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Eur.
511
m
1687.11
Eur
. 511m
168711
Mercure
<36624555240015
S
<36624555240015
Bayer. Staatsbibliothek
MERCU
CALANT
DDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
NOVEMBRE
1687.
A
PARIS ,
AU
PALAIS.
Eur. 511
nera toujours un Volume
uveau du Mercure Gaant le
emier ieur de chaque Mois , & on
le ven dra , Trente fols relié er Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Lay G. DE LUVNE , au Palais , dansla
Saile des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Gran
Salle , à l'Envic.
Et MICHEL GUER OUT , Court- nee
du Palais , au Dauphin .
M. DC. LXXXVIL
AVEC PRIVILEGE DU ROI
Bayerische
Staatsbibliothek
Münchent
SSSSSSSSSZZZZ2525
P
TABLE.
Relude.
Ce qui s'eft paßé dans l'Academie
de Villefranche , à la
reception de M. l'Abbé Baudry
, avec le Difcours qu'il
8
a prononcé.
Plaintes des Palatines contre la
21
Mode , Dialogue,
Réponse d'une Demoiselle à qui
on confeille d'aimer , Stances..
Réponses aux Reflexions
45
Doutes de l'Anonime , fur
á ij
TABLE.
l'âge de quatre cens ans de
Louis Galdo.
Nouvelles de Canada.
48
89
Traduction de la Fable du Papillon
, & de l'Abeille , du
Pere Comire
103
Entrée de M. le Marquis de
Dangeau
à Tours. 110
Baptefme du Fils de M. le Comte
de Lobkovic.
Morts.
114
116
138
Feſte donnée par M. le “Marquis
du Tremblay.
Inflitution de deux nouvelles
Claffes , faite par le Roy
dans le College de Bordeaux.
瓜
141
TABLE.
Lettre en Vers. 143
Hiftoire.
14.9
Journal du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam , depuis Breft
jfques au Cap de Bonne-
Efperance , avec ce qui s'eft
passé pendant lefejour qu'ils
169
208
ont fait au Cap.
Particularitez touchant le
Cap
de Bonne -
Efperance .
Lettre des Ambaffadeurs , écrite
dudit Cap à M.Torf. 229
Benefices donnez par le Roy.
234
Mr Dumont eft pourvû de la
Charge d'Ecuyer du Roy ,
vacante par la mort de Mr
a iij
TABLE.
Le Comte de Clermont -Ton
nerre.
Autres Morts.
235
236
Méprife faite le moispaßé touchant
un Panegyque du Roy,
prononcé à Perigueux. 239
Nouvelles Pieces de Claveffin,
de M.le
Begue. 240
Etat des affaires des Venitiens,
de l'Empereur contre les
Turcs , avec une defcription
de la Ville d'Athenes. 241
Ce qui s'eft paßé à l'ouverture
du Parlement, & à celle des
Audiences. 262
Opera d'Achille & de Polixene..
267
TABLE.
Lifte des Chevaliers de Malthe,
gui ont efté tuez , & blesfez
au Siege de Castelnovo.
275
Diftribution des Benefices vacants
, aux Cardinaux
de la
derniere promotion .
280
Cloches tenues par Monseigneur
le Dauphin & Madame la
Dauphine.
Affaires d'Alger.
les Enigmes.
232
233
Noms de ceux qui ont expliqué
Enigmes
286
289
Eftat des affaires des Turcs .
293
a iiij
TABLE
Mariage de M. le Comte de
Tonnerre .
Conclusion.
Fin de la Table .
300
302
25222552522522255
Ο
AVIS.
Velques prieres quon
ait faitesjufqu'à
prefent de bien écrire les
noms de Famille employe
dans les Memoires qu'on
envoye pour le Mercure ,
on ne laiffe pas d'y manquertoûjours.
Cela eft caufe
qu'il y a de temps en
temps quelques - uns de ces
Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la
3
même priere de bien écrire
ces noms en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour
les Memoires , & l'onemployera
tous les bons Ou
vrages à leur tour , pourveu
qu'ils ne defobligent
perfonne , & qu'il n'y ait
rien de licentieux . On prie
feulement
ceux qui les envoyent,
fur tout ceux qui
n'écrivent que pour faire
employer leurs noms dans
l'article des Enigmes, d'affranchir
leurs Lettres de
port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent .
C'eft fort peu de chofe pour
chaque particulier , & le
tout enfemble eft beaucoup
pour un Libraire
.
Le fieur Guerout qui
debite prefentement le
Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft
toujours imprimé au commencement
de chaque mois .
Il avertit qu'à l'égard
des envois qui fe font a la
Campagne , ilfera partir
lespaquets de ceux qui le
chargeront de les envoyer,
avant que l'on commence .
a vendre icy le Mercure.
Comme ces Paquets feront
plufieurs jours en chemin,
Paris ne laiffera pas d'avoir
le Mercure long- lemps
avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ,
mais auffi les Villes ne le
recevront pasfi tard qu'el
le's faifoient auparavant.
Ceux qui fe le font envoyerpar
leurs Amis fans
en charger ledit Gueront,
s'expofent a lerecevoir toujoursfort
tardpardeux ra
fons. La premiere,parce que
ces Amis n'ont pas foin
de le venir prendre fi-tot
qu'il eft imprimé, outre
qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on
en faffe le debit , & tantre
que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu,
eux & quelques autres à
qui ils le preftent , ils re•
jettent la faute du retardement
fur le Libraire ,
en difant que la vente n'en
a commencé que fort avant
dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye
dudit fieur Guerout , puis
qu'il fe charge de faire
les paquets luy- même , &5
de les faire porter a la pofte
où aux Meßagers fans
nul intereft
tant pour
les
Particuliers que pour
les Libraires de Province,
qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la même
chofe generalement de tous
les Livres
3
Nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite , où qu'ils
appartiennent à d'autres
Libraires
, fans en prendre
pour cela davantage
que le prix fixé par les Libraires
qui les vendront.
Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ceslivres
à la fin du mois , il les
joindra au Mercure , afin
de n'en faire qu'un même
paquet. Tout cela fera
executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu
d'eftre content.
MERCURE
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1687.
E ne vous ay point
J
parlé , Madame, de
ce qui s'eft paffé à
Fontainebleau
pendant
le fejour qu'y a fait Sa
Majefté . Les affaires & les divertiſſemens
occupent ordi-
Novembre 1687. A
2 MERCURE
nairement toutes les Cours ,
& celle de France eftant la
plus nombreuſe , la plus magnifique
, & la plus galante ,
on peut dire que tousles honneftes
plaiſirs ne la fuivent
pas feulement par tout , mais
auffi qu'elle les fait naiftre
dans tous les lieux où elle fe
trouve .A l'égard des affaires,
celles d'un grand Royaume
font toûjours en affez grand
nombre , & affez de confequence
pour occuper entierement
le Prince qui le gouverne
; mais il y a plus aujourd'huy
. Le haut point de
GALANT.
༢
gloire où le Roy a mis la
France , & où il s'eft mis luymeſme
, fait qu'il eft inceffamment
appliqué pour le
repos de l'Europe , & pour
y maintenir la Paix qu'il a
bien voulu luy procurer . Ce
qu'il y a de plus furprenant ,
c'eft que de tant de grandes
affaires , qu'il regle dans les
differens Confeils qu'il tient
tous les jours aucune ne de-
** vient publique, tant le ſecret
eft religieufement gardé par
fes Miniftres ; & c'est pour
cette raifon que je ne vous
rien mandé de Fontaineay
A ij
4 MERCURE
# bleau. D'ailleurs , vous fçavez
, Madame , que je ne
parle jamais de ce qui regarde
l'Eftat , qu'aprés les évenemens
, ne voulant point
me meſler de deviner comme
beaucoup d'autres qui y
réuffiffent affez mal . J'avoue
que j'aurois pû vous dire
quelque chofe des divertif
femens que l'on a pris , mais
je ne vous en aurois rien appris
de nouveau, en vous difant
qu'il y a eu alternativement
Comedie Françoiſe ,
& Italienne , differens Concerts
, & differens Jeux dans
GALANT. ད
les Appartemens , ainſi que
diverfes Chaffes aux envirors
de cette Maiſon Royale. Le
Roy a pris quelquefois ce
plaifir , ce qui fait voir la
fanté parfaite dont ce Monarque
jouit , puis qu'il faut
de la vigueur pour cet exercice
. Quoy qu'il n'ait cu nul
attachement pour tous les
autres plaifirs , il n'a pas laiffé
de fe montrer à quelquesuns
, mais feulement autant
qu'il eftoit befoin pour les
faire prendre à ceux de ſa
Cour. Ce Prince a donné
beaucoup de temps pour
é
A iij
6 MERCURE
couter les Commiffaires qui
ont eſté de fa part dans toutes
les Provinces du Royaume
, pour le foulagement des
Peuples . Il les a oüis dans
fon Confeil, & les a entretenus
en particulier , c'est tout
ce que je puis vous en dire
prefentement , & c'eſt beaucoup
.
Comme Madame la Dauphine
aimé extremement la
Mufique , & qu'elle s'y connoift
parfaitement , plufieurs
Muficiens ont travaillé pour
la divertir fur de petits Ouvrages
en maniere d'Opera ,
GALANT.
7
& ces Ouvrages fe font trouvez
remplis de beaucoup de
chofes agreables , tant pour
la Mufique que pour les Vers.
Cette Princeffe eftant d'une
pieté exemplaire,qui l'engage
à faire fouvent fes Devotions ,
le Pere Frey , Jefuite Allemand
, fut appellé pour la
confeffer à la Fefte de tous
les Saints. Lors qu'il entra
chez Madame la Dauphine,
on ne le vit pas plûtoft qu'on
luy demanda comment il fe
portoit , & il répondit, que fa
fanté ne s'eftoir jamais trou-
A iiij
8 MERCURE
vée meilleure. Cependant il
fut attaqué d'Apoplexie en
commençant à parler à cette
Princeffe, qui le foûtint ellemeſme
pour l'empeſcher de
tomber. Il en mourut quatre
heures aprés. Une mort fi
prompte & fi impreveuë au
milieu de la Cour , y peut
eftre auffi utile , que les plus
preffans Sermons, à ceux qui
ne penfent point qu'il faut
mourir .
La quantité de matiere qui
a remply mes dernieres Lettres,
ne m'a point laiffé trouver
de place pour vous parGALANT.
9
·
ler de ce qui fe fit le jour de
Saint Louis , dans l'Academie
de Villefranche en Beaujolois.
Cette Compagnie receut
dans fon Corps un nouvel
Academicien . Ce fut M
l'Abbé Baudry , Prieur de
S. Thibaut , Pafteur tres- zelé,
& homme d'un grand merite
. Son Remerciment que
vous allez lire vous convaincra
de fon éloquence , & fi
vous vous ſouvenez de divers
Ouvrages de Poëfie que je
vous ay envoyez de fa façon
dans plufieurs de mes Lettres,
vous demeurerez d'accord
10 MERCURE
que c'eft avec raiſon qu'on
le tient auffi bon Poëte que
grand Orateur.
EZ525222222552555
REMERCIMENT
A Meffieurs de l'Academic
de Villefranche.
M
ESSIEURS ,
grace
N'attendez pas de moy un
Remerciment digne de la
que vous me faites ; il faudroit
que j'euffe receu vos talens avec
vos bienfaits , & qu'en me donnant
une place dans vostre AcaGALANT.
I:
demie , vous m'euffiez fait part
de voftre éloquence . J'aurois du
moins la confolation de vous
payer en belles paroles ; mais je
me fens fi éloigné de cet avantage
, que j'ay peur qne mon
Remerciment ne foit une preuve
de mon infuffifance ,
mefmes termes qui vous doivent
marquer ma reconnoiſſance , ne
vous faffent connoistre mon incapacite.
que
les
L'honneur que vous m'avez
fait me donneroitfans doute une
joye parfaite, fi elle n'eftoit troublie
par la crainte que j'ay de
ne pouvoir
répondre
à vost
12 MERCURE
choix , car fçachant bien que
de la Fortune , &
c'est un
coup
non pas un effet
de mon
merite
,
j'ay
fujet
d'apprehender
que fon
caprice
ne traverse
le bonheur
mefme
, qu'elle
a fait
naistre
,
que mon
élevation
ne
Serve
enfin
qu'à
rendre
ma chûte
plus
lourde
, & plus
honteuſe
.
Mais
il fera , peut
eftre ,
Meffieurs
, de cette
grace
, comme
de celles
du Ciel, qui font
des
changemens
merveilleux
dans
les
fujets
les plus
rebelles
, & qui
fçavent
éclairer
les aveugles
.
C'est
ce qui me fait
croire
, qu'eftant
au milieu
de tant
de lu-
「
GALANT. 13
mieres, je feray penetré de quelques-
uns de vos rayons , &que
ne pouvant imiter vos admirables
genies , les exemples que
j'auray tous les jours devant les
yeux , m'exciteront du moins à
les fuivre
.
Tout le monde fçait,Meffieurs,
que vostre Affemblée n'eft compofée
que de perfonnes choifies ,
parmylesquelles les vertus n'exles
Scien- cellent moins que
pas
ces, & que c'est une Ecole facrée
où l'on apprend également à vivre
felon Dieu , & à parler
felon les hommes. On y voit des
Ecclefiaftiques, qui ajoûtent tous
14 MERCURE
les jours aux preuves qu'ils ont
faites de leur Nobleffe , celles de
leurs Vertus . On y
remarque
des
Furifconfultes consommez, &.
desFuges incorruptibles , qui entre
les Loix, dont ils font les Interpretes
& les Depofitaires , s'en
font une de ne fe jamais démentir
du ferment qu'ils ont fait
Dieu , de la fidelité qu'ils ont
voüée au Prince , & de la juftice
qu'ils doivent au Peuple . On
y trouve de ces hommes rares ›
qui montrent par leurs Ouvra
ges qu'il eft des Mufes Cavalieres
, qui ont l'art de joindre les
Lauriers de Mars avec ceux
à
GALANT. IS
་ ་
d'Apollon , & qui font l'alliance
des Armes & des Lettres.C'eft
ce
qui fait paroiftre la beauté de
ce celebre Corps , qui par
greable diverfité des Genies qui
le compoſent , forme une harmo-
L'anie
admirable & un concert
charmant , ſemblable à celuy de
la Nature, dont les Eftres differens
n'ont qu'une mesme fin , qui
eftla gloire de leur divin Auteurs
s'accordent , pour ainfi dire ,
dans leur propre difcordance pour
luy faire un facrifice des qualitez
qui les diftinguent . Ne
femble- t-il pas Meffieurs ,
que LOUIS LE GRAND
-1
16 MERCURE
aitfaitvoftreEtabliſſementfur ce
modelle, & que ces fublimes Ef
prits qui rempliffent vostre Aca
demie , confpirent tous à faire
fon Tableau , & s'étudient à y
appliquer des couleurs differentes
, à proportion de la diverfité
de fes belles actions .
vertus éclatantes ?
de fes
En effet , Meffieurs , voftre
fçavante Compagnie ne fournitelle
pas à Sa Majesté des fujets
capables de faire le recit fidelle
de fes Conqueftes ? Ne luy donne-
t-elle pas des perfonnes diftinguées
dans l'Eglife , pourpublierfon
zele & fa pieté ? Ne
GALANT. 17
luy prefente- t- elle pas des Magiftrats
qui font valoir fes Loix
&fes Ordonnances
?Vous avez
parmy vous , Meffieurs, d'habiles
Hiftoriens qui travaillent à
immortalifer fes merveilles par
leurs Ecrits , c l'on peut dire
que vos Plumes & vos Lanques
font entierement confacrées
a la gloire duplus fage du plus
Igrand Prince de l'Univers .
Quel éloge ne merite point
Monfeigneur l'Archevefque de
Lyon, cet illuftre Prelat , dont la
naiffance & le merite en ontfait
une des plusfolides colomnes de
l'Eglife ? C'est le Chefprecieux
Novemb. 1687.
B.
18 MERCURE
qui donne le mouvement à ce
Corps admirable , & qui par
l'influence de fa vertu , qu'il luy
communique , fait qu'il ne produit
rien que de noble , & qui
ne foit digne de la grandeur de
fon fujet.
Ne croyezpas , Meffieurs ,
que je prétende icy faire vostre
Panegyrique , ny le fien , vos
Ouvrages font tous les jours cet
office , & il ne fort rien de vos
mains qui n'exprime mieux ce
que vous eftes, & ce que vous
valez , que toute l'éloquence
des Orateurs.
Si je prens la liberté de dire
GALANT 19
quelque chofe à voftre avantage,
c'est mon devoir qui m'y oblige,
c'est le respect qui m'y engage ,
c'est la verité qui me dicte ces
paroles , & qui me contraint de
rendre le témoignage , que tout
homme d'honneur doit au vray
merite.
₹ Je voudrois bien qu'une autre
occafion que
celle d'un Remerciment
, me pust donner lieu de
joindre quelques effets à mes
foibles paroles , vous verriez
des marques particulières d'une
reconnoiffance extrême » & je
vous ferois connoistre que de
toutes les chofes du monde qui
Bij
20 MERCURE
m'intereffent , il n'en est point
qui me touche plus fenfiblement
que vostre gloire, à laquelle j'avoue
, Meffieurs , que je ne puis
contribuer que par mes respects
&par mes obeiffances .
La Mode a toûjours efté
traitée de bizarre , & la plufpart
des choſes n'ayant cours
en France qu'autant qu'elle
les foûtient , il ne faut pas
s'étonner des plaintes que
l'on fait contre elle dans le
Dialogue qui fuit.
GALANT. 21
25222552522522255
PLAINTES
DES PALATINES
contre la Mode
C
LA MODE .
'EST donc une refolution
prife que voſtre
fortie du Royaume , & vous
voulez quitter le plus beau
Pays du monde , pour aller
chercher un établiffement
ailleurs ?
LA PALATINE .
Je ne difpute point fi la
France eft le plus beau Pays
22 MERCURE
du monde ; ce que je foûtiens ,
c'eſt qu'il y a tres-peu de
fond à faire fur voftre amitié.
LA MODE.
Quelle brufquerie, & que
je la trouve injufte ! Voftre
faveur a duré prés de dix
ans , n'eft- ce pas beaucoup ?
LA PALATINE .
Voilà qui eft fort confolant.
LA MODE.
Confolant bien d'autres
s'en confolcroient ; témoin
les Jufte - au- corps , qui fe
font vus fi fort careffez des
GALANT. 23
Dames & dont la bonne
fortune ceffa tout d'un coup.
LA PALATINF.
Auffi je ne fçay pas ou
vous aviez l'eſprit de permettre
cet ufage . Il eftoit
du dernier ridicule de voir
un meſme habit commun
aux deux Sexes.
LA MODE.
N'ufons point , je vous
prie , de ces odieux reproches
, vous n'y trouveriez
pas voſtre compte . Rien n'eſt
ridicule de ce qui peut avoir
ma protection , de mefme
que tout devient dégoûtant
24 MERCURE
fi-toft que je la retire.
LA PALATINE .
Cela eft bon pour ces ajuftemens
fardez que vous
introduiſez fi mal à propos
dans la galanterie . Pour ce
qui eſt de moy , la difference
eft toute entiere .
LA MODE.
A ce que je voy , vous ne
manquez pas de bonne opinion
de vous-mefme.
LA PALATINE .
Je ne crois pas donner dans
une vaine complaiſance , que
de m'imaginer que je fuis
d'une naiſſance plus relevée ,
&
GALANT. 25
& d'un plus grand fecours
aux Dames que tout ce petit
peuple d'ornemens innutiles
que vous foûtenez fi fort.
LA MODE.
Vous voilà furieufement
enteftée de la nobleffe de
voftre Famille.
LA PALATINE.
Pas trop ce me femble ,
puis qu'il eft certain que ma
race eft des plus anciennes .
Elle a rendu des fervices fort
confiderables
, & c'est ce qui
l'a toûjours élevée aux premieres
dignitez
.
Novembre 1687. C
26 MERCURE
LA MODE .
Quelle groffe troupe de
vanteries !
LA PALATINE .
Vous ne pouvez pas ignorer
que je fuis de la tres-illuftre
Famille des Fourures ,
choifies dés la naiffance du
monde pour reveftir le
premier
des Mortels . Plufieurs
fiecles fe pafferent fans que
l'on reconnuft d'autres veftemens
que les noftres ; c'eſt
ce que vous ne pouvez contredire.
LA MODE.
A cc compte , vous voilà
GALANT 27
bien élevée au deffus des
étoffes.
LA
PALATINE .
Il n'y a point de comparaifon.
LA MODE.
Qui vous l'a dit ?
LA PALATINE .
Plutarque, qui affure dans
fes Difcours de table , que les
Peuples de toutes les parties
du monde, avant l'ufage des
étafes ,
s'habilloient de peaux:
ce que Tacite marque auffi
on parlant des Allemands ; &
Properce l'aflure des Romains.
-
c ij
28 MERCURE
LA MODE.
Vous vous piquez donc
auffi de bel efprit ?
LA PALATINE .
Je ne dis que ce que j'ay
trouvé dans les Titres honorables
de noftre Famille , &
ce que j'ay appris dans une
infinité de Ruelles . de Cercles
& d'Affemblées , où j'ay
affifté depuis dix ans .
LA MODÈ .
Quand ce ne feroit que
d'en avoir tant appris , vous
devriez eftre contente de
voftre fortune ; mais enfin
vos Anceſtres furent con-
ว
GALANT 29
traints de décheoir de leur
élevation ?
LA PALATINE.
Point du tout, ils ont foûtenu
leur gloire fans aucune
interruption depuis la naiffance
du monde jufqu'à prefent.
LA MODE.
Cela eft fort glorieux pour
vous.
LA PALATINE .
Ne vous en raillez point .
Les Empereurs &les Rois, dés
les premiers ficcles prirent
l'Hermine pour l'ornement
de leur Pourpre & de leurs
Cij
30 MERCURE
Manteaux , ce qui fut permis
depuis aux Souverains ,
aux Princes , & aux Ducs .
LA MODE.
Je l'avoue , mais n'eft- ce
point dégenerer que d'eftre
au fervice des Supofts de
l'Univerfité & des Medecins
LA PATATINE,.
Le merite de la Science
l'égale aux premieres Dignitez
; ainfi bien loin de nous
en faire un reproche , on
nous en fait un honneur .
Les anciens Philofophes Indiens
alloient en public couverts
de peaux de Cerf & de
GALANT. ༢I
Daim ; à prefent meſme la
Juftice refpecte les Fourures ,
qui fervent auffi de diftinction
aux Princes , & à plufieurs
autres Membres de
l'Eglife.
LA MODE .
Les Dames n'auront- elles
· rien ?
LA PALATINE .
Autrefois les Veuves portoient
pendant les premiers
quarante jours de leur deüil ,
des robes noires bordées
d'Hermines , ce que plufieurs
obfervent encore aujourd'huy.
Je dis plus , il n'y a
C iiij
32 MERCURE
qu'un fiecle que cette pratique
eftoit prefque inviola
ble à toutes les Femmes & à
toutes les Filles.
plus.
LA MODE.
Cependant hors certainės
Dignitez qui ont retenu les
Fourures , vous devez convenir
qu'on ne vous confidere
LA PALATINE .
Je n'en conviens point.
Aujourd'huy que les étoffes
ont une fi grande faveur , le
luxe n'a pas encore tellement
feduit les hommes
, qu'il ne
s'en trouve une grande partie
qui fe reveſte
de peaux
.
CALANT. 33
LA MODE.
Par exemple ?
LA PALATINE.
Les
Septentrionaux pour
la pluſpart , les Moſcovites
,
les Hongrois les Polonois ,
les Tartares, les Tranfilvains ,
& une infinité d'autres .
LA MODI .
Tous ces avantages de vos
parens n'empefchent pas
voftre diſgrace .
LA PALATINE.
Je l'avouë , quoy qu'au pis
aller j'aye un grand recours
aux Manchons , qui font
les Chefs de noftre branche.
34 MERCURE
De cette façon il y a peu de
perfonnes qui fe puiffent paffer
de nous , foit que nous
foyons Palatines ou Manchons
.
LA MODE.
C'eft le meilleur party que
vous puiffiez prendre pour
faire plaifir aux Fichus.
LA PALATINE.
Qu'ils ont bon air , vos
Fichus ! Que les Dames font
jolies avec un tel ornement !
LA MODE.
Plus que vous ne voulez.
croire. Il eft vray que leur
couleur avec une maniere de
GALANT.
35
lifiere ne plaifoit pas d'abord.
A prefent on en eft plus content
depuis que j'ay trouvé
le moyen d'ajoûter une legere
broderie aux extremitez.
LA PALATINE.
Vos broderies n'ont rien
de comparable à noſtre beauté
, parce qu'eftant belles fans
fard , nous ne fommes point
alterées par l'artifice .
LA MODE.
On ne vous accordera pas
facilement cette perfection,
& meſme il y a de grandes
plaintes contre vous.
36 MERCURE
LA PALATINE .
Tout au plus , de quelques
precieufes pour qui vous avez
eu trop de complaiſance , &
qui font la caufe de mon
exil.
LA MODE.
Ce n'eft point moy ; il y
a plus de cinq ans qu'on fe
plaint de la groffe dépense
que vous obligez de faire .
LA PALATINE .
Voilà juftement une des
raifons ridicules qu'apportoit
il y a huit jours une de
vos Precieufes , criant à fa
Suivante : Manon , que zene.
GALANT. 37
voye plus icy de Palatine , elle
m'effauffe telop, me falit la golze,
& coute beaucoup. Apoltemoy
mon Fiffu.
LA MODE.
Et de lataille , vous n'en
dites rien ?
LA PALATINE.
a
Je n'en pourrois rien dire
qui ne fuft à la confufion des
Dames. Si quelques -unes perdent
avec moy fort peu de
leur agrément , une infinité
d'autres me font redevables
du bon air qu'elles ont , outre
que la modeſtic eſt dans
mes interefts. Avec tout cela
38 MERCURE
depuis que je n'ay plus pour
elles le charme de la nouveauté
, elles ont recours à
de vains pretextes d'épargne
& de propreté pour trouver
de faux- fuyans , afin de couvrir
leur legereté ou leur ingratitude
.
LA MODE .
Ne craignez - vous point
de vous perdre tout à - fait en
outrageant le beau Sexe, dont
vous avez encore befoin ?
LA PALATINE ,
J'avoue que les Dames ont
un grand pouvoir pour met
tre en credit tout ce qu'elles
GALANT. 39
favorifent. Elles donnent le
poids à la nouveauté , mais
en échange , n'eft- ce pas à ce
Sexe que l'on eft redevable
de la furieufe legereté qui
domine par tout ; en France
principalement , qui eft le
lieu où fe déploye l'Etendart
de l'inconftance , & qui inf
pire ce mauvais exemple à
tout le refte de l'Europe.
LA MODE.
Ce reproche m'attaque
principalement , & n'eſt que
l'effet de voftre chagrin.
LA PALATINE.
Puis que vous fentez ce
40 MERCURE
que je viens de dire , que
n'en profitez-vous ? Arreſtez
cette démangeaifon prodigieufe
de changer . Les habits
qui eftoient hier du bon
gouft , font aujourd'huy du
vieux monde. Ce ne font
ny les taches ny le long uſage,
ny le mal entendu, mais
la feule mode qui les fait rejetter
. On fe laiffe aller à la
vanité qni préfere la foye ,
quoy que ce ne foit
que
l'excrement
d'une Chenille, aux
precieuſes Fourures qui font
l'Ouvrage mefme du Souverain
de tous les Eftres .
GALANT. 41
LA MODE.
Courage , pauvre Palatinė,
vous chantez comme le Cigne
mourant
.
LA PALATINE.
Nous
rentrerons en grace
plûtoft que vous ne croyez .
La chaleur que nous apportons
, rend noftre retour neceffaire.
Nous adouciffons
la
peau nous deffendons
les
Dames contre les fluxions
infeparables
de l'hyver ; c'eft
enfin
noftre fecours que
le fang s'entretient
dans une
heureufe
tranquillité qui
rend les efprits toujours purs,
Novembre 1687.
par
D
42 MERCURE
qui reluifant fur le vifage luy
infpirent des traits plus fins ,
& luy donnent un vermeil
admirable.
LA MODE.
Cependant il ne paroift
pas que l'on foit perfuadé de
tous ces avantages . Souvenez
vous que lors que j'entrepris
de vous produire au
monde , j'eus befoin de toute
la bonté d'une grande Prin
ceffe . Elle vous donna fon
nom , vous parûtes alors ce
que vous n'eftiez pas , & à
prefent que l'on a changé de
fentiment, je ne voy guere
GALANT.. 43
de retour pour vous.
LA PALATINE .
Erreur toute pure ! l'on
fe defabufera bien- toft pour
peu que vous vouliez me fecourir.
Repetez cent fois
aux Dames de France que
lors qu'elles me mirent en
vogue , ce fut pour bannir
les mouchoirs de cou à jour,
qui ne s'accommodoient
guere avec la pudeur . Dites
feur que ces Fichus ne couvrent
que mollement , & à
demy ; que je fuis propre à
leur rendre de plus grands
fervices ; & que fi elles ont
Dij
44. MERCURE
un coeur genereux , elles font
obligées de fe fouvenir qu'étant
pour la plufpart femmes
ou filles de Heros , elles doivent
fe faire un honneur de
me reprendre , puis que je reprefente
affez bien , les dépoüilles
& les Victoires remportées
par ces demy- Dieux ,
fous la conduite
du plus
grand de tous les Rois du
monde .
Je vous cnvoye de tres-jolis
Vers , dont l'Autheur ne
m'eft point connu . Je ne
1
GALANT 45
fçay pourquoy il cache fon
nom , puis qu'ils font fi bien
tournez , qu'il n'y a perfonne
qui ne deuft faire gloire de
les avouer .
Auaj şuşu baNA NURV
RESPONSE
d'une Demoiſelle à qui on
confeille d'aimer.
TE
STANCES.
E voudrois aimer à mon tour ,
Le fuivrois vos confeils , heureuſe
de m'y rendre,
Si l'on avoit autant de plaifir en
Amour ,
Qu'on a depeine à s'en défendre.
46 MERCURE
Spo
Onréfout aisément unejeune Beauté
A fouffrir des Amans qui tâchent à
luy plaire ,
Et toute la difficulté ( faire.
N'eft quefur le choix qu'il faut
2
Nous laiffons touchernoftre coeur,
Il ne faut pas trop nous contraindre
:
Ce n'est pas l'Amourqui faitpeur,
Mais les Amans qui font à
craindre.
S
Si nous faisons des mécontens,
Ils font la caufe de leurs peines;
Et s'il n'eftoit point d'inconftans,
Il ne feroit point d'inhumaines .
625
Quand foumis à nos pieds vous
venez nous flater
GALANT. 47
D'une feure & pleine Victoire,
Quel plaifir de vous écouter !
Quel chagrin de n'ofer vous
• croire !
S
A peine fommes-nous d'accord ,
Que vos voeux inconftans viennent
troubler la Fefte ;
Vous ne pouvez aimer que jusqu'à
la conqueste ,
Nous voulons
par
malheur aimer
jufqu'à la mort.
S
Ne nous blamez donc point d'eftre
pour vous trop fieres ,
C'est vous qui nousy contraignez.
Nous fouffrons toûjours les premieres
Les rigueurs dont vous vous
plaignez.
48 MERCURE
2 .
D'un nouvel Amant qui foûpire
D'abord on fe trouve affez bien.
Mais le meilleur ne vaut plus rien
Dés qu'il a tout ce qu'il defire.
S
C'est ainsi que j'ay veu trahir,
La jeune Amarillis , & la credule
Aminte ;
Gueriffez- moy de cette crainte ,
A l'amour auffi- toft je confens d'obeir.
Je vous parlay dans ma
Lettre du mois d'Avril de
l'âge de quatre cens ans de
LouisGaldo, qui avoit paffé à
Venife quelques mois auparavant
, & qui avoit prefque
auffiGALANT.
49
auffi - toft de peur d'y eftre
arrefté. Cela donna lieu au
fçavant M de Comiers de
parler de ceux qui ont vécu
un tres grand nombre d'années
, des moyens de vivre
long - temps , & de la Medecine
univerfelle . Il fit làdeffus
les trois curieux Traitez
que je vous ay envoyez,
& donna à la fin fon fecret
d'une Medecine univerfelle ,
qui non ſeulement receut de
tres - grands applaudiſſemens ,
mais à laquelle j'ay appris
qu'on a travaillé en France
& chez plufieurs Princes de
Novembre
1687. E
50 MERCURE
l'Europe . Vn Anonime a
fait des Reflexions fur ces
Difcours , & comme je vous
envoye tout ce qui fe fait de
curieux fans prendre party,
je vous ay fait part de ces
Reflexions , c'eft pas la meſme
raifon que je vous envoye
aujourd'huy ce que M' de
Comiers y a répondu.
GALANT. 51
22255552522525225
RESPONSE
AuxReflexions & Doutes de
l'Anonime , fur l'âge de
quatre cens ans de LOUIS
GALDO .
L
A Medecine Universelle
pour rajeunire prolonger
la vie pendant plufieurs fiecles ,
eft une chofe fi importante à tous
les hommes , que je me fens obligé
de guerir les Doutes que les
Reflexions de Anonime peuvent
avoir fait naiftre dans
l'efprit du Public. C'est pour-
E ij
S2 MERCURE
dois y répondre en peu
quoy je
de mots , & article
par
article
à la maniere du Cardinal d'Offat.
L'Anonime demande des
preuves authentiques de l'â–
ge de quatre cens ans de
Louis Galdo , dont a parlé
la Gazette de Hollande du
Jeudy 3. Avril 1687. & fe
fondant fur un paffage mal
expliqué du 3. verfet du chapitre
6. de la Geneſe , il dit
que
lors que les Hiftoriens
ont fait mention des homqui
aprés le Deluge ont
vefcu plus de fix- vingts- ans ,
GALANT. 53
ils n'ont fait les années que
de trois mois .
Fe fouhaiterois avec luy pouvoir
donner des preuves de l'âge
de quatre cens ans de Louis
Galdo auffi authentiques que
celles de Sem , d'Arphaxad , "de
Salé, d'Heber , & autres , que
la Sainte Ecriture en la Genefe
chap. 11. dit avoir vefcu aprés
le Deluge ; fçavoir Sem 504.
ans , Arphaxad 338. Salé 433 .
Heber 464. &c. toutes leurs
années eftant auffi longues que
les noftres, & composées de dou-
Ze mois ; ce que je pretens juftifier
par le calcul mefme que
E iij
54 MERCURE
Moyfe en a fait dans la Genefe
chap. 6. dans l'Hiftoire du
Deluge . Je voudrois encore
pour la fatisfaction de l'Anonime
, que Louis Galdo euft donné
écrit des preuves. de fon age
400. ans , auffiincontestables
celles que le Cenfeur donna
à l'Empereur Claude, de l'âge de
cent cinquante ans de Titus Fullonius
de Bologne , ou auſſi forcelles
que j'ay données
par
de
•que
tes
que
de
l'âge
de
l'Anglois
Thomas
·Par
qui
naquit
en
1483
..
avoit
cent
cinquante
- deux
ans
lors
qu'il
fut
prefenté
à Charles
I. Roy
d'Angleterre
, le g.
빈
GALANT.
55
deux Hi-
Octobre 1635. & qui mourut le
24.Novembre de la même année,
en moins de demi-heure, fans
qu'il euftfenty auparavant aucune
douleur qui le menaçaft de
fa fins ou des preuves auffiindubitables
que celles que
storiens modernes ,fçavoir Ferdinand
Caftanede au 8. liv. &
Pierre Maffée au 11. liv . de leur
Hiftoire de Portugal, ont données
d'un noble Indien , qui rajeunit
par trois fois pendant les trois
cens quarante ans qu'il vêcut.
Cette Hiftoire eft tres- authentique
, puis que Mendoza nous
affure in Viridario , au 4. liv .
5714
E iiij
56 MERCURE
probleme r7. que plufieurs Jefuites
ont veu , connu & parlé
à cet Indien trois fois rajeuny ,
qu'ils ont attefté par leurs
Lettres. On ne peut auffi mettre
се
en
doute ce
ce
que M Rudbecks ,
Profeffeur en l'Univerfué d'Upfal
, dit dans fon Atlantica ,
que dans ce Siecle on a veu &
verifié , qu'en Suede un homme
avoit vécu cent cinquante -fix
ans , & un autre deux cens
quarante qui avoit vù jufqu'à
la feptiéme generation . Je
fouhaiterois enfin auffi que par
un Edit du Roy tous les Curez
fiffent un rapport bien verifie
GALANT. 57
du grand âge de plufieurs de fes
Sujets.
2. L'Anonime dit que ce
Louis Galdo , qui a fait voir
à Veniſe fon portrait fait par
le Titien , eft peut eftre un
homme tres - reffemblant à ce
portrait , ou que ce portrait
eft d'un Pinceau de quelque
Moderne , qui a étudié la
maniere du Titien .
Cette poffibilité d'un peut- eftre,
n'eft pas fuffifante pour donner
un démenty a plufieurs Sçavans,
témoins oculaires à Venife , qui
auroient jugé fi ce Portrait eft
d'un Moderne, cettefuppo8
MERCURE
fition n'auroit pas donné lieu à
Louis Galdo de difparoistre de la
mefme Ville. On ne doit nonplus
confiderer ce que l'Anonime dit,
qu'un impofteur voulut abufer
les peuples par fa reffemblance
avec leur Roy ; car il entend
parler de Dom Sebaftien de Portugal
, qu'on avoit crú pery en
Afrique dans la Bataille contre
les Maures. Ce Dom Sebaftien
ne paſſe pour ufurpateur de la
qualité de Roy, que parmy ceux
qui l'en voulurent priver pour
ufurper fon Royaume .
L'Anonime n'ofe nier ouvertement
que nos premiers
GALANT. 59
Peres ont vêcu pendaut plufeurs
fiecles , mais il doute
que leurs années fuffent auffi
longues que les noftres , &
dit que cette difcuffion de
manderoit un jufte volume .
Je reduis ce jufte volume de
difcuffion en peu de lignes tirées
de la Genefe , pour démontrer que
les années desPatriarches étoient
composées de douze mois ,
auffi longues que les noftres.
Moyfe qui a fait l'Hiftoire du
Deluge, dit dans la Geneſe cha-,
pitre 7.0.11.que le Deluge commença
le 17. jour du fecond mois
de la 600. année de l'âge de Noës
60 MERCURE
le
au v. 24. que les eaux cou
vrirent la terre pendant cent
cinquante jours ; & au chap. 8.
v.3.qu'aprés cent cinquante jours
les eaux commencerent à diminuer;
& au 4. verfet , que
27. jour dufeptiéme mois , l'Arche
de Noë s'arrefta furles montagnes
d'Armenie, & que le premier
jour du dixième mois les
fommets des hautes montagnes
commencerent
à paroiftre , & que
quarante jours aprés , qui eftoit
par confequent le 10. jour du on-
Ziéme mois , Noé envoyale Corbeau
, & aprés luy la Calombe,
pour la premiere fois , & encore
4.dini
GALANT. 61
Sept jours aprés pour la feconde
fois , ce qui eftoit par confequent
au 24. jour du onzième mois,
qu'il attendit encore Septjours,
ce qui eft vn jour aprés les douze
mois qui firent l'année entiere.
C'est pourquoy Moyfe conclut
dans le mefme chapitre 8. v . 13 .
que le premier jour du premier
mois de l'année 601. de Noé , la
Surface de la terre parut feche ,
ce qui arriva en l'année du monde
1657.d'où je conclus auffifans
autre difcuffion , que c'est un article
de foy que les années des
Patriarches eftoient auffi lon-
·les noftres , & compogues
que
62 MERCURE
L
sées de douze mois.
L'Anonime dit, que la vic
des Patriarches n'eftoit longue,
qu'afin de peupler la terre
en accompliffant le Precepte
, Croiffez & multipliez ,
qu'il affure eftre le Commandement
du Sauveur , & que
la brieveté de nos jours n'a
efté caufée que par la corruption
de noftre efprit devenu
chair .
le
Il n'y a que les Patripatiani
qui puiffent s'imaginer que.
Sauveur du monde ait fait
Commandement de croiftre & de
multiplier ; car ce CommandeGALANT.
63
ment futfait à Adam & à Noé,
comme il eft porté dans l'ancien
Teftament en la Geneſe chap . 1.
v. 25. &reiteré à Noé & àfes
Enfans enfortant de l'Arche ,
comme on lit en la Geneſe chapitre
8. v.17. & le Sauveur n'a
parlé que dans le Nouveau Teftament.
Cela eft fi vray , que
S. Paul écrivant aux Hebreux,
employe d'abord les termes fuivans
: Dieu ayant parlé autrefois
à nos Peres en diverfes
occafions , & en diverfes manieres
par les Prophetes, nous
a parle en ces derniers temps
fon Fils. Quant à ce qu'il
par
64 MERCURE
7
dit que la brieveté de nos jours
n'a esté causée que par la corruption
de noftre efprit qui eft devenu
chair , il nous doit expliquer
comment l'efprit des hommes
eft devenu chair depuis le
Deluge , & comment le fpirituel
est devenu materiel , pourfaire
enfuite , felon ce qu'il dit , que
tout l'homme devienne promptement
mortel.
L'Anonime pour nier que
Louis Galdo ait déja vefcu
quatre cens ans , dit que les
Patriarches ont vefcu bien
Dieu
long temps , parce que
leur avoit donné une plus
1/ མ་ ༡ ཐོ་
GALANT. 65
grande quantité d'humide
radical ; qu'Adam a cfté.
creé de Dieu avec un temperament
parfait , & que fes
Enfans le receurent de luy
comme un heritage precieux
qui fut confervé à leur pofterité
; & qu'ainfi elle a diminué
peu à peu .
Si ce raifonnement eftoit bon
Adam auroit plus vefcu qu'aucun
de fes defcendans , ce qui
n'eft pas , puis que la Sainte
Ecriture dans la Genefe chap.
5. verf. 5. nous apprend qu'Adam
n'a vefcu que neuf cens
trente ans , & dans le verf: 2
Novembre 1687- F
20%
66 MERCURE
elle dit que Fared mourut âgé de
962. ans , & par confequent
âgée de trente- deux ans plus
qu'Adam , & au mefme chap.
verf. 27. elle dit que Mathufalem
qui mourut en l'année 1656 .
du Monde , & au premier mois
de l'année du Deluge en a vescu
neuf cens foixante-neuf , qui
font trente-neufans plus qu'Adam
mefme. Et Noé qui mourut
trois cens cinquante ans aprés
le Deluge , âgé de neuf cens
cinquante & un an ,
vingt ans plus qu' Adam.
L'Anonime dit
que
a
vefcu
la vie
des Patriarches eftoit tresGALANT.
67
longue , parce que la terre
produifoit des alimens d'un
meilleur fuc , dautant, dit- il,
que les eaux du Deluge, & le
débordement de la Mer, n'avoient
pas encore corrompu
fes entrailles , que l'air eftoit
bien plus pur qu'à prefent ;
que les influences du Ciel eftoient
plus douces , & les Af
tres plus obligeans.
C'est à luy à prouver que les
Alimens fuffent de meilleurfuc
avant le Deluge , puis qu'au
contraire la Sainte Ecriture nous
dit dans la Genefe, chap. 3. verſ.
17. que Dieu jettant Adam hors
Fij
68 MERCURE
du Paradis Terreftre , maudit la
Terre dans le travail des Hommes
, & ordonna qu'elle ne produiroit
qu'épines chardons :
Maledicta terra in opere tuo
fpinas & tribulos germinabit
tibi ; & bien loin
les eaux
que
du Deluge ayent corrompu les
entrailles de la Terre , c'est par
les pluyes qu'elle devient fertile
eftant aydée de la chaleur du
Soleil , témoin encore l'inondation
du Nil à laquelle l'Egypte
doit (a grande fertilité , & le
ris qui eft un tres -bon aliment
ne croit que dans des parterres
d'eau. Bien que depuis trenteGALANT
69
cinq ans je ne fois pas novice
Astronome- Phificien , il me fera
plaifir de démontrer que les
Aftres estoient plus obligeans avantle
D
·Deluge ; que l'ai eftoit
bien plus pur , & qu'il y a
d'autres influences fur la Terre
que la chaleur du Soleil & le
preffement de la Lune fur nostre
Atmosphère il me fouvient
que Salomon qui dans le Livre
de la Sageffe chap. 7. verf. 20.
Dieu luy a donné la
dit و
que
veritable fcience de toutes chofes
, ne parle point d'Aftrologie
ny d'influence des Astres , mais
feulement que Dieu luy a appris
70 MERCURE
la difpofition des Aftres & leur
mouvement qui eft la ſcience
Aftronomique.
L'Anonime employe mal
le decret que Dieu prononça
en l'année du Monde 1536 .
120. avant le Deluge contre
tous les Habitans de la Terre
en ces termes , dans la Genefe
chap . 3. v . 3. que la vie des
Hommes ne feroit plus que
de fix - vingts ans.
Dieu ne prononça ce decret,
delebo hominem quem creavi
, à facie rerræ ,
que pour
marquer que dans fix-vingts ans
pendant lesquels Noé fit l'Arche,
GALANT. 71
>
il feroit perir par les eaux du
Deluge toute la méchante Generation
provenuë du mariage
des Enfans de Dieu › avec les
Filles des Hommes ; c'est à dire
des aifnez , qui estantfeparez
du refte des hommes , & confacrez
à Dieu,fans connoiftre Pere
ny Mere , comme fut depuis
Melchifedech pour offrir continuellement
des Sacrifices à Dieu,
rompirent leur Celibat , & firent
ceffer le Service Divin ; &
commepar la corruption les meilleures
chofes deviennent les pires,
corruptio optimi peſſima,
les Enfans de cette perverfe
72 MERCURE
Generationfurent des Gean's en
l'énormité de leurs crimes ; Noe
eftant resté le feul jufte avecfa
Famille . Ainfi cette menaçante
reſtriction de la vie des hommes
à fix- vingts ans , de mefme que
les quarante jours accordez à
Ninive , ne fe doit entendre
que du temps que Dieu accordoit
aux hommes pourfe reconnoiſtre,
pour rentrer en grace avec
luy par la Penitence.
Fay lú autrefois dans la Cronologie
de Funccius le mefme
fentiment dans les termes fui
vans. Hoc anno mundi 1536 .
incipiunt illi centum & viginti
GALANT. 73
.
C
ginti anni , quos Deus dedit
mundo pro tempore refipifcentiæ
.
Si le décret de fix- vingts ans
avoit eftéfait contre les hommes
quidevoient vivre aprés le Deluge
, il auroit efté bien- toft démenty
parce qui eft écrit dans le
* . chap. de la Genefeon Moyfe
dit que Sem Fils de Noé , vefcut
quatre cens deux ans aprés
le Déluge , car il auroit vefcu
282. ans au delà des fix - vingts
ans portezpar le decret de Dieu.
Il dit encore qu'Arphaxad qui
maquit deux ans aprés le Deluge
vefcut trois cens trente-huit ans ,
Novemb. 1687 .
G
74 MERCURE
ce qui feroit deux cens dix- huit
ans au delà des fix - vingts portez
par le decret de Dieu.
Que fi l'Anonime veut en
core foutenir que bien qu'il
Soit porté par la Sainte Ecriture
que ces années eftoient és
gales aux nôtres , & compofées
de douze mois , elles n'estoient
pourtant comme il dit ) que
de trois mois , je luy oppoferay
que Moife dans le douziéme
Verfet du mefme Chapitre
affeure qu'Arphaxad en l'âge
de trente-cinq ans eût fon fils
Salé des trente - cinq ans à
trois mois l'année en oftant trois
GALANT. 75.
ans pour les neuf mois de la
groffeffe defa femme , il ne resteroit
que trente deux ans compofez
de trois mois, qui ne feroient
que huit de nos années , & par
confequent Arphaxad en fa huitiéme
année auroit engendré fon
fils Salé.
Moyfe dit encore dans le
mefme Chapitre 4. que Salé
vécut quatre cens trente- trois
ans , & qu'en fa trentiéme
année , il avoit eu fon fils
Heber. C'est pourquoy fi ces
trente années n'eftoient que de
trois mois chacune , en ayant
ofté trois ans pour les neufmois
Gij
76 MERCURE
de la groffeffe de la mere d'Heber
, il ne refteroit que vingt-
Sept ans de trois mois chacun ,
qui ne feroient que fix ans &
neuf mois des noftres , tellement
que Salé avant fa feptiéme
année auroit engendré fon fils.
Heber,
Moyfe ajoûte queHeber vefcut
quatre cens foixante & quatre.
ans, ce qui eft trois cens quarantequatre
ans au delà du decret
de Dieu de fix- vingts ans, &
qu'il avoit eu fon Fils Phaleg
nfa trente & uniême année qui
feroit avant la huitiéme des noftres.
en
Moyfe au vingt- quatrième
GALANT. 77
t
verf. du mefme Chapitre , dit
que Nachor âgé de vingt-neuf
ans eut fon Fils Phuré. C'eft
pourquoyfi ces années n'eftoient
que de trois mois , de vingt-neuf
en oftant trois ans pour les neuf
mois de la groffeffe de la Mere
de Phuré , Nachor l'auroit engendré
en la vingt-fixieme de
• ces années -là de trois mois chacune
, ce quiferoit à l'âge de fix
ans & demy des nostres
Enfin, fi Dieu par ce decret pofitif
avoit fixé àfix- vingts ans
la longueur de la vie des hommes
d'aprés le Deluge , il auroit
encore efté dementy par la plus
p
G iij
78 MERCURE
longue vie de plufieurs millions
d'hommes. Ilfuffit d'employer les
·cent cinquante ans de la vie de
Titus Fulloniius , fous l'EmpereurClaude
, les cent quarante
ans de Galien le Medecin , les
trois cens quarante de l'Indien
trois fois rajeunys les cent cinquante
& cent cinquante -fix
ans des deux Suedois du commencement
de ce Siecle ; & enfin
les cent cinquante - deux ans
de l'Anglois Thomas Par , qui
mourut en 1635.
L'Anonime
employe le
10. verf. du 89. Pleaume ,
dans lequel David ne donne.
GALANT 79
que foixante & dix ans à la
vie ordinaire des hommes ,
ajoûtant que fi celle des plus
robuftes va jufques à quatrevingts
ans , & au delà , ce n'eſt
que pour augmenter
leurs
peines & leurs douleurs ;
Dies annorum noftrorumfeptuaginta
anni , fi autem in potentatibus
octoginta anni & amplius,
corum labor dolor.
ع و ب
Si Dieu avoit faitfon decret
defix-vingts ans pour les hommes
d'aprés le Deluge , David
de fon autorité auroit abregé la
vie des hommes en la fixant pour
L'ordinaire à foixante & dix
G iiij
80 MERCURE
ans, à quatre- vingt,fice n'eft
que fon amplius , c'est à dire's
fon & plus, s'entende pour plufieurs
Siecles.
David moralife dans ce Pfearme
, & n'a pas pretendu faire
un article de Foy , outre qu'il a
dit luy-mefme que tout homme
eft menteur , dans le Credidi.
D'ailleurs fi ce que dit David
la vie des hommes n'eft
que de foixante & dix , ou quatre-
vingts ans , estoit un Arref,
il auroit efté violépar un million
d'hommes ; par Titus Fullonius ,
qui vefcut cent cinquante ans
du temps de l'Empereur Claude,
que
GALANT. 81
comme je l'ay déja dit , par Galien
, grand Medecin Dogmatique
, qui vefcut cent quarante
ans, jouiffant toûjours d'une parfaitefantéfansaucune
incommoditéde
la vieilleffe ; par Thomas.
Par Anglois qui vefcut cent cinquante-
deux ans fans aucune
maladie ny douleur qu'une heure
avantfa mort qui arriva le 24.
Novembre 1635. & outre un
million d'autres ,
· par
M²
le
Maistre
Bourgeois
de Paris
, qui ymourut
au mois
de Fevrier
ym
1683.
âgé de cent
dix huit
ans ,
fe portant
encore
fort
bien
quel
ques
jours
avant
fa mort.
82 MERCURE
L'Anonime s'imagine que
la Medecine eftoit dans fon
premier luftre. Il devroit appayer
ce qu'il avance de quelque
probabilité, car voicy une preuve
contraire . Adam eftant né pour
eftre immortel , n'avoit pas be
foin de l'Art de la Medecine ; auff
Dieu ne luy enfeigna pas le nom
ny la vertu des Plantes , mais
feulement le nom des Oiseaux ,
des Animaux & des Beftes de la
Terre & Dieu pour remede
fouverain à tous les maux, avoit
planté l'Arbre de Vie au milieu
du Paradis de volupté. Ainfi
Adam n'auroit pas cu befoin de
GALANT. &
Art des Medecins s'il n'euft
efté chaffé du Paradis Terreftre ,
&fifon entrée n'euft efté deffendueparle
glaive de feu d'unCherubin,
de peur , comme dit Dieu
dans la Geneſe, chap. 3. verf.22.
qu'en mangeant dufruit de l'Arbre
de vie il ne devinft immortel
; ne forte fumat de ligno
vitæ, & comedat, & vivat in
æternum , ce qui est une preuve
incontestable que par des chofes
naturelles on peut prolonger fa
vie pendant une longue fuite
de Siecles. De plus , fi Adam
avoit receu de Dieu l'Art de la
Medecine , il feroit venu par
84 MERCURE
ne
tradition à la connoiffance du
Peuple d'Ifraël , ce qui n'eft pas,
puifque Salomon dansfon Livre
de la Sageffe au chap . 3. nous
affeure que Dieu luy avoit donné
lafçience des vertus des Racines
, virtutes radicum .
L'Anonimej ajoûte que tout
ce que peuvent faire l'Art &
Medecine, c'eſt de ménager
le principe de vie, & non pas
de le produire de nouveau, les
alimens ne reparant jamais
ce qui fe perd , de mefme,
ajoûte- t-il , que l'eau rend le
vin plus foible en l'augmenla
tant.
GALANT. 8
Si le fue des alimens l'affoi
blit comme l'eau affoiblit le vin ,
qu'il ne mange plus. Ajoûter de
eau au vin n'eft pas ajouter
du vin au vin , & puifque la
nature change l'eau en vin , &
feulement par la chaleur, en embarraffant
la matiere des rayons
du Soleil , & les fixant avec
l'eau , eftant filtrée à travers des
pores du fep de la vigne , pourde
l'homme ne
quoy la nature
pourra-t-elle pas changer une
partie du fuc des alimens , & en
produire de nouveau le principe
de vie , puifque par le mariage
an produit aux Enfans ce mefme
86 MERCURE
principe de vie ? Cette réponſe
eftfans réplique.
Je pourrois rapporter icy le
témoignage du R. P. Claude
d'Abbeville Capucin , dans fon
Hiftoire de la Miffion en l'Ifle
de Maragnan au Brefil , imprimée
à Paris à la Bible d'or
en l'année 1614. Ce bon Pere
nous affeure dans le chap . 23 .
qu'au Village de Coyicup on
Sou-Ovaffou - Ac , qui baptifa
fignifie en leur Langue , Cerf
cornu , déja âgé de 160. ans . Et
au chap. 44. il affeure avoir veu
plufieurs de ces Indiens Occi
dentaux dans cette Ifle de
GALANT. 87
Maragnan , agez de 180. ans ,
& il remarque à ce propos
queFoada Pontife a vefcu 130.
ans , Mardochée 150. & que S.
Simeon à l'âge de 120. ans fut
crucifié. On lit que la Sibille
Cumane vefcut plus de trois
cens ans. Il raporte auffi que
Jean de Stamp ou desTemps age
de 361. an mourut l'an 1140.
du temps de Godefroy premier.
Il dit encore que les Vieillards
de Maragnan à l'age de 200 , ans
n'ont presque point de poils
blancs , ne deviennent point
chauves.
88 MERCURE
爨
Enfin nonobftant les reflexions
& les doutes de l'Anonime
Loüis Galdo demeurera agé de
quatre cens ans , puis qu'on peut
ménager , augmenter & renou
veller noftre bumide radical par
les raiſons que je viens de marquer
& par tout ce que j'ay
dit rapporté dans les troisparties
de ma Lettre concernant la
Medecine
voye le Lecteur. Je leprie de me
pardonner la longueur de ma réponfe
Fe l'aurois faite plus courte
, fejen avois eu le temps .
fila perte de mavene ne m'imposou
je
ren
&
GALANT. 89
foit pas la neceffité de me fervir
d'un Scribe.
3.3
COMIERS D'AMBRUN
Prevot de Ternant,
Les François font en poffeffion
de vaincre par tout, &
les avantages que les dernie
res Nouvelles receues de Canada,
nous apprennent qu'ils
ont remportez fur la Nation
la plus ennemie des Algonquins
, & des autres Sauvages
qui vivent fous la protection
de la France , en font une
preuve glorieufe. Le Canada
eftun grand Pays de l'Ame-
·
Novembre 1687. H
90 MERCURE
rique Septentrionale, & comme
les François , qui commencerent
à le découvrir en
1504. en occupent la plus
grande partie , & qu'ils y ont
differentes Colonies , on luy
a donné le nom de Nouvelle
France . Jean Verrazan , Florentin
, prit poffeffion de ce
Pays au nom de François I.
en 1525. & ayant eſté furpris
quelque temps aprés par
Sauvages , ils le mangerent ,
ca coûtume de la plupart de
les Nations eftant de manger
a chair de leurs Ennemis.qui
ont efté pris en Guerre . Jacles
GALANT. 91
ques Quartier , de S. Malo ,
foûmit ces mefmes Terres
en 1534. mais les François
ayant negligé ces Naviga
tions , n'y retournerent qu'à
l'occafion de la Floride , qui
eft un autre Pays de la mefme
Amerique Septentrionale, fitué
fur le Golphe de Mexique.
Il receut ce nom de Ferdinand
Soto , ou parce qu'il
y arriva le jour de Paſques
Fleuries , ou parce qu'en arrivat
il y trouva les campagnes
couvertes de Fleurs.Les François
y allerent en 1562. fousle
Regne de CharlesIX . & ayant
Hij
92 MERCURE
repris leurs premiers deffeins
pour le Canada , on y envoya
en 1604.une Colonie qui s'eft
toûjours augmentée . Outre
plufieurs Miffions , quelques.
Ecclefiaftiques de France en
entreprirent une en 1640 .
pour ce Pays-là , & elle a produit
avec le temps des fruits
tres- confiderables . Un grand
nombre de Sauvages ont receu
les lumieres de laFoy, &
on continue toûjours à les
éclairer avec beaucoup de
fuccés. On a bafty plufieurs
Villes . L'Evefque de Canada
fait fa refidence dans la prin-
23
GALANT 93
t
cipale que l'onappelle Quebec.
Elle eft fur la grande
Riviere de Canada , ou de
S. Laurent , avec une Fortereffe.
Cette Riviere, qui paffe
pour une des plus belles du
monde ,a deux cens braffes de
profondeur , &vingt - cinqou
trente lieues de largeur àfon
emboucheure , où eft le Golphe
de S. Laurent , & enfuite
les Mes de Terre- neuve . On
noditquefon cours eft déja connu
de prés de cinq censlieuës .
Les Iroquois, quipaffent pour
la Nation la plus feroce de
tout le pays , continuant mal94
MERCURE
gré lesTraitez depaix reiterez
plufieurs fois , à exercer toutes
les hoftilitez poffibles
contre les Algonquins,Amis
des François , ce qui apportoit
un grand préjudice au
Commerce de la Colonie , il
fut réfolu que l'on iroit leur
faire la guerre. Ainfi les
Troupes furent aſſemblées à
Montréal , dont M le Chevalier
de Caillieres eft Gouverneur.
Elles confiftoient en
huit cens hommes de Troupes
reglées , outre huit cens
Habitans , commandez par
les Gentilshommes du Pays ,
3
GALANT. 9
& fix cens Sauvages . Il y a
trois ou quatre ans que le
Roy envoya en Canada quatorze
Compagnies d'Infanterie,
qui font huit cens hommes
, & il y en a encore
envoyé cette année un pareil
nombre. On compte
auffi environ deux mille
Sauvages Amis , qui font devenus
tres-bons Soldats , &
c'eft de quoyfe mettre à couvert
des infultes de leurs Ennemis,
quelque barbares qu'-
ils foient . M le Marquis de
Denonville , Gouverneur de
la Nouvelle France , ſe mit
96 MERCURE
à la tefte des Troupes que je
viens de vous marquer , &
ayant commencé
fa marche
le 13. de Juin dernier, il furprit
fur la route deux cens
Iroquois , tant hommes que
femmes & enfans . Il les fit
tous prifonniers
; & aprés
avoir furmonté avec beaucoup
de peine les cheutes de
la grande Riviere de S. Laurent
il arriva le 2. de Juillet
au Fort Frontenac , à l'entrée
du Lac Ontario . Ce Fort a
receu ce nom de M' le Marquis
de Frontenac, qui a efté
Gouverneur
de la Nouvelle
France
GALANT.
97
France pendant plufieurs an
nées. Lors que M' le Marquis
de Denonville fut en ce
lieu - là , il apprit qu'il trouveroit
Ms de Tonti , de la
Foreft , du Lud , & de la Durantaye
à Niagara , où ils eftoient
arrivez avec fix cens
hommes, partic François , &
partie Sauvages . Niagara eft
au bout de ce mefme Lac
Ontario . Ils'embarqua deux
jours aprés avec toutes les
Troupes , & pour faire le trajet
du Lac,il fe fervit de deux
Barques armées , de deux cens
Bateaux plats , & de plufieurs
· Novembre 1687. I
98 MERCURE
Canots . Il y employa huit
jours , & mit pied à terre à
l'emboucheure de la Riviere
de Sonontoüan , fans
trouver perfonne qui l'en
empefchaft . On tint confeil,
& on trouva à propos d'agir
d'abord contre les Sonontoüans
. Les Iroquois que l'on
dit eftre au nombre de quatre
mille , font divifez en
cinq Cantons , & celuy des
Sonontoüans eft non feulement
le plus puiſſant , mais
encore le plus fujet à ſe mutiner.
Leurs Bourgades fortifiées
de doubles paliffades,
eftoient à fept lieues de l'enGALANT.
99
droit où l'on avoit
débarqué.
Ce fut là que l'on marcha
en fort bon ordre. L'avantgarde
eftoit
commandée
par
Mile Chevelier de Caillieres,
l'arriere-garde ,par M¹leChe-
I valier de Vaudreuil ; & M ' de
Tonti eftoit à la tefte de
1 toutes les Troupes , avec ſoixante
& dix hommes . Quelques
François & Sauvages
eftoient détachez à droite &
gauche & M Peret , qui
avoit ordre de découvrir ,
commandoit trente hommes
- qu'il faifoit marcher devant
5 Fuy. Quant à M ' le Marquis
I
I y
100 MERCURE
de Denonville , il avoit pris
un détachement de Gens
choifis , afin de pouvoir fe
trouver par tout . Lors qu'on
fut en veuë de la premiere
Bourgade,trois cens Iroquois,
que cinq cens autres qui s'eftoient
mis en embuscade
derriere deux collines dont
le chemin eftoit bordé , foûtenoient
à quelque diſtance,
firent une fort grande décharge
fur M'de Tonti , mais
la vigueur avec laquelle il les
chargea les mit dans un tel
defordre , qu'ils furent con
traints de prendre la fuite.
GALANT. 101
On les pourſuivit pendant
quelque temps , & on alla
auffi loin que la connoiſſance
que l'on avoit du Pays le
pouvoit permettre . Quarante-
cinq Iroquois furent tuez ,
& on en bleffa plus de foixante.
On perdit le Sous-
Lieutenant de la Compagnie
de M de Tonti , avec quatre
François, & quatre Sauvages,
Il y eut quatorze bleffez , parmy
lefquels fe trouva le Pere
Angelran Iefuite . Depuis ce
combat on a mis le feu aux
quatre Bourgades des Iroquois
, & camme on a brûlé
I iij
102 MERCURE
tous leurs bleds & toutes leurs
proviſions , ils auront pein
à fe rérablir . On en amene
cinquante ou foixante en
France , que l'on deſtine aux
Galeres , pour voir s'ils y fe
ront propres . Le refte des
Prifonniers a efté conduit à
Quebec , avec les Femmes &
les Enfans . M' le Marquis de
Denonville a laiffé des Troupes
à Niagara qu'il a fait fortifier
, & enfuite il eft retourné
au Fort Frontenac .
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles, eft d'un
tres- habile Maiftre , & vous
GALANT. 102
n'en douterez pas quand
yous l'aurez parcouru .
J
AIR NOUVEAU.
Aimois Iris , je l'aimois tendrement
,
Mais l'Ingrate reçoit les vaux d'un
autre Amant ,
Et ne fonge plus qu'à luy plaire.
Le puis aifément la changer,
Et me vanger
2.
De cette infidelle Bergere ;
Mais puis-je trouver aisément
Vn objet comparable à cet objet char
mant ?
Le Pere Comire Jefuite ,
qui s'eft acquis tant de reputation
par la beauté de ſes
I iiij
104 MERCURE
Vers Latins , a fait une Fable
fur le Papillon , & fur l'Abeille
. Elle eft extremement
´eftimée , & il ne faut pas s'en
étonner,puis que tout ce que
nous avons vû de luy , a ce
tour aifé & naturel que tout
le monde recherche , & qu'il
eſt ſi difficile d'attraper. M
Petit de Rouen a fait la traduction
de cette Fable avec
beaucoup de fidelité , & je
croy que vous n'aurez pas
moins de plaifir à la lire, que
vous en avez receu des Dialogues
Satyriques & Moraux ,
dont il eft l'Autheur , & qui
GALANT: 105
ont efté fi approuvez du Public.
Son jugement en cela
fe trouve tous les jours conforme
à ce qui en fut dir
d'avantageux il y a quelque
temps dans la Republique
des Lettres.
25222552522522255
LE PAPILLON
ET L'ABEILLE.
FABLE.
Ans un Iardin delicieux
Vn Papillon tout glorieux
DA
Defe voir les aifles dorées ,
Etfuperbement empourprées ,
106 MERCURE
Admiroit la beauté des fleurs
De mille fortes de couleurs ,
A qui l'Aurore avec fes larmes
Avoit donné de nouveaux charmes´›››
Et qu'elle répandoit exprés
Pour leur rendre le teint plus frais.
A l'heure que Phébus s'éveille
Prés de luyfe trouve une Abeille
A laquelle il dit. Chere Soeur ,
Goûtons , goûtons la douce odeur ;;
De ces fleurs dont en abondance
Flore icy s'eft mife en dépense;
D'une fi rare volupté
Rendons noftre coeur enchanté..
Auffi-toft s'élevant de terre
Il voltige fur le Parterre.
On euft dit , le voyant en l'air,
D'une fleur qui fçavoit voler ,
Tantfes couleurs d'or & vermeilles
A celles des fleurs font pareilles.
Il les éfleuroit feulement :
GALANT 107.
Sans deffein , fans difcernement.
Quelquefois fur la Violette ,
Charmé de l'odeur, il fe jette ;
Quelquefois ilbaise enpassant
Vn bouton de Rofe naifant ;
Et le mouvement de fes aifles
Excite un vent auffi doux qu'elles..
Surchaquefleur de ce Iardin
Il vole comme un vray Badin,
Les foulant toutes fans malice.
De l'Oeillet il court au Narciffe ,
Puis pouffé d'un nouveau defir
Surl'Anemone il va dormir.
Mais fonfommeil ne dure gueres
E1 d'une inquiete maniere
Opiniâtre , fans répos ,
>
De fleurs il change à tous propos.
De les carreffer il s'empreffe ;
Mais incontinent il les laiffe.
Pour toutes ainfi tour à tour
Son dégouft fuccede à l'Amour.
108 MERCURE
Tandis que cefoufe tourmente
L'Abeille beaucoup plus prudente ,
Etfçachant mieux ce qu'elle fait ,
Desfleurs ne fait pas unjouet ,
Et de leurs odeurs les plus fines
Ne réjouit pasfes narines ,
Ny ne vole pas à l'entour
Vaincment tout le long du jour;
Mais comme un Ouvrier habile
Meflant l'agreable à l'utile ,
Elle prendla Cire & le Miel
Quefur leur teint répand le Ciel ,
Dont l'influence les arrofe ,
Pille le Crocus , & la Rofe ,
L'Iris , l'Hyacinte , & le Lys ;
Puis s'envolant dans le pourpris
De fon petit Palais Ruftique ,
Avecgrandfoin elle s'applique
A ferrer tout ce doux butin ',
Dont le Serpolet & le Thim
La Lavande , &la Marjolaine
GALANT. 109
Rendent enfinfa Ruche pleine .
Le foir vint ,fon travail ceffa
Quand le Papillon , las , paffa
Auprés de l'Abeille chargée
Des dons de la douce Rofée.
Il luy dit. Efprit mal tourné,
Né fous un Aftre infortuné.
Quoy ? perdre une telle journée ,
Sans en l'air t'eftre promenée !
Ie ne m'en repens nullement ,
Répondit-elle fagement.
Aujourd'huy par mon induſtrie ,
De mielje me trouve garnie ,
Dont mon Maiftre fe nourrira ,
Et la Cire me fervira
D'offrande à la Troupe immortelle.
Enfin , à mes emplois ,fidelle ,
Donnant tout mou temps & mes
Soins
Lé fçaypourvoir à mes befoins .
Mais vous , à quoy s'eft terminée
110 MERCURE
Cette heureufe , & belle jaurnée ?
Parlons avec fincerité.
Le fruit de voftre oifiveté
Eft ( chofe qui vous doit déplaire )
D'eftre fatigué fans rien faire.
Parcecy l'on voit nettement
Combien eft grand l'éloignement
D'une Eftude laborieufe ,
Et d'une vaine & curienfe .
Je
vous aurois parlé
dans ma Lettre du dernier
mois , de l'Entrée de M' le
Marquis de Dangeau , Gouverneur
de Touraine , dans la
Ville de Tours , fi l'abondance
de la matiere fur des
arricles tres-longs , ne m'en
cuft pås empeſché. Meffieurs
CALANT. I
de la
Maréchauffée
l'allerent
prendre à fa Maiſon de campagne
, qui eft à quelques
lieues de cette Ville- là , &
marcherent au devant de fon
Caroffe ,
autour duquel ef
toient les Gardes de ce Gouverneur
, accompagnez
de
leur
Capitaine
& de deux
Ecuyers
. M ' l'Intendant
alla
à une lieuë de la Ville , d'où
il fortit
cinquante
à ſoixante
Caroffes
,pour aller au devant
de ce Marquis
. Toutes
les
Compagnies
, qui fe mortoient
à dix
mille
hommes ,
& qui
eſtoient
diftinguées
112 MERCURE
par
des rubans de differentes
couleurs,fortirent une demylieuë
hors de la Ville . On alla
defcendre à l'Hoftel du Gouverneur.
Toutes les Dames
de Tours fe trouverent dans
la premiere Sale , & il y avoit
des Violons dans la feconde .
Elles pafferent dans la troifiéme
avec M ' le Marquis de
Dangeau , & Madame la Marquife
fa Femme , & l'on y
commença une converſation
qui ne put eftre que fpirituelle
, puis que M¹ de Dangeau
y avoit la meilleure
part. Elle fut interrompuë
GALANT. 113
par des complimens que le
Corps de Ville vint luy faire.
par la bouche de fon Maire..
Le Corps de Medecine arriva
enfuite , & fut fuivy de
plufieurs autres . On alla le
foir fouper chez M ' l'Inten- ·
dant. Ce Repas fut magnifique;
il y eut grand Bal aprés
le Soupé , & grande Colla--
tion pendant le Bal . Mª le
Marquis de Dangeaù a tenu
table dans tout le temps qu'il
a demeuré à Tours . Toute la
Nobleffe de la Province a
efté manger chez luy , & il
en eft party avec un applau
Novembre 1687. K
114 MERCURE
diffement general.
La mefme raifon de l'a
bondance de la matiere m'a
fait differer jufqu'icy à vous
parler d'un celebre Baptefme
qui fe fit il y a quelque temps
dans l'Eglife de S. Sulpice.
On y baptifa le Fils de M
Ferdinand Vencelas Comte
de Lobkovic , Gentilhomme
de la chambre de l'Empereur
,
& fon Envoyé en France, & de
Madame Marie Comteffe de
Lobkovic , née Comteffe de
Dietrichi, Le Parrain eftoit
M' le Prince Philippe de Savoye
, Abbé de Saint Pierre
GALANT. 115
de Corbie, & Comte du même
lieu , de S. Medard de
Soiffons , & de Noftre-Dame
du Gaft , & la Marraine,
Madame la Princeffe Loüife
Chriſtine de Savoye , veuve
de M le Prince Ferdinand,
Maximilien, Maggrave Souverain
de Bade Baden . Il y
eut quelques dificultez touchant
les neuf noms que
le Comte de Lobkovic fou-
Με
haitoit que
fon fils , parce que tous les
Єurez de Paris , ont ordre de
Ml'Archevefque de nepoint
fouffrir qu'on en denne un
l'on donnaft à
K ij .
116 MERCURE
fi grand nombre. Il falut
aller à
l'Archeveſché
pour
remedier à cet obftacle, & il
fut levé en confideration de
M le Comte de Lobkovic .
Les noms que l'on donna à
l'Enfant font , Louis, Philipe ,
François , Auguftin , Gaetan ,
Fauftine , Jofeph , Balthazar,
& Gabriel..
J'ay à vous apprendre quelques
morts arrivées le mois
paffé , & je commence par
celle de Dame Anne Urfule
de Coffé , de l'Illuftre Maifon
des Ducs de Briffac . Elle
mourut le 20. Octobre dans
GALANT . 117
fon Château de Daillon , en
donnant toutes les marques
de la mefme pieté qui la faifoit
diftinguer pendant ſavie ..
Elle avoit épousé en premieres
nopces M de la Porte
de Vefins d'une ancienne
Maiſon d'Anjou , qui a de tres
grandes alliances , & s'eftoir
mariée en fecondes nopces
avec M le Marquis de Chauferais
qui fortoit de la Maiſon
du bas Berry & de Lufignan ,
Le Pere Rapin Jefuite
mourut icy fur la fin du
mefme mois. Je me prepa
rois à vous en faire l'éloge,
118 MERCURE
lors qu'il m'en eft tombé un
entre les mains auquel je n'ay
rien à ajoûter. Il paroit que
celuy qui l'a dreffé le connoifloit
tres-parfaitement.
La maniere dont- il eft écrit
me perfuade fans peine qu'il
vient, comme on me l'a dit ,
d'un excellent homme du
mefme Ordre. En voicy les
termes. Le Pere René Rapin
de la Compagnie de Jesus,
né à Tours , eft mort à Paris
le 27. d'Octobre 1687. en la
foixante -fixiéme année de
fon âge , d'une efpece d'apoplexie
jointe à un commenGALANT.
119
F
cement de paralyfie qui l'a
fait languir prés de deux.
mois . C'eſt une perte confiderable
pour fon Ordre dont
il eftoit un des principaux.
ornemens : car il avoit d'excellentes
qualitez ; un génie
heureux pour les Sciences .
un naturel fait pour la vertu ,
une humeur douce , une probité
exacte, un tres - bonfens ,
& le meilleur coeur du monde.
Sa phyfionomic fage &
fpirituelle , fon air humain.
& affable , fes manieres fimples
& modeftes luy gagnoient
d'abord l'eftime &
120 MERCURE
la bienveillance de tous ceux
qui le voyoient ; plus on le
pratiquoit , plus on découvroit
en luy un fond de raiſon .
& de bonté qui ne fe rencontre
guere ailleurs . Il eftoit naturellement
honnefte , & il
s'eftoit fort poli dans le commerce
des Grands qui l'ont
honoré de leur amitié , &
auprés defquels fes Supe
rieurs l'ont attaché plus
d'une fois : mais fa politeffe
n'avoit rien qui ne convinstà
fa profeffion. Il eftoit officieux
au-delà de ce qu'on
peut croire, prenant plaiſir à
obliger
GALANT. 201
obliger , & obligeant de bonne
grace, prévenant les prieres
& les defirs , & fervant
avec chaleur juſqu'aux inconnus
par le feul principe
d'une inclination bienfaifante
. Auffi n'y eût-il peuteftre
jamais un amy plus genereux
ny plus tendre , plus
fidelle , ny plus appliqué à
remplir tous les devoirs ,
toutes les bienséances
de
l'amitié. Les gens du monde
le regardoient comme un
parfait homme d'honneur, &
les gens de Lettres comme un
des plus beaux efprits de
Novembre 168 7. L
122 MERCURE
noftre Siecle. Il a excellé
dans la Poëfie Latine , & les
ouvrages que nous avons
de luy en ce genre , ont rendu
fon nom celebre par toute
l'Europe . Les Sçavans ont
admiré entre autres fon
Poëme des Jardins , & l'ont
jugé un chef- d'oeuvre digne
du fiécle d'Augufte
, &
digne de Virgile meſme .
Quoy que la langue de Virgile
& de Ciceron fuft prefque
la fienne , & qu'il en euft
fait fon étude principale dés
fes premieres années , il connoiffoit
toutes les beautez de
**
GALANT. 123
>
la noflre ; & ce qu'il a écrit
en François , a une élegance
particuliere. Il s'eftoit rempli
l'efprit de toutes les belles
connoiffances, & rien ne marque
mieux fon érudition que
Les Réflexions fur l'Eloquence
fur la Poéfie ,fur la Philofophie ,
& fur l'Histoire , avec fes Comparaifons
de Virgile & d'Hemere
de Demofthene & de
Ciceron , de Platon & d'Ariftote
, de Thucydide & de Tite-
Live. Mais fes vertus chrétiennes
& religieufes le rendent
encore plus eſtimable
Lij
124 MERCURE
que fes talens naturels & hu
mains . Il a eû dés fon enfance
une pureté de moeurs
& une délicateffe de confcience
qui l'ont accompagné
jufqu'à la fin de fa vie .
Sa pieté paroiffoit fur fon vifage
& dans fes difcours ; &
ce n'eftoit que pour infpirer
à tout le monde ce qu'ilfentoit
des chofes de Dieu ,
que de temps en temps il
compofoit des Livres de
dévotion
. Le dernier , de
La Vie des Prédestinez
;
qu'il fit en fortant d'une
longue maladie , fut le
GALANT.
125
fruit des réflexions d'un Malade
tout occupé de l'Eternité
, & eft plein des veritez
de la Foy les plus fublimes &
les plus touchantes . Il avoit
une ardeur extrémé pour la
converfion des Calviniftes ,
& il s'en expliquoit dans les
rencontres d'une façon pathetique
, tout moderé &
tout paiſible qu'il eftoit . Il a
écrit fur ce fujet des Lettres
fort vives à diverſes perſonnes
qui estoient engagées
dans l'erreur ; & il a cû le
bonheur d'en retirer quelques
unes d'un merite extra-
Liij
126 MERCURE
ordinaire qui ont pris confiance
en luy, qui ont fuivy
fes confeils , & qui vivent
felon toutes les règles de la
fageffe chreftienne. Son zele
pour les interefts de la Religion
, & pour l'honneur de
fa Compagnie luy fit entreprendre
il y a plus de vingt
ans, un grand ouvrage , où il
a travaillé conftamment fans
nulle efperance de le voir paroiftte
, & que Dieu luy
fait la grace d'achever avant
fa mort .
travail ; & comme il eftoit
deſtiné par fa vocation à l'a-
Il aimoit fort le
GALANT. 127
vancement de la gloire de
Dieu & au fervice du prochain
, il fe croyoit obligé
en confcience d'employer le
temps utilement dans ces
veûes- là : il ne fçavoit ce que
c'eftoit que de le perdre ; &
il faut qu'il ait efté extrémement
laborieux pour avoir
donné tant de Livres au public
avec une fanté auffi délicate
que la fienne . La maladie
qui nous l'a enlevé n'eſt
venue que de trop d'application
, Il commençoit un nouvel
ouvrage lors qu'il eft
tombé malade ; & on peut
Liiij
128 MERCURE
dire qu'il auroit vécu plus
long-temps felon toutes les
apparences, s'il ſe fuſt plus
menagé . Il eftoir humble
dans les fentimens & dans fa
conduite , n'ayant que de petites
idées de luy-mefme,
méprifant le monde d'autant
plus qu'il le connoiſſoit davantage,
& n'eftimant veritablement
que ce qui eft
rand devant Dicu . Il vou
loit particulierement le bon
ordre , & les moindres relâchemens
de la difcipline
Ecclefiaftique ou Reguliere
excitoient en luy des mouveGALANT.
129
mens d'une fainte indignation.
Il édifioit beaucoupdans
la converſation ; où il parloit
peu , toûjours fagement , &
d'une maniere religieufe ;
charitable au refte & preft en
tout temps à fecourir les mal
heureux . Comme il avoit
par tout du crédit & des
amis, mille gens s'adreffoient
à luy dans leurs befoins , &
en recevoient de bons offices,
ou du moins de la confolation
. Il s'eft appliqué aux
bonnes oeuvres tant que fa
fanté le luy a permis . Il alloit
confeffer les malades de
จ
130 MERCURE
F'Hoftel- Dieu regulierement
toutes les femaines , avant que
fes incommoditez l'euffent
reduit à une langueur dont il
n'eft jamais bien revenu , mais
qui ne l'empêchoit pas, quand
il eftoit à la campagne , de
fa
confeffer & d'inftruire les
pauvres gens . On ne peut
s'imaginer jufqu'où alloit ſa
patience ,fa tranquillité dans
des conjonctures defagreables
, & fur tout dans des infirmitez
fâcheufes . Au temps
de fa longue maladie il fentoit
fouvent des douleurs
aiguës fans fe plaindre & fans
GALANT. 131
en dire prefque rien à ceux
qui avoient le plus de part તે
fa confiance , ne voulant avoir
que Dieu pour témoin
de ce qu'il fouffroit , & perfuadé
que le bonheur d'un
Chrétien eft de fouffrir dans
le filence . Il prenoit un jour
tous les mois pour
Le préparer
à la mort par un petit éxercice
qu'il avoit compofé
luy-mefme pour fon ufage ,
& il faifoit laRetraite de chaque
année , comme s'il euft
deû mourir aprés l'avoirfe
te . Un tel homme doit eftre
regretté de tout le monde :
132 MERCURE
il vit encore dans le coeur de
fes amis ; & fes ouvrages , fes
vertus le feront vivre dans la
mémoire de tous les fiecles .
Le mefme jour que les Jefuites
firent cette perte, l'Ordre
des Capucins , & particulierement
la Province de
Paris , en fit une confiderable
en la perfonne du Pere
Nicolas d'Amiens , qui eſt
mort dans leur Convent de
S. Honoré , âgé de quatrevingts-
un an.Il en avoit paffé
foixante & trois en Religion ,.
& plus de quarante dans toutes
les Charges , ayant efté
GALANT.
133
Lecteur en
Philofophic & en
Theologie, Gardien
plufieurs
fois dans les
principaux Con
vents de la Province , Confeffeur
des
Capucins de Paris
&
.d'Amiens,
Définiteur plus
de vingt- cinq ans, Provincial
quatre fois , Commiſſaire
general
en
Champagne , Lor
raine ,
Touraine &
Bretagne.
Dans tous ces divers
Emplois
il a toûjours fait
paroiftre
beaucoup de prudence , une
force d'efprit
admirable , &
un zele
extraordinaire
pour
toutes les Obfervances
regu
lieres , qu'il a gardées luy134
MERCURE
mefme jufqu'à la fin de fa
vie, tant de nuit que de jour ,
avec une exactitude furprenante.
Quoy qu'il fuſt dans
un âge extrémement avancé ,
il eft plûtoft mort de maladie
que de vieilleffe , puis qu'on
peut dire que dans un bon
corps il avoit un bon efprit ,
qu'il a confervé avec la mefme
vigueur & la même force
jufqu'à fon dernier foûpir.
Ses qualitez fingulieres le
rendoient capable de gouverner
l'Ordre entier . On ne
remplit point ſi ſouvent les
premieres Dignitez ” d'un
GALANT. 135
grand Corps , qu'on n'ait un
merite où l'envie ne peut
atteindre , c'eft à dire , vray,
folide & inconteftable , &
+
que ce merite ne foitaccompagné
d'une affabilité qui
gagne les coeurs , mefme de
ceux qui en font jaloux , &
qui femblent eftre nez avec
un eſprit de cabale .
On a eu auffi nouvelles de
la mort de Meffire Florentin
de Hanon - de- Lamivoye - de
Jouy Abbé de Baffe - fonraine
, & Grand - Vicaire de
M l'Evefque de Troye . C'eftoitun
Gentilhomme d'une
136 MERCURE
des premieres Maiſons du
Soiffonnois, mais moins confiderable
par cet endroit que
par fa haute vertu . Il fut d'abord
Chanoine de l'Eglife
de Troye , enfuite Theologal
, puis Grand-Archidiacre
de la mefme Eglife. La place
de Grand-Doyen eſtant demeurée
vacante , le Chapitre
ne trouva perfonne plus capable
de la remplir que M
de Lamivoye. Il en a fait
toutes les fonctions avec
fuccés pendant prés de vingt
années; enfin necroyant plus
devoir envifager autre chofe
GALANT. 137
#
que le fouverain bien , il fe
démit il y a environ un an,
du grand Doyenné , en faveur
de Meffire Pierre de
Vienne , Docteur de Sorborne,
Prieur deFoucheres ,jeune
homme d'un merite diftingué,
Fils deM ' de Vienne , cydevant
Lieutenant particulier
au Chaftelet, & Frere de
M' de Giraudot , Confeller
au Parlement. Aprés cette
démiffion, M' de Lamivoye
fe retira à fon Abbaye de
Baffe-fontaine , que M' ' Evefque
de Tournay venoit de
luy remettre avec l'agrément
Novembre
1687. M
128 MERCURE
du Roy. Il y eft mort dans
une haute eftime de vertu, &
fort regretté de tous ceux
qui connoifſoient ſon me¬
rite.
La France eft fi floriffante,
que les Particuliers , j'entens
les Perfonnes d'une qualité
diſtinguée , mais au deffous
des Princes , Ducs & Pairs &
Maréchaux de France , font
des Feftes qui font fouvent
inconnues hors des lieux où
elles font données, & qui paroiftroient
beaucoup dans
les Eftats de plufieurs Souverains
. Celle qui fut faite au
GALANT 129
I
commencement de ce mois
chez M du Tremblay, Mai .
ftre desRequeftessen fonChâteau
du Tremblay , eft de ce
nombre . Elle commença la
veille de S. Charles Boroniée ;
Fefte de M le Marquis du
Tremblay, par une illumination
au Chateau qui porte ce
mefme nom . On y vit briller
plus de douze cens Bougies . Il
y eut un grand Repas , une
fort belle fimphonies un Feu
d'artifice ; & tout cela fut
ه ل ل ا ي ف
} fuivy du Bal. Le lendemain
on chanta une Meſſe en Mufique.
L' Aflemblée fut nom-
Mij
140 MERCURE
breufe , & compofée de Perfonnesde
qualité de l'un & de
l'autre fexe . Vous fçavez que
le Chafteau du Tremblay eft
tres-beau , & qu'il a efté bafty
fur le modelle de celuy de
Luxembourg . M³ du Tremblay
, Gouverneur de la Baf
tille , Grand - pere de celuy
dont je vous parle , l'a exttemement
embelly . Il eftoit
Frere du Pere Jofeph , Capucin,
qui a eu fi grande part
aux affaires fous le Miniftere:
de M: le Cardinal de Richelieu
.
Le Roy qui veille fans ceffe
GALANT. 14)
aux befoins de fes Sujets , &
qui ne cherche que leurs a
vantages
nouvelles Claffes dans le College
de Bordeaux , appellé le
College de Guyenne. Il y a
des gages confiderables
pour
les Profeffeurs, dont l'un enfeignerala
Langue Angloife,
& l'autre la Langue Hollandoife.
M' l'Abbé Bardin,que
fon merite a fait choisir pour
cftre Principal de ceCollege,
aura la direction fur ces nouveaux
Profeffeurs , comme il
l'afur tous les autres . On prétend
que ce College eft le
a inftirué deux
142 MERCURE
pour
les
plus ancien du Royaume.
Ce qu'il y a de certain , c'eſt
qu'on y a veu paroiftre de
tres--grands hommes
Lettres , comme Aufone, Buchanan,
Muret , Scaliger , &c .
Il n'y a que cent ans qu'il
eftoit le feul College de toute
la Province de Guyenne , &
il en a retenu le nom . Toutes
les Claffes y font enſeignées
par de tres - habiles Profeffeurs
. Il y en a une de Mathematique
, fondée par feu Mr
de Candale , Evefque d'Aire .
Les Maire & Jurats de Bordeaux
en font les Patrons , &
GALANT. 143
ce font eux qui nomment à
la Principalité quand elle
vaque.
Il n'y a pas toûjours de la
honte à fuir , & quelquefois
la prudence engage à fe fervir
de cette précaution . Vous
en tomberez d'accord quand
vous aurez leu la Lettre qui
fuit. Elle eft de M Devin ,.
dont je vous ay déja envoyé
plufieurs Ouvrages que vous
avez leus avec plaifir.
S
144 MERCURE
225252222225 $ 2555
A. M. P. L. M.
vandj'allay pour vous voir
une pieufe affaire
Ο
Vous obligea bien - toft à fortir de
chez vous ,
Et vous me dites d'un ton doux ;
Ma prefence , Damon , eft ailleurs
neceffaire ,
On m'attend , je vous quitte , &.
voftre honnefteté
Veut bien me pardonner cette incivilité
;
2
* Mais reftez icy , je vous prie
Ma Fille , à mon défaut , vous tien--
dra compagnie ,
Et je vous la donne à garder.
Agarder ? Quel employ terrible !
OferoitGALANT.
145
Oferoit-on s'y hazarder ?
Tout barbon que l'on soit , en eft- on
moins fenfible ,
Et feroit-il judicieux
De fe commettre feul au feu de fes
beauxyeux ?
C'eft ce qu'on ne fait pointfans un
grain defolie ,
Et je n'ay pas encor perdu tout mon
bon fens.
D'une jeune Beautéplus la Chambre
eft remplie ,
Autour d'elle , en un mot , plus elle
voit de gens .
Et plus de fes regards la force cft
affoiblic ; [ objets ,
Répandus , partagez fur differens
On n'en craint prefque plus les funeftes
effets ,
L'atteinte en est beaucoup moins
rude
Novemb .
1687. N
146 MERCURE
Maisfur un pauvre malheureux
Ramaffez par lafolidude ,
Alors ils redoublent leurs feux ;
Et telle,au fond dun miroir creux,
Eft l'ardeur du Soleil quand elle eft
réunie ,
On ne peut la fouffrir. Mais vous ,
Sage Vranie,
Ne comprites- vous point à quel affreux
danger
L'honneur de votre confiance
M'expefoit ? non fans doute ,il m'euft
ooûté trop cher,
Et vous en cuffiez fait un cas de
confcience ,
Le me perdeis ; auffi bien loin de
m'en charger,
Ce peril , qui , plus jeune , cuft cu
pour moy des charmes,
Me caufa pour lors tant d'alarmes
Que je crus par lafuite , &forjant
fe aros pas ,
GALANT. 147
Devoirde fes beaux yeux éviter les
appas.
Il est vray qu'en voftre prefence
La charmante Afpafie en modere les
She coups ,
"Et qu'alors , parrefpect pour vous,
Elle épargne les gens de voftre conno
ẞance ; Ifence
Mais je fçay pendant voſtre ab-
Qu'elle en ménage peu les traits,
Et, maintenant quadragenaire
Et plus imide que jamais ,
Te n'ofay pas en temeraire
M'expofer tefte- à - t fte à toute leur
douceur.
Elle cuft voulu peut- eftre effayerfur
mon coeur
Ce que pour l'avenir elle
promettre ,
peut s'en
Elle cuft voulu peut- eftre à fes loix
le foumettre.
Nij
148 MERCURE
Quedis-je ? Elle l'euftfair , &j'en
eus la frayeur.
A quoy donc penfiez- vous ,
Sage Vranie ,
helas !
Quand vous vouluſtes m'engager
Agarder la jeune Afpafie ?
D'unfoin leger & doux cruftes - vous
me charger ,
Ou comptiez- vous fur lafageffe
D'un homme tel que moy déja vicux
& grifon ?
En ay -je plus que Salomon
Qui , toutplein qu'il enfut , nefut
pas fansfoibleffe ?
De quelle utilité fut-elle aux deux
Vieillards
Qui par de trop tendres regards
Affaillirent au Bain Suzanne à demynuë
?
( qu'eux ,
Ah ? moins âgé , moins fage
-
GALANT. 149
Paurois eu moins de retenue ,
Et me livrant moy mefme aux craits .
defes beaux yeux,
L'eftois.... car Afpafie eft plusjeune
&plus belle
Que nefut l'objet de leurs voeux.
Moy la garder ? Non , non ; hé qui
m'euft gardé d'elle ?
On fe montre liberal quel
quefois à peu de frais , & c'eſt
ce qui eft arrivé depuis quelque
temps à un Cavalier,
qui croit, entre autres maximes
qu'il obferve avec les
Femmes, que c'eſt eftre dupe
que de faite des prefens . II
voyoit une Dame fort bien
faite avec affez d'affiduité ,
Niij
150 MERCURE
pour luy donner lieu de croire
qu'il en eftoit amoureux.
Cependant , quoy qu'il en
connuft toute la beauté &
tout le merite , il n'eftoit
point homme à prendre un
attachement
de coeur , & s'il
luy rendoit des foins plus
particuliers qu'à toutes les
autres chez qui il avoir accés,
il ne le faifoit que parce qu'-
ayant à paffer fix mois dans
le mefme lieu où eftoit la
Dame , il luy trouvoit des
manieres douces , & un tour
d'efprit qui convenoient
à
fon caractere
. Il luy propoGALANT.
KE
foit de temps en temps quelque
partie de plaifir, & ils'en
tiroit toûjours en galant
homme ; mais il bornoit là
toute la dépense qu'il faifoit
pour elle , & ce n'eftoit pas
ce que la Dame cuſt voulu .
Si l'envie qu'on témoignoit
de luy plaire avoit quelque
chofe qui flatoit fa vanité ,
elle n'en goûtoit le charme
que par l'efperance que les
fentimens qu'elle infpiroit
ne fe termineroient
pas à des
démonſtrations
fteriles , &
n'ayant en veuë que fon intereft
, les plus agreables di-
Niiij
152 MERCURE
-
vertiffemens qu'on luy pouvoit
procurer , ne la touchoient
point, s'ils n'eſtoient
fuivis de
quelque marquefolide
de l'amitié qu'on avoit
pour elle. Le Cavalier
découvrit
bien-toft fon foible,
mais comme il n'avoit aucun
deffein de gagner fon coeur ,
il alla toûjours fon train ordinaire
, & fouftint fans s'ébranler
toutes les
attaques
qui luy furent faites pour
l'engager à luy faire voir par
des preuves
effectives
qu'il
l'eftimoit
veritablement.Enfin
tous les efforts de la Dame
GALANT. 153
cftant inutiles , & le Cavalier
continuant à fe retrancher
fur quelque partie de promenade
, dans laquelle il ne
s'agiffoit que d'un repas , elle
tourna fes prétenfions für un
fort beau Diamant qu'il portoit
toûjours , & que fix autres
qui eftoient autour, fembloient
encore rendre plus
brillant . Elle le tira plufieurs
fois du doigt du Cavalier
pour le mettre au ſien , en
loüant toûjours le feu qu'il
jettoit, & elle luy dit un jour
qu'elle vouloit s'en parer
pendant quelque temps . Le
34 MERCURE
Cavalier le fouffric , fans luy
faire là - deffus le
compliment
qu'auroit fait un homme
auffi amoureux , qu'elle
croyoit qu'il fuft d'elle.
Comme elle vouloit le mettre
en eftat de n'oſer reprendre
fon Diamant , elle luy fit
certaines avances qui l'embarafferent,
parce qu'îl trouvoit
un grand inconvenient
à en profiter. Il crut à
pos de l'embaraffer elle-mef
meſme , en n'y répondant
que par des honneftetez qui
luy ofterent le droit qu'elle
vouloit acquerir. Ce procedé
proGALANT.
159
ayant rompu fes mefures, elle
fe vit obligée de rendre le
Diamant
. Če ne fut pas toutefois
fans garder quelque
efperance
de réuffir dans fon
entrepriſe
. Les Connoiffeurs
par qui elle l'avoit fait examiner
, le faifoient
valoir
deux cens Loüis , & un Bi-.
jou d'un prix fi confiderable
avoit pour elle un attrait fenfible.
Le trop de ménagement
du Cavalier
, qui negligeoit
les favorables
difpofitions
où il pouvoit voir qu'on eftoit
pour luy , n'empefcha
point qu'elle ne receuft toû
156 MERCURE
jours fes vifites avec un empreffement
qui marquoit de
la tendreffe. Le Cavalier eftant
convaincu que l'intereft
feul luy faifoit faire ces fortes
d'avances , & qu'elle n'avoit
envie de donner que
pour s'établir un certain empire
qui l'auroit renduë maiftreffe
de beauconp de chofes
, fe tint plus que jamais
fur fes gardes pour s'exempter
de toute foibleffe. On ne
laiffoit pas d'attaquer toûjours
le Diamant. On le prenoit
, on le gardoit quelques
jours , & en le rendant onluy
GALANT. 157
difoit qu'un bijou ſemblable
avoit plus d'éclat au doigt
d'une femme , qu'en celuy
d'un homme. Il détournoit
le difcours , ou faifoit femblant
de ne point entendre
; mais enfin on commençoit
à pouffer fi loin la
choſe , que la ferme refolution
qu'il avoit priſe d'eftre
inébranlable , fe trouvant
il
déconcertée par le redou
blement des attaques
crut qu'il eftoit temps de
pourvoir à la feureté de fon
Diamant. Il le fit ofter de
la Bague où il eftoit enchaſ
158 MARCURE
fé , & l'on y en mit un faux ,
taillé avec tant d'adreffe ,
qu'eftant tout femblable , &
de la mefme groffeur , il auroit
falu s'y bien connoiſtre
pour remarquer qu'il jettoit
un feu moins vif. Peu de
jours aprés la Dame ſe mit
fur fa belle humeur , & aprés
un entretien affez familier ,
elle tira de fon doigt un Diamant
de dix Louis qu'elle
portoit ordinairement , &
demanda au Cavalier comme
en badinant , s'il en vouloit
faire une échange avec le
fien. Le Cavalier eut dans
GALANT. 159
fa réponſe toure l'honnefteté
quele fouhaitoit . Il luy
dit du ton le plus obligeant
,
que fi fon Diamant luy avoit
paru d'un allez grand prix
pour l'ofer offrir à une Dame
dont le merite ne pouvoit
eftre égalé , il y avoit longtemps
qu'il l'auroit priée de
le vouloir accepter , mais que
le prefent luy femblant trop
- mediocre , il avoit eu befoin
de la propofition qu'elle venoit
de luy faire , pour
hazarder à luy dire qu'elle
en pouvoit difpofer fouverainement
. L'échange fe fit
fe
4
160 MERCURE
au grand contentement
de la
Dame, qui s'aplaudiffant
d'avoir
enfin réuffi dans fon
deffein , imputoit à la galante
generoſité du Cavalier , ċe
qu'il difoit avec verité du
peu de valeur de fon Diamant.
Elle fe fit un plaifir
de le porter , & ceux qui luy
avoient veu plufieurs fois
cette Bague au doigt, perfuadez
que c'eftoit la mefme ,
ne prirent point garde que
le Diamant eftoit changé . La
difcretion du Cavalier a fupprimé
ce qui fuivit cet échange
, & l'hiſtoire ne dit
CALANT. 16.
point s'il tira quelque avan
tage de fa pretenduë liberalité
. Il mit au bout de fon
petit doigt la Bague que la
Dame luy avoir donnée ,
ayant ſa réponſe toute prête
s'il arrivoit qu'elle fe plaigniſt
du faux Diamant.Comme
les fix qui eftoient autour
valoient du moins celuy de
la Dame , il n'avoit point de
fcrupule à faire de la tromperie.
Auffi les affaires qui
le retenoient en ce lieu- là ef
tant terminées , il prit congé
d'elle , en l'affeurant qu'il
garderoit avec foin la Bague
Novembre 1687.
Q
162 MERCURE
a
qu'il emportoit comme un
gage precieux de fon amitié .
La Dame répondit à ce compliment
en termes fort obligeans
, & elle cuft efté longtemps
dans l'erreur fi l'envie
d'avoir un Lit , qui eftoit
un meuble préferable à une
Bague, ne luy euſt fait naiſtre
le defir de fe défaire de fon
Diamant. Elle chercha à le
vendre , & fut fort ſurpriſe
quand on l'affeura qu'il eftoit
faux . Elle s'adreffa aux Connoiffeurs
qui luy avoient dit
qu'il valoit deux cens Louis,
& ils luy foûtirent fi forteGALANT
163
ment que fi c'eftoit la mefme
Bague , on en avoit changé
le gros Diamant , qu'elle demeura
perfuadée du tour que
le Cavalier luy avoit joué .
Le dépit d'avoir efté la dupe
d'un homme qu'elle avoit
tant menagé pour n'en rien
tirer d'utile , luy fit fentir vivement
le temps qu'elle avoit
perdu à de vaines complaifances.
Il falut pourtant s'en
confoler , & faire un fecret
de la tromperie , qui ne pouvoit
eftre fceue fans luy faire
tort.Un an fe paffa fans qu'elle
entendift parler du Cava-
O ¹j .
164 MERCURE
lier , mais enfin quelque affaire
l'ayant appellée à Paris ,
où elle devoit faire un long
féjour , le hazard voulut que
prefque auffi-toft elle le rencontra
chez une Dame à qui
elle eftoit allée rendre vifi
te. Il luy témoigna beaucoup
de joye de la revoir , & fe difant
toûjours fort de fes
Amis , quoy qu'il ne puft luy
donner que d'affez foibles
excufes d'avoir negligé des
luy écrire , il eut de l'empreffement
à s'informer où elle
logeoit . La Dame qui n'eftoit
pas fafchee d'avoir un éclair ,
GALANT. 165
ciffement avec luy , l'inftruifit
de fon quartier , & il alla
chez - elle dés le lendemain . Il
commença à fe mettre fur le
pied d'une liaiſon familiere ,
comme il s'eftoit veu ailleurs
& le difcours
avec
elle
ayant tourné de maniere
qu'elle pouvoit luy parler du
Diamant , elle affecta un air
enjoué pour luy demander
s'il fe fouvenoit qu'ils euſſent
f2itun échange, & s'il croyoit
y avoir perdu . Le Cavalier
ne fe déconcerta point. Il luy
répondit qu'il voyoit bien
qu'elle vouloit luy faire un
166 MERCURE
reproche de luy avoir donné
un Diamant faux , mais
qu'elle ne l'avoit pû ignorer
quand elle luy avoit propofé
L'échange , puis qu'elle l'avoit
porté tant de fois avant que
de luy faire connoiftre qu'el
Je vouloit le garder. Il ajoûta
qu'elle ne devoit pas avoir
oublié qu'il luy avoit dit en
Ly confentant
, que fi le prefent
n'avoit pas cfté fi me.
diocre , il l'auroit priée plut
fieurs fois de l'accepter
; qu'il
l'avoit receu d'une belle
Dame , qui ne s'eftant pas
trouvée en pouvoir de luy
GALANT 167
1
enfaire un plus confiderable,
avoit exigé de luy qu'il por
teroit cette Bague pour mieux
fe fouvenir d'elle , & qu'au
moins le facrifice qu'il n'avoit
point balancé à luy en
faire devoit donner à ce
Diamant un prix qu'il n'a-
Noit pas de luy-mefme. La
Dame ayant compris par cette
réponſe tout le caracteredu
Cavalier, ne luy voulut point
donner l'avantage de luy
laiffer voir qu'elle avoit connu
que pour la tromper
*
g
avoit fait ofter le bon Dia
il
mant. Ellefeignit de croire
168 MERCURE
ce qu'il difoit aprés quelques
vifites encore affez affidues
qu'elle luy foufrit , ayant mis
fa liberalité à de nouvelles épreuves
qui n'eurent aucun
effet, elle refolut de le bannir.
Elle employa pour cela un air
froid & ferieux qui luy fit
bien- toft connoiftre que fes
agreables complaifances étoient
refervées à d'autres.
qu'à luy , & que fi elle avoir
quelques dons à faire , ce
n'eftoit qu'à ceux qui luy en
faifoient. Enfin fatiguée d'avoir
auprés d'elle un homme
dont la conduite luy marquoit
GALANT. 169
\ quoit affez qu'elle n'avoit
rien à efperer , elle prit
l'occafion de rompre fur un
leger different qui furvint
entre eux . Elle le pria de ne
la plus voir , & le Cavalrer
qui ne vouloit point achepter
fes bonnes graces , prit
party ailleurs fans chercher
à l'adoucir, & n'eut
pas beaucoup
de peine à fe confoler
de la voir donner dans de
nouvelles intrigues.
Je vous manday le mois
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
Comme les Relations des
mefmes endroits faites par
divers Voyageurs ont toûjours
quelque chofe de diffe
rent & que fouvent dans un
mefme Païs , les uns font des
remarques que les autres ne
fonr pas , & voyent des choles
pour lefquelles ces derniers
n'ont point de curiofité
, j'ay cru vous devoir encore
faire part d'une Lettre
qui eft tombée entre mes
GALANT. 2c9
mains , & qui eft fur le mefme
fujet que la precedente :
Quoy que la matiere n'en foit
pas nouvelles tout ne laiffera
pas d'en paroiftre nouveau .
Il ne vous fera pas difficile de
connoiftre qu'elle eſt d'un
des Peres Jefuites qui font
allez à Siam en qualité de
Miffionnaires..
ALABAYE DELA TABLE
au Cap de Bonne- Efpe--
rance , ce 24. Juin 1684
Uit jours aprés nostre départ
de Breft, ayant dou-
Hpar
blé le Cap de Finifterre , nous :
S
Novemb. 1687 .
210 MERCURE
effuyafmes une tempefte de deux
jours , qui nous mit en fi grand
danger, que noftre grand mast
eftant éclaté par le pied , on eut
recours auxprieres, en attachant
une Image de noftre Apoftre S.
Xavier , par l'interceffion du
quel nous fufmes garantis. J'a
voue que je me crus bien des fois
preft à perir. Aprés cet accident
nous eûmes une navigation affez
heureufe , & fans les Flûtes de
nostre Efcadre , Baftimens fort
difficiles à la voile , nous ferions
arrivez prés d'un mois plûtost ,
ronobftant quinze jours ou trois
femaines de calme ,fous la Ligne.
GALANT. 211
fait encore Ainfi nous aurions fait ·
plus de diligence qu'au premier
Voyage. Le retardement de nos
Fluftes , qui ne font point agreables
pour ces Voyages de long
cours , à caufe que pourfe conformer
à leur voilure on eft obligé
d'aller lentement, nousfaifoit
croire nofire voyage perdu pour
cette année; mais, graces à Dieu,
nous commençons à mieux efperer
, voila la moitié de noftre
courfe faite & mesme affez
doucement. Je fuis dans un bon
Vaiffeau , avec de tres - hon--
neftes gens. Dans le beau temps,
fur toutfous la Ligne , nous nous
Sij
212 MERCURE
rendifmes vifite de Bord à Bord.
M. desFarges eft venufouvent
nous voir. Nous avons beu
"
enfemble a vofire Santé fur
les Bords diftinguez , auffi bien
qu'avec M. Bruant. C'est un
homme de coeur , & qui paffe
pour une des meilleures Testes
que nous ayons parmy les Officiers
des Troupes . Le fejour du
Cap eft charmant , & l'établif
fement des Hollandois y eft parfaitement
beau. Tout y abende,
la chaffe , le poiffon , le bled , le
vin , les fruits , les legumes , les
beftiaux , belles eaux , beaux
Jardins, Habitans en fort grand
GALANT. 213
nombre, un Fort regulier de cing
Bions , & une quantité prodigieufe
de gibier . Mrs nos Officiers
en ont rapporté beaucoup
en quatre ou cinq fois qu'ils ont
efté à la Chaffe .Le Commandeur
du Fort,nomméVadeftes , amy des
François , leur fourniffoit quinze
on vingt Chevaux avec des
Chiens , & il y a eu une grande
déconfiture de Gibier. M du
Bruant qui a avancé dans les
terres , eft enchanté de ce Payslà.
La terre y eft admirable , les
moutons gros & grands comme
des Afnes & des Beufs , qui ont
cela de particulier qu'eftant at214
MERCURE
telez à des Chariots , ils vont
duffi vifte que les meilleurs chevaux
de Carroffe. Les Sauva
ges Outentos font les plus infames
& les plus laids de toute la
Terre habitable. On n'en a pas
affez dit dans toutes les Peintures
qu'on a faites d'eux.Ils vont tout
nuds ne fe couvrant que ce
que la nature apprend à cas
cher , & dans le froid ils fe fer
vent d'une peau de Mouton ou
d'Ours qu'ils mettent fur leurs
épaules comme un Manteau. Ils
fe frottent degraiffe huileufe
puante avec ducharbon pilé, &
ffoonntt.hhiiddeeuuxx à voir& àfenti
GALANT 215
·
Les Femmes ont dans leurs che
veux quifont comme de la laine
de Mouton , noirs & huileux
de leur vilaine graiffe puante ,
des coquillages & des jettons de
cuivre rouge. Elles entortillent
le gras de leursjambes de boyause
de toutes fortes d'Animaux, &
quand ils fontfecs , elles enfont
unregale à leurs Maris les bonnes
Feftes. Leurs Cazes font
baffes , couvertes de nattes de
jonc. Ellesfont fept ou buit femmes
avec un bomme dans ces
Cazes. Ils travaillent quelquefois
pour les Hollandois afin d'avoirdequoyfefaculer
, mais dés
216 MERCURE
qu'ilsfontfaouls , ils ne veulent
rienfaire. A douze ans les femmes
ont des enfans, & dés qu'ils
font nez, ils courent & grimpent
comme de plus grands enfans
. Je montay avant hier fur
la montagne de la Table , d'où
je vis omnia regna mundi .
Cette expedition est une folie ,
car il faut grimper de rocher en
rocher par des herbes ,
des herbes , par un
chemin le plus rode du monde .
Il fandroit eftre chevreau pour
bien monter fur cette affreuse.
montagne. Le chemin eft de
quatre ou cinq heures. Tout est
Rocplat fur la Table du cofté du
2
Nord.
GALANT
217
هللا
e font
Nord. Il y a furle Roc une ef
pece de
Marais , car ce ne
que joncs , & de l'eau . Le påffage
de la Mer du cofté du Nord
de l'Ifle
Robin , est
beaucoup
plus
grand que
l'autre par où
nous
fommes
entrez
dans la
Baye de la Table . Je vis une
plus belle Baye
plus
grande ,
paralelle
à celle de la Table . S'il
euft fait un plus beau jour , j'en
aurois tracé une Carte exacte ;
mais je ne pusfaire qu'un crayon
leger & à la haste . Dans de
certains momens je le
décriray
plus au net.
Ily auroit bien des chofes à
Novembre 1687 .
T
218 MERCURE
vous dire de ce Pays , fi le temps
me lepermettoit,auffi- bien que de
noftre occupation fur les Vaif
feaux. Nous y avons commencé
noftre Miffion par des Predications
frequentes aux Soldats &
aux Matelots. Les Officiers y
donnent un grand exemple, les
prieres y font reglées comme
dans un Seminaire . Tous les
jours au matin on fait la Priere,
& l'on dit plufieurs Mcffes.
Nous avons eu le bonheur de la
dire tous les jours , hors trois fois
le
que temps eftoit trop rude.
L'apréfmidy nous eftions trois à
faire le Catechisme dans trois
GALANT. 219
>
poftes differens. Sur les cing
heures l'on fait la Priere comme
dans tous les Vaiffeaux du Roy.
à huit heures on chante les
Litanies de la Sainte Vierge ,
l'on fait faire l'examen de
confcience ; aprés quoy nous
nous partageons par bandes pour
faire dire le Chapelet tout haut
aux Soldats & aux Matelots,
les Officiers fe mettent fouvent
de la partie, celafinit toujours
par un petit mot qui regarde le
falut. Le reste du temps eft employé
à l'Etude. Le Soir & le
matin nous avons fait une leçon
de Fortification & de Geometrie
Tij
220 MERCURE
&
aux Officiers aux Cadets qui
viennent écrire comme des Ecoliers.
On vient me demander
mes Lettres , car l'on met à la
Voile . Fauray l'honneur de
vous écrire dans quatre mois fi
Dieu nous continue un vent favorable.
L'on nous menace de
Mers fort rudes jufques à Bantam
; mais de Batavia à Siam ,
de fort belles. Dieu nousy conduife.
C'est par le Vaiffeau la Maligne
que l'on a trouvé à propos
de renvoyer en France , que je
vous écris. F'oubliois une circonftance
à vous remarquer affez
GALANT. 221
effentielle. C'eft que la Flûte le
Dromadaire qui dans la tem
pefte du Cap de Finisterre s'eftoit
Separée de noftre Efcadre fans
que nous l'avons pu réjoindre ,
arriva le 9. Juin au Cap deux
jours avant noftre Flotte. Les
Hollandois alarmez de cette
arrivée , avoient mis en déliberation
de ne leur point permettre
de mettre à terre leurs Malades ;
maispar le refpect qu'ils eurent
pour les Vaiffeaux de Sa Majefté
, la chofe fut accommodée
au contentement des uns & des
autres. L'on avoit befoin de
trouver un tel azile aprés une
Tiij
222 MERCURE
routefilongue, car les Equipages
& les Soldats eftoient malades »
l'air de la terre & les bonnes
nourritures les ont remis en
fort pett
de temps. Nous avons
laiffé le Pere de Chats au Cap
tombé malade depuis noftre dé
barquement. Il etoit defefpere
quand nous mifmes à la voile.
Ce feroit une grande perte que
ce faint Miffionnaire.
Je dois ajoûter icy qu'on
lit dans une autre Lettre écrite
par une perfonne qui a
auffi monté au haut de la
Montagne dont il eſt parlé
dans celle- cy , que ceux qui
GALANT. 223
,
avoient entrepris de monter
au fommer d'un lieu fi élevé ,
étant environ aux trois quarts
de la
Montagne entendirent
un fort grand bruit ;
& virent tomber des pier
res , qui paroiffoient plûtoft
être jettées,que tomber naturellement
. Ils s'arrefterent , &
demeurerent quelque temps
incertains s'ils acheveroient
leur voyage ; mais enfin la
fermeté Françoife l'emporta
fur la crainte , & ils pourfuivirent
leur chemin. Ils trouverent
au haut de ce lieu, un
fi grand nombre de Singes ,
Tiiij
224 MERCURE
qu'on peut dire qu'il y en
avoit une armée . Les Fran-:
çois commencerent â déliberer
s'ils tireroient fur
ces animaux , & peut- eftre
auroient-ils fait une décharge
fi l'un d'eux ne fe fuft
fouveņu , que quand les Singes
voyent leur fang , ils fe
jettent fur ceux qui les ont
bleffez , & que les autres , s'il
s'en trouve quelque nombre
, s'y jettent pareillement.
Les Singes fe retirerent en
faifant grand , bruit , & def
cendirent par un autre endroit
de la Montagne . On
GALANT. 225
trouva auffi fur le haut de
cette mefmeMontagne beaucoup
d'offemens de divers
Animaux .
Quoy que ce foit une chofe
fort extraordinaire de voir
des Ambaffadeurs de Siam
enFrance,on n'a pas dû neanmoins
en eftre furpris , puis
que fous un Regne auffi merveilleux
que celuy du Roy ,
on ne voit que des chofes furprenantes
. Quelques honneurs
que l'on ait rendus à
ces Ambaffadeurs , on n'a
rien fait au delà de ceux que
l'uſage a établis , mais eſtant
226 MERCURE
venus de fort loin , on ne
doit pas s'étonner s'rls ont
fouhaité de voir ce qui ne
fçauroit eftre inconnu à la
pluſpart des Princes de l'Europe
, & des Souverains meſ
me . Vous fçavez , Madame ,
que l'ufage s'y est étably de
venir voirla Cour de France,
& faire fes exercices à Paris,
Ainfi il fe trouve rarement
qu'il y ait quelque chofe qui
n'ait pas efté veu par des
Ambaffadeurs
d'Europe
. Il
n'en eftoit pas de mefme de
ceux de Siam , à qui tout ce
qu'il y a de rare & de curieux
GALANT. 227
en France devoit eftre nouveau
. C'est ce qui les a portez
à demander à le voir ; &
comme en l'examinant , ils
ont fait paroiftre beaucoup
d'efprit & de bon gouſt , on
leur a montré avec grand
foin tout ce qui meritoit d'aftre
veu. Ce foin qu'on a cu
de fatisfaire leur curiofité , a
donné lieu à mes quatre Volumes
de leur Amhaffade , où
tout ce qu'ils ont vû eft exactement
décrit , & tout ce
qu'ils ont dit , marqué juſqu'à
la moindre parole . S'ils
ont charmé tout le monde
228 MERCURE
par leur efprit & par leur
honnefteté pendant le fejour
qu'ils ont fait en France , l'éloignement
des lieux ne leur
a rien fait oublier de leurs
engageantes manieres . On le
peut voir par
la Lettre qui
fuit , écrite à M' Torf , du
Cap de Bonne Efperance . En
voi y la traduction tres - fidelle
.
៦
GALANT. 229
LETTRE
De Oefpra Vifudfunt Tora Rajatud
le Ocluan Callaja Rajamaitri
Opatud le Occunfrivifa
Ra Vacha Tritud , à
Monfieur Torf , Gentilhomme
de Sa Mjaefté
Tres -Chreftienne,
L
•Affection que vous nous
avez témoignée pendant
noftre Séjour en France , nous
fait croire que vous ferez bienaife
d'apprendre que nous nous
fommes bien portez depuis noftre
depart, & que nous fommes arrivez
heureufement icy , fans
230 MERCURE
que pas mefme aucun de nos
Serviteurs ait reffenty la moindre
incommodité. Nous attribuons
le bonheur de noftre Navigation
auxfaveurs extraordinaires
que nous avons receues
du tres-grand Roy de France
& la jufte reconnoiſſance
que
nous confervons dans noftre
coeur,eft ce qui nous a preſervez
de toute forte de danger. Nous
ne pouvons affez nous loüer des
foins qu'ont pris de nous M. de
Vaudricourt
& les autres Capitaines
, fur les Vaiffeaux defquels
font embarquez les Mandarins
Siamois. Nous efperons
GALANT: 231
arriver dans trois mois à Siam ,
pour porter au Roy noftre Maiftre
les heureufes nouvelles dont
nous fommes chargez. Comme
nous vous affurons que ny le
temps ny l'éloignement ne diminueront
rien de l'affection que
nous avons pour vous , nous
vousprions auffi de nous conferver
toujours la voftre . Nous écrivons
quelques lignes à M.
de Seignelay & nous vous
prions de vouloir bien faire nos
civilitez à M de Croiffy , an
Pere de la Chaife , à M² le Duc
de la Feuillade,& àM. le Duc
de Noailles , à qui le рец
de
232 MERCURE
.1
temps que nous avons ne nous
a pas permis d'écrire . Nous vous
prions auffi de les affurer de la
continuation de noftre amitié ,
ainfi que toutes les perfonnes qui
nous ont donné des marques de
la leur pendant noftre fejour en
France . Nous offrons nos refpects
à Dieu , & le prions de
ལvous conferver & de vous faire
croiftre en dignité & honneurs .
Outre la joye que nous en reffentirons
, cela fera mefme auſſi
fort avantageux aux Siamois
qui iront en France dans la fuite.
Nous nous affurons qu'ils
· trouveront toûjours en vous un
GALANT.
233
très- bon & fidelle Amy.
Cette Lettre a efté écrite au
Cap de Bonne- Efperance , le 8.
mois & jour premier du décours
de la Lune de l'année Pitofa
Pafoc de l'Ere 2231.ce qui marque
le 24.Juin 1687.
Rien n'eftplus fpirituel que
l'agreable
maniere dont ces
Ambaffadeurs parlent duRoy
dans cette Lettre. Ils n'oublient
aucune des
principales
Perfonnes à qui qui ils croyent
avoir
obligation , & ils prient
MTorf,dont ils ont efté tresfatisfaits
, & avec qui ils doivent
eftre plus familiers ,parce
Novembre 1587.
V
234 MERCURE
qu'il a toûjours efté auprés
d'eux , de les affurer de leur reconnoiffance
. Quoy qu'il paroiffe
dans cette Lettre qu'ils
n'ont pas écrit à MⓇ de Croiffy
, à caufe qu'ils ne croyoient
pas avoir tout le temps qui
leur eftoit neceffaire
pour
faire une Lettre qui marqnaft
affez la confideration
& l'eftime
particuliere qu'ils ont
pour luy , ils n'ont pû neanmoins
fe refoudre à laiffer
partir la Fregate qui devoit
venir en France , fans écrire
à ce Miniftre .
Le Roy a donné l'Abbaye
GALANT. 235
7 de Livry , Dioceſe de Paris ,
à M' Seguier de la Veriere ,
ancien Evefque de Niſmes ,
& celle de Bebrac à M ' l'Abbé
du Four , Frere de M Petit-
Bourg, Inspecteur de Ca
valeric .
L'Abaye de Noftre - Dame
des Prez lez Troyes , qui eftoit
la mort de Mavacante
par
dame de Gondrin
› a ché
donnée àMadame de Laubardemont
, Religieufe de l'Abbaye
au Bois . Elle eft Fille de
M de Laubardemont , Confeiller
d'Eftat.
M Dumont, Ecuyer or
Vij
236 MERCURE
1
dinaire de Monfeigneur le
Dauphin , a efté pourvû d'une
des Charges d'Ecuyer du
Roy , vacante par la mort de
M le Comte de Clermont-
Tonnerre . Rien ne sçauroit
égaler l'affiduité de MⓇ Dumont
pour le ſervice . Ila efté
élevé Page de la Chambre
du Roy , & M ' Dumont fon
Pere eftoit Sous- Gouverneur
de Sa Majesté .
J'ay à vous apprendre quelque
chofe d'affez extraordinaire
de la mort d'un Mary &
d'une Femme, arrivée depuis
cinq ou fix femaines dans un
GALANT. 237
Village du Dioceſe de Laon
en Picardie . La Perfonne
dont je l'ay appris , l'a fceu
du Curé qui les a affiſtez l'un
& l'autre dans les derniers.
momens de leur vie . Ils ef
toient mariez enfemble depuis
plus de foixante ans . Le
Mary en avoit quatre-vingtfept
, & la Femme quatrevingt-
cinq . Aprés tant d'années
paffées dans une union
parfaite ils font tombez
tous deux malades lemefme
jour , & comme ils eftoient
couchez dans la mefme
chambre , & qu'ils s'eftoient
238 MERCURE
à
preparez affez long- temps
la mort , pour l'enviſager fans
trop de frayeur , le Mary
ayant perdu la parole , la
Femme qui eftoit un peu...
mieux , répondit pour luy
avec les Affiftans tandis qu'on
luy donna l'Extrême - Onction.
Il revint un peu
& la Femme ayant à fon tour
perdu la parole , il luy rendit
le mefme devoir de charité
dans l'adminiftration de
ce mefme Sacrement . Ainfi
peut
à luy,
l'on
mais eu de Mariez qui fe
dire qu'il n'y a jafoient
fi bien acquittez des
GALANT. 239
promeffes qu'on fe fait en fe
mariant , de s'affifter l'un
l'autre juſques au dernier foupir.
La Femme mourut le
foir , & le Mary dans la
nuit , & on les a enterrez enfemble.
Je vous ay mandé dans ma
Lettre d'Octobre ce qui s'eſt
paffé le jour de S. Louis à Perigueux.
On y fit le Panegyrique
du Roy avec celuy de
ce Saint, mais ce ne fut point
le Pere Voifin Jefuite qui le
prononça , comme je vous
l'ay écrit on m'affure que
ce fut le Pere Meynard, auffi
240 MERCURE
Jefuite , & Profeffeur del'Hu
manité . C'eſt un jeune homme
fort eftimé par les talensa
de l'efprit , & qui donne
dans fa Compagnie de tresgrandes
cfperances.
J'ajoufteray à ce que je
vous ay dit la derniere fois
des Pieces nouvelles de Claveffin,
compofées par Mle
Begue , Organifte du Roy
qu'elles fe vendent prefente
ment chez M' Lefclop , Faifeur
d'Orgues, rue au Maire,
proche Saint Nicolas des
Champs . Vos Amies feront
peut- eftre bien-aifes de l'apprendre
,
8-7
GALANT. 241
1
prendre, parce qu'il les envoye
dans toutes les Villes
du Royaume, où elles ne font
pas moins eftimées par la facilité
qu'il y a de les apprendre,
qu'à caufe de leur
extrême beauté .
Enfin la nombreufe Armée
avec laquelle les Othomans
avoient ouvert la Campagne,
fe trouve reduite à un
nombre de mutins qui ne reconnoiffent
plus les ordres de
la Porte , & qui defolent le
pays qu'ils devroient défendre.
Le peu d'experience des
Novembre 1687. X
242 MERCURE
Turcs dans le métier de la
Guerre , joint à leur peu de
valeur , a efté caufe de leur
ruine. La terreur s'eft mife
parmy eux , ce qui a fait ouvrir
les
0173
pottes des Villes , &
la crainte du chaftiment
ayant fuccedé , elle a caufé
une defobeïffance , & une
efpece de confederation , par
laquelle ces Troupes mutinées
, ont cru qu'elles pouvoient
éviter la punition
dont leur lâcheté les rendoit
dignes . Pendant ce temps-là
les Imperiaux ont profité de
leur avantage. & prefque touGALANT
243
" 45
te l'Efclavonie s'eft rendue.
Je n'ay ny Sieges ny Combats
à vous décrire , toutes
les Placés ayant ouvert leurs
portes aux Troupes victorieufes
. La Tranfilvanie a fait la
mefme chofe ; mais avec cette
difference , qu'on en laiſſe la
poffeffion à fon Prince , pourvû
qu'il donne des quartiers
d'hiver aux Troupes Impefiales,
avec lafubfiftance dont
on eft convenu . Ainfi elles
fe trouveront preftes d'entrer
de bonne heure en Campagne
l'année prochaine . La
terreur a paſſe juſques à Con-
X ij
244 MERCURE
ftantinople , & les peuples
ayant commencé à fe foûlever
, il eft à croire qu'ils cefferont
bien toft d'obeïr au
Grand Seigneur , de meſme
que les Troupes ont ceſſé de
reconnoiftre les ordres du
Grand Vifir.
Je vous envoye le plan de
Caftelnovo , & je n'y joins
point encore la Relation de
ceSiege, qui devoit eſtre dans
ma Lettre de ce mois . Je l'attens
de Malthe, avec les noms
de tous les Chevaliers qui ont.
efté tuez ou bleffez pendant
cette Campagne,ainsi que de
GALANT. 245
•
ceux qui fe font fignalez . La
renommée apporte d'abord
avec une viteffe extraordinaire
les premieres nouvelles
d'une grande Expedition ;
mais il faut beaucoup de
temps pour travailler aux
détails , & pour les verifier ;
& quand ceux qui veulenr
bien fe donner ce foin ont
achevé , il n'eſt pas fi facile
de les envoyer.. Il faut traverfer
des Mets , & l'on eft
quelquefois deux mois entiers
à Venife fans recevoir
des nouvelles du Generaliffi
me Morofini, qui en donne-
X iij
246 MERCURE
roit prefque tous les jours fi
elles pouvoient venir par
terre . Les dernieres ont confirmé
la prife de Miſitra,dont
je vous parlay amplement il
y a deux mois , dans une Relation
particulicre, intitulée,
Défaites des Armées Oiliomanes.
par les Armées Chrefticunes.en
Hongrie & dans la Morée, avec
La prife deplufieurs Places.Comme
celle d'Athenes vient de.
reconnoiftre la puiffance des
Venitiens, je vais vous en faire
la defcription , ainſi que
j'ay déja décrit Patras , Lepante
, Castel-Tornefe , CorinGALANT.
247
the , Acrocorinthe , & Mifitra ,
dans la Relation dont je viens
de vous parler.
* Athenes eft affez proche
du Golfe d'Engia , qui fait
partie de la Mer Ionienne .
Elle eft Metropolitaine de
l'Attique, & la plus ancienne
Ville de toute la Grece. Le
Roy Cecrops en fut Fondateur
, Thefée l'agrandit , &
obligea les Habitans de la
Campagne à s'y établir . La
Citadelle eft élevée fur un
Roc vif, & inacceffible de
toutes parts, excepté du cofté
de l'Occident , par lequel on
X iiij
248 MERCURE
Y entre . Vers le Levant & le
Midy les Murailles forment
les deux pans d'un quarré .
Celles des deux autres coftez
ne
fi regulieres .
he
font
pas
parce
qu'on
a efté
obligé
de
s'accommoder
à
l'irregularité
du
Roc
qui
leur
fert
de
fondement
. Elle
a mille
deux
cens
pas
de
tour
. On
découvre
au
bas
de
line
les
veftiges
dune
muraille
fort
élevée
, qui
en
entouroit
autrefois
le pied
, &
en
rendoit
l'abord
plus
difficile.
Cette
Citadelle
eft
dans
.
une
diſtance
égale
de
deux
dia
colCALANT.
249
éminences , l'une vers le Sud-
Oüeft, & le Mufaum , qui eft
de la mefme hauteur que la
Citadelle , & n'en eft qu'à une
portée de Canon . L'autre eft
le Mont Achenius , où l'on ne
peut tranfporter l'Artillerie
pour battre la Ville , ny la
Citadelle, à caufe lecheque
min en eft rude & trop
trop
efcarpé , & que fur le haut il
n'y a point de terrein uny ,
mais une feule pente . C'eftoit
où l'on adoroit autrefois la
Statuë de Jupiter . La Ville
eft au Septentrion de la Citadelle
qui la couvre entie250
MERCURE
rement du cofté de la Mer,
de forte que les Voyageurs
ont lieu de croire qu'il n'y a
point d'autres Maifons que
celles de la Citadelle . Cela eft
caufe que ceux qui n'ont pas
eu la curiofité de mettre pied
à terre, fe font imaginé que
toute la grandeur d'Athenes
eftoit renfermée dans ceChâteau
. La fituation de la Ville
eft admirable pour la feureté
des Habitans , parce que le
climat y eftant fort chaud ,
elle fe trouve heureuſement
expofée au Septentrion . On
y voit encore un grand nomGALANT.
2ft
bre d'Antiquitez, du nombre
defquelles font le Temple de
la Victoire d'ordre Ionique ,
dont les Turcs ont fait un
Magafin de poudres.
L'Arfenal de Licurgue ,
d'ordre Dorique , qui fert de
Magafin pour les Armées.
Le Temple de Minerve ,
auffi d'ordre Dorique , dont
ces Infidelles ont fait une
Moſquée.
La Lanterne de Demofthene
qui eft aujourd'huy l'Hofpice
des Capucins.
La Tour Octogone des
Vens, du deffeind ' Andronico
252 MERCURE
Cireftes raportée par Vitruve
dans fon Livre de l'Architecture.
Le Temple
de Thefée . 97
Les Fondemens
de l'Areopage.
Il y a quatre Moſquées
dans la Ville , & une dans le
Chafteau . La Ville eft, divi
fée en huit quartiers . Elle .
avoit autrefois dans fes dé
pendances cent foixante &
quatorze Villages , qui n'étoient
pas moins grands chacun
que la Ville mefme . Athenes
à efté l'Ecole de la
Guerre , & de toutes les verGALANT
253
tus & la Mere des Sciences ;
& comme cette Ville eft fort
ancienne , fans examiner le
temps de fa fondation , & de
de ceux qui l'ont baſtie , on
peut remarquer en general
que lele Royaume des Atheniens
commença l'an du
monde 2496. & dura, 487. ans
fous dix fept Rois , dont le
premier fut Cecrops , & le
dernier Codrus . A ceux - cy
fuccederent des Archontes
ou Preteurs perpetuels , qui
exerçoient leur Magiftrature
tant qu'ils vivoient ; il y en
cut treize. Le premier fut
254 MERCURE
Medon , Fils de Codrus , &
le treiziéme Alcmeon . Depuis
ce derniers les Archontes
n'exercerent plus leurs
Charges que pendant dix ans .
Ils fuccederent les uns aux
autres au nombre de fept,
aprés quoy ces meſmes Archontes
furent rendus annuels.
Dracon , qui l'eftoit
l'an 136. de Rome , établit des
Loix fi feveres pour fes Citoyens
, que leur exceffive rigueur
fit dire à l'Orateur Demades
, qu'elles avoient efté
écrites avec du fang . Solon ,
Archonte aprés luy, en fit de
GALANT 255
le
plus douces qui établirent
gouvernement populaire .
Pifftrate ayant ufurpé la
fouveraineté d'Athenes, Hippias
& Hipparque fes Fils luy
fuccederent durant quatorze
ans. Le dernier fut tuépar une
faction oppofée , & Hippias
qui fe vit chaffé d'Athenes ,
appella les Perfes. Ils perdirent
la Bataille de Marathon,
& dix ans aprés ils furent encore
défaits à la Bataille Navale
donnée prés de l'Ifle de
Salamine. Ces avantages que
les Atheniens remporterent
fur eux , rendirent leur Re256
MERCURE
publique tres- floriffante. Lyfander
, General des Lacedemoniens
, prit Athenes dans
la Guerre du Peloponefe , &
l'on y établit trente Tyrans , y
qui furent chaſſez Thrapar
fibule , & par quelques autres.
Athenes fouffrit fous Alexandre
le Grand , & fous
quelques-uns de fes Succeffeurs
. Demetrius luy rendit
fa liberté, & piqué enfuite de
l'affront que luy firent les Atheniens
, en refufant de les
recevoir aprés la perte de la
Bataille d'Ipfus en Phrygie ,
il affiegea leur Ville . & un
GALANT 257
an aprés l'avoir inveftie , il
la prit fur Lachares Athenien,
qui s'en eftoit rendu le Tyran.
Aprés cela elle fecoüa le
joug des Macedoniens , &
fubfifta encore avec gloire
par la protection des Romains
. Sylla la prit fur un de
fes Citoyens nommé Arif
tion, qui s'en eftoit auffi rendu
le Tyran , & l'abandonna
au pillage. Malgré fon malheur
, la reputation qu'elle
avoit pour les Sciences , y attira
encore les Doctes , & le
concours de ceux qui y vinrent
, fut ce qui la rétablit .
Novembre 1687. Y
258 MERCURE
Elle fe declara pour Pompée,
& Cefar qui eftoit en droit
de l'en punir , aprésavoir gagné
la Bataille “de Pharſale ,
luy pardonna en prononçant
ces paroles fi celebres dans
l'Hiftoire Que les Atheniens
meritoient de reffentir les effets
de fon indignation , mais qu'en
confideration du merite des
Morts , il faifoit grace aux Vivans
. Augufte , & les Empereurs
fuivans eurent de
grands égards pour Athenes,
qui fut prife par les Scythes
fous le regne deGalien . Cleodeme
d'Athenes , & Athenée
de Bifance , les en chafferent ..
GALANT. 259
L'Empereur
Juftin tâcha de
la rétablir dans le fixiéme
fiecles & depuis ce temps-là ,
l'Hiftoire
n'en dit prefque
rien pendant fept cens ans .
Baudouin
IX . du nom , Comtede
Flandre ,ayant efté couronné
Empereur
de Conftantinople
en 120 4. les Croiſez
qui avoient cu part à la priſe
de cette Ville , diviferent
les
Eftats des Grecs entre eux, &
Geoffroy
de Villehardoüin
eut Athenes & l'Achaïe . Baudoüin
affiegea Athenes
inutilement
en ce temps-là , &
Boniface
l'emporta
peu de
Y ij
260 MERCURE
temps aprés . Depuis , le Duché
d'Athenes paffa dans la
Maifon de la Roche. Guil .
laume de la Roche, Duc d'Athenes
, & Sire de Thebes ,
eftant mort vers l'an 1300. fa..
Fille ou fa Soeur porta ce Duché
à Hugues de Brienne ,
Comte de Brienne & de Liches.
De ce mariage vint
Gautier V.Pere deGautier VI.
Comte de Brienne & de Li
ches , Duc d'Athenes & Conneftable
de France stué en la
Bataille de Poitiers
, en 136
fans avoir laiffé de pofterité
..
Cependant
les Arragonnois
GALANT. 261
ufurperent le Duché d'Athenes
; & aprés diverfes revolu
tions , Rainier Acciaoli de
Florence, s'en rendit Maiſtre ,
& le ceda aux Venitiens . Antoine,
Baſtard de Rainier , s'y
rétablit, & c'eft fur fon Succeffeur
que le redoutable Mahomet
II. Empereur des
Turcs , prit Athenes en 1455.
Elle est une des deux cens
Villes que ce Sultan enleva
aux Chreftiens. Depuis ce
temps-là, elle eftoit toujours
demeurée au pouvoir des Infidelles
. Vector Capella l'a
voit ſurpriſe en 1464. mais
262 MERCURE
comme il ne put emporter
le Chafteau , il fut contraint
d'abandonner fa Conquefte.
Le lendemain de la Saint
Martin , on fit l'ouverture
du Parlement en la maniere
accoûtumée . La Meffe fut
celebrée dans la Grand'Salle
du Palais par M l'Evefque
de Xaintes , & chantée par
plufieurs Choeurs de Mufique
. Tout le Parlement s'y
trouva en Corps , & en Robes
rouges , & cette Ceremonic
eftant achevée , il fe rendit
dans laGrand' - Chambre avec
l'Evefque qui avoit officié ..
GALANT. 263
Ce Prelat leur fit un Compliment
, & fit en mefme temps
l'Eloge de la Juftice . Il dit
qu'elle eftoit le coeur , le bras , &
l'Esprit de Dieu , & s'eftendit.
fort fur ces rrois points. Il
alla enfuite difner chez M
le Premier Prefident . Les
Convicz s'y trouverent en
grand nombre , & le Repas
fut fort magnifique . Depuis
ce jour jufques au premier
Lundy d'une femaine fans
Fefte , le Parlement n'entre
point , ce qui s'eſtant rencontré
le Lundy 24. de ce
mois , les Audiences recom264
MERCURE
mencerent. Ce jour - là eft
appellé Jour des Harangues ,
parce que M le Premier Prefident
, & Mrs les Avocats
Generaux en font chacun
une. L'Affemblée y cft toûjours
fort nombreuſe , & cela
vient de ce que la plufpart de
Ms les Ducs & Pairs , qui ont
tous Séance au Parlement ,
y font attirez par le plaiſir
qu'ils font feurs de recevoir '
de ces Harangues . Il s'y trou
ve auffi beaucoup de perfonnes
de qualité , & l'affluence
du Peuple du premier ordre
y eft toûjours grande . Quoy
que
GALANT. 265
que toutes les fois.
que
ME
l'Avocat General Talona
parlé il ait toûjours charmé
fon Auditoire , on dit qu'il
s'eft attiré cette année des
applaudiffemens extraordi
naires . Il a fait l'Eloge de la
Moderation , ce qui luy as
donné lieu d'entrer dans les
differens états de la vie , où
elle eft le plus neceſſaire , &
de parler enfuite de ceux qui
l'ont fait paroiftre dans le
plus haut degré. Vous jugez
bien qu'il prit occafion de s'étendre
fur la Moderation du
Roy. La matiere eftoit ample
Novembre 1687. Ꮓ
266 MERCURE
& belle , & l'on ne doit pas
s'étonner qu'eftant traitée
par un fi grand Orateur avec
une éloquence admirable , le
bruit s'en foit répandu le
jour mefme dans tout Paris.
Je vous ay fouvent parlé
de Madame de Venelle, Sous,
Gouvernante de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
& je vous apprens aujourd'huy
fa mort , arrivée aprés .
une maladie de peu de jours.
Elle avoit efté Gouvernante
des Nicces de feu M' le Cardinal
Mazarin. Je ne vous
dis rien de fon merite ny de
GALANT. 267
fa vertu ; quand on eft choifi
pour l'inſpirer aux autres, on
doit en avoir beaucoup.
On a commencé à jouër
icy un Opera nouveau , intitulé
Achille & Polixene . L'ouverture
, & le premier Acte
font de la compoſition de
feu M de Lully , & c'est le
dernier Ouvrage de Mufique
qu'il ait fait avant la mort .
Le Prologue & les quatre
derniers Actes ont efté compofez
par M Colaffe , l'un
des quatre Maiſtres de Mufique
de la Chapelle du Roy, &
Eleve du même M de Lully.
Z ij
268 MERCURE
la Piece eft de M Capiftron,
qui a fait l'Opera d'Acis &
de Galatée , & l'Idille qui fut
chanté à Anet pour le divertiffement
de Monſeigneur le
Dauphin , & que je vous envoyay
il y a quelques
mois.
Quoy que M Capiftron ait
fait beaucoup d'autres Ouvrages
confiderables , je ne
vous nomme que ces deux- là,
parce que s'agiffant icy d'Operasje
dois vous le faire connoiſtre
par les Pieces de fa façon
, qui ont cfté mises en
Mufique. Je vous envoye ce
dernier Opera imprimé , &
GALANT. 269
comme vous en pourrez juger
par vous-mefme en le
Tifant , je n'ay rien à vous en
dire. Je l'ay écouté avec
grande attention , & fi je
vous expliquois ce que j'en
penfe , il fembleroit que je
voudrois prévenir les fentimens
de ceux qui lifent mes
Lettres , & empeſcher que
-l'on n'en jugeaft autrement
que moy : il y auroit trop de
vanité à cela. J'ay fujet de me
défier de mes lumieres, & fuis
fort perfuadé qu'il y a beau
coup de gens plus éclairez
que je ne le fuis . Quant à
Z
iij
270 MERCURE
la Mufique , & au fpectacle
que vous ne pouvez entendre
ny voir , il faut vous en dire
davantage. Neanmoins je
parleray peu de la Mufique,
parce qu'elle n'a pas un point
fixe de bonté comme beaucoup
d'autres choſes . Le dernier
de ceux qui travaillent
en Mufique , compofe fouvent
felon les regles ainfi que
le plus habile , & c'est ce qui
eft prefque general dans toutes
fortes d'Arts . Cependant
il ne s'enfuit point que leurs
Ouvrages foient également
beaux.Tous les hommes font
GALANT. 271
compofez des mefmes par
ties , & quoy que chacun ait
tout ce qui eft neceffaire pour
former le corps humain , on
ne fçauroit dire que tous les
hommes foient d'une égale
beauté . On trouve des traits
plus reguliers dans les uns
dans les autres ; il y a
que
des beautez blondes , & des
beautez brunes ; il y en a de
vives & de languiffantes , &
parmy tout cela il fe rencontre
toûjours un certain je ne
fçay quoy qui frape dans celqui
font les moins parfai- les
tes. Toutes ces differentes
Z iiij
272 MERCURE
beautez font aimées felon le
gouft de ceux qui les voyent.
Il en eft de mefme à l'égard
de la Mufique. L'un veut du
vif, l'autre veut du languiffant
; l'un veut rire , l'autre
veut pleurer, & cela eft caufe
que chacun juge de la beauté
d'un Ouvrage de Mufique
felon que cet Ouvrage eft
conforme à fon gouft. Ainfi
quoy que je puffe dire de la
Mufique de M Colaſſe ,
ce que en dirois ne feroit
pas generalement receu &
un particulier ne doit jamais
donner fon fentiment pour
GALANT 273
regle fur une chofe dont on
peut juger fi differemment .
Je puis dire pourtant à l'avanrage
de M Colaffe , qu'il eſt
prefque impoffible qu'un
homme qu'on a trouvé affez
habile pour remplir une des
quatre places de Maiſtre de
Mufique de la Chapelle du
Roy, & qui a demeuré pendant
plufieurs années avec le
fameux M. de Lully, n'ait pas
beaucoup de fes manieres, &
ne faffe pas de belles chofes.
Auffi je vous diray qu'il y en
a dans fon Opera , & qu'elles
ont efté applaudies des Cor
274 MERCURE
noiffeurs. Le reste du ſpectacle
eft de M. Berrin , dont je
vous ay tres-fouvent parlé.
Plufieurs Opera , les Carroufels
, les Illuminations de
Verſailles , la Fefte de Seaux ,
& mille autres chofes de cette
nature , luy onr acquis tant
de réputation là - deffus , &
l'ont rendu fi habile , qu'il ne
fait rien qui ne foit d'un tresbon
goult . C'eſt ce que l'on
a trouvé dans les habits de
l'Opera d'Achille & de Polixene,
qui ont receu un applaudiffement
univerfel . Ils ont
paru fort riches , tres - bien
GALANT. 275
I
entendus, & fuivant le cara-
&ere des Perfonnages .
Je reçois prefentement une
Lifte des Chevaliers de Malthe
qui ont efté tuez ou bleffez
au Siege de Caſtelnovo ,
& je vous l'envoye fans avoir
⚫le temps de vous en rien dire
davantage.
le
LE IOVR DV DEBAR QUEMENT
3. Septembre à Caftelnovo
en Dalmatie.
1 .
M' de la Brillane , mort
de fes bleffures . Provence.
M' Richebourg , mort,
France.
276 MERCURE
M' Barrin, mort . France .
M' Loumieres , bleffé d'un
de Moufquet au bras . coup
Provence .
Mr Belaceüil , bleffé d'un
coup de moufqnet à l'efpaulc.
Auvergne,
M Carraffe , bleffé à la
jambe.
Italie
LE 4. SEPTEMBRE.
Mr Ventury , bleffé d'un
coup de Canon au talon.
Italie..
GALANT. 277
LE 8. A LA PRISE
du Pofte prés du Chateau ..
Dom Bernardino Noira ,
mort.
Espagne.
Mr Caftellane, mort. Italie .
M Bourguery , mort. Italie
.
Dom Jofeph Dolx , mort.
Espagne.
Mr Sefeval , mort. France.
M' Seires , bleffé à la tefte.
Provence.
M Lufignan , bleſſé aux
coftes, France.
Dom Tiburfio Dolx , blef
278 MERCURE
fé à la cuiffe.
Espagne.
Mr Javon , bleffé à l'oeil.
Provence.
M' Roquefpine , bleſſé à la
jambe .
France.
M' Carnerala , bleffé à la
tefte .
Italie.
Mr Sarraciny , bleſſé au
vifage. Italie.
Mr Marcelane , bleffé à l'épaule.
Italie.
Mr Gramont , bleffé à la
tefte .
}
Mr Duché S. Julien , le
bras caffé .
Auvergne.
Auvergne.
M' Mcdecy , bleffé à la
main. Italie.
GALANT. 279
M' Vicarij , bleffé au bras.
Italie.
M ' Falconcery , bleſſé à la
cuiffe. Italie ,
LE 19. A LA TRANCHE" ,
M' Zondodari, mort de
fes bleffures.
Le 28. à l'Affaut.
Italie.
Dom Emanuel Bru , mort.
Espagne.
>
M Clofpac bleſſe de
deux coups de moufquet .
Allemagne,
280 MERCURE
M'Chenau , bleffé de deux
coups . Allemagne.
M' du Terrail , bleffé au .
corps . Auvergne,
M' Glandenez , bleffé à
l'efpaule . Provence.
M¹ la Varenne , bleffé à
la tefte.
Auvergne.
M ' d'Ocquincourt , bleffé
au ventre legerement . France.
Parmy les Chevaliers que
je vous nommay dans ma
Lettre de Juin , lors que je
vous parlay de leur départ ,
j'employay dans la Liſte Mª
le Chevalier de la Heraine ,
GALANT. 281
au lieu de Lefcheraine . Il
eft aifé de ſe tromper à des
noms propres que l'on neglige
fouvent de bien écrire.
Ce Chevalier eft Fils de Mt
le Marquis de Lefcheraine ,
Commandant en Savoye.
Le Pape a diftribué tous
les Benefices vacants aux Cardinaux
de la derniere Promotion
, & M le Cardinal
Ranuzzy , Nonce en France ,
a cu l'Archevefché de Bologne
, lieu de fa naiffance ,
qui vaut quarante- cinq mille
livres de rente. Cela marque
la fatisfaction que Sa Sain-
Novembre 1687. A a
282 MERCURE
teté a receuë de fa conduite .
Comme il eft extremement
eftimé icy , chacun s'empref
ſe à luy faire compliment.
Le 9. de ce mois M' l'Archevelque
de Sens benit deux
Cloches à l'Hôpital Royal de
la Charité d'Avon , lez - Fontainebleau
. Monſeigneur
le
Dauphin a cfté le Parrain de
l'une , & Madame la Dauphine
la Marraine . Ils vifiterent
enfuite les pauvres Malades
, à chacun defquels ils
firent diftribuer deux Louis
d'or.Madame la Ducheffe fut
la Marraine de la feconde
GALANT. 283
Cloche , & Monfieur le Duc
du Maine , le Parrain .
Les Algeriens qui ont efté
jufqu'icy redoutables à toutes
les Nations fur lesquelles
ils peuvent pirater , font dans
une crainte , & dans une furprife
où ils ne fe font jamais
vûs ; puis qu'il n'y a que trespeu
de temps qu'ils n'avoient
point encore de nouvelles
des vingt-fix Vaiffeaux qu'ils
ont en Mer. Leur défolation
aura efté grande , quand ils
auront appris que les Vaiffeaux
du Roy en ont pris
prés de la moitié , ce qui eft
A a ij
284 MERCURE
pour eux une perte fi confi
derable , qu'il eft impoffible
qu'ils s'en relevent
que par
une longue fuite d'années de
Paix avec la France . Le dernier
Vaiffeau que M d'Anfreville
leur a pris , fe nomme
le Rofier. Il eftoit armé de
quarante pieces de Canon ..
M' d'Anfreville
le découvrit
fur le Cap de Corfe fort prés
de terre, & ayant apprehendé
de le faire échouer
, il feignit
de fuir à force de Voiles ,
laiffant toûjours un cable
dans la Mer . L'Algerien
le
crut Levantin , & il luy donGALANT
285
na la chaſſe , mais lors qu'îl
l'eut reconnu , il tâcha de fe
fauver. Ce fut inutilement. ,
il cftoit trop prés. M' d'Anfreville
l'approcha , le canonna
, le démâta , & s'en rendit
Maiftre. Le Commandant de
ce Vaiffeau eftoit un Renegat
Flamand qui s'eft converty
. Ainfi, outre l'avantage
que le Roy remporte fur les
Ennemis , il a encore la fatisfaction
de rendre des Ames
à Dieu.
5. Un Vaiffeau Marchand
nommé le Belifani , qui revenoit
d'Alexandrie en Egypte,
286 MERCURE
& qui eftoit tres-richement
chargé , s'eft deffendu contre
un gros Vaiffeau d'Alger , &
aprés l'avoir fort maltraité ,
il eft arrivé à bon Port .
Ceux qui ont expliqué la
premiere Enigme du dernier
mois fur l'eau de la Reyne
deHongrie qui en eftoit le vray
mot , font Mrs Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Roy;
Mariel , Maiftre à chanter à
Caën ; le Fifcal du Pays Boutois
; le plus jeune Commis
au Greffe Criminel du Parlement
; l'Homme à l'efprit
droit, de la rue de l'Arbrefec;
GALANT. 287
Tircis , fiecle d'amour ; Mademoiſelle
Viole , de la ruë
Beaubourg ; la Dame Franco-
Batave , à l'Anagrame , Pure
image de vertu ; La Déeffe
Loüife Lucie de Surinam ;
l'aimable Darite , de la vielle
rue du Temple ; la belle Marguerite
, de la ruë de Joüy ;
l'aimable Lolotte de Picardie ,
la Carpe de la Riviere du
Cher.
La feconde , dont le mot
eftoit la Fraife , a cfté expliqué
par M du Val de l'Hermine
, cy devant Gentilhomme
ordinaire de la Maifon de
288 MERCURE
Monfieur ; Tamirifte , de la
ruë de la Cerifaye, & le Conquerant
fans bruit.
M ' Hutuge d'Orleans demeurant
à Mets , & le Fidelle.
Fanchon & fa belle Commere
, ont expliqué l'une &
l'autre dans leur vrayfens.
Je vous en envoye deux .
nouvelles . L'Autheur de la
premiere n'a voulu le faire.
connoiftre que par le nom de
la Carpe de la Riviere du
Cher. La feconde eft de M
Digeon de la Fontaine des
Blancs -Manteaux
.
ENIGME .
GALANT. 289.
ZZZSSSSESEZSZ5EZS
D
ENIGME .
'Vn aſſemblage beureux plus
rare qu'on ne penfe
I'ay toûjours tiré ma naissance;
Les Elemens en ontesté de part:
Qu Souvent du Soleil la chaleur la
plus forte ,
Mais du fage Ouvrier ménagée avec
art ,
M'a donné le corps que je porte.
S
Ceux quifont plus d'estat de lafincerité
,
N'aiment pasma fimplicité .
Car moins j'en ay, plusion dit que
j'éclate.
2
Novemb. 168 " . Bb
290 MERCURE
Mais aux gens moins fardez je puis
le difputer ;
aux Rois fi quelque-
Car en
parlant aux I
XXX fois je flate ,
Ie n'ay pas deffein de flater.
2
Du fond d'un antre obſcur oùje fais
ma demeure ,
Le Sçavant me tire à toute
heure ,
Et me contraint d'obeir à fes loix.
Sans chagrin j'obeis , car ce qui me
confole ,
C'est quefans avoir eu l'ufage de la
voix ,
Il m'infpire de la parole.
23
Inftrument innocent de cent mille
procés,
I'en fais connoiftre lefuccés,
Sans avoir pu connoiftre la juftice.
GALANT. 291
Te couche fur un champ auffi blane
que du lait ;
C'est la que quelquefois par un noir
artifice
le défais celuy qui m'a fait.
AUTRE ENIGME.
E fais un arbre nain fur qui rien
nefe cueille ,
Qui porte mes rameaux toujours de
haut en bas ,
En tout temps dépouillez & defruit
~& de fülle,
-33
Aaffi d'un tronc aride ils fortent en
un tas.
?
Le fuis utile à tous , écoutez mon
ufage;
I'entre & Yors tous les jours de la
chambre du Roy ,
Bb ij
292 MERCURE
Chaffant tous les objets qui bouchent
mon paffage ,
Et fais qu'on peutdanferproprement
aprés moy.
$
Sans moy le petit peuple aimant peu
la fageffe ,
Oublieroit fon devoir , & l'auroit
negligé ;
Ainfi dans tout eftat, mefme dans la
vicilleffe
Chacun doit à mes foins fe tenir
obligé.
Voicy un fecond Air nouveau,
qui ne vous plaira pas
moins que le premier , qui a
efté mis au commencement
de cette Lettre .
GALANT. 293
AIR NOUVEAU.
AIImmeerr une Beauté fevere
Sans efpoir de guerir fon amoureux
tourment ,
C'est le vray caractere
D'un malheureux Amant.
Ah, s'il faut que l'Amour nous
entraifne ,
S'ilfaut brûler , s'il faut languir,'
Du moins choififfons une chaifne
Qui traifne aprés foy leplaifir.
Je ne puis fermer ma Lettre
fans vous parler encore
une fois des affaires des
Turcs. Ils ont tres - mal dé-
Bb iij
294 MERCUAE
fendu Athenes dont je vous
ay déja parlé , fans yous rien
dire de ce qui s'eft paffé à la
prife de cette Place . Auffi
n'y a -t- il guere de détail à en
faire,puis qu'il n'a prefquepas
efté befoin d'un Siege dans
les formes , & qu'elle s'eft
rendue prefque auffi - toft qu'-
elle a vu l'Armée Venitien- V
ne devant fes portes . La Garnifon
, qui eftoit des plus
nombreuſes , s'eftant retirée
dans le Chaſteau ,fit paroiſtre
une tres -forte refolution de
fe défendre . Cependant les
Bombes ayant mis le feu dans
GALANT. 295
5
le Magazin du Chafteau, elle
perdit tout à coup la fermeté
qu'elle avoit montrée , &
fe rendit , à condition que
chaque Soldat emporteroit
tout ce qu'il pourroit porter ,
Elle fut conduite à Smirne ,
avec les Turcs naturels habituez
dans le païs ; mais il en
refta plus de fix cens qui demanderent
à fe faire Chrefriens
, ce qui eſt un tres- grand
avantage pour la Religion , &
doit faire benir les armes des
Venitiens . Il femble que les
Othomans foient infenfibles
à ces pertes , & qu'ils ne foient
Bb iiij
296 MERCURE
touchez que de celles qu'ils
font en Hongrie . Ils fe fla
tent qu'il leur fera aiſé de reprendre
ce que les Venitiens
ont conquis ; mais ils difent
qu'ils auront de la peine à
faire lamefme chofe en Hongric.
Il eft conftant que le
Grand Seigneur s'eft retiré
de Conftantinople . On le
croit à Burfe , mais on n'en
a pas une entiere feureté. On
dit que le Bacha Olman qui
commande les Troupes mu
tinées qu'on fait monter à
dix ou douze mille hommes,
marche vers Conftantinople
GALANT. 297
t 24
pour demander la tefte du
Grand Seigneur , & du Grand
Vifir & qu'il defole tous les
où il paffe , ce qui
"
lieux
par
ruinera
beaucoup
le
Pays
,
&
l'empefchera
de
fournir
des
vivres
pour
la
Campagne
prochaine
. L'Aga
des
Janiffaires
eft
plus
en
deçà
, &
commande
le peu
de
Troupes
qui
reftent
, mais
la foiblef
fe , &
larerreur
de
ces
Troupes
,le manque
de toutes
chofes
depuis
la
bataille
de
Harfa
les
Seditions
de
Conftantinople
qui
les
privent
de
tout
fecours
, & meſme
3
298 MERCURE
d'ordres pour ce qu'elles ont
à faire,les rendent non feulement
inutiles: mais y caufent
une telle defertion , qu'il
vaudroit mieux qu'elles ne
fuffent point en Corps , par
ce que les Deferteurs por
tent l'effroy dans tout l'Èm+
pire Othoman , ce qui peut
cftre caufe de fon entiere rui
ne. On affeure que le Grand
Seigneur n'a point trouvé
d'autre expedient pour avoir
des Troupes capables de le
deffendre contre les Mutins ,
que de faire revenir celles qui
s'opposent aux Polonois , &
"
GALANT. 299
de demander du fecours aux
d'un
Tartares. L'Empereur s'eft
prudemment fervy
temps fi favorable pour faire
couronner l'Archiduc fon
*Fils Roy de Hongrie. Je vous
parleray le mois prochain
de tout ce qui fe fera paffé
dans cette ceremonie . Il femble
que les affaires des Othomans
ne foient dans le mauvais
eftat que je viens de
vous marquer , que pour don
ner de la gloire au Comte de
Tekely , & pour faire parler
deluy. Il ne perd point cou
rage , & s'il eftoit dans un
300 MERCURE
bon party , on ne pourroit
luy refufer de l'eftime . Il fait
luy feul plus que tout l'Empire
Othoman , fa tefte &
fon bras agiffent toûjours ;
zil continue d'avoir des intrigues
en Hongrie , & il
ofe parolfire avec un Corps
de Troupes , pour tenter le
fecours des Places qui en au
ront le plus de beſoin
On parle d'un mariage qui
fera peut- eftre fait avant que
vous recevicz ma Lettre . M
le Comte de Tonnerre , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , doir
EA
GALANT. 301
époufer Mademoiſelle de
Manevilette
' 3
Fille de feu
M' de Manevilette Secre
taire des Commandemens
de Son Alteffe Royale. Ello
eft belle , bien faite , & elle
a beaucoup de bien. Avec
tant d'avantages de la nature,
& de la fortune , il n'yaperfonne
à qui l'on ne puiffe
plaire ,M le Comte de Ton
nerre eft d'une tres-grande
naifance. Je vous ay fi fouvent
parlé à fond de fa
Maifon , que je ne vous , en
diray rien aujourd'huy. Il
eft magnifique & galant ; il
L
302 MFR CURE
a de la vivacité , de l'efprit
& du coeur. Tout cela eft
& il n'eft pas
fort
connu
befoin
d'en donner de preuves
pour le faire croire . Toutes
fes actions le
marquent
tous les jours , & fon courage
a paru dans les dernieres
Campagnes
qu'il a faites
où il a efté bleffé en s'expofant
aux perils les plus évidents
.
Puis que l'Article de Molinos
, dans ma derniere Lettre
, vous a paru curicux ,
j'efpere vous envoyer dans
celle du mois prochain, une
CALANT. 303
exacte & veritable Relation
de fon Procés. Vous aurez
avant ce temps la Comedie
du Chevalier à la Mode qu'on
'm'alleure devoir cftre debitée
vers le cinq ou fixiéme
de Decembre. Plus on voit
cette Piece , plus on la veut
voir . Elle a elté jouée à Verfailles
deux fois en huit jours,
& l'on parle de l'y reprefenter
une troifiéme fois . Il ne
faut point d'autre marque de
la bonté d'un Ouvrage , puis
qu'il eft certain que la Cour
a un certain bon gouft qui
ne fe trouve point ailleurs ,
304 MERCURE
Ies non pas mefme parmy
Perfonnes
qui ont le plus de
fçavoir , & le plus d'efprit.
Je fuis , Madame
, voftre
& c .
A Paris , ce 30. Novembre 1687...
Fay oublié de marquen qu'on
s'eft trompé en mettant dans le
dernier Mercure que M de la
Berthiere eftoit Precepteur de
Monfieur le Duc de Chantres
il est Sous- Gouverneur de ce
jeune Prince.
De l'Imprimerie de C. Guillery .
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout
Palais.
"
E
Court-neuve du
L& Chevalier
à la Mode
die.
›
Come-
1. 1. 10. f..
La Défolation des Joüeufes , Comedic.
15.
f.
Entretiens
fur
la pluralité
des
Mondes
, de
M.
de Fontenelle
, augmentez
en plufieurs
endroits
, avec
un fixiéme
Soir
qui
n'a
point
encore
paru
, contenant
les
dernieres
découvertes
qui
ont
efté
faites
dans
le Ciel
. 1.1 . 10. f.
L'Art
de Laver
, on nouvelle
maniere
de peindre
fur
le Papier
, fuivant
le coloris
des
Deffeins
qu'on
envoye
à la
Cour
, par
M.
Gautier
de Nifmes
1 , 1...
Traité
des
Fortifications
enrichy
de
23
Figures
, contenant
la Démontration
& l'Examen
de
tout
ce qui
regarde
l'Art
de fortifier
les Places
tant
regulieres
, qu'irregulieres
, fuivant
ce
qui
fe pratique
aujourd'huy
, le tout
.
"
Cc
pour
d'une maniere abregée , & fort aifée
l'inftruction de la Jeuneffe. 1.
liv . 10. f.
Ellais de Morale & de Politique ,
cù il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier &
comme vivant en Societé. 2. vol. 2.
liv .
Le Cours du Danube & des Rivieres
qui s'y déchargent , où fe trouvent
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Hiftoire des Troubles de Hongrie
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze . 7.1.10 . f.
Dialogues des Morts . 2. vol . in
doaze .
*
3.1
.
Hiftoires
des
Oracles
. 1. liv . 10, f.
Lettres
galantes
de
M.
le
Cheva- lier d'Her... 2. vol. 3.1.
Les Malheurs de l'Amour , ou Elconor
d'Yvrée . 1. l. 10. f.
Ambalades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , a7 .
prés du Grand Seigneur, avec plufieurs ,
Pieces curieufes , tirées des Memoires .
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte , & c .
باتکدوخ
Academie galante. 2. vol ,
La Ducheffe d'Eftramene .
Le Napolitain.
1.1.10 . f
se liv
2. vol ..
2. 1.
I. 1.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiftoire , avec des Scrupules fur le
Stile . 1.1. 10. f.
Caracteres de l'Amour. 1. 1. 1o. f.
Le Grand Vifir Cara Muftapha..
L'Illuftre Genoife..
Le Seraskier .
1.1. 10. f.
1.1. 10. f.
I. l . 10. f.
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Espagne . 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois. 1. 10. f.
Relation du Mariage de Monſei- gneur
le Dauphin
,
Anne
viere
-
avec la Princeffe
Chreftienne- Victoire de Ba-.
1. 1. 10. f.
Ccij
Journal du Voyage du Roy à Lu
xembourg , contenant la defcription:
des Places de la haute & baffe Alface,
& de celles de la Province de la Sare:
& de Luxembourg . 1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chretiennes en Hon
grie , & dans la Morée , avec la priſe
de plutears Places fur les Infidelles ..
I. liv.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perfe & aux Indes Orientales par la
Mer noire & par la Colchide , enrichy
de dix - huit grandes Figures . 2. vol . in
douze .. 4.1. 10. f.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges.
L'Ariofte moderne. 4. v. in douze..
8: 265
i... 1. 1..
6.1
Dialogues Satyriques & Moraux.
Fables nouvelles.
1. 1. 10. f.
1. l.z.
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers.
Epiftres en Vers de M.
1. l.
Sabatier ,
de l'Academie Royale d'Arles. Til
Jugement de Pluton fur les Dialo-
1.1. 10. f. gues des Morts .
Relation du Voyage du Roy en Flandre
en 1480.. 1.1 . 10. f..
La Negociation du Mariage de-
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal..
1.b. 10.f..
Relition du Siege de Vienne . 1.1.10f.
Relation de ce qni s'eft paflé à Genes
. 1.l. 10.f..
Relation du Siege de Luxembourg..
1.1.10.fa
Ambaffade de Siam en France , di
vifée en 4. vol .. 6. liv.
Le premier Voluma a pour titre. »
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
en France , contenant la reception
qui leur a efté faite dans les Villes ou
ils ont paflé ; leur entrée à Paris ; les
céremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Maifon
Royale ; les Complimens qu'ts"
ont faits la defeription des lieux où ils
A
ontesté ; & ce qu'ils ont dit de remar quable fur tout ce
que
veu.
Le fecond Volume a pour titre .
>Suite du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant cece qui
s'eft paffé à l'Audience de Madanie la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,"
& de Meffieurs de Croiffy & de Segnelay
, avec une defcription exacte des
Chasteaux , appartemens , Jardins &
Fontaines de Verfailles , S. Germain ,
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
$ de S. Cyr , & de ce que les
Ambaffadeurs ont vea dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joinrle
difcours qn'ils ont fait au Roy..
Le troifiéme Volume a pour titere.
Troifiéme partie des Amballadeurs
de Siam en France , contenant la fuite
de la defcription de Verfailles , celle
des chevaux qui font dans les deux
.
8
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft palle
dans les vifites qui leur ont efté
rendues ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la defcription
des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harai
gees qu on leur. a faites dans toutes
les Villes de Flandre .
Le quatrieme Volume à pour titre.
Qatrième & derniere partie du
Voyage des Ambafladeurs de Siam en
France , contenant la fuite de leur
Voyage de Flandre , depuis Valencienne
jufqu'à Paris ; la defcription
des Villes où ils ont pallé , & les harangues
de tous les Corps , ce qu'ils
ont veu à Paris depuis leur recour ,
avec une defcription de tous les lieux
où ils ont efté , & de la Feste donnée
par Monfieur à S. Cloud , leur Voyaà
Verfailles , leur Audience de
Congé , & les dix- fept Andiences
qu'ils eurent le même jour , avec tous
les complimens qu'ils ont faits , la lifte
des prefens qui leur ont efté donnez ,
ce qui s'eft paflé à leur départ , & les
noms des perfonnes diftinguées qui
fontparties pour Siam .
Outre les Mercures d'onze années ,à
commencer en r677 . il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lefquels.
font divers Traitez tres- curieux fur
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts.
Hiftoire du Siege de Bude. 1.1. 10 .
Recueil d'Ouvrages faits à la loüange
du Roy , fur l'extirpation de l'He--
refie, 1.1. 10. f.
Relation des Prieres publiques qui
ontefté faites par toute la France , en:
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. l. 10. f.
Antiquitez de M. Spon , Ouvrage
enrichy de plufieurs Figures.. 7.1
>
LIVRES
2252522222255255S
LIVRES DE MUSIQUE
de la Compofition de
M de Bacilly.
I
Ly en a vingt , moitié
gravez
au Burin , moitié de l'impreffion
du Sieur Ballard. Les dix gravez
font en fort petit nombre depuis
qu'il en a effacé toutes les planches.
Il n'en a fait tirer qu'une vingtaine
de chaque forte pour ceux qui voudront
profiter de l'occafion de les
avoir bien plus corrects qu'ils n'étoient
, & en bien plus beau papier.
Ily en a auffi une trentaine de chacune
des dix fortes de l'impreffion du
fieur Ballard, qui feront unjourfort
recherchez à cause des Airs Bachiques
en maniere de Baffe , dont il
D d
A
eft inventeur , & où l'on sçait
qu'il a excelle. Outre ces vingt Livres
d'Airs, il a encore environ une
trentaine de Livres defon admirable
Art de chanter, & un grand nombre
des douze Recueils Nouveaux de
Vers mis en chant. Tous ces livres
fe vendent au Palais chez le fieur
de Luyne's & lefieur Gueront Librai
res , & chez l'Autheur rue S. Anthoine
, dans une Porte Cochere , qui
eft entre deux Boutiques de Lingeres
vers l'Hoftel de Suilly,
Le même Monfieur de Bacilly avertit
qu'il a une Bibliotheque à vendre
de toutes fortes de livres de Mufique
, Italienne , Latine & Frangoife
, iinn quarto au nombree de
plus de cent Volumes à trois , à
quatre & à cinq parties , même les
Ouvrages du vieux Boiffet , de Guedron,
de Moulinié , comme auffi tet
tes fortes de Livres d' Airs de differens
Autheurs , dont les trois premiers
ne fe trouvent plus chez le
fieur Ballard , & autres Livres de
Richard , Chastelet , des Rofiers ,
Sicard, Cambefort, Hotman , Cambert
, tous les Livres de Chanfons
à danfer & à boire, depuis l'an
1621.jufqu'à la prefente année , plu
fieurs Opera tant notez qu'en feuille
, & plufieurs livres à Vignette ,
reliez en Marroquin , pour écrire de
la Mufique & de la Tablature.
Dd ij
Avis pour placer les Figures.
L'A
Air qui commence par , Faimois
Iris , je l'aimois tendrement , doit
regarder la page 103 .
Le Plan de Caftelnovo , doit regarder
la page 244.
La Chanfon qui commence par,
Aimer une Beaute fevere , doit regarder
la page 293 .
Extrait du Privilege du Roy.
AR Grace & Privilege du Roy , donné à
Pchville, Let dos,. Signe, Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES, Il eft
permis au Sieur DANNIAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et defenſes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14 .
Septembre 1663. Signé ANGOT , Syndic .
Ledit Sieur Deviza' a cedé fon droit du
prefent Pri ilege à Michel Guerout Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux .
511
m
1687.11
Eur
. 511m
168711
Mercure
<36624555240015
S
<36624555240015
Bayer. Staatsbibliothek
MERCU
CALANT
DDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
NOVEMBRE
1687.
A
PARIS ,
AU
PALAIS.
Eur. 511
nera toujours un Volume
uveau du Mercure Gaant le
emier ieur de chaque Mois , & on
le ven dra , Trente fols relié er Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Lay G. DE LUVNE , au Palais , dansla
Saile des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Gran
Salle , à l'Envic.
Et MICHEL GUER OUT , Court- nee
du Palais , au Dauphin .
M. DC. LXXXVIL
AVEC PRIVILEGE DU ROI
Bayerische
Staatsbibliothek
Münchent
SSSSSSSSSZZZZ2525
P
TABLE.
Relude.
Ce qui s'eft paßé dans l'Academie
de Villefranche , à la
reception de M. l'Abbé Baudry
, avec le Difcours qu'il
8
a prononcé.
Plaintes des Palatines contre la
21
Mode , Dialogue,
Réponse d'une Demoiselle à qui
on confeille d'aimer , Stances..
Réponses aux Reflexions
45
Doutes de l'Anonime , fur
á ij
TABLE.
l'âge de quatre cens ans de
Louis Galdo.
Nouvelles de Canada.
48
89
Traduction de la Fable du Papillon
, & de l'Abeille , du
Pere Comire
103
Entrée de M. le Marquis de
Dangeau
à Tours. 110
Baptefme du Fils de M. le Comte
de Lobkovic.
Morts.
114
116
138
Feſte donnée par M. le “Marquis
du Tremblay.
Inflitution de deux nouvelles
Claffes , faite par le Roy
dans le College de Bordeaux.
瓜
141
TABLE.
Lettre en Vers. 143
Hiftoire.
14.9
Journal du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam , depuis Breft
jfques au Cap de Bonne-
Efperance , avec ce qui s'eft
passé pendant lefejour qu'ils
169
208
ont fait au Cap.
Particularitez touchant le
Cap
de Bonne -
Efperance .
Lettre des Ambaffadeurs , écrite
dudit Cap à M.Torf. 229
Benefices donnez par le Roy.
234
Mr Dumont eft pourvû de la
Charge d'Ecuyer du Roy ,
vacante par la mort de Mr
a iij
TABLE.
Le Comte de Clermont -Ton
nerre.
Autres Morts.
235
236
Méprife faite le moispaßé touchant
un Panegyque du Roy,
prononcé à Perigueux. 239
Nouvelles Pieces de Claveffin,
de M.le
Begue. 240
Etat des affaires des Venitiens,
de l'Empereur contre les
Turcs , avec une defcription
de la Ville d'Athenes. 241
Ce qui s'eft paßé à l'ouverture
du Parlement, & à celle des
Audiences. 262
Opera d'Achille & de Polixene..
267
TABLE.
Lifte des Chevaliers de Malthe,
gui ont efté tuez , & blesfez
au Siege de Castelnovo.
275
Diftribution des Benefices vacants
, aux Cardinaux
de la
derniere promotion .
280
Cloches tenues par Monseigneur
le Dauphin & Madame la
Dauphine.
Affaires d'Alger.
les Enigmes.
232
233
Noms de ceux qui ont expliqué
Enigmes
286
289
Eftat des affaires des Turcs .
293
a iiij
TABLE
Mariage de M. le Comte de
Tonnerre .
Conclusion.
Fin de la Table .
300
302
25222552522522255
Ο
AVIS.
Velques prieres quon
ait faitesjufqu'à
prefent de bien écrire les
noms de Famille employe
dans les Memoires qu'on
envoye pour le Mercure ,
on ne laiffe pas d'y manquertoûjours.
Cela eft caufe
qu'il y a de temps en
temps quelques - uns de ces
Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la
3
même priere de bien écrire
ces noms en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour
les Memoires , & l'onemployera
tous les bons Ou
vrages à leur tour , pourveu
qu'ils ne defobligent
perfonne , & qu'il n'y ait
rien de licentieux . On prie
feulement
ceux qui les envoyent,
fur tout ceux qui
n'écrivent que pour faire
employer leurs noms dans
l'article des Enigmes, d'affranchir
leurs Lettres de
port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent .
C'eft fort peu de chofe pour
chaque particulier , & le
tout enfemble eft beaucoup
pour un Libraire
.
Le fieur Guerout qui
debite prefentement le
Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft
toujours imprimé au commencement
de chaque mois .
Il avertit qu'à l'égard
des envois qui fe font a la
Campagne , ilfera partir
lespaquets de ceux qui le
chargeront de les envoyer,
avant que l'on commence .
a vendre icy le Mercure.
Comme ces Paquets feront
plufieurs jours en chemin,
Paris ne laiffera pas d'avoir
le Mercure long- lemps
avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ,
mais auffi les Villes ne le
recevront pasfi tard qu'el
le's faifoient auparavant.
Ceux qui fe le font envoyerpar
leurs Amis fans
en charger ledit Gueront,
s'expofent a lerecevoir toujoursfort
tardpardeux ra
fons. La premiere,parce que
ces Amis n'ont pas foin
de le venir prendre fi-tot
qu'il eft imprimé, outre
qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on
en faffe le debit , & tantre
que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu,
eux & quelques autres à
qui ils le preftent , ils re•
jettent la faute du retardement
fur le Libraire ,
en difant que la vente n'en
a commencé que fort avant
dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye
dudit fieur Guerout , puis
qu'il fe charge de faire
les paquets luy- même , &5
de les faire porter a la pofte
où aux Meßagers fans
nul intereft
tant pour
les
Particuliers que pour
les Libraires de Province,
qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la même
chofe generalement de tous
les Livres
3
Nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite , où qu'ils
appartiennent à d'autres
Libraires
, fans en prendre
pour cela davantage
que le prix fixé par les Libraires
qui les vendront.
Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ceslivres
à la fin du mois , il les
joindra au Mercure , afin
de n'en faire qu'un même
paquet. Tout cela fera
executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu
d'eftre content.
MERCURE
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1687.
E ne vous ay point
J
parlé , Madame, de
ce qui s'eft paffé à
Fontainebleau
pendant
le fejour qu'y a fait Sa
Majefté . Les affaires & les divertiſſemens
occupent ordi-
Novembre 1687. A
2 MERCURE
nairement toutes les Cours ,
& celle de France eftant la
plus nombreuſe , la plus magnifique
, & la plus galante ,
on peut dire que tousles honneftes
plaiſirs ne la fuivent
pas feulement par tout , mais
auffi qu'elle les fait naiftre
dans tous les lieux où elle fe
trouve .A l'égard des affaires,
celles d'un grand Royaume
font toûjours en affez grand
nombre , & affez de confequence
pour occuper entierement
le Prince qui le gouverne
; mais il y a plus aujourd'huy
. Le haut point de
GALANT.
༢
gloire où le Roy a mis la
France , & où il s'eft mis luymeſme
, fait qu'il eft inceffamment
appliqué pour le
repos de l'Europe , & pour
y maintenir la Paix qu'il a
bien voulu luy procurer . Ce
qu'il y a de plus furprenant ,
c'eft que de tant de grandes
affaires , qu'il regle dans les
differens Confeils qu'il tient
tous les jours aucune ne de-
** vient publique, tant le ſecret
eft religieufement gardé par
fes Miniftres ; & c'est pour
cette raifon que je ne vous
rien mandé de Fontaineay
A ij
4 MERCURE
# bleau. D'ailleurs , vous fçavez
, Madame , que je ne
parle jamais de ce qui regarde
l'Eftat , qu'aprés les évenemens
, ne voulant point
me meſler de deviner comme
beaucoup d'autres qui y
réuffiffent affez mal . J'avoue
que j'aurois pû vous dire
quelque chofe des divertif
femens que l'on a pris , mais
je ne vous en aurois rien appris
de nouveau, en vous difant
qu'il y a eu alternativement
Comedie Françoiſe ,
& Italienne , differens Concerts
, & differens Jeux dans
GALANT. ད
les Appartemens , ainſi que
diverfes Chaffes aux envirors
de cette Maiſon Royale. Le
Roy a pris quelquefois ce
plaifir , ce qui fait voir la
fanté parfaite dont ce Monarque
jouit , puis qu'il faut
de la vigueur pour cet exercice
. Quoy qu'il n'ait cu nul
attachement pour tous les
autres plaifirs , il n'a pas laiffé
de fe montrer à quelquesuns
, mais feulement autant
qu'il eftoit befoin pour les
faire prendre à ceux de ſa
Cour. Ce Prince a donné
beaucoup de temps pour
é
A iij
6 MERCURE
couter les Commiffaires qui
ont eſté de fa part dans toutes
les Provinces du Royaume
, pour le foulagement des
Peuples . Il les a oüis dans
fon Confeil, & les a entretenus
en particulier , c'est tout
ce que je puis vous en dire
prefentement , & c'eſt beaucoup
.
Comme Madame la Dauphine
aimé extremement la
Mufique , & qu'elle s'y connoift
parfaitement , plufieurs
Muficiens ont travaillé pour
la divertir fur de petits Ouvrages
en maniere d'Opera ,
GALANT.
7
& ces Ouvrages fe font trouvez
remplis de beaucoup de
chofes agreables , tant pour
la Mufique que pour les Vers.
Cette Princeffe eftant d'une
pieté exemplaire,qui l'engage
à faire fouvent fes Devotions ,
le Pere Frey , Jefuite Allemand
, fut appellé pour la
confeffer à la Fefte de tous
les Saints. Lors qu'il entra
chez Madame la Dauphine,
on ne le vit pas plûtoft qu'on
luy demanda comment il fe
portoit , & il répondit, que fa
fanté ne s'eftoir jamais trou-
A iiij
8 MERCURE
vée meilleure. Cependant il
fut attaqué d'Apoplexie en
commençant à parler à cette
Princeffe, qui le foûtint ellemeſme
pour l'empeſcher de
tomber. Il en mourut quatre
heures aprés. Une mort fi
prompte & fi impreveuë au
milieu de la Cour , y peut
eftre auffi utile , que les plus
preffans Sermons, à ceux qui
ne penfent point qu'il faut
mourir .
La quantité de matiere qui
a remply mes dernieres Lettres,
ne m'a point laiffé trouver
de place pour vous parGALANT.
9
·
ler de ce qui fe fit le jour de
Saint Louis , dans l'Academie
de Villefranche en Beaujolois.
Cette Compagnie receut
dans fon Corps un nouvel
Academicien . Ce fut M
l'Abbé Baudry , Prieur de
S. Thibaut , Pafteur tres- zelé,
& homme d'un grand merite
. Son Remerciment que
vous allez lire vous convaincra
de fon éloquence , & fi
vous vous ſouvenez de divers
Ouvrages de Poëfie que je
vous ay envoyez de fa façon
dans plufieurs de mes Lettres,
vous demeurerez d'accord
10 MERCURE
que c'eft avec raiſon qu'on
le tient auffi bon Poëte que
grand Orateur.
EZ525222222552555
REMERCIMENT
A Meffieurs de l'Academic
de Villefranche.
M
ESSIEURS ,
grace
N'attendez pas de moy un
Remerciment digne de la
que vous me faites ; il faudroit
que j'euffe receu vos talens avec
vos bienfaits , & qu'en me donnant
une place dans vostre AcaGALANT.
I:
demie , vous m'euffiez fait part
de voftre éloquence . J'aurois du
moins la confolation de vous
payer en belles paroles ; mais je
me fens fi éloigné de cet avantage
, que j'ay peur qne mon
Remerciment ne foit une preuve
de mon infuffifance ,
mefmes termes qui vous doivent
marquer ma reconnoiſſance , ne
vous faffent connoistre mon incapacite.
que
les
L'honneur que vous m'avez
fait me donneroitfans doute une
joye parfaite, fi elle n'eftoit troublie
par la crainte que j'ay de
ne pouvoir
répondre
à vost
12 MERCURE
choix , car fçachant bien que
de la Fortune , &
c'est un
coup
non pas un effet
de mon
merite
,
j'ay
fujet
d'apprehender
que fon
caprice
ne traverse
le bonheur
mefme
, qu'elle
a fait
naistre
,
que mon
élevation
ne
Serve
enfin
qu'à
rendre
ma chûte
plus
lourde
, & plus
honteuſe
.
Mais
il fera , peut
eftre ,
Meffieurs
, de cette
grace
, comme
de celles
du Ciel, qui font
des
changemens
merveilleux
dans
les
fujets
les plus
rebelles
, & qui
fçavent
éclairer
les aveugles
.
C'est
ce qui me fait
croire
, qu'eftant
au milieu
de tant
de lu-
「
GALANT. 13
mieres, je feray penetré de quelques-
uns de vos rayons , &que
ne pouvant imiter vos admirables
genies , les exemples que
j'auray tous les jours devant les
yeux , m'exciteront du moins à
les fuivre
.
Tout le monde fçait,Meffieurs,
que vostre Affemblée n'eft compofée
que de perfonnes choifies ,
parmylesquelles les vertus n'exles
Scien- cellent moins que
pas
ces, & que c'est une Ecole facrée
où l'on apprend également à vivre
felon Dieu , & à parler
felon les hommes. On y voit des
Ecclefiaftiques, qui ajoûtent tous
14 MERCURE
les jours aux preuves qu'ils ont
faites de leur Nobleffe , celles de
leurs Vertus . On y
remarque
des
Furifconfultes consommez, &.
desFuges incorruptibles , qui entre
les Loix, dont ils font les Interpretes
& les Depofitaires , s'en
font une de ne fe jamais démentir
du ferment qu'ils ont fait
Dieu , de la fidelité qu'ils ont
voüée au Prince , & de la juftice
qu'ils doivent au Peuple . On
y trouve de ces hommes rares ›
qui montrent par leurs Ouvra
ges qu'il eft des Mufes Cavalieres
, qui ont l'art de joindre les
Lauriers de Mars avec ceux
à
GALANT. IS
་ ་
d'Apollon , & qui font l'alliance
des Armes & des Lettres.C'eft
ce
qui fait paroiftre la beauté de
ce celebre Corps , qui par
greable diverfité des Genies qui
le compoſent , forme une harmo-
L'anie
admirable & un concert
charmant , ſemblable à celuy de
la Nature, dont les Eftres differens
n'ont qu'une mesme fin , qui
eftla gloire de leur divin Auteurs
s'accordent , pour ainfi dire ,
dans leur propre difcordance pour
luy faire un facrifice des qualitez
qui les diftinguent . Ne
femble- t-il pas Meffieurs ,
que LOUIS LE GRAND
-1
16 MERCURE
aitfaitvoftreEtabliſſementfur ce
modelle, & que ces fublimes Ef
prits qui rempliffent vostre Aca
demie , confpirent tous à faire
fon Tableau , & s'étudient à y
appliquer des couleurs differentes
, à proportion de la diverfité
de fes belles actions .
vertus éclatantes ?
de fes
En effet , Meffieurs , voftre
fçavante Compagnie ne fournitelle
pas à Sa Majesté des fujets
capables de faire le recit fidelle
de fes Conqueftes ? Ne luy donne-
t-elle pas des perfonnes diftinguées
dans l'Eglife , pourpublierfon
zele & fa pieté ? Ne
GALANT. 17
luy prefente- t- elle pas des Magiftrats
qui font valoir fes Loix
&fes Ordonnances
?Vous avez
parmy vous , Meffieurs, d'habiles
Hiftoriens qui travaillent à
immortalifer fes merveilles par
leurs Ecrits , c l'on peut dire
que vos Plumes & vos Lanques
font entierement confacrées
a la gloire duplus fage du plus
Igrand Prince de l'Univers .
Quel éloge ne merite point
Monfeigneur l'Archevefque de
Lyon, cet illuftre Prelat , dont la
naiffance & le merite en ontfait
une des plusfolides colomnes de
l'Eglife ? C'est le Chefprecieux
Novemb. 1687.
B.
18 MERCURE
qui donne le mouvement à ce
Corps admirable , & qui par
l'influence de fa vertu , qu'il luy
communique , fait qu'il ne produit
rien que de noble , & qui
ne foit digne de la grandeur de
fon fujet.
Ne croyezpas , Meffieurs ,
que je prétende icy faire vostre
Panegyrique , ny le fien , vos
Ouvrages font tous les jours cet
office , & il ne fort rien de vos
mains qui n'exprime mieux ce
que vous eftes, & ce que vous
valez , que toute l'éloquence
des Orateurs.
Si je prens la liberté de dire
GALANT 19
quelque chofe à voftre avantage,
c'est mon devoir qui m'y oblige,
c'est le respect qui m'y engage ,
c'est la verité qui me dicte ces
paroles , & qui me contraint de
rendre le témoignage , que tout
homme d'honneur doit au vray
merite.
₹ Je voudrois bien qu'une autre
occafion que
celle d'un Remerciment
, me pust donner lieu de
joindre quelques effets à mes
foibles paroles , vous verriez
des marques particulières d'une
reconnoiffance extrême » & je
vous ferois connoistre que de
toutes les chofes du monde qui
Bij
20 MERCURE
m'intereffent , il n'en est point
qui me touche plus fenfiblement
que vostre gloire, à laquelle j'avoue
, Meffieurs , que je ne puis
contribuer que par mes respects
&par mes obeiffances .
La Mode a toûjours efté
traitée de bizarre , & la plufpart
des choſes n'ayant cours
en France qu'autant qu'elle
les foûtient , il ne faut pas
s'étonner des plaintes que
l'on fait contre elle dans le
Dialogue qui fuit.
GALANT. 21
25222552522522255
PLAINTES
DES PALATINES
contre la Mode
C
LA MODE .
'EST donc une refolution
prife que voſtre
fortie du Royaume , & vous
voulez quitter le plus beau
Pays du monde , pour aller
chercher un établiffement
ailleurs ?
LA PALATINE .
Je ne difpute point fi la
France eft le plus beau Pays
22 MERCURE
du monde ; ce que je foûtiens ,
c'eſt qu'il y a tres-peu de
fond à faire fur voftre amitié.
LA MODE.
Quelle brufquerie, & que
je la trouve injufte ! Voftre
faveur a duré prés de dix
ans , n'eft- ce pas beaucoup ?
LA PALATINE .
Voilà qui eft fort confolant.
LA MODE.
Confolant bien d'autres
s'en confolcroient ; témoin
les Jufte - au- corps , qui fe
font vus fi fort careffez des
GALANT. 23
Dames & dont la bonne
fortune ceffa tout d'un coup.
LA PALATINF.
Auffi je ne fçay pas ou
vous aviez l'eſprit de permettre
cet ufage . Il eftoit
du dernier ridicule de voir
un meſme habit commun
aux deux Sexes.
LA MODE.
N'ufons point , je vous
prie , de ces odieux reproches
, vous n'y trouveriez
pas voſtre compte . Rien n'eſt
ridicule de ce qui peut avoir
ma protection , de mefme
que tout devient dégoûtant
24 MERCURE
fi-toft que je la retire.
LA PALATINE .
Cela eft bon pour ces ajuftemens
fardez que vous
introduiſez fi mal à propos
dans la galanterie . Pour ce
qui eſt de moy , la difference
eft toute entiere .
LA MODE.
A ce que je voy , vous ne
manquez pas de bonne opinion
de vous-mefme.
LA PALATINE .
Je ne crois pas donner dans
une vaine complaiſance , que
de m'imaginer que je fuis
d'une naiſſance plus relevée ,
&
GALANT. 25
& d'un plus grand fecours
aux Dames que tout ce petit
peuple d'ornemens innutiles
que vous foûtenez fi fort.
LA MODE.
Vous voilà furieufement
enteftée de la nobleffe de
voftre Famille.
LA PALATINE.
Pas trop ce me femble ,
puis qu'il eft certain que ma
race eft des plus anciennes .
Elle a rendu des fervices fort
confiderables
, & c'est ce qui
l'a toûjours élevée aux premieres
dignitez
.
Novembre 1687. C
26 MERCURE
LA MODE .
Quelle groffe troupe de
vanteries !
LA PALATINE .
Vous ne pouvez pas ignorer
que je fuis de la tres-illuftre
Famille des Fourures ,
choifies dés la naiffance du
monde pour reveftir le
premier
des Mortels . Plufieurs
fiecles fe pafferent fans que
l'on reconnuft d'autres veftemens
que les noftres ; c'eſt
ce que vous ne pouvez contredire.
LA MODE.
A cc compte , vous voilà
GALANT 27
bien élevée au deffus des
étoffes.
LA
PALATINE .
Il n'y a point de comparaifon.
LA MODE.
Qui vous l'a dit ?
LA PALATINE .
Plutarque, qui affure dans
fes Difcours de table , que les
Peuples de toutes les parties
du monde, avant l'ufage des
étafes ,
s'habilloient de peaux:
ce que Tacite marque auffi
on parlant des Allemands ; &
Properce l'aflure des Romains.
-
c ij
28 MERCURE
LA MODE.
Vous vous piquez donc
auffi de bel efprit ?
LA PALATINE .
Je ne dis que ce que j'ay
trouvé dans les Titres honorables
de noftre Famille , &
ce que j'ay appris dans une
infinité de Ruelles . de Cercles
& d'Affemblées , où j'ay
affifté depuis dix ans .
LA MODÈ .
Quand ce ne feroit que
d'en avoir tant appris , vous
devriez eftre contente de
voftre fortune ; mais enfin
vos Anceſtres furent con-
ว
GALANT 29
traints de décheoir de leur
élevation ?
LA PALATINE.
Point du tout, ils ont foûtenu
leur gloire fans aucune
interruption depuis la naiffance
du monde jufqu'à prefent.
LA MODE.
Cela eft fort glorieux pour
vous.
LA PALATINE .
Ne vous en raillez point .
Les Empereurs &les Rois, dés
les premiers ficcles prirent
l'Hermine pour l'ornement
de leur Pourpre & de leurs
Cij
30 MERCURE
Manteaux , ce qui fut permis
depuis aux Souverains ,
aux Princes , & aux Ducs .
LA MODE.
Je l'avoue , mais n'eft- ce
point dégenerer que d'eftre
au fervice des Supofts de
l'Univerfité & des Medecins
LA PATATINE,.
Le merite de la Science
l'égale aux premieres Dignitez
; ainfi bien loin de nous
en faire un reproche , on
nous en fait un honneur .
Les anciens Philofophes Indiens
alloient en public couverts
de peaux de Cerf & de
GALANT. ༢I
Daim ; à prefent meſme la
Juftice refpecte les Fourures ,
qui fervent auffi de diftinction
aux Princes , & à plufieurs
autres Membres de
l'Eglife.
LA MODE .
Les Dames n'auront- elles
· rien ?
LA PALATINE .
Autrefois les Veuves portoient
pendant les premiers
quarante jours de leur deüil ,
des robes noires bordées
d'Hermines , ce que plufieurs
obfervent encore aujourd'huy.
Je dis plus , il n'y a
C iiij
32 MERCURE
qu'un fiecle que cette pratique
eftoit prefque inviola
ble à toutes les Femmes & à
toutes les Filles.
plus.
LA MODE.
Cependant hors certainės
Dignitez qui ont retenu les
Fourures , vous devez convenir
qu'on ne vous confidere
LA PALATINE .
Je n'en conviens point.
Aujourd'huy que les étoffes
ont une fi grande faveur , le
luxe n'a pas encore tellement
feduit les hommes
, qu'il ne
s'en trouve une grande partie
qui fe reveſte
de peaux
.
CALANT. 33
LA MODE.
Par exemple ?
LA PALATINE.
Les
Septentrionaux pour
la pluſpart , les Moſcovites
,
les Hongrois les Polonois ,
les Tartares, les Tranfilvains ,
& une infinité d'autres .
LA MODI .
Tous ces avantages de vos
parens n'empefchent pas
voftre diſgrace .
LA PALATINE.
Je l'avouë , quoy qu'au pis
aller j'aye un grand recours
aux Manchons , qui font
les Chefs de noftre branche.
34 MERCURE
De cette façon il y a peu de
perfonnes qui fe puiffent paffer
de nous , foit que nous
foyons Palatines ou Manchons
.
LA MODE.
C'eft le meilleur party que
vous puiffiez prendre pour
faire plaifir aux Fichus.
LA PALATINE.
Qu'ils ont bon air , vos
Fichus ! Que les Dames font
jolies avec un tel ornement !
LA MODE.
Plus que vous ne voulez.
croire. Il eft vray que leur
couleur avec une maniere de
GALANT.
35
lifiere ne plaifoit pas d'abord.
A prefent on en eft plus content
depuis que j'ay trouvé
le moyen d'ajoûter une legere
broderie aux extremitez.
LA PALATINE.
Vos broderies n'ont rien
de comparable à noſtre beauté
, parce qu'eftant belles fans
fard , nous ne fommes point
alterées par l'artifice .
LA MODE.
On ne vous accordera pas
facilement cette perfection,
& meſme il y a de grandes
plaintes contre vous.
36 MERCURE
LA PALATINE .
Tout au plus , de quelques
precieufes pour qui vous avez
eu trop de complaiſance , &
qui font la caufe de mon
exil.
LA MODE.
Ce n'eft point moy ; il y
a plus de cinq ans qu'on fe
plaint de la groffe dépense
que vous obligez de faire .
LA PALATINE .
Voilà juftement une des
raifons ridicules qu'apportoit
il y a huit jours une de
vos Precieufes , criant à fa
Suivante : Manon , que zene.
GALANT. 37
voye plus icy de Palatine , elle
m'effauffe telop, me falit la golze,
& coute beaucoup. Apoltemoy
mon Fiffu.
LA MODE.
Et de lataille , vous n'en
dites rien ?
LA PALATINE.
a
Je n'en pourrois rien dire
qui ne fuft à la confufion des
Dames. Si quelques -unes perdent
avec moy fort peu de
leur agrément , une infinité
d'autres me font redevables
du bon air qu'elles ont , outre
que la modeſtic eſt dans
mes interefts. Avec tout cela
38 MERCURE
depuis que je n'ay plus pour
elles le charme de la nouveauté
, elles ont recours à
de vains pretextes d'épargne
& de propreté pour trouver
de faux- fuyans , afin de couvrir
leur legereté ou leur ingratitude
.
LA MODE .
Ne craignez - vous point
de vous perdre tout à - fait en
outrageant le beau Sexe, dont
vous avez encore befoin ?
LA PALATINE ,
J'avoue que les Dames ont
un grand pouvoir pour met
tre en credit tout ce qu'elles
GALANT. 39
favorifent. Elles donnent le
poids à la nouveauté , mais
en échange , n'eft- ce pas à ce
Sexe que l'on eft redevable
de la furieufe legereté qui
domine par tout ; en France
principalement , qui eft le
lieu où fe déploye l'Etendart
de l'inconftance , & qui inf
pire ce mauvais exemple à
tout le refte de l'Europe.
LA MODE.
Ce reproche m'attaque
principalement , & n'eſt que
l'effet de voftre chagrin.
LA PALATINE.
Puis que vous fentez ce
40 MERCURE
que je viens de dire , que
n'en profitez-vous ? Arreſtez
cette démangeaifon prodigieufe
de changer . Les habits
qui eftoient hier du bon
gouft , font aujourd'huy du
vieux monde. Ce ne font
ny les taches ny le long uſage,
ny le mal entendu, mais
la feule mode qui les fait rejetter
. On fe laiffe aller à la
vanité qni préfere la foye ,
quoy que ce ne foit
que
l'excrement
d'une Chenille, aux
precieuſes Fourures qui font
l'Ouvrage mefme du Souverain
de tous les Eftres .
GALANT. 41
LA MODE.
Courage , pauvre Palatinė,
vous chantez comme le Cigne
mourant
.
LA PALATINE.
Nous
rentrerons en grace
plûtoft que vous ne croyez .
La chaleur que nous apportons
, rend noftre retour neceffaire.
Nous adouciffons
la
peau nous deffendons
les
Dames contre les fluxions
infeparables
de l'hyver ; c'eft
enfin
noftre fecours que
le fang s'entretient
dans une
heureufe
tranquillité qui
rend les efprits toujours purs,
Novembre 1687.
par
D
42 MERCURE
qui reluifant fur le vifage luy
infpirent des traits plus fins ,
& luy donnent un vermeil
admirable.
LA MODE.
Cependant il ne paroift
pas que l'on foit perfuadé de
tous ces avantages . Souvenez
vous que lors que j'entrepris
de vous produire au
monde , j'eus befoin de toute
la bonté d'une grande Prin
ceffe . Elle vous donna fon
nom , vous parûtes alors ce
que vous n'eftiez pas , & à
prefent que l'on a changé de
fentiment, je ne voy guere
GALANT.. 43
de retour pour vous.
LA PALATINE .
Erreur toute pure ! l'on
fe defabufera bien- toft pour
peu que vous vouliez me fecourir.
Repetez cent fois
aux Dames de France que
lors qu'elles me mirent en
vogue , ce fut pour bannir
les mouchoirs de cou à jour,
qui ne s'accommodoient
guere avec la pudeur . Dites
feur que ces Fichus ne couvrent
que mollement , & à
demy ; que je fuis propre à
leur rendre de plus grands
fervices ; & que fi elles ont
Dij
44. MERCURE
un coeur genereux , elles font
obligées de fe fouvenir qu'étant
pour la plufpart femmes
ou filles de Heros , elles doivent
fe faire un honneur de
me reprendre , puis que je reprefente
affez bien , les dépoüilles
& les Victoires remportées
par ces demy- Dieux ,
fous la conduite
du plus
grand de tous les Rois du
monde .
Je vous cnvoye de tres-jolis
Vers , dont l'Autheur ne
m'eft point connu . Je ne
1
GALANT 45
fçay pourquoy il cache fon
nom , puis qu'ils font fi bien
tournez , qu'il n'y a perfonne
qui ne deuft faire gloire de
les avouer .
Auaj şuşu baNA NURV
RESPONSE
d'une Demoiſelle à qui on
confeille d'aimer.
TE
STANCES.
E voudrois aimer à mon tour ,
Le fuivrois vos confeils , heureuſe
de m'y rendre,
Si l'on avoit autant de plaifir en
Amour ,
Qu'on a depeine à s'en défendre.
46 MERCURE
Spo
Onréfout aisément unejeune Beauté
A fouffrir des Amans qui tâchent à
luy plaire ,
Et toute la difficulté ( faire.
N'eft quefur le choix qu'il faut
2
Nous laiffons touchernoftre coeur,
Il ne faut pas trop nous contraindre
:
Ce n'est pas l'Amourqui faitpeur,
Mais les Amans qui font à
craindre.
S
Si nous faisons des mécontens,
Ils font la caufe de leurs peines;
Et s'il n'eftoit point d'inconftans,
Il ne feroit point d'inhumaines .
625
Quand foumis à nos pieds vous
venez nous flater
GALANT. 47
D'une feure & pleine Victoire,
Quel plaifir de vous écouter !
Quel chagrin de n'ofer vous
• croire !
S
A peine fommes-nous d'accord ,
Que vos voeux inconftans viennent
troubler la Fefte ;
Vous ne pouvez aimer que jusqu'à
la conqueste ,
Nous voulons
par
malheur aimer
jufqu'à la mort.
S
Ne nous blamez donc point d'eftre
pour vous trop fieres ,
C'est vous qui nousy contraignez.
Nous fouffrons toûjours les premieres
Les rigueurs dont vous vous
plaignez.
48 MERCURE
2 .
D'un nouvel Amant qui foûpire
D'abord on fe trouve affez bien.
Mais le meilleur ne vaut plus rien
Dés qu'il a tout ce qu'il defire.
S
C'est ainsi que j'ay veu trahir,
La jeune Amarillis , & la credule
Aminte ;
Gueriffez- moy de cette crainte ,
A l'amour auffi- toft je confens d'obeir.
Je vous parlay dans ma
Lettre du mois d'Avril de
l'âge de quatre cens ans de
LouisGaldo, qui avoit paffé à
Venife quelques mois auparavant
, & qui avoit prefque
auffiGALANT.
49
auffi - toft de peur d'y eftre
arrefté. Cela donna lieu au
fçavant M de Comiers de
parler de ceux qui ont vécu
un tres grand nombre d'années
, des moyens de vivre
long - temps , & de la Medecine
univerfelle . Il fit làdeffus
les trois curieux Traitez
que je vous ay envoyez,
& donna à la fin fon fecret
d'une Medecine univerfelle ,
qui non ſeulement receut de
tres - grands applaudiſſemens ,
mais à laquelle j'ay appris
qu'on a travaillé en France
& chez plufieurs Princes de
Novembre
1687. E
50 MERCURE
l'Europe . Vn Anonime a
fait des Reflexions fur ces
Difcours , & comme je vous
envoye tout ce qui fe fait de
curieux fans prendre party,
je vous ay fait part de ces
Reflexions , c'eft pas la meſme
raifon que je vous envoye
aujourd'huy ce que M' de
Comiers y a répondu.
GALANT. 51
22255552522525225
RESPONSE
AuxReflexions & Doutes de
l'Anonime , fur l'âge de
quatre cens ans de LOUIS
GALDO .
L
A Medecine Universelle
pour rajeunire prolonger
la vie pendant plufieurs fiecles ,
eft une chofe fi importante à tous
les hommes , que je me fens obligé
de guerir les Doutes que les
Reflexions de Anonime peuvent
avoir fait naiftre dans
l'efprit du Public. C'est pour-
E ij
S2 MERCURE
dois y répondre en peu
quoy je
de mots , & article
par
article
à la maniere du Cardinal d'Offat.
L'Anonime demande des
preuves authentiques de l'â–
ge de quatre cens ans de
Louis Galdo , dont a parlé
la Gazette de Hollande du
Jeudy 3. Avril 1687. & fe
fondant fur un paffage mal
expliqué du 3. verfet du chapitre
6. de la Geneſe , il dit
que
lors que les Hiftoriens
ont fait mention des homqui
aprés le Deluge ont
vefcu plus de fix- vingts- ans ,
GALANT. 53
ils n'ont fait les années que
de trois mois .
Fe fouhaiterois avec luy pouvoir
donner des preuves de l'âge
de quatre cens ans de Louis
Galdo auffi authentiques que
celles de Sem , d'Arphaxad , "de
Salé, d'Heber , & autres , que
la Sainte Ecriture en la Genefe
chap. 11. dit avoir vefcu aprés
le Deluge ; fçavoir Sem 504.
ans , Arphaxad 338. Salé 433 .
Heber 464. &c. toutes leurs
années eftant auffi longues que
les noftres, & composées de dou-
Ze mois ; ce que je pretens juftifier
par le calcul mefme que
E iij
54 MERCURE
Moyfe en a fait dans la Genefe
chap. 6. dans l'Hiftoire du
Deluge . Je voudrois encore
pour la fatisfaction de l'Anonime
, que Louis Galdo euft donné
écrit des preuves. de fon age
400. ans , auffiincontestables
celles que le Cenfeur donna
à l'Empereur Claude, de l'âge de
cent cinquante ans de Titus Fullonius
de Bologne , ou auſſi forcelles
que j'ay données
par
de
•que
tes
que
de
l'âge
de
l'Anglois
Thomas
·Par
qui
naquit
en
1483
..
avoit
cent
cinquante
- deux
ans
lors
qu'il
fut
prefenté
à Charles
I. Roy
d'Angleterre
, le g.
빈
GALANT.
55
deux Hi-
Octobre 1635. & qui mourut le
24.Novembre de la même année,
en moins de demi-heure, fans
qu'il euftfenty auparavant aucune
douleur qui le menaçaft de
fa fins ou des preuves auffiindubitables
que celles que
storiens modernes ,fçavoir Ferdinand
Caftanede au 8. liv. &
Pierre Maffée au 11. liv . de leur
Hiftoire de Portugal, ont données
d'un noble Indien , qui rajeunit
par trois fois pendant les trois
cens quarante ans qu'il vêcut.
Cette Hiftoire eft tres- authentique
, puis que Mendoza nous
affure in Viridario , au 4. liv .
5714
E iiij
56 MERCURE
probleme r7. que plufieurs Jefuites
ont veu , connu & parlé
à cet Indien trois fois rajeuny ,
qu'ils ont attefté par leurs
Lettres. On ne peut auffi mettre
се
en
doute ce
ce
que M Rudbecks ,
Profeffeur en l'Univerfué d'Upfal
, dit dans fon Atlantica ,
que dans ce Siecle on a veu &
verifié , qu'en Suede un homme
avoit vécu cent cinquante -fix
ans , & un autre deux cens
quarante qui avoit vù jufqu'à
la feptiéme generation . Je
fouhaiterois enfin auffi que par
un Edit du Roy tous les Curez
fiffent un rapport bien verifie
GALANT. 57
du grand âge de plufieurs de fes
Sujets.
2. L'Anonime dit que ce
Louis Galdo , qui a fait voir
à Veniſe fon portrait fait par
le Titien , eft peut eftre un
homme tres - reffemblant à ce
portrait , ou que ce portrait
eft d'un Pinceau de quelque
Moderne , qui a étudié la
maniere du Titien .
Cette poffibilité d'un peut- eftre,
n'eft pas fuffifante pour donner
un démenty a plufieurs Sçavans,
témoins oculaires à Venife , qui
auroient jugé fi ce Portrait eft
d'un Moderne, cettefuppo8
MERCURE
fition n'auroit pas donné lieu à
Louis Galdo de difparoistre de la
mefme Ville. On ne doit nonplus
confiderer ce que l'Anonime dit,
qu'un impofteur voulut abufer
les peuples par fa reffemblance
avec leur Roy ; car il entend
parler de Dom Sebaftien de Portugal
, qu'on avoit crú pery en
Afrique dans la Bataille contre
les Maures. Ce Dom Sebaftien
ne paſſe pour ufurpateur de la
qualité de Roy, que parmy ceux
qui l'en voulurent priver pour
ufurper fon Royaume .
L'Anonime n'ofe nier ouvertement
que nos premiers
GALANT. 59
Peres ont vêcu pendaut plufeurs
fiecles , mais il doute
que leurs années fuffent auffi
longues que les noftres , &
dit que cette difcuffion de
manderoit un jufte volume .
Je reduis ce jufte volume de
difcuffion en peu de lignes tirées
de la Genefe , pour démontrer que
les années desPatriarches étoient
composées de douze mois ,
auffi longues que les noftres.
Moyfe qui a fait l'Hiftoire du
Deluge, dit dans la Geneſe cha-,
pitre 7.0.11.que le Deluge commença
le 17. jour du fecond mois
de la 600. année de l'âge de Noës
60 MERCURE
le
au v. 24. que les eaux cou
vrirent la terre pendant cent
cinquante jours ; & au chap. 8.
v.3.qu'aprés cent cinquante jours
les eaux commencerent à diminuer;
& au 4. verfet , que
27. jour dufeptiéme mois , l'Arche
de Noë s'arrefta furles montagnes
d'Armenie, & que le premier
jour du dixième mois les
fommets des hautes montagnes
commencerent
à paroiftre , & que
quarante jours aprés , qui eftoit
par confequent le 10. jour du on-
Ziéme mois , Noé envoyale Corbeau
, & aprés luy la Calombe,
pour la premiere fois , & encore
4.dini
GALANT. 61
Sept jours aprés pour la feconde
fois , ce qui eftoit par confequent
au 24. jour du onzième mois,
qu'il attendit encore Septjours,
ce qui eft vn jour aprés les douze
mois qui firent l'année entiere.
C'est pourquoy Moyfe conclut
dans le mefme chapitre 8. v . 13 .
que le premier jour du premier
mois de l'année 601. de Noé , la
Surface de la terre parut feche ,
ce qui arriva en l'année du monde
1657.d'où je conclus auffifans
autre difcuffion , que c'est un article
de foy que les années des
Patriarches eftoient auffi lon-
·les noftres , & compogues
que
62 MERCURE
L
sées de douze mois.
L'Anonime dit, que la vic
des Patriarches n'eftoit longue,
qu'afin de peupler la terre
en accompliffant le Precepte
, Croiffez & multipliez ,
qu'il affure eftre le Commandement
du Sauveur , & que
la brieveté de nos jours n'a
efté caufée que par la corruption
de noftre efprit devenu
chair .
le
Il n'y a que les Patripatiani
qui puiffent s'imaginer que.
Sauveur du monde ait fait
Commandement de croiftre & de
multiplier ; car ce CommandeGALANT.
63
ment futfait à Adam & à Noé,
comme il eft porté dans l'ancien
Teftament en la Geneſe chap . 1.
v. 25. &reiteré à Noé & àfes
Enfans enfortant de l'Arche ,
comme on lit en la Geneſe chapitre
8. v.17. & le Sauveur n'a
parlé que dans le Nouveau Teftament.
Cela eft fi vray , que
S. Paul écrivant aux Hebreux,
employe d'abord les termes fuivans
: Dieu ayant parlé autrefois
à nos Peres en diverfes
occafions , & en diverfes manieres
par les Prophetes, nous
a parle en ces derniers temps
fon Fils. Quant à ce qu'il
par
64 MERCURE
7
dit que la brieveté de nos jours
n'a esté causée que par la corruption
de noftre efprit qui eft devenu
chair , il nous doit expliquer
comment l'efprit des hommes
eft devenu chair depuis le
Deluge , & comment le fpirituel
est devenu materiel , pourfaire
enfuite , felon ce qu'il dit , que
tout l'homme devienne promptement
mortel.
L'Anonime pour nier que
Louis Galdo ait déja vefcu
quatre cens ans , dit que les
Patriarches ont vefcu bien
Dieu
long temps , parce que
leur avoit donné une plus
1/ མ་ ༡ ཐོ་
GALANT. 65
grande quantité d'humide
radical ; qu'Adam a cfté.
creé de Dieu avec un temperament
parfait , & que fes
Enfans le receurent de luy
comme un heritage precieux
qui fut confervé à leur pofterité
; & qu'ainfi elle a diminué
peu à peu .
Si ce raifonnement eftoit bon
Adam auroit plus vefcu qu'aucun
de fes defcendans , ce qui
n'eft pas , puis que la Sainte
Ecriture dans la Genefe chap.
5. verf. 5. nous apprend qu'Adam
n'a vefcu que neuf cens
trente ans , & dans le verf: 2
Novembre 1687- F
20%
66 MERCURE
elle dit que Fared mourut âgé de
962. ans , & par confequent
âgée de trente- deux ans plus
qu'Adam , & au mefme chap.
verf. 27. elle dit que Mathufalem
qui mourut en l'année 1656 .
du Monde , & au premier mois
de l'année du Deluge en a vescu
neuf cens foixante-neuf , qui
font trente-neufans plus qu'Adam
mefme. Et Noé qui mourut
trois cens cinquante ans aprés
le Deluge , âgé de neuf cens
cinquante & un an ,
vingt ans plus qu' Adam.
L'Anonime dit
que
a
vefcu
la vie
des Patriarches eftoit tresGALANT.
67
longue , parce que la terre
produifoit des alimens d'un
meilleur fuc , dautant, dit- il,
que les eaux du Deluge, & le
débordement de la Mer, n'avoient
pas encore corrompu
fes entrailles , que l'air eftoit
bien plus pur qu'à prefent ;
que les influences du Ciel eftoient
plus douces , & les Af
tres plus obligeans.
C'est à luy à prouver que les
Alimens fuffent de meilleurfuc
avant le Deluge , puis qu'au
contraire la Sainte Ecriture nous
dit dans la Genefe, chap. 3. verſ.
17. que Dieu jettant Adam hors
Fij
68 MERCURE
du Paradis Terreftre , maudit la
Terre dans le travail des Hommes
, & ordonna qu'elle ne produiroit
qu'épines chardons :
Maledicta terra in opere tuo
fpinas & tribulos germinabit
tibi ; & bien loin
les eaux
que
du Deluge ayent corrompu les
entrailles de la Terre , c'est par
les pluyes qu'elle devient fertile
eftant aydée de la chaleur du
Soleil , témoin encore l'inondation
du Nil à laquelle l'Egypte
doit (a grande fertilité , & le
ris qui eft un tres -bon aliment
ne croit que dans des parterres
d'eau. Bien que depuis trenteGALANT
69
cinq ans je ne fois pas novice
Astronome- Phificien , il me fera
plaifir de démontrer que les
Aftres estoient plus obligeans avantle
D
·Deluge ; que l'ai eftoit
bien plus pur , & qu'il y a
d'autres influences fur la Terre
que la chaleur du Soleil & le
preffement de la Lune fur nostre
Atmosphère il me fouvient
que Salomon qui dans le Livre
de la Sageffe chap. 7. verf. 20.
Dieu luy a donné la
dit و
que
veritable fcience de toutes chofes
, ne parle point d'Aftrologie
ny d'influence des Astres , mais
feulement que Dieu luy a appris
70 MERCURE
la difpofition des Aftres & leur
mouvement qui eft la ſcience
Aftronomique.
L'Anonime employe mal
le decret que Dieu prononça
en l'année du Monde 1536 .
120. avant le Deluge contre
tous les Habitans de la Terre
en ces termes , dans la Genefe
chap . 3. v . 3. que la vie des
Hommes ne feroit plus que
de fix - vingts ans.
Dieu ne prononça ce decret,
delebo hominem quem creavi
, à facie rerræ ,
que pour
marquer que dans fix-vingts ans
pendant lesquels Noé fit l'Arche,
GALANT. 71
>
il feroit perir par les eaux du
Deluge toute la méchante Generation
provenuë du mariage
des Enfans de Dieu › avec les
Filles des Hommes ; c'est à dire
des aifnez , qui estantfeparez
du refte des hommes , & confacrez
à Dieu,fans connoiftre Pere
ny Mere , comme fut depuis
Melchifedech pour offrir continuellement
des Sacrifices à Dieu,
rompirent leur Celibat , & firent
ceffer le Service Divin ; &
commepar la corruption les meilleures
chofes deviennent les pires,
corruptio optimi peſſima,
les Enfans de cette perverfe
72 MERCURE
Generationfurent des Gean's en
l'énormité de leurs crimes ; Noe
eftant resté le feul jufte avecfa
Famille . Ainfi cette menaçante
reſtriction de la vie des hommes
à fix- vingts ans , de mefme que
les quarante jours accordez à
Ninive , ne fe doit entendre
que du temps que Dieu accordoit
aux hommes pourfe reconnoiſtre,
pour rentrer en grace avec
luy par la Penitence.
Fay lú autrefois dans la Cronologie
de Funccius le mefme
fentiment dans les termes fui
vans. Hoc anno mundi 1536 .
incipiunt illi centum & viginti
GALANT. 73
.
C
ginti anni , quos Deus dedit
mundo pro tempore refipifcentiæ
.
Si le décret de fix- vingts ans
avoit eftéfait contre les hommes
quidevoient vivre aprés le Deluge
, il auroit efté bien- toft démenty
parce qui eft écrit dans le
* . chap. de la Genefeon Moyfe
dit que Sem Fils de Noé , vefcut
quatre cens deux ans aprés
le Déluge , car il auroit vefcu
282. ans au delà des fix - vingts
ans portezpar le decret de Dieu.
Il dit encore qu'Arphaxad qui
maquit deux ans aprés le Deluge
vefcut trois cens trente-huit ans ,
Novemb. 1687 .
G
74 MERCURE
ce qui feroit deux cens dix- huit
ans au delà des fix - vingts portez
par le decret de Dieu.
Que fi l'Anonime veut en
core foutenir que bien qu'il
Soit porté par la Sainte Ecriture
que ces années eftoient és
gales aux nôtres , & compofées
de douze mois , elles n'estoient
pourtant comme il dit ) que
de trois mois , je luy oppoferay
que Moife dans le douziéme
Verfet du mefme Chapitre
affeure qu'Arphaxad en l'âge
de trente-cinq ans eût fon fils
Salé des trente - cinq ans à
trois mois l'année en oftant trois
GALANT. 75.
ans pour les neuf mois de la
groffeffe defa femme , il ne resteroit
que trente deux ans compofez
de trois mois, qui ne feroient
que huit de nos années , & par
confequent Arphaxad en fa huitiéme
année auroit engendré fon
fils Salé.
Moyfe dit encore dans le
mefme Chapitre 4. que Salé
vécut quatre cens trente- trois
ans , & qu'en fa trentiéme
année , il avoit eu fon fils
Heber. C'est pourquoy fi ces
trente années n'eftoient que de
trois mois chacune , en ayant
ofté trois ans pour les neufmois
Gij
76 MERCURE
de la groffeffe de la mere d'Heber
, il ne refteroit que vingt-
Sept ans de trois mois chacun ,
qui ne feroient que fix ans &
neuf mois des noftres , tellement
que Salé avant fa feptiéme
année auroit engendré fon fils.
Heber,
Moyfe ajoûte queHeber vefcut
quatre cens foixante & quatre.
ans, ce qui eft trois cens quarantequatre
ans au delà du decret
de Dieu de fix- vingts ans, &
qu'il avoit eu fon Fils Phaleg
nfa trente & uniême année qui
feroit avant la huitiéme des noftres.
en
Moyfe au vingt- quatrième
GALANT. 77
t
verf. du mefme Chapitre , dit
que Nachor âgé de vingt-neuf
ans eut fon Fils Phuré. C'eft
pourquoyfi ces années n'eftoient
que de trois mois , de vingt-neuf
en oftant trois ans pour les neuf
mois de la groffeffe de la Mere
de Phuré , Nachor l'auroit engendré
en la vingt-fixieme de
• ces années -là de trois mois chacune
, ce quiferoit à l'âge de fix
ans & demy des nostres
Enfin, fi Dieu par ce decret pofitif
avoit fixé àfix- vingts ans
la longueur de la vie des hommes
d'aprés le Deluge , il auroit
encore efté dementy par la plus
p
G iij
78 MERCURE
longue vie de plufieurs millions
d'hommes. Ilfuffit d'employer les
·cent cinquante ans de la vie de
Titus Fulloniius , fous l'EmpereurClaude
, les cent quarante
ans de Galien le Medecin , les
trois cens quarante de l'Indien
trois fois rajeunys les cent cinquante
& cent cinquante -fix
ans des deux Suedois du commencement
de ce Siecle ; & enfin
les cent cinquante - deux ans
de l'Anglois Thomas Par , qui
mourut en 1635.
L'Anonime
employe le
10. verf. du 89. Pleaume ,
dans lequel David ne donne.
GALANT 79
que foixante & dix ans à la
vie ordinaire des hommes ,
ajoûtant que fi celle des plus
robuftes va jufques à quatrevingts
ans , & au delà , ce n'eſt
que pour augmenter
leurs
peines & leurs douleurs ;
Dies annorum noftrorumfeptuaginta
anni , fi autem in potentatibus
octoginta anni & amplius,
corum labor dolor.
ع و ب
Si Dieu avoit faitfon decret
defix-vingts ans pour les hommes
d'aprés le Deluge , David
de fon autorité auroit abregé la
vie des hommes en la fixant pour
L'ordinaire à foixante & dix
G iiij
80 MERCURE
ans, à quatre- vingt,fice n'eft
que fon amplius , c'est à dire's
fon & plus, s'entende pour plufieurs
Siecles.
David moralife dans ce Pfearme
, & n'a pas pretendu faire
un article de Foy , outre qu'il a
dit luy-mefme que tout homme
eft menteur , dans le Credidi.
D'ailleurs fi ce que dit David
la vie des hommes n'eft
que de foixante & dix , ou quatre-
vingts ans , estoit un Arref,
il auroit efté violépar un million
d'hommes ; par Titus Fullonius ,
qui vefcut cent cinquante ans
du temps de l'Empereur Claude,
que
GALANT. 81
comme je l'ay déja dit , par Galien
, grand Medecin Dogmatique
, qui vefcut cent quarante
ans, jouiffant toûjours d'une parfaitefantéfansaucune
incommoditéde
la vieilleffe ; par Thomas.
Par Anglois qui vefcut cent cinquante-
deux ans fans aucune
maladie ny douleur qu'une heure
avantfa mort qui arriva le 24.
Novembre 1635. & outre un
million d'autres ,
· par
M²
le
Maistre
Bourgeois
de Paris
, qui ymourut
au mois
de Fevrier
ym
1683.
âgé de cent
dix huit
ans ,
fe portant
encore
fort
bien
quel
ques
jours
avant
fa mort.
82 MERCURE
L'Anonime s'imagine que
la Medecine eftoit dans fon
premier luftre. Il devroit appayer
ce qu'il avance de quelque
probabilité, car voicy une preuve
contraire . Adam eftant né pour
eftre immortel , n'avoit pas be
foin de l'Art de la Medecine ; auff
Dieu ne luy enfeigna pas le nom
ny la vertu des Plantes , mais
feulement le nom des Oiseaux ,
des Animaux & des Beftes de la
Terre & Dieu pour remede
fouverain à tous les maux, avoit
planté l'Arbre de Vie au milieu
du Paradis de volupté. Ainfi
Adam n'auroit pas cu befoin de
GALANT. &
Art des Medecins s'il n'euft
efté chaffé du Paradis Terreftre ,
&fifon entrée n'euft efté deffendueparle
glaive de feu d'unCherubin,
de peur , comme dit Dieu
dans la Geneſe, chap. 3. verf.22.
qu'en mangeant dufruit de l'Arbre
de vie il ne devinft immortel
; ne forte fumat de ligno
vitæ, & comedat, & vivat in
æternum , ce qui est une preuve
incontestable que par des chofes
naturelles on peut prolonger fa
vie pendant une longue fuite
de Siecles. De plus , fi Adam
avoit receu de Dieu l'Art de la
Medecine , il feroit venu par
84 MERCURE
ne
tradition à la connoiffance du
Peuple d'Ifraël , ce qui n'eft pas,
puifque Salomon dansfon Livre
de la Sageffe au chap . 3. nous
affeure que Dieu luy avoit donné
lafçience des vertus des Racines
, virtutes radicum .
L'Anonimej ajoûte que tout
ce que peuvent faire l'Art &
Medecine, c'eſt de ménager
le principe de vie, & non pas
de le produire de nouveau, les
alimens ne reparant jamais
ce qui fe perd , de mefme,
ajoûte- t-il , que l'eau rend le
vin plus foible en l'augmenla
tant.
GALANT. 8
Si le fue des alimens l'affoi
blit comme l'eau affoiblit le vin ,
qu'il ne mange plus. Ajoûter de
eau au vin n'eft pas ajouter
du vin au vin , & puifque la
nature change l'eau en vin , &
feulement par la chaleur, en embarraffant
la matiere des rayons
du Soleil , & les fixant avec
l'eau , eftant filtrée à travers des
pores du fep de la vigne , pourde
l'homme ne
quoy la nature
pourra-t-elle pas changer une
partie du fuc des alimens , & en
produire de nouveau le principe
de vie , puifque par le mariage
an produit aux Enfans ce mefme
86 MERCURE
principe de vie ? Cette réponſe
eftfans réplique.
Je pourrois rapporter icy le
témoignage du R. P. Claude
d'Abbeville Capucin , dans fon
Hiftoire de la Miffion en l'Ifle
de Maragnan au Brefil , imprimée
à Paris à la Bible d'or
en l'année 1614. Ce bon Pere
nous affeure dans le chap . 23 .
qu'au Village de Coyicup on
Sou-Ovaffou - Ac , qui baptifa
fignifie en leur Langue , Cerf
cornu , déja âgé de 160. ans . Et
au chap. 44. il affeure avoir veu
plufieurs de ces Indiens Occi
dentaux dans cette Ifle de
GALANT. 87
Maragnan , agez de 180. ans ,
& il remarque à ce propos
queFoada Pontife a vefcu 130.
ans , Mardochée 150. & que S.
Simeon à l'âge de 120. ans fut
crucifié. On lit que la Sibille
Cumane vefcut plus de trois
cens ans. Il raporte auffi que
Jean de Stamp ou desTemps age
de 361. an mourut l'an 1140.
du temps de Godefroy premier.
Il dit encore que les Vieillards
de Maragnan à l'age de 200 , ans
n'ont presque point de poils
blancs , ne deviennent point
chauves.
88 MERCURE
爨
Enfin nonobftant les reflexions
& les doutes de l'Anonime
Loüis Galdo demeurera agé de
quatre cens ans , puis qu'on peut
ménager , augmenter & renou
veller noftre bumide radical par
les raiſons que je viens de marquer
& par tout ce que j'ay
dit rapporté dans les troisparties
de ma Lettre concernant la
Medecine
voye le Lecteur. Je leprie de me
pardonner la longueur de ma réponfe
Fe l'aurois faite plus courte
, fejen avois eu le temps .
fila perte de mavene ne m'imposou
je
ren
&
GALANT. 89
foit pas la neceffité de me fervir
d'un Scribe.
3.3
COMIERS D'AMBRUN
Prevot de Ternant,
Les François font en poffeffion
de vaincre par tout, &
les avantages que les dernie
res Nouvelles receues de Canada,
nous apprennent qu'ils
ont remportez fur la Nation
la plus ennemie des Algonquins
, & des autres Sauvages
qui vivent fous la protection
de la France , en font une
preuve glorieufe. Le Canada
eftun grand Pays de l'Ame-
·
Novembre 1687. H
90 MERCURE
rique Septentrionale, & comme
les François , qui commencerent
à le découvrir en
1504. en occupent la plus
grande partie , & qu'ils y ont
differentes Colonies , on luy
a donné le nom de Nouvelle
France . Jean Verrazan , Florentin
, prit poffeffion de ce
Pays au nom de François I.
en 1525. & ayant eſté furpris
quelque temps aprés par
Sauvages , ils le mangerent ,
ca coûtume de la plupart de
les Nations eftant de manger
a chair de leurs Ennemis.qui
ont efté pris en Guerre . Jacles
GALANT. 91
ques Quartier , de S. Malo ,
foûmit ces mefmes Terres
en 1534. mais les François
ayant negligé ces Naviga
tions , n'y retournerent qu'à
l'occafion de la Floride , qui
eft un autre Pays de la mefme
Amerique Septentrionale, fitué
fur le Golphe de Mexique.
Il receut ce nom de Ferdinand
Soto , ou parce qu'il
y arriva le jour de Paſques
Fleuries , ou parce qu'en arrivat
il y trouva les campagnes
couvertes de Fleurs.Les François
y allerent en 1562. fousle
Regne de CharlesIX . & ayant
Hij
92 MERCURE
repris leurs premiers deffeins
pour le Canada , on y envoya
en 1604.une Colonie qui s'eft
toûjours augmentée . Outre
plufieurs Miffions , quelques.
Ecclefiaftiques de France en
entreprirent une en 1640 .
pour ce Pays-là , & elle a produit
avec le temps des fruits
tres- confiderables . Un grand
nombre de Sauvages ont receu
les lumieres de laFoy, &
on continue toûjours à les
éclairer avec beaucoup de
fuccés. On a bafty plufieurs
Villes . L'Evefque de Canada
fait fa refidence dans la prin-
23
GALANT 93
t
cipale que l'onappelle Quebec.
Elle eft fur la grande
Riviere de Canada , ou de
S. Laurent , avec une Fortereffe.
Cette Riviere, qui paffe
pour une des plus belles du
monde ,a deux cens braffes de
profondeur , &vingt - cinqou
trente lieues de largeur àfon
emboucheure , où eft le Golphe
de S. Laurent , & enfuite
les Mes de Terre- neuve . On
noditquefon cours eft déja connu
de prés de cinq censlieuës .
Les Iroquois, quipaffent pour
la Nation la plus feroce de
tout le pays , continuant mal94
MERCURE
gré lesTraitez depaix reiterez
plufieurs fois , à exercer toutes
les hoftilitez poffibles
contre les Algonquins,Amis
des François , ce qui apportoit
un grand préjudice au
Commerce de la Colonie , il
fut réfolu que l'on iroit leur
faire la guerre. Ainfi les
Troupes furent aſſemblées à
Montréal , dont M le Chevalier
de Caillieres eft Gouverneur.
Elles confiftoient en
huit cens hommes de Troupes
reglées , outre huit cens
Habitans , commandez par
les Gentilshommes du Pays ,
3
GALANT. 9
& fix cens Sauvages . Il y a
trois ou quatre ans que le
Roy envoya en Canada quatorze
Compagnies d'Infanterie,
qui font huit cens hommes
, & il y en a encore
envoyé cette année un pareil
nombre. On compte
auffi environ deux mille
Sauvages Amis , qui font devenus
tres-bons Soldats , &
c'eft de quoyfe mettre à couvert
des infultes de leurs Ennemis,
quelque barbares qu'-
ils foient . M le Marquis de
Denonville , Gouverneur de
la Nouvelle France , ſe mit
96 MERCURE
à la tefte des Troupes que je
viens de vous marquer , &
ayant commencé
fa marche
le 13. de Juin dernier, il furprit
fur la route deux cens
Iroquois , tant hommes que
femmes & enfans . Il les fit
tous prifonniers
; & aprés
avoir furmonté avec beaucoup
de peine les cheutes de
la grande Riviere de S. Laurent
il arriva le 2. de Juillet
au Fort Frontenac , à l'entrée
du Lac Ontario . Ce Fort a
receu ce nom de M' le Marquis
de Frontenac, qui a efté
Gouverneur
de la Nouvelle
France
GALANT.
97
France pendant plufieurs an
nées. Lors que M' le Marquis
de Denonville fut en ce
lieu - là , il apprit qu'il trouveroit
Ms de Tonti , de la
Foreft , du Lud , & de la Durantaye
à Niagara , où ils eftoient
arrivez avec fix cens
hommes, partic François , &
partie Sauvages . Niagara eft
au bout de ce mefme Lac
Ontario . Ils'embarqua deux
jours aprés avec toutes les
Troupes , & pour faire le trajet
du Lac,il fe fervit de deux
Barques armées , de deux cens
Bateaux plats , & de plufieurs
· Novembre 1687. I
98 MERCURE
Canots . Il y employa huit
jours , & mit pied à terre à
l'emboucheure de la Riviere
de Sonontoüan , fans
trouver perfonne qui l'en
empefchaft . On tint confeil,
& on trouva à propos d'agir
d'abord contre les Sonontoüans
. Les Iroquois que l'on
dit eftre au nombre de quatre
mille , font divifez en
cinq Cantons , & celuy des
Sonontoüans eft non feulement
le plus puiſſant , mais
encore le plus fujet à ſe mutiner.
Leurs Bourgades fortifiées
de doubles paliffades,
eftoient à fept lieues de l'enGALANT.
99
droit où l'on avoit
débarqué.
Ce fut là que l'on marcha
en fort bon ordre. L'avantgarde
eftoit
commandée
par
Mile Chevelier de Caillieres,
l'arriere-garde ,par M¹leChe-
I valier de Vaudreuil ; & M ' de
Tonti eftoit à la tefte de
1 toutes les Troupes , avec ſoixante
& dix hommes . Quelques
François & Sauvages
eftoient détachez à droite &
gauche & M Peret , qui
avoit ordre de découvrir ,
commandoit trente hommes
- qu'il faifoit marcher devant
5 Fuy. Quant à M ' le Marquis
I
I y
100 MERCURE
de Denonville , il avoit pris
un détachement de Gens
choifis , afin de pouvoir fe
trouver par tout . Lors qu'on
fut en veuë de la premiere
Bourgade,trois cens Iroquois,
que cinq cens autres qui s'eftoient
mis en embuscade
derriere deux collines dont
le chemin eftoit bordé , foûtenoient
à quelque diſtance,
firent une fort grande décharge
fur M'de Tonti , mais
la vigueur avec laquelle il les
chargea les mit dans un tel
defordre , qu'ils furent con
traints de prendre la fuite.
GALANT. 101
On les pourſuivit pendant
quelque temps , & on alla
auffi loin que la connoiſſance
que l'on avoit du Pays le
pouvoit permettre . Quarante-
cinq Iroquois furent tuez ,
& on en bleffa plus de foixante.
On perdit le Sous-
Lieutenant de la Compagnie
de M de Tonti , avec quatre
François, & quatre Sauvages,
Il y eut quatorze bleffez , parmy
lefquels fe trouva le Pere
Angelran Iefuite . Depuis ce
combat on a mis le feu aux
quatre Bourgades des Iroquois
, & camme on a brûlé
I iij
102 MERCURE
tous leurs bleds & toutes leurs
proviſions , ils auront pein
à fe rérablir . On en amene
cinquante ou foixante en
France , que l'on deſtine aux
Galeres , pour voir s'ils y fe
ront propres . Le refte des
Prifonniers a efté conduit à
Quebec , avec les Femmes &
les Enfans . M' le Marquis de
Denonville a laiffé des Troupes
à Niagara qu'il a fait fortifier
, & enfuite il eft retourné
au Fort Frontenac .
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles, eft d'un
tres- habile Maiftre , & vous
GALANT. 102
n'en douterez pas quand
yous l'aurez parcouru .
J
AIR NOUVEAU.
Aimois Iris , je l'aimois tendrement
,
Mais l'Ingrate reçoit les vaux d'un
autre Amant ,
Et ne fonge plus qu'à luy plaire.
Le puis aifément la changer,
Et me vanger
2.
De cette infidelle Bergere ;
Mais puis-je trouver aisément
Vn objet comparable à cet objet char
mant ?
Le Pere Comire Jefuite ,
qui s'eft acquis tant de reputation
par la beauté de ſes
I iiij
104 MERCURE
Vers Latins , a fait une Fable
fur le Papillon , & fur l'Abeille
. Elle eft extremement
´eftimée , & il ne faut pas s'en
étonner,puis que tout ce que
nous avons vû de luy , a ce
tour aifé & naturel que tout
le monde recherche , & qu'il
eſt ſi difficile d'attraper. M
Petit de Rouen a fait la traduction
de cette Fable avec
beaucoup de fidelité , & je
croy que vous n'aurez pas
moins de plaifir à la lire, que
vous en avez receu des Dialogues
Satyriques & Moraux ,
dont il eft l'Autheur , & qui
GALANT: 105
ont efté fi approuvez du Public.
Son jugement en cela
fe trouve tous les jours conforme
à ce qui en fut dir
d'avantageux il y a quelque
temps dans la Republique
des Lettres.
25222552522522255
LE PAPILLON
ET L'ABEILLE.
FABLE.
Ans un Iardin delicieux
Vn Papillon tout glorieux
DA
Defe voir les aifles dorées ,
Etfuperbement empourprées ,
106 MERCURE
Admiroit la beauté des fleurs
De mille fortes de couleurs ,
A qui l'Aurore avec fes larmes
Avoit donné de nouveaux charmes´›››
Et qu'elle répandoit exprés
Pour leur rendre le teint plus frais.
A l'heure que Phébus s'éveille
Prés de luyfe trouve une Abeille
A laquelle il dit. Chere Soeur ,
Goûtons , goûtons la douce odeur ;;
De ces fleurs dont en abondance
Flore icy s'eft mife en dépense;
D'une fi rare volupté
Rendons noftre coeur enchanté..
Auffi-toft s'élevant de terre
Il voltige fur le Parterre.
On euft dit , le voyant en l'air,
D'une fleur qui fçavoit voler ,
Tantfes couleurs d'or & vermeilles
A celles des fleurs font pareilles.
Il les éfleuroit feulement :
GALANT 107.
Sans deffein , fans difcernement.
Quelquefois fur la Violette ,
Charmé de l'odeur, il fe jette ;
Quelquefois ilbaise enpassant
Vn bouton de Rofe naifant ;
Et le mouvement de fes aifles
Excite un vent auffi doux qu'elles..
Surchaquefleur de ce Iardin
Il vole comme un vray Badin,
Les foulant toutes fans malice.
De l'Oeillet il court au Narciffe ,
Puis pouffé d'un nouveau defir
Surl'Anemone il va dormir.
Mais fonfommeil ne dure gueres
E1 d'une inquiete maniere
Opiniâtre , fans répos ,
>
De fleurs il change à tous propos.
De les carreffer il s'empreffe ;
Mais incontinent il les laiffe.
Pour toutes ainfi tour à tour
Son dégouft fuccede à l'Amour.
108 MERCURE
Tandis que cefoufe tourmente
L'Abeille beaucoup plus prudente ,
Etfçachant mieux ce qu'elle fait ,
Desfleurs ne fait pas unjouet ,
Et de leurs odeurs les plus fines
Ne réjouit pasfes narines ,
Ny ne vole pas à l'entour
Vaincment tout le long du jour;
Mais comme un Ouvrier habile
Meflant l'agreable à l'utile ,
Elle prendla Cire & le Miel
Quefur leur teint répand le Ciel ,
Dont l'influence les arrofe ,
Pille le Crocus , & la Rofe ,
L'Iris , l'Hyacinte , & le Lys ;
Puis s'envolant dans le pourpris
De fon petit Palais Ruftique ,
Avecgrandfoin elle s'applique
A ferrer tout ce doux butin ',
Dont le Serpolet & le Thim
La Lavande , &la Marjolaine
GALANT. 109
Rendent enfinfa Ruche pleine .
Le foir vint ,fon travail ceffa
Quand le Papillon , las , paffa
Auprés de l'Abeille chargée
Des dons de la douce Rofée.
Il luy dit. Efprit mal tourné,
Né fous un Aftre infortuné.
Quoy ? perdre une telle journée ,
Sans en l'air t'eftre promenée !
Ie ne m'en repens nullement ,
Répondit-elle fagement.
Aujourd'huy par mon induſtrie ,
De mielje me trouve garnie ,
Dont mon Maiftre fe nourrira ,
Et la Cire me fervira
D'offrande à la Troupe immortelle.
Enfin , à mes emplois ,fidelle ,
Donnant tout mou temps & mes
Soins
Lé fçaypourvoir à mes befoins .
Mais vous , à quoy s'eft terminée
110 MERCURE
Cette heureufe , & belle jaurnée ?
Parlons avec fincerité.
Le fruit de voftre oifiveté
Eft ( chofe qui vous doit déplaire )
D'eftre fatigué fans rien faire.
Parcecy l'on voit nettement
Combien eft grand l'éloignement
D'une Eftude laborieufe ,
Et d'une vaine & curienfe .
Je
vous aurois parlé
dans ma Lettre du dernier
mois , de l'Entrée de M' le
Marquis de Dangeau , Gouverneur
de Touraine , dans la
Ville de Tours , fi l'abondance
de la matiere fur des
arricles tres-longs , ne m'en
cuft pås empeſché. Meffieurs
CALANT. I
de la
Maréchauffée
l'allerent
prendre à fa Maiſon de campagne
, qui eft à quelques
lieues de cette Ville- là , &
marcherent au devant de fon
Caroffe ,
autour duquel ef
toient les Gardes de ce Gouverneur
, accompagnez
de
leur
Capitaine
& de deux
Ecuyers
. M ' l'Intendant
alla
à une lieuë de la Ville , d'où
il fortit
cinquante
à ſoixante
Caroffes
,pour aller au devant
de ce Marquis
. Toutes
les
Compagnies
, qui fe mortoient
à dix
mille
hommes ,
& qui
eſtoient
diftinguées
112 MERCURE
par
des rubans de differentes
couleurs,fortirent une demylieuë
hors de la Ville . On alla
defcendre à l'Hoftel du Gouverneur.
Toutes les Dames
de Tours fe trouverent dans
la premiere Sale , & il y avoit
des Violons dans la feconde .
Elles pafferent dans la troifiéme
avec M ' le Marquis de
Dangeau , & Madame la Marquife
fa Femme , & l'on y
commença une converſation
qui ne put eftre que fpirituelle
, puis que M¹ de Dangeau
y avoit la meilleure
part. Elle fut interrompuë
GALANT. 113
par des complimens que le
Corps de Ville vint luy faire.
par la bouche de fon Maire..
Le Corps de Medecine arriva
enfuite , & fut fuivy de
plufieurs autres . On alla le
foir fouper chez M ' l'Inten- ·
dant. Ce Repas fut magnifique;
il y eut grand Bal aprés
le Soupé , & grande Colla--
tion pendant le Bal . Mª le
Marquis de Dangeaù a tenu
table dans tout le temps qu'il
a demeuré à Tours . Toute la
Nobleffe de la Province a
efté manger chez luy , & il
en eft party avec un applau
Novembre 1687. K
114 MERCURE
diffement general.
La mefme raifon de l'a
bondance de la matiere m'a
fait differer jufqu'icy à vous
parler d'un celebre Baptefme
qui fe fit il y a quelque temps
dans l'Eglife de S. Sulpice.
On y baptifa le Fils de M
Ferdinand Vencelas Comte
de Lobkovic , Gentilhomme
de la chambre de l'Empereur
,
& fon Envoyé en France, & de
Madame Marie Comteffe de
Lobkovic , née Comteffe de
Dietrichi, Le Parrain eftoit
M' le Prince Philippe de Savoye
, Abbé de Saint Pierre
GALANT. 115
de Corbie, & Comte du même
lieu , de S. Medard de
Soiffons , & de Noftre-Dame
du Gaft , & la Marraine,
Madame la Princeffe Loüife
Chriſtine de Savoye , veuve
de M le Prince Ferdinand,
Maximilien, Maggrave Souverain
de Bade Baden . Il y
eut quelques dificultez touchant
les neuf noms que
le Comte de Lobkovic fou-
Με
haitoit que
fon fils , parce que tous les
Єurez de Paris , ont ordre de
Ml'Archevefque de nepoint
fouffrir qu'on en denne un
l'on donnaft à
K ij .
116 MERCURE
fi grand nombre. Il falut
aller à
l'Archeveſché
pour
remedier à cet obftacle, & il
fut levé en confideration de
M le Comte de Lobkovic .
Les noms que l'on donna à
l'Enfant font , Louis, Philipe ,
François , Auguftin , Gaetan ,
Fauftine , Jofeph , Balthazar,
& Gabriel..
J'ay à vous apprendre quelques
morts arrivées le mois
paffé , & je commence par
celle de Dame Anne Urfule
de Coffé , de l'Illuftre Maifon
des Ducs de Briffac . Elle
mourut le 20. Octobre dans
GALANT . 117
fon Château de Daillon , en
donnant toutes les marques
de la mefme pieté qui la faifoit
diftinguer pendant ſavie ..
Elle avoit épousé en premieres
nopces M de la Porte
de Vefins d'une ancienne
Maiſon d'Anjou , qui a de tres
grandes alliances , & s'eftoir
mariée en fecondes nopces
avec M le Marquis de Chauferais
qui fortoit de la Maiſon
du bas Berry & de Lufignan ,
Le Pere Rapin Jefuite
mourut icy fur la fin du
mefme mois. Je me prepa
rois à vous en faire l'éloge,
118 MERCURE
lors qu'il m'en eft tombé un
entre les mains auquel je n'ay
rien à ajoûter. Il paroit que
celuy qui l'a dreffé le connoifloit
tres-parfaitement.
La maniere dont- il eft écrit
me perfuade fans peine qu'il
vient, comme on me l'a dit ,
d'un excellent homme du
mefme Ordre. En voicy les
termes. Le Pere René Rapin
de la Compagnie de Jesus,
né à Tours , eft mort à Paris
le 27. d'Octobre 1687. en la
foixante -fixiéme année de
fon âge , d'une efpece d'apoplexie
jointe à un commenGALANT.
119
F
cement de paralyfie qui l'a
fait languir prés de deux.
mois . C'eſt une perte confiderable
pour fon Ordre dont
il eftoit un des principaux.
ornemens : car il avoit d'excellentes
qualitez ; un génie
heureux pour les Sciences .
un naturel fait pour la vertu ,
une humeur douce , une probité
exacte, un tres - bonfens ,
& le meilleur coeur du monde.
Sa phyfionomic fage &
fpirituelle , fon air humain.
& affable , fes manieres fimples
& modeftes luy gagnoient
d'abord l'eftime &
120 MERCURE
la bienveillance de tous ceux
qui le voyoient ; plus on le
pratiquoit , plus on découvroit
en luy un fond de raiſon .
& de bonté qui ne fe rencontre
guere ailleurs . Il eftoit naturellement
honnefte , & il
s'eftoit fort poli dans le commerce
des Grands qui l'ont
honoré de leur amitié , &
auprés defquels fes Supe
rieurs l'ont attaché plus
d'une fois : mais fa politeffe
n'avoit rien qui ne convinstà
fa profeffion. Il eftoit officieux
au-delà de ce qu'on
peut croire, prenant plaiſir à
obliger
GALANT. 201
obliger , & obligeant de bonne
grace, prévenant les prieres
& les defirs , & fervant
avec chaleur juſqu'aux inconnus
par le feul principe
d'une inclination bienfaifante
. Auffi n'y eût-il peuteftre
jamais un amy plus genereux
ny plus tendre , plus
fidelle , ny plus appliqué à
remplir tous les devoirs ,
toutes les bienséances
de
l'amitié. Les gens du monde
le regardoient comme un
parfait homme d'honneur, &
les gens de Lettres comme un
des plus beaux efprits de
Novembre 168 7. L
122 MERCURE
noftre Siecle. Il a excellé
dans la Poëfie Latine , & les
ouvrages que nous avons
de luy en ce genre , ont rendu
fon nom celebre par toute
l'Europe . Les Sçavans ont
admiré entre autres fon
Poëme des Jardins , & l'ont
jugé un chef- d'oeuvre digne
du fiécle d'Augufte
, &
digne de Virgile meſme .
Quoy que la langue de Virgile
& de Ciceron fuft prefque
la fienne , & qu'il en euft
fait fon étude principale dés
fes premieres années , il connoiffoit
toutes les beautez de
**
GALANT. 123
>
la noflre ; & ce qu'il a écrit
en François , a une élegance
particuliere. Il s'eftoit rempli
l'efprit de toutes les belles
connoiffances, & rien ne marque
mieux fon érudition que
Les Réflexions fur l'Eloquence
fur la Poéfie ,fur la Philofophie ,
& fur l'Histoire , avec fes Comparaifons
de Virgile & d'Hemere
de Demofthene & de
Ciceron , de Platon & d'Ariftote
, de Thucydide & de Tite-
Live. Mais fes vertus chrétiennes
& religieufes le rendent
encore plus eſtimable
Lij
124 MERCURE
que fes talens naturels & hu
mains . Il a eû dés fon enfance
une pureté de moeurs
& une délicateffe de confcience
qui l'ont accompagné
jufqu'à la fin de fa vie .
Sa pieté paroiffoit fur fon vifage
& dans fes difcours ; &
ce n'eftoit que pour infpirer
à tout le monde ce qu'ilfentoit
des chofes de Dieu ,
que de temps en temps il
compofoit des Livres de
dévotion
. Le dernier , de
La Vie des Prédestinez
;
qu'il fit en fortant d'une
longue maladie , fut le
GALANT.
125
fruit des réflexions d'un Malade
tout occupé de l'Eternité
, & eft plein des veritez
de la Foy les plus fublimes &
les plus touchantes . Il avoit
une ardeur extrémé pour la
converfion des Calviniftes ,
& il s'en expliquoit dans les
rencontres d'une façon pathetique
, tout moderé &
tout paiſible qu'il eftoit . Il a
écrit fur ce fujet des Lettres
fort vives à diverſes perſonnes
qui estoient engagées
dans l'erreur ; & il a cû le
bonheur d'en retirer quelques
unes d'un merite extra-
Liij
126 MERCURE
ordinaire qui ont pris confiance
en luy, qui ont fuivy
fes confeils , & qui vivent
felon toutes les règles de la
fageffe chreftienne. Son zele
pour les interefts de la Religion
, & pour l'honneur de
fa Compagnie luy fit entreprendre
il y a plus de vingt
ans, un grand ouvrage , où il
a travaillé conftamment fans
nulle efperance de le voir paroiftte
, & que Dieu luy
fait la grace d'achever avant
fa mort .
travail ; & comme il eftoit
deſtiné par fa vocation à l'a-
Il aimoit fort le
GALANT. 127
vancement de la gloire de
Dieu & au fervice du prochain
, il fe croyoit obligé
en confcience d'employer le
temps utilement dans ces
veûes- là : il ne fçavoit ce que
c'eftoit que de le perdre ; &
il faut qu'il ait efté extrémement
laborieux pour avoir
donné tant de Livres au public
avec une fanté auffi délicate
que la fienne . La maladie
qui nous l'a enlevé n'eſt
venue que de trop d'application
, Il commençoit un nouvel
ouvrage lors qu'il eft
tombé malade ; & on peut
Liiij
128 MERCURE
dire qu'il auroit vécu plus
long-temps felon toutes les
apparences, s'il ſe fuſt plus
menagé . Il eftoir humble
dans les fentimens & dans fa
conduite , n'ayant que de petites
idées de luy-mefme,
méprifant le monde d'autant
plus qu'il le connoiſſoit davantage,
& n'eftimant veritablement
que ce qui eft
rand devant Dicu . Il vou
loit particulierement le bon
ordre , & les moindres relâchemens
de la difcipline
Ecclefiaftique ou Reguliere
excitoient en luy des mouveGALANT.
129
mens d'une fainte indignation.
Il édifioit beaucoupdans
la converſation ; où il parloit
peu , toûjours fagement , &
d'une maniere religieufe ;
charitable au refte & preft en
tout temps à fecourir les mal
heureux . Comme il avoit
par tout du crédit & des
amis, mille gens s'adreffoient
à luy dans leurs befoins , &
en recevoient de bons offices,
ou du moins de la confolation
. Il s'eft appliqué aux
bonnes oeuvres tant que fa
fanté le luy a permis . Il alloit
confeffer les malades de
จ
130 MERCURE
F'Hoftel- Dieu regulierement
toutes les femaines , avant que
fes incommoditez l'euffent
reduit à une langueur dont il
n'eft jamais bien revenu , mais
qui ne l'empêchoit pas, quand
il eftoit à la campagne , de
fa
confeffer & d'inftruire les
pauvres gens . On ne peut
s'imaginer jufqu'où alloit ſa
patience ,fa tranquillité dans
des conjonctures defagreables
, & fur tout dans des infirmitez
fâcheufes . Au temps
de fa longue maladie il fentoit
fouvent des douleurs
aiguës fans fe plaindre & fans
GALANT. 131
en dire prefque rien à ceux
qui avoient le plus de part તે
fa confiance , ne voulant avoir
que Dieu pour témoin
de ce qu'il fouffroit , & perfuadé
que le bonheur d'un
Chrétien eft de fouffrir dans
le filence . Il prenoit un jour
tous les mois pour
Le préparer
à la mort par un petit éxercice
qu'il avoit compofé
luy-mefme pour fon ufage ,
& il faifoit laRetraite de chaque
année , comme s'il euft
deû mourir aprés l'avoirfe
te . Un tel homme doit eftre
regretté de tout le monde :
132 MERCURE
il vit encore dans le coeur de
fes amis ; & fes ouvrages , fes
vertus le feront vivre dans la
mémoire de tous les fiecles .
Le mefme jour que les Jefuites
firent cette perte, l'Ordre
des Capucins , & particulierement
la Province de
Paris , en fit une confiderable
en la perfonne du Pere
Nicolas d'Amiens , qui eſt
mort dans leur Convent de
S. Honoré , âgé de quatrevingts-
un an.Il en avoit paffé
foixante & trois en Religion ,.
& plus de quarante dans toutes
les Charges , ayant efté
GALANT.
133
Lecteur en
Philofophic & en
Theologie, Gardien
plufieurs
fois dans les
principaux Con
vents de la Province , Confeffeur
des
Capucins de Paris
&
.d'Amiens,
Définiteur plus
de vingt- cinq ans, Provincial
quatre fois , Commiſſaire
general
en
Champagne , Lor
raine ,
Touraine &
Bretagne.
Dans tous ces divers
Emplois
il a toûjours fait
paroiftre
beaucoup de prudence , une
force d'efprit
admirable , &
un zele
extraordinaire
pour
toutes les Obfervances
regu
lieres , qu'il a gardées luy134
MERCURE
mefme jufqu'à la fin de fa
vie, tant de nuit que de jour ,
avec une exactitude furprenante.
Quoy qu'il fuſt dans
un âge extrémement avancé ,
il eft plûtoft mort de maladie
que de vieilleffe , puis qu'on
peut dire que dans un bon
corps il avoit un bon efprit ,
qu'il a confervé avec la mefme
vigueur & la même force
jufqu'à fon dernier foûpir.
Ses qualitez fingulieres le
rendoient capable de gouverner
l'Ordre entier . On ne
remplit point ſi ſouvent les
premieres Dignitez ” d'un
GALANT. 135
grand Corps , qu'on n'ait un
merite où l'envie ne peut
atteindre , c'eft à dire , vray,
folide & inconteftable , &
+
que ce merite ne foitaccompagné
d'une affabilité qui
gagne les coeurs , mefme de
ceux qui en font jaloux , &
qui femblent eftre nez avec
un eſprit de cabale .
On a eu auffi nouvelles de
la mort de Meffire Florentin
de Hanon - de- Lamivoye - de
Jouy Abbé de Baffe - fonraine
, & Grand - Vicaire de
M l'Evefque de Troye . C'eftoitun
Gentilhomme d'une
136 MERCURE
des premieres Maiſons du
Soiffonnois, mais moins confiderable
par cet endroit que
par fa haute vertu . Il fut d'abord
Chanoine de l'Eglife
de Troye , enfuite Theologal
, puis Grand-Archidiacre
de la mefme Eglife. La place
de Grand-Doyen eſtant demeurée
vacante , le Chapitre
ne trouva perfonne plus capable
de la remplir que M
de Lamivoye. Il en a fait
toutes les fonctions avec
fuccés pendant prés de vingt
années; enfin necroyant plus
devoir envifager autre chofe
GALANT. 137
#
que le fouverain bien , il fe
démit il y a environ un an,
du grand Doyenné , en faveur
de Meffire Pierre de
Vienne , Docteur de Sorborne,
Prieur deFoucheres ,jeune
homme d'un merite diftingué,
Fils deM ' de Vienne , cydevant
Lieutenant particulier
au Chaftelet, & Frere de
M' de Giraudot , Confeller
au Parlement. Aprés cette
démiffion, M' de Lamivoye
fe retira à fon Abbaye de
Baffe-fontaine , que M' ' Evefque
de Tournay venoit de
luy remettre avec l'agrément
Novembre
1687. M
128 MERCURE
du Roy. Il y eft mort dans
une haute eftime de vertu, &
fort regretté de tous ceux
qui connoifſoient ſon me¬
rite.
La France eft fi floriffante,
que les Particuliers , j'entens
les Perfonnes d'une qualité
diſtinguée , mais au deffous
des Princes , Ducs & Pairs &
Maréchaux de France , font
des Feftes qui font fouvent
inconnues hors des lieux où
elles font données, & qui paroiftroient
beaucoup dans
les Eftats de plufieurs Souverains
. Celle qui fut faite au
GALANT 129
I
commencement de ce mois
chez M du Tremblay, Mai .
ftre desRequeftessen fonChâteau
du Tremblay , eft de ce
nombre . Elle commença la
veille de S. Charles Boroniée ;
Fefte de M le Marquis du
Tremblay, par une illumination
au Chateau qui porte ce
mefme nom . On y vit briller
plus de douze cens Bougies . Il
y eut un grand Repas , une
fort belle fimphonies un Feu
d'artifice ; & tout cela fut
ه ل ل ا ي ف
} fuivy du Bal. Le lendemain
on chanta une Meſſe en Mufique.
L' Aflemblée fut nom-
Mij
140 MERCURE
breufe , & compofée de Perfonnesde
qualité de l'un & de
l'autre fexe . Vous fçavez que
le Chafteau du Tremblay eft
tres-beau , & qu'il a efté bafty
fur le modelle de celuy de
Luxembourg . M³ du Tremblay
, Gouverneur de la Baf
tille , Grand - pere de celuy
dont je vous parle , l'a exttemement
embelly . Il eftoit
Frere du Pere Jofeph , Capucin,
qui a eu fi grande part
aux affaires fous le Miniftere:
de M: le Cardinal de Richelieu
.
Le Roy qui veille fans ceffe
GALANT. 14)
aux befoins de fes Sujets , &
qui ne cherche que leurs a
vantages
nouvelles Claffes dans le College
de Bordeaux , appellé le
College de Guyenne. Il y a
des gages confiderables
pour
les Profeffeurs, dont l'un enfeignerala
Langue Angloife,
& l'autre la Langue Hollandoife.
M' l'Abbé Bardin,que
fon merite a fait choisir pour
cftre Principal de ceCollege,
aura la direction fur ces nouveaux
Profeffeurs , comme il
l'afur tous les autres . On prétend
que ce College eft le
a inftirué deux
142 MERCURE
pour
les
plus ancien du Royaume.
Ce qu'il y a de certain , c'eſt
qu'on y a veu paroiftre de
tres--grands hommes
Lettres , comme Aufone, Buchanan,
Muret , Scaliger , &c .
Il n'y a que cent ans qu'il
eftoit le feul College de toute
la Province de Guyenne , &
il en a retenu le nom . Toutes
les Claffes y font enſeignées
par de tres - habiles Profeffeurs
. Il y en a une de Mathematique
, fondée par feu Mr
de Candale , Evefque d'Aire .
Les Maire & Jurats de Bordeaux
en font les Patrons , &
GALANT. 143
ce font eux qui nomment à
la Principalité quand elle
vaque.
Il n'y a pas toûjours de la
honte à fuir , & quelquefois
la prudence engage à fe fervir
de cette précaution . Vous
en tomberez d'accord quand
vous aurez leu la Lettre qui
fuit. Elle eft de M Devin ,.
dont je vous ay déja envoyé
plufieurs Ouvrages que vous
avez leus avec plaifir.
S
144 MERCURE
225252222225 $ 2555
A. M. P. L. M.
vandj'allay pour vous voir
une pieufe affaire
Ο
Vous obligea bien - toft à fortir de
chez vous ,
Et vous me dites d'un ton doux ;
Ma prefence , Damon , eft ailleurs
neceffaire ,
On m'attend , je vous quitte , &.
voftre honnefteté
Veut bien me pardonner cette incivilité
;
2
* Mais reftez icy , je vous prie
Ma Fille , à mon défaut , vous tien--
dra compagnie ,
Et je vous la donne à garder.
Agarder ? Quel employ terrible !
OferoitGALANT.
145
Oferoit-on s'y hazarder ?
Tout barbon que l'on soit , en eft- on
moins fenfible ,
Et feroit-il judicieux
De fe commettre feul au feu de fes
beauxyeux ?
C'eft ce qu'on ne fait pointfans un
grain defolie ,
Et je n'ay pas encor perdu tout mon
bon fens.
D'une jeune Beautéplus la Chambre
eft remplie ,
Autour d'elle , en un mot , plus elle
voit de gens .
Et plus de fes regards la force cft
affoiblic ; [ objets ,
Répandus , partagez fur differens
On n'en craint prefque plus les funeftes
effets ,
L'atteinte en est beaucoup moins
rude
Novemb .
1687. N
146 MERCURE
Maisfur un pauvre malheureux
Ramaffez par lafolidude ,
Alors ils redoublent leurs feux ;
Et telle,au fond dun miroir creux,
Eft l'ardeur du Soleil quand elle eft
réunie ,
On ne peut la fouffrir. Mais vous ,
Sage Vranie,
Ne comprites- vous point à quel affreux
danger
L'honneur de votre confiance
M'expefoit ? non fans doute ,il m'euft
ooûté trop cher,
Et vous en cuffiez fait un cas de
confcience ,
Le me perdeis ; auffi bien loin de
m'en charger,
Ce peril , qui , plus jeune , cuft cu
pour moy des charmes,
Me caufa pour lors tant d'alarmes
Que je crus par lafuite , &forjant
fe aros pas ,
GALANT. 147
Devoirde fes beaux yeux éviter les
appas.
Il est vray qu'en voftre prefence
La charmante Afpafie en modere les
She coups ,
"Et qu'alors , parrefpect pour vous,
Elle épargne les gens de voftre conno
ẞance ; Ifence
Mais je fçay pendant voſtre ab-
Qu'elle en ménage peu les traits,
Et, maintenant quadragenaire
Et plus imide que jamais ,
Te n'ofay pas en temeraire
M'expofer tefte- à - t fte à toute leur
douceur.
Elle cuft voulu peut- eftre effayerfur
mon coeur
Ce que pour l'avenir elle
promettre ,
peut s'en
Elle cuft voulu peut- eftre à fes loix
le foumettre.
Nij
148 MERCURE
Quedis-je ? Elle l'euftfair , &j'en
eus la frayeur.
A quoy donc penfiez- vous ,
Sage Vranie ,
helas !
Quand vous vouluſtes m'engager
Agarder la jeune Afpafie ?
D'unfoin leger & doux cruftes - vous
me charger ,
Ou comptiez- vous fur lafageffe
D'un homme tel que moy déja vicux
& grifon ?
En ay -je plus que Salomon
Qui , toutplein qu'il enfut , nefut
pas fansfoibleffe ?
De quelle utilité fut-elle aux deux
Vieillards
Qui par de trop tendres regards
Affaillirent au Bain Suzanne à demynuë
?
( qu'eux ,
Ah ? moins âgé , moins fage
-
GALANT. 149
Paurois eu moins de retenue ,
Et me livrant moy mefme aux craits .
defes beaux yeux,
L'eftois.... car Afpafie eft plusjeune
&plus belle
Que nefut l'objet de leurs voeux.
Moy la garder ? Non , non ; hé qui
m'euft gardé d'elle ?
On fe montre liberal quel
quefois à peu de frais , & c'eſt
ce qui eft arrivé depuis quelque
temps à un Cavalier,
qui croit, entre autres maximes
qu'il obferve avec les
Femmes, que c'eſt eftre dupe
que de faite des prefens . II
voyoit une Dame fort bien
faite avec affez d'affiduité ,
Niij
150 MERCURE
pour luy donner lieu de croire
qu'il en eftoit amoureux.
Cependant , quoy qu'il en
connuft toute la beauté &
tout le merite , il n'eftoit
point homme à prendre un
attachement
de coeur , & s'il
luy rendoit des foins plus
particuliers qu'à toutes les
autres chez qui il avoir accés,
il ne le faifoit que parce qu'-
ayant à paffer fix mois dans
le mefme lieu où eftoit la
Dame , il luy trouvoit des
manieres douces , & un tour
d'efprit qui convenoient
à
fon caractere
. Il luy propoGALANT.
KE
foit de temps en temps quelque
partie de plaifir, & ils'en
tiroit toûjours en galant
homme ; mais il bornoit là
toute la dépense qu'il faifoit
pour elle , & ce n'eftoit pas
ce que la Dame cuſt voulu .
Si l'envie qu'on témoignoit
de luy plaire avoit quelque
chofe qui flatoit fa vanité ,
elle n'en goûtoit le charme
que par l'efperance que les
fentimens qu'elle infpiroit
ne fe termineroient
pas à des
démonſtrations
fteriles , &
n'ayant en veuë que fon intereft
, les plus agreables di-
Niiij
152 MERCURE
-
vertiffemens qu'on luy pouvoit
procurer , ne la touchoient
point, s'ils n'eſtoient
fuivis de
quelque marquefolide
de l'amitié qu'on avoit
pour elle. Le Cavalier
découvrit
bien-toft fon foible,
mais comme il n'avoit aucun
deffein de gagner fon coeur ,
il alla toûjours fon train ordinaire
, & fouftint fans s'ébranler
toutes les
attaques
qui luy furent faites pour
l'engager à luy faire voir par
des preuves
effectives
qu'il
l'eftimoit
veritablement.Enfin
tous les efforts de la Dame
GALANT. 153
cftant inutiles , & le Cavalier
continuant à fe retrancher
fur quelque partie de promenade
, dans laquelle il ne
s'agiffoit que d'un repas , elle
tourna fes prétenfions für un
fort beau Diamant qu'il portoit
toûjours , & que fix autres
qui eftoient autour, fembloient
encore rendre plus
brillant . Elle le tira plufieurs
fois du doigt du Cavalier
pour le mettre au ſien , en
loüant toûjours le feu qu'il
jettoit, & elle luy dit un jour
qu'elle vouloit s'en parer
pendant quelque temps . Le
34 MERCURE
Cavalier le fouffric , fans luy
faire là - deffus le
compliment
qu'auroit fait un homme
auffi amoureux , qu'elle
croyoit qu'il fuft d'elle.
Comme elle vouloit le mettre
en eftat de n'oſer reprendre
fon Diamant , elle luy fit
certaines avances qui l'embarafferent,
parce qu'îl trouvoit
un grand inconvenient
à en profiter. Il crut à
pos de l'embaraffer elle-mef
meſme , en n'y répondant
que par des honneftetez qui
luy ofterent le droit qu'elle
vouloit acquerir. Ce procedé
proGALANT.
159
ayant rompu fes mefures, elle
fe vit obligée de rendre le
Diamant
. Če ne fut pas toutefois
fans garder quelque
efperance
de réuffir dans fon
entrepriſe
. Les Connoiffeurs
par qui elle l'avoit fait examiner
, le faifoient
valoir
deux cens Loüis , & un Bi-.
jou d'un prix fi confiderable
avoit pour elle un attrait fenfible.
Le trop de ménagement
du Cavalier
, qui negligeoit
les favorables
difpofitions
où il pouvoit voir qu'on eftoit
pour luy , n'empefcha
point qu'elle ne receuft toû
156 MERCURE
jours fes vifites avec un empreffement
qui marquoit de
la tendreffe. Le Cavalier eftant
convaincu que l'intereft
feul luy faifoit faire ces fortes
d'avances , & qu'elle n'avoit
envie de donner que
pour s'établir un certain empire
qui l'auroit renduë maiftreffe
de beauconp de chofes
, fe tint plus que jamais
fur fes gardes pour s'exempter
de toute foibleffe. On ne
laiffoit pas d'attaquer toûjours
le Diamant. On le prenoit
, on le gardoit quelques
jours , & en le rendant onluy
GALANT. 157
difoit qu'un bijou ſemblable
avoit plus d'éclat au doigt
d'une femme , qu'en celuy
d'un homme. Il détournoit
le difcours , ou faifoit femblant
de ne point entendre
; mais enfin on commençoit
à pouffer fi loin la
choſe , que la ferme refolution
qu'il avoit priſe d'eftre
inébranlable , fe trouvant
il
déconcertée par le redou
blement des attaques
crut qu'il eftoit temps de
pourvoir à la feureté de fon
Diamant. Il le fit ofter de
la Bague où il eftoit enchaſ
158 MARCURE
fé , & l'on y en mit un faux ,
taillé avec tant d'adreffe ,
qu'eftant tout femblable , &
de la mefme groffeur , il auroit
falu s'y bien connoiſtre
pour remarquer qu'il jettoit
un feu moins vif. Peu de
jours aprés la Dame ſe mit
fur fa belle humeur , & aprés
un entretien affez familier ,
elle tira de fon doigt un Diamant
de dix Louis qu'elle
portoit ordinairement , &
demanda au Cavalier comme
en badinant , s'il en vouloit
faire une échange avec le
fien. Le Cavalier eut dans
GALANT. 159
fa réponſe toure l'honnefteté
quele fouhaitoit . Il luy
dit du ton le plus obligeant
,
que fi fon Diamant luy avoit
paru d'un allez grand prix
pour l'ofer offrir à une Dame
dont le merite ne pouvoit
eftre égalé , il y avoit longtemps
qu'il l'auroit priée de
le vouloir accepter , mais que
le prefent luy femblant trop
- mediocre , il avoit eu befoin
de la propofition qu'elle venoit
de luy faire , pour
hazarder à luy dire qu'elle
en pouvoit difpofer fouverainement
. L'échange fe fit
fe
4
160 MERCURE
au grand contentement
de la
Dame, qui s'aplaudiffant
d'avoir
enfin réuffi dans fon
deffein , imputoit à la galante
generoſité du Cavalier , ċe
qu'il difoit avec verité du
peu de valeur de fon Diamant.
Elle fe fit un plaifir
de le porter , & ceux qui luy
avoient veu plufieurs fois
cette Bague au doigt, perfuadez
que c'eftoit la mefme ,
ne prirent point garde que
le Diamant eftoit changé . La
difcretion du Cavalier a fupprimé
ce qui fuivit cet échange
, & l'hiſtoire ne dit
CALANT. 16.
point s'il tira quelque avan
tage de fa pretenduë liberalité
. Il mit au bout de fon
petit doigt la Bague que la
Dame luy avoir donnée ,
ayant ſa réponſe toute prête
s'il arrivoit qu'elle fe plaigniſt
du faux Diamant.Comme
les fix qui eftoient autour
valoient du moins celuy de
la Dame , il n'avoit point de
fcrupule à faire de la tromperie.
Auffi les affaires qui
le retenoient en ce lieu- là ef
tant terminées , il prit congé
d'elle , en l'affeurant qu'il
garderoit avec foin la Bague
Novembre 1687.
Q
162 MERCURE
a
qu'il emportoit comme un
gage precieux de fon amitié .
La Dame répondit à ce compliment
en termes fort obligeans
, & elle cuft efté longtemps
dans l'erreur fi l'envie
d'avoir un Lit , qui eftoit
un meuble préferable à une
Bague, ne luy euſt fait naiſtre
le defir de fe défaire de fon
Diamant. Elle chercha à le
vendre , & fut fort ſurpriſe
quand on l'affeura qu'il eftoit
faux . Elle s'adreffa aux Connoiffeurs
qui luy avoient dit
qu'il valoit deux cens Louis,
& ils luy foûtirent fi forteGALANT
163
ment que fi c'eftoit la mefme
Bague , on en avoit changé
le gros Diamant , qu'elle demeura
perfuadée du tour que
le Cavalier luy avoit joué .
Le dépit d'avoir efté la dupe
d'un homme qu'elle avoit
tant menagé pour n'en rien
tirer d'utile , luy fit fentir vivement
le temps qu'elle avoit
perdu à de vaines complaifances.
Il falut pourtant s'en
confoler , & faire un fecret
de la tromperie , qui ne pouvoit
eftre fceue fans luy faire
tort.Un an fe paffa fans qu'elle
entendift parler du Cava-
O ¹j .
164 MERCURE
lier , mais enfin quelque affaire
l'ayant appellée à Paris ,
où elle devoit faire un long
féjour , le hazard voulut que
prefque auffi-toft elle le rencontra
chez une Dame à qui
elle eftoit allée rendre vifi
te. Il luy témoigna beaucoup
de joye de la revoir , & fe difant
toûjours fort de fes
Amis , quoy qu'il ne puft luy
donner que d'affez foibles
excufes d'avoir negligé des
luy écrire , il eut de l'empreffement
à s'informer où elle
logeoit . La Dame qui n'eftoit
pas fafchee d'avoir un éclair ,
GALANT. 165
ciffement avec luy , l'inftruifit
de fon quartier , & il alla
chez - elle dés le lendemain . Il
commença à fe mettre fur le
pied d'une liaiſon familiere ,
comme il s'eftoit veu ailleurs
& le difcours
avec
elle
ayant tourné de maniere
qu'elle pouvoit luy parler du
Diamant , elle affecta un air
enjoué pour luy demander
s'il fe fouvenoit qu'ils euſſent
f2itun échange, & s'il croyoit
y avoir perdu . Le Cavalier
ne fe déconcerta point. Il luy
répondit qu'il voyoit bien
qu'elle vouloit luy faire un
166 MERCURE
reproche de luy avoir donné
un Diamant faux , mais
qu'elle ne l'avoit pû ignorer
quand elle luy avoit propofé
L'échange , puis qu'elle l'avoit
porté tant de fois avant que
de luy faire connoiftre qu'el
Je vouloit le garder. Il ajoûta
qu'elle ne devoit pas avoir
oublié qu'il luy avoit dit en
Ly confentant
, que fi le prefent
n'avoit pas cfté fi me.
diocre , il l'auroit priée plut
fieurs fois de l'accepter
; qu'il
l'avoit receu d'une belle
Dame , qui ne s'eftant pas
trouvée en pouvoir de luy
GALANT 167
1
enfaire un plus confiderable,
avoit exigé de luy qu'il por
teroit cette Bague pour mieux
fe fouvenir d'elle , & qu'au
moins le facrifice qu'il n'avoit
point balancé à luy en
faire devoit donner à ce
Diamant un prix qu'il n'a-
Noit pas de luy-mefme. La
Dame ayant compris par cette
réponſe tout le caracteredu
Cavalier, ne luy voulut point
donner l'avantage de luy
laiffer voir qu'elle avoit connu
que pour la tromper
*
g
avoit fait ofter le bon Dia
il
mant. Ellefeignit de croire
168 MERCURE
ce qu'il difoit aprés quelques
vifites encore affez affidues
qu'elle luy foufrit , ayant mis
fa liberalité à de nouvelles épreuves
qui n'eurent aucun
effet, elle refolut de le bannir.
Elle employa pour cela un air
froid & ferieux qui luy fit
bien- toft connoiftre que fes
agreables complaifances étoient
refervées à d'autres.
qu'à luy , & que fi elle avoir
quelques dons à faire , ce
n'eftoit qu'à ceux qui luy en
faifoient. Enfin fatiguée d'avoir
auprés d'elle un homme
dont la conduite luy marquoit
GALANT. 169
\ quoit affez qu'elle n'avoit
rien à efperer , elle prit
l'occafion de rompre fur un
leger different qui furvint
entre eux . Elle le pria de ne
la plus voir , & le Cavalrer
qui ne vouloit point achepter
fes bonnes graces , prit
party ailleurs fans chercher
à l'adoucir, & n'eut
pas beaucoup
de peine à fe confoler
de la voir donner dans de
nouvelles intrigues.
Je vous manday le mois
paffé des Nouvelles de l'arrivée
au Cap de Bonne- Efperance,
des fix Vaiffeaux qui
Novembre 1687. P
170 MERCURE
reconduifent à Siam les Am
baffadeurs de ce , Royaumelà
, qui estoient venus en
France. Je vous appris en
mefme temps le débarquement
des Ambaffadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eftoit
paflé à ce débarquement
, ainfi que le bon traitement
qui avoit efté fait
aux François par les Hollan
dois. Je reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage , & vous en envoye
un Journal tres - curieux
qui commence au
jour que la Flote partit de
GALANI . 171
4
Breft , & finit à celuy du
rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance . Ce Journal
a efté envoyé par M ' Mafurier,
Gentilhomme
Lionnois ,
qui eft allé à Siam avec M²
de Farges , & qui fait connoiſtre
fon efprit par les remarques
judicieufes
qu'il a
faites , & fon
intelligence
dans la
Marine , par la maniere
dont il
s'explique fur
toutes les chofes qui la
regardent. Voicy comme
il parle dans la Defcription
qu'il a envoyée de ce
Voyage.
Pij
172 MERCURE
A
Prés
avoir
demeuré
24- jours
dans dans
la Rade
de
Breft , nous fommes enfin partis
le premier jour de Mars ,
1657. fur les onze heures du
matin pour faire le voyage.
de Siam . Noftre Efcadre eftoit
compofee de fix Vaiffeaux ,
dont le moindre eftoit la Maligne,
cette Fregate legere du
port de cent cinquante tonneaux
, qui y alla avec M
le Chevalier de Chaumont ,
le plus grand eftoit le Gaillard
, noftre commandant , du
port de quatre cens foixante
GALANT. 173
des Officiers
tonneaux. Voicy le nom de ces
fix Vaiffeaux
en chef qui les commandoient.
Le Gaillard , l'Oifcau , la
Loire, la Normande , le Dromadaire
& la Maligne . Le
Gaillard estoit commandé par
M de Vaudricourt , cornmandant
l'Efcadre , fon fecond
Capitaine eftoit M de
Saint-Clerc fon Lieutenant
M de la Leine ; fes En-
Mrs Chamau-
L'Oifeignes
reau Lombut.
&
feau eftoit commandé par M
du Quefne ; fes Lieutenans
eftoient M Defcartes &
2
P iij
174 MERCURE
ان
Mde Bonneuil ; fes Enfeignes
, Mde Tiva , &
M de Freterville . La Loire
commandée
commandée par M²
eftoit
de Foyenfe ; fon Lieutenant ,
M de la Croifferiere , fon
Enfeigne M de Chiftery.
La Normande eftoit commandée
par M de Courfel ;
fons Lieutenant &Ms du Farsate
sufons Enfeignes M² de la
Machefoliere. Les Dromadaire
eftoit commandé par Mª
d'Endeve fon Lieutenant ,
M de Marillys ,infon Enfeigne
, M de Vieuchant.
La Maligne eftoit commandée
SGALANT. 175
par M de Perriere , fon Lieutenant
M de la Lié fervant
de Lieutenant , de premier Pilote
d'Enfeignes (0 )
Doux
nous
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous mifmes à la
voile & partifnies de Camarreft ,
qui est une petite rade à
trois dieues de Brest ,
-avions mouillé le foir precedent
pour attendre la Maligne qui
- fortit feulement ce jour-là du
Port de Breft , & nous pouffâmes
au large avec un vent ar
riere qui nous fit bien- toft perdre
la terre de vue . Le Mardy
3. vers une heure aprés Midy ,
Piiij
176 MERCURE
nous rencontrames une Flutte
Holandoife qui paffa fans nous
falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon . Le Vendredy 6..
nous nous trouvâmes à la hauteur
du Cap de Finifierre &
-avions fait felon l'estime du
Pilote cent vingt ou cent trente
lieuës . Le mefme jour fur les
dix heures du matin , nous rencontrâmes
une Flutte Angloife
qui ne fit que paffer fort prés de
nous & nousfalüer en mettant
fon pavillon , à quoy nous répondifmes
de même en mettant
le noftre,
Le Samedy 7. nous eufmes un
GALANT. 177
vent de Nord-Nord- est qui
nous donna un tres -gros temps ,
jufqu'au Lundy au foir , ce qui
naus fit perdre la Loire, une de
nos Flûte fans fçavoir ce qu'elle
eftoit devenue . Le 13. nous fifmes
rencontre d'une Barque Angloife
, dans laquelle il n'y avoit
quefix ou fept hommes , elle nous
aborda fur les trois heures du
foir , comme fi elle nous avoit
voulu parler , ce qu'elle fit effectivement,
& nous apprit qu'elle
eftoit partie depuis quinze jours
jours de Brifco en Irlande , &
s'en alloit aux Ifles de Madere
chargée de harang & de bega
178 MERCURE
Salé. Elle fut deux jours à noftre
route, jufqu'à ce qu'ellefe trouva
à la hauteur de ces Ifles . Le is.
nous decouvrifmes une Ifle nommée
Porto Santo , qui est une
Ille deferte , &fans autres animaux
que des Canards & des
Lapins , nous ne l'approchâ–
mes que de trois lieuës . Le 17. Il
nous mourut un Matelot . Le 18 .
Nous découvrifmes une des Ifles
desCanaries nomméel Ifle de Salvago
ce fut environ fur les
fept heures du matins en eftant
encore éloignez de neuf à dix
lieües. Le 29. environ à la même
heure , nous apperçûmes à noftre
GALANT. 179
horifon deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins . Nous
nous feparames auffi- toft de noftre
Efcadre pour en aller recon-
`n i tre un; mais aprés avoir couru
quelque temps deffus , noftre Capitaine
aima mieux continuer fa
route , fit auffi- toft revirer de
bord,fans avoirefté affez prés de
ce bastimentpour l'avoirpû feurement
reconnoistre mais comme
il venoit en dépendant fur nous
il vint paffer cinq ou fix heures
aprés yfortproche de noftre Vaiffeau
avec le pavillon d'Angle-
-verre , & it
luy donnaffions aucunes marques
Tatáns cque
nous
180 MERCURE
de ce que nous eftions . Le 10.
nous nous trouvâmes entre l'Ifle
de Palme & l'Ile de Gomorre
, eftant à la hauteur de vingtbuit
degrez & àprés de cinq cens
lieuës de Breft. L'Ile de Palme
est une fortgrande Ifles , dont les
terres font fertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées ,
habitée en plufieurs endroitspar
les Espagnols à qui elle eft . Le
mefme jourfort tard , nous reconnufmes
à quelques lieuës de
là l'ifle de Fer ; il y avoit deux
jours que nous estions dans les
vents Alifez quifont des vents
qui ne manquent jamais de reGALANT.
181
gner en une pareille faifon dans
ces paffages- là . Ils continuerent
à venter fi beau & bon frais ,
qu'ils nous faifoient
faire juf
qu'à quatre lieues par heure . Le
22. nous paſſâmeș
leTropique
&
le 24. nostre Capitaine
fit mettre
la Chaloupe
dehors , pour aller
à bord du Gaillard
, à deffein de
demander
au Commandant
s'il
pouvoitfaire de l'eau au Capvert,
à la hauteur duquel nous nous
trouvions
pour lors , craignant
de n'en avoir pas fuffisamment
pourarriver
juſqu' auCap de bonne
Esperance
; mais comme il
vouloit profiterdu vent favora182
MERCURE
ble que nous avions , il ne luy
permit point d'y moüiller. Quatre
jours aprés nous eûmes un calme
qui nous tint cinq jours.
Pendant ce temps- là nous vifmes
differents poiffons fans en
pouvoirprendre aucun.Ñous vtmes
encore dans ces mefmes
parages quantité de poiffons
volans , & mesme il y en
eut quelques - uns qui donnerent
dans nos voiles . Ce
font des poiffons de la groffeur
d'un Harang, n'ayant que deux
nageoires affez grandes , qui leur
fervent à nager dans l'eau , &
à voler dehors , pour éviter Iss
GALANT. 183
Bonnittes & les Requains , qui
les pourfuivent , & s'en nour
riffent. Ces Requains furent les
poiffons que nous vifmes le plus
fouvent. Ils font fort grands ,
extrémement dangereux pour
ceux qui malheureusement fe
laiffent tomber à la Mer ,
estant bien plus avides de la
chair humaine , que de toute autre
forte d'apast , & bien fouvent
ils emportent une jambe
ou la moitié du corps a un homme,
lors qu'ils les trouvent dans
Peau , vif ou mort. Le 29. noftre
Capitaine fe fervant de l'occafion
que luy donnoit le calmes
4
184 MERCURE
envoya la Chaloupe à bord du
Dromadaire
,
pour porter des
Lettres à quelques- uns des Officiers
, qui nous apprirent dans
leurs réponses la maladie de
trente ou quarante des leurs ,
tant Matelots que Soldats , &
de deux Matelots qui la
perte
fe noyerent en manoeuvrant ,·
d'un grand coup de vent , que
nous avions eu le 8. du mefme
mois.
Comme il eft fort rare dans
un endroit comme celuy- cy , de
s'acquitter des Offices ordinaires
que l'on dit dans nos Paroiffes
pendant la Semainefainte, d'une
GALANT. 185
maniere auffi édifianie qu'on le
fit dans noftre Bords, & que
les Officiers les plus anciens dans
·la Marine , affurent ne l'avoir
pas veu depuis qu'ils navigent,
je croy qu'il ne fera pas hors de
propos d'en dire icy quelque chofe
. Il est vray que nous attribuames
la plus grande partie de
la gloire qui fut renduë à Dieu
dans ce faint temps , auxfoins
particuliers , & aux peines que
fe donnerent avec un zele ardent
les PeresJefuites , que nous
eufmes le bonheur d'avoir dans
nostre Bord. Pendant toute cette
Semaine , nous eûmes exacte-
Novembre 1687.
V
186 MERCURE
ment tous les jours Sermon , &
les Offices ordinaires de ce ter temps
yfurent regulierement obfervez.
Le Mercredy , Jeudy & Vendredy
faint nous chantafmes
Tenebres ; du feudy au Vendredy
le Saint Sacrement fut exposé
pendant vingt-quatre heures
le lendemain Vendredy
nous exfmes le Sermon fur la
Paffion par un de ces Peres, avec
l'applaudiffement de tous ceux
du Vaiffeau , & le Samedy, &
le Dimanche de Pafques , il y
eut grand' Meßse avec la fimphonie
des Violons , des Haut-
Flûtes doutes. bois ,
ПGALANT. 187
5
Le premier d'Avril nous nous
trouvaſmes à la hauteur de buit
•degrez quarante minutes & le
calme nous tint dans ce mefme
endroit pendant quinze jours.
Le 2. nous eufmes vifite des Officiers
du Dromadaire, & le 3.
M. de Farges General des Trovpesqui
vont à Siam , vint difner
staa noftre Bord. On l'y recent avec
toute la propreté & toute la magnificence
poffible dans un endroit
comme celuy.cy. L'aprésmidy
fe paffa aujeu de la Baffette.
Le s. nous prifmes deux
fort gros Requains, fur lefquels
nous trouvions des poiffons atta-
Q ij
188 MERCURE
les Marins appellent > chez
que
Suffets
. Ils
font
de la groffeur
d'une
Sardine
, &
ne
quittent
point
cet
animal
qu'il
ne
foit
mort
. Depuis
le s . jusqu'au
7.
nous
nous
trouvafmes
à pic
du
Soleil
, c'est
à dire
, qu'il
eftoit
fi
perpendiculairemennt fur nous ..
qu'il nousfut impoffible de prendre
hauteur pendant ces deux
jours , parce qu'à midy , qui eft
l'heure où l'on prend hauteur, le
Soleil ne faifoit aucune ombre ,
ce qui nous fit fentir de tresgrandes
chaleurs. Tout l'Equipage
en fouffrit ,par la foif qu'il
reffentoit de ces grandes chaleurs .
GALANT. 189
Le s.il nous vint un peu de vent,
qui nous fit trouver le lendemain
à deux degrez une minute du
pic. Le 9. nous harponnafmes des
Marfoins , qui font de fort gros
poiffons. Cet animal eft à peu
prés de la figure d'un cochon ,
ceux que nous prenions eftoient
de deux trois cens pefant. Il
a le fang chaud, & il n'y aguere
de difference de fa chair à celle
d'un Bauf. Le lendemain nous
prifmes une Dorade , qui eft un
poiffon tout doré , & prefque de
mefme figure que l'Alofe. Ieft
tres-bon à manger. Le 11. nous
découvrifmes à noftre horifon un
190 MERCURE
Vaiffeau que les cal nes nous empefcherent
de pouvoir reconnoifire,
& tous les vents que nous
avions dans ces endroits- cy, ne
venoient que par coups , & nous
obligeoient à ferrer generalement
toutes nos wiles.nalisqun !
Le 19. nous nous trouva/mes
fous la Ligne , & Mrs les Marins
ne manquerent pas à garder
les ceremonies qu'ils ont accoutumé
d'obferver toutes les fois
fois qu'ils la paffent, à l'égard de
ceux qui ne l'ont pas encore pafsée
, de mefme qu'ils le font au
Tropique . à certains Ďétroits.
C'est une Ceremonie profane &
t
C
GALANT
. 191
euxso
༣
ridicule , mais inviolable parmy
Chaque Nation la prati
que diverfement
, & mesme les
Equipages d'une mefme Nation
ne la pratiquent pas tous d'une
mefme maniere. Les François
l'appellent Baptefme, & woicy
la maniere dont elle s'obferva
duns noftre Bord. On rangea
~tant a Bas- bord qu'à Scribord ,
qui font les deux coftez du Vaif-
Jeau , des Bailles & des Curvertes
pleines d'eau de Mer, &
bordez par des Matelots rangez
en haye , chacun unfeau
plein d'eau en main . Ce premier
appareil n'eft que pour l'Equi192
MERCURE
page , c'est à dire , Pilotes, Soldats
, & Matelots
, & comme
tous ceux qui n'ont point
paffe la Ligne font obligez
fans
aucune
referve
de recevoir
ce
Baptefme
les uns aprés les autres
; ce qu'ils font en effuyant
tous ces fceaux
d'eau fur leur
corps ; il y eut une maniere
de
le donner
proportionnée
& convenable
aux perfonnes
de diftinction
quife trouverent
dans.
noftre
bord
comme
eftoient
Meffieurs
les Envoyez
, Offficiers
de Vaiffeau
, Officiers
ر
d'Infanterie
, & autres Paffagers.
Ceux
GALANT 193
و
Ceux qui font ordinairement
commis pour exercer cette forte
de Comedie ,font quatre des premiers
Pilotes , fuivis de buit ou
dix Matelots. Aprés s'eftre barbouillez
revestus de cables ,
capots autres fortes de hardespropres
à les rendre ridicules ,
le premier Pilote tenant en main
quelque livre de marine ou de pilotage
, fait presterfur ce livre.
ferment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême , & jurer hautement
qu'autant de fois que l'occafion
fe prefentera d'en baptifer d'au
tres , ils le feront avec les mefmes
ceremonies que l'on obferve
Novembre 1687 . R
194 MERCURE
&
>
pour eux ; mais comme leur intention
n'est autre que de faire
une certainefomme d'argent, onfe
rachette de ces rafraifchiffemens
,
"& on reçoit le Baptême
enfe lavant
feulement
les mains dans
un baſſin.Ainfi l'on preste leferment
l'on pave en mefme
temps chacun felon fon pouvoir.
-On commença
par Meffieurs
les
Ambasadeurs
, mais ce fut chacun
dans leur chambre , & non
pas au pied dugrand maſt comme
tous les autres.Les
Pilotesfirent
prés de vingt piftoles de cerachat
deceremonie
. Le 22.nous harponnames
unfort grosMarfoin
, dans
GALANT. 195
lequel nous trouvâmes un jeune
marfonneau . Nous allons du
vent de Nord eft depuis cinq
jours, à trois lieues & trois lieues
& demie par heure.
LeJudy premierjour deMay,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33 minutes.Le lendemain le
vent devintfrais extraordinairement
en nous portant toûjours à
noftre route , ce qui nous donnoit
à tous une grande joye par
l'envie que nous avions d'arri
ver au Cap . Le 10. noftre Cap?-
taine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du
Gaillard , pour jouer à la baf-
Rij
196 MERCURE
fette , & rapporterent cent cinquante
écus de gain . Le mefme
jour le Pere Tachard avec quelques
Jefuites vinrent du Gailfard
rendre vifite à Monfieur
Ambaffadeur. Le len
demain , onzième du mesme
mois,nous eufmes une Eclypfe de
Soleil , & ilfut cachéfeulement
d'un tiers. Le 13. j'allay au Gail
lard pour voir Meffieurs les Ambaffadeurs
Siamois , par l'ordre
de Monfieur de laLoubere noftre
Ambaffadeur. Fe revins dans
noftre chaloupe avec M¹ de
Farges General des troupes ,
quatre Officiers, tant du Bord
C
GALANT. 197
å
que des troupes, qui vinrent difner
avec noftre Capitaine ; on
les traita magnifiquement
. L'aprés
midy fe paffa à jouër à la
baffette, & noftre Capitaine y fit
un gain fort confiderable . Le 16 .
un vent du Sud un quart de Sud
nous donna pendant deux fois
vingt- quatre heures un fort gros
temps qui nous fit perdre laNormande
pour deux jours feulement.
Le 18. Fefte de la Pentecofte
, nous nous trouvâmes par
les 33. degrez moins 3. minuttes ,
600. lieües feulement éloignez
du Cap de Bonne -Efperance
. Ce mefme jour nous eufmes.
Riij.
198 MERCURE
grande Meffe dans noftre Bord
avec la Simphonie des violons ,
Monfieur Sebret rendit le
·Pain benit , ayant cu le chanteau
du jour de Pafques , ce
qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faisant
plus qu'à quatre cens lieuës du
Cap , le ventfe mit àl'Ouest &
fi frais , qu'il nous faifoit faire
prés de trois lieues & demie par
heure . Le 10. de Juin prefque
tous nos Pilotes fe trouverent
terre , nous ne la découvrions
point encore ; mais le 11.
fur le Midy, nous commençâmes
à
1
GALANT.. 199
, י
à la voir , & ce fut pour nous
un fujet de joye inconcevable,
ayant efté depuis cent troisjours
à la voile fans toucher terre
& quatre- vingt- dix jours fans
la voir. Enfin le mefme jourfur
les quatre heures , nous mouillâ
mes dans la rade du Cap de
Bonne-Esperance , & le lendemain
nous faluames la Fortereffe
de fept coups de Canons ;
elle nous rendit le falut coup
par coup. Le Gouverneur nous
y a fait mille honneftetez, avec
des prefens de boeufs , moutons ,
herbages , & autres fortes de
rufraifchiffemens , dont il a fait
Riiij
200 MERCURE
prefent à Meffieurs nos Envoyez,
& à quelques - uns des.
Capitaines de noftre Efcadre . Le
15. Meffieurs les Ambassadeurs
Siamois allerent à terre pour voir
Monfieur le Gouverneur du Fort
en fortant de leur Bord , ils
furent faluez par chaque Vaiffeau
de noftre Efcadre de ref
coups de Canon . Le 18. ils
vinrent difner à noßre Bord
lors qu'ils fortirent fur les
trois heures aprés Midy , nous
les faluâmes de neufcoups de
Canon.
Quoy que cette Relation
air efté envoyée entiere , il
GALANT 201
eft aifé de voir que M Mafurier
l'a écrite à mesure que
les chofes fe font pallées. En
voicy la fuite qui a eſté faite
fur le point du rembarque
ment au Cap de Bonne -Efperance
.
Comme je vous envoye fekument
une Relation de noftre
Voyage , ilferoit inutile de repeter
icy bien des choſes en voulant
vous apprendre ce qui s'eft
paffé depuis noftre départ de
Breft. Noftre navigation a efté
la plus heureufe du monde ,
nos Pilotes fe font trouvez fi
justes à leur point , que toute
ع و س
202 MERCURE
crois
où
leur erreur n'a pas efté de plus
de vingt ou trente lieuës , ce qui
eft fort rare. Le 11. de Juin
nous arrivafmes à la Rade du
Cap de Bonne-Efperance ,
nous mouillafmes le mefme jour
fur les quatre heures du foir. Je
que vous fçavez que ce
font les Hollandois qui font
Maiftres de cet endroit. Ils fu→
rent un peufurpris de nous voir
arriver fix Vaiffeaux , n'eftant
pas accoûtumez à en voir un fi
grand nombre à la fois , ce qui
les a tenus inquiets & fur leurs.
gardes tout le temps que nous
avons efté. Mr le Gouverneur
GALANT. 203 '
dont
nous y a receus fort honneftement.
Nous y avons trouvé d'affez
hons rafraichiſemens
, &
au delà de ce que nous nous ef
tions proposé , tant en herbages,
qu'en beufs & moutons ,
M. le Gouverneur a fait de
fort gros prefens , & entre autres
a nofire feul Bord , de trois
boeufs & dix- huit moutons, &
buit grandes corbeilles d'herba
ges. Le reste qui nous a esté
neceffaire , nous l'avons acheté,
& fort cherement.La defcription
de cet endroit peut fe faire en
peu de mots. Ce n'est qu'un Village
affez petit, dont les maifons
204 MERCURE
font fort baffes & fort foibles ,
bafties feulement de brique . La
plupart des Habitansfont Hol
Landois , & le refte des Negres,
A quelque distance de là , dans
une espece de prairie , font les
premiers Habitans de ce lieu ,
qu'on nomme Outantos, qui eft,
je crois . la Nation du monde la
plus infame. Ce font gens extremement
noirs , qui n'ont pour
veftement qu'une peau de mouton
, & pourmaison qu'une cabane
dejonc , où ils vivent confusément
hommes , femmes , &
enfans , ne mangeant que de la
viande des Animaux qu'ils trouGALANT.
205
went morts d'eux- mefmes. Le
Mary pour se rendre agreable
àfa Femme fe graiffe de vieille
ordure , & fur tout du fang de
quelque animal. Ils laiffent coler
fecher cefangfur eux. Leurs
cheveux , qui font pareils aux
cheveux des Maures , font fro
tez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , & its
y pendent quantité de coquilla
ges, de cloux , & de pieces d'ai
rain .Les Femmes , outre les mefmes
ornemens des hommes , ont
cela de plus , qu'elles sentcurent
les bras les jambes des boyaux
des moutons qu'ils mangent,pour
206 MERCURE
s'en fervir de nourriture lors
qu'elles fe trouvent engagées
dans les deferts.
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap ;
nous y trouvafmes la Loire ,
cette Flutte que nous avions perdue
dans le coup de vent que
nous eufmes par le travers du
Cap - verd il y avoit feulement
trois jours qu'elle eftoit
mouillée dans la rade , lorsque
nous y arrivafmes.
Pendant le temps que nous
avons efté icy , it's'eftfait quelque
chaffe avec les fils de M™
de Farges , General des trouGALANT
207
pes ; il y eft auffi venu
luy-mefme. Nous avons tué
quantité de gibier , parce qu'il
s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où M le
Gouverneur du Cap nous faifoit
menerpar des tireurs de volée
qu'il nous donnoit . Le gibier
que nous y trouvions eftoit des
Chevreuils & des Gafelles , qui
font des animaux plus gros que
Aes Chevreuils , mais de mefme
qualité , des Faifans , Perdrix,
& Cocqs de Bruieres en tresgrand
nombre. A la derniere
chaffe que nous fifmes avec
M de Farges . nous y
208 MERCURE
prifmes fix Chevreuils & trente
cinq pieces de gibier , tant
en Perdrix , qu'en Faifans ou
Coigs de bruieres.
Comme les Relations des
mefmes endroits faites par
divers Voyageurs ont toûjours
quelque chofe de diffe
rent & que fouvent dans un
mefme Païs , les uns font des
remarques que les autres ne
fonr pas , & voyent des choles
pour lefquelles ces derniers
n'ont point de curiofité
, j'ay cru vous devoir encore
faire part d'une Lettre
qui eft tombée entre mes
GALANT. 2c9
mains , & qui eft fur le mefme
fujet que la precedente :
Quoy que la matiere n'en foit
pas nouvelles tout ne laiffera
pas d'en paroiftre nouveau .
Il ne vous fera pas difficile de
connoiftre qu'elle eſt d'un
des Peres Jefuites qui font
allez à Siam en qualité de
Miffionnaires..
ALABAYE DELA TABLE
au Cap de Bonne- Efpe--
rance , ce 24. Juin 1684
Uit jours aprés nostre départ
de Breft, ayant dou-
Hpar
blé le Cap de Finifterre , nous :
S
Novemb. 1687 .
210 MERCURE
effuyafmes une tempefte de deux
jours , qui nous mit en fi grand
danger, que noftre grand mast
eftant éclaté par le pied , on eut
recours auxprieres, en attachant
une Image de noftre Apoftre S.
Xavier , par l'interceffion du
quel nous fufmes garantis. J'a
voue que je me crus bien des fois
preft à perir. Aprés cet accident
nous eûmes une navigation affez
heureufe , & fans les Flûtes de
nostre Efcadre , Baftimens fort
difficiles à la voile , nous ferions
arrivez prés d'un mois plûtost ,
ronobftant quinze jours ou trois
femaines de calme ,fous la Ligne.
GALANT. 211
fait encore Ainfi nous aurions fait ·
plus de diligence qu'au premier
Voyage. Le retardement de nos
Fluftes , qui ne font point agreables
pour ces Voyages de long
cours , à caufe que pourfe conformer
à leur voilure on eft obligé
d'aller lentement, nousfaifoit
croire nofire voyage perdu pour
cette année; mais, graces à Dieu,
nous commençons à mieux efperer
, voila la moitié de noftre
courfe faite & mesme affez
doucement. Je fuis dans un bon
Vaiffeau , avec de tres - hon--
neftes gens. Dans le beau temps,
fur toutfous la Ligne , nous nous
Sij
212 MERCURE
rendifmes vifite de Bord à Bord.
M. desFarges eft venufouvent
nous voir. Nous avons beu
"
enfemble a vofire Santé fur
les Bords diftinguez , auffi bien
qu'avec M. Bruant. C'est un
homme de coeur , & qui paffe
pour une des meilleures Testes
que nous ayons parmy les Officiers
des Troupes . Le fejour du
Cap eft charmant , & l'établif
fement des Hollandois y eft parfaitement
beau. Tout y abende,
la chaffe , le poiffon , le bled , le
vin , les fruits , les legumes , les
beftiaux , belles eaux , beaux
Jardins, Habitans en fort grand
GALANT. 213
nombre, un Fort regulier de cing
Bions , & une quantité prodigieufe
de gibier . Mrs nos Officiers
en ont rapporté beaucoup
en quatre ou cinq fois qu'ils ont
efté à la Chaffe .Le Commandeur
du Fort,nomméVadeftes , amy des
François , leur fourniffoit quinze
on vingt Chevaux avec des
Chiens , & il y a eu une grande
déconfiture de Gibier. M du
Bruant qui a avancé dans les
terres , eft enchanté de ce Payslà.
La terre y eft admirable , les
moutons gros & grands comme
des Afnes & des Beufs , qui ont
cela de particulier qu'eftant at214
MERCURE
telez à des Chariots , ils vont
duffi vifte que les meilleurs chevaux
de Carroffe. Les Sauva
ges Outentos font les plus infames
& les plus laids de toute la
Terre habitable. On n'en a pas
affez dit dans toutes les Peintures
qu'on a faites d'eux.Ils vont tout
nuds ne fe couvrant que ce
que la nature apprend à cas
cher , & dans le froid ils fe fer
vent d'une peau de Mouton ou
d'Ours qu'ils mettent fur leurs
épaules comme un Manteau. Ils
fe frottent degraiffe huileufe
puante avec ducharbon pilé, &
ffoonntt.hhiiddeeuuxx à voir& àfenti
GALANT 215
·
Les Femmes ont dans leurs che
veux quifont comme de la laine
de Mouton , noirs & huileux
de leur vilaine graiffe puante ,
des coquillages & des jettons de
cuivre rouge. Elles entortillent
le gras de leursjambes de boyause
de toutes fortes d'Animaux, &
quand ils fontfecs , elles enfont
unregale à leurs Maris les bonnes
Feftes. Leurs Cazes font
baffes , couvertes de nattes de
jonc. Ellesfont fept ou buit femmes
avec un bomme dans ces
Cazes. Ils travaillent quelquefois
pour les Hollandois afin d'avoirdequoyfefaculer
, mais dés
216 MERCURE
qu'ilsfontfaouls , ils ne veulent
rienfaire. A douze ans les femmes
ont des enfans, & dés qu'ils
font nez, ils courent & grimpent
comme de plus grands enfans
. Je montay avant hier fur
la montagne de la Table , d'où
je vis omnia regna mundi .
Cette expedition est une folie ,
car il faut grimper de rocher en
rocher par des herbes ,
des herbes , par un
chemin le plus rode du monde .
Il fandroit eftre chevreau pour
bien monter fur cette affreuse.
montagne. Le chemin eft de
quatre ou cinq heures. Tout est
Rocplat fur la Table du cofté du
2
Nord.
GALANT
217
هللا
e font
Nord. Il y a furle Roc une ef
pece de
Marais , car ce ne
que joncs , & de l'eau . Le påffage
de la Mer du cofté du Nord
de l'Ifle
Robin , est
beaucoup
plus
grand que
l'autre par où
nous
fommes
entrez
dans la
Baye de la Table . Je vis une
plus belle Baye
plus
grande ,
paralelle
à celle de la Table . S'il
euft fait un plus beau jour , j'en
aurois tracé une Carte exacte ;
mais je ne pusfaire qu'un crayon
leger & à la haste . Dans de
certains momens je le
décriray
plus au net.
Ily auroit bien des chofes à
Novembre 1687 .
T
218 MERCURE
vous dire de ce Pays , fi le temps
me lepermettoit,auffi- bien que de
noftre occupation fur les Vaif
feaux. Nous y avons commencé
noftre Miffion par des Predications
frequentes aux Soldats &
aux Matelots. Les Officiers y
donnent un grand exemple, les
prieres y font reglées comme
dans un Seminaire . Tous les
jours au matin on fait la Priere,
& l'on dit plufieurs Mcffes.
Nous avons eu le bonheur de la
dire tous les jours , hors trois fois
le
que temps eftoit trop rude.
L'apréfmidy nous eftions trois à
faire le Catechisme dans trois
GALANT. 219
>
poftes differens. Sur les cing
heures l'on fait la Priere comme
dans tous les Vaiffeaux du Roy.
à huit heures on chante les
Litanies de la Sainte Vierge ,
l'on fait faire l'examen de
confcience ; aprés quoy nous
nous partageons par bandes pour
faire dire le Chapelet tout haut
aux Soldats & aux Matelots,
les Officiers fe mettent fouvent
de la partie, celafinit toujours
par un petit mot qui regarde le
falut. Le reste du temps eft employé
à l'Etude. Le Soir & le
matin nous avons fait une leçon
de Fortification & de Geometrie
Tij
220 MERCURE
&
aux Officiers aux Cadets qui
viennent écrire comme des Ecoliers.
On vient me demander
mes Lettres , car l'on met à la
Voile . Fauray l'honneur de
vous écrire dans quatre mois fi
Dieu nous continue un vent favorable.
L'on nous menace de
Mers fort rudes jufques à Bantam
; mais de Batavia à Siam ,
de fort belles. Dieu nousy conduife.
C'est par le Vaiffeau la Maligne
que l'on a trouvé à propos
de renvoyer en France , que je
vous écris. F'oubliois une circonftance
à vous remarquer affez
GALANT. 221
effentielle. C'eft que la Flûte le
Dromadaire qui dans la tem
pefte du Cap de Finisterre s'eftoit
Separée de noftre Efcadre fans
que nous l'avons pu réjoindre ,
arriva le 9. Juin au Cap deux
jours avant noftre Flotte. Les
Hollandois alarmez de cette
arrivée , avoient mis en déliberation
de ne leur point permettre
de mettre à terre leurs Malades ;
maispar le refpect qu'ils eurent
pour les Vaiffeaux de Sa Majefté
, la chofe fut accommodée
au contentement des uns & des
autres. L'on avoit befoin de
trouver un tel azile aprés une
Tiij
222 MERCURE
routefilongue, car les Equipages
& les Soldats eftoient malades »
l'air de la terre & les bonnes
nourritures les ont remis en
fort pett
de temps. Nous avons
laiffé le Pere de Chats au Cap
tombé malade depuis noftre dé
barquement. Il etoit defefpere
quand nous mifmes à la voile.
Ce feroit une grande perte que
ce faint Miffionnaire.
Je dois ajoûter icy qu'on
lit dans une autre Lettre écrite
par une perfonne qui a
auffi monté au haut de la
Montagne dont il eſt parlé
dans celle- cy , que ceux qui
GALANT. 223
,
avoient entrepris de monter
au fommer d'un lieu fi élevé ,
étant environ aux trois quarts
de la
Montagne entendirent
un fort grand bruit ;
& virent tomber des pier
res , qui paroiffoient plûtoft
être jettées,que tomber naturellement
. Ils s'arrefterent , &
demeurerent quelque temps
incertains s'ils acheveroient
leur voyage ; mais enfin la
fermeté Françoife l'emporta
fur la crainte , & ils pourfuivirent
leur chemin. Ils trouverent
au haut de ce lieu, un
fi grand nombre de Singes ,
Tiiij
224 MERCURE
qu'on peut dire qu'il y en
avoit une armée . Les Fran-:
çois commencerent â déliberer
s'ils tireroient fur
ces animaux , & peut- eftre
auroient-ils fait une décharge
fi l'un d'eux ne fe fuft
fouveņu , que quand les Singes
voyent leur fang , ils fe
jettent fur ceux qui les ont
bleffez , & que les autres , s'il
s'en trouve quelque nombre
, s'y jettent pareillement.
Les Singes fe retirerent en
faifant grand , bruit , & def
cendirent par un autre endroit
de la Montagne . On
GALANT. 225
trouva auffi fur le haut de
cette mefmeMontagne beaucoup
d'offemens de divers
Animaux .
Quoy que ce foit une chofe
fort extraordinaire de voir
des Ambaffadeurs de Siam
enFrance,on n'a pas dû neanmoins
en eftre furpris , puis
que fous un Regne auffi merveilleux
que celuy du Roy ,
on ne voit que des chofes furprenantes
. Quelques honneurs
que l'on ait rendus à
ces Ambaffadeurs , on n'a
rien fait au delà de ceux que
l'uſage a établis , mais eſtant
226 MERCURE
venus de fort loin , on ne
doit pas s'étonner s'rls ont
fouhaité de voir ce qui ne
fçauroit eftre inconnu à la
pluſpart des Princes de l'Europe
, & des Souverains meſ
me . Vous fçavez , Madame ,
que l'ufage s'y est étably de
venir voirla Cour de France,
& faire fes exercices à Paris,
Ainfi il fe trouve rarement
qu'il y ait quelque chofe qui
n'ait pas efté veu par des
Ambaffadeurs
d'Europe
. Il
n'en eftoit pas de mefme de
ceux de Siam , à qui tout ce
qu'il y a de rare & de curieux
GALANT. 227
en France devoit eftre nouveau
. C'est ce qui les a portez
à demander à le voir ; &
comme en l'examinant , ils
ont fait paroiftre beaucoup
d'efprit & de bon gouſt , on
leur a montré avec grand
foin tout ce qui meritoit d'aftre
veu. Ce foin qu'on a cu
de fatisfaire leur curiofité , a
donné lieu à mes quatre Volumes
de leur Amhaffade , où
tout ce qu'ils ont vû eft exactement
décrit , & tout ce
qu'ils ont dit , marqué juſqu'à
la moindre parole . S'ils
ont charmé tout le monde
228 MERCURE
par leur efprit & par leur
honnefteté pendant le fejour
qu'ils ont fait en France , l'éloignement
des lieux ne leur
a rien fait oublier de leurs
engageantes manieres . On le
peut voir par
la Lettre qui
fuit , écrite à M' Torf , du
Cap de Bonne Efperance . En
voi y la traduction tres - fidelle
.
៦
GALANT. 229
LETTRE
De Oefpra Vifudfunt Tora Rajatud
le Ocluan Callaja Rajamaitri
Opatud le Occunfrivifa
Ra Vacha Tritud , à
Monfieur Torf , Gentilhomme
de Sa Mjaefté
Tres -Chreftienne,
L
•Affection que vous nous
avez témoignée pendant
noftre Séjour en France , nous
fait croire que vous ferez bienaife
d'apprendre que nous nous
fommes bien portez depuis noftre
depart, & que nous fommes arrivez
heureufement icy , fans
230 MERCURE
que pas mefme aucun de nos
Serviteurs ait reffenty la moindre
incommodité. Nous attribuons
le bonheur de noftre Navigation
auxfaveurs extraordinaires
que nous avons receues
du tres-grand Roy de France
& la jufte reconnoiſſance
que
nous confervons dans noftre
coeur,eft ce qui nous a preſervez
de toute forte de danger. Nous
ne pouvons affez nous loüer des
foins qu'ont pris de nous M. de
Vaudricourt
& les autres Capitaines
, fur les Vaiffeaux defquels
font embarquez les Mandarins
Siamois. Nous efperons
GALANT: 231
arriver dans trois mois à Siam ,
pour porter au Roy noftre Maiftre
les heureufes nouvelles dont
nous fommes chargez. Comme
nous vous affurons que ny le
temps ny l'éloignement ne diminueront
rien de l'affection que
nous avons pour vous , nous
vousprions auffi de nous conferver
toujours la voftre . Nous écrivons
quelques lignes à M.
de Seignelay & nous vous
prions de vouloir bien faire nos
civilitez à M de Croiffy , an
Pere de la Chaife , à M² le Duc
de la Feuillade,& àM. le Duc
de Noailles , à qui le рец
de
232 MERCURE
.1
temps que nous avons ne nous
a pas permis d'écrire . Nous vous
prions auffi de les affurer de la
continuation de noftre amitié ,
ainfi que toutes les perfonnes qui
nous ont donné des marques de
la leur pendant noftre fejour en
France . Nous offrons nos refpects
à Dieu , & le prions de
ལvous conferver & de vous faire
croiftre en dignité & honneurs .
Outre la joye que nous en reffentirons
, cela fera mefme auſſi
fort avantageux aux Siamois
qui iront en France dans la fuite.
Nous nous affurons qu'ils
· trouveront toûjours en vous un
GALANT.
233
très- bon & fidelle Amy.
Cette Lettre a efté écrite au
Cap de Bonne- Efperance , le 8.
mois & jour premier du décours
de la Lune de l'année Pitofa
Pafoc de l'Ere 2231.ce qui marque
le 24.Juin 1687.
Rien n'eftplus fpirituel que
l'agreable
maniere dont ces
Ambaffadeurs parlent duRoy
dans cette Lettre. Ils n'oublient
aucune des
principales
Perfonnes à qui qui ils croyent
avoir
obligation , & ils prient
MTorf,dont ils ont efté tresfatisfaits
, & avec qui ils doivent
eftre plus familiers ,parce
Novembre 1587.
V
234 MERCURE
qu'il a toûjours efté auprés
d'eux , de les affurer de leur reconnoiffance
. Quoy qu'il paroiffe
dans cette Lettre qu'ils
n'ont pas écrit à MⓇ de Croiffy
, à caufe qu'ils ne croyoient
pas avoir tout le temps qui
leur eftoit neceffaire
pour
faire une Lettre qui marqnaft
affez la confideration
& l'eftime
particuliere qu'ils ont
pour luy , ils n'ont pû neanmoins
fe refoudre à laiffer
partir la Fregate qui devoit
venir en France , fans écrire
à ce Miniftre .
Le Roy a donné l'Abbaye
GALANT. 235
7 de Livry , Dioceſe de Paris ,
à M' Seguier de la Veriere ,
ancien Evefque de Niſmes ,
& celle de Bebrac à M ' l'Abbé
du Four , Frere de M Petit-
Bourg, Inspecteur de Ca
valeric .
L'Abaye de Noftre - Dame
des Prez lez Troyes , qui eftoit
la mort de Mavacante
par
dame de Gondrin
› a ché
donnée àMadame de Laubardemont
, Religieufe de l'Abbaye
au Bois . Elle eft Fille de
M de Laubardemont , Confeiller
d'Eftat.
M Dumont, Ecuyer or
Vij
236 MERCURE
1
dinaire de Monfeigneur le
Dauphin , a efté pourvû d'une
des Charges d'Ecuyer du
Roy , vacante par la mort de
M le Comte de Clermont-
Tonnerre . Rien ne sçauroit
égaler l'affiduité de MⓇ Dumont
pour le ſervice . Ila efté
élevé Page de la Chambre
du Roy , & M ' Dumont fon
Pere eftoit Sous- Gouverneur
de Sa Majesté .
J'ay à vous apprendre quelque
chofe d'affez extraordinaire
de la mort d'un Mary &
d'une Femme, arrivée depuis
cinq ou fix femaines dans un
GALANT. 237
Village du Dioceſe de Laon
en Picardie . La Perfonne
dont je l'ay appris , l'a fceu
du Curé qui les a affiſtez l'un
& l'autre dans les derniers.
momens de leur vie . Ils ef
toient mariez enfemble depuis
plus de foixante ans . Le
Mary en avoit quatre-vingtfept
, & la Femme quatrevingt-
cinq . Aprés tant d'années
paffées dans une union
parfaite ils font tombez
tous deux malades lemefme
jour , & comme ils eftoient
couchez dans la mefme
chambre , & qu'ils s'eftoient
238 MERCURE
à
preparez affez long- temps
la mort , pour l'enviſager fans
trop de frayeur , le Mary
ayant perdu la parole , la
Femme qui eftoit un peu...
mieux , répondit pour luy
avec les Affiftans tandis qu'on
luy donna l'Extrême - Onction.
Il revint un peu
& la Femme ayant à fon tour
perdu la parole , il luy rendit
le mefme devoir de charité
dans l'adminiftration de
ce mefme Sacrement . Ainfi
peut
à luy,
l'on
mais eu de Mariez qui fe
dire qu'il n'y a jafoient
fi bien acquittez des
GALANT. 239
promeffes qu'on fe fait en fe
mariant , de s'affifter l'un
l'autre juſques au dernier foupir.
La Femme mourut le
foir , & le Mary dans la
nuit , & on les a enterrez enfemble.
Je vous ay mandé dans ma
Lettre d'Octobre ce qui s'eſt
paffé le jour de S. Louis à Perigueux.
On y fit le Panegyrique
du Roy avec celuy de
ce Saint, mais ce ne fut point
le Pere Voifin Jefuite qui le
prononça , comme je vous
l'ay écrit on m'affure que
ce fut le Pere Meynard, auffi
240 MERCURE
Jefuite , & Profeffeur del'Hu
manité . C'eſt un jeune homme
fort eftimé par les talensa
de l'efprit , & qui donne
dans fa Compagnie de tresgrandes
cfperances.
J'ajoufteray à ce que je
vous ay dit la derniere fois
des Pieces nouvelles de Claveffin,
compofées par Mle
Begue , Organifte du Roy
qu'elles fe vendent prefente
ment chez M' Lefclop , Faifeur
d'Orgues, rue au Maire,
proche Saint Nicolas des
Champs . Vos Amies feront
peut- eftre bien-aifes de l'apprendre
,
8-7
GALANT. 241
1
prendre, parce qu'il les envoye
dans toutes les Villes
du Royaume, où elles ne font
pas moins eftimées par la facilité
qu'il y a de les apprendre,
qu'à caufe de leur
extrême beauté .
Enfin la nombreufe Armée
avec laquelle les Othomans
avoient ouvert la Campagne,
fe trouve reduite à un
nombre de mutins qui ne reconnoiffent
plus les ordres de
la Porte , & qui defolent le
pays qu'ils devroient défendre.
Le peu d'experience des
Novembre 1687. X
242 MERCURE
Turcs dans le métier de la
Guerre , joint à leur peu de
valeur , a efté caufe de leur
ruine. La terreur s'eft mife
parmy eux , ce qui a fait ouvrir
les
0173
pottes des Villes , &
la crainte du chaftiment
ayant fuccedé , elle a caufé
une defobeïffance , & une
efpece de confederation , par
laquelle ces Troupes mutinées
, ont cru qu'elles pouvoient
éviter la punition
dont leur lâcheté les rendoit
dignes . Pendant ce temps-là
les Imperiaux ont profité de
leur avantage. & prefque touGALANT
243
" 45
te l'Efclavonie s'eft rendue.
Je n'ay ny Sieges ny Combats
à vous décrire , toutes
les Placés ayant ouvert leurs
portes aux Troupes victorieufes
. La Tranfilvanie a fait la
mefme chofe ; mais avec cette
difference , qu'on en laiſſe la
poffeffion à fon Prince , pourvû
qu'il donne des quartiers
d'hiver aux Troupes Impefiales,
avec lafubfiftance dont
on eft convenu . Ainfi elles
fe trouveront preftes d'entrer
de bonne heure en Campagne
l'année prochaine . La
terreur a paſſe juſques à Con-
X ij
244 MERCURE
ftantinople , & les peuples
ayant commencé à fe foûlever
, il eft à croire qu'ils cefferont
bien toft d'obeïr au
Grand Seigneur , de meſme
que les Troupes ont ceſſé de
reconnoiftre les ordres du
Grand Vifir.
Je vous envoye le plan de
Caftelnovo , & je n'y joins
point encore la Relation de
ceSiege, qui devoit eſtre dans
ma Lettre de ce mois . Je l'attens
de Malthe, avec les noms
de tous les Chevaliers qui ont.
efté tuez ou bleffez pendant
cette Campagne,ainsi que de
GALANT. 245
•
ceux qui fe font fignalez . La
renommée apporte d'abord
avec une viteffe extraordinaire
les premieres nouvelles
d'une grande Expedition ;
mais il faut beaucoup de
temps pour travailler aux
détails , & pour les verifier ;
& quand ceux qui veulenr
bien fe donner ce foin ont
achevé , il n'eſt pas fi facile
de les envoyer.. Il faut traverfer
des Mets , & l'on eft
quelquefois deux mois entiers
à Venife fans recevoir
des nouvelles du Generaliffi
me Morofini, qui en donne-
X iij
246 MERCURE
roit prefque tous les jours fi
elles pouvoient venir par
terre . Les dernieres ont confirmé
la prife de Miſitra,dont
je vous parlay amplement il
y a deux mois , dans une Relation
particulicre, intitulée,
Défaites des Armées Oiliomanes.
par les Armées Chrefticunes.en
Hongrie & dans la Morée, avec
La prife deplufieurs Places.Comme
celle d'Athenes vient de.
reconnoiftre la puiffance des
Venitiens, je vais vous en faire
la defcription , ainſi que
j'ay déja décrit Patras , Lepante
, Castel-Tornefe , CorinGALANT.
247
the , Acrocorinthe , & Mifitra ,
dans la Relation dont je viens
de vous parler.
* Athenes eft affez proche
du Golfe d'Engia , qui fait
partie de la Mer Ionienne .
Elle eft Metropolitaine de
l'Attique, & la plus ancienne
Ville de toute la Grece. Le
Roy Cecrops en fut Fondateur
, Thefée l'agrandit , &
obligea les Habitans de la
Campagne à s'y établir . La
Citadelle eft élevée fur un
Roc vif, & inacceffible de
toutes parts, excepté du cofté
de l'Occident , par lequel on
X iiij
248 MERCURE
Y entre . Vers le Levant & le
Midy les Murailles forment
les deux pans d'un quarré .
Celles des deux autres coftez
ne
fi regulieres .
he
font
pas
parce
qu'on
a efté
obligé
de
s'accommoder
à
l'irregularité
du
Roc
qui
leur
fert
de
fondement
. Elle
a mille
deux
cens
pas
de
tour
. On
découvre
au
bas
de
line
les
veftiges
dune
muraille
fort
élevée
, qui
en
entouroit
autrefois
le pied
, &
en
rendoit
l'abord
plus
difficile.
Cette
Citadelle
eft
dans
.
une
diſtance
égale
de
deux
dia
colCALANT.
249
éminences , l'une vers le Sud-
Oüeft, & le Mufaum , qui eft
de la mefme hauteur que la
Citadelle , & n'en eft qu'à une
portée de Canon . L'autre eft
le Mont Achenius , où l'on ne
peut tranfporter l'Artillerie
pour battre la Ville , ny la
Citadelle, à caufe lecheque
min en eft rude & trop
trop
efcarpé , & que fur le haut il
n'y a point de terrein uny ,
mais une feule pente . C'eftoit
où l'on adoroit autrefois la
Statuë de Jupiter . La Ville
eft au Septentrion de la Citadelle
qui la couvre entie250
MERCURE
rement du cofté de la Mer,
de forte que les Voyageurs
ont lieu de croire qu'il n'y a
point d'autres Maifons que
celles de la Citadelle . Cela eft
caufe que ceux qui n'ont pas
eu la curiofité de mettre pied
à terre, fe font imaginé que
toute la grandeur d'Athenes
eftoit renfermée dans ceChâteau
. La fituation de la Ville
eft admirable pour la feureté
des Habitans , parce que le
climat y eftant fort chaud ,
elle fe trouve heureuſement
expofée au Septentrion . On
y voit encore un grand nomGALANT.
2ft
bre d'Antiquitez, du nombre
defquelles font le Temple de
la Victoire d'ordre Ionique ,
dont les Turcs ont fait un
Magafin de poudres.
L'Arfenal de Licurgue ,
d'ordre Dorique , qui fert de
Magafin pour les Armées.
Le Temple de Minerve ,
auffi d'ordre Dorique , dont
ces Infidelles ont fait une
Moſquée.
La Lanterne de Demofthene
qui eft aujourd'huy l'Hofpice
des Capucins.
La Tour Octogone des
Vens, du deffeind ' Andronico
252 MERCURE
Cireftes raportée par Vitruve
dans fon Livre de l'Architecture.
Le Temple
de Thefée . 97
Les Fondemens
de l'Areopage.
Il y a quatre Moſquées
dans la Ville , & une dans le
Chafteau . La Ville eft, divi
fée en huit quartiers . Elle .
avoit autrefois dans fes dé
pendances cent foixante &
quatorze Villages , qui n'étoient
pas moins grands chacun
que la Ville mefme . Athenes
à efté l'Ecole de la
Guerre , & de toutes les verGALANT
253
tus & la Mere des Sciences ;
& comme cette Ville eft fort
ancienne , fans examiner le
temps de fa fondation , & de
de ceux qui l'ont baſtie , on
peut remarquer en general
que lele Royaume des Atheniens
commença l'an du
monde 2496. & dura, 487. ans
fous dix fept Rois , dont le
premier fut Cecrops , & le
dernier Codrus . A ceux - cy
fuccederent des Archontes
ou Preteurs perpetuels , qui
exerçoient leur Magiftrature
tant qu'ils vivoient ; il y en
cut treize. Le premier fut
254 MERCURE
Medon , Fils de Codrus , &
le treiziéme Alcmeon . Depuis
ce derniers les Archontes
n'exercerent plus leurs
Charges que pendant dix ans .
Ils fuccederent les uns aux
autres au nombre de fept,
aprés quoy ces meſmes Archontes
furent rendus annuels.
Dracon , qui l'eftoit
l'an 136. de Rome , établit des
Loix fi feveres pour fes Citoyens
, que leur exceffive rigueur
fit dire à l'Orateur Demades
, qu'elles avoient efté
écrites avec du fang . Solon ,
Archonte aprés luy, en fit de
GALANT 255
le
plus douces qui établirent
gouvernement populaire .
Pifftrate ayant ufurpé la
fouveraineté d'Athenes, Hippias
& Hipparque fes Fils luy
fuccederent durant quatorze
ans. Le dernier fut tuépar une
faction oppofée , & Hippias
qui fe vit chaffé d'Athenes ,
appella les Perfes. Ils perdirent
la Bataille de Marathon,
& dix ans aprés ils furent encore
défaits à la Bataille Navale
donnée prés de l'Ifle de
Salamine. Ces avantages que
les Atheniens remporterent
fur eux , rendirent leur Re256
MERCURE
publique tres- floriffante. Lyfander
, General des Lacedemoniens
, prit Athenes dans
la Guerre du Peloponefe , &
l'on y établit trente Tyrans , y
qui furent chaſſez Thrapar
fibule , & par quelques autres.
Athenes fouffrit fous Alexandre
le Grand , & fous
quelques-uns de fes Succeffeurs
. Demetrius luy rendit
fa liberté, & piqué enfuite de
l'affront que luy firent les Atheniens
, en refufant de les
recevoir aprés la perte de la
Bataille d'Ipfus en Phrygie ,
il affiegea leur Ville . & un
GALANT 257
an aprés l'avoir inveftie , il
la prit fur Lachares Athenien,
qui s'en eftoit rendu le Tyran.
Aprés cela elle fecoüa le
joug des Macedoniens , &
fubfifta encore avec gloire
par la protection des Romains
. Sylla la prit fur un de
fes Citoyens nommé Arif
tion, qui s'en eftoit auffi rendu
le Tyran , & l'abandonna
au pillage. Malgré fon malheur
, la reputation qu'elle
avoit pour les Sciences , y attira
encore les Doctes , & le
concours de ceux qui y vinrent
, fut ce qui la rétablit .
Novembre 1687. Y
258 MERCURE
Elle fe declara pour Pompée,
& Cefar qui eftoit en droit
de l'en punir , aprésavoir gagné
la Bataille “de Pharſale ,
luy pardonna en prononçant
ces paroles fi celebres dans
l'Hiftoire Que les Atheniens
meritoient de reffentir les effets
de fon indignation , mais qu'en
confideration du merite des
Morts , il faifoit grace aux Vivans
. Augufte , & les Empereurs
fuivans eurent de
grands égards pour Athenes,
qui fut prife par les Scythes
fous le regne deGalien . Cleodeme
d'Athenes , & Athenée
de Bifance , les en chafferent ..
GALANT. 259
L'Empereur
Juftin tâcha de
la rétablir dans le fixiéme
fiecles & depuis ce temps-là ,
l'Hiftoire
n'en dit prefque
rien pendant fept cens ans .
Baudouin
IX . du nom , Comtede
Flandre ,ayant efté couronné
Empereur
de Conftantinople
en 120 4. les Croiſez
qui avoient cu part à la priſe
de cette Ville , diviferent
les
Eftats des Grecs entre eux, &
Geoffroy
de Villehardoüin
eut Athenes & l'Achaïe . Baudoüin
affiegea Athenes
inutilement
en ce temps-là , &
Boniface
l'emporta
peu de
Y ij
260 MERCURE
temps aprés . Depuis , le Duché
d'Athenes paffa dans la
Maifon de la Roche. Guil .
laume de la Roche, Duc d'Athenes
, & Sire de Thebes ,
eftant mort vers l'an 1300. fa..
Fille ou fa Soeur porta ce Duché
à Hugues de Brienne ,
Comte de Brienne & de Liches.
De ce mariage vint
Gautier V.Pere deGautier VI.
Comte de Brienne & de Li
ches , Duc d'Athenes & Conneftable
de France stué en la
Bataille de Poitiers
, en 136
fans avoir laiffé de pofterité
..
Cependant
les Arragonnois
GALANT. 261
ufurperent le Duché d'Athenes
; & aprés diverfes revolu
tions , Rainier Acciaoli de
Florence, s'en rendit Maiſtre ,
& le ceda aux Venitiens . Antoine,
Baſtard de Rainier , s'y
rétablit, & c'eft fur fon Succeffeur
que le redoutable Mahomet
II. Empereur des
Turcs , prit Athenes en 1455.
Elle est une des deux cens
Villes que ce Sultan enleva
aux Chreftiens. Depuis ce
temps-là, elle eftoit toujours
demeurée au pouvoir des Infidelles
. Vector Capella l'a
voit ſurpriſe en 1464. mais
262 MERCURE
comme il ne put emporter
le Chafteau , il fut contraint
d'abandonner fa Conquefte.
Le lendemain de la Saint
Martin , on fit l'ouverture
du Parlement en la maniere
accoûtumée . La Meffe fut
celebrée dans la Grand'Salle
du Palais par M l'Evefque
de Xaintes , & chantée par
plufieurs Choeurs de Mufique
. Tout le Parlement s'y
trouva en Corps , & en Robes
rouges , & cette Ceremonic
eftant achevée , il fe rendit
dans laGrand' - Chambre avec
l'Evefque qui avoit officié ..
GALANT. 263
Ce Prelat leur fit un Compliment
, & fit en mefme temps
l'Eloge de la Juftice . Il dit
qu'elle eftoit le coeur , le bras , &
l'Esprit de Dieu , & s'eftendit.
fort fur ces rrois points. Il
alla enfuite difner chez M
le Premier Prefident . Les
Convicz s'y trouverent en
grand nombre , & le Repas
fut fort magnifique . Depuis
ce jour jufques au premier
Lundy d'une femaine fans
Fefte , le Parlement n'entre
point , ce qui s'eſtant rencontré
le Lundy 24. de ce
mois , les Audiences recom264
MERCURE
mencerent. Ce jour - là eft
appellé Jour des Harangues ,
parce que M le Premier Prefident
, & Mrs les Avocats
Generaux en font chacun
une. L'Affemblée y cft toûjours
fort nombreuſe , & cela
vient de ce que la plufpart de
Ms les Ducs & Pairs , qui ont
tous Séance au Parlement ,
y font attirez par le plaiſir
qu'ils font feurs de recevoir '
de ces Harangues . Il s'y trou
ve auffi beaucoup de perfonnes
de qualité , & l'affluence
du Peuple du premier ordre
y eft toûjours grande . Quoy
que
GALANT. 265
que toutes les fois.
que
ME
l'Avocat General Talona
parlé il ait toûjours charmé
fon Auditoire , on dit qu'il
s'eft attiré cette année des
applaudiffemens extraordi
naires . Il a fait l'Eloge de la
Moderation , ce qui luy as
donné lieu d'entrer dans les
differens états de la vie , où
elle eft le plus neceſſaire , &
de parler enfuite de ceux qui
l'ont fait paroiftre dans le
plus haut degré. Vous jugez
bien qu'il prit occafion de s'étendre
fur la Moderation du
Roy. La matiere eftoit ample
Novembre 1687. Ꮓ
266 MERCURE
& belle , & l'on ne doit pas
s'étonner qu'eftant traitée
par un fi grand Orateur avec
une éloquence admirable , le
bruit s'en foit répandu le
jour mefme dans tout Paris.
Je vous ay fouvent parlé
de Madame de Venelle, Sous,
Gouvernante de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
& je vous apprens aujourd'huy
fa mort , arrivée aprés .
une maladie de peu de jours.
Elle avoit efté Gouvernante
des Nicces de feu M' le Cardinal
Mazarin. Je ne vous
dis rien de fon merite ny de
GALANT. 267
fa vertu ; quand on eft choifi
pour l'inſpirer aux autres, on
doit en avoir beaucoup.
On a commencé à jouër
icy un Opera nouveau , intitulé
Achille & Polixene . L'ouverture
, & le premier Acte
font de la compoſition de
feu M de Lully , & c'est le
dernier Ouvrage de Mufique
qu'il ait fait avant la mort .
Le Prologue & les quatre
derniers Actes ont efté compofez
par M Colaffe , l'un
des quatre Maiſtres de Mufique
de la Chapelle du Roy, &
Eleve du même M de Lully.
Z ij
268 MERCURE
la Piece eft de M Capiftron,
qui a fait l'Opera d'Acis &
de Galatée , & l'Idille qui fut
chanté à Anet pour le divertiffement
de Monſeigneur le
Dauphin , & que je vous envoyay
il y a quelques
mois.
Quoy que M Capiftron ait
fait beaucoup d'autres Ouvrages
confiderables , je ne
vous nomme que ces deux- là,
parce que s'agiffant icy d'Operasje
dois vous le faire connoiſtre
par les Pieces de fa façon
, qui ont cfté mises en
Mufique. Je vous envoye ce
dernier Opera imprimé , &
GALANT. 269
comme vous en pourrez juger
par vous-mefme en le
Tifant , je n'ay rien à vous en
dire. Je l'ay écouté avec
grande attention , & fi je
vous expliquois ce que j'en
penfe , il fembleroit que je
voudrois prévenir les fentimens
de ceux qui lifent mes
Lettres , & empeſcher que
-l'on n'en jugeaft autrement
que moy : il y auroit trop de
vanité à cela. J'ay fujet de me
défier de mes lumieres, & fuis
fort perfuadé qu'il y a beau
coup de gens plus éclairez
que je ne le fuis . Quant à
Z
iij
270 MERCURE
la Mufique , & au fpectacle
que vous ne pouvez entendre
ny voir , il faut vous en dire
davantage. Neanmoins je
parleray peu de la Mufique,
parce qu'elle n'a pas un point
fixe de bonté comme beaucoup
d'autres choſes . Le dernier
de ceux qui travaillent
en Mufique , compofe fouvent
felon les regles ainfi que
le plus habile , & c'est ce qui
eft prefque general dans toutes
fortes d'Arts . Cependant
il ne s'enfuit point que leurs
Ouvrages foient également
beaux.Tous les hommes font
GALANT. 271
compofez des mefmes par
ties , & quoy que chacun ait
tout ce qui eft neceffaire pour
former le corps humain , on
ne fçauroit dire que tous les
hommes foient d'une égale
beauté . On trouve des traits
plus reguliers dans les uns
dans les autres ; il y a
que
des beautez blondes , & des
beautez brunes ; il y en a de
vives & de languiffantes , &
parmy tout cela il fe rencontre
toûjours un certain je ne
fçay quoy qui frape dans celqui
font les moins parfai- les
tes. Toutes ces differentes
Z iiij
272 MERCURE
beautez font aimées felon le
gouft de ceux qui les voyent.
Il en eft de mefme à l'égard
de la Mufique. L'un veut du
vif, l'autre veut du languiffant
; l'un veut rire , l'autre
veut pleurer, & cela eft caufe
que chacun juge de la beauté
d'un Ouvrage de Mufique
felon que cet Ouvrage eft
conforme à fon gouft. Ainfi
quoy que je puffe dire de la
Mufique de M Colaſſe ,
ce que en dirois ne feroit
pas generalement receu &
un particulier ne doit jamais
donner fon fentiment pour
GALANT 273
regle fur une chofe dont on
peut juger fi differemment .
Je puis dire pourtant à l'avanrage
de M Colaffe , qu'il eſt
prefque impoffible qu'un
homme qu'on a trouvé affez
habile pour remplir une des
quatre places de Maiſtre de
Mufique de la Chapelle du
Roy, & qui a demeuré pendant
plufieurs années avec le
fameux M. de Lully, n'ait pas
beaucoup de fes manieres, &
ne faffe pas de belles chofes.
Auffi je vous diray qu'il y en
a dans fon Opera , & qu'elles
ont efté applaudies des Cor
274 MERCURE
noiffeurs. Le reste du ſpectacle
eft de M. Berrin , dont je
vous ay tres-fouvent parlé.
Plufieurs Opera , les Carroufels
, les Illuminations de
Verſailles , la Fefte de Seaux ,
& mille autres chofes de cette
nature , luy onr acquis tant
de réputation là - deffus , &
l'ont rendu fi habile , qu'il ne
fait rien qui ne foit d'un tresbon
goult . C'eſt ce que l'on
a trouvé dans les habits de
l'Opera d'Achille & de Polixene,
qui ont receu un applaudiffement
univerfel . Ils ont
paru fort riches , tres - bien
GALANT. 275
I
entendus, & fuivant le cara-
&ere des Perfonnages .
Je reçois prefentement une
Lifte des Chevaliers de Malthe
qui ont efté tuez ou bleffez
au Siege de Caſtelnovo ,
& je vous l'envoye fans avoir
⚫le temps de vous en rien dire
davantage.
le
LE IOVR DV DEBAR QUEMENT
3. Septembre à Caftelnovo
en Dalmatie.
1 .
M' de la Brillane , mort
de fes bleffures . Provence.
M' Richebourg , mort,
France.
276 MERCURE
M' Barrin, mort . France .
M' Loumieres , bleffé d'un
de Moufquet au bras . coup
Provence .
Mr Belaceüil , bleffé d'un
coup de moufqnet à l'efpaulc.
Auvergne,
M Carraffe , bleffé à la
jambe.
Italie
LE 4. SEPTEMBRE.
Mr Ventury , bleffé d'un
coup de Canon au talon.
Italie..
GALANT. 277
LE 8. A LA PRISE
du Pofte prés du Chateau ..
Dom Bernardino Noira ,
mort.
Espagne.
Mr Caftellane, mort. Italie .
M Bourguery , mort. Italie
.
Dom Jofeph Dolx , mort.
Espagne.
Mr Sefeval , mort. France.
M' Seires , bleffé à la tefte.
Provence.
M Lufignan , bleſſé aux
coftes, France.
Dom Tiburfio Dolx , blef
278 MERCURE
fé à la cuiffe.
Espagne.
Mr Javon , bleffé à l'oeil.
Provence.
M' Roquefpine , bleſſé à la
jambe .
France.
M' Carnerala , bleffé à la
tefte .
Italie.
Mr Sarraciny , bleſſé au
vifage. Italie.
Mr Marcelane , bleffé à l'épaule.
Italie.
Mr Gramont , bleffé à la
tefte .
}
Mr Duché S. Julien , le
bras caffé .
Auvergne.
Auvergne.
M' Mcdecy , bleffé à la
main. Italie.
GALANT. 279
M' Vicarij , bleffé au bras.
Italie.
M ' Falconcery , bleſſé à la
cuiffe. Italie ,
LE 19. A LA TRANCHE" ,
M' Zondodari, mort de
fes bleffures.
Le 28. à l'Affaut.
Italie.
Dom Emanuel Bru , mort.
Espagne.
>
M Clofpac bleſſe de
deux coups de moufquet .
Allemagne,
280 MERCURE
M'Chenau , bleffé de deux
coups . Allemagne.
M' du Terrail , bleffé au .
corps . Auvergne,
M' Glandenez , bleffé à
l'efpaule . Provence.
M¹ la Varenne , bleffé à
la tefte.
Auvergne.
M ' d'Ocquincourt , bleffé
au ventre legerement . France.
Parmy les Chevaliers que
je vous nommay dans ma
Lettre de Juin , lors que je
vous parlay de leur départ ,
j'employay dans la Liſte Mª
le Chevalier de la Heraine ,
GALANT. 281
au lieu de Lefcheraine . Il
eft aifé de ſe tromper à des
noms propres que l'on neglige
fouvent de bien écrire.
Ce Chevalier eft Fils de Mt
le Marquis de Lefcheraine ,
Commandant en Savoye.
Le Pape a diftribué tous
les Benefices vacants aux Cardinaux
de la derniere Promotion
, & M le Cardinal
Ranuzzy , Nonce en France ,
a cu l'Archevefché de Bologne
, lieu de fa naiffance ,
qui vaut quarante- cinq mille
livres de rente. Cela marque
la fatisfaction que Sa Sain-
Novembre 1687. A a
282 MERCURE
teté a receuë de fa conduite .
Comme il eft extremement
eftimé icy , chacun s'empref
ſe à luy faire compliment.
Le 9. de ce mois M' l'Archevelque
de Sens benit deux
Cloches à l'Hôpital Royal de
la Charité d'Avon , lez - Fontainebleau
. Monſeigneur
le
Dauphin a cfté le Parrain de
l'une , & Madame la Dauphine
la Marraine . Ils vifiterent
enfuite les pauvres Malades
, à chacun defquels ils
firent diftribuer deux Louis
d'or.Madame la Ducheffe fut
la Marraine de la feconde
GALANT. 283
Cloche , & Monfieur le Duc
du Maine , le Parrain .
Les Algeriens qui ont efté
jufqu'icy redoutables à toutes
les Nations fur lesquelles
ils peuvent pirater , font dans
une crainte , & dans une furprife
où ils ne fe font jamais
vûs ; puis qu'il n'y a que trespeu
de temps qu'ils n'avoient
point encore de nouvelles
des vingt-fix Vaiffeaux qu'ils
ont en Mer. Leur défolation
aura efté grande , quand ils
auront appris que les Vaiffeaux
du Roy en ont pris
prés de la moitié , ce qui eft
A a ij
284 MERCURE
pour eux une perte fi confi
derable , qu'il eft impoffible
qu'ils s'en relevent
que par
une longue fuite d'années de
Paix avec la France . Le dernier
Vaiffeau que M d'Anfreville
leur a pris , fe nomme
le Rofier. Il eftoit armé de
quarante pieces de Canon ..
M' d'Anfreville
le découvrit
fur le Cap de Corfe fort prés
de terre, & ayant apprehendé
de le faire échouer
, il feignit
de fuir à force de Voiles ,
laiffant toûjours un cable
dans la Mer . L'Algerien
le
crut Levantin , & il luy donGALANT
285
na la chaſſe , mais lors qu'îl
l'eut reconnu , il tâcha de fe
fauver. Ce fut inutilement. ,
il cftoit trop prés. M' d'Anfreville
l'approcha , le canonna
, le démâta , & s'en rendit
Maiftre. Le Commandant de
ce Vaiffeau eftoit un Renegat
Flamand qui s'eft converty
. Ainfi, outre l'avantage
que le Roy remporte fur les
Ennemis , il a encore la fatisfaction
de rendre des Ames
à Dieu.
5. Un Vaiffeau Marchand
nommé le Belifani , qui revenoit
d'Alexandrie en Egypte,
286 MERCURE
& qui eftoit tres-richement
chargé , s'eft deffendu contre
un gros Vaiffeau d'Alger , &
aprés l'avoir fort maltraité ,
il eft arrivé à bon Port .
Ceux qui ont expliqué la
premiere Enigme du dernier
mois fur l'eau de la Reyne
deHongrie qui en eftoit le vray
mot , font Mrs Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Roy;
Mariel , Maiftre à chanter à
Caën ; le Fifcal du Pays Boutois
; le plus jeune Commis
au Greffe Criminel du Parlement
; l'Homme à l'efprit
droit, de la rue de l'Arbrefec;
GALANT. 287
Tircis , fiecle d'amour ; Mademoiſelle
Viole , de la ruë
Beaubourg ; la Dame Franco-
Batave , à l'Anagrame , Pure
image de vertu ; La Déeffe
Loüife Lucie de Surinam ;
l'aimable Darite , de la vielle
rue du Temple ; la belle Marguerite
, de la ruë de Joüy ;
l'aimable Lolotte de Picardie ,
la Carpe de la Riviere du
Cher.
La feconde , dont le mot
eftoit la Fraife , a cfté expliqué
par M du Val de l'Hermine
, cy devant Gentilhomme
ordinaire de la Maifon de
288 MERCURE
Monfieur ; Tamirifte , de la
ruë de la Cerifaye, & le Conquerant
fans bruit.
M ' Hutuge d'Orleans demeurant
à Mets , & le Fidelle.
Fanchon & fa belle Commere
, ont expliqué l'une &
l'autre dans leur vrayfens.
Je vous en envoye deux .
nouvelles . L'Autheur de la
premiere n'a voulu le faire.
connoiftre que par le nom de
la Carpe de la Riviere du
Cher. La feconde eft de M
Digeon de la Fontaine des
Blancs -Manteaux
.
ENIGME .
GALANT. 289.
ZZZSSSSESEZSZ5EZS
D
ENIGME .
'Vn aſſemblage beureux plus
rare qu'on ne penfe
I'ay toûjours tiré ma naissance;
Les Elemens en ontesté de part:
Qu Souvent du Soleil la chaleur la
plus forte ,
Mais du fage Ouvrier ménagée avec
art ,
M'a donné le corps que je porte.
S
Ceux quifont plus d'estat de lafincerité
,
N'aiment pasma fimplicité .
Car moins j'en ay, plusion dit que
j'éclate.
2
Novemb. 168 " . Bb
290 MERCURE
Mais aux gens moins fardez je puis
le difputer ;
aux Rois fi quelque-
Car en
parlant aux I
XXX fois je flate ,
Ie n'ay pas deffein de flater.
2
Du fond d'un antre obſcur oùje fais
ma demeure ,
Le Sçavant me tire à toute
heure ,
Et me contraint d'obeir à fes loix.
Sans chagrin j'obeis , car ce qui me
confole ,
C'est quefans avoir eu l'ufage de la
voix ,
Il m'infpire de la parole.
23
Inftrument innocent de cent mille
procés,
I'en fais connoiftre lefuccés,
Sans avoir pu connoiftre la juftice.
GALANT. 291
Te couche fur un champ auffi blane
que du lait ;
C'est la que quelquefois par un noir
artifice
le défais celuy qui m'a fait.
AUTRE ENIGME.
E fais un arbre nain fur qui rien
nefe cueille ,
Qui porte mes rameaux toujours de
haut en bas ,
En tout temps dépouillez & defruit
~& de fülle,
-33
Aaffi d'un tronc aride ils fortent en
un tas.
?
Le fuis utile à tous , écoutez mon
ufage;
I'entre & Yors tous les jours de la
chambre du Roy ,
Bb ij
292 MERCURE
Chaffant tous les objets qui bouchent
mon paffage ,
Et fais qu'on peutdanferproprement
aprés moy.
$
Sans moy le petit peuple aimant peu
la fageffe ,
Oublieroit fon devoir , & l'auroit
negligé ;
Ainfi dans tout eftat, mefme dans la
vicilleffe
Chacun doit à mes foins fe tenir
obligé.
Voicy un fecond Air nouveau,
qui ne vous plaira pas
moins que le premier , qui a
efté mis au commencement
de cette Lettre .
GALANT. 293
AIR NOUVEAU.
AIImmeerr une Beauté fevere
Sans efpoir de guerir fon amoureux
tourment ,
C'est le vray caractere
D'un malheureux Amant.
Ah, s'il faut que l'Amour nous
entraifne ,
S'ilfaut brûler , s'il faut languir,'
Du moins choififfons une chaifne
Qui traifne aprés foy leplaifir.
Je ne puis fermer ma Lettre
fans vous parler encore
une fois des affaires des
Turcs. Ils ont tres - mal dé-
Bb iij
294 MERCUAE
fendu Athenes dont je vous
ay déja parlé , fans yous rien
dire de ce qui s'eft paffé à la
prife de cette Place . Auffi
n'y a -t- il guere de détail à en
faire,puis qu'il n'a prefquepas
efté befoin d'un Siege dans
les formes , & qu'elle s'eft
rendue prefque auffi - toft qu'-
elle a vu l'Armée Venitien- V
ne devant fes portes . La Garnifon
, qui eftoit des plus
nombreuſes , s'eftant retirée
dans le Chaſteau ,fit paroiſtre
une tres -forte refolution de
fe défendre . Cependant les
Bombes ayant mis le feu dans
GALANT. 295
5
le Magazin du Chafteau, elle
perdit tout à coup la fermeté
qu'elle avoit montrée , &
fe rendit , à condition que
chaque Soldat emporteroit
tout ce qu'il pourroit porter ,
Elle fut conduite à Smirne ,
avec les Turcs naturels habituez
dans le païs ; mais il en
refta plus de fix cens qui demanderent
à fe faire Chrefriens
, ce qui eſt un tres- grand
avantage pour la Religion , &
doit faire benir les armes des
Venitiens . Il femble que les
Othomans foient infenfibles
à ces pertes , & qu'ils ne foient
Bb iiij
296 MERCURE
touchez que de celles qu'ils
font en Hongrie . Ils fe fla
tent qu'il leur fera aiſé de reprendre
ce que les Venitiens
ont conquis ; mais ils difent
qu'ils auront de la peine à
faire lamefme chofe en Hongric.
Il eft conftant que le
Grand Seigneur s'eft retiré
de Conftantinople . On le
croit à Burfe , mais on n'en
a pas une entiere feureté. On
dit que le Bacha Olman qui
commande les Troupes mu
tinées qu'on fait monter à
dix ou douze mille hommes,
marche vers Conftantinople
GALANT. 297
t 24
pour demander la tefte du
Grand Seigneur , & du Grand
Vifir & qu'il defole tous les
où il paffe , ce qui
"
lieux
par
ruinera
beaucoup
le
Pays
,
&
l'empefchera
de
fournir
des
vivres
pour
la
Campagne
prochaine
. L'Aga
des
Janiffaires
eft
plus
en
deçà
, &
commande
le peu
de
Troupes
qui
reftent
, mais
la foiblef
fe , &
larerreur
de
ces
Troupes
,le manque
de toutes
chofes
depuis
la
bataille
de
Harfa
les
Seditions
de
Conftantinople
qui
les
privent
de
tout
fecours
, & meſme
3
298 MERCURE
d'ordres pour ce qu'elles ont
à faire,les rendent non feulement
inutiles: mais y caufent
une telle defertion , qu'il
vaudroit mieux qu'elles ne
fuffent point en Corps , par
ce que les Deferteurs por
tent l'effroy dans tout l'Èm+
pire Othoman , ce qui peut
cftre caufe de fon entiere rui
ne. On affeure que le Grand
Seigneur n'a point trouvé
d'autre expedient pour avoir
des Troupes capables de le
deffendre contre les Mutins ,
que de faire revenir celles qui
s'opposent aux Polonois , &
"
GALANT. 299
de demander du fecours aux
d'un
Tartares. L'Empereur s'eft
prudemment fervy
temps fi favorable pour faire
couronner l'Archiduc fon
*Fils Roy de Hongrie. Je vous
parleray le mois prochain
de tout ce qui fe fera paffé
dans cette ceremonie . Il femble
que les affaires des Othomans
ne foient dans le mauvais
eftat que je viens de
vous marquer , que pour don
ner de la gloire au Comte de
Tekely , & pour faire parler
deluy. Il ne perd point cou
rage , & s'il eftoit dans un
300 MERCURE
bon party , on ne pourroit
luy refufer de l'eftime . Il fait
luy feul plus que tout l'Empire
Othoman , fa tefte &
fon bras agiffent toûjours ;
zil continue d'avoir des intrigues
en Hongrie , & il
ofe parolfire avec un Corps
de Troupes , pour tenter le
fecours des Places qui en au
ront le plus de beſoin
On parle d'un mariage qui
fera peut- eftre fait avant que
vous recevicz ma Lettre . M
le Comte de Tonnerre , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , doir
EA
GALANT. 301
époufer Mademoiſelle de
Manevilette
' 3
Fille de feu
M' de Manevilette Secre
taire des Commandemens
de Son Alteffe Royale. Ello
eft belle , bien faite , & elle
a beaucoup de bien. Avec
tant d'avantages de la nature,
& de la fortune , il n'yaperfonne
à qui l'on ne puiffe
plaire ,M le Comte de Ton
nerre eft d'une tres-grande
naifance. Je vous ay fi fouvent
parlé à fond de fa
Maifon , que je ne vous , en
diray rien aujourd'huy. Il
eft magnifique & galant ; il
L
302 MFR CURE
a de la vivacité , de l'efprit
& du coeur. Tout cela eft
& il n'eft pas
fort
connu
befoin
d'en donner de preuves
pour le faire croire . Toutes
fes actions le
marquent
tous les jours , & fon courage
a paru dans les dernieres
Campagnes
qu'il a faites
où il a efté bleffé en s'expofant
aux perils les plus évidents
.
Puis que l'Article de Molinos
, dans ma derniere Lettre
, vous a paru curicux ,
j'efpere vous envoyer dans
celle du mois prochain, une
CALANT. 303
exacte & veritable Relation
de fon Procés. Vous aurez
avant ce temps la Comedie
du Chevalier à la Mode qu'on
'm'alleure devoir cftre debitée
vers le cinq ou fixiéme
de Decembre. Plus on voit
cette Piece , plus on la veut
voir . Elle a elté jouée à Verfailles
deux fois en huit jours,
& l'on parle de l'y reprefenter
une troifiéme fois . Il ne
faut point d'autre marque de
la bonté d'un Ouvrage , puis
qu'il eft certain que la Cour
a un certain bon gouft qui
ne fe trouve point ailleurs ,
304 MERCURE
Ies non pas mefme parmy
Perfonnes
qui ont le plus de
fçavoir , & le plus d'efprit.
Je fuis , Madame
, voftre
& c .
A Paris , ce 30. Novembre 1687...
Fay oublié de marquen qu'on
s'eft trompé en mettant dans le
dernier Mercure que M de la
Berthiere eftoit Precepteur de
Monfieur le Duc de Chantres
il est Sous- Gouverneur de ce
jeune Prince.
De l'Imprimerie de C. Guillery .
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout
Palais.
"
E
Court-neuve du
L& Chevalier
à la Mode
die.
›
Come-
1. 1. 10. f..
La Défolation des Joüeufes , Comedic.
15.
f.
Entretiens
fur
la pluralité
des
Mondes
, de
M.
de Fontenelle
, augmentez
en plufieurs
endroits
, avec
un fixiéme
Soir
qui
n'a
point
encore
paru
, contenant
les
dernieres
découvertes
qui
ont
efté
faites
dans
le Ciel
. 1.1 . 10. f.
L'Art
de Laver
, on nouvelle
maniere
de peindre
fur
le Papier
, fuivant
le coloris
des
Deffeins
qu'on
envoye
à la
Cour
, par
M.
Gautier
de Nifmes
1 , 1...
Traité
des
Fortifications
enrichy
de
23
Figures
, contenant
la Démontration
& l'Examen
de
tout
ce qui
regarde
l'Art
de fortifier
les Places
tant
regulieres
, qu'irregulieres
, fuivant
ce
qui
fe pratique
aujourd'huy
, le tout
.
"
Cc
pour
d'une maniere abregée , & fort aifée
l'inftruction de la Jeuneffe. 1.
liv . 10. f.
Ellais de Morale & de Politique ,
cù il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier &
comme vivant en Societé. 2. vol. 2.
liv .
Le Cours du Danube & des Rivieres
qui s'y déchargent , où fe trouvent
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Hiftoire des Troubles de Hongrie
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze . 7.1.10 . f.
Dialogues des Morts . 2. vol . in
doaze .
*
3.1
.
Hiftoires
des
Oracles
. 1. liv . 10, f.
Lettres
galantes
de
M.
le
Cheva- lier d'Her... 2. vol. 3.1.
Les Malheurs de l'Amour , ou Elconor
d'Yvrée . 1. l. 10. f.
Ambalades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , a7 .
prés du Grand Seigneur, avec plufieurs ,
Pieces curieufes , tirées des Memoires .
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte , & c .
باتکدوخ
Academie galante. 2. vol ,
La Ducheffe d'Eftramene .
Le Napolitain.
1.1.10 . f
se liv
2. vol ..
2. 1.
I. 1.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiftoire , avec des Scrupules fur le
Stile . 1.1. 10. f.
Caracteres de l'Amour. 1. 1. 1o. f.
Le Grand Vifir Cara Muftapha..
L'Illuftre Genoife..
Le Seraskier .
1.1. 10. f.
1.1. 10. f.
I. l . 10. f.
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Espagne . 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois. 1. 10. f.
Relation du Mariage de Monſei- gneur
le Dauphin
,
Anne
viere
-
avec la Princeffe
Chreftienne- Victoire de Ba-.
1. 1. 10. f.
Ccij
Journal du Voyage du Roy à Lu
xembourg , contenant la defcription:
des Places de la haute & baffe Alface,
& de celles de la Province de la Sare:
& de Luxembourg . 1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chretiennes en Hon
grie , & dans la Morée , avec la priſe
de plutears Places fur les Infidelles ..
I. liv.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perfe & aux Indes Orientales par la
Mer noire & par la Colchide , enrichy
de dix - huit grandes Figures . 2. vol . in
douze .. 4.1. 10. f.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges.
L'Ariofte moderne. 4. v. in douze..
8: 265
i... 1. 1..
6.1
Dialogues Satyriques & Moraux.
Fables nouvelles.
1. 1. 10. f.
1. l.z.
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers.
Epiftres en Vers de M.
1. l.
Sabatier ,
de l'Academie Royale d'Arles. Til
Jugement de Pluton fur les Dialo-
1.1. 10. f. gues des Morts .
Relation du Voyage du Roy en Flandre
en 1480.. 1.1 . 10. f..
La Negociation du Mariage de-
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal..
1.b. 10.f..
Relition du Siege de Vienne . 1.1.10f.
Relation de ce qni s'eft paflé à Genes
. 1.l. 10.f..
Relation du Siege de Luxembourg..
1.1.10.fa
Ambaffade de Siam en France , di
vifée en 4. vol .. 6. liv.
Le premier Voluma a pour titre. »
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
en France , contenant la reception
qui leur a efté faite dans les Villes ou
ils ont paflé ; leur entrée à Paris ; les
céremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Maifon
Royale ; les Complimens qu'ts"
ont faits la defeription des lieux où ils
A
ontesté ; & ce qu'ils ont dit de remar quable fur tout ce
que
veu.
Le fecond Volume a pour titre .
>Suite du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant cece qui
s'eft paffé à l'Audience de Madanie la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,"
& de Meffieurs de Croiffy & de Segnelay
, avec une defcription exacte des
Chasteaux , appartemens , Jardins &
Fontaines de Verfailles , S. Germain ,
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
$ de S. Cyr , & de ce que les
Ambaffadeurs ont vea dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joinrle
difcours qn'ils ont fait au Roy..
Le troifiéme Volume a pour titere.
Troifiéme partie des Amballadeurs
de Siam en France , contenant la fuite
de la defcription de Verfailles , celle
des chevaux qui font dans les deux
.
8
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft palle
dans les vifites qui leur ont efté
rendues ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la defcription
des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harai
gees qu on leur. a faites dans toutes
les Villes de Flandre .
Le quatrieme Volume à pour titre.
Qatrième & derniere partie du
Voyage des Ambafladeurs de Siam en
France , contenant la fuite de leur
Voyage de Flandre , depuis Valencienne
jufqu'à Paris ; la defcription
des Villes où ils ont pallé , & les harangues
de tous les Corps , ce qu'ils
ont veu à Paris depuis leur recour ,
avec une defcription de tous les lieux
où ils ont efté , & de la Feste donnée
par Monfieur à S. Cloud , leur Voyaà
Verfailles , leur Audience de
Congé , & les dix- fept Andiences
qu'ils eurent le même jour , avec tous
les complimens qu'ils ont faits , la lifte
des prefens qui leur ont efté donnez ,
ce qui s'eft paflé à leur départ , & les
noms des perfonnes diftinguées qui
fontparties pour Siam .
Outre les Mercures d'onze années ,à
commencer en r677 . il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lefquels.
font divers Traitez tres- curieux fur
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts.
Hiftoire du Siege de Bude. 1.1. 10 .
Recueil d'Ouvrages faits à la loüange
du Roy , fur l'extirpation de l'He--
refie, 1.1. 10. f.
Relation des Prieres publiques qui
ontefté faites par toute la France , en:
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. l. 10. f.
Antiquitez de M. Spon , Ouvrage
enrichy de plufieurs Figures.. 7.1
>
LIVRES
2252522222255255S
LIVRES DE MUSIQUE
de la Compofition de
M de Bacilly.
I
Ly en a vingt , moitié
gravez
au Burin , moitié de l'impreffion
du Sieur Ballard. Les dix gravez
font en fort petit nombre depuis
qu'il en a effacé toutes les planches.
Il n'en a fait tirer qu'une vingtaine
de chaque forte pour ceux qui voudront
profiter de l'occafion de les
avoir bien plus corrects qu'ils n'étoient
, & en bien plus beau papier.
Ily en a auffi une trentaine de chacune
des dix fortes de l'impreffion du
fieur Ballard, qui feront unjourfort
recherchez à cause des Airs Bachiques
en maniere de Baffe , dont il
D d
A
eft inventeur , & où l'on sçait
qu'il a excelle. Outre ces vingt Livres
d'Airs, il a encore environ une
trentaine de Livres defon admirable
Art de chanter, & un grand nombre
des douze Recueils Nouveaux de
Vers mis en chant. Tous ces livres
fe vendent au Palais chez le fieur
de Luyne's & lefieur Gueront Librai
res , & chez l'Autheur rue S. Anthoine
, dans une Porte Cochere , qui
eft entre deux Boutiques de Lingeres
vers l'Hoftel de Suilly,
Le même Monfieur de Bacilly avertit
qu'il a une Bibliotheque à vendre
de toutes fortes de livres de Mufique
, Italienne , Latine & Frangoife
, iinn quarto au nombree de
plus de cent Volumes à trois , à
quatre & à cinq parties , même les
Ouvrages du vieux Boiffet , de Guedron,
de Moulinié , comme auffi tet
tes fortes de Livres d' Airs de differens
Autheurs , dont les trois premiers
ne fe trouvent plus chez le
fieur Ballard , & autres Livres de
Richard , Chastelet , des Rofiers ,
Sicard, Cambefort, Hotman , Cambert
, tous les Livres de Chanfons
à danfer & à boire, depuis l'an
1621.jufqu'à la prefente année , plu
fieurs Opera tant notez qu'en feuille
, & plufieurs livres à Vignette ,
reliez en Marroquin , pour écrire de
la Mufique & de la Tablature.
Dd ij
Avis pour placer les Figures.
L'A
Air qui commence par , Faimois
Iris , je l'aimois tendrement , doit
regarder la page 103 .
Le Plan de Caftelnovo , doit regarder
la page 244.
La Chanfon qui commence par,
Aimer une Beaute fevere , doit regarder
la page 293 .
Extrait du Privilege du Roy.
AR Grace & Privilege du Roy , donné à
Pchville, Let dos,. Signe, Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES, Il eft
permis au Sieur DANNIAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et defenſes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14 .
Septembre 1663. Signé ANGOT , Syndic .
Ledit Sieur Deviza' a cedé fon droit du
prefent Pri ilege à Michel Guerout Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères