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ZRURA
cALâmr
AVPALAIS, APARIS,
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dans la
Salledes Merciers, à la Justice.
Enla Boutiquede la Veuve C.BLAGEART,
Court neuve du Palais au DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
jdVEC PRIVILEGE DV ROI
Avis pour placerles figures. L'Air qui commence par,Qnandfcfftfis
seul prés d- Silvie, doit regarder
la page 49.
La Figure doit regarder la page. 286.
L'Air qui commence par, La jeune
Iris, doit regarder la page 52J.
TABLEDES M'ATîEREScontenuës
en ce Volume.
pRélude.
Epistre au Roy. 3
Réjoüissances faites à Bourges pour laNaissance
de Monseigneur le Duc de Ben y. ir
Epithalame. 51
Complimens faitsà M.le premier President
- de Roüen. 6t
leu de l'Arquebuse.73
Lettre de M. le Chevalier d'Her. 81
Morts. 88
Complimenr fait â M. de Louvois à l'Academie
de Peinture & de Sculpture. 99
Pension donnée par le Roy. III
Conversions 113
Election d'un Procureur& Chef de la Nation
de France dans l'Université de Paris. 115
Election d'une jeune Fille pour Tutrice de ses
Freres. 116
L'Hymen à Madame la Dauphine. 130
Madrigal. iztf
Academie d'Angers. 127
Di scourssurla Devise du Roy. 130
Cour des Monnoyes transportéeau grand Pavillon
de la Conrt-neuveduPalais.182
Le Grand Conseil transferé â l'Hostel d'Aligre,
ruëS. Honoré. 115
Avanture. - 187
Histoire. \?\
TABLE.
Nouvelles d'Alger ioç
Cequis'est passéenHollande à l'occasion de
l'A mbassadeur de Maroc. 210
Buste duRoy placé surle Portail de l'Hostel
de Ville de Grenoble,avec les Ceremonies
-
observées en cette occasion. 2ic
Autres réjoüissances. 221
Prisede Napoli de Romanie. ii£
Campagne du Roy de Pologne. t;;
Lettre de Sa Majesté Polonoise au GeneralTelequi.
260
Affaire de Hambourg.276 Réjouissances faites par le Comte de Lobcovits.
281
Mariage de M. de Biron avec Mademoiselle
de Bautru. 1-0)
M. Sauveur est nommé par le Roy pour enseigner
les Mathematiques à M. le Duc de
Chartres. IP6
Réjoüissances faites à Grenoble & àCavaillon,
pour la Promotion de Mrs les Evesques de
Grenoble & de Come. 95pg
Conversions faites à Mets. 306
Morts. 313
Memoire touchant la Communauté de Saint
LoüisétablieàS.Cir. 32%
Arrivée d'une Flote à Cadiz. 324
Nomsde ceuxqui ont expliqué les Enigmes.
p.6
Enigmes. 329
Avis. 33* ftn'dehTa&jeÈ
"Il
OCTOBRE 1686.
_J
E ne fera point, Madame,
par une Action
particuliere du
Roy que je commenceray
cette Lettre. Tout ce qu'il
a fait de grand se trouve si
heureusement ramassé dans
une Epistre en Vers, faire par
Mrde Senlecque, Prieur de
Garnay,qu'il seroit bien difficile
de pouvoir fournir d'ailleurs
un Eloge de ce grand
Monarque,qui eust les beautez
qu'elle contient.Comme
il ne faut que la lire pour les
connoistre, je me contente
de vous l'envoyer, & croirois
vous faire tort,si je cherchois
à vous prévenir sur le
plaisir que vous donnera cette
lecture.
EPISTRE
AU ROY. ROY, digne d'estre éleu le seul
Roy des Mortels,
Que du temps des Cesars on ieufi
drésse d'Autels!
Qu'on eust mesme en toy seul trouvé
de Dieux enfemblc!
Tu deviens Iupiterquand tu veux
quetouttremble,
On voit revivre en toy la vaillance
de Mars;
Tu feais comme Apollon proteger
les beaux Arts;
Tu peux sur l'Océan commander en
Neptune;
Tu n'es pas moins puissant que
l'estoit laFortune;
Rome eust cru que Minerve eust
parlé dans tes Loix,
Et qu'Hercule eust cfiè jaloux de
tes Exploits.
Ton esprit fait revoir la Iustice
d'Astrée,
Et ton coeur la bonté de Saturne &
de Rhée;
Et c'ejl- cette Iustice, & c'est cette
bonté,
Qui soûtiennent, grand Roy, ta
rare probité.
Je dis rare. En effet, peudeRois,
commeTite, [tey
Fontde laprobité leurvertufavori-
Et plus d'un Prince a crû qu'il ne
luy manquoit rien, Quand il ne luy manquoit que
d'estre homme de bien.
Sur tout, ceux que Bellone aime à
combler de gloire,
Accordent rarement Tbemis & la
Victoire.
Acbille n'eut pour droit que celuy
de son bras, [ pas.
Etla loy de Cesarfutde n'enavoir
Mais toydontl'Equitétempere la
Vaillance,
Qui tiens en mesmetemps le Foudre
& la Balance,
Tu regles tes Exploits sur ce qui
#
t'est permis ;
Tu deviens dans ton Camp Ministre
de Themis;
Tu veux qu'à ta raison ta valeur
obeïsse ;
Etton Char de Triomphe est un Lit
deIustice.
Tufaisplus; ta bontétempesehe
quelquefois
D'ecouter ta Iustice, & d'user de
tes droits.
fJüy, quelquefois> grand Roy, ta
bonté t'a faitrendre
Des Villes que tes droits t'avoient
fircé de prendre.
Je sçay que devant Dole avec
toy tes Guerriers [ lauriers
Ontparmy les glaçonsmoiffonné des
Et qu'aujourdhuy le Rhin écume
cTicor de ragt>
De n'avoir pù former d'obstacle à
tonpiijfage.
Je sçay que ta vaillance a bordé
de tes Lis,
Et la Sambre, & la Meuse, &
lyECL>iut & la Lis;
Que tonfondre esttombé sur des
Villes Í;' rates,
Et qu'il à fait d'Alger un bucher
de Piriltes.
Jtâaïr sans cette bonté qui regnoit
dans ton cteur-,
Etquivainquoit LOVIS dés. qu'il
estoit vainqueur,
•jLa fierté du Lionaussi vaine que
grande, [ d'Ostende.
Eustbientostexpirésur les ramparts
L'orgueilleux Amsterdam,qu'eust
foudroyé ton bras3
Fustbientost devenu le tombeau des
Estats.
Valencienne eust souffert tout les
malheurs deFrvye,
Elle estoit ta conqueste, elle eust esté
ta proye.
VnDoge auroit en vain,auxyeux
de tes Sujets,
Desavouéson peuple, &mandil
la Paix:
Ta Iustice à son crime eufi égalésa;
peine,
Et ta toute-puissance eustaneanty
Genne.
Oüy,situ n'estois bon , l'on eust vû
tavaleur,
Voler jusquau Danube, &le glacer
de peur,
Ebranlerplus d'un Trosne au seul
bruit de tes armes,
Et faire un nouveau fleuve & de
sang &de larmes.
Enfin sans ta bonté Tripoli maintenant
[ au vent,
Neseroit quune cendre abandonnée
Et Tbums rieufi osé concevoir l'c¡'
perance
D'éteindre avec ses pleurs le feu
de ta vangeance.
Vous donc, Heros cruels, qui
mesme vous vantez
Deverser tout le sang de ceux que
vous domptez;
Vainqueurs, dont la furie a fatigué
les Parques,
Suivezdanssa bonté le plusgrand
des Monarques.
Vous ne Pourrez l'atteindre, encor
moins le passer ;
Mais le suivre de loin
,
c'est beaucoups'avancer.
Et vous ,
Rois bienfaisans, bons
Princes, mais timides,
Vous qui dans vos conseils n'osez.
marthersans guides,
Songezque mon Heros estluy seul
son Conseil; [ le Soleil, Ilbrilleparluy-mesme autant que Il sçait mesmeélloüir quiconque
le regarde.
L'Aigle ne peutsouffrir les rayons
qu'illuy darde;
,Lu) seul, quand il luy plaist, éleve
dans les airs
Dequey former lefoudre, &punir
l'Vnivers.
JLtUy seulpeut dissîperle plus épais
nuage ; [de L'orage. Il est le Maistreenfindu calme &
Murs jem'égare icy , moy qui
riay medité,
GrandRoy,quequelques Vers sur
ta seule bonté.
C'est d'elle que tu sçais ce que
savoit Auguste,
Quesouvent lavangeanceestbasse,
&mesmeinjuste ;
Qîfun Roy riejl plus un Roy dés
qu'ilest en couroux,
Et que le plus beau regne est toûjours
le plus doux.
Aulli le crime est-il l'objet seul
de tabaiue;
Tu reprens sans aigreur, tu punis
avecpeine.
Nousnetevoyonspointfermeavec
dureté,
Prompt par impatence, &fierpar
vanité;
Tonairestobligeant,mesme quand,
tu refuses,
Tu n'accuses jamais qu'aussitost tu
n'excuses.
Quiconque enfin te voit,paslê cent
fois le jour
Deï"amourait respect, du respect
à amour,
Et quandon te verroitsansSceptre
&sans Couronne,
On trouveroittoujours un Roydans
ta Personne.
Il faut vous parler des Réjoüssances
faites à Bourges,
pour la Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry.
Toute la Province, qui se
souvenoit des avantagesqu'-
elleavoit eus autrefois fous
la protectiondeses anciens
Dues, n'en eut pas plûtost
reçeu la nouvelle,quelle en
marqua une joye qui ne se
peutexprimer. Les Berru yers
ou Bituriges, anciens Peuples
qui ont habitécette Province
,ont long temps tenu
l'Empire des Gaules, & ce
furent eux qui résisterent le
plus à Cesar. Il ne laissa pas
de prendre Bourges l'an 702.
de Rome. Depuis ce tempslàleBerry
demeurasujet aux -
Romains, & il le fut en suite,
aux François. Il faisoit alors
partie du Royaumed'Aquitaine.
Sur la fin de la seconde
Race de nos Rois cette Province
eut des Seigneurs particuliers,
qui prirent le titre
de Comtes de Bourges. Le
dernier, nomméGeoffroy,
vivoit fous Hugues Capet.
Illaissà un Fils appelle Herpin
, qui voulant faire le
Voyage d'Outre-Mer,vendit
Bourges au Roy Philippe.
Ainsi ce Comté fut uny à
la Couronne jusqu'en 1360.
que le Roy Jean l'érigea en
Duché&Pairie pour Jean de
France, son Fils, Frere de
Charles V. à la charge qu'il
retourneroit à la Couronne,
s'il mouroit sans F-iifa-.ns'inâles.
Ce fut le premier Duc de
Berry, & il le fut pendant
cinquante-six ans, n'estant
mort qu'en 1416, aprés Charles
& Jean de Berry, ses Fils,
qui moururent sans Lignée.
Un autre Jean de France,Fils
du Roy Charles VI. porta le
titre de Duc de Berry, &ce
mesme Roy donna le Berry
en Apanage à son cinquième
Fils Charles, qui devint enfuite
Roy de France, & futle
septiéme de ce nom. En
1464. Le Roy Louis XI. Fils
de Charles VII. donna ce
DuchéàCharles son Frere,
qui mourut sans Enfans. En
1472.le Roy Louis XII. laissa
le Berry pour usufruit à la
BienheureuseJeanne deFrance
,
sa Femme,aprés ladis-
I
solution de leur mariage.Elle
j prit le Titre deDuchesse de
leBerry, & fonda à Bourges Monastere des Filles de
l' Annonciade, où elle se fit,
Religieuse
,
& y mourut en
1504. François I. donna ce
mesme Duché pour Apanage
en 1517. à sa Soeur Marguerite
d'Orléans ou de Valois,
alors Duchessè d'Alençon,
& puis Reine de Navarre
; & en 1575. le Roy-
Henry III. le laissa à son Frere
François, Duc d'Alençon,
qui mourut en 1584. sans avoir
esté marié. Le Roy
Henry IV. estant parvenu à
la Couronne, donna ce Duché
à la Reine Loüise
, veuve
du Roy Henry III. Elle
-
mourut en 1601. & depuis ce
temps il a toûjours esté uny
au Domaine
Messieurs de Bourges ayant
esté avertis par une Lettre
de Cachet,qu'ilavoit plu au
Roy de faire un Duc de Berry
,
Mr le Large
,
Maire, Mrs
Delard,Raguéau,Coeurdoux
& Dudanjon, Echevins, de
Mr-Si#,!ge_r-, Procureur des
Affaires communes, se rendirent
à l'Hostel de Ville,
pour délibererdes marques
publiques qu'ils donneroient
de leur joye,&afin d'avoir
le tem ps de rendre la chose
plus éclatante, ils remirent
au 17. dumois passé la Feste
qu'ils resolurent de faire.
Ainsiils ordonnerent que ce
jour-la il seroir dresse un Feu
de joye & d'artifice au mi
lieu de la Place du Marché
& qu'à l'avenir cette Place
seroit appellée la Place Ducale,
jusqu'a ce que le Roy
leur eust permis d'en faire
construire une nouvelle en
l'honneur de leur nouveau
Duc; que les Artisans fermeroient
leurs Boutiques,&
les orneroient de feuillages
au dehors; qu'à tous les Carfours
& bouts des ruës, il y
auroit desArcs de Triomphe
de Laurier, & d'autre verdure,
où feroient les Armes
du jeune Duc de Berry, avec
des Fontaines de Vin qui
couleroient tout le jour; qu'à
toutes les portes cocheres
on dresserroit des tables garnies
de pastez, jambons, &
autres viandes,avec plusieurs
bouteilles de Vin, pour y
arreftertous les Passans; qu'il
y auroit des Illuminations à
-
toutes les fenestres au dehors
desMaifonSj&unConcert de
Musique &autresInstrumens
en la grande Place publique,
de S. Pierre le Puellier àl'iUuei
:
du Feu de joye, avec des,
tables remplies de toutes fortes
de rafraichissemens-, qu'-
en memoire des sept Ducs
de Berry on deliureroit sept
Prisonniers decenus pour detccs,
& qu'on traiteroit tous
les Pauvres de l'Hospital general.
Cette Ordonnance
ayant esté publiée, les Habitans
se disposerent avec tout
le zele imaginable à solemniser
cette grande Feste. Il
y eut par tout des Arcs de
Triomphe, ornez de festons,
d'Ecussons, & de Peintures,
On apporta des Forests de
bois dont on embellitles;
ruës. On coupa des Vergers
entiers chargez de fruits
d'Hyver,-
& M le Large,
Maire de la Ville
,
n'épargnant
rien pour se distinguer
, fit abatre la muraille
de sa court, afin de faire
faire un Arc de Triomphe
de verdure, chargé des Armes
de toute laMaisonRoyale,
auec quantité de Piramides
illuminées de Globes &
de Lampes, toutes ajustées
aux Armes du Duc de Berry.
Il n'y avoit rien de plus beau
que les Boutiques. Elles estoient
oinées. de fleurs
,
de
feüillages, & de cartouches,
& aux fenestres estoient des
Fleurs de Lys, des Lanternes
historiées, des antiques,
& enfin toutes les dépouilles
desCabinets les plus curieux.
On voyoit le Buste du Roy,
avec ce Vers au dessous,
Vive diu, Biturix,fnb tanto
Principe felix. ?: Tout estoit remplyd'Emblèmes
,& de Devisès. En
voicy quelques-unes.
,
Un Lis dans un lieu où il
ya des Moutons qui paidènt,
6c ces mots pour ame, NafsitHïmmovili,
L'Etoile dujour, Lumen,de
lumine.
La Rosee qui tombe dans,
un Pacage où des Moutons
passent,In tenerâ pecori gratissimus
herbâ.
Un Feu qui dans les corru
mencemens n'est presque
rien, mais quis'allume enfuiteavec
violence, &embrace
tout, Vivet, Ê9 ex minimo
maximtis erir.
Une Fusée volante qui creve
en l'air, & se répand en
Etoiles, Hinc lumen& ardor,
Un jeune Pin) Summa petet.
,
LHoflel de Ville se trouva
orne d'une infinité de
Lampes illuminées. Il y avoit
six Portiques de feüillages,
où estoient des Hercules qui
represencoient les Ducs de
-Berry. On voyoit le jeune
Duc dans un grand Tableau
de quinze piedsde hauteur,
&large de dix à douze. Les
quatre Compagnies de la
Ville,Composées de gens fort
lestes,ayant pasle en reveue
avec leurs Officiers à Jeur
téste, allerent se ranger en
bataille, sçavoir les deux
premieres, Bourbonnoux &
Auron,
Auron devant l'entree principale
de l'Eglise PatriarchaledeSaintEstienne,&
celles
de S. Sulpice & de Saint
Privé, dans la Place du Cloistre
de la mesmeEglise devant
le Palais Archiepiscopal.
Les choses estant disposées
de cetteforte, & les
Magistrats en Kobc Consulaire,
les premiers Magistrats,
& tout le Presidial en tresbel
ordre, s'estant rendus
dans l'Eglise avec M l'Intendantàleurteste,
on commença
à chanter le Te Deum
au bruit des Tambours, des
Trompetes,& des Cloches
Il fut suivy d'un fort beau
Motet, & la Simphonie & la
Musique se firentégalement
admirer dans l'un & dan:
l'autre. Lors qu'on eut finy
le Te Deum, auquel Mr l'Archevesque
de Bourges assista,
la décharge du Canon &
de toute la Mousqueterie si
sir entendre. Sur les huit heu.
res du soir, Mr l'Intendant
accompagnédu Maire & de
Ec hevins, alla allumer le
Feu que l'onavoit prépate
dans la Place Ducale, &
alors tout retentit de cris de
Vive le Roy, & Monseigneur
leDuedeBerry, & d'une nouvelle
décharge du Canon &
de la Mousqueterie. Il yeut
après cela un tres-beau Feu
d'artifice,d'où il sortit un
tres-grand nombre de Fusées
volantes & de Serpenteaux,
accompagnezde Petards. Mr
l'Archevesque, qui fait tout
avec grandeur, finit cette
Feste par une Illumination
surprenante. Son Bastiment
neusestoit éclairé d'un nombre
infiny de Lampes qu'on
avoit rangées sur les Balcons,
& sur les Saillies,auprés de
quelques Piramides qui paroissoient
toutes enflâmées.
Une Statuë. qui representoit
Madame laDauphine tenant
un Enfant entre ses bras, estoit
éteyëe dans la Place de
l' Archevesché,avec ces deux -
Vers de Virgile écrits sur le
piedestal.
Et nova progenies coelo démittitur
alto,
Clara Deûm fol?oiestagnant
jovis incrementum.
Autour de cette Statuë regnoit
une Balustrade toute -remplie de Feux d'artifice,
qui en formerent mille autres,
dont on voyoit les uns
s'éleveren Haut,& les autres
faire seulement la roüe. Le
bruit des Pétards se mesla au
bruit des Boëtes, & quantité
deFusées volantes donnerent
long
- temps un fort
grand plaisir. Si tant de magnificence
parut au dehors,
ce Prelat n'en fit pas moins
éclater au dedans de son Palais.
Il y eut trois Tables servies
avec autant de delicatesse&
de propreté que d'abondance;
la premiere pour
les Personnes d'Eglise; la
fcconde pour les Dames, &
la troi siéme pour les Gentilshommes.
Il y joignit tous les
agrémens que peut donner
la Musique à une Feste, &
ce qui se fit au dedans & au
dehors de la Maison de Mr
l'intendant,ne fut pas moins
remarquable.Les principaux
Bourgeois se signalerent de
leur costé à l'égard du Peuple
qu'ils voulurent regaler,
les uns par des Fontaines de
Vin exposées au Public, &
les autres dans leurs Maisons,
par des Tables servies
fort abondamment, & ouvertes
à tout le monde. La
nuit se passa dansla diversité
des Spectacles, dont le principal
estoit sur la plus haute
Tour de la Cathedrale, en
formed'une Piramide ardente.
Le mesmejour 17. de Septembre,
Mr l'Abbé de la
Bourlidiere, Aumônier de la
feuë Reyne, & Tresorier de
la Sainte Chapelle de Bourges
,
fit chanter dans fan
Eglise un Te Deum en Mufifique,
pour la Naissance de
Monseigneur le Duc de Berry.
Il fut suivy d'Illuminationsautour
de rEçrlife, &
dans la Place de la. Sainte
Chapelle, au milieu de laquelle
on avoit disposé un
tres-grand Feu, avec quatre
Tables aux quatre coins, &
deux Fonraines de Vin, outre
d'autres Tables qui furent
servies fous des Feüillées.
De temps en tempson
entendoit des Concerts de
Violons & de plusieursautres
Instrumens, & l'on fit
partir beaucoup de Fusées
volantes ,àla lueur desquelles
on voyoit un Etendard,
que l'on avoit attache au
haut du Clocher. Dans un
des costez de cet Etendard
estoient les Armes du Roy,
& dans l'autre celles duDuc
deBerry
, avec ceiieinicription
, Regem Ducemque sequuntur.
Pendant que le Peuple
estoitreçeu à ces Tables.
cet Abbé n'oublia rien pour
regalerses Chanoines. Illeur
donna un magnifique Soupé
,
&fit voir avec grand zele
la joye qu'il avoit de la
Naissance d'un Prince qui va
faire revivre le nom du glorieux
Fondateur de son Eglise
Ce sur Jean de France,
Duc de Berry, & Fils du
Roy Jean qui la fonda. Il
mourut âgé de quatre-vingts
ans,&fut enterré au milieu
du Choeur, où l'on voit son
Tombeau. CetteEglise, appellée
la Sainte Chapelle,
dépend immédiatement du
Saint, Siege.
Les réjoüissances continuerent
à Bourges les jours
suivans,& il s'en fit encore
de tresremarquables le Dimanche
vingt-deuxième de
Septembre dans la Place du
Poids du Roy. On y avoit
élevé un grand Theatre, qui
estoitsoûtenu par quatre colomnes,
chargées & embellies
d'un agreable mélange
de fleurs & de verdure. Quatre
Bergeres paroissoient au - haut de ces colomnes sur
autant de piedestaux. Elles
tenoient leur Houlete d'unemain,
& de l'autre cette Infcri
ption.
J Pascegreges, Biturix
,
inter-
KBorboniatutos
* Lilia; Dux vigilans est tibi,
pascegreges,
Le Theatre representoit le
magnifiquePalaisde Versailles,
lieu de la Naissaince de
Monseigneur le Duc de Berry.
On y voyoit les Vertus &
les Sciences venir à l'env y
les unes a près les autres luy
presenter des Devises surce
qu'il doit estre un jour. Au
milieu de ce superbe Edifice
estoit comme une Citadelle
munie de forts Bastions, sur
laquelle s'élevoitun Donjon
environné d'un grand nombre
de Balustrades. C'estoit
la demeure de la Renommée
& de la Victoire.La premiere,
employée à publier la
naissance de ce Prince, avoit
cette Inscription
,
Considerate
quomodo Lilia wjcmt.k l'aîile
droite estoit l'apartement de
la Paix, qui venoit apprendre
au nouveau Duc qu'il
estoit né dans un temps où
la France gouste un repos
tranquille par les boncez
de nostre Auguste Monarque.
Elle portoit pour
Devise, Pacis opus. L'apartement
qui luyfaisoit face, estoit
celuy de Thémis. Cette
Déessefaisoit voir au jeune
Prince le Portrait de son
Bisayeul Loüis XIII. & luy
presentoit ces mots, Filius
erit Proavosimilis.Deux grands
corps de Logis avec quatre
Pavillons,faisoientl'ornement
de laisse gauche. La
Force qui habitoit le premier
,
venoit proposer au
nouveau Duc les incomparables
Actions de Loüis LE
GRAND,&luy marquoit par
ces mots l'attachement qu'-
elle auroit pour toute son
auguste Posterité, Borbonios
Ducessequor quocunque. La Religion
qui occupoit l'autre,
venoit rendre hommage au
jeune Prince parreconnoissance
des services que laMaison
de Bourbonluy a rendus
de tout temps contre l'Heresie.
Elle faisoit voir ces
mots gravez,Jam firma, per
te intacta manebo. Les Muses,
les beaux Arts, & les Sciences
avoient leur sejour dans
les Pavillons,& faisoient connoistre
par ces mots les grandes
choses qu'il devoit attendre
de leurs soins pour son
éducation. Ducem ad ardua
singimus. Au dessus de ce superbe
Palaisestoit un Soleil,
qui illuminant tout ce Spectacle
, enflâmoit des coeurs
attachez à trois Portails par
où l'on pouvoit y avoir entrée.
Ces coeursavoientcette
Inscription, Luce tuâ vivimus.
Au premier Portail, qui
estoitchargé, comme les
deux autres,de Festons ornez
de Fleurs de Lys & d'Emblêmes
,
estoient represen-.
tez d'un costé deux Signes,
la Vierge & la Balance, qui
font les Astres fous lesquels
est né le jeune Duc; & de
l'autre, leChasteau de Versailles
avec un Astre au dessus,
& le Dieu Mars pour Planete.
Au second, du costé
dela Porte de Paris, on avoit
peint quatre Siamois, que la
Renommée appelloic pour
estre témoins de cette naissance.
On y avoit peint encore
des Alcions surune Mer
calme, & la Déesse Astrée sur
la Terre. Onremarquoit le
Dieu Mars dans le troisiéme
Portail. Il y avoir aussi des
Bergers ,
dont les uns tenoient
des Chalumeaux; les
autres estoient prosternez
devant le berceau du jeune
Duc, au dessus duquellaVictoire
tenoit une Couronne.
Plusieurs Fontaines de Via
coulerent dans la Place où
futdonné ce Spectacle
, &
il y avoit des Tables ouvertes
devant les portes des Officiers,
non seulement à toute
la Milice, mais encore à
tous ceux des Habitans qui
voulurent prendre part à cette
rejoüissance. Elle commença
par un Te Deum, qui
fut chanté dans l'Eglise de
S. Pierre le Marché, & se
termina par un grand Feu d'artifice.
LeLundy7 de ce mois,
la Jeunesse de la mesme Ville,
voulant marquer à son
Prince combien elle s'interesse
dans le bonheur du
Berry, s'assembla fous un
Drapeau blanc femé deMoutonsmeslez
à des Fleurs de
Lys, pour faire connoistre
quecette Province joüit presentement
d'un honneur
dont elle s'estoit veuë privée
pendant plus de deux
Siecles. Au milieu estoient
les Armes du jeune Duc avec
ces mots au dessous.
Hocjtivenes JVFENIfana
dedêre DUCl.
Cette belle & jeune Troupe
se rendit dans un équipage
fort leste & fort propre dans
la Place qui est devant l'Eglise
Cathédrale, & où par
ses foins on avoitpréparé un.
Feu d'artifice. Le dessein en
estoit tel Sur un Thearrehaut
& large de douze piedsy
s'élevoit une Tour qui en
avoit treizede hauteur. Elle
avoit quatre Portiques,foutenus
de leurs Pilastres, &
ornez de Corniches,Frises &
Architraves. L»'ordre estoit Dorique, ëc les carneaux de
la Tour, qui avoit quatre
Fenestres, & autant de portes,
donnant entrée chacune
sur son Balcon bien ouvragé
,estoientpercez de Fleurs
de Lys, & portez sur des
Consoles de feuilles de refente,
au lieu de Machicoli.
Toutl'Ouvrage estoit défendu
d'un Parapet, percé
aussi de Fleurs de LYS,& accompagné
de quatre Guérites.
Outre ces ornemens d'Architecture
, tout estoit embelly
d'Ecussons deFrance&
de Berry,ausquels on avoit
attaché ces mots, Dedit bos
Victoria Flores.
Il y avoitquatre Devises dont la premiere estoit , un
Soleil, & avoit pour ame , Nascitur ut recreet.
La seconde representoit
des Moutonspaissans à l'abry
de quelques Lys en fleur
fous un Ciel qui paroissoit
grondant de Tonnerre. Ces
paroles en faisoient l'âme,
Tuti hoc præsidio.
Dans la troisiéme estoit un
Oyseau,qui a toujours esté
le fimbole d'un bon Prince,
C'estun Pelican ouvrant ses
veines pour donner son fang
à ses petits. Vtprolemfoveat.
La derniere estoit un Aigle
qui presentoit un de ses Aiglons
auSoleil, avec ces paroles
,
Diçna Jovis Soboles.
L'Artifice & les Illuminations
répondirent à la beauté
du dessein; & afinque dans
desi justes réjouissances les
oreilles eussent leur part du
plaisir,la Musique d'accord
avec plusieurs Instrumens,
fit oüir les Vers qui suivent.
Pour nostrejeune Duc chantons nos
plus beaux Airs,
Poussonsmille cris £aileyrcfjex
Tout ce que nous faisons s'adresse
Au plus grand Roy de l'Vnivers.
Joignez-vous à nos voix, vigoureuse
Jeunesse,
Pour cet Enfant du Ciel chery,
Puis que le bonheur du Berry
Eg dement nom illtcrcjfe. -t- Pour porter dignementjusqu'au
plus haut des Airs
VuNompour nous siplein de
ch.-mnes3 -
Reglez le grand bruit de vas
armes
A ladoui (jttr" de nos Concerts.
Aprés que l'on eut joüy
de tout ce Spectacle, on se
rendit en un lieu, où cette
galante Troupeavoit fait
venir les Violons pour donner
le Bal auxjeunes Demoimoifelles
de la Ville. La Collation
leur fut servie, & rien
ne
ne fut oublié de tout ce qui
pouvoit contribuer aux plaisirs
de cette Feste.
Je vous envoye un Air
nouveau, quiest
, comme
tous les autres, d'un de nos
plus habiles Maistres.
AIR NOUVEAU. QVandj'estois seul près de
Sylvie,
Ie croyois payer une vie
Doute,tranquille, &sansde-
Et je 7neflois fait un pL/ifir
'avoirsçeuréjïjlerauy:yeux de
cette Belle.
JvPdh't helas!que je croyoismail
Dès que je vis Tircis s'attacher
auprès d'elle
le , vis que savois un Rival.
Je vous ay appris par ma
Lettre du mois d'Aoust, que
Mrle Marquis d'Antin avoit
epouséMademoiselle d'Ulèz.
Dans le tem ps que sefit ce
mariage
,
il courut un Epithalame
pour ces jeunes Mariez,
dont j'aydemande une
copie. Je vous l'envoye. Cet
Ouvrage a rcçeu des Connoisseurs
toute l'approbation
que l'Auteur pouvoit attendre.
Cela devroit l'obligerà
ne point cacher ion nom.
1 1 ,~~-'
il K
C1fc1V.'i/'>1
EPITHALAME. GRace aux heureux Destins,
enfin voicy le jour,
Que l'on va voir l'Hymen d'accord
avec L'Amour.
£aPaix} comme l'on est rare
entre ces Frères;
Ils semblent este nezl'un à l'autre
contraires;
Et pours'entretenir dans d'éternels
combats,
Toujours ce que l'un veut l'autre
ne le veut pas.
Maisils viennent de faire une
doublealliance,
Et vont vivre long-temps en bOnïzC
intelligence,
Enfaveurde deux Coeursl'unpour
l'autre formez,
Etpar les plus beauxfeux l'un pour
l'autreenflante
Le coup, dont les frapa le beau
Fils de Cltherc,
Ne fut point de ces coups portez
par la colcrc,
Comme il fit a Venus,dont il estoit
yonde
,
[gourmandd
Ccrameilfit à phébus, , qui l'avait
Comme ilfat a plusieurs
,
dont la
longue feuffrance
De cet Enfant cruel satisfait la
VdJ."('C.lJ}(c,
Lors que
nos deuxAmansfurent
blifjc^ au coeury
L'Amour ne fut jamais d'une f
bel'ehumeur:
feu/sitostses ruUlais3tout cherchaït
a luy plaire5
Il i\v.jit d'obtenir des baisers de
[a- ivlcrc
, Et libre
, avec les Jeux3 les Ris &
lesPlaisîrs,
Ilalloitfolâtrer au gré deses desirs,
Amans,qu'il a vaincus , tout
vous est favorable,
priveZ, vivez heureux sous fotc
Empireaimable:
La Fortunevoussert,l'Amour rit
a vec vous,
L'Hymen serre vos Noeuds, est-il
un bien plus doux?
Vos jours pleins de repos vont couler
sans alarmes:
La vie aura pour vous toujours de
nouveaux charmes :
Surpris de vos plaisîrs
, vous ne.
comprendrezpas
Comment tant de Bonheur peut
regner icy-o'as.
Si vous avezsouffertquelque peu
par l'attente;
Si lesSoupçons jaloux, la Crainte
impatiente,
Vous ont fait quelquefoissentir de
la douleur,
L'Amourvous enferamieuxsentir
sa douceur.
Surpassant en attraits,ensentimens
fdeliesj [tes les Belles,
L'un tous les Cavaliers, l'autre tou-
Sans mesure tous deux & charmez
& charmans,
Rien ne doit estre égal à vos contentemens.
La Nymphe a la beauté d'une
naissant' Aurore,
On d'une aimable Fleur, qu'un
Ze faitéclorre.
Sa bouc,-.ie estun rorailfait exprès
pour charmer:
Ses yeux ont un brillant qui peut
tout enflamer.
Le tos grand Dieu, réduit à brouter
le rivage,
Passapourmoins d'attraitsleBofphore
à la nage.
Jtîclene aima Pâris avec moins de
beauté;
Penelopesitvoir moins defidélité.
Venus a moins d'éclat,Diane moins
d'adresse,
Innon m ins de grandeur, Païïas
moins de sagesse.
On voit, par ces faveurs du Destin
qui l'aima,
Lesexemples quelleeut, la main
qui la si rma. Ellead'untendreAmourl'air
&lecaraclere
Trop jeune à nos regards pour en
estrelaMere,
EtJivous la voyezs'exposer att%
bazars,
Sur un Coursiersougeux,cet Amour
est un Mars.
Si laNymphe au Heros dispute le
courage, [ 'vdntdg,c :
Le Heros, des apax ,
dispute j';z.¡
Surle Pré ccjl un Mars> mais ejlil
de retour,
A-t-il quitte ls fer, ce Mars est
un Amour.
Qui pourrait resister à tant de bon.
ne mine?
Adonis moins charmant sceut en
chômer CvPrine.
Pour moinsd'apax Diane eut le
coeur enflamé.
L'o.tÍurJre aim> Titbonmins di-
Rne d'efhe aime
Qnvoirurr}iviT.-te3 on voit
(Lins sa manière3
L'esprit&les attraits de sonaimable
Mere.
Parlerain/i du Fils,c'est en un mot
ÍJldrquer
Ce qu'unfort long discours ne feauroit
expliquer.
Le Sang dont vous sortez, a depuis
deux cens Lustres
Répandu ses ruisseaux dans des
Veines illustres,
Et pour former les coeurs aux projets
les plus hauts
S'estlong-temps épuré de H, eros en
Héros. [ Memoire
De vos nobles Ayeux l'éclatante
Demande de ce Sang la durée&la
gloire:
Et l'on s'attend quapréscertain
nombre de jours,
LOri que la Lune aura neuffois
fourny son cours,
Apeineverra-t-on ladixième paroitre,
[ferez,^ rcntlitre,
Qu'en un digne Neveu vous les
Etque pourempêcherce beau Sang
definir,
Par vous on le verra tous les ans.
rajeunir.
Mate^-V'jus de remplir cette juste
esperances;
Pour vou-rlaîir-,du Soir, en leur
faveur, ldv,"nre.
Que loin de nos Amans, sous le
poids de ses fers,
La Discorde à jamais gronde dans
les Enfers.
Qu'un lit vaste &superbe en riches
broderies,
Où brillentà,l'envy l'or &lesPierreries,
Icy soit élevé par les mains des
Amours ;
Et que l'Hymenjoyeux leur prête
son secours.
Qutin délicat travail en mille exploitsy
trace [ Race.
La Vertu naturelle à leur auguste
Que les plus doux Sommeils, & les
Ieux tour-à-tour
Devant ce lit pompeux viennent
faire leur Cour>
Et querfin les rideaux ornez^ de
fleurs nouvelles,
Soient tire par les mains des Graces
immortelles.
Toy quivas donner l'estreà tant
de demy-Dieux,
Amour,ce que tu fais, quand tu
formes des Noeùds,
IV'efl pas toujours un coup aveugle
&témeraire ;
Etmalgré lafaçon dont tepeint le
Vulgaire ,
Quand, pour te (ignalcr3 tu fis un
choix(ibeau3
Alors tu navois pas sur les yeux
un bandeau.
Faveurs des Immortels, heurtases
T)cfHnees'3
Quirc'-lc-.^ des Heros les trames
fortunées,
Que ne PtUf-jc
,
d'icy
,
dans la
Po(rente3
Voir le sublimeéclat r:!j" la félicité
D'uneBranche3 qui doit fournir
par ses JVIerveilles,
Aux Malherbesfuturs le sujet de
leurs vei es ;
Ou plûtofi3noble Véne, Esprit chery
des Cieux,
Toy qui .(fr/cif si bien des augustes
Ayeux,
Que71s peux-tu, Voiture, en su-,
p-ffant les Maijires ,
Chanter les Descendans ainif que
les Ancestres !
— Par tesdoctes écrits au lieu de me regler,[tuparler,
Sur desi beauxsujets que ne peux-
EtpourquoJ les Destins
, en prolongeant
ta vie Ne tont-ils , pas fait voir la troisième
Iulie ?
Mais la Nuit,deson voile, a
couvert tous ces lieux.
Mille brillans Flambeaux ornent
l'Azur des Cieux.
Le Sommeil à ses loix asservit la
Nature,
L'Amour seul doit veiller dans
cetteNuit obscure.
C'encfiaffermigardons de rompre
trop longtemps,
Vn Sîl/enccPropiceà nos heureux
Amans.
Je vous appris il y a un
mois avec quelles acclamations
Mr de Faucon de Ris
avoit esté reçeu à Rouen lors qu'il , y vint prendre possession
de la Chargede premier
President du Parlement:
de Normandie. Le jour qu'il
y prit seance, MrleNoble,
Avocat en ce mesme Parlement
, ayant à parler dans la
premiere Cause qui fut plaidée
devant luy
,
se servit
d'une occasion si favorable
pour luy faire compliment.
Il dit qu'il auroit crû tromper
l'attente publique, si la
premiere fois qu'il avoit
l'honneur de parler devant
ce grand Magistrat, il posoit pto- dés le commencement
de son PlaidoyélaQuestion
qu'il falloit que l'on
jugeaftj que ses yeux n'estoient
pas seuls occu pez à le
regarder, & que son cfprit
se trouvoit bien plusremply
des idées qu'il en avoir conçuës,
que de celles de sa
Cause; qu'il avoüoit qu'un
sujet si vaste & si élevé demandoit
une bouche plus
éloquente que la sienne, &
que s'il s'estoit arrestéàfaire
reflexion sur son impuissance
& sur sa foiblesse, le silence
eustesté le seul party qu'il
auroit dû prendre. Aprés
avoir ajoûté que les plus
grands Orateurs ne pourroient
fournirqu'à peine à
une si belle matiere, il poursuivit
en ces termes.
Tous ceux qui ont estétémoins
des Discours que Mrle Premier
Presidentaprononcez enpublic,les
ont admirez comme lesplus beaux
Ouvrages,&les plus heureuses
productions de l'esprit;&sij'avois
un rayon desvives lumieresqu'il
jyafait remarqueràtout le mondes
je ne cYainchois pas de diminuer,
commeje fais parmes faibles expressions,
les Eloges que merite cet
illustre Chefdusecond Parlement
duRoyaume;maisMessieurs,vous
mieux ce qu'il est queje
ne puis vous ledire ,&quelque
soin, quelque étude que je puijjs
y apporteryil,mefkimpojjikle de
vous le representer tel que vous
le connoijje Vous n'ignorez pas
que laFamille deFaucon est originaire
de France,qu'ayant passé
en Italie elle s'habitua à Florence,
oùelle eut les premieres Charges
de la République, &s'allia avec
l'illustreMaijon, de Bucelli;qu'en
J^f. Françoisde Fauconrepassa
en France,à la suite du Roy
CharlesVIII,qui revenoit du
Royaume d Naples dont il avoit
fut la conqueste; qu'Alexandre
de Faucon,son Fils fut Evesque
de T lles, d Orleans, de Mâcon,
& de Carcassonne, & l'un des
pleSF ivans Prelats deson temps;
cjt4 i.-Ry FrançoisI.l'honora de
fin estime en diversesNégociations
importantes;que Claudede
Faucon, Seigneurde Putredon &
de Ris, fut Premier Presidentaux
Encfuejles du Parlementde Paris,
enfutc Conseiller d'Estat, &
premierPresident au Parlement
de Bretagne ; qu'ilseroit utite'-
ment l'Estar pendant les desordres
de la Ligue;que le Roy le deputa
(O. Co*Km.'jJ'aiye pour la Paix à
laConference de Montmartre}&
tj-'en retournant de Paris à Rennes,
il fut fait prisonnier par
ceux qui tenoient leParty des LifJueurscontre
le Roy, & composa
pendant sa captivité un Traité
des Guerres Civiles; qu'il eut
pluseurs Enfans, l'un Chevalier
de Malthe si connusous le nom,
de Commandeur de Ris
,
lequel
consacra ses jours& sa vie pour
la défense de la Religion, &pour
le service du Roy,particulierment
à la prise de la Rochelle, où
ilsesignala; que deux autres furent
premiers Presidens en ce Parlement;
que l'un, qui estoit Alexandre
de Ris, rendit beaucoup
de services au Roy & à l'Estat
en 1620. durant lesTroublesde ce
temps là;& que l'autre,quiestoit
Charles de Faucon, mourut
à Dieppe dans la Maison du Roy,
après avoir baranguéSa Maiesté
à la tesse de Messieurs les Députez
de ce Parlement, que Jean
Louis de Faucon
,
sonFils, Pere
de e~. le premier President a
AUjJi exercé avec honneur lamême
Charge,&queM. lepremier
President, avant que d'estre
nommé pour la remplir, a tfié
Conseiller en la Cour, dj Commissaire
aux Requestes
,
Maistre
des Requestes, &Intendant de
Justice dans les Provinces deBourbonnois
& de Guyenne pendant
douze années. Ainsi, Messieurs,
vous njoye^ que le rang qu'il occupe,
est la récompense des servi.-
ces importans qu'il a rendus à tEstat dans tous les Emploisglorieux
par lesquels il a déja passé;
qu'encore que ses Ancestresayent
estéornez de la mesme pourpre
dont il est revestu
,
il ne brillepas
feulement de leur éclat, & que
cette Dignité ne seroit pas comme
hereditaire danssa Maison,s'il
n'avait paspossedé comme à droit
successiftoutes ces rares qualité^
dont la Nature a estéprodigue
enversluy, qmluy ont attiré l'estime
-,,r la bienveillance duRoy,
st) quiforment un Magistrat accownly.
Il finit ce juste Eloge
en disant
,
qu'il ne doutoit
point que celuy dont il soû_
tenoit les interdis, ne refsentitleseffets
decette superioritéde
Genie, & de cet
esprit de pénétration & de
justice
,
qui accompagnoit
toutes ièsD¿ci{JOllb)& celles
des Juges devant lesquels
avoir l'honneur de plaider.
Il s'agissoit de la validité d'un
Mariage. Il occupa toute
l' Audience,& cene fut que
dans l' Audience suivante,
que Mrs le Quesne, le Bre- ton deMeherenc plaiderent
selon les differens interetsqu'ils
avoient pour leurs
Parties dans la mesme Cause.
Ils firent aussi des complimens
fort justes à Mr le
premier President, & après
que chacun d'eux eut parlé;
Mr de Langrie,premier Avocat
General -*,prii la parole
pour le Roy,& fit admirer
la delicatesse de ses pensées
dans l'éloge particulier de ce.
grand Magistrat, digne successeur
du mente aussibien
que dela Charge de ses Ancestres.
Je puis vous dire,
Madame
, que ce qui a surpris
tout le monde, c'est la
vivacitéavec laquelle Mrde
Ris a répondusur le champ,
& sans préparation à plus,
de cinquantecomplimens,
qui luyont este faits dans
l'occasiondontje vous parle.
S'il a fait briller son éloquence
dans,labeauté du difcours,
la solidité du jugement
& la presence d'esprit
n'y ont pas moins éclaré)
suivant les qualitez diffcrentes
des Personnes ausquelles
il ré pondoit.
Je croy vous avoir marqué
dans quelqu'unede mes
Lettres, que les Chevaliers
-
du Jeu de l'Arquebuse
,
de
Provins, gagnerent Je Bouquet
à Nogent au mois
d'Aoust 1684. L'obligation
où ils estoient de rendre le
Prix leur en ayant fait choisir
le jour, ils firent sçavoir
par des Lettres circulaires
qu'ils le rendroient le 25.
Aout dernier, jour de la
Feste de S. Louis. On vint
à Provins de toutes parts,&
ils employèrent tout le Samedy
14. Aoust à recevoir
les Bandes avec les ceremonies
ordinaires Les uns à cheval,
ayant à leur telle M'
Bessel, leur Capitaine per-
-
petuel, allèrent les recevoir
hors la Ville au son des Haut-
-
bois &:des Trompetes, & les
autres commandez par M'
Guerin
,
leur Lieutenant,
prirent foin de les conduire
.,au son des Tambours &
des Violons dans les Logis
qui leur estoient preparez.
On les regala ensuite des
Presens accoutumezdeConserves
& de Vin. Le lendemain
toutes les Bandes se
rendirent en bel ordre dans
l'Eglise Collégiale de Saint
Quevace,où la Messe fut
celebrée par Mr le Doyen
de Jolycoeur,ancien Aumônier
de Monsieur. Le Concert
de l'Orgue & des Violons
fut admirable pendant
que les Drapeaux furent portez
à l'Offrande. L'aprésdînée
les Compagnies se rassemblerent,
& vinrent prendre
le Bouquet& le Prix
chezMr Bessel Capitaine.
On les apporta dansl'Hostel
de Ville, où le Maire & les
Echevins presenterent aux
Chevaliers une magnifique
Collation. Cet Hostel estoit
orné de Festons;d'Arcades &
deGuirlandes. On y voyoit
les Armesdu Roy, &celles
dela Province, &des Gouverneurs)
avec un Tableau,
od paroi(Toit Un Rosier,&:
trois Soleils au.dessus. Ces
mors servoient d'ame à la
Devise, Sole triplicireviresco
Les Armesde laMaison d'Aligre
sont trois Soleils,& le
RosierestleHierogliphe de
la Ville de Provins, qui vouloit
marquer par là la reconnoissance
qu'elle conferve
desbons offices que luy a
rendus Mrl'Abbé de S. Jacques,
Fils de feu Mr le Chancelierd'Aligre.
De l'Hostel
deVille les£Chevaliers allerent
à l'AbbayedeS.Jacques,
pour y prendre une Médaille
d'or, dela valeur de
vingt Louis, que cet Abbé
avoit proposée pour une
cinquièmeChasse. Ils paiîèrent
le reste du jour à se divertir,
& le foir au Bal en di.
vers lieux. Le Lundy 16. h
premiere Chasse fut ouverte
par le coup du Roy. Ce fut
Mrle LieutenantGeneral qui
le tira. On fixa le nombre des
Prix à quatre-vingt en quatre
Chasses,vingt Prix à chacune,
& le nombre des Tireurs
fut de 136. de trente, six Vil.
les. Le premier Panron fut
çagné par les Chevaliers de
Chasteau
- Tierry, avec le
Bouquet, d'un cou p de broche
fait par le SrJulien Beaujou.
CeBouqueteltuneTour
ornée de Fleurs artificielles.
Ce Vers Latin est écrit autour
en grosses lettres,
Conlidit banc Cesar, servus
nunc CesareMajor.
La Ville de Provins a pour
Armes une Tour,àcauseque
dans la Ville haute il ya une
eroffeKD Tour fort ancienne.
bastie par Jules Cesar. Cela.
suffit pour l'intelligence de
ce Vers. Le second Panton
fut emportépar ceux deChalons
, d'un cou p de broche
que fit le Chevalier Gu yot.
Les Chevaliers de Provins
gagnerent le troisième Panton,
par un autre coup de
broche que fit MrGuerin,
Lieutenant Le quatrième
sist emporté par les Chevaliers
de Meaux. Enfin l'on
tira une cinquième Chaire)
pour la Médaille frapée au
Coin de Mr le Chancelier
d'Aligre. Ce furent ceux de
Villenauxe qui la gagnerent
d'un coup de broche fait par
le Chevalier Rivor. Jamais
on n'avoit si bien tiré. Les
Chevaliers de Provins se distinguerent,&
l'on n'en sçauroit
douter, puis que de qua- - tre-vingt Prix, ils en remportèrent
vingt & un.
Je croy vous faire plaisir
Madame., en cherchant à,
découvrir qui est ce Mrle
Chevalier d'Her. dont
vous avez tant estimé le Recüeil
deLettres. L'approbation
que vous leur avez donnéeaestésuivie
de tous ceux
qui s'y connoissent
,
& le
cours qu'elles continuent
toûjours d'avoir, ne permet
point de douter qu'on,,p'y ait
sentyce tour fin &delicatque
vous y avez trouvé. Cequi
me fait croire qu'on en pourtra
connoistre l'Autheur,c'est
que l'onasseure qu'il aintrigue
avec une jeune personne
,
qui est Pensionnaire
dans un Convent
,
& qu'il
va souvent l'entretenir à la
Grille. Illuy écrit mesme, &
par une Lettre qu'on m'en a
fait voir, il paroist qu'il
prend goust à ce commerce..
Il fera bien mal aisé qu'il demeure
long-temps secret,
puisque la jeune Pensionnaire
voulant se faire honneur-1
de Ces Lettres, en a laisse echa
per des Copies. Voicy
celle qu'on m'a donnée. On, |
m'en promet encore queUj
.- quesautres. Lisez ; Je vous
croiray de mauvaise humeur
! si après cela vous n'avouez
pas que peu de Personnes
sçavent écrire aussigalamment.
A MADEMOISELLE*** vV
Ous 1JQulez bien souffrir y
Midemoiselle,
, que je me
"vante de vous donnerde l'esprit.
,J'a,} crti d'abord que c'estoit quelque
chose de fort glorieux pourmoy
; mais je voy que je vous en
donne tant en peu de temps , que,
Je n'ay pas grandsujet de m'en
'.faire bonneur. La facilité que
vous avez a en recevoir, diminuëextrêmement
le mérite qu'il
y auroit à vous en communiquer.
Vous qui n'estespas ingrate, vous
me donnez en recompense de ce
que je n'oserois nommer dans un
Lettre qui doit entrer dans un
Convent. Si cependant je croyois
qu'il n'yeust que vous qui rlujJiez
la VOIr) je hazarderois le mot
d'amour,car je vous avouëque je
riay pas tant de re/hL'clpour vous
quepour la Mere de. Les jolies
personnes en inspirentmoins,
~&vousestesassurément bien plus
jolie quelle. se me plains donc à
vous, Mademoiselle, de iêchange
que nous JaiJons ensemble.
J'aime mieuxvousdonner de l'efl
prit gratis ; je vous declare que
je n'aypointaffaire d'amour. Ce
quimedéplaist le plus, c'est que
vostre reconnoissanceestsi exacte
que i-om voulez me donner un
amour qui dure autant que durera
l'esprit que je vous donne. A ce
compte, je vous aimerois toute
ma IVIIIC?Je vous rendstrès-humblesgrâces
,
je n'ayjamais esté
amoureux de cette-fl là f'ay
promis à chaqueBelle que j'ay
quittée, que je n'en aimerois jamais
d'autre plusfacilement.
Voulez-vous que je manque tout
d'uncoup à tant de promesses qui
esftoient lesseules que j'esperois de
pouvoir tenir? Ne mepermettre
VOUA point de conserver à l'égard
de toutes les personnes que j'ay
Aimées cette espece unique de sidélité?
Vous me rendez infidelle
à un monde de Bellestoutà lafois.
Il faut pourtant s'y resoudre si
on continuedevous voir, mais du
moinsrecompensez-moy sur le
pieddecette multitude&deMaîtresses
paffieJ) & de Maitresses
à venir que ie votes sacrifie, car
pendant le reste de ma vie que ie
voy bien qu'ilfaut vous dévoüer,
j'estoishomme à avoir encore quelque
douzaine ou deux de passions,
VOIU érouffi'{ dans mon coeurtoute
cette belle esperance a"amours à
naistre.se n'try point de regret à la
diversité qui se fusttrouvée dans
ma vie; i'eusse aimétantost une
Brune,tantost une Blonde,tantostunepersonnegayetantost
une
serieuse. Il mesemble que vous
rassemblez le merite de tous ces diferents
caracteres Vous me par°
ijfeK&aJe$ferieufe & ce
qui est plussurprenant, i'ay tant
d'envie de rencontrer tout en 'VOtaJ
queie voustrouveblonde~&brune
enmesmetemps. Celamefaitvoir
qu'il vaut autant que ie vous aime
vousseule, quesiiem'étois amusé
à aimer en détail toutes ces autres
Personnes qui font en vousen racourcy;
maisaussiafin que l'Empire
d'Amour ne perdist rien, ilfaudroit
que vous m'aimassiez autant
qu'elles auroient pû faire
toutes ensemble. Vous estesieune;
il seroit extremement glorieux
quevostrecoupd'essaysustquelquechosedegrand.
V, '•- Voicy les noms des Personnes
donc j'ay aujourd'huy
à vous apprendre la mort.
Messire Jacques Canayc)1
Seigneur desRoches, Grand
Forrds & autres lieux, Concilier
Honoraire en la
i Grand' Chambre.Ilestoit
Sous Doyen du Parlement,
où il avoig esté receu Confeillcr
le 30. Decembre 1633. Ilmourut le 23. du mois passé.
j Missire EstienneCanaye son ;Fils
,
fut receu Concilleren
la Premiere des Enquestes le
19. Janvier de l'année der-
*niere. Canaye porte J'azur
auChevron d'argent, accompaj;
gnr de deux Etoiles d'argent en Chef, @' d'une rose de mesme
fw* pow'e.A?. «:D:inxc\.CatherineForetz,
Femme de Messire Brunode
Riqueti, Seigneur de Mira.
beau
,
Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises,
morte le Samedy28. de Septembre.
Elle estoit Fille de
feu Mr Foretz
,
Conseiller à
la Cour des Aydes,fortestimé
dans saCompagniepar
sa probité &parson merite,
&estantdemeurée Veuve de
Messire Denys Feideau
,
Seigneur
de Vaugien, elle avoit
épousédepuis peu d'années
Mr le Comte de Mirabeau.
Elleestextremement regrede
tous ceux qui la con4
noissoient. M. Feideau son
premier Mary, de la Famille
des Feideau originaire de la
Marche ,estoit Frere de M.
Feideau President en la Cour
des Monnoyes,de deux Chevaliers
de Malthe, & de feu
M. Feideau Chanoine de
Nostre-Dame
,
& petit Fils
de feu Messire Antoine Feideau
ConseillerauParlement
en 1573. Cette Famille
a fait plusieurs branches. Il
yen a une en Bourbonnois,
une autre des Seigneurs de
Calende, dont sont Messire
Henry Feideau Conseiller
au Grand Conseil, & Messire
François Feideau Maistredes
Requestes; une autre des Seigneurs
de Brou, dont est
Menire Denys Feideau, Maître
des Requestes
,
& enfin
une autre branche, qui a siny
en la personne de Dame
Marie Feideau, qui épousa
Messire Timoleon de Daillon
,
Comte du Lude. Feideau
ported'azurau Chevron
d'or, accompagné de trois Coquilles
de mesne
,
&Foretz porte
d'argent à troisCrossansdesable
- au Chefd'azur, chargédetrois
•* Testes de Cerfs d'or.
MrleComte de Mirabeau,
second Mary de Dame Catherine
Foretz
,
donr je vous
apprens la mort, est de la
Maison de Riqueti de Provence,
oùcetteFamille,quoy
qu'Estrangere, ne laisse pas
de tenir rang parmy les plus
diiiingtiées tant par ellemesme,
que par les grandes
Alliances qu'elle a faites. Ils
sontaujourd'huy cinq Freres
vivans. L'aisnéquiestmarié,
est M. le Marquis de Mirabeau,
Syndic de la Noblesse
du Pays. Le second est M.
l'Abbé de Mirabeau, fort
connu par son sçavoir. Le
troisiéme est Chevalier de
Malte, & Capitaine d'une
des Galeres de Sa Majesté.
Le quatrième est M. de
Beaumont, aussi Chevalier
de Malthe. Il a commandé
longtemps un Vaisseau du
Roy, & vit presentement
retiré dans sa Commanderie
de Selve. Le cinquiéme est
M. de Mirabeau Capiraine
aux Gardes, demeuré Veuf
depuis peu de )ours.
Messire Jean Gaudard,
Seigneur de petit Marais,
le Piple, &autres lieux,mort
re;. de ce mois. Il estoit
Doyen de la Grand' Chambre
du Parlement de Paris,.,
& avoit esté receu Conseiller
le 7. May 1627. Messire
Jean Jacques Gaudard son,
Fils, fut receu le II. Mars
1667. Conseiller en la Premieredes
Enquestes. Ils portent
d'or à la bande d'azur,
chargéedetrois défences de S'an.
glier d'argent. La mort de M.
Gaudard a fait monter à la
Grand' Chambre Messire
Jean de Brion, Conseiller en l&aMTreosissiiérmeCe dheasrElenqsuHeestrevsé,
éiî presentement Doyen du
Parlement, où il fut receu
le28. Fevrier 16li.
D:ime Marie de Thier-
[aule, morte le 9. de ce mois.
Elle estoit Femme de Messire
Sebastien du Bois
,
Seigneur
de Guedreville
,
Signy, &
autres lieux, Maistre des Requestes
Honoraire, & President
au Grand Conseil, où,
ilfut receu en 1667. & Soeur
de MessîreGui1hume de
Thierfault
,
Conseiller au
Grand Conseil. Mr le President
de Guedreville est Frere
deMessire Jeandu Bois , Sr<
,-- du
du Menillet, Conseiller en la
Grand' Chambre
,
dont le
Fils qui estoit Maistre des
Requestes, & Intendant de
Justice dans le Bearn, est
mort depuis quelque temps.
Du Bois du Menillet & de
Guedreville, portent d'argent
auChesne de Sinople, au Chef
d'azur,chargéde troisCrogens
d'argent.
Il ne faut pas s'étonner si
l'on voit les Arts en France
dans le plus haut point de
perfection où ilsayentjale
Roy n'épargne pas la dépenseny
les Ministres, leurs
foins pour les faire fleurir
tous en général, & chaque
Art en particulier. On en
peutjuger par ce qui se fait
pour la feule Academie de
Peinture &desculpture. On
y distribuë des Prix tous les
trois mois à ceux desEleves
qui ont le mieux re'iïffi, &
les Vainqueurs eurent l'honneur
de les recevoir le 20. du,
mois passé de la main de Mr
de Louvois. Ce zeléMinistre
s'y estant rendu le jour
que je viens de vous mar-
"fl -~?~.
quer. MrGuillet de S Georges
,Historiographe de l'Academie,
luy fit le Discours
qui fuit. MONSEIGNEUR,
L'Academie nesçauroitporter
plus loin sa ioye ny ses desirs,
après toutes les preuves quelle a,
desfoins que vous prenez pourelle
auprès de tAugure Monarque
quiz l'a fondée.Auiourd'huy vous
la favorife^ de vostre presence ;
chaque iour vous luy procurez de
nouveaux bienfaits,& vous'ne
mettezpoint d'intervalle entre les
graces que vous luyfaites. Aussi,
prévenue d'un zele qui nese ralentit
pointtelle parle sans cesse
de sa Pension augmentéesous vos
auspices
, pour rendre son Ecole
plus florissante. Sans cesse elle
vante les nouveaux Prix instituck
à lafinde chaque Quartier,
pour tenir ses Eleves dans une
émulation continuelle; &iamais
elle n'oubliera les Gratifications
particulières
,
accordées avec autant
de bontéque de dfeernement
aplusieurs Ecolicrs, dont lepeu
de fortune auroitinterrompu les
Etudessans un secours si utile.
Ce font-là,Monsigneur> des
marquessensiblesdevostre protection;
m-l.'s /'Acadtmie ne croit
pas vous en pouvoir témoigner
une plusforte reconnoissance,qu'en
s'appliquantpns relâche à cultiver
son Art illustre pour en soûtenir
la réputation, & luy conserver
l'avantage qu'il a de celebrer
les grandes Actions du Roy, &
de contribuer à la splendeur de la
France; car enfin la Compagnie
est persuadée que rien nevous est
plus cher que le service & la
gloire de Sa Maiesté, & qu'on
ne manquera iamais de vousplaire
,
quand surlesgrands exemples
que vous en donnez., chacun
y employera ses talens. C'estdans
cette veuè\Cblonfeigneur> que
les Elevesy animez d'une noble
ambition,,&flatezd'une agréable
esperance, ont disputé les Prix
que vous allez distribuer aux
Vainqueurs,tous en general con,
noifJant aJfcz que l'honneur dere..
cenjoir ces Prix de vostre main est
le puissant motifde leurs études,
laprincipalecause de leursprogrès,
ér le combledeleurgloire. Parmy
les soins que l' Academie a pris
pour eux, elle a continué les deux
Assemblées de chaque mois,pour
régler dans l'une, les affaires qui
se presentent,& pour entretenir
dans l'autre, cette haifiondamit'.éy
fr) cet esprit de societé,yqui a tontours
esiési necessaire, &si loüa.
ble dans le commerce des Compagnies
illustres. Icy
, cette unionsi
fortifie par des Conférences, dont
lamatiere est tirée des Ouvrages
de Peinture ou de Sculpture qui
ont eslé donnez par chaque Academicien
pour sa Reception, &
qui peuvent estre divi/e^ en trois
especes,selon qu'on ya traité des
Suiets de Devotion, des Suiets ti-
1ez purement de l'Histoire, ou
tien des Suiets Allégoriques, dont
le sens mysterieux exprime les
principales circonstances de la Vie
du Roy. Ces differens Viflouri.
ont leur utilitéparticuliere, qui est
mesme iointe à beaucoup de plaisir;
car si l'Académicien qui en
écoute la lecture,,suppose qu'il auroitpu
traiter le mesme (uie-t, il
remarquera dans l'Ouvrage proposé.
de certainescbojes qu'il voudroitavoir
faites,quelques-unes
qu'il auroit évitées
, mais aufft
quelques autres dontilneseferoit
ïamahavtfe : ce qui luy donne
lieu, ou de s'instruire ensecret, ou
de se confirmer dans ses lumieres.
Dans la suite de ces Lectures
ie n'ay pû garder l'ordre des années
qui convient ausuiet de cliaque
Ouvrage, parce que ïen ay
fait leDiscours à mesure que les
Académiciensm'ont donné un
Memoire de leur Dessein; mais
cette distinction des tempsfera ponctuellement
observée dans un Recueil
particulier. Voicy donc la
fuite des Tableaux de Réception
qui ontservyd'entretien à l'Academie.
Celuy de M. Paillet,sur
le Triomphe des Armes du Roy , après la Bataille des Dunes, gagnée
le 14. Juin loJ8. Celuy de
M. Hoüass,surl'estatoù se trou-
'vVaa la HHoollllaanndde, quand le Royy
fit en personne la Campagne de
IÇ-JZ. LeTableaude M^Fncpet*
sur iss avantages de la Paix signée
à Aix-la-Chapelle en 166S.
Celuy de M.Bologne ïaisné ,sur
les progrés de la Campagne de
1676.faméuse parla reduction de
Condé,deBouchain,d'Aire,
&par lesecours de Mastric. Le
Tableau de M. Bologne le jeune,
sur la Paix de Nimegue concluë
en1678. Celuy de M. Toutain,sur
la seconde Conqueste de la Franche
Comtéen1674.CeluydeM.
Blanchard,sur la Naissance du
Royen 1638. Celuy de M. Corneille
le jeune, sur l'Infraction de
la Foypublique,que les Ennemis
du Roy violerent dans l'Assemblée
de Cologne en 1674. Le Tableau
de M. Monier, sur une
idéegenerale duprogrésdesArmes
du Roy. Celuy de M. Montagne
sur la Pension que le Roy
accorda à l'Academie en 1654. Le
Tableau de M. Parrossel, sur la
prise de Mastricen 1674. Celuy de
M. Coëspelle Fils, sur lasplendeurduRegne
deSaMaiesté. Celuyde
M.Halé,sur le rétableement
de la Religion Catholique
dans Strasbourg en 1681. Celuy de
M. VViiggnnoonyn,susurr les Prix que le
Roy institua dans l'Academie en
1654. Celuy de M. Arnoul, sur
le Mariage de Monseigneur Ic,
Dauphin en 1680. Le Tableau de
M.Alexandre, fUI-les Avantages
de la Paix. Celuy de M. de
Seve le teune ,
sur la Paix des
Pyrenées, concluëen 1659. Le Tableau
de M.Verdier sur la Triple
Alliance,signée en 1670. Le
Basreliefde fyl. Maniéréle Pere,
sur le Combat de l'Artcontre
la Nature. Le Tableau de M„
Yvar, sur la gloire de la Sculpture.
Celuy de M. Iouvenet, sur
Esther & Assuerus. Celuy de
M. Bonne-mere, sur l'origine
des Couronnes de Laurier, cfurles
honneurs décernez aux Armes
&aux Arts, sous le Regne de Sa
Maiesté. Le Tableau quia fer-
--vy d'entretien dans la derniere
Conference, est celuy de M.
Stella, qui a representê les leux
Pythiens, pourfaire allusion au
Carrousel que le Roy fiten 1662.
Le reste des Ouvrages de Reception,
qui consistentpresque tous
en Bas-reliefs, doit estreexplique
sans relâche, & formera bientost
un Recueil
,
qui ne fera peuttfire
pas indigne d' estremis au
jour. Il y a long-temps,Monseigneur
,que le Publicsouhaite
qu'on luyfasse part des productions
particulieres de l'Academie
,
qui
espere de répondre bien-rost a cette
attente. Ellesedisposeàfaire voir
en cette occasion qu'ellen'est pas
muettesur les Eloges deson Auguste
Fondateur, après les avoir
publiez avecsuccès en toute autre
rencontre. Ceseralà que par des
Estampes particulieres, qui conviendront
à chaque Ouvrage, le
Burin secondera le Pinceau&le
Ciseau,pour montrer qu'il leur est
dignement associé dans les prérogatives
del'Academie. Plusieurs
Academiciens one déla fourny
leurs Esquisses, & M. Corneille
le ieune a mesmedonnéla Planche
de sonTableau. Ainsi,Monseigneur,
chacunsuivra le mesme
proiet avec d'autantplus de chaleur,
qu'il le croira conforme à vos
intentions, puis qu'elles feront
toûiours executées avec unesoumisson
tresrespectueuse.
Vous ferez sans doute bien
aise d'apprendre que le Roy
a donné une Pension de mille
écus aMademoiselle d'Heudicourt
, outre une somme
de dix mille écus qu'il a ordonné
qu'onluy fin toucher
toutà la fois. Cette libéralité
luy est d'autant plus avantageuse,
que jamais Prince n'a
esté d'un plus juste discernement
dans ses bienfaits, que
ce grand Monarque. Mademoiselle
d'Heudicourt a
beaucoup d'esprit,& les sentimens
fort relevez. Elle à
eu l'honneur d'estreélevée
pendant quelquesannéesauprés
de Monsieur le Duc du
Maine, & de Madame la
Duchesse de Bourbon. j'espere
qu'elle me fournira
bientost l'occasion de vous
entretenir plus particulierement
de toutes ses belles
qualitez. Elle estFille de Mr
le Marquis d'Heudicourt,
grand Louvetier de France,
& Mestrede Campd'un Regiment
de Cavalerie. Madadame
la Marquise d'He"di,",
court, sa Mere,est de l'illustre
Maison de Pons.
entreles mains deM l'Eves
que de Tournay.
Le Dimanche 29. de Se.
ptembre,Mr le Curé de Saint
Germain en Laye baptisa le
Sr Abraham Alvarés, Filsdu
S Isac Alvarés,natifdeLondres,
en presence de Mr l'E..
vesque. de Chalons. Il eut
pour Parrain MrleDuc de
Noailles,& pour Marraine
Madame la Duchesse de
Noailles la Doüairiere. Chacun
connoist la vértu & la
pieté de l'un & de l'autre. Ils
luy donnèrent le nom de
Louis-Jules.
- •
Mr l'Abbé Billet, Dire:
cteur des jeunes Ecclesiastiques
de S. Jean en Grève, a
esté éleu Procureur & Chef
de la Nation de France dans
1 Université de Paris. Cette
ctcdion se firle io.de ce mois,,
& fut accompagnée de tant
de marques de tàrÍsfaétioru
& de joyede la part de toute
cette Nation, qu'il y a longtemps
qu'on n'a vu chez elle:
donneruneCharged'un consentement
si universel, ny
avec unaplaudiissement plussi
général. Leremerciement
Latin qu'il fit sur le champà.
l'Assemblée,luyattiral'admiration
de tous les Sçavans
qui la composoient. L'Eloquence
naturelle de cet Abbé
est Contenuede beaucoup
d'érudition, & ses maniérés
honnesteslefont estimer de
tout le monde.
- Nostre Amy
,
dont vous
me demandez desnouvelles,
est de retourdu Voyage qu'il
a fait en Normandie. Ilm'a
appris qu'il y avoir vû une
Demoiselle qui soûtient tres.
dignement la gloire de vos.
tre Sexe. Elle s'appelle MademoiselleCherençes..
Elle
est d'Evreux & d'une Famille
où ceux dont elle descend
ont toujours tenu les premières
ChartresduPrésidial
C'est en effet quelque chose
de rare & de singulier, que
ce qui sest fait en sa faveur.
Elle n'avoit que seize
ans quand elle perditson Pere
& la Mere,& toute Pupille
qu'elle estoit par son peu
d'âge,elle ne laissa pas d'être
éleuëTutriee de deux
:
Freres & d'une Soeur par la
< délibération des ils Parens, tant luy trouverent d'intelligence,
de jugement, de conduite
& de sagesse. Mademoiselle
deBouillon qui vivoit
alors,.& qui avoit connoissance
de ses belles qualitez,
voulut bien entrer dans
cetavis,& quoyquecette
institution d'une Soeur mineure
, choisie pour Tutrice
de Ces Freres
,
fuit contre la
Réglé de toute la Jurisprudence
,
& contre le droit
Municipal de la province,
qui exclut les Filles de toutes
les ChargesPubliques,
Tutelles, Curatelles, & autres
,
les Juges des lieux autoriserent
cette élection,fort
persuadez
, que cette jeune:
personne répondroit parfaitement
à la confiance que ses
lumietes & son esprit avancé
faiioient prendre en elle.
L'esprit est un grand tréfor.
Heureuses celles à qui la
nature en a esté liberale.
Mademoiselle Bernard de
Rouen est de ce nombre.
Tout ce qu'ellefaita un tour
fin & ailé, qu'il est difficile
d'attraper à force d'étude. Je
vous envoyeun nouvel Ouvrage
de sa façon. Il eH: extrêmement
estimé, & les applaudissemens
qu'il a receus
.1
à la Cour, ont esté suivisde
ceux, de tout le Public. La.
matiere ne pouvoit estreplus
noble. Le titre suffit pour
vous le faire connoistre.
L'HYMEN
A MADAME
LA DAUPHINS. JE l'avoüray de bonne foy,
Ie^ïicfiois ny galantny tendre,
Mais vous avez jeeu me -le,
rend.e -- - EnvousengageantsousmaLay.
'- -, Deptùr
Depuis le j ur heureux ( il m'en
souvientsans cesse)
Où j'uni; vos appas ,
adorable
Princesse
, Avec ceux d'un HerOs plus brillant
que le jour,
lefuisatifjivij que l'Amour;
2fon puis pour t us ,
plusd'une
Epoufc en yonde,
..1
1 c~ -' Mais ilfaudrait pour charmer
uu Epoux
Que ïonjupsa'te comme vous3
C'cr ce qu'on voit peu dans le
7nonde.[d'frejaloux
, Deux Princes dontl'amour à lieu
Me donnent sur ce Dieud'^ffez^
grands avantages, J: le diray, deussay-je exciterson
couroux,
Non, l'Amour nesçauroit montrer detels ouvrages.
Quefera-ce dans quelquetemps
Que par mille Vertus, milleFaits
éclatans
JDÎI Perc è, de PAyeul ils seront
les images?
Quils imitent leurs faits Guerriersj
Qu'ils ~ciicillent chaquejourquelques
nouveaux L.mricrs,
J'enfuis si'ur3 mais LOVIS entreprend
une a :'aire
Qu'envain ils voudraient imiter
,
Son zele heureux ne laisse rienà
faire
Ils ne pourront que l'entendre
Déjà lagloireen est emec,
Parlavoix de la Renommée,
Danslesplus reculez^ Climats,
Quelfn-et d'entretienpourlesPeupiesBarbares'
Car franchement je ne jurerois
pas
Qu'on ne connust Calvin ebe%^
les Tartares.
Grace à celuy qui l'a détruit
Son Nom passerad'âge en âgc;
Dansftnprogrezila fait quelque
bruit,
Mais dans sa chute il en fait
davantage.
I-,Tc v 'ila loin de monfit'jet,
~M.ii;lors que d'un discoursLOVIS
devient l'objet,
Eiltnq'ueesctp'easssà vous qu'ons',u;/¡'f.[!è, ~Onsuistaffaeiszi^,dGerafnindierP;r.nccffe,
Que cejtvous bien entretenir.
Les louanges que l'on vous
donne
Ne vous touchentquefaiblement.
Vous les aime?;.. en la Perfionne
D'un Pere Auguste, &dJun Epoux
charmant.
Vous loüer cependant, seroit bien
mon affaire,
le voy les gens deprés dis les
Veritez; Les vostres auroientlieu, Princesse,
de vous plaire,
Mais vostre modestie égale à vos
-
/;eaute'Z
Contraint sur ce sujetl'Hymen
mesme àse taire.
On ne parle que des Ambassadeurs
Siamois depuis
qu'ils sont arrivez en France.
Chacun s'entretient des marques
d'esprit qu'ils y donnant
tous les jours
, & je
vausen voisvous-mesmeat
sez satisfaite, par la connoiisance
que vous en a donné
la Relation particuliere que
je VOUS ay envoyée de tout
ce qu'ils ont dit icy de plus
remarquable. Vous sçavez
leurs moeurs. Dans ce que je
vous en écrivis au mois de
Juillet à l'occasion de l'Ambassade
de Mr le Chevalier
de Chaumont, je vous marquay
qu'ils n'ont point eu
-
de Dieu depuis Nacodon,.
qu'ils prétendent s'estreenfin
aneancy a près plus de
cinq mille Transmigrations;
en toutes fortes de Corps..
Cette opinion qu'ils ont
conservée ,a donné lieu à
ces Vers deMr Vignier,
MADRIGAL. LEs Siamois, ces Testes Basanées
,
Ont de espritassurement..
Lassezde chercher vainement
Le Dieu qu'ils ont perdu Idepui4
longues années
Avec des Tréfors znoiïis
Ilsfont venus en diligence
Voirs'ilnesenispoint en France
Caché dans lAuitific LOrIS.
Vous avez raison de vous
plaindre de ce que je ne
vous ay encore rien dit de
l'Academie Royale d'Angers,
dont l'Ouverture se fit
le premier jour de Juillet derpier;
mais ayant esté prié de
la part de ceux qui la composent
, den'en parler que
ïiir leurs Mémoires,j'attens
qu'ils me les envoyent. Ils
m'ont promis une Copie de
leurs Lettres Patentes) les
noms & les qualitez des Académiciens
,
les fonctions ausquelles
ils doivent estre employez,
leurs Statuts, les Cerémonies
qui se sont faites
le jour de leur premiere Asfemblée
,
& les Discours qui
y ont esté prononcez. Je ne
doute point qu'ils ne me
tiennentparole. Ils seroient
tort à route la France, & particulièrement
à leur Province,
s'ils ne publioient pas la
permission qu'ils ont de faire
un Corps,puisque la gloire
n'en doit pas feulement re.
jailir sur eux, mais sur toute
leur Patrie , & sur le Roy
mesme. Ce sont en effet les
merveilles de son Regnequi
produisent ces fortes d'éra.
blissemens. En attendante j'aye receu ces Mémoires, je
vous envoyé un Discours de
M' lcChevalier de Longüeil,
l'un des trente Academiciens
dont cette nouvelle Compagnie
est composee. Je vous
ay déjà parlé de luy plusieurs
fois. La beauté de cet Ouvrage
vous fera juger de l'esprit
de tous ceux du memeCorps..
Comme on ne sçauroit douter
qu'ils n'en ayent beaucoup,
iJ seroitàsouhaiter que
chacun d'eux en donnait de
pareillespreuves au Public.
Si celaestoitjepourroisvous
promettre de vous envoyer
long -tcinps de très-beaux
Ouvrages.
DISCOURS
SUR LA DEVISE
A Meilleurs ticï'Academie
MRoyale Ili ESSIEVRS,
Vous voyez briller ce Soleil
quiécL'ire tout? la Terre, (:7 dont
noub adïnroris la beauté. Ilcfl au
milieu de la courji
,
~(t) nous le
1)oy-?n- êlcvef-r nostrfies. C'cft
LOUISLEGRAND, lepiliS
sage ~ele plusfutjpnt des Monarques.
C'efl LOUIS,le tres-
Chrestien, le Victorieux, qui s'cft
élevé jusqu'aufein de la gloire
,
d'où il voit les Françoisluyfaire
hommage de lafélicitéqu'ilsgoûtentsousson
Empire.
Ce grand Monarque a monté
de Viéloire en Victoirejusqu'au
faiste de cette grandeur que toute
l'Europe redoute,comme le Soleil
monte de degréen degré iufqudtt
plus hautpoint de sa course ; &
semblable àcet <^4j}requiencommençant
de paroistre ne f montre
pas moinsgrand qu'ilest rl.i/¿S sa
plus haute élevaiion
,
il afait éclater
dans tous les temps cette
ame haute, ce vaste genre rjuifcrmoit
ces de (feins extraordinaires
qu'il
executecha
que tour; il a
toiiio'irs fait voir LOUIS LE
GR.A]\/[) tel que nous le voyons
aujourd'huy.
Combien de merveilleuxévénement
,
combien de grandes actions
de prudence ijyj* de valent
ontren lu son nom le p!usfâmeux
de l' Univers! Toute la terre en
est dans l'étonnement. VOU3 feçtu*,
rr'{ yiJteurs
,
les rendre presentes
àla posterité l'l plus éloignée
,
parce qu'ellesdoivent estre immortelle*
, comme elles sont beoïq:
te. Vous RAPPELLENT les temps
écoulez du Regne glorieuxde
LOUIS LE GRAND,
vous
pourrez lesuivrepartous les lieux
où il apassé, parce qu'ily a laisséles
marqueséclatantes deses
Triomphes.
C'estvous
,
Messieurs
,
qui
de'Ve'{ observer toutes hs vertus;)
tous les travaux de ce
grand Menarque. Le titre d'Academiciens
,
dont il vient de
vous honorer
, marque ce qu'il
attend de vous. Pour moy ,
dont
la veuë ejî encore
foible
,
ie
n'ose & ne puis le regarder fixement
dans l'éclat qui l'environne
; mais comme l'on peutréunir
les rayons du Soleil avec un miroir,
ou mesurerson mouvement
parune projection sur un plan,
sans lever lesyeux au Ciel.)j'ay
ébauché quelques traits du Portrait
de ce grand Prince )[ans me
bazarder de soûtenir témerairement
ses regards.Je m'en fuis
formé l'idée en considerant cette
illustre Devise quisi presentesans
ceUè à nosyeux ,
& qui a pou;,
corps le Soleil, & ces mots pour
ame, Nec pluribusimpar.
Nedctitezpointfileurs,
que cette Devise Royale ne nous
découvretoute la grandeurdu de-
(lin & du merite de tLlugujle
LOVIS, en le representant
semblable au Soleil dans l'étendue
du parallellequ'on en peut
imaginer. Elle nous fait concevoir
l'esperance de le voircommander
à toutes les Nations; elle marque
qu'il est digne degouverner plusieurs
Empires, comme le Soleilest
capable d'éclairerplusieursMondes.
SOL
Nec pluribusimpar
Orbibus.
REX
Nec pluribus impar
Imperiis.
Aplus d'un Mondeentier le Soleil
peut fufîïre5
Ainsi le plus grand Roy qui soit
.-. dans l'Univers,
LOUIS peut gouverner cent
Empires divers,
Ou l'Univers entierdevenir fru
Empire.
Mais sans m'arrester à toutes
les applicationsdifférentes que l'on
peuttirer des rapports communs
qui se trouvent entre le Soleil&
le ROJJ9 je vais faire 'l-'o.:r que LOVIS LE GRANDn'a
point de pareil surla terre, comme
le Soleil n'en a point dans le
Ciel
, & que par divers effets
semblables à ceux de cet jdjlre
,
il
fait dans la France ce no*.b< e /> -»
digieuxdemerveillesqueleSoleil
fait dans/a, Nature.
SOL
Necpluribus impar
Sideribus.REX
Nec pluribusimpar
Regibus.
LeCiel a son Soleil,& la Terre
a son Roy,
L'un & l'autre observe la loy
De ces deux Augustes Monarques
Les ra yons du Soleil font pâlir."
tous les feux
Les Vertus de LOU, IS parcent
illustres marques
Le font entre les Rois voir le
plus glorieux.
- LeSoleilestle Roy des /4jlre$y
LOUIS cft-le Soleil des Rois.
Tout ce qui je peut dire du plus
lgoranrdidses Rois ,on le doit dire de LE GR/JNDJ&
cc riej} que de luy qu'on le peut
dire. Quel esi le Héros de la Reiloynciét,?
Zuel cft l'Aybittedelà
paix cra- la Guerre? Quel est
le Roy .âmes obéy de ses Sujets,
crain~r admiréde tous les autres
Peuples,toûjours victorieux,toûjours
juste,magnifique,bienfaisant,
c'ejl à diret veritablement
Roy?LOUIS seul a acquis par
sa vertu ces Titres qui dureront
éternellement. Luy seul a reçeu
cm Ciel ces rares avant.>ges qui le
rendent aimable
, comme les Heros
, à tous ceux qui le regardent,
parce que sa Personne est aussi
royale que son Ame.
Ce n'est pas feulement de It
bouche desPeuples qu'il tirel'aveu
de sa grandeur, mais de celle des
Souverains qui viennent euxtiiC/;"
C.i jusqu'au centre de la France,
lxyfi*re des fournirons irroüier
juf'Hz ~orsent, incroyables à la
~polirité. Les Genoiss'humilient
devant LOUIS LE GRAND
pourrecevoir la loy qu'illeurimpose
,
rdr '> p ~"ionqu'il ne refuse
point à loi0 ceux quise ~mettentet
e;11!cijl'obtenir.LesRoisautre-
:)iS"sec:,n:f.Jo!¡}y,t l'a lliance (7 l'armtiédsRomain<;
Rome elle-
Mifn? quiavoitoffensé LOUIS
LE GRANDy a estéoblgée
d'rmplor r sa clemence royale,
elle a élevé une
Piramide pour
prévenirsajuste vx^ie<n:e.
Le Roy
,
fem,?lab/e au Soleil
élevé dans le Méridienqui ne
f)',tlfre point d'ombre surla Terre,
e[l au plus haut point de gloire
oïiptiiffenr arriver les hommes. Il
y demeure @" parsa ~r~~cf
par sa force
, ~e balance le sort
de toute l' Europe. C'est un Mo~
narque élevéau dejJuJ de la Moruscble
mesme, Qejl un Prince
qUif_rf"jj. tous lesautres Pnnces
parune grandeurqui luyestpropre,
parce qu'il s'est élevé en élevant
la France,~&qu'il n'est
pas moins necejiiye à ses Peuples
pour la viecivJt ~Çt) politique,
que le Soleil Crfl à tousleshommes
potis la njte naturelle.
zi,1 sçait mieux, que vous,
Menteurs, que LOUIS rieflpas
seulement le Pilote quigouverne
le Vaisseau de la France,qu'il
n'est pas seulement le Thesée qui
la retire du Labirinte de l'erreur,
~& son Auguste qui luy donne le
plus beau Siecle qu'elle eut jamais
;rs:ais on'il tflluy.mcfme
l'ame de ses Etats, ~& cetheureux
vemc dp la France qui luy
fait prends lafeniant sur tous
les A\t'-:s E-yrnrcsluAir-!Je :
¡f>mI::;:L:? au Soleilouiefi le Pere
de la Mature,le pnneiïedu mouvement
tryta'-veletiî,)i-S
Le SA'-defydans le Cieli/-
ma ze de l' Auteur de la N r'J re ;
lesRoisexprimentaussiparmy les
ho',>J/n'\ des r-i.tsm-ru-'-lie-i de
la
'} ~ui
[Je ne ou de la Saj-e.'J de
D'::i; m ais pour iro*' cr il0y
qui ait rjy'-j.e rapportaveccet
adorable or-'in l il saa*<>..vo!4-
rir toutes les Histoires
, tous le$,
Empires, tous les ares. On trouve
le Sa,'<e Salomon qui gouverna
le Peuple de DIeu, ïheureux
Alexandre qui assujettit à l'Empire
des Grecs les Peuples les plus
redoutables de lasie,
, £<7* chez
nous Charlemagne, ~0 LOUIS
LE GRAND, qui reiwt rous
les Titres de ces Princes admirables.
LOUIS est hew.uxy parce
qu'ilestsage ; ilest (!çe
,
parce
qu'il puiÇefafa^ljr dans laReligion
,~& ccjl par la- qu'ilest grand devant Dih>
comme ill'est aux yeux des hommgensepra.
r l'artde vaincre (£j de réC'ejî
ainsi que LOUISest
parvenu à cette éUwrion d'ame
heroïque qui est la sourcede cette
douceur charmante
, qui le faitagirav?
ctousles hommes, comme
le Pere duGuere humain
,
decette
rare modération qui luy auroit
g":ZYJé tous les coeurs, si sa ver-H,
autant quesi fortune
, ne luy anjoicfut
des raloux qui ont eu la
temérité de se dire ses Ennemis
frfius voyons dans la Nature
que les Elemens simblent quelquesois
confinerpourobscurcir la
beautédu Ciel, ~& déroberau Soleil
la gloire qu'il a de l'éclairer
parses rayons. L'aircondensé les
vapeurs
vapeurs des eaux& les exbalaisonsdelaTerre
; il en forme ces
nuages qui portent l'horreur des
tenebres, ~semblent éclipser ce
bel Astre;maisiln'estpasmoins
brillant dans le Ciel, il dissipe ces
nuages pourrendresa lumiere à la
Terre,&paroistpluspompeux aj'rés
leur défaite, Le Roy sans
e~iretroublé,toujoursmaistrede
,{oy-mc[meJ& dans peu de temps
Maistrede(esEnnemis) a vu
la Ligueque l'envie deses voi.
sins avoitformée contre luy; il a
fait le plan defes desseins dans le
Cabinet,~st) dans la Campagne; il a couppéavec l'épée le noeud des
projets de tant d'Ennemis joints
ensemble, Nec pluribus impar
Regibus.
Croirions-nous,Messieurs, si
nous n'avionspasestétémoinsd'u-linepartie
des Victoires deLOUIS
LE GRAND,sinous n'avions
pas entendu le bruit des autres,si
nous ne ressentions pas les effets de
toutes ensemble,qu'ileustremporté
autant de gloire sur la Mer que
sur la Terre
,
qu'ileusttriomphé
dans toutes les Parties du Mondet
~& pourra-t-on croire un jour que
pouvant tout vaincre
,
il ait esté
le genereux Vainqueur desoymesme,
qu'ilse foit mis au dessus
deses Conquestes,enpreferant la
tranquillité ($f l'amour de l'Univers
à lagloire de le conquerir?
LàilprenddesPlacesque ïArt
& l'Histoire de leurs Siéges ont
renduësfameuses,souventd'assaut,
~& toujours en si peu de temps
qu'elles ne resistent que pour rendre
son triomphe plus glorieux.
tlcy ilgagne des Batailles,ilemporte
des Provincesentières dans
le temps qu'ilfautpourles parcoutrir
,
affrontant les rigueurs des
Saisons, la resistance desFleuves,
decourage& lefeu des Ennemis,
Ît4imontant la Nature mesme;
comme le Soleil parson mouvementparticulierva
contre le mouvement
ïmpetueux qui emporte
chaque jour le Cielavectoutes les
Etoiles.
Que LOUlSfbitun Conquérant
,
qu'il ait merité tous les
noms ~dr toutes les Couronnes
qu'on peut donner aux Vainqueurs
, si sa valeurn'avoit esté
plussecondée de sa prudence que
desafortune, ily a beaucoupde
Princesfameuxquil ne surpasseroitque
par lenombre deses Victaires.
Mais quand nous voyons
fea-fagefléêqui ne retarde pointles
effets de son courage, qui trompe
l'esperance de ses Ennemis
,
qui
les occupe plus que le nombre de
ses Soldats
, qui finit la guerre
quandilluyplaist, qui régléseule
lesconditions de la Paix qu'il a
prescrites a toute l'Europe armée,
nous ne pouvons exprimer ce que
nous pensons de ce grand Prince,
quise distingue si fort de tous les
autres Monarques. Sa Sagesse ne
mérité pas moins de vénération
que celle de cét ancien Roy d'Italie
quifutrtprefentea deux Visages
, pour faire entendre qu'il
voyoitparsa prudence le passé, ~e
l'avenir; comme le Soleil, auquel
ilestoit comparé
,
estant élevésur
l'horizon, voit en mesmetemps
les deux points ou commence ~Ci
finitsaCarrière,
Fiers Ennemis
,
qui efieJauss
jaloux de la puissance des François,
qu'impuissans à repousser leurs
efforts, aujourd'huy que vous ne
poulJez pas faire seulement balançerla
Victoire,ilne vous reste
que le chimérique plaisir de dire
quelaPolitiquede Charles-Quint
~e de Philippessecond,afait tout
ce que peut faire la valeur de
LOVfS. Vous avez dit tant de
fois que de leur Cabinet ils pouvount
branler toute tEurope;
mais t>ouve%: vous vous starer
,
que si vous ne les avick point
perdus
,
^oilrcAdonafchieferoit
encore storissantesousleurEmpire,
comme la France, sous celuy de
nostre Auguste Monarque? Souvene
Z-'Vous que le premierde ces
deux Princes ne reiijjit pas dans
l'entreprise d'Alzer, qu'ilfut repoussé
dans le Languedoc
,
qu'il
vit le changement de sa bonne
fortune dans la Lorraine, &
que lesecond vit la perte de Tunis,
& le commencement de la Revolté
des Pays-bas, sanspouvoir
le retenirsous son oIJt'ïjJance.
LOUIS LE GRAND a esté
Vainqueur dans tous ces lir>!Jx
où i lsont esiévaincu*. Nom
voyons de temps en temps de nouveaux
Astres quiseforment dans
le Ciel, ou qui recommencent d'y
paroistre; mais ces feux rivaux
du Soleilfurent-ilsjamaiscomparables
à l'éclat desa lumiere,à la
beautédesesrayons?
L'Antiquité plaça entre les
Astres plusieurs Heros dont le
nom est demeuré aux Constellations
qui les devoient representer.
L'Europe Chrestienne est plus
modeste
,
elle est plus raisonnable
qu'elle n'estoit du temps de
l'Empire des Grecs & des Romains.
Elle ne met pas LOUIS
entre les Astres; mxis le nom de
ÇRJND qu'elle luy donne par
un consentementgénéral, &cette
pompeuse Devise qui fait voir
par une comparaison magnifique
à quelpoint elle l'estime
,
sont les
plus nobles marques quelle pou-
'Voit donner à cegrand Princede
l'admiration quelle a pour ses
vertus, aussivives,aussifc!iltan.
tes auxyeux des hommes que la
lumiereduSoleil.
Fe voy qu'elles forment un
cercle brillant autour de sa Personne
Royale. Lapieté,la iustice,
la njaleUr, la liberalité, la clemence
sont des lignes de lumiere
quise -réünissent dans l^OVLSA
plus relatant par le concours admirable
de sesgrandes qu,afitcz,
que par les brillans desa Couronn°.
Souffre^, Meffteurs, que j'en
détournelaveuë. Vous quiavez
levol d'un Aigle,vous POUV-eK
suivre des yeux cc' glorieux Monarque,
vouspouvez contempler
ce qui m'ébloüit. Je vais achever
le paralellede sa Devise en parlant
des effets merveilleux qu'il
produit dans la France
,
semblables
à ceux que le Soleilfait dans
la Nature. SOL,REX,
Ncc~plutibus impar
Officiis.
Régler seul tousles temps,éclairer
l'Univers,
Suffire à cent travaux divers N'interromprejamais ses veil-,
les,
C'est - ce que le Soleil fait dans
son vaste cours.
France,jors que pour toyLOUIS
-
fait ces merveilles
Ce n'est qu'à , ce Soleil que tu
i. dois tes beaux jours.
»
Nos Roissont nos Astres, leurs
lumieres nous éclairent, leurs regardsy
comme les influencesdes
.Affres,produisènt nos inclination;
& nos habitudes, les uns ej les
f autres font la différence des temps
&des Saisons dans le l7or-tlHrnement
& dans la Nature. Les
Empires ont leursrévolutions cam.
me les Astres;mais tous ces ihangemens
si divers
,
si prodigieux
que l'ony remarque, sont les effets
de laconduite de celuy qui lesgouverne.
La France en a veu de
funestes
,
elle n'en voit plus que
de glorieux. Elle a changédeface
& de fortuneenchangea t de
Maistre, @r les Français ontde
nouvelles moeurs& de nouvelles
maximes, parce queLOVIS, à
qui leCielavoitréfirvé un Régne
second en prodiges, a mis
toutesebosesdansleur perfection.
Il rg raisonn ;ble qu'un Çenie
aussi haut, aussi puissant que ce-.
layde LO VIS) dominesur celuy
de ses Peuples; il est juste qu'il
entraisne leurs volontez parses
exemples, comme un premier mobile
qui emporte tous les Àstres
par la rapiditédeson mouvement,
LeCommerce riefl plus impossible
aux François dans les Païs les
plus éloignez,LOVIS LE
GRAND l'a asseuréen le
protegeant; il l'a rendufacile,
parce que l'ambition qu'ils ont de
luy plaire, leur a fait naistre de
l'inclination pour la Marine,négligée
jusqu'à nos jours, & presque
ignoréedesFrançois,quisont
devenus depuis vingt ans les plus
redoutables les plu* habiles
Gens de la Mer. Le François esi
accoûtuméàla discipline,ilaime
le travail
, parce que le Prince est
regulier en tous ses devoirs, &
travaille au bien de l'Estatsans
prendre d'inutile repos;semblable
au Soleil,quimarche toûjours sur
une mesmeligneavec un mouvementégal,
qui ne peut s'arresterun
moment par une loy necesfaire
pour la conservation de l'v:.
nivers. Le Françoisestsage en
toutes choses
, parce que connoissant
aujourd'huy laveritable valeur
d'avec la sausse, il accorde
son devoir avec le point d'hon7ieurt
& nese laisseplus empor*
ter à la fureur des Duels. Il reconnoist
quecette cruelle manie,si
longtemps appellée la Bravoure
Françoiseest aujJi fausse qne la
vertu de ces Romains,qui n'ayant
pas assiz de courage pourattendre
la mort, se la donnoienteuxmesmes
par timidité; tant il est
rvfay que dans tous les temps ily
a eu de ces manies d'Etat qui
préoccupent le jugement, & corrompent
les moeurs. Non, sans
doute ces Peuples n'ontpointeuxmesmes
quitté leursabus
,
ilsn'ont
point eux-mesmes condamné les
préjugez avec lesquels ils fènJbloientestre
nez; ces changement
sont des miraclesdugrand Roy de
François; il a parlé, ils on
obéy.
Jamais la France nefutsisoû,
mise, jamais elle ne futsi triom.
phante, Le Roy qui estlecoeur de tEtatJatJime ce Corps politique,
il enfait mouvoir tous les ressorts
les plussecrets avec cette prompte
obéissance, cette diligence concertée,
qui font voir que la France
est toûiours attentive àsa voix,
& soumise- à l'executionde ses
ordres. C'estce qui la rend invincible
& victorieuse Sa force
,
comme la chaleurdu Soleil,estplus
puissante, parce qu'elleest réunie9
6" le Roy ne s'en sert que pour
accablerses Ennemis audedans fYau
dehors
,
pourintroduire une
nouvelleforme de Gouvernement,
en réconciliant le Genie de la Paix
avec le Genre de l.xGuerre,&
les fuptoe regner tous deux à la
fois d'intelligence
, comme deux
Genies qui se conservent mutuellement.
C'est ainsi que le Soleil
fait un partage agreable (^f necessaire
des nuits (7 des iours
les unitles uns aux autres, quoy
qu'ilssemblentsedétruire.Apeine
le peut-on concevoir, La France
tnomph' dans la Paix, elle conserve
son repas ($yson abondance
dans la Guerre;touiowsarmées
touiours tranquille; en mêmetemps
a:{.uer(.'e (7 pacifiée.
Fameux Romains, qui avez
esié-Maifins de tant de Nat ons,
l'Vous ne gou7rernicz ny si seurement
ny si heureusement que
LOVIS. Il falloitque la Paix
regnast dans toutes les terres de
vostreEmpire pourfermer le Te mplede
Fanus.C'estoit-làlesignal
de la seureté de la tra'teju lité
publique, il n'a estéferméquetrois
foisd'ùuis Afuma iufjua Augu
ste ; m->% L0V1Sa-iccftuf à la
France une Paix aujjiàmabL que
gToneuf
, parce cju il a fait une
Guerre qui a étonnéses Ennemis,
qui a puny leur témérité.
Le S%[ a deux principaux
ejftsférnbi,.ble.\, la chaleurqui
anime les corpsdivans ,
la
lumierequi nous découvre le couleur.
d fferentes, l'Qrd,e& la forme
desobu'ts.LeRoyentretient
la chaleur dans Ircorpï de l'Etat,.
q'Ú seroit fro,d ($j langwjjant,
jYcessm de l'échaufferpar lemouvement
qu' l luy donne; il attire
e-7 répandtous les tresors de la
F,:nceJ comme le Soleil attire les
e,,,Iiali,rons les iupeurs pour
les faire retombersur la terre par
de douces roséesqui la rendentserletJHais
de tout ce que nous adrlJirons
dans L OVIS LE
GRAND
,
qu'est ce que je puis
comparer avec plus de Justesse à
la lumière du Soleil ? Sera-ce sa
magnificence roy-ile, qui attire les
Peuples de toutes parts pour leur
faire admirer lesenchantemens de
Versailles, Parisembelly de Monument
publics, augmenntépresqued'une
moitié, tt) qui doit plus à
LOVI
, pour la diversité defeç
bienfaits, que Rome à tous [ca
Empereurs Sera ce cesmanières
nobles (gjf naturelles qui nous distinguent
de tous les autres Peuples;
je veux dire cet air François,
telcjui!nom le donnet qui est
aujourd'huy le modelle de la politïjje
de routes les Cours de l'Europe
? Non,il est encore quelque
ebofe deplus beau,& quimente
davantage d'estre comparé à la
lumieremesme du Soleil. Cejlla
gloire dont brille ce Prince, lors CJ qu'il remet la Verité de la Foy
dans son jour) en dissipant les
ombres du Mensonge & del'Erreur
, en cbajifmt la nuit affreuse
de lHenfie.
Jamais Monarque a-t.il entrepris
un Ouvrage plus diiffcile*
.A-t-d rien tentéde plus glorieux
que le grand nefje n de rendre
toute la France Catholique, que
LOUIS a achevé eu sipeu de
temns? Il a arrestéses Conqu fies
pour donner à lUnivers le beau
Spectacle du triomphe de /'E,glfe,
semblable m Soleil, qui s',ay,.fta
sur lepaneban rap,ded sa course
pour faire voir un Héros que le
Ciel protegeot ,
viflorieux par
l'en-ter? défaite de ses Ennemis.
Le Fr nçois riefl pinsd'vise du
Fra Fo-s par lafampufir querelle
de la'\el"rion, n^ree qu"LO^fS
LE GRAND a PÛ reÛnlr
tous les coeurs en déterminant leus
liberté à ne croire qu'une rnefme
Verité déosée dans le sein de
l'Eglise & ce qui est en mesme
temps le chef-d'oeuvre de sa fagrjfe,&
la marque de sa pttifance&
de son bonheur,il a arrache
l'Heresîedesentrailles de l<&
France, pourainsi dire, sans
faire violence au Corps de l'Estat,
p rce que Dieu en l'élevant à
l'Empire
y
la choisi pour abbatre
les
f
Temples de tinpieté,arendu
(on bras vicqorirux-c. redoutable
, afin qu'ilfrapastl'Her fie9
cett Hydre monstrueuse que luy
reul,i eu la force de défaire.
UEgliJe, cette divine Fille du
Ciel, voyantJes droits ,vrolez Par
J'I-fere/Ù
,
ses Images brisées5 ses
Autelsrenversez, s'adresse à
son Fils asné, elle a recours à la
puissancedeLOUIS. LOUIS
tonne
,
éclare, joudroyr) lance
traits sur traits sur cetw insolente
Ennemie, semblableà Apollon
qui vançea UDivinitéde Latone
des outrages d'une Rivale criminellequi
azoit osétroublerses Sacrifices
, fjT se faire rendre des
honneurs i'Vns. Cette N be or.
guetlleufe par le '-'om';rr de fsEn.
sans, à peine forcée dansson malheur
de redouter les Puss nees
Celestes
, n en a plus qu'un petit
nomb't
nombre pour lequel enfin elle d:..
mandegrace aApollon,12Merefie^
la plus redoutable ennemie qu'eut
jamais la Monarchie Françoijzy
retranchée dansson petitTroupeau,
enfins'humilie pour implorer la
clemence de LOVIS; mais il est
armé desajustice, il la punit, il
la deffait, & IOla;fsans voix
df sans mouvement, comme s'il
l'avoit changée en Rocher
,
en
duyfaisant éprouver unfort pareil
a celuy de cette ambitieuse
Princesse dont la Fable propose
l'exemple lechafilment.
C'estainsique ce grand Prince,
qui vêtit que la Pieté f!J la ?»-
1stice soient les fermes Colomnes
de son Etat, fait hommage au
Ciel de la puissance qu'il en a reçeuë,
& tient la Terre fous son
obeïssance. Il estguidé de Dieu,
lors qu'il tient les resnes de cet
Empire, comme les Astres qui
gouvernent les hommesfont euxmesmes
régis par une Intelligence
Divine qui réglé leur mouvement
& leurs influences.
Que la France est heureuse
d'estreéclairée du plus grand
Roy quelle eut jamais ! £)uil
luy est glorieux de devoir tout à ce
genereuxMonarqueyquifait tQitt
~~r. ~T qui fait tout luymesme.
C'ejl luy qui dans cette dilvvrfit
Ȏ d'ordres
,
d'intrigues& de
dejjems, imagine, examine, décide,&
conservt au dedans de
luy-mesme lesecretdesesplus importantes
resolutions. Cesecret demeure
tellement impenetrable,
que ce feroit vouloirdérober du
feu de la Sphere du Soleil, que de
sonderla profondeurdesesdesseins.
S'il ne peutsepasserdeMinistres,
il en fait un si bon choix,qu'il
faitéclateren eux des-traitsdesa
modération @f de (afa!/Jfe) comme
le Soleil se represente dans
les eaux, &sur les surfaces polies
des métAUX & du verre.
Veut-on sçavoircombien il s't tcoulé de temps d'un Règne
douxsiglorieux? On peut com
ter combienLOUIS en a en
ployé à rétablir la France da
fisanciennes bornes, combien
enamis à la reformer,àtembelli]
On comptera les années à vem
depuis l'Extirpationdel'Hefefit
Le mouvement du Soleil mejur
la durée des temps& des saison
les travaux de L0VIS, se
Conquestes
,
ses grandes atlicm
marquent Ël consacrent les an.
nées, les moisy & les jours qui
nouspassons fousson Empire. Sa
vie quiestl'abrégédesplusbeaux
ri'cnemens de l'Histoire de nostre
^Monarchiefera un jou, le madele
des bons Princes, desgrands
Capitaines & des Politiques. Ilsadmireront
ce que nous voyons ,
un Roy qui veille sur le Trône,
(Sf quisans avoirbesoin de sortir
du centre de la France , agit commebresent
,
efê multiplie en,,
autant de lieux quelle a de Provinces,
de 'Ports"
, & de Villes
différentes ; semblable au Soleil
monte sur l'horizon qui en éclaire:
tous les Climats de quelque di.
fiance qu'il enfoit élogné. Combiensefait-
ilde chosesau dedans
du. Rojaume qu'on ne pourroit
compter qu'avecpeine} Combien
s'en fait-il au dehors?LOUIS.
LE GRAND estcapable Je/u
faire toutes, comme le Soleil est
l'Auteur de toutes lesproductions
de la Nature, Nec pluribus
impar officijs.
Peuples heureux, Peuples re':'
connoissans,dignes d'obeïr à
LO U IS;François ne cejJe,:\:
point de faire des voeux pour sa
gloire dont la vostredépend. Que
ces grands hommes qui assurent
l'lmmortalitéauxHerospar leurs,
écrits
,
surpassent tout ce qu'on a
dit de nos plus grands Princes
pour parler de LOVISLE
GRAND, autant qu'il a luymesmesurpassétous
nos Monarques
qui l'ont precedé. Que les
faibles mesme élevent leurs voix
pour le louer
,
ajfure^ de trouver
plus de gloire dans leur Keleà que
de honte dans leurfoiblesse.
Je vous avoue
,
MejJieurs,
pour exeuserlabardiejje que J'ay
e44ë d'entreprendre ce Discours ,
que je ne puis parler q!-U! de mvn,
Kule qui l'aemportesur les autres
considerations qui devaient me retenir
dans le sileence. C'est Juy
Jenl qui m'arepresente que ne
pouvant louerque faiblementun
Roy
,
qui cft au dessus de tous les
éloges, je pouvois pourtant luy
consacrer quelques marques de ma
profonde vénération, dans un
temps ou tous ceux qui ont quelque
teinture des belles Lettres ne
peuvent demeurer dans le filencs
sans estre lâches, ou tous les Angevins
nepeuvent se taire sans
tjlre ingrats, dans un temps ou
nostregrandMonarque veut estre
deuxfoisvostre Pere, comme Pere
du Peuple & de la Patrie, &
comme Pere de vostre Academie
Royale.
Ce Princeéclairé
,
qui sçait
que rien n'agit si puissammentsur
les coeurs des François que l*°Jovre,
avoulupar des marques d'honneur
prévenir la noble ambition
que vous dVC7, ,
Messieurs
,
de
vous signaler en publiant (es-,
grandes ARions, Il a besoin de
vous , parce qu'il a besoin de Témoinsillustres
qui rendent croyables
a laPosteritélesmerveilles de
son Regne glorieux. Quellegloire.
pour vous de voir que ce grand
Monarque vous distingue d'une
maniéré éclatante) lors qu'il veut,
remplir la France de Sçavanst
Il fait voirqu'il estime To/?rf
merite & qu'il connoist le veritable
prix & la necessitédes
iencesqui ont contribuéensant
defaçonsà rebausser l'éclat de cet
Empire.
Jamaislemérité ne futsilibéralement
recompensé, jamais les
Muses nefurent si honoréesqu'elles
sont aujourd'huy de LOUIS
LE GRAND)Cj'ii marque
une inclination particulière pour
ces beaux Genies, qui font fleurir
les Sciences & les Arts;
semblableauSoleil qui nevoyant
rien sur la terre de plus beau, de
plus brillant que les fleurs, semble
ne lancer sur elles que ses plus
doux rayons, pour les Peindrey
quedes regardsfavorablespour
les embellir.
On met lesfleursexquises dans
des terres cultivées avec un foin
particulier, on en compose des Parterres
agreables qui font l'ornement
des Jardins delicieux. Le
Royvous a choisis, Meneurs,
entre les beaux esprits de cette
Province, sans doute une desplus
fameuses de la France; & des
plus fécondes en hommes doctes.
Il vous aaUemblez à Angers
dans son Hostel de Vzlle) comme
dans le lieu le plus magnifique,
& le plus digne de vous.
Les Poëtenous vantent ces
fleurs merveilleuses qui naissent
empourprées , où, l'on remarque
les traces dequelques Chiffres, Çt)
despremiers caracteres du nom
dun Illustre Prince de Grece. Ne
njjemble^-vous pas,Messiurs,
à ces fleurs dontje vous parle, aujourd
hu'y que chacun de vous
porte le nom d'Academicien
Royal
, & que plusieurs d'entrevous
se vojentrevestus de la
Pourpre: Quandjeregarded'un
costécetteprotection Royale dont
LOVIS VOUA
honore, & de
lautre,cesgenereuxemprcjjl-men*
e> J~
quevous a'tlt:( de répandre a, ses
& à son jugement, il me
semble que la J^ùlequireprefin-
~ît Apollon amoureux deDuphné
changée en Laurier qui luy fut
consacré pour ornerses Temples
& ses Statues
3
nous figure
LOUIS amoureux des Academiesqui
travaillent pourluyfaire
des Couronnes, parce que c'est
dans les Academies que croissent
lesLauriers que les seuls Heros
ont droit de cüeillir.
Vous aUez commencer, Messieurs,
afaire depompeux Panegyriques.
LOUIS anime vostre
éloquence, ilvous inspire lefeu
divin de la Poësie. Il fera que
vous vous fuYpajfere^ vousmesmes,
semblable au Soleil qui donne
delaforce auparfum du 'Bau.:.
me ,&des Plantes odoriferantes.
Les Zephirs&les rayons du Sol~
eil ofuvrent le sein desfleurs,ils les font céccloor~e;;leb~r~uirt de la ~Rce--
nommée &l'estime de LOUIS
LE GRAND vousferont pro.
duire des Ouvragesqui marquerontque
vows estes dignesdesoutenir
l'honneur de vostre Illustre
Patrie
, & d'une Academie
Royale
,
qui dans peu de temps
ne sera pas moins florissante que
les plusfameuses du Royaume,
Nec pluribus impar.
On apporte tous les ans à
la Chambre des Compres de
Paris les Comptes des Recetes
pour les examiner. Elle
les garde en dépostavec les
Aquits, & comme les lieux
qui estoient destinez pour
cela ne suffisent pas, Sa Majesté
a resolu de les augmenter
des A ppartemens qu'occupe
la Cour des Monnoyes
au dessus de la Chambre des
Comptes
,
depuis l'année
, 1358. jusqu'à present, & dans
ce dessein Elle a transféré
cette Cour au grand Pavil-
Ion de la Court neuve du
Palais, où Mrle Contrôleur
General & Mr le Pelletier
sonFrère
,
Intendant des Finances
, ont fait construire
les Appartemens necessàires.
On y monte de la Galerie
neuve du Palais par un
grand Escalierdevingt degrez
disposé d'une maniéré
agreable & dégagée. Il est
de l'invention de MrChassebras
du Breau. Cér Escalier
mené à un Vestibule
,
puis
àune Salle ou est la Chapelle
,
& ensuite à la Grande
Chambre d'Audience de
cette Cour, ou il y a hauts
& bas Sieges pour les grandes
& petites Audiences,avec
le Parquet de Mrs les
Gens du Roy, Chambre du
Conseil, & Greffes au dessus.,
où se gardent les Chartres &
Titres de nos Rois sur les
Monnoyes, Meraux) Mines,
& Polds,depuis le Regnede
Philippes Auguste
, que l'lie
Ghafïebras du Breau met:
en un ordre facile. La Cour
des Monnoyes a tint sa premiere
Seance en ce nouvel
Ampparotemienst .le 16. dece (Pendant celuy de Septemj
bre, le GrandConseil qui sete
noit dans le Cloistre de Sainte
Germain l'Auxerrois, en
Maison du Doyen de cette
Eglise
,
fut transferé pou
neufans à l'Hostel d'Aligr
en la ruë Saint Honorépro.
che la Croix du Tiroir.
Je vous ay déjà envoye
quelques Historietesen Vers
de M Vignier.Vous les ave2
trouvées agréables, & je
croy que celle-cy ne vous
plaira pas moins que les autres
AVANTURE. u> Ne Dame pleine d'adrejje
Soydisant Marquise ou'
Comtesse,
Selon que le temps le vouloit,
Ou que l'Or chez, elle rouloitDe charmes encore pourvuë,
Sfavoit bien donner dans la vue
Par eux elle s'estoitacquis
Pour Amans Comtes &Marquii,
ConCelliers,AbbMoufquetaire:sS)
Et Partisans &Commissaires.
Près d'elle un Allemandlogeoit,
Q-ui ne beuvoit ny ne mangeait, De ne pouvoir aller luyjmefme
Luy marquer(oh amour extrême,
Sans faireunGalimatias
Que la fielle n'entendroitpas.
dujji le party de se taire
2ST'arcommodoit passon affaire.
Mais l'Amour toujours inventif
Quand il s'agitdu conjortclif,
Luy mit un moyen dans la tesse
Pour faciliter la conqueste
De celle qui sous son pouvoir
L'avoit rangé sans le vouloir.
Vn jour donc qu'il la vit p.,rejir.-
Toute brillante à lafenefire3
Il mit finement sur l'on oeil
Vn Quadruple
,
qui du Soleil
Tir.int une force nouvelle)
Sçeut toucher le coeur de la Belle;
Et sans hesiter un moment
Elle luy dit fort yilanmient:
Que le beau Seigneur qui me
lorgne
Sçache que l'Amour n'est pas
borgne
,. Il est aveugle, & le fera
Tant que le Monde durera.
De nostre Galant futsentie
Vne jiju\e repartie
Quelleten ItaHen,
Zanyie quilentendaitfort bienî
Et pourmieuxtèmo;gnersalfame
Ilfut soudain trouver la Dame,
Bien muny de cet ayrement
Quelte avoit trouve si charmant.,
Dans cettepremièrevisite
Il luy fit voir tarif de merite,
Et la Dame de son costé
Luy découvrit tant de beauté,
Que l'Amant,ainsique tAmantey
Eurent toiu deux lAme:ontente,
Ils n'avoient rien à Confiaitery
Qumd on entendit Gens monter.
De Dames s'estoit une bande
Quon pouvoit dire decommande,.
Tant elles avaient d'enjomens.
Fendantles premiers compumenSy
Et que pour joûr on sy'apreste
On vint à parler de la Feste
Que la Dame pour s'égayer
Avoit promis de leur payer,
Et du jour qu'elle vouloit prendre,
Afin que l'onsy ptllt attendre.
Elle, comptant sur son Germain,
Leur dit, Mesdames,àdemain.
Le lendemain nostre Marquise
Futagréablement rurprisey
n" trouver3 le Ride.tu tiré
,
Vn B IJîn de Verm il doré
Chargéd'Ortolans & de Cailles,
DePerdreaux3 Faisans & Volailles3
Que son cher &- nouvel Amant
A'compaznott d'un complément.
Pour jouer encor enieux son rôle,
Elle prit soudain la parole : Quel richeBassîn vois- je icy?
Le Gibier en est-il aussi ?
Mon cher,. tu diras àtonMaiftrey
QUC je ne puis mieux reconnoi- : stre
Le Present d'un si beau Bassin,
QiTen m'y lavant soir& marin.
Il y a grande apparence
que la Dame ne s'est point
hacée de renvoyer le Bassin.
Je ne sçay si on sera plus
exaéèà.renvoyei que lques
Diarmns donc on n'a pas eu
dessein de faire un Present.
En voicy l'Histoire. Deux
Cavaliers d'assez bonne mine,
mais manquant d'argent
pour ioûtenirleurdépensep
resolurent d'en avoir aux dépens
de quelque Dupe, Ils
avoient remarqué un jeune
Orphévre que l'on difoic,
prest à se marier. Ils entre--
rent un matin dans sa Boutique,
& sur le pre'texted'un
Mariage,ils demandèrent
à voir des Bijoux. De tout
ce que l'Orphévre leurmon*
tra, ils ne trouvèrentqu'un
Bracelet de Perles, oraé de
Tabletes, qui sust à leur
gré. Ilsle prièrent d'en di..
re le prix de bonne foy, parce
qu'ils ne sçavoient pas ce
que valoient ces lortes de
choies,
choses, & l'Orphévre ayant
juré qu'il ne pouvoit le donner
à moinsdevingt Loûis
d'or, ilsconclurent le marché.
L'un d'eux en paya six
à l'Orphévre, qui confenticà
porter le Braceletentre
midy & une heure, à l'Hostel
de. Fauxbourg Saint
Germain
,
où les Cavaliers
Jogeoient,&où il devoit recevoirlereste
du pay ement.
Leur honnesteté le satisfît
d'autant plus, qu'il se defaisoit
du Bracelet assez à son
ravantage. Il ne manqua
point au rendez-vous. On le
fit monter dans une chambre
bien meublée où estoient
les Cavaliers.Celuy qui avoic
déjà donné six Loüis prit le
Btacelet,rexamina,&rayant trouvé encore plus beau qu'il
ne luy avoit paru le matin,
il ouvrit une porte quiestoit
à un des coins de la chambre,
couverte d'une Tapisserie,
pour y prendre de quoy achever
de payer la somme
dont ils estoient convenus. Il
rentra presqueauiff-toil,8ct
après avoir encore compté j
quatorzeLoûis à l'Orphévre,
il le pria de vouloir bien sel
donner la peine de luy chercher
deux Bagues de Diamans,
où il vouloit employer
sur sa parole
vingts ou cent cinquante
Loüis,parce qu'il avoit un air
de franchise&de probité qui
l'engageoitàluyconfier sa
bourse plus volontiers qu'à
, un autre. L'Orphévre sortit
sort satisfait des maniérés du
; Cavalier,& ille fut beaucoup
f davantage le lendemain, quand le Cavalier passa chez
iuy, pour luy avouer f que tout le monde estimoit son
r Bracelet vingt-cinq & trente
Pistoles. L'Orphévre luy
dit qu'il vendoit enconscience
, & se contentoità peu de
gain,lors qu'il avoit eudesBijoux
à bon marché.On le pria
de se souvenir des Bagues,
& d'attendre que l'on vinft
sçavoir chez luy s'il en auroit
trouvé quelques-unes.
Les Cavaliers y repasserent
quatre j*ours apré, s, & en virent
deux qu'il avoit achetéesd'unJoüallier
le jour
précedent. Il y en avoit une
de soixante Pistoles
,
& l'autre
estoit un peu moins considerable.
Cela faisoit cent
Loüis à les donner en Amy,
& l'Orphévren'en pouvoit
rabattre aucunechose.LeCavalier
qui avoit la bourseluy
fit lever la main en riant,&estant
enfin demeuré d'accord
du prix, il le pria d'apporter
les Bagues sur les quatre
heures, au mesme lieu où
il avoit apporté leBracelet,
parce qu'ils alloient disner
en Ville. Il fut ponctuel à
l'heure marquée, il y alloit
de son interest, puis qu'on
l'avoir laissé maistre du profit
qu'il voudroitfaire sur l'achat
des Diamans. Ilmontaà
l'appartement des Cavaliers;
Un Laquais qui luy ouvrit,
luy dit qu'il ne croyoit pas
qu'onpust leur patler, parce
qu'ils joüoient un assez gros
jeu, & qu'ils n'aimoient pas
à sevoitinterrompus. L'Orphévre
pria qu'on les avertist
qu'il leur apportoit des Bagues,
& là-dessus il luy fut
permis d'entrer. On luy fit
donner un siege pour se reposer
pendant qu'ilsacheveroienr
une partie. L'un d'eux
tenant toûjours les Cartes en
main, luydemanda à revoir
les Diamans. Illes regarda
mit les Bagues à son doigt, &
continüa de joüer, après
avoir dit qu'elles luy fembloient
tres. belles. Il perdit
beaucoup d'argent, & s'échaufant
dans le jeu,il tirade
son doigt la Bagne qu'onluy
faisoitsoixante Loüis, & la
fit' valoir la mesme somme.
L'Orphévre s'y opposa,&le
pria fort honnestement de
ne la joüer que quand il
l'auroit payée. Il répondit
qu'il esperoit la pay er de l'argent
qu'il gagneroit,&qu'il
voyoit sur latabler,& malgré
l'inquietude que marquoit
l'Orphévre, il joüa la Bague
& la perdit. L'autre Cavalier
s'en Caillt en mesme temps.,
ainsi que de tout l'argent, &
tandis que le Perdant faisoit
d'inutiles exclamations sur
son malheur, le Laquais vint
avertir celuy qui avoir gagné
qu'on luy vouloir parler
à la porte. Il se leva, & sortit
sur l'Escalier. L'Orphévre
fort alarmé de voir ses deux
Bagues en deux différentes
mains, pria l'affligé Joüeur
deluy en donner l'argent,
ou de vouloir les luy rendre.
Le Cavalier poussa un soupir
les yeux tournez vers le Ciel.
& luy disantqu'il estoitjuste
de le satisfaire, il ouvrit la.
mesme porte qu'ilavoit ouverte
dans l'occasiondu Bracelet.
L'Orphévre écoutaattentivement,
& il entendit
compter de l'or. Il se rasseura
sur un son si agréable, & ne
douta point que le Cavalier
nese disposast à luy apporter
la somme qu'il attendoit,
mais n'entendant plus aucune
chose, il s'approcha davantage
,
& enfin la crainte
autorisant sonim patience, il
résolutd'entrer dansle Cabinet.
Il ouvrit Ja porte, &
pensa tomber à la renverse lors qu'au lieu d'un Cabinet,,
il n'apperçeut qu'un degré.
C'estoit un Escalier dérobé,
par où l'on descendoit à la
court. Il alla soudain à l'autre
porte pour voir si le Cavalier
gagnant y seroit encore.
Iln'y trouva, plus personne;
& jugeant bien que
ses Diamans estoient perdus,
il fut tellement saisi, qu'il
n'eut pas la force d'appeller à
son secours. Quelques Valets
qui passerent voyant la pâleur
de son visage,luy demanderent
s'il se trouvoït
mal. Il fut longtemps sans
pouvoir parler,&aprés qu'il
se fut un peu remis
,
il s'informa
si l'on connoissoit les
Cavaliers qui occupoient
cette chambre. On luy dit
qu'ils ne l'occu poient que
pour y disner, que cela leur
arrivoit assezrarement, &
qu'on croyoit les avoir vûs
trois ou quatre fois, sans
pourtant qu'on sçeust qui ils
estoient. L'Orphévre conta
le piege qu'ils luy avoient
tendu par le Bracelet,& connut
àiès dtpens qu'ilestdes
Filoux de toute espece Ceux
qui le paroissent moins, font
quelquefois les plus dangereux
; & en matiere de Gens
inconnus, il faut souvent se
défier de la bonne mine.
L'Orphévre fait faire d'exactes
recherches pour ses Diamans
; mais il y a bien à
craindre qu'on ne les fàffë
inutilement.
On a eu avis que Mezo-
Morto General d'Alger ne
s'est pas contenté de rendre
au Consul de France les cinq
Esclaves François, qui avoient
esté pris depuis peu
les armes à la main sur deux
Bastimens, l'un Italien proche
de Sardaigne, & l'autre
Espagnol à la Cofte de Catalogne,
mais qu'il enarenduencorevingt
qui estoient
fort avant dans les Terres,
quand Mr le Marquis du
Quesne fit faire il y a trois
ans une restitution generale
de tous les Esclaves Chrêtiens.
On ajoûte que le mesme
Mezo-Mortoayant ap-.
pris qu'un Rays ou Capitaine
Corsaire d'Alger entroit
dans le Port avec une Prise
Françoise, l'envoya quérir
aussi-tost
,
& luy fit donner
en plein Divan cinquante
coups de Ballon. Il donna
ordre pendant le supplice,
qu'on rendist au Capitaine
François tout ce qui luy avoit
esté pris, & ceCapitaine
se trouva en estat de se remettre
à la Voile avant que
le Consul eust eu le temps de
le venir reclamer. Cette satisfaction
fut suivie d'une
Ordonnance que l'on publia
, & par laquelle il fut declaré,
que le premier qui feroit
tort aux François, seroit
étranglé sur l'heure. MezoMorto
aprés avoir dit au
Consul
, que dés qu'il auroit
connoissance de quelque Esclave
de la Nation, ill'avertist
aussi-tost5 & qu'il veri..
roit si le Roy n'estoit pas
plus ponctuellement obey à
Alger,que le Grand Seigneur
à Constantinople, il écrivit
à Sa Majesté une Lettre tresrespectueuse
& tres-soumise,
par laquelle illuy rend compte
de tout ce qui s'est passé.
Il en écrivit une autre à Mr.
Cette exacte obeïssance rendue
aux ordres du Roy
,
est
bien glorieuse à ce Monarque,
& en mesme temps fort
avantageuse à ceux de ses Sujets
quiauroient le malheur
d'estre faits Esclaves.
En vous parlantdans ma
Lettre d'Aoust des Conventions
passées entre Mrle Duc
de Mortemar, & les Tripolins
je vousmanday qu'outre
les ving-sept Esclaves
dont je vous marquay les
noms, on avoit encore rendu
quatre Mousses, qu'on avoit
fait renier par force, &
dont le premier estoit Jean
l'Etoile de Lyon. On s'estoit
trompé surson Article dans
le Memoire qu'on m'aenvoyé.
On n'a rendu que trois
Mousses, & ce Jean l'Etoile
qui est effectivement de
Lyon, est l'Esclave François.
qui fut trouvé dans la Ville,
& dont il est parlé sans le
nommer, dans les Conven-
: tions de Mrle Duc de Mortemar.
Il a demeurédix-huit
ans esclave, faisant les son,.
ctions deChirurgien à Derne,
avec beaucoup de perseverance
& de reputation
parm y les ChrestiensEsclaves
qu'il soulageoit mesme
par ses charitez. Ainsi il n'a
jamais renié sa Foy. lia presentement
quarante ans, &
c'est un âge qui repugne entierement
à la qualité de
Mousse. Mousse en termes de
Marine,est un jeune Matelot
qui sert de Valet aux gens
de l'Equipage. Ce nom vient
du mot Espagnol Moçoy qui
veut direjeuneGarçon.
Le 17. du mois passé, Mahomet
Isquiterdo, Ambassadeurde
Maroc,arriva à Voorburg
à une lieuë de la Haye,
lvlr Hessel-Van-Dinter premier
Maistre d'Hostelde
Messieurs les Etats Generaux
, eut ordre d'aller l'y
trouver & de l'amener sur
unYacht. Il arriva le lendemain
à la Haye, avec une suite
de dix à douze Personnes.
Au sortir de son Yacht
,
il
fut receu à terre par Mrs des
Ceremonies qui estoient venus
au devant de luy avec
deux Carrosses;ils le conduisirent
à son Logement,& le
mesme jour Mr Spronfen,
Agent des Etats Generaux,le
complimenta au nom de
l'Etat. Le 2.o- sur le midy
,
il
fut mené à l'Audience publique
dans le second Carrosse
de l'Etat
,
attelé de quatre
Chevaux,& suivy de deux
autresCarrosses Mrs de Berckenstein,
& Glinstra Députez
,
l'un po ur la Province
d'Utrecht, & l'autre pour
la Province de Frise, l'ayant
receu avec les Ceremonies
accoûtumées
,
le conduisirent
â cette Audience. Il fit
là Harangue en Arabe, assis
dans un Fauteüil de Velours
vert,visàvis de Mr Kuyper,
Presidenten Semestre, & ne
parla que de la bonne correspondance
que le Roy de
Maroc son Maistre estoit resolu
de plus en plus d'entretenir
avec leurs Hautes Puissances.
Sa Harangue faite, il
délivra au President ses Lettres
de Creance qui estoient
dans un petit Sac de Velours
rouge qu'il tenoit du costé
gauche sur son estomach par
dessous son Juste-au-Corps.
Il ne les luy presenta qu'a prés
lesavoir baisées & pressées.
contre son front avec les
gestes usitez en son Pays..
M Kuyper répondit en Hollandois,&
luy dit entre autres
choses que sa Personne
leur estoit fort agreable;que
les Etats Generaux contribuëroient
de taiit leur pouvoir
àaffermir une bonne intelligence,&
qu'ilsnommeroient
desCommissaires pour
écouter ce qu'il avoit ordre
de leur proposer.Ilfut reconduit
à son Hostel comme il
avoitesté amené,&accompagnéàdisner
par ceux qui
avoientesté le recevoir. On
luy a donné des Commissaires
ausquels il a dit que le
Roy son Maistre assuré du
Regime, ou de la Regence
de Salé, avoit conceu le dessein
de former le Sieged'Alger
par Terre, si leurs Hautes
Puissancesvouloient l'attaquer
par Mer. Il a aussi proposéde
la part de ceux de
Salé le rachat de quatrevingt-
dix Esclaves, dont la
rançon ne consistera qu'en
Armes & pour les autres il
a demandé trois Maures
pour un Chrestien. Il estoit
chargé d'une Lettre du Viceroy
de cette derniere Place,
qu'il a fait donner par le
nomméTorros, Juif Portugais.
Les Consuls de la Ville de
Grenoble, impatiens de marquer
leur zele pour le Roy,
ont fait travailler à un Bustede
Marbre blanc de Sa Majeste,
pour le poser au dessus
du grand Portail de l'Hostel
,,,.de Ville, en attendant une
Statuë Equestre en Bronze,
qu'on doit élever en la principale
Place. Ce Busteestant
fait , ils n'ont point voulu
differer à le placer
-,
& comme
tout ce qui regarde le
Roy doit estre toûjours accompagnéde
beaucoup d'éclat
, ils firent assembler la
Milice
Milice le 25. du dernier mois.
lets de Ville, & de plusieurs
Joüeurs d'Instrumens. Ils allerent
dans la Court du College
des Dominicains,où ils
trouverent ce Buste relevé
sur un Char de Triomphe,
attelé de six Chevaux blancs.
Le Char qui fit le tour de la
Place,le commença par l'aisle
droite du Bataillon,& l'ayant
continué par la queuë
,
il le
finit par l'aisle gauche juc.j
ques àl'Hostel de Ville. Les
Consuls le suivirent au son
des mesmesInstrumens
, &
aprés que le Buste eut esté
posé sur le Portail
, toute la
[ Milice fitunedécharge, aprés
quoy elle défila avec
[
beaucoup d'ordre. Les Officiers
en passantdevant ce
Buste
,
le saluerent avec
leurs Piques, ou leurs Drapeaux.
Les Soldats tirerent
I encore leurs Mousquets à
mesure qu'ils passerent & la
Feste se termina par des cris
reïterez de Vive le Roy.
L'HosteldeVillefutIlluminé
le soir par plusieurs Fanaux
& autres lumieres. Les Hautbois
& les Violons joüerent
jusqu'à minuit
,
& la Place
se trouva remplie de tant de
monde, qu"en. qu'elle
soit fort spatieuse, il n'y parut
aucun endroit vuide, ny
qui full: propre à se promener.
L'Inscriptionqui a esté
mise au dessous du Buste
,
est
en ces termes.
LUDOVICO MAGNO,
PIO,INVICTO,
-
OPTIMO PRINCIPI,
1 BELLI ET PAÇIS ARBITRO,
HÆRESEOS DOMITORI,
DEVOTI CONSULES
GRATIANOPOLITANI
-
MONUMENTUM POSUERE
ANNO M. DC. LXXXVI.
On a celebré dans la même
Ville l'heureuse Naissance
de Monseigneur le Duc
de Berry. Le jour qu'on avoir
choisy pour cette Ceremonie
estantarrivé,on fit
fermer toutes les Boutiques
dés le matin. Sur les quatre
heures du [air, la Milice
ayant esté rangée fous les
armes, se mit en haye depuis
la Place de Saint André
jusqu'à celle de Nostreme.
Le Parlement en robes
rouges,& la Chambre des
Comptes avec ses habits de
ceremonie, se rendirent dans
l'Eglise Cathedrale à travers
cette Milice. Là Mr le Car-
~dinil le Camus, Evesquede
Grenoble, commença le Te
Deum,qui fut chanté par le
Chapitre de cette Eglise.
Tout ce qu'il y avoir de Gens,
de qualité & de merite dans
la Ville, y assisterent avec
une tresgrandeaffluence de
Peu ple. Lors qu'on eut finy
le Te Deum, Mrle premier
President se rendit en son
Hostel, où les Consuls & les.
autres Officiers de l'Hostel
de Ville
,
qui avoicnt aussi
paru dans l'Eglise avec leurs..
robes, allerent le prendre,
précedezde plusieursJoüeurs
d'Instrumens. Ils le suivirent
jusques à la Place de S. André
,
où l'on avoit élevé un
grand Bucher. Cesage Magistrat
y mit le feu en qualité
de Commandant dans cette
Province, & lors qu'il fut
allumé, la Milice qui l'entouroit
en forme de Croisfant,
fit une décharge si juste
& si à propos, qu'il sembla
que-ce ne fuit qu'un seul
cou p. Sur le soirles Illuminations
& les feux parurent.
Mrl'Intendant s'y distingua
par trois Fontaines de Vin
quicoulerent fort longtemps.
On vit plus de soixante
Fanaux le long de deux
Terrasses& sur un grand Porrail,
qui est au devant de son
Hostel.Plusieurs Fusées qu'-
on tira dans la court de l'Hofiel
de Ville, ajoûtèrent de
nouveaux charmes à ceux
qu'on avoit déjàgoûtez, &
les réjoüissances ne finirent
que fort avant dans la nuit.
J'ayoublié de vous dire
que le jour que l'on fit à
Bourgesles mesmes réjoüissances,
les Religieuses feuxdées
par la Bienheureuse
Jeanne, Duchesse de Berry,
fous le Titre de l'Annonciade
, signalerent leur zele par
un Te Deum chanté en Musique,
& accompagné d'une
Simphonietres-agréable. Il
fut suivy d'un Feu d'artifice
orné de Devises, & de Banderoles
à l'honneur du jeune
Prince. Il y eut quantitéd'Illuminations
dehors & dedans,
ce qui attira un grand
concours de personnes de
toutes sortes de conditions &uneapprobation , rale. généLes
Venitiens ont poursuivy
leurs Conquestes, &
ont ~asseuré celles qu'ilsavoient
déjà faites dans la
Morée,par la prise de Napoli
de Romanie.Cette Place que
la Mer environne par trois
endroits
,
est située dans le
Golfequi porte son nom sur
une langue de Terre qui se
courbe. Le Port en est ~seur
,
& peut contenir plusieurs
Vaisseaux
,
mais comme l'entrée
en est fort étroite& difsicile,
deux Galeres n'y sçauroient
entrer de front. Un
Chasteau situé sur un écueil,
qui n'en est qu'àtrois cens
pas,luy fert dedéfence,&
cette défenseest d'autant
plus seure que les Vaisseaux
& les Galeres, n'ay ant pas
assez de fond pour s'en pouvoir
a pprocher à la portée
du Canon, le Chasteau ne
peut-estre facilement atta- -
qué. Bajazet II. Empereur
des Turcs ayant entrepris en
1500. de se rendre Maistre de
la Morée
,
fit assembler une
redoutable Armée à Sainte
Maure. Il voulut d'abord s'assurer
de Napoli de Romanie,
§c. tandis que l'on prenoit
cette route, une partie de sa
Cavalerie s'estant avancée,
ceux de laVille firent unefortie
si vigoureuse qu'ils la taillerent
en pieces, ce qui donna
beaucoup de terreur aux
Ennemis, & les obligea d'a- >•r bandonner l'entreprise. Les
Turcs allerent assieger Modon,&
la prisedeCoronaïant
suivy celle de cette premiere
place enstez de cesgrads succez,
ils crurent queNapoli ne
leur pourroit resister. Ils y
revinrent
,
& employerent
toutes leurs forces pour faire
cette Conqueste
,
mais les
Assiegez ne firent pas moins
paroître de resolution pour se
bien défendre. Paul Contarini
ne contribua pas peu à les
maintenir dans ce dessein.
C'estoit un homme d'une
grande réputation.Comme il
s'étoit trouve dansCoronlors
que cette Ville avoit estéprisèilefloir
tombéau pouvoir
des Turcs. Bajazetpersuadé
de la creance qu'on auroit
en luy
,
voulut qu'il parlast
aux Assiegez, pour les porter
à se rendre. Il s'avança jufqu'à
la muraille, & unePorte
de la Ville s'estant ouverte,
il pouffa sonCheval avec tant
de force, que se dégageant
des Turcs qui estoient autour
de luy
,
il se jetta dans
la Place, où ilexhora les Habitansà
ne rien craindre. Bajazet
leva le Siege peu de
jours aprés, & retourna a
Constantinople. SolimanII.
après avoir attaqué inutilement
Corfou en 1537. donna 1
ordre à Caffin Bacha,de faire
la guerre aux environs de 1
Napoli de Romanie
,
& des
autres lieux voisins. Les Venitiens
qui estoient entrez à
en ligue contre luy
avecj
,l'EmpereurCharlesQuint, J'EmpereurCharlesQuint,
s'opposerentvivementàtous
les desseins des Turcs, qui
ayant encore aOEegéNapoli
de Romanie, furent con- -
traints de nouveau de se retirer
honteusement & avec
beaucoup de perte; mais enfin
les Venitiens ayant trou.
vé qu'il estoitde leurs inte,
reSTs de faire la paix avec Soliman
, envoyerent Loüis
BadoaroàConstantinopleavec
plein pouvoir de la traiter.
Toutes les instances qu'il
fit pour conserver Napoli de
Romanie, & Napoli de Mal.
voifie qui estoient les seules
Places que possedoient les
Venitiens dans la Morée, furent
inutiles. Soliman avoit
esté averty par des intelligences
secretes
, que la République
luy avoir donnéordre
de conclure ce Traité à quelque
prix que ce sust. Ainsi il
fut obligé de ceder ces Places
avec deuxChafteaux dans la
Datmacie, sçavoir Nadin&
Laurane. Cela se fit en 1540.
& depuis ce temps Napoli
de Romanie estoit toujours
demeurée fous la domination
des Turcs. Le Generalissime
Morosini ayant resolu
d'en faire le -Siege) sit
mettreà la Voile le 27. de
Juillet dernier.L'Armée consistoit
en huit mille hommes
de pied,& six cens Chevaux
des Troupesdela Republique
qu'il avoit fait embarquer
sur les Galeres & sur les
Galiotes, avec les Troupes
du Pape , le Regiment du
Duc de Florence,&le Bataillon
de Malte. Il y avoit encore
d'autres Troupes Auxiliaires
que l'on avoir embarquées
sur des Vaissëaux6c sur
les Galeasses. Peu de jours aprés1,
les Galeres & les Galiotes
qui avoient pris le devant
,
arrivèrent au Port de
Tolon, où elles débarquerent
sans aucun obstacle. Ce
Port n'est éloigné que de
quatre à cinq milles de la
Place que l'on vouloit assîeger.
Elle fut investie le 31. &.
un Esclave Chrestien qui se-J
toit sauvé, rapporta que Hasfan
Bacha,Mustapha Bacha,
&trois Beys ses Freres qui étoient
dedans, se preparoient
d'autant plus à se bien défendre
,
quela Garnison elîoic
fortnombteuse
voit des Munitions deguerre
&de bouche en grande abondance.
Apres qu'on eut
commencé à travaillerauxlignes
de Circonvallation, on
sesaisit de la hauteur duMont
Palamida où l'on dressa une
Baterie. Cette hauteurest du
costé de la terre ferme, 84
pour y aller, il faloit prendre
un chemin étroit qui estentre
la pente de la Montagne
& la Marine. Le i~
d'Aoust
,
les Assiegez ifrent
• une sortie de deux censhommes
de pied & de vingt Che..
vaux, mais tout ce qu'ils purent
faire fut de charger les
Gardes avancées,& de tuer
ou blesser six ou sept Soldats.
Les Allemansaccoururent,
& avec cent Milanois qui les
soûtinrent, ils les obligerent
de rentrerpresqueaussi-tost.
Le Major General Lauro
d'Andria receutun coup de
Mousquet au pied dans cette
sortie.LesVaisseaux & les
Galeasses qui arriverent le
lendemain avec le reste des
Troupes, rapporterent que
le Capitan Bacha avoit voulu
faire approcher de la Place
sept de ses Galeres, dans lef-j
quelles il y avoit plus de trois
mille hommes, mais que sur
l'avis qu'elles avoient eu que
la Flote de la Republique étoit
à l'entrée du Port, elles
avoient prislaroute deNegrepont.
Le Generalismme
n'oublia rien de ce qui pouvait
contribuer à l'heureux
succezduSiege. Il reconnut
la Place du costé de la Marine
, estant monté sur la Galere
du Gouverneur des Forçats.
Il en fit le tour en fuite
du costé de la terre, visita.
les portes du MontPalamida,
jugeant qu'il seroit fort
difficile de venir à bout de
son entreprise
, tant que ta."
Mer feroit libre aux Assiegez,
il resolut d'aller attaquer les
Turcs dans leur Camp. On
avoitsçeu que le Seraskier étoitcampé
à quatre ou cinq
milles des lignes fous le Canon
du Chasteau d'Argos.
Le Comte de Konisinark
laissa feulement quinze cens
hommes pour les garder, ôc
marcha contre leSeraskieravec
le relte.Le Genera lissme
s'avança de son costéavec les
Galeres, & avanttrouvé ua
lieu propre à débarquer assez
prés d'Argos, il fitdescendre
quinze cens Soldats ou Matelots
armez, qu'il tira des
vaisseaux,&qui marcherent
fous le commandement du.
Colonel Magnanini. Cette
conduite obligea les Turcs
à partager leurs Trou pes Il
en demeura une partie pour
défendre leur Camp, & leur
Cavalerie, au nombre de
trois mille hommes, vint à
la rencontre des Venitiens,
qui effuyerent leur premier
feu avec beaucoup de courage
& de fermeté. Le Comte
de Konigfmark, qui mar-
»
cha vers eux en tres-bon ordre,
trouvamoyen de les
rom pre, & les contraignit
de prendre la suite. Cependant
les Batteries des Mortiers
estant en estat, commencerent
a jetter des Bombes
dans la Ville. Elles mirent
le feu en plusieurs endroits,
& y causerent un fort
grand dommage. Le Generalifirmefi*
sommer le Commandant,
& sur le refus qu'il
fit de se rendre, on resolue
de faire brûler tous les Villages
voisins, afin d'empescher
que les Turcs ne s'y logeasfenr,
fent. Le Comte de Konigsi-
mark
-
se chargead'executer
t ce dessein,& en mesme tem ps il se rendit maistredu Chaj.
ileau d'Argos. Ceux qui le
[gardoient l'abandonnerent
Uansaucunc resistance, & il y
••trouva quelques vivres avec
environ n. milliers de pou- <dre.Oncontinuadebattre
"la Ville, &le Commandant
^perfiftant toujours dans la
relolution de Ce défendre jusqu'à
ce quelesAssiegeanseufslent
fait brèche, on fit l'ouverture
de la Tranchée sans
---y perdre qu'un seul homme.
Pendant .qu'pn avançoit-le
Travaux, on apperçeut plu,
sieursTentes que les Turc;
avoient dressées au mefinc
- lieuoùleComtede-Konigf
mark les avoit défaits quet
ques jours auparavanr,ce.qUJ
obligea le Generalissime à
renforcer laGardedesLignes
avec des Troupes tirées de
huit Vaisseaux de Guerre que
Mr Pisani avoit amenez. Il
crut aussi qu'ilestoit impor,
tant pour faciliter le succés
duSiege de faire garder le
brasdeMerparoù leSeraskier
pouvoiravoir comunlcatlo
avec la Place,& dans ce defkin
il fit avancer MrBragadinavec
trois Galeres, outre
quatre Felouques bien armées
que le Chevalier Morel
commandoit.Les Travaux
ayant esté avancez jusques
au pied de la Contrescarpe,
on prépara tout ce qui pouvoit
estre necessaire pour
faire la descentedu Foue.
LesInfidellesdétacherentdivers
Partis de leur Camp,
mais ils ne firent que de legeres
escarmouches
,
& se
retirerent toujourspresque
aussi-tost. Les Assiegeansne
laissoient pas d'en estreextrémementfatiguez,
parce qu'il
faloit que leurs Troupes fut
sent fous les armes nuit &
jour à cause deces continuelles
escarmouches. On s'appliqua
à sapper un costé de la
Contrescarpe
,
& après que
l'on eut fait la descente du
FOlle, on commença à travailler
à des Galeries. Ce fut
un travail funeste pour le
Major du Bataillon de Malte,
quifut tué en cetteoccasion,
comme leChevalier
Alcenago Major General.
l'avoit esté d'un coup de
mousquet quelques joursauparavant,
en allant reconnoistre
le Fosse. Le Seraskier
avança son Camp plus près
de celuy des Assiegez, &
ce fut ce qui les empescha
- de demander à capituler,
malgré la consternation où
estoit toute laVille. Sa presence
leur relevoit le courage,
& ne doutant point qu'ils
ne fussent secourus,ils travaillerent
à des Coupures
& à des Retranchemens,
pour se défendre s'il arrivoit
que les Assiegeans fissent u ne
brèche assez. considerable
pour se hazarderà donner
l'Assaut. Le Generalissime
vovoit tous les jours déperir
ses Troupes. Plusieurs Officiers
estoient morts de maladic.
Il y enavoit plusieurs
autres hors d'estat deservir,
& un plus long Siege ne pouvant
luy estre que tresdesavantageux
,
il se resolvoit
iD 3 à aller tour denouveau attaquer
le Seraskier, lors que
le Seraskier le prevint, en
venant luy-mesme attaquer
les lignes à la reste de dix
mille hommes. D'abordilse
rendit maistre d'nne hauteur
qui commandoit une partie
du Camp, &: comme il n'y avoit
qu'un seul Escadron qui
gardoit ce coite là
,
l'Escadronplia,
n'ayant pu soutenir
les Ennemis
,
qui fondirent
ensuite avec beaucoup
de furie sur le Bataillon de
Malte Il demeura ferme, &z
repoussa leurs premiers efforts
avec une si grande bravoure,
qu'il lescontraignitde
regagner la hauteur. Deux,
Bataillons des Trou pes de
Saxe &de celles de Brunsvic,
commandez par leComte de
Konisgmark marcherét contreeux,&
les chargerent de
la maniéré la plusvigoureuse.
Le Generalissime qui avoit
fait un grand détachement
de Soldats tirez des
Vaisseaux& des Galeres, les
fit avancer après avoir donné
tous les ordres necessaires
pour la seureté du Camp, &
s'estant mis à la teste de
quelques Troupes choisies,
il chargea les Ennemis, parmy
lesquelscesecours,&les
Trou pes qu'ils virent venir
du costé de la Marine,jetterent
tant de terreur,que tous
les effortsque firent lesOffi-
1
ciers le sabre à la main pour
les empescher de fuir, n'enpurent
venir à bour. Ils en
tuërent mesme quelquesuns
, mais tout cela ne put
arrester les autres, qui
continuèrent à prendre la.
fuite. Le Combat dura sept
heures & fut fort opiniâtre..
Les Infidelleslàisserent environ
quatorze cens hommes
surleChamp de Bataille,
& il n'yeneut que trois cens
tuez ou blessez du cossé des,
Chrestiens. La défaite du Seraskier
ayant esté annoncée.-
aux Assiegezpar les cris de:
joye quefirent les Trou pes
en rentrant au Camp
,
& par
les Etendarts gagnez sur les
Infidelles qu'on élevaavec
lesTestesde ceuxqui avoienc
esté tuez dans le Combat, il
n'y eut plus à déliberer s'ils
continueroient à se défendre.
Le Commandant envoya
trois Députez à la Galère
du Generalssime
,
qui
leur accorda que la Garnison
fortiroît avecarmes & bagages,
qu'onluy donneroit dix
jours pour s'em barquer, &
qu'elle feroit conduitejufqu'aTenedo.
LeCombac fuc-.
donné le 29. Aoust, & le lendemain
la Capitulation Ce sit
Ils remirent le Chasteau entre
les mains du Generaliflime
,
& luy envoyerent des
Ostages sans qu'il en donnait
de son costé. On a trouvé:
dans la Placedix-sept piècesde
Canon de fontesept de:
fer, un Mortier & quantité
de Munitions de guerre. On.
a fait degrandes réjoüissances
ces à Venise pour la prise de
cette importante Place, &
le Doge accompagnéde toute
la Seigneurie a assisté au.
T'e Deum qu'on y a chante.
dansl'Eglise-Ducalede Saints
Marc, où pour marque d'une
joye extraordinaire
, on:
a expose l'Etendart de la Morée
qu'on n'avoir point déployé
depuis cent ans. Les
grands services-que-Mr Morofini
a rendus depuis quelquesannéesàlaRépublique,
méritantunerécompensede
distinction, le Senat qui a.
voulu luy donner une marque
perpetuelle d'honneur;.
a fait un Décret,par lequel.
il déclare que Mr Morosini
sonfrere
,
& tous les aisnezde
laFamille feront àperpertriite
Chevaliers ,ôc qu'ils
jouiront de tous les lioiïmeurs
qui suivent cette Dignité.
Le Senat a aussi voulu
donner des marques dereconnoissanceàMrle
Comte
deKonigsmarkquidans toules
les avions duSiège n'a
--rien oubliédecequ'on pouvoit
attendre & de ion courage,&:
de sa conduite. On
doit luy donner un Bassin
d'or du prix de six mille Ducats.
Je ne vous av rien dit du
Roy de Pologne de. toute
cette Campagne. Ce Prince
né pour les grandes choses
a mieux aimé aller prendre
des Provinces entieresau dela
de Caminiek
, que d'affoiblir
son Année devant cette
Place qu'il a dessein d'enfermer
Ainsi il s'est Fortéloigné
de son Pa ys. Il a passé de
grandes Forells.Il a pris la
Moldavie, & prelentement
il est aux Bouches du Danube,
a(bixanre lieuës de Conilantinoole*,
dans un fertile
&tresbonPays où ses Troupes
le refont. Il s'avançad'abord
vers Jarry, Viile de
Moldavie
,
située sur la Rivierede
Pruth à vingt-cinq
ou trente lieuës de la Pologne
,& il eut avis pendant sa
Marche, que le Castellan.
Chelmsky campé vers Caminiek
, s'estoit mis en possession
de la pluspart des
Challeaux du Voisinage de
cette Place, & qu'il tenoit
une grande quantité de Coliques
dans la Forest de Niedobor,
en forte qu'il ne pouvoit
plus rien sortir de CaminicK.
Il arriva à Stephanopoli
au commencement
d'Aoust,&ce fut là que les
Principaux de Moldavie vinrent
l'assurer de leur obeïC.
sance. Il sceut qu'on avoit
abandonné Jassy
,
& il y envoya
des Ingénieurs pour
faire travailler aux Fortificationsnecessàires.
Ildépefcha
aussi vers le Holpodar, ou
Prince de Moldavie) pour
luy faire dire qu'illeprenoit
en sa protection, & pour l'obliger
à luy amener ses Troupes.
Le 15. d'Aoust Sa Majessé
Polonoile fit son Entrée
à Jauy, d'où les Boïars,
Se tous les Habirans rangez
iou5 les armes ibrtirenr pour
fouslesarmesfortirentpour
lavenir recevoir. Ils luy presenterent
les Clefs de leur
Ville, & luy rendirent leurs
soumissions comme à leur
Libérateur, qui estoit venu
les délivrer du joug de l'Empire
Ottoman, & de la tyran.
nie desTartares. Ce Monarque
fut d'abord conduit à
l'EglisedesCatholiques, où
quelques Prestres Missionnaires
chanterentleTe Deum,
après quoy il se rendit à l'Eglise
Cathedrale des Rutheniens,
où le Patriarche revestu
d'Ornemens Episcopaux
rehaussèz de Perles & de Pier,
reries, & accompagné de
deux cens Preltres Rucheniens,
fit une docteHarangue
en laquelle il cita divers
partages de l'Ecriture pour
autoriser l'obeïssànce dont ils!
l'assèuroient. Apres ces Ceremonies,
le Roy alla disner
dans les Galeries du Palais de
l'Hospodar:, &traitamagnisiquement
le Patriarche; les
Boïars, & tout ce qu'il y avoit
de plus considerable
dans la Ville. Le mesme jour
on luy presta le Serment de
fidélité quifutreceuenson
nomaveclesCérémonies.actcoûtumées
par le Palatin de
Podolie, & par le Chatelain
de Czarnowitz. On appelle
Rutheniens ceux qui sont de
la Russie. On la divise en
Russie Blanche, qui est la
Moscovie, & en Russie noire,
Province de Pologne,
dont la Capitale est Leopol
ouLuvovv, quelesAllemands
appellent ï(ujJelemK
burg. Quelques joursavant
que Sa Majesté Polonoise
arrivast à Jassy
,
Elle écrivit
cette Lettre au General
Teleky
,
quicommande ; l'ArméedeTransilvraie..
EXCELLENT ET GENEREU:
SEIGNEUR.
Nous devons en peu de moi
exalter vostreintégrité& since
rité, car le temps nous manqu
pouren dire davantage, attend
que noussommes en marC/JC
,
&
pressez d'aller à Cecora, & de l
plus avant chercher l'occasion ci
ruiner l'Ennemy commun autan
que nO'tS le pourrons. Nostlre ma
chcena estéde beaucoup re
tardéepardes Forterejjcsquenon
avons fait élever le long de
mejrrie chemin, depuis leurs son
àmtnsjujquan comble sau nom
bre de trois; une avant que d'entrer
danslaForelfdeDoukovvin,
une dedans, &une autre derriere
ce mesmeBois. Nous avons mis
bonne Garnison dans chacun de
ces trois Postes, afin d'empescher
les courses de celle de Kaminick
& de rendre libre le passage de
cette route jusqu'ànostreArmée.
Nous pouvons presentementfaire
sçavoir à nos Amts que toute la
Province de Moldavie s'est soutrnfc
à nous d'elle-mesme & de
son bon gré, & qu'elle apromis
de joindre ses Armes aux nostres
contre ces mesmes Ennemis. C'est
pourquoy nous, allonsau prerftkf
jourfairefortifier jaffy
,
@J
mettre une (ujjifànte Garnison.
Cependant, pour nous conformer
à l'usage de ceux de la Nation,
nous remettrons la Province à la
conduitede quatre Carmacans,&-
leur en laisserons le foin poury
maintenir la tranquillité & le
bon ordre. Ils sçaurons. bien nous
faire tenirvos Lettres en toute diligence&
seureté par la voye
cette Ville de Jajfyy qui en est
la Capitale, selon la bonne correfpondance
qu'ils doivent établir
à cette fin. Noussommes per
suadez qire non seulement tout
le Royaume de Pologne, mais
dkjjtcet deux Provinces de Moldavie
& de Kalachte, dont ld\
Troupes jointes aux voflresifaisoient
autrefois le grand & fameux
Royaume des VaCe8j vivront
& se maintiendront dans
une double amitiéparfaite avec-.-
vostre Excellence. Nous ne dou
tonspoint que vos Provinces ne
soient presentementdelivréesdu
penible fardeau des armes , parce
que le Sieur G. Szymorisky, Resident
ordinaire de Sa Majesté,
Imperiale en nostre Cour, a déclarédepuispeu
entermes convenables.
&publiquementenplein Senat,
que cetIllustre Stremjjime~-
nury inclinant à nos iteratives
interpositions, a envoyé ordre à
son General le Comte de Scherffemberg,
de quitter les Terres
de vostre Patrie, & nous voulons
croire que la Tranfilvanie nous en
marquera sa reconnoissance par
des remerciemens obligeans. Nous
avons appris aussi avec un trcsgrandsentiment
de joye, que le
fwg des Chrestiens, pour la désense
desquels nous noussommes
engagez en cettesainte Guerre;
y a esté & sera épargne avec
tout le soin possible. Au reste, nous
souhaitons à vostre noble f!J excellent
merite toute prosperité
Donne
Donné en nostre Camp le 9.
AoustlEst.
Pendant que le Roy de
Pologne estoit à Jassy
,
il eut
avis que le Hospodar s'eftoic
retiréavec les principaux
Boyars, plusieurs Tresors,des
munitions de Guerre,& de
l' Arrillerie,vers leSultan Nuradin
prés de Budziak. L'envie
de l'aller chercher le fit
partir le 23. Aoust, & continuër
sa marche de ce costé-là,
& du costé de la Bessarabie,
vers l'emboucheure du Danube.
La Bessarabie est une partie de la Moldavie,& la
moins considerable. La Mol- *
davie, qui a quatre-vingtdix
lieuës de'tenduë-d'Otient:
en Occident, & soixantedix
du Septentrionau Midy,
a la Mer Noire à l'Orient, &
le Danube qui la separe dela
Bulgarie,& la borne aussi au
Midy avec la Riviere de Serethe.
Au Couchant elle a
la Walachie, & la Transilvanie,
dont elle est separée
par le Mont Hemus. Le Niester
la separede laPodolieau
Septentrion. Choczim est
une de ses Villes. Vous sçavez
qu'elle est celebre parla
Victoire que le Roy de Pologne
y remporta sur les
Turcs un peu avant son élection.
La Moldavie a eu autrefois
desPrinces particuliers,
ausquels iuccederent
des Gouverneurs fous la protedion
de la Pologne. L'un
d'euxappelle Estienne, se
rendit Maistre de la Bessàrabie,
que Bajazet II. avoir
prise en 1485. & vainquit les
Tartares,les Turcs & les Polonois
Lacruautéde sesSuccesseurs
en a fait tuer plufleurs
par sesSujets, & entre
un grand nombre de ces
Princes qui prennent la qualité
de Vaivode,ilyen a peu
qui ayent laissé leur Estat à
leurs Enfans. En 1612. Estienne
Tomsa
,
Soldat de fortune,
mais protegé par le Turc,
se fitVaivode en la place de
Constantin, Fils de Mohila.
Il ne posseda cette dignité
que jusqu'en 1618. que le mêmeTurc
luyosta la Moldavie,
& la donna à Gaspard
Gratian. Ce dernier devint
bientostsuspect à la Porte, à
cause des intelligences qu'il
avoitavec l'Empereur, &
avec les Polonois, dans le
party desquels il se jetta. Il
fut tué par les fiens en 1620.
à la Bataille de Cicora
,
ôc
depuis ce temps les Turcs
ont disposé de laMoldavie.
Mahomet IV. quiregne aujourd'huy
,en ayant investy
GeorgeGifca en 1658. le fit
succeder au Vaivode Mathias.
Les Moldaves font
professionduChristianisme,
& reconnoissent le Patriarche
des Grecs. Le Tribut
qu'ils payent au Turc n'estoit
autrefois que de cent
quatre-vingt mille livres,
mais la Porte l'augmente de
temps en temps, estant bienaise
de maintenir ces Peuples
dans l'obéïssance par la pauvreté.
Le Roy de Pologne, qui
passa la Pruth au sortir de
Jassy,s'avança dans une grande
Plaine pour entrer dans le
BudziaK, &aprés une marche
fort penibie,parce qu'on
n'y peut aller qu'en traversant
des Montagnes qui font
cou pées par des défilez&par
des ravines, on commença
à découvrir l'Armée du Sultan
Nuradin, General des
Tartares,qu'on dit avoir eftç
joint par le Prince Sarbane
Cantacuzene, Hospodar de
Valachie,qui a prisceparty
malgréla parole qu'il avoit
donnée de favorisercelu y du
Roy. Il estoit àla teste de
vingt mille Tartares bien
aguerris, & occupoit une
haute Montagne. Sa Majerte
Polonoife fit approcher son
Armée, & tâcha de l'attirer
au combat, mais ill'évita,
&après quelques legeresefcarmouches,
on se retira de
part & d'autre. On ne put cependant
poursuivre la mar- che,qu'on n'eustreconnu
un passage étroit comman dé
par des hauteurs que iesinndellesavoient
occupées. On
donna ordre au Chevalier
Lubormiski
,
Maréchal de la
Cour,d'aller avec cinq mille
hommes faire cette découverte,
& franchir ce défilé.
Si.toH qu'il fut arrivé à ce
paÍflge)les Tartares descen-
- dirent de la Montagne, &
recommencerent une escarmouchequi
dura jusques à
deux heures aprésMidy,
sans que l'on pust suivre l'Avantgarde
qui avoitpris le
devant. Les Tartares quifeignirent
de se retirer
,
furent
poursuivis jusqu'à leurs Tentes;&
lors qu'ils virent qu'on
avoit mis pied à terre pour
faire butintoutes leurs forces
, auni bien que celles des
Valaques, marcherent à l'Avantgarde
avec beaucou p de
:. vistesse, & chargerent brusquement
le Chevalier Lubormiski
qui la commandoit.
Le bonheur qu'il eut de
se trouver en un poste avan- tlÏLix l'empescha d'estre
défait. Il estoit couvert de
la Pruth en queuë
,
&avoit
une hauteur escarpée à
sa droite, &un Marais a sa
gauche.Ainsi il soutint avec
beaucoup de bravoure toute
l'Armée ennemie pendant
deux heures, & le Combat
ne setermina que par l'arrivée
de toute la Cavalerieque
le Roy amena à son secours.
Elle fut reconnuë par les Gardes
avancées desInfidelles,
ce qui les obligea dese reti.
rerelvec perte de plus de six
cens hommes qui demeurerent
sur la place. Il y eut sept
de leurs princi paux Officiers
tuez, & encre autres le Gendre
du Sultan Nuradin, ôc
l'on sit trois cens Prisonniers.
On gagnasur eux un Drapeau
vert, que l'on dit estre
celuy duSultan. Le manque
de fourrage. ne permettant
pas de continuer la marche
par la route que l'ons'estoit
proposée
,
le Roy de Pologne
fit passer la Pruthà son
Armée, pour en aller chercher
de l'autre costé. On a
nouvellesqu'il est arrivé heureusement
à Galatzin proche
du Danube,à soixante lieuës
deConstantinople, & à dix
d'Andrinople. Il y a plus de
deux cens ans que l'on naT.
voit vû d'ArméeChrestienne
aller jusque-là. Le Païs
est abond.lnt;& les Troupes
n'y manquent d'aucune chose.
Le General des Moscovites
Boristeniensa donné avis
que ce lles des Czars,ses Maistress'estoientemparéesde
la Ville de Perecop,&qu'elles
esperoient s'emparer aussi
en peu de temps de toutes
lesautresVilles <5c Chameaux,
qui obeissent au Kam de
C",r,i'mée. .•<
Je n'a y rien à vous dire de
l'affaire de Hambourg. C'est
une Ville sur laquelle le ROy!
de Danemark pretend avoir
quelques droits. Ce n'est
point à moy à examiner de
quelle nature ilsfont. Je suis
persuadé que ce Prince les
croit justes, puisqu'il veut
les soutenir. D'un autre costé
il y a grande a pparence que
la Ville, de Hambourg ne
s'opposeauxprétentions du
Roy de Dannemark que parce
qu'elle ne les croit pas legitimes.
Quoy que de deux
hommes qui plaidentensemble
,
celuy qui succombe
paroisse injuste, il ne l'est pas
pour cela. Il y a des choses
Problematiques, & qui peuvent
donner lieu de croire à
chaque partie que son droit
est bien fondé. Ce que Mrs
de Hambourg se persuadent
que le Roy de Dannemark.
avoit tenté pour faire valoir
le sien,ay antesté découvert,
il a fait des malheureux. Si le
succez avoitelle favorable,
ilsn'auraient point paru criminels,
puis que dans toutes
les choses douteu ses, qui demandent
une forteresolution
,
& pour lesquelleson
risque le bien, la vie, & quelquefois
l'honneur mesme,
plus on réüssit
,
plus on cil
justifié. Comme cette Affaire
consiste dans une entreprise
manquée, & que le Siege
de Hambourg n'avoit eslé
commencé,au moins a ce qui
paroist, que pour la favorifer
, comme les Loix de la
Guerre le permettent, il me paroist inutile d'entrer dans
| aucun détail de ce commencement
de Siege irregulier
s'il n'a esté entrepris qu'afin
de couvrir d'autres desseins.
L'Affaire est presentement
tournéeennégociation
>%
ôc
ily a beaucoup de Souverainsquis'en
meslent. Je
vousapprendrayle resultat
de ce different quand il fera
terminé& vous diray aujourd'huy
qu'il en a cousté
lavie aux Sieurs Schniker,
& Jastram, Bourgeois de
Hambourg. Ils ont elle convaincus
d'avoir eu des correspondances
préjudiciables
au repos public, & ils eurent
la teste coupée le 14. de ce
mois. L'Arrest par lequel ils
ont esté condamnez porte,
- que leurs Testes demeureront
exposées au dessus des
deux. Portes principales de
la Ville.
Un Courrier exprez qui
passa incessamment en Espagne
, a yant apportéla nouvelle
de la prise de Bude à.
Nicle Comte Venceslas Ferdinand
Poppel de Lobkovvits,
Seigneur de Billin & de.
Liebschausen
,
Conseiller&
Chambellan de Sa Majesté
Im periale
,
& son Envoyé
Extraordinaire à la Cour de
France,avecordre d'en faire
part au Roy,&deluydonner
une Lettre écrite de la
main de l'Empereur, il se
rendit aussi-tost à Versailles,
avec un fort gros Cortege de
Gens de qualité de la Nation
Allemande,&apres s'estre acquité
de cette agréableComi-
niion il revint icy marquer
lajoyequ'il avoit d'une
Conqueste qui estoit si importante
pour les Interests
de son Maistre Comme il ne
pouvoit la contenir dans son
coeur, il voulut que le Public
la partageaitavec luy>t
& dins ce dessein il employa
les Sieurs Jean BaptisteGervais&
Claude Morel
,
Ingenieurs
de Sa Majesté, qui se
chargerent de flire dresser
un Feu d'artifice d'une ia-j
vention particuliere. Le Dimanche
22. Septembre sur
choisi pour cette granderéjoüissance,
donc le Signalfut
donné. au point du jour par
la décharge de vingt quatre
grossesBoëres. Sur les neuf
heures du foir, Mrle Comte
de LobKowits se rendit au-
PréauxClercs avec tous ses
Carrosses, accompagné de
tous les Gentilshommes Allemans
qui estoient icy. Il
s' y trouva plusieurs Princes
& Princesses, avec tous les
Ambassadeurs & Ministres,
des Puissances Etrangeres,
& quantité d'autres personnes
considerables pas leur
qualité,qui se placerent sur
un grand Balcon bien basty,
& fort richement orné. La
Place
-
estoit propre à contenir
le grand nombre de personnes
que le bruit de ce
spectacleavoit attirées. Les
Feux d'artificesavoient esté
préparezsur un Theatre de
vingt-quatre pieds de haut,
& de dix-huit de large. La
face estoitun Portique d'un
Ordre Corinthien quirepresentoit
la Porte Ottomane.
Aux costez sur les degrez étoient
assis deuxEsclaves
Turcs que l'on voyoit enchaifnez.
Il y avoit sur l'entablement
un Piedestal avec
pluficurs Trophées d'Armes.
Sur ces Trophées estoit un
Croissant, & au dessus du
Croissant un Aigle à deux
testes
y
tenant darj^ ses ferres
à la droite un globe & une
épée, & à la gauche un Sceptre
,
qui sont les marques des
DignitezElectorales des trois
Electeurs de Baviere
,
de Saxe,
& de Brandebourg, Confederez
de S. M. I. dans la
Guerre de Hongrie. Sur le
4
Corps de l'Aigle,paroissoient
les Armes de la Maisond'Autriche,
qui sont de gueules à
une fasce d'argent ,le Collier
de la To1son. d'or tout
-
à
l'entour, & au dessus la
Couronne Impériale. Vous
verrez tout cela representé
dans la Planche que je vous.;,
envoyé.
Les Feux de Joye. corrtmencerent
par la décharge
de quarante-huit Boëtes
dont le bruit estoit agreablement
mesté du sonde vingtquatre
Trompetes& Timbales.
On ne remarqua d'abord
le le Croissant, & à mesure
l'il disparoissoit
,
l'Aigle:
immençoit à s'illuminer,&
meura seul jusques à la fin.
duréedel'Aigle, & l'aantissement
du Croissànt , arquoient la destruction
s Infidelles
,
& la perpeité
de la domination de la
saison d'Autriche en Hon-
~e. A ces premiers Feux
cederent douze douzais
de Fusées votantes, qui
~Tnifioient douze Victoires.
~31 portées par les Armes
iperiales en autant de Balles
rangées, ou de rec^
contres funestes aux Turcs
depuis qu'ils ont violé 1.
Tréve. Quatre douzaines
grosses Fusées d'honneur su,
virent. Elles faisoient cor
noistre la gloire que l'Empe
reur s'est acquise en arra
chant des mains Otomanles
quatre importantes Fo
teresses de Gran, de Solnoc
de Neuhaufel & de Bud
Ensuite on fit partir sixgro
ses Futées de gloire, comm
autant d'heureux presage
de la Conqueste que l'one
pere defaire des six Villes d
Hongrie qui restent encor
~foi
fous la domination des Infidelles.
Voila la veuequ'ont
euë ceux qui se sont meslez
<111 Feu, & l'interpretation
iciu'ilsdonnent à la disposiution
decesFusées. Aprés que
l'on eut joüyde tout ce Spectacle,
on mit le feu au Corps,
composé de cinquante douzainesde
Pots à Feu, qui tireront
dix à la fois, avec vingtquatre
partemens de Fusées.
Chaque parlement élevoit
toujours le feu plus haut, &
on le mit en suite à deuxGerbes
serpentines, de l'invention
du Sr Gervais; elles tirerent
des deux costez pendarim
un quart- d'heure. Tous ces
Feux finirenr par une Girande
de seize douzaines de Fusées,
entre lesquelles il y en
avoit de fort grosses
,
& de
quatre douzaines de Pots à
feu garnis de Saucissons volans.
Le Speétacle entier dura
plus d'une heure, & fut ter.
miné par une décharge de
cinquante Boi~tes. Ces plai
firs estant finis avec un ap
plaudissement général, or
alla en prendre de nouveau:
dans l'Hostel de Mrl'Envoye
Extraordinaire. Cet Hoste
estoitilluminé d'une grande
quãtité deFlambeaux blancs.
Sur l'une desPorteson voyoit
un Aigle, qui jetta de tresbon
vin depuis neuf heures
du soir jusqu'au point du jour.
Les Appartemens estoient
aussirichemens meublez que
bien éclairez. On y trouva
un Concert charmant de
Violons, de Basses
,
& de
}-IaurLois) qui fut écouté avec
grand plaisir. L'heure
du Soupé estant venuë , on
entra dans une Salle, où il
y avoit une Table en Croissant
de cinquante couverts.
garnie de cinquante pyramides
de confitures d'une
structure extraordinairey &
d'une quantitéprodigieuse
de toutes fortes de viandes
qui composoient un Ambigu
magnifique.Toutesles
Dames s'attirent & occupe-,
rent la plus grande partie de
la Table. Elles furent servies
par les Seigneurs & lesGentilshommes
qui estoient en
si grand nombre que les
crens de livrée ne purent entrer.
Les Damess'estant levéesfirent
placeaux Cavaliers
qui souperent à leu];
tour. Une partie le retira
dans un Appartement où il
y avoit un Concert de Luts,
& les autres se rendirent
dans une Salle qui avoit este
préparée pour le Bal. On y
dança fortavantdanslanuit,
& toute la Feste se passa avec
un ordre admira ble.
1672. & petite Fille de ~set
Messire Nicolas de Bautru
Comte de Nogentqui estois
Capitaine de la Porte du
Louvre, & fort consideré du
feu Roy. Ce jeune Seigneur
qui trouve dans sa Maisor
des Cordons bleus, des Duc:
& Pairs, & des Mareschaux
de France,est bien faitde sa
personne, & fort estimé pour
sa bravoure. Il en porte de
glorieuses marques sur sor
Corps, par les blessures qu'i
receutil y a quelques mois
en soûtenant le party de
Monfitur le Duc deSavoye
contre les Ennemis de nostre
Religion. Mademoiselle de
Bautru eil: une jeune person,
pe fort agreable, & qui a }'eC:
prilte tres-bL-ien tourné. Elle
parle juste ,mesle une douceur
charmante à une fierté
emodetl,e &n'apoint de sentimens
qui ne soientnobles,
& dignes de sa naissance.
Madame la Comtesse de Nogent
sa Mere, qui s'est fait
un plaisir de son éducation,
l'a élevée dans ce grand air
qui sied si bien aux personnes
de qualité.
Je vous ay déja parlé du
mérite de MrSauveur de l'A
cademie Royale des Sciences
Sa Majesté qui l'honore
de son estime
,
luy en a don
né depuis peu de jours de
nouvelles marques, en
nonmant pour enseigner les
Mathématiques à Monsieur
le Ducde Chartres.Il ne pe
dra pas son temps aux leçons
qu'ildoit donner àce jeune
Prince,dont vous sçavez que
l'esprit efl-vif-, & fort ca pabledes
plus hautes connoil
lances.
Je ne vous tienspoint en-
&or_e.touxàfait- parole, toû
chant l'Article des vingtquatre
Cardinaux que Sa
Sainteté à faits. Comme le
nombre en est grand, &
qu'ils font dispersez dans toute
l'Europe, ce n'est pas une
chose qui Ce puisse faire en si
peu de temps. Cependant
j'ay déjà trouvé moyen d'avoir
leurs Armes,&je les ay
données à graver,afin de
vous les pouvoir envoyer le
mois prochain. En attendant
que je vous fasse part de cette
Planche, je vous diray que
Messire Estienne le Camus
Evesque de Grenoble,ayant
appris le 8. de Septembre [a.
Promotion auCardinalat par
un Courrier du Pape qui
passoit par là pour aller en
Cour, toute la Ville, & les
Communauté? Religieuses
marquerent de leur mouvementla
joye que leur donnoit
cette dignité de leur
Prelat. Mr le Camus écrivit
sur l'heure au Roy, &se retira
pour quelques jours dans
la grande Chartreuse. Sa Majestéluyayant
faitl'honneur
de luymarquer qu'Elle luy
ddoonnnnooiitt son aaggrréemmeennt,it,lilaallllaa
aussi-tostcontinuer ses Visites
dans quelques Paroisses
de son Diocese
,
où il crut
sa presencenecessaire pour
l'instruction des nouveaux
Convertis.
La Promotion de Mr de
CiceriEvesque de Come au
Cardinalat, a aussidonné
lieu à de grandes réjoüissances
qui se font faites à Cavaillon
,
Ville du Comté Ve..
naisin,qui n'estéloignéed'Avignon
que de quatre lieu'ës,
& où depuisfort long-temps
une Famille de la Maison de
Ciceri s'est établie. Celuy
qui en est le Chef, ayant appris
la nouvelle de cette Pro--S
motion,par les foins de Mr
le Vicelegat d'Avignon, qui
luy dépeschaunChevau Leger
de sa Garde, se crut obligé
par le nom qu'il porte, &
par la satisfaction qu'il reC-i
sentoit de voir un de ses Pa..
rens élevé à cette Dignité
de donner des marques publiques
de sa joye. Il la fit
paroistre en saisantelever
dans une Place quiregarde
le Palais Episcopal
,
trois
grands feux entourez de Boë.
tes. Sa Maison,vis à vis de
laquelle furent allumezces
Feux estoit éclairée par
quantité de Flambeaux de
cire blanche
,
&par une illumination
generale mélée
,.
des Armes du nouveau Cardinal.
Au bascoulerent deux
Fontainesde vinqu'il abandonna
au Peuple. Les Confuls
& le Corps de Ville,à la
teste duquel est ce Gentilhomme
en qualité de Viguier,
voulurent honorer cet-
(te Feste de leur presence.
, Ainsiils partirent de l'Hostel
i de Ville a l'entrée de la nuit,
j precedez d'une partie de la
*Milice, au nombre de deux
1
- cens Mousquetaires
, avec
leurs Tambours, leurs Fifres
& leurs Drapeaux. On tira
trois fois les Boëtes,ausquel.
les les Mousquetaires répondirent
autant de fois. LesFusées
& autres Feux d'artifice
ne furent pas épargnez, &
on termina la Réjoüissance
par une superbe Collation.
Toute cetteFeste, quoy que
tres bien ordonnée, demeura
fort au dessous de ce que
celuy qui la donnoit auroit
voulu pouvoir faire, pour
témoigner dans une pareille
occasion les sentimens d'estime
& de respect qu'il a toujours
conservez pour la personne
de ce nouveau Cardinal,
rant pour ses rares vertus,
que pour son insigne pieté,
qui luy fait distribuer aux
Pauvres,& aux plus pressans
besoins de son Troupeau,
tous les revenus de ses Benefices
, avec une partie de
ceux de son Patrimoine, qui
montent à huit ou dix mille
écus tous les ans. On peut
juger par la que son nom &
sa Famille
,
qui est des plus
illustres, des plus anciennes,
& des plus distinguées de
l'Etat de Milan
, comme on
le peutvoir parlesAutheurs
qui en ont eCrit, & qui
presque tous la font de£
cendre de Ciceron
, ont eu
moins de part à sa promotion
que ses éminentes ver-
'(US connuës depuis longtemps
de Sa Sainteté, dont
il a l'honneur d'estre Parent.
Mr de Ciceri,dont les Ayeux
ont eu l'avantage de paroistre
en France avec le Titre
d'Ambassadeurs
,
& en
tre autres, André Ciceri
Ambassadeur vers Louïs XII.
pour la Republique de Gefies,
& Lucio Ciceri, qui
commanda les Armées du
Pape Gregoire XIV. sous
Hercule Sfondrat,en qualité
de Lieutenant General,
voulant faire imiter à ses Ensans
de si beaux exemples
qu'il n'a pu suivre luy-mesme,
a mis son Fils Page de
MadamelaDauphine
,
&
par l'attachement qu'iltémoigne
à remplir tous ses
devoirs, & par la maniere
dontils'acquite de ses exercices,
on est fort persuadé
qu'il ne dégenerera, ny du
coarage,nydelavertu deses
- Toutes les Conversxion
ont elle enfin achevées
Mets, & a pres de longue;
Instrudtions quiont elle données
dans la Cathedrale par
les soins de Mr l'Evefsue
qui a fait êclaircir pleine.
ment tous les points contra
verrez, la reunion s'est trouvée
entiere au commence.
mentdumoispassé.On en a
rendu graces à Dieu par ur
Te Deun au retour d'une Pro
cession generale. Mr. rEvêt:
que de Mets l'entonna, &i
fut chanté par la Musique
Le Parlement & les autre,
Corps y assisterent avec tout
l'EstaMajor.On a formé depuis
ce tempslà une efpecede
Mission. Elle fut ouverte par
ce Prelat, qui parla du Sacrisice
de la Messe avec autant
de nerreté & d'éloquence,
que d'érudition&d'énergie
en presence de toutcequ'il y
a de plus considerable dans
la Ville, d'un peuple infiny,
& d'un tres-crand nombre
de nouveaux Catholiques,
- qui continuent de venir
entendre la parole de Dieuà
l'Eglise tous les Lundis,Nler.
credis & Vendredis. LvS
femmes & les filles que l'on
avoitmises dans les maisons
Religieuses, y ont presques
toutes abjuré en fort peu dCj
tem ps, & il y ena plu sieurs
de si véritablement changées,
qu'elles marquent un
em pressementextraordinaire
re pour leCloistre. Les Da-:
mes Ursulines meritent sur
tout d'estredistinguées par:
le fruit qu'ellesont fait. On
leur a donné plusieurs sois
des femmes de la Religion
prerehdue reforméeàinsxtruire,&
en- plus grand nom- iC' bre qu'aux autres Gonvcnts^i
.1
& il n'en est sorty aucune dechezelles,
dont le changement
n'ait paru considerable.
Le plus remarquable à.
esté celu y de Madame de
Blair. Elleest femmede Mr
de Blair de Fayoles, President
au Mortier dans leParlement
de Mets, Homme
d'un profond sçavoir,d'une
intégrité. singuliere, d'une
application toute, extraordinaite,
d'une sublime vertu,&
d'unemodestie encore plus
grande. Il a esté. de laReligion
Protestante, & l'ayant
abandonnée,depuis quelques
années avec connoissance
decause,commeonle
peut voir par les motifs de sa
Conversion,qu'ila presentez
à Sa Majesté, & donnez au
public; il n'a épargné ny peines
ny foins pourconvertir
Madame sa Femme, sur tout
apres qu'elle fut entrée chez
les Dames Ursulines. Il la
voyoir à toute heure, & luy
écrivoit souventde la manie-
-, re la plus engageante & la
plus forte. Il l'avoit mesme
reduite à luy avouer que son
esprit estoit convaincu, mais
elleajoûtoitenmesme temps
que son coeur ne l'estoit pas,, cestàdirequececceurinclinoit
toujours pour le party
dans lequel elle estoit née.
Il falloit l'en détacher. Ce
coup importantn'apartenoit
qu'à Dieu seul, qui en est venu
à bout d'une maniere si
parfaite,que Mr. de Blair qui
vient de l'amener à Paris
pour quelque temps, apres
"luy avoir vu faire abjuration
entre les mains de M l'Eves-
- que de Mets, seloüe fort des
{oins qui ontsi bien fecondé
l'esfiens, & en marque saretonnoiflànce
à la Supérieure
decette maisondans laquelle
on peut direque les membres
sont dignes du chef,puisqu'-
on ytrouvedesDameségalement.
recommandables par
la grandeur de leur nalffance,,
par la forcede leur esprit,par
la solidité de leurs initru£h6.S'
& par la sainteté de leur vie.
Celle qui est presentement à
leur telle,possedeavec avantage
tantes ces bellesqualitez.
Elle est Niece de M le
Prince deFurstemberg Evesx
que de Strasbourg,& Cardial
de la derniere promotion.
Elle pense,parle,& écrit avec
beaucoupbeaucoup
de delicatesse, &
sa pieté surpasse encore tout
cela.
Ce ne sont pas toujours les
grands biens,la grande Naissance,
ny les grandes Charges,
qui font estimer les
hommes. Il s'en trouve d'un
certain esprit, & d'un certain
caractere, qui vivent
plus heureux,& qui sontplus
connus & plus estimez que
ceuxqui possedent tous ces
divers avantages.Telestoit
MrChapelle,qui est mort
depuis un mois. Il sçavoit
beaucou p sans faire profession
de Lettres, & quoy fust qu Philosophe, ses mani
res n'avoient rien de cet
qui portent ce nom. Il sca
voit le monde, avoit le gou
bon,& passoit la vie parm
les personnes dequalité',qi
se faisoient un fort gran
plaisir de l'avoir dans rou
leurs divertissemens, & de Il
loger chez eux. Il n'estos
pas moins agreable dans le
Cabinet que dans le repas
Il se connoissoit en bons Ou
vrages comme en bonne
chere,& l'on peut dire que
c'estoit un homme universel.
Sur tout il avoitune manière
si aisée pour le commerce de
a vie, qu'il n' y a personne
quine demeure d'accord que
c'est une perte difficile à reparer.
Nous avons perdu aussi ces
derniers jours Mre Laurent
d'EstavaydeMollondin,Maréchal
des Camps & Armées
du Roy, & ancien Colonel
du Regiment des Gardes
Suisses. Il avoit soixante &
dixneuf ans,& en avoit employé
cinquante,sepc dans le
service. Il s'est trouvé en
quantité de Rencontres ,
Combats & Sieges, où il a
donnédes marques de sa va- leur,&reçeu beaucoup de
blessures& plusieurscoups
favorables qui ne luy on
fait que des contusions. Tou.
tes les Compagnies du Regiment
des Gardes Suisses qui
estoient à Paris, ont aniiie
à son Enterrement. Elles
marchoient les premieres.
-
LesOfficiers vertus de deüil
estoient à la telle de chaque
Compagnie, ayant leurs Piques
traisnantes; & les Soldats
portoient leurs Mousquets
sous le bras. Les Tambours
estoient couverts - de
crespe,& les Drapeaux pliez.
Ensuite venoient les Enfansbleus,
gris,& rouges, tenant
chacun un flambeau de cire
blanche. Aprés eux parole
soit tout le Clergé de S. Eustache,
& chaque Prestre avoitunCierge
à la main.
QuelquesOfficiers suivoient.
Ils marchoient à la teste da
Corps, qui estoit couvert
d'un Poësle, dont les quatre
coins estoient portez par
quatre Officiers. L'épée du
défunt estoit nuë sur la Bie- re, & passée en sautoir avec
le fourreau. Le Corps estoit
environné de beaucoup de
luminaire, & suivy des Parens
du Mort eu deüil. La
marche se trouva fermée par
unefoule extraordinaire de
Peuple, ce qui faisoit voir
combien il estoit aimé dans
son Quartier. Les Compagnies
Suisses firent deux dé-
1
charges
aprésqu'on eut inhumé
le Corps. Il y a déja
quelque temps que Mr de
Mollondin s'estoit démis de
sa Charge de Colonel entre
les mains de Mr Stoupe, dont
le merite n'est pàsfeuleinem
connu dans ce qui regarde
la Guerre, mais qui sçait
joindre à la valeur
,
& à l'experience
que l'on doit avoir
dans ce métier,tour ce qui
peutrendre habile un homme
de Cabinet.
J'avois bien cru que vous
prendriez plaisir à lire ce qui
regarde l'Erablissement de la
Communauté de S. Louïs établie àS. Cir. Voicy , encore
un Memoire touchant ce
mesme établissement.Il pourra
servirà ceux de vostre Province
quiaspireront à sefaire
recevoir dans cette Communauté.
Je ne change rien
ny dans le Titre,ny dans le
corps du Memoire, & je vous
l'envoye tel que le donne Mr
d'Hozier,quia eu l'honneur
d'estrechoisi par le Roy,
pour examiner si les Lettres
deNoblesse qu'on produit,
font valables.
MEMOIRE DES TITRFS
en Original, qu'ilfaut mettre : entre les mains de Mr d'Hozier,
Genealogiste delaMaison
du Roy ,Juge General des
Armes & Blazons de France,
• & Chevalier de l'Ordre Miv
litaire de S. Maurice & de S..
Lazare de Savoye, pour dreffer
les preuves de Noblesse des
Demoiselles qui font choisies
- par le Roy,pourestrereceuës
dans la Communauté de S.
•t
Loüis, fous le Gouvernement
de Madame deMaintenon,Institutrice
& Superieure perpe-
-stuelie de cette Communauté. IL faut que la Demoiselle qui
serapresentée
, rapporte son
ExtraitBaptistaire legalisé, que
le jour de sa naissance foit marqué
dans cet Extrait, qu'elle ait
sept ans accomplis
, & qu'elle ait
moins de douze ans. Ilfaut que pour la preuve qu'-
elle doit faire de quatre degrez
paternels
, au moins,ellerapporte
les Contracts de Mariage de ses
Pere,Ayeul, Bisayeul,&Trisayeul,
gjr qu'elle joigne à chacun
de ces Contrats deux autres
AffeJ, comme Gardes
-
Nobles,
Partages, Transactions Arrests,
Sentences,Lettres-Royaux,Hommages
, Aveus, Contracts clac..
quisition, de vente, ou Xécbmz
ge,Provisions de Charges, CommifFons
J &c. afin que la filiation,
& la qualitésoientsuffisamment
justifiées dans chacun de ces quatre
de f,re =\
Il faut que le premier de ces
Contrats commence au moins à
l'anIfjo.
Il faut aussi le Blazon des Armes
de cetteDemoiselle ,avec ceux
de ses Mere,Ayeule, Bijayen•
le, & Trifayeule;& il faut
q elleyajoute encore les Arrests,
les Sentences,ou tesJugemens qui
ont esté rendus sur la Noblesse de
il Famille, foit par le Conseil ,
par la Cour des ^Aidcs, par le"
Commissaires, où par les Intendans,
pendant la derniere recher- the.:„i
Vous sçavez qu'il est arrivé
une nouvelle Flote à Cadis.
Elle a rapporté vingt-six
à vingt-sept millions d'écus ]
en or& en argent. Il en est
demeurécinq millions en
barre à Lima, le Roy d'Efpagne
a yant défendu le tranGi
port des barres sous peine daJ
confiscation. Il y a en Emeraudes
environ deux cens
cinquante mille ecus
, en
Perles cent milleécus,&un.
million d'écus en Cacao &
Laines de Vigogne. Le Vaifseau
laTherese a encore rapporté
deux millions de'cus,
qui sont à des Particuliers,ôc
sept cens mille écus pour le
Viceroy.
Je vous envoyeune nouvelle
Chanson,choisie à l'ordinaire
par un de nos plus
grands Maistres.
AIR NOUVEAU. LAjeune Iris m'aimeplus que
savie,
Et son ameurMt touche psint
mûncoeuri 1
- Ie languis,jemeurspourSilvic,
La cruellepour moyn'a que de la
la rigueur.
Sij'aimois laBeautéquirriaime,
ilion sortseroit moinsmalheureux
, Mais si fejlcps aimé de l'objet de
mes voeuxy
Que mon bonheurseroitextrême!
Ceux qui n'ont expliqué
que la premiere des deux
dernieres Enigmes dans son
vray sens, qui estoit les Soupirs,
sont Mr L. Bouchet,
ancien Curé de Nogent-le-
Roy;la Tronche de Roüen;
C. Hutuge d'Orleans ( ces
trois en Vers) H. F. Troulleau;
de S. Severe deRoüen;
Brebanio; C. T. Lourdet;
Æ.P.R.deC;Tamiriste de
la ruë de la Cerisaye; le beau
Garçon;l'Assembléee nocturne
des Amans noirs; Servinie
&Hindelbertde Soissons;
l'aisnée des deux aimables
Brunes du Chapeau -rouge
de la ruë des Lombards; les
t'. trois Amies de la ruë de Bussy
,
associéesavec les Vendangeurs
de la mesme ruë ; la plus aimable des trois
Soeurs du Faubourg S. Germain,
& l'inconstante Brebis
du petit Coeur fidelle d'Angers.
- Le mot de la seconde estoit
l'Hospital, & elle a esté
expliquée, aussi-bien que la
premiere, par Mrs le Curé
d'Oüailly L. Radigues; Vignier
; d'Audicour la Guerre;
A. P. Boistel de S. Romain;
la Prairie Cairon, Professeur
public des Mathematiques
à Caën;Baronius Guenot
de S. Pal lez Vaux; le
Balcon; le Chevalier de la
Colique
; M de la Civette;
le charmantEmbonpoint de
la ruë des Lombards, la Perle
& la Merveille de la ruë du
Foin; la Prude de la Porte de
Paris; les deux charmantes
Filles du charmant Embonpoint,
& la Maigre Royale
deS. Germain l' Auxerrois.
Voicy les deux Enigmes,
nouvelles. L'une est de l'aimable
Caliste, & l'autre du
Galant Lizandre, son Epoux
ENIGME. IL ne s'agiticy de Guerrenyd'Amour,
I'ay le corpssouple& mol,la forrre,
lon ue & ronde,
Et suispour lerepos du monde
D'un ~/7~~ utile secours.
- - AuJJî sans qu'on m'en prie
Ie porte chaque jour, du foir aitlendemain
La meilleure partie
- Du Genre humain.
AUTRE ENIGME.
JE ne manque non plus de plumes
que Mere Oye,
Ou qu'un Oiseau de proye ;
Et pourtant je ne puis voler.
I'aydeux bouches en vain ; l'une
& l'autre estansclose
On ne m'entendjamais parler.
Toutefois en ce jour découvrons
quelque ebofe,
Mais agissons de bonne foy.
N'est-ilpas vray, Philis,qu'estant
auprés de moy ,
Vous me prcJ/èz souvent de v-os.
lévresderose,
Et que quand vostreespritsonge
amoureusement,
Vostre bras quelquefois me serre
étroitement?
Ne craignezrien,vous estessage,
Ie n'en diraypasdavantage.
Les Venitiens ont fait de nouvelles
Conquestes,dont je vous
parleray le mois prochain. Je
fuis, Madame, vostre
, &c.
AParis ee 3i. Octobre 1686.
Q QAvis. Voy qu'il ait paru quelques
Relations du Siegede Bude, - - -. le Public n'a fias laijje d'eu souhaiter
une encoreplusparticuliere,telle
que sont les Relations des Sieges de
Vienne e:,:,-d} Luxembourg,&pour le
sattsfaire3 onytravaille avec tant
de soin
,
qu'on espere la donner au
plustard le20.deNovembre.Comme
lePublic demandeaussi la fuite du
VoyagedesAmbassadeurs duRoy
de Siam en Frillue, on l'asseure
qu'ilserasatisfaitla-dessus, &
que s'ila estè content dela premcre
Partie3 il le sera encore plus de la
seconde., qui outre ce qui regarde
les Ambassadeurs
,
contiendra des
choses tres- curieuses, dont on n'a
point eu le détailqui pourraient
servir de matiere àplusieurs Volu
cALâmr
AVPALAIS, APARIS,
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dans la
Salledes Merciers, à la Justice.
Enla Boutiquede la Veuve C.BLAGEART,
Court neuve du Palais au DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
jdVEC PRIVILEGE DV ROI
Avis pour placerles figures. L'Air qui commence par,Qnandfcfftfis
seul prés d- Silvie, doit regarder
la page 49.
La Figure doit regarder la page. 286.
L'Air qui commence par, La jeune
Iris, doit regarder la page 52J.
TABLEDES M'ATîEREScontenuës
en ce Volume.
pRélude.
Epistre au Roy. 3
Réjoüissances faites à Bourges pour laNaissance
de Monseigneur le Duc de Ben y. ir
Epithalame. 51
Complimens faitsà M.le premier President
- de Roüen. 6t
leu de l'Arquebuse.73
Lettre de M. le Chevalier d'Her. 81
Morts. 88
Complimenr fait â M. de Louvois à l'Academie
de Peinture & de Sculpture. 99
Pension donnée par le Roy. III
Conversions 113
Election d'un Procureur& Chef de la Nation
de France dans l'Université de Paris. 115
Election d'une jeune Fille pour Tutrice de ses
Freres. 116
L'Hymen à Madame la Dauphine. 130
Madrigal. iztf
Academie d'Angers. 127
Di scourssurla Devise du Roy. 130
Cour des Monnoyes transportéeau grand Pavillon
de la Conrt-neuveduPalais.182
Le Grand Conseil transferé â l'Hostel d'Aligre,
ruëS. Honoré. 115
Avanture. - 187
Histoire. \?\
TABLE.
Nouvelles d'Alger ioç
Cequis'est passéenHollande à l'occasion de
l'A mbassadeur de Maroc. 210
Buste duRoy placé surle Portail de l'Hostel
de Ville de Grenoble,avec les Ceremonies
-
observées en cette occasion. 2ic
Autres réjoüissances. 221
Prisede Napoli de Romanie. ii£
Campagne du Roy de Pologne. t;;
Lettre de Sa Majesté Polonoise au GeneralTelequi.
260
Affaire de Hambourg.276 Réjouissances faites par le Comte de Lobcovits.
281
Mariage de M. de Biron avec Mademoiselle
de Bautru. 1-0)
M. Sauveur est nommé par le Roy pour enseigner
les Mathematiques à M. le Duc de
Chartres. IP6
Réjoüissances faites à Grenoble & àCavaillon,
pour la Promotion de Mrs les Evesques de
Grenoble & de Come. 95pg
Conversions faites à Mets. 306
Morts. 313
Memoire touchant la Communauté de Saint
LoüisétablieàS.Cir. 32%
Arrivée d'une Flote à Cadiz. 324
Nomsde ceuxqui ont expliqué les Enigmes.
p.6
Enigmes. 329
Avis. 33* ftn'dehTa&jeÈ
"Il
OCTOBRE 1686.
_J
E ne fera point, Madame,
par une Action
particuliere du
Roy que je commenceray
cette Lettre. Tout ce qu'il
a fait de grand se trouve si
heureusement ramassé dans
une Epistre en Vers, faire par
Mrde Senlecque, Prieur de
Garnay,qu'il seroit bien difficile
de pouvoir fournir d'ailleurs
un Eloge de ce grand
Monarque,qui eust les beautez
qu'elle contient.Comme
il ne faut que la lire pour les
connoistre, je me contente
de vous l'envoyer, & croirois
vous faire tort,si je cherchois
à vous prévenir sur le
plaisir que vous donnera cette
lecture.
EPISTRE
AU ROY. ROY, digne d'estre éleu le seul
Roy des Mortels,
Que du temps des Cesars on ieufi
drésse d'Autels!
Qu'on eust mesme en toy seul trouvé
de Dieux enfemblc!
Tu deviens Iupiterquand tu veux
quetouttremble,
On voit revivre en toy la vaillance
de Mars;
Tu feais comme Apollon proteger
les beaux Arts;
Tu peux sur l'Océan commander en
Neptune;
Tu n'es pas moins puissant que
l'estoit laFortune;
Rome eust cru que Minerve eust
parlé dans tes Loix,
Et qu'Hercule eust cfiè jaloux de
tes Exploits.
Ton esprit fait revoir la Iustice
d'Astrée,
Et ton coeur la bonté de Saturne &
de Rhée;
Et c'ejl- cette Iustice, & c'est cette
bonté,
Qui soûtiennent, grand Roy, ta
rare probité.
Je dis rare. En effet, peudeRois,
commeTite, [tey
Fontde laprobité leurvertufavori-
Et plus d'un Prince a crû qu'il ne
luy manquoit rien, Quand il ne luy manquoit que
d'estre homme de bien.
Sur tout, ceux que Bellone aime à
combler de gloire,
Accordent rarement Tbemis & la
Victoire.
Acbille n'eut pour droit que celuy
de son bras, [ pas.
Etla loy de Cesarfutde n'enavoir
Mais toydontl'Equitétempere la
Vaillance,
Qui tiens en mesmetemps le Foudre
& la Balance,
Tu regles tes Exploits sur ce qui
#
t'est permis ;
Tu deviens dans ton Camp Ministre
de Themis;
Tu veux qu'à ta raison ta valeur
obeïsse ;
Etton Char de Triomphe est un Lit
deIustice.
Tufaisplus; ta bontétempesehe
quelquefois
D'ecouter ta Iustice, & d'user de
tes droits.
fJüy, quelquefois> grand Roy, ta
bonté t'a faitrendre
Des Villes que tes droits t'avoient
fircé de prendre.
Je sçay que devant Dole avec
toy tes Guerriers [ lauriers
Ontparmy les glaçonsmoiffonné des
Et qu'aujourdhuy le Rhin écume
cTicor de ragt>
De n'avoir pù former d'obstacle à
tonpiijfage.
Je sçay que ta vaillance a bordé
de tes Lis,
Et la Sambre, & la Meuse, &
lyECL>iut & la Lis;
Que tonfondre esttombé sur des
Villes Í;' rates,
Et qu'il à fait d'Alger un bucher
de Piriltes.
Jtâaïr sans cette bonté qui regnoit
dans ton cteur-,
Etquivainquoit LOVIS dés. qu'il
estoit vainqueur,
•jLa fierté du Lionaussi vaine que
grande, [ d'Ostende.
Eustbientostexpirésur les ramparts
L'orgueilleux Amsterdam,qu'eust
foudroyé ton bras3
Fustbientost devenu le tombeau des
Estats.
Valencienne eust souffert tout les
malheurs deFrvye,
Elle estoit ta conqueste, elle eust esté
ta proye.
VnDoge auroit en vain,auxyeux
de tes Sujets,
Desavouéson peuple, &mandil
la Paix:
Ta Iustice à son crime eufi égalésa;
peine,
Et ta toute-puissance eustaneanty
Genne.
Oüy,situ n'estois bon , l'on eust vû
tavaleur,
Voler jusquau Danube, &le glacer
de peur,
Ebranlerplus d'un Trosne au seul
bruit de tes armes,
Et faire un nouveau fleuve & de
sang &de larmes.
Enfin sans ta bonté Tripoli maintenant
[ au vent,
Neseroit quune cendre abandonnée
Et Tbums rieufi osé concevoir l'c¡'
perance
D'éteindre avec ses pleurs le feu
de ta vangeance.
Vous donc, Heros cruels, qui
mesme vous vantez
Deverser tout le sang de ceux que
vous domptez;
Vainqueurs, dont la furie a fatigué
les Parques,
Suivezdanssa bonté le plusgrand
des Monarques.
Vous ne Pourrez l'atteindre, encor
moins le passer ;
Mais le suivre de loin
,
c'est beaucoups'avancer.
Et vous ,
Rois bienfaisans, bons
Princes, mais timides,
Vous qui dans vos conseils n'osez.
marthersans guides,
Songezque mon Heros estluy seul
son Conseil; [ le Soleil, Ilbrilleparluy-mesme autant que Il sçait mesmeélloüir quiconque
le regarde.
L'Aigle ne peutsouffrir les rayons
qu'illuy darde;
,Lu) seul, quand il luy plaist, éleve
dans les airs
Dequey former lefoudre, &punir
l'Vnivers.
JLtUy seulpeut dissîperle plus épais
nuage ; [de L'orage. Il est le Maistreenfindu calme &
Murs jem'égare icy , moy qui
riay medité,
GrandRoy,quequelques Vers sur
ta seule bonté.
C'est d'elle que tu sçais ce que
savoit Auguste,
Quesouvent lavangeanceestbasse,
&mesmeinjuste ;
Qîfun Roy riejl plus un Roy dés
qu'ilest en couroux,
Et que le plus beau regne est toûjours
le plus doux.
Aulli le crime est-il l'objet seul
de tabaiue;
Tu reprens sans aigreur, tu punis
avecpeine.
Nousnetevoyonspointfermeavec
dureté,
Prompt par impatence, &fierpar
vanité;
Tonairestobligeant,mesme quand,
tu refuses,
Tu n'accuses jamais qu'aussitost tu
n'excuses.
Quiconque enfin te voit,paslê cent
fois le jour
Deï"amourait respect, du respect
à amour,
Et quandon te verroitsansSceptre
&sans Couronne,
On trouveroittoujours un Roydans
ta Personne.
Il faut vous parler des Réjoüssances
faites à Bourges,
pour la Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry.
Toute la Province, qui se
souvenoit des avantagesqu'-
elleavoit eus autrefois fous
la protectiondeses anciens
Dues, n'en eut pas plûtost
reçeu la nouvelle,quelle en
marqua une joye qui ne se
peutexprimer. Les Berru yers
ou Bituriges, anciens Peuples
qui ont habitécette Province
,ont long temps tenu
l'Empire des Gaules, & ce
furent eux qui résisterent le
plus à Cesar. Il ne laissa pas
de prendre Bourges l'an 702.
de Rome. Depuis ce tempslàleBerry
demeurasujet aux -
Romains, & il le fut en suite,
aux François. Il faisoit alors
partie du Royaumed'Aquitaine.
Sur la fin de la seconde
Race de nos Rois cette Province
eut des Seigneurs particuliers,
qui prirent le titre
de Comtes de Bourges. Le
dernier, nomméGeoffroy,
vivoit fous Hugues Capet.
Illaissà un Fils appelle Herpin
, qui voulant faire le
Voyage d'Outre-Mer,vendit
Bourges au Roy Philippe.
Ainsi ce Comté fut uny à
la Couronne jusqu'en 1360.
que le Roy Jean l'érigea en
Duché&Pairie pour Jean de
France, son Fils, Frere de
Charles V. à la charge qu'il
retourneroit à la Couronne,
s'il mouroit sans F-iifa-.ns'inâles.
Ce fut le premier Duc de
Berry, & il le fut pendant
cinquante-six ans, n'estant
mort qu'en 1416, aprés Charles
& Jean de Berry, ses Fils,
qui moururent sans Lignée.
Un autre Jean de France,Fils
du Roy Charles VI. porta le
titre de Duc de Berry, &ce
mesme Roy donna le Berry
en Apanage à son cinquième
Fils Charles, qui devint enfuite
Roy de France, & futle
septiéme de ce nom. En
1464. Le Roy Louis XI. Fils
de Charles VII. donna ce
DuchéàCharles son Frere,
qui mourut sans Enfans. En
1472.le Roy Louis XII. laissa
le Berry pour usufruit à la
BienheureuseJeanne deFrance
,
sa Femme,aprés ladis-
I
solution de leur mariage.Elle
j prit le Titre deDuchesse de
leBerry, & fonda à Bourges Monastere des Filles de
l' Annonciade, où elle se fit,
Religieuse
,
& y mourut en
1504. François I. donna ce
mesme Duché pour Apanage
en 1517. à sa Soeur Marguerite
d'Orléans ou de Valois,
alors Duchessè d'Alençon,
& puis Reine de Navarre
; & en 1575. le Roy-
Henry III. le laissa à son Frere
François, Duc d'Alençon,
qui mourut en 1584. sans avoir
esté marié. Le Roy
Henry IV. estant parvenu à
la Couronne, donna ce Duché
à la Reine Loüise
, veuve
du Roy Henry III. Elle
-
mourut en 1601. & depuis ce
temps il a toûjours esté uny
au Domaine
Messieurs de Bourges ayant
esté avertis par une Lettre
de Cachet,qu'ilavoit plu au
Roy de faire un Duc de Berry
,
Mr le Large
,
Maire, Mrs
Delard,Raguéau,Coeurdoux
& Dudanjon, Echevins, de
Mr-Si#,!ge_r-, Procureur des
Affaires communes, se rendirent
à l'Hostel de Ville,
pour délibererdes marques
publiques qu'ils donneroient
de leur joye,&afin d'avoir
le tem ps de rendre la chose
plus éclatante, ils remirent
au 17. dumois passé la Feste
qu'ils resolurent de faire.
Ainsiils ordonnerent que ce
jour-la il seroir dresse un Feu
de joye & d'artifice au mi
lieu de la Place du Marché
& qu'à l'avenir cette Place
seroit appellée la Place Ducale,
jusqu'a ce que le Roy
leur eust permis d'en faire
construire une nouvelle en
l'honneur de leur nouveau
Duc; que les Artisans fermeroient
leurs Boutiques,&
les orneroient de feuillages
au dehors; qu'à tous les Carfours
& bouts des ruës, il y
auroit desArcs de Triomphe
de Laurier, & d'autre verdure,
où feroient les Armes
du jeune Duc de Berry, avec
des Fontaines de Vin qui
couleroient tout le jour; qu'à
toutes les portes cocheres
on dresserroit des tables garnies
de pastez, jambons, &
autres viandes,avec plusieurs
bouteilles de Vin, pour y
arreftertous les Passans; qu'il
y auroit des Illuminations à
-
toutes les fenestres au dehors
desMaifonSj&unConcert de
Musique &autresInstrumens
en la grande Place publique,
de S. Pierre le Puellier àl'iUuei
:
du Feu de joye, avec des,
tables remplies de toutes fortes
de rafraichissemens-, qu'-
en memoire des sept Ducs
de Berry on deliureroit sept
Prisonniers decenus pour detccs,
& qu'on traiteroit tous
les Pauvres de l'Hospital general.
Cette Ordonnance
ayant esté publiée, les Habitans
se disposerent avec tout
le zele imaginable à solemniser
cette grande Feste. Il
y eut par tout des Arcs de
Triomphe, ornez de festons,
d'Ecussons, & de Peintures,
On apporta des Forests de
bois dont on embellitles;
ruës. On coupa des Vergers
entiers chargez de fruits
d'Hyver,-
& M le Large,
Maire de la Ville
,
n'épargnant
rien pour se distinguer
, fit abatre la muraille
de sa court, afin de faire
faire un Arc de Triomphe
de verdure, chargé des Armes
de toute laMaisonRoyale,
auec quantité de Piramides
illuminées de Globes &
de Lampes, toutes ajustées
aux Armes du Duc de Berry.
Il n'y avoit rien de plus beau
que les Boutiques. Elles estoient
oinées. de fleurs
,
de
feüillages, & de cartouches,
& aux fenestres estoient des
Fleurs de Lys, des Lanternes
historiées, des antiques,
& enfin toutes les dépouilles
desCabinets les plus curieux.
On voyoit le Buste du Roy,
avec ce Vers au dessous,
Vive diu, Biturix,fnb tanto
Principe felix. ?: Tout estoit remplyd'Emblèmes
,& de Devisès. En
voicy quelques-unes.
,
Un Lis dans un lieu où il
ya des Moutons qui paidènt,
6c ces mots pour ame, NafsitHïmmovili,
L'Etoile dujour, Lumen,de
lumine.
La Rosee qui tombe dans,
un Pacage où des Moutons
passent,In tenerâ pecori gratissimus
herbâ.
Un Feu qui dans les corru
mencemens n'est presque
rien, mais quis'allume enfuiteavec
violence, &embrace
tout, Vivet, Ê9 ex minimo
maximtis erir.
Une Fusée volante qui creve
en l'air, & se répand en
Etoiles, Hinc lumen& ardor,
Un jeune Pin) Summa petet.
,
LHoflel de Ville se trouva
orne d'une infinité de
Lampes illuminées. Il y avoit
six Portiques de feüillages,
où estoient des Hercules qui
represencoient les Ducs de
-Berry. On voyoit le jeune
Duc dans un grand Tableau
de quinze piedsde hauteur,
&large de dix à douze. Les
quatre Compagnies de la
Ville,Composées de gens fort
lestes,ayant pasle en reveue
avec leurs Officiers à Jeur
téste, allerent se ranger en
bataille, sçavoir les deux
premieres, Bourbonnoux &
Auron,
Auron devant l'entree principale
de l'Eglise PatriarchaledeSaintEstienne,&
celles
de S. Sulpice & de Saint
Privé, dans la Place du Cloistre
de la mesmeEglise devant
le Palais Archiepiscopal.
Les choses estant disposées
de cetteforte, & les
Magistrats en Kobc Consulaire,
les premiers Magistrats,
& tout le Presidial en tresbel
ordre, s'estant rendus
dans l'Eglise avec M l'Intendantàleurteste,
on commença
à chanter le Te Deum
au bruit des Tambours, des
Trompetes,& des Cloches
Il fut suivy d'un fort beau
Motet, & la Simphonie & la
Musique se firentégalement
admirer dans l'un & dan:
l'autre. Lors qu'on eut finy
le Te Deum, auquel Mr l'Archevesque
de Bourges assista,
la décharge du Canon &
de toute la Mousqueterie si
sir entendre. Sur les huit heu.
res du soir, Mr l'Intendant
accompagnédu Maire & de
Ec hevins, alla allumer le
Feu que l'onavoit prépate
dans la Place Ducale, &
alors tout retentit de cris de
Vive le Roy, & Monseigneur
leDuedeBerry, & d'une nouvelle
décharge du Canon &
de la Mousqueterie. Il yeut
après cela un tres-beau Feu
d'artifice,d'où il sortit un
tres-grand nombre de Fusées
volantes & de Serpenteaux,
accompagnezde Petards. Mr
l'Archevesque, qui fait tout
avec grandeur, finit cette
Feste par une Illumination
surprenante. Son Bastiment
neusestoit éclairé d'un nombre
infiny de Lampes qu'on
avoit rangées sur les Balcons,
& sur les Saillies,auprés de
quelques Piramides qui paroissoient
toutes enflâmées.
Une Statuë. qui representoit
Madame laDauphine tenant
un Enfant entre ses bras, estoit
éteyëe dans la Place de
l' Archevesché,avec ces deux -
Vers de Virgile écrits sur le
piedestal.
Et nova progenies coelo démittitur
alto,
Clara Deûm fol?oiestagnant
jovis incrementum.
Autour de cette Statuë regnoit
une Balustrade toute -remplie de Feux d'artifice,
qui en formerent mille autres,
dont on voyoit les uns
s'éleveren Haut,& les autres
faire seulement la roüe. Le
bruit des Pétards se mesla au
bruit des Boëtes, & quantité
deFusées volantes donnerent
long
- temps un fort
grand plaisir. Si tant de magnificence
parut au dehors,
ce Prelat n'en fit pas moins
éclater au dedans de son Palais.
Il y eut trois Tables servies
avec autant de delicatesse&
de propreté que d'abondance;
la premiere pour
les Personnes d'Eglise; la
fcconde pour les Dames, &
la troi siéme pour les Gentilshommes.
Il y joignit tous les
agrémens que peut donner
la Musique à une Feste, &
ce qui se fit au dedans & au
dehors de la Maison de Mr
l'intendant,ne fut pas moins
remarquable.Les principaux
Bourgeois se signalerent de
leur costé à l'égard du Peuple
qu'ils voulurent regaler,
les uns par des Fontaines de
Vin exposées au Public, &
les autres dans leurs Maisons,
par des Tables servies
fort abondamment, & ouvertes
à tout le monde. La
nuit se passa dansla diversité
des Spectacles, dont le principal
estoit sur la plus haute
Tour de la Cathedrale, en
formed'une Piramide ardente.
Le mesmejour 17. de Septembre,
Mr l'Abbé de la
Bourlidiere, Aumônier de la
feuë Reyne, & Tresorier de
la Sainte Chapelle de Bourges
,
fit chanter dans fan
Eglise un Te Deum en Mufifique,
pour la Naissance de
Monseigneur le Duc de Berry.
Il fut suivy d'Illuminationsautour
de rEçrlife, &
dans la Place de la. Sainte
Chapelle, au milieu de laquelle
on avoit disposé un
tres-grand Feu, avec quatre
Tables aux quatre coins, &
deux Fonraines de Vin, outre
d'autres Tables qui furent
servies fous des Feüillées.
De temps en tempson
entendoit des Concerts de
Violons & de plusieursautres
Instrumens, & l'on fit
partir beaucoup de Fusées
volantes ,àla lueur desquelles
on voyoit un Etendard,
que l'on avoit attache au
haut du Clocher. Dans un
des costez de cet Etendard
estoient les Armes du Roy,
& dans l'autre celles duDuc
deBerry
, avec ceiieinicription
, Regem Ducemque sequuntur.
Pendant que le Peuple
estoitreçeu à ces Tables.
cet Abbé n'oublia rien pour
regalerses Chanoines. Illeur
donna un magnifique Soupé
,
&fit voir avec grand zele
la joye qu'il avoit de la
Naissance d'un Prince qui va
faire revivre le nom du glorieux
Fondateur de son Eglise
Ce sur Jean de France,
Duc de Berry, & Fils du
Roy Jean qui la fonda. Il
mourut âgé de quatre-vingts
ans,&fut enterré au milieu
du Choeur, où l'on voit son
Tombeau. CetteEglise, appellée
la Sainte Chapelle,
dépend immédiatement du
Saint, Siege.
Les réjoüissances continuerent
à Bourges les jours
suivans,& il s'en fit encore
de tresremarquables le Dimanche
vingt-deuxième de
Septembre dans la Place du
Poids du Roy. On y avoit
élevé un grand Theatre, qui
estoitsoûtenu par quatre colomnes,
chargées & embellies
d'un agreable mélange
de fleurs & de verdure. Quatre
Bergeres paroissoient au - haut de ces colomnes sur
autant de piedestaux. Elles
tenoient leur Houlete d'unemain,
& de l'autre cette Infcri
ption.
J Pascegreges, Biturix
,
inter-
KBorboniatutos
* Lilia; Dux vigilans est tibi,
pascegreges,
Le Theatre representoit le
magnifiquePalaisde Versailles,
lieu de la Naissaince de
Monseigneur le Duc de Berry.
On y voyoit les Vertus &
les Sciences venir à l'env y
les unes a près les autres luy
presenter des Devises surce
qu'il doit estre un jour. Au
milieu de ce superbe Edifice
estoit comme une Citadelle
munie de forts Bastions, sur
laquelle s'élevoitun Donjon
environné d'un grand nombre
de Balustrades. C'estoit
la demeure de la Renommée
& de la Victoire.La premiere,
employée à publier la
naissance de ce Prince, avoit
cette Inscription
,
Considerate
quomodo Lilia wjcmt.k l'aîile
droite estoit l'apartement de
la Paix, qui venoit apprendre
au nouveau Duc qu'il
estoit né dans un temps où
la France gouste un repos
tranquille par les boncez
de nostre Auguste Monarque.
Elle portoit pour
Devise, Pacis opus. L'apartement
qui luyfaisoit face, estoit
celuy de Thémis. Cette
Déessefaisoit voir au jeune
Prince le Portrait de son
Bisayeul Loüis XIII. & luy
presentoit ces mots, Filius
erit Proavosimilis.Deux grands
corps de Logis avec quatre
Pavillons,faisoientl'ornement
de laisse gauche. La
Force qui habitoit le premier
,
venoit proposer au
nouveau Duc les incomparables
Actions de Loüis LE
GRAND,&luy marquoit par
ces mots l'attachement qu'-
elle auroit pour toute son
auguste Posterité, Borbonios
Ducessequor quocunque. La Religion
qui occupoit l'autre,
venoit rendre hommage au
jeune Prince parreconnoissance
des services que laMaison
de Bourbonluy a rendus
de tout temps contre l'Heresie.
Elle faisoit voir ces
mots gravez,Jam firma, per
te intacta manebo. Les Muses,
les beaux Arts, & les Sciences
avoient leur sejour dans
les Pavillons,& faisoient connoistre
par ces mots les grandes
choses qu'il devoit attendre
de leurs soins pour son
éducation. Ducem ad ardua
singimus. Au dessus de ce superbe
Palaisestoit un Soleil,
qui illuminant tout ce Spectacle
, enflâmoit des coeurs
attachez à trois Portails par
où l'on pouvoit y avoir entrée.
Ces coeursavoientcette
Inscription, Luce tuâ vivimus.
Au premier Portail, qui
estoitchargé, comme les
deux autres,de Festons ornez
de Fleurs de Lys & d'Emblêmes
,
estoient represen-.
tez d'un costé deux Signes,
la Vierge & la Balance, qui
font les Astres fous lesquels
est né le jeune Duc; & de
l'autre, leChasteau de Versailles
avec un Astre au dessus,
& le Dieu Mars pour Planete.
Au second, du costé
dela Porte de Paris, on avoit
peint quatre Siamois, que la
Renommée appelloic pour
estre témoins de cette naissance.
On y avoit peint encore
des Alcions surune Mer
calme, & la Déesse Astrée sur
la Terre. Onremarquoit le
Dieu Mars dans le troisiéme
Portail. Il y avoir aussi des
Bergers ,
dont les uns tenoient
des Chalumeaux; les
autres estoient prosternez
devant le berceau du jeune
Duc, au dessus duquellaVictoire
tenoit une Couronne.
Plusieurs Fontaines de Via
coulerent dans la Place où
futdonné ce Spectacle
, &
il y avoit des Tables ouvertes
devant les portes des Officiers,
non seulement à toute
la Milice, mais encore à
tous ceux des Habitans qui
voulurent prendre part à cette
rejoüissance. Elle commença
par un Te Deum, qui
fut chanté dans l'Eglise de
S. Pierre le Marché, & se
termina par un grand Feu d'artifice.
LeLundy7 de ce mois,
la Jeunesse de la mesme Ville,
voulant marquer à son
Prince combien elle s'interesse
dans le bonheur du
Berry, s'assembla fous un
Drapeau blanc femé deMoutonsmeslez
à des Fleurs de
Lys, pour faire connoistre
quecette Province joüit presentement
d'un honneur
dont elle s'estoit veuë privée
pendant plus de deux
Siecles. Au milieu estoient
les Armes du jeune Duc avec
ces mots au dessous.
Hocjtivenes JVFENIfana
dedêre DUCl.
Cette belle & jeune Troupe
se rendit dans un équipage
fort leste & fort propre dans
la Place qui est devant l'Eglise
Cathédrale, & où par
ses foins on avoitpréparé un.
Feu d'artifice. Le dessein en
estoit tel Sur un Thearrehaut
& large de douze piedsy
s'élevoit une Tour qui en
avoit treizede hauteur. Elle
avoit quatre Portiques,foutenus
de leurs Pilastres, &
ornez de Corniches,Frises &
Architraves. L»'ordre estoit Dorique, ëc les carneaux de
la Tour, qui avoit quatre
Fenestres, & autant de portes,
donnant entrée chacune
sur son Balcon bien ouvragé
,estoientpercez de Fleurs
de Lys, & portez sur des
Consoles de feuilles de refente,
au lieu de Machicoli.
Toutl'Ouvrage estoit défendu
d'un Parapet, percé
aussi de Fleurs de LYS,& accompagné
de quatre Guérites.
Outre ces ornemens d'Architecture
, tout estoit embelly
d'Ecussons deFrance&
de Berry,ausquels on avoit
attaché ces mots, Dedit bos
Victoria Flores.
Il y avoitquatre Devises dont la premiere estoit , un
Soleil, & avoit pour ame , Nascitur ut recreet.
La seconde representoit
des Moutonspaissans à l'abry
de quelques Lys en fleur
fous un Ciel qui paroissoit
grondant de Tonnerre. Ces
paroles en faisoient l'âme,
Tuti hoc præsidio.
Dans la troisiéme estoit un
Oyseau,qui a toujours esté
le fimbole d'un bon Prince,
C'estun Pelican ouvrant ses
veines pour donner son fang
à ses petits. Vtprolemfoveat.
La derniere estoit un Aigle
qui presentoit un de ses Aiglons
auSoleil, avec ces paroles
,
Diçna Jovis Soboles.
L'Artifice & les Illuminations
répondirent à la beauté
du dessein; & afinque dans
desi justes réjouissances les
oreilles eussent leur part du
plaisir,la Musique d'accord
avec plusieurs Instrumens,
fit oüir les Vers qui suivent.
Pour nostrejeune Duc chantons nos
plus beaux Airs,
Poussonsmille cris £aileyrcfjex
Tout ce que nous faisons s'adresse
Au plus grand Roy de l'Vnivers.
Joignez-vous à nos voix, vigoureuse
Jeunesse,
Pour cet Enfant du Ciel chery,
Puis que le bonheur du Berry
Eg dement nom illtcrcjfe. -t- Pour porter dignementjusqu'au
plus haut des Airs
VuNompour nous siplein de
ch.-mnes3 -
Reglez le grand bruit de vas
armes
A ladoui (jttr" de nos Concerts.
Aprés que l'on eut joüy
de tout ce Spectacle, on se
rendit en un lieu, où cette
galante Troupeavoit fait
venir les Violons pour donner
le Bal auxjeunes Demoimoifelles
de la Ville. La Collation
leur fut servie, & rien
ne
ne fut oublié de tout ce qui
pouvoit contribuer aux plaisirs
de cette Feste.
Je vous envoye un Air
nouveau, quiest
, comme
tous les autres, d'un de nos
plus habiles Maistres.
AIR NOUVEAU. QVandj'estois seul près de
Sylvie,
Ie croyois payer une vie
Doute,tranquille, &sansde-
Et je 7neflois fait un pL/ifir
'avoirsçeuréjïjlerauy:yeux de
cette Belle.
JvPdh't helas!que je croyoismail
Dès que je vis Tircis s'attacher
auprès d'elle
le , vis que savois un Rival.
Je vous ay appris par ma
Lettre du mois d'Aoust, que
Mrle Marquis d'Antin avoit
epouséMademoiselle d'Ulèz.
Dans le tem ps que sefit ce
mariage
,
il courut un Epithalame
pour ces jeunes Mariez,
dont j'aydemande une
copie. Je vous l'envoye. Cet
Ouvrage a rcçeu des Connoisseurs
toute l'approbation
que l'Auteur pouvoit attendre.
Cela devroit l'obligerà
ne point cacher ion nom.
1 1 ,~~-'
il K
C1fc1V.'i/'>1
EPITHALAME. GRace aux heureux Destins,
enfin voicy le jour,
Que l'on va voir l'Hymen d'accord
avec L'Amour.
£aPaix} comme l'on est rare
entre ces Frères;
Ils semblent este nezl'un à l'autre
contraires;
Et pours'entretenir dans d'éternels
combats,
Toujours ce que l'un veut l'autre
ne le veut pas.
Maisils viennent de faire une
doublealliance,
Et vont vivre long-temps en bOnïzC
intelligence,
Enfaveurde deux Coeursl'unpour
l'autre formez,
Etpar les plus beauxfeux l'un pour
l'autreenflante
Le coup, dont les frapa le beau
Fils de Cltherc,
Ne fut point de ces coups portez
par la colcrc,
Comme il fit a Venus,dont il estoit
yonde
,
[gourmandd
Ccrameilfit à phébus, , qui l'avait
Comme ilfat a plusieurs
,
dont la
longue feuffrance
De cet Enfant cruel satisfait la
VdJ."('C.lJ}(c,
Lors que
nos deuxAmansfurent
blifjc^ au coeury
L'Amour ne fut jamais d'une f
bel'ehumeur:
feu/sitostses ruUlais3tout cherchaït
a luy plaire5
Il i\v.jit d'obtenir des baisers de
[a- ivlcrc
, Et libre
, avec les Jeux3 les Ris &
lesPlaisîrs,
Ilalloitfolâtrer au gré deses desirs,
Amans,qu'il a vaincus , tout
vous est favorable,
priveZ, vivez heureux sous fotc
Empireaimable:
La Fortunevoussert,l'Amour rit
a vec vous,
L'Hymen serre vos Noeuds, est-il
un bien plus doux?
Vos jours pleins de repos vont couler
sans alarmes:
La vie aura pour vous toujours de
nouveaux charmes :
Surpris de vos plaisîrs
, vous ne.
comprendrezpas
Comment tant de Bonheur peut
regner icy-o'as.
Si vous avezsouffertquelque peu
par l'attente;
Si lesSoupçons jaloux, la Crainte
impatiente,
Vous ont fait quelquefoissentir de
la douleur,
L'Amourvous enferamieuxsentir
sa douceur.
Surpassant en attraits,ensentimens
fdeliesj [tes les Belles,
L'un tous les Cavaliers, l'autre tou-
Sans mesure tous deux & charmez
& charmans,
Rien ne doit estre égal à vos contentemens.
La Nymphe a la beauté d'une
naissant' Aurore,
On d'une aimable Fleur, qu'un
Ze faitéclorre.
Sa bouc,-.ie estun rorailfait exprès
pour charmer:
Ses yeux ont un brillant qui peut
tout enflamer.
Le tos grand Dieu, réduit à brouter
le rivage,
Passapourmoins d'attraitsleBofphore
à la nage.
Jtîclene aima Pâris avec moins de
beauté;
Penelopesitvoir moins defidélité.
Venus a moins d'éclat,Diane moins
d'adresse,
Innon m ins de grandeur, Païïas
moins de sagesse.
On voit, par ces faveurs du Destin
qui l'aima,
Lesexemples quelleeut, la main
qui la si rma. Ellead'untendreAmourl'air
&lecaraclere
Trop jeune à nos regards pour en
estrelaMere,
EtJivous la voyezs'exposer att%
bazars,
Sur un Coursiersougeux,cet Amour
est un Mars.
Si laNymphe au Heros dispute le
courage, [ 'vdntdg,c :
Le Heros, des apax ,
dispute j';z.¡
Surle Pré ccjl un Mars> mais ejlil
de retour,
A-t-il quitte ls fer, ce Mars est
un Amour.
Qui pourrait resister à tant de bon.
ne mine?
Adonis moins charmant sceut en
chômer CvPrine.
Pour moinsd'apax Diane eut le
coeur enflamé.
L'o.tÍurJre aim> Titbonmins di-
Rne d'efhe aime
Qnvoirurr}iviT.-te3 on voit
(Lins sa manière3
L'esprit&les attraits de sonaimable
Mere.
Parlerain/i du Fils,c'est en un mot
ÍJldrquer
Ce qu'unfort long discours ne feauroit
expliquer.
Le Sang dont vous sortez, a depuis
deux cens Lustres
Répandu ses ruisseaux dans des
Veines illustres,
Et pour former les coeurs aux projets
les plus hauts
S'estlong-temps épuré de H, eros en
Héros. [ Memoire
De vos nobles Ayeux l'éclatante
Demande de ce Sang la durée&la
gloire:
Et l'on s'attend quapréscertain
nombre de jours,
LOri que la Lune aura neuffois
fourny son cours,
Apeineverra-t-on ladixième paroitre,
[ferez,^ rcntlitre,
Qu'en un digne Neveu vous les
Etque pourempêcherce beau Sang
definir,
Par vous on le verra tous les ans.
rajeunir.
Mate^-V'jus de remplir cette juste
esperances;
Pour vou-rlaîir-,du Soir, en leur
faveur, ldv,"nre.
Que loin de nos Amans, sous le
poids de ses fers,
La Discorde à jamais gronde dans
les Enfers.
Qu'un lit vaste &superbe en riches
broderies,
Où brillentà,l'envy l'or &lesPierreries,
Icy soit élevé par les mains des
Amours ;
Et que l'Hymenjoyeux leur prête
son secours.
Qutin délicat travail en mille exploitsy
trace [ Race.
La Vertu naturelle à leur auguste
Que les plus doux Sommeils, & les
Ieux tour-à-tour
Devant ce lit pompeux viennent
faire leur Cour>
Et querfin les rideaux ornez^ de
fleurs nouvelles,
Soient tire par les mains des Graces
immortelles.
Toy quivas donner l'estreà tant
de demy-Dieux,
Amour,ce que tu fais, quand tu
formes des Noeùds,
IV'efl pas toujours un coup aveugle
&témeraire ;
Etmalgré lafaçon dont tepeint le
Vulgaire ,
Quand, pour te (ignalcr3 tu fis un
choix(ibeau3
Alors tu navois pas sur les yeux
un bandeau.
Faveurs des Immortels, heurtases
T)cfHnees'3
Quirc'-lc-.^ des Heros les trames
fortunées,
Que ne PtUf-jc
,
d'icy
,
dans la
Po(rente3
Voir le sublimeéclat r:!j" la félicité
D'uneBranche3 qui doit fournir
par ses JVIerveilles,
Aux Malherbesfuturs le sujet de
leurs vei es ;
Ou plûtofi3noble Véne, Esprit chery
des Cieux,
Toy qui .(fr/cif si bien des augustes
Ayeux,
Que71s peux-tu, Voiture, en su-,
p-ffant les Maijires ,
Chanter les Descendans ainif que
les Ancestres !
— Par tesdoctes écrits au lieu de me regler,[tuparler,
Sur desi beauxsujets que ne peux-
EtpourquoJ les Destins
, en prolongeant
ta vie Ne tont-ils , pas fait voir la troisième
Iulie ?
Mais la Nuit,deson voile, a
couvert tous ces lieux.
Mille brillans Flambeaux ornent
l'Azur des Cieux.
Le Sommeil à ses loix asservit la
Nature,
L'Amour seul doit veiller dans
cetteNuit obscure.
C'encfiaffermigardons de rompre
trop longtemps,
Vn Sîl/enccPropiceà nos heureux
Amans.
Je vous appris il y a un
mois avec quelles acclamations
Mr de Faucon de Ris
avoit esté reçeu à Rouen lors qu'il , y vint prendre possession
de la Chargede premier
President du Parlement:
de Normandie. Le jour qu'il
y prit seance, MrleNoble,
Avocat en ce mesme Parlement
, ayant à parler dans la
premiere Cause qui fut plaidée
devant luy
,
se servit
d'une occasion si favorable
pour luy faire compliment.
Il dit qu'il auroit crû tromper
l'attente publique, si la
premiere fois qu'il avoit
l'honneur de parler devant
ce grand Magistrat, il posoit pto- dés le commencement
de son PlaidoyélaQuestion
qu'il falloit que l'on
jugeaftj que ses yeux n'estoient
pas seuls occu pez à le
regarder, & que son cfprit
se trouvoit bien plusremply
des idées qu'il en avoir conçuës,
que de celles de sa
Cause; qu'il avoüoit qu'un
sujet si vaste & si élevé demandoit
une bouche plus
éloquente que la sienne, &
que s'il s'estoit arrestéàfaire
reflexion sur son impuissance
& sur sa foiblesse, le silence
eustesté le seul party qu'il
auroit dû prendre. Aprés
avoir ajoûté que les plus
grands Orateurs ne pourroient
fournirqu'à peine à
une si belle matiere, il poursuivit
en ces termes.
Tous ceux qui ont estétémoins
des Discours que Mrle Premier
Presidentaprononcez enpublic,les
ont admirez comme lesplus beaux
Ouvrages,&les plus heureuses
productions de l'esprit;&sij'avois
un rayon desvives lumieresqu'il
jyafait remarqueràtout le mondes
je ne cYainchois pas de diminuer,
commeje fais parmes faibles expressions,
les Eloges que merite cet
illustre Chefdusecond Parlement
duRoyaume;maisMessieurs,vous
mieux ce qu'il est queje
ne puis vous ledire ,&quelque
soin, quelque étude que je puijjs
y apporteryil,mefkimpojjikle de
vous le representer tel que vous
le connoijje Vous n'ignorez pas
que laFamille deFaucon est originaire
de France,qu'ayant passé
en Italie elle s'habitua à Florence,
oùelle eut les premieres Charges
de la République, &s'allia avec
l'illustreMaijon, de Bucelli;qu'en
J^f. Françoisde Fauconrepassa
en France,à la suite du Roy
CharlesVIII,qui revenoit du
Royaume d Naples dont il avoit
fut la conqueste; qu'Alexandre
de Faucon,son Fils fut Evesque
de T lles, d Orleans, de Mâcon,
& de Carcassonne, & l'un des
pleSF ivans Prelats deson temps;
cjt4 i.-Ry FrançoisI.l'honora de
fin estime en diversesNégociations
importantes;que Claudede
Faucon, Seigneurde Putredon &
de Ris, fut Premier Presidentaux
Encfuejles du Parlementde Paris,
enfutc Conseiller d'Estat, &
premierPresident au Parlement
de Bretagne ; qu'ilseroit utite'-
ment l'Estar pendant les desordres
de la Ligue;que le Roy le deputa
(O. Co*Km.'jJ'aiye pour la Paix à
laConference de Montmartre}&
tj-'en retournant de Paris à Rennes,
il fut fait prisonnier par
ceux qui tenoient leParty des LifJueurscontre
le Roy, & composa
pendant sa captivité un Traité
des Guerres Civiles; qu'il eut
pluseurs Enfans, l'un Chevalier
de Malthe si connusous le nom,
de Commandeur de Ris
,
lequel
consacra ses jours& sa vie pour
la défense de la Religion, &pour
le service du Roy,particulierment
à la prise de la Rochelle, où
ilsesignala; que deux autres furent
premiers Presidens en ce Parlement;
que l'un, qui estoit Alexandre
de Ris, rendit beaucoup
de services au Roy & à l'Estat
en 1620. durant lesTroublesde ce
temps là;& que l'autre,quiestoit
Charles de Faucon, mourut
à Dieppe dans la Maison du Roy,
après avoir baranguéSa Maiesté
à la tesse de Messieurs les Députez
de ce Parlement, que Jean
Louis de Faucon
,
sonFils, Pere
de e~. le premier President a
AUjJi exercé avec honneur lamême
Charge,&queM. lepremier
President, avant que d'estre
nommé pour la remplir, a tfié
Conseiller en la Cour, dj Commissaire
aux Requestes
,
Maistre
des Requestes, &Intendant de
Justice dans les Provinces deBourbonnois
& de Guyenne pendant
douze années. Ainsi, Messieurs,
vous njoye^ que le rang qu'il occupe,
est la récompense des servi.-
ces importans qu'il a rendus à tEstat dans tous les Emploisglorieux
par lesquels il a déja passé;
qu'encore que ses Ancestresayent
estéornez de la mesme pourpre
dont il est revestu
,
il ne brillepas
feulement de leur éclat, & que
cette Dignité ne seroit pas comme
hereditaire danssa Maison,s'il
n'avait paspossedé comme à droit
successiftoutes ces rares qualité^
dont la Nature a estéprodigue
enversluy, qmluy ont attiré l'estime
-,,r la bienveillance duRoy,
st) quiforment un Magistrat accownly.
Il finit ce juste Eloge
en disant
,
qu'il ne doutoit
point que celuy dont il soû_
tenoit les interdis, ne refsentitleseffets
decette superioritéde
Genie, & de cet
esprit de pénétration & de
justice
,
qui accompagnoit
toutes ièsD¿ci{JOllb)& celles
des Juges devant lesquels
avoir l'honneur de plaider.
Il s'agissoit de la validité d'un
Mariage. Il occupa toute
l' Audience,& cene fut que
dans l' Audience suivante,
que Mrs le Quesne, le Bre- ton deMeherenc plaiderent
selon les differens interetsqu'ils
avoient pour leurs
Parties dans la mesme Cause.
Ils firent aussi des complimens
fort justes à Mr le
premier President, & après
que chacun d'eux eut parlé;
Mr de Langrie,premier Avocat
General -*,prii la parole
pour le Roy,& fit admirer
la delicatesse de ses pensées
dans l'éloge particulier de ce.
grand Magistrat, digne successeur
du mente aussibien
que dela Charge de ses Ancestres.
Je puis vous dire,
Madame
, que ce qui a surpris
tout le monde, c'est la
vivacitéavec laquelle Mrde
Ris a répondusur le champ,
& sans préparation à plus,
de cinquantecomplimens,
qui luyont este faits dans
l'occasiondontje vous parle.
S'il a fait briller son éloquence
dans,labeauté du difcours,
la solidité du jugement
& la presence d'esprit
n'y ont pas moins éclaré)
suivant les qualitez diffcrentes
des Personnes ausquelles
il ré pondoit.
Je croy vous avoir marqué
dans quelqu'unede mes
Lettres, que les Chevaliers
-
du Jeu de l'Arquebuse
,
de
Provins, gagnerent Je Bouquet
à Nogent au mois
d'Aoust 1684. L'obligation
où ils estoient de rendre le
Prix leur en ayant fait choisir
le jour, ils firent sçavoir
par des Lettres circulaires
qu'ils le rendroient le 25.
Aout dernier, jour de la
Feste de S. Louis. On vint
à Provins de toutes parts,&
ils employèrent tout le Samedy
14. Aoust à recevoir
les Bandes avec les ceremonies
ordinaires Les uns à cheval,
ayant à leur telle M'
Bessel, leur Capitaine per-
-
petuel, allèrent les recevoir
hors la Ville au son des Haut-
-
bois &:des Trompetes, & les
autres commandez par M'
Guerin
,
leur Lieutenant,
prirent foin de les conduire
.,au son des Tambours &
des Violons dans les Logis
qui leur estoient preparez.
On les regala ensuite des
Presens accoutumezdeConserves
& de Vin. Le lendemain
toutes les Bandes se
rendirent en bel ordre dans
l'Eglise Collégiale de Saint
Quevace,où la Messe fut
celebrée par Mr le Doyen
de Jolycoeur,ancien Aumônier
de Monsieur. Le Concert
de l'Orgue & des Violons
fut admirable pendant
que les Drapeaux furent portez
à l'Offrande. L'aprésdînée
les Compagnies se rassemblerent,
& vinrent prendre
le Bouquet& le Prix
chezMr Bessel Capitaine.
On les apporta dansl'Hostel
de Ville, où le Maire & les
Echevins presenterent aux
Chevaliers une magnifique
Collation. Cet Hostel estoit
orné de Festons;d'Arcades &
deGuirlandes. On y voyoit
les Armesdu Roy, &celles
dela Province, &des Gouverneurs)
avec un Tableau,
od paroi(Toit Un Rosier,&:
trois Soleils au.dessus. Ces
mors servoient d'ame à la
Devise, Sole triplicireviresco
Les Armesde laMaison d'Aligre
sont trois Soleils,& le
RosierestleHierogliphe de
la Ville de Provins, qui vouloit
marquer par là la reconnoissance
qu'elle conferve
desbons offices que luy a
rendus Mrl'Abbé de S. Jacques,
Fils de feu Mr le Chancelierd'Aligre.
De l'Hostel
deVille les£Chevaliers allerent
à l'AbbayedeS.Jacques,
pour y prendre une Médaille
d'or, dela valeur de
vingt Louis, que cet Abbé
avoit proposée pour une
cinquièmeChasse. Ils paiîèrent
le reste du jour à se divertir,
& le foir au Bal en di.
vers lieux. Le Lundy 16. h
premiere Chasse fut ouverte
par le coup du Roy. Ce fut
Mrle LieutenantGeneral qui
le tira. On fixa le nombre des
Prix à quatre-vingt en quatre
Chasses,vingt Prix à chacune,
& le nombre des Tireurs
fut de 136. de trente, six Vil.
les. Le premier Panron fut
çagné par les Chevaliers de
Chasteau
- Tierry, avec le
Bouquet, d'un cou p de broche
fait par le SrJulien Beaujou.
CeBouqueteltuneTour
ornée de Fleurs artificielles.
Ce Vers Latin est écrit autour
en grosses lettres,
Conlidit banc Cesar, servus
nunc CesareMajor.
La Ville de Provins a pour
Armes une Tour,àcauseque
dans la Ville haute il ya une
eroffeKD Tour fort ancienne.
bastie par Jules Cesar. Cela.
suffit pour l'intelligence de
ce Vers. Le second Panton
fut emportépar ceux deChalons
, d'un cou p de broche
que fit le Chevalier Gu yot.
Les Chevaliers de Provins
gagnerent le troisième Panton,
par un autre coup de
broche que fit MrGuerin,
Lieutenant Le quatrième
sist emporté par les Chevaliers
de Meaux. Enfin l'on
tira une cinquième Chaire)
pour la Médaille frapée au
Coin de Mr le Chancelier
d'Aligre. Ce furent ceux de
Villenauxe qui la gagnerent
d'un coup de broche fait par
le Chevalier Rivor. Jamais
on n'avoit si bien tiré. Les
Chevaliers de Provins se distinguerent,&
l'on n'en sçauroit
douter, puis que de qua- - tre-vingt Prix, ils en remportèrent
vingt & un.
Je croy vous faire plaisir
Madame., en cherchant à,
découvrir qui est ce Mrle
Chevalier d'Her. dont
vous avez tant estimé le Recüeil
deLettres. L'approbation
que vous leur avez donnéeaestésuivie
de tous ceux
qui s'y connoissent
,
& le
cours qu'elles continuent
toûjours d'avoir, ne permet
point de douter qu'on,,p'y ait
sentyce tour fin &delicatque
vous y avez trouvé. Cequi
me fait croire qu'on en pourtra
connoistre l'Autheur,c'est
que l'onasseure qu'il aintrigue
avec une jeune personne
,
qui est Pensionnaire
dans un Convent
,
& qu'il
va souvent l'entretenir à la
Grille. Illuy écrit mesme, &
par une Lettre qu'on m'en a
fait voir, il paroist qu'il
prend goust à ce commerce..
Il fera bien mal aisé qu'il demeure
long-temps secret,
puisque la jeune Pensionnaire
voulant se faire honneur-1
de Ces Lettres, en a laisse echa
per des Copies. Voicy
celle qu'on m'a donnée. On, |
m'en promet encore queUj
.- quesautres. Lisez ; Je vous
croiray de mauvaise humeur
! si après cela vous n'avouez
pas que peu de Personnes
sçavent écrire aussigalamment.
A MADEMOISELLE*** vV
Ous 1JQulez bien souffrir y
Midemoiselle,
, que je me
"vante de vous donnerde l'esprit.
,J'a,} crti d'abord que c'estoit quelque
chose de fort glorieux pourmoy
; mais je voy que je vous en
donne tant en peu de temps , que,
Je n'ay pas grandsujet de m'en
'.faire bonneur. La facilité que
vous avez a en recevoir, diminuëextrêmement
le mérite qu'il
y auroit à vous en communiquer.
Vous qui n'estespas ingrate, vous
me donnez en recompense de ce
que je n'oserois nommer dans un
Lettre qui doit entrer dans un
Convent. Si cependant je croyois
qu'il n'yeust que vous qui rlujJiez
la VOIr) je hazarderois le mot
d'amour,car je vous avouëque je
riay pas tant de re/hL'clpour vous
quepour la Mere de. Les jolies
personnes en inspirentmoins,
~&vousestesassurément bien plus
jolie quelle. se me plains donc à
vous, Mademoiselle, de iêchange
que nous JaiJons ensemble.
J'aime mieuxvousdonner de l'efl
prit gratis ; je vous declare que
je n'aypointaffaire d'amour. Ce
quimedéplaist le plus, c'est que
vostre reconnoissanceestsi exacte
que i-om voulez me donner un
amour qui dure autant que durera
l'esprit que je vous donne. A ce
compte, je vous aimerois toute
ma IVIIIC?Je vous rendstrès-humblesgrâces
,
je n'ayjamais esté
amoureux de cette-fl là f'ay
promis à chaqueBelle que j'ay
quittée, que je n'en aimerois jamais
d'autre plusfacilement.
Voulez-vous que je manque tout
d'uncoup à tant de promesses qui
esftoient lesseules que j'esperois de
pouvoir tenir? Ne mepermettre
VOUA point de conserver à l'égard
de toutes les personnes que j'ay
Aimées cette espece unique de sidélité?
Vous me rendez infidelle
à un monde de Bellestoutà lafois.
Il faut pourtant s'y resoudre si
on continuedevous voir, mais du
moinsrecompensez-moy sur le
pieddecette multitude&deMaîtresses
paffieJ) & de Maitresses
à venir que ie votes sacrifie, car
pendant le reste de ma vie que ie
voy bien qu'ilfaut vous dévoüer,
j'estoishomme à avoir encore quelque
douzaine ou deux de passions,
VOIU érouffi'{ dans mon coeurtoute
cette belle esperance a"amours à
naistre.se n'try point de regret à la
diversité qui se fusttrouvée dans
ma vie; i'eusse aimétantost une
Brune,tantost une Blonde,tantostunepersonnegayetantost
une
serieuse. Il mesemble que vous
rassemblez le merite de tous ces diferents
caracteres Vous me par°
ijfeK&aJe$ferieufe & ce
qui est plussurprenant, i'ay tant
d'envie de rencontrer tout en 'VOtaJ
queie voustrouveblonde~&brune
enmesmetemps. Celamefaitvoir
qu'il vaut autant que ie vous aime
vousseule, quesiiem'étois amusé
à aimer en détail toutes ces autres
Personnes qui font en vousen racourcy;
maisaussiafin que l'Empire
d'Amour ne perdist rien, ilfaudroit
que vous m'aimassiez autant
qu'elles auroient pû faire
toutes ensemble. Vous estesieune;
il seroit extremement glorieux
quevostrecoupd'essaysustquelquechosedegrand.
V, '•- Voicy les noms des Personnes
donc j'ay aujourd'huy
à vous apprendre la mort.
Messire Jacques Canayc)1
Seigneur desRoches, Grand
Forrds & autres lieux, Concilier
Honoraire en la
i Grand' Chambre.Ilestoit
Sous Doyen du Parlement,
où il avoig esté receu Confeillcr
le 30. Decembre 1633. Ilmourut le 23. du mois passé.
j Missire EstienneCanaye son ;Fils
,
fut receu Concilleren
la Premiere des Enquestes le
19. Janvier de l'année der-
*niere. Canaye porte J'azur
auChevron d'argent, accompaj;
gnr de deux Etoiles d'argent en Chef, @' d'une rose de mesme
fw* pow'e.A?. «:D:inxc\.CatherineForetz,
Femme de Messire Brunode
Riqueti, Seigneur de Mira.
beau
,
Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises,
morte le Samedy28. de Septembre.
Elle estoit Fille de
feu Mr Foretz
,
Conseiller à
la Cour des Aydes,fortestimé
dans saCompagniepar
sa probité &parson merite,
&estantdemeurée Veuve de
Messire Denys Feideau
,
Seigneur
de Vaugien, elle avoit
épousédepuis peu d'années
Mr le Comte de Mirabeau.
Elleestextremement regrede
tous ceux qui la con4
noissoient. M. Feideau son
premier Mary, de la Famille
des Feideau originaire de la
Marche ,estoit Frere de M.
Feideau President en la Cour
des Monnoyes,de deux Chevaliers
de Malthe, & de feu
M. Feideau Chanoine de
Nostre-Dame
,
& petit Fils
de feu Messire Antoine Feideau
ConseillerauParlement
en 1573. Cette Famille
a fait plusieurs branches. Il
yen a une en Bourbonnois,
une autre des Seigneurs de
Calende, dont sont Messire
Henry Feideau Conseiller
au Grand Conseil, & Messire
François Feideau Maistredes
Requestes; une autre des Seigneurs
de Brou, dont est
Menire Denys Feideau, Maître
des Requestes
,
& enfin
une autre branche, qui a siny
en la personne de Dame
Marie Feideau, qui épousa
Messire Timoleon de Daillon
,
Comte du Lude. Feideau
ported'azurau Chevron
d'or, accompagné de trois Coquilles
de mesne
,
&Foretz porte
d'argent à troisCrossansdesable
- au Chefd'azur, chargédetrois
•* Testes de Cerfs d'or.
MrleComte de Mirabeau,
second Mary de Dame Catherine
Foretz
,
donr je vous
apprens la mort, est de la
Maison de Riqueti de Provence,
oùcetteFamille,quoy
qu'Estrangere, ne laisse pas
de tenir rang parmy les plus
diiiingtiées tant par ellemesme,
que par les grandes
Alliances qu'elle a faites. Ils
sontaujourd'huy cinq Freres
vivans. L'aisnéquiestmarié,
est M. le Marquis de Mirabeau,
Syndic de la Noblesse
du Pays. Le second est M.
l'Abbé de Mirabeau, fort
connu par son sçavoir. Le
troisiéme est Chevalier de
Malte, & Capitaine d'une
des Galeres de Sa Majesté.
Le quatrième est M. de
Beaumont, aussi Chevalier
de Malthe. Il a commandé
longtemps un Vaisseau du
Roy, & vit presentement
retiré dans sa Commanderie
de Selve. Le cinquiéme est
M. de Mirabeau Capiraine
aux Gardes, demeuré Veuf
depuis peu de )ours.
Messire Jean Gaudard,
Seigneur de petit Marais,
le Piple, &autres lieux,mort
re;. de ce mois. Il estoit
Doyen de la Grand' Chambre
du Parlement de Paris,.,
& avoit esté receu Conseiller
le 7. May 1627. Messire
Jean Jacques Gaudard son,
Fils, fut receu le II. Mars
1667. Conseiller en la Premieredes
Enquestes. Ils portent
d'or à la bande d'azur,
chargéedetrois défences de S'an.
glier d'argent. La mort de M.
Gaudard a fait monter à la
Grand' Chambre Messire
Jean de Brion, Conseiller en l&aMTreosissiiérmeCe dheasrElenqsuHeestrevsé,
éiî presentement Doyen du
Parlement, où il fut receu
le28. Fevrier 16li.
D:ime Marie de Thier-
[aule, morte le 9. de ce mois.
Elle estoit Femme de Messire
Sebastien du Bois
,
Seigneur
de Guedreville
,
Signy, &
autres lieux, Maistre des Requestes
Honoraire, & President
au Grand Conseil, où,
ilfut receu en 1667. & Soeur
de MessîreGui1hume de
Thierfault
,
Conseiller au
Grand Conseil. Mr le President
de Guedreville est Frere
deMessire Jeandu Bois , Sr<
,-- du
du Menillet, Conseiller en la
Grand' Chambre
,
dont le
Fils qui estoit Maistre des
Requestes, & Intendant de
Justice dans le Bearn, est
mort depuis quelque temps.
Du Bois du Menillet & de
Guedreville, portent d'argent
auChesne de Sinople, au Chef
d'azur,chargéde troisCrogens
d'argent.
Il ne faut pas s'étonner si
l'on voit les Arts en France
dans le plus haut point de
perfection où ilsayentjale
Roy n'épargne pas la dépenseny
les Ministres, leurs
foins pour les faire fleurir
tous en général, & chaque
Art en particulier. On en
peutjuger par ce qui se fait
pour la feule Academie de
Peinture &desculpture. On
y distribuë des Prix tous les
trois mois à ceux desEleves
qui ont le mieux re'iïffi, &
les Vainqueurs eurent l'honneur
de les recevoir le 20. du,
mois passé de la main de Mr
de Louvois. Ce zeléMinistre
s'y estant rendu le jour
que je viens de vous mar-
"fl -~?~.
quer. MrGuillet de S Georges
,Historiographe de l'Academie,
luy fit le Discours
qui fuit. MONSEIGNEUR,
L'Academie nesçauroitporter
plus loin sa ioye ny ses desirs,
après toutes les preuves quelle a,
desfoins que vous prenez pourelle
auprès de tAugure Monarque
quiz l'a fondée.Auiourd'huy vous
la favorife^ de vostre presence ;
chaque iour vous luy procurez de
nouveaux bienfaits,& vous'ne
mettezpoint d'intervalle entre les
graces que vous luyfaites. Aussi,
prévenue d'un zele qui nese ralentit
pointtelle parle sans cesse
de sa Pension augmentéesous vos
auspices
, pour rendre son Ecole
plus florissante. Sans cesse elle
vante les nouveaux Prix instituck
à lafinde chaque Quartier,
pour tenir ses Eleves dans une
émulation continuelle; &iamais
elle n'oubliera les Gratifications
particulières
,
accordées avec autant
de bontéque de dfeernement
aplusieurs Ecolicrs, dont lepeu
de fortune auroitinterrompu les
Etudessans un secours si utile.
Ce font-là,Monsigneur> des
marquessensiblesdevostre protection;
m-l.'s /'Acadtmie ne croit
pas vous en pouvoir témoigner
une plusforte reconnoissance,qu'en
s'appliquantpns relâche à cultiver
son Art illustre pour en soûtenir
la réputation, & luy conserver
l'avantage qu'il a de celebrer
les grandes Actions du Roy, &
de contribuer à la splendeur de la
France; car enfin la Compagnie
est persuadée que rien nevous est
plus cher que le service & la
gloire de Sa Maiesté, & qu'on
ne manquera iamais de vousplaire
,
quand surlesgrands exemples
que vous en donnez., chacun
y employera ses talens. C'estdans
cette veuè\Cblonfeigneur> que
les Elevesy animez d'une noble
ambition,,&flatezd'une agréable
esperance, ont disputé les Prix
que vous allez distribuer aux
Vainqueurs,tous en general con,
noifJant aJfcz que l'honneur dere..
cenjoir ces Prix de vostre main est
le puissant motifde leurs études,
laprincipalecause de leursprogrès,
ér le combledeleurgloire. Parmy
les soins que l' Academie a pris
pour eux, elle a continué les deux
Assemblées de chaque mois,pour
régler dans l'une, les affaires qui
se presentent,& pour entretenir
dans l'autre, cette haifiondamit'.éy
fr) cet esprit de societé,yqui a tontours
esiési necessaire, &si loüa.
ble dans le commerce des Compagnies
illustres. Icy
, cette unionsi
fortifie par des Conférences, dont
lamatiere est tirée des Ouvrages
de Peinture ou de Sculpture qui
ont eslé donnez par chaque Academicien
pour sa Reception, &
qui peuvent estre divi/e^ en trois
especes,selon qu'on ya traité des
Suiets de Devotion, des Suiets ti-
1ez purement de l'Histoire, ou
tien des Suiets Allégoriques, dont
le sens mysterieux exprime les
principales circonstances de la Vie
du Roy. Ces differens Viflouri.
ont leur utilitéparticuliere, qui est
mesme iointe à beaucoup de plaisir;
car si l'Académicien qui en
écoute la lecture,,suppose qu'il auroitpu
traiter le mesme (uie-t, il
remarquera dans l'Ouvrage proposé.
de certainescbojes qu'il voudroitavoir
faites,quelques-unes
qu'il auroit évitées
, mais aufft
quelques autres dontilneseferoit
ïamahavtfe : ce qui luy donne
lieu, ou de s'instruire ensecret, ou
de se confirmer dans ses lumieres.
Dans la suite de ces Lectures
ie n'ay pû garder l'ordre des années
qui convient ausuiet de cliaque
Ouvrage, parce que ïen ay
fait leDiscours à mesure que les
Académiciensm'ont donné un
Memoire de leur Dessein; mais
cette distinction des tempsfera ponctuellement
observée dans un Recueil
particulier. Voicy donc la
fuite des Tableaux de Réception
qui ontservyd'entretien à l'Academie.
Celuy de M. Paillet,sur
le Triomphe des Armes du Roy , après la Bataille des Dunes, gagnée
le 14. Juin loJ8. Celuy de
M. Hoüass,surl'estatoù se trou-
'vVaa la HHoollllaanndde, quand le Royy
fit en personne la Campagne de
IÇ-JZ. LeTableaude M^Fncpet*
sur iss avantages de la Paix signée
à Aix-la-Chapelle en 166S.
Celuy de M.Bologne ïaisné ,sur
les progrés de la Campagne de
1676.faméuse parla reduction de
Condé,deBouchain,d'Aire,
&par lesecours de Mastric. Le
Tableau de M. Bologne le jeune,
sur la Paix de Nimegue concluë
en1678. Celuy de M. Toutain,sur
la seconde Conqueste de la Franche
Comtéen1674.CeluydeM.
Blanchard,sur la Naissance du
Royen 1638. Celuy de M. Corneille
le jeune, sur l'Infraction de
la Foypublique,que les Ennemis
du Roy violerent dans l'Assemblée
de Cologne en 1674. Le Tableau
de M. Monier, sur une
idéegenerale duprogrésdesArmes
du Roy. Celuy de M. Montagne
sur la Pension que le Roy
accorda à l'Academie en 1654. Le
Tableau de M. Parrossel, sur la
prise de Mastricen 1674. Celuy de
M. Coëspelle Fils, sur lasplendeurduRegne
deSaMaiesté. Celuyde
M.Halé,sur le rétableement
de la Religion Catholique
dans Strasbourg en 1681. Celuy de
M. VViiggnnoonyn,susurr les Prix que le
Roy institua dans l'Academie en
1654. Celuy de M. Arnoul, sur
le Mariage de Monseigneur Ic,
Dauphin en 1680. Le Tableau de
M.Alexandre, fUI-les Avantages
de la Paix. Celuy de M. de
Seve le teune ,
sur la Paix des
Pyrenées, concluëen 1659. Le Tableau
de M.Verdier sur la Triple
Alliance,signée en 1670. Le
Basreliefde fyl. Maniéréle Pere,
sur le Combat de l'Artcontre
la Nature. Le Tableau de M„
Yvar, sur la gloire de la Sculpture.
Celuy de M. Iouvenet, sur
Esther & Assuerus. Celuy de
M. Bonne-mere, sur l'origine
des Couronnes de Laurier, cfurles
honneurs décernez aux Armes
&aux Arts, sous le Regne de Sa
Maiesté. Le Tableau quia fer-
--vy d'entretien dans la derniere
Conference, est celuy de M.
Stella, qui a representê les leux
Pythiens, pourfaire allusion au
Carrousel que le Roy fiten 1662.
Le reste des Ouvrages de Reception,
qui consistentpresque tous
en Bas-reliefs, doit estreexplique
sans relâche, & formera bientost
un Recueil
,
qui ne fera peuttfire
pas indigne d' estremis au
jour. Il y a long-temps,Monseigneur
,que le Publicsouhaite
qu'on luyfasse part des productions
particulieres de l'Academie
,
qui
espere de répondre bien-rost a cette
attente. Ellesedisposeàfaire voir
en cette occasion qu'ellen'est pas
muettesur les Eloges deson Auguste
Fondateur, après les avoir
publiez avecsuccès en toute autre
rencontre. Ceseralà que par des
Estampes particulieres, qui conviendront
à chaque Ouvrage, le
Burin secondera le Pinceau&le
Ciseau,pour montrer qu'il leur est
dignement associé dans les prérogatives
del'Academie. Plusieurs
Academiciens one déla fourny
leurs Esquisses, & M. Corneille
le ieune a mesmedonnéla Planche
de sonTableau. Ainsi,Monseigneur,
chacunsuivra le mesme
proiet avec d'autantplus de chaleur,
qu'il le croira conforme à vos
intentions, puis qu'elles feront
toûiours executées avec unesoumisson
tresrespectueuse.
Vous ferez sans doute bien
aise d'apprendre que le Roy
a donné une Pension de mille
écus aMademoiselle d'Heudicourt
, outre une somme
de dix mille écus qu'il a ordonné
qu'onluy fin toucher
toutà la fois. Cette libéralité
luy est d'autant plus avantageuse,
que jamais Prince n'a
esté d'un plus juste discernement
dans ses bienfaits, que
ce grand Monarque. Mademoiselle
d'Heudicourt a
beaucoup d'esprit,& les sentimens
fort relevez. Elle à
eu l'honneur d'estreélevée
pendant quelquesannéesauprés
de Monsieur le Duc du
Maine, & de Madame la
Duchesse de Bourbon. j'espere
qu'elle me fournira
bientost l'occasion de vous
entretenir plus particulierement
de toutes ses belles
qualitez. Elle estFille de Mr
le Marquis d'Heudicourt,
grand Louvetier de France,
& Mestrede Campd'un Regiment
de Cavalerie. Madadame
la Marquise d'He"di,",
court, sa Mere,est de l'illustre
Maison de Pons.
entreles mains deM l'Eves
que de Tournay.
Le Dimanche 29. de Se.
ptembre,Mr le Curé de Saint
Germain en Laye baptisa le
Sr Abraham Alvarés, Filsdu
S Isac Alvarés,natifdeLondres,
en presence de Mr l'E..
vesque. de Chalons. Il eut
pour Parrain MrleDuc de
Noailles,& pour Marraine
Madame la Duchesse de
Noailles la Doüairiere. Chacun
connoist la vértu & la
pieté de l'un & de l'autre. Ils
luy donnèrent le nom de
Louis-Jules.
- •
Mr l'Abbé Billet, Dire:
cteur des jeunes Ecclesiastiques
de S. Jean en Grève, a
esté éleu Procureur & Chef
de la Nation de France dans
1 Université de Paris. Cette
ctcdion se firle io.de ce mois,,
& fut accompagnée de tant
de marques de tàrÍsfaétioru
& de joyede la part de toute
cette Nation, qu'il y a longtemps
qu'on n'a vu chez elle:
donneruneCharged'un consentement
si universel, ny
avec unaplaudiissement plussi
général. Leremerciement
Latin qu'il fit sur le champà.
l'Assemblée,luyattiral'admiration
de tous les Sçavans
qui la composoient. L'Eloquence
naturelle de cet Abbé
est Contenuede beaucoup
d'érudition, & ses maniérés
honnesteslefont estimer de
tout le monde.
- Nostre Amy
,
dont vous
me demandez desnouvelles,
est de retourdu Voyage qu'il
a fait en Normandie. Ilm'a
appris qu'il y avoir vû une
Demoiselle qui soûtient tres.
dignement la gloire de vos.
tre Sexe. Elle s'appelle MademoiselleCherençes..
Elle
est d'Evreux & d'une Famille
où ceux dont elle descend
ont toujours tenu les premières
ChartresduPrésidial
C'est en effet quelque chose
de rare & de singulier, que
ce qui sest fait en sa faveur.
Elle n'avoit que seize
ans quand elle perditson Pere
& la Mere,& toute Pupille
qu'elle estoit par son peu
d'âge,elle ne laissa pas d'être
éleuëTutriee de deux
:
Freres & d'une Soeur par la
< délibération des ils Parens, tant luy trouverent d'intelligence,
de jugement, de conduite
& de sagesse. Mademoiselle
deBouillon qui vivoit
alors,.& qui avoit connoissance
de ses belles qualitez,
voulut bien entrer dans
cetavis,& quoyquecette
institution d'une Soeur mineure
, choisie pour Tutrice
de Ces Freres
,
fuit contre la
Réglé de toute la Jurisprudence
,
& contre le droit
Municipal de la province,
qui exclut les Filles de toutes
les ChargesPubliques,
Tutelles, Curatelles, & autres
,
les Juges des lieux autoriserent
cette élection,fort
persuadez
, que cette jeune:
personne répondroit parfaitement
à la confiance que ses
lumietes & son esprit avancé
faiioient prendre en elle.
L'esprit est un grand tréfor.
Heureuses celles à qui la
nature en a esté liberale.
Mademoiselle Bernard de
Rouen est de ce nombre.
Tout ce qu'ellefaita un tour
fin & ailé, qu'il est difficile
d'attraper à force d'étude. Je
vous envoyeun nouvel Ouvrage
de sa façon. Il eH: extrêmement
estimé, & les applaudissemens
qu'il a receus
.1
à la Cour, ont esté suivisde
ceux, de tout le Public. La.
matiere ne pouvoit estreplus
noble. Le titre suffit pour
vous le faire connoistre.
L'HYMEN
A MADAME
LA DAUPHINS. JE l'avoüray de bonne foy,
Ie^ïicfiois ny galantny tendre,
Mais vous avez jeeu me -le,
rend.e -- - EnvousengageantsousmaLay.
'- -, Deptùr
Depuis le j ur heureux ( il m'en
souvientsans cesse)
Où j'uni; vos appas ,
adorable
Princesse
, Avec ceux d'un HerOs plus brillant
que le jour,
lefuisatifjivij que l'Amour;
2fon puis pour t us ,
plusd'une
Epoufc en yonde,
..1
1 c~ -' Mais ilfaudrait pour charmer
uu Epoux
Que ïonjupsa'te comme vous3
C'cr ce qu'on voit peu dans le
7nonde.[d'frejaloux
, Deux Princes dontl'amour à lieu
Me donnent sur ce Dieud'^ffez^
grands avantages, J: le diray, deussay-je exciterson
couroux,
Non, l'Amour nesçauroit montrer detels ouvrages.
Quefera-ce dans quelquetemps
Que par mille Vertus, milleFaits
éclatans
JDÎI Perc è, de PAyeul ils seront
les images?
Quils imitent leurs faits Guerriersj
Qu'ils ~ciicillent chaquejourquelques
nouveaux L.mricrs,
J'enfuis si'ur3 mais LOVIS entreprend
une a :'aire
Qu'envain ils voudraient imiter
,
Son zele heureux ne laisse rienà
faire
Ils ne pourront que l'entendre
Déjà lagloireen est emec,
Parlavoix de la Renommée,
Danslesplus reculez^ Climats,
Quelfn-et d'entretienpourlesPeupiesBarbares'
Car franchement je ne jurerois
pas
Qu'on ne connust Calvin ebe%^
les Tartares.
Grace à celuy qui l'a détruit
Son Nom passerad'âge en âgc;
Dansftnprogrezila fait quelque
bruit,
Mais dans sa chute il en fait
davantage.
I-,Tc v 'ila loin de monfit'jet,
~M.ii;lors que d'un discoursLOVIS
devient l'objet,
Eiltnq'ueesctp'easssà vous qu'ons',u;/¡'f.[!è, ~Onsuistaffaeiszi^,dGerafnindierP;r.nccffe,
Que cejtvous bien entretenir.
Les louanges que l'on vous
donne
Ne vous touchentquefaiblement.
Vous les aime?;.. en la Perfionne
D'un Pere Auguste, &dJun Epoux
charmant.
Vous loüer cependant, seroit bien
mon affaire,
le voy les gens deprés dis les
Veritez; Les vostres auroientlieu, Princesse,
de vous plaire,
Mais vostre modestie égale à vos
-
/;eaute'Z
Contraint sur ce sujetl'Hymen
mesme àse taire.
On ne parle que des Ambassadeurs
Siamois depuis
qu'ils sont arrivez en France.
Chacun s'entretient des marques
d'esprit qu'ils y donnant
tous les jours
, & je
vausen voisvous-mesmeat
sez satisfaite, par la connoiisance
que vous en a donné
la Relation particuliere que
je VOUS ay envoyée de tout
ce qu'ils ont dit icy de plus
remarquable. Vous sçavez
leurs moeurs. Dans ce que je
vous en écrivis au mois de
Juillet à l'occasion de l'Ambassade
de Mr le Chevalier
de Chaumont, je vous marquay
qu'ils n'ont point eu
-
de Dieu depuis Nacodon,.
qu'ils prétendent s'estreenfin
aneancy a près plus de
cinq mille Transmigrations;
en toutes fortes de Corps..
Cette opinion qu'ils ont
conservée ,a donné lieu à
ces Vers deMr Vignier,
MADRIGAL. LEs Siamois, ces Testes Basanées
,
Ont de espritassurement..
Lassezde chercher vainement
Le Dieu qu'ils ont perdu Idepui4
longues années
Avec des Tréfors znoiïis
Ilsfont venus en diligence
Voirs'ilnesenispoint en France
Caché dans lAuitific LOrIS.
Vous avez raison de vous
plaindre de ce que je ne
vous ay encore rien dit de
l'Academie Royale d'Angers,
dont l'Ouverture se fit
le premier jour de Juillet derpier;
mais ayant esté prié de
la part de ceux qui la composent
, den'en parler que
ïiir leurs Mémoires,j'attens
qu'ils me les envoyent. Ils
m'ont promis une Copie de
leurs Lettres Patentes) les
noms & les qualitez des Académiciens
,
les fonctions ausquelles
ils doivent estre employez,
leurs Statuts, les Cerémonies
qui se sont faites
le jour de leur premiere Asfemblée
,
& les Discours qui
y ont esté prononcez. Je ne
doute point qu'ils ne me
tiennentparole. Ils seroient
tort à route la France, & particulièrement
à leur Province,
s'ils ne publioient pas la
permission qu'ils ont de faire
un Corps,puisque la gloire
n'en doit pas feulement re.
jailir sur eux, mais sur toute
leur Patrie , & sur le Roy
mesme. Ce sont en effet les
merveilles de son Regnequi
produisent ces fortes d'éra.
blissemens. En attendante j'aye receu ces Mémoires, je
vous envoyé un Discours de
M' lcChevalier de Longüeil,
l'un des trente Academiciens
dont cette nouvelle Compagnie
est composee. Je vous
ay déjà parlé de luy plusieurs
fois. La beauté de cet Ouvrage
vous fera juger de l'esprit
de tous ceux du memeCorps..
Comme on ne sçauroit douter
qu'ils n'en ayent beaucoup,
iJ seroitàsouhaiter que
chacun d'eux en donnait de
pareillespreuves au Public.
Si celaestoitjepourroisvous
promettre de vous envoyer
long -tcinps de très-beaux
Ouvrages.
DISCOURS
SUR LA DEVISE
A Meilleurs ticï'Academie
MRoyale Ili ESSIEVRS,
Vous voyez briller ce Soleil
quiécL'ire tout? la Terre, (:7 dont
noub adïnroris la beauté. Ilcfl au
milieu de la courji
,
~(t) nous le
1)oy-?n- êlcvef-r nostrfies. C'cft
LOUISLEGRAND, lepiliS
sage ~ele plusfutjpnt des Monarques.
C'efl LOUIS,le tres-
Chrestien, le Victorieux, qui s'cft
élevé jusqu'aufein de la gloire
,
d'où il voit les Françoisluyfaire
hommage de lafélicitéqu'ilsgoûtentsousson
Empire.
Ce grand Monarque a monté
de Viéloire en Victoirejusqu'au
faiste de cette grandeur que toute
l'Europe redoute,comme le Soleil
monte de degréen degré iufqudtt
plus hautpoint de sa course ; &
semblable àcet <^4j}requiencommençant
de paroistre ne f montre
pas moinsgrand qu'ilest rl.i/¿S sa
plus haute élevaiion
,
il afait éclater
dans tous les temps cette
ame haute, ce vaste genre rjuifcrmoit
ces de (feins extraordinaires
qu'il
executecha
que tour; il a
toiiio'irs fait voir LOUIS LE
GR.A]\/[) tel que nous le voyons
aujourd'huy.
Combien de merveilleuxévénement
,
combien de grandes actions
de prudence ijyj* de valent
ontren lu son nom le p!usfâmeux
de l' Univers! Toute la terre en
est dans l'étonnement. VOU3 feçtu*,
rr'{ yiJteurs
,
les rendre presentes
àla posterité l'l plus éloignée
,
parce qu'ellesdoivent estre immortelle*
, comme elles sont beoïq:
te. Vous RAPPELLENT les temps
écoulez du Regne glorieuxde
LOUIS LE GRAND,
vous
pourrez lesuivrepartous les lieux
où il apassé, parce qu'ily a laisséles
marqueséclatantes deses
Triomphes.
C'estvous
,
Messieurs
,
qui
de'Ve'{ observer toutes hs vertus;)
tous les travaux de ce
grand Menarque. Le titre d'Academiciens
,
dont il vient de
vous honorer
, marque ce qu'il
attend de vous. Pour moy ,
dont
la veuë ejî encore
foible
,
ie
n'ose & ne puis le regarder fixement
dans l'éclat qui l'environne
; mais comme l'on peutréunir
les rayons du Soleil avec un miroir,
ou mesurerson mouvement
parune projection sur un plan,
sans lever lesyeux au Ciel.)j'ay
ébauché quelques traits du Portrait
de ce grand Prince )[ans me
bazarder de soûtenir témerairement
ses regards.Je m'en fuis
formé l'idée en considerant cette
illustre Devise quisi presentesans
ceUè à nosyeux ,
& qui a pou;,
corps le Soleil, & ces mots pour
ame, Nec pluribusimpar.
Nedctitezpointfileurs,
que cette Devise Royale ne nous
découvretoute la grandeurdu de-
(lin & du merite de tLlugujle
LOVIS, en le representant
semblable au Soleil dans l'étendue
du parallellequ'on en peut
imaginer. Elle nous fait concevoir
l'esperance de le voircommander
à toutes les Nations; elle marque
qu'il est digne degouverner plusieurs
Empires, comme le Soleilest
capable d'éclairerplusieursMondes.
SOL
Nec pluribusimpar
Orbibus.
REX
Nec pluribus impar
Imperiis.
Aplus d'un Mondeentier le Soleil
peut fufîïre5
Ainsi le plus grand Roy qui soit
.-. dans l'Univers,
LOUIS peut gouverner cent
Empires divers,
Ou l'Univers entierdevenir fru
Empire.
Mais sans m'arrester à toutes
les applicationsdifférentes que l'on
peuttirer des rapports communs
qui se trouvent entre le Soleil&
le ROJJ9 je vais faire 'l-'o.:r que LOVIS LE GRANDn'a
point de pareil surla terre, comme
le Soleil n'en a point dans le
Ciel
, & que par divers effets
semblables à ceux de cet jdjlre
,
il
fait dans la France ce no*.b< e /> -»
digieuxdemerveillesqueleSoleil
fait dans/a, Nature.
SOL
Necpluribus impar
Sideribus.REX
Nec pluribusimpar
Regibus.
LeCiel a son Soleil,& la Terre
a son Roy,
L'un & l'autre observe la loy
De ces deux Augustes Monarques
Les ra yons du Soleil font pâlir."
tous les feux
Les Vertus de LOU, IS parcent
illustres marques
Le font entre les Rois voir le
plus glorieux.
- LeSoleilestle Roy des /4jlre$y
LOUIS cft-le Soleil des Rois.
Tout ce qui je peut dire du plus
lgoranrdidses Rois ,on le doit dire de LE GR/JNDJ&
cc riej} que de luy qu'on le peut
dire. Quel esi le Héros de la Reiloynciét,?
Zuel cft l'Aybittedelà
paix cra- la Guerre? Quel est
le Roy .âmes obéy de ses Sujets,
crain~r admiréde tous les autres
Peuples,toûjours victorieux,toûjours
juste,magnifique,bienfaisant,
c'ejl à diret veritablement
Roy?LOUIS seul a acquis par
sa vertu ces Titres qui dureront
éternellement. Luy seul a reçeu
cm Ciel ces rares avant.>ges qui le
rendent aimable
, comme les Heros
, à tous ceux qui le regardent,
parce que sa Personne est aussi
royale que son Ame.
Ce n'est pas feulement de It
bouche desPeuples qu'il tirel'aveu
de sa grandeur, mais de celle des
Souverains qui viennent euxtiiC/;"
C.i jusqu'au centre de la France,
lxyfi*re des fournirons irroüier
juf'Hz ~orsent, incroyables à la
~polirité. Les Genoiss'humilient
devant LOUIS LE GRAND
pourrecevoir la loy qu'illeurimpose
,
rdr '> p ~"ionqu'il ne refuse
point à loi0 ceux quise ~mettentet
e;11!cijl'obtenir.LesRoisautre-
:)iS"sec:,n:f.Jo!¡}y,t l'a lliance (7 l'armtiédsRomain<;
Rome elle-
Mifn? quiavoitoffensé LOUIS
LE GRANDy a estéoblgée
d'rmplor r sa clemence royale,
elle a élevé une
Piramide pour
prévenirsajuste vx^ie<n:e.
Le Roy
,
fem,?lab/e au Soleil
élevé dans le Méridienqui ne
f)',tlfre point d'ombre surla Terre,
e[l au plus haut point de gloire
oïiptiiffenr arriver les hommes. Il
y demeure @" parsa ~r~~cf
par sa force
, ~e balance le sort
de toute l' Europe. C'est un Mo~
narque élevéau dejJuJ de la Moruscble
mesme, Qejl un Prince
qUif_rf"jj. tous lesautres Pnnces
parune grandeurqui luyestpropre,
parce qu'il s'est élevé en élevant
la France,~&qu'il n'est
pas moins necejiiye à ses Peuples
pour la viecivJt ~Çt) politique,
que le Soleil Crfl à tousleshommes
potis la njte naturelle.
zi,1 sçait mieux, que vous,
Menteurs, que LOUIS rieflpas
seulement le Pilote quigouverne
le Vaisseau de la France,qu'il
n'est pas seulement le Thesée qui
la retire du Labirinte de l'erreur,
~& son Auguste qui luy donne le
plus beau Siecle qu'elle eut jamais
;rs:ais on'il tflluy.mcfme
l'ame de ses Etats, ~& cetheureux
vemc dp la France qui luy
fait prends lafeniant sur tous
les A\t'-:s E-yrnrcsluAir-!Je :
¡f>mI::;:L:? au Soleilouiefi le Pere
de la Mature,le pnneiïedu mouvement
tryta'-veletiî,)i-S
Le SA'-defydans le Cieli/-
ma ze de l' Auteur de la N r'J re ;
lesRoisexprimentaussiparmy les
ho',>J/n'\ des r-i.tsm-ru-'-lie-i de
la
'} ~ui
[Je ne ou de la Saj-e.'J de
D'::i; m ais pour iro*' cr il0y
qui ait rjy'-j.e rapportaveccet
adorable or-'in l il saa*<>..vo!4-
rir toutes les Histoires
, tous le$,
Empires, tous les ares. On trouve
le Sa,'<e Salomon qui gouverna
le Peuple de DIeu, ïheureux
Alexandre qui assujettit à l'Empire
des Grecs les Peuples les plus
redoutables de lasie,
, £<7* chez
nous Charlemagne, ~0 LOUIS
LE GRAND, qui reiwt rous
les Titres de ces Princes admirables.
LOUIS est hew.uxy parce
qu'ilestsage ; ilest (!çe
,
parce
qu'il puiÇefafa^ljr dans laReligion
,~& ccjl par la- qu'ilest grand devant Dih>
comme ill'est aux yeux des hommgensepra.
r l'artde vaincre (£j de réC'ejî
ainsi que LOUISest
parvenu à cette éUwrion d'ame
heroïque qui est la sourcede cette
douceur charmante
, qui le faitagirav?
ctousles hommes, comme
le Pere duGuere humain
,
decette
rare modération qui luy auroit
g":ZYJé tous les coeurs, si sa ver-H,
autant quesi fortune
, ne luy anjoicfut
des raloux qui ont eu la
temérité de se dire ses Ennemis
frfius voyons dans la Nature
que les Elemens simblent quelquesois
confinerpourobscurcir la
beautédu Ciel, ~& déroberau Soleil
la gloire qu'il a de l'éclairer
parses rayons. L'aircondensé les
vapeurs
vapeurs des eaux& les exbalaisonsdelaTerre
; il en forme ces
nuages qui portent l'horreur des
tenebres, ~semblent éclipser ce
bel Astre;maisiln'estpasmoins
brillant dans le Ciel, il dissipe ces
nuages pourrendresa lumiere à la
Terre,&paroistpluspompeux aj'rés
leur défaite, Le Roy sans
e~iretroublé,toujoursmaistrede
,{oy-mc[meJ& dans peu de temps
Maistrede(esEnnemis) a vu
la Ligueque l'envie deses voi.
sins avoitformée contre luy; il a
fait le plan defes desseins dans le
Cabinet,~st) dans la Campagne; il a couppéavec l'épée le noeud des
projets de tant d'Ennemis joints
ensemble, Nec pluribus impar
Regibus.
Croirions-nous,Messieurs, si
nous n'avionspasestétémoinsd'u-linepartie
des Victoires deLOUIS
LE GRAND,sinous n'avions
pas entendu le bruit des autres,si
nous ne ressentions pas les effets de
toutes ensemble,qu'ileustremporté
autant de gloire sur la Mer que
sur la Terre
,
qu'ileusttriomphé
dans toutes les Parties du Mondet
~& pourra-t-on croire un jour que
pouvant tout vaincre
,
il ait esté
le genereux Vainqueur desoymesme,
qu'ilse foit mis au dessus
deses Conquestes,enpreferant la
tranquillité ($f l'amour de l'Univers
à lagloire de le conquerir?
LàilprenddesPlacesque ïArt
& l'Histoire de leurs Siéges ont
renduësfameuses,souventd'assaut,
~& toujours en si peu de temps
qu'elles ne resistent que pour rendre
son triomphe plus glorieux.
tlcy ilgagne des Batailles,ilemporte
des Provincesentières dans
le temps qu'ilfautpourles parcoutrir
,
affrontant les rigueurs des
Saisons, la resistance desFleuves,
decourage& lefeu des Ennemis,
Ît4imontant la Nature mesme;
comme le Soleil parson mouvementparticulierva
contre le mouvement
ïmpetueux qui emporte
chaque jour le Cielavectoutes les
Etoiles.
Que LOUlSfbitun Conquérant
,
qu'il ait merité tous les
noms ~dr toutes les Couronnes
qu'on peut donner aux Vainqueurs
, si sa valeurn'avoit esté
plussecondée de sa prudence que
desafortune, ily a beaucoupde
Princesfameuxquil ne surpasseroitque
par lenombre deses Victaires.
Mais quand nous voyons
fea-fagefléêqui ne retarde pointles
effets de son courage, qui trompe
l'esperance de ses Ennemis
,
qui
les occupe plus que le nombre de
ses Soldats
, qui finit la guerre
quandilluyplaist, qui régléseule
lesconditions de la Paix qu'il a
prescrites a toute l'Europe armée,
nous ne pouvons exprimer ce que
nous pensons de ce grand Prince,
quise distingue si fort de tous les
autres Monarques. Sa Sagesse ne
mérité pas moins de vénération
que celle de cét ancien Roy d'Italie
quifutrtprefentea deux Visages
, pour faire entendre qu'il
voyoitparsa prudence le passé, ~e
l'avenir; comme le Soleil, auquel
ilestoit comparé
,
estant élevésur
l'horizon, voit en mesmetemps
les deux points ou commence ~Ci
finitsaCarrière,
Fiers Ennemis
,
qui efieJauss
jaloux de la puissance des François,
qu'impuissans à repousser leurs
efforts, aujourd'huy que vous ne
poulJez pas faire seulement balançerla
Victoire,ilne vous reste
que le chimérique plaisir de dire
quelaPolitiquede Charles-Quint
~e de Philippessecond,afait tout
ce que peut faire la valeur de
LOVfS. Vous avez dit tant de
fois que de leur Cabinet ils pouvount
branler toute tEurope;
mais t>ouve%: vous vous starer
,
que si vous ne les avick point
perdus
,
^oilrcAdonafchieferoit
encore storissantesousleurEmpire,
comme la France, sous celuy de
nostre Auguste Monarque? Souvene
Z-'Vous que le premierde ces
deux Princes ne reiijjit pas dans
l'entreprise d'Alzer, qu'ilfut repoussé
dans le Languedoc
,
qu'il
vit le changement de sa bonne
fortune dans la Lorraine, &
que lesecond vit la perte de Tunis,
& le commencement de la Revolté
des Pays-bas, sanspouvoir
le retenirsous son oIJt'ïjJance.
LOUIS LE GRAND a esté
Vainqueur dans tous ces lir>!Jx
où i lsont esiévaincu*. Nom
voyons de temps en temps de nouveaux
Astres quiseforment dans
le Ciel, ou qui recommencent d'y
paroistre; mais ces feux rivaux
du Soleilfurent-ilsjamaiscomparables
à l'éclat desa lumiere,à la
beautédesesrayons?
L'Antiquité plaça entre les
Astres plusieurs Heros dont le
nom est demeuré aux Constellations
qui les devoient representer.
L'Europe Chrestienne est plus
modeste
,
elle est plus raisonnable
qu'elle n'estoit du temps de
l'Empire des Grecs & des Romains.
Elle ne met pas LOUIS
entre les Astres; mxis le nom de
ÇRJND qu'elle luy donne par
un consentementgénéral, &cette
pompeuse Devise qui fait voir
par une comparaison magnifique
à quelpoint elle l'estime
,
sont les
plus nobles marques quelle pou-
'Voit donner à cegrand Princede
l'admiration quelle a pour ses
vertus, aussivives,aussifc!iltan.
tes auxyeux des hommes que la
lumiereduSoleil.
Fe voy qu'elles forment un
cercle brillant autour de sa Personne
Royale. Lapieté,la iustice,
la njaleUr, la liberalité, la clemence
sont des lignes de lumiere
quise -réünissent dans l^OVLSA
plus relatant par le concours admirable
de sesgrandes qu,afitcz,
que par les brillans desa Couronn°.
Souffre^, Meffteurs, que j'en
détournelaveuë. Vous quiavez
levol d'un Aigle,vous POUV-eK
suivre des yeux cc' glorieux Monarque,
vouspouvez contempler
ce qui m'ébloüit. Je vais achever
le paralellede sa Devise en parlant
des effets merveilleux qu'il
produit dans la France
,
semblables
à ceux que le Soleilfait dans
la Nature. SOL,REX,
Ncc~plutibus impar
Officiis.
Régler seul tousles temps,éclairer
l'Univers,
Suffire à cent travaux divers N'interromprejamais ses veil-,
les,
C'est - ce que le Soleil fait dans
son vaste cours.
France,jors que pour toyLOUIS
-
fait ces merveilles
Ce n'est qu'à , ce Soleil que tu
i. dois tes beaux jours.
»
Nos Roissont nos Astres, leurs
lumieres nous éclairent, leurs regardsy
comme les influencesdes
.Affres,produisènt nos inclination;
& nos habitudes, les uns ej les
f autres font la différence des temps
&des Saisons dans le l7or-tlHrnement
& dans la Nature. Les
Empires ont leursrévolutions cam.
me les Astres;mais tous ces ihangemens
si divers
,
si prodigieux
que l'ony remarque, sont les effets
de laconduite de celuy qui lesgouverne.
La France en a veu de
funestes
,
elle n'en voit plus que
de glorieux. Elle a changédeface
& de fortuneenchangea t de
Maistre, @r les Français ontde
nouvelles moeurs& de nouvelles
maximes, parce queLOVIS, à
qui leCielavoitréfirvé un Régne
second en prodiges, a mis
toutesebosesdansleur perfection.
Il rg raisonn ;ble qu'un Çenie
aussi haut, aussi puissant que ce-.
layde LO VIS) dominesur celuy
de ses Peuples; il est juste qu'il
entraisne leurs volontez parses
exemples, comme un premier mobile
qui emporte tous les Àstres
par la rapiditédeson mouvement,
LeCommerce riefl plus impossible
aux François dans les Païs les
plus éloignez,LOVIS LE
GRAND l'a asseuréen le
protegeant; il l'a rendufacile,
parce que l'ambition qu'ils ont de
luy plaire, leur a fait naistre de
l'inclination pour la Marine,négligée
jusqu'à nos jours, & presque
ignoréedesFrançois,quisont
devenus depuis vingt ans les plus
redoutables les plu* habiles
Gens de la Mer. Le François esi
accoûtuméàla discipline,ilaime
le travail
, parce que le Prince est
regulier en tous ses devoirs, &
travaille au bien de l'Estatsans
prendre d'inutile repos;semblable
au Soleil,quimarche toûjours sur
une mesmeligneavec un mouvementégal,
qui ne peut s'arresterun
moment par une loy necesfaire
pour la conservation de l'v:.
nivers. Le Françoisestsage en
toutes choses
, parce que connoissant
aujourd'huy laveritable valeur
d'avec la sausse, il accorde
son devoir avec le point d'hon7ieurt
& nese laisseplus empor*
ter à la fureur des Duels. Il reconnoist
quecette cruelle manie,si
longtemps appellée la Bravoure
Françoiseest aujJi fausse qne la
vertu de ces Romains,qui n'ayant
pas assiz de courage pourattendre
la mort, se la donnoienteuxmesmes
par timidité; tant il est
rvfay que dans tous les temps ily
a eu de ces manies d'Etat qui
préoccupent le jugement, & corrompent
les moeurs. Non, sans
doute ces Peuples n'ontpointeuxmesmes
quitté leursabus
,
ilsn'ont
point eux-mesmes condamné les
préjugez avec lesquels ils fènJbloientestre
nez; ces changement
sont des miraclesdugrand Roy de
François; il a parlé, ils on
obéy.
Jamais la France nefutsisoû,
mise, jamais elle ne futsi triom.
phante, Le Roy qui estlecoeur de tEtatJatJime ce Corps politique,
il enfait mouvoir tous les ressorts
les plussecrets avec cette prompte
obéissance, cette diligence concertée,
qui font voir que la France
est toûiours attentive àsa voix,
& soumise- à l'executionde ses
ordres. C'estce qui la rend invincible
& victorieuse Sa force
,
comme la chaleurdu Soleil,estplus
puissante, parce qu'elleest réunie9
6" le Roy ne s'en sert que pour
accablerses Ennemis audedans fYau
dehors
,
pourintroduire une
nouvelleforme de Gouvernement,
en réconciliant le Genie de la Paix
avec le Genre de l.xGuerre,&
les fuptoe regner tous deux à la
fois d'intelligence
, comme deux
Genies qui se conservent mutuellement.
C'est ainsi que le Soleil
fait un partage agreable (^f necessaire
des nuits (7 des iours
les unitles uns aux autres, quoy
qu'ilssemblentsedétruire.Apeine
le peut-on concevoir, La France
tnomph' dans la Paix, elle conserve
son repas ($yson abondance
dans la Guerre;touiowsarmées
touiours tranquille; en mêmetemps
a:{.uer(.'e (7 pacifiée.
Fameux Romains, qui avez
esié-Maifins de tant de Nat ons,
l'Vous ne gou7rernicz ny si seurement
ny si heureusement que
LOVIS. Il falloitque la Paix
regnast dans toutes les terres de
vostreEmpire pourfermer le Te mplede
Fanus.C'estoit-làlesignal
de la seureté de la tra'teju lité
publique, il n'a estéferméquetrois
foisd'ùuis Afuma iufjua Augu
ste ; m->% L0V1Sa-iccftuf à la
France une Paix aujjiàmabL que
gToneuf
, parce cju il a fait une
Guerre qui a étonnéses Ennemis,
qui a puny leur témérité.
Le S%[ a deux principaux
ejftsférnbi,.ble.\, la chaleurqui
anime les corpsdivans ,
la
lumierequi nous découvre le couleur.
d fferentes, l'Qrd,e& la forme
desobu'ts.LeRoyentretient
la chaleur dans Ircorpï de l'Etat,.
q'Ú seroit fro,d ($j langwjjant,
jYcessm de l'échaufferpar lemouvement
qu' l luy donne; il attire
e-7 répandtous les tresors de la
F,:nceJ comme le Soleil attire les
e,,,Iiali,rons les iupeurs pour
les faire retombersur la terre par
de douces roséesqui la rendentserletJHais
de tout ce que nous adrlJirons
dans L OVIS LE
GRAND
,
qu'est ce que je puis
comparer avec plus de Justesse à
la lumière du Soleil ? Sera-ce sa
magnificence roy-ile, qui attire les
Peuples de toutes parts pour leur
faire admirer lesenchantemens de
Versailles, Parisembelly de Monument
publics, augmenntépresqued'une
moitié, tt) qui doit plus à
LOVI
, pour la diversité defeç
bienfaits, que Rome à tous [ca
Empereurs Sera ce cesmanières
nobles (gjf naturelles qui nous distinguent
de tous les autres Peuples;
je veux dire cet air François,
telcjui!nom le donnet qui est
aujourd'huy le modelle de la politïjje
de routes les Cours de l'Europe
? Non,il est encore quelque
ebofe deplus beau,& quimente
davantage d'estre comparé à la
lumieremesme du Soleil. Cejlla
gloire dont brille ce Prince, lors CJ qu'il remet la Verité de la Foy
dans son jour) en dissipant les
ombres du Mensonge & del'Erreur
, en cbajifmt la nuit affreuse
de lHenfie.
Jamais Monarque a-t.il entrepris
un Ouvrage plus diiffcile*
.A-t-d rien tentéde plus glorieux
que le grand nefje n de rendre
toute la France Catholique, que
LOUIS a achevé eu sipeu de
temns? Il a arrestéses Conqu fies
pour donner à lUnivers le beau
Spectacle du triomphe de /'E,glfe,
semblable m Soleil, qui s',ay,.fta
sur lepaneban rap,ded sa course
pour faire voir un Héros que le
Ciel protegeot ,
viflorieux par
l'en-ter? défaite de ses Ennemis.
Le Fr nçois riefl pinsd'vise du
Fra Fo-s par lafampufir querelle
de la'\el"rion, n^ree qu"LO^fS
LE GRAND a PÛ reÛnlr
tous les coeurs en déterminant leus
liberté à ne croire qu'une rnefme
Verité déosée dans le sein de
l'Eglise & ce qui est en mesme
temps le chef-d'oeuvre de sa fagrjfe,&
la marque de sa pttifance&
de son bonheur,il a arrache
l'Heresîedesentrailles de l<&
France, pourainsi dire, sans
faire violence au Corps de l'Estat,
p rce que Dieu en l'élevant à
l'Empire
y
la choisi pour abbatre
les
f
Temples de tinpieté,arendu
(on bras vicqorirux-c. redoutable
, afin qu'ilfrapastl'Her fie9
cett Hydre monstrueuse que luy
reul,i eu la force de défaire.
UEgliJe, cette divine Fille du
Ciel, voyantJes droits ,vrolez Par
J'I-fere/Ù
,
ses Images brisées5 ses
Autelsrenversez, s'adresse à
son Fils asné, elle a recours à la
puissancedeLOUIS. LOUIS
tonne
,
éclare, joudroyr) lance
traits sur traits sur cetw insolente
Ennemie, semblableà Apollon
qui vançea UDivinitéde Latone
des outrages d'une Rivale criminellequi
azoit osétroublerses Sacrifices
, fjT se faire rendre des
honneurs i'Vns. Cette N be or.
guetlleufe par le '-'om';rr de fsEn.
sans, à peine forcée dansson malheur
de redouter les Puss nees
Celestes
, n en a plus qu'un petit
nomb't
nombre pour lequel enfin elle d:..
mandegrace aApollon,12Merefie^
la plus redoutable ennemie qu'eut
jamais la Monarchie Françoijzy
retranchée dansson petitTroupeau,
enfins'humilie pour implorer la
clemence de LOVIS; mais il est
armé desajustice, il la punit, il
la deffait, & IOla;fsans voix
df sans mouvement, comme s'il
l'avoit changée en Rocher
,
en
duyfaisant éprouver unfort pareil
a celuy de cette ambitieuse
Princesse dont la Fable propose
l'exemple lechafilment.
C'estainsique ce grand Prince,
qui vêtit que la Pieté f!J la ?»-
1stice soient les fermes Colomnes
de son Etat, fait hommage au
Ciel de la puissance qu'il en a reçeuë,
& tient la Terre fous son
obeïssance. Il estguidé de Dieu,
lors qu'il tient les resnes de cet
Empire, comme les Astres qui
gouvernent les hommesfont euxmesmes
régis par une Intelligence
Divine qui réglé leur mouvement
& leurs influences.
Que la France est heureuse
d'estreéclairée du plus grand
Roy quelle eut jamais ! £)uil
luy est glorieux de devoir tout à ce
genereuxMonarqueyquifait tQitt
~~r. ~T qui fait tout luymesme.
C'ejl luy qui dans cette dilvvrfit
Ȏ d'ordres
,
d'intrigues& de
dejjems, imagine, examine, décide,&
conservt au dedans de
luy-mesme lesecretdesesplus importantes
resolutions. Cesecret demeure
tellement impenetrable,
que ce feroit vouloirdérober du
feu de la Sphere du Soleil, que de
sonderla profondeurdesesdesseins.
S'il ne peutsepasserdeMinistres,
il en fait un si bon choix,qu'il
faitéclateren eux des-traitsdesa
modération @f de (afa!/Jfe) comme
le Soleil se represente dans
les eaux, &sur les surfaces polies
des métAUX & du verre.
Veut-on sçavoircombien il s't tcoulé de temps d'un Règne
douxsiglorieux? On peut com
ter combienLOUIS en a en
ployé à rétablir la France da
fisanciennes bornes, combien
enamis à la reformer,àtembelli]
On comptera les années à vem
depuis l'Extirpationdel'Hefefit
Le mouvement du Soleil mejur
la durée des temps& des saison
les travaux de L0VIS, se
Conquestes
,
ses grandes atlicm
marquent Ël consacrent les an.
nées, les moisy & les jours qui
nouspassons fousson Empire. Sa
vie quiestl'abrégédesplusbeaux
ri'cnemens de l'Histoire de nostre
^Monarchiefera un jou, le madele
des bons Princes, desgrands
Capitaines & des Politiques. Ilsadmireront
ce que nous voyons ,
un Roy qui veille sur le Trône,
(Sf quisans avoirbesoin de sortir
du centre de la France , agit commebresent
,
efê multiplie en,,
autant de lieux quelle a de Provinces,
de 'Ports"
, & de Villes
différentes ; semblable au Soleil
monte sur l'horizon qui en éclaire:
tous les Climats de quelque di.
fiance qu'il enfoit élogné. Combiensefait-
ilde chosesau dedans
du. Rojaume qu'on ne pourroit
compter qu'avecpeine} Combien
s'en fait-il au dehors?LOUIS.
LE GRAND estcapable Je/u
faire toutes, comme le Soleil est
l'Auteur de toutes lesproductions
de la Nature, Nec pluribus
impar officijs.
Peuples heureux, Peuples re':'
connoissans,dignes d'obeïr à
LO U IS;François ne cejJe,:\:
point de faire des voeux pour sa
gloire dont la vostredépend. Que
ces grands hommes qui assurent
l'lmmortalitéauxHerospar leurs,
écrits
,
surpassent tout ce qu'on a
dit de nos plus grands Princes
pour parler de LOVISLE
GRAND, autant qu'il a luymesmesurpassétous
nos Monarques
qui l'ont precedé. Que les
faibles mesme élevent leurs voix
pour le louer
,
ajfure^ de trouver
plus de gloire dans leur Keleà que
de honte dans leurfoiblesse.
Je vous avoue
,
MejJieurs,
pour exeuserlabardiejje que J'ay
e44ë d'entreprendre ce Discours ,
que je ne puis parler q!-U! de mvn,
Kule qui l'aemportesur les autres
considerations qui devaient me retenir
dans le sileence. C'est Juy
Jenl qui m'arepresente que ne
pouvant louerque faiblementun
Roy
,
qui cft au dessus de tous les
éloges, je pouvois pourtant luy
consacrer quelques marques de ma
profonde vénération, dans un
temps ou tous ceux qui ont quelque
teinture des belles Lettres ne
peuvent demeurer dans le filencs
sans estre lâches, ou tous les Angevins
nepeuvent se taire sans
tjlre ingrats, dans un temps ou
nostregrandMonarque veut estre
deuxfoisvostre Pere, comme Pere
du Peuple & de la Patrie, &
comme Pere de vostre Academie
Royale.
Ce Princeéclairé
,
qui sçait
que rien n'agit si puissammentsur
les coeurs des François que l*°Jovre,
avoulupar des marques d'honneur
prévenir la noble ambition
que vous dVC7, ,
Messieurs
,
de
vous signaler en publiant (es-,
grandes ARions, Il a besoin de
vous , parce qu'il a besoin de Témoinsillustres
qui rendent croyables
a laPosteritélesmerveilles de
son Regne glorieux. Quellegloire.
pour vous de voir que ce grand
Monarque vous distingue d'une
maniéré éclatante) lors qu'il veut,
remplir la France de Sçavanst
Il fait voirqu'il estime To/?rf
merite & qu'il connoist le veritable
prix & la necessitédes
iencesqui ont contribuéensant
defaçonsà rebausser l'éclat de cet
Empire.
Jamaislemérité ne futsilibéralement
recompensé, jamais les
Muses nefurent si honoréesqu'elles
sont aujourd'huy de LOUIS
LE GRAND)Cj'ii marque
une inclination particulière pour
ces beaux Genies, qui font fleurir
les Sciences & les Arts;
semblableauSoleil qui nevoyant
rien sur la terre de plus beau, de
plus brillant que les fleurs, semble
ne lancer sur elles que ses plus
doux rayons, pour les Peindrey
quedes regardsfavorablespour
les embellir.
On met lesfleursexquises dans
des terres cultivées avec un foin
particulier, on en compose des Parterres
agreables qui font l'ornement
des Jardins delicieux. Le
Royvous a choisis, Meneurs,
entre les beaux esprits de cette
Province, sans doute une desplus
fameuses de la France; & des
plus fécondes en hommes doctes.
Il vous aaUemblez à Angers
dans son Hostel de Vzlle) comme
dans le lieu le plus magnifique,
& le plus digne de vous.
Les Poëtenous vantent ces
fleurs merveilleuses qui naissent
empourprées , où, l'on remarque
les traces dequelques Chiffres, Çt)
despremiers caracteres du nom
dun Illustre Prince de Grece. Ne
njjemble^-vous pas,Messiurs,
à ces fleurs dontje vous parle, aujourd
hu'y que chacun de vous
porte le nom d'Academicien
Royal
, & que plusieurs d'entrevous
se vojentrevestus de la
Pourpre: Quandjeregarded'un
costécetteprotection Royale dont
LOVIS VOUA
honore, & de
lautre,cesgenereuxemprcjjl-men*
e> J~
quevous a'tlt:( de répandre a, ses
& à son jugement, il me
semble que la J^ùlequireprefin-
~ît Apollon amoureux deDuphné
changée en Laurier qui luy fut
consacré pour ornerses Temples
& ses Statues
3
nous figure
LOUIS amoureux des Academiesqui
travaillent pourluyfaire
des Couronnes, parce que c'est
dans les Academies que croissent
lesLauriers que les seuls Heros
ont droit de cüeillir.
Vous aUez commencer, Messieurs,
afaire depompeux Panegyriques.
LOUIS anime vostre
éloquence, ilvous inspire lefeu
divin de la Poësie. Il fera que
vous vous fuYpajfere^ vousmesmes,
semblable au Soleil qui donne
delaforce auparfum du 'Bau.:.
me ,&des Plantes odoriferantes.
Les Zephirs&les rayons du Sol~
eil ofuvrent le sein desfleurs,ils les font céccloor~e;;leb~r~uirt de la ~Rce--
nommée &l'estime de LOUIS
LE GRAND vousferont pro.
duire des Ouvragesqui marquerontque
vows estes dignesdesoutenir
l'honneur de vostre Illustre
Patrie
, & d'une Academie
Royale
,
qui dans peu de temps
ne sera pas moins florissante que
les plusfameuses du Royaume,
Nec pluribus impar.
On apporte tous les ans à
la Chambre des Compres de
Paris les Comptes des Recetes
pour les examiner. Elle
les garde en dépostavec les
Aquits, & comme les lieux
qui estoient destinez pour
cela ne suffisent pas, Sa Majesté
a resolu de les augmenter
des A ppartemens qu'occupe
la Cour des Monnoyes
au dessus de la Chambre des
Comptes
,
depuis l'année
, 1358. jusqu'à present, & dans
ce dessein Elle a transféré
cette Cour au grand Pavil-
Ion de la Court neuve du
Palais, où Mrle Contrôleur
General & Mr le Pelletier
sonFrère
,
Intendant des Finances
, ont fait construire
les Appartemens necessàires.
On y monte de la Galerie
neuve du Palais par un
grand Escalierdevingt degrez
disposé d'une maniéré
agreable & dégagée. Il est
de l'invention de MrChassebras
du Breau. Cér Escalier
mené à un Vestibule
,
puis
àune Salle ou est la Chapelle
,
& ensuite à la Grande
Chambre d'Audience de
cette Cour, ou il y a hauts
& bas Sieges pour les grandes
& petites Audiences,avec
le Parquet de Mrs les
Gens du Roy, Chambre du
Conseil, & Greffes au dessus.,
où se gardent les Chartres &
Titres de nos Rois sur les
Monnoyes, Meraux) Mines,
& Polds,depuis le Regnede
Philippes Auguste
, que l'lie
Ghafïebras du Breau met:
en un ordre facile. La Cour
des Monnoyes a tint sa premiere
Seance en ce nouvel
Ampparotemienst .le 16. dece (Pendant celuy de Septemj
bre, le GrandConseil qui sete
noit dans le Cloistre de Sainte
Germain l'Auxerrois, en
Maison du Doyen de cette
Eglise
,
fut transferé pou
neufans à l'Hostel d'Aligr
en la ruë Saint Honorépro.
che la Croix du Tiroir.
Je vous ay déjà envoye
quelques Historietesen Vers
de M Vignier.Vous les ave2
trouvées agréables, & je
croy que celle-cy ne vous
plaira pas moins que les autres
AVANTURE. u> Ne Dame pleine d'adrejje
Soydisant Marquise ou'
Comtesse,
Selon que le temps le vouloit,
Ou que l'Or chez, elle rouloitDe charmes encore pourvuë,
Sfavoit bien donner dans la vue
Par eux elle s'estoitacquis
Pour Amans Comtes &Marquii,
ConCelliers,AbbMoufquetaire:sS)
Et Partisans &Commissaires.
Près d'elle un Allemandlogeoit,
Q-ui ne beuvoit ny ne mangeait, De ne pouvoir aller luyjmefme
Luy marquer(oh amour extrême,
Sans faireunGalimatias
Que la fielle n'entendroitpas.
dujji le party de se taire
2ST'arcommodoit passon affaire.
Mais l'Amour toujours inventif
Quand il s'agitdu conjortclif,
Luy mit un moyen dans la tesse
Pour faciliter la conqueste
De celle qui sous son pouvoir
L'avoit rangé sans le vouloir.
Vn jour donc qu'il la vit p.,rejir.-
Toute brillante à lafenefire3
Il mit finement sur l'on oeil
Vn Quadruple
,
qui du Soleil
Tir.int une force nouvelle)
Sçeut toucher le coeur de la Belle;
Et sans hesiter un moment
Elle luy dit fort yilanmient:
Que le beau Seigneur qui me
lorgne
Sçache que l'Amour n'est pas
borgne
,. Il est aveugle, & le fera
Tant que le Monde durera.
De nostre Galant futsentie
Vne jiju\e repartie
Quelleten ItaHen,
Zanyie quilentendaitfort bienî
Et pourmieuxtèmo;gnersalfame
Ilfut soudain trouver la Dame,
Bien muny de cet ayrement
Quelte avoit trouve si charmant.,
Dans cettepremièrevisite
Il luy fit voir tarif de merite,
Et la Dame de son costé
Luy découvrit tant de beauté,
Que l'Amant,ainsique tAmantey
Eurent toiu deux lAme:ontente,
Ils n'avoient rien à Confiaitery
Qumd on entendit Gens monter.
De Dames s'estoit une bande
Quon pouvoit dire decommande,.
Tant elles avaient d'enjomens.
Fendantles premiers compumenSy
Et que pour joûr on sy'apreste
On vint à parler de la Feste
Que la Dame pour s'égayer
Avoit promis de leur payer,
Et du jour qu'elle vouloit prendre,
Afin que l'onsy ptllt attendre.
Elle, comptant sur son Germain,
Leur dit, Mesdames,àdemain.
Le lendemain nostre Marquise
Futagréablement rurprisey
n" trouver3 le Ride.tu tiré
,
Vn B IJîn de Verm il doré
Chargéd'Ortolans & de Cailles,
DePerdreaux3 Faisans & Volailles3
Que son cher &- nouvel Amant
A'compaznott d'un complément.
Pour jouer encor enieux son rôle,
Elle prit soudain la parole : Quel richeBassîn vois- je icy?
Le Gibier en est-il aussi ?
Mon cher,. tu diras àtonMaiftrey
QUC je ne puis mieux reconnoi- : stre
Le Present d'un si beau Bassin,
QiTen m'y lavant soir& marin.
Il y a grande apparence
que la Dame ne s'est point
hacée de renvoyer le Bassin.
Je ne sçay si on sera plus
exaéèà.renvoyei que lques
Diarmns donc on n'a pas eu
dessein de faire un Present.
En voicy l'Histoire. Deux
Cavaliers d'assez bonne mine,
mais manquant d'argent
pour ioûtenirleurdépensep
resolurent d'en avoir aux dépens
de quelque Dupe, Ils
avoient remarqué un jeune
Orphévre que l'on difoic,
prest à se marier. Ils entre--
rent un matin dans sa Boutique,
& sur le pre'texted'un
Mariage,ils demandèrent
à voir des Bijoux. De tout
ce que l'Orphévre leurmon*
tra, ils ne trouvèrentqu'un
Bracelet de Perles, oraé de
Tabletes, qui sust à leur
gré. Ilsle prièrent d'en di..
re le prix de bonne foy, parce
qu'ils ne sçavoient pas ce
que valoient ces lortes de
choies,
choses, & l'Orphévre ayant
juré qu'il ne pouvoit le donner
à moinsdevingt Loûis
d'or, ilsconclurent le marché.
L'un d'eux en paya six
à l'Orphévre, qui confenticà
porter le Braceletentre
midy & une heure, à l'Hostel
de. Fauxbourg Saint
Germain
,
où les Cavaliers
Jogeoient,&où il devoit recevoirlereste
du pay ement.
Leur honnesteté le satisfît
d'autant plus, qu'il se defaisoit
du Bracelet assez à son
ravantage. Il ne manqua
point au rendez-vous. On le
fit monter dans une chambre
bien meublée où estoient
les Cavaliers.Celuy qui avoic
déjà donné six Loüis prit le
Btacelet,rexamina,&rayant trouvé encore plus beau qu'il
ne luy avoit paru le matin,
il ouvrit une porte quiestoit
à un des coins de la chambre,
couverte d'une Tapisserie,
pour y prendre de quoy achever
de payer la somme
dont ils estoient convenus. Il
rentra presqueauiff-toil,8ct
après avoir encore compté j
quatorzeLoûis à l'Orphévre,
il le pria de vouloir bien sel
donner la peine de luy chercher
deux Bagues de Diamans,
où il vouloit employer
sur sa parole
vingts ou cent cinquante
Loüis,parce qu'il avoit un air
de franchise&de probité qui
l'engageoitàluyconfier sa
bourse plus volontiers qu'à
, un autre. L'Orphévre sortit
sort satisfait des maniérés du
; Cavalier,& ille fut beaucoup
f davantage le lendemain, quand le Cavalier passa chez
iuy, pour luy avouer f que tout le monde estimoit son
r Bracelet vingt-cinq & trente
Pistoles. L'Orphévre luy
dit qu'il vendoit enconscience
, & se contentoità peu de
gain,lors qu'il avoit eudesBijoux
à bon marché.On le pria
de se souvenir des Bagues,
& d'attendre que l'on vinft
sçavoir chez luy s'il en auroit
trouvé quelques-unes.
Les Cavaliers y repasserent
quatre j*ours apré, s, & en virent
deux qu'il avoit achetéesd'unJoüallier
le jour
précedent. Il y en avoit une
de soixante Pistoles
,
& l'autre
estoit un peu moins considerable.
Cela faisoit cent
Loüis à les donner en Amy,
& l'Orphévren'en pouvoit
rabattre aucunechose.LeCavalier
qui avoit la bourseluy
fit lever la main en riant,&estant
enfin demeuré d'accord
du prix, il le pria d'apporter
les Bagues sur les quatre
heures, au mesme lieu où
il avoit apporté leBracelet,
parce qu'ils alloient disner
en Ville. Il fut ponctuel à
l'heure marquée, il y alloit
de son interest, puis qu'on
l'avoir laissé maistre du profit
qu'il voudroitfaire sur l'achat
des Diamans. Ilmontaà
l'appartement des Cavaliers;
Un Laquais qui luy ouvrit,
luy dit qu'il ne croyoit pas
qu'onpust leur patler, parce
qu'ils joüoient un assez gros
jeu, & qu'ils n'aimoient pas
à sevoitinterrompus. L'Orphévre
pria qu'on les avertist
qu'il leur apportoit des Bagues,
& là-dessus il luy fut
permis d'entrer. On luy fit
donner un siege pour se reposer
pendant qu'ilsacheveroienr
une partie. L'un d'eux
tenant toûjours les Cartes en
main, luydemanda à revoir
les Diamans. Illes regarda
mit les Bagues à son doigt, &
continüa de joüer, après
avoir dit qu'elles luy fembloient
tres. belles. Il perdit
beaucoup d'argent, & s'échaufant
dans le jeu,il tirade
son doigt la Bagne qu'onluy
faisoitsoixante Loüis, & la
fit' valoir la mesme somme.
L'Orphévre s'y opposa,&le
pria fort honnestement de
ne la joüer que quand il
l'auroit payée. Il répondit
qu'il esperoit la pay er de l'argent
qu'il gagneroit,&qu'il
voyoit sur latabler,& malgré
l'inquietude que marquoit
l'Orphévre, il joüa la Bague
& la perdit. L'autre Cavalier
s'en Caillt en mesme temps.,
ainsi que de tout l'argent, &
tandis que le Perdant faisoit
d'inutiles exclamations sur
son malheur, le Laquais vint
avertir celuy qui avoir gagné
qu'on luy vouloir parler
à la porte. Il se leva, & sortit
sur l'Escalier. L'Orphévre
fort alarmé de voir ses deux
Bagues en deux différentes
mains, pria l'affligé Joüeur
deluy en donner l'argent,
ou de vouloir les luy rendre.
Le Cavalier poussa un soupir
les yeux tournez vers le Ciel.
& luy disantqu'il estoitjuste
de le satisfaire, il ouvrit la.
mesme porte qu'ilavoit ouverte
dans l'occasiondu Bracelet.
L'Orphévre écoutaattentivement,
& il entendit
compter de l'or. Il se rasseura
sur un son si agréable, & ne
douta point que le Cavalier
nese disposast à luy apporter
la somme qu'il attendoit,
mais n'entendant plus aucune
chose, il s'approcha davantage
,
& enfin la crainte
autorisant sonim patience, il
résolutd'entrer dansle Cabinet.
Il ouvrit Ja porte, &
pensa tomber à la renverse lors qu'au lieu d'un Cabinet,,
il n'apperçeut qu'un degré.
C'estoit un Escalier dérobé,
par où l'on descendoit à la
court. Il alla soudain à l'autre
porte pour voir si le Cavalier
gagnant y seroit encore.
Iln'y trouva, plus personne;
& jugeant bien que
ses Diamans estoient perdus,
il fut tellement saisi, qu'il
n'eut pas la force d'appeller à
son secours. Quelques Valets
qui passerent voyant la pâleur
de son visage,luy demanderent
s'il se trouvoït
mal. Il fut longtemps sans
pouvoir parler,&aprés qu'il
se fut un peu remis
,
il s'informa
si l'on connoissoit les
Cavaliers qui occupoient
cette chambre. On luy dit
qu'ils ne l'occu poient que
pour y disner, que cela leur
arrivoit assezrarement, &
qu'on croyoit les avoir vûs
trois ou quatre fois, sans
pourtant qu'on sçeust qui ils
estoient. L'Orphévre conta
le piege qu'ils luy avoient
tendu par le Bracelet,& connut
àiès dtpens qu'ilestdes
Filoux de toute espece Ceux
qui le paroissent moins, font
quelquefois les plus dangereux
; & en matiere de Gens
inconnus, il faut souvent se
défier de la bonne mine.
L'Orphévre fait faire d'exactes
recherches pour ses Diamans
; mais il y a bien à
craindre qu'on ne les fàffë
inutilement.
On a eu avis que Mezo-
Morto General d'Alger ne
s'est pas contenté de rendre
au Consul de France les cinq
Esclaves François, qui avoient
esté pris depuis peu
les armes à la main sur deux
Bastimens, l'un Italien proche
de Sardaigne, & l'autre
Espagnol à la Cofte de Catalogne,
mais qu'il enarenduencorevingt
qui estoient
fort avant dans les Terres,
quand Mr le Marquis du
Quesne fit faire il y a trois
ans une restitution generale
de tous les Esclaves Chrêtiens.
On ajoûte que le mesme
Mezo-Mortoayant ap-.
pris qu'un Rays ou Capitaine
Corsaire d'Alger entroit
dans le Port avec une Prise
Françoise, l'envoya quérir
aussi-tost
,
& luy fit donner
en plein Divan cinquante
coups de Ballon. Il donna
ordre pendant le supplice,
qu'on rendist au Capitaine
François tout ce qui luy avoit
esté pris, & ceCapitaine
se trouva en estat de se remettre
à la Voile avant que
le Consul eust eu le temps de
le venir reclamer. Cette satisfaction
fut suivie d'une
Ordonnance que l'on publia
, & par laquelle il fut declaré,
que le premier qui feroit
tort aux François, seroit
étranglé sur l'heure. MezoMorto
aprés avoir dit au
Consul
, que dés qu'il auroit
connoissance de quelque Esclave
de la Nation, ill'avertist
aussi-tost5 & qu'il veri..
roit si le Roy n'estoit pas
plus ponctuellement obey à
Alger,que le Grand Seigneur
à Constantinople, il écrivit
à Sa Majesté une Lettre tresrespectueuse
& tres-soumise,
par laquelle illuy rend compte
de tout ce qui s'est passé.
Il en écrivit une autre à Mr.
Cette exacte obeïssance rendue
aux ordres du Roy
,
est
bien glorieuse à ce Monarque,
& en mesme temps fort
avantageuse à ceux de ses Sujets
quiauroient le malheur
d'estre faits Esclaves.
En vous parlantdans ma
Lettre d'Aoust des Conventions
passées entre Mrle Duc
de Mortemar, & les Tripolins
je vousmanday qu'outre
les ving-sept Esclaves
dont je vous marquay les
noms, on avoit encore rendu
quatre Mousses, qu'on avoit
fait renier par force, &
dont le premier estoit Jean
l'Etoile de Lyon. On s'estoit
trompé surson Article dans
le Memoire qu'on m'aenvoyé.
On n'a rendu que trois
Mousses, & ce Jean l'Etoile
qui est effectivement de
Lyon, est l'Esclave François.
qui fut trouvé dans la Ville,
& dont il est parlé sans le
nommer, dans les Conven-
: tions de Mrle Duc de Mortemar.
Il a demeurédix-huit
ans esclave, faisant les son,.
ctions deChirurgien à Derne,
avec beaucoup de perseverance
& de reputation
parm y les ChrestiensEsclaves
qu'il soulageoit mesme
par ses charitez. Ainsi il n'a
jamais renié sa Foy. lia presentement
quarante ans, &
c'est un âge qui repugne entierement
à la qualité de
Mousse. Mousse en termes de
Marine,est un jeune Matelot
qui sert de Valet aux gens
de l'Equipage. Ce nom vient
du mot Espagnol Moçoy qui
veut direjeuneGarçon.
Le 17. du mois passé, Mahomet
Isquiterdo, Ambassadeurde
Maroc,arriva à Voorburg
à une lieuë de la Haye,
lvlr Hessel-Van-Dinter premier
Maistre d'Hostelde
Messieurs les Etats Generaux
, eut ordre d'aller l'y
trouver & de l'amener sur
unYacht. Il arriva le lendemain
à la Haye, avec une suite
de dix à douze Personnes.
Au sortir de son Yacht
,
il
fut receu à terre par Mrs des
Ceremonies qui estoient venus
au devant de luy avec
deux Carrosses;ils le conduisirent
à son Logement,& le
mesme jour Mr Spronfen,
Agent des Etats Generaux,le
complimenta au nom de
l'Etat. Le 2.o- sur le midy
,
il
fut mené à l'Audience publique
dans le second Carrosse
de l'Etat
,
attelé de quatre
Chevaux,& suivy de deux
autresCarrosses Mrs de Berckenstein,
& Glinstra Députez
,
l'un po ur la Province
d'Utrecht, & l'autre pour
la Province de Frise, l'ayant
receu avec les Ceremonies
accoûtumées
,
le conduisirent
â cette Audience. Il fit
là Harangue en Arabe, assis
dans un Fauteüil de Velours
vert,visàvis de Mr Kuyper,
Presidenten Semestre, & ne
parla que de la bonne correspondance
que le Roy de
Maroc son Maistre estoit resolu
de plus en plus d'entretenir
avec leurs Hautes Puissances.
Sa Harangue faite, il
délivra au President ses Lettres
de Creance qui estoient
dans un petit Sac de Velours
rouge qu'il tenoit du costé
gauche sur son estomach par
dessous son Juste-au-Corps.
Il ne les luy presenta qu'a prés
lesavoir baisées & pressées.
contre son front avec les
gestes usitez en son Pays..
M Kuyper répondit en Hollandois,&
luy dit entre autres
choses que sa Personne
leur estoit fort agreable;que
les Etats Generaux contribuëroient
de taiit leur pouvoir
àaffermir une bonne intelligence,&
qu'ilsnommeroient
desCommissaires pour
écouter ce qu'il avoit ordre
de leur proposer.Ilfut reconduit
à son Hostel comme il
avoitesté amené,&accompagnéàdisner
par ceux qui
avoientesté le recevoir. On
luy a donné des Commissaires
ausquels il a dit que le
Roy son Maistre assuré du
Regime, ou de la Regence
de Salé, avoit conceu le dessein
de former le Sieged'Alger
par Terre, si leurs Hautes
Puissancesvouloient l'attaquer
par Mer. Il a aussi proposéde
la part de ceux de
Salé le rachat de quatrevingt-
dix Esclaves, dont la
rançon ne consistera qu'en
Armes & pour les autres il
a demandé trois Maures
pour un Chrestien. Il estoit
chargé d'une Lettre du Viceroy
de cette derniere Place,
qu'il a fait donner par le
nomméTorros, Juif Portugais.
Les Consuls de la Ville de
Grenoble, impatiens de marquer
leur zele pour le Roy,
ont fait travailler à un Bustede
Marbre blanc de Sa Majeste,
pour le poser au dessus
du grand Portail de l'Hostel
,,,.de Ville, en attendant une
Statuë Equestre en Bronze,
qu'on doit élever en la principale
Place. Ce Busteestant
fait , ils n'ont point voulu
differer à le placer
-,
& comme
tout ce qui regarde le
Roy doit estre toûjours accompagnéde
beaucoup d'éclat
, ils firent assembler la
Milice
Milice le 25. du dernier mois.
lets de Ville, & de plusieurs
Joüeurs d'Instrumens. Ils allerent
dans la Court du College
des Dominicains,où ils
trouverent ce Buste relevé
sur un Char de Triomphe,
attelé de six Chevaux blancs.
Le Char qui fit le tour de la
Place,le commença par l'aisle
droite du Bataillon,& l'ayant
continué par la queuë
,
il le
finit par l'aisle gauche juc.j
ques àl'Hostel de Ville. Les
Consuls le suivirent au son
des mesmesInstrumens
, &
aprés que le Buste eut esté
posé sur le Portail
, toute la
[ Milice fitunedécharge, aprés
quoy elle défila avec
[
beaucoup d'ordre. Les Officiers
en passantdevant ce
Buste
,
le saluerent avec
leurs Piques, ou leurs Drapeaux.
Les Soldats tirerent
I encore leurs Mousquets à
mesure qu'ils passerent & la
Feste se termina par des cris
reïterez de Vive le Roy.
L'HosteldeVillefutIlluminé
le soir par plusieurs Fanaux
& autres lumieres. Les Hautbois
& les Violons joüerent
jusqu'à minuit
,
& la Place
se trouva remplie de tant de
monde, qu"en. qu'elle
soit fort spatieuse, il n'y parut
aucun endroit vuide, ny
qui full: propre à se promener.
L'Inscriptionqui a esté
mise au dessous du Buste
,
est
en ces termes.
LUDOVICO MAGNO,
PIO,INVICTO,
-
OPTIMO PRINCIPI,
1 BELLI ET PAÇIS ARBITRO,
HÆRESEOS DOMITORI,
DEVOTI CONSULES
GRATIANOPOLITANI
-
MONUMENTUM POSUERE
ANNO M. DC. LXXXVI.
On a celebré dans la même
Ville l'heureuse Naissance
de Monseigneur le Duc
de Berry. Le jour qu'on avoir
choisy pour cette Ceremonie
estantarrivé,on fit
fermer toutes les Boutiques
dés le matin. Sur les quatre
heures du [air, la Milice
ayant esté rangée fous les
armes, se mit en haye depuis
la Place de Saint André
jusqu'à celle de Nostreme.
Le Parlement en robes
rouges,& la Chambre des
Comptes avec ses habits de
ceremonie, se rendirent dans
l'Eglise Cathedrale à travers
cette Milice. Là Mr le Car-
~dinil le Camus, Evesquede
Grenoble, commença le Te
Deum,qui fut chanté par le
Chapitre de cette Eglise.
Tout ce qu'il y avoir de Gens,
de qualité & de merite dans
la Ville, y assisterent avec
une tresgrandeaffluence de
Peu ple. Lors qu'on eut finy
le Te Deum, Mrle premier
President se rendit en son
Hostel, où les Consuls & les.
autres Officiers de l'Hostel
de Ville
,
qui avoicnt aussi
paru dans l'Eglise avec leurs..
robes, allerent le prendre,
précedezde plusieursJoüeurs
d'Instrumens. Ils le suivirent
jusques à la Place de S. André
,
où l'on avoit élevé un
grand Bucher. Cesage Magistrat
y mit le feu en qualité
de Commandant dans cette
Province, & lors qu'il fut
allumé, la Milice qui l'entouroit
en forme de Croisfant,
fit une décharge si juste
& si à propos, qu'il sembla
que-ce ne fuit qu'un seul
cou p. Sur le soirles Illuminations
& les feux parurent.
Mrl'Intendant s'y distingua
par trois Fontaines de Vin
quicoulerent fort longtemps.
On vit plus de soixante
Fanaux le long de deux
Terrasses& sur un grand Porrail,
qui est au devant de son
Hostel.Plusieurs Fusées qu'-
on tira dans la court de l'Hofiel
de Ville, ajoûtèrent de
nouveaux charmes à ceux
qu'on avoit déjàgoûtez, &
les réjoüissances ne finirent
que fort avant dans la nuit.
J'ayoublié de vous dire
que le jour que l'on fit à
Bourgesles mesmes réjoüissances,
les Religieuses feuxdées
par la Bienheureuse
Jeanne, Duchesse de Berry,
fous le Titre de l'Annonciade
, signalerent leur zele par
un Te Deum chanté en Musique,
& accompagné d'une
Simphonietres-agréable. Il
fut suivy d'un Feu d'artifice
orné de Devises, & de Banderoles
à l'honneur du jeune
Prince. Il y eut quantitéd'Illuminations
dehors & dedans,
ce qui attira un grand
concours de personnes de
toutes sortes de conditions &uneapprobation , rale. généLes
Venitiens ont poursuivy
leurs Conquestes, &
ont ~asseuré celles qu'ilsavoient
déjà faites dans la
Morée,par la prise de Napoli
de Romanie.Cette Place que
la Mer environne par trois
endroits
,
est située dans le
Golfequi porte son nom sur
une langue de Terre qui se
courbe. Le Port en est ~seur
,
& peut contenir plusieurs
Vaisseaux
,
mais comme l'entrée
en est fort étroite& difsicile,
deux Galeres n'y sçauroient
entrer de front. Un
Chasteau situé sur un écueil,
qui n'en est qu'àtrois cens
pas,luy fert dedéfence,&
cette défenseest d'autant
plus seure que les Vaisseaux
& les Galeres, n'ay ant pas
assez de fond pour s'en pouvoir
a pprocher à la portée
du Canon, le Chasteau ne
peut-estre facilement atta- -
qué. Bajazet II. Empereur
des Turcs ayant entrepris en
1500. de se rendre Maistre de
la Morée
,
fit assembler une
redoutable Armée à Sainte
Maure. Il voulut d'abord s'assurer
de Napoli de Romanie,
§c. tandis que l'on prenoit
cette route, une partie de sa
Cavalerie s'estant avancée,
ceux de laVille firent unefortie
si vigoureuse qu'ils la taillerent
en pieces, ce qui donna
beaucoup de terreur aux
Ennemis, & les obligea d'a- >•r bandonner l'entreprise. Les
Turcs allerent assieger Modon,&
la prisedeCoronaïant
suivy celle de cette premiere
place enstez de cesgrads succez,
ils crurent queNapoli ne
leur pourroit resister. Ils y
revinrent
,
& employerent
toutes leurs forces pour faire
cette Conqueste
,
mais les
Assiegez ne firent pas moins
paroître de resolution pour se
bien défendre. Paul Contarini
ne contribua pas peu à les
maintenir dans ce dessein.
C'estoit un homme d'une
grande réputation.Comme il
s'étoit trouve dansCoronlors
que cette Ville avoit estéprisèilefloir
tombéau pouvoir
des Turcs. Bajazetpersuadé
de la creance qu'on auroit
en luy
,
voulut qu'il parlast
aux Assiegez, pour les porter
à se rendre. Il s'avança jufqu'à
la muraille, & unePorte
de la Ville s'estant ouverte,
il pouffa sonCheval avec tant
de force, que se dégageant
des Turcs qui estoient autour
de luy
,
il se jetta dans
la Place, où ilexhora les Habitansà
ne rien craindre. Bajazet
leva le Siege peu de
jours aprés, & retourna a
Constantinople. SolimanII.
après avoir attaqué inutilement
Corfou en 1537. donna 1
ordre à Caffin Bacha,de faire
la guerre aux environs de 1
Napoli de Romanie
,
& des
autres lieux voisins. Les Venitiens
qui estoient entrez à
en ligue contre luy
avecj
,l'EmpereurCharlesQuint, J'EmpereurCharlesQuint,
s'opposerentvivementàtous
les desseins des Turcs, qui
ayant encore aOEegéNapoli
de Romanie, furent con- -
traints de nouveau de se retirer
honteusement & avec
beaucoup de perte; mais enfin
les Venitiens ayant trou.
vé qu'il estoitde leurs inte,
reSTs de faire la paix avec Soliman
, envoyerent Loüis
BadoaroàConstantinopleavec
plein pouvoir de la traiter.
Toutes les instances qu'il
fit pour conserver Napoli de
Romanie, & Napoli de Mal.
voifie qui estoient les seules
Places que possedoient les
Venitiens dans la Morée, furent
inutiles. Soliman avoit
esté averty par des intelligences
secretes
, que la République
luy avoir donnéordre
de conclure ce Traité à quelque
prix que ce sust. Ainsi il
fut obligé de ceder ces Places
avec deuxChafteaux dans la
Datmacie, sçavoir Nadin&
Laurane. Cela se fit en 1540.
& depuis ce temps Napoli
de Romanie estoit toujours
demeurée fous la domination
des Turcs. Le Generalissime
Morosini ayant resolu
d'en faire le -Siege) sit
mettreà la Voile le 27. de
Juillet dernier.L'Armée consistoit
en huit mille hommes
de pied,& six cens Chevaux
des Troupesdela Republique
qu'il avoit fait embarquer
sur les Galeres & sur les
Galiotes, avec les Troupes
du Pape , le Regiment du
Duc de Florence,&le Bataillon
de Malte. Il y avoit encore
d'autres Troupes Auxiliaires
que l'on avoir embarquées
sur des Vaissëaux6c sur
les Galeasses. Peu de jours aprés1,
les Galeres & les Galiotes
qui avoient pris le devant
,
arrivèrent au Port de
Tolon, où elles débarquerent
sans aucun obstacle. Ce
Port n'est éloigné que de
quatre à cinq milles de la
Place que l'on vouloit assîeger.
Elle fut investie le 31. &.
un Esclave Chrestien qui se-J
toit sauvé, rapporta que Hasfan
Bacha,Mustapha Bacha,
&trois Beys ses Freres qui étoient
dedans, se preparoient
d'autant plus à se bien défendre
,
quela Garnison elîoic
fortnombteuse
voit des Munitions deguerre
&de bouche en grande abondance.
Apres qu'on eut
commencé à travaillerauxlignes
de Circonvallation, on
sesaisit de la hauteur duMont
Palamida où l'on dressa une
Baterie. Cette hauteurest du
costé de la terre ferme, 84
pour y aller, il faloit prendre
un chemin étroit qui estentre
la pente de la Montagne
& la Marine. Le i~
d'Aoust
,
les Assiegez ifrent
• une sortie de deux censhommes
de pied & de vingt Che..
vaux, mais tout ce qu'ils purent
faire fut de charger les
Gardes avancées,& de tuer
ou blesser six ou sept Soldats.
Les Allemansaccoururent,
& avec cent Milanois qui les
soûtinrent, ils les obligerent
de rentrerpresqueaussi-tost.
Le Major General Lauro
d'Andria receutun coup de
Mousquet au pied dans cette
sortie.LesVaisseaux & les
Galeasses qui arriverent le
lendemain avec le reste des
Troupes, rapporterent que
le Capitan Bacha avoit voulu
faire approcher de la Place
sept de ses Galeres, dans lef-j
quelles il y avoit plus de trois
mille hommes, mais que sur
l'avis qu'elles avoient eu que
la Flote de la Republique étoit
à l'entrée du Port, elles
avoient prislaroute deNegrepont.
Le Generalismme
n'oublia rien de ce qui pouvait
contribuer à l'heureux
succezduSiege. Il reconnut
la Place du costé de la Marine
, estant monté sur la Galere
du Gouverneur des Forçats.
Il en fit le tour en fuite
du costé de la terre, visita.
les portes du MontPalamida,
jugeant qu'il seroit fort
difficile de venir à bout de
son entreprise
, tant que ta."
Mer feroit libre aux Assiegez,
il resolut d'aller attaquer les
Turcs dans leur Camp. On
avoitsçeu que le Seraskier étoitcampé
à quatre ou cinq
milles des lignes fous le Canon
du Chasteau d'Argos.
Le Comte de Konisinark
laissa feulement quinze cens
hommes pour les garder, ôc
marcha contre leSeraskieravec
le relte.Le Genera lissme
s'avança de son costéavec les
Galeres, & avanttrouvé ua
lieu propre à débarquer assez
prés d'Argos, il fitdescendre
quinze cens Soldats ou Matelots
armez, qu'il tira des
vaisseaux,&qui marcherent
fous le commandement du.
Colonel Magnanini. Cette
conduite obligea les Turcs
à partager leurs Trou pes Il
en demeura une partie pour
défendre leur Camp, & leur
Cavalerie, au nombre de
trois mille hommes, vint à
la rencontre des Venitiens,
qui effuyerent leur premier
feu avec beaucoup de courage
& de fermeté. Le Comte
de Konigfmark, qui mar-
»
cha vers eux en tres-bon ordre,
trouvamoyen de les
rom pre, & les contraignit
de prendre la suite. Cependant
les Batteries des Mortiers
estant en estat, commencerent
a jetter des Bombes
dans la Ville. Elles mirent
le feu en plusieurs endroits,
& y causerent un fort
grand dommage. Le Generalifirmefi*
sommer le Commandant,
& sur le refus qu'il
fit de se rendre, on resolue
de faire brûler tous les Villages
voisins, afin d'empescher
que les Turcs ne s'y logeasfenr,
fent. Le Comte de Konigsi-
mark
-
se chargead'executer
t ce dessein,& en mesme tem ps il se rendit maistredu Chaj.
ileau d'Argos. Ceux qui le
[gardoient l'abandonnerent
Uansaucunc resistance, & il y
••trouva quelques vivres avec
environ n. milliers de pou- <dre.Oncontinuadebattre
"la Ville, &le Commandant
^perfiftant toujours dans la
relolution de Ce défendre jusqu'à
ce quelesAssiegeanseufslent
fait brèche, on fit l'ouverture
de la Tranchée sans
---y perdre qu'un seul homme.
Pendant .qu'pn avançoit-le
Travaux, on apperçeut plu,
sieursTentes que les Turc;
avoient dressées au mefinc
- lieuoùleComtede-Konigf
mark les avoit défaits quet
ques jours auparavanr,ce.qUJ
obligea le Generalissime à
renforcer laGardedesLignes
avec des Troupes tirées de
huit Vaisseaux de Guerre que
Mr Pisani avoit amenez. Il
crut aussi qu'ilestoit impor,
tant pour faciliter le succés
duSiege de faire garder le
brasdeMerparoù leSeraskier
pouvoiravoir comunlcatlo
avec la Place,& dans ce defkin
il fit avancer MrBragadinavec
trois Galeres, outre
quatre Felouques bien armées
que le Chevalier Morel
commandoit.Les Travaux
ayant esté avancez jusques
au pied de la Contrescarpe,
on prépara tout ce qui pouvoit
estre necessaire pour
faire la descentedu Foue.
LesInfidellesdétacherentdivers
Partis de leur Camp,
mais ils ne firent que de legeres
escarmouches
,
& se
retirerent toujourspresque
aussi-tost. Les Assiegeansne
laissoient pas d'en estreextrémementfatiguez,
parce qu'il
faloit que leurs Troupes fut
sent fous les armes nuit &
jour à cause deces continuelles
escarmouches. On s'appliqua
à sapper un costé de la
Contrescarpe
,
& après que
l'on eut fait la descente du
FOlle, on commença à travailler
à des Galeries. Ce fut
un travail funeste pour le
Major du Bataillon de Malte,
quifut tué en cetteoccasion,
comme leChevalier
Alcenago Major General.
l'avoit esté d'un coup de
mousquet quelques joursauparavant,
en allant reconnoistre
le Fosse. Le Seraskier
avança son Camp plus près
de celuy des Assiegez, &
ce fut ce qui les empescha
- de demander à capituler,
malgré la consternation où
estoit toute laVille. Sa presence
leur relevoit le courage,
& ne doutant point qu'ils
ne fussent secourus,ils travaillerent
à des Coupures
& à des Retranchemens,
pour se défendre s'il arrivoit
que les Assiegeans fissent u ne
brèche assez. considerable
pour se hazarderà donner
l'Assaut. Le Generalissime
vovoit tous les jours déperir
ses Troupes. Plusieurs Officiers
estoient morts de maladic.
Il y enavoit plusieurs
autres hors d'estat deservir,
& un plus long Siege ne pouvant
luy estre que tresdesavantageux
,
il se resolvoit
iD 3 à aller tour denouveau attaquer
le Seraskier, lors que
le Seraskier le prevint, en
venant luy-mesme attaquer
les lignes à la reste de dix
mille hommes. D'abordilse
rendit maistre d'nne hauteur
qui commandoit une partie
du Camp, &: comme il n'y avoit
qu'un seul Escadron qui
gardoit ce coite là
,
l'Escadronplia,
n'ayant pu soutenir
les Ennemis
,
qui fondirent
ensuite avec beaucoup
de furie sur le Bataillon de
Malte Il demeura ferme, &z
repoussa leurs premiers efforts
avec une si grande bravoure,
qu'il lescontraignitde
regagner la hauteur. Deux,
Bataillons des Trou pes de
Saxe &de celles de Brunsvic,
commandez par leComte de
Konisgmark marcherét contreeux,&
les chargerent de
la maniéré la plusvigoureuse.
Le Generalissime qui avoit
fait un grand détachement
de Soldats tirez des
Vaisseaux& des Galeres, les
fit avancer après avoir donné
tous les ordres necessaires
pour la seureté du Camp, &
s'estant mis à la teste de
quelques Troupes choisies,
il chargea les Ennemis, parmy
lesquelscesecours,&les
Trou pes qu'ils virent venir
du costé de la Marine,jetterent
tant de terreur,que tous
les effortsque firent lesOffi-
1
ciers le sabre à la main pour
les empescher de fuir, n'enpurent
venir à bour. Ils en
tuërent mesme quelquesuns
, mais tout cela ne put
arrester les autres, qui
continuèrent à prendre la.
fuite. Le Combat dura sept
heures & fut fort opiniâtre..
Les Infidelleslàisserent environ
quatorze cens hommes
surleChamp de Bataille,
& il n'yeneut que trois cens
tuez ou blessez du cossé des,
Chrestiens. La défaite du Seraskier
ayant esté annoncée.-
aux Assiegezpar les cris de:
joye quefirent les Trou pes
en rentrant au Camp
,
& par
les Etendarts gagnez sur les
Infidelles qu'on élevaavec
lesTestesde ceuxqui avoienc
esté tuez dans le Combat, il
n'y eut plus à déliberer s'ils
continueroient à se défendre.
Le Commandant envoya
trois Députez à la Galère
du Generalssime
,
qui
leur accorda que la Garnison
fortiroît avecarmes & bagages,
qu'onluy donneroit dix
jours pour s'em barquer, &
qu'elle feroit conduitejufqu'aTenedo.
LeCombac fuc-.
donné le 29. Aoust, & le lendemain
la Capitulation Ce sit
Ils remirent le Chasteau entre
les mains du Generaliflime
,
& luy envoyerent des
Ostages sans qu'il en donnait
de son costé. On a trouvé:
dans la Placedix-sept piècesde
Canon de fontesept de:
fer, un Mortier & quantité
de Munitions de guerre. On.
a fait degrandes réjoüissances
ces à Venise pour la prise de
cette importante Place, &
le Doge accompagnéde toute
la Seigneurie a assisté au.
T'e Deum qu'on y a chante.
dansl'Eglise-Ducalede Saints
Marc, où pour marque d'une
joye extraordinaire
, on:
a expose l'Etendart de la Morée
qu'on n'avoir point déployé
depuis cent ans. Les
grands services-que-Mr Morofini
a rendus depuis quelquesannéesàlaRépublique,
méritantunerécompensede
distinction, le Senat qui a.
voulu luy donner une marque
perpetuelle d'honneur;.
a fait un Décret,par lequel.
il déclare que Mr Morosini
sonfrere
,
& tous les aisnezde
laFamille feront àperpertriite
Chevaliers ,ôc qu'ils
jouiront de tous les lioiïmeurs
qui suivent cette Dignité.
Le Senat a aussi voulu
donner des marques dereconnoissanceàMrle
Comte
deKonigsmarkquidans toules
les avions duSiège n'a
--rien oubliédecequ'on pouvoit
attendre & de ion courage,&:
de sa conduite. On
doit luy donner un Bassin
d'or du prix de six mille Ducats.
Je ne vous av rien dit du
Roy de Pologne de. toute
cette Campagne. Ce Prince
né pour les grandes choses
a mieux aimé aller prendre
des Provinces entieresau dela
de Caminiek
, que d'affoiblir
son Année devant cette
Place qu'il a dessein d'enfermer
Ainsi il s'est Fortéloigné
de son Pa ys. Il a passé de
grandes Forells.Il a pris la
Moldavie, & prelentement
il est aux Bouches du Danube,
a(bixanre lieuës de Conilantinoole*,
dans un fertile
&tresbonPays où ses Troupes
le refont. Il s'avançad'abord
vers Jarry, Viile de
Moldavie
,
située sur la Rivierede
Pruth à vingt-cinq
ou trente lieuës de la Pologne
,& il eut avis pendant sa
Marche, que le Castellan.
Chelmsky campé vers Caminiek
, s'estoit mis en possession
de la pluspart des
Challeaux du Voisinage de
cette Place, & qu'il tenoit
une grande quantité de Coliques
dans la Forest de Niedobor,
en forte qu'il ne pouvoit
plus rien sortir de CaminicK.
Il arriva à Stephanopoli
au commencement
d'Aoust,&ce fut là que les
Principaux de Moldavie vinrent
l'assurer de leur obeïC.
sance. Il sceut qu'on avoit
abandonné Jassy
,
& il y envoya
des Ingénieurs pour
faire travailler aux Fortificationsnecessàires.
Ildépefcha
aussi vers le Holpodar, ou
Prince de Moldavie) pour
luy faire dire qu'illeprenoit
en sa protection, & pour l'obliger
à luy amener ses Troupes.
Le 15. d'Aoust Sa Majessé
Polonoile fit son Entrée
à Jauy, d'où les Boïars,
Se tous les Habirans rangez
iou5 les armes ibrtirenr pour
fouslesarmesfortirentpour
lavenir recevoir. Ils luy presenterent
les Clefs de leur
Ville, & luy rendirent leurs
soumissions comme à leur
Libérateur, qui estoit venu
les délivrer du joug de l'Empire
Ottoman, & de la tyran.
nie desTartares. Ce Monarque
fut d'abord conduit à
l'EglisedesCatholiques, où
quelques Prestres Missionnaires
chanterentleTe Deum,
après quoy il se rendit à l'Eglise
Cathedrale des Rutheniens,
où le Patriarche revestu
d'Ornemens Episcopaux
rehaussèz de Perles & de Pier,
reries, & accompagné de
deux cens Preltres Rucheniens,
fit une docteHarangue
en laquelle il cita divers
partages de l'Ecriture pour
autoriser l'obeïssànce dont ils!
l'assèuroient. Apres ces Ceremonies,
le Roy alla disner
dans les Galeries du Palais de
l'Hospodar:, &traitamagnisiquement
le Patriarche; les
Boïars, & tout ce qu'il y avoit
de plus considerable
dans la Ville. Le mesme jour
on luy presta le Serment de
fidélité quifutreceuenson
nomaveclesCérémonies.actcoûtumées
par le Palatin de
Podolie, & par le Chatelain
de Czarnowitz. On appelle
Rutheniens ceux qui sont de
la Russie. On la divise en
Russie Blanche, qui est la
Moscovie, & en Russie noire,
Province de Pologne,
dont la Capitale est Leopol
ouLuvovv, quelesAllemands
appellent ï(ujJelemK
burg. Quelques joursavant
que Sa Majesté Polonoise
arrivast à Jassy
,
Elle écrivit
cette Lettre au General
Teleky
,
quicommande ; l'ArméedeTransilvraie..
EXCELLENT ET GENEREU:
SEIGNEUR.
Nous devons en peu de moi
exalter vostreintégrité& since
rité, car le temps nous manqu
pouren dire davantage, attend
que noussommes en marC/JC
,
&
pressez d'aller à Cecora, & de l
plus avant chercher l'occasion ci
ruiner l'Ennemy commun autan
que nO'tS le pourrons. Nostlre ma
chcena estéde beaucoup re
tardéepardes Forterejjcsquenon
avons fait élever le long de
mejrrie chemin, depuis leurs son
àmtnsjujquan comble sau nom
bre de trois; une avant que d'entrer
danslaForelfdeDoukovvin,
une dedans, &une autre derriere
ce mesmeBois. Nous avons mis
bonne Garnison dans chacun de
ces trois Postes, afin d'empescher
les courses de celle de Kaminick
& de rendre libre le passage de
cette route jusqu'ànostreArmée.
Nous pouvons presentementfaire
sçavoir à nos Amts que toute la
Province de Moldavie s'est soutrnfc
à nous d'elle-mesme & de
son bon gré, & qu'elle apromis
de joindre ses Armes aux nostres
contre ces mesmes Ennemis. C'est
pourquoy nous, allonsau prerftkf
jourfairefortifier jaffy
,
@J
mettre une (ujjifànte Garnison.
Cependant, pour nous conformer
à l'usage de ceux de la Nation,
nous remettrons la Province à la
conduitede quatre Carmacans,&-
leur en laisserons le foin poury
maintenir la tranquillité & le
bon ordre. Ils sçaurons. bien nous
faire tenirvos Lettres en toute diligence&
seureté par la voye
cette Ville de Jajfyy qui en est
la Capitale, selon la bonne correfpondance
qu'ils doivent établir
à cette fin. Noussommes per
suadez qire non seulement tout
le Royaume de Pologne, mais
dkjjtcet deux Provinces de Moldavie
& de Kalachte, dont ld\
Troupes jointes aux voflresifaisoient
autrefois le grand & fameux
Royaume des VaCe8j vivront
& se maintiendront dans
une double amitiéparfaite avec-.-
vostre Excellence. Nous ne dou
tonspoint que vos Provinces ne
soient presentementdelivréesdu
penible fardeau des armes , parce
que le Sieur G. Szymorisky, Resident
ordinaire de Sa Majesté,
Imperiale en nostre Cour, a déclarédepuispeu
entermes convenables.
&publiquementenplein Senat,
que cetIllustre Stremjjime~-
nury inclinant à nos iteratives
interpositions, a envoyé ordre à
son General le Comte de Scherffemberg,
de quitter les Terres
de vostre Patrie, & nous voulons
croire que la Tranfilvanie nous en
marquera sa reconnoissance par
des remerciemens obligeans. Nous
avons appris aussi avec un trcsgrandsentiment
de joye, que le
fwg des Chrestiens, pour la désense
desquels nous noussommes
engagez en cettesainte Guerre;
y a esté & sera épargne avec
tout le soin possible. Au reste, nous
souhaitons à vostre noble f!J excellent
merite toute prosperité
Donne
Donné en nostre Camp le 9.
AoustlEst.
Pendant que le Roy de
Pologne estoit à Jassy
,
il eut
avis que le Hospodar s'eftoic
retiréavec les principaux
Boyars, plusieurs Tresors,des
munitions de Guerre,& de
l' Arrillerie,vers leSultan Nuradin
prés de Budziak. L'envie
de l'aller chercher le fit
partir le 23. Aoust, & continuër
sa marche de ce costé-là,
& du costé de la Bessarabie,
vers l'emboucheure du Danube.
La Bessarabie est une partie de la Moldavie,& la
moins considerable. La Mol- *
davie, qui a quatre-vingtdix
lieuës de'tenduë-d'Otient:
en Occident, & soixantedix
du Septentrionau Midy,
a la Mer Noire à l'Orient, &
le Danube qui la separe dela
Bulgarie,& la borne aussi au
Midy avec la Riviere de Serethe.
Au Couchant elle a
la Walachie, & la Transilvanie,
dont elle est separée
par le Mont Hemus. Le Niester
la separede laPodolieau
Septentrion. Choczim est
une de ses Villes. Vous sçavez
qu'elle est celebre parla
Victoire que le Roy de Pologne
y remporta sur les
Turcs un peu avant son élection.
La Moldavie a eu autrefois
desPrinces particuliers,
ausquels iuccederent
des Gouverneurs fous la protedion
de la Pologne. L'un
d'euxappelle Estienne, se
rendit Maistre de la Bessàrabie,
que Bajazet II. avoir
prise en 1485. & vainquit les
Tartares,les Turcs & les Polonois
Lacruautéde sesSuccesseurs
en a fait tuer plufleurs
par sesSujets, & entre
un grand nombre de ces
Princes qui prennent la qualité
de Vaivode,ilyen a peu
qui ayent laissé leur Estat à
leurs Enfans. En 1612. Estienne
Tomsa
,
Soldat de fortune,
mais protegé par le Turc,
se fitVaivode en la place de
Constantin, Fils de Mohila.
Il ne posseda cette dignité
que jusqu'en 1618. que le mêmeTurc
luyosta la Moldavie,
& la donna à Gaspard
Gratian. Ce dernier devint
bientostsuspect à la Porte, à
cause des intelligences qu'il
avoitavec l'Empereur, &
avec les Polonois, dans le
party desquels il se jetta. Il
fut tué par les fiens en 1620.
à la Bataille de Cicora
,
ôc
depuis ce temps les Turcs
ont disposé de laMoldavie.
Mahomet IV. quiregne aujourd'huy
,en ayant investy
GeorgeGifca en 1658. le fit
succeder au Vaivode Mathias.
Les Moldaves font
professionduChristianisme,
& reconnoissent le Patriarche
des Grecs. Le Tribut
qu'ils payent au Turc n'estoit
autrefois que de cent
quatre-vingt mille livres,
mais la Porte l'augmente de
temps en temps, estant bienaise
de maintenir ces Peuples
dans l'obéïssance par la pauvreté.
Le Roy de Pologne, qui
passa la Pruth au sortir de
Jassy,s'avança dans une grande
Plaine pour entrer dans le
BudziaK, &aprés une marche
fort penibie,parce qu'on
n'y peut aller qu'en traversant
des Montagnes qui font
cou pées par des défilez&par
des ravines, on commença
à découvrir l'Armée du Sultan
Nuradin, General des
Tartares,qu'on dit avoir eftç
joint par le Prince Sarbane
Cantacuzene, Hospodar de
Valachie,qui a prisceparty
malgréla parole qu'il avoit
donnée de favorisercelu y du
Roy. Il estoit àla teste de
vingt mille Tartares bien
aguerris, & occupoit une
haute Montagne. Sa Majerte
Polonoife fit approcher son
Armée, & tâcha de l'attirer
au combat, mais ill'évita,
&après quelques legeresefcarmouches,
on se retira de
part & d'autre. On ne put cependant
poursuivre la mar- che,qu'on n'eustreconnu
un passage étroit comman dé
par des hauteurs que iesinndellesavoient
occupées. On
donna ordre au Chevalier
Lubormiski
,
Maréchal de la
Cour,d'aller avec cinq mille
hommes faire cette découverte,
& franchir ce défilé.
Si.toH qu'il fut arrivé à ce
paÍflge)les Tartares descen-
- dirent de la Montagne, &
recommencerent une escarmouchequi
dura jusques à
deux heures aprésMidy,
sans que l'on pust suivre l'Avantgarde
qui avoitpris le
devant. Les Tartares quifeignirent
de se retirer
,
furent
poursuivis jusqu'à leurs Tentes;&
lors qu'ils virent qu'on
avoit mis pied à terre pour
faire butintoutes leurs forces
, auni bien que celles des
Valaques, marcherent à l'Avantgarde
avec beaucou p de
:. vistesse, & chargerent brusquement
le Chevalier Lubormiski
qui la commandoit.
Le bonheur qu'il eut de
se trouver en un poste avan- tlÏLix l'empescha d'estre
défait. Il estoit couvert de
la Pruth en queuë
,
&avoit
une hauteur escarpée à
sa droite, &un Marais a sa
gauche.Ainsi il soutint avec
beaucoup de bravoure toute
l'Armée ennemie pendant
deux heures, & le Combat
ne setermina que par l'arrivée
de toute la Cavalerieque
le Roy amena à son secours.
Elle fut reconnuë par les Gardes
avancées desInfidelles,
ce qui les obligea dese reti.
rerelvec perte de plus de six
cens hommes qui demeurerent
sur la place. Il y eut sept
de leurs princi paux Officiers
tuez, & encre autres le Gendre
du Sultan Nuradin, ôc
l'on sit trois cens Prisonniers.
On gagnasur eux un Drapeau
vert, que l'on dit estre
celuy duSultan. Le manque
de fourrage. ne permettant
pas de continuer la marche
par la route que l'ons'estoit
proposée
,
le Roy de Pologne
fit passer la Pruthà son
Armée, pour en aller chercher
de l'autre costé. On a
nouvellesqu'il est arrivé heureusement
à Galatzin proche
du Danube,à soixante lieuës
deConstantinople, & à dix
d'Andrinople. Il y a plus de
deux cens ans que l'on naT.
voit vû d'ArméeChrestienne
aller jusque-là. Le Païs
est abond.lnt;& les Troupes
n'y manquent d'aucune chose.
Le General des Moscovites
Boristeniensa donné avis
que ce lles des Czars,ses Maistress'estoientemparéesde
la Ville de Perecop,&qu'elles
esperoient s'emparer aussi
en peu de temps de toutes
lesautresVilles <5c Chameaux,
qui obeissent au Kam de
C",r,i'mée. .•<
Je n'a y rien à vous dire de
l'affaire de Hambourg. C'est
une Ville sur laquelle le ROy!
de Danemark pretend avoir
quelques droits. Ce n'est
point à moy à examiner de
quelle nature ilsfont. Je suis
persuadé que ce Prince les
croit justes, puisqu'il veut
les soutenir. D'un autre costé
il y a grande a pparence que
la Ville, de Hambourg ne
s'opposeauxprétentions du
Roy de Dannemark que parce
qu'elle ne les croit pas legitimes.
Quoy que de deux
hommes qui plaidentensemble
,
celuy qui succombe
paroisse injuste, il ne l'est pas
pour cela. Il y a des choses
Problematiques, & qui peuvent
donner lieu de croire à
chaque partie que son droit
est bien fondé. Ce que Mrs
de Hambourg se persuadent
que le Roy de Dannemark.
avoit tenté pour faire valoir
le sien,ay antesté découvert,
il a fait des malheureux. Si le
succez avoitelle favorable,
ilsn'auraient point paru criminels,
puis que dans toutes
les choses douteu ses, qui demandent
une forteresolution
,
& pour lesquelleson
risque le bien, la vie, & quelquefois
l'honneur mesme,
plus on réüssit
,
plus on cil
justifié. Comme cette Affaire
consiste dans une entreprise
manquée, & que le Siege
de Hambourg n'avoit eslé
commencé,au moins a ce qui
paroist, que pour la favorifer
, comme les Loix de la
Guerre le permettent, il me paroist inutile d'entrer dans
| aucun détail de ce commencement
de Siege irregulier
s'il n'a esté entrepris qu'afin
de couvrir d'autres desseins.
L'Affaire est presentement
tournéeennégociation
>%
ôc
ily a beaucoup de Souverainsquis'en
meslent. Je
vousapprendrayle resultat
de ce different quand il fera
terminé& vous diray aujourd'huy
qu'il en a cousté
lavie aux Sieurs Schniker,
& Jastram, Bourgeois de
Hambourg. Ils ont elle convaincus
d'avoir eu des correspondances
préjudiciables
au repos public, & ils eurent
la teste coupée le 14. de ce
mois. L'Arrest par lequel ils
ont esté condamnez porte,
- que leurs Testes demeureront
exposées au dessus des
deux. Portes principales de
la Ville.
Un Courrier exprez qui
passa incessamment en Espagne
, a yant apportéla nouvelle
de la prise de Bude à.
Nicle Comte Venceslas Ferdinand
Poppel de Lobkovvits,
Seigneur de Billin & de.
Liebschausen
,
Conseiller&
Chambellan de Sa Majesté
Im periale
,
& son Envoyé
Extraordinaire à la Cour de
France,avecordre d'en faire
part au Roy,&deluydonner
une Lettre écrite de la
main de l'Empereur, il se
rendit aussi-tost à Versailles,
avec un fort gros Cortege de
Gens de qualité de la Nation
Allemande,&apres s'estre acquité
de cette agréableComi-
niion il revint icy marquer
lajoyequ'il avoit d'une
Conqueste qui estoit si importante
pour les Interests
de son Maistre Comme il ne
pouvoit la contenir dans son
coeur, il voulut que le Public
la partageaitavec luy>t
& dins ce dessein il employa
les Sieurs Jean BaptisteGervais&
Claude Morel
,
Ingenieurs
de Sa Majesté, qui se
chargerent de flire dresser
un Feu d'artifice d'une ia-j
vention particuliere. Le Dimanche
22. Septembre sur
choisi pour cette granderéjoüissance,
donc le Signalfut
donné. au point du jour par
la décharge de vingt quatre
grossesBoëres. Sur les neuf
heures du foir, Mrle Comte
de LobKowits se rendit au-
PréauxClercs avec tous ses
Carrosses, accompagné de
tous les Gentilshommes Allemans
qui estoient icy. Il
s' y trouva plusieurs Princes
& Princesses, avec tous les
Ambassadeurs & Ministres,
des Puissances Etrangeres,
& quantité d'autres personnes
considerables pas leur
qualité,qui se placerent sur
un grand Balcon bien basty,
& fort richement orné. La
Place
-
estoit propre à contenir
le grand nombre de personnes
que le bruit de ce
spectacleavoit attirées. Les
Feux d'artificesavoient esté
préparezsur un Theatre de
vingt-quatre pieds de haut,
& de dix-huit de large. La
face estoitun Portique d'un
Ordre Corinthien quirepresentoit
la Porte Ottomane.
Aux costez sur les degrez étoient
assis deuxEsclaves
Turcs que l'on voyoit enchaifnez.
Il y avoit sur l'entablement
un Piedestal avec
pluficurs Trophées d'Armes.
Sur ces Trophées estoit un
Croissant, & au dessus du
Croissant un Aigle à deux
testes
y
tenant darj^ ses ferres
à la droite un globe & une
épée, & à la gauche un Sceptre
,
qui sont les marques des
DignitezElectorales des trois
Electeurs de Baviere
,
de Saxe,
& de Brandebourg, Confederez
de S. M. I. dans la
Guerre de Hongrie. Sur le
4
Corps de l'Aigle,paroissoient
les Armes de la Maisond'Autriche,
qui sont de gueules à
une fasce d'argent ,le Collier
de la To1son. d'or tout
-
à
l'entour, & au dessus la
Couronne Impériale. Vous
verrez tout cela representé
dans la Planche que je vous.;,
envoyé.
Les Feux de Joye. corrtmencerent
par la décharge
de quarante-huit Boëtes
dont le bruit estoit agreablement
mesté du sonde vingtquatre
Trompetes& Timbales.
On ne remarqua d'abord
le le Croissant, & à mesure
l'il disparoissoit
,
l'Aigle:
immençoit à s'illuminer,&
meura seul jusques à la fin.
duréedel'Aigle, & l'aantissement
du Croissànt , arquoient la destruction
s Infidelles
,
& la perpeité
de la domination de la
saison d'Autriche en Hon-
~e. A ces premiers Feux
cederent douze douzais
de Fusées votantes, qui
~Tnifioient douze Victoires.
~31 portées par les Armes
iperiales en autant de Balles
rangées, ou de rec^
contres funestes aux Turcs
depuis qu'ils ont violé 1.
Tréve. Quatre douzaines
grosses Fusées d'honneur su,
virent. Elles faisoient cor
noistre la gloire que l'Empe
reur s'est acquise en arra
chant des mains Otomanles
quatre importantes Fo
teresses de Gran, de Solnoc
de Neuhaufel & de Bud
Ensuite on fit partir sixgro
ses Futées de gloire, comm
autant d'heureux presage
de la Conqueste que l'one
pere defaire des six Villes d
Hongrie qui restent encor
~foi
fous la domination des Infidelles.
Voila la veuequ'ont
euë ceux qui se sont meslez
<111 Feu, & l'interpretation
iciu'ilsdonnent à la disposiution
decesFusées. Aprés que
l'on eut joüyde tout ce Spectacle,
on mit le feu au Corps,
composé de cinquante douzainesde
Pots à Feu, qui tireront
dix à la fois, avec vingtquatre
partemens de Fusées.
Chaque parlement élevoit
toujours le feu plus haut, &
on le mit en suite à deuxGerbes
serpentines, de l'invention
du Sr Gervais; elles tirerent
des deux costez pendarim
un quart- d'heure. Tous ces
Feux finirenr par une Girande
de seize douzaines de Fusées,
entre lesquelles il y en
avoit de fort grosses
,
& de
quatre douzaines de Pots à
feu garnis de Saucissons volans.
Le Speétacle entier dura
plus d'une heure, & fut ter.
miné par une décharge de
cinquante Boi~tes. Ces plai
firs estant finis avec un ap
plaudissement général, or
alla en prendre de nouveau:
dans l'Hostel de Mrl'Envoye
Extraordinaire. Cet Hoste
estoitilluminé d'une grande
quãtité deFlambeaux blancs.
Sur l'une desPorteson voyoit
un Aigle, qui jetta de tresbon
vin depuis neuf heures
du soir jusqu'au point du jour.
Les Appartemens estoient
aussirichemens meublez que
bien éclairez. On y trouva
un Concert charmant de
Violons, de Basses
,
& de
}-IaurLois) qui fut écouté avec
grand plaisir. L'heure
du Soupé estant venuë , on
entra dans une Salle, où il
y avoit une Table en Croissant
de cinquante couverts.
garnie de cinquante pyramides
de confitures d'une
structure extraordinairey &
d'une quantitéprodigieuse
de toutes fortes de viandes
qui composoient un Ambigu
magnifique.Toutesles
Dames s'attirent & occupe-,
rent la plus grande partie de
la Table. Elles furent servies
par les Seigneurs & lesGentilshommes
qui estoient en
si grand nombre que les
crens de livrée ne purent entrer.
Les Damess'estant levéesfirent
placeaux Cavaliers
qui souperent à leu];
tour. Une partie le retira
dans un Appartement où il
y avoit un Concert de Luts,
& les autres se rendirent
dans une Salle qui avoit este
préparée pour le Bal. On y
dança fortavantdanslanuit,
& toute la Feste se passa avec
un ordre admira ble.
1672. & petite Fille de ~set
Messire Nicolas de Bautru
Comte de Nogentqui estois
Capitaine de la Porte du
Louvre, & fort consideré du
feu Roy. Ce jeune Seigneur
qui trouve dans sa Maisor
des Cordons bleus, des Duc:
& Pairs, & des Mareschaux
de France,est bien faitde sa
personne, & fort estimé pour
sa bravoure. Il en porte de
glorieuses marques sur sor
Corps, par les blessures qu'i
receutil y a quelques mois
en soûtenant le party de
Monfitur le Duc deSavoye
contre les Ennemis de nostre
Religion. Mademoiselle de
Bautru eil: une jeune person,
pe fort agreable, & qui a }'eC:
prilte tres-bL-ien tourné. Elle
parle juste ,mesle une douceur
charmante à une fierté
emodetl,e &n'apoint de sentimens
qui ne soientnobles,
& dignes de sa naissance.
Madame la Comtesse de Nogent
sa Mere, qui s'est fait
un plaisir de son éducation,
l'a élevée dans ce grand air
qui sied si bien aux personnes
de qualité.
Je vous ay déja parlé du
mérite de MrSauveur de l'A
cademie Royale des Sciences
Sa Majesté qui l'honore
de son estime
,
luy en a don
né depuis peu de jours de
nouvelles marques, en
nonmant pour enseigner les
Mathématiques à Monsieur
le Ducde Chartres.Il ne pe
dra pas son temps aux leçons
qu'ildoit donner àce jeune
Prince,dont vous sçavez que
l'esprit efl-vif-, & fort ca pabledes
plus hautes connoil
lances.
Je ne vous tienspoint en-
&or_e.touxàfait- parole, toû
chant l'Article des vingtquatre
Cardinaux que Sa
Sainteté à faits. Comme le
nombre en est grand, &
qu'ils font dispersez dans toute
l'Europe, ce n'est pas une
chose qui Ce puisse faire en si
peu de temps. Cependant
j'ay déjà trouvé moyen d'avoir
leurs Armes,&je les ay
données à graver,afin de
vous les pouvoir envoyer le
mois prochain. En attendant
que je vous fasse part de cette
Planche, je vous diray que
Messire Estienne le Camus
Evesque de Grenoble,ayant
appris le 8. de Septembre [a.
Promotion auCardinalat par
un Courrier du Pape qui
passoit par là pour aller en
Cour, toute la Ville, & les
Communauté? Religieuses
marquerent de leur mouvementla
joye que leur donnoit
cette dignité de leur
Prelat. Mr le Camus écrivit
sur l'heure au Roy, &se retira
pour quelques jours dans
la grande Chartreuse. Sa Majestéluyayant
faitl'honneur
de luymarquer qu'Elle luy
ddoonnnnooiitt son aaggrréemmeennt,it,lilaallllaa
aussi-tostcontinuer ses Visites
dans quelques Paroisses
de son Diocese
,
où il crut
sa presencenecessaire pour
l'instruction des nouveaux
Convertis.
La Promotion de Mr de
CiceriEvesque de Come au
Cardinalat, a aussidonné
lieu à de grandes réjoüissances
qui se font faites à Cavaillon
,
Ville du Comté Ve..
naisin,qui n'estéloignéed'Avignon
que de quatre lieu'ës,
& où depuisfort long-temps
une Famille de la Maison de
Ciceri s'est établie. Celuy
qui en est le Chef, ayant appris
la nouvelle de cette Pro--S
motion,par les foins de Mr
le Vicelegat d'Avignon, qui
luy dépeschaunChevau Leger
de sa Garde, se crut obligé
par le nom qu'il porte, &
par la satisfaction qu'il reC-i
sentoit de voir un de ses Pa..
rens élevé à cette Dignité
de donner des marques publiques
de sa joye. Il la fit
paroistre en saisantelever
dans une Place quiregarde
le Palais Episcopal
,
trois
grands feux entourez de Boë.
tes. Sa Maison,vis à vis de
laquelle furent allumezces
Feux estoit éclairée par
quantité de Flambeaux de
cire blanche
,
&par une illumination
generale mélée
,.
des Armes du nouveau Cardinal.
Au bascoulerent deux
Fontainesde vinqu'il abandonna
au Peuple. Les Confuls
& le Corps de Ville,à la
teste duquel est ce Gentilhomme
en qualité de Viguier,
voulurent honorer cet-
(te Feste de leur presence.
, Ainsiils partirent de l'Hostel
i de Ville a l'entrée de la nuit,
j precedez d'une partie de la
*Milice, au nombre de deux
1
- cens Mousquetaires
, avec
leurs Tambours, leurs Fifres
& leurs Drapeaux. On tira
trois fois les Boëtes,ausquel.
les les Mousquetaires répondirent
autant de fois. LesFusées
& autres Feux d'artifice
ne furent pas épargnez, &
on termina la Réjoüissance
par une superbe Collation.
Toute cetteFeste, quoy que
tres bien ordonnée, demeura
fort au dessous de ce que
celuy qui la donnoit auroit
voulu pouvoir faire, pour
témoigner dans une pareille
occasion les sentimens d'estime
& de respect qu'il a toujours
conservez pour la personne
de ce nouveau Cardinal,
rant pour ses rares vertus,
que pour son insigne pieté,
qui luy fait distribuer aux
Pauvres,& aux plus pressans
besoins de son Troupeau,
tous les revenus de ses Benefices
, avec une partie de
ceux de son Patrimoine, qui
montent à huit ou dix mille
écus tous les ans. On peut
juger par la que son nom &
sa Famille
,
qui est des plus
illustres, des plus anciennes,
& des plus distinguées de
l'Etat de Milan
, comme on
le peutvoir parlesAutheurs
qui en ont eCrit, & qui
presque tous la font de£
cendre de Ciceron
, ont eu
moins de part à sa promotion
que ses éminentes ver-
'(US connuës depuis longtemps
de Sa Sainteté, dont
il a l'honneur d'estre Parent.
Mr de Ciceri,dont les Ayeux
ont eu l'avantage de paroistre
en France avec le Titre
d'Ambassadeurs
,
& en
tre autres, André Ciceri
Ambassadeur vers Louïs XII.
pour la Republique de Gefies,
& Lucio Ciceri, qui
commanda les Armées du
Pape Gregoire XIV. sous
Hercule Sfondrat,en qualité
de Lieutenant General,
voulant faire imiter à ses Ensans
de si beaux exemples
qu'il n'a pu suivre luy-mesme,
a mis son Fils Page de
MadamelaDauphine
,
&
par l'attachement qu'iltémoigne
à remplir tous ses
devoirs, & par la maniere
dontils'acquite de ses exercices,
on est fort persuadé
qu'il ne dégenerera, ny du
coarage,nydelavertu deses
- Toutes les Conversxion
ont elle enfin achevées
Mets, & a pres de longue;
Instrudtions quiont elle données
dans la Cathedrale par
les soins de Mr l'Evefsue
qui a fait êclaircir pleine.
ment tous les points contra
verrez, la reunion s'est trouvée
entiere au commence.
mentdumoispassé.On en a
rendu graces à Dieu par ur
Te Deun au retour d'une Pro
cession generale. Mr. rEvêt:
que de Mets l'entonna, &i
fut chanté par la Musique
Le Parlement & les autre,
Corps y assisterent avec tout
l'EstaMajor.On a formé depuis
ce tempslà une efpecede
Mission. Elle fut ouverte par
ce Prelat, qui parla du Sacrisice
de la Messe avec autant
de nerreté & d'éloquence,
que d'érudition&d'énergie
en presence de toutcequ'il y
a de plus considerable dans
la Ville, d'un peuple infiny,
& d'un tres-crand nombre
de nouveaux Catholiques,
- qui continuent de venir
entendre la parole de Dieuà
l'Eglise tous les Lundis,Nler.
credis & Vendredis. LvS
femmes & les filles que l'on
avoitmises dans les maisons
Religieuses, y ont presques
toutes abjuré en fort peu dCj
tem ps, & il y ena plu sieurs
de si véritablement changées,
qu'elles marquent un
em pressementextraordinaire
re pour leCloistre. Les Da-:
mes Ursulines meritent sur
tout d'estredistinguées par:
le fruit qu'ellesont fait. On
leur a donné plusieurs sois
des femmes de la Religion
prerehdue reforméeàinsxtruire,&
en- plus grand nom- iC' bre qu'aux autres Gonvcnts^i
.1
& il n'en est sorty aucune dechezelles,
dont le changement
n'ait paru considerable.
Le plus remarquable à.
esté celu y de Madame de
Blair. Elleest femmede Mr
de Blair de Fayoles, President
au Mortier dans leParlement
de Mets, Homme
d'un profond sçavoir,d'une
intégrité. singuliere, d'une
application toute, extraordinaite,
d'une sublime vertu,&
d'unemodestie encore plus
grande. Il a esté. de laReligion
Protestante, & l'ayant
abandonnée,depuis quelques
années avec connoissance
decause,commeonle
peut voir par les motifs de sa
Conversion,qu'ila presentez
à Sa Majesté, & donnez au
public; il n'a épargné ny peines
ny foins pourconvertir
Madame sa Femme, sur tout
apres qu'elle fut entrée chez
les Dames Ursulines. Il la
voyoir à toute heure, & luy
écrivoit souventde la manie-
-, re la plus engageante & la
plus forte. Il l'avoit mesme
reduite à luy avouer que son
esprit estoit convaincu, mais
elleajoûtoitenmesme temps
que son coeur ne l'estoit pas,, cestàdirequececceurinclinoit
toujours pour le party
dans lequel elle estoit née.
Il falloit l'en détacher. Ce
coup importantn'apartenoit
qu'à Dieu seul, qui en est venu
à bout d'une maniere si
parfaite,que Mr. de Blair qui
vient de l'amener à Paris
pour quelque temps, apres
"luy avoir vu faire abjuration
entre les mains de M l'Eves-
- que de Mets, seloüe fort des
{oins qui ontsi bien fecondé
l'esfiens, & en marque saretonnoiflànce
à la Supérieure
decette maisondans laquelle
on peut direque les membres
sont dignes du chef,puisqu'-
on ytrouvedesDameségalement.
recommandables par
la grandeur de leur nalffance,,
par la forcede leur esprit,par
la solidité de leurs initru£h6.S'
& par la sainteté de leur vie.
Celle qui est presentement à
leur telle,possedeavec avantage
tantes ces bellesqualitez.
Elle est Niece de M le
Prince deFurstemberg Evesx
que de Strasbourg,& Cardial
de la derniere promotion.
Elle pense,parle,& écrit avec
beaucoupbeaucoup
de delicatesse, &
sa pieté surpasse encore tout
cela.
Ce ne sont pas toujours les
grands biens,la grande Naissance,
ny les grandes Charges,
qui font estimer les
hommes. Il s'en trouve d'un
certain esprit, & d'un certain
caractere, qui vivent
plus heureux,& qui sontplus
connus & plus estimez que
ceuxqui possedent tous ces
divers avantages.Telestoit
MrChapelle,qui est mort
depuis un mois. Il sçavoit
beaucou p sans faire profession
de Lettres, & quoy fust qu Philosophe, ses mani
res n'avoient rien de cet
qui portent ce nom. Il sca
voit le monde, avoit le gou
bon,& passoit la vie parm
les personnes dequalité',qi
se faisoient un fort gran
plaisir de l'avoir dans rou
leurs divertissemens, & de Il
loger chez eux. Il n'estos
pas moins agreable dans le
Cabinet que dans le repas
Il se connoissoit en bons Ou
vrages comme en bonne
chere,& l'on peut dire que
c'estoit un homme universel.
Sur tout il avoitune manière
si aisée pour le commerce de
a vie, qu'il n' y a personne
quine demeure d'accord que
c'est une perte difficile à reparer.
Nous avons perdu aussi ces
derniers jours Mre Laurent
d'EstavaydeMollondin,Maréchal
des Camps & Armées
du Roy, & ancien Colonel
du Regiment des Gardes
Suisses. Il avoit soixante &
dixneuf ans,& en avoit employé
cinquante,sepc dans le
service. Il s'est trouvé en
quantité de Rencontres ,
Combats & Sieges, où il a
donnédes marques de sa va- leur,&reçeu beaucoup de
blessures& plusieurscoups
favorables qui ne luy on
fait que des contusions. Tou.
tes les Compagnies du Regiment
des Gardes Suisses qui
estoient à Paris, ont aniiie
à son Enterrement. Elles
marchoient les premieres.
-
LesOfficiers vertus de deüil
estoient à la telle de chaque
Compagnie, ayant leurs Piques
traisnantes; & les Soldats
portoient leurs Mousquets
sous le bras. Les Tambours
estoient couverts - de
crespe,& les Drapeaux pliez.
Ensuite venoient les Enfansbleus,
gris,& rouges, tenant
chacun un flambeau de cire
blanche. Aprés eux parole
soit tout le Clergé de S. Eustache,
& chaque Prestre avoitunCierge
à la main.
QuelquesOfficiers suivoient.
Ils marchoient à la teste da
Corps, qui estoit couvert
d'un Poësle, dont les quatre
coins estoient portez par
quatre Officiers. L'épée du
défunt estoit nuë sur la Bie- re, & passée en sautoir avec
le fourreau. Le Corps estoit
environné de beaucoup de
luminaire, & suivy des Parens
du Mort eu deüil. La
marche se trouva fermée par
unefoule extraordinaire de
Peuple, ce qui faisoit voir
combien il estoit aimé dans
son Quartier. Les Compagnies
Suisses firent deux dé-
1
charges
aprésqu'on eut inhumé
le Corps. Il y a déja
quelque temps que Mr de
Mollondin s'estoit démis de
sa Charge de Colonel entre
les mains de Mr Stoupe, dont
le merite n'est pàsfeuleinem
connu dans ce qui regarde
la Guerre, mais qui sçait
joindre à la valeur
,
& à l'experience
que l'on doit avoir
dans ce métier,tour ce qui
peutrendre habile un homme
de Cabinet.
J'avois bien cru que vous
prendriez plaisir à lire ce qui
regarde l'Erablissement de la
Communauté de S. Louïs établie àS. Cir. Voicy , encore
un Memoire touchant ce
mesme établissement.Il pourra
servirà ceux de vostre Province
quiaspireront à sefaire
recevoir dans cette Communauté.
Je ne change rien
ny dans le Titre,ny dans le
corps du Memoire, & je vous
l'envoye tel que le donne Mr
d'Hozier,quia eu l'honneur
d'estrechoisi par le Roy,
pour examiner si les Lettres
deNoblesse qu'on produit,
font valables.
MEMOIRE DES TITRFS
en Original, qu'ilfaut mettre : entre les mains de Mr d'Hozier,
Genealogiste delaMaison
du Roy ,Juge General des
Armes & Blazons de France,
• & Chevalier de l'Ordre Miv
litaire de S. Maurice & de S..
Lazare de Savoye, pour dreffer
les preuves de Noblesse des
Demoiselles qui font choisies
- par le Roy,pourestrereceuës
dans la Communauté de S.
•t
Loüis, fous le Gouvernement
de Madame deMaintenon,Institutrice
& Superieure perpe-
-stuelie de cette Communauté. IL faut que la Demoiselle qui
serapresentée
, rapporte son
ExtraitBaptistaire legalisé, que
le jour de sa naissance foit marqué
dans cet Extrait, qu'elle ait
sept ans accomplis
, & qu'elle ait
moins de douze ans. Ilfaut que pour la preuve qu'-
elle doit faire de quatre degrez
paternels
, au moins,ellerapporte
les Contracts de Mariage de ses
Pere,Ayeul, Bisayeul,&Trisayeul,
gjr qu'elle joigne à chacun
de ces Contrats deux autres
AffeJ, comme Gardes
-
Nobles,
Partages, Transactions Arrests,
Sentences,Lettres-Royaux,Hommages
, Aveus, Contracts clac..
quisition, de vente, ou Xécbmz
ge,Provisions de Charges, CommifFons
J &c. afin que la filiation,
& la qualitésoientsuffisamment
justifiées dans chacun de ces quatre
de f,re =\
Il faut que le premier de ces
Contrats commence au moins à
l'anIfjo.
Il faut aussi le Blazon des Armes
de cetteDemoiselle ,avec ceux
de ses Mere,Ayeule, Bijayen•
le, & Trifayeule;& il faut
q elleyajoute encore les Arrests,
les Sentences,ou tesJugemens qui
ont esté rendus sur la Noblesse de
il Famille, foit par le Conseil ,
par la Cour des ^Aidcs, par le"
Commissaires, où par les Intendans,
pendant la derniere recher- the.:„i
Vous sçavez qu'il est arrivé
une nouvelle Flote à Cadis.
Elle a rapporté vingt-six
à vingt-sept millions d'écus ]
en or& en argent. Il en est
demeurécinq millions en
barre à Lima, le Roy d'Efpagne
a yant défendu le tranGi
port des barres sous peine daJ
confiscation. Il y a en Emeraudes
environ deux cens
cinquante mille ecus
, en
Perles cent milleécus,&un.
million d'écus en Cacao &
Laines de Vigogne. Le Vaifseau
laTherese a encore rapporté
deux millions de'cus,
qui sont à des Particuliers,ôc
sept cens mille écus pour le
Viceroy.
Je vous envoyeune nouvelle
Chanson,choisie à l'ordinaire
par un de nos plus
grands Maistres.
AIR NOUVEAU. LAjeune Iris m'aimeplus que
savie,
Et son ameurMt touche psint
mûncoeuri 1
- Ie languis,jemeurspourSilvic,
La cruellepour moyn'a que de la
la rigueur.
Sij'aimois laBeautéquirriaime,
ilion sortseroit moinsmalheureux
, Mais si fejlcps aimé de l'objet de
mes voeuxy
Que mon bonheurseroitextrême!
Ceux qui n'ont expliqué
que la premiere des deux
dernieres Enigmes dans son
vray sens, qui estoit les Soupirs,
sont Mr L. Bouchet,
ancien Curé de Nogent-le-
Roy;la Tronche de Roüen;
C. Hutuge d'Orleans ( ces
trois en Vers) H. F. Troulleau;
de S. Severe deRoüen;
Brebanio; C. T. Lourdet;
Æ.P.R.deC;Tamiriste de
la ruë de la Cerisaye; le beau
Garçon;l'Assembléee nocturne
des Amans noirs; Servinie
&Hindelbertde Soissons;
l'aisnée des deux aimables
Brunes du Chapeau -rouge
de la ruë des Lombards; les
t'. trois Amies de la ruë de Bussy
,
associéesavec les Vendangeurs
de la mesme ruë ; la plus aimable des trois
Soeurs du Faubourg S. Germain,
& l'inconstante Brebis
du petit Coeur fidelle d'Angers.
- Le mot de la seconde estoit
l'Hospital, & elle a esté
expliquée, aussi-bien que la
premiere, par Mrs le Curé
d'Oüailly L. Radigues; Vignier
; d'Audicour la Guerre;
A. P. Boistel de S. Romain;
la Prairie Cairon, Professeur
public des Mathematiques
à Caën;Baronius Guenot
de S. Pal lez Vaux; le
Balcon; le Chevalier de la
Colique
; M de la Civette;
le charmantEmbonpoint de
la ruë des Lombards, la Perle
& la Merveille de la ruë du
Foin; la Prude de la Porte de
Paris; les deux charmantes
Filles du charmant Embonpoint,
& la Maigre Royale
deS. Germain l' Auxerrois.
Voicy les deux Enigmes,
nouvelles. L'une est de l'aimable
Caliste, & l'autre du
Galant Lizandre, son Epoux
ENIGME. IL ne s'agiticy de Guerrenyd'Amour,
I'ay le corpssouple& mol,la forrre,
lon ue & ronde,
Et suispour lerepos du monde
D'un ~/7~~ utile secours.
- - AuJJî sans qu'on m'en prie
Ie porte chaque jour, du foir aitlendemain
La meilleure partie
- Du Genre humain.
AUTRE ENIGME.
JE ne manque non plus de plumes
que Mere Oye,
Ou qu'un Oiseau de proye ;
Et pourtant je ne puis voler.
I'aydeux bouches en vain ; l'une
& l'autre estansclose
On ne m'entendjamais parler.
Toutefois en ce jour découvrons
quelque ebofe,
Mais agissons de bonne foy.
N'est-ilpas vray, Philis,qu'estant
auprés de moy ,
Vous me prcJ/èz souvent de v-os.
lévresderose,
Et que quand vostreespritsonge
amoureusement,
Vostre bras quelquefois me serre
étroitement?
Ne craignezrien,vous estessage,
Ie n'en diraypasdavantage.
Les Venitiens ont fait de nouvelles
Conquestes,dont je vous
parleray le mois prochain. Je
fuis, Madame, vostre
, &c.
AParis ee 3i. Octobre 1686.
Q QAvis. Voy qu'il ait paru quelques
Relations du Siegede Bude, - - -. le Public n'a fias laijje d'eu souhaiter
une encoreplusparticuliere,telle
que sont les Relations des Sieges de
Vienne e:,:,-d} Luxembourg,&pour le
sattsfaire3 onytravaille avec tant
de soin
,
qu'on espere la donner au
plustard le20.deNovembre.Comme
lePublic demandeaussi la fuite du
VoyagedesAmbassadeurs duRoy
de Siam en Frillue, on l'asseure
qu'ilserasatisfaitla-dessus, &
que s'ila estè content dela premcre
Partie3 il le sera encore plus de la
seconde., qui outre ce qui regarde
les Ambassadeurs
,
contiendra des
choses tres- curieuses, dont on n'a
point eu le détailqui pourraient
servir de matiere àplusieurs Volu
Qualité de la reconnaissance optique de caractères