folitaire de la rue S. Chriftophle
: M. A. G. la plus charmante
voix de la rue S. Nicolas J. E. F.
l'indifferente beauté de la rue des
Deux-Portes : la veuve de Rhedon
au mary vivant.
La feconde a cité expliquée fur
la Selle à cheval par le petit J. de
la ruë S. Severin : le Chevalier du
Firmament ; Antoinette & Marie
Bellier du Quay de la Tournelle :
Lifete & Cathin Machine : & la
Cloche fidelle de la rue Pierre Sarrazin.
M. Bouchet, ancien Curé de Nogent
le Roy, a trouvé le vray fens
des deux Enigmes , auffi bien que
Mrs l'Abbé le gros rue des Batteries
à Rouën : Digeon de la Fontaine
326 MERCURE
des Blancs Manteaux : le Riche &
Mademoiſelle Juillet du Quay des
Morfondus : Collin de la Broffe
grand Bailly de Montrefort : Firmini
ruë de Gévres le proche
voifin de la nouvelle Place Royale
de Poitiers : le Diamant dans le
fumier , & l'inconftant fon frere,de
la rué d'Avignon : l'Apollon des
fept Mufes : le Chevalier de Lorgnettes
l'inftrument de la Melancolie
: le Valet déguifé , tous ces
quatre derniers de la rue S. Jean de
Beauvais le faiſeur d'Horoſcopes
de la rue Chartiere : M. du Coeur
volant de la mefme rue : le Maitre
au langage des yeux & fon Ecoliere
: l'Abbé de la Hure amant de
fa belle coufine de la Montagne
Sainte Geneviève : Gitoflée : Anfelme
de la focieté des bons beuGALANT.
327
veurs ; l'heureux cordon des belles
de Bayonne le Chaudronnier noturne
, fans malle ni feraille : le
coeur à la Royale du cul de fac S.
Hilaire le celefte Allobroge de
Lion : l'aimable Camus de la rue
fainte Anne le fils du plus proche
voifin de l'Amant froid de la rue
de la Juifverie le voifin de l'Amant
inconftant de la Place Maubert
: L'aimable Louifon de la rue
des Vrfulines de Chartres : l'Amant
des belles Chirurgiennes ..
l'Amie des jeunes Mufes : l'aimable
& fpirituelle Fauché de la rue
S. Honoré : la belle & aimable M.
M à l'Anagramme Tu merites ma
grace : l'impatiente brune : la veuve
fans pareille de la rue de Tournon :
les Precieufes en rognures de la
Cour d'Albret la petite veuve ba328
MERCURE
dine de la montagne fainte Geneviéve
: & la Sultane tefte-verte de
la rue Coupe- gorge.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere eft de M.
Bandinucey de Lyon , & la feconde
de M. Lourdet.
SSSSSSSS2S22SSES
ENIGME.
Ca
E qui me donne la naissance
Habite Valons & Côteaux .
I'ay des Freres en abondance ,
Mais la plupart en grandeur inégaux.
Nul travail n'est égal au noftré,
Nous courons dans tout l'Vnivers,
Et jamais on ne vit par voyages divers
GALANT. 329
Des Freres fifouvent éloignez l'un
de l'autre ,
Nousfommes quelquefois au milieu
des Combats, [ Soldats,
Attaquez, defendus par de vaillans
Mais de leurs plus grands coups uous
bravons la furie .
Nous n'avons que deux Ennemis ,
A chacun d'eux nous fommes tous
"Quand l'un a´le deffus , ´ce n'eft
point raillerie,
Rien ne peut plus nousfecourir ,
il fautperir.
AUTRE ENIGME.
E l'efprit & du corps j'entre-
D tiens l'embonpoint.
L'étale fur le teint & les Lys & les
Rofes ,
Juillet 1688. Ec
330 MERCURE
Et celuy qui ne m'a point
N'eft pas riche , quand mefme il au
roit toutes chofes.
J'efpere que vous me tiendrez
compte du fecond Air nouveauque
je vous envoye gravé , & dont
voicy les paroles.
AIR NOUVEAU.
Mour , que tes feuxfont à
craindre ! AM
Vn coeur les reçoit aisément ,
Mais las ! que ce coeur eft à craindre
Lors qu'il voudroit , & ne fçoit pas
comment
Les éteindre.
Ces paroles & cet Air font da
fameux M. de Bacilly , qui a fait
graver depuis peu fes Airs Spirituels
पय
9
331
ient
curea
Prens
parlé
fin du
:ment
à la
pera.
r dans
font
r les
couas
redouableis
les
puis
uede
tur y
vend
urt
330
E
N'eftp
J'ef
compu
que je
voicy
Vn
Ма
Lors !
C
fame
grav
GALANT. 331
1
tout autrement qu'ils n'eftoient
non feulement pour la graveure,
mais pour quantité de changemens
& d'augmentations, dont il eft parlé
dans un difcours qui eft à la fin du
Livre. Entre les Airs nouvellement
ajoûtez , il y a un Recitatif à la
maniere des Scenes des Operá.
Quant aux Airs qui ont paru dans
les Editions precedentes , ils font
tellement changez , tant pour les
premiers que pour les feconds couplets
qu'ils ne font prefque pas reconnoiffables.
Il n'y a point à douter
qu'ils ne foient receus favorablement
par tout , & mefme dans les
Monafteres de Religieufes
, puis
que le nom de M. l'Archevefque de
Paris à qui ils font de diez , leur
donnera l'entrée. Ce Livre fe vend
chez le Sieur Guerout , Courtneuve
du Palais .
E e ij
y
+
332 MERCURE
En attendant un plus grand dérail
des affaires de Siam, je vais vous
faire part de celles qui ont eſté apportées
par M. Sebret , qui arriva
icy dans le mefme temps que je finis
ma Lettre. Il partit de Louveau,
fieu de plaifance du Roy de Siam ,
le 12 Decembre de l'année derniere,
& arriva par terre au Port &
Ville de Berghi , à la cofte de Temafferin
, vers celle de la Mer Indienne
, au deffus de Malaca, où il
conduifit Mr Bruant, avec fix- vingt
Soldats François, pour prendre poffeffion
de cette Place au nom du
Roy Trés- Chrétien, auquel le Roy
de Siam l'a dépófée avec Bancoc
pour feureté de l'Alliance des deux
Rois. Mr Sebret s'embarqua à la
cofte Merghi dans un Vaiffeau de
la Compagnie , & paffa à la cofte
GALANT. 333
t
de Bengale , où s'eftoit rendu Mr
du Quefne Guitton , Capitaine
Commandant du Vaiffeau l'oifeau,
felon l'ordre qu'il avoit receu de
l'y venir trouver , pour aller de là
en s'en retournant en France vifiter
les Etabliffement & Comptoirs
de la Compagnie dans les coftes
des Indes Orientales. Mr Deslandes
Boureau qui eftoit venu à
Siam de Pondachcri où il eftoit Directeur,
s'embarqua dans ce mefme
Vaiffeau pour accompagner M.
Sebret, M. du Quefne mit à la voile
le 15 ou 16 de ce mefme mois ,
& eftant party de Siam , il paffa
par la cofte de Malaca, & fit route
vers Berghi , peu éloigné de Tenafferin
, ayant laiffé M. de Vaudricourt
General de la Flote du
Roy, en eftat de mettte auffi à lz
334 MERCURE
>
voile pour le retour avec M. de la
Loubaire ; Envoyé de France , le
Pere Tachard Superieur des Iefuites
qui devoient demeurer tant à
Siam qu'à Louveau & douze
Mandarins Siamois , que leur Roy
envoye en France avec quantité de
prefens & de marchandiles. On a
laiffé la Flufte la Normande
pour
la feureté de l'établiffement des
François en ce Royaume- là , & on
attend les trois autres Vaiffeaux.
M. Sebret a eu nouvelles pendant
la route qu'un de ces Vaiffeaux qui
s'eftoit feparé de la Flote attendoit
les deux autres au Cap de Bonne
Efperance . M, des Fargues a pris
poffeffion de la Ville de Bancoc , &
l'a fortifiée à la Françoife . M. Conftance
Falcon, Miniftre , & Favory
de Siam , s'eft affocié pour cent
GALANT. 335
mille écus dans la Compagnie
Françoiſe des Indes . Le Pere Rochet
Lyonnois , & qui a efté Profeffeur
des Mathematiques à Toulon
dans les Ecoles Royales , eſt
mort à Siam , auffi bien qu'un Ingenieur
fort habile que M. Seignelay
y avoit envoyé, & un Lieutenant
d'une des Compagnies d'Infanterie.
Le Pere Tachart , qui eſt
avec M. de Vaudricourt & M. de la
Loubaire eft chargé des Lettres
des François & de celles des Peres
de la Compagnie . On les luy a
mifes entre les mains à caufe que
M. Sebret qui avoit pris une 1oute
differente , & qui devoit eftre plus
longue , croyoit que la Flote le devanceroit
, mais elle eft partie plus
tard qu'il ne l'avoit cru , & d'ailleurs
fon fejour dans les coftes de
336 MERCURE
Malabar & Coromandel , a eſté
moins long qu'il n'y avoit apparen-
-ce qu'il feroit , à cauſe qu'il a trouvé
le Roy de Golconde prifonnier
& fes Etats envahis par le Mogol ,
ce qui l'a fait revenir plutoft.
Le Tremblement de rerre arrivé
à Naples, dont je vous ay parlé dans
le commencement de ma Lettre , a
continué , & j'aurois encore beaucoup
de choſes à vous en dire , s'il
me reftoit de la place . Je vous parlerois
auffi de ce qui s'eft paffé devant
Alger , & des Juges que Sa
Majefté vient de nommer pour
aller en diverfes Provinces , mais
comme j'ay accoutumé d'entrer
dans le détail de tout ce que je vous
écris , je fuis obligé de reſerver
toutes ces chofes pour le mois prochain
avecbeaucoup d'autres, ain
que
GALANT 337
que plufieurs Ouvrages curieux ,
& quelques nouveaux avis touchanr'
le Jeudes Echets. Quant à ce qui
regarde les Nouvelles de Turquie,
je continue d'amafler des Memoires
fur tout ce qui s'y paffe , pour
joindre dans quelques mois une
quatriéme Lettre aux trois que
vous avez déja receuës de moy. &
qui contiennent l'Histoire entiere
de Mahomet IV . dépoffedé , &
de Soliman III . à prefent regnant.
Je fuis, Madame , voftre , &c.
A Paris ce 31. Iuillet 1688.
Comme on n'a jamais affez de
foin de bien écrire les noms propres
, ou a mis dans le Mercure de
Juin , en parlant d'un Sermon prêché
le Mardy Saint dans la Cathedrale
de Troyes , M. l'Abbé Ro
Juillet 1688. Ff
338
MERCURET
mond, au lieu de Remond. Il eft
Chanoine de l'Eglife de S. Urbain,
On a mis auffi fur l'Article d'une
traduction de Vers Italiens qu'elle .
eftoit du Fils de M. Moreau, Avocat
general de la Chambre des.
Comptes de Dijon ; elle eft de
M. fon Frere.
TABLE .
Relude.
P
Di
Difcours qui fait voir le merite
3 enfermé dans le titre de Grand. 11
La Gloire & le Genie 19
Defcription de la Fefte de Livry. 33
Audiences données à l'Abbé general
de Sainte Croix.
Noms de
65
tous les Commandenrs , &
Chevaliers de Malthe qui font
eette année la Camp gne contre
Les Turns.
67
Dialogue du Pinçon & de la FauTABLE.
84
vette, fur le retour de la Fauvette
du Iardin de l'Hotel de C.
Tremblemens de terre arrivez à Naples.
87
Carte generale, contenant les Mondes
céleste , terreftre , & civil. 103
Hommage rendu à M. l'Electeur de
Brandebourg par fes Sujets. 112
La Solitude , Idille. 121
Methode complete de l'Art du Bla-
131
Son.
Nouveau Reglement utile à ceux qui
font profeffion de Lettres , &qui
les aimens. 137
Nouvelle Relation touchant la der
niere rencontre des Vaiffeaux
3. François & Espagnols...
Hiftoire.
148
110 254
Ce qui s'eft passé en Angleterre à la
Naiffance du Prince de Galles , &
~ les réjouiſſances faites à Paris,
Ff ij
TABLE.
183
& en plufieurs Villes de France,
Sur ce juiet.
Ce qui s'eft passé à l'Academie Franfoife
, le iour de la reception de
M. de la Chapelle , avec le Dif
cours qu'il a prononcé.
202
244
Le Genie , ouvrage de M.Perrault.229
Mariages.
Tout ce qui s'eft paßé an Mariage de
Monfieur le Prince deConty . 247
Reception que ce Prince fait à Monfeigneur
, qui luy fait l'honneur
de le venir voir à l'Hostel de
Conty...
Epitalame en forme d'Opera , par
de la
Chapelle.
259
M.
265
Autre article touchant les réiouiffances
faites à Paris , pour la naiffance
du Prince de Galles. 501
6. Partie des Troubles de Hong. 320
Carte nouvelle de la Grice. 321
TABLE.
Livres de Mufique de M. Martin . 322
Enigmes.
Nouvelles de Siam.
323
232
Articles pour le mois prochain. 336
Avis pourplacer les Figures.
'Air qui commence par , T
gouftes à plaifir les douceors,
doir regarder la page 82.
La Planche du Feu doit regarder
la page 316.
L'Air qui commence par, Amour,
tes ,doit regarder la page 330.
диз
CATALOGUE DES LIVRES
nouveaux qui se débitent chez le
Sieur Guerout
Palais .
Court- neuve du
Iftoire de Soliman III. 1. 1.
10. f..
Eloges des Perfonnes Illuftres
de l'ancien Teftament par M. Doujat
Doyen de Academie Fronçoife.
dé.
1. t.s.f..
Hiftoire de Mahomet IV . dépolle .
2. vol . 3.1 .
Dialogues Satyriques & Moraux.
2. vol. 3. 1.
Le Secretaire Turc ; contenant l'art
d'exprimer fes penfées fans fe voir ,
fans le parler & fans s'écrire , avec
les circonftances d'une avanture Turque
, & que Relation tres - curieufe de
plufieurs particularitez du Serrail , qui
n'ont point encore efté fceues . 1.1.10.
Le Mary Jaloux. 1. 1. 10. f.
L'Eftat prefent de la Puiffance
Othomane. Anh topf.
Chevalerieancienne& moderne,avec
la maniere de faire la preuve pourtons.
les Ordres de Chevalerie 1. I. 10. f.
Poëfies Paftorales de M. de Fontenelle
, avec un Traité de la Nature
de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Modernes. 1 .
liv. 1o . f.
9
Le Chevalier à la Mode , Comedie.
1. l. 10. f.
La Défolation des Joüeufes , Comedie..
15.
l.
Entretiens
fur
la pluralité
des
Mondes
, de
M.
de Fontenelle
, augmentez
en
plufieurs
endroits
, avec
un
fi
xiéme
Soir
qui
n'a
point
encore
paru
..
contenant
les
dernieres
découver
tes
qui
ont
efté
faites
dans
le
Ciel
.,
1. 1. 10.
f.
Réflexione
fur
l'Acide
&
fur
l'Al-
Kali
.
1.liv..10
. f.
L'Art
de laver
, ou nouvelle
maniere
de
peindre
fur
le Papier
, fuivant
le coloris
des
Defleins
qu'on
envoye
à la
Cour
'par
M.
Gautier
de
Nifmes
. 1. 1. Traité des Fortifications enrichy de
23. Figures , contenant la Démonftra
tion & l'Examen de tout ce qui regarde
l'Art de fortifier les Places tant regulieres
, qu'irregulieres , fuivant ce
qui fe pratique aujourd'huy , le tout
d'une maniere abregée , & fort aifée
pour l'inſtruction de la Jeuneſſe
1. liv . 10. f
Ellais de Morale & de Politique >
où il eft traité des Devoirs de l'Homme
confideré comme particulier &
comme vivant en Societé. 2. vol. 2.1.
;
Le Cours du Danube & des Rivieres
qui s'y déchargent , où fe trouvert
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Hiftoire des Troubles de Hongrie ,
contenant tout ce qui s'y eft paflé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol . in douze. 7.1.10 . f.
Dialogues des Morts. 2. vol. in-
3.1.
douze .
Hiftoires des Oracles. 1. liv . 10 f.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol .
3.1.
Les' Malheurs
de l'Amour
, ou Eleonor
dYvrée.
1. 1. 10..
Amballades
de Monf . le Comte de
Guilleragues
, & de M. Girardin
, auprés
du Grand Seigneur
, avec plufieurs Pieces curieufes
, tirées des Memoires
de tous les Ambaffadeurs
de France à
la Porte , & c .
Academie galante. 2. vol .
1.1.10. f.
3. liv.
La Ducheffe d'Eftramene . 2. vol.z.l ..
Le Napolitain.
1. Ï.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiftoire , avec des Scrupules für lo
Stile.
Caracteres de l'Amour.
Le Grand Vifir Cara
L'Illuftre Génoife.
Le Seraskier.
1.1. 10. f.
1.1. 10. f.
Mustapha .
1.1. 10. f.
1.l. iò . f.
1. 1. 10. f.
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne. 1. I. io.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
-de Blais . 1.l. 10. f.
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeffe
Anne Chreftienne- Victoire de Baviere.
1. l. 10.f.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la defcription
des Places de la haute & baffe Afface,
- & de celles de la Province de la Sare
& de Luxembourg.
T
·
1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
Gg
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plufieurs Places furles Infidelles.1.1 .
Voyage du Chevalier Chardin en
Perfe & aux Indes Orientales . par la
Mer noire & par la Colchide , enrichy
de dix-huit grandes Figures. z. vol . in
douze. 4. l. 10. f.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifages . 1.1.
L'Ariofte
moderne
. 4. v . in 12. 6.1.
Difcours
Satyriques
& Moraux
en
Vers
.
Fables nouvelés .
1
11 .
1.1.
Epiftres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles . ¨´~ ´t.l ·
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts. 1.1. 10. f.
Relation duVoyage du Roy en Flandre
en 1680.64 1.1.10: f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal. a.l.vo.f.
Relation du Siege de Vienne. 1.1 . rof.
Relation de ce qui s'eft allé à Ge-
1.1. io.f. nes.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10 .
Ambaffade de Siam en France , di .
vifée en 4. vol, 6. liv.
Le premier Volume a pour titre.
Voyage des Amballadeurs de Siam
en France , contenant la reception
qui leur a efté faite dans les Villes où
its ont paffé ; leur entrée à Paris ; les
céremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Maifon
Royale , les Complimens qu'ls
ont faits la defcription des lieux où ils
ont efté ; & ce qu'ils ont ditde remarquable
fur tout ce qu'ils ont veut .
Le fecond Volume a pour titre.
Suite du Voyage des Amballadeurs
de Siam en France , contenant ce qui
s'eft paffé à l'Audience de м adame la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,
& de Meffieurs de Croiffy & de Segnelay
, avec une defcription exacte des
Chafteaux , appartemens , Jardins &
Fontainesde Verfailles , S. Germain ,
.1
2
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
, de S. Cyr , & de ce que les
Ambaffadeurs ont veur dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joint le
difcours qu'ils ont fait au Roy.
Le troifiéme Volume apour titre.
Troifiéme partie des Ambaſſadeurs
de Siam en France , contenant la fuite
de la defcription de Verfailles , cell
des chevaux qui font dans les deut
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft pallé
dans les vifites qui leur ont efté
rendues ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la defcription
des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes de Flandre .
Le quatriéme Volume à pour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en
France , & c.
Bayerische
Ste
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