Fichier
Nom du fichier
1686, 12 (partie 1)
Taille
11.70 Mo
Format
Nombre de pages
419
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Eur
. 511
579m2
1686,12
Mercure
t
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1686.
Divifé en deux Parties .
AV PALAIS.
A PARIS ,
7
ONdonnera toujours un Volunte nouveau du Mercure. Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
levendra , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
ནཱ
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
En la Boutique de la Veuve C.BLAGEART;
Court neuve du Palais , au DAUPHIN ,
Et T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC . LXXXVI.
VEC PRIVILEGE DV ROI
Bayerische
Staatsbibliothek
München
ت ا ر
AU LECTEUR.
L
A troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
La France vient d'eftre donnée au Public
avec ce Volume . Elle a pour
Fitre, Troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France , contenant la fuite de la
Defcription de Verfailles , celle
des Chevaux qui font dans les
deux Ecuries du Roy , ce qui
s'eft paffe dans les Vifites, qui
leur ont efté rendues , les experiences
de la pefanteur de l'Air
faites devant eux , la Defcription
de la Galerie de Sceaux , & les
á ij
AU LECTEUR .
Receptions avec les Harangues
'qu'on leur a faites dans plufieurs
Villes de Flandres . Versailles
s'eftant trouvé décris avec beaucoup
d'exactitude dans le Volume qui- a
précedé celuy-cy , & le Public ayant
fouhaité que ce qui manquoit à cette
<
Defcription , fe trouvaft dans cette
troifiéme Partie avec la mefme regularité
, on a fatisfait à fon em
preffement. On a mefme fait plus,
puis qu'en décrivant les Ecuries ,
qui font l'étonnement de tous ceux
qui les voyent , & particulierement
des Eirangers
, on a fait voir ce
qu'elles contiennent de Chevaux , de
quels pays ils viennent , & à quels
ufages ils font employez Il y a
long-temps qu'on afpiroit aprés une
Relation entiere de Versailles , mais
le grand nombre de chofes qu'il y
C
AU LECTEUR .
$
S
か
1
avoit à décrire étonnoit ; cependant
en voila une que ceux qui auront
les deux Volumes qui en parlent ,
pourroni fe vanter d'avoir entiere.
On peut dire que c'est aux Ambaf-
+ fadeurs de Siam à qui le Public
doit cet Ouvrage , puis que la maniere
curieufe avec laquelle ils regardent,
mefurent toutes chofes,&
Les éclairciffemens qu'ils demandent,
ont fait que l'on a appris ce qu'it.
auroit effe dificile de fervoir , à
caufe du grand nombre de differentes
perfonnes qui peuvent donner
ces explications. On ne dit rien des
autres ehofes curieufes que cette
mefme Partie contient , mais feulement
que les Ambaffadeurs n'ont
jamais fait voir tant d'efprit que
dans le Voyage de Flandres , qu'on
trouvera décrit. On fçait déja
དསཔསགྱིསར
AU LECTEUR .
compagnoient ; & comme la confufion
empefcheroit de les diftinguer
s'il y avoit tant de Figures dans une
Planche , & mefme que l'explica
tion qui marque la raison de la pluf- >
·part de ces rangs n'y pourroit entrer,
on s'eft fervy d'un Alphabet ,
& de plufieurs chiffres , pour donner
une parfaite intelligence de toutes
ces choses.
MERCURE
MERCVRE
GALANT
3 DECEMBRE 1686.
Ous devez recevoir
ma Lettre au commencement
de1687.
& c'eft juftement le temps
où l'on cherche à donner
quelque chofe d'agreable à
ce qu'on eftime , ou du moins
Decembre 1686. A
2 MERCURE
à ne rien faire , & à ne rien
dire qui ne le foit , parce
qu'on fe perfuade que le refte
de l'année fera de mefme.
C'est un ufage qui eft pref
que
de tous les Siecles. On
y a veu cette créance établie ,
& fi l'on ne s'eft point trom.
pé , vous n'aurez affeurément
reçeu de voſtre vie d'Eftrennes
plus agréables que ma
Lettre , & jene penfe pas même
qu'il foit poffible d'en
donner , puis que je la commence
en vous entretenant
de la parfaite & entiere gue.
rifon du Roy . Je ne doute
GALANT. 3
point que de deux cens que
jevous ay écrites remplies de
Nouvelles, & que vous avez
leues avec quelque forte de
plaifir, celle- cy ne vous donne
plus de fatisfaction que
toutes les autres, du moins s'il
eftvrayqu'aprés la crainte on
goûtemieux la tranquillité&
le repos de l'efprit .Je vous ay
parlé mille & mille fois de
tout ce qui a fait meriter au
Royle furnom de Grand Jay
fait plus que d'entrer dans le
détail de toutes les Actions
qui luy attirent une admira_
tion generale , & qui appar-
A i j
m
1686
31
m
86.12
ur.イ
6.12
Eur.
511
m
1686.1
VIENN
CON
To
M
Eur
.
51122
272
1686,12
Mercure
H
MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
DECEMBRE 1686.
Divifé en deux Parties .
AV
PALAIS.
A
PARIS ,
O
N donnera toujours un Volume
nouveau nouveau du Mercure. Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
levendra , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE au Palais , dans la
Salle des Merciers , à laJuftice.
En la Boutique de la Veuve C.BLAGEART;
Court neuve du Palais , au DAUPHIN .
Et T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. DC . LXXXVI.
EC PRIVILEGE DV ROT
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR
.
L
A troisième Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France vient d'eftre donnée au Public
avec ce Volume . Elle a pour
Fitre , Troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France, contenant la fuite de la
Defcription de Verfailles , celle
des Chevaux qui font dans les
deux Ecuries du Roy , ce qui
s'eft paffe dans les Vifites qui
leur ont efté rendues , les experiences
de la pefanteur de l'Air
faites devant eux, la Defcription
de la Galerie de Sceaux , & les
á ij
AU LECTEUR .
Receptions avec les Harangues
'qu'on leur a faites dans plufieurs
Villes de Flandres. Versailles
s'eftant trouvé décrit avec beaucoup
d'exactitude dans leVolume qui
précedé celuy- cy , & le Public ayant
fouhaité que ce qui manquoit à cette
Defcription , fe trouvaft dans cette
troifiéme Partie avec la mefme regularité
, on a fatisfait à fon em
preffement. On a mefme fait plus,
puis qu'en décrivant les Ecuries ,
qui font l'étonnement de tous ceux
qui les voyent, & particulierement
des Eirangers , on a fait voir ce
qu'elles contiennent de Chevaux , de
quels pays ils viennent , & à quels
ufages ils font employez Il y a
long- temps qu'on afpiroit aprés une
Relation entiere de Versailles , mais
te grand nombre de chofes qu'il y
AU LECTEUR.
avoit à décrire étonnoit ; cependant
en voila une que ceux qui auront
les deux Volumes qui en parlent ,
pourront fe vanter d'avoir entiere.
On peut dire que c'est aux Ambaffadeurs
de Siam à qui le Public
doit cet Ouvrage , puis que la ma-.
niere curicufe avec laquelle ils regardent,
mefurent toutes chofes,&
les éclairciffemens qu'ils demandent,
ont fait que l'on a appris ce qu'il
auroit efte dificile de fçavoir , à
caufe du grand nombre de differentes
perfonnes qui peuvent donner
ces explications. On ne dit rien des
autres chofes curieufes que cette
mefme Partie contient , mais feulement
que les Ambaffadeurs n'ont
jamais fait voir tant d'efprit que
dans le Voyage de Flandres , qu'on
* trouvera décrit. On fçait déja
AU LECTEUR .
que les Mots qu'ils ont donnez , lors
que les Gouverneurs & les Majors.
des Places font venus prendre Lor
dre d'eux , ont efté admirez de toute
la Cour , qui a voulu les fçavoir 3,
mais s'ils ont efte trouvez fi beaux
fans eftre accompagnez des raifons
qui les ont obligez à les donner , &
qu'on trouvera dans la Defcription,
de leur Voyrge , que ne doivent- ils
point paroiftre alors à ceux qui examineront
avec quelle justeffe , &
quelle prudence ils les ont donnez !
On croit avoir efté aſſez bien informé
de ce qu'ils ont dit , pour n'avoir
rien oublié de tout ce qui cft
digne d'eftre remarqué , & l'on a pris
ce foin , parce que la plupart de
ces chofes tombent fur le Roy, &
que les louanges de cette nature font
moins fufpectes , qus celles que le
AU LECTEUR .
avec
zele d'un Sujet fait donner. On
voit outre cela dans cette Relation
plufieurs Harangues qui ont efté
faites aux Ambassadeurs
leurs réponſes , & une Defcription
hiftorique de toutes les Villes où ils
ontpaffe On avertit que
Pon trouvera
dans ce Volume une Eftampe qui
reprefente le Trofne du Roy, de lamanere
qu'il eftoit le jour que les Ambaffadeurs
curent leur premiere Audience
de Sa Majesté . On en voit
beaucoup d'autres qui n'approchent
en aucune chofe de la verité ; au
lieu que celle- cy a efté deſſinée d'aprés
le Trofne mefme. Il y a plus
ony voit les rangs de tous les Princes
, & de tous les Grands Officiers
qui estoient aux coftez & derriere le
Roy , ainfi que ceux des Ambaffa
deurs , & des perfonnes qui les ac
RADORKM
AU LECTEUR.
compagnoient ; & comme la confu
fion empefcheroit de les diftinguer
s'ily avoit tant de Figures dans une
Planche , & mefme que l'explica
tion qui marque la raison de la pluf
·part de ces rangs n'y pourroit entrer,
on s'eft fervy d'un Alphabet ,
& de plufieurs chiffres , pour donner
une parfaite intelligence de toutes
ces choſes.
MERCURE
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1686.
Ous devez recevoir
ma Lettre au commencement
de1687.
& c'eft juftement le temps
où l'on cherche à donner
quelque chofe d'agreable à
ce qu'on eſtime , ou du moins
Decembre 1686. A
こ
2 MERCURE
à ne rien faire , & à ne rien
dire qui ne le foit , parce
qu'on fe perfuade que le refte
de l'année fera de mefme.
C'est un ufage qui eft pref..
que
de tous les Siecles . On
y a veu cette créance établie ,
& fi l'on ne s'eft point trom
pé , vous n'aurez affeurément
reçeu de voſtre vie d'Eſtrennes
plus agréables que ma
Lettre , &jene penſe pas même
qu'il foit poffible d'en
donner , puis que je la commence
en vous entretenant
de la parfaite & entiere gue
rifon du Roy. Je ne doute
GALANT.
3
-point que de deux cens que
je vous ay écrites remplies de
Nouvelles , & que vous avez
leues avec quelque forte de
plaifir, celle cy ne vous donne
plus de fatisfaction que
toutes les autres , du moins s'il
eft vray qu'aprés la crainte on
-goûte mieux la tranquillité &
le repos de l'efprit . Je vous ay
-parlé mille & mille fois de
tout ce qui a fait meriter au
.Royle furnom de Grand Jay
fait plus que d'entrer dans le
détail de toutes les Actions
qui luy attirent une admiration
generale , & qui appar-
A ij
4 MERCURE
2
tiennent à la grande Hiftoire
; je fuis defcendu dans celles
qui à caufe de la foule ne
paroiffoient
pas fi éclatantes ,
& j'ay trouvé que les unes
provenoient
d'une Ame fi
grande , & les autres d'un fi
grand fond de bonté , que
Antiquité
a mis fes Heros
au nombre des Dieux
pour des actions moins glorieufes.
Je vous ay parlé fucceffivement
de toutes ces
Merveilles
, felon qu'elles
m'ont donné occafion de le
faire , car je ne vous ay jamais
parlé de ce Prince pour
A
rdc
Com
Jom
mois
que
en
elt
1
GALANT
.
5
luy donner des loüanges vagues
, & qui pouvoient convenir
à tous les Heros . Quand
je vous en ay entretenuë au
commécement d'un fi grand
nombre de Lettres , ç'a efté
en vous marquant les actions
qu'il avoit faites chaque
mois ; ces actions tres - fim.
plement expliquées faiſojent
elles feules fon éloge . Si je
les ay quelquefois accompagnées
de reflexions , le peu
queje vous ay pour vous
en faire voir la grandeur ,
eftoit plûtoft capable de les
affoiblir , que de les mettre
dit
4
A iij
6 MERCURE
dans le jour qu'elles meri
tent ; mais on doit le pardonner
à l'ardeur d'un zele qui
ne peut refifter à la connoiffance
de tant d'éclatantes veritez
. Nous pouvons nous
affeurer d'en voir une glo .
rieufe fuite , par le bon eftat
où fe trouve la Santé de ce
Monarque . Elle eſt ſi parfaite
, qu'on en a rendu à Dieu
des graces publiques dans
toutes les Eglifès du Royaume.
Je vais vous parler de ce
qui s'eft fait dans quelques- >
unes , & remets à vous parler
de beaucoup d'autres à la fin
decer
TOUS
San
main
tom
res,
enc
eft
ne
Ma
GALANT .
de cette Lettre , & meſme à
yous confirmer
l'eftat où eft
la Santé du Roy , parce que
mes Lettres font toûjours
fi
longues , que je ne les finis
ordinairement
que trois fe
maines aprés que je les ay
commencées
. J'ay deux cho
fes fort extraordinaires
àvous
apprendre
touchant
ces Prie
res , & dont il n'y avoit point
encore eu d'exemple
. L'une
eft , que les Prieres publiques
ne fe font jamais qu'aprés les
Mandemens
de l'Archevef
que , ou de l'Evefque
des
lieux, & qu'en cette occafion,
A iiij
8 MERCURE
quelque diligence qu'ait eu
le zele de ceux qui fe font
haftez de les ordonner , elles
ont encore devancé leurs
Mandemens. Ainfi l'on peut
dire que l'ardeur de prier a
efté fi grande dans les coeurs
des Peuples , que l'empreſſement
d'agir ne leur a pû permettre
d'attendre que les
Mandemens fuffent imprimez.
La feconde nouveauté
dont on n'avoit encore oüy
parler que pour le Roy , eſt
que la plupart des Curez &
des Superieurs des Maifons
Religieufes , contre l'ufage ;
GALANT. 9
& fans avoir rien prémedité,
emportéz d'un feu tout plein
d'amour pour ce grand Monarque
, ont fait des éloges
le Sa Majefté , pour exciter
es Peuples à prier avec plus
le ferveur , bien qu'ils y fufent
affez portez par euxhelmes
. Je pourrois ajouſter
cela pour troifiéme narque
d'un zele tout extraordinaire
& tout
nouveau , que
dans plufieurs
Communautez
on a fait des Prieres qui
n'avoient point efté ordonnées
, ce qui a eſté juſqu'à des
Neuvaines reïterées . Mais
10 MERCURE
pour revenir à ceux qui ont
fait des Exhortations
& des
Eloges du Roy à l'ouverture
de ces Prieres , c'est un zele
dont M ' le Curé de SainteOpportune
a commencé à donner
l'exemple.Son
éloquence)
eft connue , & yous jugez aifement
de l'impreffion
qu'il
fit fur fes Auditeurs . Il s'eft
fait uneNeuvaine
fort folemnelle
au Seminaire de l'Union
Chreftienne , étably à l'Ho
ftel de S. Chaumont . La clo .
fture s'en fit le 28. du mois
paffe . M ' l'Evefque d'Authun
y officia en Habits Pontifi
GALANT. II
caux , & le Pere Louis , Religieux
Penitent du Convent
de Nazareth , fit un Difcours
qui fut admiré de tous ceux
qui l'entendirent
. Il prit pour
fon Texte ce Paffage de la
feconde Epiftre de S. Paul
aux Corinthiens. Gratias Deo
fuper inenarrabilia dona eius , &
adreffa d'abord la parole à ce
Prelat , en ces termes.
T
Our est faint , Monfeigneur,
tout est juste , tour
eft loüable dans la Ceremonie qui
nous affemble. Tout y eft faint
c'eftà Dieu que nous venons ren
12 MERCURE
dre des actions de graces aprés luy
avoir adreffé des Prieres . Tout y
eft jufte ; c'est pour une des plus
rares faveurs que nous en puiffions
jamais obtenir , que nous ne
世
pourrons jamais affez meriter.
Tout y est loiable ; on voit éclater
dans voftre Grandeur le zele
de l'Etat de la Religion ; dans
les illuftres Filles de cette Communauté
, une émulation noble
une devotion folide ; dans toute
·l'Affiftance' , un contentement &
une fatisfaction inexplicable. Ce
n'eft point aufft , Monseigneur ,
pour exciter ces fentimens dans
les coeurs que je parois un moment
GALANT.
13
dans cette
Chaire ; c'est pour y
prendre part , c'est pour y applau
dir , c'est pour congratuler
toute la
France du grand bien-fait qu'elle
vient de
recevoir du Ciel par
le rétabliſſement
de la fante dis
Roy.
Mais que dis-je , Meffieurs
où voudrois-je icy
m'engager?
La grace que le Ciel nous accorde
en confervant noftre incomparable
Monarque , eft une fuite de celle
qu'il nous a faite quand il nous l'a
donné; & qui nefait , Meſſieurs ,
qu'il eft autant impoffible de s'en
expliquer que de la
reconnoiftre ?
Le rendre à nos voeux lors qu'il
14 MERCURE
avoit peut efirefujet de l'enlever
à nos crimes , c'est affermir plus
que jamais la plus floriffante
de
toutes les Monarchies
, appuyer
tout ce qu'il a medité de grand
juſqu'icy
, tout ce qu'il a refolu ,
tout ce qu'il a executé ; mais par
quels traits , quels mouvemens
,
quelles figures , quelles expreffions
pouvoir atteindre
unfujet fi relevé,
& qui ne renferme
rien que
d'inoiy
de prodigieux
!
Un Ancien difoit autrefois
qu'il eftoit bien capable de faire
defcription
d'un Ruiffeau
, d'un
Torrent , mefme d'une Rivie
re ; mais lors qu'il s'agiffoit
de reGALANT.
15
prefenter l'Ocean , le voyant fi
vafte fi étendu fi profond , rouler
fes flots contrefes bords avec tant
"d'impetuofité , les élever tout d'un
coup iufqu'aux nuës , leur creuſer
auſſi toft des abiſmes , ſe ioüer des
plus grands Vaiffeaux , tantoft les
brifer contre les rochers , tantoft les
engloutir par fes tempeftes , il venoit
, difoit- il , à fe perdre dans
cette vafte étendue , dans cette
profondeur ; ces flots , ces naufrages
, ces tempeftes & ces abijmes .
Ilnous arrive la mefme choſe lors
que nous voulons entreprendre
quelque Difcours à la louange de
Louis LE GRAND . D'abord
16 MERCURE
A:
que nous nous arreftons pour le
contempler
, noftre imagination
fe trouble , nos idées fe confondent
& s'égarent , & nos forces ne
pouvantfoutenir noftre zele, nous
fommes contraints
de baiſſer la
veie , d'avouer que nous ne
&
où il pouvons porter nos penſées , où
a portéfes Armes & fa réputation
.
Nous l'avons demandé longtemps
, & Dieu s'eft plû longtemps
à nous écouter pour nous
faire entendre,en nous le donnant,
que c'eftoit plutoft un Enfant de
la Grace qu'un effet de la Nature
; mais dans la ferveur de
GALANT. 17
nos Oraifons , & l'impatience de
nos defirs , le demandions- nous
tel qu'il eft aniourd'huy ? Si un
Prophete nous euft dit alors . Le
Prince que Dieu vous deftine doit
obfcurcir la gloire des Heros de
l'Antiquité , & devenir le modelle
fur quifeformeront les Heros
à
l'avenir.
Vous le verrez désfes premieres
annéesfufpendre , allarmer , foumettre
toute l'Europe ; la fufpendre
dans l'attente de fes deffeins ;
l'allarmer par le nombre & la rapidité
de fes Victoires ; la foumettre
fans refiftance à toutes les volantez
s'ouvrir pour cela de nou
Decembre 1686. B
18 MERCURE
veaux chemins parmy des lieux
inacceffibles , dompter la Nature
les Elemens , braver les iniures
du temps des Saifons , aneantir
les proiets de ceux qui
voudront fe liguer contre luy ; abatre
l'orgueil des uns , punir la
temerité des autres
rendre
par
fonfecoursfes Alliez invincibles;
donner la loy à tout le monde , ne
la recevoir de perfonne
.
Vous le verrez toujours à la
teste de fon Canfeil & de fes
Armées, estre l'ame de celuy la
par la fuperiorité defon genie,donner
le mouvement à celles- cy par
l'ardeur & par l'intrepidité defon
GALANT. 19
courage , prendre en tout temps
defi iustes mesures , qu'elles affireront
la réuffie de toutes fes enireprifes.
Vous le verrez redoutable fur
Mer autant que fur Terre ,
pouffer le Commerce iufque chez
les Nations où le Soleil fe leve
fe couche reformer tous les
abus , cultiver toutes les Sciences,
embellir tous les Arts , ne laiffer
aucun merite fans Eloge & fans
récompenfe. !
Vous le verrez
fupprimer le
Blafpheme , confondre
l'Impieté ,
retrancher les Duels , étouffer les
nouveautez , extirper
l'Herefie
Bij
20 MERCURE
révoquer ce fameux Edit qui la
favorifoit , & que la neceffité des
temps avoit extorque.
Vous le verrez enfin fi glo.
rieuxpar la prife de tant de Villes,
par la Conqueste de tant de Provinces
, par le gain de tant de Ba
tailles , par une conduite fi éclairée,
par des exploits fifurprenans , que
des extremitez de l'Vnivers on
viendra l'admirer , & confeffer
aux pieds de fon Trône qu'il est
encore plus grand en luy- mefme
que dans l'eftime des hommes.
Qui nous l'euft dit , Meffieurs ,
l'euffions nous cru ? L'euffions nous
mefme penfé ? Nous te voyons ce
GALANT 21
des
pendant . Les Siecles paffez les
plus memorables fe retirent de
honte de n'avoirfait par les He
ros les plus magnanimes que
effays de celuy- cy , & les Siecles
futurs feroient au defefpoir , s'ils
n'apercevoient dansfon Sing qui
coule déia en plufieurs veines , le
principe fecondde toutes les actions.
les plus extraordinaires & les
plus éclatantes . Nous le voyons,
& nous en verriors encore davantagefifa
moderation ne s'estoit
oppofée mille fois à fa gloire , &
fifa pieté
eté ne cedoit encore autourd'huy
à toutes fes pretentions.
Jofué pourfuit les Ennemis d'If
22 MERCURE
rael , acheve de les défaire
mais les pourfuvroit il avec tant
de vigueur , les déferoit- il avec
tant de facilité , fi le Soleil
pour luy en donnerle loifir ne vou
loit bien s'arrefter quelque temps.
Se le feul recit de tant de mer
veilles luy dévoue tous les efprits
& tous les coeurs , fa prefence
charme tous ceux qui font affez
favorifez du Cielpour l'aprocher
de prés , eftre toujours devant
luy. Cet air meflé de Majesté &
de douceur qui inſpire rout enſem
ble le respect & l'amour ; ces paroles
, ou plutoft ces Oracles qui
donnent fur le champ le sort
GALANT 23
le droit aux Parties ; qui inflrut
fent , qui démeflent , qui décident ,
qui contentent , qui bonorent tous
ceux aufquels ils s'adreffent ; cette
égalité d'ame , incapable d'alterationfous
le poids de tant d'impor
tantes affaires ; cet empire abfolu
de foy- mefme qui confacre toutesfespaffions
, & qui ne leur permet
de fe foulever que pour
faire fervir aux Vertus ; Que
vous diray-je , Meffieurs ? toutes
ces qualitez éminentes qui le feroient
Roy par les Loix de la
Nature de la Raifon , quand il
ne le feroit pas par celles de la
Naiffance & du Royaume ; tour
خ و ن
les
24 MERCURE
1
cela nous ravit , & nous fait connoiftre
affez combien eft precieux
le don que Dieu nous fait , en le
faifant comme naiftre une feconde
fois aprés fa maladie , pour nos
avantages & noftre felicité.
Auffine le recevons nous pas ce
don precieux avec indifference ,
nous pouvons bien nous rendre cette
juſtice , puifque nous n'avons
pas efté infenfibles à la triſte nouvelle
que nous receufmes il
quelques jours duperil où eftoit S4
Sacrée Majefte.
y a
Mais encore en cela le Roy
nous a-t-il ménagé par un amour
tendre & paternel envers fon
Peuple.
GALANT.
25
Peuple. Il ne nous a prefque pas
donné le temps de prévoir d'aprehender
ce qui auroit pú nous arriver
de fa perte ; plus fenfible à
nos interefts qu'aux fiens , il a
voulu nous épargner la douleur &
la crainte, & fe refervant tout le
mal pour luyfeul, il ne nous afait
avertir de l'Operation dangereufe
à laquelle il s'eft expofe que
qu'elle a esté faite avec tout le
fuccez poffible , pour nous donner
ainfi tout d'un coup une ioye que
nous ne devons point à une trifteffe.
precedente , mais à un bon heur
foudain & inefperé.
lors
Au reste ,
Meffieurs , quand
Decembre 1686.
C
26 MERCURE
Dieu n'euſt point exaucé nòs
voeux , nos voix & nos foûpirs ,
pouvoit-il voirfansfe laifferfléchir
La fainte difpofition d'un coeur qu'il
a toûjours entre fes mains ? S'il
prolongea autrefois la vie à Ezechias
, touché par les larmes
les gemiffemens de ce Prince , la
pouvoit- il refufer , ie ne dis pas
aux gemiffemens aux larmes ,
mais à la constance , & à la refignation
du Roy ? Sans s'effrayer,
fans pálir, fans murmurer
mettant entre les mains de fa divine
bonté , & fa fanté et le
falut de fes Peuples , il afouffert
en Heros , encore plus en Chré-
0
3
rem
GALANT. 27
tien
ut
ce
qui
luy
a
esté
confeil
.
lé
de
fouffrir
. Vous
l'avez
veu
Anges
tutelaires
de
nos
Lis
, vous
qui
eftiez
alors
à fes
coftez
,
&
qui
conduifiez
fi
adroitement
l'heu
reufe
main
qui
operoit
(
a guerifon
Vous
l'avez
ven
vous
l'avez
loué
devant
le
Seigneur
,
vous
l'avez
prié
pour
luy
,
continuons
a
le
prier
ainfi
qu'eux & par la pratique des
plus rares vertus , dont ce grand
Prince nous donne de fi beaux
exemples tâchons de nous rendre
dignes de le poffeder long- temps :
car comme Dieu donne quelquefois
àfon Peuple des Rois dans fa
Cij
28 MERCURE
le
colere , il ofte auffi quelquefois à
fon Peuple les Rois qu'il luy
donnz pour fon bonheur & fes
avantages.
Continuez d'offrir pour
mefme fuier vos pieux exercices ,
Vous Mefdames , qui avez merité
d'eftre louées par la bouche
de Sa Maiefté , Vous dont Elle
protege les Maifons & l'Inftitut ,
Vous à qui Elle a confié ces ieunes
Plantes nouvellement arrachées
d'une terre étrangere & ſterile ,
afin qu'elles produisent par vos
travaux & par vos inftructions
des fruits de vie dans la Vigne du
Seigneur. Mais vous- mefmes ,
7
GALANT. 29
mes cheres Soeurs , feriez vous affez
negligentespour manquer à un
fi iufte devoir ? Vous, dis- ie , qui
luy eftes obligées de vostre Converſion
, & qui avez esté apellées
parfes foins des tenebres à la
lumiere. Entrez donc toutes dans
l'esprit de l'Eglife , dans les fenti
mens de la France Foignez vos
voeux & vos prieres aux prieres
aux voeux de cet Illustre Prelat,
qui vaachever une Ceremonie
à laquelle par mon Difcours ay
fouhaité aioûter quelque chofe ;
mais que ie n'ay peut- eftre que
trop long- temps interrompue.
Avant ce Difcours on a
C iij
30 MERCURE
voit chanté le Pange lingua , &
fi- toft qu'il fut finy , on commença
le Salut.
M le Cardinal Ranuzzi
vint dire la Meffe dans ce
Seminaire un des jours de
la Neuvaine. Il fut receu
par la Superieure à la teſte de
la Communauté qu'il trouva
compofée de cent foixante
Perfonnes. Il loua la modef
tie des Penfionnaires , & ex
horta les nouvelles Catholi
ques qui y font en fort grand
nombre de prier pour la
Santé de Sa Majesté . Leur
ferveur a efté telle que la
GALANT 31.
1
Neuvaine generale eftant achevée
, elles ont demandé
avec inftance qu'il leur fuft
permis d'en faire une autre ,
qu'elles puffent dire eftre la
leur . La pompe des Ceremo
nies qu'elles avoient admirées
dans la premiere , les
porta à faire commencer la
feconde , par une Meſſe ſolemnelle
, & afin de mieux
marquer l'eftime qu'elles
font de la Hierarchie Ecclefiaftique
, elles fouhaiterent
toutes de communier le der
nier jour par la main d'un
Evefque. Cette Maiſon eft
>
C
iiij
32 MERCURE
une
heureuſe
retraite pour
celles qui ne
veulent point
faire de voeux , où qui fe trouvent
hors
d'eftat de
s'engager,
& l'on peut dire que leur
Inftitut eft un des plus Saints
qui
s'obfervent
dans un habit
Seculier &
modefte , qui
mefme
permet les vifites &
les forties pour les fonctions
de
Charité.
C'eftoit fur ce
pied que S. François de Sales
avoit
commencé
l'Ordre de
la
Vifitation , mais la déference
qu'il eut pour le Cardinal
de
Marquemont fon
Directeur ,
rompit fes preGALANT.
33
miers deffeins. Quelques Religieufes
vivant avec beaucoup
de defordre , & ne pou
vant fe refoudre à la Clofture
, on fe fervit des Filles de
la Vifitation qui eftoient vêtues
en Seculieres , pour taſcher
de les reduire par leur
bon exemple ; mais il fut im
poffible d'en venir à bout,que
toutes les Maifons de l'Ordre
de la Vifitation ne fuffent
cloiftrées. Lyon commença ,
quoy qu'Annefi fuft le premier
lieu , où elles avoient
efté inftituées . Voilà ce qui
donna cet Ordre à l'Eglife .
34 MEERCUR
La pensée de S. François de
Sales n'a point cependant
efte perduë. Quoy que l'Inftitut
de l'Union Chreftienne
ne foit point precifément
pour visiter les Malades , ce
qui obligeroit à de trop fre
quentes forties , c'eſt le mef
me efprit qui s'obſerve en
bien des choſes. M'
Vincent,
premier Superieur General
de la Miffion , affembla quel
ques Dames à Charonne)
regla leur Habit , & commença
là le Seminaire . Une
des premieres Filles appellée
Elurin , y eft morte en odeur
GALANT. 35
ส
รุ
de fainteté . On tient qu'elle
avoit predit la Naiffance de
noftre Augufte Monarque.
M' le Vacher , Preftre d'une
infigne piété , prit la place
de M Vincent , & mourut
il y a fix ans aux Religieufes
de S. Gervais , avec la répu
tation d'une vertu extraordi
naire. Ce Seminaire s'eftant
augmenté , & ayant remply
divers Hofpices , on a efte
obligé d'acheter un des plus
grands Hotels de Paris ,pour
contenir tant de bons fujets
qui fe prefentent . On en a
mefine envoyé dans les Pro
36 MERCURE
vinces , & il y en a des Maifons
eftablies en plufieurs
Villes , à Caen , à Sedan , à
Mets , & c.
Le du mefme mois M
25.
l'Abbé Billet ,
Procureur &
Chefde la Nation de France,
fit celebrer une Meffe folem
nelle dans le College de Navarre
, pour rendre graces à
Dieu de
l'entiere guerifon de
Sa Majeſté. L'Eglife eftoit
ornée de riches Tapifferies ,
& l'Autel éclairé d'un tresgrand
nombre de Cierges
chargez des Armes de France.
M l'Abbé de
Calogne
GALANT. 37
fut le Celebrant, & fit remar
quer dans toute cette action
fa pieté & fa modeftie . On
diftribua les Sportules ordinaires
à plus de fix cens Docteurs
, Licentiez, Bacheliers,
Abbez , Curez , Officiers , &
Regens de cette fçavante
Compagnie . M' le Recteur ,
qui préfide dans les plus confiderables
Affemblées de l'Univerfité,
ceda la droite à M
l'Abbé Billet en cette Ceremonie.
Je vous ay déja parlé
de cet Abbé , & fait connoiftre
la réputation qu'il s'eft
acquife dans les Pays Etran38
MERCURE
gers par la profonde
érudi
tion , & par la fageſſe
de ſa
conduite
.
Le Pere Alexis du Buc , Su ,
perieur des Theatins , a fait
voir dans la mefme occafion ,
le zele ardent dont il a donné
des marques en beau
coup d'autres rencontres
Il fit chanter une Meffe fo,
lemnelle , à laquelle toute
fa Communauté communia.
L'Exandiat fut auffi chanté à
l'iffuë de Vefpres , & les Lita
nies à la fin de la Priere du
Soir. Ces Prieres furent continuées
pendant neuf jours ,
GALANT. 39
& la Neuvaine fe termina
par une Meffe en Mufique
de la compofition de M¹ Lorenzani
, à laquelle plufieurs
Perfonnes de qualité afſiſtes
rent. Ce fut encore le Pere
Alexis du Buc qui la celebra.
La precieuſe Relique de
Saint Hiacinte a donné lieu
aux Peres Jacobins de la ruë
SaintHonoré, de fe diftinguer
des autres Communautez de
Paris , qui ont marqué tant
de zele pour la confervation
de la Santé de Sa Mal
jefté. La feuë Reine Mere
40 MERCURE
Anne d'Auftriche
demanda
une Relique de ce Saint au
Prince Cafimir de Pologne ,
qui eftoit alors en France ; &
ce Prince eftant de retour à
Cracovie , l'ayant obtenuë
du Roy Ladiflas fon Frere ,
& des Eftats du Royaume ,
l'envoya en 1641. à la Reine ,
qui en fit prefent à ces Religieux
, comme du plus précieux
gage qu'elle pouvoit
leur donner de la bien- veillance
dont elle les honoroit .
LeRoy invoqua ceSaint dans
la grande Maladie qu'il eut à
Calais, & luy vint rendre des
GALANT. 41
2
graces publiques de fa guerifon
dans leur Eglife. C'eſt ce
qui a obligé le Pere Seguin ,
Prieur de ce Convent , de
faire expofer cette Relique
dans la Chapelle de S. Hiacinte
. On y a chanté pendant
neuf jours une grand' Meſſe,
& plufieurs autres Prieres.
Pendant que les Preftres ont
dit chaque jour l'Oraifon de
S. Hiacinte , & celle qui eft
pour le Roy , en celebrant
le faint Sacrifice de la Meffe,
les Novices ont offert à Dieu
leurs Communions , & fait
des Prieres extraordinaires.
Decembre 1686. D
42 MERCURE
Le Pere Séguin les fait enco
re continuer par une Procef
fion qui fe termine à la Chapelle
du mefme Saint , où
l'on chante les Litanies de la
Vierge , & diverfes Oraifons ,
avec une confiance & une
ardeur finguliere
.
,
Ml'Abbé Veftier, Docteur
de la Maiſon & Societé de
Navarre , & Doyen du Chapitre
de Peronne , a fait auſſi
faire en ce lieu là de grandes
Prieres pour le Roy dans toutes
lesEgliſes de la Ville & des
Fauxbourgs. Sa fidelité & fon
zele fe font diftinguez toutes
છે.
GALANT 43
les fois qu'il s'eft offert quelque
occafion de faire voir
fon refpect & fon amour pour
fon Prince , & il fait fi bien
toutes chofes , qu'on peut dire
que la Ville & le Chapitre
de Peronne avoient befoin
d'un ſemblable Chef , a
Celuy de la Ville de Saint
Quentin en Vermandois, n'a
pas montré moins d'ardeur
pour la guerifon du Roy. I
ordonna des Prieres le 25 du
mois paffé , en action de gra
ces dans toute l'étendue de fa
Jurifdiction , & l'ouverture:
sen fit le 27, par une Meffe
Dij
44 MERCURE
du S. Efprit , que chanta une
excellente Mufique dans l'Eglife
principale . On ordonna
en mefme temps une Proceffion
dans la mefme Eglife.
tous les Dimanches & toutes
les Feftes , & tous les Mardis
& les Jeudis jufqu'à Noël
avec un Salut .
Je vous ay trop parlé de
Prieres , pour ne vous en pas
faire voir une qui a efté faite
par M l'Abbé de la Chaiſe.
GALANT. 45
GAGAGA ?GCAOED?Cora:eDeDeD
PRIERE POUR LE ROY.
Ouviens-toy, Seigneur, que la
France ,
Souvie
Qui regarde fon Souverain
Commeun miracle de ta main ,
Tient de tes bontezfa Naiffance.
Souviens- toy des voeux redou
blez,
Que tant de Peuplesfi zelez
Afin de l'obtenir t'offrirent,
Et conferve leur ce grand Roy!
Qui , parce doux air qu'ils refpirent,
Les fait jouir du don qu'ils ont reçu
de toy.
Tu l'as protegé dans la Guerre »
1%
46 MERCURE
Pour le bonheur de fes Sujets
Protege-le pendant la Paix
Pour celuy de toute la Térre❗
Que fa piete puiffe enfin
Du nomfunefte de Calvin ,
Abelir par tout la memoire ;
Et qu'à tant de travaux divers.
On ajoûte que pour ta gloire ,
Du Monftre de l'Erreur il purgea:
l'Univers.
Qu'un bonheur conftant toûjours:
marque
Qu'il eft fous ta protection 3:
Comble de benediction
La Maison de ce grand Monar
que.
Que le Dauphin & fes Enfans ,
Sur les veftiges triomphans ,
Soient conduits par ta mainfacrée
1
GALANT. 47
६
Et que fon Regne , avant le leur,
Du Siecle d'arait la durée ,
Comme il en a déja Péclat & la
douceur.
L'Operation que s'eft fait
faire le Roy , a donné lieu à
une nouvelle Devife de M
Magnin . Elle a pour Corps
le Soleil éclipfé , & ces paroles
pour Ame , Terret , non
deferit orbem.
Regnant fur la Terre & l'Ondes
Sa peine en vain icy bas
Remplit de terreur le Monde ,
Il ne l'abandonne
pas.
Je finis par un Magrigal
de M Vignier, fur le meſine
fujet.
3
48 MERCURE
Ο
Voy que LOUIS, ait fait ,
il faut dire aujourd'huy ,
Que ce qu'il vient de faire avec
tant d'affeurance ,
Eft un vray coup d'Estat qui met
toute la France
Hors de crainte & d'ennuy ;
Et l'on peut deformais avoüer fans
fcrupule ,
Que l'Univers entierfoulevé contre
lay ›
J
Nous euftfait moins de peur qu'une
fimple fiftule.
Je vous envoyay la dernie
re fois une Eſtampe où font
gravées les Armes des vingtfept
Cardinaux de la dernie
re promotion, & je vous par.
lay de chacun d'eux en particulier.
GALANT. 49
ticulier . Depuis ce temps - là
on m'a donné une Lettre écrite
par Mr Chaffebras de Cramailles
à Mr le Duc de Saint
Aignan , fur ce qui s'eft paffé
à Rome à cette Promotion ,
avec un Difcours fuccint ,
contenant l'origine des Cardinaux
, la grandeur de leur
Dignité, combien il y en doit
avoir dans le Sacré College ,
ce que c'eft que leur Titre ,
& la maniere dont fe fait
leur élection. Toutes ces
chofes font fort curieufes, &
pour n'en rien retrancher ,
je vay me fervir des mefmes
Décembre 1686. E
50 MERCURE
termes que j'ay trouvez dans
la Lettre de Mr Chaffebras .
Voicy ce qu'il a écrit .
Late
Es Papes à l'imitation
de Saint Pierre & de fes
premiers Succeffeurs , ont
toûjours retenu pour eux l'Evefché
de Rome , comme le
premier Evefché du Monde ,
& le lieu particulier de leur
réfidence , quoy qu'ils fuffent
établis de Dieu les Chefs
de tout le Peuple Chreftien ,
de mefine que certains Religieux
, qui restent Prieurs
ou Abbez particuliers
du
2001:
.8801
GALANT. SI
Monaftere où ils demeurent,
bien qu'ils foient Generaux
de tout leur Ordre. Delà eft
venu que ne pouvant entrer
eux- mefmes dans le détail du
Gouvernement de leur Diocefe
, pendant qu'ils avoient
à regler le Spirituel de toute
la Terre , ils firent choix d'un
certain nombre d'Evefques ,
.de Preftres & de Diacres
pour les foulager, comme autant
de Coadjuteurs & de
Vicaires.
Les premiers faifoient la
fonction d'Evefques dans le
détroit de Rome à la place
E ij
52 MERCURE
C
du Pape , & avoient chacun
leur Eglife Epifcopale
dans
l'Enceinte
du Dioceſe , 9.
Les Preftres eftoient titulaires
des Paroiffes de la Vilfe
, & prenoient la conduite
des Ames comme les Curez
font aujourd'huy , & les
Diacres avoient le foin de
quelques Eglifes ou Chapelles
de Devotion qu'ils tenoient
en Diaconies , & de.
voient affifter le Pape quand
il officioit publiquement.
Ces trois Ordres eurent le
nom de Cardinati ou Cardina
dire qu'ils eftoient les , pour
GALANT. 53
les premiers & les Chefs des
autres & que c'eftoit ſous
leur conduite que rouloient
toutes les affaires du Dioceſe ;
& parce que les Preftres &
les Diacres de quelques autres
Villes prirent auffi le
mefme nom de Cardinaux ,
afin de fe diftinguer des autres
Preftres & des autres
Diacres qui leur eftoient inferieurs
& foumis , les Papes
ordonnerent
qu'il n'y auroit
que ceux qu'il avoit choifis
qui fe pourroient honorer du
titre de Cardinal
, ce qui a
efté inviolablement
obfervé
par la fuite. E iij
54 MERCURE
Avec le temps ces Dignitez
le font rendues fort recommandables
. Les Papes
qui ne choififfoient pour
Cardinaux que des perfonnes
d'un merite fingulier , & d'une
vertu acomplie ,
commencerent
à avoir une entiere
confiance en eux. Ils les
reveſtirent des principales
Charges & Dignitez ; ils leur
donnerent le premier Rang
dans tous les Tribunaux , &
dans toutes les Congrega
tions ils leur mirent en
;
main les affaires les plus importantes
; ils les firent leurs
GALANT.
55
le Spiri-
Confeillers d'Etat pour le
Temporel & pour
tuel de leur double Royaume
, & ne reglerent prefque
plus rien que par leurs avis &
par leur Confeil ; de forte
que peu à peu ils font montez
au faifte de la gloire ou
nous les voyons , & fe trouvent
aujourd'huy les premiers
du Clergé , faiſant la
mefme figure dans l'Etat Ec
clefiaftique que faifoient autrefois
les Senateurs Romains
dans l'ancienne Rome.
Mais ce qui relève infiniment
l'éclar de ce haut rang,
E
24
56 MERCURE
pas
au
& qui leur donne le
deffus des Evefques & des
Patriarches mefmes , c'eft la
puiffance abfoluë qu'ils ont
dans l'Eglife durant le Siege
vacant le droit d'élire le
nouveau Pape , & l'avantage
d'eftre les feuls fur qui tombe
cette Election .
Ces grandes prerogatives
leur ont acquis le titre de
Princes de l'Eglife Univerfelle
, & en cette qualité ils
pretendent aller du Pair avec
les Teftes couronnées , &
trouvent peu de Princes dans
T'Italie qui leur veüillent dif
puter le pas .
GALANT. 57
T
Il eftoit jufte que dans un
pofte fi relevé ils euffent des
marques exterieures qui fiffent
connoiftre la grandeur
d'une Dignité fi éminente.
Pour ce fujet les Souverains
Pontifes ont voulu qu'ils fuffent
toûjonrs veftus de Pourpre,
& principalement quand
ils paroiffent en public.
Innocent IV. fut le premier
qui leur donna le Chapeau
rouge , l'on pretend
que c'eftoit la couleur dont
les Papes s'habilloient alors.
Boniface VIII. permit aprés
aux Cardinaux Seculiers de
58 MERCURE
porter l'Habit rouge , quand
les Papes commencerent
fe veftir de blanc . Paul III.
leur accorda le Bonnet rouge
; & enfin Gregoire XIV.
permit aux Cardinaux Religieux
de le porter , voulant
neantmoinsqu'ils continuaf
fent toûjours à s'habiller de
la couleur de leur Ordre.
Toutes ces differentes couleurs
ne font pas fans raiſon ,
& fans quelque forte de Myftere.
Le Pape eft veftu de
blanc , pour donner à entendre
que fa vie doit eftre plus
pure & plus nette que celle
GALANT. 59
de tous les autres Chreftiens ,
& qu'il faut eftre fans tache
& fans deffaut pour s'affeoir
dans la Chaire de S. Pierre.
La Pourpre eft la couleur
des Rois & des Empereurs ,
mais cette couleur a esté
donnée encore aux Cardinaux
pour les faire reffouvenir
qu'ils doivent eſtre toûjours
prets à répandre leur
fang quand il s'agit de foûtenir
l'intereft de la Foy.
C'est pour cette raifon
qu'ils portent l'Habit rouge
dansles jours ordinaires , qui
eft la Pourpre naturelle & la
60 MERCURE
>
veritable couleur du fang ;
au lieu que dans les jours de
trifteffe ils prenneut le Violet
qui eft une couleur de Pourpre
plus lugubre & plus obfcure
& qui imite affez le
fang livide d'un homme accablé
de maladies , & de cha
grins ; & parce que durant
deux jours de l'année qui font
le troifiéme Dimanche de
l'Avent , & le quatriéme
Dimanche de Carefme , l'Eglife
mefle un peu de joye
dans fa trifteffe , comme
ayant paffé la moitié du
temps de Penitence , & fe
GALANT. 61
voyant approcher des jours
heureux de la Naiffance & de
la Refurrection
du Sauveur ,
alors les Cardinaux prennent
une étoffe de rofe - feiche, qui
eft beaucoup plus rouge que
le violet , & qui eft neantmoins
plus fombre que le
rouge mefme,
br Pour les Cardinaux Religieux
ils ont retenu ,jufqu'à
prefent la couleur de leur
Ordre fur leurs habits , & les
Papes ont voulu faire voir
par là exterieurement l'eftime
qu'ils ont toujours faite
de la Hierarchie reguliere ,
62 MERCURE
voulant bien l'admetre avec
la Seculiere dans tous les
honneurs du Clergé ; ils leur
ont feulement accordé le
Chapeau & le Bonnet rouge
pour les diftinguer des autres
Prelats.
A l'égard du nombre des
Cardinaux
il n'a pas toûjours
efté le meſme , l'on pretend
qu'ils n'estoient
que vingtcinq
dans les prémiers
Siecles
, & que Rome eſtant divifée
en vingt cinq Paroiffes,
ils en eftoient les Curez & les
Paſteurs . Mais pour ne point
eatrer fiavant dans les obfcu
GALANT. 63
ritez de l'Antiquité , fi nous
voulons nous en tenir aux
Siecles plus recens , où l'Hiftoire
paroift plus claire &
moins embarraffée ,nous trou
verons qu'ils ont efté longtemps
fixez à cinquante-trois,
dont il y en avoit fept Evef
ques , vingt huit Preftres , &
dix huit Diacres .
Les Evefques eftoient les
Coadjuteurs du Pape dans le
Dioceſe de Rome , & préfdoient
fur le Clergé de l'Eglife
de S. Jean de Latran , la
principale des cinq Patriarchales
de la Ville, & qui a efté
64 MERCURE
par
reconnue
diverſes
Bulles
pour
la premiere
Eglife
& la
plus
ancienne
de tout
le
monde
. Ils s'y trouvoient
tous fept alternativement
, &
chacun
avoit
un jour
de la
femaine
où il celebroit
la
Meſſe
fur le grand
Autel
, qui
eft celuy
fur lequel
S. Pierre
a offert
plufieurs
fois en Sacrificele
Corps
precieux
du Redempteur
du Monde
, & lors
-que
Sa Sainteté
vouloit
celebrer
Elle- mefine
fur cet Autel
ou ailleurs
, les Cardinaux
Evefques
la devoient
accompagner
, & luy ferGALANT.
65
vir d'Affiftans ; ils ne laiffoient
pas outre cela d'avoir
leurs Eglifes Epifcopales aux
environs de Rome.
Les vingt- huit Preftres
eftoient diftribuez dans les
quatre autres Eglifes Patriarchales
, S. Pierre , Saint Paul ,
Sainte Marie Majeure , &
S. Laurent . Ils eftoient fept
dans chacune
de ces Eglifes,
où ils exerçoient
l'Office de
Vicaires du Pape l'un aprés
l'autre. Celuy qui eſtoit de
jour difoit pareillement
la
Meffe fur le grand Autel.
Décembre
. 1686. F.
66 MERCURE
Ce privilege
eftoit fi con
fiderable
, que les Souverains
Pontifes
fe le font refervez
depuis à eux feuls ; en forte
que prefentement
il n'y a
que le Pape qui puiffe celebrer
fur le Maiftre
Autel de
ces cinq Bafiliques
; & quand
il donne la permiffion
à quelqu'un
des Cardinaux
d'y dire
la Meffè à fa place , il luy en
fait delivrer
chaque
fois une
Bulle particuliere
fcellée en
plomb, que le Cardinal
eſt obligé
de faire attacher
à l'un
des coins de l'Autel , durant
tout le temps de l'Office, afin
GALANT
67
que les Affiftans la puiffent
lire,& foient témoins de fa licence
. Ces vingt- huit Prêtres
avoient chacun une Eglife
particuliere dans Rome , où
ils exerçoient toutes les fonctions
Parochiales ."
Des dix huit Diacres il y en
avoit quatorze dans les qua
torze quartiers de la Ville ,
& les quatre autres devoient
toûjours fe tenir auprés du
Pape. Leur Office eftoit de
chanter l'Evangile & l'Epiftre
aux Meffes Papales , d'avoir
le foin des Aumofnes,
& de faire les autres fervices
Fij
68 MERCURE
Diaconaux. Ils avoient auffi
chacun leur Diaconé particulier.
Depuis quelques Siecles ce
nombre a efté fort alteré.
Il a commencé à diminuër
quand les Papes ont negligé
de pourvoir aux places vacantes
des Titres , ou qu'ils
les ont donnez en Comman .
de ; & au contraire il eſt de
beaucoup augmenté lors qu'
ils en ont creé de nouveaux .
Quand Nicolas III . fut fait
Pape , il n'y avoit que huit
Cardinaux parmy les Preftres
& les Diacres ; & un peu a
GALANT. 69
"
vant la mort d'Alexandre IV.
il ne s'en trouva que quatre;
mais en revanche l'on en a
veu juſqu'à foixante quatorze
fous le Pontificat de Pie IV.
& cette grande diverfité don
na occafion à Sixte V. d'en
fixer le nombre , qu'il regla
à foixante- dix , en memoire
des foixante - dix Vieillards:
dont il eft parlé dans l'Ecriture.
Il ordonna qu'il y en
auroit fix Evefques , cinquante
Preftres , & quatorze
Diacres , & ce nombre eft
demeuré comme il eft éta-
>
bly. Les Evefques ont cha
70 MERCURE
༡༠
cun leur Eglife dans le détroit
de Rome ; les Preftres
ont leur Titre dans la Ville,
& les Diacres y ont leurs
Diaconez .
La Jurifdiction que les
Cardinaux Evefques ont aujourd'huy
dans leur Eglife &
dans la Ville où elle eft fi.
tuée , eft une veritable Jurif
diction Epiſcopale & ordinaire.
Il y a cependant cette difference
, que les fept Evelchez
Cardinaux , dont il y
en a deux de réunis , ne requierent
point de refidence,
& font compatibles avec
GALANT. 71
d'autres Eveſchez . Celle que
les Cardinaux Preftres & les
Cardinaux Diacres ont dans
leurs Titres & dans leurs Dia
conez , fe peut dire une Jurifdiction
prefque Epifcopale.
Elle ne s'étend que dans
l'enceinte de l'Eglife & de la
Sacriftie . Ils y ont la Chaire
Epifcopale fous un Dais comme
les Evefques , ils y benif
fent folemnellement le Peuple
; ils y ont la nomination
des Benefices, quand ce font
des Eglifes Collegiales , & ils
y vont le Rochet découvert
-pour y faire voir leur pou
2
72 MERCURE
voir. Parmy ces Titres & ces
Diaconez il s'y rencontre des
Eglifes Collegiales , des Paroiffes
, des Convents d'hom .
mes , des Monafteres de Filles
, des Hofpitaux , & de
fimples Eglifes de devotion .
Pour ce qui eft de la maniere
dont s'élifent les Car
dinaux, il faut encore diftinguer.
Dans les vieux temps
les Papes n'y faifoient pas
tant de façons , ils envoyoient
querir ceux qu'ils vouloient
faire Cardinaux , & les mettoient
en poffeflion de leur
Eglife fans aucune ceremo
nie.
GALANT 73
nie ; mais dans les derniers
Siecles il n'en a pas efté de
mefme. Quand le Pape avoit .
refolu de faire une nouvelle
Promotion, il convoquoit un
Confiftoire fecret , où il fai
foit entendre fon deffein à
tous les Cardinaux qui s'y
trouvoient.Il examinoit avec
eux le nombre desplaces qu'il
eftoit à
propos de remplir
dans le facré Ĉollege ; il leur
nommoit les Perfonnes fur
qui il avoit jetté les yeux , &;
ceux qui luy avoient efté propofez
par les Couronnes , &
leur laiffoit huit ou dix jours
Decembre 1686. G
74 MERCURE
pour y penſer. Au bout de
ce temps il faifoit affembler
un autre Confiftoire
fecret ,
où il écoutoit l'avis & le fentiment
de tous les Cardinaux!
fur les Sujets propoſez . Chacun
avoit pleine & entiere
liberté de donner la voix pour
ou contre : & il ne créort de :
Cardinaux
que ceux qui paffoient
à la pluralité des fuffrages
, rejettant les autres
qui n'avoient pas eu au moins
la moitié des voix . Cet ordre
eftoit gardé fi ponctuellement
, que les Cardinaux
infirmes
qui n'avoieut pû affiGALANT.
75
fter au
Confiftoire ,
enpar
écrit voyoient leur avis
ou par Députez .
Depuis ce temps les Papes
ont retranché
la plupart de
ces
Ceremonies
, ayant peuteftre
fait reflexion qu'ils avoient
en eux la puiffance
ab.
folue dans ces Elections
. Ils
ont jugé que toutes ces formalitez
n'eftoient d'aucune
utilité , & qu'au contraire elles
pouvoient apporter
un
préjudice notable à l'Eglife ,
& beaucoup de fcandale au
Public au fujet des
intrigues
& des cabales qui fe faifoient
G ij
76 MERCURE
ouvertement
dans l'entretemps
de ces deux Conſiſtoires.
Quelques- uns ont pretendu
que Leon X fut le premier
qui fe rendit Maiſtre
abfolu des Promotions. Il
vint au commencement du
dernier Siecle , & créa de
fon propre mouvement trente
& un Cardinaux tout à la
fois , ce qui donna beaucoup
à penfer à tous ceux qui y
prenoient intereſt , comme
il eft aife de fe l'imaginer.
Les Papes qui l'ont fuivy
en ont ufé prefque de mefme,
GALANT. 77
quoy qu'ils ayent eu d'autres
venes que ce Souverain Pontife
dans les Promotions
qu'-
ils ont faites ; de forte qu'aujourd'huy
, quand le Pape a
déliberé de faire de nouveaux
Cardinaux
, il ne communique
fon deffein à perfonne
,
& le tient caché autant qu'il
peut . Il prend le jour d'un
Confiftoire
fecret aprés avoir
donné Audience
aux Cardinaux
, & avoir expedié toutes
les Affaires pour lefquelles
l'Affemblée
confiftoriale
.
s'eftoit faite. Sa Sainteté eftant
fur le point de fortir , té
Gj
78
MERCURE
moigne aux Cardinaux qu'-
Elle eft dans le deffein de leur
donner des Confreres , & leur
demande , fuivant l'ancien
ufage , ce qui leur en ſemble.
Le Doyen des Cardinaux
parle
ordinairement pour
tout le Corps , & chacun ap
prouve feparément le choix
de Sa Sainteté par quelque
figne de tefte, ou
autrement ;
aprés quoy le Pape les crée
& les déclare Cardinaux , &
puis s'en va , laiffant fur un
fiege la lifte de leurs noms
qui fe publie à la fortie du
Confiftoire
. S'il se
trouve
GALANT. 79
quelque Cardinal qui veuille
parler, ou faire remontrance,
ille peut avec toute liberté ,
mais pour l'ordinaire Sa Sainteté
ne laiffe pas de paffer outre
, n'y ayant égard qu'autant
qu'Elle le juge à propos
.
Voilà ce que j'ay crû eftre
obligé de dire pour donner
une idée generale des Cardinaux
. Je reviens à ce qui s'eft
fait au Sujet de la derniere
Promotion du deuxième de
Septembre,
Quoy que le Pape euft nommé
vingt fept Cardinaux
Giiij
8 MERCURE
dans cette Promotion , il ne
s'en trouva que dix dè prefens
dans la Cour de Rome ,
les autres eftant la plufpart
ou Etrangers , ou dans les
Nonciatures . Lors qu'ils fu
rent affeurez de leur élection,
ils firent diftribuer des aumô .
nes aux Pauvres & aux Neceffiteux
de la Ville ; ils pafferent
la moitié du jour à recevoir
les complimens & les
congratulations de leurs Amis
& de toute leur Parenté.
La premiere fortie qu'ils
firent , ce fut pour aller fa
luer le Pape , & recevoir de
GALANT 81
fes mains le Bonnet. Ils fe
rendirent l'apréfdifnée au Pa-
Jais de Montecavallo veftus
d'une Soûtane violette, avec
le Rochet & la Mantelle , ou
petit Manteau violet par def
fus ; c'eft l'Habit que portent
les Prelats à Rome .
Ils furent introduits l'un
aprés l'autre auprés du Pape
par un Maistre des Ceremonies.
Sa Sainteté eftoit au haut
de la chambre dans un Fau
teüil fur une Eftrade fous'un
riche Baldaquin . Il avoit une
Soutane blanche, avec le Ro
chet de toile fine , le Camail
82 MERCURE
rouge & le Cam uro rouge ,
qui eft une espece de grand
Bonnet ou grande calotte ,
qui luy couvre toute la tefte,
& defcend un peu fur les
temples , & au deffous des
oreilles .
Le plus ancien des Cardinaux
entra le premier , & fit
trois genuflexions ; la premie,
re à la porte , la feconde au
milieu de la chambre , & la
troifiéme en abordant Sa
Sainteté. Aprés il fe mit à genoux
, & le Pape luy mit fur
la tefte un Bonnet quarré
rouge , qu'un de fes CameGALANT.
83
2
riers luy prefenta fur une toilette
dans un grand Baffin
d'argent , & dans le mefme
temps le Maiftre des Ceremonies
qui l'accompagnoit ,
luy mit le Camail violet fur
les épaules . Auffi toft le Cardinal
ayant ofté fon Bonnet ,
baifa les pieds de Sa Sainre .
té ; il luy baifa enfuite la
main , aprés quoy le Pape
Fembraffa en le faifant relever.
Les autres Cardinaux fu
rent introduits de la mefme
maniere ; & quand ils eurent
tous receu le Bonnet , Sa
Sainteté leur fit donner de
84 MERCURE
petits fieges , & les receut à
l'Audience affis & couverts,
L'Audience finie, ils fortirent
en faifant deux reverences
& allerent vifiter le Cardinal
Cibo , qui demeure dans le
Palais , & qui fait la fonction
de Cardinal Miniftre & Patron
; puis ils s'en retourne.
rent chacun chez eux, où ils
demeurerent jufqu'au Jeudy
fuivant, & receurent incognito
les vifites qui leur furent faités
de la part des Cardinaux ,
des Princes & de la Nobleffe.
Le foir on alluma des feux
dans toutes les rues , chacun
GALANT. 885$
mit des lanternes & des flambeaux
à fes feneftres , & à fes
Balcons , l'on donna du Vin
aux paffans dans quantité de
Palais & de Maifons particulieres
, & les réjouiſſances
durerent encore le lendemain
toute la foirée .
peau
Le Jeudy 5. du mefme mois
le Pape leur donna le Chale
matin dans un Confiftoire
public avec beau
coup de folemnité . Les nouveaux
Cardinaux avoient eu
ordre de fe rendre de bonne
heure dans la Chapelle du
Palais de Montecavallo. Ils y
86 MERCURE
vinrent dans leurs Caroffes
de
ceremonie,
accompagnez
d'un grand cortege de Prelats
& de Nobleffe. Ils eftoient en
Soutane rouge & en Rochet,
avec la Mantelette & le Ca.
deffus . Quand
mail
rouge par
ils
furent
arrivez
au
Palais
,
avant
que
d'entrer
dans
la
Chapelle
, ils
quitterent
le
Camail
& la
Mantelette
, &
prirent
la Cappe
violette
&
le
Bonnet
rouge
. Cette
Cap
pe eft
une
espece
de
grande
Robbe
de
Docteur
fort
am.
ple
qui
couvre
tout
le
corps
& les
bras, & ne laiffe
qu'une
GALANT. 87
petite ouverture
devant l'ef
tomach pour paffer les mains .
Les avenues & la Porte de la
7 Chapelle
eftoient gardées
par les Suiffes du Pape , & par
deux Maffiers de Sa Sainteté
qui tenoient deux groffes
Maffes d'argent avec les Armes
; elle eftoit tapiffée
de
Damas rouge avec des fran
ges & des galons d'or . Le
Soglio ou Trône eftoit de Damas
blanc fous un Ciel de
broderie aux Armes de Sa
Sainteté , & du Pape Alexandre
VII. & les Bancs des Cardinaux
eftoient ouverts de
88 MERCURE
Tapifferie
de Haute Lice,
Deux Maiftres de Ceremonies
demeurerent
à l'entrée
pour recevoir les nouveaux
Cardinaux
qu'ils firent pla
cer fur le banc à main droite
du Trône , & la Muſique de
la Chapelle
leur fervit d'entretien
pendant
tout le
temps qu'ils y furent.
Une heure aprés les anciens
Cardinaux le rendirent auffi
au Palais de Montecavallo
dans la Salle du Confiftoire ,
Ils eftoient habillez comme
les nouveaux fans aucune difference
. La Salle eftoit pareilGALANT.
89
lement ornée de Damas ; le
Trône eftoit apuyé contre le
mur , & élevé fur une Eftrade
de quatre degrez , les Bancs
des Cardinaux faifoient un
quarré autour du Trône , &
l'eſpace vuide qui fe trouvoit
entre les Bancs & les murs
eftoit deftiné pour les Prelats
, pour les Gentilshommes
des Corteges , pour les Etrangers
, & generalement pour
tous ceux que la curiofité avoit
attirez . Deux Maffiers
de Sa Sainteté gardoient la
Porte du Confiftoire , & les
Suiffes eftoient fur les mon
Decembre . 1686. H
90 MERCURE
tées , dans les Anti - Salles , &
autour des Bancs de la Salle ,
& prenoient le foin de faire
ranger le menu Peuple , &
de ne laiffer entrer que les
Perfonnes d'aparence & de
mife.
Quand la plus grande par
tie des anciens Cardinaux furent
venus , un Maistre de
Ceremonies leur vint donner
avis que tous les nouveaux
Cardinaux eftoient arrivez .
Auffi toft les trois Cardinaux
Chefs d'Ordre , je veux dire,
le plus ancien des Evefques
le plus ancien des Preftres, &
GALANT. 91
le plus ancien des Diacres
fe tranfporterent dans la
Chapelle avec le Cardinal
Altieri , Camerlingue de la
Sainte Eglife , & le Cardinal
Crefcentio,Carmerlingue du
Confiftoire precedez de
deux Maiftres de Ceremo.
nies , & d'une partie de la
Gardé Suiffe , & ils y firent
prefter le ferment aux nouveaux
Cardinaux fur d'Autel ..
Cela eftant fait, ils retournee
rent au Confiftoire , laiffand
les nouveaux Cardinaux dans
la Chapelle ,où les Muficiens
s'appliquerent de nouveau à
Hij
92 MERCURE
faire paroiftre la jufteffe de
leurs voix & la delicateffe de
leurs compofitions.
Sur les quinze heures d'I
talie qui pourroient eſtre environ
dix heures du matin
fuivant l'Horloge de France ,
le Pape fe rendit au Confiftoire
veftu pontificalement
en
Chape & en Mître
d'étoffe d'or. Sa queue eftoit
portée par le Prince Colonne
, Prince du Soglio , Chevaher
de la Toifon , & Grand
Connetable du Royaume de
Naples. Le dernier des Auditeurs
du Tribunal de la
GALANT. 93
Rotte marchoit devant luy
tenant fa Croix Patriarchale
, & deux Officiers portoient
deux Eventails de plumes
de Paon atachez à de
grands batons dorez.Le Pape
eftoit environné des Patriar
ches , des Archevefques &
des Evefques affiftans ; des
Officiers de fa Chambre, des
trois Confervateurs de la Vil
le , & du Prieur de Capo-
Raconi.
Il entra en donnant la Benediction
que les Cardinaux
receurent de bout & nuë
tefte , & tout le Peuple à ge94
MERCURE
noux & découvert
. Lors qu'il
fe fut placé fur le Trône , les
deux plus anciens Cardinaux.
Diacres fe mirent à cofté de
luy fur deux petits placets ou
tabourets
Le Connetable
Colonne fe tint debout &
découvert
à la droite de Sa
Sainteté auprés du premier
Cardinal Diacre . Les trois
Confervateurs
de Rome qui
font comme nos Echevins
ou Capitouls ,ſe rangerent
fur
le troifiéme degré du Trône
avec le Prieur de Capo- Raconi,
qui reprefente
le Chef & Co
lonel des Capitaines
des
GALANT. 95
Quartiers de la Ville . Ces
quatre Officiers eftoient vêtus
d'une Robe de Satin noir.
Les Patriarches , les Archevefques
& les Evefques Af
fiftans fe tinrent aux environs
du Trône , pour préfenter
au Pape le Cierge & le
Livre quand il en auroit befoin.
Les Officiers de la
Chambre fe diſperſerent
en
differens endroits de la Salle ,
& les Cardinaux demeurerent
fur leurs Bancs affis &
couverts.
Aprés que tout le monde
eut pris place, le Pape receut
N
96 MERCURE
l'Obedience des Cardinaux.
Ils y allerent l'un aprés l'autre
nû tefte , les bras & les
mains renfermées fous leurs
Cappes. Ils firent un grand
tour dans le Quarré , monterent
par le milieu du Trône ,
& s'en retournerent par la
droite , aprés avoir baisé la
main de Sa Sainteté. L'Obedience
finie , le Pape députa
les deux Cardinaux Diacres
Affiftans , les autres Cardinaux
Diacres & les derniers.
Cardinaux Preftres pour aller
querir les uouveaux qui attendoient
devant la Chapelle,
GALANT. 97
le , & cependant afin que le
Confiftoire ne demeurait pas
inutile , un Avocat confifto .
rial commença debout &
nuë tefte, un Difcours d'Eloquence
en Latin , au fujet de
la Canonifation d'un nouveau
Serviteur de Dieu.
Les Cardinaux revinrent
un quart-d'heure aprés , conduits
par quatre Maiftres de
Ceremonies. Le Cardinal de
Angelis qui eftoit le premier
des Nouveaux , eftoit au milieu
des deux Cardinaux Diacres
Affiftans , & les neuf
autres avoient chacun un
Decembre 1686. I
<
98 MERCURE
Ancien à leur droite. En entrant
dans le Quarré , ils firent
une profonde reverence
; ils en firent une autre de
vant le Trône , & une troifiéme
aux pieds des degrez
où ils monterent & fe mirent
à genoux , baiſerent les pieds
du Pape , & fa main droite ,
& enfuite fe releverent aprés
avoir receu l'embraffade de
Sa Sainteté . De là ils allerent
embraffer tous les autres Cardinaux
, & retournerent ſe
metre à genoux fur le Trône ,
où Sa Sainteté leur mit un
Chapeau rouge fur la teſte
GALANT. 99
›
en lifant quelques Prieres &
Oraifons dans un Livre que
tenoit le ſecond des Patriarches
Affiftans , pendant que
le premier éclairoit Sa Sainteté
avec une Chandelle de
cire. Cela fait , on leur ofta
le Chapeau , ils fe releverent,
ils firent une reverence
, ils
defcendirent du Trône & allerent
prendre poffeffion de
leurs places parmy les autres
Cardinaux Le Pape s'en retourna
dans le mefme ordre
qu'il eftoit venu en donnant
la Benediction , & les Cardinaux
eftant demeurez dans
I
ij
100 MERCURE
le Confiftoire, la Mufique de
la Chapelle entonna le Te
Deum à la porte , & marcha
en Proceffion , les Cardinaux
fuivant deux à deux , & les
Anciens donnant toûjours la
droite aux Nouveaux .
Quand ils furent arrivez à
la Chapelle , les Anciens prirent
leurs places ordinaires
fur les Bancs, & les Nouveaux
fe mirent à genoux fur le
marche-pied de l'Autel , &
fe tinrent le vifage profterné
contre terre , & la tefte couverte
du capuce de leur Cap :
pe pendant que le Cardinal
GALANT. for
Cibo qui reprefentoit le
Doyen , difoit les Oraifons
mentionnées dans le Rituel.
Les Prieres eftant finies , les
nouveaux Cardinaux fortirent
les premiers , & demeurerent
à la porte de la Chapelle
pour remercier les Anciens
à mesure qu'ils paffoient
, & enfuite chacun s'en
retourna chez foy.
Les nouveaux Cardinaux
trouverent à leur retour leurs
Palais tous changez de face .
Ils avoient donné ordre dés
le matin à des Feftaroles , de
les ajufter d'une maniere a
Liij
102 MERCURE
greable & galante. Ces Feltaroles
s'eftoient aquitez admirablement
bien de leur com.
miffion . Ils avoient mis fur la
porte de chaque Palais & au
plus bel endroit un Cartouche
des Armes du Pape , &
un autre au deffous de celles
de la famille des Cardinaux .
Ils avoient encore orné la
Façade de Damas , de Satins ,
de Taffetas & d'autres étoffes
de foye enjolivées de gazes
d'argent , & de clinquans découpez
avec de grandes Figures
peintes qui reprefentoient
la Foy , l'Eſperanee
,
GALANT. 103
la Charité , la Force , la Temperance
, la Prudence , la Juftice
, & plufieurs autres Ver .
tus qui fervent à relever la
pourpre du Cardinalat.
L'aprefdifnée les nouveaux
Cardinaux s'affemblerent
dans l'Eglife de Sainte
Marie in Valicella ,. que l'on
appelle communément l'Eglife
neuve , d'où ils partirent
tous enſemble pour rendre
leur devoir au premier Chef
des Apoftres. Ils avoient chacun
à leur fuite dix ou douze
Eftafiers de livrées qui fai
foient enſemble une agreable
I
iiij
104 MERCURE
diverfité de couleurs.
Les cinq Cardinaux Prê
tres monterent dans un Caroffe
, les cinq Cardinaux
Diacres fe mirent dans un
autre & ces deux Caroffes
ettoient fuivis d'une centaine
d'autres Caroffes remplis de
leurs Officiers
, & de quantité
de Gentilshommes
qui
eftoient venus leur faire Cortage
comme le matin. Ils def
cendirent à Saint Pierre dú
Vatican , & allerent adorer
le Saint Sacrement fur un
Prie Dieu qui leur avoit efté
preparé , aprés ils firent leur
GALANT. JOS
priere fur un autre Prie- Dieu
devant la Confeffion de Saint
Pierre ; ils vifiterent enfuite
le Cardinal LudovifioDoyen
du Sacré Colege
, aprés quoy
ils allerent faluer la Reyne de
Suede, puis s'en retournerent
à leurs Palais. Le lendemain
& les deux autres jours fuivans
ils vifiterent les autres.
Cardinaux qui leur rendirent
la vifite quelques jours
› aprés.
Quand ils arriverent chez
la Reyne de Suede , le Marquis
Del Monte, Grand Cham
bellan de cette Princeffe les.
106 MERCURE
vint recevoir au haut de l'EL
calier , & les introduifit auprés
de Sa Majefté qui vint
au devant d'eux jufqu'à la
porte
de fa Chambre fans en
fortir . Aprés qu'ils luy eurent
fait leurs complimens , la
Reyne alla fe inettre fous un
Dais dans un Fauteuil de ve
lours garny de galons & de
franges d'or , & les Cardinaux
fe placerent dans des
Fauteuils de velours à cofté ,
les cinq Preftres à la droite
& les cinq Diacres à la gauche.
Ils eurent un petit quart.
d'heure d'Audience où ils deGALANT.
107
meurerent affis & couverts .
En fortant la Reyne les laiffa
au mefme endroit où elle les
avoit receus & le Marquis
Del Monte les reconduifit de
mefme jufqu'au haut du de.
gré de la Salle.
Le 16. Septembre le Pape
fit la Ceremonie de leur fermer
la bouche dans un Confiftoire
fecret, & quinze jours
aprés il fit la feconde Ceremonie
de la leur ouvrir dans
un autre Confiftoire , Ces Ceremonies
fe firent à huis clos,
& ne font rien autre chofe
qu'un filence qu'il leur im108
MERCURE
pofe , qui les rend hors d'ef
tat de pouvoir
opiner
dans
les Confiftoires
& dans les
Congregations
; quand
il
déclare
enfuite
qu'il leur ouvre
la bouche
, il les releve
de ces empefchemens
..
Il diftribua
un Titre à chacun
des Cardinaux
Prèftres
,
& une Diaconie
à chacun
des Diacres
, & leur mit en
mefme
temps une pierrerie
enchaffée
dans une Bague
d'or au quatriéme
doigt de
la main droite
pour marque
du Mariage
Spirituel
qu'ils .
avoient
contracté
avec l'E
GALANT. 109
.
glife. Il y a quelques uns de
ces Cardinaux qui ont pris
poffeffion de leur Eglife . Voicy
en general comme le tout
fe paffe
.
&
Le Cardinal fe prefente en
Camail & en Rochet à la porte
de fon Eglife.Les Chanoines,
les Preftres, ou les Religieux
(felon que l'Eglife eft deffervie)
le viennent recevoir ,
luy prefentent les clefs avec
un Afperfoir. Le Cardinal
pofe la main fur les clefs ,
prend de l'Eau - benite pour
luy , & en donne à tout le
Clergé. Il entre aprés dans
(
110 MERCURE
l'Eglife
, s'affied
fous le Dais
qu'on
luy a dreffé
, & un No
taire lit tout haut
en preſence
du Clergé
& du Peuple
,
le contenu
de la Bulle
quit
luy donne
le Titre
, ou la
Diaconie
. Les Chanoines
, les
Preftres
ou Religieux
vont
enfuite
luy baifer
la main
, &
le conduifent
dans
la Sacrif
)
tie où le Notaire
dreffe
fon
Procés
Verbal
. Quand
ils
prennent
la Poffeffion
en Ceremonie
, les chofes
fe font:
avec
beaucoup
plus de magnificence
.
Les dix Cardinaux
nouGALANT.
III
veaux qui fe font rencontrez
à Rome, & à qui le Pape a diftribué
les Titres & les Diaconies,
font les fuivans.
I. Jacques de Angelis , natif
de Pife , cy- devant Archevefque
d'Urbin & Vicegerent
de Rome , Cardinal Pre
ftre du Titre de Sainte Marie
in Ara-cæli , Eglife Conventuelle
de Mineurs Obfervantins
, dits
Cordeliers , le plus
nombreux Convent qui foit
à Rome.
II. Horace Mattei, Romain ,
Archevefque
de Damafcenes
, cy-devant Auditeur
de
112 MERCURE
Rote
, & Majordome
de Sa
Sainteté
, Cardinal
Preftre
du
Titre de Saint Laurent
in Pa
nifperna
, Monaftere
de Religieufes
de l'Obfervance
de
S. François
.
III. Marc- Antoine
Barbarigo
, Noble
Venitien
, Ar
chevefque
de Corfou
, Cardinal
Preftre
duTitre de Sainte
Suzanne
, Eglife
Parochiale
, & Monaftere
de Religieufes
Benedictines
. Il y a
eu deux Doges
de fa Famille
,
& il y a encore
un Cardinal
vivant
de fon nom .
IV. Jean - Cafimir
, PoloGALANT.
13
nois , Commandeur de l'Or
dre des Religieux Hoſpitaliers
du S. Efprit à Rome ,,
Cardinal Preftre du Titre de
Saint Jean à la Porte. Latine ,
Eglife de devotion . Il eſt de
la Famille des Comtes de
Denhoff,Fils du grandCha m
bellan de la Couronne , &
Beaufrere du Prince Lubor
mirfki , & du General Konf
ki , le premier, Grand Maréchal
de la Couronne , & le
fecond, Palatin de Kiovie.
V. Leandre Coloredo , na
tif du Frioul , Preftre de la
Congregation de l'Oratoire
Décembre, 1686. K
114 MERCURE
de S. Philippes de Neri , Cardinal
Preftre du Titre de Saint
Pierre in Montorio , Eglife
Conventuelle de Mineurs
Reformez , appellez autrement
Recolets . Il reffemble
de viſage & de moeurs à Saint
François de Sales , & eft proche
Parent du Comte de
Walfa , Rodolphe Coloredo ,
Chevalier de Malthe , Grand
Prieur de Boheme , & Maréchal
general des Armées
des Empereurs Ferdinand II.
& Ferdinand III. qui aprés
avoir rendu des fervices importans
dans la Hongrie ,
GALANT IS
dans la Boheme & dans le
Dannemark , mourut a Prague
, chargé de gloire & d'années
en 1657 .
VI . Dominique - Marie
Corfi , cy- devant Auditeur
general de la Chambre Apoftolique
, Cardinal Diacre du
Titre de S. Euftache , Eglife
Collegiale & Parochiale .
VII . Jean-François Negroni
, Genois , cy-devant Treforier
general de la Chambre
Apoftolique , Cardinal Diacre.
VIII . Fulvio Aftalli , Romain
, cy-devant Clerc de la
K ij
116 MERCURE
Chambre Apoftolique , Cardinal
Diacre du Titre de
S. Georges in Velabro , Egliſe
Conventuelle de Religieux
Hermites de l'Ordre de Saint
Auguftin.
1
IX . Gafpard de Cavallieri,
Romain, cy - devant Clerc de
la Chambre Apoftolique
Cardinal Diacre du Titre
de Sainte Marie in Acquirio ,
Eglife Parochiale & Hofpitaliere
de petits Enfans or
phelins.
X. Jean Gualtieri Slufio ,
Liegeois , cy- devant Secretaire
des Brefs de Sa SainteGALANT.
117
té , Cardinal Diacre du Titre
de Sainte Marie della Scala ;
Eglife Conventuelle de Religieux
Carmes Déchauffez .
Voicy quelques particula
ritez que j'ay creues neceffaires
pour la parfaite intelligence
de cette Relation .
Quand j'ay dit le double
Royaume du Pape , j'ay entendu
fon Royaume fpirituel,
qui embraffe toute la Chreftienté,&
fon Royaume temporel
, qui borne fon étendue
dans l'Eftat Ecclefiaftique.
Les Princes du Soglio font
ceux qui ont droit d'eftre fur
118 MERCURE
le Soglio , ou Trône du Pape
quand il fait quelque fonction
publique.
Mr l'Ambaffadeur de France
eft le premier Prince du
Soglio , aprés l'Ambaſſadeur
de l'Empire. Il eftoit incom
modé dans le temps du Confiftoire
public ; s'il avoit efté
en eſtat d'y aſſiſter , il auroit
pris fon rang au deſſus du
Conneftable Colonne .
La Confeffion de S. Pierre
eft une petite Cave ou Chapelle
fouterraine fous le Mai
ftre Autel de S. Pierre du Varican
, où l'on conferve pré
GALANT. 119
cieufement la moitié des
Corps de S. Pierre & de Saint
Paul ; les autres moitiez font
dans une autre Egliſe dédiée
à S. Paul , à un mille hors de
la Ville . Autrefois les Empereurs
alloient faire leur confeffion
de Foy devant cette
Chapelle , & tous les Eveſ
ques d'Italie font encore obligez
de la venir vifiter tous les
trois ans une fois .
L'on appelle les Caroffes
des Cardinaux , Caroffes de
- ceremonie
quand ils font
mettre des houpes rouges à
la tefte de leurs chevaux , &
120 MERCURE
alors tous les Caroffes qu'ils
rencontrent font obligez de
s'arrefter:
Les cinq Eglifes Bafiliques.
Patriarchales de Rome repreſentent
une ſeule Eglife
formelle & intellectuelle ,
bien qu'elles foient cinq materiellement
; de forte qu'à
les confiderer toutes enfemble,
ou chacune feparément ,
elles font toûjours une feule
Eglife Cathedrale ; l'Eglife
elt l'Epouſe de l'Evefque , il
ne peut en avoir qu'une . On
l'appelle Eglife Patriarchale,
en confiderant le Pape coma.
me
GALANT. 121
me Patriarche de l'Occident ;
Bafilique veut dire , Eglife
Royale .
Les Patriarches , Archevefques
& Evefques Afliſtans
font ceux que le Pape a choifis
pour l'affifter dans les fonctions
Ecclefiaftiques.
Les grandes Maifons , que .
nous appellons en France
Hoſtels , s'appellent en Italie
des Palais .
Les
Feſtaroles font ceux
qui parent les Eglifes , les Palais
, & les Places publiques
dans les jours de Feſte & dans
les temps de
réjoüiffance.Sou
Décembre 1686.
L
122 MERCURE
venez - vous , Madame
, que
dans toute cette Relation
je
n'ay parlé que par la bouche
de Mr Chaffebras
, dont j'ay
employé
les termes.
Les trois Madrigaux , &
les Traductions de trois Epigrammes
de Catulle qui fuivent
, font de M ' Moreau de
Mautour , Frere de M ' Moreau
, Avocat General de la
Chambre des Comptes de
Dijon . Ils ont l'un & l'autre
beaucoup de talent pour la
Poëfie galante , & plufieurs
Ouvrages qui ont déja paru
dans mes Lettres , ou fous
GALANT. 123
feur nom , ou fous des noms
fuppofez, vous l'ont fait connoiſtre.
SUR DE BELLES DENTS .
Ve voftre air eft doux &
riant! Ο3
Vos Dents feules, Philis , plus blanches
& plus belles
Que Perles d'Orient ,
Cauferoient dans un coeur des bleſſures
mortelles;
Si j'ofois les baifer , ah ! je ferois
perdu ,
J no puisy penfer mefme fans vous
déplaires
Fe fçais que ce plaifir eft pour moy
défendu ,
Lij
124 MERCURE
Et pour punir mon defir témeraire
,
Je voudrois en eftre mordu.
Sur un Baifer dérobé.
Vand jay pris malgré vous ,
cbarmante Celimene , QV
Sur votre belle bouche un baifer
tendre & doux,
Pourquoy me menacer de toute vo
Are haine?
Pourquoy montrer tant de couroux
?
Vos appas , dont en vain je taſche
à me défendre ,
Vous ont vangée aſſez de ma témerité
,
Puis qu'ils ont pris ma liberté
Pour celle que j'ay voulu prendre.
GALANT. 125
Pour deux belles Amies infeparables
, dont l'une eſt
Brune, l'autre Blonde .
Harmer & plaire égale-
CH
-ment
Entre Amies n'eft pas chofe qui foit
commune ;
Les beautez de la Blonde & celles
de la Brune
Partageroient également
Les voeux & les foupirs du plusfidelle
Amant ,
Etje fens bien qu'un coeur delicat en
tendreffe
Qui voudroit pour vous deux fe
laiffer enflamer ,
Auroit avec le doux plaifir d'aïmer,
Le plaifir de changer fans ceffe .
Lij
126 MERCURE
Epigr. 71. de Catulle.
Nulli fe dicit mulier , & c.
S17en
I
j'en crois ma Maiſtreſſe , elle
n'aime que moy,
De tout autre fon coeur méprife les
tendrefes ,
Et feul je fuis l'objet de fes careffes,
Comme je le fuis de fa fay;
Quand mefme Jupiter me voudroit
pour Epouse ,
Fe fuis de mon bonheur , dit-elle , fi
jalouſe ,
Que je ne voudrois pas un autre
Epaux que toy.
Elle me parle ainfi ; mais tout ce
qu'une Femme
Dit à celuy qui l'aime tendrement
GALANT. 127
Pour flaterfon amour & foulager
Ja flame,
Je ne le crois que rarement.
Son efprit eft leger, & fon ferment
moins ftable ,
Que s'il eftoit écrit fur l'onde ou fur
le fable
.
Elle a des mots flateurs , mais les
plus doux fouvent
Ne font que mots en l'air & que
difcours frivoles ;
De toutes leurs douceurs , de toutes
leurs paroles ,
Autant en emporte le vent.
Epig. 76.
Huc eft mens deducta , & c.
Esbie afceu tellement me chars
L
mer ,
Et rendre à la raifon mon efpritfi
contraire .
L
iiij
128 MERCURE
Que quelque bien ou mal qu'elle
veüi e mefaire ,
Je
ne la puis hair, ny ne la puis
aimer.
Epigr. 110
Jucundum mea vita , &c.
T
U me promets , Lesbie , en
ce moment
Qu'une amour tendre & mutuelle
Nous unira tous deux d'une chaifne
eternelle.
Grands Dieux,faites que ce ferment
[ delle
Parte d'un coeur &fincere & fi-
Entre Lesbic & moy , vous connoifrez
toujours
Une amitié fi belle
Que la mort n'en pourra mefme
rompre le cours
GALANT. 129
Vous trouverez dans ces
autres Vers une fiction , dont
je ne doute point que vous
n'eftimiez la nouveauté.
BOUQUET SANS BOUQUET.
Hilis pour vous offrir des
P
fleurs,
F'allay chez la Déeffe Flore
Si-toft que j'apperçeus l' Aurore
Nous montrer les vives couleurs.
Fe fis le tour d'un grand Parte
terre ,
Où je rencontray mille Amans ,
Quipour l'objet de leurs tourmens
Faifoient une petite guerre.
Commeje vis que dans ces lieux
C'eftoit à qui pilleroit mieux ,
Je voulus entrer en partage
130 MERCURE
De tout ce que ce jardinage
Avoit produit de beau, d'oeillets &
dejafmins.
De rofes & de lys j'avois remply
mes mains
,
Quand Flore fans deffein de ſe mettre
en colere ,
Me demanda pourquoy j'avois
cueilly ces lys.
Moy qui de fa demande ignorois le
myftere ,
Je luy dis , pour Philis. Ah ! fi c'eft
pour Philis ,
Rends- les-moy , Berger , me ditelle
,
Philis n'eft point une Mortelle ,
Et ces fleurs ne font en ces lieux
Que pour celles dont les beaux
yeux
AuxHommes feuls donnent atteinte
,
GALANT. 131
Comme une Iris , comme une Amynte
;
Mais Philis , dont les traits puiffans
Forcent la raifon & les fens ,
Qui jufqu'aux Cieux met fon
Empire ,
Pourqui tout l'Univers foupire,
Dont les Dieux mefme font jaloux
;
Ah ! je reffentirois leurs coups ,
Si cesfleurs quifont mon partage,
Avoient l'honneur & lavantage
D'approcher de Philis ; ainfi , mon
cher Berger,
Va-t-en fans me mettre en danger
De fouffrir du grand Dieu quelque
coup de tonnerre ,
Qui gâteroitmes fleurs , & brûleroit
ma terre.
132 MERCURE
- Ainfi je fortis du Jardin
Sans lys, fans rofes , fans jaſmin.
Je vous envoye un Air
nouveau , dont les Vers ne
plaiſent pas moins que la
Mufique. C'est une peinture
naturelle d'un Amant qui
n'eft occupé que de fon amour.
AIR NOUVEAU.
Etits Moutons , qui dans la
plaine PE
Paiffez fans crainte des Loups,
Ne vous repofez point fur celuy qui.
vous mene >
Il refue à fon Inhumaine ,
Et ne fonge point à vous
GALANT 133
le
Je vous ay mandé dans ma
Lettre de Novembre que
Parlement eftoit rentré le 26.
du meſme mois , & que M
de Lamoignon , Avocat Ge
neral, avoit fait un tres - beau
Difcours . Quoy qu'il euft à
parler aux Avocats , l'Eloge
du Roy luy en fournit le Sujet
. Comme il vouloit les porter
à la plus exacte obfervation
de la Juſtice , & à n'épargner
ny peines ny foins
pour faire paroiftre aux Juges
dans la plus droite équité
les droits legitimes des Parties
, il fit un recit de toutes
134 MERCURE
les actions pleines de Juftice
que ce Grand Monarque a
faites , afin qu'en le voyant
dans un travail fans rélache ,
ils s'en fiffent un modelle
pour s'appliquer comme luy
En effet on trouve tout dans
la vie de Sa Majeſté , & quoy
qu'il y ait de grandes vertus
particulieres aux Roys , &
qu'on n'en ait jamais veu de
plus éclatantes que les fien
nes , il eft certain que les Particuliers
en peuvent tirer de
grands avantages pour ſe former
chacun felon la conduite
qu'il a à tenir. M² de LaGALANT
135
entre plufieurs moignon
chofes qu'il dit touchant la
bonté du Roy , fit remarquer
qu'on luy eftoit obligé du ſe
cret qu'il avoit gardé für l'Operation
qu'il s'eftoit fait
faire , & que ce Monarque
avoit bien voulu fe charger
par là de toute noftre inquietude
, qui nous auroit fait
beaucoup de peine . M¹ le
Premier Prefident dit en peu
de mots aux Avocats , qu'aprés
ce qu'ils venoient d'entendre
d'un Orateur né , il
n'avoit rien à leur dire pour
les exciter à bien faire leur
devoir.
136 MERCURE
Le Vendredy 29. M ' du
Harlay , Procureur General ,
fit la Mercuriale . Il mefla dans
fon Difcours le Portrait d'un
Juge à qui l'on ne pouvoit
imputer aucun défaut , & dit
que c'eftoit celuy de feu M
d'Ormeſſon , qui eftoit mort
depuis peu de jours ; que
Maiſon eftoit le féjour de la
Juſtice , & que
fa
mefine
pendant
qu'il avoit ceffé de travailler,
il l'avoit renduë chaque
jour auxParticuliers
qu'il
accommodoit. Mr le Premier
Preſident parla fort aux
Procureurs , pour leur faire
GALANT. 137
entendre qu'ils ne devoient
pas tant faire valoir aux Par
ties ce qui dépend de leur
miniftere.
Les Parlemens décident
des grandes Affaires , mais
peut- eftre n'en fut- il jamais
aucune, ny plus importante,
ny plus extraordinaire , que
celle qui vient de faire intenter
Procez , & dont vous
allez trouver le détail dans
une nouvelle Lettre que je
vous envoye de M' Vignier.
Il l'a écrite à Madame la Mar
quife d'Anguitard. C'eſt une
Dame d'un fort grand me
Decembre 1686.
M
138 MERCURE
rite , de la Maiſon de Saint
Gelais de Lufignan , & qui
n'eft pas moins confiderable
par fon efprit que par ſa naiffance.
Vous jugez bien qu'il
ne voudroit pas l'entretenir
d'une Avanture dont il croiroit
les circonftances douteufes.
Sa Lettre eft du de
ce mois.
4.
GALANT. 139
**********
A MADAME
LA MARQUISE
D'ANGUITAR D.
Ja
Aurois bien de la joye , Madame
, d'apprendre fouvent
quelque nouvelle extraordinaire
pour vous en faire part ,puifqu'une
de vos Lettres vaut mille fois
mieux que tout ce que l'on peut
vous mander. Fay receu
receu celle que
vous m'avez fait l'honneur de
' écrire comme un bien qui me
venoit de pure grace , & que je
M ij
140 MERCURE
ne meritois pas pour une Hifto
riecte que vous n'avezpû voir que
buit mois aprés que je vous l'eus
adreffée. Fefpere que celle- cy ne
Jera par fi long-temps par les Chemins
, qu'elle vous fera connoiſtre
le plaiſir que j'ay de parler
à l'avantage d'un Sexe qui ne
fçauroit eftre affez loué. La Dame
dont je vais vous entretenir en
ferafoy, & fi quelques incredules
prennent cette Relation pour une
Fable , un des premiers Parlemens
du Royaume fera voir par
l'Arrest qu'il rendra que c'est une
verité. Il y a plus de quinze ans
qu'un jeune Gentilhomme d'AuGALANT!
141
vergne , Fils unique d'un Pere
fort riche , qui tenoit un rang confiderable
dans fa Province , eftant
Officier dans les Troupes du Roy ,
eut fon quartier d'Hiver proche
d'une Maifon de Chanoineffes.
Vous fçavez , Madame , qu'il y
en a peu qui nefoient d'une qualitédiftinguée
, vous fçrvez encore
l'honnefte liberté qu'elles ont
de voir le monde , & mefine de
fe marier quand elles y trouvent
leur avantage. Noftre Gentilbomme
ne fut pas long- temps dans
un fi agreable Voifinage ,fans y
rendre des vifites , &fans le ren
dre auffi dés le fecond voyage an
142 MERCURE
merite d'une de ces Dames . Com
-me il fe faifoit diftinguer par fon
nom , par fa bonne mine , &par
mille qualitez avantageufes qu'il
poffedoit , la belle Chanoineffe ne
futpas fafchée de s'apercevoir qu'
elle avoit fceu le toucher ; mais
ellefut encoreplus contente , lorfque
fans perdre le temps à foûpirer, il
pria de le recevoir pour fon
Epoux , ce qu'elle accepta volontiers
, & il luy fit promettre de
tenir la chofe fecrete à cause defes
Parens. Il en recevoit fouvent des
Lettres , & leurtendresse le preffoit
de les venir voir , mais il ne
pouvoit fe refoudre d'y allerfeul.
la
GALANT. 143
Sa nouvelle Epoufe pour le fatisfaire
s'offrit de fe déguifer & de
lefurore . Sa Nourrice qui ne l'avoit
jamais quitée fut du déguifement
, & dans cet eftat ils fe mirent
en chemin. N'eftant plus
qu'à fept on buit lieues de la
Maifon de fon Pere , il s'arrefta
chez un de fes Amis , & le pria
de trouver
bon
que
les deux Cavaliers
qui estoient avec luy demeuraffentquelques
jours dans fa
Maifon. Il les y laiffa , & partit
pourfe rendre auprés de ceux qui
l'attendoient avec grande impatience
. La joye qu'ils eurent de le
voir fi bienfait , & avec autant
144 MERCURE
d'efprit que de bonne mine , ne leur
Laiffa rien oublier de ce qui pouvoit
le divertir , mais quelques careffes
qu'ils luy fiffent , fa Mere
s'aperceut qu'il avoit un fond de
•mélancolie extraordinaire
elle fit tout ce qu'elle put pour en
découvrir la caufe , qu'ilfçût attribuer
tantoft à une chofe , tantoft
à une autre. Il arriva dans ce
Ca
temps là qu'une Demoifelle de fa
Mere fut mariée , & que l'onpar
·la de donner une Gouvernante à
une petite Soeur qu'il avoit. Cette
..occafion luy parut favorable pour
n'eftre point feparé de celle qu'il
armoir plus que fa vie , & pour
ne
GALANT. 145
ne la laiffer pas échaper , il dit à
fa Mere qu'en paffant chez un de
fes Amis il avoit veu deux Demoifelles
tres-bien faites , & capables
de remplir avecfatisfaction
aules
deux Places de
Gouvernante ,
de Suivante, La Mere qui
ne cherchoit qu'à le fatisfaire ,
l'affura en l'embraffint,qu'elle
roit plus d'inclination pour deux
perfonnes qui luy feroient données
de fa main , que pour toutes celles
dont on luy avoit déja parlé , &
qu'il pouvoit lesfaire venir quand
il voudroit. Il partit dés le lendemain
, découvrit le fecret à fon
Amy , fit reprendre les habits à fa
Decembre 1686. N
146 MERCURE
ع و س
G Bien- aimée à fa Nourrice , &
les inftruifit de tout ce qu'elles
voient à faire. Ellesfurent admirablement
bien receuës du Maiftre
de la Maiftreffe du Chateau
qui eftoient charmez de la bonne
mine de l'une , & de la beauté de
l'autre. Ils furent dans la fuite fi
fatisfaits de leur conduite qu'ils
leur donnerent la difpofition de
toutes chofes. La Dame mefme
difoit fouvent à fon Fils qu'ellefe
fentoit une tendreffe de Mere pour
cette Demoifelle , & qu'elle luy
fouhaiteroit une Femme qui euft
autant d'efprit & d'agrémens
qu'elle en avoit. Vous ne doutezGALANT
147
cela
pas , Madame , du plaifir que
fayfoit à noftre jeune Ероих , а
qui l'enjoüement revenoit de jour
en jour , ce qui le rendoit auffi de
plus en plus agreable à tout le
monde.
Tout commençoit à flater leurs
defirs ,
Mais une fun fte tempefte ,
Dans le plus fort de leurs paifirs .
S'en vint troubler toute la Fefte .
Cette illuftre
Suivante s'apercut
qu'elle eftoit groffe , & pour
furcroift d'affliction fon cher Epoux
receut un ordre de la Cour
pour fe rendre en diligence à ſon
Regiment, L'honneur
& le de-
Nij
148 MERCURE
voir ne luy donnerent pour faire
fes trifles Adieux que jufques au
lendemain qu'il partit en Pofte. Il
ne fut pas plutost arrivé à ſa
Garnifon , qu'un nouvel ordre du
Roy l'obligea d'aller joindre un
Corps d'Armée que l'on avoit fait
avancer fur la Frontiere pour
s'opposer aux deffens des Ennemis.
Ayant efté choify pour com
mander unPartyde trois cens Chevaux
, il en rencontra un des Ennemis
plus fort ; mais il ne laiffa
pas de le charger avec tant de viqueur&
de conduite , qu'il le défit
entierement. Il y fut bleffé à
mort, & comme il avoitfaitfon
GALANT. 149
de
Testament & qu'il le portoit toûjoursfur
luy , l'eut le temps avant
que d'expirer d'en charger un de
Les intimes Amis le
pour mettre
entre les mains de fon Pere
fa Mere , avec une Lettre qu'il
avoit écrite à fa Femme . Cet
Amy peu de jours aprés tomba
dans une Embufcade des Ennemis
, & fut fait prifonnier. Cependant
on fceur dans la Province
La nouvelle de cette mort on la
cacha tant que l'on pût à ceux qui
ne pouvoient l'apprendre fans courir
rifque de mourir eux- mefmes ,
H fallut pourtant qu'ils la fceuffent
, er chacun dans l'intereft
Niij
150 MERCURE
qu'il y prenoit fit éclater tout ce
l'on peut s'imaginer de plus
que
Un
douloureux. L'aimable Suivante
eftoit la plus à plaindre ayant à
garder des mefures, où les autres
n'en avoient point. Durant l'ab.
fence du Défunt elle avoit fouvent
vifité un Hermite qui n'étoit
qu'à liene du lieu où elle demeuroit
luy avoit fait confi
dence defon Mariage & de fa
groffffe. Sur ces entrefaites un
vieux Reclus qui demeuroit proche
de l'Hermite vint à mourir , &
laiffer fa Place vacante.
3
Que ne fait point un noble
Coeur ,
GALANT. 151
Quand il eft penetré d'une jufte
douleur !
La Veuve fouhaita cette affreufe
demeure
Afin d'y faire fon Séjour ,
Et d'y pleurer jufqu'à la der.
niere heure
Le digne Objet de ſon Amour .
Elle enfit la propofition à l'Hermite
qui luy fit voir tant d'impofibilitez
du cofté de la Terre & du
costé du Ciel, que tout autre qu'el
le n'y auroit pas penfé davantage.
Elle ne fe rebuta pourtant pas , &
fon obstination prévalutfur toutes
les raifons du Solitaire. Ils conclurent
donc qu'elle fe renfermeroit
avec fa chere Nourrice qui ne
N iiij
152 MERCURE
vouloit point l'abandonner. Comme
il estoit le Maistre du Lieu ,
il trouva les moyens de lesy faire
entrer, d'en murer la porte fans
que perfonne s'en apperçût , & de
leurfournir toutes les chofes neceffaires
pour leur fubfiftance . Le
Gentilhomme qui avoit esté fait
prifonnier après la mort defon Amy
ayant efté eſchangé, vint en
Province, porta au Pere & à
la Mere leTeftament de leur Fils
qui redoubla vivement leur douleur
, quand il leur fit voir qu'il
eftoit marié à la perfonne dont ils
avoient tant regreté l'absence
qu'elle eftoit groffe , & d'une
GALANT. 153
naiſſance qui ne pouvoit leurfaire
de deshonneur, & qu'il les conju
roit de la reconnoiftre pour leur Fil.
le , & d'avoirpour l'Enfant qui
en viendroit la mesme tendresse
qu'ils avoient euë pour luy. Ils l'au
roient fouhaité , mais quelques recherches
qu'ils puffent faire , ils
n'en purent avoir aucunes nouvelles
. Cependant nofire Recluse
accoucha au bout defix mois d'une
Fille dont elle fut elle mefme la
Nourrice , & qu'elle éleva jufqu'à
l'âge de
quinze ans avec
tout le foin dont une Mere aufft
noble & auffi vertueufe qu'elle
estoit capable . Lors qu'elle ſe vit
>
154 MERCURE
furle point de quitter la Terre &
d'y laiffer fa Fille fans Pere
fans Mere , Elle la fit approcher
d'elle pour luy donner le Portrait.
de fon Mary, & pour luy remettre
entre les mains leur Contrat de
Mariage & quelques Papiers qui
pouvoient luy fervir dans la fuite.
L'Hermite , qui par des raifons
particulieres n'avoit ofé parler de
la qualité de la Reclufe , fut obligé
dans cette rencontre d'aller trouver
le Pere & la Mere du Gentil.
homme, de leur dire tout ce qui
s'eftoit paffe. Ils luy firent beaucoup
de reproches , mais il fallut
`qu'ilsfe contentaffent de la r·ſtituGALANT.
155
tion qu'il leur faifoit d'une Fille
toute charmante . Ils reconnurent
le Portrait de leur Fils qu'elle avoir
à fon cou , nepouvant fe
Laffer de l'embraffer , ils la menerent
chez-eux avec leur fidelle
Gouvernante. Quelque - temps aprés
leur Fille dont la Nourrice avoit
auffi efté Gouvernante mourut
, n'ayant plus que
qu'ils avoient recouvrée , ils la déclarerent
heritiere univerfelle de
tous leurs biens. Ils eftoient âgez ,
& ne pouvant s'exempter de
payer le Tribut à la Nature , le
Mary &la Femme moururent à
cing on fix mois l'un de l'autre.
celle
156 MERCURE
Ils avoient des Neveux qui pre
tendoient à leur Succeffion , dont
leur petite Fille s'eft mise en pof.
feffion , furquoy ils ont intenté
Procés contre elle. On fçaura ce
le Parlement en ordonnera .
que
Je fuis avec beaucoup de respect,
Madame , Voftre , & c.
Je ne fçay , Madame , fi je
vous ay mandé , que les DamesChanoineffes
de Bouxfier
en Lorraine ayant tenu Chapitre
, y avoient élû pour leur
Abbeffe Madame Anne de Simiane
de Moncha , Chanoi
neſſe de Remiremont , que fon
GALANT. 157
merite rend auffi confiderable
que fa naiffance. Quoy
qu'elle foit dans une grande
jeuneffe, elle s'eft fait toûjours
diftinguer par la conduite &
par fa vertu , & le choix qu'on
à fait d'elle en est une preuve
bien certaine , puis qu'il y a
parmy les Dames de Boux.
fier quantité de Filles qui au
roient remply dignement ce
pofte , & qu'elles font forties
de leur corps pour avoir Ma
dame de Simiane à leur teſte .
Elle partit de Paris le 20. de
Septembre, accompagnée de
Madame de Mechatin du
1
1
158 MERCURE
Boüis, Chanoineſſe
de Remi
remont , & fe rendit à Mets ,
où elle devoit prêter ferment
de fidelité au Roy entre les
mains du Chef de ce Parlement
, ce qu'elle fit avec un
aplaudiffement
general . Lors
qu'elle arriva à Mets , elle y
trouva deux Dames que l'Ab
baye de Bouxſier avoit dépu
tées pour luy faire compli
ment ; elle y répondit , & avec
beaucoup d'efprit , & avec
fes manieres qui font extre
mement engageantes
, & fe
rendit à Bouxfier le 9. Octobre.
Les premiers Officiers
GALANT. 159
Y
trouva
de la Juftice vinrent la complimenter
à deux lieuës de là,
& quand elle fut fur un grand
Pont qu'il falloit paffer pour
arriver à la Montagne , elle
va le Maire accompagné
d'autres Officiers, & luivy
de toute la Bourgeoisie ,
qui fit trois décharges. En
mefme temps on apperceut
toute la Montagne en feu . Il
eftoit cauſé par divers Feux
d'artifice que l'on avoit mis
au delà de la Montagne , ce
qui faifoit une reverberation
admirable dans les eaux de la
Riviere qui paffe au pied .
160 MERCURE
Cette illuftre Abbeffe ayant
monté la Montagne , entra
dans l'agreable Deſert où eft
l'Abbaye de Bouxfier . La fituation
n'en fçauroit eftre
plus belle , & elle l'eft d'autant
plus , que cette Maiſon
eft tout proche de Nancy.
Elle trouva à la premiere
grand' Porte tout fon Chapitre
, à la reſte duquel eftoit
la Dame ancienne, qui aprés
luy avoir marqué la joye que
toutes ces Dames avoient de
la voir arrivée heureuſement,
la mena ehez elle , où elle
la regala pendant quelques
GALANT. 161
jours, La prife de Poffeffion
fe fit avec les ceremonies accoutumées
, & les Dames
n'oublierent rien de tout ce
qui fe pratique en une pareille
occafion
. Elles envoyerent
prier M' le Marquis des
Raurours , qui eft un homme
d'une qualité diftinguée , &
qui a eu l'honneur de conduire
Madame la Dauphine
en France , de venir attefter
cette prife de poffeffion felon
la forme ordinaire, ce qu'ilfit
dans le Chapitre
, aprés quoy,
Madame l'Abbeffe fut infta
lée. Tout le Corps la conduifit
Décembre
. 1686.
162 MERCURE
à la place qu'elle occupe dans
l'Eglife . On chanta le Te
Deum, où une belle Simphonie
fe fit entendre auffi bien
qu'à la Meffe qui fut celebrée
enfuite. Au fortir de l'Eglife,
toutes les Dames la mènerent
dans fa Maiſon , & elle
leur donna un repas tres - magnifique
.
Il y a des chofes d'un certain
poids , qui peuvent le faire
attendre . Le detail de ce
qui s'eft fait à l'Etabliſſement
de l'Academie Royale d'Angers
eft de ce nombre. Je
vous le promets depuis quelGALANT.
163
ques mois , & enfin je vous
tiens parole d'une maniere
qui vous recompenfera du
retardement. La Relation
que j'en ay receuë , non feulement
en contient jufques
aux moindres circonstances
mais elle enferme les particularitez
d'une Felte qui
a efté faite dans la Ville
pour une Statuë qu'on a élevée
au Roy. Cette Relation
qui eft tres exacte , eft d'ail
leurs bien mieux écrite qu'el
lene l'auroit efté , s'il m'euft
fallu la dreffer fur des Memoires
envoyez fans ordre,
O ij
164 MERCURE
Elle m'a efté donnée en ces
termes.
par
La Province d'Anjou n'a
pas feulement efté favorifée
la Nature de tout ce qui
peut contribuer à la rendre
une des plus agreables, & des
plus fertiles du Royaume ,
elle eft encore plus recommandable
par un tres - grand
nombre d'hommes Sçavans
qu'elle a produits dans tous
les Siecles ; & la fubtilité de
fon climat femble s'eftre
communiquée jufqu'aux ef
prits de fes Habitans. L'inclination
naturelle des AnGALANT.
165
gevins pour les Sciences, obli
gea l'un de leurs Ducs d'éta-
Blir dans la Ville d'Angers
une Univerfité , qui a toû
jours efté comme une pepiniere
de grands Perſonnages
,
& que les Rois de France ont
depuis honorez de grands
Privileges , en des termes fr
pleins d'eftime pour le Genie
des Peuples de cette Ville ,
que fi dans la fuite ils ont ré
pondu à l'opinion qu'on avoit
conceuë de leur merite , on
peut croire qu'ils y ont efté
portez autant par le defir de
fe rendre dignes des loüanges
166 MERCURE
de leurs Princes , que par leur
propre inclination . Ceux qui
habitent aujourd'huy cette
Province n'ont point dége.
neré de la vertu de leurs Anceftres.
Ils ont confervé la
mefine ardeur , & les mefmes.
difpofitions pour les plus
hautes connoiffances ; mais
comme fous un Regne auffi
floriffant que celuy du Roy
on ne fçauroit rien fouffrir
qui ne foit dans la derniere
perfection , ils n'ont pas crû
pouvoir y parvenir , s'ils ne
joignoient à leurs Etudes le
fecours des Conferences AcaGALANT.
167
demiques , également propres
à former les efprits par
la communication de leurs
connoiffances & de leurs lu
mieres , & à leur inſpirer cette
noble émulation , qui les
entretient dans un travail
plus affidu . Sa Majesté qui
favorife avec une extrême
bonté tout ce qui peut rendre
les Peuples plus heureux,
accorda fans peine l'établiſ
fement d'une Academie de
belles Lettres dans la Ville
d'Angers , à la priere que luy
en firent Mr le Comte d'Ar
magnac , Grand Ecuyer de
1
168 MERCURE
France , & Gouverneur de la
Province d'Anjou , & M¹ de
Chasteauneuf , Secretaire
d'Etat.
Les Officiers du Corps de
Ville , qui regardent cette
nouvelle Compagnie , com
me un des plus grands orne
mens de leur Patrie , refolurent
pour en témoigner leur
reconnoiffance au Roy , de
luy élever une Statue dans
leur Hoftel. Ils en demande
rent la permiffion à Sa Majefté
qui la leur accorda pour
leur propre fatisfaction plu
toft que pour fa gloire ; & a
fin
GALANT. 169
fin que cette Ceremonie fe
fift avec plus déclat , on refolut
de faire dans le mefme
jour l'ouverture de l'Academie
.
IN
Mr de Nointel , Maiſtre
ordinaire des
Requeſtes de
l'Hoſtel, Intendant de la Generalité
de Tours , & l'un des
trente nommez par le Roy
pour compofer cette Com.
pagnie , ayant receu l'ordre
de Sa Majesté d'en faire l'é
tabliſſement , fe rendit dans
la Ville , & choifit pour cette
Ceremonie le Lundy , premier
jour du mois de Juil-
Decembre 1686.
P
1
170 MERCURE
let dernier. La Fefte fut annoncée
dés le point du jour
par une décharge de tout le
Canon , qui fut auffi- toſt ſuivie
du bruit des Tambours ,
& des Fanfares des Trompetes.
M' l'Evefque d'Angers ,
perfuadé que l'Eglife qui par.
ticipe aux bien-faits des Rois,
ne doit pas fe contenter de
leur en marquer fa reconnoiffance
par des Prieres , & par
des voeux , mais qu'il eſt meſ
me de fon devoir d'entrer
dans les Réjouiſſances publi
ques que les Peuples font à
leur honneur , avoit ordonGALANT.
171
né qu'on fonnaſt les Cloches
de la Ville pendant une heure
; l'Eglife Cathedrale en
donna le fignal , & fut fuivie
de toutes les autres. Il ne fut
pas neceffaire d'avertir les
Habitans de ceffer leur travail
& de tenir les Boutiques
fermées ; la joye déja répandue
dans le Peuple , luy fit
oublier le foin de fes propres
affaires , & le fentiment de
fes befoins , pour ne penſer
qu'à contribuer à la magnificence
de cette journée , &
tous fe rendirent en Armes
fous 24. Drapeaux , fuivant
P ij
172 MERCURE
l'ordre qu'ils en avoient receu
de M d'Autichamp ,
Lieutenant de Roy, & Commandant
dans la Ville &
dans le Chafteau d'Angers.
Un tres grand nombre de
Perfonnes remarquables ,
non feulement de la Ville
& de la Province , mais aufſi
des Provinces voisines , que
l'éclat de cette Fefte avoit
attirées , fe trouverent dans
la grande Salle de l'Hoſtel
de Ville , qu'on avoit parée
de riches Tapifleries ,
de divers Portraits de nos
Rois & des Comtes d'An--
2
GALANT. 173
*
jou , Tiges illuftres des
deux Maifons Royales de
France & d'Angleterre , & de
ceux des Hommes de Lettres
originaires de cette Province.
Bien toft aprés M' l'Evefque
d'Angers, M' l'Intendant
, & M² d'Autichamp ,
accompagnez de la plus confiderable
partie de la Nobleſfe
, & de quelques - uns des
Academiciens , partirent du
Chafteau , où M' d'Autichamp
leur avoit donné un
Robert le Fort , Tige de la Maifon Royalc
de France .
}
Geoffroy Plantegens , Tige de la Maifon
Royale d'Angleterre.
P
111
174 MERCURE
f
les Offimagnifique
Repas , & fe rendirent
à l'Hoftel de Ville au
travers d'une double haye de
Bourgeois fous les Armes . Ils
y furent receus par
ciers de Ville, & prirent place
dans trois Fauteuils au bout
d'un grand Bureau deftiné
pour l'Academie . Les Academiciens
, & les Officiers de
Ville fe placerent des deux
coftez .
Ce fut un agreable Specta .
cle de voir en mefine temps
les Portraits des Souverains.
qui ont commandé dans cette
Province , ceux des HomGALANT.
175
mes de Lettres qu'elle a produits
, & dans le mefme lieu
les
Defcendans de ceux - cy ,
qui formoient cette nouvelle
Academie, & que les Images
de leurs Anceſtres exci
toient encore à marcher fur
leurs traces , & à imiter leurs
vertus. On voyoit en mefme
temps un tres -grand nombre
de Dames, dont la beauté fem .
bloit difputer à l'Academie
l'honneur de cette Fefte ; &
à la tefte d'une auffi belle AL
femblée trois Perſonnes qui
fe font rendues celebres , M
Evefque d'Angers , dans l'E
Pi
176 MERCURE
glife , M' de Nointel , dans la
Robe , & Ms d'Autichamp ,
dans l'Epée , par les longs
fervices qu'il a rendus avec
autant de valeur que
dence .
›
que
de
pru
Ce Spactacle nouveau occupa
long temps les
yeux &
l'efprit de toute l'Affemblée ,
& fit un filence d'admiration ,
qui ne fut interrompu que
par la lecture des Lettres patentes
, & des Statuts de l'Academie
, de la lifte des Academiciens
, de l'Arreft de verification
au Parlement de
Paris , & de l'Enregistrement
GALANT. 177
fait au Prefidial d'Angers, où
-M' Martineau, premier Avocat
du Roy dans ce Siege ,
& l'un des
Academieiens , avoit
porté la parole pour le
requerir, avec fa grace & fon
éloquence
ordinaire .
Aprés cette lecture M'I'Intendant
prit la parole , & fit
un
Difcours qu'on ne peut
affez loüer . Il
commença par
l'éloge de la Province d'Anjou
, & des Hommes qui s'y
font rendus celebres dans les
Lettres . Il parla de l'utilité
des
Academies , des efperances
qu'on doit concevoir de
178 MERCURE
井
celle d'Angers , de l'obliga
tion qu'elle a d'employer fes
veilles à louer le Roy , fon
Augufte Fondateur ; & luy
meline en donna l'exemple
avec tant de force & tant
d'éloquence , qu'il fembla
n'avoir rien laiffé à faire à
cette nouvelle Compagnie ,
& l'on peut dire qu'il n'établit
pas moins l'Academie
par la beauté de cette action ,
que par les Lettres patentes .
Mr Gourreau , Confeiller
honoraire au Prefidial d'Angers
, & Doyen des Confeil.
fers de Ville, répondit au nom
GALANT. 179
de l'Academie par un autre
Difcours , qui remplit tout
ce qu'on pouvoit attendre
d'une Perfonne qui a donné
dans plufieurs Actions publiques
des preuves de fon clo .
quence & de fon fçavoir . Il
fit connoiftre que l'établiſfeinent
de l'Academie, quelque
avantageux qu'il fuſt à
la Province par l'utilité qu'on
en pouvoit efperer , luy devenoit
encore plus precieux
de la main du Monarque à
qui elle en eftoit redevable.It
y meЛla l'éloge de l'Academie-
Françoife, & quoy qu'il fem
180 MERCURE
ble qu'on ait épuifé tout ce
qui fe peut dire de la grandeur
de Sa Majefté , & de l'avantage
des Academies des
belles Lettres , ces deux Difcours
firent connoiftre que
ces matieres font inépuifables
, & fourniffent toûjours
quelque chofe de grand &
de nouveau, quand elles font
maniées par des Genies du
premier ordre. M' Gourreau
ayant ceffé de parler , toute la
Compagnie fe répandit fur
les Terraffes, & dans le Jardin
de l'Hoftel de Ville , où l'on
avoit élevé la Statuë du Roy.
GALANT . 181
Le lieu ne pouvoit eftre
mieux choifi. Cet Hoftel qui
peut paffer pour un des plus
beaux Edifices du Royaume ,
fut baſty par Pierre Poyet ,
Lieutenant General , & Maire
d'Angers ,Frere aîné du Chancelier
Poyet , & il a efté depuis
beaucoup embelly par
les foins de M Charlot , der
nier Maire de la Ville , l'un
des Academiciens , & celuy
qui forma les premiers projets
de l'Academie pendant
fon adminiftration . Il eft fitué
dans un lieu fort élevé ,
qui d'un cofté commande à
182 MERCURE
toute la Ville , & de l'autre à
une tres- belle Campagne
arrofée
de trois grandes
Ri
vieres , qui viennent
fe joindre
en ce lieu- la pour paffor
au travers de la Ville . En face
de ce fuperbe
Baſtiment
eſt
une grande Court , avec des
Terraffes
en Baluſtrades
, d'où
l'on defcend
par un double
Efcalier
d'une belle ordonnance
, dans un Jardin , qui
n'eſt ſeparé de la principale
Place publique
que par une
Baluftrade
de fer, qui le laiffe
voir tout entier. C'eft dans
ce Jardin que la Ville a fait
GALANT. 183
ériger la Statuë du Roy , où
elle eft également en veuë
de l'Hoftel de Ville , & de la
Place publique. Si - toft qu'on
l'eut découverte , elle fut falüée
par une déchargedu Canon
, & par plufieurs falves
de toute la Milice. On entendit
divers Concerts de Trom.
pettes , de Hautbois , & de
Violons , qu'on avoit difperfez
fur les Terraffes de l'Ho
ftel de Ville , où l'on avoit
auffi placé des Fontaines qui
coulerent tout le refte du
jour.
La joye du Peuple éclata
184 MERCURE
d'une maniere furprenante ,
& par des tranſports qui ne
font connus que fous le Re
gne des bons Princes. Aprés
que ces agreables emportemens
de plaiſir eurent longtemps
occupé tous les Spectateurs
, les perfonnes de qualité
furent rapellées dans une
des Salles de l'Hoſtel de Vil
le , où elles trouverent plufieurs
Tables que Mr Renou
de la Feauté , Confeiller au
Prefidial & Maire d'Angers ,
avoit fait fervir de tout ce
qui fe peut fouhaiter de plus
délicat , fans qu'il euſt eſté
GALANT. 18
prefque beſoin de le cher
cher ailleurs que dans la Province
mefine. Ce regale qui
dura jufqu'à la nuit , fut interrompu
par un grand éclat
de lumiere qu'on vit aux Feneftres
de la Salle . C'eftoit
une Illumination
qui parut
tout d'un coup dans toutes
les Maifons de la Ville & juf
qu'aux Clochers des Eglifes.
La Cathedrale
fe diftingua
non feulement par un feu
qu'elle fit paroiftre dans ce
fuperbe Clocher , qui fait
l'admiration
des Etrangers
&
des plus Sçavans Architectes,
Decembre 1686. Q
186 MERCURE
mais encore par un tres- beau
Concert qu'elle y fit entendre.
Plufieurs Villages de la
Campagne voifine , fituez le
long des bords de ces trois
Rivieres , fuivirent l'exemple
de la Ville, & firent de toutes
parts un fi grand feu qu'il
fembloit qu'on vouluft prolonger
le jour , qui paroiffoit
trop court à la joye publique.
L'Hoftel de Ville fut auffi il
luminé d'une maniere affez
ingenieuſe . Sur le Balcon de
l'Eſcalier qui defcend dans le
Jardin & qui fait face à la
Place publique , on avoit é
1
GALANT 187
*
levé une Figure d'Apollon
fur le Mont Parnaffe au milieu
des neufMufes . Les ram
pes
de l'Escalier eftoient il-
Tuminées d'autant de bas- re
liefs de douze pieds de long
fur quatre de haut , dans lel
quels on avoit repreſenté les
actions les plus éclatantes de
noftre grand Monarque , &
entre autres celles qui font
le fujet de deux Prix propofez
cette année par la Ville d'An
gers ; ces Sujets font le Triom
phe du Roy fur l'Herefie , le
Canalde la Riviere d'Eure. Pour
exprimer le premier ne
Q iji
188
MERCURE
maniere qui fuſt plus ſenſible
aux Perfonnes de la Province
; on avoit peint la démolition
de plufieurs Temples
que l'Herefre s'eftoit éle
vez dans l'Anjou , & pref
que jufqu'aux Portes de la
Ville d'Angers , à laquelle ils
ont coufté tant de fang , &
donné tant d'alarmes . Dans
un autre Tableau on avoit
dépeint la Riviere d'Eure , à
la maniere des Fleuves antiques
fous la Figure d'unVieil
lard dans des
Rofeaux , ap.
puyé fur une Urne , qui répandoit
un gros ruiffeau dans
GALANT. 189
une vafte Campagne , où
toutes les Troupes qu'on
employe à l'Aqueduc de
Maintenon eftoient figurées
dans leurs travaux . On lifoit
ces mots fur l'Urne .
Lodoico monftrante viam .
Sur la rampe opposée on
avoit exprimé ce melme Sujet
par le combat d'Hercule
contre le Fleuve Acheloüs
fous la forme d'un Taureau
renversé par ce Heros , qui,
luy arrachoit une de fes Cornes
, & dans le mefme Tableau
l'on voyoit les Triom190
MERCURE
phes des Eaux de Verſailles ,
qui fembloient attendre l'iffue
de ce Combat , pour recevoir
du Vainqueur la Corne
d'abondance . Sur le frontifpice
du Pavillon deftiné
pour les Conferences Academiques
, & bafty dans le
mefme Jardin , on avoit placé
un Groupe qui reprefentoit
comme un Trophée de
Sciences & de beaux Arts ,
compofé de Livres , de Spheres
, & d'autres Inftrumens
de Mathematique , & furmonté
par une Renommée
la Trompette à la main ,
GALANT. 191
avec ces mots d'Horace ,
Ære perrennius
.
pour marquer
que queldurables
que foient les
que
Monumens de bronze & de
marbre qu'on dreffe aux bons
Princes , ceux que
les hommes
de Lettres
leur érigent
,
les affeurent
encore
davantage
de l'immortalité
. Ce
Trophée
eftoit accompagné
de deux autres
Pieces
illumi
nées. L'une
eftoit une Fontaine
avec ces mots ,
Maculas oftendit & auffert.
pour marquer quelles font
les fonctions de l'Academie,
192 MERCURE
On avoit peint dans l'autre
pluſieurs Lauriers naiſſans
fous un grand Laurier avec
cet Hemiftiche du Poëte Latin
Parva fub ingenti.
qui s'appliquant au Roy
fait connoiftre que les Lau
riers des hommes Sçavans
naiffent & s'élevent à l'om .
bre des fiens ; & faifant l'application
de cette mefme
Devife à toutes les Academies
qui fe font formées fur
le modelle de l'Academie
Françoiſe , elle marque que
leurs Lauriers font des rejet-
+
tons
GALANT. 193
tons de ceux que cette celebre
Compagnie prend pour
le corps de la Devife . Au def
fous de ces trois Figures on
avoit écrit ces Vers adreffez
aux Academiciens d'Angers
par un des premiers Hommes
de ce Siecle , qui luy- mefme
eſt du nombre de ceux qui
compoſent cette Academie .
Hellados Latii Doctis non ixvidus
hortis ,
Hortus hic aoniis poffit certare
viretis.
O qui illum incolitis leƐtiſſima
turba,Sodales ,
Terdeni Proceres Andina gloria
Gentis ,
Décemb. 1686. R
194 MERCURE
1
Magnanimi Herois bellipacifque,
Miniftri
Andina hic per quem Parifine.
Academia certat ,
Floribus augustam LODOICE.
cingite frontemb Hovs
Cingite: fed nitidos brevis ævi
linquite flores,
25
Quos non aut æftus , aut frigord
Lædere poffint,
Carpite fulgentes immortales Amarantos.
Au milieu de la Baluftrade
de fer qui fepare le Jardin de
la Place publique , on avoit
élevé un Soleil en feu , au
deffous duquel eftoient écrits
ces mots .
Unus & omnis .
GALANT. 195
Des deux coftez fur deux
Pilaftres eftoient deux Obe.
lifques , qu'on fçait eſtre les
Figures confacrées
au Soleil .
Dans l'un eftoit peint un Ciel
étoilé de trente Etoiles
, par
rapport auxtr ente Academiciens
, avec ces mots du 6. de
l'Eneide .
Solemque fuumfua fidera norunt,
L'autre reprefentoit une
pepiniere de jeunes arbres ,
pour marquer l'Academie
naiffante aux rayons de ce
Soleil , avec ces autres mots
de Virgile .
Format qui dedit ortum.
Rij
196 MERCURE
Dans la mefme façade fur
quatre Pilaftres rangez de
front , des deux coftez , eftoient
quatre Figures ; l'une
de la Ville repreſentée par
une Femme , qui d'une main
tenoit le Cartouche de fes
Armes, & de l'autre montroit
la Statue du Roy , avec ces
paroles .
Hoc fofpite fofpes.
Une autre de ces Figures
eftoit l'Academie reprefentée
par une Mufe , au deffous
de laquelle eftoit écrit .
Nec Phoeby gratior ulla.
La troifiéme eftoit l'HerGALANT.
197
cule Gaulois , que nos Peres
ont reconnu pour le Dieu de
l'Eloquence, & qu'ils avoient
de coûtume de reprefenter
fuivy d'une foule de perfonnes
qu'il tenoit comme enchaifnées
par les oreilles avec
des filets d'or qui luy fortoient
de la bouche . Au def
fous fe lifoient ces mots .
Aderit ille Deus.
La quatriéme Figure eftoit
la Religion un Encenfoir à la
main , & une Couronne d'E
toiles dans l'autre , qu'elle
fembloit prefenter au Roy
avec ces mots empruntez de
Riij
198 MERCURE
la Deviſe d'un des Ducs d'Anjou
,
Manet altera Calc
Sur la porte de la Chambre
du Confeil de Ville on
lifoit ce Paffage de Salomon ,
Salus populi ubi multa Concilia.
Tout le refte de l'Hoftel de
Ville eftoit illuminé par des
Fleurs de Lys , & des Dauphins
, par les Armes de Madame
la Dauphine , par des
Antiques, des Autels ardens ,
des Sacrifices , des Termes ,
des Trophées , divers Obe.
lifqués , des Phares , avec des
Deviles fur chacune de ces
GALANT. 199
Figures
, au nombre
de plus
dé cent.
Cette multitude de lumieres
jointe à la difpofition
qu'on leur avoit donnée , &
àla fituation avantageufe
du
lieu , compofoit
un Spectacle
fragreable
qu'on ne pouvoir
de laffer delle regarder ; lors
que tout d'un coup il fortit
adu Soleil fut le milieu de la
Baluffrades
un Lates- grand
nombre de Fulée's' , qui formerent
comme autant de
rayons , & qui porterent le
feu dans plufieurs Figures de
I'lllumination
, où l'on avoit
R iiij
200 MERCURE
renfermé des feux d'artifice ,
& qui s'allumant encore les
unes & les autres par des Fufées
de communication , s'é
leverent toutes à diverſes reprifes
pour fe confumer en
l'air , & firent un Feu d'artifice
qui finit par une Giran
dole placée fur la Tour de
l'Horloge dans une Bombe ,
fur laquelle eftoient écrits
ces mots en lettres de feu ,
Dignos Phobo concipit ignes.
C'eſt ainfi que la Ville &
l'Academie d'Angers ont effayé
de répondre aux bontez
de noftre Augufte Monar.
GALANT 201
que . La Ville luy a érigé une
Statuë qui fera le plus cher
objet de tous ceux qui paſſe .
ront leurs jours dans une Province
, à laquelle il ne manque
que d'eftre moins éloignée
du féjour ordinaire de
fes Princes ; & qui rendant la
Majefté de ce Heros toûjours
preſente aux Academiciens
Ïes animera fans doute à tracer
dans leurs écrits les traits
de ſa gloire & de ſa grandeur.
La premiere Affemblée de
l'Academie fe paffa dans les
témoignages de bien - veillan
ce que fe peuvent donner
202 MERCURE
trente perfonnes choifies ,
que la conformité de leurs
Etudes , & de leurs inclinations
, avoit déja prefque tous
liez d'une étroité amitié , qui
ont l'avantage de voir leurs
occupations honorées de l'eftime
publique , & de fe trou
ver en eftat de goufter fous
la protection du plus grand
Roy de la Terre les douceurs
de cette agreable Societé qui
fait le charme des efprits.
Dans l'Affemblée fuivante
on éleut les Officiers . M'IE
vefque d'Angers fut éleu Di
recteur , M Gohin premier
GALANT. 203
Prefident du Prefidial , fut
nommé Chancelier ; M ' Goureau
dont je vous ay déja parlé
, & M Pettineau , cy.devant
Preſident de la Prevofté,
Police & confervarion des
Privileges de l'Univerfité
d'Angers , & premier Echevin
de la Ville , furent faits.
Secretaires perpetuels . On
cut affez de quoy s'occuper
dans quelques autres Affemblées
de la Lecture de divers
Ouvrages en Profe & en
Vers , qu'avoient compofez
plufieurs beaux efprits de la
Province rechauffez par ce
J
204 MERCURE
nouvel établiſſement . L'Academie
receut auffi quelques
Complimens fur des
Thefes qui luy furent dediées.
M' du Pleffis de Gefté Euefque
de Saintes , d'une des
plus anciennes Maifons de la
Province d'Anjou , s'eftant
trouvé dans la Ville d'Angers,
l'Academie creut ne fe pou
voir difpenfer de rendre fes
civilitez à un Prelat qui fait
tant d'honneur à fa Patrie , &c,
dont le Frere aifné , l'un des
plus fages & des plus fçavans
Gentilhommes
du Royaume,
GALANT. 205
eft un des plus beaux ornemens
de cette nouvelle Compagnie.
Ml'Evefque de Saintes
fit l'honneur à l'Academie
de fe trouver à la Conference
qui fe fit ce mefme jour , &
M' du Tremblay Frain, connu
par deux Traitez qu'il a
faits , le premier contre le
Jeu , & le fecond de la Vocation
Chreftienne des Enfans ,
prit une occafion fi favorapour
prier M' de Saintes
& la Compagnie , de luy dire
fon fentiment fur le deffein
d'un Livre de Morale dont il
lut le projet.
ble
206 MERCURE
M' l'Abbé le Pelletier , à
qui noftre Langue eft redevable
de deux excellentes
Traductions , l'une de la Vie
du Pape Sixte V. de l'Italien
de Gregorio Leti , & l'autre
de l'Hiftoire de la Guerre de
Chypre écrite en Latin par
Antoine Mana Gratiani , Evefque
d'Amelia , fut auffi
prié de lire quelques endroits
d'une Traduction qu'il doit
bien- toft donner au Public
de l'Hiftoire de la Chine ,
compofée par le Pere Martin
Jefuite Alleman.
La Conference finit par
GALANT 207
une fçavante
Differtation
de
M'de la Vilete Breillet , Gentilhomme
Angevin
, & l'un
des trente Academiciens
, fur
des VersLatins
compofez
par
Francius Poëte Hollandois
,
en l'honneur
de l'illuftre M
l'Abbé Ménage , qui eft de
la mefme Academie
.
༽ ་
?
On éleut dans la derniere
Affemblée
en la place de M
de Primé Martineau
, mort
depuis l'établiffement
. M
Cupiffs de Terdras Confeil
ler au Prefidial & à l'Hoftel
de Ville , cy - devant Maire
d'Angers
.
208 MERCURE
Les Vacations qui furvinrent
peu de temps aprés , firent
ceffer les Conferences
Academiques , qui viennent
de recommencer par trois
Difcours publics . Le premier
a efté un excellent Eloge de
M' de Primé Martineau , vivant
Secretaire du Roy , pro.
noncé par M' de Livonniere
Poquet , Confeiller au Prefidial
d'Angers. Le fecond
a eſté l'Eloge de M'de Roye ,
celebre Docteur en Droit
dans l'Univerfité d'Angers ,
auffi l'un des Academiciens
morts depuis la naiffance de
1
GALANT. 209
l'Academie . Cet Eloge a efté
prononcé par M' du Tremblay
Frain. La place de ce
dernier Academicien mort
n'eftant pas encore remplie ,
M'Goureau Secretaire de l'A .
cademie , prepara la Compagnie
à faire une élection digne
d'elle par un troifiéme
Difcours , dans lequel il fit
connoiftre quelles doivent
eftre les qualitez d'un Academicien
; & toutes ces qualitez
fe trouvant dans M
Conftantin , Grand Prevoft
d'Anjou , que la profeffion
des Armes n'a pas empefche
Decembre 1686 . S
210 MERCURE
de
de joindre à de tres- beaux talens
naturels une connoiflan .
ce entiere des belles Lettres ,
il fut éleu en la place de M
de Roye le 28. du mois paffé.
Voilà quels font les premi
ces de cette Compagnie
qui
fe prepare
à meriter par
plus grandes chofes l'honneur
qu'elle a d'avoir pour
Fondateur le plus grand de
tous les Rois . J'auray un
grand Article à vous faire le
mois prochain fur cette meſme
matiere. Il contiendra les
noms des Academiciens
,
leurs Lettres Patentes , & plu
GALANT. 211
fieurs autres chofes curieufes.
Je vous envoye un revers
d'une nouvelle Médaille qui
a efté frapée pour le Roy fur
la Suppreffion des Edits de
Nantes , & de Niſmes . L'inf
cription que vous y
vous doit tenir lieu d'un exlirez
plication plus ample.
J'ay finy la Relation que
je vous ay envoyée du Siege
de Bude au jour de la prife
de cette fameufe Ville , il
faut prefentement vous ap
prendre quelle a eſté la fuite
de cette Campagne . L'Em
Sij
212 MERCURE
pereur n'eut pas efté plûtoft
informé de l'heureux fuccez
des Armes Chreftiennes
, que
jugeant de la confternation
où devoit eftre le grand Vifir
, il envoya fes ordres afin
qu'oron en profitaft , & qu'on
tafchaft de luy couper le paf
fage. Ainfi aprés que les
Troupes fe furent repofées
trois jours , on fit embarquer
dix mille homme d'Infanterie
le
S. de Septembre avec
douze pieces de Canon , vingt
Mortiers , & quantité de vivres
& de munitions pour
defcendre vers le Pont d'Ef
GALANT. 213
feck où l'Armée de Croatie
avoit auffi ordre de fe rendre,
& le lendemain l'Electeur de
Baviere & le Prince Charles
de Lorraine les fuivirent
par
terre avec vingt quatre mille.
Chevaux , fix mille Hongrois,
douze mille Fantaffins , &
trois mille Heiduques. Ils ar
riverent le 9. à Picheli , & ce
ne fut pas fans que la Cavalerie
fouffrift beaucoup dans
la marche & dans les campemens
qu'elle fit ,à caufe qu'elle
manquoit entierement de
fourages. Le 14. l'Armée Imperiale
campa à Penski, & s'y
214 MERCURE
repofa tout le jour fuivant.
On y eut avis par des Transfuges
, que les Turcs avoient
fait fauter les Fortifications
d'Hatwan
, ne fe voyant pas
en pouvoir de le conferver ,
& que les munitions
& les
vivres en avoient efté tranf
portées à Agria. L'Armée
eftant arrivée le 16. prés de
Pax , un Transfuge Polonois
raporta , que le Grand Vifir
eftoit campé avec avantage
au deça du Pont d'Effeck ,
fur la petite Riviere de Sau
bits , ayanr un Marais derriere
luy , & que fon deffein
GALANT. 215
eftoit de demeurer dans ce
Polte pour obferver les mouvemens
des Imperiaux . Le
19. l'Armée arriva prés de
Tolna , & comme les ennemis
n'en eftoient éloignez
que de trois lieuës , le Prince
Charles de Lorraine fit conftruire
un Pont fur la Riviere
de Saubits , pour engager
s'il eftoit poffible , le Grand
Vifir au Combat. Cependant
ce Prince ne pouvant plus
faire fubfifter ces Troupes .
le long de la Riviere de Saubits
, à caufe de la grande difette
qu'elles avoient de four216
MERCURE
fo
rages & de bois , ne jugea pas
à propos de la paffer,ayant appris
que les Turcs pour éviter
le Combat , s'eftoient retirez
en deça de la Drave prés de
Darda , où il y a un Chaſteau
tres -fort qu'ils ont fait con
ftruire pour couvrir le Pont
d'Effeck . Ainfi ce Prince fit
deux Corps de fon Armée ,
dont l'un
commandé par le
Prince Louis de Bade , eut
ordre de fe joindre au Comte
de
Scherffemberg , & d'aller
avec les Troupes de Croatie
que ce Comte commandoit
attaquer Cinq-Eglifes , ou
quelque
GALANT
217
quelque autre Place. Les Regimens
de Taff , de Picolomini
, de Serin , de Hanover
, de Palfi , de Trucks ,
de Kifel , de
Staremberg ,
d'Afpremont , de Tinghen ,
& de Keri
compofoient
ce Corps avec fept autres .
Ce
détachement ayant efté
fait , le Prince Charles paffa
le Danube à Tolna fur
un Pont de Bateaux avec le
refte des Troupes , & revint
vers Peft. L'Electeur de Baviere
arriva le 29. à
Vienne
,
& il fut receu de
l'Empereur
avec tous les
témoignages
Decembre 1686.
T
218 MERCURE
dejoye qu'il pouvoit attendre
. Le Prince Louis de Bade
qui s'avançoit du cofté de
Cinq- Eglifes, eftant arrivé le
26. prés de Simonthorra , fit
inveftir cette Place par la
Cavalerie , & par les Dragons
, qui ayant mis pied à
terre , vinrent fe pofter jufques
au bord du Foffé , à la
faveur des Rofeaux qui y font
tres- hauts dans les Marais.
La Garnifon témoigna eftre
fort refoluë de fe deffendre ,
& fit un grand feu de Canon ,
de Moufqueterie , & de Grehades
, mais une Batterie de
rois pieces de Canon fut fi
GALANT 219
bien fervie , qu'elle démonta
d'abord une partie de celle
des Afflegez . Ils s'eftoient
perfuadez qu'on les attaquoit
fans Infanterie , & fi
toft qu'ils la virent paroiftre
fur une hauteur , ils demanderent
à capituler . Le Prince
Louis de Bade ne les voulut
recevoir qu'à difcretion , &
ne leur donna qu'une demie
heure pour voir le party
qu'ils avoient à prendre . Pen
dant ce temps , un détache
ment de mille hommes d'In.
fanterie qui s'avança vers les
Marais , étonna fi fort les
Tij
220 MERCURE
Turcs , que defefperant de fe
pouvoir défendre , tout de
quids demanderent fut qu'on
monaft leurs Femmes & leurs
Enfans à Cinq Eglifes qe
qu'on ne put refufer aux fors
tes instances qu'ils en firent.
Les Dragons & l'Infanterie
eftant entrez dans la Place ,
on y trouva prés de trois cens
Turcs qu'on mit prifonniers
dans leChafteau. Simonthor
ra eft une Ville fituée fur la
Riviere de Sarwits. Elle a un
Foffe large de trente pas. Les
Marais qui l'environnent en
dehors font d'une telle éten
GALANT 220
= duë , qu'on eft obligé pour y
entrer de paffer un Pont de
trois cens pas de longueur.
Lé Chafteau eft auffi envi
ronné d'un bon foffé, & baft y
de pierre de taille , avec des
Fortifications à l'antique . Il
y avoit deux cens hommes:
en Garnifon dans la Place ,
& l'on y trouva feize pieces.
de Canon de fonte , une de
jorente- cinqtonneaux
de?
poudre , & plus de mille Gre
nades. Le Prince Loüis de
Både s'avança de làvers Ka
pofwarum qui mennefts qu'al
deux lieuës & s'en eftant
chiod sulthĩ v Tij
fer
222 MERCURE
rendu maiitre , il y fit met
tre le feu. Son deffein eftoit
de s'emparer auffi du Châ
teau , mais n'ayant point de
Canon ny de Mortiers, parce
qu'ils eftoient demeurez der
riere , il quitta cette entreprife
, & continuant fa Mar
che vers Dimiria , il arriva le
4. d'Octobre prés du Pont de
Turanovits , où le Comte de
Scherffemberg fe vint join
dre à luy. Les Troupes qu'il
amenoit pafferent la Drave
dans plufieurs Bateaux , le
Pont ayant efté rompu par le
débordement de cette Ri
viere. Le 16. le Prince Loüis
GALANT 223.
de Bade arriva devant Cinq-
Eglifes , avec l'Avant - Garde
qui eftoit composée en partie
des Dragons. Il ne fut pas
plûtoft devant cette Place ,
que les Turcs mirent le feu
en quatre endroits de la Vil.
le , & fe retirerent dans le
Chafteau. Ce feu fut bientoft
éteint par les Dragons
qui ayant efcaladé les murailles
, fe jetterent dans la
Place le Sabre à la main , &
ouvrirent la Porte aux autres
Troupes. On le retrancha
dans les poftes principaux
jufqu'à la grande Mofquée ,
dal seuni
Tiuje
224 MERCURE
& l'on s'avança la nuit à la
portée du Moufquet du Château
. On fit dreffer deux
y
Batteries, & l'on apprit qu'outre
la Garnifon qui eftoit de
deux mille hommes , commandez
par un Bacha & fept
Beys , il y avoit un pareil
nombre d'autres perfonnes
capables de porter les Armes,
qui s'y eftoient refugiées de
divers endroits . On comptoit
fix cens Janiffaires parmy les
deux mille hommes de la
Garnifon. Ce Chafteau eft
un quarré irregulier environ
né de hauteurs dont l'accez
T
GALANT. 225
eft difficile. Il eft fortifié de
quatre Rondelles à l'antique
avec quelques Ouvrages à la
moderne. La nuit du 17. les
Affiegez firent un fi grand
feu , qu'il y eut quelques Of
ficiers des Affiegeans tuez ,
avec environ trente Soldats .
La refolution qu'ils prirent
de mourir en fe deffendant
plûtoſt que de fonger à ſe
rendre , leur fit arborer fur
une Tour fix Drapeaux rou
a ges , avec un noir au milieu.
Le manque de vivres & de
fourrages dont l'Armée fou
froit une fort grande difette,
226 MERCURE
&
0
puifqu'elle
ne fubſiſtoit que
de ceux que l'on y conduifoit
par la
la Drave , fut cauſe que
le Siege alla d'abord affez b
lentement
. Il y eut pourtant
bréche dés le 20. le Canon
n'ayant point ceffé juſque là
de tirer contre la Place. On
travailla auffi-toft aux Mines
en trois endroits , & l'on don
na l'ordre pour monter à l'af
faut felon que l'effet en feroit
heureux. Le Prince Louis de
Bade envoya auparavant
fommer les Affiegez de fe
rendre. Ils ne voulurent faire
aucune réponſe ce jour là ,
GALANT. 227
& s'en exculerent le lendemain
par une Lettre dans laquelle
ils faifoient connoiſtre
la difpofition où ils eftoient
de capituler fi on leur accor
doit des conditions honnêtes
. On leur demanda des
Oftages. Un Aga paffa au
Camp avec un autre Officier,
& les Affiegeans envoyerent
deux Officiers dans la Place .
L'Aga n'avoit aucun pouvoir
de traiter , & on l'avoit chargé
feulement de fçavoir à
quelles conditions la Capitulation
feroit reglée . Le
Prince Louis de Bade déclara
228 MERCURE
qu'il ne vouloit
recevoir
les
Affiegez
qu'à difcretion
, &
its furent
obligez
d'y confen
.
tir, à caufe
que les munitions
leur manquoient
. Le Baeha
& les Beys demeurerent
pri
fonniers
de Guerre
avec toute
la Garnifon
, & furent
con
duits ainfi
que les Habitans
en divers
endroits
de la Stirie .
On trouva
dans Cinq - Eglifes
dix-huit pieces
de Canon
, & quantité
de munitions
& de
vivres
. Le Prince
Louis
de
Bade
y fit entrer
Garnifon
,
fçavoir
le Regiment
de Ting .
hen , la moitié
du Regiment
心
GALANT 229
de Leflé , trois
Compagnies
de celuy de Heufler , avec
trois
Bataillons des Regimens
de Montecuculi , de
Pax , & de Herbeville , & aprés
avoir donné fes ordres
pour les reparations
des Fortifications
de la Ville & du
Chafteau , il
partagea fon
Armée en deux Corps , &
prit le chemin de Darda avec
une partie de fes Trou.
pes L'autre partie commandée
par le Comte de Scherffemberg
, marcha vers Zi
clos , & arriva le 25. devant
cette Place . Ce Comte la fit
230
MERCURE
fommer
, mais les Turcs qui
s'eftoient
retirez
dans le
Chafteau , ayant témoigné
une entiere
refolution
de fe
deffendre
, on commença
les
Attaques
qui furent conti
nuées jufqu'au
31. Le fuccez
en fut heureux , & lors que
les Affiegez virent les Mines
preftes à jouer, ils arborerent
un Etendard
blanc . On ne les
receut qu'à difcretion
, & ils
demeurerent
prifonniers
de
Guerre. Les Affiegeans
eurent
prés de trois cens Soldats
de tuez à ce Siege avec
quelques
Officiers. On trou
f
GALANT.
231
va quantité de munitions &
de vivres dans la Place , avec
douze pieces de Canon . Le
Comte
deScherffemberg partit
de Ziclos pour aller rejoindre
le Prince Louis de
Bade qui s'eftoit avançé
vers Darda , qui couvre &
commande le Pont d'Effeck
en deça de la Drave. Il y avoit
deux Bachas campez
aux environs avec deux ou
trois mille Turcs que ce Prin
ce avoit deffein de comba.
tre ; mais fi - toft qu'ils eurent
appris qu'il s'avançoit de ce
cofté là , ils fe
retirerent par
232 MERCURE
I.
le Pont d'Effeck
. Ainfi loin
de les trouver
, lors qu'il ar
riva le 1. d'Octobre
à la veuë
de cette Place , il fçût que la
Garnifon
l'avoit abandonnée
avec le Canon
& les Magafins
, & que les Turcs pour
affeurer
leur retraite
avoient
brulé derriere
eux une partie
du Pont d'Effeck
. Il fit auffitoft
avancer
fa Cavalerie
le
long de ce Pont qu'il laiſſa
fur la droite pour éviter un
Marais. Les Turcs avoient
un Pont de Bateaux
fur la
Drave , & il y eut là une af
fez longue
efcarmouche
,
GALANT. 233
1
mais enfin ils fe retirerent de
l'autre cofté , aprés avoir détaché
quelques-uns de ces
Bateaux afin que les Troupes
du Prince Louis de Bade, ne
puffent paffer. Le feu de
Moufqueterie & de douze
groffes pieces de Canon
qu'ils firent toute la nuit ,
n'empefcha pas les Impe
Fiaux de ruiner un autre Pont
de trente pas de longueur. Il
eftoit conftruit de pontres ,
& attaché au Pont de Bas
teaux. Aprés celà , ce Prince
fit mettre le feu au Pont d'Effeck
, & on en détruific une
Décembre 1686.
V
234 MERCURE
de
fort grande partie , en forte
que les Infidelles auront
la peine à le rétablir. Ce Pont
a huit mille pas de longueur ,
& vingt quatre de largeur.
Cette importante expedition
eftant achevée , le Prince
Louis de Bade envoya une
partie de fes Troupes vers
Turanowits afin d'y prendre
des quartiers d'Hyver , &
marcha les . vers Kapofwar
avec le relte de fon Armée .
Eftant arrivé leg . devant cet-
*te Place , il diftribua les Poftes
à fes Troupes , & fit fommer
le Commandant de fe renGALANT
238
dre. Ce Commandant répondit
par un grand feu du Canon
, dont il tomba un boufet
fous le Cheval du Prince
Louis de Bade. Un autre paffa
fort prés de luy , & fur cette
opiniatre refiftance , on refolut
de faire les Attaques
dans les formes. Le Commandant
voyant qu'on s'y
difpofoit , demanda à capituler.
Les conditions furent
que la Garnifon feroit conduite
à Sighet , & fortiroit de
la Place avec ce que chaque
Soldat pourroit emporter.
On y trouva un grand Ma
Vij
236 MERCURE
gafin de toutes fortes d'Ar
mes. Il y en avoit d'autres
remplis de munitions , de vivres
& de fourages fi abon .
damment , qu'une Garnifon
de quinze cens hommes en
auroit pû fubfifter pendant
plus d'un an . On trouva auffi
vingt- quatre pieces de Ca
nonren batterie fur les Rondelles.
Le Prince Louis de
Bade y ayant laiffé des Troupes
en Garnifon , & le Co-
Ionel Hoffer pour les commander
, avoit refolu d'aller
bombarder Albe- Royale ,
mais le grand froid furvenu
GALANT 237
Fayant obligé de differer l'entrepriſe
à caufe des glaces ,
il fit entrer en quartier d'Hiver
les Troupes qu'il avoit
menées à Kapofwar
Pendant toutes ces expe
ditions du Prince Louis de
Bade , le Prince Charles de
Lorraine qui luy avoit donné
le Commandement
de l'un
des deux Corps de fon Armée,
paffa le Danube à Tolna
fur un Pont de Bateaux , &
revint à Peft avec le refte
des Troupes , comme je l'ay
déja dit. Il fit auffi - toft un
détachement de quelques
Regimens qui marcherent à
238 MERCURE
petites journées vers la haute
Hongrie , & vers la Teyffe ,
où le Comte Caraffa , & le
General Heufler en devoient
prendre le Commandement
pour attaquer Segedin . Le
Lieutenant General de la
Vergne , eftant arrivé devant
cette Place , & la voulant re.
connoiftre , fut tué dans une
fortie que fir la Garniſon ; il
y eut auffi quelques Officiers
& environ cent Soldats tuez.
Le Comte de Souches prit
auffi- toft le
Commandement
des Troupes , & fit inveftir
la Place par l'Infanterie. On
GALANT 239
forma le Siege fi- toft que le
Comte Caraffa fut arrivé. On
conduifit pour cela du Canon
& des Mortiers de Zol
nock. La Garnifon de la Pla
ce qui eftoit de plus de deux
mille hommes fit une tresvigoureuſe
refiftance , mais
elle n'empeſcha pas qu'on
n'achevalt quatre Bateries ,
& qu'en peu de temps il n'y
euft une affez grande bréche.
Cependant comme les vivres
& les fourrages manquoient,
le Comte Caraffa fe vit obligé
d'aller à Zolnock afin
d'en faire venir. Il laiffa le
291
208
MERCURE
1
Les Vacations qui furvinrent
peu de temps aprés , fi
rent ceffer les Conferences
Academiques , qui viennent
de recommencer par trois
Difcours publics. Le premier
a eſté un excellent Eloge de
M' de Primé Martineau , vivant
Secretaire du Roy , prononcé
par M' de Livonniere
Poquet , Confeiller au Prefidial
d'Angers. Le fecond
a efté l'Eloge de M ' de Roye ,
celebre Docteur en Droit
dans
l'Univerfité d'Angers ,
auffi l'un des Academiciens
morts depuis la naiſſance de
GALANT. 209
l'Academie . Cet Eloge a efté
prononcé par M' du Tremblay
Frain. La place de ce
dernier Academicien mort
n'eftant pas encore remplie ,
M' Goureau Secretaire de l'A.
cademie , prepara la Compagnie
à faire une élection digne
d'elle par un troifiéme
Difcours , dans lequel il fit
connoiftre quelles doivent
eftre les qualitez d'un Academicien
; & toutes ces qualitez
fe trouvant dans M
Conſtantin , Grand Prevoft
d'Anjou , que la profeffion
des Armes n'a pas empefche
Decembre 1686. S
210 MERCURE
à meriter par de
de joindre à de tres- beaux talens
naturels une connoiflan.
ce entiere des belles Lettres ,
il fut éleu en la place de M²
de Roye le 28. du mois paſſé.
Voilà quels font les premices
de cette Compagnie
qui
fe prepare
plus grandes chofes l'honneur
qu'elle a d'avoir pour
Fondateur le plus grand de
tous les Rois. J'auray un
grand Article à vous faire le
mois prochain fur cette meſ
me matiere. Il contiendra les
noms des Academiciens
,
leurs Lettres Patentes , & plu
GALANT. 211
fieurs autres chofes curieufes.
Je vous envoye un revers
d'une nouvelle Médaille qui
a efté frapée pour le Roy fur
la Suppreffion des Edits de
Nantes , & de Niſmes . L'inf
cription que vous y_lirez
vous doit tenir lieu d'un explication
plus ample.
J'ay finy la Relation que
je vous ay envoyée du Siege
de Bude au jour de la prife
de cette fameufe Ville , il
faut prefentement vous apprendre
quelle a efté la fuite
de cette Campagne . L'Em
Sij
212 MERCURE
pereur n'eut pas efté plûtoft
informé de l'heureux fuccez
des Armes Chreftiennes
, que
jugeant de la confternation
où devoit eftre le grand Vifir
, il envoya ſes ordres afin
qu'on en profitaft , & qu'on
tafchaft de luy couper le paf
fage. Ainfi aprés que les
Troupes fe furent repofées
trois jours , on fit embarquer
dix mille homme d'Infanterie
le
S. de Septembre avec
douze pieces de Canon ,vingt
Mortiers , & quantité de vivres
& de munitions pour
defcendre vers le Pont d'Ef
GALANT. 213
feck où l'Armée de Croatie
avoit auffi ordre de fe rendre,
& le lendemain l'Electeur de
Baviere & le Prince Charles
de Lorraine les fuivirent par
terre avec vingt quatre mille
Chevaux,fix mille Hongrois,
douze mille Fantaffins , &
trois mille Heiduques . Ils arriverent
le 9. à Picheli , & ce
ne fut pas fans
fans que la Cavalerie
fouffrift beaucoup dans
la marche & dans les campemens
qu'elle fit ,à caufe qu'el
le manquoit entierement de
fourages . Le 14. l'Armée Imperiale
campa à Penski, & s'y
1
214 MERCURE
repofa tout le jour ſuivant .
On y eut avis par des Transfuges
, que les Turcs avoient
fait fauter les Fortifications
d'Hatwan
, ne fe voyant pas
en pouvoir de le conferver ,
& que les munitions & les
vivres en avoient efté tranfportées
à Agria. L'Armée
eftant arrivée le 16. prés de
Pax , un Transfuge Polonois
raporta , que le Grand Vifir
eftoit campé avec avantage
au deça du Pont d'Effeck ,
fur la petite Riviere de Sau、
bits , ayanr un Marais derriere
luy , & que fon deffein
GALANT. 215
eftoit de demeurer dans ce
Pofte pour obſerver les mouvemens
des Imperiaux . Le
19. l'Armée arriva prés de
Tolna , & comme les ennemis
n'en eftoient éloignez
que de trois lieuës , le Prince
Charles de Lorraine fit conftruire
un Pont fur la Riviere
de Saubits , pour engager
s'il eftoit poffible , le Grand
Vifir au Combat. Cependant
ce Prince ne pouvant plus
faire fubfifter ces Troupes .
le long de la Riviere de Saubits
, à caufe de la grande difette
qu'elles avoient de four216
MERCURE
rages & de bois , ne jugea pas
à propos de la paffer ,ayant appris
que les Turcs pour éviter
le Combat , s'eftoient retirez
en deça de la Drave prés de
Darda , où il y a un Chafteau
tres-fort qu'ils ont fait con
ftruire pour couvrir le Pont
d'Effeck
. Ainfi ce Prince fit
deux Corps de fon Armée ,
dont l'un commandé
par
le
Prince Louis de Bade , eut
ordre de fe joindre au Comte
de Scherffemberg
, & d'aller
avec les Troupes de Croatie
que ce Comte commandoit
attaquer Cinq-Eglifes 2
Ou
quelque
GALANT.
217
quelque autre Place. Les Re
gimens de Taff , de Picolomini
, de Serin , de Hanover
, de Palfi , de Trucks ,
de Kifel , de
Staremberg ,
d'Afpremont
, de Tinghen ,
& de Keri
compofoient
ce Corps avec fept autres .
Ce
détachement ayant efté
fait , le Prince Charles paffa
le Danube à Tolna fur
un Pont de Bateaux avec le
refte des Troupes , & revint
vers Peft . L'Electeur de Ba
viere arriva le 29. à Vienne ,
& il fut receu de
l'Empereur
avec tous les
témoignages
Decembre 1686.
T
218
MERCURE
dejoye qu'il pouvoit atten
dre. Le Prince Louis de Bade
qui s'avançoit
du cofté de
Cinq-Eglifes,eftant arrivé le
26. prés de Simonthorra
, fit
inveftir cette Placé par la
Cavalerie
, & par les Dragons
, qui ayant mis pied à
terre , vinrent fe pofter jufques
au bord du Foffé , à la
faveur des Rofeaux qui y font
tres-hauts dans les Marais.
La Garnifon témoigna eftre
fort refolue de fe deffendre
,
& fit un grand feu de Canon ,
de Moufqueterie
, & de Grenades
, mais une Batterie de
rois pieces de Canon fut fi
1
GALANT
219
3
2
bien fervie , qu'elle démonta
d'abord une partie de celle
des Affiegez. Ils s'eftoient
perfuadez qu'on les attaquoit
fans Infanterie , & fitoft
qu'ils la virent paroiftre
fur une hauteur , ils deman
derent à capituler. Le Prince
Louis de Bade ne les voulut
recevoir qu'à difcretion , &
ne leur donna qu'une demie
heure pour voir le party
qu'ils avoient à prendre . Pen
dant ce temps , un détachement
de mille hommes d'In .
fanterie qui s'avança vers les
Marais , étonna fi fort les
}
Tij
220 MERCURE
Turcs , que defefperant
de fe
pouvoir
défendre
, tout de
qu'ils demanderent
fut qu'on
menaft leurs Femmes
& leurs
Enfans à Cinq Eglifes qe
qu'on ne put refufer aux for
tes inftances qu'ils en firent.
Les Dragons & Infanterie
eftant entrez dans la Place ,
on y trouva prés de trois cens
Turcs qu'on mit prifonniers
dans leChafteau . Simonthor
ra eft une Ville fituée fur la
Riviere de Sarwits. Elle a un
Foffé large de trente pas. Les
Marais qui l'environnent en
dehors font d'une telle éten
GALANT 220
duë , qu'on eft obligé pour y
entrer de paffer un Pont de
trois cens pas de longueur.
Lé Chafteau eft auff envi
ronné d'un bon foffe, & bafty
de pierre de taille , avec des
Fortifications à l'antique. Il:
y avoit deux cens hommes
en Garnifon dans la Place ,
& l'on y trouva feize pieces
de Canon de fonte , une de
jorente- cinqtonneaux de?
poudre , & plus de mille Gre
nades. Le Prince Louis de
Bade s'avança de làvers Ka
pofwaru, qui men efts qu'al
deux lieuës & s'en eftant
sijod coltii od Tij
fer
222 MERCURE
rendu mailtre , il y fit met
tre le feu . Son deſſein eftoit
de s'emparer
auffi du Châ
teau , mais n'ayant point de
Canon ny de Mortiers
, parce
qu'ils eftoient demeurez
derriere
, il quitta cette entreprife
, & continuant
fa Mar
che vers Dimiria , il arriva le
4. d'Octobre
prés du Pont de
Turanowits
, où le Comte de
Scherffemberg
fe vint joint
dre à luy. Les Troupes
qu'il
amenoit pafferent
la Drave
dans plufieurs
Bateaux , le
Pont ayant efté rompu par le
débordement
de cette Riviere.
Le 16. le Prince Louis
a
GALANT 223.
>
de Bade arriva devant Cinq-
Eglifes , avec l'Avant - Garde
qui eftoit compofée en partie
des Dragons. Il ne fut pas
plûtoft devant cette Place ,
que les Turcs mirent le feu
en quatre endroits de la Vil.
le , & fe retirerent dans le
Chasteau . Ce feu fut bientoft
éteint par les Dragons
,
qui ayant efcaladé les murailles
, fe jetterent dans la
Place le Sabre à la main , &
ouvrirent la Porte aux autres
Troupes. On fe retrancha
dans les poftes principaux
jufqu'à la grande Mofquée ,
224
MERCURE
& l'on s'avança
la nuit à la
portée du Moufquet
du Château
. On y fit dreffer deux
Batteries
, & l'on apprit qu'outre
la Garnifon
qui eftoit de
deux mille hommes
, commandez
par un Bacha & fept
Beys , il y avoit un pareil
nombre
d'autres perfonnes
capables
de porter les Armes,
qui s'y eftoient
refugiées
de
divers endroits
. On comptoit
fix cens Janiffaires
parmy
les
deux mille hommes
de la
Garnifon
. Ce Chafteau
eft
un quarré irregulier
environ
né de hauteurs
dont l'accez
T
GALANT. 225.
eft difficile. Il eft fortifié de
quatre Rondelles à l'antique
avec quelques Ouvrages à la
moderne . La nuit du 17. les
Affiegez firent un fi grand
feu , qu'il y eut quelques Of
ficiers des Affiegeans tuez ,
avec environ trente Soldats .
La refolution qu'ils prirent
de mourir en fe deffendanɛ
plûtoft que de fonger à ſe
rendre , leur fit arborer fur
une Tour fix Drapeaux rou
ges , avec un noir au milieu.
Le manque de vivres & de
fourrages dont l'Armée ſoufroit
une fort grande difette,
226 MERCURE
puiſqu'elle ne fubſiſtoit que
de ceux que l'on y conduifoit
par la Drave , fut cauſe que
le Siege alla d'abord affez
lentement
. Il y eut pourtant
bréche dés le 20. le Canon
n'ayant point ceffé juſque là
de tirer contre la Place . On
travailla auffi - toft aux Mines
en trois endroits , & l'on don
na l'ordre pour monter à l'af
faut felon que l'effet en feroit
heureux. Le Prince Louis de
Bade envoya auparavant
fommer les Affiegez de fe
rendre . Ils ne voulurent faire
aucune réponſe ce jour là ,
GALANT. 227
& s'en exculerent le lendemain
par une Lettre dans la
quelle ils faifoient connoiſtre
la difpofition où ils eftoient
de capituler fi on leur accor
doit des conditions honnêtes
. On leur demanda des
Oftages. Un Aga paffa au
Camp avec un autre Officier,
& les Affiegeans envoyerent
deux Officiers dans la Place .
L'Aga n'avoit aucun pouvoir
de traiter , & on l'avoit chargé
feulement de fçavoir à
quelles conditions la Capi- `
tulation feroit reglée . Le
Prince Louis de Bade déclara
228 MERCURE
a
qu'il ne vouloit
recevoir
les
Affiegez
qu'à difcretion
, &
its furent obligez
d'y confen
tir, à caufe que les munitions
leur manquoient
. Le Bacha
& les Beys demeurerent
pri
fonniers
de Guerre
avec tou
te la Garnifon
, & furent con
duits ainfi que les Habitans
en divers endroits
de la Stirie
On trouva
dans Cinq- Eglifes
dix- huit pieces de Canon , &
quantité
de munitions
& de
vivres . Le Prince
Louis de
Bade y fit entrer Garnifon
,
fçavoir
le Regiment
de Ting .
hen , la moitié
du Regiment
GALANT. 229
de Leflé , trois
Compagnies
de celuy de Heufler , avec
trois Bataillons des Regimens
de Montecuculi
, de
Pax , & de Herbeville , & aprés
avoir donné fes ordres
pour les reparations
des Fortifications
de la Ville & du
Chafteau , il partagea fon
Armée en deux Corps , &
prit le chemin de Darda avec
une partie de ſes Trou
pes L'autre partie commandée
par le Comte de Scherf
femberg , marcha vers Zi.
clos , & arriva le 25. devant
cette Place. Ce Comte la fit
230
MERCURE
fommer
, mais les Turcs qui
s'eftoient
retirez
dans le
Chaſteau , ayant témoigné
une entiere
refolution
de fe
deffendre
, on commença
les
Attaques
qui furent conti
nuées jufqu'au
31. Le fuccez
en fut heureux
, & lors que
les Afliegez
virent les Mines
preftes à jouer, ils arborerent
un Etendard
blanc . On ne les
receut qu'à difcretion
, & ils
demeurerent
prifonniers
de
Guerre. Les Affiegeans
eurent
prés de trois cens Soldats
de tuez à ce Siege avec
quelques
Officiers
. On trou
Ĉ
GALANT.
231
va quantité de munitions &
de vivres dans la Place , avec
douze pieces de Canon . Le
Comte
deScherffemberg partit
de Ziclos pour aller rejoindre
le Prince Loüis de
Bade , qui s'eftoit avançé
vers Darda , qui couvre &
commande le Pont d'Effeck
en deça de la Drave. Il y avoit
deux Bachas campez
aux environs avec deux ou
trois mille Turcs que ce Prin
ce avoit deffein de comba
tre ; mais fi- toft qu'ils eurent
appris qu'il s'avançoit de ce
cofté là , ils fe retirerent par
232
MERCURE
la
le Pont
d'Effeck
. Ainfi
loin
de les trouver
, lors qu'il arriva
le 1. d'Octobre
à la veuë
de cette
Place
, il fçût que
Garnifon
l'avoit
abandonnée
avec le Canon
& les Magafins
, & que les Turcs
pour
affeurer
leur retraite
avoient
brulé
derriere
eux une partie
du Pont d'Effeck
. Il fit auffitoft
avancer
fa Cavalerie
le
long de ce Pont
qu'il laiffa
fur la droite
pour éviter
un Marais
. Les Turcs
avoient
un Pont
de Bateaux
fur la
Drave
, & il y eut là une af
fez longue
efcarmouche
,
GALANT 233
mais enfin ils fe retirerent de
l'autre cofté , aprés avoir détaché
quelques- uns de ces
Bateaux afin que les Troupes
du Prince Louis de Bade, ne
puffent paffer. Le feu de
Moufqueterie
& de douze
groffes pieces de Canon
qu'ils firent toute la nuit ,
n'empefcha pas les Impe
Fiaux de ruiner un autre Pont
de trente pas de longueur. II
eftoit conftruit de pontres ,
& attaché au Pont de Bas
Leaux. Aprés celà , ce Prince
fit mettre le feu au Pont d'Ef
C
£ Leck on & an en [
detru détruifit une
Décembre 1686 V
234 MERCURE
fort grande partie , en forte
les Infidelles auront de
que
la peine à le rétablir. Ce Pont
a huit mille pas de longueur,
& vingt quatre de largeur.
Cette importante expedition
eftant achevée , le Prince
Louis de Bade envoya une
partie de fes Troupes vers
Turanowits afin d'y prendre
des quartiers d'Hyver , &
marcha les vers Kapofwar
avec le refte de fon Armée .
Eftant arrivé leg . devant cette
Place , iles
Galles Poftes
à fes Troupes
, & fit ſommer
le Commandant
de fe ren
GALANT 238
dre. Ce
mmandant
repondit
par un grand feu du Canon
, dont il tomba un boulet
fous le Cheval du Prince
Louis de Bade. Un autre paf
fa fort prés de luy , & fur cet--
te opiniatre refiftance , on refolut
de faire les Attaques
dans les formes . Le Commandant
voyant qu'on s'y
difpofoit , demanda à capiruler.
Les conditions furent
que la Garniſon feroit conduite
à Sighet , & fortiroit de
la Place avec ce que chaque
Soldat pourroit emporter.
On y trouva un grand Ma
V ij
236 MERCURE
1
gafin de toutes fortes d'Ar
mes. Il y en avoit d'autres
remplis de munitions , de vivres
& de fourages fi abon .
damment , qu'une Garnifon
de quinze cens hommes en
auroit pû fubfifter pendant
plus d'un an. On trouva auffi
vingt- quatre pieces de Ca
non en batterie fur les Rondelles.
Le Prince Louis de
Bade y ayant laiffé des Troupes
en Garnifon , & le Colonel
Hoffer pour les commander
, avoit refolu d'aller
bombarder Albe - Royale ,
mais le grand froid furvenu
་
GALANT. 237
l'ayant obligé de differer l'entrepriſe
à caufe des glaces ,
il fit entrer en quartier d'Hiver
les Troupes qu'il avoit
menées à Kapofwar
Pendant toutes ces expe
ditions du Prince Louis de
Bade , le Prince Charles de
Lorraine qui luy avoit donné
le Commandement de l'un
des deux Corps de fon Armée,
paffa le Danube à Tolna
fur un Pont de Bateaux , &
revint à Peft avec le refte
des Troupes , comme je l'ay
déja dit . Il fit auffi - toft un
détachement de quelques
Regimens qui marcherent à
238 MERCURE
petites journées vers la haute
Hongrie , & vers la Teyffe ,
où le Comte Caraffa , & le
General Heufler en devoient
prendre le Commandement
pour attaquer Segedin. Le
Lieutenant General de la
Vergne , eſtant arrivé devant
cette Place , & la voulant re
connoiftre , fut tué dans une
fortie que fit la Garniſon ; il
y eut auffi quelques Officiers
& environ cent Soldats tuez .
Le Comte de Souches prit
auffi- toft le Commandement
des Troupes , & fit inveftir
la Place par l'Infanterie . On
GALANT. 239
forma le Siege fi- toft que le
Comte Carafla fut arrivé. On
conduifit pour cela du Canon
& des Mortiers de Zolnock.
La Garnifon de la Place
qui eftoit de plus de deux
mille hommes fit une tresvigoureuſe
refiftance , mais
elle n'empefcha pas qu'on
n'achevalt quatre Bateries ,
& qu'en peu de temps il n'y
euft une affez grande bréche .
Cependant comme les vivres
& les fourrages manquoient,
le Comte Caraffa fe vit obli
gé d'aller à Zolnock afin
d'en faire venir. Il laiffa le
393
240 MERCURE
foin du Siege au Comte Wallis
, Major General , qui
ayant receu avis que deux
mille Turcs , & un Corps de
Tartares eſtoient prés de
Schinta fur la Teyffe à fix
lieues de Segedin , & qu'ils
avoient refolu d'y faire entrer
du fecours s'ils ne pouyoient
en faire lever le Siege,
détacha le Comte Veterani
pour aller au devant d'eux .
il partit avec les Regimens
de Cavalerie de Saxe Lavein
bourg , de Caraffa , de Heufler
, de Sainte Croix de
Gondola, de Gorz , des Croa,
tes
GALANT. 241
tes , de Lodron , & des Dragons
de Caftelli & de Magni
, & aprés avoir marché
toute la nuit , il arriva avanç
qu'il fuft jour , à une lieuë &
demie du Camp des Tartares ,
Il fceut que les Turcs eftoient
campez dans un autre pofte,
& cet avis luy fit ranger auffi
toft ſes Troupes en Bataille.
Les Regimens de Caftelli &
de Gotz eurent ordre d'attaquer
l'aîle droite des Tartares
& celuy de Sainte
Croix de charger leur aiſle
gauche . En mefme temps il
>
ordonna au Colonel de Gotz
Decembre, 1686. X
242
MERCURE
de marcher
contre
les Turcs
avec
les Regimens
de Heufler
& de
Magni
, en cas
qu'ils
vouluffent
attaquer
en flanc
ceux
de Caftilli
, de Gotz
foû-
& de Sainte
-Croix
pour
tenir
les Tartares
. On marcha
ainfi
en ordre
de Bataille
, mais
les Efcadrons
s'eftant
écartez
de leur
route
, que
l'obſcurité
les empefchoit
de
tenir
, un Officier
qui les vouloit
raffembler
fit imprudemment
fonner
la Trompette
. Cefon
alarma
les Sentinelles
& les Gardes
avancées
des
Ennemis
, & découvrit
le def
GALANT 243
S
es
f
fein que l'on avoit eu de les
furprendre . On ne laiffa pas
de les attaquer fi toft que lé
jour parut. La vigueur avec
laquelle ils furent chargez
les obligea de plier , & quoy
qu'ils fuffent au nombre de
fept à huit mille hommes , ils
ne fe crurent pas en eftat de
refifter. Ainfi ayant pris la
fuite avec beaucoup de def
ordre , ils laifferent les Imperiaux
Maiſtres de leur Camp,
où l'on trouva quatre à cinq
mille Chevaux Les Tartares
dont on tua un grand nombre
dans leurs Tentes & dans
X ij
244
MERCURE
leur Retraite
, fe raillierent
,
& revinrent
à la charge
dans
la penſée
que les Ennemis
eftant
occupez
à piller
leur
Camp
, rendroient
leur défai
te plus facile
, mais ils furent
foûtenus
vigoureuſement
par
les Regimens
de Caftelli
&
de Sainte
- Croix
, qui les o.
bligerent
de fe retirer
. Pendant
ce temps
le Colonel
du
Regiment
de Gotz
qui eftoit
allé attaquer
les Turcs
campez
dans un autre
pofte
, les
fit charger
avec tant de force
& fi à propos
, qu'il les con
traignit
auffi de fuir aprés
GALANT 245
S
e
es
qu'on leur cut tué prés de
trois cens Janiffaires qui dé
fendoient une espece de Redoute
qu'ils avoient devant
eux. Il y en eut un bon nombre
qui furent paſſez au fil
de l'épée , eftant malheureu
fement tombez entre les
mains du Comte Veterani.
Aprés la défaite des uns &
des autres
on découvrit
quantité de Troupes qui paffoient
nn Pont conftruit par
les Turcs. Il parut que leur
deffein eftoit de venir attaquer
les Imperiaux . On eut
de la peine à les recon
X iij
246 MERCURE
noiftre à caufe d'une groffe
fumée qu'elles firent en mettant
le feu à des poudres à
mefure qu'elles s'avançoient ;
mais enfin on ſceut que c'étoit
l'Armée du Grand Vifir
, meflée de Tartares. Auffitoft
le Comte Veterani fit
marcher contre les derniers
les Efcadrons de Saxe - Lavembourg
, de Caftelli , de
Veterani & de Gondola ,
commandez
le Colonel
par
Caftelli , afin d'empefcher
qu'ils ne priffent les Imperiaux
en flanc . Le refte de fes
Troupes marcha contre les
GALANT 247
Turcs , qui s'eftant avancez
dans la Plaine , auffi bien
que les Tartares , commencerent
l'Attaque avec beau
coup de bravoure . Le Combat
dura deux heures , & fut fort
opiniatré. Les Infidelles perdirent
plus de mille hommes ,
& le defordre commençant
à fe mettre parmy eux , ils
fe retirerent vers un lieu où
treize Pieces de Campagne
mettoient leur Infanterie à
couvert. Le grand feu qu'ils
firent n'étonna point les Imperiaux.
Ils l'effuyerenr avee
beaucoup d'intrepidité , tue-
X iiij
248 MERCURE
rent plus de trois cens Janif
faires , & contraignirent les
Turcs & les Tartares de
prendre la fuite encore une
fois. Le Champ de Bataille
leur ayant eſté abandonné ,
ils y trouverent la grande
Timbale & plufieurs Drapeaux
des Ennemis avec leur
Artillerie , cinq cens Chevaux
& une fort grande
quantité de proviſion & de
Bagage. Ils ne perdirent
dans
l'une & l'autre action que
quatre Officiers , & environ
cent hommes
de pied & cinquante
Cavaliers
. On tient
GALANT. 249
que la perte des Infidelles
fut
de prés de deux mille Janiſſaires
, & de plus de douze cens
Tartares . Cette Victoire remportée
fi heureuſement
par
le Comte Veterani
fut fuivie
de la reduction
de Segedin
.
Si- toft qu'il fut de retour au
Camp devant cette Place ,
fit chanter
le Te Deum aut
bruit de la décharge
de
toute l'Artillerie
, aprés quoy
il envoya aux Affiegez
un
des Prifonniers
qu'on avoit
faits , qui leur fit connoiftre
qu'ils ne devoient
efperer aucun
fecours du Grand Vifir
it
250 MERCURE
dont l'Armée venoit d'eftre
mife en fuite . On leur montra
les Drapeaux gagnez , &
ils ne les curent pas plûtoft
vûs qu'ils demanderent à capituler.
Les Otages ayant
eſté donnez de chaque cofté,
on regla les conditions fuivant
lefquelles il fut permis
à chaque Soldat de la Garnifon
de fortir avec ce qu'il
pourroit emporrer & ils
furent eſcortez jufqu'à Temifwar.
On trouva dans Segedin
grande provifion de
munitions & de vivres . Cette
Place fe rendit le 23 d'Octo
GALANT. 251
bre , qui fut le mefme jour
que Cinq- Eglifes s'eftoit rendue.
Le Comte de Wallis ,
aprés y avoir laiffé Garnifon ,
paffa
fa la Teyffe pour aller
joindre le Comte Caraffa , &
tacher de s'emparer encore
de Giula & de quelque autre
S Place avant que de terminer
cette Campagne , mais il receut
ordre en chemin de
revenir , le Comte Caraffa
ayant fait entrer en quartier
d'Hyver les Troupes qu'il
commandoit.
S
Je vous manday il y
deux mois toutes les particu
af
252 MERCURE
7
7
laritez de la prife de Napoli
de Romanie . Aprés qu'on eut
fait la Capitulation , fuivant
laquelle la Garniſon , & les
Habitans de cette Place devoient
eftre conduits à Tenedo
, les plus riches d'entre les
Turcs demanderent au Bacha
de Napoli de Romanie
la permiffion de mettre leurs
meilleurs Effets fur le Vaiffeau
où il devoit s'embar
quer avec toute fa Famille ,
croyant que là feureté y feroit
plus grande . Le Bacha
confentit à ce qu'ils voulu
rent , mais fans leur permet
GALANT. 253
tre de s'embarquer eux mefmes
fur ce Vaiffeau. Lors
qu'on cut mis à la voile , il
fit prendre la route de Venife,
accompagné de ſes Freres , &
du Commandant de Chiela,
fa , dans le deffein de demander
la protection de la Repu
blique. Elle luy fut accordée,
& on leur prépara un logement
dans le Seminaire des
Nobles pendant qu'ils fai
foient la quarantaine dans le
Lazaret On tient que plus de
foixante Villages fe range.
rent fous la domination des
Venitiens , fi - toft qu'ils fe fu254
MERCURE
rent rendus
Maiftres
de Na
poli de Romanie
, & que les
Turcs abandonnerent
Mifi
tra pour fe retirer à Corinthe
.
Mifitra
eft l'ancienne
Lace
demone
. Athenes
fe racheta
du pillage
en fe foumettant
à
un Tribut
annuel
, & en of
frant de payer comptant
une
fomme
confiderable
. Le 19.
de Septembre
le Provediteur
Cornaro
marcha
vers Sing
avec le Prince de Parme , General
de l'Infanterie
. , & le
Comte
de Saint Paul . Ils menerent
deux mille hommes
.
de pied qu'on avoit tirez des
GALANT 255
Garnisons , fix cens Chevaux
de Troupes reglées , & un
grand nombre de Morlaques
à pied & à cheval . On conduifit
avec eux quatre Mortiers
& trois Pieces de Campagne
. Après trois jours de
marche ils arriverent devant
cette Place , où les poftes furent
diftribuez. Les Bateries
eſtant preftes , on commença
à faire feu , & le General
Cornaro envoya fommer les
Affiegez de ſe rendre . Ils répondirent
qu'on ſe devoit
fouvenir qu'on les avoit atta
quez inutilement l'année pré256
MERCURE
&
cedente
; qu'on
avoit
eſté
contraint
de lever
le Siege
avec honte
& avec perte
,
que
comme
ils eftoient
fournis
abondamment
de toutes
les chofes
neceffaires
pour
faire une vigoureuſe
réſiſtance
, ils fe tenoient
d'autant
plus certains
de ſe défendre
avec le mefme
fuccés
, que
le Bacha
d'Ertzegovina
n'e.
ftant
qu'à une journée
de
Sing , c'eftoit
un fecours
af
feuré
pour
eux dés qu'ils
en
auroient
befoin
. La fierté
de
leur réponſe
fut accompagnée
d'effets
. Ils firent
tirer
GALANT 257
fur celuy qu'on leur avoit envoyé
pour cette fommation ,
& fa mort fut la confirmation
de leurs fentimens . Le General
Cornaro n'oublia rien de
ce qui pouvoit contribuet à
avancer les Travaux. On
les pouffa avec toute la diligence
poffible , & on fit un
feu continuel contre la Place.
La bréche s'eftant trouvée
affez grande le 28. on
monta ce mefme jour à l'af
faut , & quelque forte que
faft la réfiftance des Affie
gez , ils furent mis en defor
dre, & contraints d'abandon
Decembre 1686.
238 MERCURE
༼ ས
Ca
ner la Ville pour ſe retirer
dans le Chasteau. Les Affiegeans
les y attaquerent
avec
une valeur incroyable
, &
aprés un combat de plus d'une
heure , ils les forcerent
,
& taillerent
en pieces la Garnifon
. Elle eſtoit compofée.
de trois cens Turcs . On prefenta
la plupart des teſtes au
General
Cornaro
, qui fit
donner deux Sequins à chacun
de ceux qui les apporte.
rent. Il y avoit un grand Magafin
de Munitions
dans cet
te Place , avec onze pieces
de Canon . Les Affiegeans
curent quarante
hommes
GALANT.: 259
tuez , & cent bleffez à cette
Expedition. La conqueſte de
Sing eftoit importante aux
Venitiens,puis qu'elle leur affeure
la poffeffion d'un Territoire
tres- fertile de plus de
trente milles d'étendue.
Voicy un Air de M' de Bacilly
, quevous trouverez d'au
tant plus beau , qu'il eſt ſur
des paroles prefque toutes
monofyllabes ce qui fait bien
Voffius n'a pas eu
voir
que
raifon
de
dire
que
nôtre
Lan
gue
n'eftoit
pas
avantageuſe
pour
faire
des
Chants
agreables
, à cauſe
qu'elle
abonde
Y ij
260 MERCURE
en monofyllabes
. C'eſt ce
que le Pere Meneſtrier
a fort
bien remarqué dans la page
107. de fon Livre des Reprefentations
en Mufique , où il
cite contre ce Hollandois
le
fentiment de M de Bacilly ,
tiré de fon Livre de l'Art de
bien chanter.
AIR NOUVEAU.
A
H ! je ne feay ce que mon
coeur demande, [ vos pas.
veux vous fuir , & je fais tous
Queje vouscrains , que j'appre
bende. [ pas !
De vous voir de voir tant d'a-
و
Mais ce n'eft point ma crainte la
plus grande ,
A
GALANT. 261
Et je ne crains rien tant que de ne
vous voir pas.
Les Madrigaux que je vous
envoyay le dernier mois , meritent
fans doute l'approbation
que vous leur donnez.
Cependant celuy qui a pour
Titre , L'âge d'aimer , n'a pas
efté également bien receu.
On a prétendu que l'on pouvoit
eftre Amant tant qu'on
n'avoit point l'humeur auftere
qui fuit ordinairement la
froide vieilleffe ; & un fpirituel
Anonyme a répondu par
ces Vers à celuy qui a foûtenu
, que quand un homine
262 MERCURE
paffe
quarante
ans, il ne doit
plus luy eftre
permis
d'avoir
de l'amonr.
MADRIGAL
.
Vand
on n'eft plus dans la
fleur dejeuneffe
, Q
Et que l'on eft pourtant
agile , vigoureux
, Et bien loin des froidours
de l'auftere
vieilleffe
,
Pourquoy
ceffer d'eftre
amoureux
?
Se regle-t-on toujours
par l'àge ,
Ee n'accorde
-t- on rien au bon temperament
?
Les plus indifferens
blameront
davantage
,
S'ils ont le bon fens en partage ,
Le Cenfeur importun , que le dif
cret Amant
2.
GALANT 263
Le bruit de la mort de
Monfieur le Prince s'eftant
répandu dans toute l'Europe ,
vous n'ignorez pas, Madame ,
qu'elle eft arrivée à Fontainebleau
l'onzième de ce mois
fur les fept heures du foir .
Quoy que l'honneur qu'il avoit
d'eftre le premier Prince
du Sang , rende fa naiffance
tres connue , je croy que
vous ne ferez pas fachée que
pour vous parler de fa Maifon,
je remonte jufqu'à Charles
de Bourbon , Duc de Vendofme
,Pair de France , Comte
de Soiffons , de Marle & de
264
MERCURE
Comarfan
, Vicomte
de
Meaux
, Seigneur
d'Epernon
,
de Montdoubleau
, de Condé
, de Ham , de Gravelines
,
de Dunkerque
, de la Roche,
de Bohain
, de Beaurevoir
&
de Hefdin
, Chaftelain
de
Lifle , Gouverneur
de Paris &
de l'Ile de France
, qui nâquit
à Vendofme
en 1489. &
qui mourut
à Amiens
en 1537 .
Il eut fept Fils & fix Filles de
Françoiſe
d'Alençon
, veuve
de François
d'Orleans
I. dul
nom , Duc de Longueville
, &
Fille aifnée de René, Duc d'Alençon
, & de Marguerite
de
Lorraine
,
GALANT
265
Lorraine. Les Fils furent ,
Louis de
Bourbon , mort à
l'âge de deux ans ,
Antoine
de Bourbon, Roy de Navarre
& Duc de
Vendofme , François
de
Bourbon , Comte
d'Enguien , mort âgé de vingt .
fix ans , de la chute d'un cofre
, que
quelques
Seigneurs
fe jouant au Chafteau de la
Rocheguyon , luy laifferent
par malheur
tomber fur la
tefte ; Charles
Cardinal de
Bourbon ,
Archevefque de
Rouen, que le party de la
Ligue falüa Roy ſous le nom
de
Charles X. aprés la mort
Decembre 1686. Z
266
MERCURE
de Henry
III . Jean
de Bourbon
, tué
à la Bataille
de
Saint
Quentin
en 1557 , fans avoir
laiffé
d'Enfans
de Marie
de Bourbon
, Ducheffe
d'Eftouteville
, & Louis
de Bourbon
, Prince
de Condé
. De
tous
ces
Princes
il n'y a eu
qu'Antoine
& Loüis
de Bourbon
qui ayent
fait pofterité
..
Antoine
, Roy
de Navarre
,
fut Pere
de Henry
IV . Ayeul
de Louis
LE GRAND
.
Louis
de Bourbon
, I. du
nom
, Prince
de Condé
, fe.
priéme
Fils de Charles
I. époufa
en 1551.
Eleonor
de
GALANT.
267
Roye , Fille aifnée & heritie
re de
Charles , Sire de Roye
& de Muret, Comte de Rouey
, & de
Magdeleine de
Mailly , Dame de Conty , &
if en eut Henry de
Bourbon ,
I. du nom , Prince de Condé ,
Charles , mort jeune . François
,
Prince de Conry, mort
en 1614. fans avoir laiffé d'Enfans
de fes deux
Mariages
Charles ,
Cardinal de Bourbon
,
Archevelque de Rouen ,
1 & Louis , Jumeau de Charles
, mort dans ſon enfance.
Louis , Prince de Condé ,
e ayant eſte ſoupço né ďavoir
Zij
268 MERCURE
des
eu part
à la confpiration
d'Amboife
, fut arreſté
à Orleans
; & il couroit
rifque
de
la vie fans la mort
de François
II. Charles
IX. qui luy
fucceda
, le remit
en liberté
.
Il fe jetta
dans le party
Religionnaires
, dont il fe fit
Chef, fut pris & bleffé
à la
Bataille
de Dreux
en 1562 .
perdit
celle
de Saint
Denys
en 1567. & fut tué deux ans
aprés
à celle de Jarnac
. Eleonor
de Roye
, fa premiere
Femme
, eftant
morte
en 1564.
il prit une feconde
Alliance
en 1565. avec Françoife
d'Orleans
, Fille de François
MarGALANT
269
S
quis de Rotelin , & de Jacqueline
de Rohan, dont il eut
Charles Comte de Soiffons ,
qui ayant épousé Anne ,
Comteffe de Montafié , Dame
de Bonneftable & de Lu.
cé , Fille puifnée & heritiere
de Louis , Comte de Monta
fié en Piémont , & de Jeanne
de Coëfine , Dame de Bonneftable
& de Lucé , laiffa
d'elle . Louis de Bourbon ,
Comte de Soiffons , qui s'ere
ftant joint à une Armée d'Etrangers
conduite par le General
Lamboy , & ayant donné
la Bataille en 1641. au Ma
15.
4
Z
iiji:
270 MERCURE
réchal de Chaſtillon, General
de celle du Roy , y fut tué
d'un coup de pistolet en
pourſuivant la Victoire avec
trop de chaleur, Charles ,
Comte de Soiffons eut auff
deux Filles , fçavoir Loüife de
Bourbon , mariée en 1603. à
Henry d'Orleans , Duc de
Longueville
, Pere de Marié
d'Orleans , Veuve de Henry
de Savoye , II. du nom ,
de Nemours , & Marie de
Bourbon, Veuve de Thomas
François de Savoye , Prince
de Carignan.
nom
, Duc
Henry
de Bourbon¡
I du
nom , Prince
de Condé
, Fils
GALANT. 27:
aifué de Louis , fe trouva au
premier Siege de la Rochelle
en 1573 avec le Duc d'Anjou
, qui fut depuis le Roy
Henry III . aprés quoy il em
braffa le party des Religionnaires
, & mourut de poifon
à Saint Jean d'Angely en 1588.
Il eut de Marie de Cleves , fa
premiere Femme , Marquife
d'Iſles , & Comteffe de Beau
fort en Champagne , Fille
puifnée de François de Cleves
, I. du nom , Duc de Ne
vers , & de Marguerite de
Bourbon -Vendoline , Cathe
rine de Bourbon, morte fans
Z
iiij
272 MERCURE
alliance âgée de vingt & un
an, & enfuite il époufa Charlore
Catherine de la Tremoüille
, Fille de Louis III.
Duc de Thouars, & de Jeanne
de Montmorency , dont
il eut Henry II . du nom , &
Eleonor de Bourbon, mariée
avec Philippes. Guillaume de
Naffau , Prince d'Orange.
Henry de Bourbon, II. du
nom , Prince de Condé , premier
Prince du Sang , ne à
S. Jean d'Angely en 1588. fut
retiré d'entre les mains des
Religionnaires par le Roy
Henry IV. qui le fit élever
GALANT. 273
•
dans la Religion Catholique,
Il reprefenta le Duc de Bourgogne
auSacre de Louis XIII .
& accompagna ce Prince lors
qu'il fut declaré Majeur en
1614. Il prit la Ville de Sancerre
fur les Religionnaires,ſuivit
le Roy aux Sieges de Royan ,
de Bergerac , de S. Antonin ,
de Clerac , de Sainte Foy , &
de Lunel , commanda l'Avant
garde de l'Armée au
Combat de Rié en 1622. fe
trouva au Siege de Montpellier
, & à fon retour d'un
Voyage d'Italie , où il s'eftoit
retiré peu de temps aprés
274 MERCURE
qu'il eut époufé
Charlotte-
Marguerite
de Montmoren
.
cy , Fille puifnée
de Henry
I.`
Duc de Montmorency
, Pair
& Conneftable
de France
, &
de Loüife
de Budos, fa feconde
Femme
, le Roy luy donna
le commandement
de fes
Armées
en Guyenne
& en
Languedoc
, & il s'empara
de
Soyon
, de S. Alban
, de Pamiers
, de Realmont
, de Caf
telnau
, de Braffac
, de Viane
,
& de la Caune
, que tenoient
les Pretendus
Reformez
. Il
fut fait Gouverneur
de Nan
cy & de la Lorraine
en 1635
4
GALANT. 275.
& l'année
fuivante il com
manda l'Armée du Roy dans
la Franche- Comté , où il ne
réüffit pas au Siege de Dole .
Il fe fignala dans le Rouffil
lon par la priſe de deux Pla
ces , & aprés la mort du Roy,
il fut étably Chef du Confeil
& Miniftre d'Eftat fous la feuë
Reyne Mere Anne d'Auftri
che , Regenre. Il fervit tresutilement
fous la Minorité
de Sa Majesté , & mourut
dans fon Hoftel le 26. Décembre
1646. Il eut de Charlotte
- Marguerite
de Montmorency
, fa Femine , trois
276 MERCURE
Fils , morts dans leur enfance,
Louis de Bourbon , Prince de
Condé , qui vient de mourir,
Armand , Prince de Conty
mort à Pezenas le 21 Février
1666. Pere de Monfieur le
Prince de Conty d'aujourd'huy
, & Anne- Geneviefve
de Bourbon , mariée en 1642.
par diſpenſe du Pape , avec
Henry d'Orleans II . du nom ,
Duc de Longueville , qui a
yoit épouſé en premieres Noces
Loüife de Bourbon , Fille
de Charles , Comte de Soiffons.
Monfieur le Prince n'ac
L
GALANT
. 277
quit à
Paris le 8. de
Septembre
1621. pour la
gloire de fon
Siecle , &
quand il ne feroit
pas forty de la
Royale
Mai
fon de
Bourbon , la plus Il
luftre qui foit dans
toute la
Terre , il
n'auroit pû
manquer
de fe faire une
éclarante
fortune par la
grandeur
de fes
Actions , qui
l'auroient
fans
doute fait
combler de
biens ,
d'honneurs & de Charges
. Il
feltrouva en 1640. au
Siege
d'Arras fous le nom de
Duc
d'Enguien
qu'il
rendit
fameux
par une fuite
continuelle
de
Victoires . Il
n'avoit
278 MERCURE
alors que dix neufans . Aprés
avoir donné des preuves de
fon courage & de fa valeur
en 1642. au Siege de Perpiil
fut fait General de
gnan ,
L'Armée du Roy , du Regne
duquel il fignala le commencement
par la celebre Victoi.
re de Rocroy qu'il gagra le
19. May 1643. Elle fut fuivie
de la prife de Thionville
le
10. Aouft de la meſme année,
& en 1644. il força les Trou
pes de Baviere dans leurs retanchemens
prés de Fribourg
, & emporta
Philif
bourg en dix jours au mois
முக
3
1
GALANT.
279
de Septembre. Il rétablit l'Electeur
de Tréves en 1645. &
défit les Bavarois le 30. Aouft
à Nortlingen , où le General
Mercy fut tué , & Jean de
Wert mis en fuite. L'année
fuivante il ſe rendit de plus
en plus redoutable aux Ennemis
de l'Etat , & remit Dunkerque
fous l'obeïſſance de
Sa Majefté. Monfieur le Prince
fon Pere eftant mort fur.
la fin de la mefme année , il ,
luy fucceda à la Charge de.
Grand Maiſtre de la Maifon
du Roy , & aux Gouvernemens
de Bourgogne , de Bref
628 MERCURE
pas
fe , & de Berry . Il eut le com
mandement
de l'Armée
du
Roy en Catalogne
en 1647.
& affiegea
Lerida
. Quoy
que
le fuccez
de cette
entrepriſe
n'euft
efté heureux
pour
luy,il ne laiffa pas de prendre
Arger
fur les frontieres
d'Arragon
, & de faire lever le Siege
de Conftantin
qu'attaquɔient
les Efpagnols
. Il continua
ces
grands
Triomphes
par la Bataille
de Lens en Flandre
qu'il
gagna
le 20. Aouft
1648. & fi
tint d'actions
heroïques
l'ont
couvert
de gloire
dans fes
premières
années
, les dernie
13
GALANT 281
res ont foûtenu avec beaucoup
d'avantage l'éclatante
réputation qu'il s'eftoit acquife.
Il fervit tres - utilement à la
Conquefte que le Roy fit de
la Franche- Comtéau mois de
Fevrier 1668. & à celle de Hollande
, où il prit Wefel , & fut
bleffé prés du Fort de Toluys
le 12. Juin 1672. Il continua de
rendre de tres- importans fervices
les années fuivantes ,
& mit toutes nos Conqueftes
dans une entiere feureté , en
s'oppofant aux moindres def
feins des trois Armées des
Imperiaux , des Eſpagnols &
Decembre 1686. A a
28 MERCURE
des Hollandois , qui s'eftoient
liguez contre la France , Il dé
fit entierement l'Arriere - garde
des Ennemis & plufieurs
Troupes du Corps de Bataille
le 10. Aouſt 1674. à la celebre
journée de Senef. Il y eut plus
de trois mille hommes des
Ennemis tuez fur la place ,
& plus de quatre mille qui fu
rent faits Prifonniers de Guer.
re. Peu de temps aprés il fit
lever le Siege d'Oudenarde, &
contribua en 1675.à la prife ,
de Limbourg, Aprés la mort
de M' de Turrenne il commanda
l'Armée d'Allemagne
✓
GALANT
17283
28%
où il fit lever le Siege de Haguenau
qu'avoit entrepris le
Comte de Montecuculi. Il avoit
enſemble dans un haut
degré les deux chofes qui font
les plus grands hommes de
Guerre. Il eftoit Soldat & Ca.
pitaine , fçavoit auffi- bien fe
battre que commander , &
jamais perfonne n'a mieux
fceu que luy les mouvemens
qu'une Armée doit faire , ny
mieux connu les fautes que
faifoient ceux qu'il avoit à
combatre. Auffi peut on dire
que ce grand Prince a étudié
jufqu'à la mort tout ce qui
A a ij
284 MERCURE
regarde la Guerre. Il ne fe
paffoit rien de cette nature
dans toute l'Europe dont il
n'euft fans ceffe des nouvelles
avec tous les Plans des Places
qu'on affiegeoit . Il jugeoit
de ce qui eftoit contraire ou
avantageux à chaque party ,
& fi ceux qui eftoient en
Guerre euffent pû avoir auprés
de luy des Efpions pour
leur rapporter affez - toft ce
qui fe paffoit dans fon Cabinet
, ils auroient pû en profi.
ter tres - utilement . On ne
peut douter aprés cela que
les Princes de fon fang qui
GALANT
285
ont tous les jours receu fes
leçons , ne foient tres - fçavans
dans le meftier de la Guerre . I
n'eftoit pas moins
recomman
dable par fon
fçavoir
extra ordinaire
& par la force de fon
efprit , qui paroiffoit dans fes
vives reparties , & qui le faifoit
aller au fait fur toutes.
fortes d'affaires Auffi quoy
que les Vifites qu'on luy rendoit
tous les jours pendant
fon féjour à Chantilly,fuffent
deues à fa naiffance , fa Perfonne
y avoit toûjours beaucoup
de part , & les grandes
qualitez qu'il donnoit lieu
*
286 MERCURE
d'admirer
en luy , eftoient re
gardées
de tout le monde avec
une veneration
tres- particuliere
. Il eftoit fi penétré
des grandes
chofes
qu'il
voyoit faire tous les jours,
au Roy , que quand le devoir
d'un zelé Sujet ne l'auroit
point porté à l'aimer , & qu'il
n'euft pas eu l'honneur
d'eſtre
de fon Sang , il auroit eu pour
ce grand Monarque
les mef
mes fentimens
de refpect ,
d'admiration
& de tendreffe,
qu'il a infpirez aux Princes de
fa Maiſon. Quelque
peu de
fanté qu'il cuft depuis quel
GALANT
287
ques mois , il ne put apprendre
ledanger où la petite verole a
voir mis Madame la Ducheffe
de Bourbon , fans fe faire porter
à
Fontainebleau , & les accidens
qui avoient fait crain
dre pour la vie de cette jeune
Princeffe ayant ceffé peu de
jours aprés, il avoit donné fes
ordres pour partir le lende- .
main,lors que tout d'un coup
il fe fentit affoibly d'une maniere
qui luy fit connoiftre
qu'il ne devoit plus fonger à la
vie. Il dit auffi toft qu'il voyoit
bien qu'il falloit penser à un
voyage plus important . Il eut
288 MERCURE
le foin d'ordonner qu'on re
compenfaft tous fes Domeſtiques
, & fa foibleffe conti
nuant d'heure en heure à
s'augmenter , il envifagea la
mort avec toute la refigna .
tion d'un veritable Chreftien ,
& en meſme temps avec la
fermeté d'un Heros . Il mourut
le Mercredy , onzième de
ce mois , âgé de foixantecinq
ans , trois mois & trois
jours. Son Corps fut ouvert.
trouva le poumon
Ons
flétry
nageant
dans
l'eau dont
las poitrine
eftoit
en partie
remplie
dans
le bas ventre
l'eftomach
;
GALANT 289
l'eftomach & le foye en fort
bon eftat , les deux reins.
demy pourris , & la rate commençant
à fe corrompre , la
veffie du fiel fort grande &
fort pleine ; la veffie dans fon
eftat naturel , dans la tefte, le
plus beau cerveau du monde ,
foit dans la couleur , foit dans
fa
confiftance , & le coeur,
fort fain , fort gros , & d'une
couleur naturelle. Il ne faut
pas s'eftonner fi fon coeur a
toûjours efté grand auffi bien
que fon efprit. Son Corps fut
exposé à Fontainebleau
pendant
plufieurs jours fur un
Décembre 1686. Bb
9
290 MERCURE
Lit de parade , fuivant ce qui
fe pratique pour les Princes
de fon rang. Sa mort toucha
tellement le Roy que la maniere
dont il regreta la perte,
fa
fur une preuve de la haute
eftime , & de la confideration
tres finguliere
qu'il avoit
pour luy. Sa Majesté nomma
Monfieur le Prince de Conty
pour aller jetter de l'Eau
benifte en fon nom fur le
Coprs de cet Illuftre défunt.
Ce Prince s'eftant rendu à
Fontainebleau
, en fit la Ceremonie
le Samedy 21. de ce
mois .Il avoit le Chaperon en
GALANT 29r
forme , & eftoit veſtu d'une
Robe de deuil , dont M' le
Marquis de
Matignon portoit
la queue qui eftoit trainante
de cinq aunes . Mr le
Duc de Chaune
l'accompagnoit
, & M le Marquis de
Blainville , M de Saintot &
M'
Martinet le
conduifirent ,
le premier Grand Maiſtre ,
l'autre Maiftre , & le
dernier,
Aide des
Ceremonies . Il eftoit
environné des Gardes du
Corps que l'on avoit commandez
, & de vingt des Suiffes
de la Garde du Roy . Le
mefme jour , M'
l'Evefqne
Bb
ij
292 MERCURE
le
d'Autun
qui devoit lever &
conduire
le Corps de Fontainebleau
à Valery
, porta
Coeur à la Paroiffe
, & l'y laiffa
en dépoft. Le lendemain
ce
Prelat en habits Pontificaux
,
leva le Corps de la Chambre
de deüil , & on le mit dans
un Chariot
couvert
de Ve..
lours noir , croifé de Moire
d'argent
aux Armes du Prince
en broderie
d'or , avec un
bord de huit doigts d'hermine
. Ce Chariot
eftoit attelé de
huit Chevaux
caparaçonnez
de la mefme forte . Aprés que
M' l'Evefque
d'Autun
, & M²
GALANT. 293
le Curé de la Paroiffe fe furent
mis dans le Carroffe duCorps ,
on commença à marcher Les
Officiers de la Maifon de M
le Prince eftoient à la fuite
du Convoy . Lors que l'on
fut arrivé à Valery , M ' d'Autun
prefenta le Corps à M
l'Evefque de Poitiers nommé
à l'Archevefché de Sens . Ce
Prelat veftu pontificalement
le receut à la porte de l'Eglife ,
& le jour fuivant on fit le Ser
vice avec beaucoup de fo
lemnité. Le Corps fut mis auprés
de celuy de Monfieur le
Prince Pere du Défunt , more
Bb iij
294 MERCURE
-1
il y a quarante ans le 26.
de ce mefme mois . Le 24.
veille de Noël , M' l'Evefque
d'Autun , ayant levé le Coeur
qui eftoit demeuré dans là
Paroiffe de Fontainebleau
,
monta dans le Caroffe du
Corps & le mit fur fes genoux
fur un Carreau de Velours
noir. Monfieur le Prince Fils
de cet Illuftre Défunt , l'at
tendoit à l'Eglife de S. Louis
des Jefuites. Monfieur le
Prince de Conty s'y eftoit auf
fi rendu dans un Caroffe du
Roy , environné de Gardes
du Corps qui avoient tous
GALANT 295
Fépée nue , parce que c'eftoit
de la de Sa Majefté que
part
ce Prince fe trouvoit à cette
Ceremonie , ce qui eft une
marque de l'eftime dont Elle
l'honore. Le Pere Provincial
des Jefuites , àla tefte de toute
fa Communauté , receut
Mr d'Autun à la porte de l'Eglife
, & ce Prelat luy remit
le Coeur entre les mains a
prés un Difcours fort touchant
fur ce Sujet. Le Pere
Provincial ayant répondu à
ce Difcours , remit le Coeur
entre les mains de M' l'Evef
que d'Autun , qui le pofa fur
Bb iiij
296 MERCURE
une Credence qu'on avoit
placée auprés de la Chapelle
où eft celuy de Henry de
Bourbon , Pere de feu M' le
Prince , aprés quoy il fit les
Encenfemens , & les autres
Ceremonies qu'on a coûtume
de faire en de pareilles occafions
.Je vous parleray le mois
prochain des autres honneurs
funebres qui doivent eftre
rendus à la memoire de ce
?
grand Prince . Les Muſes ne
fe font pas teues fur fa mort.
Voicy deux Sonnets qu'elle a
fait faire. Le premier eft de
M' de Benferade , & l'autre
de Mr Magnin
.
GALANT 297.
222225222 22222572
SUR LA MORT
de Monfieur le Prince .
Co
L'on
VDE
traita
la
mort
d'un
air audacieux ,
a cuft dit qu'il
gagnoit
fa derniereVictoires
A peine l'Univers eft affez ſpatieux
Pourfuffire à pouvoir contenir tant
-de gloire.
Nous aurons fes hauts Faits toùjours
devant les yeux ,
Monumens éternels du Temple de
Memoire ,
D'un fi digne Heros les reftes pré
cieux
298 MERCURE
Qe la pofterité refufera de croire.
Quelle tefte , quel bras, quels talens
à choifer ?
Tout en fut merveilleux jufques à
fon loifir,
Dont le bruit a remply l'un & l'au
tre hemifphere.
Nul ne put mieux agir quand'il·
fut à propos ,
Et mefine comme il fceut noblement
ne rien faire ,
Nul nefceut mieux gouter un triom
phant repos.
C
Sur le mefme fujet.
ONDE vient de mourir , la
Parque impitoyable
Ne l'a point diftingué du reste des
Humains.
GALANT. 299
Vertus , merite , honneurs , que vos
efforts font vains
Quand il faut appaiſer ſa furcur
implacable !
雪
C'en eft fait, il n'eft plus ce Heros
indomptable ,
Tant de Lauriers fi verts font tom
bez de fes mains 5
Ce grand évenement fait gemir les
Deftins,
Mars a fremy d'horreur à ce coup
déplorable.
Lens , Nortlingue, Rocroy d'éton
nement furpris
Elevent dans les airs de pitoyables
cris ; C
Mais d'un deuil gene al cette perte
eft fuivie.
300 MERCURE
.
Apleurer ce Heros tout le monde
eft d'accord.
Le moyen de fçavoir l'histoire de fa
Vie ,
Et de ne pas donner des larmes àfa
Mort ?
Le 22. de ce mois M' le
Comte de Lobkowits , Envoyé
Extraordinaire de l'Empereur
, fit part à Sa Majelté
de l'avis qu'il avoit receu de
la mort de l'Imperatrice
Douairiere Eleonor , arrivée
à Vienne le 6. de ce mefme
mois . Elle eftoit âgée de cin
quante neuf ans , & Fille de
Chales de Gonzagues - Cleves
, Duc de Rhetelois , & de
GALANT. 301
Marie de Gonzague, Princeffe
de Mantoüe , qui eftoit Fille
de François de Gonzague II .
Duc de Mantoüe & de Montferrat
, & de Marguerite de
Savoye. L'Imperatrice Eleo.
nor eftoit troifiéme Femme
de l'Empereur Ferdinand III .
qui l'épousa le
Avril 1651.
Cet Empereur avoit épousé
en premieres Noces Marie-
Anne d'Auftriche , Fille de
Philippes III. Roy d'Espagne,
dont il a laiffé Leopold aujourd'huy
Empereur , & Marie
Anne d'Auftriche , Mere
de Charles II. Roy d'Eſpa-
30.
302 MERCURE
gne. Aprés la mort de cette
Princeffe il époufa en 1648.
Marie- Leopoldine , Fille de
l'Archiduc Leopold , morte
dans l'année fuivante , aprés
avoir mis au monde Ferdinand
Charles- Jofeph , Archiduc
d'Auftriche , mort à Lints
en 1664. Les Enfans qu'il a
laiffez de fon troifiéme Mariage
avec Eleonor de Gonzague
, font Eleonor - Marie ,
qui eftant Veuve de Michel
Koribut Wiefnowiski
, Roy
de Pologne, époufa, le Prince
Charles de Lorraine en 1678.
& Marie- Anne-Jofeph , ma-
1
GALANT: 303
riée la mefme année avec
Philippe - Guillaume de Neubourg
, aujourd'huy Prince
Electoral Palatin .
Le Dimanche 15. de ce mois
le Pere Alexis du Buc , Superieur
des Theatins , qui continuë
fes Inftructions pour les
nouveaux Convertis , avec le
zele qu'il a toûjours fait paroiftre
dans ce qui regarde
les avantages de la Religion
Catholique , receut en prefence
de plufieurs perfonnes
de qualité l'abjuration de
Meffire Charles Bohleng ,
d'une des illuftres Familles
304 MERCURE
de Suede , Capitaine au Regiment
d'Alface.1
Vous fuivez le fentiment du
Public dans l'approbation
quevous donnez à l'Hiftoire des
Oracles . On la trouve digne
de fon Autheur; & c'est beaucoup
dire, puis qu'il a l'efprit
tres fin & tres -delicat , qu'il
penſe fort juſte , & que
expreffions naturelles & aifées
foûtiennent par tout d'u
ne maniere agréable la folidité
du raifonnement
. J'efpere
que dansdix ou douze jours
le je pourray vous envoyer
nouveau Recueil des Lettres
fes
GALANT. 305
du Chevalier d'Her*** que
vous demandez avec rant
d'empreffement. On a cru à
caufe du Titre de Lettres di
verfes , que porte la premiere
Partie , que c'eftoient Lettres
ramaſſées que l'on avoit déja
veues , & qu'on avoit feulement
pris foin de faire impri
mer enſemble. Cependant ill
n'y en a aucune qui ne foit
originale , & je fuis fort feur
que ceux qui aiment les Lettres
, y trouveront tout l'ef
prit qu'on peut fouhaiter
dans ce qui doit eftre fim
plement galant , & n'avoir
Decembre. 1686.
7.
C &
306 MERCURE
rien de trop recherché.
K
Je viens aux Enigmes . La
premiere a efté expliquée fur
Le Fer , qui en eftoit le vray
mot par M's les Abbez de
Brizay & de Maroles. La fe
conde eftoit le Baiſfer. Ceux
qui en ont trouvé le vray
fens , font M's Vignier , Hutuge,
H. de Mets , de la Croix
R Meriel, Maitre à chanter
àLaon ; F. Lourdet, l'Abbé de
la Mouffe , la Tronche de
Rouen , l'Exilé d'Argentan ;
le Chevalier de Charmes ; le
P.de grande Stature ; l'Amant
de la belle Babet du Havre ;
GALANT 307
Alcidor de Caën ; le petit
Sous- Doyen du College de
Navarre ; le Docteur myfte
rieux , l'Amant Solitaire paye
d'ingratitude , l'Affemblée
nocturne des Amans noirs ,
le Chevalier , Cleante de Sarre-
Louis , le Frere aifné des
aimables Soeurs , l'Enfant
Hiacinte Raucher Gillotin ,,
la jolie Troupe fleurie ; la
belle Captive du plus beau
Quartier de Paris ; la plus ai.
mable des trois Soeurs dur
Fauxbourg S. Germain ; les
Précieufes ridicules de la rue
des Lombards ; les Confidens
Caij
308
MERCURE
réciproques
, la jeune
Con
querante
en amour
; & le
jeune
Sans Soucy
, les deux
Soeurs
amoureufes
; & la fidelle
Amie
du galant
Timante
de la rue Sainte
Anne ; l'aimable
Solitaire
de Lagny
fur
Marne
, & fon Inclination
;
la Dame
aux Flambeaux
de
la rue Saint
Honoré
, le
jeune
Tendron
fans amour
,
de la rue de Buffy , & lá jeune
Iris du Lion d'or.
TODA
Ces deux Enigmes ont eſté
expliquées dans leur vray fens
par M L. Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Roy ;
·
GALANT 309
5
3
Tamirifte de la rue de la
Cerifaye , Colin la Mufique ,
le Procureur prodigue le lendemain
des Noces ; le Chevalier
Daigrefins , le meilleur
Enfant de la rue Bourlabé ;
le plus fincere & le moins intereffé
des Procureurs du
Chaſtelet , le vieil Amant de
la rue des Barres , la Fille fans
Amans ; la plus Amoureuſe &
plus Diffumulée de la rue Saint
Honoré , la belle Procureufe
Normande ; l'infidelle Brunette
; la charmante Nanette
& fon infeparable ; le Pere
nourriffier de la belle Pigeon310
MERCURE
ne ; & le jeune Orphée du
Fauxbourg S. Michel.sey
La premiere des deux Enig
mes nouvelles que je vous
envoye , eft de M Lourdet.
*************
ENIGME
S
fait
naiſtre
Ans contredit les Enfers m'ont
Pour maltraiter du Ciel les Favoris
;
Nul contre moy ne fe peut rendre
maiftre,
Les plus vaillans par moyfe fentent
pris.
GALANT. ZUL
31
Auli chacun me fuit comme une
pefte,
Mais trop fouvent j'attrape qui me
fuit.
Où l'on me fçait , fans demander
fon refte ,
Avec grand' hafte on s'éloigne , &
fans bruit.
Le croiroit-on? Parmes facheufes
armes
Faneantis la plus fiere Beauté ;
Et l'on ne peut par prieres ny larmes
En certains temps vaincre ma cruauté,
Pour toy , Lecteur , qui me tiens
en peinture ,
Voy fitu peux me connoifre à ces
traits
312 MERCURE
Si tu n'y peux pencirer mi nature „
N'afpirepas à me voir de plus prés..
AUTRE ENIGME .
Algré mon teins obfcur dont
rémynteim
noire eft la couleur,
MA
Je donne un ornement au plus cbarmant
Ouvrage ,
On voit mefme fouvent la plus grande
blancheur
Rehauffer fon éclat en baifant mon
vifage.
Je parois en tous lieux, àlà Ville,
au Village ,
On m'y voit quelquefois
d'une égale
froideur
,
C'est pourquoy
fi Catin
me veut
mettre
en ufage ,
Elle employera
les mains pour me*
mettre en chaleur.
Bien
GALANT. 313
༦
Bien que je fois un corps pefant
& mal adroit,
Je décide par tout des affaires du
M
Droit ,
Je fuis en verité d'une étrange nature.
ཀ
Moy qui peux embellir la blancheur
du Satin
Par l'effet naturel de ma matiere
dure ,
Quand mon Pere me fait , je luy
noircis la main.
Jay à vous apprendre quel
ques morts de perfonnes confiderables
arrivées pendant
ce mois. En voicy les noms .
Dame
Catherine Holdier ,
Décembre. 1686. Dd
7314
MERCURE
morte
le 9 Elle eftoit Femme
de Meffire
René de Ragareu
,
Seigneur
de Bellaflize
, Maître
des Requeſtes
,
Meffire
Claude
de Guenegaud,
cy- devant
Tréſorier
de
l'Epargne
, mort le 13. lleftoit
Fils de Meffire
Gabriël
de
Guenegaud
, Tréforier
de l'Epargne
, & de Dame Marie
de la Croix , de la Famille
des de la Croix Plancy
, Fille
Vi.
de Claude
de la Croix ,
comte
de Semoine
, & de
Catherine
de Balaan
, Dame
du Pleffis- Belleville
, & petite
Fille de Nicolas
de la Croix ,
GALANT.
315
Seigneur de Roupetreux , &
de
Charlote de
Courtenay , Il
avoit deux Freres & trois
Soeurs
fçavoir Henry de
Guenegaud Baron de S. Juft ,
Seigneur du Pleffis Belleville,
Secretaire d'Eftat ,
François
de Guenegaud , S ' de Lonzac ;
1 Marie de Guenegaud Femme
de Claude le Loup , S de
Bellenave ; Renée de Guenegaud
, Femme de Jean de
Save , Seigneur de Plotard ,
Prefident en la Cour des
1 Aides , & Madelaine de Guenegaud
, Femme de Cefar
Phoebus d'Albret , Comte de
Dd
ij
216 MERCURE
é-
Miocens
, Maréchal
de Fran
ce. De Guenegaud
porte
cartelé
au premier
& dernier
de la Croix
, qui eſt d'Azur
à
la Croix
d'or chargée
en coeur d'un
Croiffant
de gueules
; au deux
de Courtenay
, au trois de Harlay,
fur le tout de Guenegaud
,
qui eſt de gueules
, au Lion
d'or.
Meffire
René- François
le
Tellier , Seigneur
de Doireu ,
receu Confeiller
en la Cour
des Aydes en 1681. mort le
14. Il avoit épousé la Fille de
feu M le Chevalier
, Receveur
General
des Finances
en
GALANT. 317
་
Lorraine , & eftoit Fils de feu
Meffire René le Tellier Confeiller
en la mefme Cour , &
Coufin germain de feu Mr le
Chancellier le Tellier. Il laif
ſe un Frere , qui eft Meſſire
Charles le Tellier , S¹ de Morian
, receu Confeiller au
Parlement en 1637. & une
Soeur qui a époufé Meffire
Germain- Chriftophe de Thumery
, Seigneur de Boiflife ,
.Prefident
en la feconde
Chambre des Enqueftes . Le
Tellier porte d'Azur à trois
Lezards d'argent posez en pal
au Chefconfu de gueules , char
"
Dd i
318 MERCURE
ge de trois Etoiles d'or.
Dame Madelaine
de Lefpinay
, morte le 19. Elle eftoit
Veuve de Meffire Etienne
Foullé , Seigneur de Prunevaux
Maiftre des Requeſtes.
M de Martangis
qui a efté
Ambaffadeur
en Danemarck
,
eft fon Fils & M' Deſmadrit
, Intendant
à Dunkerque
,
eft fon Gendre. Il y a eu du
nom de Foullé plufieurs
Maiftres des Requeftes
, Intendans
de Juftice , & Confeillers
au Parlement
, recommandables
par les fervices
qu'ils ont rendus à nos Rois. "
2
GALANT. 319
Mr Foullé , Confeiller au
Parlement en 1563. fut fait
Prefident aux Enquestes du
Parlement de Bretagne , en
confideration de fes Services .
Foulé porte d'Hermine à une
face de gueules , & trois Pals d'a
Zur brochant fur le tout
Meffire Geoffroy Luillier ,
Preftre , cy - devant Prieur de
Sainte Foy de Coulommiers
en Brie , mort le 21. Il eftoit
de l'ancienne Famille des
Luillier fi confiderable dans
la Robe , & qui a donné diverfes
Perfonnes d'un fort
grand merite , particuliere-
Dd üj
320 MERCURE
ment Jacques Lullier Evef
que de Meaux , Philippes
Luillier Avocat General au
Parlement
en 1471. Jean Luillier
, Lieutenant
Civil à Paris ,
puis Procureur
General au
Parlement
, Euſtache Lullier,
premier Prefident en la Cour
des Aydes
& Guillaume
Lullier , Maiftre des Requê
tes en i523. Lullier porte
Zur à trois Coquilles d'or..
ď A.
Meffire Louis Bertrand der
la Baziniere , Meſtre deCamp
d'un Regiment de Cavalerie,
mort le 22. Il eftoit Frere de
Madame la Prefidente de
GALANT. 32r
X
1
1
de
Meſmes , & Fils de Meffire
Macé Bertrand , Seigneur de
la Baziniere , Eclichy , & la
Garonne , Baron de Roubaut
& du grand Precigny , Prevoft
& Maiftre des Ceremonies
des Ordres du Roy , &
Tréforier
en fon Epargne ,
& de Dame .
Barbezieres
de Chemerault
,
qui eft une Maiſon recom
nandable par fon ancienneté
, & dont il y a eu des
Chevaliers
des Ordres du
Roy. Il avoit pour Ayeul
Meffice Macé Bertrand , Seigneur
de la Baziniere , Tré
322 MERCURE
forier de l'Efpargne . Son
Ayeule eftoit de la Famille
des de Vertamon originaire
du Limoufin , dont il y a eu
plufieurs Confeillers d'Eftat ,
Maistres des Requeſtes , &
Confeillers au Parlement.
Bertrand la Baziniere , porte
d'Azur au Chevron d'argent , ac
compagné de trois rolesd'or , deux
n chef, & une en pointe.
en
J'ay commencé ma Lettre
par les Prieres qui ont efté
faites pour l'heureux fuccés
de l'Operation , à laquelle la
fermeté du Roy l'avoit engagé
à s'expofer, &je la finis
GALANT. 323
en vous parlant encore de
Prieres ; mais il faut vous expliquer
que ces Prieres ont
elté pour deux fujers . L'Eglife
ordonna que l'on en fift aprés
l'Operation , afin que les fuites
en fuffent auffi heureufes
que les commencemens
l'avoient
efté . Enfuite tous les
Corps des Officiers de Ville ,
ceux des Arts & Métiers ,
& toutes les Communautez
commencerent
à en faire
pour le mefme fujet ; mais
dans le cours de ces Prieres ,
& avant que tant de Corps
euffent pû avoir leur tour ,
A.
324 MERCURE
toutes les Eglifes retentiffant
de celles qui fe faifoient avec
grande folemnité , on apprit .
la parfaite guerifon du Roy ,
& ces Prieres qui n'eftoient
que pour demander à Dieu
le retour de fa Santé , non
feulement furent changées |
en des Actions de graces ,
mais l'on y mefla desTe Deum .
Ce font celles que l'on conti
nue encore tous les jours , &
l'empreffement eft fi grand ,
que tout Paris femble eftre.
occupé à ces faintes réjoüiffances
. Quand on eft hors des.
Eglifes , on entend toutes les
GALANT. 325
de
Cloches de la Ville fonner
dans le mefme temps , &
quand on entre dans quelqu'une
, on n'entend que
la Mufique , & on les trouve
toutes remplies d'un Peuple
priant aux pieds des Autels ,
& avec un zele qui tire des
larmes de joye de ceux qui
' ont autant d'amour pour le
Roy , qu'en merite tout ce
que ce grandMonarque a fait
pour la France. Les Eglifes où
ces Prieres fe font,font éclairées
d'un nombre infiny de
Cierges , & l'on n'y voit que
riches Tapifleries , Argenterie
226 MERCURE
& Tableaux
. Je ne finirois
point ma Lettre fi je vous en
voyois la lifte des Corps &
Communautez
qui en ont
fait faire ; cependant
je dois
vous
dire
que
les Docteurs-
Regens
de la Faculté
des
Droits
firent
celebrer
le 21.
de ce mois
une Meffe
folem
,
nelle
dans
l'Eglife
de S. Jean
de Latran
, pour
demander
à
Dieu
l'entier
rétabliſſement
d'une
Santé
fi précieuſe
à l'Etat,
& qu'ils
y affifterent
tous
en Habits
de Ceremonie
. Les
Profeffeurs
du College
Royal
en firent
celebrer
une autre
GALANT. 327
ile 23. dans la meſme Eglife ,
& avec la mefme folemnité.
Ceux qui font logez dans
les Galeries du Louvre , &
que l'on peut dire chacun en
fon genre les premiers de leur
Profeffion , puis que ce n'eſt
que par là qu'ils ont merité
ces logemens , ſe ſont extré,
mement diftinguez dans la
Meffe qu'ils ont fait chanter
dans la Chapelle du Louvre.
Ce fut Mr le Curé de Saint
>Germain l'Auxerrois , Paroiffe
du Louvre , qui la celebra.
Elle fut accompagnée
d'un
Te Deum, & l'on peut dire que
328 MERCURE
*
4
tour y eftoit choifi. La Mufique
eftoit du fameux M'Lorenzani
, dont la réputation
eft fi établie ; les Voix des
plus belles de France & d'ltalie
; la Chapelle
magnifiquement
décorée
, & la Compagnie
compofée
d'un tresgrand
nombre
de Perſonnes
de qualité , & de Mª de l'Academie
Françoife
, à qui le
Roy, qui en eft le Protecteur
,
a donné une Salle dans le Louvre
pour s'y affembler
. Ce
n'eft pas d'aujourd'huy
que
M's de la Galerie
du Louvre
ontfait connoiſtre
qu'ils fçaGALANT.
329
vent fe diftinguer. On le fouvient
de l'Illumination qu'ils
firent à la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
& qui l'emporta fur tout
ce qu'on fit alors à Paris de
cette nature.
Les nouveaux Catholiques
qui doivent plus à Sa Majeſté
que les autres , puis qu'ils luy
font redevables de leur falut
en ont marqué leur reconnoiffance
par une Meſſe fo
lemnelle qu'ils firent chanter
àS. Sulpice le 12. de ce mois ,
& où la plufpart d'entre eux
communierent. On leur faits
Decembre 1686. Ee
وت
130 MERCURE
tous les Jeudis une Inftru
ction dans la Salle de M
l'Abbé des Prez , où M' Tiers
qu'ils sont veu Propofant
à
Charenton
, & qui s'eft mis
dans les Ordres
, leur parle
des Veritez
Catholiques
d'u
ne maniere
familiere
& infinuante.
Ce fut à l'iffuë de
l'Inftruction
, que remplis de
zele pour le Roy , ils prierent
cet Abbé le premier
Jeudy
de ce mois , d'obtenir
de M.
le Curé de S. Sulpice , la permiffion
de faire prier Dieu
publiquement
pour la parfai
te guerifon
de Sa Majeſté,
GALANT 33E
1
ce qu'il vous eft aile de juger
qu'on leur accorda fans peine
. M' l'Abbé des Prez eft.
un homme , dont le merite
eſt aſſez connu. Il a paſſé une
partie de fa jeuneffe fur la
Mer en qualité de Volontaire
, & s'eft diftingué à
Malthe par quantité d'ac
tions de valeur . Il a eſté depuis
Capitaine dans le Regi-
1 ment de Picardie , où il
fort bien fervy , mais l'âge
Layant enfin rendu incapable
de foûtenir les fatigues de la
Guerre il s'eft tourné du
colté de Dieu , & a donné
a
Ee ij
332 MERCURE
tous les foins à la Converfion
des Heretiques
. C'eſt à quoy
il a employé
fon temps & fon
bien depuis
cinq ans , & on
luy doit le premier
établiſſement
d'une Maifon
deftinée
pour l'Inftruction
des Gentilshommes
nouvellement
convertis
. Ileft encore actuel
lement
occupé
à faire diſtribuer
aux nouveaux
Catholiques
qui font pauvres
, l'argent
que Sa Majefté
fait mettre
toutes les femaines
entre
les mains de M le Curé de
S. Sulpice . Cet argent
ftribue
aprés une Exhorta
a
+
fe diGALANT.
333
tion qu'on fait tous les Jeudis
dans la Salle .
Je ne parleray point encore
des Prieres qui ont efté
faites dans les autres Villes ,
je poufferois ma Lettre trop
loin ; mais le Havre ayant
fait une chofe extraordinaire,
merite d'eftre excepté. Le
Dimanche 8. de ce mois , jour
de la Conception de la Vierge
, on y fit une Proceffion
tres- folemnelle , qui commença
aprés le Salut , & où le
Saint Sacrement fut porté
fous le Dais comme le jour
de la Felte- Dieu . Toutes les
334 MERCURE
Ruës eftoient tapiffées . M ' le
Duc & Madame la Ducheffe
de Saint Aignan fuivoient le
Dais, avec un grand nombre
d'Officiers
, de Dames , & de
perfonnes
confiderables
por
tant des Cierges . Les Confreres
& tous les Preftres du
Seminaire
en portoient
auffi ,
& plus de vingt cinq mille
perfonnes
fuivoient
la Proceffion.
Aprés qu'elle fut rentrée
, on commença
les Prietes
parun Te Deum , en Action
de Graces de la meilleure
fanté du Roy. Il fut fuivy de
l'Exaudiat
, & d'autres Pleau-
ן י
GALANT 335
mes pour fa confervation ,
pendant que les deux autres
Paroiffes de S. François & de .
S. Michel , les Capucins , les .
Penitens & les Urfulines , ne
la demandoient pas avec
moins d'ardeur.
Je n'ay rien à ajoûter, finon
qu'il a pleu à Dieu d'exaucer
tant de Prieres , & que la
Santé du Roy eft parfaite ,
qu'il a remply tous les devoirs
d'un Chreftien pendant les
Feftes eftant defcendu à la
Chapelle , & que Dimanche
dernier 29. de ce mois , on
chanta le Te Deum dans tou
336 MERCURE
tes les Paroiffes de Paris , en
action de graces d'une guerifon
fi ardemment fouhaitée.
Je fuis, Madame, voftre, &c .
AParis ce 31. Decembre 1686.
TABLE
TABLE DES MATIERES
R
contenues dans ce Volume.
Relude. I
Picours prononcé par le Pere Ložis
de Nazareth. II
M. le Cardinal Ranuzzi celebre la Meffe
à l'Union Chreftienne pendant la Neuvaine
pour le Roy.
Inftitut de cette Communauté.
Prieres pour le Roy
Prieres en Vers pour Sa Majesté.
Devifes.
30
30
36
45
47
Difcours contenant l'origine des Cardinaux
, la grandeur de leur Dignité ,
combien il y en doit avoir dans le facré
College, ce que c'est que leur Titre, e
la maniere dont fe fait leur élection . 49
Madrigaux.
123
Traductions de plufieurs Epigrammes de
de Catule
Benguet.
127
129
Difcours fait par M. l'Avocat General
Ff
TABLE
.
Lamoignon
, à l'ouverture
du Parle
ment.
Dora
133
Mercuriale
faitepar M. le Procureur
Generat.
Hiftoires .
136
137
Madame
Simiane
de Moncha eft élene
156
Etablissement
de l Academie
Royale
d ' An-
Abbeffe de Bouxfier.
gers, avecle pune
Fefte
qui
a este
falle
dans
la
mefme
Ville
le
jour
qu'on
y
a
élevé
un
Buste
à
la
gloire
du
Roy
.
162
Tout ce qui s'eft paffe en Hongrie depuis
la prise de Badequa
from 215
Suite des Conqueftes
, des Venitiens depuis
la prife de Napoli de Romanie.
Madrigal
.
423
Mort de M. le Prince. "
Ce qui s'eft paße à fes Obfeques
"25 "
262
263
200
Sonnets
fur la mort de M. le Prince. 297
Mort de l'Imperatrice
Eleonor.
300 Abjuration
faite entre les mains
du Pere
Alexis
du Buc , par Meffire
Charles
Bobleng
, natif de Suede. 303 Hiftoire
des Oracles
, Lettres
diver
TABLE.
fes. 304
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes.
Enigme.
Autre
Enigme.
Morts.
306
310
312
313
Continuation des Prieres pour le Roy- 322
Zele des nouveaux Catholiques , qui font
}
得
faire des Prieres publiques pour Sa
Majesté. 329.
Prieres faites au Havre pour la la guerifon
du Roy. 333
Te Deum chanté le 29. Décembre dans
toutes les Paroiffes de Paris , en action.
de graces de la parfaite Gneison du Roy.
Fin de la Table.
335
ICA
· Avis pour placer les Figures.
Li
Air qui commence par Petits Mon
tons qui dans la plaine, doit regarder
la page 132 .
La Medaille doit regarder la page 211 .
L'Air qui commence pat , Ah! je në
Seay ce que mon coeur demande , doit regarder
la page 260.
. 511
579m2
1686,12
Mercure
t
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1686.
Divifé en deux Parties .
AV PALAIS.
A PARIS ,
7
ONdonnera toujours un Volunte nouveau du Mercure. Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
levendra , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
ནཱ
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
En la Boutique de la Veuve C.BLAGEART;
Court neuve du Palais , au DAUPHIN ,
Et T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC . LXXXVI.
VEC PRIVILEGE DV ROI
Bayerische
Staatsbibliothek
München
ت ا ر
AU LECTEUR.
L
A troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
La France vient d'eftre donnée au Public
avec ce Volume . Elle a pour
Fitre, Troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France , contenant la fuite de la
Defcription de Verfailles , celle
des Chevaux qui font dans les
deux Ecuries du Roy , ce qui
s'eft paffe dans les Vifites, qui
leur ont efté rendues , les experiences
de la pefanteur de l'Air
faites devant eux , la Defcription
de la Galerie de Sceaux , & les
á ij
AU LECTEUR .
Receptions avec les Harangues
'qu'on leur a faites dans plufieurs
Villes de Flandres . Versailles
s'eftant trouvé décris avec beaucoup
d'exactitude dans le Volume qui- a
précedé celuy-cy , & le Public ayant
fouhaité que ce qui manquoit à cette
<
Defcription , fe trouvaft dans cette
troifiéme Partie avec la mefme regularité
, on a fatisfait à fon em
preffement. On a mefme fait plus,
puis qu'en décrivant les Ecuries ,
qui font l'étonnement de tous ceux
qui les voyent , & particulierement
des Eirangers
, on a fait voir ce
qu'elles contiennent de Chevaux , de
quels pays ils viennent , & à quels
ufages ils font employez Il y a
long-temps qu'on afpiroit aprés une
Relation entiere de Versailles , mais
le grand nombre de chofes qu'il y
C
AU LECTEUR .
$
S
か
1
avoit à décrire étonnoit ; cependant
en voila une que ceux qui auront
les deux Volumes qui en parlent ,
pourroni fe vanter d'avoir entiere.
On peut dire que c'est aux Ambaf-
+ fadeurs de Siam à qui le Public
doit cet Ouvrage , puis que la maniere
curieufe avec laquelle ils regardent,
mefurent toutes chofes,&
Les éclairciffemens qu'ils demandent,
ont fait que l'on a appris ce qu'it.
auroit effe dificile de fervoir , à
caufe du grand nombre de differentes
perfonnes qui peuvent donner
ces explications. On ne dit rien des
autres ehofes curieufes que cette
mefme Partie contient , mais feulement
que les Ambaffadeurs n'ont
jamais fait voir tant d'efprit que
dans le Voyage de Flandres , qu'on
trouvera décrit. On fçait déja
དསཔསགྱིསར
AU LECTEUR .
compagnoient ; & comme la confufion
empefcheroit de les diftinguer
s'il y avoit tant de Figures dans une
Planche , & mefme que l'explica
tion qui marque la raison de la pluf- >
·part de ces rangs n'y pourroit entrer,
on s'eft fervy d'un Alphabet ,
& de plufieurs chiffres , pour donner
une parfaite intelligence de toutes
ces choses.
MERCURE
MERCVRE
GALANT
3 DECEMBRE 1686.
Ous devez recevoir
ma Lettre au commencement
de1687.
& c'eft juftement le temps
où l'on cherche à donner
quelque chofe d'agreable à
ce qu'on eftime , ou du moins
Decembre 1686. A
2 MERCURE
à ne rien faire , & à ne rien
dire qui ne le foit , parce
qu'on fe perfuade que le refte
de l'année fera de mefme.
C'est un ufage qui eft pref
que
de tous les Siecles. On
y a veu cette créance établie ,
& fi l'on ne s'eft point trom.
pé , vous n'aurez affeurément
reçeu de voſtre vie d'Eftrennes
plus agréables que ma
Lettre , & jene penfe pas même
qu'il foit poffible d'en
donner , puis que je la commence
en vous entretenant
de la parfaite & entiere gue.
rifon du Roy . Je ne doute
GALANT. 3
point que de deux cens que
jevous ay écrites remplies de
Nouvelles, & que vous avez
leues avec quelque forte de
plaifir, celle- cy ne vous donne
plus de fatisfaction que
toutes les autres, du moins s'il
eftvrayqu'aprés la crainte on
goûtemieux la tranquillité&
le repos de l'efprit .Je vous ay
parlé mille & mille fois de
tout ce qui a fait meriter au
Royle furnom de Grand Jay
fait plus que d'entrer dans le
détail de toutes les Actions
qui luy attirent une admira_
tion generale , & qui appar-
A i j
m
1686
31
m
86.12
ur.イ
6.12
Eur.
511
m
1686.1
VIENN
CON
To
M
Eur
.
51122
272
1686,12
Mercure
H
MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
DECEMBRE 1686.
Divifé en deux Parties .
AV
PALAIS.
A
PARIS ,
O
N donnera toujours un Volume
nouveau nouveau du Mercure. Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
levendra , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE au Palais , dans la
Salle des Merciers , à laJuftice.
En la Boutique de la Veuve C.BLAGEART;
Court neuve du Palais , au DAUPHIN .
Et T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. DC . LXXXVI.
EC PRIVILEGE DV ROT
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR
.
L
A troisième Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France vient d'eftre donnée au Public
avec ce Volume . Elle a pour
Fitre , Troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France, contenant la fuite de la
Defcription de Verfailles , celle
des Chevaux qui font dans les
deux Ecuries du Roy , ce qui
s'eft paffe dans les Vifites qui
leur ont efté rendues , les experiences
de la pefanteur de l'Air
faites devant eux, la Defcription
de la Galerie de Sceaux , & les
á ij
AU LECTEUR .
Receptions avec les Harangues
'qu'on leur a faites dans plufieurs
Villes de Flandres. Versailles
s'eftant trouvé décrit avec beaucoup
d'exactitude dans leVolume qui
précedé celuy- cy , & le Public ayant
fouhaité que ce qui manquoit à cette
Defcription , fe trouvaft dans cette
troifiéme Partie avec la mefme regularité
, on a fatisfait à fon em
preffement. On a mefme fait plus,
puis qu'en décrivant les Ecuries ,
qui font l'étonnement de tous ceux
qui les voyent, & particulierement
des Eirangers , on a fait voir ce
qu'elles contiennent de Chevaux , de
quels pays ils viennent , & à quels
ufages ils font employez Il y a
long- temps qu'on afpiroit aprés une
Relation entiere de Versailles , mais
te grand nombre de chofes qu'il y
AU LECTEUR.
avoit à décrire étonnoit ; cependant
en voila une que ceux qui auront
les deux Volumes qui en parlent ,
pourront fe vanter d'avoir entiere.
On peut dire que c'est aux Ambaffadeurs
de Siam à qui le Public
doit cet Ouvrage , puis que la ma-.
niere curicufe avec laquelle ils regardent,
mefurent toutes chofes,&
les éclairciffemens qu'ils demandent,
ont fait que l'on a appris ce qu'il
auroit efte dificile de fçavoir , à
caufe du grand nombre de differentes
perfonnes qui peuvent donner
ces explications. On ne dit rien des
autres chofes curieufes que cette
mefme Partie contient , mais feulement
que les Ambaffadeurs n'ont
jamais fait voir tant d'efprit que
dans le Voyage de Flandres , qu'on
* trouvera décrit. On fçait déja
AU LECTEUR .
que les Mots qu'ils ont donnez , lors
que les Gouverneurs & les Majors.
des Places font venus prendre Lor
dre d'eux , ont efté admirez de toute
la Cour , qui a voulu les fçavoir 3,
mais s'ils ont efte trouvez fi beaux
fans eftre accompagnez des raifons
qui les ont obligez à les donner , &
qu'on trouvera dans la Defcription,
de leur Voyrge , que ne doivent- ils
point paroiftre alors à ceux qui examineront
avec quelle justeffe , &
quelle prudence ils les ont donnez !
On croit avoir efté aſſez bien informé
de ce qu'ils ont dit , pour n'avoir
rien oublié de tout ce qui cft
digne d'eftre remarqué , & l'on a pris
ce foin , parce que la plupart de
ces chofes tombent fur le Roy, &
que les louanges de cette nature font
moins fufpectes , qus celles que le
AU LECTEUR .
avec
zele d'un Sujet fait donner. On
voit outre cela dans cette Relation
plufieurs Harangues qui ont efté
faites aux Ambassadeurs
leurs réponſes , & une Defcription
hiftorique de toutes les Villes où ils
ontpaffe On avertit que
Pon trouvera
dans ce Volume une Eftampe qui
reprefente le Trofne du Roy, de lamanere
qu'il eftoit le jour que les Ambaffadeurs
curent leur premiere Audience
de Sa Majesté . On en voit
beaucoup d'autres qui n'approchent
en aucune chofe de la verité ; au
lieu que celle- cy a efté deſſinée d'aprés
le Trofne mefme. Il y a plus
ony voit les rangs de tous les Princes
, & de tous les Grands Officiers
qui estoient aux coftez & derriere le
Roy , ainfi que ceux des Ambaffa
deurs , & des perfonnes qui les ac
RADORKM
AU LECTEUR.
compagnoient ; & comme la confu
fion empefcheroit de les diftinguer
s'ily avoit tant de Figures dans une
Planche , & mefme que l'explica
tion qui marque la raison de la pluf
·part de ces rangs n'y pourroit entrer,
on s'eft fervy d'un Alphabet ,
& de plufieurs chiffres , pour donner
une parfaite intelligence de toutes
ces choſes.
MERCURE
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1686.
Ous devez recevoir
ma Lettre au commencement
de1687.
& c'eft juftement le temps
où l'on cherche à donner
quelque chofe d'agreable à
ce qu'on eſtime , ou du moins
Decembre 1686. A
こ
2 MERCURE
à ne rien faire , & à ne rien
dire qui ne le foit , parce
qu'on fe perfuade que le refte
de l'année fera de mefme.
C'est un ufage qui eft pref..
que
de tous les Siecles . On
y a veu cette créance établie ,
& fi l'on ne s'eft point trom
pé , vous n'aurez affeurément
reçeu de voſtre vie d'Eſtrennes
plus agréables que ma
Lettre , &jene penſe pas même
qu'il foit poffible d'en
donner , puis que je la commence
en vous entretenant
de la parfaite & entiere gue
rifon du Roy. Je ne doute
GALANT.
3
-point que de deux cens que
je vous ay écrites remplies de
Nouvelles , & que vous avez
leues avec quelque forte de
plaifir, celle cy ne vous donne
plus de fatisfaction que
toutes les autres , du moins s'il
eft vray qu'aprés la crainte on
-goûte mieux la tranquillité &
le repos de l'efprit . Je vous ay
-parlé mille & mille fois de
tout ce qui a fait meriter au
.Royle furnom de Grand Jay
fait plus que d'entrer dans le
détail de toutes les Actions
qui luy attirent une admiration
generale , & qui appar-
A ij
4 MERCURE
2
tiennent à la grande Hiftoire
; je fuis defcendu dans celles
qui à caufe de la foule ne
paroiffoient
pas fi éclatantes ,
& j'ay trouvé que les unes
provenoient
d'une Ame fi
grande , & les autres d'un fi
grand fond de bonté , que
Antiquité
a mis fes Heros
au nombre des Dieux
pour des actions moins glorieufes.
Je vous ay parlé fucceffivement
de toutes ces
Merveilles
, felon qu'elles
m'ont donné occafion de le
faire , car je ne vous ay jamais
parlé de ce Prince pour
A
rdc
Com
Jom
mois
que
en
elt
1
GALANT
.
5
luy donner des loüanges vagues
, & qui pouvoient convenir
à tous les Heros . Quand
je vous en ay entretenuë au
commécement d'un fi grand
nombre de Lettres , ç'a efté
en vous marquant les actions
qu'il avoit faites chaque
mois ; ces actions tres - fim.
plement expliquées faiſojent
elles feules fon éloge . Si je
les ay quelquefois accompagnées
de reflexions , le peu
queje vous ay pour vous
en faire voir la grandeur ,
eftoit plûtoft capable de les
affoiblir , que de les mettre
dit
4
A iij
6 MERCURE
dans le jour qu'elles meri
tent ; mais on doit le pardonner
à l'ardeur d'un zele qui
ne peut refifter à la connoiffance
de tant d'éclatantes veritez
. Nous pouvons nous
affeurer d'en voir une glo .
rieufe fuite , par le bon eftat
où fe trouve la Santé de ce
Monarque . Elle eſt ſi parfaite
, qu'on en a rendu à Dieu
des graces publiques dans
toutes les Eglifès du Royaume.
Je vais vous parler de ce
qui s'eft fait dans quelques- >
unes , & remets à vous parler
de beaucoup d'autres à la fin
decer
TOUS
San
main
tom
res,
enc
eft
ne
Ma
GALANT .
de cette Lettre , & meſme à
yous confirmer
l'eftat où eft
la Santé du Roy , parce que
mes Lettres font toûjours
fi
longues , que je ne les finis
ordinairement
que trois fe
maines aprés que je les ay
commencées
. J'ay deux cho
fes fort extraordinaires
àvous
apprendre
touchant
ces Prie
res , & dont il n'y avoit point
encore eu d'exemple
. L'une
eft , que les Prieres publiques
ne fe font jamais qu'aprés les
Mandemens
de l'Archevef
que , ou de l'Evefque
des
lieux, & qu'en cette occafion,
A iiij
8 MERCURE
quelque diligence qu'ait eu
le zele de ceux qui fe font
haftez de les ordonner , elles
ont encore devancé leurs
Mandemens. Ainfi l'on peut
dire que l'ardeur de prier a
efté fi grande dans les coeurs
des Peuples , que l'empreſſement
d'agir ne leur a pû permettre
d'attendre que les
Mandemens fuffent imprimez.
La feconde nouveauté
dont on n'avoit encore oüy
parler que pour le Roy , eſt
que la plupart des Curez &
des Superieurs des Maifons
Religieufes , contre l'ufage ;
GALANT. 9
& fans avoir rien prémedité,
emportéz d'un feu tout plein
d'amour pour ce grand Monarque
, ont fait des éloges
le Sa Majefté , pour exciter
es Peuples à prier avec plus
le ferveur , bien qu'ils y fufent
affez portez par euxhelmes
. Je pourrois ajouſter
cela pour troifiéme narque
d'un zele tout extraordinaire
& tout
nouveau , que
dans plufieurs
Communautez
on a fait des Prieres qui
n'avoient point efté ordonnées
, ce qui a eſté juſqu'à des
Neuvaines reïterées . Mais
10 MERCURE
pour revenir à ceux qui ont
fait des Exhortations
& des
Eloges du Roy à l'ouverture
de ces Prieres , c'est un zele
dont M ' le Curé de SainteOpportune
a commencé à donner
l'exemple.Son
éloquence)
eft connue , & yous jugez aifement
de l'impreffion
qu'il
fit fur fes Auditeurs . Il s'eft
fait uneNeuvaine
fort folemnelle
au Seminaire de l'Union
Chreftienne , étably à l'Ho
ftel de S. Chaumont . La clo .
fture s'en fit le 28. du mois
paffe . M ' l'Evefque d'Authun
y officia en Habits Pontifi
GALANT. II
caux , & le Pere Louis , Religieux
Penitent du Convent
de Nazareth , fit un Difcours
qui fut admiré de tous ceux
qui l'entendirent
. Il prit pour
fon Texte ce Paffage de la
feconde Epiftre de S. Paul
aux Corinthiens. Gratias Deo
fuper inenarrabilia dona eius , &
adreffa d'abord la parole à ce
Prelat , en ces termes.
T
Our est faint , Monfeigneur,
tout est juste , tour
eft loüable dans la Ceremonie qui
nous affemble. Tout y eft faint
c'eftà Dieu que nous venons ren
12 MERCURE
dre des actions de graces aprés luy
avoir adreffé des Prieres . Tout y
eft jufte ; c'est pour une des plus
rares faveurs que nous en puiffions
jamais obtenir , que nous ne
世
pourrons jamais affez meriter.
Tout y est loiable ; on voit éclater
dans voftre Grandeur le zele
de l'Etat de la Religion ; dans
les illuftres Filles de cette Communauté
, une émulation noble
une devotion folide ; dans toute
·l'Affiftance' , un contentement &
une fatisfaction inexplicable. Ce
n'eft point aufft , Monseigneur ,
pour exciter ces fentimens dans
les coeurs que je parois un moment
GALANT.
13
dans cette
Chaire ; c'est pour y
prendre part , c'est pour y applau
dir , c'est pour congratuler
toute la
France du grand bien-fait qu'elle
vient de
recevoir du Ciel par
le rétabliſſement
de la fante dis
Roy.
Mais que dis-je , Meffieurs
où voudrois-je icy
m'engager?
La grace que le Ciel nous accorde
en confervant noftre incomparable
Monarque , eft une fuite de celle
qu'il nous a faite quand il nous l'a
donné; & qui nefait , Meſſieurs ,
qu'il eft autant impoffible de s'en
expliquer que de la
reconnoiftre ?
Le rendre à nos voeux lors qu'il
14 MERCURE
avoit peut efirefujet de l'enlever
à nos crimes , c'est affermir plus
que jamais la plus floriffante
de
toutes les Monarchies
, appuyer
tout ce qu'il a medité de grand
juſqu'icy
, tout ce qu'il a refolu ,
tout ce qu'il a executé ; mais par
quels traits , quels mouvemens
,
quelles figures , quelles expreffions
pouvoir atteindre
unfujet fi relevé,
& qui ne renferme
rien que
d'inoiy
de prodigieux
!
Un Ancien difoit autrefois
qu'il eftoit bien capable de faire
defcription
d'un Ruiffeau
, d'un
Torrent , mefme d'une Rivie
re ; mais lors qu'il s'agiffoit
de reGALANT.
15
prefenter l'Ocean , le voyant fi
vafte fi étendu fi profond , rouler
fes flots contrefes bords avec tant
"d'impetuofité , les élever tout d'un
coup iufqu'aux nuës , leur creuſer
auſſi toft des abiſmes , ſe ioüer des
plus grands Vaiffeaux , tantoft les
brifer contre les rochers , tantoft les
engloutir par fes tempeftes , il venoit
, difoit- il , à fe perdre dans
cette vafte étendue , dans cette
profondeur ; ces flots , ces naufrages
, ces tempeftes & ces abijmes .
Ilnous arrive la mefme choſe lors
que nous voulons entreprendre
quelque Difcours à la louange de
Louis LE GRAND . D'abord
16 MERCURE
A:
que nous nous arreftons pour le
contempler
, noftre imagination
fe trouble , nos idées fe confondent
& s'égarent , & nos forces ne
pouvantfoutenir noftre zele, nous
fommes contraints
de baiſſer la
veie , d'avouer que nous ne
&
où il pouvons porter nos penſées , où
a portéfes Armes & fa réputation
.
Nous l'avons demandé longtemps
, & Dieu s'eft plû longtemps
à nous écouter pour nous
faire entendre,en nous le donnant,
que c'eftoit plutoft un Enfant de
la Grace qu'un effet de la Nature
; mais dans la ferveur de
GALANT. 17
nos Oraifons , & l'impatience de
nos defirs , le demandions- nous
tel qu'il eft aniourd'huy ? Si un
Prophete nous euft dit alors . Le
Prince que Dieu vous deftine doit
obfcurcir la gloire des Heros de
l'Antiquité , & devenir le modelle
fur quifeformeront les Heros
à
l'avenir.
Vous le verrez désfes premieres
annéesfufpendre , allarmer , foumettre
toute l'Europe ; la fufpendre
dans l'attente de fes deffeins ;
l'allarmer par le nombre & la rapidité
de fes Victoires ; la foumettre
fans refiftance à toutes les volantez
s'ouvrir pour cela de nou
Decembre 1686. B
18 MERCURE
veaux chemins parmy des lieux
inacceffibles , dompter la Nature
les Elemens , braver les iniures
du temps des Saifons , aneantir
les proiets de ceux qui
voudront fe liguer contre luy ; abatre
l'orgueil des uns , punir la
temerité des autres
rendre
par
fonfecoursfes Alliez invincibles;
donner la loy à tout le monde , ne
la recevoir de perfonne
.
Vous le verrez toujours à la
teste de fon Canfeil & de fes
Armées, estre l'ame de celuy la
par la fuperiorité defon genie,donner
le mouvement à celles- cy par
l'ardeur & par l'intrepidité defon
GALANT. 19
courage , prendre en tout temps
defi iustes mesures , qu'elles affireront
la réuffie de toutes fes enireprifes.
Vous le verrez redoutable fur
Mer autant que fur Terre ,
pouffer le Commerce iufque chez
les Nations où le Soleil fe leve
fe couche reformer tous les
abus , cultiver toutes les Sciences,
embellir tous les Arts , ne laiffer
aucun merite fans Eloge & fans
récompenfe. !
Vous le verrez
fupprimer le
Blafpheme , confondre
l'Impieté ,
retrancher les Duels , étouffer les
nouveautez , extirper
l'Herefie
Bij
20 MERCURE
révoquer ce fameux Edit qui la
favorifoit , & que la neceffité des
temps avoit extorque.
Vous le verrez enfin fi glo.
rieuxpar la prife de tant de Villes,
par la Conqueste de tant de Provinces
, par le gain de tant de Ba
tailles , par une conduite fi éclairée,
par des exploits fifurprenans , que
des extremitez de l'Vnivers on
viendra l'admirer , & confeffer
aux pieds de fon Trône qu'il est
encore plus grand en luy- mefme
que dans l'eftime des hommes.
Qui nous l'euft dit , Meffieurs ,
l'euffions nous cru ? L'euffions nous
mefme penfé ? Nous te voyons ce
GALANT 21
des
pendant . Les Siecles paffez les
plus memorables fe retirent de
honte de n'avoirfait par les He
ros les plus magnanimes que
effays de celuy- cy , & les Siecles
futurs feroient au defefpoir , s'ils
n'apercevoient dansfon Sing qui
coule déia en plufieurs veines , le
principe fecondde toutes les actions.
les plus extraordinaires & les
plus éclatantes . Nous le voyons,
& nous en verriors encore davantagefifa
moderation ne s'estoit
oppofée mille fois à fa gloire , &
fifa pieté
eté ne cedoit encore autourd'huy
à toutes fes pretentions.
Jofué pourfuit les Ennemis d'If
22 MERCURE
rael , acheve de les défaire
mais les pourfuvroit il avec tant
de vigueur , les déferoit- il avec
tant de facilité , fi le Soleil
pour luy en donnerle loifir ne vou
loit bien s'arrefter quelque temps.
Se le feul recit de tant de mer
veilles luy dévoue tous les efprits
& tous les coeurs , fa prefence
charme tous ceux qui font affez
favorifez du Cielpour l'aprocher
de prés , eftre toujours devant
luy. Cet air meflé de Majesté &
de douceur qui inſpire rout enſem
ble le respect & l'amour ; ces paroles
, ou plutoft ces Oracles qui
donnent fur le champ le sort
GALANT 23
le droit aux Parties ; qui inflrut
fent , qui démeflent , qui décident ,
qui contentent , qui bonorent tous
ceux aufquels ils s'adreffent ; cette
égalité d'ame , incapable d'alterationfous
le poids de tant d'impor
tantes affaires ; cet empire abfolu
de foy- mefme qui confacre toutesfespaffions
, & qui ne leur permet
de fe foulever que pour
faire fervir aux Vertus ; Que
vous diray-je , Meffieurs ? toutes
ces qualitez éminentes qui le feroient
Roy par les Loix de la
Nature de la Raifon , quand il
ne le feroit pas par celles de la
Naiffance & du Royaume ; tour
خ و ن
les
24 MERCURE
1
cela nous ravit , & nous fait connoiftre
affez combien eft precieux
le don que Dieu nous fait , en le
faifant comme naiftre une feconde
fois aprés fa maladie , pour nos
avantages & noftre felicité.
Auffine le recevons nous pas ce
don precieux avec indifference ,
nous pouvons bien nous rendre cette
juſtice , puifque nous n'avons
pas efté infenfibles à la triſte nouvelle
que nous receufmes il
quelques jours duperil où eftoit S4
Sacrée Majefte.
y a
Mais encore en cela le Roy
nous a-t-il ménagé par un amour
tendre & paternel envers fon
Peuple.
GALANT.
25
Peuple. Il ne nous a prefque pas
donné le temps de prévoir d'aprehender
ce qui auroit pú nous arriver
de fa perte ; plus fenfible à
nos interefts qu'aux fiens , il a
voulu nous épargner la douleur &
la crainte, & fe refervant tout le
mal pour luyfeul, il ne nous afait
avertir de l'Operation dangereufe
à laquelle il s'eft expofe que
qu'elle a esté faite avec tout le
fuccez poffible , pour nous donner
ainfi tout d'un coup une ioye que
nous ne devons point à une trifteffe.
precedente , mais à un bon heur
foudain & inefperé.
lors
Au reste ,
Meffieurs , quand
Decembre 1686.
C
26 MERCURE
Dieu n'euſt point exaucé nòs
voeux , nos voix & nos foûpirs ,
pouvoit-il voirfansfe laifferfléchir
La fainte difpofition d'un coeur qu'il
a toûjours entre fes mains ? S'il
prolongea autrefois la vie à Ezechias
, touché par les larmes
les gemiffemens de ce Prince , la
pouvoit- il refufer , ie ne dis pas
aux gemiffemens aux larmes ,
mais à la constance , & à la refignation
du Roy ? Sans s'effrayer,
fans pálir, fans murmurer
mettant entre les mains de fa divine
bonté , & fa fanté et le
falut de fes Peuples , il afouffert
en Heros , encore plus en Chré-
0
3
rem
GALANT. 27
tien
ut
ce
qui
luy
a
esté
confeil
.
lé
de
fouffrir
. Vous
l'avez
veu
Anges
tutelaires
de
nos
Lis
, vous
qui
eftiez
alors
à fes
coftez
,
&
qui
conduifiez
fi
adroitement
l'heu
reufe
main
qui
operoit
(
a guerifon
Vous
l'avez
ven
vous
l'avez
loué
devant
le
Seigneur
,
vous
l'avez
prié
pour
luy
,
continuons
a
le
prier
ainfi
qu'eux & par la pratique des
plus rares vertus , dont ce grand
Prince nous donne de fi beaux
exemples tâchons de nous rendre
dignes de le poffeder long- temps :
car comme Dieu donne quelquefois
àfon Peuple des Rois dans fa
Cij
28 MERCURE
le
colere , il ofte auffi quelquefois à
fon Peuple les Rois qu'il luy
donnz pour fon bonheur & fes
avantages.
Continuez d'offrir pour
mefme fuier vos pieux exercices ,
Vous Mefdames , qui avez merité
d'eftre louées par la bouche
de Sa Maiefté , Vous dont Elle
protege les Maifons & l'Inftitut ,
Vous à qui Elle a confié ces ieunes
Plantes nouvellement arrachées
d'une terre étrangere & ſterile ,
afin qu'elles produisent par vos
travaux & par vos inftructions
des fruits de vie dans la Vigne du
Seigneur. Mais vous- mefmes ,
7
GALANT. 29
mes cheres Soeurs , feriez vous affez
negligentespour manquer à un
fi iufte devoir ? Vous, dis- ie , qui
luy eftes obligées de vostre Converſion
, & qui avez esté apellées
parfes foins des tenebres à la
lumiere. Entrez donc toutes dans
l'esprit de l'Eglife , dans les fenti
mens de la France Foignez vos
voeux & vos prieres aux prieres
aux voeux de cet Illustre Prelat,
qui vaachever une Ceremonie
à laquelle par mon Difcours ay
fouhaité aioûter quelque chofe ;
mais que ie n'ay peut- eftre que
trop long- temps interrompue.
Avant ce Difcours on a
C iij
30 MERCURE
voit chanté le Pange lingua , &
fi- toft qu'il fut finy , on commença
le Salut.
M le Cardinal Ranuzzi
vint dire la Meffe dans ce
Seminaire un des jours de
la Neuvaine. Il fut receu
par la Superieure à la teſte de
la Communauté qu'il trouva
compofée de cent foixante
Perfonnes. Il loua la modef
tie des Penfionnaires , & ex
horta les nouvelles Catholi
ques qui y font en fort grand
nombre de prier pour la
Santé de Sa Majesté . Leur
ferveur a efté telle que la
GALANT 31.
1
Neuvaine generale eftant achevée
, elles ont demandé
avec inftance qu'il leur fuft
permis d'en faire une autre ,
qu'elles puffent dire eftre la
leur . La pompe des Ceremo
nies qu'elles avoient admirées
dans la premiere , les
porta à faire commencer la
feconde , par une Meſſe ſolemnelle
, & afin de mieux
marquer l'eftime qu'elles
font de la Hierarchie Ecclefiaftique
, elles fouhaiterent
toutes de communier le der
nier jour par la main d'un
Evefque. Cette Maiſon eft
>
C
iiij
32 MERCURE
une
heureuſe
retraite pour
celles qui ne
veulent point
faire de voeux , où qui fe trouvent
hors
d'eftat de
s'engager,
& l'on peut dire que leur
Inftitut eft un des plus Saints
qui
s'obfervent
dans un habit
Seculier &
modefte , qui
mefme
permet les vifites &
les forties pour les fonctions
de
Charité.
C'eftoit fur ce
pied que S. François de Sales
avoit
commencé
l'Ordre de
la
Vifitation , mais la déference
qu'il eut pour le Cardinal
de
Marquemont fon
Directeur ,
rompit fes preGALANT.
33
miers deffeins. Quelques Religieufes
vivant avec beaucoup
de defordre , & ne pou
vant fe refoudre à la Clofture
, on fe fervit des Filles de
la Vifitation qui eftoient vêtues
en Seculieres , pour taſcher
de les reduire par leur
bon exemple ; mais il fut im
poffible d'en venir à bout,que
toutes les Maifons de l'Ordre
de la Vifitation ne fuffent
cloiftrées. Lyon commença ,
quoy qu'Annefi fuft le premier
lieu , où elles avoient
efté inftituées . Voilà ce qui
donna cet Ordre à l'Eglife .
34 MEERCUR
La pensée de S. François de
Sales n'a point cependant
efte perduë. Quoy que l'Inftitut
de l'Union Chreftienne
ne foit point precifément
pour visiter les Malades , ce
qui obligeroit à de trop fre
quentes forties , c'eſt le mef
me efprit qui s'obſerve en
bien des choſes. M'
Vincent,
premier Superieur General
de la Miffion , affembla quel
ques Dames à Charonne)
regla leur Habit , & commença
là le Seminaire . Une
des premieres Filles appellée
Elurin , y eft morte en odeur
GALANT. 35
ส
รุ
de fainteté . On tient qu'elle
avoit predit la Naiffance de
noftre Augufte Monarque.
M' le Vacher , Preftre d'une
infigne piété , prit la place
de M Vincent , & mourut
il y a fix ans aux Religieufes
de S. Gervais , avec la répu
tation d'une vertu extraordi
naire. Ce Seminaire s'eftant
augmenté , & ayant remply
divers Hofpices , on a efte
obligé d'acheter un des plus
grands Hotels de Paris ,pour
contenir tant de bons fujets
qui fe prefentent . On en a
mefine envoyé dans les Pro
36 MERCURE
vinces , & il y en a des Maifons
eftablies en plufieurs
Villes , à Caen , à Sedan , à
Mets , & c.
Le du mefme mois M
25.
l'Abbé Billet ,
Procureur &
Chefde la Nation de France,
fit celebrer une Meffe folem
nelle dans le College de Navarre
, pour rendre graces à
Dieu de
l'entiere guerifon de
Sa Majeſté. L'Eglife eftoit
ornée de riches Tapifferies ,
& l'Autel éclairé d'un tresgrand
nombre de Cierges
chargez des Armes de France.
M l'Abbé de
Calogne
GALANT. 37
fut le Celebrant, & fit remar
quer dans toute cette action
fa pieté & fa modeftie . On
diftribua les Sportules ordinaires
à plus de fix cens Docteurs
, Licentiez, Bacheliers,
Abbez , Curez , Officiers , &
Regens de cette fçavante
Compagnie . M' le Recteur ,
qui préfide dans les plus confiderables
Affemblées de l'Univerfité,
ceda la droite à M
l'Abbé Billet en cette Ceremonie.
Je vous ay déja parlé
de cet Abbé , & fait connoiftre
la réputation qu'il s'eft
acquife dans les Pays Etran38
MERCURE
gers par la profonde
érudi
tion , & par la fageſſe
de ſa
conduite
.
Le Pere Alexis du Buc , Su ,
perieur des Theatins , a fait
voir dans la mefme occafion ,
le zele ardent dont il a donné
des marques en beau
coup d'autres rencontres
Il fit chanter une Meffe fo,
lemnelle , à laquelle toute
fa Communauté communia.
L'Exandiat fut auffi chanté à
l'iffuë de Vefpres , & les Lita
nies à la fin de la Priere du
Soir. Ces Prieres furent continuées
pendant neuf jours ,
GALANT. 39
& la Neuvaine fe termina
par une Meffe en Mufique
de la compofition de M¹ Lorenzani
, à laquelle plufieurs
Perfonnes de qualité afſiſtes
rent. Ce fut encore le Pere
Alexis du Buc qui la celebra.
La precieuſe Relique de
Saint Hiacinte a donné lieu
aux Peres Jacobins de la ruë
SaintHonoré, de fe diftinguer
des autres Communautez de
Paris , qui ont marqué tant
de zele pour la confervation
de la Santé de Sa Mal
jefté. La feuë Reine Mere
40 MERCURE
Anne d'Auftriche
demanda
une Relique de ce Saint au
Prince Cafimir de Pologne ,
qui eftoit alors en France ; &
ce Prince eftant de retour à
Cracovie , l'ayant obtenuë
du Roy Ladiflas fon Frere ,
& des Eftats du Royaume ,
l'envoya en 1641. à la Reine ,
qui en fit prefent à ces Religieux
, comme du plus précieux
gage qu'elle pouvoit
leur donner de la bien- veillance
dont elle les honoroit .
LeRoy invoqua ceSaint dans
la grande Maladie qu'il eut à
Calais, & luy vint rendre des
GALANT. 41
2
graces publiques de fa guerifon
dans leur Eglife. C'eſt ce
qui a obligé le Pere Seguin ,
Prieur de ce Convent , de
faire expofer cette Relique
dans la Chapelle de S. Hiacinte
. On y a chanté pendant
neuf jours une grand' Meſſe,
& plufieurs autres Prieres.
Pendant que les Preftres ont
dit chaque jour l'Oraifon de
S. Hiacinte , & celle qui eft
pour le Roy , en celebrant
le faint Sacrifice de la Meffe,
les Novices ont offert à Dieu
leurs Communions , & fait
des Prieres extraordinaires.
Decembre 1686. D
42 MERCURE
Le Pere Séguin les fait enco
re continuer par une Procef
fion qui fe termine à la Chapelle
du mefme Saint , où
l'on chante les Litanies de la
Vierge , & diverfes Oraifons ,
avec une confiance & une
ardeur finguliere
.
,
Ml'Abbé Veftier, Docteur
de la Maiſon & Societé de
Navarre , & Doyen du Chapitre
de Peronne , a fait auſſi
faire en ce lieu là de grandes
Prieres pour le Roy dans toutes
lesEgliſes de la Ville & des
Fauxbourgs. Sa fidelité & fon
zele fe font diftinguez toutes
છે.
GALANT 43
les fois qu'il s'eft offert quelque
occafion de faire voir
fon refpect & fon amour pour
fon Prince , & il fait fi bien
toutes chofes , qu'on peut dire
que la Ville & le Chapitre
de Peronne avoient befoin
d'un ſemblable Chef , a
Celuy de la Ville de Saint
Quentin en Vermandois, n'a
pas montré moins d'ardeur
pour la guerifon du Roy. I
ordonna des Prieres le 25 du
mois paffé , en action de gra
ces dans toute l'étendue de fa
Jurifdiction , & l'ouverture:
sen fit le 27, par une Meffe
Dij
44 MERCURE
du S. Efprit , que chanta une
excellente Mufique dans l'Eglife
principale . On ordonna
en mefme temps une Proceffion
dans la mefme Eglife.
tous les Dimanches & toutes
les Feftes , & tous les Mardis
& les Jeudis jufqu'à Noël
avec un Salut .
Je vous ay trop parlé de
Prieres , pour ne vous en pas
faire voir une qui a efté faite
par M l'Abbé de la Chaiſe.
GALANT. 45
GAGAGA ?GCAOED?Cora:eDeDeD
PRIERE POUR LE ROY.
Ouviens-toy, Seigneur, que la
France ,
Souvie
Qui regarde fon Souverain
Commeun miracle de ta main ,
Tient de tes bontezfa Naiffance.
Souviens- toy des voeux redou
blez,
Que tant de Peuplesfi zelez
Afin de l'obtenir t'offrirent,
Et conferve leur ce grand Roy!
Qui , parce doux air qu'ils refpirent,
Les fait jouir du don qu'ils ont reçu
de toy.
Tu l'as protegé dans la Guerre »
1%
46 MERCURE
Pour le bonheur de fes Sujets
Protege-le pendant la Paix
Pour celuy de toute la Térre❗
Que fa piete puiffe enfin
Du nomfunefte de Calvin ,
Abelir par tout la memoire ;
Et qu'à tant de travaux divers.
On ajoûte que pour ta gloire ,
Du Monftre de l'Erreur il purgea:
l'Univers.
Qu'un bonheur conftant toûjours:
marque
Qu'il eft fous ta protection 3:
Comble de benediction
La Maison de ce grand Monar
que.
Que le Dauphin & fes Enfans ,
Sur les veftiges triomphans ,
Soient conduits par ta mainfacrée
1
GALANT. 47
६
Et que fon Regne , avant le leur,
Du Siecle d'arait la durée ,
Comme il en a déja Péclat & la
douceur.
L'Operation que s'eft fait
faire le Roy , a donné lieu à
une nouvelle Devife de M
Magnin . Elle a pour Corps
le Soleil éclipfé , & ces paroles
pour Ame , Terret , non
deferit orbem.
Regnant fur la Terre & l'Ondes
Sa peine en vain icy bas
Remplit de terreur le Monde ,
Il ne l'abandonne
pas.
Je finis par un Magrigal
de M Vignier, fur le meſine
fujet.
3
48 MERCURE
Ο
Voy que LOUIS, ait fait ,
il faut dire aujourd'huy ,
Que ce qu'il vient de faire avec
tant d'affeurance ,
Eft un vray coup d'Estat qui met
toute la France
Hors de crainte & d'ennuy ;
Et l'on peut deformais avoüer fans
fcrupule ,
Que l'Univers entierfoulevé contre
lay ›
J
Nous euftfait moins de peur qu'une
fimple fiftule.
Je vous envoyay la dernie
re fois une Eſtampe où font
gravées les Armes des vingtfept
Cardinaux de la dernie
re promotion, & je vous par.
lay de chacun d'eux en particulier.
GALANT. 49
ticulier . Depuis ce temps - là
on m'a donné une Lettre écrite
par Mr Chaffebras de Cramailles
à Mr le Duc de Saint
Aignan , fur ce qui s'eft paffé
à Rome à cette Promotion ,
avec un Difcours fuccint ,
contenant l'origine des Cardinaux
, la grandeur de leur
Dignité, combien il y en doit
avoir dans le Sacré College ,
ce que c'eft que leur Titre ,
& la maniere dont fe fait
leur élection. Toutes ces
chofes font fort curieufes, &
pour n'en rien retrancher ,
je vay me fervir des mefmes
Décembre 1686. E
50 MERCURE
termes que j'ay trouvez dans
la Lettre de Mr Chaffebras .
Voicy ce qu'il a écrit .
Late
Es Papes à l'imitation
de Saint Pierre & de fes
premiers Succeffeurs , ont
toûjours retenu pour eux l'Evefché
de Rome , comme le
premier Evefché du Monde ,
& le lieu particulier de leur
réfidence , quoy qu'ils fuffent
établis de Dieu les Chefs
de tout le Peuple Chreftien ,
de mefine que certains Religieux
, qui restent Prieurs
ou Abbez particuliers
du
2001:
.8801
GALANT. SI
Monaftere où ils demeurent,
bien qu'ils foient Generaux
de tout leur Ordre. Delà eft
venu que ne pouvant entrer
eux- mefmes dans le détail du
Gouvernement de leur Diocefe
, pendant qu'ils avoient
à regler le Spirituel de toute
la Terre , ils firent choix d'un
certain nombre d'Evefques ,
.de Preftres & de Diacres
pour les foulager, comme autant
de Coadjuteurs & de
Vicaires.
Les premiers faifoient la
fonction d'Evefques dans le
détroit de Rome à la place
E ij
52 MERCURE
C
du Pape , & avoient chacun
leur Eglife Epifcopale
dans
l'Enceinte
du Dioceſe , 9.
Les Preftres eftoient titulaires
des Paroiffes de la Vilfe
, & prenoient la conduite
des Ames comme les Curez
font aujourd'huy , & les
Diacres avoient le foin de
quelques Eglifes ou Chapelles
de Devotion qu'ils tenoient
en Diaconies , & de.
voient affifter le Pape quand
il officioit publiquement.
Ces trois Ordres eurent le
nom de Cardinati ou Cardina
dire qu'ils eftoient les , pour
GALANT. 53
les premiers & les Chefs des
autres & que c'eftoit ſous
leur conduite que rouloient
toutes les affaires du Dioceſe ;
& parce que les Preftres &
les Diacres de quelques autres
Villes prirent auffi le
mefme nom de Cardinaux ,
afin de fe diftinguer des autres
Preftres & des autres
Diacres qui leur eftoient inferieurs
& foumis , les Papes
ordonnerent
qu'il n'y auroit
que ceux qu'il avoit choifis
qui fe pourroient honorer du
titre de Cardinal
, ce qui a
efté inviolablement
obfervé
par la fuite. E iij
54 MERCURE
Avec le temps ces Dignitez
le font rendues fort recommandables
. Les Papes
qui ne choififfoient pour
Cardinaux que des perfonnes
d'un merite fingulier , & d'une
vertu acomplie ,
commencerent
à avoir une entiere
confiance en eux. Ils les
reveſtirent des principales
Charges & Dignitez ; ils leur
donnerent le premier Rang
dans tous les Tribunaux , &
dans toutes les Congrega
tions ils leur mirent en
;
main les affaires les plus importantes
; ils les firent leurs
GALANT.
55
le Spiri-
Confeillers d'Etat pour le
Temporel & pour
tuel de leur double Royaume
, & ne reglerent prefque
plus rien que par leurs avis &
par leur Confeil ; de forte
que peu à peu ils font montez
au faifte de la gloire ou
nous les voyons , & fe trouvent
aujourd'huy les premiers
du Clergé , faiſant la
mefme figure dans l'Etat Ec
clefiaftique que faifoient autrefois
les Senateurs Romains
dans l'ancienne Rome.
Mais ce qui relève infiniment
l'éclar de ce haut rang,
E
24
56 MERCURE
pas
au
& qui leur donne le
deffus des Evefques & des
Patriarches mefmes , c'eft la
puiffance abfoluë qu'ils ont
dans l'Eglife durant le Siege
vacant le droit d'élire le
nouveau Pape , & l'avantage
d'eftre les feuls fur qui tombe
cette Election .
Ces grandes prerogatives
leur ont acquis le titre de
Princes de l'Eglife Univerfelle
, & en cette qualité ils
pretendent aller du Pair avec
les Teftes couronnées , &
trouvent peu de Princes dans
T'Italie qui leur veüillent dif
puter le pas .
GALANT. 57
T
Il eftoit jufte que dans un
pofte fi relevé ils euffent des
marques exterieures qui fiffent
connoiftre la grandeur
d'une Dignité fi éminente.
Pour ce fujet les Souverains
Pontifes ont voulu qu'ils fuffent
toûjonrs veftus de Pourpre,
& principalement quand
ils paroiffent en public.
Innocent IV. fut le premier
qui leur donna le Chapeau
rouge , l'on pretend
que c'eftoit la couleur dont
les Papes s'habilloient alors.
Boniface VIII. permit aprés
aux Cardinaux Seculiers de
58 MERCURE
porter l'Habit rouge , quand
les Papes commencerent
fe veftir de blanc . Paul III.
leur accorda le Bonnet rouge
; & enfin Gregoire XIV.
permit aux Cardinaux Religieux
de le porter , voulant
neantmoinsqu'ils continuaf
fent toûjours à s'habiller de
la couleur de leur Ordre.
Toutes ces differentes couleurs
ne font pas fans raiſon ,
& fans quelque forte de Myftere.
Le Pape eft veftu de
blanc , pour donner à entendre
que fa vie doit eftre plus
pure & plus nette que celle
GALANT. 59
de tous les autres Chreftiens ,
& qu'il faut eftre fans tache
& fans deffaut pour s'affeoir
dans la Chaire de S. Pierre.
La Pourpre eft la couleur
des Rois & des Empereurs ,
mais cette couleur a esté
donnée encore aux Cardinaux
pour les faire reffouvenir
qu'ils doivent eſtre toûjours
prets à répandre leur
fang quand il s'agit de foûtenir
l'intereft de la Foy.
C'est pour cette raifon
qu'ils portent l'Habit rouge
dansles jours ordinaires , qui
eft la Pourpre naturelle & la
60 MERCURE
>
veritable couleur du fang ;
au lieu que dans les jours de
trifteffe ils prenneut le Violet
qui eft une couleur de Pourpre
plus lugubre & plus obfcure
& qui imite affez le
fang livide d'un homme accablé
de maladies , & de cha
grins ; & parce que durant
deux jours de l'année qui font
le troifiéme Dimanche de
l'Avent , & le quatriéme
Dimanche de Carefme , l'Eglife
mefle un peu de joye
dans fa trifteffe , comme
ayant paffé la moitié du
temps de Penitence , & fe
GALANT. 61
voyant approcher des jours
heureux de la Naiffance & de
la Refurrection
du Sauveur ,
alors les Cardinaux prennent
une étoffe de rofe - feiche, qui
eft beaucoup plus rouge que
le violet , & qui eft neantmoins
plus fombre que le
rouge mefme,
br Pour les Cardinaux Religieux
ils ont retenu ,jufqu'à
prefent la couleur de leur
Ordre fur leurs habits , & les
Papes ont voulu faire voir
par là exterieurement l'eftime
qu'ils ont toujours faite
de la Hierarchie reguliere ,
62 MERCURE
voulant bien l'admetre avec
la Seculiere dans tous les
honneurs du Clergé ; ils leur
ont feulement accordé le
Chapeau & le Bonnet rouge
pour les diftinguer des autres
Prelats.
A l'égard du nombre des
Cardinaux
il n'a pas toûjours
efté le meſme , l'on pretend
qu'ils n'estoient
que vingtcinq
dans les prémiers
Siecles
, & que Rome eſtant divifée
en vingt cinq Paroiffes,
ils en eftoient les Curez & les
Paſteurs . Mais pour ne point
eatrer fiavant dans les obfcu
GALANT. 63
ritez de l'Antiquité , fi nous
voulons nous en tenir aux
Siecles plus recens , où l'Hiftoire
paroift plus claire &
moins embarraffée ,nous trou
verons qu'ils ont efté longtemps
fixez à cinquante-trois,
dont il y en avoit fept Evef
ques , vingt huit Preftres , &
dix huit Diacres .
Les Evefques eftoient les
Coadjuteurs du Pape dans le
Dioceſe de Rome , & préfdoient
fur le Clergé de l'Eglife
de S. Jean de Latran , la
principale des cinq Patriarchales
de la Ville, & qui a efté
64 MERCURE
par
reconnue
diverſes
Bulles
pour
la premiere
Eglife
& la
plus
ancienne
de tout
le
monde
. Ils s'y trouvoient
tous fept alternativement
, &
chacun
avoit
un jour
de la
femaine
où il celebroit
la
Meſſe
fur le grand
Autel
, qui
eft celuy
fur lequel
S. Pierre
a offert
plufieurs
fois en Sacrificele
Corps
precieux
du Redempteur
du Monde
, & lors
-que
Sa Sainteté
vouloit
celebrer
Elle- mefine
fur cet Autel
ou ailleurs
, les Cardinaux
Evefques
la devoient
accompagner
, & luy ferGALANT.
65
vir d'Affiftans ; ils ne laiffoient
pas outre cela d'avoir
leurs Eglifes Epifcopales aux
environs de Rome.
Les vingt- huit Preftres
eftoient diftribuez dans les
quatre autres Eglifes Patriarchales
, S. Pierre , Saint Paul ,
Sainte Marie Majeure , &
S. Laurent . Ils eftoient fept
dans chacune
de ces Eglifes,
où ils exerçoient
l'Office de
Vicaires du Pape l'un aprés
l'autre. Celuy qui eſtoit de
jour difoit pareillement
la
Meffe fur le grand Autel.
Décembre
. 1686. F.
66 MERCURE
Ce privilege
eftoit fi con
fiderable
, que les Souverains
Pontifes
fe le font refervez
depuis à eux feuls ; en forte
que prefentement
il n'y a
que le Pape qui puiffe celebrer
fur le Maiftre
Autel de
ces cinq Bafiliques
; & quand
il donne la permiffion
à quelqu'un
des Cardinaux
d'y dire
la Meffè à fa place , il luy en
fait delivrer
chaque
fois une
Bulle particuliere
fcellée en
plomb, que le Cardinal
eſt obligé
de faire attacher
à l'un
des coins de l'Autel , durant
tout le temps de l'Office, afin
GALANT
67
que les Affiftans la puiffent
lire,& foient témoins de fa licence
. Ces vingt- huit Prêtres
avoient chacun une Eglife
particuliere dans Rome , où
ils exerçoient toutes les fonctions
Parochiales ."
Des dix huit Diacres il y en
avoit quatorze dans les qua
torze quartiers de la Ville ,
& les quatre autres devoient
toûjours fe tenir auprés du
Pape. Leur Office eftoit de
chanter l'Evangile & l'Epiftre
aux Meffes Papales , d'avoir
le foin des Aumofnes,
& de faire les autres fervices
Fij
68 MERCURE
Diaconaux. Ils avoient auffi
chacun leur Diaconé particulier.
Depuis quelques Siecles ce
nombre a efté fort alteré.
Il a commencé à diminuër
quand les Papes ont negligé
de pourvoir aux places vacantes
des Titres , ou qu'ils
les ont donnez en Comman .
de ; & au contraire il eſt de
beaucoup augmenté lors qu'
ils en ont creé de nouveaux .
Quand Nicolas III . fut fait
Pape , il n'y avoit que huit
Cardinaux parmy les Preftres
& les Diacres ; & un peu a
GALANT. 69
"
vant la mort d'Alexandre IV.
il ne s'en trouva que quatre;
mais en revanche l'on en a
veu juſqu'à foixante quatorze
fous le Pontificat de Pie IV.
& cette grande diverfité don
na occafion à Sixte V. d'en
fixer le nombre , qu'il regla
à foixante- dix , en memoire
des foixante - dix Vieillards:
dont il eft parlé dans l'Ecriture.
Il ordonna qu'il y en
auroit fix Evefques , cinquante
Preftres , & quatorze
Diacres , & ce nombre eft
demeuré comme il eft éta-
>
bly. Les Evefques ont cha
70 MERCURE
༡༠
cun leur Eglife dans le détroit
de Rome ; les Preftres
ont leur Titre dans la Ville,
& les Diacres y ont leurs
Diaconez .
La Jurifdiction que les
Cardinaux Evefques ont aujourd'huy
dans leur Eglife &
dans la Ville où elle eft fi.
tuée , eft une veritable Jurif
diction Epiſcopale & ordinaire.
Il y a cependant cette difference
, que les fept Evelchez
Cardinaux , dont il y
en a deux de réunis , ne requierent
point de refidence,
& font compatibles avec
GALANT. 71
d'autres Eveſchez . Celle que
les Cardinaux Preftres & les
Cardinaux Diacres ont dans
leurs Titres & dans leurs Dia
conez , fe peut dire une Jurifdiction
prefque Epifcopale.
Elle ne s'étend que dans
l'enceinte de l'Eglife & de la
Sacriftie . Ils y ont la Chaire
Epifcopale fous un Dais comme
les Evefques , ils y benif
fent folemnellement le Peuple
; ils y ont la nomination
des Benefices, quand ce font
des Eglifes Collegiales , & ils
y vont le Rochet découvert
-pour y faire voir leur pou
2
72 MERCURE
voir. Parmy ces Titres & ces
Diaconez il s'y rencontre des
Eglifes Collegiales , des Paroiffes
, des Convents d'hom .
mes , des Monafteres de Filles
, des Hofpitaux , & de
fimples Eglifes de devotion .
Pour ce qui eft de la maniere
dont s'élifent les Car
dinaux, il faut encore diftinguer.
Dans les vieux temps
les Papes n'y faifoient pas
tant de façons , ils envoyoient
querir ceux qu'ils vouloient
faire Cardinaux , & les mettoient
en poffeflion de leur
Eglife fans aucune ceremo
nie.
GALANT 73
nie ; mais dans les derniers
Siecles il n'en a pas efté de
mefme. Quand le Pape avoit .
refolu de faire une nouvelle
Promotion, il convoquoit un
Confiftoire fecret , où il fai
foit entendre fon deffein à
tous les Cardinaux qui s'y
trouvoient.Il examinoit avec
eux le nombre desplaces qu'il
eftoit à
propos de remplir
dans le facré Ĉollege ; il leur
nommoit les Perfonnes fur
qui il avoit jetté les yeux , &;
ceux qui luy avoient efté propofez
par les Couronnes , &
leur laiffoit huit ou dix jours
Decembre 1686. G
74 MERCURE
pour y penſer. Au bout de
ce temps il faifoit affembler
un autre Confiftoire
fecret ,
où il écoutoit l'avis & le fentiment
de tous les Cardinaux!
fur les Sujets propoſez . Chacun
avoit pleine & entiere
liberté de donner la voix pour
ou contre : & il ne créort de :
Cardinaux
que ceux qui paffoient
à la pluralité des fuffrages
, rejettant les autres
qui n'avoient pas eu au moins
la moitié des voix . Cet ordre
eftoit gardé fi ponctuellement
, que les Cardinaux
infirmes
qui n'avoieut pû affiGALANT.
75
fter au
Confiftoire ,
enpar
écrit voyoient leur avis
ou par Députez .
Depuis ce temps les Papes
ont retranché
la plupart de
ces
Ceremonies
, ayant peuteftre
fait reflexion qu'ils avoient
en eux la puiffance
ab.
folue dans ces Elections
. Ils
ont jugé que toutes ces formalitez
n'eftoient d'aucune
utilité , & qu'au contraire elles
pouvoient apporter
un
préjudice notable à l'Eglife ,
& beaucoup de fcandale au
Public au fujet des
intrigues
& des cabales qui fe faifoient
G ij
76 MERCURE
ouvertement
dans l'entretemps
de ces deux Conſiſtoires.
Quelques- uns ont pretendu
que Leon X fut le premier
qui fe rendit Maiſtre
abfolu des Promotions. Il
vint au commencement du
dernier Siecle , & créa de
fon propre mouvement trente
& un Cardinaux tout à la
fois , ce qui donna beaucoup
à penfer à tous ceux qui y
prenoient intereſt , comme
il eft aife de fe l'imaginer.
Les Papes qui l'ont fuivy
en ont ufé prefque de mefme,
GALANT. 77
quoy qu'ils ayent eu d'autres
venes que ce Souverain Pontife
dans les Promotions
qu'-
ils ont faites ; de forte qu'aujourd'huy
, quand le Pape a
déliberé de faire de nouveaux
Cardinaux
, il ne communique
fon deffein à perfonne
,
& le tient caché autant qu'il
peut . Il prend le jour d'un
Confiftoire
fecret aprés avoir
donné Audience
aux Cardinaux
, & avoir expedié toutes
les Affaires pour lefquelles
l'Affemblée
confiftoriale
.
s'eftoit faite. Sa Sainteté eftant
fur le point de fortir , té
Gj
78
MERCURE
moigne aux Cardinaux qu'-
Elle eft dans le deffein de leur
donner des Confreres , & leur
demande , fuivant l'ancien
ufage , ce qui leur en ſemble.
Le Doyen des Cardinaux
parle
ordinairement pour
tout le Corps , & chacun ap
prouve feparément le choix
de Sa Sainteté par quelque
figne de tefte, ou
autrement ;
aprés quoy le Pape les crée
& les déclare Cardinaux , &
puis s'en va , laiffant fur un
fiege la lifte de leurs noms
qui fe publie à la fortie du
Confiftoire
. S'il se
trouve
GALANT. 79
quelque Cardinal qui veuille
parler, ou faire remontrance,
ille peut avec toute liberté ,
mais pour l'ordinaire Sa Sainteté
ne laiffe pas de paffer outre
, n'y ayant égard qu'autant
qu'Elle le juge à propos
.
Voilà ce que j'ay crû eftre
obligé de dire pour donner
une idée generale des Cardinaux
. Je reviens à ce qui s'eft
fait au Sujet de la derniere
Promotion du deuxième de
Septembre,
Quoy que le Pape euft nommé
vingt fept Cardinaux
Giiij
8 MERCURE
dans cette Promotion , il ne
s'en trouva que dix dè prefens
dans la Cour de Rome ,
les autres eftant la plufpart
ou Etrangers , ou dans les
Nonciatures . Lors qu'ils fu
rent affeurez de leur élection,
ils firent diftribuer des aumô .
nes aux Pauvres & aux Neceffiteux
de la Ville ; ils pafferent
la moitié du jour à recevoir
les complimens & les
congratulations de leurs Amis
& de toute leur Parenté.
La premiere fortie qu'ils
firent , ce fut pour aller fa
luer le Pape , & recevoir de
GALANT 81
fes mains le Bonnet. Ils fe
rendirent l'apréfdifnée au Pa-
Jais de Montecavallo veftus
d'une Soûtane violette, avec
le Rochet & la Mantelle , ou
petit Manteau violet par def
fus ; c'eft l'Habit que portent
les Prelats à Rome .
Ils furent introduits l'un
aprés l'autre auprés du Pape
par un Maistre des Ceremonies.
Sa Sainteté eftoit au haut
de la chambre dans un Fau
teüil fur une Eftrade fous'un
riche Baldaquin . Il avoit une
Soutane blanche, avec le Ro
chet de toile fine , le Camail
82 MERCURE
rouge & le Cam uro rouge ,
qui eft une espece de grand
Bonnet ou grande calotte ,
qui luy couvre toute la tefte,
& defcend un peu fur les
temples , & au deffous des
oreilles .
Le plus ancien des Cardinaux
entra le premier , & fit
trois genuflexions ; la premie,
re à la porte , la feconde au
milieu de la chambre , & la
troifiéme en abordant Sa
Sainteté. Aprés il fe mit à genoux
, & le Pape luy mit fur
la tefte un Bonnet quarré
rouge , qu'un de fes CameGALANT.
83
2
riers luy prefenta fur une toilette
dans un grand Baffin
d'argent , & dans le mefme
temps le Maiftre des Ceremonies
qui l'accompagnoit ,
luy mit le Camail violet fur
les épaules . Auffi toft le Cardinal
ayant ofté fon Bonnet ,
baifa les pieds de Sa Sainre .
té ; il luy baifa enfuite la
main , aprés quoy le Pape
Fembraffa en le faifant relever.
Les autres Cardinaux fu
rent introduits de la mefme
maniere ; & quand ils eurent
tous receu le Bonnet , Sa
Sainteté leur fit donner de
84 MERCURE
petits fieges , & les receut à
l'Audience affis & couverts,
L'Audience finie, ils fortirent
en faifant deux reverences
& allerent vifiter le Cardinal
Cibo , qui demeure dans le
Palais , & qui fait la fonction
de Cardinal Miniftre & Patron
; puis ils s'en retourne.
rent chacun chez eux, où ils
demeurerent jufqu'au Jeudy
fuivant, & receurent incognito
les vifites qui leur furent faités
de la part des Cardinaux ,
des Princes & de la Nobleffe.
Le foir on alluma des feux
dans toutes les rues , chacun
GALANT. 885$
mit des lanternes & des flambeaux
à fes feneftres , & à fes
Balcons , l'on donna du Vin
aux paffans dans quantité de
Palais & de Maifons particulieres
, & les réjouiſſances
durerent encore le lendemain
toute la foirée .
peau
Le Jeudy 5. du mefme mois
le Pape leur donna le Chale
matin dans un Confiftoire
public avec beau
coup de folemnité . Les nouveaux
Cardinaux avoient eu
ordre de fe rendre de bonne
heure dans la Chapelle du
Palais de Montecavallo. Ils y
86 MERCURE
vinrent dans leurs Caroffes
de
ceremonie,
accompagnez
d'un grand cortege de Prelats
& de Nobleffe. Ils eftoient en
Soutane rouge & en Rochet,
avec la Mantelette & le Ca.
deffus . Quand
rouge par
ils
furent
arrivez
au
Palais
,
avant
que
d'entrer
dans
la
Chapelle
, ils
quitterent
le
Camail
& la
Mantelette
, &
prirent
la Cappe
violette
&
le
Bonnet
rouge
. Cette
Cap
pe eft
une
espece
de
grande
Robbe
de
Docteur
fort
am.
ple
qui
couvre
tout
le
corps
& les
bras, & ne laiffe
qu'une
GALANT. 87
petite ouverture
devant l'ef
tomach pour paffer les mains .
Les avenues & la Porte de la
7 Chapelle
eftoient gardées
par les Suiffes du Pape , & par
deux Maffiers de Sa Sainteté
qui tenoient deux groffes
Maffes d'argent avec les Armes
; elle eftoit tapiffée
de
Damas rouge avec des fran
ges & des galons d'or . Le
Soglio ou Trône eftoit de Damas
blanc fous un Ciel de
broderie aux Armes de Sa
Sainteté , & du Pape Alexandre
VII. & les Bancs des Cardinaux
eftoient ouverts de
88 MERCURE
Tapifferie
de Haute Lice,
Deux Maiftres de Ceremonies
demeurerent
à l'entrée
pour recevoir les nouveaux
Cardinaux
qu'ils firent pla
cer fur le banc à main droite
du Trône , & la Muſique de
la Chapelle
leur fervit d'entretien
pendant
tout le
temps qu'ils y furent.
Une heure aprés les anciens
Cardinaux le rendirent auffi
au Palais de Montecavallo
dans la Salle du Confiftoire ,
Ils eftoient habillez comme
les nouveaux fans aucune difference
. La Salle eftoit pareilGALANT.
89
lement ornée de Damas ; le
Trône eftoit apuyé contre le
mur , & élevé fur une Eftrade
de quatre degrez , les Bancs
des Cardinaux faifoient un
quarré autour du Trône , &
l'eſpace vuide qui fe trouvoit
entre les Bancs & les murs
eftoit deftiné pour les Prelats
, pour les Gentilshommes
des Corteges , pour les Etrangers
, & generalement pour
tous ceux que la curiofité avoit
attirez . Deux Maffiers
de Sa Sainteté gardoient la
Porte du Confiftoire , & les
Suiffes eftoient fur les mon
Decembre . 1686. H
90 MERCURE
tées , dans les Anti - Salles , &
autour des Bancs de la Salle ,
& prenoient le foin de faire
ranger le menu Peuple , &
de ne laiffer entrer que les
Perfonnes d'aparence & de
mife.
Quand la plus grande par
tie des anciens Cardinaux furent
venus , un Maistre de
Ceremonies leur vint donner
avis que tous les nouveaux
Cardinaux eftoient arrivez .
Auffi toft les trois Cardinaux
Chefs d'Ordre , je veux dire,
le plus ancien des Evefques
le plus ancien des Preftres, &
GALANT. 91
le plus ancien des Diacres
fe tranfporterent dans la
Chapelle avec le Cardinal
Altieri , Camerlingue de la
Sainte Eglife , & le Cardinal
Crefcentio,Carmerlingue du
Confiftoire precedez de
deux Maiftres de Ceremo.
nies , & d'une partie de la
Gardé Suiffe , & ils y firent
prefter le ferment aux nouveaux
Cardinaux fur d'Autel ..
Cela eftant fait, ils retournee
rent au Confiftoire , laiffand
les nouveaux Cardinaux dans
la Chapelle ,où les Muficiens
s'appliquerent de nouveau à
Hij
92 MERCURE
faire paroiftre la jufteffe de
leurs voix & la delicateffe de
leurs compofitions.
Sur les quinze heures d'I
talie qui pourroient eſtre environ
dix heures du matin
fuivant l'Horloge de France ,
le Pape fe rendit au Confiftoire
veftu pontificalement
en
Chape & en Mître
d'étoffe d'or. Sa queue eftoit
portée par le Prince Colonne
, Prince du Soglio , Chevaher
de la Toifon , & Grand
Connetable du Royaume de
Naples. Le dernier des Auditeurs
du Tribunal de la
GALANT. 93
Rotte marchoit devant luy
tenant fa Croix Patriarchale
, & deux Officiers portoient
deux Eventails de plumes
de Paon atachez à de
grands batons dorez.Le Pape
eftoit environné des Patriar
ches , des Archevefques &
des Evefques affiftans ; des
Officiers de fa Chambre, des
trois Confervateurs de la Vil
le , & du Prieur de Capo-
Raconi.
Il entra en donnant la Benediction
que les Cardinaux
receurent de bout & nuë
tefte , & tout le Peuple à ge94
MERCURE
noux & découvert
. Lors qu'il
fe fut placé fur le Trône , les
deux plus anciens Cardinaux.
Diacres fe mirent à cofté de
luy fur deux petits placets ou
tabourets
Le Connetable
Colonne fe tint debout &
découvert
à la droite de Sa
Sainteté auprés du premier
Cardinal Diacre . Les trois
Confervateurs
de Rome qui
font comme nos Echevins
ou Capitouls ,ſe rangerent
fur
le troifiéme degré du Trône
avec le Prieur de Capo- Raconi,
qui reprefente
le Chef & Co
lonel des Capitaines
des
GALANT. 95
Quartiers de la Ville . Ces
quatre Officiers eftoient vêtus
d'une Robe de Satin noir.
Les Patriarches , les Archevefques
& les Evefques Af
fiftans fe tinrent aux environs
du Trône , pour préfenter
au Pape le Cierge & le
Livre quand il en auroit befoin.
Les Officiers de la
Chambre fe diſperſerent
en
differens endroits de la Salle ,
& les Cardinaux demeurerent
fur leurs Bancs affis &
couverts.
Aprés que tout le monde
eut pris place, le Pape receut
N
96 MERCURE
l'Obedience des Cardinaux.
Ils y allerent l'un aprés l'autre
nû tefte , les bras & les
mains renfermées fous leurs
Cappes. Ils firent un grand
tour dans le Quarré , monterent
par le milieu du Trône ,
& s'en retournerent par la
droite , aprés avoir baisé la
main de Sa Sainteté. L'Obedience
finie , le Pape députa
les deux Cardinaux Diacres
Affiftans , les autres Cardinaux
Diacres & les derniers.
Cardinaux Preftres pour aller
querir les uouveaux qui attendoient
devant la Chapelle,
GALANT. 97
le , & cependant afin que le
Confiftoire ne demeurait pas
inutile , un Avocat confifto .
rial commença debout &
nuë tefte, un Difcours d'Eloquence
en Latin , au fujet de
la Canonifation d'un nouveau
Serviteur de Dieu.
Les Cardinaux revinrent
un quart-d'heure aprés , conduits
par quatre Maiftres de
Ceremonies. Le Cardinal de
Angelis qui eftoit le premier
des Nouveaux , eftoit au milieu
des deux Cardinaux Diacres
Affiftans , & les neuf
autres avoient chacun un
Decembre 1686. I
<
98 MERCURE
Ancien à leur droite. En entrant
dans le Quarré , ils firent
une profonde reverence
; ils en firent une autre de
vant le Trône , & une troifiéme
aux pieds des degrez
où ils monterent & fe mirent
à genoux , baiſerent les pieds
du Pape , & fa main droite ,
& enfuite fe releverent aprés
avoir receu l'embraffade de
Sa Sainteté . De là ils allerent
embraffer tous les autres Cardinaux
, & retournerent ſe
metre à genoux fur le Trône ,
où Sa Sainteté leur mit un
Chapeau rouge fur la teſte
GALANT. 99
›
en lifant quelques Prieres &
Oraifons dans un Livre que
tenoit le ſecond des Patriarches
Affiftans , pendant que
le premier éclairoit Sa Sainteté
avec une Chandelle de
cire. Cela fait , on leur ofta
le Chapeau , ils fe releverent,
ils firent une reverence
, ils
defcendirent du Trône & allerent
prendre poffeffion de
leurs places parmy les autres
Cardinaux Le Pape s'en retourna
dans le mefme ordre
qu'il eftoit venu en donnant
la Benediction , & les Cardinaux
eftant demeurez dans
I
ij
100 MERCURE
le Confiftoire, la Mufique de
la Chapelle entonna le Te
Deum à la porte , & marcha
en Proceffion , les Cardinaux
fuivant deux à deux , & les
Anciens donnant toûjours la
droite aux Nouveaux .
Quand ils furent arrivez à
la Chapelle , les Anciens prirent
leurs places ordinaires
fur les Bancs, & les Nouveaux
fe mirent à genoux fur le
marche-pied de l'Autel , &
fe tinrent le vifage profterné
contre terre , & la tefte couverte
du capuce de leur Cap :
pe pendant que le Cardinal
GALANT. for
Cibo qui reprefentoit le
Doyen , difoit les Oraifons
mentionnées dans le Rituel.
Les Prieres eftant finies , les
nouveaux Cardinaux fortirent
les premiers , & demeurerent
à la porte de la Chapelle
pour remercier les Anciens
à mesure qu'ils paffoient
, & enfuite chacun s'en
retourna chez foy.
Les nouveaux Cardinaux
trouverent à leur retour leurs
Palais tous changez de face .
Ils avoient donné ordre dés
le matin à des Feftaroles , de
les ajufter d'une maniere a
Liij
102 MERCURE
greable & galante. Ces Feltaroles
s'eftoient aquitez admirablement
bien de leur com.
miffion . Ils avoient mis fur la
porte de chaque Palais & au
plus bel endroit un Cartouche
des Armes du Pape , &
un autre au deffous de celles
de la famille des Cardinaux .
Ils avoient encore orné la
Façade de Damas , de Satins ,
de Taffetas & d'autres étoffes
de foye enjolivées de gazes
d'argent , & de clinquans découpez
avec de grandes Figures
peintes qui reprefentoient
la Foy , l'Eſperanee
,
GALANT. 103
la Charité , la Force , la Temperance
, la Prudence , la Juftice
, & plufieurs autres Ver .
tus qui fervent à relever la
pourpre du Cardinalat.
L'aprefdifnée les nouveaux
Cardinaux s'affemblerent
dans l'Eglife de Sainte
Marie in Valicella ,. que l'on
appelle communément l'Eglife
neuve , d'où ils partirent
tous enſemble pour rendre
leur devoir au premier Chef
des Apoftres. Ils avoient chacun
à leur fuite dix ou douze
Eftafiers de livrées qui fai
foient enſemble une agreable
I
iiij
104 MERCURE
diverfité de couleurs.
Les cinq Cardinaux Prê
tres monterent dans un Caroffe
, les cinq Cardinaux
Diacres fe mirent dans un
autre & ces deux Caroffes
ettoient fuivis d'une centaine
d'autres Caroffes remplis de
leurs Officiers
, & de quantité
de Gentilshommes
qui
eftoient venus leur faire Cortage
comme le matin. Ils def
cendirent à Saint Pierre dú
Vatican , & allerent adorer
le Saint Sacrement fur un
Prie Dieu qui leur avoit efté
preparé , aprés ils firent leur
GALANT. JOS
priere fur un autre Prie- Dieu
devant la Confeffion de Saint
Pierre ; ils vifiterent enfuite
le Cardinal LudovifioDoyen
du Sacré Colege
, aprés quoy
ils allerent faluer la Reyne de
Suede, puis s'en retournerent
à leurs Palais. Le lendemain
& les deux autres jours fuivans
ils vifiterent les autres.
Cardinaux qui leur rendirent
la vifite quelques jours
› aprés.
Quand ils arriverent chez
la Reyne de Suede , le Marquis
Del Monte, Grand Cham
bellan de cette Princeffe les.
106 MERCURE
vint recevoir au haut de l'EL
calier , & les introduifit auprés
de Sa Majefté qui vint
au devant d'eux jufqu'à la
porte
de fa Chambre fans en
fortir . Aprés qu'ils luy eurent
fait leurs complimens , la
Reyne alla fe inettre fous un
Dais dans un Fauteuil de ve
lours garny de galons & de
franges d'or , & les Cardinaux
fe placerent dans des
Fauteuils de velours à cofté ,
les cinq Preftres à la droite
& les cinq Diacres à la gauche.
Ils eurent un petit quart.
d'heure d'Audience où ils deGALANT.
107
meurerent affis & couverts .
En fortant la Reyne les laiffa
au mefme endroit où elle les
avoit receus & le Marquis
Del Monte les reconduifit de
mefme jufqu'au haut du de.
gré de la Salle.
Le 16. Septembre le Pape
fit la Ceremonie de leur fermer
la bouche dans un Confiftoire
fecret, & quinze jours
aprés il fit la feconde Ceremonie
de la leur ouvrir dans
un autre Confiftoire , Ces Ceremonies
fe firent à huis clos,
& ne font rien autre chofe
qu'un filence qu'il leur im108
MERCURE
pofe , qui les rend hors d'ef
tat de pouvoir
opiner
dans
les Confiftoires
& dans les
Congregations
; quand
il
déclare
enfuite
qu'il leur ouvre
la bouche
, il les releve
de ces empefchemens
..
Il diftribua
un Titre à chacun
des Cardinaux
Prèftres
,
& une Diaconie
à chacun
des Diacres
, & leur mit en
mefme
temps une pierrerie
enchaffée
dans une Bague
d'or au quatriéme
doigt de
la main droite
pour marque
du Mariage
Spirituel
qu'ils .
avoient
contracté
avec l'E
GALANT. 109
.
glife. Il y a quelques uns de
ces Cardinaux qui ont pris
poffeffion de leur Eglife . Voicy
en general comme le tout
fe paffe
.
&
Le Cardinal fe prefente en
Camail & en Rochet à la porte
de fon Eglife.Les Chanoines,
les Preftres, ou les Religieux
(felon que l'Eglife eft deffervie)
le viennent recevoir ,
luy prefentent les clefs avec
un Afperfoir. Le Cardinal
pofe la main fur les clefs ,
prend de l'Eau - benite pour
luy , & en donne à tout le
Clergé. Il entre aprés dans
(
110 MERCURE
l'Eglife
, s'affied
fous le Dais
qu'on
luy a dreffé
, & un No
taire lit tout haut
en preſence
du Clergé
& du Peuple
,
le contenu
de la Bulle
quit
luy donne
le Titre
, ou la
Diaconie
. Les Chanoines
, les
Preftres
ou Religieux
vont
enfuite
luy baifer
la main
, &
le conduifent
dans
la Sacrif
)
tie où le Notaire
dreffe
fon
Procés
Verbal
. Quand
ils
prennent
la Poffeffion
en Ceremonie
, les chofes
fe font:
avec
beaucoup
plus de magnificence
.
Les dix Cardinaux
nouGALANT.
III
veaux qui fe font rencontrez
à Rome, & à qui le Pape a diftribué
les Titres & les Diaconies,
font les fuivans.
I. Jacques de Angelis , natif
de Pife , cy- devant Archevefque
d'Urbin & Vicegerent
de Rome , Cardinal Pre
ftre du Titre de Sainte Marie
in Ara-cæli , Eglife Conventuelle
de Mineurs Obfervantins
, dits
Cordeliers , le plus
nombreux Convent qui foit
à Rome.
II. Horace Mattei, Romain ,
Archevefque
de Damafcenes
, cy-devant Auditeur
de
112 MERCURE
Rote
, & Majordome
de Sa
Sainteté
, Cardinal
Preftre
du
Titre de Saint Laurent
in Pa
nifperna
, Monaftere
de Religieufes
de l'Obfervance
de
S. François
.
III. Marc- Antoine
Barbarigo
, Noble
Venitien
, Ar
chevefque
de Corfou
, Cardinal
Preftre
duTitre de Sainte
Suzanne
, Eglife
Parochiale
, & Monaftere
de Religieufes
Benedictines
. Il y a
eu deux Doges
de fa Famille
,
& il y a encore
un Cardinal
vivant
de fon nom .
IV. Jean - Cafimir
, PoloGALANT.
13
nois , Commandeur de l'Or
dre des Religieux Hoſpitaliers
du S. Efprit à Rome ,,
Cardinal Preftre du Titre de
Saint Jean à la Porte. Latine ,
Eglife de devotion . Il eſt de
la Famille des Comtes de
Denhoff,Fils du grandCha m
bellan de la Couronne , &
Beaufrere du Prince Lubor
mirfki , & du General Konf
ki , le premier, Grand Maréchal
de la Couronne , & le
fecond, Palatin de Kiovie.
V. Leandre Coloredo , na
tif du Frioul , Preftre de la
Congregation de l'Oratoire
Décembre, 1686. K
114 MERCURE
de S. Philippes de Neri , Cardinal
Preftre du Titre de Saint
Pierre in Montorio , Eglife
Conventuelle de Mineurs
Reformez , appellez autrement
Recolets . Il reffemble
de viſage & de moeurs à Saint
François de Sales , & eft proche
Parent du Comte de
Walfa , Rodolphe Coloredo ,
Chevalier de Malthe , Grand
Prieur de Boheme , & Maréchal
general des Armées
des Empereurs Ferdinand II.
& Ferdinand III. qui aprés
avoir rendu des fervices importans
dans la Hongrie ,
GALANT IS
dans la Boheme & dans le
Dannemark , mourut a Prague
, chargé de gloire & d'années
en 1657 .
VI . Dominique - Marie
Corfi , cy- devant Auditeur
general de la Chambre Apoftolique
, Cardinal Diacre du
Titre de S. Euftache , Eglife
Collegiale & Parochiale .
VII . Jean-François Negroni
, Genois , cy-devant Treforier
general de la Chambre
Apoftolique , Cardinal Diacre.
VIII . Fulvio Aftalli , Romain
, cy-devant Clerc de la
K ij
116 MERCURE
Chambre Apoftolique , Cardinal
Diacre du Titre de
S. Georges in Velabro , Egliſe
Conventuelle de Religieux
Hermites de l'Ordre de Saint
Auguftin.
1
IX . Gafpard de Cavallieri,
Romain, cy - devant Clerc de
la Chambre Apoftolique
Cardinal Diacre du Titre
de Sainte Marie in Acquirio ,
Eglife Parochiale & Hofpitaliere
de petits Enfans or
phelins.
X. Jean Gualtieri Slufio ,
Liegeois , cy- devant Secretaire
des Brefs de Sa SainteGALANT.
117
té , Cardinal Diacre du Titre
de Sainte Marie della Scala ;
Eglife Conventuelle de Religieux
Carmes Déchauffez .
Voicy quelques particula
ritez que j'ay creues neceffaires
pour la parfaite intelligence
de cette Relation .
Quand j'ay dit le double
Royaume du Pape , j'ay entendu
fon Royaume fpirituel,
qui embraffe toute la Chreftienté,&
fon Royaume temporel
, qui borne fon étendue
dans l'Eftat Ecclefiaftique.
Les Princes du Soglio font
ceux qui ont droit d'eftre fur
118 MERCURE
le Soglio , ou Trône du Pape
quand il fait quelque fonction
publique.
Mr l'Ambaffadeur de France
eft le premier Prince du
Soglio , aprés l'Ambaſſadeur
de l'Empire. Il eftoit incom
modé dans le temps du Confiftoire
public ; s'il avoit efté
en eſtat d'y aſſiſter , il auroit
pris fon rang au deſſus du
Conneftable Colonne .
La Confeffion de S. Pierre
eft une petite Cave ou Chapelle
fouterraine fous le Mai
ftre Autel de S. Pierre du Varican
, où l'on conferve pré
GALANT. 119
cieufement la moitié des
Corps de S. Pierre & de Saint
Paul ; les autres moitiez font
dans une autre Egliſe dédiée
à S. Paul , à un mille hors de
la Ville . Autrefois les Empereurs
alloient faire leur confeffion
de Foy devant cette
Chapelle , & tous les Eveſ
ques d'Italie font encore obligez
de la venir vifiter tous les
trois ans une fois .
L'on appelle les Caroffes
des Cardinaux , Caroffes de
- ceremonie
quand ils font
mettre des houpes rouges à
la tefte de leurs chevaux , &
120 MERCURE
alors tous les Caroffes qu'ils
rencontrent font obligez de
s'arrefter:
Les cinq Eglifes Bafiliques.
Patriarchales de Rome repreſentent
une ſeule Eglife
formelle & intellectuelle ,
bien qu'elles foient cinq materiellement
; de forte qu'à
les confiderer toutes enfemble,
ou chacune feparément ,
elles font toûjours une feule
Eglife Cathedrale ; l'Eglife
elt l'Epouſe de l'Evefque , il
ne peut en avoir qu'une . On
l'appelle Eglife Patriarchale,
en confiderant le Pape coma.
me
GALANT. 121
me Patriarche de l'Occident ;
Bafilique veut dire , Eglife
Royale .
Les Patriarches , Archevefques
& Evefques Afliſtans
font ceux que le Pape a choifis
pour l'affifter dans les fonctions
Ecclefiaftiques.
Les grandes Maifons , que .
nous appellons en France
Hoſtels , s'appellent en Italie
des Palais .
Les
Feſtaroles font ceux
qui parent les Eglifes , les Palais
, & les Places publiques
dans les jours de Feſte & dans
les temps de
réjoüiffance.Sou
Décembre 1686.
L
122 MERCURE
venez - vous , Madame
, que
dans toute cette Relation
je
n'ay parlé que par la bouche
de Mr Chaffebras
, dont j'ay
employé
les termes.
Les trois Madrigaux , &
les Traductions de trois Epigrammes
de Catulle qui fuivent
, font de M ' Moreau de
Mautour , Frere de M ' Moreau
, Avocat General de la
Chambre des Comptes de
Dijon . Ils ont l'un & l'autre
beaucoup de talent pour la
Poëfie galante , & plufieurs
Ouvrages qui ont déja paru
dans mes Lettres , ou fous
GALANT. 123
feur nom , ou fous des noms
fuppofez, vous l'ont fait connoiſtre.
SUR DE BELLES DENTS .
Ve voftre air eft doux &
riant! Ο3
Vos Dents feules, Philis , plus blanches
& plus belles
Que Perles d'Orient ,
Cauferoient dans un coeur des bleſſures
mortelles;
Si j'ofois les baifer , ah ! je ferois
perdu ,
J no puisy penfer mefme fans vous
déplaires
Fe fçais que ce plaifir eft pour moy
défendu ,
Lij
124 MERCURE
Et pour punir mon defir témeraire
,
Je voudrois en eftre mordu.
Sur un Baifer dérobé.
Vand jay pris malgré vous ,
cbarmante Celimene , QV
Sur votre belle bouche un baifer
tendre & doux,
Pourquoy me menacer de toute vo
Are haine?
Pourquoy montrer tant de couroux
?
Vos appas , dont en vain je taſche
à me défendre ,
Vous ont vangée aſſez de ma témerité
,
Puis qu'ils ont pris ma liberté
Pour celle que j'ay voulu prendre.
GALANT. 125
Pour deux belles Amies infeparables
, dont l'une eſt
Brune, l'autre Blonde .
Harmer & plaire égale-
CH
-ment
Entre Amies n'eft pas chofe qui foit
commune ;
Les beautez de la Blonde & celles
de la Brune
Partageroient également
Les voeux & les foupirs du plusfidelle
Amant ,
Etje fens bien qu'un coeur delicat en
tendreffe
Qui voudroit pour vous deux fe
laiffer enflamer ,
Auroit avec le doux plaifir d'aïmer,
Le plaifir de changer fans ceffe .
Lij
126 MERCURE
Epigr. 71. de Catulle.
Nulli fe dicit mulier , & c.
S17en
I
j'en crois ma Maiſtreſſe , elle
n'aime que moy,
De tout autre fon coeur méprife les
tendrefes ,
Et feul je fuis l'objet de fes careffes,
Comme je le fuis de fa fay;
Quand mefme Jupiter me voudroit
pour Epouse ,
Fe fuis de mon bonheur , dit-elle , fi
jalouſe ,
Que je ne voudrois pas un autre
Epaux que toy.
Elle me parle ainfi ; mais tout ce
qu'une Femme
Dit à celuy qui l'aime tendrement
GALANT. 127
Pour flaterfon amour & foulager
Ja flame,
Je ne le crois que rarement.
Son efprit eft leger, & fon ferment
moins ftable ,
Que s'il eftoit écrit fur l'onde ou fur
le fable
.
Elle a des mots flateurs , mais les
plus doux fouvent
Ne font que mots en l'air & que
difcours frivoles ;
De toutes leurs douceurs , de toutes
leurs paroles ,
Autant en emporte le vent.
Epig. 76.
Huc eft mens deducta , & c.
Esbie afceu tellement me chars
L
mer ,
Et rendre à la raifon mon efpritfi
contraire .
L
iiij
128 MERCURE
Que quelque bien ou mal qu'elle
veüi e mefaire ,
Je
ne la puis hair, ny ne la puis
aimer.
Epigr. 110
Jucundum mea vita , &c.
T
U me promets , Lesbie , en
ce moment
Qu'une amour tendre & mutuelle
Nous unira tous deux d'une chaifne
eternelle.
Grands Dieux,faites que ce ferment
[ delle
Parte d'un coeur &fincere & fi-
Entre Lesbic & moy , vous connoifrez
toujours
Une amitié fi belle
Que la mort n'en pourra mefme
rompre le cours
GALANT. 129
Vous trouverez dans ces
autres Vers une fiction , dont
je ne doute point que vous
n'eftimiez la nouveauté.
BOUQUET SANS BOUQUET.
Hilis pour vous offrir des
P
fleurs,
F'allay chez la Déeffe Flore
Si-toft que j'apperçeus l' Aurore
Nous montrer les vives couleurs.
Fe fis le tour d'un grand Parte
terre ,
Où je rencontray mille Amans ,
Quipour l'objet de leurs tourmens
Faifoient une petite guerre.
Commeje vis que dans ces lieux
C'eftoit à qui pilleroit mieux ,
Je voulus entrer en partage
130 MERCURE
De tout ce que ce jardinage
Avoit produit de beau, d'oeillets &
dejafmins.
De rofes & de lys j'avois remply
mes mains
,
Quand Flore fans deffein de ſe mettre
en colere ,
Me demanda pourquoy j'avois
cueilly ces lys.
Moy qui de fa demande ignorois le
myftere ,
Je luy dis , pour Philis. Ah ! fi c'eft
pour Philis ,
Rends- les-moy , Berger , me ditelle
,
Philis n'eft point une Mortelle ,
Et ces fleurs ne font en ces lieux
Que pour celles dont les beaux
yeux
AuxHommes feuls donnent atteinte
,
GALANT. 131
Comme une Iris , comme une Amynte
;
Mais Philis , dont les traits puiffans
Forcent la raifon & les fens ,
Qui jufqu'aux Cieux met fon
Empire ,
Pourqui tout l'Univers foupire,
Dont les Dieux mefme font jaloux
;
Ah ! je reffentirois leurs coups ,
Si cesfleurs quifont mon partage,
Avoient l'honneur & lavantage
D'approcher de Philis ; ainfi , mon
cher Berger,
Va-t-en fans me mettre en danger
De fouffrir du grand Dieu quelque
coup de tonnerre ,
Qui gâteroitmes fleurs , & brûleroit
ma terre.
132 MERCURE
- Ainfi je fortis du Jardin
Sans lys, fans rofes , fans jaſmin.
Je vous envoye un Air
nouveau , dont les Vers ne
plaiſent pas moins que la
Mufique. C'est une peinture
naturelle d'un Amant qui
n'eft occupé que de fon amour.
AIR NOUVEAU.
Etits Moutons , qui dans la
plaine PE
Paiffez fans crainte des Loups,
Ne vous repofez point fur celuy qui.
vous mene >
Il refue à fon Inhumaine ,
Et ne fonge point à vous
GALANT 133
le
Je vous ay mandé dans ma
Lettre de Novembre que
Parlement eftoit rentré le 26.
du meſme mois , & que M
de Lamoignon , Avocat Ge
neral, avoit fait un tres - beau
Difcours . Quoy qu'il euft à
parler aux Avocats , l'Eloge
du Roy luy en fournit le Sujet
. Comme il vouloit les porter
à la plus exacte obfervation
de la Juſtice , & à n'épargner
ny peines ny foins
pour faire paroiftre aux Juges
dans la plus droite équité
les droits legitimes des Parties
, il fit un recit de toutes
134 MERCURE
les actions pleines de Juftice
que ce Grand Monarque a
faites , afin qu'en le voyant
dans un travail fans rélache ,
ils s'en fiffent un modelle
pour s'appliquer comme luy
En effet on trouve tout dans
la vie de Sa Majeſté , & quoy
qu'il y ait de grandes vertus
particulieres aux Roys , &
qu'on n'en ait jamais veu de
plus éclatantes que les fien
nes , il eft certain que les Particuliers
en peuvent tirer de
grands avantages pour ſe former
chacun felon la conduite
qu'il a à tenir. M² de LaGALANT
135
entre plufieurs moignon
chofes qu'il dit touchant la
bonté du Roy , fit remarquer
qu'on luy eftoit obligé du ſe
cret qu'il avoit gardé für l'Operation
qu'il s'eftoit fait
faire , & que ce Monarque
avoit bien voulu fe charger
par là de toute noftre inquietude
, qui nous auroit fait
beaucoup de peine . M¹ le
Premier Prefident dit en peu
de mots aux Avocats , qu'aprés
ce qu'ils venoient d'entendre
d'un Orateur né , il
n'avoit rien à leur dire pour
les exciter à bien faire leur
devoir.
136 MERCURE
Le Vendredy 29. M ' du
Harlay , Procureur General ,
fit la Mercuriale . Il mefla dans
fon Difcours le Portrait d'un
Juge à qui l'on ne pouvoit
imputer aucun défaut , & dit
que c'eftoit celuy de feu M
d'Ormeſſon , qui eftoit mort
depuis peu de jours ; que
Maiſon eftoit le féjour de la
Juſtice , & que
fa
mefine
pendant
qu'il avoit ceffé de travailler,
il l'avoit renduë chaque
jour auxParticuliers
qu'il
accommodoit. Mr le Premier
Preſident parla fort aux
Procureurs , pour leur faire
GALANT. 137
entendre qu'ils ne devoient
pas tant faire valoir aux Par
ties ce qui dépend de leur
miniftere.
Les Parlemens décident
des grandes Affaires , mais
peut- eftre n'en fut- il jamais
aucune, ny plus importante,
ny plus extraordinaire , que
celle qui vient de faire intenter
Procez , & dont vous
allez trouver le détail dans
une nouvelle Lettre que je
vous envoye de M' Vignier.
Il l'a écrite à Madame la Mar
quife d'Anguitard. C'eſt une
Dame d'un fort grand me
Decembre 1686.
M
138 MERCURE
rite , de la Maiſon de Saint
Gelais de Lufignan , & qui
n'eft pas moins confiderable
par fon efprit que par ſa naiffance.
Vous jugez bien qu'il
ne voudroit pas l'entretenir
d'une Avanture dont il croiroit
les circonftances douteufes.
Sa Lettre eft du de
ce mois.
4.
GALANT. 139
**********
A MADAME
LA MARQUISE
D'ANGUITAR D.
Ja
Aurois bien de la joye , Madame
, d'apprendre fouvent
quelque nouvelle extraordinaire
pour vous en faire part ,puifqu'une
de vos Lettres vaut mille fois
mieux que tout ce que l'on peut
vous mander. Fay receu
receu celle que
vous m'avez fait l'honneur de
' écrire comme un bien qui me
venoit de pure grace , & que je
M ij
140 MERCURE
ne meritois pas pour une Hifto
riecte que vous n'avezpû voir que
buit mois aprés que je vous l'eus
adreffée. Fefpere que celle- cy ne
Jera par fi long-temps par les Chemins
, qu'elle vous fera connoiſtre
le plaiſir que j'ay de parler
à l'avantage d'un Sexe qui ne
fçauroit eftre affez loué. La Dame
dont je vais vous entretenir en
ferafoy, & fi quelques incredules
prennent cette Relation pour une
Fable , un des premiers Parlemens
du Royaume fera voir par
l'Arrest qu'il rendra que c'est une
verité. Il y a plus de quinze ans
qu'un jeune Gentilhomme d'AuGALANT!
141
vergne , Fils unique d'un Pere
fort riche , qui tenoit un rang confiderable
dans fa Province , eftant
Officier dans les Troupes du Roy ,
eut fon quartier d'Hiver proche
d'une Maifon de Chanoineffes.
Vous fçavez , Madame , qu'il y
en a peu qui nefoient d'une qualitédiftinguée
, vous fçrvez encore
l'honnefte liberté qu'elles ont
de voir le monde , & mefine de
fe marier quand elles y trouvent
leur avantage. Noftre Gentilbomme
ne fut pas long- temps dans
un fi agreable Voifinage ,fans y
rendre des vifites , &fans le ren
dre auffi dés le fecond voyage an
142 MERCURE
merite d'une de ces Dames . Com
-me il fe faifoit diftinguer par fon
nom , par fa bonne mine , &par
mille qualitez avantageufes qu'il
poffedoit , la belle Chanoineffe ne
futpas fafchée de s'apercevoir qu'
elle avoit fceu le toucher ; mais
ellefut encoreplus contente , lorfque
fans perdre le temps à foûpirer, il
pria de le recevoir pour fon
Epoux , ce qu'elle accepta volontiers
, & il luy fit promettre de
tenir la chofe fecrete à cause defes
Parens. Il en recevoit fouvent des
Lettres , & leurtendresse le preffoit
de les venir voir , mais il ne
pouvoit fe refoudre d'y allerfeul.
la
GALANT. 143
Sa nouvelle Epoufe pour le fatisfaire
s'offrit de fe déguifer & de
lefurore . Sa Nourrice qui ne l'avoit
jamais quitée fut du déguifement
, & dans cet eftat ils fe mirent
en chemin. N'eftant plus
qu'à fept on buit lieues de la
Maifon de fon Pere , il s'arrefta
chez un de fes Amis , & le pria
de trouver
bon
que
les deux Cavaliers
qui estoient avec luy demeuraffentquelques
jours dans fa
Maifon. Il les y laiffa , & partit
pourfe rendre auprés de ceux qui
l'attendoient avec grande impatience
. La joye qu'ils eurent de le
voir fi bienfait , & avec autant
144 MERCURE
d'efprit que de bonne mine , ne leur
Laiffa rien oublier de ce qui pouvoit
le divertir , mais quelques careffes
qu'ils luy fiffent , fa Mere
s'aperceut qu'il avoit un fond de
•mélancolie extraordinaire
elle fit tout ce qu'elle put pour en
découvrir la caufe , qu'ilfçût attribuer
tantoft à une chofe , tantoft
à une autre. Il arriva dans ce
Ca
temps là qu'une Demoifelle de fa
Mere fut mariée , & que l'onpar
·la de donner une Gouvernante à
une petite Soeur qu'il avoit. Cette
..occafion luy parut favorable pour
n'eftre point feparé de celle qu'il
armoir plus que fa vie , & pour
ne
GALANT. 145
ne la laiffer pas échaper , il dit à
fa Mere qu'en paffant chez un de
fes Amis il avoit veu deux Demoifelles
tres-bien faites , & capables
de remplir avecfatisfaction
aules
deux Places de
Gouvernante ,
de Suivante, La Mere qui
ne cherchoit qu'à le fatisfaire ,
l'affura en l'embraffint,qu'elle
roit plus d'inclination pour deux
perfonnes qui luy feroient données
de fa main , que pour toutes celles
dont on luy avoit déja parlé , &
qu'il pouvoit lesfaire venir quand
il voudroit. Il partit dés le lendemain
, découvrit le fecret à fon
Amy , fit reprendre les habits à fa
Decembre 1686. N
146 MERCURE
ع و س
G Bien- aimée à fa Nourrice , &
les inftruifit de tout ce qu'elles
voient à faire. Ellesfurent admirablement
bien receuës du Maiftre
de la Maiftreffe du Chateau
qui eftoient charmez de la bonne
mine de l'une , & de la beauté de
l'autre. Ils furent dans la fuite fi
fatisfaits de leur conduite qu'ils
leur donnerent la difpofition de
toutes chofes. La Dame mefme
difoit fouvent à fon Fils qu'ellefe
fentoit une tendreffe de Mere pour
cette Demoifelle , & qu'elle luy
fouhaiteroit une Femme qui euft
autant d'efprit & d'agrémens
qu'elle en avoit. Vous ne doutezGALANT
147
cela
pas , Madame , du plaifir que
fayfoit à noftre jeune Ероих , а
qui l'enjoüement revenoit de jour
en jour , ce qui le rendoit auffi de
plus en plus agreable à tout le
monde.
Tout commençoit à flater leurs
defirs ,
Mais une fun fte tempefte ,
Dans le plus fort de leurs paifirs .
S'en vint troubler toute la Fefte .
Cette illuftre
Suivante s'apercut
qu'elle eftoit groffe , & pour
furcroift d'affliction fon cher Epoux
receut un ordre de la Cour
pour fe rendre en diligence à ſon
Regiment, L'honneur
& le de-
Nij
148 MERCURE
voir ne luy donnerent pour faire
fes trifles Adieux que jufques au
lendemain qu'il partit en Pofte. Il
ne fut pas plutost arrivé à ſa
Garnifon , qu'un nouvel ordre du
Roy l'obligea d'aller joindre un
Corps d'Armée que l'on avoit fait
avancer fur la Frontiere pour
s'opposer aux deffens des Ennemis.
Ayant efté choify pour com
mander unPartyde trois cens Chevaux
, il en rencontra un des Ennemis
plus fort ; mais il ne laiffa
pas de le charger avec tant de viqueur&
de conduite , qu'il le défit
entierement. Il y fut bleffé à
mort, & comme il avoitfaitfon
GALANT. 149
de
Testament & qu'il le portoit toûjoursfur
luy , l'eut le temps avant
que d'expirer d'en charger un de
Les intimes Amis le
pour mettre
entre les mains de fon Pere
fa Mere , avec une Lettre qu'il
avoit écrite à fa Femme . Cet
Amy peu de jours aprés tomba
dans une Embufcade des Ennemis
, & fut fait prifonnier. Cependant
on fceur dans la Province
La nouvelle de cette mort on la
cacha tant que l'on pût à ceux qui
ne pouvoient l'apprendre fans courir
rifque de mourir eux- mefmes ,
H fallut pourtant qu'ils la fceuffent
, er chacun dans l'intereft
Niij
150 MERCURE
qu'il y prenoit fit éclater tout ce
l'on peut s'imaginer de plus
que
Un
douloureux. L'aimable Suivante
eftoit la plus à plaindre ayant à
garder des mefures, où les autres
n'en avoient point. Durant l'ab.
fence du Défunt elle avoit fouvent
vifité un Hermite qui n'étoit
qu'à liene du lieu où elle demeuroit
luy avoit fait confi
dence defon Mariage & de fa
groffffe. Sur ces entrefaites un
vieux Reclus qui demeuroit proche
de l'Hermite vint à mourir , &
laiffer fa Place vacante.
3
Que ne fait point un noble
Coeur ,
GALANT. 151
Quand il eft penetré d'une jufte
douleur !
La Veuve fouhaita cette affreufe
demeure
Afin d'y faire fon Séjour ,
Et d'y pleurer jufqu'à la der.
niere heure
Le digne Objet de ſon Amour .
Elle enfit la propofition à l'Hermite
qui luy fit voir tant d'impofibilitez
du cofté de la Terre & du
costé du Ciel, que tout autre qu'el
le n'y auroit pas penfé davantage.
Elle ne fe rebuta pourtant pas , &
fon obstination prévalutfur toutes
les raifons du Solitaire. Ils conclurent
donc qu'elle fe renfermeroit
avec fa chere Nourrice qui ne
N iiij
152 MERCURE
vouloit point l'abandonner. Comme
il estoit le Maistre du Lieu ,
il trouva les moyens de lesy faire
entrer, d'en murer la porte fans
que perfonne s'en apperçût , & de
leurfournir toutes les chofes neceffaires
pour leur fubfiftance . Le
Gentilhomme qui avoit esté fait
prifonnier après la mort defon Amy
ayant efté eſchangé, vint en
Province, porta au Pere & à
la Mere leTeftament de leur Fils
qui redoubla vivement leur douleur
, quand il leur fit voir qu'il
eftoit marié à la perfonne dont ils
avoient tant regreté l'absence
qu'elle eftoit groffe , & d'une
GALANT. 153
naiſſance qui ne pouvoit leurfaire
de deshonneur, & qu'il les conju
roit de la reconnoiftre pour leur Fil.
le , & d'avoirpour l'Enfant qui
en viendroit la mesme tendresse
qu'ils avoient euë pour luy. Ils l'au
roient fouhaité , mais quelques recherches
qu'ils puffent faire , ils
n'en purent avoir aucunes nouvelles
. Cependant nofire Recluse
accoucha au bout defix mois d'une
Fille dont elle fut elle mefme la
Nourrice , & qu'elle éleva jufqu'à
l'âge de
quinze ans avec
tout le foin dont une Mere aufft
noble & auffi vertueufe qu'elle
estoit capable . Lors qu'elle ſe vit
>
154 MERCURE
furle point de quitter la Terre &
d'y laiffer fa Fille fans Pere
fans Mere , Elle la fit approcher
d'elle pour luy donner le Portrait.
de fon Mary, & pour luy remettre
entre les mains leur Contrat de
Mariage & quelques Papiers qui
pouvoient luy fervir dans la fuite.
L'Hermite , qui par des raifons
particulieres n'avoit ofé parler de
la qualité de la Reclufe , fut obligé
dans cette rencontre d'aller trouver
le Pere & la Mere du Gentil.
homme, de leur dire tout ce qui
s'eftoit paffe. Ils luy firent beaucoup
de reproches , mais il fallut
`qu'ilsfe contentaffent de la r·ſtituGALANT.
155
tion qu'il leur faifoit d'une Fille
toute charmante . Ils reconnurent
le Portrait de leur Fils qu'elle avoir
à fon cou , nepouvant fe
Laffer de l'embraffer , ils la menerent
chez-eux avec leur fidelle
Gouvernante. Quelque - temps aprés
leur Fille dont la Nourrice avoit
auffi efté Gouvernante mourut
, n'ayant plus que
qu'ils avoient recouvrée , ils la déclarerent
heritiere univerfelle de
tous leurs biens. Ils eftoient âgez ,
& ne pouvant s'exempter de
payer le Tribut à la Nature , le
Mary &la Femme moururent à
cing on fix mois l'un de l'autre.
celle
156 MERCURE
Ils avoient des Neveux qui pre
tendoient à leur Succeffion , dont
leur petite Fille s'eft mise en pof.
feffion , furquoy ils ont intenté
Procés contre elle. On fçaura ce
le Parlement en ordonnera .
que
Je fuis avec beaucoup de respect,
Madame , Voftre , & c.
Je ne fçay , Madame , fi je
vous ay mandé , que les DamesChanoineffes
de Bouxfier
en Lorraine ayant tenu Chapitre
, y avoient élû pour leur
Abbeffe Madame Anne de Simiane
de Moncha , Chanoi
neſſe de Remiremont , que fon
GALANT. 157
merite rend auffi confiderable
que fa naiffance. Quoy
qu'elle foit dans une grande
jeuneffe, elle s'eft fait toûjours
diftinguer par la conduite &
par fa vertu , & le choix qu'on
à fait d'elle en est une preuve
bien certaine , puis qu'il y a
parmy les Dames de Boux.
fier quantité de Filles qui au
roient remply dignement ce
pofte , & qu'elles font forties
de leur corps pour avoir Ma
dame de Simiane à leur teſte .
Elle partit de Paris le 20. de
Septembre, accompagnée de
Madame de Mechatin du
1
1
158 MERCURE
Boüis, Chanoineſſe
de Remi
remont , & fe rendit à Mets ,
où elle devoit prêter ferment
de fidelité au Roy entre les
mains du Chef de ce Parlement
, ce qu'elle fit avec un
aplaudiffement
general . Lors
qu'elle arriva à Mets , elle y
trouva deux Dames que l'Ab
baye de Bouxſier avoit dépu
tées pour luy faire compli
ment ; elle y répondit , & avec
beaucoup d'efprit , & avec
fes manieres qui font extre
mement engageantes
, & fe
rendit à Bouxfier le 9. Octobre.
Les premiers Officiers
GALANT. 159
Y
trouva
de la Juftice vinrent la complimenter
à deux lieuës de là,
& quand elle fut fur un grand
Pont qu'il falloit paffer pour
arriver à la Montagne , elle
va le Maire accompagné
d'autres Officiers, & luivy
de toute la Bourgeoisie ,
qui fit trois décharges. En
mefme temps on apperceut
toute la Montagne en feu . Il
eftoit cauſé par divers Feux
d'artifice que l'on avoit mis
au delà de la Montagne , ce
qui faifoit une reverberation
admirable dans les eaux de la
Riviere qui paffe au pied .
160 MERCURE
Cette illuftre Abbeffe ayant
monté la Montagne , entra
dans l'agreable Deſert où eft
l'Abbaye de Bouxfier . La fituation
n'en fçauroit eftre
plus belle , & elle l'eft d'autant
plus , que cette Maiſon
eft tout proche de Nancy.
Elle trouva à la premiere
grand' Porte tout fon Chapitre
, à la reſte duquel eftoit
la Dame ancienne, qui aprés
luy avoir marqué la joye que
toutes ces Dames avoient de
la voir arrivée heureuſement,
la mena ehez elle , où elle
la regala pendant quelques
GALANT. 161
jours, La prife de Poffeffion
fe fit avec les ceremonies accoutumées
, & les Dames
n'oublierent rien de tout ce
qui fe pratique en une pareille
occafion
. Elles envoyerent
prier M' le Marquis des
Raurours , qui eft un homme
d'une qualité diftinguée , &
qui a eu l'honneur de conduire
Madame la Dauphine
en France , de venir attefter
cette prife de poffeffion felon
la forme ordinaire, ce qu'ilfit
dans le Chapitre
, aprés quoy,
Madame l'Abbeffe fut infta
lée. Tout le Corps la conduifit
Décembre
. 1686.
162 MERCURE
à la place qu'elle occupe dans
l'Eglife . On chanta le Te
Deum, où une belle Simphonie
fe fit entendre auffi bien
qu'à la Meffe qui fut celebrée
enfuite. Au fortir de l'Eglife,
toutes les Dames la mènerent
dans fa Maiſon , & elle
leur donna un repas tres - magnifique
.
Il y a des chofes d'un certain
poids , qui peuvent le faire
attendre . Le detail de ce
qui s'eft fait à l'Etabliſſement
de l'Academie Royale d'Angers
eft de ce nombre. Je
vous le promets depuis quelGALANT.
163
ques mois , & enfin je vous
tiens parole d'une maniere
qui vous recompenfera du
retardement. La Relation
que j'en ay receuë , non feulement
en contient jufques
aux moindres circonstances
mais elle enferme les particularitez
d'une Felte qui
a efté faite dans la Ville
pour une Statuë qu'on a élevée
au Roy. Cette Relation
qui eft tres exacte , eft d'ail
leurs bien mieux écrite qu'el
lene l'auroit efté , s'il m'euft
fallu la dreffer fur des Memoires
envoyez fans ordre,
O ij
164 MERCURE
Elle m'a efté donnée en ces
termes.
par
La Province d'Anjou n'a
pas feulement efté favorifée
la Nature de tout ce qui
peut contribuer à la rendre
une des plus agreables, & des
plus fertiles du Royaume ,
elle eft encore plus recommandable
par un tres - grand
nombre d'hommes Sçavans
qu'elle a produits dans tous
les Siecles ; & la fubtilité de
fon climat femble s'eftre
communiquée jufqu'aux ef
prits de fes Habitans. L'inclination
naturelle des AnGALANT.
165
gevins pour les Sciences, obli
gea l'un de leurs Ducs d'éta-
Blir dans la Ville d'Angers
une Univerfité , qui a toû
jours efté comme une pepiniere
de grands Perſonnages
,
& que les Rois de France ont
depuis honorez de grands
Privileges , en des termes fr
pleins d'eftime pour le Genie
des Peuples de cette Ville ,
que fi dans la fuite ils ont ré
pondu à l'opinion qu'on avoit
conceuë de leur merite , on
peut croire qu'ils y ont efté
portez autant par le defir de
fe rendre dignes des loüanges
166 MERCURE
de leurs Princes , que par leur
propre inclination . Ceux qui
habitent aujourd'huy cette
Province n'ont point dége.
neré de la vertu de leurs Anceftres.
Ils ont confervé la
mefine ardeur , & les mefmes.
difpofitions pour les plus
hautes connoiffances ; mais
comme fous un Regne auffi
floriffant que celuy du Roy
on ne fçauroit rien fouffrir
qui ne foit dans la derniere
perfection , ils n'ont pas crû
pouvoir y parvenir , s'ils ne
joignoient à leurs Etudes le
fecours des Conferences AcaGALANT.
167
demiques , également propres
à former les efprits par
la communication de leurs
connoiffances & de leurs lu
mieres , & à leur inſpirer cette
noble émulation , qui les
entretient dans un travail
plus affidu . Sa Majesté qui
favorife avec une extrême
bonté tout ce qui peut rendre
les Peuples plus heureux,
accorda fans peine l'établiſ
fement d'une Academie de
belles Lettres dans la Ville
d'Angers , à la priere que luy
en firent Mr le Comte d'Ar
magnac , Grand Ecuyer de
1
168 MERCURE
France , & Gouverneur de la
Province d'Anjou , & M¹ de
Chasteauneuf , Secretaire
d'Etat.
Les Officiers du Corps de
Ville , qui regardent cette
nouvelle Compagnie , com
me un des plus grands orne
mens de leur Patrie , refolurent
pour en témoigner leur
reconnoiffance au Roy , de
luy élever une Statue dans
leur Hoftel. Ils en demande
rent la permiffion à Sa Majefté
qui la leur accorda pour
leur propre fatisfaction plu
toft que pour fa gloire ; & a
fin
GALANT. 169
fin que cette Ceremonie fe
fift avec plus déclat , on refolut
de faire dans le mefme
jour l'ouverture de l'Academie
.
IN
Mr de Nointel , Maiſtre
ordinaire des
Requeſtes de
l'Hoſtel, Intendant de la Generalité
de Tours , & l'un des
trente nommez par le Roy
pour compofer cette Com.
pagnie , ayant receu l'ordre
de Sa Majesté d'en faire l'é
tabliſſement , fe rendit dans
la Ville , & choifit pour cette
Ceremonie le Lundy , premier
jour du mois de Juil-
Decembre 1686.
P
1
170 MERCURE
let dernier. La Fefte fut annoncée
dés le point du jour
par une décharge de tout le
Canon , qui fut auffi- toſt ſuivie
du bruit des Tambours ,
& des Fanfares des Trompetes.
M' l'Evefque d'Angers ,
perfuadé que l'Eglife qui par.
ticipe aux bien-faits des Rois,
ne doit pas fe contenter de
leur en marquer fa reconnoiffance
par des Prieres , & par
des voeux , mais qu'il eſt meſ
me de fon devoir d'entrer
dans les Réjouiſſances publi
ques que les Peuples font à
leur honneur , avoit ordonGALANT.
171
né qu'on fonnaſt les Cloches
de la Ville pendant une heure
; l'Eglife Cathedrale en
donna le fignal , & fut fuivie
de toutes les autres. Il ne fut
pas neceffaire d'avertir les
Habitans de ceffer leur travail
& de tenir les Boutiques
fermées ; la joye déja répandue
dans le Peuple , luy fit
oublier le foin de fes propres
affaires , & le fentiment de
fes befoins , pour ne penſer
qu'à contribuer à la magnificence
de cette journée , &
tous fe rendirent en Armes
fous 24. Drapeaux , fuivant
P ij
172 MERCURE
l'ordre qu'ils en avoient receu
de M d'Autichamp ,
Lieutenant de Roy, & Commandant
dans la Ville &
dans le Chafteau d'Angers.
Un tres grand nombre de
Perfonnes remarquables ,
non feulement de la Ville
& de la Province , mais aufſi
des Provinces voisines , que
l'éclat de cette Fefte avoit
attirées , fe trouverent dans
la grande Salle de l'Hoſtel
de Ville , qu'on avoit parée
de riches Tapifleries ,
de divers Portraits de nos
Rois & des Comtes d'An--
2
GALANT. 173
*
jou , Tiges illuftres des
deux Maifons Royales de
France & d'Angleterre , & de
ceux des Hommes de Lettres
originaires de cette Province.
Bien toft aprés M' l'Evefque
d'Angers, M' l'Intendant
, & M² d'Autichamp ,
accompagnez de la plus confiderable
partie de la Nobleſfe
, & de quelques - uns des
Academiciens , partirent du
Chafteau , où M' d'Autichamp
leur avoit donné un
Robert le Fort , Tige de la Maifon Royalc
de France .
}
Geoffroy Plantegens , Tige de la Maifon
Royale d'Angleterre.
P
111
174 MERCURE
f
les Offimagnifique
Repas , & fe rendirent
à l'Hoftel de Ville au
travers d'une double haye de
Bourgeois fous les Armes . Ils
y furent receus par
ciers de Ville, & prirent place
dans trois Fauteuils au bout
d'un grand Bureau deftiné
pour l'Academie . Les Academiciens
, & les Officiers de
Ville fe placerent des deux
coftez .
Ce fut un agreable Specta .
cle de voir en mefine temps
les Portraits des Souverains.
qui ont commandé dans cette
Province , ceux des HomGALANT.
175
mes de Lettres qu'elle a produits
, & dans le mefme lieu
les
Defcendans de ceux - cy ,
qui formoient cette nouvelle
Academie, & que les Images
de leurs Anceſtres exci
toient encore à marcher fur
leurs traces , & à imiter leurs
vertus. On voyoit en mefme
temps un tres -grand nombre
de Dames, dont la beauté fem .
bloit difputer à l'Academie
l'honneur de cette Fefte ; &
à la tefte d'une auffi belle AL
femblée trois Perſonnes qui
fe font rendues celebres , M
Evefque d'Angers , dans l'E
Pi
176 MERCURE
glife , M' de Nointel , dans la
Robe , & Ms d'Autichamp ,
dans l'Epée , par les longs
fervices qu'il a rendus avec
autant de valeur que
dence .
›
que
de
pru
Ce Spactacle nouveau occupa
long temps les
yeux &
l'efprit de toute l'Affemblée ,
& fit un filence d'admiration ,
qui ne fut interrompu que
par la lecture des Lettres patentes
, & des Statuts de l'Academie
, de la lifte des Academiciens
, de l'Arreft de verification
au Parlement de
Paris , & de l'Enregistrement
GALANT. 177
fait au Prefidial d'Angers, où
-M' Martineau, premier Avocat
du Roy dans ce Siege ,
& l'un des
Academieiens , avoit
porté la parole pour le
requerir, avec fa grace & fon
éloquence
ordinaire .
Aprés cette lecture M'I'Intendant
prit la parole , & fit
un
Difcours qu'on ne peut
affez loüer . Il
commença par
l'éloge de la Province d'Anjou
, & des Hommes qui s'y
font rendus celebres dans les
Lettres . Il parla de l'utilité
des
Academies , des efperances
qu'on doit concevoir de
178 MERCURE
井
celle d'Angers , de l'obliga
tion qu'elle a d'employer fes
veilles à louer le Roy , fon
Augufte Fondateur ; & luy
meline en donna l'exemple
avec tant de force & tant
d'éloquence , qu'il fembla
n'avoir rien laiffé à faire à
cette nouvelle Compagnie ,
& l'on peut dire qu'il n'établit
pas moins l'Academie
par la beauté de cette action ,
que par les Lettres patentes .
Mr Gourreau , Confeiller
honoraire au Prefidial d'Angers
, & Doyen des Confeil.
fers de Ville, répondit au nom
GALANT. 179
de l'Academie par un autre
Difcours , qui remplit tout
ce qu'on pouvoit attendre
d'une Perfonne qui a donné
dans plufieurs Actions publiques
des preuves de fon clo .
quence & de fon fçavoir . Il
fit connoiftre que l'établiſfeinent
de l'Academie, quelque
avantageux qu'il fuſt à
la Province par l'utilité qu'on
en pouvoit efperer , luy devenoit
encore plus precieux
de la main du Monarque à
qui elle en eftoit redevable.It
y meЛla l'éloge de l'Academie-
Françoife, & quoy qu'il fem
180 MERCURE
ble qu'on ait épuifé tout ce
qui fe peut dire de la grandeur
de Sa Majefté , & de l'avantage
des Academies des
belles Lettres , ces deux Difcours
firent connoiftre que
ces matieres font inépuifables
, & fourniffent toûjours
quelque chofe de grand &
de nouveau, quand elles font
maniées par des Genies du
premier ordre. M' Gourreau
ayant ceffé de parler , toute la
Compagnie fe répandit fur
les Terraffes, & dans le Jardin
de l'Hoftel de Ville , où l'on
avoit élevé la Statuë du Roy.
GALANT . 181
Le lieu ne pouvoit eftre
mieux choifi. Cet Hoftel qui
peut paffer pour un des plus
beaux Edifices du Royaume ,
fut baſty par Pierre Poyet ,
Lieutenant General , & Maire
d'Angers ,Frere aîné du Chancelier
Poyet , & il a efté depuis
beaucoup embelly par
les foins de M Charlot , der
nier Maire de la Ville , l'un
des Academiciens , & celuy
qui forma les premiers projets
de l'Academie pendant
fon adminiftration . Il eft fitué
dans un lieu fort élevé ,
qui d'un cofté commande à
182 MERCURE
toute la Ville , & de l'autre à
une tres- belle Campagne
arrofée
de trois grandes
Ri
vieres , qui viennent
fe joindre
en ce lieu- la pour paffor
au travers de la Ville . En face
de ce fuperbe
Baſtiment
eſt
une grande Court , avec des
Terraffes
en Baluſtrades
, d'où
l'on defcend
par un double
Efcalier
d'une belle ordonnance
, dans un Jardin , qui
n'eſt ſeparé de la principale
Place publique
que par une
Baluftrade
de fer, qui le laiffe
voir tout entier. C'eft dans
ce Jardin que la Ville a fait
GALANT. 183
ériger la Statuë du Roy , où
elle eft également en veuë
de l'Hoftel de Ville , & de la
Place publique. Si - toft qu'on
l'eut découverte , elle fut falüée
par une déchargedu Canon
, & par plufieurs falves
de toute la Milice. On entendit
divers Concerts de Trom.
pettes , de Hautbois , & de
Violons , qu'on avoit difperfez
fur les Terraffes de l'Ho
ftel de Ville , où l'on avoit
auffi placé des Fontaines qui
coulerent tout le refte du
jour.
La joye du Peuple éclata
184 MERCURE
d'une maniere furprenante ,
& par des tranſports qui ne
font connus que fous le Re
gne des bons Princes. Aprés
que ces agreables emportemens
de plaiſir eurent longtemps
occupé tous les Spectateurs
, les perfonnes de qualité
furent rapellées dans une
des Salles de l'Hoſtel de Vil
le , où elles trouverent plufieurs
Tables que Mr Renou
de la Feauté , Confeiller au
Prefidial & Maire d'Angers ,
avoit fait fervir de tout ce
qui fe peut fouhaiter de plus
délicat , fans qu'il euſt eſté
GALANT. 18
prefque beſoin de le cher
cher ailleurs que dans la Province
mefine. Ce regale qui
dura jufqu'à la nuit , fut interrompu
par un grand éclat
de lumiere qu'on vit aux Feneftres
de la Salle . C'eftoit
une Illumination
qui parut
tout d'un coup dans toutes
les Maifons de la Ville & juf
qu'aux Clochers des Eglifes.
La Cathedrale
fe diftingua
non feulement par un feu
qu'elle fit paroiftre dans ce
fuperbe Clocher , qui fait
l'admiration
des Etrangers
&
des plus Sçavans Architectes,
Decembre 1686. Q
186 MERCURE
mais encore par un tres- beau
Concert qu'elle y fit entendre.
Plufieurs Villages de la
Campagne voifine , fituez le
long des bords de ces trois
Rivieres , fuivirent l'exemple
de la Ville, & firent de toutes
parts un fi grand feu qu'il
fembloit qu'on vouluft prolonger
le jour , qui paroiffoit
trop court à la joye publique.
L'Hoftel de Ville fut auffi il
luminé d'une maniere affez
ingenieuſe . Sur le Balcon de
l'Eſcalier qui defcend dans le
Jardin & qui fait face à la
Place publique , on avoit é
1
GALANT 187
*
levé une Figure d'Apollon
fur le Mont Parnaffe au milieu
des neufMufes . Les ram
pes
de l'Escalier eftoient il-
Tuminées d'autant de bas- re
liefs de douze pieds de long
fur quatre de haut , dans lel
quels on avoit repreſenté les
actions les plus éclatantes de
noftre grand Monarque , &
entre autres celles qui font
le fujet de deux Prix propofez
cette année par la Ville d'An
gers ; ces Sujets font le Triom
phe du Roy fur l'Herefie , le
Canalde la Riviere d'Eure. Pour
exprimer le premier ne
Q iji
188
MERCURE
maniere qui fuſt plus ſenſible
aux Perfonnes de la Province
; on avoit peint la démolition
de plufieurs Temples
que l'Herefre s'eftoit éle
vez dans l'Anjou , & pref
que jufqu'aux Portes de la
Ville d'Angers , à laquelle ils
ont coufté tant de fang , &
donné tant d'alarmes . Dans
un autre Tableau on avoit
dépeint la Riviere d'Eure , à
la maniere des Fleuves antiques
fous la Figure d'unVieil
lard dans des
Rofeaux , ap.
puyé fur une Urne , qui répandoit
un gros ruiffeau dans
GALANT. 189
une vafte Campagne , où
toutes les Troupes qu'on
employe à l'Aqueduc de
Maintenon eftoient figurées
dans leurs travaux . On lifoit
ces mots fur l'Urne .
Lodoico monftrante viam .
Sur la rampe opposée on
avoit exprimé ce melme Sujet
par le combat d'Hercule
contre le Fleuve Acheloüs
fous la forme d'un Taureau
renversé par ce Heros , qui,
luy arrachoit une de fes Cornes
, & dans le mefme Tableau
l'on voyoit les Triom190
MERCURE
phes des Eaux de Verſailles ,
qui fembloient attendre l'iffue
de ce Combat , pour recevoir
du Vainqueur la Corne
d'abondance . Sur le frontifpice
du Pavillon deftiné
pour les Conferences Academiques
, & bafty dans le
mefme Jardin , on avoit placé
un Groupe qui reprefentoit
comme un Trophée de
Sciences & de beaux Arts ,
compofé de Livres , de Spheres
, & d'autres Inftrumens
de Mathematique , & furmonté
par une Renommée
la Trompette à la main ,
GALANT. 191
avec ces mots d'Horace ,
Ære perrennius
.
pour marquer
que queldurables
que foient les
que
Monumens de bronze & de
marbre qu'on dreffe aux bons
Princes , ceux que
les hommes
de Lettres
leur érigent
,
les affeurent
encore
davantage
de l'immortalité
. Ce
Trophée
eftoit accompagné
de deux autres
Pieces
illumi
nées. L'une
eftoit une Fontaine
avec ces mots ,
Maculas oftendit & auffert.
pour marquer quelles font
les fonctions de l'Academie,
192 MERCURE
On avoit peint dans l'autre
pluſieurs Lauriers naiſſans
fous un grand Laurier avec
cet Hemiftiche du Poëte Latin
Parva fub ingenti.
qui s'appliquant au Roy
fait connoiftre que les Lau
riers des hommes Sçavans
naiffent & s'élevent à l'om .
bre des fiens ; & faifant l'application
de cette mefme
Devife à toutes les Academies
qui fe font formées fur
le modelle de l'Academie
Françoiſe , elle marque que
leurs Lauriers font des rejet-
+
tons
GALANT. 193
tons de ceux que cette celebre
Compagnie prend pour
le corps de la Devife . Au def
fous de ces trois Figures on
avoit écrit ces Vers adreffez
aux Academiciens d'Angers
par un des premiers Hommes
de ce Siecle , qui luy- mefme
eſt du nombre de ceux qui
compoſent cette Academie .
Hellados Latii Doctis non ixvidus
hortis ,
Hortus hic aoniis poffit certare
viretis.
O qui illum incolitis leƐtiſſima
turba,Sodales ,
Terdeni Proceres Andina gloria
Gentis ,
Décemb. 1686. R
194 MERCURE
1
Magnanimi Herois bellipacifque,
Miniftri
Andina hic per quem Parifine.
Academia certat ,
Floribus augustam LODOICE.
cingite frontemb Hovs
Cingite: fed nitidos brevis ævi
linquite flores,
25
Quos non aut æftus , aut frigord
Lædere poffint,
Carpite fulgentes immortales Amarantos.
Au milieu de la Baluftrade
de fer qui fepare le Jardin de
la Place publique , on avoit
élevé un Soleil en feu , au
deffous duquel eftoient écrits
ces mots .
Unus & omnis .
GALANT. 195
Des deux coftez fur deux
Pilaftres eftoient deux Obe.
lifques , qu'on fçait eſtre les
Figures confacrées
au Soleil .
Dans l'un eftoit peint un Ciel
étoilé de trente Etoiles
, par
rapport auxtr ente Academiciens
, avec ces mots du 6. de
l'Eneide .
Solemque fuumfua fidera norunt,
L'autre reprefentoit une
pepiniere de jeunes arbres ,
pour marquer l'Academie
naiffante aux rayons de ce
Soleil , avec ces autres mots
de Virgile .
Format qui dedit ortum.
Rij
196 MERCURE
Dans la mefme façade fur
quatre Pilaftres rangez de
front , des deux coftez , eftoient
quatre Figures ; l'une
de la Ville repreſentée par
une Femme , qui d'une main
tenoit le Cartouche de fes
Armes, & de l'autre montroit
la Statue du Roy , avec ces
paroles .
Hoc fofpite fofpes.
Une autre de ces Figures
eftoit l'Academie reprefentée
par une Mufe , au deffous
de laquelle eftoit écrit .
Nec Phoeby gratior ulla.
La troifiéme eftoit l'HerGALANT.
197
cule Gaulois , que nos Peres
ont reconnu pour le Dieu de
l'Eloquence, & qu'ils avoient
de coûtume de reprefenter
fuivy d'une foule de perfonnes
qu'il tenoit comme enchaifnées
par les oreilles avec
des filets d'or qui luy fortoient
de la bouche . Au def
fous fe lifoient ces mots .
Aderit ille Deus.
La quatriéme Figure eftoit
la Religion un Encenfoir à la
main , & une Couronne d'E
toiles dans l'autre , qu'elle
fembloit prefenter au Roy
avec ces mots empruntez de
Riij
198 MERCURE
la Deviſe d'un des Ducs d'Anjou
,
Manet altera Calc
Sur la porte de la Chambre
du Confeil de Ville on
lifoit ce Paffage de Salomon ,
Salus populi ubi multa Concilia.
Tout le refte de l'Hoftel de
Ville eftoit illuminé par des
Fleurs de Lys , & des Dauphins
, par les Armes de Madame
la Dauphine , par des
Antiques, des Autels ardens ,
des Sacrifices , des Termes ,
des Trophées , divers Obe.
lifqués , des Phares , avec des
Deviles fur chacune de ces
GALANT. 199
Figures
, au nombre
de plus
dé cent.
Cette multitude de lumieres
jointe à la difpofition
qu'on leur avoit donnée , &
àla fituation avantageufe
du
lieu , compofoit
un Spectacle
fragreable
qu'on ne pouvoir
de laffer delle regarder ; lors
que tout d'un coup il fortit
adu Soleil fut le milieu de la
Baluffrades
un Lates- grand
nombre de Fulée's' , qui formerent
comme autant de
rayons , & qui porterent le
feu dans plufieurs Figures de
I'lllumination
, où l'on avoit
R iiij
200 MERCURE
renfermé des feux d'artifice ,
& qui s'allumant encore les
unes & les autres par des Fufées
de communication , s'é
leverent toutes à diverſes reprifes
pour fe confumer en
l'air , & firent un Feu d'artifice
qui finit par une Giran
dole placée fur la Tour de
l'Horloge dans une Bombe ,
fur laquelle eftoient écrits
ces mots en lettres de feu ,
Dignos Phobo concipit ignes.
C'eſt ainfi que la Ville &
l'Academie d'Angers ont effayé
de répondre aux bontez
de noftre Augufte Monar.
GALANT 201
que . La Ville luy a érigé une
Statuë qui fera le plus cher
objet de tous ceux qui paſſe .
ront leurs jours dans une Province
, à laquelle il ne manque
que d'eftre moins éloignée
du féjour ordinaire de
fes Princes ; & qui rendant la
Majefté de ce Heros toûjours
preſente aux Academiciens
Ïes animera fans doute à tracer
dans leurs écrits les traits
de ſa gloire & de ſa grandeur.
La premiere Affemblée de
l'Academie fe paffa dans les
témoignages de bien - veillan
ce que fe peuvent donner
202 MERCURE
trente perfonnes choifies ,
que la conformité de leurs
Etudes , & de leurs inclinations
, avoit déja prefque tous
liez d'une étroité amitié , qui
ont l'avantage de voir leurs
occupations honorées de l'eftime
publique , & de fe trou
ver en eftat de goufter fous
la protection du plus grand
Roy de la Terre les douceurs
de cette agreable Societé qui
fait le charme des efprits.
Dans l'Affemblée fuivante
on éleut les Officiers . M'IE
vefque d'Angers fut éleu Di
recteur , M Gohin premier
GALANT. 203
Prefident du Prefidial , fut
nommé Chancelier ; M ' Goureau
dont je vous ay déja parlé
, & M Pettineau , cy.devant
Preſident de la Prevofté,
Police & confervarion des
Privileges de l'Univerfité
d'Angers , & premier Echevin
de la Ville , furent faits.
Secretaires perpetuels . On
cut affez de quoy s'occuper
dans quelques autres Affemblées
de la Lecture de divers
Ouvrages en Profe & en
Vers , qu'avoient compofez
plufieurs beaux efprits de la
Province rechauffez par ce
J
204 MERCURE
nouvel établiſſement . L'Academie
receut auffi quelques
Complimens fur des
Thefes qui luy furent dediées.
M' du Pleffis de Gefté Euefque
de Saintes , d'une des
plus anciennes Maifons de la
Province d'Anjou , s'eftant
trouvé dans la Ville d'Angers,
l'Academie creut ne fe pou
voir difpenfer de rendre fes
civilitez à un Prelat qui fait
tant d'honneur à fa Patrie , &c,
dont le Frere aifné , l'un des
plus fages & des plus fçavans
Gentilhommes
du Royaume,
GALANT. 205
eft un des plus beaux ornemens
de cette nouvelle Compagnie.
Ml'Evefque de Saintes
fit l'honneur à l'Academie
de fe trouver à la Conference
qui fe fit ce mefme jour , &
M' du Tremblay Frain, connu
par deux Traitez qu'il a
faits , le premier contre le
Jeu , & le fecond de la Vocation
Chreftienne des Enfans ,
prit une occafion fi favorapour
prier M' de Saintes
& la Compagnie , de luy dire
fon fentiment fur le deffein
d'un Livre de Morale dont il
lut le projet.
ble
206 MERCURE
M' l'Abbé le Pelletier , à
qui noftre Langue eft redevable
de deux excellentes
Traductions , l'une de la Vie
du Pape Sixte V. de l'Italien
de Gregorio Leti , & l'autre
de l'Hiftoire de la Guerre de
Chypre écrite en Latin par
Antoine Mana Gratiani , Evefque
d'Amelia , fut auffi
prié de lire quelques endroits
d'une Traduction qu'il doit
bien- toft donner au Public
de l'Hiftoire de la Chine ,
compofée par le Pere Martin
Jefuite Alleman.
La Conference finit par
GALANT 207
une fçavante
Differtation
de
M'de la Vilete Breillet , Gentilhomme
Angevin
, & l'un
des trente Academiciens
, fur
des VersLatins
compofez
par
Francius Poëte Hollandois
,
en l'honneur
de l'illuftre M
l'Abbé Ménage , qui eft de
la mefme Academie
.
༽ ་
?
On éleut dans la derniere
Affemblée
en la place de M
de Primé Martineau
, mort
depuis l'établiffement
. M
Cupiffs de Terdras Confeil
ler au Prefidial & à l'Hoftel
de Ville , cy - devant Maire
d'Angers
.
208 MERCURE
Les Vacations qui furvinrent
peu de temps aprés , firent
ceffer les Conferences
Academiques , qui viennent
de recommencer par trois
Difcours publics . Le premier
a efté un excellent Eloge de
M' de Primé Martineau , vivant
Secretaire du Roy , pro.
noncé par M' de Livonniere
Poquet , Confeiller au Prefidial
d'Angers. Le fecond
a eſté l'Eloge de M'de Roye ,
celebre Docteur en Droit
dans l'Univerfité d'Angers ,
auffi l'un des Academiciens
morts depuis la naiffance de
1
GALANT. 209
l'Academie . Cet Eloge a efté
prononcé par M' du Tremblay
Frain. La place de ce
dernier Academicien mort
n'eftant pas encore remplie ,
M'Goureau Secretaire de l'A .
cademie , prepara la Compagnie
à faire une élection digne
d'elle par un troifiéme
Difcours , dans lequel il fit
connoiftre quelles doivent
eftre les qualitez d'un Academicien
; & toutes ces qualitez
fe trouvant dans M
Conftantin , Grand Prevoft
d'Anjou , que la profeffion
des Armes n'a pas empefche
Decembre 1686 . S
210 MERCURE
de
de joindre à de tres- beaux talens
naturels une connoiflan .
ce entiere des belles Lettres ,
il fut éleu en la place de M
de Roye le 28. du mois paffé.
Voilà quels font les premi
ces de cette Compagnie
qui
fe prepare
à meriter par
plus grandes chofes l'honneur
qu'elle a d'avoir pour
Fondateur le plus grand de
tous les Rois . J'auray un
grand Article à vous faire le
mois prochain fur cette meſme
matiere. Il contiendra les
noms des Academiciens
,
leurs Lettres Patentes , & plu
GALANT. 211
fieurs autres chofes curieufes.
Je vous envoye un revers
d'une nouvelle Médaille qui
a efté frapée pour le Roy fur
la Suppreffion des Edits de
Nantes , & de Niſmes . L'inf
cription que vous y
vous doit tenir lieu d'un exlirez
plication plus ample.
J'ay finy la Relation que
je vous ay envoyée du Siege
de Bude au jour de la prife
de cette fameufe Ville , il
faut prefentement vous ap
prendre quelle a eſté la fuite
de cette Campagne . L'Em
Sij
212 MERCURE
pereur n'eut pas efté plûtoft
informé de l'heureux fuccez
des Armes Chreftiennes
, que
jugeant de la confternation
où devoit eftre le grand Vifir
, il envoya fes ordres afin
qu'oron en profitaft , & qu'on
tafchaft de luy couper le paf
fage. Ainfi aprés que les
Troupes fe furent repofées
trois jours , on fit embarquer
dix mille homme d'Infanterie
le
S. de Septembre avec
douze pieces de Canon , vingt
Mortiers , & quantité de vivres
& de munitions pour
defcendre vers le Pont d'Ef
GALANT. 213
feck où l'Armée de Croatie
avoit auffi ordre de fe rendre,
& le lendemain l'Electeur de
Baviere & le Prince Charles
de Lorraine les fuivirent
par
terre avec vingt quatre mille.
Chevaux , fix mille Hongrois,
douze mille Fantaffins , &
trois mille Heiduques. Ils ar
riverent le 9. à Picheli , & ce
ne fut pas fans que la Cavalerie
fouffrift beaucoup dans
la marche & dans les campemens
qu'elle fit ,à caufe qu'elle
manquoit entierement de
fourages. Le 14. l'Armée Imperiale
campa à Penski, & s'y
214 MERCURE
repofa tout le jour fuivant.
On y eut avis par des Transfuges
, que les Turcs avoient
fait fauter les Fortifications
d'Hatwan
, ne fe voyant pas
en pouvoir de le conferver ,
& que les munitions
& les
vivres en avoient efté tranf
portées à Agria. L'Armée
eftant arrivée le 16. prés de
Pax , un Transfuge Polonois
raporta , que le Grand Vifir
eftoit campé avec avantage
au deça du Pont d'Effeck ,
fur la petite Riviere de Sau
bits , ayanr un Marais derriere
luy , & que fon deffein
GALANT. 215
eftoit de demeurer dans ce
Polte pour obferver les mouvemens
des Imperiaux . Le
19. l'Armée arriva prés de
Tolna , & comme les ennemis
n'en eftoient éloignez
que de trois lieuës , le Prince
Charles de Lorraine fit conftruire
un Pont fur la Riviere
de Saubits , pour engager
s'il eftoit poffible , le Grand
Vifir au Combat. Cependant
ce Prince ne pouvant plus
faire fubfifter ces Troupes .
le long de la Riviere de Saubits
, à caufe de la grande difette
qu'elles avoient de four216
MERCURE
fo
rages & de bois , ne jugea pas
à propos de la paffer,ayant appris
que les Turcs pour éviter
le Combat , s'eftoient retirez
en deça de la Drave prés de
Darda , où il y a un Chaſteau
tres -fort qu'ils ont fait con
ftruire pour couvrir le Pont
d'Effeck . Ainfi ce Prince fit
deux Corps de fon Armée ,
dont l'un
commandé par le
Prince Louis de Bade , eut
ordre de fe joindre au Comte
de
Scherffemberg , & d'aller
avec les Troupes de Croatie
que ce Comte commandoit
attaquer Cinq-Eglifes , ou
quelque
GALANT
217
quelque autre Place. Les Regimens
de Taff , de Picolomini
, de Serin , de Hanover
, de Palfi , de Trucks ,
de Kifel , de
Staremberg ,
d'Afpremont , de Tinghen ,
& de Keri
compofoient
ce Corps avec fept autres .
Ce
détachement ayant efté
fait , le Prince Charles paffa
le Danube à Tolna fur
un Pont de Bateaux avec le
refte des Troupes , & revint
vers Peft. L'Electeur de Baviere
arriva le 29. à
Vienne
,
& il fut receu de
l'Empereur
avec tous les
témoignages
Decembre 1686.
T
218 MERCURE
dejoye qu'il pouvoit attendre
. Le Prince Louis de Bade
qui s'avançoit du cofté de
Cinq- Eglifes, eftant arrivé le
26. prés de Simonthorra , fit
inveftir cette Place par la
Cavalerie , & par les Dragons
, qui ayant mis pied à
terre , vinrent fe pofter jufques
au bord du Foffé , à la
faveur des Rofeaux qui y font
tres- hauts dans les Marais.
La Garnifon témoigna eftre
fort refoluë de fe deffendre ,
& fit un grand feu de Canon ,
de Moufqueterie , & de Grehades
, mais une Batterie de
rois pieces de Canon fut fi
GALANT 219
bien fervie , qu'elle démonta
d'abord une partie de celle
des Afflegez . Ils s'eftoient
perfuadez qu'on les attaquoit
fans Infanterie , & fi
toft qu'ils la virent paroiftre
fur une hauteur , ils demanderent
à capituler . Le Prince
Louis de Bade ne les voulut
recevoir qu'à difcretion , &
ne leur donna qu'une demie
heure pour voir le party
qu'ils avoient à prendre . Pen
dant ce temps , un détache
ment de mille hommes d'In.
fanterie qui s'avança vers les
Marais , étonna fi fort les
Tij
220 MERCURE
Turcs , que defefperant de fe
pouvoir défendre , tout de
quids demanderent fut qu'on
monaft leurs Femmes & leurs
Enfans à Cinq Eglifes qe
qu'on ne put refufer aux fors
tes instances qu'ils en firent.
Les Dragons & l'Infanterie
eftant entrez dans la Place ,
on y trouva prés de trois cens
Turcs qu'on mit prifonniers
dans leChafteau. Simonthor
ra eft une Ville fituée fur la
Riviere de Sarwits. Elle a un
Foffe large de trente pas. Les
Marais qui l'environnent en
dehors font d'une telle éten
GALANT 220
= duë , qu'on eft obligé pour y
entrer de paffer un Pont de
trois cens pas de longueur.
Lé Chafteau eft auffi envi
ronné d'un bon foffé, & baft y
de pierre de taille , avec des
Fortifications à l'antique . Il
y avoit deux cens hommes:
en Garnifon dans la Place ,
& l'on y trouva feize pieces.
de Canon de fonte , une de
jorente- cinqtonneaux
de?
poudre , & plus de mille Gre
nades. Le Prince Loüis de
Både s'avança de làvers Ka
pofwarum qui mennefts qu'al
deux lieuës & s'en eftant
chiod sulthĩ v Tij
fer
222 MERCURE
rendu maiitre , il y fit met
tre le feu. Son deffein eftoit
de s'emparer auffi du Châ
teau , mais n'ayant point de
Canon ny de Mortiers, parce
qu'ils eftoient demeurez der
riere , il quitta cette entreprife
, & continuant fa Mar
che vers Dimiria , il arriva le
4. d'Octobre prés du Pont de
Turanovits , où le Comte de
Scherffemberg fe vint join
dre à luy. Les Troupes qu'il
amenoit pafferent la Drave
dans plufieurs Bateaux , le
Pont ayant efté rompu par le
débordement de cette Ri
viere. Le 16. le Prince Loüis
GALANT 223.
de Bade arriva devant Cinq-
Eglifes , avec l'Avant - Garde
qui eftoit composée en partie
des Dragons. Il ne fut pas
plûtoft devant cette Place ,
que les Turcs mirent le feu
en quatre endroits de la Vil.
le , & fe retirerent dans le
Chafteau. Ce feu fut bientoft
éteint par les Dragons
qui ayant efcaladé les murailles
, fe jetterent dans la
Place le Sabre à la main , &
ouvrirent la Porte aux autres
Troupes. On le retrancha
dans les poftes principaux
jufqu'à la grande Mofquée ,
dal seuni
Tiuje
224 MERCURE
& l'on s'avança la nuit à la
portée du Moufquet du Château
. On fit dreffer deux
y
Batteries, & l'on apprit qu'outre
la Garnifon qui eftoit de
deux mille hommes , commandez
par un Bacha & fept
Beys , il y avoit un pareil
nombre d'autres perfonnes
capables de porter les Armes,
qui s'y eftoient refugiées de
divers endroits . On comptoit
fix cens Janiffaires parmy les
deux mille hommes de la
Garnifon. Ce Chafteau eft
un quarré irregulier environ
né de hauteurs dont l'accez
T
GALANT. 225
eft difficile. Il eft fortifié de
quatre Rondelles à l'antique
avec quelques Ouvrages à la
moderne. La nuit du 17. les
Affiegez firent un fi grand
feu , qu'il y eut quelques Of
ficiers des Affiegeans tuez ,
avec environ trente Soldats .
La refolution qu'ils prirent
de mourir en fe deffendant
plûtoſt que de fonger à ſe
rendre , leur fit arborer fur
une Tour fix Drapeaux rou
a ges , avec un noir au milieu.
Le manque de vivres & de
fourrages dont l'Armée fou
froit une fort grande difette,
226 MERCURE
&
0
puifqu'elle
ne fubſiſtoit que
de ceux que l'on y conduifoit
par la
la Drave , fut cauſe que
le Siege alla d'abord affez b
lentement
. Il y eut pourtant
bréche dés le 20. le Canon
n'ayant point ceffé juſque là
de tirer contre la Place. On
travailla auffi-toft aux Mines
en trois endroits , & l'on don
na l'ordre pour monter à l'af
faut felon que l'effet en feroit
heureux. Le Prince Louis de
Bade envoya auparavant
fommer les Affiegez de fe
rendre. Ils ne voulurent faire
aucune réponſe ce jour là ,
GALANT. 227
& s'en exculerent le lendemain
par une Lettre dans laquelle
ils faifoient connoiſtre
la difpofition où ils eftoient
de capituler fi on leur accor
doit des conditions honnêtes
. On leur demanda des
Oftages. Un Aga paffa au
Camp avec un autre Officier,
& les Affiegeans envoyerent
deux Officiers dans la Place .
L'Aga n'avoit aucun pouvoir
de traiter , & on l'avoit chargé
feulement de fçavoir à
quelles conditions la Capitulation
feroit reglée . Le
Prince Louis de Bade déclara
228 MERCURE
qu'il ne vouloit
recevoir
les
Affiegez
qu'à difcretion
, &
its furent
obligez
d'y confen
.
tir, à caufe
que les munitions
leur manquoient
. Le Baeha
& les Beys demeurerent
pri
fonniers
de Guerre
avec toute
la Garnifon
, & furent
con
duits ainfi
que les Habitans
en divers
endroits
de la Stirie .
On trouva
dans Cinq - Eglifes
dix-huit pieces
de Canon
, & quantité
de munitions
& de
vivres
. Le Prince
Louis
de
Bade
y fit entrer
Garnifon
,
fçavoir
le Regiment
de Ting .
hen , la moitié
du Regiment
心
GALANT 229
de Leflé , trois
Compagnies
de celuy de Heufler , avec
trois
Bataillons des Regimens
de Montecuculi , de
Pax , & de Herbeville , & aprés
avoir donné fes ordres
pour les reparations
des Fortifications
de la Ville & du
Chafteau , il
partagea fon
Armée en deux Corps , &
prit le chemin de Darda avec
une partie de fes Trou.
pes L'autre partie commandée
par le Comte de Scherffemberg
, marcha vers Zi
clos , & arriva le 25. devant
cette Place . Ce Comte la fit
230
MERCURE
fommer
, mais les Turcs qui
s'eftoient
retirez
dans le
Chafteau , ayant témoigné
une entiere
refolution
de fe
deffendre
, on commença
les
Attaques
qui furent conti
nuées jufqu'au
31. Le fuccez
en fut heureux , & lors que
les Affiegez virent les Mines
preftes à jouer, ils arborerent
un Etendard
blanc . On ne les
receut qu'à difcretion
, & ils
demeurerent
prifonniers
de
Guerre. Les Affiegeans
eurent
prés de trois cens Soldats
de tuez à ce Siege avec
quelques
Officiers. On trou
f
GALANT.
231
va quantité de munitions &
de vivres dans la Place , avec
douze pieces de Canon . Le
Comte
deScherffemberg partit
de Ziclos pour aller rejoindre
le Prince Louis de
Bade qui s'eftoit avançé
vers Darda , qui couvre &
commande le Pont d'Effeck
en deça de la Drave. Il y avoit
deux Bachas campez
aux environs avec deux ou
trois mille Turcs que ce Prin
ce avoit deffein de comba.
tre ; mais fi - toft qu'ils eurent
appris qu'il s'avançoit de ce
cofté là , ils fe
retirerent par
232 MERCURE
I.
le Pont d'Effeck
. Ainfi loin
de les trouver
, lors qu'il ar
riva le 1. d'Octobre
à la veuë
de cette Place , il fçût que la
Garnifon
l'avoit abandonnée
avec le Canon
& les Magafins
, & que les Turcs pour
affeurer
leur retraite
avoient
brulé derriere
eux une partie
du Pont d'Effeck
. Il fit auffitoft
avancer
fa Cavalerie
le
long de ce Pont qu'il laiſſa
fur la droite pour éviter un
Marais. Les Turcs avoient
un Pont de Bateaux
fur la
Drave , & il y eut là une af
fez longue
efcarmouche
,
GALANT. 233
1
mais enfin ils fe retirerent de
l'autre cofté , aprés avoir détaché
quelques-uns de ces
Bateaux afin que les Troupes
du Prince Louis de Bade, ne
puffent paffer. Le feu de
Moufqueterie & de douze
groffes pieces de Canon
qu'ils firent toute la nuit ,
n'empefcha pas les Impe
Fiaux de ruiner un autre Pont
de trente pas de longueur. Il
eftoit conftruit de pontres ,
& attaché au Pont de Bas
teaux. Aprés celà , ce Prince
fit mettre le feu au Pont d'Effeck
, & on en détruific une
Décembre 1686.
V
234 MERCURE
de
fort grande partie , en forte
que les Infidelles auront
la peine à le rétablir. Ce Pont
a huit mille pas de longueur ,
& vingt quatre de largeur.
Cette importante expedition
eftant achevée , le Prince
Louis de Bade envoya une
partie de fes Troupes vers
Turanowits afin d'y prendre
des quartiers d'Hyver , &
marcha les . vers Kapofwar
avec le relte de fon Armée .
Eftant arrivé leg . devant cet-
*te Place , il diftribua les Poftes
à fes Troupes , & fit fommer
le Commandant de fe renGALANT
238
dre. Ce Commandant répondit
par un grand feu du Canon
, dont il tomba un boufet
fous le Cheval du Prince
Louis de Bade. Un autre paffa
fort prés de luy , & fur cette
opiniatre refiftance , on refolut
de faire les Attaques
dans les formes. Le Commandant
voyant qu'on s'y
difpofoit , demanda à capituler.
Les conditions furent
que la Garnifon feroit conduite
à Sighet , & fortiroit de
la Place avec ce que chaque
Soldat pourroit emporter.
On y trouva un grand Ma
Vij
236 MERCURE
gafin de toutes fortes d'Ar
mes. Il y en avoit d'autres
remplis de munitions , de vivres
& de fourages fi abon .
damment , qu'une Garnifon
de quinze cens hommes en
auroit pû fubfifter pendant
plus d'un an . On trouva auffi
vingt- quatre pieces de Ca
nonren batterie fur les Rondelles.
Le Prince Louis de
Bade y ayant laiffé des Troupes
en Garnifon , & le Co-
Ionel Hoffer pour les commander
, avoit refolu d'aller
bombarder Albe- Royale ,
mais le grand froid furvenu
GALANT 237
Fayant obligé de differer l'entrepriſe
à caufe des glaces ,
il fit entrer en quartier d'Hiver
les Troupes qu'il avoit
menées à Kapofwar
Pendant toutes ces expe
ditions du Prince Louis de
Bade , le Prince Charles de
Lorraine qui luy avoit donné
le Commandement
de l'un
des deux Corps de fon Armée,
paffa le Danube à Tolna
fur un Pont de Bateaux , &
revint à Peft avec le refte
des Troupes , comme je l'ay
déja dit. Il fit auffi - toft un
détachement de quelques
Regimens qui marcherent à
238 MERCURE
petites journées vers la haute
Hongrie , & vers la Teyffe ,
où le Comte Caraffa , & le
General Heufler en devoient
prendre le Commandement
pour attaquer Segedin . Le
Lieutenant General de la
Vergne , eftant arrivé devant
cette Place , & la voulant re.
connoiftre , fut tué dans une
fortie que fir la Garniſon ; il
y eut auffi quelques Officiers
& environ cent Soldats tuez.
Le Comte de Souches prit
auffi- toft le
Commandement
des Troupes , & fit inveftir
la Place par l'Infanterie. On
GALANT 239
forma le Siege fi- toft que le
Comte Caraffa fut arrivé. On
conduifit pour cela du Canon
& des Mortiers de Zol
nock. La Garnifon de la Pla
ce qui eftoit de plus de deux
mille hommes fit une tresvigoureuſe
refiftance , mais
elle n'empeſcha pas qu'on
n'achevalt quatre Bateries ,
& qu'en peu de temps il n'y
euft une affez grande bréche.
Cependant comme les vivres
& les fourrages manquoient,
le Comte Caraffa fe vit obligé
d'aller à Zolnock afin
d'en faire venir. Il laiffa le
291
208
MERCURE
1
Les Vacations qui furvinrent
peu de temps aprés , fi
rent ceffer les Conferences
Academiques , qui viennent
de recommencer par trois
Difcours publics. Le premier
a eſté un excellent Eloge de
M' de Primé Martineau , vivant
Secretaire du Roy , prononcé
par M' de Livonniere
Poquet , Confeiller au Prefidial
d'Angers. Le fecond
a efté l'Eloge de M ' de Roye ,
celebre Docteur en Droit
dans
l'Univerfité d'Angers ,
auffi l'un des Academiciens
morts depuis la naiſſance de
GALANT. 209
l'Academie . Cet Eloge a efté
prononcé par M' du Tremblay
Frain. La place de ce
dernier Academicien mort
n'eftant pas encore remplie ,
M' Goureau Secretaire de l'A.
cademie , prepara la Compagnie
à faire une élection digne
d'elle par un troifiéme
Difcours , dans lequel il fit
connoiftre quelles doivent
eftre les qualitez d'un Academicien
; & toutes ces qualitez
fe trouvant dans M
Conſtantin , Grand Prevoft
d'Anjou , que la profeffion
des Armes n'a pas empefche
Decembre 1686. S
210 MERCURE
à meriter par de
de joindre à de tres- beaux talens
naturels une connoiflan.
ce entiere des belles Lettres ,
il fut éleu en la place de M²
de Roye le 28. du mois paſſé.
Voilà quels font les premices
de cette Compagnie
qui
fe prepare
plus grandes chofes l'honneur
qu'elle a d'avoir pour
Fondateur le plus grand de
tous les Rois. J'auray un
grand Article à vous faire le
mois prochain fur cette meſ
me matiere. Il contiendra les
noms des Academiciens
,
leurs Lettres Patentes , & plu
GALANT. 211
fieurs autres chofes curieufes.
Je vous envoye un revers
d'une nouvelle Médaille qui
a efté frapée pour le Roy fur
la Suppreffion des Edits de
Nantes , & de Niſmes . L'inf
cription que vous y_lirez
vous doit tenir lieu d'un explication
plus ample.
J'ay finy la Relation que
je vous ay envoyée du Siege
de Bude au jour de la prife
de cette fameufe Ville , il
faut prefentement vous apprendre
quelle a efté la fuite
de cette Campagne . L'Em
Sij
212 MERCURE
pereur n'eut pas efté plûtoft
informé de l'heureux fuccez
des Armes Chreftiennes
, que
jugeant de la confternation
où devoit eftre le grand Vifir
, il envoya ſes ordres afin
qu'on en profitaft , & qu'on
tafchaft de luy couper le paf
fage. Ainfi aprés que les
Troupes fe furent repofées
trois jours , on fit embarquer
dix mille homme d'Infanterie
le
S. de Septembre avec
douze pieces de Canon ,vingt
Mortiers , & quantité de vivres
& de munitions pour
defcendre vers le Pont d'Ef
GALANT. 213
feck où l'Armée de Croatie
avoit auffi ordre de fe rendre,
& le lendemain l'Electeur de
Baviere & le Prince Charles
de Lorraine les fuivirent par
terre avec vingt quatre mille
Chevaux,fix mille Hongrois,
douze mille Fantaffins , &
trois mille Heiduques . Ils arriverent
le 9. à Picheli , & ce
ne fut pas fans
fans que la Cavalerie
fouffrift beaucoup dans
la marche & dans les campemens
qu'elle fit ,à caufe qu'el
le manquoit entierement de
fourages . Le 14. l'Armée Imperiale
campa à Penski, & s'y
1
214 MERCURE
repofa tout le jour ſuivant .
On y eut avis par des Transfuges
, que les Turcs avoient
fait fauter les Fortifications
d'Hatwan
, ne fe voyant pas
en pouvoir de le conferver ,
& que les munitions & les
vivres en avoient efté tranfportées
à Agria. L'Armée
eftant arrivée le 16. prés de
Pax , un Transfuge Polonois
raporta , que le Grand Vifir
eftoit campé avec avantage
au deça du Pont d'Effeck ,
fur la petite Riviere de Sau、
bits , ayanr un Marais derriere
luy , & que fon deffein
GALANT. 215
eftoit de demeurer dans ce
Pofte pour obſerver les mouvemens
des Imperiaux . Le
19. l'Armée arriva prés de
Tolna , & comme les ennemis
n'en eftoient éloignez
que de trois lieuës , le Prince
Charles de Lorraine fit conftruire
un Pont fur la Riviere
de Saubits , pour engager
s'il eftoit poffible , le Grand
Vifir au Combat. Cependant
ce Prince ne pouvant plus
faire fubfifter ces Troupes .
le long de la Riviere de Saubits
, à caufe de la grande difette
qu'elles avoient de four216
MERCURE
rages & de bois , ne jugea pas
à propos de la paffer ,ayant appris
que les Turcs pour éviter
le Combat , s'eftoient retirez
en deça de la Drave prés de
Darda , où il y a un Chafteau
tres-fort qu'ils ont fait con
ftruire pour couvrir le Pont
d'Effeck
. Ainfi ce Prince fit
deux Corps de fon Armée ,
dont l'un commandé
par
le
Prince Louis de Bade , eut
ordre de fe joindre au Comte
de Scherffemberg
, & d'aller
avec les Troupes de Croatie
que ce Comte commandoit
attaquer Cinq-Eglifes 2
Ou
quelque
GALANT.
217
quelque autre Place. Les Re
gimens de Taff , de Picolomini
, de Serin , de Hanover
, de Palfi , de Trucks ,
de Kifel , de
Staremberg ,
d'Afpremont
, de Tinghen ,
& de Keri
compofoient
ce Corps avec fept autres .
Ce
détachement ayant efté
fait , le Prince Charles paffa
le Danube à Tolna fur
un Pont de Bateaux avec le
refte des Troupes , & revint
vers Peft . L'Electeur de Ba
viere arriva le 29. à Vienne ,
& il fut receu de
l'Empereur
avec tous les
témoignages
Decembre 1686.
T
218
MERCURE
dejoye qu'il pouvoit atten
dre. Le Prince Louis de Bade
qui s'avançoit
du cofté de
Cinq-Eglifes,eftant arrivé le
26. prés de Simonthorra
, fit
inveftir cette Placé par la
Cavalerie
, & par les Dragons
, qui ayant mis pied à
terre , vinrent fe pofter jufques
au bord du Foffé , à la
faveur des Rofeaux qui y font
tres-hauts dans les Marais.
La Garnifon témoigna eftre
fort refolue de fe deffendre
,
& fit un grand feu de Canon ,
de Moufqueterie
, & de Grenades
, mais une Batterie de
rois pieces de Canon fut fi
1
GALANT
219
3
2
bien fervie , qu'elle démonta
d'abord une partie de celle
des Affiegez. Ils s'eftoient
perfuadez qu'on les attaquoit
fans Infanterie , & fitoft
qu'ils la virent paroiftre
fur une hauteur , ils deman
derent à capituler. Le Prince
Louis de Bade ne les voulut
recevoir qu'à difcretion , &
ne leur donna qu'une demie
heure pour voir le party
qu'ils avoient à prendre . Pen
dant ce temps , un détachement
de mille hommes d'In .
fanterie qui s'avança vers les
Marais , étonna fi fort les
}
Tij
220 MERCURE
Turcs , que defefperant
de fe
pouvoir
défendre
, tout de
qu'ils demanderent
fut qu'on
menaft leurs Femmes
& leurs
Enfans à Cinq Eglifes qe
qu'on ne put refufer aux for
tes inftances qu'ils en firent.
Les Dragons & Infanterie
eftant entrez dans la Place ,
on y trouva prés de trois cens
Turcs qu'on mit prifonniers
dans leChafteau . Simonthor
ra eft une Ville fituée fur la
Riviere de Sarwits. Elle a un
Foffé large de trente pas. Les
Marais qui l'environnent en
dehors font d'une telle éten
GALANT 220
duë , qu'on eft obligé pour y
entrer de paffer un Pont de
trois cens pas de longueur.
Lé Chafteau eft auff envi
ronné d'un bon foffe, & bafty
de pierre de taille , avec des
Fortifications à l'antique. Il:
y avoit deux cens hommes
en Garnifon dans la Place ,
& l'on y trouva feize pieces
de Canon de fonte , une de
jorente- cinqtonneaux de?
poudre , & plus de mille Gre
nades. Le Prince Louis de
Bade s'avança de làvers Ka
pofwaru, qui men efts qu'al
deux lieuës & s'en eftant
sijod coltii od Tij
fer
222 MERCURE
rendu mailtre , il y fit met
tre le feu . Son deſſein eftoit
de s'emparer
auffi du Châ
teau , mais n'ayant point de
Canon ny de Mortiers
, parce
qu'ils eftoient demeurez
derriere
, il quitta cette entreprife
, & continuant
fa Mar
che vers Dimiria , il arriva le
4. d'Octobre
prés du Pont de
Turanowits
, où le Comte de
Scherffemberg
fe vint joint
dre à luy. Les Troupes
qu'il
amenoit pafferent
la Drave
dans plufieurs
Bateaux , le
Pont ayant efté rompu par le
débordement
de cette Riviere.
Le 16. le Prince Louis
a
GALANT 223.
>
de Bade arriva devant Cinq-
Eglifes , avec l'Avant - Garde
qui eftoit compofée en partie
des Dragons. Il ne fut pas
plûtoft devant cette Place ,
que les Turcs mirent le feu
en quatre endroits de la Vil.
le , & fe retirerent dans le
Chasteau . Ce feu fut bientoft
éteint par les Dragons
,
qui ayant efcaladé les murailles
, fe jetterent dans la
Place le Sabre à la main , &
ouvrirent la Porte aux autres
Troupes. On fe retrancha
dans les poftes principaux
jufqu'à la grande Mofquée ,
224
MERCURE
& l'on s'avança
la nuit à la
portée du Moufquet
du Château
. On y fit dreffer deux
Batteries
, & l'on apprit qu'outre
la Garnifon
qui eftoit de
deux mille hommes
, commandez
par un Bacha & fept
Beys , il y avoit un pareil
nombre
d'autres perfonnes
capables
de porter les Armes,
qui s'y eftoient
refugiées
de
divers endroits
. On comptoit
fix cens Janiffaires
parmy
les
deux mille hommes
de la
Garnifon
. Ce Chafteau
eft
un quarré irregulier
environ
né de hauteurs
dont l'accez
T
GALANT. 225.
eft difficile. Il eft fortifié de
quatre Rondelles à l'antique
avec quelques Ouvrages à la
moderne . La nuit du 17. les
Affiegez firent un fi grand
feu , qu'il y eut quelques Of
ficiers des Affiegeans tuez ,
avec environ trente Soldats .
La refolution qu'ils prirent
de mourir en fe deffendanɛ
plûtoft que de fonger à ſe
rendre , leur fit arborer fur
une Tour fix Drapeaux rou
ges , avec un noir au milieu.
Le manque de vivres & de
fourrages dont l'Armée ſoufroit
une fort grande difette,
226 MERCURE
puiſqu'elle ne fubſiſtoit que
de ceux que l'on y conduifoit
par la Drave , fut cauſe que
le Siege alla d'abord affez
lentement
. Il y eut pourtant
bréche dés le 20. le Canon
n'ayant point ceffé juſque là
de tirer contre la Place . On
travailla auffi - toft aux Mines
en trois endroits , & l'on don
na l'ordre pour monter à l'af
faut felon que l'effet en feroit
heureux. Le Prince Louis de
Bade envoya auparavant
fommer les Affiegez de fe
rendre . Ils ne voulurent faire
aucune réponſe ce jour là ,
GALANT. 227
& s'en exculerent le lendemain
par une Lettre dans la
quelle ils faifoient connoiſtre
la difpofition où ils eftoient
de capituler fi on leur accor
doit des conditions honnêtes
. On leur demanda des
Oftages. Un Aga paffa au
Camp avec un autre Officier,
& les Affiegeans envoyerent
deux Officiers dans la Place .
L'Aga n'avoit aucun pouvoir
de traiter , & on l'avoit chargé
feulement de fçavoir à
quelles conditions la Capi- `
tulation feroit reglée . Le
Prince Louis de Bade déclara
228 MERCURE
a
qu'il ne vouloit
recevoir
les
Affiegez
qu'à difcretion
, &
its furent obligez
d'y confen
tir, à caufe que les munitions
leur manquoient
. Le Bacha
& les Beys demeurerent
pri
fonniers
de Guerre
avec tou
te la Garnifon
, & furent con
duits ainfi que les Habitans
en divers endroits
de la Stirie
On trouva
dans Cinq- Eglifes
dix- huit pieces de Canon , &
quantité
de munitions
& de
vivres . Le Prince
Louis de
Bade y fit entrer Garnifon
,
fçavoir
le Regiment
de Ting .
hen , la moitié
du Regiment
GALANT. 229
de Leflé , trois
Compagnies
de celuy de Heufler , avec
trois Bataillons des Regimens
de Montecuculi
, de
Pax , & de Herbeville , & aprés
avoir donné fes ordres
pour les reparations
des Fortifications
de la Ville & du
Chafteau , il partagea fon
Armée en deux Corps , &
prit le chemin de Darda avec
une partie de ſes Trou
pes L'autre partie commandée
par le Comte de Scherf
femberg , marcha vers Zi.
clos , & arriva le 25. devant
cette Place. Ce Comte la fit
230
MERCURE
fommer
, mais les Turcs qui
s'eftoient
retirez
dans le
Chaſteau , ayant témoigné
une entiere
refolution
de fe
deffendre
, on commença
les
Attaques
qui furent conti
nuées jufqu'au
31. Le fuccez
en fut heureux
, & lors que
les Afliegez
virent les Mines
preftes à jouer, ils arborerent
un Etendard
blanc . On ne les
receut qu'à difcretion
, & ils
demeurerent
prifonniers
de
Guerre. Les Affiegeans
eurent
prés de trois cens Soldats
de tuez à ce Siege avec
quelques
Officiers
. On trou
Ĉ
GALANT.
231
va quantité de munitions &
de vivres dans la Place , avec
douze pieces de Canon . Le
Comte
deScherffemberg partit
de Ziclos pour aller rejoindre
le Prince Loüis de
Bade , qui s'eftoit avançé
vers Darda , qui couvre &
commande le Pont d'Effeck
en deça de la Drave. Il y avoit
deux Bachas campez
aux environs avec deux ou
trois mille Turcs que ce Prin
ce avoit deffein de comba
tre ; mais fi- toft qu'ils eurent
appris qu'il s'avançoit de ce
cofté là , ils fe retirerent par
232
MERCURE
la
le Pont
d'Effeck
. Ainfi
loin
de les trouver
, lors qu'il arriva
le 1. d'Octobre
à la veuë
de cette
Place
, il fçût que
Garnifon
l'avoit
abandonnée
avec le Canon
& les Magafins
, & que les Turcs
pour
affeurer
leur retraite
avoient
brulé
derriere
eux une partie
du Pont d'Effeck
. Il fit auffitoft
avancer
fa Cavalerie
le
long de ce Pont
qu'il laiffa
fur la droite
pour éviter
un Marais
. Les Turcs
avoient
un Pont
de Bateaux
fur la
Drave
, & il y eut là une af
fez longue
efcarmouche
,
GALANT 233
mais enfin ils fe retirerent de
l'autre cofté , aprés avoir détaché
quelques- uns de ces
Bateaux afin que les Troupes
du Prince Louis de Bade, ne
puffent paffer. Le feu de
Moufqueterie
& de douze
groffes pieces de Canon
qu'ils firent toute la nuit ,
n'empefcha pas les Impe
Fiaux de ruiner un autre Pont
de trente pas de longueur. II
eftoit conftruit de pontres ,
& attaché au Pont de Bas
Leaux. Aprés celà , ce Prince
fit mettre le feu au Pont d'Ef
C
£ Leck on & an en [
detru détruifit une
Décembre 1686 V
234 MERCURE
fort grande partie , en forte
les Infidelles auront de
que
la peine à le rétablir. Ce Pont
a huit mille pas de longueur,
& vingt quatre de largeur.
Cette importante expedition
eftant achevée , le Prince
Louis de Bade envoya une
partie de fes Troupes vers
Turanowits afin d'y prendre
des quartiers d'Hyver , &
marcha les vers Kapofwar
avec le refte de fon Armée .
Eftant arrivé leg . devant cette
Place , iles
Galles Poftes
à fes Troupes
, & fit ſommer
le Commandant
de fe ren
GALANT 238
dre. Ce
mmandant
repondit
par un grand feu du Canon
, dont il tomba un boulet
fous le Cheval du Prince
Louis de Bade. Un autre paf
fa fort prés de luy , & fur cet--
te opiniatre refiftance , on refolut
de faire les Attaques
dans les formes . Le Commandant
voyant qu'on s'y
difpofoit , demanda à capiruler.
Les conditions furent
que la Garniſon feroit conduite
à Sighet , & fortiroit de
la Place avec ce que chaque
Soldat pourroit emporter.
On y trouva un grand Ma
V ij
236 MERCURE
1
gafin de toutes fortes d'Ar
mes. Il y en avoit d'autres
remplis de munitions , de vivres
& de fourages fi abon .
damment , qu'une Garnifon
de quinze cens hommes en
auroit pû fubfifter pendant
plus d'un an. On trouva auffi
vingt- quatre pieces de Ca
non en batterie fur les Rondelles.
Le Prince Louis de
Bade y ayant laiffé des Troupes
en Garnifon , & le Colonel
Hoffer pour les commander
, avoit refolu d'aller
bombarder Albe - Royale ,
mais le grand froid furvenu
་
GALANT. 237
l'ayant obligé de differer l'entrepriſe
à caufe des glaces ,
il fit entrer en quartier d'Hiver
les Troupes qu'il avoit
menées à Kapofwar
Pendant toutes ces expe
ditions du Prince Louis de
Bade , le Prince Charles de
Lorraine qui luy avoit donné
le Commandement de l'un
des deux Corps de fon Armée,
paffa le Danube à Tolna
fur un Pont de Bateaux , &
revint à Peft avec le refte
des Troupes , comme je l'ay
déja dit . Il fit auffi - toft un
détachement de quelques
Regimens qui marcherent à
238 MERCURE
petites journées vers la haute
Hongrie , & vers la Teyffe ,
où le Comte Caraffa , & le
General Heufler en devoient
prendre le Commandement
pour attaquer Segedin. Le
Lieutenant General de la
Vergne , eſtant arrivé devant
cette Place , & la voulant re
connoiftre , fut tué dans une
fortie que fit la Garniſon ; il
y eut auffi quelques Officiers
& environ cent Soldats tuez .
Le Comte de Souches prit
auffi- toft le Commandement
des Troupes , & fit inveftir
la Place par l'Infanterie . On
GALANT. 239
forma le Siege fi- toft que le
Comte Carafla fut arrivé. On
conduifit pour cela du Canon
& des Mortiers de Zolnock.
La Garnifon de la Place
qui eftoit de plus de deux
mille hommes fit une tresvigoureuſe
refiftance , mais
elle n'empefcha pas qu'on
n'achevalt quatre Bateries ,
& qu'en peu de temps il n'y
euft une affez grande bréche .
Cependant comme les vivres
& les fourrages manquoient,
le Comte Caraffa fe vit obli
gé d'aller à Zolnock afin
d'en faire venir. Il laiffa le
393
240 MERCURE
foin du Siege au Comte Wallis
, Major General , qui
ayant receu avis que deux
mille Turcs , & un Corps de
Tartares eſtoient prés de
Schinta fur la Teyffe à fix
lieues de Segedin , & qu'ils
avoient refolu d'y faire entrer
du fecours s'ils ne pouyoient
en faire lever le Siege,
détacha le Comte Veterani
pour aller au devant d'eux .
il partit avec les Regimens
de Cavalerie de Saxe Lavein
bourg , de Caraffa , de Heufler
, de Sainte Croix de
Gondola, de Gorz , des Croa,
tes
GALANT. 241
tes , de Lodron , & des Dragons
de Caftelli & de Magni
, & aprés avoir marché
toute la nuit , il arriva avanç
qu'il fuft jour , à une lieuë &
demie du Camp des Tartares ,
Il fceut que les Turcs eftoient
campez dans un autre pofte,
& cet avis luy fit ranger auffi
toft ſes Troupes en Bataille.
Les Regimens de Caftelli &
de Gotz eurent ordre d'attaquer
l'aîle droite des Tartares
& celuy de Sainte
Croix de charger leur aiſle
gauche . En mefme temps il
>
ordonna au Colonel de Gotz
Decembre, 1686. X
242
MERCURE
de marcher
contre
les Turcs
avec
les Regimens
de Heufler
& de
Magni
, en cas
qu'ils
vouluffent
attaquer
en flanc
ceux
de Caftilli
, de Gotz
foû-
& de Sainte
-Croix
pour
tenir
les Tartares
. On marcha
ainfi
en ordre
de Bataille
, mais
les Efcadrons
s'eftant
écartez
de leur
route
, que
l'obſcurité
les empefchoit
de
tenir
, un Officier
qui les vouloit
raffembler
fit imprudemment
fonner
la Trompette
. Cefon
alarma
les Sentinelles
& les Gardes
avancées
des
Ennemis
, & découvrit
le def
GALANT 243
S
es
f
fein que l'on avoit eu de les
furprendre . On ne laiffa pas
de les attaquer fi toft que lé
jour parut. La vigueur avec
laquelle ils furent chargez
les obligea de plier , & quoy
qu'ils fuffent au nombre de
fept à huit mille hommes , ils
ne fe crurent pas en eftat de
refifter. Ainfi ayant pris la
fuite avec beaucoup de def
ordre , ils laifferent les Imperiaux
Maiſtres de leur Camp,
où l'on trouva quatre à cinq
mille Chevaux Les Tartares
dont on tua un grand nombre
dans leurs Tentes & dans
X ij
244
MERCURE
leur Retraite
, fe raillierent
,
& revinrent
à la charge
dans
la penſée
que les Ennemis
eftant
occupez
à piller
leur
Camp
, rendroient
leur défai
te plus facile
, mais ils furent
foûtenus
vigoureuſement
par
les Regimens
de Caftelli
&
de Sainte
- Croix
, qui les o.
bligerent
de fe retirer
. Pendant
ce temps
le Colonel
du
Regiment
de Gotz
qui eftoit
allé attaquer
les Turcs
campez
dans un autre
pofte
, les
fit charger
avec tant de force
& fi à propos
, qu'il les con
traignit
auffi de fuir aprés
GALANT 245
S
e
es
qu'on leur cut tué prés de
trois cens Janiffaires qui dé
fendoient une espece de Redoute
qu'ils avoient devant
eux. Il y en eut un bon nombre
qui furent paſſez au fil
de l'épée , eftant malheureu
fement tombez entre les
mains du Comte Veterani.
Aprés la défaite des uns &
des autres
on découvrit
quantité de Troupes qui paffoient
nn Pont conftruit par
les Turcs. Il parut que leur
deffein eftoit de venir attaquer
les Imperiaux . On eut
de la peine à les recon
X iij
246 MERCURE
noiftre à caufe d'une groffe
fumée qu'elles firent en mettant
le feu à des poudres à
mefure qu'elles s'avançoient ;
mais enfin on ſceut que c'étoit
l'Armée du Grand Vifir
, meflée de Tartares. Auffitoft
le Comte Veterani fit
marcher contre les derniers
les Efcadrons de Saxe - Lavembourg
, de Caftelli , de
Veterani & de Gondola ,
commandez
le Colonel
par
Caftelli , afin d'empefcher
qu'ils ne priffent les Imperiaux
en flanc . Le refte de fes
Troupes marcha contre les
GALANT 247
Turcs , qui s'eftant avancez
dans la Plaine , auffi bien
que les Tartares , commencerent
l'Attaque avec beau
coup de bravoure . Le Combat
dura deux heures , & fut fort
opiniatré. Les Infidelles perdirent
plus de mille hommes ,
& le defordre commençant
à fe mettre parmy eux , ils
fe retirerent vers un lieu où
treize Pieces de Campagne
mettoient leur Infanterie à
couvert. Le grand feu qu'ils
firent n'étonna point les Imperiaux.
Ils l'effuyerenr avee
beaucoup d'intrepidité , tue-
X iiij
248 MERCURE
rent plus de trois cens Janif
faires , & contraignirent les
Turcs & les Tartares de
prendre la fuite encore une
fois. Le Champ de Bataille
leur ayant eſté abandonné ,
ils y trouverent la grande
Timbale & plufieurs Drapeaux
des Ennemis avec leur
Artillerie , cinq cens Chevaux
& une fort grande
quantité de proviſion & de
Bagage. Ils ne perdirent
dans
l'une & l'autre action que
quatre Officiers , & environ
cent hommes
de pied & cinquante
Cavaliers
. On tient
GALANT. 249
que la perte des Infidelles
fut
de prés de deux mille Janiſſaires
, & de plus de douze cens
Tartares . Cette Victoire remportée
fi heureuſement
par
le Comte Veterani
fut fuivie
de la reduction
de Segedin
.
Si- toft qu'il fut de retour au
Camp devant cette Place ,
fit chanter
le Te Deum aut
bruit de la décharge
de
toute l'Artillerie
, aprés quoy
il envoya aux Affiegez
un
des Prifonniers
qu'on avoit
faits , qui leur fit connoiftre
qu'ils ne devoient
efperer aucun
fecours du Grand Vifir
it
250 MERCURE
dont l'Armée venoit d'eftre
mife en fuite . On leur montra
les Drapeaux gagnez , &
ils ne les curent pas plûtoft
vûs qu'ils demanderent à capituler.
Les Otages ayant
eſté donnez de chaque cofté,
on regla les conditions fuivant
lefquelles il fut permis
à chaque Soldat de la Garnifon
de fortir avec ce qu'il
pourroit emporrer & ils
furent eſcortez jufqu'à Temifwar.
On trouva dans Segedin
grande provifion de
munitions & de vivres . Cette
Place fe rendit le 23 d'Octo
GALANT. 251
bre , qui fut le mefme jour
que Cinq- Eglifes s'eftoit rendue.
Le Comte de Wallis ,
aprés y avoir laiffé Garnifon ,
paffa
fa la Teyffe pour aller
joindre le Comte Caraffa , &
tacher de s'emparer encore
de Giula & de quelque autre
S Place avant que de terminer
cette Campagne , mais il receut
ordre en chemin de
revenir , le Comte Caraffa
ayant fait entrer en quartier
d'Hyver les Troupes qu'il
commandoit.
S
Je vous manday il y
deux mois toutes les particu
af
252 MERCURE
7
7
laritez de la prife de Napoli
de Romanie . Aprés qu'on eut
fait la Capitulation , fuivant
laquelle la Garniſon , & les
Habitans de cette Place devoient
eftre conduits à Tenedo
, les plus riches d'entre les
Turcs demanderent au Bacha
de Napoli de Romanie
la permiffion de mettre leurs
meilleurs Effets fur le Vaiffeau
où il devoit s'embar
quer avec toute fa Famille ,
croyant que là feureté y feroit
plus grande . Le Bacha
confentit à ce qu'ils voulu
rent , mais fans leur permet
GALANT. 253
tre de s'embarquer eux mefmes
fur ce Vaiffeau. Lors
qu'on cut mis à la voile , il
fit prendre la route de Venife,
accompagné de ſes Freres , &
du Commandant de Chiela,
fa , dans le deffein de demander
la protection de la Repu
blique. Elle luy fut accordée,
& on leur prépara un logement
dans le Seminaire des
Nobles pendant qu'ils fai
foient la quarantaine dans le
Lazaret On tient que plus de
foixante Villages fe range.
rent fous la domination des
Venitiens , fi - toft qu'ils fe fu254
MERCURE
rent rendus
Maiftres
de Na
poli de Romanie
, & que les
Turcs abandonnerent
Mifi
tra pour fe retirer à Corinthe
.
Mifitra
eft l'ancienne
Lace
demone
. Athenes
fe racheta
du pillage
en fe foumettant
à
un Tribut
annuel
, & en of
frant de payer comptant
une
fomme
confiderable
. Le 19.
de Septembre
le Provediteur
Cornaro
marcha
vers Sing
avec le Prince de Parme , General
de l'Infanterie
. , & le
Comte
de Saint Paul . Ils menerent
deux mille hommes
.
de pied qu'on avoit tirez des
GALANT 255
Garnisons , fix cens Chevaux
de Troupes reglées , & un
grand nombre de Morlaques
à pied & à cheval . On conduifit
avec eux quatre Mortiers
& trois Pieces de Campagne
. Après trois jours de
marche ils arriverent devant
cette Place , où les poftes furent
diftribuez. Les Bateries
eſtant preftes , on commença
à faire feu , & le General
Cornaro envoya fommer les
Affiegez de ſe rendre . Ils répondirent
qu'on ſe devoit
fouvenir qu'on les avoit atta
quez inutilement l'année pré256
MERCURE
&
cedente
; qu'on
avoit
eſté
contraint
de lever
le Siege
avec honte
& avec perte
,
que
comme
ils eftoient
fournis
abondamment
de toutes
les chofes
neceffaires
pour
faire une vigoureuſe
réſiſtance
, ils fe tenoient
d'autant
plus certains
de ſe défendre
avec le mefme
fuccés
, que
le Bacha
d'Ertzegovina
n'e.
ftant
qu'à une journée
de
Sing , c'eftoit
un fecours
af
feuré
pour
eux dés qu'ils
en
auroient
befoin
. La fierté
de
leur réponſe
fut accompagnée
d'effets
. Ils firent
tirer
GALANT 257
fur celuy qu'on leur avoit envoyé
pour cette fommation ,
& fa mort fut la confirmation
de leurs fentimens . Le General
Cornaro n'oublia rien de
ce qui pouvoit contribuet à
avancer les Travaux. On
les pouffa avec toute la diligence
poffible , & on fit un
feu continuel contre la Place.
La bréche s'eftant trouvée
affez grande le 28. on
monta ce mefme jour à l'af
faut , & quelque forte que
faft la réfiftance des Affie
gez , ils furent mis en defor
dre, & contraints d'abandon
Decembre 1686.
238 MERCURE
༼ ས
Ca
ner la Ville pour ſe retirer
dans le Chasteau. Les Affiegeans
les y attaquerent
avec
une valeur incroyable
, &
aprés un combat de plus d'une
heure , ils les forcerent
,
& taillerent
en pieces la Garnifon
. Elle eſtoit compofée.
de trois cens Turcs . On prefenta
la plupart des teſtes au
General
Cornaro
, qui fit
donner deux Sequins à chacun
de ceux qui les apporte.
rent. Il y avoit un grand Magafin
de Munitions
dans cet
te Place , avec onze pieces
de Canon . Les Affiegeans
curent quarante
hommes
GALANT.: 259
tuez , & cent bleffez à cette
Expedition. La conqueſte de
Sing eftoit importante aux
Venitiens,puis qu'elle leur affeure
la poffeffion d'un Territoire
tres- fertile de plus de
trente milles d'étendue.
Voicy un Air de M' de Bacilly
, quevous trouverez d'au
tant plus beau , qu'il eſt ſur
des paroles prefque toutes
monofyllabes ce qui fait bien
Voffius n'a pas eu
voir
que
raifon
de
dire
que
nôtre
Lan
gue
n'eftoit
pas
avantageuſe
pour
faire
des
Chants
agreables
, à cauſe
qu'elle
abonde
Y ij
260 MERCURE
en monofyllabes
. C'eſt ce
que le Pere Meneſtrier
a fort
bien remarqué dans la page
107. de fon Livre des Reprefentations
en Mufique , où il
cite contre ce Hollandois
le
fentiment de M de Bacilly ,
tiré de fon Livre de l'Art de
bien chanter.
AIR NOUVEAU.
A
H ! je ne feay ce que mon
coeur demande, [ vos pas.
veux vous fuir , & je fais tous
Queje vouscrains , que j'appre
bende. [ pas !
De vous voir de voir tant d'a-
و
Mais ce n'eft point ma crainte la
plus grande ,
A
GALANT. 261
Et je ne crains rien tant que de ne
vous voir pas.
Les Madrigaux que je vous
envoyay le dernier mois , meritent
fans doute l'approbation
que vous leur donnez.
Cependant celuy qui a pour
Titre , L'âge d'aimer , n'a pas
efté également bien receu.
On a prétendu que l'on pouvoit
eftre Amant tant qu'on
n'avoit point l'humeur auftere
qui fuit ordinairement la
froide vieilleffe ; & un fpirituel
Anonyme a répondu par
ces Vers à celuy qui a foûtenu
, que quand un homine
262 MERCURE
paffe
quarante
ans, il ne doit
plus luy eftre
permis
d'avoir
de l'amonr.
MADRIGAL
.
Vand
on n'eft plus dans la
fleur dejeuneffe
, Q
Et que l'on eft pourtant
agile , vigoureux
, Et bien loin des froidours
de l'auftere
vieilleffe
,
Pourquoy
ceffer d'eftre
amoureux
?
Se regle-t-on toujours
par l'àge ,
Ee n'accorde
-t- on rien au bon temperament
?
Les plus indifferens
blameront
davantage
,
S'ils ont le bon fens en partage ,
Le Cenfeur importun , que le dif
cret Amant
2.
GALANT 263
Le bruit de la mort de
Monfieur le Prince s'eftant
répandu dans toute l'Europe ,
vous n'ignorez pas, Madame ,
qu'elle eft arrivée à Fontainebleau
l'onzième de ce mois
fur les fept heures du foir .
Quoy que l'honneur qu'il avoit
d'eftre le premier Prince
du Sang , rende fa naiffance
tres connue , je croy que
vous ne ferez pas fachée que
pour vous parler de fa Maifon,
je remonte jufqu'à Charles
de Bourbon , Duc de Vendofme
,Pair de France , Comte
de Soiffons , de Marle & de
264
MERCURE
Comarfan
, Vicomte
de
Meaux
, Seigneur
d'Epernon
,
de Montdoubleau
, de Condé
, de Ham , de Gravelines
,
de Dunkerque
, de la Roche,
de Bohain
, de Beaurevoir
&
de Hefdin
, Chaftelain
de
Lifle , Gouverneur
de Paris &
de l'Ile de France
, qui nâquit
à Vendofme
en 1489. &
qui mourut
à Amiens
en 1537 .
Il eut fept Fils & fix Filles de
Françoiſe
d'Alençon
, veuve
de François
d'Orleans
I. dul
nom , Duc de Longueville
, &
Fille aifnée de René, Duc d'Alençon
, & de Marguerite
de
Lorraine
,
GALANT
265
Lorraine. Les Fils furent ,
Louis de
Bourbon , mort à
l'âge de deux ans ,
Antoine
de Bourbon, Roy de Navarre
& Duc de
Vendofme , François
de
Bourbon , Comte
d'Enguien , mort âgé de vingt .
fix ans , de la chute d'un cofre
, que
quelques
Seigneurs
fe jouant au Chafteau de la
Rocheguyon , luy laifferent
par malheur
tomber fur la
tefte ; Charles
Cardinal de
Bourbon ,
Archevefque de
Rouen, que le party de la
Ligue falüa Roy ſous le nom
de
Charles X. aprés la mort
Decembre 1686. Z
266
MERCURE
de Henry
III . Jean
de Bourbon
, tué
à la Bataille
de
Saint
Quentin
en 1557 , fans avoir
laiffé
d'Enfans
de Marie
de Bourbon
, Ducheffe
d'Eftouteville
, & Louis
de Bourbon
, Prince
de Condé
. De
tous
ces
Princes
il n'y a eu
qu'Antoine
& Loüis
de Bourbon
qui ayent
fait pofterité
..
Antoine
, Roy
de Navarre
,
fut Pere
de Henry
IV . Ayeul
de Louis
LE GRAND
.
Louis
de Bourbon
, I. du
nom
, Prince
de Condé
, fe.
priéme
Fils de Charles
I. époufa
en 1551.
Eleonor
de
GALANT.
267
Roye , Fille aifnée & heritie
re de
Charles , Sire de Roye
& de Muret, Comte de Rouey
, & de
Magdeleine de
Mailly , Dame de Conty , &
if en eut Henry de
Bourbon ,
I. du nom , Prince de Condé ,
Charles , mort jeune . François
,
Prince de Conry, mort
en 1614. fans avoir laiffé d'Enfans
de fes deux
Mariages
Charles ,
Cardinal de Bourbon
,
Archevelque de Rouen ,
1 & Louis , Jumeau de Charles
, mort dans ſon enfance.
Louis , Prince de Condé ,
e ayant eſte ſoupço né ďavoir
Zij
268 MERCURE
des
eu part
à la confpiration
d'Amboife
, fut arreſté
à Orleans
; & il couroit
rifque
de
la vie fans la mort
de François
II. Charles
IX. qui luy
fucceda
, le remit
en liberté
.
Il fe jetta
dans le party
Religionnaires
, dont il fe fit
Chef, fut pris & bleffé
à la
Bataille
de Dreux
en 1562 .
perdit
celle
de Saint
Denys
en 1567. & fut tué deux ans
aprés
à celle de Jarnac
. Eleonor
de Roye
, fa premiere
Femme
, eftant
morte
en 1564.
il prit une feconde
Alliance
en 1565. avec Françoife
d'Orleans
, Fille de François
MarGALANT
269
S
quis de Rotelin , & de Jacqueline
de Rohan, dont il eut
Charles Comte de Soiffons ,
qui ayant épousé Anne ,
Comteffe de Montafié , Dame
de Bonneftable & de Lu.
cé , Fille puifnée & heritiere
de Louis , Comte de Monta
fié en Piémont , & de Jeanne
de Coëfine , Dame de Bonneftable
& de Lucé , laiffa
d'elle . Louis de Bourbon ,
Comte de Soiffons , qui s'ere
ftant joint à une Armée d'Etrangers
conduite par le General
Lamboy , & ayant donné
la Bataille en 1641. au Ma
15.
4
Z
iiji:
270 MERCURE
réchal de Chaſtillon, General
de celle du Roy , y fut tué
d'un coup de pistolet en
pourſuivant la Victoire avec
trop de chaleur, Charles ,
Comte de Soiffons eut auff
deux Filles , fçavoir Loüife de
Bourbon , mariée en 1603. à
Henry d'Orleans , Duc de
Longueville
, Pere de Marié
d'Orleans , Veuve de Henry
de Savoye , II. du nom ,
de Nemours , & Marie de
Bourbon, Veuve de Thomas
François de Savoye , Prince
de Carignan.
nom
, Duc
Henry
de Bourbon¡
I du
nom , Prince
de Condé
, Fils
GALANT. 27:
aifué de Louis , fe trouva au
premier Siege de la Rochelle
en 1573 avec le Duc d'Anjou
, qui fut depuis le Roy
Henry III . aprés quoy il em
braffa le party des Religionnaires
, & mourut de poifon
à Saint Jean d'Angely en 1588.
Il eut de Marie de Cleves , fa
premiere Femme , Marquife
d'Iſles , & Comteffe de Beau
fort en Champagne , Fille
puifnée de François de Cleves
, I. du nom , Duc de Ne
vers , & de Marguerite de
Bourbon -Vendoline , Cathe
rine de Bourbon, morte fans
Z
iiij
272 MERCURE
alliance âgée de vingt & un
an, & enfuite il époufa Charlore
Catherine de la Tremoüille
, Fille de Louis III.
Duc de Thouars, & de Jeanne
de Montmorency , dont
il eut Henry II . du nom , &
Eleonor de Bourbon, mariée
avec Philippes. Guillaume de
Naffau , Prince d'Orange.
Henry de Bourbon, II. du
nom , Prince de Condé , premier
Prince du Sang , ne à
S. Jean d'Angely en 1588. fut
retiré d'entre les mains des
Religionnaires par le Roy
Henry IV. qui le fit élever
GALANT. 273
•
dans la Religion Catholique,
Il reprefenta le Duc de Bourgogne
auSacre de Louis XIII .
& accompagna ce Prince lors
qu'il fut declaré Majeur en
1614. Il prit la Ville de Sancerre
fur les Religionnaires,ſuivit
le Roy aux Sieges de Royan ,
de Bergerac , de S. Antonin ,
de Clerac , de Sainte Foy , &
de Lunel , commanda l'Avant
garde de l'Armée au
Combat de Rié en 1622. fe
trouva au Siege de Montpellier
, & à fon retour d'un
Voyage d'Italie , où il s'eftoit
retiré peu de temps aprés
274 MERCURE
qu'il eut époufé
Charlotte-
Marguerite
de Montmoren
.
cy , Fille puifnée
de Henry
I.`
Duc de Montmorency
, Pair
& Conneftable
de France
, &
de Loüife
de Budos, fa feconde
Femme
, le Roy luy donna
le commandement
de fes
Armées
en Guyenne
& en
Languedoc
, & il s'empara
de
Soyon
, de S. Alban
, de Pamiers
, de Realmont
, de Caf
telnau
, de Braffac
, de Viane
,
& de la Caune
, que tenoient
les Pretendus
Reformez
. Il
fut fait Gouverneur
de Nan
cy & de la Lorraine
en 1635
4
GALANT. 275.
& l'année
fuivante il com
manda l'Armée du Roy dans
la Franche- Comté , où il ne
réüffit pas au Siege de Dole .
Il fe fignala dans le Rouffil
lon par la priſe de deux Pla
ces , & aprés la mort du Roy,
il fut étably Chef du Confeil
& Miniftre d'Eftat fous la feuë
Reyne Mere Anne d'Auftri
che , Regenre. Il fervit tresutilement
fous la Minorité
de Sa Majesté , & mourut
dans fon Hoftel le 26. Décembre
1646. Il eut de Charlotte
- Marguerite
de Montmorency
, fa Femine , trois
276 MERCURE
Fils , morts dans leur enfance,
Louis de Bourbon , Prince de
Condé , qui vient de mourir,
Armand , Prince de Conty
mort à Pezenas le 21 Février
1666. Pere de Monfieur le
Prince de Conty d'aujourd'huy
, & Anne- Geneviefve
de Bourbon , mariée en 1642.
par diſpenſe du Pape , avec
Henry d'Orleans II . du nom ,
Duc de Longueville , qui a
yoit épouſé en premieres Noces
Loüife de Bourbon , Fille
de Charles , Comte de Soiffons.
Monfieur le Prince n'ac
L
GALANT
. 277
quit à
Paris le 8. de
Septembre
1621. pour la
gloire de fon
Siecle , &
quand il ne feroit
pas forty de la
Royale
Mai
fon de
Bourbon , la plus Il
luftre qui foit dans
toute la
Terre , il
n'auroit pû
manquer
de fe faire une
éclarante
fortune par la
grandeur
de fes
Actions , qui
l'auroient
fans
doute fait
combler de
biens ,
d'honneurs & de Charges
. Il
feltrouva en 1640. au
Siege
d'Arras fous le nom de
Duc
d'Enguien
qu'il
rendit
fameux
par une fuite
continuelle
de
Victoires . Il
n'avoit
278 MERCURE
alors que dix neufans . Aprés
avoir donné des preuves de
fon courage & de fa valeur
en 1642. au Siege de Perpiil
fut fait General de
gnan ,
L'Armée du Roy , du Regne
duquel il fignala le commencement
par la celebre Victoi.
re de Rocroy qu'il gagra le
19. May 1643. Elle fut fuivie
de la prife de Thionville
le
10. Aouft de la meſme année,
& en 1644. il força les Trou
pes de Baviere dans leurs retanchemens
prés de Fribourg
, & emporta
Philif
bourg en dix jours au mois
முக
3
1
GALANT.
279
de Septembre. Il rétablit l'Electeur
de Tréves en 1645. &
défit les Bavarois le 30. Aouft
à Nortlingen , où le General
Mercy fut tué , & Jean de
Wert mis en fuite. L'année
fuivante il ſe rendit de plus
en plus redoutable aux Ennemis
de l'Etat , & remit Dunkerque
fous l'obeïſſance de
Sa Majefté. Monfieur le Prince
fon Pere eftant mort fur.
la fin de la mefme année , il ,
luy fucceda à la Charge de.
Grand Maiſtre de la Maifon
du Roy , & aux Gouvernemens
de Bourgogne , de Bref
628 MERCURE
pas
fe , & de Berry . Il eut le com
mandement
de l'Armée
du
Roy en Catalogne
en 1647.
& affiegea
Lerida
. Quoy
que
le fuccez
de cette
entrepriſe
n'euft
efté heureux
pour
luy,il ne laiffa pas de prendre
Arger
fur les frontieres
d'Arragon
, & de faire lever le Siege
de Conftantin
qu'attaquɔient
les Efpagnols
. Il continua
ces
grands
Triomphes
par la Bataille
de Lens en Flandre
qu'il
gagna
le 20. Aouft
1648. & fi
tint d'actions
heroïques
l'ont
couvert
de gloire
dans fes
premières
années
, les dernie
13
GALANT 281
res ont foûtenu avec beaucoup
d'avantage l'éclatante
réputation qu'il s'eftoit acquife.
Il fervit tres - utilement à la
Conquefte que le Roy fit de
la Franche- Comtéau mois de
Fevrier 1668. & à celle de Hollande
, où il prit Wefel , & fut
bleffé prés du Fort de Toluys
le 12. Juin 1672. Il continua de
rendre de tres- importans fervices
les années fuivantes ,
& mit toutes nos Conqueftes
dans une entiere feureté , en
s'oppofant aux moindres def
feins des trois Armées des
Imperiaux , des Eſpagnols &
Decembre 1686. A a
28 MERCURE
des Hollandois , qui s'eftoient
liguez contre la France , Il dé
fit entierement l'Arriere - garde
des Ennemis & plufieurs
Troupes du Corps de Bataille
le 10. Aouſt 1674. à la celebre
journée de Senef. Il y eut plus
de trois mille hommes des
Ennemis tuez fur la place ,
& plus de quatre mille qui fu
rent faits Prifonniers de Guer.
re. Peu de temps aprés il fit
lever le Siege d'Oudenarde, &
contribua en 1675.à la prife ,
de Limbourg, Aprés la mort
de M' de Turrenne il commanda
l'Armée d'Allemagne
✓
GALANT
17283
28%
où il fit lever le Siege de Haguenau
qu'avoit entrepris le
Comte de Montecuculi. Il avoit
enſemble dans un haut
degré les deux chofes qui font
les plus grands hommes de
Guerre. Il eftoit Soldat & Ca.
pitaine , fçavoit auffi- bien fe
battre que commander , &
jamais perfonne n'a mieux
fceu que luy les mouvemens
qu'une Armée doit faire , ny
mieux connu les fautes que
faifoient ceux qu'il avoit à
combatre. Auffi peut on dire
que ce grand Prince a étudié
jufqu'à la mort tout ce qui
A a ij
284 MERCURE
regarde la Guerre. Il ne fe
paffoit rien de cette nature
dans toute l'Europe dont il
n'euft fans ceffe des nouvelles
avec tous les Plans des Places
qu'on affiegeoit . Il jugeoit
de ce qui eftoit contraire ou
avantageux à chaque party ,
& fi ceux qui eftoient en
Guerre euffent pû avoir auprés
de luy des Efpions pour
leur rapporter affez - toft ce
qui fe paffoit dans fon Cabinet
, ils auroient pû en profi.
ter tres - utilement . On ne
peut douter aprés cela que
les Princes de fon fang qui
GALANT
285
ont tous les jours receu fes
leçons , ne foient tres - fçavans
dans le meftier de la Guerre . I
n'eftoit pas moins
recomman
dable par fon
fçavoir
extra ordinaire
& par la force de fon
efprit , qui paroiffoit dans fes
vives reparties , & qui le faifoit
aller au fait fur toutes.
fortes d'affaires Auffi quoy
que les Vifites qu'on luy rendoit
tous les jours pendant
fon féjour à Chantilly,fuffent
deues à fa naiffance , fa Perfonne
y avoit toûjours beaucoup
de part , & les grandes
qualitez qu'il donnoit lieu
*
286 MERCURE
d'admirer
en luy , eftoient re
gardées
de tout le monde avec
une veneration
tres- particuliere
. Il eftoit fi penétré
des grandes
chofes
qu'il
voyoit faire tous les jours,
au Roy , que quand le devoir
d'un zelé Sujet ne l'auroit
point porté à l'aimer , & qu'il
n'euft pas eu l'honneur
d'eſtre
de fon Sang , il auroit eu pour
ce grand Monarque
les mef
mes fentimens
de refpect ,
d'admiration
& de tendreffe,
qu'il a infpirez aux Princes de
fa Maiſon. Quelque
peu de
fanté qu'il cuft depuis quel
GALANT
287
ques mois , il ne put apprendre
ledanger où la petite verole a
voir mis Madame la Ducheffe
de Bourbon , fans fe faire porter
à
Fontainebleau , & les accidens
qui avoient fait crain
dre pour la vie de cette jeune
Princeffe ayant ceffé peu de
jours aprés, il avoit donné fes
ordres pour partir le lende- .
main,lors que tout d'un coup
il fe fentit affoibly d'une maniere
qui luy fit connoiftre
qu'il ne devoit plus fonger à la
vie. Il dit auffi toft qu'il voyoit
bien qu'il falloit penser à un
voyage plus important . Il eut
288 MERCURE
le foin d'ordonner qu'on re
compenfaft tous fes Domeſtiques
, & fa foibleffe conti
nuant d'heure en heure à
s'augmenter , il envifagea la
mort avec toute la refigna .
tion d'un veritable Chreftien ,
& en meſme temps avec la
fermeté d'un Heros . Il mourut
le Mercredy , onzième de
ce mois , âgé de foixantecinq
ans , trois mois & trois
jours. Son Corps fut ouvert.
trouva le poumon
Ons
flétry
nageant
dans
l'eau dont
las poitrine
eftoit
en partie
remplie
dans
le bas ventre
l'eftomach
;
GALANT 289
l'eftomach & le foye en fort
bon eftat , les deux reins.
demy pourris , & la rate commençant
à fe corrompre , la
veffie du fiel fort grande &
fort pleine ; la veffie dans fon
eftat naturel , dans la tefte, le
plus beau cerveau du monde ,
foit dans la couleur , foit dans
fa
confiftance , & le coeur,
fort fain , fort gros , & d'une
couleur naturelle. Il ne faut
pas s'eftonner fi fon coeur a
toûjours efté grand auffi bien
que fon efprit. Son Corps fut
exposé à Fontainebleau
pendant
plufieurs jours fur un
Décembre 1686. Bb
9
290 MERCURE
Lit de parade , fuivant ce qui
fe pratique pour les Princes
de fon rang. Sa mort toucha
tellement le Roy que la maniere
dont il regreta la perte,
fa
fur une preuve de la haute
eftime , & de la confideration
tres finguliere
qu'il avoit
pour luy. Sa Majesté nomma
Monfieur le Prince de Conty
pour aller jetter de l'Eau
benifte en fon nom fur le
Coprs de cet Illuftre défunt.
Ce Prince s'eftant rendu à
Fontainebleau
, en fit la Ceremonie
le Samedy 21. de ce
mois .Il avoit le Chaperon en
GALANT 29r
forme , & eftoit veſtu d'une
Robe de deuil , dont M' le
Marquis de
Matignon portoit
la queue qui eftoit trainante
de cinq aunes . Mr le
Duc de Chaune
l'accompagnoit
, & M le Marquis de
Blainville , M de Saintot &
M'
Martinet le
conduifirent ,
le premier Grand Maiſtre ,
l'autre Maiftre , & le
dernier,
Aide des
Ceremonies . Il eftoit
environné des Gardes du
Corps que l'on avoit commandez
, & de vingt des Suiffes
de la Garde du Roy . Le
mefme jour , M'
l'Evefqne
Bb
ij
292 MERCURE
le
d'Autun
qui devoit lever &
conduire
le Corps de Fontainebleau
à Valery
, porta
Coeur à la Paroiffe
, & l'y laiffa
en dépoft. Le lendemain
ce
Prelat en habits Pontificaux
,
leva le Corps de la Chambre
de deüil , & on le mit dans
un Chariot
couvert
de Ve..
lours noir , croifé de Moire
d'argent
aux Armes du Prince
en broderie
d'or , avec un
bord de huit doigts d'hermine
. Ce Chariot
eftoit attelé de
huit Chevaux
caparaçonnez
de la mefme forte . Aprés que
M' l'Evefque
d'Autun
, & M²
GALANT. 293
le Curé de la Paroiffe fe furent
mis dans le Carroffe duCorps ,
on commença à marcher Les
Officiers de la Maifon de M
le Prince eftoient à la fuite
du Convoy . Lors que l'on
fut arrivé à Valery , M ' d'Autun
prefenta le Corps à M
l'Evefque de Poitiers nommé
à l'Archevefché de Sens . Ce
Prelat veftu pontificalement
le receut à la porte de l'Eglife ,
& le jour fuivant on fit le Ser
vice avec beaucoup de fo
lemnité. Le Corps fut mis auprés
de celuy de Monfieur le
Prince Pere du Défunt , more
Bb iij
294 MERCURE
-1
il y a quarante ans le 26.
de ce mefme mois . Le 24.
veille de Noël , M' l'Evefque
d'Autun , ayant levé le Coeur
qui eftoit demeuré dans là
Paroiffe de Fontainebleau
,
monta dans le Caroffe du
Corps & le mit fur fes genoux
fur un Carreau de Velours
noir. Monfieur le Prince Fils
de cet Illuftre Défunt , l'at
tendoit à l'Eglife de S. Louis
des Jefuites. Monfieur le
Prince de Conty s'y eftoit auf
fi rendu dans un Caroffe du
Roy , environné de Gardes
du Corps qui avoient tous
GALANT 295
Fépée nue , parce que c'eftoit
de la de Sa Majefté que
part
ce Prince fe trouvoit à cette
Ceremonie , ce qui eft une
marque de l'eftime dont Elle
l'honore. Le Pere Provincial
des Jefuites , àla tefte de toute
fa Communauté , receut
Mr d'Autun à la porte de l'Eglife
, & ce Prelat luy remit
le Coeur entre les mains a
prés un Difcours fort touchant
fur ce Sujet. Le Pere
Provincial ayant répondu à
ce Difcours , remit le Coeur
entre les mains de M' l'Evef
que d'Autun , qui le pofa fur
Bb iiij
296 MERCURE
une Credence qu'on avoit
placée auprés de la Chapelle
où eft celuy de Henry de
Bourbon , Pere de feu M' le
Prince , aprés quoy il fit les
Encenfemens , & les autres
Ceremonies qu'on a coûtume
de faire en de pareilles occafions
.Je vous parleray le mois
prochain des autres honneurs
funebres qui doivent eftre
rendus à la memoire de ce
?
grand Prince . Les Muſes ne
fe font pas teues fur fa mort.
Voicy deux Sonnets qu'elle a
fait faire. Le premier eft de
M' de Benferade , & l'autre
de Mr Magnin
.
GALANT 297.
222225222 22222572
SUR LA MORT
de Monfieur le Prince .
Co
L'on
VDE
traita
la
mort
d'un
air audacieux ,
a cuft dit qu'il
gagnoit
fa derniereVictoires
A peine l'Univers eft affez ſpatieux
Pourfuffire à pouvoir contenir tant
-de gloire.
Nous aurons fes hauts Faits toùjours
devant les yeux ,
Monumens éternels du Temple de
Memoire ,
D'un fi digne Heros les reftes pré
cieux
298 MERCURE
Qe la pofterité refufera de croire.
Quelle tefte , quel bras, quels talens
à choifer ?
Tout en fut merveilleux jufques à
fon loifir,
Dont le bruit a remply l'un & l'au
tre hemifphere.
Nul ne put mieux agir quand'il·
fut à propos ,
Et mefine comme il fceut noblement
ne rien faire ,
Nul nefceut mieux gouter un triom
phant repos.
C
Sur le mefme fujet.
ONDE vient de mourir , la
Parque impitoyable
Ne l'a point diftingué du reste des
Humains.
GALANT. 299
Vertus , merite , honneurs , que vos
efforts font vains
Quand il faut appaiſer ſa furcur
implacable !
雪
C'en eft fait, il n'eft plus ce Heros
indomptable ,
Tant de Lauriers fi verts font tom
bez de fes mains 5
Ce grand évenement fait gemir les
Deftins,
Mars a fremy d'horreur à ce coup
déplorable.
Lens , Nortlingue, Rocroy d'éton
nement furpris
Elevent dans les airs de pitoyables
cris ; C
Mais d'un deuil gene al cette perte
eft fuivie.
300 MERCURE
.
Apleurer ce Heros tout le monde
eft d'accord.
Le moyen de fçavoir l'histoire de fa
Vie ,
Et de ne pas donner des larmes àfa
Mort ?
Le 22. de ce mois M' le
Comte de Lobkowits , Envoyé
Extraordinaire de l'Empereur
, fit part à Sa Majelté
de l'avis qu'il avoit receu de
la mort de l'Imperatrice
Douairiere Eleonor , arrivée
à Vienne le 6. de ce mefme
mois . Elle eftoit âgée de cin
quante neuf ans , & Fille de
Chales de Gonzagues - Cleves
, Duc de Rhetelois , & de
GALANT. 301
Marie de Gonzague, Princeffe
de Mantoüe , qui eftoit Fille
de François de Gonzague II .
Duc de Mantoüe & de Montferrat
, & de Marguerite de
Savoye. L'Imperatrice Eleo.
nor eftoit troifiéme Femme
de l'Empereur Ferdinand III .
qui l'épousa le
Avril 1651.
Cet Empereur avoit épousé
en premieres Noces Marie-
Anne d'Auftriche , Fille de
Philippes III. Roy d'Espagne,
dont il a laiffé Leopold aujourd'huy
Empereur , & Marie
Anne d'Auftriche , Mere
de Charles II. Roy d'Eſpa-
30.
302 MERCURE
gne. Aprés la mort de cette
Princeffe il époufa en 1648.
Marie- Leopoldine , Fille de
l'Archiduc Leopold , morte
dans l'année fuivante , aprés
avoir mis au monde Ferdinand
Charles- Jofeph , Archiduc
d'Auftriche , mort à Lints
en 1664. Les Enfans qu'il a
laiffez de fon troifiéme Mariage
avec Eleonor de Gonzague
, font Eleonor - Marie ,
qui eftant Veuve de Michel
Koribut Wiefnowiski
, Roy
de Pologne, époufa, le Prince
Charles de Lorraine en 1678.
& Marie- Anne-Jofeph , ma-
1
GALANT: 303
riée la mefme année avec
Philippe - Guillaume de Neubourg
, aujourd'huy Prince
Electoral Palatin .
Le Dimanche 15. de ce mois
le Pere Alexis du Buc , Superieur
des Theatins , qui continuë
fes Inftructions pour les
nouveaux Convertis , avec le
zele qu'il a toûjours fait paroiftre
dans ce qui regarde
les avantages de la Religion
Catholique , receut en prefence
de plufieurs perfonnes
de qualité l'abjuration de
Meffire Charles Bohleng ,
d'une des illuftres Familles
304 MERCURE
de Suede , Capitaine au Regiment
d'Alface.1
Vous fuivez le fentiment du
Public dans l'approbation
quevous donnez à l'Hiftoire des
Oracles . On la trouve digne
de fon Autheur; & c'est beaucoup
dire, puis qu'il a l'efprit
tres fin & tres -delicat , qu'il
penſe fort juſte , & que
expreffions naturelles & aifées
foûtiennent par tout d'u
ne maniere agréable la folidité
du raifonnement
. J'efpere
que dansdix ou douze jours
le je pourray vous envoyer
nouveau Recueil des Lettres
fes
GALANT. 305
du Chevalier d'Her*** que
vous demandez avec rant
d'empreffement. On a cru à
caufe du Titre de Lettres di
verfes , que porte la premiere
Partie , que c'eftoient Lettres
ramaſſées que l'on avoit déja
veues , & qu'on avoit feulement
pris foin de faire impri
mer enſemble. Cependant ill
n'y en a aucune qui ne foit
originale , & je fuis fort feur
que ceux qui aiment les Lettres
, y trouveront tout l'ef
prit qu'on peut fouhaiter
dans ce qui doit eftre fim
plement galant , & n'avoir
Decembre. 1686.
7.
C &
306 MERCURE
rien de trop recherché.
K
Je viens aux Enigmes . La
premiere a efté expliquée fur
Le Fer , qui en eftoit le vray
mot par M's les Abbez de
Brizay & de Maroles. La fe
conde eftoit le Baiſfer. Ceux
qui en ont trouvé le vray
fens , font M's Vignier , Hutuge,
H. de Mets , de la Croix
R Meriel, Maitre à chanter
àLaon ; F. Lourdet, l'Abbé de
la Mouffe , la Tronche de
Rouen , l'Exilé d'Argentan ;
le Chevalier de Charmes ; le
P.de grande Stature ; l'Amant
de la belle Babet du Havre ;
GALANT 307
Alcidor de Caën ; le petit
Sous- Doyen du College de
Navarre ; le Docteur myfte
rieux , l'Amant Solitaire paye
d'ingratitude , l'Affemblée
nocturne des Amans noirs ,
le Chevalier , Cleante de Sarre-
Louis , le Frere aifné des
aimables Soeurs , l'Enfant
Hiacinte Raucher Gillotin ,,
la jolie Troupe fleurie ; la
belle Captive du plus beau
Quartier de Paris ; la plus ai.
mable des trois Soeurs dur
Fauxbourg S. Germain ; les
Précieufes ridicules de la rue
des Lombards ; les Confidens
Caij
308
MERCURE
réciproques
, la jeune
Con
querante
en amour
; & le
jeune
Sans Soucy
, les deux
Soeurs
amoureufes
; & la fidelle
Amie
du galant
Timante
de la rue Sainte
Anne ; l'aimable
Solitaire
de Lagny
fur
Marne
, & fon Inclination
;
la Dame
aux Flambeaux
de
la rue Saint
Honoré
, le
jeune
Tendron
fans amour
,
de la rue de Buffy , & lá jeune
Iris du Lion d'or.
TODA
Ces deux Enigmes ont eſté
expliquées dans leur vray fens
par M L. Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Roy ;
·
GALANT 309
5
3
Tamirifte de la rue de la
Cerifaye , Colin la Mufique ,
le Procureur prodigue le lendemain
des Noces ; le Chevalier
Daigrefins , le meilleur
Enfant de la rue Bourlabé ;
le plus fincere & le moins intereffé
des Procureurs du
Chaſtelet , le vieil Amant de
la rue des Barres , la Fille fans
Amans ; la plus Amoureuſe &
plus Diffumulée de la rue Saint
Honoré , la belle Procureufe
Normande ; l'infidelle Brunette
; la charmante Nanette
& fon infeparable ; le Pere
nourriffier de la belle Pigeon310
MERCURE
ne ; & le jeune Orphée du
Fauxbourg S. Michel.sey
La premiere des deux Enig
mes nouvelles que je vous
envoye , eft de M Lourdet.
*************
ENIGME
S
fait
naiſtre
Ans contredit les Enfers m'ont
Pour maltraiter du Ciel les Favoris
;
Nul contre moy ne fe peut rendre
maiftre,
Les plus vaillans par moyfe fentent
pris.
GALANT. ZUL
31
Auli chacun me fuit comme une
pefte,
Mais trop fouvent j'attrape qui me
fuit.
Où l'on me fçait , fans demander
fon refte ,
Avec grand' hafte on s'éloigne , &
fans bruit.
Le croiroit-on? Parmes facheufes
armes
Faneantis la plus fiere Beauté ;
Et l'on ne peut par prieres ny larmes
En certains temps vaincre ma cruauté,
Pour toy , Lecteur , qui me tiens
en peinture ,
Voy fitu peux me connoifre à ces
traits
312 MERCURE
Si tu n'y peux pencirer mi nature „
N'afpirepas à me voir de plus prés..
AUTRE ENIGME .
Algré mon teins obfcur dont
rémynteim
noire eft la couleur,
MA
Je donne un ornement au plus cbarmant
Ouvrage ,
On voit mefme fouvent la plus grande
blancheur
Rehauffer fon éclat en baifant mon
vifage.
Je parois en tous lieux, àlà Ville,
au Village ,
On m'y voit quelquefois
d'une égale
froideur
,
C'est pourquoy
fi Catin
me veut
mettre
en ufage ,
Elle employera
les mains pour me*
mettre en chaleur.
Bien
GALANT. 313
༦
Bien que je fois un corps pefant
& mal adroit,
Je décide par tout des affaires du
M
Droit ,
Je fuis en verité d'une étrange nature.
ཀ
Moy qui peux embellir la blancheur
du Satin
Par l'effet naturel de ma matiere
dure ,
Quand mon Pere me fait , je luy
noircis la main.
Jay à vous apprendre quel
ques morts de perfonnes confiderables
arrivées pendant
ce mois. En voicy les noms .
Dame
Catherine Holdier ,
Décembre. 1686. Dd
7314
MERCURE
morte
le 9 Elle eftoit Femme
de Meffire
René de Ragareu
,
Seigneur
de Bellaflize
, Maître
des Requeſtes
,
Meffire
Claude
de Guenegaud,
cy- devant
Tréſorier
de
l'Epargne
, mort le 13. lleftoit
Fils de Meffire
Gabriël
de
Guenegaud
, Tréforier
de l'Epargne
, & de Dame Marie
de la Croix , de la Famille
des de la Croix Plancy
, Fille
Vi.
de Claude
de la Croix ,
comte
de Semoine
, & de
Catherine
de Balaan
, Dame
du Pleffis- Belleville
, & petite
Fille de Nicolas
de la Croix ,
GALANT.
315
Seigneur de Roupetreux , &
de
Charlote de
Courtenay , Il
avoit deux Freres & trois
Soeurs
fçavoir Henry de
Guenegaud Baron de S. Juft ,
Seigneur du Pleffis Belleville,
Secretaire d'Eftat ,
François
de Guenegaud , S ' de Lonzac ;
1 Marie de Guenegaud Femme
de Claude le Loup , S de
Bellenave ; Renée de Guenegaud
, Femme de Jean de
Save , Seigneur de Plotard ,
Prefident en la Cour des
1 Aides , & Madelaine de Guenegaud
, Femme de Cefar
Phoebus d'Albret , Comte de
Dd
ij
216 MERCURE
é-
Miocens
, Maréchal
de Fran
ce. De Guenegaud
porte
cartelé
au premier
& dernier
de la Croix
, qui eſt d'Azur
à
la Croix
d'or chargée
en coeur d'un
Croiffant
de gueules
; au deux
de Courtenay
, au trois de Harlay,
fur le tout de Guenegaud
,
qui eſt de gueules
, au Lion
d'or.
Meffire
René- François
le
Tellier , Seigneur
de Doireu ,
receu Confeiller
en la Cour
des Aydes en 1681. mort le
14. Il avoit épousé la Fille de
feu M le Chevalier
, Receveur
General
des Finances
en
GALANT. 317
་
Lorraine , & eftoit Fils de feu
Meffire René le Tellier Confeiller
en la mefme Cour , &
Coufin germain de feu Mr le
Chancellier le Tellier. Il laif
ſe un Frere , qui eft Meſſire
Charles le Tellier , S¹ de Morian
, receu Confeiller au
Parlement en 1637. & une
Soeur qui a époufé Meffire
Germain- Chriftophe de Thumery
, Seigneur de Boiflife ,
.Prefident
en la feconde
Chambre des Enqueftes . Le
Tellier porte d'Azur à trois
Lezards d'argent posez en pal
au Chefconfu de gueules , char
"
Dd i
318 MERCURE
ge de trois Etoiles d'or.
Dame Madelaine
de Lefpinay
, morte le 19. Elle eftoit
Veuve de Meffire Etienne
Foullé , Seigneur de Prunevaux
Maiftre des Requeſtes.
M de Martangis
qui a efté
Ambaffadeur
en Danemarck
,
eft fon Fils & M' Deſmadrit
, Intendant
à Dunkerque
,
eft fon Gendre. Il y a eu du
nom de Foullé plufieurs
Maiftres des Requeftes
, Intendans
de Juftice , & Confeillers
au Parlement
, recommandables
par les fervices
qu'ils ont rendus à nos Rois. "
2
GALANT. 319
Mr Foullé , Confeiller au
Parlement en 1563. fut fait
Prefident aux Enquestes du
Parlement de Bretagne , en
confideration de fes Services .
Foulé porte d'Hermine à une
face de gueules , & trois Pals d'a
Zur brochant fur le tout
Meffire Geoffroy Luillier ,
Preftre , cy - devant Prieur de
Sainte Foy de Coulommiers
en Brie , mort le 21. Il eftoit
de l'ancienne Famille des
Luillier fi confiderable dans
la Robe , & qui a donné diverfes
Perfonnes d'un fort
grand merite , particuliere-
Dd üj
320 MERCURE
ment Jacques Lullier Evef
que de Meaux , Philippes
Luillier Avocat General au
Parlement
en 1471. Jean Luillier
, Lieutenant
Civil à Paris ,
puis Procureur
General au
Parlement
, Euſtache Lullier,
premier Prefident en la Cour
des Aydes
& Guillaume
Lullier , Maiftre des Requê
tes en i523. Lullier porte
Zur à trois Coquilles d'or..
ď A.
Meffire Louis Bertrand der
la Baziniere , Meſtre deCamp
d'un Regiment de Cavalerie,
mort le 22. Il eftoit Frere de
Madame la Prefidente de
GALANT. 32r
X
1
1
de
Meſmes , & Fils de Meffire
Macé Bertrand , Seigneur de
la Baziniere , Eclichy , & la
Garonne , Baron de Roubaut
& du grand Precigny , Prevoft
& Maiftre des Ceremonies
des Ordres du Roy , &
Tréforier
en fon Epargne ,
& de Dame .
Barbezieres
de Chemerault
,
qui eft une Maiſon recom
nandable par fon ancienneté
, & dont il y a eu des
Chevaliers
des Ordres du
Roy. Il avoit pour Ayeul
Meffice Macé Bertrand , Seigneur
de la Baziniere , Tré
322 MERCURE
forier de l'Efpargne . Son
Ayeule eftoit de la Famille
des de Vertamon originaire
du Limoufin , dont il y a eu
plufieurs Confeillers d'Eftat ,
Maistres des Requeſtes , &
Confeillers au Parlement.
Bertrand la Baziniere , porte
d'Azur au Chevron d'argent , ac
compagné de trois rolesd'or , deux
n chef, & une en pointe.
en
J'ay commencé ma Lettre
par les Prieres qui ont efté
faites pour l'heureux fuccés
de l'Operation , à laquelle la
fermeté du Roy l'avoit engagé
à s'expofer, &je la finis
GALANT. 323
en vous parlant encore de
Prieres ; mais il faut vous expliquer
que ces Prieres ont
elté pour deux fujers . L'Eglife
ordonna que l'on en fift aprés
l'Operation , afin que les fuites
en fuffent auffi heureufes
que les commencemens
l'avoient
efté . Enfuite tous les
Corps des Officiers de Ville ,
ceux des Arts & Métiers ,
& toutes les Communautez
commencerent
à en faire
pour le mefme fujet ; mais
dans le cours de ces Prieres ,
& avant que tant de Corps
euffent pû avoir leur tour ,
A.
324 MERCURE
toutes les Eglifes retentiffant
de celles qui fe faifoient avec
grande folemnité , on apprit .
la parfaite guerifon du Roy ,
& ces Prieres qui n'eftoient
que pour demander à Dieu
le retour de fa Santé , non
feulement furent changées |
en des Actions de graces ,
mais l'on y mefla desTe Deum .
Ce font celles que l'on conti
nue encore tous les jours , &
l'empreffement eft fi grand ,
que tout Paris femble eftre.
occupé à ces faintes réjoüiffances
. Quand on eft hors des.
Eglifes , on entend toutes les
GALANT. 325
de
Cloches de la Ville fonner
dans le mefme temps , &
quand on entre dans quelqu'une
, on n'entend que
la Mufique , & on les trouve
toutes remplies d'un Peuple
priant aux pieds des Autels ,
& avec un zele qui tire des
larmes de joye de ceux qui
' ont autant d'amour pour le
Roy , qu'en merite tout ce
que ce grandMonarque a fait
pour la France. Les Eglifes où
ces Prieres fe font,font éclairées
d'un nombre infiny de
Cierges , & l'on n'y voit que
riches Tapifleries , Argenterie
226 MERCURE
& Tableaux
. Je ne finirois
point ma Lettre fi je vous en
voyois la lifte des Corps &
Communautez
qui en ont
fait faire ; cependant
je dois
vous
dire
que
les Docteurs-
Regens
de la Faculté
des
Droits
firent
celebrer
le 21.
de ce mois
une Meffe
folem
,
nelle
dans
l'Eglife
de S. Jean
de Latran
, pour
demander
à
Dieu
l'entier
rétabliſſement
d'une
Santé
fi précieuſe
à l'Etat,
& qu'ils
y affifterent
tous
en Habits
de Ceremonie
. Les
Profeffeurs
du College
Royal
en firent
celebrer
une autre
GALANT. 327
ile 23. dans la meſme Eglife ,
& avec la mefme folemnité.
Ceux qui font logez dans
les Galeries du Louvre , &
que l'on peut dire chacun en
fon genre les premiers de leur
Profeffion , puis que ce n'eſt
que par là qu'ils ont merité
ces logemens , ſe ſont extré,
mement diftinguez dans la
Meffe qu'ils ont fait chanter
dans la Chapelle du Louvre.
Ce fut Mr le Curé de Saint
>Germain l'Auxerrois , Paroiffe
du Louvre , qui la celebra.
Elle fut accompagnée
d'un
Te Deum, & l'on peut dire que
328 MERCURE
*
4
tour y eftoit choifi. La Mufique
eftoit du fameux M'Lorenzani
, dont la réputation
eft fi établie ; les Voix des
plus belles de France & d'ltalie
; la Chapelle
magnifiquement
décorée
, & la Compagnie
compofée
d'un tresgrand
nombre
de Perſonnes
de qualité , & de Mª de l'Academie
Françoife
, à qui le
Roy, qui en eft le Protecteur
,
a donné une Salle dans le Louvre
pour s'y affembler
. Ce
n'eft pas d'aujourd'huy
que
M's de la Galerie
du Louvre
ontfait connoiſtre
qu'ils fçaGALANT.
329
vent fe diftinguer. On le fouvient
de l'Illumination qu'ils
firent à la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
& qui l'emporta fur tout
ce qu'on fit alors à Paris de
cette nature.
Les nouveaux Catholiques
qui doivent plus à Sa Majeſté
que les autres , puis qu'ils luy
font redevables de leur falut
en ont marqué leur reconnoiffance
par une Meſſe fo
lemnelle qu'ils firent chanter
àS. Sulpice le 12. de ce mois ,
& où la plufpart d'entre eux
communierent. On leur faits
Decembre 1686. Ee
وت
130 MERCURE
tous les Jeudis une Inftru
ction dans la Salle de M
l'Abbé des Prez , où M' Tiers
qu'ils sont veu Propofant
à
Charenton
, & qui s'eft mis
dans les Ordres
, leur parle
des Veritez
Catholiques
d'u
ne maniere
familiere
& infinuante.
Ce fut à l'iffuë de
l'Inftruction
, que remplis de
zele pour le Roy , ils prierent
cet Abbé le premier
Jeudy
de ce mois , d'obtenir
de M.
le Curé de S. Sulpice , la permiffion
de faire prier Dieu
publiquement
pour la parfai
te guerifon
de Sa Majeſté,
GALANT 33E
1
ce qu'il vous eft aile de juger
qu'on leur accorda fans peine
. M' l'Abbé des Prez eft.
un homme , dont le merite
eſt aſſez connu. Il a paſſé une
partie de fa jeuneffe fur la
Mer en qualité de Volontaire
, & s'eft diftingué à
Malthe par quantité d'ac
tions de valeur . Il a eſté depuis
Capitaine dans le Regi-
1 ment de Picardie , où il
fort bien fervy , mais l'âge
Layant enfin rendu incapable
de foûtenir les fatigues de la
Guerre il s'eft tourné du
colté de Dieu , & a donné
a
Ee ij
332 MERCURE
tous les foins à la Converfion
des Heretiques
. C'eſt à quoy
il a employé
fon temps & fon
bien depuis
cinq ans , & on
luy doit le premier
établiſſement
d'une Maifon
deftinée
pour l'Inftruction
des Gentilshommes
nouvellement
convertis
. Ileft encore actuel
lement
occupé
à faire diſtribuer
aux nouveaux
Catholiques
qui font pauvres
, l'argent
que Sa Majefté
fait mettre
toutes les femaines
entre
les mains de M le Curé de
S. Sulpice . Cet argent
ftribue
aprés une Exhorta
a
+
fe diGALANT.
333
tion qu'on fait tous les Jeudis
dans la Salle .
Je ne parleray point encore
des Prieres qui ont efté
faites dans les autres Villes ,
je poufferois ma Lettre trop
loin ; mais le Havre ayant
fait une chofe extraordinaire,
merite d'eftre excepté. Le
Dimanche 8. de ce mois , jour
de la Conception de la Vierge
, on y fit une Proceffion
tres- folemnelle , qui commença
aprés le Salut , & où le
Saint Sacrement fut porté
fous le Dais comme le jour
de la Felte- Dieu . Toutes les
334 MERCURE
Ruës eftoient tapiffées . M ' le
Duc & Madame la Ducheffe
de Saint Aignan fuivoient le
Dais, avec un grand nombre
d'Officiers
, de Dames , & de
perfonnes
confiderables
por
tant des Cierges . Les Confreres
& tous les Preftres du
Seminaire
en portoient
auffi ,
& plus de vingt cinq mille
perfonnes
fuivoient
la Proceffion.
Aprés qu'elle fut rentrée
, on commença
les Prietes
parun Te Deum , en Action
de Graces de la meilleure
fanté du Roy. Il fut fuivy de
l'Exaudiat
, & d'autres Pleau-
ן י
GALANT 335
mes pour fa confervation ,
pendant que les deux autres
Paroiffes de S. François & de .
S. Michel , les Capucins , les .
Penitens & les Urfulines , ne
la demandoient pas avec
moins d'ardeur.
Je n'ay rien à ajoûter, finon
qu'il a pleu à Dieu d'exaucer
tant de Prieres , & que la
Santé du Roy eft parfaite ,
qu'il a remply tous les devoirs
d'un Chreftien pendant les
Feftes eftant defcendu à la
Chapelle , & que Dimanche
dernier 29. de ce mois , on
chanta le Te Deum dans tou
336 MERCURE
tes les Paroiffes de Paris , en
action de graces d'une guerifon
fi ardemment fouhaitée.
Je fuis, Madame, voftre, &c .
AParis ce 31. Decembre 1686.
TABLE
TABLE DES MATIERES
R
contenues dans ce Volume.
Relude. I
Picours prononcé par le Pere Ložis
de Nazareth. II
M. le Cardinal Ranuzzi celebre la Meffe
à l'Union Chreftienne pendant la Neuvaine
pour le Roy.
Inftitut de cette Communauté.
Prieres pour le Roy
Prieres en Vers pour Sa Majesté.
Devifes.
30
30
36
45
47
Difcours contenant l'origine des Cardinaux
, la grandeur de leur Dignité ,
combien il y en doit avoir dans le facré
College, ce que c'est que leur Titre, e
la maniere dont fe fait leur élection . 49
Madrigaux.
123
Traductions de plufieurs Epigrammes de
de Catule
Benguet.
127
129
Difcours fait par M. l'Avocat General
Ff
TABLE
.
Lamoignon
, à l'ouverture
du Parle
ment.
Dora
133
Mercuriale
faitepar M. le Procureur
Generat.
Hiftoires .
136
137
Madame
Simiane
de Moncha eft élene
156
Etablissement
de l Academie
Royale
d ' An-
Abbeffe de Bouxfier.
gers, avecle pune
Fefte
qui
a este
falle
dans
la
mefme
Ville
le
jour
qu'on
y
a
élevé
un
Buste
à
la
gloire
du
Roy
.
162
Tout ce qui s'eft paffe en Hongrie depuis
la prise de Badequa
from 215
Suite des Conqueftes
, des Venitiens depuis
la prife de Napoli de Romanie.
Madrigal
.
423
Mort de M. le Prince. "
Ce qui s'eft paße à fes Obfeques
"25 "
262
263
200
Sonnets
fur la mort de M. le Prince. 297
Mort de l'Imperatrice
Eleonor.
300 Abjuration
faite entre les mains
du Pere
Alexis
du Buc , par Meffire
Charles
Bobleng
, natif de Suede. 303 Hiftoire
des Oracles
, Lettres
diver
TABLE.
fes. 304
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes.
Enigme.
Autre
Enigme.
Morts.
306
310
312
313
Continuation des Prieres pour le Roy- 322
Zele des nouveaux Catholiques , qui font
}
得
faire des Prieres publiques pour Sa
Majesté. 329.
Prieres faites au Havre pour la la guerifon
du Roy. 333
Te Deum chanté le 29. Décembre dans
toutes les Paroiffes de Paris , en action.
de graces de la parfaite Gneison du Roy.
Fin de la Table.
335
ICA
· Avis pour placer les Figures.
Li
Air qui commence par Petits Mon
tons qui dans la plaine, doit regarder
la page 132 .
La Medaille doit regarder la page 211 .
L'Air qui commence pat , Ah! je në
Seay ce que mon coeur demande , doit regarder
la page 260.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères