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1686, 09 (partie 1)
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Eur.
511
m
1686.9
972
Eur 511 - 16.86, 9 1686,95
Mercure
FJ;
<
36624555100016
<
36624555100016
Bayer.
Staatsbibliothek
33
1
3
MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
SEPTEMBRE 1686 .
Divife en deux
Parties.
AV
PALAIS.
A
PARIS ,
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice.
Chez la Veuve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAUPHIN.
BT. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DV ROY,
Bayer che
Staatsbliothek
München
CE
AU
LECTEUR.
E
Mercure eft divifé
enn deux
Volumes
,parce
que la matiere qui le
remplit , n'auroit pu entrer
toute entiere dans un feul.
Quelques Particuliers , car
je feron tort au Public , fi
Tofois len accufer ,fe font
plaintsfouvent de ce que les
fecondesParties n'entroient
pas dans les
premieres, comme
fi deux Volumes d'une
â ij
Au LECTEUR.
feul. Ils
doit
égale groffeur , pouvoient
eftre reduits en un f
apportent pour raifon , que
lors que cette abondance de
matiere ferencontre, on
retrancher quelques Pieces
galantes & d'érudition. Il
y a deux réponses à cela ;
l'une , qu'ilfaut que le premier
Volume ait toujours
fon mélange ordinaire, parce
que le but que l'on a dans
cet Ouvrage eftant de le
vendre propre à toutes fortes
de perfonnes, il faut des
Au
LECTEUR.
Vers , des
Galanteries , e
des
Pieces
détachées pour
ceux qui
n'aiment pas les
Nouvelles des
Pieces d'érudition
pour les
Sçavans ,
& des
Nouvelles pour ceux
que ces fortes de
chofes ne
touchent
point.
Ainfi cha
cun eft content , ou doit le
fre du
moins en
partie; câr
les
Galans ne
voudroient
que des Vers 65 des
Hiftorres,
& les
Nouvell ftes que
des
Nouvelles
Maisquand
on
voudroit
fatisfaire ceuse
á j
Au LECTEUR .
qui demandent qu'on retranche
quelques Ouvrages
galans, lors qu'il fe rencontre
des fujets de fecondes
Parties , afin de les faire
entrer dans la premiere , le
pourroit on, e le quart tout
au plus d'un Volume qu'on
trouveroita retrancher ,
fourniroit il affez de place
pour en faire entrer un en
tier dansle mefm Volume?
On a tache de les contenter
"'il y a un mois ou deux, en
mettant la Relation du
Au
LECTEUR.
Voyage de M. le Chevalier
de
Chaumont à Siam , dans
le
Mercure; mais comme il
fut impoßible de la faire entrer
entiere , il falut avoir
recours à un fecond Volu
me que l'on vouloit éviter ;
ce qui a donné lieu au Public
de fe
plaindre de ce que
la Relation n'eftoit pas tou
te dans un feul Volume.
Cela eft cauſe qu'on s'arreflera
a lavis duplus grand
nombre
quand il fe
trouvera affez de belle maAu
LECTEUR.
&
tiere pour faire une feconde
Partie , on fatisfera le Pu
blic là- deffus. Ces feconds
Tomes font des Ouvrages
d'un grand travail ,
contiennent des détails fr
recherchez & fi curieux ,
que la pofterité ne les trouvera
pas ailleurs . Le Siege
de Vienne , l'Hiftoire du
Siege de Luxembourg , la
Relation de tout ces qui
s'eft fait devant Gennes
par l'Armée Navale du
Roy , le Mariage de MonAu
LECTEUR.
feigneur le
Dauphin , &
celuy de la
Reine
d'Efpagne
, font des
Morceaux
d'Hiftoire
traitez à fond ,
le
Public a
paru
ravy de
les
avoir
feparez,
pour n'efire
point
embarasse à les
chercher
parmy
Nouvelles du
Mercure Si
'ce qu'il en
couste à
quelques
Particuliers pour
avoir les
fecondes
Parties les
fait
parler , on peut leur
répondre
que l'on n'en
profite pas,
que les
Recherches
qu'on eft
1
les
autres
Au LECTEUR .
obligé de faire pour ces for
tes d'Ouvrages reviennent
à beaucoup , & que ceux
qui les font imprimer dans
les Pays Etrangersfur les
Exemplaires de Paris , &
quiles diftribuent dans tou
te l'Europe , en ont feuls
tout le profit ; de forte
qu'on ne les fait qu'afin
d'avoir le plaifir de foute
nir la gloire du Mercure ,
& pour montrer qu'il ne luy
échape rien. La feconde
Partie qu'on donne aujourAu
LECTEUR.
& buy a pourTitre ,
Voya
ge des
Ambaffadeurs
de
Siam en
France ,
contenant
laReception qui leur
a efté faite dans les
Villes
où ils ont paffé , leur Entrée
à Paris , les
Ceremonies
obfervées
dans
l'Audience
qu'ils ont euë du
Roy & de la
MaifonRoya
le , les
Complimens
qu'ils
ont faits , la
Defcription
des
Lieux où ils ont eſté ,
& ce qu'ils ont dit de remarquable
fur
tout ce
Au LECTEUR..
qu'ils ont vu. Ce Titre marque
affez les chofes curieufes
quece Volumerenferme,
& quand il n'y auroit rien
des Ambaffadeurs
de Siams
les Defcriptions
feules des
endroits de Paris où ils ont
efté, peuvent apprendre des
chofes dont jamais perfonne
ne s'est avifé de parler.
day to MERCURE
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1686.
JE
E me fens fi
penetré de
ce que j'ay à vous dire au
commencement de cette
Lettre , que ne
fçachant de
quels
termes me
fervir pour
bien
exprimer ce que je penfe
, j'aime mieux me taire , &
Septembre 1586. A
24 MERCURE
vous envoyer l'Edit de l'établiffement
de Saint Cir . C'eft
une Piece qui vous parlera
au lieu de moy , puis qu'elle
parle affez d'elle - meſme , &
que les quatorze
Articles
qu'elle renferme
,font autant
de fujets de Panegyriques
pour Sa Majeſté . Quel bonheur
pour nous , auffi-bien
que pour les François
qui
nous fuivront
, que Dieu ,
nous air donné un Monarque
, qui outre un nombre
infiny de grandes
chofes
qu'il a faites pour la gloire
de fes Peuples & pour leur
GALANT.
3
utilité , en a fait trois fi dignes
de fa
grandeur , & en
meſme temps fi
furprenantes
, que tous les
Souverains.
de la
Terre unis
enſemble
pour
former
quelque deffein
qui fift
affez
éclater
cette
union de
puiffance,
auroient peine à
imaginer,
& plus
encore à
executer
l'une de ces
trois
chofes .
Vous les
trouverez dans l'établiſſement
des
Invalides ,
dans
celuy des
Compagnies
des
jeunes
Gentilshommes
qu'on
inftruit en
pluſieurs
Villes ,
comme en des
Aca-
A ij
4. MERCURE
demies , & dans celuy de
S. Cir. Ces trois Etabliffemens
font la grandeur de Sa
Majeſté , puis qu'en récompenfanr
la Nobleſſe
qui a
fervy , ils donnent en mefine
temps moyen de continuer
à ceux qui en ont encore la
force. Les Invalides
font
qu'on trouve des Soldats, &
l'on pourroit
mefme dire
qu'eſtant
affeurez d'avoir
tout ce qui eft neceffaire
pour la vie dans un lieu fi
beau , qu'il eft peu de Souverains
qui ayent de plus
fuperbes Palais , ils brigues
GALANT.
ད་
roient
volontiers la
gloire
d'eftre
bleffez , & de
devenir
Invalides aprés le travail de
quelques
Campagnes , afin
de finir leurs jours
tranquillement
dans ce
magnifique
Hoftel , & avec tous les fe
cours qu'on peut
efperer
pour l'ame auffi - bien que.
pour le corps .
Quoy que
l'on donne, le nom d'Inva
lides à tant de
Braves ,
parce
qu'ils font hors d'eftat de
porter les armes , on ne peut
pas dire qu'ils foient entie .
rement inutiles , puis que l'établiffement
qu'on a fair
A
iij
6 MERCURE
que
pour
les
pour eux , fert à faire éclater
la gloire & la bonté de noftre
Augufte
Monarque
. Celuy
qui a efté fait
jeunes Gentilshommes
, n'eft
pas moins confiderable
. Ildécharge
les Peres du foin
leur donneroit
l'éducation
de leurs Enfans , & de
la dépenfe
qu'il leur faudroit
faire pour cela , & met les
uns & les autres en eftat de
fervir le Roy en meſme
temps . Il apprend
à ces jeunes
Gentilshommes
à eftre
Soldats
& Chefs , à obeïr &
à commander
; & il rend le
GALANT.
7
dur Métier de la
Guerre compatible
avec la crainte de
Dieu , ce qui n'eſt pas ordinaire.
Quant à
l'établiſſement
de la
Maifon de Saint Cir ,
il donne auffi lieu à la Nobleffe
de fervir le Roy , puis
que les Peres qui auront des
Filles dans cette
Communauté
, eftant
déchargez de
la dépense à laquelle les engageroit
l'obligation de les
faire inftruire felon leur naiffance
,
feront plus en pouvoir
de fervir le Roy avec
leurs Fils . Ce fage Prince qui
A iiij
8 MERCURE
laiffe la liberté là- deffus , fait
voir par l'Avant propos de
fonEdit, que la Communauté
de S.Cir eft particulierement
établie pour y élever les jeunes
Demoiselles dont les Peres
feront morts dans le fervi ,
ce.L'éducation desFillesn'eft
pas une chofe aiſée. On en
voitpeu qui dans un âge tendre
n'ayent du panchant
vers le monde. La jeuneffe
eft toûjours foible , & n'obeit
pas bien volontiers lors
qu'elle eft gouvernée par
d'autres que par un Pere &
par une Mere , fi ce n'eft
GALANT.
9
dans des Convens . Mais
combien de jeunes Filles
ont-elles de la repugnance à
y entrer , & quand il arriveroit
qu'elles n'en fentiroient
pas, combien y a- t'il de Gentils
- hommes qui n'ont pas
affez de bien pour les y mettre
? N'ont -elles donc pas
fujet de fe tenir tres-heureufes
d'eftre dans une Maiſon
comme celle de Saint Cir ,
où fans qu'on les oblige à
prendre le Voile , elles vivront
avec autant de regularité
que dans le Convent ,
& attendront l'âge , où l'on
10 MERCURE
a l'efprit affez meur pour
voir le party que l'on doit
prendre ? Que les prieres de
cette jeuneffe innocente doivent
avoir d'efficace auprés
de Dieu , & quelles benedictions
n'attireront - elles pas ,
& fur ceux qui ont formé ce
grand établiſſement
, & für
tout l'Etat ! Toutes ces chofes
font voir que LOUIS
LE GRAND fera toujours
Invincible , qu'il aura
toûjours des Soldats & des
Officiers autant qu'il en
pourra foûhaiter ›
que
le
Meftier
de
la
Guerre
leur
GALANT.
HI
fera
parfaitement
connu avant
qu'ils
ayent
fervy pour
l'apprendre, & que des ames
pures prieront
continuellement
pour la
profperité
de
fes Armes. Voicy
l'Edit dont
j'ay
commencé à vous parler.
Vous le
trouverez remply
d'Articles ou la
prudence
n'éclate
pas moins que
la grandeur , & vous
avouerez
qu'on n'en a pas
encore
veu de mieux
dreffé.
12 MERCURE
CA: CAPA CARAWAYaen : whts
EDIT D'ETABLISSEMENT
DE SAINT CIRLDie
OUIS la Grace de
par
Dieu , Roy de France &
de Navarre , à tous prefens &
à venir, Salut. Comme Nous ne
pouvons affez témoigner la fatisfaction
qui nous reste de la vas
leur & du zele que la Nobleffe
de noftre Royaume a fait paroiftre
dans toutes les occafions , en fe
condant les deffeins que nous avonsformez,
&que nous avons
GALANT.
13
fi
heureusement executez avec
l'affiftance Divine pour la grandeur
de noftre Etat , & pour la
gloire de nos armes; la paix que.
nous avonsfifolidement affermie ,
nous ayant mis en eftat de pou
voir eftendre nosfoinsjufque dans
l'avenir , & de jetter des fondemens
de la grandeur & de la felicité
durable de cette Monarchie ;
Nous avons étably plufieurs Compagnies
dans nos Places frontie
res , où fous la conduite de di
vers Officiers de Guerre d'un
merite éprouvé , Nous faiſons élever
un grand nombre de jeunes
Gentilshommes pour cultiver en
11 .
14 MERCURE
eux les femences de courage &
d'honneurque leur donne la naiffance
, pour les former par une
exacte fevere Difcipline aux
exercices Militaires , & les rendre
capables defoutenirà leur tour
la reputation du nom François;
Et parce que nous avons eftimé
qu'il n'eftoit pas moins jufte ,
moins utile , de pourvoir à l'edu
cation des Damoiselles d'extraction
Noble , fur tout pour celles
dont les Peres eftant morts dans
le fervice , où s'eftant épuiſez par
les dépenfes qu'ils auroient faites,
Je trouveroienthors d'eftat de leur
donner lesfecours neceffaires pour
GALANT.
15
les faire bien élever , aprés l'épreuve
qui a efté faite pendant
plufieurs années par nos ordres,
des moyens pour y réüffir , Nous
avons refolu defonder & établir
une Maiſon &
Communauté, où
un nombre
confiderable de jeunes
Filles , iffues de Familles Nobles,
particulierement de Peres
morts dans lefervice, ou qui y feroient
actuellement,foient entretenuës
gratuitement , & élevées
dans les principes d'une veritable
& folide piete , &
reçoivent
toutes les
Inftructions qui
peuvent
convenir à leur
naiſſance &
leur Sexe ,fuivant l'estat auquel
16 MERCURE
ilplaira à Dieu les appeller, enforte
qu'aprés avoir efté elevées
dans cette Communauté , celles
qui en fortiront puiſſent_porter
dans toutes les Provinces de notre
Royaume des exemples de modefiie
& de vertu, & contribuer,
foit au bonheur des Familles où
elles pourront entrer parmariage,
foit à l'édification des Maifons
Religieufes , où elles voudront fe
confacrer entierement à Dieu ;
auquel effet Nous avons fait acquerir
, conftruire meubler
de
nos deniers la Maison de Saint
Cir ,fituée prés de nofte Chasteau
de Versailles ; & il ne reste plus
GALANT
17 . •
qu'à declarer nos
intentions tant
pour lesfonds , que pour les Regle
mens neceffaires pour lentiere
execution d'un
établiſſement fi
utile & fi
avantageux ,
SÇAVOIR
FAISONS que pour cesCaufes , de
noftre propre
mouvement , pleine
Puiffance &
authorité Royale,
Nous avonsfondé , érigé & és
tably ,fondons ,
érigeons & éta
bliffons à
perpetuité par ces Pres
fentesfignées de noftre main , en
ladite
Maifon de Saint Cir , une
Communauté qui fera
compofée·
de trente fix
Dames
Profeffes ,
de deux cens
cinquante
Demoifel .
tes
d'extractions
Noble , & de
Septembre
1686 . B
18 MERCURE
vingt-quatre Soeurs Converses ,
poury eftre receuës ainfi qu'il fera
expliqué cy-aprés , & vivrefuivant
les regles & conftitutions
qui leur feront données par noftre
amé & feal Confeiller d'Etat
ordinaire , le S Evefque de
ج و ب
Chartres, dans le Diocese & fous
L'autorité duquel , & de fes Succeffeurs
, fera demeurera ladi.
te Maifon , pour tout ce qui dépend
de la Vifite , Correction &
Jurifdiction Epifcopale.
I.
Ne pourra ce nombre de tren .
te fix Dames eftre augmenté
pour quelque caufe er occafion
GALANT. 19
>
que cefoit , & vacation avenant
de l'une defdites places , par mort
ou autrement Nous voulons
qu'elle ne puiffe eftre remplie que
de l'une des deux cens
cinquante
Demo felles , qui fera choifie par
la
Communauté
, par la pluralité
desfuffrages , âgée au moins
de dix- huit ans
accomplis
, pour
eftre receu au Noviciat , & le
temps du Noviciat paſſé , à la
Profeffion ; Et lefdites Dames
feront les voeux ordinaires de
Pauvreté,Chafteté & Obciffan
ce, & un voeu particulier de con
facrer leur vie à l'Education &
Inftruction des
Demorfelles ; &
Bij
20 MERCURE
les vingt- quatre Soeurs Conver
fes feront pareillement receuës au
Noviciat dr à la Profeſſion , en
faifant les voeux de Pauvreté
Chafteté Obeiffance fuivant
les Conftitutions
.
II.
Pour regir ladite Maifon &
Communauté au Spirituel , ledit
St Evefque commettra pour tout
le temps qu'il jugera à propos ,
un Superieur Ecclefiaftique Seculier
qui nous foit agreable , & à
nos Succeffeurs.
111.
Nous nous refervons pour nous
& nos Succeffeurs Roys , la nomi.
GALANT. 21
2
nation & entiere difpofition par
fimple Brevet des deux cens cinquante
places des Demoifelles
pour par nous
en difpofer en faveur des Filles
Nobles ,
nos Succeffeurs
principalement de
celles qui feront iffuës de Gentilshommes
qui auront porté les Armes
. Voulons qu'aucune Demoifelle
nepuiffeeftre admiſe pour remplir
l'une defdites deux cens cinquante
places , qu'elle n'ait fait
quelque preuve de Nobleffe par titres
en bonne forme de quatre
grezdu côté paternel , en cas que
par le raport qui nous ferafait &
à nos Succeffeurs defdites preuves,
de.
22 MERCURE
elles foient jugées de la qualité requife
, Nous ordonnerons l'expedition
de noftre Brevet en fa faveur,
& fera le Procés verbal
contenant l'Arbre Genealogique,
avecles preuves de Nobleffe inf
crit dans un Registre qui fera
gardé dans les Archives de la
Maiſon.
IV.
Aucune
Demoiselle ne pourra
eftre pourveuë de l'une de ces places
, fi elle n'est âgée au moins de
fept ans accomplis , & celles qui
auront plus de douze ans n'y
pourront
eftre admifes. Celles qui
yauront
eftéreceuës , n'y pourront
GALANT. 23
demeurer que
jufqu'à l'âge de
vingt ans
accomplis , & trois
mois avant
qu'elles ayent
atteint
cét âge , les
Parens
feront
avertispar
le
Superieur de la
Maiſon ,
de les
retirer.
V.
Vaccation
arrivant de l'une def
dites deux cens
cinquante places ,
foitpar mort ou
autrement , le Superieur
la Superieure de ladite
Maifen feront tenus de nous en
informer
inceffamment
remplir la place
vacante d'une
autre
Demoiselle de la qualité
pour
requife.
ر
24 MERCURE
VI.
Les deux cens cinquante De
moiselles feront inftruites par les
Dames en tous les Devoirs de
pieté Chreftienne & autres
ج ر ب
exercices convenables à leur
qua
lité , fuivant les Regles e Conftitutions
de la Maifon.
VI
Les Peres & Meres des De
moifelles , leurs Tuteurs , ou à
leur defaut leurs plus proches parens
, pourront les retirer de ladite
Maiſon pour les pourvoir
par mariage, ou pour autres bonnes
confilerations & interests : de
Familles. Comme auffi lors que
ba
GALANT.
25
"
la
Superieure jugera á propos par
l'avis de la
Communauté de renvoyer
l'une
defdites
Demoiselles
àfes Parens , elle les fera aver
tir de la retirer , finon & en cas
de refus on delay , elle
pourra
fans aucune
aucune
formalité la leur renvoyer,
dont nous ferons
pareillement
informezpoury
pourvoir.
VIII.
Les trente - fix Dames de
S. Cir, les deux cens
cinquante
Demoifelles à noftre
nomination,
les vingt -quatre
Converfes
qui
compoferont la
Maifon &
Communauté, feront receuës &
entretenuës
gratuitement dans la
Sept. 1686 . C
26
MERCURE
Maifon , de toutes chofes neceffaires
pour leur fubfiftance , tant
enfanté qu'en maladie ; deffendons
tant au Superieur qu'à la
Superieure & Communauté de
fouffrir qu'ilfoit reçeu , pris ny·
exigé aucunesfommes de deniers,
rentes , ou autres chofes pour l'entrée
dans la Maifon , ou pour la
Reception au Noviciat & Profeffion,
fous quelque pretexte que
puiffe eftre , foit d'augmen..
tation , fondation , conceffion
de qualité , de
Bienfaictrice ,
Penfion , Aumônes à la Sacriftie,
Ornemens , frais de Ceremonie ,
de
Noviciat & de Profeffion , ace
GALANT.
27
chat de
meubles , ou
autres , en
quelque cas ou
occafion
que ce
foit , àpeine
d'eftre
procedéfui-
4
vant les
Conftitutions
de la
Maiſon
contre la
Superieure
on autre de ladite
Communauté
qui auroit
accepté un
prefent tel
qu'il puft
eftre , de
confifcation
des
chofes
données , & de condamnation
du
double
contre
ceux
ou celles qui
auroient
donné où
fait
quelque
Prefent , le tout appliquable
moitié à
l'Hôtel- Dieu ,
moitié à
l'Hôpital
General de
noftre
bonne
Ville de
Paris.
IX.
Pour la
Dotation ,
fubfiftan-
Cij
28 MERCURE
deffus ,
ce , & entretenement de la pre
fentefondation , Nous avons de
la mefme authorité que
donné , cedé , quité , transporté
delaiffé , Donnons , cedons ,
quittons , transportons , & delaif
Cons par ces prefentes à ladite
Maiſon & Communauté de
Saint Cir , dés maintenant à
toûjours pour Nous & nos Succeffeurs
Roys ladite Maifon de
S.Cyr, Baftimens & Meubles
que nous y avons fait faire , enfemble
la Terre & Seigneurie
dudit Saint Cir , & tous les Domaines
, droits & revenus mentionnnez
au Contract d'échange
GALANT. 291
paffe par les Commiffaires de
noftre Confeil on Deputez , avec
noftre cher & bien amé Coufin
le Duc de la
Feuillade , en confequence
de l'Arreft de nostre
Confeil , & ce à quelquefomme
le tout puiffe monter & reque
de
venir ; Et en outre Nous donnerons
à ladite Communauté la
fomme de cinquante mille livres
rente , en autrefonds de Terre
qui fera declaré quitte envers
Nous du droit
d'amortissemente
de tout droit d'indemnité envers
les Seigneurs de Fiefs , ainsi que·
ladite Maifon , Terre & Seigneurie
de Saint Cir , & en att
Ciij.
30 MERCURE
tendant que nous avons fait fournir
ledit fondsjufqu'à concurrence
defdits cinquante mille livres de
rente, Nous ferons payer à ladite
Maifon & Communauté par
chacun an la fomme de cinquante
mille livres à deux termes égaux,
de Saint Jean & Noël , & nous
la feront employer dans nos Etats
des Charges affignéesfur nos Domaines
de la Generalité de Paris,
au Chapitre des Fiefs & An.
mones.
X
Et d'autant
que ce Revenu ne
feroit pasfuffifant pour fatisfaire
aux charges d'une Communauté
GALANT.
31
1
finombreuſe , Nous
confirmons
pour plus ample doration & fon
dation Royale noftre Brevet du
deuxième May de la
prefente année
1686. pour
l'Union de la
Menfe
Abbatiale de
l'Abbaye de
S. Denys en France à ladite.
Communauté de S.Cir ;
Voulons
& nous plaift que toutes diligences
foient
continuées en Cour de
Rome , & Lettres
neceffaires expediéespour
la Suppreffion du Titre
Abbatial, & pour
l'Union des
revenus en dépendans , à ladite
Maifon &
Communauté , fans
neanmoins en ce fait
prejudicier à
Menfe conventuelle des Reli
Cüij
32 MERCURE
gieux , & fans que leur nombre
le Service Divin , les
Fondations en puiffent efire aucu
nement diminuées .
XI.
Deffendons expreffément à la
dite Maifon & Communauté de
Saint Cir , de recevoir ny accepte
à l'avenir aucune augmentation
de dotation & fondation de
quelque nature de biens que ce
puiffe eftre , fi ce n'eft de la part
des Roys nos Succeffeurs , ou des
Reynes de France , ou de faire
aucune acquifition en fonds , ou
d'accepter aucuns fonds , legs ny
oblations , fous quelque pretexte
GALANT. 33
que cefoit , mefme à titre de Confrairie
, neanmoins mettant en
confideration
que
ladite Communauté
a efté formée par les foins
la conduite de Madame de
Maintenon, Voulons
que
ladite
Dame puiffe faire au profit de la
die Maifon de Saint Cir , telque
bon
les difpofitions & dons
luy femblera , tant en meubles
qu'immeubles , lefquels ladite
Communauté fera tenue d'accepterfans
tirer à
confequence .
XII.
les Charges les
Ancas
que
dépences
de
la
Communauté
acquitées
, & aprés avoir laiſſé un
34 MERCURE
fonds de cinquante mille livres,
en referve pour les cas impreveus
befoins de ladite Communau
té , il fe trouve par l'arrefté des
Comptes du Receveur de la
Maifon , à la fin de chaque an
née , des deniers revenans bons ,
Nous voulons & ordonnons
qu'ils foient employez à marier
quelques - unes de ces Demoiselles,
fuivant le choix qui en fera par
Nous fait nos Succeffeurs Roys ,
fur la propofition qui en ferafaite
par la Superieure & la Commu
nauté. Voulons mefme qu'au défaut
dudit fonds , il foit pris des
deniers dans noftre Tréfor , pour.
GALANT.
35
contribuer à la dot de celles defsdites
Demoifelles , qui fe feront
diftinguées dans la Maifon par
leurpieté & bonne conduite , &
qui feroient agreables . Voulons
en outre que celles defdites Demoifelles
quiferont appellées à la
Religon , foient preferées dans la
nomination aux places des Religieufes
dont la difpofition nous ap
partient és Abbayes Royales ,
dans lesquelles ellesferont receuës
gratuitement , fuivant qu'il fera
eftimé à propos par Nous & nos
Succeffeurs Roys.
XIII.
Voulons & nous plaift , qu'en
36 MERCURE
Confideration de noftre prefente
Fondation Royale , ladite Com
munautéfoit tenuë de faire celebrer
une Meffe haute , & deux
Meffes baffe's tous les Dimanches
Feftes de l'année , & deux
Meffe's
les jours ouvrables,
à l'intention qu'il plaife à Dieu
nous donner & à nos
jes
ع و ب
nos Succeffeurs
les lumieres neceffaires pour gouverner
noftre Etat felon les Regles
de la Justice , & pour augmenterfon
culte & exalter fon
Eglife dans noftre Royaume ,
Terres & Seigneuries de noftre
Obeïffance , comme auffi à l'inten
tion de remercier Dieu, des graces.
GALANT. 37
qu'il répand fur Nous , fur noftre
Maison Royale & fur noftre
Etat. Nous voulons qu'à la
Meffe de la Communauté il
foit chanté le Pfeaume Exaudiat
te Dominus , avec le Verfet
l'Oraifon accoutumée , & à
la fin de Vefpres , le Domine
falvum fac Regem ; Et comme
nous mettons cette Maiſon fous
la protection de la Sainte Vierge
లో de Saint Louis ,
VOULONS
que l'une defdites deux Meffes
qui doivent estre dites chaque
jour, foit celebrée pour le repos
des Ames des Roys nos Predeceffeurs
, de la feuë Reyne noftre
>
38 MERCURE
>
laſe.
Epoufe , & aprés qu'il aura plû
à Dieu de difpofer de nous
dite Meffefera pareillement celebrée
à noftre intention ,
ront lefdites Dames tenuës de dire
à la fin de la Meffe de la Communauté
& Salut les jours cydeffus
un Deprofundis pour
le repos de noſtre Ame.
XIV.
Si nous trouvons par la fuite
des temps qu'il foit neceffaire
d'expliquer quelques- uns des Articles
de noftre Fondation , Nous
nous refervons la faculté d'y pourvoir,
comme auffi au Reglement
particulier de l'adminiſtration du
GALANT.
39
revenu temporel de ladite Maifon
, fans
neanmoins qu'il puiffe
eftre rien
changé ny
derogé par
Nous & nos
Succeffeurs aux
principaux Articles de la
preſente
Fondation.
Et
pour
que des
Prefentes
, Nous
voulons
qu'elles
foient
prefentées
au
Sieur
Evefque
de
Chartres ,
pour
eftre
par luy
decretées
en la
forme
preferite
par
les
Regles
de
l'Eglife.
SI
DONNONS
EN
MANDEMENT , & c.
l'execution
Canoni
Les
Vers que
vous
allez
lire ne
font pas
nouveaux ,
40 MERCURE
mais ils le feront pour vous,
puis que vous me dites qu'on
ne vous les a point encore
envoyez. D'ailleurs ils font
de Madame des Houlieres ,
& tout ce qu'elle fait eft fi
beau , qu'en tout temps on
le voit avec plaifir , Ils ont
efté faits fur le rétabliffement
de la Santé du Roy ,
aprés le mal dont Sa Majeſté
a efté guerie avant les accés
qu'Elle a eus de Fiévre
quarte.
GALANT.
41 .
S
11
-e
ב
1
I
IDTLE
DE
MADAME
DES
HOULIERESS
Sur le retour de la Santé
Paple
du
Roy.
Euples , qui gemiffez au pied -
de nos Autels ,
Qui par des voeux ardens , des foùpirs
& des larmes , ·
Demandez la fantédu plus grand?
des Mortels
,
Enplaifirs changez vos alarmes; ;
Couronnez vos teftes de fleurs ,.
LOVIS n'eft plus en proye à de
vives douleurs ,
Septembre 1686.. D.
42 MERCURE
D'unefanté parfaite il goûte tous
les carmes.
Dés fes plus jeunes ans à vaincre
accoûtumé ,
Il a dompté les maux qui luỷfaifoient
la guerre ,
Ils n'ont fervy qu'à montrer à
la Terre
Combien LOVIS cft grand , com
lien left aimé.

Tand's que devorez par des crain
tes mortelles
Nous cherchions en tremblant d'agreabl
s nouvelles ,
Tandis qu'il nous coutoit tant de
pleus , tant de cris ,
Lay, dont rien ne fçauroit ébranler
le courage
,
Regardoit fes douleurs avec unfier
mépris ,
GALANT.
43
Elles ne
paroiffoient que fur noftre
vifage.
Au milieu des
plaifirs
qu'enfante
un dux repos ,
- Eut-iljamaisl'esprit plus libre?
Vous le fçavez ,
Tamife , Elbe
Rin , Tage , Tibre;
Vous le fçavcz auffi , Mers , dons
il joint les flots.
Ces foins qu'on voit
toûjours
renaiftre,
Et dont , hors le.
Heros que nous
avons pour
Maistre ,
MulRay n'a porté Jeul le
penible
fardeau ,
Les a-t-on veu ceffer dans fes dou-
Adeurs cruelles
• Quoy qu'en des mains fages, fi
delles
Dij
44 MERCURE
Il eut pù confier le timon da
Vaiffeau?
Mais pourquoy dans des jours de
ftinez à lajoye
Rappeller des jours douloureux ?
Iouiffons du bonheur que le Ciel
nous envoye ,
LOVIS ne fouffre plus , nous
fommes trop beureux.
T
Que dans nos murs le travail
ceffe ,
Que le vin coule, qu'on s'empreffe
D'allumer d'innombrablesfeux;
Qu'on lance dans les airs de fi vi
ves eftoiles ,
Que leur éclat falſe pûlir v
Celles de qui pour s'embellir
La nuit femefes fombres voiles,
E
GALANT.
45
Et vous,qui par un fage choix
Preferez vos ruftiques toits
Aces lambris dorez , fous qui la :
temperance ,
La tranquillité , l'innocence,
Logent rarement avec nous ;
Bergers , pour qui la vie a fi peu
de dégoûs ;
[penfe
Bergers , plus heureux qu'on ne
Quittez le foin de vos troupeaux,
De
guirlandes parez vos teftes ,
Foulez l'herbe naiffante au fon des
chalumeaux
;
Que desjeux innocens, que d'agrea
bles feftes
-Ramenent les plaifirs que vous
aviez bannis ,
LOVIS ne fouffre plus , nos malbeurs
font finis.
Les Bergeres jeunes & belles ,
46 MERCURE
Qui font regner l'amour, & qui
regnent par luy,
Sont feules à plaindre aujour
d'buyi
Ie fremis des malheurs que je prévay
pour elles.
Ils font plus grands cent & cent
fuis ,
Quefi dans les plus fombres bois,
Sans chiens leurs m utens alloient
priftre
,
Que fur leurs foibles coeurs elles
vellent touj urs ,
S'il eft vray que la joye eft mere
des Amours,
La fanté de LOVIS en va plus
faire naiftre
Que le doux retour des beaux
jours.
Dans le mefme temps, M
GALANT.
47
Doujat , Doyen de l'Acade
mie Françoife , fit ce Madrigal
fur le mefme fujet.
MADRIGAL .
A
Rritons
Larmes ,
deformais nos
Elles ne font point de faifon ,
Le Ciel donne à
LOVIS
l'entiere
querifon
Dumal qui caufoit nos alarmes.
GrandDieu , qui de la France es
Peternel appuy's
'
Qu'au delà de Neftor noftre Monarque
vives
C'estl'unique fouhait qu'elle forme
aujourd buy.
Si ce bien par toy nous arrive,
Le reste nous viendra par luy.
48 MERCURE
On cherche en tous lieux
à donner des marques du,
zele ardent & refpectueux
qu'on a pour Sa Majefté.
Ce qui s'est fait au Ponteaudemer
en eft une preuve..
On y a celebré la Fefte de
S. Louis avec grande pompe
, fuivant le Concordat
que les Echevins de la Ville
ont fait du confentement du
Magiftrat avec les Peres Carmes
, pour une Meſſe qui ſera
chantée folemnellement
tous les ans à pareil jour dans
leur Eglife. Le Corps de la
Juftice & celuy de la Ville y
ont
GALANT.
49
}
ont
affifté cette
année,
ayant
à leur tefte M' le Gris, Lieutenant
General , & M d'Ar.
gences
, Lieutenant
Criminel.
M de
Tricqueville ,
Gentilhomme des
plus qualifiez
de la Ville , qui fe trouva
auffi à cette
Ceremonie
avec toute la
Nobleffe , fit
annoncer
la
Fefte le jour
précedent
par
quantité
de
Fufées
volantes
d'une
beauté
extraordinaire
. Elles fe
difperfoient en mille
figures ,
& dans la
plufpart , lors qu'-
elles
venoient à
produire leur
effet, on eftoit
ſurpris de voir
Septembre
1686. E
50 MERCURE
briller un Soleil avec le nom
augutte du Roy. Le foir il
donna un magnifique Regale
à un fort grand nombre
de Perfonnes confiderables
de l'un & de l'autre fexe . Le
jour de la Fefte , le Panegyrique
du Saint fut prononcé.
dans la principale Eglife de
la Ville , par le Pere de Romé,
Cordelier du grand Convent
, qui s'en acquita avec
l'entiere fatisfaction de fon
Auditoire. Il prit pour fon
texte ces paroles de S. Luc ,
Beati oculi qui vident que vos
videtis , & dit que nous ne
GALANT.
51
e
S
pouvions affez eftimer noftre
bonheur,de voir les prodiges
dont nous eftions les
témoins ; que nous
pouvions
dire que le
Siecle où nous
vivons ,
n'offroit à nos yeux
que des
Miracles , & que les
vertus
heroïques de noftre
incomparable Monarque , la
-
profondeur de fa
fageffe ,
l'empire qu'il poffedoit fur
fon coeur , bien plus étendu
que celuy qu'il a fur ſes Sujets
, la
fermeté de fon courage
, la vivacité de fes lumieres
, la force de ſes paroles,
l'integrité de fa juſtice ,
E ij
52 MERCURE
le nombre prefque incroya
ble de fes grands fuccés ,nous
engageoient au filence & à
l'admiration ; mais que ce
qui mettoit le comble à tant
de prodiges , c'eft qu’ïl faifoit
voir un parfait Chreftien
dans un Heros achevé , * &
qu'en mefme temps qu'il élevoit
la gloire du Trône , il
prenoit foin de procurer cel,
le des Autels , ce qui l'obligeoit
à repeter , que nous
eftions mille fois heureux
d'avoir veu foudroyer ces
Temples d'iniquité , ces retraites
malheureuſes , où
GALANT.
53
l'Herefie infolente fomen-
S toit fon venin , fes révoltes ,
fes menfonges ; que beaucoup
de Rois en ayant médité
l'entreprife , diverfes
Guerres l'avoient
ébauchée ,
le fuccés en avoit
e
1
mais
que
efté
refervé
au
Roy
,
&
que
c'eftoit
fur
tout
en
cela
qu'-
on
le
voyoit
digne
Succef
feur
de
S.
Louis
. Cet
Eloge
que
le Pere
de
Romé
étendit
avec
un
tour
fin
&
éloquent
,
luy
attira
un
aplaudiffement
general
, auffi
bien
que
rette
de
fon
Difcours
,
qui
fut
d'une
grande
utilité
pour
.
le
E ii
14 MERCURE
les nouveaux Convertis, puis
qu'il traita à fond tout ce qui
regarde l'Invocation des
Saints . Le Sermon finy , on
chanta l'Exaudiat en Mufique
, & l'on dit les Prieres
ordinaires pour le Roy . Les
Corps qui s'eftoient trouvez
à toute la Ceremonie, fortirent
dans le mefme ordre
avec leurs Chefs , & on alla
difner chez M' de Tricqueville
, qui fit un fecond Regale
auffi magnifique que le
premier. Quantité de Dames
s'y trouverent , & il envoya
de toutes fortes de confituGALANT.
55
S
1
res à celles qui ne
pûrent
eftre de ce grand Repas . Il
n'oublia dans cette
magnificence
ny
l'Hofpital general
, ny les
Prifonniers , auf-
$ quels il fit faire
diftribution
d'argent & de vin. Il fit pla-
E cer le Bufte du Roy dans une
place
éminente . Il' eftoit
d'Albaftre avec des
ornemens
d'or.
M's de
l'Academie de
Villefranche
en
Beaujolois ,
ont folemnifé la même Fefte
avec des
circonftances qui
meritent d'eftre fccuës . Le
matin ils fe rendirent dans
E iiij
$6 MERCURE
l'Eglife Collegiale , où Mr 'du
Chapitre chanterent avec
beaucoup de folemnité la
grand' Meſſe , qui fut ſuivie
de Prieres pour le Roy. M'
Libert Prieur d'Alys, y prononça
le Panegyrique de S.
Louis
, que Academie a
pris pour Patron . C'eſt un
Predicateur celebre dans ces
Provinces,diftingué de beaucoup
d'autres par de grands
talens naturels pour la Chaire
, & par une profonde erudition
foûtenue avec éclat
d'une éloquence forte & pe.
netrante. Son ſujet fut le zele
GALANT. 57
&
d de Saint Louis pour la Converfion
des Infidelles
vous jugez bien qu'il luy fut
aifé de faire entrer naturellement
dans fon Difcours
0. les Floges de Sa Majefté tou-
& chant la Converfion des
Heretiques ; mais comme
c'eftoit la matiere que l'Academie
avoit choifie pour
les Difcours publics de l'aprefdinée
, il ne fit que l'ébaucher
, afin d'en laiffer
toute la gloire aux excellens
Orateurs dont la Compagnie
eft compofée . A trois
heures aprés midy , les A
,
58 MERCURE
cademiciens en Corps fe
rendirent dans la Salle de
Mr Beffie du Peloux , Secretaire
perpetuel de l'Academie
, qui par fa magnificence
& par fon honnefteté,
contribue beaucoup tous les
ans à l'éclat de cès fortes
d'actions .. La Salle eftoit
remplie d'un grand nombre
de perfonnes Sçavantes , &
de la premiere qualité . Les
Dames y vinent dans une
grande parure , & avec une
propreté extraordinaire
. Les
Orateurs choifis pour faire
le Panegyrique du Roy für
GALANT. 59

le Triomphe de l'Herefie ,
eftoient M Mercier Docteur
en Medecine , & Directeur
de l'Academie , & M' Terraffon
de l'Abbaye Royale
de Joux Dieu . Ils s'en acquiterent
avec l'applaudiffe-
3ment de toute l'Affemblée.
Mr Duboft , Prefident en
l'Election , avoit fait un
- Poëme Latin fur le mefme
fujet , qui fut leu & écouté
avec beaucoup de plaifir. La
Compagnie fut invitée à ſe
rendre le lendemain en la
mefme Salle. On la trouva
parée de deuil pour
=
60 MERCURE
la Pompe funebre de M
Bottu de la Barmondjere
,
Seigneur de S. Fonds , un
des plus celebres Academiciens
de Ville- franche , fort
connu & eftimé par plu
fieurs Ouvrages d'Eloquen
ce & de Poëfie qu'il a donnez
au Public . If mourut au
mois de May dernier , cette
perte a efté grande pour ce
Corps . Elle a donné lieu à
une Elegie que leut M ' Mignor
de Buffy , Lieutenant
General au Bailliage de la
Province . Mr de la Roche ,
Avocat du Roy au mefme
GALANT. 61
Bailliage, fit l'Oraiſon Funeebre
avec ce beau feu d'ef
prit qui brille dans tous les
Difcours qu'il fait à l'Academie
, & dans les fonctions.
de fa Charge. Enfuite ces
M' allerent à l'Eglife Collegiale
qui eftoit tendue de
noir , & éclairée d'un tresgrand
nombre de Cierges,
: & ils affifterent au Service
qui fe fit pour cét Illuftre
Academicien
.
Le mefine jour , Feſte de
S. Loüis , il y eut un Salut fort
folemnel dans l'Eglife des
Peres Auguftins Déchaufféz .
62 MERCURE
de Noftre - Dame de Victoire.
La Mufique eftoit de
la compofition de M ' Laloüete
, Eleve de M' de
Lully , & fatisfit fort tous
ceux qui y affifterent . Ce
Salut fera chanté tous les
ans dans la meſme Eglife.
Je ne vous dis point le nom
de celuy qui l'a fondé . Il
cherche moins à eftre connu
, qu'à donner occafion
de . prier Dieu pour le
Roy.
Peut- eftre n'avez - vous pas
fçeu jufqu'à prefent que le s
de ce mois,jout de la naiffanGALANT.
63
ce de Sa Majefté , on diſoit
tous les ans une Meffe baffe
dans l'Eglife desClercs Regu
liers,dits
Theatins, pour rendre
graces à Dieu du prefent
qu'il luy a plû de faire à la
France en la
perfonne de ce
grand Monarque . C'eſt une
Fondation de la Reine Mere.
Le Pere Alexis du Buc , Superieur,
quin'oublie rienquand
il s'agit de marquer fon zele
pour Louis LE GRAND ,
a rendu cette année ce Re
merciment plus
folemnel ,
en faifant
chanter la Meffe
en Muſique . Elle eftoit de la
64 MERCURE
compofition de M' Lorenzani
, Maiſtre de Mufique de
la feuë Reyne . Tous ceux qui
l'ont entenduë avoüent qu'-
on ne peut rien faire de plus
beau. L'Exaudiat qui fuivit
la Meffe , charma toute l'Af
femblée . Elle ne fut pas
moins illuftre que nombreufe
, puis que M' le Nonce ,
& plufieurs Evefques s'y
trouverent.
Le foir M le Marquis
Duc de la Feuillade , celebra
le jour de cette heureuſe
Naiffance , en faisant tirer
quantité de Boëtes dans la
GALANT. 65
Place des Victoires . Cette
premiere décharge fat fuivie
d'unnombre infiny de Fufées
volantes , Ce
n'eftoient que
feux autour de la Place , & la
Figure du Roy eftoit environnée
de Haut - bois , de
Violons , & de Flûtes douces.
Tout un grand Peuple joüit
de ce
divertiffement pendant
trois heures entieres , &
ne pouvoit fe laffer de louer
Je zele de Mr de la Feüillade,
qui avoit déja fait lamef
me chofe le foir du jour de la
Fefte de S. Louis. Il y eut dia
ftribution de pain & de vin..
Septembra 1686. F
66 MERCURE
Je vous ay mandé que
Mademoiſelle de Scudery avoit
donné au Roy une Agate
qui reprefentoit Home
re . Sa Majeſté luy a fait don
ner enfuite une grande Medaille
d'or où eft fonPortrait,
& luy a marqué par là plus
d'eftime que s'il luy avoit
fait un plus grand Frefent ,
quoy que la Médaille foit
d'un poids
C'eft là deffus qu'on a fait les
Vers qui fuivent. On y a
donné le nom d'Alexandre
au Roy.
conſiderable.
GALANT. 67
A
A SAPHO..
Lexandre , il eft vray , merite
voftre Homere ,
Sapho , de deux coftez j'admire
voftre choix i
Mais ce charmant Heros . à qui
vous voulez plaire.
"Surpaffe également d'une commune.
voix ,
Tout ce que nous faifons & tout
ce que vous faites
Lors que vous luy donnez le plus
grand des Poëtes ,
Il vous rend le plus grand des
Rois.
Comme jamais Prince mai
Fij
68 MERCURE
merité tant d'Eloges que le
Roy , on a peine à fe borner
fur une fi belle & vafte matiere
. Mr de Vertron vient
d'en compofer un Livre entier
, & cependant bien loin
qu'il ait épuisé ce grand fu
jet , on peut tous les jours
écrire , & tous les jours dire
quelque choſe de nouveau
fur ce que fait ce Monarque.
Le Livre de M'de Vertron
eft intitulé , le Nouveau
Pantheon , ou le rapport des Divinitez
du Paganifme , des Heros
de l'Antiquité , & des Princes
furnommez GRANDS , aux
GALANT. 69
vertus & aux actions de LOUIS
LEGRAND , avec des Infcriptions
Latines
י
Françoifes
en Verse en Profe pour l'Hiftoire
du Roy , pour les revers de fes
Médailles , pour les Monumens
Publics erigez à fa gloire , &
pour les principales Statues du
Palais de Versailles. Le titre
de cét Ouvrage parle affez,
fans qu'il foit befoin de vous
en rien dire . Il marque
fecondité du genie de fon
Autheur & l'attachement
qu'il a pour ce qui regarde
la gloire du Roy.
la
Les Articles importans
70 MERCURE
qui ont remply mes dernie
res Lettres , ne m'ont point.
permis depuis quelques mois.
de vous envoyer la fuite des
Dialogues
de M Bordelon.
Celuy que vous allez lire ,
eft fait fur une matiere des
plus curieufes
, & pourra
defabufer beaucoup
de perfonnes
de voſtre Sexe , qui
ont de la foy aux Predi
ations.
ג
GALANT. 71
I
$
2252525255E55522
DES
CHOSES
DIFFICILES A
CROIRE.
5
DIALOGVE
NEVFIEME.
NEVFIÈME.
BELOROND ,
PHILONTE .
Ja
PHILONTE .
E viens de lire une particularité
hiftorique que
nous
pourrions
mettre au
nombre des chofes
difficiles
à croire , fi nous ne devions
pas eftre
convaincus , comme
nous l'avons déja dit tant
72 MERCURE
de fois , de la foibleffe de
l'efprit humain . C'est chez
Herrera que je l'ay leue lors
qu'il dit *
· que les Infulaires
,
du Ternate aux Moluques
pleurent aux Eclipfes du Sofeil
& de la Lune , parce
qu'ils croyent qu'elles doivent
caufer la mort du Roy
ou de quelque Grand .
BELOROND .
Bien des Gens plus éclai
rez que ces Peuples dont
parle Herrera , font tombez
dans des erreurs plus groffieres
à l'égard des Eclipfes . Ils
Tome 3. liv. 13. chap. 13 .
Y
GALANT.
73
y avoit autrefois des Philofophes
qui pretendoient que
l'Eclipfe de la Lune n'eftoit
autre chofe que la Lune en
travail , & ce travail n'étoit
que la violence que luy
faifoient les
Magiciens
pour
l'attirer en Terre , & s'en
fervir dans leurs enchantemens.
Les Vers Magiques ont
la force d'arracher la Lune de fon
Ciel , dit Virgile
. *
Carmina vel Calo poffunt deducere
Lunam.
* Eccl. 8.
*
Horace parle d'une fa-
0. 5. live 5.
Septemb. 1686.
G
74 MERCURE
meufeSorciere d'Ariminum ,
qui par les enchantemens ,
faifoit defcendre du Ciel la
Lune & les Aftres.
Qua fidera excantatâ
voce
Theffala ,
Lunamque
Calo deripit.
Les Sorciers faifoient croire
au Peuple , toûjours credule
& fuperftitieux
, dit un
habile Critique fur ce paffage
d'Horace , qu'ils avoient
le pouvoir d'arracher du
Ciel la Lune & tous les
Aftres par des enchantemens
, & de les faire defcendre
en Terre. Ils prenoient
"
GALANT
75
pour cela le temps des Ecliples
, & fe fervoient de cer-
2 taines pierres
tranſparentes
qu'ils avoient accommodées
de telle forte qu'ils y faifoient
voir , ou la Lune , ou
le Soleil .
Plutarque parlant
d'une Eclipſe de Lune , nous
apprend qu'en cette occafion
les Romains fonnoient
des
Inftrumens d'Airain , &
élevoient au Ciel de groffes
Torches allumées ,
s'imaginant
que par ce moyen la
Lune eftoit beaucoup foulagée.
C'est pourquoy Övide *
-
* Liv. 4. Metam .
G ij
76 MERCURE
appelle ces Inftrumens les
auxiliaires de la Lune.
·Cum fruftra refonant æra auxiliaria
Luna.
Et Juvenal parlant dans
fa Satire fixiéme d'une Femme
qui ne fait que babiller ,
dit qu'elle eft capable de
faire affez de bruit pour
-courir la Lune dans fon
travail .
fe-
Una laboranti poterit fuccurrere
Luna.
La raiſon de cette Ceremonie
felon quelques uns ,
eftoit qu'ils
craignoient que
le monde ne s'endormift
GALANT.
77
quand ils voyoient qu'un de
fes yeux commençoit à fe
fermer ; c'eft pourquoy ils
faifoient ces bruits pour l'é .
veiller , & fe fervoient de
ces
flambeaux allumez pour
luy donner la lumiere qu'elle
commençoit à perdre. Enfin
on ne pouvoit fe perfuader
que cét obfcurciffement fuft
une chofe naturelle . Les Armées
, comme nous l'apprennent
Plutarque en la
Vie de Nicias , & Quintilien
s'en eftonnoient en les
voyant , & laiffoient paffer
* Liv.
Giij
78 MERCURE
trois jours , ou tout le refte
de la Lune , fans vouloir rien
faire . C'eftoit un crime de
leze Majefté Divine que d'en
vouloir donner aucune cau
ſe naturelle . Anaxagoras en
fut mis en priſon . Protago
ras en fut banny d'Athenes .
Les Mathematiques en furent
condamnées , comme
dangereufes dans la Reli
gion. Aprés cela la Relation
d'Herrera vous doit-elle furprendre
, & aurez - vous de
la peine à croire ce qu'on
dit de Chriſtophe Colomb ,
qu'ayant predit aux Indiens
GALANT. 79
du nouveau Monde que la
Lune indignée contre eux
de leur barbarie, s'obfcurci-
7roit à l'heure qu'il leur marqua
, & qu'il avoit preveuë
par le moyen de l'Aftronomie
, il mit fes affaires en
meilleur eftat parmy cux ?
Cela ne feroit pas fans doute
arrivé s'ils avoient eu pour
eux un Pericles qui diffipaſt
leurs vaines frayeurs.
PHILONTE.
Je fçay bien que Pericles
eftoit un grand Capitaine ;;
mais je ne vois pas pour
G iiij
80 MERCURE
quoy vous le citez icy à pro
pos des Eclipfes.
BELOROND .
Vous le verrez fi vous
voulez vous reffouvenit que
Plutarque dit que Pericles ,
Capitaine Athenien , eſtant
preft de partir avec une Ar、
mée Navale pour aller affieger
Epidaure , il fe fit une
Eclipfe de Soleil qui donna
de l'effroy à tous fes gens ,
& particulierement au Pilote
de fa Galere , parce qu'ils.
penfoient que c'eftoit un
tres - mauvais prefage pour
leur navigation. Pericles
$
GALANT. 8t
voyant donc ce Pilote fi ef
frayé , étendit fon manteau
,
luy en couvrit les yeux , puis
luy demanda
fi cela luy
#fembloit
de mauvais
prefage
; le Pilote luy répondit
que non. Hé bien , dit Pericles
, il n'y a point d'autre
difference entre cecy & ce
peur,
qui vous donne tant de
le corps qui fait
finon
que
ces tenebres , eft plus grand
que mon manteau qui te
bouche les yeux. Tous les
jours le Peuple fe laiſſe faifir
par la peur ,
& s'alarme avec
auffi peu de raifon que ce
82 MERCURE
Pilote , & pour des chofes
plus legeres , & tous les jours
il fe trouve des gens fins ,
rufez & artificieux , qui fça
vent fe prevaloir de fa foibleffe
& de fa facilité. Tous:
les jours ils fe trouve des Af
trologues . qui veulent faire:
croire qu'ils arrachent , non
pas la Lune & les Aftres ,
mais leurs influences , fur
lefquelles ils pretendent fonder
la fuite des actions de
ceux qui font affez fimples
pour les croire , foibleffe
pour laquelle on ne peut avoir
trop de mépris ; erreur
GALANT. 83
qu'on ne peut trop detefter,
& fur laquelle je vous prie
de vouloir permettre
que
nous nous entretenions aujourd'huy
.
PHILONTE.
C'eſt avec plaiſir que j'écoûteray
tout ce que vous
me direz fur cette matiere ,
& ce fera en mefme temps
avec beaucoup de déference
à vos fentimens que je
vous temoigneray ce que
j'en penfe , puifque dans nos
derniers entretiens, j'ay con
nu que vous eftiez plus habile
que moy en cette ma84
MERCURE
r
?
tiere . Ne voulez -vous pas
bien que je vous dife par
exemple que l'Aftrologie
me paroift avoir fes utilitez
& fes certitudes : En effet ,
ne predit - elle pas fouvent.
certaines chofes accidentelles
qui dépendent
ordinaire
ment de l'Influence
des
Cieux , comme les maladies
generales , les grandes chaleurs
, les pluyes exceffives,
les fechereffes
extraordinai
res ? Ne nous apprend- elle
pas par des principes univerfels
, conftans & invariables
, les chofes qui doivent
GALANT.
85
neceffairement arriver fe
lon le cours
ordinaire que
Dieu a eſtably dans la Ñacomme
les Eclipfes ture
les
Revolutions des
Saifons,
le cours des
Etoiles & des
Planetes ,leurs
conjonctions,
leurs
afpects , & leurs
oppo.
fitions? Enfin
condamnerezvous
plufieurs
Predictions
qui ne font fondées
que fur
des
experiences
autant Phi
fiques
qu'Aftrologiques
comme
quand
elles
confeillent
de ne fe
point
expoſer
au Soleil
pendant les mois
qui ont des RR .
>
86 MERCURE
Menfibus rratis ad Solem ne
fedeatis.
ou quand elle nous fait remarquer
par les differentes
couleurs de la Lune les
differentes difpofitions
du
temps.
Pallida Luna pluit , rubicun
da flat , alba ferenat.
BELOROND .
Ce n'eft pas cette forte
d'Aftrologie que je crois impertinente
& criminelle ,
puifque Salomon meſme
confeffe qu'il tient imme
diatement du Tout- Puiffant
*
* Chap. 7. Sap.
GALANT
87
la
connoiffance du cours des
années , & de la
difpofition
des Etoiles ; mais c'eft celle
qui eftant fondée fur des
Principes
inconftans & variables
, predit avec aſſeurance
les chofes
cafuelles &
non neceffaires
, & celles
qui dépendent
de la volonté
de Dieu ou de la liberté de
l'homme , comme fi elles
eftoient
neceffairement
cau
fées par les Corps
Celeftes.
Enfin c'eft celle que nous
appellons
Aftrologie
judiciaire
, qui
pretend par l'infpection
des
Aftres
penetrer
88 MERCURE
dans l'avenir , & y découvrir
le cours de la vie des hommes
avec leurs fortunes ,
conditions , Etats , & autres
chofes qui dépendent
de
leur liberté.
PHILONTE
.
Cette Aftrologie eft pourtant
fort recherchée en plufieurs
Pays , & meſme dans
les plus éloignez , comme
nous l'apprenons des Relations
que nous en ont donné
des Perſonnes dignes de foy.
Herrera affeure que toutes
les affaires du Royaume de
la Chine fe refolvoient fur
GALANT. 89
dės
Obfervations
Aftronomiques
, le Roy ne faiſant
rien fans
confulter fon Thême
natal que luy dreffent
ceux du
College Royal , auf
quels il eft
feulement permis
d'étudier dans ce Livre
du Ciel .
Agathias dit *
les Perfes fe
fioient telleque
ment aux
Predictions
des
Mages qui
eftoient
leurs
Aftronomes ,
qu'ayant efte
affurez par eux que la
Veuve
d'un de leurs Roys eſtait
groffe d'un Fils , ils
couronnerent
le
ventre de cette
* Livre 4. Hift ..
Septembre 1586..
90 MERCURE
&
Reyne , & proclamerent
Roy fon Enbrion . Mr Bernier
nous apprend dans fa
Relation du Mogol , que la
Charge d'Aftrologue
y eſt
erigée en titre d'Office ,
qu'on n'y oſe planter un arbre
ou prendre un habit
neuf ſans l'approbation
de
cét Aftrologue. M ' Tavernier
dans fa Relation de
Perfe,& les Ambaffadeurs
de
la Compagnie
Hollandoife
dans celle de la Chine , confirment
la meſme choſe de
ces Pays. Delrio dit auffi
Liv. 3. Queft. 4. Sect. .
GALANT. 911
que cette Science avoit tant :
de credit en France du temps
de la Reyne Catherine de
Medicis , que les Dames
de la Cour n'ofoient entreprendre
aucune chofe fans
avoir auparavant confulté
les
Aftrologues , qu'elles ap
pelloient leurs Barons .
BELORON D.
Je fuis
perfuadé que cette
vaine
fcience a eu
credit
dans
prefque
tous les Pais
qui ont en quelque
connoif
fance du
cours des
Aftres ,,
& de leurs
révolutions . Je
fçay
mefme que
plufieurss
Hij
92 MERCURE
grands Hommes
ont donné
dans cette Erreur , qu'ils ont
regardé
les Cieux comme un
Livre , où Dieu a écrit l'Hiftoire
du Monde par le
moyen
des Eftoiles
; que
Plotin & Origene l'ont crû ,
au rapport
d'Euſebe
, * jufque-
là qu'Origene
voulant
confirmer fon fentiment par
quelque
chofe de bien fort ,
apporte
l'autorité
d'un Livre
apocriphe
attribué
au Patriarche
Jofeph , où l'on fait
dire par le Patriarche
Jacob
à fes Enfans , qu'il a lû dans
Pr. Evang. lib . 6. cap. 4. )
GALANT.
93
се
le Livre des
Cieux tout ce
qui leur doit
arriver , & à
leurs
Enfans. Legi in tabulis
cali quæcumque
contingent
vobis
filiis veftris . Je fçay enfin
que bien des Rois & des
Princes ont
donné cours par
leurs
exemples à cette
Science
, & qu'ils n'ont
fouvent
banny les
Aftrologues, qu'afin
de les
poffeder tous feuls,
& qu'ils n'ont
condamné
la
Judiciaire , que pour ſe referver
une
connoiffance qu'-
ils
envioient au refte des
hommes ,
comme fit
Vefpa
fien , fi
nous en
croyons
94 MERCURE
Dion ; mais tout cela ne
veut dire autre chofe , que
de mefme que tout homme
eft menteur, auffi tout homme
eft capable d'ajoûter foy
aux menfonges des autres , &
qu'ainſi quoy qu'une Erreur
foit receuë de plufieurs perfonnes,
& en plufieurs lieux ,
elle ne laiffe pas d'eftre erreur.
Que l'Aftrologie Judiciaire
foit une erreur , c'eſt
ce qu'il me fera facile de
prouver , aprés que j'auray.
répondu à tout ce que vous.
pourrez dire en fa faveur.
GALANT. 95
PHILONT E.
"
Vous fçavez le credit d'Ariftote
dans les Ecoles , &
que fes fentimens , s'ils ne
font pas receus, meritent du
moins qu'on prenne la peine
de donner de bonnes raifons
du refus qu'on fait de
les recevoir ; ainfi vous voulez
bien que je vous dife
qu'il me femble que les principes
de ce Philofophe paroiffent
eftre fort favorables
à l'Aftrologie Judiciaire. En
effet , il tient pour conftant
que rien n'arrive jufqu'à
l'entendement
qui n'ait paſſé
96 MERCURE
fur
par les fens , Nihil eft in intel
Etu , quod non fuerit in ſenſu.
Or felon la commune opinion
, les fens, comme materiels
, dépendent beaucoup
des Corps fuperieurs , qui
operent inceffamment
tout ce qui eft fublunaire.
L'entédement dépend donc
en quelque façon des Cieux,
& par confequent auffi la
volonté , puis qu'elle ne fait
rien que par la direction de
l'entendement. S. Thomas
meline en eft tombé d'ac
*
3
cord , difant
que les caufes
* Prima fec. qu. 9. art. 5.
celeftes
GALANT.
97
celeftes ne
caufent pas les
actions
humaines
directement
, mais feulement
indirectement
lors
qu'elles agiffent
fur la
matiere qui compoſe
l'organe des fens.
BELOROND .
Avant que de
répondre
à ce que vous venez d'avancer
, je veux bien vous dire
que je me
perfuade que fi
Ariftote avoit eu bonne opinion
de
l'Aftrologie Judiciaire
, & qu'il euſt ajoûté
foy à fes
promeffes , il en
auroit
témoigné
quelque
chofe dans fes
Problêmes ,
Septemb. 1686 .
Bayerische
Staatsbibliothek
Münchan
I
98 MERCURE
"
où il y a tant de Queſtions
Mathematiques , ou dans fa
Morale , où il difcourt des
profperitez & des adverſitez
qui dépendent de la Fortune,
ou dans fes Livres du Ciel &
des Méteores . Cependant ,
quoy qu'il ait eu tant d'oc
cafions de parler en faveur
de cette Science , il n'en dit
pas un mot , autant que j'en
puis juger par
la lecture que
j'ay faite de ces Ouvrages.
Pour ce qui eft de l'objection
que vous me faites , fondée
fur un de fes principes que
je ne me crois pas obligé de
GALANT.
99
1
recevoir , elle fe détruit ( entre
plufieurs
réponſes qui fe
tireront de ce que
j'efpere
vous dire dans la fuite ) par
la
confideration des
agens
libres, tels que nous
fommes
qui
cefferions de l'eſtre , ſi
nous pouvions eſtre forcez
dans le
libre
arbitre que
Dieu nous a donné. Le Ciel
peut bien
donner , fi vous
voulez , de
certaines difpofitions
à la
matiere , qui nous
donneront
quelque eſpece
d'inclination au bien & au
mal , felon la
doctrine de
S.
Thomas ; mais toutes ces
I ij
100 MERCURE
influences , outre que leurs
proprietez font inconnuës ,
ne nous fçauroient forcer à
faire , à dire , ou à penfer
quoy que ce foit , n'ayant
aucun pouvoir fur nous que
de nous émouvoir fimplement
, comme le dit le mef
me S. Thomas . * C'eſt tout
au plus ce qu'on peut re
cueillir de plus fort en faveur
de cette Science des Ouvrages
de ce faint Docteur , &
encore connoiſtrez - vous
dans la fuite de nos raiſonnemens
, que cette émotion
* 1. qu. Is . art. 4.
GALANT. IOI
eft fi
fimple & fi
legere ,
qu'à peine merite- t - elle d'en
porter le nom.
PHILONTE.
Mais vous ne
pouvez nier
que les chofes d'en haut font
encore , felon la doctrine
de
S. Thomas , * les caufes de ce
qui fe fait icy- bas . Ainſi la
connoiffance des caufes don
ne
tellement celle des effets ,
qu'en bonne
Philofophie on
ne fçait rien de bien que ce
que l'on connoift
par fa
caufe
, & par
confequent
celuy
qui
poffedera la Science
du
*
I. qu. 115. art. 38.
I. iij
102 MERCURE
Ciel , comme fait l'Aftrolo
gue , connoiſtra les effets de
ce qui fe paffe en terre dans
leur caufe , & les pourra prédire
avec certitude .
BELOROND .
Pour répondre à cela , il
ne faut que confiderer la
nature & les genres differens
des cauſes , dont les unes
font generales, les autres particulieres
, les unes éloignées
& les autres prochaines ; les
unes neceffaires & les autres
accidentelles . Or puis que
le Ciel ne peut eftre pris que
pour une caufe univerſelle
GALANT. 103
J. & éloignée , on ne peut pas
f dire qu'il pourra faire pré-
1 voir avec affeurance
des ef
fets finguliers qui dépendent
d'autres caufes plus prochai
nes , & fouvent fortuites ,
parce que , felon la doctrine
de l'Ecole & de la raifon ,
on ne doit jamais attribuer
précisément un effet particulier
qu'à fa caufe particu
liere , ny un effet univerſel
qu'à une caufe univerfelle ;
ce qui fait voir que tout ce
qu'on peut obtenir de ce raifonnement
, c'eft que fi on
connoiffoit bien cette caufe :
I
mij
104 MERCURE
univerfelle du Ciel , on pour
roit prédire par fon moyen
les effets univerfels , comme
font les differentes faifons de
l'année , les Eclipfes , & c.
Mais à l'égard des chofes
fingulieres
qui font infinies ,
& qui dépendent
de plufieurs
caufes qui concourent
en leur production
, c'eſt s'abuſer
, que de prétendre en
pouvoir lire Févenement
dans les Cieux . Vous me di
rez peut - eftre , que le Soleil
eft caufe de la lumiere & de
la chaleur, & qu'en s'approchant
ou en s'éloignant il
GALANT. 105
caufe la fuite & la viciffitude
1 des faifons , qu'il fait naiſtre
les plantes & les animaux ,
qu'il engendre même l'homme
avec l'homme ; que la
Lune remplit ou vuide les
coquillages & les os des animaux,
à mesure qu'elle croiſt
ou décroift ; qu'elle a un
pouvoir fingulier fur les chofes
humides ,
particulierement
fur la Mer dont elle
caufe le flux & reflux , &
que par confequent tous
ces grands Corps Celeftes
peuvent produire les effets
que leur attribuënt les Af
106 MERCURE
trologues que je condamne.
Pour réponſe , j'avouë
que le Soleil fait la diverfité
des Saifons, & que peut- eftre
la Lune remplit & vuide les
os & les coquillages , & eft
la caufe du flux & du reflux .
de la Mer. Cela fuffit - il pour
nous convaincre que les Aftrologues
puiffent prouver.
quelque chofe de femblable
des fignes du Zodiaque &.
de leurs degrez , de Saturne ,
de Mercure , & des autres
Planetes , ou que par aucune
obfervation
ils puiffent jamais
montrer le moindre
GALANT.
107
geeffet
qui fe doive plûtoſt raporter
à un Aftre qu'à un
autre ? En effet , les Aftres
n'eftant que des caufes
nerales à l'égard des chofes
d'icy - bas , nous ne devons
pas leur rapporter
la détermination
de chaque effet
fingulier, mais plûtoft à une
cauſe finguliere & determinatrice
qui foit icy - bas . De
mefme
qu'ayant à
expliquer
pourquoy
une telle Plante
naift & croift en cét endroit
là, & non pas dans celuy. cy,
& une autre au
contraire
dans celuy- cy , & non pas.
FC8 MERCURE
dans celuy là. Nous attribuons
cela aux femences ,
dont l'une aura efté jettée
dans cet endroit & l'autre
dans cet autre , & non pas
à l'eau dont elles font toutes
arrofées , parce que cette
eau eft feulement une cauſe
generale &
indifferente pour
toutes les Plantes . Enfin
comme ces Aftres ne concourent
pas feuls aux actions
des
hommes , c'eft une erreur
de vouloir leur en attribuer
le fuccez , & puif
que nous ne connoiſſons pas
mefme ces autres caufes qui
GALANT
109
nous font plus
prochaines
que les Aftres , n'eſt -ce pas
une
temerité de
pretendre
plûtoft
connoiftre la proprieté
de ceux - cy que de
celles là ? Nous
ignorons la
vertu des moindres
herbes
que nous foulons aux pieds ,
& nous voulons
connoiftre
la vertu des Aftres dont
meſme nous ne
connoiſſons
pas la nature. De plus, quelle
apparence
y a-t - il d'attribuer
au Ciel
feulement tous
les
évenemens de la vie des
hommes , s'il n'eft pas feul la
caufe de leur eftre ? Le Sc
110 MERCURE
leil &
l'Homme
produifent
un autre Homme , dit Ariftote
, & il pouvoit ajoûter
encore
plufieurs autres caufes
fubalternes outre la premiere
qui eft Dieu. Pourquoy
donc n'y aura- t- il que
le Ciel qui foit cauſe de tout
ce qui arrive aux Hommes ,
& s'il y a plufieurs autres
caufes qui
cooperent avec
luy en ce qui eft de noftre
bonne ou mauvaiſe
fortune,
comment fe pourroit- il faire
que la feule connoiffance
des Aftres nous donnaft celque
difent les Judiciaires? le
GALANT. III
Les
influences des Cieux ne
- peuvent bien
fouvent pas
tant fur nous que les Loix
& les
exemples .
Mais pour
vous faire voir la vanité de
cette
Science plus au long ,
voicy en quoy elle confifte
parriculierement
. Les Aſtrologues
Judiciaires
veulent
par
exemple que tout ce qui
doit arriver à un
homme
pendant le cours de fa vie ,
dépende du
moment precis
auquel il vient au monde ,
& qu'en
quelque
endroit
que foient alors les Aftres ,
&
principalement
les fept
112 MERCURE
Planetes , ils agiffent d'une
telle maniere fur cét Enfant
par les rayons qu'ils raffemblent
& dirigent conjointement
fur luy , qu'ils luy impriment
une espece de neceffité
de vivre un certain
efpace de temps determiné,
de mourir d'un certain genre
de mort , de fe marier
dans un certain temps ,
faire naufrage dans un autre,
un jour de perdre un Procés,
un autre de tomber malade ,
& ainfi de tous les autres accidens
differens & prefque
innombrables de la vie ; &
de
GALANT. 13
tout cela avec autant d'affu
rance
que files
Aftres
n'étoient
occupez
qu'à
former
la feule
deſtinée
d'un
En--
fant , &
cependant
en ce
mefme
moment
. il en
naiſt
une
infinité
d'autres
par
tou
te la terre , dont les fuites
de:
la vie
feront
d'une
incon
cevable
diverfité . Ils
n'ap--
puyent
toutes
leurs
conje
Aures
que fur un
moment
dont
ils
pretendent
avoir
une
connoiffance
parfaite
mais
comment
avoir
cette
connoiffance
,
puifque
l'en
fantement
fe fait
fucceffive
·
Septembre
1686..
K
114 MERCURE
ment ; qu'il eft tres- rare que
des Aftrologues foient à
prefens à la naiffance de cét
Enfant avec l'Aſtrolabe à la
main ( c'eſt à dire un Inſtru
ment qui ne peut avoir tou
te l'exactitude qu'on demande
) pour prendre ce mo
ment , & que la rapidité des
mouvemens Celeftes furpaffe
prefque l'imagination ? Ils
doivent fçavoir le veritable
lieu du Soleil & des Etoiles ,
ce qu'on ne connoift pas encore
affez. Ils doivent connoiftre
exactement la hauteur
du Pole , ce qui a eſté
GALANT. 15
1
obfervé
en
peu
de
lieux , &
ce qu'on peut dire n'eftre
connu
entierement en au
cun. Ces
connoiffances font
fondées fur les
experiences ,
difent
quelques- uns ; mais
comment pouvoir
prouver
ces
experiences ,
puifque
les Etoiles & les
Planetes :
n'ont jamais eu deux fois
une mefme
difpofition entre
elles , parce que la
grande
revolution celefte ne sachevera
qu'en trente fix ou
quarante- neuf mille ans
Ajoûtez pour
confirmertout
ce que je viens de dire con
Kijo
}
116 MERCURE
tre la vanité de cette fçience,
qu'en matiere de fçiences
réelles & veritables , la contrarieté
détruit la difcipline ,
comme dit fort- bien un Sçavant
de ce fiecle , d'une tresgrande
érudition . Or eft il
qu'on ne voit rien de fi different
que les principes que
fe font donnez les Aftrologues
chacun à fa fantaiſie ,
ny de fi contraire que leurs
Axiomes. Ils n'ont pû convenir
du calcul qu'il falloit
fuivre , ny de quelles tables
on devoit fe fervir. Les uns
approuvent les Prutheni
GALANT. 117
ques , les autres celles d'Alphonfe
, quelques- uns celles
de
Blanchin
, d'autres
celles de
Royaumont
, &
neantmoins
la
fuputation
des unes eft fort differente
de celle des autres ,
comme
ceux de l'Art font obligez de
l'avouer . Les Caldéens n'avoient
qu'onze fignes dans
le Zodiaque. Les Chinois
felon le Pere Trigault
, ont
cinq cens conſtellations plus
que nous. Ils ne s'accordent
point fur le fexe des Aftres .
Alcabice par exemple & Albumafar
font Mercure Ma
,
18 MERCURE
le. Il eft fouvent Femelle
chez Ptolomée , il le confidere
comme un Androgine
au fixiéme Livre de fon
Quadripartit , & depuis que
Tirefias eut mis cette difference
de fexe entre les Planetes
( d'où les Poëtes ont
pris fujet de dire qu'il avoit
P'une & l'autre nature ) on
n'a pu mettre d'accord les
Aftrologues fur ce fujet ;
mais voicy bien d'autres
contrarietez.....
PHILONT EL
J'avoueray , fi vous vou
lez , qu'il y a beaucoup de
GALANT. 119
contrarietez dans les
principes
de
l'Aftrologie
Judiciaire,
mais enfin que
pourriezvous
répondre à
plufieurs
exemples de
prédictions que
fes
Sectateurs ont faites , qui
font
arrivées avec
fuccés ?
On en
trouve un grand nom
bre dans les
Hiftoires anciennes
&
modernes , qui
femblent
juftifier cette Science
dans tout ce
qu'elle pro
met.
Entre
plufieurs que je
pourrois vous
rapporter icy,
en voicy
quelques uns que
je vay vous dire , qui meritent
bien
qu'on les écoute ,
120 MERCURE
quelque préoccupé qu'on
puiffe eftre contre la fcience
qui les a produis. Spirink ,
Aftrologue fameux , dit au
dernier Duc de Bourgogne ,
que s'il alloit contre les Suiffes
comme il s'y préparoit ,
il y periroit , ce qui arriva ,
quoy que ce Duc euft ré
pondu en fe moquant de la
prediction , que la fureur de
fon épée vaincroit facilement
le cours des Cieux &
de toutes leurs Planetes.Spartian
écrit qu'Adrian eftoit fr
bon Mathematicien
, qu'il
avoit accoûtumé de marquer
GALANT. 121
1
quer de fa main le premier
jour de Janvier ce qui luy
devoit arriver le refte de
l'année , mais qu'en celle où
il mourut , on trouva que fes
prédictions n'alloient que
jufqu'à l'heure de fon trépas .
Porphire affeure que lors
qu'il eftoit dans la réfolution
de fe tuer , Plotin leur fon
intention dans les Aftres , &
l'en détourna .
Richard Cer
vin reconnut , au rapport de
Thuan , * dans
l'Horoſcope
de fon fils Marcel , qu'il devoit
arriver aux plus hautes
* Lib. 15. Hift.
Septembre 1686 .
·L
122 MERCURE
Dignitez de l'Eglife , ce que
Luc Goric mit dans fon Livre
des Genitures , imprimé
à Venife trois ans avant que
Marcel fuft Pape . Un Landgrave
de Heffe , tres- habile
en l'Aftrologie Judiciaire ,
donna charge , encore au
rapport de Thuan , à Baradat
de dire au Roy Henry III.
qu'il fſee gardaſt d'une tefte
rafée , & vous fçavez qu'il
fut tué par un Moine. Enfin
l'Hiftoire de Tibere & de
Trafule eſt une des plus fameufes
qu'on puiffe rappor
ter fur ce fujet. La voicy ti-
1
GALANT.
123
rée de Tacite .
Tibere eftant
de loifir dans
Rhodes , voulut
fatisfaire fa
curiofité touchant
l'Aftrologie
Judiciaire.
Pour cet effet defirant
éprouver la
fuffifance de
ceux qui en
faifoient profeffion
il fe fervit d'un
,
lieu de fa
Maiſon fort
haut , élevé fur des rochers
qui fe perdoient
dans la
Mer , & où on ne
pouvoit
monter que par des
précipices
qui
rempliffoient l'efprit
de crainte &
d'horreur . C'eſt
en cet endroit qu'il faifoit
venir ceux qui fe
mêloient
Lij
124 MERCURE
de prédire l'avenir, les y faifant
conduire par un de fes
Libertins en qui il ſe fioit ,
homme auffi puiffant de
corps qu'ignorant
d'efprit.
Au retour cet homme ne
manquoit pas à un ſignal
de précipiter dans la Mer
ceux que Tibere avoit trouvez
trompeurs , comme
font la plufpart de ces fortes
de gens. Trafule fort fçavant
en cet Art , ayant eſté mené
en ce lieu comme les autres,
affeura Tibere qu'il feroit
Empereur, & luy revela plufieurs
autres chofes qui rele
GALANT.
125
gardoient l'avenir . Tibere
luy ayant demandé s'il fçavoit
bien fa
deftinée , celuyt
cy dreffe fon Theme fur
Pheure , enfuite pâlit , tremble
, & s'écrie enfin qu'il eft:
menacé par les Altres du
dernier moment de fa vie..
Tibere l'admire , l'embraffe
= & le tint enfuite pour un
Oracle , le
mettant au rang
de fes plus intimes Amis . Je
vous pourrois icy
rapporter
plufieurs autres exemples
aufficonvainquans que ceuxcy
, fi je ne craignois d'abu--
fer de voftre patience ; mais .
Liij .
126 MERCURE
vous repartirez peut - eftre
qu'il y a beaucoup d'exemples
de Prédictions qui fe
font trouvées fauffes ; on répond
que c'eſt une choſe
tres-évidente qu'il fe commet
beaucoup d'erreurs dans
toutes fortes de Profeffions ,
qu'on n'impute qu'à ceux
qui les ont mal exercées. La
Medecine, la Jurifprudence,
& mefme la Theologie ne
laiffent pas d'eftre eftimées ,
quoy qu'il y ait des Charlatans
, des Chicaneurs , & des
Heretiques , qui femblent
devoir les diffamer , & s'il
GALANT
127
falloit condamner les chofes,
à caufe des abus qui s'y com
mettent , les meilleures fe
devroient rejetter. Les Yvrognes
feroient cauſe qu'on
arracheroit la vigne , & les
Diables nous mettroient en
défiance des Anges de lumiere.
BELOROND:
Avant que je réponde en
particulier à toutes vos Hif
toires , & fans vous rappor
tericy plufieurs Prédictions,
qui fe font trouvées fauffes ,
& qui pourroient
détruire
celles
que
vous venez de
Liiij
128 MERCURE
m'apprendre , je veux vous
donner cinq réponſes generales.
La premiere , c'eſt que
les Aftrologues dont il s'agit
font tant de prédictions dif
ferentes , qu'il eft prefque
impoffible que le hazard
n'en faffe pas trouver quel
ques-unes de veritables , &
ce font feulement celles - cy
que l'on remarque dans les
Hiftoires. Il ne fe paffoit
point d'année ny de mois où
les Aftrologues n'annonçal
fent felon les conjonctures
tirées des affaires d'alors , plûtoft
que par l'infpection des
GALANT. 129
Aftres , à Henry le Grand
la terrible menace de fa
mort. Ils diront vray enfin ,
dit un jour ce Prince , & le
public fe fouviendra mieux
de la feule fois où leur prédiction
aura efté vraye , que
de tant d'autres où ils ont
prédit à faux. Il eft vray qu'-
un certain Oberius , Beneficier
de Barcelone , prédit à
peu prés le temps de la mort
de ce grand Prince ; mais il
ne falloit pas qu'il fuſt Aſtrologue
pour cela , car
voit avoir fceu quelque cho
fe de cet execrable deffein ,
il pou130
MERCURE
dont quelques Grands d'Efpagne
n'avoient pû fe taire ,
& dont le bruit eftoit tellement
répandu par tout, que
nos Ambaſſadeurs , & particulierement
M ' Bochart de
Champigny, qui eftoit à Venife
, en avoient écrit au Roy;
& qu'il ne venoit pas un de
nos Vaiffeaux du coíté d'Ef
pagne , qui ne demandaft
d'abord file Roy eftoit mort ,
parce que le bruit couroit
par toute l'Espagne qu'il
voit efté , ou devoit bientoft
eftre tué . La feconde
Réponse generale , c'eft que
GALANT.
131
l'ambiguité avec laquelle ces
Charlatans celeftes parlent
ordinairement , & les differentes
conditions qu'ils ajoûtent
pour ce qu'ils prédifent
, les mettent à couvert
de bien des
reproches qu'on
leur pourroit faire fur leur
ignorance, ou plûtoft de leur
mauvaiſe foy . Ils parlent ordinairement
avec ambiguité
, comme autrefois les Oracles
parloient , afin que
quelque chofe qui arrive ,
on interprete qu'ils l'ont
prédite , ou s'ils femblent
quelquefois
dire la choſe
132 MERCURE
fi
clairement , ils y ajoûtent
une condition
, afin que
par hazard elle n'arrive pas ,
ils puiffent en rejetter la fau
te fur cette condition , & que
fielle arrive, ils puiffent alors
fans avoir aucun égard à la
condition
, ſe vanter de l'a.
voir prophetifée
. La troifiéme
, l'ignorance
& la fimplicité
de ceux qui les interrogent
, leur aident fouvent à
trouver la verité , comme
vous me l'avez fait voir dans
voltre Hiftoire de ce Devin,
qui pour réüffir à Bourges
dans fon Art , faifoit acroire
GALANT.
133
qu'il ne
fçavoit pas
parler
François . La
quatrième , la
malice
induſtrieufe de ces
Faifeurs
d'Horofcopes verifie
fouvent leurs
prédictions ;
en
voicy deux
exemples.
Cardan
ayant prédit le jour
auquel il devoit finir ſa vie ,
& y eftant
arrivé , il fe laiffa
mourir de faim , felon l'opinion
commune de ce
tempslà
,
rapportée par
Scaliger &
M'de Thou, pour
conferver
fa
réputation .
Aubigny dit *
que le fils du Duc de Monpenſier
ayant pris le Pouffin ,
* Tom. 2. Hift . lib. 2.
134 MERCURE
fut
Place entre Lion & Marfeil .
le , comme on pilloit la Vil.
le , le jeune Noſtradamus ,
fils de Michel , qui avoit
affeuré M ' de S. Luc qu'elle
periroit par les flâmes ,
trouvé qui mettoit le feu par
tout , afin de verifier fa prédiction
; mais le lendemain
M ' de S. Luc , pour châtier ſa
malice , & en mefine temps
fe moquer de fa prédiction ,
luy demanda quel accident
notable luy devoit arriver
ce jour- là . Je n'en prévoy
point, répondit- il . Auſſi toſt
M ' de S. Luc le toucha , comGALANT
135
me en fe joüant , du bout
d'une baguette qu'il tenoit
en fa main; en mefme temps
le cheval fur lequel il eftoit
monté , fait à cela, luy porta
un fi grand coup de pied
dans le ventre , qu'il le creva
fur la place . Enfin la cinquiéme
Réponſe generale ,
c'eft qu'il ne faut pas croire
toutes les Hiftoires . Les
boeufs & les arbres ont parlé ,
chez Tite - Live , dont les
oeuvres ont efté condamnées
au feu par S. Gregoire . L'eau
des Rivieres s'y voit convertie
en fang , l'air & le Ciel
-
y
136 MERCURE
a
paroiffent pleins de Spectres,
& plufieurs animaux , outre
les hommes, y changent d'ef
pece . Ce n'eft pas pourtant
à dire que luy & la plupart
des autresHiftoriens
qui rap.
portent des Hiftoires fauffes,
ayent eu intention de faire
croire ce dont ils n'eftoient
pas eux- mefmes perfuadez .
Au contraire , ils debitent
tous ces prodiges de telle
forte , qu'on voit bien qu'ils
n'ont eu d'autre but que de
faire comprendre de quelles
erreurs le peuple eftoit alors
abufé , les loix de l'Hiftoire
les obligeant à cela .
GALANT.
137
Ces
réponſes
generales me
paroiffent
fuffifantes
pour
détruire les
confequences:
que l'on
pourroit
pretendre
tirer de nos
Hiftoires , en fa..
veur de
l'Aftrologie
Judiciaire.
Je n'en veux
pourtant
pas
demeurer là ,
parce que:
je
pretens
répondre en peu
de mots à
chacune en par
riculier.
Voicy
done mes
réponſes. Les Amis de cer
Duc de
Bourgogne , furnom
mé le
Temeraire ,
jugeant
fon
entrepriſe : contre les
Suiffes
temeraire & de
peur
d'utilité ,
puifque ce
n'eftoit
Septemb. 1686.
:
MI
138 MERCURE
s'il l'execuque
pour vanger
un autre
d'une charette
de peaux de
Mouton
enlevée
, exciterent
apparemment
Spirink
à luy
predire
fa perte
toit , afin de l'en détourner
,
s'il eft vray qu'il la luy ait
predite
auffi formellement
qu'on le rapporte
. Il fut facile
à Adrien
de predire fa
mort fi voftre Hiſtoire
eft
veritable , puis qu'aprés l'avoir
cherchée par plufieurs
moyens , il fe la cauſa luymefme
en fe laiffant mourir
par defefpoir , aprés avoir
néprifé tous les confeils de
GALANT.
139
fes
Medecins . Por phire eft
un menteur en cette occafion
auffi- bien
qu'en plufieurs
autres. Je fçay
bien
que les Rabins ſe ſont imaginé
que le Ciel eftoit plein
de
Caracteres qui nous
pouvoient
apprendre
bien
des
chofes
cachées , & que
Poftel s'eft vanté
hardiment:
d'y avoir lû
confufément
tout ce que contient
la Na
ture ; mais ce font des vi
fions
indignes de
repartie..
Je voudrois
bien
demanderr
à ceux qui pretendent faire:
valoir ce
Rabinage pourr
Mij
140 MERCURE
qui eſt fait ce bel ABC des
Cieux , puis qu'il n'appar
tient pas à l'homme de connoiftre
les momens de l'avenir
, dont Dieu felon l'Evangile
, s'eft refervé à luy
feul la , connoiffance
? Pour
ce qui regarde le Pape Marcel
, il n'y a rien dans cette
hiftoriette qui me furprenne
, quand je fais réflexion
qu'il n'y a guere de Cardinaux
dans Rome, à qui quelque
Aftrologue n'ait promis
la Chaire de Saint Pierre s'ils
en ont voulu écouter . La
mort d'Henry III . n'eftoit
GALANT. - 141
geoit
pas extremement difficile à
deviner à ceux qui estoient
inftruits dans la Politique
,
& dans les affaires du temps
de ce Roy. La grande prudence
du Landgrave
qui junaturellement
tresbien
des affaires du monde ,
luy put faire donner cét avis.
L'Hiftoire de Trafule me.
paroift un vray conte ; car
comment tant d'hommes
euffent- ils efté jettez dans,
la Mer fans que la Juſtice ,
ou du moins Trafule en
euffent efté avertis Mais
quand mefme le fait feroit
142 MERCURE
veritable, Trafule ayant confideré
l'affiete du lieu , l'air
du vifage de Tibere , ou plufieurs
autres marques qui
paroiffoient le menacer ,
put facilement connoiftre
le danger où il eftoit , & par
confequent le deviner ; mais
pourtant en faifant croire
qu'il le voyoit dans les Affe
tirer d'affaires .
tres
pour
Mais
afin
de confirmer
ce
que je viens
de vous
répondre
, pour
prouver
que nous
ne devons
ajoûter
aucune
foy à ce que
nous
promet
cette
fçience
, je veux
encore
GALANT. 143
vous faire voir ' fes ridiculi
tez , fon impieté , ſes dangereuſes
maximes , & fon
inutilité , quand meſine elle
feroit veritable dans fes Predictions.
Entre un nombre prefque
infiny d'impertinences & de
ridiculitez je choisis cellescy.
Les Aftrologues judiciaires
font des fignes feconds
comme les Poiffons ,
des fteriles comme la Vierge
, des fpirituels comme les
Jumeaux , des ftupides comme
le Taureau des beaux
& des laids , des gras & des
144 MERCURE
maigres , de ruminans & de
non ruminans , de coleriques
, de patiens , & c. Ils
foûmettent
les Regions
, les
Provinces & les Villes à ces
fignes , par exemple la France
au Belier, l'Italie au Lion,
la Norvegue au Scorpion ,.
Marſeille au Belier , Paris à
la Vierge , Avignon au Sagitaire.
Il n'y a pas jufques
aux parties du Corps qu'ils
ne faffent fujettes à de certains
fignes , comme la tefte
au Belier , le col au Taureau,
& c. Saturne & Mars felon
ces, ridicules Superftitieux
proGALANT.
145
promettent une courte vie ;
Jupiter & Venus une longue
,le Soleil, des Charges &
des Commandemens
; Mercure,
des Sciences ; la Lune,
des Voyages ; Saturne &
Mars dans une certaine
Maifon, des miferes & de la
pauvreté , Jupiter & Venus ,
de l'abondance ; le Soleil de
la beauté , Mercure de la faveur.
Saturne à les entendre
dire prefide à l'Agriculture
,
Júpiter au Gouvernement ,
Mars à la Guerre , le Soleil
aux honneurs , Venus aux
Amans , Mercure à la Mar-
Septemb. 1686. N
146 MERCURE
chandife , &c. & tout cela
fans aucune autre raison que
celle de l'imagination & du
caprice qu'ils prennent pour
regle des évenemens
des
16
chofes les plus ferieufes &
les plus confiderables de la
vie. Mais l'Aftrologie judiciaire
n'eft pas feulement ri
dicule , elle eft encore im
pie dans plufieurs de fes Aphorifmes
, foumettant la
Religion & les chofes les
plus faintes à fes extrava
gances. En voicy des exemples.
Celuy qui naiſtra , dit
Maternus , ayant Saturne
GALANT. 147
>
dans la Maifon du Lion ,
fon ame ira droit en Paradis
quand il mourra. Quiconque
priera Dieu , dit Apo-.
nenfis , lors que la Lune eft
conjointe à Jupiter dans le
Lion , quelque chofe qu'il
demande , il eft affuré de
l'obtenir. Il fuffit , felon Albumafar
, d'avoir en fa naiffance
la Lune conjointe à
Jupiter dans la tefte du Dragon
, pour eftre affeuré que
Dieu ne nous peut rien refufer.
Nous devrions aux Elections
des Papes invoquer
Mercure , felon Borat en fa
Nij
148 MERCURE
Preface fur la Theorie des
Planetes . Voicy encore d'autres
Impietez femblables tirées
de la Somme Anglicane
d'Omer , d'Haly , d'Alcabice
, de Villeneuve & de
Schoner , dans lesquels on
en trouvera plufieurs autres,
Si les Jumeaux afcendans avec
Mercure & Saturne dans
le Signe du Verſeau , rempliffent
la neuviéme Maiſon,
il eft impoffible qu'il n'en
naiffe un Prophere . Mars
bien placé dans la neuviéme
Maifon du Ciel , donne le
pouvoir de chaffer les De
GALANT.
149
mons des Poffedez . Tiberius
Rullianus & un autre que
je ne veux pas nommer pour
caufe , ont ofé faire l'Horof
cope de Noftre Seigneur auraport
de Petrus de Aliaco
aprés Albert le Grand . Hierofme
Colombe trouve que
toutes les Vertus de ce Dieu
Incarné font viſibles dans
cét Horoſcope , & Cardan
qui aime à dire des chofess
extraordinaires , & qui font
pour moy tres- difficiles à
croire ,
pretend que ſon genre
de mort y eft tout marqué
dans une mauvaife po
N iij
150 MERCURE
fition de Mars . Il y en a
qui font Saturne autheur de
la Religion Judaïque , d'où
vient le jour du Sabath des
Juifs au Samedy ; Venus du
Mahometifme , c'eft pourquoy
le Vendredy
y eft ref
pecté
, & la Luxure
cruë une
grande
felicité
. Ils croyent
le Soleil
autheur
de la Chrêtienté
, & que par cette
rai- fon nous
avons
mis noftre
Dimanche
au jour foûmis
,
à cette
Planete
Je ne veux
point
répondre
à toutes
ces
extravagantes
Impietez
. Bardefanos
Syrien
, le plus fage
GALANT 151
des Caldéens , leur va répondre
mieux que moy dans
Euſebe . Vous divifez , ditil
, le monde en fept Climats,
dominez par chaque Planete
; mais fous chaque Climat
, combien de Nations
Sous chaque Nation combien
de Provinces ? Sous
chaque Province combien
de Villes differentes en Loix,
en Dieux & en Religions
Aux Indes fous un mefine
Climat , les uns mangcat les
hommes , les autres s'abftienne
de toute chair les uns.
;
Liv, 6. Chap. 18: de la Pr.:
N. iiij
152 MERCURE
adorent les Idoles , les autres
n'en reconnoiffent aucune.
Les Magiciens qui fortent
de Perfe en quelque lieu
qu'on les tranfporte , fontinceftueux
felon leur coûtume
, & les Juifs épandus par
tout le monde, fous quelque
Climat qu'on les loge , ne
changent ny de Religion
ny de façon de vivre . Enfin
un Peuple part d'un Climat
& va donner de nouveaux
Dieux & de nouvelles Loix
à l'autre , fans que le Climat
où il va luy aporte aucun
empefchement . Les Forelts,
GALANT. 153
les Montagnes & les Rivie
res rendent plûtolt les Loix
differentes que les Climats
& les Signes. Les Coûtumes
& les Victoires reduifent les
Loix en une , en dépit des
Climats de Saturne , de Jupiter
& des autres Planetes
En effet , d'où vient qu'aux
Provinces ou autrefois Ve-.
nus & Mercure eftoient adorez
, ces Signes eftant au
mefme lieu , cependant les
Dieux en font abolis &
chaffez ; & comment la Loy
Judaïque dure.r elle encore
fous tous les Climats , quoy
154 MERCURE
qu'elle foit bannie du fien
propre ? Comment la Religion
Mahometane fubfiftet
- elle où fut autrefois le
Chriftianifme , & la Chreftienne
où eftoient autrefois
les fanglans Autels de Satur
ne & de Mars ? Eft ce que
les Signes qui préfidoient
dans le lieu où regnoit, par
exemple , la Loy Judaïque ,
ont changé de place dans les
Cieux pour la fuivre en quel.
que lieu qu'elle ait efté por.
tée ? Il faut que ces Aftrolo
gues foient réduis à faire cette
impertinente réponſe , ou
GALANT. 155
à avouer que leurs raiſonnemens
ne font fondez que fur
l'erreur & le menfonge. Ileft
maintenant facile de faire
voir , aprés ce que je viens
de dire,les dangereuſes confequences
de cette Science ,
puis que toute forte d'Impie
téne peut fortir que d'un fujet
fufpect & dangereux . Je
veux pourtant ajoûter icy
quelques penſées qui ne font
moy, pour confirmer
danger qu'il y a de s'appliquer
à l'étude de toutes
çes folies & extravagances
.
Origene rapporté par Eufepas
de
156 MERCURE
fi
be , * dit
nettement que
Tes Aftres ont quelque pouvoir
fur noftre volonté , il
s'enfuit
premierement que
nous ne fommes pas libres ,
& par confequent
que ne
pouvant , meriter ny démeriter
, nos actions ne font
dignes ny de lotiange , ny
de blame .
Secondemnent, que
noftre Foy , la venue du Sauveur
du monde , & toutes les
Prédications des Apoftres
font inutiles. Troifiémemint
, qu'on ne peut avec
juftice nous imputer les plus
* Lib. 6. de pr. Evang, crp, ..
GALANT.
157
1
grands
crimes, puis que nous
y tombons
par la
dure neceffité
que Dieu nous
impofe
par les
influences des Aftres.
Quatrièmement , qu'il
eft
inutile de
prier , de faire
des voeux , & de
démander à
Dieu le
fecours de fes
graces
.
Hébien , en faut- il davantage
pour
convaincre
ceux qui ont un peu de Religion
, de
l'horreur que l'on
doit avoir
d'uneScience, dont
les
confequéces font fi pernicieufes
.
S.Bafile
ajoûte cetre
reflexion : Si le bien & le mal
que nous
faifons, ne font pas
18 MERCURE
en noſtre liberté , & qu'ils
dépendent
de la neceflite fa
tale que nous impofent les
influences
des Planetes dans
noftre naiffance , en vain les
Legiflateurs
ont preferit
ce
qu'il faut faire & ce qu'il faut
fuir. En vain les Juges honorent
la vertu , & puniffent
le
crime. Enfin fi noftre
naiffancenous
impofe
une necef
fité d'agir , nous ne pouvons
ny louer les Gens de bien ,
ny blâmer
les Impies
, dit *
Saint Ambroife
. Il eft vray
que les Aftrologues
Judiciai
Lib. 4 , Hexamer. cap . 4 .
E..
GALANT.
19
res
difent que les
Cieux ne
font
qu'incliner
fans
forcer
perfonne , que le Sage
donne
la loy aux
Aftres ,
Sapiens
dominabitur Aftris , &
qu'on
doit
prendre
leurs
regles
comme
tenant le
milieu entre
le
poffible & le
necef
faire ;
mais
toutes ces
prote
ftations ne
font
faites que
pour
ofter le
fcrupule à
ceux
qui
feroient
fans cela confcience
de les
écouter : car
quand il
s'agit de
pratiquer
leur Art , ils
prononcent
auffi
décifivement , que fi au lieu
d'animaux
libres &
raifonnat
160 MERCURE
bles , nous n'eftions que de
vrayes Marionnettes attachées
aux Aftres par des influences
, comme par des
cordes , de qui nous receuf.
fions tous nos mouvemens
,
fans en avoir aucun de propre.
Enfin quand mefme
Î'Aſtrologie
Judiciaire ne ſeroit
nyridicule , ny impie ,
ny dangercufe
, elle feroit
encore à méprifer à cause de
fon inutilité , parce que
bien qu'elle promet , nous
defefpere s'il ne vient pas ,
& s'il vient , l'attente en eft
ennuyeuſe
, & l'efperance
en
le
GALANT.
165
diminue ce qu'il y a de plus
fenfible ; & fi elle nous menace
de mal ,
l'imagination
nous le fait
fentir
avant qu'il
arrive ; & s'il
n'arrive pas , la
crainte n'a pas laiffé de nous
faire
fouffrir
quelque
peine..
PHILONTE
En
voilà
affez
pour me
faire
avoir de
l'horreur
pour
cette
Science , du
mépris
pour
ceux
qui la
mettront
en
pratique
, de la
compaffion
pour
la
foibleffe
& la
fotte
facilité de
ceux
quisi
leur en
donneront
occafion ,
& en
mefme
temps
pour
Septembre
1686 .
162 MERCURE
m'engager
à mettre au nom
bre des chofes difficiles
à
croire tout ce qu'on pourra
dire en faveur des Faifeurs
d'Horoſcopes
, & autres pareils
Charlatans
celeftes.
On fait des Automnes
comme des Printemps
, &
puis que nous commençons
à entrer dans cette faifon ,
je vous en envoyé un de M
Luder.
દે
1
1
I
P
M
GALANT. 163
AIR NOUVEAU.
D
Oux Raifin, dont l'Amour".
redoute la puiffance,.
Iimplore à mon fecours voftre airmable
liqueur 5
Ius divin , toft , coulez jufqu'au.
fond de mon coeur ,
Et faites-y toûjours regner l'indifference.
Mais belas! plus je bois de ce
jus de l'Automne ,
Plus Climene me rend fenfible
Tes appas..
Ah! jay beau m'enyorer, la ruifon
m'abandonne ,
Mais le cruel Amour ne m'abans
donne
pas...
1

ij
164 MERCURE
Je ne vous ay point parlé
d'un Carroufel qui s'est fait
depuis quelque temps à Florence
, & qui repreſentoit la
Sageffe & la Valeur , fous la
conduite de Mr le Prince Ferdinand
, Fils aifné de Monfieur
le Grand Duc de Tof
cane . C'est un Prince fort
bien fait , âgé feulement de
vingt trois ans , grand , de
belle taille , & qui eft tresbien
à cheval Comme il a
eſté élevé dans tous les Exercices
Militaires , il a voulu
prendre pour fujet de cette
Fefte Pallas & Mars , qui enGALANT.
165
F
E
voyent leurs Champions ,
contre les Hydres , & autres,
Monftres qui troublent le
repos de la Terre . Le jour
qui avoit cfté choify pour ce
grand Spectacle eftant arrivé
, M. le Prince Ferdinand.
fe rendit dans la grande Pla-.
ce qui eft devant l'Eglife:
de Sainte Marie Nouvelle
à la tefte de trois
Quadrilles
de Pallas , & de trois autres
Quadrilles de Mars ,
compo-.
fées des
Gentilshommes les.
plus qualifiez de Florence .
La premiere Quadrille de
Pallas portoit jaune & ar166
MERCURE
gent , la feconde noir & ar
gent , & la troifiéme incarnat
& argent. Tous leurs habits
eftoient magnifiques
,
auffi bien que ceux des Chevaliers
des trois Quadrilles.
de Mars , dont les couleurs.
eftoient , le blanc , le vert ,
& le bleu , meflez avec l'or.
Toutes ces Quadrilles fe
placerent au milieu de la
Place , qui eftoit environnée
d'échaffauts dreffez en ovale
, & peints en marbre avec
des Corniches. Il y avoit alentour
fix rangs de degrez,
& un grand nombre de Lo
GALANT. 167
ges pour les Spectateurs.
Celle de Monfieur le Grand
Duc de Tofcane eftoit toute
peinte , & la dorure n'y
avoit pas efté épargnée
.
Quantité de Vafes & de Statues
contribuoient à fon ornement.
Madame la Grande
Ducheffe Mere , les Princes
& les Princeffes y eurent
place , ainſi que la plus grande
partie de la Cour. Il y
eut plufieurs Choeurs de
Mufique , compofez de differens
Inftrumens , & des
meilleures voix d'Italie. M
le Prince Ferdinand
+
ac
168 MERCURE
compagné de M le Mar ..
quis Corfini , Marefchal de
Camp , rangea les fix Quadrilles
à droit & à gauche..
Il eftoit tout brillant de pier
reries , & veſtu à la Romai
ne , & avoit autour de luy
quantité de Pages & d'Eltafiers.
Les Chevaliers des
Quadrilles eftoient auffi ha
billez à la Romaine . Mars
& Pallas qui les commandoient,
eftoient dans de ma.
gnifiques Chars. Auffi - toft
que ces deux Divinitez eurent
donné le fignal, chaque
Chevalier
fe prepara à com
batre
GALANT. 169
couvri
batre , & les Monftres fortant
des Cavernes
rent le Champ de Bataille ,
& fe rangerent en un Corps
quarré qui faifoit face de
tous coftez pour le combat.
Mr le Prince Ferdinand , fuivy
de fes Chevaliers , alla
la Lance à la main , & défit
les Monftres avec une adreífe
qui attira mille cris de
joye des
Spectateurs. L'applaudiffement
fut general ,
les Trompetes & les Timbales
fe firent entendre , & un
Choeur de
Mufique ayant
fuivy , ce jeune Prince s'a-
Septembre 1586. P
70 MERCURE▪
vança jufqu'au milieu de la
Place à la tefte des Chevaliers
de Pallas , pour faire le
coup de Pistoler , avec ceux
de la Quadrille
de Mars qui
lay eftoit opposée . Ils cara
colerent , & firent des voltes
, paffant fouvent les uns
devant les autres, aprés quoy
toutes les Quadrilles
fe dif
poferent à un Combat general
avec l'épée . Il ne fut
pas fi-toft commencé que
Mars & Pallas rappellerent
leurs Chevaliers , & les inviterent
à la Paix par divers
Choeurs de Mufique . M * le
GALANT. 171
.
Prince Ferdinand revint à
fon premier pofte auprés des
Divinitez , & fit des courbettes
en differentes voltes
avec une grace merveilleufe.
Les Chevaliers
fe rangerent
autour de luy en faifant
plufieurs figures , dont
la derniere eftoit en forme
de demy-Lune . La Fefte
s'eftant terminée par là , ils
défilerent au bruit des Tim.
bales & des Trompetes
,
ayant ce jeune Prince à leur
tefte .
Je me fouviens, Madame,
que vous m'avez demandé
Pij
172 MERCURE
c'eſt que les Boucace
que
niers , ou Flibuſtiers . Apparemment
l'envie de les connoiſtre
ne vous eft venuë
que depuis qu'un Livre nouveau
, qui a paru depuis peu,
a donné occafion de parler
d'eux. Je puis vous en dire
des particularitez ſans le ſecours
de ce Livre , puis que
j'ay veu & entretenu un Boucanier
François , de qui j'ay
appris toutes leurs Coûtumes.
Il n'y a pas fort longtemps
que leur nom eft ge
neralement connu en ce
monde- cy. Il n'eftoit aupaGALANT.
.173
ravant celebre
que dans l'A
merique
, dont ils font leffroy
& la terreur. Vous fçavez
que la pluſpart
des Americains
avoient
cette barbare
coûtume
de brûler
&.
de rôtir leurs Ennemis
, lors
qu'ils les avoient
pris em
guerre. Le lieu où ils exer--
çoient cette cruauté
s'appel
loit Boucan
en leur Langue
,
& de là l'action
a efté nommée
Boucaner
. Les Européens
habitans
de l'Amerique
, ef
tant fouvent
obligez
d'al
ler à la Chaffe
, foit pour leur
fubfiftance
, foit pour le com
Pij
174 -MERCURE
merce des cuirs , rôtiffoient
& fumoient la viande des
Beftes qu'ils avoient prifes ;
comme les Naturels du Pays
celle de leurs Prifonniers , &
c'eſt par cette raison que le
nom de Boucaniers
leur a elté
donné. Leur premier employ
fut donc feulement
d'aller à la Chaffe des Sangliers
, dont ils vendoient
la
viande , ou des Boeufs fauva.
ges , dont ils envoyoient
les
⚫ cuirs en Europe ; & c'eft encore
plus particulierement
cette derniere
espece de
Chaffeurs qu'on appelle Bou
GALANT 175
caniers. Ces gens-là qui n'a,
voient point d'autre moyen
de fubfifter , qu'un Métier fi
dur & fi penible , fe firent
une habitude des fatigues des
plus grandes , & formerent
differens petits Corps , plus
redoutables par leur coura
ge & par leur intrepidité
que par leur nombre . Il y a
.
des Boucaniers de toutes les
Nations Européennes qui
habitent l'Amerique , mais
comme les Espagnols font
la Nation la plus puiffam
ment établie dans le nous
veau Monde , & qu'il n'y em
Pi
176 MERCURE
a prefque point de fi miferables
entre eux qui ne trouvent
moyen d'y faire fortu
ne , les
Boucaniers Espagnols
moins preffez par la neceffité
que les autres, fe font auffi
moins aguerris , & on ne
compte pour vrais Boucaniers
que ceux d'entre les
François , Anglois , ou Hollandois
, qui fe font mis à
exercer ce métier. Ceux- cy
dégoûtez du peu de profit
que leur apportoit la Chaffe,
à proportion des peines qu'-
elle leur coûtoit , &
prenant
l'occafion des Guerres qui
GÁLANT.
177
furvenoient entre
l'Espagne
& les
Couronnes
dont ils dependoient
,
commencerent
à pirater fur les
Eſpagnols ,
& à piller les lieux qui les reconnoiffoient
pour
Maiſtres.
L'Espagne
eft
prefentement
fi foible en
Amerique , & les
Boucaniers
font fi bons Soldats,
que prefque toutes leurs
entrepriſes
leur ont réüffi.
Les
Avanturiers ne craignent
point de fe mettre
fur un petit Canot , tout au
plus fur une
méchante
Barque
, & d'aller
aborder
un
grand
Vaiffeau qui
portera
178 MERCURE
beaucoup d'hommes & de
Canon , & ce qui vous pa
roiftra peut eltre inconcevable
, ils font fi déterminez
qu'ils le forcent à fe rendre..
Lors qu'ils font maiftres d'un
bon Vaiſſeau , ils fongent à
de plus hautes entrepriſes.
Ils entrent dans les Ports
d'Espagne, & pillent des Vil
les tres - riches . Le Bouca
nier que je vous ay dit d'a.
bord que j'avois entretenu ,
s'eftoit trouvé au pillage de
Vera Cruz, dont on a tant
parlé . Il m'a conté quantité
de chofes qui regardent , ou
GALANT . 179
1
leur difcipline , & la forme
de leur Gouvernement
, ou,
10 lcur Hiftoire , & leurs Avantures.
Ils n'ont point de General
en Amerique ; ils n'ont
que des Commandans
particuliers
, qui ne le font que
pour l'Expedition que l'on
va faire. Ils font élûs à la pluralité
des voix , ou reconnus
,
pour Commandans
parce
que le Vaiffeau eft à eux , ou
qu'ils font d'une réputation
établie . Quelquefois
ils compofent
une petite Flote de
cinq ou fix Vaiffeaux , qui
font ordinairement
en mau180
MERCURE
de
vais eftat , & feulement redoutables
par le courage
ceux qui les montent. Avant
que de partir pour leur entrepriſe
, ils font entre eux
un accord par lequel ils conviennent
de la maniere de
partager la proye , de la
de la part
qu'y aura le Commandant ,
fon Lieutenant , & les autres
, felon leurs divers emplois
, ou felon ce qu'ils fourniffent
pour l'expedition. On
arrefte auffi de donner tant
par deffus fa part legitime à
celuy qui montera le premier
fur un Vaiffeau Enne
GALANT. 181
my, & tant à celuy qui aura
efté eftropié de tels membres.
Enfin ils n'ont en veuë
d'évidans
un tel accord que
ter la divifion qui pourroit
fe mettre entre -eux , d'ani
mer leurs gens à bien faire, &
de leur propofer des recompenſes
capables de les porter
à ne s'épargner pas , car
le defir de la gloire n'a aucune
part à leurs belles actions ;
ce n'eſt que le gain . Je ne
doute point que vous ne
foyez ſurpriſe de la Religion
gens là . Dés qu'ils dé- de ces
.
couvrent un Vaiffeau Efpa182
MERCURE
gnol , ils font la Priere , &
demandent
à Dieu fort devotement
qu'il y faffe trouver
un Butin confiderable ,
& qu'ils puiffent s'en rendre
maiftres , aprés quoy ils fe
preparent
à l'attaquer
. Mon
Boucanier m'a dit que les
François Catholiques
& les
Anglois
Proteftans
allant
enfemble en courfe , faifoient
tous les jours la Priere
chacun à leur mode , &
que mefine dans les Villes
qu'ils pillent , & où ils ont
toute forte de licence , fi un
Proteftant faifoit une irreveGALANT.
183
rence remarquable à l'Image
d'un Saint, le Confeil deGuer.
re ne manqueroit pas de luy
faire caffer la tefte . Ils ont
quelquefois furpris des Villes
qui fe feroient défendues
contre des Sieges reguliers ,
& qui n'ont pu fe défendre
de la fureur de ces determi
nez Boucaniers , à qui l'ef
perance du pillage fait entreprendre
des chofes qui ne
paroiffent prefque pas hu
maines. Quand les Habitans
d'une Ville font avertis de la
marche des Avanturiers , ils
commencent par fuir dans
184 MERCURE
les Bois , & y emportent le
plus qu'ils peuvét de leurs richeffes,
& de ce qu'ils ont de
plus precieux , tant on fe trou
ve remply de terreur à leur
feule approche , & tant on
eft perfuadé qu'on refifteroit
inutilement.Les Boucaniers,
Maiftres d'une Ville , y trouvent
toûjours aflez dequoy
piller , quelque abandonnée
qu'elle puiffe eftre , mais ils
envoyent encore dans les
Bois differens Partis , qui y
découvrent les Habitans , &
qui les font Prifonniers afin
de les mettre enfuite à ranGALANT.
185
[
çon . Aprés une priſe confiderable
ils font tous riches
mais au bout de quelques
mois aucun d'eux n'a rien .
Ils fe jettent dans les débau--
ches les plus outrées fi- toft
qu'ils ont de l'argent , & ils
le répandent
avec autant de
déreglement
& de folie ,
qu'ils ont eu de courage &
de hardieffe
pour le gagner
..
De là vient que leurs Courfes
font fort frequentes
, &
qu'à peine revenus d'une expedition
, il faut qu'ils fongent
à en commencer
un
autre
Septemb. 1686.
186 MERCURE
Le Mercredy 14.de ce mois.
M de Faucon de Ris , qui
pendant plufieurs années a
exercé l'Intendance de Bordeaux
avec tant de gloire ,
& qui avoit efté nommé par
le Roy Premier Prefident en
fon Parlement de Normandie
, arriva en fa Terre &
Maifon de Charleval, à cinq
lieues de Rouen , & il en par
tit le lendemain , jour de la
Fefte de l'Affomption
, pour
venir prendre poffeffion de fa
Charge. Si. toft la nouque
velle en eut efté népandue ,
tous les Officiers ordinai.
GALANT. 18%
res de la Villé ayant en telte
leurs Capitaines ou Lieute
nans , avec leurs Drapeaux ,
& Trompettes , allerent a
cheval au devant de luy jul
qu'à la premiere Potte , & les
autres à pied jufqu'à S. Paul ,
qui eft au bas de la Monta
gae , Enfeignes déployées ,,
& Tambours battans , pourr
le recevoir & l'accompa
gner jufqu'à fon Hoftel.
arriva avec un fort grand !
Cortege deCaroffes à fix chez
vaux , où eftoient les Perfonsnes
les plus qualifiées de laa
Ville , dont il avoit esté fa
Qij
188 MERCURE
lüé fur fa route . Il fortit d'ail .
leurs une fi grande quantité
de peuple que le chemin &
les rues en eftoient toutes
bordées. La joye eftoit generale
de voir le quatrieme
Succeffeur de la mefme famille
, en une charge fi émi
nente que les Anceftres ont
fi dignement remplie. Il fut
falué de la Moufqueterie à
diverfes repriſes , fur la route
& devant fon Hoftel. La
Ville le complimenta, ayant
à fa tefte M Tabouret premier
Eſchevin , & il en receut
les Prefens accoûtumez.
GALANT.
189
y en-
Plufieurs
Corps le
compli
menterent
encore
le lendemain
, & le
Prefidial y
voya fix Deputez , qui furent
Mr du
Montier ,
Lieutenant
Criminel , quatre
Conſeillers
, & M
Brunel
Procureur
du Roy ,
dont je
vous ay
fait
connoiftre
l'efprit & le
merite en une
autre
occafion
. Me du
Montier
porta
la parole. Il avoit eu le jour
precedent
une
vapeur
terrible
qui
l'avoit
fait
croire
emort , & ce fut là le ſujet de
fon
Difcours. Il dit à M' de
Ris que la joye de luy voir
190 MERCURE
reprendre
la place de fes Pel
res le rappelloit
à la vie ,
& qu'il ne devoit
eftre
pas
furpris que fa prefence
fift
de fi grands effets dans la
Compagnie
dont
il eftoit
Deputé
, puis qu'elle
avoit
elté toûjours
attachée
aux
grands
hommes
de fa Mai
fon qui avoient
cité Chefs
du Parlement
; que cét attachement
eftoit fondé
fur ce
luy qu'elle
a toûjours
eu pour
le fervice
du Roy , & que le
fervice
du Roy avoit tou
jours efté le feul but
fest
que
Anceftres
s'eftoient
propo
GALANT 19t
1
fé dans toutes leurs actions.
Il donna à cette penfée toute
l'étendue qu'elle meritoit ,
& fon
Compliment fut tresapplaudy
. S'il en receut de
grandes louanges , il en reçoit
tous les jours beaucoup
davantage , & de fon habileté
, & de
l'exactitude qu'il a
à remplir tous les devoirs de
fa Charge . Le meſme jour
M" du Chapitre de la Cathe
drale de
Rouen luy
envoye
rent des Deputez , & M' le
Pigny qui en eft Archidiacre,
porta la parole , avec le mef
me
applaudiffement qu'il a
192 MERCURE
eu toutes les fois qu'il a par
lé en Public . Voicy les termes
dont il fe fervit.
MONSEIG ONSEIGNEUR,
L'Eglife de Rouen nous a députez
pour vous marquer la joye
qu'elle a de vous voir reprendre
une place que vos illuftres Ayeux
ont tenuependant unfilong temps,
avec tant d'éelato tant de gloire.
Les fervices importans qu'ils
ont rendus à l'Eftat , & fur
lafermeté inébranlable avec · laquelle
ils ont maintenu l'autorité
du Roy, au milieu des tempeftes
tout
qui
GALANT.
193
qui ont tant de fois agité cette
Province pendant leur Magif.
trature . leur ont acquis des noms
fameux dans l'Hiftoire , que ja
mais le temps n'effacera , & fait
meriter des
récompenfes de nos
Rois , qui combleront d'une gloire
immortelle toute leur pofterité.
Mais ,
Monfeigneur , l'integrité
avec laquelle ils ont rendu la juftice
à la tefte de cet augufte Parlement
, la grandeur de leur ame
foutenue par la nobleffe de leur
Extraction , la beauté de leur efprit
jointe à une éloquence victorieufe
, & à une érudition profonde,
leur probité infigne , leur defin-
Septemb. 1686. R
194 MERCURE
tereffement, qui les a toujours éle
vez au deffus des gains fordides
& des pratiques baffes qui obfcur
ciffent quelquefois la fplendeur du
Corps de la Iuftice ; c'est ce qui a
attiréfur leursperfonnes les benedictions
du Ciel , & c'est ce qui
fait encore aujourd'huy fortir de
la bouche des Peuples mille louanges,
que l'envie la jalousie ne
pourront jamais fleftrir..
C'est aufouvenir charmant de
toutes ces vertus fi rares & fi extraordinaires
que nous voyons aujourd'huy
revivre fi heureuſement
en vostre perfonne , que nous
abandonnons nos coeurs aux tranfGALANT.
195
1
ports
à
joye la plus parfaite
de la
la plus fincere. C'eſt par là
que nous oublions avec plaifir
cette parenthese , qui ne nous a
privez pour un temps de voſtre
Perfonne , qu'afin que vostre retour
fuft plus glorieux , femblable
a ces nuages qui ne nous cachent
le corps du Soleil, qu'afin qu'il répande
enfuite fa lumiere avec
plus deforce
vacité. Ainfi ,
Monfeigneur ,
• voftre absence & voſtre éloignement
n'ont fervy qu'à nous
fournir de nouveaux sujets d'admirer
voftre vertu , par l'avanta
・ge que vous avez eu de réüffir
avec plus de vi、
:
Rij
195 MERCURE
que
1
dans toutes les affaires importantes
Sa Majesté vous a confiées ,
foit dans fes Confeils , foit dans
'Intendance de fes Provinces , où
voftre probité, vofire prudence ,
voftre habileté , ont égalé , pour
ne pas dire furpaffé , toutes les
vertus de vos Ancestres.
C'est ce qui rend auffi voftre
entrée dans toute cette grande
Province fi agreable ; car la Dignité
que vous poffedez , & qui
eft comme hereditaire dans votre
illuftre Maiſon , n'auroit pas l'éclat
& le relief qu'elle a fi vous
veniez comme les autres par un
droit defucceffion; mais y entrant,
>
GALANT.
197
r
comme vous faites , par le choix
par lapréference, & par le don dis
plus grand Monarque qui ait jamais
regné fur la Terre , eft-il
rien qui foit comparable à voftre
gloire , eft-ilrien qui égale vo
trefelicité? En effet , quelque ma
gnifique que foit ce don , je puis
dire qu'il devient encore infiniment
plus precieux par la maine
Royale qui vous le donne , &je
- puis à ce sujet vous faire fouve
nir des paroles du Poëte , Non
tam ex dono quàm quia de
difti. C'est par cette action fr fi
gnalée de fa justice
Sacquitte envers voftre Famille
que
le
Roy
Riij
198 MERCURE
ou pour mieux dire , couronne en
voftre perfonne , tous les merites
tous les fervices des grands
Perfonnages, aufquels vous avez
la gloire defucceder. Faffe le Ciel
que vous en joüiffiez long- temps
pour la gloire de Dieu , pour
T'honneur du Royaume
, pour
tranquillité publique , &pour la
fatisfaction de tous les gens
bien. C'eft dans cet efprit que nous
venons vous offrir les refpects d'u
ne Compagnie Ecclefiaftique , qui
a eu toûjours le bonheur d'eftre
cherie & d'eftre protegée par vos
illuftres Ayeux. Elle efpere que
vous luy continuerez la mesme
de
GALANT. 199
faveur ; & c'est , Monſeigneur,
le fujet de nos tres - humbles prieres
& de noftre Députation.
,
M' de Ris
répondit à cette
Harangue avec beaucoup
de vivacité
d'efprit ,
&
d'honneſteté , ainſi qu'à
toutes les autres , qui luy
furent faites par tous les
Corps Seculiers & Reguliers..
Le Mardy 17. il alla au Parlement
commencer
les fonctions
de fa Charge. Toutes
les Chambres s'eftant affemblées
il fe mit à genoux fur
un
Carreau qu'on luy pre-
R.iiij
200 MERCURE
fenta , & preſta le Serment
ordinaire à portes cloſes. Il
fut harangué à l'Audience
par M' le Guerchois Procureur
general , dont l'éloquence
eft connuë , & par
M'de Languerie Avocat General
, qui fut écouté avec
beaucoup de plaifir. Aprés
qu'ils eurent parlé , Mª de
Ris fit un excellent & judicieux
Difcours fur le merite
& la dignité de fa Charge ,
fur les obligations de tous
ceux dont le Corps du Parlement
eftoit compofé ,
fur l'obfervation indiſpenſa-
&
GALANT. 201
I
ble des Loix felon les intentions
de Sa Majefté , & les
Ordonnances des Roys fes
Predeceffeurs. Tout le monde
s'écria fur la beauté de ce
Difcours,& quand l'Audience
fut finie , M' le Premier
Prefident retourna en fon
Hoftel , où il regala avec
beaucoup de magnificence
1 une partie de Meffieurs du
Parlement , ce qu'il conti
nua de faire les jours fuivans
.
Je vous ay déja marqué
que Mr l'Abbé d'Harcourt
eftoit mort fur la fin du der202
MERCURE
nier mois. Il avoit eu une
affez longue indifpofition
qui l'avoit obligé à fe mettre
en chemin pour aller prendre
des eaux . On les avoit
jugées neceffaires pour l'entier
rétabliffement de fa fanté
, & fon mal l'ayant repris
tout à coup , il eft mort pref
que fubitement . Il eftoit
Frere de M' le Comte d'Armagnic
, grand Ecuyer de
France , de M' le Chevalier
de Lorraine , de Mr le Com.
te de Marfan , & de M le
Chevalier d'Harcourt , &
Fils de feu Mr le Comte
GALANT. 203.
d'Harcourt , & d'une Niepce
Ide M' le Cardinal de Richelieu
, Veuve de M ' de Puylaurens
. Mr le Comte d'Harcourt
eft fi connu dans l'Hi-
1 ftoire par le gain de differentes
Batailles , & par, la
prife de plufieurs Places importantes
qu'il me feroit inutile
de vous en parler . Le
Roy a donné à M. l'Abbé
de Lorraine , Fils de Mr le
Comte d'Armagnac , l'Abbaye
de S. Faron de Meaux
que poffedoit feu M¹ l'Abbé
d'Harcourt fon Oncle,
Voicy la troifiéme ſuite
J
204 MERCURE
de
l'Hiftoire des Eftampes
que je vous promis la derniere
fois. Vous trouverez
dans cette Lifte les Eftam .
pes qui reftent de feu M'le
Pautre . C'eftoit un des plus
fameux Graveurs de ce Siecle
, & celuy qui a le plus
travaillé. Auffifes Ouvrages,
qui font eftimez de tout le
monde , ont ils efté fi fort
recherchez , qu'on n'en trou
ve plus que ce qui fuit.
Un Livre de Portraiture ,
de douze feuilles , pour apprendre
à deffiner. Il eft rem
ply.d'yeux , de bouches , &
GALANT
205
de
plufieurs autres parties du
corps.
Un Livre de douze feüilles
,
contenant les principaux
fujets de la Bible.
Un Livre de
Serrurerie , de
douze feuilles , remply de
Balcons , de grilles , de cloftures
, de rampes , heurtoirs ,
gonds , & generalement de
tous les Ouvrages de Serrurerie
qui peuvent faire paroiftre
l'invention , l'adreffe,
& l'efprit de l'Ouvrier .
Un Livre
d'Academies , de
fix feüilles , remply de figu
res
Academiques pour ap206
MERCURE
prendre à deffiner .
Un Livre de Cheminées ,
de fix feuilles , contenant
plufieurs Profils d'Architecture
, Bas - reliefs , & generalement
tout ce qui peut
fervir d'ornement aux cheminées
.
Un Livre de Parterres , de
fix feuilles . On y voit des
Compartimens pour toutes
fortes de Parterres , felon leur
fituation.
Un Livre de Lits , dè fix
feuilles. Ces Lits , qui font
faits fur ceux des anciens
Romains , font aujourd'huy
GALANT. 207
appellez Lits d'Anges . On
en fait depuis quelques années
de tant de manieres differentes
, qu'à peine en trouve-
t- on deux femblables.
Un Livre de Tables , & de
Miroirs , de fix feüilles , remply
de differens Deffeins de
bordures de Miroir , & de
pieds de Tables de differentes
figures .
Un Livre de Frifes en travers
, de fix feuilles . Les Frifes
en travers font pour met
tre dans les Corniches d'Architecture.
Un Livre de Termes , de
208
MERCURE
fix feuilles . Ces Termes font,
tant pour mettre dans les
Jardins , que pour employer
dans l'Architecture.
Un Livre de Paneaux , de
fix feuilles . Ce font des Papour
neaux d'ornemens des
Lambris , pour des Chambranles
, pour des Plafonds ,
& generalement pour tous
les endroits où l'on peut met
tre des Paneaux .
Un Livre de Maufolées ,
de fix feuilles . Ce font des
Maufolées antiques .
Un Livre de Veües de Jardins
, de fix feuilles . On y
GALANT.
209
voit des
Fontaines , & tout
ce que les Veües differentes.
peuvent fournir.
Un Livre de
Cartouches ,
pour
enfermer de l'Ecriture ,
de fix feuilles...
Ud Livre
d'Orphevrerie
de fix feuilles. On y voit
des Chaffes , des Calices , des
Figures, des pieds de Croix ,
& beaucoup
d'autres Ouvra
ges que
l'Orphevrerie peuɛ
fournir..
Un Livre de Païfages , de
fix feüilles.
Un Livre de
Nopees de
Village.
1
Septemb. 1686. SA
210 MERCURE
Un Livre de Jeux de Paftorelles
, de fix feuilles.
Tous ces Livres fe vendent
chez la Veuve de M
le Pautre , ruë S. Jacques ,
proche la Fontaine Saint Benoift
.
Les formalitez qui ont eſté
établies par les Ordonnances
pour les Mariages des Enfans
de Famille , ne pouvant
eftre obfervées à l'égard de
ceux dont les Peres & Meres,
Tuteurs ou Curateurs fe font
retirez dans les Pays Etrangers,
pour éviter de faire abjuration
de la Religion PréGALANT.
210
93
renduë Reformée , qui n'eſt
plus foufferte en France , le
Roy, comme Pere commun
de tous fes Sujets , trouvant
à propos de pourvoir à la
feureté de ces
Mariages
donna le 6. du mois paffé une
Déclaration qui permet aux
Enfans de Famille , élevez
dés leur enfance dans la Re.
ligion Catholique , ou nouveaux
Conv
rier , fans qu'ils foient obli
gez d'attendre ny de deman
der le confentement de leurs
Peres & Meres , ou de leurs
Tuteurs &Curateurs qui font:
de fe ma
Sij
212 MERCURE
fortis du Royaume , à condi
tion qu'avantque de paffer le
Contract de Mariage ils feront
une Affemblée de fix de
leurs plus proches Parens ou
Alliez,tant paternels quematernels,
devant le Juge Royal
des lieux & le Procureur de
Sa Majefté, & s'il n'y a point
de Juge Royal , cette Affemblée
le fera devant le Juge
ordinaire des lieux , le Procu
reur Fifcal de la Juftice prefent.
Au defaut des Parens
& Alliez , ils affembleront
fix Amis ou Voifins , qui don
neront leur avis & confenGALANT.
213
O
tement, s'il y échet, & figneront
le Contract de Mariage
, dont il leur fera expedié
rous Actes neceffaires fans.
aucuns frais . Cette Declaration
fut enregistrée au Parlement
le 21. du mefine mois .
Quand les Espagnols trou
vent quelque occafion de
faire éclater leur galanterie,
ils font connoiltre qu'ils
n'oublient pas les leçons que
les Maures de Grenade leur
ont autrefois données .. Vous
en allez trouver une preuve
dans les honneurs que M le
Marquis del Carpio , Vice214
MERCURE
roy de Naples , a rendus à
Madame la Ducheffe de
Bracciane. Je ne vous dis
point de quel merite eft cette
Ducheffe
, tant pour l'agtément
de fa perfonne , que
pour la beauté de fon efprit,
& la delicateffe de fes fentimens
. Je fçay que vous en
avez entendu parler à plufieurs
perfonnes
qui la
voyoient fort fouvent pendant
qu'elle eftoit icy . Elle
eft Soeur de Mr le Duc de
Noirmonftier , de Madame
la Marquife de Royan , & de
Madame la Princeffe de BelGALANT
. 215
mont. Mr le Duc de Bracciane
, fon Mary , eft de la
Maifon des Urfins . C'eft af
Efez vous dire , pour vous apprendre
qu'il eft d'une tresgrande
naiffance. Cette Ducheffe
ayant envie de voir
la Ville de Naples , & M² le
Marquis del Carpio luy
ayant fait témoigner le plaifir
qu'il fe feroit de l'y recevoir
, elle partit de Rome le
premier de Juin , accompagnée
de M le Prince de Bel
mont , fon Beaufrere , & alla
fouper à Albano , où elle fut
receue par le Prince & par la
216 MERCURE
૨/૨
Princeffe Savelli . Enfuite elle
alla coucher à
Gianerane , &
y demeura tout le lende
main jufques au foir , qu'elle
en partit pour Neptune . Elle
y trouva deux Galeres de
l'Eſcadre de Naples , que
le Viceroy avoit envoyées
pour luy faire faire le trajet.
Dom Jofeph d'Aglere , Favory
du Viceroy , la fit mon
ter avec toute fa fuite, fur
celle qu'on appelle Les trois
Rois. La Poupe en eftoit ri
chement ornée , & au lieu
de Soldats, elle ne la vit rem
plie que d'Officiers , & de
Gentils
GALANT. 217
5
Gentilshommes . Si - toft qu'-
elle y fut entrée , on la faÎüa
de toute la Moufqueterie. Le
bruit du Canon ſe joignit
cette falve , & aprés un magnifique
Soupé qui luy fut
fervy , on commença à ſe
mettre en Mer. Le jour fuivant,
fur les vingt - deux heures
elle arriva à la veüe de
=
Naples , à cinq milles de la
Ville. En ce temps - là elle
apperçeut le Viceroy dans
une Felouque . Il entra dans
fa Galere , & les complimens
fe firent de part & d'autre
dans les termes les plus obli-
Septemb. 1686. T
218 MERCURE
geans & les plus honneftes
.
On continua
la route , &
lors qu'ils pafferent
devant
le Chasteau
del Ovo , Madame
de Bracciane
fut falüée
de tout le Canon . M' le
Marquis
del Carpio
luy demanda
la permiffion
de répondre
à ce falut par
charge
de fon Artillerie
, &
enfin fur les trois heures ils
arriverent
au Port, où la Ducheffe
eftoit
attenduë
par
Madame
la Princeffe
Cariati,
de la Maiſon
de Savelli , Coufine
au troifiéme
degré de
Mi le Duc de Bracciane
. Il
la déGALANT
219
fe trouva là trois Chaires ,
dont l'une , qui eſtoit toute
brodée d'or , entrà dans la
Galere . Elle eftoit deſtinée
pour porter Madame la Ducheffe
de Bracciane , qui fe
mit dedans aprés que le Viceroy
eut pris congé d'elle,
Si - toft qu'elle fut à terre, elle
fut faluée de
nouveau pir
toute l'Artillerie du Chateau
del Ovo , & par une décharge
de tous les Vaiffeaux & de
toutes les Galeres. Ce fut au
milieu de ce grand bruit
qu'elle arriva au Palais de la
Princeffe Cariati , où elle
>
Tij
220 MERCURE
trouva à la porte une Compagnie
de Soldats Eſpagnols,
qui avoit ordre d'y faire la
Garde . Les deux autres Chaires
porterent fes Filles d'honneur
, & les Filles de fa fuite
& fes Gentilshommes fe mirent
dans des Caroffes . Le
lendemain le Viceroy luy
envoya un rafraifchiffement
magnifique de toutes fortes
de fruits & de liqueurs, porpar
vingt hommes, & fur
le foir elle fut vifitée du Marquis
de Cogolludo , Fils aiſné
du Duc de Medina- Celi , &
General des Galeres de Naté
GALANT. .221
1
ples. Le Mercredy 5. de Juin
elle receut la vifite de la
Marquise de Cogolludo , &
de la Princeffe d'Aveline ,
& enfuite celle du Viceroy ,
qui eftoit accompagné de
tous fes Gardes . Madame de
Bracciane le receut à la porte
de fon antichambre , &
aprés de profondes reverences
qu'il luy fit , ils entrerent
dans la chambre , où il luy
dit qu'il venoit alors la vifi.
ter comme Viceroy , & qu'il
luy viendroit bien.toft rendre
fes refpects fans aucune
fuite comme homme parti-
Tiil
222 MERCURE
culier . La vifite dura environ
une demy-heure , aprés
quoy la Ducheffe l'accompagna
jufques à la porte
l'antichambre ; & le Viceroy,
fuivant la Coûtume d'Elpade
gne, la ramena dans fa chambre
jufqu'au fiege d'où elle
s'eftoit levée
pour
le conduire.
Le 6. elle alla fur le foir
chez la Marquife de Cogolludo
, où elle trouva la Princeffe
d'Aveline avec plufieurs
Dames. Le Viceroy y
alla auffi , & y demeura julqu'à
la fin d'un Concert .
GALANT. 223
Lors qu'il fut forty , on ouvrit
le Bal, qui fut commencé
par des Dames & des Gen-
Etilshommes Efpagnols , à la
maniere d'Espagne , & continué
par les Filles de Madame
la Ducheffe de Bracciane
, comme on fait en
France. Il fut fuivy d'une
magnifique Collation , aprés
quoy cette Ducheffe fut reconduite
chez elle.
Le ro . on luy fit voir le Palais
des Rois de Naples.Tous;
les Gardes prirent les armes
à fon arrivée , & l'Enfeigne
joua du Drapeau La meſme:
Tiin
224 MERCURE
chofe fe fit dans tous les
Corps de Garde ; ce qui eſt
un honneur extraordinaire.
qu'on ne fait qu'aux Princes
Souverains . Elle fut receuë
dans ce Palais par toute la
Cour du Viceroy , & aprés
un Concert qui dura peu ,
on luy donna un fort fomle
ptucuy Regale.
Le 12. elle fut priée par
Marquis & par la Marquife.
Cogolludo , d'aller voir
les Antiquitez de Puzzol &
de Baye . La Ducheffe d'Aveline
& le Duc de S. Macer
de
l'y
accompagnerent , & elle
GALANT 225
fut eſcortée par huit Galeres,
qui eftoient toutes remplies
de Concerts & de Trompetes
. Toutes les fois qu'elle
mettoit pied à terre , ou qu '
elle remontoit dans la Galere
, toute l'Artillerie faifoit
décharge pour la falüer.
Elle eftoit fur la Capitane ,
où on luy donna un Difné &
un Soupé des plus magnifiques.
On la reconduifit à
Naples avec les meſmes honune
neurs.
Le 13. jour de la Fefte - Dieu ,
on l'invita à voir la Proceffion
, & comme elle la trou226
MERCURE
va dans la ruë , elle fe mit à
genoux pour laiffer paffer le
S. Sacrement.Le Viceroy qui
fuivcit le Dais , l'ayant apperceuë
, alla fe mettre à genoux
à cofté d'elle , & luy
donna un
Bouquet ; après
quoy reprenant la place a
prés le Dais , il luy laiffa des
Gardes Suiffes pour la conduire
, fans qu'elle pûft eftre
preffée par la foule , à un Bal
con deftiné pour les Vice-
Reynes , Elle voyoit de là à
main gauche un tres - riche
Repoſoir , & à droite une fort
belle Fontaine artificielle..
GALANT. 227
,
Ce fut là qu'un Gentilhomme
la vint complimenter de
la part de la Ville , & luy fit
un Prefent de quantité de
fruits , d'Eaux, de Chocolat ,
& de plufieurs autres choſes
de cette nature .
Le 14. la Marquife de Cogolludo
luy fit prefent de
deux habits auffi riches que
galans , mais à l'Eſpagnole
,
avec des Boutons de Diamans
pour les manches de
la Chemife , & cette Duchef
fe pour marquer l'eftime
qu'elle faifoit du Prefent ,
voulut porter ces Habits ,
228 MERCURE
& parut dans Naples habil,
lée à
l'Espagnole
.
Le 15. elle alla voir le Sang
de S. Giannare , & fut receuë
par un grand nombre de
Gentilshommes . L'un d'eux
la complimenta au nom de
tous les autres . Elle eftoit accompagnée
de la Princeffe
Cariati.
Le 16. le Viceroy l'invita
d'aller à Pofilippe , Maiſon
de Plaisance des Roys de
Naples. Elle y arriva veſtuë ey
à l'Espagnole , & pendant
qu'elle vifitoit les Appartemens
, le Viceroy s'y rendit
GALANT.
229
accompagné du Prince de
Forin , de fes deux Fils , du
Marquis S. Elme & de fon
Frere. Aprés un Concert qui
dura deux heures , on fervit
diverfes Tables , dont l'une
n'eftoit que de deux Couverts
, pour la Ducheffe &
pour la Princeffe Cariati.
Le Viceroy afin de
marquer
un plus grand reſpect , fervit
la
Ducheffe fans
Chapeau &
fans Epée , & mit luy -ineſme
les Plats fur la Table & les
en ofta , fans vouloir permettre
qu'aucun de fes Officiers
luy épargnaſt cette peine.
230 MERCURE
La feconde Table fut pour
les Filles de Madame de Bracciane
qui ſouperent en mef
me temps qu'elle , & furent
fervies par le Marquis Saint
Elme , par fon Frere , & par
les deux Fils du Prince de
Forin . En fuite il y eut une
troifiéme Table de fix Couverts
pour le Viceroy , &
pour les autres Seigneurs que
je viens de vous nommer ,
& quand ils eurent foupé
on en fervit une autre pour
les Gentilshommes de la Ducheffe
& de la Princeffe Cariati
, & tous ces Repas fuGALANT.
231
rent d'une magnificence extraordinaire.
L'heure de s'en
retourner eftant venuë , le
Viceroy prit congé de la Ducheffe.
Elle monta en Carroffe
& revint à Naples . Elle
croyoit que le Viceroy s'étoit
retiré dans fon Palais
mais elle fut fort ſurpriſe de
le trouver dans la Court du
fien , où il
l'attendoit pour
la conduire jufque dans fa
Chambre. La galanterie ne
pouvoit aller plus loin .
Pendant le féjour que cette
Ducheffe fit à Naples ,
toutes les Dames la voulu232
MERCURE
rent vifiter ; mefme la Ducheffe
de Matalone vint juf
qu'à fa porte, mais elle s'excu
fa de la recevoir
, parce que
le peu de temps qu'elle avoit
à paffer en ce lieu là , ne ſuffifoit
pas pour leur rendre
leurs vifites . Son Antichambre
fut toûjours remplie de
Seigneurs
Eſpagnols
& Napolitains.
Le Viceroy luy fit
plufieurs
Prefens
de choſes
galantes , ainfi qu'à fes Filles,
& pour luy marquer l'extrê
me confideration
qu'il avoit
pour elle , il donna au
au Comte Caponi Urfin une
GALANT. 233
Compagnie de Cavalerie ,
& diftribua plufieurs graces
à differentes Perfonnes . Il fit
il remit à la
plus encore
Ducheffe tous les Placets
qu'on luy avoit preſentez
avec plein pouvoir de faire
ce qu'elle jugeroit à propos ,
& elle accorda toutes les graces
& les Charges aux Offi
ciers Eſpagnols qui l'avoient
fervie pendant le temps
qu'elle avoit efté à Naples.
Le 20. il alla encore la vi
fiter , fuivy de tous les Gar
des , tant Soldats que Cavalerie
, & aprés luy avoir
Septembre 1686. W
224 MERCURE
fait quelques complimens il
fe retira. Comme elle avoit
marqué ce jour là pour celuy
de fon départ , il retourna
chez elle peu de temps aprés,
& luy donna le divertiffe
ment d'un Ballet . Lors qu'el
le voulut partir , il la condui
fit au Port , & la fit monter
avec toute fa fuire dans la
mefme Galere qui l'avoit amenée
; il y monta luy-mef
me , & l'ayant accompagnée
quatre milles fur Mer ,
prit congé d'elle avec toutes
les marques qu'elle pouvoit
fouhaiter de fon eftime , luy
à
il
GALANT. 235

1 laiffant pour la conduire le
melme Gentilhomme fon Favory
qui eftoit allé la prendre
à Neptune. Sa navigation
fut heureufe . Elle defcendit
à Gaette pour visiter l'Eglife
de la Trinité. La Fortereffe
la falta de plus de
quarante
coups de Canon , & on la
regala dans cette Ville d'un
magnifique
Difner. Le foir
elle remonta
fur la Galere
3 aa bruit de toute l'Artillerie,,
& continua
fa route. Sur le
minuit , la Galere qui Paccompagnoit
, & qui estoit
demeurée fix milles derriere,
I
V ij
236 MERCURE
tira deux coups de Canon
prefque en mefme temps.
Le Capitaine de la Galere où
eftoit Madame de Bracciane,
entendant ces deux coups
tirez l'un fur l'autre , crut
que c'eftoit un fignal pour
luy faire entendre qu'on
voyoit paroiftre quelque
Voile Turque. Il fit auffi- toft
prendre les armes ce qui
donna beaucoup de frayeur
à toutes les Filles de cette
Ducheffe , qui malgré la
crainte dont elle les vit fai
fies , conferva toûjours une
entiere fermeté. Deux Ef
,
GALANT. 237
1
claves qui eftoient dans fa
Galere , l'un blanc & l'autre
noir , luy dirent qu'elle ne
devoit rien apprehender , &
que fi on la menoit à Conftantinople
, le Grand Seigneur
la recevroit auffi bien
que le Viceroy avoit fait à
Naples . Elle ne put s'empef
cher de rire de cette maniere
de la confoler , & fes Filles
rirent elles-mefmes du peril
où elles avoient cru eftre ,
que la Galere qui avoit
tiré s'eftant approchée , on
apprit qu'elle n'avoit donné
ce fignal qu'afin de ſe faire
lors
238 MERCURE
attendre , à cauſe que l'antenne
eftoit rompue .On con
tinua le voyage heureuſement.
On aborda à Neptune
où eftoient les Carroffes
de la Ducheffe pour la reconduire
à Rome. Elle y arriva
fur les vingt - trois heures ,
& trouva Madame la Prin,
ceffe de Belmont fa Soeur ,
qui venoit au devant d'elle ,
accompagnée d'un grand
nombre de Carroffes pleins
de.Dames & de Seigneurs de
diverfes Nations , qui ont
toulours eu un attachement
particulier pour le merite de
1
GALANT 239
Madame la Ducheffe de
Bracciane .
Comme je n'appris le mois.
paffé l'Accouchement de
Madame la Dauphine , que
dans le temps que je finiffois.
ina Lettre , & que je ne pûs
vous en rien mander de particulier
, cet Article merite
bien que je vous en parle
encore une fois , & que je le
reprendre de plus haut.Cette
Princeffe , qui a toûjours ho
noré M Clement d'une confiance
finguliere , tant parce
que le Roy la nommé fon
Chirurgien Accoucheur, que
240 MERCURE
19.
parce qu'il l'a toûjours heureufement
delivrée , le fit venir
à Verſailles
dés le 26. de
Juillet , afin que l'on n'eult
qu'à l'appeller
lors qu'elle en
auroit befoin. Le Aouſt
il commença
à coucher dans
fon antichambre
par fon
ordre , & le 29. du mefme
mois , elle le fit éveiller à
trois heures du matin pour
luy apprendre
l'eftat où elle
fe trouvoit . Il l'éclaircit
de
ce qu'elle fouhaitoit
fçavoir
là - deffus , & la fuite fit con
noiftre qu'il avoit parlé en
homme
fçavant
dans fon
employ
GALANT.
241
Employ . Elle voulut qu'il
demeuraft dans fa
chambre ,
croyant qu'elle dormiroit
avec moins
d'inquietude ,
mais il luy fut
impoffible.
CettePrinceffe fe trouvadans
un eftat affez
tranquille juf
qu'au
lendemain
Vendredy
30. Aouft, trois heures du matin
, qu'elle fentit
quelques
douleurs , mais affez
legeres.
Elles
continüerent de mefme
le refte du jour . Le Roy
la vint voir l'aprés - difnée, &
fit
l'honneur à M '
Clement
de luy
demander ce qu'il
* penfoit de fon
Accouche-
Septembre 1686. X
242 MERCURE
ment. Il répondit à Sa Majefté
, que le travail feroit
douloureux
& long , mais
pas
qu'il n'en feroit moins
heureux . Les douleurs augmenterent
un peu fur le foir,
& ne cefferent point juſqu'au
lendemain Midy 31. Aouft.
A trois heures du matin elles
furent tres- violentes , & obligerent
M Clement , deux
heures aprés , de faire aver
tir le Roy , Monſeigneur le
Danphin, & toute la Famille
Royale
, mais à peine fut- elle
arrivée que
relâcherent
en forte que
les douleurs
fe
GALANT.
243
Madame la Dauphine demeura
beaucoup de temps
fans en reffentir .M ' Clement
ordonna alors ce qu'il crut
&
neceffaire
pour avancer ,
faciliter l'Accouchement
,
mais il ne pût faire tout- àfait
renaiftre les douleurs ralenties
. Sa Majefté propoſa
quelques moyens pour les
faire revenir. Sur les onze
heures de la mefine matinée,
le Roy dit à Madame la Dauphine
qu'il alloit au Confeil,
& qu'on ne manquaſt
pas
de l'avertir s'il furvenoit
quelque changement.Il
n'en
X ij
244 MERCURE
arriva que trois quarts d'heures
aprés. Ces douleurs continuant
d'inſtant en inftant,
& devenant preffantes , M
Clement dit qu'il falloit avertir
promptement le Roy.
On y alla , & ce Prince ef
tant venu auffi toft , dit à
M' Clement , Me voila , vous
me direz quel Enfant c'eft, fi-toft
qu'ilfera venu. Les douleurs
recommencerent dans ce
moment , & comme fi l'Enfant
n'euft attendu que la
preſence du Roy , Madame
la Dauphine accoucha. Ce
fut entre onze heures trois
C
GALANT 245
quarts & Midy. Mr Clement
dit auffi- tolt tout bas à Sa
Majefté que c'eftoit un Prince.
Madame la Dauphine
,
qui avoit dit plufieurs fois
pendant fa groffeffe , qu'elle
fouhaitoit fçavoir dans le
moment de quel Enfant elle
feroit accouchée
, pria le
Roy de le vouloir dire , l'affeurant
qu'elle l'apprendroit
fans émotion ; & Sa Majesté
dit tout haut , C'est un Duc de
Berry. En mefme temps le
chagrin qu'on avoit eu de
voir fouffrir cette Princeffe
,
& qui paroiffoit encore fur
X iij
246 MERCURE
tous les vifages , fe chan
gea en joye. Le Roy la
vint embraffer
en luy difant
, Je fuis ravy , Madame,
que vous nous ayez donné trois
Princes . Monfeigneur
vint
auffi l'embraffer
, & luy témoigna
la joye qu'il avoit
de ce qu'elle ne fouffroit
plus.Cependant
M ' Clement
mit l'Enfant dans la couche,
& dans les langes que Ma
dame la Maréchale
de la
Motte tenoit , & M' l'Eveſ
que d'Orleans
eftant entré
auffi toft, ondoya ce Prince.
Le Roy retourna au Confeil,
GALANT 247
1
& dit en y entrant , Loüions
Dieu, Meffieurs , de ce qu'il vient
de nous donner encore un Prince .
Le Confeil eftant finy , Sa
Majeſté alla à la Chapelle
rendre graces à Dieu de
l'heureux Accouchement
de
Madame la Dauphine. Le
lendemain ce Monarque af
fifta au Te Deum , qui fut
chanté dans la mefine Chapelle
, où le trouverent M'le
Nonce , & toute la Cour.
Le foir il y eut des Feux de
joye , & des Illuminations:
par toutes les rues . Le Lundy
2. de ce mois on chanta
X
iiij
248 MERCURE
le Te Deum dans l'Eglife de
la Paroiffe , & le foir on continua
les
réjoüiffances du
jour précedent. Le mefme
jour il s'en fit de grandes à
Paris. Elles furent annoncées
dés le matin par le Canon
de
l'Arcenal , & pár celuy
que l'on avoit amené fur le
Quay de la Greve. L'aprél
difnée on chanta le Te Deum
dans l'Eglife de Noftre - Dame.
Mile Chancelier
y affifta
à la tefte du Confcil , ainfi
que le Parlement
, la Chambre
des Comptes , & les autres
Cours
Superieures , avec
GALANT.
249
le Corps de Ville , & les Miniftres
Etrangers qui y avoient
efté invitez . Le Canon
fe fit entendre avant &
aprés la Ceremonie , & recommença
le foir avant
qu'on tiraft le Feu d'artifice
qui avoit efté préparé devant
l'Hoftel de Ville . Il ef
toit remply
d'Hierogliphes,
& d'Infcriptions fur cette
naiffance . Il y eut un
grand Repas & Bal à l'Hoſtel
de Ville, & l'on n'y oublia
rien pour marquer la joye
que chacun en reffentoir.
Aprés que l'oncut tiré ce
250 MERCURE
Feu , on en fit par toutes
les ruës. On accompagna
le bruit des Boëtes de quan
tité de Fuſées qui furent dif
perfées en l'air , & tout le
Peuple donna de fortes marques
de joye ; ce qui dura la
plus grande partie de la
nuit. Si toft que Madame la
Dauphine fut accouchée ,
M' de la Sourdiere , l'un de
fes Ecuyers partit, pour en
aller porter la nouvelle à M
l'Electeur de Baviere . Je
remets au premier mois les
réjouiffances qui ont efté
faites à Bourges , Capitale
GALANT. 251
du Berry , pour la Naiſſance
de ce nouveau Prince .
Je me fouviens
que dans
ma Lettre du mois de Juil.
let, je vous ay parlé du Prefent
que M' de Semerie , Gentilhomme
Genois , a fait au
Roy ,d'une Perlequi peſe cent
grains, & qui a efté apportée
desIndes par un Gentilhome
defesParens . Jevous l'envoye
gravée avec tous les riches
ornemens qui ont accompagné
ce Préſent . En voicy
l'explication par rapport aux
lettres qui font marquées
dans la Planche.
252 MERCURE
A. La Perle fuivant fa jufte
forme &
grandeur .
B. La tefte & les bras d'or
émaillé , couleur d'acier , à
petits clouds d'or.
C. Le Cafque & Panache
auffi d'or émaillé & enrichy
de Diamans .
D. L'Echarpe d'or émaillée
de bleu , & parfemée de
Fleurs de Lys d'or .
E. Les Jambes d'or émail-
-lé & couleur d'acier.
F. La Pique d'or que cette
Figure tient à la main , &
dont la pointe eft un feul
Diamant enchaft feuleGALANT.
253
ment par la pointe
G. Trois gros Diamans .
qui forment parfaitement
une Fleur de Lys.
H. Une Couronne d'or
toute enrichie de Diamans,
au haut de laquelle il y a une
petite Fleur de Lys.
1. Un Ange qui foutient
la Fleur de Lys & la Couronne
, auffi d'or émaillé. Il tient
à fa main une Trompette
,
comme preft à publier la
gloire de Sa Majeſté.
SL. Par cette feule Lettre
font marquez tous les Trophées
qui font fur le Piedef
254 MERCURE
tail , fçavoir
, un Timbre
avec
fon Panache
enrichy
de Diamans
, une Cuiraffe
,
un Bouclier
, un autre Caf
que , un Turban
, un Etendart
à la pointe
duquel
il y
aun Diamant
presque
tout
hors d'oeuvre
, un Arc & une
Fléche , à la pointe de la.
quelle
il y a un Diamant
de
mefme
que celuy
de l'Etendart
, un Sabre
, un Fufil dont
la pierre
eft auffi un Diamant
,
& un Tambour
, le tout d'or
émaillé
, avec les couleurs
que
doit avoir
chaque
chofe , &
garny
de Diamans
, aux en
GALANT 255
droits où l'on a pû les faire
entrer dans ce rare Ouvrage
fans le rendre irregulier .
M.
Trente - deux gros Diamans
au tour du Piedeſtal
moitié en couleur de Rubis ,
& moitié en couleur de Topaze
, ce qui produit un tresbel
effet.
N. Quatre Fées entremellées
de Feuillages qui
foutiennent le Piedeftal .
Toutes ces richeffes nous
font voir que M' de Semerie
n'a rien oublié pour faire que
cette Perle fuft un Chef
d'oeuvre de l'Art , comme
256 MERCURE
la
elle en eft un de la Nature.
Elle est devenuë par là encore
plus digne d'eftre prefentée
au Roy , à qui toutes
les chofes qu'il y a ajoûtées
conviennent parfaitement ,
puis qu'elles marquent
Force , la Valeur, & la Sagef
ſe. La Renommée y paroiſt
fort à propos , elle qui eft
toute employée pour les
grandes Actions de Sa Majefté.
Ce Gentilhomme doit
tenir à grande gloire d'avoir
eu l'honneur de prefenter au
RoyunQuvragede la Nature ,
auquel ce Monarque a don,
GALANT. 257
né le nom de Singulier. Auffi
eftoit- il bien jufte qu'une
chofe qu'on peut dire fans
pareille , tombaft entre les
mains d'un Prince qui n'a

point d'égal. C'eft un avantage
pour la Republique de
Genes , qu'un de fes Sujets
ait eu le bonheur de faire un
pareil Prefent, &qu'il ait efté
reçeu avec autant de bonté
que le Roy en a fait voir en
Fagréant. Elle a ſujet de con-
#fiderer M de Semerie , &
tous ceux de fa Famille comme
des perfonnes qui out
travaillé pour fa gloire.
Septemb. 1686.
Y
258 MERCURE
J'apprens que M ' Berrier,
Secretaire duConfeil du Roy
& des Commandemens
de
la feuë Reyne , eft mort
à Torcy , âgé de ſoixante &
onze ans. Il a laiffé deux Fils,
& une Fille , mariée à M le
Marquis des Marais . L'ailné
des Fils eft M³ Berrier , Seigneur
de la Ferriere, Maiftre
des Requeſtes , qui a épousé
une Fille de feu Mr Potier
de Novion , Maiſtre des Requeftes
, & reçeu en furvivance
de la Charge de Prefi
dent au Mortier . Le fecond
Fils , eft Mr Berrier de ReGALANT.
259
I
Pre
1
nonville , cy- devant Confeiller
au Parlement , & à
prefent Secretaire du Confeil
en la place de M¹ Berrier
fon Pere .
Les Mathematiques font
plus en vogue qu'elles n'ont
jamais eſte . On les regarde
comme une Science de laquelle
on tire de grandes u
tilitez , &
peller la Science des Princes.
Aufli fait elle la paffion de
plufieurs grands Rois ,
la Chine , où l'on permet
l'entrée à fort peu de gens,
ceux qui poffedent les Maque
l'on peut ap-
& à
Y ij
260 MERCURE
thematiques n'y ſont pas
feulement reçûs , mais ils deviennent
Favoris de l'Empereur.
Il ne faut pas vous en
dire davantage pour vous
faire voir combien il eft glorieux
à M ' Sauveur , Maiſtre
de Mathematique des Pages
de Madame la Dauphine ,
d'avoir efté choify pour exercer
la Chargede Profeffeur
Royal en cette Science . C'eſt
ce que Mr le Marquis de
Seignelay à fait agréer au
Roy . Sa grande capacité l'a
fait diftinguer à la Cour depuis
plufieurs années, Il a eu
GALANT. 261
l'honneur
d'expliquer à Sa
Majeſté les avantages & les
defavantages du Jeu de la
Baffette par les Calculs qu'il
en a faits ; de faire plufieurs
experiences en preſence de
Monfeigneur le Dauphin &
de Madame la Dauphine , &
d'entretenir fouvent Monfieur
le Prince , & Monfieur
le Duc , qui ont fait choix
de luy pour montrer les Fortifications
à Monfieur le Duc
de Bourbon , comme il avoit
fait à feu Monfieur le Comte
de Vermandois . M les Miniftres
luy ont confié l'exa262
MERCURE
men de diverfes Machines
Hydrauliques
, & ont marqué
en differentes
occafions
l'eftime particuliere
qu'ils
font de fon habileté .
La Chaire de Profeffeur
Royal en Langue Greque,
eltant demeurée vacante par
la mort de M Cotelier que
je vous appris le mois paffé ,
le Roy , pour la remplir dignement
, a fait choix d'un
homme dont la profonde
érudition & les grands talens
font connus de tout le
monde . Pour vous en faire
un Eloge qui vous faffe con
Y
GALANT. 263
>
venir de tout fon merite , il
me fuffira de vous le nommer.
C'eſt M. l'Abbé Galois.
Il est de l'Academie Françoife
, & de l'Academie des
Sciences , & la reputation
qu'il s'eft acquife dans l'une
& dans l'autre, fait affez connoiftre
qu'on ne peut trop
dire à fon
avantage .
Je vous ay parlé plufieurs
fois des Capucins que l'on
appelloit Capucins du Louvre
, à caufe du Laboratoire
que Sa Majefté y avoit fait
établir pour eux. Vous fçavez
qu'ils y ont travaillé
264 MERCURE
quelques années avec beau
coup de fuccez, & que quantité
de Cures confiderables
les ont mis en grande eſtime .
L'envie n'a pas manqué de
les attaquer , & ils ont eſté
calomniez fur divers fujets ,
mais enfin la verité s'eft montrée.
Ils ont gagné leur Procez
à Laval où le Chapitre
eftoit aſſemblé, & celuy qui
s'eftoit fait leur Partie , a efté
déclaré Calomniateur par
n Commiffaire Apoftolique.
Voicy un autre Air nou
eau que je vous envoye.
Vous
ا ڑ ب
ron nous donne lechar
DVVVV
lesfleurs etfoulez
ne valentpas vne
lezla verdure ,
Sept. 1686.
N
པ་
un dueAir Hou
au
que je Vous envoye.
Vous
GALANT. 265
Vous vous connoiffez trop
bien en Mufique pour ne pas
juger par vous- mefme de
tous les Ouvrages de cette
nature.
AIR NOUVEAU
.
C
Hante qui voudra le Printemps
Je ne veux chanter que l'Automne.
Cette aimable Saifon nous donne
Le charmantjus de la tonne ,
Etfans cette Liqueur il n'eft point
de bon temps.
Amans , cücillez des Fleurs & fou
lez la verdure ,
Sept.
1686.
Z
266
MERCURE
Pour moy , je ne veux plusfouler
que le Raifin.
Toutes les Fleurs de la Nature
Ne valent pas une
goute
Vin.
de
Je vous parlay il y a un
mois de la prife de Modon ,
mais je ne vous en dis que
des chofes
generales , & je
croy que vous ne ferez pas
fachée de voir un Journal
du Siege de cette Place.
Vous le trouverez dans la
Lettre que je vous envoye.
Quoy qu'il foit court , il ne
taiffe pas de
renfermer tout
le
Siege
.
GALANT 267
Au Camp devant Modon le 9.Juillet 1686 .
MONSI
de la
ONSIEUR ,
Depuis ma derniere , par la
quelle je vous mandois les circonftances
de la prife des deux
Navarins , & du Combat de
néau Seraskier par M. le Comte
de Konigfmarck , General de
l'Armée de Terre
fermeté du Bacha du nouveau
Navarin , qui fe fit fauter en
lair , nous avons fait une marche
d'un jour par terre , & fommes
arrivez devant Modon le 22. de
Juin. La Ville eftfituée ſur une
*
Z ij
268 MERCURE
langue de terre qui s'avance à la
Mer, fortifiée d'une muraille de
pierres de taille terraffée , couverte
du cofté de terre d'un Baftion détaché,
& d'une espece de Pafté,
le tout envelopé d'un bon Foffe
re vestu. M. le Comte de Konigs.
marck donna d'abord fes ordres
pour la Circonvallation
, qui fut
aifée àcaufe de plufieurs Ravines
impraticables qui environnent la
Place. Le 23. on travailla à fe
retrancher , & le 24, on alla aux
fafcines dans le Camp mefme qui
traverfe une Foreft d'Orangers,
dans laquelle on fit cent mille
Fafcines de ce bois . Le 25. on comGALANT.
269
mença
à bombarder avec buit
Mortiers , & l'on jetta cinq cens
Bombes , dont quatre - vingt manla
Ville , & trente cre- 3
querent
verent en l'air. Le 26. M. le General
de Konigsmarck fit attaquer
le Fauxbourg, & s'en eftant
rendu Maiftre , il fit retrancher
la tefte des rues , & mit quatre
Bataillons d'Efclavons dans les
Jardins du mefme Faux - bourg-
Ce jour- là on jetta fept cens Bombes.
Le 27. onfit fommer la Ville.
Le Difdar ou Gouverneur répondit
, qu'il n'attendoit du /ecours
que de Dieu , qu'il eftoit né pour
mourir , qu'il fe défendroit tant
Z iij
270 MERCURE
qu'il y auroit un homme en vie
dans la Place , & que le dernier
vivant mettroit le feu aux Pou
dres , afin que fi la Ville devoit
fortir de l'Empire des Mahome
tans, elle ne tombaft point aupou
voir des Chreftiens . Le 28. on
commença à travailler à une Bat.
terie de dix pieces de Canon . Le
29. on continua à bombarder ,
à travailler aux Fafcines & à
la Batterie. Le 30. la Batterie
commença à jouer avec un fuccés
admirable ,
heures cinq pieces de Canon de
la Ville, Nos Canonniers font excellens
, & tirent du Canon comdémonta
en trois
GALANT. 271
me onferoit une Carabine . Le 1.
de fuillet les Troupes de Malte
auvrirent la Tranchée , & firent
deux cens pas de travail. Le
les Troupes d'Espagne releverent
la Tranchée , & le Gene
raliffime Morofini fit encore fommer
la Ville . Les Turcs entrerent
en capitulation ; le Gouverneur
propofa de porter la Garnifon à fe
rendre , fi on luy vouloit donner
deux mille Sequins, & dit qu'il
faloit uneTreve pour affembler le
Confeil. La Tréve fut accordée à
condition
que
le travail continuëroit
de part & d'autre. Outre les
Travailleurs M. le Comte de Ko
Z. iiij
272 MERCURE
nigfmarck commanda encore cinq
cens Allemans , & on pouffa le
travail jusqu'à trente pas de la
Contrefcarpe , avec une Ligne de
communication de cinquante pas,
a 4.
& une Place d'Armes de chaque
cofté. Le 3. le Difdar rompit la
Tréve , difant qu'il n'avoit pú
obliger les autres àfe rendre. Le
les Saxonsreleverent la Tranchée.
Quatre Mortiers jetterent des
pierres toute la nuit , avec deux
des Carcaffes, & les autres pouf
ferent des Bombes à l'ordinaire.
On perdit un Lieutenant Colonel
trente Soldats Lec les Troupes
de Brunfvic monterent la
J
GALANT. 273
Tranchée ; on avança la Batterie
des Bombes ; on en commença une
de Canon, & l'on pouſſa les Tran.
chées jufques au Foffe. Un Tranf
fuge confirma cequed'autres avoiét
dit , que les Maifons de la Ville
eftoient presque toutes ruinées de
quatre mille Bombes qu'on y avoit
déja jetrées , & que les pierres les
incommodoient plus que tout le
refte. Le 6. les Troupes de Florence
monterent la Tranchée ; on
fit grandfeu de chaque costé , &
les Ennem is firent tout ce qui fe
pût pour retarder le travail . Tous
les Ingenieurs qui estoient à la
Franchée ayant efte bleffez, M. Le
1
274 MERCURE
Comte Charles de Kongſmarck,
Neven du General Colonel an
frvice du Roy Tres . Chretien ,
conduifit les travaux , e traça
la Place d' Armes , & le Logement
de la Contrefcarpe ſe fit
fans beaucoup de porte . Le 7. les
Maltois remonterent la Tranchée.
VingiChevaliers avec les Volontaires
dont Mr le Vicomte de
Turene & M.le Comte Charles
de Konigsmarck eftoient, &
cinquante Grenadiers fe logerent
à découvertfur l'angle de la droite
de la Contrefcarpe . Les Pofes
n'eftant pas encore joints , il falut
travailler en arriere. On fit en-
>
J
GALANT. 275

core cette nuit une Batterie de fix.
Pieces fur une hauteur qui battoir
la Ville à revers. Le grand clair
de Lune nous fit perdre du monde;
deux Chevaliers furent bleſſez.
Le 8. les Eſpagnols remonterent
la Tranchée; on fit trois defcentes
dans le Foffé , & l'on commença
laGalerie. Les Turcs firent grand.
feu deGrenadese de facs à Powdre.
Cependant à Midy on fut
au pied du Baftion . La tefte tourna
aux Turcs , ils arborerent.
Pavillon blanc , & donnerent des
Oftages.
Il paroift une nouvelle
Carte de la Morée qui con276
MERCURE
tente fort les Curieux. Elle a
efté faite par M. de Fer. Une
grande partie des Divifions
& des Pofitions modernes de
cette Carte ne fe trouve dans
aucune autre , & il y a de
petits Plans autour du Cartouche
, qui donnent une
idée des Places Conquifes
par les Venitiens dans cette
Prefqu'Ifle.
J'ay pris un fi'grand foin de
m'informer de tout ce qui
s'eft paffé à Anet pendant le
féjour de Monfeigneur le
Dauphin , que je vous en
envoye un Journal. Vous
GALANT. 277
fçavez que Diane de Poitiers
, Ducheffe
de Valentinois
, a fait bâtir cette belle
Maiſon , & que Monfieur
le
Duc de Vendofme
à qui elle
appartient
, a fait beaucoup
de dépenfe pour l'augmen
ter & pour l'embelir. Il fe
preparoit depuis long- temps
y recevoir Monfeigneur
,
mais ce Prince n'y voulut
aller qu'aprés les Couches
de Madame la Dauphine
,
difant , Qu'il ne pouvoit fe di
vertir fans inquietude , jufqu'à
ce que cette Princeffefuft heureufement
accouchée. Cela fut cau
278 MERCURE
fe qu'il ne partit de Ver
failles que le Vendredy 6.
de ce mois à fix heures du
matin . Sur les dix heures il
arriva à Anet qui en eſtéloigné
de treize heures. Peu
de temps aprés l'arrivée de
ce Prince , on ſervit à difner
fur une Table de 16. à 18 .
Couverts , placée dans le
milieu du Salon de ce Château
, & dans le mefme moment
on en fervit une autre
dans le mefme lieu de 18. à
20. Couverts , fans qu'il y
euft aucune difference entre
les Services de ces deux TaGALANT.
279
4%
bles. Monfeigneur l'avoit
ainfi ordonné , ce Prince
ayant meſme refolu de fe
mettre à celle qu'il trouve..
roit la plus proche de luy
lors qu'il entreroit dans le
Salon , où l'on peut entrer
par divers endroits . Ces Tables
ont efté fervies par quatre
Controleurs de la Maiſon
du Roy en Quartier. M. Gemat
fervant chez Monfeigneur
, a fervy devant ce
Prince , & M. Riveroles de
l'autre cofté. Le Controleur
General fervoit à boire à
Monſeigneur , & donnoit
280 MERCURE
les Affiettes. M's Baſtard , &
Cornilau fervoient l'autre
Table. Ces deux Tables ont
toûjours efté magnifiquement
fervies , & de la melme
maniere . Monfieur le Duc
de Vendofie en a fait fervir
tous les jours fept ou huit
autres.
La premiere paſſoit pour
celle de ce Prince , quoy
qu'il ne s'y foit guere trouvé.
Elle eftoit tenuë par M.
l'Abbé de Chaulieu . On ne
peut rien ajoûter à la delicateffe
, & à la magnificence de
cette Table.
GALANT. 281
La feconde eftoit tenuë
par M. de Bois de Lával
Capitaine ou Gouverneur
du Chateau . Ceux qui trouvoient
quelquefois les autres
Tables trop pleines
noient manger à celle là . Elle
eftoit auffi deſtinée pour une
partie des Demoiselles de
L'Opera.
>
ve
La troifiéme eftoit celle de
M. de Lully. Elle eftoit fervie
avec autant de regulari
té que les
voit un Maiftre- d'Hoftel uniquement
pour cela. On y
voyoit toûjours bonne Com
A a
autres & il y a
Septemb. 1686.
282 MERCURE
pagnie tant à manger qu'à
faire converſation
avec M.
de Lully pendant le Repas ,
parce que fon entretien
n'eft pas moins agreable que
fes Ouvrages
.
La quatriéme
eftoit pour
une partie
des Demoifelles
qui chantoient
à l'Opera, &
our toutes celles qui y dan- pour
çoient
.
La cinquiéme
pour tous
les Muficiens
& Danfeurs
.
La fixiéme
pour tous les
Joueurs
d'Inftrumens
.
La feptiéme
pour les Bri
gadiers
, & Gardes
du Corps
GALANT. 28%
qui fervoient auprés de Monfeigneur.
La huitiéme eftoit celle
des Suiffes du Roy fervant
auprés de ce Prince.
Outre toutes ces Tables
reglées , il y avoit une Cuifine
avec des viandes tou ...
jours preftes , & des Offi
ciers deftinez , pour atten
dre toutes les Perfonnes de
qualité , & toutes les Dames
qui venoient fouvent de Pa.
ris & de Rouen en grand
nombre. On leur donnoit à
manger à toute heure fui- a
vant la qualité qu'ils preÁ
a ij
284 MERCURE
1
noient , & ce qu'il y de a
merveilleux , c'est qu'on en
donnoit auffi à toutes les
perfonnes
qui venoient
de
la Cour , & qui la pluſpart
arrivoient la nuit . On peut
dire mefme que toute la
Cour y eft venue alternativement
& que toutes les
Perfonnes diftinguées qui
la compofent, ont du moins
palé un ou deux jours à Anet.
M. le Marefchal Duc
de Vivonne y a toûjours
demeuré . Tous les Seigneurs
de la Cour ont efté logez
dans le Château , & tous
les
GALANT. 285
Officiers ont eu des Cham .
bres marquées dans le Village.
Le mefmejour que Monfeigneur
le Dauphin fut arrivé,
il alla l'aprefdinée courre
le Cerfavec la Meutte de
M. le Grand Prieur , & il le
prit aprés l'avoir couru trois
heures . Sur les fept heures ,
il monta dans la Galerie de
Diane , pour y voir l'Opera
d'Acis & Galatée . Monfieur
le Duc de Vandofme voulant
donner à ce Prince un
Divertiffement qu'il n'euft
point encore veu , en a fait
286 MERCURE
toute la dépenſe. Les Vers
de cet Opera font de M. Capiftron
. Il reçût beaucoup
d'applaudiffemens
.
Le Samedy 7. Monfei
gneur alla courre le Loup
avec les chiens de fon Equipage.
Ille prit aprés trois
heures de courfe . On joüa le
reſte du jour . A fept heures
on alla à l'Opera , puis on
foupa à l'ordinaire .
Le Dimanche 8. Monfeigneur
alla tirer , & prmit à
ceux qui l'accompagnoient
de tirer auffi. Mr le Maréchal
de Vivonne eftoit du
GALANT. 287
nombre , & ne tira pas inutilement
. Monfeigneur envoya
toute la nuit cinquante
tres beauxPerdreaux au Roy,
Sa Majefté luy ayant envoyé
le jour precedent quatre
grandes corbeilles du plus
beau Fruit qu'il fuft poſſible
de voir. Il y eut encore Opera
, & l'on ſoupa enſuite.
Le Lundy 9. Monfeigneur.
alla courre le Loup avec l'Equipage
de M le Duc de
Vendofme , & le prit aprés
cinq heures de courſe . On
foupa , & il y eut Jeu aprés
Soupé.
288 MERCURE
Le Mardy
10. Monfeigneur
courut
le Loup dans
le Parc de Breval , avec fon
Equipage
Il en prit un de
huit mois , & un jeune Loup
que devorerent
les Chiens .
Il y eut Opera avantSoupé
.
Le Mercredy
11. Monfei
gneur
alla courre le Cerf avec
l'Equipage
de M le
Grand Prieur. Le Cerf aprés
avoir couru plus de trois heu
res,fe vint faire prendre
dans
la Riviere
d'Anet. Beaucoup
de Dimes
des environs
eltoient
dans leurs Caroffes
. Il
II.
у
GALANT. 289
y a long - temps que cette
forte de Chaffe n'a donné
plus de plaifir, & pour le ren .
dre plus grand, Monfeigneur
fit faire fur le champ une
partie de la Curée. Il y eut
Opera au retour.qeri
LeJeudy 12. Monfeigneur
alla courre le Loup avec l'Equipage
de M' le Duc de
Vendofme , & prit une tresgroffe
Louve. Il y eut ce foir
là une Illumination , au milieu
de laquelle eftoit une Piramide
d'environ foixante
pieds de haut , elle finiffoit
par une Fleur de Lys toute
Septembre 1686. Bb
290 MERCURE
brillante de lumiere Monfei
gneur voulut fouper fur la
Terraffe du Parterre, vis à vis
de cette Piramide . Il y eut
aprés le Soupé un tres - beau
Feu d'artifice .
gneur
Le Vendredy
13. Monſeialla
courre le Loup
avec fon Equipage
. Ilen prit
un gros aprés quatre heures
de courfe . Il y eut le foir
Opera.
Le Samedy
14. Monfeigneur
alla encore courre le
Loup du cofté de Dreux , &
aprés en avoir pris un des
plus grands , il ſe rendit à
GALANT. 29t
Maintenon avant l'arrivée
du Roy, avec la plupart de
ceux qui l'avoient accompagné
à Anet . Cette journée fut
une des plus fatigantes , &
peu de chevaux y pûrent
fournir.
Le Dimanche 15. Sa Ma .
jeſté fit la Reveuë des vingtdeux
mille hommes qui font
aux environs de Maintenon ,
Le Lundy 16 Monfeigneur
entendit la Meffe à
fept heures du matin , & alla
tirer jufques à Midy . L'apréf
difnée il fuivit le Roy , qui
alla vifiter tous les Travaux
Bb ij
292 MERCURE
de la Riviere d'Eure . Sa Majefté
ne revint qu'à huit heures
du foir.
gneur
Le Mercredy
17. Monfeientendit
la Meffe
fur
les fept heures
, aprés quoy
il monta
à cheval
pour re
tourner
à Versailles
, où il
arriva
à neuf ; ainfi il ne demeura
pas deux
heures
à
faire douze
lieuës. Le Roy
ne partit
qu'entre
dix & onze
, & vint en relais jufques
à Trape
, où Sa Majeſté
avoit
donné
ordre
qu'on
luy tinft
des chevaux
propres
pour
tirer.Elle
y arriva
avant quaGALANT.
293
tre heures , & chaſſa juſqu'à
l'entrée de la nuit.
Pendant que Monfeigneur
a efté à Anet, & àMaintenon,
Madame la Dauphine a tous
les jours envoyé fçavoir de
fes nouvelles , par les Officiers
de fa Maiſon , qui ont l'honneur
d'approcher le plus prés
de fa Perfonne . Voicy les
noms de ceux qui ont fait ces
agreables Courfes fuivant
l'ordre qu'ils font partis de
Verfailles . Mrs de Soleifeil ,
de Bonneuil , de Chenedé ,
de Verneuil , Vandreyec.
C'eftoit à M' de Soleifeil à
Bb iij
294 MERCURE
recommencer ; mais comme
il eft auffi Gentilhomme ordinaire
de la Maifon du Roy,
Sa Majesté l'envoya ce jourlà
faire compliment à M' le
Nonce fur fa Promotion au
Cardinalat , de forte
de Bonneuil y retourna au
lieu de luy. M' de Soleifeil
repritfon rang lelendemain,
& M' de Chenedé y alla enfuite
, & tous les autres chacun
à leur tour , à commencer
par le premier .
que
Με
Je devrois faire icy un
grana Article de la nouvelle
Promotion de Cardinaux
GALANT. 295
que le Pape a faite ; mais
comme en fi peu de temps
il n'eft pas aifé de parler un
peu à fond de vingt - ſept
Perfonnes, je remets au mois
prochain à vous en entretenir.
Cependant je vous diray
que M ' Ranuzzi , Nonce de
Sa Sainteté en France , vint
falüer le Roy aprés avoir efté
nommé Cardinal. Il y vint
fans aucune marque de fa Dignité
nouvelle , mais fi -toft
qu'il fut forty d'auprés de Sa
Majefté,il mit fa Calote rouge
pour les autres vifites
qu'il avoit à faire ; ce qui
B b iij
296 MERCURE
fut remarqué & applaudy .
Si je vous parle affez rarement
des Nouvelles d'Allemagne
, c'est parce que je
veux vous en parler jufte, &
que je crois inutile de vous
rapporter
, ou des chofes
fauffes
, ou de fimples
bruits
qui
courent
. Si j'avois
fuivy l'exemple
des autres
, je vous
aurois
fait des Hiftoires
non
pas une fois , mais plus de
cent, des mauvais
traitemens
imaginaires
que l'on avoit
faits au Comte
Tekely
aprés
qu'il eut efté arreſté
. Je l'aurois
fait mourir
,je l'aurois
ref
GALANT
297
fufcité pour le faire de nouveau
accabler de chaifnes.
J'aurois fait lever de nombreufes
Armées au Roy dePerfe
, & jeluy aurois fait mettre
déja dix fois le Siege devant
Babylone , quoy que la coutume
foit parmy les Mahometans,
qu'une Puiſsace n'attaque
point l'autre quand
elle eft en guerre contre les
Chreftiens , parce qu'ils aideroient
eux mefmes à détruire
leur Religion . Je ne
vous ay pas dit un feul mot
de toutes ces chofes , parce
qu'elles n'eftoient pas veri298
MERCURE
tables , & cependant voila
tout ce qu'on alû depuisplus
d'une année dans la plufpart
des Nouvelles qui ont efté
données au Public Si l'on
cherche ainfi à faire croire
Ides chofes dont la fauffeté
paroift fi manifefte , & eft fi
aifée à démefler, que ne nous
dit-on point de faux tou
chant celles dont la verité
n'eft pas fi facile à developer?
Vous me demandez une
Relation du Siege de Bude ,
& je vous remets à trois mois,
parce que je ne veux pas cou
dre enfemble toutes les Rela
GALANT.
299
tions qui viennent , dont les
unes font faites à plaifir , &
les autres fauffes de bonne
foy. Je fçay que je feray pré.
venu , & qu'on imprime par
tout les Relations du Soldat
, comme celles du Capitaine
. Le Siege de Bude eft
un beau Siege ; on en fouhaite
des Relations , & celles,
qui paroiftront les premieres
feront recherchées avidement
, & les mieux receuës
parce qu'elles contenteront
l'empreffement du Public ;
mais il ne s'enfuit pas pour
cela qu'elles foient les plus
300 MERCURE
fidelles. Je ne blâme point
ceux qui les donneront les
premiers ; ils ont leur but.
Pour moy , je ne cherche que
l'avantage de dire la verité ,
& pour la dire , je veux voir
des gens dignes de foy qui
foient revenus du Siege . Je
veux les entretenir , & fçavoir
leur fentiment fur tout
ce qu'on aura écrit & rendu
public fur cette matiere.
Je n'affure pas pour cela de
faire une Relation tout àfait
exacte , mais au moins ferat
- elle la plus reguliere . Com
me les veritez ne plaiſent
GALANT.
301
pas toûjours à tout le monde,
la Relation que je donnay il
y a trois ans du Siege de
Vienne trouva des Critiques ,
qui cherchoient à la faire
foupçonner de fauffeté, quoy
que je n'euffe rapporté que
des faits conftans & imprimez
mefme à Vienne. Ce .
pendant le temps l'a fait eftimer
, tant il eft vray que la
verité eft toft ou tard reconnue.
Celle de la prife de
Bude eft inconteſtable , &
cette Action eft trop grande,
trop éclatante , & trop avan
tageufe à la Chreftienté
302 MERCURE
pour n'en pas parler dés aujourd'huy
; mais comme
je
dois vous envoyer
une Relation
entiere
de tout le Siege
, je n'entreray
point icy
dans un détail trop particu
lier , afin d'éviter
les repeti
tions aufquelles
je ferois alors
obligé. La Relation
que
je vous promets
, en vous
faifant
voir les fautes
du
Grand
Vilir, vous fera connoiſtre
le fecours
qui
devoit
empefcher
la priſe de
la Place , ou du moins la reculer
, l'a avancée
. Elle dévelopera
les motifs
du Sieque
GALANT.
303
ge , & ce qui a excité M. le
Prince Charles de Lorraine
à fortir Vainqueur de cette
entrepriſe. Enfin , j'efpere
qu'elle vous apprendra beaucoup
de chofes , qui apparemment
ne feront pas dans
les Relations précipitées
, que
les
Particuliers nous vont
donner de ce Siege .
Cependant
je vais taſcher de vous
faire icy une peinture affez
forte pour vous aider à
vous bien repreſenter à
vous -mefine l'Affaut qui a
cauſe la perte de cette Place,
Je referve pour la Relation
304
MERCURE
entiere
que je dois vous donner
le détail
de la
du
défaite
des Troupes
, que le
Grand
Vifir
voulut
faire paffer
le 29 .d'Aouft
dans
la Place
. Aprés
cette
heureuſe
&
grande
défaite
, les Generaux
des Troupes
Auxiliaires
, foit
qu'ils
fuffent
las de voir déperir
celles
qu'ils
commandoient
, foit qu'ils
cruffent
que les Turcs
eftant
défaits
,
on ne pouvoit
choifir
une
occafion
plus favorable
, demanderent
tous avec
un égal
empreffement
qu'on
' donnaft
un Affaut
Ĝeneral
. Le
ה
GALANT.
305
Prince Charles qui fouhaittoit
auffi
ardemment qu'eux,
de voir la fin de ce Siege ,
tint Confeil avec l'Electeur
de Baviere , & ce jeune Souverain
qui ne refpire que la
gloire , confentit fans peine
à ce qu'elle demandoit de
lay. Ainfi l'Affaut general
fut refolu. Le Grand Vifir
avoit mis fes
Troupes en
Bataille. Le fecours qu'il avoit
voulu jetter dans Bude,
avoit efté batu par les Affie.
& peut- eltre que
geans ,
voyant la Place hors d'eftat
de faire une plus longue dé-
Cc
Septembre 1686.
306 MERCURE
fenfe , felon les nouvelles
qu'il pouvoit en avoir euës ,
La refolution
eftoit de donner
dans les Lignes , avec
foure fon Armée , à quoy
l'on reüflit avec beaucoup
moins de peine , qu'à com.
battre des Troupes rangées
en Bataille . S'il avoit pris ce
le deffein , il fut rompu par
Prince Charles , qui ayant
mis une partie de fon Armée
en bataille hors des Lignes ,
luy fit faire un front oppofe
à celle du Grand Vifir , com.
me s'il eut voulu le combattre.
La Cavalerie
eftoit
GALANT.
307
commandée par le General
Bielke , le
Prince de
Savoye ,
le
Comte de la Torre , & le
General d'Arco M.
Steinau
& le
Comte
d'Afpremont ,
commandoient
l'Infanterie ..
Il y avoit en
mefine
temps
des
Troupes
deſtinees
pour
la
feureté des
Lignes de tous
les
Quartiers
On avoit à fe
rendre
mailtre de la Bréche
qui eſtoir à la
feconde mu
raille , & des
retranchemens
qui
eftoient
derriere, Voicy
l'ordre avec
lequel on mon
ta à l'Affaut, aprés
quatre vo
lées de Canon
qui
avoient
Cc ij
308 MERCURE

efté marquées
pour fignal.
Quatre
Capitaines
marchoient
à la droite à la tefte
de cinquante
Grenadiers
.
Quatre Lieutenans
& autant
de Sergens
les fuivoient
ayant
à leur
tefte
le Baron
d'Afti
, mais ayant
efté bleffé
d'abord , un Sergent Major
prit fa place. Ces Troupes
é
toient
foutenues
par deux
cens Moufquetaires
que cómandoient
quatre Capitai
nes. Un Colonel Major marchoit
avec cent Piquiers qui
avoient chacun un Sabre &
deux Pistolets à la ceinture ,
GALANT
309
Quatre
Capitaines & plufieurs
Officiers , fuivis de
trois cens
Arquebuſiers , venoient
aprés . Il y avoit trois
Bataillonsde referve, chacun
de fix cens hommes . L'ordre
de la gauche eftoit à peu
prés le mefme, excepté qu'elle
avoit en telte quinze cens
Arquebufiers
avec leurs Of
ficiers precedez de cinquante
Grenadiers , & de trente
hommes armez de Pertuifanes
& d'Epées , ayant chacun
une Hache à la ceinture .
La place des Volontaires
qui
eftoient tous d'une grande
310 MERCURE
diftinction par la valeur , &
par la n
la naiffance , eltoit entre
ces deux Aifles ; mais il leur
eltoit fortement ordonné ,
de ne paffer pas les premieres
Files . Ceux qui avoient
le commandement
de cette
attaque , eftoient , le Prince
de Neubourg , le Prince de
Croy , les Comtes de Souches
& de Scherffemberg
,
& le General Major Dippen
dal . L'attaque de l'Electeur
de Baviere eftoit à peu prés
de mefine , & fuivant les ordres
elle eftoit commandée
par le Prince Louis de Bade ,
GALANT.
311
3
le Marquis de la Verne , le
Comte de Serini , le Baron
de Beck & quelques autres .
Le General Schenech commandoit
les Troupes de
Brandebourg , & l'on peut
dire que le plus ou moins
de Troupes rendoit ces attaques
differentes . Les Attaques
fe firent le 2. de ce
mois , a la faveur des Boulers
enchaifnez , qui foudroyoiết
les flancs des Retranche.
mens oppofez derriere les
Bréches. On fút repouffé
deux fois à l'attaque de Lorraine
, & le courage des Af
an
1..3
312.
MERCURE
fiegeans
fe trouva
alors un
peu ébranlé
, mais enfin
ayant donné
un troifiéme
af
faut , aidez de ceux qui les
foûtenoient
, & ayant arraché
des Paliffades
de la groffeur
d'un homme
, ils en-,
trerent
dans la Ville malgré
les Bombes
, les Mines
, les
Boulets
les Pots à feu , les
2
Machines
roulantes
, les Poudres
, les Chevaux
de frife ,
les Facines
poiffées , & remplies
de Souffre , & la grefle
des Moufquets
& des Flé.
ches On fe rendit Maitre
des Coupures
, & des Retranchemens
1
GALANT. 313
vic à que
tranchemens , fans vouloir
voir les Drapeaux blancs
qu'avoient arboré les Affiegez
, ny écouter les cris de
ceux qui demandoient la
à genoux ; de forte
le delefpoir ayant fait reprendre
les Armes à quelques
-uns , ils vendirent leur
fang le plus cher qu'ils pu-
: rent , & mirent le feu en di
vers endroits , ce qui a fait
perdre une partie du Butin
qu'on auroit pu faire. Le
Sous - Bacha qui défendoit
l'attaque de Baviere s'eftant
aperçu de ce qui fe paffoit, &
Septemb. 1686. D &
314
MERCURE
ayant
enfuite
efté averty,
que ceux qui foûtenoient
l'attaque
de Brandebourg
avoient
auffi efté forcez , fe
retira
dans la Rondelle
qui
eft entre le Chateau
& la
Ville, avec treize cens hommes
ou environ
, & obtint la
vie ponr tous. Il eft impoffi
ble de dire encore
ny le nombre
des Prifonniers
, & de ceux
le Bu- : qui ont efté tuez , ny
tin qu'on
a fait. Avant
que
de fçavoir
toutes les circonftances
d'une fi grande
action
, il faut voir vingt cu
trente
Relations
. On affu c
"
GALANT. 315.
que la mort du Bacha Gouverneur
, tué fur la Bréche
a beaucoup contribué à la
prife de la Place , & que tout
bleffe qu'il fut d'abord , il
combatit fur la Bréche un
Sabre à chaque main , juſ
qu'à ce qu'un dernier coup
le renverfa mort.
Je finis par l'Article accoûtumé
des Enigmes. La
premiere des deux que je
Vous envoyay le dernier
mois , avoit efté faite fur l'I
mage du Soleil dans l'eau , elle a
efté expliquée dans fon vray
fens par M Brignon de la
S..
Dd ij
316 MERCURE
ruë S. Antoine ; Louvard du
quartier deS.Merry ; Audinot
de la rue S. Jacques ; Perier
de la rue S. Honoré , l'Indifferent
malgré luy, l'Aimable
Infidelle le Beuveur fans
foucy ; la Brune enjoüée , &
la Belle dédaigneufe
.
res ;
;
Le vray mot de la feconde
eftoit
le Clou à Soulier
. Ceux
qui l'on trouvé
ſont M¹ Bovinet
de la rue des trois Mo-
C. D. L. d'Orleans
;
Richeval
de Poitiers
, Miſtou
de Charny
, & les trois Amis
de la rue de Buffy
, Affociez
avec les Vandangeurs
de la
mefme
ruë.
GALANT. 317
L'un & l'autre a efte expliquée
dans fon vray fens
par M de Roncherie
du
quartier de la Place Maubert
, de la Solaye de la ruë
de la Harpe ; Renautor de
Tours ; l'Indolent par habitude
; l'Amant de toutes les
Blondes ; la Délicate
en Amour
, les Amans commodes
; Les Affociez en bonnes
Fortunes
, & les Coquets de
Profeffion.
Voicy deux Enigmes nouvelles
. La premiere m'a eſté
envoyée fous le nom de Lyfandre.
Celuy qui a fait la
Dedij
318 MERCURE
feconde m'a caché le fiem.
L
ENIGME
'Homme quifeul difcourt d'un
air fi plein d'appas ,
Peut eftre auf le feul qui nous
donne la vie.
L'avantage eft petits qu'il ne s'en
vante pas ,
Puis qu'en nous la donnant ,
nous eft ravie.
elle
Mais quay que nous foyons fipet
de temps aujour
Nous avons l'art de beaucoup
dire,
Nous parlons de peine & d'amour
GALANT. 319
Nous expliquons ce qu'on defire.
Belle Clione, un grand nombre de
gens
AvoftreCour nous fontparoiftre
Ah , que leurs coeurs feroient
contens ,
Si vous nous d'nniez auſſi l'eftre!
Bientoft on ne nous verroit plus,
Les uns feroient mourir les au
tres ,
Etlajoye auroit le deffus
Nos defirs deviendroient les vaftres.
AUTRE ENIGME.
Ο
Voy que le Maitre à qui
je fuis ,
Paffe en grandeur toute puiſſan
320 MERCURE
C'est toujours avec repugnance.
Que ceux qu'à me chercher leur
malheur a reduits ,
Mefont tém in de leurfoufrance.
Ce qui devroit contribuer
A rendre leur peine finie ,
C'est qu'ils font jour & nuit en
grande compagnie ,
Que rarement on voit diminuer.
Mais ce n'eft pas comme en certaines
Feftes ,
Où plus on eft , & plus on rit,
Ceux pour qui j'ay des faveurs
toûjours prefes ,
Auroient , s'ils cftoient feals , moins
de trouble en l'esprit.
Par moy de grands fecours s'ab-
·tiennent,
GALANT. 321
Et quoy que le fejour ait de quoy
dégoûter ,
Et que plufieurs avec joye en
reviennent ,
Il en est beaucoup qui s'y tienncnt
Iufqu'à ce qu'on mette ordre à les
faire emporter.
Je vous parleray le mois
prochain de l'Affaire de
Hambourg, dont je ne veux
faire qu'un Article . Il y a
grande apparence qu'elle fera
terminée en ce temps - là.
Je fuis , Madame, voſtre, & c..
A Paris,ce 30. Septembre 1686.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Ponde 5. Cir.
Relude fur l'établiffement de la Mai-
Articles de l'Edit de l'établiffement de
cette Mafon.
Idile de adame des Houlieres.
Madrigal furle me me fujtt.
12
41
47
Prieres & Réjouiffances faites en divers
endroits de la Ville de Paris , & en plu
fieursVilles du Royaume , le jour dela
Fefte de S. Louis , à cause que le Roy
porte le nom de ce Saint.
Madrigal àSapho.
Le nouveau Pantheon .
48
67
68
Neufiéme Dialogue des chofes difficiles à,
croire,
71
Defeription du Carroufel fait à Florence.
164
Hiftoire des Boucaniers ou Flibuftiers.171
Arrivée à Rouen de Mr Faucon de Ris
TABL E.
premierPrefident au Parlement de cette
Ville-là , avec les Harangues qui luy
ont eftéfaites , & tout ce qui s'est paffe
Sur ce fujet.
Morts.
186
201
Troifiéme fuite de l'Hiftoire des Eftampes.
Galanteries Espagnoles.
204
213
Particularitez touchant Accouchement
de Madame la Dauphine. 239
258
260
Mort de Mr Berrier.
Charge de Profeffeur Royal en Mathematiques
donnée à Mr Sauveur .
M.Abbé Galois eft pourvu de la Charge
de Profeffeur Royal en LangueGrecque.
262
Procés gagné par les Capucins dits du
Louvre.
Iournal de la prise de Modon.
Nouvelle Carte de la Morée.
263
267
275
Iournal de tout ce qui s'eft paffé à Anet
276
→ pendant le ſejour de Monfeigneur le
Dauphin,
Promotion des nouveaux Cardinaux . 294
TABLE.
Particularitez dela prise de Bude. 196
"Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes.
Enigmes nouvelles.
Affaire de Hambourg.
Fin de la Table.
315
318
321
Avis pour placer les Figures.
LA
'Air qui commence par, Doux Rai
fin dont l'Amour redoute la puiſſance,
doit regarder la page 163.
La Figure doit regarder la page. 251 .
L'Air qui commence par , Chante qui
voudra le Printemps , doit regarder la
page 265 .
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le