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1688, 03
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Eur
. 511m
1688,3
Mercure
<36614138840015
<36614138840015
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MARS 1688 .
A PARIS ,
AU PALAIS.
ONdonnera
toûjours
un Volume
nouveau
du Mercure
Galant le
premier
ieur de chaque Mois , & on le ven dra , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin
.
A PARIS , Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers
, à la Juftice . T. GIRARD
, au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL
GUER OUT , Court-neuve
da Palais , au Dauphin.
M. DC . LXXXVIII
,
AVEC PRIVILEGE
DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Ο
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure, on ne laisse pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent,&fur
A ij
1out ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
Jentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargerout de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjoursfort tard
pardeux raifons. La premiere, parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toûjours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé
que fort.
avant dans le mois . On évitera ce
retardementpar la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge defaire
les paquets luy-mefme, & de lesfaire
A iij
porter à la poſte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe gene-.
Talement de tous lesLivres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand ilfe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il lesjoindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un meſme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
1
MERCVRE
GALANT
MARS 1688.
E n'aurois pas de
peine , felon
felon ma
coutume , à com-
... mencer cette Lettre
par quelque action du
Roy, puis que ce Prince ne
fait rien qui ne foit éclatant ,-
A iiij
8 MERCURE
& qui ne merite de grandes
louanges ; mais comme il eft
particulierement monté au
plus haut degré de la gloire
par l'extinction de l'Herefie,
&
que vous ne pouvez vous
laffer d'admirer l'heureux fuceés
de cette grande entrepriſe,
je croy vous faire plaifir en
laifant parler icy fur cette
matiere l'Auteur du Difcours
que vous allez lire. Il m'eſt
inconnu , mais fon Ouvrage
fait fon Eloge, & vous avez
le difcernement trop jufte
pour ne luy pas rendre la juf
tice qu'on luy doit .
GALANT.
9
綠茶茶茶茶茶茶茶豬豬O
LE TRIOMPHE
DU ROY
Sur la Religion Proteftante.
Riompher des temps , des
Tliens, &des hommes , c'eſt
l'effet ordinaire dé la valeur de
noftre invincible Monarque. En
quelque temps qu'il ait pris les
armes , on l'a toujours vû couronnépar
la Victoire, Larigueur
des Saifons, les frimats n'ont
pû ralentirfa chaleur guerriere,
lors qu'il s'eft trouvé obligé
TO MERCURE
1
depoursuivrefes Conqueftes pour
le bien de fes Sujets , il s'eft fair
des entrées faciles dans les lieux
les plus inaccessibles . Tout a efté
aisé quand il a voulu l'entreprendre,
ce qu'il n'a pas vaincu
, c'est ce qu'il n'a pas voulu
attaquer. Il a donné quelquefois
des bornes à fa puiffance , & arrefté
les effets dont elle eft capable
, pour laißer à ſa bonté la
gloire d'avoir vaincu par ele
mence ce qu'il pouvoit foumettre
par force. Les Peuples Etrangers
n'ont jamais gemy fous le poids
de fa Justice , que quand leur témerité
les a rendus dignes d'en
GALANT. ii
éprouver la rigueur.Ily en a qui
ont portépar amour le joug de fes.
loix außi- toft qu'il l'a vaulu,&
ils l'ont trouvétout agreable.Si ce
Prince s'eft montré redoutable das
la Guerre , il s'eft fait craindre
cherirdans la paix ; craindre
par fa justice , en puniffant les
coupables ; cherir par fa bonté
en fecourant l'indigent ,
tegeant l'inconnu . Dans la Paix
on le voit regner par amour com
me par autorité; & s'il eft abſo-
·lu . c'eſt autant pour procurer lè
bien que pour
volontezfont fi juftes , qu'en les
fuivant , chaque particulier en
1
prodonner
l'ordre . Ses
12 MERCURE"
reffent defavorables effetss mais
fipour procurer le calme à fes
Etats, & la paix à l'Etranger ,
il a bien voulu arrefter le cours
de fes Victoires , ce n'a pas efté
pour diminuer fes applications ,
mais pour en changer l'objet, &
Je donner tout entier au foin du
repos interieur de fes Peuples.
Cette refolution le fit déterminer
a détruire un mal ancien , dont
l'étenduë la malignitéavoient
gâté tant de coeurs , & àmettre
un fentiment uniforme dans tous
fes Sujets. Il falloit eftre Louis
the Grandpour écraser le Monftre
effroyable de l' Herefie qui deva
GALANT.
13
roit tant d'Ames depuis plus d'un
Siecle. On avoit befoin de fon
courage pour le poursuivre , de
fon zele pour l'arrefter , & de
fa force pour le detruire . Son conrage
ne laiffe aucun lieu où il ne
l'ait efté chercherpour le vaincre
par douceur ou pour le punir
par juftice . Son zele en a arrefté
l'indigne fureur , en quelque lieu
qu'elle fe fuft répandue , & fa
force en a aneanty jufques aux.
moindres veftiges , n'en laiffant
mefme dans la memoire des hommes,
que le fouvenir qu'il aefté,
qu'il s'eft vú détruit par un
Prince en qui regne la verité, la
14 MERCURE
juſtice, & la valeur ; la verité
qu'il a fait connoistre àfes Peuples
, la justice qu'il a fait rendre
à Dieu , la valeur qu'il a
fait paroiftre en foutenant avec
force avec conftance la caufe
du Tout-puiffant. S'il a gagné
des Batailles , vaincu fes Ennemis,
& affermyfon Empire en regnantheureufement
fur les coeurs
de tous fes Peuples , il a encore
fait davantage en attaquant
les Ennemis de la Loy de Dieu ,
dont l'opiniatreté
eftoit plus
malaisée
à fe foumettre
, que
temerité des ennemis de l'Etat
ne pouvoit eftre dificile à vainla
GALANT.
15
cre. Il a rendu à Dieu des ames
qui s'eftoient éloignées de fon
culte leur a procuré le jour
de l'Evangile en diffipant les
tenebres de l'erreur de leurfauffe
Doctrine . Il les a retirez de
l'Ecueil ou ils fe precipitoient
avec d'autant plus de joye qu'ils
avoient d'aveuglement , & les
a remis dans ces devoirs d'obligation
que Dieu demande à ces
ames qui luy ont coûté fi cher.
Il a travaillé à la vigne du
Seigneur avec un foin infatigable
, & l'on connoift noftre
grand Monarque à cette entreprife
. Adoucir des efprits_rebel16
MERCURE
les vainere des coeurs endurcis,
flechir des volontez opiniaftres,
c'est ce qu'il a fait à nos yeux.
C'eftoit la Caufe de Dieu qu'il
foutenoit , & la force & la
grandeur de fon fujet eftonnoit
l'efprit des rebelles fon zele
la deffendre , & l'ardeur de fa
pietépour lafoutenir ébranloient
le coeur des plus fermes , mais
la verité qu'il leur a fait découvrir
à fceu vaincre l'opiniâtreté
de leur volonté corrompuë,
ce triomphe eft merveilleux
par les avantages qu'il produit,
car la gloire en retourne à Dieux
l'honneur au Roy , & l'utilité
F
GALANT. 17
aux hommes. Dieu eft glorifié ,
Louis le Grand admiré , &
l'homme juftifié . L'herefie fe
trouve abatue , l'homme éclairé,
Dieu fervy. La loy n'eft
plus violée , l'esprit aveuglé , le
coeur combattu , tout rentre dans
l'ordre par la pieté d'un Prince
qui veut repandre lafoy dont il
eft éclairé qui ne ſe contentant
pas d'aimer Dieu avec ardeur
, veut que fes Sujets le
fervent en efprit , & en verité,
& que les biens temporels qu'il
leur donne foient les moindres
qu'il leur procure. Ayant ce
noble deffein , il a étably la paix
Mars 1688 . B
18 MERCURE
le
dans fon Royaume en trois manieres
differentes.En arreftant le
progrés de fes Armes , il a donné
repos à tout l'Univers ; en
deffendant la liberté des Duels
il a mis l'union dans le coeur de
fes Sujets; & en abolifant l'Herefie
, il a mis la paix le calme
dans les ames troublées par l'erreur
, qni depuis fi long- temps
corrompoit leurs volontezi endurciffoit
leurs coeurs fur les veritez
de la Loy. Si la paix qu'il
donne à fes Estats en fufpendant
l'action de fes Armes luy eft fi
glorieufe , celle qu'il donne en
deffendant les Duels , & en
GALANT. 19
arrêtant la fureur d'une vangeance
irritée , est bien auguste
pour Sa Majesté & bien favorable
pourfes Sujets , mais celle.
qu'il procure à des ames dechirées
par la Guerre que leur li
vroit l'ennemy de noftre falut,
eft un triomphe digne de fa valeur.
C'est une Victoire d'autant
plus noble qu'elle eft plusfainte,
& que ce qu'il rachete par fon
Zele coûte fi cher à celuy qui
ne pouvoit fe montrer plus favorable
à la France qu'en luy`
donnant un Roy Protecteur de
fa loy, & Deffenfeur de fon
culte. L'herefie eftoit un mal
Bij
20 MERCURE
dificile à guerir ; c'estoit une
corruption fpirituelle malaifée à
detruire. Les inftructions des
a
Pasteurs les plus éclairez avoient
befoin du fecours des
foins puiffans de l'autorité Royale
e le zele de noftre Monarque
a repandu la lumiere en
exerçant fa force , & à obligé
ceux qui refiftoient aux mouvemens
de la Grace, d'examiner
leur loy , afin d'en connoiftre
l'erreur & de confeffer ta verité
de noftre Religion. Ainsi l'on
peut dire que les Heretiques ont
esté edifiez par fa pieté , éclai
Kez par fes foins , animez par
GALANT. 21
fon zele, charmez par fa bonté
convaincus par la verité qu'il
leur a fait connoiftre. Leurfalut
eft un ouvrage de ce grandPrince,
qui en triomphant de l'Herefie
donne la paix à leurs coeurs » &
leur procure un repos qui leur
euft efté eternellement inconnu.
Si l'amour qu'il leur temoigne
par cette charité eft infinie , le
bien qu'il leurfait eft fans bor
nes s'il nepeut marquer plus de
tendreffe à fes Peuples qu'en
les arrachant des bras de la
mort, il nepeut les tirerd'une
mort plus funefte que celle qui
fansfeparerl'ame d'avecle corps
22 MERCURE
defunit l'ame d'avec Dieu . Cette
mort affreuse de l'infidelité que
Herefie avoit repanduë dans
ce Royaume , estoit devenuë
d'autant plus dangereufe qu'elle
eftoit permife , & qu'on pouvoit
profeffer fans crainte ce qu'on
ne peut penfer fans horreur ;
mais la jufte pieté de noftre Monarque
n'a pu fouffrir un mat
qu'on avoit efté contraint de
negliger pendant tant d'années:
Il a chaffé tous les Auteurs d'une
Secte fipernicienfe, & il n'a pas
voulu qu'il y euft dans fon
Royaume d'autres Temples que
seux où l'on adoroit Dien en
GALANT. 23
efprit & en verité. Dans la démolition
de ces Temples d'erreurs
on remarque fa devotion & fa
pieté ; l'extinction de l'Herefie
nousfait voirfa force & fa fainteté
, & ce coupfi peu ordinaire,
en nous marquant fa puiffance,
nous fait comprendre qu'il faut
eftre Saint pour faire de femblables
miracles. La volonté du
Tout-puiffant qui fe fit connoiftre
à luy, trouva fon coeur dif
posé à tout entreprendre pour
obeir à fa voix , de mefme qu'-
elle eftoit portée à répandre avec
abondance (es dons les plus precieux,
pour le combler de hene24
MERCURE
diction & de gloire. Ce Prince
4 correſpondu fans retardement
au mouvement de la Grace, &
außi- toft que le Ciel luy eut inf
piréfon jufte deffein , il fimexeouter
l'ordre de Dieu , enfaisant
Suivre le fien, & il accomplit par
puiffance ce que le Ciel ordonnoit
par la volonté. Grand Monard'actions
beroiques nous
font voir de prodiges incroyables
! Nous fouhaitons que vos
jours ayent autant de durée que
ostre memoire aura d'étendue ,
que, que
nous demandons au Ciel que
voftre Viefeconde en merveilles,
dure autant que celle de cegrond
komme,
GALANT. 25
bomme , qui retira de
l'esclavage
de
Pharaon le Peuple
d'Ifrael ,
comme vous avez delivré le Peuple
Proteftant de la tyrannie du
Demon .
Quoy que nous foyons dans
un temps de penitence , je
croy vous pouvoir encore
parler de plaifirs , puis que la
faifon n'en eftoit pas tout-àfait
paffée quand je vous ay
envoyé ma derniere Lettre .
L'ufage eftoit autrefois à la
Cour , de faire un grand divertiffement
qui duroit tout
le Carnaval. C'eftoit ordinai-
Mars 1588. C
26 MERCURE
rement un grand Balet en
Machines mellé de recits ,
dont le tout enſemble formoit
un fujet , comme par
exemple , le Balet des Arts , &
le Balet de la Nuit. Si ces fortes
de Spectacles ne reprefentoient
pas tout-à-fait une intrigue
comme les Comedies
& les Opera , ils faifoient
voir tout ce qui convenoit à
leur titre . Le Balet de la Nuit
faifoit connoiftre tout ce qui
fe paffe pendant la nuit ; & les
entrées du Balet des Arts ef
toient compofées de Danfeurs
qui reprefentoient tous
GALANT. 27
les Arts . Enfuite le fameux
Moliere introduifit les Comedies
mellées d'entrées , &
de recits. Ces divertiffemens
plurent encore davantage
que n'avoient fait les Balets .
Les Opera fuccederent à ces
fortes de Comedies . Je ne dis
rien de ces Spectacles . Ils font
prefentement à la mode , &
chacun en a la memoire remplie.
Cependant depuis quelques
années, la Cour n'en fait
plus faire pour ſes divertiſſemens
du Carnaval , ce n'eſt
pas pour épargner la dépenfe,
mais parce qu'elle a trou-
Cij
28 MERCURE
vé que le mefme divertiffement
pendant un mois eftoit
un plaifir trop uniforme.
Ainfi au lieu de ces Opera »
elle fait diverfes petites Maf
carades qui ne couftent
guere moins , mais dont la
diverfité empefchant
que les
meſmes plaifirs ne foient continus
, les rend plus touchans
& plus agreables . C'eft ce
qu'on a fait depuis trois ou
quatre années , & ce qu'on a
fait encore dans le dernier
Carnaval.
Monfieut le Duc de Chartres
, qui fait fon fejour ordiGALANT.
29
naire à Paris , afin de n'eftre
point détourné de l'étude
par mille chofes qui peuvent
caufer de la diſtraction à la
Cour , où il ne va que de
temps en temps , pour voir le
Roy, & pour fe trouver aux
Feftes & aux Ceremonies d'éclat
, a donné le Bal plufieurs
fois le mois paffé , avec une
magnificence digne de ſon
rang. Un nombre infiny de
Perfonnes de la premiere
qualité fe font trouvées cha .
que fois au Palais Royal ; mais
rien n'a tant éclaté dans ces
Lomptueules Festes , que l'ef-
Ciij
30 MERCURE
prit & la bonne grace de ce
jeune Prince . Ce n'est point
fa haute Naiffance , mais le
témoignage que je dois à la
verité qui m'oblige à parler
de cette forte . Il en eft peu
fon âge qui ayent dit plus de
chofes dignes d'eftre remar
quées .
à
Mle Prince d Enrichemont
a auffi donné un Bal
magnifique. La vivacité de
fon efprit , & fa Naiffance
font connues de tout le monde
. Ainfi fans m'étendre fur
ce qui regarde fa Perfonne ,
je vous diray feulement que
"
31
GALANT
.
quatre Italiens maſquez vinrent
à ce Bal . Ils tenoient
chacun une corbeille , trois
defquelles eftoient remplies
de confitures feches les plus
exquifes , & la quatrième, de
Vers Italiens à la gloire des
Dames Françoises. Ils diftri
buerent ces confitures & ces
Vers à toute l'Affemblée
, &
leur galanterie fut applaudie
de tous ceux qui s'y trouverent.
Le Public s'eft auffi donné
un Bal magnifique, où deux
mille Mafques danſerent en
quatre endroits differens dans
Ciiij
22 MERCURE
le mefme efpace de terrein.
Cela paroift une Enigme , &
a befoin d'explication. Il eſt
jufte que je vous la donne.
La foule des Maſques qui
vont au Cours au Fauxbourg
Saint Antoine , dans les der
niers jours du Carnaval , fe
trouva fi grande le Mardygras
, que les Carroffes alle
rent jufques au Parc de Vincennes.
Le jbur eftoit beau
&quelquesMafques étant def
cendus deCaroffe pour ſe promener
à pied , il yen eut d'au
tres qui les imiterent , de forte
que l'Affemblée, devint en
GALANT
33
peu de temps fort nombreuſe
fur la pelouſe. Le hazard voulut
qu'il s'y trouva quelques
Violons, & plufieurs Perfonnes
de qualité qui avoient
fait apprendre à leurs gens à
jouer de cet Inftrument , les
envoyerent chercher . Cela
fut caufe qu'au lieu d'un Bal ,
il s'en forma quatre dans le
mefme lieu ; & voilà de quelle
maniere le Public s'en eft
donné un luy mefme.
Je paffe à un Article plus
ferieux , mais chaque choſe a
fon temps , & dans les lieux
les plus faints, la faifon des
34 MERCURE
plaifirs ne perd rien de fes
anciens . droits . Je vous ay
parlé dans plufieurs de mes
Lettres de tout ce qui s'eft
paffé touchant l'affaire de
Rome ; & vous y avez vû la
Proteftation de M' le Marquis
de Lavardin . On ya fair'
une réponse en Italien . Elle
n'eft pas nouvelle , & en vous
l'envoyant
je ne vous appren
dray rien que vous ne fçachiez
déja; mais comme vous
m'avez prié d'employer dans
mes Lettres toutes les Pieces
qui peuvent paroiſtre aſſez
importantes pour devoir un
GALANT.
35
jour fervir à l'Hiftoire , &
fur tout celles qui eftant en
feuilles volantes , fe perdent
plus aisément , je fatisfais
ce que vous avez fouhaité de
moy , afin qu'il n'y ait rien
de tout ce qui regarde l'Hiftoire
du Roy , que vous ne
puiffiez trouver quand vous
en aurez befoin . Comme
cette réponſe Italienne à la
Proteftation de M ' de Lavardin
, part d'une Plume peu
favorable à la France, on n'a
pas manqué de la refuter. Cela
m'engage à feparer tous les
Articles du Libelle Italien ,
36 MERCURE
afin de joindre à chacun ce
qu'on y a répondu. Voicy de
quelle maniere il commence.
ECRIT ITALIEN
en forme de Réponſe à la
Proteftation de M' le Marquis
de Lavafdin Ambaffadeur
Extraordinaire de
France à Rome.
IUNO , che habbiaľ'uf.
della ragione , e la mente
dalle paffioni non offufcata , ritroverai
al certo in tutta la
Catolica e fincera Chriftianità,
the fi dia à credere , d'altronde
NIUNO
, che
GALANT. . 37
che dall' intrepida e pia giuftizia
del Santiffimo noftro Pontefice
Innocenzo XI. emanato
Interdetto , à cui è stata fottopofta
la Chiefa di fan Luigi, per
haver i Miniſtri eSacerdoti della
medefima ammesso alla partecipatione
de fanti Sacramenti ,
Enrico Carlo di Beaumanoir
Marcbefe di Lavardin ; che
s'afferifce , e pretende Ambafciatore
fraordinario di fua Maestà
Chriftianisima appreffofua Santità
, notoriamente comunicato,
ed il quale non contento di haverfi
ufurpata una non picciola
portione delle contrade di Roma,
38 MERCURE
fotto pretefto di pretesa Franchigia
ò quartiere , ad onta del
rifpetto dovuto al Papa , ed alle
cenfure tanto prima del di lui
arrivo nelle confuete forme publicate,
e di più da' Segnori Cate
dinali fottofcritte nell' ultima
Bolla fattafupra di ciò , in confermatione
delle tant altre in
diverfi tempi contro chi , fotto
qualfivoglia titolo , invade e fi
ritiene i beni della Chiefa , trà
quali fenza dubio merita effere
annoverata une parte di Roma.
GALANT. 39
ZZ525 52ZZSSSS2252
REFUTATION .
DE
L'ECRIT ITALIEN,
Article par Article.
Si
Il'Auteur du Libelle qui
fert de Réponse à la Proteftation
du Marquis de Lavardin
Ambaffadeur du Roy
tres-Chreftien auprés du Pape
Innocent X I. avoit autant
de zele
reputapour
la
tion
&
la
gloire
de
fa
Sainteté
, qu'il
fait
paroiſtre
de
haine
& d'emportement
con$
40 MERCURE
tre la France , il fe feroit bien
gardé de vouloir foûtenir
par un Ecrit auffi foible que
celuy qu'il a donné au Public
, que c'eft au pur mouvement
du Pape qu'on doit
imputer le plus infoûtenable

attentat & l'injuftice la plus
ayerée qui ait jamais efté
commife contre un Ambaffadeur,
& dont il n'y a point cu
jufques à prefent d'exemple
dans la Cour de Rome . Mais
quoy que cet Ecrit ne femble
meriter aucune réponſe , puis
que ce n'eft qu'un tiffu de pa
roles & d'épithetes inutiles
GALANT. 41
de termes empoulez , & de
figures de rhetorique , qui
ne donnent aucune atteinte
aux raiſons folides qui font
le fondement de la Proteftation
, il eft bon neanmoins
de faire connoistre cette verité
à ceux qui la preferent
aux fuppofitions & aux fauffetez
dont ce Libelle eft
remply.
Le Marquis de Lavardin
fe dit Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Majesté tres
Chrestienne , & perfonne ne
peut ignorer qu'il ne le foit
effectivement
. Ses Pouvoirs ,
Mars 1688 . D
42 MERCURE
fes Lettres du Roy au Pape
& aux Cardinaux , fes Paffeports
& fa Suite font affez
voir qu'on ne luy peut difputer
cette qualité , quelque
mauvaiſe intention qu'on
puiffe avoir contre la Couronne
de France .
Il faut d'ailleurs eftre bien
ignorant du pouvoir des Rois
pout ofer leur conreſter celuy
de nommer des Ambaſſadeurs
, & de les revestir entierement
de ce caractere repreſentatif
qui n'a beſoin
que du droit des gens pour
eftre refpecté & honoré par
GALANT. 43
tout où l'Ambaffadeur
fait
voir fes Lettres & fon Pouvoir.
C'eft un uſage receu
de toutes les Nations , & pratiqué
mefme entre celles qui
font en guerre ; il n'a cſté
jufques à prefent contredit
que par ceux qui continuent
de vouloit abuſer le Pape , en
luy infpirant des maximes
inconnues à tous les gens de
bien & d'honneur.
que
On convient les Rois
& Princes Souverains , dont
toute la puiffance eft purement
temporelle , font bien
fondez lors qu'un Ambaſſa-
Dij
44 MERCURE "

deur & Miniftre étranger ent
treprend des chofes contraires
à fon caractere , comme
d'exciter des feditions & tra
mer des confpirations contre
l'Eftat & contre la perfonne
du Prince auprés duquel il
refide, & autres chofes femblables
, à demander qu'il
ſoit inceffamment rappellé ;
mais on ne laiffe pas cependant
de rendre au Miniftre
le refpect qu'exige fon
caractere. C'est ce que là
fageffe de la Republique de
Venife a parfaitement bien
fait voir en la perfonne d'un
GALANT. 45
a
Ambaffadeur
d'Espagne,
accufé d'une horribleconfpiration
contre l'Estat.
Mais enfin on n'a point veu
jufques à prefent qu'aucune
Puiflance ait refufé de rendre
à un Ambaſſadeur
les honneurs
& les refpects qui luy
font deus, par ce qu'il n'a pas
a
voulu renoncer aux droits
dont le Roy fon Maiſtre eft
en poffeffion. Jamais les Nations
les plus barbares n'ont
exercé une pareille violence
envers les Ambaſſadeurs , &
a L Marquis de Bedemar , depuis
Cardinal de la Cueva.
46 MERCURE
!
n'ont pris un ſemblable pretexte
pour les mal- traiter .
Que fi les Puiffances temporelles
n'ont pas exigé une
chofe fi déraifonnable des
Miniftres envoyez vers elles,
mefme par leurs ennemis , à
plus forte raifon les Papes ,
dont toute la grandeur tem
porelle n'eſt fondée que fur
la pieté & de respect filial des
Rois & Princes Chreftiens, &
particulierement des Rois de
France , ne fc peuvent jamais
difpenfer de recevoir à Rome
les Ambaffadeurs de France ,
de leur donner audience , &
GALANT. 47
de leur faire rendre tous les
honneurs qui font dûs à ce
caractere. Rome a toûjours
efté appellée & reconnuë la
Patric commune de la Chreftienté
. Tous les Rois & Princes
qui font unis à l'Eglife
Romaine , y doivent avoir
leurs Ambaffadeurs & leurs
Miniſtres ; la pluſpart y ont
des Palais en propre , ou occupent
ceux des Princes amis
de leurs Maiftres . Plufieurs
Nations y ont leur Paroiffe ;
& il ne faudroit pas remonter
bien haut dans les ficcles
paffez pour juftifier que ta
48 MERCURE
Chaire de Saint Pierre doit
eftre remplie des plus dignes
Sujets de la Chreftienté , fans
diftinction de pays , fuivant
l'infpiration du faint Efprit.
Mais fi la poffeffion donne à
prefent aux Italiens cet avantage
, à l'excluſion des autres
Nations , leur prudence veut
qu'ils ne difputent pas à uné
Couronne auffi puiſſante &
auffi bien
intentionnée pour
Je faint Siege , qu'eft celle de
France , une petire prérogative
de Franchiſes ; fondée
fur tant de bienfaits envers
l'Eglife , fur la protection
que
GALANT. 49
que les Rois de France ont
accordée aux Papes dans leurs
preffans befoins , fur une poffeffion
tres -ancienne, & enfin
fur un Traité folemnel , par.
lequel les Papes s'obligent
formellement à faire rendre
tout refpect aux Ambaſſadeurs
de France.Qui dit tout,
n'excepte rien , & encore
moins la Franchiſe du quartier
qui avoit cfté violée , &
qureft censée rétablie par ces
termes generaux , qui marquent
l'efprit & l'intention
des Contractans .
Il cft donc vray, de dire
Mars 1688.
E
N
So MERCURE
que le Pape ne peur fe dif
penfer de recevoir l'Ambaſſadeur
de France ; qu'un Miniftre
de cè rang tient du Roy
fon Maiftre feul le caractere
repreſentatif dans toute fon
étenduë , fans que l'admiſſion
à l'audience de Sa Sainteté ,
ou le refus, y puiffe rien ajoû
ter ou diminuer ; que le Pape
n'elt
pas enen droit de luy demander
une renonciation à
fes Franchiſes , encore moins
de luy refufer audience fous
ce pretexte ; & qu'il est encore
plus infoûtenable de le
declarer excommunié pour
GALANT.
51
n'avoir pas fait ce qui n'eft
pas en fon pouvoir , c'eſt
pour
n'avoir
pas
dire ,
abandonné
des droits temporels
de la Couronne de France,
dont on ne doit jamais efperer
le moindre relâchement,
que de la bonté du Roy, &
par une conduite toute contraire
à celle que la Cour de
Rome a tenue envers la France
, depuis qu'Innocent XI .
a efté élevé au Pontificat.
Non contento di tali imperiofi
attentati, hàparimente ofato
d'arrogarfi in faccia,fipuol dire,
È ij
52 MERCURE
re
fare,
y
del Pontefice , fupremo Capo della
Chiefa , l'autorità di farfi communicare
nella Chiefa di fua natione
ftando egli , per quanto
dicono , fotto cofpicuo Dofello ,
come in Trono , con le fue Signomoglie
e figlia, e farſi incenquantunque
vi foffe il Santiffimo
efpofto , ed affettando in
tal fontione , non folita ne tan
poco pratticarfi da' veri ed accettati
Ambafciatori , di oftentare.
fotto velo dipietà, la ſprezzante
indipendenza da quello , che
in Roma ed altrove deve effere
il Direttore e l'Arbitro delle
cofe Ecclefiaftiche.
GALANT. 53
On exagere en termes pompeux
, que le Marquis de Lavardin
a ofé s'arroger , en
face du Chef de l'Eglife ,
l'autorité de fe faire communier.
Il n'y a rien en cela
qui foit contraire à l'ufage
ordinaire. M' l'Ambaffadeur
a efté , comme François , à
l'Eglife de fa Nation , pour
affifter aux faints Offices ; il
n'a pas eu befoin d'ufer de
fon autorité , mais il s'eft
feulement prefenté aux Sacremens
; les Ecclefiaftiques
les luy ont adminiftrez , &
ne pouvoient les luy refuſer
E iij
14 MERCURE
fans meriter d'eftre punis felon
les regles de l'Eglife. La
feule raifon qu'ils auroient
pu prendre pour pretexte de
leur refus eftoit la pretenduë
notorieté de l'excommunication
encourue par le Mar
quis de Lavardin . Mais elle
eftoit fi peu notoire , qu'elle
ne le feroit pas encore , fi le
Pape ne l'avoit fait déclarer,
contre toutes les formes, par
la Sentence du Cardinal Vicaire
; car outre les raifons
generales qui ont efté cydevant
alleguées , pour prouver
la nullité de cette excomGALANT.
55
munication , la procedure en
eft défectueuſe, faute de monitions
canoniques , & d'autres
formalitez qui doivent
préceder , particulierement
parce que les Perfonnes de
fon rang ne font point cenfées
compriſes dans des Bulles
generales , s'il n'en eſt fait
expreffe mention , & parce
qu'il n'a point encouru les
cas de la Bulle , n'ayant ufé
d'aucune violence , ny empêche
le cours de la juſtice ,
par aucun acte dont on puiffe
donner des preuves juridiques.
E iiij
56. MERCURE
Les honneurs que M' le
Marquis s'eft fait rendre à
Saint Louis font attachez à
la qualité de Miniftre reprefentant
Sa Majesté Tres-
Chreftienne , & ne dépendent
ny de l'Eglife , ny du
Pape . Ceux que Pie IV . voulut
de fon autorité faire rendre
au Comte de Luna , Ambaſſadeur
d'Eſpagne au Concile
de Trente , en ordonnant
deux Paix & deux Encenfoirs,
ne furent point confiderez
comme partie des ceremonies
de l'Eglife , quoy
que ce fuft à la Meſſe , mais
GALANT . ST
on les confidera comme un
honneur temporel , que le
Pape ne pouvoit donner aux
Efpagnols au préjudice de la
France . Cette innovation fut
fuivie de la fameufe Proteftation
a des Ambaffadeurs
de France au Concile , dans
laquelle on prit le Pape à
partie.
L'Auteur du Memoire eft
fi mal informé , mefme des
rubriques, qu'il trouve étrange
qu'on ait encenſé l'Am-
Baffadeur durant l'expofition
a Imprimée dans les Memoires du Concile
de Trente pag. 485. de la dernie-
´re edition.
18 MERCURE
du Saint Sacrement , comme.
fi elles empêchoient qu'on
n'encenfaft le Celebrant , les
Preftres & le Choeur , & par
confequent un Miniſtre qui
reprefente le premier Roy .
de la Chreftienté .
Altri in vero , ehe, chi auvivilito
da un' adulazione fervile
verfo la Francia , dalla profpeva
potenza di questa lafciaraßi
inebriare ,
condannar non
potrà cio , che la Santità fud ,
ftimolata dalla propria delicata ·
cofcienza , ha creduto in tal
congiuntura di dover fare , ne
GALANT.
59
.
un
mai fifigurara poßibile » che nel
tempo ifteffo , che il Papa , e con
le preghiere, e con gli aiutis con
Si profpero evento influisce alla
depreßione del comun nemico , ed
alle vittorie dell' armi fedeli ;
mentre à tal fine la Chriftianita,
àl'Europa tutta ripofa, Dio merce
, in una felicißima pace
Re Christianifsimo , faſtoſo d'un
fi bel nome , acquistatogli non
meno dalla benefica pietà de'fuoi
Predeceffori verfo la fanta Sede,
che dal proprio zelante fervore
nel difcacciare dal fuo regno
l'empia fetta. Ugonotta , voglia
corrompere appreffo Dio il meri60
MERCURE
to , ed appreffo il mondo , e la
pofterità tutta la gloria di sì eroico
proponimento, con anguftiare
nella fua propria fede un fanto
Vecchio quafi ottuagenario , introduccndo
nella fua metropoli ,
fotto fpecie e colore d'Ambafciaria
, una più che mediocre truppa
d'huomini d'arme , che in
• faccia di lui efercitano quelle
militari fonzioni, chefoto parebbero
proportionate à pratticarfi
in una Citadella delle fue fortu
nate Conquiste.
Il eſt
difficile de
comprendre
ce que veut dire l'AuGALANT.
61
teur par ces paroles, Que ceux
qui ne font pas enyvrez de la
grandeur & de la puiffance de
la France, approuveront la conduite
du Pape. On pourroit
dire avec plus de raiſon, que
ceux qui ne font pas
pas infatuez
de la puiffance des Papes fur
le temporel des Rois , approuveront
la conduite de la
France, qui ne veut pas mettre
en compromis fa grandeur
& les prérogatives de
fes Rois , ny les laiffer borner
, diminuer , ou fupprila
feule volonté des
mer
par
Papes
.
62 MERCURE
On croit que le Pape a de
bonnes intentions ; on ne
prétend pas s'en eſtablir Jula
ge , non plus que de la delicateffe
de fa confcience . Au
contraire , on en eft fi bien
perfuadé , qu'on ne doute pas
qu'il n'euft fait, dés le commencement
de fon pontifi
cat , publier la Bulle pour
fuppreffion des Quartiers, s'il
cuft cru ne pouvoir les tolerer
fans bleffer fa confcience,
& s'il les euft confiderez
comme un abus & une violence
infupportable
qui deuft
eftre punie par les peines les
GALANT. 63
plus feveres de l'Eglife; mais
comme il ne l'a pas fait , on
a eu raifon de croire , quo
d'autres motifs purement
temporels ont produit cette
Bulle ; ce qui paroift affez
par la maniere dont elle eſt
conceue. C'est ce qui a don
né de plus en plus fujet de
croire , que Sa Sainteté n'agiffoit
pas par les feuls motifs
de fa conſcience timorée
, qui luy auroient fait
craindre d'employer les Cenfures
facrées de l'Eglife à un
ufage purement feculier &
contraire à leur inftitution ,
64 MERCURE
de les expofer au mépris , &
de noircir ainfi la memoire
des plus grands Papes , & entre
autres de Sixte . V. en dérogeant
à fa Bulle , ſans examiner
les puiffantes raifons
pour lefquelles il ne voulut
pas fe ſervir de la peine d'excommunication
, dans une
matiere purement temporelle
. Enfin, il n'auroit pas voulu
charger fa conſcience d'une
affaire capable de produire
tant de trouble dans la
Chreftienté ; mais il auroit, à
l'exemple de fesPredeceffeurs ,
écoutéfon Confeil ordinaire,
GALANT
° ༦ ད
-
qui font les Cardinaux ; il auroit
examiné leurs avis, & il
fe feroit ainfi aTez juſtifié
devant Dieu & devant les
hommes , s'il avoit cedé aux
puiffantes raiſons , qui . fans
doute luy auroient eſté alleguées
, pour l'engager à ne
point troubler la paix de fon
Eftat , & peut-eftre de toute
l'Europe , en voulant commettre
l'autorité facrée de
l'Eglife , pour foutenir une
Ordonnance de police, done
la Chreftienté n'a que faire.
C'eft en ces grandes occafions
qu'il faut employer la
Mars 1688. F
66 MERCURE
priere , écouter les mouvemens
interieurs de fa confcience
, & fuivre fes bonnes
intentions, pour faire des projets
, mais l'execution en doit
eftre réglée felon les voyes
ordinaires de la prudence, &
il ne fuffit pas de fe croire
infpiré , pour eftre juſtifié ,
lors qu'on neglige le confeil
dans des affaires qui peuvent
avoir de grandes fuites.
On ne peut dire fans całomnie
qu'on cherche à troubler
le Pape . Le détail de ce
qui s'eft paffé depuis la mort
de M' le Duc d'Estrées , fait
GALANT. 67
voir , que nonobftant plufieurs
fujets de mécontentement
, on n'a jamais manqué
de la part de la France
au refpect deu au S. Siege, &
au Vicaire de J. C. Le trouble
prefent , & les fuites qu'il
peut avoir , font des maux,
dans lefquels le Pape s'eft
engagé volontairement , aprés
en avoir eſté ferieufement
averty par M. le Cardinal
d'Eftrées ; & ainfi la
France n'en eft pas refponfable
, mais les auteurs des
mauvais confeils, qui croyent
ne pouvoir trouver leurs
Fij
68 MERCURE
avantages , que dans le trouble
qu'ils efperent cauſer
par leurs fuppofitions.
C'est dans cette veuë,
qu'ils fe donnent un mouvement
extraordinaire pour
groffir les objets , & pour
faire voir que l'accompagnement
& la fuite d'un nombre
de Gentilhommes & de Domeſtiques
, convenables &
neceffaires à l'illuftre caractere
d'un Ambaffadeur de
France, eft une Armée nombreufe
, capable de défaire
toutes les Troupes du Pape,
& d'affujettir Rome à fa
GALANT. 69
Majeſté , auſſi facilement que
les Roys fes predeceffeurs
l'ont donnée à l'Eglife , &
qu'Elle la donneroit encore
Elle mefme , fi Elle en eftoit
en poffeffion . Ils accuſent la
charité qu'a euë M ' de Lavardin
de donner l'aumofne
d'un deffein
aux
pauvres
premedité
de corrompre
les
Sujets
du Pape pour exciter
des revoltes
. Ils traitent
mefme de Place de guerre le
Palais de l'Ambaffadeur
. Ils
veulent
épouvanter
le public
du fon d'une
clochette
, qui
marque
les heures
de la prie70
MERCURE
re , des repas, de l'arrivée des
Ambaffadeurs
& Cardinaux,
& des autres fonctions des
Domestiques
. Sa regularité à
empefcher que les fcelerats
ne trouvent leur retraite &
leur afyle dans fon quartier
leur déplaift , par ce qu'elle
leur ofte toute occafion de fe
plaindre . Ils traitent de ronde
& de garde les foins qu'il
prend & l'exactitude
qu'il
apporte à empefcher toute
forte de defordres ; & enfin ,
quand ce feroit un Ange envoyé
du Ciel , les Miniftres
du Pape ont reſolu de le deGALANT.
71
.
clarer excommunié , & d'éloigner
à quelque prix que
foit l'obftacle qu'ils croyent
trouver à leur fortune dans
le reftabliffement d'une bon
ne intelligence entre le
Pape & fa Majefté ; leur
efprit de cabale ne peut fouffrir
cette union , ils ont refolu
de l'empefcher par touies
fortes de fuppofitions ; &
quand elles ne devroient
faire d'impreffion que fur les
enfans & fur les fous , le
nombre de ces derniers eftant
infiny, ils fe flatent d'avoir
la pluralité pour eux

72 MERCURE
Si ces zelez Miniftres n'ont
en veuë , que de conferver
la tranquillité dans Rome,
& d'y maintenir le cours libre
de la Juftice , il n'eft pas
neceffaire qu'ils faffent de ſi
grands efforts
pour détruire
fes Franchifes de l'Ambaffadeur
de France. Rome fera
purgée de fcelerats , s'ils ont
autant de foin d'empêcher
que le vice & les plus grands
crimes ne trouvent un afile afſeuré
dans les Egliſes, que cet
Ambaffadeur apporte de fede.
feverité
& d'exactitude à les
bannir de fon Quartier , & à
faire
4
GALANT. 73
4
faire voir que la pieté du Roy
fon Maiftre eft bien éloignée
de favorifer le defordre.
: Mais de quel front peu
vent- ils fe plaindre du bon
ufage que l'Ambaſſadeur fait
de fon immunité , dans le.
temps qu'ils donnent actuellement
une retraite inviolable
aux Malfaicteuis , dans la
mefme Eglife qu'ils ont fait
interdire pour luy avoir adminiftré
les Sacremens le
jour de Noël ? Ce Temple de
Dieu n'eft- il fait , que pour
eftre fermé aux Fidelles , qui
y vont pour l'adorer & le re .
Mars 1688 G
74 MERCURE
cevoir avec toutes les prepa
rations & les fentimens que
leur infpire la veritable Reli
gion , & pour n'eftre ouvert
qu'à ceux qui n'y entrent que
pour fuir la punition que leur
crime merite ?
On n'ofe dire icy tous les
mauvais effets que produit
cette conduite, & Dieu veüil .
le que les ennemis de noftre
fainte Religion , qui tâchent
de noircir la pureté & la fainteté
de l'Eglife Catholique ,
en luy attribuant les fautes
perfonnelles de ceux qui la
gouvernent , n'en tirent pas
a
1
1
GALANT. 75
3
de fauffes confequences, capables
non feulement d'empêcher
leur converſion , mais
mefme d'augmenter leur endurciffement
& leur mali-
A
gnité.
La vigueur avec laquelle le
Roy foutient les prérogatives
de fes Ambaffadeurs ne
peut que relever la gloire de
fes grandes actions , & celle
qu'il a acquife en réüniſſant
fes Sujets à l'Eglife Catholique
, ne recevra pas plus d'atteinte
en cette occafion, qu'en
a receu celle de faint Louis
par l'oppofition vigoureuſe
Gij
76 MERCURE
qu'il fit aux entreprifes de la
la Cour de Rome. Le mépris
qu'eut ce Prince a fi pieux
pour l'excommunication fulminée
par Gregoire IX. contre
l'Empereur Frederic II.
&la défenſe qu'il fit à Robert
Comte d'Artois fon frere
de recevoir l'inveftiture de
l'Empire , que ce Pape luy
offroit , n'ont point apporté
d'obftacle à fa canonifation,
La memoire de Philippes le
Bel fera plus glorieufe à la
pofterité , que celle de Bonia
Matth. Paris für l'année 1239 ,
p. 517. de l'edit. de 1640.
GALANT. 77
face VIII . qui abuſa ſi mal à
propos de la puiffance ecclefiaftique
. Celle de Louis XII.
fera toûjours en benediction,
nonobftant les procedez violens
du Pape Jules II . & l'on
n'approuvera jamais la conduite
des Papes qui pendant .
la Ligue fomentoient dans la
France, fous pretexte de Religion
, la rebellion des Sujets
contre leur Souverain .
Les Brefs a de Clement VIIL
pour exhorter les Ligueurs
à élire un Roy à la place
a Brefs des 15. Fevrier & 7. May
1592. dans les manuferits de la Bi
bliotheque du Roy."
Giij
58 MERCURE
d'Henry IV. ne feront jamais
l'éloge de ce Pape , mais ils
rendront odieux à toute la
pofterité l'ufage pernicieux
de cette puiffance fans bornes
, que nous ne connoiffons
point en France.
On fe fouviendra que les
mauvaiſes intrigues & les
procedures violentes de la
Cour de Rome , divifant
alors le Royaume en deux factions,
affoiblirent tellement
l'autorité royale , qu'elle ne
fe trouva pas affez forte pour
étoufer l'Herefie dans fa naiffance
, ny pour en arreſter
}
GALANT. 79
le progrés ; mais on verra
enfuite avec admiration , que
le Roy occupé par une grande
guerre, n'a jamais ceffé de
travailler à achever ce grand
ouvrage , & qu'il l'a enfin
glorieufement terminé ſans
le fecours des Papes . Quand
on comparera à l'affaire des
Quartiers cette grande action
& les avantages qu'en a receu
l'Eglife , on ne pourra affez
s'étonner , qu'un Pape , qui
fait paroiftre tant de zele, ait
regardé ce grand fuccés comme
une nouvelle agreable ,
mais qu'il y ait pris fi peu
de
G iiij
80 MERCURE
.
part, & que quand il s'agit
de fçavoir , fi l'on continuera
d'avoir pout l'Ambaſſadeur
de Sa Majefté les mefmes
égards qu'on a eus par le paffe
, fi les Sbirres pafferont devant
fon Palais , il femble
qu'il y aille du renverſement
de l'Eglife . Enfin on aura affez
de peine à comprendre ,
que Sa Sainteté fe foit portée
à de plus grandes extremitez
contre un Ambaffadeur de
France,entrant modeftement,
mais ſelon fa dignité , dans
Rome , quc ne fit Clement
VII. contre les Generaux de
1
GALANT. 8r
Charles-Quint , & contre ce
Prince meſme , qui aprés l'avoir
prife, & pillée d'une maniere
toute barbare , le tenoient
dans une dure prifon
avec la meilleure partie du
facré College
.
E poi ci maravigliaremo , che
non volendo la patiente moderatione
di fua Santità valerfi
della diffefa , anche à bruti , contro
i più forti connaturale , aftenendofi
con la potenza del Prencipato
di rintuzzare , come potrebbe
con la forza , la violenza,
per torfi una volta queſta pe82.
MERCURE
1
2
fante catena dal piede , nell' abolire
l'afilo a publici malfattori
, per li quali appaſſionati li
Miniftri impegnano cofi indegnamente
la Maestà efama d'un
tanto Monarca , habbia almeno
ricorfo all armi fpirituali , tre→
mende à chiunque nudrifce in
petto fcintilla di timor di Dio.
Di queste adunque il fanto
Pontefice fi prevale , avalorate
dalle fue indefeffe orationi , e di
tutto il Clero , non meno , che da
quegl' atti di preventiva prudenza
, che ha ftimato habili à
fraftornare il Figlio primogenito
di fanta Chiefa da cosi irreveGALANT.
83
rente cimento , dichiarandofi, e
prima , e dopo la morte del Duca
d'Eftrées , non voler ammettere
verun' Ambasciatore colpretefo
Franco , ceduto alle fue giufte
ed
preghiere d'all' altreprimarie Corone
,facendone ed in voce ,
infcritto ample dichiarationi non
meno quà , che alla Corte , per
mezzo del Cardinale Nonzio
pocoforfe in tal materia afcoltato.
Mais , felon l'Auteur on
ne doit pas s'étonner , que
le Pape ait employé les Cenfures
Eccclefiaftiques pour
les oppofer à la violence qu'il
84 MERCURE
pretend qu'on luy fait , pla
toft que de repouffer , comme
il pourroit , la force par
la force. On ne croit pas que
le Pape foit affez peu informé
de fes forces temporelles,
pour s'imaginer qu'il les puiffe
oppofer à celles du Roy.
Les preparatifs de guerre qui
furent faits du temps d'Alexandre
VII . ont affez chargé
la Chambre Apoftolique
,
pour n'en perdre pas fitoft
la memoire. Le Pape , qui a
travaillé avec tant de foin à
acquiter les dettes contractées
fous les Pontificats preceGALANT.
85
dens , fçait mienx que perfonne
, que cet ufage des Armes
temporelles
fait plus de
tort au faint Siege , que de
mal aux Princes avec lefquels
il eft en guerre. Ainfi on ne
peut affez louer en cela la
fageffe de Sa Sainteté , qui a
connu la foibleffe
de l'Eftar
Ecclefiaftique
& la puiffance
du Roy. Le Pape a neanmoins
en cela derogé le premier
aux Bulles compriſes &
confirmées
dans la fienne, qui
ordonnent
aux Officiers
des
Troupes
de Sa Sainteté
de
courir fus à tous ceux qui
86 MERCURE
contreviendront à ce Reglement
, prévoyant que ce procedé
, quoy qu'autoriſé par
la Bulle de Jules III . auroit
efté infoûtenable . Il cuſt
done efté à fouhaiter qu'il
euft auffi profité de l'exemple
de Sixte V. pour ne point
faire un fi mauvais ufage des
excommunications ,
aprés
que l'experience a fait voir
qu'elles font plus capables de
porter préjudice au bien des
ames , que de produire la reforme
des abus dont il eft
queftion .
Les Cenfures font terribles ,
GALANT. 87
dit l'Auteur , à tous ceux qui
ont la moindre étincelle de
la crainte de Dieu . On les
doit craindre , quand on merite
ce chatiment , & les Do-
&eurs Ultramontains ne nous
apprendront rien fur ce fujet;
mais comme nous fçavons
que l'ufage en doit eftre reglé
felon l'efprit & les Canons
de l'Eglife , lors qu'elles
y font manifeftement contraires
, nous les regardons
pour ce qu'elles font , c'eſt à
dire , comme nulles & abufives.
Elles ne produifent
plus , graces à Dieu , dans les
88 MERCURE
Eftats , la rebellion , les def
ordres , & les autres effets
monstrueux qu'elles ont
produits dans les temps d'ignorance
. Ainfi nous tremblons
, mais c'est pour ceux
qui en abuſent , & qui les
expofant au mépris par le
mauvais ufage qu'ils en font
rendront compte à Dieu de
tout le fcandale qu'elles peuvent
caufer , & des mauvais.
fentimens qu'elles peuvent
inſpirer aux foibles & aux
libertins .
2.
Onde non ha daparerſtrano al
GALANT. 89
Marchefe di Lavardin , fi dopo
tali protefte il Papa e la Corte
tutta ricusa d'ammetterlo per
Ambafciatore ; deve benfi parer
ftravagante ed inufitato ad ogn
buomo di fenfato giuditio , che
fi mandi ad un Prencipe , per
nemico che ei foffe contro la Jua
voglia , un Ambafciatore , prefumendo
al di lui difpetto fargli
fpiegare , e valere quefto carattere
il ch'è stata fempre la
Corte di Francia tanto longi dal
tolerare , che non fi è aftenuta di
arreftare à confini i Nonzii Apoftolici
, e porre loro le guardie ,
acciò non s'inoltraffero , quando
Mars 1688 . H
90 MERCURE
2
à
trattavafi folamente d'escluderli
folo titolo di diffidenti , non già
ch' effi veniffero , come nel cafo
noftro per foftenere un' armato
Tribunale nella Metropoli del
fuo Regno.
>
On ne peut employer contre
le procedé du Roy cette
raifon de l'Auteur : Qu'on
n'envoye point un Ambaſſadeur
à un Prince malgré luy ;
Que fur ce principe on a arrefté
en France , fur les frontieres
des Nonces Apoftoliques
. Il cft vray que dans
l'ordre on n'envoye point un
i
1
GALANT
Ambaffadeur â un Prince qui
refufe de recevoir une Ambaffade
, puifque par cette
procedure il fe declare pour
ennemy , & qu'on n'envoye
pas ordinairement d'Ambaffade
à un Prince qui eft en
inimitié ouverte , comme eft
celuy qui renonce au commerce
que les Princes entretiennent
entr'eux par leurs
Ambaſſadeurs.
Le Pape n'a pas apparem→
ment prerendu rejetter toute
Ambaffade , & renoncer à
tout commerce avec le Roy
& avec la France . Il a bien
H ij
92 MERCURE
voulu recevoir un Ambaſſadeur
, mais en limitant fon
pouvoir & fes prérogatives ;
ce que le Roy a eu raiſon de
ne
pas fouffrir
,
parce
qu'il

n'appartient pas au Pape de
donner des bornes aux prérogatives
des Ambaſſadeurs .
Le Pape n'ayant donc pas
abfolument refufé l'Ambaffade
, le Roy n'eftoit pas obligé
de la regler ſelon la
.
volonté de Sa Sainteté . Si la
perfonne de M de Lavardin
avoit efté defagreable, le Pape
pouvoit le reprefenter auRoy,
& luy en demander un autre.
GALANT. 93
a
C'eft une civilité qui fe pratique
entre les Souverains ,
laquelle on n'a mefme égard
que par honnefteté .
La choſe n'eft pas égale à
l'égard des Nonces . Le Roy
eft en poffeffion de ne recevoir
que ceux qui luy font
agreables ; c'eft un ufage qui
eft fondé fur une raifon tresimportante
, & qui n'est pas
à l'honneur de la Cour de
Rome. Aprés la malheureuſe
experience qu'on avoit faite
durant pluſieurs années , que
les Miniftres des Papes avoient
efté les principaux
94 MERCURE
auteurs de tout ce qui s'eftoit
fait durant la Ligue contre
l'autorité des Rois , que la
plufpart avoient étably des
correfpondances fecretes, non
feulement avec la Cour de
Rome , mais avec les Efpagnols
& avec les Ligueurs,lef
quelles duroient encore fous
le Regne de Louis XII . on
reconnut qu'il eftoit important
de racine à tou
couper racine
tes ces intrigues , en ne recevant
pour Nonces que des
perfonnes non fufpectes , &
particulierement qui ne fuf-
Tent pas Sujets d'Espagne,
GALANT. 95
Les Papes par cette raifon
demandoient
mefme l'agrément
pour les Vice - Legats
d'Avignon,les Commandans
& les Evefques du Comtat ,
comme il paroift par les dépefches
des Nonces fous le
Regne d'Henry IV.
ט
Quello poi che in petto fi hab
bia e nelle fue istruttioni il
Marchefe di Lavardin , a fua
Santità non è noto , ne fi cure
d'inveftigarlo , baftandoli la fola
notitia d'efferfiegli moffo da Parigi
, e venuto àfuo diſpetto , con
oftentata iattanza di mantenerfe
1
1
96. MERCURE
il quartiere, con forze straordi
narie , e radunate etiamdio à
bello ftudio per incuter terrore ,
dalle bellicofe truppe maritime ,
con le quali ha fatto in Roma
un' ingreffo affai fimile à quello
di un fuperbo Generale Vittoriofo
in una Città debellata , che
tale anche fi fognava poter rendere
co'l gettito di poche monete
la fteffa Roma , che s'è fempre
moftrata molto coftante nemica
di modi e violenze fi improprie ,
più affai di quello , che à lui , ed
alfuo Rè era statofuppofto , perfpicace
perrau vifare la giuftitia,
che affifte alfuo buon Prencipe .
Questo
GALANT. 97
Questo poi non è già di cost
ottufo intelletto ne cofi infiae
chito ( come la Francia lo fuppone
, perche cos' lo vorrebbe
fotto il peso de gli anni , che gli
manchifpirito perdifcernere qual
confequenza debba cavare datte
fudette premeffe , e quali effer
poffino l'efibitioni da farfegli in
nome Regio dal Lavardin , ogni
volta , che ricevuto , come vero
Ambafciatore, haveffe con cio ftabilito
quefto gran' punto, e feco il
poffeffo pacifico del Franco contefogli
che fe la Reale generofità ,
e giuftitia condefcender voleffe
di cedere , ne haverebbe à quest
Mars 1688.
Bayer, che
Sto tabiothek
I
98 MERCURE
hora il detto Marchefe fatta
trafpirare la speranza e notitia
per mezzo di tanti Miniftri de*
Prencipi , che ne hanno con effo
lui tenuto propofito , é per mezzo
del Signore Cardinale d'Eftrées ,
che ha havuto fempre piena libertà
di trattarne con chi gli è
piacciuio.
Dell'ottima regia volontà nell
altre materie il Papa ne èfuffi
cientemente informato ,fi dall' efperienza
, come dal buon concetto
, che tuttavia conferva del
magnanimo cuore d'un Rè sì
grande , che fi comprometterebbe,
fenza fallo,prontiffimo ad affifters
GALANT. 99
alla di lui facra perfona & alla
fanta Sede , quando mai ò li
ftati temporali , ó le prerogative
d'effefoſſero da forza eſterna attaccate
, il che per la Dio gratia
non è tan poco accaduto in tutto
il tempo del gloriofo regnare di
fua Maeftà , nepure fi teme ,fe
non foffe da lui fteffo .
Si le Pape ne fe foucie.
point de fçavoir ce que portent
les inftructions de M de
Lavardin , comme il paroiſt
affez qu'il ne veut pas en eftre
inftruit , il le condamne ſans
l'entendre
, & il met par ce
refus le Roy en droit de luy
I ij
100 MERCURE
donner des ordres moins a
greables que ceux qu'il peut
avoir
, fans que Sa Sainteté
ait fujet de s'en plaindre.
Le Cardinal Filomarini,
Archevefque de Naples , fut
infulté avec outrage , en 1646 .
dans une Proceffion folemnelle
par les Nobles du Siege
de Nido. Ils encoururent
l'excommunication . On ne
laiſſa pas neanmoins de recevoir
& d'écouter Tiberio Caraffa
leur Deputé. Il n'y a
prefque aucun Prince d'Italie
qui n'ait eu de femblables
affaires avec laCour de Rome;
GALANT. lat
on n'a jamais refufé toute
audience & tout commerce à
leurs Ambaffadeurs ou Deputez
, fous le pretexte qu'ils
ne fe foumettoient pas d'abord
à tout ce que les Papes
vouloient. Les Efpagnols ,
fur tout , ont violé en plufieurs
occafions l'immunité
Ecclefiaftique , & encouru les
Cenfures de la Bulle in Coena
Domini , fans qu'on ait pouffé
la rigueur jufqu'à ne les
vouloir entendre fous aucun
pretexte .
C'eft auffi une mauvaiſe
excuſe de dire , que le Pape
I iij
102 MERCURE
fçait bien qu'on ne veut pas
ceder le Quartier , & que M
de Lavardin s'en eft expliqué
avec plufieurs perfonnes . On
fçait affez
que les Ambaffadeurs
ne s'expliquent ſur leurs
inftructions fecretes , qu'avec
ceux aufquels ils font envoyez
; & c'eſt rompre tout
de commerce qui eft entre les
Souverains , que de vouloir
juger de leurs penfées fur des
prefomptions , & de ne voufoir
entrer en aucune negociation
, avant que d'avoir
obtenu de hauteur , par menaces
& par violence, le point
GALANT. 103
qui eft en question .
Il eft affez inutile de répondre
au mauvais ſens que
donne l'Auteur du Libelle à
ce que M ' de Lavardin a dit
dans fa Proteftation , que le
Roy employeroit les forces
& la puiffance que Dieu luy
a mifes en main , pour maintenir
le faint Siege dans fes
prerogatives & poffeffions ;
car quoy que l'occaſion ne
s'en foit pas preſentée dans
le temps du regne glorieux
de Sa Majefté , neanmoins
dans tous les mouvemens qui
ont fait craindre aux Papes,
I iiij
104 MERCURE
que les guerres d'Italie ne
troublaffent
leur repos , ils ont
toûjours cherché à s'appuyer
de la protection de la France.
Jamais les Eſpagnols n'ont
en la guerre en Italie pour
leurs propres intereſts , ou
pour fatisfaire leur ambition,
que le faint Siege ne s'en foir
reffenty dans fon temporel .
& qu'il n'ait veu fon autorité
méprifée. On leur a veu faire
des levées dans l'Eftat Ecclefiaftique
, & dans Rome mefme
,durant les troubles de Naples
, tirer des bleds , amaſſer
des armes, armer des Bandits ,
GALANT. 10%
tout cela nonobftant les défenfes
réiterées des Papes , &
au mépris de plufieurs Bulles
anciennes & nouvelles. Le
Comte de Fuentes , Gouver
neur du Milanois , en ufa de
cette maniere durant la guerre
de Mantouë , ainfi qu'ont
fait en femblables occafions
les autres Gouverneurs du
Milanois, les Vicerois de Naples
, & tous les Commandans
Efpagnols.
fou-
La
France, quoy que
vent offenlée & trompée
par
les Papes , dans la perfonne
des Princes
fes Allicz , n'a
106 MERCURE
jamais fait aucun acte formel
d'hoftililité contre le S ' Siege
ou fesSujets , lors que les armes
Françoiſes font paffées en Italie.
Mais fans entrer dans le
détail des anciens exemples ,
qui font fans nombre , on
peut dire fans prévention
pour la Patric,qu'aucuneCouronne
n'a rendu plus de fervices
au faint Siege, que celle
de France , fans luy avoir jamais
efté à charge . Paul V.
avoüa fur ce fujet à M' de
Breves dans une audience , que
fans la France les Papes ne
feroient plus que les Chapefa
GALANT. ' 107
lains de la Maiſon d'Auftriche.
Cependant Rome a toû
jours tout accordé à cette
Maiſon , & rien à la France.
Le mépris de la Bulle in Cana
Domini,cent infultes faites aux
Archevefques & aux Nonces
de Naples , plufieurs attentats
commis au veu & fceu
des Papes , dans Rome, par
les Cardinaux Albornos, Borgia
, & autres , ne leur ont
jamais attiré de Cenfures.
Ainfi il eft aifé de juger que
le procedé prefent eſt fondé
fur d'autres motifs , que
fur ceux qu'on tâche de faire
108 MERCUR
paroiftre, puis que ce zete de
la juftice & de l'honneur
de
1'Eglife devroit eftre égal , &
qu'on ne devroit pas faire
contre la France ce qu'on n'a
pas fait contre les Efpagnols,
pour des caufes plus importantes
, & ce que mefme on
n'a pas fait contre le dernier
Viceroy de Naples .
In quanto al venir la Santità
fua mal confegliata dafuoi Mi
nistri, neceffita fpeciale difcuffione
il vedere fe egli fia più verifimile
, che questo auvenga di
lui , fpogliato d'ogni confidenza

GALANT. 109
ed affetto verso il fuo fangue ,
fenza fini fecondarii
mondani ,
non attento che alla pace del
Chriftianefimo
, ed alla debellatione
dell' Ottomano , non anſioſɑ
che di rimettere la buona difciplina
e li retti coftumi » fe nom
puole in tutta la Chiefa , almeno
nelfuo Dominio ; in fomma che
non fi confeglia , che per mezza
dellefue la grime con il Crocefiffo,
à piedi del quale ripone le fue
cure , ifuoi oltraggi , & lefue
vendette , e ben ſpeſſo ne riporta
in premio delfuo fervido orarre,
profperità
d'altri che da lui appena
fognate , non che fperates
Ho MERCURE
• pure della Maeftà Chriftianif
fima involta ne' gravi penfieri di
terrene conquiste , e di render da
per tutto indiftintamenteformi-
"dabile il fuo nome , ignaro de
veri limiti , chefeparano lafourana
poteftà dall' Ecclefiaftica,
e Pontificia giurifdittione : onde
agevolmente poffa di quà venire
ingannata dalle torbide e falfe
fuggeftioni di chi immemore del
carattere , che lo riveste , ed ho
nora ,folo pregiafi feminare tra
due fuoi benefartori zizanie , ed
accendere fuoco ne gli animi de
Miniftri , pur troppo atti à riceverne
, fenza badar più oltre ,
GALANT
l'incendio , qual' ora fe gli proponga
, o il pericolo di decoro
Regio diminuito , o la facilità di
dilatare la prepotenza , e nell'
iſteſſaſua Corte poffa da un' immenfa
turba d'adulatori
, the
Paffediano , venir circonvenuta
ed ingannata , facendogli à cofte
della fuafamae eofcienza , ogni
di sù la Chiefa intentare novelle
ufurpationi
, e porre confcandalofa
indecenza al Santuario la
mano. Facciano di tutto - cio
piena fede lafmoderata licenza,
cbe fi prendefotto la fua protes
tione , chi non ad altro anhela ;
che à render la propria mitra ›
112 MERCURE
quantopiù alla di lui corte vicina
, tanto più longi da Roma :
chi impegnollo
ad intraprendere
e foftenere con fi vigorofa perti
nacia la Regalia , per non favellare
della violenza ufata all' innocenti
e facre Vergini di Charonne.
Lo palefino le quatro propofitioni
( à parlar con modera
tione ) fi ardite , pofte fenza occafione
alla luce , e con audacia
appena tolerabile in un Concilio
Ecumenico dichiarate da una
privata Aſſemblea d'alcuni Vefcovi
, ed Abbati , uniti folamente
>
il
coconper
comprare › feconde
fueto , con pingue donativa
GALANT. 13
C
eftorto da tutto il Clero del Regno
, il favore della Corte , e da
quefta la toleranza ed impunità
al diffoluto vivere , che fanno
longi dalle loro Chiefe.
Dio guardi che la Santitàfua
poſſa mai riconoſcere à diritura
dall' animo regio cotanti oltraggi
, e quefte piaghe , che fi indebitamente
fifanno alla Chiefafua
Spofa diletta ; ma ben deplora in
effa la Real credulità á maligni
rapporti de fuoi Miniftri , che
gli fanno travedere per gli occhiali
coloriti dè loro bugiardi
raguagli le materie diverſe affai
da quello che fono , e che altrefi.
Mars 1688. K
14 MERCURE
farebbero , fe nellafaggia mente
di un RèChriftianiffimo vincese
ogni altra ambitione , quella di
confervar intatto alla Chiefa il
temporale dominio, in cui l'hanno
protetta e difefa si fempre memorabilifuoi
Anteceffori.
On fe plaint avec raiſon
des mauvais Confeillers qui
portent le Pape à de telles
extremitez
. C'est une marque
du refpect qu'on a confervé
pour luy , de ne luy pas attribuer
des refolutions violentes
& contraires à tout le
Droit canonique , aux Bulles
GALANT. 115
mefmes , & à la pratique de
fes Predeceffeurs . La France ,
qui refpecte encore leur memoire
, doit avoir plus d'é
gard à ce qu'ils ont fait &
ordonné , qu'à des infpirations
d'enhaut, & qu'on croit
pieufement eftre pleines de
zele , mais peu éclairées .
L'innovation qui a esté
faite fur l'affaire prefente ne
peut eftte foûtenuë que par
ce principe toûjours contefté
par la France , & que jamais
aucun Concile n'a enfeigné
, Que le Pape peut tout.
Or comme nous avons d'affez
Kij
1/6 MERCURE
le puiſſantes
raiſons pour ne
point croire , il ne faut pas
s'étonner
, fi nous nous oppofons
à des fulminations
de
Cenfures
, dont l'experience
de prés de deux ficcles a fair
voir l'inutilité
, & que la Bulle
du Pape Sixte V. a declaré
pernicieuſes
.
La priere eft bonne , & doit
eftre le commencement de
toutes les actions importantes
, mais c'est pour deman
der au Ciel l'efprit de confeil,
qui confifte à confulter les
regles de l'Eglife , & â écouter
les avis de ceux qui font
GALANT. 117
en état & en droit de les
donner. Cela eft fi neceffaire
pour la validité des deliberations
des Papes , & pour
celle de leurs Bulles , qu'on y
marque toûjours , De confilio
& confenfu fratrum noftrorum
S. R. E. Cardinalium ; ce qui
dans celle-cy, ainfi que dans
beaucoup d'autres , n'a efté
que commeun ftile de Chan
cellerie , puis qu'on ne peut
appeller confeil & confentement
, des fignatures extor.
quées d'une Bulle non communiquée
. Il auroit donc
cfté à fouhaiter, que le Pape
318 MERCURE
eût pris confeil d'hommes
fages & fçavans , & qu'il ne
l'eût pas uniquement attendu
du Ciel , d'où les lumieres
ont efté repanduës fur l'Eglife
pour établir les faints
Canons, qui doivent ſervir de
regle aux Papes , auffi bien
qu'aux autres hreftiens , fans
qu'il foit befoin d'en atten
dre de nouvelles.
Le Pape eft fort loüable
de n'avoir aucune attache
pour fes
parens .
C'eſt un bel
exemple qu'il donne à ſes
fucceffeurs ; mais il eft indif
ferent à toute l'Eglife , qu'il
GALANT. 119
confulte fes Neveux , ou non,
pourveu qu'il ne leur abandonne
pas toute fon autorité.
Un bon confeil ne devient
pas mauvais , par ce qu'il eft
donné
par un Neveu ; plufieurs
ont fervy tres- utilement
l'Eglife . Mais un mau
vais confeil eft bien plus difficile
à difcerner , quand il
eft donné par des perfonnes
obfcures , qui n'ont rien à
perdre , comme font de petits
Prelats & des Religieux
ignorans , qui n'ont aucun
ufage des affaires du Monde,
& qui ont tout à efperer,
120 MERCURE
pourveu
qu'ils donnent
dans
le genie de celuy qui peut
faire leur fortune
en un moment.
On ne dit rien fur cela qui
ne foit connu à toute la
Cour de Rome , & on fçait
que les meilleures teftes du
facré College n'ont aucune
part à toutes les reſolutions
violentes qui font le fujet des
troubles prefens. La feule
obfcurité de ceux que le Pape
écoute fur ces matieres , cft
font pas
une preuve certaine qu'ils ne
fort recommandables
par leur doctrine . On a
meſme
GALANT. 12 !
mefme fujet de croire que
leur pieté eft plus animée
de cet efprit d'illufion qui
s'eft répandu depuis peu dans
toute l'Italie, que du verita
ble efprit du Chriſtianiſme .
On éft au moins tres- certain
, que n'ayant jamais efté
employez dansaucunes grandes
affaires , il eft difficile:
qu'ils foient capables de donner
de bons confeils dans des
conjonctures fi importantes.
**
Le Roy ne fe gouverne pas >
de cette maniere. Sa fageffe ,
fa capacité, & fon experience 3
Mars 1688 .
L
122 MERCURE
confommée font connuës à
toute la terre ; fon applica
tion infatigable depuis vingtfept
ans , aux plus importantes
affaires de fon Royaume,
& l'on peut dire, à celles
de toute l'Europe, par la relation
qu'elles ont avec celles
de fa Couronne ; fa prefence
attenrive à tous fes Confeils
non feulement d'affaires d'Etat,
de Finances, de Guerre &
de Juftice,mais auffi de toutes
les matieres fpirituelles, & de
celles qui ont le plus de rapport
à la Cour de Rome, ont
tellement perfectionné fes
GALANT. 123
lumieres naturelles, que ceux
qui ont le bon- heur de le
mieux connoiftre , que l'Auteur
du Libelle, ne peuvent
s'empêcher d'avouër , que la
grandeur de fon genie peut
bien éclairer fes Miniftres,
& les rendre capables de le
bien fervir, mais qu'il n'y en a
point qui ait la prefomption
de croire, qu'il luy foit ne
ceffaire & qu'il puiffe le détourner
de la droite raiſon,
qui eft toujours la feule guide
de fa conduite . Son extreme
prudence regle tout, &
l'heureux fuccés de fes grands
Lij
124 MERCURE
deffeins fait voir , qu'il n'en
treprend rien témerairement ,
ny fans de puiffans motifs . Il
n'eſt pas de fa dignité d'en
informer le public ; mais l'évenement
les fait découvrir
tous les jours , & fait admi
rer en mefme temps fa prévoyance
& fa penetration .
Elles ont paru particulie
rement dans la Declaration
faite par le Clergé, aprés celle
de la Faculté de Theologie
, touchant la doctrine de
l'Eglife Gallicane fur la puiffance
Ecclefiaftique . Sa Majefté
voyoit , que la Cour de
GALANT. 125
Rome travailloit continuellement
à étendre fa puiffance
au delà des bornes prefcrites
par les faints Canons.
Sa prudence luy fit prévoir,
que ces affaires auroient des
fuites , comme l'évenement
Fa fait connoiftre . Dans cette
veuë , Elle trouva à propos
de faire renouveller une Declaration
, qui fervira fans
doute à empêcher les mauvais
effets que les Bulles , les
Sentences d'interdit , & les
autres voyes de fait employées
contre un Miniſtre
reprefentant Sa Maj : ſté,pour-
Liij
126 MERCURE
roient caufer en un autre
temps , fur des efprits foibles
ou paffionnez .
L'Auteur du Libelle fait
voir fa grande ignorance , ence
qu'il confidere cette Declaration
, comme une nou◄
velle déciſion de l'Eglife
Gallicane , qui n'a jamais enfeigné
une autre doctrine. Si
quelques Particuliers,fur tout,
pendant la minorité du feu
Roy, fe font écartez de ces
fentimens , c'eftoit des reftes
des malheureux temps de la
Ligue , pendant laquelle les
Emiffaires de la Cour de RoGALANT.
127
me l'avoient répanduë par
tout le Royaume ; c'eftoit
l'effet des puiffantes intrigues
des Cardinaux de Joyeuſe, du
Perron , & de Sourdis , des
Ducs de Guiſe , du Maine , &
d'Efpernon , du Maréchal
d'Ancre , & d'autres qui a
voient feance au Confeil , &
qui negocioient ouvertement
avec les Nonces du Pape,
pour accabler par l'autorité
de la Reine Regente , le Parlement
& la Faculté de Theologic
, qui défendoient l'anciennne
doctrine avec une
extrême vigueur. On perfe
Liiij
128 MERCURE
euta à cette occafion le
pre
mier Preſident de Harlay , le
Prefident de Thou , M Servin
, Avocat General , & pluhieurs
perfonnes les plus illuftres
du Parlement & de la
Faculté de Theologie ; mais
cela ne les fit jamais changer
de fentimens , comme on le
peut prouver par pluſieurs
actes & pieces autentiques.
Ainfi cette doctrine ne peut
paroiftre nouvelle qu'à des
ignorans , & elle ne peut eftre
fufpete , puis que l'Eglife .
Gallicane n'ayant jamais dif
fimulé ſes ſentimens
, n'a pas
GALANT. 129
ceffé d'eftre unie au faint Siege
, qui n'a donné aucune atteinte
juridique à cette do-
&trine, quoy que les Papes
ayent affez fortement témoi
gné combien elle leur déplaifoit.
Il eft auffi fort ridicule de
dire que les Evêques & les Abbez
ne s'affemblerent en l'année
1682.que pour faire le don
ordinaire au Roy, puis qu'on
fçait que cette Affemblée ne
traita point de cette affaire,
mais celle de 1685. où on ne
parla point de ce qui regarde
la Cour deRome . Et les Pre130
MERCURE
lats qui compofoientcette Af
femblée,font dans une fi haute
reputation pour leur doctrine
, que leur feule Declara
tion fera toûjours capable de
faire ouvrir les yeux à toutes
les perfonnes non préoccu
pées. Le fruit qu'ils ont fait
dans la converfion de tant
d'Heretiques réünis de bonne
foy & la conviction :
manifefte des opiniâtres
dans tant de difputes reglées
, feront des feront des preuves éclatantes
de leur capacité &
de leur zele. Ils n'ont pas en
cela tiré de grands fecours
GALANT. 121
des Docteurs Ultramontains;
& il n'y a perfonne qui ne
juge que parmy ceux qui
compofoient l'Affemblée , il
n'y en cuft plufieurs qui meritaffent
mieux d'eftré élevez
aux premieres dignitez de
l'Eglife , que ceux qui les ont
obtenues pour avoir fait de
gros Volumes mal digerez ,
remplis de fables & de mau
waifes raiſons cent fois refu
tées, dont le feul merite confifte
à cftre injurieux à la
France.
Che il Marchefe de Lavar132
MERCURE
din faccia poco , ô niún' conte
della fcomunica nella quale
ftato dichiarato incorſo , fi confidera
per effetto di mancanza
e
C
di religione e fi
a
di pietà
compatifce
unitamente
con l'af
fertiva
di non effergli
ftata notificata
la Bolla , quafi che una
legge per obligar
ogniuno
alla
fua offervanza
doueſſe
perſonalmente
intimarfi
à ciafcheduno
, e
che fi habbino
à pratticar
le
formalità
confuete
ne cafi leggieri,
con chi avifta
di tutto il
mondo
fpontaneamente
tanto fprezzo
incorre
Ipfo fac-
TEO nella fcomunica
maggiore
.
con.
GALANT. 137

Ne importa che in Francia
( Se pure è vero) non habbino
della Bolla contezza, mentre
folo in oggi fi riguarda l'ufo da
pratticarfi in Roma ; ande nulla
rileva , che cola non habbino
accettata la Bolla in Cana
Domini ; ed altre molte =
ftianfi pur eglino in pace con i
privileggi della Chiefa Gallicana
, gl'eftendino , e tiracchino
pure con decreti
dove li trasporta la fmaniofa
impatienza d'affatto emanciparfi
dallafoggettione dellafanta
Sede , da gl' Indulti della
quale , e non d'altronde , rico
arrefti , fin
134 MERCURE
nofcono quefti loro tanto decan
tati poffeBi lafcino di gratia
quietamente il Papa publicar
in Roma quelle coftitutioni che
riguardano la giuftitia , ed il
buon governo della medefima
Città.
· Si credera pofcia efente dalle
Cenfure il Marchefe di Lavar
din pretefo Miniftro del Ré di
Francia , quando fi fara vedere
effer ftati quefti eccettuati nella
confegna delle chiavi fatta dal
Signore à fan Pietro , e nella
plenaria facoltà conceffagli di
fciogliere e legare tutti i Fedeli ,
de' quali i più inobedienti e
GALANT. 135
1
contumaci fono stati fempre
foliti di riclamare e proteftare
dalla verga Pontificia , ogni
volta che gli ha percoffs , appellandofi
à futuri Concilii ; per
lo che non è maraviglia fe it
Signore di Lavardin che per
anche da se fteffo non vuole
autenticarfi per tale , dice d'af
tenerfi da questa forte d'appellatione
, che affatto fvelarebbe
la di lui intentione e creden
༢༧ .
C'eſt une ignorance groffiere
de dire , que nous reconnoiffons
, que nos Liber
136 MERCURE
tez. & nos Privileges ne font
établis que fur les conceffions
des Papes . La définition qu'en
donne M Pithou , fuivy en
cela de tous les Auteurs eft
toute contraire . Ce que nos
Peres , dit- il , ont appelle Li
bertez de l'Eglife Gallicane , &
dont ils ont efte fi fort jaloux ,
ne font point Paffedraits ou Privileges
exorbitans , mais plûtoſt
Franchifes naturelles , ingenuitez
ou droits communs , efquels
nos Ancestres fe font conftamment
maintenus & defquels
partant n'eft befoin montrer au→
que la retenue & na, tre titre ,
GALANT. 137
turelle jouiffance . Les deux
principales maximes font.
1. Que les Papes ne peuvent
rien commander ny ordonner ›
foit en general , ou en particulier
, de ce qui concerne les chofes
temporelles , es pays & terres de
l'obeiffanee & fouveraineté du
Roy. 2. Qu'encore que le Pape
foit reconnu pour Souverain és
chofes fpirituelles , toutefois en
France la puiffance abfilue &
infinie n'a point de lieu', mais eft
retenue & bornée parles Canons
regles des anciens Conciles de
l'Eglife receus en ce Royaume.
Il n'y a qu'à appliquer à ces
Mars 1688.
M
'
+
128 MERCURE
1
deux maximes le raifonnement
de l'Auteur , pour en
voir la foibleffe ; car affeurément
les Papes ne nous ont
jamais permis par aucune
Bulle de ne leur point obeïr,
quand ils ordonneroient
quelque chofe qui regarderoit
l'autorité temporelle des
Rois. Ils ont plûtoft commandé
fouvent le contraire,
& ont excommunié & inter
dit nos Anceftres, parce qu'ils
ne vouloient pas , en leur
obeiffant , desobeir à Dieu,
& refufer à leurs legitimes
Souverains l'obciffance qui
GALANT. 139
leur eftoit deuë, & parce
qu'ils foûtenoient , que le
ferment de fidelité qui les engageoit
eftoit plus fort que
Les Bulles qui les en dégageoient
, Ils ne nous ont pas
auffi donné des Privileges
pour obeïr aux faints Canons,
puis qu'il n'en faut point
pour cela , non plus que pour
fervir & aimer Dieu en fai
fant fes Commandemens
.
Mais ils ont fouvent voulu
donner atteinte à ces mef
mes Canons , & on ne l'a pas
voulu fouffrir.
La raifon cirée pour la va
Mij
140 MERCURE
lidité de l'excommunication,
à caufe qu'elle regarde la
ville de Rome , eft entierement
nulle. Un Ambaffadeur
porte avec foy l'indépendance
de celuy qu'il a l'honneur
de reprefenter . Sa Maiſon eſt
la Maifon du Roy , & les loix
qui fe font dans les lieux ou
i refide n'y out pas plus de
force , que dans le lieu d'où
il eft party. Le quartier fait à
Rome partie de la Maiſon.
Ainfi le Pape n'a pu y
dre fes loix jufques à ce que
Sa Majefté , qui regarde ce
droit comme une prerogati
وا
étenGALANT.
141
ve royale , y ait confenty.
Toutes celles qui font faites
pour la Police de Rome n'ont
point de vigueur dans les
Maifons des Ambaffadeurs ,
& la nouvelle loy portée par
la Bulle , n'ayant point de caractere
qui la diftingue des
autres , ne peut pas avoir plus
de force.
Le Marquis de Lavardin
ne manque ny de lumieres
ny de capacité pour connoiftre
toutes ces chofes an
contraire , c'eſt parce qu'il eft
parfaitement inftruit de ce
qu'il doit faire , qu'il a pro142
MERCURE
tefté contre la Bulle.
trouarfi
o
Rimane adeffo di toccar di
paffaggio ( che altrimente non
lo merita ) il pretefo poffeffo ,
in cui li Rè di Francia afferif
sono li loro adulatori
di questo franco e quartiere
cloaca d'ogni fceleratezza. Chi
lo decanta ab immemorabili , fi
contenti trovarne da 30. anni
in dietro gli eſſempi , potendone
benſt noi addurre cento, & mille
in contrario . Se ne ufurpò una
portione il Duca di Crequy net
Juo ritorno , dopo l'eccidio minacciato
allafede Apoftolica, li
1:
GALANT. 143
eui difaftri fofferti in tal congiuntura
faria più honorevole
per ambe le parti fepellire nell*,
oblio, in vece di riandare con
la memoria vendette , che maggiori
non poteva il giovine bel
licofo Re efigere ô da barbarefchi
Pirati , ô dalla Porta Ottomana
, quando uguale all'ocafione
di prenderle , ne baveffe
havuto il modo e la volontà :
ma era troppo recente l'horrore
d'e danni patiti dalla Corte
Romana , perche questa ofaffe
rivolgere la faccia ancora roffeggiante
da ffreggi contro l'op
preffione appena placata .
144 MERCURE
Nel Trattato di Pifa , baſta
haver occhi per niente altro
Teggervi patuito , che il dovuto
rispetto alle Famiglie e perfone.
de gli Ambafciatori , al che fi
era in vero freſcamente maneato..
Il Duca di Chaunes ne
ufava con tanta difcretezza e
moderatione , che più tolerabile.
rendeva la giurifdittione dilatata
infenfibilmente ; e poi nel
Ponteficato di Clemente IX.
di felice memoria , fi gareggio
con reciproche gratie e finezze
col Re Chriftianifmo, àfegno,
che non pote ne meno cader in
Sofpettos
GALANT 145
fofpetto fi tentaffe di aprime
in Roma in pregiudicio della
giuftitia un' ricovero a' rei .
Lo spalanco , ben fi fenza
circofpettione veruna, il Duca
d'Estrées , che pareva non haveffe
altro fcopo che una continua
veffatione al Pontefice
Clemente X. e fuoi congionti .
Per lo che meglio adempire, traf-
Je ne ' , fuoi fentimenti tutti gli
altri Ambafciatori , che abbagliati
dall' intereffe del lucro
che vi facevano fopra , i mal
ftipendiati Corteggiani, perfcanfare
le moleftie del Palazzo in
mille guife irritato , gli fufcito-
Mars 1688. N
146 MERCURE
rono contro una dopo l'altra tante
querele , che baftorono à ren
der forde le Regie orecchie all'
inceffanti doglienze , che del
quartiero gli porgevano gli Apo
ftolici Nonzii. Con quanto maggior
fervore , e più precife dichiarationi
fi è proteftato il prefente
Pontefice, che per dieci anni
, fin' che quello è viſſuto , hà
fofferto con paterna toleranza il
proprio evidente difprezzo :
tificato più volte a fua Maestà,
dalla di cui giuſtizia ſperava ,
com' è feguito con l'altre Corone,
di ottenere per gratia quafi in
dono la confervatione di un fuo
1
e
e
› noGALANT.
147
dritto inalterabile ed imprefcrittibile
, e l'abolitione di un abufo
abominevole , e cofi contrario
al Jus gentium tanto ad ogni
parola milantato dalla natione
Francefe , la quale è ridicola
cofa , che lo stimi e dichiari incontinente
violato , fe la giuſtitia
del fovrano carceri un' malfattore
à tiro di bombarda del
Palazzo dell' Ambafciatore , e
che în oggi fi proteftino haverlo
per violato , qual ora i fudditi
del Paps non riconoſchino
rifpetino per Ambafciatore quello
, che da fua Santità non è
accettato , ne voluto per tale :
e
; e
Nij
148 MERCURE
non fia in alcun modo violatione
del detto Jus gentium il voler
effere Ambasciatore à fuo mal
grado , il ritenergli più e più
piazze e contrade dellaſua Regia
, erigervi quafi una Rocca
col giro della ronda notturna , &
altre oftentationi di fupremo dominio
, entrar in Roma armato,
defraudando di più migliara di
feudi le publiche gabelle tanto
inviolabili
in Parigi , quanto
ben lo fanno gli ultimi Ambafciatori
Mofcoviti , e prefumendo
in fine di poter difporre delle
cofe fagre , e diftributione de
Sacramenti : fe quefia non è veGALANT.
149
Ta e pofitiva infratione del Jus
gentium , non lo farà al certo
ne tan poco il far da fuoi Rapprefentanti
fomentar le difcordie
nelle Cafe fovrane , corrom
per nelle corti gli primarii Miniftri
, machinar tradimenti , veleni
, e
congiure
.
Che altro dunque ,fe non l'unione
di quefti, à tutt' i preſenti
mali trattamenti , vi rimane
d'aspettare , dopo un sprezzo fi
grande fatto dal Marchefe di
Lavardin delle cofe humane e
divine , e dopo la di luihenche
in apparenza , riſpettofa più che
temeraria Protefta e fcrittura ,
N iij
10 MERCURE
alla quale ferva per Epilogo di
quello potrebbefi , fe fi voleffe
adequatamente rispondere, quanto
fiè detto di fopra.
L'Auteur du Libelle couronne
parfaitement la foibleffe
de fon ouvrage , par
l'exemple qu'il veut tier de
la reception des Mofcovites
en France , & il prouve par
là tout la contraire de ce qu'il
a pretendu foutenir injufte
ment, que le Pape n'eft pas
obligé de recevoir l'Ambaffadeur
de France , ny de luy
donner audience ; car quand
GALANT. 151
mefme la difference de la
Cour de Rome & de celle de
France , ne feroit
ne feroit pas auffi
clairement établie , qu'elle
l'eſt par cet Ecrit , & que l'ufage
des Royaumes & Etars à
l'égard des Miniftres étrangers,
ne feroit pas la feule loy
qu'on doit fuivre , on peut
dire qu'il n'y a point d'argument
plus convainquant de
la confideration
que le Roy
Tres- Chreftien fait du droit
des gens que le traitement
qu'ont receu par fes ordres
les Ambaffadeurs Mofcovits.
N iiij
152 MERCURE
Chacun fçait qu'il n'y a
aucune
correfpondance ny
commerce entre la France &
la Mofcovie , que Sa Majeſte
n'y envoye jamais de Miniftre
, non feulement avec le
caractere d'Ambaſſadeur
>
mais mefme d'Envoyé ou de
Refident ; que ceux qui vien
nent de ce pays - là quelque
qualité qu'ils fe donnent ,
font prefque toujours des
Marchands , qui obtiennent
des Lettres de créance de leur
Maiſtre pour venir vendre en
France leurs Marchandiſes ;
que leurs demandes imper
GALANT. 153
tinentes de traitemens contraires
à l'ufage , leur infolence
& brutalité infuppor
table), avoient fait prendre à
Sa Majefté la reſolution de
ne les plus recevoir ; que
cependant les derniers eftant
venus débarquer à Dunkerque
, contre le gré de Sa
Majefté , Elle n'a pas laiffé
de leur envoyer un Gentilhomme
ordinaire de fa Mai
fon , avec tous les Officiers
neceffaires pour les traiter
magnifiquement
, & leur fait
re rendre dans toutes les Villes
de leur paffage les hon154
MERCURE
neurs deus aux Ambaffadeurs
des Teftes couronnées ; qu'encore
qu'ils fe foient conduits
d'une maniere qui leur atti ,
Feroit , felon toutes les appa
rences , un châtiment fevere
à leur retour chez eux , fi la
magnanimité de Sa Majefté
ne l'empêchoit d'en informer
les Czars , Elle a bien
voulu neanmoins
, pour mar
quer les égards qu'Elle a
pour le caractere dont ils
eftoient reveftus , les honorer
de fon audience à leur
départ , auffi- bien qu'à leur
entrée , les combler de preGALANT.
157
fens , aprés leur avoir laiffe
vendre toutes leurs Marchan
difes , fans fouffrir que les
Fermiers de fes Doüanes en
exigeaffent aucun droit ; Elle
bes a fait reconduire jufques
au Havre , où Elle a fait équiper
un Vaiffeau pourveu de
tous les vivres & rafraîchif
femens neceffaires , & qui les
a heureufement tranſportez
fur les coftes d'Eſpagne , en
forte que la dépense qui a
efté faite pour eux monte à
plus de cent mille écus . Voila
neanmoins l'exemple que
prend cet Ecrivain , pour
16 MERCURE
faire voir que le Pape eftoit
en droit de faire payer au
Marquis de Lavardin plufieurs
milliers d'écus ( ce
font les termes ) pour fes balots
, qui ne contenoient que
les meubles neceffaires à l'ornement
de fon Palais , & les
livrées convenables à l'Ambaffadeur
d'un fi grand Roy.
N'auroit- il pas plus de raifon
de conclure , s'il ne vouloit
pas tout-à-fait renoncer au
fens commun , que la magnificence
du Roy envers des
Marchands venant malgré
luy dans fon Royaume , &
GALANT . 157
qui n'eſtoient ſoutenus que
du caractere emprunté d'Am
baffadeur, acheve de confon-"
dre les Miniftres du Pape du
procedé qu'ils tiennent envers
l'Ambaffadeur de France
, & doit obliger Sa Sainteté
à le reparer inceffamment,
pour ne pas eftre chargée
plus longtemps du blâme
que toutes les Nations
donnent à ceux qui violenţ
le droit des gens en la perfonne
d'un Ambaffadeur , &
qui cherchent des pretextes
de querelle pour les maltraiter?
158 MERCURE
Tout le refte de ce Libelle
ne contient que des puerilitez
& des impoftures groffieres
, qui ne meritent pas
d'eftre relevées ; & comme
ce qui vient d'être dit doit
fuffire pour faire ouvrir les
yeux à tout ce qu'il y a de
bien zelez pour le repos
public & pour le bien de la
Chreftienté , il faut eſperer
la divine providence
gens
que
reveillera dans le Sacré College
, des Cardinaux affez
bien intentionnez & affez
fermes, pour faire connoiſtre
au Papele ſcandale que cauſe
GALANT. 159
dans toute la France, & mef
me dans les autres Eftats de
la Chreftienté , l'abus que les
Miniftres de fa Sainteté continuent
de faire de fon autotité,
& du pouvoir qu'Elle
leur.confic ; Qu'ils oferont
repreſenter une fois efficacement
à fa Sainteté , que Rome
eftant le centre de l'unité
de l'Eglife , & la patrie commune
de tous les Princes
foûmis à la Religion Carholique
, Apoftolique & Romaine
, ceux- cy ne peuvent
fe difpenfer d'y avoir des
Ambaffadeurs & des Minif
160 MERCURE
*
tres , ny celuy qui occupe la
Chaire de Saint Pierre , leur
refufer l'Audience , & s'abftenir
de leur faire rendre
les honneurs & refpects accouftumez
; Que celuy de
France eft fondé en titre &
poffeffion de jcüir de l'immunité
du quartier ; Que c'eſt
d'ailleurs une matiere purement
temporelle, qui ne doit
fe traiter qu'amiablement &
par negociation ; Qu'on ne
peur fe fervir des peines ſpirituelles
pour priver la Couronne
de France ou fes Ambaffadeurs
de cette prérogaGALANT.
161
tive ; Que les Bulles mefmes
des Papes qui ont voulu
l'ofter, en prouvent l'ancienneté
depuis plus d'un fiecle ;
Que lors que fa Sainteté à
fait infinuer au Roy par fes
Nonces le defir qu'Elle avoit
de fupprimer ces Franchiſes,
fa Majefté a toûjours témoigné
eftre fort difpofée à en
retrancher les abus , & à tenir
la main à ce que fes Ambaffadeurs
ne fouffrent aucun
defordre dans leur immunité;
Qu'elle a donné fes ordres en
conformité au Duc d'Eftrées ,
de la conduite duquel il n'a
Mars 1688. O
162 MERCURE
efté fait aucune plainte perr
dant fa vie ; Qu'il ne fe peut
rien ajouter à l'exactitude
que le Marquis de Lavardin
apporte , pour empefcher
que le quartier qu'il occupe
ne ferve d'afyle & de retraite
à des Scelerats ; Qu'il n'y a
perfonne
de bon fens qui
doive croire , que les peines
temporelles
ordonnées par
les Bulles des Papes contre:
ceux qui troublent
leur jurifdiction
dans Rome , puiffent
regarder un Ambaffadeur
de France , qui joüit
doucement
de la confideraGALANT.
163
tion
que
>
que:
la Cour de Rome a
toûjours eue pour ceux qui
l'ont precedé ; Que les peines
fpirituelles n'ayant efté adjouſtées
aux temporelles par
la derniere Bulle , que pour
donner plus de force aux premieres
l'Ambaffadeur de
France n'a pas deu croire
ces Cenfüres le puiffent regarder
; Qu'ainfi l'interdit
de l'Eglife nationale de faint
Louis ne peut jamais eſtre
confideré comme un effet
de la juftice du Pape , mais
comme une production d'une
noire malignité & d'un
O ij
164 MERCURE
aveuglement de haine contre
la France ; de ceux qui pour
le malheur de la Chreftienté
ont
trop
de part à la con
fiance de fa Sainteté ; Que c'eſt
à Elle à fe fervir des lumieres
qu'il a pleu à Dieu de luy
conferver dans un âge fi avancé
, pour rejetter ces pernicieux
confeils , qui éloignent
fon affection paternelle
d'une parfaite reconciliation
avec le Fils aifné de l'Eglife ;
Qu'il ne doit pas perdre un
moment à faire ceffer un
fcandale qui peut empêcher
le retour d'une infinité d'aGALANT
165
ines que les foins infatigables
de Sa Majefté ramenent tous
les jours au giron de cette
fainte Mere , & enfin que la
bonne intelligence entre le
faint Siege & Sa Majeſté pou
vant procurer des avantages
infinis à la Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine
, non feulement dans l'étenduë
de la domination de
Sa Majesté , mais auffi dans
les Royaumes & Eftats voifins,
Sa Sainteté, & tous ceux
qui peuvent contribuer à cette
union , feront refponfables
envers Dieu du retardement
166 MERCURE
qu'ils auront apporté à con
courir à un fi grand bien .
Il n'y a pas eu moyen de
divifer ce dernier article , à
caufe qu'il commence par ce
qui répond aux dernieres lignes
de l'article Italien , qui
contient d'ailleurs beaucoup
de chofes aufquelles on a répondu
dans les précedens.
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles , eft d'un
fort habile Maiftre , non feulement
pour la Mufique, mais
pour la maniere de chanter ,
qu'ila apprife de l'illuftre M
GALANT. 167
de Bacily l'espace de quatre
années qu'il a demeuré chez
luy . On peut dire qu'un pareil
Difciple eft digne d'un tel
Maiftre , qui a compofé tant
de beaux Airs , & qui a une
fi parfaite connoiffance de la
Poëſie des chanſons , qu'il a
remarqué une faute dans une
de celles du dernier mois .
Vous la corrigerez , s'il vous
plaiſt , & au lieu de ces mots,
Je ne vois dans mes fers , vous,
mettrez , Je n'avois dans mes
fers.
168 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Srtabfen I l'abfence pouvoit guerir
Les maux que dans un coeur caufe
un amour extrême
2
On ne me verroit pas perir
D'un feu qui nuit & jour me confume,
& quej'aime.
Iris , quand unefois on fe laiffe enflamer
Par les appas inevitables
De vos beaux yeux qui fçavent
tout charmer ,
Peut-on ceffer jamais de les trouver
aimables ?
Peut on ceffer de vous aimer ?
Je vous envoye une Epiftrè
en Vers , écrite à M' le Marquis
GALANT. 169
quis de Dangeau , Protecteur
de l'Academie Royale d'Arles
par un Illuftre de ce
Corps . C'eft M' Sabatier, qui
a fait les Epiftres Morales
que debite le S ' Guerout , &
dont vous avez veu un tresbel
éloge dans le Journal des
Sçavans .
ofof of offof
A MONSIEUR LE MARQUIS
DE DANGEAU.
C'ES
'EST vainement , Dangeau ,
que ma Mufe fevere
M'a depuis quelque temps ordonné
de me taire ;
Mars 1688 . P
170 MERCURE
Vn grand Roy te choifit pour noftre
Protecteur.
Ne dois-je pas parler d'un fi rare
bonheur?
Du temps de nos yeux la Nobleffe
ignorante
Ne prenoit aucun foin de devenir
Sçavante.
Si l'Eftude eust alors delaffé les
Guerriers ,
Ils auroient creu fleftrir leurs plus
riches Lauriers.
Dansfes nobles travaux noftre Monarque
Auguſte
Nous infpire en ce jour un fentiment
plus jufte
>
Nous ne refufons pas , fuivant fes
étendars ,
Les faveurs d'Apollon , dans le métier
de Mars.
Parmi ceux qu'à fa Cour l'on diftinGALANT.
171
gue & l'on vante
Tu brilles comme on voit une Eftoile
éclatante
Repandre fes rayons dans la voûte
des Cieux ,
De tes vives clartez éclaire icy nos
yeux .
L'Invincible Louis te met à noftre
tefte ;
Pournoftre noble corps quel honneur,
quelle fefte !
Mais pour un bien fi rare , & qui
nous eftfi doux;
Quel retour ce Grand Roy n'attendil
pas de nous ?
Dans les foins glorieux que prend
un Prince Illuftre
Pour joindre à fa grandeur l'éclat
d'un nouveau luftre ,
Le fuccés le plus feur dépend du
juste choix
Pij
172 MERCURE
Des hommes qu'il deftine à remplir
les emplois.
S'ilfait de fes Sujets le propre caractere
,
Il aura rarement la fortune contraire
,
Et ne devra le fruit de fes heureux
combats
Qu'au digne choix qu'il fait du chef
de fes Soldats.
(Seine
C'eft ainfi que Louis des rives de la
Envoyoit dans fes Camps Condé ,
Crequi , Turenne ;
Ils n'euffent pas porté fes armes
jufqu'au Rhein ,
S'il n'euft fceu les choisirpour un fi
grand deffein ;
Et fans ternir l'honneur qu'on doit
à leur memoire
C'eft fon difcernement qui fit naiftre
leur gloire.
GALANT. 173
Onblafmera toûjours les foibles Empereurs
Dont le choix imprudent caufa tant
de malheurs ;
Leur foibleße permit qu'à Rome , &
qu'à Bifance,
Fn Eunuque exerçaft la suprême
puissance ,
Et qu'on vist au mépris de tant de
Nations ,
Sous un lafche Afranchi marcher des
Legions.
Vn de nos jeunes Roys , tout boüil-
Lant de courage
, (Sage,
Des Alpes en Hiver penetre le paf-
Traverse l'Apennin comme un fou
gueux torrent ,
D'un Royaume bien-toft devint le
Conquerant ;
Mais malgréfes Exploits qui firent
trembler Rome ,
P iij
174 MERCURE
Pour regler fes projets il fe ferviz
d'un homme
Dans l'art de gouverner foible , &
mal entendu ,
Ce Royaume conquis fut auffi-toft
perdu.
Vn Monarque prudent doit mettre,
quoy qu'ilface ,
Dans la Guerre & la Paix , un chacun
àfa place,
Donner à la vertu le plus noble parti,
Et rendre aux grands emplois le me~
rite afforti.
Dangeau , noftre grand Prince, auffi
prudent qu'habile ,
Te laiffe gouverner la Tourainefertile.
Afa Cour ton haut rangfatisfait tes
defirs.
Ta folide vertu t'admet à fes plai
firs
GALANT 175
Au milieu de ces lieux ton efprit
ton courage ,
Semblent luy demander encor quelque
avantage ,
Il te fait noftre Chef , & noftre Protecteur.
Cet employ te convient , & nous,
comble d'honneur.
Si nos prez, fi nos champs que le
Rofne environne
Font naiftre quelques fleurs pour
faire une Couronne
>
Que nous puissions pour toy richement
embellir ,
Avec quelfoinpreſſant les irons-nous
cueillir !
C'est ainsi qu'en ces champs où coule
le Permeffe ,
Les travaux des neuf Soeurs étalent
leur adreffe. [ vanité,
Mais ce projet pour nous eft plein de
P iiij
176 MERCURE
· On doit te couronner pour l'immortalité
,
Et les fleurs que l'on cueille en nos
vertés prairies ,
N'ontpas affez d'éclat , &font bientoft
flêtries.
Auffi n'auras- tu pas besoin de leur
fecours;
Le bruit de tes vertus qui durera
toûjours
Couronnera ton nom d'une gloire immortelle
Sans te fervir des foins que t'offre
noftre zele..
Il vaque prefentement
un
fixiéme lieu dans le Sacré
College , par la mort du Cardinal
Horace Mattei, arrivée
à Rome le 18. de Janvier . IE
GALANT. 177
eftoit fort âgé & infirme , &
avoit efté Auditeur de Rote.
& Majordome de ſa Sainecté.
Il eftoit Cardinal Preftre du
titre de Saint Laurent , in Panis
perna . C'eſt un Monaftere
de Religieufes de l'Obfervance
de faint François. Le Pape
Innocent XI. l'éleva au Cardinalat
aà la derniere promotion
qui fut faite le 2. Septembre
1686. Il portoit échiqueté
d'argent & de fable ,
la bande d'or brochante fur le
tout , au Chef d'or chargé d'un
Aigle éployé de fable . Il a laiffé
Les Freres Heritiers de tous
178 MERCURE
fes biens , & s'il meurt fans
enfans, il leur a fubftitué le
Duc de Paganica leur couſin .
Son corps a efté inhumé en
l'Eglife de Saint François de
Ripa , & comme les Ceremonies
qui fe font à Rome
à la mort & aux funerailles
des Cardinaux font affez particulieres
pour meriter voftre
curiofité, je vais vous dire
ce que M Chaffebras de
Cramailles manda là - deffus à
Hilluftre Mr Coufin , Prefident
en la Cour des Monnoyes
, dans le temps
que le
Cardinal
Albizzi
mourut
. Il
GALANT. 179
eftoit alors à Rome , & les
Cardinaux eftant tous traitez
également & fans aucune
diftinction dans ces pompes.
funebres , ce qu'il a écrit de
l'un , vous inftruira pleinement
de toutes les Ceremonies
de cette nature . Perfonne
n'a jamais efté plus fidelle
ny plus exact que l'eft Mr
Chaffebras dans tous les détails
qu'ils donne , je vous
envoye fa Lettre. Quoy
qu'elle ne foit pas nouvelle,
ce qu'elle contient vous doit
tenir lieu de nouveauté, puis
qu'elle eft remplie de remar
180 MERCURE
ques curieuſes qui n'ont jamais
efté faites.
22525 5222S5552252
A MONSIEUR
LE PRESIDENT COUSIN ,
N
De Rome le 14. Octobre 1884.
Ous avons perdu à Rome
deux Cardinaux au com- avons à Rome
mencement de ce mois . Ils demeuroient
tous deux auprés de
S.Pierre dans la mesme ruë , vis
à vis l'un de l'autre , & moururent
prefqu'en un meſme jour.
On pourra déja vous avoir appris
leur mort , mais peut- eftre
GALANT. 181
ne vous a-t-on pas dit la maniere
dont on celebre leurs Obfeques.
Le premier mourut le
Feudy s . de ce mois à 21. heures
d'Italie , qui eft environ trois
beures aprés midyfuivant l'hor
loge de France. Il fe nommoit
François de gl'Albiti ou Albizzi
, d'une ancienne Famille
de Cefene. Il avoit eflé marié ,
avoit perdu la veuë depuis
quelques années, de forte qu'il
ne fortoit prefque plus à caufe
defon infirmité & de fon grand
age qui paffoit quatre- vingtdix
ans . Innocent X. le nomma
Cardinal Diacre le 2. de
182 MERCUR
Mars 1654. & depuis il fut fait
Cardinal Preftre du titre de
Sainte Praxede.
Le fecond déceda le lendemain
à une heure avant midy . Il eftoit
âgé de plus de foixante ans , &
né Gentilhomme Venitien. Il
s'appelloit Pierre Baſſadonna .
Il avoit esté Ambassadeur de
cette Republique vers Sa Sainteté
, & durant fon Ambaſſade
il contracta une étroite amitié
avec Clement X. qui n'eftoit
alors
que Prelat , & qui depuis
ayant esté elevé au Pontificat
le fit Cardinal Diacre le 12.
Juin 1673. luy affignant la DiaGALANT.
183
conie de Sainte Marie in Dominica.
Comme l'on fait la
mefme ceremonie à la mort de
tous les Cardinaux , excepté à
celle des quatre grandes Dignitez
, le Doyen , le Camerlingue,
le Grand Penitencier , & le
Vice-Chancelier , où l'on fait de
plus qu'aux autres un Convoy
en Cavalcade , je vous diray
feulement ce qui fe fit à M. le
Cardinal Albizzi , & aprés
jobferveray ce qu'il y eut de
difference au fecond .
Le jour que ce premier mourut
& le lendemain , l'on ne fit
rien d'extraordinaire dans fon
184 MERCURE
Palais , je veux dire qu'on ne
le tendit point de deuil , non pas
mefme fa chambre, & qu'on
n'expofapointfou corps en públic,
ainsi qu'ilfe pratique en France
à la mort des Perfonnes du premier
rang. Le Vendredy 6. an
foir, aprés l'avoir ouvert & embaumé
, on le reveftit d'une
Soutane violette , d'un Rochet de
fine toile , d'un Camail violet,
& on luymit la calotte &
le bonnet rouge, avec des fouliers
de maroquin noir , qui eft l'haque
portent les Car- bit ordinaire
dinaux dans leur maison. Sur les
trois heures de nuit , on l'étendit
GALANT. 185
à
für un lincenl dansfon Carroffe,
où entrerent le Curé de fa Paroiffe,
un autre Religieux Carme ,
chacun un cierge à la main , &
un petit Enfant de Choeur qui
tenoit une Croix d'argent . Ce
Caroffe qui n'eftoitpoint en deuil,
eftoit tiré par deux chevaux
avec des houpes de foye rouge
la tefte , fuivy de deux autres
Caroßes , de quelques Officiers de
fa Maifon , & accompagné feulement
de fix Eftafiers de livrées
avec des flambeaux. Il fe rendit
à l'Eglife Paroiẞiale &
Conventuelle de Sainte Marie
in Trafpontina , deffervie par
Mars 1688.
186 MERCURE
des Carmes de la grande Obfer
vance ; &là, fans qu'aucun
Religieux le vinft recevoir, deux
Foffoyeurs prirent le corps , le
porterent fur une civiere au milieu
de l'Églife , où il n'y avoit
que
la point d'autre lumiere
lampe; & aprés que le Religieux
Curé qui l'avoit accompagné ,
eut dit les Prieres ordinaires autour
du
corps à haute voix ,fans:
neanmoins chanter ny pſalmodier
, on le laiffa en dépoft dans
une Chapelle avec un cierge al
lumé.
Le lendemain Samedy , on le
transporta à la pointe du jour
GALANT. 187
dans une chambre baſſe qui donne
dans le Cloiftre des Religieux,
où tout le monde pouvoit l'aller
voir. Il eftoit à terre fur une civiere
, comme le jour précedent,
avec deux flambeaux dans des
Chandeliers de fer , l'un à la
teste , & l'autre aux pieds , la
chambre fans nulle tenture ,fans
tapis ,fans cierges , fans Croix ,
fans Eau-benite , &fans affiftance
de Preftres ny de Religieux,
non pas mefme du moindre Seculiers
& il ne fe paffa rien autre
chofe tout le matin , finon que
les baffes Meffes qui fe dirent
dans l'Eglife , furent toutes à
Q_ij
188 MERCURE
fon intention . La maniere negligée
& prefque abandonnée où
l'on voyoit ce pauvre Prelat, ne
répondoit pas mal à la fimplicité
& à l'humilité des Apoftres du
Sauveur , dont il occupoit une
place , fuivant le fentiment de
Sixte V. Cardinales Apoftolorum
perfonas repræfentanti
Cependant l'aprés- dînée on vit
un changement de Scene bien
opposé. En effet , eftoit- il jufte
qu'un Prelat d'une dignité fi
relevée , un des Princes de l'Eglife
, & une des colomnes de
Ta Religion
comme en parle
Leon X. eftoit-il jufte » dis -je ‚ ‚ ”
GALANT. 189
:
qu'on laiſſaſt ramper à terre une
Perfonne de cette importance
dans la Capitale de la Chreftienté,
dans le lieu de fon centre , où
defon vivant on luy rendoit des
honneurs de Souverain, & peutestre
dans le temps que les Anges
élèvoient fon ame au plus
haut de la gloire des Bienheu
reux .
L'aprefdinée donc l'Eglife fe
trouva toute tenduë de Drap
noir jusqu'à la voute avec plus
de deux mille Ecuffons entrelaßez
d'un nombre infini de
teftes demort, d'os & de Squelet
tes peints fur du carton & at
190 MERCURE
tachez auxTapifleries . On avoit
élevé au milieu de laNefun Pal
que en forme de lit de fix àfept
pieds de large ,fur environ neuf
pieds de longueur & autant de
bauteur. Il eftoit couvert d'étofe
noire , avec quatre grands Ecuffons
aux coins. Le corps du defunt
Cardinal eftoit couché def
fus fur un drap d'or, la tefte appuyéefur
un carreau de velours
violet. On l'avoit revestu de fes
habits Pontificaux qui font la
Soutane violette , le Rochet ,
Amit , l'Aube , la Ceinture ,
étenduë fans Etole pleine
eftre recroisée , le Manipule, la
GALANT. Igr
1
Dalmatique, la Tunique, la Chafuble
violette chamarrée d'or , la
Croix , les Gands & les Souliers
violets & brodez , un gros Anneau
au doigt, la calote rouge, &
la Mitre de damas blanc fur la
tefte, les Cardinaux eftant honorez
de toutes les marques exterieures
d'Epifcopat, encore qu'ils
n'en faffent pas la fonction ,
qu'ils nefoient que fimples Dia-
Preftres.SonChapeau rouge
eftoit àfes pieds, avoit dix
houpes de chaque cofté, quoy que
dans tous les autresEcuffons il n'y
en cuft quefix , qui eft le nombre
qui fe trouve dans prefque tous
cres , ou
192 MERCURE
les Monumens publics. Au pied
de ce Palque eftoit un petit Autel
, avec un Livre , un Encenfoir,
un Benitier, & deux Chandeliers
, & aux quatre coins du
mefme Palque, quatre Eftafiers ,
veftus de crefpes & de longs
manteaux de deuil trainant jufqu'à
terre , tenoient des banderoles
de tafetas noir au bout d'un
long bafton où eftoient les Armes
du Défunt & les faifoient
mouvoir continuellement & a
vec lenteur autour du corps , pour
empefcher les mouches, & autres
petits infectes d'en approcher, ou
peut- eftre pour une marque particuliere
GALANT. 193.
ticuliere de magnificence & de
grandeur. C'est ainsi que dans
L'ancienne Rome , lons qu'on faifoit
l'Apotheofe d'un Empereur.
dans le Champ de Mars , on
mettoit fouvent quelques Efclaves
autour du Catafalque , qui
éventoient la Figure de cire de
cet Empereur tant que duroit la
Ceremonie . An'y avoitpoint de
lumiere autour du corps , mais
cent gros flambeaux de cire blanche
brûloient aux deux coftez de
l'Eglife , à une grande diftance ,
avec fix cierges fur le maistre
Autel, & deux à chaque Chat
pelle.
Mars 1688. R
194 MERCURE
Sur les trois heures apres midy
tous les Cardinaux qui se troue
verent dans Rome , commencerent
à venir rendre leurs derniers
devoirs à leur deffunt
Confrere. Ils étoient en Ca
lotte en Bonnet rouge ,
avoient leur habit de Ceremonie,
qui eft une grande Cappe ou
Manteau violet, dont la queue
de quatre à cinq aulnes de long
êtoit portée par un Ecclefiaftique
vêtu de noir . Chacun eftoit précedé
de fon Maffier qui tenoit
une groffe Moffe d'argent doré
& fes armes , & d'un grand,
nombre de Prelats , & d'autres
-
GALANTA 195
perfonnes de qualité qui luy
faifoient Cortege. A mesure
qu'il arrivait un Cardinal
quatre Curfeurs du Pape qui
font comme des Bedeaux , venoient
au devant de luy pour
faire ranger la foule du peuples
& le conduifoient au pied du
Palque ou eftoit le corps , &
vis-à- vis le petit Autel. Là un
Maistre des Ceremonies du Pape
en Robe violette, & un Clerc
de Chapelle en Surplis lay prefentoient
le Livre & l'Afperfoir.
Apres que le Cardinal
avoit recité quelques .Verfets &
l'Oraiſon , Abſolve Domine
21
Rij
196 MERCURE
Jebout, nû-tefte & fans calotter
il jettoit de l'Eau -benite au
Deffunt , & alloit prendre plase
dans les Chaires du Choeur qui
eftoient couvertes de drap vio--
let , eftant receu à la porte par
un autre Maistre des Ceremole
Prieur du Con
nies , &par
vent.
Lors qu'il y eut un nombre
fuffifant de Cardinaux , les quatre
Mandians & les Religieux
Servites qui s'eftoient rendus à
l'Eglife long- temps auparavant,
commencerent à celebrer les
obfeques dans une des Chapelles
de la Croifée de l'Eglife , chacun
a
GALANT. 197
de ces Ordres recitant alternativement
l'Office qui luy eftoit
preferit. Les Francifcains com
mencerent chanterent les
Vefpres , & apres firent le
trois Encenfemens autour di
corps , & luy jetterent autan
de fois de l'Eau - benite. Enfuite
ils s'en allerent , & cederent
la place aux Auguſtins,
qui dirent le premier Nocturne
des Matines, allerent de même
encenfer trois fois jetter de
l'Eau- benite au Défunt.Les Carmes
fuivirent & dirent le fecond
Nocturne. Les Servites ou Serteurs
de la Vierge Marie , chan-
R iij
198 MERCURE
terent le troifiéme Nocturne .
Les Dominicain's dirent les
Laudes , & enfuite les Muſi
ciens de la Chapelle du Pape
reciterent en Mufique le Libera,
firent de pareils Encenfe
mens par où finit la Ceremonie .
Ces cing Ordres ont le privilege
d'officier dans les Obfeques des
Cardinaux, & leurs Generaux
Procureurs Generaux ont
feance dans la Chapelle du Pape .
Durant le temps de l'Office , les
cloches de l'Eglife fe firent entendre
, mais avec une grande
modestie , un grand filence.
Elles fonnoient feulement trois
GALANT. 199
coups defuite , puis demeuroient
un long intervalle avant que
d'en recommencer
trois autres ,
continuerent ainſi juſqu'à la
fin de l'Office.
Sur le foir , les portes de l'Eglife
eftant fermées , on mit le
corps du défunt Cardinal dans
une Biere de bois de Cyprés avec
les mefmes habits dont il eftoit
reveftu. Cette Biere fut enfer
mée dans un Cercueil de plomb,
qu'on mit dans une caiffe de bois
de noyer , puis on le defcendit
dans la cave . Deux jours aprés
l'on ottacha fon Chapeau à la
voûte de l'Eglife , & l'on colla
R iiij
200 MERCURE
fur les murs autour & en dehors
de la mefme Eglife , tous les
Ecuffons de papier & de carton.
qui avoient fervy à cette pompe .
funebre , fuivant ce qui fe pratique
à Rome.
Le lendemain Dimanche on
fit la mefme ceremonie dans l'Eglife
de Saint Marcoù le Cardinal
Baffadona fut inhumé. Cette
Eglife eft une Paroiffe Collegia'e
enclavée dans le Palais des Ambaffadeurs
deVenife . On avoit
porté le foir fon corps dans un
Carroffe à deux chevaux avec
fix flambeaux , fuivy de deux
autres Carroffes , où eftoient
:
GALANT. 201
quelques Officiers & Domeftiques,
fans qu'aucun de ces Carroffesny
des Domestiques fuft en
deüil. On fuivit dans ces Obfeques
le mefme Rituel qu'au
Cardinal Albizzi , à la referve
feulement que le Cardinal Baffadonna
avoit une Tunique
rouge , comme Cardinal Diacre,
le Cardinal Albizzi
au
lieu
que
en
qualité
de
Preftre
,
avoit
la
Chafuble violette.
Nous avons perdu pluſieurs
Perfonnes confiderables, dont
j'oubliay il y a un mois à vous
parler ; en voicy les noms.
202 MERCURE
Meffire Jean-Baptifte de
Broffes - le - Roy , Preftre, Doteur
de Sorbonne & en
Droir Canon , Pricur de Sainte
Marie de Clermont Ordre
de Saint Antoine , Dioceſe
de Verdun , & Predicateur
ordinaire de la feuë Reine . Il
eftoit né dans l'Herefie de
Calvin , & aprés en avoir fait
abjuration, il entra il y a plus ya
de vingt ans chez les Peres de
l'Oratoire , où il fut Maiſtre
de Theologie . 11 en fortit
pour aller prefcher dans les
meilleures Chaires du Royaume
, & s'attacha fortement à
GALANT. 203
travailler à la converfion des
Heretiques ; à quoy il réüffit
autant par fa pieté que par fa
fcience . Le Clergé , en confideration
de fes fervices, luy
avoit donné pluſieurs penfions.
Il nous a laiffe l'Hiftoire
de Cromvvel, Prote-
&teur d'Angleterre , qu'on
acheve d'imprimer.
Dame Loüife Olier. Elle
eftoit Veuve de Meffire Paul
Ardier , Vicomte de Beauregard,
& Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris , &
Mere de Madame de Fieubet,
Femme de M' de Ficubet ,
204 MERCURE
Confeiller d'Eftat , d'une Fa
mille qui a donné un premier
Prefident au Parlement de
Thouloufe , plufieurs Confeillers
d'Eftat , Maiftres des
Requeſtes , & Officiers des
Parlemens de Paris & de Toulouſe
, fignalez par leurs me
rites. Celle des Olier a auffi
donné plufieurs Officiers aux
Parlemens de Paris & deMets,
au Grand Confeil, à la Chambre
des Comptes, & ungrand
Audiencier de France , Pere
de M' Olier , aujourd'huy
Confeiller au Grand Confeil ;
fans parler des Capitaines aux
GALANT. 205
Gardes qui en font fortis , &
qui ont fait voir leur courage
en plufieurs occaſions pour
le fervice du Roy. Olier
porte d'or au Chevron de gueules
, accompagné de trois grapes
de raifin d'azur ; & Ardier
porte d'azur au Chevron d'argent
, accompagné de trois flå,
mes d'or.
Meffire François l'Ecuyer,
Seigneur de Montifault ,
Doyen des Maiftres de la
Chambre des Comptes de
Paris. Il eft mort fans Enfans
, & a fait divers legs
confiderables. Infùt receu en
206 MERCURE
cette Chage dés l'année 1626.
& pendanel cinquante - deux
ans qu'ilofa exercée , ila efté
employé en plufieurs affaires
importantes pour le fervice
de Sa Majefté , dont il s'eft
toûjours acquitté avec eſtib
me . Feu M l'Ecuyer fon Perq
eftoit auffi Maiftre des Comptes
à Paris . Il a eu plufieurs
Freres & Neyeux! Seigneurs
del Greffy & ide Muret en Va2
lois qui n'ont point laiffe
échaper d'occaſions de fignaler
leuro courage, L'un
d'eux futvibé aila Bataille de
Senef. Meffire Jean de la
GALANT. 207
Croix , receu Maistre des
Comptes en 1633 , ſe trouve
aujourd'huy Doyen de cette
Chambre par la mort de M²
l'Ecuyer.
Meffire Nicolas Colbert,
Seigneur de Turgy , recen
Maistre des Comptes en 1641;
Il s'eftoit marié avec Dame
Anne Graffeteau , Fille de feu
M Graffereau , Doyen de la
feconde Chambre des Requo,
ftes du Palais , & Soeur de M
Graffeteau , Confeiller honoraire
en la mefme Chambre,
& avoit trois Freres & trois
Soeurs. L'aifné eftoit feu Mefs
208 MERCURE
fire Edouard Colbert , Confeiller
au Parlement , dont eft
venu un Michel Colbert ,
Maistre des Requeſtes ordinaire
de l'Hoſtel du Roy, Le
fécond eftoit Meffire Jean-
Baptifte Colbert , S ' de Saint
Poüange , dont font venus
M * Colbert de Villacerf,premier
Maiftre d'Hoftel de la
Reine , feu M Colbert, Evef
que de Mafcon , & M le
Marquis de Saint - Poüange .
Le troifiéme eftoit Meffire
Simon Colbert , Confeiller-
Clerc au Parlement de Paris .
Les trois Soeurs ont pris alGALANT.
209
"
liance dans les Maifons de
Marle , le Mairet , & Brulart.
Tous ceux de cette Maifon ,
& fur tout Meffire Jean- Baptifte
Colbert , Miniftre &
Secretaire d'Eftat, fon illuftre
Chef, ont rendu des fervices
tres -avantageux au Roy & à
la France. Ils font trop connus
pour en parler. Colbert
porte d'or à la Couleuvre en
pal tortillée d'azur.
M Jobert , ancien Avocat
au Parlement de Paris,
C'eftoit un des plus fçavans
hommes de fon temps. Il
avolt beaucoup lû, & s'eftoit
Mars 1688 S
210 MERCURE
acquis une connoiffance generale
de la Jurifprudence
,
de l'Hiftoire , & des Belles
Sciences ; & dans fes Plaidoyers
il rapportoit tout ce
qui fe pouvoit trouver de
plus rare & de plus curieux
fur le fujet dont il s'agiffoit.
Il imitoit en cela feu M' Jobert
fon Pere , auffi Avocat
au Parlement , où il s'eftoit
rendu fort celebre .
Quoy que je n'employe
point de Latin dans mes Lettres
lors qu'il s'étend au delà
de ce qu'il en faut pour le
corps d'une Deviſe , je n'ay
GALANT . 211
i
pas laiffe de vous parler
fouvent de M' de Santcüil,
Chanoine de Saint Victor .
Tout le monde fçait qu'il
excellé en Vers Latins &
comme il y a une merveil
leuſe vivacité de genie dans
tous ſes Ouvrages , les perfonnes
les plus diftinguées
par leur efprit fe font toûjours
fait un plaifir de les traduire.
Ainfi l'Epithalame
qu'il a fait pour le mariage
de M' le Pelletier , fils de M
le Controlleut General , &
receu en furvivance de fa
Charge de Preſident au Mor-
Sij
212 MERCURE
tier , ayant efté admiré des
Connoiffeurs les plus difficiles
, on ne doit pas s'efton 、
ner s'il a efté mis auffi toft
en noftre langue. C'eft M
Petachon qui l'a traduit. Je
vous ay déja envoyé pluſieurs
pieces de fa façon, & partieulierement
la traduction
des Vers que fit le mefme
M' de Santeüil fur la joye
que Paris avoit reffentie lors
que le Roy alla difner à
l'Hoftel deVille . Cet ouvrage
fut receu avec de grands
applaudiffemens.
GALANT. 213
S52252552 25255552
EPITHA LAME.
Iens des Cieux, Chafte Hymen,
Vie Dieu duparfait amour ,
Confacrerdes Vertus le plus heureux
Sejour.
Le Palais Pelletier tant de charmes
femble ,
Qu'on y voit les Vertus , & les
Graces enfemble.
La Candeur , & la Foy , les Plaifirs
innocens
Ont droit de t'attirer par leurs attraits
puiffans.
Le zele des Autels qui rend le Ciel
propice ,
Ces deux aimahles Soeurs , la Paix,
& la Iuftice ,
214 MERCURE
T'appellent dans ce lieu , pour y donner
tes loix ,
Et les voeux du Public , s'uniffent
à leurs voix.
De deux parfaits Amans le fignalé
merite ,
Encor plus que nos voeux , pour eux
te follicite.
Tu vois combien d'appas , d'unejeune

beauté
Meflent à la pudeur la douce Majefté.
Tu vois comment fes traitsfont briller
mille charmes
Qui forcent fon Vainqueur à luy
rendre les armes ;
Et tu peux comme un Dieu qui pe
netre les coeIS
Voir jufque dans fon fein la bonté
de fes moeurs.
Tu vois combienfon ame étale de ri
cheffes,
GALANT. 215
Qui de fon cher Amant font encor
plus maiftreffes.
Le
Te laiffe ces tréfors par le Monde
adorez ,
Dont les ambitieux font toûjours alterez
,
Et fur qui la fortune , en aveugle
commande.
La vertu d'une Fille , eft fa dot la….
plus grande,
Cet Amant meritoit un objet fi char
mant ;
( Amant.
L'Amante eftoit auffi digne d'un tel
C'eft luy , dont le fçavoir , dansfon
adolefcence ,
Etonna les Vieillards , par fa rare
éloquence ,
Qui défendoit les Droits de l'Augufte
Themis ,
D'un pere incomparable illuftre &
digne Fils ,
216 MERCURE
Et de qui les Vertus devançant les
années
Rempliront hautement les grandes
deft nées.
Son Prince en fait l'objet de fon plus
digne choix,
Leleve avant le temps fur le Throne
des loix :
S'il enft efté befoin , la Iuftice ellemefme
En euft fait la demande à ce Iugefu
prême.
Tu vois qu'elle fe plaint, que la lenteur
du temps
Retarde fon bon-heur , en retardant
les
ans ,
Et croit que pourjouir d'un fi grand
avantage ,
Sa fageffe vaut mieux que la grandeur
de l'âge.
Le Pere cederoitfon honneur fouverain
,
Et
GALANT. 217
Et voudroit couronner ce cher fils de
fa main.
Profite de ce temps que fon age te
donne >
Et des myrthes d'Amour donne luy
la couronne.
Hâte- toy , donc , Hymen , viens ferrer
les doux noeuds
Des mains que ces Amans te prefentent
tous deux ,
Mais pendant que je parle , Hymen
d'un vol rapide
·Defcend dans ces beaux lieux , vers
qui l'Amour le guide .
Et de ces deux Amans , l'un de l'autre
Vainqueurs ,
Parfes chaines attache & les mains,
& les coeurs.
Le Roy a donné la furvivance
de la Charge de Capi-
Mars 1688: T
218 MERCURE
taine des Cent- Suiffes , poffe
dée par M le Marquis de
Tilladet . à M le Marquis de
Courtenvaux , Fils aifné de
Mr de Louvois . Je vous ay
parlé plufieurs fois de ce
Marquis , qui s'eft fignalé en
Pologne & en Hongrie fous
le nom de Comte de Beaumont.
Sa fermeté & la vigueur
d'un cheval dont Sa
Majefté Polonoife luy avoit
fait prefent , l'empefcherent
`d'eftre tué dans la derniere
Bataille donnée en Hongrie .
Son courage l'ayant emporté
fort avant avec quelques VoGALANT.
219
lontaires,, il vit un Turc qui
venoit à luy le fabre levé . 11
l'attendit avec l'intrepidité
d'un homme que le peril ne
peut ébranler , & la rapidité
avec laquelle le Turc couroit
ayant efté cauſe
efté caufe que les deux
chevaux s'entre- choquerent,
celuy de M' de Courtenvaux
refifta , & le cheval du Ture
ayant reculé , ce jeune Mar-
1 quis avança , & ôta la vie à
fon Ennemy , qui n'eftoit
venu que dans le deffein de
luy couper la teſte .
Si M de Courtenvaux s'eſt
diſtingué avec tant de gloire
Тij
220 MERCURE
par fon courage & par fa bravoure,
M l'Abbé de Louvois
fon Frere , quoy que dans un
âge fort peu avancé , ſe fait
admirer par fon efprit & par
le progrés furprenant qu'il
fait dans les belles Lettres .
Ce jeune Abbé ,› qui n'a pas
encore treize ans , répondit
publiquement
fur tout Homere
le
5.
de ce mois , dans
la Salle de l'Academie des
Sciences à la Bibliotheque
du Roy , où il demeure en
qualité de Bibliothequaire .
Le lieu fe trouva trop petit
pour l'Affemblée qui s'y
GALANT. 221
¡
rencontra , & qui eftoit com
pofée de M' de Louvois , de
Ms les Evefques de Meaux &
de Soiffons , du Reverend
Pere de la Chaife , de plufieurs
Abbez, & autres perfonnes
de qualité , & de la
plus conſiderable partie des
Sçavans de Paris . M l'Abbé
de Louvois ouvrit la Conference
par un petit difcours
François , dans lequel il fir
voir qu'Homere , malgré la
prévention & la prefcription
de tant de fiecles , eftoit le
Poëte des Enfans ; que les autres
Poëtes fembloient n'a-
Tiij
222 MERCURE
voir écrit que pour les hommes
déja faits , mais qu'Homere
avoit écrit pour tous les
âges , & principalement pour
cet âge tendre & delicat , qui
ne juge des choſes que par le
plaifir qu'elles luy donnent .
Cela fut foutenu avec beaucoup
d'efprit , égayé par
quantité de traits fort agreables
, & prononcé d'un air
libre & prevenant . Le jeune
M' de Lamoignon ſe montra
digne des grands hommes
dont il eft forty , en propofantquelques
difficultez à M
l'Abbé de Louvois , qui les
GALANT. 223
éclaircit d'une maniere dont
tout le monde fut tres-fatif
fait. Ms les Evefques de
Meaux & de Soiffons , & un
1
grand nombre des Sçavans de
Affemblée en propoferent
d'autres , & le jeune Repondant
donna une explication
litterale de tous les endroits
de l'Iliade & de l'Odiffée, fur
lefquels on voulut le mettre
à l'ouverture du livre . Il fatisfit
à toutes les queſtions
de Grammaire qui luy furent
faites , & cita mefme les Poëtes
Grecs , Latins & François
qui avoient traduit ou imité
Tiiij
224 MERCURE
les endroits d'Homere fur
lefquels on l'attaquoit . Pendant
trois heures que dura la
Conference , M' l'Abbé de
Louvois répondit toûjours
avec beaucoup de grace , de
vivacité & de jugement.Tout
le monde applaudit de bonne
foy , & les gens meſme le
moins portez à admirer , fortirent
charmez . Avant que
l'Affemblée fe feparaſt , on avoit
diftribué des Vers Latins
fur cette Action , qui furent
trouvez parfaitement beaux.
Ils eftoient de M' Rollin ,
Profeffeur de Rhetorique
GALANT. 225
au College du Pleffis , qui
a efté choifi pour
fucceder
dans
cette
Chaire
, au
celebre
M' Herfan
, qui eſt
depuis
trois
ans
auprés
de M l'Abbé
de Louvois
. En
voicy
d'autres
dans
lesquels
vous
trouverez
le
Portrait
de ce jeune
Abbé
. Ils luy
furent
prefentez
il y a quelques
jours
par
M
Bofquillon
qui
en eft l'Auteur
, & il les receut
d'une
maniere
tresobligeante
pour luy , & en
luy difant modeſtment , qu'il
ne s'y reconnoiffoit point , &
qu'il regardoit cette Piece
226 MERCURE
non pas comme le Portrait
de ce qu'il eftoit , mais comme
l'Image de ce qu'il devoit
eftre.
SS222222225525255
PORTRAIT
De M' l'Abbé de Louvois.
Es
Stre au Seigneur par choix dés
Sa tendrejeuneffe ;
Malgré l'éclat des biens & de la
qualité ,
Triompher de la vanité ,
Avoir dans fon printemps une meure
fageffe ;
Eftre vif, appliqué , docile , inge-'
nieux ,
Delicat & laborieux ;
GALANT
227
1
Connoiftre toute la fineffe
De la Langue Romaine & de celle
de Grece ,
Sentir de leurs Auteurs jusqu'aux
moindres beautez ,
Eclaircir leurs
difficultez;
De la Republique
Sçavante
Eftre déja l'ornement ,
En faire l'éronnement;
Eftre vanté par ceux que tout le
monde vante ;
Penfer avecjufteffe , &parler poliment
;
A fes devoirs eftre attaché , fidelle
;
Eftre defa maifon la regle , le modelle
;
Honorer fes Parens , proteger fes
Amis ;
Eftre bon Maistre , & Disciple
foumis i
228 MERCURE
Servir affidument dans la fainte
Milice
,
Quoy que népour y
népour y commander ;
Parmy les moindres Clercs affifter à
l'office ,
Maisfans vouloirfe faire regarder:
Avoir toujours un air fage , simple,
modefte
,
Et par là feulement fe diftinguer
du refte ;
Ecouter le Seigneur avec attention ;
Répondre à fa vocation ;
Cultiver le talent avec unfoin extrême
,
Avoir beaucoup receu , rendre beaucoup
de mefme :
Quand il s'agit de foulager
De malheureux Enfans que preße
l'indigence ,
Traiter également Citoyen , Ecranger,
GALANT. 229 .
i
Leur mettre à tous en main la clefde
la fcience ,
Les louer , les encourager
Quand ils ont réuffi doubler leur
récompenfe :
Que de grandes vertus ! que
traits éclatans !
de
C'est pourtant le Portrait d'un homme
de douze ans.
Mais cet homme a LOVVOIS pour
Pere ,
Le TELLIER pour Ayeul : ce Portrait
eft fincere.
Vous fçavez , Madame ,
que l'on frape des Medailles
fur tout ce que le Roy fait
de grand , & je vous en ay
déja envoyé pluſieurs . En
voicy une fur ce qu'il a fair
230 MERCURE
bâtir Sar - Louis , qui fera
l'admiration des fiecles futurs
, comme il fait l'étonnement
de celuy - cy .
On travaille tous les jours
fous un Regne auffi heureux
que celuy de Sa Majeſté ,
faire de nouvelles découvertes
dans les Arts & dans les
Sciences . La Medecine nous
en fournit continuellement
de tres- utiles , foit dans l'Anatomie
, où l'on a plus penetré
depuis trente ans , que
l'on n'avoit fait dans rous les
ficcles paffez ,foit dans laChymie
, qui nous a donné quan
GALANT. 231
tité de remedes nouveaux , &
qui adoucit & rend familiers
les plus violens. Plufieurs
Medecins ont trouvé le fe
cret de compoſer des Eaux
froides & aigreletes , d'une
vertu femblable à celles de
Saint- Alban , Vic le Conte ,
Sainte Reyne & autres.
Feue Madame
Fouquet en
faifoit
diftribuer aux pauvres
avec grand fuccés , & le dote
Vvillis en donnoit de
Chalybées , qui ne cedoient
point en vertu aux plus renommées
de fon pays. Mais
perfonne ne s'eftoit encore
,
232 MERCURE
avifé de rechercher la com
pofition des Eaux chaudes ,
comme de Vichy , Bourbon
& autres , pour en faire de
femblables qui foient propres
comme les naturelles , à la
guerifon des maladies aufquelles
les Eaux froides ne
peuvent parvenir . Cependant
on a penetré dans ce fecret ,
on en a reconnu les principes
, on a imité ces Eaux. parfaitement
, & on en voit des
effets fi furprenans , que plufieurs
perfonnes en ayant pris
avec fuccés dans les deux dernieres
faiſons du Printemps
GALANT. 233
& de l'Automne , on a cru
eſtre obligé de rendre au Public
ce témoignage de leur
bonté , aprés que quantité de
Malades , tant de la Ville de
Lyon, que des Provinces voifines
, qui les ont beuës ,
ont efté parfaitement gueris
ou foulagez dans des maux
qu'on eftimoit incurables.
Cette découverte eft d'autant
plus utile au Public ,
que celuy qui l'a faite eſt
Gentilhomme, tres bon Medecin
, & qu'il fait donner
gratuitement ces Eaux au
Printemps & en Automne ,
Mars 1638 . -V
234 MERCURE
dans un degré de chaleur
femblable à celuy des fameufes
Eaux de Bourbon . Elles
ont les mefmes vertus , comme
d'ouvrir les obftructious
les plus opiniâtres , de fondre
les humeurs les plus endurcies
, & de purger doucement
ce qu'il y a d'étran
ger dans les veines . Elles fortifient
, purifient le ſang , les
Elprits & facilitent leurs
mouvemens ; elles diffipent
vapeurs qui caufent tant
de maladies , comme douleurs
de tefte , mélancholies,
vertiges , convulfions , foibleffe
de nerfs , des fens , &
les
>
GALANT. 235
de la memoire . Elles font
tres-utiles pour les Aftmes ,
palpitations , maux d'eſtomach
, de rate , de foye , &
fingulierement pour ceux de
Mere. Cet article m'a efté
envoyé de fi bon lieu , qu'il
ne peut m'eftre fufpect . On
me nomme mefme plufieurs
perfonnes de qualité , qui
ayant receu un tres - grand
foulagement de ces Eaux , fe
préparent à retourner à Lyon
pour en boire encore pendant
le Printemps . Ainfi
deux raifons confiderables
m'obligent à vous faire part
1
Vij
236 MERCURE.
de cette nouvelle , dont vos
Amis pourront profiter ; l'une
, que celuy qui a trouvé ce
fecret eft un Gentilhomme
qui profeffe la Medecine fans
intereft ; & comme l'intereft
feul fait les Charlatans , on
doit le croire fort éloigné de
ce caractere . La feconde eft ,
que perfonne n'ayant encore
tenté de trouver ce fecret
d'Eaux chaudes , une nouveauté
femblable merite bien
d'eftre fceue , & que ceux qui
travaillent à découvrir des
fecrets pour l'utilité du Public
, font toûjours dignes
GALANT . 237
lc
de louanges , quand mefme
ils n'auroient pas tout le fuccés
qu'ils s'en promettent
.
On écrit de Mets que
Carnaval y a continué jufqu'au
premier Jeudy de Carême
, jour du renouvellement
de l'Hoftel de Ville , par la
promotion au Maiſtre Echevinat
de Meffire Pierre Phi-
Hippe Pantaleon , Lieutenant
General du Prefidial . La joye
des Habitans fut fi grande ,
qu'ils ne purent s'empefcher
dé la marquer par des feux
qu'ils allumerent
prefque
dans toutes les rues avec des
838 MERCURE
acclamations inconcevables.
Les Confeillers du Siege done
nerenr un magnifique Repas
au bruit des Timbales & des
Trompettes.Tout le réjoüiffoit
ce jour- là , les uns par les
cris , les autres par des Feſtins
& desConcerts d'Inftrumens.
Les Femmes meſme tiroient
le coup de Piftolet
, tant ce
digne Magiftrat eft univerfellement
eftimé par la connoiffance
que l'on a de fon
fçavoir & de fon merite . Il a
efté Confeiller
au Parlement
pendant plus defix années, a
prés avoir efté Confeiller au
GALANT. 239
Bailliage , & Echevindu même
Hôtel de Ville,dont il eft prefentement
le Chef. Son integrité
& fa probité font connuës
de tout le monde . Il s'attache
uniquement à ce qui eft
jufte , & les partialitez & les
brigues font fans force auprés
de luy C'eft ce qui l'a rendu
digne d'eftre choifi par le plus
grand Roy de la Terre , pour
remplir le pofte de Maiſtre
Echevin .
Je vous appris il y a quelques
mois l'arrivée des deux
Princes de Macaffar en France
, & je vous fis un détail de
240 MERCURE
ce qui avoit obligé le Roy
de Siam , chez qui ils eftoient,
à les envoyer en cette Cour.
L'aifné qui eft âgé de quinze
ans , s'appelle Daen Bourou ,
& l'autre qui n'en a que treize ,
s'appelle Daen Troulolo . Ils
font nez Mahometans , & Fils
de Daën Maallé , Frere du feu
Roy de Macaffar . Ce Prince
dés fon plus jeune âge eut
part au Gouvernement de
I'Eftat , & foit que fon humeur
guerriere & entreprenante
fift apprehender au
Roy fon Frere qu'il ne cherchaft
à le mettre hors du
Trône,
GALANT 241
foit qu'il prétaft trop facilement
l'oreille aux rapports de
ceux que des interefts parciculiers
portoient à vouloir fa
perte , il commença à le regarder
comme ennemy , &
prit le deffein de s'en défaire .
Ce complot ne put eftre fi
fecret , que Daën Maallé n'en
fuft averty. La confpiration
eftant fur le point d'eſtre executée
, ce malheureux Prince
fut obligé d'ufer d'adreffe &
de diligence pour fauver fa
vie. Comme la Ville de Macaffar
n'eft pas fort éloignée
de la Mer , il fit équiper une
Mars 16884
X
242 MERCURE
grande Chaloupe , & fortit le
foir du Palais chargé d'or , &
de ce qu'il trouva de plus précieux
. Il eftoit feulement accompagné
de deux de fes plus
fidelles ferviteurs , dont l'un
portoit fon Sabre , & l'autre
fon Bouclier. Il s'embarqua
la nuit , & fe rendit en peu
d'heures à l'Ifle de Java auprés
d'un petit Prince Souverain
fon Allié . Il en fut receu tresfavorablement
, y demeura
environ trois ans , & mefme
s'y maria. Il prit pour Femme
Anec Sapiha , Fille d'un
des principaux Seigneurs de
GALANT 243
I'Ifle , qni eftoit Mahometan
comme luy , & c'eſt d'elle
qu'il a eu les deux jeunes Princes
dont je vous ay parlé. La
nouvelle de fa fuite hors de
fon pays eftant venuë juſques
au Roy de Siam , parce que
les Canots de te Prince an
loient trafiquer fouvent à Jal
va Il n'eut pas eſté plûroſt
informé de la valeur & des
autres grandes qualitez de
Daen Maalle qu'il voulut
l'attirer dans fes Etats . Il luy
envoya un de fes meilleurs
Canots , & luy écrivit d'une
maniere.fr obligeante , que
X. ij
244 MERCURE
ce Prince accepta l'offre qui
luy eftoit faite. Il arriva enquinze
ou vingt jours à Siam,
où le Roy le receut avec tou
te l'amitié & toute l'eftime
qu'il pouvoit attendre. Il luy
donna le titre de Doia Pacdy,
ou Grand Treforierade ela
Couronne , & une penſion
confiderable avec un Village
& fes dépendances . Il y a
vêcu environ vingt ans avec
honneur , aimé du Roy, &
fort eftimé du Peuple , mais
enfin ayant oublié ce qu'il
devoit à fon Bienfaicteur, le
zele de la Religion Mahome
GALANT . 245
tane le fit confpirer contre le
Roy de Siam , & il fut tué
dans cette Confpiration, dont
je vous ay donné le détail
dans ma Lettre d'Octobre
dernier. Daën Bourou , &
Daën Troulolo fes Fils, eftant
arrivez en France , Sa Majesté
qui connoift le talent & le
zele qu'ont les Jefuites pour
l'inftruction de la jeuneffe ,
tant pour ce qui regarde le
culte de Dieu , que pour
Lettres , les mit Penfionnaires
chez eux , afin qu'ils
les
euffent foin de leur éduca
tion, & ils y ont fi bien réüffi ,
X iij
246 MERCURE
fur tout à l'égard de la Religion
Catholique , que leur
en ayant enfeigné les veritez ,
ils les ont mis en eftat de recevoir
le Baptefme . La Ceremonie
s'en fit le
mois dans l'Eglife de leur
Maifon Profeffe , par Mr l'E-
7.
de ce
vefque du Mans , premier
Aumônier de Monfieur , en
prefence de M Hameau , Curé
de S. Paul , qui eftoit en Surplis
& en Etole . Un fort
grand nombre de jeunes gens
de la premiere qualité , dont
le College de Louis le Grand
eft remply , & qui y font en
t GALANT
. 247
Madame
Penfion ,les
accompagnerent.
Le Roy fut Parrain de l'aifné
de ces deux Freres , & Madame
la Dauphine en fut la
Marraine.Il fut nommé Louis
par M le Marquis de la Sale
pour le Roy , & par
la Marquife de Bellefonds
pour Madame la Dauphine ;
& le cadet fut nommé Louis
Dauphin par M le Comte
de Matignon , au nom de
Monfeigneur le Dauphin , &
par Madame la Comteffe de
Maré , au nom de Madame .
Je vous ay trop fouvent parlé
de Siam , pour ne vous pas
X iiij
248 MERCURE
dire à l'occafion de ces deux
Princes qui en viennent , que
le S Barbin debite depuis
peu un Livre qui traite de ce
Royaume. Il a pour titre ,
Hiftoire naturelle Politique
du Royaume de Siam , & contient
la fituation & la nature
du Pays , les moeurs , les loix,
les coûtumes , & la Religion
des Habitans , avec tout ce
qui regarde le Roy qui regne
à prefent , & ce qu'il y a de
plus particulier dans la Cour
de ce Royaume. Je laiffe à
M's du Journal des Sçavans
vous en parler d'une maniere
GALANT. 249
plus ample.Le peu que je vous
en dis fuffit pour vous faire
voir qu'on a approfondy la
matiere , & que tout ce qui a
efté écrit de cet Eftat ayant
pleu en France , on n'en veur
rien laiffer ignorer.
La mort de M' de Mefmes
ayant laiffé une place vacante
àl'Academie Françoiſe, Monfieur
fit l'honneur à ceux
dont eft compofé ce Corps
Illuftre , de leur marquer l'e
ftime qu'il a pour eux
leur envoyant un Gentilhomme
pendant une de leurs
Affemblées , pour leur deen
250 MERCURE
mander cette place en faveur
de M l'Abbé Teftu -Mauroy ,
Precepteur de Mademoiſelle .
Le Gentilhomme qui eftoit
chargé de cette commiſſion ,
aprés avoir expliqué en des
termes tres - avantageux à la
Compagnie , la maniere honnefte
dont il plaifoit à Monfieur
d'ufer dans cette demande
, ajoûta que Mademoifelle
y prenoit beaucoup
de part,& qu'ils ne pouvoient
rien faire de plus agreable à
cette Princeffe de receque
voir parmy eux celuy qu'il venoit
de leur nommer.M'DauGALANT.
251
court , qui eftoit alors Chancelier
de l'Academic
, répondit
qu'on auroit égard à la re
commandation de Monfieur,
avec le profond reſpect qui
étoit deu à un fi grandPrince.
Ainfi le temps de l'Election
eſtant arrivé , on n'eut point
balancer fur la refolution
qu'on devoit prendre. Le
choix de Monfieur répon
doit fuffisamment du merite
du Sujet , & il n'y eut perfonne
qui nefuft perfuadé qu'un
homme que Son Alteffe
Royale avoit affez eftimé
pour le mettre , & pour
le
252 MERCURE
tenir depuis tant d'années
auprés des Princeffes fes Filles,
ne pouvoit manquer d'avoir
toutes les qualitez neceffaires
à un bon Academicien, Mr.
l'Abbé Teftu- Mauroy fut
donc élen pour remplir la
place qui eftoit vacante. Tout
le monde fçait qu'il a efté,
Aumônier ordinaire de Madame
& de feu Madame . On
ne peut rien ajoûter au zele
qu'il a pour tout ce qui regarde
le fervice de Monfieur ,
& la vivacité de fon efprit cft
connue par le foin qu'il a eu
de l'éducation de Madame la
GALANT. 253
Ducheffe Royale de Savoye ,
auffi eftimée par la fagelle &
par tout ce qu'elle fçait , que
par la grandeur de fa naiffan
ce.Ila prefentement le mefme
foin de
Mademoiſelle . Quoy
qu'elle n'ait encore qu'onze
ans & quelques mois , il luy
montre en mefme temps plu
fieurs fortes de Sciences qu'el
le conçoit toutes , & qu'elle
apprend également bien , ce
qui n'eft pas feulement l'effet
de l'art dont M l'Abbé Teſtu
fe fert pour luy en donner la
connoiffance ; mais encore de
la force & de la penetration
>
254 MERCURE
rois
de l'efprit de cette Princeffe ,
qui pour fon âge eft fort au
deffus de tout ce que je pourois
vous en dire . En effet
on peut
affeurer que c'eft un
prodige , fans qu'à ſon égard
prodige doive eftre pris pour
une maniere de parler qui
exagere. Le Lundy 8 de ce
mois, fut le jour choify pour
la reception de ce nouvel Academicien
, & il fit fon remerciement
en ces termes à
Mrs de l'Academie .
ob 12 32
GALANT.
255
MESSIEURS,
Voicy le jour heureux où il
m'eft permis d'entrer dans le
Temple de Minerve , de participer
aux Mifteres des Mufes,
de me voir dans le Sanc
tuaire de l'Eloquence
. Voicy la
premiere fois que je puis fans
prophanation , envisager en vos
perfonnes , fes plus fidelles Miniftres
, me regler felon vòs loix,
· écouter vos oracles. Iour
plein de gloires jour remarquable
entre tous les jours de ma
vies jour qui remplit mes defirs,
& qui couronne mes eſperances .
256 MERCURE
Que cet honneur doive s'astribuer
purement à voftre grace,
Meßieurs,& non pas à mon merite,
cefera toujours le fentiment
de ceux quifçauront connoistre la
grandeur de vostre bienfair , &
celle de mes defauts-
Car de quel droit oferois -je
pretendre d'eftre admis parmy
tant de celebres Perfonnages,
dont les doctes veilles , & les
rares écrits tranfmettent l'art de
bienpenſer , de bien parler ,
de bien écrire , à une longue
pofterité , qui confervent dans
fa pureté une Langue, que noftre
grand Roy parle mieux qu'au
GALANT. 257
cun homme de fon Royaume ;
qu'il a renduë parfes étonnantes
Conqueftes la Langue generale
de l'Europe , qui fertfi utilement
à écrire les faits incroyables ,
que fa fageffe luy a fait entreprendre
, & que fon courage luy
a fait executer ; en un mot ,
Langue, dont vous vous fervez
heureufement , Meſſieurs , à
L'avantage de noftre Nation ,
à la gloire de noftre Auguſte
Monarque ?
fi
la
Certes , quand je me voy
placé entre tant d'excellens
Ecrivains , tant de fameux
Orateurs , tant de Poëtes illuf-
Mars 1688. Y
258 MERCURE
tres , qui difpofent fi fagement
de l'immortalité
, qui eſt le partage
des plus grands Hommes ;
quand je me reprefente l'égalité
judicieuse qui est établie
entre les membres de vostre
illuftre Corps ; quand ie conçoy
qu'elle fait oublier , du moins
pour un temps la difference de
la fortune des hommes , les prerogatives
du fang, les avantages
des premieres Dignitez de
l'Eglife , & de l'Estat , & que
że remarque, que de toutes les
Aßemblées qui font au monde,
le Corps de la Religion &
celuy de l'Academic , font les
GALANT. 259
"

>
feuls dont les membres font fi
heureusement confondus , ie ne
puis que ie ne m'écrie , en admirant
cette furprenante ´éga--
lité qui fuis-ie , pour me voir
entre tous ces grands Hommes?
Et veritablement, Meffieurs , le
rang que tenoit parmy vous feu
M. le Prefident de Mefmes,
pouvoit eflre deferé à un Sujet
plus digne que ie ne fuis de luy
fucceder. Sa famille peut- efire
nommée comme celle de Boece,
une veine de pourpre , & le
Seminaire de la premiere Magiftrature.
Son nom , que ie ne
puis prononçer fans renouveller
Y ij
260 MERCURE
voftre douleur , est également
venerable dans le premier Senat
du monde , chez les Nations
Etrangeres . L'integrité, la
fermeté la penetration estoient
fes vertus de Tribunal ; le zele,
la politeffe , & la difcretion,
estoient fes talens de la Cour ;
l'amour des Lettres & des
Sçavans ; la douceur l'honnefteté
eftoient fes qualitez de
l'Academie. La perte du Senat,
vient d'eftre reparée en la Perforne
de fon digne Fils ; mais,
comment reparer en la mienne,
celle que vous avez faite ?
Si vos graces, Meffieurs , eftoient
GALANT. 261
de la nature de celles du Ciel, qui
changent les fuiets qu'elles enrichiffent
, ie deviendrois tel,
que vous n'auriez point de
regret à vostre choix ieje ne
ferois pas en peine de vous remercier
de l'honneur que vous
me deferez ; & lors que ie
fens en moy le concours mutuel
de la ioye & du respect , ie ne
me trouverois pas entre la
crainte & la temerité. Car s'il
ne s'agiffoit que de répondre à
voftre grace, par une tendre
reconnoiffance, ie pourrois fatisfaire
à ce iuste devoir , mais ie
me voy dans l'obligation de
262 MERCURE
m'en expliquer publiquement,
c'eſt à dire, dans le peril de paſſer
pour ingrat , ou de paroiftre peu
difert.
Car quel difcours peut meriter,
ie ne dispas voftre approbation,
Meffieurs , mais vostre seule
attention , fuft-il digne de l'applaudiffement
des autres hommes,
fi vous n'oubliez dans ce moment
, que vous estes les depofitaires
de l'éloquence & que
force auffi bien que la politeffe
de noftre Langue ,font des talens
qui vous font naturels , tandis
qu'ils font aux autres le fruit
de l'art, & d'une application
laborieufe ?
la
GALANT. 263
Et ce qui augmente la difficulté
du devoir dontje voudrois
m'acquitter , c'est que je me reprefente
que je n'ay pas feulement
à parler devant vous , mais
que je fuis environné des Genies
du grand Armand & du fage
Seguier , qui ont protegé voftre
fçavante Compagnie , de forte
que je fuis reduit à craindre ,
ce que je voy , & ce que je ne
voy pas ; car je me fuis bien apperceu
d'abord que je fuis entré
dans ce lieu , qu'il y a quelque
chofe de plus qu'humain qui y
réfide : & que feroit- ce , finon
les Genies de ces deux Perfonna264
MERCURE
ges prefque divins qui vous
affiftent inviſiblement‘dans
la
distribution
que vous faites de
l'immortalité
; tous deux au def-
Jus des Eloges qui leur ont efté
donnez pendant leur vie , &
qui ne fçauroient eftre mieux
louez aprés leur mort , que par
l'honneur que leur a fait ce grand
Roy que voila, defe declarerleur
Succeffeur dans la protection de.
l'Academie ?
Ah!
que cette gloire redouble
le reſpect que j'ay ou toute ma
vie pour vofire illuftre Corps !
Et je ne vous puis diffimuler,
Meffieurs, que lors que j'ay le
plus
GALANT. 265
plus paffionnément fouhaité de
me voir un de fes membres , j'en
ay efté retenu par une pudeur
digne de fon prix.
Car bien que j'aye confumé
un bon nombre de mes meilleures
années à l'inftruction de deux
des plus grandes Princeſſes de la
terre , dont l'une fait déja la felici
tédefes Etats , quoy qu'en la
perfonne de l'autre je cultive un
efprit qui va plus loin que mes
defirs , de qui je puis dire ce que
difoit S. Auguftin de celuy de
fon Fils, qu'il me cauſe un étonnement
qui va jufqu'à la
frayeur , l'efprit , dis-je , d'une
Mars 1688. Ꮓ
266 MERCURE
Princeffe , dont les inclinations
toutes royales , animées d'un certain
air de majeſté , luy donnent
droit d'afpirer que fçais- ie ?
fans doute au choix des Couronnes
de l'Europe ; en un mot ,
quoy que ces foins éclatans me
puffent faire pretendre aux honneurs
qui refultent des belles Lettres
, je n'aurois neanmoins ja◄
mais osé demander d'eftre receu
dans vos Aſſemblées , file Vainqueur
de Cafjel n'euft daigné m'en
ouvrir la porte de la mefme main
dont il a fi glorieufement triomphé
des Ennemis de la France.
Quy, Meffieurs, c'eft Monfieur
GALANT. 267
qui a animé voftre choix , & le
comble de mon bonheur a permis
que ie luy doive la place que
vous m'accordez, afin que ie ne
poffede nul avantage , dont ie ne
luyfois redevable,
Et pourquoy me difpenferoisie
de cette loy , moy qui fuis fa
creature, tandis que l'État mefme
luy doit fon repos ? car fi ce repos
confifte dans l'amour dans
l'obeiffance des Sujets envers leur
Souverain , n'eft- ce pas luy qui
montre par fon exemple aux
Princes comme aux Peuples , le
respect , l'obeiffance, & la tendreffe
qu'ils doivent au Roy ,
Z ij
268 MERCURE
mais encore , qui en fait la
principale maxime de l'éducation
fi importante de ce Fils precieux,
qui eft fi-toft devenu le favory
de la raifon? Qui aporté plus loin
que Monfieur, && en fi peu de
temps , la bonne fortune de l'Etat
, & ce qui eft rare , la modeftie
d'un Vainqueur ? Qui de
ceux qui l'ont vú triomphant ,
l'a iamais oйy parler defes vi-
Etoires ? Tout comblé de gloire ,
tout chargé de triomphes , autant
au deffus des plus grands Princes
par l'excellence de fa Perfonne ,
que par fon augufte Naiffance ,
ne confond- il pas toutesfes quaGALANT.
169
·litez heroïques dans les deux
caracteres du plus excellent Fredu
plus fidelle Sujet qui
fut iamais ? Rare exemple certes,
digne de l'admiration des fiecles
à venir ! C'est ce fage Frere
qui apprend leur devoir à tous les
Ordres du Royaume : & ce font
ceux - cy qui l'enfeignent aprés
luy aux autres Nations de la
terre.
a
Car fans parler des droits du
Trône , l'amour & l'obeiffance
de toute la France pour la
Perfonne du Roy vont auiourd'huy
fi loin , que fes Peuples
qui le tiennent pour une seconde
Z iij
270 MERCURE
7
Divinité , eftiment que leur
amour, & leur fidelitéfont pour
eux une feconde Religion , &
qu'ils ne sçauroient manquer à
leur devoir fans commettre un
fecond facrilege,
Ah, fi le peu de temps qui eft
prefcrit à mon Difcours me permettoit
de parler amplement
de ce grand Roy , les délices de
fes Peuples , combien d'exploits
incroyables qui fe preſentent en
foule à mon efprit , entreroient
dans fon Eloge ! Le nombre furprenant
la rapidité de fes
Conqueftes , la fageffe de fes
Confeils , le bonheur de fes enGALANT.
271
a
>
treprifes , le genereux usage qu'il
fait de fes Victoires , fon autoritépar
tout fi reconnue , &fi
redoutée fes Troupes fi bien
difciplinées , leurs Chefs fi paffionnez
pourfa gloire , les vaincus
fifoumis , les vainqueurs fi
moderez , le bonheur defes Peuplesfi
envié , tant de Villes heureufes
de s'eftre renduës , tant
d'États tranquilles fous fa protection
, & ce qui le touche plus
le refte , la Religion triom
phante , l'Herefie entierement
détruite , la pieté fur le Trône ;
grand Dieu, quelle richeffe ,que lle
abondance pour un Eloge !
que
Z iiij
272 MERCURE
Je m'affure , Meffieurs , que
ses fidelles Ecrivains des prodiges
de fa vie , vos illuftres Confreres
, qui ont entre leurs mains
le précieux depost de fa gloire ,
n'en oublieront pas la moindre
circonftance , mais je doute que
la Pofterité ajoûte une foy fincere
à leurs Ecrits.
Non , elle ne croira jamais
qu'un feul Roy en
ait pu
tant accomplir ; & comme la
Fable attribue les travaux
d'Hercule à un feul Heros , quoy
que cefoient les actions de plufieurs
qui ont eu le mefme nom,
auffi ceux qui liront l'Histoire
GALANT. 273
de nos jours , ne pourront croire
qu'un feul de nos Rois ait fait
ce nombre prodigieux de merveil
les
que nous avons veuës , &
attribueront , en renversant l'ordre
des temps , à treize de nos
Monarques qui ont porté le nom
de Louis , ce qui n'appartient
qu'au Regne & à la Perfonne
de Louis le Grand
Regne glorieux, puiffes- tu durer
autant que nos defirs . Roy incomparable
, puiffiez - vous vivre
autant que vostre gloire . Heureufe
condition de nostre Langue
, de pouvoir vous loüer fans
flaterie ! Plus heureufe celle de
274 MERCURE
mos coeurs , de pouvoir vous aimerfans
moderation .
Quelle obligation ne vous ayje
pas , Meffieurs , de m'aſſocier
à vos rares ouvrages , qui tendent
tous à l'immortalité de fon
nom ? Certes je ne comprens que
trop pour mes forces le prix de
voftre bienfait , qui n'a rien
d'égal que la neceffité qu'il m'im
pofe de iuftifier votre choix ;
devoir à la verité pour moy également
difficile & indifpenfable:
car je reconnois les bornes de
mes lumieres. Mais comme tous
les Aftres quifont attachez à un
mefme Ciel n'ont pas une égale
GALANT. 275
vertu , ny la mefme fplendeur ,
ie ne prefumerayjamais que mon
peu d'érudition puiffe approcher,
de vos fublimes connoiſſances ,
trop heureux fi ne pouvant plus
dignement répondre à la grace
que me fait auiourd'huy voftre
illuftre Compagnie , il n'y a au
cun de ceux qui
ceux qui la compofent ,
qui ne foit perfuadé que ie la
reçois avec un respect & une
reconnoiffance qui dureront autant
que la
grace mefme.
M Daucourt , Chancelier
de la Compagnie , répondit
ainfi à M' l'Abbé Teftu .
276 MERCURE
MONSIEUR,
ONSIEUR ,
Vous venezfous d'heureux
aufpices reparer la perte que
nous avons faite , & qui nous
eft extrémement fenfible ; mais
plus l'Academie Françoife regrete
feu Monfieur de Mefmes,
plus elle honore fa memoire .
plus auffi elle marque la confideration
qu'elle a pour vous, en
vous recevant à la place d'une
perfonne qui luy eftoit fi chere
par toutes fortes de raifons.
Il a porté dignement dans la
Cour des Pairs la pourpre
GALANT. 277
l'hermine qu'il avoit heritée de
fes Ancestres , & ce qui doit
nous toucher davantage , il a
creu faire honneur à la Charge
de Prefident au Mortier , dy
ajoûter le nom d'Academicien,
&d'entrer dans une Compagnie
de Gens de Lettres où perfonne
n'a droit de prefider, & où il n'y
a point de place diftinguée pour
les Dignitez les plus éminènies.
Ce fentiment est une des
preuves de la folidité d'efprit
que doit avoir un homme pour
eftre digne de iuger les autres ;
car on voit
par
là que ne fe
laiſſant point ébloüir à l'èclat ex278
MERCURE
terieur , & ne faisant point asception
de perfonnes , il peut en
fuivant la feule raison preferer
le merite des Lettres aux avantages
de la fortune.
Qui nefçait auffi que ce noble
fentiment eft le caractere naturel
de toutes les belles Ames , qui
font nées pour la gloire de leur
Patrie ; & qu'au contraire un
Esprit qui méprife les Lettres
n'eft point capable d'aimer la
vertu , parce qu'il n'eft rien que
la veriu confidere tant parmy
les hommes , que cette reputa
tion immortelle que les Lettres
feules peuvent donner ?
GALANT. 279
Combien donc a efté heureuse
la naiſſance de M. de Mefmes ,
puis que cet amour des Lettres
qui a fait les plus grands hommes
dans tous les temps , a esté
en luy comme une vertu hereditaire
, comme une
&
impreffion
du fang qu'il a receu de fes
illuftres Ayeux !
Car depuis que cette Maifon
fortie d'une ancienne Nobleffe
d'Ecoffe , eutpaßé en France,
qu'elle eut commencéfous le Regne
de Louis XII. à ioindre aux
avantages de la Naiſſance l'ótude
& la connoiffance des Letires
, elle a toujours eu infqu'à
280 MERCURE
nous, des hommes celebres qu'ur
merite extraordinaire a élevez
aux premieres Magiftratures ,&
aux plus importans Emplois.
C'est une foule de Maistres des
Requeftes, de Lieutenans Civils,
de Confeillers d'Etat , de Prefidens
au Mortier , & ce qui eft
encore plus loüable , une conti
nuelle fucceßion d'Ambaſſadeurs.
On en voit qui fous les Rois
François I. Henry II.
Charles
IX. dans les temps les plus
difficiles, ont efté envoyez en Allemagne
, en Suiffe , en Eſpagne,
en Italie , à Rome . On en voit
GALANT. 281
fous le dernier Regne dans tous
les Etats du Nort. On en voit
enfuite dans la fameuse Affemblée
de Munster , où fut fait cet
important Traité dont la fageffe
du Roy tire tous les iours de fi
grands avantages . Et n'avonsnous
pas encore auiourd'huy un
Ambaffadeur de ce mefme nom ,
& quifoûtient fi dignementfon
Caractere & fa Mission auprés
des Etats de Hollande , où la
Politique est außi habile qu'en
aucun endroit du Monde ?
Vne fi bellefucceßion dans cette
Famille , n'eft pas le droit d'un
mêmefang,mais l'effet d'une mê-
A a Mars 1688.
282 MERCURE
me vertu , & principalement du
merite des Lettres , qui eft le plus
propre aux Ambafjades , & le
plus capable de traiter avec les
Etrangers , parce que les Lettres
ne font étrangeres nulle part ,
estant , pour ainfi dire , de tous
les & temps de tous les Pays .
Mais il dans la Maifon
des de Mefmes une autre fucceffion
qui en releve encore l'éclat ;
c'est la fuite continuelle de tant
de gens de Lettres qu'on y a vûs
ficceſſivement depuis le celebre
Pafferat jufqu'au celebre Voiture
, & qui tous y ont estécomme
adoptez ; car je puis nom-
༡༩
GALANT. 283
mer une espece d'adoption l'ami
tie & latendreffe avec laquelle
ils y ont efté receus . On les con
fideroit dans cette Famille comme
s'ils avoient efté du mefme
fang, parce qu'ils avoient le même
efprit:&on leuryfaifoit de fi
grands avantages , que plufu urs
ont écrit que c'eftoient des Patrides
prefens.
moines
plutoft que
Monfieur
de Mefmes
que
nous avons
perdus
eftoit le digne
heritier
de tant
d'Illuftres
&
Sçavans
Protecteurs
des Lettres
.
Il avoit
comme
eux cet efprit &
ce coeur dont la paffion
dominante
a efté de fervir
leur Prince
, &
A a ij
284 MERCURE
plus
d'aimer la vertu . C'est pourquoy
fon zele extraordinaire
pour le
Roy, n'eftant pasfatisfait de ne le
fervir que dans le Parlement de
Paris & croyant que c'estoie
lefervir encore de trop loin pour
un Sujet qui ne trouvoit rien de
fouhaitable au monde , que
de le voir & de l'approcher , il
voulut par cette raifon devenir
fon Domestique en devenant fon
Lecteur , il eut de l'ambition
pour cette Charge de Litterature,
parce qu'avec le droit de lire
devant le Roy , il y trouvoit
encore l'avantage de l'entendre,
& le plaifir de l'admirer.
GALANT. 285
Monfieurde Mefmes eftant de
ce caractere d'efprit , ne pouvoit
pas manquer d'avoir de
l'eftime pour l'Academie Françoife
; il avoit auffi toujours eu ,
avant que d'y entrer, une amitié
particuliere avec plufieurs Aca
demiciens , & leur avoit témoigné
en diverfes rencontres , qu'il
tiendroit à honneur d'eftre leur
Confrere. Un fentiment fi loüable
joint à un merite ſi univerfellement
reconnu , le fit recevoir
dans cette Compagnie , où il apporta
avec la pourpre de Prefident
, & le cordon de l'Ordre ,
Doutes les vertus de l'ancienne
286 MERCURE
fçavante Famille dont il eft
forty.Il aimoit nos exercices academiques
, & fe faifoit un plaifir
d'y venir auffifouvent que le
pouvoient permettre les preffantes
& importantes fonctions de
fa Charge. Il n'y a perſonne de
nous qui n'ait eu la joye de l'y
voir plufieurs fois , & il y a
parléfur differens fujets ,fuivant
dans l'ordre du Dictionnaire
les mots annoncent les chofes :
il y aparlé, dis -je, avec lafageffe
des plus grands Magiftrats,
la politique des plus ha'iles Ambaffadeurs
, & avec tous les autres
talens d'efprit defes illuftres
Anceftres.
que
GALANT. 287
J'ay quelque honte aprés cela,
Meffieurs , de me voir fi au deffous
des excellens Ecrivains qui
ont fait leur éloge, & honoré
leur tombeau ; mais je puis me
raffurerpar une circonftance que
je vais dire , & qui eft d'ellemefme
un Eloge fi achevé , que
La plus haute eloquence ne sçauroit
l'égaler. C'eft , Meffieurs ,
que LOUIS LE GRẤN D ,
ce Prince fi au deus de tout
ce qu'ont vú les Grecs & les
Romains , a aimé , eftimé , &
regreté feu M. de Meſmes. Il l'a
témoigné publiquement en luy
donnant fon Fils pour fon Suc288
MERCURE
ceffeur par une bonté toute royale
, & qui est la plus grande
marque d'estime que Mr de Mefmes
auroit pu fouhaiter , quoy
que prévenu par une mort trop
prompte, il ne l'aitpasfeulement
demandée. Que dire à prefent,
Meffieurs , & qui ne fait que
l'eftime d'un fi grand Prince eft
de fuprême degré d'honneur pour
un Sujet , que c'est l'Eloge lé
plus magnifique & le plus durable
que l'on puiffe faire de fon
merite , de fon zele , defa fidelité
, defesfervices ?
Pour vous, Monfieur, qui luy
·fuccedez en la place d' Academicien,
GALANT. 289
sien , vous avez un merite Acádemique
qui éblouit également
l'efprit & les yeux. C'est l'heureufe
education de deux Princeffes
les plus accomplies que l'on
puiffe voir ; l'une qui e Ducheffe
de Savoye, fait l'honneur
de la France au delà des Alpes ,
en faisant le bonheur du Prince
Jon Epoux , & des Etats qui luy
obeiffent. L'autre qui à caufe de
Sa tendre jeuneſſe , ne regne
encore fur aucun Etat , regne
déja fur tous les coeurs, & charme
tous les efprits par la beauté
naturelle du fien , par les bel
Bb Mars 1688.
29 MERCURE
connoiſſances dont vous l'avez
enrichie
les
le
Il eft impoffible d'exprimer les
fentimens extraordinaires que
l'Academie a conceus de vouspar
rapport beureux
que vous
arvez à ces royales Perfonnes ;
fil'on veut en avoir quelque
idée , il faut s'imaginer comment
les Mufes mefmes recevroient
un homme qui leur feroit prefenté
par les Graces.
le
Nous voyons auffs que
Prince qui vous a confiéces deux
belles Ames , plus précieuſes que
toutes les Couronnes, vous accor
de fipubliquement
l'honneur de
GALANT 291
fa protection & de fon eftime ,
qu'il a bien voulu en faire aſſurer
l'Academie, lors qu'elle eftoit
affemblée ; en quoy il a fait
pour vous une chose qui n'avoit
point encore efté faite pour perfonne
, & qui eft une preuve in.
faillible du merite extraordinaire
qu'il a trouvé en vous.
Et qui peut mieux juger du
merite , & mefme du merite
Academique , qu'un Prince qui
a dorné aux Lettres un des plus
beaux fujets d'Hiftoire qu'elles
ayent jamais eu , qu'un Prince
Frere unique du Roy , & qui
ayant tous les avantages defa
Bb. ij
292 MERCURE
Naiffance , & toutes les vertus
defon Sang , s'est encore acquis
l'honneur de la fameufe Victoire
de Caffel, qu'il a remportée en
combattant
luy- mefme en perfonne
, & dont il augmente chaque
jour l'éclat la gloire , par
le merite d'une fidelité inviolable
, en montrant à tous les autres
Sujets du Roy comment il
faut obeyr , aprés leur avoir
montré fi glorieufement comment
il faut combatire & vaincre ?
C'est ce mefme Prince qui a
rendu de vous , Monfieur , un
témoignage fipublic & fi avantageux,
que l'Academie en eftant
GALANT
293
toute remplie & comme inspirée ,
vouloit y répondre d'une maniere
extraordinaire , en vous nommant
d'une commune voix par
une acclamation publique , &
fans s'affujettir à la lenteur du
fcrutin , ce qui fans doute auroit
efté fait , fi quelqu'un` n'avoit
reprefenté qu'on ne devoit pas
avoir moins d'égard à vostre modeftie
, qu'à un fi grand témoignage
de vostre merite.
Nous ne doutons point, Monfieur
, que vous ne lefouteniez
avec honneur , & nous voyons
déja par la beauté de vostre difcours
, que l'Academie acquiert
Bb iij
294 MERCURE
aujourd'huy en vous un Sujet
dont elle peut contribuer beaucoup
à l'acquitter de ce qu'elle
doit à Louis le Grand , fon Augufte
Protecteur.
Noftre obligation en general
eft de former un langage qui
puiffe exprimer avec dignité la
gloire defes grandes actions ,mais
c'est ce que nous ne ferons jamais
parfaitement , quelque obliganous
ayons de le faire,
quelque foin que nous prenions
d'y réuffir. Sa gloire eft
déja trop grande pour estre exprimée
, & chaque iour elle augmente
encore par l'éclat desplus
tion
que
GALANT. 295
heroiques vertus, qui font en luy
dans un degré d'éminence où
elles n'avoient jamais efté veuës .
Je ne parle point de cette va
leur extrême qui n'a fait que des
prodiges , tant qu'elle a esté forcée
d'agir , & qui enfin a cedé
heureusement à une moderation
encore plus glorieuse , & plus
digne d'un efpritfouverain qui
est né pour rendre les hommes
beureux en leur commandant.
Dés qu'il eut refolu de donner
la paix à fes Ennemis
pour le
bien de la Chreftienté , ils furent
tous obligez de l'accepter , quelque
refolution qu'ils euffent prife
Bb iiij
296 MERCURE
de n'y point confentir ; & c'eft ce
qui fait voir en luy cette fuperiorité
de Genie , contre laquelle
les autres efprits s'emeuvent &
s'irritent inutilement ,
La Paix fut faite comme il
l'avoit refolu , & aux mesmes
conditions qu'il avoit écrites en
deux mots àfes Miniftres. En
vain l'on delibera pendant plufieurs
mois , en vain l'on chercha
tous les détours des negociations ,
il fallut enfin revenir & s'arrêter
à ce qu'il avoit écrit , comme
au dernier terme de la raifon &
de la fageffe politique .
Mais ce qu'ilya de plus adGALANT.
297
mirable dans cette Paix fi heu
reufe pour tout le monde Chreftien
c'eft de voir que fi elle
fubfifte encore auiourd'huy , c'eſt
parce que le mefme Genie qui l'a
faite , a toujours agy avec la
mefme force pour la conferver ;
& comme on verroit tomber en
confufion toute la machine de la
Nature , fi les Spheres celeftes
perdoient quelque chofe de la rapidité
de leur mouvement , on
verroit auffi tout ce grand Ouvrage
de la Paix composé de
tant de parties contraires , fe détruire
en peu de jours , fi le Roy
Laiffoit ralentir fes foins&fa
prévoyance.
298 MERCURE
Mais avec
avec quelle quelle force , arves
quelle attention
n'agit- il pas continuellement
dans le repos public
dont il est la feule caufe ?
Et n'avons-nous pas vû avec le
dernier
étonnement
, que la violence
mefme d'un mal` tres-fenfible,
& qui dura plufieurs
mois,
ne put l'empêcher
un feul jour
d'eftre prefent àfon Confeil ?
C'eft ainfi que depuis vingtfept
ans il a une application
in
fatigable
à toutes les affaires
de
fon Royaume
, de quelque
nature
qu'elles
foient , affaires d'Etat ,
de Finance
, de Commerce
, de
Police , de Juftice, & de ReliGALANT.
299
gion. C'est ainsi que par une continuelle
experience jointe au
plus heureux naturel qui fut jamais
, il a formé cette prudence
confommée qui étonnefes Minifres
en les inftruifant , & qui
a fait réuffir tous ces deffeins prodigieux
que la prudence ordinaire
n'ofoit pas feulement concevoir.
C'est ainsi que par une
longuefuite d'évenemens , il eft
enfin parvenu à celuy qui eft
couronnement de tous les autres,
le comble de la gloire pour un
Prince Chreftien.
On ne peut entendre par là
que l'extirpation de l'Herefie, ce
300 MERCURE
triomphe de toutes les vertus
royales animées par la pietés
triomphe d'autant plus glorieux
au Vainqueur , qu'il eft le falut
mefme des vaincus ; & quefans
combat & fans carnage il a ra
mené heureusement à l'Eglife
plus d'un million d'ames ,; par
un prodige auffi grand que celuy
qui tira autrefois plus de fix cens
mille hommes de la fervitude
d'Egypte. Et ne devons- nous pas
dire aujourd'huy ce qui fut dit
alors , que c'est là veritablement
le doigt de Dieu ? Ouy, c'est le
doigt de Dieu qui a conduit &
foutenu notre Augufte Prince
GALANT. 301
dans une expedition fibeureufe
&fi Chreftienne , pour laquelle
l'Hiftoire de l'Eglife le mettra
au deffus des Conftantins &
des Theodofes , comme la Renommée
pour tant d'autres actions
l'a deja mis tant de fois au deffus
des Alexandres & des Cefars.
Je ne vous dis rien de l'applaudiffement
que receurent
ces deux Difcours. Vous eftes
trop éclairée
connoiftre toutes les beautez .
Le nouvel Academicien receut
beaucoup de loüanges »
pour
n'en
pas
202 MERCURE
& l'on trouva que M² Daucour
qui a déja paru avec
gloire en plufieurs occafions ,
s'eftoit montré digne en celle-
cy d'eftre à la teſte d'une
Compagnie auffi celebre que
l'Academie Françoife . Lors
qu'il eut finy , M Doujat qui
en eft Doyen, priaM l'Abbé
de Lavau de lire pour luy
quelques Portraits qu'il a
faits en Vers des anciens Patriarches
. Il s'en acquita avec
cette grace qui ne laiffe rien
échaper de ce qu'il y a de
beau dans les ouvrages dont
il veut bien faire la lecture.
GALANT. 303
Il fit fucceder à ces Portraits
la traduction du fecond
Chapitre de la Sapience de
Salomon , faite par M' Perrault.
Elle fut extremement
applaudie , auffi-bien que
Paraphrafe en Vers de quatre
Pleaumes que leut M de
la
Benferade. Aprés cela , M
l'Abbé Tallemant l'Aiſné fit
part à la Compagnie d'un
Sonnet qu'il fit pour Monfieur
, dans le temps de la fameufe
Bataille de Caffel , &
M' le Clerc ferma la Seance
par la lecture d'une traduction
du De profundis..
304 MERCURE
9 L'Academie de Ville-franche en
Beaujolois donnera deux Médailles
d'or du Roy à ceux qui auront le
mieux réüli dans l'Eloquence &
dans la Poëfie Françoiſe . Le fujet
de la Profe eft , que les Academies
de belles Lettresfont nonfeulement
établies ponr apprendre à bien parler,
mais encore pour apprendre à bien
vivre. Le Difcours ne fera au plus
que d'une demy- heure de lecture.
Le fujet des Vers qui n'excederont
pas le nombre de cent , & qui finiront
par une courte Priere pour le
Roy , eft l'Empire de Lovis LE
GRAND fur les Mers. On ne
recevra de Pieces que jufqu'au dernier
de Juin prochain , & l'on prie
ceux qui en auront fait,de les adreffer
a Mr de Beffié , Secretaire perpetuel
de cette Academic , d'en
GALANT.
305
,
payer le port , & de n'y point mettre
de noms mais une Devife
à la gloire de Sa Majesté . Toutes
perfonnes feront bien receuës à
travailler excepté les vingt de
l'Academie , qui feront les Juges.
La diftribution de ces Prix fe fera
le 25. d'Aouft, jour de Saint Louis ,
Le 3. de ce mois , tres- haute ,
tres- puiffante, & tres- Illuftre Princeffe
, Mademoiſelle Marie de
Lorraine , Ducheffe de Guife & de
Joyeufe , Pair de France , Princeffe
de Joinville , Senechalle Hereditaire
de Champagne , mourut à
Paris dans fon Hoftel , âgée de
72. ans fix mois , dix-fept jours.
Son Corps qui n'a point efté ouvert
par l'expreffe défenſe qu'elle
en avoit faite , a efté porté à l'Eglife
des Capucines , où Madame
Mars 1688. Cc
306 MERCURE
fa Mere a efté enterrée en habit
de Religieufe . Elle a vêcu avec une
magnificence digne du Sang dont
elle fortoit. Elle faifoit du bien à
beaucoup de monde , recompenfoit
genereuſement le moindre fervice
, & faifant toutes choſes avec
grandeur , elle avoit juſqu'à fa Mufique
entretenuë. Cette Mufique
eftoit fi bonne qu'on peut dire
que celle de plufieurs grands Sou-
Verains n'en approche pas. Comme
elle eftoit la derniere de la branche
de Guife , elle a cru pouvoir difpofer
de tous fes biens , ce qu'elle
a fait
Teftament
que l'on par un
imprime , & qui pourra me donner
fujet de vous en parler longtemps.
Guife , Ville & Duché de France
en Picardie , ancien Patrimoine
GALANT. 307
des puifnez de la Maifon de Lorraine
qui l'avoit eu par Femmes ,
fut erigé en Duché en 1528. par
François I. en faveur de Claude
de Lorraine , Fils puifné de René
II. Claude laiffa entre autres Fils
d'Antoinette de Bourbon , François
Duc de Guife , Charles Cardinal ,
Claude Duc d'Aumale , Louis Cardinal
, François Grand Prieur de
France , & René , Marquis d'Elbeuf.
François Duc de Guife , épouſa
Anne d'Eft , & il en eut
Catherine Femme de Lois de
Bourbon , Duc de Montpenfier
& fix Fils , fçavoir Henry Duc de
Guife , Charles Duc de Mayenne
, Louis Cardinal , Antoine ,
François & Maximilien morts jeunes.
Il fut tué en 1553. au Siege
d'Orleans. Henry fon aifné eut
Ccij
308 MERCURE
fept Fils & fept Filles de Catherine
de Cleves. Les Fils furent Charles
Duc de Guife , Louis Cardinal ,
Claude Duc de Chevreuſe , François
Alexandre Paris Pofthume ,
Chevalier de Malthe , qui fut
tué par accident au Chateau de
Baux en Provence , l'an 1614. Les
trois autres moururent jeunes , auffibien
que quatre Filles. Loüife-
Marguerite époufa François, Prince
de Conty , & Renée & Jeanne
furent Abbeffes , l'une de Saint
Pierre de Rheims , & l'autre de
Jouare . Charles Duc de Guife ,
Fils de Henry I. époufa en 161L
Henriette - Catherine , Ducheffe de
Joyeuse , Comteffe de Bouchage ,
Fille unique d'Henry de Joyeuſe
Comte de Bouchage , Marefchal
de France , & de Catherine de la
GALANT. 309
Vallette , & Veuve de Henry
Duc de Montpenfier , & il en eut
François , Prince de Joinville mort
en 1639. Henry H. Duc de Guife
mort en 1664. Charles- Louis mort
à Florence en 1637. Loüis Duc de
Joycufe , Roger , Chevalier de
Malthe , mort en 1653. Marie appellée
Mademoiſelle de Guife qui
vient de mourir , & Françoife ,
Abbeffe , de Saint Pierre de Rheims,
& puis de Montmartre , morte depuis
quelques années. Louis de
Lorraine , Duc de Joyeuſe , mourut
à Paris d'une bleffere receuë
prés d'Arras , & Louis Jofeph Duc
de Joyeuse fon Fils né en 1650.
eftant devenu Duc de Guiſe , par
la mort de Henry II. fon Oncle ,
époufa en 1667. Elifabeth d'Orleans
, Fille puifnée de Gafton de
.
310 MERCURE
France , Duc d'Orleans, & de Marguerite
de Lorraine . Il mourut de
la petite verole en 1671. & laiffa
François- Jofeph de Lorraine , Duc
de Guife , d'Alençon , &c. né en
1670. & mort en 1675 .
Les nouvelles d'Espagne nous
ont appris la mort de Meffire Ifaac
de Pas , Marquis de Feuquieres ,
Confeiller d'Etat ordinaire , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur de la Ville &
Citadelle de Verdun , & Ambaſfadeur
Extraordinaire vers le Roy
Catholique , arrivée à Madrid le 6.
de ce mois . Il fut nommé à cette
Ambaffade en 1685. aprés avoir
efté Envoyé de Sa Majeſté en diverfes
Cours d'Allemagne , & Ambaffadeur
Extraordinaire en Suede
pendant dix ans . Il eſt mort dans
GALANT. 311
fa 70. année. C'eftoit un homme
doux , tres- habile dans les negociations
, & fort eftimé de ceux
avec qui il avoit à traiter. Il eftoit
Fils de Manaffé de Pas , Marquis
de Feuquieres , qui en 1639. fut
bleffé , & pris à la Bataille de
Thionville en Commandant l'Armée
du Roy , & mourut de fes
bleffires , & d'Anne Arnauld de
Corbeville. Il a laiffé plufieurs fils
d'une Soeur de feu Mr le Duc de
Roquelaure. Si-toft qu'on eût la
nouvelle de fa mort , le Ray donna
le Gouvernement de la Ville &
Citadelle de Verdun à Mr le Marquis
de seuquieres fon fils ainé, &
la promptitude avec laquelle fa
Majefté luy a fait ce prefent, eft une
marque de l'eftime dont Elle Homore.
Elle a nommé M. le Comte
"
312 MERCURE
·
de Rebenac , fon fecond fils, pour
remplir fa place à l'Ambañade
d'Espagne. Il eftoit à la Cour de
P'Electeur de Brandebourg , en
qualité d Envoyé Extraordinaire.
Ce Comte a pris le nom de Rebenac
, par ce que fa Femme qui eſt
Comtefle Allemande & tres riche,
ne l'à épousé qu'à cette condition.
Il y a un autre Frere qui a un Regiment
, un Abbé qui ſe diſtingue
par fon efprit , un Capitaine de
Vaiffeau , & un Officier aux Gardes.
Feu Mr le Marquis de Feuquieres
efteit veuf. Les Seigneurs
& Comtes de Pas , Marquis de
Feuquieres , prennent leur origine
de Gilles Troillart de Fas , qui vivoit
en 1270. De ce Gilles vint
Hugues de Pas , Pere de Jean de
Pas , qui eut pour fils Jean de Pas ,
Seigneur
GALANT. 313
Seigneut de Fulceres , dit depuis
Feuquieres. Jean de Pas fut Pere de
Vuiards de Pas , Seigneur de Feuquieres
, qui de Catherine Bacoüel
eut un autre Jean de Pas ,
Pere de Charles de Pas , Seigneur
de Feuquieres. Celuy cy époufa
Jeanne de Sains, & il en eut Marie
de Pas , Femme de Guillaume de
Lignes , Seigneur de Hem en Hainault
, dont font iffus les Seigneurs.
de Mortagne fur l'Efcaut ; Antoine
de Pas , Seigneur de Feuquieres ,
Philippes de Pas , Seigneur de
Marchel le-Cave, Maiftre d'Hoſtel
ordinaire de Louis XII. & Gouverneur
du Fort de Beauquefne.
Ce dernier eut trois Filles d'Antoinette
du Bois , fçavoir Barbe de
Pas , Dame de Marchel , qui en
premieres Noces épousa Nicolas
Mars 1688. Dd
314 MERCURE
d'Hangeft , Seigneur de Court- Dimanche
, & en fecondes Oudart de
Renty , Seigneur de Quilan ; Françoiſe
de Pas , Dame de la Neuville-
Fontaine , & Antoinette de Pas ,
Femme de Claude , Seigneur des
Affes , Confeiller au Parlement de
Paris.
Sur la fin du Carnaval Me
l'Abbé de Fourcy, fils de Mi le
Prefident de Fourcy, Prevost des
Marchands, dont je vous ay parlé
en plufieurs occaſions , fouftint
une Thefe avec l'applaudiffement
d'une nombreuſe Affemblée , qui
fut extrémement fatisfaite de la
maniere dont il refpondit. Mr le
Chancelier dont il a l'honneur
d'eftre petit Fils , s'y trouva , accompagné
de quantité de perfonnes
diftinguées. L'ouverture de
GALANT.
315
eette action fut faite par le jeune
Mr de Morangis qui s'en acquita avec
beaucoup de grace, & qui remplit
fort avantageufement les efperances
que le nom qu'il porte a fait
concevoir. Il eft Fils de Mr de
Morangis , qui eft mort Intendant
de Caen , & Neveu de Mr de
Barillon , Ambaffadeur pour fa
Majefté en Angleterre . Vous fçavez
que Madame de Morangis eft
fille de Mr le Chancelier.
Le Roy, dont le zele pour ce
qui regarde la Religion , ne peut,
eftre affez loué , s'appliquant toûjours
à faire choix des plus habiles
hommes de fon Royaume pour lés
envoyer porter les lumieres de la
Foy dans les Diocefes , où il y a
un p'us grand nombré de Nouveaux
Convertis , a donné encore
D dij
316 MERCURE
depuis peu fes ordres à M. l'Abbé Mr
de Gourgas Chanoine de la Cathedrale
de Beziers , fur la priere de
Mr l'Evefque de Metz , pour aller
prefcher le Careſme dans fon
Eglife Cathedrale , & comme il a
un talent particulier & un grand
fond de Doctrine , pour tout ce
qui peut fervir d'éclairciffement
à
la pureté de l'Evangile , ce qui a
paru par quantité de Sermons qu'il
a faits icy avec beaucoup de fuccés ,
on ne doute point qu'il ne faffe un
fruit tres confiderable au lieu où il
eſt preſentement
.
Le Lundy 22. de ce mois Mr
les Prevoft des Marchands , Efchevins
& Officiers de la Ville s'eftant
rendus en l'Eglife Metropolitaine
reveftus de leurs Robes de Ceremonie
, le Clergé de cette Eglife
GALANT. 317
alla fuivant la Couftume, pour la
Reduction de l'aris , à l'obeiffance
du Roy Henry IV . en Proceffion
aux Auguftins du Grand Convent,
où Mr le Duc de Gefvres , Gouverneur
de cette Ville , fe trouva avec
les Compagnies fuperieures. La
Meffe y fut celebrée par Mr l'Abbé
de la Mothe Archidiacre , en l'abfence
de M l'Archevefque , &
chantée par la Mufique de Noftre-
Dame où ſe rendirent ce jour - là ,
toutes les Proceffions des Paroiffes
de Paris , ainfi que les quatre Mandians
qui affifterent
à la Proceffion
Generale qu'on fit aux grands
Auguftins.
J'ay à vous parler de trois opera.
L'un fut reprefenté aux Iefuites
le 28. du mois paffé . Comme cela
pourra vous ſurprendre , je m'ex-
Dd iij
318 MERCURE
plique Le College de Louis le
Grand eftant remp y de Penfionnaires
de la premiere qualité , &
qui n'en fortent que pour poffeder
es premieres Dignitez de l'Eftat ,
dans l'Eglife , dans l'Epée & dans
la Robe , il eft neceffaire que cette
jeuneffe s'accoutume à prendre la
hardieffe & le bon air qui font neceffaires
pour parler en public.
C'eft dans cette veuë que les lefuites
fe donnent la peine de l'exercer
en faifant reprefenter deux Tragedies
tous les ans. Ils donnent l'u
ne fur la fin de chaque Efté , un
peu avant que les Vacances commencent
, & elle eft reprefentée
dans la court du College , parce
que la faifon eft encore belle. Celle
qui parbift fur les derniers jours du
Carnaval , fe reprefente dans une
GALANT. 319
&
des Claffes , par les Ecoliers de la
Seconde. Ces Tragedies n'eftoient
autrefois mêlées que de Balets, parce
que la danfe eft fort neceflaire
pour donner de la bonne grace,
rendre le corps agile ; mais depuis
que la Mufique eft en regne , on a
trouvé à propos d'y en mêler , afin
de rendre ces divertiffemens complets.
On a encore plus fait cette
année , & outre la Tragedie de
Saul qui a efté reprefeutée en Vers
Latins , il y en avoit une en Vers
François , intitulée David & Ionathas
, & comme ces Vers ont efté
mis en Muſique , c'eſt avec raifon
qu'on a donné le nom d'Opera à
cet Ouvrage. On ne peut recevoir
de plus grands applaudiffemens
qu'il en a eu , foit dans les Repetitions
, foit dans , la Reprefentation.
Dd iiij
320 MERCURE
Auffi la Mufique eftoit- elle de Mr
Charpentier , dont les Ouvrages
cnt toûjours eu un tres-grand fuc
cés. La Comedie de Circé , &
celles du Malade imaginaire , &
de L'Inconnu, dont il a fait la Mufique,
ainfi que de plufieus autres,
en font foy. On peut dire que fi
ce qu'il a fait dans ces Ouvrages a
Trouvé tant d'Approbateurs , ils auroient
encore plû davantage . sil
avoit eu de plus belles voix & en
plus grand nombre pour les execu
ter. Il a long-temps travaillé pour
la Mufique de Monfeigneur le
Dauphin , lors que ce Prince avoit
tous les jours une Meffe particuliere
, fes exercices l'empefchant de
fe trouver à celle du Roy. Les récompenfés
qu'il en receuës marquent
la fatisfaction qu'on en avoit.
GALANT. 321
Il a long-temps demeuré à l'Hoftel
de Guife , & a fait des chofes
pour la Mufique de Mademoiſelle
de Guife qui ont efté beaucoup eftimàes
des plus habiles Connoif
feurs. Il compofe parfaitement bien
en Italien , & les Vers Italiens qui
font dans les Pieces que je viens de
vous nommer , en font une preu
ve. Aufſfi a- t- il appris la Mufique à
Rome fous le Chariffimi , qui eftoit
le Maiftre de Mufique d'Italie le
plus eftimé , & fous qui feu M. de
Lully a auffi étudié ce bel Art.
Les Vers de cet Opera de M.Charpentier
, font de la compofition du
Pere Chamillard , & imprimez
dans le livre qui fut diftribué le
jour de la reprefentation de cet
Ouvrage. Il ne faut que les lire
pour connoistre que ce Pere n'en322
MERCURE
tend pas moins la delicateffe de la
Pocfie Françoife , que de la Latine.
Le fecond Opera dont il faut
que je vous parle , n'eft pas nouveau
, puis que c'eſt celuy de Phaëton.
le vous ay déja dit que c'eftoit
le premier qu'on devoit repre.
fenter à Lyon, où l'on a étably une
Academie d'Opera. Il a efté joüé
pendant tout le Carnaval avec un
fuccés fi extraordinaire
, qu'on l'eft
venu voir de quarante lieuës à la
ronde. Les décorations
, les voix
les danfes , les habits, tout a réponpondu
à la beauté de la Mufique
, & on a beaucoup d'obligation
à ceux qui pour la gloire de
leur Patrie ont bien voulu hazarder
cette depenfe .. Cet établiſſement
paroift fi folide . qu'il n'y a point
à douter qu'il ne fubfifte toûjours;
GALANT. 323
& comme tout ce qui fe fait dans
le Royaume furpaffe tout ce qu'on
peut voir de beau , en quelque licu
du monde que ce foit , les Etrangers
qui y entreront du cofté de
Lion , feront furpris , & pourront
juger par ce magnifique fpectacle,
de la grandeur de la France. Le
Public ayant demandé l'Opera de
Bellerophon à ceux qui ont fait cet
établiffement , ils y font travailler
avec autant d'empreffement que
de dépenfe , pour le donner incontinent
aprés les Festes de Pafques.
L'on aflure qu'il y aura encore plus
de magnificence dans cet Opera ,
que dins Phaeton.
Je paffe au troifiéme Opera qu'on
téprefente icy depuis quelques
jours. Il eft en trois Actes , & intitulé
Flore & Zephire . Les paroles
324 MERCURE
font de M. du Boulay , Secretaire
de M. le Grand Prieur , & il a eſté
mis en Mufique par deux des Fiils
de feu M. de Lully. Cet Opera où
les Enfans de cet excellent homme
ont travaillé , a esté repreſenté
jour pour jour au bout de l'année
de fon decés. Le Prologue & le
premier Acte , ont efté mis en
Mufique par M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique du
Roy, & M. de Lully l'Aifné a fait
la Mufique du fecond A&te , & du
troifiéme à la referve du divertif
fement , & de la Scene qui le precede
, qui font encore de M. de
Lully le Cadet. Comme le fuccés
d'un Ouvrage fait ſon éloge , je ne
vous dis tien de cet Opera.
Vous me demandez ce qu'on
penfe icy de l'Hiſtoire du Mary
GALANT. 325
Ialoux que je vous ay envoyée.
Ce Livre a furpris beaucoup de
gens ; à peine ceux qui fçavent un
peu le monde en ont -ils lû quelques
pages , qu'ils croyent en avoir
découvert le miftere , mais enfuite
ils le trouvent plus difficile à développer.
Il eft vray que ce qu'on
y lit d'abord a de l'air de mille
chofes qui fe font paffées depuis
quelque temps , & qui ont fait affez
de bruit pour n'eftre pas igno,
rées ; mais pour peu qu'on avance
dans la lecture de cet Ouvrage , la
fuite détruit les idées qu'on avoit
priſes , & on trouve une diverfité
qui attache , & des caracteres touchez
d'une maniere qui plaift. On
entre enfuite dans l'Hiftoire du
Mary Jaloux , qui eſt toute remplie
d'incidents dont les plus
226 MERCURE
ferieux difent qu'ils ne le peuvent
empefcher de rire. On convient
enfin que ce Livre eft naturellement
, & purement écrit , qu'il eft
bien conduit , que la lecture en eft
agreable, & ceux mefmes qui n'approuvent
rien , ou peu de chofe ,
demeurent d'acord , que quand on
l'a commencée , il eft mal - aifé de
la quitter. Voilà fincerement ce
que penfe le public diftingué . La
Perfonne à qui nous le devons m'étant
inconnuë , nul panchant ne me
fait parler ainfi que l'amour que
j'ay pour la verité. C'eft Madame
Gilot qui nous a déja donné l'Ariofte
Moderne , & plufieurs autres
Ouvrages qu'on y a toûjours leus
avec plaifir. Cependant je ne fçaurois
m'empefcher de faire icy une
reflexion , qui eft , que nous ne
GALANT. 327
voyons rien partir de la plume d'une
perfonne de voſtre fexe , où il
n'y ait plus de bon que de mauvais,
tant il eft vray que lors qu'une
Femme s'eft mife une foisau deffus
de certaines bornes , où l'on veut
que l'efprit du fexe foit renfermé ,
ce qu'elle en fait voir éclate beaucoup
audeffus de celuy des hommes
, qui entreprennent des chofes
de la mefme nature .
On vous a dit vray , Madame.
Le Pere Meneftrier a fait un Livre
de la Chevalerie ancienne & mo
derne , avec la mauiere d'en faire les
preuves pour tous les Ordres de Chevalerie.
On y voit ce que c'eft.
que Chevalerie , & quels font les
privileges attachez à la dignité de
Chevalier, ce que c'estoit anciennement
que fe faire armer Cheva❤
228 MERCURE
lier , ce que c'eftoit que les Chevaliers
Bonnerets , Chevaliers fer-
Heraults & pourſuivants vants ,
d'Armes , Chevaliers de la Table
Ronde , Chevaliers és Loix , Confrairie
de Gentilshommes Chevaliers
, les fermens de Chevalerie ,
les ceremonies Ecclefiaftiques pour
armer les Chevaliers , les Religions
Militaires , ce que c'eſt que
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
, communement dit de Malthe,
les preuves de Nobleffe qu'il faut
faire poury eftre admis , les ufages
des diveries Langues pour les preuves
de Nobleffe , les preuves de
Nobleffe pour les Chevaliers des
Langues de Caftille & d'Arragon ,
celles qui fe font en Allemagne
pour les Chevaliers de Saint Jean
de Jerufalem , ainfi que celles qui
GALANT. 329
fe font en France pour eftre receu
Chevalier du mefme Ordre. Ceux
de vos Amis qui auront befoin de
ce Livre , le trouveront chez le
S Guerout Libraire , Court-neuve
du Palais , qui commence à débiter
´un autre Livre nouveau , intitulé
le Secretaire Turc. Il contient la maniere
de faire entendre tout ce que
l'on veut fignifier , par le moyen
des Selams. C'eft un art d'écrire
fans papier ny encre . Il y a un Catalogue
des chofes qu'on peut fouhaiter
d'exprimer dans un commerce
de correfpondance , avec un
Dictionnaire de ce qui a rapport à
ce Catalogue . Cela eft d'un grand
ufage en Turquie , où l'on a fort
rarement la facilité de fe voir &
de fe parler. L'Autheur raconte
une Hiftoire qui s'eft paffée à Con-
Mars 1688. Ee
235 MERCURE
ftantinople pendant le féjour qu'il
y a fait , & les Selaras y ont part.
A ajoûte à cela quantité de chofes
tres curieuſes , touchant le Serrail
qui ne nous eftoient encore qu'im-
-parfaitement connues . On peut l'en
croire , puis qu'il les a particulierement
obfervées , ayant efté fort
long temps Secretaire d'un Ambaffadeur
de France à la Porte.
C'eft Mr du Vignau qui nous a
donné depuis fix mois un Ouvrage
fort eftimé , fous le titre de Etat de
la Puiffance Ottomane , avec les caufes
defon accroiffement , & celles de
fa décadence . Le St Guerout vend
aufli ce Livre.
Je vous envoyeray dans fort peu
de temps la feconde partie des Dialogues
Satyriques & Moraux. L'impreffion
en a efté retardée de
GALANT. 331
quinze jours . Selon ce que l'on m'a
dit du Dialogue particulier que je
vous ay fait attendre , vous en ferez
fatisfaite , & vous le lirez avec
beaucoup de plaifir . On m'a domandé
le fecret fur la matiere ,, &
cela m'oblige à le garder.
La premiere des deux Enigmes
du dernier mois. a efté expliquéo
dans fon vray ſens fur la Question
par Meffieurs de Voulges, Barbier,
Junot , du Clos , de la Rue Sainte
Avoye ; A Pierre Boiftel de Saint
Romain les Paloifeau ; & I. A.
Boiftel de Vvilbon , Le Tailleur
du Ponteau de Mer, Guerin Cha-`
noine de Noftre-Dame deMantes,
L'Epiny Buret , Mefdemoiſelles
de Voulges , Brouard & Boudin de
la rue Saint Denis , Nannon Gloquer
du Ponteaudemer , & Cato
Ee ij
332 MERCURE
Blanchard de Chartres, Les Ieunes
Epoux de la rue du Mouton : le
nouvel Oedipe de Poitiers , Les
deux gros Dodus de la porte de
Beauvais d'Amiens , Le Voifin du
Claque main de la porte de Paris,
Le plus petit des Pages du Roy de
la rue des deux Ecus , Le Clerc de
la rue Saint Lacques , Le Chevalier
de Montboufy , Le Fidelle
Amant de la petite Chirurgienne
Privilegiée de l'Vniverfité : Bouchet
Ancien Curé de Nogent-le-
Roy de Boisferru : de Belleville
Capitaine des coftes de Saint Briac,
Gouverneur de l'Ile Agot proche
S. Malo la Croix-Henry Senechal
de la Comté de Pont-Briant
en Bretagne ; du Rocher Curé de
S. Briac de la mefme Province : le
Recteur de Ploubalay , & les trois
GALANT. 333
Amis de la Ville de Pleurtuit : la
jeune Epouſe du Provenfal de la
ruë des Prouvaires , la plus Brillante
du quartier de la Place Maubert
, la belle Niéce du Curé de
Preaux & fa bonne Amie , la
Malade Imaginaire de Chartres, la
belle Janneton de l'Echelle du
Temple
La feconde avoit efté faite fur
le Drap rayé , par M. Diereville ,
& ceux qui en ont trouvé le fens,
font Mrs Michon de la ruë des
Lombards : Jacques Regnier : le
Sous maistre des Penfionnaires de
l'aimable Lifette : l'Amant de la
aimable Manon de la perte
S. Martin le gros Blanc- bois de
la rue neuve S. Auguftin : l'Amant
de la belle Julie : le fameux Ianot
de la rue des Lombards : V. Matrop
:
334 MER CURE
choud Directeur de l'Academie du
galant Coufinage , & Viron , ou
le Rivalbon Amy du chariot d'or :
l'ingenieux Amoureux de la Place
Maubert : Valet d'auprés les Carmes:
le Petit bon homme de Chartres
: le méchant Clerc de la ruë
des Noyers , & les Clercs proche
le petit Panier de la mefme rue :
Mefdemoiselles Michon de la ruë .
des Lombards de
Marmagne ;
Darbonville ; leur aimable Beauge :
l'aimable Treforiere de France de
la rue Calandre : l'aimable Javote
de S. Jean de la ruë S. Denis : la
Blondine foeur du plus petit des
Pages du Roy : la petite Gouver
nante : la belle Compiegnoife : la
belle Iambe de Mante : la Bienengendrée
de la rue des Lombards:
la plus aimable Fille de la rue dur
GALANT. 335
Iour proche S. Euftache , & les
deux Soeurs du Port S. Landry.
Toutes les deux ont efté expliquées
dans leur vray fens par Mrs
Digeon de la Fontaine des Blancsmanteaux
Folope de Caudebec :
le Roy le Fils du Griffon d'or de la
ruë S.Antoine : des Brieres de la rue
aux Fers : des Anges de Morlaix :
la Cofte Marchand de la rue Saint
Denis : Coeffé du Chateau du
Loir: Freret de la Pepiniere, Ecuyer
Fourier ordinaire des logis du Roy.
& Gendarme de Sa Majefté : Mefdemoiſelles
Boudon de Tours , Allemande
da Pays de Madame la
Dauphine Roze de Morlaix ; le
Pere aux filles de la rue neuve des
petits Champs : l'Amant de l'aimable
Marie fur le Quay Malaqueft: le
Chevalier & la Belle au racommo336
MERCURE
dement continuel de la rue de
Touraine au Marais : l'Abbé galant
& mifterieux de la Place Royale
l'Habitant de la maiſon fans Soleil
du Cloiftre S. Iacques de la Boucherie
: le Roy de Brie-Comte-
Robert , à l'Anagramme , Tu merites
ma graces : le Noiraut indifcret
aux filles incconnu : l'Amant
infortuné par l'abfence de fon aimable
Georgette de S. Malo ; le
Pere aux deux Iumeaux Firmini
que
de Gefvres : la Tefte noire de
POratoire le Mouton de Berry
de la rue des Prouvaires : le bon
Amy des Mufes . le grand Mangeur
d'Elephans : Elcazar optant nom
acquerir l'Inconftant de l'inconftante
Manon : le Critique de Verfaille
Guerin Dannonay : le Prodige
inconnu de l'Ifle Noftre-Da-
:
me :
GALANT. 337
me : le Confeiller du Roy du bas
étage de la rue du мoutun : le Prevoft
de Gifors & fa chere moitié :
-le Procureur à la Romaine : Bri-
-fe-miche de Rival inconnu de
l'Harlequins Protée de Doullans ;
Seguin C. de Normandie , le Voifin
de la fiere Brune de la Porte de
Paris , l'Homme armé de la rue
des Blancs manteaux : Beauregard;
du Troulleau , Mayeux ; le Directeur
du Palais de Bacchus de la
rue de l'Arbre- fec ; le Chevalier
du Caſtor de la rue S. Iacques; les
Intereffez au Betel de Siam ; les
Mafques fans mafques ; les Ecalliers
du gand Batteau ; les Amoureux
en apparence , les Voyageurs
fans fortir de Paris ; l'aimable Hippolite
de Courtonne; la Brune aux
Airs panchez de la rue Baillet ; l'ai-
Mars 1688. Ff
238 MERCURE
mable Marione de la rue de Poitou;
l'aimable Brune & la belle Blonde
de l'Academie de Befançon de la
rue de la Harpe ; la charmante Solitaire
de la grange ; la belle & l'aimable
Clarice de la vieille rue du
Temple , l'indifferente Angelique
de la rue des Lombards ; Fignotte
de la femme du Concierge ; Penelope
, & la grande Anachotete dè
Verfailles : la Veuve fans pareille
de la rue Boudebrie , Margot Mi'
che-brife : la belle Brune , & fon
frere Tircis de Villefranche en
Beaujollois : la Mufe naiffante da
la rue des Prouvaires : les Voifines
Marpelly & Capelet de Caudebec:
la jeune Manon de l'Arfenal ; la
Tremobin de Bretagne P. P. l'aimable
de la rue Saint Louis du
Marais.
GALANT.
339
t
La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous envoye eſt
de Mr Adam .
SS22222222-5S25ESS
ENIGME.
Es Plantes que l'on trouve
en cent climats divers
DE
Le fuis la plus commune & la plus
neceffaire ,
On ne voit point de Peuple en ce
vafte Vnivers
Qui de me conferver nefe faffe une
affaire [ Hyvers ,
Ie crains avec raifon la rigueur des
Le me cache avecfoin dans un temps.
fi contraire,
Et j'attens les beaux jours où les
Arbres font verds.
Ff ij
340 MERCURE
Pour faire des Tardins mon ſéjour
ordinaire.
Au moment que je nais je fais
grande d'un pied ,
Le crois affez long-temps , mais telle
eft ma nature ,
Que quand mefme je fuis plus
grande de moitié
Vn pied de ma grandeur fait toùjours
la mesure
Les autres arbriffeaux fe parant de
leurs fleurs
Etalent à nos yeux mille aimables
couleurs ;
Mais quoy queje nefois ng belle ny
feconde
( du monde.
Le portefansfleurir leplus beaufruiz
Eftant de lagrandeur l'appuy le plus
certain ,
Sur moy , quoy que je fois en effes.
pen de chofe ,
GALANT. 341
Comme fur un Atlas le monde fe
repoſe,
Et c'est moy qui foutiens les droits.
du Genre humain.
Fe fuis utile aux Rois que le fafte
environne, ( Couronne,
Ie leur aide à porter l faix de leur
Et fi quelqu'un pouvait m'ofter au
Grand Seigneur
on verrait à l'inſtant décroiſtre ſa
grandeur.

D'un mefme enfantement nous
naiffons deux Iumelles
Qu'on ne peutfeparerfans des douleurs
cruelles;
Quand on nous voit en l'air , le
prefage eft fafcheux ,
Celuy d'une Comete eft bien moins
dangereux.
• Yous , qu'un peu de plaifir excite
à me connoistre ,
Ff iij
342 MERCURE
Lecteur,je ne fuis pas à fixpieds de
vosyeux,
Mais comme c'eft le foir qu'on me
découvre mieux ,
Attendez jufque-là , vous me verrez
peut eftre.
AUTRE ENIGME.
E fuis flexible à tout
d'une matiere ,
& fait
Rude , commune , & fort groffiere.
Je n'aypoint naturellement
Ny de beauté ny d'agrément ,
Mais lors
que
la main d'une Belle
( leur ,
Par diverfes couleurs qui couvrent
ma pâleur
Dérobe aux yeux ma premiere cou-
En cet eftatfouventje pare fa ruelle.
Celle qui m'a caché prend plaifir à
me voir.
GALANT. 343
Elle me montre, & fait fçavoir
Ce que je dois à fon adresse ,
I'occupe auffi-bien la Princeffe
Que la Fille du plus bas rang.
Il femble en cet employ qu'on me
perce le flanc ,
Et ce qui doit furprendre & quifans
doute eft rare ,
C'est que je fuis d'abord de genre
mafculin
Et qu'aprés je deviens de genre feminin
,
Vit-on jamais changement plus
bizarre ?
Ce fecond Air dont vous allez
lire les paroles eft de M. l'Abbé ,
Maiftre à Chanter à Roijen , dont
vous connoiffez le genie par plufieurs
Airs que je vous ay deja envoyez
de luy.
Ff iiij
344 MERCURE
AIR NOUVEAU.
LAßé des rigueurs de Climene
,
l'avois voulu gouſter les douceurs de
Bachus;
Mais je m'apperçois quefon jus
Ne me caufe pas moins de peine.
Quand j'en bois trop dans un
repas
Il me renverse la cervelle ,
Le vois tout trouble , je chancelle,
La terre tremble fous mes pas ,
Ah , qu'en vuidant les pots , les
verres, & les plats
Bacchus me vange mal d'une Beauté
cruelle !
Les nouveaux Catholiques font
en fi grand nombre dans la Ville
de Chaſtellerault , que les Eglifes
GALANT. 345
paroiffiales n'eftant point affez fpacicufes
pour les contenir , le Roy
qui n'épargne rien pour ce qui peut
contribuer à l'avantage de la Religion,
en a fait conftruire une nouvelle
qui fut benite le 20. de ce
mois. La ceremonie s'en fit par
M. l'Evefque de Treguier nommé
à l'Eveſché de Poitiers. Les nouveaux
Convertis qui s'y trouverent
en foule , furent fort édifiez du
zele de ce Prelat , dont l'exemple
& la doctrine les fortifient dans la
croyance des veritez Catholiques.
'M. Foucault , Intendant de la Generalité,
affifta à cette Ceremonic .
Son application toûjours active
pour le fervice du Roy , m'a déja
donné fujet de vous en parler en
plufieurs occafions. On ne peut
rien ajoûter aux foins qu'il fe donne
346 MERCURE!
pour empefcher qu'il ne fe commette
rien de contraire aux Edits
& aux Declarations de Sa Majesté.
J'ay cru , Madame, que l'Extrait
de Sermon que je vous envoyay
le mois dernier , feroit du bruit ,
& en mefme temps beaucoup de
plaifir à ceux à qui vous feriez lire
ma Lettre. Les raiſonnemens que
vous me mandez que cet Article a
fait faire , me paroiffent juftes , &
on en a fait icy de pareils. Je voudrois
bien avoir tous les mois de
pareils Ouvrages à vous envoyer ,
mais ils font rares , ainfi que les
conjonctures qui l'ont fait naiftre.
Si ma Lettre ne fe trouvoit affez
remplie, & que le temps de la finir
ne me preffaft pas, je vous ferois part
encore de beaucoup de chofes que
je referve pour le mois prochain,
GALANT. 247
parmy leſquelles il s'en trouve dont
les Curieux de Medailles feront
fatisfaits. Je fuis voſtre , &c.´
A Paris ce 31. Mars 1688.
LE LIBRAIRE AV LECTEVR..
I
E donne avis que le Mercure
aura le mois prochain deux parties.
La feconde fera l'Hiftoire des
Troubles nouvellement arrïvez
dans l'Empire Othoman , & tout
ce qui s'eft passé de plus fecret à la
Porte pour dépoffeder Mahomet
IV. & pour élever Solyman fon
frere fur le Trône. Cet Ouvrage fera
purement historique, & contiendra
des Faits dont aucune Nouvelle publique
n'a parlé, & qui font mefme
encore inconnus , les Relations de
Conftantinople qui enparlent n'ayant
point efté veues. I'avertis le Lecteur
que je ne Separeray point ces deux
Volumes , & je fuis perfuadé que
je fais plaifir anx Curieux de la
Campagne , qui fe plaignent fouvent
que leurs Amis qu'ils ont prié
de leur envoyer le Mercure , ne leur
envoyent pas les fecondes Parties ,
quifont toujours fur des évenemens
importans , & qui ne peuvent aller
tout au plus qu'à quatre l'année.
25555252 255252255
TABLE.
PeTriomphe du Roy fur la Religion
Proteftante Difcours. 2
TABLE.
Suite des divertiffemens du Carnaval. 25
Réponse à l'Ecrtt Italien enforme de réponſe
à la Proteftation de M. de Lavardin
, elle eft icy articlepar article,
& l'alien eft meflé avec le François.
33
169 Epiftre en Vers.
Article tres curieux de tout ce qui fe
paffe à Rome oux Ceremonies funebres
des Cardinaux.
Morts.
176
201
Epitalame pour le Maringe de M. le
Prefident le Pelletier.
210
Survivance de la Charge de Capitaine
des Cent Suiffes donnée à M. le Mar
quis de Courtenvaux.. 217
Action publique de M. l'Abbé de Louvois.
229
Nouvelle découverte dans la Medecine.
230
237 Réjouiffances faites à Mets.
Baptefme des deux Princes deMacaffar.
avec plufieurs particularite_contenant
l'histoire de ces deux Princes.
Nouvelle Hiftoire de Siam.
239
248
TABLE.
249.
Tout ce qui s'efl paffe à l'Academie
Françoife le jour de la Reception de
M. l'Abbé Teftu , avec les Difcours
qui y ont efté prononcez.
Medailles d'or du Roy , propofées pour
prix de l'Eloquence & de la Poëfie
Françoife par l'Academie de Villefranche.
Mort de Mademoiſelle de Guife. 305
Mort de M. le Marquis de Feuquieres.
304
310
These foutenueparM. l'Abbé de Fourcy?
314
Zele du Roy pour l'inftruction des nouveaux
Convertis . 315
Proceffion pour la Reduction de Paris.
316
Opera reprefenté au College de Louis le
Grand.
Opera de Lyon.
317-
322
Flore & Zephire . Opera. 323
Mary Faloux.
324
Livres nouveaux.
Noms de ceux qui ont deviné les Enig-
327-
236S. 331
TABLE.
Enigmes
Eglife benite à Chaftellerault.
Fin de la Table.
339
343
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout
,
Palais.
Court-neuve du
Le
Secretaire Turc
E Mary Laloux 1. 1. ro. f.
1. 1. 10. f.
la Puiffance
L'Estat prefent de
Othomane , avec les Caufes de fon
Accroiffement , & celles de ſa Decadence
1. l . 10. f.
Chevalerie ancienne & moderne , avec
la maniere de faire la preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 1.1. 10. f.
Poëlies Paftorales de M. de Fontenelle
, avec un Traité de la Nature
de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Modernes . 1 .
liv. 10. f.
Le Chevalier à la Mode , Comedie.
1. l . 10. f.
La Défolation des Joüeufes , Comedie.
is. f.
Entretiens
fur la pluralité
des Mon- des , de M. de Fontenelle
, augmentez
en plufieurs
endroits
, avec un fi- xiéme
Soir qui n'a point encore
paru ,
contenant
les dernieres
découvertes
qui ont efté faites
dans le Ciel.
I. l. 10. f. Réflexions
fur l'Alcide
& fur l'Al- Kali.
I. liv. 10. f. L'Art
de Laver, ou nouvelle
maniere
de peindre
fur le Papier
, fuivant
le co- loris des Defleins
qu'on
envoye
à la Cour
, par M. Gautier
de Nilmes
1.1.
Traité des Fortifications enrichy de
23 Figures , contenant la Démonſtra
tion & l'Examen de tout ce qui regarde
l'Art de fortifier les Places tant regulieres
, qu'irregulieres , fuivant ce
qui fe pratique aujourd'huy , le tout
d'une maniere abregée , & fort aisée
pour l'inftruction de la Jeuneffe. 1 .
liv. 10. f.
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant én Societé . 2. vol . 2.1 .
"
Le Cours du Danube & des Rivieres
qui s'y déchargent , où fe trouvert
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Hiftoire des Troubles de Hongrie ,
Contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze.
7.1 . 10. f.
Dialogues des Morts. 2. vol . indouze
.
Hiftoires des Oracles ..
lier d'Her... 2. vol.
3.1
.
1. liv. 10 f.
Lettres galantes de M. le Cheva-
3.1.
Les'Malheurs de l'Amour , ou Eleonor
dy vrée. Ll. 10. f.
Amballades de Monf. le Comte de
1
G &
Guilleragues , & de M. Girardin, auprés
du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieufes , tirées des Memoires
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte , & c .
Academie galante . 2. vol.
1. l. 10. f
3. liv.
LaDucheffe
d'Eftramene
. 2. vol.2.1
.
Le Napolitain.
1. 1.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiſtoire , avec des Scrupules fur le
1.1. 10. f. Stile.
Caracteres de l'Amour. 1. 1. 10. f.
Le Grand Vifir Cara Muftapha.
L'Illuftre Genoiſe .
Le Seraskier.
1.1. 10. f.
1. l . 10. f.
1. l. 10. f.
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne . 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois, 1.1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeffe
Anne Chreftienne- Victoire de Ba-
1. l. 19. f. viere.
1
5
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la defcription
des Places de la haute & baffe Alface ,
& de celles de la Province de la Sare
& de Luxembourg. 1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plufieurs Places fur les Infidelles ."
1. liv.
Voyage
du Chevalier
Chardin
en
Perfe
& aux
Indes
Orientales
par
la
Mer
noire
& par la Colchide
, enrichy
de dix- huit
grandes
Figures
. 2. vol . in
douze
.
4. 1. 10. f.
Obfervations
de M. Spon
fur les
Fiévres
& les Febrifuges
.
1. L
L'Ariofte
moderne
. 4. v. in douze
.
6. L
Dialogues Satyriques & Moraux.
I. 1. 10. f
Fables nouvelles, 1. 1.
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers.
Epiftres en Vers de M. Sabatier
1. l,`
1 Ggij
1.1. de l'Academie Royale d'Arles .
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts . 1.1. 10. f.
Relation du Voyage du Roy en Flandre
en 1680.
1.1.10 . f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal.
1.1. 10.f
Relation du Siege deVienne. 1.1. iof.
Relation de ce qui s'eft pallé à Ge-
1.t. 10.f nes.
Relation du Siege de
Luxembourg
1. 1.10.f
vifée en 4. vol .. 6. liv-
Ambaffade de Siam en France , di.
Le premier Volume a pour titre.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
en France , contenant la reception
qui leur a esté faite dans les Villes où
ils ont paffé ; leur entrée à Paris ; les
céremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Mai
fon Royale les Complimens qu'ls
ont faits, la defcription des lieux où ils
ont efté ; & ce qu'ils ont dit de remarquable
fur tout ce qu'ils ont veu.
Le fecond Volume a pour
titre.
Suite du Voyage des Amballadeurs
de Siam en France , contenant ce qui
s'eft paffé à l'Audience de м adame la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,
& de Meffieurs de Croiffy & de Segne
lay , avec une defcription exacte des
Chafteaux , appartemens , Jardins &
Fontaines de Verſailles , S. Germain ,
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
, de S. Cyr , & de ce que
les
Ambaffadeurs ont veu dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joint le
difcours qu'ils ont fait au Roy.
titre.
Le troifiéme Volume apour
Troifiéme partie des Ambaſſadeurs
de Siam en France , contenant la fuite
de la defcription de Verfailles , cells
des chevaux qui font dans les deux
: Ee
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft paffé
dans les vifites qui leur ont efté
rendites ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la defcription
des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes de Flandre .
Le quatriéme Volume à pour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en
France , contenant la fuite de leur
Voyage de Flandre , depuis Valencienne
jufqu'à Paris ; la defcription
des Villes où ils ont paffé , & les harangues
de tous les Corps , ce qu'ils
ont veu à Paris depuis leur retour ,
avec une defcription de tous les lieux
où ils ont été , & de la Fefte donnée
par Monfieur à S. Cloud , leur Voyage
à Versailles , leur Audience de
Congé , & les dix -fept Audiences
qu'ils eurent le même jour , avec tous
les complimens qu'ils ont faits , la lifte
des prefens qui leur ont efté donnez ,
ce qui s'eft paffé à leur départ , & les
noms des perfonnes diftinguées qui
font parties pour Siam.
Outre les mercures d'onze années ,à
commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lefquels
font divers Traitez tres- curieux fur
plufieurs matieres qui regardent fes
Sciences & les Arts.
Hiftoire du Siege de Bude. 1. 1. 10.f.
Recueil d'Ouvrages faits à la loüange
du Roy , fur l'extirpation de l'Herefie.
1.1. 10.f.
Relation des Prieres publiques qui
ont efté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy.
I.. 10. f.
Antiquitez de M. Spon , Ouvrage
enrichy de plufieurs Figures . 7.1.
Divers Ouvrages en Mufique de
M. de Bacilly.
3
Bayerische
Staat bibliotek
München
Avis pourplacer les Figures.
' Air qui commence par , Si
Pabfence pouvait guerir doit
LA
regarder la page 168.
2
La Medaille doit regarder la
pagee 229.
L'Air qui commence par , Laßé
des rigueurs de Climene , doit regarder
la page 344.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le