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Eur.
511
m
1688.2
M
our. 511 1688,2
Mercure
<36614152060011
<36614152060011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1688.
A PARIS ,
AU PALAIS
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant te
premi er ieur de chaque Mois , & on
leven dra' , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchenin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envic .
Ft MICHEL GUEROUT , Court-neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
n
O
AVIS
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure, on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft cauſe qu'il y a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefine prière de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
autun argent pour les Memoires ,&
Pon employera tous les bons Ouvra→
ges à leur tour, pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent,&fur
A iij
3
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employerleurs noms dans l'ar
ticle des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble eft beaucoup pour
an Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement
de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargerout de les envoyer avant.
que l'on commence à vendre icy le
Mercure . Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris we
laiffera pas d'avoir le Mercure long
temps avant qu'il foit arrivé dars
les villes éloignées ; mais auffi les
Villes
ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoirtoûjours fort tard
par deux raifons. La premiere, parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi- toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toûjours quel
ques jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera
retardementpar la voye dudit fieur
Guercut, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy- mefme,& de lesfaire
A iij
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Il fera la mesme chofe generalement
de tous lesLivres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que leprix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1688 .
E commence
་
mon ordinaire
Madame , c'eft à
dire , fans donner
aucunes loüanges au Roy
mais en vous parlant feulement
de quelques-unes de fes
A
iiij
8 MERCURE
actions. Elles font toujous fi
loüables d'elles- mêmes, qu'elles
portent leurs Eloges avec
elles . Vous avez fceu que Sa
Majefté a donné la Charge
de Prefident au Mortier qui
Vacuoit par la mort de feu
Mle Prefident de Mefme ,
à M de Neuchatel fon Fils ,
Confeiller au Parlement , à
prefent M de Mefme . Ce
Monarque n'a pas ſeulement
confideré qu'il donnoit zau
Fils la Charge du Pere . C'eftoit
à la verité un a
un droit qui
luy
donnoit fujet d'y
preten
dre, mais ce n'en eftoit pas
GALANT
un fuffifant pour l'obtenir,
fautundroitdemerite, & d'un
merite qui convienne aux
emplois qu'on doit remplir .
C'eft ce queeld Roy , aprés
isen eftre particulierement
sinformé a trouvé dans M' de
Neuchatel, qui eftant Sub
ftitur de M'leProcureur General
, a travaillé avec tourc
Laffiduité & toute la capacité
imaginable. On ne doit
pas s'étonner aprés cela , s'il
a clé gratifié de la Charge
de Prefident au Mortier, puis
qu'un fujet qui la meritoit ,
seft trouvé Fils d'un Pere qui
10 MERCURE
s'eftoit particulierement at
taché à fervir ce Prince , &
avoit pris une Charge dans
la Maifon de Sa Majefté ,
pour avoir l'honneur d'ap
procher fouvent de fa Per
fonne , avant que d'eftre Prefident
au Mortier . Le Roy
jufte & reconnoiffant, recom
penfe toûjours dans les enfans
, les fervices de ceux qui
fe font attachez auprés de
luy , quand il les trouve di
gnes de fes graces , prefera
blement à ceux dont les pe
res ne luy ont rendu aucun
fervice . Ainfi quiconque
•
GALANT. II
s'applique à fervir fa Maicfté,
eft feur d'en voir paffer les
recompenfes iufques à fon
fang, pourvû qu'il n'aitpoint
de tache qui l'en rende in
digne.
Toutes les Hiftoires font
foy que les Lettres & les Arts
ont toûjours fleury fous les
grandsMonarques , mais nouš
ne voyons aucun regne pen
dant lequel ils ayent éclaté
d'une maniere plus avanta
geufe , que depuis que la
France eft
gouvernée par
LOUIS LE GRAND. Ce
Monarque aime les Lettres ,
12 MERCURE
& le titre qu'il a daigné prent
dre de Protecteur de la prea
miere Academie de fon
Royaume , eft caufe qu'il
s'en eft formé dans la plufpart
des Villes confiderables.
Parmy ces Academies , celles
dont on entend le moins
parler , & dont les exercices
femblent n'eftre pas auffi
connus qu'ils le font dans
quelques autres , font auiourdhuy
plus celebres & plus
remplies de perſonnes d'un
efprit fublime, que n'eſtoient
avant fon regne , les premie
res Academies du Royaume,
GALANT
13
fi on peut nommer ainfi les
Societez qui ont paru paru avant
ce temps -là. Je vous ayfou
vent parlé de celle de Ville-
Franche , & je vous ay envoye
divers Ouvrages de ceux qui
la compofent. En voicy un
de M Mignot de Buffy, Directeur
de cette Academie ,
& Lieutenant General de
Beaujolois . Je ne vous en di
ray rien, puis que ie vous l'envoye
entier , & qu'ayant le
gouft auffi bon que vous l'avez
, vous n'avez befoin que
de vous - mefme pour en découvrir
toute la beauté. A
14 MERCURE
2
2
22S5 S52222 5252255
DISCOURS
SUR LA GLOIRE.
com
Voy que la Nature
ble l'homme
chaque
jour
de fes bien-faits , & qu'elle ne
buy laiffe rien à defirer de ce qui
eft utile , neceffaire agreable
à la vie , elle n'attire pas neanmoins
fon entiere reconnoiffance
ny toutes fes adorations . Une
autre Divinité les partage , ou
pour mieux dire , elle luy en enleve
laplus grande part. En vain
་
'
GALANT. 15
cette Mere commune des animaux
ouvre forfein pour leur
en faire tirer fes plus grandes
richeffes ; en vain elle produit
Lout ce qui peut contenter leurs
fens & prolonger leurs années:
Si ces dons precieux femblent
fatisfaire en apparence l'appetit
de l'homme , ils ne remplissentpas
tout àfaitfon coeur nyfon efprit ;
il luy faut quelque chose qui
foit plus degagé de la matiere ,
où le corps ne participe en
rien , fi ce n'est par la liaison
qu'il a avec l'ame. Les faveurs
de la Nature font communes à
tous les animaux ; elle travaille
1
16 MERCURE
également pour les brutes & pour
les hommes , ou felle les diftingue
dans fes operations , & qu'elle
paroiffe plus foigneuse à fuivre,
les differens defirs des humains ,
ce n'est que pour obeir aux ordres
de fon divin Auteur , qui l'a
foumise en quelque façon à la
Creature , fur le vifage de laquelle
il a uny tous les traits
de fa Divinité. Mais la Gloire,
fon aimable Concurrente , a
bien de plus forts attraits ; elle
eft la Mere des années , difoit un
Sage de la Grece , fes prefens
n'ont point de fin & les jours,
qu'elle fait voir joignent à leur
GALANT. 17
brillant le cours de l'eternité, an
la Nature forcée dans
Lieu
que
-tus
fes productions , & limitée par
le temps , ne fait rien qui ne finiffe
prefqu'au mefme moment
qu'il commence àparoiftre . L'une
s'attache au merite & à la ver,
l'autre enrichit auffi- toft le
méchant que lefage , & l'hebesé
que le fpirituel l'une n'agit
qu'en commandant, l'autre qu'en
obeiffant pour marque de
fa dépendance , elle voit tres-
Louvent fes plus riches trefors
fervir d'ornement glorieux aux
favoris de fa Rivale. Quoy que
la Gloirefoit invifible , le coeur
Fevrier 1688 . B
18 MERCURE
de l'homme , naturellement
ambitieux
trouve un plaifir extrême
à la chercher. Quelque difficile
que foit fon accés , rien ne nous
rebute dans les routes qu'il
fautfurore pour la meriter. Les
ux , les veilles , les peines
travaux
,
& lesfoins nefuffifent pas , nous
ba nous expofons encore aux ha
zards aux coups , nous affrontons
tous les perils , & nous
déclarons mefme la guerre à tous
les Elemens pour nous frayer
un cheminjuſques àſon Temple .
Par l'empreffement
que l'hom
me fait paroiſtre poury parvenir ,
il faut juger des delices qu'il
>
GALANT. 19
les
reffent lors qu'il y est arrivé
Eft- il rien de plus doux que
fruits dont la Gloire le comble ?
Ef- il rien de plus engageant que
les triomphes & les honneurs
qu'elle luy procure , & peut-on
s'imaginer quelque chofe de plus
grand que ce qui nous acquiert
un legitime droit dans l'immortalité,
& qui nous met dans un
eftat approchant de celuy de
l'Eftre eternel & Convenons ,
Meffieurs que la Gloire l'emportefur
la Nature , & qu'elle
merite beaucoup mieux nos hommages
. En tout cas , fi cette derniere
peut pretendre de les parta-
›
Bij
20 MERCURE
ger , elle ne peut exiger cette re
connoiffance de nous , qu'en diftinguant
inquant l'homme de l'animals
Qu'elle prenne tout ce qui dépend
de celuy- cy , & qu'elle
s'en faffe respecter
Mère & fa pourveu
Now comfo
que fa Concurrente ait feule tour
l'attachement de l'autre >
qu'elle en foit confiderée comme
fon unique fin.
Si le raisonnement & l'exper
rience nous prouvent que l'homme
a plus lieu de confacrer fes
Autels à la Gloire , & qu'il a
fait bruler fon Encens avec plus
deprofufion pour cette Divinité
GALANTM 25
"
que pour toutes les autres , il
nous apprennent auffi que les
Voeux qu'on luy rend font bien
differents que les chemins
qui femblent nous conduire au
liu de fon féjour ,font bien oppofez.
La vertu qui renferme
dans fes projets & dans fes
actions tout ce qu'il y a de plus
relevé de plus glorieux dans
le monde , nous en propofe plufaeurs.
Iln'estpas mefmejufqu'au
vice & au crime qui n'ayent
pretendu d'avoir ce privilege.
Si les routes qu'ils ont offertes
n'ont esté ny belles , ny bonnes ,
elles en ont eu du moins quelque
22 MERCURE
apparence ; fil'honneur qu'ils ont
procuré n'apas efté réel aux yeux
des fages & des vertueux , ceux
qui ont cru lacquerir fe font du
moins forgé un phantôme de
Gloire. Le fameux Incendiaire
du Temple d'Ephefe s'imagina
qu'il ne pouvoit immortaliserfon
nom que par un des plus grands
forfaits. La demiere Reyne d'EExpte
voulut fe rendre memorable
en facrifiant fon Trône &fa
pudeur à fes infames amours ; &
Les horribles meurtriers de tant
de Princes de grands perfonfonnages
n'auroient jamais laiffé
leur memoire à la pofterité , fi
GALANT
23
dans cette veuë ils n'avoient emplayé
le fer ou le poifon. Les
Auteurs de la Fable ont pouffé
encore plus loin leur imagination
leur déreglement. Pour autorifer
leursperverſes habitudes,
pour tromper la credulité des
hommes qui d'ailleurs ne font
que trop portez au mal , ils inventerent
des Heros & des
demy-Dieux plus dignes de l'op
probre de la haine des mortels
, que de leurs louanges & de
leurs venerations . Ils s'efforcerent
de couronner le vice , de
faire triompher l'abomination &
l'idolatrie , & ne craignirent
་
24 MERCURE
-pas de blafphemer contre la Di
vinité , e de la deshonorer impunément
, en luy attribuant des
titres & desfaits également contraires
à la pureté & à la Majefté
de fon eftre.
de
Mais laiffons ces exemples
odieux qui ne meritent que
l'horreur du mépris ; fervons
nous des plus convenables aux
meursde l'honneste homme que
nous avons pris pour regle de
nos entretiens . La Religion & la
Morale nous en offrent defaints
de vertueux ;la politique &
·les armes de merveilleux d'éclatans
, lee Sciences & les Arts
nous
GALANT 25
nous montrent les plus doux &
les moinspenibles. S'il nous falloit
chercher dans les doutes c
dans les obfcuritez de la Fable ,
finous avions recours à l'Antic
quité, ou que nous puſſions nous
contenter de ce que noftre fiecle a
produit de grands hommes , j'au
rus dequoy faire un nombre confiderable
de volumes fur les ac²
tions heroïques , &fur les Ouorages
furprenans qu'on a veus
& que
que l'on voit encore ; mais
comme l'Hiftoire fatisfait ample
ment noftre curiofité fur cesujet,
d'ailleurs la multiplicité
&
que
des
exemples
ennuye
quelque
fois
Fevrier
1688
. C
26 MERCURE
autant qu'elle agrée, je veux me
rerfermer dans l'abregé d'unfeul
qui réunit tous ceux que j'aurois
purecueillir par un long travail,
&qui me donne plus de matiere
mille fois que les autres ne m'en
fourniroient tous ensemble . Les
divers eftats ou profeffions dont
je viens de parler, ont eu chacun
leurs Heros , & ont divisé par
confequent les enfans de la Gloi
re en differentes efpeces on cara-
Eteres , mais fi nous trouvons un
fujet qui raffemble en luy toutes
ces efpeces , il me feraplus facile
de faire voir dans un feul portrait
tous les traits qui peuvent
GALANT. 27
n
chacun en particulier le rendre "
incomparables & mefme en former
un original qu'on peut dire "
miraculeux. Nallons pas plus
loin , Meffieurs jettons les yeux
fur le Trone des Lis , il nous fera
voir que Louis le Grand , nostre
Augufte Monarque , eft le feul
* Enfant de la Gloire qui poffede
toutes les qualitez éminentes de
- ceux qui ont pretendu luy ref
fembler. C'est un Heros achevé
4 dans toutes les faces où l'on peut
le regarder. Difons mieux , il eſt
unique univerfel enfon espe
-ce Reftaurateur de la Foy ,
1 Vainqueur des paffions , Maistre
Cij
28 MERCURE
en l'art de regner , Foudre dans
la Guerre , Protecteur des Sciences
& des Arts ; tous ces differens
caracteres enfemble n'en font
qu'un , & c'est Louis qui le
poffede éminemment . Y
La Religion nous le montre
comme fon folide appuy contre les
Infidelles comme l'impitoya
ble Deftructeur des Sectes malheureufes
qui la déchiroient . Si
les Temples qu'il a fait élever
ou enrichir par fon autorité
par fa magnificence dans les pays
Orientaux font autant de monumens
éclatans de fa gloire,
les ruines les débris de ceux
A
&
GALANT. 29
qu'il a fast abattre dans ce
Royaume , luy fervent de tro
= phées immortels . Comme ce n'eft
pas eftre plagiaire que de l'eftre à
fey mefme , je puis me fervir icy
d'une pensée que je mis au jour
il y a un an , & foutenir que fi
Le Soleil de la France a voulu
fixer fon cours pour favorifer les
genereuxChefs du peuple de Dieu
dans la défaite des Infidelles ; s'il
a ceẞsé d'élever des nuages &
d'en former des foudres & des
Lonnerres pour écrafer fis ennemis
, l'éclat de fa lumiere , la
force & l'ardeur de fes rayons,la
douceur la ferenité de fes in-
Ciij
30 MERCURE
fluences n'ont pas laiẞé d'agir fur
les coeurs endurcis & aveuglez de
fes Sujets , & d'imprimer en eux
les veritablesfemences de la Foy,
les doux fruits de la Charité.
La Morale nous le prefente
comme un Hercule triomphant
de tous les Monftres ennemis de
la fageffe. Ce n'est pas tant par
Réclat de fa puiffance , qu'elle
le croit le plus grand Monarque
de l'Univers ; c'est par l'empire
abfolu qu'il exerce fur cessfuperbes
Geans qui attaquent mesme
Jupiter fur fon trône , & qui
luyfont fouffrir une honteuse caGALANT.
31
ptivité jufque dans la fplendeur
de fon Diadême. Ce n'est pas tant
par les Victoires que LOUIS.
remporte fur fes ennemis exterieurs
qu'elle l'avoue invincible.
C'est par les chaifnes & les fers
dont il charge fans pitié fes ennemis
domeftiques , & les mouvemens
impetueux de l'ame, qui
ont eu pour leurs efclaves tant de
teftes couronnées. Un Philofophe
Cinique ofa bien dans fon ton-
•neau foutenir au grand Alexandre
, qu'il avoit l'avantge fur
luys tout redoutable Monarque
qu'il fuft , d'estre le Maiftre de
fes Maistres ; maisfi la bouche
C iiij
32 MERCURE
de ce pretendu Sectateur de la
fageffe , & de ce Vainqueur ima
ginaire des paffions , eut la bar
dieffe d'avancer un fait que fon
orgueil démentit en mefme temps ,
La Morale par la voix de la Renommée
foutient la mefme propofition
avec plus de justice en faveur
de LOUIS; & ce que lo
modeftie de ce Prince ne veut pas
avoüer , trouvé mille trompettes
éclatantes pour eftre publié.
La Politique le donne à tous.
·les Potentats , comme un modelle
parfait en l'art de
la
regner
. Elle
Leur reprefente toutes fes actions
comme autant de regles qu'ils
GALANT. 33
doivent fuinwe ; elle leur apprend
cette conduise judicieuse qua
trompe les yeux les plus fins
les plus clairs- voyans de fes Ennemis
ou de ſes envieux ; elle
leur apprend cette prudence fans
égale qui prévoit le bien pour
l'embraffer , & qui prévient le
mal pour le detourner ; elle leur
apprend enfin cette vigilance infatigable
qui attache tout Louis
afes Etats , & qui femble le
détacher de luy mefme dans les
momens où le repos luy eft leplus
neceffaire.
La Guerre n'a que trop fait
connoiſtre aux Nations les plus
34 MERCURE
les
puiffantes ce que peut le bras
d'un Heros égal à Louis. Les
Conqisestes qu'il a faites ,
Victoires qu'il a remportées ,font
trop recentes pour eftre obligé de
vous les apprendre , & voftre
memoire eft trop remplie des faits
merveilleux qu'elles ont produits
pour avoir befoin d'un difcours
qui l'en rafraichiffe ; il suffit de
dire que la plus grand part de la
Hollande prife en moins d'une
Campagne ; toute la Franche-
Comté foumife en un mois ,
les trois fortes Places de Valenciennes
, Cambray, & S. Omer,
couquifes en trois femaines ont
,
GALANT.
35
renouvellé par trois fois en faveur
de Louis , ce que Cefar ne
put dire qu'une fois , Je fuis venu
, j'ay veu , j'ay vaincu .
Enfin les Sciences & les Arts
le publient par tout comme celuy
qui leur fait avoir un nouvel
la protection qu'il leur
estre
par
donne , & par le foin qu'il prend
les faire fleurir. Si la Philofophie
nous apprend que nous devons
confiderer également pour
les Auteurs de la vie , & ceux
de qui on tient la naiffance &
ceux de qui on tient l'éducation
a la nourriture , il faut convenir
en mefme temps que Louis
36 MERCURE
le Grand eft le Pere de tous les
Sçavans & de tous les Efprits
ingenieux & babiles , qui effa
cent dans ce Royaume la memoù.
re de Rome & d'Athenes , &
que jamais paternité ne fut plus
étendue que la fienne . En effet ,
les ficcles paffez ont-ils vú tous
enfemble dans la France tant
d'illustres Enfans des Mufes &
de Minerve , que le nostre en a
produit ; & nepouvons- nous pas
dire hardiment que la protection
de noftre Monarque à rendu le
Parnaffe plus fecond que tous les
foins des Rois fes Predeceffeurs
n'avoient fait depuis le comGALANT.
37
mencement de noftre Monarchie
? Jamais tant d'Academies
& de Compagnies celebres ne
parurent tout à la fois. L'on diroit
que les Palmes & les Lauriers
ne croiffent qu'à l'ombre de
fes Lis,& que la blancheur &
T'éclat de ceux- cy font la feule
caufe de la verdure des autres.
Le divin Auteur de la Nature
crea le Soleil avant les Plantes
les Animaux , parce qu'il
voulut que ce bel Aftre fust confideré
comme la caufe feconde de
tous les Eftres ; ne doit-on pas
auffi dire que ce mefme Createur
n'a fait paroistre qu'aprés l'a
38 MERCURE
naiffance de Louis le Grand tour.
ce que l'esprit & la main peuvent
faire d'excellent , afin que
cet Augufte Prince en fuft eftimé
le fecond principe & le principal
agent.
Toutes ces veritez dont vous
eftes justement prevenus , Meffieurs
, en font naiftre une autre
incontestable qui a efté déja propofée
au milieu de ce Difcours
que Louis renferme dans fes
actions tous les exemples qui
nous marquent les divers degrez
par lesquels l'homme peut monter
au Temple de la Gloire . Suivonsle
donc dans les voyes qu'il nous
GALANT.
39
a déja frayées , ne hefitons pas
de courir aprés ce Heros , puis
qu'il nous rend fi faciles les rou
tes qu'il a tenuës. Si noftre pro
feffion & les exercices que nous
avons embraffez ne nous per--
mettent pas de cueillir comme lug
des Lauriers enfanglantez
d'orner nos Trophées des dépouil→
les de nos Ennemis , ils nous
offrent des prix proportionnez
noftre eftat. Louis eft arrivé an
fejourde la Gloire par tous les
chemins qu'elle propofe ; conten
tons- nous de le furore par les
plus tranquilles & les plus doux;
laißons les plus dangereux
40 MERCURE
.
les plus éclatans à tant de braves
Guerriers qui preferent les.
Feux de Bellonne aux Concerts
des Mufes , & les Champs for
midables de Mars aux aimables
retraitesduParnaffe.Continuons,
Meffieurs , nos Affemblées avec
affiduité, entretenons noftre Com
merce avec attachement , aimons
la Gloire & ce qui peut nous
l'acquerir , celebrons fans ceffe
les faits heroïques de noftre Mo
narque ; que ce foit le premier ,
ou plutost l'unique but de nos
entretiens ; & pour peu que nos
Plumes s'exercent à toucher les
traits de la gloire qui l'enviGALANT.
41
ronne , foyons certains qu'il en
rejallira affez de rayonsfur nos
fronts pour les ceindre des couronnes
de l'immortalité.
En vous parlant la derniere
fois de plufieurs morts arri
vées le mois paffe , j'oubliay
de vous apprendre celle de
Dame Charlotte de Harlay ,
Abbeffe de Sainte Perrine de
la Villette , prés Paris . Elle
mourut icy le 15. de Janvier
âgée de foixante & feize ans ,
& eftoit Fille de Meffire Roger
de Harlay , Comte de
Cefy , cy- devant Ambaffa-
Février. 1688 . Ꭰ .
42 MERCURE
deur du Roy à Conftantino
ple . L'ancienne Famille de
Harlay a fait plufieurs branches.
Elles viennent de Jean
de Harlay , Seigneur de Ceſy ,
Nogent & Grand - Villiers ,
qui rendit des fervices confiderables
au Roy Charles VII .
Il époufa Loüife Luillier ,
Fille du Seigneur de Manicamp,
& en eut un Fils , nommé
Louis de Harlay Seigneur
de Beaumont , Cefy, Sancy ,
& Champvallon . Celuy- cy
époufa Germaine Coeur , Fille
de Geoffroy Coeur , Echanfon
du Roy Louis XI . & de ce
GALANT. 43
mariage vinrent quatre Fils ,
Chriftophle de Harlay , Scigneur
de Beaumont , & Prefident
au Mortier au Parle
ment ; Robert de Harlay ,
Seigneur de Sancy ; Louis de
Harlay , Seigneur de Cefy &
de Champvalon, & Jean- Jacde
Harlay , Chevalier
ques
de l'Ordre de Saint Jean de
Jerufalem.
La branche aifnée des Comtes
de Beaumont deſcend de
Chriftophe de Harlay , qui
eut fon Fils Achille de Harlay
, premier Prefident au
Parlement de Paris . Cet A-
?
Dij
44 MERCURE
7
chille de Harlay époufa Catherine
de Thou , & il en eut
Chriſtophle de Harlay , Sei
gueur de Beaumont , Ambaffadeur
en Angleterre , lequel
d'Anne Rabot d'Illins a eu
feu Achilles de Harlay , Procureur
General au Parlement
de Paris qui époufa Marie
de Believre , dont eft venu
Meffire Achilles de Harlay
Comte de Beaumont , à prefent
Procureur : General au
meline Parlement , Chef du
nom & des Armes de Harlay,
& qui poffede toutes les vertus
de fes Anceftres .
GALANT. 45
La feconde branche eft des
Barons de Sancy . Elle def
cend de Robert de Harlay,
Seigneur de Sancy , ſecond
Fils de Louis de Harlay & de
Germaine Coeur , & de cette
branche ont efté Nicolas de
Harlay, Colonel General des
Suiffes , Gouverneur de Châlon
, Lieutenant de Roy en
Bourgogne , Ambaffadeur en
Allemagne , & vers les Suiffes,
Achilles de Harlay , Evefque
de Saint Malo , & Henry de
Harlay , Baron de Maule &
de Sancy , puis Preſtre de
l'Oratoire.
46 MERCURE
La troifiéme branche qui
eft des Comtes de Cefy , vient
de Louis de Harlay , Scigneur
de Cefy , troifiéme Fils
de Louis de Harlay & de Germaine
Coeur. Il épouſa Louiſe
Stuart de Carr , dont il eut
Philippes de Harlay , Comte
de Cefy , Ambaffadeur de
France à la Porte Othomane
durant prés de vingt cinq
années. C'eft de cette branche
qu'eftoit feu Madame l'Abbeffe
de Sainte Perrine .
Les Marquis de Champvalon
font la quatriéme branche
. Elle deſcend de Jacques
GALANT. 47.
de Harlay , Seigneur de
Champvalon & de Breval ,
fecond Fils de Robert de
Harlay , & de Loüife Stuart.
Hépoufa Catherine de la
Mark , Fille de Robert de la
Mark , Duc de Buillon. De
ce mariage fortirent deux
Fils , François de Harlay , Archevefque
de Rouen , & Achilles
de Harlay , Marquis
de Breval & de Champvalon ,
lequel époufa Oudette de
Vaudetar de Perfan , dont
font venus auffi deux Fils ,
fçavoir François- Bonaventure
de Harlay Marquis de Bre48
MERCURE
val , mort depuis quelques
années , & François de Har
lay , Archeveſque de Roüen , -
puis de Paris , Duc & Pair de
France Doeur & Provi
feur de Sorbonne , Commandeur
des Ordres du Roy..."
La Maifon de Harlay , iffue
Les anciens Seigneurs de Harlay
en la Franche- Comté ,
porte d'argent à deux Pals de
Table.Elle eft alliée aux Maifons
de Courtenay , de Berbifey
en Bourgogne , le Bou ,
teillier de Senlis, de Fontenaydu
Val , de Thou , de Belie .
vre , de Rabot d'Illins , de la
Moignon,
GALANT. 49
Moignon, Aimeret de Gazeau
de Montmirail , de la Ver
nade , de la Croix- Plancy ,
Nereftang de Breauté , de
Neuville-Villeroy, de Mouy
&c.
de
Si la mort de Madame de
Harlay a caufé une affliction
fenfible en fon Convent de
Sainte Perrinę , ou fa pieté ,
fonaffiduité à l'Office , fadocilité
& fon affection envers
fes Religieufes l'avoient rendue
fort recommandable, les
grandes & rares qualitez de
celle qui luy fuccede ont eſté
de forts motifs pour les con
Fevrier 1688 . E
o MERCURE
foler. C'eft Madame de Longücil-
de-Maifons. Elle eftoit
fa Coadjutrice depuis neuf
ans, & elle a fait voir pendant
tout ce temps par une con
duite auffi reguliere que fa
vertu eft édifiante & qu'on ne
pouvoit faire un plus digne
choix. Elle eft Fille de Jean
de Longüeil , Marquis de
Maifons & Prefident au
Mortier au Parlement de
Paris , & de Dame Loüife de
Fieubet & Sour de Jean de
Longüeil de Maifons , Seigneur
de Poiffy , Confeiller
au mefme Parlement , & de
2
GALANT. Cost
1
Claude de Lougücil de Mai
fons Abbé Le Monitere
de: Sainte Perrine avoir efté
fondé auprés de Compiegne
& illa efté transforé depuis à
la Villette.co
Mud dottuba:
Mle Noble Seigneur du
Bellay & de Thennelieres ,
cy- devant Lieutenant Generak,
& premier Prefident au
Bailliage de Troyes , mourur
auffi dans le mois de Janvier.
Ibelloit d'une des premieres
Maifons de
Champagne , &
allie de beaucoup de celles
qui tiennent le premier rang
dans la Robe Comme il avoit
t
E ij
52 MERCURE
de l'efprit , du fçavoir , & uno
probité à l'épreuvelil a eſtá
honoré de plufieurs com
miffions & extraordinaires. Il
laiffe deux Fils dont l'Aifné
a exercé long-temps la Char¹
ge de Procureur General aur
Parlement de Mets . C'eft luy
qui a fait le Poëme , intitulés
Ĉharenton, ou l'Herefie détruite.
Heut l'honneur de le prefen
ter au Roy dans le temps de
la caffation de l'Edit de Nantes
& les marques de bonté
qu'il receut de ce Monarques
luy firent connoiftre folidement
que cet Ouvrage luy
GALANT $3
eftoir fort agreable. L'autre
Fils de feu M' le Noble eft
Prefident à Troyes . porod
Le regne du Roy eſtant ce
luy des Miracles , on en voit
en France de toutes manieres.
Une aimable Demoiſelle qui
n'eft âgée que de dix - huit
ans , a compofé l'Eglogue que
je vous envoye. La Lettre
qui l'accompagne , & qu'elle
adreffe à une defes Amies , en
explique le fujet . Elle a de la
naiffance , & fon efprit & fa
vertu luy attirent l'eftime de
Tous les honneftes gens. gens. yo
E iij
$4 MERCURE
ZESSSS2222 sasaess-
A MADEMOISELLE D. B.
V
A
Ous allez voir , Mademoiselle
par l'Eglogne què
je vous envoye,que j'ay de l'exal
Etitude à vousfatisfaire
, & que
je m'acquitte
de la promeffe que
je vousfis il y a quelque temps,
de faire des Versfur la tendreffes
à la premiere accafion quis en of
friroit. Je croy qu'ils von's feront
quitter lefentiment où vous eftes,
qu'on ne réuffit jamais fi bien en
Poefie , que dans les fujets que
nous fournit cette paffion ; car
GALANT. 55
cellemalgré
le peu de jufteffe qu'il y
a dans les petites bagatelles que
vous avez veuës de moy
fur la
Gloire & fur la Morale , vous
trouverez affurément que
cy le
leur cede encore de beaucoup.
Peut- eftre ne ferez- vous pas fachée
que je vous apprenne pour
quelle occafion elle a eftéfaite;
en voicy l'histoire. J'eftois il y
a quelques jours, chez noftre fpirituelle
Amie du quartier à fracas,
Mademoiselle D.V.y vint,
toute la Compagnie qui eftoir
fort grande, vit avecplaifir l'arrivee
de cette aimable Fille ; car
en fçait qu'elle eft ordinairement
E iiij
56 MERCURE
d'une converfation des plus char
mantes. Mais qu'elle eftoit ce.
jour-la differente d'elle- mefme ?
Point d'enjouement , point de liberté
d'efprit. Elle parut inquie
te , & ne fit autre chose que ref
ver. On luy en fit une douce
guerre, & s'appercevant qu'elle.
faifoit une méchante figure , elle
fut ravie de pouvoir fortir , fous
pretexte d'aller chercher les deux
Coufines qu'on luy dit qui fe promenoient
dans le jardin . On nous
apprit aprés qu'elle futfortie, que
L'accablement où on la voyoit
par
efloit
causé
le changement
d'un Infidelle ; je vous diray , &
GALANT. 57
tant jefuis finceres que j'entray
en ce moment dans une maniere
de colere contre vous , en faiſant
reflexion fur la malice que vous
avez, de faire tous vos efforts
pour m'embarafferdans un de cès
fortes d'engagemens qui mettent
lesgens en estar de n'avoir plus
de raifon ,fi ce n'eft , comme vous
Le dites trop obligeamment pour
moy que vous éftes perfuadée que
l'amour me rendroit une Mufe.
parfaite, &que vous vousferiez
un plaifir de me voir pouffer
beauxfentimens dans une Elegie
ou dans une Eglogue . Je vous
rendsgraces de l'opinion avanta$
8 MERCURE
geufe que vous voulez bien avoir
de mon efprit , mais il ne faut
pas , s'il vous plaist , que mon
"eoeur en fouffre. Je croy qu'on
peut faire voir les fentimens les
plus tendres & lesplus touchans,
fans les reffentir. Si je me trompe
, s'ilfaut en eftre atteint
pour les exprimer vivement
avec grace,j'aime mieux ne pretendre
jamais à la qualité de bon
Auteur , que de renoncer à celle
d'Indifferente. Mademoiselle D
V. me donne un exemple qui me
fait peur. Je la fuivis prefque
auffi- toft dans lejardin où je l'avois
veuë aller, & menay avec
GALANT.
moy une Demoifelle quifçait tous
les fecrets defon coeur. Loin
voirjoint celles qu'elle avoit dit
qu'elle alloit chercher, nous l'apperceufmes
de loin aẞife au pied
d'un arbre qui refvoit profonde
ment , & qui quelquefois fe parloit
à elle- mefme. Nous ne vou
lufmes point interompre une foliz
tude qu'elle avoit cherchée avec
d'empreffement , &je dis à
la Dame du logis , qui fut ſurprife
de nous voir revenirfi toft
du jardin que la Belle dont ileftor
question , eftoit allée fe plaindre
aux Rochers & aux Ar
bres d'alentour. Quelqu'un retant
60 MERCURE
leva cette petite raillerie
aprés qu'on m'eut menacée du
pouvoir de l'amour , quife vangeroit
un jour de moy , d'infulter
ainfi les malheureux qui vivent
fous fon empire , on me donna
pourpunition , de renfermer dans
une Eglogue l'hiftoire & lesfen
timens de cette Amante trahie's
dont fon Amie s'offroit de me
faire part . Toute la Compagnie
jugea , comme vous l'avez dit
vous-mefme bien des fois , Mademoiselle
, que l'on pouvoit par-
Ler tendrement fans avoir le
coeur touché ; & j'acceptay le
party qu'on me propofoit , avec
GALANT 61
་
d'autant moins de peine , qu'il
me donnoit une occafion de faire
ce que vous avez fouhaité de
moy ; car jefentois que la petite
colere où vous m'aviez mife ,
eftoit déja paßée , tant la tendre
amitié que j'ay pour vous , eft
forte. Mais ne comptez pas, je
vous prie que je parle jamais
de l'autre tendreffe que fur la
-foy d'autruy. Je fuis , Mademoifelle
, voftre, &C
*** L. H.D.V
Voicy l'Eglogue dont il
eft parlé dans cette Lettre.
62 MERCURE
CELIMENE
.
A
EGLOGUE.
Stife
à l'ombre
d'un Chefne
Sur le bord d'unclair ruißeaus
La Bergere Celimene ,
Révoit au doux bruit de l'eau.
Son Troupeau dans la prairie
Sur l'herbe tendre & fleurie,
Erre au gré de fes defors ,
Dans le temps que la Bergere
Qu'un noir chagrin defefpere :
Sabandonne à fes foûpirs.
2
En vain d'un tendre ramage,
Les Offeaux defendre
Bocage
Veulent charmerfa douleur ,
GALANT. 63
Tous déplait à fa langueur,
Le trouble qui l'inquiete
Bendfes ennuis fipreffans ,
Que mefine de fa Mufette
Elle hairles doux accents.
&
Tircis , ce Berger volage ,
Eft la caufe de fes pleurs ;
Pour de nouvelles ardeurs
It. a quitté le Village,
La Belle loin de bannir
L'image de l'Infidelle ,
Ne fçauroit s'entretenir
Que dufeu qu'il eut pour elle.
20
Levant au Cielfes beaux yeux ,
Qu'offusque un torrent de larmes ;
Ce fut , dit- elle, en ces lieux ,
Que mon coeur rendit les armes.
Ce futdans ces mefmes Bois
Que l'ingrat cent & centfois ,
64 MERCURE
Tura qu'il m'aimeroit d'une eter
nelle flame
Mais les perfidesfermens
Dont ilfeduifoit mon ame,
Ne font que trop communs parmy
tous les Amans.
Ouy, dans le fiecle où nousfemmes,
Tous cherchent à nous tromper ,
Et l'amour empreẞé que nous montrent
les hommes ,
N'a rien qui nous deuftfrapper.
Lors que par mille tendreffes..
Ils ont engagé nos coeurs,
Sans fonger à leurs promeſſes ,
Ils en font autant ailleurs.
&
Helas, que vostre fort eft dour
auprés du noftre ,
Petits Moutons , innocents animaux
L'objet qui vous cherit n'en aime
jamais d'autre.
GALANT. 65
-Etfuit tous les liens nouveaux.
Vous ne reſſente point l'accablement
extrême
Que produit dans un coeur un cruel
A \ changement ; ( aime
Et chez vous dés l'inftant qu'on
Cette brulante ardeur dure eternellement.
S
Dans ces paifibles Bois, les Oyfeaux
fans rien craindre
Ainfi que vous fe laiffent enflamer ,
Charmez du feut plaifir d'aimer
Ils n'ont jamais connu ce que c'eft
que defeindre;
C'eft chez les hommes feuls qu'on ofe
Avoir recours
A de pernicieux détours.
2
Puis que l'amour fur eux a fi pen
de puiffance,
Fevrier 1688.
F
66 MERCURE
Que cherchant à nous éblouir
• Partout ce qu'ils nous font ouir,
Ils ne respectentpoint la timide in-
I ormais . nocence ,
Loin de les écouter , Fuyons-les def
Cherchons dans ces vaftes Forefts\
Parmy lefilence & les ombres
Le doux repos que mon coeur a perdu,
Du menfongejamais jufque dans ces
lieux fombres
L'empire
ne s'est étendu
Par votre agreable murmure ,
Ruiffeaux , affoibliffez la peine que
j'endure.
Bellesfleurs , gazons , arbres verds ,
Et vous,petits Oyfeaux ,par vos char
mants concerts
Banniffez les inquietudes ,
Que me cauſe un ingrat qui rompt
les plus beaux nauds
GALANT 67
Charme fi bien mes fens , aimables
folitudes ,
Queje rende à mon coeur enfin un
calme heureux.
2.500070
Je vous envoye un Memoi
Te contenant divers Articles,
& je vous l'envoye tel qu'il
m'a efté donné. Ces matieres
font delicates & ce n'eft pas
à moy d'y rien ajoûter ny diminuer....
Le Roy envoya en 1686. des
Miffionnaires
par tout fon
Royaume , pour inftruire les
nouveaux Catholiques , mais
l'Iſle d'Arvert en Saintonge
,
#bun des lieux où leurs tra-
Fij
68 MERCURE
vaux ont eu le plus de benediction
. Theodore de Bezé
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique
, remarque que ce Païs ,
fitué fur le bord de l'Ocean ,
entre la Garonne & la Seudre,
fut le premier à recevoir la
Réforme de Calvin ; & il
femble auffi que Dieu ait
voulu qu'il fe foit réuny fin
cerement des premiers à l'E
glife , afin qu'il donnaſt aux
Provinces voifines l'exemple
d'y rentrer , comme il leur
avoit donné celuy d'en for
tir. Ceux qui s'y font converpar
les Conferences des tis
GALANT. 69
Miffionnaires l'ont fait avec
tant de connoiffance , & fi
volontairement , qu'on les a
vûs auffi fervens que les plus
zelez d'entre les anciens Catholiques.
La peur mefme ou
ils ont efté que les Lettres du
Miniftre Jurieu ne fiffent du
mal aux Efprits foibles , les obligea
d'écrire en Cour l'année
paffée, & de fuplier le Roy
de leur renvoyer ceux qui les
avoient déja inftruits . Sa Ma
jefté qui apprit avec joye une
fi bonne difpofition, leur accorda
auffitoft
la grace qu'ils
luy demandoient ; & dans
70 MERCURE
cette feconde Miffion, ils ont
entendu refuter fi folidement
les Lettres de ce Miniftre qu
leur eftoient tombées entre
les mains , qu'eux - meſmes
luy ont répondu depuis peu
de jours d'une maniere à le
couvrir de confufion .
D'abord ils fe plaignent de
ce qu'il a donné mal à propos
à fes Lettres le titre de
Paftorales , & ils le prient de
leur montrer dans l'Ecriture
la nouvelle
la
puiffance,que
Reforme
donne au fimple
peuple de fe faire des Pafteurs;
car c'eft en vertu de ce pouGALANT
71
voir imaginaire qu'ont efté
faits les premiers Miniftres
de France comme Pierre le
Clerc, & Jean le Maffon , le
premier à Meaux , par une
troupe de Cardeurs ou de
Foulons ; & l'autre à Paris ,
au Pré-aux - Clercs , dans la
chambre d'une nouvelle Ac
couchée. Rien n'eft fi plai
fant qu'une telle Miffion ,
mais la demande que les nou
veaux Catholiques font làdeffus
à.M Jurieu , eft fort
raisonnable.
2. Sur le procés que ce Mi?
niftre faità l'Eglife du fecond
72 MERCURE
& du troifiéme Siecle , en
foûtenant qu'elle a alteré la
doctrine des Apoftres , ils luy
montrent qu'il ne parle ainfi,
que parce qu'il trouve luymefme
les fentimens contraires
à ceux de cette ancienne
Eglife , & que pour eux ils
ont bien de la joye de retrouver
dans l'Eglife Romaine la
Religion de ces premiers
temps , queM Claude appel
le les beaux jours , les jours de
benediction
& de paix.
3. Ils luy répondent enfuite
fur les principaux points
de Controverfe, dont il parle
dans
GALANT
73
dans fes Lettres , & ils le font
roûjours avec beaucoup de
force & de pieté. Je paffe ces
endroits, parce que je ferois
trop long, & que d'ailleurs
ce n'eft pas icy le lieu de
traiter ces matieres . Mais je
ne puis omettre deux ou trois
chofes importantes
, qui peuvent
& vous donner du plaifir
, & vous faire connoiftre le
genie des Miniftres .
M Juricu ne
manque pas
dans la plufpart de fes Lettres
de parler des prétendus
Martyrs
de fa Religion
, & d'exagerer
leurs fouffrances
. Unde
Fevrier 1688 . G
74 MERCURE
ceux qu'il exalte le plus eftoit
prifonnier il y a dix - huit
mois à la Citadelle de Saint
Marrin de Ré. Il le reprefente
dans un cachot noir & profond,
les fers aux pieds , fans
*feu durant l'hyver, & fans autre
aliment qu'un peu de pain &
d'eau ; & à la maniere dont
tout cela eft décrit , il femble
que perfonne n'en devroit
douter. Mais comme l'éclairciffement
de ce fait eftoit fa-.
cile aux nouveaux Catholiques
d'Arvert , par la proximité
où ils font de l'Ile de
Ré, ils en ont appris la verité
GALATN
75
du Gouverneur mefme , &
voicy la réponſe qu'il a faite
un de leurs Miffionnaires
qui luy avoit écrit pour cela,
MONSIEUR,
Fe voypar la Lettre que vous
me faites l'honneur de m'écrire ,
que Furieu est bien mal informé
de la maniere que le S de Vou
tron a efté traité dans la Citadelle
de S. Martin. Je n'ay jamaiseu
avec luyde converfations
que fort honneftes : il m'avoit
paru d'abord affez difposé à bien
faire à fe vouloir inftruire ;
mais depuis que j'eus découvert
,
Gij
% MERCURE
qu'il m'amufoit, je ne luy parlay
plus. Il a toujours eu fon lit es
fa chambre , où il faifoit du feu
tant qu'il luyplaifoit . Il en vou
lut avoir une du cofté du Midy,
afin d'avoir encore moins de
froid, & je l'y fis mettre, On
luy a toujours donné tout ce qu'il
a fouhaité pour fon manger,
de la maniere qu'il l'a demandé,
Sa Femme a eu la liberté de le
voir de luy envoyer ce qu'il
defiroit . Elle luy faifoit faire des
bifcuits & des confitures qu'il
aimoit beaucoup . Il est vray qu'il
ne mangeoit guere , à cause qu'il
estoit fuiet à la Goute , mais il
ne tenoit qu'à luy . Enfin je l'ay
1
GALANT. 77.
و ت
baissé parler à tous ceux avec qui
il avoit des affaires. Pour les fers
qu'il fe plaint, qu'on luy a mis
aux pieds , je n'en ay encore vu
pas un dans noftre Citadelle ,
je voy qu'il voudroit eftre Mar
tyr dans fa Religion à feu de
frais. Vous pouvez ajouterfoy,
Monfieur, à ce queje vous marque
car c'est la pure verité
mais toute imposture , pas un mot
de vray de ce que ditJurieu. La
grace que je vous demande , eft
d'eftre affuré que je feray toû
jours ,
AS. Martin de Ré
le 17. Octobre 1687.
Voftre , &c.
AUBAREDE
G iij
78. MERCURE
Cette Lettre fait bien voir
la mauvaiſe foy du Miniftre
Jurieu , & ce qu'on doit penfer
de tout ce qu'il dit des
Martyrs du Languedoc & des
Cevenes.
Nos nouveaux Catholiques
répondent encore d'une
maniere fort agreable au reproche
qu'il fait à l'Egliſe, de
fouffrir des Peintres & des
Statuaires dans fa Communion.
Comment fouffrez - vous
vous-mefmes , luy difent- ils ,
qu'il y en ait dans la voftre , &
qu'ils travaillent le plusfouvent
pour nos Eglifes ? Il est vray
GALANT. 79
que le monde auroit beaucoup
perdu s'ils n'eftoient point foufferts
parmy vous : on n'auroit
pas voftre Medaille , que vous
avez fait fraper par un effet de
cette profonde humilité avec laquelle
vous dites que vous avez
confulté Dieu dans vos recher
ches fur l'Apocalypfe . Mais enfin
onfeferoit confolé d'une telle
perte , par la conformité qu'il y
auroit entre vos principes ,
la difcipline , qui vous feroit
bannir ces fortes de perfonnes de
vos Affemblées.
Ils finiffent par une refle
xion importante fur les der-
G iiij
80 MERCURE
nieres paroles du Miniftre
Claude que M Jurieu a recueillies
avec foin , & qu'il
veut que tousles Reformez
lifent pour édifier leur foy.
JAY , difoit M Claude en
mourant , TRAVAILLE' TOUTE
MA VIE A LA RECHERCHE DE
LA MEILLEURE RELIGION.
Quoy s'écrient nos nouveaux
Catholiques , M Clau
de que vous appellez le Pere
de vos Prophetess a travaillé
toute fa vie à la recherche de la
meilleure Religion ! il n'eftoit
donc pas affeuré de l'avoir ?
car tant qu'on cherche , ou
GALANT 81
bien l'on n'a pas , ou l'on ne
croit pas avoir ce qu'on cherche;
& l'on ne cherche plus
dés qu'on a trouvé. Ainfi la
Femme de l'Evangile cherchoit
fa drachmé , parce qu'
elle l'avoit perduë , mais elle
ceffa de la chercher , quand
elle l'eut retrouvée . M Clau
de declare qu'il a cherché toute
fa vie la meilleure Religion : iłą
donc veſcu toute fa vie fans
Religion ; car un homme qui
..ne fçait pas fi la Religion qu'il
profeffe , eft bonne , & qui
fait des recherches pour s'en
aſſeurer , n'a point de Reli82
MERCURE
gion dans ce moment-là. Ces
recherches ont duré toute la
vie de M Claude. Qui ne
voit qu'il a paffé toute fa vie
fans Religion Cependant il
adminiftroit vos Sacremens ,
il vous prefchoit , il écrivoit
pour foutenir voftre nouvelle
Reforme , c'est à dire , qu'il
agiffoit contre fa conſcience,
puis qu'il ne croyoit pas encore
. Quel fond peut onfaire
fur un homme de cette nature
, & que peut on penfer
de fa probité ?
Nous verrons ce que M.
Jurieu tépondra à ces nouGALANT.
83
veaux Catholiquesqui le preffent
étrangement.
Voilà , Madame , ce que
porte mon Memoire , & puis
que nous fommes fur l'article
de la Religion , je vous diray
à l'égard de la mort de M
Claude , que fi on m'en a fair
un rapport veritable , cette
mort , loin de fortifier ceux
de fon party dans leur creance
, a fait pluſieurs Catholiques
. Comme on le vit , non
feulement en eftat de ne point
réchaper de fa maladie , mais
mefme de mourir dans fort
peu de temps , on crut que
84 MERCURE
des momens eftoient favora
bles pour luy faire dire la ve
rité de ce qu'il croyoir , & on
le preffa des'expliquer ; mais
pour toute réponfe il tourna
le dos à ceux qui luy parlerent
, & mourut peu
d'heure's
aprés , fans qu'on puſt tirer
de luy aucun éclairciffement
fur une chofe fi importante y
& qui en l'eftat où il eftoit ,
pouvoit affermir dans leurs
fentimens ceux qui avoient
toûjours fuivy fa doctrine.
Ce filence a furpris beaucoup
gens . Il en a embarraffe
plufieurs , & fait quelques Cade
GALANT. 85
tholiques . Je ne vous dis rien
qui n'ait cfté rapporté de la
maniere que je vous l'écris
par des perfonnes très dignes
defoy qui fe trouvoient alors
en Hollande .
Mademoiselles de Bergues ,
Fille aifnée de M' de Bergues,
Gentilhomme
& Seigneur de
Faux, Mont & Banes , ne s'eft
pas feulement
fervie des lumieres
qu'il a pleu à Dieu de
luy donner fur la vraye Religion
pour abjurer cellede Calvin,
mais elle en a encore tiré
l'avantage
d'être entierement
convaincuë
de la vanité des
86 MERCURE
chofes du monde.Elle fit profeffion
des veritez Catholi
ques entre les mains de Mt
Carrier , Docteut en Theologie
, & Curé de Faux , & ayant
efté enfuite envoyée au Convent
des Religieufes de Nôtre-
Dame de Sarlat , elle fe
fentit tellement édifiée de la
vertu & de la pieté de ces Filles
, qu'elle refolut de paffer
fa vie dans cette fainte retraite
. Elle executa ce deffein .
le 1. du mois paffé , en prenant
l'Habit avec beaucoup
d'édification de tous ceux
qui fe trouverent à cette ceGALANT.
87
*
remonie. M Carrier qui avoit
receu fon Abjuration , y
prefcha d'une maniere fort
tonchante , & il fit voir avec
beaucoup d'éclat le triomphe
de la Religion, Catholique
fur l'Herefic .
Avant que de quitter cette
matiere de Religion , il faut
vous parler d'un Edit nouveau
qui vient d'eftre publié.
Vous fçavez , Madaine , que
par celuy du mois d'Octobre
1685, portant revocation de
l'Edit de Nantes , le Roy ordonna
que ceux de fes Sujets
de la Religion pretenduë Re88
MERCURE
:
formée , dont les biens eft
toient confifquez en vertu de
diverfes Declarations , à caufe
de leur retraite dans les Païs
Etrangers , rentreroient en
poffeffion de ces meſmes
biens , fi dans quatre mois ils
revenoient dans le Royaume,
Sa Majesté voulant encore
leur donner le moyen de profiter
de fon indulgence , declara
fes Lettres du prémier
Juillet 1686. qu'Elle ne
difpoferoit point de leurs
biens confifquez , avant le
mois de Mars 1687. & que
tous ceux qui avant ce tempspar
GALANT. 89
la reviendroient dans fes Etats
, & embrafferoient la Religion
Catholique , joüiroient
de la grace qu'Elle leur avoit
déja offerte . Cela a produit à
l'égard de plufieurs l'effet
qu'on en attendoit ; mais
comme il y en a d'autres qui
demeurent dans une opiniâtreté
invincible , le Roy ,
aprés avoir retardé jufqu'à
prefent l'execution de ſes Edits
, voyant que ces biens
abandonnez déperiroient
fi on differoit plus longtemps
à y pourvoir , à cru
devoit y mettre ordre , noa
Fevrier 1688.
H
90 MERCURE
pas pour en augmenter fes
revenus , ny en profiter en
aucune maniere mais t
les appliquer à des ufages
pieux , qui puiffent contribuer
à l'accroiffement de la
pour
veritable Religion , qui eftle
principal objet de ſes ſoins .
Ainfi il a declaré par l'Edit
dont je vous parle , que les
biens immeubles , qui ont
appartenu aux Confiftoires ,
aux Miniftres de la Religion
pretendue Reformée , & à
ceux de fes Sujets qui font
fortis , ou qui fortiront de
fon Royaume au préjudice
GALANT.
91
de fes Edits & Declarations,
demeureront réunis à fon
Domaine , pour eftre regis à
l'avenir en la mefme forme &
fes autres Domaniere
que
maines , en forte qu'il en fera
fait des Baux aux Fermiers
des
Domaines
de chaque
Generalité
, ou autres
Particuliers
,
au plus offrant
& dernier
Encheriffeur
, par M' les Intendans
&
Commiffaires
départis
dans les Provinces
, à la diligence
desReceveurs
generaux
des mêmes
Domaines
,entre les
mains
defquels
les Adjudicataires
payeront
le prix de ces
"
Hij
92 MERCURE
Baux, pour eftre employé fuivant
les ordres de Sa Majefté,
tant à fonder & entretenir des
Maiftres & des Maiftreffes
d'Ecoles , qui enfeigneront
gratuitement les Enfans des
lieux ,où l'on en jugera l'établiffent
neceffaire, & des Villages
des environs , qu'au rétabliffement
des Eglifes , aux
fondations des Hôpitaux &
autres chofes qu'on croira
pouvoir fervir à l'avantage
des nouveaux Convertis &au
bien de la Religion . Les Baux
doivent eftre faits à condition
de payer les charges
GALANT. 93
réelles & les Tailles dont peuvent
oftre chargez ces biens
que l'on réunit au Domaine
de Sa Majefté , & du prix qui
en reviendra , les Receveurs
generaux des Domaines en
feront recepte & dépenfe par
chapitres feparez , dans les
comptes qu'ils rendront
de
leur maniement
pour chaque
année, Ceux qui pretendront
avoir quelques droits fur ces
biens par partages , fubftitutions
, dettes hypothe
ques , ou autrement , feront
obligezde reprefenter dansun
an du jour de la publication
94 MERCURE
de l'Edit, les titres de leurs
pretentions ,
› par devant Mrs
les Intendans & Commiffaires
départis , dans le département
defquels ces biens fe
trouveront fituez , afin que
les Etats & Memoires qu'ils
en drefferont, cftant envoyez
au Confeil du Roy , Sa Majefié
y pourvoye ainfi qu'il
appartiendra, faute de le faire
dans le temps preſcrit , ils demeureront
décheus de leurs
droits , fans
l'abſence
ny
que
d'autres empêchemens ſoient
des raifons qu'on reçoive . S'il
arrive que quelques-uns proGALANT.
95
duifent des titres faux , ou
qu'on les convainque d'avoir
prefté leurs noms aux Miniftres
, & à des pretendus Réformez
fugitifs , pour mettre
à couvert une partie de leurs
biens , ils feront contraints
au payement du double de
leur valeur , & tiendront prifon
juſqu'à ce qu'ils y ayent
entierement fatisfait . A l'é
gard des Meubles & des effets
mobiliaites , tant des Confif
toires , que des Miniftres , &
autres Sujets du Roy , de la
Religion pretenduë Reformée
, il eft ordonné qu'il en
96 MERCURE
fera inceffamment faitrecher
che à la diligence des Rece
veurs generaux&Fermiers.des
Domaines , pour en difpofer.
de mefme que des Immeubles.
On donnera la moitié de ce
que vaudront les Meubles à
ceux qui les découvriront ,
dans fix mois ; & pour les Immeubles
, ils jouiront pleinement
& paisiblement pen
dant dix années , de la moitié
du revenu qu'ils pourront
produire. Cependant le Roy
par fa bonté paternelle , fe réferve
à pourvoir aux Enfans
dont les Peres & les Meres
font
GALANT. 97,
font fortis du Royaume , & il
ordonne que tous les Brevets.
& Lettres Patentes qu'il a fait
expedier en confequence de
Declarations, portant don , fes
tant des biens des Confiftoires
que de ceux des Minifres
& de fes Sujets fugitifs
, aux Hôpitaux, & à quelques
perfonnes que ce foit ,
feront inceffamment envoyez
aux Secretaires d'Eftat qui les
ont expediez , pour en rendre
à Sa Majefté , & recompte
cevoir fes ordres . Voilà , Ma
dame ce que porte cet Edit . Il
fut enregistré au Parlement
Fevrier 1688. I
98 MERCURE
le fixiéme de ce mois.
L'Air nouveau que je vous
Menvoye , eft de M de Montailly
, qui non feulement
fçait parfaitement la Mufique
, mais auffi la metho
de de bien chanter , ce qui
ne fe trouve pas toûjours enfemble.
C'eſt luy qui apprend
aux Filles que Mademoiſelle
de Guiſe entretient dans fon
Hoftel pour fa Mufique . Vous
fçavez que cette magnifique
Princeffe en a une fort bonne,
& qu'il y a prefque tous les
Jours Concert chez elle .
GALANT. 99
AIR NOUVEAU.
Nos
Lages ,
Os Bois ont perdu leursfeüil-
Le ne reconnois plus cefejourfi char
mant
Où je venois chercher le filence , &
l'ombrage ;
C'eft toy , cruel Hyver , qui fais ce
changement,
Le ne voy dans mesfers que le fou-.
lagement
De redire en fecret dans ces Bocages
Sombres ,
Les maux que jefouffre en aimant.
Helas, que t'ay -je fait pour en chaf
fer les ombres.
Voicy d'autres Vers fort
agreables & fort propres à
I ij
100 MERCURE
eftre mis en Mulique ; auffi
celuy qui les a faits n'a tra
vaillé que dans la penfée qu'il
fe trouveroit quelque habile
homme qui voudroit bien
les mettre en eftat d'eftre
chantez . Il y a plufieurs endroits
où l'on peut faire des
Chours . C'eft une maniere
de prologue d'Opera , & comme
il eft à la louange du Roy,
la matiere invite à luy donner
l'agrément du chant . On
fuppofe que la Scene eft dans
une folitude agreable. L'ouverture
eft d'un Berger &
d'une Bergere.
GALANT. 101
I
LE BERGER.
Olitude charmante
Agreables Forefts ,
Foftre tranquillité m'enchante.
Qu'auprés de vous le repos a
d'attraits!
LA BERGERE.
Belle Retraitte
Quifavorifes nos defirs ,
Le Ciel ne vous afaite
Quepour eftre témoin de nos plus
doux plaifirs
Tous deux enſemble.
Bien-heureufe vie ,
Que vous avez d'appas !
Vous nous enchantez icy -bas ,
Noftre fort eft digne d'envie.
Bien- heureufe vie ,
Que vous avez d'appas !
I iij
102 MERCURE
LE BERGER.
Suivons l'Amour qui nous appelle,
Aimons , aimons- nous toûjours.
LA BERGERE.
Lors qu'on cede aux tendres amours,
La chaifne en doit eftre eternelle.
Tous deux.
Suivons l'amour qui nous appelle,
Aimons , aimons - nous toûjours.
LE BERGER .
C'est un bonheur charmant
·D'eftre fidelle
C'eft un bonheur charmant
D'aimer conftamment.
La peine cruelle
D'un parfait Amant
Redouble fon empreſſement ,
Yne fiere Beauté n'eft pas toûjours
rebelle.
C'eft un bonheur charmant.
D'eftre fidelle.
GALANT. 103.
C'est un bonheur charmant
D'aimer conftamment.
LA BERGERE.
Fuyez de nous Bergers volages,
Ne vous meflez point à nos Ieux.
Dans ces charmans Bocages
Il n'estpoint d'Amant malheureux.
Fuyez de nous , Bergers volages ,
Ne vous meflez point à nos Ieux,
LE BERGER.
Que ce beaufejoureft tranquille !
Rien n'en peut troubler les douceurs.
L'amourfe plaift dans cette azyle,
Il en bannit les foûpirs & les
pleurs
Tous deux.
Nous devons annoncer le favorable
empire
Du paifible repos qui rigne parmy
nous.
I iiij
104 MERCURE
Aux Echos d'alentour faifons tous
jours redire
Qu'il n'est point de Bergers dont le
fortfoit fi doux.
Mercure vient , precedé d'une
Toupe de Divinitez , & avant qu'il
paroiffe on entend une agreable
Mufique.
LE BERGER.
D'où peut venir cette harmonie?
LA BERGERE.
La douceur en eft infinie.
LE BERGER.
Que ces chantsfontmelodieux !
LA BERGERE.
Rien n'eft fi charmant dans les
Cieux .
Une des DIVINITEZ qui
viennent avant Mercure .
Venez, Bergers, que tout s'apprefte
GALANT. 105
९
A celebrer une
pompeufe Fefte
Quife faitparl'ordre des Dieux.
Mercure au nom de tous va paroiſtre
en ces lieux
MERCURE.
Habitans fortunez qui gouftez le
repos ,
Vous devez ce bonheur au plus grand
des Heros.
Il a banny la Guerre ›
Il fait regner l'abondance & la
Paix.
Le calme qu'il rend à la Terre
Pour fes Peuples heureux ne finira¨™
jamais.
Une des DIVINITEZ .
C'est le parfait bonheur des Peuples
de la France
De refpirer fous fon obeiffance ;
C'eft le parfait bonheur des Peuples
de la France
106 MERCURE
De respecter toûjours fes Loix.
Pour bien chanter fon augufte
puiſſance
Nous devons tous unir nos voix.
C'est le parfait bonheur des Peuples
de la France
De refpirerfous fon obeiſſance ,
C'est le parfait bonheur des Peuples
de la France
De reſpecter toujours fes Loix .
MER CURE.
Admirez fa magnificence ,
Bergers , mellez vos chants à nos
Divins Concerts
,
Faites par tout éclater dans les airs
La fuprême grandeur , la parfaite
clemence
Du plus puiffant Vainqueur quifoit
dans l'Vnivers.
Une des DIVINITEZ .
De quel éclat brille fa gloire !
GALANT. 107
Chacun luy dreffe des Autels.
Son grand nom retentit au Temple
de Memoire ,
Où l'on voitpar luy la Victoire
S'élever au deffus de tous les immortels.
MERCURE.
Sa valeur eft incomparable.
Une des DIVINITEZ.
Tous fes projets font glorieux.
MERCURE.
Il eft favorifé des Cieux.
Une des DIVINITEZ.
Tout l'Vnivers le trouve aimable,
CHOEUR.
Sa valeur eft incomparable
Tous fes projets font glorieux.
MERCURE.
Je vois la Renommée , elleſe fait
entendre ,
• Les chants guerriers ne l'abandonnent
pas.
J
108 MERCURE
Quepourroit-elle vous apprendre ?
Vers nous elle porte fes pas.
LA RENOMME' E.
Ie cours furla Terre & fur Londe
Pourparler des vertus du plus puif
fant des Rois ,
Et ne puis dire affez de fois
Qu'on ne peut trop vanterfafageffe
profonde.
Dans un employfi beau
Chaquejour il m'engage.
Il fait naiftre en tout temps quelque
fujet nouveau
Digne defa grandeur , digne defon
courage.
MERCURE.
Vous qui faites par tout retentir
vos cent voix ,
Divine Renommée ,
Que vous devez eftre charmée
Quand vousparlez defes exploits !
GALANT. fog
LA RENOMME'E
Depuis que les Dieux l'ont fait
naiftre
...Mon bonheur ne peut s'égaler ;
De.luy j'ay toujours à parler,
C'eft luy feul qui mefaitconnoiftre.
MERCURE.
Il vous occupera toûjours
Son
Plaand
foin
eft
de
vous
LA RENOMMEE.
Mon bonheur tout entier dépend de
fon fecours.
Sans ce Heros je n'aurois rien à
faire.
MERCURE & LA
RENOMME'E.
Qu'il regre dans les coeurs,
Qu'il regne fur la Terre;
Grand dans la Paix , grand dans
la
Guerre ,
}
110 MERCURE
Qu'ilfoit par tout comblé d'bon.
neurs.
Qu'il regne dans les coeurs ,
Qu'il regnefur la Terre.
que
Le
Le 27. Novembre deux
Navires de Guerre du Roy
d'Angleterre entrerent dans
le Port de Malthe , & donnerent
avis qu'ils venoient de
Tripoli de Barbarie ;
mauvais temps les avoit obligez
de fe feparer de cinq autres
Vaiffeaux , tous fous le
commandement du Duc de
Grafton qui portoit Pavillon
d'Amiral , & que leur
rendez - vous cftoit à Malthe .
GALANT FIT
Mle Grand- Maiftre fur cet.
avis fit affembler le Confeil
de l'Ordre , pour refoudre le
falut qui fe devoit faire au
Pavillon de Sa Majesté Britannique
, & voir quels honneurs
feroient rendus à Milord
Fits -James , Fils naturel
du Roy , qui cfteit Volontaire
fur l'un de ces deux
Vaiffeaux. Le 29. au foir le
Navire Amiral fe preſenta à
1
la bouche du Port , où nc .
pouvant entrer à caufe du
Vent Sud Oüeft , il moüilla'
l'ancre à la Rade , & le 30. au
matin il entra dans le Port ,
112 MERCURE
"
au falut de quatre-vingt pie
ces de Canon , partie à balle ,
& d'une falve generale de
toutes les Galeres ; à quoy
l'Amiral répondit de toute
fon Artillerie , & de celle de
tous fes Navires Avant qu'ils
euffent mouillé l'ancre , fon
Eminence envoya de fa part
Mle Commandeur Caraffas
fon Neveu ,
complimenter
Me le Duc de Grafton, & en
fuite il alla au Navire fur de
quel eftoit Milord Fits-James ,
luy faire de pareils complimens.
Quatro Grands- Croixde
differentes Nations , firent
GALANT: 113
>
la mefme chofe immediatement
aprés , au nom de la Religion
Ces complimens étant
finis , M l'Amiral témoigna
defirer de voir la Ville ; fur
quoy le Confeil s'eftant affemblé,
aprés une meure confiderarion
il fut trouvé à
propos de le prier de differer
jufqu'au 4. Decembre, à caufe
qu'il avoit paffé à Alger, Tunis
& Tripoli , d'où il n'y
avoit que treize jours qu'il
eftoit party , & que ce retar
dement mettroit la Religion
à couvert envers la Sicile , &
donneroit lieu de préparer
Février. 1688. K
114 MERCURE
A
les chofes pour fon Entrée pt
blique & pour celle de Milord
Fits James , & pour les
loger au Palais de M' le Grand
Maiftre. M' l'Amiral fe rendit
à ces raifons . & fit entendre
qu'il n'eftoit venu à
Malthe que pour ſe prévalorr
de la feureté du Port à l'égard
du radoubement de fes Vaiffeaux,
fans vouloir incommoder
ny fon Eminence , ny la
Religion , fon deffein n'étant
que de voir la Ville comme
um Paffager , incognite , ce qui
eftort auffi le deffein de Mi-
Ford Fits-James . Le 4. DéGALANT
.
115
2 accembre
, ce qu'ils deman-
.doient leur fut accordé . M le
Duc de Grafton envoya d'abord
Milord Barcley
compagné de plufieurs Officiers,
complimenter de fa pare
fon Eminence ; & Milord
Fits- James.envoya enfuite M
le Colonel Peter , fon Gouverneur
, faire auffi des complimens
de fa part . Le lendemain
à dix heures du matin ,
Milord Fits James fe mit en
chaife , accompagné de fon
Gouverneur , & le fit porter
au Palais de M le Grand-
Maitre , oùs pour éviter les
Kij
116 MERCURE
Ro
ceremonics , il entra de cette
forte jufqu'à la porte de la
chambre de fon Eminence.
La portiere ayant eſté tirée , il
fortit de fa chaife , & fut renscontré
de M le Grand - Maiiftre
, avec lequel il eut une
heure de converfation.Il y fit
paroiftre un efprit extraordi
naire, & des manieres qui furprirent
dans un âge fr peu
avancé. Son Eminence &
tous ceux qui virent ce jeune
Prince en furent charmez .
Il fortit de la . Chambre de
M le Grand Maiftre de la
mefme maniere qu'il eftoit
GALANT. 07
entré , aprés avoir receu une
Croix octogone , ou de Chevalier
, garnie de Diamans ,
que Son Eminence luy don--
na de la part de l'Ordre pour
marque de fon eftime. A la
-fortie du Palais il fe rendit
aux Jefuites , où il entendit
la Meffe . Il alla enfuite voir
la grande Eglife de S. Jean ,
& de là en la maifon de M
Bataille, Chevalier Magiftral ,
où il difna. M Bataille , qui
cur l'honneur de difner avec
luy , luy fit preſent de deux
Efclaves Turcs qu'il accepta
& qui fuplierent ce Milord
r
118 MERCURE
de les faire baptifer . A deux
heures aprés Midy il vifita
l'Hôpital , & quelques Convents
de Religieufes , & vit
toute la Ville & les fortifi
cations de dehors . Ce Prince ,
accompagné de fes Officiers ,
monta à cheval le 6. & alla
à fix milles de la Ville vifiter
la Grotte de Saint Paul , Le 7
ayant mis la Croix dont Son
Eminence l'avoit regalé , il
fe rendit fur les onze heures
du matin à l'Eglife de S. Jean ,
pour y entendre la [ Meffe.
Il s'y trouva un concours
extraordinaire de Chevaliers
GALANT. TI19
& de Peuple. Aprés la Meffe
il voulut voir les Reliques
& baifa à genoux la main
droite de Saint Jean Baptifte.
Au fortir de cette Eglife il
alla au College des Jeluites ,
où il difna, & fit encore difner
M Bataille avec luy. M
Vedoni , Inquifiteur , & le
falua le traitant d'Alteffe . Il
envoya aprés le diſné M le
Colonel Peter , fon Gouverneur
, qui eft un homme d'un
fort grand merite , compli- .
menter Mr le Grand Maiſtre ,
& prendre congé de luy Son
Eminence luy envoya enfuite
1120 MERCURE
Cla
M' le Commandeur de Hotot,
fon Maitre d'Hoſtel , luy
faire fes Comp.imens , & luy
fouhaiter un heureux voyage .
M ' Bataille a prefque toujours
accompagné Milord
Fitz-James , & M le Duc de
Grafon n'a point vifité M
le Grand Maiftre. Il s'eft contenté
de voir la Ville & les
Fortifications , & ce qu'il y avoit
de plus curieux . Ce mefme
jour les Navires mouillerent
l'ancre à la Râde , &
y pafferent la nuit. Le 8. ils
mirent à la Voile pour Meffine
& Ligourne , fort fatisfaits
GALANT. 121
3
faits des honneftetez qu'on
leur avoit faites , & des Rafraichiffemens
qui leur avoient
efté envoyez de la part
de M ' le Grand Maiftre . D
Voicy de fort jolis Vers
fur une maladie dont on
meurt tres raremeut , & dont
on dit toûjours que l'on eft
preft d'expirer , quoy qu'on
n'en croye rien, Il y a aparence
que lors qu'ils ont efté faits ,
le Medecin Anglois vivoit
encore ; ou que s'agiffant de
Quinquina , on s'en fervy de
fon nom pour rendre la galanterie
plus agreable . Ces Vers
Fevrier 1688.
L
122 MERCURE
font fort eftimez , & comme
je croy qu'ils feront nouveaux
pour vous, je ne veux pas vous
priver du plaifir que vous re
cevrez en les lifant
LE QUINQUINA
SUD 27000 350
D'AMOUR. J
Entant augmenter tous les
Se
jours
Mon amoureufe inquietude ,
Et ce mal me paroiffant rude ,
Au Medecin Anglais je demanday
fecours;
Et comme Suppofe qu'un Amant
accompliffe
GALANT.
123
· Ce qu'il m'a dit fans fiction,
Il fautfurement qu'il gueriffe
De la plus chaude paffion ,
Au Public amoureux je crois rendre
fervice
De débiter icy fa
confultation.
ढ
Medecin,dont on vante à bon droit
le remede
Ne me déguife rien , parle fincerement.
Tufçais bien ce que c'eſt , luy dis-je ,
qu'un Amant ;
A la fièvre d'amour peux- tu donner
quelque aide ?
2
L'enfuis atteint fort
chaudement ,
Et quand fa vive ardeur une fois
me poffede
Ie crois
defcendre au
monument.
Mais comme j'ay l'ame
inconftante,
Encor quej'aime avec excés ,
Lij
1
124 MERCURE
Souvent au plus fort de l'accés ,
Yne amour chaffant l'autre , une nou
velle Amante
Guerit le
mal
qui me tourmente
Cela peut s'appeller , fi je le combien
,
prens
Fiévre d'amour intermitente.
Iefçay que ton Art ne peut rien
Lors qu'elle devient continuë.
Elle nous fait languir , quelquefois
elle tuë ;
Mais tu connois mon mal, parle- moy
fans façon.
Pourfixer cette humeur qui quelquefois
domine, [ chagrine
Et laiffe dans mon coeur l'impreffion
De fon pernicieux poifon
Le Quinquina feroit-il bon ?
25
Te guerir , me dit- il , ce n'eft pas
une affaire.
GALANT
125
Tu n'as , fans autre infufion ."
Qu'à fuivre le panchant de l'inclination
Qui t'invite d'aller de Bergere en
Bergere.
Lors qu'auprés de quelqu'une un peu
fiere &fevere
Ton coeur fe trouble, & commence à
Languir,
Prens une potion de ton bumeur legefe
2
C'en eft affez pour te guerir.
Ie fçay bien que ton ame efttendre,
Que peut- eftre à quel- qu'autre elle .
s'engagera ,
Mais prens la potion tant qu'elle du
rera ›
L'efpere qu'à force d'en prendre
Ta guerifon s'achevera.
2
Voilà tout ce que ma fçience
Liij
126 MERCURE
Peut, pour te foulager , me fournir
en ce jour;
Mais fouviens-toy que l'inconftance
Eft le Quinquina de l'Amour
2 ...
A quiconque aura befoin d'aide
Pour détourner l'ardeur d'un mal
Spareil au mien ,
Ie donne donc avis que j'ufe du remede
Et queje m'en trouve fort bien .
Ceux qui poffedent laCharge
de Chancelier de Monfieur
ayant le privilege d'entrer en
Carroffe dans la feconde
Court du Palais Royal , Son
Alteffe Royale donna les
Sceaux à M de Bechamel
GALANT. 127
afin
dans le temps que cette Char
ge demeura vacante
qu'ayant jouyde d'honneur
d'entrer en Carroffe jufqu'au
pied de l'Escalier de toutes
les Maifons de , ce Prince il
puft enjouir à l'avenir, com
me ayant efté fon Chancelier
, lors qu'il n'auroit plus
les Sceaux. Il ne fait prefentement
que les fonctions de
la Charge de Surintendant
qu'il poffede , & MTerra a
pris poffeffion de celle de
Chancelier. Il eft Fils de feu
M Terra , Tréforier de dé
funt Monfieur le Duc d'Or-
Ε
Lii
128 MERCURE
་
leans , Oncle du Roy. Il fit
éclater une grande pieté aprés
la mort de ce Prince , &
employa beaucoup de bien
pour la foûtenir.
Je vous envoye une galanterie
Enigmatique contenue
dans un Billet que l'on m'a
écrit , & dans une Lettre adreffée
à celuy dont j'ay receu
le Billet . Vous ne met-
17
trez pourtant pas voftre efprit
à la torture pour deviner dequoy
il s'agit , & à peine au
rez-vous leu quelques lignes
de la Lettre que vous connoiſtrez
où va la plaiſanterie .
Voicy le Billet.
GALANT: 129
toutes re
د
Feme fuis fibien trouvé, Mon
fieur , d'une Femme qu'un de mes
Amis m'a donnée pour Eftrennes,
que je ferois confcience de laiffer
plus long- temps fes bonnes qualitez
cachées. Elles font
prefentées au naturel dans le
portrait qu'il en a fait , & je
n'y puis rien ajoûter , finon qu'-
elle n'est point grimaciere. Je
lay éprouvé dans une tres-grande
maladie , qui m'a empefché
de vous faire plutoft part
que je vous envoye ,
laquelle je ne luy ay point veu
répandre de ces larmes feintes
que les Femmes verfent fi aisé
de ce
pendant
120 MERCURE
ment dans les maladies de leurs
Maris que le plaifir d'estrè
Veuve
au fi-toff.
tarit
La Lettre qui fuit vous en
apprendra davantage .
2255 $ 52222525zess
A. M. C. C. D. R. A. D. C.
A Paris ce 1.
Janvier 1688.
Nfin , mon cher Amy , teš
peines font couronnées, &
te voila pourveu d'une grande
Charges Mille gens pensent à te
marier , mais c'est parce qu'ils
ne fçavent pas que tu l'es déja.
Tu ne le fais pas toy- meſme ;
GALANT. 131
la choſe eft affez nouvelle , de
Le trouver mariefans le fçavoir.
Je fuis feur cependant , que tu
en feras bien-aife , & que tu me
fsauras gré d'avoir pris pour toy
ce penible foin . Par la je t'ay
épargné l'embarras de choisir,
de trouver des défaites pour refu
fer honneftement les Belles dont
tu n'aurois pas fait choix . Voicy
quel est le mien voicy quelle eft
La Femme que je t'ay donnée.
Ellefe nomme Tacita Poupcias
elle eft de Flandres, & originaire
d'Italie. Elle defcend en droite
ligne du Grand Pompée , comme
le marque fon nom , où le temps
132 MERCURE
a pourtant fait quelque perie
changement. Elle est jeune , jolie,
grande, bien faite . Elle n'eft
ny coquette, ny medifante , ny
grande parleufe. Elle a une dou
ceur charmante , fon humeur eft
toûjours égale , fa vertu eft à
toute épreuve. Pourfa dot, j'
vouefranchement qu'elle n'eft pas
confiderable, & qu'elle ne vaut
pas la peine d'en parler. Mais ,
me diras -tu , tant d'agrément ,
tant defageffe qu'il vous plaira ,
ilfaut du bien quand on fe marie.
He doucement , mon cher, ne
nous laiffons point éblouir par
des dehors éclatans ; examinons
GALANT. 133
fainement les chofes , ne prenons
pas le party le plus apparent ,
prenons le plus feur. Une Fem
me qui t'apporteroit, fi tu veux,
cent mille livres en mariage avec
efperance de beaucoup plus, t'engageroit
à de tres-groffes dépenfes
; il t'en couteroit au moins
quinze ou vingt mille francs pour
les frais de Noces . Tu ferois
obligé de luy entretenir un bon
équipage , une bonne table , de
forunir abondamment à ſa dépenſe
& àſon jeu, à peine mille
pistoles fuffiroient - elles chaque
année pour tout cela. Que deviendroient
donc les grands a134
MERCURE
vantages que tu aurois cru trouver
? Avec Tacita les chofes ne
tourneront
pas ainfi. Safageffe eft
fon plus grand bien, mais ce bien
eft inestimable
; avec elle point
de dépense en fe mariant; elle est
peu ajustée , mais le peu qu'elle,
a luy fuffit. Les habits qu'elle
porte , luy fervent depuis qu'elle
a commencé
à paroiftre dans le
minde Cependant
ils font encore
tout neufs ; ils pourront
luy
fervir long-temps , elle ne fe foucie
point d'en changer. "Elle ne
joue point , la fobrieté est une de
fes vertus favorites . Elle ne vifitera
perfonne , fi tu veux , ¿
GALANT. 155
quandtu voudras qu'elle forte ,
il luy fuffira d'un Laquais pour
l'accompagner. No font- ce pas
là de vrayes rentes ? N'est- ce
pas un revenu plus certain que
celuy d'une Femme ricke , or
qui donneroit dans le fracas s
f'oubliois à re dire , qu'en pre
nant l'époufe que je t'ay choife ,
tu pourras te diſpenſer de payer
le droit de chevet , fans que tes
Confreres s'en puiffent plaindre.
Que le nom de Pompée ne t'alar
me point, taMoitié ne t'étourdira
jamais des grands noms de fes
ayeux. Ne crains point que l'envie
de pafferpour bel efprit luy
126 MERCURE
prenne; elle ne faitpoint de Verss
elle n'écrit point de Billets ga
lans ; elle n'en reçoit point : ja
mais elle n'a lù ny de Romans ,
ny d'Histoires
elle n'a point de
de Let
commerce avec les gens
tres ; elle ne parle ny atomes ny
petits corps : en un mot, ce n'eſt
point une Femme fçavante. Elle
ne paffera pourtant point pour
befte , puis qu'elle ne parle jat
mais mal à propos. Pour ce qui
eft de la beauté , tu pourrois en
trouver autant ailleurs ; mais
quelque précaution
qu'on pust
prendre , cette beauté s'effaceroit
avec le temps , &
temps , il ne tiendra
GALANT. 137
qu'à toy que ta chere Poupeia ne
foit dansfoixante ans auffi belle
qn aujourd'huy . Mais c'est trop
te parler d'elle , fon air & fes
manieres te convaincront mieux
la
quemes paroles
. Elle
va te trouwerfans
façon
, perfuadée
que
referve
des Femmes
ne paſſe
avec
justice
que pourgrimace
, & que
Fon
fçait
bien
que quand
une
Belle
fuit un jeune
Epoux
, c'eft
parce
qu'elle
eft feure
qu'il
la
fuivra
de prés ; & puis
, qui
oferoit
blâmer
la démarche
de
noftre
Heroine
? Le nom de Poupeia
n'est-il pas un bouclier
fuf fifant
contre
tous les traits
de la
Fevrier
1688
. M
138 MERCURE
le
médifance ? Ouy, l'on vous verra
vivre ensemble comme Mary
& Femme fans en eftre fcanda
lisé, quoy que le Notaire ny
Curé ne fe foient point mélez de
vos affaires. Fouis donc de ton
bonheur , mon cher , ne crains
point de le voir troubler par eërtains
accidens fâcheux qui arriwent
à mille gens souffre que
les Galans voyent ton épouse en
toute liberté ; ton honneur n'y
peut courre de hazard ; quelques
douceurs qu'ils luy difent , elle
fera fourde , elle n'y répondra
jamais ; quelquesfoins qu'ils luy
rendent ; quelques empressemens
*
1
GALANT. 129
qu'ils luy marquent elle y fera
toujours infenfible . Au reste mon
cher Amy , tu n'es pas inconnu
à Poupcia . Tu as paru plufieurs
fois devant elle au Palais , pour
empletes à la Boutique d'un certain
Marchand. Ta Charge , le
bruit de tes richeffes ne l'ont point
tentée. Une perfonne auffi ver
tueuse qu'elle , confidere - plus
dans un homme fon merite & fa
sverty , que fon bien , y tu as
tout ce qu'il luy faut pour la
rendre parfaitement heureuſe.
Adieu , je m'affure que tu me
remercieras des Eftrennes que
że te donne , que tu me diras
Mij
140 MERCURE
qu'une une Femme fage diſcrete
eft un rare prefent , & que tu
conviendras enfin qu'on doit
moins s'attacher au bien qu'à ces
deux excellentes qualitezay
Je n'ay pas voulu vous dire
d'abord qu'il ne s'agiffoit que
d'une Poupée qu'un Amy
envoyoit à fon Amy . Peutcftre
avant que de lire,auriezvous
regardé cette galanterie
comme une choſe tout- à fait
fade , au lieu que la curiofité
ayant dû vous faire entrer
infenfiblement dans ce qu'elle
a d'agreable , il ne fe peut
que vous n'y ayez remarqué
GALANT 141
& celles
beaucoup d'efprit. Les qualitez
qui feroient à fouhaiter
dans une Femme
qu'on y doit craindre, ſe trouvent
affez heureufement af
femblées dans cette Lettre ,
& la peinture que l'on y en
fait a fon agrément .
F
M l'Abbé de Saint Vallier ,
cy- devant Aumônier du Roy,'
& qui a toûjours vefcu au
milieu de la Cour , comme il
auroit fait dans un Seminaire,
fut facré fur la fin du dernier
mois Evefque de Quebec, en
la nouvelle France . Cette Ceremonie
qui fe fit dans l'E142
MERCURE
glife de Saint Sulpice , & la
pieté de ce Prelaty attirerent
quantité d'Evefques & de
perfonnes de qualité , & l'affluence
du peuple y fut grande
. Ce nouvel Evefque à preferé
le plaiſir qu'il aura de gas
gner' des Ames à Dieu dans
un Pays ſi éloigné , à l'urile
gloire qu'il auroit euë de poſ,
feder icy un Eyefché , qu'il
auroit pû gouverner dans fa
patrie , fans effuyer la fatigue
d'un long & penible Voyage,
ny tous les foins qu'il fera
obligé de prendre à Quebec.
pour éclairer des aveugles .
GALANT. 143
& fortifier dans la veritable
Foy ceux qui l'auront déja
embraffée. Un fi grand détachement
du monde dans
une perfonne de qualité , &
qui pourroit vivre avec plus
demagnificence & de repos,
produit des effets tres - avanta
geux à la Religion , & quand
on fait ce qu'on prefche , on
eft toûjours feur de perfua
der.
les
Ileft certain que rien n'excite
plus à bien faire que
exemples. M' le Marquis de
Saint Megrin en vient de
donner un beau à fuiyre. Ce
144 MERCURE
&
Marquis ayant obtenu du
Roy la permiffion de faire
faire à fes defpens une Million
dans la Ville de Thonneins
qui luy eft fubftituée
, pour
la fanté
& profperité
de Sa
Majefté
, & pour
l'affermiffe
ment
des Habitans
de ce lieu
là dans
la veritable
Religion
,
elle commença
leur
du
mois
paffé
par une Proceffion
folemnelle
, à laquelle
fe trou
verent
douze
Religieux
du Tiers
Ordre
,
faire
cette
Miffion
. Le fruit
en a efté grand
, & on en doit
avoir
d'autant
plus
de joye
qu'il
choifis
pour
GALANT. TAY
qu'il s'eſt fait dans une Ville
dont les Habitans , par le zele
qu'ils avoient pour la Reli
•
memora
gion Pretendue Reformée
ont foutenu plufieurs Sieges
& entre autres un
ble fous le Regne dufeu Roy .
M³ le Marquis de Saint Megrin
s'eft trouvé à toutes
ces actions de pieté . Tout le
monde fçait qu'il a beaucoup
de naiffance
. Je vous parlerois
icy de fa Maifon fi
c'étoit le lieu , mais vous
voulez bien que felon ce que
je me ſuis preſcrit dans mes
Lettres , je ne vous entretien-
Fevrier 1688. N
146 MERCURE
ne des Familles que lors qu'il
s'agit de morts ou de ma
riages.
Ayant fait graver depuis
plufieurs années lesJettonsqui
fe frappent tous les ans , j'ay
cru devoir prendre encore le
mefme foin celle- cy, & je vous
les envoye à mon ordinaire .
La Planche queje joins à cette
Lettre vous les fera voir.
Comme on connoift prefque,
tous ces Jettons par les explications
qui font au bas , il n'eſt
pas befoin que je vous donne
beaucoup d'éclairciffement
là-deffus. Je vous diray feuGALANT.
147
lement
que le premier eft
pour la Maifon de Madame
la Dauphine , & le dernier
pour la Troupe Italienne .
J
Il me fouvient qu'au commencement
de l'année 1686 .
je vous parlay d'une petite
Chienne fort fpirituelle , appellée
Petonne , qui vous fit
entendre de fort jolies choſes .
Elle a toûjours le talent de
s'expliquer d'une maniere agreable
, & ce que vous allez
lire ne vous en laiffera pas
douter.
Nij
148 MERCURE
འ་
525222555
SZESSZZZ
PETONNE
A SA MAISTRESSE
ETRENNES
.
On -jour Maistreffe
, & bonne Bonjour
Voicy deux ans paffez , fije m'en
fouviens bien,
+** Depuis l'heureuſe matinée.
Que j'eus dans voſtre lit un petit
Slow entretien. (peines
Bichon faifoit alors le fujet de mes
Vous le demandantpour Etrennes,
L'eus le bonheur de l'obtenir ;
Mais vous devez vous fouvenir ,
Qu'en mefme temps vous me permites
De laiffer là Bichon pour vous entretenir.
GALANT,
149
De ce nombre infiny d'amoureufes
vifites
Qu'aprés my vous vites venir,
Quand tout fut party, vous me
dites ,
Que d'importuns , Petonne & il les
faut tous bannir
** Te te promets qu'à l'avenir,
Te referveray mes tendreffes
"A l'Amant favory pourqui tu t'intereffes.
(change riens
Ce font vos propres mots , & je n'y
Cependant, ma belle Maistreffe
Quelfruit a- t- il tiré depuis noftré
23117
entretient
De votre flatenfe promeffe ?
Vous voit on un Amant de moins?
Au contraire le nombre augmente s
* De bon compte j'en connois trente,
Quitous les jours appliquent tou
leurs foins S
Niij
15º MERCURE
A readie voftre coeur fenfible.
Hefçay bien qu'il n'eft pas paffible
D'échaper aux coups de vos yeux,
Je fuis témoin qu'en mille lieux ,
Vous contraignez , chofe terrible !
Quand onjette fur vous un regard
curieux ,
De perdre le nom d'inv nobles
Mais de grace , à quoy bon inspirer
Autant d'amour ,
Si vous ne voulez pat en prendre à
Fare vostre tour 2
N'el-ce que pour faire parade
D'ungrand nombre de coeurs quifoûpirent
pour vous ? som ?
Ma belle Maiftreffe , entre nous ,
Ce feroit une Gafconnade. »
Eftre aimé fans qu'on aime eft un
plaifir bien fade.
Demandez à Bichon s'il me dementira
,
GALANT. KI
Tefuis fure qu'il vous dira ,
Qu'encore qu'il connust ma paffion
extrême
Bu
· Tant qu'à mes feux indifferent,
Il crut que vivre libre eftoit le bien
Suprême ,
Il ne goûtoit qu'un plaifir apparent,
Et qu'il n'en ont jamais de plus
doux , de plus grand 48.
Que depuis l'heureux temps qu'il
m'aime.
Aimez , belle Maiftreffe, aimez
Aujourd'huy vos Amans vont paffer
en reveuë..
57
Retenez de cette cobaë ( l'eftimez.
L'Amant mon Favory , déja vous
Il n'est pas un Amant vulgaire ,
Il est difcret , tendre , & fincere ;
Malgré tous lesfoins d'un jaloux,
Hfçait Part de paffer les momensles
plus doux.
Niiij
151 MERCURE
Il a de grands talens pour plaine.
Il vaut ne difons pas icy tout
ce qu'il vans ,
« Vous en pourrez faire l'experience,
jener beim A79
Pour les plaifirsfans confeqnence
Ne cherchez point ailleurs , deft
Phomme qu'il vous faut.
On dit ordinairement que
les Femmes meurent de joye,
& quefouvent elles fe nourriffent
de chagrin . Si vous
doutez de la verité de ce
for
Proverbe ce qui eft arrivé
depuis peu de temps dans
une des plus grandes Villes
du Royaume , vous en convaincra.
Une Dame ayant réfolu
fur la fin de l'Efté der
GALANT 13
nier , d'aller prendre l'air à la
campagne, où elle avoit une
fort belle maiſon pria une de
fes Amiesd'y venir pafferl' Automne
avec elle . Cette Amie
n'eut pas de peine à y confen
tir . La douceur de la faifon
l'engageoit à faire ce voyages
& elle partit accompagnée
d'une Fille unique qu'eller a
voit. C'eftoit une jeune perfonne
d'une taille grandes
mais libre & dégagée . Son
vilage eftoit fort bien proportionné.
Elle avoit un teint
yeux doux & bien
uny
des
yeux
coupez , une bouche pecite &
154 MERCURE
(
vermeille , & toutes fes mas
nieres faifoient paroiftre une
fi grande fageffe , qu'il cuſt
efté difficile de n'en eftre
pas touché . Son efprit répondoit
affez à fa beauté.
Il eft vray que comme elle
vivoit extrémement retirée ,
& que faMere l'avoit toûjours
éloignée avec grand, foin de
toutes les Compagnies , elle
n'avoit point dans fes actions
& dans fes paroles , cet air
aifé & cet enjouëment qui
ne s'acquiert que par le com
merce du beau monde ; mais
fi elle ne s'expliquoit pas
GALANT. 155
avec toute la jufteffe qu'on
auroit pu fouhaiter , on artri →
buoit ce defaut au peu d'ha
bitude qu'elle avoit de ſe tirer
d'une converfation , ou fe
rieufe , ou galante . Cependant
il fuffifoit qu'elle fuftaimable
pour plaire en tout ce qu'elle
difoit. On ne doit pas en
eftre furpris . Quand une jolic
perfonne a de l'agrément
pour farisfaire la veuë , fes
moindres paroles paffent pour
efprit. Aprés que ces deux
Amies curent efté quelque
temps dans cette belle Maifon
le Fils de la Dame à qui
16 MERCURE
elle appartenoit , y arriva . Il
eftoit fort riche , & fa Mere
qui n'avoit que luy pour tous
Enfans , avoit tâché plufieurs
fois de le marier , mais le plaifir
qu'il trouvoit à vivre libre
luy ayant fait refufer tous les
partis qui s'eftoient offerts,
elle n'avoit pú y réuffir , &
ceftoit pour elle un tresgrand
chagrin de le voir toû
jours dans le deffein de ne
s'engager jamais. Il eftoit af
fez bien fait , & quoy qu'il
euft toûjours paru fort indif
ferent , il ne laiffoit pas d'avoir
de fort grandes complas
GALANT 157
fances pour les Belles. Airfi
il n'eut pas plûtoft veu l'ai
mable Perfonne qu'il rencontra
chez la Mere , qu'il fut
ravy d'avoir trouvé une occafion
qui luy donnoit le
moyen de la voir fouvent . Il
avoit marqué d'abord qu'il
ne venoit que pour quarre
jours , & quand il l'eut entretenue
plufieurs fois , il ne luy
fut plus poffible de fonger
la quitter. Il fut furpris de ce
changement , & quélque effort
qu'il fift pour le vaincre,
comme il luy trouvoit tous
les jours de nouveaux char158
MERCURE
mes , cette liberté qu'il avoit
toûjours cherie uniquement .
commença à s'ébranler. Vous
pouvez juger de là qu'il ne
manqua pas de faire fa cour à
cette charmante Fille . Il luy
rendoit des foins obligeans ,
qui furent bientoft ſuivis de
quelques fentimens tendres
qu'il luy expliqua . On l'euſt
écouté plus favorablement
qu'on ne fit , fi on l'euſt cru
d'humeur à s'engager tout de
bon ; mais comme on fçavoit
qu'il s'eftoit fait une habitude
de debiter des douceurs à tou
tés les Belles qu'il voyoit , on
GALANT. 159
imputa à ſon humeur galante
& honneſte les protefta
tions de tendreffe que fa paf
fion luy faifoit faire. Sa Mere
elle-mefme qui le connoiffoir,
quelque forte euvie qu'
elle cuft que la Fille de fon
Amic s'en fift veritablement
aimer , luy confeilloit de ne
pas faire de fond fur toutes
les chofes qu'il pourroit
luy dire. La Belle la crut , &
le peu qu'elle témoigna don
ner de créance aux difcours
du Cavalier , fembla irriter fapaffion
. Elle s'augmenta toû
jours ; & en l'affeurant qu'il
160 MERCURE
>
fentoit pour elle, ce qu'iln'a
voit jamais fenty pour per
fonne , il parloit ; de bonne
foy , mais il ne falloit pas le
mener plus loin. Dés qu'on
luy faifoit entendre que le
mariage eſtoit un moyenſeur
pour gagner le coeur qu'il ata
raquoit , il ne fçavoir que répondre
, & l'engagement luy
faifoit peur. Il cuft voulu eftre
libre pour aimer toûjours , &
la pentée d'un Contrar eftoit
pour luy quelque chofe de
terrible. Cependant comme
on luy voyoir des empreffemens
qui paffoient la complaifance
ordinaire qu'il avoit
を
1
GALANT. 161
津
eue jufque- là pour le beau
Sexe , la Belle , par le confeil
de fa Mere, prit quelque foin
de le ménager , & l'envie qu'
elle cut de luy plaire affez
pour malgré luy l'engagager
à prendre pour elle ce qu'il
commençoit à luy infpirer ,
la fit agir avec tant d'adreffe,
qu'en traitant de jeu d'efprit,
& d'amufement d'homme
galant ce qu'il vouloit luy
perfuader de fon amour , elle
L'obligeoit à luy en donner
de plus fortes affeurances.
On paffa à la campagne tout
le refte de l'Automne , tan
Fevrier 1688
O
162 MERCURE
toft à le promener , tantok
à quelque partie de Chaffe, &
tantoft à recevoir ou à faire
des vifites Le Cavalieraccompagnoit
la Belle par tout,
& tout le monde fouhaitant
qu'il s'attachaft , il ne cherchoit
point à l'entretenir qu'il
n'en trouvaft auffitoft l'occafion
favorable La faifon étant
enfin devenue fâcheufeuon
retourna à la Ville , & le Cavalier
fentit dans le changement
de fa fortune ,qu'il manquoir
beaucoup à fon bonheur.
Il s'eftoit accoûtumé à
voir la Belle à toute heure, & a
SGALANT. 363
cette habitude n'eftoit pas
aifée à perdre . Il luy rendit
deux ou trois vifites qui furent
receuës agreablement .
mais quand il voulut les rendre
affiduës , on luy fit con
noiftre que la liberté de la
campagne autorifoit bien des
chofes , & que dans la Ville ,
• le compte que l'on devoit au
Public de fes actions , obli
geoit à des referves qui ef
toient indifpenfables. Il enendit
ce que cela vouloit di+
re, & en répondant qu'il y
avoit un moyen de faire taire
le monde , il fit comprendre
O ij
164 MERCURE
?
qu'il n'eftoit pas entierement
éloigné de penfer au mariage .
Il eut pourtant quelque peine
à s'y réfoudre. Il devint refveur
& inquiet, & fa Mere qui
en devina la caufe, luy ayant
demandé un jour en riant s'il
n'avoit point pris plus d'amour
qual ne croyoit , il duy
avoua que depuis qu'il avoit
veu la Fille de fon Amic , il
avoit fency ce qui luy eftoit
inconnu auparava it , & que
fa vertu , fa modestie , fa fageffe
, & un certain tour d'ef
prit , qui dáns fa ſimplicité
avoir quelque chofe de vif
"
GALANT LAS
о
& de delicat , eftoient des
charmes aufquels il avoit de
la peine à refifter . Sa Mere
luy exagera le prix dont ces
qualitez eftoient quand on
avoit à faire choix d'une
Femme, & aprés luy avoir dit
qu'ayant beaucoup de bien ,
ul devoit fonger uniquement
à ce qui pouvoit le rendre
heureux elle crut devoir
' abandonner à luy- mefme ,
& à fes reflexions . Peu de
jours aprés elle eut un accés
de fievre qui l'obligea de fe
mettre au lit. Son mal parat
dangereux , & ſon Amic qui
a
166 MERCURE
crut qu'il y alloit de fes inrerefts
de fe montrer empreffées
ne la quitta prefque point.Elle
venoit fort fouvent accom
pagnée de fa Fille , qui don
noit les foins de fibonne gra
ce pour foulager la Malade
en tout ce qu'elle pouvoit
qu'elle s'en fit aimer tendre
ment. Ce fut pour le Cavalier
un nouveau fujerde redoubler
amour . Il avoit beaucoup
d'attachement pour fa Mere,
& ce qu'on faifoit pour elle
fembloit eftre fait pour luys
Sa fiévre eftant fort diminuée,
il luy en marqua ſa joye , & ce
fon a
GALANT 167
témoignage de tendrelle luy
donna occafion de luy dire
que s'il vouloit la revoir dans
une fanté parfaite , il en fça
voit les moyens; qu'il ne pouvoit
ignorer qu'elle n'avoit
jamais rien fouhaité avec tant
d'ardeur que de le voir marié,
& qu'ayant pris de l'attache
ment tpour une perfonne tou
te aimables il luy feroit un
plaifir fenfible de l'époufer,
Le Cavaliers ne put tenir
davantage contre l'amour
qui luy parloit pour la Belfatisfaifoit
fa Mere , &
en mefme temps fa paffion,
les
168 MERCURE
Il luy promit ce qu'elle voulat
, & cette promeffe la
mit bientoft en eftat de fe
guerir .A peine la fièvre l'eutdle
quittée , qu'elle fit dreffer
le Contrat de mariage. Il fuc
figné avec grande joye des
deux Amans ; on acheta les
habits de Noces & quand
tout fut preft , la Mere prit
jour des lelendemain pour la
ceremonie de l'Eglife . On
vouloit attendre qu'elle cuft
recouvré affez de forces pour
s'y trouver , mais elle aima
mieux fe priver de ce plaifir ,
quede differer ce qu'elle avoit
long-temps
GALANT. 169
long- temps regardé comme
un bonheur , dont l'indiffe
rence de fon Fils l'empefcheroit
de jouir. Le mariage fe
fit avec l'applaudiffement de
I tous les Parens , mais on ne
s'attendoit pas à un accident
auffi chagrinant qu'extraor
dinaire dont il fut fuivy . La
Dame qui vit enfin arriver ce
qu'elle avoit fouhaité avec
tant de paffion , s'abandonna
tellement aux vifs tranfports
• de fa joyes que
Mariez la vinrent faluer à leur
retour , elle ne put leur répondre
que par un foupit .
3
&
Fevrier 1688.
Fors
que
P
les
170 MERCURE
L'extréme tendreffe qu'elle
fentoit pour l'un & pour l'au
tre, luy caufa dans ce moment
une violente émotion , qui
luy coupant la parole , la fir
expirer entre leurs bras. Ainfi
l'appareil des Noces fur changé
en celuy des Funerailles ;
& à peine commençoit- on à
fe réjouir du bonheur de ces
Amans , qu'on fe vit reduit à
verfer des larmes,
Voicy une Lettre écrite de
Ratisbonne , à la perfonne
dont je la tiens , j'ay cru vous
la devoir envoyer en original
, pour ne pas laiffer écha
GALANT. 171
per l'occafion de donner des
fotianges à M' le Comte de
Crecy, dont la modeſtie a
fouvent caché mille chofes
par leſquelles il en meritoit,
& pour vous faire voir en
mefme temps que je ne fuis
pas le feul qui le crois digne
de ces louanges , puis que
Lettre que je vous envoye ,
vient d'une autre Plume que
de la mienne .
De Ratisbonne ce dernier Decembre 1687 .
Vo
la
Ousme demandez, Monfieur
la Relation d'une
Fefte qui fe fit icy le mois paße.
Pij
172 MERCURE
Je ne puis rien refuſer à vô
tre amitie , quoy que j'apprebende
en vous obeiffant de choquer
la modeftie de celuy qui l'a
faite , & qui dans le temps méme
qu'il avoit terminé heureufement
l'affaire la plusglorieufe &
la plus agreable au Roy, ie veux
dire la Treve, qu'il conclut psur
Sa Maiefté , tant avec l'Empire
qu'avec l'Eſpagne , dans l'eſpace
de dix iours , ne permit iamais
fes Amis de prendre le moindre
foin de la gloire qui luy en eftoit
deue: La Fefte dont vous voulez
que ie vous apprenne le détail ,
fe fit le 24. de Novembre der
GALANT. 173
>
nier , à l'occafion du Baptefme du
Fils unique de Meffire Louis
Verjus , Chevalier , Comte de
Crecy & Plenipotentiaire du
Roy à la Diete Generale de
l'Empire, & de Dame Marie-
Marguerite de Ratabon fon Epoufe
, Fille de M de Ratabon ,
Surintendant des Baftimens
vant M Colbert. Il est inutile
de vous rien dire ny de la naiffance
, ny du merite de ce Miniftre
fi fameux dans les negociations
. Les Annales de France.
font remplies des noms de fes
Anceftres , celebres par leur capacité
par leur zele pour les
a
Piij
174 MERCURE
interefts de leur Prince & de
leur Patrie , & le fien fe trouve
au bas d'un grand nombre de
Traitez importans qu'il a fignez
pour la gloire & pour le fervice
du Roy fon Maistre . Son Fils
eft un enfant de l'âge de quatre
ans quelques mois , mais dont le
jugement eft déia fi bienformé&
La memoirefibeureufe , qu'il fait
l'admiration
de tout ce qu'il y a
de Miniftres plus confommez à
la Diete. Le Roy fut le Parrain
de cet aimable Enfant , & Ma
dame la Darphine
en fut ta
Marraine. Sa Maiefté, toutours
pleine de bonté pour fes SuGALANT.
175
rets , ayant agréé \ la tres- humble
priere que luy en fit ce Miniftre
au dernier Voyage qu'Elle luy
avoit donné permiffion
de faire
en France , aprés huit années de
féiour continuel à Ratisbonne ,
donna ordre à Meffire Claude-
Hagues de Lufignem de Lezay ,
Chevalier Comte de Lufignem ,
fon Envoyé Extraordinaire prés
de l'Empereur , de faire en fon
nom cette Ceremonie lors qu'il
pafferoit icy pour se rendre à la
Cour de Vienne ; Et Madame la
Dauphine donna la mefme commiffion
pour Elle a l'Ambaffadrice
de Baviere , Femme de l'Ambaf,
i
4
Piiij
176 MERCURE
fadeur de M l'Electeur de Bas
viere fon Frere , àla Diete ..
Le temps ayant este concerté
par toutes ces perfonnes illuftres
pour accomplir les ordres de Sa
Maiefter Mr le Comte de Crecy
fit richement parer un Appartement,
& l'on y dreffa un Autel
qui fut richement orné , afin que
toutes chofes y répondiſſent à la
fainteté du Sacrement , & à la
grandeur du nom qu'on devoit
donner à fon Fils. Perfonne ne
fcait mieux ordonner ces fortes de
chofes, en faire en mefme temps
moins d'éclat. La Ceremonie fe
fit par M. le Comte de Vvartem
GALANT. 177
la
berg , Doyen des Chanoines de
la Cathedrale de Ratisbonne
& qui y fait maintenant la
fonction de Suffragant , homme
diftingué parfa naiffance , eftant
iffu de la Sereniffime Maifon de
Baviere , & venerable par
fainteté de fes moeurs . Il eftoit
pontificalement , la Mitre
furla tefte & la Croffe en main ,
le nombre des Preftres qui
l'affiftoient auffi bien quefes Ornemens
, eftoient conformes à la
magnificence du lieu , & à la
dignité de fa fonction . Il la fit
en prefence des Ambasadeurs des
Electeurs de Mayence , de Tré
veftu
178 MERCURE
ves de Colognes de Baviere ,
de l'Envoyé du Roy d'Angleterre
des Dames Ambaſſa
drices ; de quelques Dames Cha
noineffes du College de Nider-
Munfter , & de plufieurs autres
Dames de qualité, dont le nombre
auroit esté encore plus grand',
FM. le Comte de Crecy n'avoit
jugé à propos de le borner aux
feuls Catholiques. Le nouveau
Filleul du Roy , qui eftoit le
principal objet de cette Ceremo
nie , enfut auffi le principal or
nement. Il eftoit habillé d'une
Simarre de Moire d'argent, enrichie
sou pour mieux dire , conGALANT.
179
La nou verte de Diamans.
veauté de cette fainte action qui
auroit intimidé tout autre Enfant
defon ages ne fit qu'animer
davantage fon coeur, & fon envie
, de porter bien- toft un nom
qui lefift reffouvenir tous les momens
de fa vie , de fon devoir
de fa reconnoiffance envers
le grand Roy , qui vouloit bien
le luy donner. Il dit là - deffus
millegentilleffes à la Compagnie
l'environnoit , & qui ne
put fe laser d'admirer le brillant
de fon efprit , & fes nobles qualitez.
La Ceremonie eftant finie,
La Compagnie fut invitée à une
qui
1
180 MERCURE
"
Collation . C'eftoit un Ambigu
qui avoit efté preparé dans une
autreSalle éclairée à laFrançoife.
Il y avoit une Table de trente
couverts. Les faifans , les geli
notes , les perdrix , gibiersplus
rares en ces quartiers qu'en nul
autre lieu du monde , s'y ren
controient par tout. L'abon
dance y eftoit mêlée avec la delicateffe
. Les vins les plus delicieux
, les liqueurs s'y répandoient
de tous coftez. Une ou
deux Feftes de cette force épuiferoient
les Coftes d'où vient le
vin de S. Laurent , qui l'empor
ta pour cette fois fur les vins du
GALANT. 181
6.
Rhin , dont on fait d'ailleurs tant
de cas à la Diete . Mr le Comte
de Crecy eut foin d'égayer M
Les Ambassadeurs , & Madame
la Comteffe entretint les Ambaffadrices
& les Dames ; car dans
cesfortes de repas lesDames , quoy
qu'affifes à la mefme Table , ne
sy mêlent pas ordinairement parmy
les hommes . Par ce moyen
les uns font moins contraints
goûter le vin ; & les Dames de
leur cofté profitent mieux de la
converfation. Elles pouvoient
en cette rencontre prefter l'oreille
à la fimphonie d'une bande
de Violons François , qui font
182 MERCURE
icy affezrares.Le repas futſuivy
d'un Ballet dansé par la Famille
d'une perfonne, qui outrefon zele
pour tout ce qui peut avoir quel
que rapport à la gloire ou aufervice
du Roy , fait depuis longtemps
une profeffion particuliere
d'eftre attachée d'inclination &
d'obligation à celle de M. le
Comte de Crecy. Ce Ballet eftoit
composé de Bergers & de Bergeres
, dont les ieux & les danfes,
qui reprefentoient les plaifirs de
l'eftat d'innocence , eftoient en
mesme temps des marques de la
profonde paix que LOUIS
LE GRAND a donnée à
GALANT. 183
1
S
l'Europe, & par laquelle il la
comble de plaifirs de richeffes.
Aprés ce Ballet, dont la Compa
gnie qui ne sy attendoit
pas fe
vit agreablement furprife, le Bal
commença dans les formes , &
dura iufques au iour . Le filleul du
Roy fut tous les honneurs , & en
ent prefque toute la fatigue . Il
montra qu'il eftoit außi galant
qu'il eft fçavant ; & qu'un iour
fergit auß agreable aux Dames,
qu'utile au fervice du Roy
fon Maiftre. Toute cette Fefte
finit par les liberalitez que fit
Mle Comte de Crecy , à ceux
qui avoient efté occupez à la Ce
T
184 MERCURE
remonie du Baptefme. Ce Minifire
eft magnifique & liberal
dans les occafions éclantantes. Je
voustes
vous en pourrois donner plufieurs
preuves, mais ie ne vous aypromis
que le recit d'une feule Fe
fte, & non pas celuy de vingr
autresqu'il afaites.Je fuis bienaife
de vous contenter fans me
faire des affaires avec luy. 4
Je vous parlay il y a un an
de la priſe d'Habit de Mademoifelle
de Loubes , Fille
d'honneur de Madame, à qui
cette Princeffe donna le voile
aux Filles de la Vifitation du
GALANT. 185
Fauxbourg S. Jacques. Monfieur
a bien voulu luy faire
l'honneur d'affifter à fa Profeffion
qu'elle vient de faire.
ce Prince étant toûjours preft
à donner des marques de ſa
piété & de fa bonté.
Son Alteffe Royale alla le
mefine jour , voir la maifon
de M' le Marquis de Langlee,
qui paffe pour une des plus
belles, & des mieux entenduës
de Paris . Ce Prince avoitpro
mis à ce Marquis de luy faire
l'honneur de fouper chez luy
le iour qu'il iroit voir fa maifon
, & il voulut bien luy te
Fevrier 1688. e
86 MERCURE
nir parole , Le repas fut d'une
magnificence & d'une delicatelle
qu'il eft difficile d'exprimer.
Trois des plus habiles
Maiftres d'Hoftel de Paris en
prirent le foin, & les plats furent
portez par trente perfonnes
fort propres , & qui n'eftoient
point gens de Livrée ,
dont aucun n'entra dans le
lieu où l'on mangeoit . Les
Imefmes Perfonnes fervirent à
table , & l'on n'eftima pas
moins la propreté , & le bon
ordre , que la magnificence
du repas. Monfieur eftoir accompagné
de plufieurs Per-
•
GALANT 187
fonnes de la premiere qualité,
& particulierement de Dames.
Toute cette illuftre Affemblée
dit hautement qu'el
le n'avoit jamais rien vû de
mieux éclairé,que tout ce magnifique
logis le fut pendant
cette foirée- là. Son Alteffe
Royale en fortit fort fatisfaite
, & donna beaucoup de
loüanges à M' le Marquis de
Langlée du repas duquel
Elle a parlé plufieurs fois depuis,
comme de l'un des plus
beaux où Elle fe fuft jamais
-trouvée. Tous ceux dont les
foins ont contribué à cette
Qij
188 MERCURE
Fefte , fe loüent de la galante
magnificence de ce Marquis ,
& l'on affure que l'on ne peut
dire trop de bien ny de fon
efprit ny de fes manieres, non
plus que du repas.
Je vous envoye ce que j'ay
receu d'une Perfonne qui
fçait parfaitement les affaires
d'Alger.
ÈSTAT DES VAISSEAUX
Corfaires d'Alger prefentement
en Mer avec leurs
Canons
>
marques à laPoupe
de chaque
Vaiffeau.jej ni
Vaiffeau du Baffa . 64. Can
1
GALANT. 189
nons , un Belcon , une Limoniere
pour marque.
Cara- Muſtapha. 56. Canions
, un Belcon & demy Lune .
Setta Rais. 44. Canons, une
Limoniere dorée.
HodgBettolar. 40.Canons ,
un Lion doré.
Sanfon Rais. 36. Canons
une Limociere.
Lanſmuſtapha Rais. 36.
Canons , une Limoniere.
Buffon. 36. Canons , fept étoiles.
Canary le jeune . 34. Candus,
·la Rofiere.
• Corally Rais . 34. Canons ,
un Belcon.
190 MERCURE
Maflau Rais. 34. Canons.
Burtange . 34 , Cañons une
Limoniere..em
Abraman- Hoggia . 30. Canons
, un Oranger.
Queel Hacel. 18. Canons
fleur de Soleil , & deux Cyprés.
Rigip Rais. 16.Canons , un
Lion.
Muftapha Rais. 16. Canons,
Poupe fans figure.mailak
Ben- Journoux . 34. Canons.
LeJagarin. 54. Canons , une
Perles the Moda
Daufiac. 34. Canons , deux
Antilops!
Abdate Rais, 10. Canons .
Poupe fans figure.
GALANT. 191
. Plus trois Galeres , deux
demy- Galeres, cinq Barques,
&fept Brigantins.
Vaiffeaux qui fe fabriquent...
Vaiffeau pour Dey de 60.
Canonsbelang
Cannary le vieux.
nons.
60. Ca-
Adraman Buyc. 60.Canons.
Mahomet- Hoggia. 36. Can
nons.
Dalet-Chamby. 30. Canons.
Aberman-Cotoli. 30. Ganons.
Les dix - neuf Vaiffeaux
dont j'ay rapporté les mar192
MERCURE
ques , font difperfez en plufieurs
Efcadres , la plufpare
vers le Levant . Ils ont ordre
de ne pas retourner à Alger
pendant l'efpace de neuf
mois de peur qu'ils ne
rencontrent des Vaiffeaux
François . Ils doivent aller
à Tunis & à Tripoly avec
leurs prifes , & n'en point
partir jufqu'à nouvel ordre.
Il est aisé de juger par là
combien la Guerre qu'ils
ont avec la France leur
defavantageufe
, puis
qu'ils font réduits à paffer
prefque une année fans
eft
.
ofer
GALANT. 193
ofer retourner chez eux . Cependant
leurs Vaiffeaux ne
font pas comme ceux des
Souverains qui ne combat
tent que pour la gloire . Ils ne
vont en Mer que pour pirater
, & toute leur Ville eftant
intereffée aux priſes qui fe
font , les uns plus , les autres
quamoins
, chacun felon fa
lité , & ces prifes les fai
fant fubfifter , on peutdire
qu'ils fouffrent autant que
des perfonnes qui manque-`
roient à recevoir le revenu
qu'ils auroient pour vivre.
Ils fe pourroient confoler
Fevrier 1688 R
194 MERCURE
dans leur malheur , fi le retour
de leurs Vaiffeaux eftoit
feulement reculé , mais il y
a déja une pattie de ceux
dont vous venez de voir la
lifte , ou pris, ou brûlez , ou
coulez à fond , & ils ne font
pas feurs que le refte n'ait
point une meſme deſtinée . Ils
en font conftruire de nouveaux
,› comme vous venez de
voir ; mais outre que le nombre
n'en eft pas confiderable,
ce nouvel armement les incommode
beaucoup , puis
que les Vaiffeaux qu'ils ont
en Mer , ne leur ont rien rapGALANT.
195
per- porté , de forte que s'ils
dent encore autant cette arnée
, qu'ils ont fait depuis la
declaration de la Guerre , ils
fouffriront beaucoup plus que
fi leur Ville eftoit ruinée pat
le feu , leurs maifons peuvent
eftre rétablies , mais les pertes
qu'ilsfont fur Mer ne le réparent
pas aifément , & elles
font toûjours fort grandes
1
quand leurs Vaiffeaux manquent
à leur rapporter des
priſes . Ce qu'il y a de pire
pour eux, c'est que pendant
E
qu'ils perdent d'un coſté ,
ils ne font pas trop à cou-
4
Rij
196 MERCURE
vert de l'autre , les François
fe trouvant toûjours en eſtat
de les pouffer de toutes manieres
, & le fuccés de toutes
leurs entrepriſes eftant infaillible
fous le regne du
Monarque qui les gouverne
aujourd'huy
. C'eft une verité
inconteſtable
, & juſtifiée par
les évenemens que nous
voyons chaque jour.
L'affluence & le grand concours
des perfonnes qui abordent
fans ceffe à Paris , non
feulement de toutes les Villes
de France, mais encore des
Pays Etrangers , ont attiré de
GALANT 197
tout temps dans cette Capitale
du Royaume , des Medecins
de diverfes Univerfitez ,
qui s'y eftant venus établir ,
ont toûjours fervy le Public
avec beaucoup de fuccés
par
la connoiffance qu'ils ont des
divers temperamens de toutes
les Provinces & Nations .
Cela eft fi vray, que nos Roys
mefmes ont prefque toujours
choify ces Medecins pour
leur confier la conduite de
leur fanté. Henry IV. eut
pour les premiers Medecins
les S's Riviere & du Laurent ;
Louis XIII. les S's Heroard
R iij
148 MERCURE
IS
•
& Milon , & Louis XIV. à
prefent regnant , ne s'eft
fervy que des SS Vautier ,
Vallot & Daquin,tous Medecins
des Univerfitez Provinciales.
Cette difference d'Univerfité
cauſe ſouvent quelque
jaloufie entre eux , & comme
il leur arrive quelquefois
des demeflez dans la
pratique , le Confeil fe crut
obligé pour mettre fin à leurs
divifions , de donner en 1648.
un Arreſt celebre & contradictoire
, qui leur fit à tous
deffenfes refpectives de fe mefaire
ny medire dans l'exerGALANT.
109
cice de leur Profeffion Ce
font les termes que porte l'Arreft
. Le Roy qui veut que
tout foit dans l'ordre , lors
qu'il eſt queſtion du bien
public , établit par des Lettres
Patentes données en 1673. une
Chambre pour ces Medecins
d'Univerfitez P ovinciales a
vec ces conditions que nul
n'y feroit receu qu'il n'cult
auparavant fait voir fes Lettres
de Docteur en bonne
forme , & qu'il n'y euſt ſoutenu
une Theſe de Medecine .
Cette Compagnie s'augmen
te de jour en iour , & en ré-
Rij
200 MERCURE
pondant comme elle doit aux
intentions de Sa Maiefté, elle
fait naiſtre une certaine émulation
parmy tous les Medecins
, qui ne pourra dans la
fuite que produire de grands
avantages pour le Public . Le
Roy ayant donné à cette
Chambre Royale attribution
de Jurifdiction au Grand
Confeil , les Docteurs de ce
Corps ont accoûtumé d'aller
tous les ans le premier iour
de Fevrier , veille de la Purification
, prefenter des Cier- ,
ges a Meffieurs du Grand
Confeil , & de les haranguer
GALANT 201
en Langue Latine , comme
l'Univerfité de Paris harangue
le Parlement . Mr le Chancelier
s'eftant rendu çette année
à Paris dans ce temps - là ,
cette illuftre Compagnie alla
s'acquiter de ce devoir . M
= Denis Cenfeur
de cette
Chambre Royale , portoit la
parole ; & comme la dignité
du premier Chef de la Juftice
demande qu'on luy parle
toûjours dans la Langue de
fon Prince , il parla en François,
& voicy les termes dont
il fe fervit.
202 MERCURE
MONSEIGNEUR ,
L'Eglife ayant d'ffein dans la
folemnité de la Purification de
Renouveller aux Fidelles la memoire
de ce qu'en un pareil jour
le Fils de Dieu fut offert à fon
Pere , & porté au Temple par la
Sainte Vierge pour obeïr à la
Loy, elle nous exhorte de nous.
rendre en foule dans nos Temples
, d'y porter un Cierge allumé
, lequel doit reprefenter le
Verbe Incarné qui est la veritable
lumiere, lux vera ,
devons tous porter en nos coeurs ,
l'offrir en ce faint jour au
que nous
GALANT. 203
trop
une
Pere Evernel. Mais comme pour
luyprefenter une fi digne offran
de , nous ne fçaurions employer
des mains trop pures ,
exemptes de corruption
lowable & fainte coûtume s'eft
introduite parmy les Chreftiens
de s'adreffer pour cela aux Prin
ces & aux Magiftrats quifont
des perfonnesfacrées , & de vives
images de la Majeflé Divine
fur la terre , & d'employer leurs
mains pour prefenter à Dieu cette
divine offrande. Dans cette augufte
Ceremonie , notre Compagnie
a coûtume de s'adreffer à
M³ du Grand Confeil que
S
be
204 MERCURE
r
Roy nous a donnez pour les
Protecteurs de nos Privileges ;
mais nous pouvons dire aujourd'huy
que nousfommes au comble
de noftre bonheur , & que
nous avons des graces toutes extraordinaires
à rendre à Dien ,
de ce que pour mieux recevoir
noftre offrande , il nous fournit
un Canal auffi precieux & auffi
pur que le vostre , & qu'il nous
tend la main favorable d'un il
luftre Magiftrat qui tient la balance
de la Justice de toute la
France , & qui n'a esté élevé à
cette dignité fuprême , que parce
que la conduite de toute fa vie a
GALANT 205
toûjours efté toûjours pure ,
irreprochable , & que noftre Monarque
, éclairé comme il eft , a
toujours remarqué dans tousfes
Confeils , que l'amour de la Jufice
regnoit dansfon coeur , que
L'équite feule formoit fes déci
fions , & quefes grandes lumieres
jointes à une vertu confommée
le rendoient digne d'eftre le
Chefde la Justice de fa Monarchie
, le fouverain difpenfa
teur de fes Loix envers tous fes
Sujets.
De tous les Corps , Monfeigneur
, qui ont l'honneur de trouver
accés auprés de voftre Gran206
MERCURE
منوب
deur , il n'y en a point qui dit
plus befoin que le nostre de vostre
protection, qui ait plus fujet
de rendre graces au Ciel de ce
que vous estes un Juge fort éclairé
& incapable de toute prevention
; car nos Ennemis fe
prévalent par tout de la pensée
qu'ils ont de nous avoir decred:-
tez dans vostre efprit › & ils fe
perfuadentfans doute un peu trop
legerement, que vous avoir beaucoup
parlé contre noftre établiſſement
, c'est l'avoir fapé parfes
fondemens, quefur leurfimple
rapport vous le détruirez fans
nous entendre. Vostre équité ,
GALANT. 207
des
Monfeigneur , nous fait naistre
de vous des idées bien plus relevées
, & nous ofons au contraire
nous flater par avance que vos
lumieres perçantes ne découvrant
dans nostre établiffement
que
avantages pour le Public , vous
ferez lepremier àle foutenir avec
vigueur,& que quand vous
nous aurezfait la grace
accorder quelque audience fur
cefujet, vousfeconderez nos bons
deffeins , en confirmant nos
Lettres Patentes & nos Arrefts ;
vous confommerez l'ouvrage que
vos Predeceffeurs ont commencé.
En effet , fieftant veritablement
de
nous
208 MERCURE
Medecins comme nous fommes
pouvant pratiquer la Medecine
par toutes les Villes du
Royaume , fuivant le droit que
nos Univerfitez , appuyées de
l'authorité du Roy , nous en ont
donné dans nos Lettres de Docteurs
, hic & ubique terrarum,
nous taſchons de nous diſtinguer
des ignorans des Empiriques ,
avec lesquels nos Ennemis voudroient
bien nous confondre ; ſi
nous faisonsfoutenir uneThefe de
Medecine à tous ceux qui veulent
entrer dans noftre Compagnie
; fi nous nous affemblons
quelquefois dans une "Chambre
GALANT 209
"
quer
commune pour nous y communi
de bonne foy les uns aux
autres tous les remedes que nous
avons veu pratiquer avec quelquefuccés
en diverfes Provinces
du Royaume , &pour les ordonner
charitablement
aux pauvres
Malades qui viennent en foule
nous y confulter , & nous faire
part de leurs miferes , eut -il jamais
d'affemblée de Medecine
& plús utile & plus avantageufe
pour le Public ?
Mais ce n'eft pas aujourd'huy
le temps , Monfeigneur, de rendre
compte à voftre Grandeur de
noftre conduite ; il faut fe con-
Fevrier 1688 . S
210 MERCURE
tenter de l'honneur que nous avons
de vous prefenter ce Cierge
comme le gage precieux de nos
foumiffions, & en nous retirant ,
nous vous fapplions avec reſpect,
que quand vous le verrez bru
ler devant les Autels , vous le
confideriez comme le fymbole du
zele & de l'ardeur que nous ref
fentons dans nos coeurs , pour
renouveller fans ceffe nos voeux
& nos prieres à Dieu , afin qu'il
luy plaife de conferver voſtre
Santéprecieuse , & de prolonger
vos jours , tant pour la fatisfa-
Etion de noftre Augufte Monarque
, que pour le bien de tout fon
Royaume.
GALANT 20
é-
Mr le Chancelier ayant
coûté ce Difcours avec beau
coup d'attention , & y ayant
fait à fon ordinaire une réponſe
tres obligeante , ce te
Compagnie s'en retourna fort
contente , & pour achever
la Ceremonie , elle fe rendit
enfuite chez Mr du Grand
Confeil , & M' Denis portant
encore la parole , les harangua
tous en Langue Latine .
Ils y répondirent la plufpart
en la mefme Langue , & leur
éloquence éclata dans leurs
réponſes ...
Enfin l'importance Forte-
Sij
212 MERCURE
reffe de Mongats s'eft renduë
fous l'obeiffance de l'Empes
reur. Vous vous fouviendrez
aifémenr de fa force , & de fa
fituation fi vous voulez
bien jetter les yeux fur le plan
que je vous en envoyay, gravé
il y a déja quelque temps , &
que vous trouverez dans une
de mes Lettres . On ne peut
trop louer la genereuſe reſiftance
qu'a fait la Princeffe
Ragotski pendant plufiaurs
années . Elle eftoit , pour ainfi
dire , Gouvernante de ce pofte
pour le Comte Tekeli fon :
Mary & ainfi elle luy devoit
GALANT. 213
double fidelité . Ce n'eftoir
point à elle à examiner fi les
motifs qui le faifoientagir , étoient
iuftes ou iniuftes,&puis
qu'elle étoitfa Femme elle devoit
déferer à fes fentimens .
Il y a lieu de croire qu'une
Perfonne à qui l'on peut don
ner le nom d'Heroïne , agira
avec fuccés pour les interefts
de fon Mary quand elle fera
à Vienne , & que fa prudence
& fon efprit pourront faire
avancer des chofes qui font
difficiles à traiter , quand on
eft abſent . On dit qu'elle a
dépensé tous les biens à la
214 MERCURE
défenſe de Mongats , & engagé
tous les Joyaux en Pologne
; en forte
qne fe trouvant
dans l'impuiffance de
fatisfaire fes Troupes , elle a
efté forcée de rendre la Place,
& de recevoir de l'argent du
Comte Caraffa pour faire fon
voyage à Vienne . Si cela cft,
on peut affurer qu'elle a remply
fondevoir envers fon Mary
jufqu'à la derniere extrémité.
Voicy les Articles de la
Capitulation
de certe Place ,
tels à peu prés qu'ils furent
dreffez par le Comte Caraffa .
fuivant
le plein pouvoir
qu'il
་
GALANT. 215
avoit receu de Sa Majesté
Imperiale , & envoyez à la
Princeffe Ragotski, pour eftre
acceptez fans mulle replique,
I. L'Amniftie eft accordée
à tous & à chacun de ceux qui
font prefentement àMongats,
& non à d'autres, de quelque
rang&condition qu'ils foient
Officiers , Adherans , & à tou
te la Milice , en forte qur
toutes les chofes qui ont eft
commiſes pendant tout
temps des troubles › par paroles
, par écrits, ou par
feront ensevelies dans l'oubly,
fans nulle diftinction de per-
A
faits,
216 MERCURE
fonnes & fans qu'on en puiffe
tirer à l'avenir aucune van .
geance , quelques violences ,
& quelques injures qui ayent
eftéfaites.
II. La Dame Princeffe Ra
gotski & fes Enfans ,Fils du feu
Prince Ragotski , accompagnez
d'une fuite fuffifante , fe
rendront fans nul delay à
Vienne , où ils vivront librement
&paifiblement,fans qu'
ils puiffent en fortir fans une
expreffe permiffion de S. M.I.
III. Tous les biens Immeubles
en l'eftat qu'ils font prefentement
, & tous les biens
meubles ,
GALANT. 217
meubles , qui font tant dans
Ir Fortereffe de Mongats, que
dans la Hongrie , & par tout
ailleurs , feront actuellement
reftituez aux Enfans de ladite
Dame Princeffe. Et pour ce
qui regarde le Domaine de
>
Mongats
qui concernent Miklos , que
Fon dit appartenir à la Cou
ronne de Hongrie , la reftitution
demeurera fufpendue,
jufqu'à ce que Sa Majefté Imperiale
enait fait l'entiere dif
cuffion.
avec les biens
IV. Ladite Dame Princeffe
aura les droits dotaux que le
Fevrier 1688.
T
218 MERCURE
ra,
défunt Prince Ragotski , fon
premier Mary,luy a accordez
en l'époufant , & elle en jouifoit
en biens équivalens,
foit par un revenu annuel , tel
qu'il fera jugé legitime » fans
préjudicier en aucune forte à
fes Enfans. Elle aura pareillement
tous les biens meubles
qu'elle affeurera par ferment
luy appartenir , & non
x
pas
à
fes Enfans , ou à d'autres , &
fera obligée de mettre entre
les mains de ..... Confeiller
en la Chambre , & des autres
Commiffaires , l'Inventaire
des biens - meubles de fefdies
GALANT. 219
Enfans , qui aura eſté fait , &
confirmé parferment, de tou
tes les chofes qui fe trouveront
tant dans la Fortereffe de,
Mongats , que par tout ailleurs
dedans & dehors le
Royaume , la tutelle defdits,
Enfans appartenant à l'Empereur.
... V. Ladite Dame Princeffe
fera obligée de remettre entre
les mains des, mefmes.
Commiffaires toutes les mar
ques d honneur que le Comte
Tekeli fon fecond Mary , avoit
receues de la Porte, comme
l'Etendard de Guerre , fes
Tij
220 MERCURE
Armes , & autres chofes ; enfemble
tous les biens meubles
, tant en Pierreries que
d'autre nature , qu'elle affeurera
avec ferment appartenir
audit Comte fon Mary , ouà
d'autres Rebelles.
VI . De mefme ladite Dame
Princeffe , les Barons, les Nobles
, les Officiers , les Soldars
& Adherans, de quelque condition
qu'ils foient , remettront
entre les mains dudit
Confeiller tous les biens meubles
de quelques perfonnes
que ce puiffe eftre, qui en ont
mis comme en dépoft dans
GALANT: 221
Cette mefme Fortereffe de
Mongats , & les y ont conferyez,
comme auffi tous les
Canons , Munitions
, & generalement
toute l'Artillerie de
la Citadelle & de la Palanque.
?
VII. Les biens meubles &
immeubles de tous les Barons,
Nobles , Officiers , Soldars &
Adherans , leur feront reftistuez
en l'eftat qu'ils peuvent
eftre , foit qu'ils ayent efté
faifis par la Chambre , foir
qu'ils les ayent déposez dans
la Fortereffe , ce qui ne fe doit
entendre que de ceux qui le
T iij
222 MERCURE
rendront actuellement , &
"
non pas des autres , qui manquant
à la fidelité qu'ils doïvent
à l'Empereur , font auprés
du Tekeli , ou ailleurs.
Les biens de ceux - cy demeureront
confifquez , fi ce n'eft
qu'il y en ait quelques - uns en
Pologne , & qu'ils recherchent
la grace de Sa Majesté
Imperiale par l'entremife de
ladite Dame Princelle .
VIII. Il eft ordonné expreflément
que tous ceux qui
fe rendront , prefteront tout
de nouveau ferment de fidelité
, & que chacun d'eux fe
GALANT. 223
·
comportera pacifiquement
chez foy, n'eftant permis à
aucun de fortir hors du
Royaume , ny d'aller dans
des Etats étrangers , fans en
avoir un congé exprés , & encore
moins d'aller trouver
Tekeli , ou d'entretenir avec
luy aucune correfpondance.
Ceux qui le feront , feront
exclus de l'Amniftie.
IX . On retiréra les Garnifons
des Places qui appartiennent
aux Enfans de ladire
Dame Princeffe , felon la volonté
, & le bon plaifir de
l'Empereur.
Tiiij
224 MERCURE
: X. Les Lettres , Ecritures ,
& autres Pieces concernant
Ies biens que l'on doit reftituer
, feront renduës , & on
rendra d'un autre coſté les
Lettres qui ont efté écrites
en tres grand nombre à Mongats
, pendant les Troubles.
XI. Comme la Tutelle des
Enfans du feu Prince Ragotfki
appartient à l'Empereur ,
વે
ainfi qu'il a efté dit , ils feront
mis entre les mains d'une ou
de deux perſonnes qu'il plaira
à Sa Majefté Imperiale de
commettre pour cette Tu
telle.
GALANT 225
XII. Il n'eft permis ny à
ladite Dame Princeffe , ny à
aucun autre , d'envoyer avertir
Tekeli de la reddition de
la Place , ny des raifons qui
ont obligé de la rendre, parce
qu'il eft regardé comme mort
civilement.
XIII . Il fera permis à un
chacun de s'en aller chez foy
avec tous fes meubles , & on
luy promet toute forte de
ſeureté , afin qu'il y puifle
demeurer avec tout l'honneur
requis ; mais comme la
difficulté des Voitures n'eft
pas aiſée à lever , chaque par226
MERCURE
+
ticulier fera obligé de s'en
pourvoir , à l'exception de ladite
Dame Princeffe & de fes
Enfans , aufquels on en fournira
avec une fuite digne de
leut naiffance .
XIV. Tous les Articles precedens
feront acceptez , fans
qu'on en puiffe rerufer aucun
, demain à dix heures du
matin, & on m'envoyera des
Oftages à mon choix tels &
en, tel nombre qu'il me plaira.
La Garnifon Imperiale entrera
dans la Place le 17 .
ce mois à Midy, & en mefme
temps , toute la Milice & la
de
GALANT. 227
Nobleffe defcendront de la
Citadelle dans la Palanques
n'eftant permis qu'à la feule
Dame Princeffe , à fes Enfans,
& à toute fa Famille , de demeurer
dans ladite Citadelle
jufqu'à ce qu'elle ait pu donner
ordre à fes affaires .
XV. Ladite Dame Princeffe
,fes Enfans , & tous leurs
adheransferont obligez d'obferver
exactement toutes &
chacune de ces chofes , & fi
l'on découvre qu'ils y ayent
contrevenu dans la moindre
circonftance, ils demeureront
décheus de tout ce qui leur
eft accordé.
228 MERCURE
XVI . Il n'eft point necef
faire que les Articles de cette
Capitulation foient confir
mez par Sa Majefté Imperiale,
puis qu'il luy a pleu de me
donner un plein pouvoir en
tout ce qui les regarde. Ainfi
tous ceux qui fe rendent ,
peuvent s'affurer fous la Foy
Chreſtienne qu'on les obſervera
de tous point , & d'une
maniere inviolable . Fait au
Camp Imperial devantMongats
le 14. Janvier 1688.
Quelques- uns de ceux qui
perfent raifonner juſte , font
furpris de voir que par un de
GALANT. 229
ces Articles , il a efté deffendu
la Princeffe Ragotski de
faire fçavoir auComte Tekely
fon Mary, les raiſons qui l'ont
obligée de rendre Mongats.
Ils fe perfuadent que cela pouvoit
bien plûroft fervir que
nuire aux affaires de l'Empereur
, & que ceuft efté un
foulagement à cette genereufe
Femme , de faire connoiftre
à fon Mary avant fa
mort , qu'elle n'avoit pû agir
d'une autre forte. Quand je
dis avant la mort de ce Comte
, je parle felon la croyance
d'un tres-grand nombre de
230 MERCURE
gens qui n'en veulent point
douter . Ils pretendent que
quand bien on n'auroit pas re
foluà Conftantinople de luy
ofter la tefte , on ne balancera
pas à le facrifier , dés qu'on y
aura appris la reddition de
Mongats. L'Officier Hongrois
qui a apporté les nouvelles
de la Capitulation
' , a
prefenté à l'Empereur les Lettres
Patentes, par lefquelles le
Grand Seigneur depofé , accordoit
au Comte Tekely le
tiltre de Prince de Hongrie ,
pour luy & fes Defcendans . Il
luy a auffi prefenté le grand
GALANT 2H
Etendart Turc , avec le Caftan
, & le Bonnet Ducal en
forme de Couronne , dont il
l'avoit honoré en le créant
Prince de Hongrie ..
La Lettre qui fuit eft fort
curieufe. Elle eſt écrite par
M Bernier. C'eft un homme
dont vous avez fouvent entendu
parler , & qui n'eſt pas
moins connu par fon efprit
que par fes Voyages . Il ne voit
rien fur quoy il ne faffe des
remarques auffi fçavantes que
judicieuſes , & vous en demeurerez
d'accord aprés la
lecture de cette Lettre.
232 MERCURE
2255552222 5252255
V
A M......
Ous me croyezfans doute
encore à Montpelier ,
partage où
oùfe
me voicy trois journées au delà ,
proche du point de
rendent les eaux de la Montagne
noire , pour faire la communication
des deux Mers par ce
fameux Canal, dont il n'eft pas
que vous n'ayez affez entenda
parler. C'est un Ouvrage à aller
voir du bout du monde . Je re
fçaurois trop en admirer la penfee
l'entreprife , je ne feay
GALANT. 233
en
comment l'execution n'en a pas
d'abord paru impoſſible. S'il n'avoit
fallu creufer que dans un
plat- Pays , & dans des Terres
molles , comme en Flandre
Hollande , je n'y trouverois rien
de trop extraordinaire . J'en ay
veu de mesme en Egypte , dans
la Mefopotamie & dans le Bengale
; mais de faire un Canal de
quarante lieues de long dans des
Pays de Montagnes , & quon
le foutienne la à my- cofte ; mais
de creufer à travers des Plaines
feches , dures & pierreuſes , &
defcarper des Rochers d'une prodigieufe
bauteur ; mais de percer
Fevrier 1688 . X
234 MERCURE
une Montagne , faire là une
belle voûte avec deux banquettes
des deux coftez pour donner un
cours libre à ce Canal ; mais de
des
faire paffer des Rivieres
Torrens , tantoft par deffus
tantoft par deffous ce mefme Canal
, par des Aqueducs de nouvelle
ftructure, & de l'invention
de ces deux grands Maiftres ,
M Vauban , & Mr Niquets
; faire un Refervoir entre
deux Montagnes , avec une
digue affez large & affezforte,
pour foutenir le poids & l'effort
de plus de douze cens mille muids
d'eau , fans compter qu'on le va
´GALANT. 235
augmenter du double en hauffant
la digue ; enfin faire monter des
Barques , & peut- eftre mefme
quelque jour des Galeres , par
deffus des Montagnes , celá en
verité à quelque chofe de bien
"
grand , & je ne fçay en quelle
part du Monde on a jamais vcu
de pareils travaux. Il eſt vray
qu'on n'a pas encore pourveu à
tous les inconveniens , qui la
plufpart viennent des
orages de
pluyes , des avalages , des éboulemens
de terre , des Rivieres &
des Torrens qui fe rencontrent
dans les Montagnes ; mais dans.
unfi grand Ouvrage , & qui a
Vij
236 MERCURE
tant de dépendances , le moyen
de prévoird'abord tous les acciders
d'y remedier tout d'un
coup ? Pour moy , je n'y voy rien
d'impoffible , je tiens qu'avec
le temps , la patience & la dé
penſe , on pourra enfin remedier
a tout.
JeJe ne dois pas icy cublier une
circonftance tres- conſiderable, en
ce qu'elle regarde ceux qui s'oe
cupent à la conduite des Eaux .
Le fait eft , qu'entre ce grand
nombre de differens Canaux qui
font le Canal entier , il y en a
un de fix à fept lieues de long ,
dans lequel l'eau coule d'un bout
GALANT. 237
•
de
Funs
à l'autre de pur niveau , fans
qu'il y ait aucune pente , & cela
a mon avis , par fon poids , &
parfa volubilité plûtoft que par
pouffement, ce qui eft contraire
au fentiment de feu M¹³ Picard
Mariote , & de quelques
uns de nos Amis qui font encore
pleinsde vie car je les
jours veu demander une certaine
pente fenfible ,comme par exem-
Eple unpiedtout au moins , fijay
bonne memoire ,fur chaque lieuë,
mais leur fentiment n'empefche›
pas que ce que je dis ne foit veritable
, fi l'on en doit croire à
tout le monde à ceux -là
2-
S
ay tou
238 MERCURE
mefme qui ont fait le Nivelage,
e qui n'y entendent point de
feneffe . Or cela eftant , il n'euft
point efté befoin de fe mettre fi
fort en peine , comme oonn aa fait ,
de la pente neceffaire pour faire
venir la Riviere d'Eure à Verfailles
, ny la Riviere d'Oure à
Paris , puis qu'une fort mediocre
cbûte d'eau dans un Canal.de
niveau auroit fuffi.
Il est dray que
l'eau ne conlera
pas fi vifte , mais faites le
Canal plus large à proportion de
la pente e de la vitesse que vous
fouhaiteriez , donnant ainfi plus
de face à l'eau , & vous aurez
GALANT. 239
།
AV
remedié à l'inconvenient. Du
reſte , je croirois bien qu'il fau
droit enfin dans une grande longueur
donner quelque chofe à ta
Sphericité de la Terre ; maisfept
Tienes , mais trente ou quarante
lieues qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou de Lizi
à Paris ; qu'est- ce que cela fur
neufàà dix mille qu'en peut avoir
le Globe de la Terre dans fon
circuit ? Voilà Monfieur ce
a obligé le Voyagenr curieux
à quitter pour quelqgnes jours le
beau Soleil de Montpelier . Dis
fons maintenant un mot du Con
bat des vents & des nuagesfi
qui
240 MERCURE
celebre en ces quartiers. C
Je
me trouve icy dans un
endroit du Monde aßez particulier
extraordinaire . C'eft
un Détroit entre les Alpes & les
Pyrenées ; il est ouvert de l'Orient
à l'Occident , il a quatre
a cinq lieues de largeurs & le
double de longueur. A l'Orient
il regarde la Mediteranée , &
les Plaines du bas Languedoc
Yoù font Beziers , Narbonne .
Pezenas , Montpellier , & plu
fieurs autres Villes . A l'Occident
il regarde l'Ocean, les Plaines
du haut Languedoc , où font les
Villes de Thouloufe , Montauban
.
GALANT 241
1
·
ban, Bordeaux , &c . Il est fait
comme une efpece d'Entonnoir ,
principalement du coſte de l'O-
<rient parce que dés fa forte
qui regarde la Mediteranée
les Montagnes s'étendent comme
deux grands bras à droite
a gauche , les Pyrenées vers
le Rouffillon & la Catalogne ,
les Alpes vers le Givaudan ,
Les Sevenes ,le Vivarets & le
Dauphiné , & il en eft à pen
prés de mefme du cofté qui regarde
P'Occident . Voilà la fituation du
lieu, & le champ de Bataille ordinaire
des vents d'Orient &
d'Occident, Le plaifir eft main
Fevrier 1688 .
X
242 MERCURE
tenant de fe trouver icy heureufement
un jour de Combat ,
de voir venir de loin de parte
d'autre des pelotons des ama
de nuages de toutes fortes de les
voirfe ferrer & s'épaiffir à mefure
qu'ils approchent , comme
pourroientfaire deux Armées Ènnemies
qui voudroient s'affronter
au paffage , à qui l'emporteroit ,
à qui repoufferoit fon Ennemy ,
& à qui paẞseroit la premiere.
Sont- ils joints , on les voit aux
prifes fe mefler , & comme fe
pouffer les uns les autres , ceux,
là prendre le deffus , ceux- cy
gliffer par deffous d'autres &
GALANT 243
s'échapper par les coftez ; cepen
dant le Ciel s'obscurcir ; pleu voir
beaucoup tandis que le combatfe
donne là haut, regner quelque
temps icy- bas une espece de
calme qui dure jusques à ce que
kun des deux vents arrefte l'autre
, le renverfe dans la Plaine,
l'abbatte par terre , & paſſe par
deffus car on remarque que celuy
qui a une fois på prendre le
deffus l'emporte enfin , & abbar
Pautre,
Mais ce qu'il y a de plus
bizarre en tout cecy eft , que
lors que l'un ou l'autre , l'Occidentalpar
exemple , a pousé fon
X ij
244 MERCURE
ennemy's & qu'il commence d'entrer
dans la Plaine , les nuages
•fe divifent d'abord en deux , à
droite à gauche desfaçon
qu'une partie s'en va coulant le
long des Pyrenées , & l'autre le
long des Alpes où ils tombent en
*** pluyes , au lieu que le vent defcendant
comme un torrent , s'en
va droit fe jetter er fe répandre
dans la Plaine , balayant l'air
de nuages , chaffant devant
foy vers l'Orient & la Mediter
Branée tous ceux qu'il rencontre en
chemin ; & c'est veritablement
ce qui nous donne ces beaux
jours clairs & fereins , & ces
GALANT. 245
beaux Soleils du bas Languedoc ;
mais ce qui nous donne auffi fouwent
des vents tres -impetueux ,
& quelquefois, comme ces quatre
dernieres années , des fechereffes
qui ruinent les moisjons , c'est
principalement de cette divifion
de nuages , dont j'espere que
vous me donnerez quelque bonne
raifon à mon retour , car je n'en
entens icy que de peu fatisfais
fantis.
M d'Eſtrées, Evefque , Duc
de Laon , Pair de France , &
Comte d'Anify , a fait dans
fon Dioceſe un établiſſement
digne de ſa pieté & de ſon
X iij
246 MERCURE
"
zele. Son nom fait l'éloge de
La naiffance , & l'action dont
je vais vous entretenir , fait
celuy de fa vertu . On ne peut
douter qu'elle ne foit aufli
ardente que pure , puis que
ce Prelat donne tous fes foins
dans fa jeuneſſe à fecourir
ceux qui travaillent avec luy
dans la vigne du Seigneur ,
& qu'il cherche par fes libe
ralitez à tenir lieu de Parent
aux Curez & aux Preftres , qui
aprés s'eftre appliquez longtemps
fans referve aux dévoirs
& aux fonctions de leurs Minifteres,
deviennent infirmes,
1
GALANT. 247
& ont befoin d'une retraite
pour finir leurs jours avec
douceur. Ils la trouveront à
l'avenir dans une Maifon que
vient d'établir ce digne Prelat
dans fa Ville Epifcopale .
Tous Curez ou Preftres de fon
Dioceſe , & melme ceux qui
n'en eſtant pas, y auront ſervy
l'efpace de quinze ans , y
pourront eftre receus , à la
charge d'obferver les Reglemens
& la difcipline de la
Maiſon fous la direction d'un
Superieur inftitué par l'Eveſque
. Cette fubordination n'étant
ordonnée que pour y
X iiij
248 MERCURE
entretenir le bon ordre &
non pas pour établir aucune
domination fur de bons Vieil-
>
lards » que leurs infirmiteż
peuvent
obliger
à cette re
traite , le droit du Superieur
ne doit eftre qu'une ſurveil
dance fut fes Confreres
& aprés
un avertiffement
fecret ,
s'il eft neceffaire de pourvoir
à leur conduite , il en donnera
avis à l'Evelque . On y a reglé
l'employ
du temps. La
Priere du matin commence
à
fix heures , & enfuite les Particuliers,
fans eftre tenus d'en
rendre aucun compte au Su
#
GALANT 249
"
C
"
perieur , peuvent reciter leur
Breviaire , dire la Meffe , étudier
, ou vaquer à leurs af
faires , chacun felon fes befoins
jufques au diſner , qui
fe fait à onze Ous heures
les &
jours , fice n'eft les jours de
jeûne , qu'on le recule d'une
demy heure. On n'y obſerve
autres abftinences ou jeûnes .
que felon les preceptes del Eglife,
& la nourriture eft fournie
aux Preftres d'une maniere
honnefte , & conforme à
leur eftat. Un Domestique
choifi pour cela , fait une
Lecture fpirituelle pendant le
250 MERCURE
difner & le fouper . On foupe
à fix heures , & il y a une feconde
Table , pour ceux que
leurs affaires empefchent de
fe rendre à l'heure reglée. La
porte de la rue eft ouverte à
cinq heures du matin depuis
Pafques jufques à la Touflaint ,
& à fix heures le tefte de l'année
, & tous les jours les clefs
font rendues à neuf heures du
foir au Superieur , qui la fait
ouvrir ou fermer plûtoft ou .
plus tard felon que le cas l'exige
. Si quelqu'un ne ſe trouve
point à la Priere , le Superieur
cft toujours facile à l'ex-
•
GALANT 251
tufer , quand c'eft quelque
infirmité qui l'en empefche.
On laiffe à tous les Preftres la
liberté de dire la Meffe fuivant
leur devotion , mais on
fouhaite que les non -infirmes
la celebrent au moins toutes
les Feftes & tous les Diman
ches , & qu'ils fe confeffent
tous les quinze jours à tels
Confeffeurs approuvez dans
le Diocefe qu'ils veulent
choifir. L'apreldinée ils recitent
les Matines & les Laudes
du jour fuivant, & fi quel
ques Femmes les demandent¸
ils peuvent les entretenir dans
22 MERCURE
la Court fans qu'on leur perametre
de les faire entrer ail-
-leurs. Chacun prend foin de
fon linge , & tout ce qui pa
roift neceffaire eft donné à
tous les membres de la Communauté
fans diftinction , &
avec beaucoup de charité , &
mefme à ceux qui n'ont apporté
aucune chofe . On ne
laiffe pas d'avoir un égard
particulier aux Preftres , qui
ont fourny de quoy ſuppléer
à leur dépenfe. Ceux d'entre
ces Ecclefiaftiques
qui fe font
rétablis de leurs infirmitez ,
ou qui croyent pouvoir fubGALANT.
253
fifter de leur bien , ont en tout
temps liberté entiere de fe
retirer & en ce cas on leur
rend tout ce qu'ils ont ap
porté en leur déduifant ce
qui a efté employé pour leur
ufage & pour leurs commoditez
particulieres. Ceux qui
ayant quelque pention ou
revenu veulent fe retirer en
cette Maifon , font tenus d'y
apporter jufqu'à la concurrence
de deux cens livres de
rente viagere pour leur nourriture.
On leur en laiffe pourtant
cinquante livres qu'on
les oblige d'employer à leur
254 MERCURE
mefme
entretien à la décharge de la
Communauté. La
chofe s'obferve à l'égard de
ceux qui apportent moins ;
on leur laiffe toujours une
pareille fomme de cinquante
livres pour leur entretien ,
quand mefme ils n'auroient
rien apporté de plus , le refte
va au profit de laCommunauté
. Quand quelque Particulier
meurt pendant qu'il eft dans
cette Maifon , tous les meubles
qu'il a apportez en y entrant
appartiennent à laCommunauté
, fi ce n'eſt que les
Heritiers les retirent, ce qu'ils
i
GALANT 255
peuvent faire dans le moisdu
jour du decés en payant cent
francs ,
Il n'y a rien ny de plus utile
ny de plus loüable que cet
établiffement . Il eft d'autant
plus capable d'attirer de nou
velles benedictions du Ciel
fur M'l'Evefque de Laon, &
fur les Ecclefiaftiques, quiont
bien voulu contribuer , chacun
felon fes forces , à l'entretien
de cette Maiſon , que l'ame
n'y eft pas moins interef
fée que le corps,puis que cherchant
à foulager les infirm
tez de l'un , l'autre fe fentira
256 MERCURE
des confolations fpirituelles ,
dont on eft fi fouvent privé à
la campagne , dans l'extremi
té redoutable des maladies
dangereuſes & mortelles . Mª
FAbbé Gouffault, Licentie de
la Maifon de Sorbonne , &
qui a eſté Conſeiller au Parlement
de Paris , a écrit là
deffus à un de fes Amis une
tres - belle & tres- éloquente
Lettre. Il dit ( & il a rai
fon de le penfer ) que tous
les gens de bien vont prendre
part à l'action de M'l'Evêque
de Laon & entrer dans les
veuës dans fes motifs , & dans
GALANT 257
12
fes intentions; que fon zele va
paffer de fon efprit & de fon
coeur,dansleroeur & dans l'ef
prit de plufieurs autres Prelats ,
de plufieurs Abbez , de plu-
Lieurs Laïques , & s'étendre
mefme juſqu'aux Femmes,qui
reconnoiffant l'utilité de ce
pieux établiffement, y contribueront
felon leur pouvoir
& fe feront un plaifir d'imi er
dans la Loy de Grace, celles de
Fancienne Loy , dont Moïfe
rapporte le zele, lors qu'aprés
fleur avoir parlé de faire un Tabernacle
, elles luy apporterent
leurs pendans d'oreilles &
Fevrier 1688. Y
258 MERCURE
leurs Bagues pour l'enrichir ,
en forte que faifant fervir au
culte de Dieu ce qu'elles avoient
de plus precieux , cet
illuftre témoignage de leur
pieté, fut l'autentique preu
ve du peu d'attacement qu'-
elles avoient à leurs parures ,
à leurs bijoux , & à leurs ornemens
. Aprés avoir donné
une idée particuliere du def
fein de M' l'Evefque de Laon,
il ajoûte qu'il eft bien glorieux
a cePrelat d'avoir fait pour fes
Preftres & pour les Curez infirmes
ou avancez en âge , ce
que le plus grand Monarque
GALANT 259
du monde a fait pour les Soldats
invalides ou bleffez.Voicy
ce qu'il dit de cette action
de Sa Majesté.
Quand je confidere LOUIS
LE GRAND , qui peut donner
la loy à toute l'Europe , s'a
baiffer jusqu'à prendre foin defes
Soldats qui ont efté les innocentes
victimes d'une juste Guer
re, & qui n'ayant presque plus
La figure d'hommes, portent neanmoins
fur eux les glorieufes marques
de leur fidelité de leur con
rage , de leur vertu , quand
je confidere , dis- je , Louis le
Grand s'abaiffer jufqu'à prendre
Y´ij
260 MERCURE
foin de ces hommes à demy morts
&à demy enfevelis , il mefem
ble que je luy vois deux balances
en main , dans lefquelles
toutes fes actions heroïques font
mifes pour en faire connoiftre le
merite & le prix's que moins elles
paroiffent avoir d'éclat d'une
part , plus elles paroiffent en a
voir de l'autre , & que plus Sa
Majesté s'abaiſſe en faveur de
quelques- uns de fes Sujets , plus
Ellefe releve aux yeux de tous
fes Peuples; tant il eft vray qu'il
eft aisé de juger par cette conduite
Royale , qu'il n'y a point de
Prince qui foit plus digne de
GALANT. 268
COL
monter fur le Trône , que celuy
qui par un excés de bonté pour
Jes Sujets en fçait mieux def
cendre.
Ml'Abbé Gouffault paffe
de là au merite de l'action de
M' de Laon. Il fait voir qu'il
ofte aux Curez , le pretexte
que leur donne la fauffe &
humaine prudence d'amaffer
de l'argent , pour ſe mettre
hors de la neceffité quand ils
ne feront plus en âge de rendre
fervice , & qu'ils auront
befoin de fecours , ce qui a
une aparence d'avarice qu'on
ne peut s'empefcher de con
262 MERCURE
damner , L'établiſſement qui
vient de fe faire , ne leur doit
plus laiffer d'inquietude, puis
qu'après avoir travaillé autant
que leur âge & leur fanté le
pourront permettre , ils n'auront
qu'à fe repofer fur les
foins de leur Prelat , & fur les
fonds feurement établis pour
leur fubfiftance. D'ailleurs les
Curez ne feront plus dans la
neceffité de créer des penfions
fouvent plus fortes que ne les
peuvent porter leurs Benefi
ces . Ils n'auront plus auffi la
foibleffe de les refigner à des
Parens ou à des Sujets peu caGALANT.
263
pables de bien remplir leurs
devoirs, Eftant affeurez que
rien ne leur manquera , ils
ne fechargeront plus du foin
de fe faire à leur gré , & felon
leurs interefts, des Succeffeurs ;
ils en laifferont le choix & la
nomination al celuy à qui
Dieu les a foumis & qu'ils
reconnoiffent pour leur Superieur.
Les Paroiffes en feront
mieux defferviés , les
Peuples s'en trouveront édi
fiez l'Eglife aura des Miniftres
moins intereffez & plus
affectionnez , & Dieu en fera
plus craint , plus aimé ) plus
?
264 MERCURE
loué , & plus glorifié par
tout.
gc
pas
Je vous envoye un Ouvradont
le titre ne vous fera
deviner tout ce qu'il contient
; mais je me tiens affeuré
que vous n'aurez fi-toft
pas
achevé de le lire , que
vous
en recommencerez
la lecture
,
tant
vous
trouverez
qu'il
en- gage
à de ferieuſes
reflexions
,
C'est
l'extrait
d'un
Sermon
prefché
à S. Jean
en Greve
par M l'Abbé
Faydit
, le jour
de S. Polycarpe
Martyr
, E- vefque
de Smirne
. Cet Abbé
dont
le merite
s'est
fait
con
noftre
GALANT 265
Roiftre d'une maniere fi avan
rageufe , aprés avoir dit que
la Prudence eft une des ver-
S. Paul demande dans
tus
que
&
un Evefque , ajoûta ce qui
fuit.
L'Hiftoire Ecclefiaftique nous
fournit une excellente preuve de
La prudence de S.Polycarpe.Il s'é
leva defon temps de grandes conteftations
une furieuſe diſpute
entre les Eglifes d'Afie celle de
Rome,fur la Pafque . Les Afiati
ques la celebroient le 14.jour de la
Lune , comme les Juifs, &fe défendoient
par la poffeffion immemoriale
où ils eftoient de la faire
Fevrier 1688 Z
266 MERCURE
ce jour- là , rdifoient que l' Apo
fire SaintJean , leur Fondateur,
leur avoit ordonné , ou tout au
moins permis d'en ufer ainfi. Ro
me au contraire , toûjours jaløn,
fe de fon autorité, vouloit qu'on
ne la celebraft que le Dimanche
aprés le 14:
de la Lune , qui eft le
jour de la Refurrection » s'ap
puyoit fur la tradition encore vi
vante, que S. Pierre & S. Paul
luy avoient laißée en y prefchant
l'Evangile ; fur la preéminence
de fon Siege , à qui il appartient,
difoit- elle , de regler tout ce qui
concerne la Difcipline Ecclefiafique
; enfin fur l'exemple de
GALANT. 267
t
toute l'Eglife Occidentale , &
mefme d'une bonne partie de celle
d'Orient, qui celebroït la Paſque
le mesme jour qu'on la faifoit à
Rome, & dans le fond elle avoit
raifon. Mais comme il est natuwel,
mefme louable à chaque
Eglife , de conferver fes coûtumes
& fa poffeßion , felon cette
belle parole de S. Ferôme , inferée
dans le Droit Canon , Unaquæque
Ecclefia ferver fuum
morem les Afatiques sopiniâtrerent
fi fort à maintenir
la leur , que l'Eglife eftoit menacée
d'un Schifme . Tout l'Orient
dans un fi preffant danger
Zij
268 MERCURE
refolut de députer à Rome , &
pour ce fujet on chercha le plus
prudent & le plusfage homme du
pays, pour faire deux chofes prefque
incompatibles ; je veux dire,
pour conferver d'une part le droit
la coutume des Afiatiques, &
empefcher de l'autre que les cho
fes n'en vinffent à une rapture
& à une feparation d'avec Ro
me. S. Polycarpe d'un commun
confentementfut chaifi pourcette
importante & delicate negocia
tion, preuve infaillible de la ban
te opinion qu'on avoit defa pruž
dence,
En effet it fit les deux chofes
GALANT. ६.
269
que
qu'onfouhaitoit de luy ; car d'une
part il maintint l'Eglife dans fa
poffeffion ; & de l'autre non feulement
le Pape S. Anicet ne l'excommunia
pas , & ne lança pas
contre luy ces foudres fiodienfes,
dont on ne fe doit jamais fervir
dans les dernieres extremitez
, pour punir des fcelerats ou
des Heretiques mais il communiqua
au contraire toûjours avec
Juy & avec l'Afie Mineure juf
qu'à la mort. Non feulement il
ne refufa pas audience à Polycarpe
mais reſpectant en luy le
caractere d' Ambassadeur , & de
Député de l'Afie , il l'écouta , il
Z iij
270 MERCURE
confera , il difputa plufieurs foir
avec luy , & trouva bon qu'il
fist valoir les raisons qu'il avoit
à luy dire pour la défenfe d'une
coûtume dont il eftoit en poffeffion.
Non feulement ce faint Pape
n'interdit point l'Eglife où Saint
Polycarpe avoit affifié aux divins
Mifteres , & receu l'Euchariftie
avec les autres Fidelles,
qui faifoient alors leur Synaxe
dans les Catacombes , tous les Dimanches
, mais au contraire il le
pria , & l'obligea , comme le remarquent
expreffement Eufebe
SaintJerome, de dire la Miffe
en fa place dans fon Eglife , de
GALANT. 271
celebrer Pontificalement pour luy,
de confacrer,& diftribuer le
Sacrement adorable de l'Euchariftie,
qui eft , felon S. Auguftin,
le Sceau de l'unité le lien de la
Charité des Fidelles ; Signum
unitatis , & vinculum charitatis
. Voilà comme en ufoient les
Saints de ce temps heureux de la
primitive Eglife , & des Saints ,
qui ont efte d'illuftres Martyrs ,
& des Saints qui avoient efté
inftruits par les Apoftres , ou par
leurs Difciples , dont ils avoient
appris les veritables regles par
lefquelles ils devoient fe conduire
dans le gouvernement de l'Eglis
Z iiij
272 MERCURE
Les comme parle S. Paul, Quo
modo te converfari oporteat
in domo Dei quæ eft Ecclefia.
La moderation de S. Anicet
buy a fait honneur dans tous les
Siecles. Il n'y a point d'homme
fage qui ne l'ait loué , & ne le
boue encore aujourd'huy d'une
conduite fi Chreftienne . Mais an
contraire le Pape Victor , un de
Jes Succeffeurs s'est fait un
tort extrême , & a perdu dans
l'esprit de toute la pofterité cette
baute opinion qu'on avoit euë
d'abord defafainteté , & de fa
vertu, pourn'avoir pas gardéfur
GALANT. 273
te mefme fujet les mesmes mefu
res, & s'eftre laiẞé emporter aux
mouvemens impetueux du genie
des gens de fa Nation ; cars il
eftoit Efpagnol , ou comme difent
d'autres, Africain. Tous les Peres
generalement qui ont parlé de fa
difpute contre les Afatiques, &
entre autres S.Ferôme , l'homme
du monde le plus affectionné au
faint Siege , l'ont accusé de dureté
, de chaleur indifcrete, d'emportement
, de brufqueric , &
d'une colere exceffive , AMETRA
THERMANTHEIS > dit Socrate.
Ils l'ont tous unanimement blámé
d'en avoir usé comme il fit
274 MERCURE
envers Saint Polycrate , Evefque
d'Ephefe , fucceffeur do
Saint Polycarpe dans fa Députation
a Rome , de ce que fans
avoir d'égard à fon caractere ,
il n'avoit point voulu l'écouter,
ny mesme communiquer avec
luy. Ils ont tous regardé com ,
me une faute groffiere , comme
un abus manifefte de la puif.
Lance que Dieuluy avoit confiée,
cette temerité avec laquelle ce
violent Pape ofa excommunier
Polycrate , & ceux qui l'avoient
envoyé, & afficher par tout , le
Placard de leur
Excommunication
. Ce font les propres termes
GALANT. 275
1
d'Euſebe. Et denotat , per fcripta
denuntians omnes illic
fratres prorfus excommunica
Tos. Eufeb.Hift. Ecclef. 1.v.cap.
24. pag. 192. Edit. Valef.Toutes
les Eglifes du monde murmurent
d'une riguenr fi outrée ; mais fur
tout l'Eglife Gallicane , qui dés
fa naiffance & fon berceau pour
ainfi dire 2
a eu des Evefques
des Preftres diftinguez , par
teur fufifance & leur pieté au
deffus de ceux des autres Eglifes ,
s'en plaignit hautement ; & dépu
ta S. Irenée à Rome vers le Pape
Victor ,pour luy reprefenterl'injustice
de leur procedé ; luy arra276
MERCURE
cher les foudres des mains
tuy remontrer la nullité de cette
Excommunication ; & comme
un fimple appel au futur Concile
la rendroit inutile . En effet,
Policrate fortit de Rome aprés
avoir fait la Proteftation que
mous lifons encore aujourd'huy
dans le Traité de Scriptoribus
Ecclefiafticis de S. Jerômez
quoy qu'il n'y appelle point en
termes formels au futur Concile ,
peut- eftre par un reste de reſpect
qu'il avoit encore pour Victor
cependant comme il eft certain
que cette grande questionfur la
Pafque , ne fut terminée que par
•
&
GALANT. 277
afon
te Concile general de Nicée, qui
fut tenu plus de cent ans aprés
te Placard de Victor , & que non
feulement on ne défera pas à
Excommunication, mais que tou
tes les Eglifes du monde au con
eraire , & fur tout l'Eglife Gal
licane , continuerent de vivre
dans une parfaite union & in
telligence avec celle d'Afie , &
que les Succeffeurs mefme de Vi
tor garderen't avec elles le lien
de paix ; il y a toutes les appa
reuces que ce fut en vertu d'un
appel qu'on rendit vaines toutes
fes procedures .Quoy qu'il enfoir,
sette Excommunication fut com
278 MERCURE
me fielle n'avoit pas eflé.On n'en
tint aucun compte , & Eufebe
fe contente de dire que Victor tâ
cha de feparer les Afiatiques de
la Communion de l'Eglife , comme
pour infinuer qu'il voulut
bien qu'on les regardaft comme
des Excommuniez mais qu'il ne
put y reüffer.
Je vous dis toutes ces chofes,
Chretiens , non feulement pour
vousfaire admirer la prudence du
Saint dont nous celebrons aujourd'huyla
Fefte, & dont wouspof
fedez icyles Reliques , mais auffi
pour vous faire voir que les plus
grands Saints , & les plus illu
GALANT. 279
Ares Perfonnages ont eu quelquefois
des démélez avec Rome,
afin que vous ne vous fcandalifiez
pas lors que de femblables
chofes arrivent ; &fur tout
que les Heretiques ne foient pas
firidicules fi déraisonnables
que d'en prendre occafion d'infulter
aux Catholiques , fur ce
qu'ils font , comme ils doivent
eftre , pleins de reſpect & d'attachement
pour le faint Siege,
Ce que je vais vous apprendre
donnera fans doute du
plaifir anx curieux Sçavans de
voltre Province . Il y a quel
280 MERCURE
rs
"
ques années que Mts de l'A
cademie
des Sciences
, & particulierement
M ' Huguens
,
firent faire plufieurs
expe
riences par M Thuret , qui
ne vous eft pas moins connu,
fa grande habileté
dans
l'Art dont il fe mefle , que
par ce que je vous ay dit de
luy en plufieurs
occafions
.
Ces experiences
furent faites
en divers endroits
du monde.
pour rendre les Pendules
portatives
fur Mer , & trouver
par
ce moyen les Longitudes
, ce
qui réüffit bien pour
rantir de l'agitation
des Vail,
les
gar
GALANT. 281
e
I
a
Teaux. La Cayenne eſt un des
endroits où ils
envoyerent ,
& M' Richer y alla.La Cayenne
, comme vous fçavez , eft
une lle de l'Amerique , environà
quatre degrez de l'Equateur
. M Richer y fit quelques
Obfervations
Aftronomiques
, & l'épreuve des Pendules
fur.Mer . Il trouva que
icelles qu'il avoit portées , qui
11 font de grandes Pendules à
fecondes , ne s'accordoient
plus au moyen mouvement
du Soleil , quoy qu'il ne s'y
fuft fait aucun
changement .
Il remarqua que ces Horloges
Fevrier 1688. A a
282MERCURE
retardoient confiderable
ment , ce qui luy donna lieu
de regarder avec une mefure
qui eft justement ce que doit.
avoir la longueur d'une verge
de Pendule , depuis ſa ſuſpenfion
jufques au ceintre de k
boule ou Lentille, qui eft trois
pieds huit lignes , & quoy
qu'il cuft trouvé que cette
melure s'accordoit parfaitement
bien, il fut neanmoins
contraint de racourcir la verge
de la Pendule de plus d'une
ligne pour remettre l'Horloge
au moyen mouvement
du Soleil. Ce changement
GALANT. 29 :
-A
4
la dont on ne connoiſt pas
caufe a donné lieu à plufieure
raifonnemens
. Quelques- uns
l'attribuent aux divers mou
vemens de la Terre , qui eft
beaucoup plus rapide aux plus
grands cercles , la Cayenne
eftant proche de l'Equateur
Cette difficulté a fair negli
ger la recherche des longitu
les Horloges
, parce
des
par
qu'on
a cru
qu'à
differente
élevation
la
Pendule
devoit
changer
de
longueur
. C'eſt
à
quoy
M
Huguens
pretend
avoir
remedié
par
des
Obfervations
que
des
gens
qu'il
a
Aa ij
284 MERCURE
envoyez au Cap de Bonne
Efperance
y ont faites avec
un foin tres - exact . Ils ont
obfervé
tous ces changemens
,
& luy en ont fait un rapport
fidelle
. Ainfi
il promet
de
donner des regles certaines
pour la difference
de la longueur
que doivent avoir les
Pendules fuivant la differente
latitude
ce qui fera fort confiderable
pour le grand deffein
de trouver
les longitu
des.
Je ne dois pas oublier de
wous dire en vous parlant des
Pendules que l'illuftre M
I
!
GALANT 28
1
Romer a depuis peu trouvé
une machine pour faire une
Horloge qui montrera le Ba-
Tometre , le Thermometre
des Vents & la pluye, ce qu'on
a inutilement tenté en Angleterre
. On ne doute point
qu'un fi excellent homme
n'en vienne à bout.
Nous avons perdu M' le
Marquis du Quefne , Lieute
nant General des Armées Navales
du Roy , dans fa quatrevingt-
quatrième année. Il eft
mort fubitement au commencement
de ce mois , en fe
fettant au lit pour fe cou286
MERCURE
cher , & en donnant des or
dres à fes Domestiques
pour
des chofes qui fuffent execu
rées le lendemain. M
Quefne fon Pere eftoit dei
du
Dieppe . Aprés avoir efté Capitaine
d'un petit Vaiſſeau
Marchand,il allaen Suede , &
il y fut employé dans la Guer
re que le Roy de Suede cut
avec le Roy de Dannemark &
les Hollandois. Il y mena M
du Quefne fon Fils, qui àl'âge
de vingt- deux ans fut fait Capitaine
d'un Vaiffeau de Guerre
. C'est celuy dont jevous ap
prens la mort .Ce Fils étant reGALANT.
287
3
ON
15
venu enFrance eut leComma
dement d'un autre Vaiffeaut
de Guerre par la faveur de M
'Archevefque de Bordeaux;
à qui M le Cardinal de Ri
chelieu avoit donné la Charge
de Vice- Amiral › qu'il
exerçoit fous luy. Depuis ce
temps- là , il a paffe plus de
cinquante ans dans le fervice,
& comme fous le Regne du
Roy , il fuffit de bien faire
pour eftre recompenfé , ce
Marquis eft non feulement
parvenu d'employ en employ
jufques à celuy de Lieutenant
General des Armées Navales
288 MERCURE
de Sa Majefté , mais il a auf
fenty fouvent des effets de la
magnificence , & de la liberalité
de ce Monarque , & il
eft mort poffeffeur de deux
grandes Terres qu'il avoit acquifes
par ce moyen , dont
l'une eft la Baronnie Deaubonne,
& l'autre la Terre du
Bouchet , qui eft tres- confiderable.
Il n'y a que trois
Lieutenans Generaux de Mer,
& il eftoit un des plus anciens
. Les deux autres font
M ' le Marquis de Preuilly de
Humieres , & M' le Chevalier
de Tourville , M le Chevalier
Sxo o pide
GALANT 289
•
de Chaſteau- Renaud vient
d'eftre nommé à la Place de
M du Quefne , & M le Marquis
de Nefmond a efté fait
Chef d'Efcadre . On affeure
auffi que M´s de Coetlogon
& Derelingue , ont efté grati
fiez chacun d'une Penfion .,
Le 21. de ce mois , M l'Abbé
de Croiffy fouſtint une
Thefe en Sorbonne, pour ef
tre receu Bachelier. L'Affemblée
fut illuftre & fort nombreuſe
, & il feroit difficile
d'en voir une plus belle en
aucun lieu du monde. La
Cour , le Clergé , ce qu il y
Fevrier 1688 Bb
290 MERCURE
avoit icy de Princes & de Miniſtres
Etrangers ; enfin toutes
les Perfonnes diftinguées
qui
eftoient alors à Paris,s y trouverent
, ou femirent en eftat
des y trouver , car plufieurs ne
purent approcher de la porte,
M' l'Abbé de Croiffy n'a que
vingt ans , mais on peut dire
que fon efprit en avoit ce
jour - là plus de quarante , s'il
eſt permis de fe fervir de cette
expreffion . On ne fçauroit
l'avoir, plus prefent ›
moins embaraflé , & plus net .
Il ne répondoit pas feulement
a ceux qui l'attaquoient, mais
T
GALANT 291
ne
>
encore à ceux qui l'entretenoient
pendant la difpute.
Jay fceu de gens tres dignes
de foy que par deffus cette
force& cette vivacité d'efprit
dont je vous parle , il a toutés
les belles qualitez quifont
neceffaires pour faire un parfaitement
honnefte homme.
Le Carnaval eftant une faifon
où les Mariages font frequens,
il s'en eft fait beaucoup
de confiderables, Je vous
ay déja entretenuë de plufieurs
, & il me reste encore à
vous en apprendre trois. M
Je Marquis du Roure a épousé
C
Bb
ij
282 MER CURÆ
22.
F
Mademoiſelle de la Forcel;
Fille d'honneur de Madame
la Dauphine . Il n'eft pass ne
ceffaire de vous rien dirende
Ja Maifon de la Force , elle
eft affez connue , & quand
une Demoiſelle compte des
Maréchaux de France & des
Ducs & Pairs dans fa Maifon,
elle peut fe vanter d'eftre de
bonne Naiffance. Le nouvel
Epoux eft encore jeune.Mile
Comte du Roure fon Pere eft
Lieutenant de Roy de Languedoc,
& l'un des plus zelez
ferviteurs de Sa Majesté. Il At
originaire d'une ancienne &
GALANT 293
Tre
Ex
·
$2.2
illuftre Maifon d'Italic. Ma
dame la Comteffe du Roure
fa Femme a brillé à la Cour
fous le nom de Mademoiſelle
d'Arcigny. Elle eſtoir Fille
d'honneur de Madame.____
esbLe fecond Mariage dont
Jayà vous parler , eft celuy de
M de Befmos . Fils de M de
Montlefun , Seigneur de Bef
OU mas en Guyenne Gouver
neur de la Bastille , & qui a
fefté Capitaine des Gardes de
1 Mile Cardinal Mazarin. II
zalépoufe Mademoiſelle de
Vilacerf , Fille de M le Matsquis
de Vilacerf, qui a efte
Bb iij
294 MERCURE
premier Maiftre d'Hoftel de
la feue Reyne , & Niece de
M.le Marquis
de S. Poange,
Elle eft extremement
jeune ,
& ce mariage arrefté entre les
Parens il y a déja quelques
années , n'avoit efté differé
que par fon peu d'âge.
Jay encore à vous parler
de celuy de M Turgot de
Somont, & de Mademoifelle
de Soufy. Elle eft auff fort
jeune, & n'a que quatorze ans,
& M Turgot dix neuf. Il eft
Fils de M Turgot de Somont
, Maitre des Reque
ftes , & Neveu de M¹ Turgot
2
GALANT. 295
13
So
oat
Cur
tre
de S. Clair , auffi Maitre des
Requeftes, dont le Pere eftoit
Confeiller d'Etat , & d'une
ancienne Nobleffe de Nor
mandie. Cette Famillea deux
branches. On appelle celle
qui a pris le party de l'Epée ,
Turgot de Tourailles ; l'autre
vouuss eft connue par ceux que
je viens de vous nommer. Il
ya cu au Parlement deRouën
deux Prefidens au Mortier de
ce mefme nom , l'Oncle & le
Neveu , ils font morts tous
deux fans avoir pris d'Al
liance. Vous ſçavez fans dou
te que M de Soufy eft In-
Bb iij
296 MERCURB
2
tehdant des Finaces , & Frere!
de M le Pelletier ) Contro
leur General Prefident am
Mortier , & Miniftre d'Ed
tarvi albert hoflit
Je viens à l'Article des E-!
nigmes. Le mot de la preb
miere eft te Laurier' ; & vot- !
cy les noms de ceux qui l'ont
expliquée. M Bouchet , ancien
Curé de Nogent kel
Roy ; le Prefident Etienne
de Senlis ; Goffemant de
Troyes Avocat en la Cour ;
le Roy le Fils , du Griffon d'or
de la rue S. Antoine; Putreau
tot & Daller de Caudebec .
rs
GALANT 207
la
TEpinay Buret de Vitré , de
Senlis la Croix Henry Se
nechal de Comté de Pont-
¿ ` briant en Bretagne ; Tami
rifte de la ruë de la Cerifaye ;
le Chevalier des Maronniers ,
de la rue de l'Arbre - feest
l'Auteur de la Chanfon des
Filles de Laon en Picardie ; le
fameux Janot de la rue des
Lombards ; le Solitaire de la
rue des Arcis ; Amiftacry
Amant inconftant ; l'Amant
fans Maistrelle de la rue des
Preftres le Directeur du Pas!
fais de Bacchus , de la rue de
L'Arbre-fee; l'Indifferent mal298
MERCURE
gré luy , de la rue Percée , le
Prodige inconnu de l'Ifle
Noftre Dame, le Longie ambulant
, de la rue des Preftres
Qui renonce à Bacchus en fa,
veur de Venus ; le Directeur
du Palais de Venus , de la rue ,
de l'Arbre -fec ; l'Hiftorien
du Vivien de la mefme rue
Le nouvel Oedipe de Poitiers;
le Voifin de la fiere Brune de
la porte de Paris ; la Gentilleffe
de la rue des Sept-voyes,
Amant de la belle Pr . de Sen
lis , Heureux infortuné de la
rue du Fouare ; le Berger
1'Anagramme , Siecké d'amour,
GALANT. 299
se
་
Mcfdemoifelles Gallart , der
Melun , le Leu l'aifnée ; del
Chaftillon en Bafois ; Daphné
de Surinam ; Loüife - Lucie
Franco - Batave la Dame a
l'Anagramme , Pune image de
vertu; Diane d'Alclzon ; la
nouvelle Mariée de la rue du
Mouton ; l'aifnée des deux
aimables Soeurs de la tue Jean
Pain molet la fpirituelle
Gotton de la rue des Lombards
: l'aimable Marton del
Ja Ville de Grenoble : l'aima
ble L.de de la rue Saint Louis
du Marais la fçavante de l'Ifle
Noftre - Dame : l'aimable Veu
4
300 MERCURE
yeve de la rue des Quatre- Als
la fpirituelle Lolotte du coin
de la ruede Torigny:la Dame
du Pleffis-Piquet de la porte
S. Michel la petite Brune
qui danfe bien le Menuce , le
jeune de Larivoire de la rue
des Mauvaifes paroles , la Belle
aux deux Soleils du Ponteaude-
Mer , l'aimable Maiftreffe
de l'Organilte Lorraiffyg
La feconde Emgme , done
le mot eftoit
12 Féve
, a efte
expliquée par M le Tailleur
de Ponteau- de-Mer ; Vigeon
Vallier de Beauvais , & le Fou
gueux Clerc Breton de la rue
30 020
2
GALANT 301
rs
gc-
Sainte- Avoyé. Ceux qui ont
trouvé le vray fens de l'une
& de l'autre , font M Guerin
d'Annonay ; les deux fameux
Folopes de Gaudebec la plus
belle Vierge de Rouen ; l'Oncle
de la belle Blonde au fourcil
brun : le Poupon de la rue
Aubriboucher : les deux
nies fidelles de la porte de
Beauvais d'Amiens : la Spiri
quelle fan vouloir l'eftre , &
la belle Pierre d'attente,
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere
eft de M' de la Prairie Cairon,
Profeffeur des Mathemati
ques à Caën,
302 MERCURE
ENIGME.
IN
Nconnue à beaucoup de gens
On dispute depuis long- temps ,
Sidans ma fonction jay des droits
legitimes,
Mais quoy
quoy qu'il en puiffe eftre ; il
eft
certain
, Lecteur ,
Queje mets aujour bien des crimes.
Quand on éprouve ma rigueur
Ileft bien fin qui fe peut taire ,
Le plus ferme fuccombe à mon cruel
efforts,
«Et fatale aux méchans » jefuis pour
Pardinaire
L'avant - courriere de leur mort.
Hasmara ab
GALANT 303
AUTRE ENIGME.
1
Ca
Haque chofe a fon temps , aujourd
hayjay le mien,
Quoy que je ne fois pas plus qu'un
autre
commode
, C
Sans moy l'on ne peut eftre bien,
A l'envy Pon fuit ma metode.
L'ay commencé deparoiftre à la Cour,
Auffifuis-je un Enfant de France,
Etje dois mon eftre & le jour
Au Roy qui fait le plus redouterfa
puiffance.
Sur luy j'exerce mon employ ,
Et la Garde qui l'environne ,
N'approche pas fiprés que moy
Defon Augufte & Royalepersonne.
Comme il eftde fon Peuple autant
Pere que Roy
J
Il veut qu'à tous je fois utile,
Et je viens faire dans la ville
304 MERCURE
Comme à la Cour ce queje dop.
On me voit dans ces lieux de plus
d'une maniere ,
Et dans le temps que le Roy dey
Saifons
Brille avec moins d'éclat , répand
moins de Lumiere
C'est alors que je fais paroistre mes
rayons.
L'or & l'argent joints à mon luftre
En relevent beaucoup l'éclat,
Et je fuis l'ornement d'unfat
Comme celuy d'un homme illuftre.
l'ay pour charmes la nouveauté
Etj'ay touché le coeur de plus d'une
beauté;
utilité.
De chacun je touche l'envie,
Et je fuis auffi dans la vie
D'une tres-grande utili
Ad nirez des gens l'injustice ,
Quay quejefoispaifible & dons,
GALANT 305
on me perce de mille coups
Quand je dois rendre un bon
Service ,
On me fait piş encor on me taille en
morceaux
Et l'on me laiffe- là quand je fuis par
lambeaux
" Les Vers de la feconde
Chanfon que je vous envoye
font de Mademoiſelle Pafcal .
Ils ont effe mis en Air par
le mefme M de Montailly ,
dont je vous ay déja parlé
dans cette Lettre. Vous en
devez attendre beaucoup ,
puis qu'il a joint à la fçience
de Mufique la connoiffance
du François à l'égard du
Fevrier 1688.
15
Cc
206 MERCURE
chant , & la methode de bien
chanter qu'il a pratiquée fous
M. de Bacilly , chez qui il a
demeuré pendant quatre ans.
AIR NOUVEAU.
A
Imables Bois , Boccagesfom
bres
Charmesfecrets des tendres coeurs,
Pour cacher à Philis mes naiffantes
Langueurs
Je ne cherche plus que vos ombres.
Des que je vis fes yeux , mon coeur
fentit leurscoups ,
Cependant le refpect que cette Belle
infpire
Me fait éprouver un martyre
Dontje n'ofe parler qu'à vous.
GALANT 307
Je vois icy tout le monde dans
vois icy, tout le
es fentimens ou vous me mander
qu'on eft dans votre Province
J'égard des Poefies Paftorales de M.
ce Fontenelle . On trouve que ces
Iglogues ont toute la delicateffe
que peuvent avoir les Ouvrages de
cate nature ; mais beaucoup de nos
Savans ont peine à luy pardonner
Jaliberté qu'il fe donne de ne pas
etrer entierement dans la fuperfti
tufe admiration qu'ils font paroite
pour les Anciens . Ils ne veulent
fas qu'ils foit permis de rien condamner
de ce qu'ils ont fait , &
ceft parmy eux une espece de Religion
de les adorer jufqu'en leurs
défauts. Il eft certain que le gouft
des Anciens eft un fort bon gouft ,
mais il ne doit pas eftre deffendu de
les examiner par foy -meſme , & ce
Cc ij
308 MERCURE
Teroit une étrange fervitude d'entre
obligé de les reconnoiftre fur la foy
d'autruy , pour gens qui ont attein
la perfection en toutes chofes. Chr
cum eft libre dans fes jugemens
& peut s'en expliquer à fes rifquet
C'est ce que M. de Fontenele
vient de faire dans l'Ouvrage qi
attire contre luy un party fi reda-
狙
table. Il dit ce qu'il penſe , & ile
dit d'une maniere affée , fine
agreable , fans qu'il pretende de
voir faire autorité , ny blamer ceu
qui ne font pas de fon fentiment.
Je vous envoyeray dans quinze
jours deux Livres nouveaux dont
le Sicur Guerout , Libraite dans
la Court-neuve du Palais doit
commencer le debit en ce temps
là Lim
eft intitulé le Mary Taloux,
Ceft une Hiftoriette galante, com
GALANTM 309
#
pofée par une perfonne de vostre
• Texe dont la reputation vous aft
fort connue. Elle a déja fait divers
Ouvrages qui luy ont attiré beaucoup
d'eftime . Vous trouverez infiniment
de l'efprit dans celuy-cy,
Il vous fera aifé de connoiftre par
les Caracteres qu'elle donne aux
-Perfonnages qui font le noeud de
1'Hiftoriette , que les chofes fe font
effectivemem paffées de la maniere
qu'elle les raconte , & qu'elle ne
rapporte aucun incident qui ne foit
vray .Ainfi l'on peut affeurer qu'elle
a travaillé d'aprés Nature. Je vous
en diray davantage la premiere
fois.
C
L'autre Ouvrage qui doit paroiftre
dans le mefme temps , eft une
fuite des Dialogues Satyriques &
Moraux,, de M. Petit de Rouen
310 MERCURE
Vous m'avez marqué eftre fi contente
de la premiere partie , qu'il y
a grande apparence que vous lirez
la feconde avec le mefme plaifir.
On m'affeure que parmy ces Dialogues
nouveaux , il y en a un d'u
ne nature à exciter de la curiofité
à tout le monde . Je fçay que h
matiere vous fera fort agreable.
Elle eft du temps, & regarde beaucoup
de Perfonnes que vous eftimez
.
Je ne vous dis rien du Couronnement
du nouveau Sultan. Les revolutions
arrivées dans l'Empire
Turc depuis la prise d'Effex , meritent
bien une Lettre entiere. Je'
travaille à amaffer des Memoires,
& j'en ay déja beaucoup qui contiennent
des choles qui n'ont point
encore efté rendues publiques. J'e
GALANT. 31
00
+
be
pere vous envoyer dans deux mois
T'Hiftoire de ces Revolutions , où
vous trouverez ce qui s'eft paffé
dans cet Empire depuis la levée du
Siege de Vienne , jufqu'au jour que
ma Lettre paroiftra . Je fuis , Madame
, voſtre , & c.
A Paris le 29. Fevrier 1688.
LITOR
Leste
THALO
2255552222525 EE55
TABLE.
Difcoursfurla Gloire.
Pours
Relude.
Moris.
Lettre.
41
33
62
Eglogue.
Memoire contenant divers Article's
curieuxfur les Affaires de la Religion.
67
Profeffion d'une nouvelle Convertie
Edit. 87
Vers en maniere de petit Opera , propres
à mettre en chant. 181
Reception faite à Malthe à Milord
Fits-Iames , Fils naturel du Roy'
d'Angleterre.
Le Quinquina d'Amour.
119
121
M
TABLE.
3. de Bechamel jouit du privilege
d'entrer en Carroffe jufques au
-pied de l'Escalier de Moufieur. 126
M. Terra eft receu Chancelier de fon
~Alteffe Royale.
Galanterie.
127
128
Saere de M. l'Evefque de Quebec. 141
143
Miſſion.
Vers de Petonne àfa Maistreffe. 147
Hiftoire.
Lettre écrite de Ratisbonne,
152
ΙΖΙ
Profeffion de Mademoiselle de Loubes.
185
Reception faite à Monfieur par M. le
Marquis de Langlée .
Etat des Affaires d'Alger.
181
188
Article concernant la Chambre Royale
de Medecine établie à Paris on
*1673 196
Harangue faite à M. le Chancelier.
Fevrier 1688.
202
Dd
TABLE:
Reduction de la Fortereffe de Mon
gats , avec les Articles de la Ca
pitulation.
211
222
Lettre de M. Bernier touchant ↳
jonction des deux Mers .
Etablissement fait par M. de Laon ,
en faveur des Curez de fon Dio
cefe qui auront fervy l'espace de
quinze ans.
Extrait d'un Sermon preſché à Saint
Iean en Greve.
245
265
Experiences faites pour rendre les
Pendules portatives fur mer. 279
Machine qui montre enfomble Le
Barometre , le Thermometre , les
Vents & la Pluye.
Mort de M. du Quesne.
284
285
Theſe foutenue par M. l'Abbé de
Croify.
Mariages.
289
241
Noms de ceux qui ont deviné les
•
TABLE
Enigmes
206
Enigmes. 302
Poefies Paftorales. 307
Livres nouveaux. 308
Fin de la Table.
CATALOGVE DES EIVRES
nouveaux qui se débitent chez le
J Sieur Guerout , Court- neuve da
Palais.
Po
Oëfies Paftorales de M. de Fons
tenelle , avec un Traité de la Na-
Dd ij
tre de l'Eglogue , & une Digreffion,
fir les Anciens & les Modernes. 1 .
Iv. 10. f.
Le Chevalier à la Mode , Comedie,
1. l. 10. f.
La Défolation des Joueuses , Co.
medie. 15.6
Entretiens fur la pluralité des Mon.
des , de M. de Fontenelle , augmen
tez en plufieurs endroits , avec un fi.
xiéme Soir qui n'a point encore paru ,
contenant les dernieres découver.
tes qui ont etté faites dans le Ciel.
1. l. 1o . f.
Réflexions fur l'Alcide & fur l'Al-
Kali . 1. liv . 10. f.
L'Art de Laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le Papier, fuivant le coloris
des Deffeins qu'on envoye à la
par M. - Gautier de Nifmes Cour 3
›
1. 1.
Traité des Fortifications enrichy.de
23 Figures , contenant la Démonftra.
tion & l'Examen de tout ce qui regar
de l'Art de fortifier les Places tant reC:
10
13
gulieres , qu'irregulieres , fuivant
qui fe pratique aujourd'huy le tout
d'une maniere abregée , & fort aiſée
pour l'inftruction de la Jeuneffe. 1 .
liv . 10. f.
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier , &
somme vivant en Societé . 2. vol . 2.1.
Le Cours du Danube & des Rivie
res qui s'y déchargent , où fe trouvert
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Hiftoire des Troubles de Hongrie ,
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze, 7.1.10.1.
Dialogues des Morts. 2. vol. ‹ indouze.
Hiftoires des Oracles .
3. L
1. liv. 10 f.
Lettres galantes de M. le Cheva-.
lier d'Her.. 2. vol.
3.1
.
Les' Malheurs de l'Amour , ou Elcomor
dY vrée. 11. 10. f.
Amballades de Monf. le Comte de
Guillerágues , & de M. Girardin , at
prés du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieufes , tirées des Memoires
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte , & c . 1. l. 10. f.
Academie galante . 2. vol. 3. liv. LaDucheffe d'Eftramene . 2. vol.2.1.
Le Napolitain . 1. l. Sentimens
fur les Lettres
& fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules
fur le
Stile.
A
1.1. 10. f.
Caracteres de l'Amour. I. 1. 10. f.
Le Grand Vifir Cara Mustapha.
L'Illuftre Genoiſe,
Le Serasier.
I. l. 10. f.
1. l . 10. f.
1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Mademoi
felle avec le Roy d'Efpagne. 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
•
•
1. 10.f.
Relation
du Mariage
de Monfei
gneur le Dauphin
, avec la Princeffe Anne Chretienne
- Victoire
de Ba- viere.
1.1.10.1
.
"
Journal du Voyage du Roy à Lu
xembourg
contenant la deſcription
des Places de la haute & balle Alface,
& de celles de la Province de la Sare
& de Luxembourg.
1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
par les Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plusieurs Places fur les Infidelles .
1. liv. Voyage
du Chevalier
Chardin
en Perfe
& aux Indes Orientales
par
Mer noire & par la Colchide
, enrichy
de dix- huit grandes
Figures
. 2. vol . in
4. l. 10. f. Obfervations
de M. Spon fur les Fiévres
& les Febrifuges
,
i. l.
douze,
L'Ariofte moderne. 4. v . in douze,
6.1.
Dialogues Satyriques & Moraux.
Fables nouvelles .
1. 1. 10. f.
1. 1.
Difcours Satyriques & Moraux en
ers . 1.1.
Epiftres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles. 1 ..
Jugement de Pluton fur les Dialo
gues des Morts. 1.1. 10. f.
Relation duVoyage du Roy en Flan
dre en 1680. 1.1.10 . f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'In
fante de Portugal . r.lero.f
Relation du Siege deVienne. 1.1.10f.
Relation de ce qni s'eft pallé à Ger.
k ro.f. wes.
Relation du Siege de Luxembourg
'r. 1.ro.f.
Ambaffade de Siam en France , di.
vifée en 4. vol..
>
6. liv:
Lepremier Volume apour titre. ….
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
en France contenant la reception
qui leur a efté faite dans les Villes où
ils ont paffé ; leur entrée à Paris , les
céremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Maifon
Royale , les Complimens qu'ls
ont faits ; la defcription des lieux où s
ont efté ; & ce qu'ils ont dit de remarquable
fur tout ce qu'ils ont veu.
- Le fecond Volume a pour
titre.
Suite du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant ce qui
s'eit paffé à l'Audience de м adame la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,
& de Meffieurs de Croiffy & de Segnelay
, avec une defcription exacte des
Chateaux , appartemens , Jardins &
Fontaines de Verfailles , S. Germain ,
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
, de S. Cyr , & de ce que les
Ambaffadeurs ont veu dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joint le
difcours qu'ils ont fait au Roy.
Le troifiéme Volume a pour titre. -
Troifiéme partie des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant la fuite
de la defcription de Verfailles , celle
des chevaux qui font dans les deux
E e
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft paffé
dans les vifites qui leur ont efté
rendues ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la def-"
cription des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes de Flandre,
Le quatrième Volume àpour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Amballadeurs de Siam en
France , contenant la fuite de leur
Voyage de Flandre , depuis Valencienne
jufqu'à Pariss la defcription
des Villes où ils ont paffé , & les harangues
de tous les Corps , ce qu'ils
ent veu à Paris depuis leur retour ,
avec une defcription de tous les lieux
où ils ont efté , & de la Fefte donnée
par Monfieur à S. Cloud , leur Voya
ge à Verfailles , leur Audience de
Conge , & les dix -fept Audiences
qu'ils eurent le même jour , avec tous
Jes complimens qu'ils ont faits , la lifte
des prefens qui leur ont efté donnez ,
ce qui s'eft paffé à leur départ , & les
noms des perfonnes diftinguées qui
font parties pour Siam.
Outre les Mercures d'onze années , à
commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lesquels
font divers Traitez tres - curieux fur ..
plufieurs matieres qui regardent fes
Sciences & les Arts.
Hiftoire du Siege de Bude. 1. 1. ro.f.
Recueil d'Ouvrages faits à la louange
du Roy , fur l'extirpation de l'He
refie. 1.1. 10. £.
Relation des Prieres publiques qui
ont efté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. 1. 10. f.
Antiquitez de M. Spon , Ouvrage
enrichy de plufieurs Figures. 7.1.
Divers Ouvrages en Mufique de
M. de Bacilly.
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air qui commence par , Nos
Bois ont perdu leursfeüillages ,
doit regarder la page. 99
Les Jettons doivent regarder la
146 planche
L'Air qui commence par , Aimables
Bois , Botcagesfombres , doit regarder
la page
306
511
m
1688.2
M
our. 511 1688,2
Mercure
<36614152060011
<36614152060011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1688.
A PARIS ,
AU PALAIS
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant te
premi er ieur de chaque Mois , & on
leven dra' , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchenin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envic .
Ft MICHEL GUEROUT , Court-neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
n
O
AVIS
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure, on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft cauſe qu'il y a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefine prière de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
autun argent pour les Memoires ,&
Pon employera tous les bons Ouvra→
ges à leur tour, pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent,&fur
A iij
3
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employerleurs noms dans l'ar
ticle des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble eft beaucoup pour
an Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement
de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargerout de les envoyer avant.
que l'on commence à vendre icy le
Mercure . Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris we
laiffera pas d'avoir le Mercure long
temps avant qu'il foit arrivé dars
les villes éloignées ; mais auffi les
Villes
ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoirtoûjours fort tard
par deux raifons. La premiere, parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi- toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toûjours quel
ques jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera
retardementpar la voye dudit fieur
Guercut, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy- mefme,& de lesfaire
A iij
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Il fera la mesme chofe generalement
de tous lesLivres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que leprix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1688 .
E commence
་
mon ordinaire
Madame , c'eft à
dire , fans donner
aucunes loüanges au Roy
mais en vous parlant feulement
de quelques-unes de fes
A
iiij
8 MERCURE
actions. Elles font toujous fi
loüables d'elles- mêmes, qu'elles
portent leurs Eloges avec
elles . Vous avez fceu que Sa
Majefté a donné la Charge
de Prefident au Mortier qui
Vacuoit par la mort de feu
Mle Prefident de Mefme ,
à M de Neuchatel fon Fils ,
Confeiller au Parlement , à
prefent M de Mefme . Ce
Monarque n'a pas ſeulement
confideré qu'il donnoit zau
Fils la Charge du Pere . C'eftoit
à la verité un a
un droit qui
luy
donnoit fujet d'y
preten
dre, mais ce n'en eftoit pas
GALANT
un fuffifant pour l'obtenir,
fautundroitdemerite, & d'un
merite qui convienne aux
emplois qu'on doit remplir .
C'eft ce queeld Roy , aprés
isen eftre particulierement
sinformé a trouvé dans M' de
Neuchatel, qui eftant Sub
ftitur de M'leProcureur General
, a travaillé avec tourc
Laffiduité & toute la capacité
imaginable. On ne doit
pas s'étonner aprés cela , s'il
a clé gratifié de la Charge
de Prefident au Mortier, puis
qu'un fujet qui la meritoit ,
seft trouvé Fils d'un Pere qui
10 MERCURE
s'eftoit particulierement at
taché à fervir ce Prince , &
avoit pris une Charge dans
la Maifon de Sa Majefté ,
pour avoir l'honneur d'ap
procher fouvent de fa Per
fonne , avant que d'eftre Prefident
au Mortier . Le Roy
jufte & reconnoiffant, recom
penfe toûjours dans les enfans
, les fervices de ceux qui
fe font attachez auprés de
luy , quand il les trouve di
gnes de fes graces , prefera
blement à ceux dont les pe
res ne luy ont rendu aucun
fervice . Ainfi quiconque
•
GALANT. II
s'applique à fervir fa Maicfté,
eft feur d'en voir paffer les
recompenfes iufques à fon
fang, pourvû qu'il n'aitpoint
de tache qui l'en rende in
digne.
Toutes les Hiftoires font
foy que les Lettres & les Arts
ont toûjours fleury fous les
grandsMonarques , mais nouš
ne voyons aucun regne pen
dant lequel ils ayent éclaté
d'une maniere plus avanta
geufe , que depuis que la
France eft
gouvernée par
LOUIS LE GRAND. Ce
Monarque aime les Lettres ,
12 MERCURE
& le titre qu'il a daigné prent
dre de Protecteur de la prea
miere Academie de fon
Royaume , eft caufe qu'il
s'en eft formé dans la plufpart
des Villes confiderables.
Parmy ces Academies , celles
dont on entend le moins
parler , & dont les exercices
femblent n'eftre pas auffi
connus qu'ils le font dans
quelques autres , font auiourdhuy
plus celebres & plus
remplies de perſonnes d'un
efprit fublime, que n'eſtoient
avant fon regne , les premie
res Academies du Royaume,
GALANT
13
fi on peut nommer ainfi les
Societez qui ont paru paru avant
ce temps -là. Je vous ayfou
vent parlé de celle de Ville-
Franche , & je vous ay envoye
divers Ouvrages de ceux qui
la compofent. En voicy un
de M Mignot de Buffy, Directeur
de cette Academie ,
& Lieutenant General de
Beaujolois . Je ne vous en di
ray rien, puis que ie vous l'envoye
entier , & qu'ayant le
gouft auffi bon que vous l'avez
, vous n'avez befoin que
de vous - mefme pour en découvrir
toute la beauté. A
14 MERCURE
2
2
22S5 S52222 5252255
DISCOURS
SUR LA GLOIRE.
com
Voy que la Nature
ble l'homme
chaque
jour
de fes bien-faits , & qu'elle ne
buy laiffe rien à defirer de ce qui
eft utile , neceffaire agreable
à la vie , elle n'attire pas neanmoins
fon entiere reconnoiffance
ny toutes fes adorations . Une
autre Divinité les partage , ou
pour mieux dire , elle luy en enleve
laplus grande part. En vain
་
'
GALANT. 15
cette Mere commune des animaux
ouvre forfein pour leur
en faire tirer fes plus grandes
richeffes ; en vain elle produit
Lout ce qui peut contenter leurs
fens & prolonger leurs années:
Si ces dons precieux femblent
fatisfaire en apparence l'appetit
de l'homme , ils ne remplissentpas
tout àfaitfon coeur nyfon efprit ;
il luy faut quelque chose qui
foit plus degagé de la matiere ,
où le corps ne participe en
rien , fi ce n'est par la liaison
qu'il a avec l'ame. Les faveurs
de la Nature font communes à
tous les animaux ; elle travaille
1
16 MERCURE
également pour les brutes & pour
les hommes , ou felle les diftingue
dans fes operations , & qu'elle
paroiffe plus foigneuse à fuivre,
les differens defirs des humains ,
ce n'est que pour obeir aux ordres
de fon divin Auteur , qui l'a
foumise en quelque façon à la
Creature , fur le vifage de laquelle
il a uny tous les traits
de fa Divinité. Mais la Gloire,
fon aimable Concurrente , a
bien de plus forts attraits ; elle
eft la Mere des années , difoit un
Sage de la Grece , fes prefens
n'ont point de fin & les jours,
qu'elle fait voir joignent à leur
GALANT. 17
brillant le cours de l'eternité, an
la Nature forcée dans
Lieu
que
-tus
fes productions , & limitée par
le temps , ne fait rien qui ne finiffe
prefqu'au mefme moment
qu'il commence àparoiftre . L'une
s'attache au merite & à la ver,
l'autre enrichit auffi- toft le
méchant que lefage , & l'hebesé
que le fpirituel l'une n'agit
qu'en commandant, l'autre qu'en
obeiffant pour marque de
fa dépendance , elle voit tres-
Louvent fes plus riches trefors
fervir d'ornement glorieux aux
favoris de fa Rivale. Quoy que
la Gloirefoit invifible , le coeur
Fevrier 1688 . B
18 MERCURE
de l'homme , naturellement
ambitieux
trouve un plaifir extrême
à la chercher. Quelque difficile
que foit fon accés , rien ne nous
rebute dans les routes qu'il
fautfurore pour la meriter. Les
ux , les veilles , les peines
travaux
,
& lesfoins nefuffifent pas , nous
ba nous expofons encore aux ha
zards aux coups , nous affrontons
tous les perils , & nous
déclarons mefme la guerre à tous
les Elemens pour nous frayer
un cheminjuſques àſon Temple .
Par l'empreffement
que l'hom
me fait paroiſtre poury parvenir ,
il faut juger des delices qu'il
>
GALANT. 19
les
reffent lors qu'il y est arrivé
Eft- il rien de plus doux que
fruits dont la Gloire le comble ?
Ef- il rien de plus engageant que
les triomphes & les honneurs
qu'elle luy procure , & peut-on
s'imaginer quelque chofe de plus
grand que ce qui nous acquiert
un legitime droit dans l'immortalité,
& qui nous met dans un
eftat approchant de celuy de
l'Eftre eternel & Convenons ,
Meffieurs que la Gloire l'emportefur
la Nature , & qu'elle
merite beaucoup mieux nos hommages
. En tout cas , fi cette derniere
peut pretendre de les parta-
›
Bij
20 MERCURE
ger , elle ne peut exiger cette re
connoiffance de nous , qu'en diftinguant
inquant l'homme de l'animals
Qu'elle prenne tout ce qui dépend
de celuy- cy , & qu'elle
s'en faffe respecter
Mère & fa pourveu
Now comfo
que fa Concurrente ait feule tour
l'attachement de l'autre >
qu'elle en foit confiderée comme
fon unique fin.
Si le raisonnement & l'exper
rience nous prouvent que l'homme
a plus lieu de confacrer fes
Autels à la Gloire , & qu'il a
fait bruler fon Encens avec plus
deprofufion pour cette Divinité
GALANTM 25
"
que pour toutes les autres , il
nous apprennent auffi que les
Voeux qu'on luy rend font bien
differents que les chemins
qui femblent nous conduire au
liu de fon féjour ,font bien oppofez.
La vertu qui renferme
dans fes projets & dans fes
actions tout ce qu'il y a de plus
relevé de plus glorieux dans
le monde , nous en propofe plufaeurs.
Iln'estpas mefmejufqu'au
vice & au crime qui n'ayent
pretendu d'avoir ce privilege.
Si les routes qu'ils ont offertes
n'ont esté ny belles , ny bonnes ,
elles en ont eu du moins quelque
22 MERCURE
apparence ; fil'honneur qu'ils ont
procuré n'apas efté réel aux yeux
des fages & des vertueux , ceux
qui ont cru lacquerir fe font du
moins forgé un phantôme de
Gloire. Le fameux Incendiaire
du Temple d'Ephefe s'imagina
qu'il ne pouvoit immortaliserfon
nom que par un des plus grands
forfaits. La demiere Reyne d'EExpte
voulut fe rendre memorable
en facrifiant fon Trône &fa
pudeur à fes infames amours ; &
Les horribles meurtriers de tant
de Princes de grands perfonfonnages
n'auroient jamais laiffé
leur memoire à la pofterité , fi
GALANT
23
dans cette veuë ils n'avoient emplayé
le fer ou le poifon. Les
Auteurs de la Fable ont pouffé
encore plus loin leur imagination
leur déreglement. Pour autorifer
leursperverſes habitudes,
pour tromper la credulité des
hommes qui d'ailleurs ne font
que trop portez au mal , ils inventerent
des Heros & des
demy-Dieux plus dignes de l'op
probre de la haine des mortels
, que de leurs louanges & de
leurs venerations . Ils s'efforcerent
de couronner le vice , de
faire triompher l'abomination &
l'idolatrie , & ne craignirent
་
24 MERCURE
-pas de blafphemer contre la Di
vinité , e de la deshonorer impunément
, en luy attribuant des
titres & desfaits également contraires
à la pureté & à la Majefté
de fon eftre.
de
Mais laiffons ces exemples
odieux qui ne meritent que
l'horreur du mépris ; fervons
nous des plus convenables aux
meursde l'honneste homme que
nous avons pris pour regle de
nos entretiens . La Religion & la
Morale nous en offrent defaints
de vertueux ;la politique &
·les armes de merveilleux d'éclatans
, lee Sciences & les Arts
nous
GALANT 25
nous montrent les plus doux &
les moinspenibles. S'il nous falloit
chercher dans les doutes c
dans les obfcuritez de la Fable ,
finous avions recours à l'Antic
quité, ou que nous puſſions nous
contenter de ce que noftre fiecle a
produit de grands hommes , j'au
rus dequoy faire un nombre confiderable
de volumes fur les ac²
tions heroïques , &fur les Ouorages
furprenans qu'on a veus
& que
que l'on voit encore ; mais
comme l'Hiftoire fatisfait ample
ment noftre curiofité fur cesujet,
d'ailleurs la multiplicité
&
que
des
exemples
ennuye
quelque
fois
Fevrier
1688
. C
26 MERCURE
autant qu'elle agrée, je veux me
rerfermer dans l'abregé d'unfeul
qui réunit tous ceux que j'aurois
purecueillir par un long travail,
&qui me donne plus de matiere
mille fois que les autres ne m'en
fourniroient tous ensemble . Les
divers eftats ou profeffions dont
je viens de parler, ont eu chacun
leurs Heros , & ont divisé par
confequent les enfans de la Gloi
re en differentes efpeces on cara-
Eteres , mais fi nous trouvons un
fujet qui raffemble en luy toutes
ces efpeces , il me feraplus facile
de faire voir dans un feul portrait
tous les traits qui peuvent
GALANT. 27
n
chacun en particulier le rendre "
incomparables & mefme en former
un original qu'on peut dire "
miraculeux. Nallons pas plus
loin , Meffieurs jettons les yeux
fur le Trone des Lis , il nous fera
voir que Louis le Grand , nostre
Augufte Monarque , eft le feul
* Enfant de la Gloire qui poffede
toutes les qualitez éminentes de
- ceux qui ont pretendu luy ref
fembler. C'est un Heros achevé
4 dans toutes les faces où l'on peut
le regarder. Difons mieux , il eſt
unique univerfel enfon espe
-ce Reftaurateur de la Foy ,
1 Vainqueur des paffions , Maistre
Cij
28 MERCURE
en l'art de regner , Foudre dans
la Guerre , Protecteur des Sciences
& des Arts ; tous ces differens
caracteres enfemble n'en font
qu'un , & c'est Louis qui le
poffede éminemment . Y
La Religion nous le montre
comme fon folide appuy contre les
Infidelles comme l'impitoya
ble Deftructeur des Sectes malheureufes
qui la déchiroient . Si
les Temples qu'il a fait élever
ou enrichir par fon autorité
par fa magnificence dans les pays
Orientaux font autant de monumens
éclatans de fa gloire,
les ruines les débris de ceux
A
&
GALANT. 29
qu'il a fast abattre dans ce
Royaume , luy fervent de tro
= phées immortels . Comme ce n'eft
pas eftre plagiaire que de l'eftre à
fey mefme , je puis me fervir icy
d'une pensée que je mis au jour
il y a un an , & foutenir que fi
Le Soleil de la France a voulu
fixer fon cours pour favorifer les
genereuxChefs du peuple de Dieu
dans la défaite des Infidelles ; s'il
a ceẞsé d'élever des nuages &
d'en former des foudres & des
Lonnerres pour écrafer fis ennemis
, l'éclat de fa lumiere , la
force & l'ardeur de fes rayons,la
douceur la ferenité de fes in-
Ciij
30 MERCURE
fluences n'ont pas laiẞé d'agir fur
les coeurs endurcis & aveuglez de
fes Sujets , & d'imprimer en eux
les veritablesfemences de la Foy,
les doux fruits de la Charité.
La Morale nous le prefente
comme un Hercule triomphant
de tous les Monftres ennemis de
la fageffe. Ce n'est pas tant par
Réclat de fa puiffance , qu'elle
le croit le plus grand Monarque
de l'Univers ; c'est par l'empire
abfolu qu'il exerce fur cessfuperbes
Geans qui attaquent mesme
Jupiter fur fon trône , & qui
luyfont fouffrir une honteuse caGALANT.
31
ptivité jufque dans la fplendeur
de fon Diadême. Ce n'est pas tant
par les Victoires que LOUIS.
remporte fur fes ennemis exterieurs
qu'elle l'avoue invincible.
C'est par les chaifnes & les fers
dont il charge fans pitié fes ennemis
domeftiques , & les mouvemens
impetueux de l'ame, qui
ont eu pour leurs efclaves tant de
teftes couronnées. Un Philofophe
Cinique ofa bien dans fon ton-
•neau foutenir au grand Alexandre
, qu'il avoit l'avantge fur
luys tout redoutable Monarque
qu'il fuft , d'estre le Maiftre de
fes Maistres ; maisfi la bouche
C iiij
32 MERCURE
de ce pretendu Sectateur de la
fageffe , & de ce Vainqueur ima
ginaire des paffions , eut la bar
dieffe d'avancer un fait que fon
orgueil démentit en mefme temps ,
La Morale par la voix de la Renommée
foutient la mefme propofition
avec plus de justice en faveur
de LOUIS; & ce que lo
modeftie de ce Prince ne veut pas
avoüer , trouvé mille trompettes
éclatantes pour eftre publié.
La Politique le donne à tous.
·les Potentats , comme un modelle
parfait en l'art de
la
regner
. Elle
Leur reprefente toutes fes actions
comme autant de regles qu'ils
GALANT. 33
doivent fuinwe ; elle leur apprend
cette conduise judicieuse qua
trompe les yeux les plus fins
les plus clairs- voyans de fes Ennemis
ou de ſes envieux ; elle
leur apprend cette prudence fans
égale qui prévoit le bien pour
l'embraffer , & qui prévient le
mal pour le detourner ; elle leur
apprend enfin cette vigilance infatigable
qui attache tout Louis
afes Etats , & qui femble le
détacher de luy mefme dans les
momens où le repos luy eft leplus
neceffaire.
La Guerre n'a que trop fait
connoiſtre aux Nations les plus
34 MERCURE
les
puiffantes ce que peut le bras
d'un Heros égal à Louis. Les
Conqisestes qu'il a faites ,
Victoires qu'il a remportées ,font
trop recentes pour eftre obligé de
vous les apprendre , & voftre
memoire eft trop remplie des faits
merveilleux qu'elles ont produits
pour avoir befoin d'un difcours
qui l'en rafraichiffe ; il suffit de
dire que la plus grand part de la
Hollande prife en moins d'une
Campagne ; toute la Franche-
Comté foumife en un mois ,
les trois fortes Places de Valenciennes
, Cambray, & S. Omer,
couquifes en trois femaines ont
,
GALANT.
35
renouvellé par trois fois en faveur
de Louis , ce que Cefar ne
put dire qu'une fois , Je fuis venu
, j'ay veu , j'ay vaincu .
Enfin les Sciences & les Arts
le publient par tout comme celuy
qui leur fait avoir un nouvel
la protection qu'il leur
estre
par
donne , & par le foin qu'il prend
les faire fleurir. Si la Philofophie
nous apprend que nous devons
confiderer également pour
les Auteurs de la vie , & ceux
de qui on tient la naiffance &
ceux de qui on tient l'éducation
a la nourriture , il faut convenir
en mefme temps que Louis
36 MERCURE
le Grand eft le Pere de tous les
Sçavans & de tous les Efprits
ingenieux & babiles , qui effa
cent dans ce Royaume la memoù.
re de Rome & d'Athenes , &
que jamais paternité ne fut plus
étendue que la fienne . En effet ,
les ficcles paffez ont-ils vú tous
enfemble dans la France tant
d'illustres Enfans des Mufes &
de Minerve , que le nostre en a
produit ; & nepouvons- nous pas
dire hardiment que la protection
de noftre Monarque à rendu le
Parnaffe plus fecond que tous les
foins des Rois fes Predeceffeurs
n'avoient fait depuis le comGALANT.
37
mencement de noftre Monarchie
? Jamais tant d'Academies
& de Compagnies celebres ne
parurent tout à la fois. L'on diroit
que les Palmes & les Lauriers
ne croiffent qu'à l'ombre de
fes Lis,& que la blancheur &
T'éclat de ceux- cy font la feule
caufe de la verdure des autres.
Le divin Auteur de la Nature
crea le Soleil avant les Plantes
les Animaux , parce qu'il
voulut que ce bel Aftre fust confideré
comme la caufe feconde de
tous les Eftres ; ne doit-on pas
auffi dire que ce mefme Createur
n'a fait paroistre qu'aprés l'a
38 MERCURE
naiffance de Louis le Grand tour.
ce que l'esprit & la main peuvent
faire d'excellent , afin que
cet Augufte Prince en fuft eftimé
le fecond principe & le principal
agent.
Toutes ces veritez dont vous
eftes justement prevenus , Meffieurs
, en font naiftre une autre
incontestable qui a efté déja propofée
au milieu de ce Difcours
que Louis renferme dans fes
actions tous les exemples qui
nous marquent les divers degrez
par lesquels l'homme peut monter
au Temple de la Gloire . Suivonsle
donc dans les voyes qu'il nous
GALANT.
39
a déja frayées , ne hefitons pas
de courir aprés ce Heros , puis
qu'il nous rend fi faciles les rou
tes qu'il a tenuës. Si noftre pro
feffion & les exercices que nous
avons embraffez ne nous per--
mettent pas de cueillir comme lug
des Lauriers enfanglantez
d'orner nos Trophées des dépouil→
les de nos Ennemis , ils nous
offrent des prix proportionnez
noftre eftat. Louis eft arrivé an
fejourde la Gloire par tous les
chemins qu'elle propofe ; conten
tons- nous de le furore par les
plus tranquilles & les plus doux;
laißons les plus dangereux
40 MERCURE
.
les plus éclatans à tant de braves
Guerriers qui preferent les.
Feux de Bellonne aux Concerts
des Mufes , & les Champs for
midables de Mars aux aimables
retraitesduParnaffe.Continuons,
Meffieurs , nos Affemblées avec
affiduité, entretenons noftre Com
merce avec attachement , aimons
la Gloire & ce qui peut nous
l'acquerir , celebrons fans ceffe
les faits heroïques de noftre Mo
narque ; que ce foit le premier ,
ou plutost l'unique but de nos
entretiens ; & pour peu que nos
Plumes s'exercent à toucher les
traits de la gloire qui l'enviGALANT.
41
ronne , foyons certains qu'il en
rejallira affez de rayonsfur nos
fronts pour les ceindre des couronnes
de l'immortalité.
En vous parlant la derniere
fois de plufieurs morts arri
vées le mois paffe , j'oubliay
de vous apprendre celle de
Dame Charlotte de Harlay ,
Abbeffe de Sainte Perrine de
la Villette , prés Paris . Elle
mourut icy le 15. de Janvier
âgée de foixante & feize ans ,
& eftoit Fille de Meffire Roger
de Harlay , Comte de
Cefy , cy- devant Ambaffa-
Février. 1688 . Ꭰ .
42 MERCURE
deur du Roy à Conftantino
ple . L'ancienne Famille de
Harlay a fait plufieurs branches.
Elles viennent de Jean
de Harlay , Seigneur de Ceſy ,
Nogent & Grand - Villiers ,
qui rendit des fervices confiderables
au Roy Charles VII .
Il époufa Loüife Luillier ,
Fille du Seigneur de Manicamp,
& en eut un Fils , nommé
Louis de Harlay Seigneur
de Beaumont , Cefy, Sancy ,
& Champvallon . Celuy- cy
époufa Germaine Coeur , Fille
de Geoffroy Coeur , Echanfon
du Roy Louis XI . & de ce
GALANT. 43
mariage vinrent quatre Fils ,
Chriftophle de Harlay , Scigneur
de Beaumont , & Prefident
au Mortier au Parle
ment ; Robert de Harlay ,
Seigneur de Sancy ; Louis de
Harlay , Seigneur de Cefy &
de Champvalon, & Jean- Jacde
Harlay , Chevalier
ques
de l'Ordre de Saint Jean de
Jerufalem.
La branche aifnée des Comtes
de Beaumont deſcend de
Chriftophe de Harlay , qui
eut fon Fils Achille de Harlay
, premier Prefident au
Parlement de Paris . Cet A-
?
Dij
44 MERCURE
7
chille de Harlay époufa Catherine
de Thou , & il en eut
Chriſtophle de Harlay , Sei
gueur de Beaumont , Ambaffadeur
en Angleterre , lequel
d'Anne Rabot d'Illins a eu
feu Achilles de Harlay , Procureur
General au Parlement
de Paris qui époufa Marie
de Believre , dont eft venu
Meffire Achilles de Harlay
Comte de Beaumont , à prefent
Procureur : General au
meline Parlement , Chef du
nom & des Armes de Harlay,
& qui poffede toutes les vertus
de fes Anceftres .
GALANT. 45
La feconde branche eft des
Barons de Sancy . Elle def
cend de Robert de Harlay,
Seigneur de Sancy , ſecond
Fils de Louis de Harlay & de
Germaine Coeur , & de cette
branche ont efté Nicolas de
Harlay, Colonel General des
Suiffes , Gouverneur de Châlon
, Lieutenant de Roy en
Bourgogne , Ambaffadeur en
Allemagne , & vers les Suiffes,
Achilles de Harlay , Evefque
de Saint Malo , & Henry de
Harlay , Baron de Maule &
de Sancy , puis Preſtre de
l'Oratoire.
46 MERCURE
La troifiéme branche qui
eft des Comtes de Cefy , vient
de Louis de Harlay , Scigneur
de Cefy , troifiéme Fils
de Louis de Harlay & de Germaine
Coeur. Il épouſa Louiſe
Stuart de Carr , dont il eut
Philippes de Harlay , Comte
de Cefy , Ambaffadeur de
France à la Porte Othomane
durant prés de vingt cinq
années. C'eft de cette branche
qu'eftoit feu Madame l'Abbeffe
de Sainte Perrine .
Les Marquis de Champvalon
font la quatriéme branche
. Elle deſcend de Jacques
GALANT. 47.
de Harlay , Seigneur de
Champvalon & de Breval ,
fecond Fils de Robert de
Harlay , & de Loüife Stuart.
Hépoufa Catherine de la
Mark , Fille de Robert de la
Mark , Duc de Buillon. De
ce mariage fortirent deux
Fils , François de Harlay , Archevefque
de Rouen , & Achilles
de Harlay , Marquis
de Breval & de Champvalon ,
lequel époufa Oudette de
Vaudetar de Perfan , dont
font venus auffi deux Fils ,
fçavoir François- Bonaventure
de Harlay Marquis de Bre48
MERCURE
val , mort depuis quelques
années , & François de Har
lay , Archeveſque de Roüen , -
puis de Paris , Duc & Pair de
France Doeur & Provi
feur de Sorbonne , Commandeur
des Ordres du Roy..."
La Maifon de Harlay , iffue
Les anciens Seigneurs de Harlay
en la Franche- Comté ,
porte d'argent à deux Pals de
Table.Elle eft alliée aux Maifons
de Courtenay , de Berbifey
en Bourgogne , le Bou ,
teillier de Senlis, de Fontenaydu
Val , de Thou , de Belie .
vre , de Rabot d'Illins , de la
Moignon,
GALANT. 49
Moignon, Aimeret de Gazeau
de Montmirail , de la Ver
nade , de la Croix- Plancy ,
Nereftang de Breauté , de
Neuville-Villeroy, de Mouy
&c.
de
Si la mort de Madame de
Harlay a caufé une affliction
fenfible en fon Convent de
Sainte Perrinę , ou fa pieté ,
fonaffiduité à l'Office , fadocilité
& fon affection envers
fes Religieufes l'avoient rendue
fort recommandable, les
grandes & rares qualitez de
celle qui luy fuccede ont eſté
de forts motifs pour les con
Fevrier 1688 . E
o MERCURE
foler. C'eft Madame de Longücil-
de-Maifons. Elle eftoit
fa Coadjutrice depuis neuf
ans, & elle a fait voir pendant
tout ce temps par une con
duite auffi reguliere que fa
vertu eft édifiante & qu'on ne
pouvoit faire un plus digne
choix. Elle eft Fille de Jean
de Longüeil , Marquis de
Maifons & Prefident au
Mortier au Parlement de
Paris , & de Dame Loüife de
Fieubet & Sour de Jean de
Longüeil de Maifons , Seigneur
de Poiffy , Confeiller
au mefme Parlement , & de
2
GALANT. Cost
1
Claude de Lougücil de Mai
fons Abbé Le Monitere
de: Sainte Perrine avoir efté
fondé auprés de Compiegne
& illa efté transforé depuis à
la Villette.co
Mud dottuba:
Mle Noble Seigneur du
Bellay & de Thennelieres ,
cy- devant Lieutenant Generak,
& premier Prefident au
Bailliage de Troyes , mourur
auffi dans le mois de Janvier.
Ibelloit d'une des premieres
Maifons de
Champagne , &
allie de beaucoup de celles
qui tiennent le premier rang
dans la Robe Comme il avoit
t
E ij
52 MERCURE
de l'efprit , du fçavoir , & uno
probité à l'épreuvelil a eſtá
honoré de plufieurs com
miffions & extraordinaires. Il
laiffe deux Fils dont l'Aifné
a exercé long-temps la Char¹
ge de Procureur General aur
Parlement de Mets . C'eft luy
qui a fait le Poëme , intitulés
Ĉharenton, ou l'Herefie détruite.
Heut l'honneur de le prefen
ter au Roy dans le temps de
la caffation de l'Edit de Nantes
& les marques de bonté
qu'il receut de ce Monarques
luy firent connoiftre folidement
que cet Ouvrage luy
GALANT $3
eftoir fort agreable. L'autre
Fils de feu M' le Noble eft
Prefident à Troyes . porod
Le regne du Roy eſtant ce
luy des Miracles , on en voit
en France de toutes manieres.
Une aimable Demoiſelle qui
n'eft âgée que de dix - huit
ans , a compofé l'Eglogue que
je vous envoye. La Lettre
qui l'accompagne , & qu'elle
adreffe à une defes Amies , en
explique le fujet . Elle a de la
naiffance , & fon efprit & fa
vertu luy attirent l'eftime de
Tous les honneftes gens. gens. yo
E iij
$4 MERCURE
ZESSSS2222 sasaess-
A MADEMOISELLE D. B.
V
A
Ous allez voir , Mademoiselle
par l'Eglogne què
je vous envoye,que j'ay de l'exal
Etitude à vousfatisfaire
, & que
je m'acquitte
de la promeffe que
je vousfis il y a quelque temps,
de faire des Versfur la tendreffes
à la premiere accafion quis en of
friroit. Je croy qu'ils von's feront
quitter lefentiment où vous eftes,
qu'on ne réuffit jamais fi bien en
Poefie , que dans les fujets que
nous fournit cette paffion ; car
GALANT. 55
cellemalgré
le peu de jufteffe qu'il y
a dans les petites bagatelles que
vous avez veuës de moy
fur la
Gloire & fur la Morale , vous
trouverez affurément que
cy le
leur cede encore de beaucoup.
Peut- eftre ne ferez- vous pas fachée
que je vous apprenne pour
quelle occafion elle a eftéfaite;
en voicy l'histoire. J'eftois il y
a quelques jours, chez noftre fpirituelle
Amie du quartier à fracas,
Mademoiselle D.V.y vint,
toute la Compagnie qui eftoir
fort grande, vit avecplaifir l'arrivee
de cette aimable Fille ; car
en fçait qu'elle eft ordinairement
E iiij
56 MERCURE
d'une converfation des plus char
mantes. Mais qu'elle eftoit ce.
jour-la differente d'elle- mefme ?
Point d'enjouement , point de liberté
d'efprit. Elle parut inquie
te , & ne fit autre chose que ref
ver. On luy en fit une douce
guerre, & s'appercevant qu'elle.
faifoit une méchante figure , elle
fut ravie de pouvoir fortir , fous
pretexte d'aller chercher les deux
Coufines qu'on luy dit qui fe promenoient
dans le jardin . On nous
apprit aprés qu'elle futfortie, que
L'accablement où on la voyoit
par
efloit
causé
le changement
d'un Infidelle ; je vous diray , &
GALANT. 57
tant jefuis finceres que j'entray
en ce moment dans une maniere
de colere contre vous , en faiſant
reflexion fur la malice que vous
avez, de faire tous vos efforts
pour m'embarafferdans un de cès
fortes d'engagemens qui mettent
lesgens en estar de n'avoir plus
de raifon ,fi ce n'eft , comme vous
Le dites trop obligeamment pour
moy que vous éftes perfuadée que
l'amour me rendroit une Mufe.
parfaite, &que vous vousferiez
un plaifir de me voir pouffer
beauxfentimens dans une Elegie
ou dans une Eglogue . Je vous
rendsgraces de l'opinion avanta$
8 MERCURE
geufe que vous voulez bien avoir
de mon efprit , mais il ne faut
pas , s'il vous plaist , que mon
"eoeur en fouffre. Je croy qu'on
peut faire voir les fentimens les
plus tendres & lesplus touchans,
fans les reffentir. Si je me trompe
, s'ilfaut en eftre atteint
pour les exprimer vivement
avec grace,j'aime mieux ne pretendre
jamais à la qualité de bon
Auteur , que de renoncer à celle
d'Indifferente. Mademoiselle D
V. me donne un exemple qui me
fait peur. Je la fuivis prefque
auffi- toft dans lejardin où je l'avois
veuë aller, & menay avec
GALANT.
moy une Demoifelle quifçait tous
les fecrets defon coeur. Loin
voirjoint celles qu'elle avoit dit
qu'elle alloit chercher, nous l'apperceufmes
de loin aẞife au pied
d'un arbre qui refvoit profonde
ment , & qui quelquefois fe parloit
à elle- mefme. Nous ne vou
lufmes point interompre une foliz
tude qu'elle avoit cherchée avec
d'empreffement , &je dis à
la Dame du logis , qui fut ſurprife
de nous voir revenirfi toft
du jardin que la Belle dont ileftor
question , eftoit allée fe plaindre
aux Rochers & aux Ar
bres d'alentour. Quelqu'un retant
60 MERCURE
leva cette petite raillerie
aprés qu'on m'eut menacée du
pouvoir de l'amour , quife vangeroit
un jour de moy , d'infulter
ainfi les malheureux qui vivent
fous fon empire , on me donna
pourpunition , de renfermer dans
une Eglogue l'hiftoire & lesfen
timens de cette Amante trahie's
dont fon Amie s'offroit de me
faire part . Toute la Compagnie
jugea , comme vous l'avez dit
vous-mefme bien des fois , Mademoiselle
, que l'on pouvoit par-
Ler tendrement fans avoir le
coeur touché ; & j'acceptay le
party qu'on me propofoit , avec
GALANT 61
་
d'autant moins de peine , qu'il
me donnoit une occafion de faire
ce que vous avez fouhaité de
moy ; car jefentois que la petite
colere où vous m'aviez mife ,
eftoit déja paßée , tant la tendre
amitié que j'ay pour vous , eft
forte. Mais ne comptez pas, je
vous prie que je parle jamais
de l'autre tendreffe que fur la
-foy d'autruy. Je fuis , Mademoifelle
, voftre, &C
*** L. H.D.V
Voicy l'Eglogue dont il
eft parlé dans cette Lettre.
62 MERCURE
CELIMENE
.
A
EGLOGUE.
Stife
à l'ombre
d'un Chefne
Sur le bord d'unclair ruißeaus
La Bergere Celimene ,
Révoit au doux bruit de l'eau.
Son Troupeau dans la prairie
Sur l'herbe tendre & fleurie,
Erre au gré de fes defors ,
Dans le temps que la Bergere
Qu'un noir chagrin defefpere :
Sabandonne à fes foûpirs.
2
En vain d'un tendre ramage,
Les Offeaux defendre
Bocage
Veulent charmerfa douleur ,
GALANT. 63
Tous déplait à fa langueur,
Le trouble qui l'inquiete
Bendfes ennuis fipreffans ,
Que mefine de fa Mufette
Elle hairles doux accents.
&
Tircis , ce Berger volage ,
Eft la caufe de fes pleurs ;
Pour de nouvelles ardeurs
It. a quitté le Village,
La Belle loin de bannir
L'image de l'Infidelle ,
Ne fçauroit s'entretenir
Que dufeu qu'il eut pour elle.
20
Levant au Cielfes beaux yeux ,
Qu'offusque un torrent de larmes ;
Ce fut , dit- elle, en ces lieux ,
Que mon coeur rendit les armes.
Ce futdans ces mefmes Bois
Que l'ingrat cent & centfois ,
64 MERCURE
Tura qu'il m'aimeroit d'une eter
nelle flame
Mais les perfidesfermens
Dont ilfeduifoit mon ame,
Ne font que trop communs parmy
tous les Amans.
Ouy, dans le fiecle où nousfemmes,
Tous cherchent à nous tromper ,
Et l'amour empreẞé que nous montrent
les hommes ,
N'a rien qui nous deuftfrapper.
Lors que par mille tendreffes..
Ils ont engagé nos coeurs,
Sans fonger à leurs promeſſes ,
Ils en font autant ailleurs.
&
Helas, que vostre fort eft dour
auprés du noftre ,
Petits Moutons , innocents animaux
L'objet qui vous cherit n'en aime
jamais d'autre.
GALANT. 65
-Etfuit tous les liens nouveaux.
Vous ne reſſente point l'accablement
extrême
Que produit dans un coeur un cruel
A \ changement ; ( aime
Et chez vous dés l'inftant qu'on
Cette brulante ardeur dure eternellement.
S
Dans ces paifibles Bois, les Oyfeaux
fans rien craindre
Ainfi que vous fe laiffent enflamer ,
Charmez du feut plaifir d'aimer
Ils n'ont jamais connu ce que c'eft
que defeindre;
C'eft chez les hommes feuls qu'on ofe
Avoir recours
A de pernicieux détours.
2
Puis que l'amour fur eux a fi pen
de puiffance,
Fevrier 1688.
F
66 MERCURE
Que cherchant à nous éblouir
• Partout ce qu'ils nous font ouir,
Ils ne respectentpoint la timide in-
I ormais . nocence ,
Loin de les écouter , Fuyons-les def
Cherchons dans ces vaftes Forefts\
Parmy lefilence & les ombres
Le doux repos que mon coeur a perdu,
Du menfongejamais jufque dans ces
lieux fombres
L'empire
ne s'est étendu
Par votre agreable murmure ,
Ruiffeaux , affoibliffez la peine que
j'endure.
Bellesfleurs , gazons , arbres verds ,
Et vous,petits Oyfeaux ,par vos char
mants concerts
Banniffez les inquietudes ,
Que me cauſe un ingrat qui rompt
les plus beaux nauds
GALANT 67
Charme fi bien mes fens , aimables
folitudes ,
Queje rende à mon coeur enfin un
calme heureux.
2.500070
Je vous envoye un Memoi
Te contenant divers Articles,
& je vous l'envoye tel qu'il
m'a efté donné. Ces matieres
font delicates & ce n'eft pas
à moy d'y rien ajoûter ny diminuer....
Le Roy envoya en 1686. des
Miffionnaires
par tout fon
Royaume , pour inftruire les
nouveaux Catholiques , mais
l'Iſle d'Arvert en Saintonge
,
#bun des lieux où leurs tra-
Fij
68 MERCURE
vaux ont eu le plus de benediction
. Theodore de Bezé
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique
, remarque que ce Païs ,
fitué fur le bord de l'Ocean ,
entre la Garonne & la Seudre,
fut le premier à recevoir la
Réforme de Calvin ; & il
femble auffi que Dieu ait
voulu qu'il fe foit réuny fin
cerement des premiers à l'E
glife , afin qu'il donnaſt aux
Provinces voifines l'exemple
d'y rentrer , comme il leur
avoit donné celuy d'en for
tir. Ceux qui s'y font converpar
les Conferences des tis
GALANT. 69
Miffionnaires l'ont fait avec
tant de connoiffance , & fi
volontairement , qu'on les a
vûs auffi fervens que les plus
zelez d'entre les anciens Catholiques.
La peur mefme ou
ils ont efté que les Lettres du
Miniftre Jurieu ne fiffent du
mal aux Efprits foibles , les obligea
d'écrire en Cour l'année
paffée, & de fuplier le Roy
de leur renvoyer ceux qui les
avoient déja inftruits . Sa Ma
jefté qui apprit avec joye une
fi bonne difpofition, leur accorda
auffitoft
la grace qu'ils
luy demandoient ; & dans
70 MERCURE
cette feconde Miffion, ils ont
entendu refuter fi folidement
les Lettres de ce Miniftre qu
leur eftoient tombées entre
les mains , qu'eux - meſmes
luy ont répondu depuis peu
de jours d'une maniere à le
couvrir de confufion .
D'abord ils fe plaignent de
ce qu'il a donné mal à propos
à fes Lettres le titre de
Paftorales , & ils le prient de
leur montrer dans l'Ecriture
la nouvelle
la
puiffance,que
Reforme
donne au fimple
peuple de fe faire des Pafteurs;
car c'eft en vertu de ce pouGALANT
71
voir imaginaire qu'ont efté
faits les premiers Miniftres
de France comme Pierre le
Clerc, & Jean le Maffon , le
premier à Meaux , par une
troupe de Cardeurs ou de
Foulons ; & l'autre à Paris ,
au Pré-aux - Clercs , dans la
chambre d'une nouvelle Ac
couchée. Rien n'eft fi plai
fant qu'une telle Miffion ,
mais la demande que les nou
veaux Catholiques font làdeffus
à.M Jurieu , eft fort
raisonnable.
2. Sur le procés que ce Mi?
niftre faità l'Eglife du fecond
72 MERCURE
& du troifiéme Siecle , en
foûtenant qu'elle a alteré la
doctrine des Apoftres , ils luy
montrent qu'il ne parle ainfi,
que parce qu'il trouve luymefme
les fentimens contraires
à ceux de cette ancienne
Eglife , & que pour eux ils
ont bien de la joye de retrouver
dans l'Eglife Romaine la
Religion de ces premiers
temps , queM Claude appel
le les beaux jours , les jours de
benediction
& de paix.
3. Ils luy répondent enfuite
fur les principaux points
de Controverfe, dont il parle
dans
GALANT
73
dans fes Lettres , & ils le font
roûjours avec beaucoup de
force & de pieté. Je paffe ces
endroits, parce que je ferois
trop long, & que d'ailleurs
ce n'eft pas icy le lieu de
traiter ces matieres . Mais je
ne puis omettre deux ou trois
chofes importantes
, qui peuvent
& vous donner du plaifir
, & vous faire connoiftre le
genie des Miniftres .
M Juricu ne
manque pas
dans la plufpart de fes Lettres
de parler des prétendus
Martyrs
de fa Religion
, & d'exagerer
leurs fouffrances
. Unde
Fevrier 1688 . G
74 MERCURE
ceux qu'il exalte le plus eftoit
prifonnier il y a dix - huit
mois à la Citadelle de Saint
Marrin de Ré. Il le reprefente
dans un cachot noir & profond,
les fers aux pieds , fans
*feu durant l'hyver, & fans autre
aliment qu'un peu de pain &
d'eau ; & à la maniere dont
tout cela eft décrit , il femble
que perfonne n'en devroit
douter. Mais comme l'éclairciffement
de ce fait eftoit fa-.
cile aux nouveaux Catholiques
d'Arvert , par la proximité
où ils font de l'Ile de
Ré, ils en ont appris la verité
GALATN
75
du Gouverneur mefme , &
voicy la réponſe qu'il a faite
un de leurs Miffionnaires
qui luy avoit écrit pour cela,
MONSIEUR,
Fe voypar la Lettre que vous
me faites l'honneur de m'écrire ,
que Furieu est bien mal informé
de la maniere que le S de Vou
tron a efté traité dans la Citadelle
de S. Martin. Je n'ay jamaiseu
avec luyde converfations
que fort honneftes : il m'avoit
paru d'abord affez difposé à bien
faire à fe vouloir inftruire ;
mais depuis que j'eus découvert
,
Gij
% MERCURE
qu'il m'amufoit, je ne luy parlay
plus. Il a toujours eu fon lit es
fa chambre , où il faifoit du feu
tant qu'il luyplaifoit . Il en vou
lut avoir une du cofté du Midy,
afin d'avoir encore moins de
froid, & je l'y fis mettre, On
luy a toujours donné tout ce qu'il
a fouhaité pour fon manger,
de la maniere qu'il l'a demandé,
Sa Femme a eu la liberté de le
voir de luy envoyer ce qu'il
defiroit . Elle luy faifoit faire des
bifcuits & des confitures qu'il
aimoit beaucoup . Il est vray qu'il
ne mangeoit guere , à cause qu'il
estoit fuiet à la Goute , mais il
ne tenoit qu'à luy . Enfin je l'ay
1
GALANT. 77.
و ت
baissé parler à tous ceux avec qui
il avoit des affaires. Pour les fers
qu'il fe plaint, qu'on luy a mis
aux pieds , je n'en ay encore vu
pas un dans noftre Citadelle ,
je voy qu'il voudroit eftre Mar
tyr dans fa Religion à feu de
frais. Vous pouvez ajouterfoy,
Monfieur, à ce queje vous marque
car c'est la pure verité
mais toute imposture , pas un mot
de vray de ce que ditJurieu. La
grace que je vous demande , eft
d'eftre affuré que je feray toû
jours ,
AS. Martin de Ré
le 17. Octobre 1687.
Voftre , &c.
AUBAREDE
G iij
78. MERCURE
Cette Lettre fait bien voir
la mauvaiſe foy du Miniftre
Jurieu , & ce qu'on doit penfer
de tout ce qu'il dit des
Martyrs du Languedoc & des
Cevenes.
Nos nouveaux Catholiques
répondent encore d'une
maniere fort agreable au reproche
qu'il fait à l'Egliſe, de
fouffrir des Peintres & des
Statuaires dans fa Communion.
Comment fouffrez - vous
vous-mefmes , luy difent- ils ,
qu'il y en ait dans la voftre , &
qu'ils travaillent le plusfouvent
pour nos Eglifes ? Il est vray
GALANT. 79
que le monde auroit beaucoup
perdu s'ils n'eftoient point foufferts
parmy vous : on n'auroit
pas voftre Medaille , que vous
avez fait fraper par un effet de
cette profonde humilité avec laquelle
vous dites que vous avez
confulté Dieu dans vos recher
ches fur l'Apocalypfe . Mais enfin
onfeferoit confolé d'une telle
perte , par la conformité qu'il y
auroit entre vos principes ,
la difcipline , qui vous feroit
bannir ces fortes de perfonnes de
vos Affemblées.
Ils finiffent par une refle
xion importante fur les der-
G iiij
80 MERCURE
nieres paroles du Miniftre
Claude que M Jurieu a recueillies
avec foin , & qu'il
veut que tousles Reformez
lifent pour édifier leur foy.
JAY , difoit M Claude en
mourant , TRAVAILLE' TOUTE
MA VIE A LA RECHERCHE DE
LA MEILLEURE RELIGION.
Quoy s'écrient nos nouveaux
Catholiques , M Clau
de que vous appellez le Pere
de vos Prophetess a travaillé
toute fa vie à la recherche de la
meilleure Religion ! il n'eftoit
donc pas affeuré de l'avoir ?
car tant qu'on cherche , ou
GALANT 81
bien l'on n'a pas , ou l'on ne
croit pas avoir ce qu'on cherche;
& l'on ne cherche plus
dés qu'on a trouvé. Ainfi la
Femme de l'Evangile cherchoit
fa drachmé , parce qu'
elle l'avoit perduë , mais elle
ceffa de la chercher , quand
elle l'eut retrouvée . M Clau
de declare qu'il a cherché toute
fa vie la meilleure Religion : iłą
donc veſcu toute fa vie fans
Religion ; car un homme qui
..ne fçait pas fi la Religion qu'il
profeffe , eft bonne , & qui
fait des recherches pour s'en
aſſeurer , n'a point de Reli82
MERCURE
gion dans ce moment-là. Ces
recherches ont duré toute la
vie de M Claude. Qui ne
voit qu'il a paffé toute fa vie
fans Religion Cependant il
adminiftroit vos Sacremens ,
il vous prefchoit , il écrivoit
pour foutenir voftre nouvelle
Reforme , c'est à dire , qu'il
agiffoit contre fa conſcience,
puis qu'il ne croyoit pas encore
. Quel fond peut onfaire
fur un homme de cette nature
, & que peut on penfer
de fa probité ?
Nous verrons ce que M.
Jurieu tépondra à ces nouGALANT.
83
veaux Catholiquesqui le preffent
étrangement.
Voilà , Madame , ce que
porte mon Memoire , & puis
que nous fommes fur l'article
de la Religion , je vous diray
à l'égard de la mort de M
Claude , que fi on m'en a fair
un rapport veritable , cette
mort , loin de fortifier ceux
de fon party dans leur creance
, a fait pluſieurs Catholiques
. Comme on le vit , non
feulement en eftat de ne point
réchaper de fa maladie , mais
mefme de mourir dans fort
peu de temps , on crut que
84 MERCURE
des momens eftoient favora
bles pour luy faire dire la ve
rité de ce qu'il croyoir , & on
le preffa des'expliquer ; mais
pour toute réponfe il tourna
le dos à ceux qui luy parlerent
, & mourut peu
d'heure's
aprés , fans qu'on puſt tirer
de luy aucun éclairciffement
fur une chofe fi importante y
& qui en l'eftat où il eftoit ,
pouvoit affermir dans leurs
fentimens ceux qui avoient
toûjours fuivy fa doctrine.
Ce filence a furpris beaucoup
gens . Il en a embarraffe
plufieurs , & fait quelques Cade
GALANT. 85
tholiques . Je ne vous dis rien
qui n'ait cfté rapporté de la
maniere que je vous l'écris
par des perfonnes très dignes
defoy qui fe trouvoient alors
en Hollande .
Mademoiselles de Bergues ,
Fille aifnée de M' de Bergues,
Gentilhomme
& Seigneur de
Faux, Mont & Banes , ne s'eft
pas feulement
fervie des lumieres
qu'il a pleu à Dieu de
luy donner fur la vraye Religion
pour abjurer cellede Calvin,
mais elle en a encore tiré
l'avantage
d'être entierement
convaincuë
de la vanité des
86 MERCURE
chofes du monde.Elle fit profeffion
des veritez Catholi
ques entre les mains de Mt
Carrier , Docteut en Theologie
, & Curé de Faux , & ayant
efté enfuite envoyée au Convent
des Religieufes de Nôtre-
Dame de Sarlat , elle fe
fentit tellement édifiée de la
vertu & de la pieté de ces Filles
, qu'elle refolut de paffer
fa vie dans cette fainte retraite
. Elle executa ce deffein .
le 1. du mois paffé , en prenant
l'Habit avec beaucoup
d'édification de tous ceux
qui fe trouverent à cette ceGALANT.
87
*
remonie. M Carrier qui avoit
receu fon Abjuration , y
prefcha d'une maniere fort
tonchante , & il fit voir avec
beaucoup d'éclat le triomphe
de la Religion, Catholique
fur l'Herefic .
Avant que de quitter cette
matiere de Religion , il faut
vous parler d'un Edit nouveau
qui vient d'eftre publié.
Vous fçavez , Madaine , que
par celuy du mois d'Octobre
1685, portant revocation de
l'Edit de Nantes , le Roy ordonna
que ceux de fes Sujets
de la Religion pretenduë Re88
MERCURE
:
formée , dont les biens eft
toient confifquez en vertu de
diverfes Declarations , à caufe
de leur retraite dans les Païs
Etrangers , rentreroient en
poffeffion de ces meſmes
biens , fi dans quatre mois ils
revenoient dans le Royaume,
Sa Majesté voulant encore
leur donner le moyen de profiter
de fon indulgence , declara
fes Lettres du prémier
Juillet 1686. qu'Elle ne
difpoferoit point de leurs
biens confifquez , avant le
mois de Mars 1687. & que
tous ceux qui avant ce tempspar
GALANT. 89
la reviendroient dans fes Etats
, & embrafferoient la Religion
Catholique , joüiroient
de la grace qu'Elle leur avoit
déja offerte . Cela a produit à
l'égard de plufieurs l'effet
qu'on en attendoit ; mais
comme il y en a d'autres qui
demeurent dans une opiniâtreté
invincible , le Roy ,
aprés avoir retardé jufqu'à
prefent l'execution de ſes Edits
, voyant que ces biens
abandonnez déperiroient
fi on differoit plus longtemps
à y pourvoir , à cru
devoit y mettre ordre , noa
Fevrier 1688.
H
90 MERCURE
pas pour en augmenter fes
revenus , ny en profiter en
aucune maniere mais t
les appliquer à des ufages
pieux , qui puiffent contribuer
à l'accroiffement de la
pour
veritable Religion , qui eftle
principal objet de ſes ſoins .
Ainfi il a declaré par l'Edit
dont je vous parle , que les
biens immeubles , qui ont
appartenu aux Confiftoires ,
aux Miniftres de la Religion
pretendue Reformée , & à
ceux de fes Sujets qui font
fortis , ou qui fortiront de
fon Royaume au préjudice
GALANT.
91
de fes Edits & Declarations,
demeureront réunis à fon
Domaine , pour eftre regis à
l'avenir en la mefme forme &
fes autres Domaniere
que
maines , en forte qu'il en fera
fait des Baux aux Fermiers
des
Domaines
de chaque
Generalité
, ou autres
Particuliers
,
au plus offrant
& dernier
Encheriffeur
, par M' les Intendans
&
Commiffaires
départis
dans les Provinces
, à la diligence
desReceveurs
generaux
des mêmes
Domaines
,entre les
mains
defquels
les Adjudicataires
payeront
le prix de ces
"
Hij
92 MERCURE
Baux, pour eftre employé fuivant
les ordres de Sa Majefté,
tant à fonder & entretenir des
Maiftres & des Maiftreffes
d'Ecoles , qui enfeigneront
gratuitement les Enfans des
lieux ,où l'on en jugera l'établiffent
neceffaire, & des Villages
des environs , qu'au rétabliffement
des Eglifes , aux
fondations des Hôpitaux &
autres chofes qu'on croira
pouvoir fervir à l'avantage
des nouveaux Convertis &au
bien de la Religion . Les Baux
doivent eftre faits à condition
de payer les charges
GALANT. 93
réelles & les Tailles dont peuvent
oftre chargez ces biens
que l'on réunit au Domaine
de Sa Majefté , & du prix qui
en reviendra , les Receveurs
generaux des Domaines en
feront recepte & dépenfe par
chapitres feparez , dans les
comptes qu'ils rendront
de
leur maniement
pour chaque
année, Ceux qui pretendront
avoir quelques droits fur ces
biens par partages , fubftitutions
, dettes hypothe
ques , ou autrement , feront
obligezde reprefenter dansun
an du jour de la publication
94 MERCURE
de l'Edit, les titres de leurs
pretentions ,
› par devant Mrs
les Intendans & Commiffaires
départis , dans le département
defquels ces biens fe
trouveront fituez , afin que
les Etats & Memoires qu'ils
en drefferont, cftant envoyez
au Confeil du Roy , Sa Majefié
y pourvoye ainfi qu'il
appartiendra, faute de le faire
dans le temps preſcrit , ils demeureront
décheus de leurs
droits , fans
l'abſence
ny
que
d'autres empêchemens ſoient
des raifons qu'on reçoive . S'il
arrive que quelques-uns proGALANT.
95
duifent des titres faux , ou
qu'on les convainque d'avoir
prefté leurs noms aux Miniftres
, & à des pretendus Réformez
fugitifs , pour mettre
à couvert une partie de leurs
biens , ils feront contraints
au payement du double de
leur valeur , & tiendront prifon
juſqu'à ce qu'ils y ayent
entierement fatisfait . A l'é
gard des Meubles & des effets
mobiliaites , tant des Confif
toires , que des Miniftres , &
autres Sujets du Roy , de la
Religion pretenduë Reformée
, il eft ordonné qu'il en
96 MERCURE
fera inceffamment faitrecher
che à la diligence des Rece
veurs generaux&Fermiers.des
Domaines , pour en difpofer.
de mefme que des Immeubles.
On donnera la moitié de ce
que vaudront les Meubles à
ceux qui les découvriront ,
dans fix mois ; & pour les Immeubles
, ils jouiront pleinement
& paisiblement pen
dant dix années , de la moitié
du revenu qu'ils pourront
produire. Cependant le Roy
par fa bonté paternelle , fe réferve
à pourvoir aux Enfans
dont les Peres & les Meres
font
GALANT. 97,
font fortis du Royaume , & il
ordonne que tous les Brevets.
& Lettres Patentes qu'il a fait
expedier en confequence de
Declarations, portant don , fes
tant des biens des Confiftoires
que de ceux des Minifres
& de fes Sujets fugitifs
, aux Hôpitaux, & à quelques
perfonnes que ce foit ,
feront inceffamment envoyez
aux Secretaires d'Eftat qui les
ont expediez , pour en rendre
à Sa Majefté , & recompte
cevoir fes ordres . Voilà , Ma
dame ce que porte cet Edit . Il
fut enregistré au Parlement
Fevrier 1688. I
98 MERCURE
le fixiéme de ce mois.
L'Air nouveau que je vous
Menvoye , eft de M de Montailly
, qui non feulement
fçait parfaitement la Mufique
, mais auffi la metho
de de bien chanter , ce qui
ne fe trouve pas toûjours enfemble.
C'eſt luy qui apprend
aux Filles que Mademoiſelle
de Guiſe entretient dans fon
Hoftel pour fa Mufique . Vous
fçavez que cette magnifique
Princeffe en a une fort bonne,
& qu'il y a prefque tous les
Jours Concert chez elle .
GALANT. 99
AIR NOUVEAU.
Nos
Lages ,
Os Bois ont perdu leursfeüil-
Le ne reconnois plus cefejourfi char
mant
Où je venois chercher le filence , &
l'ombrage ;
C'eft toy , cruel Hyver , qui fais ce
changement,
Le ne voy dans mesfers que le fou-.
lagement
De redire en fecret dans ces Bocages
Sombres ,
Les maux que jefouffre en aimant.
Helas, que t'ay -je fait pour en chaf
fer les ombres.
Voicy d'autres Vers fort
agreables & fort propres à
I ij
100 MERCURE
eftre mis en Mulique ; auffi
celuy qui les a faits n'a tra
vaillé que dans la penfée qu'il
fe trouveroit quelque habile
homme qui voudroit bien
les mettre en eftat d'eftre
chantez . Il y a plufieurs endroits
où l'on peut faire des
Chours . C'eft une maniere
de prologue d'Opera , & comme
il eft à la louange du Roy,
la matiere invite à luy donner
l'agrément du chant . On
fuppofe que la Scene eft dans
une folitude agreable. L'ouverture
eft d'un Berger &
d'une Bergere.
GALANT. 101
I
LE BERGER.
Olitude charmante
Agreables Forefts ,
Foftre tranquillité m'enchante.
Qu'auprés de vous le repos a
d'attraits!
LA BERGERE.
Belle Retraitte
Quifavorifes nos defirs ,
Le Ciel ne vous afaite
Quepour eftre témoin de nos plus
doux plaifirs
Tous deux enſemble.
Bien-heureufe vie ,
Que vous avez d'appas !
Vous nous enchantez icy -bas ,
Noftre fort eft digne d'envie.
Bien- heureufe vie ,
Que vous avez d'appas !
I iij
102 MERCURE
LE BERGER.
Suivons l'Amour qui nous appelle,
Aimons , aimons- nous toûjours.
LA BERGERE.
Lors qu'on cede aux tendres amours,
La chaifne en doit eftre eternelle.
Tous deux.
Suivons l'amour qui nous appelle,
Aimons , aimons - nous toûjours.
LE BERGER .
C'est un bonheur charmant
·D'eftre fidelle
C'eft un bonheur charmant
D'aimer conftamment.
La peine cruelle
D'un parfait Amant
Redouble fon empreſſement ,
Yne fiere Beauté n'eft pas toûjours
rebelle.
C'eft un bonheur charmant.
D'eftre fidelle.
GALANT. 103.
C'est un bonheur charmant
D'aimer conftamment.
LA BERGERE.
Fuyez de nous Bergers volages,
Ne vous meflez point à nos Ieux.
Dans ces charmans Bocages
Il n'estpoint d'Amant malheureux.
Fuyez de nous , Bergers volages ,
Ne vous meflez point à nos Ieux,
LE BERGER.
Que ce beaufejoureft tranquille !
Rien n'en peut troubler les douceurs.
L'amourfe plaift dans cette azyle,
Il en bannit les foûpirs & les
pleurs
Tous deux.
Nous devons annoncer le favorable
empire
Du paifible repos qui rigne parmy
nous.
I iiij
104 MERCURE
Aux Echos d'alentour faifons tous
jours redire
Qu'il n'est point de Bergers dont le
fortfoit fi doux.
Mercure vient , precedé d'une
Toupe de Divinitez , & avant qu'il
paroiffe on entend une agreable
Mufique.
LE BERGER.
D'où peut venir cette harmonie?
LA BERGERE.
La douceur en eft infinie.
LE BERGER.
Que ces chantsfontmelodieux !
LA BERGERE.
Rien n'eft fi charmant dans les
Cieux .
Une des DIVINITEZ qui
viennent avant Mercure .
Venez, Bergers, que tout s'apprefte
GALANT. 105
९
A celebrer une
pompeufe Fefte
Quife faitparl'ordre des Dieux.
Mercure au nom de tous va paroiſtre
en ces lieux
MERCURE.
Habitans fortunez qui gouftez le
repos ,
Vous devez ce bonheur au plus grand
des Heros.
Il a banny la Guerre ›
Il fait regner l'abondance & la
Paix.
Le calme qu'il rend à la Terre
Pour fes Peuples heureux ne finira¨™
jamais.
Une des DIVINITEZ .
C'est le parfait bonheur des Peuples
de la France
De refpirer fous fon obeiffance ;
C'eft le parfait bonheur des Peuples
de la France
106 MERCURE
De respecter toûjours fes Loix.
Pour bien chanter fon augufte
puiſſance
Nous devons tous unir nos voix.
C'est le parfait bonheur des Peuples
de la France
De refpirerfous fon obeiſſance ,
C'est le parfait bonheur des Peuples
de la France
De reſpecter toujours fes Loix .
MER CURE.
Admirez fa magnificence ,
Bergers , mellez vos chants à nos
Divins Concerts
,
Faites par tout éclater dans les airs
La fuprême grandeur , la parfaite
clemence
Du plus puiffant Vainqueur quifoit
dans l'Vnivers.
Une des DIVINITEZ .
De quel éclat brille fa gloire !
GALANT. 107
Chacun luy dreffe des Autels.
Son grand nom retentit au Temple
de Memoire ,
Où l'on voitpar luy la Victoire
S'élever au deffus de tous les immortels.
MERCURE.
Sa valeur eft incomparable.
Une des DIVINITEZ.
Tous fes projets font glorieux.
MERCURE.
Il eft favorifé des Cieux.
Une des DIVINITEZ.
Tout l'Vnivers le trouve aimable,
CHOEUR.
Sa valeur eft incomparable
Tous fes projets font glorieux.
MERCURE.
Je vois la Renommée , elleſe fait
entendre ,
• Les chants guerriers ne l'abandonnent
pas.
J
108 MERCURE
Quepourroit-elle vous apprendre ?
Vers nous elle porte fes pas.
LA RENOMME' E.
Ie cours furla Terre & fur Londe
Pourparler des vertus du plus puif
fant des Rois ,
Et ne puis dire affez de fois
Qu'on ne peut trop vanterfafageffe
profonde.
Dans un employfi beau
Chaquejour il m'engage.
Il fait naiftre en tout temps quelque
fujet nouveau
Digne defa grandeur , digne defon
courage.
MERCURE.
Vous qui faites par tout retentir
vos cent voix ,
Divine Renommée ,
Que vous devez eftre charmée
Quand vousparlez defes exploits !
GALANT. fog
LA RENOMME'E
Depuis que les Dieux l'ont fait
naiftre
...Mon bonheur ne peut s'égaler ;
De.luy j'ay toujours à parler,
C'eft luy feul qui mefaitconnoiftre.
MERCURE.
Il vous occupera toûjours
Son
Plaand
foin
eft
de
vous
LA RENOMMEE.
Mon bonheur tout entier dépend de
fon fecours.
Sans ce Heros je n'aurois rien à
faire.
MERCURE & LA
RENOMME'E.
Qu'il regre dans les coeurs,
Qu'il regne fur la Terre;
Grand dans la Paix , grand dans
la
Guerre ,
}
110 MERCURE
Qu'ilfoit par tout comblé d'bon.
neurs.
Qu'il regne dans les coeurs ,
Qu'il regnefur la Terre.
que
Le
Le 27. Novembre deux
Navires de Guerre du Roy
d'Angleterre entrerent dans
le Port de Malthe , & donnerent
avis qu'ils venoient de
Tripoli de Barbarie ;
mauvais temps les avoit obligez
de fe feparer de cinq autres
Vaiffeaux , tous fous le
commandement du Duc de
Grafton qui portoit Pavillon
d'Amiral , & que leur
rendez - vous cftoit à Malthe .
GALANT FIT
Mle Grand- Maiftre fur cet.
avis fit affembler le Confeil
de l'Ordre , pour refoudre le
falut qui fe devoit faire au
Pavillon de Sa Majesté Britannique
, & voir quels honneurs
feroient rendus à Milord
Fits -James , Fils naturel
du Roy , qui cfteit Volontaire
fur l'un de ces deux
Vaiffeaux. Le 29. au foir le
Navire Amiral fe preſenta à
1
la bouche du Port , où nc .
pouvant entrer à caufe du
Vent Sud Oüeft , il moüilla'
l'ancre à la Rade , & le 30. au
matin il entra dans le Port ,
112 MERCURE
"
au falut de quatre-vingt pie
ces de Canon , partie à balle ,
& d'une falve generale de
toutes les Galeres ; à quoy
l'Amiral répondit de toute
fon Artillerie , & de celle de
tous fes Navires Avant qu'ils
euffent mouillé l'ancre , fon
Eminence envoya de fa part
Mle Commandeur Caraffas
fon Neveu ,
complimenter
Me le Duc de Grafton, & en
fuite il alla au Navire fur de
quel eftoit Milord Fits-James ,
luy faire de pareils complimens.
Quatro Grands- Croixde
differentes Nations , firent
GALANT: 113
>
la mefme chofe immediatement
aprés , au nom de la Religion
Ces complimens étant
finis , M l'Amiral témoigna
defirer de voir la Ville ; fur
quoy le Confeil s'eftant affemblé,
aprés une meure confiderarion
il fut trouvé à
propos de le prier de differer
jufqu'au 4. Decembre, à caufe
qu'il avoit paffé à Alger, Tunis
& Tripoli , d'où il n'y
avoit que treize jours qu'il
eftoit party , & que ce retar
dement mettroit la Religion
à couvert envers la Sicile , &
donneroit lieu de préparer
Février. 1688. K
114 MERCURE
A
les chofes pour fon Entrée pt
blique & pour celle de Milord
Fits James , & pour les
loger au Palais de M' le Grand
Maiftre. M' l'Amiral fe rendit
à ces raifons . & fit entendre
qu'il n'eftoit venu à
Malthe que pour ſe prévalorr
de la feureté du Port à l'égard
du radoubement de fes Vaiffeaux,
fans vouloir incommoder
ny fon Eminence , ny la
Religion , fon deffein n'étant
que de voir la Ville comme
um Paffager , incognite , ce qui
eftort auffi le deffein de Mi-
Ford Fits-James . Le 4. DéGALANT
.
115
2 accembre
, ce qu'ils deman-
.doient leur fut accordé . M le
Duc de Grafton envoya d'abord
Milord Barcley
compagné de plufieurs Officiers,
complimenter de fa pare
fon Eminence ; & Milord
Fits- James.envoya enfuite M
le Colonel Peter , fon Gouverneur
, faire auffi des complimens
de fa part . Le lendemain
à dix heures du matin ,
Milord Fits James fe mit en
chaife , accompagné de fon
Gouverneur , & le fit porter
au Palais de M le Grand-
Maitre , oùs pour éviter les
Kij
116 MERCURE
Ro
ceremonics , il entra de cette
forte jufqu'à la porte de la
chambre de fon Eminence.
La portiere ayant eſté tirée , il
fortit de fa chaife , & fut renscontré
de M le Grand - Maiiftre
, avec lequel il eut une
heure de converfation.Il y fit
paroiftre un efprit extraordi
naire, & des manieres qui furprirent
dans un âge fr peu
avancé. Son Eminence &
tous ceux qui virent ce jeune
Prince en furent charmez .
Il fortit de la . Chambre de
M le Grand Maiftre de la
mefme maniere qu'il eftoit
GALANT. 07
entré , aprés avoir receu une
Croix octogone , ou de Chevalier
, garnie de Diamans ,
que Son Eminence luy don--
na de la part de l'Ordre pour
marque de fon eftime. A la
-fortie du Palais il fe rendit
aux Jefuites , où il entendit
la Meffe . Il alla enfuite voir
la grande Eglife de S. Jean ,
& de là en la maifon de M
Bataille, Chevalier Magiftral ,
où il difna. M Bataille , qui
cur l'honneur de difner avec
luy , luy fit preſent de deux
Efclaves Turcs qu'il accepta
& qui fuplierent ce Milord
r
118 MERCURE
de les faire baptifer . A deux
heures aprés Midy il vifita
l'Hôpital , & quelques Convents
de Religieufes , & vit
toute la Ville & les fortifi
cations de dehors . Ce Prince ,
accompagné de fes Officiers ,
monta à cheval le 6. & alla
à fix milles de la Ville vifiter
la Grotte de Saint Paul , Le 7
ayant mis la Croix dont Son
Eminence l'avoit regalé , il
fe rendit fur les onze heures
du matin à l'Eglife de S. Jean ,
pour y entendre la [ Meffe.
Il s'y trouva un concours
extraordinaire de Chevaliers
GALANT. TI19
& de Peuple. Aprés la Meffe
il voulut voir les Reliques
& baifa à genoux la main
droite de Saint Jean Baptifte.
Au fortir de cette Eglife il
alla au College des Jeluites ,
où il difna, & fit encore difner
M Bataille avec luy. M
Vedoni , Inquifiteur , & le
falua le traitant d'Alteffe . Il
envoya aprés le diſné M le
Colonel Peter , fon Gouverneur
, qui eft un homme d'un
fort grand merite , compli- .
menter Mr le Grand Maiſtre ,
& prendre congé de luy Son
Eminence luy envoya enfuite
1120 MERCURE
Cla
M' le Commandeur de Hotot,
fon Maitre d'Hoſtel , luy
faire fes Comp.imens , & luy
fouhaiter un heureux voyage .
M ' Bataille a prefque toujours
accompagné Milord
Fitz-James , & M le Duc de
Grafon n'a point vifité M
le Grand Maiftre. Il s'eft contenté
de voir la Ville & les
Fortifications , & ce qu'il y avoit
de plus curieux . Ce mefme
jour les Navires mouillerent
l'ancre à la Râde , &
y pafferent la nuit. Le 8. ils
mirent à la Voile pour Meffine
& Ligourne , fort fatisfaits
GALANT. 121
3
faits des honneftetez qu'on
leur avoit faites , & des Rafraichiffemens
qui leur avoient
efté envoyez de la part
de M ' le Grand Maiftre . D
Voicy de fort jolis Vers
fur une maladie dont on
meurt tres raremeut , & dont
on dit toûjours que l'on eft
preft d'expirer , quoy qu'on
n'en croye rien, Il y a aparence
que lors qu'ils ont efté faits ,
le Medecin Anglois vivoit
encore ; ou que s'agiffant de
Quinquina , on s'en fervy de
fon nom pour rendre la galanterie
plus agreable . Ces Vers
Fevrier 1688.
L
122 MERCURE
font fort eftimez , & comme
je croy qu'ils feront nouveaux
pour vous, je ne veux pas vous
priver du plaifir que vous re
cevrez en les lifant
LE QUINQUINA
SUD 27000 350
D'AMOUR. J
Entant augmenter tous les
Se
jours
Mon amoureufe inquietude ,
Et ce mal me paroiffant rude ,
Au Medecin Anglais je demanday
fecours;
Et comme Suppofe qu'un Amant
accompliffe
GALANT.
123
· Ce qu'il m'a dit fans fiction,
Il fautfurement qu'il gueriffe
De la plus chaude paffion ,
Au Public amoureux je crois rendre
fervice
De débiter icy fa
confultation.
ढ
Medecin,dont on vante à bon droit
le remede
Ne me déguife rien , parle fincerement.
Tufçais bien ce que c'eſt , luy dis-je ,
qu'un Amant ;
A la fièvre d'amour peux- tu donner
quelque aide ?
2
L'enfuis atteint fort
chaudement ,
Et quand fa vive ardeur une fois
me poffede
Ie crois
defcendre au
monument.
Mais comme j'ay l'ame
inconftante,
Encor quej'aime avec excés ,
Lij
1
124 MERCURE
Souvent au plus fort de l'accés ,
Yne amour chaffant l'autre , une nou
velle Amante
Guerit le
mal
qui me tourmente
Cela peut s'appeller , fi je le combien
,
prens
Fiévre d'amour intermitente.
Iefçay que ton Art ne peut rien
Lors qu'elle devient continuë.
Elle nous fait languir , quelquefois
elle tuë ;
Mais tu connois mon mal, parle- moy
fans façon.
Pourfixer cette humeur qui quelquefois
domine, [ chagrine
Et laiffe dans mon coeur l'impreffion
De fon pernicieux poifon
Le Quinquina feroit-il bon ?
25
Te guerir , me dit- il , ce n'eft pas
une affaire.
GALANT
125
Tu n'as , fans autre infufion ."
Qu'à fuivre le panchant de l'inclination
Qui t'invite d'aller de Bergere en
Bergere.
Lors qu'auprés de quelqu'une un peu
fiere &fevere
Ton coeur fe trouble, & commence à
Languir,
Prens une potion de ton bumeur legefe
2
C'en eft affez pour te guerir.
Ie fçay bien que ton ame efttendre,
Que peut- eftre à quel- qu'autre elle .
s'engagera ,
Mais prens la potion tant qu'elle du
rera ›
L'efpere qu'à force d'en prendre
Ta guerifon s'achevera.
2
Voilà tout ce que ma fçience
Liij
126 MERCURE
Peut, pour te foulager , me fournir
en ce jour;
Mais fouviens-toy que l'inconftance
Eft le Quinquina de l'Amour
2 ...
A quiconque aura befoin d'aide
Pour détourner l'ardeur d'un mal
Spareil au mien ,
Ie donne donc avis que j'ufe du remede
Et queje m'en trouve fort bien .
Ceux qui poffedent laCharge
de Chancelier de Monfieur
ayant le privilege d'entrer en
Carroffe dans la feconde
Court du Palais Royal , Son
Alteffe Royale donna les
Sceaux à M de Bechamel
GALANT. 127
afin
dans le temps que cette Char
ge demeura vacante
qu'ayant jouyde d'honneur
d'entrer en Carroffe jufqu'au
pied de l'Escalier de toutes
les Maifons de , ce Prince il
puft enjouir à l'avenir, com
me ayant efté fon Chancelier
, lors qu'il n'auroit plus
les Sceaux. Il ne fait prefentement
que les fonctions de
la Charge de Surintendant
qu'il poffede , & MTerra a
pris poffeffion de celle de
Chancelier. Il eft Fils de feu
M Terra , Tréforier de dé
funt Monfieur le Duc d'Or-
Ε
Lii
128 MERCURE
་
leans , Oncle du Roy. Il fit
éclater une grande pieté aprés
la mort de ce Prince , &
employa beaucoup de bien
pour la foûtenir.
Je vous envoye une galanterie
Enigmatique contenue
dans un Billet que l'on m'a
écrit , & dans une Lettre adreffée
à celuy dont j'ay receu
le Billet . Vous ne met-
17
trez pourtant pas voftre efprit
à la torture pour deviner dequoy
il s'agit , & à peine au
rez-vous leu quelques lignes
de la Lettre que vous connoiſtrez
où va la plaiſanterie .
Voicy le Billet.
GALANT: 129
toutes re
د
Feme fuis fibien trouvé, Mon
fieur , d'une Femme qu'un de mes
Amis m'a donnée pour Eftrennes,
que je ferois confcience de laiffer
plus long- temps fes bonnes qualitez
cachées. Elles font
prefentées au naturel dans le
portrait qu'il en a fait , & je
n'y puis rien ajoûter , finon qu'-
elle n'est point grimaciere. Je
lay éprouvé dans une tres-grande
maladie , qui m'a empefché
de vous faire plutoft part
que je vous envoye ,
laquelle je ne luy ay point veu
répandre de ces larmes feintes
que les Femmes verfent fi aisé
de ce
pendant
120 MERCURE
ment dans les maladies de leurs
Maris que le plaifir d'estrè
Veuve
au fi-toff.
tarit
La Lettre qui fuit vous en
apprendra davantage .
2255 $ 52222525zess
A. M. C. C. D. R. A. D. C.
A Paris ce 1.
Janvier 1688.
Nfin , mon cher Amy , teš
peines font couronnées, &
te voila pourveu d'une grande
Charges Mille gens pensent à te
marier , mais c'est parce qu'ils
ne fçavent pas que tu l'es déja.
Tu ne le fais pas toy- meſme ;
GALANT. 131
la choſe eft affez nouvelle , de
Le trouver mariefans le fçavoir.
Je fuis feur cependant , que tu
en feras bien-aife , & que tu me
fsauras gré d'avoir pris pour toy
ce penible foin . Par la je t'ay
épargné l'embarras de choisir,
de trouver des défaites pour refu
fer honneftement les Belles dont
tu n'aurois pas fait choix . Voicy
quel est le mien voicy quelle eft
La Femme que je t'ay donnée.
Ellefe nomme Tacita Poupcias
elle eft de Flandres, & originaire
d'Italie. Elle defcend en droite
ligne du Grand Pompée , comme
le marque fon nom , où le temps
132 MERCURE
a pourtant fait quelque perie
changement. Elle est jeune , jolie,
grande, bien faite . Elle n'eft
ny coquette, ny medifante , ny
grande parleufe. Elle a une dou
ceur charmante , fon humeur eft
toûjours égale , fa vertu eft à
toute épreuve. Pourfa dot, j'
vouefranchement qu'elle n'eft pas
confiderable, & qu'elle ne vaut
pas la peine d'en parler. Mais ,
me diras -tu , tant d'agrément ,
tant defageffe qu'il vous plaira ,
ilfaut du bien quand on fe marie.
He doucement , mon cher, ne
nous laiffons point éblouir par
des dehors éclatans ; examinons
GALANT. 133
fainement les chofes , ne prenons
pas le party le plus apparent ,
prenons le plus feur. Une Fem
me qui t'apporteroit, fi tu veux,
cent mille livres en mariage avec
efperance de beaucoup plus, t'engageroit
à de tres-groffes dépenfes
; il t'en couteroit au moins
quinze ou vingt mille francs pour
les frais de Noces . Tu ferois
obligé de luy entretenir un bon
équipage , une bonne table , de
forunir abondamment à ſa dépenſe
& àſon jeu, à peine mille
pistoles fuffiroient - elles chaque
année pour tout cela. Que deviendroient
donc les grands a134
MERCURE
vantages que tu aurois cru trouver
? Avec Tacita les chofes ne
tourneront
pas ainfi. Safageffe eft
fon plus grand bien, mais ce bien
eft inestimable
; avec elle point
de dépense en fe mariant; elle est
peu ajustée , mais le peu qu'elle,
a luy fuffit. Les habits qu'elle
porte , luy fervent depuis qu'elle
a commencé
à paroiftre dans le
minde Cependant
ils font encore
tout neufs ; ils pourront
luy
fervir long-temps , elle ne fe foucie
point d'en changer. "Elle ne
joue point , la fobrieté est une de
fes vertus favorites . Elle ne vifitera
perfonne , fi tu veux , ¿
GALANT. 155
quandtu voudras qu'elle forte ,
il luy fuffira d'un Laquais pour
l'accompagner. No font- ce pas
là de vrayes rentes ? N'est- ce
pas un revenu plus certain que
celuy d'une Femme ricke , or
qui donneroit dans le fracas s
f'oubliois à re dire , qu'en pre
nant l'époufe que je t'ay choife ,
tu pourras te diſpenſer de payer
le droit de chevet , fans que tes
Confreres s'en puiffent plaindre.
Que le nom de Pompée ne t'alar
me point, taMoitié ne t'étourdira
jamais des grands noms de fes
ayeux. Ne crains point que l'envie
de pafferpour bel efprit luy
126 MERCURE
prenne; elle ne faitpoint de Verss
elle n'écrit point de Billets ga
lans ; elle n'en reçoit point : ja
mais elle n'a lù ny de Romans ,
ny d'Histoires
elle n'a point de
de Let
commerce avec les gens
tres ; elle ne parle ny atomes ny
petits corps : en un mot, ce n'eſt
point une Femme fçavante. Elle
ne paffera pourtant point pour
befte , puis qu'elle ne parle jat
mais mal à propos. Pour ce qui
eft de la beauté , tu pourrois en
trouver autant ailleurs ; mais
quelque précaution
qu'on pust
prendre , cette beauté s'effaceroit
avec le temps , &
temps , il ne tiendra
GALANT. 137
qu'à toy que ta chere Poupeia ne
foit dansfoixante ans auffi belle
qn aujourd'huy . Mais c'est trop
te parler d'elle , fon air & fes
manieres te convaincront mieux
la
quemes paroles
. Elle
va te trouwerfans
façon
, perfuadée
que
referve
des Femmes
ne paſſe
avec
justice
que pourgrimace
, & que
Fon
fçait
bien
que quand
une
Belle
fuit un jeune
Epoux
, c'eft
parce
qu'elle
eft feure
qu'il
la
fuivra
de prés ; & puis
, qui
oferoit
blâmer
la démarche
de
noftre
Heroine
? Le nom de Poupeia
n'est-il pas un bouclier
fuf fifant
contre
tous les traits
de la
Fevrier
1688
. M
138 MERCURE
le
médifance ? Ouy, l'on vous verra
vivre ensemble comme Mary
& Femme fans en eftre fcanda
lisé, quoy que le Notaire ny
Curé ne fe foient point mélez de
vos affaires. Fouis donc de ton
bonheur , mon cher , ne crains
point de le voir troubler par eërtains
accidens fâcheux qui arriwent
à mille gens souffre que
les Galans voyent ton épouse en
toute liberté ; ton honneur n'y
peut courre de hazard ; quelques
douceurs qu'ils luy difent , elle
fera fourde , elle n'y répondra
jamais ; quelquesfoins qu'ils luy
rendent ; quelques empressemens
*
1
GALANT. 129
qu'ils luy marquent elle y fera
toujours infenfible . Au reste mon
cher Amy , tu n'es pas inconnu
à Poupcia . Tu as paru plufieurs
fois devant elle au Palais , pour
empletes à la Boutique d'un certain
Marchand. Ta Charge , le
bruit de tes richeffes ne l'ont point
tentée. Une perfonne auffi ver
tueuse qu'elle , confidere - plus
dans un homme fon merite & fa
sverty , que fon bien , y tu as
tout ce qu'il luy faut pour la
rendre parfaitement heureuſe.
Adieu , je m'affure que tu me
remercieras des Eftrennes que
że te donne , que tu me diras
Mij
140 MERCURE
qu'une une Femme fage diſcrete
eft un rare prefent , & que tu
conviendras enfin qu'on doit
moins s'attacher au bien qu'à ces
deux excellentes qualitezay
Je n'ay pas voulu vous dire
d'abord qu'il ne s'agiffoit que
d'une Poupée qu'un Amy
envoyoit à fon Amy . Peutcftre
avant que de lire,auriezvous
regardé cette galanterie
comme une choſe tout- à fait
fade , au lieu que la curiofité
ayant dû vous faire entrer
infenfiblement dans ce qu'elle
a d'agreable , il ne fe peut
que vous n'y ayez remarqué
GALANT 141
& celles
beaucoup d'efprit. Les qualitez
qui feroient à fouhaiter
dans une Femme
qu'on y doit craindre, ſe trouvent
affez heureufement af
femblées dans cette Lettre ,
& la peinture que l'on y en
fait a fon agrément .
F
M l'Abbé de Saint Vallier ,
cy- devant Aumônier du Roy,'
& qui a toûjours vefcu au
milieu de la Cour , comme il
auroit fait dans un Seminaire,
fut facré fur la fin du dernier
mois Evefque de Quebec, en
la nouvelle France . Cette Ceremonie
qui fe fit dans l'E142
MERCURE
glife de Saint Sulpice , & la
pieté de ce Prelaty attirerent
quantité d'Evefques & de
perfonnes de qualité , & l'affluence
du peuple y fut grande
. Ce nouvel Evefque à preferé
le plaiſir qu'il aura de gas
gner' des Ames à Dieu dans
un Pays ſi éloigné , à l'urile
gloire qu'il auroit euë de poſ,
feder icy un Eyefché , qu'il
auroit pû gouverner dans fa
patrie , fans effuyer la fatigue
d'un long & penible Voyage,
ny tous les foins qu'il fera
obligé de prendre à Quebec.
pour éclairer des aveugles .
GALANT. 143
& fortifier dans la veritable
Foy ceux qui l'auront déja
embraffée. Un fi grand détachement
du monde dans
une perfonne de qualité , &
qui pourroit vivre avec plus
demagnificence & de repos,
produit des effets tres - avanta
geux à la Religion , & quand
on fait ce qu'on prefche , on
eft toûjours feur de perfua
der.
les
Ileft certain que rien n'excite
plus à bien faire que
exemples. M' le Marquis de
Saint Megrin en vient de
donner un beau à fuiyre. Ce
144 MERCURE
&
Marquis ayant obtenu du
Roy la permiffion de faire
faire à fes defpens une Million
dans la Ville de Thonneins
qui luy eft fubftituée
, pour
la fanté
& profperité
de Sa
Majefté
, & pour
l'affermiffe
ment
des Habitans
de ce lieu
là dans
la veritable
Religion
,
elle commença
leur
du
mois
paffé
par une Proceffion
folemnelle
, à laquelle
fe trou
verent
douze
Religieux
du Tiers
Ordre
,
faire
cette
Miffion
. Le fruit
en a efté grand
, & on en doit
avoir
d'autant
plus
de joye
qu'il
choifis
pour
GALANT. TAY
qu'il s'eſt fait dans une Ville
dont les Habitans , par le zele
qu'ils avoient pour la Reli
•
memora
gion Pretendue Reformée
ont foutenu plufieurs Sieges
& entre autres un
ble fous le Regne dufeu Roy .
M³ le Marquis de Saint Megrin
s'eft trouvé à toutes
ces actions de pieté . Tout le
monde fçait qu'il a beaucoup
de naiffance
. Je vous parlerois
icy de fa Maifon fi
c'étoit le lieu , mais vous
voulez bien que felon ce que
je me ſuis preſcrit dans mes
Lettres , je ne vous entretien-
Fevrier 1688. N
146 MERCURE
ne des Familles que lors qu'il
s'agit de morts ou de ma
riages.
Ayant fait graver depuis
plufieurs années lesJettonsqui
fe frappent tous les ans , j'ay
cru devoir prendre encore le
mefme foin celle- cy, & je vous
les envoye à mon ordinaire .
La Planche queje joins à cette
Lettre vous les fera voir.
Comme on connoift prefque,
tous ces Jettons par les explications
qui font au bas , il n'eſt
pas befoin que je vous donne
beaucoup d'éclairciffement
là-deffus. Je vous diray feuGALANT.
147
lement
que le premier eft
pour la Maifon de Madame
la Dauphine , & le dernier
pour la Troupe Italienne .
J
Il me fouvient qu'au commencement
de l'année 1686 .
je vous parlay d'une petite
Chienne fort fpirituelle , appellée
Petonne , qui vous fit
entendre de fort jolies choſes .
Elle a toûjours le talent de
s'expliquer d'une maniere agreable
, & ce que vous allez
lire ne vous en laiffera pas
douter.
Nij
148 MERCURE
འ་
525222555
SZESSZZZ
PETONNE
A SA MAISTRESSE
ETRENNES
.
On -jour Maistreffe
, & bonne Bonjour
Voicy deux ans paffez , fije m'en
fouviens bien,
+** Depuis l'heureuſe matinée.
Que j'eus dans voſtre lit un petit
Slow entretien. (peines
Bichon faifoit alors le fujet de mes
Vous le demandantpour Etrennes,
L'eus le bonheur de l'obtenir ;
Mais vous devez vous fouvenir ,
Qu'en mefme temps vous me permites
De laiffer là Bichon pour vous entretenir.
GALANT,
149
De ce nombre infiny d'amoureufes
vifites
Qu'aprés my vous vites venir,
Quand tout fut party, vous me
dites ,
Que d'importuns , Petonne & il les
faut tous bannir
** Te te promets qu'à l'avenir,
Te referveray mes tendreffes
"A l'Amant favory pourqui tu t'intereffes.
(change riens
Ce font vos propres mots , & je n'y
Cependant, ma belle Maistreffe
Quelfruit a- t- il tiré depuis noftré
23117
entretient
De votre flatenfe promeffe ?
Vous voit on un Amant de moins?
Au contraire le nombre augmente s
* De bon compte j'en connois trente,
Quitous les jours appliquent tou
leurs foins S
Niij
15º MERCURE
A readie voftre coeur fenfible.
Hefçay bien qu'il n'eft pas paffible
D'échaper aux coups de vos yeux,
Je fuis témoin qu'en mille lieux ,
Vous contraignez , chofe terrible !
Quand onjette fur vous un regard
curieux ,
De perdre le nom d'inv nobles
Mais de grace , à quoy bon inspirer
Autant d'amour ,
Si vous ne voulez pat en prendre à
Fare vostre tour 2
N'el-ce que pour faire parade
D'ungrand nombre de coeurs quifoûpirent
pour vous ? som ?
Ma belle Maiftreffe , entre nous ,
Ce feroit une Gafconnade. »
Eftre aimé fans qu'on aime eft un
plaifir bien fade.
Demandez à Bichon s'il me dementira
,
GALANT. KI
Tefuis fure qu'il vous dira ,
Qu'encore qu'il connust ma paffion
extrême
Bu
· Tant qu'à mes feux indifferent,
Il crut que vivre libre eftoit le bien
Suprême ,
Il ne goûtoit qu'un plaifir apparent,
Et qu'il n'en ont jamais de plus
doux , de plus grand 48.
Que depuis l'heureux temps qu'il
m'aime.
Aimez , belle Maiftreffe, aimez
Aujourd'huy vos Amans vont paffer
en reveuë..
57
Retenez de cette cobaë ( l'eftimez.
L'Amant mon Favory , déja vous
Il n'est pas un Amant vulgaire ,
Il est difcret , tendre , & fincere ;
Malgré tous lesfoins d'un jaloux,
Hfçait Part de paffer les momensles
plus doux.
Niiij
151 MERCURE
Il a de grands talens pour plaine.
Il vaut ne difons pas icy tout
ce qu'il vans ,
« Vous en pourrez faire l'experience,
jener beim A79
Pour les plaifirsfans confeqnence
Ne cherchez point ailleurs , deft
Phomme qu'il vous faut.
On dit ordinairement que
les Femmes meurent de joye,
& quefouvent elles fe nourriffent
de chagrin . Si vous
doutez de la verité de ce
for
Proverbe ce qui eft arrivé
depuis peu de temps dans
une des plus grandes Villes
du Royaume , vous en convaincra.
Une Dame ayant réfolu
fur la fin de l'Efté der
GALANT 13
nier , d'aller prendre l'air à la
campagne, où elle avoit une
fort belle maiſon pria une de
fes Amiesd'y venir pafferl' Automne
avec elle . Cette Amie
n'eut pas de peine à y confen
tir . La douceur de la faifon
l'engageoit à faire ce voyages
& elle partit accompagnée
d'une Fille unique qu'eller a
voit. C'eftoit une jeune perfonne
d'une taille grandes
mais libre & dégagée . Son
vilage eftoit fort bien proportionné.
Elle avoit un teint
yeux doux & bien
uny
des
yeux
coupez , une bouche pecite &
154 MERCURE
(
vermeille , & toutes fes mas
nieres faifoient paroiftre une
fi grande fageffe , qu'il cuſt
efté difficile de n'en eftre
pas touché . Son efprit répondoit
affez à fa beauté.
Il eft vray que comme elle
vivoit extrémement retirée ,
& que faMere l'avoit toûjours
éloignée avec grand, foin de
toutes les Compagnies , elle
n'avoit point dans fes actions
& dans fes paroles , cet air
aifé & cet enjouëment qui
ne s'acquiert que par le com
merce du beau monde ; mais
fi elle ne s'expliquoit pas
GALANT. 155
avec toute la jufteffe qu'on
auroit pu fouhaiter , on artri →
buoit ce defaut au peu d'ha
bitude qu'elle avoit de ſe tirer
d'une converfation , ou fe
rieufe , ou galante . Cependant
il fuffifoit qu'elle fuftaimable
pour plaire en tout ce qu'elle
difoit. On ne doit pas en
eftre furpris . Quand une jolic
perfonne a de l'agrément
pour farisfaire la veuë , fes
moindres paroles paffent pour
efprit. Aprés que ces deux
Amies curent efté quelque
temps dans cette belle Maifon
le Fils de la Dame à qui
16 MERCURE
elle appartenoit , y arriva . Il
eftoit fort riche , & fa Mere
qui n'avoit que luy pour tous
Enfans , avoit tâché plufieurs
fois de le marier , mais le plaifir
qu'il trouvoit à vivre libre
luy ayant fait refufer tous les
partis qui s'eftoient offerts,
elle n'avoit pú y réuffir , &
ceftoit pour elle un tresgrand
chagrin de le voir toû
jours dans le deffein de ne
s'engager jamais. Il eftoit af
fez bien fait , & quoy qu'il
euft toûjours paru fort indif
ferent , il ne laiffoit pas d'avoir
de fort grandes complas
GALANT 157
fances pour les Belles. Airfi
il n'eut pas plûtoft veu l'ai
mable Perfonne qu'il rencontra
chez la Mere , qu'il fut
ravy d'avoir trouvé une occafion
qui luy donnoit le
moyen de la voir fouvent . Il
avoit marqué d'abord qu'il
ne venoit que pour quarre
jours , & quand il l'eut entretenue
plufieurs fois , il ne luy
fut plus poffible de fonger
la quitter. Il fut furpris de ce
changement , & quélque effort
qu'il fift pour le vaincre,
comme il luy trouvoit tous
les jours de nouveaux char158
MERCURE
mes , cette liberté qu'il avoit
toûjours cherie uniquement .
commença à s'ébranler. Vous
pouvez juger de là qu'il ne
manqua pas de faire fa cour à
cette charmante Fille . Il luy
rendoit des foins obligeans ,
qui furent bientoft ſuivis de
quelques fentimens tendres
qu'il luy expliqua . On l'euſt
écouté plus favorablement
qu'on ne fit , fi on l'euſt cru
d'humeur à s'engager tout de
bon ; mais comme on fçavoit
qu'il s'eftoit fait une habitude
de debiter des douceurs à tou
tés les Belles qu'il voyoit , on
GALANT. 159
imputa à ſon humeur galante
& honneſte les protefta
tions de tendreffe que fa paf
fion luy faifoit faire. Sa Mere
elle-mefme qui le connoiffoir,
quelque forte euvie qu'
elle cuft que la Fille de fon
Amic s'en fift veritablement
aimer , luy confeilloit de ne
pas faire de fond fur toutes
les chofes qu'il pourroit
luy dire. La Belle la crut , &
le peu qu'elle témoigna don
ner de créance aux difcours
du Cavalier , fembla irriter fapaffion
. Elle s'augmenta toû
jours ; & en l'affeurant qu'il
160 MERCURE
>
fentoit pour elle, ce qu'iln'a
voit jamais fenty pour per
fonne , il parloit ; de bonne
foy , mais il ne falloit pas le
mener plus loin. Dés qu'on
luy faifoit entendre que le
mariage eſtoit un moyenſeur
pour gagner le coeur qu'il ata
raquoit , il ne fçavoir que répondre
, & l'engagement luy
faifoit peur. Il cuft voulu eftre
libre pour aimer toûjours , &
la pentée d'un Contrar eftoit
pour luy quelque chofe de
terrible. Cependant comme
on luy voyoir des empreffemens
qui paffoient la complaifance
ordinaire qu'il avoit
を
1
GALANT. 161
津
eue jufque- là pour le beau
Sexe , la Belle , par le confeil
de fa Mere, prit quelque foin
de le ménager , & l'envie qu'
elle cut de luy plaire affez
pour malgré luy l'engagager
à prendre pour elle ce qu'il
commençoit à luy infpirer ,
la fit agir avec tant d'adreffe,
qu'en traitant de jeu d'efprit,
& d'amufement d'homme
galant ce qu'il vouloit luy
perfuader de fon amour , elle
L'obligeoit à luy en donner
de plus fortes affeurances.
On paffa à la campagne tout
le refte de l'Automne , tan
Fevrier 1688
O
162 MERCURE
toft à le promener , tantok
à quelque partie de Chaffe, &
tantoft à recevoir ou à faire
des vifites Le Cavalieraccompagnoit
la Belle par tout,
& tout le monde fouhaitant
qu'il s'attachaft , il ne cherchoit
point à l'entretenir qu'il
n'en trouvaft auffitoft l'occafion
favorable La faifon étant
enfin devenue fâcheufeuon
retourna à la Ville , & le Cavalier
fentit dans le changement
de fa fortune ,qu'il manquoir
beaucoup à fon bonheur.
Il s'eftoit accoûtumé à
voir la Belle à toute heure, & a
SGALANT. 363
cette habitude n'eftoit pas
aifée à perdre . Il luy rendit
deux ou trois vifites qui furent
receuës agreablement .
mais quand il voulut les rendre
affiduës , on luy fit con
noiftre que la liberté de la
campagne autorifoit bien des
chofes , & que dans la Ville ,
• le compte que l'on devoit au
Public de fes actions , obli
geoit à des referves qui ef
toient indifpenfables. Il enendit
ce que cela vouloit di+
re, & en répondant qu'il y
avoit un moyen de faire taire
le monde , il fit comprendre
O ij
164 MERCURE
?
qu'il n'eftoit pas entierement
éloigné de penfer au mariage .
Il eut pourtant quelque peine
à s'y réfoudre. Il devint refveur
& inquiet, & fa Mere qui
en devina la caufe, luy ayant
demandé un jour en riant s'il
n'avoit point pris plus d'amour
qual ne croyoit , il duy
avoua que depuis qu'il avoit
veu la Fille de fon Amic , il
avoit fency ce qui luy eftoit
inconnu auparava it , & que
fa vertu , fa modestie , fa fageffe
, & un certain tour d'ef
prit , qui dáns fa ſimplicité
avoir quelque chofe de vif
"
GALANT LAS
о
& de delicat , eftoient des
charmes aufquels il avoit de
la peine à refifter . Sa Mere
luy exagera le prix dont ces
qualitez eftoient quand on
avoit à faire choix d'une
Femme, & aprés luy avoir dit
qu'ayant beaucoup de bien ,
ul devoit fonger uniquement
à ce qui pouvoit le rendre
heureux elle crut devoir
' abandonner à luy- mefme ,
& à fes reflexions . Peu de
jours aprés elle eut un accés
de fievre qui l'obligea de fe
mettre au lit. Son mal parat
dangereux , & ſon Amic qui
a
166 MERCURE
crut qu'il y alloit de fes inrerefts
de fe montrer empreffées
ne la quitta prefque point.Elle
venoit fort fouvent accom
pagnée de fa Fille , qui don
noit les foins de fibonne gra
ce pour foulager la Malade
en tout ce qu'elle pouvoit
qu'elle s'en fit aimer tendre
ment. Ce fut pour le Cavalier
un nouveau fujerde redoubler
amour . Il avoit beaucoup
d'attachement pour fa Mere,
& ce qu'on faifoit pour elle
fembloit eftre fait pour luys
Sa fiévre eftant fort diminuée,
il luy en marqua ſa joye , & ce
fon a
GALANT 167
témoignage de tendrelle luy
donna occafion de luy dire
que s'il vouloit la revoir dans
une fanté parfaite , il en fça
voit les moyens; qu'il ne pouvoit
ignorer qu'elle n'avoit
jamais rien fouhaité avec tant
d'ardeur que de le voir marié,
& qu'ayant pris de l'attache
ment tpour une perfonne tou
te aimables il luy feroit un
plaifir fenfible de l'époufer,
Le Cavaliers ne put tenir
davantage contre l'amour
qui luy parloit pour la Belfatisfaifoit
fa Mere , &
en mefme temps fa paffion,
les
168 MERCURE
Il luy promit ce qu'elle voulat
, & cette promeffe la
mit bientoft en eftat de fe
guerir .A peine la fièvre l'eutdle
quittée , qu'elle fit dreffer
le Contrat de mariage. Il fuc
figné avec grande joye des
deux Amans ; on acheta les
habits de Noces & quand
tout fut preft , la Mere prit
jour des lelendemain pour la
ceremonie de l'Eglife . On
vouloit attendre qu'elle cuft
recouvré affez de forces pour
s'y trouver , mais elle aima
mieux fe priver de ce plaifir ,
quede differer ce qu'elle avoit
long-temps
GALANT. 169
long- temps regardé comme
un bonheur , dont l'indiffe
rence de fon Fils l'empefcheroit
de jouir. Le mariage fe
fit avec l'applaudiffement de
I tous les Parens , mais on ne
s'attendoit pas à un accident
auffi chagrinant qu'extraor
dinaire dont il fut fuivy . La
Dame qui vit enfin arriver ce
qu'elle avoit fouhaité avec
tant de paffion , s'abandonna
tellement aux vifs tranfports
• de fa joyes que
Mariez la vinrent faluer à leur
retour , elle ne put leur répondre
que par un foupit .
3
&
Fevrier 1688.
Fors
que
P
les
170 MERCURE
L'extréme tendreffe qu'elle
fentoit pour l'un & pour l'au
tre, luy caufa dans ce moment
une violente émotion , qui
luy coupant la parole , la fir
expirer entre leurs bras. Ainfi
l'appareil des Noces fur changé
en celuy des Funerailles ;
& à peine commençoit- on à
fe réjouir du bonheur de ces
Amans , qu'on fe vit reduit à
verfer des larmes,
Voicy une Lettre écrite de
Ratisbonne , à la perfonne
dont je la tiens , j'ay cru vous
la devoir envoyer en original
, pour ne pas laiffer écha
GALANT. 171
per l'occafion de donner des
fotianges à M' le Comte de
Crecy, dont la modeſtie a
fouvent caché mille chofes
par leſquelles il en meritoit,
& pour vous faire voir en
mefme temps que je ne fuis
pas le feul qui le crois digne
de ces louanges , puis que
Lettre que je vous envoye ,
vient d'une autre Plume que
de la mienne .
De Ratisbonne ce dernier Decembre 1687 .
Vo
la
Ousme demandez, Monfieur
la Relation d'une
Fefte qui fe fit icy le mois paße.
Pij
172 MERCURE
Je ne puis rien refuſer à vô
tre amitie , quoy que j'apprebende
en vous obeiffant de choquer
la modeftie de celuy qui l'a
faite , & qui dans le temps méme
qu'il avoit terminé heureufement
l'affaire la plusglorieufe &
la plus agreable au Roy, ie veux
dire la Treve, qu'il conclut psur
Sa Maiefté , tant avec l'Empire
qu'avec l'Eſpagne , dans l'eſpace
de dix iours , ne permit iamais
fes Amis de prendre le moindre
foin de la gloire qui luy en eftoit
deue: La Fefte dont vous voulez
que ie vous apprenne le détail ,
fe fit le 24. de Novembre der
GALANT. 173
>
nier , à l'occafion du Baptefme du
Fils unique de Meffire Louis
Verjus , Chevalier , Comte de
Crecy & Plenipotentiaire du
Roy à la Diete Generale de
l'Empire, & de Dame Marie-
Marguerite de Ratabon fon Epoufe
, Fille de M de Ratabon ,
Surintendant des Baftimens
vant M Colbert. Il est inutile
de vous rien dire ny de la naiffance
, ny du merite de ce Miniftre
fi fameux dans les negociations
. Les Annales de France.
font remplies des noms de fes
Anceftres , celebres par leur capacité
par leur zele pour les
a
Piij
174 MERCURE
interefts de leur Prince & de
leur Patrie , & le fien fe trouve
au bas d'un grand nombre de
Traitez importans qu'il a fignez
pour la gloire & pour le fervice
du Roy fon Maistre . Son Fils
eft un enfant de l'âge de quatre
ans quelques mois , mais dont le
jugement eft déia fi bienformé&
La memoirefibeureufe , qu'il fait
l'admiration
de tout ce qu'il y a
de Miniftres plus confommez à
la Diete. Le Roy fut le Parrain
de cet aimable Enfant , & Ma
dame la Darphine
en fut ta
Marraine. Sa Maiefté, toutours
pleine de bonté pour fes SuGALANT.
175
rets , ayant agréé \ la tres- humble
priere que luy en fit ce Miniftre
au dernier Voyage qu'Elle luy
avoit donné permiffion
de faire
en France , aprés huit années de
féiour continuel à Ratisbonne ,
donna ordre à Meffire Claude-
Hagues de Lufignem de Lezay ,
Chevalier Comte de Lufignem ,
fon Envoyé Extraordinaire prés
de l'Empereur , de faire en fon
nom cette Ceremonie lors qu'il
pafferoit icy pour se rendre à la
Cour de Vienne ; Et Madame la
Dauphine donna la mefme commiffion
pour Elle a l'Ambaffadrice
de Baviere , Femme de l'Ambaf,
i
4
Piiij
176 MERCURE
fadeur de M l'Electeur de Bas
viere fon Frere , àla Diete ..
Le temps ayant este concerté
par toutes ces perfonnes illuftres
pour accomplir les ordres de Sa
Maiefter Mr le Comte de Crecy
fit richement parer un Appartement,
& l'on y dreffa un Autel
qui fut richement orné , afin que
toutes chofes y répondiſſent à la
fainteté du Sacrement , & à la
grandeur du nom qu'on devoit
donner à fon Fils. Perfonne ne
fcait mieux ordonner ces fortes de
chofes, en faire en mefme temps
moins d'éclat. La Ceremonie fe
fit par M. le Comte de Vvartem
GALANT. 177
la
berg , Doyen des Chanoines de
la Cathedrale de Ratisbonne
& qui y fait maintenant la
fonction de Suffragant , homme
diftingué parfa naiffance , eftant
iffu de la Sereniffime Maifon de
Baviere , & venerable par
fainteté de fes moeurs . Il eftoit
pontificalement , la Mitre
furla tefte & la Croffe en main ,
le nombre des Preftres qui
l'affiftoient auffi bien quefes Ornemens
, eftoient conformes à la
magnificence du lieu , & à la
dignité de fa fonction . Il la fit
en prefence des Ambasadeurs des
Electeurs de Mayence , de Tré
veftu
178 MERCURE
ves de Colognes de Baviere ,
de l'Envoyé du Roy d'Angleterre
des Dames Ambaſſa
drices ; de quelques Dames Cha
noineffes du College de Nider-
Munfter , & de plufieurs autres
Dames de qualité, dont le nombre
auroit esté encore plus grand',
FM. le Comte de Crecy n'avoit
jugé à propos de le borner aux
feuls Catholiques. Le nouveau
Filleul du Roy , qui eftoit le
principal objet de cette Ceremo
nie , enfut auffi le principal or
nement. Il eftoit habillé d'une
Simarre de Moire d'argent, enrichie
sou pour mieux dire , conGALANT.
179
La nou verte de Diamans.
veauté de cette fainte action qui
auroit intimidé tout autre Enfant
defon ages ne fit qu'animer
davantage fon coeur, & fon envie
, de porter bien- toft un nom
qui lefift reffouvenir tous les momens
de fa vie , de fon devoir
de fa reconnoiffance envers
le grand Roy , qui vouloit bien
le luy donner. Il dit là - deffus
millegentilleffes à la Compagnie
l'environnoit , & qui ne
put fe laser d'admirer le brillant
de fon efprit , & fes nobles qualitez.
La Ceremonie eftant finie,
La Compagnie fut invitée à une
qui
1
180 MERCURE
"
Collation . C'eftoit un Ambigu
qui avoit efté preparé dans une
autreSalle éclairée à laFrançoife.
Il y avoit une Table de trente
couverts. Les faifans , les geli
notes , les perdrix , gibiersplus
rares en ces quartiers qu'en nul
autre lieu du monde , s'y ren
controient par tout. L'abon
dance y eftoit mêlée avec la delicateffe
. Les vins les plus delicieux
, les liqueurs s'y répandoient
de tous coftez. Une ou
deux Feftes de cette force épuiferoient
les Coftes d'où vient le
vin de S. Laurent , qui l'empor
ta pour cette fois fur les vins du
GALANT. 181
6.
Rhin , dont on fait d'ailleurs tant
de cas à la Diete . Mr le Comte
de Crecy eut foin d'égayer M
Les Ambassadeurs , & Madame
la Comteffe entretint les Ambaffadrices
& les Dames ; car dans
cesfortes de repas lesDames , quoy
qu'affifes à la mefme Table , ne
sy mêlent pas ordinairement parmy
les hommes . Par ce moyen
les uns font moins contraints
goûter le vin ; & les Dames de
leur cofté profitent mieux de la
converfation. Elles pouvoient
en cette rencontre prefter l'oreille
à la fimphonie d'une bande
de Violons François , qui font
182 MERCURE
icy affezrares.Le repas futſuivy
d'un Ballet dansé par la Famille
d'une perfonne, qui outrefon zele
pour tout ce qui peut avoir quel
que rapport à la gloire ou aufervice
du Roy , fait depuis longtemps
une profeffion particuliere
d'eftre attachée d'inclination &
d'obligation à celle de M. le
Comte de Crecy. Ce Ballet eftoit
composé de Bergers & de Bergeres
, dont les ieux & les danfes,
qui reprefentoient les plaifirs de
l'eftat d'innocence , eftoient en
mesme temps des marques de la
profonde paix que LOUIS
LE GRAND a donnée à
GALANT. 183
1
S
l'Europe, & par laquelle il la
comble de plaifirs de richeffes.
Aprés ce Ballet, dont la Compa
gnie qui ne sy attendoit
pas fe
vit agreablement furprife, le Bal
commença dans les formes , &
dura iufques au iour . Le filleul du
Roy fut tous les honneurs , & en
ent prefque toute la fatigue . Il
montra qu'il eftoit außi galant
qu'il eft fçavant ; & qu'un iour
fergit auß agreable aux Dames,
qu'utile au fervice du Roy
fon Maiftre. Toute cette Fefte
finit par les liberalitez que fit
Mle Comte de Crecy , à ceux
qui avoient efté occupez à la Ce
T
184 MERCURE
remonie du Baptefme. Ce Minifire
eft magnifique & liberal
dans les occafions éclantantes. Je
voustes
vous en pourrois donner plufieurs
preuves, mais ie ne vous aypromis
que le recit d'une feule Fe
fte, & non pas celuy de vingr
autresqu'il afaites.Je fuis bienaife
de vous contenter fans me
faire des affaires avec luy. 4
Je vous parlay il y a un an
de la priſe d'Habit de Mademoifelle
de Loubes , Fille
d'honneur de Madame, à qui
cette Princeffe donna le voile
aux Filles de la Vifitation du
GALANT. 185
Fauxbourg S. Jacques. Monfieur
a bien voulu luy faire
l'honneur d'affifter à fa Profeffion
qu'elle vient de faire.
ce Prince étant toûjours preft
à donner des marques de ſa
piété & de fa bonté.
Son Alteffe Royale alla le
mefine jour , voir la maifon
de M' le Marquis de Langlee,
qui paffe pour une des plus
belles, & des mieux entenduës
de Paris . Ce Prince avoitpro
mis à ce Marquis de luy faire
l'honneur de fouper chez luy
le iour qu'il iroit voir fa maifon
, & il voulut bien luy te
Fevrier 1688. e
86 MERCURE
nir parole , Le repas fut d'une
magnificence & d'une delicatelle
qu'il eft difficile d'exprimer.
Trois des plus habiles
Maiftres d'Hoftel de Paris en
prirent le foin, & les plats furent
portez par trente perfonnes
fort propres , & qui n'eftoient
point gens de Livrée ,
dont aucun n'entra dans le
lieu où l'on mangeoit . Les
Imefmes Perfonnes fervirent à
table , & l'on n'eftima pas
moins la propreté , & le bon
ordre , que la magnificence
du repas. Monfieur eftoir accompagné
de plufieurs Per-
•
GALANT 187
fonnes de la premiere qualité,
& particulierement de Dames.
Toute cette illuftre Affemblée
dit hautement qu'el
le n'avoit jamais rien vû de
mieux éclairé,que tout ce magnifique
logis le fut pendant
cette foirée- là. Son Alteffe
Royale en fortit fort fatisfaite
, & donna beaucoup de
loüanges à M' le Marquis de
Langlée du repas duquel
Elle a parlé plufieurs fois depuis,
comme de l'un des plus
beaux où Elle fe fuft jamais
-trouvée. Tous ceux dont les
foins ont contribué à cette
Qij
188 MERCURE
Fefte , fe loüent de la galante
magnificence de ce Marquis ,
& l'on affure que l'on ne peut
dire trop de bien ny de fon
efprit ny de fes manieres, non
plus que du repas.
Je vous envoye ce que j'ay
receu d'une Perfonne qui
fçait parfaitement les affaires
d'Alger.
ÈSTAT DES VAISSEAUX
Corfaires d'Alger prefentement
en Mer avec leurs
Canons
>
marques à laPoupe
de chaque
Vaiffeau.jej ni
Vaiffeau du Baffa . 64. Can
1
GALANT. 189
nons , un Belcon , une Limoniere
pour marque.
Cara- Muſtapha. 56. Canions
, un Belcon & demy Lune .
Setta Rais. 44. Canons, une
Limoniere dorée.
HodgBettolar. 40.Canons ,
un Lion doré.
Sanfon Rais. 36. Canons
une Limociere.
Lanſmuſtapha Rais. 36.
Canons , une Limoniere.
Buffon. 36. Canons , fept étoiles.
Canary le jeune . 34. Candus,
·la Rofiere.
• Corally Rais . 34. Canons ,
un Belcon.
190 MERCURE
Maflau Rais. 34. Canons.
Burtange . 34 , Cañons une
Limoniere..em
Abraman- Hoggia . 30. Canons
, un Oranger.
Queel Hacel. 18. Canons
fleur de Soleil , & deux Cyprés.
Rigip Rais. 16.Canons , un
Lion.
Muftapha Rais. 16. Canons,
Poupe fans figure.mailak
Ben- Journoux . 34. Canons.
LeJagarin. 54. Canons , une
Perles the Moda
Daufiac. 34. Canons , deux
Antilops!
Abdate Rais, 10. Canons .
Poupe fans figure.
GALANT. 191
. Plus trois Galeres , deux
demy- Galeres, cinq Barques,
&fept Brigantins.
Vaiffeaux qui fe fabriquent...
Vaiffeau pour Dey de 60.
Canonsbelang
Cannary le vieux.
nons.
60. Ca-
Adraman Buyc. 60.Canons.
Mahomet- Hoggia. 36. Can
nons.
Dalet-Chamby. 30. Canons.
Aberman-Cotoli. 30. Ganons.
Les dix - neuf Vaiffeaux
dont j'ay rapporté les mar192
MERCURE
ques , font difperfez en plufieurs
Efcadres , la plufpare
vers le Levant . Ils ont ordre
de ne pas retourner à Alger
pendant l'efpace de neuf
mois de peur qu'ils ne
rencontrent des Vaiffeaux
François . Ils doivent aller
à Tunis & à Tripoly avec
leurs prifes , & n'en point
partir jufqu'à nouvel ordre.
Il est aisé de juger par là
combien la Guerre qu'ils
ont avec la France leur
defavantageufe
, puis
qu'ils font réduits à paffer
prefque une année fans
eft
.
ofer
GALANT. 193
ofer retourner chez eux . Cependant
leurs Vaiffeaux ne
font pas comme ceux des
Souverains qui ne combat
tent que pour la gloire . Ils ne
vont en Mer que pour pirater
, & toute leur Ville eftant
intereffée aux priſes qui fe
font , les uns plus , les autres
quamoins
, chacun felon fa
lité , & ces prifes les fai
fant fubfifter , on peutdire
qu'ils fouffrent autant que
des perfonnes qui manque-`
roient à recevoir le revenu
qu'ils auroient pour vivre.
Ils fe pourroient confoler
Fevrier 1688 R
194 MERCURE
dans leur malheur , fi le retour
de leurs Vaiffeaux eftoit
feulement reculé , mais il y
a déja une pattie de ceux
dont vous venez de voir la
lifte , ou pris, ou brûlez , ou
coulez à fond , & ils ne font
pas feurs que le refte n'ait
point une meſme deſtinée . Ils
en font conftruire de nouveaux
,› comme vous venez de
voir ; mais outre que le nombre
n'en eft pas confiderable,
ce nouvel armement les incommode
beaucoup , puis
que les Vaiffeaux qu'ils ont
en Mer , ne leur ont rien rapGALANT.
195
per- porté , de forte que s'ils
dent encore autant cette arnée
, qu'ils ont fait depuis la
declaration de la Guerre , ils
fouffriront beaucoup plus que
fi leur Ville eftoit ruinée pat
le feu , leurs maifons peuvent
eftre rétablies , mais les pertes
qu'ilsfont fur Mer ne le réparent
pas aifément , & elles
font toûjours fort grandes
1
quand leurs Vaiffeaux manquent
à leur rapporter des
priſes . Ce qu'il y a de pire
pour eux, c'est que pendant
E
qu'ils perdent d'un coſté ,
ils ne font pas trop à cou-
4
Rij
196 MERCURE
vert de l'autre , les François
fe trouvant toûjours en eſtat
de les pouffer de toutes manieres
, & le fuccés de toutes
leurs entrepriſes eftant infaillible
fous le regne du
Monarque qui les gouverne
aujourd'huy
. C'eft une verité
inconteſtable
, & juſtifiée par
les évenemens que nous
voyons chaque jour.
L'affluence & le grand concours
des perfonnes qui abordent
fans ceffe à Paris , non
feulement de toutes les Villes
de France, mais encore des
Pays Etrangers , ont attiré de
GALANT 197
tout temps dans cette Capitale
du Royaume , des Medecins
de diverfes Univerfitez ,
qui s'y eftant venus établir ,
ont toûjours fervy le Public
avec beaucoup de fuccés
par
la connoiffance qu'ils ont des
divers temperamens de toutes
les Provinces & Nations .
Cela eft fi vray, que nos Roys
mefmes ont prefque toujours
choify ces Medecins pour
leur confier la conduite de
leur fanté. Henry IV. eut
pour les premiers Medecins
les S's Riviere & du Laurent ;
Louis XIII. les S's Heroard
R iij
148 MERCURE
IS
•
& Milon , & Louis XIV. à
prefent regnant , ne s'eft
fervy que des SS Vautier ,
Vallot & Daquin,tous Medecins
des Univerfitez Provinciales.
Cette difference d'Univerfité
cauſe ſouvent quelque
jaloufie entre eux , & comme
il leur arrive quelquefois
des demeflez dans la
pratique , le Confeil fe crut
obligé pour mettre fin à leurs
divifions , de donner en 1648.
un Arreſt celebre & contradictoire
, qui leur fit à tous
deffenfes refpectives de fe mefaire
ny medire dans l'exerGALANT.
109
cice de leur Profeffion Ce
font les termes que porte l'Arreft
. Le Roy qui veut que
tout foit dans l'ordre , lors
qu'il eſt queſtion du bien
public , établit par des Lettres
Patentes données en 1673. une
Chambre pour ces Medecins
d'Univerfitez P ovinciales a
vec ces conditions que nul
n'y feroit receu qu'il n'cult
auparavant fait voir fes Lettres
de Docteur en bonne
forme , & qu'il n'y euſt ſoutenu
une Theſe de Medecine .
Cette Compagnie s'augmen
te de jour en iour , & en ré-
Rij
200 MERCURE
pondant comme elle doit aux
intentions de Sa Maiefté, elle
fait naiſtre une certaine émulation
parmy tous les Medecins
, qui ne pourra dans la
fuite que produire de grands
avantages pour le Public . Le
Roy ayant donné à cette
Chambre Royale attribution
de Jurifdiction au Grand
Confeil , les Docteurs de ce
Corps ont accoûtumé d'aller
tous les ans le premier iour
de Fevrier , veille de la Purification
, prefenter des Cier- ,
ges a Meffieurs du Grand
Confeil , & de les haranguer
GALANT 201
en Langue Latine , comme
l'Univerfité de Paris harangue
le Parlement . Mr le Chancelier
s'eftant rendu çette année
à Paris dans ce temps - là ,
cette illuftre Compagnie alla
s'acquiter de ce devoir . M
= Denis Cenfeur
de cette
Chambre Royale , portoit la
parole ; & comme la dignité
du premier Chef de la Juftice
demande qu'on luy parle
toûjours dans la Langue de
fon Prince , il parla en François,
& voicy les termes dont
il fe fervit.
202 MERCURE
MONSEIGNEUR ,
L'Eglife ayant d'ffein dans la
folemnité de la Purification de
Renouveller aux Fidelles la memoire
de ce qu'en un pareil jour
le Fils de Dieu fut offert à fon
Pere , & porté au Temple par la
Sainte Vierge pour obeïr à la
Loy, elle nous exhorte de nous.
rendre en foule dans nos Temples
, d'y porter un Cierge allumé
, lequel doit reprefenter le
Verbe Incarné qui est la veritable
lumiere, lux vera ,
devons tous porter en nos coeurs ,
l'offrir en ce faint jour au
que nous
GALANT. 203
trop
une
Pere Evernel. Mais comme pour
luyprefenter une fi digne offran
de , nous ne fçaurions employer
des mains trop pures ,
exemptes de corruption
lowable & fainte coûtume s'eft
introduite parmy les Chreftiens
de s'adreffer pour cela aux Prin
ces & aux Magiftrats quifont
des perfonnesfacrées , & de vives
images de la Majeflé Divine
fur la terre , & d'employer leurs
mains pour prefenter à Dieu cette
divine offrande. Dans cette augufte
Ceremonie , notre Compagnie
a coûtume de s'adreffer à
M³ du Grand Confeil que
S
be
204 MERCURE
r
Roy nous a donnez pour les
Protecteurs de nos Privileges ;
mais nous pouvons dire aujourd'huy
que nousfommes au comble
de noftre bonheur , & que
nous avons des graces toutes extraordinaires
à rendre à Dien ,
de ce que pour mieux recevoir
noftre offrande , il nous fournit
un Canal auffi precieux & auffi
pur que le vostre , & qu'il nous
tend la main favorable d'un il
luftre Magiftrat qui tient la balance
de la Justice de toute la
France , & qui n'a esté élevé à
cette dignité fuprême , que parce
que la conduite de toute fa vie a
GALANT 205
toûjours efté toûjours pure ,
irreprochable , & que noftre Monarque
, éclairé comme il eft , a
toujours remarqué dans tousfes
Confeils , que l'amour de la Jufice
regnoit dansfon coeur , que
L'équite feule formoit fes déci
fions , & quefes grandes lumieres
jointes à une vertu confommée
le rendoient digne d'eftre le
Chefde la Justice de fa Monarchie
, le fouverain difpenfa
teur de fes Loix envers tous fes
Sujets.
De tous les Corps , Monfeigneur
, qui ont l'honneur de trouver
accés auprés de voftre Gran206
MERCURE
منوب
deur , il n'y en a point qui dit
plus befoin que le nostre de vostre
protection, qui ait plus fujet
de rendre graces au Ciel de ce
que vous estes un Juge fort éclairé
& incapable de toute prevention
; car nos Ennemis fe
prévalent par tout de la pensée
qu'ils ont de nous avoir decred:-
tez dans vostre efprit › & ils fe
perfuadentfans doute un peu trop
legerement, que vous avoir beaucoup
parlé contre noftre établiſſement
, c'est l'avoir fapé parfes
fondemens, quefur leurfimple
rapport vous le détruirez fans
nous entendre. Vostre équité ,
GALANT. 207
des
Monfeigneur , nous fait naistre
de vous des idées bien plus relevées
, & nous ofons au contraire
nous flater par avance que vos
lumieres perçantes ne découvrant
dans nostre établiffement
que
avantages pour le Public , vous
ferez lepremier àle foutenir avec
vigueur,& que quand vous
nous aurezfait la grace
accorder quelque audience fur
cefujet, vousfeconderez nos bons
deffeins , en confirmant nos
Lettres Patentes & nos Arrefts ;
vous confommerez l'ouvrage que
vos Predeceffeurs ont commencé.
En effet , fieftant veritablement
de
nous
208 MERCURE
Medecins comme nous fommes
pouvant pratiquer la Medecine
par toutes les Villes du
Royaume , fuivant le droit que
nos Univerfitez , appuyées de
l'authorité du Roy , nous en ont
donné dans nos Lettres de Docteurs
, hic & ubique terrarum,
nous taſchons de nous diſtinguer
des ignorans des Empiriques ,
avec lesquels nos Ennemis voudroient
bien nous confondre ; ſi
nous faisonsfoutenir uneThefe de
Medecine à tous ceux qui veulent
entrer dans noftre Compagnie
; fi nous nous affemblons
quelquefois dans une "Chambre
GALANT 209
"
quer
commune pour nous y communi
de bonne foy les uns aux
autres tous les remedes que nous
avons veu pratiquer avec quelquefuccés
en diverfes Provinces
du Royaume , &pour les ordonner
charitablement
aux pauvres
Malades qui viennent en foule
nous y confulter , & nous faire
part de leurs miferes , eut -il jamais
d'affemblée de Medecine
& plús utile & plus avantageufe
pour le Public ?
Mais ce n'eft pas aujourd'huy
le temps , Monfeigneur, de rendre
compte à voftre Grandeur de
noftre conduite ; il faut fe con-
Fevrier 1688 . S
210 MERCURE
tenter de l'honneur que nous avons
de vous prefenter ce Cierge
comme le gage precieux de nos
foumiffions, & en nous retirant ,
nous vous fapplions avec reſpect,
que quand vous le verrez bru
ler devant les Autels , vous le
confideriez comme le fymbole du
zele & de l'ardeur que nous ref
fentons dans nos coeurs , pour
renouveller fans ceffe nos voeux
& nos prieres à Dieu , afin qu'il
luy plaife de conferver voſtre
Santéprecieuse , & de prolonger
vos jours , tant pour la fatisfa-
Etion de noftre Augufte Monarque
, que pour le bien de tout fon
Royaume.
GALANT 20
é-
Mr le Chancelier ayant
coûté ce Difcours avec beau
coup d'attention , & y ayant
fait à fon ordinaire une réponſe
tres obligeante , ce te
Compagnie s'en retourna fort
contente , & pour achever
la Ceremonie , elle fe rendit
enfuite chez Mr du Grand
Confeil , & M' Denis portant
encore la parole , les harangua
tous en Langue Latine .
Ils y répondirent la plufpart
en la mefme Langue , & leur
éloquence éclata dans leurs
réponſes ...
Enfin l'importance Forte-
Sij
212 MERCURE
reffe de Mongats s'eft renduë
fous l'obeiffance de l'Empes
reur. Vous vous fouviendrez
aifémenr de fa force , & de fa
fituation fi vous voulez
bien jetter les yeux fur le plan
que je vous en envoyay, gravé
il y a déja quelque temps , &
que vous trouverez dans une
de mes Lettres . On ne peut
trop louer la genereuſe reſiftance
qu'a fait la Princeffe
Ragotski pendant plufiaurs
années . Elle eftoit , pour ainfi
dire , Gouvernante de ce pofte
pour le Comte Tekeli fon :
Mary & ainfi elle luy devoit
GALANT. 213
double fidelité . Ce n'eftoir
point à elle à examiner fi les
motifs qui le faifoientagir , étoient
iuftes ou iniuftes,&puis
qu'elle étoitfa Femme elle devoit
déferer à fes fentimens .
Il y a lieu de croire qu'une
Perfonne à qui l'on peut don
ner le nom d'Heroïne , agira
avec fuccés pour les interefts
de fon Mary quand elle fera
à Vienne , & que fa prudence
& fon efprit pourront faire
avancer des chofes qui font
difficiles à traiter , quand on
eft abſent . On dit qu'elle a
dépensé tous les biens à la
214 MERCURE
défenſe de Mongats , & engagé
tous les Joyaux en Pologne
; en forte
qne fe trouvant
dans l'impuiffance de
fatisfaire fes Troupes , elle a
efté forcée de rendre la Place,
& de recevoir de l'argent du
Comte Caraffa pour faire fon
voyage à Vienne . Si cela cft,
on peut affurer qu'elle a remply
fondevoir envers fon Mary
jufqu'à la derniere extrémité.
Voicy les Articles de la
Capitulation
de certe Place ,
tels à peu prés qu'ils furent
dreffez par le Comte Caraffa .
fuivant
le plein pouvoir
qu'il
་
GALANT. 215
avoit receu de Sa Majesté
Imperiale , & envoyez à la
Princeffe Ragotski, pour eftre
acceptez fans mulle replique,
I. L'Amniftie eft accordée
à tous & à chacun de ceux qui
font prefentement àMongats,
& non à d'autres, de quelque
rang&condition qu'ils foient
Officiers , Adherans , & à tou
te la Milice , en forte qur
toutes les chofes qui ont eft
commiſes pendant tout
temps des troubles › par paroles
, par écrits, ou par
feront ensevelies dans l'oubly,
fans nulle diftinction de per-
A
faits,
216 MERCURE
fonnes & fans qu'on en puiffe
tirer à l'avenir aucune van .
geance , quelques violences ,
& quelques injures qui ayent
eftéfaites.
II. La Dame Princeffe Ra
gotski & fes Enfans ,Fils du feu
Prince Ragotski , accompagnez
d'une fuite fuffifante , fe
rendront fans nul delay à
Vienne , où ils vivront librement
&paifiblement,fans qu'
ils puiffent en fortir fans une
expreffe permiffion de S. M.I.
III. Tous les biens Immeubles
en l'eftat qu'ils font prefentement
, & tous les biens
meubles ,
GALANT. 217
meubles , qui font tant dans
Ir Fortereffe de Mongats, que
dans la Hongrie , & par tout
ailleurs , feront actuellement
reftituez aux Enfans de ladite
Dame Princeffe. Et pour ce
qui regarde le Domaine de
>
Mongats
qui concernent Miklos , que
Fon dit appartenir à la Cou
ronne de Hongrie , la reftitution
demeurera fufpendue,
jufqu'à ce que Sa Majefté Imperiale
enait fait l'entiere dif
cuffion.
avec les biens
IV. Ladite Dame Princeffe
aura les droits dotaux que le
Fevrier 1688.
T
218 MERCURE
ra,
défunt Prince Ragotski , fon
premier Mary,luy a accordez
en l'époufant , & elle en jouifoit
en biens équivalens,
foit par un revenu annuel , tel
qu'il fera jugé legitime » fans
préjudicier en aucune forte à
fes Enfans. Elle aura pareillement
tous les biens meubles
qu'elle affeurera par ferment
luy appartenir , & non
x
pas
à
fes Enfans , ou à d'autres , &
fera obligée de mettre entre
les mains de ..... Confeiller
en la Chambre , & des autres
Commiffaires , l'Inventaire
des biens - meubles de fefdies
GALANT. 219
Enfans , qui aura eſté fait , &
confirmé parferment, de tou
tes les chofes qui fe trouveront
tant dans la Fortereffe de,
Mongats , que par tout ailleurs
dedans & dehors le
Royaume , la tutelle defdits,
Enfans appartenant à l'Empereur.
... V. Ladite Dame Princeffe
fera obligée de remettre entre
les mains des, mefmes.
Commiffaires toutes les mar
ques d honneur que le Comte
Tekeli fon fecond Mary , avoit
receues de la Porte, comme
l'Etendard de Guerre , fes
Tij
220 MERCURE
Armes , & autres chofes ; enfemble
tous les biens meubles
, tant en Pierreries que
d'autre nature , qu'elle affeurera
avec ferment appartenir
audit Comte fon Mary , ouà
d'autres Rebelles.
VI . De mefme ladite Dame
Princeffe , les Barons, les Nobles
, les Officiers , les Soldars
& Adherans, de quelque condition
qu'ils foient , remettront
entre les mains dudit
Confeiller tous les biens meubles
de quelques perfonnes
que ce puiffe eftre, qui en ont
mis comme en dépoft dans
GALANT: 221
Cette mefme Fortereffe de
Mongats , & les y ont conferyez,
comme auffi tous les
Canons , Munitions
, & generalement
toute l'Artillerie de
la Citadelle & de la Palanque.
?
VII. Les biens meubles &
immeubles de tous les Barons,
Nobles , Officiers , Soldars &
Adherans , leur feront reftistuez
en l'eftat qu'ils peuvent
eftre , foit qu'ils ayent efté
faifis par la Chambre , foir
qu'ils les ayent déposez dans
la Fortereffe , ce qui ne fe doit
entendre que de ceux qui le
T iij
222 MERCURE
rendront actuellement , &
"
non pas des autres , qui manquant
à la fidelité qu'ils doïvent
à l'Empereur , font auprés
du Tekeli , ou ailleurs.
Les biens de ceux - cy demeureront
confifquez , fi ce n'eft
qu'il y en ait quelques - uns en
Pologne , & qu'ils recherchent
la grace de Sa Majesté
Imperiale par l'entremife de
ladite Dame Princelle .
VIII. Il eft ordonné expreflément
que tous ceux qui
fe rendront , prefteront tout
de nouveau ferment de fidelité
, & que chacun d'eux fe
GALANT. 223
·
comportera pacifiquement
chez foy, n'eftant permis à
aucun de fortir hors du
Royaume , ny d'aller dans
des Etats étrangers , fans en
avoir un congé exprés , & encore
moins d'aller trouver
Tekeli , ou d'entretenir avec
luy aucune correfpondance.
Ceux qui le feront , feront
exclus de l'Amniftie.
IX . On retiréra les Garnifons
des Places qui appartiennent
aux Enfans de ladire
Dame Princeffe , felon la volonté
, & le bon plaifir de
l'Empereur.
Tiiij
224 MERCURE
: X. Les Lettres , Ecritures ,
& autres Pieces concernant
Ies biens que l'on doit reftituer
, feront renduës , & on
rendra d'un autre coſté les
Lettres qui ont efté écrites
en tres grand nombre à Mongats
, pendant les Troubles.
XI. Comme la Tutelle des
Enfans du feu Prince Ragotfki
appartient à l'Empereur ,
વે
ainfi qu'il a efté dit , ils feront
mis entre les mains d'une ou
de deux perſonnes qu'il plaira
à Sa Majefté Imperiale de
commettre pour cette Tu
telle.
GALANT 225
XII. Il n'eft permis ny à
ladite Dame Princeffe , ny à
aucun autre , d'envoyer avertir
Tekeli de la reddition de
la Place , ny des raifons qui
ont obligé de la rendre, parce
qu'il eft regardé comme mort
civilement.
XIII . Il fera permis à un
chacun de s'en aller chez foy
avec tous fes meubles , & on
luy promet toute forte de
ſeureté , afin qu'il y puifle
demeurer avec tout l'honneur
requis ; mais comme la
difficulté des Voitures n'eft
pas aiſée à lever , chaque par226
MERCURE
+
ticulier fera obligé de s'en
pourvoir , à l'exception de ladite
Dame Princeffe & de fes
Enfans , aufquels on en fournira
avec une fuite digne de
leut naiffance .
XIV. Tous les Articles precedens
feront acceptez , fans
qu'on en puiffe rerufer aucun
, demain à dix heures du
matin, & on m'envoyera des
Oftages à mon choix tels &
en, tel nombre qu'il me plaira.
La Garnifon Imperiale entrera
dans la Place le 17 .
ce mois à Midy, & en mefme
temps , toute la Milice & la
de
GALANT. 227
Nobleffe defcendront de la
Citadelle dans la Palanques
n'eftant permis qu'à la feule
Dame Princeffe , à fes Enfans,
& à toute fa Famille , de demeurer
dans ladite Citadelle
jufqu'à ce qu'elle ait pu donner
ordre à fes affaires .
XV. Ladite Dame Princeffe
,fes Enfans , & tous leurs
adheransferont obligez d'obferver
exactement toutes &
chacune de ces chofes , & fi
l'on découvre qu'ils y ayent
contrevenu dans la moindre
circonftance, ils demeureront
décheus de tout ce qui leur
eft accordé.
228 MERCURE
XVI . Il n'eft point necef
faire que les Articles de cette
Capitulation foient confir
mez par Sa Majefté Imperiale,
puis qu'il luy a pleu de me
donner un plein pouvoir en
tout ce qui les regarde. Ainfi
tous ceux qui fe rendent ,
peuvent s'affurer fous la Foy
Chreſtienne qu'on les obſervera
de tous point , & d'une
maniere inviolable . Fait au
Camp Imperial devantMongats
le 14. Janvier 1688.
Quelques- uns de ceux qui
perfent raifonner juſte , font
furpris de voir que par un de
GALANT. 229
ces Articles , il a efté deffendu
la Princeffe Ragotski de
faire fçavoir auComte Tekely
fon Mary, les raiſons qui l'ont
obligée de rendre Mongats.
Ils fe perfuadent que cela pouvoit
bien plûroft fervir que
nuire aux affaires de l'Empereur
, & que ceuft efté un
foulagement à cette genereufe
Femme , de faire connoiftre
à fon Mary avant fa
mort , qu'elle n'avoit pû agir
d'une autre forte. Quand je
dis avant la mort de ce Comte
, je parle felon la croyance
d'un tres-grand nombre de
230 MERCURE
gens qui n'en veulent point
douter . Ils pretendent que
quand bien on n'auroit pas re
foluà Conftantinople de luy
ofter la tefte , on ne balancera
pas à le facrifier , dés qu'on y
aura appris la reddition de
Mongats. L'Officier Hongrois
qui a apporté les nouvelles
de la Capitulation
' , a
prefenté à l'Empereur les Lettres
Patentes, par lefquelles le
Grand Seigneur depofé , accordoit
au Comte Tekely le
tiltre de Prince de Hongrie ,
pour luy & fes Defcendans . Il
luy a auffi prefenté le grand
GALANT 2H
Etendart Turc , avec le Caftan
, & le Bonnet Ducal en
forme de Couronne , dont il
l'avoit honoré en le créant
Prince de Hongrie ..
La Lettre qui fuit eft fort
curieufe. Elle eſt écrite par
M Bernier. C'eft un homme
dont vous avez fouvent entendu
parler , & qui n'eſt pas
moins connu par fon efprit
que par fes Voyages . Il ne voit
rien fur quoy il ne faffe des
remarques auffi fçavantes que
judicieuſes , & vous en demeurerez
d'accord aprés la
lecture de cette Lettre.
232 MERCURE
2255552222 5252255
V
A M......
Ous me croyezfans doute
encore à Montpelier ,
partage où
oùfe
me voicy trois journées au delà ,
proche du point de
rendent les eaux de la Montagne
noire , pour faire la communication
des deux Mers par ce
fameux Canal, dont il n'eft pas
que vous n'ayez affez entenda
parler. C'est un Ouvrage à aller
voir du bout du monde . Je re
fçaurois trop en admirer la penfee
l'entreprife , je ne feay
GALANT. 233
en
comment l'execution n'en a pas
d'abord paru impoſſible. S'il n'avoit
fallu creufer que dans un
plat- Pays , & dans des Terres
molles , comme en Flandre
Hollande , je n'y trouverois rien
de trop extraordinaire . J'en ay
veu de mesme en Egypte , dans
la Mefopotamie & dans le Bengale
; mais de faire un Canal de
quarante lieues de long dans des
Pays de Montagnes , & quon
le foutienne la à my- cofte ; mais
de creufer à travers des Plaines
feches , dures & pierreuſes , &
defcarper des Rochers d'une prodigieufe
bauteur ; mais de percer
Fevrier 1688 . X
234 MERCURE
une Montagne , faire là une
belle voûte avec deux banquettes
des deux coftez pour donner un
cours libre à ce Canal ; mais de
des
faire paffer des Rivieres
Torrens , tantoft par deffus
tantoft par deffous ce mefme Canal
, par des Aqueducs de nouvelle
ftructure, & de l'invention
de ces deux grands Maiftres ,
M Vauban , & Mr Niquets
; faire un Refervoir entre
deux Montagnes , avec une
digue affez large & affezforte,
pour foutenir le poids & l'effort
de plus de douze cens mille muids
d'eau , fans compter qu'on le va
´GALANT. 235
augmenter du double en hauffant
la digue ; enfin faire monter des
Barques , & peut- eftre mefme
quelque jour des Galeres , par
deffus des Montagnes , celá en
verité à quelque chofe de bien
"
grand , & je ne fçay en quelle
part du Monde on a jamais vcu
de pareils travaux. Il eſt vray
qu'on n'a pas encore pourveu à
tous les inconveniens , qui la
plufpart viennent des
orages de
pluyes , des avalages , des éboulemens
de terre , des Rivieres &
des Torrens qui fe rencontrent
dans les Montagnes ; mais dans.
unfi grand Ouvrage , & qui a
Vij
236 MERCURE
tant de dépendances , le moyen
de prévoird'abord tous les acciders
d'y remedier tout d'un
coup ? Pour moy , je n'y voy rien
d'impoffible , je tiens qu'avec
le temps , la patience & la dé
penſe , on pourra enfin remedier
a tout.
JeJe ne dois pas icy cublier une
circonftance tres- conſiderable, en
ce qu'elle regarde ceux qui s'oe
cupent à la conduite des Eaux .
Le fait eft , qu'entre ce grand
nombre de differens Canaux qui
font le Canal entier , il y en a
un de fix à fept lieues de long ,
dans lequel l'eau coule d'un bout
GALANT. 237
•
de
Funs
à l'autre de pur niveau , fans
qu'il y ait aucune pente , & cela
a mon avis , par fon poids , &
parfa volubilité plûtoft que par
pouffement, ce qui eft contraire
au fentiment de feu M¹³ Picard
Mariote , & de quelques
uns de nos Amis qui font encore
pleinsde vie car je les
jours veu demander une certaine
pente fenfible ,comme par exem-
Eple unpiedtout au moins , fijay
bonne memoire ,fur chaque lieuë,
mais leur fentiment n'empefche›
pas que ce que je dis ne foit veritable
, fi l'on en doit croire à
tout le monde à ceux -là
2-
S
ay tou
238 MERCURE
mefme qui ont fait le Nivelage,
e qui n'y entendent point de
feneffe . Or cela eftant , il n'euft
point efté befoin de fe mettre fi
fort en peine , comme oonn aa fait ,
de la pente neceffaire pour faire
venir la Riviere d'Eure à Verfailles
, ny la Riviere d'Oure à
Paris , puis qu'une fort mediocre
cbûte d'eau dans un Canal.de
niveau auroit fuffi.
Il est dray que
l'eau ne conlera
pas fi vifte , mais faites le
Canal plus large à proportion de
la pente e de la vitesse que vous
fouhaiteriez , donnant ainfi plus
de face à l'eau , & vous aurez
GALANT. 239
།
AV
remedié à l'inconvenient. Du
reſte , je croirois bien qu'il fau
droit enfin dans une grande longueur
donner quelque chofe à ta
Sphericité de la Terre ; maisfept
Tienes , mais trente ou quarante
lieues qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou de Lizi
à Paris ; qu'est- ce que cela fur
neufàà dix mille qu'en peut avoir
le Globe de la Terre dans fon
circuit ? Voilà Monfieur ce
a obligé le Voyagenr curieux
à quitter pour quelqgnes jours le
beau Soleil de Montpelier . Dis
fons maintenant un mot du Con
bat des vents & des nuagesfi
qui
240 MERCURE
celebre en ces quartiers. C
Je
me trouve icy dans un
endroit du Monde aßez particulier
extraordinaire . C'eft
un Détroit entre les Alpes & les
Pyrenées ; il est ouvert de l'Orient
à l'Occident , il a quatre
a cinq lieues de largeurs & le
double de longueur. A l'Orient
il regarde la Mediteranée , &
les Plaines du bas Languedoc
Yoù font Beziers , Narbonne .
Pezenas , Montpellier , & plu
fieurs autres Villes . A l'Occident
il regarde l'Ocean, les Plaines
du haut Languedoc , où font les
Villes de Thouloufe , Montauban
.
GALANT 241
1
·
ban, Bordeaux , &c . Il est fait
comme une efpece d'Entonnoir ,
principalement du coſte de l'O-
<rient parce que dés fa forte
qui regarde la Mediteranée
les Montagnes s'étendent comme
deux grands bras à droite
a gauche , les Pyrenées vers
le Rouffillon & la Catalogne ,
les Alpes vers le Givaudan ,
Les Sevenes ,le Vivarets & le
Dauphiné , & il en eft à pen
prés de mefme du cofté qui regarde
P'Occident . Voilà la fituation du
lieu, & le champ de Bataille ordinaire
des vents d'Orient &
d'Occident, Le plaifir eft main
Fevrier 1688 .
X
242 MERCURE
tenant de fe trouver icy heureufement
un jour de Combat ,
de voir venir de loin de parte
d'autre des pelotons des ama
de nuages de toutes fortes de les
voirfe ferrer & s'épaiffir à mefure
qu'ils approchent , comme
pourroientfaire deux Armées Ènnemies
qui voudroient s'affronter
au paffage , à qui l'emporteroit ,
à qui repoufferoit fon Ennemy ,
& à qui paẞseroit la premiere.
Sont- ils joints , on les voit aux
prifes fe mefler , & comme fe
pouffer les uns les autres , ceux,
là prendre le deffus , ceux- cy
gliffer par deffous d'autres &
GALANT 243
s'échapper par les coftez ; cepen
dant le Ciel s'obscurcir ; pleu voir
beaucoup tandis que le combatfe
donne là haut, regner quelque
temps icy- bas une espece de
calme qui dure jusques à ce que
kun des deux vents arrefte l'autre
, le renverfe dans la Plaine,
l'abbatte par terre , & paſſe par
deffus car on remarque que celuy
qui a une fois på prendre le
deffus l'emporte enfin , & abbar
Pautre,
Mais ce qu'il y a de plus
bizarre en tout cecy eft , que
lors que l'un ou l'autre , l'Occidentalpar
exemple , a pousé fon
X ij
244 MERCURE
ennemy's & qu'il commence d'entrer
dans la Plaine , les nuages
•fe divifent d'abord en deux , à
droite à gauche desfaçon
qu'une partie s'en va coulant le
long des Pyrenées , & l'autre le
long des Alpes où ils tombent en
*** pluyes , au lieu que le vent defcendant
comme un torrent , s'en
va droit fe jetter er fe répandre
dans la Plaine , balayant l'air
de nuages , chaffant devant
foy vers l'Orient & la Mediter
Branée tous ceux qu'il rencontre en
chemin ; & c'est veritablement
ce qui nous donne ces beaux
jours clairs & fereins , & ces
GALANT. 245
beaux Soleils du bas Languedoc ;
mais ce qui nous donne auffi fouwent
des vents tres -impetueux ,
& quelquefois, comme ces quatre
dernieres années , des fechereffes
qui ruinent les moisjons , c'est
principalement de cette divifion
de nuages , dont j'espere que
vous me donnerez quelque bonne
raifon à mon retour , car je n'en
entens icy que de peu fatisfais
fantis.
M d'Eſtrées, Evefque , Duc
de Laon , Pair de France , &
Comte d'Anify , a fait dans
fon Dioceſe un établiſſement
digne de ſa pieté & de ſon
X iij
246 MERCURE
"
zele. Son nom fait l'éloge de
La naiffance , & l'action dont
je vais vous entretenir , fait
celuy de fa vertu . On ne peut
douter qu'elle ne foit aufli
ardente que pure , puis que
ce Prelat donne tous fes foins
dans fa jeuneſſe à fecourir
ceux qui travaillent avec luy
dans la vigne du Seigneur ,
& qu'il cherche par fes libe
ralitez à tenir lieu de Parent
aux Curez & aux Preftres , qui
aprés s'eftre appliquez longtemps
fans referve aux dévoirs
& aux fonctions de leurs Minifteres,
deviennent infirmes,
1
GALANT. 247
& ont befoin d'une retraite
pour finir leurs jours avec
douceur. Ils la trouveront à
l'avenir dans une Maifon que
vient d'établir ce digne Prelat
dans fa Ville Epifcopale .
Tous Curez ou Preftres de fon
Dioceſe , & melme ceux qui
n'en eſtant pas, y auront ſervy
l'efpace de quinze ans , y
pourront eftre receus , à la
charge d'obferver les Reglemens
& la difcipline de la
Maiſon fous la direction d'un
Superieur inftitué par l'Eveſque
. Cette fubordination n'étant
ordonnée que pour y
X iiij
248 MERCURE
entretenir le bon ordre &
non pas pour établir aucune
domination fur de bons Vieil-
>
lards » que leurs infirmiteż
peuvent
obliger
à cette re
traite , le droit du Superieur
ne doit eftre qu'une ſurveil
dance fut fes Confreres
& aprés
un avertiffement
fecret ,
s'il eft neceffaire de pourvoir
à leur conduite , il en donnera
avis à l'Evelque . On y a reglé
l'employ
du temps. La
Priere du matin commence
à
fix heures , & enfuite les Particuliers,
fans eftre tenus d'en
rendre aucun compte au Su
#
GALANT 249
"
C
"
perieur , peuvent reciter leur
Breviaire , dire la Meffe , étudier
, ou vaquer à leurs af
faires , chacun felon fes befoins
jufques au diſner , qui
fe fait à onze Ous heures
les &
jours , fice n'eft les jours de
jeûne , qu'on le recule d'une
demy heure. On n'y obſerve
autres abftinences ou jeûnes .
que felon les preceptes del Eglife,
& la nourriture eft fournie
aux Preftres d'une maniere
honnefte , & conforme à
leur eftat. Un Domestique
choifi pour cela , fait une
Lecture fpirituelle pendant le
250 MERCURE
difner & le fouper . On foupe
à fix heures , & il y a une feconde
Table , pour ceux que
leurs affaires empefchent de
fe rendre à l'heure reglée. La
porte de la rue eft ouverte à
cinq heures du matin depuis
Pafques jufques à la Touflaint ,
& à fix heures le tefte de l'année
, & tous les jours les clefs
font rendues à neuf heures du
foir au Superieur , qui la fait
ouvrir ou fermer plûtoft ou .
plus tard felon que le cas l'exige
. Si quelqu'un ne ſe trouve
point à la Priere , le Superieur
cft toujours facile à l'ex-
•
GALANT 251
tufer , quand c'eft quelque
infirmité qui l'en empefche.
On laiffe à tous les Preftres la
liberté de dire la Meffe fuivant
leur devotion , mais on
fouhaite que les non -infirmes
la celebrent au moins toutes
les Feftes & tous les Diman
ches , & qu'ils fe confeffent
tous les quinze jours à tels
Confeffeurs approuvez dans
le Diocefe qu'ils veulent
choifir. L'apreldinée ils recitent
les Matines & les Laudes
du jour fuivant, & fi quel
ques Femmes les demandent¸
ils peuvent les entretenir dans
22 MERCURE
la Court fans qu'on leur perametre
de les faire entrer ail-
-leurs. Chacun prend foin de
fon linge , & tout ce qui pa
roift neceffaire eft donné à
tous les membres de la Communauté
fans diftinction , &
avec beaucoup de charité , &
mefme à ceux qui n'ont apporté
aucune chofe . On ne
laiffe pas d'avoir un égard
particulier aux Preftres , qui
ont fourny de quoy ſuppléer
à leur dépenfe. Ceux d'entre
ces Ecclefiaftiques
qui fe font
rétablis de leurs infirmitez ,
ou qui croyent pouvoir fubGALANT.
253
fifter de leur bien , ont en tout
temps liberté entiere de fe
retirer & en ce cas on leur
rend tout ce qu'ils ont ap
porté en leur déduifant ce
qui a efté employé pour leur
ufage & pour leurs commoditez
particulieres. Ceux qui
ayant quelque pention ou
revenu veulent fe retirer en
cette Maifon , font tenus d'y
apporter jufqu'à la concurrence
de deux cens livres de
rente viagere pour leur nourriture.
On leur en laiffe pourtant
cinquante livres qu'on
les oblige d'employer à leur
254 MERCURE
mefme
entretien à la décharge de la
Communauté. La
chofe s'obferve à l'égard de
ceux qui apportent moins ;
on leur laiffe toujours une
pareille fomme de cinquante
livres pour leur entretien ,
quand mefme ils n'auroient
rien apporté de plus , le refte
va au profit de laCommunauté
. Quand quelque Particulier
meurt pendant qu'il eft dans
cette Maifon , tous les meubles
qu'il a apportez en y entrant
appartiennent à laCommunauté
, fi ce n'eſt que les
Heritiers les retirent, ce qu'ils
i
GALANT 255
peuvent faire dans le moisdu
jour du decés en payant cent
francs ,
Il n'y a rien ny de plus utile
ny de plus loüable que cet
établiffement . Il eft d'autant
plus capable d'attirer de nou
velles benedictions du Ciel
fur M'l'Evefque de Laon, &
fur les Ecclefiaftiques, quiont
bien voulu contribuer , chacun
felon fes forces , à l'entretien
de cette Maiſon , que l'ame
n'y eft pas moins interef
fée que le corps,puis que cherchant
à foulager les infirm
tez de l'un , l'autre fe fentira
256 MERCURE
des confolations fpirituelles ,
dont on eft fi fouvent privé à
la campagne , dans l'extremi
té redoutable des maladies
dangereuſes & mortelles . Mª
FAbbé Gouffault, Licentie de
la Maifon de Sorbonne , &
qui a eſté Conſeiller au Parlement
de Paris , a écrit là
deffus à un de fes Amis une
tres - belle & tres- éloquente
Lettre. Il dit ( & il a rai
fon de le penfer ) que tous
les gens de bien vont prendre
part à l'action de M'l'Evêque
de Laon & entrer dans les
veuës dans fes motifs , & dans
GALANT 257
12
fes intentions; que fon zele va
paffer de fon efprit & de fon
coeur,dansleroeur & dans l'ef
prit de plufieurs autres Prelats ,
de plufieurs Abbez , de plu-
Lieurs Laïques , & s'étendre
mefme juſqu'aux Femmes,qui
reconnoiffant l'utilité de ce
pieux établiffement, y contribueront
felon leur pouvoir
& fe feront un plaifir d'imi er
dans la Loy de Grace, celles de
Fancienne Loy , dont Moïfe
rapporte le zele, lors qu'aprés
fleur avoir parlé de faire un Tabernacle
, elles luy apporterent
leurs pendans d'oreilles &
Fevrier 1688. Y
258 MERCURE
leurs Bagues pour l'enrichir ,
en forte que faifant fervir au
culte de Dieu ce qu'elles avoient
de plus precieux , cet
illuftre témoignage de leur
pieté, fut l'autentique preu
ve du peu d'attacement qu'-
elles avoient à leurs parures ,
à leurs bijoux , & à leurs ornemens
. Aprés avoir donné
une idée particuliere du def
fein de M' l'Evefque de Laon,
il ajoûte qu'il eft bien glorieux
a cePrelat d'avoir fait pour fes
Preftres & pour les Curez infirmes
ou avancez en âge , ce
que le plus grand Monarque
GALANT 259
du monde a fait pour les Soldats
invalides ou bleffez.Voicy
ce qu'il dit de cette action
de Sa Majesté.
Quand je confidere LOUIS
LE GRAND , qui peut donner
la loy à toute l'Europe , s'a
baiffer jusqu'à prendre foin defes
Soldats qui ont efté les innocentes
victimes d'une juste Guer
re, & qui n'ayant presque plus
La figure d'hommes, portent neanmoins
fur eux les glorieufes marques
de leur fidelité de leur con
rage , de leur vertu , quand
je confidere , dis- je , Louis le
Grand s'abaiffer jufqu'à prendre
Y´ij
260 MERCURE
foin de ces hommes à demy morts
&à demy enfevelis , il mefem
ble que je luy vois deux balances
en main , dans lefquelles
toutes fes actions heroïques font
mifes pour en faire connoiftre le
merite & le prix's que moins elles
paroiffent avoir d'éclat d'une
part , plus elles paroiffent en a
voir de l'autre , & que plus Sa
Majesté s'abaiſſe en faveur de
quelques- uns de fes Sujets , plus
Ellefe releve aux yeux de tous
fes Peuples; tant il eft vray qu'il
eft aisé de juger par cette conduite
Royale , qu'il n'y a point de
Prince qui foit plus digne de
GALANT. 268
COL
monter fur le Trône , que celuy
qui par un excés de bonté pour
Jes Sujets en fçait mieux def
cendre.
Ml'Abbé Gouffault paffe
de là au merite de l'action de
M' de Laon. Il fait voir qu'il
ofte aux Curez , le pretexte
que leur donne la fauffe &
humaine prudence d'amaffer
de l'argent , pour ſe mettre
hors de la neceffité quand ils
ne feront plus en âge de rendre
fervice , & qu'ils auront
befoin de fecours , ce qui a
une aparence d'avarice qu'on
ne peut s'empefcher de con
262 MERCURE
damner , L'établiſſement qui
vient de fe faire , ne leur doit
plus laiffer d'inquietude, puis
qu'après avoir travaillé autant
que leur âge & leur fanté le
pourront permettre , ils n'auront
qu'à fe repofer fur les
foins de leur Prelat , & fur les
fonds feurement établis pour
leur fubfiftance. D'ailleurs les
Curez ne feront plus dans la
neceffité de créer des penfions
fouvent plus fortes que ne les
peuvent porter leurs Benefi
ces . Ils n'auront plus auffi la
foibleffe de les refigner à des
Parens ou à des Sujets peu caGALANT.
263
pables de bien remplir leurs
devoirs, Eftant affeurez que
rien ne leur manquera , ils
ne fechargeront plus du foin
de fe faire à leur gré , & felon
leurs interefts, des Succeffeurs ;
ils en laifferont le choix & la
nomination al celuy à qui
Dieu les a foumis & qu'ils
reconnoiffent pour leur Superieur.
Les Paroiffes en feront
mieux defferviés , les
Peuples s'en trouveront édi
fiez l'Eglife aura des Miniftres
moins intereffez & plus
affectionnez , & Dieu en fera
plus craint , plus aimé ) plus
?
264 MERCURE
loué , & plus glorifié par
tout.
gc
pas
Je vous envoye un Ouvradont
le titre ne vous fera
deviner tout ce qu'il contient
; mais je me tiens affeuré
que vous n'aurez fi-toft
pas
achevé de le lire , que
vous
en recommencerez
la lecture
,
tant
vous
trouverez
qu'il
en- gage
à de ferieuſes
reflexions
,
C'est
l'extrait
d'un
Sermon
prefché
à S. Jean
en Greve
par M l'Abbé
Faydit
, le jour
de S. Polycarpe
Martyr
, E- vefque
de Smirne
. Cet Abbé
dont
le merite
s'est
fait
con
noftre
GALANT 265
Roiftre d'une maniere fi avan
rageufe , aprés avoir dit que
la Prudence eft une des ver-
S. Paul demande dans
tus
que
&
un Evefque , ajoûta ce qui
fuit.
L'Hiftoire Ecclefiaftique nous
fournit une excellente preuve de
La prudence de S.Polycarpe.Il s'é
leva defon temps de grandes conteftations
une furieuſe diſpute
entre les Eglifes d'Afie celle de
Rome,fur la Pafque . Les Afiati
ques la celebroient le 14.jour de la
Lune , comme les Juifs, &fe défendoient
par la poffeffion immemoriale
où ils eftoient de la faire
Fevrier 1688 Z
266 MERCURE
ce jour- là , rdifoient que l' Apo
fire SaintJean , leur Fondateur,
leur avoit ordonné , ou tout au
moins permis d'en ufer ainfi. Ro
me au contraire , toûjours jaløn,
fe de fon autorité, vouloit qu'on
ne la celebraft que le Dimanche
aprés le 14:
de la Lune , qui eft le
jour de la Refurrection » s'ap
puyoit fur la tradition encore vi
vante, que S. Pierre & S. Paul
luy avoient laißée en y prefchant
l'Evangile ; fur la preéminence
de fon Siege , à qui il appartient,
difoit- elle , de regler tout ce qui
concerne la Difcipline Ecclefiafique
; enfin fur l'exemple de
GALANT. 267
t
toute l'Eglife Occidentale , &
mefme d'une bonne partie de celle
d'Orient, qui celebroït la Paſque
le mesme jour qu'on la faifoit à
Rome, & dans le fond elle avoit
raifon. Mais comme il est natuwel,
mefme louable à chaque
Eglife , de conferver fes coûtumes
& fa poffeßion , felon cette
belle parole de S. Ferôme , inferée
dans le Droit Canon , Unaquæque
Ecclefia ferver fuum
morem les Afatiques sopiniâtrerent
fi fort à maintenir
la leur , que l'Eglife eftoit menacée
d'un Schifme . Tout l'Orient
dans un fi preffant danger
Zij
268 MERCURE
refolut de députer à Rome , &
pour ce fujet on chercha le plus
prudent & le plusfage homme du
pays, pour faire deux chofes prefque
incompatibles ; je veux dire,
pour conferver d'une part le droit
la coutume des Afiatiques, &
empefcher de l'autre que les cho
fes n'en vinffent à une rapture
& à une feparation d'avec Ro
me. S. Polycarpe d'un commun
confentementfut chaifi pourcette
importante & delicate negocia
tion, preuve infaillible de la ban
te opinion qu'on avoit defa pruž
dence,
En effet it fit les deux chofes
GALANT. ६.
269
que
qu'onfouhaitoit de luy ; car d'une
part il maintint l'Eglife dans fa
poffeffion ; & de l'autre non feulement
le Pape S. Anicet ne l'excommunia
pas , & ne lança pas
contre luy ces foudres fiodienfes,
dont on ne fe doit jamais fervir
dans les dernieres extremitez
, pour punir des fcelerats ou
des Heretiques mais il communiqua
au contraire toûjours avec
Juy & avec l'Afie Mineure juf
qu'à la mort. Non feulement il
ne refufa pas audience à Polycarpe
mais reſpectant en luy le
caractere d' Ambassadeur , & de
Député de l'Afie , il l'écouta , il
Z iij
270 MERCURE
confera , il difputa plufieurs foir
avec luy , & trouva bon qu'il
fist valoir les raisons qu'il avoit
à luy dire pour la défenfe d'une
coûtume dont il eftoit en poffeffion.
Non feulement ce faint Pape
n'interdit point l'Eglife où Saint
Polycarpe avoit affifié aux divins
Mifteres , & receu l'Euchariftie
avec les autres Fidelles,
qui faifoient alors leur Synaxe
dans les Catacombes , tous les Dimanches
, mais au contraire il le
pria , & l'obligea , comme le remarquent
expreffement Eufebe
SaintJerome, de dire la Miffe
en fa place dans fon Eglife , de
GALANT. 271
celebrer Pontificalement pour luy,
de confacrer,& diftribuer le
Sacrement adorable de l'Euchariftie,
qui eft , felon S. Auguftin,
le Sceau de l'unité le lien de la
Charité des Fidelles ; Signum
unitatis , & vinculum charitatis
. Voilà comme en ufoient les
Saints de ce temps heureux de la
primitive Eglife , & des Saints ,
qui ont efte d'illuftres Martyrs ,
& des Saints qui avoient efté
inftruits par les Apoftres , ou par
leurs Difciples , dont ils avoient
appris les veritables regles par
lefquelles ils devoient fe conduire
dans le gouvernement de l'Eglis
Z iiij
272 MERCURE
Les comme parle S. Paul, Quo
modo te converfari oporteat
in domo Dei quæ eft Ecclefia.
La moderation de S. Anicet
buy a fait honneur dans tous les
Siecles. Il n'y a point d'homme
fage qui ne l'ait loué , & ne le
boue encore aujourd'huy d'une
conduite fi Chreftienne . Mais an
contraire le Pape Victor , un de
Jes Succeffeurs s'est fait un
tort extrême , & a perdu dans
l'esprit de toute la pofterité cette
baute opinion qu'on avoit euë
d'abord defafainteté , & de fa
vertu, pourn'avoir pas gardéfur
GALANT. 273
te mefme fujet les mesmes mefu
res, & s'eftre laiẞé emporter aux
mouvemens impetueux du genie
des gens de fa Nation ; cars il
eftoit Efpagnol , ou comme difent
d'autres, Africain. Tous les Peres
generalement qui ont parlé de fa
difpute contre les Afatiques, &
entre autres S.Ferôme , l'homme
du monde le plus affectionné au
faint Siege , l'ont accusé de dureté
, de chaleur indifcrete, d'emportement
, de brufqueric , &
d'une colere exceffive , AMETRA
THERMANTHEIS > dit Socrate.
Ils l'ont tous unanimement blámé
d'en avoir usé comme il fit
274 MERCURE
envers Saint Polycrate , Evefque
d'Ephefe , fucceffeur do
Saint Polycarpe dans fa Députation
a Rome , de ce que fans
avoir d'égard à fon caractere ,
il n'avoit point voulu l'écouter,
ny mesme communiquer avec
luy. Ils ont tous regardé com ,
me une faute groffiere , comme
un abus manifefte de la puif.
Lance que Dieuluy avoit confiée,
cette temerité avec laquelle ce
violent Pape ofa excommunier
Polycrate , & ceux qui l'avoient
envoyé, & afficher par tout , le
Placard de leur
Excommunication
. Ce font les propres termes
GALANT. 275
1
d'Euſebe. Et denotat , per fcripta
denuntians omnes illic
fratres prorfus excommunica
Tos. Eufeb.Hift. Ecclef. 1.v.cap.
24. pag. 192. Edit. Valef.Toutes
les Eglifes du monde murmurent
d'une riguenr fi outrée ; mais fur
tout l'Eglife Gallicane , qui dés
fa naiffance & fon berceau pour
ainfi dire 2
a eu des Evefques
des Preftres diftinguez , par
teur fufifance & leur pieté au
deffus de ceux des autres Eglifes ,
s'en plaignit hautement ; & dépu
ta S. Irenée à Rome vers le Pape
Victor ,pour luy reprefenterl'injustice
de leur procedé ; luy arra276
MERCURE
cher les foudres des mains
tuy remontrer la nullité de cette
Excommunication ; & comme
un fimple appel au futur Concile
la rendroit inutile . En effet,
Policrate fortit de Rome aprés
avoir fait la Proteftation que
mous lifons encore aujourd'huy
dans le Traité de Scriptoribus
Ecclefiafticis de S. Jerômez
quoy qu'il n'y appelle point en
termes formels au futur Concile ,
peut- eftre par un reste de reſpect
qu'il avoit encore pour Victor
cependant comme il eft certain
que cette grande questionfur la
Pafque , ne fut terminée que par
•
&
GALANT. 277
afon
te Concile general de Nicée, qui
fut tenu plus de cent ans aprés
te Placard de Victor , & que non
feulement on ne défera pas à
Excommunication, mais que tou
tes les Eglifes du monde au con
eraire , & fur tout l'Eglife Gal
licane , continuerent de vivre
dans une parfaite union & in
telligence avec celle d'Afie , &
que les Succeffeurs mefme de Vi
tor garderen't avec elles le lien
de paix ; il y a toutes les appa
reuces que ce fut en vertu d'un
appel qu'on rendit vaines toutes
fes procedures .Quoy qu'il enfoir,
sette Excommunication fut com
278 MERCURE
me fielle n'avoit pas eflé.On n'en
tint aucun compte , & Eufebe
fe contente de dire que Victor tâ
cha de feparer les Afiatiques de
la Communion de l'Eglife , comme
pour infinuer qu'il voulut
bien qu'on les regardaft comme
des Excommuniez mais qu'il ne
put y reüffer.
Je vous dis toutes ces chofes,
Chretiens , non feulement pour
vousfaire admirer la prudence du
Saint dont nous celebrons aujourd'huyla
Fefte, & dont wouspof
fedez icyles Reliques , mais auffi
pour vous faire voir que les plus
grands Saints , & les plus illu
GALANT. 279
Ares Perfonnages ont eu quelquefois
des démélez avec Rome,
afin que vous ne vous fcandalifiez
pas lors que de femblables
chofes arrivent ; &fur tout
que les Heretiques ne foient pas
firidicules fi déraisonnables
que d'en prendre occafion d'infulter
aux Catholiques , fur ce
qu'ils font , comme ils doivent
eftre , pleins de reſpect & d'attachement
pour le faint Siege,
Ce que je vais vous apprendre
donnera fans doute du
plaifir anx curieux Sçavans de
voltre Province . Il y a quel
280 MERCURE
rs
"
ques années que Mts de l'A
cademie
des Sciences
, & particulierement
M ' Huguens
,
firent faire plufieurs
expe
riences par M Thuret , qui
ne vous eft pas moins connu,
fa grande habileté
dans
l'Art dont il fe mefle , que
par ce que je vous ay dit de
luy en plufieurs
occafions
.
Ces experiences
furent faites
en divers endroits
du monde.
pour rendre les Pendules
portatives
fur Mer , & trouver
par
ce moyen les Longitudes
, ce
qui réüffit bien pour
rantir de l'agitation
des Vail,
les
gar
GALANT. 281
e
I
a
Teaux. La Cayenne eſt un des
endroits où ils
envoyerent ,
& M' Richer y alla.La Cayenne
, comme vous fçavez , eft
une lle de l'Amerique , environà
quatre degrez de l'Equateur
. M Richer y fit quelques
Obfervations
Aftronomiques
, & l'épreuve des Pendules
fur.Mer . Il trouva que
icelles qu'il avoit portées , qui
11 font de grandes Pendules à
fecondes , ne s'accordoient
plus au moyen mouvement
du Soleil , quoy qu'il ne s'y
fuft fait aucun
changement .
Il remarqua que ces Horloges
Fevrier 1688. A a
282MERCURE
retardoient confiderable
ment , ce qui luy donna lieu
de regarder avec une mefure
qui eft justement ce que doit.
avoir la longueur d'une verge
de Pendule , depuis ſa ſuſpenfion
jufques au ceintre de k
boule ou Lentille, qui eft trois
pieds huit lignes , & quoy
qu'il cuft trouvé que cette
melure s'accordoit parfaitement
bien, il fut neanmoins
contraint de racourcir la verge
de la Pendule de plus d'une
ligne pour remettre l'Horloge
au moyen mouvement
du Soleil. Ce changement
GALANT. 29 :
-A
4
la dont on ne connoiſt pas
caufe a donné lieu à plufieure
raifonnemens
. Quelques- uns
l'attribuent aux divers mou
vemens de la Terre , qui eft
beaucoup plus rapide aux plus
grands cercles , la Cayenne
eftant proche de l'Equateur
Cette difficulté a fair negli
ger la recherche des longitu
les Horloges
, parce
des
par
qu'on
a cru
qu'à
differente
élevation
la
Pendule
devoit
changer
de
longueur
. C'eſt
à
quoy
M
Huguens
pretend
avoir
remedié
par
des
Obfervations
que
des
gens
qu'il
a
Aa ij
284 MERCURE
envoyez au Cap de Bonne
Efperance
y ont faites avec
un foin tres - exact . Ils ont
obfervé
tous ces changemens
,
& luy en ont fait un rapport
fidelle
. Ainfi
il promet
de
donner des regles certaines
pour la difference
de la longueur
que doivent avoir les
Pendules fuivant la differente
latitude
ce qui fera fort confiderable
pour le grand deffein
de trouver
les longitu
des.
Je ne dois pas oublier de
wous dire en vous parlant des
Pendules que l'illuftre M
I
!
GALANT 28
1
Romer a depuis peu trouvé
une machine pour faire une
Horloge qui montrera le Ba-
Tometre , le Thermometre
des Vents & la pluye, ce qu'on
a inutilement tenté en Angleterre
. On ne doute point
qu'un fi excellent homme
n'en vienne à bout.
Nous avons perdu M' le
Marquis du Quefne , Lieute
nant General des Armées Navales
du Roy , dans fa quatrevingt-
quatrième année. Il eft
mort fubitement au commencement
de ce mois , en fe
fettant au lit pour fe cou286
MERCURE
cher , & en donnant des or
dres à fes Domestiques
pour
des chofes qui fuffent execu
rées le lendemain. M
Quefne fon Pere eftoit dei
du
Dieppe . Aprés avoir efté Capitaine
d'un petit Vaiſſeau
Marchand,il allaen Suede , &
il y fut employé dans la Guer
re que le Roy de Suede cut
avec le Roy de Dannemark &
les Hollandois. Il y mena M
du Quefne fon Fils, qui àl'âge
de vingt- deux ans fut fait Capitaine
d'un Vaiffeau de Guerre
. C'est celuy dont jevous ap
prens la mort .Ce Fils étant reGALANT.
287
3
ON
15
venu enFrance eut leComma
dement d'un autre Vaiffeaut
de Guerre par la faveur de M
'Archevefque de Bordeaux;
à qui M le Cardinal de Ri
chelieu avoit donné la Charge
de Vice- Amiral › qu'il
exerçoit fous luy. Depuis ce
temps- là , il a paffe plus de
cinquante ans dans le fervice,
& comme fous le Regne du
Roy , il fuffit de bien faire
pour eftre recompenfé , ce
Marquis eft non feulement
parvenu d'employ en employ
jufques à celuy de Lieutenant
General des Armées Navales
288 MERCURE
de Sa Majefté , mais il a auf
fenty fouvent des effets de la
magnificence , & de la liberalité
de ce Monarque , & il
eft mort poffeffeur de deux
grandes Terres qu'il avoit acquifes
par ce moyen , dont
l'une eft la Baronnie Deaubonne,
& l'autre la Terre du
Bouchet , qui eft tres- confiderable.
Il n'y a que trois
Lieutenans Generaux de Mer,
& il eftoit un des plus anciens
. Les deux autres font
M ' le Marquis de Preuilly de
Humieres , & M' le Chevalier
de Tourville , M le Chevalier
Sxo o pide
GALANT 289
•
de Chaſteau- Renaud vient
d'eftre nommé à la Place de
M du Quefne , & M le Marquis
de Nefmond a efté fait
Chef d'Efcadre . On affeure
auffi que M´s de Coetlogon
& Derelingue , ont efté grati
fiez chacun d'une Penfion .,
Le 21. de ce mois , M l'Abbé
de Croiffy fouſtint une
Thefe en Sorbonne, pour ef
tre receu Bachelier. L'Affemblée
fut illuftre & fort nombreuſe
, & il feroit difficile
d'en voir une plus belle en
aucun lieu du monde. La
Cour , le Clergé , ce qu il y
Fevrier 1688 Bb
290 MERCURE
avoit icy de Princes & de Miniſtres
Etrangers ; enfin toutes
les Perfonnes diftinguées
qui
eftoient alors à Paris,s y trouverent
, ou femirent en eftat
des y trouver , car plufieurs ne
purent approcher de la porte,
M' l'Abbé de Croiffy n'a que
vingt ans , mais on peut dire
que fon efprit en avoit ce
jour - là plus de quarante , s'il
eſt permis de fe fervir de cette
expreffion . On ne fçauroit
l'avoir, plus prefent ›
moins embaraflé , & plus net .
Il ne répondoit pas feulement
a ceux qui l'attaquoient, mais
T
GALANT 291
ne
>
encore à ceux qui l'entretenoient
pendant la difpute.
Jay fceu de gens tres dignes
de foy que par deffus cette
force& cette vivacité d'efprit
dont je vous parle , il a toutés
les belles qualitez quifont
neceffaires pour faire un parfaitement
honnefte homme.
Le Carnaval eftant une faifon
où les Mariages font frequens,
il s'en eft fait beaucoup
de confiderables, Je vous
ay déja entretenuë de plufieurs
, & il me reste encore à
vous en apprendre trois. M
Je Marquis du Roure a épousé
C
Bb
ij
282 MER CURÆ
22.
F
Mademoiſelle de la Forcel;
Fille d'honneur de Madame
la Dauphine . Il n'eft pass ne
ceffaire de vous rien dirende
Ja Maifon de la Force , elle
eft affez connue , & quand
une Demoiſelle compte des
Maréchaux de France & des
Ducs & Pairs dans fa Maifon,
elle peut fe vanter d'eftre de
bonne Naiffance. Le nouvel
Epoux eft encore jeune.Mile
Comte du Roure fon Pere eft
Lieutenant de Roy de Languedoc,
& l'un des plus zelez
ferviteurs de Sa Majesté. Il At
originaire d'une ancienne &
GALANT 293
Tre
Ex
·
$2.2
illuftre Maifon d'Italic. Ma
dame la Comteffe du Roure
fa Femme a brillé à la Cour
fous le nom de Mademoiſelle
d'Arcigny. Elle eſtoir Fille
d'honneur de Madame.____
esbLe fecond Mariage dont
Jayà vous parler , eft celuy de
M de Befmos . Fils de M de
Montlefun , Seigneur de Bef
OU mas en Guyenne Gouver
neur de la Bastille , & qui a
fefté Capitaine des Gardes de
1 Mile Cardinal Mazarin. II
zalépoufe Mademoiſelle de
Vilacerf , Fille de M le Matsquis
de Vilacerf, qui a efte
Bb iij
294 MERCURE
premier Maiftre d'Hoftel de
la feue Reyne , & Niece de
M.le Marquis
de S. Poange,
Elle eft extremement
jeune ,
& ce mariage arrefté entre les
Parens il y a déja quelques
années , n'avoit efté differé
que par fon peu d'âge.
Jay encore à vous parler
de celuy de M Turgot de
Somont, & de Mademoifelle
de Soufy. Elle eft auff fort
jeune, & n'a que quatorze ans,
& M Turgot dix neuf. Il eft
Fils de M Turgot de Somont
, Maitre des Reque
ftes , & Neveu de M¹ Turgot
2
GALANT. 295
13
So
oat
Cur
tre
de S. Clair , auffi Maitre des
Requeftes, dont le Pere eftoit
Confeiller d'Etat , & d'une
ancienne Nobleffe de Nor
mandie. Cette Famillea deux
branches. On appelle celle
qui a pris le party de l'Epée ,
Turgot de Tourailles ; l'autre
vouuss eft connue par ceux que
je viens de vous nommer. Il
ya cu au Parlement deRouën
deux Prefidens au Mortier de
ce mefme nom , l'Oncle & le
Neveu , ils font morts tous
deux fans avoir pris d'Al
liance. Vous ſçavez fans dou
te que M de Soufy eft In-
Bb iij
296 MERCURB
2
tehdant des Finaces , & Frere!
de M le Pelletier ) Contro
leur General Prefident am
Mortier , & Miniftre d'Ed
tarvi albert hoflit
Je viens à l'Article des E-!
nigmes. Le mot de la preb
miere eft te Laurier' ; & vot- !
cy les noms de ceux qui l'ont
expliquée. M Bouchet , ancien
Curé de Nogent kel
Roy ; le Prefident Etienne
de Senlis ; Goffemant de
Troyes Avocat en la Cour ;
le Roy le Fils , du Griffon d'or
de la rue S. Antoine; Putreau
tot & Daller de Caudebec .
rs
GALANT 207
la
TEpinay Buret de Vitré , de
Senlis la Croix Henry Se
nechal de Comté de Pont-
¿ ` briant en Bretagne ; Tami
rifte de la ruë de la Cerifaye ;
le Chevalier des Maronniers ,
de la rue de l'Arbre - feest
l'Auteur de la Chanfon des
Filles de Laon en Picardie ; le
fameux Janot de la rue des
Lombards ; le Solitaire de la
rue des Arcis ; Amiftacry
Amant inconftant ; l'Amant
fans Maistrelle de la rue des
Preftres le Directeur du Pas!
fais de Bacchus , de la rue de
L'Arbre-fee; l'Indifferent mal298
MERCURE
gré luy , de la rue Percée , le
Prodige inconnu de l'Ifle
Noftre Dame, le Longie ambulant
, de la rue des Preftres
Qui renonce à Bacchus en fa,
veur de Venus ; le Directeur
du Palais de Venus , de la rue ,
de l'Arbre -fec ; l'Hiftorien
du Vivien de la mefme rue
Le nouvel Oedipe de Poitiers;
le Voifin de la fiere Brune de
la porte de Paris ; la Gentilleffe
de la rue des Sept-voyes,
Amant de la belle Pr . de Sen
lis , Heureux infortuné de la
rue du Fouare ; le Berger
1'Anagramme , Siecké d'amour,
GALANT. 299
se
་
Mcfdemoifelles Gallart , der
Melun , le Leu l'aifnée ; del
Chaftillon en Bafois ; Daphné
de Surinam ; Loüife - Lucie
Franco - Batave la Dame a
l'Anagramme , Pune image de
vertu; Diane d'Alclzon ; la
nouvelle Mariée de la rue du
Mouton ; l'aifnée des deux
aimables Soeurs de la tue Jean
Pain molet la fpirituelle
Gotton de la rue des Lombards
: l'aimable Marton del
Ja Ville de Grenoble : l'aima
ble L.de de la rue Saint Louis
du Marais la fçavante de l'Ifle
Noftre - Dame : l'aimable Veu
4
300 MERCURE
yeve de la rue des Quatre- Als
la fpirituelle Lolotte du coin
de la ruede Torigny:la Dame
du Pleffis-Piquet de la porte
S. Michel la petite Brune
qui danfe bien le Menuce , le
jeune de Larivoire de la rue
des Mauvaifes paroles , la Belle
aux deux Soleils du Ponteaude-
Mer , l'aimable Maiftreffe
de l'Organilte Lorraiffyg
La feconde Emgme , done
le mot eftoit
12 Féve
, a efte
expliquée par M le Tailleur
de Ponteau- de-Mer ; Vigeon
Vallier de Beauvais , & le Fou
gueux Clerc Breton de la rue
30 020
2
GALANT 301
rs
gc-
Sainte- Avoyé. Ceux qui ont
trouvé le vray fens de l'une
& de l'autre , font M Guerin
d'Annonay ; les deux fameux
Folopes de Gaudebec la plus
belle Vierge de Rouen ; l'Oncle
de la belle Blonde au fourcil
brun : le Poupon de la rue
Aubriboucher : les deux
nies fidelles de la porte de
Beauvais d'Amiens : la Spiri
quelle fan vouloir l'eftre , &
la belle Pierre d'attente,
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere
eft de M' de la Prairie Cairon,
Profeffeur des Mathemati
ques à Caën,
302 MERCURE
ENIGME.
IN
Nconnue à beaucoup de gens
On dispute depuis long- temps ,
Sidans ma fonction jay des droits
legitimes,
Mais quoy
quoy qu'il en puiffe eftre ; il
eft
certain
, Lecteur ,
Queje mets aujour bien des crimes.
Quand on éprouve ma rigueur
Ileft bien fin qui fe peut taire ,
Le plus ferme fuccombe à mon cruel
efforts,
«Et fatale aux méchans » jefuis pour
Pardinaire
L'avant - courriere de leur mort.
Hasmara ab
GALANT 303
AUTRE ENIGME.
1
Ca
Haque chofe a fon temps , aujourd
hayjay le mien,
Quoy que je ne fois pas plus qu'un
autre
commode
, C
Sans moy l'on ne peut eftre bien,
A l'envy Pon fuit ma metode.
L'ay commencé deparoiftre à la Cour,
Auffifuis-je un Enfant de France,
Etje dois mon eftre & le jour
Au Roy qui fait le plus redouterfa
puiffance.
Sur luy j'exerce mon employ ,
Et la Garde qui l'environne ,
N'approche pas fiprés que moy
Defon Augufte & Royalepersonne.
Comme il eftde fon Peuple autant
Pere que Roy
J
Il veut qu'à tous je fois utile,
Et je viens faire dans la ville
304 MERCURE
Comme à la Cour ce queje dop.
On me voit dans ces lieux de plus
d'une maniere ,
Et dans le temps que le Roy dey
Saifons
Brille avec moins d'éclat , répand
moins de Lumiere
C'est alors que je fais paroistre mes
rayons.
L'or & l'argent joints à mon luftre
En relevent beaucoup l'éclat,
Et je fuis l'ornement d'unfat
Comme celuy d'un homme illuftre.
l'ay pour charmes la nouveauté
Etj'ay touché le coeur de plus d'une
beauté;
utilité.
De chacun je touche l'envie,
Et je fuis auffi dans la vie
D'une tres-grande utili
Ad nirez des gens l'injustice ,
Quay quejefoispaifible & dons,
GALANT 305
on me perce de mille coups
Quand je dois rendre un bon
Service ,
On me fait piş encor on me taille en
morceaux
Et l'on me laiffe- là quand je fuis par
lambeaux
" Les Vers de la feconde
Chanfon que je vous envoye
font de Mademoiſelle Pafcal .
Ils ont effe mis en Air par
le mefme M de Montailly ,
dont je vous ay déja parlé
dans cette Lettre. Vous en
devez attendre beaucoup ,
puis qu'il a joint à la fçience
de Mufique la connoiffance
du François à l'égard du
Fevrier 1688.
15
Cc
206 MERCURE
chant , & la methode de bien
chanter qu'il a pratiquée fous
M. de Bacilly , chez qui il a
demeuré pendant quatre ans.
AIR NOUVEAU.
A
Imables Bois , Boccagesfom
bres
Charmesfecrets des tendres coeurs,
Pour cacher à Philis mes naiffantes
Langueurs
Je ne cherche plus que vos ombres.
Des que je vis fes yeux , mon coeur
fentit leurscoups ,
Cependant le refpect que cette Belle
infpire
Me fait éprouver un martyre
Dontje n'ofe parler qu'à vous.
GALANT 307
Je vois icy tout le monde dans
vois icy, tout le
es fentimens ou vous me mander
qu'on eft dans votre Province
J'égard des Poefies Paftorales de M.
ce Fontenelle . On trouve que ces
Iglogues ont toute la delicateffe
que peuvent avoir les Ouvrages de
cate nature ; mais beaucoup de nos
Savans ont peine à luy pardonner
Jaliberté qu'il fe donne de ne pas
etrer entierement dans la fuperfti
tufe admiration qu'ils font paroite
pour les Anciens . Ils ne veulent
fas qu'ils foit permis de rien condamner
de ce qu'ils ont fait , &
ceft parmy eux une espece de Religion
de les adorer jufqu'en leurs
défauts. Il eft certain que le gouft
des Anciens eft un fort bon gouft ,
mais il ne doit pas eftre deffendu de
les examiner par foy -meſme , & ce
Cc ij
308 MERCURE
Teroit une étrange fervitude d'entre
obligé de les reconnoiftre fur la foy
d'autruy , pour gens qui ont attein
la perfection en toutes chofes. Chr
cum eft libre dans fes jugemens
& peut s'en expliquer à fes rifquet
C'est ce que M. de Fontenele
vient de faire dans l'Ouvrage qi
attire contre luy un party fi reda-
狙
table. Il dit ce qu'il penſe , & ile
dit d'une maniere affée , fine
agreable , fans qu'il pretende de
voir faire autorité , ny blamer ceu
qui ne font pas de fon fentiment.
Je vous envoyeray dans quinze
jours deux Livres nouveaux dont
le Sicur Guerout , Libraite dans
la Court-neuve du Palais doit
commencer le debit en ce temps
là Lim
eft intitulé le Mary Taloux,
Ceft une Hiftoriette galante, com
GALANTM 309
#
pofée par une perfonne de vostre
• Texe dont la reputation vous aft
fort connue. Elle a déja fait divers
Ouvrages qui luy ont attiré beaucoup
d'eftime . Vous trouverez infiniment
de l'efprit dans celuy-cy,
Il vous fera aifé de connoiftre par
les Caracteres qu'elle donne aux
-Perfonnages qui font le noeud de
1'Hiftoriette , que les chofes fe font
effectivemem paffées de la maniere
qu'elle les raconte , & qu'elle ne
rapporte aucun incident qui ne foit
vray .Ainfi l'on peut affeurer qu'elle
a travaillé d'aprés Nature. Je vous
en diray davantage la premiere
fois.
C
L'autre Ouvrage qui doit paroiftre
dans le mefme temps , eft une
fuite des Dialogues Satyriques &
Moraux,, de M. Petit de Rouen
310 MERCURE
Vous m'avez marqué eftre fi contente
de la premiere partie , qu'il y
a grande apparence que vous lirez
la feconde avec le mefme plaifir.
On m'affeure que parmy ces Dialogues
nouveaux , il y en a un d'u
ne nature à exciter de la curiofité
à tout le monde . Je fçay que h
matiere vous fera fort agreable.
Elle eft du temps, & regarde beaucoup
de Perfonnes que vous eftimez
.
Je ne vous dis rien du Couronnement
du nouveau Sultan. Les revolutions
arrivées dans l'Empire
Turc depuis la prise d'Effex , meritent
bien une Lettre entiere. Je'
travaille à amaffer des Memoires,
& j'en ay déja beaucoup qui contiennent
des choles qui n'ont point
encore efté rendues publiques. J'e
GALANT. 31
00
+
be
pere vous envoyer dans deux mois
T'Hiftoire de ces Revolutions , où
vous trouverez ce qui s'eft paffé
dans cet Empire depuis la levée du
Siege de Vienne , jufqu'au jour que
ma Lettre paroiftra . Je fuis , Madame
, voſtre , & c.
A Paris le 29. Fevrier 1688.
LITOR
Leste
THALO
2255552222525 EE55
TABLE.
Difcoursfurla Gloire.
Pours
Relude.
Moris.
Lettre.
41
33
62
Eglogue.
Memoire contenant divers Article's
curieuxfur les Affaires de la Religion.
67
Profeffion d'une nouvelle Convertie
Edit. 87
Vers en maniere de petit Opera , propres
à mettre en chant. 181
Reception faite à Malthe à Milord
Fits-Iames , Fils naturel du Roy'
d'Angleterre.
Le Quinquina d'Amour.
119
121
M
TABLE.
3. de Bechamel jouit du privilege
d'entrer en Carroffe jufques au
-pied de l'Escalier de Moufieur. 126
M. Terra eft receu Chancelier de fon
~Alteffe Royale.
Galanterie.
127
128
Saere de M. l'Evefque de Quebec. 141
143
Miſſion.
Vers de Petonne àfa Maistreffe. 147
Hiftoire.
Lettre écrite de Ratisbonne,
152
ΙΖΙ
Profeffion de Mademoiselle de Loubes.
185
Reception faite à Monfieur par M. le
Marquis de Langlée .
Etat des Affaires d'Alger.
181
188
Article concernant la Chambre Royale
de Medecine établie à Paris on
*1673 196
Harangue faite à M. le Chancelier.
Fevrier 1688.
202
Dd
TABLE:
Reduction de la Fortereffe de Mon
gats , avec les Articles de la Ca
pitulation.
211
222
Lettre de M. Bernier touchant ↳
jonction des deux Mers .
Etablissement fait par M. de Laon ,
en faveur des Curez de fon Dio
cefe qui auront fervy l'espace de
quinze ans.
Extrait d'un Sermon preſché à Saint
Iean en Greve.
245
265
Experiences faites pour rendre les
Pendules portatives fur mer. 279
Machine qui montre enfomble Le
Barometre , le Thermometre , les
Vents & la Pluye.
Mort de M. du Quesne.
284
285
Theſe foutenue par M. l'Abbé de
Croify.
Mariages.
289
241
Noms de ceux qui ont deviné les
•
TABLE
Enigmes
206
Enigmes. 302
Poefies Paftorales. 307
Livres nouveaux. 308
Fin de la Table.
CATALOGVE DES EIVRES
nouveaux qui se débitent chez le
J Sieur Guerout , Court- neuve da
Palais.
Po
Oëfies Paftorales de M. de Fons
tenelle , avec un Traité de la Na-
Dd ij
tre de l'Eglogue , & une Digreffion,
fir les Anciens & les Modernes. 1 .
Iv. 10. f.
Le Chevalier à la Mode , Comedie,
1. l. 10. f.
La Défolation des Joueuses , Co.
medie. 15.6
Entretiens fur la pluralité des Mon.
des , de M. de Fontenelle , augmen
tez en plufieurs endroits , avec un fi.
xiéme Soir qui n'a point encore paru ,
contenant les dernieres découver.
tes qui ont etté faites dans le Ciel.
1. l. 1o . f.
Réflexions fur l'Alcide & fur l'Al-
Kali . 1. liv . 10. f.
L'Art de Laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le Papier, fuivant le coloris
des Deffeins qu'on envoye à la
par M. - Gautier de Nifmes Cour 3
›
1. 1.
Traité des Fortifications enrichy.de
23 Figures , contenant la Démonftra.
tion & l'Examen de tout ce qui regar
de l'Art de fortifier les Places tant reC:
10
13
gulieres , qu'irregulieres , fuivant
qui fe pratique aujourd'huy le tout
d'une maniere abregée , & fort aiſée
pour l'inftruction de la Jeuneffe. 1 .
liv . 10. f.
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier , &
somme vivant en Societé . 2. vol . 2.1.
Le Cours du Danube & des Rivie
res qui s'y déchargent , où fe trouvert
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Hiftoire des Troubles de Hongrie ,
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze, 7.1.10.1.
Dialogues des Morts. 2. vol. ‹ indouze.
Hiftoires des Oracles .
3. L
1. liv. 10 f.
Lettres galantes de M. le Cheva-.
lier d'Her.. 2. vol.
3.1
.
Les' Malheurs de l'Amour , ou Elcomor
dY vrée. 11. 10. f.
Amballades de Monf. le Comte de
Guillerágues , & de M. Girardin , at
prés du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieufes , tirées des Memoires
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte , & c . 1. l. 10. f.
Academie galante . 2. vol. 3. liv. LaDucheffe d'Eftramene . 2. vol.2.1.
Le Napolitain . 1. l. Sentimens
fur les Lettres
& fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules
fur le
Stile.
A
1.1. 10. f.
Caracteres de l'Amour. I. 1. 10. f.
Le Grand Vifir Cara Mustapha.
L'Illuftre Genoiſe,
Le Serasier.
I. l. 10. f.
1. l . 10. f.
1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Mademoi
felle avec le Roy d'Efpagne. 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
•
•
1. 10.f.
Relation
du Mariage
de Monfei
gneur le Dauphin
, avec la Princeffe Anne Chretienne
- Victoire
de Ba- viere.
1.1.10.1
.
"
Journal du Voyage du Roy à Lu
xembourg
contenant la deſcription
des Places de la haute & balle Alface,
& de celles de la Province de la Sare
& de Luxembourg.
1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
par les Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plusieurs Places fur les Infidelles .
1. liv. Voyage
du Chevalier
Chardin
en Perfe
& aux Indes Orientales
par
Mer noire & par la Colchide
, enrichy
de dix- huit grandes
Figures
. 2. vol . in
4. l. 10. f. Obfervations
de M. Spon fur les Fiévres
& les Febrifuges
,
i. l.
douze,
L'Ariofte moderne. 4. v . in douze,
6.1.
Dialogues Satyriques & Moraux.
Fables nouvelles .
1. 1. 10. f.
1. 1.
Difcours Satyriques & Moraux en
ers . 1.1.
Epiftres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles. 1 ..
Jugement de Pluton fur les Dialo
gues des Morts. 1.1. 10. f.
Relation duVoyage du Roy en Flan
dre en 1680. 1.1.10 . f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'In
fante de Portugal . r.lero.f
Relation du Siege deVienne. 1.1.10f.
Relation de ce qni s'eft pallé à Ger.
k ro.f. wes.
Relation du Siege de Luxembourg
'r. 1.ro.f.
Ambaffade de Siam en France , di.
vifée en 4. vol..
>
6. liv:
Lepremier Volume apour titre. ….
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
en France contenant la reception
qui leur a efté faite dans les Villes où
ils ont paffé ; leur entrée à Paris , les
céremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Maifon
Royale , les Complimens qu'ls
ont faits ; la defcription des lieux où s
ont efté ; & ce qu'ils ont dit de remarquable
fur tout ce qu'ils ont veu.
- Le fecond Volume a pour
titre.
Suite du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant ce qui
s'eit paffé à l'Audience de м adame la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,
& de Meffieurs de Croiffy & de Segnelay
, avec une defcription exacte des
Chateaux , appartemens , Jardins &
Fontaines de Verfailles , S. Germain ,
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
, de S. Cyr , & de ce que les
Ambaffadeurs ont veu dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joint le
difcours qu'ils ont fait au Roy.
Le troifiéme Volume a pour titre. -
Troifiéme partie des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant la fuite
de la defcription de Verfailles , celle
des chevaux qui font dans les deux
E e
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft paffé
dans les vifites qui leur ont efté
rendues ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la def-"
cription des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes de Flandre,
Le quatrième Volume àpour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Amballadeurs de Siam en
France , contenant la fuite de leur
Voyage de Flandre , depuis Valencienne
jufqu'à Pariss la defcription
des Villes où ils ont paffé , & les harangues
de tous les Corps , ce qu'ils
ent veu à Paris depuis leur retour ,
avec une defcription de tous les lieux
où ils ont efté , & de la Fefte donnée
par Monfieur à S. Cloud , leur Voya
ge à Verfailles , leur Audience de
Conge , & les dix -fept Audiences
qu'ils eurent le même jour , avec tous
Jes complimens qu'ils ont faits , la lifte
des prefens qui leur ont efté donnez ,
ce qui s'eft paffé à leur départ , & les
noms des perfonnes diftinguées qui
font parties pour Siam.
Outre les Mercures d'onze années , à
commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lesquels
font divers Traitez tres - curieux fur ..
plufieurs matieres qui regardent fes
Sciences & les Arts.
Hiftoire du Siege de Bude. 1. 1. ro.f.
Recueil d'Ouvrages faits à la louange
du Roy , fur l'extirpation de l'He
refie. 1.1. 10. £.
Relation des Prieres publiques qui
ont efté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. 1. 10. f.
Antiquitez de M. Spon , Ouvrage
enrichy de plufieurs Figures. 7.1.
Divers Ouvrages en Mufique de
M. de Bacilly.
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air qui commence par , Nos
Bois ont perdu leursfeüillages ,
doit regarder la page. 99
Les Jettons doivent regarder la
146 planche
L'Air qui commence par , Aimables
Bois , Botcagesfombres , doit regarder
la page
306
Qualité de la reconnaissance optique de caractères