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GALANT
LELFuDiE,AA ~UMOPNH3;,"E RIN.
YVO~r:A~ l6sé.
Diviié-cr.c..:.x Pairie
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, Trente sols relié en Vestu,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dansle
Salle des Merciers, à la Justice.
Enla Boutiquedela Veuve C.BLIGIlART,,
Court neuve au Palais au DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
'¿P£C PRIVILEGE DV ROI.
AU LECTEUR.
Eux qui ne jugent dei
Ouvrages quepar le Titre
)
sans fè donner 14
peine d'en rien lire5 & sans faire
mesme un injlant de reflexion sur
ce qutlsvoyent, pourront se rebu.
ter d'abord du mot de Siam qu'ils
trouveront à la tefie de lafecende
Partie de ce Mercure. {0 dire que
cefltrop parlerfurune mefrne mat\
ere> cependant avec une mefmc
matiere on fait tous les jour! mille
chojesdifférentes On pur"V
< FL
gures £Homm°s & d\Anim-.nx
avec du Marbre, AUJJIbv n que
des colomnes,&tout ce qu'onveut
fairerepresenter, c& 1-i fuite dn
Livrefoenquil ait le mesme Titre
t ne doit avoir que le Titre de
commun avec ce quil'a précédé.Il
fautfeparerce quireperde les Livre*
qui parlent de Shtm en deux
matières3 qui renferment deux
dmbafjad?.;fçavoir Ârr. baJJade
de M le ChevalierdeCb-vmont
AU Royaume de Siam, FFR) celle des
j4rrib-jfadeurs du Roy de Siam en
France. Ldmbajfade de M1 le
Chevalier de Chaumont a esle
faite par luy
-
mejme en un seul
~c~~w~~r la me/me Ambajjade,
& non 1afuite>a eslé mise dans le-
Mercure de Juillet, & dans un
Volume entier qui luy [en de fécondé
Partie. On a traite le mefme
sujet,parce qu'on a eu divers Memoires
pour faire cette R lation
plus ample 3&tout ce qui r rardecctte
AmbaJJade efl finy dans ces
trois Volume4. A-inif il rieflplusquefilon
que de ïAmi? ffide des
(" F C '1 l ,
)
ySiamoisen France. Celle a riessit;
ppOoiinntt doOuUbUleit}.,rinayant -fié traitée- l'ffe traueeque
par le stul Autheur du Mercure.
Le premier Prolumea pou*
Titre, Voyage des Ambassadeurs
deSiam en France contenant
la Reception quileur
a esté faite dans les Villes où
ils ont pafle^ leur Entrée à
Paris, les Ceremonies observées
dans l'Audience qu'ils
ont euë du Roy, & de la Mait>
n Royale, les Complimens
quils ont faits,la Description
des lieux ou ils ont ciléy& ce
qu'ils ont dit de remarquablefîiriout
ce au'ils ont veu.
Le secondVolume est intitul*é,
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France,
contenant ce qui s'est pasle
à l'Audience de Madame la
Dauphine,des Princesses du
Sang, & de MC; de Croissy
& deSeignelay, avec une
Description exacte des Chafteaux,
Appartenons, Jardins,
& Fontaines de Versailles,
S. Germain, Marly,& Clagny;
de la Machine de Marly
, des Invalides, de l'Observatoire,&
de ce que ces
Ambassadeurs ont veu dans
tous les autres lieux où ilsont
esté depuis la premiere Relation,
à quoy l'on a joint le
Discours qu'ils ont fait au
Roy.
AU LECTEUR.
Onpeut'voirpar ces deux Titres,
que ces Ouvrages ne parlent
point desmesmesebofes,mais on
Avertiticy que l'extrême curio/îté
desAmbdfjadeurs de Siam ayant
toujoursaumente,&leurayant
faitdemanderl'explrcaton de tout
ce qu'ilsrntv>u, {."S mrMerei qui
font dans leje. ndjournal de cette
j4mbc\j]ttde, font t>\rtee$encre
plus à fond que dans le pr:micr
Volume) & que les AUnfns
Royales3&surtout Verfaillesty
font décrites avec tvite texachtuÀe
pGjJt!?!?
,
$ff d'une maniéré à
donner autant dintelligence sux
curieux, que s'ils avoient le Plan
AU LECTEUR.
ala main. On peut dire que l'on
verra dans ce Vo!ume la feule
Description de Verfailles qui ait
elle jufquizydonnée au Public,
les
Lambeaux
qui en ontparu ne
pouvant pas monter à la vingtième
partie de ce qu'ony trouvera9
& les chofis mesmesayant entierement
changé de figure depuis ce
temps-là. On ne dit rien du refledu
Livre qui contientJeptou huit
autres Articles aussi curieux quenouveaux,
cess à dire
, qui riont
point encore esié imprime^
On peut cuire que cette Amhajfiade
ayant déja remply deux
Volumesy on ne la laissera po
AU LECTEUR.
imparfaite, sans quoy ce qu'on a
donné au Public ne pajfroit que
pour des Fragmens. Ainftaprès
avoir fait un Journal de tout ce
qui regarde les Ambajpideurs depuis
Tïrefk, où on les a pris en
débarquant, on les y reconduit,
afin que tous ces Volumes ensemble
ne fajftnt qu'un corps de cette
Ambajfiidcyqui pourratenirrang
parmy les Voyants les plus cu- rieux qui pourraeflre utile à
tous les Ambassadeursquiviendronten
France,pour leur appren,
ire ce qu'ils doivent voir. Les Lu
wm dambaeades ont toûjouri
ffiéfort recherchez
3 c, nous ne
AU LECTEUR.
connoiffions point mieux taChine
que dans un Livre in folioremply
de Figures, qui décrit lagrande
udmbaffiade que les HolLudoisy
firent en léçj. dédié a feu Mt
Colbert. On noubliera pas dans
lIt fécondé Partie de ce Iournalle
Voyage de Flandres, qui afait
connoifireauxdmbajfia.deur$ la
Grandeur du RoyJ &qui enfaifiantvoir
mille ebofiesquiregardent
la Guerre3 n'a pas laififéd'eflre
tout remply de Fejles dr de
'galanteries. On ne marque point
qu'onnelaififera rien à dire sur
cette mattere
y
on peut voirsil'on
a traité à fiond celle que renserAU
LECTEUR.
ment les deux Volumes de celte
.ArnbajJadej dont le dernier vient
de paroistre avec celuy-cy.
On donne avis qu'on a
commencédepuis trois jours
à débiter l'Histoire du Siege
de Bude.
MERCURE
'æW{\~R~
CALri »
NOVEMBRE itot.
1 JE commençay ma Lettre
du mois passé par une Epître
en Vers, qui contenoit
une vive peinture des vertus
qui rendent le Roy si digne
de l'immortalitéqu'il s'est
acquise. Quand on lit ces
fortes d'Ouvrages,l'esprit en
elt tellement remply, & la
Grandeur de Sa Majesté s'y
trouve si bien dépeinte,
qu'on croit que l'Autheur
n'a rien oublié de tout ce
qui peut la faire connoistre.
Cependant comme lamatiereest
inépuisable, & toûjours
belle, lors qu'elle vient
à estre traitée par un autre,
elle nous paroist briller d'un
nouvel éclat, & l'on y découvre
des beautez que l'on
n'a point encore veuës ailleurs.
Je ne doute point que
vous n'en trouviez de granles
dans l'Ouvrage que vous
allez lire. Ilest de Mrl'Abbé
le laChaise. Quoy qu'il ait
:il:é devancé dans ce dessein
par beaucoupd'habilesGens,
l n'a regardé que la matiere,
xseur de l'abondance qu'ele
fournit, il a fait parler la
Gloire. Il suppose que cette
Déesse est au Temple de Menoire,
où elle tient un pinceau
, & regarde un Autel
particulier qui luy est dedié,
x qui d'un costé a pour ornement
un Tableau d'Au-
Y-ulle& une Table d'attente
le l'autre.
PORTRAIT
DE
LOUIS LE GRAND
En paralelle avec celuy
D'AUGUSTE. AVpréJ decet Autel où jefuis
adirée
Depuis Le temps que jy place
Aupifieque/avois irace,
Cette Table d'dttente efi toujours *
demeurée.
EAntiquité m'offrit en vain,
pour mettre en paralelle avec ce
yrandRomain,
Les Herfls quelle jvoit les ploes
diyidd'envie; Malgré cette fausse lueur
Que laFable ajoutait à ttc/at de
leur vie,
Aucun ne me parut meriter cet honneur.
Pour trouver icy place au mesme
rang quAuyifie C'efipeu , que d'esjftrreeCCoonnqquuéerraanntt3, Il faut qu'un Prince vraiment
Grand
3 Soit vaillant, foit heureux, foit frudent,ferme, &jufle,
Quilfoit l'Ame de Ces Etats,
QUil décide au ConCessqu'il commande
aux Combats,
Qu'il faffe tout mouvoir3fit en Paix, foit en Guerre,
Et qu'après avoirru+montè
Tout ce qui Irty reiffte&jur Mer, &surTerre, t il force les Vainctis d'admirer fit
bonté.
Jlfautque l'Univers le redoute& j
l'csisme
3 Et qu'adore de ses Sujets, ilfoit l'ennemy des forfaits,
Comme le Protecleur de tous ceux
quonotprime.
Quefime[me on doute des droits
Qtfil prétend contre ceux qui reçoivent
ses Loix) Jlfautquen leurfaveur luy-mesme
il fc déclare.
Dans Augu/le on vit s'affemller f
Toutes ces qualitezpar un concours sirare,
Quejufqtcau GrandLOVIS nul
n'apû l'égaler.
Ccfce Tiens rmnccis que doitjur
c-ù'T.. b'c
Traceraujourd'buy monPinccau,
Et je veux luy faireun Tableau
Qui n'ait à tous ses traits qu'Augttfte
de semblable.
A l.! tesie de ses Guerriers,
Comme Auztifte on l'a veu courbé
fous les Lauriers,
Combattre, surmonter3&puis calmer
le monde;
Comme Auyifte ilfait tout mouvoir,
Dans la Paix3 dans la Guerre, &
,
sur terre & sur l'onde
Saconduite s'admire, & l'on craint
jon pouvoir.
Comme Auyifteonl'estime, on l'aime
, on le revere ;
Ses AUicZ toujours en lur
Rencontrent un solide appvy
Et toujours[es Sujetsy rencontrent
un Pere.
Ce Peuple avec facilite
L'aborde comme Auguste
3
& s'en
voit étouté;
Chez luy ceux qu'on opprime ont
toujours leur refuge j
Comme Auguste en [es intercjls
Il ftiffit que l'on douteyil examine, iljugey
Et contre luy, luy-mesme il d nlie
des Ar,-efts-
Jepe.'niraydonc ce RoyjurleChar
de Bellonne
Qui triomphe des autres Rois>
Jepeindray leur Ligueauxafcotf,
QUI reçoit àgenoux la Paix comme illa donne.
Après les murs qI/il a forcez,
1\iriSyd'un pinceaud'orje peindray
tes fofez^y
.Jy peindray ce Vainqueur, Mais
qui rendra les armes,
ildoy mesmeau]zje m'ypcindray,
Themisd.c[armera ce Héros parjes
charmes,
El dans le rnefmetemps je le couronneray.
Amuj'ay peintAuytfte3 6" pour
ceyandOuvrage
J'emprunteras' tous ses beaux
traits, [faits,
Mais il faut de ceux que fay
Pour ne m'y pas tromper, que je
faffe un trzage.
Tout le Tableau de ce Romain
N'a pas cfié tracé par une me(memain,
jsevoylorner du.<nz qui ïicJst 1tas
- ae Li Í/.:ic;'Ji."{' c 1
Ces y junj!esP,ofcripticns,
Ce durTr.umvirat, n'ont rien qui
m'appartienne,
Pottrcesmal/,eurspublics jeriay
point de crayons-
Ccft cc qui de LOUIS jera II
difjerencc
D'avec cc fameux Empereurj Sous cc grand Roy jamaisl'horreur
Df'unebmeauirSang immole ria fait laFrance.
Aucune vitlimed'Etat
N'a de fbn Regne hettreux jamais
ternyPéciit.,
Jamais de (On couroux on ne l'a vit
l'enclave
3 Et pour le bien reprefentery.
Le vieil Augufle feu" & non le
jeune OHave,
Mefournira lestraitsque je dois
imiter.
Mais dans le vieil Augufle il se
rencontre encore
Des traits quifemblentobfcurcisV
Vn telPrince n'dpoint de Filsy
Danssonplusand éclat[on Sang
le deshonore.
LOI)ISaucontraireaujourd'huy
Voit déjà trnsNeveux d'unFils
digne de luy,
Voit l'honneur de saCourdans leur
Augufle Mere,
Et je peindray tout à la.fois
LOVIS un grandHens,LOXJlS
un heureux Pere5
LOVIS le pl'M pu(Tant & le
meilleur des Rtzf
Aiiji le GrtllldLOVIS rempMra
cetteplace
Sous un caraltéré (îbeau
QîfAuyiJteamejme , enson Tableau
T). s S'cptrès à fies pieds qu'il faut
que fenefface.
Par11 je voulais âjjt'gner
Combien il /itrp,/foit totis ceux
qu'on vcitrègne r ;
Mais ccfi à LOUISseul que ces
marques font deués.
Tu prévoyais un fortpareil3
Qîumi par ton or re, Augtlfle, on
fondit tes Statuës,
Afind'inenrrehir*JcTemple du
Sole-l.
Quelques Eloges que tant
de beaux Esprits zelez pour
la gloire de leur Prince,
avent donnéàce Monarque,
aucun ne la encore loüé sur
l'Article que je vais vous
donner pour nouvelle,mais
on n'en doit pas estre surpris,
puisque la vie de Sa Majesté
estant un continuel enchaînement
de merveilles, les
Actions de grandeur & de
pieté se succedent tellement
les unes aux autres, que si
on vouloit les renfermer
toutes dans un Ouvrage, il
ne sortiroit jamais des mains
de celuy qui oséroit l'entreprendre.
Ce que j'ay à vous
dire de nouveau regarde la
Paroisse de Versailles que ce
Prince a fait élever à ses def
pens; en sorte que par les
soins qu'il a pris d'en faire
-
fournir les fonds necessaires,
ce grand Ouvrage, si
digne de celuy qui l'a fait
construire, a ellecommencé
& achevé en deux années,
aussi-bien que les beaux &
grands Logemens des Prêtres
de laMission qui doivent
desservir l'Eglise.Toutes choses
a yant esté mises en estat
pour la consacrer, Mr l'Archevesque
de Paris donna
permission le 26. Octobre
dernier à Mr l'Evesque de
Bethleem d'en fairetoutes
les Ceremonies. Le jour en
fut indiqué le lendemain
Dimanche au Prosne de la
grande Messe, pour le Mercred
y 30. du mesmemois,
Le Lundy 28. Mr l'Evesque
serendit à Versailles accompagné
de Mrs les Abbez de la
Mothe & de la Roche, l'un
Archidiacre,
& l'autre Chanoine
de Nostre-Dame de
Paris, tant pour observer le
Jeune qui avoit elle ordon- ne pour le jour suivant
,
à
tous les Paroissiens de cette
nouvelle Eglise, que pour
faire dés laveille toutes les
choses prescrites par le Pontifical.
Le 30. la Ceremonie
fut annoncée au Peuple à
quatre heures du matin par
le son des Cloches, & elle
commença sur les sept heures
en cette maniere, M'TEvesque
de Bethleem s'estant
rendu à L'ancienne Eglise
Paroissiale
, y prit sesHabits
Pontificaux, & precedé de
plus de quarante Prestres de
la Mission
,
& de M' Jolly
leur General, outre pIuGcurs
Curez des environs, il en
sortit processionnellement,
ayant toûjours prés de luy
Mr l'Abbé de la Mothe revêtu
de son Surplis, avec
une Etolle & son Aumusse.
Il y laissa les Reliques qu'on
y avoit deposées le jour precedent,
& aprés que l'on eut
fait l'Eaubeniste à la porte
| de la nouvelle Eglise, on fit
I en dehors lesAspersions tout
: autour jusqu'à trois fois avec
les Prieres propres pour une
pareille Ceremonie. En suite
on reïtera en dedans les meC
mes Prieres
,
& les mesmes
Aspersions avec rAIphabea
Grec &Latin que Mrl'Evesque
écrivit avec le bout de
sa Crosse sur la cendre que
l'onavoit répandue en croix
sur le pavé ; & après beaucoup
de Prières,d'Aspersions
& d'Encenfemens faits sept
fois autour del'Autelqui devoit
estre consacréy on retourna
à l'ancienne Eglise
prendrel es Reliques de Saint
Julien & de Saint Jucombe
Martirs, qui en estoient les
Patrons, & on les-porra en
Processionautour dela nouvelle.
-
Avant que d'y entrer
-
MT l'Evesque se mit sur un
Fauteuil à la Porte
, & fit
un fort beau Discours sur
cette Ceremonie. Ille finit
par les Louanges du Roy, fit
voir sa magnificence & sa
liberalité, & exhorta les Peuples
de joindre leurs Prieres
aux fiennes pour la conservation
d'un Prince qui surpassoit
lesConstantins & les
,Alexandres. Après cela on
rentra dans l'Eglise
,
où les
Reliques furent enfermées
dans le Sepulcre de l'Autel,
:,avec une pierre que Mr l'Evesque
scella à chaux & à
sable. La Consecration ou
Dedicasse fut faite fous l'Invocation
de la Vierge, en
memoire de sa glorieuse Assomption
; & après d'autres
Ceremonies ausquelles Mr
Bontemps fut toûjours present,
l'on retourna encore
une fois à l'ancienne Eglise,
d'où l'on apporta le Saint Sacrement
fous un magnifique
Dais. Les Ruës estoient tenduës
des Tapisseries de la
Couronne,& les Recolets
precederent le Clergé Seculier
à cetre Procession,à laquelle
tous les Confreres du
Saint Sacrement assisterent
avec un Cierge blanc à la
main.Madame la Mares.
chale de la Mothe & quantité
d'autres personnes de
qualité s'y trouvèrent ,au ffibien
qu'à la Messe qui fut
chantée Pontificalement par
Mr l'Everque de Bethleem,
revestu des Ornemens precieux
que le Roy a donnez à
cette Eglise. Le nombre de
ces Ornemens aussi bien que
celuy de l'argenterie & du
linge, fera connoistre aux
Siecles à venir la. magnificence
& la pieté de Loüis
LEGRAND. La Ceremonie
ne finit qu'à deux heures aprés
midy.
Vous ne ferez pas fâchée
que j'ajoûte à ce Détail la
Defcriprion de cette nouvelle
Eglise. Elle est située
dans la Ruë de Paris, en face
de la Ruë Dauphine
, par laquelle
on entre dans la Place
du mesme nom. Elle aesté
construite de neuf de fond
en coinble,de pierres de taille.
Le Portail, en comprenant
les deux Tours, a dixneu
f toises de largeur. Il est
décoré d'un Ordre Dorique
le quatre colomnes de front,
& qui portent aussi quatre
colomnes Ioniques,couronnées
d'un fronton. Les Tours
sont ornées de ce dernier Ordre,
le tout avec de la sculpture.
La longueur de l'Eglise
hors oeuvre eA de quarante
toises, &; dans oeuvre, depuis
le grand Autel iutqu-à la
grande Porte, elle a trente
toises. La largeur de la Nef
est de trente-deux pieds, &
la longueur de la Croisée de
dix-sept toises. Les Arcades
ont quatorze pieds&demy;
& les bas costez qui regnent
au pourtour,enontdix-huit.
Les Chapelles ont neufpieds
de profondeur. Au milieu
de la Croisée est une Coupe,
ou Cul de four, voûtée de
pierre, de six toiles & demie.
La Lanterne a vingt pieds de
diametre,&porte par dehors
sur un grand quarré de maçônnerie
de huit toises delargeur;
la hauteur sous clef
en dedans de la voûte eH: de : neuf toises & demie; & de la
Coupedela Lanterneaupavé:
de l'Eglise il y a dix huit toises.
L'Ordre de dedans eft*:
Dorique;le grand Autelest;
enrichy
enrichy de quatre colomnes
Corinthiennes de Marbre,
de deux pieds de diametre,
couronnées de leurs entable
mens&froncons. Tous les
Autels sont garnis de Tableaux
des meilleurs Maistres.
A costé de cette Eglise,
le Roy a fait aussi construire
de fond en comble un grand
Bastiment, pour le logement
des Prestres qui la desservent.
Il con siste en un corps de
Bastiment paralelle au costé
de l'Eglise,de quarante quatre
toises de longueur, &
joint sur laruë à d'autres Bâtimens,
renferme une baflc
court de tteize toises en quarré.
Le Bastiment a six toises
deux pieds d'épaisseur, &
renferme par bas wi grand
Corridor de quarante-trois
toises sur douze pieds de large,
avec cinq. grandesSalles
pour les Exercices. Le Refectoire
eH: au pied du grand
Escalier. Le premier étage,
& l'étage en galetas, ont chacun
un grand Corridor ;&
renferme plus de soixante
Cellules,&: dix petits Appartemens
de deux pieces. Le
tout, en y comprenant les
pieces pour le service de la
Maison
, comprennent plus
de cent cinquante lieux differens.
Ce Bastiment,& l'Eglise
dont jeviens devous
parler,sont du dessein de Mr
Mansard& Mrde Louvois,
qui comme Surintendant ôc
Ordonnateur des Bastimens
de Sa Majesté,avoit fait construire
en uneannée l'Eglise
&leConvent des Recolets,
situez dans le mesmelieude
Versailles, voulant répondre
au zele du Roy, a pris de si
justes mesures, que non seulement
tous ces Bastimens
ont esté entièrement achevez
en deux années, mais
que tous les dedans sesont
aussi trouvez faits, ainsi que
toutes les Peintures qui embellissent
l'Eglise. Le jour de
saconsecrationMr l'Evesque
de Bethléem, Mrs les Abbez
de la Mothe & de la Roche,
& tous ceux qui avoient esté
employezà cetteCeremonie,
ainsi que les Personnes de
marque qui y assisterent
,
furent
conviez par Mr Bontemps
à disnier avec lesMissionnaires
dans leurnouvelle
Maison. Il y eut soixante,
Portions,chacun ayant mangéfelor^
Tu sage du lieu où il
estoit. Toutfut servy avec
beaucoup de propreté, &un
fort grand ordre. Vous n'en
doutez pas, puis que MrBontemps
s'en mesloit; c'estce
qui fit qu'il y eutmesme des
Portions de reste.
M Magnin, toujoursremply
dadmiration pour les
grandes choses que fait le
Roy,continuë à marquer son
zele par ses Ouvrages.Voicy
trois Devisesavec un Sonnet
de sa façon
,
qui meritent bien d'avoir placç icy. Le
corps de chaque Deviseest
le Soleil. La premiere a ces
mots pour ame,Videt& regit
omnia solus.
il rempli+ de C-t lumiere
Le Monde de bout en bout;
Seul du haut de sa carriere il voit tout d'" régit tout.
La [econde) Farma3 ruirtute>
nominemagnus.
LOVIS dans sapompeuse&brit-„
lante carrere
Efi comme le Soleil ;
Encharmes, en vertus,en grandeur,
tn lumiere
IIriapoint de pareil.
La troisiéme, Et spes &
gloria rerum.
A mille corps divers
Unebeureufe influence
rEdit sentir sa puifJancc;
Il efi de PVnivers
La gloire &l'esperance.
LOUIS LE GRAND.
SONNET. LEs louantesqu'ou donne aux
TLftCS couronnées>
Tandis que le Heros que t'on loiic
est vivant3
Passent pourun Encens mereenaire,
&souvent
Ce rieft pas sans raifortqu'elles
fontfoupeonnées.
MeUS celles qf/à mon Royj'ay mille * fois donnée
} 27eviennentpoint d'un cbarmecf
f'.nt&decevant ;
7Ton3l"TJniversja'.-uiisn'arienveus
de (ïpr,.'nd,
Rien quipégalerses bellesdejilnécS'
Si quelqu'un contredit à cette véritéj
Qu'ilparcoureavecmoytoute tAnt!*
i,,-é , j
tiquité,
J'y t, uvevaydequoy l'inftruirc,ce <
me semble.
Car parmv tant de Rois qui font.
01 eVdnOltifJ
Qu'il joigne tous les temps les fins
f heureux en(èm6Ie,
II n'en formera paf le Regne d,
| LOVIS. t-I
Sous ce Regne qui a rendu
la France si glorieuse, on ne
voit de Mandians,que ceux
qu'unefaineantise volontaire
empesche d'accepter le
travail qui leur est offert de
toutes parts, Sa Majesté
ayant mesme souvent entrepris
de faire faire des Ouvrages
prin de les occuper ,
& comme Elle a veul'obstination
de plusieurs à demeurer
dans une oisiveté qui est
im portune, &àcharge au
Public,elle a cru pour le bien
general devoir faire la Déclarationsuivante.
LOVIS,tc. L'application-
continuelle que Nous
donnons a tour ce qui regarde
la Policegenerale& le bie-n de
nos Sujets, Nous a porté à prendre
unfoinparticulier pour têtahliffementaugmentation
des
Hôpitaux Generaux dans les
Villes gros"Bourgs de nojlre
Royaume, dans lesquels les Pauvres
qui ne font en eflat de tr&-
laitier5 trouvent leur fubfiflance
affiurée, awc une occupation pro..
porttonné-e à leur â'4ge&c- aà lleeuurr
insimité ; c- quoy qu'au moyen
de ces établissemens il ne duft
restr aucun de nos Sujets à charge
AU Publicy Nousavonscependant
esté informe que plufteurs Valides
qui ne font de la qualitéa
eflre receus dans les H&pitaux,
au lieu de semployeraux Ouvragesausquels
ils font propres, @1
qui leur produiraient leur fubfifiance,
s'adonnent à la mendicité.
@J s'abandonnant à loifivetê
)
commettent des DO!^ & tombent
nulheureufcment dans pluseurs
autres crimes: A quoy voulant
pourvoir, (jr empeficber un défi- :
ordre si considerable. ACES!
CAUSES,en confirmant nos 1
Ordonnances & Rtglemens cy' - devant faits contre les-Mendians
valides5 AIonsleuravonsenjoint
@r enjoignons par ces Preficntes
fignecs de noflre main, defie re.
tirer mcefifimment dans les lieux
(if Provinces de leur naijfiance,
ouautres lieux,poury travailler
aux ouvrages auxquels ils vou- * iront s'employer> leurfiaifanttres- inhibitions & défienfes
de mndierfious quelque pretexte
quecefioiti (f) en cas quaucuns
Valides fussènt trouvc7, mendiant
,
huit jours après la publication
des Presentes, Voulons
utlssoient pris gr arrefiez
,
Ordonnance de
de nos Bailhfis, Sénéchaux
)
leurs Lifutenans &
autres Oiffciers
,
st) par les Prevofis
de nos Cousins les Maréchaux
de France, (jfy conduits
Es Prisons les plus prochaines,
pour sur le témoignage de ceux
qui les auront vu mendier
}
on
autre preuve¬oriétésuffisante
de leur mendicité
,
ejlre condamneK
aux Çaleres pour letemps de
cinq ans. Si donnons en mandement)
(t)c.
Je ne icay si vous avez entendu
parler d'un petit Nain,
qui a fait icy plus de bruit
que le plus grand homme.
Ila trente-cinq ans avec une
Moustache d'un doigt, & n'a
que quatorze pouces de hauteur.
Il estde Bretag ne, & a
esté envoyé à Sa Majesté
par Mr de Lavardin, Lieutenant
de Roy de cette Province.
Cest ce qui a donné
lieu au Madrigalque je vous
envoye On y fait parler le Nain.
NOnje nemeplainspointdece
que la Nature
M'a fait de petite Jlruélure,
Cesi un lonheur pourmoy qui par
toutretentit. [conde
Je riaurois pas la gloiresansfev'cflre
auplus grandHommedu
Monde,
Si je rfcftois le plus petit.
Rien n'est plus juste ôc
plus agreable que ce Madrigal.
Aussi a t'il receu plus
d'applaudissement que l'on
n'en donne souvent a de
grands Ouvrages. Il est de
Mr Vignier, ainsi que la Lettre
que vous allez lire. Vous
y trouverez une Avanture
fort singuliere dont je VOUJE
puis garantir lavérité,puis
qu'il veut bien que je vou
l'envoye
, non seulement
fous son nom ,
mais encore
de la maniere qu'il l'a écrite
Quoy qu'il n'y ait rien dan
cette Avanture qui puiss
choquer personne, & que kl
Nature soit seule à blasmer
je nevousl'envoyerois pas
si les chosesqui ont estéplaidées
à l'Audience d'un Parlement,
pouvoient ne pas.
devenir publiques.
A Mr LE BARONDE C*** PUifque maigre tant d,belles
refofutions la tentâtuf*
çr.fii vous apris de vous marier*
ne vous lat£fe% - pa: tansaveugler
par vojlre pajjion au4 vous
en {oyeZ la dupe. Javors c*t&
jufjuà present que quand il rfh it
quejhon de chofir une Feî717f1e riche bienfaite
, il (uffifoit de
prendre garde àsa tefie; mais ar'-
iourd'huy jetous disqu'ilfautmesme
Prendre farde a(espieck, pour
ne pa, tomber danslinconvénient
de
ce Gentilhomme de Bourgogne9
qui pour riavoir pas eu ce foin
voulut ces jourspaffezfairecaffir
son Mdriaze. C'efl un homme
fortriche, quifaitordinairementsa
demeure à la Campagne
proche de Dijon. Quelcjues-uns
Àeses Amis efîantvenus luy rendre
vifte
>
il leurproposad'aller
voir une fort belle tJUdifon a
troislieuesde lasienne., st) ou il
navoit jamais eslé. Une Veuve
en efloitFermiere. Son Mary luy
avoitlaissêen mourant de grands
Biens& deux fort belles Filles,
mais la. beauté de la Cadstte l'empextoitsur
cellede (Atfnée. La
Dame receut ces Meffteurs fort
honnefiement
,
leur fit voir tous
les Appartemens du Cbafieau,
les Avenues c) les Jardins. Elle
avoit donnél'ordre a [es deux
Filles de tenir la Collation presse,
de forteqùau retour de la Promenade
la Compagnie trouva une
Table proprement couverte des
plus exceliens fruits de la Saifon*
On se rangea autour sans ceremanie,
mais les deux Filles voulurent
se retirer. Ces Adejjieurs
coururent aprés
) & dirent à la
Mere qu'ils seniraient si elles ne
symettoient paï.Ellesse mirent
donc à table & en firent les
honneurs
; & la. Cadette particulièrement
lesfafoit de si bonne
grâce9 que nostre Gentilhomme
songeoit bien moins a mangerquà
la regarder,ou plutojî
A
l'admirer
, & si ses gens ne l'eussent
avertyqu'il avoit trois lieues à
faire 0* que la nuit approchoit,
- il nauroitpaspensé à remenersa
Troupe tbe%luy.Jevous laijje a
juger, Monfieuf toutce quifut
dit par le chemin en faveur de
ces deux Belles
, & l'eflat où le
coeur de nojlre Amant se trouva
quand le lendemain/esAmisluy
eurent dit adieu. Ce fut avec
peine qu'il attendit ¡ufèJe/Au jour
jiuivant a retournervoir ce qui l'a..
voitdéjà jette dans des inquiétudes
extraordinaires.11feignit de
faire un Voyage plus éloigne, afin
de pajjcr chez la Veuve. Lors
qu'il en fut proche il rencontra
beureufement celle qu'il cherchoit
an bout d'une grande Allée) juf.
qu'où elle avoit conduit sa Mere
quufloit allée à quelque Métairie
voijïne.Cetteaimable Ftlle ne
futpointdéconcertée desarencontre,
e il trouva tant de sagesse,
tant d'esprity & tant d'agrernent
dans toutes ses réponses> qu'ils'en
retourna dans la resolution de la
demanderen Mariage. Cettepro*
poptionjurprit la Fermiere. Elle
crut d'abord que cestoit un railleur
; mais comme sa demande
efloit accompagnéedesermenspour
luypersuader qu'il parloitferleusement.,
elle fitses efforts pour luy
donner le change
, & luy reprefentaqu'il
efloitjuste que tAisnée
pajj'afl devant sa Cadette, &
qu'elle luyferoit tous les avantages
possîbles pour reconnotflre
l'honneur qu'il faisoit à sa Famille
; mats il salut ceder aux j
raisons & a l'inclination de l'Amant
y
qui d'ailleurs efloit un
Party tropconsiderable pour le
refuser. La Fille qui rtavoït
rien oublié pour le détournerde
Venfer à elle ,luy avoua enfin
quelle feroit la plusingrate personne
du mondey si elle n'estoit
7astouchéedJune aussi fortepaf^
Çw que celle qu'illuy témoiçnoit
ù, lefuppha > de croise que le refus
tune aujfigrandefortune que cetle
qui sepresentoitensa perfonney
ve provenait que Sun défaut
qu'elleavoit3 & quelle ne pouvoit
vaincre. Le Gentilhomme
[a conjura de s'expliquer davantage
t & luyfîtmille^roteHâtions
lel'aimerpajjionnement,quelque
rrand q'ie pufl estre ce défaut qui
Q vouloit opposer à son amour*
Puisque vous le voule%ffavoir,
ditelle,avec un vermillon qui
donnait un nouvel éclat àsa
beauté, je vous diray, Monsieur,
que la NaturemA donnéunetelleaversion
pour les pieds nuJs, que
je ne puis mesmesoUffrir la "veué.
des miens; c'efi poulquoy si vous
defircz sincerement que j'aye
l'honneur d'estre voflre Femmey
ilfaut quevous me prometie7, de
couchertoutevoflrevie chauffé,
& de trouverbon que ienfajfe
< de mesme. ~~9~ que cela fust
capable deftire refverun homme,
iln? besi'a pasun mom.,nt à le luy
promettre,& ellèeHtfuut d'eflre
contente
entente des ajjurances qu'il luy
en donna. Ainsi peu de temps après
on pajja le Contraél de Ma;,
siâge
, par lequel il luy fit tous
les avantages que la Coutume
permet. La nun-tantdeifréearriva.
Le Gentilhomme& la DemoiselleJe
mirent au lit, chauffiz
l'un & l'autre
, tm l'on ne vit
jamais de Mariezplus contens
qu'ils le parurent le lendemain
au matin. Ce bonheurduraplu-
Jieursannêei^mais il arriva quun
jource Gentilhomme fit une PartiedeChajjeoù
ilfuthlefsê. On
le reporta clJe-z luy toutsanglants
ce qui saisit tellement f4 Femme
qui Laimoit fort tendrement,
qu'elle sévanouit. On fit toutce
que l'onpiitpour lasoulager, mais
il salut en venir à une Saignée
du pied qui découvrit le myfiere
quelle avoit caché avec tant de
foin. On luy trouva despieds (éf
des jambes de Cbevre
,
dont le
Mary conceut une telle horreur,,
que dans cet instant il eut autant.
de haine pour elle qu'ilavoit,
eu d'amour. Il la fit osier de sa
presence
, & ne put souffrir depuis
ce temps-Id quelleparuifdevant
luy. Il presenta enfuite
Requefle à Mejfiettrs du Partément
de Dijonpourfaire caffir
fort Mariage
,
alléguantqui!avoit
épousé un Monfire plutojî
qu'une Femme. Surquoy les Parties
appellées /'Avocat de la Darne
parla le premier. D'abord il fit
voir qu'une si grande défeéluo.
te navoit point d'autrecause
qquueijerivmoyaagnitgnraatsiosind'deellsea, Mere,
~f/c T;o~t~ s'avipt jj ~f~, /!
de faire alaiter sa Soeur aisnée
parune Chèvre
,
dont elle avoit
foin de tenir les pieds de peur £accidentil
dit enfuite des choses
sifortes & si touchantes en faveur
de la Dame, que toute
l'Audience en fut êmeue. Le
Gentilhomme mesme n'y put rejîfleriilenfut
attendry
,&corn.
me ilportoitincejjamment ses re--'
gards surcelle qu'il avoit aime-éj
avec taut de passion, ses beauxv
yeux,quoy quelanguissans,ayante
pénétré son coeur, il repassa tout l
d'un coup de la haine à la ten- drcffi, - en forte quil défendit à s
son Avocât de répondre. La Cour i
sur cela rendit son Arrest, & *
renvoya les Parties hors de Cour <
@J de Procés. Le Gentilhomme
plus amoureux que jamais conjura i sa Femme d'oublier ses foiblessesi> e de retourner chez luy ; mais
elle n'en a voulu rien faire jufqua
present. On croit que la
Cour rendra un fecond Arrefl
quiportera, que ceux qui se marieront
à l'avenir, ne coucheront
point avec leurs femmes quils
ne les ayent fait dkbaujjer> &
qu'ils ne leur ayentfut hver les
pieds devant eux, de peur qu'on
ne leur lave la tesse à eux mesmes.
Jefuis,Monsieur, Vajire,
érc.
L'esprit de l'homme est II
inventif, qu'on peut dire
qu'en beaucoup de rencontres
l'Art par son moy en
l'emporte sur laNature.D'un
costé il polit ce qu'elle nous
donne de grossier, & d'imparfait,
& de l'autre illuy. preste
des forces, & la fait pour
ainsi dire revivre quand elle
languit dans un Corps abbatu
de maladie, ôc enfin il
sçait repousser ses deffauts,
& la fait en quelque forte
rentrer en elle-mesme, comme
nous voyons par le surprenant
Secret du Sieur Sigouney
qui demeure dans
l'isle Nostre-Dame. Il elt
assez heureux pour pouvoir
remettre les Taillesmal- faites
des jeunes Enfans par de
certains Corps à ressort dont
ila trouvé l'invention,&
que personne n'a pu encore
contrefaire. PluslesEnfans
font jeunes
,
plus illesredresse
; mais il est fort malaisé
qu'il en vienne à bouc
quand ils ontune foisatteint
l'âge de quinze ans. Vous
jugez bien que je ne mettray
pas icy la Lifte des jeunes
Personnes qui avoient
des Tailles qui leur estoient
à charge, & qui sont presentement
aussi droites, que
si elles n'avoient jamais eu
sujet de se plaindre de la Nature.
Quoy quelles n'ayent
plus aucune marque de ces
deffauts,il y auroit peut-estre
des Maris assez fantasques
pour intenter Procés à leurs
Femmes comme celuv dont
je viens de vous parler, qui
pourtant pourroit avoir en
plus de raison de se plaindre
desa Femme&dela Nature.
On peut dire d'un autre collé
que l'esprit de la Dame avoit
fait en cette occasion tout
ce qùc l'adresse est capable
de produire, pour luy cacher
un défaut dont elle ne devoit
point estre responsable. C'étoit
l'unique party qu'elle
avoit à prendre, puisque la
Nature ne pouvoir estre ny
changée, ny corrigée, &
qu'illuy auroit estéinutile
d'avoir recours à l'Art, comme
celles qui sont devenuës
plus droites qu'elles n'étoient
par le moyen des Corps à
ressort. Parmy celles dont
le Sieur Sigouney a heureusement
corrigé la taille,il y
en a d'assez détachées du
Fiiionde pour vou loir bien
rendretémoignageàla verité,
& dire en quel estat elles
estoient,avant qu'il leur eust
rendu ce bon office.
Le grand nombre de
Conquestes est quelque cho
se de doux pour la vanitédes
Belles, mais c'est bien souvent
un avanrage dont la
suite estdangereuse
,
& en
voulant trop avoir,il est à
craindre qu'on ne garde
rien. L'Avanture que vous
trouverez fous des noms
d'Oiseaux dans la Fable que
je vous envoye ,
est un
exemple sur lequel on pourra
faire d'utiles reflexions.
LA PINCONNE.
FABLE. POur tincertain abandonner le
feur
Eji, a mon sens,trait depeu de faengesse,
un mot, n'avoir paste[prit
meur,
C'ests'oublier, & n'avoir pas d'ddresse.
Gensfont assiz. qui manquent en ce
pointy
Et sottement donnent dans;l'apparence,
Si dans ce cas ils ontpeu de prudence,
C"est-là le fait, 6" je neendoritr
point.
Si L'ignorejadis en une Fable
Par maints beaux dits Esope [e
prouvay
Mais en cejourJrJiftoire véritable
Sous noms d'Oyféaux}surprenante,
agrcable3
Vousl'apprendra. Voicy comme il
en Vd.
Dans une Volière charmante
Fut une Pinc nne fringante,
Belle causeuse,& qui n'ignorait
rien3
Pleine d'efprtt
,
Pleined'esprit3 de manicéreé eennrg7ad--
geante 3
Auresse3 Pinconne de bien,
Et qui parloit Italien
Comme sa Langue naturelle.
-
Enfin tcut cequ-'ilfaut avoir
Pour ejlre parfaitementbelles
Elle l'avoit, &quipouvaitla vJrt
Incontinent efioit amoureux d'elle,
Moulteneftoitjnaisun tres-facheux
caf
Defefperoit 5 elle efloit infidelle
Autantquefutjamais femelle,
.laisanttoutfonplaijïr, quand on
goûtait l'appæs
De certainstoursfins de prunelle>
D'inspirer de l'amour, & den'en
garder pas.
Deses Awans grande efioit h fiequelle.
On y voyoit un Perroquet
Pieinde ffavoird-de caquet,
Beait diseur,conteurdefleurette,
Mais de son Bien le calcul trop tost
+ fait
N'avancoit pas son amourette; Il faut du Bien, prou d'ecus font
effet.
Ce n'efi paspourtantquele drôle
Par beau maintien3 & par beetparole
,
2Veuft tant foit peu gagné son
coeur.
Mais quoy , tout change, &par
malheur
Changeante efioit nofiremignonne;
D'di/leurs a.(/èz bonne personne.
Ce changement l'avoitfaitenrager,
Pester3crier, il vouloitJevangery
Mais comme enfin de tout on se console,
Auf!is'en confiola l'aviséPerroquet,
Ettout hommefage ainfiifiait.
Depuis l'Ov(èau joiia son rolle
3 En Oy reau /àge, &de bonjuge vent. r
Près de Pinconne efioit encorun autre
Amant.
CessoitmaifireButor} de tous le
moins charmant3
jadisaimé3 mais pour qui
l'inconfiante
Roit alors affezjndiffcrente,
vrs quunFinçon de maniéré éclatante,
IDoyant un beau jour3 d'elle s'amauracha,
JVy peu ny prou ne lafâcha,
ijïoit beau, bien fait3 avoit une
Efcareille
line d'écus, item fort grande
Kyrielle
belles qualitez^jplus efioit de
Maison
> woit l'esprit tourne de Li bonne façon3[laBelle.
Ltnmetoute,ilefioitavenantpour
\TOtM deux en affez^peu de temps
'iI/un de l'autre firênt contens ;
LVS se marquoient une undreffe
extrêmei
:Si:l'un juroit d'aimer toujours>
L'autre aufjïtoflfaifoitde mefme
Et promcttoit d'étemelles amourJt
Eloignez, iÙjouffroicnt avec impa- i
tience,
Ce ricfloit que fang/ou, que larmes,
que soûpirsj
Serevoyant ceriefioit que pl,àJirs.OI
Totu deux avaient mille desirs ;(
pour deviner sur quoy riefi befoinsde
science.
Pendant ce temps un autre Oy--
seau
En donnant au Pinçon de jalouses
alarmes
BecetAmourf3iplein de charmes 1
Malàproposvintcreuferlc tom- '-
bedu.
Un certt/ln Rossignol de noble parentage,
tboccage,
Le mieux rente des Oiseaux du
Ayant veu par hasard Pinconne
en fut epris;
II la choisit pour sa Cloris,
Mit tout son ffavoir en vfageT
Pour luy donner l'amour qu'il a.
voit pris.
Pas ny faillit j l'éclat de far
nai/Jance,
D'un gro.' bienla belle apparence
Estoientd'ajfez^puiffansattraits,
Outre mille autres itilaus traits
Dont-- il f-fa~voir-as/saisonner 14 ebofe,
Il en avoit croqué plus d'une à
moinsde frais.
C'efloit un maiflre Sire, en Vert
ainsiqu'enProse ilPemportoit, il efloit écoutéy
S'ilparloit, cestoit un Oracle,
S1il faiftit, c'estoit un miracle>
Pinsonne en lllY ne trouvoit qu&\
beauté.
Aussi rien népargnait pour attendrir
son ame,
Par mille cmprcffimcns il luy mar~~
quoit sa flime
Sans cesseilfoupiroit,pleuroitmefme
souvent3
Afin de la rendre plus douce.
Mais en amour quelques ftupirlt
quon pouffe>
Autant en emporte le vent.
Pinçonne cependantpayait de com--
plaifance[Amant,
( Les petits foins de son nouvel
Et pleinede reconnoissance
Luy marquait fn ressentiment.:
Pour luy d'abord on conceut dete
time,
Delàsansypenfer on vintà l'ami*
tiii
JEnruite l'onsefit un crime
Dene le payerqu-ànzoli-it.
Il falloit flusiun Rcffigno.
ttndre,
Meritoit bien pour luy queFonh:
de l'amour,
Pmçonne ne s'en Pùtdeffen
) Le Galant feavoit pl,
,> d. i
tour [ drr
Pour la contraindre de '¿.. rci,
Pinçon eut beaun!eurcr & den:*-
der raiTon,
Pinsonnefut sourde à. Pincnl
De Rossignol elle efioit trop
épriCe..
,
Chaque Oyseause feandalifi
De ce cruel changement3
Mais l'ingratefit ferment
De rien faire qu'à (uqjtifh.
jQ2 îarrma-t-illLePinçon d&> frié,l i Le Pincon
Après avoir crie3 parlé,
Maudit Pinconne &sa Maignie,
Parnofire Perroquet à la fin consolé3
Traitason amour de manie,
Resolut de changer de vie,
Et de chercher dans une autre
Beauté
plus de confiance & defidélité.
XJneLinotefin:cre
Dontil devintamoureuxy
Le rendit bien-tofi heureux.
JiUeefioitfaitepourplairey
Comptoit farmv Ces Ayeux j
Les Oyféaux les plusfameux>
Toutconfpiroitpour leurjoye
s Et lesjours de ces Amans
Sansfouis& sans tourmens ParoifJoientfIezde[oye.
il n'en efloit pas ainji
Desjours quepassoitPnenneî
L'Amant d'abord Ji tnmji
En peu de temps Fabandonne.
Du nom depoux point n'ejloit
entejy
Outre plus3 en Pinçonne il ne trouvoit
finance
Convenable à sa qualité,
Et sans écus une Beauté
Ne merite pas qu'on y pense.
Rosignol en faisant une injidelité3
Fit voir à la Belle volage
Quelle eufi cfié centfoisplus
fage,
Si foncoeur satisfaitd'un tendre
empressement
Eufi confervèPinson pour son
Amant,
Sansen demander davantage.
On ne m'a point dit le
nom de l'Auteur de cette
Fable. Je sçayseulement qu'il
est de Troyes, & qu'en l'envoyant
à Mademoiselle C.
il l'accompagna de ce Madrigal.
--à sI la Belle dont il s'agit I
Avoit eu vos yeux y
vofireesprit,
,-
Et mille qualitez quen vous chacun
admire,
Pinçon malgré[onchangement3
Quelque chosequ'on eufipàdireJ
2?auroitjamais cesse de l'aimer
un moment..
1
Voicy un Air de M'TAbf
bé,dequi vousconnoissez le
Genie par ceux que je vous
ay envoyez de sa composition
avant qu'il fust étably
à Roüen, où on la fait venir
de Caën comme un hoiru
me rare, & qui passe pour
un des plus habilesMusiciens
du Royaume, non seulement
pour l'Art de composer,
mais aussi pour la belle
métode du Chant, qu'il enseigne
à tout ce qu'il y a de
Personnes de
qualité
dans la
Ville.
AIR NOUVEAU. MA douleur efiextrême
Je ne fuis le reler,
En perdant ce quejaime
.Comment me consoler?
Moit mal efi sans remede,il saur
perdre la vie,
Mour,ûns
, Mourons, mais du rOegret dSàavvooiirr
perdu Silvie.
Comme toutes les. choses
dont la cause est bonne&
l'effet agréable,doivent toûjours
estreestimées, quoy
qu'arrivées entre des particuliers
,
surtout lors qu'ils
sont d'une qualité qui les
difti»gue^
distingue,jecroy que je puis
vous fairesçavoir ce qui s'e st
3pafle au Havre de Grace la
veille & le jour de S. Martin.
La parfaitesante dont le Roy
oiioüiffoit à Fontainebleau, éc
lle souvenir encore récent de
.Ma naissance de Monseigneur
dIe Duc de Berry a y ant difqpofé
tous les esprits à la joye,
AMr le Duc de Saint Aignan
pqui se trouva dans son Gou
wernemcnt, & dans la Ville
fxlu Havre, où il ne s'estoit
encore rien fait d'assez écIa.
rant pour celebrer ces deuxestes
, & marquer le zele
qu'ilsçait si bien inspirens
dans le coeur des Peu ples,,;
sur tout ce qui regarde Sau
Majesté, donna un disner laxl
veille de la S. Martin à Mr deai
Montmor, Intendant general
de la Marine de la Province
de Normandie,que la£j
delicatesse,l'abondance, &
la propreté de la tab le qu'il
tient ordinairement au Havre
, ne rendirent pas moins
delicieux, que la Compagnies
de Cavaliers & de Dames ~qui
s'y rencontra. Le reste diu;
jour fut employé en Concerts,
promenades,& autres. 2-
divertissemens, quine manquent
point dans la Maison
de ce Duc. Le lendemain,
jour de S Martin, ce Gouverneur
accompagné de Madame
la Duchesse de S. Ai-
O"nan, & d'une suite nombreuse
de Gentilhommes
d'Officiers & de Dames des,
plus qualifiées de la Province,
s'estant rendu sur tes
cinq heures du soir chez Mr
de Montmor
,
où il estoit
prié de souper, fut receu au
sondes Tambours, Trompettes
,Timbales, & d'un
grand bruit d'Artillerie, par
cinquante ou soixante Officiers
de Marine lestement
vestus,qui l'attendoient dans
la Place qui est vis à vis la
Maison de Mr de Montmor,
où il vie avec une surprise
agreable une tresbelle Illumination
qui éclairoit toute
la façadedulogis. La Porte
de cet Intendant estoitornée
de Trophées à la gloire de Sa
Majesté, dont les Armes estoient
toutesbrillantes de
lumiere, & des plus superbes
ornemens. Celles de ce Gouverneur
& de MrleMarquis
deSeignelay estoientaudessous,&
il n'yavoit aucun
lieu en toute la Maison où
il n' y eust des lumieres avec
des Deviles & des Emblèmes
à la gloire de cet Auguste
Monarque. Les Armes de MC,
le Duc& de Madame la Duchesse
de S. Aignan estoient
encore dans la court avec
plusieurs ornemens. Le bruit
desTrompettes & des Tambours
ceda à une Simphonie
charmante qui estoit dans un
Salon,d'où toute la Compagnie
a elle conduite dansun
A partement richement meublé,
elle trouva dans une des
Salles un Theatre dont Içs
Décorations estoient d'Azur
seméesde Fleurs de Lys.Ony
représenta uneComedie Les
Dances qui suivirent furent
accompagnées de Concerts
messez de Simphonie _-Qui
durerent prés de deux heures,
après quoy on descendit
dans une Salle tres parée <3c
fi>rt_éclairée
, ou estoit un
Dais souslequel on avoir mis
lePortrait du Roy,& où se
trouva un niagnifîcjuç Buffet
êç deux Tables. L'une estoit
de vingt-quatre Couyerrs).
& Mrle Duc de S.Aiguans'y
trouva seul d'homme entre
toutce qu'il yavoit deDames
qui étoient venues avec Madame
la Duchesse de S. Aignan.
Tous les Officiers en
grand nombre demeurerent
derriere les Dames pour les
servir, quoy qu'il y eust une
secondeTable pour eux. Ils
furent récompensez par les
Dames,qui leur firent part de
cequ'on servit dans ceRepas
magnifique,oùtoutce qu'on
peut s'imaginer de plus delicar
& de plus rare dans la
faison, se trouva. Il y eut pendant
le Soupé une Simphonie
de Flûtes & de Violons
tres-agreable. Elle fut interrompuë
par les Timbales &
par les Trompettes qu'on
entendoit lors qu'onbeuvoit
les Santez. Le Sou pe ne fut
pas plûtostfiny
,
qu'on pretènraà
Madame la Duchesse
de S. Aignan une Lance à
feuavec laquelle elle alluma
un Dragon par la senestre
de la Salle. Ce Dragonalla
embraser un Feu d'artifice
qui elloit dans la court,
ôc après ce premierspectacle,
on monta en haut pour
voir le Feu d'artifice qui é.
toit preparé dans la Place
rvis à vis la Maison de Mr de
Montmor
,
où le Peuple attendoit
patiemment en se
desalterant à des Fontaines.
de vin quiestoient auxcostez
de la face du Logis, & en
dançant au bruit de mille
cris de joye. Rien n'estoit
mieux imaginé que ce Feu,
dont lesornemens & le dcC.
sein estoient sur les Victoires
du Roy,& particulierement
surl'Extirpation de l'Heresie.
La Religion,la Victoire ôc la
Renomméeparoissoient en
l'air tenant un Enfant couronné
,
dont le Maillot estoit
semé de Fleurs de Lis, qu'ils
élevoient à un Soleil fort
brillant
, en luy montrant
plu sieurs actions mémorablesde
LOUIS LEGRAND.
Elles faisoient la Décoration
de ce feu avec plu sieurs An.
ges ,
dont les Epéesflamboyantes
chassoient l'Heresie
& tous les Vices. Le Bal
commença ensuite. Il y eut
plusieurs Entrées de Masques
tres galantes; on y fit
mesme des Sauts perilleux,
& plu sieursjeunes gens de
la Ville pour divertir cet IlBustre
Gouverneur qui estoit
vertutres-proprement danserent
des Danses qui sont
ordinaires sur les Ports de
Mer, & qui luy parurent trèsdiverduances.
On y dirtribua
en abondance toutes sortes
deliqueurs,& tous ces plaisirs
qui avoient commencé
dés cinq heures, ne finirent
qu'après. minuit. Tout le
monde sortit de cette charmante
Festeavec tant de falisfacLion
,
queMr le Duc
de S. Aignan toujours galant&
(piricuet, dit à Mr de
Montmor, (tuilestoitimpojjt*
Med'ejirejamais mal avec celuy
qui sçavoit si bien unir les Element
les plus opposez
,
puisquon
avoirveu le feuavec l'airpar les
Fusées volantes, & la Terre&
l'Eau d'accord parla bonne intelligence
des Officiers de la Marine
avec ceux de la Garnison
, &
au il ne peuvoitcompren dre qu'on
pull tant meslerde plaisirs enfrmbledansvingt-
quatre heures
feulementTous ces Divers
tiffemens estant finis, ce Duc.
fut conduit dans laCitadelle
avec les Trompettes & les
Tambours qui le mestoient
aux cris deJoye, & de ViveAfc
Roy que tout le Peuple
poussoit, &qui sont les horu
rmeurs qu'on rend sur les
Vaisseaux de Sa Majesté.
Quoy qu'on semesle d'aimer
à tout âge, ce n'est pas
bdu consentement de l'Amour,
si l'on en doit croire
ce Madrigal.
L'AGE D'AIMER. ONdit que les Grâces un
jour
S"cntretenant avec l'Amour,
Vinrent a discourirde l'âge
De ceux qui font receus J camposer
-
saCour.
v
Chacune entint-divers langage,
Surquoy Cupidon asontour
f..Fitcette reponsetrès-fa^c.
0 cberesGrâces3 nous disons
Quepaffé quaranteans toutAmant
qui soûpire
Doit estre mis aux Petites Maifins,
Et que pour les Bca.ute^de ni/ire
MavkanfcEmpire3 les T)ileursdePhcbns,
Et 1rs Aill,rtc1(TJ' de grimaces,
SixLustrescc-jule\elles ne doivent
plzùS
Sinon zynter dans nos Clas
ses. o J
Les belles Personnes ont
un privilege particulier pour
estre de cette galante Cour,
mais elles y
font rarement
fracas si leur beauté n'est
IJXlCC0111pagnée des agrémens
bde l'esprit. Ainsi jene doute
point quevousne soyez du
sentiment de celuy qui a
bdécidé une Question que
vous aurez sans doute oÜy
souvent proposer
,
& qui a
esté faite encore depuis peu
dans les termes que je vous
'{l'envoyé.
Demande.
Si VOUSaviezjicfje.nd'aimer3
Quipourroit plutost vous charmer,
Ou la Sotte quiferoit belle,
Ou la Laidespirituelle l
RESPONSE.
LaBefiife eflun Monstreaffreux
Quifait tout paroijîre hideux,
Ce qu'on en voit atteint rïa rien
qui ne dèplaife3
Et je dis hardiment de bouche d'"
par écrit
3 Q£îunlaid Objet remply derprit,
Mecharmerr.itplut si qu'uneBeauté
nuiifc.
Celuy qui a fait cette réponsearenduraison
de son
lentiment par ces autres
Vers que vous trouverez
d'une Muse aisée.
LA BELLE SOTTE.
J E vous aimernis. bien
, deminte,
Mais sUrsf*aut vous parl1er¡a¿tifns.
feintc,
.Mà beautésansl'cfprit neIfauroit
me charmer,
JM'-l'ré tous vos attraits , Sotte
comme vous esses,
-V.;/'()ùtiens que sans crime on ne*
peutvous aimer,
Si cen efi un d'aimer les Beste!/1'
Vous me direz,., belle Niaise,
Que ce riefk pas l'esprit qu'om
baise5
>KMaiscest là raisonnerfort befiialemcnt
; [ de flàme*
37Jn Corps inanimé ne ,aafè point,
Et vos meilleurs Amis confeffenïv,
l'dutement,
Que vous esses un corps sans w
ame:
Lapajjîonrïeft point émeuë
Par la beauté d'une Statué3
Fusi-clle de la main du Doffe%\,
Phidias.
Comme on ne peut aimer des char- -~
mes enpeinture,
¡VTO":'S n'essesp.int, Aminte, un 0Bjetpleind'appas,
Vous n'en esses que lafigure.
Il nefi plus de Culte Idolâtre,.v
Vne Divinité deplâtre
Parmy nous aujourd'huy n3a plus
d'Adorateursj
yous pretendez en vain que cha- -i
cun vous cajole3
Oane peut vous donner ny d'encens
ny de coeurs3
-;~ Puifqu'on ne fluffreplus d'Idole.
Vive la BelleIngenieure,
Dont laGrace viftor euse
Gagne tout par (a veuë &par ce
qu'elle dit.
Ge font les qualttez de ma chere
Corine,
Dont la beauté m'enchante, &l'efpritme
ravzt,
k
,
Mais dont la rigueurm*affaf- ' fine.
Voicy la quatriéme fuite
de l'Histoire des Estampes
si je l'ay interrompuë le dernier
mois
, ce n'a e sté que
parce que je la voulois continuer
par quelque chose de
curieux sur ce sujet. J'en fuis
venu à bout
,
& ce que je
vous envoye elt d'un grand
travail, d'une grande recherche
& glorieux a la France,
qui peut se vanter d'avoir
chez-elle d'aussigrandsHommes
que leSiecle le plus renommé
en a eu pour les
beaux Arts. Cela se connoist
dans ce que je vous envoye,
qui en vous faisant voir Mr
le Brun presque entier, ne
vous laissera point douter
que nous n'ayons en luy un
de ces Genies merveilleux &
universels qui n'ignoreent
rien LaFrance le doitauRoy,
puisque le desirqu'il a eu
deplaire à ceMonarque
pour qui il a sarc Jl1 si grand
nombre d'ouvrages
,
luy a
donné de nouvelleslumières
ôc une nouvelle force. Aussi
peut-on dire qu'il a plus travaillé
luy seul que beaucoup
des plusillustres Anciens ensemble.
Je passe à l'Histoire
de ses Estampes
,
qui vous
apprendra mille choses eu-;
rieuses.
Quoy qu'il y en ait un
fort grand nombre que l'on a
gravées d'après sesDesseins&
ses Tableaux,il y a lieu de s'étônerqu'il
s'en trouve encore
si peu,quand on considere
tous les Ouvrages qu'il a faits
en divers endroits. De toutes,
les Estampes qui paroissent
au jour
,
le Royen a fait
graver une partie, dont les
Planches font conserveés
dans sa Bibliothèque. Mr le
Brun en a fait graver une autre
partie, &plusieurs Soûtenans
d'une qualité distinguée
ont fait graver les [ujets
de These qu'il a faits peur
eux.
Le peu d'exactitude qu'it
a eu à faire valoir les Privileges
que le Roy luy a accordez
, de faire luy seul
graver ses Ouvrages, avec
deffenses à toutespersonnes
de l'entreprendre sans son
consentement
,
est cause
qu'il se, trouve encore plusieurs
Estampes d'aprésluy
& sous son nom ,
dont il auroit
lieu de desavoüer une
partie, à cause du peu de
soin que ceux qui les ont executées
ont apporté à leur
donner quelque conformité
avec les Originaux.
Les Estampes que le Roy
a fait graver tome celles de
l'Histoire d'Alexandre.
La prerniere qui est gravée
auBurin par MrEdelink
en deux Planches, est celle
où est re presentée la Visite
qu'Alexandre accompagné
d'Ephestion rendit à la FamilledeDarius,
après l'avoir
vaincu prés de laVilled'Isse,
& commeAlexandre marqua
en cette occasion beaucoup
de clemenceenvers cette
Famille affligée, elle est exprimée
en ces termes au bas
des Estampes,
Sui
-
Sui vifloriaindicat P^egem.
Il efl J'un Royae Je vaincre
foy~mefme.
> Le Tableau d'apréslequel
cette Estampeest gravée efl:
le premier que M le Brun
ait fait surcette Histoire.
jj
1
Le Royen 1661. desirant
connoistre par lu ymesme (1
le merite de celuy qu'il avoit
destiné pour son premier
Peintre répondoità l'estime
qu'il s'estoit acquise dans le
iiionde.,luy donna ce Sujet,
& comme Sa Majeste' voulut
+ le voir travailler
,
Elleluy
ordonna un Appartement
dansleChasteau deFontaine-
bleau, où Elle luy faisoit
l'honneur de le venir voir
peindre dans des temps mesme
imprevûs, & Elle y passoit
plusieurs heures. Le Roy
a fait presentement placer
ce Tableau dans l'Antichambre
de son grand Appartement
de Versailles. Il en a
esté fait une Description par
M Phelibien, où l'on pourra
voir le dessein que Mr le
Brun a eu en traitant ce sujet,
& la raison des passions qui
s'ytrouvent.
Les quatre autres Estampesde
la suite de cette Histoiresont
gravées par Mr
Audran, & representent,
I. L'Entrée qu'Alexandre
s'ouvrit dans la Perse par le
Passage du Granique. La resistance
qu'il y trouva par la
multitude inombrable des
Troupes qui estoient de l'autre
costé du Rivage,est marquée
au bas de l'Estampe
par ces mots.
Virtus cmni obice major.
La vertuJa valeursurmonte
tout ebflacle.
-
2. La fameuseBatailled'Arbelles
par laquelleAlexandre
s'assura l'Empire des Perles..?
L'Estampe a cette Inscription
au bas,
Digm orbis imPerïo virtus.
La Vertu peut pretendre al
l'Empire du monde.
3. Porus amené tout blessé
qu'il estoit aprés sa deffaite
devant Alexandre, & qui
par lafermeté de son courage
merita d'estre traité enn
Roy par son Vainqueur avec
cette Inscription au bas.
Sicvirtus -&vtfla placet.
La Vertu plaifl quoy que y
uaincuë.„ *
4. Le Triomphed'Alexandre
dans la Ville de Babilone
avec cet autre mot,
Sic WIHÎ evehit ardens.
Ainsi par la Vertu s'élevent
i
les fjeros. I De ces quatresEstampes,
~es trois premieres sont en
quatre Planches, & la qua-
~riéme en deux Planches. Les
Tableaux d'aprés lesquels
elles ont eilé gravées sont
placez dans le Cabinet du
Roy au vieux Louvre , &
ont d'une grandeur au desflus
de tous les Tableaux
me hauteur de 16. pieds, &
ont de longueur, le premier-
30. pieds, le fecond 39. pieds
cmq. pouces, le troisiéme
pareille longueur,&le quatriéme
21. pieds 5.pouces.
Les Figures qui sont sur le
devant sont plus grandes
que nature. - Mr le Brun a fait ces
grands Tableaux dans les.
Gobelins peu de temps aprés
l'etablissement qui y a esté
fait des ManufacturesRoyales
des meubles de la Couronne,
& dans le mesme
temps qu'il estoit occupéa-la*
conduite de routes les Peiru
tures qui se faisoient
pour
le
Roy en divers endroits, &
à donner lesdesseins de tous
les Ouvrages qui se font
dans cet Hostel
, en forte
que ces quatre grands mer.
ceaux parurent au jour sans
,,que l'on se fust presque apperçû
que M le Brun eust
pû trouver du temps pour y
travailler.
Comme ce sont des Batailles,
il feroit trop difficile
d'en faire une description,
&jenepense pas mesme
qu'on puisse concevoir autrement
qu'en les voyant,
legrand mouvement qui s'y
trouve ,
la grandeur de la
conception, la fertilité de
l'invention, la beauté de
l'ordonnance, la correction
du dessein
,
& l'industrie de
la distribution des lumicres.
Puisque les Estampes sont
en beaucoup d'endroits,je
croy qu'il vaut mieux vous
inviter à les voir, que de
s'imaginer pouvoir vous en
donnerune idée par un recit
qui réponde dignement à
l'intention de l'Auteur.
On a fait la distribution
desEstampes dont je viens
de vous parler pendant trois
ou quatre années dans la
Bibliorheque du Roy, mais
on l'a discontinuée
,
& elles
se trouvent seulement chez
quelques Marchands d'Estampes,
qui dans le tem ps
de la Vente en ont fait provision.
Il a aussi esté gravé par le
mesme S' Audran une autre
Estampe en cinq Planches
d'apres la Coupe peinte à
fresque dans la Chapelle du
Chasteau deSceaux.Mr Colbert
luy fit fairece morceau
comme un essay avant que
de faire l'Escalierde Versailles
qui cli peint aussi à fresque
; mais il est facile de
jugerpar la force de cette
fresque qui se soûtient d'une
maniere à durer toûjours,
qMue soan iesssaytréfet u.n coup de
Le sujet decette Chapelle
cJl: le Baptesme du Sauveur
du Monde par Saint Jean,
qui est representésurl'Autel
en deux figures de marbre
plusgrandes que nature,
& comme ce fut dans ce
temps là que Dieu le Pere
découvrit aux Hommes la
Divinité de son Fils par cette
parole
,
C'esticymonFils bienaimé,
c'est ce moment que
Mr le Brun a voulu representer
dans la voûte.
La Figure deDieu le Pere
est dans le milieu soutenuë
par trois Anges
,
dont les
deux qui sont plus bas representent
la Loy de Nature
& la Loy de Moyse
,
& le
troisiéme la Loy de Grace.
Mrle Brun a donnéàces trois
Anges des caracteres qui
conviennent à ce qu'ils su
gnifient. Celuy de la Lojr
de Nature est presque tout
dans l'ombre
,
celuy de la
Loy de Moyseest moins
ombré,&a les yeux éclairez
d'un rayon de lumiere
,
&
tous deux tirent un grand
Voile par lequel est figurée
cette separation qui estoit
entre Dieu & les Hommes,
& qui a esté levée par la
Mission de Jefïis-Christ. Le
troisiéme Ange,qui est celuy
de la Loy de Grace ,est
tout éclairé.Cextevoûte est
remplie de plusieurs figures
d?Anges avec des Inftramens
de Musique
, &_- qui Ctifpen,
dent leur Concert pour entendre
cette voixqui les étonne.
D'autres enlevent les
Vales qui servoient aux Sacrifices
de l'ancienne Loy,
l'Arche d'Aliance & leChandelier,
& déchirent leVoile
du Temple. Les Saints Anges
Michel & Gabriel semblent
s'entretenir des Mysfteresqui
s'operent en ce moment, Se
un Ange qui represente la
Charité,est accompagné de
la Pureté, de la Foy & de
l'Obeïssance
, toutes distinguées
par des Symboles qui
leur sont propres. Mr l'Abbé
Talemand en a saie une def-l:
cription en Prose qui n'est
point encore au jour, ôc&
Mademoiselle deSaintAndré
une autre en Vers qui a esté
veuë.
L'Estampe dont je viens
de vous parler est gravée de
puis deux à trois ans, maiszi
elle n'a point encore paru,«J
non plus que l'Estampe qui
est gravée en huit Planches,
qui toutes ensemble sont
neuf pieds de long, par mril
Baudet d'après les peintures
à fresque de l'Escalier de'ai
Versailles. Cet Escalierest un
morceau connu ,
la beauté
de la fresque répondàla
grandeur de l'Ouvrage je
vous en ay mesme donné
une description dans la seconde
Partie de ma Lettre
de Septembre 1680. ce qui
fait que je ne la repeteray
point icy.
Il s'est encore distribué
dans laBibliothequeduRoy,
quelques autres Estampes
gravées par Mr le Clerc d'aprés
les Tapisseries qui se
fontauxGobelins Vous fçai:
fyez que c'est dans ce lieu que M le Brun fait faire les desfeins
de toutes lesTapisseries
qui ont pour sujetl'Histoire
du Roy. L'onavoit pro c
jettéd'en continuer la gra—J
veure pour les donner au
Public, mais cet Ouvrage a
esté discontinué. Les Estam
pes qui sont gravées sont,
La Deffaite du Comte des
Marsin.
La Prise deDouay.
Celle de Tournav.
L'Audience desSuisses.
Les quatre Elemens.
Les quatre Saisons.
Les autres Estampes que
Mrle Brun a fait graver, ôc^.
dont il a les Planches en sa
possession, sont,
Celle du Palais duSoleil
autour duquell'année est
representée fous la forme
d'un Serpent qui joint sa
esteà saqueuë.
;' Le Triomphe de Constant
tin.
't La Bataille de Constantin
contreMaxence.
Le Martire deS. Estienne.
Une Présentation de lx.
Vierge au Temple..
Le Massacre des Innocens.
Un S. Michel où est un
Groupe dunSujet de la
cheute des Anges.
Un Livre de Fontaines.
Un Livre de Frises Maritimes.
Un Livrede Façades d'Architecture
faire pour Marly.
L'Estampe du Palais du
Soleil est de forme ovale, ôc
gravée par Mr Audran en
quatre Planches à l'eau forte
retouchée au Burin, &
est dédiée au Roy. Elle a
esté faire d'après un dessein
qui devoit servir d'exquisse à
un Platfond queMrle Brun
avoit projetté de peindre
dans une Salle du Chasteau
de Vaux le Vicomte; mais
qui n'a pû estre exécuté.
Le Soleil y est reprefenré
assis sur le devant du Palais
entouré du Serpent qui joint
sa teste à sa queue, & qui figure
le cours de l'année,
ain si que les Egyptiens la representoient.
Les quatre Saisons
font placées en quatre
endroits, & forment quatre
Groupes principaux qui environnent
le Palais.
L'Esté est placé au devant.
L'Hyver est derriere à l'op-
|>ofite.
Le Printemps est à droite
dans ce Tableau,& à gauche
dans l'Estampe,ce quiarrive
ordinairement à la graveure.
L'Automne est à l'opposite
de l'autre costé.
Mr le Brun y a fait entrer
les sept Planettes, les figures
du Zodiaque,les vents,les
mois, les jours & les heures,
ce qui fait tout ensemble
une merveilleuse harmonie
dans l'Ordonnance.
Le Triomphe de Con
stantinest gravé en quatre:
Planches
,
aussi à l'eau fortes
retouchéeau Burin, par les
nesme d'a près un dessein
ait pour une Tapisserie qui
levoit accompagner la Basaille
de Constantin contre
Maxence qui est du dessein
le Raphaël peinre par Jules
Romain, & c'est pour cela
que Mr le Brun y a donné
les airs de teste, & des fortes
le vestemens qui ont raport
aux manieres de Jules
Romain ;
elle est dediée à
Nf Colbert.
Constantin y paroist dans
milieu sur un Char tiré
ètar plusieurs Chevaux. Il est
couronné par la Victoire qui
*
est en pied derriereluy fun
le mesme Charau dessus
de sa teste sont plusieurs Genies
qui luy preparent de
nouvelles Palmes
;
il est accompagne
& devancé de
tout ce qui faisoit la gloire
du Triomphechez les Romains
,
& est suivy des Er.
claves les plus qualifiez qu'il
avoir vaincus. Il y paroist
deux Arcs de Triomphe,l'un
sur le devant qui est celuy
quiaesté élevé à la gloire de
Constantin,d'où il fort, &
dont il n'est pas encore fore*
éloigné ; & L'autre est plus,
dans le lointain vers lequel
s'avance pour aller au Catole.
-
Ce dessein avoit esté fait
>01ir des Tapisseries que faisoitfaireMr
Fouquer.Mrle
Cardinal Mazarin l'ayant
eu unjour qu'il allaà Vaux,
lut si satisfait du dessein de
Triomphe qu'il dit à Mr
Brun, qu'il auroitsouhaité
levoir de luy une Bataille
qui raccompagnast, & c'est
qui luy donna lieu de faire
autre dessein de la Bataille
le Constantin contre Maxence
que Raphaëlavoit
déja traittée
,
mais qu'il al
voulu particulariserdavantage.
Maxence avoit fait construire
un Pont, qui pouvoit
se brifer facilement
en relachant certains ~liensn
qui en faisoient l'assemblages.
Il avoit dessein d'y attirent
Constantin pour le faire pe-51
rir encet endroit,mais ~raL.
Machine n'eut pas une réüCh
site conforme à ce qu'il ~avoitil
projetté. Désle commence-3;
ment du Combat fort Ar.1..
méefut poussée par Constantin,
& voulant fuir par deflîijijl
C(Q
ce Pont en desordre, elle l'acabla
de son poids, tous
ceux qui se trouverent dessus
~y perirent, & Maxence luy
mesme fut noyé.
Cest ce dessein qui a esté
gravé en trois Planches comme
l'autre & par le Inefine;
Estampeest aussidediée au
Roy.
1. Le Martyre de S. Estienne
à l'eau forte aussi deMrAu-
Bran en une [eqle Planche,
est gravée d'après un Taoleau
que Mr le Brun a fait
Autrefois pour un May à
Nostre-Damede Paris. L'on
sçait laLoy que les OrfévfeR:J
se sont faite d'y ~presentens
tous les ans un Tableau leal
premier jour de May. ~C'eitfl:
un employ que ~recherchenan
tous les Peintres quiveulenon
se faire connoistre. Mr loi
Brun yen a fait deux, tk celuy-
cy cil: placé au dcflustl
d'une des petites portes dwt
Choeur à gauche en ~entra.nt.]l
Contre la coûtume de tou.-ri,
ceux qui onttraité ce Sujet.
il arepresenté S. Estienne ~a&
vec des cheveux longs ~M
une Aube blanche sans ~Dalta
manque , en quoy il a ~faiis
voir combien il estoit instruit
des coûtumes , estant
certain que dans ce premier
temps du Christianisme les
Diacres ne se servoientpoint
deces habillemens qu'ils ont
[pris depuis,& qu'ils portoient
les cheveux longs à
cause du Voeu de Nazaréen
que les Diacres faisoient, &
ïïurutouticefux squi .est1oient L'Estampe de la Presentation
de la Vierge au Tem-
J'le estgravée au Burin en
~une Planche par Mr Sertlin
d'aprés un Tableau qui est
aux Capucins duFaux- ~bourgg
S. Jacques. La Vierge y efHl
àgenoux aux pieds du Grande
Prestre
,
qui en avançant leszt;
brastémoigne la joyequ'il~ie
àe la recevoir, & elle y ertfl
representée dans une aétiOlYH
qui marque tant de ~pudeunu
êc de simplicité
,
qu'il n'y ~as
que les yeux qui en ~peuvenflrj
estre les Juges. L'Eftampô<j
est dediée à Mrde Harlay ~Arvil
chevesque de Paris.
L'Estampe du Maûhcttv
des Innocens est en ~deurn
Planches à l'Eau-forte, ~reai
touchée au Burin par ~MW
Loir,Orphévre, leTableau
d'aprés lequel elle est gravée,
n'estoit presque qu'ébauché
lors qu'il est fort y de la
main de Mr le Brun, & il ne
l'a achevé que long-temps
aprés, à la consideration de
Mrdu Metz. entre les mains
duquel il est tombé.
- La maniere aveclaquelle
le sujet eH: traité, merite que
l'on y admire la sagesse de
celuy qui l'afait.Iln'yavoit
[pas d'a pparence que dans le
temps d'une telle cruauté,
tant de Meres & d'Enfans se
fussent trouvez en un mesme
lieu, sans y ~avoit cité eon-n
duits pvrnuelc
c.
motif,~puisu
qu'au ~contrait. ~Il n'y a ~pointu
de doutecju^eîtTS ne chetvr
chassent les m^q^rs les plusu
recu lez & les plus ~fècfecs.a3
C'est pourquoy Mr le Brun zk
peint plusieurs Tombeaux
dansle lieu qui sert de cliam
à son Tableau;& comme le?}
Tombeaux eiioienc• ~facresi
chez les Juifs, il feint que cciy.
pauvresFemmess'y ~eftoienin
retirées pour mettre leurs~En-a
sans à couvert de ceux qUiJJ
les vouloient massàcrer,roaifij;
inutilement, puis que ~deuiu
Ministres d'Herode assis dans
~an Char, dont les chevaux
~'oulent aux pieds des Mères,
~lui écrasent elles mesmes
~eurs Enfans sous elles, vien-
~lent jusque dans ce lieu faire
executer les ordres de leur
Maistre. Mr le Brun y a peint
les Femmes de différentes
conditions, pour avoir lieu
d'y traiter des caracteres de
douleur qui leur convien-
~nenr) & l'on peut dire qu'il
n'y a point de discours, quelque
êloquent qu'il full, qui
pull: mieux exciter la COLTU
passion ôc les larmes.
L'Estampe du S. Michel,
& du Groupe dela ~cheute
des Anges,est du mesme Mr
Loir, Orphévre,à l'Eau-forte,
retouchée au Burin, &est
dédiée à ~M- de Louvois. Le
sujet tout entier de la ~cheute
des Anges avoit esté fait ponr
peindre dans la Chapelle de
Versailles,qui estoit où efl,
presentement l'Escalier de la
Reyne. Il a esté fait une Exquisse
du rout ensemble dans
un modelle de la voûte où
il devoit estre executé, &
outre cette Exquisse,Mr le
Brun ena peint le Groupe da
milieu dans un Tableau fort
iny,& d'a préslequel cette
Estape a estégravée.Dans ce
AIjet il n'a point mis d'épées
dans les mains des Anges qui
executent les ordres duCiel;
comme ont fait tous ceux
qui ont traite ce sujet
; mais
a peint une grosse nuée
sous les pieds de la figure de
sa Divinité; qui elt dans le
milieu du de{[cin, & cette
nuée efl: formée & graille par
ses crimes des Anges rebelfS,
& c'est delà que sortent
3es foudres qui les précipitent,
Il s'est bien servy d~
plusieurs figures dAnges,
comme d'instrumens de la
vangeance,mais il les fait
agir de maniere, que toute
leur force est tirée de la toute
puissance de Dieu, ne se
servanque des mesmes foudres
qui sortentde la nuée, Ôc
des Boucliers qu'illeuramis
à lamain, où sont écrites les
vertus opposées aux cnlllCSi
capitaux. La figuredeSaint
Michel,qui a le nom de
Dieu sur son Bouc lier, eLij
dans le milieu. Le noeud prin
cipal du Groupe qui est au
dessous de luy,est un Dragon
à sept TePces, qui ont la figure
des Animaux dont on se
sert pour representer les sept
Pechez ca pitaux. Ce Dragon
entraîne avec luy un grand
nombre d'Anges rebellesqui
semblent se vouloir servir de
luy
, comme d'un soûtien
pour s'empêcher de tomber.
La Figure qui represente la
Divinité, ell: tranquille, ôc ne
:?àir que pouffer la nuée, qui
l'eleve jusque devant elle,ôc
dans le Ciel
,
qu'il a fait un;
lieu de repos pour contraîTter
avec le desordre. Au
Jkflous sont plusieurs autres
Figures d'Anges de ceux quiu
font demeurez dans l'innon
cence;ils fontun Sacrifice
à Dieu de leur soûmission &~
de leur obeïssance.
Le Livre deFontaines effh
gravé à l'Eau-forte en plusieurs
Planches par Mr de,:
Chastillon. Mrle Brun en
fait un grand nombre de Defh
seins,dont la pluspart ont efte^
executez dans les Jardins de
Versailles, & il a fait un Recjj
cueil de celles qui n'on
point servy pour le donne
au Public.
Le Livre de Desseins & de
Prises maritimesest aussigravé
par le mesme,en plusieurs
Planches.
,
Celuy d'Architecture con..
ient les Façades qui ont esté
aites pour les Pavillons de
Marly,& dont on a executé
me partie. Elles font gravées
oar Mr le Clerc.
Mr Edelink a gravé au Butin,
en deux Planches depuis
gpt ou huit niois, un Crucifix
entouré de plusieurs Anges.
Le Tableau sur lequel
cetteEstampea esté gravée,
appartient au Roy, & a esté
rait pour la-Reyne Mere de
Sa Majestê. Elle avoit eu enpensée
de representer le Sauveur
du Monde expiranten
Croix,& environné de plusieurs
Anges, qui entrant
dans tous les sentimens de
douleur, d'aneantissement &
d'amour qu'elle s'estoit ima- * giné
,
compatissoient à ceo?
Homme-Dieu mourant. Ello
le proposa à Mr le Brun, quit
entra si bien dans son sentiment,
qu'il avoüa qu'il eftoioi
impossible d'exprimer mieux
sa pensée.
Les desseins desThesesque
Mr le Brun a faits pour plusieurs
personnes de consideration,
ont esté gravez par
differens Graveurs. Mr Roufselet
a grave les premiers;
Mr Poilly en agravé une autre
partie, & Mr Edelink a
gravé les derniers qui ont paru.
Il y en a un grand nombre
,
& si j'en puis avoir une
liste,je vous l'envoyeray. Je
mecontenteray de vous parler
icy des deux derniers, qui
ontesté gravez au Burin par
Mr Edelink. Elles ont esté
toutes deux presentées au
j^Royj la premiere par Mr le
Coadjuteur de Roüen, & la
seconde par Mrle Marquis
deCroissy. lî - i
? La premiere de ces Theses?
represente le Roy à cheval
quisurmonte les efforts des
trois formidables Puillànceid
qui s'estoient liguées enfemble
contre luv.LaProvidenco
qui est au dessus duRoy)érencbl
son manteau comme pour loi
couvrir& le deTendrecontreles
insultes de TesEnnemis.Las.
Gloireest au prés d'elle,& uner
Victoire tient des Palmes 82
une Couronne,pour couronrfl
ner les Actions heroïques dil
Sa Majesté. Le Roy savanCIversune
Hydre à sept testes
excitée par l'Envie, & qui,
semble qu'une Aigle qui est à
costé, ait couvée sous ses aîles.
Il y a encore plusieurs
autres Figures qui convientn'
ent au lujet, -&' qui marquent
les effortsde ses Ennemis.
Le bas de la These est
n Rocher,sur lequel est le
Roy, d'où tombent d'un côlé
laRebellion, & de l'autre
la Fourberie; & dans le milieu
l'onavoitécrit lesPositions
: mais elles ont esté ef--
acées aprés avoir esté (ou-,
tenues,& l'on y a mis àUs
place leDesordre ou la Fureur
de la Guerre, attaché à un
Dragon qui tombe avec luy,
êc qui fous une de ses Serres
estoufe un enfant qui est le
Simbole de l'Innocence. La
Piété & la Religion paroissent
sortir de l'obscurité dl.
rocher où elles s'estoient re**
tirées pendant les troubles&
regardent leRoy commeleur
Libérateur.
Dans la seconde These;
le Roy estrepresenté do-n.o.[
nantla Paix à l'Europe d'une
nlain, & de l'autre retenant
la Victoire qui luy montrai
de nouveaux Trophées. La
Gloire luv met une Couron-
»ne sur la teste, & un petit Amour
en tient uneautre qui
estun peu plus élevée,&qui
elt formée de plusieursétoilles.
L'Europe est au bas d'un
costé avec toutes. les marques
qui la font recÓnoiilre..
Elle cendles bras pour recevoir
laPaixquiluy est dônéer
sous la figure d'une belleFem- aiecenan°c ensamai-nun Caducée,
& accompagnée de
Abondance; & de l'autte
costé estla Philosophie qui
,QUcienx une draperie sur liquelle
sont écrites les Positions.'
Elle a le visageéclairé
du flambeau d'unpetit Genie;
qui est celuy du Soutenant.
Au dessousestla Nature
que ladra perie où sont
écrites les Positions, laisse
voiràdécouvert. Ellea dans
son sein, & est accompagnée
des animaux les plus féconds,
& à ses pieds est un Vautour
qui devore un Oiseau pour
marquer la destruction &la
génération de toutes choses.
A costé du Roy est une Vidoire
tenant un Etendardqui
est déployé par la Renommée
; la Dédicace est écrite
danscetEtendard. De l'aa;.
trecostlé la Pieté & la Bonté
ferment le Temple de Janus,
ce qui faisoit connoistre
chez les F..onlains que tout
estoit en paix.
Il y a encore plu sieurs autres
Estampesgravées d'aprés
les ouvrages de Mr le
Brun par divers Graveurs.
Je tâcheray d'en avoir uiv
Memoire dans la fuite. Toutes
les Elïampes dont je viens
de vous parler, se trouvent
chez le Sr Perou, Conciergç
del'AcademieRoyale deScul
pture & de Peinture, dans la
Ruë de Richelieu.
C'est chez le mesme que
se vendent les, belles Elïampes
de Mrde Vandermeulen,
dont je vous ay déja parlé, 8c
qui representent au naturel
toutes les Conquêtes duRoy
dessinées sur les lieux par ce
fameuxPeintre. Il est impossible
de mieux travailler en
ce genre, & l'on peut dire
que non seulement il est original
pour ces fortes d'ouvrages,
mais que nous ne
voyons personne aujourd'iiuy
qui travaiIIc à le copier,
tant il est difficile d'y
atteindre. Si vos amis souhaitent
avoir de ces Estampes,
vous devez leur dire
qu'elles commencent à devenir
rares, à cause du grand
nombre que les Etrangers ea
enlevent, & qu'on en porte
jusqu'au fond des Indes, ces
Peu ples estant curieux de
voir les Conquestes de Sa
Majesté, qui ny font pas
moins de bruit qu'elles en
font dans toute l'Europe.
Vous scavez, Madame
que le , Roy de Dannemarck
a doiine ordre qu'oa cela.-
chail les Vaisseaux qui apartenoient
aux Negocians de
Hambourg, & qui avoient
eaé arrestez à Glukstadt, &
à Copenhague.Voicy en
quels termes cet ordre a cité
conceufuivant latraduction
littérale que l'onen a faite. sA iUIsjeJiré Royale de Dannemarck,
Mord- V.vrghe'
(çfyrc. aytnteulextreme clemence
de se faire repfefenter ce qui
s*efloitpxjfe & enjmnjyauxconférencescjtèiJefont
tenues jttjquïcy
entre les Minières pa-r Elle é- 1
tuabbl~nsCoCmommismsaiilraesavecceux de *
lElcfEleéleur
de Brandebourg, des
Princes de Lunebouw {$de
Hesse-Cajjll)
sur les aff. ires de
Hambourg, e la mswere .i nt
ils ont rentre leurs momies fn
terme*pressans,touchons (7 oblu
yzans> de lapart de leuri PriIcitaux
& Mattires, Elle a bien
voulu par une bonté toute roy ile9
neghgersonressentiment,<jr y
énoncertout àfait envers ladite
Vide de Hambourg) en y jou
rnantencore par unegrâce (pecia-
'e la refiitution &le relâchement
les Navires, Marchandises,
57* Effets, qui appartiennent
MX H-ibitins & Dépendans de
laditeVille, lesquels SaJfrîajejlè>\
avoitfaitarrejier & menus jU!-"
ques à preftnt, & redonnant la*\
pleine & entiere liberté du com-ti
merce de Hambourg rn tous let^
lieux & places où ilsepeut jai-v
re. Pour tout le refle, Sadihw
tykajeflé veut bien s'en raportey
a ce qui esi dit dans le Traité dL
Pimenterv^ veu mefrne que lJ
~t~ ,r,7 c~/7 ,
Filles'en efl ainsi expliquée,/^;
l'a infiawnent requu de lafort\\
ai-ecun. prof-oidr foiwijjion p*is
sa Lettre du i6. de ce mois. CD
faisam}Sadite Souveraine cïb
RoyaleAJajefté, a déchiré fàt
déclaré par ces presentes
)
que-be-A
tiignement &par sa pure bonté,
pour témoigner d'autantplus son
inclination volontiers porté.. a
terminer defnitivemen. larefen.
te mésintelligence, & à procurer
le bien de ladite Ville
,
Jon t^ific,
commerce,profits @1 ancres ,.''4.11,
tages j
commeaussi a faireto>:ce
quipeut contribuer au re»ot des
Ptuplrj) Elle a bien voulu par
un pur effet de sa clemencc Royale
,
déroger asonjuflerejfintiment
touchant l'indignation&
la haute disgraceque la V.dlrs'rftoit
attirée auprèsdeSi A4#jcjié, ü ainsi luy rendre & refitituer
ce opiily a d'arreflé de ies NavU
res & EjfitsJremettanraux COrle
ferencesqui st tiendrontcy.aprést,
lafatisfattion quEllevouloitexiger
de la Ville, tant pour l'home
mage requis, quautres griefs qti,,
font en débat;laissant dés à pr&v
fent la Ville, fous la faveurd'sa
ne Amniflie generale, dans A
premiere libertée joü:/Jance m
commercepar eau, ü. par terrien
tout endroitt, sans nulle intew
ruption ny alteration, deforvz
qu'Elle lalaijfe rentrer dans fo,oi
ses droits&dans lesavantages qp
lujontesié ilccordez, & flipult\\
par le Rcfult,tde Pmn^berg;*\
condition que laditeVille deH¡J,f/,t
bourg en usera demesme envers les
Sujets de sa Majeffét B: de
leursbienseffets,pour lesrenire
@ restïtuer cntlerement) &
ïour refiablir l'ancienne& bonne
:orreJpondance qui estorsentreux3
rvec la mesme liberté daller
venir, de faire &gerercomme
luparavant; pareillement queU
7ille licenciera (7 fera retirer les
Troupes Auxiliaires qu'esle auoit
-aitvenir. Veut en outre Sa Adx-
\efté,sans attendre la Députation
ie la Ville, suivant ce quelle avoit
resolu ff) ce quelle en dit
tans sa fécondé & tresJiumble
1Lettreragréer ainfipurement&
simplement fort alliance> pourveu
cj'ie de Jon cofté elle promette
d'evecuterav.c Joûm'Jjîon,e:délement
*ponctuellement toutes
les clauses st) conditions quelle si
trouve d'elle mesme obligée &
engagée d'accomplir par ledit
Traité de Pinnenbrg. En tê.
moin de qury Sa Majefiéajtgnt
CfS presentes de sa propre main,
&les aconfirmées de[on Cachet.
Donné en fan Chsfleau de qottorp
lr IF. Ofhohre S'gne.
ÇH\ESTIEN.
Cet ordré de relâcher les
Vaisseaux & tous lesEffets apartenans
à ceux de Hambourg,
leurayantesté en- voyépar le Roy de Danneinarck,
l'Infanterie del'Electeur
de Brandebourg partit
de la Ville aussi bien que celles
des Princes de la Maison
de Brunswic.ToutecetteMilice
faisoit environ quarante
Compagnies. Le Commerce
fut ouvert en mesme avec temps les Villesvoisines, &:
le repos entierementrétably.
Le il. de ce mois
joonurcelebra à Hambourg un solemnel d'Action de
graces pour cet Accommodémine,
& il fut suivy de
r~cjoiiifFmces publiques.
Comme rien n'egale l'exactitude
de Mr de Louvois
pour toutes les choies qui le
regardent, il fit faire un Service
solemnel dans l'Eglise
de S. Gervais pour feu Mr le
Chancelier le Tellier au bout
del'année, & le mesme jour
que ce Ministre lTIOnruc. Il
revint ex prés de Fontainebleau
pour y assister. On acheve
aussiun Mausolée de
Marbre, que sa Pieté & sa
tendresse pour un Pere si di*
ne d'un eternel souvenir,
JOllr engagé à faire élever
dans la mesme Eglise. Le
nefille jour que ce Service
lu bout de l'an fut celebré à
>. Gervais,Mfl'ArcheveC-
1ue de Rheims en fit faire un
ititre avec beaucoup de 10-
emnité dans son Eglise Me"-
:ropoltraine, auqueliloffi-
:ia en Habits Pontificaux. Il
i fonda en mesme tem ps à
^erpetuité un Obitsolemnel
)our le repos de rAine de ce
chancelier.
K Je croy, Madame, que
ly vous, ny vos amis de Province,
ne pourrez do
ner aucun eclaircissemen
sur un Billet qui m'a elle a
drelie. Cependant on me
prie de remployer dans m.
Lettre de ce mois, pour vü
si par cemoyen, un jeun.
homme qui est aujourd'hui
dans une tres grande inquie
tude, ne pourri pointsorti
d'embarasCommcvous avec
souffert que routes mes Le-ci
tres devinssent publiques
on espere que ceIle-cy torrr
bera entre les mains des peu
formes
,
qui jusqu'a presert
ont pris interest à l'estar d'un
malheureux qui ne s'cftjamais
connu. L'avanture cft
inguliere. Vcicy le fait dans
outes ses circonstances. Il
a dix neufou vingt ans que
es hommes & des femmes,
qui paroissent estre de
qualité, tant par leurs maieres
que par l'équipage
un Carosse à six Chevaux,
rriverent à Falaise
,
Villede
Normandie à sept lieuës de
Caën. IlsamenoientunEnantt
agé de six mois, quils,
nirent entre les mains dela
femme du St Guillaume Vinquenelle,
Marchand Drapier
dansle Fauxbourg apel
lé Valdente, la priant de vou
loir bien prendre foin de li
nourrir & de l'élever. Cette
Marchande leur dit qu'elle
n'avoir plus de lait, &.l
repondirent que l'Enfant
n'ayant jamais teté, il suffi
roit qu'on luy donnât du lai
chaud de vache, comme
en avoit toujours pris de
puisqu'ilestoit au monde Il
ajoutèrent qu'ils'apelloitJai
qtiesdu Plessis, & après luj
avoir laissé de l'argent&tou
tes les choses qui luy pou
voient estrenecessaires daru
mflbasâge, ils s'en retouraerent)
l'asseurant qu'elle au-
^oit souvent de leurs nouvel-
,es. En effet un Religieux de
'Abbaye du Val quiest à
(ringt lieuës de Falaise, ve-
&oic rous les mois payer la
^enfion de l'Enfant, recomjnandoittoujours
qu'on jaiftgrand en soin
,
& fournistoit
àson entretien avec abon-
Iance. Il ne le laissoit man- uer d'aucune chose, & penj|
aannst dix ans qu'il demeura
cette maison
,
il le fit
toujours vestir en Enfant de
Lualite. Ce Religieux moar
rut & apparemment il trou
va moyen de le décharger
vant ria.morc du secret qufluy
avoit esté confié,puii;
qu'aussi-tost un autre Reli:
gieux prit soin de l'Enfann
Ce dernier qui estoit du pec
S. Antoine de Paris & s'apej
loit le Pere Coron, lefit vov
nir de Falaise dans la Voitui
re publique, & le mit dVj
bord chez Madame Gadoisi'
qui tient Auberge àla Pcrl-i
ruë des Noyers,oùil le lam
sa un an. Ensuiteillefitlo
ger chez une Veufve d'un
grande pieté nomméeMad
pe le Fevre qui demeure
~c Sainte Avoye, proche
(,lr le President de Mesme.
[ luy payoit pension pour
jeune du Plessis, qu'ilenretenoit
fort proprement
omme unEnfant de naissane.
lliuy faisoitaprendre à érire,&
à faire des Armes, &
ifoit toujours que quand il
eroit un peu plus avancéen
ge, illuy feroit avoir de
e,mploydans les Troupesde MajeHé. Les Armes espientun
exercice qui flatoit
brt cejeune homme, & l'inlination
qu'il marquoit
pour tout ce qui pouvoir roo;
garder la Guerre, persuado
aisément qu'il estoit m
pour cette profession. Peri:
dant qu'ilestoit chez cette
Veuve il eut une dangereu
maladie. On ne sçauroit eu
primer avec quelle ardeuin,
& avec combien de soins II
Pere Cotton le fit secourin
Medecins, remedes, rien m
luy fut épargné. Ilestoit iarix
cesseauprès deluy, & un
Lc~
quais sans livrée venoit touc
les jours sçavoir en quel elhJ
estoit le malade. Sa grande
jeunesselerirad'affaire,6j jeune{[e le rira
d'affaire )0 ¡
Laquais inconnu ne revintus.
Six ou sept ans se passe
ent, & après ce temps, lorsta'il
pressoit pour l'employ
u'on luyfaisoit esperer sans
v vouloir découvrir le seret
de sanaissance, le Pere
otton fut appelle pour ccnhTc
r un Malade à la Charité
b hommes. Ilyfutsurpris,,
lur à cou p d'Apoplexier ôc
rant d'abord perdu la paros,
il ne revint point de cident.Vous cet pouvez juger
brubien ce jeune homme
mit vivement la mort debon
Religieux.: Quelque
affliction qu'elleluycausast
se consola par l'esperâce qu'il
eut que ceux qui l'ont mis au
monde continuëroient àluy
faire donner du secours, au
moins par le ministere de
quelque autre personnecharitable,
s'ils ne levouloient
pas secourir par eux mesmes.
Ainsi il a attendu une année
entiere sans découvrir à personne
l'esltat
-
malheureux où
ilse trouve, mais ne recevant
aucun adoucissement
dans son malheur, après tant.
de soins qu'on a eus de luydepuis
dix-neuf ans, il croit
que ceux qui ont bien voulu
prendre interest a sa fortune
pendant un si grand nombre
d'années, sont en peine euxmêmesde
ce qu'ilest devenu,
& par le Billet qu'il m'a fais
rendre, il me prie de leur déclarer
dans cette Lettrey si'
par hazard elle tombe entre
leurs mains, qu'ils sçauront
de les nouvelles en s'adressant
au Pere Jerôme de Monceaux
Capuéin de la rue S.
Honoré, qui gardera le secret
aussi inviolable que ceiluy
de la Confession, à ceux
qui viendront luy parler de
cetteaffaire. On sçait qu'il
est le Refuge des pecheurs,&
des affligez, & que sa vertu &
sa probité repondent pour
luy,qu'on ne court aucun pe-J
rilà lu yconfierles plusimportans
secrets. J'ay sceu de ce
Pere, car jen'ay voulu parler
de cette avanture qu'aapreslu
yavoir faitvoir le Bille.
que j'ay receu,quecequi
inquiete le plus ce jeune
homme
,
c'est de n'estre pas
certains'il a receu lebaréme.-i
Comme il a toujours esle"entre
les mains de Religieux,j
il s'est reposé sur eux de tou- j
tes choses, & n'à point songé
à le demander. Ce serupaleletourmente,
& si on
ne lu y donne au plutoitquelque
éclaircissementlà dessus, ilestresolu de se faire baptiser
fous condition. Ceux à
qui il aparrient, qui ne peuvent
estre que des gens de
qualité,sontd'autant plus obligez
à le tirer de la misere
oùilest, qu'il est très digne
du secours qu'il leur demande.
Voicy le portrait que
m'en a fait le Pere de Monceaux.
Il a la taille tres beL
le,le visage fort agreable,&
1
un certain air de grandeurqui
malgré la necessité qu'il
soufre ptefentement, faitéclater
dans ton. porc, dans
sa démarche, & dans route;
ses maniérés, je ne sçayquoy
qui est beaucoupau dessusd
la fortune. Les qualitez de
ion ame accompagnent avec
avantage cet heureux extetieur.
Il est doux, affable.
honneste&civil,&n'a aucun
des défautsd'uneinfinité de
iglesnes de son âge. Sur roue,
sent lecoeur si bien placé,
que pour ne pas faire affront
îUonPere& à sa Mere,il a
PRESBITERI
mieux aimé jusqu'à present
se voir denué de routeschoses,
que de chercher du foulaçement
en le mettant en
service. Je souhaite que l'avis
que je donne icy de son
malheur luy soitutile,& qu'il
produise l'effet qu'il y a iujet
d'enesperer.
Je
vous envoye-les Armes
des vingt- sept Cardinaux de
la Promotion du second jour
de Septembre dernier, selon
l'ordre & l'anciennete' de
leurs Dignitez. Des vingtsept,
il y en a vingr Prestres,
sçavou. huit Archevesques,
huit Evesques, & quatre qui
ne sont point dans la Prélat
ture. Les sept derniers ne lontt
que Diacres. Je va y vous dirct
un mot de chacun,Guvant le
Chifres marquez dans
laPlante
che. Le choix qu'en a fairSa
Sainteténepeut laisseri-nettr
en doute
qu'ilsneSoienttous
d'un fort grand merire. «:
1. Giacomo de Angelis. il
eH: de Pise,Archevesqued'Urbin,
& Vice-gerent. Pise e
une Ville de Toscaneen Italie
, tres ancienne, & divisée
par la Rivierred'Arne qu-o
y. passe sur trois Ponts. Elle
a Archevesché& Université,
& aelle autrefois une Republique
puissànte qui a resisté
aux Turcs, & qui a Coûmis
les Isles de Corse & de
Sardagne. Presentement les
Grands Ducs de Toscane en
font les Maistres. L'Université
fut fondée en 1472. par
Laurent de Medicis. C'est la
residence des Chevaliers de
l'Ordre de Saint Estienne qui
s'y assemblent dans l'Eglisè
de ce Saint. Cosme de Medicis
établit cet Ordre en 1 561.
On a tenu divers Conciles
ans Pise. Urbin eil: la Capitale
du Duché de ce mesme
nom dans l'Estat Ecclesiastique.
L'Estat d'Urbin a esté
possedé par la Maison de la
Rouëre
,
& cette Famille
ayant manqué, il est dévolu
au Saint Siege fous le Pontificatd'Urbain
VIII.
2. Obizzo Pallavicini. Il est
deGenes&Archevesque d'Ephese.
Il a esté Nonce à Cologne
,
& presentement il
l'est en Pologne. La Maison.
Pallavicini est Noble & fort:
ancienne en Italie,oùellea
diverses branches à Rome&à
Genes. Il y a eu plu fleurs Car-.
dinaux de ce nom. Antoniot
Pallavicini, & Jean-Baptiste
Pallavicini son Neveu, qui
estoient tous deux Génois, furent faits Cardinaux, l'un
en1489 par Innocent V1Il.Lk
l'autreen 1517. par Léon X.
Sforze Pallavicini Jesuite,
qquue e le Pape Alexandre VII,
Cardinal en 1659 estoit de
Rome. Lazare Pallavicini
aesté aussi Cardinal. Il esoit
de la Promotion de Clement
IX.& est mort depuis six
ans. Les Pallavicinide Genes
ont estédans une très grande
consideracion.
Augustin
Pal.
lavicini fut éleu Doge de la
Republique en 1637.C'est le
premier qui ait pris une Couronne
Royale. Il mourut en
1649. Ephese dont le nouveau
CardinalPallaviciniest Archevesque,
est une Ville
d'Ionie dans l'Asie Mineure.
Quelques-uns la nomment
presentement Figena.Elle est
fîrûée surla Mer Egée où elle
a un Portassez commode.
Cette Ville est fort celebré
- par le Temple de Diane,
qu'on dit qui estoit longde
quatrecensvincrt-cinqpieds-
Se large de deux cens vingt,
&quebrula Erostrate afin
de rendre son nom immortel.
Le troisiéme Concile
General sur tenu à Ephese
l'an 431. fous le Pape Celestin
, contre les Erreurs de
NeltoriiîSjPatriarchedeConstantinople.
3. Angelo Ranuzzi. Il est
de Boulogne, Archevesque
de Damiette
,
& Evesque de
Fano. Il aesté Nonce en Pologne,&
il est presentement
Nonce extraordinaire à la
Cour de France. Boulongne
qu'on nomme ordinairement
la Grosse, à cause de la
bonté de son Territoire qui
estauxextremitezdelaLombardie,
estune desplusbelles
Villes d'Itatie & la seconde
de l'Etat Ecclesiastique. La
pluspart de fès Ruës font en
galeries par arcades, en forte
qu'on y peut marcher sans
recevoir aucune incommodité
du Soleil ny de la pluye.
Elle estoitsoûmise aux Lombards
dans le sixiéme Siecle,
& le fut aux Empereurs après
que Pepin & Charlemagne
l'eurent tirée de la servitude.
Les Empereurs ayant transfcréleor
Siege enAllclnagnes-
\:>
les differens qu'ils eurent aveclesPapes
furent cause
que Boulogne s'érigea en Republique.
Cette Ville devenuë
puissante
,
soûtint plu.
sieurs Guerres, & après avoir
essuye" la domination des
Bentivoglio, des Cannetules,
& des Pepoli, qui le chasserent
les uns les autres ,
elle:,
se donna au S. Siege. Comme
elles'est soûmiseelle-mesme
àl'Eglise
,
elle a un privilege
particulier, qui est d'avoir
un Ambassadeur ordinaire à
Rome Elle eit gouvernée
par un Legat à Lettre, que le
Pape y envoyc. Outre une
celebre Université
,
elle a
l'Academie appellée de gh
otiosi. Ceux qui la composent
ont voulu prendre le nom
d'Oisifs, pour faire entendre
qu'ils ne le sontjamais moins
que lors qu'ilsaffectent de
l'effre.Dliniette est uneVille
d'Afrique en Egypte sur la
Mer,&d'une grande Í1n"'1
portance àcause de son arDe-J
te. Les Chrestienscroisez la|
prirent en 1219. & la rendirent
deux ans aprésau Sultan.
Les Sarrasins l'a ban donnerentauRoy
Saint Louis,lors.
qu'il passa en Egypte en 1249.
& ce Prince ayant esté fait
Prisonnier l'année suivante,
la donna pour sa rançon.
Fano est une Ville d'Italie
dans l'Etat Ecclesiastique,
iiiuëe sur les bords de la
Mer entre Senegallia & Pe- saro, & proch-e du lieu où
estoit autrefois le Temple de
la Fortune. Les Romains avoient
fait bastir ce Temple
en memoire dela celebre Bataille
qu'ilsgagnerent contre
Asdrubal
,
Frere d'Annibal,
qu'ils défirent avec cinquante
millehommes, C'est pour
cela que Fano s'appelle en
Latinfanum Fortunæ. Ony
voit un Arc triomphal de
Marbrequia trenre coudées
de hauteur, ôc qui est un des
plus magnifiques Ouvrages
d'Italie. Je vous parleray de
la Maison & des Emplois de
Mrle Cardinal Ranuzzi dans
l'Article de la Ceremonie*
qui fut faite à Fontainebleau
quand SaMalesté luy
donna le Bonnet.
4. Maximilien de Kiembourg.
Il est Allemand> &
Archevesque de sarsbourg.
C'est une Ville d'Allemagne
-
en Baviere
,
située sur la
Riviere de Saltza. Elle est
belle & grande. L'Archevesque
en est Seigneur,& a la
qualité de Prince de l'Empire.
On y a celebré divers
Conciles.
5. Verissimo d'Alencastro.
Il est de Portugal, & Inquisiteur
General de ce Royaupie.
Il a esté Archevesque
de Brague
,
& il l'est prefentement
de Lisbonne. Brague
est une Ville de Portugal située
sur la Riviere de Cavado
un peu au dessus de son
emboucheure. Elle est à cinq
lieuës de la Mer
,
8c a este
autrefois dans la Galice. On
tient que ce fut le Siege des
anciens Rois Sueves& qu'elle
a esté très considerable
Cotis les Gots. Elle a eu d'Illustres
Prelats , qui se dirent
Primats d'Espagne.Alphonse
I. ayant tiré cette Ville des
mains des Maures en 1240.
tous les Evesques d'Espagne
se soumirent alors à l'Eglise
de BragueC'est gequecettedeTuonleadvaenta- géqlle celte de Tolede lluuyydispute.
6 Marcello Durazzo. Il est
Genois , Frere du Doge, &
Archevesque de Chalcedoine.
Il a esté Nonce en Portugal
,,
&il est presentement
enEspagneenlamesme qualité.
Chalcedoine est une
Ville d'Asiedans la Bithinie,
ftruée sur le Bosphore ou Camal
de la Mer Noire, prés de
Scutari, & vis à vis de Contancinople.
Elle fut d'abord
Ville Episcopale fous Nicomedie
&ensuite on l'érigea.
en Metropole. Procope, qui
se disoit descendu de Julien .,'ApoHar, s'estant emparéde
chalcedoine dans le quatriéme
Siecle, entra secretement
dans Constantinople, & fh
rendit Maistre de l'Empirer
L'Empereur Valens l'ayant
fait mourir fit abatre les murailles
de Chalcedoine
,
qujiJ
est celebre par le Concilo
General qu'on y celebra en
451. Il s'ytrouva six censtrente
Evesques, quis'assemblerent
dans l'Eglise de Sainte
Euphemie.L'Heresie d'Eutichez
y surcondamnée.
7. Horatio Mathei. Il effi
Romain
,
Archevesque de
Damas, Auditeur de Rote &
Major dome du Pape.Il avoit
exercé la mesme Charge fbuj
Clement X. Damas,autrefois
Capitale de Syrie,& aujourd'huy
de la Phenicie, est
une des plus grandes & des
plus riches Villes de tout le
Levant. Elleaestélaneuviéme
Metropole fous le Patriarchat
d'Antioche. Les
Turcs qui en iont les Maistres
depuis prés de deux cens
sans, y ont un Bacha, & la
momment Scham. Elle est fituée
dans une plaine très- fertile
au pied du Mont- Liban,
5&r enfermée de collines à la
façon d'un Arc de Triomphe.
Entre un fort grand
nombre de Marchands les
Juifs y font bon negoce. Il y
a peu de Sectes de Chrestiens
Orientaux qui ne s'y soient
établies. On y trouve aulli
des Carholiques
,
& les Jefuites,
les Cordeliers, & les
Capucins y ont chacun un
Hospice.
8. Marc Antonio Barbarigo.
Il est Archevesque de
Corfou, Cousin du Cardinal.
Barbarigo, Evesque de Padoüe,
& d'une tres -noble
Famille de Venise.Corfou
est la Capitale de l'Isle de la
Mer Ionienne qui porte ce :
nom-, & qui appartient aux
Venitiens. Elle estassez grande
,
bien peu plée
,
& a deux
Chasteauxquila défendent,
& que leur assiete rend presqueimprenables.
LesHabitans
de Corfou , que les Anciens
a ppelloient Corcire,
sont Chrestiens Latins ëc
Grecs. L'Archevesque a pour
Suffragans les Evesquesde
Cephalonie &de Zante.
9. Carlo Ciceri. Ilest Evesque
de Come, lieu de sa nais-
)sanee. Corne est une Ville
d'Italie dans leMilanez,grande,
riche & bien peuplée
Ellecft à vingr ou vingtcinq
milles de Milan,sur le bord
d'un Lac auquel elle donne
Ton nom, & qui a environ
cent milles de tour. Elle a
produit de grands Hommes,
parmy lesquels on compte
le Poëte Cecilius, Pline le
Jeune, & Paul Jove. Je vous
ay parlé de M. le Cardinal Ciceri
dans ma Lettre du mois
patTé,en vous faisant part d'une
Feste que fit à Cavaillon
un Gentilhomme de cette
Famille, lors qu'il eut appris
sa Promotion,
10. Leopold,Comte de C<>
lonits.Il est Hongrois, & a
esté Evesque de de Javarin- Ill'est presentement de Neustadt.
Javarin est uneVille
avec Forteresse au constuant
du Raab & du Danube. Les
Allemansl'appellent Raab.
Elle futprise par les Turcs
icn 1591. ôc reprise en 1606.
par Mrde Vaubecourt, François.
Neustadt est une Ville
d'Allemagne surla Riviere
,, de Brifchaw, à six heuës de
Vienne en Austriche.PaulII.
fonlia en 1468. l'Evesché de
Neustadt,qui est Suffragant
(de Saltzbourg.
II. Estienne le Camus. Il
est de Paris, Docteur de Sorbonne
, Evesque de Grenoble,
& a esté Aumônier de
Sa Majesté. Le foin tres-particulier
qu'il a toûjours prisde
son Diocese est connu de
tout le monde. Mrs le Camu
font d'une Famille des plus
considerables dans la Robe.;
Ce Cardinal est Frere de M"
le Camus, premier President
en la Cour des Aydes de Paris,&
de Mrle Camus, Lieutenant
Civil.
ir. Jean,Baron de Coëtz4
Il estAllemand, Evesquede
Gurk, & a elle Ambassadeur
Pleniporentiaire de l'Empereur.
à la Paix de Nimegue.
.Gurk ou Goritz est une Ville
b
d?Allemagnedans la Carinthie.
Gebbard, Archevesque,
tde Saltzbourg ,fonda l'Eves-
^ché;de Guik en 1073. L'Ervefque
estaujourd'huyPrince
del'Em pire.
LU- .-
12. Michel Radziewzki. Il
aetf Polonois, & Evesque de
^Varmie. Warmie ou Warme-
4and, est
*
un Pays de Pologne
,dont l'Evesque réside à
Brunsberg,Ville decemesïne
Etat)-, dans laPrusse
Royale.
14. Pier. MatheoPetrucci.
Il est Evefquede Jefi, lieu de
sa naissance. Jesi, qu'on nomme
jïifîum en Latin, est une
Ville d'Italie.
15. Fr. Pedro de Salazar. Il
estEspagnol, Evesque deSalamanque,
& nommé à l'Evesché
de Cordouë. Il a esté
General de la Mercy. Salamanque
est une des plus
grandes Villes d'Efipaunec
dans le Royaume de Leon.
Son Université est tres-renommée
Cordouë est une
autre Ville d'Espagne dans
l'Andalousie, qui a eu autrerois
titre de Royaume. Elle
icit cek bre par sa naissance
des deuxSeneques, du Poëte
Loucauin,& de Ferdinand Gon- Gonzalve, appelle
le grand Capitaine, qui ferait
à la conquête du Royaume
de Grenade fous les Rois
Ferdinand & Isabelle. Cette
Ville a elletres-renommée
Tous la domination des Romains
& des Maures. Ces
Herniers y firent bâtir une
Moiquee, la plus bellequ'ils
'Sussènt après la Mecque.
1:'ef1: prefentemenc l'Eglise
Episcopale. Il y a eu un
Estienne de Salazar de Grenade,
fameux par son érudition,
qui a laissé divers Trairez
qu'on estime. Ilestmort
Chartreux. Il y a eu aussi deux-J
Pierres deSalazar, dont l'unj
qui vivoit vers l'an 1570. a écrit en Espagnolla Chronique
de l'Empereur Charle
quinr, & l'Histoire de !~
conquested'Afrique. L'autre
estoit Chanoine de Toledes
en 1620. & a compose diverse
Ouvrages. Les principaux
sont, la Vie de Dom Jeann
Tavera, & celle du Cardinal
Gonsalez de Mendoza, cousj
Tf
deux Archevesques de Tolede,
la Chronique de la Maison
dePonce de Léon, &
l'Origine des Dignitez Ceçulieres
de Leon & deCastille.
16.GuillaumeEgon,Comtte
de Furstemberg. Il est Evesque
de Strasbourg & je
vous parlay de luy fort amplement
lors qu'il fut éleu
Evesque de cette Ville, SrraC
bourgest la Capitaledel'Alsace,
& une des plus belles
Villes d'Allemagne, à un
iqj, uart de lieuë du Rh,in. Elle st située au milieu d'une
grande plaine,où elle reçoit
les Rivieres d'Ill &de Breufche..
L'Evesché est Saffragant
de Mayence. Furstemberg,
autre Ville d'Allemagneen
Suabe, a donné son nom à la
Maifonde Furstemberg ,quii
estseconde en grands Hommes,
& que l'Empereur afaits
Princes de l'Empire. Cette
Maison
,
qui tire son origines
depuis le tem ps de Charlemagne,
a eu divers Conseillers
des Electeurs de Mayence
& de Cologne, de grands
Capitaines, quantité de Chanoines
dans, les Eglises des
Trcves, Cologne, tS> pire, &
tvlunlter, tous Amis des Lettres
& Défenseurs de la Foy,
olufieurs Prelats d'un mcrice
ingulier, & grand nombre
le Chevaliers & Commanleurs,
tant de l'Ordre Theuonique
,que de celuy de Lilonie.
Guillaume de Furssmberg
fut nommé Grand
f4ailtre de ce dernierOrdre
licrs l'an IHS. ..1.1 17. Jean Casimir de Denk>
f. Il est Polonois, Cotiv.
andeur de l'Hospital du
Esprit, & Envoyé extraornaire
de Pologne à Rome.
118. Dom Joseph Saenz de
Aguirre. Il est Espagnol,&;
Religieux Benedictin. Depuis
plus de douze cens ans
quel'Ordre de S. Benoist est;
si celebre dans l'Eglise, il
luy a donné quantité des
Pa pes, de Cardinaux, de Patriarches,
& un très grand
nombre d'Archevesques to
d'Evesques Ce saint Patriarche
qui l'établit sur le Monc—
Cassin, y mouruten543. 4
19. Le Pere Leandro Colo-
redo. Il est natif du Frioul
& Prestre de l'Oratoire. C'est
un homme d'une vertu éminente,
&d'une profondeéru..
dition. Le Frioulestune Province
d'Italie, qui a eu autrefois
titre de Duché. Les
Lombards le prirent fous
leur Roy Alboïn, qui vers
l'an 568. y établit ason Neveu
Gisulfe en qualité de Duc &
de Gouverneur. Charlemagne
ayant éteint le Royaume
de Lombardie en 774».
donna le Frioul à Rigaut, Seigneur
Lombard, à condition.
de l'hommage. Enfin aprés
différentes révolutions il fut
donné vers l'an 1028. par l'Empereur
Conrad IL à Popon
son Chancelier, Patriarched'Aquilee.
Les Successeurs aej
cePrelat en jouirentjusqu'en
1420. que Loüis Techios'éttaannt
teennggaaggéétermenelcrraailrreemnlecnntt1î..
à la Guerre contre les Venitiens,
ceuxcy serendirent
Maistres du Friouil& l'ont
toujours conservé depuis.
20. Fortunato Carassa. ilL
est Frere du Grand Maistre
de la ReligiondeMaire. Lac
Maison de Caraffe est uneb
des plus nobles & des plus2
illustres du Royaume de
Naples, où elle se divise car
diverses branches, d'Ariano,
de Montorio,deRuvo
,
des
Montebello
,
de Montenegro
& d' Anza.Quelques-uns
la font descendre d'un Roy
de Pologne. Jean-Pierre Caraffe
qui fut élevéau Pontificat
en IJJJ. fous le nom de
PaulI V. estoitde cette Maison,
où l'ontrouve neuf ou
dix Cardinaux,autant dArchevefques
de Naples, &
plu sieursVicerois,Gouvermeurs,
& Capitaines celebrés.
21. Dominico Maria de
Curci. Il est de Florence, &
Auditeur de la Chambre Apostolique.
Florence est la
Capitale de la Toscane , 6a
est comptée entre
-
les plus
grapdes Villes d'Italie. On Innomme
Florence la Belle, el
caufede labeautédesesRuës.,
pavées de pierres larges qui
répond à celle deses Maisons
,
& à la magnificence
de fo Eglises. C'est où les.
Grands Ducs font leur demeure.
Les Peintures & les
Statuês du Palais du Princesont
des Chef d'oeuvresdes
meilleurs Maistres ,& ily a.
dans son Cabinet & dans laa
Gallerie de l'ancien Palais,,
un très-grand nombre de
pieces que leur rareténe rend
pas moins considerables que
leur richesse. Cette Ville qui
est fertile en hommes de
Lettres, & dans laquelle s'est
établie la celebre Academie
He la Crusca
, a esté fous la
Homination de differens Maîres,
jusqu'à ce qu'elle se soit
sômiseà laMaison de Medicis.
22. Gio. Francesco Necyrani.
Il est de Genes, & T'- ré,-
sorier General de la Chamore.
23. Fulvio Astatlli. Il est
Aomain, Clerc de Chambre
& Neveu du Ordinaire£|»
mesme nom.
24. Gaspard Cavallieri. Ill
est aussi Clerc de Chambre.
- ôc Romain.
25.Joan.GualteriusSlusius.
Il est Liegeois& Secretairo
des Brefs. Liege, ou Pays de
Liege
,
est un Duché en la
haute Allemagne compris
dans le Pays-bas. La Ville est
située sur la Meuse dansune
agreableVallée,environnée
debelles Montagnesque divers
Vallons separent avec
des Prairiesarrosées de plusieurspetitesRivieres
quii-4
déchargent dans la Meuseavantqu'elle
entre dans la
Ville. La Cathedrale dediée
à S. Lambert
,
est celebre par
son Chapitre; qui est composé
de Princes, de Cardimaux
,& de personnes de
tres -
grande qualité. L'Evesque
prend le titre de Duc
de Baillon, de Marquis de
Franchimont, & de Comte
de Hoots & de Hasbain. Il
en: Seigneur de tout le Pays,
& Prince du Saint Empire.
Mr l'Abbé Sluze Frere de
ce nouveau Cardinal est
Chanoine de Liege. Ainsi
l'on ne peut douter dela NÓ.
blessé de cette Maison, puisa
qu'on n'etf receu dans ces
Chapitre, qu'aprésavoir fait.
des preuves incontestables.
Ils sont tous d-etix dans une
tres-haute estime.
26. François-Marie de Me«t
dicis. Il est Frere deCosme
III. GrandDuc de Toscane
qui en 1661. épousaMarguerite
Loüise d«Orlea-nsi?
Fille deGaston-Jean- Baptiste
dc. France, Duc d'Orléans^
êc de- Marguerite de Lôm
raine. La Maison de Medicis.
s'est renduëextremé
ment considerable dans ces
merniers Siecles par son élewation
& par ses Alliances.
Elle a donnéquatre Papes à
l'Eglise
,
Leon X. Clement
Nil Pie IV. & Leon XI.
?k deux Reines à la France ; Catherine de Medicis Femme
de Henry II. & Mere des
Rois FrançoisII. Charles
IX. & HenryIII. & Marie
de Medicis , Mere du feu
Roy. La succession de cette
Maison n'eH, bien connuë
Hue depuis Philippes de Medicis,
quesa prudence avoit
irais dansune tres-grande reputation.
Les Guelphes de
Florenceavoientaccoûtumé
de leconsulter dans tous les
desseins qu'ils faisoientcontre
les Gibelins leurs Ennemis.
Ceux-cy voulant s'en
vangerresolurent d'exterminertous
lesMedicis ,mais
leur entreprise n'eut point de
succez. Les Guelphes qui les f
batirent, ramenerent à Florence
les Medicistriomphans,&
non seulementils
les y receurent Citoyens,
mais ils les firent encore admettre
dans les principales
Charges de la Republique.
PhilippesdeMedicis mourut
en 12,j8, &laissaEverard Pere
â'Evcrafid II. qui eut Claris-
{*îme ou SylvestredeMedicis oti fait tige des Medicis
ouMediquindeMilan. C'est
odeictette branche que PieIV. venu. Jean de Medicis,
ilusi mourut en 1418. eut pour Cosme & Laurent. La
éreanche de Cosme furconti- [ jusqu'à Laurent II. qui Pere de la Reyne Cacheriede
Medicis, & eut un FilsatureI,
nommé Alexandre,
ue Charles-Quint fit Duc «Florence en 1531.Laurent
deMedicisson Cousin,descendu
de la branche de Laurent
Fils puisné de Jean, le:
tua en 1537. & mourut sans
laisserd'Enfans,ayant toûjours
affecté le nom de Populaire.
Cosme I. de ce nom,
venu d'un autre puisnéde
cette seconde branche, fut:
fait Grand Duc de Toscane
en 1569. par le Pape Pie V.
IllaissaFrançois I. de ce nonVi
Grand Duc, qui de Jeanne
d'Auitriche, Fille de l'Empereur
Ferdinand I. eut un
grand nombre d'Enfans, ôc:
entre autres Marie de MedicisFemmede
Henry IV, ¡ & Ferdinand I. Grand D
de Toscane. Ferdinandépo
sa Chriltine de Lonv.in,
Fille de Charles II. Duc oc
Lorraine
,
& de Claudede
France, & laissa Cosme II.
qui prit alliance avec Madelaine
d'Austriche
,
Soeur de
l'Empereur Ferdinand II. Il
en eutFerdinand II. qui mouruten
1670. C'estoitle Pere
de Cosme III. au jourd'huy
.Grand Duc, & de François-
Marie, qui est le nouveau
Cardinal dont je vous parle.
}*
2.7. Reinaldod'Est. IlciV
Oncle du Duc de Modene.
Est ou Este, Ville fortancienne
d'Italie dans le Padoüan,
a donné son nom à
l'Illustre Maisond'Est.Borso
d'Est, Fils de Lionello Marquis
d'Est & de Ferrare,
ayantreceu magnifiquement:
Frideric III. en 1451. cet Empereur
le fit Duc de Modene,
& de Reggio l'année (ui.,
vante , & en 1471. il fut fait
Duc de Ferrare par le Pape
Paul II. SesSuccesseurs joiiii
rent de ce dernier Duché juC.
qu'à la mort d'Alfonse III
qui ne laissa point de posterité.
Cesar d'Est, petit Fils
d'Alphonse l. èc de Laura
Eustochia,l'unede sec Maîtressesqu'il
avoit épousée secretement,
se mit en possession
de Ferrare, quoy que
cè't Estat fiift dévolu à la
Chambre Apostolique ; mais
n'ayantpûresister à l'Armée
Ichi Pa pe, ilfit son ïccom-rnoj^
dcmenc
,
&secontenta de
[ Modene &deReggio.Il fut
[Pere d'Alfonce III. qui laissa.
[François I. Ce dernier eut
pourFils Alfonce IV. Frere
Klu nouveau Cardinald'Est. Ilmourut en 1662. & laissa de
Laure Martinozzi, Niece de
Mr le Cardinal Mazarin,
François II. Duc de Modene
& de Reggio) Marquis d'Est,
Prince de Carpi) né le 6.
Mars 1660. rh,( mr
f
Il faut presentement vous
parler de ce qui se passale
jour que Sa Majesté donna le
Bonnet à M le Cardinal Ranuzzi.
Mrl'AbbéServient
Camerier secret du Pape qui
l'apportoitau Roy de la parc
de Sa Sainteté, avec ceux de
Mrs les Cardinaux de Furstenberg,
& le Camus, afin qu'ils
leur fussent
distribuezselon
les ordres de ce Monarque:,
estant arrivéicy le 26. du:
mois passé, en fit auui-cost
donner avis à la Cour par un
Courrier qu'il fie partir pour-
Fontainebleau. Le Roy qui'
auneestime particulierepour
Mrle Cardinal Ranuzzi, re-
Jibtuc de luy donner le Bonnet
luy.mesme
,
& choisir le
Mercredy 6. de ce mois pour
en
-
faire la: Ceremonie. Ce
Cardinal se rendit le jour
precedent à Fontainebleau
avec Mr, l'Abbé Servient, &:
logea dans le Chasteau à l'appartement
de Mrle Marquis
de S. Heran qui en est Gouverneur.
Le lendemain à dix
heures du matin, M l'Abbé
Servient alla sàluer le Roy
qu'il complimenta de la part
du Pa pe. Il luypresenta le
Bonnet destiné pour ce nouveau
Cardinal avec un Bref
desaSainteté, ôc s'estant ensuité
retiré avec le Bonnet, il:
alla le mettre danslaChapel-'
le du Chasteau sur une Credence
du carré de l'Autel
dansunBassin de Vermeil.;
Il se rendit de-la au près de
Son Eminence, que Mr le
Prince Camille de Lorraine,:
sécondFils de Mr le Comte
d' Armnçnac, nommé par le
Roy pour ,
l'accompagner
dans cette Ceremonie, &Mt'
de Bonneuil, Introducteur
des-Ambassadeurs, vinrent
prendre dans les Carosses de
Sa Majesté & de Madame la
Dauphine. Les GardesFrançoises&
Suissès estoientsous
les armes avec les autresGar.
des ordinairesselon ce qu'ona
coustume de pratiquer aux
premieres Audiences des
Nonces du Pape, & des Ambassàdeurs
des Testes couronnées.
Mrle Cardinal Ranuzzi
fut conduit àla Chapelledu
Chasteau, où Sa
Majesté entendoit la Messe.
Mrle Marquis de Blainviller
Grand Maistre des Ceremonies,
& Mr de Saintot Maistre
des Ceremonies, le receurent
à la porte, & le conduisirent
avec Mr l'AbbéServient
au PriéDieu du
.- Roy
où ce Cardinal, a près luy avoir
fait une tres- profonde.
reverence, se rangea du costé
gauche.Mrl'AbbéServient
qui se rangea à la droite,presenta
à Sa Majesté le Bonnet
qui estoir dans le Bassin, couvert
vert d'un Taffetas cramoisi.
Le Roy le prit,<3c le mit sur la
teste de ce nouveau Cardinal
en luy disant d'une maniere
obligeante, F'oila^Menpeur,
jttcjuele Pape m'a envoyé pour
,,vous donner. Vous nedevez pas
douter que je ne le sasse avec un
,tres.orand piiiftr, ayant autant
defitme cjze j'en ayPour vojïre
personne. Ce Cardinalayant
fait une profondeinclina-
,
tion au Roy,luyfit ses remercièmens
en peu de paroles
par un compliment qui îplut extrêmement a Sa Majesté
,
aprèsquoy il alla. à la
Sacristie changer ses habits
de Nonce dont ilestoit encore
revestu), enuneSoutane
rougeavec leCamail, le Ro
chet & le Mantelet. Pendant
ce temps, le Roy s'avança
vers la porte de la Chapelle,
ôc marcha si doucement.que
Son Eminence eut le temps
de le rejoindre avant qu'il en
sust sorty. MrleCardinal Ranuzzi
ayant abordé Sa Majesté
lasàlüa fort profondement.
Le Roy estant hors de
la Chappelle, se couvrit, & : dit à ce Cardinal qu'il mist:
son Bonnet ce qu'il fit, ac-.
compagnant Sa Majeste à
l'antichambre de l'appartement
delaReyne où il devoit
avoir l'honneur dedisner
avecElle.On y avoit préparé
la Table. Elle estoit
d'environ dix pieds de long
sur quatre de large. A trois
piedsdedistance du haut
bout de la table,estoit la
Nef & le Couvert du Roy,
avec son Fauteuil vis-à-vis
du Couvert, tournant le
dosà la cheminée. A cinq
pieds plus bas que le Couvert
de Sa Majesté etoit celuy
de Mrle Cardinal,sans Cadenasavec
un siege pliant
vis-à-vis de sonCouvert. Le
Roy en prenant sa place,dit à
SonEminence qu'elle prist la
sienne. Mr l'Evesque d'Orleans,
premier Aumonier de
SaMajeste,b. nie laTable.Le
Roy receut la sèrviette pour
laver les mains, de son pre
mier Maistre d'Hostel,' ôc<\
Mr le Cardinal Ranuzzi.laj
receut decelles du Contrai.
leur General de quartier. flU
fut servy par lesOfficiers du
Roy, & les services furent
semblables. Le Roy ayant
demande à boire, dit qu'il
sa loitcommencer par la Santé
de Sa Sainteté, & lors qu'il
eut le verre à la main
,
il se
leva,oita son Chapeau,&
dit en se tournant du costéde
ce Cardinal, quecestoit à la
santé du Pape. Ensuite il remit
son chapeau, & s'éstant
assis il but; après quoy il se
releva,ôta encore son cha.
peau, ôc se tourna de nouveau
du coté de Son Eminence
,qui s'estant levée &
ayantôré son Bonnet si-tost
:qàuelale Rov eut parlé de boire SanréduPape,demeura;
dans cette posture jusqu'à ce
que Sa Majesté se fust remise
la féconde fois dans sonFauteüil.
Quelques momens aprés,
Mr le Cardinal demanda
à boire, & s'estant levé il
remercia le Roy de ce qu'il
luy avoir pleu de boire à la
Santé de Sa Sainteté. Il se tint
debout & découvert en beuvant,&
aprèsavoir bu^lfaliïa
le Roy, remit son Bonnet,
.&s'allit. Le Repas dura une
heure. Lors qu'ilfut finy,
Mr l'Evesque d'Orléans dit
les Graces, & Sa Majesté
ayant pris le chemin de son
Cabinet, y fit entrer Mr le
Cardinal Ranuzzi. Ils y furent
seuls pendant trois
quarts d'heure. Son Eminence
en estant sortie alla
rendre ses devoirsà Madame
la Dauphine, à Monsieur &
à Madame
,
qui receurent
chacun un Bref de Sa Sainteté
par Mr l'Abbé Servient,
qui accompagnoit ce Cardinal
, avec Mr le Prince Camille
,
ôc Mr de Bonneüil.
Leurs Altesse Royales le firent
asseoir,& luy marquerent
par une très-obligeante
reception les égards qu'Ellesavoient
pour sonrang& pour
son merite. Monseigneurqui
estoit depuis trois jours à Valery
avec Monsieur le Duc,
& plu sieurs grands Seigneurs
de la Cour à une partie de
Chllfe)cn revint fort tard ce
mesme jour. Le lendemain
Mr le Cardinal Ranuzzi alLr
au lever duRoy,& s'estant
rendu sur les dix heures à la)
Salle des Ambassadeurs
4
Mrs
lePrinceCamille ; & les au*-f
tres qui l'avoient accompagné
le jour precedent, le vin-
,
rentprendre pour le conduire
chez Monseigneur le Dauphin,
qui le receut avec des
marques singulieres de coru
sideration & d'estime. M* 1AbbeServienc presenta à ce
Prince un Brefde Sa Sainreté.
L'apréfdînée, ce Cardinal
rendit quelques visites,& accompagna
Sa Majesté à la
Comedie Italienne. il y avoit
fort longtemps qu'on n'avoit
fait une ceremonie de certe'
nature. Cellecy se fit avec
plusieurs prérogatives,qui
m'avoicnr jamais elleaccordées,
cequiobligea le Roy
)d e déc larer que son intenlion
n'estoit pas qu'elles ripafieat-
à conséquence en dçj
v
pareilles occasions. Toute sa
Cour a témoignéune grande
joye de cette distinction.
LaMaison desRanuzzi,No
bles SenateursBolonois, &
Comtes de la Porrete, s'est
fait connoistre depuis plus de
quatre Siecles
y
& n'est pas
moins illustre qu'elle est ancienne.
Marie-Antoine Ranuzzi
fut envoyé Ambassadcur
à Rome pour la Ville de 41
Bologne Il estoit Pere du
Ïl
nouveau Cardinal dont je
vous parle, qui a tres-utilement
servy l'Eglise fous les
quatre derniers Papes. Il
commença ses Emplois fous
le Pape Alexandre VII. qui
le fit Referendaire de Signature
de Justice en 1656.
Ensuite il fut Referendaire
de laSignature de Grace
, aprés
quoy il eut le Gouvernement
de la Ville de Rimini,
de Rieti, du Duché de Camerin,
de la Ville tz Port d'Ancone.
Il a elle Commissaire
general des Armes des Estats
d'Urbin, deux fois Vicelegaco
dans les mesmes Estats,Inlique
à Malte, & Gouver-
- neur General de la Province
de la Marche fous Clement
-
IX.Ilfut envoyé Nonce Apoftolique
en Savoye sous
Clement X. &: ensuite il alla
en la mesme qualité au prés
du Roy de Pologne. Il eut le
titre d'Archevesque de Damiette
dans cette Nonciature,&
donna jusqu'à sa Vaisselle
d'argent pour les necessitezde
(l)a Guerre contre le
Turc. Il donna aussi une fOln.,
me considerable pour la mesme
Guerre,au commencement
du Pontificat du
Pape
à present regnant ,
& ayant
cite faitEvesque de Fano
,
il
employaquatre années du
revenu de cet Evesché pour
faire baitir entierement un
Palais où l'Evesque fuit logé
commodément. Au mois de
Fevrier 1683 Sa Sainteté l'envoya
Nonce Apostolique
extraordinaire en France, où
il a travaillé sans relasche,
pour tacher de retenir les
Princes Chrestiens en intelligence.
Il a beaucou p contribué
à la Trêve
,
& procuré
aux Genois les moyens de se
remettre dans les bonnes
graces du Roy Entre plusieursbelles
qualitez,il a particulierement
une douceur
naturelle,&une inclination
à obliger tout le monde, ce
qui luy a toûjours acdrëlestime
& l'amitié des Princes
& des Peuples au près desquels
il aesté employé, ne
manquant jamais d'expediens
pour terminer les affaires
à l'amiable quelques difficiles
qu'e lles soient
>
Se
ne s'im patientant point lors
qu'il s'agit demettre la paix
entre deux Familles où deux
personnes
,
jusqu'à ce qu'il
y ait entierement réüssi. C'eltj
ce qui a donné lieu à ces 1
quatre Vers quiontesté mis
au dessous d'un de ses Portraits,
par allusion au nom
d'Ange que porteceCardinal.
Comme un Angeautrefois peur ie
f,alut de l'homme
Fut envoyé des Cicar,
Cet Anie que tu vois est envoyé de
Rome
Pour lupaix de ces ]f.
SivosAmis souhaitent d'avoir
les Portrairs de Mrs les
Cardinaux, Mr Habert qui
s'applique à les graver,a déjà
achevé ceux de Mr le Car
îjdînai Ranuzzi, & de M le
Cardinal le Camus
, & cftl;
presentement occupç
celu y de M', deFurstemberg.
Je ne sçauroisfinir cet Article
sans vous apprendre quel
le 18. de ce mois, ce IneÍlncl:
Cardinal Ranuzzi tint sur
les Fonts de BaptêmeleFils
de Mestre François de Bonenfant
, ComtedeMagni,&
de Dame Anne-Antoinette-
Nicole Gauraux du Mont,
Fillede Messire Nicolas de
Gauraux du Nlont9Marquis];
de la Perier,d'une des plusanciennesMaisons
d'Italie,& de
DameCatherine duAutoy de
Luxembourg.Cet Enfant qui
estoit né le 30. Septembre,
fut baptisé à S. Sulpice par
Mr le Curé de la Paroisse,ôc
nommé Ange. Madame de
Jk){Sier
,
Femme de Mrde
Bossuret,Intendant à Soissons,
& Soeur de Madâme la Comtesse
de Magny, qui luy servit
de Marraine
, parut avec
tout l'éclat possible, tant par
Tagrement de sa Perfonneque
par son esprit, quoy que
* dans un estat tres-modeste,
cLeettecompliment qu'elle fit à
Eminence,fut admiré de
tous ceux qui rentend-il
rent. La Ceremonie se fit en
presence deMadame lacomtesse
de Magny, Mere de
l'Enfant, de Madame l'Abbesse
du Mont, sa Soeur, Dame
d'un fort grand merite,
de Madame de Boutonvilliers,
Soeur de Mr le Comte
deMagny,de Mr l'Abbé de
Bossuet
,
& autres. Mr le
Comte de Magny est Fils de
Messire Philippe de Bonen.
flnt) Seigneur Comte de
Magny,& de Dame Marie
de Faudons,Fille deMessite
François de Faudons Lerillac,
aisné de la Branche de Faudons
,Comte de Blin, Gouverneur
de Paris fous Henry
IV. & Chevalier de l'Ordre,
de la mesmeMaison que
Barbasan deFaudons,grand
Chambellan de CharlesVII
enterréauxpieds du Roy son
MaistreàS.Denys.
Vous sçavez , Madame,
que tous les ans lelendemain
de la S. Martin, le Parlement
se trouve en Robes rouges
avec les Presidens au Monter
en teste dans la grande Salle
du Palais,c'est à dire dans
la Salle des Marchands,dans.
laquelle il y a une Chapelle.
Tout le collé quecet auguc.)
te Senat occupe & quiest
celu y de laChapelle,est ta pissé,
& gardé par les Archers
de Ville. La Messe se chante
en Musique, & elle est toûjours
celebrée par un Evesque,
qui en est prié quelques
jours auparavant, de la part
duParlement. La Messè finie
,l'Evesque & le Parlemententrentdans
la crand*
Chambre. L'Evesque remercie
le Parlement du choix
qu'il a fair de luy pour cette
fonctions & le Parlement le
remercie par la bouche de
son Premier President, de ce
qu'il a bien voulu la faire.
Ensuite le Parlement se retire
, &n'entre que huit ou
cçmnze jours aprés, & quelquefois
mesme a prés trois
semaines;car la semaine qu'il
rentre doit estre sans Feiîçs,
du nombre desquelles sont
les Festesdu Palais
, comme
Sainte Catherine. Quoy que
le Parlement ne rentre pas
le lendemain de la S. Martin,
ou plûtostqu'il ne continuë
pas ses Seances,les delais ne
laissent pas de courir. Ce n'est
que le jour qu'il rentre,que
le font les Harangues de Mr
le Premier President,& de
Mrs les Gens du Roy. L'Evesque
qui a celebré la Messe
cette année estMrde Monmor
, Evesque de Perpignan.
Il estoit à Paris parce qu'on
luy avoit ordonné d'y demeurer
pour travailler à des
affaires qui regardentson
Diocese. Il commença
par
un Eloge du Parlement & dit
Que l'honneur que cette luuflreil
Compagnie luy avoit fuit en le !
cboijîjjantpour une fontlion aujji j
venerable @J aujJi fainte
, que
<
celle dont il venoit d'estre leMi~
- - s. 1
"Iiflre
,
excitoiten luy de trèsgrands
sentimens de reconnoissance
, mais que de tout-es les ralon1
qui l'ob ligeoient d'y eflre fenjîbler
ilnyen avoitpoint de plus fuis
fante que loccafion favorable on
ilJe trmvoit dt faire connoistre
publiquement
) e en presençe
mesme de cette Augure CourJ le
profond refpeflJ & laftncere vénération
quil avoitr non ftule-
+ ment en général pour tous les fagesMagiflrats
qui la comparaient.
mais encore en particulier pour celuy
qu'unevive pénétration
, un
juste discernement
s ü une application
infatigable rendent si
digne d'eneftreleChef;pourceux
qu'une probité reconnue dr une
droiture inflexibledifîinguoient
bienplus que le rangqu'ils occu- Poientlamajeflé de U
Pourpre dont ils efloientrevenus ;
& enfinpour ces celebru Organes
du Poy tm du Public) qui ne
se faisoient jamais entendre qu'en
faveur de lajustice
y
de la vérité
&de l'innocence. Il ajouta, que
ce r°fpeft avoit pris en Itry de pro- 1 _y pro,-
fondes racines
,
puis qu'il n'efbir
pas moins un effet de sa ratsony
qnune fuite de sonéducation. Il
dit qu'ilefhit né d'un Pere qui
l'avoitvivement imprimé dans
son
fincoeurparfôn exemples & que
cet exemple avoit eslé soûtenu de
tant d'autres qui luy ejîoient domestiques
,
qu'ilaurait démenryle
fang qui le hoit à plujifttrs Adagijlrats
de ce Corps l/luftre
,
s'il
riavoit pas de luy les grandes
idces qu'ils en avaient eux-mesmes
conceuës ; mais que quand
ddans un â/gIep!lusavancé} i.l, avoir
voulu examiner les préjHgi-% de
on enfance
,
cefloit alors qu'il
is'-efloit confirme par luy-mcfme
xlans cessentimens rejpecîueux qui
vfioient déja formez en luy;qu'il
vavoitreconnu dans ce Parlement
wwufte tant de grandeur,t,:nt ds,
lumierey rtJ tant defagrffi
> que
s'abandonnant entierement à tous
les mouvemens que pyuvoit produire
unsi beaumélange, ils'ejloit
fait une heureuse ntceffité de le
regarder comme un objet qui demandoit
touteson tflimt, Çt) toute
sa consideration ; qu'onpouvoit
dire que laluftict sembloit avoir
rhoifi cet augujle Corps comme un
fancluaire vénérable pour établir
sa demeure,foit que ion conjide-<
raft ou l'équité defis jirrefts
, ou
la feveîite
qu'il
exerce contre
lesvices, ou le zele qu'ilfait pa.
roiflre pour étoufer les mauvaises
doctrines, ou la proteElion qu'il
Jait toûjours gloire d'accorder à
l'Eglise en lapersonnedesessacrez
Ministres, ou son attachementinviolablepourles
droits de
lA Couronne. Il s'étendit la deffus
avecbeaucoup d'éloquence
,& fit voir que toutes
ces rares qualitez ensemble
le rendoient non feulement
lasource de la felicité des
Peuples qui reconnoissent les
Loix,mais encore le modele
*»& la regle de tous les autres
Tribunaux du Royaume, ce
quil'avoit mis dans une si
haute estime dans toute l'Eumope
, que plusieurs Souverains
avoient reconnu hautement
son integrité
, en
soûmettant volontairement
& par choix leurs plus importans
interests à la décision
de ses Oracles. Il prit de
:
là occasion de loüer le Roy
yi
& aprés avoir marquéqu'il
ne craignoit point que les
témoignagessinceresqu'il
le sentoit obligé de rendreà
la gloire de cette auguste
Com pagnie, fussent imputez
auxflaterieslâches &.>
grossieres,où les Orateurs avoient
si souvent recours,
mais ausquelles la grandeur
& la saintetéde son Ministere
ne permettoient pas
qu'il s'abaissast; il dit que non
seulement on ne pouvoit douter de *cequ'il avoitavancé
,
mais qu'il
n'y avoit personne qui pust estre
surpris de ce que tous les Parlemensprenoient
pourregle un Parlementquiseregloit
luy-mesmesur
leplusgrand Roydu monde, un
Parlement qui n'avoit pour modele
de saconduite,deson esprit,
de sa justice
,
deson integriré, de
sa pieté, desesjugemens;que tess
prit,la justice) l'intégrité,la pieté
, la conduite dp Monarque le
plusaccomply qui fuIt jamais.
Une si grande matiere fut
traitée par ce Prelat de la maniere
la plus délicate. Il fit
connoître que c'étaitunglorieux
avantage pour tous cesgrandsMA"
gistrats, que voulant remplir tous
les devoirs de leurredoutable Ministere,
au lieu de consulterpour cela
des Livres morts&inanimez,
au lieuderappellerlesouvenir de
ces Grands Hommes qui ont ejic
l'admiration de leur Siecle
, &
qui cependant ne nous ont laijff
que des Loixdouteuses
, ou objcu*
res, ou imparfaites,ils n'avoient
quàétuletdactions de LOUIS
LE GRAND;Actionsqui
III) faisant porter à si fujlc titxé
les noms augustes de Pere du PeupIe,
deProiefteutde ïInnocence>
de soûtien de la Fcy
,
d'Ang£
exterminateur des Heresïes, &
des nouveaute% également contraires
a la Religion (t) à l'Eflat
f
estoient comme autant de réglés fidélits
y
comme autant de Loix
vivantes qui lescanduifoient éu
vecajjeurance&sans craindrete-
* garement ,
puis qrlils les avaient
toujours devant les yeux, dans
les routes penibles de laluftice.
Il ébaucha une partie des
grands trairs qui frapent G
forcement dans la Vie du
Roy. Il dit que lors qu'il cftoit
quepion du bien du Peuple, on
voyoït ce grand Princesacrifierses
inîerefls à l'avantage public
J
&
se dépouiller luy-rnejme
, parce
qu'il efi F\oy, en faveur de ses
Sujets, d'un droit quesafujlice
confèrve si religieusement au
moindre deceux qui iuyfontfournis
; que s'il falloir poursuivre le
crime ,
ilefioit aise de remarquer
les d'Íre:( d'éloignermnt e âhor- ,
rur avec Irfquels ce Adonarque
ïenvifageoit, et %ele ardent dont
il efloit animé pour le pfnir, les
fages mesuresquilpnnott pour
.en prévenir les de[ordre* ,(g? la
justerigueur dont il s'armoit pour
les bannir entierement de ses Etats
Il passa ensuite au sincere
attachemement de Sa
Majesté pour les véritables
intérêts de l'Eglise
9
& dit
a ces Sages Magistrats que
c'estoit par le soin qu'ils avoient
de l'imiter qu'ils apprenoient à
rendreà Dieuce qfit appartientà
Dieu
, comme ils sçavoient si
bien rendre à Cesarcequi appartient
a Cesar. Il parla de la Foy)
de la force, & de la sagesse
que le Roy vient de faire paroitre
pour soutenir la Religion
de nos Peres, & pour
la faire triompher de la malheureuse
& obstinéeHeresie
qui la troubloit depuis si
long-temps. Il dit qu'on ria.
voit qu'à lire sesDéclarations&
ses Ordonnances,pouryvoir avec
autant d'admirarionqued'étonnement,
que leur justice
,
leur
modération, leur douceur, soutenues
du bras du très haut, entre
les mains de qui font les coeurs des
Peuples & des Roys
,
avoient
suffypour abbatre ces Temples pro- «
phanei où revoient le mensonge,
t,7 l'esprit d'aveuglement;pour
dî{fiper ces faux Pasteurs qui nour.
rissoient du pain de l'erreur
,
des
Brebis égaréessorties de leur vc+
ritable Troupeau; pour anéantir
ces Cultes monftmeux
)
félon lef
quels de malheureux Chrefliens
sans Chef professoient une ReligionsansSacrifice
;pour revoquer
aiamais ces déplorables Editsqut
efleient l'ouvrage de la hardieffi
d'un Peuple aveuglé, & dont la
,
gl"
, la.
force & la wecejJité des temps avoientcontraint
le Tarlement dr
charger ses Registres
;
enfin pour
ffaperiufquaux fondemens une
herejie que l'espritdindépendance
avaitfait naijlre
, que la rébellion
1
avoit établie au milieu du ecirnaçe
C des horreurs de la Guerre,
1.que le libertinage avoitseen con*
server iajqftapwfentâ -rd qui
subsiteroitencore parmy noussans
le zele ¡nf¡.tigtlble de notre Invincible
Monarque.Ce Discours
receut de grands applaudissemens
detoute la Compagnie,
au nom de laquelle Mrle Premier
President le remercia
,
& de la fonction dontil avoit
bien voulu, s'acquiter
,
& de
tout ce qu'il avoit dità l'avantage
du Corps. Il ajouta qu'il
n'y avoit point lieu délire
surpris de son éloquence,
puisqu'il estoit né parmy les.
Myifes & dans la Robe. Il
entendoit parler de feu Mr
de Monmor son Pere, qui
est mort Doyen des Maistres
des Requestes & de l'Academie
Françoise. Ce Prelat fut
traité ensuite avec beaucoup
demagnificencechez Mr le
Premier President,où se trouvèrent
la pluspart de M s les
Presidens & Conseillers.
La Cour des Aydes entra
le mesme jour, ôc comme ce
n'est point par Ceremonie,
& qu'elle continue ses Audiences
,
les Harangues se
font ce jour là. Mr le Camus,
Premier Pre sident de cette
Cour, parla sur la pureté de
coeur que doivent avoir les
Juges, & dit de très- belles
choses à son ordinaire. Les
Extraits que vous avez trouvez
dans mes Lettres de plusieurs
Discours qu'il a pronocez
dans la mesmeoccasion
ne vous permettent pas d'en
douter. Mr le Haguais quia
succedé depuis peu de tem ps
à feu Mr de Monchal dans la
Charge d'A vocat General des
la mesme Cour
,
parla ensuite,&
remplit parfaitement
ce qu'on avoit attendu de
luy. C'est beaucoup dire,
puisque l'attenteestoit grande,
ôc que la haute estime où
il est, avoittellement prevenu
tous les esprits
,
qu'il ne
pouvoirsatisfaire le Public
que par un Discours d'une
beautéextraordinaireJesçay
que vous en parler de cette
forte, c'est vous faire naistre
beaucoupd'enviedelevoir.il
n'a pas tenuàmoy qu'il n'ait
embelly ma Lettre. J'ay fait
agir ses Amis pour le faire
consentiràme le donner, &
Tes Amis n'ont rien obtenu
sur sa modestie. N'attendez
point que je vous en dise icy
autre chose que le plan. Mr
e Haguais est un homme qui
pense beaucoup,qui pense
juste, & qui n'employe que
les termes necessaires à exprimer
ce qu'ilpense. Comme
il n'en choisit que de très—
propres, changez ses termes
,ce ne sont plus les pen--
fées, ou du moins ce changement
les denture si furt,4
qu'il est mal-aisé de les re-^
connoistre. Il parla sur l'autorité
du Magistrat,&fit voirqu'il
n'estoit pas seulement
le bras par lequella Loy
éroit"
soûtenue,maisqu'il en estoit;
aussi l'âme
, & que sans cela
les Loix ne seroient pas plus
animées que le marbre sur le.
que! on les gravoit autrefois.
Il fit voir que comme leur
authorité dépendoit de celle
du Magistrat
, ceux qui les
avoient establies s'estoient
appliquez à imprimer aux
Peu ples le respect de la Magistrature
, en la revestant
d'ornemens exteneurs
, en
luyélevant des Tribunaux,
tôc en faisant du respect qu'ors
devoit avoirpourles Magistrats
une espece de culte relligieux
, qu'on avoit rendu
venerable par des Ceremomies.
Il,montra,ensuite que,
quelques soins qu'on eult
pris pour leur donner de l'authorité
,
elle feroit toujours
foible
,
si le caractere qu'ils
ont par le Sceau du Prince
n'estoit soûtenu par leur vertu.
Il fit là dessus une peinture
très-vive d'un Magistrac
qui n'estant recommandable
que par sa Charge,ne s'attiroit
qu'un respect contraint,
& sir connoistre avec des
traits d'éloquence qui charmerent
tout le monde, combien
cette authorité qui tiroir
tout son lustre d'un éclat
emprunté,estoitau dessous
de celle, qui ne dépendoit
point de la disposition de la
Loy,& qui estoit attachée,
non pas à la Pourpre ny au
Tribunal du Magistrat, mais
à son esprit & à son coeur.
Tour ce qu'il dit sur cette
seconde authorité futadmiarable.
il fit connoistrequelle
trouvoit dans celuy qui la
possedoit par son seul mérité
tout ce qui pouvoit luy attirer
du respect; que nous nous
portions d'autant plusvolontiers
à luy obeïr, qu'elle n'imposoit
aucune contrainte ;
XIue nous la regardions comme
l'ouvrage de la raison
&de l'équité, & que les ordres
qu'elle donnoic nous
faisoient des devoirs indispensables,
parce qu'elle nous
rendoit nous-mesmesles Juges
de la déference qu'on luy
devoir. Pour mieux prouver
cette vérité
,
il se servit de
l'exemple d'Aristide, qui lànit;
titre & sans caractere
, par le 3
seul credit que luy donnoicii
sa vertu, s'estoitélevé uni
Tribunal au deatIs de tous2
les Tribunaux de la Grece..
Il ajouta qu'onavoit eftéè
persuadé qu'il devoit estre le:
plus puissant, parce qu'il étoit
le plus juste
,
& qu'on
luy avoit fait porter la peine
de son merite par un exil qui
avoit mis le comble à sa gloire.
Il fit voir ensuite que les
R~ & lesMagistratsavoient
,,,
cela de semblable
, que la
principale authorité du Prince
ne venoit pas de sa Coutronne
; que la naissancequi
la donnoit estoit un pur effet
du hazard
,
qui pouvoir tomber
sur une ame indigne
col-ni-ile sur celle du premier
ordre, & que bien qu'on ne
pust sans sacrilege apporter
la moindre opposition à lé
soûmetrre à son Souverain,
parce que les Rois estoient
choisis de la main de Dieu,
qui s'en servoit quelquefois
pour punir les Peu ples,
on ne laissoit pas de s'y soumettre
à regret,lors que le
Trosne essais le seul avantage
qui leur faifoirmerirer.
nostre obeîssance
; que
ce.
sentirnent estoit naturel,
quoy qu'ilnous fun: inconnu
par l'heureusehabitude
où nous estions d'obéir au
plus digne. Que ne puis-je
icy, Madame, vous faire parc
de toutes les choses qu'il dit
ten faisant le Portrait d'un
Prince façe, vertueux,&infiniment
éclairé ! Il ne nomma
point leRoy, mais ce fut
un Portrait si ressemblant,,
qu'on ne s y pouvoit méorendre.
Il dit que les Rois
vouvoient apprendre des
°rinces leurs voisins le malheureux
art de se faire crainfre,
mais qu'ilfaloit qu'ils
tflènt traverser les Mers pour
pprendre à se faire aimer
e leurs Sujets, en imitant
m Monarque qui renonçoit
J'es propres interests, quand
il s'agissoit de favoriser ses
Peu ples
; qui donnoit à leur
repos ses soins & ses veilles
avec une application infatigable,
fk qui s'attiroit leur
veneration & leur relpeéè,.
bien moins par une Souverainetéde
puissance, que par
une superiorité de vertu, lli
finit par un éloge de feu M'j
de Monchal, dont il remplit
aujourd'huy la place,&laissai
toute l'Assemblée dans le cha.-l
grin de le voirfinir si tost.
Souvenez.vous, s'il vousa
plaist
, que tout ce que jes
vous dis est mis icy sans null
ordres
ordre, &que ce ne sont que
destraits grossiers dece que
Mrle Haguais traira avec autant
de delicatesse, qu'il y
eut de force dans tout son
Discours.
Le Parlement rentraMardy
dernier26. de ce filais,
quoy qu'il n'ait pasaccoûitume
de rentrer dans une feupaine
où il y ait quelque
Feste. Il y en avoir deux dans
pelle-cy
,
celle de Sainte Carherine,
Feste du Palais, 5c
celle de S André On doit
::ela à la vigilance de Mr le
premier President, qui aime
à faire expedier les Affaires.
Je vous parleray la premiere
fois d'un tres- bel éloge du <
Roy, que fit ce jour-là Mr
l'A vocat General de Lamoinon.
- 1
Le Parlement de Rouen
rentra le lendemain de la
S. Martin
,
SeMr de Ris, pre-J
mier President, sefit admirer
par unexcellentDiscours,
comme il avoir fait quelquey
mois auparavant, lors
qu'il prit possession de cerrea
importante Charge.Mr le
Guerchois, Procureur Gene-**.
ral, parla aprèsluy avec lon^
éloquence ordinaire,
Je vous manday il y a
quelque tempsqueMrdePréfontaine,
AvocatGeneral de
mesme Parlement,avoit
esté fait premier President
au Conseil d'Artois.Cechanment
rendit Mr de Langrie
oremier Avocat General,&
aissa La Charge de second
Avocat General vacante. El--
vientd'estre remplie par
vlr de Menibus, qui y futre-
~eu le zj>. de ce mois avec
applaudissement de toute la
ville. Son éloquence qui a..
~oit paru dans le Barreau
avec un très- grand succés
luy avoitacquis une reputationavantageuse.
Onnedou-1
te point qu'il ne la ibûricnne
glorieusement dans un ,;
patte, où il aura si souvent
occasion de faire paroistre
l'heureux talent qui luy est
si naturel. Il a beaucoup de
capacice
, une conduite tres-.
judicieuse, & un fond d'integrité
&: d'honneur qui le:?
rend incapable de rien faires
d'opposé à (on devoir. Ain/îf
l'on peut dire que dans unrj
âge fort peu avancé,il n'a de
lajeunesse que ce qu'elle don-
A"
ne devivaciré& d'agrément.
Mr de Menibus, son Pere, a
este Conseiller au Parlement
de Mets, ëeenfuice President
en laCour des Aydes deNor.
mandie.
Je vous appris il y a un
mois la mort de Mr de Mollondin,
ancien Colonel des
Gardes Suisses
-
Françoises
> mais je ne vous dis rien de
particulier de ses Emplois.
C'estoit un homme d'experience
& de resolution
,
qui
s'esl:signalé en plusieurs occasions
fous le Regne du feu
Roy,& fous celuy de Louis
LE GRAND. Il nâquit en
Suisse vers l'an 1608 d'une
noble & ancienne saillisse;
originaire du Pays de Vaud.
dit de Vaux,&fit sespremieres
Campagnes au Siege de la
Rochelle en iéiS. au secours
de Casal en 1629. & à la redu-
¿rion de la Savoye, de Pignerol,
de Saluces, & autres Places
en 1630. L'annéesuivante
il passaen Allemagne, & eut
parc aux glorieuses entrepriles
des Suédois. Estant de re-|
tour en France il donna des
preuves de sa va leur à la
Ba-lj
taille d'Avein, & à celle dej
Rocroy; aux Sieges d'Arras,
dePerpignan,de Thionville
& de Graveline avec Mrde
Mollondinson Frerealfiié.,
quiluy ceda son Regimenc
en 1645.Estantàlateste de ce
Regiment & de sa Compagnie,
il se distingua au Siege
de Dunkerque en 1646. à la
Bataille de Lens,au secours
d'Arras & en toutes les occassons
qui s'offrirent. Enreconnoissance
des services
qu'il avoit rendus à l'EfiatJ"
& particulièrement à Dunkerque,
où il appaifa la Garnison
mal contente de la détention
du Mareschal de
Ranrzau, le Roy l'honora de
la Charge de Colonel du Regiment
des Gardes Suisses-
Françoises, dont il presta le
serment en 1655. apresquoy
il fit paroistre beaucoup de
courage & de bravoure aux
Sieges de Landrecies & de
Valenciennes, où il sur blessé
en 1656. à ce luy de Dunkerque,&
au Combat des Dunes
prés de cette Place en
1658 La Guerre s'estant ralumée
depuis avec l'Espagne,
il setrouva à la prisedes Villes
de Tournay, de Doüay)
& de Lisle en 1667. suivit Sa
Majesté à la conqueste de la
Franche-Comté, de la Hollande,&
de Mastric,se trouva
au Combat de Senes, & fervit
dignement aux Sieges de
Valenciennes, de Cambray,
deGand, &; d'Ipres, avec
Mr d'Eftavaye son Neveu.
Enfin son grand âge ne luy
permettant plus de s'appliquer
aux fondions de sa
Charge,il s'en démitvolontairementau
moisdeSeptembre
16S5* & mourut icy ttlbltement
le
2.3. du mois paue.
en sa 79.année.
Les Personnes considerables
dont j'ay à vousapprendre
la mort depuis ma derniere
Lettre, sont
MessireMichel-PierrePassant,
Seigneur de Saint Aubin
,9
receu en 1681. President,
en la deuxième Chambre des
Requestes du Palais. Il avoit
esté auparavant Conseiller
au Grand Confei-1. MrPaflàas
son Frere est Chanoine de
Nostre- Dame. Cette Famille;
est assezconnue dans la Robe
,où elle adonné plusieurs
Conseillers au Parleront Ôc
au. Grand. Conseil , & des
Maistres des Requestes.
Dame Madeleine-Elisa.-
beth Levé,morte le premier
jour de ce mois. Elle estoit
Femme de Messire Jean Baptiste
le Feron, Sr du Plessis.,,
Maistre des Comptes.
Mademoiselle du Gué de
Bagnols. Elle est morte icy
le mesmejour après une longue
maladie, & une patience
exem plaire dans ses maux.
Comme elle s'estoit addonnëeaux
avions de pierëôeà.
secourir les Pauvres, elle a
ffaointdépulunseiePurriserleegpsupbieliuqx,ue&
à,
S. Gervais le matin & lesoir.
Elle estoitFille de feu Messire.
Antoine du Gué de Bagnols,
Mastire des Requestes,
& de Dame Gabrielle Feydeau
de Brou,Soeur de feu
Messire François Feydeau de
Brou,Abbéde Bernay,Con..
seiller-Clerc au Parlement
de Paris. La Famille des du
Gué estoriginaire du Lyonnois
, & a donné diverses personnes
de mérité dans la
Robe. Feu Mr du Gué Conseiller
d'Estat ordinaire
, de
Intendant deJusticeàLyon,
qui est mort depuis un an,
avoit épousé laSoeur deMadame
la Chanceliere le Tellier
, dont est venu Messire
François du Gué, cy-devant
Conseillerau Grand Conseil,
& receu President en la
Chambre des Comptes de
Paris en 1681 Il a épousé la
Fille de feu Mrde Paris, Conseilleren
la grand Chambre.
Mr du Gué de Bagnols,
Maistre des Requestes
,
&
Intendant de Justice en Flandre
est de la mesme Famille.
M1 de S. Amant
, mort le
3.de ce mois. Il estoit Capitaine
deVaisseau
,
& avoit
este Ambassadeur de Sa Majesté
vers le Roy de Maroc.
Sa Famille estconsiderable
dans le Languedoc.
Messire Olivier le Fevre
d'Ormenon, Seigneurd'Ambaille,
Maistredes Requestes
honoraire,mort le 4. de ce
Inois,aprés une longue maladie.
Il est extremément regrete.
L'intelligence qu'il voit a- dans les affaires,
~ou; danstesatïaires & Ca
,
&; sa
grande probité luy avoienc
acquis une estime generale,
en sorte que les Princes &
Grands Seigneurs le choifilsoient
pour Arbitre, & se
soûmettoient à son Jugement
dans leurs affaires les
plus importantes. Il avoit épouséDameMarie
de Fourcy
,
Fille de Mr de Fourcy,
Presidenten la Chambre des
Comptes, ôe Surintendant
des Bastimens du Roy, donc
il a eu feu M le Fevre d'Ormesson
Maistre desRequêtes,
qui est mort jeune en l'Intendance
de Lyon, où il a elle
universellement regreré ,6c
quiavoit épousé la Fille de
feu M1 le Maistre
,
President
~en la quatrième Chambre des
Enquestes du Parlement. Mr
d'Ormesson qui vient de
mourir a laisse unsecond Fils,
qui a esté Conseiller au Grand
Conseil, & qui fut fait Maître
des Requestes après la
mort de Mr d'Ormesson son
Frere aisné. Il fuit les traces
de les Ancestres. Le mesme
Mr d'Ormesson dont je vous
apprens la mort ,
estoit Fils
d'André le Fevre d'Ormesson,
Maistre des Requestes, puis
Conseiller d'Erat ordinaire,
employé en plusieurs negociations
d'Etat importances,
& d'Anne le Prevost d'Herbeley,
d'une Famille qui a
donné des Presidens & des
Conseillersau Parlement,des
Maistres des. Héque11es, Ôc
autres Personnes deconsidération
dans la Robe. Son
AyeulOlivier le Févre, Seigneur
d'Ormesson,Eaubonne,&
d'Amboille, estoit Pretfident
en la Chambre des
Comptes, & Surintendant
îles Finances,& avoitépousé
Anne le Fevre d'Alesso
~Tille de Jean d'AlessoSr d'E-
~oagny, de laFamille des d'AlesTo
originaire de Calabre lescenduë du Seigneur An-,
~Doine d'Alesso & de Brigide
Martotile
,
Soeur de S. François
de Paule decedé en 1507.
Fondateur de l'Ordre des
Minimes,&qui vint en France
fous le Regne de Louis
XI. Mr d'Ormesson avoit
deux Oncles. L'un fut Olivier
le Fevre S' d'Eaubonney
President en la Chambre des
Comptes ,
dont viennent
lvir; le Fevre d'Eaubonne,
Conseillers aux Cours Souveraines
,
& le Pere d'Eaubonne
Capucin, & Millionnaire
renommé
,
& l'autre
Nicolas le Fevre Seigneur de
Lezeau
,
Conseiller d'Estat,
dont viennent Mrs le Fevre
- de Lezeau. Tous les le Fevre
,
Seigneurs d'Eaubonne,
d'Ormesson & de Lezeau,
ç portentd'Azur à trois lis de
jardin au naturel]
|
<
J Messire Jean de Magnaut, Comte de Montaigu
,
Lieu- /(tenantGeneral des Armées
t
du Roy,son Lieutenant Ge-.
toer11 en Guyenne, & Gouverneur
du Chasteau Trompette.
Il estoit brave, trèsjhonnefte
homme
,
& avoir
faitde fort belles actions. Je
vous en ay parlé amplement
dans quelqu'une de mesLeti.
racs. Aaij
MrBrethel de Gremonville
Abbé de Lire,&Commandeur
de Malthe. Je ne
vous en diray rien qui ne soit
connu de toutlemonde. lia
commandé l'Armée des Venitiens
pendant douze ou
quinze années, & s'estoit acquis
beaucoup deréputation
danscetEmploy. Ilfut ensuite
Envoyé Extraordinaire de
Sa Majesté à la Cour de lEm.
pereur ,
où il fit voir sa conJ
duite & son esprit dans roure
les choses qu'il eut à traiter
Il estoit magnifique naturel
-!
lement, & s'est toujours pleu
à soûtenir cette qualité.Il a eu
trois Frères,dont laisné fut
envoyé Ambassadeur à Venise.
Le second a esté President
au Mortier au Parlement
de Roüen; & le troisiétrne
est haut Doyen de la Cathedrale
de la mesme Ville.
fA1 deGremonville,leur Pere,
ïft mort President auMortier
dans le mesme Parlement.
MeNicolas le Tourneux,
Prieur de Villers sur Fere en
[Tardenois. Il est mort d'Apoplexie
depuis peu de jours.
Il avoit de grands talens,&
~l les a fait paroistre avec
beaucou p d'avantage,&dans
la Chaire, & dans les Ouvrages
qu'il a donnezau Public.
Sa Semaine Sainte, son Année
Chrestienne,& ses autres
Livres, de Sermons sont
fort estimez.
Le Roy a donné plusieurs
Benefices. Mr l'Abbé Fouquet
a esté pourveu de l'Abbaye
de S. Jagut, de l'Ordre
de Saint Benoist, Diocese de!
S. Malo. Il cil: Aumosnier de
Sa Majesté, & d'une Famille
ou la pieté est hereditaire.
L'Abbaye de Nanteüil ew-
Vallée,Diocese de Poiriers J.
qui est aussi de l'Ordre de
S. Benoist, a esté donnée à
Mr l'Abbéde Cineste. Son
mérité joint à beaucou p d'habileté
l'a fait employer au-
,
près des Ministres.M'l'AbbédeBrizac,
Grand Vicaire
& Officiai de Chartres, a eu
l'Abbaye de la Bussiere, Ordre
de Cisteaux , Diocese
l'i'Autun;&Mrl'AbbéBisot,
celledeS.Vincent de Besançon
,
Ordre de S. Benoist.
Ms l'Abbé Bizotest fort sçavant
dansl'Antiquité,& s'est
acquis une estimegénérale.
Mr l'Abbé le Vasseur a ob.
tenu l'Abbayed'Aubepierre.
Elledtde l'Ordre de Cisteaux
dans le Diocese de Limoges.
oOini ééccrriittddeeMMeertss qu'il y
41tl 'il eut grande Solemnité le 21.de
ce mois au Convent & Hospital
des Religieux delaChariré,
où M l'Archevesque
d' Ambrun,qui està present
Evesque de Mets,offcia pontificalement.
Ce digne Prelat,
qui a fait bâtir cet Hos-
1 piral, & qui vient de le fonder,
joüira pendant savie du
plaisir de voir le soulagement
que les Pauvres recevront
d'une si pieuse fondation. Il
est
est Frere de Mr leMaréchal
Duc de laFeüillade.
Je croy, Madame, que ce
vous fera une nouvelle agréable
d'apprendre que j'espere
vous envoyer avec cette Lettre
un Livre nouveau de l'Au,
teur des Dialogues des Morts.
Quoquelamatiere de ses
Entretienssur la Pluralité des
Mondes, soit entierement de
philosophie & par consequent
moins propre à plaire
à celles de vostre sexe,ce fecondOuvrage,
aussi galamment
tourné qu'il est, n'a pas
laissé devous confirmer dans
l'estime que vous faisiez & de
son esprit & de la maniere
d'écrire, & cetre eslime fera
augmentée sans doute par son
Histoire des Oracles, qui fera
debitée au premier jour dans
la Boutique de la veuve Blageart.
CetteHistoire est composée
de, deux Dissertations.
Il fair voir dans l'une, contre
l'opinion qui a prévalu jusqu'à
present
,
faute d'avoir
esté assezbienexaminée, Que
les Oracl es n'ont point esté
rendus par les Démons ; &
dansl'autre, Que les Oracles
n'ont point cessé au temps
de la venuë du Sauveur du
Monde. Ces deux Dissertations
sont divisées en divers
Chapitres, pleins de traits
d'Histoirefinement tournez,
qui ont dequoy satisfaireégalement
& les delicats &
les curieux.
Au reste
,
il faut que j'avoüe
que je me fuis trompé
idans la pensée que j'ay eüe
que je pourrois découvrir
l'Auteur des Lettres qui ont
estlé imprimées fous
le
nom
de Mrle Chevalier d'Her.
Celle que je vous en envoyay
lie dernier mois, marquoit que
ce Chevalier, veritable ou,
faux, avoit commerce avec
une jeune Pensionnaire de
Convent. Je connois un Cavalier
pleind'esprit &de me-, rite, qui a ce mesme commerce,
Ôc je m'estois figuré
que c'estoit celuy que je cherchois
; mais cela ne sçauroit
estre
,.
puisque la personne à
laquelleil rend des soins, est
actuellement dans un Convent,
& qu'il paroist par quatre
ou cinq Lettres qu'on m'a
fait voir de nouveau du Chevalier
d'Her. que la Pensionnaire
en question a quit"
te la Grille., quelle est dans
le monde, où sa beauté fait
fracas,& qu'elle apprend à
chanter &à joüer du Thuorbe
; ce qui ne s'accorde point
avec ce que j'avois Soupçonné.
Il y a mesme une de ces
Lettres qui marque d'une minière
tout-à-faitgalante-l'extrêmesurprise
qu'elle eut la
première fois qu'on luy fit
voir l'Opéra,&quecet Ope-
ra
,
estoit Psyché. Cela fait
connoistrequ'il y a déjàlongtemps
quecesLettres ont esté
écrites puiquc,- l'Opéra Je
Phyché n'a pointefté_xep£ssenté
depuis quatre ou cinq
années. Comme l'on m'avoit
promis de m'en donner une
copie,c'estoit un regale que
je prétendois vous faire de
temps en temps; mais au
lieu de ces quatre ou cinq
Lettres, je pourray vous en
envoyer bien-tôt cinquante
tout à la fois. L'Auteur ayant
veu parcelle dont je vous fis
part le mois passé) qu'elles
commençoient à estrepubliques,
a crû devoir les faire
imprimer luy - mËnle, afin
qu'au moins elles fussent plus
correctes. Ainsi un homme
inconnu les a apportées à
mon Libraire, qui en va
hâterl'impression. Je les ay
leuës toutes avec un fort
grand plaisir, & je puis vous
asseurer que cette seconde
Partie fer une digne fuite de
la premiere.
Les deux Enigmes proposées
dans le Mercure ci'Oào*.
bre, avoient esté faites sur le
Traversin.Voicy les noms de
ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre sur ce mot. MeCsieurs
A,P. Boistel de S. Roi.
main
,
de la ruë de Bussi;
C. Hutuge
,
d'Orléans; La
Prairie Cairon,Professeurpublic
des Mathématiques
; J.
Rafafou de la Touchardiere;
Càmbe d'Haragne, Receveur
au Bureau d'Aix; Dougan,
demeurant à Caen; Meriel,
Maistre à chanter, au même
lieu; La Tronche, de Rouent
l'Amant des deux belles
Enjoüées ; le Solitaire-desesperé;
l'aimable Spirituelle;
Tamiriste, de la ruë de la.
Cerisaye; le Chevalier de
Viaraut, Amant de la grande
Brune de la ruë des Noyers
B. G.; Raguenet de Colommiers
& la belle Philis ,- le
jeune Cleante de Sarre-Loüis,
le Frere aîné des trois aimables
Soeurs de la ruë de l'Arbre-
sec; l'Habitant de la Place
G. ; le petit Godon, de la
rue de la Coutellerie; de
Boisduil, amoureux de la Corbeille
de Morlaix; les trois
Etats deBretagne, amoureux
de la Sainte-amour, de la mê^
meVille ; le Solitaire de la
ctrüe S. Severin; la Bontémeme
; l'Exilé d'Argentan; le
Fils de la charmante Maman,
, de la Porte de Bussi ; l'Incomparable
; le Normand; P.amoureux des Belles de
Rosny , l'Assembléenocturne
des Amans noirs; le petit
Coeur de Nanette latcftue,
enflâmé de loin par Pivolle;
Colin la Musique;l'Amant
desBelles de Blois de Sainte
Croix de la Bretonnerie
; le
charmant Embonpoint de la
rue du Cygne; le gros Ventru
à la maigre mine, ducoin.
de la ruë de Richelieu; IcI
galant Suiffe. i<?"« *
En Vers, Mrs Vignier;C.F.,
Lourdet; l'aimable Catin de
la Conférence, ruë des deux
Ponts & l'Amant de Cilefie,
de la rue des bons-En.
sans; Mademoiselle d'Aluseau,
d'auprès S. Roch; l'aimable
Bru de M B. T. L.
de la rüe S. Lo d-Anucrsi la
belle Captive, du plus beau
quartier de Paris; la Reine
des Procureuses ; l'Amante
infortunée; la belle Marguerite
; la belle Brune Champenoise,
de la rüe S. Loûis
dans Tlfle ; la plus aimable
des trois Soeurs du Fauxbourg
S. Germain, &sa bonne amie
l'Indifférente
; la Brune aux
beaux yeux, de la rue de la
Harpe; la belle Pleureuse, du
>
Quartier S. Paul ; la Guenuche
de Frédéric; la Mere de
Ici petite Fille, de la ruë de
Richelieu ; la jolie Femme
grosse, de la ruë S. Nicaise;
la grosse Maman, de la même
rue.
La nr^niiere des deuxEnig-ï
mes nouvelles que je vous
propose
3
m'a
esté
envoyéei ) m a eue cnvoyee:
fousle nom de l'Amant sans:
espoir, du quartier de la Pla-*
ce-Maubert.
ENIGME.
JE remplis VVnivcrs de milleobjets
funebres;
De larmes ny de fang je ne puis
m'assouvir.
Fils d'un Pere hrillant, dans
hs tenebres,
leviens a la lumiere ajin de la ravir.
l'aime la couleur rouge, 6je cattfè
+ la noire.
le bljefe &fais biefé,je bats (jrfris
battit.
,
La hontefuit mes coups)dU/Ji bien
que la gloire,
£tjefuis injlrumentde vice & de
ver/fi.
lTn avare me cherche, un inhumain
memployé.
le donne le trépas,<jrje rends eternel:
Mais en perdant autruy, moy-rnème
je me noye,
Et me cache ausi-tofi quejesiss
criminel.
lesitis de deuxpartis,&je nejllis
• point traître,
En un même momentjyattaque &
je secours.
Par moy l'on ejlcaptifpar moy l'on
devient maÎtre.
Tout cruel quejefris,jaypourtant
mes amOltrs.
le borne les Etats3 &je lesfais
accroijqrefy
fers également, en la guerre,en
la paix.
Toy qui m'enteus parler, travaille à
me connoiJlre;
Maisgarde,st tu peux, demefentif
jamais.
- 'q
AUTRE ENIGME.
CEluypour qui ces Vers font
faits,
JLfl unfigne d'amour aujji bien que
+
de paix,
yn avant-gont d'unplaiJirplus
solide.
jlJè pratique en tout cet rnivers
:
Mais quoique la mode en decidé,
Uc nefeauroisl'aimer qu'entresexes
druers.
Les Peuples méridionaux
Qui ne veulent point de ri4 -
vaux.
En font un crime puneable;
Mais nous,Piieuxzvifez, ne reformonspas
tel;
Et pourveuquil ntait rien qui le%
rende blâmable,
Hous le jugeons civil?&nonpasx,
criminel.
Thilisjivous aveZde (a peine4
comprendre
Ce quepar cet écri•tje veux fairèe
ffdvoir,
Desquej'auray le bonbeurdc^
vous voir,
Mabouche pourra vous l'ap*-
prendre.
Apres vous avoir envoyé
l'Histoire du Siege de Eude)
qui sert de seconde Partie à
ma Lettre d'Octobre, j'avois
dessein de vous apprendre
-les particularités des Sieges
deSegedin & de Cinq-Eglises,&
de la deffaite des Turcs
qui venoient secourir la première
de ces Places; mais
comme on n'a point encore
eu nouvelles que les Troupes
des Imperiaux ayent esté miles
en quartier d'hyver, j'àttendray
qu'on sçache si la
prise de Ziclos n'aura.point
«fté suivie de quelque nouvelle
entreprise, afin de vous
pouvoir donner un corps plus
entier du reste de la CampagneJ'y
joindray les nouvelles 4
conquêtes des Venitiens, depuis
la prise de Napoli-de- Romanie.I Vous serez bien aise d'avoir
des nouvelles de la Cour |
du Grand-Seigneur. En voicy
de seures,venues de bon lieu.
LA Constaninople, le 9. Octobre 1686. A confirmation de la prise de i
Bude, venuefeulement di--
puis troir fèmatnes , A cause ic.J'(,
une fort grandeconfernation. onv
-publie tout haut epte le Grand-Sti^
cneur eflla feule cause de tous les
mal-heurs de cetEmpire ; d" unpeu
après que l'on eut appriscette nouvelle,
un Iman ou Prédicateur Turc
osa dire, prêchant devintSa Hautejjèyqu'onnepouvoit
imputer qu'à
Elle feule le mauvais succés de la
Guerre, que ses débauches &savie
fainéanté avoientattiréfurlesOttomans
lacolere deDieu,• qu'un Empereur
devaitaller a la Guerre, ô*
nonpaspajferfavie avec des Concubines
: quil en feroit puny tojt
+ eu tard : que les ChUns mangerolentson
corps en ce monde, c2- que
les Démons dévoreroient son arne
dans l'autre. Ce difeours effraya,
tous ceux de la fuite de /'Imin. ils
-simaginèrent qu'on les mafficreroit
,tousaufortirde laUofquéei mlis UGrand-Seignwrn'en parut pas
plus emeu. Ilfirtit de laMosquée
en disantque l'iman estoitunfou,
Cr demanda, ses Chevaux pour aller
qà lauChasese. On dit qu'on les luy re- ce refus le fit penser
à IIIJ-rnême. Sa passion pour 1ft
Chasse eff telle, que rien ne l'en.
à pu encore détourner, ily a un
mois que des Députez, dAthènes
vinrent icy demander permljjlon de
contribuer sur la menace que leur
4voientfaite les Venitiens, de mettre
tout à feu dr àfang, s'ils ne
donnoient quarante mille écus. Le
Y^ijlar-Aga ou chef des Eunuques, qui a pour apanage Athènes &ses
dépendances,ayanttrouvéle Grand-
Seigneurfiul dans un deses jardins>
prit cette occajiondeluyparler
du déplorable efiat des affaires de
d'Empire, e luy demanda ce qu'il
fluhaitoit que si!l Athenes. Il luy
répondit que c'efioit fin apanage»
& qu'il pouvoit faire ce qu'il voudroit,&
sestant appuyéfurfon coude'
ilsemit à rêverjusqua ce qu'un
Bostangi ou Iardimer lay vint dire
qu'il venoit de voir deux Lièvres.
il se leva dans le même inïlant^
& demanda fis Chevaux. Cependant
le murmure des peuples continuoit,
& le Grand-Seigneur qui
craignoit pour sa perflnne)dépojà
leMufti, en luy reprochant qu'il ef
toit la cause de la Guerre, par le
Tefca ou consentement qu'il avoit
donné, sans Uquelfuivant les Loix
fondamentales de l'Empire, on ne
peutentreprendre aucuneGuerrejtjIU
pour luy il n'avoit rien épargne
pour en avoir un heureux fuccés3
vymt dwnsdeshommes,des
mes & des vivres lots qu'on luy
en avoit demandé& que silavoit
manqué à quelque chofi,c'ejloit
farceque le Mufti ne luy avoitpas
reprefinté les pressantes necessitez,
de l'Empire. Il nomma leCadilesker
de Born/tlie ou Chef de la susi
tice d'ElIrO!C,p(J(IY remplirla Place
du Mufti quil dépofoit, en luy ordonnant
de ne luy rien cacher, &
de luymarquerce qu'ildevoitfaire
dans cettefichetife conjoncture.Il
luy dit que s'ilfallait ouvrirfin
tresor, vendre ses jojaux, O* même
quil alla# en perfiane a la Guerre,
.il cfioit preli à le faire pour délivrer
fin peuple du malheur dont ilejloitmenacé. Le nouveauMufti
prit de là occasion. de luy reprefin-
-
ter que le peuple estoit fort animé
watte luy, à quoy il répondit, que
veut-il? Et comme il montroit - de
la disposition a faire tout ce qu'on
pouvoit demander de luy, le Mufti
luy dit qu'il avoit dans fin Serrait
plus de trois mille Ejèlaves, que le
Sultan Amurath n'en avoitjamais
eu plus de trois cens; que la dé.
pense que faifiit une feule de ces
YLfclaves pouvoit entretenir vingt
Soldats, & bien,dit-il, je me réduiray
àce nombre.LeMuftiadjouta
que la dépensequ'ilfaisoit à la
ChaJJe efloit extraordinaircs &que
s'it employoit cet Argent a entretenir
sesTroupes,elles ne mourroient
pas de faim comme elles fiifiient»
ce qui (ffoit cause que laplus grande
partie défertoit ou periffoit de necessité.
Il affiura le Mufti qu'il n'i.
roit desa vie à la Chassev qu'ilfe-
Xiit noyirses Chiens> quilcozgz?
dieroitsesofficiers de chasse,drfiroit
étrangler celuy d)entr'Ulx qui
luy enpar1eroit. LeMufti luy dit
encore qu'il avoit dansfin Serrait
quantité d'anciensofficiers,riches,
puissans r7 propres pour la Guerre*
qui'lfalloitlesyenvoyer, &sesi".
vir des richejjes de ceux qui ne
pourroient ou ne voudroient pas
marcher. Ces remontrances ont efe:
quelqueeffet. LeGrand-Seigneur a
promis vingt millionspourla Caïnpagneprochaine,
6 lt Sultane AfsequiouSultane-
Reyne en apromis^
dix. Il a retranché la dépense de i fin Serrail ,- &on asseure quilafait1
osler ou diminuer beaucoup lepain i
ou provifton qu'on donnoit à plufleurs
de ses officiers. Le Kijlar-h
Aga qui avoit par jour flx censn
wefùresdlorgepourses Ckevatt#M
* n,f.T'
rienaplus quesixmesures, & ainsi
dorefle dss fournitures qu'il refoit
jtiurmtiemcrit du Serrait. On croit
qa'on luyprendra encore ses richef-
Jes,. qui font fort grandes, puis
qu'il a ensa garde toutes les Fcmïties
du Sertïiil, defyuelles il reçoit
de grandsprsfins.Le bruit court
qu'on reiïboyera oeu Caire vivre en
honrme pnvè, cwnmc la pluspart
de fts PWdecqîcurs. Cette Charge
est une des plusbelieyde l'Em.Pire,-
<1causequ'on efi.toujours pro hede
la Personnede Sa Mautcffe. Le Sc-
* liétar, ou Pt-rte-cpee du Grand Srigneur,
&.son Offiaerde CuifÙze)
ott esié'faitsBaïbas^avec ordre
dele fntttre au plutojt en équipage
pour se rendre au Camp. On en a
encore ncrnmè4'autres,dontje m
sçavpas le nom.LeBofiunù Bachi3
ou ChefdesJardiniers du Serrait
,
parcourt toutes les nuits le Canal
delaMèrNoirey 6'" s'ilapperçoit
de la chandelledans quelque maifin
, avec la moindre apparence etAssemblée3 il entre dedans pour
feavoir ce qui s'y fait. On dit qu'il
a trouvé dans celle d'un Grec deux
ou trois mille Sequins.Le Muftifaisant
faire réflexion au Grand Seigneur
sur la défiancequ'il devait
avoir du Peuple3luy dit que pour.
gagnersa bienveillance
,
il falloit
qu'tldlltljt souvent à Conjlantinopie.
N'y siss-je pas venu, répondit-
il? le Peuple m'en a-r-il rémoiçné
plus d'amies pour cela>>
Le GrandVifiraenvoyé un Courrier
du Camp avec une Lettre au
Gr<mdSeigneurypar laquelle illuy -
Tfprefnte, que quand il a accepté1
le Sceau de l'Empire
y
n s'efl bi-ei.
imaginéqu'il auroit le [cri: ole
ceux qui l'ont précédé dans II mesl
meCharge, mais que Sa MaureTe
devoitserefjouvcnir qu'une t,-voir
acceptée qu'à condition,queny les
Troupes, ny les vivres, ny l'argent
ne luy manqueroient; anc quoy
qu'on luy eufi iromis avant que de
se mettre en campuguc , qu'on luy
envoycroit des Troupes de temns en
t-emps, il n'en avait veu paroiflre
aucunes,ny provisions. Ce C urier
aflêtirequ'iln'etfpu refit une ame
dansBude, que touty a estè paffè
aussideté,ée 3 que le Grand Vfir
a estè vlcJJé) à-sonfils tué, qu'il
y
avoit reïajfè le Pont d'Essec, &
qù'Albe-Royule efloit afjîeièe. On
tuya envoyé ordre dese rendre in:,'e(-
Vammcut à la Porte âtfîn de réfoudre
ce qu'ily aura à fairepour la
Campagne prochaine. Cn dit mesme
que le Conseil s'eji silis reprefcnter
l'Hifloire des Vies d'Amurat
&de Soliman, avec dessein de fulvre
les traces de celuy cy pour la
Guerre, &l'oeconomie de celuy-la
dans le Serrail.
M. Girardin, Ambassadeur de
Frtlnce,aUale6.c/cce mois congratuler
leMuftisursaDigniténouvelle.
Ce Chefde la Loyse leva lors qu'il
le vit entrer, ce qui ne s'cfioitjamais
pratiqué pour aucun Ambaffadeury
4 le Mufti ne se levant ordinairement
q-aquandIcGrandSeigneurle vient
v-jiter3 ce qui luy arrive aJJez rarement}&
alorsilne s*affîedqu'après
que le Grand Seigneur luy a baisé la
main,il nese leve qu'à demy pour
leGrandVisir. Cettedijtinïiion pour
Pj4mba(fadeur de nostre Augufiv
Monarque fait affez^connoifire que
ce Min.jlreefifortementperfuadé de
la Puissance dont les Turcs craignent
de ressentir les effets. La Conversation
qu'ils eurent ensemble finitpar
le Cûfé) le Sorbet, Eau-rosc
3
6le
Parfumquonpresenta à M.tAnzéaffadeurl
après quoy s'estant levez
l'un & l'autréj-lils seseparerent
avec de grandesprotefiations d'amitié.
Je ne vous parle point du
Voyage que la Cour a fait à
Fontainebleau
; vous devez
citrepersudéequ'on y a fait
regner les Plaisirs tant qu'e lle
y a demeuré. Là Promenade
,
la ChaCe., le Jeu la.
Paume, les Apartemens, la
Comedie Italienne,& Françoise
ont fitalternativement
le sujet des Divertissemens
qu'on y a pris. Le Roy
qui agit incessamment pour
le bien de l'Estat
,
s'est depuis
quelques années retranché
la plus grande partie de
ces plaisirs. afin de s'apliquer
entièrement aux Affaires.
Mr Boesset Surintendant de
la Musique de la Chambre
du Roy,qui sert le Semeilre
de Janvier, a yant mis un
Opera en Musique
, cet 0-
pera a estérepresenté à fou..
tainebleau en forme de Concert
,
& Sa Majesté a bien
voulu l'entendre, mais Elle
n'en faisoit representer
qu'un Actechaque foir
, afin
d'estre moins détournée
de ses ordinaires occupations.
La Mu sique en a esté
trouvée excellente, & le Roy
a marquéà Mr Boesset par des
paroles tres obligeantes qu'il
en estoit extrêmement satisfait.
Sa Majesté estant sur le
point de partir pour Versais
les, & Monseigneur le Dauphin,
& Madame la Dauphine
y estant arrivez le 13. de
ce mois, Madame la DucheS
se de Bourbon qui avoit déja.
commence à se sentirir indis-.
posée, se trouva tiOut à fait
mal de la perite verole qui
avoit peine à sortir
, ce qui
fut cause que le Roy ne vou.
lut point partir tant qu'il la
crut en danger. Monsieur le
Prince n'eut pas si-tostapris
cette maladiey qu'il se rendit
à Fontainebleau. Ilse trouva
dans l'Apartenlent de cette
Princesse quand Sa Majesté
voulut entrer dans sa Chambre
,
& apporta des raisons
si fortes pour l'empelcher
d'aller plusavant, que le Roy
ne put refuser à son zele ce
que sa endresse luy fit longtéps
disputer cotre ce Prince.
Madame laDuchesse deBourbon
s'estant trouvée quelque
temps après hors de danger
le Roy revint le 15.àVersailles,
& toute la Cour eut une
joye qu'on ne sçauroit exprimer
,
d'aprendre qu'il n'y avoit
rien à craindre pour la
vie de cettejeune Princessè
,. qui en fait un des plus beaux,.
& des plus grands ornemens.
Quoy que le Roy sust dans
une santé parfaite
,
à la re-i
serve de l'incommoditéqui
luy estoit survenuë il y a
environ onze mois, & qu'il
fust mesmeen estat de monter
àcheval ,&de chasser,
comme il faisoit très-sou.
vent, Sa Majesté qui vit quV
Elle couroit risque de souffrir
toute sa vie cette sorte d'incommodité,
à laquelle sont
-
sujets ceux qui manquent
du courage necessàire pour.
s'en tirer, prit une resolution
digne de sa fermetée
& comme ce ;mal estoit
grand plûtost par la douleu
que l'operation luy devoi
faire souffrir, que par la nature
dont il estoit, il cacha
ce qu'ilavoit resolu de faire,
comme il fait toutes les choses
qu'il juge à propos de tenir
secretes. il sçavoit l'inquiétude
que donneroit le
mal qu'il devoit endurer, &:
ne doutoit point que la crainte
de quelque accident, &
l'amour qu'on a pour luy ne
fissent trouver des raisons
pour l'en détourner;mais ce
Prince vouloit souffrir
,
afin
d'estre plus en estat de travaillcr
sans cesse pour le bien,
& pour le repos de ses Sujets
& pour éviter les contestations
qui se pouvoient former
là dessùs, il aima mieux
se charger de toute la douleur
, que de joiiir du soulagement
d'estre plaint, ce qui
console beaucoup ceux qui
souffrent. D'ailleurs il sçavoit
que ce bruit venant à se répandre
auroit jetté de la
crainte&de l'abatementdans,
tous les coeurs & qu'il rendroit
incapables dagir tous
ceux qui estoient occupez
pour les Affaires de l'Etat,
& il vouloit endurer [eul,.
sans que l'Etat en souffrist uaj
seul moment. Ainsi ayant
pris sa resolution, il travailla
à la faire executer sans l'on que s'en aperceust. Comme
jamais Prince ne sceut régner
sur luy-mesme avec
tant d'empire
,
il en vint à
bout sans peine. Il se purgea
deux fois à Fonrainebleau,
parce que venant ensuite à
Versailles
, ce changement
de lieu devoit oster l'idée
qu'on auroit pû prendre
,
s'il
avoitestépossible qu'on eust
soupçonnéquelque chose de
son dessein. Il monta à cheval
[ le Dimanche 17. de ce mois,
sou pace jour là avec la Fa-'
mille Royale, & s'informa
de Monseigneur où estoit le
rendez-vous de Chasse le len.
demain. On connut le jour
suivant, que ce Prince, quoy
qu'il dust alors sentir les premieres
atteintes de la peur
que luy pouvoitcauser l'opération
,
avoir demandé ce
rendez-vous d'une ame tranquille
, afin que s'il arrivoit
quelque accident, il pull: en
faire avertir Monseigneur.,
On a mesme remarqué qu'il
se coucha ce soir là plus tard il
qu'à l'ordinaire. Il marqua
pour le Lundy 18. l'heurede
son lever, où la plus grande
partie de la Cour se trouve
ordinairement. Il avoit pris
la sienne plus matin pour
l'opération. Ceux qui desoient
y travailler,ou dont
ù presence estoit necessaire,
entrerentpar differens en-
Broits , ce qui empescha
iU'on n'en euit aucun foup-
>fon. Quoy que je ne fasse
iooint icy le détail du reste,
puis vous dire qu'il s'y
,taua mille chosesdignes de
l'inébranlable
-
fermeté du
JLoy. Il voulut voir tout ce
qui devoir le faire souffrir,
& ne fit que soufrire au
lieu d'en paroistre étonné. Il
fit ensuite ce qu'un Prince
aussi Chrestien queluy doit
faire en de pareilles occa-.
fions, & souffrit patiemment,1
estant toujours dans l'estat
d'un homme libre;, &qui est
asseuré d'estre maistre de fil
douleur. Aucun cry ne luy
échapa & bien loin de té.
moigner de la crainte, il demanda
si on ne l'avoir point
épargne, parce qu'il avoir
recommandé sur toutes choses
de nele pas Eure. Sitost
qu'on eutachevé l'opération
la porte fut ouverte à.
ce qu'on apelle la premiere
Entrée, c'est à dire aux personnes
qui ont droit d'entrer
les premiers aulever. Les au-
: tres n'entrerent pas parce
qu'iln'y eut, point delever
On peut dire après cela que
le malmesme du Roy devroit
faire trembler ses Ennemis
s'il en avoit puisqu'il ne serviroit
qu'à leur faire mieux
connoistre de quoy sa fermetéest
capable. Le bruit de
cette opération s'estant ré*
panda dansVersailles CQXJX* -
me on s'imagine toujours
voir les maux que l'on craint,
quand mesmeils ne seroient
point à craindre; la douleur
parut sur tous les visages, ôc
l'on eust dit à voir le Roy,
que ce Monarque estoit le
seulquiseportoit bien.Ayant
remarqué qu'on ne faisoit
aucun bruit, il ordonna que
toutes choses se fissent à l'ordinaire
tint Conseil dés le
jour mesme, & permit dés le
lendemain aux Ministres Etrangers
de le Saluer. Quoy
que de semblables maux
ayent accoutumé de causer
on peu de fièvre
,
sans pourtant
qu'il y ait su jetd'en a ppréhender
aucune facheuse
suiteilsembleque le Ciel,
pour ne nous pas alarmer,
n'ait pas voulu qu'il en eust
le moindre ressentiment.On
ne sçauroit exprimer le triste
estatoù Madame la Dauphine
se trouva lorsqu'elle
aprit que cette opération, avoit
esté faite, & l'empreuement
avec lequel cette Princène
courut chez le Roy sans
estrehabillée..
, Je devrois vous parler icy
de la Feste magnifique que
Monsieur a donnée à Saint
Cloud, mais je la reserve
pour ma troisiéme Lettre,
qui contiendra la Suite du
Journal de l'Ambassade de
Siam, & le Voyage de ces
Ambassadeurs en Flandre.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Relude. 1 jt Portrait du Roy. 4,
.Détail des Cérémonies observées le jour
que tonconfieral'Eglise Paroissiale de
Versailles, aveclaDescription de cette
nouvelle Eglise, & du BaÇtiment des
Prejires delaMission. 15
JJevifes. 19-
éSormtt. 31
déclaration duRoy.H fadrigak 39
Wiiftoire, +°
yCorpsarejfort- 13 Ifah/c. 59
rRéjoüiJJMlCtS faites m Havre de Grâce.
7*-
WIldrigAI. 85.
3Quefliongalanteavec la réponre. 87
3Q'uatriémefuite de /'Hifioire des Estampes,
contenant tontes celles fuiwteftè
TABLE.
gravéesd'aprèsles Ouvrages de M*
le Brun. 91
EflampesdeA/rFandermeulen. 142.
TABLE.
Mets par M.l'Evefqtie de Mets. tW
?-fiftoire des Oracles. 190
Nouvelles Lettres du Chevalier IBet.
igi
Joms de ceux qui ont deviné les Enigmes.
1'5
mgmes. 301
lettre de Conftanùnople. 306
Toyage du Roy a Fontainebleau. 317
wrmeté de Sa Maieflédansloperation
qu'elles'ejlfaitfaire. 511
Fin de la Table.
tAvid' 1
pour placer les Figures..
Air qui commence par, Madon
leur est extrême, doit regarder la pa-
72.
ILes Armes des Cardinaux doivent re*
rderlapage 167.
Il' Extrait dij Vrtvilege du Roy.
pAr Grace & Privilege du Roy, donné -1
Chaville, le 18. Juillet 1613. Signé, Par
le RoyensonConseil,JUNQUIERES. IIdl,
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyei, Sieus
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter leLivre intitulé, MERCURE.
CALAITj contenant plusieurs Relations,
Histoires, & generalement tout ce qui dr--
pend dudit L ivre , par tel Imprimeur qu'il:
Toudra choisir; Et defenses sont faites à tousc
Imprimeurs & Libraires, & tous autre?, de:
faire imprimer,vendre & debiter ledit Livre"
ny graver aucunes Planches servant à l'orne--
ment d'iceluy, ny mesme de le donner i=
lire, pendant le temps & espace de dix années.
entieres, le tout à peine de six mille livrelt
d'amende contre les Contrevenans, ainsi quç
plus au long il est porté esdites Lettres.
Registré sur le Livre de la Communauté»
aux charges & conditions portées,lei*,
Septembre 1683. Signé, ANÇOT) Syndic.
LELFuDiE,AA ~UMOPNH3;,"E RIN.
YVO~r:A~ l6sé.
Diviié-cr.c..:.x Pairie
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, Trente sols relié en Vestu,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dansle
Salle des Merciers, à la Justice.
Enla Boutiquedela Veuve C.BLIGIlART,,
Court neuve au Palais au DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
'¿P£C PRIVILEGE DV ROI.
AU LECTEUR.
Eux qui ne jugent dei
Ouvrages quepar le Titre
)
sans fè donner 14
peine d'en rien lire5 & sans faire
mesme un injlant de reflexion sur
ce qutlsvoyent, pourront se rebu.
ter d'abord du mot de Siam qu'ils
trouveront à la tefie de lafecende
Partie de ce Mercure. {0 dire que
cefltrop parlerfurune mefrne mat\
ere> cependant avec une mefmc
matiere on fait tous les jour! mille
chojesdifférentes On pur"V
< FL
gures £Homm°s & d\Anim-.nx
avec du Marbre, AUJJIbv n que
des colomnes,&tout ce qu'onveut
fairerepresenter, c& 1-i fuite dn
Livrefoenquil ait le mesme Titre
t ne doit avoir que le Titre de
commun avec ce quil'a précédé.Il
fautfeparerce quireperde les Livre*
qui parlent de Shtm en deux
matières3 qui renferment deux
dmbafjad?.;fçavoir Ârr. baJJade
de M le ChevalierdeCb-vmont
AU Royaume de Siam, FFR) celle des
j4rrib-jfadeurs du Roy de Siam en
France. Ldmbajfade de M1 le
Chevalier de Chaumont a esle
faite par luy
-
mejme en un seul
~c~~w~~r la me/me Ambajjade,
& non 1afuite>a eslé mise dans le-
Mercure de Juillet, & dans un
Volume entier qui luy [en de fécondé
Partie. On a traite le mefme
sujet,parce qu'on a eu divers Memoires
pour faire cette R lation
plus ample 3&tout ce qui r rardecctte
AmbaJJade efl finy dans ces
trois Volume4. A-inif il rieflplusquefilon
que de ïAmi? ffide des
(" F C '1 l ,
)
ySiamoisen France. Celle a riessit;
ppOoiinntt doOuUbUleit}.,rinayant -fié traitée- l'ffe traueeque
par le stul Autheur du Mercure.
Le premier Prolumea pou*
Titre, Voyage des Ambassadeurs
deSiam en France contenant
la Reception quileur
a esté faite dans les Villes où
ils ont pafle^ leur Entrée à
Paris, les Ceremonies observées
dans l'Audience qu'ils
ont euë du Roy, & de la Mait>
n Royale, les Complimens
quils ont faits,la Description
des lieux ou ils ont ciléy& ce
qu'ils ont dit de remarquablefîiriout
ce au'ils ont veu.
Le secondVolume est intitul*é,
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France,
contenant ce qui s'est pasle
à l'Audience de Madame la
Dauphine,des Princesses du
Sang, & de MC; de Croissy
& deSeignelay, avec une
Description exacte des Chafteaux,
Appartenons, Jardins,
& Fontaines de Versailles,
S. Germain, Marly,& Clagny;
de la Machine de Marly
, des Invalides, de l'Observatoire,&
de ce que ces
Ambassadeurs ont veu dans
tous les autres lieux où ilsont
esté depuis la premiere Relation,
à quoy l'on a joint le
Discours qu'ils ont fait au
Roy.
AU LECTEUR.
Onpeut'voirpar ces deux Titres,
que ces Ouvrages ne parlent
point desmesmesebofes,mais on
Avertiticy que l'extrême curio/îté
desAmbdfjadeurs de Siam ayant
toujoursaumente,&leurayant
faitdemanderl'explrcaton de tout
ce qu'ilsrntv>u, {."S mrMerei qui
font dans leje. ndjournal de cette
j4mbc\j]ttde, font t>\rtee$encre
plus à fond que dans le pr:micr
Volume) & que les AUnfns
Royales3&surtout Verfaillesty
font décrites avec tvite texachtuÀe
pGjJt!?!?
,
$ff d'une maniéré à
donner autant dintelligence sux
curieux, que s'ils avoient le Plan
AU LECTEUR.
ala main. On peut dire que l'on
verra dans ce Vo!ume la feule
Description de Verfailles qui ait
elle jufquizydonnée au Public,
les
Lambeaux
qui en ontparu ne
pouvant pas monter à la vingtième
partie de ce qu'ony trouvera9
& les chofis mesmesayant entierement
changé de figure depuis ce
temps-là. On ne dit rien du refledu
Livre qui contientJeptou huit
autres Articles aussi curieux quenouveaux,
cess à dire
, qui riont
point encore esié imprime^
On peut cuire que cette Amhajfiade
ayant déja remply deux
Volumesy on ne la laissera po
AU LECTEUR.
imparfaite, sans quoy ce qu'on a
donné au Public ne pajfroit que
pour des Fragmens. Ainftaprès
avoir fait un Journal de tout ce
qui regarde les Ambajpideurs depuis
Tïrefk, où on les a pris en
débarquant, on les y reconduit,
afin que tous ces Volumes ensemble
ne fajftnt qu'un corps de cette
Ambajfiidcyqui pourratenirrang
parmy les Voyants les plus cu- rieux qui pourraeflre utile à
tous les Ambassadeursquiviendronten
France,pour leur appren,
ire ce qu'ils doivent voir. Les Lu
wm dambaeades ont toûjouri
ffiéfort recherchez
3 c, nous ne
AU LECTEUR.
connoiffions point mieux taChine
que dans un Livre in folioremply
de Figures, qui décrit lagrande
udmbaffiade que les HolLudoisy
firent en léçj. dédié a feu Mt
Colbert. On noubliera pas dans
lIt fécondé Partie de ce Iournalle
Voyage de Flandres, qui afait
connoifireauxdmbajfia.deur$ la
Grandeur du RoyJ &qui enfaifiantvoir
mille ebofiesquiregardent
la Guerre3 n'a pas laififéd'eflre
tout remply de Fejles dr de
'galanteries. On ne marque point
qu'onnelaififera rien à dire sur
cette mattere
y
on peut voirsil'on
a traité à fiond celle que renserAU
LECTEUR.
ment les deux Volumes de celte
.ArnbajJadej dont le dernier vient
de paroistre avec celuy-cy.
On donne avis qu'on a
commencédepuis trois jours
à débiter l'Histoire du Siege
de Bude.
MERCURE
'æW{\~R~
CALri »
NOVEMBRE itot.
1 JE commençay ma Lettre
du mois passé par une Epître
en Vers, qui contenoit
une vive peinture des vertus
qui rendent le Roy si digne
de l'immortalitéqu'il s'est
acquise. Quand on lit ces
fortes d'Ouvrages,l'esprit en
elt tellement remply, & la
Grandeur de Sa Majesté s'y
trouve si bien dépeinte,
qu'on croit que l'Autheur
n'a rien oublié de tout ce
qui peut la faire connoistre.
Cependant comme lamatiereest
inépuisable, & toûjours
belle, lors qu'elle vient
à estre traitée par un autre,
elle nous paroist briller d'un
nouvel éclat, & l'on y découvre
des beautez que l'on
n'a point encore veuës ailleurs.
Je ne doute point que
vous n'en trouviez de granles
dans l'Ouvrage que vous
allez lire. Ilest de Mrl'Abbé
le laChaise. Quoy qu'il ait
:il:é devancé dans ce dessein
par beaucoupd'habilesGens,
l n'a regardé que la matiere,
xseur de l'abondance qu'ele
fournit, il a fait parler la
Gloire. Il suppose que cette
Déesse est au Temple de Menoire,
où elle tient un pinceau
, & regarde un Autel
particulier qui luy est dedié,
x qui d'un costé a pour ornement
un Tableau d'Au-
Y-ulle& une Table d'attente
le l'autre.
PORTRAIT
DE
LOUIS LE GRAND
En paralelle avec celuy
D'AUGUSTE. AVpréJ decet Autel où jefuis
adirée
Depuis Le temps que jy place
Aupifieque/avois irace,
Cette Table d'dttente efi toujours *
demeurée.
EAntiquité m'offrit en vain,
pour mettre en paralelle avec ce
yrandRomain,
Les Herfls quelle jvoit les ploes
diyidd'envie; Malgré cette fausse lueur
Que laFable ajoutait à ttc/at de
leur vie,
Aucun ne me parut meriter cet honneur.
Pour trouver icy place au mesme
rang quAuyifie C'efipeu , que d'esjftrreeCCoonnqquuéerraanntt3, Il faut qu'un Prince vraiment
Grand
3 Soit vaillant, foit heureux, foit frudent,ferme, &jufle,
Quilfoit l'Ame de Ces Etats,
QUil décide au ConCessqu'il commande
aux Combats,
Qu'il faffe tout mouvoir3fit en Paix, foit en Guerre,
Et qu'après avoirru+montè
Tout ce qui Irty reiffte&jur Mer, &surTerre, t il force les Vainctis d'admirer fit
bonté.
Jlfautque l'Univers le redoute& j
l'csisme
3 Et qu'adore de ses Sujets, ilfoit l'ennemy des forfaits,
Comme le Protecleur de tous ceux
quonotprime.
Quefime[me on doute des droits
Qtfil prétend contre ceux qui reçoivent
ses Loix) Jlfautquen leurfaveur luy-mesme
il fc déclare.
Dans Augu/le on vit s'affemller f
Toutes ces qualitezpar un concours sirare,
Quejufqtcau GrandLOVIS nul
n'apû l'égaler.
Ccfce Tiens rmnccis que doitjur
c-ù'T.. b'c
Traceraujourd'buy monPinccau,
Et je veux luy faireun Tableau
Qui n'ait à tous ses traits qu'Augttfte
de semblable.
A l.! tesie de ses Guerriers,
Comme Auztifte on l'a veu courbé
fous les Lauriers,
Combattre, surmonter3&puis calmer
le monde;
Comme Auyifte ilfait tout mouvoir,
Dans la Paix3 dans la Guerre, &
,
sur terre & sur l'onde
Saconduite s'admire, & l'on craint
jon pouvoir.
Comme Auyifteonl'estime, on l'aime
, on le revere ;
Ses AUicZ toujours en lur
Rencontrent un solide appvy
Et toujours[es Sujetsy rencontrent
un Pere.
Ce Peuple avec facilite
L'aborde comme Auguste
3
& s'en
voit étouté;
Chez luy ceux qu'on opprime ont
toujours leur refuge j
Comme Auguste en [es intercjls
Il ftiffit que l'on douteyil examine, iljugey
Et contre luy, luy-mesme il d nlie
des Ar,-efts-
Jepe.'niraydonc ce RoyjurleChar
de Bellonne
Qui triomphe des autres Rois>
Jepeindray leur Ligueauxafcotf,
QUI reçoit àgenoux la Paix comme illa donne.
Après les murs qI/il a forcez,
1\iriSyd'un pinceaud'orje peindray
tes fofez^y
.Jy peindray ce Vainqueur, Mais
qui rendra les armes,
ildoy mesmeau]zje m'ypcindray,
Themisd.c[armera ce Héros parjes
charmes,
El dans le rnefmetemps je le couronneray.
Amuj'ay peintAuytfte3 6" pour
ceyandOuvrage
J'emprunteras' tous ses beaux
traits, [faits,
Mais il faut de ceux que fay
Pour ne m'y pas tromper, que je
faffe un trzage.
Tout le Tableau de ce Romain
N'a pas cfié tracé par une me(memain,
jsevoylorner du.<nz qui ïicJst 1tas
- ae Li Í/.:ic;'Ji."{' c 1
Ces y junj!esP,ofcripticns,
Ce durTr.umvirat, n'ont rien qui
m'appartienne,
Pottrcesmal/,eurspublics jeriay
point de crayons-
Ccft cc qui de LOUIS jera II
difjerencc
D'avec cc fameux Empereurj Sous cc grand Roy jamaisl'horreur
Df'unebmeauirSang immole ria fait laFrance.
Aucune vitlimed'Etat
N'a de fbn Regne hettreux jamais
ternyPéciit.,
Jamais de (On couroux on ne l'a vit
l'enclave
3 Et pour le bien reprefentery.
Le vieil Augufle feu" & non le
jeune OHave,
Mefournira lestraitsque je dois
imiter.
Mais dans le vieil Augufle il se
rencontre encore
Des traits quifemblentobfcurcisV
Vn telPrince n'dpoint de Filsy
Danssonplusand éclat[on Sang
le deshonore.
LOI)ISaucontraireaujourd'huy
Voit déjà trnsNeveux d'unFils
digne de luy,
Voit l'honneur de saCourdans leur
Augufle Mere,
Et je peindray tout à la.fois
LOVIS un grandHens,LOXJlS
un heureux Pere5
LOVIS le pl'M pu(Tant & le
meilleur des Rtzf
Aiiji le GrtllldLOVIS rempMra
cetteplace
Sous un caraltéré (îbeau
QîfAuyiJteamejme , enson Tableau
T). s S'cptrès à fies pieds qu'il faut
que fenefface.
Par11 je voulais âjjt'gner
Combien il /itrp,/foit totis ceux
qu'on vcitrègne r ;
Mais ccfi à LOUISseul que ces
marques font deués.
Tu prévoyais un fortpareil3
Qîumi par ton or re, Augtlfle, on
fondit tes Statuës,
Afind'inenrrehir*JcTemple du
Sole-l.
Quelques Eloges que tant
de beaux Esprits zelez pour
la gloire de leur Prince,
avent donnéàce Monarque,
aucun ne la encore loüé sur
l'Article que je vais vous
donner pour nouvelle,mais
on n'en doit pas estre surpris,
puisque la vie de Sa Majesté
estant un continuel enchaînement
de merveilles, les
Actions de grandeur & de
pieté se succedent tellement
les unes aux autres, que si
on vouloit les renfermer
toutes dans un Ouvrage, il
ne sortiroit jamais des mains
de celuy qui oséroit l'entreprendre.
Ce que j'ay à vous
dire de nouveau regarde la
Paroisse de Versailles que ce
Prince a fait élever à ses def
pens; en sorte que par les
soins qu'il a pris d'en faire
-
fournir les fonds necessaires,
ce grand Ouvrage, si
digne de celuy qui l'a fait
construire, a ellecommencé
& achevé en deux années,
aussi-bien que les beaux &
grands Logemens des Prêtres
de laMission qui doivent
desservir l'Eglise.Toutes choses
a yant esté mises en estat
pour la consacrer, Mr l'Archevesque
de Paris donna
permission le 26. Octobre
dernier à Mr l'Evesque de
Bethleem d'en fairetoutes
les Ceremonies. Le jour en
fut indiqué le lendemain
Dimanche au Prosne de la
grande Messe, pour le Mercred
y 30. du mesmemois,
Le Lundy 28. Mr l'Evesque
serendit à Versailles accompagné
de Mrs les Abbez de la
Mothe & de la Roche, l'un
Archidiacre,
& l'autre Chanoine
de Nostre-Dame de
Paris, tant pour observer le
Jeune qui avoit elle ordon- ne pour le jour suivant
,
à
tous les Paroissiens de cette
nouvelle Eglise, que pour
faire dés laveille toutes les
choses prescrites par le Pontifical.
Le 30. la Ceremonie
fut annoncée au Peuple à
quatre heures du matin par
le son des Cloches, & elle
commença sur les sept heures
en cette maniere, M'TEvesque
de Bethleem s'estant
rendu à L'ancienne Eglise
Paroissiale
, y prit sesHabits
Pontificaux, & precedé de
plus de quarante Prestres de
la Mission
,
& de M' Jolly
leur General, outre pIuGcurs
Curez des environs, il en
sortit processionnellement,
ayant toûjours prés de luy
Mr l'Abbé de la Mothe revêtu
de son Surplis, avec
une Etolle & son Aumusse.
Il y laissa les Reliques qu'on
y avoit deposées le jour precedent,
& aprés que l'on eut
fait l'Eaubeniste à la porte
| de la nouvelle Eglise, on fit
I en dehors lesAspersions tout
: autour jusqu'à trois fois avec
les Prieres propres pour une
pareille Ceremonie. En suite
on reïtera en dedans les meC
mes Prieres
,
& les mesmes
Aspersions avec rAIphabea
Grec &Latin que Mrl'Evesque
écrivit avec le bout de
sa Crosse sur la cendre que
l'onavoit répandue en croix
sur le pavé ; & après beaucoup
de Prières,d'Aspersions
& d'Encenfemens faits sept
fois autour del'Autelqui devoit
estre consacréy on retourna
à l'ancienne Eglise
prendrel es Reliques de Saint
Julien & de Saint Jucombe
Martirs, qui en estoient les
Patrons, & on les-porra en
Processionautour dela nouvelle.
-
Avant que d'y entrer
-
MT l'Evesque se mit sur un
Fauteuil à la Porte
, & fit
un fort beau Discours sur
cette Ceremonie. Ille finit
par les Louanges du Roy, fit
voir sa magnificence & sa
liberalité, & exhorta les Peuples
de joindre leurs Prieres
aux fiennes pour la conservation
d'un Prince qui surpassoit
lesConstantins & les
,Alexandres. Après cela on
rentra dans l'Eglise
,
où les
Reliques furent enfermées
dans le Sepulcre de l'Autel,
:,avec une pierre que Mr l'Evesque
scella à chaux & à
sable. La Consecration ou
Dedicasse fut faite fous l'Invocation
de la Vierge, en
memoire de sa glorieuse Assomption
; & après d'autres
Ceremonies ausquelles Mr
Bontemps fut toûjours present,
l'on retourna encore
une fois à l'ancienne Eglise,
d'où l'on apporta le Saint Sacrement
fous un magnifique
Dais. Les Ruës estoient tenduës
des Tapisseries de la
Couronne,& les Recolets
precederent le Clergé Seculier
à cetre Procession,à laquelle
tous les Confreres du
Saint Sacrement assisterent
avec un Cierge blanc à la
main.Madame la Mares.
chale de la Mothe & quantité
d'autres personnes de
qualité s'y trouvèrent ,au ffibien
qu'à la Messe qui fut
chantée Pontificalement par
Mr l'Everque de Bethleem,
revestu des Ornemens precieux
que le Roy a donnez à
cette Eglise. Le nombre de
ces Ornemens aussi bien que
celuy de l'argenterie & du
linge, fera connoistre aux
Siecles à venir la. magnificence
& la pieté de Loüis
LEGRAND. La Ceremonie
ne finit qu'à deux heures aprés
midy.
Vous ne ferez pas fâchée
que j'ajoûte à ce Détail la
Defcriprion de cette nouvelle
Eglise. Elle est située
dans la Ruë de Paris, en face
de la Ruë Dauphine
, par laquelle
on entre dans la Place
du mesme nom. Elle aesté
construite de neuf de fond
en coinble,de pierres de taille.
Le Portail, en comprenant
les deux Tours, a dixneu
f toises de largeur. Il est
décoré d'un Ordre Dorique
le quatre colomnes de front,
& qui portent aussi quatre
colomnes Ioniques,couronnées
d'un fronton. Les Tours
sont ornées de ce dernier Ordre,
le tout avec de la sculpture.
La longueur de l'Eglise
hors oeuvre eA de quarante
toises, &; dans oeuvre, depuis
le grand Autel iutqu-à la
grande Porte, elle a trente
toises. La largeur de la Nef
est de trente-deux pieds, &
la longueur de la Croisée de
dix-sept toises. Les Arcades
ont quatorze pieds&demy;
& les bas costez qui regnent
au pourtour,enontdix-huit.
Les Chapelles ont neufpieds
de profondeur. Au milieu
de la Croisée est une Coupe,
ou Cul de four, voûtée de
pierre, de six toiles & demie.
La Lanterne a vingt pieds de
diametre,&porte par dehors
sur un grand quarré de maçônnerie
de huit toises delargeur;
la hauteur sous clef
en dedans de la voûte eH: de : neuf toises & demie; & de la
Coupedela Lanterneaupavé:
de l'Eglise il y a dix huit toises.
L'Ordre de dedans eft*:
Dorique;le grand Autelest;
enrichy
enrichy de quatre colomnes
Corinthiennes de Marbre,
de deux pieds de diametre,
couronnées de leurs entable
mens&froncons. Tous les
Autels sont garnis de Tableaux
des meilleurs Maistres.
A costé de cette Eglise,
le Roy a fait aussi construire
de fond en comble un grand
Bastiment, pour le logement
des Prestres qui la desservent.
Il con siste en un corps de
Bastiment paralelle au costé
de l'Eglise,de quarante quatre
toises de longueur, &
joint sur laruë à d'autres Bâtimens,
renferme une baflc
court de tteize toises en quarré.
Le Bastiment a six toises
deux pieds d'épaisseur, &
renferme par bas wi grand
Corridor de quarante-trois
toises sur douze pieds de large,
avec cinq. grandesSalles
pour les Exercices. Le Refectoire
eH: au pied du grand
Escalier. Le premier étage,
& l'étage en galetas, ont chacun
un grand Corridor ;&
renferme plus de soixante
Cellules,&: dix petits Appartemens
de deux pieces. Le
tout, en y comprenant les
pieces pour le service de la
Maison
, comprennent plus
de cent cinquante lieux differens.
Ce Bastiment,& l'Eglise
dont jeviens devous
parler,sont du dessein de Mr
Mansard& Mrde Louvois,
qui comme Surintendant ôc
Ordonnateur des Bastimens
de Sa Majesté,avoit fait construire
en uneannée l'Eglise
&leConvent des Recolets,
situez dans le mesmelieude
Versailles, voulant répondre
au zele du Roy, a pris de si
justes mesures, que non seulement
tous ces Bastimens
ont esté entièrement achevez
en deux années, mais
que tous les dedans sesont
aussi trouvez faits, ainsi que
toutes les Peintures qui embellissent
l'Eglise. Le jour de
saconsecrationMr l'Evesque
de Bethléem, Mrs les Abbez
de la Mothe & de la Roche,
& tous ceux qui avoient esté
employezà cetteCeremonie,
ainsi que les Personnes de
marque qui y assisterent
,
furent
conviez par Mr Bontemps
à disnier avec lesMissionnaires
dans leurnouvelle
Maison. Il y eut soixante,
Portions,chacun ayant mangéfelor^
Tu sage du lieu où il
estoit. Toutfut servy avec
beaucoup de propreté, &un
fort grand ordre. Vous n'en
doutez pas, puis que MrBontemps
s'en mesloit; c'estce
qui fit qu'il y eutmesme des
Portions de reste.
M Magnin, toujoursremply
dadmiration pour les
grandes choses que fait le
Roy,continuë à marquer son
zele par ses Ouvrages.Voicy
trois Devisesavec un Sonnet
de sa façon
,
qui meritent bien d'avoir placç icy. Le
corps de chaque Deviseest
le Soleil. La premiere a ces
mots pour ame,Videt& regit
omnia solus.
il rempli+ de C-t lumiere
Le Monde de bout en bout;
Seul du haut de sa carriere il voit tout d'" régit tout.
La [econde) Farma3 ruirtute>
nominemagnus.
LOVIS dans sapompeuse&brit-„
lante carrere
Efi comme le Soleil ;
Encharmes, en vertus,en grandeur,
tn lumiere
IIriapoint de pareil.
La troisiéme, Et spes &
gloria rerum.
A mille corps divers
Unebeureufe influence
rEdit sentir sa puifJancc;
Il efi de PVnivers
La gloire &l'esperance.
LOUIS LE GRAND.
SONNET. LEs louantesqu'ou donne aux
TLftCS couronnées>
Tandis que le Heros que t'on loiic
est vivant3
Passent pourun Encens mereenaire,
&souvent
Ce rieft pas sans raifortqu'elles
fontfoupeonnées.
MeUS celles qf/à mon Royj'ay mille * fois donnée
} 27eviennentpoint d'un cbarmecf
f'.nt&decevant ;
7Ton3l"TJniversja'.-uiisn'arienveus
de (ïpr,.'nd,
Rien quipégalerses bellesdejilnécS'
Si quelqu'un contredit à cette véritéj
Qu'ilparcoureavecmoytoute tAnt!*
i,,-é , j
tiquité,
J'y t, uvevaydequoy l'inftruirc,ce <
me semble.
Car parmv tant de Rois qui font.
01 eVdnOltifJ
Qu'il joigne tous les temps les fins
f heureux en(èm6Ie,
II n'en formera paf le Regne d,
| LOVIS. t-I
Sous ce Regne qui a rendu
la France si glorieuse, on ne
voit de Mandians,que ceux
qu'unefaineantise volontaire
empesche d'accepter le
travail qui leur est offert de
toutes parts, Sa Majesté
ayant mesme souvent entrepris
de faire faire des Ouvrages
prin de les occuper ,
& comme Elle a veul'obstination
de plusieurs à demeurer
dans une oisiveté qui est
im portune, &àcharge au
Public,elle a cru pour le bien
general devoir faire la Déclarationsuivante.
LOVIS,tc. L'application-
continuelle que Nous
donnons a tour ce qui regarde
la Policegenerale& le bie-n de
nos Sujets, Nous a porté à prendre
unfoinparticulier pour têtahliffementaugmentation
des
Hôpitaux Generaux dans les
Villes gros"Bourgs de nojlre
Royaume, dans lesquels les Pauvres
qui ne font en eflat de tr&-
laitier5 trouvent leur fubfiflance
affiurée, awc une occupation pro..
porttonné-e à leur â'4ge&c- aà lleeuurr
insimité ; c- quoy qu'au moyen
de ces établissemens il ne duft
restr aucun de nos Sujets à charge
AU Publicy Nousavonscependant
esté informe que plufteurs Valides
qui ne font de la qualitéa
eflre receus dans les H&pitaux,
au lieu de semployeraux Ouvragesausquels
ils font propres, @1
qui leur produiraient leur fubfifiance,
s'adonnent à la mendicité.
@J s'abandonnant à loifivetê
)
commettent des DO!^ & tombent
nulheureufcment dans pluseurs
autres crimes: A quoy voulant
pourvoir, (jr empeficber un défi- :
ordre si considerable. ACES!
CAUSES,en confirmant nos 1
Ordonnances & Rtglemens cy' - devant faits contre les-Mendians
valides5 AIonsleuravonsenjoint
@r enjoignons par ces Preficntes
fignecs de noflre main, defie re.
tirer mcefifimment dans les lieux
(if Provinces de leur naijfiance,
ouautres lieux,poury travailler
aux ouvrages auxquels ils vou- * iront s'employer> leurfiaifanttres- inhibitions & défienfes
de mndierfious quelque pretexte
quecefioiti (f) en cas quaucuns
Valides fussènt trouvc7, mendiant
,
huit jours après la publication
des Presentes, Voulons
utlssoient pris gr arrefiez
,
Ordonnance de
de nos Bailhfis, Sénéchaux
)
leurs Lifutenans &
autres Oiffciers
,
st) par les Prevofis
de nos Cousins les Maréchaux
de France, (jfy conduits
Es Prisons les plus prochaines,
pour sur le témoignage de ceux
qui les auront vu mendier
}
on
autre preuve¬oriétésuffisante
de leur mendicité
,
ejlre condamneK
aux Çaleres pour letemps de
cinq ans. Si donnons en mandement)
(t)c.
Je ne icay si vous avez entendu
parler d'un petit Nain,
qui a fait icy plus de bruit
que le plus grand homme.
Ila trente-cinq ans avec une
Moustache d'un doigt, & n'a
que quatorze pouces de hauteur.
Il estde Bretag ne, & a
esté envoyé à Sa Majesté
par Mr de Lavardin, Lieutenant
de Roy de cette Province.
Cest ce qui a donné
lieu au Madrigalque je vous
envoye On y fait parler le Nain.
NOnje nemeplainspointdece
que la Nature
M'a fait de petite Jlruélure,
Cesi un lonheur pourmoy qui par
toutretentit. [conde
Je riaurois pas la gloiresansfev'cflre
auplus grandHommedu
Monde,
Si je rfcftois le plus petit.
Rien n'est plus juste ôc
plus agreable que ce Madrigal.
Aussi a t'il receu plus
d'applaudissement que l'on
n'en donne souvent a de
grands Ouvrages. Il est de
Mr Vignier, ainsi que la Lettre
que vous allez lire. Vous
y trouverez une Avanture
fort singuliere dont je VOUJE
puis garantir lavérité,puis
qu'il veut bien que je vou
l'envoye
, non seulement
fous son nom ,
mais encore
de la maniere qu'il l'a écrite
Quoy qu'il n'y ait rien dan
cette Avanture qui puiss
choquer personne, & que kl
Nature soit seule à blasmer
je nevousl'envoyerois pas
si les chosesqui ont estéplaidées
à l'Audience d'un Parlement,
pouvoient ne pas.
devenir publiques.
A Mr LE BARONDE C*** PUifque maigre tant d,belles
refofutions la tentâtuf*
çr.fii vous apris de vous marier*
ne vous lat£fe% - pa: tansaveugler
par vojlre pajjion au4 vous
en {oyeZ la dupe. Javors c*t&
jufjuà present que quand il rfh it
quejhon de chofir une Feî717f1e riche bienfaite
, il (uffifoit de
prendre garde àsa tefie; mais ar'-
iourd'huy jetous disqu'ilfautmesme
Prendre farde a(espieck, pour
ne pa, tomber danslinconvénient
de
ce Gentilhomme de Bourgogne9
qui pour riavoir pas eu ce foin
voulut ces jourspaffezfairecaffir
son Mdriaze. C'efl un homme
fortriche, quifaitordinairementsa
demeure à la Campagne
proche de Dijon. Quelcjues-uns
Àeses Amis efîantvenus luy rendre
vifte
>
il leurproposad'aller
voir une fort belle tJUdifon a
troislieuesde lasienne., st) ou il
navoit jamais eslé. Une Veuve
en efloitFermiere. Son Mary luy
avoitlaissêen mourant de grands
Biens& deux fort belles Filles,
mais la. beauté de la Cadstte l'empextoitsur
cellede (Atfnée. La
Dame receut ces Meffteurs fort
honnefiement
,
leur fit voir tous
les Appartemens du Cbafieau,
les Avenues c) les Jardins. Elle
avoit donnél'ordre a [es deux
Filles de tenir la Collation presse,
de forteqùau retour de la Promenade
la Compagnie trouva une
Table proprement couverte des
plus exceliens fruits de la Saifon*
On se rangea autour sans ceremanie,
mais les deux Filles voulurent
se retirer. Ces Adejjieurs
coururent aprés
) & dirent à la
Mere qu'ils seniraient si elles ne
symettoient paï.Ellesse mirent
donc à table & en firent les
honneurs
; & la. Cadette particulièrement
lesfafoit de si bonne
grâce9 que nostre Gentilhomme
songeoit bien moins a mangerquà
la regarder,ou plutojî
A
l'admirer
, & si ses gens ne l'eussent
avertyqu'il avoit trois lieues à
faire 0* que la nuit approchoit,
- il nauroitpaspensé à remenersa
Troupe tbe%luy.Jevous laijje a
juger, Monfieuf toutce quifut
dit par le chemin en faveur de
ces deux Belles
, & l'eflat où le
coeur de nojlre Amant se trouva
quand le lendemain/esAmisluy
eurent dit adieu. Ce fut avec
peine qu'il attendit ¡ufèJe/Au jour
jiuivant a retournervoir ce qui l'a..
voitdéjà jette dans des inquiétudes
extraordinaires.11feignit de
faire un Voyage plus éloigne, afin
de pajjcr chez la Veuve. Lors
qu'il en fut proche il rencontra
beureufement celle qu'il cherchoit
an bout d'une grande Allée) juf.
qu'où elle avoit conduit sa Mere
quufloit allée à quelque Métairie
voijïne.Cetteaimable Ftlle ne
futpointdéconcertée desarencontre,
e il trouva tant de sagesse,
tant d'esprity & tant d'agrernent
dans toutes ses réponses> qu'ils'en
retourna dans la resolution de la
demanderen Mariage. Cettepro*
poptionjurprit la Fermiere. Elle
crut d'abord que cestoit un railleur
; mais comme sa demande
efloit accompagnéedesermenspour
luypersuader qu'il parloitferleusement.,
elle fitses efforts pour luy
donner le change
, & luy reprefentaqu'il
efloitjuste que tAisnée
pajj'afl devant sa Cadette, &
qu'elle luyferoit tous les avantages
possîbles pour reconnotflre
l'honneur qu'il faisoit à sa Famille
; mats il salut ceder aux j
raisons & a l'inclination de l'Amant
y
qui d'ailleurs efloit un
Party tropconsiderable pour le
refuser. La Fille qui rtavoït
rien oublié pour le détournerde
Venfer à elle ,luy avoua enfin
quelle feroit la plusingrate personne
du mondey si elle n'estoit
7astouchéedJune aussi fortepaf^
Çw que celle qu'illuy témoiçnoit
ù, lefuppha > de croise que le refus
tune aujfigrandefortune que cetle
qui sepresentoitensa perfonney
ve provenait que Sun défaut
qu'elleavoit3 & quelle ne pouvoit
vaincre. Le Gentilhomme
[a conjura de s'expliquer davantage
t & luyfîtmille^roteHâtions
lel'aimerpajjionnement,quelque
rrand q'ie pufl estre ce défaut qui
Q vouloit opposer à son amour*
Puisque vous le voule%ffavoir,
ditelle,avec un vermillon qui
donnait un nouvel éclat àsa
beauté, je vous diray, Monsieur,
que la NaturemA donnéunetelleaversion
pour les pieds nuJs, que
je ne puis mesmesoUffrir la "veué.
des miens; c'efi poulquoy si vous
defircz sincerement que j'aye
l'honneur d'estre voflre Femmey
ilfaut quevous me prometie7, de
couchertoutevoflrevie chauffé,
& de trouverbon que ienfajfe
< de mesme. ~~9~ que cela fust
capable deftire refverun homme,
iln? besi'a pasun mom.,nt à le luy
promettre,& ellèeHtfuut d'eflre
contente
entente des ajjurances qu'il luy
en donna. Ainsi peu de temps après
on pajja le Contraél de Ma;,
siâge
, par lequel il luy fit tous
les avantages que la Coutume
permet. La nun-tantdeifréearriva.
Le Gentilhomme& la DemoiselleJe
mirent au lit, chauffiz
l'un & l'autre
, tm l'on ne vit
jamais de Mariezplus contens
qu'ils le parurent le lendemain
au matin. Ce bonheurduraplu-
Jieursannêei^mais il arriva quun
jource Gentilhomme fit une PartiedeChajjeoù
ilfuthlefsê. On
le reporta clJe-z luy toutsanglants
ce qui saisit tellement f4 Femme
qui Laimoit fort tendrement,
qu'elle sévanouit. On fit toutce
que l'onpiitpour lasoulager, mais
il salut en venir à une Saignée
du pied qui découvrit le myfiere
quelle avoit caché avec tant de
foin. On luy trouva despieds (éf
des jambes de Cbevre
,
dont le
Mary conceut une telle horreur,,
que dans cet instant il eut autant.
de haine pour elle qu'ilavoit,
eu d'amour. Il la fit osier de sa
presence
, & ne put souffrir depuis
ce temps-Id quelleparuifdevant
luy. Il presenta enfuite
Requefle à Mejfiettrs du Partément
de Dijonpourfaire caffir
fort Mariage
,
alléguantqui!avoit
épousé un Monfire plutojî
qu'une Femme. Surquoy les Parties
appellées /'Avocat de la Darne
parla le premier. D'abord il fit
voir qu'une si grande défeéluo.
te navoit point d'autrecause
qquueijerivmoyaagnitgnraatsiosind'deellsea, Mere,
~f/c T;o~t~ s'avipt jj ~f~, /!
de faire alaiter sa Soeur aisnée
parune Chèvre
,
dont elle avoit
foin de tenir les pieds de peur £accidentil
dit enfuite des choses
sifortes & si touchantes en faveur
de la Dame, que toute
l'Audience en fut êmeue. Le
Gentilhomme mesme n'y put rejîfleriilenfut
attendry
,&corn.
me ilportoitincejjamment ses re--'
gards surcelle qu'il avoit aime-éj
avec taut de passion, ses beauxv
yeux,quoy quelanguissans,ayante
pénétré son coeur, il repassa tout l
d'un coup de la haine à la ten- drcffi, - en forte quil défendit à s
son Avocât de répondre. La Cour i
sur cela rendit son Arrest, & *
renvoya les Parties hors de Cour <
@J de Procés. Le Gentilhomme
plus amoureux que jamais conjura i sa Femme d'oublier ses foiblessesi> e de retourner chez luy ; mais
elle n'en a voulu rien faire jufqua
present. On croit que la
Cour rendra un fecond Arrefl
quiportera, que ceux qui se marieront
à l'avenir, ne coucheront
point avec leurs femmes quils
ne les ayent fait dkbaujjer> &
qu'ils ne leur ayentfut hver les
pieds devant eux, de peur qu'on
ne leur lave la tesse à eux mesmes.
Jefuis,Monsieur, Vajire,
érc.
L'esprit de l'homme est II
inventif, qu'on peut dire
qu'en beaucoup de rencontres
l'Art par son moy en
l'emporte sur laNature.D'un
costé il polit ce qu'elle nous
donne de grossier, & d'imparfait,
& de l'autre illuy. preste
des forces, & la fait pour
ainsi dire revivre quand elle
languit dans un Corps abbatu
de maladie, ôc enfin il
sçait repousser ses deffauts,
& la fait en quelque forte
rentrer en elle-mesme, comme
nous voyons par le surprenant
Secret du Sieur Sigouney
qui demeure dans
l'isle Nostre-Dame. Il elt
assez heureux pour pouvoir
remettre les Taillesmal- faites
des jeunes Enfans par de
certains Corps à ressort dont
ila trouvé l'invention,&
que personne n'a pu encore
contrefaire. PluslesEnfans
font jeunes
,
plus illesredresse
; mais il est fort malaisé
qu'il en vienne à bouc
quand ils ontune foisatteint
l'âge de quinze ans. Vous
jugez bien que je ne mettray
pas icy la Lifte des jeunes
Personnes qui avoient
des Tailles qui leur estoient
à charge, & qui sont presentement
aussi droites, que
si elles n'avoient jamais eu
sujet de se plaindre de la Nature.
Quoy quelles n'ayent
plus aucune marque de ces
deffauts,il y auroit peut-estre
des Maris assez fantasques
pour intenter Procés à leurs
Femmes comme celuv dont
je viens de vous parler, qui
pourtant pourroit avoir en
plus de raison de se plaindre
desa Femme&dela Nature.
On peut dire d'un autre collé
que l'esprit de la Dame avoit
fait en cette occasion tout
ce qùc l'adresse est capable
de produire, pour luy cacher
un défaut dont elle ne devoit
point estre responsable. C'étoit
l'unique party qu'elle
avoit à prendre, puisque la
Nature ne pouvoir estre ny
changée, ny corrigée, &
qu'illuy auroit estéinutile
d'avoir recours à l'Art, comme
celles qui sont devenuës
plus droites qu'elles n'étoient
par le moyen des Corps à
ressort. Parmy celles dont
le Sieur Sigouney a heureusement
corrigé la taille,il y
en a d'assez détachées du
Fiiionde pour vou loir bien
rendretémoignageàla verité,
& dire en quel estat elles
estoient,avant qu'il leur eust
rendu ce bon office.
Le grand nombre de
Conquestes est quelque cho
se de doux pour la vanitédes
Belles, mais c'est bien souvent
un avanrage dont la
suite estdangereuse
,
& en
voulant trop avoir,il est à
craindre qu'on ne garde
rien. L'Avanture que vous
trouverez fous des noms
d'Oiseaux dans la Fable que
je vous envoye ,
est un
exemple sur lequel on pourra
faire d'utiles reflexions.
LA PINCONNE.
FABLE. POur tincertain abandonner le
feur
Eji, a mon sens,trait depeu de faengesse,
un mot, n'avoir paste[prit
meur,
C'ests'oublier, & n'avoir pas d'ddresse.
Gensfont assiz. qui manquent en ce
pointy
Et sottement donnent dans;l'apparence,
Si dans ce cas ils ontpeu de prudence,
C"est-là le fait, 6" je neendoritr
point.
Si L'ignorejadis en une Fable
Par maints beaux dits Esope [e
prouvay
Mais en cejourJrJiftoire véritable
Sous noms d'Oyféaux}surprenante,
agrcable3
Vousl'apprendra. Voicy comme il
en Vd.
Dans une Volière charmante
Fut une Pinc nne fringante,
Belle causeuse,& qui n'ignorait
rien3
Pleine d'efprtt
,
Pleined'esprit3 de manicéreé eennrg7ad--
geante 3
Auresse3 Pinconne de bien,
Et qui parloit Italien
Comme sa Langue naturelle.
-
Enfin tcut cequ-'ilfaut avoir
Pour ejlre parfaitementbelles
Elle l'avoit, &quipouvaitla vJrt
Incontinent efioit amoureux d'elle,
Moulteneftoitjnaisun tres-facheux
caf
Defefperoit 5 elle efloit infidelle
Autantquefutjamais femelle,
.laisanttoutfonplaijïr, quand on
goûtait l'appæs
De certainstoursfins de prunelle>
D'inspirer de l'amour, & den'en
garder pas.
Deses Awans grande efioit h fiequelle.
On y voyoit un Perroquet
Pieinde ffavoird-de caquet,
Beait diseur,conteurdefleurette,
Mais de son Bien le calcul trop tost
+ fait
N'avancoit pas son amourette; Il faut du Bien, prou d'ecus font
effet.
Ce n'efi paspourtantquele drôle
Par beau maintien3 & par beetparole
,
2Veuft tant foit peu gagné son
coeur.
Mais quoy , tout change, &par
malheur
Changeante efioit nofiremignonne;
D'di/leurs a.(/èz bonne personne.
Ce changement l'avoitfaitenrager,
Pester3crier, il vouloitJevangery
Mais comme enfin de tout on se console,
Auf!is'en confiola l'aviséPerroquet,
Ettout hommefage ainfiifiait.
Depuis l'Ov(èau joiia son rolle
3 En Oy reau /àge, &de bonjuge vent. r
Près de Pinconne efioit encorun autre
Amant.
CessoitmaifireButor} de tous le
moins charmant3
jadisaimé3 mais pour qui
l'inconfiante
Roit alors affezjndiffcrente,
vrs quunFinçon de maniéré éclatante,
IDoyant un beau jour3 d'elle s'amauracha,
JVy peu ny prou ne lafâcha,
ijïoit beau, bien fait3 avoit une
Efcareille
line d'écus, item fort grande
Kyrielle
belles qualitez^jplus efioit de
Maison
> woit l'esprit tourne de Li bonne façon3[laBelle.
Ltnmetoute,ilefioitavenantpour
\TOtM deux en affez^peu de temps
'iI/un de l'autre firênt contens ;
LVS se marquoient une undreffe
extrêmei
:Si:l'un juroit d'aimer toujours>
L'autre aufjïtoflfaifoitde mefme
Et promcttoit d'étemelles amourJt
Eloignez, iÙjouffroicnt avec impa- i
tience,
Ce ricfloit que fang/ou, que larmes,
que soûpirsj
Serevoyant ceriefioit que pl,àJirs.OI
Totu deux avaient mille desirs ;(
pour deviner sur quoy riefi befoinsde
science.
Pendant ce temps un autre Oy--
seau
En donnant au Pinçon de jalouses
alarmes
BecetAmourf3iplein de charmes 1
Malàproposvintcreuferlc tom- '-
bedu.
Un certt/ln Rossignol de noble parentage,
tboccage,
Le mieux rente des Oiseaux du
Ayant veu par hasard Pinconne
en fut epris;
II la choisit pour sa Cloris,
Mit tout son ffavoir en vfageT
Pour luy donner l'amour qu'il a.
voit pris.
Pas ny faillit j l'éclat de far
nai/Jance,
D'un gro.' bienla belle apparence
Estoientd'ajfez^puiffansattraits,
Outre mille autres itilaus traits
Dont-- il f-fa~voir-as/saisonner 14 ebofe,
Il en avoit croqué plus d'une à
moinsde frais.
C'efloit un maiflre Sire, en Vert
ainsiqu'enProse ilPemportoit, il efloit écoutéy
S'ilparloit, cestoit un Oracle,
S1il faiftit, c'estoit un miracle>
Pinsonne en lllY ne trouvoit qu&\
beauté.
Aussi rien népargnait pour attendrir
son ame,
Par mille cmprcffimcns il luy mar~~
quoit sa flime
Sans cesseilfoupiroit,pleuroitmefme
souvent3
Afin de la rendre plus douce.
Mais en amour quelques ftupirlt
quon pouffe>
Autant en emporte le vent.
Pinçonne cependantpayait de com--
plaifance[Amant,
( Les petits foins de son nouvel
Et pleinede reconnoissance
Luy marquait fn ressentiment.:
Pour luy d'abord on conceut dete
time,
Delàsansypenfer on vintà l'ami*
tiii
JEnruite l'onsefit un crime
Dene le payerqu-ànzoli-it.
Il falloit flusiun Rcffigno.
ttndre,
Meritoit bien pour luy queFonh:
de l'amour,
Pmçonne ne s'en Pùtdeffen
) Le Galant feavoit pl,
,> d. i
tour [ drr
Pour la contraindre de '¿.. rci,
Pinçon eut beaun!eurcr & den:*-
der raiTon,
Pinsonnefut sourde à. Pincnl
De Rossignol elle efioit trop
épriCe..
,
Chaque Oyseause feandalifi
De ce cruel changement3
Mais l'ingratefit ferment
De rien faire qu'à (uqjtifh.
jQ2 îarrma-t-illLePinçon d&> frié,l i Le Pincon
Après avoir crie3 parlé,
Maudit Pinconne &sa Maignie,
Parnofire Perroquet à la fin consolé3
Traitason amour de manie,
Resolut de changer de vie,
Et de chercher dans une autre
Beauté
plus de confiance & defidélité.
XJneLinotefin:cre
Dontil devintamoureuxy
Le rendit bien-tofi heureux.
JiUeefioitfaitepourplairey
Comptoit farmv Ces Ayeux j
Les Oyféaux les plusfameux>
Toutconfpiroitpour leurjoye
s Et lesjours de ces Amans
Sansfouis& sans tourmens ParoifJoientfIezde[oye.
il n'en efloit pas ainji
Desjours quepassoitPnenneî
L'Amant d'abord Ji tnmji
En peu de temps Fabandonne.
Du nom depoux point n'ejloit
entejy
Outre plus3 en Pinçonne il ne trouvoit
finance
Convenable à sa qualité,
Et sans écus une Beauté
Ne merite pas qu'on y pense.
Rosignol en faisant une injidelité3
Fit voir à la Belle volage
Quelle eufi cfié centfoisplus
fage,
Si foncoeur satisfaitd'un tendre
empressement
Eufi confervèPinson pour son
Amant,
Sansen demander davantage.
On ne m'a point dit le
nom de l'Auteur de cette
Fable. Je sçayseulement qu'il
est de Troyes, & qu'en l'envoyant
à Mademoiselle C.
il l'accompagna de ce Madrigal.
--à sI la Belle dont il s'agit I
Avoit eu vos yeux y
vofireesprit,
,-
Et mille qualitez quen vous chacun
admire,
Pinçon malgré[onchangement3
Quelque chosequ'on eufipàdireJ
2?auroitjamais cesse de l'aimer
un moment..
1
Voicy un Air de M'TAbf
bé,dequi vousconnoissez le
Genie par ceux que je vous
ay envoyez de sa composition
avant qu'il fust étably
à Roüen, où on la fait venir
de Caën comme un hoiru
me rare, & qui passe pour
un des plus habilesMusiciens
du Royaume, non seulement
pour l'Art de composer,
mais aussi pour la belle
métode du Chant, qu'il enseigne
à tout ce qu'il y a de
Personnes de
qualité
dans la
Ville.
AIR NOUVEAU. MA douleur efiextrême
Je ne fuis le reler,
En perdant ce quejaime
.Comment me consoler?
Moit mal efi sans remede,il saur
perdre la vie,
Mour,ûns
, Mourons, mais du rOegret dSàavvooiirr
perdu Silvie.
Comme toutes les. choses
dont la cause est bonne&
l'effet agréable,doivent toûjours
estreestimées, quoy
qu'arrivées entre des particuliers
,
surtout lors qu'ils
sont d'une qualité qui les
difti»gue^
distingue,jecroy que je puis
vous fairesçavoir ce qui s'e st
3pafle au Havre de Grace la
veille & le jour de S. Martin.
La parfaitesante dont le Roy
oiioüiffoit à Fontainebleau, éc
lle souvenir encore récent de
.Ma naissance de Monseigneur
dIe Duc de Berry a y ant difqpofé
tous les esprits à la joye,
AMr le Duc de Saint Aignan
pqui se trouva dans son Gou
wernemcnt, & dans la Ville
fxlu Havre, où il ne s'estoit
encore rien fait d'assez écIa.
rant pour celebrer ces deuxestes
, & marquer le zele
qu'ilsçait si bien inspirens
dans le coeur des Peu ples,,;
sur tout ce qui regarde Sau
Majesté, donna un disner laxl
veille de la S. Martin à Mr deai
Montmor, Intendant general
de la Marine de la Province
de Normandie,que la£j
delicatesse,l'abondance, &
la propreté de la tab le qu'il
tient ordinairement au Havre
, ne rendirent pas moins
delicieux, que la Compagnies
de Cavaliers & de Dames ~qui
s'y rencontra. Le reste diu;
jour fut employé en Concerts,
promenades,& autres. 2-
divertissemens, quine manquent
point dans la Maison
de ce Duc. Le lendemain,
jour de S Martin, ce Gouverneur
accompagné de Madame
la Duchesse de S. Ai-
O"nan, & d'une suite nombreuse
de Gentilhommes
d'Officiers & de Dames des,
plus qualifiées de la Province,
s'estant rendu sur tes
cinq heures du soir chez Mr
de Montmor
,
où il estoit
prié de souper, fut receu au
sondes Tambours, Trompettes
,Timbales, & d'un
grand bruit d'Artillerie, par
cinquante ou soixante Officiers
de Marine lestement
vestus,qui l'attendoient dans
la Place qui est vis à vis la
Maison de Mr de Montmor,
où il vie avec une surprise
agreable une tresbelle Illumination
qui éclairoit toute
la façadedulogis. La Porte
de cet Intendant estoitornée
de Trophées à la gloire de Sa
Majesté, dont les Armes estoient
toutesbrillantes de
lumiere, & des plus superbes
ornemens. Celles de ce Gouverneur
& de MrleMarquis
deSeignelay estoientaudessous,&
il n'yavoit aucun
lieu en toute la Maison où
il n' y eust des lumieres avec
des Deviles & des Emblèmes
à la gloire de cet Auguste
Monarque. Les Armes de MC,
le Duc& de Madame la Duchesse
de S. Aignan estoient
encore dans la court avec
plusieurs ornemens. Le bruit
desTrompettes & des Tambours
ceda à une Simphonie
charmante qui estoit dans un
Salon,d'où toute la Compagnie
a elle conduite dansun
A partement richement meublé,
elle trouva dans une des
Salles un Theatre dont Içs
Décorations estoient d'Azur
seméesde Fleurs de Lys.Ony
représenta uneComedie Les
Dances qui suivirent furent
accompagnées de Concerts
messez de Simphonie _-Qui
durerent prés de deux heures,
après quoy on descendit
dans une Salle tres parée <3c
fi>rt_éclairée
, ou estoit un
Dais souslequel on avoir mis
lePortrait du Roy,& où se
trouva un niagnifîcjuç Buffet
êç deux Tables. L'une estoit
de vingt-quatre Couyerrs).
& Mrle Duc de S.Aiguans'y
trouva seul d'homme entre
toutce qu'il yavoit deDames
qui étoient venues avec Madame
la Duchesse de S. Aignan.
Tous les Officiers en
grand nombre demeurerent
derriere les Dames pour les
servir, quoy qu'il y eust une
secondeTable pour eux. Ils
furent récompensez par les
Dames,qui leur firent part de
cequ'on servit dans ceRepas
magnifique,oùtoutce qu'on
peut s'imaginer de plus delicar
& de plus rare dans la
faison, se trouva. Il y eut pendant
le Soupé une Simphonie
de Flûtes & de Violons
tres-agreable. Elle fut interrompuë
par les Timbales &
par les Trompettes qu'on
entendoit lors qu'onbeuvoit
les Santez. Le Sou pe ne fut
pas plûtostfiny
,
qu'on pretènraà
Madame la Duchesse
de S. Aignan une Lance à
feuavec laquelle elle alluma
un Dragon par la senestre
de la Salle. Ce Dragonalla
embraser un Feu d'artifice
qui elloit dans la court,
ôc après ce premierspectacle,
on monta en haut pour
voir le Feu d'artifice qui é.
toit preparé dans la Place
rvis à vis la Maison de Mr de
Montmor
,
où le Peuple attendoit
patiemment en se
desalterant à des Fontaines.
de vin quiestoient auxcostez
de la face du Logis, & en
dançant au bruit de mille
cris de joye. Rien n'estoit
mieux imaginé que ce Feu,
dont lesornemens & le dcC.
sein estoient sur les Victoires
du Roy,& particulierement
surl'Extirpation de l'Heresie.
La Religion,la Victoire ôc la
Renomméeparoissoient en
l'air tenant un Enfant couronné
,
dont le Maillot estoit
semé de Fleurs de Lis, qu'ils
élevoient à un Soleil fort
brillant
, en luy montrant
plu sieurs actions mémorablesde
LOUIS LEGRAND.
Elles faisoient la Décoration
de ce feu avec plu sieurs An.
ges ,
dont les Epéesflamboyantes
chassoient l'Heresie
& tous les Vices. Le Bal
commença ensuite. Il y eut
plusieurs Entrées de Masques
tres galantes; on y fit
mesme des Sauts perilleux,
& plu sieursjeunes gens de
la Ville pour divertir cet IlBustre
Gouverneur qui estoit
vertutres-proprement danserent
des Danses qui sont
ordinaires sur les Ports de
Mer, & qui luy parurent trèsdiverduances.
On y dirtribua
en abondance toutes sortes
deliqueurs,& tous ces plaisirs
qui avoient commencé
dés cinq heures, ne finirent
qu'après. minuit. Tout le
monde sortit de cette charmante
Festeavec tant de falisfacLion
,
queMr le Duc
de S. Aignan toujours galant&
(piricuet, dit à Mr de
Montmor, (tuilestoitimpojjt*
Med'ejirejamais mal avec celuy
qui sçavoit si bien unir les Element
les plus opposez
,
puisquon
avoirveu le feuavec l'airpar les
Fusées volantes, & la Terre&
l'Eau d'accord parla bonne intelligence
des Officiers de la Marine
avec ceux de la Garnison
, &
au il ne peuvoitcompren dre qu'on
pull tant meslerde plaisirs enfrmbledansvingt-
quatre heures
feulementTous ces Divers
tiffemens estant finis, ce Duc.
fut conduit dans laCitadelle
avec les Trompettes & les
Tambours qui le mestoient
aux cris deJoye, & de ViveAfc
Roy que tout le Peuple
poussoit, &qui sont les horu
rmeurs qu'on rend sur les
Vaisseaux de Sa Majesté.
Quoy qu'on semesle d'aimer
à tout âge, ce n'est pas
bdu consentement de l'Amour,
si l'on en doit croire
ce Madrigal.
L'AGE D'AIMER. ONdit que les Grâces un
jour
S"cntretenant avec l'Amour,
Vinrent a discourirde l'âge
De ceux qui font receus J camposer
-
saCour.
v
Chacune entint-divers langage,
Surquoy Cupidon asontour
f..Fitcette reponsetrès-fa^c.
0 cberesGrâces3 nous disons
Quepaffé quaranteans toutAmant
qui soûpire
Doit estre mis aux Petites Maifins,
Et que pour les Bca.ute^de ni/ire
MavkanfcEmpire3 les T)ileursdePhcbns,
Et 1rs Aill,rtc1(TJ' de grimaces,
SixLustrescc-jule\elles ne doivent
plzùS
Sinon zynter dans nos Clas
ses. o J
Les belles Personnes ont
un privilege particulier pour
estre de cette galante Cour,
mais elles y
font rarement
fracas si leur beauté n'est
IJXlCC0111pagnée des agrémens
bde l'esprit. Ainsi jene doute
point quevousne soyez du
sentiment de celuy qui a
bdécidé une Question que
vous aurez sans doute oÜy
souvent proposer
,
& qui a
esté faite encore depuis peu
dans les termes que je vous
'{l'envoyé.
Demande.
Si VOUSaviezjicfje.nd'aimer3
Quipourroit plutost vous charmer,
Ou la Sotte quiferoit belle,
Ou la Laidespirituelle l
RESPONSE.
LaBefiife eflun Monstreaffreux
Quifait tout paroijîre hideux,
Ce qu'on en voit atteint rïa rien
qui ne dèplaife3
Et je dis hardiment de bouche d'"
par écrit
3 Q£îunlaid Objet remply derprit,
Mecharmerr.itplut si qu'uneBeauté
nuiifc.
Celuy qui a fait cette réponsearenduraison
de son
lentiment par ces autres
Vers que vous trouverez
d'une Muse aisée.
LA BELLE SOTTE.
J E vous aimernis. bien
, deminte,
Mais sUrsf*aut vous parl1er¡a¿tifns.
feintc,
.Mà beautésansl'cfprit neIfauroit
me charmer,
JM'-l'ré tous vos attraits , Sotte
comme vous esses,
-V.;/'()ùtiens que sans crime on ne*
peutvous aimer,
Si cen efi un d'aimer les Beste!/1'
Vous me direz,., belle Niaise,
Que ce riefk pas l'esprit qu'om
baise5
>KMaiscest là raisonnerfort befiialemcnt
; [ de flàme*
37Jn Corps inanimé ne ,aafè point,
Et vos meilleurs Amis confeffenïv,
l'dutement,
Que vous esses un corps sans w
ame:
Lapajjîonrïeft point émeuë
Par la beauté d'une Statué3
Fusi-clle de la main du Doffe%\,
Phidias.
Comme on ne peut aimer des char- -~
mes enpeinture,
¡VTO":'S n'essesp.int, Aminte, un 0Bjetpleind'appas,
Vous n'en esses que lafigure.
Il nefi plus de Culte Idolâtre,.v
Vne Divinité deplâtre
Parmy nous aujourd'huy n3a plus
d'Adorateursj
yous pretendez en vain que cha- -i
cun vous cajole3
Oane peut vous donner ny d'encens
ny de coeurs3
-;~ Puifqu'on ne fluffreplus d'Idole.
Vive la BelleIngenieure,
Dont laGrace viftor euse
Gagne tout par (a veuë &par ce
qu'elle dit.
Ge font les qualttez de ma chere
Corine,
Dont la beauté m'enchante, &l'efpritme
ravzt,
k
,
Mais dont la rigueurm*affaf- ' fine.
Voicy la quatriéme fuite
de l'Histoire des Estampes
si je l'ay interrompuë le dernier
mois
, ce n'a e sté que
parce que je la voulois continuer
par quelque chose de
curieux sur ce sujet. J'en fuis
venu à bout
,
& ce que je
vous envoye elt d'un grand
travail, d'une grande recherche
& glorieux a la France,
qui peut se vanter d'avoir
chez-elle d'aussigrandsHommes
que leSiecle le plus renommé
en a eu pour les
beaux Arts. Cela se connoist
dans ce que je vous envoye,
qui en vous faisant voir Mr
le Brun presque entier, ne
vous laissera point douter
que nous n'ayons en luy un
de ces Genies merveilleux &
universels qui n'ignoreent
rien LaFrance le doitauRoy,
puisque le desirqu'il a eu
deplaire à ceMonarque
pour qui il a sarc Jl1 si grand
nombre d'ouvrages
,
luy a
donné de nouvelleslumières
ôc une nouvelle force. Aussi
peut-on dire qu'il a plus travaillé
luy seul que beaucoup
des plusillustres Anciens ensemble.
Je passe à l'Histoire
de ses Estampes
,
qui vous
apprendra mille choses eu-;
rieuses.
Quoy qu'il y en ait un
fort grand nombre que l'on a
gravées d'après sesDesseins&
ses Tableaux,il y a lieu de s'étônerqu'il
s'en trouve encore
si peu,quand on considere
tous les Ouvrages qu'il a faits
en divers endroits. De toutes,
les Estampes qui paroissent
au jour
,
le Royen a fait
graver une partie, dont les
Planches font conserveés
dans sa Bibliothèque. Mr le
Brun en a fait graver une autre
partie, &plusieurs Soûtenans
d'une qualité distinguée
ont fait graver les [ujets
de These qu'il a faits peur
eux.
Le peu d'exactitude qu'it
a eu à faire valoir les Privileges
que le Roy luy a accordez
, de faire luy seul
graver ses Ouvrages, avec
deffenses à toutespersonnes
de l'entreprendre sans son
consentement
,
est cause
qu'il se, trouve encore plusieurs
Estampes d'aprésluy
& sous son nom ,
dont il auroit
lieu de desavoüer une
partie, à cause du peu de
soin que ceux qui les ont executées
ont apporté à leur
donner quelque conformité
avec les Originaux.
Les Estampes que le Roy
a fait graver tome celles de
l'Histoire d'Alexandre.
La prerniere qui est gravée
auBurin par MrEdelink
en deux Planches, est celle
où est re presentée la Visite
qu'Alexandre accompagné
d'Ephestion rendit à la FamilledeDarius,
après l'avoir
vaincu prés de laVilled'Isse,
& commeAlexandre marqua
en cette occasion beaucoup
de clemenceenvers cette
Famille affligée, elle est exprimée
en ces termes au bas
des Estampes,
Sui
-
Sui vifloriaindicat P^egem.
Il efl J'un Royae Je vaincre
foy~mefme.
> Le Tableau d'apréslequel
cette Estampeest gravée efl:
le premier que M le Brun
ait fait surcette Histoire.
jj
1
Le Royen 1661. desirant
connoistre par lu ymesme (1
le merite de celuy qu'il avoit
destiné pour son premier
Peintre répondoità l'estime
qu'il s'estoit acquise dans le
iiionde.,luy donna ce Sujet,
& comme Sa Majeste' voulut
+ le voir travailler
,
Elleluy
ordonna un Appartement
dansleChasteau deFontaine-
bleau, où Elle luy faisoit
l'honneur de le venir voir
peindre dans des temps mesme
imprevûs, & Elle y passoit
plusieurs heures. Le Roy
a fait presentement placer
ce Tableau dans l'Antichambre
de son grand Appartement
de Versailles. Il en a
esté fait une Description par
M Phelibien, où l'on pourra
voir le dessein que Mr le
Brun a eu en traitant ce sujet,
& la raison des passions qui
s'ytrouvent.
Les quatre autres Estampesde
la suite de cette Histoiresont
gravées par Mr
Audran, & representent,
I. L'Entrée qu'Alexandre
s'ouvrit dans la Perse par le
Passage du Granique. La resistance
qu'il y trouva par la
multitude inombrable des
Troupes qui estoient de l'autre
costé du Rivage,est marquée
au bas de l'Estampe
par ces mots.
Virtus cmni obice major.
La vertuJa valeursurmonte
tout ebflacle.
-
2. La fameuseBatailled'Arbelles
par laquelleAlexandre
s'assura l'Empire des Perles..?
L'Estampe a cette Inscription
au bas,
Digm orbis imPerïo virtus.
La Vertu peut pretendre al
l'Empire du monde.
3. Porus amené tout blessé
qu'il estoit aprés sa deffaite
devant Alexandre, & qui
par lafermeté de son courage
merita d'estre traité enn
Roy par son Vainqueur avec
cette Inscription au bas.
Sicvirtus -&vtfla placet.
La Vertu plaifl quoy que y
uaincuë.„ *
4. Le Triomphed'Alexandre
dans la Ville de Babilone
avec cet autre mot,
Sic WIHÎ evehit ardens.
Ainsi par la Vertu s'élevent
i
les fjeros. I De ces quatresEstampes,
~es trois premieres sont en
quatre Planches, & la qua-
~riéme en deux Planches. Les
Tableaux d'aprés lesquels
elles ont eilé gravées sont
placez dans le Cabinet du
Roy au vieux Louvre , &
ont d'une grandeur au desflus
de tous les Tableaux
me hauteur de 16. pieds, &
ont de longueur, le premier-
30. pieds, le fecond 39. pieds
cmq. pouces, le troisiéme
pareille longueur,&le quatriéme
21. pieds 5.pouces.
Les Figures qui sont sur le
devant sont plus grandes
que nature. - Mr le Brun a fait ces
grands Tableaux dans les.
Gobelins peu de temps aprés
l'etablissement qui y a esté
fait des ManufacturesRoyales
des meubles de la Couronne,
& dans le mesme
temps qu'il estoit occupéa-la*
conduite de routes les Peiru
tures qui se faisoient
pour
le
Roy en divers endroits, &
à donner lesdesseins de tous
les Ouvrages qui se font
dans cet Hostel
, en forte
que ces quatre grands mer.
ceaux parurent au jour sans
,,que l'on se fust presque apperçû
que M le Brun eust
pû trouver du temps pour y
travailler.
Comme ce sont des Batailles,
il feroit trop difficile
d'en faire une description,
&jenepense pas mesme
qu'on puisse concevoir autrement
qu'en les voyant,
legrand mouvement qui s'y
trouve ,
la grandeur de la
conception, la fertilité de
l'invention, la beauté de
l'ordonnance, la correction
du dessein
,
& l'industrie de
la distribution des lumicres.
Puisque les Estampes sont
en beaucoup d'endroits,je
croy qu'il vaut mieux vous
inviter à les voir, que de
s'imaginer pouvoir vous en
donnerune idée par un recit
qui réponde dignement à
l'intention de l'Auteur.
On a fait la distribution
desEstampes dont je viens
de vous parler pendant trois
ou quatre années dans la
Bibliorheque du Roy, mais
on l'a discontinuée
,
& elles
se trouvent seulement chez
quelques Marchands d'Estampes,
qui dans le tem ps
de la Vente en ont fait provision.
Il a aussi esté gravé par le
mesme S' Audran une autre
Estampe en cinq Planches
d'apres la Coupe peinte à
fresque dans la Chapelle du
Chasteau deSceaux.Mr Colbert
luy fit fairece morceau
comme un essay avant que
de faire l'Escalierde Versailles
qui cli peint aussi à fresque
; mais il est facile de
jugerpar la force de cette
fresque qui se soûtient d'une
maniere à durer toûjours,
qMue soan iesssaytréfet u.n coup de
Le sujet decette Chapelle
cJl: le Baptesme du Sauveur
du Monde par Saint Jean,
qui est representésurl'Autel
en deux figures de marbre
plusgrandes que nature,
& comme ce fut dans ce
temps là que Dieu le Pere
découvrit aux Hommes la
Divinité de son Fils par cette
parole
,
C'esticymonFils bienaimé,
c'est ce moment que
Mr le Brun a voulu representer
dans la voûte.
La Figure deDieu le Pere
est dans le milieu soutenuë
par trois Anges
,
dont les
deux qui sont plus bas representent
la Loy de Nature
& la Loy de Moyse
,
& le
troisiéme la Loy de Grace.
Mrle Brun a donnéàces trois
Anges des caracteres qui
conviennent à ce qu'ils su
gnifient. Celuy de la Lojr
de Nature est presque tout
dans l'ombre
,
celuy de la
Loy de Moyseest moins
ombré,&a les yeux éclairez
d'un rayon de lumiere
,
&
tous deux tirent un grand
Voile par lequel est figurée
cette separation qui estoit
entre Dieu & les Hommes,
& qui a esté levée par la
Mission de Jefïis-Christ. Le
troisiéme Ange,qui est celuy
de la Loy de Grace ,est
tout éclairé.Cextevoûte est
remplie de plusieurs figures
d?Anges avec des Inftramens
de Musique
, &_- qui Ctifpen,
dent leur Concert pour entendre
cette voixqui les étonne.
D'autres enlevent les
Vales qui servoient aux Sacrifices
de l'ancienne Loy,
l'Arche d'Aliance & leChandelier,
& déchirent leVoile
du Temple. Les Saints Anges
Michel & Gabriel semblent
s'entretenir des Mysfteresqui
s'operent en ce moment, Se
un Ange qui represente la
Charité,est accompagné de
la Pureté, de la Foy & de
l'Obeïssance
, toutes distinguées
par des Symboles qui
leur sont propres. Mr l'Abbé
Talemand en a saie une def-l:
cription en Prose qui n'est
point encore au jour, ôc&
Mademoiselle deSaintAndré
une autre en Vers qui a esté
veuë.
L'Estampe dont je viens
de vous parler est gravée de
puis deux à trois ans, maiszi
elle n'a point encore paru,«J
non plus que l'Estampe qui
est gravée en huit Planches,
qui toutes ensemble sont
neuf pieds de long, par mril
Baudet d'après les peintures
à fresque de l'Escalier de'ai
Versailles. Cet Escalierest un
morceau connu ,
la beauté
de la fresque répondàla
grandeur de l'Ouvrage je
vous en ay mesme donné
une description dans la seconde
Partie de ma Lettre
de Septembre 1680. ce qui
fait que je ne la repeteray
point icy.
Il s'est encore distribué
dans laBibliothequeduRoy,
quelques autres Estampes
gravées par Mr le Clerc d'aprés
les Tapisseries qui se
fontauxGobelins Vous fçai:
fyez que c'est dans ce lieu que M le Brun fait faire les desfeins
de toutes lesTapisseries
qui ont pour sujetl'Histoire
du Roy. L'onavoit pro c
jettéd'en continuer la gra—J
veure pour les donner au
Public, mais cet Ouvrage a
esté discontinué. Les Estam
pes qui sont gravées sont,
La Deffaite du Comte des
Marsin.
La Prise deDouay.
Celle de Tournav.
L'Audience desSuisses.
Les quatre Elemens.
Les quatre Saisons.
Les autres Estampes que
Mrle Brun a fait graver, ôc^.
dont il a les Planches en sa
possession, sont,
Celle du Palais duSoleil
autour duquell'année est
representée fous la forme
d'un Serpent qui joint sa
esteà saqueuë.
;' Le Triomphe de Constant
tin.
't La Bataille de Constantin
contreMaxence.
Le Martire deS. Estienne.
Une Présentation de lx.
Vierge au Temple..
Le Massacre des Innocens.
Un S. Michel où est un
Groupe dunSujet de la
cheute des Anges.
Un Livre de Fontaines.
Un Livre de Frises Maritimes.
Un Livrede Façades d'Architecture
faire pour Marly.
L'Estampe du Palais du
Soleil est de forme ovale, ôc
gravée par Mr Audran en
quatre Planches à l'eau forte
retouchée au Burin, &
est dédiée au Roy. Elle a
esté faire d'après un dessein
qui devoit servir d'exquisse à
un Platfond queMrle Brun
avoit projetté de peindre
dans une Salle du Chasteau
de Vaux le Vicomte; mais
qui n'a pû estre exécuté.
Le Soleil y est reprefenré
assis sur le devant du Palais
entouré du Serpent qui joint
sa teste à sa queue, & qui figure
le cours de l'année,
ain si que les Egyptiens la representoient.
Les quatre Saisons
font placées en quatre
endroits, & forment quatre
Groupes principaux qui environnent
le Palais.
L'Esté est placé au devant.
L'Hyver est derriere à l'op-
|>ofite.
Le Printemps est à droite
dans ce Tableau,& à gauche
dans l'Estampe,ce quiarrive
ordinairement à la graveure.
L'Automne est à l'opposite
de l'autre costé.
Mr le Brun y a fait entrer
les sept Planettes, les figures
du Zodiaque,les vents,les
mois, les jours & les heures,
ce qui fait tout ensemble
une merveilleuse harmonie
dans l'Ordonnance.
Le Triomphe de Con
stantinest gravé en quatre:
Planches
,
aussi à l'eau fortes
retouchéeau Burin, par les
nesme d'a près un dessein
ait pour une Tapisserie qui
levoit accompagner la Basaille
de Constantin contre
Maxence qui est du dessein
le Raphaël peinre par Jules
Romain, & c'est pour cela
que Mr le Brun y a donné
les airs de teste, & des fortes
le vestemens qui ont raport
aux manieres de Jules
Romain ;
elle est dediée à
Nf Colbert.
Constantin y paroist dans
milieu sur un Char tiré
ètar plusieurs Chevaux. Il est
couronné par la Victoire qui
*
est en pied derriereluy fun
le mesme Charau dessus
de sa teste sont plusieurs Genies
qui luy preparent de
nouvelles Palmes
;
il est accompagne
& devancé de
tout ce qui faisoit la gloire
du Triomphechez les Romains
,
& est suivy des Er.
claves les plus qualifiez qu'il
avoir vaincus. Il y paroist
deux Arcs de Triomphe,l'un
sur le devant qui est celuy
quiaesté élevé à la gloire de
Constantin,d'où il fort, &
dont il n'est pas encore fore*
éloigné ; & L'autre est plus,
dans le lointain vers lequel
s'avance pour aller au Catole.
-
Ce dessein avoit esté fait
>01ir des Tapisseries que faisoitfaireMr
Fouquer.Mrle
Cardinal Mazarin l'ayant
eu unjour qu'il allaà Vaux,
lut si satisfait du dessein de
Triomphe qu'il dit à Mr
Brun, qu'il auroitsouhaité
levoir de luy une Bataille
qui raccompagnast, & c'est
qui luy donna lieu de faire
autre dessein de la Bataille
le Constantin contre Maxence
que Raphaëlavoit
déja traittée
,
mais qu'il al
voulu particulariserdavantage.
Maxence avoit fait construire
un Pont, qui pouvoit
se brifer facilement
en relachant certains ~liensn
qui en faisoient l'assemblages.
Il avoit dessein d'y attirent
Constantin pour le faire pe-51
rir encet endroit,mais ~raL.
Machine n'eut pas une réüCh
site conforme à ce qu'il ~avoitil
projetté. Désle commence-3;
ment du Combat fort Ar.1..
méefut poussée par Constantin,
& voulant fuir par deflîijijl
C(Q
ce Pont en desordre, elle l'acabla
de son poids, tous
ceux qui se trouverent dessus
~y perirent, & Maxence luy
mesme fut noyé.
Cest ce dessein qui a esté
gravé en trois Planches comme
l'autre & par le Inefine;
Estampeest aussidediée au
Roy.
1. Le Martyre de S. Estienne
à l'eau forte aussi deMrAu-
Bran en une [eqle Planche,
est gravée d'après un Taoleau
que Mr le Brun a fait
Autrefois pour un May à
Nostre-Damede Paris. L'on
sçait laLoy que les OrfévfeR:J
se sont faite d'y ~presentens
tous les ans un Tableau leal
premier jour de May. ~C'eitfl:
un employ que ~recherchenan
tous les Peintres quiveulenon
se faire connoistre. Mr loi
Brun yen a fait deux, tk celuy-
cy cil: placé au dcflustl
d'une des petites portes dwt
Choeur à gauche en ~entra.nt.]l
Contre la coûtume de tou.-ri,
ceux qui onttraité ce Sujet.
il arepresenté S. Estienne ~a&
vec des cheveux longs ~M
une Aube blanche sans ~Dalta
manque , en quoy il a ~faiis
voir combien il estoit instruit
des coûtumes , estant
certain que dans ce premier
temps du Christianisme les
Diacres ne se servoientpoint
deces habillemens qu'ils ont
[pris depuis,& qu'ils portoient
les cheveux longs à
cause du Voeu de Nazaréen
que les Diacres faisoient, &
ïïurutouticefux squi .est1oient L'Estampe de la Presentation
de la Vierge au Tem-
J'le estgravée au Burin en
~une Planche par Mr Sertlin
d'aprés un Tableau qui est
aux Capucins duFaux- ~bourgg
S. Jacques. La Vierge y efHl
àgenoux aux pieds du Grande
Prestre
,
qui en avançant leszt;
brastémoigne la joyequ'il~ie
àe la recevoir, & elle y ertfl
representée dans une aétiOlYH
qui marque tant de ~pudeunu
êc de simplicité
,
qu'il n'y ~as
que les yeux qui en ~peuvenflrj
estre les Juges. L'Eftampô<j
est dediée à Mrde Harlay ~Arvil
chevesque de Paris.
L'Estampe du Maûhcttv
des Innocens est en ~deurn
Planches à l'Eau-forte, ~reai
touchée au Burin par ~MW
Loir,Orphévre, leTableau
d'aprés lequel elle est gravée,
n'estoit presque qu'ébauché
lors qu'il est fort y de la
main de Mr le Brun, & il ne
l'a achevé que long-temps
aprés, à la consideration de
Mrdu Metz. entre les mains
duquel il est tombé.
- La maniere aveclaquelle
le sujet eH: traité, merite que
l'on y admire la sagesse de
celuy qui l'afait.Iln'yavoit
[pas d'a pparence que dans le
temps d'une telle cruauté,
tant de Meres & d'Enfans se
fussent trouvez en un mesme
lieu, sans y ~avoit cité eon-n
duits pvrnuelc
c.
motif,~puisu
qu'au ~contrait. ~Il n'y a ~pointu
de doutecju^eîtTS ne chetvr
chassent les m^q^rs les plusu
recu lez & les plus ~fècfecs.a3
C'est pourquoy Mr le Brun zk
peint plusieurs Tombeaux
dansle lieu qui sert de cliam
à son Tableau;& comme le?}
Tombeaux eiioienc• ~facresi
chez les Juifs, il feint que cciy.
pauvresFemmess'y ~eftoienin
retirées pour mettre leurs~En-a
sans à couvert de ceux qUiJJ
les vouloient massàcrer,roaifij;
inutilement, puis que ~deuiu
Ministres d'Herode assis dans
~an Char, dont les chevaux
~'oulent aux pieds des Mères,
~lui écrasent elles mesmes
~eurs Enfans sous elles, vien-
~lent jusque dans ce lieu faire
executer les ordres de leur
Maistre. Mr le Brun y a peint
les Femmes de différentes
conditions, pour avoir lieu
d'y traiter des caracteres de
douleur qui leur convien-
~nenr) & l'on peut dire qu'il
n'y a point de discours, quelque
êloquent qu'il full, qui
pull: mieux exciter la COLTU
passion ôc les larmes.
L'Estampe du S. Michel,
& du Groupe dela ~cheute
des Anges,est du mesme Mr
Loir, Orphévre,à l'Eau-forte,
retouchée au Burin, &est
dédiée à ~M- de Louvois. Le
sujet tout entier de la ~cheute
des Anges avoit esté fait ponr
peindre dans la Chapelle de
Versailles,qui estoit où efl,
presentement l'Escalier de la
Reyne. Il a esté fait une Exquisse
du rout ensemble dans
un modelle de la voûte où
il devoit estre executé, &
outre cette Exquisse,Mr le
Brun ena peint le Groupe da
milieu dans un Tableau fort
iny,& d'a préslequel cette
Estape a estégravée.Dans ce
AIjet il n'a point mis d'épées
dans les mains des Anges qui
executent les ordres duCiel;
comme ont fait tous ceux
qui ont traite ce sujet
; mais
a peint une grosse nuée
sous les pieds de la figure de
sa Divinité; qui elt dans le
milieu du de{[cin, & cette
nuée efl: formée & graille par
ses crimes des Anges rebelfS,
& c'est delà que sortent
3es foudres qui les précipitent,
Il s'est bien servy d~
plusieurs figures dAnges,
comme d'instrumens de la
vangeance,mais il les fait
agir de maniere, que toute
leur force est tirée de la toute
puissance de Dieu, ne se
servanque des mesmes foudres
qui sortentde la nuée, Ôc
des Boucliers qu'illeuramis
à lamain, où sont écrites les
vertus opposées aux cnlllCSi
capitaux. La figuredeSaint
Michel,qui a le nom de
Dieu sur son Bouc lier, eLij
dans le milieu. Le noeud prin
cipal du Groupe qui est au
dessous de luy,est un Dragon
à sept TePces, qui ont la figure
des Animaux dont on se
sert pour representer les sept
Pechez ca pitaux. Ce Dragon
entraîne avec luy un grand
nombre d'Anges rebellesqui
semblent se vouloir servir de
luy
, comme d'un soûtien
pour s'empêcher de tomber.
La Figure qui represente la
Divinité, ell: tranquille, ôc ne
:?àir que pouffer la nuée, qui
l'eleve jusque devant elle,ôc
dans le Ciel
,
qu'il a fait un;
lieu de repos pour contraîTter
avec le desordre. Au
Jkflous sont plusieurs autres
Figures d'Anges de ceux quiu
font demeurez dans l'innon
cence;ils fontun Sacrifice
à Dieu de leur soûmission &~
de leur obeïssance.
Le Livre deFontaines effh
gravé à l'Eau-forte en plusieurs
Planches par Mr de,:
Chastillon. Mrle Brun en
fait un grand nombre de Defh
seins,dont la pluspart ont efte^
executez dans les Jardins de
Versailles, & il a fait un Recjj
cueil de celles qui n'on
point servy pour le donne
au Public.
Le Livre de Desseins & de
Prises maritimesest aussigravé
par le mesme,en plusieurs
Planches.
,
Celuy d'Architecture con..
ient les Façades qui ont esté
aites pour les Pavillons de
Marly,& dont on a executé
me partie. Elles font gravées
oar Mr le Clerc.
Mr Edelink a gravé au Butin,
en deux Planches depuis
gpt ou huit niois, un Crucifix
entouré de plusieurs Anges.
Le Tableau sur lequel
cetteEstampea esté gravée,
appartient au Roy, & a esté
rait pour la-Reyne Mere de
Sa Majestê. Elle avoit eu enpensée
de representer le Sauveur
du Monde expiranten
Croix,& environné de plusieurs
Anges, qui entrant
dans tous les sentimens de
douleur, d'aneantissement &
d'amour qu'elle s'estoit ima- * giné
,
compatissoient à ceo?
Homme-Dieu mourant. Ello
le proposa à Mr le Brun, quit
entra si bien dans son sentiment,
qu'il avoüa qu'il eftoioi
impossible d'exprimer mieux
sa pensée.
Les desseins desThesesque
Mr le Brun a faits pour plusieurs
personnes de consideration,
ont esté gravez par
differens Graveurs. Mr Roufselet
a grave les premiers;
Mr Poilly en agravé une autre
partie, & Mr Edelink a
gravé les derniers qui ont paru.
Il y en a un grand nombre
,
& si j'en puis avoir une
liste,je vous l'envoyeray. Je
mecontenteray de vous parler
icy des deux derniers, qui
ontesté gravez au Burin par
Mr Edelink. Elles ont esté
toutes deux presentées au
j^Royj la premiere par Mr le
Coadjuteur de Roüen, & la
seconde par Mrle Marquis
deCroissy. lî - i
? La premiere de ces Theses?
represente le Roy à cheval
quisurmonte les efforts des
trois formidables Puillànceid
qui s'estoient liguées enfemble
contre luv.LaProvidenco
qui est au dessus duRoy)érencbl
son manteau comme pour loi
couvrir& le deTendrecontreles
insultes de TesEnnemis.Las.
Gloireest au prés d'elle,& uner
Victoire tient des Palmes 82
une Couronne,pour couronrfl
ner les Actions heroïques dil
Sa Majesté. Le Roy savanCIversune
Hydre à sept testes
excitée par l'Envie, & qui,
semble qu'une Aigle qui est à
costé, ait couvée sous ses aîles.
Il y a encore plusieurs
autres Figures qui convientn'
ent au lujet, -&' qui marquent
les effortsde ses Ennemis.
Le bas de la These est
n Rocher,sur lequel est le
Roy, d'où tombent d'un côlé
laRebellion, & de l'autre
la Fourberie; & dans le milieu
l'onavoitécrit lesPositions
: mais elles ont esté ef--
acées aprés avoir esté (ou-,
tenues,& l'on y a mis àUs
place leDesordre ou la Fureur
de la Guerre, attaché à un
Dragon qui tombe avec luy,
êc qui fous une de ses Serres
estoufe un enfant qui est le
Simbole de l'Innocence. La
Piété & la Religion paroissent
sortir de l'obscurité dl.
rocher où elles s'estoient re**
tirées pendant les troubles&
regardent leRoy commeleur
Libérateur.
Dans la seconde These;
le Roy estrepresenté do-n.o.[
nantla Paix à l'Europe d'une
nlain, & de l'autre retenant
la Victoire qui luy montrai
de nouveaux Trophées. La
Gloire luv met une Couron-
»ne sur la teste, & un petit Amour
en tient uneautre qui
estun peu plus élevée,&qui
elt formée de plusieursétoilles.
L'Europe est au bas d'un
costé avec toutes. les marques
qui la font recÓnoiilre..
Elle cendles bras pour recevoir
laPaixquiluy est dônéer
sous la figure d'une belleFem- aiecenan°c ensamai-nun Caducée,
& accompagnée de
Abondance; & de l'autte
costé estla Philosophie qui
,QUcienx une draperie sur liquelle
sont écrites les Positions.'
Elle a le visageéclairé
du flambeau d'unpetit Genie;
qui est celuy du Soutenant.
Au dessousestla Nature
que ladra perie où sont
écrites les Positions, laisse
voiràdécouvert. Ellea dans
son sein, & est accompagnée
des animaux les plus féconds,
& à ses pieds est un Vautour
qui devore un Oiseau pour
marquer la destruction &la
génération de toutes choses.
A costé du Roy est une Vidoire
tenant un Etendardqui
est déployé par la Renommée
; la Dédicace est écrite
danscetEtendard. De l'aa;.
trecostlé la Pieté & la Bonté
ferment le Temple de Janus,
ce qui faisoit connoistre
chez les F..onlains que tout
estoit en paix.
Il y a encore plu sieurs autres
Estampesgravées d'aprés
les ouvrages de Mr le
Brun par divers Graveurs.
Je tâcheray d'en avoir uiv
Memoire dans la fuite. Toutes
les Elïampes dont je viens
de vous parler, se trouvent
chez le Sr Perou, Conciergç
del'AcademieRoyale deScul
pture & de Peinture, dans la
Ruë de Richelieu.
C'est chez le mesme que
se vendent les, belles Elïampes
de Mrde Vandermeulen,
dont je vous ay déja parlé, 8c
qui representent au naturel
toutes les Conquêtes duRoy
dessinées sur les lieux par ce
fameuxPeintre. Il est impossible
de mieux travailler en
ce genre, & l'on peut dire
que non seulement il est original
pour ces fortes d'ouvrages,
mais que nous ne
voyons personne aujourd'iiuy
qui travaiIIc à le copier,
tant il est difficile d'y
atteindre. Si vos amis souhaitent
avoir de ces Estampes,
vous devez leur dire
qu'elles commencent à devenir
rares, à cause du grand
nombre que les Etrangers ea
enlevent, & qu'on en porte
jusqu'au fond des Indes, ces
Peu ples estant curieux de
voir les Conquestes de Sa
Majesté, qui ny font pas
moins de bruit qu'elles en
font dans toute l'Europe.
Vous scavez, Madame
que le , Roy de Dannemarck
a doiine ordre qu'oa cela.-
chail les Vaisseaux qui apartenoient
aux Negocians de
Hambourg, & qui avoient
eaé arrestez à Glukstadt, &
à Copenhague.Voicy en
quels termes cet ordre a cité
conceufuivant latraduction
littérale que l'onen a faite. sA iUIsjeJiré Royale de Dannemarck,
Mord- V.vrghe'
(çfyrc. aytnteulextreme clemence
de se faire repfefenter ce qui
s*efloitpxjfe & enjmnjyauxconférencescjtèiJefont
tenues jttjquïcy
entre les Minières pa-r Elle é- 1
tuabbl~nsCoCmommismsaiilraesavecceux de *
lElcfEleéleur
de Brandebourg, des
Princes de Lunebouw {$de
Hesse-Cajjll)
sur les aff. ires de
Hambourg, e la mswere .i nt
ils ont rentre leurs momies fn
terme*pressans,touchons (7 oblu
yzans> de lapart de leuri PriIcitaux
& Mattires, Elle a bien
voulu par une bonté toute roy ile9
neghgersonressentiment,<jr y
énoncertout àfait envers ladite
Vide de Hambourg) en y jou
rnantencore par unegrâce (pecia-
'e la refiitution &le relâchement
les Navires, Marchandises,
57* Effets, qui appartiennent
MX H-ibitins & Dépendans de
laditeVille, lesquels SaJfrîajejlè>\
avoitfaitarrejier & menus jU!-"
ques à preftnt, & redonnant la*\
pleine & entiere liberté du com-ti
merce de Hambourg rn tous let^
lieux & places où ilsepeut jai-v
re. Pour tout le refle, Sadihw
tykajeflé veut bien s'en raportey
a ce qui esi dit dans le Traité dL
Pimenterv^ veu mefrne que lJ
~t~ ,r,7 c~/7 ,
Filles'en efl ainsi expliquée,/^;
l'a infiawnent requu de lafort\\
ai-ecun. prof-oidr foiwijjion p*is
sa Lettre du i6. de ce mois. CD
faisam}Sadite Souveraine cïb
RoyaleAJajefté, a déchiré fàt
déclaré par ces presentes
)
que-be-A
tiignement &par sa pure bonté,
pour témoigner d'autantplus son
inclination volontiers porté.. a
terminer defnitivemen. larefen.
te mésintelligence, & à procurer
le bien de ladite Ville
,
Jon t^ific,
commerce,profits @1 ancres ,.''4.11,
tages j
commeaussi a faireto>:ce
quipeut contribuer au re»ot des
Ptuplrj) Elle a bien voulu par
un pur effet de sa clemencc Royale
,
déroger asonjuflerejfintiment
touchant l'indignation&
la haute disgraceque la V.dlrs'rftoit
attirée auprèsdeSi A4#jcjié, ü ainsi luy rendre & refitituer
ce opiily a d'arreflé de ies NavU
res & EjfitsJremettanraux COrle
ferencesqui st tiendrontcy.aprést,
lafatisfattion quEllevouloitexiger
de la Ville, tant pour l'home
mage requis, quautres griefs qti,,
font en débat;laissant dés à pr&v
fent la Ville, fous la faveurd'sa
ne Amniflie generale, dans A
premiere libertée joü:/Jance m
commercepar eau, ü. par terrien
tout endroitt, sans nulle intew
ruption ny alteration, deforvz
qu'Elle lalaijfe rentrer dans fo,oi
ses droits&dans lesavantages qp
lujontesié ilccordez, & flipult\\
par le Rcfult,tde Pmn^berg;*\
condition que laditeVille deH¡J,f/,t
bourg en usera demesme envers les
Sujets de sa Majeffét B: de
leursbienseffets,pour lesrenire
@ restïtuer cntlerement) &
ïour refiablir l'ancienne& bonne
:orreJpondance qui estorsentreux3
rvec la mesme liberté daller
venir, de faire &gerercomme
luparavant; pareillement queU
7ille licenciera (7 fera retirer les
Troupes Auxiliaires qu'esle auoit
-aitvenir. Veut en outre Sa Adx-
\efté,sans attendre la Députation
ie la Ville, suivant ce quelle avoit
resolu ff) ce quelle en dit
tans sa fécondé & tresJiumble
1Lettreragréer ainfipurement&
simplement fort alliance> pourveu
cj'ie de Jon cofté elle promette
d'evecuterav.c Joûm'Jjîon,e:délement
*ponctuellement toutes
les clauses st) conditions quelle si
trouve d'elle mesme obligée &
engagée d'accomplir par ledit
Traité de Pinnenbrg. En tê.
moin de qury Sa Majefiéajtgnt
CfS presentes de sa propre main,
&les aconfirmées de[on Cachet.
Donné en fan Chsfleau de qottorp
lr IF. Ofhohre S'gne.
ÇH\ESTIEN.
Cet ordré de relâcher les
Vaisseaux & tous lesEffets apartenans
à ceux de Hambourg,
leurayantesté en- voyépar le Roy de Danneinarck,
l'Infanterie del'Electeur
de Brandebourg partit
de la Ville aussi bien que celles
des Princes de la Maison
de Brunswic.ToutecetteMilice
faisoit environ quarante
Compagnies. Le Commerce
fut ouvert en mesme avec temps les Villesvoisines, &:
le repos entierementrétably.
Le il. de ce mois
joonurcelebra à Hambourg un solemnel d'Action de
graces pour cet Accommodémine,
& il fut suivy de
r~cjoiiifFmces publiques.
Comme rien n'egale l'exactitude
de Mr de Louvois
pour toutes les choies qui le
regardent, il fit faire un Service
solemnel dans l'Eglise
de S. Gervais pour feu Mr le
Chancelier le Tellier au bout
del'année, & le mesme jour
que ce Ministre lTIOnruc. Il
revint ex prés de Fontainebleau
pour y assister. On acheve
aussiun Mausolée de
Marbre, que sa Pieté & sa
tendresse pour un Pere si di*
ne d'un eternel souvenir,
JOllr engagé à faire élever
dans la mesme Eglise. Le
nefille jour que ce Service
lu bout de l'an fut celebré à
>. Gervais,Mfl'ArcheveC-
1ue de Rheims en fit faire un
ititre avec beaucoup de 10-
emnité dans son Eglise Me"-
:ropoltraine, auqueliloffi-
:ia en Habits Pontificaux. Il
i fonda en mesme tem ps à
^erpetuité un Obitsolemnel
)our le repos de rAine de ce
chancelier.
K Je croy, Madame, que
ly vous, ny vos amis de Province,
ne pourrez do
ner aucun eclaircissemen
sur un Billet qui m'a elle a
drelie. Cependant on me
prie de remployer dans m.
Lettre de ce mois, pour vü
si par cemoyen, un jeun.
homme qui est aujourd'hui
dans une tres grande inquie
tude, ne pourri pointsorti
d'embarasCommcvous avec
souffert que routes mes Le-ci
tres devinssent publiques
on espere que ceIle-cy torrr
bera entre les mains des peu
formes
,
qui jusqu'a presert
ont pris interest à l'estar d'un
malheureux qui ne s'cftjamais
connu. L'avanture cft
inguliere. Vcicy le fait dans
outes ses circonstances. Il
a dix neufou vingt ans que
es hommes & des femmes,
qui paroissent estre de
qualité, tant par leurs maieres
que par l'équipage
un Carosse à six Chevaux,
rriverent à Falaise
,
Villede
Normandie à sept lieuës de
Caën. IlsamenoientunEnantt
agé de six mois, quils,
nirent entre les mains dela
femme du St Guillaume Vinquenelle,
Marchand Drapier
dansle Fauxbourg apel
lé Valdente, la priant de vou
loir bien prendre foin de li
nourrir & de l'élever. Cette
Marchande leur dit qu'elle
n'avoir plus de lait, &.l
repondirent que l'Enfant
n'ayant jamais teté, il suffi
roit qu'on luy donnât du lai
chaud de vache, comme
en avoit toujours pris de
puisqu'ilestoit au monde Il
ajoutèrent qu'ils'apelloitJai
qtiesdu Plessis, & après luj
avoir laissé de l'argent&tou
tes les choses qui luy pou
voient estrenecessaires daru
mflbasâge, ils s'en retouraerent)
l'asseurant qu'elle au-
^oit souvent de leurs nouvel-
,es. En effet un Religieux de
'Abbaye du Val quiest à
(ringt lieuës de Falaise, ve-
&oic rous les mois payer la
^enfion de l'Enfant, recomjnandoittoujours
qu'on jaiftgrand en soin
,
& fournistoit
àson entretien avec abon-
Iance. Il ne le laissoit man- uer d'aucune chose, & penj|
aannst dix ans qu'il demeura
cette maison
,
il le fit
toujours vestir en Enfant de
Lualite. Ce Religieux moar
rut & apparemment il trou
va moyen de le décharger
vant ria.morc du secret qufluy
avoit esté confié,puii;
qu'aussi-tost un autre Reli:
gieux prit soin de l'Enfann
Ce dernier qui estoit du pec
S. Antoine de Paris & s'apej
loit le Pere Coron, lefit vov
nir de Falaise dans la Voitui
re publique, & le mit dVj
bord chez Madame Gadoisi'
qui tient Auberge àla Pcrl-i
ruë des Noyers,oùil le lam
sa un an. Ensuiteillefitlo
ger chez une Veufve d'un
grande pieté nomméeMad
pe le Fevre qui demeure
~c Sainte Avoye, proche
(,lr le President de Mesme.
[ luy payoit pension pour
jeune du Plessis, qu'ilenretenoit
fort proprement
omme unEnfant de naissane.
lliuy faisoitaprendre à érire,&
à faire des Armes, &
ifoit toujours que quand il
eroit un peu plus avancéen
ge, illuy feroit avoir de
e,mploydans les Troupesde MajeHé. Les Armes espientun
exercice qui flatoit
brt cejeune homme, & l'inlination
qu'il marquoit
pour tout ce qui pouvoir roo;
garder la Guerre, persuado
aisément qu'il estoit m
pour cette profession. Peri:
dant qu'ilestoit chez cette
Veuve il eut une dangereu
maladie. On ne sçauroit eu
primer avec quelle ardeuin,
& avec combien de soins II
Pere Cotton le fit secourin
Medecins, remedes, rien m
luy fut épargné. Ilestoit iarix
cesseauprès deluy, & un
Lc~
quais sans livrée venoit touc
les jours sçavoir en quel elhJ
estoit le malade. Sa grande
jeunesselerirad'affaire,6j jeune{[e le rira
d'affaire )0 ¡
Laquais inconnu ne revintus.
Six ou sept ans se passe
ent, & après ce temps, lorsta'il
pressoit pour l'employ
u'on luyfaisoit esperer sans
v vouloir découvrir le seret
de sanaissance, le Pere
otton fut appelle pour ccnhTc
r un Malade à la Charité
b hommes. Ilyfutsurpris,,
lur à cou p d'Apoplexier ôc
rant d'abord perdu la paros,
il ne revint point de cident.Vous cet pouvez juger
brubien ce jeune homme
mit vivement la mort debon
Religieux.: Quelque
affliction qu'elleluycausast
se consola par l'esperâce qu'il
eut que ceux qui l'ont mis au
monde continuëroient àluy
faire donner du secours, au
moins par le ministere de
quelque autre personnecharitable,
s'ils ne levouloient
pas secourir par eux mesmes.
Ainsi il a attendu une année
entiere sans découvrir à personne
l'esltat
-
malheureux où
ilse trouve, mais ne recevant
aucun adoucissement
dans son malheur, après tant.
de soins qu'on a eus de luydepuis
dix-neuf ans, il croit
que ceux qui ont bien voulu
prendre interest a sa fortune
pendant un si grand nombre
d'années, sont en peine euxmêmesde
ce qu'ilest devenu,
& par le Billet qu'il m'a fais
rendre, il me prie de leur déclarer
dans cette Lettrey si'
par hazard elle tombe entre
leurs mains, qu'ils sçauront
de les nouvelles en s'adressant
au Pere Jerôme de Monceaux
Capuéin de la rue S.
Honoré, qui gardera le secret
aussi inviolable que ceiluy
de la Confession, à ceux
qui viendront luy parler de
cetteaffaire. On sçait qu'il
est le Refuge des pecheurs,&
des affligez, & que sa vertu &
sa probité repondent pour
luy,qu'on ne court aucun pe-J
rilà lu yconfierles plusimportans
secrets. J'ay sceu de ce
Pere, car jen'ay voulu parler
de cette avanture qu'aapreslu
yavoir faitvoir le Bille.
que j'ay receu,quecequi
inquiete le plus ce jeune
homme
,
c'est de n'estre pas
certains'il a receu lebaréme.-i
Comme il a toujours esle"entre
les mains de Religieux,j
il s'est reposé sur eux de tou- j
tes choses, & n'à point songé
à le demander. Ce serupaleletourmente,
& si on
ne lu y donne au plutoitquelque
éclaircissementlà dessus, ilestresolu de se faire baptiser
fous condition. Ceux à
qui il aparrient, qui ne peuvent
estre que des gens de
qualité,sontd'autant plus obligez
à le tirer de la misere
oùilest, qu'il est très digne
du secours qu'il leur demande.
Voicy le portrait que
m'en a fait le Pere de Monceaux.
Il a la taille tres beL
le,le visage fort agreable,&
1
un certain air de grandeurqui
malgré la necessité qu'il
soufre ptefentement, faitéclater
dans ton. porc, dans
sa démarche, & dans route;
ses maniérés, je ne sçayquoy
qui est beaucoupau dessusd
la fortune. Les qualitez de
ion ame accompagnent avec
avantage cet heureux extetieur.
Il est doux, affable.
honneste&civil,&n'a aucun
des défautsd'uneinfinité de
iglesnes de son âge. Sur roue,
sent lecoeur si bien placé,
que pour ne pas faire affront
îUonPere& à sa Mere,il a
PRESBITERI
mieux aimé jusqu'à present
se voir denué de routeschoses,
que de chercher du foulaçement
en le mettant en
service. Je souhaite que l'avis
que je donne icy de son
malheur luy soitutile,& qu'il
produise l'effet qu'il y a iujet
d'enesperer.
Je
vous envoye-les Armes
des vingt- sept Cardinaux de
la Promotion du second jour
de Septembre dernier, selon
l'ordre & l'anciennete' de
leurs Dignitez. Des vingtsept,
il y en a vingr Prestres,
sçavou. huit Archevesques,
huit Evesques, & quatre qui
ne sont point dans la Prélat
ture. Les sept derniers ne lontt
que Diacres. Je va y vous dirct
un mot de chacun,Guvant le
Chifres marquez dans
laPlante
che. Le choix qu'en a fairSa
Sainteténepeut laisseri-nettr
en doute
qu'ilsneSoienttous
d'un fort grand merire. «:
1. Giacomo de Angelis. il
eH: de Pise,Archevesqued'Urbin,
& Vice-gerent. Pise e
une Ville de Toscaneen Italie
, tres ancienne, & divisée
par la Rivierred'Arne qu-o
y. passe sur trois Ponts. Elle
a Archevesché& Université,
& aelle autrefois une Republique
puissànte qui a resisté
aux Turcs, & qui a Coûmis
les Isles de Corse & de
Sardagne. Presentement les
Grands Ducs de Toscane en
font les Maistres. L'Université
fut fondée en 1472. par
Laurent de Medicis. C'est la
residence des Chevaliers de
l'Ordre de Saint Estienne qui
s'y assemblent dans l'Eglisè
de ce Saint. Cosme de Medicis
établit cet Ordre en 1 561.
On a tenu divers Conciles
ans Pise. Urbin eil: la Capitale
du Duché de ce mesme
nom dans l'Estat Ecclesiastique.
L'Estat d'Urbin a esté
possedé par la Maison de la
Rouëre
,
& cette Famille
ayant manqué, il est dévolu
au Saint Siege fous le Pontificatd'Urbain
VIII.
2. Obizzo Pallavicini. Il est
deGenes&Archevesque d'Ephese.
Il a esté Nonce à Cologne
,
& presentement il
l'est en Pologne. La Maison.
Pallavicini est Noble & fort:
ancienne en Italie,oùellea
diverses branches à Rome&à
Genes. Il y a eu plu fleurs Car-.
dinaux de ce nom. Antoniot
Pallavicini, & Jean-Baptiste
Pallavicini son Neveu, qui
estoient tous deux Génois, furent faits Cardinaux, l'un
en1489 par Innocent V1Il.Lk
l'autreen 1517. par Léon X.
Sforze Pallavicini Jesuite,
qquue e le Pape Alexandre VII,
Cardinal en 1659 estoit de
Rome. Lazare Pallavicini
aesté aussi Cardinal. Il esoit
de la Promotion de Clement
IX.& est mort depuis six
ans. Les Pallavicinide Genes
ont estédans une très grande
consideracion.
Augustin
Pal.
lavicini fut éleu Doge de la
Republique en 1637.C'est le
premier qui ait pris une Couronne
Royale. Il mourut en
1649. Ephese dont le nouveau
CardinalPallaviciniest Archevesque,
est une Ville
d'Ionie dans l'Asie Mineure.
Quelques-uns la nomment
presentement Figena.Elle est
fîrûée surla Mer Egée où elle
a un Portassez commode.
Cette Ville est fort celebré
- par le Temple de Diane,
qu'on dit qui estoit longde
quatrecensvincrt-cinqpieds-
Se large de deux cens vingt,
&quebrula Erostrate afin
de rendre son nom immortel.
Le troisiéme Concile
General sur tenu à Ephese
l'an 431. fous le Pape Celestin
, contre les Erreurs de
NeltoriiîSjPatriarchedeConstantinople.
3. Angelo Ranuzzi. Il est
de Boulogne, Archevesque
de Damiette
,
& Evesque de
Fano. Il aesté Nonce en Pologne,&
il est presentement
Nonce extraordinaire à la
Cour de France. Boulongne
qu'on nomme ordinairement
la Grosse, à cause de la
bonté de son Territoire qui
estauxextremitezdelaLombardie,
estune desplusbelles
Villes d'Itatie & la seconde
de l'Etat Ecclesiastique. La
pluspart de fès Ruës font en
galeries par arcades, en forte
qu'on y peut marcher sans
recevoir aucune incommodité
du Soleil ny de la pluye.
Elle estoitsoûmise aux Lombards
dans le sixiéme Siecle,
& le fut aux Empereurs après
que Pepin & Charlemagne
l'eurent tirée de la servitude.
Les Empereurs ayant transfcréleor
Siege enAllclnagnes-
\:>
les differens qu'ils eurent aveclesPapes
furent cause
que Boulogne s'érigea en Republique.
Cette Ville devenuë
puissante
,
soûtint plu.
sieurs Guerres, & après avoir
essuye" la domination des
Bentivoglio, des Cannetules,
& des Pepoli, qui le chasserent
les uns les autres ,
elle:,
se donna au S. Siege. Comme
elles'est soûmiseelle-mesme
àl'Eglise
,
elle a un privilege
particulier, qui est d'avoir
un Ambassadeur ordinaire à
Rome Elle eit gouvernée
par un Legat à Lettre, que le
Pape y envoyc. Outre une
celebre Université
,
elle a
l'Academie appellée de gh
otiosi. Ceux qui la composent
ont voulu prendre le nom
d'Oisifs, pour faire entendre
qu'ils ne le sontjamais moins
que lors qu'ilsaffectent de
l'effre.Dliniette est uneVille
d'Afrique en Egypte sur la
Mer,&d'une grande Í1n"'1
portance àcause de son arDe-J
te. Les Chrestienscroisez la|
prirent en 1219. & la rendirent
deux ans aprésau Sultan.
Les Sarrasins l'a ban donnerentauRoy
Saint Louis,lors.
qu'il passa en Egypte en 1249.
& ce Prince ayant esté fait
Prisonnier l'année suivante,
la donna pour sa rançon.
Fano est une Ville d'Italie
dans l'Etat Ecclesiastique,
iiiuëe sur les bords de la
Mer entre Senegallia & Pe- saro, & proch-e du lieu où
estoit autrefois le Temple de
la Fortune. Les Romains avoient
fait bastir ce Temple
en memoire dela celebre Bataille
qu'ilsgagnerent contre
Asdrubal
,
Frere d'Annibal,
qu'ils défirent avec cinquante
millehommes, C'est pour
cela que Fano s'appelle en
Latinfanum Fortunæ. Ony
voit un Arc triomphal de
Marbrequia trenre coudées
de hauteur, ôc qui est un des
plus magnifiques Ouvrages
d'Italie. Je vous parleray de
la Maison & des Emplois de
Mrle Cardinal Ranuzzi dans
l'Article de la Ceremonie*
qui fut faite à Fontainebleau
quand SaMalesté luy
donna le Bonnet.
4. Maximilien de Kiembourg.
Il est Allemand> &
Archevesque de sarsbourg.
C'est une Ville d'Allemagne
-
en Baviere
,
située sur la
Riviere de Saltza. Elle est
belle & grande. L'Archevesque
en est Seigneur,& a la
qualité de Prince de l'Empire.
On y a celebré divers
Conciles.
5. Verissimo d'Alencastro.
Il est de Portugal, & Inquisiteur
General de ce Royaupie.
Il a esté Archevesque
de Brague
,
& il l'est prefentement
de Lisbonne. Brague
est une Ville de Portugal située
sur la Riviere de Cavado
un peu au dessus de son
emboucheure. Elle est à cinq
lieuës de la Mer
,
8c a este
autrefois dans la Galice. On
tient que ce fut le Siege des
anciens Rois Sueves& qu'elle
a esté très considerable
Cotis les Gots. Elle a eu d'Illustres
Prelats , qui se dirent
Primats d'Espagne.Alphonse
I. ayant tiré cette Ville des
mains des Maures en 1240.
tous les Evesques d'Espagne
se soumirent alors à l'Eglise
de BragueC'est gequecettedeTuonleadvaenta- géqlle celte de Tolede lluuyydispute.
6 Marcello Durazzo. Il est
Genois , Frere du Doge, &
Archevesque de Chalcedoine.
Il a esté Nonce en Portugal
,,
&il est presentement
enEspagneenlamesme qualité.
Chalcedoine est une
Ville d'Asiedans la Bithinie,
ftruée sur le Bosphore ou Camal
de la Mer Noire, prés de
Scutari, & vis à vis de Contancinople.
Elle fut d'abord
Ville Episcopale fous Nicomedie
&ensuite on l'érigea.
en Metropole. Procope, qui
se disoit descendu de Julien .,'ApoHar, s'estant emparéde
chalcedoine dans le quatriéme
Siecle, entra secretement
dans Constantinople, & fh
rendit Maistre de l'Empirer
L'Empereur Valens l'ayant
fait mourir fit abatre les murailles
de Chalcedoine
,
qujiJ
est celebre par le Concilo
General qu'on y celebra en
451. Il s'ytrouva six censtrente
Evesques, quis'assemblerent
dans l'Eglise de Sainte
Euphemie.L'Heresie d'Eutichez
y surcondamnée.
7. Horatio Mathei. Il effi
Romain
,
Archevesque de
Damas, Auditeur de Rote &
Major dome du Pape.Il avoit
exercé la mesme Charge fbuj
Clement X. Damas,autrefois
Capitale de Syrie,& aujourd'huy
de la Phenicie, est
une des plus grandes & des
plus riches Villes de tout le
Levant. Elleaestélaneuviéme
Metropole fous le Patriarchat
d'Antioche. Les
Turcs qui en iont les Maistres
depuis prés de deux cens
sans, y ont un Bacha, & la
momment Scham. Elle est fituée
dans une plaine très- fertile
au pied du Mont- Liban,
5&r enfermée de collines à la
façon d'un Arc de Triomphe.
Entre un fort grand
nombre de Marchands les
Juifs y font bon negoce. Il y
a peu de Sectes de Chrestiens
Orientaux qui ne s'y soient
établies. On y trouve aulli
des Carholiques
,
& les Jefuites,
les Cordeliers, & les
Capucins y ont chacun un
Hospice.
8. Marc Antonio Barbarigo.
Il est Archevesque de
Corfou, Cousin du Cardinal.
Barbarigo, Evesque de Padoüe,
& d'une tres -noble
Famille de Venise.Corfou
est la Capitale de l'Isle de la
Mer Ionienne qui porte ce :
nom-, & qui appartient aux
Venitiens. Elle estassez grande
,
bien peu plée
,
& a deux
Chasteauxquila défendent,
& que leur assiete rend presqueimprenables.
LesHabitans
de Corfou , que les Anciens
a ppelloient Corcire,
sont Chrestiens Latins ëc
Grecs. L'Archevesque a pour
Suffragans les Evesquesde
Cephalonie &de Zante.
9. Carlo Ciceri. Ilest Evesque
de Come, lieu de sa nais-
)sanee. Corne est une Ville
d'Italie dans leMilanez,grande,
riche & bien peuplée
Ellecft à vingr ou vingtcinq
milles de Milan,sur le bord
d'un Lac auquel elle donne
Ton nom, & qui a environ
cent milles de tour. Elle a
produit de grands Hommes,
parmy lesquels on compte
le Poëte Cecilius, Pline le
Jeune, & Paul Jove. Je vous
ay parlé de M. le Cardinal Ciceri
dans ma Lettre du mois
patTé,en vous faisant part d'une
Feste que fit à Cavaillon
un Gentilhomme de cette
Famille, lors qu'il eut appris
sa Promotion,
10. Leopold,Comte de C<>
lonits.Il est Hongrois, & a
esté Evesque de de Javarin- Ill'est presentement de Neustadt.
Javarin est uneVille
avec Forteresse au constuant
du Raab & du Danube. Les
Allemansl'appellent Raab.
Elle futprise par les Turcs
icn 1591. ôc reprise en 1606.
par Mrde Vaubecourt, François.
Neustadt est une Ville
d'Allemagne surla Riviere
,, de Brifchaw, à six heuës de
Vienne en Austriche.PaulII.
fonlia en 1468. l'Evesché de
Neustadt,qui est Suffragant
(de Saltzbourg.
II. Estienne le Camus. Il
est de Paris, Docteur de Sorbonne
, Evesque de Grenoble,
& a esté Aumônier de
Sa Majesté. Le foin tres-particulier
qu'il a toûjours prisde
son Diocese est connu de
tout le monde. Mrs le Camu
font d'une Famille des plus
considerables dans la Robe.;
Ce Cardinal est Frere de M"
le Camus, premier President
en la Cour des Aydes de Paris,&
de Mrle Camus, Lieutenant
Civil.
ir. Jean,Baron de Coëtz4
Il estAllemand, Evesquede
Gurk, & a elle Ambassadeur
Pleniporentiaire de l'Empereur.
à la Paix de Nimegue.
.Gurk ou Goritz est une Ville
b
d?Allemagnedans la Carinthie.
Gebbard, Archevesque,
tde Saltzbourg ,fonda l'Eves-
^ché;de Guik en 1073. L'Ervefque
estaujourd'huyPrince
del'Em pire.
LU- .-
12. Michel Radziewzki. Il
aetf Polonois, & Evesque de
^Varmie. Warmie ou Warme-
4and, est
*
un Pays de Pologne
,dont l'Evesque réside à
Brunsberg,Ville decemesïne
Etat)-, dans laPrusse
Royale.
14. Pier. MatheoPetrucci.
Il est Evefquede Jefi, lieu de
sa naissance. Jesi, qu'on nomme
jïifîum en Latin, est une
Ville d'Italie.
15. Fr. Pedro de Salazar. Il
estEspagnol, Evesque deSalamanque,
& nommé à l'Evesché
de Cordouë. Il a esté
General de la Mercy. Salamanque
est une des plus
grandes Villes d'Efipaunec
dans le Royaume de Leon.
Son Université est tres-renommée
Cordouë est une
autre Ville d'Espagne dans
l'Andalousie, qui a eu autrerois
titre de Royaume. Elle
icit cek bre par sa naissance
des deuxSeneques, du Poëte
Loucauin,& de Ferdinand Gon- Gonzalve, appelle
le grand Capitaine, qui ferait
à la conquête du Royaume
de Grenade fous les Rois
Ferdinand & Isabelle. Cette
Ville a elletres-renommée
Tous la domination des Romains
& des Maures. Ces
Herniers y firent bâtir une
Moiquee, la plus bellequ'ils
'Sussènt après la Mecque.
1:'ef1: prefentemenc l'Eglise
Episcopale. Il y a eu un
Estienne de Salazar de Grenade,
fameux par son érudition,
qui a laissé divers Trairez
qu'on estime. Ilestmort
Chartreux. Il y a eu aussi deux-J
Pierres deSalazar, dont l'unj
qui vivoit vers l'an 1570. a écrit en Espagnolla Chronique
de l'Empereur Charle
quinr, & l'Histoire de !~
conquested'Afrique. L'autre
estoit Chanoine de Toledes
en 1620. & a compose diverse
Ouvrages. Les principaux
sont, la Vie de Dom Jeann
Tavera, & celle du Cardinal
Gonsalez de Mendoza, cousj
Tf
deux Archevesques de Tolede,
la Chronique de la Maison
dePonce de Léon, &
l'Origine des Dignitez Ceçulieres
de Leon & deCastille.
16.GuillaumeEgon,Comtte
de Furstemberg. Il est Evesque
de Strasbourg & je
vous parlay de luy fort amplement
lors qu'il fut éleu
Evesque de cette Ville, SrraC
bourgest la Capitaledel'Alsace,
& une des plus belles
Villes d'Allemagne, à un
iqj, uart de lieuë du Rh,in. Elle st située au milieu d'une
grande plaine,où elle reçoit
les Rivieres d'Ill &de Breufche..
L'Evesché est Saffragant
de Mayence. Furstemberg,
autre Ville d'Allemagneen
Suabe, a donné son nom à la
Maifonde Furstemberg ,quii
estseconde en grands Hommes,
& que l'Empereur afaits
Princes de l'Empire. Cette
Maison
,
qui tire son origines
depuis le tem ps de Charlemagne,
a eu divers Conseillers
des Electeurs de Mayence
& de Cologne, de grands
Capitaines, quantité de Chanoines
dans, les Eglises des
Trcves, Cologne, tS> pire, &
tvlunlter, tous Amis des Lettres
& Défenseurs de la Foy,
olufieurs Prelats d'un mcrice
ingulier, & grand nombre
le Chevaliers & Commanleurs,
tant de l'Ordre Theuonique
,que de celuy de Lilonie.
Guillaume de Furssmberg
fut nommé Grand
f4ailtre de ce dernierOrdre
licrs l'an IHS. ..1.1 17. Jean Casimir de Denk>
f. Il est Polonois, Cotiv.
andeur de l'Hospital du
Esprit, & Envoyé extraornaire
de Pologne à Rome.
118. Dom Joseph Saenz de
Aguirre. Il est Espagnol,&;
Religieux Benedictin. Depuis
plus de douze cens ans
quel'Ordre de S. Benoist est;
si celebre dans l'Eglise, il
luy a donné quantité des
Pa pes, de Cardinaux, de Patriarches,
& un très grand
nombre d'Archevesques to
d'Evesques Ce saint Patriarche
qui l'établit sur le Monc—
Cassin, y mouruten543. 4
19. Le Pere Leandro Colo-
redo. Il est natif du Frioul
& Prestre de l'Oratoire. C'est
un homme d'une vertu éminente,
&d'une profondeéru..
dition. Le Frioulestune Province
d'Italie, qui a eu autrefois
titre de Duché. Les
Lombards le prirent fous
leur Roy Alboïn, qui vers
l'an 568. y établit ason Neveu
Gisulfe en qualité de Duc &
de Gouverneur. Charlemagne
ayant éteint le Royaume
de Lombardie en 774».
donna le Frioul à Rigaut, Seigneur
Lombard, à condition.
de l'hommage. Enfin aprés
différentes révolutions il fut
donné vers l'an 1028. par l'Empereur
Conrad IL à Popon
son Chancelier, Patriarched'Aquilee.
Les Successeurs aej
cePrelat en jouirentjusqu'en
1420. que Loüis Techios'éttaannt
teennggaaggéétermenelcrraailrreemnlecnntt1î..
à la Guerre contre les Venitiens,
ceuxcy serendirent
Maistres du Friouil& l'ont
toujours conservé depuis.
20. Fortunato Carassa. ilL
est Frere du Grand Maistre
de la ReligiondeMaire. Lac
Maison de Caraffe est uneb
des plus nobles & des plus2
illustres du Royaume de
Naples, où elle se divise car
diverses branches, d'Ariano,
de Montorio,deRuvo
,
des
Montebello
,
de Montenegro
& d' Anza.Quelques-uns
la font descendre d'un Roy
de Pologne. Jean-Pierre Caraffe
qui fut élevéau Pontificat
en IJJJ. fous le nom de
PaulI V. estoitde cette Maison,
où l'ontrouve neuf ou
dix Cardinaux,autant dArchevefques
de Naples, &
plu sieursVicerois,Gouvermeurs,
& Capitaines celebrés.
21. Dominico Maria de
Curci. Il est de Florence, &
Auditeur de la Chambre Apostolique.
Florence est la
Capitale de la Toscane , 6a
est comptée entre
-
les plus
grapdes Villes d'Italie. On Innomme
Florence la Belle, el
caufede labeautédesesRuës.,
pavées de pierres larges qui
répond à celle deses Maisons
,
& à la magnificence
de fo Eglises. C'est où les.
Grands Ducs font leur demeure.
Les Peintures & les
Statuês du Palais du Princesont
des Chef d'oeuvresdes
meilleurs Maistres ,& ily a.
dans son Cabinet & dans laa
Gallerie de l'ancien Palais,,
un très-grand nombre de
pieces que leur rareténe rend
pas moins considerables que
leur richesse. Cette Ville qui
est fertile en hommes de
Lettres, & dans laquelle s'est
établie la celebre Academie
He la Crusca
, a esté fous la
Homination de differens Maîres,
jusqu'à ce qu'elle se soit
sômiseà laMaison de Medicis.
22. Gio. Francesco Necyrani.
Il est de Genes, & T'- ré,-
sorier General de la Chamore.
23. Fulvio Astatlli. Il est
Aomain, Clerc de Chambre
& Neveu du Ordinaire£|»
mesme nom.
24. Gaspard Cavallieri. Ill
est aussi Clerc de Chambre.
- ôc Romain.
25.Joan.GualteriusSlusius.
Il est Liegeois& Secretairo
des Brefs. Liege, ou Pays de
Liege
,
est un Duché en la
haute Allemagne compris
dans le Pays-bas. La Ville est
située sur la Meuse dansune
agreableVallée,environnée
debelles Montagnesque divers
Vallons separent avec
des Prairiesarrosées de plusieurspetitesRivieres
quii-4
déchargent dans la Meuseavantqu'elle
entre dans la
Ville. La Cathedrale dediée
à S. Lambert
,
est celebre par
son Chapitre; qui est composé
de Princes, de Cardimaux
,& de personnes de
tres -
grande qualité. L'Evesque
prend le titre de Duc
de Baillon, de Marquis de
Franchimont, & de Comte
de Hoots & de Hasbain. Il
en: Seigneur de tout le Pays,
& Prince du Saint Empire.
Mr l'Abbé Sluze Frere de
ce nouveau Cardinal est
Chanoine de Liege. Ainsi
l'on ne peut douter dela NÓ.
blessé de cette Maison, puisa
qu'on n'etf receu dans ces
Chapitre, qu'aprésavoir fait.
des preuves incontestables.
Ils sont tous d-etix dans une
tres-haute estime.
26. François-Marie de Me«t
dicis. Il est Frere deCosme
III. GrandDuc de Toscane
qui en 1661. épousaMarguerite
Loüise d«Orlea-nsi?
Fille deGaston-Jean- Baptiste
dc. France, Duc d'Orléans^
êc de- Marguerite de Lôm
raine. La Maison de Medicis.
s'est renduëextremé
ment considerable dans ces
merniers Siecles par son élewation
& par ses Alliances.
Elle a donnéquatre Papes à
l'Eglise
,
Leon X. Clement
Nil Pie IV. & Leon XI.
?k deux Reines à la France ; Catherine de Medicis Femme
de Henry II. & Mere des
Rois FrançoisII. Charles
IX. & HenryIII. & Marie
de Medicis , Mere du feu
Roy. La succession de cette
Maison n'eH, bien connuë
Hue depuis Philippes de Medicis,
quesa prudence avoit
irais dansune tres-grande reputation.
Les Guelphes de
Florenceavoientaccoûtumé
de leconsulter dans tous les
desseins qu'ils faisoientcontre
les Gibelins leurs Ennemis.
Ceux-cy voulant s'en
vangerresolurent d'exterminertous
lesMedicis ,mais
leur entreprise n'eut point de
succez. Les Guelphes qui les f
batirent, ramenerent à Florence
les Medicistriomphans,&
non seulementils
les y receurent Citoyens,
mais ils les firent encore admettre
dans les principales
Charges de la Republique.
PhilippesdeMedicis mourut
en 12,j8, &laissaEverard Pere
â'Evcrafid II. qui eut Claris-
{*îme ou SylvestredeMedicis oti fait tige des Medicis
ouMediquindeMilan. C'est
odeictette branche que PieIV. venu. Jean de Medicis,
ilusi mourut en 1418. eut pour Cosme & Laurent. La
éreanche de Cosme furconti- [ jusqu'à Laurent II. qui Pere de la Reyne Cacheriede
Medicis, & eut un FilsatureI,
nommé Alexandre,
ue Charles-Quint fit Duc «Florence en 1531.Laurent
deMedicisson Cousin,descendu
de la branche de Laurent
Fils puisné de Jean, le:
tua en 1537. & mourut sans
laisserd'Enfans,ayant toûjours
affecté le nom de Populaire.
Cosme I. de ce nom,
venu d'un autre puisnéde
cette seconde branche, fut:
fait Grand Duc de Toscane
en 1569. par le Pape Pie V.
IllaissaFrançois I. de ce nonVi
Grand Duc, qui de Jeanne
d'Auitriche, Fille de l'Empereur
Ferdinand I. eut un
grand nombre d'Enfans, ôc:
entre autres Marie de MedicisFemmede
Henry IV, ¡ & Ferdinand I. Grand D
de Toscane. Ferdinandépo
sa Chriltine de Lonv.in,
Fille de Charles II. Duc oc
Lorraine
,
& de Claudede
France, & laissa Cosme II.
qui prit alliance avec Madelaine
d'Austriche
,
Soeur de
l'Empereur Ferdinand II. Il
en eutFerdinand II. qui mouruten
1670. C'estoitle Pere
de Cosme III. au jourd'huy
.Grand Duc, & de François-
Marie, qui est le nouveau
Cardinal dont je vous parle.
}*
2.7. Reinaldod'Est. IlciV
Oncle du Duc de Modene.
Est ou Este, Ville fortancienne
d'Italie dans le Padoüan,
a donné son nom à
l'Illustre Maisond'Est.Borso
d'Est, Fils de Lionello Marquis
d'Est & de Ferrare,
ayantreceu magnifiquement:
Frideric III. en 1451. cet Empereur
le fit Duc de Modene,
& de Reggio l'année (ui.,
vante , & en 1471. il fut fait
Duc de Ferrare par le Pape
Paul II. SesSuccesseurs joiiii
rent de ce dernier Duché juC.
qu'à la mort d'Alfonse III
qui ne laissa point de posterité.
Cesar d'Est, petit Fils
d'Alphonse l. èc de Laura
Eustochia,l'unede sec Maîtressesqu'il
avoit épousée secretement,
se mit en possession
de Ferrare, quoy que
cè't Estat fiift dévolu à la
Chambre Apostolique ; mais
n'ayantpûresister à l'Armée
Ichi Pa pe, ilfit son ïccom-rnoj^
dcmenc
,
&secontenta de
[ Modene &deReggio.Il fut
[Pere d'Alfonce III. qui laissa.
[François I. Ce dernier eut
pourFils Alfonce IV. Frere
Klu nouveau Cardinald'Est. Ilmourut en 1662. & laissa de
Laure Martinozzi, Niece de
Mr le Cardinal Mazarin,
François II. Duc de Modene
& de Reggio) Marquis d'Est,
Prince de Carpi) né le 6.
Mars 1660. rh,( mr
f
Il faut presentement vous
parler de ce qui se passale
jour que Sa Majesté donna le
Bonnet à M le Cardinal Ranuzzi.
Mrl'AbbéServient
Camerier secret du Pape qui
l'apportoitau Roy de la parc
de Sa Sainteté, avec ceux de
Mrs les Cardinaux de Furstenberg,
& le Camus, afin qu'ils
leur fussent
distribuezselon
les ordres de ce Monarque:,
estant arrivéicy le 26. du:
mois passé, en fit auui-cost
donner avis à la Cour par un
Courrier qu'il fie partir pour-
Fontainebleau. Le Roy qui'
auneestime particulierepour
Mrle Cardinal Ranuzzi, re-
Jibtuc de luy donner le Bonnet
luy.mesme
,
& choisir le
Mercredy 6. de ce mois pour
en
-
faire la: Ceremonie. Ce
Cardinal se rendit le jour
precedent à Fontainebleau
avec Mr, l'Abbé Servient, &:
logea dans le Chasteau à l'appartement
de Mrle Marquis
de S. Heran qui en est Gouverneur.
Le lendemain à dix
heures du matin, M l'Abbé
Servient alla sàluer le Roy
qu'il complimenta de la part
du Pa pe. Il luypresenta le
Bonnet destiné pour ce nouveau
Cardinal avec un Bref
desaSainteté, ôc s'estant ensuité
retiré avec le Bonnet, il:
alla le mettre danslaChapel-'
le du Chasteau sur une Credence
du carré de l'Autel
dansunBassin de Vermeil.;
Il se rendit de-la au près de
Son Eminence, que Mr le
Prince Camille de Lorraine,:
sécondFils de Mr le Comte
d' Armnçnac, nommé par le
Roy pour ,
l'accompagner
dans cette Ceremonie, &Mt'
de Bonneuil, Introducteur
des-Ambassadeurs, vinrent
prendre dans les Carosses de
Sa Majesté & de Madame la
Dauphine. Les GardesFrançoises&
Suissès estoientsous
les armes avec les autresGar.
des ordinairesselon ce qu'ona
coustume de pratiquer aux
premieres Audiences des
Nonces du Pape, & des Ambassàdeurs
des Testes couronnées.
Mrle Cardinal Ranuzzi
fut conduit àla Chapelledu
Chasteau, où Sa
Majesté entendoit la Messe.
Mrle Marquis de Blainviller
Grand Maistre des Ceremonies,
& Mr de Saintot Maistre
des Ceremonies, le receurent
à la porte, & le conduisirent
avec Mr l'AbbéServient
au PriéDieu du
.- Roy
où ce Cardinal, a près luy avoir
fait une tres- profonde.
reverence, se rangea du costé
gauche.Mrl'AbbéServient
qui se rangea à la droite,presenta
à Sa Majesté le Bonnet
qui estoir dans le Bassin, couvert
vert d'un Taffetas cramoisi.
Le Roy le prit,<3c le mit sur la
teste de ce nouveau Cardinal
en luy disant d'une maniere
obligeante, F'oila^Menpeur,
jttcjuele Pape m'a envoyé pour
,,vous donner. Vous nedevez pas
douter que je ne le sasse avec un
,tres.orand piiiftr, ayant autant
defitme cjze j'en ayPour vojïre
personne. Ce Cardinalayant
fait une profondeinclina-
,
tion au Roy,luyfit ses remercièmens
en peu de paroles
par un compliment qui îplut extrêmement a Sa Majesté
,
aprèsquoy il alla. à la
Sacristie changer ses habits
de Nonce dont ilestoit encore
revestu), enuneSoutane
rougeavec leCamail, le Ro
chet & le Mantelet. Pendant
ce temps, le Roy s'avança
vers la porte de la Chapelle,
ôc marcha si doucement.que
Son Eminence eut le temps
de le rejoindre avant qu'il en
sust sorty. MrleCardinal Ranuzzi
ayant abordé Sa Majesté
lasàlüa fort profondement.
Le Roy estant hors de
la Chappelle, se couvrit, & : dit à ce Cardinal qu'il mist:
son Bonnet ce qu'il fit, ac-.
compagnant Sa Majeste à
l'antichambre de l'appartement
delaReyne où il devoit
avoir l'honneur dedisner
avecElle.On y avoit préparé
la Table. Elle estoit
d'environ dix pieds de long
sur quatre de large. A trois
piedsdedistance du haut
bout de la table,estoit la
Nef & le Couvert du Roy,
avec son Fauteuil vis-à-vis
du Couvert, tournant le
dosà la cheminée. A cinq
pieds plus bas que le Couvert
de Sa Majesté etoit celuy
de Mrle Cardinal,sans Cadenasavec
un siege pliant
vis-à-vis de sonCouvert. Le
Roy en prenant sa place,dit à
SonEminence qu'elle prist la
sienne. Mr l'Evesque d'Orleans,
premier Aumonier de
SaMajeste,b. nie laTable.Le
Roy receut la sèrviette pour
laver les mains, de son pre
mier Maistre d'Hostel,' ôc<\
Mr le Cardinal Ranuzzi.laj
receut decelles du Contrai.
leur General de quartier. flU
fut servy par lesOfficiers du
Roy, & les services furent
semblables. Le Roy ayant
demande à boire, dit qu'il
sa loitcommencer par la Santé
de Sa Sainteté, & lors qu'il
eut le verre à la main
,
il se
leva,oita son Chapeau,&
dit en se tournant du costéde
ce Cardinal, quecestoit à la
santé du Pape. Ensuite il remit
son chapeau, & s'éstant
assis il but; après quoy il se
releva,ôta encore son cha.
peau, ôc se tourna de nouveau
du coté de Son Eminence
,qui s'estant levée &
ayantôré son Bonnet si-tost
:qàuelale Rov eut parlé de boire SanréduPape,demeura;
dans cette posture jusqu'à ce
que Sa Majesté se fust remise
la féconde fois dans sonFauteüil.
Quelques momens aprés,
Mr le Cardinal demanda
à boire, & s'estant levé il
remercia le Roy de ce qu'il
luy avoir pleu de boire à la
Santé de Sa Sainteté. Il se tint
debout & découvert en beuvant,&
aprèsavoir bu^lfaliïa
le Roy, remit son Bonnet,
.&s'allit. Le Repas dura une
heure. Lors qu'ilfut finy,
Mr l'Evesque d'Orléans dit
les Graces, & Sa Majesté
ayant pris le chemin de son
Cabinet, y fit entrer Mr le
Cardinal Ranuzzi. Ils y furent
seuls pendant trois
quarts d'heure. Son Eminence
en estant sortie alla
rendre ses devoirsà Madame
la Dauphine, à Monsieur &
à Madame
,
qui receurent
chacun un Bref de Sa Sainteté
par Mr l'Abbé Servient,
qui accompagnoit ce Cardinal
, avec Mr le Prince Camille
,
ôc Mr de Bonneüil.
Leurs Altesse Royales le firent
asseoir,& luy marquerent
par une très-obligeante
reception les égards qu'Ellesavoient
pour sonrang& pour
son merite. Monseigneurqui
estoit depuis trois jours à Valery
avec Monsieur le Duc,
& plu sieurs grands Seigneurs
de la Cour à une partie de
Chllfe)cn revint fort tard ce
mesme jour. Le lendemain
Mr le Cardinal Ranuzzi alLr
au lever duRoy,& s'estant
rendu sur les dix heures à la)
Salle des Ambassadeurs
4
Mrs
lePrinceCamille ; & les au*-f
tres qui l'avoient accompagné
le jour precedent, le vin-
,
rentprendre pour le conduire
chez Monseigneur le Dauphin,
qui le receut avec des
marques singulieres de coru
sideration & d'estime. M* 1AbbeServienc presenta à ce
Prince un Brefde Sa Sainreté.
L'apréfdînée, ce Cardinal
rendit quelques visites,& accompagna
Sa Majesté à la
Comedie Italienne. il y avoit
fort longtemps qu'on n'avoit
fait une ceremonie de certe'
nature. Cellecy se fit avec
plusieurs prérogatives,qui
m'avoicnr jamais elleaccordées,
cequiobligea le Roy
)d e déc larer que son intenlion
n'estoit pas qu'elles ripafieat-
à conséquence en dçj
v
pareilles occasions. Toute sa
Cour a témoignéune grande
joye de cette distinction.
LaMaison desRanuzzi,No
bles SenateursBolonois, &
Comtes de la Porrete, s'est
fait connoistre depuis plus de
quatre Siecles
y
& n'est pas
moins illustre qu'elle est ancienne.
Marie-Antoine Ranuzzi
fut envoyé Ambassadcur
à Rome pour la Ville de 41
Bologne Il estoit Pere du
Ïl
nouveau Cardinal dont je
vous parle, qui a tres-utilement
servy l'Eglise fous les
quatre derniers Papes. Il
commença ses Emplois fous
le Pape Alexandre VII. qui
le fit Referendaire de Signature
de Justice en 1656.
Ensuite il fut Referendaire
de laSignature de Grace
, aprés
quoy il eut le Gouvernement
de la Ville de Rimini,
de Rieti, du Duché de Camerin,
de la Ville tz Port d'Ancone.
Il a elle Commissaire
general des Armes des Estats
d'Urbin, deux fois Vicelegaco
dans les mesmes Estats,Inlique
à Malte, & Gouver-
- neur General de la Province
de la Marche fous Clement
-
IX.Ilfut envoyé Nonce Apoftolique
en Savoye sous
Clement X. &: ensuite il alla
en la mesme qualité au prés
du Roy de Pologne. Il eut le
titre d'Archevesque de Damiette
dans cette Nonciature,&
donna jusqu'à sa Vaisselle
d'argent pour les necessitezde
(l)a Guerre contre le
Turc. Il donna aussi une fOln.,
me considerable pour la mesme
Guerre,au commencement
du Pontificat du
Pape
à present regnant ,
& ayant
cite faitEvesque de Fano
,
il
employaquatre années du
revenu de cet Evesché pour
faire baitir entierement un
Palais où l'Evesque fuit logé
commodément. Au mois de
Fevrier 1683 Sa Sainteté l'envoya
Nonce Apostolique
extraordinaire en France, où
il a travaillé sans relasche,
pour tacher de retenir les
Princes Chrestiens en intelligence.
Il a beaucou p contribué
à la Trêve
,
& procuré
aux Genois les moyens de se
remettre dans les bonnes
graces du Roy Entre plusieursbelles
qualitez,il a particulierement
une douceur
naturelle,&une inclination
à obliger tout le monde, ce
qui luy a toûjours acdrëlestime
& l'amitié des Princes
& des Peuples au près desquels
il aesté employé, ne
manquant jamais d'expediens
pour terminer les affaires
à l'amiable quelques difficiles
qu'e lles soient
>
Se
ne s'im patientant point lors
qu'il s'agit demettre la paix
entre deux Familles où deux
personnes
,
jusqu'à ce qu'il
y ait entierement réüssi. C'eltj
ce qui a donné lieu à ces 1
quatre Vers quiontesté mis
au dessous d'un de ses Portraits,
par allusion au nom
d'Ange que porteceCardinal.
Comme un Angeautrefois peur ie
f,alut de l'homme
Fut envoyé des Cicar,
Cet Anie que tu vois est envoyé de
Rome
Pour lupaix de ces ]f.
SivosAmis souhaitent d'avoir
les Portrairs de Mrs les
Cardinaux, Mr Habert qui
s'applique à les graver,a déjà
achevé ceux de Mr le Car
îjdînai Ranuzzi, & de M le
Cardinal le Camus
, & cftl;
presentement occupç
celu y de M', deFurstemberg.
Je ne sçauroisfinir cet Article
sans vous apprendre quel
le 18. de ce mois, ce IneÍlncl:
Cardinal Ranuzzi tint sur
les Fonts de BaptêmeleFils
de Mestre François de Bonenfant
, ComtedeMagni,&
de Dame Anne-Antoinette-
Nicole Gauraux du Mont,
Fillede Messire Nicolas de
Gauraux du Nlont9Marquis];
de la Perier,d'une des plusanciennesMaisons
d'Italie,& de
DameCatherine duAutoy de
Luxembourg.Cet Enfant qui
estoit né le 30. Septembre,
fut baptisé à S. Sulpice par
Mr le Curé de la Paroisse,ôc
nommé Ange. Madame de
Jk){Sier
,
Femme de Mrde
Bossuret,Intendant à Soissons,
& Soeur de Madâme la Comtesse
de Magny, qui luy servit
de Marraine
, parut avec
tout l'éclat possible, tant par
Tagrement de sa Perfonneque
par son esprit, quoy que
* dans un estat tres-modeste,
cLeettecompliment qu'elle fit à
Eminence,fut admiré de
tous ceux qui rentend-il
rent. La Ceremonie se fit en
presence deMadame lacomtesse
de Magny, Mere de
l'Enfant, de Madame l'Abbesse
du Mont, sa Soeur, Dame
d'un fort grand merite,
de Madame de Boutonvilliers,
Soeur de Mr le Comte
deMagny,de Mr l'Abbé de
Bossuet
,
& autres. Mr le
Comte de Magny est Fils de
Messire Philippe de Bonen.
flnt) Seigneur Comte de
Magny,& de Dame Marie
de Faudons,Fille deMessite
François de Faudons Lerillac,
aisné de la Branche de Faudons
,Comte de Blin, Gouverneur
de Paris fous Henry
IV. & Chevalier de l'Ordre,
de la mesmeMaison que
Barbasan deFaudons,grand
Chambellan de CharlesVII
enterréauxpieds du Roy son
MaistreàS.Denys.
Vous sçavez , Madame,
que tous les ans lelendemain
de la S. Martin, le Parlement
se trouve en Robes rouges
avec les Presidens au Monter
en teste dans la grande Salle
du Palais,c'est à dire dans
la Salle des Marchands,dans.
laquelle il y a une Chapelle.
Tout le collé quecet auguc.)
te Senat occupe & quiest
celu y de laChapelle,est ta pissé,
& gardé par les Archers
de Ville. La Messe se chante
en Musique, & elle est toûjours
celebrée par un Evesque,
qui en est prié quelques
jours auparavant, de la part
duParlement. La Messè finie
,l'Evesque & le Parlemententrentdans
la crand*
Chambre. L'Evesque remercie
le Parlement du choix
qu'il a fair de luy pour cette
fonctions & le Parlement le
remercie par la bouche de
son Premier President, de ce
qu'il a bien voulu la faire.
Ensuite le Parlement se retire
, &n'entre que huit ou
cçmnze jours aprés, & quelquefois
mesme a prés trois
semaines;car la semaine qu'il
rentre doit estre sans Feiîçs,
du nombre desquelles sont
les Festesdu Palais
, comme
Sainte Catherine. Quoy que
le Parlement ne rentre pas
le lendemain de la S. Martin,
ou plûtostqu'il ne continuë
pas ses Seances,les delais ne
laissent pas de courir. Ce n'est
que le jour qu'il rentre,que
le font les Harangues de Mr
le Premier President,& de
Mrs les Gens du Roy. L'Evesque
qui a celebré la Messe
cette année estMrde Monmor
, Evesque de Perpignan.
Il estoit à Paris parce qu'on
luy avoit ordonné d'y demeurer
pour travailler à des
affaires qui regardentson
Diocese. Il commença
par
un Eloge du Parlement & dit
Que l'honneur que cette luuflreil
Compagnie luy avoit fuit en le !
cboijîjjantpour une fontlion aujji j
venerable @J aujJi fainte
, que
<
celle dont il venoit d'estre leMi~
- - s. 1
"Iiflre
,
excitoiten luy de trèsgrands
sentimens de reconnoissance
, mais que de tout-es les ralon1
qui l'ob ligeoient d'y eflre fenjîbler
ilnyen avoitpoint de plus fuis
fante que loccafion favorable on
ilJe trmvoit dt faire connoistre
publiquement
) e en presençe
mesme de cette Augure CourJ le
profond refpeflJ & laftncere vénération
quil avoitr non ftule-
+ ment en général pour tous les fagesMagiflrats
qui la comparaient.
mais encore en particulier pour celuy
qu'unevive pénétration
, un
juste discernement
s ü une application
infatigable rendent si
digne d'eneftreleChef;pourceux
qu'une probité reconnue dr une
droiture inflexibledifîinguoient
bienplus que le rangqu'ils occu- Poientlamajeflé de U
Pourpre dont ils efloientrevenus ;
& enfinpour ces celebru Organes
du Poy tm du Public) qui ne
se faisoient jamais entendre qu'en
faveur de lajustice
y
de la vérité
&de l'innocence. Il ajouta, que
ce r°fpeft avoit pris en Itry de pro- 1 _y pro,-
fondes racines
,
puis qu'il n'efbir
pas moins un effet de sa ratsony
qnune fuite de sonéducation. Il
dit qu'ilefhit né d'un Pere qui
l'avoitvivement imprimé dans
son
fincoeurparfôn exemples & que
cet exemple avoit eslé soûtenu de
tant d'autres qui luy ejîoient domestiques
,
qu'ilaurait démenryle
fang qui le hoit à plujifttrs Adagijlrats
de ce Corps l/luftre
,
s'il
riavoit pas de luy les grandes
idces qu'ils en avaient eux-mesmes
conceuës ; mais que quand
ddans un â/gIep!lusavancé} i.l, avoir
voulu examiner les préjHgi-% de
on enfance
,
cefloit alors qu'il
is'-efloit confirme par luy-mcfme
xlans cessentimens rejpecîueux qui
vfioient déja formez en luy;qu'il
vavoitreconnu dans ce Parlement
wwufte tant de grandeur,t,:nt ds,
lumierey rtJ tant defagrffi
> que
s'abandonnant entierement à tous
les mouvemens que pyuvoit produire
unsi beaumélange, ils'ejloit
fait une heureuse ntceffité de le
regarder comme un objet qui demandoit
touteson tflimt, Çt) toute
sa consideration ; qu'onpouvoit
dire que laluftict sembloit avoir
rhoifi cet augujle Corps comme un
fancluaire vénérable pour établir
sa demeure,foit que ion conjide-<
raft ou l'équité defis jirrefts
, ou
la feveîite
qu'il
exerce contre
lesvices, ou le zele qu'ilfait pa.
roiflre pour étoufer les mauvaises
doctrines, ou la proteElion qu'il
Jait toûjours gloire d'accorder à
l'Eglise en lapersonnedesessacrez
Ministres, ou son attachementinviolablepourles
droits de
lA Couronne. Il s'étendit la deffus
avecbeaucoup d'éloquence
,& fit voir que toutes
ces rares qualitez ensemble
le rendoient non feulement
lasource de la felicité des
Peuples qui reconnoissent les
Loix,mais encore le modele
*»& la regle de tous les autres
Tribunaux du Royaume, ce
quil'avoit mis dans une si
haute estime dans toute l'Eumope
, que plusieurs Souverains
avoient reconnu hautement
son integrité
, en
soûmettant volontairement
& par choix leurs plus importans
interests à la décision
de ses Oracles. Il prit de
:
là occasion de loüer le Roy
yi
& aprés avoir marquéqu'il
ne craignoit point que les
témoignagessinceresqu'il
le sentoit obligé de rendreà
la gloire de cette auguste
Com pagnie, fussent imputez
auxflaterieslâches &.>
grossieres,où les Orateurs avoient
si souvent recours,
mais ausquelles la grandeur
& la saintetéde son Ministere
ne permettoient pas
qu'il s'abaissast; il dit que non
seulement on ne pouvoit douter de *cequ'il avoitavancé
,
mais qu'il
n'y avoit personne qui pust estre
surpris de ce que tous les Parlemensprenoient
pourregle un Parlementquiseregloit
luy-mesmesur
leplusgrand Roydu monde, un
Parlement qui n'avoit pour modele
de saconduite,deson esprit,
de sa justice
,
deson integriré, de
sa pieté, desesjugemens;que tess
prit,la justice) l'intégrité,la pieté
, la conduite dp Monarque le
plusaccomply qui fuIt jamais.
Une si grande matiere fut
traitée par ce Prelat de la maniere
la plus délicate. Il fit
connoître que c'étaitunglorieux
avantage pour tous cesgrandsMA"
gistrats, que voulant remplir tous
les devoirs de leurredoutable Ministere,
au lieu de consulterpour cela
des Livres morts&inanimez,
au lieuderappellerlesouvenir de
ces Grands Hommes qui ont ejic
l'admiration de leur Siecle
, &
qui cependant ne nous ont laijff
que des Loixdouteuses
, ou objcu*
res, ou imparfaites,ils n'avoient
quàétuletdactions de LOUIS
LE GRAND;Actionsqui
III) faisant porter à si fujlc titxé
les noms augustes de Pere du PeupIe,
deProiefteutde ïInnocence>
de soûtien de la Fcy
,
d'Ang£
exterminateur des Heresïes, &
des nouveaute% également contraires
a la Religion (t) à l'Eflat
f
estoient comme autant de réglés fidélits
y
comme autant de Loix
vivantes qui lescanduifoient éu
vecajjeurance&sans craindrete-
* garement ,
puis qrlils les avaient
toujours devant les yeux, dans
les routes penibles de laluftice.
Il ébaucha une partie des
grands trairs qui frapent G
forcement dans la Vie du
Roy. Il dit que lors qu'il cftoit
quepion du bien du Peuple, on
voyoït ce grand Princesacrifierses
inîerefls à l'avantage public
J
&
se dépouiller luy-rnejme
, parce
qu'il efi F\oy, en faveur de ses
Sujets, d'un droit quesafujlice
confèrve si religieusement au
moindre deceux qui iuyfontfournis
; que s'il falloir poursuivre le
crime ,
ilefioit aise de remarquer
les d'Íre:( d'éloignermnt e âhor- ,
rur avec Irfquels ce Adonarque
ïenvifageoit, et %ele ardent dont
il efloit animé pour le pfnir, les
fages mesuresquilpnnott pour
.en prévenir les de[ordre* ,(g? la
justerigueur dont il s'armoit pour
les bannir entierement de ses Etats
Il passa ensuite au sincere
attachemement de Sa
Majesté pour les véritables
intérêts de l'Eglise
9
& dit
a ces Sages Magistrats que
c'estoit par le soin qu'ils avoient
de l'imiter qu'ils apprenoient à
rendreà Dieuce qfit appartientà
Dieu
, comme ils sçavoient si
bien rendre à Cesarcequi appartient
a Cesar. Il parla de la Foy)
de la force, & de la sagesse
que le Roy vient de faire paroitre
pour soutenir la Religion
de nos Peres, & pour
la faire triompher de la malheureuse
& obstinéeHeresie
qui la troubloit depuis si
long-temps. Il dit qu'on ria.
voit qu'à lire sesDéclarations&
ses Ordonnances,pouryvoir avec
autant d'admirarionqued'étonnement,
que leur justice
,
leur
modération, leur douceur, soutenues
du bras du très haut, entre
les mains de qui font les coeurs des
Peuples & des Roys
,
avoient
suffypour abbatre ces Temples pro- «
phanei où revoient le mensonge,
t,7 l'esprit d'aveuglement;pour
dî{fiper ces faux Pasteurs qui nour.
rissoient du pain de l'erreur
,
des
Brebis égaréessorties de leur vc+
ritable Troupeau; pour anéantir
ces Cultes monftmeux
)
félon lef
quels de malheureux Chrefliens
sans Chef professoient une ReligionsansSacrifice
;pour revoquer
aiamais ces déplorables Editsqut
efleient l'ouvrage de la hardieffi
d'un Peuple aveuglé, & dont la
,
gl"
, la.
force & la wecejJité des temps avoientcontraint
le Tarlement dr
charger ses Registres
;
enfin pour
ffaperiufquaux fondemens une
herejie que l'espritdindépendance
avaitfait naijlre
, que la rébellion
1
avoit établie au milieu du ecirnaçe
C des horreurs de la Guerre,
1.que le libertinage avoitseen con*
server iajqftapwfentâ -rd qui
subsiteroitencore parmy noussans
le zele ¡nf¡.tigtlble de notre Invincible
Monarque.Ce Discours
receut de grands applaudissemens
detoute la Compagnie,
au nom de laquelle Mrle Premier
President le remercia
,
& de la fonction dontil avoit
bien voulu, s'acquiter
,
& de
tout ce qu'il avoit dità l'avantage
du Corps. Il ajouta qu'il
n'y avoit point lieu délire
surpris de son éloquence,
puisqu'il estoit né parmy les.
Myifes & dans la Robe. Il
entendoit parler de feu Mr
de Monmor son Pere, qui
est mort Doyen des Maistres
des Requestes & de l'Academie
Françoise. Ce Prelat fut
traité ensuite avec beaucoup
demagnificencechez Mr le
Premier President,où se trouvèrent
la pluspart de M s les
Presidens & Conseillers.
La Cour des Aydes entra
le mesme jour, ôc comme ce
n'est point par Ceremonie,
& qu'elle continue ses Audiences
,
les Harangues se
font ce jour là. Mr le Camus,
Premier Pre sident de cette
Cour, parla sur la pureté de
coeur que doivent avoir les
Juges, & dit de très- belles
choses à son ordinaire. Les
Extraits que vous avez trouvez
dans mes Lettres de plusieurs
Discours qu'il a pronocez
dans la mesmeoccasion
ne vous permettent pas d'en
douter. Mr le Haguais quia
succedé depuis peu de tem ps
à feu Mr de Monchal dans la
Charge d'A vocat General des
la mesme Cour
,
parla ensuite,&
remplit parfaitement
ce qu'on avoit attendu de
luy. C'est beaucoup dire,
puisque l'attenteestoit grande,
ôc que la haute estime où
il est, avoittellement prevenu
tous les esprits
,
qu'il ne
pouvoirsatisfaire le Public
que par un Discours d'une
beautéextraordinaireJesçay
que vous en parler de cette
forte, c'est vous faire naistre
beaucoupd'enviedelevoir.il
n'a pas tenuàmoy qu'il n'ait
embelly ma Lettre. J'ay fait
agir ses Amis pour le faire
consentiràme le donner, &
Tes Amis n'ont rien obtenu
sur sa modestie. N'attendez
point que je vous en dise icy
autre chose que le plan. Mr
e Haguais est un homme qui
pense beaucoup,qui pense
juste, & qui n'employe que
les termes necessaires à exprimer
ce qu'ilpense. Comme
il n'en choisit que de très—
propres, changez ses termes
,ce ne sont plus les pen--
fées, ou du moins ce changement
les denture si furt,4
qu'il est mal-aisé de les re-^
connoistre. Il parla sur l'autorité
du Magistrat,&fit voirqu'il
n'estoit pas seulement
le bras par lequella Loy
éroit"
soûtenue,maisqu'il en estoit;
aussi l'âme
, & que sans cela
les Loix ne seroient pas plus
animées que le marbre sur le.
que! on les gravoit autrefois.
Il fit voir que comme leur
authorité dépendoit de celle
du Magistrat
, ceux qui les
avoient establies s'estoient
appliquez à imprimer aux
Peu ples le respect de la Magistrature
, en la revestant
d'ornemens exteneurs
, en
luyélevant des Tribunaux,
tôc en faisant du respect qu'ors
devoit avoirpourles Magistrats
une espece de culte relligieux
, qu'on avoit rendu
venerable par des Ceremomies.
Il,montra,ensuite que,
quelques soins qu'on eult
pris pour leur donner de l'authorité
,
elle feroit toujours
foible
,
si le caractere qu'ils
ont par le Sceau du Prince
n'estoit soûtenu par leur vertu.
Il fit là dessus une peinture
très-vive d'un Magistrac
qui n'estant recommandable
que par sa Charge,ne s'attiroit
qu'un respect contraint,
& sir connoistre avec des
traits d'éloquence qui charmerent
tout le monde, combien
cette authorité qui tiroir
tout son lustre d'un éclat
emprunté,estoitau dessous
de celle, qui ne dépendoit
point de la disposition de la
Loy,& qui estoit attachée,
non pas à la Pourpre ny au
Tribunal du Magistrat, mais
à son esprit & à son coeur.
Tour ce qu'il dit sur cette
seconde authorité futadmiarable.
il fit connoistrequelle
trouvoit dans celuy qui la
possedoit par son seul mérité
tout ce qui pouvoit luy attirer
du respect; que nous nous
portions d'autant plusvolontiers
à luy obeïr, qu'elle n'imposoit
aucune contrainte ;
XIue nous la regardions comme
l'ouvrage de la raison
&de l'équité, & que les ordres
qu'elle donnoic nous
faisoient des devoirs indispensables,
parce qu'elle nous
rendoit nous-mesmesles Juges
de la déference qu'on luy
devoir. Pour mieux prouver
cette vérité
,
il se servit de
l'exemple d'Aristide, qui lànit;
titre & sans caractere
, par le 3
seul credit que luy donnoicii
sa vertu, s'estoitélevé uni
Tribunal au deatIs de tous2
les Tribunaux de la Grece..
Il ajouta qu'onavoit eftéè
persuadé qu'il devoit estre le:
plus puissant, parce qu'il étoit
le plus juste
,
& qu'on
luy avoit fait porter la peine
de son merite par un exil qui
avoit mis le comble à sa gloire.
Il fit voir ensuite que les
R~ & lesMagistratsavoient
,,,
cela de semblable
, que la
principale authorité du Prince
ne venoit pas de sa Coutronne
; que la naissancequi
la donnoit estoit un pur effet
du hazard
,
qui pouvoir tomber
sur une ame indigne
col-ni-ile sur celle du premier
ordre, & que bien qu'on ne
pust sans sacrilege apporter
la moindre opposition à lé
soûmetrre à son Souverain,
parce que les Rois estoient
choisis de la main de Dieu,
qui s'en servoit quelquefois
pour punir les Peu ples,
on ne laissoit pas de s'y soumettre
à regret,lors que le
Trosne essais le seul avantage
qui leur faifoirmerirer.
nostre obeîssance
; que
ce.
sentirnent estoit naturel,
quoy qu'ilnous fun: inconnu
par l'heureusehabitude
où nous estions d'obéir au
plus digne. Que ne puis-je
icy, Madame, vous faire parc
de toutes les choses qu'il dit
ten faisant le Portrait d'un
Prince façe, vertueux,&infiniment
éclairé ! Il ne nomma
point leRoy, mais ce fut
un Portrait si ressemblant,,
qu'on ne s y pouvoit méorendre.
Il dit que les Rois
vouvoient apprendre des
°rinces leurs voisins le malheureux
art de se faire crainfre,
mais qu'ilfaloit qu'ils
tflènt traverser les Mers pour
pprendre à se faire aimer
e leurs Sujets, en imitant
m Monarque qui renonçoit
J'es propres interests, quand
il s'agissoit de favoriser ses
Peu ples
; qui donnoit à leur
repos ses soins & ses veilles
avec une application infatigable,
fk qui s'attiroit leur
veneration & leur relpeéè,.
bien moins par une Souverainetéde
puissance, que par
une superiorité de vertu, lli
finit par un éloge de feu M'j
de Monchal, dont il remplit
aujourd'huy la place,&laissai
toute l'Assemblée dans le cha.-l
grin de le voirfinir si tost.
Souvenez.vous, s'il vousa
plaist
, que tout ce que jes
vous dis est mis icy sans null
ordres
ordre, &que ce ne sont que
destraits grossiers dece que
Mrle Haguais traira avec autant
de delicatesse, qu'il y
eut de force dans tout son
Discours.
Le Parlement rentraMardy
dernier26. de ce filais,
quoy qu'il n'ait pasaccoûitume
de rentrer dans une feupaine
où il y ait quelque
Feste. Il y en avoir deux dans
pelle-cy
,
celle de Sainte Carherine,
Feste du Palais, 5c
celle de S André On doit
::ela à la vigilance de Mr le
premier President, qui aime
à faire expedier les Affaires.
Je vous parleray la premiere
fois d'un tres- bel éloge du <
Roy, que fit ce jour-là Mr
l'A vocat General de Lamoinon.
- 1
Le Parlement de Rouen
rentra le lendemain de la
S. Martin
,
SeMr de Ris, pre-J
mier President, sefit admirer
par unexcellentDiscours,
comme il avoir fait quelquey
mois auparavant, lors
qu'il prit possession de cerrea
importante Charge.Mr le
Guerchois, Procureur Gene-**.
ral, parla aprèsluy avec lon^
éloquence ordinaire,
Je vous manday il y a
quelque tempsqueMrdePréfontaine,
AvocatGeneral de
mesme Parlement,avoit
esté fait premier President
au Conseil d'Artois.Cechanment
rendit Mr de Langrie
oremier Avocat General,&
aissa La Charge de second
Avocat General vacante. El--
vientd'estre remplie par
vlr de Menibus, qui y futre-
~eu le zj>. de ce mois avec
applaudissement de toute la
ville. Son éloquence qui a..
~oit paru dans le Barreau
avec un très- grand succés
luy avoitacquis une reputationavantageuse.
Onnedou-1
te point qu'il ne la ibûricnne
glorieusement dans un ,;
patte, où il aura si souvent
occasion de faire paroistre
l'heureux talent qui luy est
si naturel. Il a beaucoup de
capacice
, une conduite tres-.
judicieuse, & un fond d'integrité
&: d'honneur qui le:?
rend incapable de rien faires
d'opposé à (on devoir. Ain/îf
l'on peut dire que dans unrj
âge fort peu avancé,il n'a de
lajeunesse que ce qu'elle don-
A"
ne devivaciré& d'agrément.
Mr de Menibus, son Pere, a
este Conseiller au Parlement
de Mets, ëeenfuice President
en laCour des Aydes deNor.
mandie.
Je vous appris il y a un
mois la mort de Mr de Mollondin,
ancien Colonel des
Gardes Suisses
-
Françoises
> mais je ne vous dis rien de
particulier de ses Emplois.
C'estoit un homme d'experience
& de resolution
,
qui
s'esl:signalé en plusieurs occasions
fous le Regne du feu
Roy,& fous celuy de Louis
LE GRAND. Il nâquit en
Suisse vers l'an 1608 d'une
noble & ancienne saillisse;
originaire du Pays de Vaud.
dit de Vaux,&fit sespremieres
Campagnes au Siege de la
Rochelle en iéiS. au secours
de Casal en 1629. & à la redu-
¿rion de la Savoye, de Pignerol,
de Saluces, & autres Places
en 1630. L'annéesuivante
il passaen Allemagne, & eut
parc aux glorieuses entrepriles
des Suédois. Estant de re-|
tour en France il donna des
preuves de sa va leur à la
Ba-lj
taille d'Avein, & à celle dej
Rocroy; aux Sieges d'Arras,
dePerpignan,de Thionville
& de Graveline avec Mrde
Mollondinson Frerealfiié.,
quiluy ceda son Regimenc
en 1645.Estantàlateste de ce
Regiment & de sa Compagnie,
il se distingua au Siege
de Dunkerque en 1646. à la
Bataille de Lens,au secours
d'Arras & en toutes les occassons
qui s'offrirent. Enreconnoissance
des services
qu'il avoit rendus à l'EfiatJ"
& particulièrement à Dunkerque,
où il appaifa la Garnison
mal contente de la détention
du Mareschal de
Ranrzau, le Roy l'honora de
la Charge de Colonel du Regiment
des Gardes Suisses-
Françoises, dont il presta le
serment en 1655. apresquoy
il fit paroistre beaucoup de
courage & de bravoure aux
Sieges de Landrecies & de
Valenciennes, où il sur blessé
en 1656. à ce luy de Dunkerque,&
au Combat des Dunes
prés de cette Place en
1658 La Guerre s'estant ralumée
depuis avec l'Espagne,
il setrouva à la prisedes Villes
de Tournay, de Doüay)
& de Lisle en 1667. suivit Sa
Majesté à la conqueste de la
Franche-Comté, de la Hollande,&
de Mastric,se trouva
au Combat de Senes, & fervit
dignement aux Sieges de
Valenciennes, de Cambray,
deGand, &; d'Ipres, avec
Mr d'Eftavaye son Neveu.
Enfin son grand âge ne luy
permettant plus de s'appliquer
aux fondions de sa
Charge,il s'en démitvolontairementau
moisdeSeptembre
16S5* & mourut icy ttlbltement
le
2.3. du mois paue.
en sa 79.année.
Les Personnes considerables
dont j'ay à vousapprendre
la mort depuis ma derniere
Lettre, sont
MessireMichel-PierrePassant,
Seigneur de Saint Aubin
,9
receu en 1681. President,
en la deuxième Chambre des
Requestes du Palais. Il avoit
esté auparavant Conseiller
au Grand Confei-1. MrPaflàas
son Frere est Chanoine de
Nostre- Dame. Cette Famille;
est assezconnue dans la Robe
,où elle adonné plusieurs
Conseillers au Parleront Ôc
au. Grand. Conseil , & des
Maistres des Requestes.
Dame Madeleine-Elisa.-
beth Levé,morte le premier
jour de ce mois. Elle estoit
Femme de Messire Jean Baptiste
le Feron, Sr du Plessis.,,
Maistre des Comptes.
Mademoiselle du Gué de
Bagnols. Elle est morte icy
le mesmejour après une longue
maladie, & une patience
exem plaire dans ses maux.
Comme elle s'estoit addonnëeaux
avions de pierëôeà.
secourir les Pauvres, elle a
ffaointdépulunseiePurriserleegpsupbieliuqx,ue&
à,
S. Gervais le matin & lesoir.
Elle estoitFille de feu Messire.
Antoine du Gué de Bagnols,
Mastire des Requestes,
& de Dame Gabrielle Feydeau
de Brou,Soeur de feu
Messire François Feydeau de
Brou,Abbéde Bernay,Con..
seiller-Clerc au Parlement
de Paris. La Famille des du
Gué estoriginaire du Lyonnois
, & a donné diverses personnes
de mérité dans la
Robe. Feu Mr du Gué Conseiller
d'Estat ordinaire
, de
Intendant deJusticeàLyon,
qui est mort depuis un an,
avoit épousé laSoeur deMadame
la Chanceliere le Tellier
, dont est venu Messire
François du Gué, cy-devant
Conseillerau Grand Conseil,
& receu President en la
Chambre des Comptes de
Paris en 1681 Il a épousé la
Fille de feu Mrde Paris, Conseilleren
la grand Chambre.
Mr du Gué de Bagnols,
Maistre des Requestes
,
&
Intendant de Justice en Flandre
est de la mesme Famille.
M1 de S. Amant
, mort le
3.de ce mois. Il estoit Capitaine
deVaisseau
,
& avoit
este Ambassadeur de Sa Majesté
vers le Roy de Maroc.
Sa Famille estconsiderable
dans le Languedoc.
Messire Olivier le Fevre
d'Ormenon, Seigneurd'Ambaille,
Maistredes Requestes
honoraire,mort le 4. de ce
Inois,aprés une longue maladie.
Il est extremément regrete.
L'intelligence qu'il voit a- dans les affaires,
~ou; danstesatïaires & Ca
,
&; sa
grande probité luy avoienc
acquis une estime generale,
en sorte que les Princes &
Grands Seigneurs le choifilsoient
pour Arbitre, & se
soûmettoient à son Jugement
dans leurs affaires les
plus importantes. Il avoit épouséDameMarie
de Fourcy
,
Fille de Mr de Fourcy,
Presidenten la Chambre des
Comptes, ôe Surintendant
des Bastimens du Roy, donc
il a eu feu M le Fevre d'Ormesson
Maistre desRequêtes,
qui est mort jeune en l'Intendance
de Lyon, où il a elle
universellement regreré ,6c
quiavoit épousé la Fille de
feu M1 le Maistre
,
President
~en la quatrième Chambre des
Enquestes du Parlement. Mr
d'Ormesson qui vient de
mourir a laisse unsecond Fils,
qui a esté Conseiller au Grand
Conseil, & qui fut fait Maître
des Requestes après la
mort de Mr d'Ormesson son
Frere aisné. Il fuit les traces
de les Ancestres. Le mesme
Mr d'Ormesson dont je vous
apprens la mort ,
estoit Fils
d'André le Fevre d'Ormesson,
Maistre des Requestes, puis
Conseiller d'Erat ordinaire,
employé en plusieurs negociations
d'Etat importances,
& d'Anne le Prevost d'Herbeley,
d'une Famille qui a
donné des Presidens & des
Conseillersau Parlement,des
Maistres des. Héque11es, Ôc
autres Personnes deconsidération
dans la Robe. Son
AyeulOlivier le Févre, Seigneur
d'Ormesson,Eaubonne,&
d'Amboille, estoit Pretfident
en la Chambre des
Comptes, & Surintendant
îles Finances,& avoitépousé
Anne le Fevre d'Alesso
~Tille de Jean d'AlessoSr d'E-
~oagny, de laFamille des d'AlesTo
originaire de Calabre lescenduë du Seigneur An-,
~Doine d'Alesso & de Brigide
Martotile
,
Soeur de S. François
de Paule decedé en 1507.
Fondateur de l'Ordre des
Minimes,&qui vint en France
fous le Regne de Louis
XI. Mr d'Ormesson avoit
deux Oncles. L'un fut Olivier
le Fevre S' d'Eaubonney
President en la Chambre des
Comptes ,
dont viennent
lvir; le Fevre d'Eaubonne,
Conseillers aux Cours Souveraines
,
& le Pere d'Eaubonne
Capucin, & Millionnaire
renommé
,
& l'autre
Nicolas le Fevre Seigneur de
Lezeau
,
Conseiller d'Estat,
dont viennent Mrs le Fevre
- de Lezeau. Tous les le Fevre
,
Seigneurs d'Eaubonne,
d'Ormesson & de Lezeau,
ç portentd'Azur à trois lis de
jardin au naturel]
|
<
J Messire Jean de Magnaut, Comte de Montaigu
,
Lieu- /(tenantGeneral des Armées
t
du Roy,son Lieutenant Ge-.
toer11 en Guyenne, & Gouverneur
du Chasteau Trompette.
Il estoit brave, trèsjhonnefte
homme
,
& avoir
faitde fort belles actions. Je
vous en ay parlé amplement
dans quelqu'une de mesLeti.
racs. Aaij
MrBrethel de Gremonville
Abbé de Lire,&Commandeur
de Malthe. Je ne
vous en diray rien qui ne soit
connu de toutlemonde. lia
commandé l'Armée des Venitiens
pendant douze ou
quinze années, & s'estoit acquis
beaucoup deréputation
danscetEmploy. Ilfut ensuite
Envoyé Extraordinaire de
Sa Majesté à la Cour de lEm.
pereur ,
où il fit voir sa conJ
duite & son esprit dans roure
les choses qu'il eut à traiter
Il estoit magnifique naturel
-!
lement, & s'est toujours pleu
à soûtenir cette qualité.Il a eu
trois Frères,dont laisné fut
envoyé Ambassadeur à Venise.
Le second a esté President
au Mortier au Parlement
de Roüen; & le troisiétrne
est haut Doyen de la Cathedrale
de la mesme Ville.
fA1 deGremonville,leur Pere,
ïft mort President auMortier
dans le mesme Parlement.
MeNicolas le Tourneux,
Prieur de Villers sur Fere en
[Tardenois. Il est mort d'Apoplexie
depuis peu de jours.
Il avoit de grands talens,&
~l les a fait paroistre avec
beaucou p d'avantage,&dans
la Chaire, & dans les Ouvrages
qu'il a donnezau Public.
Sa Semaine Sainte, son Année
Chrestienne,& ses autres
Livres, de Sermons sont
fort estimez.
Le Roy a donné plusieurs
Benefices. Mr l'Abbé Fouquet
a esté pourveu de l'Abbaye
de S. Jagut, de l'Ordre
de Saint Benoist, Diocese de!
S. Malo. Il cil: Aumosnier de
Sa Majesté, & d'une Famille
ou la pieté est hereditaire.
L'Abbaye de Nanteüil ew-
Vallée,Diocese de Poiriers J.
qui est aussi de l'Ordre de
S. Benoist, a esté donnée à
Mr l'Abbéde Cineste. Son
mérité joint à beaucou p d'habileté
l'a fait employer au-
,
près des Ministres.M'l'AbbédeBrizac,
Grand Vicaire
& Officiai de Chartres, a eu
l'Abbaye de la Bussiere, Ordre
de Cisteaux , Diocese
l'i'Autun;&Mrl'AbbéBisot,
celledeS.Vincent de Besançon
,
Ordre de S. Benoist.
Ms l'Abbé Bizotest fort sçavant
dansl'Antiquité,& s'est
acquis une estimegénérale.
Mr l'Abbé le Vasseur a ob.
tenu l'Abbayed'Aubepierre.
Elledtde l'Ordre de Cisteaux
dans le Diocese de Limoges.
oOini ééccrriittddeeMMeertss qu'il y
41tl 'il eut grande Solemnité le 21.de
ce mois au Convent & Hospital
des Religieux delaChariré,
où M l'Archevesque
d' Ambrun,qui està present
Evesque de Mets,offcia pontificalement.
Ce digne Prelat,
qui a fait bâtir cet Hos-
1 piral, & qui vient de le fonder,
joüira pendant savie du
plaisir de voir le soulagement
que les Pauvres recevront
d'une si pieuse fondation. Il
est
est Frere de Mr leMaréchal
Duc de laFeüillade.
Je croy, Madame, que ce
vous fera une nouvelle agréable
d'apprendre que j'espere
vous envoyer avec cette Lettre
un Livre nouveau de l'Au,
teur des Dialogues des Morts.
Quoquelamatiere de ses
Entretienssur la Pluralité des
Mondes, soit entierement de
philosophie & par consequent
moins propre à plaire
à celles de vostre sexe,ce fecondOuvrage,
aussi galamment
tourné qu'il est, n'a pas
laissé devous confirmer dans
l'estime que vous faisiez & de
son esprit & de la maniere
d'écrire, & cetre eslime fera
augmentée sans doute par son
Histoire des Oracles, qui fera
debitée au premier jour dans
la Boutique de la veuve Blageart.
CetteHistoire est composée
de, deux Dissertations.
Il fair voir dans l'une, contre
l'opinion qui a prévalu jusqu'à
present
,
faute d'avoir
esté assezbienexaminée, Que
les Oracl es n'ont point esté
rendus par les Démons ; &
dansl'autre, Que les Oracles
n'ont point cessé au temps
de la venuë du Sauveur du
Monde. Ces deux Dissertations
sont divisées en divers
Chapitres, pleins de traits
d'Histoirefinement tournez,
qui ont dequoy satisfaireégalement
& les delicats &
les curieux.
Au reste
,
il faut que j'avoüe
que je me fuis trompé
idans la pensée que j'ay eüe
que je pourrois découvrir
l'Auteur des Lettres qui ont
estlé imprimées fous
le
nom
de Mrle Chevalier d'Her.
Celle que je vous en envoyay
lie dernier mois, marquoit que
ce Chevalier, veritable ou,
faux, avoit commerce avec
une jeune Pensionnaire de
Convent. Je connois un Cavalier
pleind'esprit &de me-, rite, qui a ce mesme commerce,
Ôc je m'estois figuré
que c'estoit celuy que je cherchois
; mais cela ne sçauroit
estre
,.
puisque la personne à
laquelleil rend des soins, est
actuellement dans un Convent,
& qu'il paroist par quatre
ou cinq Lettres qu'on m'a
fait voir de nouveau du Chevalier
d'Her. que la Pensionnaire
en question a quit"
te la Grille., quelle est dans
le monde, où sa beauté fait
fracas,& qu'elle apprend à
chanter &à joüer du Thuorbe
; ce qui ne s'accorde point
avec ce que j'avois Soupçonné.
Il y a mesme une de ces
Lettres qui marque d'une minière
tout-à-faitgalante-l'extrêmesurprise
qu'elle eut la
première fois qu'on luy fit
voir l'Opéra,&quecet Ope-
ra
,
estoit Psyché. Cela fait
connoistrequ'il y a déjàlongtemps
quecesLettres ont esté
écrites puiquc,- l'Opéra Je
Phyché n'a pointefté_xep£ssenté
depuis quatre ou cinq
années. Comme l'on m'avoit
promis de m'en donner une
copie,c'estoit un regale que
je prétendois vous faire de
temps en temps; mais au
lieu de ces quatre ou cinq
Lettres, je pourray vous en
envoyer bien-tôt cinquante
tout à la fois. L'Auteur ayant
veu parcelle dont je vous fis
part le mois passé) qu'elles
commençoient à estrepubliques,
a crû devoir les faire
imprimer luy - mËnle, afin
qu'au moins elles fussent plus
correctes. Ainsi un homme
inconnu les a apportées à
mon Libraire, qui en va
hâterl'impression. Je les ay
leuës toutes avec un fort
grand plaisir, & je puis vous
asseurer que cette seconde
Partie fer une digne fuite de
la premiere.
Les deux Enigmes proposées
dans le Mercure ci'Oào*.
bre, avoient esté faites sur le
Traversin.Voicy les noms de
ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre sur ce mot. MeCsieurs
A,P. Boistel de S. Roi.
main
,
de la ruë de Bussi;
C. Hutuge
,
d'Orléans; La
Prairie Cairon,Professeurpublic
des Mathématiques
; J.
Rafafou de la Touchardiere;
Càmbe d'Haragne, Receveur
au Bureau d'Aix; Dougan,
demeurant à Caen; Meriel,
Maistre à chanter, au même
lieu; La Tronche, de Rouent
l'Amant des deux belles
Enjoüées ; le Solitaire-desesperé;
l'aimable Spirituelle;
Tamiriste, de la ruë de la.
Cerisaye; le Chevalier de
Viaraut, Amant de la grande
Brune de la ruë des Noyers
B. G.; Raguenet de Colommiers
& la belle Philis ,- le
jeune Cleante de Sarre-Loüis,
le Frere aîné des trois aimables
Soeurs de la ruë de l'Arbre-
sec; l'Habitant de la Place
G. ; le petit Godon, de la
rue de la Coutellerie; de
Boisduil, amoureux de la Corbeille
de Morlaix; les trois
Etats deBretagne, amoureux
de la Sainte-amour, de la mê^
meVille ; le Solitaire de la
ctrüe S. Severin; la Bontémeme
; l'Exilé d'Argentan; le
Fils de la charmante Maman,
, de la Porte de Bussi ; l'Incomparable
; le Normand; P.amoureux des Belles de
Rosny , l'Assembléenocturne
des Amans noirs; le petit
Coeur de Nanette latcftue,
enflâmé de loin par Pivolle;
Colin la Musique;l'Amant
desBelles de Blois de Sainte
Croix de la Bretonnerie
; le
charmant Embonpoint de la
rue du Cygne; le gros Ventru
à la maigre mine, ducoin.
de la ruë de Richelieu; IcI
galant Suiffe. i<?"« *
En Vers, Mrs Vignier;C.F.,
Lourdet; l'aimable Catin de
la Conférence, ruë des deux
Ponts & l'Amant de Cilefie,
de la rue des bons-En.
sans; Mademoiselle d'Aluseau,
d'auprès S. Roch; l'aimable
Bru de M B. T. L.
de la rüe S. Lo d-Anucrsi la
belle Captive, du plus beau
quartier de Paris; la Reine
des Procureuses ; l'Amante
infortunée; la belle Marguerite
; la belle Brune Champenoise,
de la rüe S. Loûis
dans Tlfle ; la plus aimable
des trois Soeurs du Fauxbourg
S. Germain, &sa bonne amie
l'Indifférente
; la Brune aux
beaux yeux, de la rue de la
Harpe; la belle Pleureuse, du
>
Quartier S. Paul ; la Guenuche
de Frédéric; la Mere de
Ici petite Fille, de la ruë de
Richelieu ; la jolie Femme
grosse, de la ruë S. Nicaise;
la grosse Maman, de la même
rue.
La nr^niiere des deuxEnig-ï
mes nouvelles que je vous
propose
3
m'a
esté
envoyéei ) m a eue cnvoyee:
fousle nom de l'Amant sans:
espoir, du quartier de la Pla-*
ce-Maubert.
ENIGME.
JE remplis VVnivcrs de milleobjets
funebres;
De larmes ny de fang je ne puis
m'assouvir.
Fils d'un Pere hrillant, dans
hs tenebres,
leviens a la lumiere ajin de la ravir.
l'aime la couleur rouge, 6je cattfè
+ la noire.
le bljefe &fais biefé,je bats (jrfris
battit.
,
La hontefuit mes coups)dU/Ji bien
que la gloire,
£tjefuis injlrumentde vice & de
ver/fi.
lTn avare me cherche, un inhumain
memployé.
le donne le trépas,<jrje rends eternel:
Mais en perdant autruy, moy-rnème
je me noye,
Et me cache ausi-tofi quejesiss
criminel.
lesitis de deuxpartis,&je nejllis
• point traître,
En un même momentjyattaque &
je secours.
Par moy l'on ejlcaptifpar moy l'on
devient maÎtre.
Tout cruel quejefris,jaypourtant
mes amOltrs.
le borne les Etats3 &je lesfais
accroijqrefy
fers également, en la guerre,en
la paix.
Toy qui m'enteus parler, travaille à
me connoiJlre;
Maisgarde,st tu peux, demefentif
jamais.
- 'q
AUTRE ENIGME.
CEluypour qui ces Vers font
faits,
JLfl unfigne d'amour aujji bien que
+
de paix,
yn avant-gont d'unplaiJirplus
solide.
jlJè pratique en tout cet rnivers
:
Mais quoique la mode en decidé,
Uc nefeauroisl'aimer qu'entresexes
druers.
Les Peuples méridionaux
Qui ne veulent point de ri4 -
vaux.
En font un crime puneable;
Mais nous,Piieuxzvifez, ne reformonspas
tel;
Et pourveuquil ntait rien qui le%
rende blâmable,
Hous le jugeons civil?&nonpasx,
criminel.
Thilisjivous aveZde (a peine4
comprendre
Ce quepar cet écri•tje veux fairèe
ffdvoir,
Desquej'auray le bonbeurdc^
vous voir,
Mabouche pourra vous l'ap*-
prendre.
Apres vous avoir envoyé
l'Histoire du Siege de Eude)
qui sert de seconde Partie à
ma Lettre d'Octobre, j'avois
dessein de vous apprendre
-les particularités des Sieges
deSegedin & de Cinq-Eglises,&
de la deffaite des Turcs
qui venoient secourir la première
de ces Places; mais
comme on n'a point encore
eu nouvelles que les Troupes
des Imperiaux ayent esté miles
en quartier d'hyver, j'àttendray
qu'on sçache si la
prise de Ziclos n'aura.point
«fté suivie de quelque nouvelle
entreprise, afin de vous
pouvoir donner un corps plus
entier du reste de la CampagneJ'y
joindray les nouvelles 4
conquêtes des Venitiens, depuis
la prise de Napoli-de- Romanie.I Vous serez bien aise d'avoir
des nouvelles de la Cour |
du Grand-Seigneur. En voicy
de seures,venues de bon lieu.
LA Constaninople, le 9. Octobre 1686. A confirmation de la prise de i
Bude, venuefeulement di--
puis troir fèmatnes , A cause ic.J'(,
une fort grandeconfernation. onv
-publie tout haut epte le Grand-Sti^
cneur eflla feule cause de tous les
mal-heurs de cetEmpire ; d" unpeu
après que l'on eut appriscette nouvelle,
un Iman ou Prédicateur Turc
osa dire, prêchant devintSa Hautejjèyqu'onnepouvoit
imputer qu'à
Elle feule le mauvais succés de la
Guerre, que ses débauches &savie
fainéanté avoientattiréfurlesOttomans
lacolere deDieu,• qu'un Empereur
devaitaller a la Guerre, ô*
nonpaspajferfavie avec des Concubines
: quil en feroit puny tojt
+ eu tard : que les ChUns mangerolentson
corps en ce monde, c2- que
les Démons dévoreroient son arne
dans l'autre. Ce difeours effraya,
tous ceux de la fuite de /'Imin. ils
-simaginèrent qu'on les mafficreroit
,tousaufortirde laUofquéei mlis UGrand-Seignwrn'en parut pas
plus emeu. Ilfirtit de laMosquée
en disantque l'iman estoitunfou,
Cr demanda, ses Chevaux pour aller
qà lauChasese. On dit qu'on les luy re- ce refus le fit penser
à IIIJ-rnême. Sa passion pour 1ft
Chasse eff telle, que rien ne l'en.
à pu encore détourner, ily a un
mois que des Députez, dAthènes
vinrent icy demander permljjlon de
contribuer sur la menace que leur
4voientfaite les Venitiens, de mettre
tout à feu dr àfang, s'ils ne
donnoient quarante mille écus. Le
Y^ijlar-Aga ou chef des Eunuques, qui a pour apanage Athènes &ses
dépendances,ayanttrouvéle Grand-
Seigneurfiul dans un deses jardins>
prit cette occajiondeluyparler
du déplorable efiat des affaires de
d'Empire, e luy demanda ce qu'il
fluhaitoit que si!l Athenes. Il luy
répondit que c'efioit fin apanage»
& qu'il pouvoit faire ce qu'il voudroit,&
sestant appuyéfurfon coude'
ilsemit à rêverjusqua ce qu'un
Bostangi ou Iardimer lay vint dire
qu'il venoit de voir deux Lièvres.
il se leva dans le même inïlant^
& demanda fis Chevaux. Cependant
le murmure des peuples continuoit,
& le Grand-Seigneur qui
craignoit pour sa perflnne)dépojà
leMufti, en luy reprochant qu'il ef
toit la cause de la Guerre, par le
Tefca ou consentement qu'il avoit
donné, sans Uquelfuivant les Loix
fondamentales de l'Empire, on ne
peutentreprendre aucuneGuerrejtjIU
pour luy il n'avoit rien épargne
pour en avoir un heureux fuccés3
vymt dwnsdeshommes,des
mes & des vivres lots qu'on luy
en avoit demandé& que silavoit
manqué à quelque chofi,c'ejloit
farceque le Mufti ne luy avoitpas
reprefinté les pressantes necessitez,
de l'Empire. Il nomma leCadilesker
de Born/tlie ou Chef de la susi
tice d'ElIrO!C,p(J(IY remplirla Place
du Mufti quil dépofoit, en luy ordonnant
de ne luy rien cacher, &
de luymarquerce qu'ildevoitfaire
dans cettefichetife conjoncture.Il
luy dit que s'ilfallait ouvrirfin
tresor, vendre ses jojaux, O* même
quil alla# en perfiane a la Guerre,
.il cfioit preli à le faire pour délivrer
fin peuple du malheur dont ilejloitmenacé. Le nouveauMufti
prit de là occasion. de luy reprefin-
-
ter que le peuple estoit fort animé
watte luy, à quoy il répondit, que
veut-il? Et comme il montroit - de
la disposition a faire tout ce qu'on
pouvoit demander de luy, le Mufti
luy dit qu'il avoit dans fin Serrait
plus de trois mille Ejèlaves, que le
Sultan Amurath n'en avoitjamais
eu plus de trois cens; que la dé.
pense que faifiit une feule de ces
YLfclaves pouvoit entretenir vingt
Soldats, & bien,dit-il, je me réduiray
àce nombre.LeMuftiadjouta
que la dépensequ'ilfaisoit à la
ChaJJe efloit extraordinaircs &que
s'it employoit cet Argent a entretenir
sesTroupes,elles ne mourroient
pas de faim comme elles fiifiient»
ce qui (ffoit cause que laplus grande
partie défertoit ou periffoit de necessité.
Il affiura le Mufti qu'il n'i.
roit desa vie à la Chassev qu'ilfe-
Xiit noyirses Chiens> quilcozgz?
dieroitsesofficiers de chasse,drfiroit
étrangler celuy d)entr'Ulx qui
luy enpar1eroit. LeMufti luy dit
encore qu'il avoit dansfin Serrait
quantité d'anciensofficiers,riches,
puissans r7 propres pour la Guerre*
qui'lfalloitlesyenvoyer, &sesi".
vir des richejjes de ceux qui ne
pourroient ou ne voudroient pas
marcher. Ces remontrances ont efe:
quelqueeffet. LeGrand-Seigneur a
promis vingt millionspourla Caïnpagneprochaine,
6 lt Sultane AfsequiouSultane-
Reyne en apromis^
dix. Il a retranché la dépense de i fin Serrail ,- &on asseure quilafait1
osler ou diminuer beaucoup lepain i
ou provifton qu'on donnoit à plufleurs
de ses officiers. Le Kijlar-h
Aga qui avoit par jour flx censn
wefùresdlorgepourses Ckevatt#M
* n,f.T'
rienaplus quesixmesures, & ainsi
dorefle dss fournitures qu'il refoit
jtiurmtiemcrit du Serrait. On croit
qa'on luyprendra encore ses richef-
Jes,. qui font fort grandes, puis
qu'il a ensa garde toutes les Fcmïties
du Sertïiil, defyuelles il reçoit
de grandsprsfins.Le bruit court
qu'on reiïboyera oeu Caire vivre en
honrme pnvè, cwnmc la pluspart
de fts PWdecqîcurs. Cette Charge
est une des plusbelieyde l'Em.Pire,-
<1causequ'on efi.toujours pro hede
la Personnede Sa Mautcffe. Le Sc-
* liétar, ou Pt-rte-cpee du Grand Srigneur,
&.son Offiaerde CuifÙze)
ott esié'faitsBaïbas^avec ordre
dele fntttre au plutojt en équipage
pour se rendre au Camp. On en a
encore ncrnmè4'autres,dontje m
sçavpas le nom.LeBofiunù Bachi3
ou ChefdesJardiniers du Serrait
,
parcourt toutes les nuits le Canal
delaMèrNoirey 6'" s'ilapperçoit
de la chandelledans quelque maifin
, avec la moindre apparence etAssemblée3 il entre dedans pour
feavoir ce qui s'y fait. On dit qu'il
a trouvé dans celle d'un Grec deux
ou trois mille Sequins.Le Muftifaisant
faire réflexion au Grand Seigneur
sur la défiancequ'il devait
avoir du Peuple3luy dit que pour.
gagnersa bienveillance
,
il falloit
qu'tldlltljt souvent à Conjlantinopie.
N'y siss-je pas venu, répondit-
il? le Peuple m'en a-r-il rémoiçné
plus d'amies pour cela>>
Le GrandVifiraenvoyé un Courrier
du Camp avec une Lettre au
Gr<mdSeigneurypar laquelle illuy -
Tfprefnte, que quand il a accepté1
le Sceau de l'Empire
y
n s'efl bi-ei.
imaginéqu'il auroit le [cri: ole
ceux qui l'ont précédé dans II mesl
meCharge, mais que Sa MaureTe
devoitserefjouvcnir qu'une t,-voir
acceptée qu'à condition,queny les
Troupes, ny les vivres, ny l'argent
ne luy manqueroient; anc quoy
qu'on luy eufi iromis avant que de
se mettre en campuguc , qu'on luy
envoycroit des Troupes de temns en
t-emps, il n'en avait veu paroiflre
aucunes,ny provisions. Ce C urier
aflêtirequ'iln'etfpu refit une ame
dansBude, que touty a estè paffè
aussideté,ée 3 que le Grand Vfir
a estè vlcJJé) à-sonfils tué, qu'il
y
avoit reïajfè le Pont d'Essec, &
qù'Albe-Royule efloit afjîeièe. On
tuya envoyé ordre dese rendre in:,'e(-
Vammcut à la Porte âtfîn de réfoudre
ce qu'ily aura à fairepour la
Campagne prochaine. Cn dit mesme
que le Conseil s'eji silis reprefcnter
l'Hifloire des Vies d'Amurat
&de Soliman, avec dessein de fulvre
les traces de celuy cy pour la
Guerre, &l'oeconomie de celuy-la
dans le Serrail.
M. Girardin, Ambassadeur de
Frtlnce,aUale6.c/cce mois congratuler
leMuftisursaDigniténouvelle.
Ce Chefde la Loyse leva lors qu'il
le vit entrer, ce qui ne s'cfioitjamais
pratiqué pour aucun Ambaffadeury
4 le Mufti ne se levant ordinairement
q-aquandIcGrandSeigneurle vient
v-jiter3 ce qui luy arrive aJJez rarement}&
alorsilne s*affîedqu'après
que le Grand Seigneur luy a baisé la
main,il nese leve qu'à demy pour
leGrandVisir. Cettedijtinïiion pour
Pj4mba(fadeur de nostre Augufiv
Monarque fait affez^connoifire que
ce Min.jlreefifortementperfuadé de
la Puissance dont les Turcs craignent
de ressentir les effets. La Conversation
qu'ils eurent ensemble finitpar
le Cûfé) le Sorbet, Eau-rosc
3
6le
Parfumquonpresenta à M.tAnzéaffadeurl
après quoy s'estant levez
l'un & l'autréj-lils seseparerent
avec de grandesprotefiations d'amitié.
Je ne vous parle point du
Voyage que la Cour a fait à
Fontainebleau
; vous devez
citrepersudéequ'on y a fait
regner les Plaisirs tant qu'e lle
y a demeuré. Là Promenade
,
la ChaCe., le Jeu la.
Paume, les Apartemens, la
Comedie Italienne,& Françoise
ont fitalternativement
le sujet des Divertissemens
qu'on y a pris. Le Roy
qui agit incessamment pour
le bien de l'Estat
,
s'est depuis
quelques années retranché
la plus grande partie de
ces plaisirs. afin de s'apliquer
entièrement aux Affaires.
Mr Boesset Surintendant de
la Musique de la Chambre
du Roy,qui sert le Semeilre
de Janvier, a yant mis un
Opera en Musique
, cet 0-
pera a estérepresenté à fou..
tainebleau en forme de Concert
,
& Sa Majesté a bien
voulu l'entendre, mais Elle
n'en faisoit representer
qu'un Actechaque foir
, afin
d'estre moins détournée
de ses ordinaires occupations.
La Mu sique en a esté
trouvée excellente, & le Roy
a marquéà Mr Boesset par des
paroles tres obligeantes qu'il
en estoit extrêmement satisfait.
Sa Majesté estant sur le
point de partir pour Versais
les, & Monseigneur le Dauphin,
& Madame la Dauphine
y estant arrivez le 13. de
ce mois, Madame la DucheS
se de Bourbon qui avoit déja.
commence à se sentirir indis-.
posée, se trouva tiOut à fait
mal de la perite verole qui
avoit peine à sortir
, ce qui
fut cause que le Roy ne vou.
lut point partir tant qu'il la
crut en danger. Monsieur le
Prince n'eut pas si-tostapris
cette maladiey qu'il se rendit
à Fontainebleau. Ilse trouva
dans l'Apartenlent de cette
Princesse quand Sa Majesté
voulut entrer dans sa Chambre
,
& apporta des raisons
si fortes pour l'empelcher
d'aller plusavant, que le Roy
ne put refuser à son zele ce
que sa endresse luy fit longtéps
disputer cotre ce Prince.
Madame laDuchesse deBourbon
s'estant trouvée quelque
temps après hors de danger
le Roy revint le 15.àVersailles,
& toute la Cour eut une
joye qu'on ne sçauroit exprimer
,
d'aprendre qu'il n'y avoit
rien à craindre pour la
vie de cettejeune Princessè
,. qui en fait un des plus beaux,.
& des plus grands ornemens.
Quoy que le Roy sust dans
une santé parfaite
,
à la re-i
serve de l'incommoditéqui
luy estoit survenuë il y a
environ onze mois, & qu'il
fust mesmeen estat de monter
àcheval ,&de chasser,
comme il faisoit très-sou.
vent, Sa Majesté qui vit quV
Elle couroit risque de souffrir
toute sa vie cette sorte d'incommodité,
à laquelle sont
-
sujets ceux qui manquent
du courage necessàire pour.
s'en tirer, prit une resolution
digne de sa fermetée
& comme ce ;mal estoit
grand plûtost par la douleu
que l'operation luy devoi
faire souffrir, que par la nature
dont il estoit, il cacha
ce qu'ilavoit resolu de faire,
comme il fait toutes les choses
qu'il juge à propos de tenir
secretes. il sçavoit l'inquiétude
que donneroit le
mal qu'il devoit endurer, &:
ne doutoit point que la crainte
de quelque accident, &
l'amour qu'on a pour luy ne
fissent trouver des raisons
pour l'en détourner;mais ce
Prince vouloit souffrir
,
afin
d'estre plus en estat de travaillcr
sans cesse pour le bien,
& pour le repos de ses Sujets
& pour éviter les contestations
qui se pouvoient former
là dessùs, il aima mieux
se charger de toute la douleur
, que de joiiir du soulagement
d'estre plaint, ce qui
console beaucoup ceux qui
souffrent. D'ailleurs il sçavoit
que ce bruit venant à se répandre
auroit jetté de la
crainte&de l'abatementdans,
tous les coeurs & qu'il rendroit
incapables dagir tous
ceux qui estoient occupez
pour les Affaires de l'Etat,
& il vouloit endurer [eul,.
sans que l'Etat en souffrist uaj
seul moment. Ainsi ayant
pris sa resolution, il travailla
à la faire executer sans l'on que s'en aperceust. Comme
jamais Prince ne sceut régner
sur luy-mesme avec
tant d'empire
,
il en vint à
bout sans peine. Il se purgea
deux fois à Fonrainebleau,
parce que venant ensuite à
Versailles
, ce changement
de lieu devoit oster l'idée
qu'on auroit pû prendre
,
s'il
avoitestépossible qu'on eust
soupçonnéquelque chose de
son dessein. Il monta à cheval
[ le Dimanche 17. de ce mois,
sou pace jour là avec la Fa-'
mille Royale, & s'informa
de Monseigneur où estoit le
rendez-vous de Chasse le len.
demain. On connut le jour
suivant, que ce Prince, quoy
qu'il dust alors sentir les premieres
atteintes de la peur
que luy pouvoitcauser l'opération
,
avoir demandé ce
rendez-vous d'une ame tranquille
, afin que s'il arrivoit
quelque accident, il pull: en
faire avertir Monseigneur.,
On a mesme remarqué qu'il
se coucha ce soir là plus tard il
qu'à l'ordinaire. Il marqua
pour le Lundy 18. l'heurede
son lever, où la plus grande
partie de la Cour se trouve
ordinairement. Il avoit pris
la sienne plus matin pour
l'opération. Ceux qui desoient
y travailler,ou dont
ù presence estoit necessaire,
entrerentpar differens en-
Broits , ce qui empescha
iU'on n'en euit aucun foup-
>fon. Quoy que je ne fasse
iooint icy le détail du reste,
puis vous dire qu'il s'y
,taua mille chosesdignes de
l'inébranlable
-
fermeté du
JLoy. Il voulut voir tout ce
qui devoir le faire souffrir,
& ne fit que soufrire au
lieu d'en paroistre étonné. Il
fit ensuite ce qu'un Prince
aussi Chrestien queluy doit
faire en de pareilles occa-.
fions, & souffrit patiemment,1
estant toujours dans l'estat
d'un homme libre;, &qui est
asseuré d'estre maistre de fil
douleur. Aucun cry ne luy
échapa & bien loin de té.
moigner de la crainte, il demanda
si on ne l'avoir point
épargne, parce qu'il avoir
recommandé sur toutes choses
de nele pas Eure. Sitost
qu'on eutachevé l'opération
la porte fut ouverte à.
ce qu'on apelle la premiere
Entrée, c'est à dire aux personnes
qui ont droit d'entrer
les premiers aulever. Les au-
: tres n'entrerent pas parce
qu'iln'y eut, point delever
On peut dire après cela que
le malmesme du Roy devroit
faire trembler ses Ennemis
s'il en avoit puisqu'il ne serviroit
qu'à leur faire mieux
connoistre de quoy sa fermetéest
capable. Le bruit de
cette opération s'estant ré*
panda dansVersailles CQXJX* -
me on s'imagine toujours
voir les maux que l'on craint,
quand mesmeils ne seroient
point à craindre; la douleur
parut sur tous les visages, ôc
l'on eust dit à voir le Roy,
que ce Monarque estoit le
seulquiseportoit bien.Ayant
remarqué qu'on ne faisoit
aucun bruit, il ordonna que
toutes choses se fissent à l'ordinaire
tint Conseil dés le
jour mesme, & permit dés le
lendemain aux Ministres Etrangers
de le Saluer. Quoy
que de semblables maux
ayent accoutumé de causer
on peu de fièvre
,
sans pourtant
qu'il y ait su jetd'en a ppréhender
aucune facheuse
suiteilsembleque le Ciel,
pour ne nous pas alarmer,
n'ait pas voulu qu'il en eust
le moindre ressentiment.On
ne sçauroit exprimer le triste
estatoù Madame la Dauphine
se trouva lorsqu'elle
aprit que cette opération, avoit
esté faite, & l'empreuement
avec lequel cette Princène
courut chez le Roy sans
estrehabillée..
, Je devrois vous parler icy
de la Feste magnifique que
Monsieur a donnée à Saint
Cloud, mais je la reserve
pour ma troisiéme Lettre,
qui contiendra la Suite du
Journal de l'Ambassade de
Siam, & le Voyage de ces
Ambassadeurs en Flandre.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Relude. 1 jt Portrait du Roy. 4,
.Détail des Cérémonies observées le jour
que tonconfieral'Eglise Paroissiale de
Versailles, aveclaDescription de cette
nouvelle Eglise, & du BaÇtiment des
Prejires delaMission. 15
JJevifes. 19-
éSormtt. 31
déclaration duRoy.H fadrigak 39
Wiiftoire, +°
yCorpsarejfort- 13 Ifah/c. 59
rRéjoüiJJMlCtS faites m Havre de Grâce.
7*-
WIldrigAI. 85.
3Quefliongalanteavec la réponre. 87
3Q'uatriémefuite de /'Hifioire des Estampes,
contenant tontes celles fuiwteftè
TABLE.
gravéesd'aprèsles Ouvrages de M*
le Brun. 91
EflampesdeA/rFandermeulen. 142.
TABLE.
Mets par M.l'Evefqtie de Mets. tW
?-fiftoire des Oracles. 190
Nouvelles Lettres du Chevalier IBet.
igi
Joms de ceux qui ont deviné les Enigmes.
1'5
mgmes. 301
lettre de Conftanùnople. 306
Toyage du Roy a Fontainebleau. 317
wrmeté de Sa Maieflédansloperation
qu'elles'ejlfaitfaire. 511
Fin de la Table.
tAvid' 1
pour placer les Figures..
Air qui commence par, Madon
leur est extrême, doit regarder la pa-
72.
ILes Armes des Cardinaux doivent re*
rderlapage 167.
Il' Extrait dij Vrtvilege du Roy.
pAr Grace & Privilege du Roy, donné -1
Chaville, le 18. Juillet 1613. Signé, Par
le RoyensonConseil,JUNQUIERES. IIdl,
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyei, Sieus
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter leLivre intitulé, MERCURE.
CALAITj contenant plusieurs Relations,
Histoires, & generalement tout ce qui dr--
pend dudit L ivre , par tel Imprimeur qu'il:
Toudra choisir; Et defenses sont faites à tousc
Imprimeurs & Libraires, & tous autre?, de:
faire imprimer,vendre & debiter ledit Livre"
ny graver aucunes Planches servant à l'orne--
ment d'iceluy, ny mesme de le donner i=
lire, pendant le temps & espace de dix années.
entieres, le tout à peine de six mille livrelt
d'amende contre les Contrevenans, ainsi quç
plus au long il est porté esdites Lettres.
Registré sur le Livre de la Communauté»
aux charges & conditions portées,lei*,
Septembre 1683. Signé, ANÇOT) Syndic.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères