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Divisé en deux Parties. JVIN 1688.
A PARIS
AU PALAIS.
ON donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier icur de chaque Mois, & le on ven dra
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sdols en Parchemin.
A PARIS.
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dians la
Salledes Meiclers,aL justice.
T, GIRARD,au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
St MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
J~P£E"
GALANT
Jv1N iCSS.
E rotaccufez point
de négligence. Si
en vous parlant du
Voyage du Roy a
Maintenon> dans ma Lettre
du dernier mois. je ne vous
ay point fait la description
des Travaux que Sa Majesté
a eV-é voir, & qu'Elle fait
faire pour conduire la Rivière
d'Eure à Versailles,c'est
parce que je vous en ay déjà
donné une fort ample de
tout le dessein dans l'un de
mesquatreVolumes de l'Ambassade
deSiam. D'ailleurs
j'attens qu'il soit entierement
achevé pour vous en donner
une autre, à cause des changemens
qui se font dans toutes
les choses que l'on entreprend,
pour les conduire à
toute la perfection qu'elles
peuvent recevoir. Cependant
je vous diray qu'il y a beaucoup
de remarquesà faire
pour la gloiredu Roy, dans
l'Ouvrage de la Riviered'Eure.
Il fait voir que ce grand
Prince,quiasurpassétous les
Empereurs Romains dans
tout ce qui en a fait admirer
plusieurs, a égalé par cette
entreprise l'immense grandeur
de ce qu'ils ont fait faire
de plus merveilleux,quoy
que ses Etats soient infiniment
moins grands que la
vaste étendue de ceux qui
composoient l'Empire Romain,
qu'on a presque vû
n'avoir pour bornes que les
limites du monde. On n'aura
aucune peine à tomber
d'accord quel'Ouvrage dont
je parle n'ait égalé, pour ne
pas dirc surpassé ceux de ces
Maistres de la Terre, quand
on fçaura que vingt mille
hommes des Troupes de Sa
Majesté y auront esté employéespendantphdlcurs
années?
pour le seul remuëment
des terres, & cela, sans compter
les Ouvriers necessaires
pour ce qui regarde la Massonnerie,
& les autres choses
de cette nature. Voilà un des
endroits par lesquels la magnificence
du Roy égale celle
des Empereurs Romains. On
peut ajoûter à cela que le Roy
a fait plus, & qu'il a tiré une
utilité pour le bien de ses
Etats, d'une chose dont il
sembloit que le desseinneutf
estéconceu que pour la gloire
& pour le plaisir. Cependant
cet Ouvrage sertà tenir
les Troupes dans l'exercice
d'un travail qu'ils oubliroient
dans un temps de
Paix, & auquel elles ne se
trouveroient pointendurcies,
si ce Monarque estoit obligé
de faire la guerre, de maniere
qu'il repare
vailoùil par ce tra- pareparcetravailoùillesengage
le
tort qu'une longue oisiveté
pourroit leur faire, en les
rendant moins capables d'executer
une partie des choses
ausquelles les Troupes sont
obligées, & particulièrement
pendant les Sieges, quiavancent
autant par les travaux
que par la valeur des Soldats.
Il y a plus encore ; lors
que le Roy les employé de
cette forte, il fait gagner une
infinitéde gens, qui sans cela
subsisteroient difficilement;
& c'est ce qui adétermne Sa
Majesté à entreprendre cet
Ouvrage, comme Elle l'adit
souvent, en declarant qu'Elle
l'auroit entrepris quand mcfme
Elle auroit esté certaine
qu'il n'auroit pas eu un plein
succés. Ainsi le plaisîr d'avoir
des Eaux à Versailles,est
ce que ce Prince a le moins
confideré,quoy qu'ilnecherchaità
mettre par làce lieu
delicieux au dessus de toutes
les merveilles du monde
dont on ait jamais oiiy parler
,
que pour la gloire de la
France,. tout ce qu'un Monarquetait
de grand, donnant
toûjours de la gloire à
la Nation.
J'ay à vous apprendre la
mort d'une Personnequi vescu fort longtemps, a mais
sa longue vie vous surprendra
beaucoup moins, que de
connoistre qu'elle estoit alliée
a un Empereur des
Turcs. Cette mort est celle
de Marguerite Spifame,
Dame Daunay, arrivée depuis
un mois dans le Nivernois.
Elleestoitâgée de qua- tre-vingt-quatorze ans, &
de la M~i[on de
-dernieredelaMaison
Spifame
,
venuë d'Italie en
France il y a plus de deux
siecles. Lanfrand Spinola,
premier Maistre d'Hostel de
François I. du nom, Fils du
Prince Ambroise Spinola,
Duc de San Severin, Marquis
de Sesse& de Venaure,
Chevalier de la Toison d'or,
Gouverneur pour Sa Majesté
Catholique des Pays- bas,
General de ses Armées, épousa
Jacqueline de Cigale, de
la Maison des Comtes de Cigale
en Sicile, & Soeur du
Bacha Cigale, Amiral des
Mers, & General des Armées
du Grand Seigneur qui regnoit
en ce cernes-là.) &
qui luy fit époufer sa Soeur.
De ce mariage sortit Isab-
lle Spinola, qui épousa
Spisame,Pere de Barthélémy
Spiphame;Seigneur
de Monthon prés Genes.,
Commandant dans Luques.
Il eut pour Femme Jeanne
dePodolin., de la Maisonde
Podolind'Italie, & passa en
France où il acquitbsTerres
des Granges & de Bisseaux.
Ses Descendans y firent plusieurs
alliances. Il y eut un
autre Barthélémy Spiphame,
Seigneur de Bisseaux & des
Granges, qui épousa Dame
Loüse Dallegrain. Gaillard
Spifame épousa Dame Loüise
de Marie, petite Fille de Henry
de Marle, Chancelier de
France. Simon Spifame, Seigneur
des Granges, Capitaine
des Cent Suiffes, se maria
avec Dame Perrette de Mirousset
; eanSpifame , Seigneur
de Biffeaux & des Granges,
avec Dame Jacquette de
Ruzé, 8c Georges Spifame
Seigneur des Granges, avec
Dame Anne de Dormans,
Niece de Jean de Dormans,,
Chancelier de France. Il y à
eu deux Freres de ce mesme
nom,Jacques & Gilles Spifamé,
tous deux Evesques de
Nevers; le dernier est mort
en odeur desainteté. Cette
Famille a finy par Samuel &
Ifac Spifame, Freres, dont
l'aisné fut Conseiller d'Etat
& Ambassadeur pourSaMajestéen
Angleterre. Ils eurent
deux Soeurs, Sara & Madeleine.
Sara Spifame épousaMrde
la Curée de la Bourdefiere
> Chevalier des OrdresduRoy,
Madeleine fut mariéeà Mr
de Brichanteau-Nangoy.ifac
Spifame, Cadet de Samuef,
époula Dame Marie Darmes>
dont il eut deux Filles.L'Ailnée
épousa Jacques de la Riviere,
Vicomte de Quincy ,
dans le Chasteau duquel on
voit les Portraits de ceux
que j'ay nommez, tantHommes
que Femmes, aunombre
de dix-sept de Pere en Fils,
& ceux de plusieurs Chevaliers
deMalthe de ce mcfme
nom, dont trois ont souffert
le Martyre pour la Religion.
Ily a icy dans l'Eglisedes Augustins
du Grand Convent
une Chapelle fondée par les
Spifames,oùils ont leur sepulture.
Marguerite Spifame qui
vient de mourir, estoit Veuvede
MessireJacques de Regnier,
Vicomte Daunay, Frere
de Mr de Guerchy, & Neveu
de Regnier, Grand
Prieur de France. Ils ont eu
deux Filles; l'Aisnée avoit
épouséMrdeMaigrigny, &
la Cadette a esté mariée à
Messire Antoine de Damas,
Marquis de la Clettc. Spifame
porte de gueules à un Jigle
éployé d'argent.
J'oubliay le mois passé à
vous apprendre la mort du
Pere Cesar
,
dit du Saint Sacrement
,
Carme Deschaussé,
né à Vie en Lorraine, & Profez
à Paris. Il est mort d'apoplexie
le 21. de May dernier
dans sa 72. année. Jamais
Religieux n'a esté plus
connu, ny plus estimé de ceux
qui font profession d'une
veritable pieté. Il a esté Définiteur
, & Visiteur General
de son Ordre, Prieur à Mets,
& à Charenton proche Paris;
il excelloit particulierement
dans les décisions des cas de
conscience, ce qui luy avoit
attiré la Direction d'une in-
—*
finité de peifonnes distinguées.
Les Vers qui suivent sont
de Mr de Vin, dont vous
avez déjà vû plusieurs Ouvrages
galans. Il y parle de
deux Freres, dont l'un estant
prest de perdre une partie de
Paume , sortit du Jeu fous
quelque pretexte. L'autre qui
cust pu luy donner trente,
rentra en sa place, continua
la partie, & la gagna.Ilsse
ressembloient si fort, que
personne ne s'apperccut de
ce changement.
LA PRESENCE D'ESPRIT.
A l'éclat, à
lapompe
,
à la majestéprés,
Vn Quidam de baJlè naissance
Avoitdugrand Auguste & la taille
&lestraits,
Le teint, l'action, ,' l'on
ne vit iamais
Vne plus grande ressemblance.
Lafortune enfaisoit laseule difference
,
Sous les mesmes hahits on s'y seroit
trompé,
Et telsfurentdans ce Royaume
Ces deux Freres,loüeurs de Paume
Par qui dans le Marais Alidorfut
dupé.
Aux affairesdefin Empire
Auguste ne dounoit que la moitié du
iour,
Etpoursendélasseremployoitl'autre
à rire
, A ioüer
,
à fairel'Amour.
Souvent il appelloit ceQuidam,
sa Copie,
Etsefaisantundoux plaisir
De l'innocente raillerie,
il voulut certain iour qu'il estoit de
loisir
TAsterl'esprit du porsonnage.
Il
Il l'avoit mandé de Cartage ,
Etse trouvant de belle humeur
Il demandad'un ton mocqueur, - Sisa Mere iamais n'estoit venuë à
Rome.
Non, luy dit le Quidam, mais on
m'asouvent dit
; Que mon Pere, autrefois & bienfait&
bel homme,
Vins d'on heureux Voyageyfit.
Auguste avait VOtJtJl.sur cette ressemblance,
Du Quidam taxer la nAiffitJce,
Etdesa Mereenfin accuser la vertu;
Mais qnoy que de Ça repartie
Le coup au'ljlfinquin.preveu
"Fiji retomber sur III) sa , propre rail- rie Loind'en concevoirdu dépit,
De luy-mesmeilse prit à rire , Etloüantce trait desatire
Paya de ses bienfaits sa presence
d'esprit. , Railleur, ton chagrin cfttniufte.
Quoi,tu nepeuxsouffrirqu'on te
raille à ton tour,
EtcependantleGrandAuguste-
Le foujfre de luy-mesme au milieu
desa, Cour.
VoicyunPrintemps qu'on
a fait si peu courir, qu'on
peut asseurer qu'il est tout
nouveau. Il est d'un homme
qui fçaic parfaitement la Musique,,
& qui se fait estimer
des plus sçavansMaistres.
AIR NOUVEAU. LE Printemps commence à paroistre,
Vous estes belle camme luy,
Lesfleurs qui brillent auiourd'huy
Ne perissent que pour renaïflre.
Mais si vous pdJ/èz, vos beautf
iours
insensible aux douceurs quifument
la tendresse
, Iris , avec le tempsd'une aimable
jetlneJlè
,
Vous perdrez sans retour la facondes
Amours.
Les secrets de la Nature
font si fort impenetrables,
qu'il ne faut las s étonner s'il
y a des Medecins qui soutiennent
que les Femmes peuvent
accoucher à onzemois,
comme elles accouchent à
fcpt. Un fruit de mesme espcce
vient diversement à sa
maturité de deux arbres differens,
ôc la mesme semence
jettée dans la terre, avance
ou recule la recolte de la
moisson,selon que le fond est
meilleur ou plus mauvais, &
'su.il reçoit plus ou moins
lafoect du Soleil. Ainfidans
de differensdegrez du chaud
ou du froid
,
de la force oir de la foiblesse
, & de la qualité
du tempéramentdes sujets
qui travaillent à la genération,
il yaplus de difpc*-
sition à prévenir ou a éloigner
les termes les plus reglez
& les plus ordinaires à l'enfantement.
On voitdes preuves
de ce que je dis par ce
qui arrive tous les jours, mais
il est fort rare que les Femmes
soient en estat de devenir
grosses quand elles ont
pane cinquante ans. Cepen-
- dant il y en a une à Morlaix
qui en ayant cinquante-huit,
n'a pas laisse d'accoucher depuis
deux mots. C'est une
nouvelle que m'ont donnée
des gens tres- dignes de foy.
Cette Femme peutesperer
une vie bien plus longue que
les autres, puis que la Nature
est encore si viveen elle dans
un âge où il semble qu'on
peut se promettre de ne plus
avoir d'Enfans.
Je fuis fort persuadé qu'il
n'y a personne à qui l'ouvrage
que vous allez lire ne
fasse plaisir. Il est de Mr MalavaldeMarseille,
quiayant
perdu la veuë lors qu'il n'avoit
encore que
neuf
mois,
s'est toûjours nourry dans
l'étude des Lettres sacrées &
humaines. Ce discours combat
la superstition des jours
heureux & malheureux que
marquent nos Almanachs, &
comme il n'est presque aucune
Famille, où il ne se
trouve quelqu'un qui ajoûte
foy à ces jours heureux ou
malheureux, il sera d'une
grande utilité que l'on se
détrompe d'une opinion qui
n'a aucun fondement, & qui
estcontraire&àlaReligion
& àla raison.
DISCOURS
Contre la Superstition populaire
des jours heureux &
malheureux. vOusm'avez communiqué,
Ariste, vostreindignation
contre cette coutume intolerable
de faire un dénombrement des
jours Heureux r& Malheureux
dans les Almanachs, & jesuis
çtonne aussi-bien que vous, que
cet abus regne encore impunément
en quelques Provinces de
France, dans un siItCieauss
éclaireque le nostre,oùlaCritique
examine avec une Jeverile qui
vaiusqu'àlaprésomption,les usages
les plus receus & les mieux
établis de la ReligionChrestienne.
Je pardonne à des Payens d'avoir
compté des jours heureux &malheureux:
ilscroyoientqu'ily tt..
voit undestininévitable,&ils le
mettoient au dejjus de leur Jupiter.
C'estoient des aveugles qui
pensoient&quifaisoient de leurs
Dieux tout ce qu'ils 'L'ouloient,
parce qu'eux-mesmes les avoient
faits Dieux; &soit qu'ils sussent
emportez par le torrent de
lacoûtume, ou seduits par Ij
force de l'éducation, faute de
faire des reflexions raisonnables
sur les oeuvres de la Nature,
qui ne peuvent estre que les
oeuvres
d'unesupreme Intelligence,
ils ne connoissoientpoint le Createur
du Ciel& de la terre ,
qui
tfi le souverain Arbitre des bons
& des mauvais évenemens,sans
qu'il force la liberté del'homme,
auquel ila imprimél'image de
son domaine
, tous les vrais
biens aui nous rendent heureux
proced1ant uniquement de luj*
&n'y ayant point de mal, excepté
le péché, dont il ne soit la
premierecause, & le tres-juste
dispensateur. Ces hommes dignes
de pitié, qui estoient conduits
par un esprit d'erreur, objer-*
voient les jours, les mois, les
années
,
les calendes, les lunaisans,
& les autres différences
destemps,commesi elles eussent
eu quelqueliaison avec les
actions humaines
,
auil- bien
qu'avec les évenemens des corps
naturels, parce qui'ls ignoroient
celuy qui ce le ewalirre du
temps & des mouvemens du
Ciel. Ils ne se promettaient que
bonheur en certains temps, &
que malheur en d'autres; soit
qu'ilscrussent qu'il n'y avoit
desDieux, ou des Genies bons
gjr mauvais qui dominoient sur
ces temps ,
soit
qu'ils attribuassent
les tvenemens à une
dispositionnecessairedes Actres,
ou à une necessité invincible des
choses du monde.
Mais certainement il y a de
quoy gemir, AristeJ que l'on
imprime tousles ans ce Paganisme
des jours heureux (5 maU
heureux pour chaque mois de
l'année
,
dans des Calendriers
qui se font pour des Chrestiens.
Il y en a qui font si aveuglement
attachez à cette ridicule
superstition
, que les jours qu'ils
appellent malheureux,ilsn'oseroient
entreprendre aucune chose
qui fust de quelque consequence;
de voyager, de se marier, de
mettre un Enfantà l'Ecole, ou
de commencer quelqueautre bonne
oeuvre, & laissant passer les
jours indifferens, (y* ceux qui
sont malheureux
,
ils attendent
Anjec une confiancereligieuse les
jours qu'ilspensentheureux pour
donner commencement a leurs
dessins.Mais cepdant d'où peut
provenir que les Chrestiens ont à
ebserver les jours?cepoint
qu'ils cherchent les jours heureux
, parce que lapluspart ignarant
lesprincipes de laReligion,
&les étouffantsous la multitude
despassions, ne sçavent pas ce
qui fait la véritable felicité, ou
qu'ils n'y veulent pas penserserieusement,
pour n'estre pas divertis
de cette recherchesuperstitieuse
? Est-cequ'ils évitent aujjt
les jours qu'ils croyent malheureux
> parce qu'ilssedéfient de
leur conscience qui craint les
mauvais succés
, ou de la pureté
de leur Religion? Neseroit-ce
point. Ariste,parce que les hommes
ont souvent cet-te fantaisie
de courir plûtost aprés ce qui leur
faroift extraordinaire, ou qui
leur estincoinu., qu'aprèsce qui
tïl évident
, Ç0 qui est conforme
au bonsens&à la droite raisons
Ne seroit-ce point peut-estre
l'Idolâtrie de
la
Coutume qui
leurfait reteniraprésdes Payens,
les jours heureux&malheureux,
avec la mesme passion quils ré"
tiennent encore leurs Bachanalesy
&d'autres superstitions colorées?
Je croy auJF que le Peuple
voyant que tous les honnestes
gensy les (JM^ifirats seculiers
,
& les MagistratsEcclesiastiques
achetent sans façon les Almanachs
où ces jourssont remarquez,
s'imagine que ce n'est pas
mal fait de suivre ce queces
personnes lisent aussi-bien queux
, puis que personne ne se
plaint d'une pareillepublication,
& qu'on ne la défend point aux
Imprimeurs.N'est-ce point qu'ils
ont de bons succés aux jours
heureux, de mauvaissuccés
aux jours m,4h'areux ? Cette
experience trompe dix fois pour
une&il n'y?*omt de jour
qui nesoit heureux à quelqu'un,
& malheureux à fin autre. Enfin
ces hommes superstitieux aurotent
»ils pour fondement l'impiétéqu'on
leura fait croire, à
sçavoir ,que ces jours ont tfie
revelez àJob, ou à Joseph?
Quoyqu'ils en puissent croire,
il n'y a point de
bon
pTcfage
pourl'heureux succés de nos entreprises,
que de les commencer
dans la grace de Dieu,&de
faire toutes chefspourDieu &
avec Dieu, C'est cette grace
precieuse, cetteamitiédeDieu
inherente dans l*amej qui nouî
illumine pour nous conduire avec
JàgefJti qui nous fortifie pourfurmonter
les difficultez, qui prévient
les dangers,arreste les
ennemis, adoucit lesresistances,
qui nous acquiert les acilite;c
& les
ouverturespourbien
agir.
&couronne nos travaux d'une
heureuse conclusion, parce que
nous
sommesagreables
à Dieu,
&qu'alors son amoureuse providence
nous regarde avec une
especed'engagement & d'inclination.
C'estpourquoyleSaint
Esprit dit, que la sagesse cft
une prudence à l'homme.
Cette prudence est l*observation
fîdelle des Commandemens concentrée
dans la grace; &comme
leJuste ne sedétourne pointdu
sentier que Dieu luy a marqué.
la justice dont il etf revêtu,luy
inspire les moyens de bien réujjtr
en ce qu'ilentreprend. Sapientia
est viro prudentia. Il n'y
a pointau contraire de plusmauvais
présage pour un succés que
de faire les choses dans le péché,
& par le peché; car c'est une
vérité defoy, que quand nous
sommes dans le peché mortel, Dieu a droit de nous abandonner
au pouvoir de tous nos ennemis
visibles & invisibles, &
parun dernier effetdesajustice,
à nostre propre sens, &à nostre
propre volonté ;desorte que comme
à celuy qui aime Dieu toutes
chosescooperent en bien jusques
aux pechezqu'il avoit
commis; aufft à celuy qui vit
dans le peche* &quipar confquent
garde une
rJpece
de haine
pour Dieu, & est hay rtcipro.
quement de Dieu, toutes choses
cooperentàson malheuroutemporel
,ou eternel
, &mesme fc
prosperité,sagloire,&tous ses
succés les plus éclatansqui ne
servent souvent QTTA l'éloigner
davantage de Dieu, & à luy
faire oubliersa condition. Il ne
faut donc chercher les jours heureux
que dans h fond de la
vertu Chrestienne) (y* il ne faut
craindre les jours malheureux
que de la tyrannie du peché.
jfujji> Ariste, je pense que
l'une des raisons pourquoy Dieu
qnueirlpeoumvoonitdceréer& perfection
en un instant, a
voulu mettre six jours à le distinguer,
& a l'embellir> c' est
tsîn que les hommes venant à
sçavoir que Vieu avoit fait
quelque nouvelle oeuvre
dans
chacun des jours qui composent
le cours naturel de la semaine
,
n'en trouvassent jamais de mauvais,
puisquechaque jourseroit
consacré par quelque oeuvresortie
des mainsdeDieu. Tous la
jourssontdonc les jours du Seigneur,
& il les a bénis par la
oeuvres qu'il a faites, & par
son approbation; de forte qu'il
n'y a point de jour malheureux
dans lasemaine dont les mois&
l'année sont composez, mais ils
font tous lessujetsde bonheur, de
reconnoissance&d'admiration.
D'ailleurs, Ariste
, je demande
à un homme; ce jour
du mois que nous marque le
Calendrier, s'ilestentre lesjours
heureux, est-il heureux pour
'Vous seul
, ou pour tous? Il ria
pasesté marqué pour vousseul,
il est donc heureux pour tous, &
si c'est un jourmalheureux, il est
malheureux pour vous @J pour
tous. Peut-on rien proposer de
plus ridicule, ny de moinsraisonnable,
que cela, &y a-t-il
quelqueiourdans l'année qui
ne soit heureux pour les uns &
malheureux pour les autres,prenant
icy la prospérité humaine,
qui cft ce que cherchent les hommes
pour marquer les iours heureux>
& l'adversité pour marquer
les iours malheureux? Que sicethomme si reduità dire que
les iours heureux le font pour
quelques-unsseulement &ainsi
des iours malheureux
, par quelle
temérité se met-il au nombre de
ces hommes fortunez, à qui ce
jour-là doitprofiter
, ou parquelle
frenesie se compte-t-il parmy
ces infortunez quiéprouveront
lesort d'un mauvais iour? Où
est la raison ,
Ariste, où est le
bon sens en ces iours-là ? Les
Astrologues Judiciaires prendroientlesascendans
de diverses
personnes de moment en moment
dans un mesme iour: &j>as un
d'eux ne croira, iernaffwre* qu'il
y ait des iours uniformes dont
tous les momens
fassent
des heureux,
ou tous les momens des
malheureux. Cen'est pasque ie
sa(Je quelquefondement sur les
Horoscopes: mais on voitpour
le moinsqu'à l'excepiion de nos
fJpetftifuperflitieux,
personne neJefigurera
qu'un mesme jour puisse
iejlre ou
universellementheureux,
ou universellement malheureux,
&que s'ilsne le font que pour
lhJeuuerleqsues-uns) CYpourqùelques
, e'est une grande simplicitéde
s'en attribuer àsoy-mesme
le bonheur ou le "lA/heur, jjif
depire le devin à contre-temps.. Si'lyavoit des jours malheureux,
feroit-ce les Astres qui
en feroient cause? Mais outre la
raison que i'ay tirée de l'inégalité
des ascendans dans un mesme
iour
,
les Astres quifont les causes
necessaires, n'influent point
sur la liberté de l'homme : @r
c'estcetteseule liberté mal reglée
quiest la cause de leurs malheurs
quand ilsarrivent par leur
imprudence
, ou par quelque autre
vice qui déregleleuresprit.
Des machines insensibles &
irraisonnables, telles que sont les
Astres, ne sçauroient avoir aucun
empiresur la raison
, ny des
corps matérielsavoir aucune
action sur les esprits; & Dieu
défend cxpressement par son
Ecriture,& par son Eglije> de
s'arrêter aux signes du Ciel, c'est
à dire, à toutes ces marques superstitieuses.
que les Astrologues
Judiciaires imaginent dans les
corps celestes avoir la force de
déterminer les 'Volonte'{ des hommes,
& de produire les évenemens
contingens.
Les Anges,selon laPhilosophie
Chrétienne& Payenne, meuvent
les Cieux; &quelle apparence
de se persuader que Dieu se
serve du ministerede ces bienheuses
Intelligences pour rendre les
hommes malheureux, puis que
les hommesn'ontestécréez que
pourremplir les places des Anges
apostats, & que Dieu a commis
desAngespour lesgarder,dont la
vigilance leur seroit absolument
inutile aux jours malheureux
quelesAnges moteurs auroient
fait naistre
par les révolutions
arbitraires desglobescelestes? >
Tousles jours sans excep-tiotp_,
Ariffe, nous sommes obligez
d'aimer Dieu, c'est à dire, de
luy rendre quelque témoignage
denoflreamours & de noflre
fidélité en observant ses Comtnandemens.
il s'est donc amiallement
oblige par une espece
d'alliance & de convention
qu'il a daignépire avec l'hommeyde
nousfournir tous les jours
les grâces & les fecmoursneetffairesqui
nous
doivent
rendre
agreables avec nos oeuvres a fil
divine Majesté, & par consequent
heureux en coopérant avec
sa grâce.
Si les jours font malheurenx
parundéfautabsolu desa grace
qui est leveritable malheur de la
ÎZreature raisonnable., les Com
-mandemens de Dieu sontimpossibles
ces jours- là, & les pechez
inévitables.Jeparle à des Chrestiens,
Ariste, & vous parleriez
commemoy. Ilssontréduitspar
cette opinion à tirer les confe*
quences ~afjreufes que votes
-voyez e puis qu'ils ne veulent
pas agirapareilsjours, &qu'ils
sont affermis à la creance d'une
necessitté de malheur; &sile*
jourssont heureux, ce n'est pas
à la grace de Dieu, maisseulement
à la condition du jour
qu'ils se croyent redevables de
leur bonheur. Cependant le Psalmisse
dit en parlant à Dieu:
C'est par vostre ordre que le
jour subsiste , car toutes les
Creatures vous font assujetties:
Ordinatione tua perseverat
dies, quoniam omnia serviunttibi.
Ce bel ordre de Dieu,
Ariste
,
fait le calme de l'Univers>
& la félicitéde l'homme,
qui est le centre & l'enchaisnement
de toutes les Créatures, &
ainsi nonseulement il n'y apoint
de jour malheureux du cossé de
Dieu, mais il n'yen a pas un
qui ne soit heuren,si en contemplant
la nature du jour, l'homme
fuit danssesmaximeslapureté
de la lumiere, & dans la conduite
deses allions la régularité
des mouvemens du Ciel, sans
parler de toutes les oeuvres que
la lumiere nous fait voir, qui
nous élevent à la connoissance
& à l'amour du Createur.
La Phrase Hebraïque de ce
verset signifie danssaforce que
chaque iourpasse,mais que le
Tnejmetourpfrjijte par l'ordre de
Dieu, comme si tous les tours
n'estoient qu'un aujourd'huy;
à quoyl'Apostre faisantallusion,
il dit aux Hebreux:Exhortezvous
chaque jour les uns les
autres pendant que le temps
qui est appelle aujourd'hui
> dure encore, de peur que
quelqu'un de vous estant seduit
par le peché, ne tombe
dans l'endurcissement. Adhortamini
vofmetipsos per
fingulos dies, donec hodic
cognominatur, ut non obduretur
quis ex vobis fallacia
peccati. Il veut dire quetous
hstoursfont heureux quand on
s*ajfeflionne auservice de Dieu,
&qu'ils font malheureux quand
on se laiffi seduire au peché.
Tous les iours font heureux,car
depuis la naissance du monde ils
nefont qu'un aujourd'huypar
l'ordre fixe & invariable de
T>ieu. La raison du Prophète est
que toutes les Creatures qui concourent
à la production du iour
& du temps font suiettes à la
volontéde Dieu, &qu'ainsiny
au Ciel,nysur la terre il n'y a
point d'exemplairesindépendant
du bonheur ou du malheur des
hommes.
Aussi le mesme Prophete voulantinspirer
à son Peuple pour
chaque iour la confiance & la
ioye: Que depuis le point du
jour, dit-il, jusqu'a la nuit
Israël espereauSeigneur,car
le Seigneur estplein de mifericorde,
& il tient en ses
mains l'abondance des graces
pour nous racheter. Quelque
application que l'onfasse de ces
versets & de ce Pseaume aux
ames quisouffrent dans le Purgatoire
, ou à la redemption des
hommes, puis que l'Eglise chante
, De profundis,le iour de la
naissance du Sauveur, il est
certain que le sens littéral regarde
chaque iouren particulier;
que Dieuexcite Israël
,
& tous
lesChrestiensàesperer en luy
tous les iours, qu'illeur ouvre
tous les iours le tresor de Jesgrâcrs,
quil noussauve,qu'ilnous
rachete d'heure en heure, &que
son concours surnaturel (si une
continuelle redemption, comme
son concours naturel estunecontinuelle
creation.
De plus le VerbeIncarné
ayant habité avec nous dans le
monde
, a sanctifié tous les jours
des mois& des années par les
jours desasainte vie; @J comme
les Peres ontreconnu qu'ilavoit
sanctifié les eaux du Baptesme
lqeus 'il receut , enseplongeant dans
eaux duJourdain
,
de mesme
il a sanctifié les Cieux en regardant
le Soleil & les Astres, puis
que ses regardsn'estoient pas
moinssaints quesa Chair. Iln'y
a donc pointdejour malheureux
aprés que Dieu a daignéregarder
le Ciel avec des yeux de
chair pour l'amour de nous. Il
n'a jamais fait dans l'Evangile
aucune difference des unsaux
autres; il a agy,il aJouJJert3 il
a preschéen tous ces jours là ; &
n'eust-ilquerespirel'air,chaque
respiration estoit d'un prix infiny
pournousmeriter les benedictions
de tous les jours que nous pouvonsvivre.
Il veut aujJi que
tous les jourssans exception nous
luydemandions dans l'Oraison
Dominicalenostre painspirituel
&temporel de chaque jour, pour
s'obliger luy-mesme par la Loy
que son amour luy impose
>
à
nous pourvoir de l'un & de
l'autre. Tertullien dit là-deus
qu'en demandant le pain de
chaque jour nous demandons
J. C. mesme
,
qui est nostrepain
@' nostre vie: Et nous demandons
son Corps quiest dans le
pain entendu pour les Especes.
Et ainsi, dit-il
, en demandant
le pain de tous les jours,nous
demandons une perpetuelle
demeure en J. C.&la grace
de ne nous separer jamais de
son Corps. Itaque petendo
panem quotidianum , perpetuitatem
postulamusinChristo,
& individuitatemà corpore
ejus.
Le mesme Sauveur, bien loin
que nous devions jamaispenser
si le jour où nous allons entrer
fera heureux ou malheureux,
veut que nous reposions sous les
aisles desonaimable Providence
sanssonger au lendemain, aioûtant
ces consolantes paroles:Ne
vous mettez point en peine
pour le lendemain, le lendemain
se mettra en peine pour
luy mesme. Il nous apprendpar
là que l'homme ne se rend malheureux
que parsasollicitude @r
parsonchagrin, en se mettant
en peine d'un avenirdontil n'est
pas le maistre
, & dont il ne
sçauroit penetrer les évenemens
,
au lieu que la Divine Providencesecharge
de tous nos soins,
C3rse rend garant de nostre salut.
A chaque jour suffit sa
peine & son chagrin, dit Nô:
tIlr-e-Seigneurentendant par et
que le Latin appellemalitia des
épines de chaque iourqui fyoon~ft
attachées dl'infirmitéhumaine;
&quifontlespeines du péchéy
maisces peines ne rendent point'.
les Chrestiens malheureux, elles
se convertissent en Sacrifice,&
deviennent une participation dé
la Croix du Sauveur j ce qui
luyfaitdire danssaint Luc; si
quelqu'un veut venir après
moy qu'il renonce à foy-mesme,
qu'il porte sa Croix tous
les jours, & me suive. Tollac
Crucem suam quotidie.Tous'
les tours d'un ChrejîienfontconflecareC^
praor liaxso.uffrance & par
De plus, Ariste
, le Sacrifice
du Corps&duSangdu Sauveur
du Monde s'offre tous les jours
par toute la Terre pour le salut
des hommes, pour lepardon de
leurs pechez
, &pourtoutes les
necessitez publiques
3
& particlilkres
del'Univers. Il riy a
donc point deiour malheureux
auquel on offre cette Hostieque
l'Eglise appelle dans le Canon ,
une Hostie pure, une Hostie
sainte, une Hostie sans tache,
@¡ par consequent tres-agreable
à laDivineMaiestépourrendre
tous les iours heureux par fort
infinievaleur, &parson infinie
Cbaiite.
Tous les iours "Eg,lift celebre
la Feste de quelque Saint pour
obtenir des faveurs par son intercession
, & on compte chaque
iour de l'année plus de trente
mille Martyrs qui ont versé
leurfang pour la Foy. uipourra
donc croire,Ariste
, que sous
un sigrand nombre d'Intercesseurs
les hommes puissent iamais
manquer de protection pourresisterà
toutes les Puissances de
l'Enfer?J'entens parler à des
Catholiques,& cette raison entre
tout àfait dans l'Esprit de l'Eglise,
qui dit à Dieu en l'Oraison
de la Fe ste de tous les Saints:
Ut desideratam nobis tuæ
propitiationis abundantiam,
multiplicatis intercessoribus
largiaris. Que puis qu'il nous
faitcelebrer en une seuleFeste
les merites de tous les Saints,il
nousaccorde des gracesabondantes
par la multitude de nos ln..
tercesseurs.
., L'Ange que Dieu a commis
pour garder un hommen'a point
de iours pour le quitter & il
ne l'abandonne iamais, non pas
mesme au milieu deses ingratitudes
& deses pechez
, encore
qu'alors l'homme luy lie les
mains , & qu'il l'cmpejèhe de
l'assisterselon tout le zele qu'il
a pourluy. Pourquoy donctrouitéra-
t-il des jours malheureux.
puis qu'il peut estre toûjours
guidé,&toûjourrsilluminépar
fin Ange ?
.l LesPrieres publiques & les
Sacremens de l'Eglisesont des
canaux incessammentouverts,&
qui coulent tous les jours. L'Eglise
a mesme pour regle de commenserde
temps en temps le iour
suivant par les Vespres du iout
precedent nous voulantenseigner
par là que dans le temps,
de la grace Evangelique,où
nous avons le bonheurd'estre néy.
il nese trouve point de nuit, &.¡
elle chante dés le matin : Venez,
réjoüissons-nous dans le Seigneur
: aujourd'huy si vous
entendez sa voix n'endurcissez
point vos coeurs; cejlcorn*
mesielle disoit àsesEnfans avec
ces aimables paroles du Psalmiste
: Ne rendez point ce
jour malheureux par vostre
resistance aux inspirations de
Dieu, je vous promets en cc
jour toute joye & toute benediction.
Elle appelle tous les
iours Feries,par un terme qui
signifie vacance , repos & une
espece de Feste,pour apprendre
aux Chrestiens les plus ensevelis
dans lessoins de leurménage,&
dans les travaux de leur profession
3 que s'ils ont le bonheur d'être
dans la grace de Dieu, ou
du moins d'estre convaincus
qu'ils n'ont point d'afféction
au peché mortel, s'ils vivent
dans un esprit de penitence,&
qu'u milieu de leurs occupations
ils veuillent tenir leurcoeur
elénïe vers 7Jieu, ce qui l'si
un secours perpetuel
, une perpetuelle
lumière, &uneperpetuelleconsolation,
tous les tours
seront des festes pour eux. Il n'j
Il doncpoint de iours malheureux,
silacrcance des hommes ne leur
attire les malheurs dont ils se
sont menacez eux-mesmes, car
il leur arrive souvent ce que
S. Auguflin remarque de ceux
qui sefont faire leur Horofèopf)
queDieupour châtter cette vanité>
& pour vanger l'iniure
quilsfonta la Religion ,permet
qu'ils tombent dans les accidens
funestes,& quils font la fin
tragique quon leur a prédite.
<JMais parlons un peu à ces
Philosophes
?
qui traitentfierementdepieuses
les raisonsdela
Religion
,
quoyqu'ellessoient les
plusfortes, C1 que toutes les
Sciences prophanes se doivent
iltgèr par rapport à cette flgeffi
que Dieyluya enseignéeluymesme
, dont il estdit
,
Mine
ancillas suas ut vocarent ad
arcem: Vous avez dit à
l'homme , mon Dieu j1 dit
SaintAugustin
,
la pieté, est
la vraye sagesse : Eccepietas
est sapientia. Ceux qui
Comptent les ïoufs
malheureux à leur maniéré,les
fixent à certains iours du mois:
mais qui ne voit que c'est jfkns
, - aucun
aucun fondement raisonnable;
cars'ils ne les comptent quepour
les Chrestiens, puis qu'ils difint
lJu'z/s ont esté revelez c'est une
superstion malicieuse; &s'ils
les comptent pour tous les hommes
,c'est une choft. impossible.
En effet, Ariste,si l'onconsidere
les moiscommeAstronomiques,
le vulgaire ne les connoist pas,
& par consequent iln'en peut
compter les tours; & si tonregarde
les mois comme civils
les Nations de la terre rien conviennent
point entre elles,p/trcet
que lesChrestiensquisuivent le
Calendrier Romain commencent
l'annéedix iours plûtost que
d'autres Chrestiens qui ne le
suiventpas. D'ailleurs nous
commençons l'année enJanvier,
lesJuifsenMars, @J lesMahometans
quisuivent un cours de
laLuneindeterminé, mJçavenï
pas bien quand ils la comment
cent. Beaucoupd'autres Nations
ont ainsi un commencement arbitrairede
leur année, ce qui
fait d'autres,mois-) d'tzutrel
ioùrs des mois. C'est pourquoy
ceux qui mettent les iours heureux
r- malheureux dans les
mois en commençantparJanvier,
Gomme les Auteurs de nos Aima*
nacbs
, neifaient ce qu'ilsfont,
& ils imposent aux simples &
aux ignorans. Depluslesjours
desmoissont mobiles:carsicette
année janvier commence par un
LundYJ l'année suivante il cûm-*
mencera par le Mardy,&de
cette maniere lesheureuxoumalheureux
ne font jamaisfixes. -
Sion dit qu'en quelque jour
de la semaine quetombe celuy
du mêisyle btxnbeurou le tn&lheur
est attaché au nombre du
jour dumois,ausept, au dixy
au quinze,c'est une folie manifefle;
le-nombren'influe rien
tout seul , il n'a de luy mefine
tiy subsistance
, ny vertu. P4r
exemple
,
le nombre d'unjour
critique n'inftuë point sur le
malade
,
il ne fait que marquer
au Medecin que le mouvement
de la nature ejl arrive à un tel
periode ou de diminution ou d'accroissement.
Cesont les humeurs
&(esefjriu quidisposent,qui
rétablissent,ou quidéreglent le
corps ,0* non pas les unitez de
quelquenombre. Quand un Enfant
estarrivé à sept anr, ce
n'est pasle nombre de sept ans
bqruei le fait raisonner. Le riôthdel'année
climateriquenç
tuë ny ne guérit , cesont dfes
signesdr des indices pour nostre
memoire. Les revolutions du
corps se font de la matiere qui
est dans le corps, & non pas
d'une
, ou de deux unitez qui
viennentd'estre ajoûtéesàl'âge
par nostre raison qui les invente,
& qui ne les trouve pasfous un
estreréel. Il enest des nombres
comme des cercles- de la Sphere,
ils nous marquent les routes du
Ciel & des Astres, mais ilsne
sontpas dans leCiel, nydans
les Astres. Ainsi le nombre n'a
point de vertu dans les jours du
mois,outre quece nombre n'est
pas fixe à causedes révolutions
de l'année,&nommément dela
revolution beextile, 01 le domaine
des Planetesn'est jamais
le mesme.D'ailleurs le nombre
ne Je doit prendre que quand le
jour estcomplet, &quandil est
complet il n'est plus, car il est
incontinent fuinji du premier
insiant du jour Juirvant*
jiujp pour montrer que dans
l'ancienne Loy les nombres dont
on faisoit tant de cas à l'égarddes
jours ,
n'estoient que des mysteres
& des figures
, &non pas
lesveritables raisons des chofe-!t
c' est que le plus Célébré de ces
nombres, qui estoit leseptenaire,
dédié au repos de Dieu? a eflç
aboly&changéenl'unitéqui
signifie Dieu-mesme; car la cç-r
lebration du Sabat dans la nouvelle
Loy a esté transférée att
premier jour de la semaine
, nors
feulement parce que le monde a
esté reparé ce iour-là par la Resurrection
du Sauveur; mais -parce que ceux qui naiffoient
en la Loy de grâce estant rendus
plus capables de penetrer les ex*
cellences, de laPivimteyadorenÇ
l'immutabilité de Dieu dans le
mouvement de la nature qu'il
faitparoistre en ce premier jour,
son immensité dans le cahos, sa
beautédans la lunpierejfort unité
dans la multiplicité des Creatures,
& sa toute-puissance à les
avoircreées en un instant; au
lieu que. dans le nombre septenairel'esprit
grossier de la Loy
ne comprenoitqu'unrepos metaphorique
de Dicu) puis que Dieu
necesse jamais d'agirsans perdre
sonrepos ,selon cette parole du
Sauveur : Pater meus ufqitô
modo operatur,&egooperor.
Jusqu'icy mon Pere ne cesse
point d'agir, & moy je ne
cesse point d'agir avec luy.
Lenombre dans lejourn'est
doncpasunecause ny de prosperité
nyd'adversité; si bien,Arifte
, que ces jours heureux &,
malheureuxfontde pures imaginations,
qui n'ont ny raison,
ny fondement dans la Philosophie,
ny dans la Religion, qui
détournent les hommes de fonder
leur esperanceen Dieu, lesquels
ou pour ne faire pas des
choses en certains jours qu'ils
appellent malheureux, ou pour
les entreprendre en d'autres qu'ils
appellent heureux, se precipitent
quelquefois inconsiderémentdans
de grands malheurs, & pour
le moins commettent toûjours un
notable peché de superstition,
qui les rend indignes de l'a-ff.
tance & de la protection de
Dieu, puis qu'ils la cherchent
autre part qu'en Dieu ; car il
ne se faut pas imaginer qu'ily
puijje avoir de la bonne foy dans
les Chrestiens qui entretiennent
cette chimere. L'Apostres'en
estoit plaint defin temps, & il
l'a traittée d'un grand peché,
comme remarque Saint Augustin,
qui aprèsavoir remontré qu'ily
a des fautes qui nous paroissent
legeres
, & que neanmoins l'Ecriture
nous déclare estre tresgrieves,
Qui croiroit,dit-il,
que c'est un fort grand peché
d'observerles jours, les mois,
lesannées & lesautres temps,
comme les observent ceux
quiacertains jours,àcertains
mois, ou a certaines années,
veulent ou ne veulent pas
commencer quelque chose,
parce qu'en suivant les vaines
doctrines des hommes, ils
estiment certains temps heureux
ou malheureux, si nous
ne pesions la grandeur de ce
mal par la craints que l'Apôtre
mesmeenavoit conçeuë,
qui dit à de telles gens, c'est
à dire aux Galates à qui il
avpit presché, Je crains pour
vous, de peur que je n'aye
travaillé en vain àvostre conversion.
C'est donc un peché
énorme dont l'iniquitéa esté recelée
dans l'Ecriture, &l'on
nesecontentepas de le commet*
ireicomme les autres pechez
, on
l'imprime ,,¡dans les Calendriers
sansyfairedereflexionàcause
de l'usage
, & on le traite de revelation.
Qu'ainsi ne soit
,
Atisse, arrestons-
nous un peu aux jours
dppellr-% heureux j,(~ voyons
lesmagnifiquespromesses,ouplutost
les, promessesscandaleuses
-queton 'notÛ faitavantquede
les nommer, tirées du nouvel
;Êmanacb de cetteannée. Qui
voudra sçavoir ,dit-il, les
jours del'annéelesplus heureux
pour vendre,ou pour
Acheter,planter, semer, &
édifier, aller en Pelerinage , sen Marchandise, en Guerre,
ou enquelqu'autrelieu qu'on
aitaffaire, qu'illife & qu'il
observe particulierement les
jours cy-dessousnommez , &
avec l'aide de Dieuil neperdra
point en marché nvçn
quoy que ce soit qu'il fafleU
& sçachez quece sont les
jours que le bon Job écrivoit
'v',", ,',;, ,
par le conseil de l'Ange doi
Seigneur, qui luy fit sçavoir
les jours que les bonnes oeuvres
sesont ; &soyezcertain
qu'unEnfant qui naistra en
l'un de ces jours ,ou fera mis
à l'Ecole, parviendra au comble
dela sciences'il persevere
dansl'étude, & si on luy
donneunMestier,ilfera bon
ouvrier & hommeriche.
Ces terme#9-vite-l'aidé dei
Dieu , qu'ona infere%nefont
qu'un appas pour amuser; mais
c'eftun hlafyheme£ajouter6jUil
y a des jours ponr,
debonnes
éuvres > cwnml si tous (es plirl
n'estoient pas propres à bien
faire. Cependant les changemens
qui arrivent aux mois suivant
observation quej'ay faite, interrompent
aussi-bien les jours
heureux que les jours malheureux
en toutes les mesmes manieres,&
c'est un aussigrand peché
de s'arrester a ces Jours heureux
que de prendre garde aux
jours malheureux
,
puis qui(s
slonet arstjjiaveuritatblreselessun.s que
Maissilenombre ne contribue
rien à produire de bons, ou
de mauvais jours , ne jïourroit-on
pas asseurerqu'ily en a des raisons
Rentables
, quoy qu'elles
noussoient inconnues ? C'est icy
le dernier retranchement de ceux
qui défendent les superstitions;
maission lesécoutoit ilfaudroit
excuser toute la magie noire
.J
car les hommes n'ensçavent pas
les causes ny les ressorts; & au
reste ceux qui ne croyent ny un
'Dieu, ny des Demons, ont rendu
des raisonsdesmiracles &
dessortileges qui sont subtilement
extravagantes à la honte
de leurincredulité
,
accompagnée
d'ignorance & d'obflination. Il
est vray ,
Ariste
, que souvent
nousne pénétrons pas les raisons
phisiques des moindres effets d-1e
la nature;sipourtant notessommes
Philosophes nous ne devons
admettreaucune operation pour
naturelle
, que nous ne vojions
quelque proportion entre l'agent
& l'effet. Nous ne demandons
pasdes proportions pour les miracles
, parce que cefl la volonté
de Dieuqui les produit. Quand
nous trouvons desproportionsé-
Joignees dansune production
purement naturelle , nous allons
par ¡je-gre'{ de l'une à l'autre,
ïefipritesttouionrssatisfait,
hten qu'ilne découvre pas les
raisonsde, ces proportions.Ainsi
nousne voyonspas laproportion
jquilji a entre une goutte deÇatkg
le corps d'un animal qui en
est forméavec toutes fcs parties;
mais npus, allons pied àpied,
nous découvrons un germe,
puisunenaissance un peu obscure
de I"Cmbrion qui se forme,
noussuivons ainsi la nature jus-
'lfu'à. l'èntiereformationdu corps»
Nous n'avons f45 la mesmeouverture
dans leseffets de la Magie;
car quçlle proportiony a-til
entre quelquescercles quetrace
un Sorciersurlapoussiere £jT la
tempeste qu'ilexcite; entre deux
ou trois paroles qui se t-erdentes
l'air, la paralysie qu'ilcause
dansun corps ; entre
les
verge*
des Magiciens de Pharaon,
les Serpens qui en naissoient,ou
les illujïons desSerpens ?Je de+
mande à nostresujet quelleproportionya-
t-il entre le troisieme
Janvier que l'on croit heureux,
avec la Guerre siavec lascience
d'unEnfantquisera >dit-onPoto
vaillant ou sçavant
,
s'il com..:.
menceparce jour là ? Et quelle
proportiony a-t-il entre le premier
iour de Janvier que l'on
croit malheureux, un marché
de dixmilleécus yôuun voyage
de cinquante lieues que ce pu#
doit rendre malheureux? àeflce
-
qtte le nombre de ce iourmet
dans le corps ou dans lejpnt
pour produire ou pour empescher
les bonssuccés ? La seule propositionestldigne
de mépris, & les
SauvagesduCanada raisonneroient
plusiuste ;sib»i.en qu'un
homme attaché à fis sentimens
QUIdesespere d'en rendre une
bonne raison , se précipité dans
lacreance d'un dessin duquel il
fait dépendretous les ions &
tous les mauvais succés qui luy
peuventarriver.Quesi le destin,
de quelque manièrequ'on le
fonfoivefrcgii lescbojes3vnnejl
libreny pourfaire le bien
:J ny
pour fairele mal; iln'estpoint
besoin deconsultation
,
d'exhortation
, de blasme, ny de loüange;
Les Loixnesontpointnecessaires
, les recompenses & les
peinessontiniustes,puis qu'onne
sçauroit s'empescher de faire le
bien, qu'on nesçauroit éviter
lemal, edtantconduiten toutpar
la condition du dessin. Non, Ariste,
il n'y a point deitleftin,
soit qu'on L'attache au domaine
absolu des Ajlressurle corps
l'ame de l'homme,commefaisoit
l'Heretique Pricillien, soitqu'en
lefasseconsister enunordre eter*
nel des causes sans aucune raifin
de cet ordre comme les
Payens; c'est Dieu quipar une
providence pleine de sagesse,de
Justice & d'amour
, gouverne
l'homme avec l'homme
,
qui luy
faitfaire le bien en aidantsa
liberté,çjjr quine l'abandonne
tmaissi l'homme ne l'abandonne
le premier. Voilà l'unique cause
du bonheur & du malheur de
l'homme.
Si Dieu ne bâtit avec vous lamaisonquevous commencek,
en ces jours faussement heureux,
en vain travaillent ceux qui la
batissent pour vousi elle perirÀ
devmt:letwf>s, ou Dieu châtiera.
m. quslqusatùtve manier*
l'impiété de ceux qui l'ontcommencée
sur ces augures superstititu%.
Jl enfautpenser autant,
jbrijh , de toutes lesaffaires
lqiugeiol'non entreprend par une irre"
injurieuse à celuy
,
à la
gloire duquel nous devons dirigertoutesnosactions
tousnos
àejfeins.£V feront des affaires
fatales à ceux qui les entreprenbovt.
Si nostre secours ne vient
de Dieu, toutes les actions
touslesconseils demeureront sans
fruit. J'ay élève mes yeux
vers les montagnes, dit. le
Prophete,pourvoird'où
Viendra duscours;&ilett-
.!end par les montagnes qui font
hautes&fermes,touteslesvaijnes
efpcraicesdeshommes3qui
sont fondéessurleurorgueil; ou
surlafermetéde leurs opinions,
Adais à proteste solemnellement
que fin jecours vientdu Sei..,
gneurqui a fait le Cielt)Id.
Terre, &sans leconcours de
quipasune Créature.duCiel &*
sseçlaayuroidteal'Egnfeir*r7.is
leProphète,quandnoussomme
tentez d'adhéreràcetttïdeplor
table superstiction mon secours
viendra, de Dieu, & non pas
du choix que jepourvoisfaire du
jour. Il dit ailleurs que le iour
annonce avec éclat la parole au
jONr)&que la nuit communique
lascience à la nuit. Cette,parole
que le jour transmet au jourduivant,
efi la parole de Dieu:-
& cette science que la nuit
transmet à la nuit, efl lascience
de Dieu comme si le iour nous
disoit par la bouche du Soleil
, & la nuit par autant de bouchesqu'
elle 'a s'Etoiles, C'est
Dieu qui a produit cet ordre
du monde, c'est Dieu qui
entretient l'harmonie des
Cieux, & rien n'arrive ny le
jour ny lanuit, que par la
volonté de Dieu, ou par sa
permission.
Adais si dans chaque meis il
y a un nombre de bons & de
mauvais jours, tous les autres
iours seront-ils inutiles pour
l'homme ? C'est ainsi que le
croyent nos superstitieux ,qu'il
n'y a rienfort âcràindre, parce
qu'ils ne sont pas du nombre des
iours malheureux, ny rien fbj t
à desirer, parce qu'ils ne jont
pits du nombre desiours1-heu*'
Yeux* Nous voyons "aIt cccmtrdirt.,
Je cela dans l'Histoire de toutes
lesNations &de tous lessiecle,
qu'iln'y a point de iour del'anme
qui n'ait esté favorable aux
unsfunefle aux autres, &
qu'en tous les jours il est arrivé
de notables revolutions publiques
de bonheur & de malheur.
CesfJ9orrttcaêddeeffuuppeerrjflliittiioonnss.tteerr-.
-neent la pureté de la Religion
&quelquefoisimfme3 le erouriez-
vous,Ariste ellesdétruisent
U bon ordre del'Etat Ily
aura tel eputé du Prince.pour
une affairetres-importante,lecjuel
voulant éviter un jour
malheureux
,
laissera passer les
meilleuresoccasions d'executer le
commandement desonMaistre.
Un General d'Armée jeconduis
fantpar lemesme caprice,donnera
la Bataille, ou retardera
de la donner, & ilse portera.
dans quelque grand inconvénient
au préjudice de l'Etat;
car en verité,Ariste ,
les Grands
du monde
&
& les Gens de qualité,
qui n'ont que de grandes
èsperances°randes craintes,
sontsuiets àtoutes lesespeces de
supertiition qu'ilsJe figurentestre
prepres à leur fin&l'Histoire
est remplie ou de trissesou de ridïcules
exemples en cette matie*
re; toutes les Cours en tous
lts
siecles ayant eu des Devins, des
Astrologues,& des fauteurs de
supestitions, jusque-là que des
hommes mesme qui riont pas
beaucoup de Religion
,
rient pû
se défaire de quelque opinion, ou
de quelque coûtumesuperstitieuqe
qu'onleuravaitimprimée dans
lejprit;, voulant trouver quel-
€fue chosedecertainparmjy les
incertitudes danslesquelles unt
mauvaiseéducation, ou le ,de.
faut de Religion les entreteint
tous les jours. C'est 14 qualité^
dei'tfprit
»
df- non pas la dù&r
rence des Religionsqui fait attacher
les hommes à cette forte
*
defantaisïe.Auguste qui fut
digne de l'Empire Pomain, anjoit
néanmoinscettesoiblesse detirer
desessonges, & dessonges des
autres, de bons & de mauvais
augures pour conduire Jes affaires;
@J Valentinien, tout ErnpereurChrejl'un
qu'il estoit,nosoit
paroistre en public le jour du
Bissexte, parce qu'il l'estimoit
un jour de mauvais augure.
Aîais en cccy, Ariste, nos siges
Romains estoient des hommes admirables
; car lors qu'ils vouloient
declarer la guerre à leurs
ennemis,ilssi mettoient en peine
de chercher un jour heureux
pour faire cette déclaration;
mais quand il estoitquestion de
se défendre contre ceux qui les,
aboient attaquez les premiers,
tous les jours leur essaient bons.
C'est ainsiquelapolitique Je
prévaut, ou Je moque de laReligionyfélon
Jes différéns intrests.
Il a souvent fallu faire—-
desviolences à ceux qui commandoient
les Armées Navales
de nos Rois, pour partir le Vendredy
; &on a vît des Catholiques
& des Huguenots s'arrêter
dans le Port, encore qu'ils'
tuffint le vent favorable pour
naviger,&qu'ilsfussentpresser
deleurs affaires,tant eSl miserable
la conditiondel'homme,qui
tdntoJ1se laisse préoccuper de la
superstition, & tantost de la negligence
&dumépris des choses
de Dieu.
Les SupérieursEcclesiastiques
doiventaussi de leur part corriger
cetabus qui estdevenusifamilier&
sipopulaire, que l'on ne
prend presque point desoin dele
refuter. Ils doivent representer
à ceux qui sont entestez de ces
erreurs, que cette distinction des
jours n'estfondée nysur l'E*
triture> nysur laTradition£ny
sur la raison5&quoiipelapeut
,mvcep,mreeennt,u.Ssa.g.Peafaunlés'pcernchanert-j,ratuex»,
vtment.S.Paulécrivantaux
Galates,comme jevousl'ay déjdi
marqué, les reprend de cequilt,
observent les jours, les mots, les<
faisons & les années, & ilditqu'ilapprehende
de leur avoir
preschéinutilement la Foy du,
Sauveur,& que tous fistravauxnesoientperdus.
Si l'Apostrereprend
les Galates de ce ilsvouloient imiter lesJuifs*
comme beaucoup de Peres l'interpretent,
dont au moins Dieu
zvoit dicté la Loy
, quoy quelle
fustabolie, que ne diroit- il point
à des Chrestiens qui imitent les
Payens ? Car c'est tomber actuellement
dans l'Idolatrie, selon la
remarque de Saint Thomas sur
ce passage
,
de ne se conduire
qu'au gré des Astres
, (7 de faire
dépendre de leur disposition nôtre
bonheur & nostre malheur,
comme si les Astres estoient nos
Dieux. Que les Chrestiens qui
attribuent aux Astres les bons
& les mauvais jours, pensent
serieusement à ce reproche. Ce
ness pas une figure de Rhetorique
, ny une exageration de
Morale, c'est une verité inconteflable
, que celuy qui dans les
allions libres & volontaires se
pûmet au cours des Jflres3 adore
les Astres, nul ne pouvantmieux
témoignerla Religion qu'il a pour
leSoleil) la Lune:J& les Etoiles,
que celuy quisoûmet à leurs mounjemens
& à leursinfluences sa
raijon3Ja liberté,son bonheur
eson malheur, qui en un hommage
qu'ilne doit qu'à Dieuseul.
C'eflpourquoy l'Apostre a raison
de dire aux Galates : Je crains
pour vous que je n'aye travaillé
en vain, estant constant
que quiconque estpossedé le l'espritdefuperflition3Joule
laRe:
Lglan aux pieds par l'esperance
desjours heureux
, &par l*apprehension
desjours malheureux,
& que l'on va quelquefois de
superstition en superstition jusq'iesa
la Magie noire.
-
Les Conducteurs des amet
doivent accoûtumer les Chrestiens
à repousserun sigrandmal
en les obrlige>ant deJfaitequèiquè chosed'important auxjoursquil$
appelleut malheureux , (èf tn
leur défendantquelquefois dïentreprendrerien
d'important aux
jours qutlsappellentheuHux* s'il
riyrd-une xkfoluëneeejjttédele
ftke9ajin d'abolirdans leur cfprit
etttt pernicieuse créance;carsiles
penitens n'ontpointd'autre ras4
ls'oanttadcehermejeetntetr leur conseil, que
obstiné qu'ils ontà
la difference des jours,illeurfaut
refuser les Sacremens , comme
estant atteints d'infidélité&d'ldolatrie.
Il est certain que l'on
donne des avertissemens aux Prônes
des P,troiOeJ)qui ne sontpas
plus utiles&plussalutairesqutfl
celuy de défendre de pareilles
observations. Le malheurest que
beaucoup de Chrestiens qui les
font>ne s'enconfessent pas par
uneignorance crasse&inexeupible,
je flatantque ceriejipas
pechédepoursuivre le bien qui
la attend
, & d'éviter le mal
qui lesmenace, quoy que l'un
'& l'autre soientdeschimeres.
Il leur faut dire quel'Eglise
a frapé d'Anathême ces Observateurs.
Outre ce que i'ay rapporté
de SaintPaul, & de Saint
Augustin,
, un Concile de Roüen
tenusous nos premiers Rois Chrêtiens,
dit, Siquelqu'un aux
Calendes de Janvier vient à
faire une de ces choses qui a
esté inventée par les Payens,
s'il observe les jours,& la
Lune, & les mois, & s'il
espere qu'une affaire fera suivie
d'un bon ou d'un mauvais
succés par la puissance
efficace des heures, qu'il foit
anatheme. Si quis in calendis
Januariisaliquid fccerit quod
à Paganis inventum est
, &
dies observat, & Lunam &
menses, & horarum effectiva
potentia aliquid fperat in
meliusaut in deterius verti,
anathema fit., Il nefaut quunt
decesobservationsimpies pour
encourir l'anatheme de l'EglïJe.j
&neanmoins comme la superstition
provient d'unefoiblesse
d'imagination, & d'unentestementsansraison,
quiconque
est superstitieuxpour les tours
particuliers que marque l*Aima*
nach, le sera pour tous les temps
de l'année sur lesquelson a In*
venté de cesfaux rrz.yfteres..C'est
pourquoylesPasteurs desames
doivent étendre plus loin leurs
interrogations quand ils ont découverten
un homme quelqu'une
de cesfoiblesses,&>ajjuïémerfr
ilstrouverontdansftn, coeur,plut
d'une Idole à renvejer,>-LéPape
Nicolas l. défend auxBulgares
les observations des ycotri; UÇoncijed*Aufb%urg*9*ki&tn
rf+$. prive de la Gomrnurii3&
ceuxquilessuivron.Carqujr
gq-il de commun entre le Saù*
veur& crtt: Idole? Voyez,
Ariste,d'autres autoritez dan*
le.. Traité des Superstitions du
sçavant Mr Thiers, qui devroit
estre entre les mains de tous le$.
Curez, & de tous les Peres de
Famille, à causedesonutilité.
Au reste il fautdesabuser le
Peupledela creance où il pour- roitestresurlavaineautorité
de l'Almanach
,
tjuun Ange ait
revelé aJob cette différencedes
tours,il n'y en a pas la moindre
tracedans le LivredeJob, que
l'Egliseareceu,&toutefois l'on
rend garant le Saint-Esprit ,
d'unmensonge & d*une impieté.
Tous les jours de Job furent
heureux quand il estoit dans la
prosperité,parce que les richesses,
ny les honneurs ne luy firent
jamais oublierDieu, & tousses
jours furent heureux dans son
adversité
, parce que ny la perte
de ses biens, ny la mort de ses
Enfans
, ny le déplorable efttlr
de son corps qui n'estoit qu'une
grande playe depuis la reste
jusqu'aux pieds, (;) une chair
presque reduite en fumier, ny
les réproches de sa Femme, ny
les discours injurieux de ses
Amis , ne tirerent jamais de sa
bouche une parole de murmure
contre 14 Providence de Dieu.
Au contrairequand il parle des
Impies ilditsans aucune distinction
desjours Ilspassent leursjours
parmy les biens de cc
monde, & dans un moment
ils sont précipitez dans l'En.,..
fer.Au partir dela ,mon cher
Ariste,tous lesjourssontmeslez
de bien&de mal au regard de
quelqu'un. Le mesme jour en
<voit-naijtye (7 en voit mourir ;
les finssontdéfaits& les autres
font victorieux dans une mesme ,4 *l'un gagneson cTrocês•
&l'autre le perd dans le juge>
ment dJan mesmejour;l'unfait
naufrage & l'autre se sauve
dans une mesmetempeste. Mais
quoy ? le mesme jour l'un meurt
dans la grâce deDieu &l'autre
dans lepeché;le bon Larron roceutleParadis
&Judas tomba
dans l'Enfer. En vérité
,
Arijle^
ilfaudrait bannir absolument du
commerce desChrêtiens cestermes
d'heureux&de malheureux*de
bonne &de mauvaise fortune,
sinon par rapport à la grâce Cm
au peche*> & ils ne devroient
jamais foiïiRer leur bouche en
mmmant latjwtuoe-qm nejftoL*oei*
propre qu'auxPayens , parce
qu'ilsneconnoissoient pas Dieu
dans
:
lesordres & dans la conduite
duquel ilriy a rien qui
soitcasuel fortuit> mais tout
est providence , tout estsagesse
, &tout estmiséricordeoujujïicei
eN la prosperité que leshommes
appellent labonne fortune
, ne fkrt d'ordinaire <^#->4^perdre
hs, hommes màcorrompre leurs
moeurs, (fo ladifgacejeiï.une
matiere plus asseurée de leurfa*
bit, si on ne la convertiten
pechépar l'impatience &<p$rjç
murmure, Mon Dieu , jedittfiç
toutescesAeeun
vheureux
& malheureux. Toute
la Nature est 'Vô,tre ouvrage ,il
n'y arien de mauvais
) totit
l'ordre de la grace eji un effet
de vôtre misericorde
)
il riy a
rien que de bon. Soyez vousmesme
nôtre jour & notre lu- ,
miere. Faites-nous craindre le
peché qui en laseulechose que
nous pouvons appellera® mlll.
heur, & que nous nous atttf-r'
chions à vous comme ét notre
souveraine filiâté.
Je crois, Ariste ,.que vous frm
fez encore plusconfirmé dans
vostreopinion aprèslesraisons
que vous venez de voirAvjfî
ie conçoistoûiours pourvous de
plus grandssentimens d'estime
&d'affection,estant convaincu
que vous ne cherchez que la
verité.
un Discours fort court, mais
aussi poly qu'il estoitferré.
Vous sçavez que cet Abbé
est Aumosnier de Madame
la Dauphine. Le lendemain
les Deputez desCompagnies
Supérieures vinrent faire
compliment à son Altesse
Serenissime. La parole fut
portée par Mrle President
Bouhier pour le Parlement,
& parMr le President Bernardon
pour la Chambredes
Comptes. Ces deux Illustres
Magistrats donnerent des
marques de leur éloquence
par desdiscours qui ne plurent
pas moins àce Prince,
aua. tous les autres qui Ieî
entendirent. Le 15. l'ouverture
des Etats se fit. Monsieur
le Prince partit du Logis du
Roy à dix heures précises
pour se rendre chez les Peres
Cordeliers où ils se tiennent,
enattendant que la Chambre
deMrs les Eleus que l'dni
bastit actuellement, soitaehevée.
Il estoit precedéde
la Marechaussée,desesGardes
ordinaires, .& des Gardesde
laPorte,la Noblessemarchoit
immediatement aprés.Un
Lieutenant deRoyfùivoit3£;
fermoit le Corps de la NobIelle,
& Son Altesse Serenissime
alloit ensuite
, ayant
devant elle un Officier de ses
Gardes. Elle estoit accompagnée
de Mr Brulart, premier
presidentà main droite, de
Mr de Harlay, Intendant de
la Province, à main gauche,
& de deux Trésoriers de
France. Ces trois derniers
estoientrevestus de leurs habits
de ceremonie. Mrl'Intendant
avoit sa Robe de
Conseiller d'Estat, qui est de
Satin noir à manches pendan-J,
tes,&Mrs les Tresoriers des
-- - - - - -
Robes noires de velours pleiïh
aussi à. manches pendantes,
avec la Toque de velours &
le Cordon d'or qu'ils portent
de tout temps en qualité de
Generaux des Finances. Monsieur
le Prince estant arrive
IUX Cordeliers
, futcompli-
Tienté par le Gardien,& il
îe^fe fut pas plûtostplacé
tans l'Eglise
, que l'on comnença
la Messe du Saint Efrit.
Elle fut chantée folemlellement,
& lors qu'ellefut
inielaCompagnie se rendit
laSalledestinée pour cette
eremoniequise fait tous les
trois ans. Mrle Tresorier Moreau,
en qualité de Commiffaire
& de Porteur des ordres
du Roy pour la convocation
des Etats, parla le premier,
& fit un tres-beau discours,
où il mefla fort adroitement
l'Eloge de Sa Majesté avec
celuy de Monsieur le Prince
qu'il priaensuite d'ordonne„r
lale£hire& l'enregistremen
des Lettres qui contenoien
les intentions de Sa Majestés:
Ces Lettres ayant esté leues
parle Greffier des Etats, Son
Altesse Serenissime dit enpe
de mots qu'elle ne mettoi
pas en doute qu'on ne fust
fort disposé à executer les
ordres du Roy. Aprés cela.,
Mr le Premier President fit
un excellent discours sur l'avantage
que les François ont
d'obeïr à run Monarque qui
a toutes les vertus dignes du
Trône. Mr de Harlay parla
ensuite d'une maniere convenable
au lieu & au sujet. Il
s'attacha principalement au
bonheur dont joüitlaFrance
d'estregouvernée par un Roy
qui la défend si bien de ses
Ennemis, & qui fait vivre
fcs Sujets dans un repos,qu'on:
peutesperer de voir d'autant
pdleus durable,qu'il est le fruit
sa profonde sagesse. Il sinit
en disantqu'unregne si
glorieux ne nous laissoit rien
à souhaiter sinon que le Roy
vescust long temps ,
& qu'il
portast luy-mesme dans le
Siecle à venir la nouvelle des
choses toutes merveilleuses
qu'il a faites en celuy-cy. Mr
l'Evesque d'Autun, en qualité
de Presidentné desEtats,
parla après eux avec son éloquence
ordinaire, &en fou--
tenant l'interest des Peuples;
& de la Province, il ne laissa.
pas de faire éclater le zeleardent
qu'il a pour le Roy.
L'aprerdinée les trois Etats
s'estant retirez dans leurs
Chambres
)
procederent à la
nomination des nouveaux
Eleus pour les trois ans à venir.
L'Eglise pomma Mr l'Evesque
de Châlons
,
la Noblesse,
M. le Comte de Saintrailles
, & le tiers Estat M.
Bulard de Sevre.
Le16. Monsieur le Prince
fit l'ouuerture du Prix du Jeu
de l'Arquebuse, au son des
Violons & des Hautbois, &
au bruit des Timbales & des
t»
Trompetes, par deux coups
qu'il tita, & qui donnerent
assez prés du noir, pour faire
voir qu'ilauroit pû ensuite
remporter le Prix,s'il ne s'estoit
contenté de donner cette
marque de son adresse en
faisant honneur aux Chevaliers.
Il s'yen rrouva de vingt
Villes considerables,tant de
la Province, que des Provinces
voisines. Chaque Villey
en avoit envoyé cinquante
en bel équipage, & ils se
rendirent tous ce jour là avec
leur Guidonau Jeu de l'Arquebuse.
Cessix Versse lisent;
sur la porte de ce Jeu, au bas
de la Figure de Henry IV.
Vay regné sur le Trône où regnoient
mes Ayeyx,
On a compté mes jourspar mes faits
glorieux
,
A tous mes Ennemis ma valeur fut
fatale,
L'eus toutes les vertus qui forment
un grandRoy
,
Et dans l'Univers ie ne voy
Jhte LoriS LE GRAND qui
m, 1 élegale.
Les Vers suivans font au
bas de la Figure du Roy,
qui est dans le milieu de ce,
mesme Jeu.
Toy quun desir de vaincre attire
dans ces lieux,
Avant que de combattre arreste iey
tes yeux.
Si pour prétendre au prix que promet
la victoire,
De l'amour de la gloire on doit ejhre
animéy
Quipeutmieuxt'inspirer cet amour
de la gloire?
Que l'ifpeéf du Heros qu'ellemesme
aformé.
On lit ceux cy au bas du
Portrait de Monsîeur le
Prince.
Loindre auxgrandes vertus un ifprit
penetrant;
A lagrandeNaissance un coeur encor
plus grand,
Sfavoirvaincre par tout , & par
tout ¡¡d'Voir plaire,
, De ta Bourgogne estre le ferme
affuy, C'etfpar là que cePrinceestsemblable
à son Pere,
Et que déiason Filsparoistsemblablé
à luy.
Chaque Chevalier devant
tirer quatre coups, on n'acheva
que le 20. quoy que
l'on eust commencé le 16.
Chaumont en eut quatre au
noir avec les plus courts Echantillons
, ce qui luy sit
remporter le Prix. Dijoneut
le second avec plusieurs pieces
particulieres; & comme
ce Prix estoic de plus de mille
pistoles, tanten vaisselled'argent
qu')enargent monnoyé,
la pluspart des Chevaliers en
eurent leur part, ce qui fit
qu'ils s'en retournerent tous
tres-satisfaits.
J'oubliois à vous dire que
les trois Madrigaux dont je
viens devous parler, font de
M Moreau, Avocat général
de la Chambre des Comptes
de Dijon. Il vous est déja.
connu par d'autres ouvrages,
maisvous ignorez peut-estre
que l'heureux talent de faire
des Verss'est communiqué à
Desesflots argentez mesloit le doux
murmure
Au ramage de mille oJflaux.
Làsurunverd gazon ,
à l'abry des
ormeaux,
L'heureux BergerPhilene,
Foulantdesfleurs le tendreémail,
Estoit dans les bras de Climene;
Etsursabouche de Corail,
Cet Amant affamé, foursoulagersa
peine, [cieux.
Savouroit des baisers le miel deli-
Alors d'unviftransport qui brilloit
danssesyeux
Suivant les atteintes aimables,
Le coeur tout penetrè d'amour,
Dansces heureux momens, pour luy
sifavorables, ,f
Ilfitredire aux Echos d'alentour.
Non, non, je ne crois pas, que.
,
jamais sur la Terre
,,'
Le Maistre du Tonnerre
Ait de tant de plaisirs goûté les
doux Qu^nd appas, il prit, pourjoüird'une
Beauté mortelle.
D'un Cygne ou d'un Taureau la
figure nouvelle,
Ou lors qu'en gouttes d'or il tomba
dans ses bras.
Non, je ne le crois pas.
Le Jeu des Echets est le.
plus ancien, le plusuniversel
, & le plus honneste de
touslesJeux. Quantitéd'Auteurs
considerables en font
mention depuis fort longtemps.
Toutes les Nations
se font un plaisîrdelejoüer,
-&, il convient à toutes fortes
de personnes, gens d'épée,
de robe,& mesme d'Eglise.
Ce qui le faitsur tout estimer,
c'est que le hazard n'y entre
point comme dans les autres
Jeux. L'esprit du Joüeur en
fait le tout. Toutes les prérogatives
de cet excellent
Jeu n'ont pourtant porté
personne à donner des leçons
pour le bien apprendre, &
pour le joüer dans les réglés
de l'art. On en a recüeilly
quelques-unes qu'on propofo
aux Joueurs, afin qu'ils soient
excitez à en augmenterle
nombre,&que par le moyens
de pl ufieurs qui voudront
bien y contribuer, on puiflc
estre instruit de tout; car pour
ce qui estdesdispositionsde
ce Jeu qui sont dans quelques
Livres, elles dépendent de:
la conformité de celuy avec-WI
qui on le joüe
, & quand elle;
ne Ce rencontre pas, cela ne:
peut estre utile, que par des
reflexions, & n'a pas l'avantage
desprincipesd'une feience.
Ce que vous allez lire sur
ce su jet a esté£critparune
personne d'esprit& de mérite,
& je ne doutepointqus
les personnes de vostre Province
qui aiment ce Jeu, n'en
tirent une grande utilité.
LOIXDVIEVDESECHETS.
I. I L faut que le Dammier foit
posé d'une manière que
chacun ait à la droite la Case
blanche dans l'extremité de
sa premiere rangée.
II.
Il faut que le Roy blanc
foit placé d'abord dans une
Casenoire, & le Roy noir
dans une Caseblanche. C'est
ce qui semble donner lieu
3U combat , comme s'ils étoient
dans le domaine l'un
de l'autre.
III.
Le trait, qui est comme
avoir la main au piquet, se
tire d'abord au sort, & celuy
quiagagné continue d'avoir
le trait,à moins qu'on ait
convenu de l'avoir alternativement.
IV.
Si celuy qui avoit le trait
ne gagne pas la partie& qu'il
mette l'autre pat, il a perdu
le trait.
v. :
Une piece touchée doit
estre jouée, si elle se peut
joüer, à moins que vous ne
Vdisiez enlaIpren.ant,J'adont. ;
Si vous touchez la piece del'autre,
vous estesobligé de
la prendre, quoy que vous
n'ayez pas encore touché la
vostre qui la peut prendre.
VII.
Si l'on vous donne échet,
ou que l'autre fasse une fausse
démarched'une de ses pieces,>
& quechacunaitdepuis cela
joüé un coup, le jeu tiendra,
&celuy qui est en échet sera,
obligé de s'en tirer enfuitc.
VIII.
S'il arrive que chacun ait
un coup qu'il croit avantageux
, & ne le veuille pas changer, joüant toûjours
sur une mesme Cafe, c'est un
re*fait.IX.
Les Pions deviennent Dames,&
en ont les démarches
& les proprietez, tout autant
qu'il y en a qui arrivent à la
derniererangée.
; X.
Le Roy ne faute que deux
Casés en roquant à sa droite
& à sa gauche, & il ne faut
pas qu'il y ait aucune piece
entre luy & sa tour.
1
~<
-
XI.
Le Roy ne peut roquer s'il
s'est déjaremué, s'il feroit
en échet dans la cafe où l'on
roque ,
mesme s'il souffre
échet en sautant, il ne pourra
roquer, à moins que l'autre
ne vienne à retirer la piece
qui le battoit, ou que luymesme
se couvre d'une de
ses pieces
, ny lors qu'on a
remué les tours. - :
:~c XII. -
Le Roy renfermé sans eftrc
échet, &ne pouvant joüer
sans l'estre, cela se nomme
pat, qui rend la partie nul."
le. Il en est de mesme s'il
a des pieces qu'il ne puitle
joüer.
XIII.
Si le jeu vient à se brouiller
par la chûte du Damier 5ou
qu'il en ait esté renversé par
une personne de dehors
dennteressée
> ce fera un refait, encore
que l'un ait de l'avantage
sur l'autre à moins qu'on ne
convinft de la situation des
jpieeces,upour..remettre le XIV.
v
Il n'est point permisaux
Spectateurs de conseiller,ny
de rien dire au prejudice de
qui que ce fXoit. V.
Les deux Rois ne peuvent
pas s'approcher,il faut qu'il
y aitau moins une Gafeenutè,
eux.
XVI.
Lors quon pousse d'abord
le pion deux Chfes
,
le pion
de l'autre peut l'arrester à lai
première , & le pr.en,dr>e.Aw\
Avis auxJoüeurs d'Echets.
I.
OUVREZ vostre jeu par deux
pas du pion du Roy. Au second
coup, mettez le Fou de
vostre Roy sur la quatriéme
Cafe du Fou de vostre Dame;
& au troisiéme coupvostre
Dame à la troisiéme cafe du
Fou du Roy. C'est le jeu du
Calabrois : & si l'on n'y Jemedie,
vous donnerez l'échec
de Berger.
II.
,
Ou bien au troisiéme coup
au lieu de la Dame,mettez
le Chevalier du Roy (urlla
troisiémecase duFou duRoy,
& ensuite sur la quatriéme
case du Chevalier de l'autre,
& si on ne l'empesche
, vous
prendrez avec vostre Chevalier,
le pionqui est dans la
deuxiéme cafe du Fou de
l'autre Roy
) & aprés la Dame
ou la Tour.4 III.
C'eil: un avantaged'avancer
vos pions, mais ilfaut qu'iiN
soient liez & soutenus.
t 1.V.
Ne joüez pas le pion qui
est devant le Fou du Roy, car
file pion du Chevalierdu
Roy estoit avancé de deux
cases,la Dame ou le Foude
l'autre en vous donnant
échec, vous feriez mat.
-V-1 VV..
1 Ne joüez point non plus
le pion qui est devant la
Dame,car si le pion de son
Chevalierestoit avancé de
deux cases, un Fou qui fera
soutenu, venant donner sur
vostre Dame la prendroit.
-
VI.
Les pieces estant avancées
de part & d'autre
,
formez
vos desseins, ou pour atta
quer le Roy,ou pour prendre
quelquepiece. Regardez
l'endroit le plus foiblepour
y donner, & défendez vous
de celuy où ses forces font
ramassees. ,',' .)
•- :; l' VII. ,', -
Si le casy échoit,croisez
vostre pion sur deux pieces
de l'autre, pourveu qu'il n'y
ait point de danger,comme
il arrive lors que le pion quî'
prend découvre la Dame ou
une Tour, & la met en prise. : "',., VIII. ':
,
Ne joüez point sans faire
une reveuë devostre jeu &
de celuy de l'autre, pour découvrir
ses desseins
, & pourvoir
à tout. Ce Jeu est un
Jeu depenser.
IX.
C'est un avantage de faire
doubler & tripler les pions
de l'autre, s'il n'y a point
d'accident contre vous. , X. Quand il y a une piece à
prendre moindre que celle
qui prend, comme un pion
à prendre par un Fou, ou un
Fou par un Roy, ou une
Tour parune Dame,examinez sivostrepiece quiprend jne.
s'engage point a estreenfermée.
XL Sil'occasion le presente,
enfermez avec vos pions les
picces de l'autre,ouunFou
ou un Chevalier, ou une
Tour, ou la Dame.
XII.
Soutenez le pionquiestà
la deuxiéme cafe du Chevalier
, car si le Fou de l'autre
le prenoit,vostre Tour seroit
perduë ; si elle se trouvoit
entre son Chevalier & son
pion, à costé &devant.
:XIIL ).
On fait piece pour pièces
lors qu'on y gagne un pion,
ou lors qu'on rompt le dessein
de l'autre , ou lors qu'il se
presente quelque autre avan- , tage.
- xIV. ) ,;
Ménagez des découvertes
avec les pieces qui se presentent.
Ce font des embusches
secretes
, qui produisent la
prise d'un Fou, d'un Chevalier,
d'une Tour,de la Dame
§cquevlqu.exfoivs m.at. ; Il ne faut point roquer
trop, de peurquevous ne
soyezd'abord attaqué là>tiy
trop retarder, de peur de ne
le pouvoirplus faire; il faut
dégager ses pieces des deux
costez du Roy, pourpouvoir
roquer dans le temps.
- XVI.
Joignez deux de vos pieces
cnfemble pour prendre celles
de l'autre. quine font soutenuës
que par une piece.
XVII.
Si l'autre se trouve avoir
plus de pieces, & son jeu en
meilleur estat, roquez du
mesmecosté que luy,car il
ne pourrapousser iti pions,
contre vous sans sedécou- vrir. , , XVIII.
Si l'on vous donneéchec,
regardez avant que de remuer
vostre Roy,si vous ne pouvez
pas couvrirl'échec
> 9U
mesme prendre la pièce.
,,). :;;'" XIX. :
Observez toûjours les Chevaliers
de l'autre lors qu'ils
s'avancent, car leur démarche
oblique fait souvent des furprises.
XX. Mettez rarement vostre
Dame devant vostreRoy,ou
sur le mesme travers, de peur
qu'onneluy oppose une Tour
ou un Fou, qui la prendroit,
ne pouvant se retirer sans laisfer
le Royen échec:mettez
moins encore la Dame derriere
leRoy.; XXI. ¡,
Prenez garde lors que vous
mettez la Dame,ouuneTour.),
sur une cafe qui de mesme
que celle du Roy se trouve
exposée à la démarche du
Chevalier, car en donnant
échec si vous ne le prenez pas.,
il prendra vostre piece.
»,YorXXlLu.'r.
Il ya des coups à faire en
îettant une piece en prise
~us ~unopion del'autre,qui
[I'l.f.,Ia,,prcnaiit découvre sa
)alner;ou., une autre piece,
meilleure que celle qui prend.
XXIII.
Si vous placezvostre Dame
~>u vostre Tour vis à vis le
Roy de l'autre, & que son
~don du costé de la Tour foit
avancé d'une Case, vous pourez
le prendreavec un Fou
guérie pion de devant son,
j.oy ne peut prendre, à cause
qu'il mettroit son Roy en
échec.
XXIV.
Ne biffez pas toûjours
Roy aprés avoir roqué,san
,
avancer le pion qui est devan
ou à son costé,car autremen
si entrant dans sa rangée o
luy donnoit échec avec il
Dame ou une Tour, il seroi
mat,s'il ne pouvoit couvrir
XXV.
Ne mettez gueres vostre
Roy sur la mesme rangéeo
est vostre Dame, ou une
Tour, ou une autre pieces
lors qu'il y a au moins deux
Cases entre le Roy & la pieces
cat en donnant échec à vostre
y , on le fera sortir de la
gée,&on prendra la piece
est derriere sielle n'est
soutenuë.
~)
Les differcns mouvemens
l'autre jeu doivent charile
vostre, & vous faire,
server tout , pour profiter
ce qui se presente.
XXVII. .<"
les grands desseins s'exccut
quelquefois en perdant
pieces, mais il faut estre
tiré de son fait, & avoir
n compté, sans quoy on
doit pas feulementhazarun
pion.
XXVIII.
La Dame de l'autre, lié
avec une de ses pieces, do:!
vous estre suspecte, car c'e
undessein ou de donner mait
ou d'executer quelque cour
qui y serve, ou pour prend
une piece. : XXIX.
On ne doit point laisser o
pions en prise, à moins que
n'y ait quelque coup à fain
mais sur tout on doitgardé
le pion qui est à la deuxién
Cafe du Fou, car sileChev
lier de l'autre vientàle pre:
dre
, &
-que vostre Tour
puisse fo remuet, ellon<'. pourra
éviter d'estre pn(e.
XXX.
Quand le Roy roque du
costé de la DamQ, il faut
donner ordre à soûteuir le
pion qui estoit devant la
Tour, car si l'autre Dame
venoit à le prendre
& donner
ensuite échec au Roy dan$
la rangée où il est,
elle le
mettra mat, ou elle y fera du
desordre.
XXXI.
- Lors qu'il y a quelque piece
devant l'autre Roy, mettez
de vostre costé dans la mcfme
rangée, la Dame ou une
Tour,& ensuite avancez un
;
pion de l'autre rangée sur sa
piece, & il la prendra, car
elle ne peut se retirer sans
mettre son Royen échec.
XXXII.
Ne laissez point doubler
les Tours de l'autre dans la
premiere rangée de vos pionS.
car elles font capables d'y'
mattervostreRoy.
,'. XXXIII.
Le Fou de l'autre qui n'a
pû servir à vous donner l'échec
de Berger, & qui s'éssa
retiré loin dans la
deuxième-,
-Gare de sa Tour, doit estre
.Obfcrvef incessamment, caril
cft là en embusche, ô:il attend
l'occasion.
-, XXXIV.
Lors que vous avez roqué,
ne prenez point le pion de la
deuxième Cafe du Chevalier
del'autre
,
qui est vis à vis de
Vostre Roy, à moins que
yousne vous trouviez le plus
fort en pieces,car autrement
cee ûpion estant osté, vostre plusexposé.
," XXXV.
Si vousavez vostre Fou dans a deuxiéme Cafe du C hevalier,
ne mettez pas le Chevalier
devant ce Fou à la troisiémeou
quatriéme Cafe; car
si l'autremet sonFou dans la
deuxiéme Cafe de son Chevalier
, & qu'ensuite il avance,
deux Cases le pion de devant
l'autre Fou
,
il prendra vostre
Chevalier, que vous ne pourriez
retirer sans perdre voilre.,
Fou, & ensuite vostre Tour,
si elle ne pouvoir se remuer. xxxvI.0":; >
Lors qu'on donne a prendre
le pion de l'autre Damo
avancé de 'deux Casesce
qu'on nomme la Gambite,il
faut sçavoir biendéfendre
le pion qui a pris, car autrementpour
un pion gagné,
on court risque de perdre la
partie ; vostre Roy en demeure
alors plus exposé,plus
découvert aux attaques, &
cft si pressé qu'il ne peut roquer.
, I.
XXXVII.
", Lots qu'on presse vostre
Roy avec plufiours pieces,
employez les vostres à le bien
défendre, car si au lieu de
celavous attaquez l'autre, ce
ne sera qu'une fausse diversion
, qui aura éloigné vos
pieces, &donnera de l'avantage
aux autres pour vous reduireà
l'extremité.
XXXVIII.
Pour attaquer deux pieces
à la fois d'un seul coup, couvrez
par exemple vostre Fou
qui donne sur la Tour de
l'autre, d'un de vos pions &
s'il arrive qu'iloste ce qui
couvroit saTour,poussezle
pion de devant vostre Fou sur
ce qui se rencontre de l'autre,
foit Fou ou Chevalier,car
alors vous prendrez sa Tour
avec vostre Fou, ou son Fou
avec vostre pion.
TIWTS'XXXIX^V*®^3*^
Lors que vous avez vostre
Dame vis à vis del'autre Roy
qui a roqué,avancez vostre
Fou à la deuxiéme Cafe '- du
pion où estoit sa Tour, car
il-fera obligé depousser le
pionqui est devant son Roy,
&vous prendrez saTour avec
vofire, Fou ;s'il ne le faisoit
pa$J vostre Dame le matte.*
roit. _finùavinmsbà*nol\
,3tw£i w».- XL.r"« ': -i% Quand on peut donner e-;o
chec à l'autre Roy par plusieursendroits
avec la Dame, il vaut mieux le donner du
costé que l'échec ne sepeut
couvrir, à moins qu'il n'y ait
lieu de prendre la piece, qui
aura couvertl'échec.
XLI.
- Il n'est pas bien de marquer
avec le doigt la Cafe où
l'on
pourroit mettre sa piece, car
outre que cela est d'un petit
joueur de chercher avecles
doigts, cela fait entrevoir à
l'autrevostre dessein.
XLII. -
Ne changez point unFou
ny un Chevalier pour trois
ny pour deux pions, à moins
que cela ne fasse une ouvertureavantageuseavoftrc
jeu,
)u bien que ce soit à la fin
que l'autre ait des pions avec
lesquels il pourroit aller à
Dame?& que vous n'en ayez
plus.
m XLIII
Donnez-vou* de garde de
l'échec doubleil est fort dangereux
, en ce qu'il ne se peut
couvrir.
XLIV. ,: QuandonvaàDame:,si ,on vaà Dame) si
on aplusieurs pions
1
il faut
tenir le Roy derriere, car en
avançantils se soutiennent
assez par leur liaison
, mais
s'il n'y a qu'un pion, il faut:
que le Roy marche devant:
pour empescher que l'autre:
Roy n'occupe le passage.
XLV.
Quand il ne vous reste:
qu'un pion dans la rangée de:
la Tour, il faut pour le mener
à Dame, que vostre Roy
gagne le devant du costé de
l'autre rangée, car si l'autre
Roy peut entrer pardevant en
la rangéeoù est vostre pion,'
il se fera pat , ce qui rend la;,
partie
nulle.
I
XLVI. I
Lorsque le Roy est dépoüillé
,
fouillé
, ou que les pieces
qui luy restent ne peuvent
estre jouées,prenez garde que
l'autre Roy ne devienne pat.
XLVIL
Il est bon d'étudier sur le
Damier les jeux du Salvia,du
Carrera, du Calabrois
, &
d'autresJoueurs celebres; on
en retient des manieres do
joüerhardiment avec avan- tage.
XLVIII. )
; Il ne faut pas manquer les
coups doubles lors qu'ils se
presentent , comme lors qu'il
jra surunemesmeligne deux
Fous ou deux Chevaliers,ou
deux pions de l'autre, mettez
ou vostre Dame, ou vostre
Tour entre les deux; si c'est
sur un mesmebiais, mettez
vostre Dame ou vostre Fou
entre les deux.
-
:
XLIX.
Lors que vous estes pressé,
&dans le moment de souffrir
mat, si vous pouvez donner
échec à l'autre, quoy quecet
échec vous paroisse d'abord
inutile, conuinuez-letoujours
si vous le pouvez,cela fait
mistre quelquefois un moyen
inesperé de donner matdans
le temps que vousvous croyez
éperdu.
L.
Lors qu'il ne vous reste
qu'une Tour avec vostreRoy,
^éc à l'autre un pion,qu'il
mene à Dame dans la derniere
ligne avec son Roy. Si vous
n'avez pu le prendre, & qu'il
soit presque à la derniers
-'Ca[e, au
-
lieu de vous attacher
davantage à ce pion
"Pour le prendre , laissez-le
allerà Daine, & vous luy
donnerez mat avec vostre
Tour, ayant disposé vostre
Roy d'unemaniere qu'H-einj
pdeesfcohretilr'aduetlreaqraunigeésteeonùévcôhterec
Tourl'amarté. ';'
LI.
; Pour matter l'autre Roy
avec un Fou & un Chevalier,
qui font les feules pieces que
vous avez à la fin du jeu
,
il
vous faut tenir cette coiu
duite. :4
L'abondance de la matierc
m'obligea le mois passé à
remettre jusqu'à celuy-cy à
vous parler d'une Cérémonie
quise fit à Troyes le Mardy
de la Semaine Sainte. Tous
les ans à pareil jour il y a une
Procession Generale pour la
reduction de la Ville fous
l'obeïssance de Henry IV.
Tons les Corps s'y trouvent,
& le Maire choisit un Predicateur
que l'Evesque agrée.
Le Discours qu'il faita toûteurs
pour but d'exhorter le
Peuple àsondevoir,&deluy
apprendre la soûmission qu'il
doit à son Souverain. Mr
l'Abbé Romond avoit esté
fiojnmé cette année pour
cette pieuse fonction. Il est
d'une Famille connue,&
dansJaqUtllç, l' éloquencen'é
clate pas moins que le courage.
Son Texte fut , ÇretigncT*
Dieu, honorez leRoy. Sa division
se prit sur ce que la;
crainte deDieu oblige à
craindre les Rois, & que
l'honneur que nous luy de.)
vous, nous fait un devoir
dhonorer les Souverains.
Ces deux propositions,toutes
deux Chrestiennes & de
foy,furent prouvées tres-solidement.
Mr l'Abbé Romond
finit son Di scours par
l'éloge de Sa Majcfté. Après
avoir dit que les Prophètes
mesme
, en parlant aux Rois
de la part de Dieuen colere,
nes'estoientjamais dispensez
du respectqui leur est deu
pour en faire une leçon eter.
nelleà leurs su jets; qu'ils a-r
voient remply leurs légations
foudroyantes degrands
titres, d'elcges &: de souhaits,&
que c'estoit de la
forte que Josephavoit parlé
à pharaon,Nathan à David
,
& Daniel aux Rois d'Affirie:
Laissons les exemples,continuat*
itj quel besoin avons nous
de prouver davantage qu'on
doit honorer les Reis, nous qui
%yçn$_pn Roy aimé d'un amour.
tendre,quicroitinsemsiblement
de jour enjourparl'admirationde
tantd'aftionsHéroïques, queses
Mqnewismfrmsitoutjaloux qu'ils
sont desa puissance,sontforcez
de reverer, nous qui avonsun
Royfameux par un si grand
nombre de Conquestes ,
aussi bas
bile dans la Paix que dans la
Guerre,qu'on a njfeu cent Joss,
à la tefie de-les Armées
>
&,
toûjours le premier dans son
Conseil ? Grand Dieu> quels
perlisn'a point courus un Prince
sicher ? Obligez de le craindre
comme nostre Maistre , nous
avons flut craint pour luy par,
ieour) que nous nesongions à
le craindre par devois. Ses ver*
tus nous ont charmez;crainte,
honneur touta esté confondu en
l'aimant. Les dangersouil s'est
exposé tant de fois,j nous ont
causé millealarmes. Ses mA/a..
dies nousontjettez dans le
trouble; lagloire dei'Elat.) la
Majesté de l'Empire ne nous ont
flettte%> qu'au retourde ses
Campagnes. On lesçait, il est
nifné chez luy.) on le redoute
ailleurs
, on l'admire. dans ses
~J?~<E~~ on l'honore encore
plus loin. La terreur & le
refpeél soûtiennent par tout
léclat de son grand nom. La,
Hollande noublira jamais ce
que peutson bras;ses Villesfuperbes
, & pour leur foliation,
par l''Art,onttombéplus d'une
foisjeussescoups. D'autres
JcNotaintniaofmensjilct.oiAén>lngoseirsa&sseTangtucneeissqsfeua&tei'gvsuoaeu%nt
de leurs pertes, & des ruines
toujours nouvellesqui enlevent
leurs premiers & leurs derniers
Vaigeaux.)pâliffint à la njeu'è'
de son Pavillon victorieux sans«
qu'illuy en couste beaucoup. de:
sang. Pendant quel'Allemagne^
quiaapprisparsesdejfaites cbe%;
ivtis à vaincreailieurs, jouit
vecsurprise des Victoires que
on repos luy accorde, pendant
lue l'Espagnesanscontinuer ses
ertesà lafaveurdela Paix>
ompte encore en l'admirant,ses
ujets,&ses Royaumesdivife^}
endant que Genes s'humelie,
'*T que l'Italie s'accoutume à
imiter3 de l*extrémité des Inles,
de ce Pays superbe
, on
ient luyapporterdenouveaux
ommages. Des peuples à peine
onnus traversentdes Mers
nmenses& essuyent la fureur
e tous lesvents
, pour luy ameer
de plusloin des honneursvoKmtaires
& étrangers. Aussile
peuple qui ne se méprend guere
dansl'imposition des noms, &,',
qui d'un mot fait l'Eloge de ses
Maistres, lujy a donné le surnom
de Grand, c'est à dire
qu'il a veu qu'il marchoit sur
les traces des Charles, & des
Henri,&qu'il meritoitcomme
eux d'estrecraint&honoré
Quelles grandeschoses ne voitr>
on passousson regne? Rien de
mediocre, rien de foible riy}
paroijl meslé.Depuis la Batailles
de Rocroy ses
heureux
de.ftin&
nese sontexpliquez, quepardFe"
grandesVictoires
, par des Traiez
avantageux, par des
vanitres héroïques &bien fluenuës.
Jamais la gloire & la
randeur n'agirent plus de conm
; lyautorité& la puissance
paroissenttoujours en /ou'Ue;'
aines &couronnées. Ce n'est
lus le temps de craindre ny
Itatsnjoijîns» ny cloignez ny
iélieUx
, ny hérétiques. On ne
annoist plus ny les vaines ter~
rtirSy ny les noms de blaspheme.
l'Histoire cependant en confit*
sera les desseins monstrueux
9* les peintures horriblestant,
qu'illuy plaira, pour apprendre
ieuxalaposteritéquelfut ce
regne où ces noms impies&
ingrats furent condamnez, &"
proscrits.Non, l'heresie exilée ne
rentrera jamais dans ces climats,
ny par un Art trompeur, ny pan
une force insolente &tumiÛ.
tueuse. Non,ny le Danube, ny
le Rhinn'effaceront rien des
Editséternels de Louis XIV
qui ont fait fuir ce Monstre
tremblant vers leurs bords.
Mon Dieu, qui voulez
lqeus'on craigne, qu'on respect
Rois, donnez-nous-les tord
jours pareils à Louis!Nous sa
rons paramourpoureux,ce qui
npus serions par devoir pom
Fautres'. Mais si ces souhaits
ont tropvastes @J trop grands,
iijpXrnoiisjouirlong-tempsde
e Prince, que vostre provider
?3 & v ostre bonté nousont
ccordé pour le bien de vostre
,glise & pour nombre seurté.
Tue les voeux fidelles & sin-
;;:es soientexaucez,&puisque
Apofire veut que nous priions
our les Rois; Seigneur, nous
e demandons pour celuy qui
bus gouverneque de levoir
\ivre, Vous avez rendu savie
ecessaire à nostre bonheur, cette
ie preckuÇe, de laquelle dépend
fortune de la France. Cllefl
àJpZ de Victoires ; ce Prince
paru à nosyeux avec tout l'éclat:
que la valeur donne.Faites, nous
envisagerlong-temps avec cettr:
pieté qui nous le rendsi auguste
Que l'Eglise parluyrétablie dan#
le coeur de toutes ses Provinces
l'aitpourdéfenseur;queses Sujets
obligezd'imitersesvertuss'affermissent
fousses yeux dans leur
devoirs;queson zele ardentgâgna
ou détmifie ce qui s'opposeraà fie*
pieux projets.Queserviroit du
mediterd'autres travaux, &
: d'autres Conquestes? Une seule
religionpourjamais établie vaU^
millecombats.Quandon triompha
Pour Dieu, le triomphe n'est pas
d'un jour,&la gloire en est infi-,
nie. Faites toutefois, Seigneur,
qu'arresté icy par nos besoinsdm
par nos humbles prieres ,
il
dîffere de joüir de ce triomphes
& que nous allions avant luy
en connoistre la grandeur.
Dans le mesme temps,c'est à
dire,un desSamedisdudernier
Carême, Mrl'Abbé du Jarry,
qui s'est acquis tant de réputation
partout ce qu'on voit de
luy,ayant été prié de preschet
dans l'Eglise des Nouveaux
Convertis, prit pour son texjeces
parolesde S. Luc , Vo*
stre Frerè efloit mort, & il efi
risuscité; il estoitperdu,& il
tfi retrouvé. Il découvritd'abord
l'illusion de ceux qui
faisoient des reserves sur les
points de la Foy, en leur faifant
voir que les veritez Orthodoxesnesoufifroient
point
de parracre)& qu'au lieu de
les examiner en particulier,
ils les devoient embrasser en
général dans la créance de la
vraye Eglise qui les propose
Il fit ensuite connoîtreàceux!
qui estoientencoredans
leur
premiere obstinarion, qu'ili
n'y avoit qu'un aveuglement
déplorablequi pustlesempercher
de voir Jes marques
évidentes de l'Heresie imprimées
sur le Calvinisme.,&
representaenfin à ceux qui
estoient partagez sur le choix
d'une creance, que la voye
la plus facile pour rendre le
calme à leurs esprits agitez.
-.ftoit de se captiver humbler
ment fous le joug de la Foy
patholique qu'ils citoient
prestsàsecoùerenembrassant
le dogme odieux dei'jmdiÊ*
serence de Religions >^ck>nc
marqual'impieté &les conséquences.
Ainsi il combattit
l'erreur des ames qui nrem>
brassent qu'une partie des veritez
qui font en générall'objet
de la Religion;l'endurcissement
des ames obstinées
à ne point reconnoistre la
vraye Religion, &l'impiété
desamesindifférentes sur la
Religion. Je ne vous en diray
rien de plus. Mr l'Abbé du
Jarry s'acquita de ce Sermon
avec un si grand succés,qu'il
n'a pu se défendre de le don-^
ner au Public. Ilestimprimé:
fous le titre de Discours sur lag
vraye Eglise, &' sur l'estat presint
du Calnjinifme.
;]
IDoilUXUi
Je vous envoye une Médaille
qui aesté gravée à l'occasson
des dix Villes d'Alsace
, soumises au Roy. Les Curieux
les pourronr connnoistre
par ce qui est marqué autour
du revers. Ces dix Villes
sont, Haguenau, Colmar , Schlestat.Weissemburg, Landau,
Oberenheim, Russham;
Munfteren la Vallée de Saint
Gregoire, Kaiserberg;& Turinchen.
Elles furent cedées
à. Sa Majesté par la Paix de
Munster en 1648. & cette
cession fut confirmée par le
Traité des Pyrenées en 1659.
Il ya quelque temps que l'or
demanda lequel estoit le plus
glorieux à un galant homme,
de fixer une Coquette, ou
de toucher une Indifferenre.
Quelques Dames fort spirituelles
qui se trouverent prefentesquand
la question fut
agirée, ayant décidé pour
l'Insensible,l'une d'entreelles
voulut obliger un Cavalier
qui survint, a dire son senciment.
Il s'expliqua par ces
Vers qu'illuy envoya le lendemain.
MADAME DE LA M. vous demandez, Iris, dans un
fait d'amourette,
Lequelestle plusglorieux
,
Ht de pouvoir fixerlesvoeux d'une
Coquette,
%ai veut soumettre tout au pourvoir
de sesyeux, 11
ouderemplir d'une flâmesecrete
n coeur qui sefifait-voir insensible
en tous lieux.
f>etune on l'autreobtenir la
tendressè,
sisans doute en amourun triomphe
bien douxj
lais en voulantaimeravec delicateJ/
è , -
- oucoeurindiffèrentjeseroisplus jaloux.
l/ltlfèhfible en m'aimant djïeure.
,
mieux ma gloire,
Leméritém'en rend vainqueur,
Illa forceà m'aimer. Quelledouce
viffoire,
D'ouvrir en Conquerdnt la porte de
son cOEur!
Quand ie puis l'attaqueravec un
peu d'audace,
le crois imiterles Guerriers
JVui la premiere fois reduisent une
Place.
L'Amour ainsi que Mars n'II-f-¡l¡lM
ses Lauriers ?
g,
Le Coquette,il eflvny,if-to@que*
ie l'engage,
M'apprend qu'elle m'aime à sons
tours Mair
:.
Mais mon coeur délicat dans un fini
si vêlage
Craindroit defin panchant quelque
fâcheuxretour.
Ce peril avec elle est ajïez ordinaire
,
le craindrois le dedans quoy que
seur du dehors,
Vne Coquette à tous, veut également
plaire,
Et malgrésessermens gardant son
; caraclere
Vile est, quandelle trompe,audessus
-
du remords.
L'Indifferente enfin à tout autre
invincible,
c Flateroit mieux ma vanité
;¡ j'en espcrerois, enla rendants,ensible
,
Beaucoup plus de tendresse & defidefité.
.,
Belle Iris, voilà ma pensee.
Coquette,indifferente
, ou cequil
vous plaira,
SIÛveZce qu'en tout tempslepanchantvous
dira, i*î
Mon ame là-dessusu''estpointembarrdJ1ée,
;. le n'examine rien, & tout meseroit
dO/Ix, ,J
Si vous me permettiez, de me.donner
1 à vous.
Ce sentiment estoit le plu:
risonnable mais quene peu
point une aimable & joli
personne'Le Cavalier que
avoit tenu pour le bon party
sestant rencontré chez une
autre Dame, on loüa ses Vers;
mais en mesme temps on le
pria d'en faire en faveur de la
Coquette, pour faire connoistre
qu'il avoitesté surpris
lors qu'il avoit prononcé
contre elle. Une jeune Demoiselle
pleine d'agrément
dans sa personne,&aussiestimable
par son esprit
, que
par beaucoup d'autres belles
qualitez
,
se mit de la partie,
& elle n'eut pas de peine à
obtenir de luy ce qu'elle voulut.
Voicy ce qu'il fit pour
luy obeïr.
A MADEMOISELLEDE V. sI i'aytenupour l'Insensible
Climene
, ie pensois à VOUS.
ouy ,
Climene,disois-ie, est encore
invincible.
De l'engager un jour, ah v-'ilei,
pefjible,
Queletriompheseroit doux!
~2
Vous décidez pour la Coquette,
Vostresentiment mesuffit.
Pouvant toutsur un coeur qui cherit
sa défaite,
Nepourriez-vous riensur l'esprit
~9
Le miense rend au vostre, vsuit
vofire pensée ;
JI le dis comme vous ,
la CgJuetl.
en aimant,
Malgréfin humeur vive àse fixer
forcée,
Feroitplus d'honneur à l'Amant.
Pour vaincre fin panchant dont
l'Amantse défie,
El/( l'écouteseul en tout temps,en
tous lieux,
Etpour preuve d'amour elleluysacrisie
Tout ce qui peut se rendre à l'éclat
deses yeux.
Un coeurunique estoit peu leur
affaire,
vSurocenitCraptifs étendre leurpou-
C'estoit là leur penteordinaire,
Etpour mieux s'acquitterd'unfideUe
, de-voir,
Dés qu'un Amant asceu luy plaire
- Ils neserventplus qu'àle voir.
Pour mieux grossirsa renommée,
Ses charmes attiransbriguoient par
tout des voeux.
Maintenant le plaisir d'aimer Ç',,
d'estreaimée
Suffit àson coeur amoureux.
Son miroir consulte luy disant
quelleefibelle
Neflate pltUsi vanité;
Pour rendre seulement son Amant
plusfdelie,
Ellefouhaite labeauté. 9
La vostre vous répond, Climene,
De tous les coeurs qu'il vous plaist de
charmer.
Vous les conserverezsanspeine,
Trop heureux quipeut vous aimer.
, <,
Soyez,seure de leur coniqance,
VosAmans chezPhilis nepeuvent
11 ',1. pasalter.vl'en
scais un qui se tait;écoutez
finiflence,
C'etfvàtts dire beaucoup que de riû&
ferfarter.»*v Je vous ay appris la mort
deMr l'Electeur de Brandebourg,
arrivéeàPostdamle
9, du mois passé.Deux jours
après., le Prince Frideric, presentementEltâcur,
receut à
Berlinle serment de fidélité
4es Troupes de la Garnison.
Les'Oiffciersétoient vertus de
noir ,avec un morceau de
velours au bras droit: &.'
tous les Soldats avoient des
rubans noirs au Chapeau, à
la Cravate& àl'Epée. Enfuite
le Commandant de
la Ville fit voltiger trois fois
son Chapeau autour de sa
teste, & cria autant de fois
à haute voix, longues années à
Frideric , Electeur de Brandebourg
; ce qui fut accompagné
des acclamations de tout
le Peuple& de tous les Soldats
qui repeterent lesmesmes
paroles. Il receut aussi
le ferment des Officiers cid
l'Artillerie avec les mesmes'
Gémonies. Le14. SanAI-*',
xffe Electoralealla à Spaniau
; & le 15. à Kustrim;
5c les Garnisons de ces deux
Placesluy presserentlemesne
ferment. Elle a depuis
eceuceluy de la Garnisonde
Petz, & le ColonelBrant deioit
aller jusques à Socniz
pour le mesme sujet.Cenouvel
Electeur a delivré
-;
des
Commissions pourrenforcer
j!e quinze hommes, chaque
Compagnie de ses Troupes.
Le 17. le Corps del'Electeur
FridericGuillaume fut amenédePostdamàBerlin,
où le
Convoy arriva à la pointedu
jour sans beaucoup de ceremonie.
Une Compagnie de
Pertuisaniers marchoit à la
teste avec quelques Gentilshommes
de la Chambre.
Les Valets de pied & des
Heyduques estoient aux deux
costez du Chariot sur lequel
estoit le Corps, & quelques
Carrosses remplis des Principaux
du Conseil d'Etatde
l'Elet"teurdéfunt, fermoient
cette marche. Le Corpsfut
exposé dans une Chambredu
Chasteau tenduë de Drap
noir, sur un Lit couvert
d'une Courte -pointe de Drap
d'or, fous un Dais de semblableétose.
Il estoitrevêtu
l'une Veste de toile d'or,
avec un juste-au corps de
Velours rouge ouvert par devant,
& une Echarpe en
broderie d'or & d'argent,
ayant des gands blancs à
franges d'or, des Botines de
:uirrouge à laPolonoise, &
leBonnetElectoral avec une
Couronne garnie de Diamans
& de Perles.Il avoitle Sceptre
dans la maindroite , &
l'Epée dans la gauche, l'un
& l'autre d'or enrichi de
Pierreries. L'Iftradeouefloit
le lit,estoit couverte de velours
noir,& ilyavoitautour
de ce lit de grands Chandeliers
d'argent garnis de Flambeaux
de cire blanche. Huit
des principaux Chambellans
en grand deüil, avec des"
Manteaux longs eftoientaffis
autour de ce mesme lit , ôc
quantité de Pages&d'Estafiers
étoient dans la Cham-'
bre,revestus aussi de deuil.
Le Corps demeura en cet état
jusqu'au21. toujours exposé à
la veuë du Peuple qui venoit |
levoirenfoule.Ce jour-là;onj
le mit dans un Cercueil de
plomp garny par dedans de
toile d'or, & couvett de velours
rouge. Le22. sur les dix
heures du soir, après une
grande Collation de toutes
fortes de Confitures & de
Liqueurs, qui fut donnée aux
principaux Seigneurs de la
Cour selon ce qui se pratique
en ce Pays-là dans les occasions
de cette nature, on
porta le Corps dans la Chapelle
du Chasteau au son
des cloches & à la clarté
de plus de cent Flambeaux
de cire blanche qui avoienc
"Pc mis entre les mains d'autant
de Personnes de qualité.
Les coins du Poile estoient
soustenus par douze Gentilshommes
Chambellans du.
Prince défunt. Aprésle
Corps marchoient plusieurs
autres principaux Seigneurs
&Grands de la Cour, avec
de longs Manteaux de deüil.
Il futpofé sur un lieu élevé
que l'on avoit preparé exprés,
& qui estoit éclairé toutautour
par degrands Luminaires.
La Chapelle estoit toute:
tenduë de noir depuis le haut
jusque sur le Pavé, & dans
les coins, il y avoit des Plaques
d'argent garnies deFlambeaux
de cire blanche. Le
Corps est gardé par des Officiers
& par d'autres personnes
de qualité qui se succedentlesuns
aux autres. Ildemeurera
ainsiendepost dans
cette Chapellejusqu'au temps
de la Ceremonie de ses funerailles,
qui a esté arresté à la
fin de Septembre. On commence
déja à travailler à un
magnifique Mausolée, où feront
representées toutes ses
princi pales actions.
J'ay à vous apprendre une
guerison qui tient du miracle.
Non feulement le malj
estoit tres-inveteré, mais on
le peut compter parmy ceux:
qu'on a toujours trouvez incurables.
Il est vray que le
remede dont on s'est servy ,
a estéfort violent,& queS'iij
avoit esté au choix du Malade,
il se seroit resolu plûtost
à mourir que de souffrir qu'oru
l'eust employé. Ce qui donne
lieu de le présumer, c'est
qu'un tres- grand nombre de
personnes font attaquées de
ce mesme mal, & qu'on n'en
voit point qui cherchent iU
s'en défaire. Je puis donc encoreune
fois crier miracle,
& pour ne vous pas tenir plus
long-temps en peine,jevous
diray qu'un Avare a esté guery
de son avarice.Voicy
comment. Un Cavalier iîui
joignoitauxavantages de la
naissance toutes les qualitez
qu'on peut
souhaiter
dans un honneste homme, vivoit d'une maniere aisée
& ouverte qui le faisoit souhaiter
partout.Il avoit l'es- prit,accommodant, & les
divers caracteres des personnes
qu'il voyoit,luy faifoienc
prendre autant de diverses
formes. L'air serieux ne luy
coutoit rien quand il se trouvoit
avec des gens sages. Il
estoit badin avec les badins;
railloitagreablement, & entendoit
railerie, chose fort
rare, peu de railleurs aimant
à estre raillez; & il avoit sur
tout une complaisance aimable
qui luy attiroit l'estime
de toutes les Femmes. Non
feulement elles pouvoient
s'asseurer de luy pour toutes
les parties de plaisir qu'elles
vouloient faire, mais on peut
dire qu'il en estoit l'ame,
tant il sçavoit bien les affaisonnerparson
enjoüement &
parsa galanterie. Comme il
estoit liberal & porté à la
dépense, il auroit fait uneasfez
grande figure, si un Pere
extremement riche dont il
dépendoit, l'eust mis enestat
de lasoutenir ; mais on avoit
beau luy parler en sa faveur ,
il luy donnoit tous les ans une;
somme fort legere, & disoit
encore qu'il en estoit ruiné.
Jamais avarice ne fut plus
outrée.Depuisvingt ansqu'il
avoit perdu sa Femme
,
il vivoit
fort maigrement, sans
aucun train, & sans équipage.
Le grand nombre de Vaè,
lets n'auroit pu servir qu'à
luy causer du desordre )..&
à le mettre en colere, ce qui
dévoit estre prejudiciable à
sa santé, & un Carosse luy
auroit esté fort inutile, puis
que pour se bien porter, il
pretendoit qu'il avoit besoin
d'aller à pied, & de dissiper
les grosses humeurs par l'e-i
xercice. Cependant il possedoit
de fort belles Terres qui
luy apportoient de grands revenus,
&ce quiestoit encore
tres-considerable. il avoitun
coffre fort assez bien garnYJ
pour luy avoir fait unfond
qu'il n'auroit pas épuisé
quand il auroit eu à vivre
plusieurs siecles sans aucun
autre secours. Son unique
soin dés sa plus grande jeu..
nesseavoit estéd'amasser;tout
luy faisoit peur dés qu'il s'a-
^ifloic d'ouvrir sa bourse
, &
malgré tout son grand bien,
l avoit toujours apprehendé
le n'en pas avoir assez pour
fournir à ses besoins
, qui -ftolenttrcs-médiocres. Ainlors
que son Fils vint au
monde, cette charge luy paut
d'un poids dont il fut
épouvanté. Il en craignit
l'augmentation
,
& pour y
mettre ordre, il prescha si
bien sa Femme sur la continence
,
qu'il luy en fit une
vertu de necessité. La fecondité
où elle avoit d'assez
bonnes dispositions, trouva.
des obstacles qu'elle ne put
vaincre. Elle estoit devote,
& illa pritparsonfoible. Il
luy fit entendre qu'il n'y avoit
rien de plus meritoire
que de renoncer à ce qui
estoit permis, & par l'efficace
de ses Sermons, illa força de
se contenter d'avoir fait pa!
oistre qu'elle n'estoitpas ste
ile. Cela ne fut pas defavanageux
au Cavalier, qui par
e moyen n'eut ny Soeurs ny
reres. Son Pere luy fit valoir
quelquefois ce qu'il avoit fait
pour luy; mais s'illuy sceut
quelque gré d'avoir eu un
emperament capable de
accommoder à son avarice ,
e qui luy afleuroit sa sucession
sans aucun partage,
souffroitavec une grande
mpatience qu'il refusastde
uy avancer une partie de cc
u'il devoit posseder un jour.
l n'avoit guere plus de soixante
ans, & il vivoit d'ure
regime exact qui luy promettoit
une longue vie. C'estoit
dequoy occuper lesreflexions,
du Fils, qui en souhaitant
que son Pere se fust servy de
son bien en homme de fajj
naissance
,
auroit voulu qu'il
luy eust abandonné ce qu'il
en avoir de trop. Tout ce
qu'il tenta ne put l'obligerà
s'y resoudre. C'estoit pOUI
luy un vray sujetdechagrint
mais il ne le sentit fort vivement
que lors que l'amour
le mesla de ses affaires. Comme
il estoit plein d'esprit, &
[ourni
tourné d'une maniere à estre
écouté favorablement 1, il
[l'eue pas de peine à s'appercevoir
que les assuiditez qu'il
rendoità une jeune personne
toute belle & toute aimable,
plaisoient assez pour luy donner
lieu de croire qu'il ne s'atachoit
pas inutilement. Elle
stoit d'uneMaison tres-considerable
, & ayant d'ailleurs
beaucoup de bien , le party
ne pouvoit qu'estre fort avanageux
pour le Cavalier. Il se
éclara, & sa déclaration fut
ceuë avec plaisir. Le coeur
Ic la Belle ne se fit aucune
violence pour suivre les ordres
qu'on luy donna de répondreaux
sentimens qu'il
avoit pour elle. On l'asseura
qu'il estoit aimé
, & sa passion
estant violente, iln'estoit
plus question pour le rendre
heureux
, que de convenir
des articles du Contrat. La
grande succession qui luy
estoit seure, répondant des
avantagesque la Demoiselle
pouvoir esperer par cette alliance,
on demandaune feule:
chose qui paroissoit juste,
c'estoit que le Cavalier:
pristune Charge à la Cour..
On en marqua une qui estoit
fort de son goust, mas pour
l'avoir il falloit tirer cinquante
mille Ecus de son Pere, &
quoy qu'il pust les payer fort
aisément & sans faire aucun
emprunt, c'estoit demander
beaucoup à un Avare.On luy
fit., connoistre le dessein
qu'avoit son Fils d'époufer la
Demoiselle.Il fut obligé d'approuver
son choix. Lebien,
la naissance,la personnes tout
estoit dans l'ordre, & il n'y
pouvoit trouver rien a condamner,
mais quand on luy
eut parlé decinquante mille
Ecus, il s'écria qu'onl'anal
sinoit, & qu'on le vouloit
reduire à l'aumosne. On luy
representa avec le plus de
douceur qu'on put, qu'illuy
serait glorieux de voir son
Fils dans un poste distingué ,
& qu'il pouvoit sans s'incommoderluy
faire une avance
de cette nature. Il protesta
qu'il n'avoit d'argent que ce
qu'il estoitnecessaire d'en avoir
pour n'estre jamais contraint
d'importuner ses Amis,
& quelque tour que l'on f
prist pour l'amener où l'on
souhaitoit, rien ne le put obliger
de toucher à son trésor,
qu'il regardent comme
une chose sacrée. On luy dit
encore qu'il devoit bien prendre
garde de n'avoir pas à se
reprocher de faire manquer
un mariage avantageux pour
son Fils, & à forced'écouter
des remontrances, il se resolut
d'offrir une Terre, qui
estant dans un lieu trop éloigné
,
luy coûtoit des soins &
des poursuites. On crut qu'il
falloit luy laisser faire des reflexions,
& luy donnerle
temps de se reconnoistre;
maisaprèsquedeux outrois
mois furent passez, les noifrvelles
attaques qu'on luy fit
n'eurent pas plus de succés
<ju.en avoit eu la premiere. Il
demeura toûjours invincible,
& témoigna mesme qu'ilse
repentoit d'avoir voulu se
dépouiller d'une Terre dont:
il souffriroit quand ilen perdroitlerevenu.
L'obstinationn
de son refus toucha d'autant:
plus le Cavalier que les Parens
de la Belle insisterent sur la
Charge. Ils trouvoient que
le mariage l'assujettissoitàcet
établissement,& qu'un hommesans
employ ne se devoir
point charger d'une Femem.
Il les conjura de luy laisser
la conduite de la chose, les
asseurant que ce ne seroit
qu'un retardement de peu de
mois, & qu'il trouveroit
moyen de les satisfaire. On
luy promit qu'onn'écouteroit
personne
3
& la Belle luy
répondant de sa fermeté ,il
continua ses soins, toûjours
plein d'amour pour elle, &
toujours fort appliqué à ce
qui pouvoit faire réussir son
entreprise. Il roula dans son
espritmille penséesdifferentes,&
tandis qu'ilménageoit
I-Ciprit de sonPere,persuadé
qu'il le gagneroit par sesCOITPplaisances,
ill'entendit plul.
sieurs foisseplaindrede quelque
étourdissement
,
dont le
remede eustesté d'aller prendre
l'air à la Campagne. Il y
auroit esté volontiers , mais
plusieurs raisons l'en empeschoient.
Il avoit peine à s'éloigner
de soncher Trésor, à
qui son plaisirestoit derendre
souvent visite, & n'estant
d'ailleurs meublédans aucune
de ses Terres, outre les
frais du voyage, il eustfallu
se pourvoir de beaucoup de
choses quiengageoient a
quelque dépense. Le Cavalier
qui connut son foible fitcesfer
ses embarras. Il luy dit
qu'il ne se mist en peine de
rien, qu'il prenoit le foin de
tout, & qu'ille meneroit chez
un de ses plus particuliers
Amis, qui avoit une trèsbelle
Maison à six lieuës de
Paris, où il n'auroit qu'à se
divertir aussi longtemps qu'il
voudroit, & à faire bonne
chere, sans qu'illuy coûtast
aucune chose. La derniere
clause fit accepter le party.
Le Pere ferma bien son Cabinet
& son Coffre fort, dont
il emporta les clefs avec celles;
dela porte de laruë, les gardant
soigneusement dans les»
poches pendant tout lejour
& la nuit fous son cheveu
Elles estoient lourdes, mais*
le poids luy paroissoit supportable
, parce qu'il faisoit sa
seureté. Un Carrosse à ilx:
chevaux le mena chez cette
Amy qui le combla de avilirez.
Le Jardin estoit trèsbeau,&
à deux cens pas de là
on trouvoit un petitBois, où
ilalloit tous les jours se pro-
-niener.,mais l'exercicene~pu
àdissiper quelques humeurs
amassées qui luy causerentla
fiévre. Les accès furentassez
violens
,
& un transport au
cerveau l'empefcha pendant
trois jours de se bien connoître.
Dés qu'il en eut passé un
en cet estat le Cavalier vint
à Paris chercher du secours.
Un Medecin qu'il mena ne
le quitta plus, & les remedes
qu'il luy ordonna eurent tant
d'effet
,
qu'en fort peu de
temps ils le mirent hors d'affaires.
On congedia le Medecin
que le Fils paya, de quoy
le Pere ne s'informa point,
étant bien-aise de se voir
guery gratis. Il se leva, il ses
promena, & le grand air luy
redonna si bien sa santé,qu'il
n'avoit jamais esté en meilleur
estat. Pendant ce tempe,
le Cavalier faisoit toûjours
quelque course,tantost pour
voir sa Maistresse
,
tantost
pour se montrer à la Cour.
Aprés qu'il eut ainsidisparus
deux ou trois fois, on vit un
jour arriver un Gentilhomme
qui vint dire au Pere que son
Fils s'estant embarqué au Jeu,
avoitelle si heureux qu'il avoit
gagné cent mille écus..
a chose ne luy parut pas
royable. Il voulut attendre
s'en réjouir que sonFils luy
n eustluymesmedonné la;':
Nouvelle, Ce Fils arriva le
lendemain, & quand il eut
ceu de luy que les cent
mille écus eftoienr effectifs,
lepria de luy donner son
rgent à enfermer, de peur
ue la tentation de joüer ne
reprist, & qu'il ne perdist:
equ'ilavoit gagné si heureuement.
Le Cavalier répon- itqu'il l'affranchiroit de
etre crainte, puis qu'il alloit
taiter de la Charge qu'on
vouloit qu'il eusten se m-a
riant, & qu'il employeroit le
reste à acheter a Paris une;
Maison qui luy pleust, aprés
quoy il fongeroit à se mettre
en équipage. Son pere luy
pardonna la Maison, mais il
ne pouvoit souffrir qu'il parlast
de Charge, les Cinquante
mille Ecus qu'il y vouloit
mettre, estans perdus s'il
arrivoit qu'il mourust, & en
lesprestant pour les affaires
du Roy; il en asseuroitle
fond, &enpouvoit retirer un
gros interest. Vous jugez
bien que le Cavalier qui ne
~ongeoit qu'à remplir son
mbition & son amour,ne
~écouta pas. Il acheta la
maison, traita de laCharge,
& prit un train magnifique.
)n conclut le mariage; le
.ere vouloir sededire de l'avance
de la Terre, parce que
son Filsavoit du bien qu'il
n'avoit pas lors qu'il s'estoit
ngagé a luy faire cette avance,
mais on le tourna si bien
qu'il fut oblgé detenir parole.
Il ne le fit qu'à condiion
qu'on ne demanderoit
point qu'il se trouvait à la
~opee. Il dit qu'il avoit,bc.-
soin de prendre l'air plus
long-temps, & qu'on le cha-<i
grineroit d'en differer la
ceremonie jusques à son re-J
tour.On connut bienqu'il ne
tenoit ce langage, que parce
qu'estant present,il n'eustpû
se dispenser d'en faire les frais.
On le traita selon son humeur,
on ferma les yeux fur-,
tout,& il demeura encore
plus d'un mois à la Campagne,
où le Conciergeavoit
ordre de le regaler quand le
Maistre estoit absent. Ce-,
genre de vie. luy paroissoit
doux. Rien ne luy manquoit,
&il épargnoit ce que luy
auroit cousté son chetif ménage.
On luy amena sa Bellefille
qui le pria de sibonne
grâcede venir prendre un
appartement dans la maïson
qu'avoit achetée son Fils,
ju'il ne put la refuser On luy
offroit cet appartement meublé,
& on J'asseuroit de le
nourrir,luy & ce qu'il voudroit
avoir de Valets
,
sans
rien exiger de luy.C'estoit
le charmer de toutes manieres.
On le laissoit disposer de
sa Maison qu'il pouvoit
loüer fort aisément, & on ne
cherchoit qu'à luyprocurer
unevie exempte de toutes
inquietudes. Des manieressi
honnestes luy faisoient donner
mille loüanges à sa Bellefille.
Il ne pouvoit se lasser
d'en dire dubien, & huit:
Jjoounrrssaapprl'éess en aayyant receu uunnee;,
feconde visite, il se laissa
conduire chez elle. L'appartement
qu'on luy avoit preparé
luy parut fort propre., Il ne s'estoit pas accoustumé à estre si bien, & peu s'en
fallut qu'il ne craignift de:
mourir plustost,parce qu'il
estoit trop à son aise. Le len..
demainilne manquapas d'aller
visiter son Coffre fort. Il
trouva tout en fortbonétat,
lx ayant ouvert trois ou quatre
sacs remplis de Louis, il
les referma ansi que leCofre,
ayant entend u son Fils qui
amenoit ses Valets pour luy
aideràdémenager. Il donna
lemeilleur ordre qu'il put,
pour empescher qu'on ne
rompist rien, & son Cofre
;" fort fut transporté dans un
Carrosse où il fc plaça. Un
moisaprés qu'il l'eut mis en
lieu où il n'avoit point à
craindre qu'il fust insulté, il
- voulut seregaler du spectacle
de voir briller ses Louis; il
ferma tous les verroux, &
tira cinq ou sixsacs qu'il mit
sur sa table. La couleur le
rejoüit,elle estoit fort vive,
& marquoit un or de bon
aloy; mais cette joye ne luy
dura pas long temps. Il tira
un autre sac qui estoit rangé
l'otis les premiers, & l'ayant
ouvert, il y trouva des Iertons,
au lieu de Louis. Il en
prit deux ou trois autres, &
ils se trouverent encore remplis
de Jettons. Les hauts cris
jiju'il fit attirerent tout le
monde. Son Fils accourut,
& voyant qu'iln'ouvroit
point quoy qu'on eust frapé
long-temps, il fit enfoncer la
porte. On le trouva sans parole
étendu sur une chaise;
le saisissement l'avoit fait
tomberen pâmoison.Tandis
que le Cavalier renfermoit
les sacs, on employa lesremedes
les plus propres à tirer son
Pere de l'estat où il estoit. Il
commença à ouvrir les yeux
:omme un homme quiestoit
ior>sdeluy-mesme,&lapre-i
miereparole qu'il dit,fut qu'il
:fiait mort. Son Fils le pria,
¡(ié le remettre, mais ilnere- :
l'rit ses sensque pours'agiter
avecplus de violence. Il cria
.nuon appellast la Justice,
qu'ons'estoit ligué pour les
voler, & qu'il vouloit qu'on
fist pendre tous les Domestiques.
Son Fils répondit qu'ils
ne falloit rienprécipiter.
qu'eun peu d'argent ne meritoit
pas qu'il enressentistla
perte d'une maniéré si vive.
& qu'il estoit impossible >s'i!j
avoir esté volé,qu'en éclair
ci/Tant le vol on n'en reulï
bien- tost une entiereconnoissance.
Cette consolation ~n
fut pointreceuë. Il persista à
demander avec plus d'instance
que sans perdre temps,
on dressastProcés verbal
, &
qu'on poursuivist tous ceux
qui pouvoient estre coupables
, & le Chevalier voyant
que loin de changer de sentiment
par tout ce qu'il luy
disoit
,
il s'obstinoit toujours
à vouloir qu'on pouffait l'affaire
dans la derniere rigueur,
crut qu'il estoit temps de parler
d'une autre sorte. Il fit
sortir tous les Domestiques,
& demeurant seul avec sa
Femme
,
il pria son Pere de
nesepoint emporter,&<te
l'écouter sans l'interrompre
parce que les choses qu'il
avoit à luy apprendre luy,se.--
:
roient connoistre que son
malheurn'estoit pas si grand
qu'il le croyoit. Il luy dit:
ensuite que dans le temps
qu'il avoir esté si malade à la
Campagne ,
il avoit pris ses
clefs dans ses poches poun
pouvoir entrer chez luy lors
qu'il estoit venu à Paris pour
le Medecin qu'il en avoit
amené ; qu'ayant remarqué
ses clefs favorites parmy celles
qu'il emportoit
,
il avoit eïx
- ,:. , la
la tentation d'ouvrir son cof-
1
fre; pour voir s'il manquoit
assez d'argent
, comme il l'avoit
souvent protesté, pour
luy refüser les cinquante mille
écus, dont il avoit eu befoin
pour payer sa Charge;
qu'il avoit compté soixante
sacs chacun de mille pistoles,
& que cet amas qui luyavoit
paru excessif
,
luy faisant
comprendre qu'il ne cherchoit
que le seul plaisir de
voir dans soncoffre un fort
grand nombre de sacs). il avoit
cru que pourveu qu'il y
laissastdequoysatisfaire son
imagination échauffée par
ces objets, il ne seroit rien
qui luy donnast sujetdese
plaindre; qu'ainsi il enavoit
tiré cinquante sacs
, Savoie
mis à la place ceux qu'il y
trouvoit ; qu'il s'estoit contenté
d'en laisser dix remplis
de Louis comme auparavant
,
s'imaginantque
s'il en vouloit ouvrir quel-d
ques uns, ce seroit ceuxlà
qu'il ouvriroit sanstoucher
aux autres qu'il paroissoit
avoir condamnez à
une prison perpetuelle, &
qu'il n'avoit point doutéque
femeurant par là dans l'er^
eur,il ne fusttoûjours*éga->
ement satisfait, puis qu'il fo
~seroit tenu toûjours égtle-
~mentriche, des Louis & des
ettonsestant une mesmes
hosequand on n'envbuloiti
~amais faire une autre usage,
uc celuy de les garder. Il est
npossible. d'exprimer les dir-
:remmouvement dedou-
~eur, d'indignation &: de
- ~esespoir qui l'agitcrent pen
~ant cediscours. Il grtn^oit
Édentsjettoit des regards
seins de fureur ,&ne pou-
~antplusse contenir,il die.
que prés de deux cens mille
écus volez à son Pere
-
n'estoient
pas pour luy unmoia*
dre crime que s'il les avoit volez
à un autre;qu'onregardoit
feulement l'importance dç)i
la somme, & qu'il alloit faire
un exemple de jultice, qui.
empescheroit les Filsde sap*,
proprier des successions avant:
le temps. Le Cavalier voulant
toujours luy faireentendre
raison
,
luy demandas'il
ne devoit pas estre plus con«^
tent de le voir établyaussi
agréablement qu'ill'estoit de
toutes manieres, que delais
?dans uncoffrece qoii; tt
luypouvoirestre bon à rien,
puis qu'ilestoit resolu de ne
s'enservir jamais, La feponèf
qu'ilen eut yfut quecen'étoit
Msa luy à examiner s'il s'efi
~serviroit ou non ,
& qu'il
vouloit qu'il vendistsaCharb,
d 7,ùMailon , sesmtubles»
&qu'il se vendist luy-ittefmb
s'ille falloit; pour luyrendre
son argent , qu'autrement il
~lepoursuivroit comme uh
Voleutsansluy faire aùcun
~~lqiureatrotuietcr.eSonFilsluy laissa
qu'il voulut. &
levoyantun peu soulagépar
l'épanchement desa colere,
ilprit un détour respectueux
rcu, luy faire entendre qu'iL
le plaignoit fortinjustement,
puis que les dix sacs de
mille pistoles qu'illuy avoit
laissez devoient suffireà ses
divertissemens, &aux dons
qu'il voudroit faire. Ce flït
presque le remettre dans sa
premiere fureur. Il demanda
avec un emportement tertll
ble
, où il avoit
apprisqu'il
falluft donner ce qu'on avoifl
amassé avec tant de peine,&
son Fils en prit occasion de
luy dire
, que s'il n'avoit bej
soirs'darigcftt ny pour ses Ebisirs,
nypourdonner, il ne
voyoit pas en quoy ses Louis
luy pouvoient estre necessaires,
puis qu'il le logeroit & le
luwriroit toute sa vie, sans
qu'il eûtàfaireaucunedépenklny
à se charger du moindre
soin. Cette proposition le
toucha. Il voulut sçavoir si
on luytiendroit parole, & »
aprés que son Fils & sa Femme
l'eurent asseuré de tout ce
qu'il put souhaiter sur cet
article, il parut plus modère
quoy qu'il demeurast encore
res-chagrin. Il fit de grandes
réflexions pendant quelques
jours sur sa nouvelle manière
de vivre. Elle luy sembloit
fort douce, son appartement estoitproprementmeublé>
il faisoit beaucoup meilleure
chere que pendant le temps
deson ménage, & il trouvoit
un Carrosse prest toutes les
fois qu'il vouloir sortir. On
le caressoit, on luy tenoit
compagnie & on avoit pour
luy mille complaisances. Il
commençaà sentir qu'il estoit
moins mal heureux qu'il ne
l'avoit cru. Ces foins eternels
d'enrichir uncoffre qui n'avoit
besoin de rien )!uy parurentunepeine.
Il s'en voyoit
délivré
,
& entrant delà dans
un examen fort serieux de ce
qui estoit capable de faire la
felicitéde l'homme; il comprit
qu'elle consistoit dansla
tranquillité de l'esprit ,&
qu'avec tous les trésors qu'on
se pourroit figurer, on ne
possedoit véritablement que
les choses dont on faisoit
quelque usage. Ces sages reflexions
le guerirent tout à
fait.Il se tint heureux du vol
queluy avoit fait son Fils,
sentant bien que de luy-mefmeil
n'auroïtpasrenoncéà
^:e qui faisoit depuissilongtemps
son unique attachement,
C'estoient des chaisnes
trop fortes pour les pouvoir
,-!,Ofilp¡t;:, si une autre maih
ji'yeuf}travaillée.Il s'applaudit
de sa guerison
, & pour
faire voir qu'elle étoit entiere,
il donna vingt mille écus à
sa Belle-fille, de l'argent qui
luy restoit.Quand ses Receveurs
luy en apportoient, ille
partageoit avec son Fils,&
cette parfaite intelligence
dure encore presentement. Il
dit tous les jours qu'il n'est
heureux que depuis qu'il ne
compteplus son bien comme
estant à luy, &quesarichesse
vient d'avoir perdu ce qu'il
avoit amasséavec tant de
foins. Belle leçon aux Avares
ails| cri-Vouloienti profiter.
Ils manquent de tout puis
qu'ilsne se donnent rien. Ils
sont logez fort vilainement,
n'ont pour tous meubles que
les paternels dont l'antiquité
leur est venerable, pratiquent
un Jeûne perpetuels'ils ne
mangent chez les autres,&
aprés avoir passéune longue
vietoûjours avides d'argent,
& toûjours dans la mifere»
ilslaissent de grosses sommes
à des Heritiers qui ne st
souviennent, d'eux que peut
se mocquer de tout ce qu'ils
ont souffert par leur avarice.
Albe Royale a suivy enfin
l exemoled'Açrria;5 la
disette de vivres ou 1 avoir reduite
un long blocus,l'a obligée
de se rendre. C'est une
Ville de la baffe Hongrie
située dans des Marais sur les
bords de la Sarwitz. Les Habitans
l'appellentcEhkes
Ftyer<var} les AllemansStul-
VVeissemburg, &les Esclavons
ouTurcsStolm Biagrod, Elle
aesté:là capitale du Royau.
me fous quelques Rois, &bn
l'a CumommccRoyale,àcausedu
sejour qu'ils yont fait,
&que la cérémoniede leur
Couronnement sefaisoitdans
la mesme Eglise ou ils avoient
choisi leurs Tombeaux. Le:
Baron d' Arizaga,eftant*- arrivé
le 25. Avril devantcette
Place avec son détachement
d'environ sept mille hommes
tant Allemans que Hongrois.
donna les ordres qu'il crut necessaires
pour la faire canon-
Iner. Il la fit sommer auparavant
par un LieutenantColonel,&
le Bacha qui y commandoitrépondit
qu'ayant
encore des munitions & des
vivres pourattendre le secours
assez long temps, il n'estoit
paspresse de se rendre. Cette
réponfc l'obligea de faire
prendre des Portes à ses Troupes
devant la Portede Bude.
Il y posa des tentineitmtonstenuës
par des gardesavancécs
autour de la Place,en
attendant que lesBateriesfussent
achevées pour y pWer -j
le canon. Un grand Marais
nuisoit beaucoup àson çtitreprisej
&illuy.eustcftédifficile
de faire autre choseque
le continuer le Blocus,à3
noins que derecevoir vn ren-*\9
fort considerable. Le.4.duy
nois passé,deux ou trois milles
hongrois estant arrivez fou#q
e commandement du Comte
Budiani, il S'avançale6. juf-i^
[ui la riviere de Sarwitz,
K>UJ.. commencer les approhesdela
Place. Il avoit pris -1.
cedesseinsurce que quelques
rràhsfuges l'avoientaflfèuré
ue la'disette yestoit extrêtiey
& que la garnison presoit
toujours le Bacha decapkuler.
LesTurcsqui avoient
fait un assez grand feu le jour
précèdent, ne tirerent point,
quoy qu'il eust posé des gardes
avancées à la demy-portéedu
canon. Le mesme jour,
une femme Chrestienne qui
s'estoit rachettée pour cinq
livres de Tabac, & autant de
Sel, s'estant rendueau Camp
.sur le Midy avec deux Turcs,
on apprit d'eux qu'aussi-tost
qu'on avoit veu paroistre les:
Troupes Imperiales, le Bacha;
& le Lieutenant avoienteu,
une longue confercnceavec;
l'Aga des Janissairesquis'estoittoujours
le plus obstiné
à resîster> & qu'ayant connu
Qu'ilsésperoient inutilement
d'cfttt feÉooFus, la crainte de
-n'obté'M- pas dans la suite
ldts- éôndrôiotis âussiavâïrtageuses
que celles qii'dfr leur
«voit offertes,leuravoit'fait
dte-lâ re-fckitio¥ide capituler.
On ne pi£ douterde la
vérité de ce rapport , lors
que sur les quatre heuresdu
foir deux Officiers-*dd"*la
garnison qui serendirent au
Omp, ayant demandé àparte
à Jëú)Ê Capitâines Hongï-
pis qui eftokntà4ieafdè
avancée, direntqueleurCommandant
lesenvoyoit pour
s'informer de ce qui estoit
cause -. quetant de Troupes
s'estoient avancées. Les Hongroisayant
répondu que l'on
venoit assieger la place, ils repliquerent
que si on vouloit
mettrepar écrit à quelles conditionson
permetroit à laGar-
«iion de sortir;elle épargneroit
aux Impériaux la peine
de former un Siege. Ces conditionsayantesté
dressées,on
lesenvoya le 7. au Bacah.Les
Turcs souhaiterent que laC,,,a,,4
pitulation fust portéeàVienne^
commeonyavoir patte
celle d'Agria,afinque l'Ero*
pexeurlarratifiaft»& la signast,
&illeur fut répondu, qu'encoreque
l'on n'eust aucun
pouvoir pour leur rien promettre
là dessus,onne d<nw
toit point MajestéIm~>
periale ne leur donnait cet-. tesatisfaction. Le 8.les Ostal".
ges furent envoyez de part &
d'autres. Quatre des principaux
Officiers Turcs passerent
auCamp,& un pareilnombre
d'Officiers Impériaux furem
nçjçeusdan?la Place. Le Baron
d'Arizaga écrivit à i'Ero,p't
reur, pour luy rendrecompte
de refiat deschoses, ôd
SaMajestéImperialesitaussitostassembler
le Conseil de£
guerre à Laxembourg. Le
Prince Charles de Lorraine ,.;' le Prince deDietrichstein,&
leComte de Staremberg s'yt<
trouverent, mais une legere
indisposition ne permit pas
au Prince Herman de Badcp{
d'y assister. Les Articles ddla
Capitulation que les Qffi-f
ciers de l'Empereur avoient.
signez
,
ainsi que le Bacha ôe*
les principaux de la Car-niform
d'Albe-Royale,furent apportez
le 12. par le Comte de
SetzKi, GouverneurdeRaab.,
Ils portoient quelesTurcs se
retireroient en toute liberté
ou ils voudraient avec leursaurmmeess,,
TTaammbboouurrbbaattttaannt»t,eennfeignrsdéployées
,mèches
allumées , trois pieces de
Canon, & tout ce que chaque
Soldat pourroit emporte
; qu'une escorte su'ffi-:
fanteseroit donnéealà Garnison
&aux Habitans, pour
les conduire jusquesau Da«^
&ube> &qu'on leur fourni-
Boit les Bateaux & les Chà-'1
riots dontils auraient befoii*
m
pour transporter leursbagages.
Les Turcs s'engageoient
de leur costéà remettre tpüh
les Canons, les Mortiers, ôc
les Munitions deguerre&de
bouche entre les mainsdes
Impériaux, & àleurdécouvrir
les Fourneaux préparez
en divers endroits, afin que
les Fortifications n'en pussent,
recevoir aucun dommage. Le
PrinceHerman de Badeayant
esté averty que quatre Officiers
de la mesme Garnison
avoient esté dépeschez vers
l'Empereur, leur envoya de~;
Carrosses vers Schwechet, ôc
*
unGentilhommepourlesrecevoir.
Ilsarriverent le 13. ôc
dans l'audiencequ'il leur
donna le lendemain,aprés
luy. avoir presenté laCapitulation
pour la faire ratifier
par Sa Majesté Imperiale,
Ils demanderent qu'on leur
permiss d'emmener encore
quelques pieces de Canon,
outre les trois qu'on leur
avoit accordées, & cet Article
leur fut refusé. On ajouta
à ceux qui avoient estésignez
,que lesRenegats qui
avoient quitté le Ch[,ifiianiC-f
men'ayantpointencore:
<
vingt ans, demeureroient
dans la Place; que les autres
feroient en pouvoir de sôrtitj
avec les Turcs, & qu'ils auroient
tous la liberté dégarder
les Enfansqu'ils avoient
eus des FemmesC&réftieri^;
nés. Il fut encore arresté que
trois des principaux Turcs;
demeureroient cri ostage à
Essek jusqu'au retour de l'cfn
corte & des Bastimensqu'on
devoit fournirà la Garnison..
On regala lesquatreOfficiers
Turcs qui estoient veÉus?
trouver le Prince dëBade'*d«j
Montresenrichies4ePief-n*--
fies*
ries,& d'autres presens, & ils
partirent le 15. La Garnison
d'Albe-Royale sortit le ig.il
y avoit environ huit cens
hommes de Troupes reglées.
Trois mille Habitans les fuivirent,
& ils allerent camper
cejour-là à demy-lieuë de la
Place. Le îo.ils partirentavec
deux cens Chariots chargez
de Bagages & de leurs meilleurs
effets. Un détachement
d'Allemans & de Hongrois
que commandoit le Lieutenant
general ZiCKi, les escorta.
Illeur fit prendre la route
de Bude, & ils furent embar-
quez à Adom, qui n'en est
éloigné que de quatre lieuës,
pour estre conduits jusqu'à
Belgrade. Le Soubachi, &
l'Aga des Janissaires écrivirent
au Prince Herman de
Bade, pour luy témoigner
combien ils estoient contens
de l'exactitudeaveclaquelle
on avoit executé tous les Articles
de la Capitulation Les
Turcs n'emmenerenc que
douze vaches avec quatorze
chevaux, & il n'y avoit presque
plus de vivres dans la
Place. On y a trouvé plus dQl
quatre-vingtpieces deCanon,
depuis vingt jusqu'à cinquante
livres de balle, plusieurs
Mortiers, plus de deux mille
Bombes, lapluspart chargées,
cinq mille Grenades,deux
millequintaux de poud te,
prés de cinq mille boulets,
des Armes de toutes sortes &
en quantité, & d'autres mu-
-
nitions à proportion. Albe-
Royale est une des plus considerables
Villes de Hongrie.
Il y a de fort beaux Palais,
trois grandes Marquées, &
,
desBains publics,la pluspart
bastis de marbre. Sa figureest
ronde, & elle est entourée de bbonnes
murailles, avec des
Fossez pleins d'eau fort profonds.
Ses Fauxbourgs sont
d'une grande étenduë & l'approche
en est défenduë par le
Marais, & par des Ramparts
fort élevez.Amurath II.ayant
esté appelle en Hongrie, aprés
qu'Albert d'Austriche
futmort,l'assiegea inutilement
; mais elle ne put resister
à Soliman II. qui s'en
rendit Maistre en 1543. Le
Juge qu'on y avoit étably fit
en 1$6y un Traité avec le
Comte de Salms
, Gouverneur
de Javarin,par lequel il
s'obligeoità luy rendre cette
Place; mais l'Empereur ayant
envoyé Georges Hozzuthoti
à Constantinople pour y parler
dela Paix, craignit d'y;
mettreobstacle par cette entreprise,
& envoya ord re au
Comte de Salms de l'abandonner.
LesTurcs l'ayant découverte
quelque temps aprés,
firent empaler quarante Habitans
qui en estoient complices,&
le Juge sesauva à
Palota, & ensuite à Vienne
avec sa Famille pour implo- <
rer le secours de Maximilien.
ral de l'Empereur Rodolphe,
qui s'est si fortsignalé par les
grandes actions qu'il fit en
Hongrie au commancement
de ce Siec le, reprit Albe-
Royaleen1601. & l'année suivante
le Bâcha Hazan, à qui
Mahomet III. avoit promis sa
Soeur en mariage avec la dignitéde
Grand Visir,la reconquit
sur les Chrestiens, dont
onfitun grand carnage. Le
ComteYoland
,
Italien) qui
en estoit alors Gouverneur)
fut envoyé prisonnier à Constantinople
,
ou il demeura
usques à la Treve faite entre
es deux Empereurs.
Le Sacré College a perdu
deux Cardinaux au commen-
, cement du mois paffé. L'un
est le Cardinal Alexandre
Crescentio
,
d'une ancienne
Famille Romaine. Il fut flir-,
pris d'apoplexie en celebrant
la Messe le7. de May,&mourut
le foir de ce mesme jour,
âgé de 81. an.Il estoit Cardinal
restre du titre de sainte
Prifque
,
quiest un Convent
de Religieux Augustins situé àRomesurleMontAventin,
& avoit esté Maistre de la
Chambre du Pape Il fut nommé
Cardinal par Clement qui
X. le 27. May 1675. & ilauroit
pû pretendre au Souve,
rain Pontificat dans un Siege
vacant. Aussi le regardoit-on
comme un Sujet Papable avant
qu'il fust Cardinal. Le
10. on fit ses Obseques dans
l'Eglise de Saint Philippes de
Nen.
Cette mort fut suivie deux
jours après de celle du Card
nal Felice Rospigliosi, natif
de Pistoie, de la Famille
des Rospigliosi
,
dont il y a
eu le Pape Clement IX. son
Oncle,&le Cardinal Jacques
Rospigliosi son Frere. Il tomba
malade le 9. de Mayàla
pointe du jour, & mourut
le lendemain à l'âge de quarante-
cinq ans, ayant receu
les Sacremens & la bénédiction
du Pape. Clement X. le
nomma Cardinal Diacrele 16»
Janvier 1673. & luy rendit le
Chapeau qu'ilavoit eu de
Clement IX. Il s'appliquoit
beaucoup à l'Etude, &estoit,
fort tourmenté de la goutte. Illaisse son Frere Jean Baptiste
Rospigliosi Duc de Za..
garole
,
Chef de la Famille
qui est marié , avec Veronique
Palavicini) Niece du défunt
Cardinal Palavicini,&Fille
unique de feu Estienne Palavicini)
Duc de Gallicano)
noble Génois. Ses Obseques
furent faites le II. dans l'Eglise
deSainte MarieMajeure,
dont il estoit Archiprestre.
Les nouvelles publiques
vous ont appris la mort de
Messire Louis-François de la
Baume de la Suze
,
Evesque
& Comte de Viviers) Prince
de Donzere & de Chasteauneuf
sur le Rhône, Baron de
l'A rgentiere ,
Sei gneur de
Saint Andeol, Abbé de Mazan
& d'Orbestier. Il estoit
e l'ancienne Famille des
e la Baume,Comtes de la
uze ,
& Fils de Roftain de
a Baume, Comte de la Suze, de Catherine de Meullion
le Bressieux. Il s'est trouvé
n diversesAssemblées de
France. Jugez de son âge,
puis qu'il y a ioixante & dix
ns qu'il fut fait Evesque de
Pom1peiopolis, & Coadjuteur
le Messîre Jean de l'Hôtel,
Evesque de Viviers,qui mouut
en 1621. âgé de quatrevint-
quatorze ans. LaBaume
le la Suze porte d'or à trois
chevronsdesable au Chefd'aZrw
,
chargé d'un Lionnaissant
d'argent
,
couronné d'or
,
armé
lampessedegueules. myiJ : Mctfire François de Salag!
lacdelaMorheFenelon,
Evesque & Seigneur de Sarlat
,est aussi mort dans un
acre fortavancé. Il fut fait
Evesque de Sarlat en 1659. &
il gouvernoitce Diocese d'une
maniere il exemplaire,
qu'il en est universellement
regretté. Sa Famillequiest:
des anciens Barons de Sala-.
gnac en
Perigord,s'etftoû»-
jours portée à la pieté. Elle.
a donnéRosin de Salagnac
Archevesque de Bordeaux en
296. & Boso de Salagnac,
vesque de Cominges en1310.
eluy qui vient de mourir
toit le sixiéme Evesque de
triât de cettemesme Maison.
es cinq autres sont Helie de
lagnac en 1360. Ponce de
lagnac en 1485. François de
ilagnac en 1568. Louis de
Lagnac son Neveuluy sucda
en 1578. puis un autre
oüis de Salagnac en 1602..
lagnac porte d'or à trois bans
de Sinople.
Nous avons appris que Lila,
Capitale du Pérou, a esté,
détruite par un tremblement
de terre,arrivé le 30. d'Octobre
dernier. Quoy que cette
nouvelle ne soit pas encore
venuë par l'Espagne,&qu'on
ne la sçache que par les Lettres
qu'on a receuës d'Angleterre,
elles sont remplies de
tant de circonstances, qu'il
semble qu'il ne soit pas permis
d'en douter.Elles portent
que ce tremblement
commença à quatre heures
du matin le jour que jeviens
devous marquer, & que la
premiere secoussequi ne du-*
ra qu'un quart d'heure, causa
beaucoup de dommage. Elle
fut suivie une heure après d'une
autre plusviolente,& à six
heuresdusoir,il y en eut une
troisiémeplus furieuse que les
deux premieres , qui renversa.
entierement cette grande Ville,
en sorte que presque tous
les-Habitansdemeurerentenfevelisfous
les ruines. La Mer
qui s'enfla extraordinairement
en même temps,inonda
la Province de Callao, où
sont de grandes campagnes
pleines de Rivieres & de lacs,
&les vagues pousserent quelques
Vaisseaux JusquP. plus
de trois lieuës de distance en
terre ferme. Cette inondation
a fait perir un nombre
infiny de peuples & de bestail,
& plus de cinq mille
corps ont esté trouvez sur le
rivage depuis que les eaux se
font retirées.Limaestoit une
Ville extrêmement riche,
mais fort sujette à ces tremblemens
de terre,. Les Cordeliers
en ayanteu leur EgliT
se à demy abattuë il y a quel
ques années,firent une queste,
& receurent en deux jours
cent mille écus en argent
comptant ou en billers feurs,
ce qui fait voir combien elle
enfermoit de richesses. Elle
estoit devenue la Capitale du
Perou, au lieu de Cusco qui
l'estoit fous les Incas,depuis
que les Espagnols se sont
rendus Maistres du Pays. Les
Incas l'avoient possedé souverainement
pendant plusieurs
siecles. Ils se disoient
Enfans du Soleil, & commencerent
à policer cet Etat, où
auparavant il n'y avoit point
de discipline.Le premier s'appella
Manco Capac, & tous
sesSuccesseurs prirent le surnom
dinca, qui veut dire
Roy. Leurs Prestres ou Philofophes
croyoient l'immortalité
de l'ame, & après la mort
le repos pour les gens de bien,
&unepeine pour les méchans.
Leur dernierRoy nommé Atabalipa,
qui avoit faitmourir
plus de deux cens de ses Freres,
& s'estoit abandonné à
toutes fortes de violences,
fut pris par François Pizarre,
& Diego d Almagro, Espagnols,
qui en 1531. entrepri-
-
rent la conquette du Pérou.
Il leur donna pour se racheter
autant d'or qu'ils en voulurent,
mais cette rançon ne
, AI
r-,"\, «1
l""itt,'J
le garantit pas d'une mort
honteuse. Ce grand & vaste
Paysavoitesté découvert par,
Vasco Nunezde Balboa
dés l'an 1513. & le premier
Port qu'il reconnut fut Porto
Vieiosousl'Equinoctial.
de Gramont, Paii &: Maré -
chal de France,morte à Paris
en 1678.à l'âge de trenteneuf
ans. La MaisondeGrimaldi
,
l'une des plus illustres
& des plus anciennes d'Italie,
justifie six cens ans de possession
de la Principauté de
Monaco, quiest située entre
Nice & l'Etat de Genes.
Trois petites Places la composent,
sçavoir, Monaco,
Roca Bruna & Menton. La
Villeest de difficile accès.
Elle a son Chasteau basty sur
un Rocher escarpé, battu
par les flots de la Mer,où est
sonPort. Les Assembléesqui
ont esté faites pour les Fiançailles,
& pour la ceremonie
Nuptiale, onr deu estre fort
nombreuses
, puis que les Parens
des quatre grandes Maisons
dont je viens de vous
perler, pourroient remplir
une grosse Cour. Le soir du
jour que l'on fit les Fiançailles,
Monsieur en traita les
princi paux,ainsique les Fiancez,
avec beaucoup de magnificence
dans sa belle Maison
de S. Cloud.
:
Mr de Montmor, Intendant
général de la Marine
au département de Normandie,
a esténommé par le Roy
à l'Intendance generale des
Galeres à Marseille. Elle est
une des plus belles & des plus
importantes du Royaume.
On peut connoistre combien
Sa Majesté est satisfaite de ses
services, par la confiance qu'-
Elle prend en luy. Il succede
en cet Employ à Mr Begon,
qui va remplir l'Intendance
de Rochefort, à la place de
de Mr Arnout, qui se retire.
Je vous ay déja parlé dCM
Mrde Montmor ; il eil FrerOt:
de Mrl'Evesque de Perpi-
'c
gnan.
logne,Evesque &Prince de
Liege, de Hildesheim, & de
Munster, Prince Electeur &
Archichancelier de l'Empire
pour l'Italie. Legar ne du
Saint Siege Apostolique,Prevoltde
Bertolsgade,&c. Marquis
de Franchimon
,
Comte
d'Emperen
, mourut à Bon
,.le 3. de cemois. Il estoit né
le 8. Octobre 1622. & succeda
à son Oncle Ferdinand
-
de
Baviere ,
Archevesque de:
Cologne, mort en 1650.
après avoiresté fait son Coadjuteuren1643.
CePrince
avec la grandeur d'ame qui
est naturelle à l'illustre Maison
de Baviere,s'appliquoit
avec des soins tres-particuliers
à satisfaire aux obligations
de son état, & on luy a toujoursveu
donner dans tous
ses Dioceses des marques de
pieté capablesd'edifier ses Sujets,&
de remplirdignement
tous les devoirs d'un grand
Prince & d'un grand Prelat.
Cette pieté estoit en luy comme
hereditaire, puis que son
AyeulGuillaume V. dit le
Jeune, Duc de Baviere, fit
une abdication volontaire de
ses Estats en 1579 pour le reurer
dans une Maison Re1i.:
Iglieuseoùil mourut en 162.6:
avoir épousé Renée de Lorraine,
Fille de François Duc
de Lorraine, & de Christine,
de Danemarc
,
& il en eut
entre autres enfans
,
Maximilien
, Ferdinand &: Albert.
Maximilien ayant soutenu
avantageusement la Maisoni
d'Auftriche en Allemagne,
en eut pour récompenseen
1623.l'Electorat & lehaut
Palatinat dont on dépoüilla
FridericV. éleuRoyde Boheme
en 1619. Il eut de Màrie"-
Anne d.Auftriclie>Fillede*
l'Empereur Ferdinand II. Ferdinand-
Marie-François-IgnaceWolfange.
Duc de Baviere,
Electeur de l'Empire mort
en 1679. Ce dernier estoit le
Pere de Monsieurl'Electeur
de Baviere d'aujourd'huy, &
de Madame la Dauphine.
Quantà Ferdinand & Albert
ses Freres, Ferdinand fut fait
Archevesque de Cologne
Evesque de Liege,de Munster,
&c. & AlbertépoufaMatilde
Heritiere deLeuchtitemberg,
& en eut François-Charles,
Maximilien Henry, & AlbertSigismond
,
Evesque de
Frcifingen & de Ratisbonne
mort en 1685. Ce Maximilien-
Henry est celuy qui vientde
mourir Archevesque deCologne.
Il estoit fort versé dans
la Philosophie des Anciens,
& connoissoitparfaitement
la Nature. Il s'attachoit quelquefois
dans ses heures de loisir
à y faire de nouvelles découvertes,
& fay sceu par Mt;
deWaldor son Resident auprès
de sa Majesté
,
qu'il en
avoit fait de considerables.
Six mois avant qu'il fustattaque
de la maladie dont il est
mort
,
toûjours appliqué au
bien de ses Sujets &à l'avantage
de ses Estats, il songea à
laisser à son Eglise de Cologne
unSuccesseur digne de
luy, comme s'ileust eu un
pressentiment de sa fin prochaine
, & pour cela iljetta
les yeux sur Mr le Cardinal
Landgrave de Furstemberg,
Doyen de la mesmeEglise,
Ille demanda pour Coadjuteurà
son Chapitre, qui en
fit l'élection le 5. Janvier dernier
dans toutes les formes
les plus authentiques.Il s'agit
prefentcment de procéder a,
une nouvelle élection. Il y a
vingt quatre Capitulans dans
le Chapitre de Cologne, sçavoir
seizeChanoines & huit
Docteurs. Pour estre Coadjuteur
il faut avoir les deux tiers
des voix de ceux qui se trouvent
au Chapitre le jour de
l'élection ; & pour estre fait
Archevesque
»
il n'en faut
qu'une au delà de la moitié
c'est à dire que si les vingtquatre
Capitulans s'y trouvoient
, il en faudroit avoir
treize. Le Chapitre a nommé
MMr 'le Cardinal de Furstemberg
pour Administrateur de
l'Archevesché, & afin de luy
marquer l'estime qu'il fait de
sapersonne., il ne luy a point
donne d'Adjoint, quoy que
l'on en donne tres-souvent en
pareille occasion.Maximilien
Henry dont il faut remplit
la place, estoit le troisiémé
Archevesque de Cologne de
la Maison de Baviere. Ferdinand
son Oncle avoit succedé
à Ernest de Baviere, Frere de
Guillaume V. & cet Ernest
avoitestémisen la place de
Gerard Truchfes de la Maison
de Walpurg,quis'estant laissé
prendre aux charmesd'Agnés
deMansfeld, la tira du Monastere
de Girresheim, la tint
àBroel
, & intimidépar les
Parens de cette Princesse,
prit enfin le dessein de l'époufer.
Comme il ne pouvoit
le faire estant Catholique, il
donna dans les erreurs de
Luther, & vou lut garder,
quoy que marié,ladignité
d'Elcâctir
,
mais il fut chassé
malgré le secours que luy
donna le Prince d'Orange qui
le protegeoit
,
& mourut en
Allemagne en 1589. abandonné
de chacun, & accablé
de mal heurs.
Depuis que je vous ay parlé
de l'établissement de l'Academie
Royale d'Angers, dont je vous
envoyay il y a quelques mois les
Lettres Patentes du Roy avec les
noms de tous les Académiciens,
j'aytoûjours continué à vous entretenir
de ce qui s'est patTé dans
cette celebre Compagnie, parce
qu'elle n'a point cessé de travailler
pour la gloire de Sa Majesté,&de
la France, & pour l'avantage des
belles Lettres. Le quatorzième
du mois paffé
,
elle fit la distribution
des piix d'éloquence & de
Poèsie qu'elleavoit proposez quia.
tre mois auparavant. M. de la
Granche,Avocat au Parlement,
fils de M. de la Granche Conseiller
& Secretairedu Roy, President
au Presidial de Crépy en Valois,
remporta le prix de Prose, dont le
sujet étoit, Ics siges Ordonnances
du Roy pour la '':[(Jona/iolJ de la
juflice,&l'établiJftment des Lef#
ns publiques du Droit François
dans les VninjerJttez, desonRoyaume.
demies qu'il plaist au Roy d'établir.
aller chez M. de Callieres, à qui
ils dirent que la Compagnie les avoit
chargez, de venir le remercier de luy
avoir dédié un si bel Ouvrage, de
l'informer du grand applaudissement
lav'ec lequel il avoit estéreceu de toute Assemblée
,
& de l'asseurerqu'il ne
pouvoit luy faire un prejèntplllS
agréabletantpour laformequepour
la matiere. Cet Ouvrage a esté
receu avec les mesmes applaudissemens
à la Cour, & l'on y vit
avec beaucoup de plaisir lamaniere
nouvelleavec laquelle M. de
Callieres y a sceu faire le Tableau
des actions Héroïques, & des
grandes qualitez de Sa Majesté.
Elles font si éclatantes & en
si grand nombre que la beauté &
l'abondance engagent une infinité
de gensà les décrire, qui sans
de si beaux sujets ne mettroient
peut-estre pas la main à la plume.
Le beau sexe ne peut là - dessus
retenir son zele, & l'Ouvrage
que vous avez leu dans ma Lettre
de Mars dernier, du Triomphe
du Roy sur la Religion Froteifante
,
estoit de Madame de
Pringy. lel'ay découvert depuis
ce temps-là, 5c je vous l'apprens,
non feulement parce que vous
avez souhaitésçavoir de qui il
estoit, maisaussi parce qu'il luy
doit estre glorieux, que son esprit
I& son zele pour le Roy soient
*connus de tout le monde, & qu'on
doit toujours plus admirer ce que
rfont les Dames, principalement en
: Ouvrages d'éloquence., t,>.
b Ces sortes d'Ouvrages ne porte-
Iront pas seuls la vie du Roy jufqu'à
la plus éloignée posterité. Le
bronze ôt leburin contribuerontà
rendre immortel son nom Auguste.
Mille figures lereprésenteront aùssi
bien que ce qu'il a fait degrand,
èc entre les Estampes qui en parleront,
celles de M. de Vandermeu-
Icn feront distinguées. On y voit
toutes les Conquestes de sa Majessé
grauées d'aprèslesTableaux
qu'il a faits, & qu'il fait tous les
jours pour le Chasteau de Mar'y.
Je vous ay parlé de cesEstampes
à mesure qu'elles ont esté gravées.
Ilen vient encore de donner deux
au Public; l'une est le passage du
Rhin qui represente la grandeur
du Roy,& l'autre la prise de Va-'
lenciennes qui fait voir la clemence
de ce Prince. Elle paroisten
ce que Sa Majesté empefcha que
la Ville ne fust pillée,puis que
selon les loix de la Guerre ,route
Place prise par assaut est abandon-
1tée aux Assiegeans. Quant à la
grandeur du Roy marquée par le
passage du Rhin,elle éclate assez
dans cette action, sans qu'il soit
besoin d'en rien dire. Comme ies
Estampes de M. de Vandermeulen
sont fort recherchées
, parceque
les Peuples des Nations les plus
reculées qui n'entendent point les
Langues de l'Europe ontdes yeux
ainsi que nous, 6c qu'ilspeuvent
mesme voir plus que l'Hiftoirc
ne leur montreroit
, àcause * des
Villes & des Armées que ces
Estampes representent. Le délit
en est fort grand, & elles se ven- dent, non feulement auxGobelins
,mais encore chez M.
Perou
, Huissier de l'Academie de
Peinture & de Sculpture, chez
M. Oudran
, Graveur ordinaire
du Roy, rue Saint Jacques,chez
M.Bonaretàl'Aigle dans lamesme
rue
, & chezVander-Bruggen,
au grand Magasin.
le Content, de 64. pieces deCanon
de 18. livres de calibre 8c au
dessous, parce qu'il n'estoitarme
que pour faire laguerre aux Atge2
riens, & de 375. hommes d'équipage,
rencontraà 15.lieuës d'Alican-.
avoit 66. pieces de canon de plus
grosse Artillerie que celle du Content,
sa premiere batterie estant de
36.Se de 24. avec 500.hommes
d'équipage, & l'autreVaisseauestoit
de 54. canons & de 300. hommes
de l'Escadre deFlandre, que l'on
sçait estre la mieux armée & par.
ticullerement le Vaisseau de Papachin.
M. deTourvilleayant remarque
que l'un & l'autreavoient leurs
canons dehors & debouchez, mit
son Pavillon d'union ,qui est le
signal de combat, pour avertir Mrs
de Chafteaurenault & d'Estrées de
se préparer, & s'estant placéà leur
teste
-
il mit en panne à la portée
ducanon des Espagnols, d'où ayant
envoyé saTartane à Papachin pour
luy dire gUII vouloit qu'il saluât
~lei
PavillondeFrance, sinon qu'il Jfc'^
combattroit, avecordre au Patron
de mettre son Enfeigrreen berne,
s'il refusoit le salut. Papachinrefusa
en disant qu'il n'en avoit
point d'ordre. Alors le Patronfit son
signal, & dans le temps qu'il
venoit rendre compte de ce refus,
M. de Tourville qui estoitauvent
des Espagnols, arriva sur Papachin
qui fit crier trois fois vive le Roy
à son équipage. Il fit crier à son tour
vive le Roy, & alla sur Papachin,
a petites voiles,sans tirer aucun
coup, l'ayant defendu. Ainsi il n'y
eut que quelques coups de mousquet
que quelques Soldats tirerentmalgréladéfense
qu'il en avoit
faite,ausquels le Vice Admirald'Espagne
répondit de son Artillerie;
mais M. de Tourville continuant à
porter dessous parce qu'ilvouloit
l'aborder sans tirer, l'approcha
de si prés, quoy que Papachinfist
tous sesefforts pour eviter l'abordage
que.les grenadiers du Vaisseau
jettoient desgrenades dans le temps
qu'il commença à se servir de toute
son Artillerie.Samanoeuvre fut.
sijuste qu'il l'aborda en le prolongeant,
Se demeura accrochéavec
luy pres d'une demy heure par la
pouppe,d'où le hazard voulut qu'il
le décrocha, ou plutôt parce que
toutes les manoeuvres qui se te-,
noient ensemble urent coupées de
coups de canon & de mousquer.
ietterquelques grenades avec les
autres Grenadiers qui estoient à
poupe.Quoy quelesdeuxVaisseaux
fussent encierement deagréez, le
combat ne laissa pas de continuer,
encore prés de deux heures à la
portée du pislolet.M, de Chasteaurenault
qui dans le commencement
avait attaquél'autreVaisseau
Espagnol avec M. le Comte d'Estrées,
voyant qu'il ne faisoit plus
guère, de feu,&que Papachinsedéfendoit
vigoureusement, revint à
l'arriere de M. le Chevalier de
Tourville & l'un & l'autre achevèrent
de le desemparer, &: luy abatirent
son grand mast. M. le Comte
d'Estrées qui avoit continué de
combattrel'autre Vaisseau àla portée
du pistolet, envoya après une
heure & demiede combat son Canot
à ce Vaisseau,danslequelle
Capitaine vint à son bordavecses
Officiers, 8cdansce mesme temps
M. de Tourville envoya un
Officier
à Papachin, qui luydit desa
part qu'il ne cefferoitdele combattre
qu'il n'eust salué. Ses drisses de
huniers qui avoient esté coupées
ayant esté repassées, il fit porter
sur luy
, & estant à bout touchant
pour l'aborder une seconde fois,
Papachin envoya dire par l'Officier
qu'illuy avoir envoyé, qu'ille
salueroit ,mais que cen'estot que
la forcequi l'y contraignoit.Avant
que de saluer
,•
ilfit assembler tous
cetrx de l'équipage & leur dit qu'ils
voyoient bien qu'il estoitforcé
de saluer tous ayant répondu
qu'il ne pouvoir l'éviter,puisque
l'autre Vaisseau s'estoit rendu il
fallia
faluadé neufs coups de canon. Nt
de Tourville luy rendit le mesme
salut , &luyenvoya un 0®cieç
pour luy offrir tout ce qui est-oliCR
son pouvoir. Ce combat ne s'est pas
fait sans verser du fang de part 6s
d'autre. M. de Tourvillea esté
blessé d'un éclat de canon au vifari
ge 8C d'un autre à la jambe,& aen
soixante six hommes hors de combat
dont quinze , en y comprenant
Mrs de Nocé & desEcures,Gardes
de la marine,ont esté tuez sur la
place,sans quinze ou vingt qui
n'ont reçeu quede legeres blessures.
M. le Chevalier de la Rongere
dont M. de Tourville se loue beaucoup
,&M.deVenize Lieutenant,
M. Brodeau Commissaire,MrsHe
Raousset, ôc de Mefieres, Sous-
Brigadiers des Gardes, ont eu des
contusions. On ne sçaitpas encore
le nombre des morts 6C des blessez
du Vaisseau de M. de Chafteaurenault
de de celuy de M. le Comte
d'Estrées , maisquoy qu'ils euffenc
besoin de venir se remaster & agréer
à Toulon,ils ont preferé à cause de
la belle saison
,
d'aller se racommoderà
Yvice le mieux qu'ils pourront
,
afin d'estre de l'expedition
d'Alger. On ne peut pas s'estre
mieux défendu qu'a faitPapachin.
Chacun sçait qu'il y a dix ans qu'il
travaile à faire un tres-bon équipage,
& qu'il est composé de Flamans,
Hollandois, &. autres
Etrangers fort bons canonniers &:
bons matelots, & qu'il a de très-,
bons Soldats. On ne doute pas qu'il
n'ait perdu beaucoup de monde. Il
a ditlny-mesme que les
-
François,
avoient mis hors de combat ou tué
la plus grande partie de sonéquipage.
Vous remarquerez que les deux
Vaisseaux d'Espagneestoient plus
forts que les trois de M. le Chevalier
de Tourville, & que P;;¡pa"
chin portoit des Troupespour débarquer.
On ne convient pas du
lieu; les uns disent à Oran, & les
autres en Italie, mais il est certain
qu'il en portoit, ce qui luy estoit
d'un grand avantage, puifqu'il
estoit soutenu de Troupes qu'il
faloit combattre outre l'armement.
Au ffine pût-il voirlans surprise que
l'onosàt luy demander le Salut.
Papachia est né â Villefranche
dans le Comtat de Nice, & a esté
fort longtemps Corsaire Majorquin
,
aprèsquoy il est entré au
service de Roy d'Espagne. Il ca
tres-habile & tres-estimé dans son
meitier, & l'on peut dire qu'il y
est redoutable. Ainsi il est extrêmement
glorieux à M. de Tourville
de l'avoir fait salüer
,
maisil
h,est rien, de quelque nature qu'il
puisse estre, dont les Fran çois ne
viennent à bout fous le regne de Sa
Majesté
, tant on les choisit propres
aux choses ausquelles on a dessein
de les employer, & tant ils
font bien instruits de tout ce qu'ils
doiventfaire. {J'!
Monseigneur le Dauphin voulant
prendre le di vertissement de
la Chasse aux environs de Vaujour
, alla le zt- de ce mois coucher
dans cette belle Maison , qui
appartient à M.le Ducd'Aumont.
, Ce Duc se preparoit à le traiter
suivant la magnificence qui luy est
si naturelle
,
mais Monseigneur ne
voulant pas qu'il fist aucune dépense,
y envoya ses Officiers.
Comme il estoitjeusne le lendemain
parce que c'estoit la veille de
la Feste de Saint lean, ce Prince
défendit qu'on donnast à desjeuner
à aucune personne de sa suite,
& demeura luy mesme sans manger
jusqu'à quatre heures qu'il
revint de la chasse. le ne vous
fais point remarquer sa pieté; ses
avions en disent plus que ne seroient
mes paroles.
M. le Comte du_Passage
3
Ancien
Lieutenant General des
Camps & Armées du Roy, que
son grand âge avoit obligé de se
retirer du service,est mortà Lyon
de? de ce mois- Comme il n'avoit
point d'enfans,ilavoit dit a feu M.
le Mareschal de Crequy avec qui
il avoit lié une amitiéfort étroite,
qu'il le nommeroit son héritier, &
quoy que ce Mareschal foit mort
avant luy
,
il a neanmoius laissé
tout son bienà M. le Marquis de
Blanchefort son second Fils, qui
dans unâge peu avancé fait voir
beaucoup de sagesse.
le Mareschal de Humieres n'ayant
que des Filles, il n'y a plus personne
qui puisse porter le nom de
cette Maison.
Premiere Chambre de Requestes.
Ce Baron d'Arsy étoit fils de Mt-'
chel de Gotiyallai Baron d'Arsy
Chevalier des Ordres du Roy, S£!
quiavait eu l'honneur d'être fous1
le Regne de Henry IV. Lieutenant
de Roy de l'Isle de France ,
& Gouverneur de la Fere,Chaûny,
Ham, Clermont en Beauvoysis,&
Crespy. Ilavoirêpouse Francoise
d'Haliuin
, de l'Illustre Maison
d'Haliuin Oüailly,dont il ne reste
plus que Madame laDuchesse d'Havré
,femme de M. leDuc d'Havré X
de Croy,Grand d'Espagne, Che,
valier de la Toiion d'or, Se Chastelain
de Monsen Hainaulr. La
Maison de Goüy d'Arfy,qui cft fort
ancienne en Picardie,estsortie de
celle de Goüy en Flandre, dont les
biens sont entrez dans la Maison des
Comtes d'Egmont,parceque l'heritiere
de laBranche ainée avoit êpousé
un Comte de ce Nom. Il y a prés
detroiscens ans qu'elle s'est venue
établir en France où elle s'est alliée
à la plus grande partie de ce qu'il y
a de Maisons du premier rang, sans
en excepter celles des Princes. Elle
a aussi des alliancestrèsconsiderables
en Flandres avec les Maisons
des Comtes d'Egmont, des Ducs
d'Havre & d'Arschot, des Comtes
de Rache &c de Bossu. :)J2JjJ
La premiere des deux Enigmes
avoit estéfaite sur le soupir. Elle a
esté expliquée par l'Amoureux banal
de la rue du Bois de Troyes;
l'aimable G. G. de la rue S. Denis
de Poitiers; la chere Moitié du
plus heureux des quatre Freres de
la rue Cccatrix
,
la Simpatbie des
Vieillards du Chasteau d'or; l'Efcot,
&le charmant Bijou du Charnier
S. Innocent.
Ceux qui ont expliqué la seconde
sur leMulet, qui en estoit le vray
sens, font Mrs Pichonde Roüen;
Dupré des arcs; l'A rgus du College
de Montargis; la Compagnie
des Musiciens de la diredion du
S. E. Le faux Passionné de la porte
de Paris rue Passante; l'Amour
violenté du coeur volant; le Directeur
du Godgar,leFidelle du
brave Saxon à l'Anagramme, Gode
e taci, amore vuole cosi ; de laLane;
deDamas; Coustures, Mesdemoiselles
d'Herbaut;deGuenand; Renaud
& Molinde la rue des Lombards;
Les deux aimables Soeurs
Chanteuses de la porte de Bussy;
le GeneraldesChevaliers de
l'Ordre des Eternels; l'Amant
de la belle Louison de Chartres ;
la belle Epiciere du Cloistre
Sainte Opportune; la jolie Veuve
des LogesdeVitré la belle Brune
de l'Ours en peinture de la rue
de la Ferronnerie,&Lisette sa
Mignonne.
Voicy les noms de ceux qui ont
axpliqué l'un. & l'autre dans leur
vray sens. ÎVrçDigt.cn de la fontaine
des Blanc-manteaux; Pain
Commis de l'Extraordinairedes
Guerres, & son Cousin Postiche;
David ; de CorbignyDirecteurde
la Société gaillarde&réjouissante;
du M-ontcaffe de Montebot;rg; l'Epinay Bur*e' t;DurréSous- Lielltenant
auRegimentdu Roy;de
Belleville Capitane des Costes de
S.Briac,& Gouverneur de fIne
Agot prés S. Malo; dujlqchejr
Chapelain du Pont- Briant:Boxel;
le Chevalier à l'Anagramme, le
ne veuxplus aller à la Bastide; la
Mare, Procureur Fiscal: les six
Mousquetairesdes Bois de Briscon:
des Hayes Maistre à danser: l'Amant
de l'aimable Vitreaise de S.
Malo; le Cavalier au poil Be à la
plumede Meaux; le passionné ctu
indiffèrent de la Comtesse; Bamblouc
prés de S. Eustache, l'Historien
du Vivien de la rue de l'Arbre-
sec, & son Camarade:le Chef
des Mécontens de la rue Hautefeüille
: le plus volageOiseau de
la forest de la mesme rue: la plus
Mécontent des Amis de le plus
charmante voix: l'Amant declaré
de son aimable Cousine deD.C.
F.eliîf Virgoné en Gemini du pays
de Nogent: le grand Coq aux cinquante-
deux poules de Bonneval:
le Curieux Genealogiste de la rue
Cocarrix: le plus proche Voisin
de la nouvelle - Place Royale de
Poitiers: l'Ordonnateur de velours
à la Turque, amant de l'aimable
dégrillée des quatre Fils; le plus
petit des Pages du Roy,& la Blon.
dine sa Soeur; la Diane dé Neüilly
sur Marne: le grand Alexandre du
Cloistre S.Jacques: le Poisson Musicien
de la rue Marivau x ,•
le bel
Esprit du mouton de la rue Saint
Louis ; le Solitaire fleury de la Societé
d'Hym.d'Amar. d'Amyn. du
Pelerin de la Fleurie; Scaramouche
& ses Fils de Troyes: l'Amant
ingenieux de l'aimable M. E. T.
Firminy de la rue de Gêvre Maudebourg,
le Rival de l'AmantàCarrosse
de la rue du Batoir ; l'Amant
content & malheureux de
l'aimable Brunette de la rue Saint
Denis: Dom Bredouillet de Pa.
douë; le Petit-fils de l'Aisnée des
trois Filles de la Veuve de la rue
Grenier S. Lazare: le Renoiieur
des Inclinations disloquées; l'Amant
fidelle & confiant de la jolie
Janneton, de la rue S. Jacques;
Mesdemoiselles de la Haye de la
rue du Puis du Desnilde Rennes,
les deux Soeurs du Port S. Landry:
la belle Blonde de Rennes: la jeune
Brune du Pelerin de S. Jacques;
l'Alliée du grand Prince héritier
du Roy des Lombards : la charmante
de la rue S. Denis; l'aimable
dégrillée des quatre fils de
la méme rue; l'Insensiblede la rue
du Mail; la petite Personne impatiente
d'avoir sa compagne; la
veuve,sanspareille de la rue de
Tournon; là plus charmante voix
de la rue du Meurier; M. L. L. la
plus solitaire de la rue S. Christophle
; I. E. F. l'indiferente Beauté
de la rue des deux portes proche
l'Hôtel de Bourgogne; les deux
Soeurs du Pavillon Royal ruë
saint Martin; les insuportables
Cousines ; la belle & aimable
Solitaire de la Grange le Roy à
l'Anagrame, Tu mérites mAgrâce :
la charmante louailliere de la
rue Saint Honoré prés de rOra..
toire; la Société Gaillarde & rejouïssante
de la rue Pierre Sarrazin
: La SocietaItaliena della ftracU
Simone il Franco; la Teste noire
de l'Oratoire : la grosse Comette
&fon bon amy.
Je vous envoyé deux Enigmes
nouvelles. La premiere est de M.
Rault de Rouen,& la seconde de
M Bandivey de Lyon.
ENIGME.
Esuis un toutnouveau venu,,
Etdepuis peu de temps connu.;
Te veux chasser d'un Trône une Belle
étrangère
, £)ui ne doitplusyregnerguert ;
I\tfi dans mon partyj'avois toute la
Cour,
C'en seroitfaitaupremierjour.
Mais pourtantsijesembleextravagant,
bizarre
Lors quej'ysuisplacé, je plais, &
je m'ycarre,
- Et j'y cache de doux appas,
J>)ue les yeux ny dérobentpas,
J'were qu'un nouveau caprice,
En me faisant rendre justice,
Et finissant nostrediscord,
Renvoyra l'Etrangere avec les vend
du Nort.
AUTRE ENIGME.
E n'ay qu'un ventre creux, u,
dosaride&sec,
Ma teste faite en oeuf, se- courb
camme un bec.
On a beau fortsouventmecharger d
cuisine
Plus maigre qu'un harang je n'a
rien que l'échine.
On voit d'ordinaire engagé
Vu animal vivant & fortgros en
mon ventre.
j9~/ marche, qu'ilfirte ou qu'il
rentre, jesuistoujours à jeun ,jamais je
n'aymangé.
l'ay toutefois cetavantage
J^udvec un si maigre corsage.
Faut-il ou vaincre ou terrasser,
Avecpeine de moy
Marspourroitse
passer.
Souventj'aide aux fuyards comme à
ceuxquipoursuivent,
le les sers tous également,
Etsoit qu'ils meurent ou qu'ils vivent
JgHand , tout agit, je suis sans
mouvement.
Qoy que le Printemps soit passé
dans le temps que j'acheve cette
Lettre,vous ne ferez pas fachée d'en
voir encore un Air de la composition
de M. de Bacilly, Les paroles
îuy ont esté données par un homme
Illustre, non feulement par sa
qualité,mais encore par sonmerite,
qui luy à procuré les grand semplois
qu'il excerce depuis si long-temps.
AIR NOUVEAU. TRop heureux Rojjlgnols
,
dont
les tendres accens
Solemnisentsi bien le retour du Printemps
Comme vous de langueurs je sens
mon ame atteinte,
le ne respirerois qu'amour,
l'en parlerois comme vous sans
contrainte,
Et ie chanterois nuit & iour
Si comme vous sans ceJfi
Je pouvois voir l'objet de ma .undresse.
Dieu qui a beny jusqu'apresent
as les desseins du Roy d'Anglere
, vient de donner de noulles
marques de la protection
il accorde à son Royaume,par
naissance d'un Fils siardemment
uhaite de ses Sujets. Toute l'Eupe
avoit les yeux attachez sur la
ossesse de la Reyne,& le 20. de
mois elle accoucha d'un Prince
Galles.Vous sçavez ..,.. que c'est
nfi qu'on appelle tous les Fils
snez des Rois d'Angleterre, denis
que le Pays de Galles qui faioit
autre fois un Etat particulier en
f pa le Occidentale du Royaume.
esté fournis aux Anglois sous-
HenryIII. Edoiiard Fils de ce
nesme Henry,est le premier qui
it pris lenom de Prince deGal- es.
- Je- vous envoye un Livre non.
veau, intitulé
,
Eloge des Personnes
Illustres de l'ancien Testament, que
débite le S. Guerout. Il est fait
pour donner une premiere teinture
de l'Histoire Sacrée à Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & il ne peut
estre que bon, puis qu'il est de MDoujat
,
Doyen de l'Academie
Françoise. Il touche succintement
les principales actions des personnes
choisies dont il parle
, & comme
son defscin est de disposer les jeunes
Enfans à recevoir doucement
les premières semences de la Foy
Chrestienne, il a écrit enVers,
parce que la cadence mesurée insinuë
plus facilement les choses dans
l'esprit, &: les attache plus fortement
à la memoire.Il fait l'abregé
de cinquante Vies, & joint à chacune
le Portrait de celuy dont il
nous donne l'éloge. Ce sont
cinquante Portraits gravez; il
les a presque tous r.+fez du Promptuaire
des Médailles, Be il a
voulu par la fournir à lajeunesse
quelques idées qui en frappant l'imagination
par les yeux, entrassent
avec quelque agrément dans
l'esprit , & adoucissent la peine de
l'attention par le plaisir innocent
que cet âge cherche par tout.
Voila une partie de ce qu'il dit
dans sa Preface. On y trouve
encore beaucoup de choses qui
sont connoistre l'utilité qu'on peut
tirer de ce Livre.
A Paris ce 30. Illin 16SS.
LE LIBRAIRE AU LECTEUR. L'Histoire des Troubles de Constantinoplen'ayant
pû estre nnfermeeenmoins
de troisVolumes-,
le dernier quicontient Ii regne de
SolimanIII.fertdefécondé Partie
nu Mercure de Iuin. l'avertis le
Public qu'il naura de plusieurs mois
aucunesécondé Partie, & que l'Autheur
qui a resolu de continuer CHU
stoire Turque ,
nen donnera des
Volumes que de loin à loin., afin
qui'ls soient plus remplis de choses
curieuses & degrands événement.
Page 140. l'adontlisezl'adoube.
Dansle Mercure de May pagt
140 ily a un Evesché lisez, ily ltàJ
un Evesché.
Page 203. le Iournal des Audit».,.
ces ,
lisez
,
le Iournal du Palais.
On amis dans lemesme Mercure
que M. le Mareschal de Gafsionavoitestétué
à la Bataille de
-- Lens
Lens en, 1648. il fut bleile d'un
coup de Mousquet au Siege de
cette Place en 1647& mourut quajaurs
a près.
Femmeaccouchée à Morlaixa.1âge
de IS. ans. 27
DïscoÛrs contre la Superstititonpopulaire
des iours heureux & malheureux.
32
Etats de Bourgogne tenus à Dijon.
119
Ouverturedu Prix du leu de l'Arquebuse
dans la mesme Ville. 127
Traduction 132
Loix du Ieu des Eschets. 135
Cérémonie qui se fait tous lesans à
Troyes avec un Dijc&ursde M.
l'Abbé Romond. 172
DiscoursdeM. l'Abbé du larrysur
la vraye Eglise. 18)
S'il est plus glorieux de fixer une
Coquette ou de toucher une indifférente.
Galanterie.. 190
Ceremonies observées au transport
du corps de feu M. l'Electeur de
Brandebourg, de Poftdam à Berlin
19?
Histoire. 207
Redditiond'Albe-Royale. 232
Voyage de M. de Seignelay- 28S
MgortndecM..ïElecteur2de$Cpolo\-
Prix distribuez, a l'Academie -d?An-1
gers. 2f)
Fanegyrique Historique du Roy fart
M. de Caillieres.301
Nouvelles Estampes de M. de Van* dermeulen.303
Salut rendu aux vaisseaux du Roy
par le Vice-Amiral d'Espagne. 306
Promenade de Monseigneur le Dauphin
à Vaujour, 316
Autres Morts, 317
Article des Enigmes. 322
Naissance da Prince de Galles. 333
Eloges des Personnes illufires de
t.Ancitn Ttflament. 334.
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui Je débitentcheZ le
Sieur Guerout , Court-neuve du
Palais. HIvoirede Soliman III.1. 1.10. f.
ElogesdesPersonnesllluftres
-.de l'ancien Testament par M. Doujat,
Doyen del'Académie Fronçoise.
Histoire de Mahomet IV. dépossedé.
2.vol.3. 1.
Dialogues Satyriques & Moraux.
2. vol. 3.I. le Secretaire Turc;contenant l'art
d'exprimer Tes penfées sans se voir,
sans se parler & sans s'ecft*e,avec
ies circonstances d'une avanture Turque
, 8cuwe Relationtres-curieuse de
plusieurs particularitez du Serrail
,
qui
n'ont point encore esté sceuës. 1.1.10. C.
Le Mary Jaloux. I. l.10. f.
L'Estat present de la PiuflànGe
Othomane. I.1. 10. f.
Chevalerie ancienne & moderne,avec
la maniere de fairela preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 1. 1. 10. f.
Poësies Pastorales de M. deFontenelle,
avec un Traité de la Naturedel'Eglogue
,
& une Digression
sur les Anciens & les Modernes. 1.
liv. 10. f.
Le Chevalier à la Mode,Comedie.
1. 1. 10. f.
La Déflation des Joiftufes.),Comedie.
1 5. f.
a Entretiens sur la pluralité des. Mondes,
de M. de Fontenelle, augmentezen
plusieurs endroits, avec un sir
xiéme Soir qui n'a point encore paru,
contenant les dernieres découvertes
qui ont c(té faites dans le Ciçl.
, .,1.1.t0.f.
-K.., Réflaexilonil s.ur l'Acide & sur l'Ai— ;i liv. 10. f.
L'Art de laver,ou nonvelle maniete
de peindre sur le Papier, suivant le colorisdes
Delîeins qu'on envoye à la
Coor'parM.Gajtierde Nismes. 1. 1.
r Traité des Fortifications enrichy de
13 Figures, contenant la Démonnra.
tion & l'Examen de tout ce qui regarde
l'Artdefortifier les Places tant re.-
gliberesqu'irregulitres
,
suivant ce
quise pratique aujourd'huy
3
le toqt
d'une maniéré abregée, & fort aiCéc
pour l'intrusion, de laJeunelFç.
0 1. liv. 10. f.
-Efrais de Morale & de Politique,
c&il est traitdesDevoirsde l'Homme
consideré comme particulier,&
comme vivant en Société. 2. vol. 2. L
, Le Cours du Danube & des Rivieresquis'ydéchargent,
où se trouvent lesFrontières des Empires d'Allema-
.gne & de Turquie.
Histoire des Troubles de Hongrie,
Contenant tout ce qui s'y estpasséde
remarquable jusqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze. 7. l.10. f.
dDiaologueus deszMorets, 2.. vol. in- 3. l.
Histoires des Oracles. r. liv. 10 f.
Lel.{¡rcs galantes de M. le Chevalier
d Her. 2.. vol. 3.1.
LesMalheurs de l'A mour, ou Eleonor
dYvrée.
1
1. 10. J
Ambassades de Mons. le Comte de
Guilleragues
,
& de M. Girardin,auprès
dp Grand Seigiie,,ir,tvec plusieurs
Pièces curleufes,tirées des Mémoires
décors les Ambassâdeurs de France à
la Porte, 8cc.j.l.Ip. f. Academie galante. z. vol. 3. livLaDuchessed'Estramene.
2. vol.2.l.
Le Napolitain. I. l.
Sentimens sur les Lettres & sur
l'Histoire
Sti, alvecedes .Scrupules sur le ~1.1.la. ~f:
Caracteres de l'Amour. I. 1. 10. ~L
Le Grand Visir C1a.r1aM.1usQtap.ha. ~£ ^X'IllustreGenoifr.i.l.io.f.
,.
^T-e
Seraskier. I.l.10. ~f.
Relationdu MariagedeMademoifelle
avec le Roy d'Espagne. 1.1. 10.f.
Relation du Mariage de Monsieur
le Prince de Contyavec Mademoiselle
de Blois.~1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Monseigneur
le Dauphin, avec la Princesse
Anne - Chrestienne-Victoire de Baviere.
~1. ~1.IO. ~f.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la description
des Places de la haute & balle Alsace,
& de celles de la Province de la Sare
& de Luxembourg. I.liv. 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
par les Armées Chrestiennes en Hongrie,
&dans la Morée, avec la prise
de plusieursPlaces sur lesInfidelles.I.l.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perse & aux Indes Orientales par la
Mer noire 6c parla Colchide, enrichy
de dix-huit grandes Figures. ~2^vol. ~in
douze. 4. 1. 10. f.
Observations de M. Spon~fuites
Fiévres 6cles Febrifuges. I.l.
L'Arioste moderne.4. v. in 12.6.l.
Discours Satyriques 6c Moraux en
Vers. ~I1.
Fables nouvelles. ~1.1.
Epistres en Vers de M. Sabatier
de l'AcademieRoyaled'Arles. t.1.
Jugement de Pluton sur les Dialogues
des Morts. ~1.1. 10 f.
Relation duVoyagedu Royen Flandre
en 1680. ~1. 1.1O. ~f.
La Négociation du Mariage de
Monsieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal. ~i.I.io:f.
Relation duSiege deVienne. 1.1.fOf.
Relation de ce qui s'estpasséà Genes.
~¡.L 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
~i. I.io.C
Ambassade de Siam en France, di.
yifée en4. vol. 6. liv.
Le premier Volume a pour titre.
Voyage des Ambassadeurs de ~Siam
en France, contenant la reception
quileuraesté faite dans lesVillesoù
ils ont passé; leur entrée à Paris; les
cérémonies observées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy,delà Maîson
Royale, les Complimens ~qu''ls
ont faits; la description des lieux où ils
ontesté ; & ce qu'ils ontditderemarquable
sur tout ce qu'ils ontveu.
Le second Volume a pour titre.
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siamen France, contenant ce qui
s'est passé à l'Audience de Madame la
Dauphine, des Princesses du Sang,
.& de Messieurs de Croissy & deSegnelay,
avec une description exacte des
Chasteaux
, appartemens, Jardins &
FontainesdeVersailles, S. Germain,
Marly & Clagny
,
de la machinede
Marly, de? invalides, de l'Observatoire
deS. Cyr,&decequeles
Ambassadeurs ont veu dans tous les
autres lieux où ils ont esté depuis la
premiere relation, à quoy l'on joint le
di scours qu'ils ont fait au Roy.
Le troisiéme Volume apour titre.
Troisiéme partiedesAmbassadeurs
de Siam en France, contenant la fuite
de ladescriptiondeVersailles
,
cell
des chevaux qui sont dans les deux
Ecuries du Roy; ce qui s'est paiTe
dans les visites qui leur
- ont esté
renduës; les experiences de la pesanteur
del'air faites devant eux; la description
des Galeries de Sceaux, &
les receptions avec toutes les haran-
~guas qu'onleur a faites dans toutes
les Villes deFlandre.
Le quatriéme Volume à pour titre.
Quatriéme & derniere partie du
Voyage des Ambassadeurs de Siam en
France
> contenant la fuite de leur
oyage de Flandre, depuis Valencienne
jusqu'à Paris; la description
des Villesoù ils ont passé, & les harangues
de tous les Corps, ce qu'ils
ont veu à Paris depuis leur retour ,
avec une description de tous les lieux
où ils ont esté, & dela Feste donnée
par Monsieur à S. Cloud, leurVoyage
à Versailles, leur Audience de
Congé, & les dix-sept Audiences
qu'ils eurent le même jour, avec tous
les complimens qu'ils ont faits, laliste
des presens qui leur ont esté donnez,
ce qui s'estpassé à leur départ, &les
noms des personnes distinguées qui
font parties pour Siam.
Outre les Mercures d'onze années,à
commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires, dans lesquels
sont divers Traitez tres-curieux sur
plusîeurs matieres qui regardent les
Sciences &les Arts.
Histoiredu Siege de ~Bu. ~1.1.io.f.
Recueil d'Ouvrages faits à la loüange
du Roy, sur l'extirpationdel'He~
resse.i.l.io.~f.
Relation des Prieres publiques qui
ontestè faites par toute la France, en
actions de graces de la guerison du
Roy. ~1. ~1.10. ~f.
Antiquitez de M. Spon, Ouvrage
enrichy de plusieurs Figures. ~7.1.
Divers Ouvrages en Musique de
M. de Bacilly, ,
LAvis pourplacer les Firitres.• 'Air qui commence par, le
Printemps commenceà renaiflre,
doit regarder la page 27.
La Medailledoitregarderla page
180.
L'Air quicommence par, Trop
A PARIS
AU PALAIS.
ON donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier icur de chaque Mois, & le on ven dra
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sdols en Parchemin.
A PARIS.
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dians la
Salledes Meiclers,aL justice.
T, GIRARD,au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
St MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
J~P£E"
GALANT
Jv1N iCSS.
E rotaccufez point
de négligence. Si
en vous parlant du
Voyage du Roy a
Maintenon> dans ma Lettre
du dernier mois. je ne vous
ay point fait la description
des Travaux que Sa Majesté
a eV-é voir, & qu'Elle fait
faire pour conduire la Rivière
d'Eure à Versailles,c'est
parce que je vous en ay déjà
donné une fort ample de
tout le dessein dans l'un de
mesquatreVolumes de l'Ambassade
deSiam. D'ailleurs
j'attens qu'il soit entierement
achevé pour vous en donner
une autre, à cause des changemens
qui se font dans toutes
les choses que l'on entreprend,
pour les conduire à
toute la perfection qu'elles
peuvent recevoir. Cependant
je vous diray qu'il y a beaucoup
de remarquesà faire
pour la gloiredu Roy, dans
l'Ouvrage de la Riviered'Eure.
Il fait voir que ce grand
Prince,quiasurpassétous les
Empereurs Romains dans
tout ce qui en a fait admirer
plusieurs, a égalé par cette
entreprise l'immense grandeur
de ce qu'ils ont fait faire
de plus merveilleux,quoy
que ses Etats soient infiniment
moins grands que la
vaste étendue de ceux qui
composoient l'Empire Romain,
qu'on a presque vû
n'avoir pour bornes que les
limites du monde. On n'aura
aucune peine à tomber
d'accord quel'Ouvrage dont
je parle n'ait égalé, pour ne
pas dirc surpassé ceux de ces
Maistres de la Terre, quand
on fçaura que vingt mille
hommes des Troupes de Sa
Majesté y auront esté employéespendantphdlcurs
années?
pour le seul remuëment
des terres, & cela, sans compter
les Ouvriers necessaires
pour ce qui regarde la Massonnerie,
& les autres choses
de cette nature. Voilà un des
endroits par lesquels la magnificence
du Roy égale celle
des Empereurs Romains. On
peut ajoûter à cela que le Roy
a fait plus, & qu'il a tiré une
utilité pour le bien de ses
Etats, d'une chose dont il
sembloit que le desseinneutf
estéconceu que pour la gloire
& pour le plaisir. Cependant
cet Ouvrage sertà tenir
les Troupes dans l'exercice
d'un travail qu'ils oubliroient
dans un temps de
Paix, & auquel elles ne se
trouveroient pointendurcies,
si ce Monarque estoit obligé
de faire la guerre, de maniere
qu'il repare
vailoùil par ce tra- pareparcetravailoùillesengage
le
tort qu'une longue oisiveté
pourroit leur faire, en les
rendant moins capables d'executer
une partie des choses
ausquelles les Troupes sont
obligées, & particulièrement
pendant les Sieges, quiavancent
autant par les travaux
que par la valeur des Soldats.
Il y a plus encore ; lors
que le Roy les employé de
cette forte, il fait gagner une
infinitéde gens, qui sans cela
subsisteroient difficilement;
& c'est ce qui adétermne Sa
Majesté à entreprendre cet
Ouvrage, comme Elle l'adit
souvent, en declarant qu'Elle
l'auroit entrepris quand mcfme
Elle auroit esté certaine
qu'il n'auroit pas eu un plein
succés. Ainsi le plaisîr d'avoir
des Eaux à Versailles,est
ce que ce Prince a le moins
confideré,quoy qu'ilnecherchaità
mettre par làce lieu
delicieux au dessus de toutes
les merveilles du monde
dont on ait jamais oiiy parler
,
que pour la gloire de la
France,. tout ce qu'un Monarquetait
de grand, donnant
toûjours de la gloire à
la Nation.
J'ay à vous apprendre la
mort d'une Personnequi vescu fort longtemps, a mais
sa longue vie vous surprendra
beaucoup moins, que de
connoistre qu'elle estoit alliée
a un Empereur des
Turcs. Cette mort est celle
de Marguerite Spifame,
Dame Daunay, arrivée depuis
un mois dans le Nivernois.
Elleestoitâgée de qua- tre-vingt-quatorze ans, &
de la M~i[on de
-dernieredelaMaison
Spifame
,
venuë d'Italie en
France il y a plus de deux
siecles. Lanfrand Spinola,
premier Maistre d'Hostel de
François I. du nom, Fils du
Prince Ambroise Spinola,
Duc de San Severin, Marquis
de Sesse& de Venaure,
Chevalier de la Toison d'or,
Gouverneur pour Sa Majesté
Catholique des Pays- bas,
General de ses Armées, épousa
Jacqueline de Cigale, de
la Maison des Comtes de Cigale
en Sicile, & Soeur du
Bacha Cigale, Amiral des
Mers, & General des Armées
du Grand Seigneur qui regnoit
en ce cernes-là.) &
qui luy fit époufer sa Soeur.
De ce mariage sortit Isab-
lle Spinola, qui épousa
Spisame,Pere de Barthélémy
Spiphame;Seigneur
de Monthon prés Genes.,
Commandant dans Luques.
Il eut pour Femme Jeanne
dePodolin., de la Maisonde
Podolind'Italie, & passa en
France où il acquitbsTerres
des Granges & de Bisseaux.
Ses Descendans y firent plusieurs
alliances. Il y eut un
autre Barthélémy Spiphame,
Seigneur de Bisseaux & des
Granges, qui épousa Dame
Loüse Dallegrain. Gaillard
Spifame épousa Dame Loüise
de Marie, petite Fille de Henry
de Marle, Chancelier de
France. Simon Spifame, Seigneur
des Granges, Capitaine
des Cent Suiffes, se maria
avec Dame Perrette de Mirousset
; eanSpifame , Seigneur
de Biffeaux & des Granges,
avec Dame Jacquette de
Ruzé, 8c Georges Spifame
Seigneur des Granges, avec
Dame Anne de Dormans,
Niece de Jean de Dormans,,
Chancelier de France. Il y à
eu deux Freres de ce mesme
nom,Jacques & Gilles Spifamé,
tous deux Evesques de
Nevers; le dernier est mort
en odeur desainteté. Cette
Famille a finy par Samuel &
Ifac Spifame, Freres, dont
l'aisné fut Conseiller d'Etat
& Ambassadeur pourSaMajestéen
Angleterre. Ils eurent
deux Soeurs, Sara & Madeleine.
Sara Spifame épousaMrde
la Curée de la Bourdefiere
> Chevalier des OrdresduRoy,
Madeleine fut mariéeà Mr
de Brichanteau-Nangoy.ifac
Spifame, Cadet de Samuef,
époula Dame Marie Darmes>
dont il eut deux Filles.L'Ailnée
épousa Jacques de la Riviere,
Vicomte de Quincy ,
dans le Chasteau duquel on
voit les Portraits de ceux
que j'ay nommez, tantHommes
que Femmes, aunombre
de dix-sept de Pere en Fils,
& ceux de plusieurs Chevaliers
deMalthe de ce mcfme
nom, dont trois ont souffert
le Martyre pour la Religion.
Ily a icy dans l'Eglisedes Augustins
du Grand Convent
une Chapelle fondée par les
Spifames,oùils ont leur sepulture.
Marguerite Spifame qui
vient de mourir, estoit Veuvede
MessireJacques de Regnier,
Vicomte Daunay, Frere
de Mr de Guerchy, & Neveu
de Regnier, Grand
Prieur de France. Ils ont eu
deux Filles; l'Aisnée avoit
épouséMrdeMaigrigny, &
la Cadette a esté mariée à
Messire Antoine de Damas,
Marquis de la Clettc. Spifame
porte de gueules à un Jigle
éployé d'argent.
J'oubliay le mois passé à
vous apprendre la mort du
Pere Cesar
,
dit du Saint Sacrement
,
Carme Deschaussé,
né à Vie en Lorraine, & Profez
à Paris. Il est mort d'apoplexie
le 21. de May dernier
dans sa 72. année. Jamais
Religieux n'a esté plus
connu, ny plus estimé de ceux
qui font profession d'une
veritable pieté. Il a esté Définiteur
, & Visiteur General
de son Ordre, Prieur à Mets,
& à Charenton proche Paris;
il excelloit particulierement
dans les décisions des cas de
conscience, ce qui luy avoit
attiré la Direction d'une in-
—*
finité de peifonnes distinguées.
Les Vers qui suivent sont
de Mr de Vin, dont vous
avez déjà vû plusieurs Ouvrages
galans. Il y parle de
deux Freres, dont l'un estant
prest de perdre une partie de
Paume , sortit du Jeu fous
quelque pretexte. L'autre qui
cust pu luy donner trente,
rentra en sa place, continua
la partie, & la gagna.Ilsse
ressembloient si fort, que
personne ne s'apperccut de
ce changement.
LA PRESENCE D'ESPRIT.
A l'éclat, à
lapompe
,
à la majestéprés,
Vn Quidam de baJlè naissance
Avoitdugrand Auguste & la taille
&lestraits,
Le teint, l'action, ,' l'on
ne vit iamais
Vne plus grande ressemblance.
Lafortune enfaisoit laseule difference
,
Sous les mesmes hahits on s'y seroit
trompé,
Et telsfurentdans ce Royaume
Ces deux Freres,loüeurs de Paume
Par qui dans le Marais Alidorfut
dupé.
Aux affairesdefin Empire
Auguste ne dounoit que la moitié du
iour,
Etpoursendélasseremployoitl'autre
à rire
, A ioüer
,
à fairel'Amour.
Souvent il appelloit ceQuidam,
sa Copie,
Etsefaisantundoux plaisir
De l'innocente raillerie,
il voulut certain iour qu'il estoit de
loisir
TAsterl'esprit du porsonnage.
Il
Il l'avoit mandé de Cartage ,
Etse trouvant de belle humeur
Il demandad'un ton mocqueur, - Sisa Mere iamais n'estoit venuë à
Rome.
Non, luy dit le Quidam, mais on
m'asouvent dit
; Que mon Pere, autrefois & bienfait&
bel homme,
Vins d'on heureux Voyageyfit.
Auguste avait VOtJtJl.sur cette ressemblance,
Du Quidam taxer la nAiffitJce,
Etdesa Mereenfin accuser la vertu;
Mais qnoy que de Ça repartie
Le coup au'ljlfinquin.preveu
"Fiji retomber sur III) sa , propre rail- rie Loind'en concevoirdu dépit,
De luy-mesmeilse prit à rire , Etloüantce trait desatire
Paya de ses bienfaits sa presence
d'esprit. , Railleur, ton chagrin cfttniufte.
Quoi,tu nepeuxsouffrirqu'on te
raille à ton tour,
EtcependantleGrandAuguste-
Le foujfre de luy-mesme au milieu
desa, Cour.
VoicyunPrintemps qu'on
a fait si peu courir, qu'on
peut asseurer qu'il est tout
nouveau. Il est d'un homme
qui fçaic parfaitement la Musique,,
& qui se fait estimer
des plus sçavansMaistres.
AIR NOUVEAU. LE Printemps commence à paroistre,
Vous estes belle camme luy,
Lesfleurs qui brillent auiourd'huy
Ne perissent que pour renaïflre.
Mais si vous pdJ/èz, vos beautf
iours
insensible aux douceurs quifument
la tendresse
, Iris , avec le tempsd'une aimable
jetlneJlè
,
Vous perdrez sans retour la facondes
Amours.
Les secrets de la Nature
font si fort impenetrables,
qu'il ne faut las s étonner s'il
y a des Medecins qui soutiennent
que les Femmes peuvent
accoucher à onzemois,
comme elles accouchent à
fcpt. Un fruit de mesme espcce
vient diversement à sa
maturité de deux arbres differens,
ôc la mesme semence
jettée dans la terre, avance
ou recule la recolte de la
moisson,selon que le fond est
meilleur ou plus mauvais, &
'su.il reçoit plus ou moins
lafoect du Soleil. Ainfidans
de differensdegrez du chaud
ou du froid
,
de la force oir de la foiblesse
, & de la qualité
du tempéramentdes sujets
qui travaillent à la genération,
il yaplus de difpc*-
sition à prévenir ou a éloigner
les termes les plus reglez
& les plus ordinaires à l'enfantement.
On voitdes preuves
de ce que je dis par ce
qui arrive tous les jours, mais
il est fort rare que les Femmes
soient en estat de devenir
grosses quand elles ont
pane cinquante ans. Cepen-
- dant il y en a une à Morlaix
qui en ayant cinquante-huit,
n'a pas laisse d'accoucher depuis
deux mots. C'est une
nouvelle que m'ont donnée
des gens tres- dignes de foy.
Cette Femme peutesperer
une vie bien plus longue que
les autres, puis que la Nature
est encore si viveen elle dans
un âge où il semble qu'on
peut se promettre de ne plus
avoir d'Enfans.
Je fuis fort persuadé qu'il
n'y a personne à qui l'ouvrage
que vous allez lire ne
fasse plaisir. Il est de Mr MalavaldeMarseille,
quiayant
perdu la veuë lors qu'il n'avoit
encore que
neuf
mois,
s'est toûjours nourry dans
l'étude des Lettres sacrées &
humaines. Ce discours combat
la superstition des jours
heureux & malheureux que
marquent nos Almanachs, &
comme il n'est presque aucune
Famille, où il ne se
trouve quelqu'un qui ajoûte
foy à ces jours heureux ou
malheureux, il sera d'une
grande utilité que l'on se
détrompe d'une opinion qui
n'a aucun fondement, & qui
estcontraire&àlaReligion
& àla raison.
DISCOURS
Contre la Superstition populaire
des jours heureux &
malheureux. vOusm'avez communiqué,
Ariste, vostreindignation
contre cette coutume intolerable
de faire un dénombrement des
jours Heureux r& Malheureux
dans les Almanachs, & jesuis
çtonne aussi-bien que vous, que
cet abus regne encore impunément
en quelques Provinces de
France, dans un siItCieauss
éclaireque le nostre,oùlaCritique
examine avec une Jeverile qui
vaiusqu'àlaprésomption,les usages
les plus receus & les mieux
établis de la ReligionChrestienne.
Je pardonne à des Payens d'avoir
compté des jours heureux &malheureux:
ilscroyoientqu'ily tt..
voit undestininévitable,&ils le
mettoient au dejjus de leur Jupiter.
C'estoient des aveugles qui
pensoient&quifaisoient de leurs
Dieux tout ce qu'ils 'L'ouloient,
parce qu'eux-mesmes les avoient
faits Dieux; &soit qu'ils sussent
emportez par le torrent de
lacoûtume, ou seduits par Ij
force de l'éducation, faute de
faire des reflexions raisonnables
sur les oeuvres de la Nature,
qui ne peuvent estre que les
oeuvres
d'unesupreme Intelligence,
ils ne connoissoientpoint le Createur
du Ciel& de la terre ,
qui
tfi le souverain Arbitre des bons
& des mauvais évenemens,sans
qu'il force la liberté del'homme,
auquel ila imprimél'image de
son domaine
, tous les vrais
biens aui nous rendent heureux
proced1ant uniquement de luj*
&n'y ayant point de mal, excepté
le péché, dont il ne soit la
premierecause, & le tres-juste
dispensateur. Ces hommes dignes
de pitié, qui estoient conduits
par un esprit d'erreur, objer-*
voient les jours, les mois, les
années
,
les calendes, les lunaisans,
& les autres différences
destemps,commesi elles eussent
eu quelqueliaison avec les
actions humaines
,
auil- bien
qu'avec les évenemens des corps
naturels, parce qui'ls ignoroient
celuy qui ce le ewalirre du
temps & des mouvemens du
Ciel. Ils ne se promettaient que
bonheur en certains temps, &
que malheur en d'autres; soit
qu'ilscrussent qu'il n'y avoit
desDieux, ou des Genies bons
gjr mauvais qui dominoient sur
ces temps ,
soit
qu'ils attribuassent
les tvenemens à une
dispositionnecessairedes Actres,
ou à une necessité invincible des
choses du monde.
Mais certainement il y a de
quoy gemir, AristeJ que l'on
imprime tousles ans ce Paganisme
des jours heureux (5 maU
heureux pour chaque mois de
l'année
,
dans des Calendriers
qui se font pour des Chrestiens.
Il y en a qui font si aveuglement
attachez à cette ridicule
superstition
, que les jours qu'ils
appellent malheureux,ilsn'oseroient
entreprendre aucune chose
qui fust de quelque consequence;
de voyager, de se marier, de
mettre un Enfantà l'Ecole, ou
de commencer quelqueautre bonne
oeuvre, & laissant passer les
jours indifferens, (y* ceux qui
sont malheureux
,
ils attendent
Anjec une confiancereligieuse les
jours qu'ilspensentheureux pour
donner commencement a leurs
dessins.Mais cepdant d'où peut
provenir que les Chrestiens ont à
ebserver les jours?cepoint
qu'ils cherchent les jours heureux
, parce que lapluspart ignarant
lesprincipes de laReligion,
&les étouffantsous la multitude
despassions, ne sçavent pas ce
qui fait la véritable felicité, ou
qu'ils n'y veulent pas penserserieusement,
pour n'estre pas divertis
de cette recherchesuperstitieuse
? Est-cequ'ils évitent aujjt
les jours qu'ils croyent malheureux
> parce qu'ilssedéfient de
leur conscience qui craint les
mauvais succés
, ou de la pureté
de leur Religion? Neseroit-ce
point. Ariste,parce que les hommes
ont souvent cet-te fantaisie
de courir plûtost aprés ce qui leur
faroift extraordinaire, ou qui
leur estincoinu., qu'aprèsce qui
tïl évident
, Ç0 qui est conforme
au bonsens&à la droite raisons
Ne seroit-ce point peut-estre
l'Idolâtrie de
la
Coutume qui
leurfait reteniraprésdes Payens,
les jours heureux&malheureux,
avec la mesme passion quils ré"
tiennent encore leurs Bachanalesy
&d'autres superstitions colorées?
Je croy auJF que le Peuple
voyant que tous les honnestes
gensy les (JM^ifirats seculiers
,
& les MagistratsEcclesiastiques
achetent sans façon les Almanachs
où ces jourssont remarquez,
s'imagine que ce n'est pas
mal fait de suivre ce queces
personnes lisent aussi-bien queux
, puis que personne ne se
plaint d'une pareillepublication,
& qu'on ne la défend point aux
Imprimeurs.N'est-ce point qu'ils
ont de bons succés aux jours
heureux, de mauvaissuccés
aux jours m,4h'areux ? Cette
experience trompe dix fois pour
une&il n'y?*omt de jour
qui nesoit heureux à quelqu'un,
& malheureux à fin autre. Enfin
ces hommes superstitieux aurotent
»ils pour fondement l'impiétéqu'on
leura fait croire, à
sçavoir ,que ces jours ont tfie
revelez àJob, ou à Joseph?
Quoyqu'ils en puissent croire,
il n'y a point de
bon
pTcfage
pourl'heureux succés de nos entreprises,
que de les commencer
dans la grace de Dieu,&de
faire toutes chefspourDieu &
avec Dieu, C'est cette grace
precieuse, cetteamitiédeDieu
inherente dans l*amej qui nouî
illumine pour nous conduire avec
JàgefJti qui nous fortifie pourfurmonter
les difficultez, qui prévient
les dangers,arreste les
ennemis, adoucit lesresistances,
qui nous acquiert les acilite;c
& les
ouverturespourbien
agir.
&couronne nos travaux d'une
heureuse conclusion, parce que
nous
sommesagreables
à Dieu,
&qu'alors son amoureuse providence
nous regarde avec une
especed'engagement & d'inclination.
C'estpourquoyleSaint
Esprit dit, que la sagesse cft
une prudence à l'homme.
Cette prudence est l*observation
fîdelle des Commandemens concentrée
dans la grace; &comme
leJuste ne sedétourne pointdu
sentier que Dieu luy a marqué.
la justice dont il etf revêtu,luy
inspire les moyens de bien réujjtr
en ce qu'ilentreprend. Sapientia
est viro prudentia. Il n'y
a pointau contraire de plusmauvais
présage pour un succés que
de faire les choses dans le péché,
& par le peché; car c'est une
vérité defoy, que quand nous
sommes dans le peché mortel, Dieu a droit de nous abandonner
au pouvoir de tous nos ennemis
visibles & invisibles, &
parun dernier effetdesajustice,
à nostre propre sens, &à nostre
propre volonté ;desorte que comme
à celuy qui aime Dieu toutes
chosescooperent en bien jusques
aux pechezqu'il avoit
commis; aufft à celuy qui vit
dans le peche* &quipar confquent
garde une
rJpece
de haine
pour Dieu, & est hay rtcipro.
quement de Dieu, toutes choses
cooperentàson malheuroutemporel
,ou eternel
, &mesme fc
prosperité,sagloire,&tous ses
succés les plus éclatansqui ne
servent souvent QTTA l'éloigner
davantage de Dieu, & à luy
faire oubliersa condition. Il ne
faut donc chercher les jours heureux
que dans h fond de la
vertu Chrestienne) (y* il ne faut
craindre les jours malheureux
que de la tyrannie du peché.
jfujji> Ariste, je pense que
l'une des raisons pourquoy Dieu
qnueirlpeoumvoonitdceréer& perfection
en un instant, a
voulu mettre six jours à le distinguer,
& a l'embellir> c' est
tsîn que les hommes venant à
sçavoir que Vieu avoit fait
quelque nouvelle oeuvre
dans
chacun des jours qui composent
le cours naturel de la semaine
,
n'en trouvassent jamais de mauvais,
puisquechaque jourseroit
consacré par quelque oeuvresortie
des mainsdeDieu. Tous la
jourssontdonc les jours du Seigneur,
& il les a bénis par la
oeuvres qu'il a faites, & par
son approbation; de forte qu'il
n'y a point de jour malheureux
dans lasemaine dont les mois&
l'année sont composez, mais ils
font tous lessujetsde bonheur, de
reconnoissance&d'admiration.
D'ailleurs, Ariste
, je demande
à un homme; ce jour
du mois que nous marque le
Calendrier, s'ilestentre lesjours
heureux, est-il heureux pour
'Vous seul
, ou pour tous? Il ria
pasesté marqué pour vousseul,
il est donc heureux pour tous, &
si c'est un jourmalheureux, il est
malheureux pour vous @J pour
tous. Peut-on rien proposer de
plus ridicule, ny de moinsraisonnable,
que cela, &y a-t-il
quelqueiourdans l'année qui
ne soit heureux pour les uns &
malheureux pour les autres,prenant
icy la prospérité humaine,
qui cft ce que cherchent les hommes
pour marquer les iours heureux>
& l'adversité pour marquer
les iours malheureux? Que sicethomme si reduità dire que
les iours heureux le font pour
quelques-unsseulement &ainsi
des iours malheureux
, par quelle
temérité se met-il au nombre de
ces hommes fortunez, à qui ce
jour-là doitprofiter
, ou parquelle
frenesie se compte-t-il parmy
ces infortunez quiéprouveront
lesort d'un mauvais iour? Où
est la raison ,
Ariste, où est le
bon sens en ces iours-là ? Les
Astrologues Judiciaires prendroientlesascendans
de diverses
personnes de moment en moment
dans un mesme iour: &j>as un
d'eux ne croira, iernaffwre* qu'il
y ait des iours uniformes dont
tous les momens
fassent
des heureux,
ou tous les momens des
malheureux. Cen'est pasque ie
sa(Je quelquefondement sur les
Horoscopes: mais on voitpour
le moinsqu'à l'excepiion de nos
fJpetftifuperflitieux,
personne neJefigurera
qu'un mesme jour puisse
iejlre ou
universellementheureux,
ou universellement malheureux,
&que s'ilsne le font que pour
lhJeuuerleqsues-uns) CYpourqùelques
, e'est une grande simplicitéde
s'en attribuer àsoy-mesme
le bonheur ou le "lA/heur, jjif
depire le devin à contre-temps.. Si'lyavoit des jours malheureux,
feroit-ce les Astres qui
en feroient cause? Mais outre la
raison que i'ay tirée de l'inégalité
des ascendans dans un mesme
iour
,
les Astres quifont les causes
necessaires, n'influent point
sur la liberté de l'homme : @r
c'estcetteseule liberté mal reglée
quiest la cause de leurs malheurs
quand ilsarrivent par leur
imprudence
, ou par quelque autre
vice qui déregleleuresprit.
Des machines insensibles &
irraisonnables, telles que sont les
Astres, ne sçauroient avoir aucun
empiresur la raison
, ny des
corps matérielsavoir aucune
action sur les esprits; & Dieu
défend cxpressement par son
Ecriture,& par son Eglije> de
s'arrêter aux signes du Ciel, c'est
à dire, à toutes ces marques superstitieuses.
que les Astrologues
Judiciaires imaginent dans les
corps celestes avoir la force de
déterminer les 'Volonte'{ des hommes,
& de produire les évenemens
contingens.
Les Anges,selon laPhilosophie
Chrétienne& Payenne, meuvent
les Cieux; &quelle apparence
de se persuader que Dieu se
serve du ministerede ces bienheuses
Intelligences pour rendre les
hommes malheureux, puis que
les hommesn'ontestécréez que
pourremplir les places des Anges
apostats, & que Dieu a commis
desAngespour lesgarder,dont la
vigilance leur seroit absolument
inutile aux jours malheureux
quelesAnges moteurs auroient
fait naistre
par les révolutions
arbitraires desglobescelestes? >
Tousles jours sans excep-tiotp_,
Ariffe, nous sommes obligez
d'aimer Dieu, c'est à dire, de
luy rendre quelque témoignage
denoflreamours & de noflre
fidélité en observant ses Comtnandemens.
il s'est donc amiallement
oblige par une espece
d'alliance & de convention
qu'il a daignépire avec l'hommeyde
nousfournir tous les jours
les grâces & les fecmoursneetffairesqui
nous
doivent
rendre
agreables avec nos oeuvres a fil
divine Majesté, & par consequent
heureux en coopérant avec
sa grâce.
Si les jours font malheurenx
parundéfautabsolu desa grace
qui est leveritable malheur de la
ÎZreature raisonnable., les Com
-mandemens de Dieu sontimpossibles
ces jours- là, & les pechez
inévitables.Jeparle à des Chrestiens,
Ariste, & vous parleriez
commemoy. Ilssontréduitspar
cette opinion à tirer les confe*
quences ~afjreufes que votes
-voyez e puis qu'ils ne veulent
pas agirapareilsjours, &qu'ils
sont affermis à la creance d'une
necessitté de malheur; &sile*
jourssont heureux, ce n'est pas
à la grace de Dieu, maisseulement
à la condition du jour
qu'ils se croyent redevables de
leur bonheur. Cependant le Psalmisse
dit en parlant à Dieu:
C'est par vostre ordre que le
jour subsiste , car toutes les
Creatures vous font assujetties:
Ordinatione tua perseverat
dies, quoniam omnia serviunttibi.
Ce bel ordre de Dieu,
Ariste
,
fait le calme de l'Univers>
& la félicitéde l'homme,
qui est le centre & l'enchaisnement
de toutes les Créatures, &
ainsi nonseulement il n'y apoint
de jour malheureux du cossé de
Dieu, mais il n'yen a pas un
qui ne soit heuren,si en contemplant
la nature du jour, l'homme
fuit danssesmaximeslapureté
de la lumiere, & dans la conduite
deses allions la régularité
des mouvemens du Ciel, sans
parler de toutes les oeuvres que
la lumiere nous fait voir, qui
nous élevent à la connoissance
& à l'amour du Createur.
La Phrase Hebraïque de ce
verset signifie danssaforce que
chaque iourpasse,mais que le
Tnejmetourpfrjijte par l'ordre de
Dieu, comme si tous les tours
n'estoient qu'un aujourd'huy;
à quoyl'Apostre faisantallusion,
il dit aux Hebreux:Exhortezvous
chaque jour les uns les
autres pendant que le temps
qui est appelle aujourd'hui
> dure encore, de peur que
quelqu'un de vous estant seduit
par le peché, ne tombe
dans l'endurcissement. Adhortamini
vofmetipsos per
fingulos dies, donec hodic
cognominatur, ut non obduretur
quis ex vobis fallacia
peccati. Il veut dire quetous
hstoursfont heureux quand on
s*ajfeflionne auservice de Dieu,
&qu'ils font malheureux quand
on se laiffi seduire au peché.
Tous les iours font heureux,car
depuis la naissance du monde ils
nefont qu'un aujourd'huypar
l'ordre fixe & invariable de
T>ieu. La raison du Prophète est
que toutes les Creatures qui concourent
à la production du iour
& du temps font suiettes à la
volontéde Dieu, &qu'ainsiny
au Ciel,nysur la terre il n'y a
point d'exemplairesindépendant
du bonheur ou du malheur des
hommes.
Aussi le mesme Prophete voulantinspirer
à son Peuple pour
chaque iour la confiance & la
ioye: Que depuis le point du
jour, dit-il, jusqu'a la nuit
Israël espereauSeigneur,car
le Seigneur estplein de mifericorde,
& il tient en ses
mains l'abondance des graces
pour nous racheter. Quelque
application que l'onfasse de ces
versets & de ce Pseaume aux
ames quisouffrent dans le Purgatoire
, ou à la redemption des
hommes, puis que l'Eglise chante
, De profundis,le iour de la
naissance du Sauveur, il est
certain que le sens littéral regarde
chaque iouren particulier;
que Dieuexcite Israël
,
& tous
lesChrestiensàesperer en luy
tous les iours, qu'illeur ouvre
tous les iours le tresor de Jesgrâcrs,
quil noussauve,qu'ilnous
rachete d'heure en heure, &que
son concours surnaturel (si une
continuelle redemption, comme
son concours naturel estunecontinuelle
creation.
De plus le VerbeIncarné
ayant habité avec nous dans le
monde
, a sanctifié tous les jours
des mois& des années par les
jours desasainte vie; @J comme
les Peres ontreconnu qu'ilavoit
sanctifié les eaux du Baptesme
lqeus 'il receut , enseplongeant dans
eaux duJourdain
,
de mesme
il a sanctifié les Cieux en regardant
le Soleil & les Astres, puis
que ses regardsn'estoient pas
moinssaints quesa Chair. Iln'y
a donc pointdejour malheureux
aprés que Dieu a daignéregarder
le Ciel avec des yeux de
chair pour l'amour de nous. Il
n'a jamais fait dans l'Evangile
aucune difference des unsaux
autres; il a agy,il aJouJJert3 il
a preschéen tous ces jours là ; &
n'eust-ilquerespirel'air,chaque
respiration estoit d'un prix infiny
pournousmeriter les benedictions
de tous les jours que nous pouvonsvivre.
Il veut aujJi que
tous les jourssans exception nous
luydemandions dans l'Oraison
Dominicalenostre painspirituel
&temporel de chaque jour, pour
s'obliger luy-mesme par la Loy
que son amour luy impose
>
à
nous pourvoir de l'un & de
l'autre. Tertullien dit là-deus
qu'en demandant le pain de
chaque jour nous demandons
J. C. mesme
,
qui est nostrepain
@' nostre vie: Et nous demandons
son Corps quiest dans le
pain entendu pour les Especes.
Et ainsi, dit-il
, en demandant
le pain de tous les jours,nous
demandons une perpetuelle
demeure en J. C.&la grace
de ne nous separer jamais de
son Corps. Itaque petendo
panem quotidianum , perpetuitatem
postulamusinChristo,
& individuitatemà corpore
ejus.
Le mesme Sauveur, bien loin
que nous devions jamaispenser
si le jour où nous allons entrer
fera heureux ou malheureux,
veut que nous reposions sous les
aisles desonaimable Providence
sanssonger au lendemain, aioûtant
ces consolantes paroles:Ne
vous mettez point en peine
pour le lendemain, le lendemain
se mettra en peine pour
luy mesme. Il nous apprendpar
là que l'homme ne se rend malheureux
que parsasollicitude @r
parsonchagrin, en se mettant
en peine d'un avenirdontil n'est
pas le maistre
, & dont il ne
sçauroit penetrer les évenemens
,
au lieu que la Divine Providencesecharge
de tous nos soins,
C3rse rend garant de nostre salut.
A chaque jour suffit sa
peine & son chagrin, dit Nô:
tIlr-e-Seigneurentendant par et
que le Latin appellemalitia des
épines de chaque iourqui fyoon~ft
attachées dl'infirmitéhumaine;
&quifontlespeines du péchéy
maisces peines ne rendent point'.
les Chrestiens malheureux, elles
se convertissent en Sacrifice,&
deviennent une participation dé
la Croix du Sauveur j ce qui
luyfaitdire danssaint Luc; si
quelqu'un veut venir après
moy qu'il renonce à foy-mesme,
qu'il porte sa Croix tous
les jours, & me suive. Tollac
Crucem suam quotidie.Tous'
les tours d'un ChrejîienfontconflecareC^
praor liaxso.uffrance & par
De plus, Ariste
, le Sacrifice
du Corps&duSangdu Sauveur
du Monde s'offre tous les jours
par toute la Terre pour le salut
des hommes, pour lepardon de
leurs pechez
, &pourtoutes les
necessitez publiques
3
& particlilkres
del'Univers. Il riy a
donc point deiour malheureux
auquel on offre cette Hostieque
l'Eglise appelle dans le Canon ,
une Hostie pure, une Hostie
sainte, une Hostie sans tache,
@¡ par consequent tres-agreable
à laDivineMaiestépourrendre
tous les iours heureux par fort
infinievaleur, &parson infinie
Cbaiite.
Tous les iours "Eg,lift celebre
la Feste de quelque Saint pour
obtenir des faveurs par son intercession
, & on compte chaque
iour de l'année plus de trente
mille Martyrs qui ont versé
leurfang pour la Foy. uipourra
donc croire,Ariste
, que sous
un sigrand nombre d'Intercesseurs
les hommes puissent iamais
manquer de protection pourresisterà
toutes les Puissances de
l'Enfer?J'entens parler à des
Catholiques,& cette raison entre
tout àfait dans l'Esprit de l'Eglise,
qui dit à Dieu en l'Oraison
de la Fe ste de tous les Saints:
Ut desideratam nobis tuæ
propitiationis abundantiam,
multiplicatis intercessoribus
largiaris. Que puis qu'il nous
faitcelebrer en une seuleFeste
les merites de tous les Saints,il
nousaccorde des gracesabondantes
par la multitude de nos ln..
tercesseurs.
., L'Ange que Dieu a commis
pour garder un hommen'a point
de iours pour le quitter & il
ne l'abandonne iamais, non pas
mesme au milieu deses ingratitudes
& deses pechez
, encore
qu'alors l'homme luy lie les
mains , & qu'il l'cmpejèhe de
l'assisterselon tout le zele qu'il
a pourluy. Pourquoy donctrouitéra-
t-il des jours malheureux.
puis qu'il peut estre toûjours
guidé,&toûjourrsilluminépar
fin Ange ?
.l LesPrieres publiques & les
Sacremens de l'Eglisesont des
canaux incessammentouverts,&
qui coulent tous les jours. L'Eglise
a mesme pour regle de commenserde
temps en temps le iour
suivant par les Vespres du iout
precedent nous voulantenseigner
par là que dans le temps,
de la grace Evangelique,où
nous avons le bonheurd'estre néy.
il nese trouve point de nuit, &.¡
elle chante dés le matin : Venez,
réjoüissons-nous dans le Seigneur
: aujourd'huy si vous
entendez sa voix n'endurcissez
point vos coeurs; cejlcorn*
mesielle disoit àsesEnfans avec
ces aimables paroles du Psalmiste
: Ne rendez point ce
jour malheureux par vostre
resistance aux inspirations de
Dieu, je vous promets en cc
jour toute joye & toute benediction.
Elle appelle tous les
iours Feries,par un terme qui
signifie vacance , repos & une
espece de Feste,pour apprendre
aux Chrestiens les plus ensevelis
dans lessoins de leurménage,&
dans les travaux de leur profession
3 que s'ils ont le bonheur d'être
dans la grace de Dieu, ou
du moins d'estre convaincus
qu'ils n'ont point d'afféction
au peché mortel, s'ils vivent
dans un esprit de penitence,&
qu'u milieu de leurs occupations
ils veuillent tenir leurcoeur
elénïe vers 7Jieu, ce qui l'si
un secours perpetuel
, une perpetuelle
lumière, &uneperpetuelleconsolation,
tous les tours
seront des festes pour eux. Il n'j
Il doncpoint de iours malheureux,
silacrcance des hommes ne leur
attire les malheurs dont ils se
sont menacez eux-mesmes, car
il leur arrive souvent ce que
S. Auguflin remarque de ceux
qui sefont faire leur Horofèopf)
queDieupour châtter cette vanité>
& pour vanger l'iniure
quilsfonta la Religion ,permet
qu'ils tombent dans les accidens
funestes,& quils font la fin
tragique quon leur a prédite.
<JMais parlons un peu à ces
Philosophes
?
qui traitentfierementdepieuses
les raisonsdela
Religion
,
quoyqu'ellessoient les
plusfortes, C1 que toutes les
Sciences prophanes se doivent
iltgèr par rapport à cette flgeffi
que Dieyluya enseignéeluymesme
, dont il estdit
,
Mine
ancillas suas ut vocarent ad
arcem: Vous avez dit à
l'homme , mon Dieu j1 dit
SaintAugustin
,
la pieté, est
la vraye sagesse : Eccepietas
est sapientia. Ceux qui
Comptent les ïoufs
malheureux à leur maniéré,les
fixent à certains iours du mois:
mais qui ne voit que c'est jfkns
, - aucun
aucun fondement raisonnable;
cars'ils ne les comptent quepour
les Chrestiens, puis qu'ils difint
lJu'z/s ont esté revelez c'est une
superstion malicieuse; &s'ils
les comptent pour tous les hommes
,c'est une choft. impossible.
En effet, Ariste,si l'onconsidere
les moiscommeAstronomiques,
le vulgaire ne les connoist pas,
& par consequent iln'en peut
compter les tours; & si tonregarde
les mois comme civils
les Nations de la terre rien conviennent
point entre elles,p/trcet
que lesChrestiensquisuivent le
Calendrier Romain commencent
l'annéedix iours plûtost que
d'autres Chrestiens qui ne le
suiventpas. D'ailleurs nous
commençons l'année enJanvier,
lesJuifsenMars, @J lesMahometans
quisuivent un cours de
laLuneindeterminé, mJçavenï
pas bien quand ils la comment
cent. Beaucoupd'autres Nations
ont ainsi un commencement arbitrairede
leur année, ce qui
fait d'autres,mois-) d'tzutrel
ioùrs des mois. C'est pourquoy
ceux qui mettent les iours heureux
r- malheureux dans les
mois en commençantparJanvier,
Gomme les Auteurs de nos Aima*
nacbs
, neifaient ce qu'ilsfont,
& ils imposent aux simples &
aux ignorans. Depluslesjours
desmoissont mobiles:carsicette
année janvier commence par un
LundYJ l'année suivante il cûm-*
mencera par le Mardy,&de
cette maniere lesheureuxoumalheureux
ne font jamaisfixes. -
Sion dit qu'en quelque jour
de la semaine quetombe celuy
du mêisyle btxnbeurou le tn&lheur
est attaché au nombre du
jour dumois,ausept, au dixy
au quinze,c'est une folie manifefle;
le-nombren'influe rien
tout seul , il n'a de luy mefine
tiy subsistance
, ny vertu. P4r
exemple
,
le nombre d'unjour
critique n'inftuë point sur le
malade
,
il ne fait que marquer
au Medecin que le mouvement
de la nature ejl arrive à un tel
periode ou de diminution ou d'accroissement.
Cesont les humeurs
&(esefjriu quidisposent,qui
rétablissent,ou quidéreglent le
corps ,0* non pas les unitez de
quelquenombre. Quand un Enfant
estarrivé à sept anr, ce
n'est pasle nombre de sept ans
bqruei le fait raisonner. Le riôthdel'année
climateriquenç
tuë ny ne guérit , cesont dfes
signesdr des indices pour nostre
memoire. Les revolutions du
corps se font de la matiere qui
est dans le corps, & non pas
d'une
, ou de deux unitez qui
viennentd'estre ajoûtéesàl'âge
par nostre raison qui les invente,
& qui ne les trouve pasfous un
estreréel. Il enest des nombres
comme des cercles- de la Sphere,
ils nous marquent les routes du
Ciel & des Astres, mais ilsne
sontpas dans leCiel, nydans
les Astres. Ainsi le nombre n'a
point de vertu dans les jours du
mois,outre quece nombre n'est
pas fixe à causedes révolutions
de l'année,&nommément dela
revolution beextile, 01 le domaine
des Planetesn'est jamais
le mesme.D'ailleurs le nombre
ne Je doit prendre que quand le
jour estcomplet, &quandil est
complet il n'est plus, car il est
incontinent fuinji du premier
insiant du jour Juirvant*
jiujp pour montrer que dans
l'ancienne Loy les nombres dont
on faisoit tant de cas à l'égarddes
jours ,
n'estoient que des mysteres
& des figures
, &non pas
lesveritables raisons des chofe-!t
c' est que le plus Célébré de ces
nombres, qui estoit leseptenaire,
dédié au repos de Dieu? a eflç
aboly&changéenl'unitéqui
signifie Dieu-mesme; car la cç-r
lebration du Sabat dans la nouvelle
Loy a esté transférée att
premier jour de la semaine
, nors
feulement parce que le monde a
esté reparé ce iour-là par la Resurrection
du Sauveur; mais -parce que ceux qui naiffoient
en la Loy de grâce estant rendus
plus capables de penetrer les ex*
cellences, de laPivimteyadorenÇ
l'immutabilité de Dieu dans le
mouvement de la nature qu'il
faitparoistre en ce premier jour,
son immensité dans le cahos, sa
beautédans la lunpierejfort unité
dans la multiplicité des Creatures,
& sa toute-puissance à les
avoircreées en un instant; au
lieu que. dans le nombre septenairel'esprit
grossier de la Loy
ne comprenoitqu'unrepos metaphorique
de Dicu) puis que Dieu
necesse jamais d'agirsans perdre
sonrepos ,selon cette parole du
Sauveur : Pater meus ufqitô
modo operatur,&egooperor.
Jusqu'icy mon Pere ne cesse
point d'agir, & moy je ne
cesse point d'agir avec luy.
Lenombre dans lejourn'est
doncpasunecause ny de prosperité
nyd'adversité; si bien,Arifte
, que ces jours heureux &,
malheureuxfontde pures imaginations,
qui n'ont ny raison,
ny fondement dans la Philosophie,
ny dans la Religion, qui
détournent les hommes de fonder
leur esperanceen Dieu, lesquels
ou pour ne faire pas des
choses en certains jours qu'ils
appellent malheureux, ou pour
les entreprendre en d'autres qu'ils
appellent heureux, se precipitent
quelquefois inconsiderémentdans
de grands malheurs, & pour
le moins commettent toûjours un
notable peché de superstition,
qui les rend indignes de l'a-ff.
tance & de la protection de
Dieu, puis qu'ils la cherchent
autre part qu'en Dieu ; car il
ne se faut pas imaginer qu'ily
puijje avoir de la bonne foy dans
les Chrestiens qui entretiennent
cette chimere. L'Apostres'en
estoit plaint defin temps, & il
l'a traittée d'un grand peché,
comme remarque Saint Augustin,
qui aprèsavoir remontré qu'ily
a des fautes qui nous paroissent
legeres
, & que neanmoins l'Ecriture
nous déclare estre tresgrieves,
Qui croiroit,dit-il,
que c'est un fort grand peché
d'observerles jours, les mois,
lesannées & lesautres temps,
comme les observent ceux
quiacertains jours,àcertains
mois, ou a certaines années,
veulent ou ne veulent pas
commencer quelque chose,
parce qu'en suivant les vaines
doctrines des hommes, ils
estiment certains temps heureux
ou malheureux, si nous
ne pesions la grandeur de ce
mal par la craints que l'Apôtre
mesmeenavoit conçeuë,
qui dit à de telles gens, c'est
à dire aux Galates à qui il
avpit presché, Je crains pour
vous, de peur que je n'aye
travaillé en vain àvostre conversion.
C'est donc un peché
énorme dont l'iniquitéa esté recelée
dans l'Ecriture, &l'on
nesecontentepas de le commet*
ireicomme les autres pechez
, on
l'imprime ,,¡dans les Calendriers
sansyfairedereflexionàcause
de l'usage
, & on le traite de revelation.
Qu'ainsi ne soit
,
Atisse, arrestons-
nous un peu aux jours
dppellr-% heureux j,(~ voyons
lesmagnifiquespromesses,ouplutost
les, promessesscandaleuses
-queton 'notÛ faitavantquede
les nommer, tirées du nouvel
;Êmanacb de cetteannée. Qui
voudra sçavoir ,dit-il, les
jours del'annéelesplus heureux
pour vendre,ou pour
Acheter,planter, semer, &
édifier, aller en Pelerinage , sen Marchandise, en Guerre,
ou enquelqu'autrelieu qu'on
aitaffaire, qu'illife & qu'il
observe particulierement les
jours cy-dessousnommez , &
avec l'aide de Dieuil neperdra
point en marché nvçn
quoy que ce soit qu'il fafleU
& sçachez quece sont les
jours que le bon Job écrivoit
'v',", ,',;, ,
par le conseil de l'Ange doi
Seigneur, qui luy fit sçavoir
les jours que les bonnes oeuvres
sesont ; &soyezcertain
qu'unEnfant qui naistra en
l'un de ces jours ,ou fera mis
à l'Ecole, parviendra au comble
dela sciences'il persevere
dansl'étude, & si on luy
donneunMestier,ilfera bon
ouvrier & hommeriche.
Ces terme#9-vite-l'aidé dei
Dieu , qu'ona infere%nefont
qu'un appas pour amuser; mais
c'eftun hlafyheme£ajouter6jUil
y a des jours ponr,
debonnes
éuvres > cwnml si tous (es plirl
n'estoient pas propres à bien
faire. Cependant les changemens
qui arrivent aux mois suivant
observation quej'ay faite, interrompent
aussi-bien les jours
heureux que les jours malheureux
en toutes les mesmes manieres,&
c'est un aussigrand peché
de s'arrester a ces Jours heureux
que de prendre garde aux
jours malheureux
,
puis qui(s
slonet arstjjiaveuritatblreselessun.s que
Maissilenombre ne contribue
rien à produire de bons, ou
de mauvais jours , ne jïourroit-on
pas asseurerqu'ily en a des raisons
Rentables
, quoy qu'elles
noussoient inconnues ? C'est icy
le dernier retranchement de ceux
qui défendent les superstitions;
maission lesécoutoit ilfaudroit
excuser toute la magie noire
.J
car les hommes n'ensçavent pas
les causes ny les ressorts; & au
reste ceux qui ne croyent ny un
'Dieu, ny des Demons, ont rendu
des raisonsdesmiracles &
dessortileges qui sont subtilement
extravagantes à la honte
de leurincredulité
,
accompagnée
d'ignorance & d'obflination. Il
est vray ,
Ariste
, que souvent
nousne pénétrons pas les raisons
phisiques des moindres effets d-1e
la nature;sipourtant notessommes
Philosophes nous ne devons
admettreaucune operation pour
naturelle
, que nous ne vojions
quelque proportion entre l'agent
& l'effet. Nous ne demandons
pasdes proportions pour les miracles
, parce que cefl la volonté
de Dieuqui les produit. Quand
nous trouvons desproportionsé-
Joignees dansune production
purement naturelle , nous allons
par ¡je-gre'{ de l'une à l'autre,
ïefipritesttouionrssatisfait,
hten qu'ilne découvre pas les
raisonsde, ces proportions.Ainsi
nousne voyonspas laproportion
jquilji a entre une goutte deÇatkg
le corps d'un animal qui en
est forméavec toutes fcs parties;
mais npus, allons pied àpied,
nous découvrons un germe,
puisunenaissance un peu obscure
de I"Cmbrion qui se forme,
noussuivons ainsi la nature jus-
'lfu'à. l'èntiereformationdu corps»
Nous n'avons f45 la mesmeouverture
dans leseffets de la Magie;
car quçlle proportiony a-til
entre quelquescercles quetrace
un Sorciersurlapoussiere £jT la
tempeste qu'ilexcite; entre deux
ou trois paroles qui se t-erdentes
l'air, la paralysie qu'ilcause
dansun corps ; entre
les
verge*
des Magiciens de Pharaon,
les Serpens qui en naissoient,ou
les illujïons desSerpens ?Je de+
mande à nostresujet quelleproportionya-
t-il entre le troisieme
Janvier que l'on croit heureux,
avec la Guerre siavec lascience
d'unEnfantquisera >dit-onPoto
vaillant ou sçavant
,
s'il com..:.
menceparce jour là ? Et quelle
proportiony a-t-il entre le premier
iour de Janvier que l'on
croit malheureux, un marché
de dixmilleécus yôuun voyage
de cinquante lieues que ce pu#
doit rendre malheureux? àeflce
-
qtte le nombre de ce iourmet
dans le corps ou dans lejpnt
pour produire ou pour empescher
les bonssuccés ? La seule propositionestldigne
de mépris, & les
SauvagesduCanada raisonneroient
plusiuste ;sib»i.en qu'un
homme attaché à fis sentimens
QUIdesespere d'en rendre une
bonne raison , se précipité dans
lacreance d'un dessin duquel il
fait dépendretous les ions &
tous les mauvais succés qui luy
peuventarriver.Quesi le destin,
de quelque manièrequ'on le
fonfoivefrcgii lescbojes3vnnejl
libreny pourfaire le bien
:J ny
pour fairele mal; iln'estpoint
besoin deconsultation
,
d'exhortation
, de blasme, ny de loüange;
Les Loixnesontpointnecessaires
, les recompenses & les
peinessontiniustes,puis qu'onne
sçauroit s'empescher de faire le
bien, qu'on nesçauroit éviter
lemal, edtantconduiten toutpar
la condition du dessin. Non, Ariste,
il n'y a point deitleftin,
soit qu'on L'attache au domaine
absolu des Ajlressurle corps
l'ame de l'homme,commefaisoit
l'Heretique Pricillien, soitqu'en
lefasseconsister enunordre eter*
nel des causes sans aucune raifin
de cet ordre comme les
Payens; c'est Dieu quipar une
providence pleine de sagesse,de
Justice & d'amour
, gouverne
l'homme avec l'homme
,
qui luy
faitfaire le bien en aidantsa
liberté,çjjr quine l'abandonne
tmaissi l'homme ne l'abandonne
le premier. Voilà l'unique cause
du bonheur & du malheur de
l'homme.
Si Dieu ne bâtit avec vous lamaisonquevous commencek,
en ces jours faussement heureux,
en vain travaillent ceux qui la
batissent pour vousi elle perirÀ
devmt:letwf>s, ou Dieu châtiera.
m. quslqusatùtve manier*
l'impiété de ceux qui l'ontcommencée
sur ces augures superstititu%.
Jl enfautpenser autant,
jbrijh , de toutes lesaffaires
lqiugeiol'non entreprend par une irre"
injurieuse à celuy
,
à la
gloire duquel nous devons dirigertoutesnosactions
tousnos
àejfeins.£V feront des affaires
fatales à ceux qui les entreprenbovt.
Si nostre secours ne vient
de Dieu, toutes les actions
touslesconseils demeureront sans
fruit. J'ay élève mes yeux
vers les montagnes, dit. le
Prophete,pourvoird'où
Viendra duscours;&ilett-
.!end par les montagnes qui font
hautes&fermes,touteslesvaijnes
efpcraicesdeshommes3qui
sont fondéessurleurorgueil; ou
surlafermetéde leurs opinions,
Adais à proteste solemnellement
que fin jecours vientdu Sei..,
gneurqui a fait le Cielt)Id.
Terre, &sans leconcours de
quipasune Créature.duCiel &*
sseçlaayuroidteal'Egnfeir*r7.is
leProphète,quandnoussomme
tentez d'adhéreràcetttïdeplor
table superstiction mon secours
viendra, de Dieu, & non pas
du choix que jepourvoisfaire du
jour. Il dit ailleurs que le iour
annonce avec éclat la parole au
jONr)&que la nuit communique
lascience à la nuit. Cette,parole
que le jour transmet au jourduivant,
efi la parole de Dieu:-
& cette science que la nuit
transmet à la nuit, efl lascience
de Dieu comme si le iour nous
disoit par la bouche du Soleil
, & la nuit par autant de bouchesqu'
elle 'a s'Etoiles, C'est
Dieu qui a produit cet ordre
du monde, c'est Dieu qui
entretient l'harmonie des
Cieux, & rien n'arrive ny le
jour ny lanuit, que par la
volonté de Dieu, ou par sa
permission.
Adais si dans chaque meis il
y a un nombre de bons & de
mauvais jours, tous les autres
iours seront-ils inutiles pour
l'homme ? C'est ainsi que le
croyent nos superstitieux ,qu'il
n'y a rienfort âcràindre, parce
qu'ils ne sont pas du nombre des
iours malheureux, ny rien fbj t
à desirer, parce qu'ils ne jont
pits du nombre desiours1-heu*'
Yeux* Nous voyons "aIt cccmtrdirt.,
Je cela dans l'Histoire de toutes
lesNations &de tous lessiecle,
qu'iln'y a point de iour del'anme
qui n'ait esté favorable aux
unsfunefle aux autres, &
qu'en tous les jours il est arrivé
de notables revolutions publiques
de bonheur & de malheur.
CesfJ9orrttcaêddeeffuuppeerrjflliittiioonnss.tteerr-.
-neent la pureté de la Religion
&quelquefoisimfme3 le erouriez-
vous,Ariste ellesdétruisent
U bon ordre del'Etat Ily
aura tel eputé du Prince.pour
une affairetres-importante,lecjuel
voulant éviter un jour
malheureux
,
laissera passer les
meilleuresoccasions d'executer le
commandement desonMaistre.
Un General d'Armée jeconduis
fantpar lemesme caprice,donnera
la Bataille, ou retardera
de la donner, & ilse portera.
dans quelque grand inconvénient
au préjudice de l'Etat;
car en verité,Ariste ,
les Grands
du monde
&
& les Gens de qualité,
qui n'ont que de grandes
èsperances°randes craintes,
sontsuiets àtoutes lesespeces de
supertiition qu'ilsJe figurentestre
prepres à leur fin&l'Histoire
est remplie ou de trissesou de ridïcules
exemples en cette matie*
re; toutes les Cours en tous
lts
siecles ayant eu des Devins, des
Astrologues,& des fauteurs de
supestitions, jusque-là que des
hommes mesme qui riont pas
beaucoup de Religion
,
rient pû
se défaire de quelque opinion, ou
de quelque coûtumesuperstitieuqe
qu'onleuravaitimprimée dans
lejprit;, voulant trouver quel-
€fue chosedecertainparmjy les
incertitudes danslesquelles unt
mauvaiseéducation, ou le ,de.
faut de Religion les entreteint
tous les jours. C'est 14 qualité^
dei'tfprit
»
df- non pas la dù&r
rence des Religionsqui fait attacher
les hommes à cette forte
*
defantaisïe.Auguste qui fut
digne de l'Empire Pomain, anjoit
néanmoinscettesoiblesse detirer
desessonges, & dessonges des
autres, de bons & de mauvais
augures pour conduire Jes affaires;
@J Valentinien, tout ErnpereurChrejl'un
qu'il estoit,nosoit
paroistre en public le jour du
Bissexte, parce qu'il l'estimoit
un jour de mauvais augure.
Aîais en cccy, Ariste, nos siges
Romains estoient des hommes admirables
; car lors qu'ils vouloient
declarer la guerre à leurs
ennemis,ilssi mettoient en peine
de chercher un jour heureux
pour faire cette déclaration;
mais quand il estoitquestion de
se défendre contre ceux qui les,
aboient attaquez les premiers,
tous les jours leur essaient bons.
C'est ainsiquelapolitique Je
prévaut, ou Je moque de laReligionyfélon
Jes différéns intrests.
Il a souvent fallu faire—-
desviolences à ceux qui commandoient
les Armées Navales
de nos Rois, pour partir le Vendredy
; &on a vît des Catholiques
& des Huguenots s'arrêter
dans le Port, encore qu'ils'
tuffint le vent favorable pour
naviger,&qu'ilsfussentpresser
deleurs affaires,tant eSl miserable
la conditiondel'homme,qui
tdntoJ1se laisse préoccuper de la
superstition, & tantost de la negligence
&dumépris des choses
de Dieu.
Les SupérieursEcclesiastiques
doiventaussi de leur part corriger
cetabus qui estdevenusifamilier&
sipopulaire, que l'on ne
prend presque point desoin dele
refuter. Ils doivent representer
à ceux qui sont entestez de ces
erreurs, que cette distinction des
jours n'estfondée nysur l'E*
triture> nysur laTradition£ny
sur la raison5&quoiipelapeut
,mvcep,mreeennt,u.Ssa.g.Peafaunlés'pcernchanert-j,ratuex»,
vtment.S.Paulécrivantaux
Galates,comme jevousl'ay déjdi
marqué, les reprend de cequilt,
observent les jours, les mots, les<
faisons & les années, & ilditqu'ilapprehende
de leur avoir
preschéinutilement la Foy du,
Sauveur,& que tous fistravauxnesoientperdus.
Si l'Apostrereprend
les Galates de ce ilsvouloient imiter lesJuifs*
comme beaucoup de Peres l'interpretent,
dont au moins Dieu
zvoit dicté la Loy
, quoy quelle
fustabolie, que ne diroit- il point
à des Chrestiens qui imitent les
Payens ? Car c'est tomber actuellement
dans l'Idolatrie, selon la
remarque de Saint Thomas sur
ce passage
,
de ne se conduire
qu'au gré des Astres
, (7 de faire
dépendre de leur disposition nôtre
bonheur & nostre malheur,
comme si les Astres estoient nos
Dieux. Que les Chrestiens qui
attribuent aux Astres les bons
& les mauvais jours, pensent
serieusement à ce reproche. Ce
ness pas une figure de Rhetorique
, ny une exageration de
Morale, c'est une verité inconteflable
, que celuy qui dans les
allions libres & volontaires se
pûmet au cours des Jflres3 adore
les Astres, nul ne pouvantmieux
témoignerla Religion qu'il a pour
leSoleil) la Lune:J& les Etoiles,
que celuy quisoûmet à leurs mounjemens
& à leursinfluences sa
raijon3Ja liberté,son bonheur
eson malheur, qui en un hommage
qu'ilne doit qu'à Dieuseul.
C'eflpourquoy l'Apostre a raison
de dire aux Galates : Je crains
pour vous que je n'aye travaillé
en vain, estant constant
que quiconque estpossedé le l'espritdefuperflition3Joule
laRe:
Lglan aux pieds par l'esperance
desjours heureux
, &par l*apprehension
desjours malheureux,
& que l'on va quelquefois de
superstition en superstition jusq'iesa
la Magie noire.
-
Les Conducteurs des amet
doivent accoûtumer les Chrestiens
à repousserun sigrandmal
en les obrlige>ant deJfaitequèiquè chosed'important auxjoursquil$
appelleut malheureux , (èf tn
leur défendantquelquefois dïentreprendrerien
d'important aux
jours qutlsappellentheuHux* s'il
riyrd-une xkfoluëneeejjttédele
ftke9ajin d'abolirdans leur cfprit
etttt pernicieuse créance;carsiles
penitens n'ontpointd'autre ras4
ls'oanttadcehermejeetntetr leur conseil, que
obstiné qu'ils ontà
la difference des jours,illeurfaut
refuser les Sacremens , comme
estant atteints d'infidélité&d'ldolatrie.
Il est certain que l'on
donne des avertissemens aux Prônes
des P,troiOeJ)qui ne sontpas
plus utiles&plussalutairesqutfl
celuy de défendre de pareilles
observations. Le malheurest que
beaucoup de Chrestiens qui les
font>ne s'enconfessent pas par
uneignorance crasse&inexeupible,
je flatantque ceriejipas
pechédepoursuivre le bien qui
la attend
, & d'éviter le mal
qui lesmenace, quoy que l'un
'& l'autre soientdeschimeres.
Il leur faut dire quel'Eglise
a frapé d'Anathême ces Observateurs.
Outre ce que i'ay rapporté
de SaintPaul, & de Saint
Augustin,
, un Concile de Roüen
tenusous nos premiers Rois Chrêtiens,
dit, Siquelqu'un aux
Calendes de Janvier vient à
faire une de ces choses qui a
esté inventée par les Payens,
s'il observe les jours,& la
Lune, & les mois, & s'il
espere qu'une affaire fera suivie
d'un bon ou d'un mauvais
succés par la puissance
efficace des heures, qu'il foit
anatheme. Si quis in calendis
Januariisaliquid fccerit quod
à Paganis inventum est
, &
dies observat, & Lunam &
menses, & horarum effectiva
potentia aliquid fperat in
meliusaut in deterius verti,
anathema fit., Il nefaut quunt
decesobservationsimpies pour
encourir l'anatheme de l'EglïJe.j
&neanmoins comme la superstition
provient d'unefoiblesse
d'imagination, & d'unentestementsansraison,
quiconque
est superstitieuxpour les tours
particuliers que marque l*Aima*
nach, le sera pour tous les temps
de l'année sur lesquelson a In*
venté de cesfaux rrz.yfteres..C'est
pourquoylesPasteurs desames
doivent étendre plus loin leurs
interrogations quand ils ont découverten
un homme quelqu'une
de cesfoiblesses,&>ajjuïémerfr
ilstrouverontdansftn, coeur,plut
d'une Idole à renvejer,>-LéPape
Nicolas l. défend auxBulgares
les observations des ycotri; UÇoncijed*Aufb%urg*9*ki&tn
rf+$. prive de la Gomrnurii3&
ceuxquilessuivron.Carqujr
gq-il de commun entre le Saù*
veur& crtt: Idole? Voyez,
Ariste,d'autres autoritez dan*
le.. Traité des Superstitions du
sçavant Mr Thiers, qui devroit
estre entre les mains de tous le$.
Curez, & de tous les Peres de
Famille, à causedesonutilité.
Au reste il fautdesabuser le
Peupledela creance où il pour- roitestresurlavaineautorité
de l'Almanach
,
tjuun Ange ait
revelé aJob cette différencedes
tours,il n'y en a pas la moindre
tracedans le LivredeJob, que
l'Egliseareceu,&toutefois l'on
rend garant le Saint-Esprit ,
d'unmensonge & d*une impieté.
Tous les jours de Job furent
heureux quand il estoit dans la
prosperité,parce que les richesses,
ny les honneurs ne luy firent
jamais oublierDieu, & tousses
jours furent heureux dans son
adversité
, parce que ny la perte
de ses biens, ny la mort de ses
Enfans
, ny le déplorable efttlr
de son corps qui n'estoit qu'une
grande playe depuis la reste
jusqu'aux pieds, (;) une chair
presque reduite en fumier, ny
les réproches de sa Femme, ny
les discours injurieux de ses
Amis , ne tirerent jamais de sa
bouche une parole de murmure
contre 14 Providence de Dieu.
Au contrairequand il parle des
Impies ilditsans aucune distinction
desjours Ilspassent leursjours
parmy les biens de cc
monde, & dans un moment
ils sont précipitez dans l'En.,..
fer.Au partir dela ,mon cher
Ariste,tous lesjourssontmeslez
de bien&de mal au regard de
quelqu'un. Le mesme jour en
<voit-naijtye (7 en voit mourir ;
les finssontdéfaits& les autres
font victorieux dans une mesme ,4 *l'un gagneson cTrocês•
&l'autre le perd dans le juge>
ment dJan mesmejour;l'unfait
naufrage & l'autre se sauve
dans une mesmetempeste. Mais
quoy ? le mesme jour l'un meurt
dans la grâce deDieu &l'autre
dans lepeché;le bon Larron roceutleParadis
&Judas tomba
dans l'Enfer. En vérité
,
Arijle^
ilfaudrait bannir absolument du
commerce desChrêtiens cestermes
d'heureux&de malheureux*de
bonne &de mauvaise fortune,
sinon par rapport à la grâce Cm
au peche*> & ils ne devroient
jamais foiïiRer leur bouche en
mmmant latjwtuoe-qm nejftoL*oei*
propre qu'auxPayens , parce
qu'ilsneconnoissoient pas Dieu
dans
:
lesordres & dans la conduite
duquel ilriy a rien qui
soitcasuel fortuit> mais tout
est providence , tout estsagesse
, &tout estmiséricordeoujujïicei
eN la prosperité que leshommes
appellent labonne fortune
, ne fkrt d'ordinaire <^#->4^perdre
hs, hommes màcorrompre leurs
moeurs, (fo ladifgacejeiï.une
matiere plus asseurée de leurfa*
bit, si on ne la convertiten
pechépar l'impatience &<p$rjç
murmure, Mon Dieu , jedittfiç
toutescesAeeun
vheureux
& malheureux. Toute
la Nature est 'Vô,tre ouvrage ,il
n'y arien de mauvais
) totit
l'ordre de la grace eji un effet
de vôtre misericorde
)
il riy a
rien que de bon. Soyez vousmesme
nôtre jour & notre lu- ,
miere. Faites-nous craindre le
peché qui en laseulechose que
nous pouvons appellera® mlll.
heur, & que nous nous atttf-r'
chions à vous comme ét notre
souveraine filiâté.
Je crois, Ariste ,.que vous frm
fez encore plusconfirmé dans
vostreopinion aprèslesraisons
que vous venez de voirAvjfî
ie conçoistoûiours pourvous de
plus grandssentimens d'estime
&d'affection,estant convaincu
que vous ne cherchez que la
verité.
un Discours fort court, mais
aussi poly qu'il estoitferré.
Vous sçavez que cet Abbé
est Aumosnier de Madame
la Dauphine. Le lendemain
les Deputez desCompagnies
Supérieures vinrent faire
compliment à son Altesse
Serenissime. La parole fut
portée par Mrle President
Bouhier pour le Parlement,
& parMr le President Bernardon
pour la Chambredes
Comptes. Ces deux Illustres
Magistrats donnerent des
marques de leur éloquence
par desdiscours qui ne plurent
pas moins àce Prince,
aua. tous les autres qui Ieî
entendirent. Le 15. l'ouverture
des Etats se fit. Monsieur
le Prince partit du Logis du
Roy à dix heures précises
pour se rendre chez les Peres
Cordeliers où ils se tiennent,
enattendant que la Chambre
deMrs les Eleus que l'dni
bastit actuellement, soitaehevée.
Il estoit precedéde
la Marechaussée,desesGardes
ordinaires, .& des Gardesde
laPorte,la Noblessemarchoit
immediatement aprés.Un
Lieutenant deRoyfùivoit3£;
fermoit le Corps de la NobIelle,
& Son Altesse Serenissime
alloit ensuite
, ayant
devant elle un Officier de ses
Gardes. Elle estoit accompagnée
de Mr Brulart, premier
presidentà main droite, de
Mr de Harlay, Intendant de
la Province, à main gauche,
& de deux Trésoriers de
France. Ces trois derniers
estoientrevestus de leurs habits
de ceremonie. Mrl'Intendant
avoit sa Robe de
Conseiller d'Estat, qui est de
Satin noir à manches pendan-J,
tes,&Mrs les Tresoriers des
-- - - - - -
Robes noires de velours pleiïh
aussi à. manches pendantes,
avec la Toque de velours &
le Cordon d'or qu'ils portent
de tout temps en qualité de
Generaux des Finances. Monsieur
le Prince estant arrive
IUX Cordeliers
, futcompli-
Tienté par le Gardien,& il
îe^fe fut pas plûtostplacé
tans l'Eglise
, que l'on comnença
la Messe du Saint Efrit.
Elle fut chantée folemlellement,
& lors qu'ellefut
inielaCompagnie se rendit
laSalledestinée pour cette
eremoniequise fait tous les
trois ans. Mrle Tresorier Moreau,
en qualité de Commiffaire
& de Porteur des ordres
du Roy pour la convocation
des Etats, parla le premier,
& fit un tres-beau discours,
où il mefla fort adroitement
l'Eloge de Sa Majesté avec
celuy de Monsieur le Prince
qu'il priaensuite d'ordonne„r
lale£hire& l'enregistremen
des Lettres qui contenoien
les intentions de Sa Majestés:
Ces Lettres ayant esté leues
parle Greffier des Etats, Son
Altesse Serenissime dit enpe
de mots qu'elle ne mettoi
pas en doute qu'on ne fust
fort disposé à executer les
ordres du Roy. Aprés cela.,
Mr le Premier President fit
un excellent discours sur l'avantage
que les François ont
d'obeïr à run Monarque qui
a toutes les vertus dignes du
Trône. Mr de Harlay parla
ensuite d'une maniere convenable
au lieu & au sujet. Il
s'attacha principalement au
bonheur dont joüitlaFrance
d'estregouvernée par un Roy
qui la défend si bien de ses
Ennemis, & qui fait vivre
fcs Sujets dans un repos,qu'on:
peutesperer de voir d'autant
pdleus durable,qu'il est le fruit
sa profonde sagesse. Il sinit
en disantqu'unregne si
glorieux ne nous laissoit rien
à souhaiter sinon que le Roy
vescust long temps ,
& qu'il
portast luy-mesme dans le
Siecle à venir la nouvelle des
choses toutes merveilleuses
qu'il a faites en celuy-cy. Mr
l'Evesque d'Autun, en qualité
de Presidentné desEtats,
parla après eux avec son éloquence
ordinaire, &en fou--
tenant l'interest des Peuples;
& de la Province, il ne laissa.
pas de faire éclater le zeleardent
qu'il a pour le Roy.
L'aprerdinée les trois Etats
s'estant retirez dans leurs
Chambres
)
procederent à la
nomination des nouveaux
Eleus pour les trois ans à venir.
L'Eglise pomma Mr l'Evesque
de Châlons
,
la Noblesse,
M. le Comte de Saintrailles
, & le tiers Estat M.
Bulard de Sevre.
Le16. Monsieur le Prince
fit l'ouuerture du Prix du Jeu
de l'Arquebuse, au son des
Violons & des Hautbois, &
au bruit des Timbales & des
t»
Trompetes, par deux coups
qu'il tita, & qui donnerent
assez prés du noir, pour faire
voir qu'ilauroit pû ensuite
remporter le Prix,s'il ne s'estoit
contenté de donner cette
marque de son adresse en
faisant honneur aux Chevaliers.
Il s'yen rrouva de vingt
Villes considerables,tant de
la Province, que des Provinces
voisines. Chaque Villey
en avoit envoyé cinquante
en bel équipage, & ils se
rendirent tous ce jour là avec
leur Guidonau Jeu de l'Arquebuse.
Cessix Versse lisent;
sur la porte de ce Jeu, au bas
de la Figure de Henry IV.
Vay regné sur le Trône où regnoient
mes Ayeyx,
On a compté mes jourspar mes faits
glorieux
,
A tous mes Ennemis ma valeur fut
fatale,
L'eus toutes les vertus qui forment
un grandRoy
,
Et dans l'Univers ie ne voy
Jhte LoriS LE GRAND qui
m, 1 élegale.
Les Vers suivans font au
bas de la Figure du Roy,
qui est dans le milieu de ce,
mesme Jeu.
Toy quun desir de vaincre attire
dans ces lieux,
Avant que de combattre arreste iey
tes yeux.
Si pour prétendre au prix que promet
la victoire,
De l'amour de la gloire on doit ejhre
animéy
Quipeutmieuxt'inspirer cet amour
de la gloire?
Que l'ifpeéf du Heros qu'ellemesme
aformé.
On lit ceux cy au bas du
Portrait de Monsîeur le
Prince.
Loindre auxgrandes vertus un ifprit
penetrant;
A lagrandeNaissance un coeur encor
plus grand,
Sfavoirvaincre par tout , & par
tout ¡¡d'Voir plaire,
, De ta Bourgogne estre le ferme
affuy, C'etfpar là que cePrinceestsemblable
à son Pere,
Et que déiason Filsparoistsemblablé
à luy.
Chaque Chevalier devant
tirer quatre coups, on n'acheva
que le 20. quoy que
l'on eust commencé le 16.
Chaumont en eut quatre au
noir avec les plus courts Echantillons
, ce qui luy sit
remporter le Prix. Dijoneut
le second avec plusieurs pieces
particulieres; & comme
ce Prix estoic de plus de mille
pistoles, tanten vaisselled'argent
qu')enargent monnoyé,
la pluspart des Chevaliers en
eurent leur part, ce qui fit
qu'ils s'en retournerent tous
tres-satisfaits.
J'oubliois à vous dire que
les trois Madrigaux dont je
viens devous parler, font de
M Moreau, Avocat général
de la Chambre des Comptes
de Dijon. Il vous est déja.
connu par d'autres ouvrages,
maisvous ignorez peut-estre
que l'heureux talent de faire
des Verss'est communiqué à
Desesflots argentez mesloit le doux
murmure
Au ramage de mille oJflaux.
Làsurunverd gazon ,
à l'abry des
ormeaux,
L'heureux BergerPhilene,
Foulantdesfleurs le tendreémail,
Estoit dans les bras de Climene;
Etsursabouche de Corail,
Cet Amant affamé, foursoulagersa
peine, [cieux.
Savouroit des baisers le miel deli-
Alors d'unviftransport qui brilloit
danssesyeux
Suivant les atteintes aimables,
Le coeur tout penetrè d'amour,
Dansces heureux momens, pour luy
sifavorables, ,f
Ilfitredire aux Echos d'alentour.
Non, non, je ne crois pas, que.
,
jamais sur la Terre
,,'
Le Maistre du Tonnerre
Ait de tant de plaisirs goûté les
doux Qu^nd appas, il prit, pourjoüird'une
Beauté mortelle.
D'un Cygne ou d'un Taureau la
figure nouvelle,
Ou lors qu'en gouttes d'or il tomba
dans ses bras.
Non, je ne le crois pas.
Le Jeu des Echets est le.
plus ancien, le plusuniversel
, & le plus honneste de
touslesJeux. Quantitéd'Auteurs
considerables en font
mention depuis fort longtemps.
Toutes les Nations
se font un plaisîrdelejoüer,
-&, il convient à toutes fortes
de personnes, gens d'épée,
de robe,& mesme d'Eglise.
Ce qui le faitsur tout estimer,
c'est que le hazard n'y entre
point comme dans les autres
Jeux. L'esprit du Joüeur en
fait le tout. Toutes les prérogatives
de cet excellent
Jeu n'ont pourtant porté
personne à donner des leçons
pour le bien apprendre, &
pour le joüer dans les réglés
de l'art. On en a recüeilly
quelques-unes qu'on propofo
aux Joueurs, afin qu'ils soient
excitez à en augmenterle
nombre,&que par le moyens
de pl ufieurs qui voudront
bien y contribuer, on puiflc
estre instruit de tout; car pour
ce qui estdesdispositionsde
ce Jeu qui sont dans quelques
Livres, elles dépendent de:
la conformité de celuy avec-WI
qui on le joüe
, & quand elle;
ne Ce rencontre pas, cela ne:
peut estre utile, que par des
reflexions, & n'a pas l'avantage
desprincipesd'une feience.
Ce que vous allez lire sur
ce su jet a esté£critparune
personne d'esprit& de mérite,
& je ne doutepointqus
les personnes de vostre Province
qui aiment ce Jeu, n'en
tirent une grande utilité.
LOIXDVIEVDESECHETS.
I. I L faut que le Dammier foit
posé d'une manière que
chacun ait à la droite la Case
blanche dans l'extremité de
sa premiere rangée.
II.
Il faut que le Roy blanc
foit placé d'abord dans une
Casenoire, & le Roy noir
dans une Caseblanche. C'est
ce qui semble donner lieu
3U combat , comme s'ils étoient
dans le domaine l'un
de l'autre.
III.
Le trait, qui est comme
avoir la main au piquet, se
tire d'abord au sort, & celuy
quiagagné continue d'avoir
le trait,à moins qu'on ait
convenu de l'avoir alternativement.
IV.
Si celuy qui avoit le trait
ne gagne pas la partie& qu'il
mette l'autre pat, il a perdu
le trait.
v. :
Une piece touchée doit
estre jouée, si elle se peut
joüer, à moins que vous ne
Vdisiez enlaIpren.ant,J'adont. ;
Si vous touchez la piece del'autre,
vous estesobligé de
la prendre, quoy que vous
n'ayez pas encore touché la
vostre qui la peut prendre.
VII.
Si l'on vous donne échet,
ou que l'autre fasse une fausse
démarched'une de ses pieces,>
& quechacunaitdepuis cela
joüé un coup, le jeu tiendra,
&celuy qui est en échet sera,
obligé de s'en tirer enfuitc.
VIII.
S'il arrive que chacun ait
un coup qu'il croit avantageux
, & ne le veuille pas changer, joüant toûjours
sur une mesme Cafe, c'est un
re*fait.IX.
Les Pions deviennent Dames,&
en ont les démarches
& les proprietez, tout autant
qu'il y en a qui arrivent à la
derniererangée.
; X.
Le Roy ne faute que deux
Casés en roquant à sa droite
& à sa gauche, & il ne faut
pas qu'il y ait aucune piece
entre luy & sa tour.
1
~<
-
XI.
Le Roy ne peut roquer s'il
s'est déjaremué, s'il feroit
en échet dans la cafe où l'on
roque ,
mesme s'il souffre
échet en sautant, il ne pourra
roquer, à moins que l'autre
ne vienne à retirer la piece
qui le battoit, ou que luymesme
se couvre d'une de
ses pieces
, ny lors qu'on a
remué les tours. - :
:~c XII. -
Le Roy renfermé sans eftrc
échet, &ne pouvant joüer
sans l'estre, cela se nomme
pat, qui rend la partie nul."
le. Il en est de mesme s'il
a des pieces qu'il ne puitle
joüer.
XIII.
Si le jeu vient à se brouiller
par la chûte du Damier 5ou
qu'il en ait esté renversé par
une personne de dehors
dennteressée
> ce fera un refait, encore
que l'un ait de l'avantage
sur l'autre à moins qu'on ne
convinft de la situation des
jpieeces,upour..remettre le XIV.
v
Il n'est point permisaux
Spectateurs de conseiller,ny
de rien dire au prejudice de
qui que ce fXoit. V.
Les deux Rois ne peuvent
pas s'approcher,il faut qu'il
y aitau moins une Gafeenutè,
eux.
XVI.
Lors quon pousse d'abord
le pion deux Chfes
,
le pion
de l'autre peut l'arrester à lai
première , & le pr.en,dr>e.Aw\
Avis auxJoüeurs d'Echets.
I.
OUVREZ vostre jeu par deux
pas du pion du Roy. Au second
coup, mettez le Fou de
vostre Roy sur la quatriéme
Cafe du Fou de vostre Dame;
& au troisiéme coupvostre
Dame à la troisiéme cafe du
Fou du Roy. C'est le jeu du
Calabrois : & si l'on n'y Jemedie,
vous donnerez l'échec
de Berger.
II.
,
Ou bien au troisiéme coup
au lieu de la Dame,mettez
le Chevalier du Roy (urlla
troisiémecase duFou duRoy,
& ensuite sur la quatriéme
case du Chevalier de l'autre,
& si on ne l'empesche
, vous
prendrez avec vostre Chevalier,
le pionqui est dans la
deuxiéme cafe du Fou de
l'autre Roy
) & aprés la Dame
ou la Tour.4 III.
C'eil: un avantaged'avancer
vos pions, mais ilfaut qu'iiN
soient liez & soutenus.
t 1.V.
Ne joüez pas le pion qui
est devant le Fou du Roy, car
file pion du Chevalierdu
Roy estoit avancé de deux
cases,la Dame ou le Foude
l'autre en vous donnant
échec, vous feriez mat.
-V-1 VV..
1 Ne joüez point non plus
le pion qui est devant la
Dame,car si le pion de son
Chevalierestoit avancé de
deux cases, un Fou qui fera
soutenu, venant donner sur
vostre Dame la prendroit.
-
VI.
Les pieces estant avancées
de part & d'autre
,
formez
vos desseins, ou pour atta
quer le Roy,ou pour prendre
quelquepiece. Regardez
l'endroit le plus foiblepour
y donner, & défendez vous
de celuy où ses forces font
ramassees. ,',' .)
•- :; l' VII. ,', -
Si le casy échoit,croisez
vostre pion sur deux pieces
de l'autre, pourveu qu'il n'y
ait point de danger,comme
il arrive lors que le pion quî'
prend découvre la Dame ou
une Tour, & la met en prise. : "',., VIII. ':
,
Ne joüez point sans faire
une reveuë devostre jeu &
de celuy de l'autre, pour découvrir
ses desseins
, & pourvoir
à tout. Ce Jeu est un
Jeu depenser.
IX.
C'est un avantage de faire
doubler & tripler les pions
de l'autre, s'il n'y a point
d'accident contre vous. , X. Quand il y a une piece à
prendre moindre que celle
qui prend, comme un pion
à prendre par un Fou, ou un
Fou par un Roy, ou une
Tour parune Dame,examinez sivostrepiece quiprend jne.
s'engage point a estreenfermée.
XL Sil'occasion le presente,
enfermez avec vos pions les
picces de l'autre,ouunFou
ou un Chevalier, ou une
Tour, ou la Dame.
XII.
Soutenez le pionquiestà
la deuxiéme cafe du Chevalier
, car si le Fou de l'autre
le prenoit,vostre Tour seroit
perduë ; si elle se trouvoit
entre son Chevalier & son
pion, à costé &devant.
:XIIL ).
On fait piece pour pièces
lors qu'on y gagne un pion,
ou lors qu'on rompt le dessein
de l'autre , ou lors qu'il se
presente quelque autre avan- , tage.
- xIV. ) ,;
Ménagez des découvertes
avec les pieces qui se presentent.
Ce font des embusches
secretes
, qui produisent la
prise d'un Fou, d'un Chevalier,
d'une Tour,de la Dame
§cquevlqu.exfoivs m.at. ; Il ne faut point roquer
trop, de peurquevous ne
soyezd'abord attaqué là>tiy
trop retarder, de peur de ne
le pouvoirplus faire; il faut
dégager ses pieces des deux
costez du Roy, pourpouvoir
roquer dans le temps.
- XVI.
Joignez deux de vos pieces
cnfemble pour prendre celles
de l'autre. quine font soutenuës
que par une piece.
XVII.
Si l'autre se trouve avoir
plus de pieces, & son jeu en
meilleur estat, roquez du
mesmecosté que luy,car il
ne pourrapousser iti pions,
contre vous sans sedécou- vrir. , , XVIII.
Si l'on vous donneéchec,
regardez avant que de remuer
vostre Roy,si vous ne pouvez
pas couvrirl'échec
> 9U
mesme prendre la pièce.
,,). :;;'" XIX. :
Observez toûjours les Chevaliers
de l'autre lors qu'ils
s'avancent, car leur démarche
oblique fait souvent des furprises.
XX. Mettez rarement vostre
Dame devant vostreRoy,ou
sur le mesme travers, de peur
qu'onneluy oppose une Tour
ou un Fou, qui la prendroit,
ne pouvant se retirer sans laisfer
le Royen échec:mettez
moins encore la Dame derriere
leRoy.; XXI. ¡,
Prenez garde lors que vous
mettez la Dame,ouuneTour.),
sur une cafe qui de mesme
que celle du Roy se trouve
exposée à la démarche du
Chevalier, car en donnant
échec si vous ne le prenez pas.,
il prendra vostre piece.
»,YorXXlLu.'r.
Il ya des coups à faire en
îettant une piece en prise
~us ~unopion del'autre,qui
[I'l.f.,Ia,,prcnaiit découvre sa
)alner;ou., une autre piece,
meilleure que celle qui prend.
XXIII.
Si vous placezvostre Dame
~>u vostre Tour vis à vis le
Roy de l'autre, & que son
~don du costé de la Tour foit
avancé d'une Case, vous pourez
le prendreavec un Fou
guérie pion de devant son,
j.oy ne peut prendre, à cause
qu'il mettroit son Roy en
échec.
XXIV.
Ne biffez pas toûjours
Roy aprés avoir roqué,san
,
avancer le pion qui est devan
ou à son costé,car autremen
si entrant dans sa rangée o
luy donnoit échec avec il
Dame ou une Tour, il seroi
mat,s'il ne pouvoit couvrir
XXV.
Ne mettez gueres vostre
Roy sur la mesme rangéeo
est vostre Dame, ou une
Tour, ou une autre pieces
lors qu'il y a au moins deux
Cases entre le Roy & la pieces
cat en donnant échec à vostre
y , on le fera sortir de la
gée,&on prendra la piece
est derriere sielle n'est
soutenuë.
~)
Les differcns mouvemens
l'autre jeu doivent charile
vostre, & vous faire,
server tout , pour profiter
ce qui se presente.
XXVII. .<"
les grands desseins s'exccut
quelquefois en perdant
pieces, mais il faut estre
tiré de son fait, & avoir
n compté, sans quoy on
doit pas feulementhazarun
pion.
XXVIII.
La Dame de l'autre, lié
avec une de ses pieces, do:!
vous estre suspecte, car c'e
undessein ou de donner mait
ou d'executer quelque cour
qui y serve, ou pour prend
une piece. : XXIX.
On ne doit point laisser o
pions en prise, à moins que
n'y ait quelque coup à fain
mais sur tout on doitgardé
le pion qui est à la deuxién
Cafe du Fou, car sileChev
lier de l'autre vientàle pre:
dre
, &
-que vostre Tour
puisse fo remuet, ellon<'. pourra
éviter d'estre pn(e.
XXX.
Quand le Roy roque du
costé de la DamQ, il faut
donner ordre à soûteuir le
pion qui estoit devant la
Tour, car si l'autre Dame
venoit à le prendre
& donner
ensuite échec au Roy dan$
la rangée où il est,
elle le
mettra mat, ou elle y fera du
desordre.
XXXI.
- Lors qu'il y a quelque piece
devant l'autre Roy, mettez
de vostre costé dans la mcfme
rangée, la Dame ou une
Tour,& ensuite avancez un
;
pion de l'autre rangée sur sa
piece, & il la prendra, car
elle ne peut se retirer sans
mettre son Royen échec.
XXXII.
Ne laissez point doubler
les Tours de l'autre dans la
premiere rangée de vos pionS.
car elles font capables d'y'
mattervostreRoy.
,'. XXXIII.
Le Fou de l'autre qui n'a
pû servir à vous donner l'échec
de Berger, & qui s'éssa
retiré loin dans la
deuxième-,
-Gare de sa Tour, doit estre
.Obfcrvef incessamment, caril
cft là en embusche, ô:il attend
l'occasion.
-, XXXIV.
Lors que vous avez roqué,
ne prenez point le pion de la
deuxième Cafe du Chevalier
del'autre
,
qui est vis à vis de
Vostre Roy, à moins que
yousne vous trouviez le plus
fort en pieces,car autrement
cee ûpion estant osté, vostre plusexposé.
," XXXV.
Si vousavez vostre Fou dans a deuxiéme Cafe du C hevalier,
ne mettez pas le Chevalier
devant ce Fou à la troisiémeou
quatriéme Cafe; car
si l'autremet sonFou dans la
deuxiéme Cafe de son Chevalier
, & qu'ensuite il avance,
deux Cases le pion de devant
l'autre Fou
,
il prendra vostre
Chevalier, que vous ne pourriez
retirer sans perdre voilre.,
Fou, & ensuite vostre Tour,
si elle ne pouvoir se remuer. xxxvI.0":; >
Lors qu'on donne a prendre
le pion de l'autre Damo
avancé de 'deux Casesce
qu'on nomme la Gambite,il
faut sçavoir biendéfendre
le pion qui a pris, car autrementpour
un pion gagné,
on court risque de perdre la
partie ; vostre Roy en demeure
alors plus exposé,plus
découvert aux attaques, &
cft si pressé qu'il ne peut roquer.
, I.
XXXVII.
", Lots qu'on presse vostre
Roy avec plufiours pieces,
employez les vostres à le bien
défendre, car si au lieu de
celavous attaquez l'autre, ce
ne sera qu'une fausse diversion
, qui aura éloigné vos
pieces, &donnera de l'avantage
aux autres pour vous reduireà
l'extremité.
XXXVIII.
Pour attaquer deux pieces
à la fois d'un seul coup, couvrez
par exemple vostre Fou
qui donne sur la Tour de
l'autre, d'un de vos pions &
s'il arrive qu'iloste ce qui
couvroit saTour,poussezle
pion de devant vostre Fou sur
ce qui se rencontre de l'autre,
foit Fou ou Chevalier,car
alors vous prendrez sa Tour
avec vostre Fou, ou son Fou
avec vostre pion.
TIWTS'XXXIX^V*®^3*^
Lors que vous avez vostre
Dame vis à vis del'autre Roy
qui a roqué,avancez vostre
Fou à la deuxiéme Cafe '- du
pion où estoit sa Tour, car
il-fera obligé depousser le
pionqui est devant son Roy,
&vous prendrez saTour avec
vofire, Fou ;s'il ne le faisoit
pa$J vostre Dame le matte.*
roit. _finùavinmsbà*nol\
,3tw£i w».- XL.r"« ': -i% Quand on peut donner e-;o
chec à l'autre Roy par plusieursendroits
avec la Dame, il vaut mieux le donner du
costé que l'échec ne sepeut
couvrir, à moins qu'il n'y ait
lieu de prendre la piece, qui
aura couvertl'échec.
XLI.
- Il n'est pas bien de marquer
avec le doigt la Cafe où
l'on
pourroit mettre sa piece, car
outre que cela est d'un petit
joueur de chercher avecles
doigts, cela fait entrevoir à
l'autrevostre dessein.
XLII. -
Ne changez point unFou
ny un Chevalier pour trois
ny pour deux pions, à moins
que cela ne fasse une ouvertureavantageuseavoftrc
jeu,
)u bien que ce soit à la fin
que l'autre ait des pions avec
lesquels il pourroit aller à
Dame?& que vous n'en ayez
plus.
m XLIII
Donnez-vou* de garde de
l'échec doubleil est fort dangereux
, en ce qu'il ne se peut
couvrir.
XLIV. ,: QuandonvaàDame:,si ,on vaà Dame) si
on aplusieurs pions
1
il faut
tenir le Roy derriere, car en
avançantils se soutiennent
assez par leur liaison
, mais
s'il n'y a qu'un pion, il faut:
que le Roy marche devant:
pour empescher que l'autre:
Roy n'occupe le passage.
XLV.
Quand il ne vous reste:
qu'un pion dans la rangée de:
la Tour, il faut pour le mener
à Dame, que vostre Roy
gagne le devant du costé de
l'autre rangée, car si l'autre
Roy peut entrer pardevant en
la rangéeoù est vostre pion,'
il se fera pat , ce qui rend la;,
partie
nulle.
I
XLVI. I
Lorsque le Roy est dépoüillé
,
fouillé
, ou que les pieces
qui luy restent ne peuvent
estre jouées,prenez garde que
l'autre Roy ne devienne pat.
XLVIL
Il est bon d'étudier sur le
Damier les jeux du Salvia,du
Carrera, du Calabrois
, &
d'autresJoueurs celebres; on
en retient des manieres do
joüerhardiment avec avan- tage.
XLVIII. )
; Il ne faut pas manquer les
coups doubles lors qu'ils se
presentent , comme lors qu'il
jra surunemesmeligne deux
Fous ou deux Chevaliers,ou
deux pions de l'autre, mettez
ou vostre Dame, ou vostre
Tour entre les deux; si c'est
sur un mesmebiais, mettez
vostre Dame ou vostre Fou
entre les deux.
-
:
XLIX.
Lors que vous estes pressé,
&dans le moment de souffrir
mat, si vous pouvez donner
échec à l'autre, quoy quecet
échec vous paroisse d'abord
inutile, conuinuez-letoujours
si vous le pouvez,cela fait
mistre quelquefois un moyen
inesperé de donner matdans
le temps que vousvous croyez
éperdu.
L.
Lors qu'il ne vous reste
qu'une Tour avec vostreRoy,
^éc à l'autre un pion,qu'il
mene à Dame dans la derniere
ligne avec son Roy. Si vous
n'avez pu le prendre, & qu'il
soit presque à la derniers
-'Ca[e, au
-
lieu de vous attacher
davantage à ce pion
"Pour le prendre , laissez-le
allerà Daine, & vous luy
donnerez mat avec vostre
Tour, ayant disposé vostre
Roy d'unemaniere qu'H-einj
pdeesfcohretilr'aduetlreaqraunigeésteeonùévcôhterec
Tourl'amarté. ';'
LI.
; Pour matter l'autre Roy
avec un Fou & un Chevalier,
qui font les feules pieces que
vous avez à la fin du jeu
,
il
vous faut tenir cette coiu
duite. :4
L'abondance de la matierc
m'obligea le mois passé à
remettre jusqu'à celuy-cy à
vous parler d'une Cérémonie
quise fit à Troyes le Mardy
de la Semaine Sainte. Tous
les ans à pareil jour il y a une
Procession Generale pour la
reduction de la Ville fous
l'obeïssance de Henry IV.
Tons les Corps s'y trouvent,
& le Maire choisit un Predicateur
que l'Evesque agrée.
Le Discours qu'il faita toûteurs
pour but d'exhorter le
Peuple àsondevoir,&deluy
apprendre la soûmission qu'il
doit à son Souverain. Mr
l'Abbé Romond avoit esté
fiojnmé cette année pour
cette pieuse fonction. Il est
d'une Famille connue,&
dansJaqUtllç, l' éloquencen'é
clate pas moins que le courage.
Son Texte fut , ÇretigncT*
Dieu, honorez leRoy. Sa division
se prit sur ce que la;
crainte deDieu oblige à
craindre les Rois, & que
l'honneur que nous luy de.)
vous, nous fait un devoir
dhonorer les Souverains.
Ces deux propositions,toutes
deux Chrestiennes & de
foy,furent prouvées tres-solidement.
Mr l'Abbé Romond
finit son Di scours par
l'éloge de Sa Majcfté. Après
avoir dit que les Prophètes
mesme
, en parlant aux Rois
de la part de Dieuen colere,
nes'estoientjamais dispensez
du respectqui leur est deu
pour en faire une leçon eter.
nelleà leurs su jets; qu'ils a-r
voient remply leurs légations
foudroyantes degrands
titres, d'elcges &: de souhaits,&
que c'estoit de la
forte que Josephavoit parlé
à pharaon,Nathan à David
,
& Daniel aux Rois d'Affirie:
Laissons les exemples,continuat*
itj quel besoin avons nous
de prouver davantage qu'on
doit honorer les Reis, nous qui
%yçn$_pn Roy aimé d'un amour.
tendre,quicroitinsemsiblement
de jour enjourparl'admirationde
tantd'aftionsHéroïques, queses
Mqnewismfrmsitoutjaloux qu'ils
sont desa puissance,sontforcez
de reverer, nous qui avonsun
Royfameux par un si grand
nombre de Conquestes ,
aussi bas
bile dans la Paix que dans la
Guerre,qu'on a njfeu cent Joss,
à la tefie de-les Armées
>
&,
toûjours le premier dans son
Conseil ? Grand Dieu> quels
perlisn'a point courus un Prince
sicher ? Obligez de le craindre
comme nostre Maistre , nous
avons flut craint pour luy par,
ieour) que nous nesongions à
le craindre par devois. Ses ver*
tus nous ont charmez;crainte,
honneur touta esté confondu en
l'aimant. Les dangersouil s'est
exposé tant de fois,j nous ont
causé millealarmes. Ses mA/a..
dies nousontjettez dans le
trouble; lagloire dei'Elat.) la
Majesté de l'Empire ne nous ont
flettte%> qu'au retourde ses
Campagnes. On lesçait, il est
nifné chez luy.) on le redoute
ailleurs
, on l'admire. dans ses
~J?~<E~~ on l'honore encore
plus loin. La terreur & le
refpeél soûtiennent par tout
léclat de son grand nom. La,
Hollande noublira jamais ce
que peutson bras;ses Villesfuperbes
, & pour leur foliation,
par l''Art,onttombéplus d'une
foisjeussescoups. D'autres
JcNotaintniaofmensjilct.oiAén>lngoseirsa&sseTangtucneeissqsfeua&tei'gvsuoaeu%nt
de leurs pertes, & des ruines
toujours nouvellesqui enlevent
leurs premiers & leurs derniers
Vaigeaux.)pâliffint à la njeu'è'
de son Pavillon victorieux sans«
qu'illuy en couste beaucoup. de:
sang. Pendant quel'Allemagne^
quiaapprisparsesdejfaites cbe%;
ivtis à vaincreailieurs, jouit
vecsurprise des Victoires que
on repos luy accorde, pendant
lue l'Espagnesanscontinuer ses
ertesà lafaveurdela Paix>
ompte encore en l'admirant,ses
ujets,&ses Royaumesdivife^}
endant que Genes s'humelie,
'*T que l'Italie s'accoutume à
imiter3 de l*extrémité des Inles,
de ce Pays superbe
, on
ient luyapporterdenouveaux
ommages. Des peuples à peine
onnus traversentdes Mers
nmenses& essuyent la fureur
e tous lesvents
, pour luy ameer
de plusloin des honneursvoKmtaires
& étrangers. Aussile
peuple qui ne se méprend guere
dansl'imposition des noms, &,',
qui d'un mot fait l'Eloge de ses
Maistres, lujy a donné le surnom
de Grand, c'est à dire
qu'il a veu qu'il marchoit sur
les traces des Charles, & des
Henri,&qu'il meritoitcomme
eux d'estrecraint&honoré
Quelles grandeschoses ne voitr>
on passousson regne? Rien de
mediocre, rien de foible riy}
paroijl meslé.Depuis la Batailles
de Rocroy ses
heureux
de.ftin&
nese sontexpliquez, quepardFe"
grandesVictoires
, par des Traiez
avantageux, par des
vanitres héroïques &bien fluenuës.
Jamais la gloire & la
randeur n'agirent plus de conm
; lyautorité& la puissance
paroissenttoujours en /ou'Ue;'
aines &couronnées. Ce n'est
lus le temps de craindre ny
Itatsnjoijîns» ny cloignez ny
iélieUx
, ny hérétiques. On ne
annoist plus ny les vaines ter~
rtirSy ny les noms de blaspheme.
l'Histoire cependant en confit*
sera les desseins monstrueux
9* les peintures horriblestant,
qu'illuy plaira, pour apprendre
ieuxalaposteritéquelfut ce
regne où ces noms impies&
ingrats furent condamnez, &"
proscrits.Non, l'heresie exilée ne
rentrera jamais dans ces climats,
ny par un Art trompeur, ny pan
une force insolente &tumiÛ.
tueuse. Non,ny le Danube, ny
le Rhinn'effaceront rien des
Editséternels de Louis XIV
qui ont fait fuir ce Monstre
tremblant vers leurs bords.
Mon Dieu, qui voulez
lqeus'on craigne, qu'on respect
Rois, donnez-nous-les tord
jours pareils à Louis!Nous sa
rons paramourpoureux,ce qui
npus serions par devoir pom
Fautres'. Mais si ces souhaits
ont tropvastes @J trop grands,
iijpXrnoiisjouirlong-tempsde
e Prince, que vostre provider
?3 & v ostre bonté nousont
ccordé pour le bien de vostre
,glise & pour nombre seurté.
Tue les voeux fidelles & sin-
;;:es soientexaucez,&puisque
Apofire veut que nous priions
our les Rois; Seigneur, nous
e demandons pour celuy qui
bus gouverneque de levoir
\ivre, Vous avez rendu savie
ecessaire à nostre bonheur, cette
ie preckuÇe, de laquelle dépend
fortune de la France. Cllefl
àJpZ de Victoires ; ce Prince
paru à nosyeux avec tout l'éclat:
que la valeur donne.Faites, nous
envisagerlong-temps avec cettr:
pieté qui nous le rendsi auguste
Que l'Eglise parluyrétablie dan#
le coeur de toutes ses Provinces
l'aitpourdéfenseur;queses Sujets
obligezd'imitersesvertuss'affermissent
fousses yeux dans leur
devoirs;queson zele ardentgâgna
ou détmifie ce qui s'opposeraà fie*
pieux projets.Queserviroit du
mediterd'autres travaux, &
: d'autres Conquestes? Une seule
religionpourjamais établie vaU^
millecombats.Quandon triompha
Pour Dieu, le triomphe n'est pas
d'un jour,&la gloire en est infi-,
nie. Faites toutefois, Seigneur,
qu'arresté icy par nos besoinsdm
par nos humbles prieres ,
il
dîffere de joüir de ce triomphes
& que nous allions avant luy
en connoistre la grandeur.
Dans le mesme temps,c'est à
dire,un desSamedisdudernier
Carême, Mrl'Abbé du Jarry,
qui s'est acquis tant de réputation
partout ce qu'on voit de
luy,ayant été prié de preschet
dans l'Eglise des Nouveaux
Convertis, prit pour son texjeces
parolesde S. Luc , Vo*
stre Frerè efloit mort, & il efi
risuscité; il estoitperdu,& il
tfi retrouvé. Il découvritd'abord
l'illusion de ceux qui
faisoient des reserves sur les
points de la Foy, en leur faifant
voir que les veritez Orthodoxesnesoufifroient
point
de parracre)& qu'au lieu de
les examiner en particulier,
ils les devoient embrasser en
général dans la créance de la
vraye Eglise qui les propose
Il fit ensuite connoîtreàceux!
qui estoientencoredans
leur
premiere obstinarion, qu'ili
n'y avoit qu'un aveuglement
déplorablequi pustlesempercher
de voir Jes marques
évidentes de l'Heresie imprimées
sur le Calvinisme.,&
representaenfin à ceux qui
estoient partagez sur le choix
d'une creance, que la voye
la plus facile pour rendre le
calme à leurs esprits agitez.
-.ftoit de se captiver humbler
ment fous le joug de la Foy
patholique qu'ils citoient
prestsàsecoùerenembrassant
le dogme odieux dei'jmdiÊ*
serence de Religions >^ck>nc
marqual'impieté &les conséquences.
Ainsi il combattit
l'erreur des ames qui nrem>
brassent qu'une partie des veritez
qui font en générall'objet
de la Religion;l'endurcissement
des ames obstinées
à ne point reconnoistre la
vraye Religion, &l'impiété
desamesindifférentes sur la
Religion. Je ne vous en diray
rien de plus. Mr l'Abbé du
Jarry s'acquita de ce Sermon
avec un si grand succés,qu'il
n'a pu se défendre de le don-^
ner au Public. Ilestimprimé:
fous le titre de Discours sur lag
vraye Eglise, &' sur l'estat presint
du Calnjinifme.
;]
IDoilUXUi
Je vous envoye une Médaille
qui aesté gravée à l'occasson
des dix Villes d'Alsace
, soumises au Roy. Les Curieux
les pourronr connnoistre
par ce qui est marqué autour
du revers. Ces dix Villes
sont, Haguenau, Colmar , Schlestat.Weissemburg, Landau,
Oberenheim, Russham;
Munfteren la Vallée de Saint
Gregoire, Kaiserberg;& Turinchen.
Elles furent cedées
à. Sa Majesté par la Paix de
Munster en 1648. & cette
cession fut confirmée par le
Traité des Pyrenées en 1659.
Il ya quelque temps que l'or
demanda lequel estoit le plus
glorieux à un galant homme,
de fixer une Coquette, ou
de toucher une Indifferenre.
Quelques Dames fort spirituelles
qui se trouverent prefentesquand
la question fut
agirée, ayant décidé pour
l'Insensible,l'une d'entreelles
voulut obliger un Cavalier
qui survint, a dire son senciment.
Il s'expliqua par ces
Vers qu'illuy envoya le lendemain.
MADAME DE LA M. vous demandez, Iris, dans un
fait d'amourette,
Lequelestle plusglorieux
,
Ht de pouvoir fixerlesvoeux d'une
Coquette,
%ai veut soumettre tout au pourvoir
de sesyeux, 11
ouderemplir d'une flâmesecrete
n coeur qui sefifait-voir insensible
en tous lieux.
f>etune on l'autreobtenir la
tendressè,
sisans doute en amourun triomphe
bien douxj
lais en voulantaimeravec delicateJ/
è , -
- oucoeurindiffèrentjeseroisplus jaloux.
l/ltlfèhfible en m'aimant djïeure.
,
mieux ma gloire,
Leméritém'en rend vainqueur,
Illa forceà m'aimer. Quelledouce
viffoire,
D'ouvrir en Conquerdnt la porte de
son cOEur!
Quand ie puis l'attaqueravec un
peu d'audace,
le crois imiterles Guerriers
JVui la premiere fois reduisent une
Place.
L'Amour ainsi que Mars n'II-f-¡l¡lM
ses Lauriers ?
g,
Le Coquette,il eflvny,if-to@que*
ie l'engage,
M'apprend qu'elle m'aime à sons
tours Mair
:.
Mais mon coeur délicat dans un fini
si vêlage
Craindroit defin panchant quelque
fâcheuxretour.
Ce peril avec elle est ajïez ordinaire
,
le craindrois le dedans quoy que
seur du dehors,
Vne Coquette à tous, veut également
plaire,
Et malgrésessermens gardant son
; caraclere
Vile est, quandelle trompe,audessus
-
du remords.
L'Indifferente enfin à tout autre
invincible,
c Flateroit mieux ma vanité
;¡ j'en espcrerois, enla rendants,ensible
,
Beaucoup plus de tendresse & defidefité.
.,
Belle Iris, voilà ma pensee.
Coquette,indifferente
, ou cequil
vous plaira,
SIÛveZce qu'en tout tempslepanchantvous
dira, i*î
Mon ame là-dessusu''estpointembarrdJ1ée,
;. le n'examine rien, & tout meseroit
dO/Ix, ,J
Si vous me permettiez, de me.donner
1 à vous.
Ce sentiment estoit le plu:
risonnable mais quene peu
point une aimable & joli
personne'Le Cavalier que
avoit tenu pour le bon party
sestant rencontré chez une
autre Dame, on loüa ses Vers;
mais en mesme temps on le
pria d'en faire en faveur de la
Coquette, pour faire connoistre
qu'il avoitesté surpris
lors qu'il avoit prononcé
contre elle. Une jeune Demoiselle
pleine d'agrément
dans sa personne,&aussiestimable
par son esprit
, que
par beaucoup d'autres belles
qualitez
,
se mit de la partie,
& elle n'eut pas de peine à
obtenir de luy ce qu'elle voulut.
Voicy ce qu'il fit pour
luy obeïr.
A MADEMOISELLEDE V. sI i'aytenupour l'Insensible
Climene
, ie pensois à VOUS.
ouy ,
Climene,disois-ie, est encore
invincible.
De l'engager un jour, ah v-'ilei,
pefjible,
Queletriompheseroit doux!
~2
Vous décidez pour la Coquette,
Vostresentiment mesuffit.
Pouvant toutsur un coeur qui cherit
sa défaite,
Nepourriez-vous riensur l'esprit
~9
Le miense rend au vostre, vsuit
vofire pensée ;
JI le dis comme vous ,
la CgJuetl.
en aimant,
Malgréfin humeur vive àse fixer
forcée,
Feroitplus d'honneur à l'Amant.
Pour vaincre fin panchant dont
l'Amantse défie,
El/( l'écouteseul en tout temps,en
tous lieux,
Etpour preuve d'amour elleluysacrisie
Tout ce qui peut se rendre à l'éclat
deses yeux.
Un coeurunique estoit peu leur
affaire,
vSurocenitCraptifs étendre leurpou-
C'estoit là leur penteordinaire,
Etpour mieux s'acquitterd'unfideUe
, de-voir,
Dés qu'un Amant asceu luy plaire
- Ils neserventplus qu'àle voir.
Pour mieux grossirsa renommée,
Ses charmes attiransbriguoient par
tout des voeux.
Maintenant le plaisir d'aimer Ç',,
d'estreaimée
Suffit àson coeur amoureux.
Son miroir consulte luy disant
quelleefibelle
Neflate pltUsi vanité;
Pour rendre seulement son Amant
plusfdelie,
Ellefouhaite labeauté. 9
La vostre vous répond, Climene,
De tous les coeurs qu'il vous plaist de
charmer.
Vous les conserverezsanspeine,
Trop heureux quipeut vous aimer.
, <,
Soyez,seure de leur coniqance,
VosAmans chezPhilis nepeuvent
11 ',1. pasalter.vl'en
scais un qui se tait;écoutez
finiflence,
C'etfvàtts dire beaucoup que de riû&
ferfarter.»*v Je vous ay appris la mort
deMr l'Electeur de Brandebourg,
arrivéeàPostdamle
9, du mois passé.Deux jours
après., le Prince Frideric, presentementEltâcur,
receut à
Berlinle serment de fidélité
4es Troupes de la Garnison.
Les'Oiffciersétoient vertus de
noir ,avec un morceau de
velours au bras droit: &.'
tous les Soldats avoient des
rubans noirs au Chapeau, à
la Cravate& àl'Epée. Enfuite
le Commandant de
la Ville fit voltiger trois fois
son Chapeau autour de sa
teste, & cria autant de fois
à haute voix, longues années à
Frideric , Electeur de Brandebourg
; ce qui fut accompagné
des acclamations de tout
le Peuple& de tous les Soldats
qui repeterent lesmesmes
paroles. Il receut aussi
le ferment des Officiers cid
l'Artillerie avec les mesmes'
Gémonies. Le14. SanAI-*',
xffe Electoralealla à Spaniau
; & le 15. à Kustrim;
5c les Garnisons de ces deux
Placesluy presserentlemesne
ferment. Elle a depuis
eceuceluy de la Garnisonde
Petz, & le ColonelBrant deioit
aller jusques à Socniz
pour le mesme sujet.Cenouvel
Electeur a delivré
-;
des
Commissions pourrenforcer
j!e quinze hommes, chaque
Compagnie de ses Troupes.
Le 17. le Corps del'Electeur
FridericGuillaume fut amenédePostdamàBerlin,
où le
Convoy arriva à la pointedu
jour sans beaucoup de ceremonie.
Une Compagnie de
Pertuisaniers marchoit à la
teste avec quelques Gentilshommes
de la Chambre.
Les Valets de pied & des
Heyduques estoient aux deux
costez du Chariot sur lequel
estoit le Corps, & quelques
Carrosses remplis des Principaux
du Conseil d'Etatde
l'Elet"teurdéfunt, fermoient
cette marche. Le Corpsfut
exposé dans une Chambredu
Chasteau tenduë de Drap
noir, sur un Lit couvert
d'une Courte -pointe de Drap
d'or, fous un Dais de semblableétose.
Il estoitrevêtu
l'une Veste de toile d'or,
avec un juste-au corps de
Velours rouge ouvert par devant,
& une Echarpe en
broderie d'or & d'argent,
ayant des gands blancs à
franges d'or, des Botines de
:uirrouge à laPolonoise, &
leBonnetElectoral avec une
Couronne garnie de Diamans
& de Perles.Il avoitle Sceptre
dans la maindroite , &
l'Epée dans la gauche, l'un
& l'autre d'or enrichi de
Pierreries. L'Iftradeouefloit
le lit,estoit couverte de velours
noir,& ilyavoitautour
de ce lit de grands Chandeliers
d'argent garnis de Flambeaux
de cire blanche. Huit
des principaux Chambellans
en grand deüil, avec des"
Manteaux longs eftoientaffis
autour de ce mesme lit , ôc
quantité de Pages&d'Estafiers
étoient dans la Cham-'
bre,revestus aussi de deuil.
Le Corps demeura en cet état
jusqu'au21. toujours exposé à
la veuë du Peuple qui venoit |
levoirenfoule.Ce jour-là;onj
le mit dans un Cercueil de
plomp garny par dedans de
toile d'or, & couvett de velours
rouge. Le22. sur les dix
heures du soir, après une
grande Collation de toutes
fortes de Confitures & de
Liqueurs, qui fut donnée aux
principaux Seigneurs de la
Cour selon ce qui se pratique
en ce Pays-là dans les occasions
de cette nature, on
porta le Corps dans la Chapelle
du Chasteau au son
des cloches & à la clarté
de plus de cent Flambeaux
de cire blanche qui avoienc
"Pc mis entre les mains d'autant
de Personnes de qualité.
Les coins du Poile estoient
soustenus par douze Gentilshommes
Chambellans du.
Prince défunt. Aprésle
Corps marchoient plusieurs
autres principaux Seigneurs
&Grands de la Cour, avec
de longs Manteaux de deüil.
Il futpofé sur un lieu élevé
que l'on avoit preparé exprés,
& qui estoit éclairé toutautour
par degrands Luminaires.
La Chapelle estoit toute:
tenduë de noir depuis le haut
jusque sur le Pavé, & dans
les coins, il y avoit des Plaques
d'argent garnies deFlambeaux
de cire blanche. Le
Corps est gardé par des Officiers
& par d'autres personnes
de qualité qui se succedentlesuns
aux autres. Ildemeurera
ainsiendepost dans
cette Chapellejusqu'au temps
de la Ceremonie de ses funerailles,
qui a esté arresté à la
fin de Septembre. On commence
déja à travailler à un
magnifique Mausolée, où feront
representées toutes ses
princi pales actions.
J'ay à vous apprendre une
guerison qui tient du miracle.
Non feulement le malj
estoit tres-inveteré, mais on
le peut compter parmy ceux:
qu'on a toujours trouvez incurables.
Il est vray que le
remede dont on s'est servy ,
a estéfort violent,& queS'iij
avoit esté au choix du Malade,
il se seroit resolu plûtost
à mourir que de souffrir qu'oru
l'eust employé. Ce qui donne
lieu de le présumer, c'est
qu'un tres- grand nombre de
personnes font attaquées de
ce mesme mal, & qu'on n'en
voit point qui cherchent iU
s'en défaire. Je puis donc encoreune
fois crier miracle,
& pour ne vous pas tenir plus
long-temps en peine,jevous
diray qu'un Avare a esté guery
de son avarice.Voicy
comment. Un Cavalier iîui
joignoitauxavantages de la
naissance toutes les qualitez
qu'on peut
souhaiter
dans un honneste homme, vivoit d'une maniere aisée
& ouverte qui le faisoit souhaiter
partout.Il avoit l'es- prit,accommodant, & les
divers caracteres des personnes
qu'il voyoit,luy faifoienc
prendre autant de diverses
formes. L'air serieux ne luy
coutoit rien quand il se trouvoit
avec des gens sages. Il
estoit badin avec les badins;
railloitagreablement, & entendoit
railerie, chose fort
rare, peu de railleurs aimant
à estre raillez; & il avoit sur
tout une complaisance aimable
qui luy attiroit l'estime
de toutes les Femmes. Non
feulement elles pouvoient
s'asseurer de luy pour toutes
les parties de plaisir qu'elles
vouloient faire, mais on peut
dire qu'il en estoit l'ame,
tant il sçavoit bien les affaisonnerparson
enjoüement &
parsa galanterie. Comme il
estoit liberal & porté à la
dépense, il auroit fait uneasfez
grande figure, si un Pere
extremement riche dont il
dépendoit, l'eust mis enestat
de lasoutenir ; mais on avoit
beau luy parler en sa faveur ,
il luy donnoit tous les ans une;
somme fort legere, & disoit
encore qu'il en estoit ruiné.
Jamais avarice ne fut plus
outrée.Depuisvingt ansqu'il
avoit perdu sa Femme
,
il vivoit
fort maigrement, sans
aucun train, & sans équipage.
Le grand nombre de Vaè,
lets n'auroit pu servir qu'à
luy causer du desordre )..&
à le mettre en colere, ce qui
dévoit estre prejudiciable à
sa santé, & un Carosse luy
auroit esté fort inutile, puis
que pour se bien porter, il
pretendoit qu'il avoit besoin
d'aller à pied, & de dissiper
les grosses humeurs par l'e-i
xercice. Cependant il possedoit
de fort belles Terres qui
luy apportoient de grands revenus,
&ce quiestoit encore
tres-considerable. il avoitun
coffre fort assez bien garnYJ
pour luy avoir fait unfond
qu'il n'auroit pas épuisé
quand il auroit eu à vivre
plusieurs siecles sans aucun
autre secours. Son unique
soin dés sa plus grande jeu..
nesseavoit estéd'amasser;tout
luy faisoit peur dés qu'il s'a-
^ifloic d'ouvrir sa bourse
, &
malgré tout son grand bien,
l avoit toujours apprehendé
le n'en pas avoir assez pour
fournir à ses besoins
, qui -ftolenttrcs-médiocres. Ainlors
que son Fils vint au
monde, cette charge luy paut
d'un poids dont il fut
épouvanté. Il en craignit
l'augmentation
,
& pour y
mettre ordre, il prescha si
bien sa Femme sur la continence
,
qu'il luy en fit une
vertu de necessité. La fecondité
où elle avoit d'assez
bonnes dispositions, trouva.
des obstacles qu'elle ne put
vaincre. Elle estoit devote,
& illa pritparsonfoible. Il
luy fit entendre qu'il n'y avoit
rien de plus meritoire
que de renoncer à ce qui
estoit permis, & par l'efficace
de ses Sermons, illa força de
se contenter d'avoir fait pa!
oistre qu'elle n'estoitpas ste
ile. Cela ne fut pas defavanageux
au Cavalier, qui par
e moyen n'eut ny Soeurs ny
reres. Son Pere luy fit valoir
quelquefois ce qu'il avoit fait
pour luy; mais s'illuy sceut
quelque gré d'avoir eu un
emperament capable de
accommoder à son avarice ,
e qui luy afleuroit sa sucession
sans aucun partage,
souffroitavec une grande
mpatience qu'il refusastde
uy avancer une partie de cc
u'il devoit posseder un jour.
l n'avoit guere plus de soixante
ans, & il vivoit d'ure
regime exact qui luy promettoit
une longue vie. C'estoit
dequoy occuper lesreflexions,
du Fils, qui en souhaitant
que son Pere se fust servy de
son bien en homme de fajj
naissance
,
auroit voulu qu'il
luy eust abandonné ce qu'il
en avoir de trop. Tout ce
qu'il tenta ne put l'obligerà
s'y resoudre. C'estoit pOUI
luy un vray sujetdechagrint
mais il ne le sentit fort vivement
que lors que l'amour
le mesla de ses affaires. Comme
il estoit plein d'esprit, &
[ourni
tourné d'une maniere à estre
écouté favorablement 1, il
[l'eue pas de peine à s'appercevoir
que les assuiditez qu'il
rendoità une jeune personne
toute belle & toute aimable,
plaisoient assez pour luy donner
lieu de croire qu'il ne s'atachoit
pas inutilement. Elle
stoit d'uneMaison tres-considerable
, & ayant d'ailleurs
beaucoup de bien , le party
ne pouvoit qu'estre fort avanageux
pour le Cavalier. Il se
éclara, & sa déclaration fut
ceuë avec plaisir. Le coeur
Ic la Belle ne se fit aucune
violence pour suivre les ordres
qu'on luy donna de répondreaux
sentimens qu'il
avoit pour elle. On l'asseura
qu'il estoit aimé
, & sa passion
estant violente, iln'estoit
plus question pour le rendre
heureux
, que de convenir
des articles du Contrat. La
grande succession qui luy
estoit seure, répondant des
avantagesque la Demoiselle
pouvoir esperer par cette alliance,
on demandaune feule:
chose qui paroissoit juste,
c'estoit que le Cavalier:
pristune Charge à la Cour..
On en marqua une qui estoit
fort de son goust, mas pour
l'avoir il falloit tirer cinquante
mille Ecus de son Pere, &
quoy qu'il pust les payer fort
aisément & sans faire aucun
emprunt, c'estoit demander
beaucoup à un Avare.On luy
fit., connoistre le dessein
qu'avoit son Fils d'époufer la
Demoiselle.Il fut obligé d'approuver
son choix. Lebien,
la naissance,la personnes tout
estoit dans l'ordre, & il n'y
pouvoit trouver rien a condamner,
mais quand on luy
eut parlé decinquante mille
Ecus, il s'écria qu'onl'anal
sinoit, & qu'on le vouloit
reduire à l'aumosne. On luy
representa avec le plus de
douceur qu'on put, qu'illuy
serait glorieux de voir son
Fils dans un poste distingué ,
& qu'il pouvoit sans s'incommoderluy
faire une avance
de cette nature. Il protesta
qu'il n'avoit d'argent que ce
qu'il estoitnecessaire d'en avoir
pour n'estre jamais contraint
d'importuner ses Amis,
& quelque tour que l'on f
prist pour l'amener où l'on
souhaitoit, rien ne le put obliger
de toucher à son trésor,
qu'il regardent comme
une chose sacrée. On luy dit
encore qu'il devoit bien prendre
garde de n'avoir pas à se
reprocher de faire manquer
un mariage avantageux pour
son Fils, & à forced'écouter
des remontrances, il se resolut
d'offrir une Terre, qui
estant dans un lieu trop éloigné
,
luy coûtoit des soins &
des poursuites. On crut qu'il
falloit luy laisser faire des reflexions,
& luy donnerle
temps de se reconnoistre;
maisaprèsquedeux outrois
mois furent passez, les noifrvelles
attaques qu'on luy fit
n'eurent pas plus de succés
<ju.en avoit eu la premiere. Il
demeura toûjours invincible,
& témoigna mesme qu'ilse
repentoit d'avoir voulu se
dépouiller d'une Terre dont:
il souffriroit quand ilen perdroitlerevenu.
L'obstinationn
de son refus toucha d'autant:
plus le Cavalier que les Parens
de la Belle insisterent sur la
Charge. Ils trouvoient que
le mariage l'assujettissoitàcet
établissement,& qu'un hommesans
employ ne se devoir
point charger d'une Femem.
Il les conjura de luy laisser
la conduite de la chose, les
asseurant que ce ne seroit
qu'un retardement de peu de
mois, & qu'il trouveroit
moyen de les satisfaire. On
luy promit qu'onn'écouteroit
personne
3
& la Belle luy
répondant de sa fermeté ,il
continua ses soins, toûjours
plein d'amour pour elle, &
toujours fort appliqué à ce
qui pouvoit faire réussir son
entreprise. Il roula dans son
espritmille penséesdifferentes,&
tandis qu'ilménageoit
I-Ciprit de sonPere,persuadé
qu'il le gagneroit par sesCOITPplaisances,
ill'entendit plul.
sieurs foisseplaindrede quelque
étourdissement
,
dont le
remede eustesté d'aller prendre
l'air à la Campagne. Il y
auroit esté volontiers , mais
plusieurs raisons l'en empeschoient.
Il avoit peine à s'éloigner
de soncher Trésor, à
qui son plaisirestoit derendre
souvent visite, & n'estant
d'ailleurs meublédans aucune
de ses Terres, outre les
frais du voyage, il eustfallu
se pourvoir de beaucoup de
choses quiengageoient a
quelque dépense. Le Cavalier
qui connut son foible fitcesfer
ses embarras. Il luy dit
qu'il ne se mist en peine de
rien, qu'il prenoit le foin de
tout, & qu'ille meneroit chez
un de ses plus particuliers
Amis, qui avoit une trèsbelle
Maison à six lieuës de
Paris, où il n'auroit qu'à se
divertir aussi longtemps qu'il
voudroit, & à faire bonne
chere, sans qu'illuy coûtast
aucune chose. La derniere
clause fit accepter le party.
Le Pere ferma bien son Cabinet
& son Coffre fort, dont
il emporta les clefs avec celles;
dela porte de laruë, les gardant
soigneusement dans les»
poches pendant tout lejour
& la nuit fous son cheveu
Elles estoient lourdes, mais*
le poids luy paroissoit supportable
, parce qu'il faisoit sa
seureté. Un Carrosse à ilx:
chevaux le mena chez cette
Amy qui le combla de avilirez.
Le Jardin estoit trèsbeau,&
à deux cens pas de là
on trouvoit un petitBois, où
ilalloit tous les jours se pro-
-niener.,mais l'exercicene~pu
àdissiper quelques humeurs
amassées qui luy causerentla
fiévre. Les accès furentassez
violens
,
& un transport au
cerveau l'empefcha pendant
trois jours de se bien connoître.
Dés qu'il en eut passé un
en cet estat le Cavalier vint
à Paris chercher du secours.
Un Medecin qu'il mena ne
le quitta plus, & les remedes
qu'il luy ordonna eurent tant
d'effet
,
qu'en fort peu de
temps ils le mirent hors d'affaires.
On congedia le Medecin
que le Fils paya, de quoy
le Pere ne s'informa point,
étant bien-aise de se voir
guery gratis. Il se leva, il ses
promena, & le grand air luy
redonna si bien sa santé,qu'il
n'avoit jamais esté en meilleur
estat. Pendant ce tempe,
le Cavalier faisoit toûjours
quelque course,tantost pour
voir sa Maistresse
,
tantost
pour se montrer à la Cour.
Aprés qu'il eut ainsidisparus
deux ou trois fois, on vit un
jour arriver un Gentilhomme
qui vint dire au Pere que son
Fils s'estant embarqué au Jeu,
avoitelle si heureux qu'il avoit
gagné cent mille écus..
a chose ne luy parut pas
royable. Il voulut attendre
s'en réjouir que sonFils luy
n eustluymesmedonné la;':
Nouvelle, Ce Fils arriva le
lendemain, & quand il eut
ceu de luy que les cent
mille écus eftoienr effectifs,
lepria de luy donner son
rgent à enfermer, de peur
ue la tentation de joüer ne
reprist, & qu'il ne perdist:
equ'ilavoit gagné si heureuement.
Le Cavalier répon- itqu'il l'affranchiroit de
etre crainte, puis qu'il alloit
taiter de la Charge qu'on
vouloit qu'il eusten se m-a
riant, & qu'il employeroit le
reste à acheter a Paris une;
Maison qui luy pleust, aprés
quoy il fongeroit à se mettre
en équipage. Son pere luy
pardonna la Maison, mais il
ne pouvoit souffrir qu'il parlast
de Charge, les Cinquante
mille Ecus qu'il y vouloit
mettre, estans perdus s'il
arrivoit qu'il mourust, & en
lesprestant pour les affaires
du Roy; il en asseuroitle
fond, &enpouvoit retirer un
gros interest. Vous jugez
bien que le Cavalier qui ne
~ongeoit qu'à remplir son
mbition & son amour,ne
~écouta pas. Il acheta la
maison, traita de laCharge,
& prit un train magnifique.
)n conclut le mariage; le
.ere vouloir sededire de l'avance
de la Terre, parce que
son Filsavoit du bien qu'il
n'avoit pas lors qu'il s'estoit
ngagé a luy faire cette avance,
mais on le tourna si bien
qu'il fut oblgé detenir parole.
Il ne le fit qu'à condiion
qu'on ne demanderoit
point qu'il se trouvait à la
~opee. Il dit qu'il avoit,bc.-
soin de prendre l'air plus
long-temps, & qu'on le cha-<i
grineroit d'en differer la
ceremonie jusques à son re-J
tour.On connut bienqu'il ne
tenoit ce langage, que parce
qu'estant present,il n'eustpû
se dispenser d'en faire les frais.
On le traita selon son humeur,
on ferma les yeux fur-,
tout,& il demeura encore
plus d'un mois à la Campagne,
où le Conciergeavoit
ordre de le regaler quand le
Maistre estoit absent. Ce-,
genre de vie. luy paroissoit
doux. Rien ne luy manquoit,
&il épargnoit ce que luy
auroit cousté son chetif ménage.
On luy amena sa Bellefille
qui le pria de sibonne
grâcede venir prendre un
appartement dans la maïson
qu'avoit achetée son Fils,
ju'il ne put la refuser On luy
offroit cet appartement meublé,
& on J'asseuroit de le
nourrir,luy & ce qu'il voudroit
avoir de Valets
,
sans
rien exiger de luy.C'estoit
le charmer de toutes manieres.
On le laissoit disposer de
sa Maison qu'il pouvoit
loüer fort aisément, & on ne
cherchoit qu'à luyprocurer
unevie exempte de toutes
inquietudes. Des manieressi
honnestes luy faisoient donner
mille loüanges à sa Bellefille.
Il ne pouvoit se lasser
d'en dire dubien, & huit:
Jjoounrrssaapprl'éess en aayyant receu uunnee;,
feconde visite, il se laissa
conduire chez elle. L'appartement
qu'on luy avoit preparé
luy parut fort propre., Il ne s'estoit pas accoustumé à estre si bien, & peu s'en
fallut qu'il ne craignift de:
mourir plustost,parce qu'il
estoit trop à son aise. Le len..
demainilne manquapas d'aller
visiter son Coffre fort. Il
trouva tout en fortbonétat,
lx ayant ouvert trois ou quatre
sacs remplis de Louis, il
les referma ansi que leCofre,
ayant entend u son Fils qui
amenoit ses Valets pour luy
aideràdémenager. Il donna
lemeilleur ordre qu'il put,
pour empescher qu'on ne
rompist rien, & son Cofre
;" fort fut transporté dans un
Carrosse où il fc plaça. Un
moisaprés qu'il l'eut mis en
lieu où il n'avoit point à
craindre qu'il fust insulté, il
- voulut seregaler du spectacle
de voir briller ses Louis; il
ferma tous les verroux, &
tira cinq ou sixsacs qu'il mit
sur sa table. La couleur le
rejoüit,elle estoit fort vive,
& marquoit un or de bon
aloy; mais cette joye ne luy
dura pas long temps. Il tira
un autre sac qui estoit rangé
l'otis les premiers, & l'ayant
ouvert, il y trouva des Iertons,
au lieu de Louis. Il en
prit deux ou trois autres, &
ils se trouverent encore remplis
de Jettons. Les hauts cris
jiju'il fit attirerent tout le
monde. Son Fils accourut,
& voyant qu'iln'ouvroit
point quoy qu'on eust frapé
long-temps, il fit enfoncer la
porte. On le trouva sans parole
étendu sur une chaise;
le saisissement l'avoit fait
tomberen pâmoison.Tandis
que le Cavalier renfermoit
les sacs, on employa lesremedes
les plus propres à tirer son
Pere de l'estat où il estoit. Il
commença à ouvrir les yeux
:omme un homme quiestoit
ior>sdeluy-mesme,&lapre-i
miereparole qu'il dit,fut qu'il
:fiait mort. Son Fils le pria,
¡(ié le remettre, mais ilnere- :
l'rit ses sensque pours'agiter
avecplus de violence. Il cria
.nuon appellast la Justice,
qu'ons'estoit ligué pour les
voler, & qu'il vouloit qu'on
fist pendre tous les Domestiques.
Son Fils répondit qu'ils
ne falloit rienprécipiter.
qu'eun peu d'argent ne meritoit
pas qu'il enressentistla
perte d'une maniéré si vive.
& qu'il estoit impossible >s'i!j
avoir esté volé,qu'en éclair
ci/Tant le vol on n'en reulï
bien- tost une entiereconnoissance.
Cette consolation ~n
fut pointreceuë. Il persista à
demander avec plus d'instance
que sans perdre temps,
on dressastProcés verbal
, &
qu'on poursuivist tous ceux
qui pouvoient estre coupables
, & le Chevalier voyant
que loin de changer de sentiment
par tout ce qu'il luy
disoit
,
il s'obstinoit toujours
à vouloir qu'on pouffait l'affaire
dans la derniere rigueur,
crut qu'il estoit temps de parler
d'une autre sorte. Il fit
sortir tous les Domestiques,
& demeurant seul avec sa
Femme
,
il pria son Pere de
nesepoint emporter,&<te
l'écouter sans l'interrompre
parce que les choses qu'il
avoit à luy apprendre luy,se.--
:
roient connoistre que son
malheurn'estoit pas si grand
qu'il le croyoit. Il luy dit:
ensuite que dans le temps
qu'il avoir esté si malade à la
Campagne ,
il avoit pris ses
clefs dans ses poches poun
pouvoir entrer chez luy lors
qu'il estoit venu à Paris pour
le Medecin qu'il en avoit
amené ; qu'ayant remarqué
ses clefs favorites parmy celles
qu'il emportoit
,
il avoit eïx
- ,:. , la
la tentation d'ouvrir son cof-
1
fre; pour voir s'il manquoit
assez d'argent
, comme il l'avoit
souvent protesté, pour
luy refüser les cinquante mille
écus, dont il avoit eu befoin
pour payer sa Charge;
qu'il avoit compté soixante
sacs chacun de mille pistoles,
& que cet amas qui luyavoit
paru excessif
,
luy faisant
comprendre qu'il ne cherchoit
que le seul plaisir de
voir dans soncoffre un fort
grand nombre de sacs). il avoit
cru que pourveu qu'il y
laissastdequoysatisfaire son
imagination échauffée par
ces objets, il ne seroit rien
qui luy donnast sujetdese
plaindre; qu'ainsi il enavoit
tiré cinquante sacs
, Savoie
mis à la place ceux qu'il y
trouvoit ; qu'il s'estoit contenté
d'en laisser dix remplis
de Louis comme auparavant
,
s'imaginantque
s'il en vouloit ouvrir quel-d
ques uns, ce seroit ceuxlà
qu'il ouvriroit sanstoucher
aux autres qu'il paroissoit
avoir condamnez à
une prison perpetuelle, &
qu'il n'avoit point doutéque
femeurant par là dans l'er^
eur,il ne fusttoûjours*éga->
ement satisfait, puis qu'il fo
~seroit tenu toûjours égtle-
~mentriche, des Louis & des
ettonsestant une mesmes
hosequand on n'envbuloiti
~amais faire une autre usage,
uc celuy de les garder. Il est
npossible. d'exprimer les dir-
:remmouvement dedou-
~eur, d'indignation &: de
- ~esespoir qui l'agitcrent pen
~ant cediscours. Il grtn^oit
Édentsjettoit des regards
seins de fureur ,&ne pou-
~antplusse contenir,il die.
que prés de deux cens mille
écus volez à son Pere
-
n'estoient
pas pour luy unmoia*
dre crime que s'il les avoit volez
à un autre;qu'onregardoit
feulement l'importance dç)i
la somme, & qu'il alloit faire
un exemple de jultice, qui.
empescheroit les Filsde sap*,
proprier des successions avant:
le temps. Le Cavalier voulant
toujours luy faireentendre
raison
,
luy demandas'il
ne devoit pas estre plus con«^
tent de le voir établyaussi
agréablement qu'ill'estoit de
toutes manieres, que delais
?dans uncoffrece qoii; tt
luypouvoirestre bon à rien,
puis qu'ilestoit resolu de ne
s'enservir jamais, La feponèf
qu'ilen eut yfut quecen'étoit
Msa luy à examiner s'il s'efi
~serviroit ou non ,
& qu'il
vouloit qu'il vendistsaCharb,
d 7,ùMailon , sesmtubles»
&qu'il se vendist luy-ittefmb
s'ille falloit; pour luyrendre
son argent , qu'autrement il
~lepoursuivroit comme uh
Voleutsansluy faire aùcun
~~lqiureatrotuietcr.eSonFilsluy laissa
qu'il voulut. &
levoyantun peu soulagépar
l'épanchement desa colere,
ilprit un détour respectueux
rcu, luy faire entendre qu'iL
le plaignoit fortinjustement,
puis que les dix sacs de
mille pistoles qu'illuy avoit
laissez devoient suffireà ses
divertissemens, &aux dons
qu'il voudroit faire. Ce flït
presque le remettre dans sa
premiere fureur. Il demanda
avec un emportement tertll
ble
, où il avoit
apprisqu'il
falluft donner ce qu'on avoifl
amassé avec tant de peine,&
son Fils en prit occasion de
luy dire
, que s'il n'avoit bej
soirs'darigcftt ny pour ses Ebisirs,
nypourdonner, il ne
voyoit pas en quoy ses Louis
luy pouvoient estre necessaires,
puis qu'il le logeroit & le
luwriroit toute sa vie, sans
qu'il eûtàfaireaucunedépenklny
à se charger du moindre
soin. Cette proposition le
toucha. Il voulut sçavoir si
on luytiendroit parole, & »
aprés que son Fils & sa Femme
l'eurent asseuré de tout ce
qu'il put souhaiter sur cet
article, il parut plus modère
quoy qu'il demeurast encore
res-chagrin. Il fit de grandes
réflexions pendant quelques
jours sur sa nouvelle manière
de vivre. Elle luy sembloit
fort douce, son appartement estoitproprementmeublé>
il faisoit beaucoup meilleure
chere que pendant le temps
deson ménage, & il trouvoit
un Carrosse prest toutes les
fois qu'il vouloir sortir. On
le caressoit, on luy tenoit
compagnie & on avoit pour
luy mille complaisances. Il
commençaà sentir qu'il estoit
moins mal heureux qu'il ne
l'avoit cru. Ces foins eternels
d'enrichir uncoffre qui n'avoit
besoin de rien )!uy parurentunepeine.
Il s'en voyoit
délivré
,
& entrant delà dans
un examen fort serieux de ce
qui estoit capable de faire la
felicitéde l'homme; il comprit
qu'elle consistoit dansla
tranquillité de l'esprit ,&
qu'avec tous les trésors qu'on
se pourroit figurer, on ne
possedoit véritablement que
les choses dont on faisoit
quelque usage. Ces sages reflexions
le guerirent tout à
fait.Il se tint heureux du vol
queluy avoit fait son Fils,
sentant bien que de luy-mefmeil
n'auroïtpasrenoncéà
^:e qui faisoit depuissilongtemps
son unique attachement,
C'estoient des chaisnes
trop fortes pour les pouvoir
,-!,Ofilp¡t;:, si une autre maih
ji'yeuf}travaillée.Il s'applaudit
de sa guerison
, & pour
faire voir qu'elle étoit entiere,
il donna vingt mille écus à
sa Belle-fille, de l'argent qui
luy restoit.Quand ses Receveurs
luy en apportoient, ille
partageoit avec son Fils,&
cette parfaite intelligence
dure encore presentement. Il
dit tous les jours qu'il n'est
heureux que depuis qu'il ne
compteplus son bien comme
estant à luy, &quesarichesse
vient d'avoir perdu ce qu'il
avoit amasséavec tant de
foins. Belle leçon aux Avares
ails| cri-Vouloienti profiter.
Ils manquent de tout puis
qu'ilsne se donnent rien. Ils
sont logez fort vilainement,
n'ont pour tous meubles que
les paternels dont l'antiquité
leur est venerable, pratiquent
un Jeûne perpetuels'ils ne
mangent chez les autres,&
aprés avoir passéune longue
vietoûjours avides d'argent,
& toûjours dans la mifere»
ilslaissent de grosses sommes
à des Heritiers qui ne st
souviennent, d'eux que peut
se mocquer de tout ce qu'ils
ont souffert par leur avarice.
Albe Royale a suivy enfin
l exemoled'Açrria;5 la
disette de vivres ou 1 avoir reduite
un long blocus,l'a obligée
de se rendre. C'est une
Ville de la baffe Hongrie
située dans des Marais sur les
bords de la Sarwitz. Les Habitans
l'appellentcEhkes
Ftyer<var} les AllemansStul-
VVeissemburg, &les Esclavons
ouTurcsStolm Biagrod, Elle
aesté:là capitale du Royau.
me fous quelques Rois, &bn
l'a CumommccRoyale,àcausedu
sejour qu'ils yont fait,
&que la cérémoniede leur
Couronnement sefaisoitdans
la mesme Eglise ou ils avoient
choisi leurs Tombeaux. Le:
Baron d' Arizaga,eftant*- arrivé
le 25. Avril devantcette
Place avec son détachement
d'environ sept mille hommes
tant Allemans que Hongrois.
donna les ordres qu'il crut necessaires
pour la faire canon-
Iner. Il la fit sommer auparavant
par un LieutenantColonel,&
le Bacha qui y commandoitrépondit
qu'ayant
encore des munitions & des
vivres pourattendre le secours
assez long temps, il n'estoit
paspresse de se rendre. Cette
réponfc l'obligea de faire
prendre des Portes à ses Troupes
devant la Portede Bude.
Il y posa des tentineitmtonstenuës
par des gardesavancécs
autour de la Place,en
attendant que lesBateriesfussent
achevées pour y pWer -j
le canon. Un grand Marais
nuisoit beaucoup àson çtitreprisej
&illuy.eustcftédifficile
de faire autre choseque
le continuer le Blocus,à3
noins que derecevoir vn ren-*\9
fort considerable. Le.4.duy
nois passé,deux ou trois milles
hongrois estant arrivez fou#q
e commandement du Comte
Budiani, il S'avançale6. juf-i^
[ui la riviere de Sarwitz,
K>UJ.. commencer les approhesdela
Place. Il avoit pris -1.
cedesseinsurce que quelques
rràhsfuges l'avoientaflfèuré
ue la'disette yestoit extrêtiey
& que la garnison presoit
toujours le Bacha decapkuler.
LesTurcsqui avoient
fait un assez grand feu le jour
précèdent, ne tirerent point,
quoy qu'il eust posé des gardes
avancées à la demy-portéedu
canon. Le mesme jour,
une femme Chrestienne qui
s'estoit rachettée pour cinq
livres de Tabac, & autant de
Sel, s'estant rendueau Camp
.sur le Midy avec deux Turcs,
on apprit d'eux qu'aussi-tost
qu'on avoit veu paroistre les:
Troupes Imperiales, le Bacha;
& le Lieutenant avoienteu,
une longue confercnceavec;
l'Aga des Janissairesquis'estoittoujours
le plus obstiné
à resîster> & qu'ayant connu
Qu'ilsésperoient inutilement
d'cfttt feÉooFus, la crainte de
-n'obté'M- pas dans la suite
ldts- éôndrôiotis âussiavâïrtageuses
que celles qii'dfr leur
«voit offertes,leuravoit'fait
dte-lâ re-fckitio¥ide capituler.
On ne pi£ douterde la
vérité de ce rapport , lors
que sur les quatre heuresdu
foir deux Officiers-*dd"*la
garnison qui serendirent au
Omp, ayant demandé àparte
à Jëú)Ê Capitâines Hongï-
pis qui eftokntà4ieafdè
avancée, direntqueleurCommandant
lesenvoyoit pour
s'informer de ce qui estoit
cause -. quetant de Troupes
s'estoient avancées. Les Hongroisayant
répondu que l'on
venoit assieger la place, ils repliquerent
que si on vouloit
mettrepar écrit à quelles conditionson
permetroit à laGar-
«iion de sortir;elle épargneroit
aux Impériaux la peine
de former un Siege. Ces conditionsayantesté
dressées,on
lesenvoya le 7. au Bacah.Les
Turcs souhaiterent que laC,,,a,,4
pitulation fust portéeàVienne^
commeonyavoir patte
celle d'Agria,afinque l'Ero*
pexeurlarratifiaft»& la signast,
&illeur fut répondu, qu'encoreque
l'on n'eust aucun
pouvoir pour leur rien promettre
là dessus,onne d<nw
toit point MajestéIm~>
periale ne leur donnait cet-. tesatisfaction. Le 8.les Ostal".
ges furent envoyez de part &
d'autres. Quatre des principaux
Officiers Turcs passerent
auCamp,& un pareilnombre
d'Officiers Impériaux furem
nçjçeusdan?la Place. Le Baron
d'Arizaga écrivit à i'Ero,p't
reur, pour luy rendrecompte
de refiat deschoses, ôd
SaMajestéImperialesitaussitostassembler
le Conseil de£
guerre à Laxembourg. Le
Prince Charles de Lorraine ,.;' le Prince deDietrichstein,&
leComte de Staremberg s'yt<
trouverent, mais une legere
indisposition ne permit pas
au Prince Herman de Badcp{
d'y assister. Les Articles ddla
Capitulation que les Qffi-f
ciers de l'Empereur avoient.
signez
,
ainsi que le Bacha ôe*
les principaux de la Car-niform
d'Albe-Royale,furent apportez
le 12. par le Comte de
SetzKi, GouverneurdeRaab.,
Ils portoient quelesTurcs se
retireroient en toute liberté
ou ils voudraient avec leursaurmmeess,,
TTaammbboouurrbbaattttaannt»t,eennfeignrsdéployées
,mèches
allumées , trois pieces de
Canon, & tout ce que chaque
Soldat pourroit emporte
; qu'une escorte su'ffi-:
fanteseroit donnéealà Garnison
&aux Habitans, pour
les conduire jusquesau Da«^
&ube> &qu'on leur fourni-
Boit les Bateaux & les Chà-'1
riots dontils auraient befoii*
m
pour transporter leursbagages.
Les Turcs s'engageoient
de leur costéà remettre tpüh
les Canons, les Mortiers, ôc
les Munitions deguerre&de
bouche entre les mainsdes
Impériaux, & àleurdécouvrir
les Fourneaux préparez
en divers endroits, afin que
les Fortifications n'en pussent,
recevoir aucun dommage. Le
PrinceHerman de Badeayant
esté averty que quatre Officiers
de la mesme Garnison
avoient esté dépeschez vers
l'Empereur, leur envoya de~;
Carrosses vers Schwechet, ôc
*
unGentilhommepourlesrecevoir.
Ilsarriverent le 13. ôc
dans l'audiencequ'il leur
donna le lendemain,aprés
luy. avoir presenté laCapitulation
pour la faire ratifier
par Sa Majesté Imperiale,
Ils demanderent qu'on leur
permiss d'emmener encore
quelques pieces de Canon,
outre les trois qu'on leur
avoit accordées, & cet Article
leur fut refusé. On ajouta
à ceux qui avoient estésignez
,que lesRenegats qui
avoient quitté le Ch[,ifiianiC-f
men'ayantpointencore:
<
vingt ans, demeureroient
dans la Place; que les autres
feroient en pouvoir de sôrtitj
avec les Turcs, & qu'ils auroient
tous la liberté dégarder
les Enfansqu'ils avoient
eus des FemmesC&réftieri^;
nés. Il fut encore arresté que
trois des principaux Turcs;
demeureroient cri ostage à
Essek jusqu'au retour de l'cfn
corte & des Bastimensqu'on
devoit fournirà la Garnison..
On regala lesquatreOfficiers
Turcs qui estoient veÉus?
trouver le Prince dëBade'*d«j
Montresenrichies4ePief-n*--
fies*
ries,& d'autres presens, & ils
partirent le 15. La Garnison
d'Albe-Royale sortit le ig.il
y avoit environ huit cens
hommes de Troupes reglées.
Trois mille Habitans les fuivirent,
& ils allerent camper
cejour-là à demy-lieuë de la
Place. Le îo.ils partirentavec
deux cens Chariots chargez
de Bagages & de leurs meilleurs
effets. Un détachement
d'Allemans & de Hongrois
que commandoit le Lieutenant
general ZiCKi, les escorta.
Illeur fit prendre la route
de Bude, & ils furent embar-
quez à Adom, qui n'en est
éloigné que de quatre lieuës,
pour estre conduits jusqu'à
Belgrade. Le Soubachi, &
l'Aga des Janissaires écrivirent
au Prince Herman de
Bade, pour luy témoigner
combien ils estoient contens
de l'exactitudeaveclaquelle
on avoit executé tous les Articles
de la Capitulation Les
Turcs n'emmenerenc que
douze vaches avec quatorze
chevaux, & il n'y avoit presque
plus de vivres dans la
Place. On y a trouvé plus dQl
quatre-vingtpieces deCanon,
depuis vingt jusqu'à cinquante
livres de balle, plusieurs
Mortiers, plus de deux mille
Bombes, lapluspart chargées,
cinq mille Grenades,deux
millequintaux de poud te,
prés de cinq mille boulets,
des Armes de toutes sortes &
en quantité, & d'autres mu-
-
nitions à proportion. Albe-
Royale est une des plus considerables
Villes de Hongrie.
Il y a de fort beaux Palais,
trois grandes Marquées, &
,
desBains publics,la pluspart
bastis de marbre. Sa figureest
ronde, & elle est entourée de bbonnes
murailles, avec des
Fossez pleins d'eau fort profonds.
Ses Fauxbourgs sont
d'une grande étenduë & l'approche
en est défenduë par le
Marais, & par des Ramparts
fort élevez.Amurath II.ayant
esté appelle en Hongrie, aprés
qu'Albert d'Austriche
futmort,l'assiegea inutilement
; mais elle ne put resister
à Soliman II. qui s'en
rendit Maistre en 1543. Le
Juge qu'on y avoit étably fit
en 1$6y un Traité avec le
Comte de Salms
, Gouverneur
de Javarin,par lequel il
s'obligeoità luy rendre cette
Place; mais l'Empereur ayant
envoyé Georges Hozzuthoti
à Constantinople pour y parler
dela Paix, craignit d'y;
mettreobstacle par cette entreprise,
& envoya ord re au
Comte de Salms de l'abandonner.
LesTurcs l'ayant découverte
quelque temps aprés,
firent empaler quarante Habitans
qui en estoient complices,&
le Juge sesauva à
Palota, & ensuite à Vienne
avec sa Famille pour implo- <
rer le secours de Maximilien.
ral de l'Empereur Rodolphe,
qui s'est si fortsignalé par les
grandes actions qu'il fit en
Hongrie au commancement
de ce Siec le, reprit Albe-
Royaleen1601. & l'année suivante
le Bâcha Hazan, à qui
Mahomet III. avoit promis sa
Soeur en mariage avec la dignitéde
Grand Visir,la reconquit
sur les Chrestiens, dont
onfitun grand carnage. Le
ComteYoland
,
Italien) qui
en estoit alors Gouverneur)
fut envoyé prisonnier à Constantinople
,
ou il demeura
usques à la Treve faite entre
es deux Empereurs.
Le Sacré College a perdu
deux Cardinaux au commen-
, cement du mois paffé. L'un
est le Cardinal Alexandre
Crescentio
,
d'une ancienne
Famille Romaine. Il fut flir-,
pris d'apoplexie en celebrant
la Messe le7. de May,&mourut
le foir de ce mesme jour,
âgé de 81. an.Il estoit Cardinal
restre du titre de sainte
Prifque
,
quiest un Convent
de Religieux Augustins situé àRomesurleMontAventin,
& avoit esté Maistre de la
Chambre du Pape Il fut nommé
Cardinal par Clement qui
X. le 27. May 1675. & ilauroit
pû pretendre au Souve,
rain Pontificat dans un Siege
vacant. Aussi le regardoit-on
comme un Sujet Papable avant
qu'il fust Cardinal. Le
10. on fit ses Obseques dans
l'Eglise de Saint Philippes de
Nen.
Cette mort fut suivie deux
jours après de celle du Card
nal Felice Rospigliosi, natif
de Pistoie, de la Famille
des Rospigliosi
,
dont il y a
eu le Pape Clement IX. son
Oncle,&le Cardinal Jacques
Rospigliosi son Frere. Il tomba
malade le 9. de Mayàla
pointe du jour, & mourut
le lendemain à l'âge de quarante-
cinq ans, ayant receu
les Sacremens & la bénédiction
du Pape. Clement X. le
nomma Cardinal Diacrele 16»
Janvier 1673. & luy rendit le
Chapeau qu'ilavoit eu de
Clement IX. Il s'appliquoit
beaucoup à l'Etude, &estoit,
fort tourmenté de la goutte. Illaisse son Frere Jean Baptiste
Rospigliosi Duc de Za..
garole
,
Chef de la Famille
qui est marié , avec Veronique
Palavicini) Niece du défunt
Cardinal Palavicini,&Fille
unique de feu Estienne Palavicini)
Duc de Gallicano)
noble Génois. Ses Obseques
furent faites le II. dans l'Eglise
deSainte MarieMajeure,
dont il estoit Archiprestre.
Les nouvelles publiques
vous ont appris la mort de
Messire Louis-François de la
Baume de la Suze
,
Evesque
& Comte de Viviers) Prince
de Donzere & de Chasteauneuf
sur le Rhône, Baron de
l'A rgentiere ,
Sei gneur de
Saint Andeol, Abbé de Mazan
& d'Orbestier. Il estoit
e l'ancienne Famille des
e la Baume,Comtes de la
uze ,
& Fils de Roftain de
a Baume, Comte de la Suze, de Catherine de Meullion
le Bressieux. Il s'est trouvé
n diversesAssemblées de
France. Jugez de son âge,
puis qu'il y a ioixante & dix
ns qu'il fut fait Evesque de
Pom1peiopolis, & Coadjuteur
le Messîre Jean de l'Hôtel,
Evesque de Viviers,qui mouut
en 1621. âgé de quatrevint-
quatorze ans. LaBaume
le la Suze porte d'or à trois
chevronsdesable au Chefd'aZrw
,
chargé d'un Lionnaissant
d'argent
,
couronné d'or
,
armé
lampessedegueules. myiJ : Mctfire François de Salag!
lacdelaMorheFenelon,
Evesque & Seigneur de Sarlat
,est aussi mort dans un
acre fortavancé. Il fut fait
Evesque de Sarlat en 1659. &
il gouvernoitce Diocese d'une
maniere il exemplaire,
qu'il en est universellement
regretté. Sa Famillequiest:
des anciens Barons de Sala-.
gnac en
Perigord,s'etftoû»-
jours portée à la pieté. Elle.
a donnéRosin de Salagnac
Archevesque de Bordeaux en
296. & Boso de Salagnac,
vesque de Cominges en1310.
eluy qui vient de mourir
toit le sixiéme Evesque de
triât de cettemesme Maison.
es cinq autres sont Helie de
lagnac en 1360. Ponce de
lagnac en 1485. François de
ilagnac en 1568. Louis de
Lagnac son Neveuluy sucda
en 1578. puis un autre
oüis de Salagnac en 1602..
lagnac porte d'or à trois bans
de Sinople.
Nous avons appris que Lila,
Capitale du Pérou, a esté,
détruite par un tremblement
de terre,arrivé le 30. d'Octobre
dernier. Quoy que cette
nouvelle ne soit pas encore
venuë par l'Espagne,&qu'on
ne la sçache que par les Lettres
qu'on a receuës d'Angleterre,
elles sont remplies de
tant de circonstances, qu'il
semble qu'il ne soit pas permis
d'en douter.Elles portent
que ce tremblement
commença à quatre heures
du matin le jour que jeviens
devous marquer, & que la
premiere secoussequi ne du-*
ra qu'un quart d'heure, causa
beaucoup de dommage. Elle
fut suivie une heure après d'une
autre plusviolente,& à six
heuresdusoir,il y en eut une
troisiémeplus furieuse que les
deux premieres , qui renversa.
entierement cette grande Ville,
en sorte que presque tous
les-Habitansdemeurerentenfevelisfous
les ruines. La Mer
qui s'enfla extraordinairement
en même temps,inonda
la Province de Callao, où
sont de grandes campagnes
pleines de Rivieres & de lacs,
&les vagues pousserent quelques
Vaisseaux JusquP. plus
de trois lieuës de distance en
terre ferme. Cette inondation
a fait perir un nombre
infiny de peuples & de bestail,
& plus de cinq mille
corps ont esté trouvez sur le
rivage depuis que les eaux se
font retirées.Limaestoit une
Ville extrêmement riche,
mais fort sujette à ces tremblemens
de terre,. Les Cordeliers
en ayanteu leur EgliT
se à demy abattuë il y a quel
ques années,firent une queste,
& receurent en deux jours
cent mille écus en argent
comptant ou en billers feurs,
ce qui fait voir combien elle
enfermoit de richesses. Elle
estoit devenue la Capitale du
Perou, au lieu de Cusco qui
l'estoit fous les Incas,depuis
que les Espagnols se sont
rendus Maistres du Pays. Les
Incas l'avoient possedé souverainement
pendant plusieurs
siecles. Ils se disoient
Enfans du Soleil, & commencerent
à policer cet Etat, où
auparavant il n'y avoit point
de discipline.Le premier s'appella
Manco Capac, & tous
sesSuccesseurs prirent le surnom
dinca, qui veut dire
Roy. Leurs Prestres ou Philofophes
croyoient l'immortalité
de l'ame, & après la mort
le repos pour les gens de bien,
&unepeine pour les méchans.
Leur dernierRoy nommé Atabalipa,
qui avoit faitmourir
plus de deux cens de ses Freres,
& s'estoit abandonné à
toutes fortes de violences,
fut pris par François Pizarre,
& Diego d Almagro, Espagnols,
qui en 1531. entrepri-
-
rent la conquette du Pérou.
Il leur donna pour se racheter
autant d'or qu'ils en voulurent,
mais cette rançon ne
, AI
r-,"\, «1
l""itt,'J
le garantit pas d'une mort
honteuse. Ce grand & vaste
Paysavoitesté découvert par,
Vasco Nunezde Balboa
dés l'an 1513. & le premier
Port qu'il reconnut fut Porto
Vieiosousl'Equinoctial.
de Gramont, Paii &: Maré -
chal de France,morte à Paris
en 1678.à l'âge de trenteneuf
ans. La MaisondeGrimaldi
,
l'une des plus illustres
& des plus anciennes d'Italie,
justifie six cens ans de possession
de la Principauté de
Monaco, quiest située entre
Nice & l'Etat de Genes.
Trois petites Places la composent,
sçavoir, Monaco,
Roca Bruna & Menton. La
Villeest de difficile accès.
Elle a son Chasteau basty sur
un Rocher escarpé, battu
par les flots de la Mer,où est
sonPort. Les Assembléesqui
ont esté faites pour les Fiançailles,
& pour la ceremonie
Nuptiale, onr deu estre fort
nombreuses
, puis que les Parens
des quatre grandes Maisons
dont je viens de vous
perler, pourroient remplir
une grosse Cour. Le soir du
jour que l'on fit les Fiançailles,
Monsieur en traita les
princi paux,ainsique les Fiancez,
avec beaucoup de magnificence
dans sa belle Maison
de S. Cloud.
:
Mr de Montmor, Intendant
général de la Marine
au département de Normandie,
a esténommé par le Roy
à l'Intendance generale des
Galeres à Marseille. Elle est
une des plus belles & des plus
importantes du Royaume.
On peut connoistre combien
Sa Majesté est satisfaite de ses
services, par la confiance qu'-
Elle prend en luy. Il succede
en cet Employ à Mr Begon,
qui va remplir l'Intendance
de Rochefort, à la place de
de Mr Arnout, qui se retire.
Je vous ay déja parlé dCM
Mrde Montmor ; il eil FrerOt:
de Mrl'Evesque de Perpi-
'c
gnan.
logne,Evesque &Prince de
Liege, de Hildesheim, & de
Munster, Prince Electeur &
Archichancelier de l'Empire
pour l'Italie. Legar ne du
Saint Siege Apostolique,Prevoltde
Bertolsgade,&c. Marquis
de Franchimon
,
Comte
d'Emperen
, mourut à Bon
,.le 3. de cemois. Il estoit né
le 8. Octobre 1622. & succeda
à son Oncle Ferdinand
-
de
Baviere ,
Archevesque de:
Cologne, mort en 1650.
après avoiresté fait son Coadjuteuren1643.
CePrince
avec la grandeur d'ame qui
est naturelle à l'illustre Maison
de Baviere,s'appliquoit
avec des soins tres-particuliers
à satisfaire aux obligations
de son état, & on luy a toujoursveu
donner dans tous
ses Dioceses des marques de
pieté capablesd'edifier ses Sujets,&
de remplirdignement
tous les devoirs d'un grand
Prince & d'un grand Prelat.
Cette pieté estoit en luy comme
hereditaire, puis que son
AyeulGuillaume V. dit le
Jeune, Duc de Baviere, fit
une abdication volontaire de
ses Estats en 1579 pour le reurer
dans une Maison Re1i.:
Iglieuseoùil mourut en 162.6:
avoir épousé Renée de Lorraine,
Fille de François Duc
de Lorraine, & de Christine,
de Danemarc
,
& il en eut
entre autres enfans
,
Maximilien
, Ferdinand &: Albert.
Maximilien ayant soutenu
avantageusement la Maisoni
d'Auftriche en Allemagne,
en eut pour récompenseen
1623.l'Electorat & lehaut
Palatinat dont on dépoüilla
FridericV. éleuRoyde Boheme
en 1619. Il eut de Màrie"-
Anne d.Auftriclie>Fillede*
l'Empereur Ferdinand II. Ferdinand-
Marie-François-IgnaceWolfange.
Duc de Baviere,
Electeur de l'Empire mort
en 1679. Ce dernier estoit le
Pere de Monsieurl'Electeur
de Baviere d'aujourd'huy, &
de Madame la Dauphine.
Quantà Ferdinand & Albert
ses Freres, Ferdinand fut fait
Archevesque de Cologne
Evesque de Liege,de Munster,
&c. & AlbertépoufaMatilde
Heritiere deLeuchtitemberg,
& en eut François-Charles,
Maximilien Henry, & AlbertSigismond
,
Evesque de
Frcifingen & de Ratisbonne
mort en 1685. Ce Maximilien-
Henry est celuy qui vientde
mourir Archevesque deCologne.
Il estoit fort versé dans
la Philosophie des Anciens,
& connoissoitparfaitement
la Nature. Il s'attachoit quelquefois
dans ses heures de loisir
à y faire de nouvelles découvertes,
& fay sceu par Mt;
deWaldor son Resident auprès
de sa Majesté
,
qu'il en
avoit fait de considerables.
Six mois avant qu'il fustattaque
de la maladie dont il est
mort
,
toûjours appliqué au
bien de ses Sujets &à l'avantage
de ses Estats, il songea à
laisser à son Eglise de Cologne
unSuccesseur digne de
luy, comme s'ileust eu un
pressentiment de sa fin prochaine
, & pour cela iljetta
les yeux sur Mr le Cardinal
Landgrave de Furstemberg,
Doyen de la mesmeEglise,
Ille demanda pour Coadjuteurà
son Chapitre, qui en
fit l'élection le 5. Janvier dernier
dans toutes les formes
les plus authentiques.Il s'agit
prefentcment de procéder a,
une nouvelle élection. Il y a
vingt quatre Capitulans dans
le Chapitre de Cologne, sçavoir
seizeChanoines & huit
Docteurs. Pour estre Coadjuteur
il faut avoir les deux tiers
des voix de ceux qui se trouvent
au Chapitre le jour de
l'élection ; & pour estre fait
Archevesque
»
il n'en faut
qu'une au delà de la moitié
c'est à dire que si les vingtquatre
Capitulans s'y trouvoient
, il en faudroit avoir
treize. Le Chapitre a nommé
MMr 'le Cardinal de Furstemberg
pour Administrateur de
l'Archevesché, & afin de luy
marquer l'estime qu'il fait de
sapersonne., il ne luy a point
donne d'Adjoint, quoy que
l'on en donne tres-souvent en
pareille occasion.Maximilien
Henry dont il faut remplit
la place, estoit le troisiémé
Archevesque de Cologne de
la Maison de Baviere. Ferdinand
son Oncle avoit succedé
à Ernest de Baviere, Frere de
Guillaume V. & cet Ernest
avoitestémisen la place de
Gerard Truchfes de la Maison
de Walpurg,quis'estant laissé
prendre aux charmesd'Agnés
deMansfeld, la tira du Monastere
de Girresheim, la tint
àBroel
, & intimidépar les
Parens de cette Princesse,
prit enfin le dessein de l'époufer.
Comme il ne pouvoit
le faire estant Catholique, il
donna dans les erreurs de
Luther, & vou lut garder,
quoy que marié,ladignité
d'Elcâctir
,
mais il fut chassé
malgré le secours que luy
donna le Prince d'Orange qui
le protegeoit
,
& mourut en
Allemagne en 1589. abandonné
de chacun, & accablé
de mal heurs.
Depuis que je vous ay parlé
de l'établissement de l'Academie
Royale d'Angers, dont je vous
envoyay il y a quelques mois les
Lettres Patentes du Roy avec les
noms de tous les Académiciens,
j'aytoûjours continué à vous entretenir
de ce qui s'est patTé dans
cette celebre Compagnie, parce
qu'elle n'a point cessé de travailler
pour la gloire de Sa Majesté,&de
la France, & pour l'avantage des
belles Lettres. Le quatorzième
du mois paffé
,
elle fit la distribution
des piix d'éloquence & de
Poèsie qu'elleavoit proposez quia.
tre mois auparavant. M. de la
Granche,Avocat au Parlement,
fils de M. de la Granche Conseiller
& Secretairedu Roy, President
au Presidial de Crépy en Valois,
remporta le prix de Prose, dont le
sujet étoit, Ics siges Ordonnances
du Roy pour la '':[(Jona/iolJ de la
juflice,&l'établiJftment des Lef#
ns publiques du Droit François
dans les VninjerJttez, desonRoyaume.
demies qu'il plaist au Roy d'établir.
aller chez M. de Callieres, à qui
ils dirent que la Compagnie les avoit
chargez, de venir le remercier de luy
avoir dédié un si bel Ouvrage, de
l'informer du grand applaudissement
lav'ec lequel il avoit estéreceu de toute Assemblée
,
& de l'asseurerqu'il ne
pouvoit luy faire un prejèntplllS
agréabletantpour laformequepour
la matiere. Cet Ouvrage a esté
receu avec les mesmes applaudissemens
à la Cour, & l'on y vit
avec beaucoup de plaisir lamaniere
nouvelleavec laquelle M. de
Callieres y a sceu faire le Tableau
des actions Héroïques, & des
grandes qualitez de Sa Majesté.
Elles font si éclatantes & en
si grand nombre que la beauté &
l'abondance engagent une infinité
de gensà les décrire, qui sans
de si beaux sujets ne mettroient
peut-estre pas la main à la plume.
Le beau sexe ne peut là - dessus
retenir son zele, & l'Ouvrage
que vous avez leu dans ma Lettre
de Mars dernier, du Triomphe
du Roy sur la Religion Froteifante
,
estoit de Madame de
Pringy. lel'ay découvert depuis
ce temps-là, 5c je vous l'apprens,
non feulement parce que vous
avez souhaitésçavoir de qui il
estoit, maisaussi parce qu'il luy
doit estre glorieux, que son esprit
I& son zele pour le Roy soient
*connus de tout le monde, & qu'on
doit toujours plus admirer ce que
rfont les Dames, principalement en
: Ouvrages d'éloquence., t,>.
b Ces sortes d'Ouvrages ne porte-
Iront pas seuls la vie du Roy jufqu'à
la plus éloignée posterité. Le
bronze ôt leburin contribuerontà
rendre immortel son nom Auguste.
Mille figures lereprésenteront aùssi
bien que ce qu'il a fait degrand,
èc entre les Estampes qui en parleront,
celles de M. de Vandermeu-
Icn feront distinguées. On y voit
toutes les Conquestes de sa Majessé
grauées d'aprèslesTableaux
qu'il a faits, & qu'il fait tous les
jours pour le Chasteau de Mar'y.
Je vous ay parlé de cesEstampes
à mesure qu'elles ont esté gravées.
Ilen vient encore de donner deux
au Public; l'une est le passage du
Rhin qui represente la grandeur
du Roy,& l'autre la prise de Va-'
lenciennes qui fait voir la clemence
de ce Prince. Elle paroisten
ce que Sa Majesté empefcha que
la Ville ne fust pillée,puis que
selon les loix de la Guerre ,route
Place prise par assaut est abandon-
1tée aux Assiegeans. Quant à la
grandeur du Roy marquée par le
passage du Rhin,elle éclate assez
dans cette action, sans qu'il soit
besoin d'en rien dire. Comme ies
Estampes de M. de Vandermeulen
sont fort recherchées
, parceque
les Peuples des Nations les plus
reculées qui n'entendent point les
Langues de l'Europe ontdes yeux
ainsi que nous, 6c qu'ilspeuvent
mesme voir plus que l'Hiftoirc
ne leur montreroit
, àcause * des
Villes & des Armées que ces
Estampes representent. Le délit
en est fort grand, & elles se ven- dent, non feulement auxGobelins
,mais encore chez M.
Perou
, Huissier de l'Academie de
Peinture & de Sculpture, chez
M. Oudran
, Graveur ordinaire
du Roy, rue Saint Jacques,chez
M.Bonaretàl'Aigle dans lamesme
rue
, & chezVander-Bruggen,
au grand Magasin.
le Content, de 64. pieces deCanon
de 18. livres de calibre 8c au
dessous, parce qu'il n'estoitarme
que pour faire laguerre aux Atge2
riens, & de 375. hommes d'équipage,
rencontraà 15.lieuës d'Alican-.
avoit 66. pieces de canon de plus
grosse Artillerie que celle du Content,
sa premiere batterie estant de
36.Se de 24. avec 500.hommes
d'équipage, & l'autreVaisseauestoit
de 54. canons & de 300. hommes
de l'Escadre deFlandre, que l'on
sçait estre la mieux armée & par.
ticullerement le Vaisseau de Papachin.
M. deTourvilleayant remarque
que l'un & l'autreavoient leurs
canons dehors & debouchez, mit
son Pavillon d'union ,qui est le
signal de combat, pour avertir Mrs
de Chafteaurenault & d'Estrées de
se préparer, & s'estant placéà leur
teste
-
il mit en panne à la portée
ducanon des Espagnols, d'où ayant
envoyé saTartane à Papachin pour
luy dire gUII vouloit qu'il saluât
~lei
PavillondeFrance, sinon qu'il Jfc'^
combattroit, avecordre au Patron
de mettre son Enfeigrreen berne,
s'il refusoit le salut. Papachinrefusa
en disant qu'il n'en avoit
point d'ordre. Alors le Patronfit son
signal, & dans le temps qu'il
venoit rendre compte de ce refus,
M. de Tourville qui estoitauvent
des Espagnols, arriva sur Papachin
qui fit crier trois fois vive le Roy
à son équipage. Il fit crier à son tour
vive le Roy, & alla sur Papachin,
a petites voiles,sans tirer aucun
coup, l'ayant defendu. Ainsi il n'y
eut que quelques coups de mousquet
que quelques Soldats tirerentmalgréladéfense
qu'il en avoit
faite,ausquels le Vice Admirald'Espagne
répondit de son Artillerie;
mais M. de Tourville continuant à
porter dessous parce qu'ilvouloit
l'aborder sans tirer, l'approcha
de si prés, quoy que Papachinfist
tous sesefforts pour eviter l'abordage
que.les grenadiers du Vaisseau
jettoient desgrenades dans le temps
qu'il commença à se servir de toute
son Artillerie.Samanoeuvre fut.
sijuste qu'il l'aborda en le prolongeant,
Se demeura accrochéavec
luy pres d'une demy heure par la
pouppe,d'où le hazard voulut qu'il
le décrocha, ou plutôt parce que
toutes les manoeuvres qui se te-,
noient ensemble urent coupées de
coups de canon & de mousquer.
ietterquelques grenades avec les
autres Grenadiers qui estoient à
poupe.Quoy quelesdeuxVaisseaux
fussent encierement deagréez, le
combat ne laissa pas de continuer,
encore prés de deux heures à la
portée du pislolet.M, de Chasteaurenault
qui dans le commencement
avait attaquél'autreVaisseau
Espagnol avec M. le Comte d'Estrées,
voyant qu'il ne faisoit plus
guère, de feu,&que Papachinsedéfendoit
vigoureusement, revint à
l'arriere de M. le Chevalier de
Tourville & l'un & l'autre achevèrent
de le desemparer, &: luy abatirent
son grand mast. M. le Comte
d'Estrées qui avoit continué de
combattrel'autre Vaisseau àla portée
du pistolet, envoya après une
heure & demiede combat son Canot
à ce Vaisseau,danslequelle
Capitaine vint à son bordavecses
Officiers, 8cdansce mesme temps
M. de Tourville envoya un
Officier
à Papachin, qui luydit desa
part qu'il ne cefferoitdele combattre
qu'il n'eust salué. Ses drisses de
huniers qui avoient esté coupées
ayant esté repassées, il fit porter
sur luy
, & estant à bout touchant
pour l'aborder une seconde fois,
Papachin envoya dire par l'Officier
qu'illuy avoir envoyé, qu'ille
salueroit ,mais que cen'estot que
la forcequi l'y contraignoit.Avant
que de saluer
,•
ilfit assembler tous
cetrx de l'équipage & leur dit qu'ils
voyoient bien qu'il estoitforcé
de saluer tous ayant répondu
qu'il ne pouvoir l'éviter,puisque
l'autre Vaisseau s'estoit rendu il
fallia
faluadé neufs coups de canon. Nt
de Tourville luy rendit le mesme
salut , &luyenvoya un 0®cieç
pour luy offrir tout ce qui est-oliCR
son pouvoir. Ce combat ne s'est pas
fait sans verser du fang de part 6s
d'autre. M. de Tourvillea esté
blessé d'un éclat de canon au vifari
ge 8C d'un autre à la jambe,& aen
soixante six hommes hors de combat
dont quinze , en y comprenant
Mrs de Nocé & desEcures,Gardes
de la marine,ont esté tuez sur la
place,sans quinze ou vingt qui
n'ont reçeu quede legeres blessures.
M. le Chevalier de la Rongere
dont M. de Tourville se loue beaucoup
,&M.deVenize Lieutenant,
M. Brodeau Commissaire,MrsHe
Raousset, ôc de Mefieres, Sous-
Brigadiers des Gardes, ont eu des
contusions. On ne sçaitpas encore
le nombre des morts 6C des blessez
du Vaisseau de M. de Chafteaurenault
de de celuy de M. le Comte
d'Estrées , maisquoy qu'ils euffenc
besoin de venir se remaster & agréer
à Toulon,ils ont preferé à cause de
la belle saison
,
d'aller se racommoderà
Yvice le mieux qu'ils pourront
,
afin d'estre de l'expedition
d'Alger. On ne peut pas s'estre
mieux défendu qu'a faitPapachin.
Chacun sçait qu'il y a dix ans qu'il
travaile à faire un tres-bon équipage,
& qu'il est composé de Flamans,
Hollandois, &. autres
Etrangers fort bons canonniers &:
bons matelots, & qu'il a de très-,
bons Soldats. On ne doute pas qu'il
n'ait perdu beaucoup de monde. Il
a ditlny-mesme que les
-
François,
avoient mis hors de combat ou tué
la plus grande partie de sonéquipage.
Vous remarquerez que les deux
Vaisseaux d'Espagneestoient plus
forts que les trois de M. le Chevalier
de Tourville, & que P;;¡pa"
chin portoit des Troupespour débarquer.
On ne convient pas du
lieu; les uns disent à Oran, & les
autres en Italie, mais il est certain
qu'il en portoit, ce qui luy estoit
d'un grand avantage, puifqu'il
estoit soutenu de Troupes qu'il
faloit combattre outre l'armement.
Au ffine pût-il voirlans surprise que
l'onosàt luy demander le Salut.
Papachia est né â Villefranche
dans le Comtat de Nice, & a esté
fort longtemps Corsaire Majorquin
,
aprèsquoy il est entré au
service de Roy d'Espagne. Il ca
tres-habile & tres-estimé dans son
meitier, & l'on peut dire qu'il y
est redoutable. Ainsi il est extrêmement
glorieux à M. de Tourville
de l'avoir fait salüer
,
maisil
h,est rien, de quelque nature qu'il
puisse estre, dont les Fran çois ne
viennent à bout fous le regne de Sa
Majesté
, tant on les choisit propres
aux choses ausquelles on a dessein
de les employer, & tant ils
font bien instruits de tout ce qu'ils
doiventfaire. {J'!
Monseigneur le Dauphin voulant
prendre le di vertissement de
la Chasse aux environs de Vaujour
, alla le zt- de ce mois coucher
dans cette belle Maison , qui
appartient à M.le Ducd'Aumont.
, Ce Duc se preparoit à le traiter
suivant la magnificence qui luy est
si naturelle
,
mais Monseigneur ne
voulant pas qu'il fist aucune dépense,
y envoya ses Officiers.
Comme il estoitjeusne le lendemain
parce que c'estoit la veille de
la Feste de Saint lean, ce Prince
défendit qu'on donnast à desjeuner
à aucune personne de sa suite,
& demeura luy mesme sans manger
jusqu'à quatre heures qu'il
revint de la chasse. le ne vous
fais point remarquer sa pieté; ses
avions en disent plus que ne seroient
mes paroles.
M. le Comte du_Passage
3
Ancien
Lieutenant General des
Camps & Armées du Roy, que
son grand âge avoit obligé de se
retirer du service,est mortà Lyon
de? de ce mois- Comme il n'avoit
point d'enfans,ilavoit dit a feu M.
le Mareschal de Crequy avec qui
il avoit lié une amitiéfort étroite,
qu'il le nommeroit son héritier, &
quoy que ce Mareschal foit mort
avant luy
,
il a neanmoius laissé
tout son bienà M. le Marquis de
Blanchefort son second Fils, qui
dans unâge peu avancé fait voir
beaucoup de sagesse.
le Mareschal de Humieres n'ayant
que des Filles, il n'y a plus personne
qui puisse porter le nom de
cette Maison.
Premiere Chambre de Requestes.
Ce Baron d'Arsy étoit fils de Mt-'
chel de Gotiyallai Baron d'Arsy
Chevalier des Ordres du Roy, S£!
quiavait eu l'honneur d'être fous1
le Regne de Henry IV. Lieutenant
de Roy de l'Isle de France ,
& Gouverneur de la Fere,Chaûny,
Ham, Clermont en Beauvoysis,&
Crespy. Ilavoirêpouse Francoise
d'Haliuin
, de l'Illustre Maison
d'Haliuin Oüailly,dont il ne reste
plus que Madame laDuchesse d'Havré
,femme de M. leDuc d'Havré X
de Croy,Grand d'Espagne, Che,
valier de la Toiion d'or, Se Chastelain
de Monsen Hainaulr. La
Maison de Goüy d'Arfy,qui cft fort
ancienne en Picardie,estsortie de
celle de Goüy en Flandre, dont les
biens sont entrez dans la Maison des
Comtes d'Egmont,parceque l'heritiere
de laBranche ainée avoit êpousé
un Comte de ce Nom. Il y a prés
detroiscens ans qu'elle s'est venue
établir en France où elle s'est alliée
à la plus grande partie de ce qu'il y
a de Maisons du premier rang, sans
en excepter celles des Princes. Elle
a aussi des alliancestrèsconsiderables
en Flandres avec les Maisons
des Comtes d'Egmont, des Ducs
d'Havre & d'Arschot, des Comtes
de Rache &c de Bossu. :)J2JjJ
La premiere des deux Enigmes
avoit estéfaite sur le soupir. Elle a
esté expliquée par l'Amoureux banal
de la rue du Bois de Troyes;
l'aimable G. G. de la rue S. Denis
de Poitiers; la chere Moitié du
plus heureux des quatre Freres de
la rue Cccatrix
,
la Simpatbie des
Vieillards du Chasteau d'or; l'Efcot,
&le charmant Bijou du Charnier
S. Innocent.
Ceux qui ont expliqué la seconde
sur leMulet, qui en estoit le vray
sens, font Mrs Pichonde Roüen;
Dupré des arcs; l'A rgus du College
de Montargis; la Compagnie
des Musiciens de la diredion du
S. E. Le faux Passionné de la porte
de Paris rue Passante; l'Amour
violenté du coeur volant; le Directeur
du Godgar,leFidelle du
brave Saxon à l'Anagramme, Gode
e taci, amore vuole cosi ; de laLane;
deDamas; Coustures, Mesdemoiselles
d'Herbaut;deGuenand; Renaud
& Molinde la rue des Lombards;
Les deux aimables Soeurs
Chanteuses de la porte de Bussy;
le GeneraldesChevaliers de
l'Ordre des Eternels; l'Amant
de la belle Louison de Chartres ;
la belle Epiciere du Cloistre
Sainte Opportune; la jolie Veuve
des LogesdeVitré la belle Brune
de l'Ours en peinture de la rue
de la Ferronnerie,&Lisette sa
Mignonne.
Voicy les noms de ceux qui ont
axpliqué l'un. & l'autre dans leur
vray sens. ÎVrçDigt.cn de la fontaine
des Blanc-manteaux; Pain
Commis de l'Extraordinairedes
Guerres, & son Cousin Postiche;
David ; de CorbignyDirecteurde
la Société gaillarde&réjouissante;
du M-ontcaffe de Montebot;rg; l'Epinay Bur*e' t;DurréSous- Lielltenant
auRegimentdu Roy;de
Belleville Capitane des Costes de
S.Briac,& Gouverneur de fIne
Agot prés S. Malo; dujlqchejr
Chapelain du Pont- Briant:Boxel;
le Chevalier à l'Anagramme, le
ne veuxplus aller à la Bastide; la
Mare, Procureur Fiscal: les six
Mousquetairesdes Bois de Briscon:
des Hayes Maistre à danser: l'Amant
de l'aimable Vitreaise de S.
Malo; le Cavalier au poil Be à la
plumede Meaux; le passionné ctu
indiffèrent de la Comtesse; Bamblouc
prés de S. Eustache, l'Historien
du Vivien de la rue de l'Arbre-
sec, & son Camarade:le Chef
des Mécontens de la rue Hautefeüille
: le plus volageOiseau de
la forest de la mesme rue: la plus
Mécontent des Amis de le plus
charmante voix: l'Amant declaré
de son aimable Cousine deD.C.
F.eliîf Virgoné en Gemini du pays
de Nogent: le grand Coq aux cinquante-
deux poules de Bonneval:
le Curieux Genealogiste de la rue
Cocarrix: le plus proche Voisin
de la nouvelle - Place Royale de
Poitiers: l'Ordonnateur de velours
à la Turque, amant de l'aimable
dégrillée des quatre Fils; le plus
petit des Pages du Roy,& la Blon.
dine sa Soeur; la Diane dé Neüilly
sur Marne: le grand Alexandre du
Cloistre S.Jacques: le Poisson Musicien
de la rue Marivau x ,•
le bel
Esprit du mouton de la rue Saint
Louis ; le Solitaire fleury de la Societé
d'Hym.d'Amar. d'Amyn. du
Pelerin de la Fleurie; Scaramouche
& ses Fils de Troyes: l'Amant
ingenieux de l'aimable M. E. T.
Firminy de la rue de Gêvre Maudebourg,
le Rival de l'AmantàCarrosse
de la rue du Batoir ; l'Amant
content & malheureux de
l'aimable Brunette de la rue Saint
Denis: Dom Bredouillet de Pa.
douë; le Petit-fils de l'Aisnée des
trois Filles de la Veuve de la rue
Grenier S. Lazare: le Renoiieur
des Inclinations disloquées; l'Amant
fidelle & confiant de la jolie
Janneton, de la rue S. Jacques;
Mesdemoiselles de la Haye de la
rue du Puis du Desnilde Rennes,
les deux Soeurs du Port S. Landry:
la belle Blonde de Rennes: la jeune
Brune du Pelerin de S. Jacques;
l'Alliée du grand Prince héritier
du Roy des Lombards : la charmante
de la rue S. Denis; l'aimable
dégrillée des quatre fils de
la méme rue; l'Insensiblede la rue
du Mail; la petite Personne impatiente
d'avoir sa compagne; la
veuve,sanspareille de la rue de
Tournon; là plus charmante voix
de la rue du Meurier; M. L. L. la
plus solitaire de la rue S. Christophle
; I. E. F. l'indiferente Beauté
de la rue des deux portes proche
l'Hôtel de Bourgogne; les deux
Soeurs du Pavillon Royal ruë
saint Martin; les insuportables
Cousines ; la belle & aimable
Solitaire de la Grange le Roy à
l'Anagrame, Tu mérites mAgrâce :
la charmante louailliere de la
rue Saint Honoré prés de rOra..
toire; la Société Gaillarde & rejouïssante
de la rue Pierre Sarrazin
: La SocietaItaliena della ftracU
Simone il Franco; la Teste noire
de l'Oratoire : la grosse Comette
&fon bon amy.
Je vous envoyé deux Enigmes
nouvelles. La premiere est de M.
Rault de Rouen,& la seconde de
M Bandivey de Lyon.
ENIGME.
Esuis un toutnouveau venu,,
Etdepuis peu de temps connu.;
Te veux chasser d'un Trône une Belle
étrangère
, £)ui ne doitplusyregnerguert ;
I\tfi dans mon partyj'avois toute la
Cour,
C'en seroitfaitaupremierjour.
Mais pourtantsijesembleextravagant,
bizarre
Lors quej'ysuisplacé, je plais, &
je m'ycarre,
- Et j'y cache de doux appas,
J>)ue les yeux ny dérobentpas,
J'were qu'un nouveau caprice,
En me faisant rendre justice,
Et finissant nostrediscord,
Renvoyra l'Etrangere avec les vend
du Nort.
AUTRE ENIGME.
E n'ay qu'un ventre creux, u,
dosaride&sec,
Ma teste faite en oeuf, se- courb
camme un bec.
On a beau fortsouventmecharger d
cuisine
Plus maigre qu'un harang je n'a
rien que l'échine.
On voit d'ordinaire engagé
Vu animal vivant & fortgros en
mon ventre.
j9~/ marche, qu'ilfirte ou qu'il
rentre, jesuistoujours à jeun ,jamais je
n'aymangé.
l'ay toutefois cetavantage
J^udvec un si maigre corsage.
Faut-il ou vaincre ou terrasser,
Avecpeine de moy
Marspourroitse
passer.
Souventj'aide aux fuyards comme à
ceuxquipoursuivent,
le les sers tous également,
Etsoit qu'ils meurent ou qu'ils vivent
JgHand , tout agit, je suis sans
mouvement.
Qoy que le Printemps soit passé
dans le temps que j'acheve cette
Lettre,vous ne ferez pas fachée d'en
voir encore un Air de la composition
de M. de Bacilly, Les paroles
îuy ont esté données par un homme
Illustre, non feulement par sa
qualité,mais encore par sonmerite,
qui luy à procuré les grand semplois
qu'il excerce depuis si long-temps.
AIR NOUVEAU. TRop heureux Rojjlgnols
,
dont
les tendres accens
Solemnisentsi bien le retour du Printemps
Comme vous de langueurs je sens
mon ame atteinte,
le ne respirerois qu'amour,
l'en parlerois comme vous sans
contrainte,
Et ie chanterois nuit & iour
Si comme vous sans ceJfi
Je pouvois voir l'objet de ma .undresse.
Dieu qui a beny jusqu'apresent
as les desseins du Roy d'Anglere
, vient de donner de noulles
marques de la protection
il accorde à son Royaume,par
naissance d'un Fils siardemment
uhaite de ses Sujets. Toute l'Eupe
avoit les yeux attachez sur la
ossesse de la Reyne,& le 20. de
mois elle accoucha d'un Prince
Galles.Vous sçavez ..,.. que c'est
nfi qu'on appelle tous les Fils
snez des Rois d'Angleterre, denis
que le Pays de Galles qui faioit
autre fois un Etat particulier en
f pa le Occidentale du Royaume.
esté fournis aux Anglois sous-
HenryIII. Edoiiard Fils de ce
nesme Henry,est le premier qui
it pris lenom de Prince deGal- es.
- Je- vous envoye un Livre non.
veau, intitulé
,
Eloge des Personnes
Illustres de l'ancien Testament, que
débite le S. Guerout. Il est fait
pour donner une premiere teinture
de l'Histoire Sacrée à Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & il ne peut
estre que bon, puis qu'il est de MDoujat
,
Doyen de l'Academie
Françoise. Il touche succintement
les principales actions des personnes
choisies dont il parle
, & comme
son defscin est de disposer les jeunes
Enfans à recevoir doucement
les premières semences de la Foy
Chrestienne, il a écrit enVers,
parce que la cadence mesurée insinuë
plus facilement les choses dans
l'esprit, &: les attache plus fortement
à la memoire.Il fait l'abregé
de cinquante Vies, & joint à chacune
le Portrait de celuy dont il
nous donne l'éloge. Ce sont
cinquante Portraits gravez; il
les a presque tous r.+fez du Promptuaire
des Médailles, Be il a
voulu par la fournir à lajeunesse
quelques idées qui en frappant l'imagination
par les yeux, entrassent
avec quelque agrément dans
l'esprit , & adoucissent la peine de
l'attention par le plaisir innocent
que cet âge cherche par tout.
Voila une partie de ce qu'il dit
dans sa Preface. On y trouve
encore beaucoup de choses qui
sont connoistre l'utilité qu'on peut
tirer de ce Livre.
A Paris ce 30. Illin 16SS.
LE LIBRAIRE AU LECTEUR. L'Histoire des Troubles de Constantinoplen'ayant
pû estre nnfermeeenmoins
de troisVolumes-,
le dernier quicontient Ii regne de
SolimanIII.fertdefécondé Partie
nu Mercure de Iuin. l'avertis le
Public qu'il naura de plusieurs mois
aucunesécondé Partie, & que l'Autheur
qui a resolu de continuer CHU
stoire Turque ,
nen donnera des
Volumes que de loin à loin., afin
qui'ls soient plus remplis de choses
curieuses & degrands événement.
Page 140. l'adontlisezl'adoube.
Dansle Mercure de May pagt
140 ily a un Evesché lisez, ily ltàJ
un Evesché.
Page 203. le Iournal des Audit».,.
ces ,
lisez
,
le Iournal du Palais.
On amis dans lemesme Mercure
que M. le Mareschal de Gafsionavoitestétué
à la Bataille de
-- Lens
Lens en, 1648. il fut bleile d'un
coup de Mousquet au Siege de
cette Place en 1647& mourut quajaurs
a près.
Femmeaccouchée à Morlaixa.1âge
de IS. ans. 27
DïscoÛrs contre la Superstititonpopulaire
des iours heureux & malheureux.
32
Etats de Bourgogne tenus à Dijon.
119
Ouverturedu Prix du leu de l'Arquebuse
dans la mesme Ville. 127
Traduction 132
Loix du Ieu des Eschets. 135
Cérémonie qui se fait tous lesans à
Troyes avec un Dijc&ursde M.
l'Abbé Romond. 172
DiscoursdeM. l'Abbé du larrysur
la vraye Eglise. 18)
S'il est plus glorieux de fixer une
Coquette ou de toucher une indifférente.
Galanterie.. 190
Ceremonies observées au transport
du corps de feu M. l'Electeur de
Brandebourg, de Poftdam à Berlin
19?
Histoire. 207
Redditiond'Albe-Royale. 232
Voyage de M. de Seignelay- 28S
MgortndecM..ïElecteur2de$Cpolo\-
Prix distribuez, a l'Academie -d?An-1
gers. 2f)
Fanegyrique Historique du Roy fart
M. de Caillieres.301
Nouvelles Estampes de M. de Van* dermeulen.303
Salut rendu aux vaisseaux du Roy
par le Vice-Amiral d'Espagne. 306
Promenade de Monseigneur le Dauphin
à Vaujour, 316
Autres Morts, 317
Article des Enigmes. 322
Naissance da Prince de Galles. 333
Eloges des Personnes illufires de
t.Ancitn Ttflament. 334.
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui Je débitentcheZ le
Sieur Guerout , Court-neuve du
Palais. HIvoirede Soliman III.1. 1.10. f.
ElogesdesPersonnesllluftres
-.de l'ancien Testament par M. Doujat,
Doyen del'Académie Fronçoise.
Histoire de Mahomet IV. dépossedé.
2.vol.3. 1.
Dialogues Satyriques & Moraux.
2. vol. 3.I. le Secretaire Turc;contenant l'art
d'exprimer Tes penfées sans se voir,
sans se parler & sans s'ecft*e,avec
ies circonstances d'une avanture Turque
, 8cuwe Relationtres-curieuse de
plusieurs particularitez du Serrail
,
qui
n'ont point encore esté sceuës. 1.1.10. C.
Le Mary Jaloux. I. l.10. f.
L'Estat present de la PiuflànGe
Othomane. I.1. 10. f.
Chevalerie ancienne & moderne,avec
la maniere de fairela preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 1. 1. 10. f.
Poësies Pastorales de M. deFontenelle,
avec un Traité de la Naturedel'Eglogue
,
& une Digression
sur les Anciens & les Modernes. 1.
liv. 10. f.
Le Chevalier à la Mode,Comedie.
1. 1. 10. f.
La Déflation des Joiftufes.),Comedie.
1 5. f.
a Entretiens sur la pluralité des. Mondes,
de M. de Fontenelle, augmentezen
plusieurs endroits, avec un sir
xiéme Soir qui n'a point encore paru,
contenant les dernieres découvertes
qui ont c(té faites dans le Ciçl.
, .,1.1.t0.f.
-K.., Réflaexilonil s.ur l'Acide & sur l'Ai— ;i liv. 10. f.
L'Art de laver,ou nonvelle maniete
de peindre sur le Papier, suivant le colorisdes
Delîeins qu'on envoye à la
Coor'parM.Gajtierde Nismes. 1. 1.
r Traité des Fortifications enrichy de
13 Figures, contenant la Démonnra.
tion & l'Examen de tout ce qui regarde
l'Artdefortifier les Places tant re.-
gliberesqu'irregulitres
,
suivant ce
quise pratique aujourd'huy
3
le toqt
d'une maniéré abregée, & fort aiCéc
pour l'intrusion, de laJeunelFç.
0 1. liv. 10. f.
-Efrais de Morale & de Politique,
c&il est traitdesDevoirsde l'Homme
consideré comme particulier,&
comme vivant en Société. 2. vol. 2. L
, Le Cours du Danube & des Rivieresquis'ydéchargent,
où se trouvent lesFrontières des Empires d'Allema-
.gne & de Turquie.
Histoire des Troubles de Hongrie,
Contenant tout ce qui s'y estpasséde
remarquable jusqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze. 7. l.10. f.
dDiaologueus deszMorets, 2.. vol. in- 3. l.
Histoires des Oracles. r. liv. 10 f.
Lel.{¡rcs galantes de M. le Chevalier
d Her. 2.. vol. 3.1.
LesMalheurs de l'A mour, ou Eleonor
dYvrée.
1
1. 10. J
Ambassades de Mons. le Comte de
Guilleragues
,
& de M. Girardin,auprès
dp Grand Seigiie,,ir,tvec plusieurs
Pièces curleufes,tirées des Mémoires
décors les Ambassâdeurs de France à
la Porte, 8cc.j.l.Ip. f. Academie galante. z. vol. 3. livLaDuchessed'Estramene.
2. vol.2.l.
Le Napolitain. I. l.
Sentimens sur les Lettres & sur
l'Histoire
Sti, alvecedes .Scrupules sur le ~1.1.la. ~f:
Caracteres de l'Amour. I. 1. 10. ~L
Le Grand Visir C1a.r1aM.1usQtap.ha. ~£ ^X'IllustreGenoifr.i.l.io.f.
,.
^T-e
Seraskier. I.l.10. ~f.
Relationdu MariagedeMademoifelle
avec le Roy d'Espagne. 1.1. 10.f.
Relation du Mariage de Monsieur
le Prince de Contyavec Mademoiselle
de Blois.~1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Monseigneur
le Dauphin, avec la Princesse
Anne - Chrestienne-Victoire de Baviere.
~1. ~1.IO. ~f.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la description
des Places de la haute & balle Alsace,
& de celles de la Province de la Sare
& de Luxembourg. I.liv. 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
par les Armées Chrestiennes en Hongrie,
&dans la Morée, avec la prise
de plusieursPlaces sur lesInfidelles.I.l.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perse & aux Indes Orientales par la
Mer noire 6c parla Colchide, enrichy
de dix-huit grandes Figures. ~2^vol. ~in
douze. 4. 1. 10. f.
Observations de M. Spon~fuites
Fiévres 6cles Febrifuges. I.l.
L'Arioste moderne.4. v. in 12.6.l.
Discours Satyriques 6c Moraux en
Vers. ~I1.
Fables nouvelles. ~1.1.
Epistres en Vers de M. Sabatier
de l'AcademieRoyaled'Arles. t.1.
Jugement de Pluton sur les Dialogues
des Morts. ~1.1. 10 f.
Relation duVoyagedu Royen Flandre
en 1680. ~1. 1.1O. ~f.
La Négociation du Mariage de
Monsieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal. ~i.I.io:f.
Relation duSiege deVienne. 1.1.fOf.
Relation de ce qui s'estpasséà Genes.
~¡.L 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
~i. I.io.C
Ambassade de Siam en France, di.
yifée en4. vol. 6. liv.
Le premier Volume a pour titre.
Voyage des Ambassadeurs de ~Siam
en France, contenant la reception
quileuraesté faite dans lesVillesoù
ils ont passé; leur entrée à Paris; les
cérémonies observées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy,delà Maîson
Royale, les Complimens ~qu''ls
ont faits; la description des lieux où ils
ontesté ; & ce qu'ils ontditderemarquable
sur tout ce qu'ils ontveu.
Le second Volume a pour titre.
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siamen France, contenant ce qui
s'est passé à l'Audience de Madame la
Dauphine, des Princesses du Sang,
.& de Messieurs de Croissy & deSegnelay,
avec une description exacte des
Chasteaux
, appartemens, Jardins &
FontainesdeVersailles, S. Germain,
Marly & Clagny
,
de la machinede
Marly, de? invalides, de l'Observatoire
deS. Cyr,&decequeles
Ambassadeurs ont veu dans tous les
autres lieux où ils ont esté depuis la
premiere relation, à quoy l'on joint le
di scours qu'ils ont fait au Roy.
Le troisiéme Volume apour titre.
Troisiéme partiedesAmbassadeurs
de Siam en France, contenant la fuite
de ladescriptiondeVersailles
,
cell
des chevaux qui sont dans les deux
Ecuries du Roy; ce qui s'est paiTe
dans les visites qui leur
- ont esté
renduës; les experiences de la pesanteur
del'air faites devant eux; la description
des Galeries de Sceaux, &
les receptions avec toutes les haran-
~guas qu'onleur a faites dans toutes
les Villes deFlandre.
Le quatriéme Volume à pour titre.
Quatriéme & derniere partie du
Voyage des Ambassadeurs de Siam en
France
> contenant la fuite de leur
oyage de Flandre, depuis Valencienne
jusqu'à Paris; la description
des Villesoù ils ont passé, & les harangues
de tous les Corps, ce qu'ils
ont veu à Paris depuis leur retour ,
avec une description de tous les lieux
où ils ont esté, & dela Feste donnée
par Monsieur à S. Cloud, leurVoyage
à Versailles, leur Audience de
Congé, & les dix-sept Audiences
qu'ils eurent le même jour, avec tous
les complimens qu'ils ont faits, laliste
des presens qui leur ont esté donnez,
ce qui s'estpassé à leur départ, &les
noms des personnes distinguées qui
font parties pour Siam.
Outre les Mercures d'onze années,à
commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires, dans lesquels
sont divers Traitez tres-curieux sur
plusîeurs matieres qui regardent les
Sciences &les Arts.
Histoiredu Siege de ~Bu. ~1.1.io.f.
Recueil d'Ouvrages faits à la loüange
du Roy, sur l'extirpationdel'He~
resse.i.l.io.~f.
Relation des Prieres publiques qui
ontestè faites par toute la France, en
actions de graces de la guerison du
Roy. ~1. ~1.10. ~f.
Antiquitez de M. Spon, Ouvrage
enrichy de plusieurs Figures. ~7.1.
Divers Ouvrages en Musique de
M. de Bacilly, ,
LAvis pourplacer les Firitres.• 'Air qui commence par, le
Printemps commenceà renaiflre,
doit regarder la page 27.
La Medailledoitregarderla page
180.
L'Air quicommence par, Trop
Qualité de la reconnaissance optique de caractères