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1687, 09 (partie 1)
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Texte
Uu


LEDAUPHIN.
Divisé en deux Parties,
SEPTEMBRE 1687.
A PARIS,
ViIV?AhAlS,
ONdonnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier ieur de chaque Mois, & on
le ven dra , Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dansla
Salle des Merciers, àlajustice.
T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle ,
à l'Envie.
m MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXVII.
&VEQPRIVILEGE DU ROY.
AVI S.
RIE Nn'estantsi difficile à (çdfJOJr
que la véritéd'un grand èvenement,
& les dètailssinceresn'en pouvant
venir que long-temps après les premieres
nouvelles, on ria reçeu celuy que vous
trouverez dans la seconde Partie du
Mercure de Septembre
, que lors que 1-t
premiere estoit déja tellement remplie,
qu'on a esté obligé de reserver pour le
mois prochain plusieurs Nouvelles aussi
importantes que curieuses. Il y a bien
des années Yrion n'a vû unsi beau Détail
de Bataille que celuy qui està lateste
de cette seconde Partie; &Von peut dire
que ce n'est que dans une Relation aussi
exacte& aussi nettement écrite que cellelà
,
qu'on peut démefler une action memorable.
Il y a encore plusieurs autres Relations
de la mesme affaire dans le mesme
Volume
,
afin que le Public puissevoir
de quelle maniere chacun en parle, &
tirer de là les confitquenççs qu'il jugera
à propos. Ilym nttjjl dcttx Relations de
la défaite des Turcs dans la Adorée& de
la prise de Tétras & de Lepante & des
deux Chasteaux,par l'Armée Venitienne
(3vcc des descriptions de toutescesPlaces.
Ces Relations font suiviesde celle qui
apprend la prise de Cafte!
-
Tornefe
de Corinthe,d'Acro-Corinthe & de Aii-,
sitra, avec la description de cesPlaces.
Ainsil'on peut dire que ce Volume contient
tout ce qui s*est fait cette Campagne
contre les Turcs, tant en Hongrie
que dans la Morée. On le donnera pour
vingtsols reliéen veau, cfTpOHr quinze
relié en parchemin.
MGEARLCANVTRE
SEPTEMBRE1687.
E vous obeïs, Madame.
Vous voulez
voir l'Ode qui
remporta le Prix il
y a quelques mois à l'Academie
Royale d'Angers,& je
vous l'envoye. Elle est de
M Magnin, & comme elle
regarde le Roy, & que je n'ay
jamais manqué de vous rapporter
quelqu'une de ses
actions au commencement
de toutes mes Lettres, elle
en tiendra lieu dans celle-cy
SUR LE NOUVEAU CANAL
DE LA
vRIVOIEDREED.'EURE. Ieux Flateurs des grandeurs
fwynaines,
lors que vous chantiezvos Heros,
NousfçAvons avec quellesgefnes
Vous nous déguisiezleursdéfauts.
Revenezau Siecle ounoussommes;
En LOVIS, le plus grand des
hommes,
Vouspourrezvoiravecplaisir,
Loin qu'ilfailleornerson Histoire,
j^ue dans
-
les beaux traits de sa
gloire
On a depeine qu'à choisir.
Toutts les Nationssurprises
De ce qu'il vient leur enseigner,
Contemplent danssesentreprises
Vn beauplan de l'art de regner.
Mais quandsaforcesemesure
Avec celles de laNature
,
Lors qu'il commande aux EltmeliJ.
Jjlue sçavent-ellessi duMonde
Cetteseule causefécondé
Gouverne tousles mouvemens ?
Vne grandeur ambitieuse
Avec des efforts moins puissans,
Eust de l'Antiquitéfltte(ifè
Receu les honneurs de l'encens.
Eust-on veu de cette maniere
Forcer le cours d'une Riviere Eleverson Litjusqu'aux Cie,ux,
Sans dire d'une voix commune
,ZueL"EFRE,déclaroitNeptune
Le plus puissant de tous les Dieux!
Mais par combien d'autres merveilles
XOVIS les a-t-il efface%J!
En trouvera-t-on depareilles
Dans les évenemens passez ?
Les Mers, les Fleuves, les fontaines
Ases volontez, souveraines
Sesoumettent avec plaisir.
VEVRE fournise les écoute,
Et changeant de lit& de route , SembleJebajtcrd'obéir*
Tassant de nouvelles Campagnes
Avec des efforts inoüis,
Elle forcera les Montagnes
Fourse rendre auprés de L 0 VIS.
Prenant part au mesme avantage
Ses Nympheshasteront l'ouvrage;
Celles de la Seine à leur tour,
En accourant à leur rencontre,
Jri ront unesuperbe montre
De leur zele & de leur amour.
Les Tritons, du haut des Cascades
Precipiteront les Naiades
Sejoüant dans les jourssereins,
Et roulant dans les Mers ensemble A , ce grand nom qui les ajfemblç
Montez., donc, que l'on voussuspende,
Belles Eaux ,sur ce haut terrain;
Le Heros qui vous le commande
A bien fait obci"r le Rhin,
il n'entreprendrien qu'ilnefasse,
Le T'I-sechangeroit de place,
Et s'il l'avoit lilt/J.-ne entrepris ,
Par un rer.'vcrfment étrange
,
0i verroit l'E/:'phr.!te & le Gange
A/roftr les murs deParis.
De lasuperbe Babylonne,
Cachez-vous
,
Iardins suspendus ,
Dans ce dessein qui nous étonne
Vos droits si fameuxsont perdus.
Peut-estre estoit-on équitables
J>)nand on voustrouvait admirables ;
Maispouvoit-onfcifgurer
Que L'EVRE en ce Siecleounous jJWfXCs,
Pd'~^ortcou;s jttot (J'te!eshornrlles
C:jjl,0itnt de vous admirer?
Mais à peine dans ma carriere
le commence à mesoutenir,
.f<:!,'on me montre la Loysevere
Jgui m'annonce qu'ilfautfuit,
tfajlcz*,Riviereofrtunée
Hajre7^1'haireafedcftlnéc
£hùfait chanter les beaux efprlts;
Montée ausejour du tonnerre, Surtouslesfleuves de la Terre
Vous aure 7^j<-arcme nt le prix.
PRIERE
POUR LE ROY. EN chantantde LOVIS les vertus
heroïques,
Seigneur, nous vous prions de nous
le conserver,
Par tout on vous en fait des prieres
publiques,
Icy c'est Uï:e Loy que l'on doit obierver.
De ce jtjh devoir chuïuti de nous s\icq:uii,
Il est l'unique espoirde nosfelicitez
Le moyen que nos voeux ne soient
pasécoutez,? SJi nohs Cfhajntsmne seçaruruoieent,êpuijer
Croirons - nous de pouvoir éfltifir:
vos bontez?
Rien n'est si à la mode
aujourd'huy que de parler de
la Chine) sur tout depuis que
nousavons veuen Francedes
Ambassadeurs du Roy de
Siam. Le Pere CoupletJcfuite,
qui a demeuré long-temps
à la Cour de l'Empereur des
Chinois, a fait une
-
Carte
npuvelle de ce grand Estat,
avecquelques Observations,
&ennousdonnantledénombrement
des Peuples de ce
grand Empire? il aéclaircy
ce qui causoit tous les jours
de grandes contestationsentre
lesSçavans, avant que
nous en eu ssions une intelligence
aussi claire qu'on la
peut avoir par ce qui est marqué
dans cette Carte (tir chaque
Province, ainsi que vous
l'allez lire.
La ProvincedePEKIM
contient huit Villes principales;
cent trente-cinq autres
Villes; 418989 Familles, &
deux Temples qui ont elle
élevez par la permissîon de
1 Empereur. Il y a quatre
Temples,& des Millions hors
de la Cour.
La Province de XANSl
contient cinqVilles principales
; quatre-vingt- douze
autres Villes; fîjCyj Familles;
cinq Temples; trois Residences
;vingt-neuf Oratoires
&Missions.
La Province de XENSI
contient huit Villes principales
; cent sept autres Villes;
831051 Familles; six Temples;
deux Residences; vingt-sept
Oratoires & Millions.
La Province deXANTUM
contient six Villes principales
; quatre-vingt-douze autresVilles;
770555Familles;
deux Temples; une Residence;
onze Oratoires & Missions.
La Province de HONAN
contient huit Villes principales
; cent autres Villes ;
)'892.96 Familles;un Temple,
& une Residence.
La Province de SUCHVEM.
contient huit Villes principales;
cent vingt-quatre autres
Villes;464129 Familles;
trois Temples
, & autrefois
deux Résidences.
La Province de HUQUAM
contient quinze Villes principales;
cent huit autres Villes;
531686 Familles; quatre
Temples;une Residence, &
huit Missions.
La Province de NANKIM
contient trente quatre Villes
principales, cent dix autres
Villes; 15)69816 Familles; un
College, & cinq Residences.
Dans les Villes principales, &
dans les autres il y a dix-huit
Temples, & il y en a cent
troisdans les Bourgs avec soizanter-
cijaqMiffiolu.-
La Province de CHEKIAM
contient onze Villes principales;
soixante-trois autres
Villes; 1242135. Familles, &
un College. Il y avoit autre-
- * fois cinqTemples & une Residence.
La Province de KIAM si
contient treize Villes principales;
soixante
-
sept autres
Villes;1363629Familles; sept
Temples; trois Residences,
& quinze Millions.»
La Province de FOKIEN
contient huit Villes principales;
quarante-huit autres
Villes^opiooFamilléS;vingtquatre
Temples; cinq Residericcs&
M.ssions.
La Province de Quamtum
contient dix Villes principales
: soixante- treize autres
Villes; 483360 Familles;sept
Temples, & autrefois trois
Residences & Millions.
La Province de QUAMSI
contient onze Villes principales
; quatre-vingt-dix-neuf
autres Villes; 186719. Famillles;&
autrefois un Temple &,.
une Residence.
La Province dytlNN.AN
contient vingt- deux Villes
principales; quatre-vingtquatre
autres Villes, & 1329JI
Familles.
La Province QUEYCHEU
contient huit Villes princiles;
dix autres Villes, &45303
Familles..
Ces quinze Provinces contiennent
ensemble 155. Villes
princi pales;1312.autresVilles,
outre 2357. Bourgs militaires;
10128789 Familles, qui font
58915783 hommes; environ
deux cens Temples que les
Jesuites ont fait élever; trois
Residences autorisées par le
Sceau public, trois Colleges
commencez >
sans les Oratoires
& les Missions. On ne
comprend point les femmes
dans lanombre qui est marquépour
les hommes, non
plusque les Enfansau dessous
de vingt années,nyles Gens
de Lettres & de Guerre, qui
font encore plusieurs millions.
-
Le Voyage de la Chine seroit
agreable à faite pour les
Peuples de l'Europe, s'il n'y
avoit pastant de Mers à tra..
verser? &ficeux qui en braventles
perils avec le plus de
courage,n'en trouvoient pas
de fort grands qu'il faut
cfTuycr pendant un trajet
d'un si long cours. C'est ce
quia fait chercher les moyens
d'yaller par terre, & on ne
les a pas cherchez inutilement,
sil'on en croit une Relation
qui m'a esté envoyée.
Elle est remplie de choses
tres-curieufcs
, & je la laisse
dans le mesme stile que je l'ay
rcceuë. Je ne répons pasque
l'on n'ait pointchangé quelques
lettres dans cjuar.tite de
noms propres de Rivieres &
de Villes qui ne nous sont
pas connuës. Cette Relation
contient le Voyage que-Ílt il
y a environ deux ans, le Sieur
Nikiposa, Moscovite, depuis
Moreou. jusques àPekin, Ca
pitale de la Chine, où il alla ,
avec des Marchands De Moscou,
il se rendit à Vologda,
Villesituée surle fleuveTodma)
ou est une Ville dece
mesme nom. De Todma il
alla à Ustugualiki, de là à
Permakoukirad, où est h
Ville de Permavellk. Ce fut
làque l'ArchevesqueEstienne,
qui baptisa quelques-uns
des Peuples qui demeurent
aux environs de Permavelik
souftritle Martyre, Le Sieu
Nikipofa alla ensuite à Solkamskot,
grande Ville de
Moscovie
?
située sur le fleuve
Kama, par lequel les Mofcovicesreçoivent
le Sel. Cette
Rivicre se jette dans le Volga,
du Volga dans le fleuve
Oka,&puis dans la Riviere
de Moicou.
De Solkamskot, Ville de
la Province de Sebirie, il se
rendit à Vvischiturgium,Forteresse
parlaquelle il faut necessairement
passer pour evi<?
ter les grandes Montagnes &
lesrochers qui sont dans le
droit chemin. Il alla de là à
la Ville de Turnen) située
sur la Riviere Tumenem.
C'est dans ces quartiers de la
Province de Sebirie que demeurent
les Tartares Mahometans,
dontla Langue est la
mesme que celle des Tartares
Naugatù
, qui sont autour
d'Astrakan.De cette derniere
Villeonva à celle deToboul,
Capitale de Sebirie, où un
Vivode fait sa demeure. Au
dessous de cette Ville se joignent
les fleuves Toboul &
Irstik. Ulrihk est aussi grand
que la Vistule
:>
& c'est par ce
fleuve que ceux du Pays con- ,
dussent toutes les semaines
leurs Sudais dans le lfeuve
Oby. Sudais est le nom qu'ils
donnent à leurs Vaisseaux.
Ensuite montant sur le flenve
Oby l'espace de trois semaines.,
on vient à la Ville de
;.
Surgut
?
où demeureaussi un
Vivode. C est dans cette contréequ'habiteun
Peuple Idolâtre,
appellé Ostiaski. Ila sa
Langueparticuliere sars aucune
écriture. Les Renards
noirs sontcequ'il y de plus
precieux encePays-làQuand
on les veut acheter-il en faut
-
couvrir la peau d'autant d'écus
qu'elle peut eh conte- nir. Continuant sa route pa
ce mesme Fleuve Oby, on
vient à Klarem
,
quiest une
Ville où un Vivode fait sa
residence. Il y a aussi quelques
Knez qui ont fous eux cent
ou deux cens Tireurs d' Arc,
qui amassent le Dan.) c'est à
dire le tribut pour les Kzars.
Ce tri but consiste en différentes
fourrures que les Habitansdonnent
au Vivodéde
Klarem
, qui a foin ensuite
de lès faire transporter à Mof-
-
cou. Toute cette Contrés
n'estqu'un Bois, & le Peuple
qui est Ostiaski, ne se nourrit
que de poisson
, & de venaison
qu'il mange sans pain &
sans ici.Les: Moscovites ne
laissent pas de faire du pain
autour deleurs Horadis
, &
ces pauvres Ostiaski en achetent
volontiers. Ce Peuple ne
se bar ny à pied ny à cheval à
cause des Bois, & lors qu'il se
bat par rencontre avec les
Moscovites
?
c'est toujours
sur les Rivieres.
AKlarem on laisse le Fleuve
Oby, & l'on entre dans la -
Riviere..:J.<ieta. , quitombe
dans
dans ce premier Fleuve. On
va par la Riviere Quieta l'efpace
de cinq semainesjusqu'à
Makouskichoroda
, & là on
quitte les Vaisseaux. La Nation
qui habite ce Pays est
Ostiaski, & elle a la Physionomie
des Kalmonez. Ellea
ses Tentes dans les Bois, &
court de Riviere en Riviere
pour trouver de la venaison
& du poisson. De Makouskichoroda
,
aprés avoir marché
deux jours dans les Bois, ou
il se trouve quelques Villages
Ruissiens y- dans lesquels on
peurle pourvoir de pain, on
arrive à Lenisca,Villesituée,
sur le Fleuve du mesme nom,
qui estaussi grand que la
Vistule.Il y a unVivode dans
cette Ville. Le Peuple d'alentour
appelléTongufi
,
est
Idolâtre & assez grossier. Il a
aussi sa Langue particuliere,
&laphifionomie des Kalmonez
>
mais il est plus bazané
qu'eux. C'est là que se prennentles
principales Soboules,
c'est à dire, les Mara-Zibelines.
De la Ville de Jenifca
,
il
faut monter par le Fleuve de
ce nom pendant trois jours
jusqu'à laRiviereTongusi,
quiest à peupréscommela
Vistule. Il y a neuf écueils
dans cette Riviere ,& onne
les passepas sans difficulté,
à moins quel'on n'ait quelqu'un
du Païs pour indiquer
le passage. Cette Riviere se c? jette dans la Mer Glaciale,
mais commesonemboucheure
est toute remplie de ces
Porohis ouécüeils, & que les
glaces ne se fondent & ne se
retirent jamais de ce lieu , on
ne sçauroit tenter par là un
passage. Le PeupleTongusise
rase lateste comme les Kal.
mone~ & porte commeeux
la Cuprine ceilà dire, une
petite touffe de cleveux qui
leur pend par derriere. On
monte pendanttrois semaires
par la Riviere Tongusi,jus
qu'à celled'Ilima) sur laquelle
estsituéelaVilled'Ilimeko,
danslaquelle reside un Vivode.
Le Peuple d'alentour
qui est Tongufi & Ostiaski,
se tient en Esté dans les Sudais
& court ainsilesRivieres
en Hiver quand les Rivieres
font glacées & couvertes de
negc, ils se mettent dans de
petits traîneaux fort legers
ausquels ils attellent des
Chiens&.desCerfs,&s'ilséleve
un bon vent,ils mettent
tout leur attirail dans leurs
traisneaux
, & par le moyen
d'une voile qu'ils y attachent,
ils vont par la nege sur ces
traîneaux?tournant la Voile
comme ilsveulent.
: De la Riviered'Ilima, ou
descend l'espace de trois jours
à un Fleuve appelle Len ,
sur
lequel il n'y a aucune Ville,
mais feulement des. Villages
& des Ports où plusieursVaisseaux
arrivent, La Nation qui
habite cetteContrées'appelle
Iakuti
, & est semblable en
en phisionomie aux Kulmenez.
Les Habitans font Idolâtres
comme ceux-cy, mais
plus ménagers & plus politiques.
Ils ont du pain, & nourrissent
des chevaux? & autre
bestail. Celuy d'entre eux qui
est le plus riche Knezik, par.
se une belle Veste,fourrée par
dedans de Soboule, & ce qui
paroist au dehors est de four,,
rure de chien; estant bien
juste, di sent-ils, queleChien
ait la préférence sur la Sa.,.
boule, parce qucc'est luy qui
la prend.
En quittant le fleuve LerÍ,
on entre dans une Riviere,
sur laquelle il y aune grande
Ville, nommée Jukustanke,
dans laquelleest un Vivode.
C'est là que se trouvent de
bonnes Soboules, & des Renards
noirs. Le Dan qui en
revient tous les ans aux Kzars,
se monte jusqu'à, deux cens
mille écus. , Par le fleuve Len on pour- roit en moins de temps, &
par un chemin plus droit arriver
au Kitai? qui est lenom
que les Moscovites donnent
à la Chine. Il faudroit pren.
dre par un HaffouDétroit qui
tombe dans locein & couper
tout droit par là, mais ce
ce chemin est très-difficileà
cause des grandes Montagnes
&des Rochers, qui sont extrêmement
avancez dans la
Mer. On va feulement par là,
pour chercher des Os depoisson
blancs & noirs, dont on
se sert pour divers travaux.
Quoy qu'il en soit, le chemin
ordinaire du Kitai n'est point
par la Riviere Ilima) ny par
celle de Len) mais par la RiviereTongusi.
La routequ'on
,a marquée conduit à laVille
de Bratska. Les Moscovites à
qui elle appartient) y tiennent
un Vivode envoyé de Jenisca.
Le Peuple d'alentour est
Brarsk
?
& ressemble aux Kalmonez.
De BratsKa on monte à une
VilleappelléeIrKùtsk, par la
Riviere d' Angara,quiest aussi
grande que la Vistule. Le chemin
est de quinze jours, &
tous le Peuple est BratsK.
D'IrKutsK on monte par la
mesme Riviere d'Angara jusqu'à
un Lac appelle Baikala)
d'où cette Riviere prend sa
source. Les eaux de ce Lac
sont si claires
-' que l'on en
peut voir la profondeur. Il a
quarante VaistsouStades de
largeur, & cinq cens de longueur,
& il est environné de
grandes& hautes Montagnes
où les neges ne fondent ny
en Hyver, ny en Estè. Quand
le temps est beau,onpeuttraverser
ce Lac en unjour, mais
quand il est mauvaisn, on y en
employé trois, & quelquefois
toute une Semaine, De là on
entre dans une Riviereappellée
Selega qui Ce rend dans ce
Lac. Elle est plus petite que
la Vistule, quoy qu'elle foit,
tres-profonde & tres-rapide.
En montant par cette Riviere
1espace de trois semaines, on
aborde à une Villede Moscovie
nomméeSelenginsk, ou
..gouverne un Sous-Vivode
qu'onenvoye deJenisca, C'est
en cet endroit que les limites
de Moscovie se joignent avec
l'EmpiredeMongulsk, où le
Peuple a son Kam. Celuy d'à
present s'appelle Becq Rey
Kam, La Langue est la mesme
que celle des Kalmonez. Les
Gens du Pays sont Idolâtres
commeeux >
mais bien plus
politiques & plus civilisez,
quoy qu'ils n'ayent ny Villes
ny maisons, mais feulement
des Tentes?souslesquelles ils
demeurent. Ils ont un Archevesque
, ou plûtost un Patriarche,
qu'ils appellent Kutuchtalama.
Ils s'habillent comme
les Chinois;retroussant comme
euxleurvesteàdemy.Ils
ont de tres-beaux chevaux, &
tres-bien enharnachez) &.[e
fervent d'armes à feu; dont
ils sçavent fort bien tirer.
En partant de Selenginsk).
où il fautse pourvoir de Mulets&
de Dromadaires. On
pourroit bien aller droit au
Kitaipar les terres de Mongulsk,
mais parce qu'il y a de
grandes campagnes sans bois*
onest obligéde faire un a(sez
grand détour de six semaines
de chemin,qui sans cela ne
seroit que d'un mois jusques à
Pekin. Ainside laVilledeSelcnginsk
on va par les bois
dans plusieurs Villes Russiennes,
dont une avancée vers le
Kitai s'appelle Jaravana. De
cette derniere Ville en.mar--
chand six jours dans lesbois)
on arrive à celle de Talembi
x
quoy qu'elle ne foit pas dans
_ledrQuchcmin?non plusquç
Nj*on'iiûki.e*oul'on a pourtantaccoûtuné
de passèr.
C'estlà queresideun Vivode,
qui est toujours envoyéde
Moscou. Le Peuple qui demeure
aux environsestBratsk
qui a pour voisin un autre
Peuple nommé Daoury,qui
a une Langue particulière, &
&vità peu prés comme les,
Kalmonez.
DeNaroninskie
, on va par
les Rivieres Schilka & AmorJ!'
àune Ville appellée Albasin,
Le.chemin est de neuf jours.
c'est là que le Pays commence
à estre plus chaud* Uy
croist beaucoup de fruits ckns
les jardins, aussi-bien qu'en
bas sur le rivage, On y recueille
mesme du vin & du bled
en abondance. La Riviere
.f\mor est plus grande que
l'Oby. Elle tombe dans la
Mer du Japon. L'entrée i-ican
moins en est extremement
difficile, parce qu'il y a sur
le
rivagede
la Mer de si roseaux, gros qu'à peine un paysan
les peutembrasser. Le Peuple
qui habite cette contrée,
s'appelleTargacrinfk&Daoury.
Il est fort laborieux, &
demeure dans les maisons par
Villages.
Albasinest la dernierc Ville
de Moscovie, d'où en traversant
la Riviere Alnor) on
entre chez une Nation que
l'on nomme Bogdoifk. Le
Kam appelle Bogdokam, y
demeuroit autrefois. C'est
ceBogdokam,qui aprèss'estre
joint au Mongoulkfranchit
la muraille de la Chine,
à la faveur de la Riviere de
Lochen,qui estoitglacée, &
qui passe au travers de cette
muraille. Il vint ensuite à
bout de s'emparer de la Chine.
, Lors que l'on efl au confins
de cette Nation Bogdoifk, on
va par des Villages l'espace de
quatrejours
?
<3c aprés cela, en
passantp^rle-Mongoulx';on
le rend en vingt-neuf jours à
PeKiii, Capitale de la Chine.
La premiereVille que rcn,
Montrentceux qui ontpasséla
Muraille
, s'appelle Taibierim.
Il y en a plusieurs autres
que le SieurNikiposan'a pas
écrites, parce qu'il nesçavoit
pas la Langue. On vient ensuite
à Turrik, qui n'est pas
éloigné de Pekin.Toutes
les
Villes font murées,& ornées
de belles.Tours qui ont de
l'Artillerie, maisextremement
courte. Le Mosovite
qui a écrit cette Relation, vit
là un Jesuite habillé à la Chinoise
qu'on appelloit Ali-
•chachaura.ileltoit engrande
estime parmy les Chinois, à
causede l'Astrologie. Il y
avoir encore un autre.Jesuite
plus ancien que luy. Pekinest
une Ville bien bastie & bien
peuplée. LePalaisdel'Empereur
est tres -magniifque, &
d'une grande étenduë. Les
Jesuites, dont le nombre n'est
<]ue de cinq, ont un College ?
€jui cû aussi d'une grande
magnificence, & basty en maniere
de Fortcresse.
Il suffit qu'une route aussi
mutité que celle qui est marquée
dans cette Relation,ait
elletrouvée une fois pour
estrebien frequentée. On
cherchera les moyens de l'accourcir,
& de la rendre commode.,
& ils ne manqueront
point. On peuplera les endroits
les plusdeserts, dans
l'esperance de gagneravec les
Voyageurs; & lesSiecles qui
suivront le nostre, auront
peur-estre de la peine à croire
que cetteroute ait esté difficile.
Des Lettres que l'on a
cuës depuis peu de Moscou,
nous apprennent qu'il yestoit
arrivé des Jesuites '9ui pretendoient
se rendre à la Chine
par cette nouvelle route.
Puis que nous sommes sur
les Nouvelles étrangeres, je
vay vous faire part d'une avanture
tragique
, que j'ay
leuë depuis quelques mois
dans une Lettre écrite de Surate,
à la Mere Generale des
Religieuses duCalvaire à Paris,
par le Pere Yves de Bourges
, Capucin Millionnaire
$11 Levant, & Neveu duPere
Espritd'Yvoy-Sabbatier,aussi
Capucin, témoin oculaire de
tout le fait.Voicy ce que
porte cette Lettre.
Certains Peuples appellez Bagnans
,
dont la Sefie est en ces
lqauartiers la plus nombreuseaprès
Mauresque, ont pour créance
que celles d'entre les Femmesqui
ont lecourage dene pas survivre àleursMaris,sontincontinent
aprjs leur mort rétablies avec
tux;pour goûter une njie beaucoup
p
plus delisieuse que celle
qu'elles ontmenée sur terre. Ily
4, plus d'un an qu'une Femme.
frapée decetteimagination, ob~<
tint du Gouverneur de Surate, à
forced'argent,lapermijjiond'e~
pre brûléeavecson Mary quelle
avoit perdu depuispeu de jour.-. Je fus curieux de voir une chose
sisurprenante
, & jeremarquay
des circonstancesquisuivent.
A demy-lieuëde la Ville, sur le
bord d'une Riviere qui en arrose
les murailles, en un lieu où
les
Bagnans ont accoutuméde brûler
les corps ,
efloit celuy d'un
homme mort, dont les pieds trempaientdans
la Riviere. Vis-à-vis.
de luy à trois pas en terre, ily
avoitunepetite bute desixpieds
en quarré composéedebuches
de bois, & defagots de paille
d'uncertain Mil donton nevoit
point en Francs", Au dedans estoit
un bucher de grossesbuches croisées
les unes
sur
les autres, à
l'élevation etun fîtge ordinaire.
Tandis que je considerois avec
plusieurs autres un sifunesteappareil
, on vit paroistre lafemme
.:Ju Mort,suivied'une foule de
peuple.Elleestoit couverte d'un
drap, & avoit quarante arts ou
environ. Lors qu'ellefut arrivée
a cent pas prés du lieu ou nous
estions,elle entra dans l'eau avec
plusieurs autres Femmesde ses
Parentes& deses Amies, qui
l'accompagnaient pour la con- gratulersurtacliongenereuse
qu'elle alloitfaire. Elles y firent
quelques prieres à leurmode, CM
à cinquante pas de là elles tCItererent
la rnefmecercr/ionie„
Comme elle approchoit du lieu
où reposoit le Défunt,on enleva
lecorpsavantquelleyfust arrivée,
&on le porta sur le bûcher
préparé,Cependant cette cciirageufe
Femme se mit dans, l'eau
pour la troisiémefois,&quand
elle en futsortie, aprésyavoir
demeuré un peu plus de temps
qu'elle n'avoit fait les deux premieres
; toûjours couverte ainsi
eju'ellç
qu'elleestoitvenuë,elle s'avança,
seule du costé de lapetite Uge>(j*
en fit troisfois le tour. Ses Parentes
&ses Amies vinrent l'embrasser
au second tour qu'ellefit,
& la congratulerent de nouveau
enluydisant le dernieradieu, Il
parut un jeune Enfant, âge environ
de quinze à seize ans, qui
s'estant jetté àsespieds
, temoigna
par ses soupirs dr par ses
larmes, que les maximes de la
Secte n'avoient pas encore étoufé
en luy la juste douleur qu'il ressentoit
de sevoirsurle point de
perdre dans un mesmebucher les
deux personnes à qui il ae-voit.
la vie. CependantsaMeretoûjours
ferme sans donneraucune
marque de la moindre émotion,
acheva de faire le troisieme tour,
& estant entréeensuite dans la
petite loge, elle s'ae,tsur le bucher,
& mit le corps de son Mary
sur sesgenoux,Alors on luy
presenta un flambeau allumé,&
elle le prit pour mettre le feu
elle-mesme aux fagots de paille.
En mesme temps on boucha Fentrée
de la loge avec quelques bûches
& desfagots de la mesme
paille; aprés quoy huit ou dix
hommes presquenuds, beaucoup
plusbideux que nos Forgerons
de France, mirentle feu,de toutesparts
au dehors, afind'aider
celuy dudedans. Ilsy jetterent
de l'huile
, & firent des hurlemens
épouvantables, tandis que
les fiâmes, sembloientse pousser
de tous costez.Celarepresentoit ~c/ chose de la fureur avec
laquelleles Demons tourmentent
les UamneZ- Je vous avoueque
cetteaction tragique me causa
une frayeur dans laquelle je retombetoutes
lesfois quej'ypense.
Jefentis yiçm coeur touché d'une
tres-sensible compassion , ne pouvant
donner aetez de soupirs à
l'ëffroyMc aveuglement
3 & 4
l'extrême malheur de ces pauvre?
Peuples,
Je vous ay parlé dans mes
trois dernieres Lettres,de la
Medecine Universelle, à l'occasion
d'un homme que les
Nouvelles publiques ont dit
avoir paffé à Venise ,& à qui
elles donnent l'âge de quatre
cens ans. Je receus ce que
vous allez lire sur ce sujet,
presque en mesme temps que
<Ouvrage de Mrde Comiers;
de forte que l'un n'avoit pû
voir ce que l'autre-avoit écrit
(yr une matière si peu ço^
mune. Les Lettres de Mr dé
Comiers ont paru les premier
res , parce qu'on me les avoit
envoyées quelques jours avant
que l'on m'eust donné le dit
cours suivant.
REFLEXIONS<
ET DOUTES '¡,
Surl'âgede 400.ansque Toq
attribuë à un homme "-
de ce temps.
Eseroit quelque cbojeqal
nous consoleroit extrêmement
,
si l'on prouvait,ou si ïo&
donnoit au moins quelqueassurance
raisonnable que cet hom-
~mce q~uce /l''oo~n fait âge de quatre
cens ans, passant à Venisedepuis
peu de temps, ne sufl pas une pure
chimere. Nos coeUïS se réjoüiroient
d'un prodige si î-are, &
nous aurions dans cet exemple un
juste sujet de nous promettre de
plus longues années,sil'on apportoit
de bonnes preuves, pour
nousfaire croire qu'ilsesoit trou.
véde nos jours un homme qui ait ~o~ o~~
un si grand nombred'années,
J'avouë queje ne puis m'accoutumer
à cette histoire
,
mais aussi
je déclare que jen'ay pas dessein
de m'élever contre ceux qui
la veulent soûtenir. C'est uniquement
le respect quej'ay pour
lavtriteyquimoblige de proposir
incs Doutes3 & de faire
quelques Re flexionssur un événement
qui doit nvedlerl'attention
du Public.
L'immortalitéestoitle prix de
l'innocence de l'homme
,
mais
comme il ne la conservapasplus
de sept jours,selon l'opinion la
plus commune, il devint sujet à lamortaussi-tostqu'ilfut devenu
pecheur.Nous devonsreconnoistre
que lavie des hommesestoit beaucoup
plus longue dans les premiers
Siecles qu'elle ne l'est apyejent3
maisaussi les années des deux
premiers millénaires du monde,
estoient-elles aune aussi longue
durée que lesnostres? C'est un
point de critique qui n'estpas de
ce lieu.) & dont la discussion
demanderait un juste volume.
£hoy qu'il en soit, nous ne pouvons
refuserauxannéesdespremiers
Painarches une étendue
jvrt considerable, Il est marqué
dans le livre de la Genesequ'Adam
efloit âgé de 930. ans lors
qu'il mourut. Seth en avoit912.
Enos 905. Caïnam .93°. Malaleel895.
Jared962.Henoch365.
Mathusalem969.Lamech 777»
AToeson Fils mourut âgé de pfo<
ans. C'estvers ce temps que Dieu
dit que les jours de l'homme ne
seroientplusque desix-vingtans
David quivint au monde 1913.
ans après Noé, donne soixante
& dix années à la vie naturelle,
ajoutant que si elle va jusqu'à
quatre-vingt ans , ce n'eff que
pour augmenter nospeines& nos
douleurs.
Plusieurs Autheurs prophanes
n'ont pas laiBéde mettre sur les
rangs une foule d'hommes qu'ils
assurent avoirvescu, deux, trois,,
quatre> cinq,six,sept & huit
cens ans, & mefine un millenaire
entier
,
mais comme dit
Pline en traitant de cette matière
.)
ou ces Ev vains ont pris
fl-ûpr à debiterde pures Fables3
ou ils sesont trompez, en faisant
de tE/lé un an entier, & de
tHjver un autre, ou bien de
chaque Saisson
3 comme saisoient
les Arcadiens
,
dont l'année n'estoit
composée que de trois mois.
Ainsiprenant le tempsselon nostre
division
, nous trouverons
peu d'hommes depuisNoé, qui
ayentvescu plus de cent quarame
ans.
Les Historiens font foy que
lesPeuples de Transislvanie ,vi-
'l#ent tres-longtemps
,
aussi-bien
que les Peuples d'Angleterre,
dont nous avons un celebre témoignage
dans ce Siecle. Mr
l'Abbé de la Roque remarque
dans l'un desesJournaux
,
qu'il
s'estveu en Ecosse des Habitans
qui ont niefcu 116. ~ü 140. ans.
Ai1
Rudbecks,Professeur
en
l'Université d'Upsale ,dit dans
son Atlantica
> que l'on a trouvé
par les Extraits Baptistaires
~& Mortuaires, dans l'étendue
de douze Paroisses de Suede,
pendant les soixante & treize
premièresannées de ce Siecle,
qu'ily a eu deux censtrente-
deux hommes> ou mort:y ou
encore vivans, dont celuy qui
avoit lemoinsvescu 3avait atteint
l'âge de quatre vingt-dix
ans,~7d'autresessaient arri-
*ve%jufIqula.la;c1ent,quarantième année. Il ajoute qu' outre cela on
en aveu deuxautres, it l'un
aruoit vejeu cent cinquante-six,
ans, & l'autre deux cens quarante
, & avoit veu jujhuÀ la
septiéme generation; que dans
ces mesmes Paroisseil s'est trouvé
plus de cent soixante hommes
âgc'{ de soixante & dix ou de
quatre-vingt ans, ~& qu'il n'est
pasrare en ce Pays-làdevoir des
gens decentans.Quoy que j'aye
beaucoup d'estime pour cet Autheur,
j'ose dire qu'ilest à craindre
qu'il ne sesoit laissésurprendre
dans ce détail, principalement
pour l'homme de deux cens
quarante ans ,
qui auroit elé
plusfameux dans le monde qu'il
ne paroist, puis que tant d'Ecrivains
de ce temps n'en ont rien
» dit.Chacun en croira ce qu'il
voudra.Cependant pour ne pas
oubliernostrePatrie, il est bon
d'apporter l'exemple du Sieur le
jMaîjlre
,
Bourgeois deParis,
morten cette FiHe au mbis"*
Février i6$$. Il estoitâgé.de cent
dix-huit ans.,& jouisaitd'une
parfaitesanté quelques jours avantsamort.
Ilesloit néenisos.
sousle règne deCharles IX, £<r
avoit esié marié deuxfois, laissant
sa seconde Femme, qu'il
avoit épousée en i6of. âgée de
centsix ans.
--
Cette mort. dont il reste aiçjourd'huy
tant de témoins
, nous
donne lieu de nous servir des
principales circonstances qui ,L'ont
accompagnée, afin de proposer
simplementdes doutes sur lefait
dont il s'agit,laissant la liberté
de décidera ceux qui en sont
plus capables que ribus.
Si e.5Jlè" le Maistre jouissoit
d'une parfaitesante peu dejour;
avant que de mourir
,
il y a fujet
de croire que c'est la nature
qui a manqueen LUYJ ou plutojl
cette heureuseharmonie qui se
doit trouver ~&quise rencontre
si rarement entre les qualitez. qui
composent le temperament de
l'homme.Dieuapreserit de certai.
nes bornes à la duree de nostrevie,
& le corps n'a Jon partage d'humide
radical que pourun petit
nombre d'années, au lieu que les
anciensenavoient pour plusieurs
Siecles, comme nous l'avons déjà
remarque. Tout ce que peut faire
l'Art ou laMededecine,c'estde ménager
le principe de vie,mais non
pas de le produire de nouveau,
lesalimens ne separantjamais ce
quise perd, de mesme que l'eau
rend le vin plus faible en l'augmentant,
pour me servir de la
comparaison d'un habile homme
de ce Siecle.
Ceux qui ontvoulu rechercher
la raison d'un changementsiconsidérable
dans la duree de la vie
des hommes,se font presque tous
arrejîe^ aux caujes naturelles.
Ilsdisentque ces Patriarobesde
/'Ancien'Tejlamentriefloient
pointsujets auxaccidensquifont
à present les Maladies.Adam
anvoit efié créé de Dieu avec un
tempéramentparfait. Ses Enfans
le receurent de luy comme un
héritage precieux, qui fut conservé
a leur poflerité jusqu'an
Deluge.ils nemangéoient point
de chair, mais seulementdes ler-
olumes->e des fruitspropresafor- r~r~M~.7o~c~ à cela,
,ique la terre pro.4uiftit des ali-
:men$ d'un meilleur suc ,parce
que les eaux du Delùge ~& les
déberdemens de la Mer n'avaient
Jjas encore corrompeses entrailles.
[L'air estoit bien, plus pur qu
prejent,lesinfluences du Cielplus
douces
, & les Astres plus obli
geans3si rose parlerainsi. La
Medecine efloit dansson premierlustre
,
ainsi que Dieu l'avoiten—
seignee au premier homme. On
ditencore que lamodération que1
ces Gens observoient dans l'usage
du Mariage, contribuoit extrêmement
à leur conservation 3dù~
tre qu-estant destinez pour estre.
les premiers Peres u monde
,
ils
devaientvivre longtemps
, afin
de multiplier beaucoup, sélon le
precepte du Sauveur.
Mais élevons nos pensees am
dejjus de la Nature, (if dpprr::
nons lacause denostre disgracede
la bouche de Dieu-mesme. C'cjl
dans le Chapitre 6. de la Genese,
qu'il dit que son Esprit ne demeurera
plus dans l'homme, ~c
que ses joursferont de six-vingt
ans seulement, parce que toute
la terre esi corrompuepar le peché.
Une longue vie estoit donc le
prix de la justice de lapureté
des rnoeurs, comme la brièvetéde
nos jours na estlé causée que par
la corruptiondenostreesprit,qui
l'si devenu chair.C'estce qui me
fait douter aujourd'huy d'un âge
de quatre cens ans,qui met'aroist
si contraire aux decrets de Dieu.
Lors qu'on nous marque la
naissance du Sieur le Maistre,
Jes deux mariages,~& que son
âge Je prouve par sesEmplois,
~& par la pratique d'un grand
monde qui l'a connu fuccejJirvement,
il me semble que nous avons
un fondement raisonnable
d'exiger de semblables preuves
pour lefait dont il s'agit. <JMaïsy
dira-t-on
,
quelles preuves ? Je
souhaiterais au moins qu'on nous
enpust donner quelques-unes de
celles que les Empereurs Romains
demandoient autrefoisdans le
dénombrement desPeuples. Cette
fonction estoit la principale des
Offices de Censeurs
> comme nous
le voyons par les monumens de
de l'Histoire.Ainsi
, comme dit
Pline, un certain Titus Ftilonius
,
Citoyen de Boulogne en
Italie, fut trouvé sur le livre
desdénombremens de l'Empereur
Claude,avoir payé la Taille,
tant à luyqu'àses Predecesseurs,
pendant cent cinquante années ,
ce qui fut prouvé par la vérification
des Regijlres, cpen'" plufleurs
choses que ce Ful'onius difoit
avoirveues
> & dont il
apportoit des preuves; ce qui
dcnnoit beaucoup de divcrtijfement
a l'Empereur,Nous pourrions
ajouter un grand nombre
de semblablesexemples
,
s'il
estoitnecessaire
.)
mais celuy-cy
suffit pour fairevoir qu'ilfaut
au moins quelque fondement raisonnable
pour croire une chose
qui estsi contraire à l'experience
de tant de Si::cleJ.
Mais ne paroifirsy-je point
trop difficile,sij?rejette ce que
l'on apporte txfaveur de cet
homme de quatre ans ans> qui
prétend prouverson 'gc en montrant
son Portraitouil dit «voir
estéfait par le Titien ? iz"0y
qu'il men doive couter, je répondray
que cette preuve n'est
d'aucune force
,
si l'on ne luy
trouve point de protection qui la
soutienne. On Jçait que Titien
Vecelli vint au monde en 1477.
Ce fut luy que l'on choisit pour
fCahiarrelesl-eQPuionrtytrait de l'Empereur
qui le fit Chevalier
,&Comte Palatin.HenPryoloIgInIe.
Roy de France & de ,psffant
à Venise, luy
fit l'honneurde luj rendrevisite;
et il mourut de peste en 1576.
Qui ne voit que ce Portraiteue
l'on ne produit que depuis trois
mois,est fas sff}% ancienpour
a/Jurer quatre Siècles de vie à [ifn
Original f Centonke ans ou environ
quisifontécoulez depuis
la mort du Titien j ne pajjent
point dans mon esprit pour recevables
dans cette cause. Mais il
y a plus. Qui peut nous garantir
icy que ce ne soit pas l'une
de ces ressemblances & de ces
rapports de visages> dont nous riavons que trop d'exemples dans
l'Hifloire ? Un faux Roy de
Portugal dans le Sieclepassé,
etune infinité d'autres de cette
sorte que nous sçavons,sans parler
de taclreJJè extraordinaire de
quelques Copistes de nos jours3
qui sçavent imiter si parfaitementlesmaniérés
des meilleurs
Peintres,
Peintres, quon prendtres-souvent
leurs Copies pour de vrais
Originaux.Tout cela& d'au- -
tres raijons qu'il est inutile de
marquer, me nourrijjent dans le
douteoujefuis,qu'iljeJoit 1Je"
de nos jours un
homme
nosloursunvivant 'T;<~
age de quatre cens années, ce oi quiseroit tout-a-faitcontraire à
cette Sentence de Dieu, Nom
PERMANEBIT SPIRITUS MEUS
IN HOMINE IN STERNUM>
QUIA CARO EST , ERUNTQUÊ
DIES ILLIUS CENTUM VIGINTI
ANNORUM.
- Je vous ay parlé de la mort
deM: l'Evesque de Coutance
l'ancien, qui estoit Tresorier
de la Sainte Chapelle de Paris.
La Ville de Coutance, qui
avoit receu beaucoup de marques
de sa bien-veillance &.
de sa protection
) a non seulement
eP é tres -
sensiblement
touchée de cette mort> mais
elle amesme tâché de témoigner
sa reconnnoiffance par
les honneurs qu'on luy aveu
rendre a la memoire de ce
Prélat. On luy a fait trois
Services folemnels. Le Chapitre
a celcbré le premier.
auquelM l'Evesque de Coutance
officia. La Ville a fait
faire le fécond dans l'Eglise
des Jacobins, où l'Oraiton
funebre fut prononcée par
Mr l'Abbé du Pré, qui receut
de grands applaudissemens
d'un fort nombreux Auditoire.
Vous remarquerez>Madame
, que jamais la Ville n'a,.
voit fait faire de Service pour
aucun de ses Prélats
>
& qu'-
elle assista avec tous les Corps
de Justice à celuy dont je
vous parle. Le troisiéme, qui
estoit au nom de M PEvefque?
fut fait dansl'EgîifCa3
thedrale, avec un appareildigne
de la gloire du défunt
Prelat, &de la generosîté de
celuy qui le faisoit celebrer.
Il y officia luy-mcfinc, &
l'oraison funebre fut prononcée
par Mr l'Abbé Blanger)
Docteur de Sorbonne,
Chantre) Chanoine & Oflicial
du Diocese de Coutance. Mr
de la Feuverie, dont vous avez
admiré plusieurs Ouvrages
dans mes Lettres Extraordinaires)
a fait une belle Relation
de toutes ces Ceremonies
funèbres ,
>
mais elle est
trop ample pour estreinserée
pafmy les Nouvelles de ce
mois.
Mrs de la Compagnie des
IndesOrientales de France"
vendront dans la Villede
Rouen le 20. Octobrepro-
,chain, les Marchandisesqu'ils
ont receuës fut trois VaiHeaux
arrivez deSurate,Cofte de
Coromandel , Bengala, &
Siam.
SçAVOIR*
-
150000 liv. de Poivre.
100000 liv. Sdpdlre.
20000 liv. Cotton filé.
20000liv,Caurîs ou Coquilla-ge
-
1200 liv. Gomme-gutte.
5200 IiV, Encens.
900 liv. Gené.
1100 liv.Vitriol.
23 Ballots deThé.
5500 liv. CaSe.
19°00 liv. Terra merita.
Plusieurs piecescomaline.
jâfPplusiecurs cpiece.s Agathe 60000 liv. Bois de Sapan.
1760 liv.Soyeescruë-en 13.balles.
3000 liv. Soye de Chine en 47.
bal'es.
6480 liv. Soye de Bengalle en
37.Caisses.
: 910 ps Annosins.
328 ps Estoffe de Bengalle.
88 ps Estosses de Soye or 8c
argent.
[ 700 ps
Estosses diverses de la
Chine.
501 ps Taffetas & Cotonis.
200 ps Atlas Calquers.
360 ps Soucis.
rua ps Allejas.
160 ps Kemkasà fleurs rayez.
50 ps Longuis à carreaux.
2.700 ps Nillaës.
90 ps lmombany.
500 ps Poulans de diversescouleurs.
200 ps Chaquelas.
90 psGuingans de diverses
couleurs.
2.4'13 ps Doutis blancs divers.
3190 ps C.hijuter.
4830 ps Bastetas blancs étroits.
26400 ps Salempouris.
4576 ps Guinées blanches.
2820 ps Retilles Chavonois.
1680 ps Betilles tarnatares.
1160 ps Betiiles de 20. aun.
1320 ps Betillesde 16. aun.
130 ps Cravattes.
-100 ps Casses.
2138 ps Percalles.
240 ps Mauris.
1080ps Sanas.
600 ps Tangebs.
580 ps Amans.
130 ps Guingans blancs.
61 ps Toilles blanches piquées.
4860 ps Toilles bleuës.
15310 ps Seronges.
1180 ps Chittes peintes des deux
costez.
1000 ps Mou'tan.
Jooo ps Couvertures piquées.
60 ps Couvertures satins à carle;
aux.
I I ps Tours de lit.
480 ps Moucheoirs de Masulipatan.
1584 ps Moucheoirs peints des
deux costez.
j6o.ps Moucheoirs de Soye &
Cotton.
2.Paravents de la Chine
La Compagnie vendra des Toiles
d'Amadabatlarge, sur l'e.ichcre de
six liv. la piece.
Elle vendrasuffides Tapisrestez
invendus de l'an ptl/Jl>:
Les eraitouverts, &
les Alllych';;ndfès c:':pcf:'es aux Marchands
, depuis le 15. duditmois
d'Octobre,jujqu'ait 19. inclujive.-
ment.
Les Merveilles de laVie du
Roy sont si grandes, & fournissent
tant & de si belle matiere,
qu'on ne se contente pas
de faire voir la grandeur de
Ce Monarque dans des discours
recitez publiquement,
ou imprimez; on tâche encore
de les faire paroistre de
mille maniérés ingenieuses.
C'estce que l'on peut connoistre
en jettant les yeux sur une
These de Philosophie qui
vient d'estre publiée. On y
voit d'unseul coup d'oeil tout
ce que Sa Majesté a fait en
faveur de la Religion Catholique,&
toutes les avions de
graces renduës à Dieu par les
Peuples pour le rétablissement
de la Santé, avec les
réjoüissances qui les ont accompagnées,
& ce qu'il y a
de surprenant
,
c'est que chaque
action est marquée par un
passage de l'Ecriture qui semble
avoir esté fait exprés pour
le [ujet, tant il y vient naturellement.
Cette These fut
soutenuë le Vendredy18. de
Juillet, au College Royal &
Archiepiscopal des Jesuites
de Rouem par Mrl'Abbé Dulion
de Poinsson, natif de la
Guadaloupe. Il est Fils de feu
Messire Claude-François Dulion,
Seigneur de Poinsson-
Poinsenot, premier Gouverneur
pour le Roy de l'Isle de
la Guadaloupe. Le Pere Voifin,
Regent de Theologie,
Frere de M Voisin Conseiller
au Parlement de Rouiëiii,
en ouvrant la These fit un
fort beau compliment à ce
jeune Abbé,&à coureJ/ACsemblée,
où se trouverent le
Corps entier de Mrs du Parlement
, plusieursPresidens,
Conseilles & Maistres des
Comptes des autres Cours superieures)
& un grand nombre
d'autres Personnes de qua- lité,d'Ecclesiastiques, & de
Religieux de divers Ordres.
Mr le Duc de Boüillon s'y
trouva aussi. Vous jugez bien
que les loüanges du Roy surent
le sujet de ce Compliment,
Le Soutenant s'acquita
decette action avec unaplaudissement
général. Cette
These est la derniere qui ait
esté gravée cette année par le
Sieur Estienne Gantrel
, un
des plusexcellens Graveurs de
Paris. Comme elle a esté répanduë
en beaucoup de
mains
>
& qu'elleest fort recherchée
pour leslnscriptions
qui en accompagnent les ornemens
,
je ne doute point
qu'elle ne soit parvenuë ju£
que dans vostre Provinces
Ainsi je croy qu'il ne fera pas
inutile de vous en envoyer la
descriprtion, pour en rendre
l'intelligence plus facile.Tous
les ornemens qui l'embellissent,
sont destinez à faire voir
que le Roy ayant donné ses
foins au parfait établissement
dela Religion dans son
Royaume,le Ciell'a confervé
,enle delivrant d'une maladie
dont les suites estoient
à craindre. Ainsi le Titre genéral
de cette These est.
LUDOVICO MAGNa.
Religionis Assertoridinvinitus
Jèrvato.
Les premiers Bas-reliefs representent
ce que ce grand
Prince a fait pour la Religion
Catholique. Il l'introduit
dans un Temple, où les He-*,
retiques abjurent leurs erreurs
,
où l'on rétablit les
Images
, & le Culte divin
C'est ce qu'il a fait à Strasbourg
,& en plusieurs autres
endroits de l'Alsace.Au desfous
de la Religion on lit ces
mots du Cantique des Cantiques.
Introduxit me R,ex..l;ç
au dessus du Temple, ces paroles
du Livre d'Esth. Proecepit
Rex ut ita fieret. Le Roy l'a
ainsi ordonné. Ces paroles
font allusion à la Declaration
lp'Eardliatquelle le Roy supprima
de Nantes au mois
d'Octobre ¡GiS.
A la droite de ce grand
Bas-relief, on voit le Temple
de Charenton démoly
, & les
Livres des Heretiques brûlez
ou supprimez, avec ces mots
de l'Histoire des Rois.Excelsa
abstulit.Il a osté les Temples
de l'impieté. Sur la gauche
les Ministres sont chassez, &
leur fuite est exprimée par ces
mots de Saint Paul. Timuerunt
Regis Edictum. Hebr. 12. Ils
ont craint la Declaration du
Roy.
Ausecond Bas-relief, le
Roy, les Princes, les Prelats,
& les Magistrats , adorent le
Sauveur dans l'Auguste Sacrement
de l'Eucharistie,avec
unemodestie & un respctè,
que l'exemple du Roy
&ses ordres font exactement
observer.Les paroles sont du
Pseaume 21. Adorabunt in confPeJlu
ejus omnes fu¡Ú!iæ.
Au troisiéme Bas-relief, le
Roy destine des Predicateurs
8c des Missionnaires pour
rinftrudhondesRéiinisjcomnie
l'expliquent ces mots de
Saint Paul. Et ipse dedit Paftores
j &Doclores in opusMinisterii.
Ephes. 4.
Au dessous du grand Basrelief
est une Carte de la
France éclairée du Soleil, qui
en dissipe les Tenebres avec
ces mots. Sedentibusin tenebris
lux orta est eis. Et au desfous
on lit ces trois mots de
la GenereJTerra labii unius Earlefquejs , on apprend,- que Francecil: à presenttoute
Catholique par les soins de
SaMajesté.
Comme tousces Bas-reliefs
expriment ce que leRoy a
fait pour la Religion,les deux
bas costez representent ce
que le Ciel a fait pour luy en
le conservanten sa derniere maladie.
Deux Medailles en representent
les su jets generaux;
les voeux & empressemens
des Peuples,&les solemnelles
actions de grace ,que le
Roy a luy-mesme renduës.
- La legende de l'une de ces
Medaillesest. Voto populorum
prosalute optimi Principis ; celle
de l'autre. Salus publica reflituta.
Chacune de ces Medaillesest
accompagnée d'une
Devise. Sous la premiere
est le Jeu des Echecs avec ses
pieces disposées,& ces mots
tirez de l'Exaudiatqui estla
Priere ordinaire pour leRoy.
Salvum sac Regem
,
fauve le
Roy. Tout le secret de ce Jeu
consisteà sauver le Roy, &
à le conserver.
Sous la secondeMedaille
,eIt pour devise un Oranger, dont une main adroite coupe
<~s branches languissantes
pour sauver l'Arbre;&ces
mots duPseaume 76. Operatus
est salutem
>
apprennent la
benediction que Dieu a donnée
à l'Operation.
Les Bas-reliefsqui font au
dessous de ces Devises,representent
d'un costé les actions
de picté,& de l'autre, les rcjoüissances
qui se font faites
pour la parfaite guerison du
Roy.
Dans le premier,Mrle Car.
dinal Ranuzzi, Nonce de Sa
Sainteté, les Ambassadeurs,
& les Ministres des Princes
Etrangers, vont au Nom de
leurs Maistres , se réjoüir avec
le Roy du rétablissement de
sa santé. Veneruntgaudentes @J
congratulantes ei. Job. II.
Dans un autre, font repreïenreestesAvions
de Graces,
que les Cours Souveraines du
Royaume ont renduës à Dieu
d'une maniere extraordinaire.
Le Parlement de Roüen a eu
l'honneur de donner l'exempleaux
autres, cequiest marque
par ces mots. Loetitia in
dffoone gratiarum. Esther 2.
,
L'Université de Paris fait
1 une Procession solemnelle,où
iafliftent tous les membres de
cette Compagnie avec le Recteur&
les Chefs des Facultez.
Il y a une infinité d'autres
supplications semblables qui
se font faites par les Academies
,Colleges,Communautez
& Conf eries du, Royaume.
Dedomibus confluebant
publicasupplicatione obsecrantes.
2. Mach.3.
Les Communautez Religieuses
,
les Particuliers, &
les Maistres des Arcs Manufactures
,font des distributions
de Pain, de Vin,de
Viande, & d'autres aumônes.
JLhemojynoe commemorateç sunt
in conspectu Dei. - Act. 10.
Ona fait des Discours publics
, des Sermons&des Panegyriques
du Roy, pourinviter
les Peuples à la joye
>
à
la reconnoissance,aux sentimens
de pieté
, ce qui est
exprimé par ces mots du Ch.
50. de l'Ecclesiastique. Auditamfccrunt
vocem in memoriam
coram Deo.
Enfin, on adélivré des Prisonniers
, on leur a fait des
aumônes, afin que la joye passast
jusqu'aux lieux oùregne
la misere.Usqueadclausos car;.
cere.4.Reg. 14.
Comme
Comme tous les Bas-reliefs
de ce costé font employez à
representer les actions de pieté
qui ont esté faites pour le
rétablissement de la santé du
Roy, l'autre cofté represente
les réjoüissances publiques,
les Festins
,
les Cavalcades,
les Bals, les Ballets,l-,s Feux
d'artifices, lesilluminations,
& les autres spectacles.Le premier
est pour les actions de
Theatre, les concerts de Musique,
& les Cavalcades, avec
ces mots de Judith. Omnes
pCopyutlihgaaurdiesb.antin oryinïs &
- Dans les Academies & dans
les Colleges on a recité des
Harangues, des Poësies &: plusieurs
autres compositions à
la loüange du Roy ,
sur l'exemple
de l'AcademieFrançoise.
Benedixerunt Deum
,
qui
salvatsperantesinse. Dan. 3.
Les Places Maritimes, les
Galeres, les Vaisseaux & les
Arlenaux de Marine
, particulierement
les Officiers de
l'A mirauté
, & Consuls de
Roüen se font distinguez en
cette occa sion, par des déch
ar gesd' Artillerie, par des
F,,It-ii,
, & par des concerts
de divers instrumens. Motus
magnus fiiéîus est in mari.-
Mattch. 8.
On a rendu de grands honneurs
aux Statuës publiques
du Roy, comme dans la Place
des Victoiresà Paris; où Mr
le Maréchal Duc delaFeüillade
a élevé un Monument
digne de son zele, & de la
Grandeur de celuy à qui il
l'aconsacré. D'autres ont en- treprisd'en ériger de nouveaux.
On en fait dresser un
au lieuoù estoitl'Hostel de
Vendôme, qui sera un glorieux
témoignage à toute la
posterité, du bonheur de la
France fous ce Regne, & c'estlà
que le Roy paroistra
LOUIS LE GRAND,
ainsi que l'assurent ces mots
du fecond Livre des Roys.
Hoc erit Monimentum Nominis.
Les Feux de joye & les Illuminations
, ont fait une
partie de ces Festes dans toutes
les Villes du Royaume,
& particulièrement devant
l'Hôtel de Ville de Paris.
où le Roy a fait l'honneur à
cette Ville, d'y venir manger,
servy par Monsieur le PreVort
desMarchands. Ces Fêtes
font exprimées par ces mots.
Tota nocte in illuminatione i¡;rÚs.
Psalm.77.Etceuxcy. £rftawtesperconvivia.
Judic.16. Cela
comprend les Tablesquiont
esté dressées dans les Places
publiques au milieu des Ruës,
dans les Cours&. les Salles des
Palais, sur les Barques& les
Vaisseaux, dans les Jardins, au
milieude la Campagne, &
aux Portes des Villes; les Fontaines
devin; la Santé du Roy
beuë en tant de lieux au bruit
des Trompettes , des Tambours
,
des Timbales, & de
l'Artillerie; les viandes, les
rafraîchissemens
,
l'Argent
) les Médailles jettées aux Peuples,&
enfin,lesréjoüissances,
faites mesme dans les
Cours Etrangeres, par le foin
& le zele des Ambassedeurs
du Roy.
Dans la Relation fcparée
queje vousay envoyée, du
Voyage du Roy à Luxembourg,
je vous ay parlé du
Chasteau d'Etoge, parce que
ce lieu plut extrêmement à
Sa Majesté, & à toute la Cour.
Ainsi j'eus raison de vous en
dire du bien, mais comme
j'estois mal informé lors que
je vous écrivis, qu'il appartenoit
àM le Marquisd'Anglure
,
je me crois presentement
obligé de me dédire,
en vous apprenant qu'ilest à
M-ie Comte d'Etoue-,-F.rere
aisné de Mr le Marquis d'Anglure,
& que ce Comte a eu
Phonueur d'estre nourry Page
du Roy fous feuM le Duc
de Saint Aignanfon Parent.
Après differens voyages, &
plusieurs servicesrendus dans
les Armées du Roy, il épousa
Mademoiselle de Rouville,
Fille deM le Marquis de
Rouville ,Gouverneur de la 1
Ville d'Ardres
>
dont il a eu
deux Fils & une Fille. L'Aisné
qui n'a pas encore quatre ans,
est celuy qu'il plut à Sa Majesté
de faire disner à sa Table.
Madame sa Mere n'ayant pû
avoir le mesme honneur à
cause de sa grossesse, & de
quelquesautres accidens furvenus
qui l'obligerent à garder
lelit, le Roy eut la bonté
de luy faire faire compliment.
LesCadets de M le
Comte d'Etoge
,
font, Mrle
Marquis d'Anglure,Capitaine
aux Gardes, qui aprés^
s'estre dignement acquité de
cet employ pendant plusieurs
années de Guerre, & s'estre
fort distingue à laBataille de
Sarbrick ou il eut le bras cassé
,
s'est défait de sa Charge
par un pur motifde devotion.
Il s'est retiré auprés de sa Eamillechez
M le Comte d'Etoge
son Frere aisné
,
à qui du
consentement de Mademoiselle
deSavigny leur Soeur,il
a fait donation de la Terre &
du Marquisat d'Anglure,
dont il ne s'estretervé que
l'usufruit pendant sa vie, parce
qu'il a renoncé à se marier.
L'autreFrere estoit Mr le
Chevalierd'Etoge,del'Ordre
de Saint Jean de Scrufalem.,
Capitaine Sous- Lieutenant
des Gendarmes Anglois , qui
mourut des blessures qu'il receut
à la Bataille de Cassel, où
il donna toutes les marques
possibles de valeur & decourage.
Je pourrois vous dire
beaucoup de choses à l'avantage
de cette Maison ; mai$
ce n'est pas icy le lieu de vous
en entretenir, & je ne vous
aurois pas mesme parlé de ce
que je viens de vous dire des
troisFrères ,
sije n'avoiscru
devoir reparer la faure que
j'ay faite dans ma Relation
du Voyage de Luxembourg.
Comme ce que je vous dis alors
des beautez du Chasteau
d'Etoge
? vous fit souhaiter
d'en apprendre davantage;
Ce m'en suisinformé, &voicy
ce quej'ay sceu.
MrleComted'Etogeafait
mettre dans sa Galerie,qui est
aussisçavante quecurieuse,
les Genealogies des Maisons
d'Alsace& deSavigny, dont
il descend directement, celle
de la Maison de Rouville,
dont est Madame sa Femme,
& celle des Maisons de Bâl
bou-la Bourdaisiere, du Bellay
,
d'Anglure
,
de ChassisJ!
Ion & de confiins,dcfqtiel
les il vient par Femmes. Aux:
deux costez de cette Genea—
logie font mises par
alpha-,
bet toutes les Armes des;
Maisons qui la composent,
ce qui fait qu'on n'a pas de:
peine à trouver les Armes cvie,
l'on veut chercher. AuAzlfous
de toutes ces Gerealogies
font rangez les Portraits
des Hommes François les plusj
illustresau ombre de soixantc6c
onze?depuis Clovisjusques
au Roy? comparez avec
;autant d'Etrangers ayant rapport
à leur vie &: à leurs actions
; &comme le Royen a
fait un si grand nombre d'extraordinaires>
il n'y a pas eu
¡moyen'de le comparer avec
personne. C'est ce que M le
Comte d'Eroge ne manqua.
Iras de luy faire remarquer.
Au coin de chaque Portrait
1 font les Armes de celuy qu'il
freprefente> & comme il y en
a autant d'Etrangers que de
François, il a fallu une granit
de recherche pour les pouvoir
s trouver.Toutes le-s'Devises de -.--'
ces Hommes Illustres son
mises au dessus de leurs Ta
bleaux dans des Cartouches
accompagnées chacune d,',
trois Medailles qui ont que
que rapport au sujet, mais
non passijustes qu'auxdeux
principaux Personnages.Neut
Medailles acompagnent chaque
paralelle, parce qu'il ys;
trois Cartouches l'un sur l'au
tre. Les trois Médaillésdu
Cartouche du milieu, sont
prises de l'Antiquité» & le<:
deux autres Medailles de
Cartouches d'en haut & d'en
bas sont modernes, & il y an
toujours un François comparé
à un Etranger. Dans les
Medailles du milieuqui se
trouvent dans chaque Cartouche,
font des Femmes illustres,
& comme il y en a
trois, celle du Cartouche du
milieu a esté prise de l'Antiquite
de mesme que les deux
Hommes ; & celles des deux
autres Cartouches font modernes.
Il y a encore dans
l'embrasure de sept grandes
croisées qui éclairent cette
Galerie,vingt- huit Devises à
chacune,&; sur les volets de
chaque fenestre, douze Sentances
Latines,Italiennes, &
Espagnoles,tirées desmeilleurs
A utheun? ce que je dois
dire à l'avantage de Mr de
Flavigny, Gentilhomme voifin
de Mrle Comte d'Etoge,
tres-scavant dansl' Histoire&
dans le Blazon
, qui a eu
l'honneur d'eftrenourry Page
du Roy dans la petite Ecurie
fous M de Beringuen ,
puis
que c'estluy quia donné tout
le dessein de cette Galerie. Au
sortir de là, on entre par un
passage danslaChapelle*qui
est fort agreable, & qui convient
fort à la Maison. Ce
passage est d'autant plus divertissdant,
qu'il estremplyde
tous les grands Pontifes depuis
Aaron jusqu'à Caïphe;
de tous les Papes depuis Saint
Pierre jurqu'à celuy d'aujourd'huy,
de tous les Archevesques
de Reims, qui est le Métropole
d'Eroges,depuis Saint
Siale jusqu'à M leTellier;&
deteuslesEvesques-de Châ-
Ions, Diocesed'Etoge? depuis
S.Memie, premier Evesque,
jusqu'à celuy d'à present;
ce qui fait la Hiérarchie de
l'Eglise, &: prouve fort bien
nostre Religion. Les Armes
de tous ces Peres de l'Eglise:
qui en ont eu, n'y font pas;
oubliées. Il y a encore dans,
le mesme lieu quantité de
beaux passages Latins tirez de'
l'Ecriture-Sainte & des Peres,
& qui conviennent fort bien
à la Chapelle. Dela on rentre
dans la Galerie? & l'on trouve
ensuite cinq grands Apartemens.
Vous jugerez aisément
de leur beauté quand
vous sçaurez qu'ils font composez
de dix-huit pieces de
plein pied, tant petites que
grandes? en comprenant la
£hapelle> la Galerie, & une
grande Salle où le Roy mangea.
Il y a un Cabinet fort
agréable aubout d'un de ces
Apartemensremply jusqu'à
hauteur d'appuy de chifres &
de trophées?& de soixante &
quatre Portraits de Famille
par le haut, en deux rangs
l'un sur l'autre, parmy lesquels
se trouvent ceux du
Roy & de la feuë Reine de
Portugais avecceluy del'Infante
,ceux du Duc de Savoye
& de la Duchesse Doüairie,
avec ceux du Duc & de la Duchesse
d'aujourd'huy; ceux
des Cardinaux de Vendôme,
d'Efirtes,du Bellay, de Sourdis,
de Lenoncourt & de la
Bourdaisierve
; ceux des feu
Duc&Duchesse de Nemours,
des feu Duc & Duchessed'Elbeuf
; des feu Duc de Vendôme
& Beaufort; des feu Maréchaux
d'Estrées ,de la Châire?
de praslin, deVitry, du
Biez, & d'Aumont; du feu
Duc de Saint Aignan, des feu
Marquis de Bourbonne, du
Bellay, de Berhune, de Sourdis
& de Nangis, tous Chevaliers
des Ordres; des feu
Comtes de Vaubecourt & de
Clermont ,
auilî Chevaliers
des Ordres, des feu Archevesques
de Bordeaux, de la
Maison deSourdis?&deToulousedelaMaison
d'Anglure;
des feu Presidens Bochart
&; de Mesme; & plusieurs autrès,
ainsi que celuy de la belle
Gabrlelle d'Estrées.Comme
lesPeintres travaillent encore
Hj
à ce Cabinet, le Roy ne le vit
pas. Mr le Grand voulut y
aller,& plusieurs autres Seigneursde
la Cour, qui mangerent
dans un Apartement
bas, composé de huit pieces
de plein pied, qui est occupé
,Par- Me le Comte d'Etoge,
qui eut l'honneur de donner
à dîner à Monsieur le Prince
& à Monsieur le Prince de
-
Conty dans l'antichambre de
cet Apartement?où le Buffet
qui est fort propre, ne paroist
pas, se trouvant enfermé dans
- l'épaisseurde lamuraille. Il y
a aussi dans la mesme antichambre
une fontaine d'eau
vive, quineparoitsquequand
on en a besoin pour le repas,
ce qui contribue beaucoup à
la propreté & à boire frais.
On remarque encore au haut
de cette antichanlbre, autour
dela frise, les soixante & qua,
tre quartiers du Pere de Mle
Comte d'Etoge. Au sortir de
cette antichambre
, on entre
dans une grande chambre,
qui pour estrefortsinguliere,
n'en cft pas moins agreable.
Il s'y trouve deux cheminées,
deux Alcoves avec un lit dans
chacune, & un grand Cabinet
au bout. Tout cela est trespropre
& fort bien entendu.
Il y-a àcofté une Galerie
basse
, &un fort beau Billard
dans lesautres Appartemens.
Cette Galerie baffe estornée
par le haut d'une teste de
Cerf avec son bois
? portant: v
à son colles Armes de Mr &
de Madame d'Etoge. Elle est
encore ornée de huit autres
grands corsages de Cerfayant
de fort beaux bois, & portant
chacun à leur col les Armes
des huit Peres & Grands-Peres
de Mr le Comte dEtoge avec
celles de leurs Femmes qui
font ses huit Meres & Grand'-
Mercs des Maisons de Braux
> de Babou, d'Anglure, de
Haussonville
,
de Luxembourg,
de Nouroy, deVernancour
& de Lenoncour. La
pluspart de ces Maisons font
de Lorraine. Il ne faut pas
oublier
oublier à vous dire que les
Cuisines, Offices & Commun
de cette Maison font fort
belles, & que par tout il y a
des Fontaines, de forte qu'étant
commodes comme elles
le sont, les Officiers du Roy
avoüerent qu'ils ne s'estoient
point trouvez si bien sur toute
leur route; & en effet il n'y
a guere de Maisons plus commode,
les Jardins& Parterres
y font la pluspart en terrasses,
& tous remplis de Jets
-
d eau.
Cette eau est fort vive. Il y
en a mesme trois dans les Fossez
qui font forts beaux &
bien revestus, & dautres dans
la court & la baffe court,&
mesme dans uneVoliere qui
est fous la Gallerie baffe. Il
y a deux quarrez d'eau où
l'on pretend faire venir deux
fontaines. Lors qu'elles seront
faites, il y en aura vingtquatre
Jaillissantes tant dans
la Maison que dans la bassecourt,
Court & anti-court,
Fossez, Jardins, Parterres &
Becquées.
Comme la France n'a jamais
eu de Héros plus digne
de i immortalité que Louis
~E GRAND
,
elle n'a jamais eu
aussitant d'émulation qu'elle
en fait paroistre à luy ériger
des Statuës, &: à faire fraper
des Médailles qui puissent
conserver les traits du visage
de ce Prince & faire voir à
la posterité la plus reculée cet
air de Majesté qui anime sa
Personne,&quiest meslé de
tant de douceur. Parmy les
Villes qui ont demandé instamment
la permission d'ériger
des Monumens, qui leur
puissent mettre devant les
yeux ce qu'elles ont le plus
profondement gravé dans le
coeur, celle; de Poitiers s'est
distinguée. Les Marchands
qui y font un Corps considerable,
touchez d'une juste reconnoissance
des bienfaits
qu'ils reçoivent tous les jours
de SaMajesté, pour la protection
qu'Elledonne aux Arts
&au Commerce, resolurent
d'en donner quelques marques
exterieures en luy élèvant
une Statuë sur la porte
du lieu où ilss'assemblent
pour rendre la justice, mais
Mr Foucault, Intendant de la
Province, dont vous conoisfez
le parfait attachement
pour tout ce qui regarde la
gloire du Roy, leur ayant
conseillé de rendre ce Monament
public, & de l'ériger
dans une Place, où estant plus
en veuë ,il fin mieux connoistre
leur zele,ils entrerent
dans son sentiment, & aussitost
le Corps de Ville au nom
de tous les Habitans de Poitiers,
choisit la plus belle Place
pour y élever ce Monument)
qui est une Statué du
Royen pied, dans une attitude
noble, majestueuse, &
digne du Prince qu'elle represente.
On y remarque son
air & ses traits, autant que le
ciseau est capable de l'exprimer.
Il est habillé à la Romaine
,avec un manteau
Royal semé de Fleurs de Lys
qui luy pend derriere les épaules.
Cette Statue estposée
sur un piedestal d'une tresbelle
architecture
,
enrichy
de seul pture& de tous les
ornemensqui y conviennent.
Quatre Termes representant
des Esclaves de différentes
Nations subjuguées, soutiennent
les quatre coins de l'ar-
( hitrave, & font voir dans
des attitudes particulieres des
sentimens differens. Les quatre
faces du piedestal sontoccupées
par quatre Ovales qui
renferment des tables de marbre
noir, oùsontgravées
deux Inscriptions Latines, &
deux Françoises, le tout à une
distance de huit pieds, entouré
de balustrades de fer doré.
De ces quatre Itifcriptioris,je
ne vous rapporteray que les
deux Françoises, parce qu'elles
sontune traduction litterale
des Latines. L'une est
conceuc en - ces termes >8c
elle selit danslaface opposée
p. la premiere, oùily en a une Latine.
:, .(.:,';)'\
.-A LA GLOIRE
DE
LOVIS LE GRAND,
£hie le Ciel a accordé aux vaux
de ses Peuples,
qu'ilaconservé pour leur
felicité,
LE CORPS DES MARCHANDS
DE POITIERS
Aconsacré ce Afonument
d'éternelle reconnoissance,
Pour le rétablissement des Arts
& du Commerce ,
Du consentement de tous les
Ordres de la Ville,
Et aux acclamations du Peuple,
l'andu Salut ¡Ó$T.
Voicy l'autreInscription
Françoise, qui est dans la face
opposée à la seconde, où il y
en a aussi une Latine.
CE MONVMENT ETERNEL
a efet/ é/1levé/,à 1lagl1o.ire
DE
LOVIS LE GRAND,
DANS LE MARCHE' VIEVX,
Qui par un heureux changement
fera desormais nommé
L/1 PLACE ROYALE,
IGNACE-FRANCOIS
DE SAILLANT
Estant Evejque de Poitiers;
MICOLAS-IOSEPH FOVCAVLT.
- Maistres des Requestes
? Intendant de la Province.
L'OuVrage fut commencé?
PIERRE DE CHASAUD,
estant Maire de la Ville,
~& achevésous
JJCgVES RABEREUL,
son Succcesseur,
La seconde année de l'entier
rétablissement de la Religion
Catholique dans toute la France.
On peut dire que ce Monument
est tel
,
qu'il y a (ujet
d'applaudir au zele de ceux
qui l'ont érigé
?
& à l'habileté
de Mr Giroüard Scul pteur.,
qui en a entrepris l'execution.
Le vingt- cinquièmejour
¿'Aoufi ayant esté fixé pour
cette Feste
, on se prepara à
la signalerpardesréjoüissances
extraordinaires, &: la Place
qui estoit autrefois le vieux
Marché, & que l'on appelle
presentement la Place
Royale,ainsi que le marque
la feconde Inscription, se
trouva décorée de la maniere
que je vay vous l'expliquer.
Quatre Arcs de Triomphe la
fermoient aux quatre ruës qui
y aboutissent. Le premier étoit
dedié au Roy parces
mots.
LUDOVICO MAGNO
BELLI PACISQUE
ARBITRO.
Il estoit composé d'un
grand Portique, & de deux
moindres de chaque costé,
&élevé dans toutes les regles
& routes les proportions de
l'Archit(.élure. La Corniche'
qui estoit soutenue sur quatre
Pilastres d'ordre
Corinthien
,
portoit un Buste du Roy sur
un Trophée d'Armes avec
cette Inscription.
Nuncunâ insede morantur,
Majestas & Amor.
Deux Figures de Femme à
demy couchées accompagnoient
ce Buste, L'une reprefenroit
la France appuyée
surl'Ecusson de ses Armes ,
jettant un regard vers le Buste
avec ces mots d'Horace.
Serus in Coelum redeas.
Dans l'autre, la Ville de
Poitiers estoit representée
dans la mesme attitude, avec
ces paroles du mesme Poëte.
Hic amesPdicriiPnatcereaptqsue.
Sur les deux Portiques
deux grands Tableaux occu,.,
poient l'espace qui estoit entre
leur ceintre & l'architrave.
L'un representoit la Discorde
enchaînée avec ces
mots.
"1'ace terrâ marique imperatâ. Onvoyoit dans l'autre Tableau
l'Heresie qui expiroit,
avec ces paroles,
Extinctâ toto Regno Flæref.
Quantité de Festons & de
Cartouches remplis de Devises
, ornoient les autres endroits
de ce premier Arc de
triomphe.
Le second ,qui répondoit
à celuy-cy , estoit de la mesme
strucure,dédié à Monseigneur
le Dauphin? avec
cette Inscription.
DIGNO LODOICI MAGNI
FILIO.
DELPHINO AUGUSTO.
Le Buste de ce jeune Prince
estoit élevé sur le Fronton,
avec ce mot,
Gentis delÍeiæ.
A l'un des costez estoit
Mars, avec ces paroles,
Tanto Mars gaudet Alumno.
A l'autre on voyoit Minerve,
que ces motsfaisoient
connoistre.
Altricem agnosce Minervam.,
- Deux Devisesestoientdans
de grands Tableaux sur les
deux petits Portiques. La premiere
avoit pour corps un
Tourne-Sol élevé sur les autres
fleurs d'un Parterre, tourné
à l'ordinaire du costé du
Soleil,& ces mots pour ame,
.AfPicit) &formamsimulinduit,
pour dire que Monseigneur
se forme sur les exemples du
Roy,, qu'il a toûjours devant
les yeux , comme le modèle
de bien regner. La seconde
Devise estoit un Buste qu'une
main polit & perfectionne.
Ces paroles luy servoient
d'ame, Seroperfectiorexit,pour
faire entendre que Monseigneur
,
fous la conduite du
Roy devient tous les jours
plus accomply, & qu'il en
fera de luy comme d'un Ouvrage,
qui ayant esté longtemps
fous la main d'un excellent
Ouvrier, attire l'admiration
désqu'il commence
à paroistre.
[ Le troisiéme Arc deTriomphe
estoit dédié à Madame la
tDiaoupnhin.e avec cette InscripAUGUSTE
LODOICI MAGNI
NU RUI.
LeBuste decette Princesse
cftoit élevé sur le Fronton, &
la Devise suivante faisoit
comprendre qu'elle fait la
joye & le bonheur de la France.
C'estoit un lep de Vigne,
chargéderaisîns avec ces
motsj çJMulîo populisdatgaudU
partu.
Le dernier Arc de Triompheestoit
en l'honneur de
MonseigneurleDuc de Bourgagne)
de Monseigneur le
Duc d'Anjou, & deMonseigneur
le Duc de Berry Leurs
trois Bulles en faisoient le
principal ornement,l'Inscription
elioit?
<A-M-. ANTISSIMIS
LODOICI MAGNI
¿.¡ NEPOTIB'JS. -•
* , rI" -,') Commeilssont d'un sang
quin'est pascapable de se dementtr,
toute la France les regarde
avec des yeux pleins
d'esperance
pour un heureux
avenir. C'cit ce qu'on avoit
tâché d'exprimer par une
Devise donc le corps estoit
un grand Arbre? auprés duquel
il y en avoit un moindre
qui poussoit trois rejettons.
Elle avoit ces mots pour aIne,
Magnus erit mensura Minorum.
Ces quatre Arcs de Triomphe
faisant déjà un très- bel
effet dans la Place, elle fut
encoreornée de quantité de
Theatres pour la Munque,
pour les Spectateurs & pour
les Trompettes. Celuy de
la Musique representoit le
Mont- Parnasse. LesMuses y
cÛDient placées en diversendroits,
& Apollonélevé sur
un Piedestal
>
sembloit les
animer à chanter les Loüanges
de LOUIS LEGRAND,
&: les asseuroit en mesme
temps de l'aveu &: de la protection
de ce Monarque, par
l'Inscriptionqui fuit.
flLLI MEA CARMINA
C U R Æ.
1 Au haut du Theatre des
Trompettes estoit une Renommée
la Trompette à la
main avec ces paroles
)
Nil
mondelocjuar, pour dire que
cequelle publieroit du Roy;
deviendroit l'admiration de
l'Univers, & l'entretien de
tous les Siecles.
Comme le Corps des Marchands
avoit grande part à
cetteFeste, il y eut un Theatre
particulier dressé pour
eux,&ce Theatre servit à la
décoration de la Place,ainsi
que les autres. Mercure, le
Dieu du Negoce, y estoit élevé
sur une pyramide, sur laquelle
ont avoit peint des
trophéesdes divers Instrumens
qui font propres aux
Marchands. Quatre Figures
qui representoient des Arts-,
occupoientles quatre coins,
le tout accompagné de Devises
& d'Inscriptions qui
convenoient au sujet. Toute
la Place estoit environnée
d'autres Theatres
, qui OU,
tre leur décoration particuliere,
estoient agreablement
ornez d'une quantitéprodigieuse
de Personnes de l'un&
de l'autre Sexe,que le bruit
de ce qu'on devoit faire à Poitiers,
avoit attirées des autres
Villes. Celuy des Ecoliers parut
fort brillant. Les Peres Jefuites,
dont vous connoissez le
£ele pour toutes les choses
qui regardent la gloire du
Roy, souhaitant qu'ils entrassent
dans cette Feste
,,
&
qu'ils contribussent autanc
qu'ils pourroient à luy donner
de l'éclat, lesavoient fait
dresser depuis quelque temps
à l'exercice des armes,& en
avoient fait une Milice aussi
propre qu'elle parut bien reglée;
de forte que ce fut un
spectacle fort divertissant de
les voir tous rangez en bon
ordre sur le Theatre qu'on
leur avoit préparé.Ilestoit
bordé de demy-piques & de
Drapeaux
Drapeaux de différencescouleurs,
& cela faisoit une face
tres-agreable.
Trois Devises attachées en
differens endroits de la Place,
faisoientconnoîtrequela Statuë
qui donnoit lieu à cette solemnité,
ne doit pas faire seulement
l'ornement delaVille,
mais que les Habitans la regardent
encore comme leur Divinité
Tutelaire, puis qu'elle
les met par là d'une façon'
plus particulière fou la protection
de Sa N^aj-Vé. La
première estoitune fontaine
jallissante aumilieu d'un Parterre?
avec ce mot, Ditat &
ornat. Laseconde, une colomne
soutenant une voute, &
ces paroles pour ame, Numquam
sic suffulta cadet
,
& la
troisiéme, un Soleil sur un
champ couvert d'épics, Ces
deux mots luy servoient d'ame,
Àfpcflu foecundat.
La Place ayant changé de
nom depuisl'érection de la
Statuë, on avoit exprimé ce
changement par uneEmblême
qui se trouva peinte à
tous lesendroits par où l'on
y pouvoit entrer. Cestoit la
figure d'un homme courçtfu
né ,qui donnoit la main à une
figure de Femme en signe
d'alliance, avec ces mots,
Regiodecoratnomine. Cette Figure
de Femme representoit
la Place
, que la Statue du
Roy,figuré par cet homme
couronné, honoroit du nom
de PLACE ROYALE,
son érection estans une espece
d'alliance qu'elle contracte
avec elle.
Toutes ces Décorations
ayant estéexecutéesavec tout
le foin possible
, on ne sonlgaea
plus qu'à se préparer à la
Feste , qui commenta le 24.
Aoust, parunActe dePhilosophiedédié
au Roy. Cette
action fut d'autant plus belle,
que les éloges de ce grand
Monarque y curent autant
de part que la Philosophie.
L'Acte estant finy, les Ecoliers,
qui avoient fait paroistre
leur capacité & leur esprit,
allerent chez M l'Intendant,
luy porter en pompe
laThesede Satin oùestoit
le Portrait de Sa Majesté. Ils
furent précédez des Hautbois
& des Trompettes, &
celuy qui la portois,marcha
environné des Drapeaux des
Compagnies de chaque ClaC.,
se. Le soir toutes les Cloches
sonnerent, & leur carillon se
joignant au bruit du Canon,
&àceluy des Trompettes &
des Tambours que l'on avoit
disposez sur les Tours &sur
les lieux les plus élevez de la
Ville
, annonça la Feste du
lendemain. Elle commença
par une action de pieté. Le
Clergé composé de six Chapitres?
de vingt deux Paroisses,&
d'ungrand nombre de
Communautez Religieuses,
s'estant assemblé dans l'Eglise
Cathedraleavec tous les
Corps de la Ville, Mr "Fou.
cault s'y rendit à la teste du
Presidial, qui estoit ce jour- làenRobes rouges» & qui
fut suivy ou prévenu d'une
affluence extraordinairede
Peuple.L'Eglisesqui est tresvaste,
se trouva parfaitement
bien decorée & illuminée,
parles soins de M l'Abbé Du
Soucy
3
qui est Chanoine de
la Cathedrale ,& Conseiller
d'Eglise. MrRabereul,
Doyen de l'Eglise de Saint
Pierre, celebra la Messe avec
beaucoup de solemnité.
Elle fut suivie d'un Te Deum,
pourrendre grâcesà Dieu des
faveurs particulières que la
pieté du Roy, &sonasscCrion
paternelle pour ses Su jets attirent
sur ceRoyaume. Il yeut
une excellenteMusique,composée
des plus belles voix de
.laIJrovince.!I& deplusieurs
autres queM l'Intendant avoitfait
venir des Provinces
voi sines. Le Pere Chesnon ,
Jesuite? prononça un tresbeau
Panegyrique du Roy.
Il prit pour texte ces paroles
de S. Mathieu, qui convenoient
naturellement à son
sujet. De qui est cette Image?
On luyrépondit que c'estoitcelle
deCesar. Alors il leur dit,Rendez
donc à Cesar ce qui est à
Céjarj(y3 àDieu ce qui està
Dieu. Il commença d'abord
par expliquer la difference
qui se trouve entre le culte
que l'on rend à Dieu, & celuy
qu'on rend aux Souverains
de la Terre, & fit connoistre
à tout le monde, que
si le Roy nepossede pas ces
perfections infinies qui ne
conviennent qu'à Dieu? il a
pourtantreceu toutes celles
qui en approchent davantage,
& qui le rendent l'Image la
plus sensible de la Divinité.
Ensuite voulant interesser
l'Assemblée à cette Ceremonie,
il fit voir trois choses;
la premiere, qu'il estoit de la
reconnoissancedelaVille d'ériger
cette Statuë à Sa Majesté,
en forte qu'il seroit à
souhaiter que toutes les Villes
du Poitou en fissent autant,
pour reconnoistre les graces
que la Province reçoit de sa
bonté? & sur tout en ce qui
concerne le rétablissement de
la Religion; la seconde, qu'il
estoit de la gloire de la Ville
d'avoir cet ornement, qui
doit estre le Monument éter4fre1
de la fidélité qu'elle atoûjours
euë pour [vtl Prince,
-& la troisiéme
)
qu'il estoit de
son interest d'attirer par ce
gage de son zele & de son
attachement pour le Roy, la
faveur &laprotection de -Sa-
Majesté. Ces trois parties furent
solidement prouvées, &
remplies de plusieurs beaux
traits de l'Ecriture, de l'Histoire
Ecclesiastique,&de la ;
vie de ce Prince, avec tous
lesagrémens que l'Eloquence
Chrétienne peut permettre.
-
Aprés que cette action fut
£nie> tous les Corps se retire-*
tent ,
excepté la Milice du
College
, qui ayant assistéà
cette Ceremonie avec toute
la devotionque pouvoit souffrit
l'équipageguerrier où
elleestoit,se rendit en tresbonordre
à la nouvelle Place
Royale,où tous ceux dont
elle estoit composée
, saluërent
la Statuë du Roy,d'une
contenance fiere, mais qui
marquoit que le coeur avoit
beaucoup de part à cette action.
Ensuite
, aprés y avoir
fait l'exerciceavec toute la
justesse des Troupes bien diciplinées;
cetteMilice fitplace
a une autre, qui ne fut pas
moins agreable à voir. Ce fut
celle des Bourgeois
,
qui s'estantrangez
chacun fous son
Drapeau, se rendirent l'aprésdînée
à la Place au bruit des
Tambours, des Fifres, & des
Hautbois
>
& dans un ordre
qui fit admirer leur marche.
La Statuë estant le premier
objet de leurs regards, le fut
aussi de leurs respects. Elle
fut salüée à plusieurs reprises
par la décharge du Canon &
de la Mousqueterie,à laquelle
se joignirent les fanfares des
Trompettes,& mille cris de
VWtle Roy. Aprés le mouvement
des Troupes, & les devoirs
rendus aussi à la Statue
par le Corps des Marchands,
qui estoient là en robes de
tèt-emonie., MrFoucault à la
teste du Corps de Ville; fit
trois tours autour de la Place,
precedépar les Trompettes
&par les Tambours. Il mit
ensuitele feu à un bucher que
l'onavoit pre paré,&voulut
bien que l'on donnast un
flambeau au Juge des Marchands
, comme une tcccnnoissancepublique
des so ns
qu'avoit pris ce Corps pour
l'érection de ce Monument
Ce fut là que redoublerent les
cris & les acclamations du
Peuple,ainsi que le bruit du
Canon & des Mousquets,
qui ne finit qu'avec lefeu du
bucher ; après quoy on en.
tendit un concert de Trompettes
, qui attirant l'attention
de tout le monde, qui
s'estoitdissipée dans le fracas
&le tumulte de la Feste
,
prépara
à une simphonie admirable
de Violons,deFlûtes
& de Hautbois. Elle fut suivie
d'un grand concert de
Voix & d'Instrumens,auquel
l'Eloge du Roy servit de matiere.
On feignit que le Dieu
duClain, nom de la Riviere
qui passeàPoitiers,avoitesté
réveillé par un bruit confus
de Tambours & de Trompettes;
&voicy les Vers qu'on
luy fit chanter.
.si(Jf,tt bruit Guerrier vient trallbler
mon repos ? Pou vient quesur ces bords éloignez
-
desalarmes
•Le Tambour vient mester le bruit affreux
des Armes
Au doux murmure de meseaux ?
guette Divinitésepresente à mes
jeux?
Quel est cet air, ce port, & cette
noble audace?
le croyois que la Paix regnoitseule
enceslieux; D'où vient que Mars a pris sa
place-f,
peuples, qu'onvoit icy luy dresser
des Autelsy
Aimez-vous encor les alarmes ?
Le redoutable Dieu des armes
EJIHI lefiNI des Immortels
J>)uipour vous ait des charmes?
Le Choeur des Peuples respondit
à la surprise du Dieu
duClain, & luy faisant çonnoistre
LOUIS fous laface
}.¿.u Dieu Mars,prit occcasion
|de chanter les louanges de ce
Monarque. Une voix feule
lescommença par ces Vers.
Sortez, Fleuve
,
sortez de vostre
étonnement,
Rtconnoi.!.lz l'égarement
Qui vous faitdeLOVISméconnoistrel'Image.
, ;
Ce sieros a du DieuMars
,
,
L'activité,lecourage;
Partoutàses Etendards
LaVictoire ouvre un passage>
Maistoujourssafierté
Le cede àsa bonté.
aUnie anutresVoixip.oursuivit
Ce n'est pas feulement l'Arbitre
--: de laGuerre
Tour qui cePeuple heureux celebre
y,-,unsi beaujour.
S'il faitsur des ingrats éclater son
tonnerre, Ilestl'aimable Autheurdu repos de
la.tefre,
Et de tout l'Vnivers la terreur ~&
l'amour.
Aprés que le Choeur eut
répété ces trois derniersVers,
deux Voix ensemble chantexcjit
ceux-cy.
Redoutez, fers Ennemis•»
Sa mainfoudroyante ;
Reverc£, Peuplessoûmis,
Sa main bien-faifante..,
Le Choeur repeta encore
cesquatreVers ,&ensuite
onentendit ces quatre au-(
jees ~i
-dontles deuxpremiers
furent chantez par une Voix
seule, & les deux derniers par
une autre.
Hors deses heureux Etats
Regne nostre AugujïcMaifire.
Dans les plus lointains Climats
Sa vertu lefaitconnoistre.
Aprés cela les deux Voix
chanterent ensemble cesdeux
autres Vers, qui furent repetez
par le Choeur.
Ilpeut quandil luy plaifi, leplus
doux des Vainqueurs,
Desarmer tout d'un coup, d" les mains
~& les coeurs.
Les deux mesmes Voix
ayant chanté fep'rémenu
Jz>tfil est heureux>qn'il estaimable!
Et l'autre celuy-cy,
J£>jfileftgrandycfuilcft redlutable.',
Le Choeur reprit,
£)ue le Peuple estfortuné,
A qui le Ciel l'adonné !
Aprés quoy quatre différentes
Voix chanterent chacune
un des Vers quisuivent.
Ilejl le ferme appuy de lafoible
innocence,
Le TarnaJJe luy doit des honneurs
immortels,
La discorde aux Enfersgémitsoussa
puissance,
Il vient derétablir le culte des AI/
tels.
Et tous ensemble.
c'ejlpeu quesa valeursur la Terre
&sur l'Onde,
Signale ce Heros par mille exploits
divers,
Sa vertu, sa bonté,sasagesseprofonde
Le font triompher des Enfers.
Le Dieu duClain,touché
des grandeurs du Roy, fit paroistre
son admiration, en
chantant ces Vers. -
rapprouveavecplaifr l'ardeur de
vostre '{!le,
chantez,Peuples, chantez ceHeros
glorieux,
publit'{,fè-, exploits,portezjusques
aux deux
,.
Le bruitdesa elloireimmortegee
A ccs traits ceUtans ,
à ces faits inoüis. le reconnois LO VIS.
LeChoeur ayant repeté ces
deux derniers Vers, une Voix
feule poursuivit de cette sorte.
C'est peu que nostre %e£e éclate en
ce grand jour,
Ilfautporterplusloin lerespect
l'amour
Jgue dans nos coeurs charmera fais
naistresa gloire.
3uun Monument à sa mtmoiu
Aux Siecles à venir fzjfl voir le
Hérost
Dont lafîdelleHifloire
frend soindepublier les glorieux
ïx travaux. Choeur finit par ces derniers
VC'rs.. niersVers.
Qu'ildure ce Monument, ailabry des Lauriers ilbrave Ici
orages;
J>l»ilfajfe de ces lieux le plus bel
ornement,
J^'issoitincejfaniment
L'objet de nos respects, celuy de n&s
hommages ;
..!!.!!'i! UiJJe aux Siècles à venir
Du bonheur de nos jours l'eternel
souvenir.
Ces Vers avoient estémis
en Musiquepar Mr Pain,
MaistredelaMusique de S.
Hilaire de Poitiers, & ils eurent
un succésquirépondit
à ce qu'onattendoit de Plia-*
bikié d'un si grand IvUitoy
Cet éloge dura jusques à la
nuit qui fut tres-brillante, par
le beleffet que produisitune
Illumination qui regnoit depuïs
le premier étage jusqu'au
toit, dans les quatre costez de
la Place,quiest de cinquante
toises en quarré. A cette Illumination
le joignitcelle d'un
tres-beau Feu d'artifice,dont
il faut vous dire le dessein.
Sur un Theatre de quinze
pieds dehaut& d'autant de
large, paroissoit un Trophée
d'Armes,élevé sur un Piedcftal.
Aux quatre faces estoient
quatre Tableaux illuminez
aussi-bien
sussi-bien que le Trophée.
On avoit peint Jupiter dans
l'un
, ayant son foudre à ses
pieds, avec ces lTIotS, Iracundoe
sonisfulmina, pour faire voir
que le Roy avoit donné la
Paix à l'Europe , lors qu'il
estoit plus en estatquejamais
de faire la guerre. L'autre representoit
Pluton étonné,ce
que son air &: ces mots faisoient
connoistre-Hinc etiam
Phlegeton timet. Si Hercule alla
aux Enfers enchainer Cerbere
, comme le marque la
Fable, l'Enfer a raison de
craindre le Roy , après les es
fers qu'il vient d'éprouver de
sa puissance.Le troisiéme Tableau
faisoit parostre Vulcain
dans son attelier tout
prestà travailler, & l on y liro
soit ces mots, Si bellireparet
On faisoit allusion dans ce
Tableau aux Armes que Vulcain
forgea pour Ænée , & il
témoignoit qu'il se tenoit
prest à travailler pour un
Monarque,enqui on trouve
encore plus de pieté &de courage
que Virgile n'en a attribué
à son Héros. Le Tableau
de la quatriéme face representoit
Mars la main sur la garde
deson epee? & ces mors,
Cùm iusserit, marquoient l'état
où est le Roy de faire
de nouvelles conquestes. Le
Theatre qui portoitcetteMachine,
estoix soutenu de huit
pilastres tres-bien ornez. Aprés
qu'on et t-laissé quelque
tempsauxSpectateurs, dontla
Place, les Echaffaux, les
fenestres
,
les Balcons? & mesme
les Toits estoient remplie
pourronsiderer la disposition
de ce F ju> on le fit jouër d'une
manière agreable & terrible
tout ensemble. C'estoit
un fort beau spectacle de voir
partir à plusieurs reprisesun
gros de Fusées volantes qui
semoient l'air d'un nombre
infinyd'Etoiles; maisc'estoit
en meGLc temps quelquechose
d'assez affreux que le bruit
redoutable des Boëtes, des
Petards, & de la décharge
continuelle des pots à feu.
Tout cela estant siny
,
la Feste
fut continuée chez Mr l'Intendant,
où les plus honnestes
gens se rendirent.Onfut
arresté à la porte par un nouvel
objet qui surprit. C'estoient
trois longues tables
disposéesen triangle, couvertes
de viandes qui furent abandonnées
à la discretion
dupeuple Ces tables estoient
dressées dans une petite place
dont la figureest t:ria!lg"llaire,
&oùl'onabordolt par trois
luesj à l'entréedesquelles il
y avoit des arcades ornéesde
Festons. Les Officiers de Mr
l'Intendant placez au milieu
de ces trois tables,avoient
foin de les servir à mesure
qu'on les dégarnissoit
, & de
faire retirer ceux qui avoient
soupé, pour faire place aux
autres. La foule s y trouva
telle , qu'il y en avoit qui
n'en pouvoient approcher; &
ceux-là se confoloient à une
fontaine de vin qui coula depuis
le matin à l'entrée de
l'Hostelde M Foucault. Ce
spcetacle ayant diverty quelque
temps la Compagnie, elle
entra à la faveur d'une nouvelle
Illumination quifaisoit
voir de tous costez cet Hostel
'- en feu, dans deux grandes
Salles-éclairées comme le relie.
Quatre Tablesdevingtcinq
couverts chacune, qui
l'on y trouva dressées,furen
occupées par toutes lesDame
que les Hommes vouluren
servir. Il y eut simphonie PCI14
dant le repas,& tout se passa
sansconfusion,
Le Soupéfiny, oncrut
rraverferune Bassecourt pour
passer au Jardin, mais comme
si elleeust disparu par enchantement,
les Dames furent
agréablement surprises
de se trouver sur une Terrasse
ornée de fleurs & de deux
Fontaines jallissantes, par laquelleondescendoit
dansun
grand & magnifique Sallon
qu'elles n'avoient jamais vu.
Ce Salon, qui se trouva tout
disposé pour le Bal ,estoit
formé par un carré de trentedeux
arcades de quinze pieds
de hauteur. Sa longueur estoitde
cinquante pieds sur
quarante de large, & son
plat-fond estoit élevé de trente
pieds,mais pir le moyen
jd'une perspective pratiquée
-_àz;.c:s leJardin, on avoit fait
paroistre dans le bout une
galerie fort longue & sort
éclairée, quiyfaisoitunjxesbelaccompagnement.
Toutesles
arcades estoient ornées
de festonsdefleurs, & les piliers
qui les soutenoient, couverts
deMiroirs, L'espace qui
estoit depuis le ceintre des
arcades jusqu'au platfond,
estoitfermé par de tres-riches
Tapisseries, & dans la principale
face estoitélevé unBuste
du Roy, de trois pieds de
haut,environné d'un Soleil,
dont le tour & les rayons estoientcouverts
de lumiere.
Ce Soleil estoit accompagné
de Fleurs de Lys & d L couronnées
sans nombre, le tout
disposé avec des lumieres vives
: qui faisoient une Illumination
des plus surprenantes.
Dans la face du Salon
opposée à celle où estoit le
Buste,&au dessus de l'arcade
quifaisoit l'ouverture de la
Galerie, on avoir mis fous un
Dais un fort beau Por trait
du Roy, de la main du fameux
Mr Mignard. Ce fut
dans cette Sale que plus de
quatre-v.'ngt Dames qui avoient
soupé chez M l'Intendant,
& toutes celles qui
vinrent aprèslesoupé,loutinrent
parfa tement bien la
réputation où les Poitevines
font de bien danser. Les Arn-
-
phitheatres qui avoient esté
dressez le long & derriere les
arcadesfurent remplisparun
tres-grandnombre de personnes
,
qui eurent la curiosité
devoir cette Affeii-iblée,dont
Madame l'Intendante fit admirablement
bien les honneurs.
Il yeut une tres-grande
profusion de confitures &
de toutes sortes de rafraîc
hissemens, & toute cette nuit
se passaenréjoüissance,aussibien
que les trois jours suivans,
pendant lesquels la
-
Maison de M l'Intendant
,' demeura ouverte pour satisfaire
l'empressement du Peupie>
que l'envie de voir la
nouvelle structure du Salon
attiroit en foule.
1 Le 26. lesOfficiers du Presidial
, ayant à leur telle MT
de RazesPresident
, qui ne
laisse échapper aucune occa- sion de signaler son zele pour
le service du Roy , ne se contentant
pas d'avoir assisté au
Te Dexm3 que M l'Intendant
avoir fait chanter le jour précédent
dans
l'EgliseCatnedrale
, en firent chanter un
autre dans cc lle des Cordeliers.
L'action fut solemnelle,
& toute la Ville s'estant rendue
laprcfdînée au Collège
desJesuites sur le bruit d'une
este qui s'y devoit faire, on
a commença par l'explicaion
d'un Tableau Enigmaique
que Mr Foucault avoit
ait faire à Paris. Il estoit d'u-
Le grandeur extraordinaire?
& representoit Hercule forant
des Enfers, & traînant a.,,
prés ] uy Cerbere enchaîne. Sa
VlafTue qu'il tenoit de la main
droite
, estoit garnie de six
Medailles où l'on déçouvroit
es plus glorieux travaux.
Quelques Furies paroiffoicnt
luy inîulter & s'opposer à
son deSein? tandis que Jupiter
sur un nüage luy applaudissoit.
Iris, Déesse de l'admiration
,
marquoit l'étonnement
qu'elle avoir de cette
entreprise, & la Justice, la Balance
à la main> sembloit en
peser le prix & la valeur. LOf,
leSoleil&le Diamant furent
les différents mots surlesquels
on expliqua cette Enigme.
Les rapports quon y trouva
parurentassezfidelles
, & les
six Medailles des travaux
d'Hercule, fournirent une
belle occasion de parler du
Roy M de Carcassonne,Fils
de M l'Intendant,l'expliqua
fut la Statuëqu'on avoitcrigée
a ce Monarque, & c'enestoit
le vray sens. Il fit voir
qu'Hercule sortant des Enfers,
estoit la Statuë sortant
de la Carriere ; que les Furies
qui sembloient luy insulter,
estoient les divers outils &
instrumens dont le Sculpteur
s'estoit servy pour la faire;
que Jupiter, Roy des Dieuxc
qui applaudissoit à Hrcule,
signinoitlagrément qu'il a
pleu à Sa Majesté de donner
au dessin des Marchands;
que Themis marquoit la presence
des Magistrats quis'étoient
trouvez à la Ceremonie,
& que l'Iris exprimoit
l'admiration des Peuples, qui
voyoient avecuneextrême
joye le Portrait ressemblanc
d'un Prince, qui fait le bonheur
de tous ses Sujets. Enfuite
s'étendant sur l'explication
particulieres des six Medailles
qui estoient peintes sur
lamassuëd'Hercule, il trouva
desrapports si justesentre les
travauxde ce Heros fabuleux,
& îe< glorieusesactions du
Roy, qu'il satisfit pleinement
toutel'Assèmblée qui estoit
des plus nombreuses. Cette
Enigme ayant estéexpliquée,
,. on enproposa une autre. C'éoit
Amphion qui touchoit
un Lut,&qui par son harmoniefaisoit
remuer les Arbres,
& lesplaçoit en droite ligne
ur le bord d'une Riviere. La
Ville de Thebes paroissoit
lans l'éloignement, & des
Muses sur le haut d un Rocher,
luy montroient la Lyre
ilorpi-,léeparmy lesConstelations
du Ciel, afin del'aniner
, & de l'exciter a continuer
un Jeu qui produisoit de
si beauxeffets. Cette Enigme
sutexpliquée sur la Tromcette
,
dont le son range des
Troupes en Bataille, & le
Fleuve q.uiparoissoit dans le
Tableau, donna occasion à
celuyqui parloit, detouche
le passage du Rhin, & de dire
de tres-belles choses à la gloi
re du Heros qui conduisoi
cette cele bre action. Le veri
table mot estoit le Cours. C'es
une Promenade que Mr l'In
tendant a faitfaire sur le
bords de la Riviere du Clain
aux portes de la Ville d
Poitiers, qui n'avoit aucun
de ces fortes d'embellisse
mens. L'explication de ce
deux Enigmes, fut suivied'un
ne piece de Theatre, où l'on
representa LOUIS LE GRAND,
comme le plus grand de tous
les Rois. Pour le faire d'une
maniere plus agreable, & qui
fust plus du genie & du tour
de la Poësie
, on crut devoir
le representer & les Princes
ses Voisins
,
fous le nom &
l'idéedesDieux de l'Antiquité
, avec qui ils ont des
rapports plus singuliers. Le
Roy y parut fous le nom d'AÓ.
pollon,que les Anciens consondoient
avec le Soleil,
symbole de nostreAuguste
Monarque. Pluton, Dieu des
Richesses
,
des Enfers & des
Marais, figura les Hollandois
& les Peuples des Pays Bas.
Jupiterfut connu pour l'Empereur
à cause del'Aigle Imperiale
, & Neptune reprele-
ira lesGenois les Algeriens,
& les autres Peuples
Maritimes. Le Destin
, qui
dans la pensée des Anciens
avoit un droit de souveraineté
sur tous les autres D*I'CUX-p
qui estoient soûmis à ses Arrests,
déclara d'abord qu'il
vouloit se défaire de sa suprême
jmlTance en faveur
<TApollon»&luy domer le
premier rang sur Pluton, sur
Neptune, sur Jupiter mesme.
Il luy fit ensuite remporter
sur eux les mesmesVictoires
que le Roy a remportées sur
ses Ennemis; de sorteque les
endroits les plus éclatans d'u-
'ne vie si merveilleuse parurent
dans tout leur jour, &
d'une maniere très- naturelle,
quoy que fous des symboles
étrangers. Aprés tous ces
.Triomphes
, on vit Apollon
formant un Arc en Ciel, &
donnant la paix aux autres
Dieux , ce quisignifioit le repos
que le Roy a sigenereusement
donné à toute l'Europe.
Ils marquerent tous la reccvoir
avec joyej&«l'on sinit, en
luy décernant des Arcs de
Triomphe & des Statuës dans
les Places publiques. Cette
Action estoitdecinq Adesi
mestezde plusieurs entréesde
Ballet. Ensuiteon -
distribua
les Prix que donna M l'Intendant,
& qu'il s'estengagé
de donner tous les ans à ce
-Côllc-ge
, à condition quîan
y prononcera aussi tous les
anslejourdeS. Loüis un Panégyrique
-duRoy-
Dés ce mesme jour sur le
midy
,
Madamede Navailles,
- Abbesse de Sainte-Croix, étant
d'une Maison dont le
zeie s'est toûjours signalé heureusement
pour la gloire de
Sa Majesté
,
fit annoncer par
le carrillon des Cloches de
son Abbaye, la Feste qu'elle
preparoit pour le lendemain.
Le Canon de la Ville l'annonça
aussi fort loin par des
décharges reïterées,& le bruit
des Tambours & des Trompettes
se mesla aux concerts
de Voix
,
de Violons & de
Flûtes douces. On chanta les
Vespres avec beaucoup de
solemnité, & Madame l'Abbelle
qui ne manqua pas d'y
officier, donna les premieres
marques de sajuste reconnoissance
envers le Roy par ses
ferventes pricres) & par celles
de sa nombreuseCommunauté.
Le Clocher de l'Abbaye
, qu'on avoit orné de
Guidons & d'Eftendards, fut
éclairé toute la nuit d'un
nombre prodigieux de flambeaux.
Le lendemain 27.
d'Aoust) on vit dans chaque
endroit de cette Maison
RoyaleuneDécoration merveilleuse
veilleusequi surprit d'autant
plus qu'on ne s'y attendoit
pas. Tout cela se fit encore
par les foins de Mr l'Abbé du
Soucy qui se connoist parfaitement
aux choses de cette
nature. On avoit tendu sur
les portes du dehors de riches
tapisseries de cette Abbaye,
chargées d'Ecussons aux Armes
de France, & l'on avoit
employé les plus magnifiques
à parer tout le dedans de
l'Eglise, depuis le bas des
Grilles jusqu'aux voûtes,qui
font extrêmement exaucées.
Ces dernieres estoient semées
dePleurs de Lys. A coficdfe
l'Epistre paroissoitun Portrait
du Roy au naturel sous. un
riche Dais de ve lours couleur
de pourpre, femé aussi de
Fleurs de Lys d'or; & du côté
de l'Evangile, on voyoit les
Armes de Sa Majesté d'une
Sculpture fort delicate. Le
Luminaire qui répondoit au
reste de lamagnincence regnoit
depuis la5)voûte du Sanctuaire
jusque sur l'Autel
dont les Paremens ainsique
les Ornemens qui servirent à
.la Metre, estoient de lamefme
çtofc)& de lamesme richesse
quele Dais de velours a Fleurs
deLysd'or.LesChandeliersles
Vares, lesReliquaires d'argent
& de Vermeil doré de l'Abbaye,
remplirent tous les grardins
de l'Autel.Ml'lntédant,
lePresidialles autresCorps de
la Ville. & une infinité de
Noblesse de l'un & de l'autre
Sexe s'estant rendus dans l'Eglise,
M de Monnay, Official
& Grand-Vicaire de Poitiers)
commença la Méfie
>
qui fut
chantée solemnellement avec
le concert d'un grand
nombre de belles Voix? des
Orgues» des Violons, des
Hautbois & des Flûtes dotu
ces. Le Pere duBois) Jesuite
qui prononça l'Elogedu Roy,
charma tout le mondepar son
éloquence, quoy qu'il n'eust
eu que deux jours à s'y préparer.
Il prit pour texte ces
paroles du Chapitre14. de la
Sagesse, Envidentrm Imaginera
Regis quem honorare (volebant,
ftcentnt) ut illum quiaberat
tanquam proesentem
,
colcrent
suâfollicitudine & fit voir dans
les deux partiesdeson Die.
cours, que laStatuë que l'on
venoit d'élever ne pouvoir
£Ûre ny mieuxméritée qu'elle
l'avoit esté de LouisLE
GRAND ny mieux receue
que du Peuplequivenoit d'en
faire l'ereâlonà la gloire de
cet Auguste Monasque.Apres
la Me!lè) Madamel'Abbesse
entonna le Te Deum, & il fut
continué par l'excellente Musîque,&
labellefimphonie
que l'on avoit admirée. Le
foir il y eut dans la Clôture
de l'Abbaye un Feu de joye,
que Mademoiselle deRothelin,
Niece de Madame l'Abbesse
,
alluma en presence de
toutes lesReligieuses,qui dans
ce moment chanterent de
.-.-. - - .4
nouveau en leur particulier
le Te Deum avec l'Exaudïat;
après quoy laMusique qui avoit
assisté à la Cérémoniedu
matin s'estiant rendue au
grand Parloir de Madame
l'Abbesse,où plusieurs personnes
de qualité le rencontrèrent.,
elle luy fit chanter
tous les Vers quiilvoientestè
composez à la louange du
Roy. La Solemnité de cette
journéesetermina par une
aumône generale qu'elle fit
faire à tous les Pauvres de la
Ville &dela campagne, que
l'on y vit accourir de toutes
fparts ,
sur le bruit qui s'en
estoit répandu.
Les Dames delà Trinités
qui ne font pas moins confiderables
par leur naissance
quepar leur vertu;fitentaussi
chanterune Messe lolemnelle
& un Te DeumenMusique
& leurs Prierespour la confervation
du Roy ne cesserent
point pendant tout le jour.
Quoy que le Chapitre de
S. Hilaire) qui avoit esté prié
de setrouver à la Cérémonie
quifut faite le 15. dans la
Cathedrale y cun: afIiHé en
Corps? il ne laissa pasdefaire
chanter pen dejours après un
Te Deum particulier en Mu-
£que" de la composition de
M Pain. Ce fameux&Royal
Chapitre est d'autant plus
considerable? qu'il dépend
immédiatement du S. Siege.
Le Bureau des Finances, le
Corps de Ville, & le Corps
des Marchands, qui voulurent
faire la clôture de laFestes
firent pareillement chanter
de grandes Messes folemnelles&
des Te Deunausquels
Mr l'Inrendant affissta Enfin,
chacun a voulu marquer son
zele dans cette occasion iufc
qu'aux Ecoliers de Droit) qui
ayant eu permission de s'assembler,
& d'entrer dans la
réjoussance publique alle.
lent en Corps & fous les ar-
(Res, rendre leurs devoirs à
laStatuë,auprés de laquelle ils,
firent tirer un Feu d'artifice.
J'ay oublié de vous dire que
dés le 12. d'Août la Figure
avoitesié élevée dans leVieux
Marché qu'on nomme aujourd'huy
Place Royale mais
tous les ornemens ne pouvant
estre sitost en estat pour la
Ceremonie, il fut arresté quelle
ne se feroit que le 25
jour deS.Loüis. Cependant
quoy que la Figure n'eust esté:
posée que le loir du 12. Mr
Joussant) Relieur de l'Université
ne pouvant retenir
l'ardeur de son zele, alla des
ce mesme foir avec quantité
de Personnes qualifiées de la
Ville, & accompagné de
tambours, de Hautbois? &
de Trompettes, rendrehommage
à la Statuë, en faisant
trois fois le tour de la Place.,
avec les Ceremonies qui s'obfervent
dans une, semblable
occasion.
Ce que je viens de vous dire
faitvoir le zele des Peuples;
Il est si grand pour laisser à la
posterité des marques de son
amour pour le Roy, & du
haut point de gloire où ce
Prince a mis la France, que
toutes les Villes de ce florisfant
Royaume ont resolu de
luy élever desMonumens,
On n'épargne pour cela ny
le marbre ny le bronze, & ron y travaille de toutes
parts.LaVille de Troyes,Capitale
de Champagne,que les
dernieres Conquestes de Sa
Majesté ont mise dans un repos
si tranquille
,
n'avoir pas
moins d'empressement que
les autres Villes du Royaume;
de faire connoistre l'ardeur
qu'elle a pour sa gloire, lors
qu'elle receut de
sa
liberalité
de Mr Girardon, l'un de ses
Compatriotes, un Prefentafsez
beau pour estre l'ouvrage
des foins & de la dépenfc
d'une Ville entiere, C'est un
Portrait du Royen marbre , de grandeur naturelle, si bien
travaillé, & tellement reuemblant
, que Troyes pourra
se vanter dans les Siecles avenir
, d'avoir la vraye Image
d'un Prince , qui fera alors,
comme il fait dés aujourd'huy,
l'admiration de ru.:,
nivers. Aussi cette Ville là
n'a-t-elle rien oublié, en recevant
cet Ouvrage, pour
marquer la joye la plus sensible,
que des Sujets veritableJ
ment charmez de la grandeur
&des bontez de leur Souve,.
rain,puissent témoigner.Tourte
la Bourgeoisieestoit fous
les armes, & avoit à sa teste
une partie des Echevins & des
Conseillers de Ville. Je dis
une partie, puisque le Maire
& le reste du Conseil estoient
assemblez àl'Hostel de Ville.
pour y recevoir un si precieux
present. Il fut posé sur un
Brancard couvert d'un Tapis
de Velours violet, parsemé
de Fleurs de Lys d'or, & porté
du lieu où il avoitesté mis
en attendant le jour de cette
Cerémonie, par quatre Officiers
de Ville, au milieu de la
Milice. Un grand nombre de
Tambours, de Trompettes&
de Hautbois les precedoient,
& ils allerent ainsi jusques à
l'Hostel de Ville,où ce Present
fut rcceu par le Maire,
les Echevins &les Conseillers
avectoutes les marques possibles
de joye & de veneration.
On le plaça dans la
grande Salle sur une Table
couverte d'un Tapis enrL-j
chy de Fleurs de Lys d'or.,
& ce fut là quon donna au
Peuple, qui l'avoit suivy avec
un empressement extraordiflaire,
accompagné de cris
d'allegresse, la satisfaction de
levoir.Les officiersdeJustice
firent fermer leur Palais
pour faire connoistre la parc
qu'ils prenoient à la joye publique.
Les Boutiques furent
aussifermées ce jour là par les
ordres du Maire&desEchevins,
maiscesordres n'étoient
pas necessaires
, puisque le
Peuple se trouva tout disposé
à les prevenir. La Ceremonie
se termina par une
grandeCollation qui sefitau
bruit de divers instrumens,
& pendantles cris reïterezde
Vive le Roy, que les Habitans
firent entendre tout le reste
de ce jour. Voicy l'Inscription
queMessieurs de Ville
ont fait mettre à cet Ouvrage.
PERENNI
LUDOVICI MAGNI
GLORIÆ,
PATRIE ORNAMENTO,
Concivium amori & benevolentiæ,
FRANCISCUS GIRARDON
TRECENSIS,
SCULPTOR REGIUS,
P. D. C.
CONSENTIENTIBUS OMNIBUS
Trccenfis Urbis Ordinibus,
PLAUDENTE POPULO,
REGE APPROBANTE.
ANNO MDCLXXXVII.
Vous ne recevrez plus à
l'avenir que de tres-bons Airs,
puis qu'un des plus illustres
& des plus habiles Maistres
que nous ayons en Musique,
prend le foin de les choisir,
& qu'il veut bien se donner la
peine de les rendre corrects.
Je ne vous dis point qu'il
y en aura plusieurs dés siens.
Son genie vous cft connu, &
il vous fera facile de le dHtinguer.


AIR NOUVEAU.
ARbres épais, dont lesombre
feuillage,
-
-
Confemje icylafraîcheur& l'om- brage, *, Tandis que tout brûle alentour;
Vsus ne sçauriez m'offrir, qu'unsecours
inutile.
-
Heïxs ! Un'e(l pointd'azile
Contre les traits de l'amour.
J'ay deux Nouvelles à vous
mander qui ne font pas de
ce mois,mais elles n'en seront
pas moins Nouvelles pour
vous, puis qu'apparemment
vous les ignorez. La premiere
cil? queMadame afaitl'hfcfr*
neur à Mrde la Trimoüille,
de tenir unde ses Enfans avec
les EstatsdeBretagne. CeBaptesme
s'estfait à Paris dans
la Chapelle du Palais Royal,
où se trouverent les Deputez
des Estats. Ils furent extremement
satisfaits des honneurs
qu'ils receurent,& des bontez
de Madame. Tous ceux
qui ont l'avantage d'approcher
cette Princesse, ne fortent
jamais d'auprèsd'elle,
sans estre charmez de ses manieres
obligeantes & familieres.
L'autre Nouvelle que vous
i pouvez ignorer, regarde le
fameuxMrMignard.LeRoy
luy a donné des Lettres de
Noblesse>dans lesquelles sont
exprimées toutes les raisons
qui ont engagé Sa Majesté à
luy faire ce present. Il ne peut
que luy estre fort agreable,
ppuuiss qquu'il a tout ce qu'il faut
pour le meriter beauté , & que la
de son ame répond à
celle de ses Ouvrages.
Vous sçavez, Madame;
que Mr l'Evesque de Montaubanaesté
nommé Archevesque
de Toulouse. L'Evesché
de Montaubaneestant demegj
ré vacant,le Roy l'adonné à
Mr l'Abbé de Nesmond. Il
estdes Maisons si connuës,&
dontles grandes Gharges qui
y sont hereditaire,obligent
de parler si souvent, que pour
faire entendre cequ'elles [ont,
il suffit de les nommer. Ainsi
je vous diray feulement que
Mr l'Abbé de Nesmond est
Fils deMrde Nesmond, President
au Mortier du Parlement
de Paris;& que quand il
n'auroit pas esté de naissance
à pretendre dans l'Eglise à la
dignité où le Roy l'a élevé,
il en auroit estédigne par sa
grande pieté. Elle est ccile
ralement reconnuë, & a fait
, donner mille loüanges au
choix de Sa Majesté.
L'Abbaye de S. Sauveur de.
Blaye, a esté donnée à Mc(>
l'Abbé de Polastron, Vicaire
General de Mr l'Evesque de
Lombez. Il estFils de Mr de
Polastron, cy -
devant Capitaine
des Gardes de feu Mr le
Maréchal de la Ferté, & à
present de Mrle Duc Mazarin.
Comme les Gentilhommes
de cette Maiion ont toûjours
employé leur fang au)
service de nos Rois, deux de
ses Freres, estant Capitaines,
ont perdu la vie dans des occasionsaussi
dangereuses que
glorieuses pour leur memoire,
aussi-bien que deux de ses Filse.
qui avoient esté élevez Pages
duRoy. L'Aisné mourut de
cinq blesseures qu'il receut à
Saint Denis dans un Détachement
que l'on fit du Régiment
des Gardes,où il fervoit
en qualité de Sous-Lieutenant.
Le Cadet, qui estoit
Enseigne aux Gardesfut tué
à la Bataille de Confarbrik.
On le trouva parmy les Morts
perced'un coup de Moufque^
r quel? & envelopé dans son
Drapeau. Cette Maison qui
t" ported'argentauLion desable
*trampant> armé & lampaséde
gueules3 compte six cens ans
deNoblesse,justifiée par des
Titres trèsauthentiques
, & a
j doné onzeChevaliers de Saint
¡ Jean de jerusalem
*Grand-Prieur , & un de Toulouse.
f
Le Vendredy 5. decemois,
jour de la naissance de Sa Maicité)
le Pere Alexis du Bue')
Supérieur des Theatins
,
fit
chanter une Messe folemnel-
,', le, en action de graces à Dieu
d'un si grand present qu'il
avoit faità la France.Plusieurs
Personnes considerables qu'il
avoit fais inviter, y assisterent.
L'Autel estoit tres- superbement
paré.&éclairé d'un fort
gfritand nombre de Cierges. Il
distribuer l'aumône à cinquante
Pauvres, par rapport
à la cinquantième année dans
laquelle Sa Majesté entra ce
jour- là. Quelques jours après,
il fit soutenir publiquement
dans la Maison de ces Peres,
des Theses de Philosophie&
deTheologie, ce qui ne se,
toit point fait depuis vingtcinq
ans. Il y eut un grand
~concours de Sçavans,quiadmirerent
la vivacité & la subtilité
du Pere Caffaro Profeftfèur?
dans ses réponses.
Le mesme PereAlexis du
Buc
,
travaillant toujours à la
conversion desPretendus Reformez,
reeeut presque en
mesme temps l'abjuration de
Mademoiselle de Vadré,âgée
de vingt-sept ans. Elle est
Fille de Mrle Baron de Vadré,
& native de Blegne proche
Maftrik. La Cérémonie se fit
dans l'Eglise desTheatins ,en
presence de plusieurs Personnés
de qualité,
Il y a quelque chose defort
remarquable dans ce que je
vais vous dire de deux autres
Abjurations qui ont esté faitesà
Argentan. Mademoiselle
Gabrielle Auvray ,
tres-obstinée
dans ses sentimens, &
ne voulant point ouvrir les
yeux sur les erreurs où elle
estoitnée, fut mise entre les
mains du Pere Michel Anue.,
Gardien des Capucins de la
Ville, qui apporta desraisons
si fortes & si convainquantes
pour la retirer de l'Heresie
de Calvin, qu'enfin elle l'abjura
publiquement. Presque
mû sortirde cette action,elle
demanda à Dieu qu'il luy
iplutt de faire en sorte qu'elle
mourust dans la Religion quelle
venoit d'embrasser, si elle
estoit la meilleure, comme
~elle en estoit persuadées &
aussi-tost elle fut prise d'une
maladie,quineluy laissa que
~le temps de se confesser
,
de
communier, &: de recevoir
il'Extr'ème-On(,Ilioni, ce qu'-
elle fit avec une ferveur dont
Jtoùs les Assistans furent touchez.
M deBoisgelin,quideimeuroit
aussi obstiné malgré
l'éclaircissement que le Perc
Goupil, Jacobine Docteur
de Sorbonne, luy donnoit sur
tous ses doutes, n'eut pas plûtost
sceu la circonstance de
cette mort, qu'il demanda à
Dieu la mesme oracr, & dit
qu'il voudroit mourir après
son abjuration? si elle le mettoit
dans la bonne voye;sur
quoy le Pere Goupil l'ayant
pressé de nouveau par de
puissantes rairons, il recommanda
lachose à Dieu,abjura
,
tombamalade, & mourut
le lendemain 7. de ce Inois,c
Ainsi l'on peut dire que ces
deux personnes n'ont point
eu de meilleur jour que celuy
de leur mort
Il y a neuf ans que l'Orage
& la Gresle firent des desordres
incroyables dans le Blaisois.
Les biens de la Campagne
furent entierement ruinez,
les Arbres déracinez, les
Maisons ébranlées jusqu'aux
fondemens,les Hommes blessez
, & plusieurs Animaux
tuez; mais rien ne parut plus
surprenant que la dellruâioa
de l'Eglise de Saint Solemnc.
Cet Edifice faisoit un des
principaux ornemens de la
Ville de Blois, & en estoit
la Paroisse la plus considerable.
Il y avoit prés d'un
Siecle qu'ontravaillentàl'embellir,&
ellepassoitpour un
des beaux Ouvrages qui fuit
sur la Loire. Cependant l'Ouragan
qui accompagna cette
tempeste la détruisit de fond
en comble, & cela se lit en un
instant. Un accident aussi
extraordinaire&aussi peuattendu
plongea les Habitans
de toute la Province dans une
extrême desolation ; mais le
Roy n'eut pas plûtost appris
leur malheur, qu'il diminua
les tailles considerablement,
& donna une fort grosse som
me pour faire rebastir cette
Eglise, avec ordre de ne rien
épargner pour la rendre, &
plus solide & plus magnifi.
que. C'est ainsi qu'en use
LOUIS LE GRAND lors
qu'il s'agit de lagloire deDieu
& du soulagement des Peuples.
Depuis ce temps les Habitans
de cette Paroisse ont si
bien Correspondu aux intentions
de Sa Majesté,qu'il n'y
a riende plus beau ny de plus
achevéque le morceau de cette
Eglise qui a esté rebafty.
Il enreste encore àrétablir en,.
viron la quatrième partie;
mais ce qui est dans sa perfecton
estant suffisant pour y
recevoir la pluspart de ceux
qui sont de cette Paroisse,
ilsn'ont pu attendre qu'elle
fust entièrement achevée,
pour donner des marques publiques
de la reconnoissance
qu'ils ont des biens-faits; de
Sa Majesté. C'estpource sujet
qu'ils ont fonde a perpétuité
un service solemnel & un Salut,
qui se doivent dire chaque
année le jour de Saine
Loüis,pour la prosperité du
.1 Rov ,
de la Maison Royal?.|
- , - --,-----_.- - 1
& de cet Estat. Cette Feste
s'est celebrée pour la premiere
fois le 25. du moïs paffé avec
toute la magnificence possible,&
le concours de laNoblesses,
de tous les Officiers,
& des principales Personnes
de la Province qui yavoient
esté invitées. Le Pere loüis
Frotté, Chanoine Regulier de
Saint Augustin
, & Prieur
Curé de cette Eglise,quis'est
si bien distingué dans la Conversion
des Protestans de la
Ville deBlois, prefcha heu
reusement surcesujet.Il prit
pour Texte ces paroles de Salomon
au 3. Livre des Roys ,
c. 3. v. 6. où il dit à Dieu en
parlant de David son Pere. Il
a marché devant vous avecune
sinceritéparfaite,il a rendu la
justice en gardanttoûjours avec
Doubladroiture deson coeur. C'est
pourcela que vous luy servélaplus cvuez con- grande marque de
tuo/ire misericorde
-' en luy donnantun
Fils assis sur un Tbrone
tel que nous le voyonsaujourd'huy
,
& appliquant ces paroles
à Saint Loüis & au Roy , fit voir dans les trois Parties
de son Discours
, que Saint
Loüis avoit estédigne du
Trône par son équité parfaite
envers les hommes, digne du
Ciel par la droiture de son
coeur avec Dieu, &digne de
son petit Fils LOUIS LE
GRANDJ qui est aujourd'huy
sur son Trône
, pour
cftre le témoignage éclatant
des misericordes de Dieu sur
luy. Il prouva parfaitement
bien tes deux premieres Parties
de son Discours
; mais il
se surpassa dans la troisiéme.
Celà n'est pas surprenant,
quand on a un Champ aussi
beau. Il montra par plusieurs
authoritez de l'Ecriture, que
lade la droiture
de coeur des bons Princes a
tpûjours consisté dans le foin
que Dieu a pris de conserver
leur posterité sur le Trône, en
forte neantmoins que les Dei:
cendansontesté protegez de
Dieu,& leurs Royaumes florissantsà
proportion de leur
pieté ; que lafidelité de Dieu
dans la promesse qu'il avoit
faite à David de luyrendre
ce témoignage, avoit esté
telle que ses Successeurss'en
estant rendus tout à fait indignes
,illuy a donné une posterité
spirituelle pour laccomplir
dans la Persfonne du
Sauveur du Monde
>
qui le
comble d'honneur & de gloire.
Ildit quec'estoit ce qu'on
voyoit dans la posterité de
Saint Loüis, une longue suite
de Princes & de Roys, tout
ce qu'il y a de grand & d'illustre
dans le monde fous son
nom ,
des branchesàla verité
éteintes par les secrets Jugemens
de Dieu ; mais qu'on
appercevoit celle des Bourbons
,
illustres & généreux
Princes , quoy qu'éloignée
dela Colonne,qui se conserve
l'ifpace de trois cens ans
pour soûtenir glorieusement
le témoignage que Dieu veut
rendre enfin à Saint Loüis.
Il la remet sur le Trône par
une conduite manifeste de sa
Providence, en la Personne
de Henry le Grand, Restaurateur
de
la
Monarchie ébranlée.
C'est luy qui prepare les
voyes & qui lesapplanit,&
le témoignage se remplit en
fin de nos jours pour ne jamais
finir en LOUIS LE
GRAND)tel que nous le
voyons & l'admirons. En efset
,ajoûta-t-il, ne rcfïïntioijfcuvous
pas le Fils$millç traitsde
saressemblance avec le Pere?
Ne voyez-vous pas une minoritétriomphante
, une Regence
glorieuse, quelquesnüages se
iforMer au lever de cetastre;
maisse dissiperaussi-tost
,
le jour
en peu de temps devenir ferain
pour la France,les Etrangersentrer
en respect, & les Sujets
dans l'obeissance?Nousreste-t-il
quelque
chose
à desirer de son
zelepour la gloire de Dieu?Sous
saroyale protection la Religion
n-eji-ette pas danstutsonéclat,
&l'Eglise dans toute sa liberté?
N'a-t-il pas banny de sa Cour
par de justesexemples de Jeverite,
l'impiété, l'intemperance,
dr la débauche?N'est-ce pas la
pieté qui trouve les accés plus
faciles auprésdeluy, & les places
les plus honorables dans son
Conseil ? Que dirons -nous de
l'Heresie sapée dans son fondedement,
desEnfansélevez dans
la Religion de leurs Ancestres,
malgrél'infidelitéde leurs Peres,
qu'il a foin neanmoins d'éclairer
par tant d'instructionsqu'il leur
procurepar quelques rigueurs
salutairesf Se forme-t-il quelque
nuage conire la Religion,
lJU'il ne dissipe dans le moment?
Quelle fermetéàvaincrel'opiniastretédes
Partis si contraires à
l'Unitédel'Eglise,à imposer
silence à ceux qui n'ont point de
fin dans leurs disputes
,
à bannir,
de tout sonRoyaume la licence
rffrenée.) dont on se glorifie si
honteusementailleurs, de tout dire
ei de tout écrire? La moitié
des passionshumainesse trouve
retranchée chez nous; chacuny
e£î retenu dans lesbornes du
devoir & de la modestie. Heureux
de vivre dans les beaux
jours quil nous fait.) & de ne
recevoir de cet Astre que de benignes
influences..ToûjourssemblableauSoleil
,
il brûle Ici-,,
voisins qui s'en approchent témerairement,&
qui sortentde leurs
bornes. Il penetre par les plus
vives lumieres les secrets replis
des passions &desinterestsdeses
Sujes. Nous le voyons encore
éclairerde plusprés que jamais la
conduite É7 la capacitéde tous les
particuliers deson Royaume. Enfin
il fournit une carrieremesurée
&toûjours égale pour se regler
luy-mesme. Il met des bornes
volontaires à sa course
, & par
une retenuësans exemple, aprés
avoirdonné le mouvement à
toute l'Europe en l'entraisnant
aprés
lujy,ilcontinuë
d'enestre
l'Astre @J l'Intelligence pendant
le repos mesme qu'il veut pren..
dre. Pas à pas sur les traces de
S. Loüis;) autant que le peutpermettre
la différence destemps&
la gloire temporelle du Fils, qui
surpasse infinimentcelle duPere.
Louis le Saint est d'accord avec
la Providence par sa soumission , LOVIS LE GRAND par sa
sagesse
,
qui fait partie de la
Providence. Louis leSaintsuccombe
aux transports desonzele,
qui luy fait tout entreprendre ,
Louisle Grand n'entreprend rien
parlemesme, '{eie qu'il n'execute
avecgloire.Louis leS.sortdeson
Royaume pourdelivrer les Chrestiens
de captivité, dr demeure
a-vec eux dans lès chaînes, Louis
le Grand sanssortirdeson Trône
rompt les chaînes de tous lesChrestiens
par la feule reputation de
ses armes, s'il euji esté necessaire
qu'ilse fust transporté luymesme
chez les Ennemis de nostre
Foy
, que n'auroit pas fait sa
presence, puis queses rayons refléchis
ont causédesigrandes incendies
? Louis le Saint conserve
les limites deses Estats
,
Loüis le
Grandpose les limites de tous les
Estats de l'Europe. Louis le Saint
repare lesdommages queses Armées
&ses passages font dans le
Royaume, Louïs le Grand previent
tous les dommages par une
exacte discipline, c, porte par
tout aves luy l'ordre & l'abondance.
Louis le Saintse condamne
luy -mesme en presence de
son Conseil
,
Louis le Grand
donne mesme à son Conseil la
liberté de le condamner en sa
presence. Louis le Saintsoulage
tous ceux que le malheur des
temps a faits miserables, Loüis
le Grand qui fait le bonheur de
ses Peuples, les empesche de tomber
dans la misere. EnfinsiLoüis
le Saint est digne du témoignage
que Dieu luy vend par la gran-:'
deurd'un tel Fils,Louis le Grand
ne serend-il pas digne de l'honneur
qui rejallit sur luy par les
vertus d'un tel Pere? Il finit en
di&nc? Benysoit Dieusur toutes
choses,d'avoirdonnéàS.Louisun
Fils sigrand, si sao-e, pourrebastir
la MaiJôn duSeigneur. lJe- ':
nedistusqui dedit David filium
sapientem ut ædificaret domum
Domini? Enfin son Discours
se termina par des voeux les
plus ardens pour la conservation
denostre invincible Mo- :
narque, pour la gloire deson
Tf~ae.~ p&m^fa j^ftçj;icév
que
quetant de jeunes Princes dignnesdeeluyl,
plromeette.ntéter^. Je vous envoyay l'an- née
derniere une description si
exacte du Voyage que Monseigneur
le Dauphin fit à Anet,quecetteRelation
vousen fait-attendrounr-n'ireille
de ce qui s'y vient de
passer Je dois vous dire avant
que d'entrer dans aucun détail,
que le Roy n'a pas voulu
permettre cette année,que
Mr le Duc de Vendosme fist
aucunedépense
, parce qu'il
avoit poussélamagnificencetrop
loin, lorsqu'il eut l'honneur
de recevoir Monseigneur,
dans le temps qu'on y
joüa l'Opéra de Galatée
mais quoy qu'elle fustextraordinaire
,
elle auroitesté
encore plus grande, s'ileust
pû laproportionner à l'ardeur
de son zele. Comme les
Officiers
du Roy ont esté à Anet
&: qu'ils ont fait toute la dépense
,
Mr de Vendosme à
seulement eu sa table qu'il
fait tenir
-
par M l'Abbé dfl
Chaulieu, & ce Princeafait
travailler à des Idilles en Musique
, par les deux Fils de
feu MrdeLully, dont le Cal
det a la Charge de Surintendant
de la Musique du Roy.
Voicy les noms de tous ceux
qui ont accompagné Monseigneur
à Anet> & qui ont
esté nommez par ce Prince.
Monsieur le Duc.
Monsieur le Prince de Conty.
,
Monsieur de Vendosme.
Monsieur le Grand-Prieur.
Mrle Comte de Brionne.
1 Mrle Prince Camille.
| M leDuc de Roquelaure.
MrleDuc de la Meilleraye.
Mrle Prince de Tingris.
M le Comte de Fiesque.
M le Marquis de Chemeraut
Mndu Bordage.
Mle Marquis de la Chastre,
M le Marquis de Bellefonds.
M le Marquis de Danjeau.
M[ le Marquis d'Antin.
Mr le Marquis de Quelus,
M le Marquis de Florensac.
Mr le Comte de Mailly.
-
-
MrleComtedeSainteMaure,
Ml'Abbé de Chaulieu.
Monseigneur nommaencore
quelque temps apres
M le Duc de Gramont,
Mrde Barbesieres.
M df. Clerambaut
MrdeLussé.
MdeLenjamet.
Vous vous étonnerezde
trouver dans cette L ste Mr
deVendosme&M le Grand-
Prieur, puisqu'ils devoient
vray semblablement estre à
Anet;mais comme on n'est
plus Maistre desa Maison lors
qu'un Prince comme Monseigneur
y va demeurer, il
faioil que pour y estre
, ces
Princes fussent nommez commeIlleys
autres, eutMedia-noche le jour
que l'on arriva, parce que
c'estoit un Samedy au loir..
Onjoüal'Ecole des Femmes
avant ce Repas,&l'Idille que
Mde Lully le Cadet avoit
mis en Musique, futchanté
ensuite par les plus belles voix
de l'Opéra. Je vous l'envoye.
Il est de Mr deCapistron,
dont je ne vous diray rien,
puisque ses Ouvrages vous
l'ont fait connoistre.
IXMLLE.
DAPHNIS, LICIDAS
SILVANDRE.
v DAPHNIS.
Ousû'iifuites jadis témoins de 1J*j mesfeuo'ïxrs ,
le vois avec transport ces lieux où
Celimene
Chaqueinfiant me découvre en elle
Quelquebeauténouvelle,
Des plus charmas/s Bergerselle attire
lesvoeux,
Mais elle est encorplusfidelle
-91fe belle.)
Diouxtout-pu!jj\i/<s, jugez si mon
sort est heureux.
(cest
l'aperfoisLicidas3ilfieplaignaitfiws
Apprens-moy quelesttonfort,
Cher Licidas
, contente mon envie.
LICIDAS.
Il est toujoursfuzefie
,
d'" peHt-ejlft
la mort
Vaut mieux qu'une si trisse vie.
DA PHN IS.
Ne me trompes-tupoint? Iris est-elle
encore
insensible à ton amour?
LIC I D A S.
Depuis un an queje l'adore
Sa haine &ses mépris m'accablent
chaquejQf+r*
DAPHN IS.
Malgrésa cruauté ne perdspoint
l'esperance
Devoir changerton destin
L'amour& la confiance
Obtiennent à lafin
Leur justerécompense.
DAPHNIS, LICIDAS,
L'amour & la confiance, &c.
LICIDAS.
Quandjen'oserois me flater
Defléchir un jour la crue lle,
le nefçauroisla quitter,
Nysurmonter
t>afoiblesse que j'ay pour elle:
S
Quelques maux qu'en aimantmon
coeurpuisse[buffir,
Il aime encor mie "XIÚJS Joute,
Soûpirer ,st pLrndreô mour r,
Jgue de tenterles t-Jjo;tstju'il Cil.
conte
Pourse guerir.
MtfÚje voissous ces ombrages
Tousnos Bergersassemblez.
DAPHNIS.
Ils font retentir ces bocages
De leurs chants redoublez.
LIC I D A S.
Jj)uel mouvement en ces lieux les
attire,
Et leur insipire
Des chants si douât
DAPHNIS,
Silvandre vientà nous, Ilpourra nous le dire.
SILVANDRE.
M1'liedrmillefou
La grace charmante,
La vertu confiante
Du Filsduplusgrand desRois.
T0VS TROIS.
£u'a l'envy chacun chante, &.
S 1 LVAN DR E.
L'ardeur de luy plaire
Toujours pure,toûjourssîncere,
Anime icy tous les coeurs,
Et s'il peut trouver ailleurs
flus de grandeur
, plus de magnifitcncc
, Il riyfç-twoit trouvrdu moins
ût plus tendres soins,
Plusderespect,nyplusd'obeissance
DA PH N IS.
A sesyeux oserons-nous paroistre.
Et pour luy nos concerts auront-ils
des appas ?
S I L VAN D R E.
Il a trop bien appris de fin Auguste
Pere,
Par mille exemples divers
£)ue l'indulgence est necessaire.
Aux Maistres de l'Univers.
.tu'à l'envychacun chante,&c.
TOVS TROIS.
Zt4'à hnvy chacunchante, &,
LICIDAS.
Venez, dans cette retraite
Fa:reu:< peu plus de ftjouY,
Ccft pour vos jeux qu'elle cil;
faite,
Lesansn'y durent qu'unjour;
La felicitéparfaite
Fuit l'embaras de la Cour.
Que toujours It noire envh
Respecte vos jeux charma#s ;
Et que la Parque adoucie
Vous filedenowv'^ruxans.
Puissevotrebellevie
Estre un éternel printemps. *A pres cet Idil,le on c 1hanta,
ce Menuet des mesmes Autheurs,
Heureux les coeurs 'Amour couronne\
Du prix charmant de ses faveurs-J
- Rie.i ne vaut ce qu'il donner
ivo,v ,
le Trône mesme
N'apastant d'attraits,
C'ejf un bonheursuprême,
Mais
Ce sort .n'est dû qu'à
-
des. AmttrtJ;,
parfaits.
On joüa ensuite la petite
Comédie intitulée
, Les Fra,'l;-
ments de Moliere, & l'heure du
Soupé estant venue , tous les
Sleeigneurs que Monseigneur leDDaauupphhiinnaavvooiirrnnoommmmeez*z
t
eurent l' honneur de manger
à la Table de ce Prince3qui
fut magnifiquement servie.
Il y en eut tijilîi plusieursau^
tres, où la propretérépondit
à l'abondance pour les principales
Personnes de sa suite,
& pour tous ceux qui eftoienc
employez à ses Divertissemens.
Le lendemain Dimanche
après la Messe & le Déjeuné,
Monseigneur alla tirer en
volant, & l'aprefdinée il se
divertit à la Chasse au Cerf.
Il vit à son retour le Biron
d*Alhier«.-
k.
, & ensuiteil entendit
un second Idille mis
en Musique par M de Lully
l'aisné. Ce second Idille
, que
je vous envoyeaussi
,
est d'un
Cavalier qui ne fait des Vers
que pour son divertissement.
Vous allez ju ger de quelle
maniéré il s'en acquite. Cet
Ouvrage fut fait en si peu de
temps, qu'il pourroit passer
pour un Impromptu.
AUTRE IDILLE;'
TIRCIS, ALCIDON.
; SILENE. !TIRC1S. TAl/dis que dans ce beau sejour
~vn heureux so- rt ramené tailegreffe,
Faut-ilque lecruel AJwttr)
Laisse mon coeur accablé de tristesse ?
Helas, que jesuis malheureux
ALCID0N.
Ah, que mon dessin est à plaindre?
RIRCIS.
le voudrois guerir de mes feux.
ALCIDON.
Etles miens devroientbiens'éteindre.
rIRCIs.
Depuis un si long temps que j'adore
Cloris,
En puis-je recevoir un plus injuste
prix?
Loin de brûler pourmoy d'une pareilleflâme
Lapitiéseulement n'entre point dans
son ame.
ALCIDON.
Ifrisflatoitmes desirs, kmneputs'tndéfendre»
Elle agrea messoupirs
Des queje lesfisentendre.
Mais je viens de la voir avec un tlufJt
Amant,
Et lavolage Iris ,sanssonger que je
l'aime,
L'écoutoit aufjl tendrement,
Quelle m'écouteroitmoy-même.
TIRCIS
HeLis que jesuis malheureux!
ALCIDON.
Ah,quemondefin est à plaindre
TIRCIS.
le voudroisguérir de mes feux.
ALC I D 0 N.
Et les miens devroient bien s'é.
teindre.
TIRCIS.
Songeons à nous dégager;
P'iaquoytanty;cfis affliger
Tour des MaijJrcjfcs :nj^-.clles>
Ou trop crtttllts ?
N'elt trouve-t-on pas aisément
D'autresaussi belles,
Et pourcombled'agrément>
Que serontnouvelles ?
TIRCIS, ALCIDON.
Songeonsà nous dégager, (j'f.
TIRCIS.
Cesi une erreur qu'une amourparfaite,
Tourmon repos je m'en garderay;
le soupirois surma Musette
,
Mais malgré vous, Amour, j'y
danseray. S
Si te plaisir vient s'offrir sans
peine
,
Petit-estre alors je m'engageray:
le me plaignois d'une inhumaine,
Maïsrndgrê vous}Amonr,je m'en
ZV
TIRCIS, ALCIDON.
Tant que durerontnos beaux iours &£*
SILENE.
Etmoyje veux chercher àm'enyvrer
fouJollrr.
ALCIDON.
Arreste un peu, vieux Silène*
Viensnous aider à calmernossouci.
- SILENE.
le crains qu'on ne mesurprenne
Avec des Amans trtlnjis.
Avec vous toûjours on s'ennuye,
sous qui d'un triste amourJuivei^U
dureloy;
~ay promis à Bachus en lotj âv-,
llalitmafoy.
Dent co:i?.'oïjhe dema vie
Jute des Ivrognes comme môj* TIRCI S.
Demeure ,
Silene, demeure,
No[Ire amour va prendrefin.
S I L E N E.
Pour me le prouvertoutà l'heure,
Venez, leneyer d,,'Jls le vtn.
TIRClS, ALCIDON.
Pour te le prouvertout a l'heure,
Allons le noyer dans le vin.
AL CIBON.
J>)uelchangement,quel effet aâ*
'fiJn. ble
D'une liqueur inconparable !
J>)ue ne te dois -je pas, o puissant , Dieu du vin! (chagrin,
Tu bannisde mon coeur Iris Ci" le
TIRC IS.
2*c chagrinfuitJouveHtïmourcufi
folki
Le vinsçaitbeaucoup mieux contenter
l'tlon dïfir}
Avec Bacchussima raisons'oublie,
Du moins en la perdant je trouve
du plaisir.
SILENE.
Graces auDieuBacchus, lesingrates
Beautez,
Dont vos coeurs estoient enchantez,
Ne vous causeront plus d'alarmes:
Oubliezà jamais leurs charmes,
A moins que ces objetssi deux
Hé viennentquelquefoisrire & boire
avec nous.
Vous qui sèrve'{ des Redutet inhumaines
Cherchez, , Bacchus, il brisera vos
chaines.
TIRCIS
, ALCIDON.
Benissons l'heureux jOllre
- -qui finit nojlrc amour:
ALCIDON.
Liberté, douce paix.
Ne nous quittezjamais.
TlfiClS , SILENE.
Dans ces lieux sans amour, sans
envie,
Onjoüit des douceurs de la vie.
Auroient-ils tant d'appas
Si l'on n'y beuvoitpas ?
TOVS TROIS.
Vous quifcrv'7^ des Beautez, inhumaines
,
CherchezBacchus, il brisera vos
ehaines.
Cet Idillefut suivy de la
petite Comedie de Pasquin
d'Avalos, & après qu'on eut
Soupé ion chanta dans le
grand
grand Cabinet de Monseigneur
l'Idille de Mrde Lully
le Cadet.
Monseigneur allaleLundy
à la Chasse au Loup, &: n'en
revint qu'à neuf heures du
foir. Il vit à son retour la
FemmeJuge & Partie, & entendit
l'IdilledeMrdeLully
le Cadet.
OnallaleMardy aux mesmes
Chasses que le Dimanche.
Onjoüa le soir Polieucte & le
Medecin malgré luy. L'Idille
de Mr de Lully l'Aisné fut
chanté entre ces deux Pieces,
& on chanta l'autre Idille
aprés le Soupe dans le grand
Cabinet.
La Chasse du Cerf servie
de divertissement le Mcrcredy.
La Coquette fut representée
le soir. On chanta ensuite
l'IdilledeMrdeLully le Cadet
, qui fut suivy de la representation
desEnlevemens &
aprés le Soupé on chanta l'IdilledeMrdeLullyl'Aisné.
On alla le Jeudy à la Chat:
se au Loup. On joüa le foir rAmphitrien qui fut precedé
d'une ouverture, & d'un Air
Italien de la Composition de
Jylr de la Barre. Aprés TAmShitrion
on chantal'Idille de
MrdeLullyl'Aisné,& aprés
et Idille on joüa le Rendezvous
des Tuilleries. L'Idille de
;ir deLully leCadet futchanéavant
le coucher, & finit les
divertissemens Je ne vous dis
ien du succés delaMusique
eces deux Idilles. On n'aubit
pas pris plaisir à les entenre
tant de fois,si on ne l'avoit
pouvée bonne. A l égard de
eluy qui a le mieux réüssi
,
est cequ'il seroit difficile de
écider; il faudroit pour cela
l'ils eussent mis tous deux le
eline Ouvrage en Musique.
Tout ce que je puis vous dirc*<
c'est qu'estant encore fore:
jeunes, & ayant appris d'un
aussi habile Maistre que feu
Mr de Lully leur Pere,il ya
sujet d'enattendre beaucoup
s'ils entreprennent de marcher
sur
ses
traces, & s'ils
s'appliquent assez pour cela.
J'ay oublié de vous marquer
qu'il y a eu quelque
entrées de Balet dans les Entractes
des Comedies. Moru
seigneur a témoigné se diver
tir extremementpendanttou
le temps quil a passé daru
cette delicieuse Maison, &

Doliuarfecitr
celase remarquant sur le visagede
ce Prince,causoitune
joye à toute sa Cour qui l'animoit
à se divertir aussi, &
particul ierement à Monsieur
de Vendosme, dont l'attachement
pour toute la Maison
Royale, ne se sçauroit exprimer.
Les deux Idilles qui ont
servy de divertissement à
Anet , & que vous venez de
lire,ont esté chantez à Marly
devant le Roy, & ils y ont
eu le mesme succés.
Pour continuer à vous faire
part des Médailles qui marquent
tout ce qui s'est fait
de grand fous le rcgne de Sa
Majesté,je vous envoyecelle
qui a esté frappée après la soûmillion
de Strasbourg.
Le 25. du mois passé,l'Academie
Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France,dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé
de la Vau
,
l'un desquarante
Academiciens,celebra
la Messe,pendant laquelle il
y eut une excellente Musique.
Elle estoit dela composition
de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà
plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier,Theolop-
al de l'Eo- l i fe de Paris? prononça
le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
luy atti*ra beaucoup de loüanges.
Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme
veritablement éloquent,
& les rapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent
traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse,qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée
dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l' Académie,
pour recevoir Mrl'Abbé
deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont
à Siam,vous a fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientpermettre
,il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie
luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite
sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent
de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement,
qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie
quil'élevoit au dessus
de luy-mesme
, & dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre
Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, quec~Af de
l'Academie a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes
avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar
£7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé nos Frontieres) il nous avoitélevé
, poly
, & si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréer lemesme
titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir
dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies
de son Royaume.
Par là, Messieurs
, continuat-
il, car je ne dois retrancher
aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSiecles futurs, vos noms devenus
immortels marcheront à
lasuitedu sien
, &vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez
donner seurement
, &vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
, vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs,ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde,& qu'il
va achever de rendre plus
heureux ; à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante;àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme
, il abesoindevouspour
sa gleire
, &son nom, toutgrand
quil est , auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez,Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à celuy
dont il tient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson coeur &danssonRoyaume
, ce Dieu qui depuis tant d'années
répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpas fait taire ces malheureux
,qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient
parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque
dans son Trosm
f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie.
Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein que le Ciel
luy a inspiré
, & si nos voeux
font exaucez ,
bien-tostfous ses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes
de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien attaque
ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~r le Monstre
infernal reduit aux abois
> rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les moeurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras
plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurer nostrebonheur,vient
de nous conserver ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,
lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
, ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloir profiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
> &tous les Peuples
de l'Europe faisoient des
voeuxsecrets pour luy
cachant
bien Men saseulePersonne reside
la tranquillitéuniverselle-
Mais ou m'emporte mon zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens
ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent
donnez à ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole
pour y répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,, que
l'Academie ne luy pouvoit
donner une marque plus honorable
de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant
en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dans le Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation
indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,
il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles ; qu'il s'estoit
acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions
&des plus illustres Romains.
Jepasse beaucoup d'autres
louanges qui furent écoutéesavec
plaisir , & qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
, on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement
de tous les gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite,
quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloii seur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,&qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
, que par les bons offices
qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
, &, de la confollation
qu'il avoit euëen mou- rant de laïsser après luy un
Fils illustre , qui s'estoit toujours
dql-ingué' avec honneur&
sans affectation, dans lequel
doencaovuoriatgetoaûvjeocubrseavuecuoupbdeaeudcoouu-p
crur, une admirable pureté de
moeurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un coeur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul, comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité
que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil
d s Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret
adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent
qu'il eust pour l'Eloquence
la nouvelle obligationqu'il avoi.tJ nouvelle obligationqu-'il a-voit
de consacrer ses veilles à lagloire
de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent
den'avoir point d'expressionsassez
fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance
avec la grandeur des
choses qu.i! a faites?Je ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons.,& qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires,
que des Estats ennemis declarez
denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes
e- incompatibles. Comment
donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
, que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a pu la donner à toute 1"Euyope.)
luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires
, demeurent dans les termes
qu'il leur a prescrits? Il faut
voirégalement ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme
ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë
extraordinaire
, que nulle affaire
ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu
dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,
agissant au dehors comme
au dedans avec une forceinconcevable.
Il est jusque dans les
extrémitez du monde,où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues
par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il fait fortifier d'une maniere
qui déconcerte ~(7 defj<:entous
nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent
par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine
,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang, forme des
esprits& des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes
entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns
toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques
, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances,
conserver la Paix qu'il afaite3farce
qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj
que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne recevoit
de luy des asseurances poJiiives
de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même
temps volentsur les Frontieres
de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur
luy donne toutes les asseurancesqu'il
pourvoit souhaiter.
Ainsi l'Europe luy doit une seconde
fois le repos & la tranquillité
dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens
de division
, a jugé à propos
d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce qu'il veuty
ne veüille rien qui ne soit juste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus
font pures, sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3
par une admirable union, qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
, mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup
de fois par
des applaudissemens qui firent
connoistre combien 1*ACsemblée
estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret.
Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie;
& tout le
monde convint qu'il ne pouvoit
mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuis sa reception,
avec combien de justice
il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y aquelquetemps
qu'il fitaussiimprimer
celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez , on distribua les
Prix d'Eloquence& dePoësie
& l'on declara que le premieravoir
esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres,
Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages.
Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire
perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation
de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison
de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion
qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
lqeu'avoit apporté M Hebert,
l'Academie de Soissons,
*1 pour sansfaire à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,le jour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.
On y remarqua de grandes
beautez
, & M. Hébert
eut place parmy les Académiciens.
Le sujet de ce Discours
estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers, sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
fSaisioeit rcemlpcorste.r sur les autres
Celle qui fuit vous apprendra
une choseaussi ex*:
traordinaire, qu'avantageuse
à celuy en faveur de qui elle
est arrivée. Vous lirez cette
Lettre avec plaisir, puis qu'elle
est de Madame de Saliez,
Viguiered'Alby, dont l'cfprit
vous est connu. Elle est
adressée à M. l'Abbé de la
Roque. - --- -
P A Albyces. Septembre 16"" Uijque vous avez eu la
bonté de faire placer dans
Undes Mercures Galans,laRelation
que jefis de t'entrée de M.
de la Berchere
,
nostre Archeves-.
que, je eroy que vousferez encore
quelque cas d'un événement
plus singulierqui le regarde ,&
que les seulssentimens de nos
coeurs ontfaitnaistre. D puis la
mort de M. l'de Toulouse le bruit s' estant répandu
dans tout le Languedoc
que ú11. ljérchevcfyted'Aby
rampliroitsa place, tout Jon
Diocese en estoit alarmé. - Le
Courrier qui nous devoitapporter
la nouvelle de nostre bon ou mauvais
fort, estantarrivé le soir
du 23. Aoust, rd! le Peuple apprenant
qu'il n'avoit plus à
craindre, une joye qui tenoit du
transport s'empara de tous les
coeurs. Comme c'esst une passion
qui ne demeureguererenfermée
, chacunvoulait témoigner la sienne
, cm ce quisemble ne devoir
produirequ'un tumulte confus,
fit un esset tout contraire. Onvit
dans un momentun Feu de joye
regulier,élevé par plus de mille
mains dans la Placepublique,
tantileflv-raj que dans cessortes
d'ûccajtons l'amour instruittout
d'un coup. Nos Magistratsconduisentensuite
unegrandefoule
de gens au devantde M.l'Archevesque
, que la chaleur du
jour avoit retenu à son Jardin
jusques à la nuit. Il entra unesecondefois
dans Alhy au brnit des
Canons & des Cloches, Ily eut
des Illuminations à toutes lesfenestres,
auxTours, aux Clochers,
&des Feux devant toutes les
portes. Le lendemain il fut haranguéparlesMagistrats&
par
le Clergé,& visitéde toute la
IVqbiec. On n'a jamais veu de
contentement pareil; mais aujji
il n"y eut jamaisdePasteur si
digne de la tendreffi de Jon Troupeau.
Posermoy ,Monsieur,plus
alarmée que tout Alby ensemble ,
je m'estois retirée dans ma Maison
de Campagne, qui n'est pas
loin de la Ville, comme
voussça
vez.AuxpremiersFeuxquej'entrevisje
devinaymon honheur,
'cW je pris la libertéd'envoyerles
VersfuiLVans à mon Illustre Ar-
CheuejrquC.
QVelle est cette clarté,ce tumalte ,
0
ce bruit
,
- J>>uijusque dans masolitude
Redoublent mon inquietude,
Pendant le calme de la nuit ?
Ahjuste Ciel, cesontles marques
Des
hontez
qu'a pour nous le plus
granddesMonarques.
Nous ne vousperdrons point, illustre
&grandPrélat,
Et tout Alby charmé duTresor qu'on
luy laijje,
Par desseux , par des cris, montre
son AllegreJlè.
Vous trouveriez ailleurs plus d'hon.
neur, plusd'éclat;
Mais,aimablePasteur,enfaisantnos
delices,
Vous goûterezicy de tranquilles
plaijîrsy
Vousygouvernerezdes espritssans
caprices,
Vous reglerez, tous nos desirs.
Enfin c'est en vous seul que nostre
efpoirfefonde
>
Nous ne pouvonsavoirdePrelat tel
quevous,
MAÏS aussi dans quellieu du monde
Peut-onvous honorer, vous aimer
comme nous ?
J'oubliay le dernier mois à
vous apprendre que le 18. de
Juilleton trouva dans l'Eglise
Royale de Poissy ,le Coeur de
Philippes IV. surnommé le
Bel, Roy de France,Fondateur
de cette Maison. Cette
heureusedécouverteest deuë
aux soins que prend continuellement
Madame l'Abbesse
de rembellissement de
cette Abbaye. Voussçavez,
,
Madame,qu'elle est Soeur de
MrleDuc de Chaulnes,Gouverneur
de Bretagne , &cydevant
Ambassadeur Extraordinaire
à Rome. Comme elle
faisoit reparera neufl'Eglise,
on apperceut un Caveau couvert
d'une simplepierre,dans
lequel ce Coeur estrenfermé
entre deux Bassins d'argent
cimentez, & couverts d'une
toile d'or semée de Fleurs de
Lys. On a trouvéaussi le
Tombeau du Prince Robert,
Fils de Philippe leBel, & ceux
de quelques autres Princes &
Princesses de la Maison Royate.)
qui n'estoient tous couverts
que de pierres. Le tout
est justifié par des Epitaphes
quisesonttrouvées, tant dans
le Caveauque sur les Tombeaux
,ce qui confirme ce
que l'on acreu depuis longtemps
,quecetteEglisedont
l'édifice est des plus superbes
du Royaume, est remplie de
Corps de Princes &de Princesses.
Voicy l'Epitaphe de
Philippe le Bel, telle qu'onl'a
trouvée dans le Caveau
, gravée
sur une lame de cuivre.
Ci deden estle Coeur du Roy
Philippe
, qui fonda cefit
Eglise
, qui trespassa à Fort-*
tainebleau la njtille de S.
jindré l'an 1314.
Madame l'Abbesse
, par un
esprit de reconnoissance envers
l'Auguste Fondateur de
la Maison qu'elle gouverne
avec tant de sagesse & de prudence,
sollicite auprés du
Roy la permission de placer
avecéclat dans son Eglise,un
depoftqui luyestsi précieux,
& à toute sa Communauté.
Si-tost que la ceremonie aura
estéfaite,je vous apprendray
ce qui s'y sera passé de
considerable.
Nous
Nous avons perdu le 4. de
ce mois une Princesse de quatorze
ans, qui dans un âge
si peu avancé faisoit paroiftrc
tant d'esprit & de merite,
qu'elle donnoit de tres grandes
esperances. Elle s'appelloir
Henriette-Marie-Joseph
de Brunsvvich Lunebourg, &
estoit Fille du feu Prince
Jean Frederic,Duc de Brunsvvich
Lunebourg Hannover,
& de Benedicte, Princesse Palatine
du Rhin. L'excellence
du naturel de cette jeune Princesse
la rendoit capable de
toutes les bonnes
instructions
qu'on jugeoit à propos de luy
donner, & Madame la Duchesse
de Hannover sa MereJI
n'avoit pas de peine à luy faire
goûter les maximes de cette
sage conduite qui accompagne
toutes ses actions, &
quila rend si recommandable
àtout lemonde. Aussia-t-elle
eu une douleur tres-sensible
de cette perte, quoy que les
deux Princesses qui restent
soient bien capables de la
consoler
,
n'ayant pas moins
de belles qualitez & d'agrémens
que celle dont elle se
voit privée, Elles sont tresbien-
faites toutesdeux, & on
ne peut avoir plus d'esprit
qu'elles en ont.
Voicy lesnoms de plusieurs
lp'uernsonnes considerables de
& de l'autre Sexe, dont
j'ayaussi à vous apprendre la
mort.
1
LePere du Moulinet,Chanoine
Regulier de Saint Augnstin
,mort en l'Abbaye de
Sainte Geneviéve, d'une maniere
d'apoplexie, à l'âge de
67. ans. Il estoit de Roüen,&
avoit une parfaite connoissance
des Antiquitez Romaines,
& particulierement des Médailles.
Il a fait un tres-beau
Livre intitulé la rfance Métallique.
-
Dame Madeleine le Coigneux
, Veuve de Messire
Christophe Thumery
,
Seigneur
de Boissise. Elle estoit
Fille d'Edoüart leCoigneux,
Seigneur de Saudricourt ,
Conseiller au Parlement, &
d'ElisabethBourdin, dont la
Familleadonné des Secretaires
d'Estat,& un Procureur
GeneralauParlementdeParis,
illustres par leurs merites particuliers
; & petite Fille de
Jacques le Coigneux
>
Seigneur
de Saudricourt
, Conseiller
en la Grand' Chambre,
& de GeneviévedeMontholon
,
Fille de François de
Montholon, Seigneur d'Aubervilliers
, & Garde des
Sceaux de France. Je vousay
marqué dans une autre Lettre
que la Famille des leCoigneux
a donné un Chancelier de feu
Monsieur le Duc d'Orleans,
qui futaussiPresidentau Mortier
du Parlement de Paris,
dont est venu Mr le Coigneux
, President au Mortier
dans lemémeParlement,mort
depuis peu si estimé du public.
Madeleine le Coigneux qui
vi nt de mourir, n'a eu qu'un
Fils unique qui est Mre Germain
ChristophedeThumery
SeigueurdeBoissise,ConseillerauParlement,
& aujourd
huy President en la deuxiéme
Chambre des Enquestes. Ilaepousé DameMadeleine
le Tellier,Fille de feu Mrle
Tellier,Conseilleren la Cour
desAydes
, & Soeur deM s
leTellierConseillersau Parlement
tkà la Cour des Aydes
, de la Famille de Mr le
Tellier, Chancelierde France.
Celle des de Thumery de
BeilIife a donnéplusieurs
Conseillers d'Estat
,
Maistres
desRequestesConseillersau
Parlement, & aux Cours Sou.
^verainesj^ porte d'or à la Croix
degueules,cantonnée de quatre
bmtonsrde rosesde gueulesfiuil-
4e%deStnople.
Messire François du Fos,
Seigneur de la Tolle,Mery
> Olay, Conseiller enla Grâildj
Chambre. Il avoit esté reçû
Conseiller au Parlement de
Parisle 5). Avril1632. Mr le
Nain,Conseiller en là troisiéme
des Enquestes, est monté
j,ar cette mort à la Grand'
Chambre. D d iiij
Messire Loüis Camus, PrieurdeNostre-Dame d'Auvers
le Hamon,Conseiller au
Parlement. Ilestoit de la Famille
des Camus Beaulieu;
dont est Mr Camus de Beaulieu,
Secretaire del'Ordrede
Saint Lazare de Jerusalem,
Procureur General au Confcil
Souverain de Roussillon,
cy-devantIntendantaux Armées
du Royen la Comtéde
Bourgogne, & en Roussil-
Ion. -
Messire François Bon de
Saint ..J\ulaire,Conlte de Lammary.
Il estoit le premierEcuyer
de Monsieur le Prince,
Messire Christophe deColanges,
Abbé de Livry, mprt
dans sa quatre-vingt & unième
année. Il estoit Oncle de
Mr de Colanges Maistre des
Requestes. & de Mr le Marquis
de la Trousse
?
Gouverneur
d'Ypres, & fut nommé
à l'Abbayede Livry en 1624.
La Familledes de Colanges a
donné plusieurs Officiersaux
Compagnies Souveraines.
Messire Thomas Marin,
Abbé de Pebrac, & Trésorier
del'Eglise deBayeux.Ilestoit
Fils de feuMr Marin
, Intendam
desFinances,&Frerede
Mr Marin de la lroulTerie,
Maistre desRequestes,&premier
President au Parlement
deProvence, à la place de feu
Mr de Forbin d'Oppede son
Beau pere.
Je m'estois attendu,Madame
,à toutce que vousme
mandez d'Eleonor dJT'Vrde-;
quiparoist depuisunmois,&
je n'avois point doutéqu'aveccestraitsvifs,
qui se font
d'abord sentir au coeur, vous
n'y trouvassiezbeaucoup de
pensées & une tres grandec,-
pargne deparoles.Ce sont i&s
termes dont vous vous servez
, & je croy que vous ferez
bien aise d'apprendre qu'en
jugeant de cet Ouvrage,
vous vous estesrencont ée
dans les sentimens d'un homme
,pour qui vous avez beaucoup
d'estime. C'est Mr de
Fontenelle.Voicy ce qu'il a
écrit à une Dame de ses Amies
,er\ luy envoyant ce-pctit
Roman.
A MADAME *** QVE donneriez - vous ,
Madame,ia /u>n hiomme cpii±ous apprendrait queselon
toutes les apparences du monde
le goust des Romans va se rétablir?
Jesuis asseuré que vous
recevriezavec plaisirunepareille
nouvelle, dr c'est moy quiseray
assi'{ heureuxpourvous laporter.
Nous nous imaginions que lesiecle
avoit perdu ce goust-là; nous
croyions l'avoirperdu nous mesmeJ;
mais il estaisedevoir d'où
celavenoit. On ne faisoit plus de
Romans, &legouflperiffoitfau~
te desujetssurquoyilpusts'exercer,
Je viens de faire une lecture
qui m'a rendul'ancienne vivacité
que lay eué. pour cette forte
d'Ouvrages, 0r que j'espere
qui réveillera aussi la vostre. Je
vous parle d'Eleonor d'Yvrée
que je vous envoyé.C'est un
petitsujetpeu chargéd'intrigues ,
mais oùles sentimensfonttraitezavec
toute la finesse possible.
Orsanspretendre ravaler le merite
qu'il y a à bien noüer une
intrigue,&àdisposer les évenemens
,desorte qu'il en résulte de
certains effetssurprenans,je vous
avoüeque je suis beaucoup plus
touché de voir regner dans un
Roman une certaine science du
coeur, telle qu'elle est
, par exemple,
dansla Princesse de Cléves.
Le merveilleux des incidens me
frappe unefois ou deux, & puis
me rebute, au lieu que lespeintures
fidelles de la nature,&sur
tout celles de certains mouvemens
du coeur presque imperceptibles
àcause de leur délicdtejJeJ
ont un droit de plaire qu'elles ne
perdentjamais. On nesent dans
les avantures que l'effort de l'imagination
de
l'Auteur,&dans
les chosesdepassion
, ce n'est que
la nature feulequisefaitsentir,
quoyqu'il en ait coûté à l'Auteur
un effort d'esprit que je croyplus
grand. Vous trouverez dans
Eleonor d'Yvrée beaucoup de
beautez de cette derniere espece
?
@J des beautezfort touchantes.
Eleonor, le Duc de Misnie, 0*-
Matilde,ysont dans une situation
douloureuse,quivous remplitle
coeur d'une compassion fort
tendre & presqueégale pour ces
trois personnes, parce qu'aucune
des trois n'atort, & n'a fait que
ce quelle a dûfaire, Le stile du
Livre est fortprécis; lesparoles
ysont fortépargnése,& le sens
ne l'est pas. Unseul trait vous
porte dans l'esprit une idéevive ,
qui entre les mains d'un Auteur
mediocre auroit fourny à beaucoup
defrases, sicependant un
Auteur mediocre estoit capable
d'attrapperunepareille idée. Les
Conservations sontbien éloignées
d'avoir de la langueur,elles ne
consistent que dans cesfortes de
traits
,
qui vous mettantd'abord,
pour ainsi dire
,
dans le vifde la
chofl.) 0* rassemblent enfortpeu
adl'elesprace toutce qui estoitfaitpour
au coeur. Enfin, on voit bien
que la personne qui a fait ce Roman
là ,a plussongéàfaire un
bon Ouvrage qu'unLivre, car
omme seproposed'ordinaire
pourun Uvreune certaine étenduë,
&mesme un certain Volume,
on n'apasaccoutumé4'eflre
plus avare de paroles que de pensées.
je ne vous en diray pas da- :
Udnuge ,
Madamerau'JJi-bien
vous ne croirez de tout cecy que
ce que vêjtre coeur en sentira ;
maispour cette soisj'espere bien
~-
efbrcd'accord avec luy.
*" Je ne vous feray pas un long
détail des derniers AmbafîadeuiS;
de Moscovie qui font partis au com- ~-
mencement de ce mois, parce que
depuis six ans c'estla troisiéme fois

que nous avons vu icy de cesAmbassades.
Le Roy est un Princemagnifique
,
il n'y a rien de pîustigreable
que la Cour de France, &
de quelques Etats éloignez que l'on
y vienne, on s'en retourne toujours
fort content de son Voyage.
Les Ambassadeurs qui y sontvenus
les deux dernieres fois, ayant témoigné
aux Princes leurs Maistre s
la satisfactionqu'ils y ont receuë,
elleaesté causede cette troifiémc
Ambassade
, & qu'un Prince de la
Familledes Czars qui ont portéla
Couronneavant ceux qui la portent
aujourd'huy
, a cfté nommé
premier Ambassadeur. Ils débarquerent
à Dunkerque, ou le Roy
leur envoya M.Torf ,
Gentilhomme
ordinaire de sa Maison,
- qui souvent a eu de pareilles ComomiiRons
,parcequ'il s'en {.si toûjoursacquitéau
gré de Sa Majesté
& des Ambassadeursqe'il a receus
& accompagnez pendant tout le
féiour qu'ils ont fait en France. Il
y avoit trois Ambassadeurs,&le
dernier estoit nomméChancelier,
non pas qu'il fust en effetChancelier
de Moscovie, comme quelques
Relations publiques l'ont marqué,il
n'y a pas de vraye semblanceàcelà;
mais parce qu'il n'y a presque point
de Corps qui n'aitsonChancelier
en ce Pays-là, & qu'ily ena mesme
dans les Villes & dansles Bourgs.
Ces trois Ambassadeurs avoient
une suite de plus de six-vingt personnes
tant Gentilshommes que
Gardes Domestiques, Trompettes
Timbaliers,&cJoueursd'Infcnimens,
qui ont tous esténourris,
te voiturez,aux despensdu Roy.
M. de Ville a eu le soin de Tua &
de l'autre, &:. lesa traitez avecune
f^agnificenecquia esté admirée de
tous ceux qui lesont vûs manger.
Avant que de faire leur Entrée à
Paris, ils dcmeurerent quelques
iours a Saint Denys, pour regle
quelques contestations survenuës
sur ce suiet. Le foir qu'ils arriverent
à l'Hostel des Ambassadeurs,ils eurent
le premier des sept Repas_J.
pour lesquels tout est fourny par
les Officiers-delaMaisonduRoy,
car quoy que les Ambassadeurs des
Couronnes qui ne suivent pas les
manieres de l'Europe
,
soient toûjours
traitez aux dépens de Sa Majesté
, en fait neanmoins différence
de ces Repas, là aux autres C'est
pendantle temps de ces sept Repas
qu'ilsont Audience,&celuy qu'ils
ttrcç iour là a Versailles, est xlu
nombre de ces sept. Je1 ne vous dis
rien de l'Audience qu'ils ont eue
du Roy
, tout s'y est passéà l'ordinaire,
&: ie vous en ay fouventdécrit
de pareilles. Ils virent ce iour
là les Appartemens, & les Eaux de
Versailles, &. le premierAmbassadeur
avoüa que quoy qu'il ne sust.
pas d'humeur à admirer beaucoup
de choses,ilne pouvoir s'empccher
de dire que Vcîfaïlles estoit la huitième
Merveille du Monde. On
leur sit voir à leur retour à Paris,
une partie de ce qu'il y a de plus
curieux, après quoy ils retournerent
à Saint Denys, d'où ils allerent
à Versailles prendre leur Audience
de Congé. Les Ambassadeurs
demanderent en grâce au
Roy d'avoir l'honneur de luy baiser
la main J.ce qui leur fut accordé;
lesGentilshommes de leur suites
s'estant empressez pour ioüir du
mesme honneur, Sa Maiesté eut
la bonté de les laisser faire. Quelques
iours après M. de Bonneuil,
& M. Girault leur potterent des
Presens de la part du Roy; Sçavoir,
Au premier Ambassadeur.
Une grande Boëtte à Portrait
toute entourée deDiamans dans
laquelle estoit le Portrait du Roy
en miniature.
Une Tenture de Tapinenetrabri"
qué des Gobelins, representant
lès Maisons Royales.
Un tresbeauFusilavec une paire
de Pistolers.
Une Pendule tres-riche.
Deux Monstres à Boëttes d'or.
DeuxVestes de Brocard or &
argent ires-riches.
Aufyond Ambassadeur.
Une Boëtte à Portrait à peu-prés
de laincarne richesse que la precedente.
Une Tenture de Tapisserierepresentantl'Histoire
de Jacob.
Un Fuiil &. une paire de Pifbo"
lets.
UnePendule.
Deux Montres àBoëttesd'or.
Au trot/'ïême Ambassadeur.
Une Boëtte à Portrait pareillement
deDiamans.
UneTenturedeTapisserie representant
les ChassesdeDiane.
Un Fusil& une paire de Pistolets.
Une Pendule.
Deux Montresà Boëtesd'orAnpetit
Prince, Neveudu troisiéme
Ambassadeur.
Une tres-belle Boëte àPortrait,
entouréedeDiamans.
Une Veste de Brocard or & argent.
Aux Gentilshommes~&Personnes de
la suitte des Ambassadeurs.
Dix-sept Médaillesd'or.
Quarante Médailles d'argenr.
Il faut remarquer que les Boëtes
à Portrait dont je viens de vous
parler, font presque aussi grandes
que la main, & que le dessus & le
dessous font également couverts
de diamans,àla reserve de la place
du Portrait qui est tres petit.
Apres avoir receu ces Presens,
ils furentconduits au Havre de
Grace dans six grands carosses, & l'on.
on donna des chevaux àlapluspart
de leurs Domestiques. Il y avoit
aussi beaucoup de Chariots, se
de Fourgons,de forte que le tout
ensemble faisoit voir la grande dépense
que le Roy a faite pour en.
tretenir,& voiturer tant de monde.
Il y avoit tous les iours nourrir
plus de deux cens bouches,à cause
des gens necc ssaires pour servir.
On les a embarquez au Havre sur
un Vaisseau du Roy nouvellement
construit
,
nommé le SÚnt Michel*
monté de soixante six pieces de
Canon, & commandé par M. le
Chevalier de de Beaujeu, &ils doivent
estreconduits,& deffrayezjufqu'àS.
Sebastien,où ils débarqueront
pour poursuivre leur route en Espagne
, où ils vont en Ambassade.
Mrs de l'AcademieRoyaled'Àrles
ontfait faire un Service pour le
repos de l'Ame de feu Mle Duc de
Saint Aignan leur Protecteur. Ce
Service ayant esté accompagné de
tout l'éclat qui peut donner dela
pompe à ces sortes de ceremonies
le détail en est si long & ie l'ay
reçû si tard, que ie fuis obligé de
le remettre au mois prochain ; cependant
M.le Marquis de Dangeau
ayant esté nommé par le Roy Protecteur
de l'Academie d'Arles, il
faut dire comment cela s'est passé.,
Ces Illustres Académiciens, qui
comme vous sçavez sont tous Gentilshommes
, ayant rendu les de- -
voirs sunèbres à leur défunt Protecteur,
nesongerent plus qu'à faire
remplir la place, & ils députerent
M. le Marquis deChasteau-Renard
qui de trouvoit alors à la Cour,pour
agir en leur nom auprès du Roy.
Comme M. de Croissy,Ministre,
& Secrétaire d'Etat, a le Département
de leur Province,ils écrivirent
à ce Ministre pour le supplier
de demander à Sa Majeste qu'illuy
pluft nommer un Protecteur pour
leur Compagnie. M. de Chasteau-
Renard rendit la Lettre à M. de
Crossy,quile receut avec beaucoup
d'honnesteté, & luy dit le lendemain
qu'il avoit parlé au Roy,&
queSa Maiesté seroit bien-iase de le
voir. Il aioûta que le Roy luy avoit
fait paroistre qu'ileustbienvoulu
que l'Academie d'Arles prist un
Protecteur dans l'Academie Françoise
,
puisque feu M. de Saint Aignan
en estoit, & qu'il, luy avoit
paru que l'inclination de Sa Maiesté
tournoit vers Mo. 1e Marquis de
Dangeau. Le iour suivant, M- le
Marquis de Chateau-Renard s'étant
rendu au lever du Roy, Sa
Maiesté eut la bonté de luy dire
si-tost qu'Elle l'eut apperçû
,
qu'Elle
sçavoit bien de quoy iliuy vouloit
parler, & que c'estoit pour luy
demander un Protetlcnf. Ainsi M.
de Chateau- Renard ayant esté
prevenu, ne trouva pas lieu de faire
le Compliment qu'ilavoit preparé.
Il se contenta de dire à Sa Maiesté
ce que M. de Croissy luy avoit die
de sa part, & le Roy luy répondit
en propres termes, Voyez, qui vous
accommodera le mieux dsins tAr.zdemie
Françoise
, ce qui donna lieu à
M. de Chasteau-Renard de dire
suivant ce qu'il avoir sceu de M. de
Croissy ; Sire,pusque Vostre Majesténous
lepermet, nous ne voyons
pas que nous puiffwns mieux choisir
"'fle M.le Marquis de Daugedp ; sur
quoy le Roy repeta deuxfois,je le.
veux bien, & il s'en fit alors une
nouvelle àVersailles. M. deChateau-
Renard crut qu'il devoit rendre
compte à l'Académie Françoise
de ce qui s'estait palîe
-,
&: comme
il a eu plusieurs fois l'honneur d'y
entrer &d'y prendre place, ildemanda
la Dle[me grâce.Elle luy
fut accordée, &on luydéputa deux
de Messieurs de rAccadc~ie.,.~
rintvoduifiïent dans l'Assemblée,
quiTe trouva ce jour-là fort nombreuse.
Il y prit Seance à l'ordinaire
, & parladVèÇ une iustesse &
prie éloquence que tout le monde
.adm¡¡¡._) ne puis mieux vous
marquer les applaudissemens. qu'il
receut,qu'en vous disant qu'on le
:JIi¡ de donner son Discours par
écrit pour l'inserer dans les Regiitres
de cette Compagnie. M-.
Doujat Doyen
, & Directeur en
l'absence des deux premiers Officiers
, répondit à M. de Chateau-
Renard quifut reconduit avec les
mesmes cérémonies.L'Académie
d'Arles doit regarder comme une
bonne fortune le choix qui a esté
fait de M. le Marquisde Dangeau
pour son Protecteur. Il est d'une
naissance distinguée,illistrepar ses
Emplois,Gouverneur de Province-,
&., Chevalier d'Honneur de Madame
la. Dauphine. LeRoy levoit
agréablement ,,& tout le monde
convient qu'il esthonneste, civil,
bien-faisant, sçavant,SCforttfile
pour les belles Lettres.
Je vous ay souvent patlé de kt.
galanterie & dela magnificence d$.
Monsieur.Comme ce Princeentroit
dans sa 48.année le Lundy
22. de ce mois, il les fit encore eclater
ce jour-là par uneFeste qui
comment Ru* les fjx- heures du
foir. ily eut d'abord des tables
de toutes fortes de jeux, &c on
prit ce divertissement jusquà dix
hevros & demie que l'on servit
le souper. Ce repas fut magnifique
, & S. A. R. voulant faire aux
Dames des presens d'une maniere
galante, & les divertir en mesme
tem ps, fit une Lotterie dont tous
les billetsestoientnoirs. Elle estoit
composée d'une infinité d bijoux
de toutes maniérés ,
de riches ctoses,&:
de diverses galanteries à l'usage
des Dames. Il y en aveitvingt
ttois à cetteFeste : mais Monsieur
Voulant-faire.durerleplaiiir.de la
Compagnie aux dépens de sa libéralite,
fit mettre quatre billets noirs.
de p'us ,
sans vouloirque les Dames
en fussent averties, de forte
que lors que chacune eut son billet,
il s'en trouva encore quatre. Elles
demandèrent aiili-tcft pour qui
estoient ces billets, ce Prince
repondit qu'on s'estoittrompé en
m.ttanttnp de lots, mais quecela,
serviroit à faire une nouvelleLotte-
.rie pour achever de pàffcr cette soirée.
Vousremarquerez que le hazàrd
avoit fait que les plus forts
lots n'estoient point tirez. On refit
des billets pour toutes les Dames,
parmy lesquels on mit les
quatre billets noirs qui estoient reftez.
Voicy les noms de celles qui
curent les lots de la première Lotluie.
J- leur donneicy le rang des
"lImcro qui Leurécheurent.
Mademoiselle de Chasteautier.
Madame la Duchesse de la Fetté.
Madame la Duchesse de Foix.
MADAME.
Madame de Grânce.
-Mademoifdle de Vantadour.
Mademoiselle Clisson.
MademoiselledeChaufferez.
MADEMOISELLE.
Madame d'EÍP.flOY.
Madame de Chastillon.
Madame Durafort.- - Madmle de Portsmouth.
Madame d'Alluy.
Madame laDuchesse de Gramont,
Madame de Maré. -
Mademoifclle de Rouvroy.
Madame de MeKelbourg.
Mademoiselle de la Vanne.
Madame de Vantadour
Mademoiselle de Pienne.
Mademoisellede Busca.
Madame la Maréchale de Grancé.
Voicy les noms des quatre persennes
,
qui ayant déjà eu des lots
dans cette premiereLotterie,eurent
les quatre lots de la seconde.
Madame laDuchesse de Foix
Maderncifeile de Chasteautier.
N adame deGrancé.
Mademoiselle de Busca.
La premièreEnigme du mois
pfie qui estoit sur 1.1 lettre 0. a esté
expliquée par Mrs le Baron desAdrets
de la rüe de la CciTonnene ;
1-e jeune Avocat de Langres;S.Simon
Lavaloir de Caën ; Bellok
, Officier du Roy; le Penitent de
MontmorencyF. L. D l'Auteur du
Livre qui enseigne à bien prononcer
la Langue Françoise; la BelleIsis
de la montagne Sainte Gerrevieve
, &la Colombede la rüe
Saint Sauveur,qui a eu sur ce sujet
uneagreabledispute avec le Pigeon
,deJa mesmerüe.
Le mot de la seconde Enigme-
estoit l'Enigme mesme, & il a effeé
trouvé par Mssieurs Marrel de la
rüedes Mcneftriers; les quarre-
Voisins de la rüe des Bourdonnois;
La S.Doiret de Landarnau; l'Amante de l'Amy
,
le Pigeon de
la ruëS. Sauveur;la Victime mourante
delaBelle B. P-z la plus bvile'
des Filles de Carhaix.
Ceux qui ont expliqué l'une '.&:
l'autre dans leur vray sens
,
sont
Meilleurs le Chevalier de Bartillat
- âgé de neuf à dix ans;l'Abbé Mo«
rel du Palais D. S. I. Grand Morosini
; leBon Petit le Grandi l'Amant
noir & blanc aux - six Maistresses
; le Conquerant découvert;
l'Amant sans amour D. C. D. P.
Diane de la Forestd'Alcleon > Cal
fie de la ruë des Maturins.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premièreest de Roslinde
& 'autre de Clione,
ENIG MEl~
Ejfliîs brillante& eftt([ee.,
Mais d'unegrande dureté,
Soit jeune,soitâgée.
l'ay toujoursLimefine beauté.
Lors que j'entre enfcrnj'ce
Clione,voicy mon office,
Jepasse
, je repasse,&je tire après
moy
Certain je ne sçayquoy
jsyui ne me quitte guere
(QHU ne soit dans l'employ.
l'en ay partout,au Monde,au M()n'!ftere.
Chez, la Reyne &chezla Bergère,
chez le Berger& chezle Roy.,
Toutesfois ô destinsevere !
0noire trahison !
QuandJ'ay fait m.°n devoir, oymt
met en prison.
AUTRE ENIGME. ROSELINDE, écoutent je Jkfa
uneGeane
Qu'Apollon & Diane
Regardentde plusprés
Que les autres objets,
Et contre quile Ciel lancesouvenirsa
foudre,
Sans*pouvoirlaréduire en tend#*
Mes cheveuxherissez & mon sceur
de rocher
Montrent bien que rien ne m'est
cher.
Aussi voit-on à mespieds les richjejes
De Ceris , de Napée, & des autres
Deesses.
lefuis grosse
,
il e(l vrAJ) je ne m'en
çachepas,
Au contraire) en cela consistent mes
appas,
Mair les enfans qui viendront de
ma couche,
Sivous les p()uvet deviner,
Vous sçaurez, qui je suis flins que
j'ouvre la bouche
Pour vous dire le nom que l'on me
doit donner.
Il me reste une seconde Chanson
à vous envoyer. En voicy une
delecompositionde M. l'Abbé,


Mettre à chanter à Rouen,où il
s'est attaché après avoir pris des leçons
de tout ce qu'il y a de meil.
leurs Maistres à Paris. Ce qui luy
$efté d'un grand avantage
,
£*€ffc
qu'il a cultivé depuis peu pendant
cinq ou six mois l'illustre M. de
Baçillyquequelquesaffairesavoient
appellé en Normandie.Lafrequentation
assiduë d'un sihabile hominc
ne peut estre que d'une tres-grande
utilité pour ceux qui ont les - talens
que l'on reconnoist dansceluydon£
ievous parle,
AIR NOUVEAU. ! IRIS, pourquoy ne pas entendre
Le doux langage de mes yeux?
lgnorez>-vous que c'estpareux : - Que lepcoeulrfuaiststçaevonircedqur'ilead?e
- HcUs! Iris , jelanguis jÕltS VÛÏ
Lofa;
MesJeuxpourroient mieux vous
l'apprendre,
{ Jgiïe je ne puis l'exprimerpar ma
voix.
Il me reste un grand détail à vous
donner de ce qui s'est passé à Siam
àla défaite & à la mort du Roy de
Maccassar,où M.Constance,accom-»
pagné de quelques François & Anglois,
a fait des actions d'une grande
valeur, & d'une grande intrepidité.
Je suisobligéde remettre
aussi tout ce qui s'est fait à la prise
de plusieurs Vaisseauxd'Alger , &
au Combat de M. le Chevalier de
Tourville & de M. de Coetlogon ,
contre neuf Vaisseauxde cetre Nation.
Les infrasons continuelles.,
rpgue les A lgériens ont faites au derrnier
Traité de Paix, ont esté cause
'IXlu'on s'est cru obligé de les pour-
~LYuivre. Il y avoit icy pendant ce
~sremps-là des Envoyez deTripoly,
~jpqui ont paru bien resolus à garder
~Iqplus inviolablement la Paix qu'il a
~[qplû au Roy de leur accorder. J'ay
~idbeaucoup de choses à vous appren- dre touchant tout ce qu'ils ont fait
~Diicy
; ie vous en feray part le mois
~['j'prochain, ainsi que depluseurs
~autres Articles qui n'ont pu trouver
opiacé dans cette Lettre. Jesuis
~A Madame,Vostre
, &c.
AParisce30. Septembre1687.
T AB L E.
pRelude.
Ode sur le nouveau Canal de la Riviere l'Eure. Carte nouvelle de la Chine avec le dénombrement
de tous ces Peuples
, Province par
Province. ,
VoyageparTerre depuis Moscou jusquesà
PeKin. 17
Hiflorearrivée à Surate.44 Reflexions & doutes sur l'âge de 400. ans
quel'onattribuë à un hommedece cernés.
53
Honneursfunebres rendus à feu M. de Couta
nce. 74
Liste des Marchandisesdepuis peuarrivées
sur les trois Vantaux venus des ludes
* Orientales. 77
Theses où sont gravées ctansun grand nombre
de. Cartouches presque toutes les grandes
DesatccrtiipootniosnddugelRaeGoaler.yie.du.l-Choa8steau1di'E- Litanie duRoyélevée à Poitiers avec une
description de toutes les Réjouissances ru"
UBLUc~quiIc fomfnncs.cn cette occasion.
IM
GrandesRéjoüissances faites à-Trqyeà,c;ï
-ChRampagone àyla Ré.ce-ptioin d'-uneoFiguretdu Bapteimecontideiable.
-
ill
Lettres de Noblesse donnéesàM. Mignard,
XII.
Beneficesdonnez par le -Hoy.iij "Mdfe somnellechantée auxTheatinsle jour
delaNaissance duRoy. Abjurationssuivies de circonstances trèsremarquables,
li-g
-Tondation faite à Blois le jour de Saint Louis,
avec un Eloge du Roy prononcé sur ce
- - fujcc. --T.t~ - .;.Dtt"il. de tout c€v$ui *Et passé pendant le
séjourque Monseigneur le Dauphin à fait à •*Jtnet4 i+t'
Toutce qui s'est passé à l'Académie François e
le jour de Saint Louis. -X/?®.
Lettre en Prose & en Versde Madame: de Su-
- liezViguiere d'Alby, contenant une nou- veautésurprenante.
CoeurdePhilippele Bel Roy de Prince, trou- védansl'AbbayeRoyale de Poifry. 309 ..M"'ort'i.. •313 Lettre de M de Fontenelle sur le li.vrc:'Ïnti.
tulé les Malheurs de l'Amour,ou Eleonor
d'Yvrée. - 114
~Arrixée , séjour& départ des Ambassadeurs
de Moscovie. p., ~~kMaïquis d^Dangcaucil nQttmi.Fu)*
'rtaeur ee l'AcadcmieRoyale d'Arles. 337.
AvAivsipsourplacer les Figures. pour pldc(r [
'Air qui commence par, Arbres
épais dont lessombres feuillages3ào\
regarder la page 211.
La Médaille doit regarder la page
269.
L'Air qui commence par,Iris, pour-
'qUO} nepas entendre, doit regarder la
page 3 yi.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le