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Eur.
511
m
1686.6
Eux 511 16866
Mercure
Lluve
apartienc
chuctrine
<36624555110018
<36624555110018
Bayer . Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN .
JUIN ' 1686.
-313
AV PALAIS.
A PARIS ,
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
Chez la Veuve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAUPHIN,
ET. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DY ROY,
)
Bayerische
Staatsthak
AU LECTEUR
QU
Uelque fuccez que l'on
puiffe avoir en écrivant, on
a non feulement le chagrin de
facrifier fes foins & fa peine ,
mais encore celuy de perdre
Beaucoup , puifque fi l'on ne
reüffit pas on eft condamné aux
fais des Impreffions , mais,
comme c'eft avecjuſtice , on s'en
paindroit fans raifon. Cepen
dint files Ouvrages qu'on donne
au Public ont un plein fuc
cés , on paye cherement ce
glorieux avantage puifqu'ils font
auffi- toft imprimez par d'autres.
Il y a long- temps que cela arrive
à l'égard du Mercure , que les
á ij
AV LECTEUR.
Françoish & les Etrangers font
-implimer , & comme on s'accoûstume
a perdreainſi qu'à gagner ,
zon sten eft fait une habitude.
Les Etrangers viennent de pouffer
les chofes plus loin , à l'égard
de la Relation du dernier Carrouſel
& ont fait fçavoir à toute
Europe par leurs Nouvellesimprimées
, qu'ils alloient mettre
cette Relation fous la Prefle , &
" comme on voit par là une perte
affurce on aime mieux que le
Public en profite & perte potr
perte , donner pour quinze fos
cette Relation qu'on a venduë
trente jufques icy. On ne peut
edouter qu'elle ne foit plus cor-
Tacte que c
celle que l'on promet ;
les Originaux eftant toûjours
beaucoup plus parfaits que les
20
HULECTEUR.
Copies .On ne dit rien desrecher .
ches scurieufes done cette Relatimeft
remplie , ny des Portraits
en Vers des Seigneurs & des
Dames qui eftoient du Carrou-
Sfel , on en a trop parlé pour fupo.
- fer que le Lecteur n'en foit pas
sinftruit. On donnera auſſi hafin
qu'il puiffe avoir à bon compte
Tour ce qui regarde cette matie
de les deux Relations du Car-
Coufel de l'année derniere pour
dix fols chacune, Outre la Defription
generale de ce Spectaalle
que contient la première de
tes deux Relations elles ren.
ferme encore quatre- vingt Madrigaux
fur les Devifes de toutes
les perfonnes qui le compofolent.
Quant à la feconde , elle eft
remplie de quatre grandes Plan
AU LECTEUR..
ches , & contient tout ce qui
regarde les Maifons , Dignitez ,
& Emplois de chaque Chevalier.
On peut dire qu'en les donnant
pour ce prix, on en fait un pre .
fent à ceux qui ne
les ont pas ,
puis qu'elles ne leur reviendront
pas à la valeur de l'impreffion &
du papier.
TA
216
TABLE DES MATIERES.
i
contenues en ce Volume.
Rélude.
Prieres pour rendre graces à Dien du retour
de la Santé du Roy.
Lettre adreffée aux Paſteurs fugitifs qui font
difperfez dans les Païs étrangers, 7
Vers d'Homere à Mademoiſelle de Scudery","
en luy envoyant une Agathe , où la figute
eft en relief. 35
Réponse de Mademoiſelle de Scudery ."
Hiftoire de l'Enfant fuppofé , declaré Impofteur
par le Parlement .
>
41
L'Afne , le Vieillard & fon Fils , Fable . 72
Difcours fait à M. le Chancelier par Mrs les
Grands Audianciers Contrôleurs Generaux
du Sceau , Gardes des Rôles , Confervateurs
des Hypoteques & Cenfes , & Treforier
du Sceau , en luy prefentant fa Medaille
qu'ils ont fait fraper. 78
Suite de la défaite des Proteftans des Vallées
87 de Lucerne .
Lettre contenant les particularitez du Baptefme
des Turcs amenez de Coron par M. le
Prince Philippe de Savoye .
Converfions.
115
137
Grande Felte donnée à Rome par M. le CarTABLE.
rso dinal d'Eftrées .
Lettre touchant de nouveaux Infectes . 172
Traduction d'une Ode d'Anacreon . 180
Tout ce qui s'eft paffé à la Reception des quatre
nouveaux Chevaliers de l'Ordre. 182
Miffion faire à Sommieres , Ville du Dioceſe
de Nifmes ,
Mort .
Défy fait par M. le Duc de S. Aignan.
Cartel d'Arface .
237
248
Difcours touchant l'Hiftoire des Eftampes.
254
256
259
264
Prieres faites à Toulouſe , & aux Theatins à
Hiftoire des Eftampes.
Paris , pour rendre graces à Dieu du retour
de la Santé du Roy . 216
Particularitez touchant le Voyage de M. le
Chevalier de Chaumont à Siam.
Modes nouvelles..
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes .
Enigmes.
Fin de la Table.
292
323
334
336
MERCVRE
Ja
GALANT
JUIN 1686.
Ene fuis pas étonné , Madame
, qu'on ait fait des
Prieres dans votre Province
pour l'entier rétabliſſement
de la Santé de noftre Augufte
Monarque , puis que Paris
a donné l'exemple à tou-
Juin 1686 .
A
2 MERCURE
•
tes les Villes du Royaume.
L'amour des François pour
Sa Majefté a fait voir quelque
chofe de nouveau dans
ces Prieres . Elles ne fe faifoient
autrefois que par un
Mandement exprés des Evef
ques , & pour implorer le fecours
du Ciel , quand les
Souverains eſtoient en peril,
& non pas pour de legeres
indifpofitions, telle qu'a efté
celle du Roy ; & ces Prieres
finies , on ne rendoit point
de Graces publiques pour
leur Santé recouvrée ; mais
ce qui s'eft fait en cette ocGALANT.
3
cafion pour ce Prince , eft
venu duzele ardent que fes
Sujets ont pour luy ; & ce
qu'il y a encore de fort fingulier
dans ces Prieres , c'eſt
qu'on en a fondé en plufieurs
Eglifes , pour y eftre
dites tous les ans , & cela ne
s'eftoit point encore veu . Ce
n'eft pas qu'on n'en diſe
quelques - unes pour d'autres
Rois fes Predeceffeurs , mais
elles ont efté ou fondées , ou
ordonnées par ces Souverains
; & LoüiS LE GRAND
eft le feul Monarque pour
qui les Peuples en ayent fon-
A ij
4 MERCURE
dé de leur propre mouve
ment. Il n'y a pas lieu d'en
eftre furpris . Il eſt naturel
de faire des chofes nouvel
les pour un Prince qui en
fait tous les jours d'extraordinaires
, non feulement pour
la gloire & le bien de ſes Sujets
, mais encore pour le repos
& l'utilité de toute la
Terre. On continue ces Prieres,
& le Chapitre de S. Mar
cel donna des marques de
fon zele fur la fin du mois
paffé ,, par un Salut qui fur
chanté en Mufique dans cet
te Eglife , Elle eftoit ornée ce
GALANT.
ད
jour- là des plus belles Tapif
feries de la Manufacture
Royale des Gobelins. Le S.
Sacrement y fut expofé , &
M' le Doyen le porta en Pro
ceffion. Les Chanoines, Chapelains,
& Ecclefiaftiques de
la Communauté de ce Cha
pitre y affifterent au nombre
de quatre - vingt , tous en
Chapes , & la Ceremonie fe
termina par le Te Deum , en
action de graces de l'entier
recouvrement d'une Santé
fi pretieufe à la France . Elle
eft fi parfaitement rétablie
que le Roy a monté à cheval
A
iij
6 MERCURE
pour
aller tirer dans le Parc
de Verſailles .
Le foin que prend ce Monarque
de toutes les chofes
qui regardent l'affermiffement
de la vraye Religion ,
donne lieu de jour en jour
à des Ouvrages qui font d'une
grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis
qu'ils leur font voir combien
les Miniftres qui les ont a
bandonnez , ont une conduite
éloignée de celle des
vrais Pafteurs. En voicy un
de cette nature , que vous ne
ferez pas fâchée de voir.
GALANT.
T
52225222 252525252
LETTRE CHRESTIENNÉ
& Catholique , adreffée
aux faux Paſteurs fugitifs,
qui font difperfez dans les
Pays Etrangers.
L
A Grace de Jefus- Chrift ,
noftre feul Sauveur, & nôtre
unique Mediateur , vous faffe
connoiftre, mes Freres abufez,
la Verité de fa fainte Parole. Je
veux croire qu'il y en a parmy
vous qui font trompez de bonne
foy, & qui marchent au milieu
des tenebres & des ombres de la
A iiij
8 MERCURE
Mort,croyant eftre dans la lumiere
de l'Evangile , & dans le jour
de la vie qui est en Jesus - Chrift;
mais permettez que l'amour ardent
que nous avons pour voſtre
falut , nous ouvre la bouche ,
que la charité qui nous preffe ,
cette charitéfi tendre qui n'eft autre
chofe que l'Esprit de Dieu répandu
dans nos coeurs , pour parler
comme l'Ecriture
, faſſe auprés
de vous une derniere tentative
, en vous adreffant de la part
d'un grand Prince ces paroles fi
touchantes d'un S. Prophete
d'un grand Roy . Jufqu'à quand ,
jufqu'à quand aurez - vous le
GALANT. 9
&
4...
coeur pefant , obftiné & endurcy
? Pourquoy aimezvous
fr fort la Vanité
d'où vient que vous cherchez
avec tant d'ardeur le
Menfonge , pour vous tromper
vous-mefmes & pour
tromper les autres ? Pfal.
On a beau vous éclairer , vous
reſſemblez à ces Gens dont parle
Apoftre S. Paul , qui ne ferment
pasfeulement les
yeux
veritable lumiere , mais qui mettent
encore leurs mains deffus ,
pour s'empefcher de voir la moindre
lueur quiferoit capable de fai
receffer leur aveuglement . Vous
à la
10 MERCURE
eftes des Aveugles , & vous vou
lez conduire d'autres Aveugles.
Quelle fera donc la fin de vos
égaremens Ah fin funeste
déplorable ,, que le Sauveur du
Monde a marquée luy-mefme
dansfa fainte & divine Parole !
Vous tomberez, n'en doutez nullement
, dans le fond du precipice ,
vous yferez tomber les autres
aprés vous. Vostre chûte fera
d'autant plus malheureuse qu'elle
en fera tomber plufieurs qui
croyent marcherfeurement en vous
prenant pour leurs Guides . Pauvres
Peuples ! Malheureux Con....
ducteurs , qui conduisezfans Or
GALANT. II
dre , qui parlez fans authorité ,
qui prefchez fans Miffion
combien trompez- vous de panvres
ames , dont vous rendrez
compte un jour au jufteJugement
de Dieu? C'est là où je vous appelle
, c'est là où je vous attens.
Ouy, vous y rendrez compte
Ames rachetées par lefang d'un
Dieu , pour qui Fefus- Chrift est
mort , & pour le falut defquelles
ilferoit encore tout preft de mourir.
de ces
Fufqu'à quand, encore une fois,
n'écouterez- vous point la voix de
voftre Dieu , de voftre Roy , &
de vos veritables Pafteurs , qui
12 MERCURE
vous exhortent depuis fi longtemps
de rentrer dans le fein de
l'Eglife voftre Mere , dont vous
eftes injuftement fortis ? jufqu'à
quand vous égarerez- vous dans
les voyes de l'Iniquité & dans
les routes criminelles de Babilone,
pour parler avec un Prophete ? Si
vous eftiez de veritables Pafteurs,
comme vous en ufurpez le nom
que ne feriez vous pas , ou plû- .
toft que n'auriez- vouspoint fait ?
Le veritable Pafteur , dit Fefus-
Chrift , donnefa vie pourfes Brebis
. Voilà Fidée la plus jufte &
marque la plus certaine d'un
veritable Pafteur donnée pour la
la
nom ,
GALANT.
13
Cela fuppofe , dites moy , je ·
vous prie , pauvres Freres abufez,
où trouve-t- on parmy vous ce
caractere de Pafteur ? Quifont
ceux d'entre- vous qui le portent
avecjuſtice ? A- t-on veu un feul
Miniftre qui ait donné fa vie
pourfon Troupeau ? Cirez- nousen
un feul , marquez- nous fon
Zele , racontez- nous le genre
fon Martyre. N'avez- vous pas
au contraire quitté la Houlette &
abandonné le Bercail , comme des
Pasteurs mercenaires ? Nos Troude
peauxfeduits , nos Brebis abufées ,
font, dites- vous , errantes & vagabondes
, étonnées & furprifes
14 MERCURE
de voir hors du danger ceux qui
devroient les
encourager par leur
prudence , & quifont obligezpar
leurtitre de Pasteur , de les def
fendre jufqu'à la derniere goute
de leurfang. Que diront aprés cela
les perfonnes éclairées qui fe
font converties de bonne foy ?Que
diront les gens d'efprit de bon
fens ? Ils rirontde vostre infidelité,
ils auront toûjours dans le
fonds du coeur une juſte indignation
contre leurs Ministres qui
ont fuy , & qui ont démenty fi
lâchement par leurs actions la
Doctrine qu'ils avoient enfeignée
par leurs paroles.
&
GALANT.
J5 IS
Ne dites point que vous avez
obey au Prince,& que vous vous
estes accommodez autemps. Vous
avezfagement fait pour vos interests
particuliers ; mais où est ce
Zele ardent , ce courage intrepide
de ces genereux Pasteurs , de nos
anciens Evefques , qui pendant
les plus violentes perfecutions fe
font expofez aux tourmens & à
la mortmefme , à l'exemple deJe
fus- Christ le Souverain Pasteur
qui a donnéfa viepourfes Brebis?
Helas bien loin de fuivre ces
grands exemples de fainteté , ces
courages tous heroiques qui ont
verfe leur fang pour foûtenir les
16 MERCURE
interests de la verité de nostre
fainte Religion , vous ne vous
fervez de vostre efprit & de vos
plumes que pourfemer l'yvroie &
la zizanie dans le fein de l'Eglife.
Vous eftes femblables à cét
homme Ennemy dont il eft parlé
dans l'Evangile , puifque vous
n'écrivez aux nouveaux Convertis
à la Foy Catholique , que
les détourner de rendre à
pour
Dieu & à leur Prince ce qu'ils
leur doivent. Vos Lettresfous de
que
de
belles paroles ne cachent.
mauvais deffeins. Elles fomentent
l'esprit de revolte & defedition
, efprit fi fort opposé à ceGALANT.
17
2
luy de Fefus- Chrift qui nous a dit ·
à tous, Apprenez de moy que
je fuis doux, & rendez à Ĉefar
ce qui eft à Ceſar , & à
Dieu ce qui eft à Dieu . Vous
avez la voix de Jacob , mais
-vos mainsfont des mains d'Efau ,
fous lapeau de Brebis , vous
portez les dents du Loup.
Les raifons fpecienfes que vous:
infinuez ft doucement , ne font fi
propres qu'àfurprendre les foibles,
& à tromper les ignorans , mais
les habiles s'en moquent, & vous
difent par ma bouche : Venez
nous prefcher de plus prés ce q, w
yous nous écrivez de trop loin
Juin 1686..
B
18 MERCURE
nous vous connoiftrons alors pour
de veritables Pafteurs , fi vous en
faites les oeuvres , & fi vous don
nez votre vie pour vos Troupeaux.
Pourquoy traitez- vous de
Prostituée , d'Adultere
Corrompue la fainte Eglife Rode
maine , que nous reconnoiſſons à
preſent pour eſtre la veritable . Eglife
? Nous n'y trouvons rien au
fonds ny dans la Doctrine , ny
dans les Maurs , de tout ce que
vous nous avez dit autrefois . Le
Portrait affreux que vous nous en
avez fait , n'eftoit pas fidelle .
C'eftoit plûtoft un effet de vostre
zele amer , & de vostre emporGALANT.
19
tement outré , qu'une expreffion
fincere de la pure verité. En effet,,
fil'on en juge fans paffion & fans
enteftement , qui ne fera perfuadé,,
pour peu qu'il ait de connoiſſance
de la venerable Antiquité , que
l'Eglife Romaine eft celle qui a
toujours confervé toute pure la
Doctrine des faints Apoftres ,
la Foy Orthodoxe , par une Tra- -
dition conftante & non interrompue
, qu'elle a esté de tout temps
reconnue & appellée parles faints
Peres , la Tige , le Tronc , le Chef
des Eglifes , lagrande Eglife , la
premiere Chaire , Eglife Mere
Matrice de toutes les autre ?
Bijb
20 MERCURE
Quifquis à Matrice difcefferit
, dit S. Cyprien , feorfum
vivere & fpirare non poteft,
& fubftantiam
falutis amittit
. Pefez bien ces paroles , peuton
rien trouver de plus fort
plus formel , quand on les lit fans
aigreur , & dans le defir de faire
fonfalut?
de
S.Paul ne dit-il pas que la Foy
des Romains fera annoncée par
tout, & quand on vouloit autrefois
marquer un veritable Chreftien
, ne luy donnoit - on pas
furnom de Romain.comme on vois
dans les Actes du Concile d'Ephe
fe , au chapitre dixième, où l'Emle
GALANT.
pereurTheodofe leJeune appelle la
Foy Catholique , la Religion Romaine
?
Les Ennemis mefme de l'Eglife
ont fenty, & reconnu malgré
eux cette verité incontestable.
C'est ce qu'on voit dans Victor
au livre premier de la perfecution
des Vandales , focundus Arien
parlant à Theodoric.
La raison qui les portoit à cela,
c'est qu'ils voyoient que de tout
temps le gros des Chreftiens eftoit
dans la Communion Romaine , r
qu'ilsy accouroient enfoule de tous
les endroits de la Terre ; car dans
la confufion des Sectes qui fe van
22 MERCURE
toient d'eftre Chreftiennes , Dieu
ne manqua jamais à fon Eglife ,
il fceut luy conferver une marqued'autorité
que
les Heretiques ne
иссе
tous
pouvoient prendre. Elle eft Apo-
Stolique, la fuite, lafucceffion , l'au
torité primitive luy appartiennent..
Elle eft Catholique & Univer
felle , elle embraffe tous les temps ,
elle s'étendde tous côtez ,
ceux qui l'ont quittée , l'ont premierement
reconnue , & ne peuvent
effacer le caractere de leur
Nouveauté, ny celuy de leur Rebellion,
S. Irenée ne dit- il pas en
core qu'il eft neceffaire que toutes
Les Eglifes s'uniffent & convien
GALANT.
23
nent avec laRomaine , parce que
la plus puiffante Principauté ref
de en elle ? Prenez & lifez.
Ce font fes propres paroles , qui
font bien differentes de celles des
Ministres fugitifs , qui ont une
averfion terrible prefque infurmontable
pour l'Eglife Romaine
; Ad hanc Ecclefiam propter
potentiorem principalitatem
neceffe eft omnem
convenire Ecclefiam , hoc
eft eos qui funt undique fideles.
C'estpourquoy S. Cyprien
reprend ceux qui adherent à une
autre Chaire qu'à celle de S. Pierre
,qu'il appelle l'Eglife principa
24
MERCURE
le , d'où eft fortie l'unité Sacerdotale.
Je ne vous rapporte point icy
le témoignage de S. Ambroise
dans l'Oraifon Funebre de fon
Frere Satyre , ny celuy de S, Ierôme
dans l'Apologie contre Rufin,
ny celuy de S. Auguftin dans
la Lettre cent foixante - deuxième,
parlant de l'Evefque Cecilian ;
Vous pouvez vous - mefme aller
chercher ces autoritez dans leurs
fources , de crainte que je ne vous
fois fufpect dans mes citations.
Mais aprés tant de preuves
de la plus pure & de la plus faime
Antiquité, qui doutera unfeal
ne
moment.
GALANT.
25
ment que c'eft efire Heretique on
Schifmatique que de fe feparer de
l'Eglife Romaine , où S. Pierre
premier des Apoftres , a étably fon
Siege , comme dans le centre de
l'Univers. C'est ce qui fait qu'-
Optat conclut en ces termes . Igiturnegare
non potes fcire te
in Urbe Roma Petro Cathedram
Epifcopalem effe collatam
, in qua federit omnium
Apoftolorum Caput ,
Petrus , unde & Cephas aple
pellatus eft , in qua una Cathedra
, unitas ab omnibus
fervaretur , ne finguli Apoftoli
fingulas fibi quifque
Juin 1686.
26 MERCURE
deffenderent , ut jam Schif
maticus & peccator effet qui
contra eam fingularem Cathedram
alteram collocaret.
C'eft neanmoins ce qu'ontfait de
tout temps les Heretiques qui fe
font feparez de la Communion
Romaine, comme les Ariens , Donatiftes
, Neftoriens , Eutichéens,
Monotelites, Luciferiens, Lutheriens
, Calviniftes , & plufieurs
autres , qui ont tous injustement
élevé la Chaire du Menfonge contre
la Chaire de la Verité , rompant
ainfi facrilegement la fainte
Unité de l'Eglife fi fouvent recommandée
parJofus - Chrift , &
GALANT. 27
déchirantfans honte la Robefans
couture ; en cela plus condamnaque
les Soldats qui la jetterent
au fort à la Mort di Sauveur.
bles
Comment donc vous autres Mi
niftres d'iniquité , qui vous piquez
de fçavoir les Ecritures , & de
les penetrer à fonds , ofez- vous
dire que l'Eglife de Dieu , cette
ancienne Eglife que Iefus - Chrift
a fondéefur le rocherferme &
fur la pierre inébranlable , comment
ofez- vous dire que cette Eglife
eft corrompuë, qu'elle eft tombée
en décadence , & que le Pape
qui la gouverne eft l'Ante- Chrift
Quel horrible Blafphême ! quel
Cij
28 MERCURE
Sacrilege plus épouvantable , &
quelle calomnie moins foutenable
que celle - là ! L'Ante.Chrift doit
eftre un homme particulier , felon
les faintes Ecritures . Ilfe dira
le Meffie , il doit eftre Iuif de
Nation , de la Tribu de Dan par
extraction, il doit estre reconnu
fuivy des Iuifs , il doit faire de
faux miracles , fe faire Roy , fe
dire le Chrift , nier Iefus Chrift,
ne regner que trois ans , enfin il
doit faire mourir Enoc & Elie ,
mourir luy- mefme par le foufle
de la bouche de Dieu comme
parle S. Jean dans fon Apocalypfe.
Voila le caractere de l' AnteGALANT.
29
Chrift , voila quel fera l'homme
de peché & le Fils de perdition
dont parlefaint Paul ; caractere
qui ne peut jamais convenir au
Succeffeur de S.Pierre , au Vicaire
de 1. C. aufaint Pere qui gouverne
aujourd'huy l'Eglife de
Dieu avec tant de zele , de pieté,
d'édification ; qui n'employefes
biens & ceux de l'Eglife que poar
foulager les miferables , nourrir les
faire la guerre au Pauvres ,
Turc , l'Ennemy du nom Chreftien
; un Pape dont les éclatantes
vertus brillent de tous côtez , &
portentpar tout le Monde la gloire
du Chriftianiſme avec la bonne
C iij
30 MERCURE
qui
odeur de Iefus- Chrift. Vous connoiffez
la verité de ce que je dis ,
je fuis perfuadé que fi vous
n'étoufiez pas la voix fecrete de
vostre confcience , vous reviendriez
bien-toft dans l'Arche du
Seigneurpour vousfauver du Deluge
qui vous environne ,
vousfera perir fans reffource , fr
vous n'y prenezgarde. Rentrez.
donc , mes Freres abufez , rentrez
au plûtost dans l' Arche , c'est
dire, dans l'Eglife Catholique ,
Apoftolique & Romaine , mais
rentrez-y comme laColombe avec
un rameau d'Olive , fymbole de
la Paix , c'eft à dire , dans un ef
GALANT.
31
prit de douceur & de charitépour
affermir l'union qui s'y trouve ,
nonpaspour la rompre & pour
la détruire par vos Ecrits feditieux.
N'imitez pas le Corbeau ,
en vous attachant à des corps
morts à la grace par le peché , je
veux dire , en fuivant les Heretiques
obftinez, ces efprits de chair
& de fang , qui corrompent les
Fidelles par la mauvaife odeur de
leur doctrineempoisonnée. Venez,
encore une fois , dans nos nos Temples,
dont la feule Antiquité vous perfuadera
que vos Peres vos Ancêtres
profeffoient une mesme do-
Atrine , & participoient avec nous
C iiij
32 MERCURE
aux mefmes Sacremens. Vous y
trouverez encore leurs noms , leurs
cendres , ou leurs tombeaux.
Que fi malgré toutes ces raifons
vous continuez à fomenter un efprit
d'erreur & de Rebellion parmy
les nouveaux Convertis , encore
chancelans dans la vraye
Foy , fouvenez vous que l'on
vous regarderá comme des Perturbateurs
du repos public , des ennemis
du Chriftianifme , des mem
bres gâtez
neceffairement retrancher avec le
fer et le feu
corrompus qu'ilfaut
Enfin ,faites reflexion que pendant
plus de trois cens ans entiers
GALANT.
33
qu'ont duré les perfecutions dans
l'Eglife, on n'a jamais veu aucun
Catholique,aucun veritableChrétien
qui fe foitfoulevé, ny qui ait
formé aucune fedition contre fon
Prince legitime , comme ont fait
depuis peu ces Efprits feditieux ,
ces Protestans rebelles dans l'Empire
fous Tekeli , en Angleterre
fous le Duc de Montmouth , en
France dans les Sevenes , & en
Savoye dans les Vallées , qni ont
tous fi bien profité de vos pernicieux
confeils , de vos mawvaifes
inftructions. Les veritables
Chreftiens aiment bien mieux endurer
en paix enpatience tou34
MERCURE
que
de
tes fortes de tourmens ,
manquer ainfi à la Foy de Iefus
Chrift , & à fesfaintes Maximes
, en n'obeïffunt pas de tout
leur coeur à leur Souverain comme
à Dieu mefme, dont il eft la fidelle
Image.
Incraffatum eft cor populi
hujus , & auribus graviter
audierunt , & oculos fuos
clauferunt , nequando videant
, & auribus audiant ,
& corde intelligant , & convertantur
, & fanem eos.
Mat. c. 13. V. 15.
Les Vers qui fuivent font
fort eftimez . Ils furent faits
GALANT. 35
dans le temps que le Roy prit
Luxembourg ; & comme ce
qui eft bon , eft toûjours nouveau
, je vous en fais part ,
ne croyant pas que vous les
ayez veus.
GENERONDGATO DICOMED
HOMERE
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY,
En luy envoyant une Agathe
où la Figure eſt en relief.
Ije pouvois , Sapho , m'éloigner
de ces champs
Que la Parque a peuplez de nos Manes
errans ,
36 MERCURE
courrois à mon tour à voſtre aimable
Fifte ,
De cent nouvelles fleurs j'ornerois voftre
tefte ,
Et j'irois entouré des eux & des Amours
Pajjer encor chez vous les plus beaux
de mes jours.
Si Pluton oppofoit fes loix à mon
courage ,
Fe volerois auffifur votre heureux rivage
,
Pour chanter d'un Heros les Explois
inou .
Mais peindrois -je affz bien le Regne
de LOUIS ,
Et ma trop foible main pourroit elle
entreprendre
De dffiner l'Affiete ainfi que le Scamandre
?
GALANT.
37
C'est vous qui par des traits tous
nouveaux , tous divers ,
Pouvez à vostregrémontrer à l'Univers
Durant cette Campagne en Lauriers
fi fertile ,
LOVIS plus grand qu'Hector,
LOUIS plus grand qu ' Achille.
Je vous rede , Sapho ; vos Heros
font mieux peints ,
Leur gloire plus brillante augmente
entre vos mains ,
Et vous feule pouvez par un rare
avantage ,
Achever de LOUIS une éternelle
Image.
Mais comme les Heros , vous peignez
les Amours ,
Et Flore fous vos mains trouve de
plus beaux jours.
38 MERCURE
Tout charme en vos Portraits , & les
Gracesplus belles "
Dés que vous les parez , ont des graces
nouvelles.
Ah! fije revenois encor chez les
Mortels ,
Ceferoit pourpouvoir vous dreſſer des
Autels ,
Et peignant voftre Eſprit fi fameux
fur la Seine ,
Phabus de toutfonfeu rechauferoit ma
Veine ;
Mais un fi doux plaiſir n'eflant pas
un des biens
Qu'une Ombre puiſſe attendre aux
Champs Eliziens,
Ce que je puis , Sapho , pour vous
marquer mon zele ,
C'eft de vous envoyer mon Image
fidelle.
GALANT .
39
(
Lyfippe , ce Sculpteur fi celebre autrefois
,
Quiluy mesme avec nous erre en nos
fombres Bois.
A, jufque dans le coeur de cette Aga
the dure ,
Sceu trouver tous mes traits , mon
air, & ma Figure.
Sa main nous fait revivre , & nous
remontre tous :
Mais rien ne peut tracer mon eftime
pour vous.
Mademoiſelle de Scudery
répondit à ces Vers par ce
Madrigal.
40 MERCURE
SAPHO A HOMERE .
H
Le Heros
Omere, vous dormez encore ,
Comme vous dormiez autrefois.
que la France adore
Eft trop grand pour ma foible voix.
Si vous l'aviez eu pour modelle
Au lieu de vos Heros Gregeois ,
L'Iliade en feroit plus belle s
Carfans ce grand Cheval de bois ,
Et par une plus noble voye
Il vient de foumettre à fes Loix
Luxembourgbien plus fort que Troye,
Et de l'y foumettre en un mois.
Jevous ay promis de vous
parler d'un Plaidoyé de M
À
GALANT. 4.
Lordelot , fameux Avocat ,
touchant un Enfant ſuppoſé,
que le Parlement a declaré
Impofteur . Voicy le fait. Mr.
Marfault de Suzencourt en
Champagne , ayant eſté élevé
à Paris aprés la mort de
fon Pere , chez M Marfault
fon Oncle , Contrôleur des
Rentes de l'Hoftel de Ville ,
. époufa au mois de Novembre
1655. une Fille de M¹ Sauvage
, Capitaine de Cavale .
rie. Le mariage eftant fait ,
ils demeurerent àSuzencourt
pendant un an & demy , &
au mois de May 1657.M´Mar-
Juin 1686.
D
42 MERCURE
fault voulant , comme fon
Beaupere , ſuivre la profeſfion
des Armes , s'engagea
dans la Compagnie de Cavalerie
de M du Moulinet .
Cette Compagnie ayant eſté
reformée , il fut obligé de revenir
en Champagne au
mois de Novembre fuivant .
Unan aprés il vint s'établir à
Paris , où il s'engagea dans
l'Hostel de Ville . Il y travailla
avec beaucoup d'application
pendant vingt années ,
ce qui luy a fait amaffer beaucoup
de bien . En 1679.il acheta
une Charge de Contrô
GALANT. 43
leur des Guerres, & à mefine
temps desHeritages à la campagne
, auprés de ceux qu'il
avoit eus de patrimoine . Il y
paffoit une partie de l'année
avec fa Femine , qui dans cet
eftat n'avoit que le feul chagrin
de ne fe point voir d'Enfans.
Elle fe promenoit
en
Chaife le 7. May de l'année
derniere dans le Village de
Sexfontaine , lors
que I'Impofteur
dont il s'agit arreſta
fa Chaife , voulut y monter
par force , & luy demanda de
argent , en luy difant qu'il
eftoit fon Fils. L'effroy la
•
Dij
4.4 MERCURE
faifit . Elle appella du fecours,
& fut accablée d'injures &
de menaces par ce pretendu
Fils , qui prit une conduite
tout à fait contraire aux fenla
nature doit intimens
que
fpirer,puis qu'il employa
d'abord
la violence
pour fefaire
reconnoiftre
. Je ne vous parleray
point
des plaintes
qui
furent
rendues
contre
cette
violence
devant
le Juge de
Sexfontaine
, il fuffit que je
vous diſe qu'aprés
avoir foútenu,
avant
que la Caufe
euft
efté portée
par appel au Parlement
, qu'il eftoit
né dans
GALANT. 45
le feptiéme mois du mariage
de M' Marfault , qui ayant
pris de facheux foupçons touchant
la conduite de fa Femeftre
me , & ne croyant pas
Pere de l'Enfant dont elle
eftoit accouchée , avoit non
feulement neglige les foins
qu'il devoit avoir de fon éducation
,mais pris toutes les
precautions poffibles pour
luy dérober la connoiffance
de fon eftat , il changea ce
fait qui luy eftoit defavantageux
, parce qu'en le fabriquant
il n'avoit pas pris garde
qu'il jettoit des doutes fur
46 MERCURE
fa naiffance , & fe déclaroit
luy - mefme un Enfant illegitime.
Ainſi dans une Requête
qu'il donna le 15. Septembre
dernier il dit que M
Marfault & faFemine apprehendant
que le peu de temps
qu'il y avoit entre leur mariage
& fa naiffance , ne donnaft
occafion à quelques difcours
dans le public contre
feur honneur , s'eftoient dépoüillez
des fentimens de
Pere & de Mere , & avoient
pris le deffein de cacher à
tout le monde qu'ils euffent
un Fils. Les faits dont il apGALANT.
47
puya cette impoſture font ,
qu'auffi- toft qu'il fut né ,
trois Cavaliers vinrent l'enlever
, & le porterent
au
Village de Bergere où il fut
baptife long - temps aprés
pendant la nuit , qu'il fut
nommé Jacques , né en legitime
mariage de Claude
Marfault , & d'Eleonore Sau
vage ( Il avoit dit dans une
premiere Requefte qu'on l'avoit
baptifé fous le nom de
Leonore fauvage , & fous
celuy d'un Pere fuppofé,fans
rapporter aucun Extrait Baptiftaire
, pretendant que les
48 MERCURE
Registres de la Paroiſſe de
Bergere avoient eſté ſouftraits
ou perdus ) Qu'il fut
confié dix- huit mois aux
foins d'une Nourrice de ce
Village ; qu'il eftoit proprement
veltu d'une Robbe
blanche ; que durant ce
temps la Femme de M¹ Marfault
alla le voir plufieurs
fois le recommandant
à cette
Nourrice ; qu'ayant efté
ramené à Suzencourt
, elle
en prit foin , qu'elle le promenoit
par la main , & difoit
à fes Voifins que fon Fils éoit
plus beau que les autres ;
que
GALANT. 49
4
que fon Pere s'eftant enga
gé dans le fervice du Roy ,
& retire enfuite à Paris fans
l'emmener avec luy , le Seigneur
de Suzencourt eut la
charité de le faire élever
dans fa Maifon ; que lors
qu'il eut affez d'âge pour
pouvoir fervir , il fur mis Laquais
chez M de la Barre ,
Secretaire du Confeil de
; fa Mere alla Monfieur ; que
le recommander à la Femme
de Chambre ; que pour recompenfe
de fes fervices, on
'luy fit apprendre le métier
de Menuifier chez le nom .
Juin 1686.
E
50 MERCURE
1
mé Nicolas le Roux , qu'il y
demeura quatorze mois , pendant
leſquels ſa Mere alla le
vifiter plufieurs fois , & le recommander
à fon Maistre, &
que la nommée le Vert l'obli
gea de changer fon nom de
JacquesMarfault
en celuy de
JacquesJoublot.Eneffet, dans
le Brevet
d'Apprentiffage
qui a efté produir au Procés,
if prend le nom de Jacques
Joublot , Fils d'Antoine Jou
blot, Vigneron à Suzencourt,
& de Françoife Sauvage , &
il a porté ce nom jufques au
temps qu'il a voulu faire
•
GALANT. 51
réüffir fon
impoſture . Il dit
encore qu'eftant forty d'apprentiffage
, il travailla dans
plufieurs Boutiques ; qu'aprés
une longue abfence il
revint dans la Province , où
il apprit fa naiffance par fa
Marraine , qui le produifit à
Les Parens , & que tous le
reconnurent pour l'Enfant
dont la Femme de M' Marfault
eftoit accouchée fept
mois aprés fon mariage , &
qui fut mis en Nourrice au
Village de Bergere , & enfuite
élevé à Suzencourt .
Mr Lordelot détruifit ad-
Eij
52 MERCURE
mirablement par fon Plaidoyé
tous les faits que l'Impofteur
alleguoit . Il fit voir
que s'il avoit efté le Fils de
celle qu'il arrefta d'abord
dans fa Chaife , & à laquelle
il demanda de l'argent d'une
maniere toute furieufe , il ne
ferort forty de fa bouche
des paroles de foûmiſſion ,
parce que les premieres recherches
de la Nature font
toûjours remplies de douceur
& de reſpect. Ce font ,
dit- il , les premiers mouvemens
qu'elle infpire. Un Enfant fe
Jent doucement attiré vers celle
que
GALANT .
53
qu'il croit eftre fa Mere. Il ac.
compagne cette douceur de termes
civils & refpectueux , & par ces
ménagemens innocens , la Nature
fe trouble dans cette premiere
veite. Il feforme une émotion involontaire
, qui force fouvent l'a
Mere de reconnoiftre fon Fuls,
qui engage le Fils à fe jetter amoureusement
entre les bras &
dans le fein de fa Mere. Mais
quand celuy qui pretend eftre Fils
s'adreffe àfa Mere dans des tranfports
decolere & de fureur , qu'il
que
la manque au premier devoir
Nature infpire à un Fils , c'eſt
une marque évidente
de fon im
E iij
$4 MERCURE
fe
pofture , parce que ce n'eft pas la
Nature qui parle en luy , c'est une
paffion étrangere qui nefçauroit
fe contraindre, & qui voulant
cacher fous les apparences de la
verité, est découverte au premier,
mouvement du coeur , & à la premiere
parole qui fort de la bonche.
Sur ce que cet Impofteur
pretendoit avoir eſté exposé
par la crainte coinmune du
Mary & de la Femme , qui
apprehendoient qu'un Enfant
né dans le feptiéme mois
de leur mariage , ne fiſt répandre
des bruits fâcheux.
GALANT. W
contre leur honneur , M
Lordelot fit connoiftre que
ce terme de fept mois eftant
un termenaturel pour la naif
fance des Enfans , & les Loix
Civiles & Canoniques reconnoiffant
legitimes tous ceux
qui y naiſſent , parce que
toutes les Femmes font fujetes
à ces fortes d'Accou--
chemens , qui ne dépendent
que de la force ou de la foi
bleffe de leur temperament
,
il n'y avoit aucun lieu de
croire qu'une Mere , dont
l'innocence & l'honneur ef
toient àcouvert, & à laquel,
E iiij
MERCURE
le on ne pouvoit faire le
moindre reproche fans paffer
pour Calomniateur , fe
fuft refolue à devenir impie ,
cruelle , inhumaine , en expofant
fon Enfant , pour éviter
des foupçons qu'elle n'avoit
point fujet de craindre .
11 fit remarquer aprés cela
combien il eftoit peu vrayfemblable
qu'on cuft employé
trois Cavaliers pour
enlever un Enfant , dans un
temps où il n'y avoit ny empeſchement
ny reſiſtance , &
demanda d'où feroient venus
ces Cavaliers , pour fe
GALANT. 57
trouver à propos dans un
Village , & durant la nuit ,
puis que l'accouchement
eftoit incertain & precipité ,
& que ces fortes de deffeins
s'executant toûjours fans éclat
, le miniftere d'une feule
Feme euft efté plus feur &
plus utile. Il paffa de là à la
contrarieté qui fe trouvoit
dans les autres faits , & fur
tout , en ce que la Partie adverfe
fe difoit tantoft Fils.
d'un Pere fuppofé , tantoft
celuy d'un vray Pere , eftant
difficile de concevoir comment
il avoit fceu qu'il s'ap58
MERCURE
pelloit Jacques Marfault ,
puis qu'il ne rapportoit pas
d'Extrait Baptiftaire , & comment
il s'eftoit laiffé perfuader
de changer ce nom en
celuy de Jacques Joublot ,
puis qu'il difoit qu'il n'avoit
appris fa naiffance , que lors
qu'il eftoit revenu dans la
Province aprés une longue
abſence , c'eſt à dire , âgé de
prés de trente ans . Il n'eftoit
point d'ailleurs vray - femblable
qu'une Mere , qui
avoit formé le deffein de
l'expofer, qui pour cacher fa
naiſſance s'eftoit dépoüillée
GALANT. 59
>
de tous les fentimens de la
Nature & qui s'obſtinoit
jufqu'à la fin à ne le pas reconnoiftre
, proteſtant qu'-
elle n'avoit jamais eu d'Enfans
, luy euft fait des caref
fes publiques pendant fon
enfance , ainfi qu'il le fuppoſoit
, l'euft promené par
la main , euft dit que fon Fils
que
les aueftoit
plus beau
tres , & euſt pû enfuite luy
voir porter les Livrées , &
apprendre le métier de Menuifier
, tandis qu'elle auroit
veu les Domeftiques de fa
Maiſon beaucoup plus heu
60 MERCURE
reux que n'auroit efté fon
propre Fils. A l'égard des Parens
qui l'avoient reconnur
pour l'Enfant dont elle estoit
accouchée
le feptiéme mois
de fon mariage , Mr Lordelot
fit voir l'impoffibilité
de
ce fait , puis qu'il auroit fallu
que les Témoins qui avoient
eſté interrogez
, euffent
déposé qu'il eftoit ce
mefine Enfant qu'on difoit
né à fept mois , qui avoit
eſté nourry au Village de
Bergere , élevé jufqu'a neuf
ans à Suzencourt
dans la
Maiſon du Seigneur
( ce qui
GALANT. 61
a
l'en avoit fait croire le Pere )
& qui depuis ce temps là a
voit difparu jufques à trente,
De femblables chofes n'auroient
pû eftre fceues que de
ceux qui ne l'auroient point
quitté , & qui l'auroient veu
dans tous les divers eftats ,
eftant impoffible de reconnoiftre
à trente ans celuy
qu'on n'a point veu depuis
neuf, à caufe que la delicateffe
du corps d'un En- .
fant , & la blancheur de
fon teint , quand on en auroit
confervé l'idée , ne paroiffent
plus dans la force
1
62 MERCURE
d'un
corps robuſte, & furun
vifage formé , que les cheveux
, la barbe , & la vie penible
& laborieuſe
d'un Artifan
, ont entierement
changé.
Ainfi il conclut qu'on
ne pouvoit s'arreſter au té
moignage
de ceux qui avoient
appuyé cette impof
ture , & qu'il y auroit lieu de
s'étonner
qu'ils l'euffent fait,
s'il ne fe trouvoit
pas tous les
jours des miferables
qui vendent
jufqu'à leurs paroles
, &
dont les bouches
font comme
des fepulchres
ouverts
,
d'où l'on ne voit fortir que
GALANT. 63
la corruption & la mort.
Aprés que tous les Avocats
eurent efté entendus
pendant quatre Audiences ,
M Talon , Avocat General,
fit un recit de toutes les char
ges avec une entiere netteté
, & venant à la dépoſition ~
des Témoins , il dit qu'il ef
toit difficile de fe perfuader
que ce qu'ils affuroient tous
fans hefiter , fuft veritable ;
fçavoir, qu'ils avoient reconnu
celuy qui fe pretendoit
Fils de M Marfault auffi-toft
qu'ils l'avoient veu , ce qui
ne pouvoit arriver naturelle64
MERCURE
"
ment , les traits du vifage
d'un Enfant au deffous de
huit à neufans eftantfi changez
à l'âge de trente , qu'il
eftoit impoffible de les difcerner,
& de les reconnoiftre
ainfi en un moment ; que la
demeure de cet Enfant dans
la maiſon du Seigneur de
Suzencourt jufqu'à l'âge de
neuf ans , fans qu'aucun de
fes pretendus Parens l'euft reclamé
, eftoit une forte préfomption
qu'il eftoit le Fils
naturel de ce Seigneur
; que
Moïfe ayant efté élevé dans
la Maiſon de Pharaon, avoit
GALANT. 65
eu befoin d'une revelatiou
divine pour croire qu'il n'eſtoit
pas fon Fils. Fide cred dit
fe non effe filium Pharaonis ;
qu'au fonds , la feule preuve
par Témoins n'eftoit pas fuf
fifante dans les Queſtions
d'eftat , que fi cette voye
eftoit admife, elle feroit d'u
ne confequence dangereuſe
pour le Public , & qu'il n'y
auroit plus de feureté dans
les Familles , que tous les ph's
fages Peuples de la Terre avoient
voulu qu'il y euft des
témoignages publics de la
naillance des Enfans ; que les
Juin 1686.
F
66 MERCURE
Juifs avoient toûjours eu
grand foin
que cette naiffance
fuft exactement écrite
dans les Regiftres publics ,
pour conferver la memoire
du nombre & la diſtinction
des Tribus , & fçavoir dans
quelle Famille le Meſſie naiftroit
, que
, que Platon ordonnoit
dans fes Loix , que la premiere
année de la vie des Enfans
feroit marquée dans un lieu
facré de la Maifon paternelle
, & qu'on écriroit fur une
muraille blanche le jour de
la naiffance de ceux qui viendroient
au monde , afin que
10601 J
GALANT. 67
l'on fceuft leur âge , qu'à A
thenes les Peres alloient declarer
aux Magiftrats qu'il
leur eftoit né un Fils en lefur
gitime Mariage , & que
cette declaration des Peres ,,
confirmée par leur ferment ,.
le nom de l'Enfant eftoit é
crit fur leRegiſtre public ; que
les Romains avoient étably
que les Peres auroient un
Regiſtre , où ils écriroient la
naillance de leurs Enfans, &
que l'Empereur Antonin a
voit ajouté, pour affeurer l'e,
Nat de tous les Sujets, que les
Peres declareroientdevant les
Fij
68 MERCURE
1
Garde des Registres , qu'il
leur eftoit né un Enfant, &
le nom qu'ils luy donnoient
dans les trente jours de fa
naiffance ; que le Roy François
I. avoit ordonné par l'Edit
de 1539. que les Curez des
Paroiffes auroient des Regif
tres de la naiffance & de la
mort de tous fes Sujets , &
que cette Ordonnance avoit
efté renouvellée par celle de
1667. avec de nouvelles formalitez
encore plus exactes;
que lors que quelqu'un fe
pretendoit Fils, il falloir qu'il
rapportaft quelque prouvé
GALANT. 69
que celuy qu'il diſoit eſtre
fon Pere l'euft reconnu en
cette qualité , au moins pendant
quelque
temps
, mais
que celuy dont il s'agiſſoit ,
ne faifoit point voir que le
S' Marfault l'euft avoué un
feul moment pour fon Fils
depuis trente ans , que l'Ecriture
nous marquoit que le
Sauveur du Monde voulant
faire connoiftre fa Divinité
aux Juifs , pria fon Pere de le
reconnoiftre publiquement
pour fon Fils , Pater , glorifica
me, & qu'auffi-toft on entendit
en l'air une voix qui dit
70 MERCURE
1
ces paroles , Glorificavi ,
iterum glorificabo , & que les
Juifs eftant furpris de cette
merveille , il leur dit que ce
n'eftoit pas pour luy qu'il avoit
prié fon Pere de le glorifier
, & de rendre témoignage
qu'il eftoit fon Fils .
parce qu'il fe connoiffoir
bien , mais pour eux - mef.
mes , afin qu'ils en fuffent
perfuadez , Non propter me rogavi
Patrem , fed propter vos.
M Talon s'étendit enfuite
fur la nullité des Procedures
qui avoient efté faites devant
les Juges des lieux , & par
GALANT. 70
l'Arreft qui intervint, & qui
fut conforme à ce qu'il avoit
conclu , il fut fait défenfes
au nommé Joublot de prendre
le nom de Jacques Marfault
, ny de fe dire Fils de
Claude Marfault & d'Eleonore
Sauvage , à peine de
punition corporelle.
Ce n'eft pas fans raifon
que l'on a dit il y a longtemps
, Autant de Teftes , autant
d'Avis,La Fable qui fuit nous
le fait connoiftre.
72 MERCURE
L'ASNE, LE VIEILLARD ,
ET SON FILS .
U
N Vieillard de paisible hu
meur,
Avecfon Fils faifant voyage,
Portoit fur fon dos fon bagage.
Tant de foulerfon Afne il avoit
peur.
La Politique eftoit honnefte...
De tous les deux l'Afne fuivy
Marchoitgayment levant la tefte,
Sans rien porter , dont il eftoit ravy.
Maisfon bonheur ne dura guere.
A peine eut- il cent pas en avant che
miné ,
Qu'nn homme par hazardfurfa route
amené,
s'adreffant
GALANT.
73
Sadreffant au vieillard , luy dit d'un
ton Severe ,
Bon homme as - tu perdu le fens,
De vouloir à ton Afne accorder du bon
temps,
Quand preft àfuccomberfous le faix
que tu traifnes ,
Par un procedé tout nouveau ,
Bien loin qu'ilfoulage tes peines,
Tu le fais allerfans fardeau ?
Ileftfort, & pourroit vous porter l'un
& l'autre.
Je croy que Monfieur a raison ,
Dit le Vieillard, l'avis eft bon ,
Et grande fottife eft la noftre
D'aller à pied quand l'Aſpe a fi
bon dos.
Tous deux montent deffus dés qu'il
a dit ces mots.
Tandis que l'Afne marche , & quelquefois
s'arrefte,
Juin 1686.
G
74 MERCURE
Survient un autre à l'oeil hagard,
Qui voyant de loin le Vicillard
Etfon Fils tous deuxfur la beste,
Où donc eft voftre jugement ?
Vous ferez crever ce pauvre
Afne.
Que l'un de vous , dit il , defcende .
promptement
Ou bien vous fentirez ce que pefe ma
canne.
Fairefigne au petit Garçon ,
Eft du bon homme la replique.
Le Fils ne fait point de façon
Pour defcendre de la Bourique ,
Mais comme il fuit àpetits pas
Pr.fjue fans force & fans ha-
Line ,
Et que fe traifnant avec peine ,
Il fait connoiftre qu'il est las ,
En troifiéme paſſant parle de cette
forte
1
GALANT.
75
Au bon homme que l'Afne porte.
Mafoy , Monfieur aux cheveux
gris ,
Il vous est malfeant avec voftre vieilleffe
,
D'avoirfipeu d'égard à la tendrejeuneffe,
Et de vous fairefuivre ainfi par voftre
Fils.
(ftant,
LeVieillard honteux du reproche
Qu'en termes fort clairs il entend
,
Defcend de l'Afne au mefme in-
Et cried fon Fils qu'il approche.
Le Fils qui n'estoit pas manchot,
Profitant de la remontrance ,
Montefur l'Afne en diligence,
Et vafon trainfans dire mot.
Lepauvre bon homme derriere
Sur les pas de l'Afnon fon alleure regloit,
Gij
76 MERCURE
Et de temps en temps luyſangloit
De vilains coups fur la croupiere.
Là-deſſus un Rebarbatif
Dont le tres renfrogné visage
A parler rudement montroit un homme
uv
vif,
Arrive , & luy tient ce langage.
Dy- moy,gros coquin ,gros cheval,
Pourquoy frapes-tu cette Befte ?
Encore fi d'eftoit ce petit Animal ,
(Illuy montroit fon Fils ) le fait feroit
honnefte.
Mais batre qui ne se fait rien,
Et qui mefme au besoin te peut rendre
fervice ,
C'eft faire le mal pour le bien,
Et payer mal un bon office :
Frape , je ne te diray mot ,
Si tu veux donner fur l'épaule
A coups de tricot & de gaule ,
A ton Fils , àce petit Sot,
GALANT. 77
Qui laiffe aller àpiedfon vieux barbon
de Pere ,
Sans en paroiftre inquieté,
Tandis qne far l'Afne monté
Le fripon fe donne carriere .
Ce difcours & lesprécedens
Auroient mis tout autre en colère,
Mais le Vieillard tout au contraire
,
S'il n'en rit pas tout haut , en rit entre
fes dents.
Mafoy , dit-il en fon langage
Bien fenfe , quoy que de Village,
on doit prendre peu garde aux paroles
d'autruy.
Bien hupé qui pourroit éviter la Satyre
,
On fe tourmenteroit vainement aus
jourd'huy
Pour empefcher les Gens de rire.
Giij .
78 MERCURE
Ainfi c'eft jouer au plus fin
De ne pas s'arrester à ce que l'on peut
dire ,
Et d'aller droit fon grand chemin.
Je vous tiens parole touchant
la Medaille de Mr le
Chancelier
,
› que
M's les
Grands
Officiers
de la Chancellerie
de France
ont fait
graver
, & je vous
l'envoye
avec
les additions
quila
rendent
differente
de celle
que
je vous
envoyay
le mois
paf
fé , & dans
laquelle
il n'y
avoit
point
de Vers
au bas
du Portrait
de ce grand
GALANT. 79
,
Homme. Je ne vous dis rien
de la difference de la graveure
il vous eft aifé de
la remarquer. Ces Grands
Officiers qui luy ont prefen
té cette Medaille , font
M's de Fremont ,
Mathé de Vitry -la- Ville ,
Le Meneſtrel ,
Le Mire ,
Grands Audienciers
.
Mrs de Junquiere ,
Pirot ,
Benoist ,
De Leftre .
Contrôleurs. Generaux.
G iiij
80 MERCURE
M's Aubourg,
Henin ,
De Préval ,
Boucquot ,
Gardes des Rôles.
Mrs Perotin de Barmond.
Robert ,
Gallois ,
Moufle Lambert ,
Confervateurs
des Hypoteques de
Rentes.
M ' Bertin ,
Treforier du Sceau.
M' de Fremont , Doyen
GALANT. 81
des Grands Audienciers ,
porta la parole , lors qu'ils
preſenterent cette Medaille
à M' le Chancelier. Voicy
le Compliment qu'il luy´
fit.
MONSEIGNEU
Encore
ONSEIGNEUR ,
que la plus belle & la
plus folide recompenfe des grandes
Actions foit renfermée dans
la fatisfaction interieure de les
avoirfaites , puis que les Vertus
ne font point mercenaires , ne anmoins
ilfemble que ceux qui font
82 MERCURE
affez heureux pour en eftre les
Témoins , commettroient une notable
injuſtice , & fe rendroient
coupables de la plus noire ingratitude,
fi par quelques Monumens
publics & éternels , ils ne s'efforçoient
d'en confacrer la memoire
à la pofterité, afin de l'exciter par
autant de vives peintures à les
imiter,& à meriter defemblables
reconnoiffances.
Et Pater Anchiſes , & Avunculus
excitet Hector.
Eftant vray de dire que la loüange
eft la Mere nourrice de la Vertu.
C'est auffi ce qui s'eft heureu
Sement pratiqué dans les Siecles
GALANT. 83
paffez , dont toutes les Hiftoires
les plus anciennes , auffi- bien que
les modernes, nous rendent de fidelles
témoignages. Nous y remarquons
que les principaux évenemens
qui y font décrits , ont efté
particulierement autorifez par la
foy des Medailles qui ont efté
frapées dans l'inftant que les plus
grandes Actions fe font paffées ,
par là d'autant moins fufpectes
de flaterie de diffimulation.
Nous y voyons auffi avec plaisir
que les plus illuftres Perfonnages
qui ont remply dans tous les temps
les plus grandes & les plus belles
Dignitez, n'ont pas refufé les
&
84 MERCURE
éloges que le Public leur a don
nez, & dont il a voulu laiſſer dès
preuves authentiques, & glorienfes
aux Siecles à venir , en les
imprimant furdes Metaux càpables
de braver l'injure
du temps ,
comme un tribut neceffaire qui eftoit
deu à leur vertu.
Dignum laude virum Mu
fa vetat mori.
Et nous nous trouvons d'autant
plus agreablement conviez d'en
ufer de mefme à l'endroit de V.G.
qu'il n'y a pas un de nous qui ayant
l'honneur de l'approcher fouvent
par le privilege de fa Charge, ne
foit plus obligé par fa propre con
GALANT. 85
noiffance d'admirer & de respecter
avec toute la France fon rare merite
, &fes grandes & fublimes
qualitez, qui n'ayant efté jufques
icy que legerement occupées dans
les differens Emplois où elle a
efté appellée pour le fervice du
Roy & du Public, & toûjours
avec fuccés , eftoient enfin réſervées
pour remplir par le choix, &
le difcernement du plus grand
Prince du Monde , la plus grande
& laplus importante Charge
de l'Eftat, Mais , Monfeigneur,
quelque lumiere qui vous envivous
avez bien voulu , ronne
par une bonté toute paternelle, &
р
86 MERCURE
une affabilitéfans égale , nous en
éclairer fans nous ébloüir , & en
diffimulant nos defauts , vous nous
avez donné des inftructions fi utiles
& fi neceffaires , pour nous acquiter
avec dignité de nos fontions
, que nous en ferons redevables
à V. G. toute noftre vie ;
&pour luy en marquer en quelque
façon noftre reconnoiffance ,
& auffi afin que ceux qui viendront
aprés nous , puiſſent connoiftre
quel a efté noftre bonheur ,
nousla fupplions tres-humblement
d'agréer lapenſée que nous avons
euë pour leur exprimer au revers
de cette Medaille , par des caraGALANT.
87
Eteres
ineffaçables , que jamais
perfonne avec tant de pouvoir ,
n'a eu plus d'inclination à rendre
la justice à tout le monde pour
l'amour de la Juſtice , ny plus de
prudence de magnanimité à
&
difpenfer les graces toutes Roya-
Les dont Sa Majesté l'a fait le
fouverain dépofitaire.
Ce Difcours fut tres- bien
receu , & M' le Chancelier y
répondit avec la bonté ordinaire
, & en des termes qui
firent connoiftre combien
il en eftoit fatisfait.
S'il eft glorieux à tous les
Souverains d'aller eux- mef88
MERCURE
mes àla tefte de leurs Troupes
, & d'immortaliſer leur
nom en fe couvrant de Lau
riers , leur gloire eft beaucoup
plus grande , lors que
ces Lauriers font cueillis dans
une Guerre legitime ; mais
à quelque haut point qu'elle
puiffe monter par là, elle
reçoit encore de l'éclat lors
qu'un Souverain , en étoufant
une Rebellion , affeure la
tranquillité de fes fidelles
Sujets , & fait triompher la
vraye Eglife. C'eſt ce que
Monfieur le Duc de Savoye
vient de faire , & c'eſt par
+
GALANT. 89
là que ce Prince a mis le
comble à la gloire dont il
s'eft couvert dés fa premiere
Campagne. On ne parlera
plus que dans l'Hiftoire d'une
Révolte qui a coûté tant
de fang , & qui a fouvent réfifté
aux premieres Puiffances
du Monde , & l'on n'en
parlera qu'à l'avantage du
Souverain , à qui l'intrepidi--
té , & le zele pour la Reli--
gion ont fait faire une entreprife
fi heroïque, & dont :
fa valeur & fa conduire luy
ont affeuré le fuccés. Comme
c'est de là que toutes .
Juin 1686.
H
90 MERCURE
chofes dépendent , & qu'on
ne peut fe promettre de joüir
tranquillement du fruit de
la Victoire , qu'aprés l'entiere
défaite d'un Ennemy opiniâtre
, Monfieur le Duc de
Savoye peut goûter preſentement
dans un plein " repos
les avantages qu'il a remportez
. C'eft dequoy ne
pourront douter ceux qui liront
cette fuite de la Relation
que je vous envoyay le
mois paffé ; mais avant que
je l'acheve , je dois faire voir
l'invincible obftination de
ces Rebelles , qui n'ont pas
GALANT.
voulu fe rendre aux raiſons
des Envoyez de Zurich & de
Berne auprés de Monfieurle
Duc de Savoye. Ces Envoyez
leur écrivirent, Que le party de
la retraite que leur offroit leur Sou...
verain,leur eftoit avantageux,&*¨
que puis qu'il leur eftoit permis de·
faire un choix , ils eftoient plus
beureux
que
que lesRois , les Princes :
qui font quelquefois obligez de ceder
à la force , de quitter leurs:
Couronnes, les Estats que leurss
Anceftres ont poffedeze foutenuss
avec la perte de leurfang;que leur -
obftination lesferoit abandonnerde
tous les Princes , & Etats Protef
Hij
92 MERCURE
tans,qui leur confeilloient de quiter
plutoft que
de refifter témerairement
par les armes , pour devenir
criminels d'Etat qu'ils ; ne de
la Provivoient
pas efperer que
dence Divine qui n'agit pas mira
culeufement
comme autrefois parmy
les Ifraëlites
, vouluft faire
de leurs Ennemis ce qu'elle fit de
Sennacherib
, & que la Parole de
Dieu leur avoit appris quefejetter
dans les dangers fans prevoir bumainement
aucun moyen d'en pou
voir fortir , c'eftoit tenter Dieu ,
qui laiffoit perir ceux qui aimoient
naturellement
le danger.Ils
ajoûterentà
ces raifons , Qu'ils les
GALANT. 93
prioient de ne fe point opiniâtrer
par des confiderations contraires à
la prudence chrefienne , & à la
charité qu'ils fe devoient à euxmefmes
, comme ils la devoient à
leurs Femmes à leurs Enfans.
La mefme Lettre marquoit
qu'ils n'avoientpoint lieu d'apreben
ler que cette fortie des Etats de
leurSouverain leurfût offertepour
leur tendre un piege, &pour les
tromper afin de les accabler , & de
les perdre , puifque la Cour de
Savoye leur donnoit des feuretez
qui levoient toute crainte , & qui
les devoient perfuader de lafince-
·rité defes intentions ; quefon Al
94 MERCURE
teffe Royale ne voudroit pas permettre
des actions contraires à la.
parole qu' Elle leur avoit donnée,
ce qui flêtriroit fa gloire fa
reputation par une perfidie publique
, & manquer aux égards
qu'Elle avoit toujours bien voulur
avoirpour les Etats de Berne &
de Zurich leurs Souverains Sei
gneurs , & quefion les euft voulu
furprendre, c'euft efté dans le commencement
que S. A. R. le pou
voit , mais qu'Elle ne l'avoit pas
permis , & qu'Elle ne le permet
troit pas à l'avenir.Ils finiffoient
en leur difant qu'ils avoient la
parole de Mr le Marquis de S.
1
GALANT. 95
Secretaire Thomas Ministre ,
d'Etat , que perfonne ne les inquieteroit
s'ils obeiffoient aux ordres
de leur Souverain, auſquels
ils pouvoient fe confier. Cette
Lettre qui eftoit fignée de
Gafpard de Muray de Zurich
, & de Bernard de Mude
Berne , contenoit encore
beaucoup d'autres raifons
qui leur faifoient connoiſtre
non feulement qu'ils
ne devoient point s'opiniâtrer
à une deffenfe dont la
fuite ne pouvoit que leur
eftre defavantageufe , mais
qu'ils n'avoient aucun fujet
ray
96 MERCURE.
de fe plaindre de ce que Son
Alteffe Royale exigeoit de
leur obeiffance , & qu'ils .
auroient pû eftre plus malheureux.
Comme ellè eft é
crite par des Proteftans , qui :
eftoient envoyez pour cette
affaire à la Cour de Savoye,,
& qui par confequent en:
pouvoient parler jufte , & avec
beaucoup de connoiffance
elle fait voir que Monfieur
le Duc de Savoye a eu
pour fes Sujets Rebelles toutes
les bontez que peut avoir
un Prince clement & tendre,
& qu'ils ont eux - mefmes
cherché
GALANT. 97
cherché leur ruine par leur
invincible opiniâtreté , S. A.
R. qui avoit la cauſe de la
veritable Egliſe à ſoûtenir ,
ne pouvant rien ajoûter aux
graces qu'Elle leur a plufieurs
fois offertes .
Aprés la derniere expedition
dont je vous parlay il
y a un mois , & pour laquelle
les Troupes de Savoye commencerent
à inarcher le 6.
de May , il fembloit que ce
jeune Prince duft aller fe repofer
à Turin aprés de fi
grands Travaux , & que fes
Generaux pouvoient ache-
Juin 1686.
I
98 MERCURE
ver de vaincre un refte de
Rebelles , qui ne meritoient
pas que leur Souverain en
prift luy-mefme la peine. Cependant
comme il prefere au
repos les fatigues qui conduisent
à la gloire, & qu'il eft
perfuadé que le meſtier de
Souverain n'eft pas moins
fait pour le Travail que pour
le Commandement , il voulut
refter au Camp de Lucerne
, & vaincre par luy- mef
me , ainfi qu'il gouverne
fes Etats par fes propres lumieres.
Ce fut dans ce Camp
qu'il donna audience le 13 .
GALANT.
99
du mefme mois à M ' le Comte
de Berka , Envoyé de
l'Empereur, qui eftoit arrivé
le 10. à Turin , & ce fut en
mefme temps une choſe bien
glorieufe pour ce jeune Souverain
, que
de
donner audience
dans un Champ de
Bataille , & au milieu de fes
Triomphes à l'Envoyé d'un
Empereur. Cét Envoyé fut
à peine retourné à Turin
qu'une Troupe affez nombreufe
de Rebelles
parut encore
dans la Valée de S. Martin.
Monfieur le Duc de Savoye
donna auffi-toft fes or-
I ij
100 MERCURE
dres pour les attaquer , & on
les pouffa avec beaucoup de
vigueur. Quelques Officiers
& quelques Soldats furent
bleffez , & il y en eut cinq ou
fix tuez par des pierres jettées
avec des Fourneaux . Ces Rebelles
furent forcez dans
leurs poftes , & obligez de ſe
rendre à difcretion , ainſi que
ceux de Bolbi , & de Villar ,
dont le nombre eftoit de plus
de cinq cens . Son Alteffe
Royale fit enfuite partager
fs Troupes en plufieurs détachemens
, qui détruifirent
les Maifons qui eſtoient ſur
GALANT. 101
ICI
les Montagnes , & couperent
les Bleds , & les vignes ,
afin d'ofter tout moyen de
fubfifter à ceux qui youdroient
s'y retirer . On arrêta
un Miniftre , & les Marquis
de Voghera & de Beüil ,
allerent avec leurs Regimens
dans des Charbonnieres
, où l'on difoit que plufieurs
Rebelles s'eftoient ca
chez , mais on n'y en trouva
point.
Mr de Catinat eftant de
fon cofté party de Malanoți
pour chercher quelques - uns
de ces Revoltez qui s'ê-
I iij
102 MERCURE
toient retirez fur une des
plus hautes Montagnes des
Alpes , fortit de fon quartier
le 17. de May avec trois cens
hommes détachez des Regimens
de Dampierre , & de
Limofin , & il donna ordre à
cent hommes du Regiment
de Pleffis Beliere de fe trouver
à Bacciglia. Il prit le mef
me jour en paffant à Macel
cent cinquante hommes du
Regiment de Provence qui
eftoit la en quartier , & avec
ces Troupes , il ſe rendit à
Colmiano d'affez bonne het 3
re pour reconnoiftre luyGALANT.
103
mefme les chemins qui pou
voient donner la fuperiorité
fur cette Montagne , que les
Rebelles
difoient eftre une
fortereffe faite de la main de
Dieu. Il trouva moyen de
gagner les hauteurs fur ce
pofte , & fit enfuite partir à
l'entrée de la nuit plufieurs
détachemens
pour envelop--
per les Rebelles . Ceux de fes
Partis , qui devoient s'élever
juſques au haut d'une Montagne
qui fembloit impratiquable
, & qui eft couverte
de neige toute l'année , fe
trouverent fur la Cime à la
I iiij .
104 MERCURE
pointe du jour , & en eſtat de
tomber fur ces opiniâtres
Revoltez
, qui fe voyant entourez
& fans nul efpoir de
fe fauver , n'eurent d'autres
de fe cacher à de- foins que
my- colte , les uns d'un cofté,
les autres de l'autre , & les
autres dans des Rochers où
ils ne croyoient pas qu'on
les puft trouver. Ils furent
trompez , & ainfi leur opiniatreté
les fit perir . M² Catinat
n'eut qu'un Soldat bleffé
d'un coup de pistolet , & un
Officier froiffé avec deux autres
Soldats , parce qu'ils aGALANT.
105
voient roulé le long des Rochers.
Cette derniere action
a donné une telle épouvante
aux Rebelles , qu'elle
en a entierement nettoyé
le Païs où les Troupes de
France devoient aller ; rien
n'eſt plus extraordinaire , &
plus furprenant que ce dernier
mouvement. Les François
ont efté jufque fur la
cime des Montagnes les plus
élevées , & où les Chévres
mefme ont de la peine à
grimper.
On n'a pas laiffe d'envoyer
encore quelques Détache
106 MERCURE
mens depuis cette grande
Action , pour achever d'épurer
ces Montagnes & ces
Rochers jufque dans leursplus
inacceffibles hauteurs .
On y a perdu à diverſes
fois trois ou quatre Officiers
, & environ quarante
Soldats . Le 22. on y perdit
un Sergent avec deux Soldats
de Dampierre . M " de
Biron & de Gontaut font
prefque cntierement gueris ,
& fortent prefentement de
leur chambre. Mª Deſguers,
Major de Provence , mourut
de fes bleffures dés le 19. de
GALANT. 107
May. Les autres Officiers
qui ont efté bleffez , fe portent
affez bien , & l'on ne
croit pas qu'aucun d'eux en
meure. Quoy que les Trou
pes de Savoye ayent fait des
chofes furprenantes , comme
je vous l'ay marqué dans ma -
derniere Relation , & qu'ani.
mées par la prefence de leur
Souverain , elles fe foient expofées
aux plus grands perils
, elles n'ont perdu que
quatre Officiers des Gardes.
Quelques Officiers de divers
Regimens ont eſté bleffez ,
avec environ cent Soldats.
108 MERCURE
M' le Marquis Dogliani ,
Lieutenant General de ces
Troupes, que je vous ay déja
marqué avoir fervy avec
tant d'application , qu'il eftoit
tombé malade auCamp,
des fatigues qu'il avoit effuyées
, a efté tranfporté à
Turin, Le 21. plus de fept
cens Rebelles , tant hommes
que femmes, & enfans, pref
fez par la faim , & par les
continuelles alarmes que
leur donnoit le peril d'eftre
furpris dans les lieux où ils
eltoient cachez , fe rendirent
au Camp de Monfieur
GALANT. 109
le Duc de Savoye à Lucer .
ne , & implorerent la clemence
de ce Prince . Ils ont
efté fuivis de plufieurs autres,
qui font venus par troupes ,
& qui fe font rendus à diver .
fes fois , de forte que ceux
qui ont efté faits prifonniers
dans les differens combats
qui fe font donnez , & ceux
qui fe font rendus chaque
jour, montent à plus de douze
mille , & felon toutes les
apparences , le peu qui reſte
fuivra bien.toft un exemple
fi falutaire , eſtant preffé par
la faim , & par des Troupes ,
110 MERCURE
qui agiffant de tous coſtez
fous les ordres , & à la veuë
de leur Souverain
, trouvent
de penetrer dans les
moyen
lieux les plus inacceffibles &
les plus cachez . Ainfi on ne
parlera bien- toft plus dans
les Etats de Monfieur le Duc
de Savoye de la race des
Vaudois , dont ces Peuples
révoltez eftoient iffus. Ceux
qui ne veulent pas ajoûter
foy à des nouvelles fi certai
nes , ou qui feignent de ne
les pas croire , afin d'avoir
lieu de publier le contraire
pour flater ceux de leur ReGALANT
III
>
ligion , ont beau dire qu'il a
efté impoffible de monter
fur la cime de tous les ro
chers, & de penetrer jufqu'au
fond de toutes les cavernes
où lesRebellesfe font retirez ,
& qu'ainfi on ne peut dire
qu'on les ait détruits entiere
ment. Leur raiſonnement
n'eft pas jufte , quoy qu'il .
femble avoir quelque vray.
femblance . Je demeure d'accord
qu'on n'a pû les vaincre
tous en combattant , parce
qu'ils n'ont pas tous combattu
; && que l'on n'a pû les
joindre tous , mais triom112
MERCURE
pher d'une partie les armes
à la main , & mettre le refte
dans la neceffité de fe rendre
à difcretion , & d'avoir
recours à la bonté de leur
Souverain , c'eſt avoir remporté
une Victoire auffi pleine
& auffi entiere , que fi on
les avoit tous fait perir par
le fer , & par le feu , & cette
Victoire eft d'autant plus avantageufe
au Vainqueur ,
qu'aprés avoir fait voir fa
valeur , & fon intrepidité , &
celle de fes Troupes , elle
luy donne moyen de faire
agir fa clemence , Monfieur
GALANT . 113
le Duc de Savoye qui a fait
connoiftre qu'il poffedoit au
plus haut point toutes ces
qualitez fi dignes d'unSouverain
, a donné auffi des marques
de la liberalité qui eſt
naturelle à tous ceux de fa
Maiſon , en faiſant preſent
de fon Portrait enrichy de
Diamans à M's de Melac, de
Longueval , & de Naves ,
Officiers Generaux des Troupes
Françoifes. Mr les Cofonels
en ont eu auffi chacun
un de moindre prix .Ce Prince
a donné en mefme temps
M' de Villevicille , Licate-
Juin 1686.
K
114 MERCURE
nant Colonel du Regiment
de Limoges , dont je vous
ay parlé dans ma derniere
Relation , & qui s'eſt diſtingué
par une Action d'un
grand éclat ,un fort beau cheval
richement enharnaché,
avec de tres- beaux Piftolets,
dans les foureaux defquels
eftoient deux bourfes remplies
de Louis d'or . Si j'ap
prens encore quelque chofe
de nouveau touchant cette
affaire , je vous en feray part,
avant que de fermer ma Lettre.
Vous m'avez demandé des
GALANT. 15
nouvelles de la belle Grec--
que , que Mr le Prince Philippe
de Savoye amena en
France dans le temps de la
prife de Coron. La Lettre
que vous allez lire vous en
apprendra d'affez importan
tes. Elle eft de M' Vignier.
EDEDEDEA:CD:EA: EDEDEDED
A MONSIEUR LABBE
DE SAZILLY. "
Com
A Paris ce 8. Juin 1686 .
Omme il n'est point detemps
où l'on ne doive pu.....
blier ce qui pem fervir à la gloires
Kijs
116 MERCURE
de Dieu , je n'ay pas crû que Le
trifte eftat où je me trouve ,
me pust difpenfer de vous apprendre
la fuite de l'Hiftoire de
labelle Ifmy , Veuve du Gouver
neur de Coron . C'est auffi , Mon
fieur , ce que voftre pieté afouhai
té le plus de fçavoir , ne douttant
point que dans les lumieres de la
Foy que cette aimable Perfonne
pouvoit recevoir, elle ne duft trouver
des tréfors qui reparaffent avantageufement
la perte qu'elle a
faite & defon Mary , & defes
biens. Je vous ay déja mandé
qu'en revenant de Richelieu nous
latronvâmes à Châtres , où elle
GALANT. 117
accoucha d'une Fille , qui peu de
jours aprés eut le bonheur d'entrer
dans l'Eglife par le Baptefme.
M de Raban prit ce foin là , &
celuy de ramener la Mere à Paris
fi toftqu'elle fut en estat defouffrir
le Carroffe. Sa joye fut grande.
de réjoindre la jeune Farmé & le
refte defa Troupe qui estoit dans
la Maifon de M, de Raban . Elles
ne manquerent pas toutes deux .
de recevoir force Vifites de l'un
& de l'autre Sexe , fur le bruit
qui s'eftoit répandu par tout de.
leur merite ; mais on remarquoit
fur leur visage que fi celles des
Dames leur faifoient plaifir, elles
118 MERCURE
n'en recevoient des hommes qu'avec
chagrin & avec contrainte.
On fut quelque temps fans leur
parler de noftre Religion afin de
ne les pas affliger. Elles ne pou
voient fouffrir que l'on fift lefigne
de la Croix devant elles , & fe
defefperoient quand on difoit quelque
chofe contre leurfaux Prophete.
Deux Enfans de Mr de
Raban, dont l'aifné n'a que treize -
ans,&qui ont tous deux beau
coup d'efpritpour leur âge , s'attacherent
à leurfaire connoiftré l'état
miferable où elles eftaient par
Teurs Erreurs , & trouvant la
Morefque Cadméplus difpofée à .
GALANT. 119**
que les autres , ils la Les écouter
prefforent de lefaire Chrestienne;
furquoy elle leur difoit de prendre
bien garde que Madame Ifmy ne
fceuft pas qu'ils luy parloient, par--
ce qu'elle la maltraiteroit ; mais
pour luy oftercette crainte , ils l'af
feuroient qu'elle n'avoit plus de
pouvoirfur elle , ce qui la rendit
affezhardiepour s'ouvrirà lapetiseZoula
qui eft prefentement avec
Madame la Ducheffe de Portmouth
, & qui eft celle là mefmeque
Dieu avoit prefervée de la
fureur d'un Soldat qui avoit le
Cimeterre leve pour la fendre en
deux. Cette petite Fille recent
120 MERCURE
volontiers la propofition qui luy
fut faite d'embrasfer le Christia
nifme ; mais la petite Arigé n'y
confentitpas fans verfer des larmes
. Ce fut dans ce temps- là que
Madame la Princeffe de Carignin
, & M. le Prince Philippe
prierent le Pere de Bizance , Prêtre
de l'Oratoire , de les voir. Il
le fit , comme la Langue Turque
luyeft naturelle parce qu'il eft
né à Conftantinople, il s'adreffa
d'abord à celuy de cette Troupe qui
luy parut avoir plus d'efprit . It
s'appelloit Haly , grand Garçon
bienfait fort opiniâtre. Pour le
convaincre plus facilement de la
faufferé
GALANT. 121
fauſffeté de fa creance , ilfe fervit
d'un Alcoran que Mr de Villeray,
Efcuyer de Monfieur le Prin
ce Philippe , luy avoit mis entre
les mains , & que ce jeune Turc
avoit donné luy- mefme à Mr de
Villeray dans Coron . Cet Alcoran
eftoit écrit en Arabe avec une
explication Turque en interligne ;
-mais quoy que les Turcs faffent
bien plus de cas de ceux qui ne
font qu'en Arabe , parce , difentils
, qu'il faut croire tout ce qu'à
dit leur grand Prophete fans aucune
glofe , ce fut pourtant par
cette explication Turque que le
Pere de Bizance fit connoistre à
Fuin 1686.
L
122 MERCURE
Haly les Dogmes ridicules de cét
Imposteur; & il le fit avec tant
d'efficace , que ce jeune homme
deteftafurle champ ce qu'il avoit
foutenu avec tant d'obstination.
Il courut le dire à fes Camarades
Hamet , Bekir , Mehemet , &
Ibrahim , les exhorta àfe faire
Chreftiens. Cela fit un grand
effet fur les efprits d'Ifmy & de
Farmé , qui receurent avec plus
de docilité l'explication de nos Mifteres
q e le Pere de Bizince leur
faifoit ave beaucoup de netteté.
Comme il fu obligé de faire un
petit Voyage , les Enfans de Mr
de Raban dont je vous ay parlé ,
GALANT. 123
continuerent à leur infinuer lesVeritez
Chreftiennes ; ils leur propoferent
mefme d'aller à l'Eglife
dans le temps de Vefpres , afin
qu'elles puffent eftre touchées par
la Majefte de nos Ceremonies.
Fatmé s'habilla trois ou quatre
fois à la Françoise pour y aller ,
& s'accoutuma peu à peu àfaire
le figne de la Croix dont elle avoit
eu tant d'horreur ; mais il fut impoffible
de faire refoudre Ifmy à
enfaire autant. Il eft vray qu'el
le fe feparoit fouvent des autres
pourfaire fesprieres , & qu'elle
demandoit à Dieu la grace de luy
faire connoiftre la Verité. Elle
Lij
124 MERCURE
fut exaucée. Le Pere de Bizance
eftant de retour redoublaſes affiduitez
pour l'inftruire , & fon
coeur fut fi bien difpofé à recevoir
tout ce qu'il luy dit d'un Dieufait
Homme , & crucifié pour l'amour
de nous , qu'il m'affura la derniere
fois que j'eus l'honneur de le
voir , qu'elle eftoit entierement.
defabufée de toutes les damnables
refveries du Mahometisme , &
tres bonne Chreftienne. Il a la
mefme opinion de tous les autres ;
& comme il ne manquoit plus
que le Batefme pour achever ce
grand Ouvrage , ils le reveurent
Samedydernier Veille de la PenGALANT.
+25
recofte dans l'Eglife defaint Eutache.
Sept eurent l'honneur d'étre
nɔmmez par Madame la Princeffe
de Carignan , & par Monfieur
le Prince Philippe fon petit
Fils. Haly fut nommé Thomas ;
Hamet Eugene ; Bekir , Philippe
(c'eftle Fils de Carabas qui eft
General de la Mer ) Mehemet ,
Philbert , & le petit More Ibrahim
, Charles. Ifmyfut nommée
Marie- Philippe , & Fatmé ,
Loüife- Eugene. La petite Atigé
Cadmé Morefques , furent
nommées par M le Vicaire de
Saint Eustache , par Mefdames
de Saint Martin & Cheva
Liij
126 MERCURE
her ; la premiere feanne-Hortence,&
lafeconde Loüife- Philberte.
Elles eftoient toutes veftuës
de blanc , elles s'attirerent par
leur modeftie les benedictions &
les voeux d'un nombre infiny de
monde qu'un firare Spectacle avoit
attiré de tous les endroits de
Paris . Voilà , Monfieur , ce que
je vous avois promis. Si j'avois
tardé encore quelque temps à vous
écrire , j'aurois pú joindre à cette
belle jeune Troupe , trois ou
quatre autres Turcs que le Pere de
Bizance a auffi convertis. Je
fuisVoftre ,&c.
い
.
"
"
1.
GALANT. 127
Je ne vous dis point que
Madame la Princeffe de Carignan
eft une Princeffe du
Sang de France , & qu'elle
s'appelle Marie de Bourbon ;
cela eft connu de tout le
monde. Elle eft Fille de Charles
de Bourbon , Comte de
Soiffons, Coufin Germain de
Henry IV . Roy de France
& de Navarre , & d'Anne de
Montafiere , & avoit épousé
Thomas François de Savoye
Prince de Carignan , Fils de
Charles Emanuel , Duc de
Savoye, Prince de Piedmont,
Roy de Chipre , & de l'In-
Liiij .
128 MERCURE
fante Catherine Michelle
d'Auftriche , Fille de Philippe
II. Roy d'Espagne , &
d'Elizabeth de France , Fille
de Henry II. Roy de France
, & de Catherine de Medicis.
Cette Princeffe joint à
fa naiffance une grandeur
d'ame digne de fon rang ,
une affabilité qui fait que
tout le monde l'approche ;
& quoy qu'elle traite avec
diftinction tous ceux qui ont
Phonneur de la voir , jamais
il ne fort perfonne d'auprés
d'elle qui ne foit content.
Elle aime fes Amis , a un plaiGALANT.
129
fir fingulier à en faire , & les
aide dans tous leurs befoins .
Il y a dans fon Palais , & dans
tout ce qu'elle fait un air de
magnificence qui fait bien
connoiftre qu'elle eft du
Sang des Bourbons. Sa pieté
& fon zele pour la Religion ,
dont elle donne tous les
jours des marques , ne fe
peuvent affez loüer . La refrgnation
qu'elle a toûjours
fait paroiftre pour les volontez
du Ciel , dans les pertes
qu'elle a faites , & dans les
traverſes que la fortune luya
autrefois fufcitées , eſt à imi130
MERCURE
ter . Sa fermeté fouvent éprouvée,
a peu d'exemples , &
rien n'approche de la charité
qu'elle a pour les malheuheureux
& pour
les pauvres.
Mile Chevalier de Savoye
fon Petit-fils , trouve par tout
dans fon Sang ce qu'il y a de
plus augufte dans la Chref
tienté , c'eſt à dire , des Empereurs
, des Rois , de grands
Souverains & des Heros. Il
ne dégenere point , & ſa valeur,
qui a déja éclaté en plufieurs
fortes de combats , le
fait voir digne du Sang dont
il fort , & digne Fils de feu M²
1
GALANT. 131
le Comte de Soiffons. Ce
jeune Prince ne trouvant
plus icy dequoy s'occuper felon
fon genie qui le porte
aux grandes Actions , alla l'an
paffe fervir la Religion dans
l'Armée des Venitiens . Il affifta
à toutes les entrepriſes
qui fe firent dans la Morée ,
& malgré les fatigues plus
extraordinaires qu'elles ne
l'avoient encore efté , il fut
prefent à tout. Il luy en penfa
coûter la vie d'une bleffure
dangereufe qu'il receut à
Coron ; mais le mal qu'il avoit
ne l'empeſchoit pas d'e132
MERCURE
ftre fenfible à celuy des au
tres . Il fauva autant de ces
miferables Infidelles qu'il le
put , particulierement dans
l'efperance que les tirant de
ces lieux , où tout eft plein
de
Mahometans , il en pourroit
faire des Chreftiens .
C'eſt par ce mouvement de
pieté qu'il a arraché à la
mort ces pauvres infortu
nées , qui ne le peuvent plus
eftre deformais , puis qu'il a
pleu à Dieu leur faire la
grace
de recevoir le Baptefme ,
& qu'elles font entre les
mains d'un Prince fi genereux
.
"
14
GALANT. 133
Madame la Princeffe de
Bade accompagnoit Madame
la Princeffe de Carignan
fa Mere , dans cette Ceremonie.
On connoift les grandes
qualitez de cette illuftre
Priuceffe , dont la vertu doit
fervir d'exemple aux autres ,
& dont le courage ne fe peut
affez vanter, Elle a de l'efprit
autant que celles qui en ont
le plus. Elle l'a vif, juſte &
penetrant. Il eſt cultivé par
la lecture de toutes fortes de
bons Livres , & perfonne
n'en juge mieux qu'elle . On
ne peut avoir plus de Poli-
1.
134 MERCURE
reffe , ny marquer plus de
generofité dans les occafons.
Elle eft fidelle & tresbonne
amie , & elle ne connoiſt
point de raiſons qui
puiffent l'empefcher de l'etre
, quand elle l'a promis
ou qu'elle croit le devoir.
Madame la Princeffe de
Carignan eftoit auffi accompagnée
de Mademoiſelle de
Soiffons fa Petite- Fille , jeune
Princeffe qui pourroit faire
la forrune d'un grand Prince,
fi elle eftoit veuë & connuë.
Elle eft élevée auprés de MaGALANT.
135
dame fa Grand '- Mere ; c'est
ponr s'affeurer qu'elle affez
a une folide vertu . Elle joint
encore à une beauté pleine.
d'agremens toutes les graces
qu'on peut defirer dans une
perfonne aimable . Son efprit
eft fin & délicat , & fort audeffus
de fon âge , & elle a
beaucoup d'application à le
cultiver par toutes les bonnes
chofes qui luy conviernent
. Elle a un entier attachement
à fon devoir
c'eft par là qu'elle paffe la
meilleure partie de fon
temps auprés de Madame de
&
136 MERCURE
Carignan
ne connoiffant
rien qui luy puiffe eftre plus
avantageux pour fe perfectionner
dans les grandes
qualitez qui mettent les
grandes Princeffes autant au
deffus des autres que peut
faire leur naiffance. Elle paffe
le refte du temps avec Mademoiſelle
de Carignan fa
Soeur qu'elle aime fort , &
qui eft tres- digne d'eftre aimée.
Enfin c'eft une Princeffe
toute parfaite , & qu'on
ne peut voir fans découvrir
tout ce qu'on peut attendre
de grand du Sang Illuftre
dont elle eft formée
GALANT. 137
Vous fçavez , Madame,
que M' le Comte de Roye
eft heureux en Enfans , &
que Mrs les Comtes de Rouffy
& de Blanfac fes Fils , font
regardez dans le Monde avec
beaucoup de diftinction ..
Ils eftoient tous deux du Carrouſel
, & vous pouvez voir
ce qu'on en a dit dans les
Portraits qui ont efté faits de
tous les Chevaliers & de :
toutes les Dames qui com...
pofoient cette heroïque &
galante Fefte. Ils ont troisi
Seeurs dans le Convent de:
Noftre Dame de Soiffons ,,
Juin 1686.
M.
138 MERCURE
où elles eftoient entrées pour
y
eftre inftruites des veritez
Catholiques. Mª l'Abbé
Huet nommé à l'Evefché de
Soiffons , qui avoit efté choify
pour ce glorieux employ
à caufe de la profonde érudition
, les a fi pleinement
convaincues de la fauffeté
des Maximes de Calvin ,
qu'elles en firent abjuration
entre fes mains le premier
jour de ce mois , en prefence
d'un grand nombre de perfonnes
de qualité , la pieté
avec laquelle elles s'acquiterent
de cette action , édifia
GALANT. 139
extrémement toute l'Affemblée
. Quatre jours aprés ,
deux de leurs Freres,Penfion .
naires au College de Loüis
LE GRAND ( C'eft ainfi
que l'on appelle prefentement
le College de Clermont
) firent la mefine ab
juration entre les mains du
Pere Recteur du mefme College.
Je vous appris il y a un mois.
la Converfion de M' le Duc;
de la
Force.Depuis ce temps ...
là quatre des Fils de ce Duc,,
& le Fils unique de M le
Marquis du Bordage , qui
Mij
140 MERCURE
>
eftoient auffi Penfionnaires
dans ce College, ont fait profeffion
des Veritez Catholiques.
La Ceremonie de leur
abjuration fe fit ces jours
paffez dans l'Eglife de Saint
Louis , entre les mains du
Pere de la Chaife , Confeffeur
du Roy.
La revocation de l'Edit
de Nantes ayant obligé Madame
de S. Glie à quitter le
Calvinifme , on avoit quelque
fujer de douter
Converfion fuft fincere, parce
qu'elle eftoit âgée de qua
tre-vingt neufans , & qu'el
Į
que
fa
GALANT. 141
le avoit efté jufque- là attachée
à fes Erreurs avec une
opiniâtreté invincible . Feu
Mile Marefchal de Schule mberg
fon Frere avoit fait tous
fes efforts pour l'y faire renoncer
pendant qu'il eftoit
Gouverneur d'Arras . Il luy
avoit fouvent envoyé lesp'us
habiles Gens de tout
le Pays , & aucun d'eux ne
F'avoit perfuadée . Ayant efté
attaquée de Pourpre depuis
quelque temps , & les Medecins
defefperant de fa guerifon
, elle envoya chercher
fon Curé de fon propre mou-
1
1
142 MERCURE
vement , fe confeffa avec
toutes les marques d'un vray
repentir , & fit paroiftre une
devotion toute édifiante en
recevant la Communion .
Malgré cette grande mala.
die , & fon grand âge , elle
s'eft tirée d'affaires , & continue
dans tous les exercices
de pieté qui peuvent faire
connoiftre une veritable Catholique
. Elle demeure en
un lieu qui s'appelle Binarville
, & qui eft du Dioceſe
de Rheims.
Parmy le grand nombre
d'Abjurations qui ont elté
GALANT. 143
faites , on a veu plufieurs
perfonnes converties par des
voyes qu'il femble qu'on
n'auroit pas deu chercher, &
dont mefme on auroit cru
ne pas devoir attendre beaucoup
. Cependant ces voyes
ont efté plus promptes quelquefois
que celles qui ef
toient plus dans les formes ,
& Dieu a voulu montrer par
là que tout le monde eftant
obligé de bien fçavoir ſa Religion
, les plus fimples n'ont
pas moins de droit de l'enfeigner
que les plus habiles.
C'est ce qui fut cauſe que les
144 MERCURE
Apoftres prefcherent avec
de fi grands fuccés . Comme
perfonne ne sçauroit ſe difpenfer
de fonger à ſon ſalut,
les femmes ne doivent pas
eſtre moins inſtruites que les
hommes , des chofes qui le
regardent . Il faut cependant
demeurer d'accord qu'elles
ne le font pas toûjours , mais
on peut dire à leur gloire ,
qu'il fuffit qu'elles s'appliquent
à ce qu'elles ont envie
de fçavoir , pour le poffeder
perfaitement. Une Demoifelle
de Cologne , appellée
Marie - Agnes de Noël
nous
GALANT. 145
nous en fournit un exemple.
Elle eft Catholique , & peu
de perfonnes font inftruites
plus à fond de la verité de
nos Myfteres , & des Erreurs
des nouvelles Sectes. C'eft
une de ces Femmes agiffantes
qui fçavent beaucoup de
chofes , que rien n'embaraſfe,
& qui obligent quantité
de Gens. Son humeur accommodante
luy a donné
pour Amies toutes les Dames
de la premiere qualité de Cologne.
Il
coup de Princeffes Allemandes
pour qui elle fait fouvent
Juin 1686.
y a mefme beau-
N
146 MERCURE
des Voyages à Paris , & qui
ont en elle une entiere confiance
. Elles la chargent de
leur faire faire tout ce qu'elle
juge à propos, afin qu'elles
puiffent fuivre les modes
de France, & elles luy donnent
leur argent , pour leur
acheter jufques à des Pierreries.
Ce font des fervices qu'-
elle leur rend plûtoft fur le
pied d'Amie , que d'une autre
forte , & toûjours de bonne
grace , & avec beaucoup
d'intelligence.Elle parle plufieurs
Langues , & le François
luy eſt auſſi naturel qu'à
GALANT. 147
ceux du Pays . Dans le temps
que cette Demoiſelle devoit
venir à Paris la derniere fois,
un Gentilhomme Allemand,
nommé Jean-Jufte de Bour
chers, & plus connu fous le
nom de Beauregard , parce
qu'il a une Terre en Weftphalie
qui porte ce nom , y
devoit venir auffi. Il eftoit
Lutherien , & Amy de tous
les Catholiques Romains de
fon Pays. Le hazard ayant
voulu qu'ils fe fuffent con
certez pour partir enſemble,
toutes les Perfonnes de qualité
qui connoiffoient cette
Nij
148 MERCURE
Demoiselle , & le tour de fon
efprit, la prierent de travailvailler
pendant le chemin à
la converfion de ce Gentilhomme.
Elle s'y engagea,&y
réüſſit ſi bien, qu'en arrivant
à Paris, il ne reftoit plus qu'à
luy donner l'éclairciffement
de quelques points , ſur leſ
quels il infiftoit. La Demoi
felle ayant appris l'eftat où
eftoient les chofes au S' la
Quille fon Commiſſionnaire
, il mena le Gentilhomme
chezM' de Blampignon ,Do-
&teur de Sorbonne , & Curé
de la Paroiffe de S. Mederic,
GALANT. 149
2
Hs eurent enſemble une conference
de deux heures , &
M' de Blampignon luy leva
tous fes fcrupules avec tant
de force & de netteté , que
ce Gentilhomme s'eftant jetté
à fes pieds , le conjura les
larmes aux yeux de luy faire
faire abjuration de fes Erreurs
dés ce mefme jour , ce
qui fut fait , fans attendre au
lendemain , le Mardy 11. de
ce mois , dans le Choeur de
l'Eglife de S. Mederic . M'de
Blampignon l'iuſtruifit plus
amplement des Veritez Catholiques
pendant les trois
Niij
iso MERCURE
jours fuivans . Le Samedy 15 .
du mois il fit une confeffion
generale, & le Dimanche de
Ï'Otave du S. Sacrement , il
communia pour la premiere
fois avec tant de zele & de
ferveur, qu'il combla de joye
tous les Affiftans . Ce font des
coups de la Grace . Heureux
ceux qu'elle va ainfi chercher.
Je vous ay déja fait part de
tout ce qui s'eft paffé à Rome
à l'occafion de la Fefte Generale
, faite pour la Réunion
des Proteftans de France à
l'Eglife Catholique . Il me
GALANT. 15E
refte à vous parler d'une Fête
particuliere , qui a fait connoiftre
le zele de M' le Car
dinal d'Eftrées . Il choifit pour
cela l'Eglife de la Trinité du
Mont, parce qu'il en eft Titulaire
. Vous fçavez , Madame ,
que tous les Cardinaux ayant
chacun le nom d'une Eglife,
on dit Cardinal au tiltre de & c.
Vous jugez bien que la Feſte
fut d'une magnificence exrraordinaire
, puis qu'on ne
peut foûtenir les interefts & la
gloire de la France avec plus
d'éclat , plus de grandeur ,
plus de prudence & plus de
N. iiij
152 MERCURE
conduite que font M❜ le Duc
d'Eftrées , & M ' le Cardinal
fon Frere. Le 12. du dernier
mois , jour deſtiné pour la
Feſte , eftant arrivé , ce Cardinal
partit du Palais Farnéfe
à neuf heures du matin ,
fe rendre à l'Eglife de
la Trinité, fondée
pour
par Charles
VIII. Roy de France , &
appellée du Mont , à cauſe
qu'elle eft baftie fur le Mont
Pincius. Il eftoit accompa
gné de M' Altoviti Patriarche,
& d'un tres -grand nombre
de Prelats , & d'autres Per
fonnes qualifiées , ce qui faiGALANT.
153
foit un Cortege de plus de fixvingt
Carroffes. Cette Eglife .
eftoit ornée d'une Tapiflerie .
du deffein de Raphael , où r
l'Hiftoire des Apoftres eftoit :
reprefentée. Toute la voûte .
en eftoit couverte d'un Damas
cramoify, fur lequel il y
avoit quantité de Fleurs-de-
Lys, & deRofes deTafetas de
mefme couleur.On avoit pla
cé les Portraits du Pape & du .
Roy au deffus de laCorniche
vers l'Autel. Celuy de M' le
Cardinal d'Eftrées eftoit au
deffous d'une grille dorée, qui
environnoit un grand échaf
14 MERCURE
faut couverr de Damas Cramoify
galonné d'or , que l'on
avoit fait pour la Mufique.
On voyoit fes Armes en relieffur
le ceintre principal de
l'Eglife , & l'écuffon en étoit
foûtenu par quatre figures
d'Anges argentez . Je n'entreray
point dans l'entier détail
des ornemens de la face
exterieure de cette Eglife . Je
vous diray feulement qu'entre
les deux Clochers que
F'on avoit peints en couleur
de Marbre blanc , un grand
piedeſtal de figure exagone,
regnoit depuis la Balustrade
GALANT. 155
du cornichon du fecond ordre
jufqu'en haut , & qu'une
Hydre , qui reprefentoit
FHerefie entierement abbatue
avec plufieurs teftes de
coffé & d'autre , eftoit fur la
bafe de ce predeſtal . On y
voyoit la Religion affife , les
bras étendus. Elle tenoit
deux Couronnes , l'une de
Laurier , & l'autre d'Etoiles .
Un fecond piedestal de meſme
figure que le premier, s'élevoit
fur cette grande Machine
. Il y avoit une grande
Croix blanche, & unDrapeau
de Tafetas bleu auprés d'un
156 MERCURE
Hercule, qui reprefentoit les
traits du Roy.Il eftoit affis fur
des Trophées à la droite, &vis
à vis paroiffoit la France. Elle
eftoit aufli fur des Trophées ...
Ces deux Figures tenoient les
deuxClefs de laReligion , qui
eftoit aflife au deffus d'un Pal
mier; & avoit uneTiare &une
chape. Tout cela étoit embelly
d'Infcriptions. On voyoit
le Portrait du Roy en couleur
de bronze doré dans l'une
des deux Arcades des Clochers
, & la figure de la Pieté
dans l'autre. Des Feftons de
feüillages rehauffez d'or , &
GALANT. 197
couronnez de chandeliers
dorez garnis de cierges de cire
blanche, ornoient les pilaftres
& le ceintre de ces deux
Arcades. Un grand Tableau,
placé au deffous de la plus
haute balustrade
, represétoit
les Livres brûlez des Heretiques,
lesPredications desMif-
Lionnaires , &les aumônes qui
onteſté faites aux Convertis,
& à coté de ce grand Tableau,
deux autres de mefme
hauteur reprefentoient la dé
molition des Temples des
Calviniftes , &la conſtruction
des Eglifes bafties nouvelle-
--
18 MERCURE
inent pour les nouveaux Catholiques.
Entre les pilaftres
d'ordre Corinthien étoit une
Arcade de chaque coſté. Un
grand Tableau où la cheute
des Idoles eftoit peinte , paroiffoit
dans l'une , & au milieu
de l'Arcade un peu au
deffus de ce Tableau , on
voyoit un Medaillon de Clovis.
Il eftoit de bronze doré ,
& la bordure eftoit de relief,
auffi dorée. Il y avoit un autre
Tableau de mefme grandeur
dans l'autre Arcade . Il
faifoit voir les Saxons domptez
, & recevant le Baptefme
GALANT. 159
par les foins de Charlemagne.
Deux Anges foûtenoient
une fort grande Medaille
fur l'architrave de la
Porte. Elle eftoit environnée
de Palmes & de Lauriers ,
& repreſentoit faint Louis à
cheval , combatant à la teſte
de fes Troupes Les deux Colomnes
de la Porte eftoient
auffi fort ornées dans leurs
chapiteaux & dans leurs bafes.
Pour marquer les foins
que le Roy a pris de faire
donner à fes Sujets de la Religion
Pretenduë Reformée
les Inftructions qui leur é160
MERCURE
pa. toient neceffaires , on
on fit
roiftre un Soleil illuminé
fur le haut de la balustrade
de l'efcalier. Cét Aftre, qui
eft la devife de Sa Majefté ,
avoit pour ame des mots
Latins qui fignifioient , Jay
fervy d'oeil à l'Aveugle. Il y avoit
un écriteau au deffous
contenant d'autres mots Latins
qui vouloient dire , nous
avons veu la lumiere
par ta lu.
miere. Il eft facile de voir le
rapport de ces paroles. Au
detious de la baluftrade du
mefine Eſcalier , dans les or
nemens duquel entroient
GALANT. 161
deux grandes Medailles , l'u
ne de l'Empereur Conftantin
, & l'autre de l'Empereur
Theodofe , eftoit un grand
Tableau qui faifoit connoiftre
comment le Roy Philippe
Augufte avoit purgé la
France de Juifs . On voyoit
le Portrait de ce Monarque
au haut de ce Tableau dans
une Medaille d'or. Ik eftoit
accompagné d'une Infcription
Latine qui faifoit enten.
dre qu'un Roy Sage vient
à bout de diffiper les Impies.
Avant que Mr le Cardinal
d'Eftrées artivaft à l'Eglife de.
Juin 1686.
162 MERCURE
la Trinité , M' l'Auditeur, &
M ' le Treforier de la Chambre
, qui ne vont jamais aux
Corteges , s'y eftoient déja
rendus. Ils fe mirent à la tefte
de tous les Prelats , parmy
lefquels ils tiennent le premier
rang , & ils fe rangerenr
tous aux deux coftez du
Choeur fur des bancs à doffiers
couverts de Tapis . M
le Cardinal eftant arrivé, prit
fa Chape à la porte de l'Egli
fe , & alla fe placer fous un
Dais qui eftoit prés de l'Autél
, du coſté de l'Evangile .
Mr le Duc d'Eftrées fe mit
GALANT. 163″
dans une Tribune , ainfi que:
M' le Duc de Mantoüe , &
Madame la Ducheffe de Modene.
Aprés la Meffe , que
M ' Cafati , Archevefque de
Trebifonde , celebra pontificalement
, & qui fut chantée
par deux Choeurs de plus
de foixante & dix Muficiens .
On entonna le Te Deum, qui
fut auffi chanté en Muſique ,
aux fanfares des Trompettes,
& au bruit des Boëtes ; des
Tambours & des Timbales, -
LaCeremonie finit par un excellent
Difcours Latin,que le
Pere Hemery Jefuite pronon
164 MERCURE
ça à la gloire de Sa Majesté.
Lors qu'elle fut achevée , M
le Cardinal d'Eftrées regala
magnifiquement un grand
nombre de Perfonnes de
qualité dans la grande Salle
du College de Propaganda Fide
Il eft fitué au bas de la
montagne , fort prés de l'Eglife
de la Trinité , & à une
des extremitez de la Place
d'Eſpagne. Ce repas fut fuivy
d'une belle fymphonie ,
& d'un recit en Vers Italiens
à la louange du Roy , que
quatre des plus belles voix
de Rome chanterent dans
GALANT. 165
une autre Salle , où ce Cardinal
avoit fait paffer la Compagnie.
Une fontaine de vin à
cinq Jets, qui repreſentoient
une Fleur de Lys , coula jufqu'à
la nuit , pour le Peuple,
au bout de la mefme Place
d'Eſpagne , fur laquelle la
veuë de la Salle s'étendoit .
L'obfcurité commençant
à
cacher tous les objets , une
Illumination des plus furprenantes
fit paroiftre avec un
nouvel eclat tout ce qui ornoit
la façade de l'Eglife . On
voyoit un fuperbe frontispi
ce formé de deux grands Pi166
MERCURE
laftres , dont les Portraits du
Pape & du Roy , tout tranſ
parens de lumieres , eftoient
foûtenus , avec des Infcriptions
fur les Piedeftaux & fur
les Pilaftres . Une Tiare Pontificale
, & une Couronne.
Royale , accompagnées des
Armes de Sa Sainteté & de
Sa Majefté , terminoient cette
Illumination . On avoit
conftruit avec des fueillages
& de la verdure cinquante
autres Pilaftres derrière &
vis -à - vis des deux grands ,
afin de garder de la fymetrie.
Ils eftoient plantez en
"
GALANT. 167
droite ligne , & s'étendoient
jufqu'au haut d'une Plateforme
qui fert de Place à l'Eglife.
Les arbres qui cou
vrent la pente de la Montagne
, foûtenoient des Coupes
& des Fleurs de Lys , &
les Chandeliers à branches
dont elles eftoient accompagnées
, portoient chacun
trente à quarante lumieres ..
Il y en avoit quantité d'autres
en forme de grandes.
Etoiles , fur les arbres naturels
qui font au bord du chemin.
La façade de l'Eglife ,
auffi-bien que le Perron par
168 MERCURE
•
où l'on y entre , eftoient éclairez
d'un nombre infiny
d'autres flambeaux , diſpoſez
de telle forte , qu'ils reprefentoient
en quelque façon
l'architecture de cet Edifice .
Outre les arbres naturels
que l'on avoit remplis de
lumieres, on en avoit planté
d'artificiels des deux coftez
de l'Eglife , & le long de la
Plate -forme. Ils eftoient garnis
de Pots à feu , & förmoient
un demy cercle. Joignez
à cela le grand nombre
de Lanternes dont les
feneftres du Convent de la
Trinité ,
2
GALANT. 169
Trinité , & les maifons des
rues qui aboutiffoient à la
Plate -forme & à la Place ,
eftoient éclairées , & vous
concevrez fans peine la
beauté de ce Spectacle . La
fituation avantageuſe du lieu
y contribuoit beaucoup . Plufieurs
chambres qui regardoient
fur la Place, avoient
efté tenduës de Damas cramoify
, afin d'y placer les
Perſonnes diftinguées , & il
y avoit d'ailleurs des Balcons
& des Echaffaux le long & à
la
hauteur du premier étage
des Maifons . Tout cela fut
Juin 1686.
Р
10 MERCURE
occupé , & un peu aprés que
I'Illumination eut paru , on
entendit un concert de Tambours
& de Trompettes. Il
fut fuivy d'un autre de Violons
, aprés lequel divers Inftrumens
firent une Symphonie
tres-agreable , pendant
qu'une des plus belles voix
de Rome chantoit un Récit
à la louange du Roy. Ces
réjoüiſſances ne finirent qu'-
aprés un Regale de plufieurs
grands Baffins de fruits & de
confitures en pyramide , que
l'on prefenta à la Compagnie
avec toutes fortes de li-:
GALANT. 171
queurs. La plus grande de ces
Pyramides fut jettée au Peuple.
M'le Cardinal d'Eſtrées
fit auffi porter des Baffins
femblables
& des Eaux glacées
aux Princeffes Pamphile
& de Venafro, qui cftoient
placées dans quelques Maifons
voisines . On avoit dif
tribué par fon ordre le jour
précedent toutes fortes de
provifions à tous les Convents
de ReligieuxMandians
,
& aux Seminaires de propaganda
Fide , & le jour de cette
Fefte on fit au Palais Farnefe
des aumônes en argent à
Pij
172 MERCURE
plus de huit mille Pauvres.
Ainfi ce Cardinal fit paroiftre
en mefme temps fa magnificence
& fa charité , &
rien ne fut épargné de ce
qui pouvoit faire connoiftre
combien il eft ſenſible aux
avantages que Sa Majeſté a
procurées à l'Eglife par l'Extinction
de l'Herefie.
Il me fouvient que je vous
parlay il y a un an de certains
Infectes , qui avoient fait de
fort grands degafts aux bleds
dans quelques Villages du
Dauphiné . La Lettre qui
fuit vous apprendra combien
1
GALANT. 173
on a encore fujet de les craindre.
Elle eft de M ' de Joffaud ,"
Confeiller au Prefidial de
Niſmes , & adreffée à Mª de
Coucols la Gorce.
D'Aramont en Languedoc , le 29. May 1686 .
Pi
Vifque vous me deman
dez une Relation des Infectes
qui mangerent noftre Recolte
l'année paffée , & qui nous
donnerent tant de peine à les
chaffer , je vay vous la faire
avec le plus d'exactitude que je
pourray. Ces Animauxfontfans
doute d'une espece particuliere
,
Piij
174 MERCURE
quoy qu'il n'y paroiffe rien à les
voir , et qu'ils ne different des
Sauterelles qu'en ce qu'ils volent
comme les Oyfeaux . Ils fontgris ,
& ont environ un pouc: de longueur
, c'eſt à dire douze lignes.
On en voyoit il y a un an la terre
converte de quatre doigts d'épaiffeurt
tous les matins avant que le
Soleil fe montraft ; mais dés
La chaleurfefaifoitfentir, ils s'envoloient
fe jettoient fur les
bleds , dont ils mangeoient
le
grain & lapaille , mais fi promp
tement à cause de leur grand
nombre , qu'en moins de trois heures
ils devoroient tout le bled d'un
que
•
-
GALANT. 175
champ . Aprés cela ils voloient ,
leurs troupes estoient fi épaiffes
qu'elles couvroient le Soleil
comme un nuage. Il ne leurfalloit
pas moins de deux heures pour
paffer. Ils alloient contre le vent
voloient au deffus du Chasteau,
qui comme vous fçavez , eftfort
elevé , & s'alloient jetter fur un
autre bled qu'ils devoroient comme
lepremier. Aprés avoir mangé
tous nos bleds , ils mangerent
les legumes , les vignes , les faules
jufques aux chanvres
malgré leur amertume . Enfin fur
la fin du mois d'Aouft ils cefferentde
voler, la Femelle en-
Piiij
176 MERCURE
fonçoit fon derriere dans la terre
la plus dure , où elle jettoit une
bave , qui avec la terre formoit
un tuyau gros comme une plume à
écrire de la longueur du pouce
dans lequel elle faifoit fes oeufs
qui font gros comme des grains de
Millet. Il s'en trouve jusques à
cinquante dans ces tuyaux qui
font luttez de la mefme terre , en
l'eau ne les
forte
que
perce
point
.
Enfuite
tous
ces Animaux
`moururent
dans
les champs
, & répandirent
une
tres- mauvaise
deur
. Ils ont commencé
à éclore
cette
année
au mois
d'Avril
, & ily
en a qui éclofent
encore
. On s'eft
GALANT. 177
avifé dans le mois de Mars de
faire amaffer ces oeufs , qui nefont
enfoncez dans la terre que de l'épaiffeur
d'un travers de doigt.
L'on en a ofté cent quatre - vingt
quintauxpefant , & il nous auroit
efté avantageux que l'on s'en
fuft avifé plutoft . Depuis qu'ils é
clofent , on apris plus de trois cens
quintaux de ces Sauterelles , qui
nefont pas encore plus groffes que
des mouches . Il en refte beaucoup
qu'on ne fçauroit prendre , parce
qu'elles font dans les bleds , qui
font fort avancez , & que
craindroit de les gafter fi on y
entroit. Ces Infectes ont ruiné
l'on
178 MERCURE
>
cette Communauté qui n'eut point
de Recolte l'année derniere ,
qui peut- efire n'en aura point celle-
cy quoy qu'il luy en couste
plus de mille écus des feuls frais
qu'elle a efté obligée de faire pour
les faire ramaffer. On en a pris
une grande quantité dans les Villages
voifins , & fans les precautions
que
,il y en
l'on a prifes , il y
avoit affez pour dévorer tous les
bleds de la Province.
Vous devez eftre contente
de l'Air nouveau que je
vous envoye , puis qu'une
perfonne des plus difficiles
en Mufique , & qui chante
GALANT. 179
avec le plus de jufteffe ,l'a appellé
fon Air favory.
AIR NOUVEAU.
L
E Printemps commence à pa
roiſtre ,
Il s'eftenfin rendu le maistre
De l'Hyver contre luy fi long- temps
révolté.
Amour, amour fais - en de mefme;
Contre le coeur d'une ingrate beauté
Toûjours plein de feverité,
Fais fentir ton pouvoir extrême.
Vous fçavez dans quelle
eftime eft Anacreon pour la
douceur de fes Vers. Voicy
la Traduction d'une de fes
Odes.Vous trouverez qu'elle
180 MERCURE
a
confervé fes graces en
noſtre Langue.
13601919933009 A
ODE D'ANACREON
SUR L'AMOUR .
A
Imer , & n'aimer
pas,
l'autre eft fâcheux ,
l'un &
Maisfelon moy ce qui l'eſt davan
tage ,
C'est d'efire auprés d'une beauté
volage ,
Qui partageant fon coeur fe mocque
de nosfeux.
Que fert- il aux Amans d'avoir de la
naiſſance ?
Ny la valeur , ny la Science:
GALANT 181
N'ont en elles rien d'engageant.
Dans l'Age de fer où nous fom
mes;
On voit que la plupart des bommes
Ne confiderent que l'argent.
Que le nom du premier Avare
Qui tronva ce Metal digne de fon
ardeur
,
Soit à l'avenir en horreur
Chez le monde poly , comme chez le
Barbare.
Ce funefte Metal caufe des differends
Entre les plus proches Parens ,
Ilnous rendbienfouvent rebelles
Aux volontez de ceux dont nous tenons
le jour.
C'est de luy tous les jours que naiſſent
les querelles ,
182 MERCURE
Les Meurtres , les Duels, & les Guerres
cruelles;
Enfin c'eft luy qui trouble un commerce
d'amour.
Le Roy ayant receu le jour
de la Pentecofte Monfieur
le Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon ,
Monfieur le Prince de Conty
, & Monfieur le Duc du
Maine , Chevaliers du S. Efprit
, je croy vous devoir par
Îer de l'Inftitution de cet Ordre
, avant que d'entrer dans
le détail des Ceremonies que
l'on obferva en les recevant,
parce que l'on conçoit mieux
GALANT. 183
a
& qu'on a mefme plus de plai
fir à lire les chofes dont on
connoiſt l'origine. Je vous ay
déja marqué dans ma Lettre
de Janvier 1682. quand Monfeigneur
le Dauphin fut fait
Chevalier , que cet Ordre avoit
efté créé par Henry II!!
Roy de France & de Polgne.
Mais les raiſons qui l'
bligerent à l'inftituer ne ſo : t
peut- eftre pas generaleme t
connues , & ceux mefme qi
les fçavent , feront bien-afes
de voir l'original de cette
creation. En voicy les ter
mes.
-
184 MERCURE
H
ENRY par la grace de
Dicu Roy de France &
conduite ne fe
de Pologne , A tous prefens & à
venir. Comme en toutes chofes
creées fe reconnoift la toure-puiffance
de Dieu , ainfi en leur difpofition
, cours
ut defavoüerfa fainte & éternelle
Providence , de laquelle dé
pend entierement toute noftrefelicité
; n'y a rien en ce bas Monde
qui de là ne reçoive toutfon
bonheur
, & le vray moyen de fe
bien regir
les moindres creatures ne fe peuventfouftraire
de fa puiffance, les
gouverner. Que fi
GALANT . 185
plus grandes conftituées enplus
grande autorité, ne peuvent auffi
profperer & fe bien conduirefans
fa Grace & Providence . C'eft
pourquoy dés nos jeunes ans l'ayant
ainfi crû & connu , nous avons ‹
adreſſe nos voeux & colloqué noffre
principale & entiere fiance en
fa Divine bonté, de laquelle reconnoiffant
avoir & tenir tout le
bonheur de noftre vie , il eſt bien
raisonnable que nous le remettant
en memoire , nous nous efforcionss
auffi de luy en rendre graces immortelles
, & que nous témoi
gnions à toute noftre pofterité ſe's ‹
grands bienfaits , fingulierement
Juin 1686.
186 MERCURE
en ce
qu'il luy a plû entre tant de
contraires & diverfes opinions ,
qui ont exercé leurs plus grandes
forces en noftre temps , nous conferver
en la connoiffance de fon
faint nom avec une profeſſion
d'une feule Foy Catholique , &
en l'union d'une feule Eglife ARomaine
en la
poftolique
quelle nous voulons, s'il luyplaift,
vivre & mourir ; de ce qu'il luy
a plû auſſi par l'inſpiration du be_
noift S. Efprit au jour & Feste
de la Pentecofte , unir tous les
volontezɔde la Nobleffe coeurs
Polonoife , & ranger tous les Ezats
de ce puiffant & renommé
GALANT . 187
[
Royaume grand Duché de Lithuanie
, à nous élire pour leur
Roy , & depuis à mefme jour &
Fefte , nous appeller au Regime
e's Gouvernement de cette Couronne
tres Chreftienne , par fa
volonté , droit fucceffif. Au
moyen
de quoy , en memoration
;
des chofes,fufdites , & pour toujours
fortifier & maintenir da
vantage la Foy & la Religion
Catholique
pour décorer honorer de plus en
plus l'ordre & eftat de la Nobleffe
en cettuy noftre dit Royaume
, &le remettre enfon ancien
ne dignité & fplendeur , comme
pareillement auffs
Qij
188 MERCURE
celuy auquel par inclination_naturelle
parraifon , nous avons
toûjours porté tres -grand amour
& affection , parce qu'en luy confifte
noftre principale force authorité
Royale , que pour avoir
devant & depuis noftre avenement
à la Couronne
, fait preuve
enplufieursgrandes , hazardeufes
memorables
Victoires , de
cette ancienne loyauté & generofité
& valeurqui la rend illuſtre
recommandable
entre toutes
les Nations étrangeres
; Nous
avons avifé avec noftre tres-honorée
Dame & Mere , à laquelle
nous reconnoiffons
avoir
GALANT. 189
apres Dieu , noftre principale &
entiere obligation ; les Princes de
noftre Sang, & autres Princes
Officiers de Nofire Couronne
& les Seigneurs de Noftre Confeil
eftant prés de Nous , d'ériger ·
un ordre Militaire en cettuy nofre
dit Royaume , outre celuy de
Monfieur S. Michel , lequel
Nous voulons & entendons demeurer
en fa force & vigueur ,
estre obfervé tout ainsi qu'il
a efté depuis fa premiere Inftitutionjufques
à prefent ; lequel Ordre
nous creons & instituons en
l'honneur & fous le nom & titre
du benoiſt S. Eſprit , par l'inſpi
190 MERCURE
a
·
ration duquel comme il a plú
Dieu cy- devant diriger nos meilleures
& plus heureufes actions ,
Nous le fupplions auffs qu'il nous
faffe la grase que nous voyions
bien-tost tous nos Sujets réunis
en la Foy & Religion Catholi
que, e vivre à l'avenir en bonne
amitié & concorde les uns avec
les autres ,fous l'obfervation entiere
de nos Loix , l'obeiffance
de Nous & nos Succeffeurs Rois,
fon honneur & gloire , à la
louange des bons , & confufion
des mauvais , qui eft le but auquel
toutes nos
spenfees & actions
tendent , comme au comble de
GALANT. 191
nostre plus grand heur & feli
cité.
Vous voyez , Madame ,
que cet Ordre a efté particulierement
inftitué dans la
veuë d'obtenir de Dieu la
réunion des Pretendus Reformez
à l'Eglife Catholique
. Un fi glorieux deſſein
eftoit digne de la pieté de
nos Rois , mais ce grand Ouvrage
eftoit refervé aux foins
& au zele de Louis XIV.
Le Roy,Chef Souverain,&
Grand Maiftre de cet Ordre,
nomia de luy- mefme , &
fans qu'on l'en euſt ſollicité ,
192 MERCURE
les quatre Princes dont je
viens de vous parler, fuivant
le feiziéme Article de fes Statuts,
qui porte en termes exprés.
Nous feulement , & aprés
nous , les Rois nos Succeffeurs ,
Grands Maiftres dudit Ordre,
choifirons , & propoferons ceux
que bon nous
nous femblera, pour entrer
audit Ordre , & ne fera loifible à
perfonne quelconque de le requerir
& poursuivre pourfoy oupour
autruy, declarant dés à prefent
indignes d'y parvenir ceux qui
le demanderont , ou le feront demander
pour eux , afin que ce·
grade
GALANT. 193
grade d'honneur , que nous entendons
eftre diftribuépar grace &
merite , ne foit fujet à brigues &
à monopoles.
Sa Majesté ayant donné
ordre à M' de Meſmes, Prefident
au Mortier du Parle
ment de Paris, & Grand Maiftre
des Ceremonies de l'Ordre
, de faire tout preparer
pour la reception des quatre
nouveaux Chevaliers qu'Elle
vouloit faire , affembla le
Chapitre dans fon Cabinet
le 30. du mois paffé. Les
Commandeurs s'y rendirent
auffi bien que les Prelars Af-
Juin 1686.
R
194
MERCURE
fociez à l'Ordre, & les grands
Officiers ; & M' du Pré Huiffier
de l'Ordre , par qui M'
de Mefmes les avoit fait inviter
, tint la clef du Cabinet
pendant le Chapitre. Le Roy
y propofa Monfieur le Duc
de Chartres , Monfieur le
Duc de Bourbon,, Monfieur
le Prince de Conty , &
Monfieur le Duc du Maine ,
pour eftre receus à l'Ordre ,
& auffi toft le Grand Maiſtre
des Ceremonies alla dans le
Salon où ces quatre Princes
attendoient que Sa Majeſté
les fiſt appeller. Il les avertit
#1
GALANT. 195
de la propofition qui venoit
d'eftre faite dans le Chapitre
affemblé , & les conduifit
au Cabinet . Comme la
Naiffance de ces Illuftres
Novices les difpenfoit de
faire preuve de Nobleffe , il
n'eftoit befoin pour eux que
de faire les informations accoûtumées
de vie & de
moeurs. Le Roy ordonna à
M' le Marquis de Louvois ,
Chancelier de l'Ordre , d'en
dreffer une Commiſſion , &
elle fut adreffée à M¹ l'Archevefque
de Paris. Ces Infor-
Rij
196 MERCURE
mations furent faites comme
elles avoient efté ordonnées
, & voicy les noms de
ceux qui rendirent témoignage
pour ces quatre Princes.
Vous remarquerez , Madame
, qu'entre les trois Témoins
qui font neceffaires ,
il faut qu'il y en ait un d'Eglife.
Pour Monfieur le Duc de Chartres,
M' l'Evefque du Mans .
Mr le Duc de Beauvilliers .
M ' le Duc de la Vieuville .
Pour Monfieur le Duc de Bour
bon.
GALANT. 197
Mr de la Barmondiere ,
Curé de S. Sulpice .
M' le Duc de S. Aignan .
Mr le Duc de Coiflin.
Pour Monfieur le Prince de
Conty.
Le Pere Bergier , Jeſuite .
Mr le Duc de la Tre
moüille.
Mr le Duc de Luxem
bourg.
.
Pour Monfieur le Duc du Maine,
M' l'Evefque d'Orleans.
Mr le Duc de Montaufier.
M' le Marquis de Vardes.
R iij
198 MERCURE
Le 2. de mois , jour de la
Pentecofte , le Roy aſſembla
encore dans fon Cabinet les
Commandeurs , & les Grands
Officiers de l'Ordre, & M' le
Prefident de Mefmes y conduifit
les quatre Princes , aprés
les avoir efté prendre
dans le Salon , comme il avoit
fait la premiere fois . Ils
avoient tous quatre l'habit
de Novices , qui eft de toile
d'argent , les chauffes retrouffées
, des bas de foye gris
de Perle, des Jaretieres & des
Eſcarpins auffi de toile d'argent,
& des mules de velours.
GALANT. 199
noir. Il y avoit des dentelles
d'argent fur les Jaretieres, &
le Pourpoint en eftoit tout
chamarré. Il eftoit de toile
d'argent comme les chauf
fes . Leur Rabat eftoit de
Point de France , & ils avoient
un Capot de velours
noir en broderie de foye noire
, tout parfemé de Diamans
& de Perles. Leur Toque
eftoit auffi de velours noir
avec des attaches & des cordons
de Perles & de Diamans .
Une riche agraffe de Diamans
relevoit le bord de cette
Toque , qui eftoit ornée
R
iiij
200 MERCURE
d'une maffe de Heron , du
pied de laquelle fortoient
trois ou quatre Plumes blanches
. Les quatre Novices
trouverent le Roy dans fon
Fauteuil. Ils y furent conduits
, & fe mirent à genoux
pour recevoir l'Ordre de S.
1
Michel. Sa Majesté tira fon
épée , & leur en donna un
coup fur chaque épaule , en
difant à chacun d'eux , De
par Saint George & par S. Michel
, je vousfais Chevalier . Cet
Ordre de S. Michel eft appellé
l'Ordre du Roy . On
peut eftre Chevalier de Saint
GALANT. 201
Michel fans eftre Chevalier
du S. Efprit , mais on ne peut
eftre Chevalier du S. Efprit ,
fans l'eftre de S. Michel , &
mefme les preuves de Chevalier
de S. Michel fuffifent
pour eftre fait Chevalier du
Saint Efprit , fans qu'il foit
befoin d'en faire d'autres.
Louis XI. qui inftitua cet
Ordre en 1469. afin de réünir
les efprits par un Ordre de
Fraternité Militaire,luy donna
le nom de l'Archange S.
Michel , Gardien & Protecteur
de la France.
Cette premiere Ceremonie
202 MERCURE
eftant achevée , on alla à
la Chapelle dans l'ordre qui
fuit.
M' du Pré, ¡ Huiffier de
l'Ordre .
Mr du Pont Herault de
l'O dre .
M' le Preſident de Mefmes,
Prevoft & Grand Maiftre
des Ceremonies de l'Ordre .
Il avoit à fa droite M ' le Marquis
de Seignelay , Grand
Tréforier de l'Ordre, & à fa
gauche M le Marquis de
Chateau- neuf, Secretaire de
l'Ordre.
Mr le Marquis de LouGALANT.
203
vois , Chancelier de l'Ordre.
Aprés cela marchoient
deux à deux , en manteau
noir , & avec le Collier de
l'Ordre.
rs
Mr les Marquis de Vardes
& de Gamaches .
Mis les Ducs de Montaufier
& de Nevers .
S.
Ms les Ducs de Crequi &
de S.
Aignan .
M's les Ducs de Chaunes.
& de S. Simon.
Selon les Statuts de l'Ordre,
les quatre Novices devoient
eftre à la tefte de la Marche,
mais le Roy les en ayant dif
204 MERCURE
penfez à cauſe de leur Naiffance
, ils marcherent de cette
forte felon leur rang , aprés
les Commandeurs
que
je viens de vous nommer.
Monfieur le Duc du Maine,
feul.Il eftoit tout brillant des
pierreries dont on avoit cou .
vert fon habit, mais le grand
nombre n'empefchoit
pas
qu'on ne remarquaſt le bon
gouft avec lequel elles étoient
placées . On peut dire
mefme la bonne grace
de ce jeune Prince , & un
certain efprit naturel qui paroift
dans fes manieres
, atti .
que
GALANT. 205
roient plus les regards que
tout l'éclat étranger que luy
donnoit fa
parure .
,
Il eftoit fuivy de Monfieur
le Duc, qui avoit à fa droite
Monfieur le Duc de Bour.
bon , & à fa gauche Monfieur
le Prince de Conty. Je
ne vous dis rien de Monfieur
le Duc de Bourbon , parce
que je vous en ay fouvent
parlé , & mefme encore depuis
peu dans la Relation du
Carroufel. Ce Prince , outre
ſes manieres & ſa magnificence
naturelle , a un grand
exemple dans Monfieur le
206 MERCURE
7
Duc.On fçait qu'il y a peu de
Princes fur la terre qui faffent
les chofes avec plus de
grandeur , & qui ayent meilleur
gouft. Monfieur le Prince
de Conty n'eftoit pas feulement
paré par les pierreries
dont il éclatoit ; il l'eftoit
encore par fa bonne grace
& fa boune mine. Je puis le
dire aprés le Roy qui aime
toûjours à rendre justice.
Monfieur le Duc de Chartres
marchoit aprés eux. Il
eftoit feul , & tout éclatant
de pierreries. Je croy vous
avoir déja dit qu'aprés le
GALANT. 207
Roy , Monfieur eft le Prince
du monde qui en a les plus
belles , & qui eft le plus magnifique.
Vous fçavez que
Monfieur le Duc de Char.
tres a toûjours fait voir un
efprit infiniment au deffus
de fon âge. C'est ce qui luy
a fait meriter une amitié particuliere
du Roy , qu'il ne
doit pas tout à fait à l'honneur
qu'il a d'eftre de fon
Sang.
Monfieur , qui fuivoit
Monfieur le Duc de Chartres
, marchoit auffi feul .
Monfeigneur le Dauphin
208 MERCURE
marchoit en fuite , pareillement
feul , & il precedoit Sa
Majeſté ; devant laquelle
marchoient les Huiffiers de
la Chambre , tenant leurs
Maffes d'or. Mile Marefchal
Duc de Duras , Capitaine
des Gardes du Corps en quartier,
fuivoit le Roy , & avoit
Mr le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la
Chambre à fa droite , & M'
le Duc de la Rochefoucaut ,
Grand Maistre de la Garderobe
, à ſa gauche . Enſuite
venoient tous les Seigneurs
de la Cour , qui fermoient la
Marche .
P
GALANT 209
La Chapelle du Chaſteau
que l'on avoit preparée pour
cette Ceremonie , eftoit tenduë
de Tapifferies de laCouronne
à fond d'or . Les Ornemens
de l'Ordre qui font
fort riches , faifoient la parure
de l'Autel . Ils font à fond
d'or & vert , parſemez de
flâmes & de chiffres en Broderie
, aux Armes de Henry
III. écartelées de France &
de Pologne . On avoit placé
le Trône du Roy à la gauche
de l'Autel , & l'on y montoit
par trois degrez , qui eſtoient
couverts de Velours violet
Juin 1686. S
210 MERCURE
à Fleurs de Lys d'or . Ce Trô,
ne eftoit fous un Dais auffi
à fond d'or & vert , avec les
mefmes Armes écartelées.
Le Roy eftant arrivé à la
Chapelle , ſe mit à ſon Prie-
Dieu.M ' l'Evêque d'Orleans,
premier Aumofnier de Sa
Majefté, eftoit auprés d'Elle,
& fit en cette Ceremonie les
fonctions de Grand Aumof
nier de l'Ordre , en l'abſence
de M le Cardinal de Bouillon
, qui par les Statuts de
l'Ordre en eft le Grand Aumofnier
, en qualité de grand
Aumofnier de France . MonGALANT.
211.
ainfi
que
feigneur le Dauphin & Monfieur
fe mirent dans leurs :
places ordinaires , & M' le
Prince qui fe trouva dans la
Chapelle , prit auſſi la ſienne
, ainfi Monfieur let
Duc . Ĥl y avoit des bancs
pour les Commandeurs à
droite & à gauche du Prie-
Dieu du Roy ; des Placets
pour les Grands Officiers entre
le Prie Dieu & l'Autel du
cofté du Trône , & des Tabourets
couverts de velours.
violet à Fleurs- de - Lys d'or
avec des Carreaux du mefine
velours ,pour les quatre Novi
Sij
212 MERCURE
ces entre le Prie- Dieu &
l'Autel , du cofté de l'Evangile.
Toutes ces places eftant
remplies , les quatre Grands
Officiers, precedez de M¹ du
Pré , Huiffier , & de M² du
Pont , Heraut de l'Ordre ,
commencerent les genuflexions
, & les reverences ordonnées
par les Statuts , à
l'Autel, au Roy, & aux Commandeurs.
Les quatre Novices
firent de femblables reverences
, & M² l'Archevefque
de Paris , Prelat Commandeur
de l'Ordre , eftant
GALANT. 213
arrivé , reveftu de fes habits
Pontificaux , commença le
Veni Creator , que la Muſique
du Roy continua. Aprés que
l'on eut chanté cet Hymne ,
M' le Prefident de Meſmes
fit une reverence à Sa Majefté
, à laquelle Mr l'Archevefque
apporta l'Eau -benite
avant que de commencer la
Meffe .
à
A
l'Offertoire les
quatre
Grands
Officiers
recommencerent
leurs
reverences
l'Autel, au Roy, & aux Commandeurs,
eftant encore precedez
par l'Huiffier & par le
214 MERCURE
Heraut. Enfuite Mr de Louvois
, M' de Seignelay , & M²
de Chasteau - neuf s'eftant:
remis à leurs places , M ' le
Preſident de Meſmes, Grand
Maiftre des Ceremonies , fit
une autre reverence à Sa Majefté
pour l'avertir d'aller à
l'Offrande. Il en fit auffi une
à Monseigneur le Dauphin ,
& une à Monfieur , afin qu'ils
accompagnaffent le Roy
qui fut précedé jufques à
l'Autel par M le Prefident de
Mefmes. Sa Majesté ayant
fait une reverence à l'Autel ,
prit des mains de Monfei
GALANT. 21st
gneur le Dauphin
l'Offrande,
que le Grand Maiſtre des
Ceremonies
luy avoit donnée
, & aprés avoir buiſe la
Patene , Elle fit une feconde :
reverence
à l'Autel, & revint
à fonPrie-Dieu,en ſe tournant
.
vers lesCommandeursà
droite
& à gauche . Cette offrande:
eftoit d'autant
d'écus d'or
que Sa Majesté a d'années..
Les reverences
des quatre
Grands Officiers , à l'Autel
, au Roy , & aux Commandeurs
, furent reïterées
à la fin de la Meffe , aprés
quoy Mile Preſident
deMef,
216 MERCURE
mes , précedé de l'Huiffier &
du Heraut , en fit une au Roy
pour l'avertir d'aller à fon
Trône , où il devoit achever
la Ceremonie
. Sa Majesté
y
alla precedée des Huiffiers
de la Chambre avec leurs
Maffes d'or, Mile Marefchal
Duc de Duras, & M's les Ducs
d'Aumont & de la Rochefoucault
la fuivirent
, & fe placerent
derriere le Fauteuil.
M' le Marquis de Louvois ,
Chancelier
de l'Ordre, étoit
la droite du Roy, & avoit auprés
de luy M le Marquis de
Seignelay , Grand Treforier.
RM
D
GALANT. 217
Mr le Prefident de Mefmes,
Prevoft & Grand Maistre des
Ceremonies , eftoit à la gauche.
Il avoit auprés de luy
M' le Marquis de Chafteauneuf
, Secretaire de l'Ordre.
Alors M'lePreſident
de Mef
mes ſe détacha , & ayant fait
la reverence à l'Autel , au
Roy , & aux Commandeurs
,
toûjours precedé de M' du
Pré & de Mr du Pont , il en
fit une particuliere à Monfieur
le Duc de Chartres , &
d'autres
à Monfeigneur
le
Dauphin & à Monfieur , afin
de les avertir de conduire ce
Juin 1686.
1
T
218 MERCURE
Prince au Trône du Roy.
Mile Duc de Chartres fit les
mefmes reverences , & fut
prefenté par Monſeigneur le
Dauphin , & par Monfieur ,
qui en firent de pareilles , &
qui luy fervirent de Parrains
en cette Ceremonie . Il fe mit
àgenoux , & ayant les mains
fur l'Evangile , que luy prefenta
& que tint M'de Louvois
, fuivant le Statut qui
veut que le Chancelier de
l'Ordre le prefente & le tienne
, & que le Novice ait les
deux mains pofées deffus en
faifant fon vou & ferment ,
GALANT. 219
il leut à haute voix ce vou &
ce ferment , dans la forme
que M le Marquis de Chaſ
teauneuf, Secretaire , les luy
prefenta écrits en parchemin
; aprés quoy il en figna
la Cedule de fa main , & la
preſenta au Roy. Cette Cedule
eft enfuite enregistrée
par le Secretaire au Regiſtre
de l'Ordre , pour fervit de
témoignage du jour de la reception
du Novice , & l'Original
de la Cedule eft mis
au Trefor des Chartres du
mefme Ordre , où il eft gar .
dé. Je ne mets point icy le
• Tij
220 MERCURE
ferment dans les termes qu'il
fut fait , parce que je vous
l'ay envoyé entier dans ma
Lettre de Janvier 1682. avec
quantité de chofes curieuſes
touchant cet Ordre , que je
ne veux pas repeter.
Aprés cela, Sa Majeſté luy
mit le Manteau de l'Ordre,
que luy prefenta le Grand
Maistre des Ceremonies , &
dit ces paroles , qu'Elle acheva
en faisant le figne de la
Croix. L'Ordre vous revest &
couvre du Manteau defon amiable
Compagnie & union fraternelle à
l'exaltation de noftre Foy, & Re-
1
GALANT. 221
ligion Catholique , au nom dis
Pere , di Fils & du S. Efprit
Alors M' le Marquis de
Seignelay , preſenta au Roy
le Collier de l'Ordre avec la
Croix , & Sa Majesté le mit
à Monfieur le Duc de Chartres
en luy difant , felon les
termes prefcrits dans le 34.
Statut de l'Ordre. Recevez de
noftre main le Collier de noftre
Ordre du Benoist Saint Efprit,
auquel Nous, comme Souverain
Grand Maiftre , vous recevons,
& ayez en perpetuelle fouvenance
la Mort & Paffion de noftre
Seigneur & Redempteur Iefus
Tiij
222 MERCURE
à
Chrift , en figne dequoy nous
vous ordonnons de porter
mais coufuë en vos habits exterieurs
la Croix d'iceluy , & la
mens
ja-
Croix d'or au col avec un ruban
de couleur bleu- celefte , & Dien
vous faffe la grace de ne contrevenir
jamais aux voeux & ferque
vous venez de faire .
lefquels ayez perpetuellement en
vostre coeur ; eftant certain que
fi vous y contrevenez en aucune
forte , vous ferez privé de cette
Compagnie, encourrez les peines
par les Statuts de l'Ordre . Au
nom du Pere , du Fils ,
Saint Efprit. A quoy Mon-
&
du
GALANT. 223
fieur le Duc de Chartres répondit
fuivant les mefmes
Statuts , S Dieu m'en donne la
grave , & plutoft la mort que ja
mais y faillir , remerciant tres
humblement voftre Majesté de
l'honneur & bien qu'il vous a
pleu me faire , & en achevant
il baifa la main du Roy.
Cette Ceremonie eſtant achevée
, Monfieur le Duc de
Chartres fit encore les mef
mes reverences, & alla prendre
la place que luy donne
fanaiffance , fans fe remettre
à celle qu'il avoit occupée
pendant la Meffe.
Tiiij.
224 MERCURE
Les mefmes Ceremonies
furent obfervées pour les
trois autres Novices. Monfieur
le Duc de Bourbon eut
pour Parrains Monfieur le
Prince & Monfieur le Duc.
Ceux de Monfieur le Prince
de Conty furent Ms les
Ducs de Chaune & de S. Simon
; & Monfieur le Duc du
Maine eut pour les fiens ,M *
les Ducs de Crequi & de
S. Aignan.. Toutes chofes
eftant faites , le Roy revint
à fon Prie Dieu , & fut reconduit
en fon Apartement
dans le mefine ordre qu'il
GALANT. 225
5 eftoit venu . Mr l'Archevel
que de Paris , qui n'avoit pû
eftre de la marche lors qu'on
eftoit party du Cabinet de
Sa Majefté , à cauſe qu'il devoit
officier , eftoit à cofté
d'Elle en s'en retournant.
On ne peut trop dire à la
loüange de cet Ordre , fi l'on
confidere tout le bien que
font obligez de faire ceux
qu'on y reçoit. Vous en jugerez
par l'Article 88. de fes
Statuts , dont voicy les termes.
Et pource qu'il eftraisonnable
queceux quife veulent principa--
226 MERCURE
s
lement dedier à Dieu , & en
porter figne exterieur , foient
Itraints à plus grandes prieres
exercices Spirituels que les autres,
Nous prions & exhortons
tant qu'il nous eft poffible tous
ceux dudit Ordre , à fe rendre
foigneux d'affifter chacun jour de
votement au S. Sacrifice de la
Meffe s'ils ont le moyen & le
loifir , & aux jours de Fefte à la
celebration du Service Divin ;
mais feachant qu'ilsfont obligez
à dire chacun jour un Chapelet
dun dixain qu'ils porteront ordinairement
fur eux ,
du S. Efprit avec les Hymnes &
les Heures
GALANT. 227
1 Oraifons qui feront dedans un
nous leur donnerons à Livre
que
leur Reception , ou bien les fept
Pleaumes Penitentiaux , avec les
Oraifons quiferont faites fur chaque
Pleaume , la Litanie fuivie
des Oraifons ordinaires qui feront
auffi dans ledit Livre , & où ils
feront deffaillans aux chofes fufdites
, feront obligez de donner
une aumofne aux pauvres. Plus
nous leur enjoignons de ne faillir
doux fois l'an pour le moins , ſe
confeffer a perfonnes conftituées en
authorité en l'Eglife , & recevoir
le precieux Corps de Noftre- ·
SeigneurJefus- Chrift au premier
228 MERCURE
jour de Janvier , & Feste de la
Pentecofte , ordonnant qu'efdits
jours tous autres efquels par
devotion ils communieront
en
quelque lien qu'ils fe trouvent,
ils foient tenus durant la Meffe
& icelle Communion porter le
Colier dudit Ordre , fur peine contre
ceux qui deffaudront
mefme année à communier efdits
deux jours , de perdre le revenu
de leur Commande durant ladite
année , & où il aviendroit qu'aucuns
defdits Commandeurs &
Officiers perfeveraffent trois an
nées confecutives à ne communier
efdits jours , en ce cas la Croix &
en une
GALANT. 229
l'Habit dudit Ordre leur feront
oftez, & pour telle volonté endurcie
feront privez de l'Ordres
Mais fi aucuns d'eux yfaut feulement
à l'une defdites deux fois
en une année , fera retenu des
fruits de fa Commande la cinquiéme
partie du revenu d'une
année , laquelle nous avons dés à
prefent aumofnée aux Auguftins.
Partant les Cardinaux &
Prelatsferont tenus jurer tous les
ans au Chapitre fur leurs (aints
Ordres , & les Commmandeurs
Officiers fur lesfaints Evangiles
, avoirfait leurs Pafques efe
dits deuxjours de Fefte.
230 MERCURE
Le mefme jour de cette
Ceremonie , le Roy accompagné
de toute Sa Cour, entendit
dans la Chapelle du
Chafteau de Verfailles la Predication
de M ' l'Abbé Denife
, Chanoine dans la Cathedrale
de Troye , & Clerc de
la Chapelle de Sa Majeſté ,
qui témoigna eftre fort contente
, tant du Sermon que
du Compliment qu'il luy
fit. Il reccut de grands applaudiffemens
de toute la
Cour. C'eft le mefme Abbé
Denife qui fatisfit fort M'de
l'Academie Françoiſe le jour
GALANT. 231
de la Fefte de S. Louis 1684 .
& qui quelques mois aupa
ravant avoit fait l'Oraifon
Funebre de la Reine à S. Euftache
avec un pareil fuccés
. Les Peres Jefuites , qui
connoiffent parfaitement la
vraye Eloquence , l'ayant
entendu prefcher , l'ont retenu
pour faire le jour de
S. Louis prochain , le Panegyrique
de ce faint Roy ,
dans leur Eglife de la ruë S.
Antoine .
Je ne fçay , Madame , fi
vous avez pris garde à une
choſe à laquelle j'ay fait plu232
MERCURE
feurs fois reflexion , & que
j'ay prefque toûjours trouvée
veritable , c'eſt à l'avantage
que les Peuples tirent
des Miffions , qui n'ont jamais
manqué de produire
des fruits extraordinaires ,
pour
le falut des Ames. S'il
s'agit des anciens Catholiques
, elles font rentrer en
eux-mefmes les plus obſtinez
Pecheurs , & fi on les fait
pour les nouveaux Convertis
, elles les afferiniffent dans
la croyance des veritez dont
on les a convaincus , & leur
adouciffent la peine qu'ils
GALANT 2332
·
ont d'abord à fe réfoudre de
faire les fonctions de la Reli--
gion qu'on leur a fait em--
braffer. Ce n'eft pas qu'ils ne
les croyent neceffaires , mais
on fe trouve toujours emba--
raffé lors qu'il faut faire de
certaines chofes aufquelless
on n'eft pas accoûtumé.
Telle eft la Confeffion , qui i
fait mefme de la peine à plu
fieurs perfonnes qui font
nées Catholiques. Ainfi l'on
a tort de dire que parce que
quelques nouveaux Conver
tis viennent lentement à ces
Sacremens , leurs conver
Juin 1686.
V
234 MERCURE
fions ne font point finceres.Il
n'ya rien dans la vie qu'on ne
faffe par degrez.Ils ont reconnu
la fauffeté de ce que leur
avoit enfeigné Calvin , & la
verité de la Religion Catholi
que. Il s'agit de la profeſſer
dans tous les points . C'eſt ce
que font les nouveaux Convertis
, mais aujourd'huy ils
gagnent une chofe fur eux , &
demain une autre , & les Miffions
font pour cela d'une
grande utilité, puis que nous
voyons tous les jours qu'elles
font de ces N. Convertis des
Catholiques plus fervens ,
GALANT. 2351
1
1
que les plus anciens Catho
liques ne le font . La Ville de
Sommieres , du Dioceſe de
Nifmes , ayant toûjours eſté
regardée comme la clef des
Sevennes , & comme celle
dont l'exemple feroit fuivy
de toutes les autres , avoit
befoin de pareilles Miſſions .
M ' de Baville , Intendant de
Languedoc , perfuadé qu'il
eftoit tres- important d'y en
établir , choifit le Pere de
Chevigny , Preftre de l'Ora
toire , pour cet Employ , le
connoiffant pour un des
hommes du monde le plus
V.ijs
236 MERCURE
"
capable de s'en acquiter. Il a
efté Capitaine aux Gardes,&
Gouverneur d'Ypres , & a
renoncé à tous les honneurs
qu'il poffedoit , & à ceux qu'il
eftoit en eftat d'obtenir,pour
mener une vie retirée en fe
faifant Preftre de l'Oratoire.
Un tel Miffionnaire peut
beaucoup perfuader , il connoift
le monde, & fes manieres
, il fçait par quels endroits
il les faut combatre, &
comme il prefche par fon
exemple, il n'a pas de peine
à perfuader. Le Pere de Chevigny
mena avec luy fix
WOX
GALANT. 237
Perfonnes, qui tous agirent fr
bien dans cette Miffion felon
leur talent & leur caractere ,.
qu'il ne faut pas s'étonner
s'ils eurent un grand fuccez.
Le Pere Moët Preftre de
l'Oratoire , & M l'Abbé Pecquot,
Docteur de Sorbonne,
& Chanoine de l'Eglife de
Paris , faifoient les Conferences
publiques fur les matieres
conteftées , avec au-
2 tant d'érudition & de force
que de netteté & de douceur.
Le Pere Guibert , Prêtre
de l'Oratoire , prêchoir
tous les jours d'une maniere
238 MERCURE
tres-vive & tres- touchante .
M'l'Abbé Robert Chanoine
de Chattres , preſchoit auſſi
tres éloquemment . Il faifoit
de Sçavans Catechismes , &
par les manieres infinuantes
qu'il prenoit dans ſes viſites,
il avoit le don de perfuader
·les plus difficiles , & de réduire
les plus endurcis . Il eft Frere
de M Robert , Procureur
du Roy au Chaſtelet . M'Tabouret
Ecclefiaftique , expliquoit
les Prieres & les Ceremonies
de la Meffe , & fai
Toit la Priere publique foir &
matin avec tant de zele qu' equil
GALANT. 239
P
e
infpiroit de la devotion à
tous ceux qui l'entendoient .
M le Prefident Saunier , qui
eftoit venu de Paris avec le
Pere de Chevigny fon Directeur
, édifioit également
les anciens & les Nouveaux
Catholiques , par fon exactitude
à communier tous les
jours , & par fon application
à foulager les Pauvres . Le
Pere Ventron Preftre de l'Oratoire
& fort habile homme
, fut envoyé en la place
du Pere Guibert , qui fut dan
gereufement malade , & eut
diverfes récheutes
, parce
›
1240 MERCURE
*
• qu'il aima mieux ſuivre fon
zele pour les Nouveaux Catholiques
, que d'obeir aux
Medecins de Montpellier
qui luy défendoient tout
exercice de Miffion . Voilà
quelles eftoient les principales
fonctions de ces dignes
Ouvriers. Ils eftoient tous
les jours de plus en plus animez
au travail par l'exemple
du Pere de Chevigny qui ne
manquoit à rien de tout ce
qu'on peut attédre de la plus
ardente charité, & de la plus
fage conduite. Il encoura
geoit les uns , cultivoit avec
douceur
GALANT. 241
douceur les bonnes difpofi.
tions des autres , menageoit
les efprits difficiles , prenoit
quelquefois un ton de Capitaine
avec les mutins , &
portoit toûjours un coeur de
Pere pour ceux qui cher
choient de bonne foy la ve
rité , fans ſe rebuter de la peine
qu'ils avoient à quitter
leur état . Il répandoit fes aumofnes
avec autant d'intelligence
que de profufion ,
ayant donné cinq cens piftoles
de fon bien pour la
propreté des Autels , pour
la penfion des Filles qu'il
10 Juin 1686. X
142 MERCURE
faifoit inftruire dans le Mo..
naftere des Urfulines , pour
l'établiffement des petites
Ecoles, pour le foulagement
des Pauvres honteux, & pour
la fubfiftance des mandians ;
& quand M de Baville luy
voulut faire des compli
mens fur cette liberalité ;
Faurois grand tort , Monfieur,
luy répondit- il , de donner ma
perfonne , & de ménager mon
argent. Ce qui eft encore plus
admirable , c'eft qu'on ne
vit jamais tant d'humilité au
milieu d'un fi grand fuccez.
Il croyoit toujours n'eftre
GALANT.
143
24
bon à rien ,
artribuant tout
le bien qui fe faifoit à Sommieres
, tantoft au travail de
ſes Collegues , & tantoſt aux
foins & aux bons
exemples
de ceux qui estoient en autorité
dans la Ville . En ef
fet on leur feroit injuſtice ſi
son ne tomboit
d'accord
qu'ils ont agy avec toute la
fincerité & tout le zele poffible.
M de
Villevieille
homme de qualité , Lieutenant
de Roy , & Frere de
Mde
Villevieille , qui
s'eft tout
recemment diftin
gué en Savoye pour la mef-
X ij
144 MERCURE
me caufe , & dont je vous
manday la grande action il
y a un mois , donnoit fes ordres
avec autant de prudence
que d'exactitude. M' de
Bofanguet , premier Conful
& Gentilhomme qui a efté
dans le ſervice , ne perdoit
pas une feule occafion de
donner bon exemple , & ne
fe fervoit de fon credit dans
la Ville que pour engager
les Habitans à bien faire leur
devoir. M, Philippes Confeiller
à Montpellier , fe fit un
honneur d'eftre de la Miffion
de Sommieres , & crût que
GALANT. 245
rien n'eftoit plus glorieux
pour luy que de travailler à
retirer fa Patrie des tenebres
de l'erreur , d'où il eftoit luy
mefme forty il y avoit déja
cinq ans. M' Perfin Greffier
de la Maifon de Ville , donna
des avis tres- importans ,
& fut tres-utile par
fon application
& par fon eſprit .
Madame de Prugneron
Höteffe du Pere de Chevigay
, & la plus confiderée
entre toutes les Dames de la
Religion , fut la premiere à
profiter des Exhortations de
fon Hôte , & à le prier de
X iij
246 MERCURE
vouloir bien recevoir fa con
feffion , ce qui donna tant
de joye à fon Mary bon
Gentilhomme, & ancien Ca
tholique , qu'il appella toujours
depuis le Pere de Chevigny
fon Bien faicteur ,parce
qu'il avoit converty fa
Femme , ce qui eftoit la cho
fe du monde qu'il fouhaitoit
le plus ardemment. Les principaux
de la Ville confpirant
fi heureufement avec
les Miffionnaires , on vit en
peu de temps un merveil
leux changement , & ode
deux mille cinq cens nouGALANT
247
veaux Convertis qui compofoient
prefque toute la Ville,
& qui paroiffoient douter en
core des veritez de noftre
Religion par le peu d'em
preffement qu'ils avoient
d'en faire les fonctions , il
n'y en a prefque pas à prefent
qui n'affiftent fouvent à
la Meffe , qui nefe foient con
feffez, & qui n'ayent receula
Communion . Il y en a mef
me plufieurs qui ont communié
deux fois depuis Pafquès
. En un mot , il ne s'en
trouve pas dix qui ne foient
bons Catholiques .
X iiij
248 MERCURE
N
va
Il y a eu une autre Mif
fion de l'Oratoire à Allez au
mefme Diocefe de Nifmes
dont le Pere de la Mirande
eftoit le Chef, & qui a eu
beaucoup de fuccez . Le Pere
de Pouilly y a efté retenu
pour y faire ce que M ' l'Abbé
Robert fait à Sommieres
,
où il a efté demandé par une
déliberation
de la Ville pour
y refider encore quelque
temps , afin d'achever ce qui
refte à faire. Il mande que
les chofes vont toûjours de
mieux en mieux.
Le de ce mois mourut
13.
GALANT. 249
icy Dame Madelaine Graffeteau
. Elle eftoit Femme de
Meffire Nicolas Colbert
Seigneur de Turgy , Confeiller
du Roy , & Maiftre
ordinaire en fa Chambre des
Comptes de Paris .
Peu de jours aprés mourut
Dame Gabrielle de Lefvat
Veuve de Meffire Charles le
Jay , Baron de la Maiſon
rouge , Tilly , S. Fargeau ,
Villiers & les Salles , Maiftre
des Requeſtes.
Ces morts ont efté fuivies
de celle de Dame Anne Bail
ly , Veuve de Meflure Nico
250 MERCURE
las le Preftre , Seigneur &
Baron du Bourg le Prêtre
, & Prefident en la Cour
des Aydes de Paris , mort il
y a trois ans . Elle eftoit Fille
de M Bailly , qui eft mort
Doyen de la Chambre des
Comptes deParis; petite Fille
& arriere petite Fille de deux
autres Bailly , tous deux Prefidens
en la meſme Chambre
, & Soeur de M' Bailly ,
qui s'eſt acquis tant de gloire
pendant plus de quarante
ans dans les fonctions de la
Charge d'Avocat General
du grand Confeil.
GALANT . 251
24.
à
du
Je vous ay envoyé quelques
Ouvrages de M' de la
Barmondiere Gentilhomme
de Beaujolois , & l'un de ceux
de l'Academie qu'on a eſtablie
depuis quelque temps
Ville-franche. On me mande
qu'il y eft mort le
dernier mois , âgé feulement
quarante- quatre ans , &
qu'il eft generalement regretté
dans la Province . Il
n'avoit pas moins de piété
que d'érudition & d'efprit ,
& vous le croirez quand je
vous diray qu'il eftoit digne
Frere de Mr de la Barmon
de
252 MERCURE
diere , Curé de S. Sulpice.
Voicy un Sonnet qu'il fit aur
mois d'Octobre dernier , fur
le ſujet que donna Mª de
Vertron du Paralelle de Sa
Majefté avec les Princes qui
ont porté le furnom de
Grand.
RAPARATA:(4A: PA:RACAGARA
S
AU ROY.
'R'le Trône des Lys plus de foixante
Rois ,
LOUIS , jusqu'à tes jours ont porté
la- Couronne ;
Quelque éloge éclatat que l'Hiftoire
leur donne
ร
GALANT. 253.
Elle n'a crû devoir le nom de Grand
qu'à trois.
Clovis l'a merité , foûmettant à la
Croix
Avec tous fes Eftats fon augufte Perfonne
s
Charlemagne joignant le Germain an
François s
Henry brifant l'effort d'une Ligue felonne,
Aux fiers Confederez , leurs Bataillons
épais
Rompus & renverfez , tu fis figner la
Paix s
Le Raab eft témoin que l'Aigle chan
celante
Tomboitfans ton appuy ,fous l'orgueil
leux Croiffant,
214 MERCURE
Nous voyons à tes pieds l'Herefie expirante
,
L'Hiftoire te devra trois fois le nom
de Grand.
A peine le Carroufel fut.il
achevé , que M le Duc de
S. Aignan , dont vous avez
veu un Portrait affez reffemblant
dans les Vers qui ont
efté faits pour cette fuperbe
Fefte , fit un Défy digne de
Ti vigueur & de fa galanterie.
Il feignit qu'un Chevalier inla
haute
connu , attiré par
réputation
des Chevaliers.
François , venoit à la Cour de
noftre incomparable
MonarGALANT.
255
que , pour les défier à quatre
fortes de Combats , fçavoir ,
à courre les Teltes , à rompre
au Faquin , à rompre en
Lice , & à rompre trois Piques
à pied au Combat à la
Barriere. Une fi galante invention
pour le divertiffement
de Sa Majeſté , n'a pû
qu'eſtre fort approuvée ; mais
le peu d'ufage que les Chevaliers
ont eu de ces trois der.
niers Défis , a fait que jufqu'à
preſent fon Cartel n'a point
efté accepté. Je vous l'envoye.
Vous y devez prendre
part , puis qu'il eft fait pour
296 MERCURE
at
foutenir l'intereftodes Daschwor&
twid
mes.
quod tib o`rs of trok ŇAM
鮮鮮鮮奶
CARTEL D'ARSACE
fous le nom du Chevalier
Difcret , aux Indifcrets ,s'il
y en a quelqu'un qui le
puiffe eftre.
G.
Verriers audacieux , de qui
Il'ingratitude
D'abufer des faveurs s'est fait une
babitude ,
Qui des plus beaux objets cherchant
l'affection ,
Ne la payez fouvent que d'indifcretion
,
GALANT 257
Vous qui donnez à tour , & que la
beauté touche
Mais dont le coeur en dit beaucoup
Que le merite la bouche moins que
bord pu
émou
voir.
Sansjamais vous reduire aux termes
du devoir o
*
Qui par un gouft bizarre & bien dis
gne
de blame ,
Bleffant également voftre honneur &
vostre ame,
A vanter des faveurs trouvez plus
de plaiſirs ,
Qu'un autre à contenter pleinement ?
Les defirs.
Vous dont les plus Vaillans eftiment
le courage ,
Dont Pintrepide coeur men eft pass
moins volage ,
Juin 1686.
298 MERCURE
Quandportant du Dicu Mars la fú.
Riva perbefierté counloup
Il ne tient rien d'Amour que la lege-
Crete ,
En Chevalier Diferet , qui pourroit
Do woen filencest sub & noin
Du feu le plus ardent cacher la vio-
Par un noble deffein qu'on ne peut
trop lower,
rous offre le combat , pour vous faire
SusicSavoier
Que toujours le beau Sexe eft en droit
l de nous plaire ,
Que plus on eft heureux , & plus on
doit se taires
DIOVA
Qu'enfin pour eftre aimé , c'est le
meilleur fecret
D'eftre conftant, foumis , complaifant,
& diferer.
GALANM 259-
2014
a
Aprés ce que j'écrivis il ya
quelques mois dans un avis
particulier à l'avantage des
Eſtampes , je croy n'avoir
rien à dire de plus pour en
faire voir Futilité. Le public.
avoit témoignépar plufieurs
Lettres écrites de diverfes
Provinces , qu'il fouhaitoit
qu'on parlaſt de la maniere
que l'on a promis dans cết
Avis , & les meſures quel'on
avoit prifes pour le faire é
roient affez juftes , mais il s'y
eft trouvé divers obftacles
qui ne viennent pas de ma
part . La Polirque n'eft pas
Y. it
260 MERCURE
feulement pour les Souve
rains , & pour ceux qui gouvernent
les Etats ; elle regne
auffi parmy les Arts , dans les
Communautez , dans les Fa
milles , & fouvent un feul
particulier a fa politique à
part.Les Graveurs & les Ima
gers , ou du moins une fr
grande partie qu'elle peut
eftre prife pour le tout, ayant
eu la leur en cette occafion ,
n'ont pas jugé à propos que
le Public fceuft le Prix de
leurs Eftampes. Je ne veux
ny penetrer ny combattre
leurs raifons , quoy qu'il me
GALANT. 2601
fuft aifé de le faire . D'autres
ont efté chagrins de ce def
fein parce qu'ayant de
moins belles Eftampes que
leurs Confreres , & en moins
grand nombre , ils ont apprehendé
qu'on ne marquaft
la difference qu'il y a entre
eux,& d'autres ont crû qu'ils
devoient eux-mefmes faire
des Catalogues de ce qui les
regarde pour en profiter.
Ceux là font les plus raifon
nables , & je leur fuis obligé
puifqu'en m'oftant la peine
de faire ce que le Public fou
haitoit de moy , ils la pren
262 MERCURE
dront eux- mefines , & n'empefcheront
pas que le Public
ne me fçache quelque
gré d'avoir efté cauſe qu'il
aura au moins une partie de
ce qu'il a fi ardemment ſouhaité
. Cependant malgré
tous ces obftacles & toutes
les chofes qui manqueront
au projet que j'avois fait ,
puifque vous voulez que je
vous entretienne . fur cette
matiere , je vay vous donner
an commencement de l'Hi
ftoire des Eftampes, qui bien
qu'il ne foit quafr qu'une
maniere de Catalogue , ne
GALANT 263
laiffera pas d'eftre curieux ,
& affez beau , pour faire juger
de ce que cette Hiftoire
auroit efté , fi j'avois eu toutes
les chofes neceffaires
pour la mettre dans fon jour,
& que l'on m'eaft éclaircy
fur beaucoup de chofes que
j'ay demandées , & fur lef
quelles les Graveurs & Imagers
mefmes manquent de
Lumieres. LOVES JONES BRGY
264 MERCURE
HISTOIRE
• des
Estampes.
Pour
Our épargner d'abord
la peine au Public d'al
ler chez un grand nombre
de.Marchands chercher de
differentes Estampes
, je doy
l'avertir d'un lieu , où il trou
vera prefque tout ce qu'il y
en an de belles au monde.
C'eft chez le S'Perou , Con
cierge de l'Academie Royale
de Peinture
& de Sculptu
re . Cette Academie fe tient
dans l'Aifle de la court du Palais
GALANT. 265
lais Royal qui donne dans
la rue de Richelieu .
On y trouvera la Vie de
Jefus- Chrift , les Hermites ,
les Peres des Deſerts , & les
douze Empereurs , avec au
tant d'Imperatrices d'aprés
le Titien , & plufieurs Hif
toires d'aprés le mefme Ti
tien , le Baffan , & le Carache
, le tout gravé par Salv
der. Ces Estampes eftoient
fort rares , & fort cheres , &
l'on n'en trouvoit plus depuis
un grand nombre d'années
, parce que les Planches
ont paffé en deux ou
Juin 1686.
Ꮓ
266 MERCURE
trois Familles, fans que ceux
qui
ui en avoient herité , ayent
voulu en faire imprimer . Elles
viennent d'eftre venduës,
& ceux qui les ont achetées,
en ont fait tirer , pour fatisfaire
l'impatience , & la curiofité
du Public .
Tous les Curieux ſçavent
les que quatre plus beaux
Tableaux que l'Albane ait
jamais faits , eftoient dans le
Cabinet de M' Falconier , &
qu'il ne s'en eftoit point
voulu défaire, quoy que plufieurs
Souverains l'en euffent
follicité. Tout ce que M
GALANT 267
Falconier fit il y a quelques
années , fur d'en faire graver
des Planches , afin que par
le moyen des Eſtampes le
Public puft admirer ces quatre
Chef-d'oeuvres qui font
à prefent au Roy . Voicy à
peu près ce qu'ils reprefentent.
1. Venus deſcenduë du
Ciel , fur le bord d'une Riviere
pour chercher Adonis
, fe refout à demeurer en
terre. Les Graces s'empref
ſent à la parer , afin qu'elle
puiffe plaire à fon Amant,
Les Amours fatiguez d'avoir
Z ij
268 MERCURE
tiré fon Char , fe délaffent
dans les nuës en beuvant de
l'Ambrofie.top
?
2. Des Amours forgent de
nouvelles fléches par le commandement
de Venus , &
les empoiſonnent
en les aiguifant.
D'autres s'occupent
à faire des arcs pour Adonis,
& d'autres s'étudient à décocher
des fléches dans un
coeur. Vulcain eft couché
a
$
prés du lit de Venus tandis
que fa forge eft occupée
par
les Amours. Diane fort des
nuës en colere , & voyant
les Amours
attachez
à des
i
GALANT 269
plaifirs qui ne font pas de
fon caractere, elle les me
nace de les punir feverement
s'ils ne les quittent.
3. Venus fatiguée d'avoir
couru aprés Adonis , vient ſe
repofer dans un lieu delicieux
, où les Zephirs agitent
l'air . Des Amours vont
querir Adonis pendant fon
fommeil . Adonis paroiſt timide.
Tandis qu'une partie
des Amours eft occupée autour
d'eux , les autres cüeillent
des fruits .
4. La vangeance que Diane
avoit promis de prendre
Z
jij
270 MERCURE
de Venus , paroift dans ce
Tableau. Elle envoye des
Nymphes pour inquieter les
Amours , couper leurs aifles,
rompre leurs arcs & leurs
carquois , & jetter leurs fléches
au feu, die Mus
M Bauder
a gravé ces
beaux Tableaux . Le S Perou
a les premieres
Eftampes
qui en ont efté tirées , &
comme elles font les plus
noires , elles font auffi les
plus belles . Il a auffi des Eftampes
de plufieurs
autres
Tableaux
de devotion , &
d'Hiſtoire
, des plus eftimez
GALANT 275
de l'Albane , & diverfes Ef
tampes d'aprés le Carache ,
Pietre de Cortone , le Dominicain
, le Titien , & le
Correge.
Il y a quelques années que
feu Mr Colbert , ayant fait
graver les plus beaux Tableaux,
& les plusbelles Tapif
feries du Roy , on fit beaucoup
de prefensauxEtrágers ,
desEftampes que l'on en tira.
Quelques curieux trouverét
moyen d'en acheter. Elles
font devenuës tres rares ;
le S Perou eft celuy qui en
a le plus de fuite , & je ne
+
Z
iij
272 MERCURE
J
fçay mefme fi l'on en pourroit
trouver ailleurs. Celle
du S. Michel de Raphaël eft
de ce nombre . Il fit ce Ta
bleau exprés pour François I.
à qui il en fit preſent. C'eſt
le plus beau qui foit au mon.
de . Le Roy l'a fait tirer de
fon Cabinet des Tableaux à
Paris , & Sa Majesté l'a fait
placer dans fon grand Apar
tement de Verfailles.
On trouve auffi chez le
S' Perou vingt - huit ou trente
Estampes d'aprés le Pouf
fin, gravées par M' Audran ,
& par feu M Chateau. On
1
"
a
GALANT. 273
y vend pareillement plufieurs
Portraits de la Maifon
Royale , gravez par feu M
de Nanteuil , & plufieurs
autres gravez d'aprés les
meilleurs Peintres.
Un Crucifix de Champagne
, gravé par M' Edelink.
Le Martyre de S. Laurent,
de Mr le Sueur , gravé par
M' Audran , & qui fert de
pendant d'oreille au Martyre
de Sainte Agnés , du Do
minicain , gravé par le mef
me M' Audran.
Toute la Vie de S. Bruno
peinte dans le Cloiftre des
274 MERCURE
Chartreux , & gravée par feu
M Chateau.
Les Frifes de M, de la Phage
, gravées par M' Audran.
Les Bas - reliefs de Jules
Romain , gravez par le mefme.
Le Baptefme de Noftre
Seigneur , de M de Lichery.
Les quatre Morceaux du
Dominicain , & les Plafonds
de Pietre de Cortone , tous.
Ouvrages gravez par M ' Audran.
La Cene de M. Audran ,
Peintre , gravée par M. Audran
, Graveur..
GALANT. 275
On trouve auffi chez le
Sieur Perou , tous les Ouvra
ges gravez d'aprés les Tableaux
peints par M. Vander
Meulen . Comme j'en
donnay un Catalogue il y
a un an , je ne repeteray
point tout ce que j'en ay dit
en ce temps- là , & ne parleray
que des deux derniers ..
Le premier eft la veuë de
Cambray , & l'Attaque de
la Citadelle de la mefme Vil
par le Roy en perfonne.
Cet Ouvrage a eſté deffiné:
fur les lieux , & M. Vander-
Meulen en ayant fait un
le
276 MERCURE
Tableau pour le Roy , c'eſt
d'aprés ce Tableau que PEL
tampe a efté gravée .
Le fecond reprefente Leuve
, Place tres - forte dans le
Brabant , fituée au milieu
d'un Marais , attaquée &
forcée de nuit. par les François
. Tous les Ouvrages que
M'Vander- Meulen a faits de
cette nature , ont efté deffi
nez fur les lieux par ordre
du Roy , & mefme pendant
les Actions & les mouvemens
, qui y font marquez.
Ainfi l'on peut avoir par le
moyen de ces Eſtampes tous
GALANT 277
tes les Conqueftes de Sa Majeſté
, & ſe répondre de les
avoir dans la derniere exa-
Atitude , puis que tout eft
gravé d'aprés ces Tableaux,
On peut dire que M. de
Vander. Meulen eft non feulement
le plus habile que
nous ayons pour ces fortes
d'Ouvrages , mais encore
qu'il eft l'unique, & que c'eſt
un talent qui luy eft particulier.
On ne doit pas s'étonner
aprés cela fi ce mer.
veilleux talent luy a fait meriter
un logement dans l'Hoftel
des Gobelins , & une
278 MERCURE
penſion du Roy.
Le mefme Concierge de
l'Academie des Peintres &
Sculpteurs vend une Eſtampe
fort finguliere . Elle eſt
d'aprés un Tableau de M
Hoüaffe ; en voicy l'Hiftoire .
Un Seigneur des plus qualifiez
de la Cour , voulant a
voir un Tableau qui excitaft
de l'horreur & du mépris
pour la vie , pria M¹² Hoüaſſe
d'inventer fur ce fujet tout
ce qu'il croiroit le plus capable
de produire ces effets.
Mr Hoüaffe y refva , & crut
devoir s'arreſter à ce que je
1
GALANT. 279
3
vais vous dire . Il reprefente
un Tombeau Antique , avec
un Soldat , qui dans l'efperance
de trouver un Tréfor
vient d'ouvrir ce Tombeau..
On voit les pierres renverfées
, & les inftrumens qui
ont fervy à les lever. Une
Lampe eft fufpenduë dans ce
Tombeau fuivant l'ufage ancien.
Comme la nuit eft obfcure
, & qu'il n'y a point
d'autre clarté , cette Lampe
dont la lumiere ne fçauroit
s'étendre bien loin , éclaire
feulement tout le Cadavre ,
& quelque peu des environs
280 MERCURE
du Tombeau . Ce Cadavre
qui eft celuy d'un fort grand
homme , paroit étendu , &
couché fur le dos. Comme
il ne reste plus que quelques
petits morceaux de fon linceul
, parce qu'il a efté sufé
par le temps , on voit non
Teulement tout un Corps qui
a commencé à pourir , mais
encore des vers qui en for
tent de tous coftez , & dont
quelques -uns fe répandent
für les bords du Tombeau, &
les autres paroiffent atta
chez à manger la chair dont
ils viennent d'eftre produits.
GALANT. 281
Le Soldat frappé d'horreur à
cette veie , paroift à demy
tourné pour prendre la fuite,
ayant déja un pied hors de
la marche fur laquelle le
Tombeau eft élevé , & quoy
que l'attitude où il eft,doive
l'empefcher de voir cét hor--
rible objet , ayant la tefte
beaucoup plus tournée que
le dos , il ne laiffe pas d'avoir
le vifage tout caché de l'une
de fes mains , ce qui marque
la crainte qu'il a de voir &
de fentir ce Cadavre . L'a
ction qu'il fait avec fon au
tre main , fert auffi à décou
Juin 1686
Aan
282 MERCURE
bien
vrir tous les mouvemens
dont fon ame eſt agitée dans
le moment qu'il commence
à fuir.jonge bound tab olma
L'Eftampe de ce Tableau
eft toute gravée au Burin
par M Baudet. Eller eft
fort nouvelles auffi
que celle qui repreſente
Jean Wiclef, Jean Hus , Jerofme
de Prague , Martin
Luther , Ulric Zuingle , Jean
Occolumpade , Martin Bu
cer , Philippe Melanchton ,
Pierre Martir, ou Pierre Vermilly
, Bernardin Occhin ,
Jean Calvin , Jean Cnox ,
GALANT 283
Henry Butinger , Jerofme
Zanchi , & Theodore Beze ..
Il feroit peut eftre bien difficile
de trouver encore une
Eftampe où l'on pult voir
quinze Portraits auffi reffemblans
que le font ceux de ces ›
quinze faux Docteurs : On a
fait une recherche exacte
dans tous les lieux où ils ont
efté peints , & ils ont pref
ques tous efté gravez d'a..
prés de bons Tableaux , ou
d'aprés quelque Eftampe fai
te de leur temps ; de manie
re qu'on peut compter fur
une fidelle reffemblance. Ce
Aa ij
284 MERCURE
qu'il y a encore de furprenant
dans cette Eftampe ,
c'eſt qu'on trouve au deffous
de ces Portraits , le nom &.
le lieu de la naiffance de ces
Herefiarques, leurs herefies ,
le temps & la maniere de
leur mort
& que le plus
long de ces abregez n'eft
que de cinq lignes. Cette
Eftampe eft encore du nombre
de celles qui fe trouvent
chez le S Perou. Nous en
verrons bien- toft un autre
que le Public fouhaite de
puis long- temps. C'eft le
Portrait d'un Illuftre , d'un
GALANT 285
I -4
caractere bien different, de
tous ceux qui viennent d'être
nommez , puifque c'eſt
celuy de M Maimbourg. Il
a efté gravé par M' Hebert
qui s'attache uniquement:
aux Portraits. Il en a déja
un grand nombre des plus
confiderables de l'Europe.
Il demeure au bout de la ruë
S. Jacques proche la Fontaine
S. Severin , à l'Image
S. François , où il débitera
inceffamment ce Portrait de
M' Maimbourg avec celuy
de M' de Santeuil Chanoine
Regulier de S. Victor de
28% MERCURE
&
par
Paris, connu parfes Hymnes,
les belles
Infcriptions
Latines , qui font au deffous
de la plus grande partie des
Fontaines de Paris.
Comme en matiere de
Portraits , le Graveur qui
fait le mieux reffembler , eft:
celuy qu'on doit le plus rechercher
lors qu'on veut des
Ouvrages de cette nature , je
ne dois pas oublier à vous
dire qu'il y a un Allemand à
Paris nommé Jean Huinzel
man qui réüffit beaucoup en
Portraits ; c'est le mefme qui
a gravé celuy de M le
GALANT. 287
Chancelier au bas duquel
il y a quelques Vers , & qui
eft dans cette Lettre. Il a depuis
peu gravé le Portrait de
Mr de Louvois d'aprés M
Ferdinand Voet , quia paru
fort bien aux yeux des connoiffeurs
, ainfi que le Roy
de Pologne qu'il grava il y
a deux ans,fur un Portrait fair
d'aprés le naturel . Il a auffi
gravé le Portrait du Grand
Seigneur, dont je ne voudrois
pas vous garantir la parfaite
reffemblance , parce que fuivant
un des Articles de la
Loy de Mahomet , il eft dé
s
( 288 MERCURE
fendu à tous les Turcs de fe
sfaire peindre. Quant au Portrait
du Comte Tekely qu'il
aauffi gravé , il affeure qu'il
l'a fait d'aprés fon Original ,
squoluy a efté envoyé d'Alfemagne
, & lá chofe eft af
fez facile à croire , puis qu'il
eft Allemand. Il a auffi gra
vé le Portrait de l'Empereur ,
& celuy du Comte de Sta.
remberg , d'aprés les Origi
maux qui luy ont efté confiez
; M le Contrôleur General
, & plufieurs autres du
nombre defquels eft Mi Tavernier
en veritable habit
wak Perfan .
GALANT. 289
Perfan. Il réüffit auffi beau
coup dans l'Hiftoire , dans le
Paifage, & dans l'Architectu
re ,foiten Taille - douce , ou
én Eau forte. Il demeure
dans la ruë Galande , proche
de la Place- Maubert.
M' Picard le Romain , Graveur
ordinaire des Tableaux
du Cabinet du Roy , demeurant
ruë S. Jacques, au Buſte
de Monfeigneur le Dauphin
, vend plufieurs Eftampes
qu'il a gravées . Il y en a
trois d'aprés de tres beaux
Tableaux de M le Sueur
L'une reprefente la Magde-
Juin 1686.
B b
:
290 MERCURE
leine aux pieds de Jefus-
Chrift chez Marthe , dont
la compofition eſt tres- belle
, & de grande maniere. La
Magdeleine repreſente une
'perfonne contrite , & déja
entierement détachée du
monde & d'elle mefme , &
qui ne fonge plus qu'à Dieu,
& à écouter la Parole. Les
autres Figures ne font pas
moins belles . Leurs attitu
des font differentes & naturelles
, & leurs airs de tefte ,
beaux, triftes , & differens .
Le fecond Tableau reprefente
S. Paul qui preſche de-
&
GALANT. 291
vant le Temple d'Epheſe ,
& fait brûler tous les Livres
de curiofité. La compofition
de ce Tableau eft grande
, & les expreffions & les
attitudes belles & variées.
Les Figures font bien drapées
, & plufieurs reprefentent
des actes particuliers ,
comme l'Aumône , l'Impofition
des mains , la Priere ,
l'Oraiſon , & c.
Le dernier de ces trois
Tableaux repreſente Jelus-
Christ que l'on met dans le
tombeau. Toutes les Figu
res, & leurs expreffions font
Bb ij
292 MERCURE
fi belles , qu'elles produí,
fent aifément l'effet que de
Peintre s'eft propofé. On
remarque mefme qu'il a af
fecté de faire voir fur le vifage
du Sauveur une espece
de bouffiffeure , s'il eſt permis
de parler ainfi , qui arrive
ordinairement aux perfonnes
mortes . Le mefme
vend une quatriéme Eſtampe
, qu'il a gravée d'aprés
un Tableau de M. de Montaigne
, qui repreſente Saint
Pul , & Sillas en priſon qui
convertiffent le Geolier , les
quel on voit proſterné aux
GALANT 293
,
pieds de S. Paul , ce qui fait
connoiſtre qu'il eſt déja touché
des paroles de ce Saint,
Sillas qu'on voit à coſté les
bras ouverts & la face élevée
vers le Ciel , marque fort
bien qu'il prie le Seigneur de
leur accorder la converfion
de ce malheureux. Toutes
les Figures expriment parfaitement
la furpriſe & l'é
tonnement où elles font de
voir un miracle fi inopiné,
Le fujet eft éclairé d'un flam,
beau , parce que toute certe
action fe paffe la nuit. Elle
eft caufée par un tremble-
Bb iij
294 MERCURE
ment de terre , qui fit que
toutes les portes de la Prifon
s'ouvrirent . Les fers tombe,
rent des pieds & des mains
de tous les Prifonniers &
leur laifferent la liberté de
fe fauver. Cette Eftampe eft
de la mefme grandeur que
les trois precedentes qui ont
deux pieds de large , & vingt
& un pouce de haut.
On trouve chez le meſme
plufieurs autres belles Eſtampes
de mefme grandeur , reprefentant
divers fujets de
devotion , gravez d'aprés
plufieurs Peintres d'Italie ,
GALANT. 295.
1
comme auffi quantité d'autres
de fa main fur des fujets
differens , & gravez d'aprés
le Pouffin , le Guide, le Correge
, l'Albane , & autres
grands Maiftres . Il a auffi le
Portrait de Monfeigneur le
Dauphin , pour accompa
gner celuy du Roy qu'il a
gravé , & dont les Connoiffeurs
, la Cour , & le Public
ont efté contens. Je vous
donneray le mois prochain
la fuite de cette Hiftoire des
Eftampes, & n'oublieray pas
celles qui ont efté gravées
d'aprés Mile Brun .
Bb iiij
296 MERCURE
Les Prieres pour le réta
bliffement de la Santé du
Roy , non feulement conti
nuent dans toutes les Villes
mais elles
du Royaume
font devenues fi folemnelles ,
que les Parlemens y affiftent
en Corps , les Evefques &
Archevefquesy officient
eux - mefmes , & les Villes n'é
pargnent pas leur Artillerier :
pour témoigner la joye qu'
elles ont du retour d'uneSan
té qui eft précieuſe à l'Europe
entiere. Tout ce que je dis b
vient d'arriver à Touloufe .
L'Archevefque de cette Vil
GALANT.M297:
le -là ayant ordonné de pal
reilles Prieres dans toutes les d
Eglifes de fon Diocefe , je
croyli que je puis vousmens
parler comme de Prieres b
qui ont efté déja faites , puis
que lé zele des Sujets du Roy
ne leur permet pas de diffe
rer d'obeïr à des ordres qu'
s'impoferoient eux -mefa
mes , s'ils ne les recevoient
pas . Il s'eft fait une grande
Ceremonie à Paris pour
mefme fujet , & les Theatins
de Sainte Anne la Royales
celebrerent le 24.de ce mois
un Salut , où l'on chanta le
ils
q
lea
298 MERCURE
Te Deum en Mufique , de la
compofition de M Lorenzani
, Maistre de Mufique
de la feu Reyne. Mile Nonce
du Pape y officia , & donna
la Benediction du S. Sacrement.
Le bruit qui s'e
ftoit répandu de cette Ceremonie
, attira quantité de
Perfonnes de la premiere
qualité, du nombre deſquellés
eltoient M ' le Prince de
Mekelbourg , & Mi le Duc
de S. Aignan. Il y eut le
foir une grande Illumina
tion , au milieu de laquelle
parut un Soleil tres-brillant.
GALANT. 299
Cette Illumination fut accompagnée
d'un Feu d'arti
fice , & le Pere Alexis du
Buc , Superieur de ce Convent
, n'oublia rien de tout
ce qui dépendoit de fes foins
pour augmenter l'éclat de
la Fefte. Ces Peres qui ont
toujours eu beaucoup de zele
pour la Maiſon Royale ,
& particulierement pour Sa
Majefté , doivent faire celebrer
tous les ans à pareil jour
une Meffe folemnelle pour
la confervation du Roy.
Je ne croyois pas qu'en
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
Je viens à l'Article des
Modes , dont j'ay accoûtumé
de vous parler deux fois
chaque année. Les chaleurs
ayant efté quelque temps
fans fe faire fentir , les hommes
ont fait faire des habits
de drap au commencement
324 MERCURE
de cét efté , & l'on croyoit
25one
te cette Saia
mefme que toute
fon fè pafferoit fans qu'ils
en portaffent d'autres ma
mais
les chaleurs eftant tout à
coup devenues exceffives , il
a falu recourir à des habits
plus legers. Ils font fort mo
deftes, & l'on he
port
point
d'habits
de
foye
, comme
de
Brocard
, de
Cordonnet
, &
autres
de
cette
nature
.
On
en
voit
beaucoup
de
dro
guer
,
&
de
petites
étoffes
de
laine
brune
nommées
Raz
de
Caltor
. Ils
font
dou³
blez
de
Taffetas
de
la
meſ110
VOGALANT
. 325
me couleur, & les Veftes font
du mefme Taffetas . Ces ha
bits font garnis de Boutons
& de boutonnieres d'argent
Lesuns y mettent un paffe
poil d'un petit galon leger
en
double
, ou b
bien un ga
lon tour plat fort leger qui
eft fait d'un cordonnet d'ar
gent avec deux lames au
bort . On la nommé d'abord
Galon de Paille , & enfuite Ga
lon du Loup , à caufe qu'on
en voyoit fur les habits de
tous ceux qui alloient à cet
te forte de Chaffe avec Mon.
feigneur le Dauphin . Il eft
226 MERCURE
devenu fi commun qu'il'a
efte ordonné à ceux qui ont
Phonneur de l'accompagner
quand il va prendre ce divertiffement
, de mettre de
ce Galon fur un drap de Hol
lande vert ; de forte que ce
Prince y a déja efté plufieurs
fois à la tefte de trente Per
fonnes veftus de ces Jufte
au- corps. Quant aux habits
de Droguet ils font ornez de
la mefme maniere que les
autres habits que je viens de
vous marquer, excepté qu'ils
font doublez de toile de Ba
tifte blonde & fort fine , les
GALANT 327
Veftes font de mefme, On
voit quelques habits de droguet
of & laine , & d'autres
laine & argent. Tous les Jufe
au corps bleus font fi mo
deftes qu'iln'y a que des bout
tons , & des boutonnieres
d'or . Les bords font bordez
d'un Galon dor , mais il n'y a
rien für le Corps La Coupe
eft toûjours de mefme,c'eftà
dire, large par le bas. Les
manches font à botes avec
deux plis , & un galon ou
paffe - poil au bout de la man,
che , quand mefme l'habit
feroit tout uny . Les rubans
28 MERCURE
de la couleur appellée Amarante
font fort à la mode
Les Chapeaux font toujours
noirs. On porte plus de Cor
dons d'argent que d'or , &
les tours de plumes blancs
font fort en ufage pour ceux
qui fe peuvent fervir de plu
mes , mais les baudriers n'y
font point du tout, & l'on ne
fe fert que de Porte-épées,
Les bas font de foye ou de
Barbarie, dont la jambe n'eſt
plus mellée , mais feulement
ce qui fe roule.
Les Femmes qui font ma
gnifiques dans les autres fai
GALANT. 329
fons ne peuvent lettre dans
celle cy , parce que l'épaif
feur des riches étoffes les in
commoderoit. Ainfi elles
font obligées d'avoir recours
aux Taffetas . Preſque tous
ceux qu'elles portent cette
annee font glacez & chamgeants.
Les plus à la mode
font amarante , & bleu , &
A entre de l'amarante pref
que avec toutes les autres
couleurs. C'eft celle qui re
res
gne cette année , &l'on voit
mefme beaucoup d'étoffes
qui ne font qu'amarante On
Voit auflides Taffetas tapezi
Juin 1686.
Eest
**
1330 MERCURE
dont les rayes font de Faffes
tas au lieu d'eftre de fatin
POSED
ce qui peut paffer
popour
une
grande
nouveauté
. Il y en a
d'autres
rayez
d'argent
, qui
n'ont
que la largeur
des Bro
cards . Toutes
les autres
étof
fes faites
pour
l'uſage
des
Femmes
font à bandes
, juſques
aux Damas
On voit
quelques
manteaux
& quelques
jupes
du mefme
taffe
tas , mais la plus grande
mo
de eft d'avoir
le manteau
d'u
ne couleur
& la jupe
d'une
autre. On voit quantité
de
jupes
blanches
ou garnies
GALANT.
d'argent , oùdhine étoffe menéo
d'argent. Quoy que la chaleur
aic efté grande, on porte peu de
gazes . Peut eftre qu'il n'y en a
encore guere de nouvelles , à
cauſe qu'on ne commence ordi
nairement à en voir que vers le
mois d'Aouft , ainfi il n'y avoit
que la grande chaleur qui en puft
faire porter platoft . On voittoû
jours des jupes de point de Fran .
ce , & certe riche mode n'a point
ceffé depuis plufieurs années.
qu'elle a commencé, Voilà quelles
font les étoffes des manteaux
& des jupes. Qgant à la maniere
de faire les manteaux ; & de ganz
pir les uns & les autres , il n'y a
pas beaucoup de chofes à dire.
Do porte les gorges rondes où
en pointes cela dépend du gouft,
Ee ijs
3?? MERCURE
&ido la maniere dont les Dames
ont la gorge fournie ou non , car
ce qui vient bien à une maigrejne
fied pas d une graffer Les man.
reaux qui ont le moins de plisfont
les plus às la mode. Chaque Femme
fait tourner les plis differemo
ment, mais on en voit beaucoup
qui ont deux plis tournez vers l'ef
paule , & tin vers le milieu du dos.
On porte des franges, des galons ,
& des dentelles , mais les galons
larges font les plus à la mode. On
Your quelques jupes galonnées
jufques au genouil, avec du galon
& de la dentelle placée alternati
vement , & d'autres avec de la
frange, du galon, & du Frangeon.
Hy en a qui mettent de la campane
à la place de la frange. On
commence à voir des corps avec
GALANT 378
des frangeons doubles. La couleur
de pourpre eft depuis peu à
lamodern 960's neid eri top 2
amme vous dis rien du fecond
Aurique je vous envoye. Vous
vous connoiffez affez en Mufi
que pour en juger par vous mel
mejbusad pov as no zism , 10504
Jail ray Featuor ile yusb uio lum
AIR NOUVEAU
no
Penferswifes & fombresyric
Venez vous m'accabler encor
coach parmy ces Ombres
Penfers cruels, penfersjaloux ¥
Ne puis-je eftre un momentfans
Pour arrefter le cours de mes inquie
songtrudesaa 24, quisy ub grant
Eft- ce icy qu'il falloir venir ? !
Cesafreufes forests, ces noiresfolitudes
Ne font que les entretenir 192
334 MERCURE
Ceux qui ont expliqué la presi
miere Enigme du dernier mois
far le Sonnet , ont fort approché:
du fens que l'Auteur luy donne.
M' Hougan , Hybernois , demeu
sant à Caen , eft le feul qui l'air
trouvé. Le nombre des Vers de :
cette Enigme en marquoit le
mor. C'eftoit le Sixain. Heft impoffible
qu'un Sixain fort Sixain ,
s'il paffe fix Vers,
La feconde Enigme a esté expliquée
far le Procés, qui en eftoit
le vray fens , par M₁s C. F. Lour
det , du Quartier de la Place.
Maubert, la Tronche de Rouen,
C. Hutugé d'Orleans , demeu
rant à Mets B. F. de la Chaize-
Dieu d'Auvergne , l'Intime Amy
de l'Amant de la belle & jeune
Blonde du Maure de la rue GiſtGALANT.
335
le Cocur , Crifpin , Sieur du bel
Efprit , le Berger donneur , le
Trop fincere da la ruë S. Antoi
ne , l'Indifferent de la ruë de
l'Arbre fec , affocié avec les Belles
de la rue S. Honoré , le petit
Cercle noir & blanc , la plus jeune
des Graces de la rue de la Cof
fonnerie , la petite Coquette; l'E
pouſe amoureufe ; l'Indifferente
les Flamandes de l'HoftelGuyonuer
, & de l'Hoftel Royer ; les
trois Mangeuſes de poules de la
ruë de Buffy ; & la Spirituelle
E. de la Riviere de la rue des
Carmes de la Place. Maubert.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles, L'une & l'autre eft de
M. Lourden.
336 MERCURE
ENAGA MIMITED BONDENVE
ENIGME
I&me
favorable,
E me montre à chacun & belle &
Souventfans qu'on me cherche, on me
trouve traitable ,.
Etpour unſervice figrand
L'homme refte méconnoiffant's
Comme Ennemie il me maltraite ,
Metire , me prend aux cheveux ::
Encore aprés l'injure faite err
Il dit , & j'y confens , qu'il n'a pû:
faire mieux.
201
AUTRE ENIGME
J
E fuis grand& de bonne mine,
Mais fortgrave&fortferieus
Dans chaque endroit où je chemine
La modeftie eft dans mes yeux.
GALANT. 337
Te n'ay point d'yeux pourtant en cerraine
figure.
Qu'à prendre depuis peu quelques s
gens m'ont reduit ,
On fe metfur moy , je l'endure
Etmis au plus bas rang, je n'en fais
point de bruit.
La quatrième Partie de l'Hif
toire des Troubles de Hongrie , a efté :
imprimée un mois plus tard que
je ne croyois. Elle fe debite prefentement
chez le Sieur de Luynes
, au Palais , à la Juſtice , & en
la Boutique de la Veuve C. Blageart.
Elle contient rour ce qui :
s'eft paffé en Hongrie entre les
Imperiaux & les Turcs pendant
Les années 16841 & 1685 Je fuis ,.
Madame , voftre , &c.
A Paris, ce 30. Tuin 1686.5
Famais les Questions galantes, &
Juin 1686 .
Ff
CHO
les Ouvrages d'érudition n'ont eſté
poulez plusloin, que dans les trentedeux
Becüeils qui ont eftédonnez au
Publicfous le nom d'Extraordinaires,
ceux qui chercheront quelques Edarciffemens
fur la plupart des
matieres que l'on peut traiter de quelque
Science quefapuiffe eftre, & fur
les origines les plus inconnues de
& beaucoupd' Arts , &de beaucoup d'autreschofes
qui pour n'eftre point du
nombre des Arts , ne laiſſent pas
d'fire fortin uſage , font feurs de
des trouver dans ces trente- deux Volumes
& de s'épargner par là beau
coup de recherches qu'ils pourroient
faire dans les Bibliotheques , fans
eftre affeurez de trouver cequ'ils chercheroient.
Ces Recüeils auroient pû
efere poufez encore plus loin, mais on
•jugé à propos d'en interrompre le
cours pendant quelque temps pourne
Sepas donner toujours de la peine ,
lors que les Etrangers , qui impriment
- tous les Cuvrages nouveaux qui ont
quelques cours , en emportent tout le
profit. Peut - eftre que ce retranchement
de travailfera cauſe qu'on donnera
quelquefois, mais dans des temps
non reglez , comme l'estoient ceux des
Extraordinaires , quelques fecondes
Parties du Mercure , ou quelques Votumes
mefme's fous le titre d'Extraor
dinaires , qui contiendront beaucoup
d'Histoires , qui pour eſtre trop lon.
gues , n'ont pu jufqu'ity trouverpla
ce dans les Mercures. qu
2 ) zajematt til med st
યે વસેલ 39 2 1 or a
વેબ ડેવ સર્વણું કરવા અધિકનું મ
*laşmamat & tegang k baap »
Avis pour placer les Figures.
A Medaille doit regarder la page
LAL-
78.
L'Air qui commence par , Le Prin--
temps commence à paroiftre , doit regar
derla page 179.
L'Air qui commence par, Penfers tri- --
ftes & fombres , doit regarder la page
333
511
m
1686.6
Eux 511 16866
Mercure
Lluve
apartienc
chuctrine
<36624555110018
<36624555110018
Bayer . Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN .
JUIN ' 1686.
-313
AV PALAIS.
A PARIS ,
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
Chez la Veuve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAUPHIN,
ET. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DY ROY,
)
Bayerische
Staatsthak
AU LECTEUR
QU
Uelque fuccez que l'on
puiffe avoir en écrivant, on
a non feulement le chagrin de
facrifier fes foins & fa peine ,
mais encore celuy de perdre
Beaucoup , puifque fi l'on ne
reüffit pas on eft condamné aux
fais des Impreffions , mais,
comme c'eft avecjuſtice , on s'en
paindroit fans raifon. Cepen
dint files Ouvrages qu'on donne
au Public ont un plein fuc
cés , on paye cherement ce
glorieux avantage puifqu'ils font
auffi- toft imprimez par d'autres.
Il y a long- temps que cela arrive
à l'égard du Mercure , que les
á ij
AV LECTEUR.
Françoish & les Etrangers font
-implimer , & comme on s'accoûstume
a perdreainſi qu'à gagner ,
zon sten eft fait une habitude.
Les Etrangers viennent de pouffer
les chofes plus loin , à l'égard
de la Relation du dernier Carrouſel
& ont fait fçavoir à toute
Europe par leurs Nouvellesimprimées
, qu'ils alloient mettre
cette Relation fous la Prefle , &
" comme on voit par là une perte
affurce on aime mieux que le
Public en profite & perte potr
perte , donner pour quinze fos
cette Relation qu'on a venduë
trente jufques icy. On ne peut
edouter qu'elle ne foit plus cor-
Tacte que c
celle que l'on promet ;
les Originaux eftant toûjours
beaucoup plus parfaits que les
20
HULECTEUR.
Copies .On ne dit rien desrecher .
ches scurieufes done cette Relatimeft
remplie , ny des Portraits
en Vers des Seigneurs & des
Dames qui eftoient du Carrou-
Sfel , on en a trop parlé pour fupo.
- fer que le Lecteur n'en foit pas
sinftruit. On donnera auſſi hafin
qu'il puiffe avoir à bon compte
Tour ce qui regarde cette matie
de les deux Relations du Car-
Coufel de l'année derniere pour
dix fols chacune, Outre la Defription
generale de ce Spectaalle
que contient la première de
tes deux Relations elles ren.
ferme encore quatre- vingt Madrigaux
fur les Devifes de toutes
les perfonnes qui le compofolent.
Quant à la feconde , elle eft
remplie de quatre grandes Plan
AU LECTEUR..
ches , & contient tout ce qui
regarde les Maifons , Dignitez ,
& Emplois de chaque Chevalier.
On peut dire qu'en les donnant
pour ce prix, on en fait un pre .
fent à ceux qui ne
les ont pas ,
puis qu'elles ne leur reviendront
pas à la valeur de l'impreffion &
du papier.
TA
216
TABLE DES MATIERES.
i
contenues en ce Volume.
Rélude.
Prieres pour rendre graces à Dien du retour
de la Santé du Roy.
Lettre adreffée aux Paſteurs fugitifs qui font
difperfez dans les Païs étrangers, 7
Vers d'Homere à Mademoiſelle de Scudery","
en luy envoyant une Agathe , où la figute
eft en relief. 35
Réponse de Mademoiſelle de Scudery ."
Hiftoire de l'Enfant fuppofé , declaré Impofteur
par le Parlement .
>
41
L'Afne , le Vieillard & fon Fils , Fable . 72
Difcours fait à M. le Chancelier par Mrs les
Grands Audianciers Contrôleurs Generaux
du Sceau , Gardes des Rôles , Confervateurs
des Hypoteques & Cenfes , & Treforier
du Sceau , en luy prefentant fa Medaille
qu'ils ont fait fraper. 78
Suite de la défaite des Proteftans des Vallées
87 de Lucerne .
Lettre contenant les particularitez du Baptefme
des Turcs amenez de Coron par M. le
Prince Philippe de Savoye .
Converfions.
115
137
Grande Felte donnée à Rome par M. le CarTABLE.
rso dinal d'Eftrées .
Lettre touchant de nouveaux Infectes . 172
Traduction d'une Ode d'Anacreon . 180
Tout ce qui s'eft paffé à la Reception des quatre
nouveaux Chevaliers de l'Ordre. 182
Miffion faire à Sommieres , Ville du Dioceſe
de Nifmes ,
Mort .
Défy fait par M. le Duc de S. Aignan.
Cartel d'Arface .
237
248
Difcours touchant l'Hiftoire des Eftampes.
254
256
259
264
Prieres faites à Toulouſe , & aux Theatins à
Hiftoire des Eftampes.
Paris , pour rendre graces à Dieu du retour
de la Santé du Roy . 216
Particularitez touchant le Voyage de M. le
Chevalier de Chaumont à Siam.
Modes nouvelles..
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes .
Enigmes.
Fin de la Table.
292
323
334
336
MERCVRE
Ja
GALANT
JUIN 1686.
Ene fuis pas étonné , Madame
, qu'on ait fait des
Prieres dans votre Province
pour l'entier rétabliſſement
de la Santé de noftre Augufte
Monarque , puis que Paris
a donné l'exemple à tou-
Juin 1686 .
A
2 MERCURE
•
tes les Villes du Royaume.
L'amour des François pour
Sa Majefté a fait voir quelque
chofe de nouveau dans
ces Prieres . Elles ne fe faifoient
autrefois que par un
Mandement exprés des Evef
ques , & pour implorer le fecours
du Ciel , quand les
Souverains eſtoient en peril,
& non pas pour de legeres
indifpofitions, telle qu'a efté
celle du Roy ; & ces Prieres
finies , on ne rendoit point
de Graces publiques pour
leur Santé recouvrée ; mais
ce qui s'eft fait en cette ocGALANT.
3
cafion pour ce Prince , eft
venu duzele ardent que fes
Sujets ont pour luy ; & ce
qu'il y a encore de fort fingulier
dans ces Prieres , c'eſt
qu'on en a fondé en plufieurs
Eglifes , pour y eftre
dites tous les ans , & cela ne
s'eftoit point encore veu . Ce
n'eft pas qu'on n'en diſe
quelques - unes pour d'autres
Rois fes Predeceffeurs , mais
elles ont efté ou fondées , ou
ordonnées par ces Souverains
; & LoüiS LE GRAND
eft le feul Monarque pour
qui les Peuples en ayent fon-
A ij
4 MERCURE
dé de leur propre mouve
ment. Il n'y a pas lieu d'en
eftre furpris . Il eſt naturel
de faire des chofes nouvel
les pour un Prince qui en
fait tous les jours d'extraordinaires
, non feulement pour
la gloire & le bien de ſes Sujets
, mais encore pour le repos
& l'utilité de toute la
Terre. On continue ces Prieres,
& le Chapitre de S. Mar
cel donna des marques de
fon zele fur la fin du mois
paffé ,, par un Salut qui fur
chanté en Mufique dans cet
te Eglife , Elle eftoit ornée ce
GALANT.
ད
jour- là des plus belles Tapif
feries de la Manufacture
Royale des Gobelins. Le S.
Sacrement y fut expofé , &
M' le Doyen le porta en Pro
ceffion. Les Chanoines, Chapelains,
& Ecclefiaftiques de
la Communauté de ce Cha
pitre y affifterent au nombre
de quatre - vingt , tous en
Chapes , & la Ceremonie fe
termina par le Te Deum , en
action de graces de l'entier
recouvrement d'une Santé
fi pretieufe à la France . Elle
eft fi parfaitement rétablie
que le Roy a monté à cheval
A
iij
6 MERCURE
pour
aller tirer dans le Parc
de Verſailles .
Le foin que prend ce Monarque
de toutes les chofes
qui regardent l'affermiffement
de la vraye Religion ,
donne lieu de jour en jour
à des Ouvrages qui font d'une
grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis
qu'ils leur font voir combien
les Miniftres qui les ont a
bandonnez , ont une conduite
éloignée de celle des
vrais Pafteurs. En voicy un
de cette nature , que vous ne
ferez pas fâchée de voir.
GALANT.
T
52225222 252525252
LETTRE CHRESTIENNÉ
& Catholique , adreffée
aux faux Paſteurs fugitifs,
qui font difperfez dans les
Pays Etrangers.
L
A Grace de Jefus- Chrift ,
noftre feul Sauveur, & nôtre
unique Mediateur , vous faffe
connoiftre, mes Freres abufez,
la Verité de fa fainte Parole. Je
veux croire qu'il y en a parmy
vous qui font trompez de bonne
foy, & qui marchent au milieu
des tenebres & des ombres de la
A iiij
8 MERCURE
Mort,croyant eftre dans la lumiere
de l'Evangile , & dans le jour
de la vie qui est en Jesus - Chrift;
mais permettez que l'amour ardent
que nous avons pour voſtre
falut , nous ouvre la bouche ,
que la charité qui nous preffe ,
cette charitéfi tendre qui n'eft autre
chofe que l'Esprit de Dieu répandu
dans nos coeurs , pour parler
comme l'Ecriture
, faſſe auprés
de vous une derniere tentative
, en vous adreffant de la part
d'un grand Prince ces paroles fi
touchantes d'un S. Prophete
d'un grand Roy . Jufqu'à quand ,
jufqu'à quand aurez - vous le
GALANT. 9
&
4...
coeur pefant , obftiné & endurcy
? Pourquoy aimezvous
fr fort la Vanité
d'où vient que vous cherchez
avec tant d'ardeur le
Menfonge , pour vous tromper
vous-mefmes & pour
tromper les autres ? Pfal.
On a beau vous éclairer , vous
reſſemblez à ces Gens dont parle
Apoftre S. Paul , qui ne ferment
pasfeulement les
yeux
veritable lumiere , mais qui mettent
encore leurs mains deffus ,
pour s'empefcher de voir la moindre
lueur quiferoit capable de fai
receffer leur aveuglement . Vous
à la
10 MERCURE
eftes des Aveugles , & vous vou
lez conduire d'autres Aveugles.
Quelle fera donc la fin de vos
égaremens Ah fin funeste
déplorable ,, que le Sauveur du
Monde a marquée luy-mefme
dansfa fainte & divine Parole !
Vous tomberez, n'en doutez nullement
, dans le fond du precipice ,
vous yferez tomber les autres
aprés vous. Vostre chûte fera
d'autant plus malheureuse qu'elle
en fera tomber plufieurs qui
croyent marcherfeurement en vous
prenant pour leurs Guides . Pauvres
Peuples ! Malheureux Con....
ducteurs , qui conduisezfans Or
GALANT. II
dre , qui parlez fans authorité ,
qui prefchez fans Miffion
combien trompez- vous de panvres
ames , dont vous rendrez
compte un jour au jufteJugement
de Dieu? C'est là où je vous appelle
, c'est là où je vous attens.
Ouy, vous y rendrez compte
Ames rachetées par lefang d'un
Dieu , pour qui Fefus- Chrift est
mort , & pour le falut defquelles
ilferoit encore tout preft de mourir.
de ces
Fufqu'à quand, encore une fois,
n'écouterez- vous point la voix de
voftre Dieu , de voftre Roy , &
de vos veritables Pafteurs , qui
12 MERCURE
vous exhortent depuis fi longtemps
de rentrer dans le fein de
l'Eglife voftre Mere , dont vous
eftes injuftement fortis ? jufqu'à
quand vous égarerez- vous dans
les voyes de l'Iniquité & dans
les routes criminelles de Babilone,
pour parler avec un Prophete ? Si
vous eftiez de veritables Pafteurs,
comme vous en ufurpez le nom
que ne feriez vous pas , ou plû- .
toft que n'auriez- vouspoint fait ?
Le veritable Pafteur , dit Fefus-
Chrift , donnefa vie pourfes Brebis
. Voilà Fidée la plus jufte &
marque la plus certaine d'un
veritable Pafteur donnée pour la
la
nom ,
GALANT.
13
Cela fuppofe , dites moy , je ·
vous prie , pauvres Freres abufez,
où trouve-t- on parmy vous ce
caractere de Pafteur ? Quifont
ceux d'entre- vous qui le portent
avecjuſtice ? A- t-on veu un feul
Miniftre qui ait donné fa vie
pourfon Troupeau ? Cirez- nousen
un feul , marquez- nous fon
Zele , racontez- nous le genre
fon Martyre. N'avez- vous pas
au contraire quitté la Houlette &
abandonné le Bercail , comme des
Pasteurs mercenaires ? Nos Troude
peauxfeduits , nos Brebis abufées ,
font, dites- vous , errantes & vagabondes
, étonnées & furprifes
14 MERCURE
de voir hors du danger ceux qui
devroient les
encourager par leur
prudence , & quifont obligezpar
leurtitre de Pasteur , de les def
fendre jufqu'à la derniere goute
de leurfang. Que diront aprés cela
les perfonnes éclairées qui fe
font converties de bonne foy ?Que
diront les gens d'efprit de bon
fens ? Ils rirontde vostre infidelité,
ils auront toûjours dans le
fonds du coeur une juſte indignation
contre leurs Ministres qui
ont fuy , & qui ont démenty fi
lâchement par leurs actions la
Doctrine qu'ils avoient enfeignée
par leurs paroles.
&
GALANT.
J5 IS
Ne dites point que vous avez
obey au Prince,& que vous vous
estes accommodez autemps. Vous
avezfagement fait pour vos interests
particuliers ; mais où est ce
Zele ardent , ce courage intrepide
de ces genereux Pasteurs , de nos
anciens Evefques , qui pendant
les plus violentes perfecutions fe
font expofez aux tourmens & à
la mortmefme , à l'exemple deJe
fus- Christ le Souverain Pasteur
qui a donnéfa viepourfes Brebis?
Helas bien loin de fuivre ces
grands exemples de fainteté , ces
courages tous heroiques qui ont
verfe leur fang pour foûtenir les
16 MERCURE
interests de la verité de nostre
fainte Religion , vous ne vous
fervez de vostre efprit & de vos
plumes que pourfemer l'yvroie &
la zizanie dans le fein de l'Eglife.
Vous eftes femblables à cét
homme Ennemy dont il eft parlé
dans l'Evangile , puifque vous
n'écrivez aux nouveaux Convertis
à la Foy Catholique , que
les détourner de rendre à
pour
Dieu & à leur Prince ce qu'ils
leur doivent. Vos Lettresfous de
que
de
belles paroles ne cachent.
mauvais deffeins. Elles fomentent
l'esprit de revolte & defedition
, efprit fi fort opposé à ceGALANT.
17
2
luy de Fefus- Chrift qui nous a dit ·
à tous, Apprenez de moy que
je fuis doux, & rendez à Ĉefar
ce qui eft à Ceſar , & à
Dieu ce qui eft à Dieu . Vous
avez la voix de Jacob , mais
-vos mainsfont des mains d'Efau ,
fous lapeau de Brebis , vous
portez les dents du Loup.
Les raifons fpecienfes que vous:
infinuez ft doucement , ne font fi
propres qu'àfurprendre les foibles,
& à tromper les ignorans , mais
les habiles s'en moquent, & vous
difent par ma bouche : Venez
nous prefcher de plus prés ce q, w
yous nous écrivez de trop loin
Juin 1686..
B
18 MERCURE
nous vous connoiftrons alors pour
de veritables Pafteurs , fi vous en
faites les oeuvres , & fi vous don
nez votre vie pour vos Troupeaux.
Pourquoy traitez- vous de
Prostituée , d'Adultere
Corrompue la fainte Eglife Rode
maine , que nous reconnoiſſons à
preſent pour eſtre la veritable . Eglife
? Nous n'y trouvons rien au
fonds ny dans la Doctrine , ny
dans les Maurs , de tout ce que
vous nous avez dit autrefois . Le
Portrait affreux que vous nous en
avez fait , n'eftoit pas fidelle .
C'eftoit plûtoft un effet de vostre
zele amer , & de vostre emporGALANT.
19
tement outré , qu'une expreffion
fincere de la pure verité. En effet,,
fil'on en juge fans paffion & fans
enteftement , qui ne fera perfuadé,,
pour peu qu'il ait de connoiſſance
de la venerable Antiquité , que
l'Eglife Romaine eft celle qui a
toujours confervé toute pure la
Doctrine des faints Apoftres ,
la Foy Orthodoxe , par une Tra- -
dition conftante & non interrompue
, qu'elle a esté de tout temps
reconnue & appellée parles faints
Peres , la Tige , le Tronc , le Chef
des Eglifes , lagrande Eglife , la
premiere Chaire , Eglife Mere
Matrice de toutes les autre ?
Bijb
20 MERCURE
Quifquis à Matrice difcefferit
, dit S. Cyprien , feorfum
vivere & fpirare non poteft,
& fubftantiam
falutis amittit
. Pefez bien ces paroles , peuton
rien trouver de plus fort
plus formel , quand on les lit fans
aigreur , & dans le defir de faire
fonfalut?
de
S.Paul ne dit-il pas que la Foy
des Romains fera annoncée par
tout, & quand on vouloit autrefois
marquer un veritable Chreftien
, ne luy donnoit - on pas
furnom de Romain.comme on vois
dans les Actes du Concile d'Ephe
fe , au chapitre dixième, où l'Emle
GALANT.
pereurTheodofe leJeune appelle la
Foy Catholique , la Religion Romaine
?
Les Ennemis mefme de l'Eglife
ont fenty, & reconnu malgré
eux cette verité incontestable.
C'est ce qu'on voit dans Victor
au livre premier de la perfecution
des Vandales , focundus Arien
parlant à Theodoric.
La raison qui les portoit à cela,
c'est qu'ils voyoient que de tout
temps le gros des Chreftiens eftoit
dans la Communion Romaine , r
qu'ilsy accouroient enfoule de tous
les endroits de la Terre ; car dans
la confufion des Sectes qui fe van
22 MERCURE
toient d'eftre Chreftiennes , Dieu
ne manqua jamais à fon Eglife ,
il fceut luy conferver une marqued'autorité
que
les Heretiques ne
иссе
tous
pouvoient prendre. Elle eft Apo-
Stolique, la fuite, lafucceffion , l'au
torité primitive luy appartiennent..
Elle eft Catholique & Univer
felle , elle embraffe tous les temps ,
elle s'étendde tous côtez ,
ceux qui l'ont quittée , l'ont premierement
reconnue , & ne peuvent
effacer le caractere de leur
Nouveauté, ny celuy de leur Rebellion,
S. Irenée ne dit- il pas en
core qu'il eft neceffaire que toutes
Les Eglifes s'uniffent & convien
GALANT.
23
nent avec laRomaine , parce que
la plus puiffante Principauté ref
de en elle ? Prenez & lifez.
Ce font fes propres paroles , qui
font bien differentes de celles des
Ministres fugitifs , qui ont une
averfion terrible prefque infurmontable
pour l'Eglife Romaine
; Ad hanc Ecclefiam propter
potentiorem principalitatem
neceffe eft omnem
convenire Ecclefiam , hoc
eft eos qui funt undique fideles.
C'estpourquoy S. Cyprien
reprend ceux qui adherent à une
autre Chaire qu'à celle de S. Pierre
,qu'il appelle l'Eglife principa
24
MERCURE
le , d'où eft fortie l'unité Sacerdotale.
Je ne vous rapporte point icy
le témoignage de S. Ambroise
dans l'Oraifon Funebre de fon
Frere Satyre , ny celuy de S, Ierôme
dans l'Apologie contre Rufin,
ny celuy de S. Auguftin dans
la Lettre cent foixante - deuxième,
parlant de l'Evefque Cecilian ;
Vous pouvez vous - mefme aller
chercher ces autoritez dans leurs
fources , de crainte que je ne vous
fois fufpect dans mes citations.
Mais aprés tant de preuves
de la plus pure & de la plus faime
Antiquité, qui doutera unfeal
ne
moment.
GALANT.
25
ment que c'eft efire Heretique on
Schifmatique que de fe feparer de
l'Eglife Romaine , où S. Pierre
premier des Apoftres , a étably fon
Siege , comme dans le centre de
l'Univers. C'est ce qui fait qu'-
Optat conclut en ces termes . Igiturnegare
non potes fcire te
in Urbe Roma Petro Cathedram
Epifcopalem effe collatam
, in qua federit omnium
Apoftolorum Caput ,
Petrus , unde & Cephas aple
pellatus eft , in qua una Cathedra
, unitas ab omnibus
fervaretur , ne finguli Apoftoli
fingulas fibi quifque
Juin 1686.
26 MERCURE
deffenderent , ut jam Schif
maticus & peccator effet qui
contra eam fingularem Cathedram
alteram collocaret.
C'eft neanmoins ce qu'ontfait de
tout temps les Heretiques qui fe
font feparez de la Communion
Romaine, comme les Ariens , Donatiftes
, Neftoriens , Eutichéens,
Monotelites, Luciferiens, Lutheriens
, Calviniftes , & plufieurs
autres , qui ont tous injustement
élevé la Chaire du Menfonge contre
la Chaire de la Verité , rompant
ainfi facrilegement la fainte
Unité de l'Eglife fi fouvent recommandée
parJofus - Chrift , &
GALANT. 27
déchirantfans honte la Robefans
couture ; en cela plus condamnaque
les Soldats qui la jetterent
au fort à la Mort di Sauveur.
bles
Comment donc vous autres Mi
niftres d'iniquité , qui vous piquez
de fçavoir les Ecritures , & de
les penetrer à fonds , ofez- vous
dire que l'Eglife de Dieu , cette
ancienne Eglife que Iefus - Chrift
a fondéefur le rocherferme &
fur la pierre inébranlable , comment
ofez- vous dire que cette Eglife
eft corrompuë, qu'elle eft tombée
en décadence , & que le Pape
qui la gouverne eft l'Ante- Chrift
Quel horrible Blafphême ! quel
Cij
28 MERCURE
Sacrilege plus épouvantable , &
quelle calomnie moins foutenable
que celle - là ! L'Ante.Chrift doit
eftre un homme particulier , felon
les faintes Ecritures . Ilfe dira
le Meffie , il doit eftre Iuif de
Nation , de la Tribu de Dan par
extraction, il doit estre reconnu
fuivy des Iuifs , il doit faire de
faux miracles , fe faire Roy , fe
dire le Chrift , nier Iefus Chrift,
ne regner que trois ans , enfin il
doit faire mourir Enoc & Elie ,
mourir luy- mefme par le foufle
de la bouche de Dieu comme
parle S. Jean dans fon Apocalypfe.
Voila le caractere de l' AnteGALANT.
29
Chrift , voila quel fera l'homme
de peché & le Fils de perdition
dont parlefaint Paul ; caractere
qui ne peut jamais convenir au
Succeffeur de S.Pierre , au Vicaire
de 1. C. aufaint Pere qui gouverne
aujourd'huy l'Eglife de
Dieu avec tant de zele , de pieté,
d'édification ; qui n'employefes
biens & ceux de l'Eglife que poar
foulager les miferables , nourrir les
faire la guerre au Pauvres ,
Turc , l'Ennemy du nom Chreftien
; un Pape dont les éclatantes
vertus brillent de tous côtez , &
portentpar tout le Monde la gloire
du Chriftianiſme avec la bonne
C iij
30 MERCURE
qui
odeur de Iefus- Chrift. Vous connoiffez
la verité de ce que je dis ,
je fuis perfuadé que fi vous
n'étoufiez pas la voix fecrete de
vostre confcience , vous reviendriez
bien-toft dans l'Arche du
Seigneurpour vousfauver du Deluge
qui vous environne ,
vousfera perir fans reffource , fr
vous n'y prenezgarde. Rentrez.
donc , mes Freres abufez , rentrez
au plûtost dans l' Arche , c'est
dire, dans l'Eglife Catholique ,
Apoftolique & Romaine , mais
rentrez-y comme laColombe avec
un rameau d'Olive , fymbole de
la Paix , c'eft à dire , dans un ef
GALANT.
31
prit de douceur & de charitépour
affermir l'union qui s'y trouve ,
nonpaspour la rompre & pour
la détruire par vos Ecrits feditieux.
N'imitez pas le Corbeau ,
en vous attachant à des corps
morts à la grace par le peché , je
veux dire , en fuivant les Heretiques
obftinez, ces efprits de chair
& de fang , qui corrompent les
Fidelles par la mauvaife odeur de
leur doctrineempoisonnée. Venez,
encore une fois , dans nos nos Temples,
dont la feule Antiquité vous perfuadera
que vos Peres vos Ancêtres
profeffoient une mesme do-
Atrine , & participoient avec nous
C iiij
32 MERCURE
aux mefmes Sacremens. Vous y
trouverez encore leurs noms , leurs
cendres , ou leurs tombeaux.
Que fi malgré toutes ces raifons
vous continuez à fomenter un efprit
d'erreur & de Rebellion parmy
les nouveaux Convertis , encore
chancelans dans la vraye
Foy , fouvenez vous que l'on
vous regarderá comme des Perturbateurs
du repos public , des ennemis
du Chriftianifme , des mem
bres gâtez
neceffairement retrancher avec le
fer et le feu
corrompus qu'ilfaut
Enfin ,faites reflexion que pendant
plus de trois cens ans entiers
GALANT.
33
qu'ont duré les perfecutions dans
l'Eglife, on n'a jamais veu aucun
Catholique,aucun veritableChrétien
qui fe foitfoulevé, ny qui ait
formé aucune fedition contre fon
Prince legitime , comme ont fait
depuis peu ces Efprits feditieux ,
ces Protestans rebelles dans l'Empire
fous Tekeli , en Angleterre
fous le Duc de Montmouth , en
France dans les Sevenes , & en
Savoye dans les Vallées , qni ont
tous fi bien profité de vos pernicieux
confeils , de vos mawvaifes
inftructions. Les veritables
Chreftiens aiment bien mieux endurer
en paix enpatience tou34
MERCURE
que
de
tes fortes de tourmens ,
manquer ainfi à la Foy de Iefus
Chrift , & à fesfaintes Maximes
, en n'obeïffunt pas de tout
leur coeur à leur Souverain comme
à Dieu mefme, dont il eft la fidelle
Image.
Incraffatum eft cor populi
hujus , & auribus graviter
audierunt , & oculos fuos
clauferunt , nequando videant
, & auribus audiant ,
& corde intelligant , & convertantur
, & fanem eos.
Mat. c. 13. V. 15.
Les Vers qui fuivent font
fort eftimez . Ils furent faits
GALANT. 35
dans le temps que le Roy prit
Luxembourg ; & comme ce
qui eft bon , eft toûjours nouveau
, je vous en fais part ,
ne croyant pas que vous les
ayez veus.
GENERONDGATO DICOMED
HOMERE
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY,
En luy envoyant une Agathe
où la Figure eſt en relief.
Ije pouvois , Sapho , m'éloigner
de ces champs
Que la Parque a peuplez de nos Manes
errans ,
36 MERCURE
courrois à mon tour à voſtre aimable
Fifte ,
De cent nouvelles fleurs j'ornerois voftre
tefte ,
Et j'irois entouré des eux & des Amours
Pajjer encor chez vous les plus beaux
de mes jours.
Si Pluton oppofoit fes loix à mon
courage ,
Fe volerois auffifur votre heureux rivage
,
Pour chanter d'un Heros les Explois
inou .
Mais peindrois -je affz bien le Regne
de LOUIS ,
Et ma trop foible main pourroit elle
entreprendre
De dffiner l'Affiete ainfi que le Scamandre
?
GALANT.
37
C'est vous qui par des traits tous
nouveaux , tous divers ,
Pouvez à vostregrémontrer à l'Univers
Durant cette Campagne en Lauriers
fi fertile ,
LOVIS plus grand qu'Hector,
LOUIS plus grand qu ' Achille.
Je vous rede , Sapho ; vos Heros
font mieux peints ,
Leur gloire plus brillante augmente
entre vos mains ,
Et vous feule pouvez par un rare
avantage ,
Achever de LOUIS une éternelle
Image.
Mais comme les Heros , vous peignez
les Amours ,
Et Flore fous vos mains trouve de
plus beaux jours.
38 MERCURE
Tout charme en vos Portraits , & les
Gracesplus belles "
Dés que vous les parez , ont des graces
nouvelles.
Ah! fije revenois encor chez les
Mortels ,
Ceferoit pourpouvoir vous dreſſer des
Autels ,
Et peignant voftre Eſprit fi fameux
fur la Seine ,
Phabus de toutfonfeu rechauferoit ma
Veine ;
Mais un fi doux plaiſir n'eflant pas
un des biens
Qu'une Ombre puiſſe attendre aux
Champs Eliziens,
Ce que je puis , Sapho , pour vous
marquer mon zele ,
C'eft de vous envoyer mon Image
fidelle.
GALANT .
39
(
Lyfippe , ce Sculpteur fi celebre autrefois
,
Quiluy mesme avec nous erre en nos
fombres Bois.
A, jufque dans le coeur de cette Aga
the dure ,
Sceu trouver tous mes traits , mon
air, & ma Figure.
Sa main nous fait revivre , & nous
remontre tous :
Mais rien ne peut tracer mon eftime
pour vous.
Mademoiſelle de Scudery
répondit à ces Vers par ce
Madrigal.
40 MERCURE
SAPHO A HOMERE .
H
Le Heros
Omere, vous dormez encore ,
Comme vous dormiez autrefois.
que la France adore
Eft trop grand pour ma foible voix.
Si vous l'aviez eu pour modelle
Au lieu de vos Heros Gregeois ,
L'Iliade en feroit plus belle s
Carfans ce grand Cheval de bois ,
Et par une plus noble voye
Il vient de foumettre à fes Loix
Luxembourgbien plus fort que Troye,
Et de l'y foumettre en un mois.
Jevous ay promis de vous
parler d'un Plaidoyé de M
À
GALANT. 4.
Lordelot , fameux Avocat ,
touchant un Enfant ſuppoſé,
que le Parlement a declaré
Impofteur . Voicy le fait. Mr.
Marfault de Suzencourt en
Champagne , ayant eſté élevé
à Paris aprés la mort de
fon Pere , chez M Marfault
fon Oncle , Contrôleur des
Rentes de l'Hoftel de Ville ,
. époufa au mois de Novembre
1655. une Fille de M¹ Sauvage
, Capitaine de Cavale .
rie. Le mariage eftant fait ,
ils demeurerent àSuzencourt
pendant un an & demy , &
au mois de May 1657.M´Mar-
Juin 1686.
D
42 MERCURE
fault voulant , comme fon
Beaupere , ſuivre la profeſfion
des Armes , s'engagea
dans la Compagnie de Cavalerie
de M du Moulinet .
Cette Compagnie ayant eſté
reformée , il fut obligé de revenir
en Champagne au
mois de Novembre fuivant .
Unan aprés il vint s'établir à
Paris , où il s'engagea dans
l'Hostel de Ville . Il y travailla
avec beaucoup d'application
pendant vingt années ,
ce qui luy a fait amaffer beaucoup
de bien . En 1679.il acheta
une Charge de Contrô
GALANT. 43
leur des Guerres, & à mefine
temps desHeritages à la campagne
, auprés de ceux qu'il
avoit eus de patrimoine . Il y
paffoit une partie de l'année
avec fa Femine , qui dans cet
eftat n'avoit que le feul chagrin
de ne fe point voir d'Enfans.
Elle fe promenoit
en
Chaife le 7. May de l'année
derniere dans le Village de
Sexfontaine , lors
que I'Impofteur
dont il s'agit arreſta
fa Chaife , voulut y monter
par force , & luy demanda de
argent , en luy difant qu'il
eftoit fon Fils. L'effroy la
•
Dij
4.4 MERCURE
faifit . Elle appella du fecours,
& fut accablée d'injures &
de menaces par ce pretendu
Fils , qui prit une conduite
tout à fait contraire aux fenla
nature doit intimens
que
fpirer,puis qu'il employa
d'abord
la violence
pour fefaire
reconnoiftre
. Je ne vous parleray
point
des plaintes
qui
furent
rendues
contre
cette
violence
devant
le Juge de
Sexfontaine
, il fuffit que je
vous diſe qu'aprés
avoir foútenu,
avant
que la Caufe
euft
efté portée
par appel au Parlement
, qu'il eftoit
né dans
GALANT. 45
le feptiéme mois du mariage
de M' Marfault , qui ayant
pris de facheux foupçons touchant
la conduite de fa Femeftre
me , & ne croyant pas
Pere de l'Enfant dont elle
eftoit accouchée , avoit non
feulement neglige les foins
qu'il devoit avoir de fon éducation
,mais pris toutes les
precautions poffibles pour
luy dérober la connoiffance
de fon eftat , il changea ce
fait qui luy eftoit defavantageux
, parce qu'en le fabriquant
il n'avoit pas pris garde
qu'il jettoit des doutes fur
46 MERCURE
fa naiffance , & fe déclaroit
luy - mefme un Enfant illegitime.
Ainſi dans une Requête
qu'il donna le 15. Septembre
dernier il dit que M
Marfault & faFemine apprehendant
que le peu de temps
qu'il y avoit entre leur mariage
& fa naiffance , ne donnaft
occafion à quelques difcours
dans le public contre
feur honneur , s'eftoient dépoüillez
des fentimens de
Pere & de Mere , & avoient
pris le deffein de cacher à
tout le monde qu'ils euffent
un Fils. Les faits dont il apGALANT.
47
puya cette impoſture font ,
qu'auffi- toft qu'il fut né ,
trois Cavaliers vinrent l'enlever
, & le porterent
au
Village de Bergere où il fut
baptife long - temps aprés
pendant la nuit , qu'il fut
nommé Jacques , né en legitime
mariage de Claude
Marfault , & d'Eleonore Sau
vage ( Il avoit dit dans une
premiere Requefte qu'on l'avoit
baptifé fous le nom de
Leonore fauvage , & fous
celuy d'un Pere fuppofé,fans
rapporter aucun Extrait Baptiftaire
, pretendant que les
48 MERCURE
Registres de la Paroiſſe de
Bergere avoient eſté ſouftraits
ou perdus ) Qu'il fut
confié dix- huit mois aux
foins d'une Nourrice de ce
Village ; qu'il eftoit proprement
veltu d'une Robbe
blanche ; que durant ce
temps la Femme de M¹ Marfault
alla le voir plufieurs
fois le recommandant
à cette
Nourrice ; qu'ayant efté
ramené à Suzencourt
, elle
en prit foin , qu'elle le promenoit
par la main , & difoit
à fes Voifins que fon Fils éoit
plus beau que les autres ;
que
GALANT. 49
4
que fon Pere s'eftant enga
gé dans le fervice du Roy ,
& retire enfuite à Paris fans
l'emmener avec luy , le Seigneur
de Suzencourt eut la
charité de le faire élever
dans fa Maifon ; que lors
qu'il eut affez d'âge pour
pouvoir fervir , il fur mis Laquais
chez M de la Barre ,
Secretaire du Confeil de
; fa Mere alla Monfieur ; que
le recommander à la Femme
de Chambre ; que pour recompenfe
de fes fervices, on
'luy fit apprendre le métier
de Menuifier chez le nom .
Juin 1686.
E
50 MERCURE
1
mé Nicolas le Roux , qu'il y
demeura quatorze mois , pendant
leſquels ſa Mere alla le
vifiter plufieurs fois , & le recommander
à fon Maistre, &
que la nommée le Vert l'obli
gea de changer fon nom de
JacquesMarfault
en celuy de
JacquesJoublot.Eneffet, dans
le Brevet
d'Apprentiffage
qui a efté produir au Procés,
if prend le nom de Jacques
Joublot , Fils d'Antoine Jou
blot, Vigneron à Suzencourt,
& de Françoife Sauvage , &
il a porté ce nom jufques au
temps qu'il a voulu faire
•
GALANT. 51
réüffir fon
impoſture . Il dit
encore qu'eftant forty d'apprentiffage
, il travailla dans
plufieurs Boutiques ; qu'aprés
une longue abfence il
revint dans la Province , où
il apprit fa naiffance par fa
Marraine , qui le produifit à
Les Parens , & que tous le
reconnurent pour l'Enfant
dont la Femme de M' Marfault
eftoit accouchée fept
mois aprés fon mariage , &
qui fut mis en Nourrice au
Village de Bergere , & enfuite
élevé à Suzencourt .
Mr Lordelot détruifit ad-
Eij
52 MERCURE
mirablement par fon Plaidoyé
tous les faits que l'Impofteur
alleguoit . Il fit voir
que s'il avoit efté le Fils de
celle qu'il arrefta d'abord
dans fa Chaife , & à laquelle
il demanda de l'argent d'une
maniere toute furieufe , il ne
ferort forty de fa bouche
des paroles de foûmiſſion ,
parce que les premieres recherches
de la Nature font
toûjours remplies de douceur
& de reſpect. Ce font ,
dit- il , les premiers mouvemens
qu'elle infpire. Un Enfant fe
Jent doucement attiré vers celle
que
GALANT .
53
qu'il croit eftre fa Mere. Il ac.
compagne cette douceur de termes
civils & refpectueux , & par ces
ménagemens innocens , la Nature
fe trouble dans cette premiere
veite. Il feforme une émotion involontaire
, qui force fouvent l'a
Mere de reconnoiftre fon Fuls,
qui engage le Fils à fe jetter amoureusement
entre les bras &
dans le fein de fa Mere. Mais
quand celuy qui pretend eftre Fils
s'adreffe àfa Mere dans des tranfports
decolere & de fureur , qu'il
que
la manque au premier devoir
Nature infpire à un Fils , c'eſt
une marque évidente
de fon im
E iij
$4 MERCURE
fe
pofture , parce que ce n'eft pas la
Nature qui parle en luy , c'est une
paffion étrangere qui nefçauroit
fe contraindre, & qui voulant
cacher fous les apparences de la
verité, est découverte au premier,
mouvement du coeur , & à la premiere
parole qui fort de la bonche.
Sur ce que cet Impofteur
pretendoit avoir eſté exposé
par la crainte coinmune du
Mary & de la Femme , qui
apprehendoient qu'un Enfant
né dans le feptiéme mois
de leur mariage , ne fiſt répandre
des bruits fâcheux.
GALANT. W
contre leur honneur , M
Lordelot fit connoiftre que
ce terme de fept mois eftant
un termenaturel pour la naif
fance des Enfans , & les Loix
Civiles & Canoniques reconnoiffant
legitimes tous ceux
qui y naiſſent , parce que
toutes les Femmes font fujetes
à ces fortes d'Accou--
chemens , qui ne dépendent
que de la force ou de la foi
bleffe de leur temperament
,
il n'y avoit aucun lieu de
croire qu'une Mere , dont
l'innocence & l'honneur ef
toient àcouvert, & à laquel,
E iiij
MERCURE
le on ne pouvoit faire le
moindre reproche fans paffer
pour Calomniateur , fe
fuft refolue à devenir impie ,
cruelle , inhumaine , en expofant
fon Enfant , pour éviter
des foupçons qu'elle n'avoit
point fujet de craindre .
11 fit remarquer aprés cela
combien il eftoit peu vrayfemblable
qu'on cuft employé
trois Cavaliers pour
enlever un Enfant , dans un
temps où il n'y avoit ny empeſchement
ny reſiſtance , &
demanda d'où feroient venus
ces Cavaliers , pour fe
GALANT. 57
trouver à propos dans un
Village , & durant la nuit ,
puis que l'accouchement
eftoit incertain & precipité ,
& que ces fortes de deffeins
s'executant toûjours fans éclat
, le miniftere d'une feule
Feme euft efté plus feur &
plus utile. Il paffa de là à la
contrarieté qui fe trouvoit
dans les autres faits , & fur
tout , en ce que la Partie adverfe
fe difoit tantoft Fils.
d'un Pere fuppofé , tantoft
celuy d'un vray Pere , eftant
difficile de concevoir comment
il avoit fceu qu'il s'ap58
MERCURE
pelloit Jacques Marfault ,
puis qu'il ne rapportoit pas
d'Extrait Baptiftaire , & comment
il s'eftoit laiffé perfuader
de changer ce nom en
celuy de Jacques Joublot ,
puis qu'il difoit qu'il n'avoit
appris fa naiffance , que lors
qu'il eftoit revenu dans la
Province aprés une longue
abſence , c'eſt à dire , âgé de
prés de trente ans . Il n'eftoit
point d'ailleurs vray - femblable
qu'une Mere , qui
avoit formé le deffein de
l'expofer, qui pour cacher fa
naiſſance s'eftoit dépoüillée
GALANT. 59
>
de tous les fentimens de la
Nature & qui s'obſtinoit
jufqu'à la fin à ne le pas reconnoiftre
, proteſtant qu'-
elle n'avoit jamais eu d'Enfans
, luy euft fait des caref
fes publiques pendant fon
enfance , ainfi qu'il le fuppoſoit
, l'euft promené par
la main , euft dit que fon Fils
que
les aueftoit
plus beau
tres , & euſt pû enfuite luy
voir porter les Livrées , &
apprendre le métier de Menuifier
, tandis qu'elle auroit
veu les Domeftiques de fa
Maiſon beaucoup plus heu
60 MERCURE
reux que n'auroit efté fon
propre Fils. A l'égard des Parens
qui l'avoient reconnur
pour l'Enfant dont elle estoit
accouchée
le feptiéme mois
de fon mariage , Mr Lordelot
fit voir l'impoffibilité
de
ce fait , puis qu'il auroit fallu
que les Témoins qui avoient
eſté interrogez
, euffent
déposé qu'il eftoit ce
mefine Enfant qu'on difoit
né à fept mois , qui avoit
eſté nourry au Village de
Bergere , élevé jufqu'a neuf
ans à Suzencourt
dans la
Maiſon du Seigneur
( ce qui
GALANT. 61
a
l'en avoit fait croire le Pere )
& qui depuis ce temps là a
voit difparu jufques à trente,
De femblables chofes n'auroient
pû eftre fceues que de
ceux qui ne l'auroient point
quitté , & qui l'auroient veu
dans tous les divers eftats ,
eftant impoffible de reconnoiftre
à trente ans celuy
qu'on n'a point veu depuis
neuf, à caufe que la delicateffe
du corps d'un En- .
fant , & la blancheur de
fon teint , quand on en auroit
confervé l'idée , ne paroiffent
plus dans la force
1
62 MERCURE
d'un
corps robuſte, & furun
vifage formé , que les cheveux
, la barbe , & la vie penible
& laborieuſe
d'un Artifan
, ont entierement
changé.
Ainfi il conclut qu'on
ne pouvoit s'arreſter au té
moignage
de ceux qui avoient
appuyé cette impof
ture , & qu'il y auroit lieu de
s'étonner
qu'ils l'euffent fait,
s'il ne fe trouvoit
pas tous les
jours des miferables
qui vendent
jufqu'à leurs paroles
, &
dont les bouches
font comme
des fepulchres
ouverts
,
d'où l'on ne voit fortir que
GALANT. 63
la corruption & la mort.
Aprés que tous les Avocats
eurent efté entendus
pendant quatre Audiences ,
M Talon , Avocat General,
fit un recit de toutes les char
ges avec une entiere netteté
, & venant à la dépoſition ~
des Témoins , il dit qu'il ef
toit difficile de fe perfuader
que ce qu'ils affuroient tous
fans hefiter , fuft veritable ;
fçavoir, qu'ils avoient reconnu
celuy qui fe pretendoit
Fils de M Marfault auffi-toft
qu'ils l'avoient veu , ce qui
ne pouvoit arriver naturelle64
MERCURE
"
ment , les traits du vifage
d'un Enfant au deffous de
huit à neufans eftantfi changez
à l'âge de trente , qu'il
eftoit impoffible de les difcerner,
& de les reconnoiftre
ainfi en un moment ; que la
demeure de cet Enfant dans
la maiſon du Seigneur de
Suzencourt jufqu'à l'âge de
neuf ans , fans qu'aucun de
fes pretendus Parens l'euft reclamé
, eftoit une forte préfomption
qu'il eftoit le Fils
naturel de ce Seigneur
; que
Moïfe ayant efté élevé dans
la Maiſon de Pharaon, avoit
GALANT. 65
eu befoin d'une revelatiou
divine pour croire qu'il n'eſtoit
pas fon Fils. Fide cred dit
fe non effe filium Pharaonis ;
qu'au fonds , la feule preuve
par Témoins n'eftoit pas fuf
fifante dans les Queſtions
d'eftat , que fi cette voye
eftoit admife, elle feroit d'u
ne confequence dangereuſe
pour le Public , & qu'il n'y
auroit plus de feureté dans
les Familles , que tous les ph's
fages Peuples de la Terre avoient
voulu qu'il y euft des
témoignages publics de la
naillance des Enfans ; que les
Juin 1686.
F
66 MERCURE
Juifs avoient toûjours eu
grand foin
que cette naiffance
fuft exactement écrite
dans les Regiftres publics ,
pour conferver la memoire
du nombre & la diſtinction
des Tribus , & fçavoir dans
quelle Famille le Meſſie naiftroit
, que
, que Platon ordonnoit
dans fes Loix , que la premiere
année de la vie des Enfans
feroit marquée dans un lieu
facré de la Maifon paternelle
, & qu'on écriroit fur une
muraille blanche le jour de
la naiffance de ceux qui viendroient
au monde , afin que
10601 J
GALANT. 67
l'on fceuft leur âge , qu'à A
thenes les Peres alloient declarer
aux Magiftrats qu'il
leur eftoit né un Fils en lefur
gitime Mariage , & que
cette declaration des Peres ,,
confirmée par leur ferment ,.
le nom de l'Enfant eftoit é
crit fur leRegiſtre public ; que
les Romains avoient étably
que les Peres auroient un
Regiſtre , où ils écriroient la
naillance de leurs Enfans, &
que l'Empereur Antonin a
voit ajouté, pour affeurer l'e,
Nat de tous les Sujets, que les
Peres declareroientdevant les
Fij
68 MERCURE
1
Garde des Registres , qu'il
leur eftoit né un Enfant, &
le nom qu'ils luy donnoient
dans les trente jours de fa
naiffance ; que le Roy François
I. avoit ordonné par l'Edit
de 1539. que les Curez des
Paroiffes auroient des Regif
tres de la naiffance & de la
mort de tous fes Sujets , &
que cette Ordonnance avoit
efté renouvellée par celle de
1667. avec de nouvelles formalitez
encore plus exactes;
que lors que quelqu'un fe
pretendoit Fils, il falloir qu'il
rapportaft quelque prouvé
GALANT. 69
que celuy qu'il diſoit eſtre
fon Pere l'euft reconnu en
cette qualité , au moins pendant
quelque
temps
, mais
que celuy dont il s'agiſſoit ,
ne faifoit point voir que le
S' Marfault l'euft avoué un
feul moment pour fon Fils
depuis trente ans , que l'Ecriture
nous marquoit que le
Sauveur du Monde voulant
faire connoiftre fa Divinité
aux Juifs , pria fon Pere de le
reconnoiftre publiquement
pour fon Fils , Pater , glorifica
me, & qu'auffi-toft on entendit
en l'air une voix qui dit
70 MERCURE
1
ces paroles , Glorificavi ,
iterum glorificabo , & que les
Juifs eftant furpris de cette
merveille , il leur dit que ce
n'eftoit pas pour luy qu'il avoit
prié fon Pere de le glorifier
, & de rendre témoignage
qu'il eftoit fon Fils .
parce qu'il fe connoiffoir
bien , mais pour eux - mef.
mes , afin qu'ils en fuffent
perfuadez , Non propter me rogavi
Patrem , fed propter vos.
M Talon s'étendit enfuite
fur la nullité des Procedures
qui avoient efté faites devant
les Juges des lieux , & par
GALANT. 70
l'Arreft qui intervint, & qui
fut conforme à ce qu'il avoit
conclu , il fut fait défenfes
au nommé Joublot de prendre
le nom de Jacques Marfault
, ny de fe dire Fils de
Claude Marfault & d'Eleonore
Sauvage , à peine de
punition corporelle.
Ce n'eft pas fans raifon
que l'on a dit il y a longtemps
, Autant de Teftes , autant
d'Avis,La Fable qui fuit nous
le fait connoiftre.
72 MERCURE
L'ASNE, LE VIEILLARD ,
ET SON FILS .
U
N Vieillard de paisible hu
meur,
Avecfon Fils faifant voyage,
Portoit fur fon dos fon bagage.
Tant de foulerfon Afne il avoit
peur.
La Politique eftoit honnefte...
De tous les deux l'Afne fuivy
Marchoitgayment levant la tefte,
Sans rien porter , dont il eftoit ravy.
Maisfon bonheur ne dura guere.
A peine eut- il cent pas en avant che
miné ,
Qu'nn homme par hazardfurfa route
amené,
s'adreffant
GALANT.
73
Sadreffant au vieillard , luy dit d'un
ton Severe ,
Bon homme as - tu perdu le fens,
De vouloir à ton Afne accorder du bon
temps,
Quand preft àfuccomberfous le faix
que tu traifnes ,
Par un procedé tout nouveau ,
Bien loin qu'ilfoulage tes peines,
Tu le fais allerfans fardeau ?
Ileftfort, & pourroit vous porter l'un
& l'autre.
Je croy que Monfieur a raison ,
Dit le Vieillard, l'avis eft bon ,
Et grande fottife eft la noftre
D'aller à pied quand l'Aſpe a fi
bon dos.
Tous deux montent deffus dés qu'il
a dit ces mots.
Tandis que l'Afne marche , & quelquefois
s'arrefte,
Juin 1686.
G
74 MERCURE
Survient un autre à l'oeil hagard,
Qui voyant de loin le Vicillard
Etfon Fils tous deuxfur la beste,
Où donc eft voftre jugement ?
Vous ferez crever ce pauvre
Afne.
Que l'un de vous , dit il , defcende .
promptement
Ou bien vous fentirez ce que pefe ma
canne.
Fairefigne au petit Garçon ,
Eft du bon homme la replique.
Le Fils ne fait point de façon
Pour defcendre de la Bourique ,
Mais comme il fuit àpetits pas
Pr.fjue fans force & fans ha-
Line ,
Et que fe traifnant avec peine ,
Il fait connoiftre qu'il est las ,
En troifiéme paſſant parle de cette
forte
1
GALANT.
75
Au bon homme que l'Afne porte.
Mafoy , Monfieur aux cheveux
gris ,
Il vous est malfeant avec voftre vieilleffe
,
D'avoirfipeu d'égard à la tendrejeuneffe,
Et de vous fairefuivre ainfi par voftre
Fils.
(ftant,
LeVieillard honteux du reproche
Qu'en termes fort clairs il entend
,
Defcend de l'Afne au mefme in-
Et cried fon Fils qu'il approche.
Le Fils qui n'estoit pas manchot,
Profitant de la remontrance ,
Montefur l'Afne en diligence,
Et vafon trainfans dire mot.
Lepauvre bon homme derriere
Sur les pas de l'Afnon fon alleure regloit,
Gij
76 MERCURE
Et de temps en temps luyſangloit
De vilains coups fur la croupiere.
Là-deſſus un Rebarbatif
Dont le tres renfrogné visage
A parler rudement montroit un homme
uv
vif,
Arrive , & luy tient ce langage.
Dy- moy,gros coquin ,gros cheval,
Pourquoy frapes-tu cette Befte ?
Encore fi d'eftoit ce petit Animal ,
(Illuy montroit fon Fils ) le fait feroit
honnefte.
Mais batre qui ne se fait rien,
Et qui mefme au besoin te peut rendre
fervice ,
C'eft faire le mal pour le bien,
Et payer mal un bon office :
Frape , je ne te diray mot ,
Si tu veux donner fur l'épaule
A coups de tricot & de gaule ,
A ton Fils , àce petit Sot,
GALANT. 77
Qui laiffe aller àpiedfon vieux barbon
de Pere ,
Sans en paroiftre inquieté,
Tandis qne far l'Afne monté
Le fripon fe donne carriere .
Ce difcours & lesprécedens
Auroient mis tout autre en colère,
Mais le Vieillard tout au contraire
,
S'il n'en rit pas tout haut , en rit entre
fes dents.
Mafoy , dit-il en fon langage
Bien fenfe , quoy que de Village,
on doit prendre peu garde aux paroles
d'autruy.
Bien hupé qui pourroit éviter la Satyre
,
On fe tourmenteroit vainement aus
jourd'huy
Pour empefcher les Gens de rire.
Giij .
78 MERCURE
Ainfi c'eft jouer au plus fin
De ne pas s'arrester à ce que l'on peut
dire ,
Et d'aller droit fon grand chemin.
Je vous tiens parole touchant
la Medaille de Mr le
Chancelier
,
› que
M's les
Grands
Officiers
de la Chancellerie
de France
ont fait
graver
, & je vous
l'envoye
avec
les additions
quila
rendent
differente
de celle
que
je vous
envoyay
le mois
paf
fé , & dans
laquelle
il n'y
avoit
point
de Vers
au bas
du Portrait
de ce grand
GALANT. 79
,
Homme. Je ne vous dis rien
de la difference de la graveure
il vous eft aifé de
la remarquer. Ces Grands
Officiers qui luy ont prefen
té cette Medaille , font
M's de Fremont ,
Mathé de Vitry -la- Ville ,
Le Meneſtrel ,
Le Mire ,
Grands Audienciers
.
Mrs de Junquiere ,
Pirot ,
Benoist ,
De Leftre .
Contrôleurs. Generaux.
G iiij
80 MERCURE
M's Aubourg,
Henin ,
De Préval ,
Boucquot ,
Gardes des Rôles.
Mrs Perotin de Barmond.
Robert ,
Gallois ,
Moufle Lambert ,
Confervateurs
des Hypoteques de
Rentes.
M ' Bertin ,
Treforier du Sceau.
M' de Fremont , Doyen
GALANT. 81
des Grands Audienciers ,
porta la parole , lors qu'ils
preſenterent cette Medaille
à M' le Chancelier. Voicy
le Compliment qu'il luy´
fit.
MONSEIGNEU
Encore
ONSEIGNEUR ,
que la plus belle & la
plus folide recompenfe des grandes
Actions foit renfermée dans
la fatisfaction interieure de les
avoirfaites , puis que les Vertus
ne font point mercenaires , ne anmoins
ilfemble que ceux qui font
82 MERCURE
affez heureux pour en eftre les
Témoins , commettroient une notable
injuſtice , & fe rendroient
coupables de la plus noire ingratitude,
fi par quelques Monumens
publics & éternels , ils ne s'efforçoient
d'en confacrer la memoire
à la pofterité, afin de l'exciter par
autant de vives peintures à les
imiter,& à meriter defemblables
reconnoiffances.
Et Pater Anchiſes , & Avunculus
excitet Hector.
Eftant vray de dire que la loüange
eft la Mere nourrice de la Vertu.
C'est auffi ce qui s'eft heureu
Sement pratiqué dans les Siecles
GALANT. 83
paffez , dont toutes les Hiftoires
les plus anciennes , auffi- bien que
les modernes, nous rendent de fidelles
témoignages. Nous y remarquons
que les principaux évenemens
qui y font décrits , ont efté
particulierement autorifez par la
foy des Medailles qui ont efté
frapées dans l'inftant que les plus
grandes Actions fe font paffées ,
par là d'autant moins fufpectes
de flaterie de diffimulation.
Nous y voyons auffi avec plaisir
que les plus illuftres Perfonnages
qui ont remply dans tous les temps
les plus grandes & les plus belles
Dignitez, n'ont pas refufé les
&
84 MERCURE
éloges que le Public leur a don
nez, & dont il a voulu laiſſer dès
preuves authentiques, & glorienfes
aux Siecles à venir , en les
imprimant furdes Metaux càpables
de braver l'injure
du temps ,
comme un tribut neceffaire qui eftoit
deu à leur vertu.
Dignum laude virum Mu
fa vetat mori.
Et nous nous trouvons d'autant
plus agreablement conviez d'en
ufer de mefme à l'endroit de V.G.
qu'il n'y a pas un de nous qui ayant
l'honneur de l'approcher fouvent
par le privilege de fa Charge, ne
foit plus obligé par fa propre con
GALANT. 85
noiffance d'admirer & de respecter
avec toute la France fon rare merite
, &fes grandes & fublimes
qualitez, qui n'ayant efté jufques
icy que legerement occupées dans
les differens Emplois où elle a
efté appellée pour le fervice du
Roy & du Public, & toûjours
avec fuccés , eftoient enfin réſervées
pour remplir par le choix, &
le difcernement du plus grand
Prince du Monde , la plus grande
& laplus importante Charge
de l'Eftat, Mais , Monfeigneur,
quelque lumiere qui vous envivous
avez bien voulu , ronne
par une bonté toute paternelle, &
р
86 MERCURE
une affabilitéfans égale , nous en
éclairer fans nous ébloüir , & en
diffimulant nos defauts , vous nous
avez donné des inftructions fi utiles
& fi neceffaires , pour nous acquiter
avec dignité de nos fontions
, que nous en ferons redevables
à V. G. toute noftre vie ;
&pour luy en marquer en quelque
façon noftre reconnoiffance ,
& auffi afin que ceux qui viendront
aprés nous , puiſſent connoiftre
quel a efté noftre bonheur ,
nousla fupplions tres-humblement
d'agréer lapenſée que nous avons
euë pour leur exprimer au revers
de cette Medaille , par des caraGALANT.
87
Eteres
ineffaçables , que jamais
perfonne avec tant de pouvoir ,
n'a eu plus d'inclination à rendre
la justice à tout le monde pour
l'amour de la Juſtice , ny plus de
prudence de magnanimité à
&
difpenfer les graces toutes Roya-
Les dont Sa Majesté l'a fait le
fouverain dépofitaire.
Ce Difcours fut tres- bien
receu , & M' le Chancelier y
répondit avec la bonté ordinaire
, & en des termes qui
firent connoiftre combien
il en eftoit fatisfait.
S'il eft glorieux à tous les
Souverains d'aller eux- mef88
MERCURE
mes àla tefte de leurs Troupes
, & d'immortaliſer leur
nom en fe couvrant de Lau
riers , leur gloire eft beaucoup
plus grande , lors que
ces Lauriers font cueillis dans
une Guerre legitime ; mais
à quelque haut point qu'elle
puiffe monter par là, elle
reçoit encore de l'éclat lors
qu'un Souverain , en étoufant
une Rebellion , affeure la
tranquillité de fes fidelles
Sujets , & fait triompher la
vraye Eglife. C'eſt ce que
Monfieur le Duc de Savoye
vient de faire , & c'eſt par
+
GALANT. 89
là que ce Prince a mis le
comble à la gloire dont il
s'eft couvert dés fa premiere
Campagne. On ne parlera
plus que dans l'Hiftoire d'une
Révolte qui a coûté tant
de fang , & qui a fouvent réfifté
aux premieres Puiffances
du Monde , & l'on n'en
parlera qu'à l'avantage du
Souverain , à qui l'intrepidi--
té , & le zele pour la Reli--
gion ont fait faire une entreprife
fi heroïque, & dont :
fa valeur & fa conduire luy
ont affeuré le fuccés. Comme
c'est de là que toutes .
Juin 1686.
H
90 MERCURE
chofes dépendent , & qu'on
ne peut fe promettre de joüir
tranquillement du fruit de
la Victoire , qu'aprés l'entiere
défaite d'un Ennemy opiniâtre
, Monfieur le Duc de
Savoye peut goûter preſentement
dans un plein " repos
les avantages qu'il a remportez
. C'eft dequoy ne
pourront douter ceux qui liront
cette fuite de la Relation
que je vous envoyay le
mois paffé ; mais avant que
je l'acheve , je dois faire voir
l'invincible obftination de
ces Rebelles , qui n'ont pas
GALANT.
voulu fe rendre aux raiſons
des Envoyez de Zurich & de
Berne auprés de Monfieurle
Duc de Savoye. Ces Envoyez
leur écrivirent, Que le party de
la retraite que leur offroit leur Sou...
verain,leur eftoit avantageux,&*¨
que puis qu'il leur eftoit permis de·
faire un choix , ils eftoient plus
beureux
que
que lesRois , les Princes :
qui font quelquefois obligez de ceder
à la force , de quitter leurs:
Couronnes, les Estats que leurss
Anceftres ont poffedeze foutenuss
avec la perte de leurfang;que leur -
obftination lesferoit abandonnerde
tous les Princes , & Etats Protef
Hij
92 MERCURE
tans,qui leur confeilloient de quiter
plutoft que
de refifter témerairement
par les armes , pour devenir
criminels d'Etat qu'ils ; ne de
la Provivoient
pas efperer que
dence Divine qui n'agit pas mira
culeufement
comme autrefois parmy
les Ifraëlites
, vouluft faire
de leurs Ennemis ce qu'elle fit de
Sennacherib
, & que la Parole de
Dieu leur avoit appris quefejetter
dans les dangers fans prevoir bumainement
aucun moyen d'en pou
voir fortir , c'eftoit tenter Dieu ,
qui laiffoit perir ceux qui aimoient
naturellement
le danger.Ils
ajoûterentà
ces raifons , Qu'ils les
GALANT. 93
prioient de ne fe point opiniâtrer
par des confiderations contraires à
la prudence chrefienne , & à la
charité qu'ils fe devoient à euxmefmes
, comme ils la devoient à
leurs Femmes à leurs Enfans.
La mefme Lettre marquoit
qu'ils n'avoientpoint lieu d'apreben
ler que cette fortie des Etats de
leurSouverain leurfût offertepour
leur tendre un piege, &pour les
tromper afin de les accabler , & de
les perdre , puifque la Cour de
Savoye leur donnoit des feuretez
qui levoient toute crainte , & qui
les devoient perfuader de lafince-
·rité defes intentions ; quefon Al
94 MERCURE
teffe Royale ne voudroit pas permettre
des actions contraires à la.
parole qu' Elle leur avoit donnée,
ce qui flêtriroit fa gloire fa
reputation par une perfidie publique
, & manquer aux égards
qu'Elle avoit toujours bien voulur
avoirpour les Etats de Berne &
de Zurich leurs Souverains Sei
gneurs , & quefion les euft voulu
furprendre, c'euft efté dans le commencement
que S. A. R. le pou
voit , mais qu'Elle ne l'avoit pas
permis , & qu'Elle ne le permet
troit pas à l'avenir.Ils finiffoient
en leur difant qu'ils avoient la
parole de Mr le Marquis de S.
1
GALANT. 95
Secretaire Thomas Ministre ,
d'Etat , que perfonne ne les inquieteroit
s'ils obeiffoient aux ordres
de leur Souverain, auſquels
ils pouvoient fe confier. Cette
Lettre qui eftoit fignée de
Gafpard de Muray de Zurich
, & de Bernard de Mude
Berne , contenoit encore
beaucoup d'autres raifons
qui leur faifoient connoiſtre
non feulement qu'ils
ne devoient point s'opiniâtrer
à une deffenfe dont la
fuite ne pouvoit que leur
eftre defavantageufe , mais
qu'ils n'avoient aucun fujet
ray
96 MERCURE.
de fe plaindre de ce que Son
Alteffe Royale exigeoit de
leur obeiffance , & qu'ils .
auroient pû eftre plus malheureux.
Comme ellè eft é
crite par des Proteftans , qui :
eftoient envoyez pour cette
affaire à la Cour de Savoye,,
& qui par confequent en:
pouvoient parler jufte , & avec
beaucoup de connoiffance
elle fait voir que Monfieur
le Duc de Savoye a eu
pour fes Sujets Rebelles toutes
les bontez que peut avoir
un Prince clement & tendre,
& qu'ils ont eux - mefmes
cherché
GALANT. 97
cherché leur ruine par leur
invincible opiniâtreté , S. A.
R. qui avoit la cauſe de la
veritable Egliſe à ſoûtenir ,
ne pouvant rien ajoûter aux
graces qu'Elle leur a plufieurs
fois offertes .
Aprés la derniere expedition
dont je vous parlay il
y a un mois , & pour laquelle
les Troupes de Savoye commencerent
à inarcher le 6.
de May , il fembloit que ce
jeune Prince duft aller fe repofer
à Turin aprés de fi
grands Travaux , & que fes
Generaux pouvoient ache-
Juin 1686.
I
98 MERCURE
ver de vaincre un refte de
Rebelles , qui ne meritoient
pas que leur Souverain en
prift luy-mefme la peine. Cependant
comme il prefere au
repos les fatigues qui conduisent
à la gloire, & qu'il eft
perfuadé que le meſtier de
Souverain n'eft pas moins
fait pour le Travail que pour
le Commandement , il voulut
refter au Camp de Lucerne
, & vaincre par luy- mef
me , ainfi qu'il gouverne
fes Etats par fes propres lumieres.
Ce fut dans ce Camp
qu'il donna audience le 13 .
GALANT.
99
du mefme mois à M ' le Comte
de Berka , Envoyé de
l'Empereur, qui eftoit arrivé
le 10. à Turin , & ce fut en
mefme temps une choſe bien
glorieufe pour ce jeune Souverain
, que
de
donner audience
dans un Champ de
Bataille , & au milieu de fes
Triomphes à l'Envoyé d'un
Empereur. Cét Envoyé fut
à peine retourné à Turin
qu'une Troupe affez nombreufe
de Rebelles
parut encore
dans la Valée de S. Martin.
Monfieur le Duc de Savoye
donna auffi-toft fes or-
I ij
100 MERCURE
dres pour les attaquer , & on
les pouffa avec beaucoup de
vigueur. Quelques Officiers
& quelques Soldats furent
bleffez , & il y en eut cinq ou
fix tuez par des pierres jettées
avec des Fourneaux . Ces Rebelles
furent forcez dans
leurs poftes , & obligez de ſe
rendre à difcretion , ainſi que
ceux de Bolbi , & de Villar ,
dont le nombre eftoit de plus
de cinq cens . Son Alteffe
Royale fit enfuite partager
fs Troupes en plufieurs détachemens
, qui détruifirent
les Maifons qui eſtoient ſur
GALANT. 101
ICI
les Montagnes , & couperent
les Bleds , & les vignes ,
afin d'ofter tout moyen de
fubfifter à ceux qui youdroient
s'y retirer . On arrêta
un Miniftre , & les Marquis
de Voghera & de Beüil ,
allerent avec leurs Regimens
dans des Charbonnieres
, où l'on difoit que plufieurs
Rebelles s'eftoient ca
chez , mais on n'y en trouva
point.
Mr de Catinat eftant de
fon cofté party de Malanoți
pour chercher quelques - uns
de ces Revoltez qui s'ê-
I iij
102 MERCURE
toient retirez fur une des
plus hautes Montagnes des
Alpes , fortit de fon quartier
le 17. de May avec trois cens
hommes détachez des Regimens
de Dampierre , & de
Limofin , & il donna ordre à
cent hommes du Regiment
de Pleffis Beliere de fe trouver
à Bacciglia. Il prit le mef
me jour en paffant à Macel
cent cinquante hommes du
Regiment de Provence qui
eftoit la en quartier , & avec
ces Troupes , il ſe rendit à
Colmiano d'affez bonne het 3
re pour reconnoiftre luyGALANT.
103
mefme les chemins qui pou
voient donner la fuperiorité
fur cette Montagne , que les
Rebelles
difoient eftre une
fortereffe faite de la main de
Dieu. Il trouva moyen de
gagner les hauteurs fur ce
pofte , & fit enfuite partir à
l'entrée de la nuit plufieurs
détachemens
pour envelop--
per les Rebelles . Ceux de fes
Partis , qui devoient s'élever
juſques au haut d'une Montagne
qui fembloit impratiquable
, & qui eft couverte
de neige toute l'année , fe
trouverent fur la Cime à la
I iiij .
104 MERCURE
pointe du jour , & en eſtat de
tomber fur ces opiniâtres
Revoltez
, qui fe voyant entourez
& fans nul efpoir de
fe fauver , n'eurent d'autres
de fe cacher à de- foins que
my- colte , les uns d'un cofté,
les autres de l'autre , & les
autres dans des Rochers où
ils ne croyoient pas qu'on
les puft trouver. Ils furent
trompez , & ainfi leur opiniatreté
les fit perir . M² Catinat
n'eut qu'un Soldat bleffé
d'un coup de pistolet , & un
Officier froiffé avec deux autres
Soldats , parce qu'ils aGALANT.
105
voient roulé le long des Rochers.
Cette derniere action
a donné une telle épouvante
aux Rebelles , qu'elle
en a entierement nettoyé
le Païs où les Troupes de
France devoient aller ; rien
n'eſt plus extraordinaire , &
plus furprenant que ce dernier
mouvement. Les François
ont efté jufque fur la
cime des Montagnes les plus
élevées , & où les Chévres
mefme ont de la peine à
grimper.
On n'a pas laiffe d'envoyer
encore quelques Détache
106 MERCURE
mens depuis cette grande
Action , pour achever d'épurer
ces Montagnes & ces
Rochers jufque dans leursplus
inacceffibles hauteurs .
On y a perdu à diverſes
fois trois ou quatre Officiers
, & environ quarante
Soldats . Le 22. on y perdit
un Sergent avec deux Soldats
de Dampierre . M " de
Biron & de Gontaut font
prefque cntierement gueris ,
& fortent prefentement de
leur chambre. Mª Deſguers,
Major de Provence , mourut
de fes bleffures dés le 19. de
GALANT. 107
May. Les autres Officiers
qui ont efté bleffez , fe portent
affez bien , & l'on ne
croit pas qu'aucun d'eux en
meure. Quoy que les Trou
pes de Savoye ayent fait des
chofes furprenantes , comme
je vous l'ay marqué dans ma -
derniere Relation , & qu'ani.
mées par la prefence de leur
Souverain , elles fe foient expofées
aux plus grands perils
, elles n'ont perdu que
quatre Officiers des Gardes.
Quelques Officiers de divers
Regimens ont eſté bleffez ,
avec environ cent Soldats.
108 MERCURE
M' le Marquis Dogliani ,
Lieutenant General de ces
Troupes, que je vous ay déja
marqué avoir fervy avec
tant d'application , qu'il eftoit
tombé malade auCamp,
des fatigues qu'il avoit effuyées
, a efté tranfporté à
Turin, Le 21. plus de fept
cens Rebelles , tant hommes
que femmes, & enfans, pref
fez par la faim , & par les
continuelles alarmes que
leur donnoit le peril d'eftre
furpris dans les lieux où ils
eltoient cachez , fe rendirent
au Camp de Monfieur
GALANT. 109
le Duc de Savoye à Lucer .
ne , & implorerent la clemence
de ce Prince . Ils ont
efté fuivis de plufieurs autres,
qui font venus par troupes ,
& qui fe font rendus à diver .
fes fois , de forte que ceux
qui ont efté faits prifonniers
dans les differens combats
qui fe font donnez , & ceux
qui fe font rendus chaque
jour, montent à plus de douze
mille , & felon toutes les
apparences , le peu qui reſte
fuivra bien.toft un exemple
fi falutaire , eſtant preffé par
la faim , & par des Troupes ,
110 MERCURE
qui agiffant de tous coſtez
fous les ordres , & à la veuë
de leur Souverain
, trouvent
de penetrer dans les
moyen
lieux les plus inacceffibles &
les plus cachez . Ainfi on ne
parlera bien- toft plus dans
les Etats de Monfieur le Duc
de Savoye de la race des
Vaudois , dont ces Peuples
révoltez eftoient iffus. Ceux
qui ne veulent pas ajoûter
foy à des nouvelles fi certai
nes , ou qui feignent de ne
les pas croire , afin d'avoir
lieu de publier le contraire
pour flater ceux de leur ReGALANT
III
>
ligion , ont beau dire qu'il a
efté impoffible de monter
fur la cime de tous les ro
chers, & de penetrer jufqu'au
fond de toutes les cavernes
où lesRebellesfe font retirez ,
& qu'ainfi on ne peut dire
qu'on les ait détruits entiere
ment. Leur raiſonnement
n'eft pas jufte , quoy qu'il .
femble avoir quelque vray.
femblance . Je demeure d'accord
qu'on n'a pû les vaincre
tous en combattant , parce
qu'ils n'ont pas tous combattu
; && que l'on n'a pû les
joindre tous , mais triom112
MERCURE
pher d'une partie les armes
à la main , & mettre le refte
dans la neceffité de fe rendre
à difcretion , & d'avoir
recours à la bonté de leur
Souverain , c'eſt avoir remporté
une Victoire auffi pleine
& auffi entiere , que fi on
les avoit tous fait perir par
le fer , & par le feu , & cette
Victoire eft d'autant plus avantageufe
au Vainqueur ,
qu'aprés avoir fait voir fa
valeur , & fon intrepidité , &
celle de fes Troupes , elle
luy donne moyen de faire
agir fa clemence , Monfieur
GALANT . 113
le Duc de Savoye qui a fait
connoiftre qu'il poffedoit au
plus haut point toutes ces
qualitez fi dignes d'unSouverain
, a donné auffi des marques
de la liberalité qui eſt
naturelle à tous ceux de fa
Maiſon , en faiſant preſent
de fon Portrait enrichy de
Diamans à M's de Melac, de
Longueval , & de Naves ,
Officiers Generaux des Troupes
Françoifes. Mr les Cofonels
en ont eu auffi chacun
un de moindre prix .Ce Prince
a donné en mefme temps
M' de Villevicille , Licate-
Juin 1686.
K
114 MERCURE
nant Colonel du Regiment
de Limoges , dont je vous
ay parlé dans ma derniere
Relation , & qui s'eſt diſtingué
par une Action d'un
grand éclat ,un fort beau cheval
richement enharnaché,
avec de tres- beaux Piftolets,
dans les foureaux defquels
eftoient deux bourfes remplies
de Louis d'or . Si j'ap
prens encore quelque chofe
de nouveau touchant cette
affaire , je vous en feray part,
avant que de fermer ma Lettre.
Vous m'avez demandé des
GALANT. 15
nouvelles de la belle Grec--
que , que Mr le Prince Philippe
de Savoye amena en
France dans le temps de la
prife de Coron. La Lettre
que vous allez lire vous en
apprendra d'affez importan
tes. Elle eft de M' Vignier.
EDEDEDEA:CD:EA: EDEDEDED
A MONSIEUR LABBE
DE SAZILLY. "
Com
A Paris ce 8. Juin 1686 .
Omme il n'est point detemps
où l'on ne doive pu.....
blier ce qui pem fervir à la gloires
Kijs
116 MERCURE
de Dieu , je n'ay pas crû que Le
trifte eftat où je me trouve ,
me pust difpenfer de vous apprendre
la fuite de l'Hiftoire de
labelle Ifmy , Veuve du Gouver
neur de Coron . C'est auffi , Mon
fieur , ce que voftre pieté afouhai
té le plus de fçavoir , ne douttant
point que dans les lumieres de la
Foy que cette aimable Perfonne
pouvoit recevoir, elle ne duft trouver
des tréfors qui reparaffent avantageufement
la perte qu'elle a
faite & defon Mary , & defes
biens. Je vous ay déja mandé
qu'en revenant de Richelieu nous
latronvâmes à Châtres , où elle
GALANT. 117
accoucha d'une Fille , qui peu de
jours aprés eut le bonheur d'entrer
dans l'Eglife par le Baptefme.
M de Raban prit ce foin là , &
celuy de ramener la Mere à Paris
fi toftqu'elle fut en estat defouffrir
le Carroffe. Sa joye fut grande.
de réjoindre la jeune Farmé & le
refte defa Troupe qui estoit dans
la Maifon de M, de Raban . Elles
ne manquerent pas toutes deux .
de recevoir force Vifites de l'un
& de l'autre Sexe , fur le bruit
qui s'eftoit répandu par tout de.
leur merite ; mais on remarquoit
fur leur visage que fi celles des
Dames leur faifoient plaifir, elles
118 MERCURE
n'en recevoient des hommes qu'avec
chagrin & avec contrainte.
On fut quelque temps fans leur
parler de noftre Religion afin de
ne les pas affliger. Elles ne pou
voient fouffrir que l'on fift lefigne
de la Croix devant elles , & fe
defefperoient quand on difoit quelque
chofe contre leurfaux Prophete.
Deux Enfans de Mr de
Raban, dont l'aifné n'a que treize -
ans,&qui ont tous deux beau
coup d'efpritpour leur âge , s'attacherent
à leurfaire connoiftré l'état
miferable où elles eftaient par
Teurs Erreurs , & trouvant la
Morefque Cadméplus difpofée à .
GALANT. 119**
que les autres , ils la Les écouter
prefforent de lefaire Chrestienne;
furquoy elle leur difoit de prendre
bien garde que Madame Ifmy ne
fceuft pas qu'ils luy parloient, par--
ce qu'elle la maltraiteroit ; mais
pour luy oftercette crainte , ils l'af
feuroient qu'elle n'avoit plus de
pouvoirfur elle , ce qui la rendit
affezhardiepour s'ouvrirà lapetiseZoula
qui eft prefentement avec
Madame la Ducheffe de Portmouth
, & qui eft celle là mefmeque
Dieu avoit prefervée de la
fureur d'un Soldat qui avoit le
Cimeterre leve pour la fendre en
deux. Cette petite Fille recent
120 MERCURE
volontiers la propofition qui luy
fut faite d'embrasfer le Christia
nifme ; mais la petite Arigé n'y
confentitpas fans verfer des larmes
. Ce fut dans ce temps- là que
Madame la Princeffe de Carignin
, & M. le Prince Philippe
prierent le Pere de Bizance , Prêtre
de l'Oratoire , de les voir. Il
le fit , comme la Langue Turque
luyeft naturelle parce qu'il eft
né à Conftantinople, il s'adreffa
d'abord à celuy de cette Troupe qui
luy parut avoir plus d'efprit . It
s'appelloit Haly , grand Garçon
bienfait fort opiniâtre. Pour le
convaincre plus facilement de la
faufferé
GALANT. 121
fauſffeté de fa creance , ilfe fervit
d'un Alcoran que Mr de Villeray,
Efcuyer de Monfieur le Prin
ce Philippe , luy avoit mis entre
les mains , & que ce jeune Turc
avoit donné luy- mefme à Mr de
Villeray dans Coron . Cet Alcoran
eftoit écrit en Arabe avec une
explication Turque en interligne ;
-mais quoy que les Turcs faffent
bien plus de cas de ceux qui ne
font qu'en Arabe , parce , difentils
, qu'il faut croire tout ce qu'à
dit leur grand Prophete fans aucune
glofe , ce fut pourtant par
cette explication Turque que le
Pere de Bizance fit connoistre à
Fuin 1686.
L
122 MERCURE
Haly les Dogmes ridicules de cét
Imposteur; & il le fit avec tant
d'efficace , que ce jeune homme
deteftafurle champ ce qu'il avoit
foutenu avec tant d'obstination.
Il courut le dire à fes Camarades
Hamet , Bekir , Mehemet , &
Ibrahim , les exhorta àfe faire
Chreftiens. Cela fit un grand
effet fur les efprits d'Ifmy & de
Farmé , qui receurent avec plus
de docilité l'explication de nos Mifteres
q e le Pere de Bizince leur
faifoit ave beaucoup de netteté.
Comme il fu obligé de faire un
petit Voyage , les Enfans de Mr
de Raban dont je vous ay parlé ,
GALANT. 123
continuerent à leur infinuer lesVeritez
Chreftiennes ; ils leur propoferent
mefme d'aller à l'Eglife
dans le temps de Vefpres , afin
qu'elles puffent eftre touchées par
la Majefte de nos Ceremonies.
Fatmé s'habilla trois ou quatre
fois à la Françoise pour y aller ,
& s'accoutuma peu à peu àfaire
le figne de la Croix dont elle avoit
eu tant d'horreur ; mais il fut impoffible
de faire refoudre Ifmy à
enfaire autant. Il eft vray qu'el
le fe feparoit fouvent des autres
pourfaire fesprieres , & qu'elle
demandoit à Dieu la grace de luy
faire connoiftre la Verité. Elle
Lij
124 MERCURE
fut exaucée. Le Pere de Bizance
eftant de retour redoublaſes affiduitez
pour l'inftruire , & fon
coeur fut fi bien difpofé à recevoir
tout ce qu'il luy dit d'un Dieufait
Homme , & crucifié pour l'amour
de nous , qu'il m'affura la derniere
fois que j'eus l'honneur de le
voir , qu'elle eftoit entierement.
defabufée de toutes les damnables
refveries du Mahometisme , &
tres bonne Chreftienne. Il a la
mefme opinion de tous les autres ;
& comme il ne manquoit plus
que le Batefme pour achever ce
grand Ouvrage , ils le reveurent
Samedydernier Veille de la PenGALANT.
+25
recofte dans l'Eglife defaint Eutache.
Sept eurent l'honneur d'étre
nɔmmez par Madame la Princeffe
de Carignan , & par Monfieur
le Prince Philippe fon petit
Fils. Haly fut nommé Thomas ;
Hamet Eugene ; Bekir , Philippe
(c'eftle Fils de Carabas qui eft
General de la Mer ) Mehemet ,
Philbert , & le petit More Ibrahim
, Charles. Ifmyfut nommée
Marie- Philippe , & Fatmé ,
Loüife- Eugene. La petite Atigé
Cadmé Morefques , furent
nommées par M le Vicaire de
Saint Eustache , par Mefdames
de Saint Martin & Cheva
Liij
126 MERCURE
her ; la premiere feanne-Hortence,&
lafeconde Loüife- Philberte.
Elles eftoient toutes veftuës
de blanc , elles s'attirerent par
leur modeftie les benedictions &
les voeux d'un nombre infiny de
monde qu'un firare Spectacle avoit
attiré de tous les endroits de
Paris . Voilà , Monfieur , ce que
je vous avois promis. Si j'avois
tardé encore quelque temps à vous
écrire , j'aurois pú joindre à cette
belle jeune Troupe , trois ou
quatre autres Turcs que le Pere de
Bizance a auffi convertis. Je
fuisVoftre ,&c.
い
.
"
"
1.
GALANT. 127
Je ne vous dis point que
Madame la Princeffe de Carignan
eft une Princeffe du
Sang de France , & qu'elle
s'appelle Marie de Bourbon ;
cela eft connu de tout le
monde. Elle eft Fille de Charles
de Bourbon , Comte de
Soiffons, Coufin Germain de
Henry IV . Roy de France
& de Navarre , & d'Anne de
Montafiere , & avoit épousé
Thomas François de Savoye
Prince de Carignan , Fils de
Charles Emanuel , Duc de
Savoye, Prince de Piedmont,
Roy de Chipre , & de l'In-
Liiij .
128 MERCURE
fante Catherine Michelle
d'Auftriche , Fille de Philippe
II. Roy d'Espagne , &
d'Elizabeth de France , Fille
de Henry II. Roy de France
, & de Catherine de Medicis.
Cette Princeffe joint à
fa naiffance une grandeur
d'ame digne de fon rang ,
une affabilité qui fait que
tout le monde l'approche ;
& quoy qu'elle traite avec
diftinction tous ceux qui ont
Phonneur de la voir , jamais
il ne fort perfonne d'auprés
d'elle qui ne foit content.
Elle aime fes Amis , a un plaiGALANT.
129
fir fingulier à en faire , & les
aide dans tous leurs befoins .
Il y a dans fon Palais , & dans
tout ce qu'elle fait un air de
magnificence qui fait bien
connoiftre qu'elle eft du
Sang des Bourbons. Sa pieté
& fon zele pour la Religion ,
dont elle donne tous les
jours des marques , ne fe
peuvent affez loüer . La refrgnation
qu'elle a toûjours
fait paroiftre pour les volontez
du Ciel , dans les pertes
qu'elle a faites , & dans les
traverſes que la fortune luya
autrefois fufcitées , eſt à imi130
MERCURE
ter . Sa fermeté fouvent éprouvée,
a peu d'exemples , &
rien n'approche de la charité
qu'elle a pour les malheuheureux
& pour
les pauvres.
Mile Chevalier de Savoye
fon Petit-fils , trouve par tout
dans fon Sang ce qu'il y a de
plus augufte dans la Chref
tienté , c'eſt à dire , des Empereurs
, des Rois , de grands
Souverains & des Heros. Il
ne dégenere point , & ſa valeur,
qui a déja éclaté en plufieurs
fortes de combats , le
fait voir digne du Sang dont
il fort , & digne Fils de feu M²
1
GALANT. 131
le Comte de Soiffons. Ce
jeune Prince ne trouvant
plus icy dequoy s'occuper felon
fon genie qui le porte
aux grandes Actions , alla l'an
paffe fervir la Religion dans
l'Armée des Venitiens . Il affifta
à toutes les entrepriſes
qui fe firent dans la Morée ,
& malgré les fatigues plus
extraordinaires qu'elles ne
l'avoient encore efté , il fut
prefent à tout. Il luy en penfa
coûter la vie d'une bleffure
dangereufe qu'il receut à
Coron ; mais le mal qu'il avoit
ne l'empeſchoit pas d'e132
MERCURE
ftre fenfible à celuy des au
tres . Il fauva autant de ces
miferables Infidelles qu'il le
put , particulierement dans
l'efperance que les tirant de
ces lieux , où tout eft plein
de
Mahometans , il en pourroit
faire des Chreftiens .
C'eſt par ce mouvement de
pieté qu'il a arraché à la
mort ces pauvres infortu
nées , qui ne le peuvent plus
eftre deformais , puis qu'il a
pleu à Dieu leur faire la
grace
de recevoir le Baptefme ,
& qu'elles font entre les
mains d'un Prince fi genereux
.
"
14
GALANT. 133
Madame la Princeffe de
Bade accompagnoit Madame
la Princeffe de Carignan
fa Mere , dans cette Ceremonie.
On connoift les grandes
qualitez de cette illuftre
Priuceffe , dont la vertu doit
fervir d'exemple aux autres ,
& dont le courage ne fe peut
affez vanter, Elle a de l'efprit
autant que celles qui en ont
le plus. Elle l'a vif, juſte &
penetrant. Il eſt cultivé par
la lecture de toutes fortes de
bons Livres , & perfonne
n'en juge mieux qu'elle . On
ne peut avoir plus de Poli-
1.
134 MERCURE
reffe , ny marquer plus de
generofité dans les occafons.
Elle eft fidelle & tresbonne
amie , & elle ne connoiſt
point de raiſons qui
puiffent l'empefcher de l'etre
, quand elle l'a promis
ou qu'elle croit le devoir.
Madame la Princeffe de
Carignan eftoit auffi accompagnée
de Mademoiſelle de
Soiffons fa Petite- Fille , jeune
Princeffe qui pourroit faire
la forrune d'un grand Prince,
fi elle eftoit veuë & connuë.
Elle eft élevée auprés de MaGALANT.
135
dame fa Grand '- Mere ; c'est
ponr s'affeurer qu'elle affez
a une folide vertu . Elle joint
encore à une beauté pleine.
d'agremens toutes les graces
qu'on peut defirer dans une
perfonne aimable . Son efprit
eft fin & délicat , & fort audeffus
de fon âge , & elle a
beaucoup d'application à le
cultiver par toutes les bonnes
chofes qui luy conviernent
. Elle a un entier attachement
à fon devoir
c'eft par là qu'elle paffe la
meilleure partie de fon
temps auprés de Madame de
&
136 MERCURE
Carignan
ne connoiffant
rien qui luy puiffe eftre plus
avantageux pour fe perfectionner
dans les grandes
qualitez qui mettent les
grandes Princeffes autant au
deffus des autres que peut
faire leur naiffance. Elle paffe
le refte du temps avec Mademoiſelle
de Carignan fa
Soeur qu'elle aime fort , &
qui eft tres- digne d'eftre aimée.
Enfin c'eft une Princeffe
toute parfaite , & qu'on
ne peut voir fans découvrir
tout ce qu'on peut attendre
de grand du Sang Illuftre
dont elle eft formée
GALANT. 137
Vous fçavez , Madame,
que M' le Comte de Roye
eft heureux en Enfans , &
que Mrs les Comtes de Rouffy
& de Blanfac fes Fils , font
regardez dans le Monde avec
beaucoup de diftinction ..
Ils eftoient tous deux du Carrouſel
, & vous pouvez voir
ce qu'on en a dit dans les
Portraits qui ont efté faits de
tous les Chevaliers & de :
toutes les Dames qui com...
pofoient cette heroïque &
galante Fefte. Ils ont troisi
Seeurs dans le Convent de:
Noftre Dame de Soiffons ,,
Juin 1686.
M.
138 MERCURE
où elles eftoient entrées pour
y
eftre inftruites des veritez
Catholiques. Mª l'Abbé
Huet nommé à l'Evefché de
Soiffons , qui avoit efté choify
pour ce glorieux employ
à caufe de la profonde érudition
, les a fi pleinement
convaincues de la fauffeté
des Maximes de Calvin ,
qu'elles en firent abjuration
entre fes mains le premier
jour de ce mois , en prefence
d'un grand nombre de perfonnes
de qualité , la pieté
avec laquelle elles s'acquiterent
de cette action , édifia
GALANT. 139
extrémement toute l'Affemblée
. Quatre jours aprés ,
deux de leurs Freres,Penfion .
naires au College de Loüis
LE GRAND ( C'eft ainfi
que l'on appelle prefentement
le College de Clermont
) firent la mefine ab
juration entre les mains du
Pere Recteur du mefme College.
Je vous appris il y a un mois.
la Converfion de M' le Duc;
de la
Force.Depuis ce temps ...
là quatre des Fils de ce Duc,,
& le Fils unique de M le
Marquis du Bordage , qui
Mij
140 MERCURE
>
eftoient auffi Penfionnaires
dans ce College, ont fait profeffion
des Veritez Catholiques.
La Ceremonie de leur
abjuration fe fit ces jours
paffez dans l'Eglife de Saint
Louis , entre les mains du
Pere de la Chaife , Confeffeur
du Roy.
La revocation de l'Edit
de Nantes ayant obligé Madame
de S. Glie à quitter le
Calvinifme , on avoit quelque
fujer de douter
Converfion fuft fincere, parce
qu'elle eftoit âgée de qua
tre-vingt neufans , & qu'el
Į
que
fa
GALANT. 141
le avoit efté jufque- là attachée
à fes Erreurs avec une
opiniâtreté invincible . Feu
Mile Marefchal de Schule mberg
fon Frere avoit fait tous
fes efforts pour l'y faire renoncer
pendant qu'il eftoit
Gouverneur d'Arras . Il luy
avoit fouvent envoyé lesp'us
habiles Gens de tout
le Pays , & aucun d'eux ne
F'avoit perfuadée . Ayant efté
attaquée de Pourpre depuis
quelque temps , & les Medecins
defefperant de fa guerifon
, elle envoya chercher
fon Curé de fon propre mou-
1
1
142 MERCURE
vement , fe confeffa avec
toutes les marques d'un vray
repentir , & fit paroiftre une
devotion toute édifiante en
recevant la Communion .
Malgré cette grande mala.
die , & fon grand âge , elle
s'eft tirée d'affaires , & continue
dans tous les exercices
de pieté qui peuvent faire
connoiftre une veritable Catholique
. Elle demeure en
un lieu qui s'appelle Binarville
, & qui eft du Dioceſe
de Rheims.
Parmy le grand nombre
d'Abjurations qui ont elté
GALANT. 143
faites , on a veu plufieurs
perfonnes converties par des
voyes qu'il femble qu'on
n'auroit pas deu chercher, &
dont mefme on auroit cru
ne pas devoir attendre beaucoup
. Cependant ces voyes
ont efté plus promptes quelquefois
que celles qui ef
toient plus dans les formes ,
& Dieu a voulu montrer par
là que tout le monde eftant
obligé de bien fçavoir ſa Religion
, les plus fimples n'ont
pas moins de droit de l'enfeigner
que les plus habiles.
C'est ce qui fut cauſe que les
144 MERCURE
Apoftres prefcherent avec
de fi grands fuccés . Comme
perfonne ne sçauroit ſe difpenfer
de fonger à ſon ſalut,
les femmes ne doivent pas
eſtre moins inſtruites que les
hommes , des chofes qui le
regardent . Il faut cependant
demeurer d'accord qu'elles
ne le font pas toûjours , mais
on peut dire à leur gloire ,
qu'il fuffit qu'elles s'appliquent
à ce qu'elles ont envie
de fçavoir , pour le poffeder
perfaitement. Une Demoifelle
de Cologne , appellée
Marie - Agnes de Noël
nous
GALANT. 145
nous en fournit un exemple.
Elle eft Catholique , & peu
de perfonnes font inftruites
plus à fond de la verité de
nos Myfteres , & des Erreurs
des nouvelles Sectes. C'eft
une de ces Femmes agiffantes
qui fçavent beaucoup de
chofes , que rien n'embaraſfe,
& qui obligent quantité
de Gens. Son humeur accommodante
luy a donné
pour Amies toutes les Dames
de la premiere qualité de Cologne.
Il
coup de Princeffes Allemandes
pour qui elle fait fouvent
Juin 1686.
y a mefme beau-
N
146 MERCURE
des Voyages à Paris , & qui
ont en elle une entiere confiance
. Elles la chargent de
leur faire faire tout ce qu'elle
juge à propos, afin qu'elles
puiffent fuivre les modes
de France, & elles luy donnent
leur argent , pour leur
acheter jufques à des Pierreries.
Ce font des fervices qu'-
elle leur rend plûtoft fur le
pied d'Amie , que d'une autre
forte , & toûjours de bonne
grace , & avec beaucoup
d'intelligence.Elle parle plufieurs
Langues , & le François
luy eſt auſſi naturel qu'à
GALANT. 147
ceux du Pays . Dans le temps
que cette Demoiſelle devoit
venir à Paris la derniere fois,
un Gentilhomme Allemand,
nommé Jean-Jufte de Bour
chers, & plus connu fous le
nom de Beauregard , parce
qu'il a une Terre en Weftphalie
qui porte ce nom , y
devoit venir auffi. Il eftoit
Lutherien , & Amy de tous
les Catholiques Romains de
fon Pays. Le hazard ayant
voulu qu'ils fe fuffent con
certez pour partir enſemble,
toutes les Perfonnes de qualité
qui connoiffoient cette
Nij
148 MERCURE
Demoiselle , & le tour de fon
efprit, la prierent de travailvailler
pendant le chemin à
la converfion de ce Gentilhomme.
Elle s'y engagea,&y
réüſſit ſi bien, qu'en arrivant
à Paris, il ne reftoit plus qu'à
luy donner l'éclairciffement
de quelques points , ſur leſ
quels il infiftoit. La Demoi
felle ayant appris l'eftat où
eftoient les chofes au S' la
Quille fon Commiſſionnaire
, il mena le Gentilhomme
chezM' de Blampignon ,Do-
&teur de Sorbonne , & Curé
de la Paroiffe de S. Mederic,
GALANT. 149
2
Hs eurent enſemble une conference
de deux heures , &
M' de Blampignon luy leva
tous fes fcrupules avec tant
de force & de netteté , que
ce Gentilhomme s'eftant jetté
à fes pieds , le conjura les
larmes aux yeux de luy faire
faire abjuration de fes Erreurs
dés ce mefme jour , ce
qui fut fait , fans attendre au
lendemain , le Mardy 11. de
ce mois , dans le Choeur de
l'Eglife de S. Mederic . M'de
Blampignon l'iuſtruifit plus
amplement des Veritez Catholiques
pendant les trois
Niij
iso MERCURE
jours fuivans . Le Samedy 15 .
du mois il fit une confeffion
generale, & le Dimanche de
Ï'Otave du S. Sacrement , il
communia pour la premiere
fois avec tant de zele & de
ferveur, qu'il combla de joye
tous les Affiftans . Ce font des
coups de la Grace . Heureux
ceux qu'elle va ainfi chercher.
Je vous ay déja fait part de
tout ce qui s'eft paffé à Rome
à l'occafion de la Fefte Generale
, faite pour la Réunion
des Proteftans de France à
l'Eglife Catholique . Il me
GALANT. 15E
refte à vous parler d'une Fête
particuliere , qui a fait connoiftre
le zele de M' le Car
dinal d'Eftrées . Il choifit pour
cela l'Eglife de la Trinité du
Mont, parce qu'il en eft Titulaire
. Vous fçavez , Madame ,
que tous les Cardinaux ayant
chacun le nom d'une Eglife,
on dit Cardinal au tiltre de & c.
Vous jugez bien que la Feſte
fut d'une magnificence exrraordinaire
, puis qu'on ne
peut foûtenir les interefts & la
gloire de la France avec plus
d'éclat , plus de grandeur ,
plus de prudence & plus de
N. iiij
152 MERCURE
conduite que font M❜ le Duc
d'Eftrées , & M ' le Cardinal
fon Frere. Le 12. du dernier
mois , jour deſtiné pour la
Feſte , eftant arrivé , ce Cardinal
partit du Palais Farnéfe
à neuf heures du matin ,
fe rendre à l'Eglife de
la Trinité, fondée
pour
par Charles
VIII. Roy de France , &
appellée du Mont , à cauſe
qu'elle eft baftie fur le Mont
Pincius. Il eftoit accompa
gné de M' Altoviti Patriarche,
& d'un tres -grand nombre
de Prelats , & d'autres Per
fonnes qualifiées , ce qui faiGALANT.
153
foit un Cortege de plus de fixvingt
Carroffes. Cette Eglife .
eftoit ornée d'une Tapiflerie .
du deffein de Raphael , où r
l'Hiftoire des Apoftres eftoit :
reprefentée. Toute la voûte .
en eftoit couverte d'un Damas
cramoify, fur lequel il y
avoit quantité de Fleurs-de-
Lys, & deRofes deTafetas de
mefme couleur.On avoit pla
cé les Portraits du Pape & du .
Roy au deffus de laCorniche
vers l'Autel. Celuy de M' le
Cardinal d'Eftrées eftoit au
deffous d'une grille dorée, qui
environnoit un grand échaf
14 MERCURE
faut couverr de Damas Cramoify
galonné d'or , que l'on
avoit fait pour la Mufique.
On voyoit fes Armes en relieffur
le ceintre principal de
l'Eglife , & l'écuffon en étoit
foûtenu par quatre figures
d'Anges argentez . Je n'entreray
point dans l'entier détail
des ornemens de la face
exterieure de cette Eglife . Je
vous diray feulement qu'entre
les deux Clochers que
F'on avoit peints en couleur
de Marbre blanc , un grand
piedeſtal de figure exagone,
regnoit depuis la Balustrade
GALANT. 155
du cornichon du fecond ordre
jufqu'en haut , & qu'une
Hydre , qui reprefentoit
FHerefie entierement abbatue
avec plufieurs teftes de
coffé & d'autre , eftoit fur la
bafe de ce predeſtal . On y
voyoit la Religion affife , les
bras étendus. Elle tenoit
deux Couronnes , l'une de
Laurier , & l'autre d'Etoiles .
Un fecond piedestal de meſme
figure que le premier, s'élevoit
fur cette grande Machine
. Il y avoit une grande
Croix blanche, & unDrapeau
de Tafetas bleu auprés d'un
156 MERCURE
Hercule, qui reprefentoit les
traits du Roy.Il eftoit affis fur
des Trophées à la droite, &vis
à vis paroiffoit la France. Elle
eftoit aufli fur des Trophées ...
Ces deux Figures tenoient les
deuxClefs de laReligion , qui
eftoit aflife au deffus d'un Pal
mier; & avoit uneTiare &une
chape. Tout cela étoit embelly
d'Infcriptions. On voyoit
le Portrait du Roy en couleur
de bronze doré dans l'une
des deux Arcades des Clochers
, & la figure de la Pieté
dans l'autre. Des Feftons de
feüillages rehauffez d'or , &
GALANT. 197
couronnez de chandeliers
dorez garnis de cierges de cire
blanche, ornoient les pilaftres
& le ceintre de ces deux
Arcades. Un grand Tableau,
placé au deffous de la plus
haute balustrade
, represétoit
les Livres brûlez des Heretiques,
lesPredications desMif-
Lionnaires , &les aumônes qui
onteſté faites aux Convertis,
& à coté de ce grand Tableau,
deux autres de mefme
hauteur reprefentoient la dé
molition des Temples des
Calviniftes , &la conſtruction
des Eglifes bafties nouvelle-
--
18 MERCURE
inent pour les nouveaux Catholiques.
Entre les pilaftres
d'ordre Corinthien étoit une
Arcade de chaque coſté. Un
grand Tableau où la cheute
des Idoles eftoit peinte , paroiffoit
dans l'une , & au milieu
de l'Arcade un peu au
deffus de ce Tableau , on
voyoit un Medaillon de Clovis.
Il eftoit de bronze doré ,
& la bordure eftoit de relief,
auffi dorée. Il y avoit un autre
Tableau de mefme grandeur
dans l'autre Arcade . Il
faifoit voir les Saxons domptez
, & recevant le Baptefme
GALANT. 159
par les foins de Charlemagne.
Deux Anges foûtenoient
une fort grande Medaille
fur l'architrave de la
Porte. Elle eftoit environnée
de Palmes & de Lauriers ,
& repreſentoit faint Louis à
cheval , combatant à la teſte
de fes Troupes Les deux Colomnes
de la Porte eftoient
auffi fort ornées dans leurs
chapiteaux & dans leurs bafes.
Pour marquer les foins
que le Roy a pris de faire
donner à fes Sujets de la Religion
Pretenduë Reformée
les Inftructions qui leur é160
MERCURE
pa. toient neceffaires , on
on fit
roiftre un Soleil illuminé
fur le haut de la balustrade
de l'efcalier. Cét Aftre, qui
eft la devife de Sa Majefté ,
avoit pour ame des mots
Latins qui fignifioient , Jay
fervy d'oeil à l'Aveugle. Il y avoit
un écriteau au deffous
contenant d'autres mots Latins
qui vouloient dire , nous
avons veu la lumiere
par ta lu.
miere. Il eft facile de voir le
rapport de ces paroles. Au
detious de la baluftrade du
mefine Eſcalier , dans les or
nemens duquel entroient
GALANT. 161
deux grandes Medailles , l'u
ne de l'Empereur Conftantin
, & l'autre de l'Empereur
Theodofe , eftoit un grand
Tableau qui faifoit connoiftre
comment le Roy Philippe
Augufte avoit purgé la
France de Juifs . On voyoit
le Portrait de ce Monarque
au haut de ce Tableau dans
une Medaille d'or. Ik eftoit
accompagné d'une Infcription
Latine qui faifoit enten.
dre qu'un Roy Sage vient
à bout de diffiper les Impies.
Avant que Mr le Cardinal
d'Eftrées artivaft à l'Eglife de.
Juin 1686.
162 MERCURE
la Trinité , M' l'Auditeur, &
M ' le Treforier de la Chambre
, qui ne vont jamais aux
Corteges , s'y eftoient déja
rendus. Ils fe mirent à la tefte
de tous les Prelats , parmy
lefquels ils tiennent le premier
rang , & ils fe rangerenr
tous aux deux coftez du
Choeur fur des bancs à doffiers
couverts de Tapis . M
le Cardinal eftant arrivé, prit
fa Chape à la porte de l'Egli
fe , & alla fe placer fous un
Dais qui eftoit prés de l'Autél
, du coſté de l'Evangile .
Mr le Duc d'Eftrées fe mit
GALANT. 163″
dans une Tribune , ainfi que:
M' le Duc de Mantoüe , &
Madame la Ducheffe de Modene.
Aprés la Meffe , que
M ' Cafati , Archevefque de
Trebifonde , celebra pontificalement
, & qui fut chantée
par deux Choeurs de plus
de foixante & dix Muficiens .
On entonna le Te Deum, qui
fut auffi chanté en Muſique ,
aux fanfares des Trompettes,
& au bruit des Boëtes ; des
Tambours & des Timbales, -
LaCeremonie finit par un excellent
Difcours Latin,que le
Pere Hemery Jefuite pronon
164 MERCURE
ça à la gloire de Sa Majesté.
Lors qu'elle fut achevée , M
le Cardinal d'Eftrées regala
magnifiquement un grand
nombre de Perfonnes de
qualité dans la grande Salle
du College de Propaganda Fide
Il eft fitué au bas de la
montagne , fort prés de l'Eglife
de la Trinité , & à une
des extremitez de la Place
d'Eſpagne. Ce repas fut fuivy
d'une belle fymphonie ,
& d'un recit en Vers Italiens
à la louange du Roy , que
quatre des plus belles voix
de Rome chanterent dans
GALANT. 165
une autre Salle , où ce Cardinal
avoit fait paffer la Compagnie.
Une fontaine de vin à
cinq Jets, qui repreſentoient
une Fleur de Lys , coula jufqu'à
la nuit , pour le Peuple,
au bout de la mefme Place
d'Eſpagne , fur laquelle la
veuë de la Salle s'étendoit .
L'obfcurité commençant
à
cacher tous les objets , une
Illumination des plus furprenantes
fit paroiftre avec un
nouvel eclat tout ce qui ornoit
la façade de l'Eglife . On
voyoit un fuperbe frontispi
ce formé de deux grands Pi166
MERCURE
laftres , dont les Portraits du
Pape & du Roy , tout tranſ
parens de lumieres , eftoient
foûtenus , avec des Infcriptions
fur les Piedeftaux & fur
les Pilaftres . Une Tiare Pontificale
, & une Couronne.
Royale , accompagnées des
Armes de Sa Sainteté & de
Sa Majefté , terminoient cette
Illumination . On avoit
conftruit avec des fueillages
& de la verdure cinquante
autres Pilaftres derrière &
vis -à - vis des deux grands ,
afin de garder de la fymetrie.
Ils eftoient plantez en
"
GALANT. 167
droite ligne , & s'étendoient
jufqu'au haut d'une Plateforme
qui fert de Place à l'Eglife.
Les arbres qui cou
vrent la pente de la Montagne
, foûtenoient des Coupes
& des Fleurs de Lys , &
les Chandeliers à branches
dont elles eftoient accompagnées
, portoient chacun
trente à quarante lumieres ..
Il y en avoit quantité d'autres
en forme de grandes.
Etoiles , fur les arbres naturels
qui font au bord du chemin.
La façade de l'Eglife ,
auffi-bien que le Perron par
168 MERCURE
•
où l'on y entre , eftoient éclairez
d'un nombre infiny
d'autres flambeaux , diſpoſez
de telle forte , qu'ils reprefentoient
en quelque façon
l'architecture de cet Edifice .
Outre les arbres naturels
que l'on avoit remplis de
lumieres, on en avoit planté
d'artificiels des deux coftez
de l'Eglife , & le long de la
Plate -forme. Ils eftoient garnis
de Pots à feu , & förmoient
un demy cercle. Joignez
à cela le grand nombre
de Lanternes dont les
feneftres du Convent de la
Trinité ,
2
GALANT. 169
Trinité , & les maifons des
rues qui aboutiffoient à la
Plate -forme & à la Place ,
eftoient éclairées , & vous
concevrez fans peine la
beauté de ce Spectacle . La
fituation avantageuſe du lieu
y contribuoit beaucoup . Plufieurs
chambres qui regardoient
fur la Place, avoient
efté tenduës de Damas cramoify
, afin d'y placer les
Perſonnes diftinguées , & il
y avoit d'ailleurs des Balcons
& des Echaffaux le long & à
la
hauteur du premier étage
des Maifons . Tout cela fut
Juin 1686.
Р
10 MERCURE
occupé , & un peu aprés que
I'Illumination eut paru , on
entendit un concert de Tambours
& de Trompettes. Il
fut fuivy d'un autre de Violons
, aprés lequel divers Inftrumens
firent une Symphonie
tres-agreable , pendant
qu'une des plus belles voix
de Rome chantoit un Récit
à la louange du Roy. Ces
réjoüiſſances ne finirent qu'-
aprés un Regale de plufieurs
grands Baffins de fruits & de
confitures en pyramide , que
l'on prefenta à la Compagnie
avec toutes fortes de li-:
GALANT. 171
queurs. La plus grande de ces
Pyramides fut jettée au Peuple.
M'le Cardinal d'Eſtrées
fit auffi porter des Baffins
femblables
& des Eaux glacées
aux Princeffes Pamphile
& de Venafro, qui cftoient
placées dans quelques Maifons
voisines . On avoit dif
tribué par fon ordre le jour
précedent toutes fortes de
provifions à tous les Convents
de ReligieuxMandians
,
& aux Seminaires de propaganda
Fide , & le jour de cette
Fefte on fit au Palais Farnefe
des aumônes en argent à
Pij
172 MERCURE
plus de huit mille Pauvres.
Ainfi ce Cardinal fit paroiftre
en mefme temps fa magnificence
& fa charité , &
rien ne fut épargné de ce
qui pouvoit faire connoiftre
combien il eft ſenſible aux
avantages que Sa Majeſté a
procurées à l'Eglife par l'Extinction
de l'Herefie.
Il me fouvient que je vous
parlay il y a un an de certains
Infectes , qui avoient fait de
fort grands degafts aux bleds
dans quelques Villages du
Dauphiné . La Lettre qui
fuit vous apprendra combien
1
GALANT. 173
on a encore fujet de les craindre.
Elle eft de M ' de Joffaud ,"
Confeiller au Prefidial de
Niſmes , & adreffée à Mª de
Coucols la Gorce.
D'Aramont en Languedoc , le 29. May 1686 .
Pi
Vifque vous me deman
dez une Relation des Infectes
qui mangerent noftre Recolte
l'année paffée , & qui nous
donnerent tant de peine à les
chaffer , je vay vous la faire
avec le plus d'exactitude que je
pourray. Ces Animauxfontfans
doute d'une espece particuliere
,
Piij
174 MERCURE
quoy qu'il n'y paroiffe rien à les
voir , et qu'ils ne different des
Sauterelles qu'en ce qu'ils volent
comme les Oyfeaux . Ils fontgris ,
& ont environ un pouc: de longueur
, c'eſt à dire douze lignes.
On en voyoit il y a un an la terre
converte de quatre doigts d'épaiffeurt
tous les matins avant que le
Soleil fe montraft ; mais dés
La chaleurfefaifoitfentir, ils s'envoloient
fe jettoient fur les
bleds , dont ils mangeoient
le
grain & lapaille , mais fi promp
tement à cause de leur grand
nombre , qu'en moins de trois heures
ils devoroient tout le bled d'un
que
•
-
GALANT. 175
champ . Aprés cela ils voloient ,
leurs troupes estoient fi épaiffes
qu'elles couvroient le Soleil
comme un nuage. Il ne leurfalloit
pas moins de deux heures pour
paffer. Ils alloient contre le vent
voloient au deffus du Chasteau,
qui comme vous fçavez , eftfort
elevé , & s'alloient jetter fur un
autre bled qu'ils devoroient comme
lepremier. Aprés avoir mangé
tous nos bleds , ils mangerent
les legumes , les vignes , les faules
jufques aux chanvres
malgré leur amertume . Enfin fur
la fin du mois d'Aouft ils cefferentde
voler, la Femelle en-
Piiij
176 MERCURE
fonçoit fon derriere dans la terre
la plus dure , où elle jettoit une
bave , qui avec la terre formoit
un tuyau gros comme une plume à
écrire de la longueur du pouce
dans lequel elle faifoit fes oeufs
qui font gros comme des grains de
Millet. Il s'en trouve jusques à
cinquante dans ces tuyaux qui
font luttez de la mefme terre , en
l'eau ne les
forte
que
perce
point
.
Enfuite
tous
ces Animaux
`moururent
dans
les champs
, & répandirent
une
tres- mauvaise
deur
. Ils ont commencé
à éclore
cette
année
au mois
d'Avril
, & ily
en a qui éclofent
encore
. On s'eft
GALANT. 177
avifé dans le mois de Mars de
faire amaffer ces oeufs , qui nefont
enfoncez dans la terre que de l'épaiffeur
d'un travers de doigt.
L'on en a ofté cent quatre - vingt
quintauxpefant , & il nous auroit
efté avantageux que l'on s'en
fuft avifé plutoft . Depuis qu'ils é
clofent , on apris plus de trois cens
quintaux de ces Sauterelles , qui
nefont pas encore plus groffes que
des mouches . Il en refte beaucoup
qu'on ne fçauroit prendre , parce
qu'elles font dans les bleds , qui
font fort avancez , & que
craindroit de les gafter fi on y
entroit. Ces Infectes ont ruiné
l'on
178 MERCURE
>
cette Communauté qui n'eut point
de Recolte l'année derniere ,
qui peut- efire n'en aura point celle-
cy quoy qu'il luy en couste
plus de mille écus des feuls frais
qu'elle a efté obligée de faire pour
les faire ramaffer. On en a pris
une grande quantité dans les Villages
voifins , & fans les precautions
que
,il y en
l'on a prifes , il y
avoit affez pour dévorer tous les
bleds de la Province.
Vous devez eftre contente
de l'Air nouveau que je
vous envoye , puis qu'une
perfonne des plus difficiles
en Mufique , & qui chante
GALANT. 179
avec le plus de jufteffe ,l'a appellé
fon Air favory.
AIR NOUVEAU.
L
E Printemps commence à pa
roiſtre ,
Il s'eftenfin rendu le maistre
De l'Hyver contre luy fi long- temps
révolté.
Amour, amour fais - en de mefme;
Contre le coeur d'une ingrate beauté
Toûjours plein de feverité,
Fais fentir ton pouvoir extrême.
Vous fçavez dans quelle
eftime eft Anacreon pour la
douceur de fes Vers. Voicy
la Traduction d'une de fes
Odes.Vous trouverez qu'elle
180 MERCURE
a
confervé fes graces en
noſtre Langue.
13601919933009 A
ODE D'ANACREON
SUR L'AMOUR .
A
Imer , & n'aimer
pas,
l'autre eft fâcheux ,
l'un &
Maisfelon moy ce qui l'eſt davan
tage ,
C'est d'efire auprés d'une beauté
volage ,
Qui partageant fon coeur fe mocque
de nosfeux.
Que fert- il aux Amans d'avoir de la
naiſſance ?
Ny la valeur , ny la Science:
GALANT 181
N'ont en elles rien d'engageant.
Dans l'Age de fer où nous fom
mes;
On voit que la plupart des bommes
Ne confiderent que l'argent.
Que le nom du premier Avare
Qui tronva ce Metal digne de fon
ardeur
,
Soit à l'avenir en horreur
Chez le monde poly , comme chez le
Barbare.
Ce funefte Metal caufe des differends
Entre les plus proches Parens ,
Ilnous rendbienfouvent rebelles
Aux volontez de ceux dont nous tenons
le jour.
C'est de luy tous les jours que naiſſent
les querelles ,
182 MERCURE
Les Meurtres , les Duels, & les Guerres
cruelles;
Enfin c'eft luy qui trouble un commerce
d'amour.
Le Roy ayant receu le jour
de la Pentecofte Monfieur
le Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon ,
Monfieur le Prince de Conty
, & Monfieur le Duc du
Maine , Chevaliers du S. Efprit
, je croy vous devoir par
Îer de l'Inftitution de cet Ordre
, avant que d'entrer dans
le détail des Ceremonies que
l'on obferva en les recevant,
parce que l'on conçoit mieux
GALANT. 183
a
& qu'on a mefme plus de plai
fir à lire les chofes dont on
connoiſt l'origine. Je vous ay
déja marqué dans ma Lettre
de Janvier 1682. quand Monfeigneur
le Dauphin fut fait
Chevalier , que cet Ordre avoit
efté créé par Henry II!!
Roy de France & de Polgne.
Mais les raiſons qui l'
bligerent à l'inftituer ne ſo : t
peut- eftre pas generaleme t
connues , & ceux mefme qi
les fçavent , feront bien-afes
de voir l'original de cette
creation. En voicy les ter
mes.
-
184 MERCURE
H
ENRY par la grace de
Dicu Roy de France &
conduite ne fe
de Pologne , A tous prefens & à
venir. Comme en toutes chofes
creées fe reconnoift la toure-puiffance
de Dieu , ainfi en leur difpofition
, cours
ut defavoüerfa fainte & éternelle
Providence , de laquelle dé
pend entierement toute noftrefelicité
; n'y a rien en ce bas Monde
qui de là ne reçoive toutfon
bonheur
, & le vray moyen de fe
bien regir
les moindres creatures ne fe peuventfouftraire
de fa puiffance, les
gouverner. Que fi
GALANT . 185
plus grandes conftituées enplus
grande autorité, ne peuvent auffi
profperer & fe bien conduirefans
fa Grace & Providence . C'eft
pourquoy dés nos jeunes ans l'ayant
ainfi crû & connu , nous avons ‹
adreſſe nos voeux & colloqué noffre
principale & entiere fiance en
fa Divine bonté, de laquelle reconnoiffant
avoir & tenir tout le
bonheur de noftre vie , il eſt bien
raisonnable que nous le remettant
en memoire , nous nous efforcionss
auffi de luy en rendre graces immortelles
, & que nous témoi
gnions à toute noftre pofterité ſe's ‹
grands bienfaits , fingulierement
Juin 1686.
186 MERCURE
en ce
qu'il luy a plû entre tant de
contraires & diverfes opinions ,
qui ont exercé leurs plus grandes
forces en noftre temps , nous conferver
en la connoiffance de fon
faint nom avec une profeſſion
d'une feule Foy Catholique , &
en l'union d'une feule Eglife ARomaine
en la
poftolique
quelle nous voulons, s'il luyplaift,
vivre & mourir ; de ce qu'il luy
a plû auſſi par l'inſpiration du be_
noift S. Efprit au jour & Feste
de la Pentecofte , unir tous les
volontezɔde la Nobleffe coeurs
Polonoife , & ranger tous les Ezats
de ce puiffant & renommé
GALANT . 187
[
Royaume grand Duché de Lithuanie
, à nous élire pour leur
Roy , & depuis à mefme jour &
Fefte , nous appeller au Regime
e's Gouvernement de cette Couronne
tres Chreftienne , par fa
volonté , droit fucceffif. Au
moyen
de quoy , en memoration
;
des chofes,fufdites , & pour toujours
fortifier & maintenir da
vantage la Foy & la Religion
Catholique
pour décorer honorer de plus en
plus l'ordre & eftat de la Nobleffe
en cettuy noftre dit Royaume
, &le remettre enfon ancien
ne dignité & fplendeur , comme
pareillement auffs
Qij
188 MERCURE
celuy auquel par inclination_naturelle
parraifon , nous avons
toûjours porté tres -grand amour
& affection , parce qu'en luy confifte
noftre principale force authorité
Royale , que pour avoir
devant & depuis noftre avenement
à la Couronne
, fait preuve
enplufieursgrandes , hazardeufes
memorables
Victoires , de
cette ancienne loyauté & generofité
& valeurqui la rend illuſtre
recommandable
entre toutes
les Nations étrangeres
; Nous
avons avifé avec noftre tres-honorée
Dame & Mere , à laquelle
nous reconnoiffons
avoir
GALANT. 189
apres Dieu , noftre principale &
entiere obligation ; les Princes de
noftre Sang, & autres Princes
Officiers de Nofire Couronne
& les Seigneurs de Noftre Confeil
eftant prés de Nous , d'ériger ·
un ordre Militaire en cettuy nofre
dit Royaume , outre celuy de
Monfieur S. Michel , lequel
Nous voulons & entendons demeurer
en fa force & vigueur ,
estre obfervé tout ainsi qu'il
a efté depuis fa premiere Inftitutionjufques
à prefent ; lequel Ordre
nous creons & instituons en
l'honneur & fous le nom & titre
du benoiſt S. Eſprit , par l'inſpi
190 MERCURE
a
·
ration duquel comme il a plú
Dieu cy- devant diriger nos meilleures
& plus heureufes actions ,
Nous le fupplions auffs qu'il nous
faffe la grase que nous voyions
bien-tost tous nos Sujets réunis
en la Foy & Religion Catholi
que, e vivre à l'avenir en bonne
amitié & concorde les uns avec
les autres ,fous l'obfervation entiere
de nos Loix , l'obeiffance
de Nous & nos Succeffeurs Rois,
fon honneur & gloire , à la
louange des bons , & confufion
des mauvais , qui eft le but auquel
toutes nos
spenfees & actions
tendent , comme au comble de
GALANT. 191
nostre plus grand heur & feli
cité.
Vous voyez , Madame ,
que cet Ordre a efté particulierement
inftitué dans la
veuë d'obtenir de Dieu la
réunion des Pretendus Reformez
à l'Eglife Catholique
. Un fi glorieux deſſein
eftoit digne de la pieté de
nos Rois , mais ce grand Ouvrage
eftoit refervé aux foins
& au zele de Louis XIV.
Le Roy,Chef Souverain,&
Grand Maiftre de cet Ordre,
nomia de luy- mefme , &
fans qu'on l'en euſt ſollicité ,
192 MERCURE
les quatre Princes dont je
viens de vous parler, fuivant
le feiziéme Article de fes Statuts,
qui porte en termes exprés.
Nous feulement , & aprés
nous , les Rois nos Succeffeurs ,
Grands Maiftres dudit Ordre,
choifirons , & propoferons ceux
que bon nous
nous femblera, pour entrer
audit Ordre , & ne fera loifible à
perfonne quelconque de le requerir
& poursuivre pourfoy oupour
autruy, declarant dés à prefent
indignes d'y parvenir ceux qui
le demanderont , ou le feront demander
pour eux , afin que ce·
grade
GALANT. 193
grade d'honneur , que nous entendons
eftre diftribuépar grace &
merite , ne foit fujet à brigues &
à monopoles.
Sa Majesté ayant donné
ordre à M' de Meſmes, Prefident
au Mortier du Parle
ment de Paris, & Grand Maiftre
des Ceremonies de l'Ordre
, de faire tout preparer
pour la reception des quatre
nouveaux Chevaliers qu'Elle
vouloit faire , affembla le
Chapitre dans fon Cabinet
le 30. du mois paffé. Les
Commandeurs s'y rendirent
auffi bien que les Prelars Af-
Juin 1686.
R
194
MERCURE
fociez à l'Ordre, & les grands
Officiers ; & M' du Pré Huiffier
de l'Ordre , par qui M'
de Mefmes les avoit fait inviter
, tint la clef du Cabinet
pendant le Chapitre. Le Roy
y propofa Monfieur le Duc
de Chartres , Monfieur le
Duc de Bourbon,, Monfieur
le Prince de Conty , &
Monfieur le Duc du Maine ,
pour eftre receus à l'Ordre ,
& auffi toft le Grand Maiſtre
des Ceremonies alla dans le
Salon où ces quatre Princes
attendoient que Sa Majeſté
les fiſt appeller. Il les avertit
#1
GALANT. 195
de la propofition qui venoit
d'eftre faite dans le Chapitre
affemblé , & les conduifit
au Cabinet . Comme la
Naiffance de ces Illuftres
Novices les difpenfoit de
faire preuve de Nobleffe , il
n'eftoit befoin pour eux que
de faire les informations accoûtumées
de vie & de
moeurs. Le Roy ordonna à
M' le Marquis de Louvois ,
Chancelier de l'Ordre , d'en
dreffer une Commiſſion , &
elle fut adreffée à M¹ l'Archevefque
de Paris. Ces Infor-
Rij
196 MERCURE
mations furent faites comme
elles avoient efté ordonnées
, & voicy les noms de
ceux qui rendirent témoignage
pour ces quatre Princes.
Vous remarquerez , Madame
, qu'entre les trois Témoins
qui font neceffaires ,
il faut qu'il y en ait un d'Eglife.
Pour Monfieur le Duc de Chartres,
M' l'Evefque du Mans .
Mr le Duc de Beauvilliers .
M ' le Duc de la Vieuville .
Pour Monfieur le Duc de Bour
bon.
GALANT. 197
Mr de la Barmondiere ,
Curé de S. Sulpice .
M' le Duc de S. Aignan .
Mr le Duc de Coiflin.
Pour Monfieur le Prince de
Conty.
Le Pere Bergier , Jeſuite .
Mr le Duc de la Tre
moüille.
Mr le Duc de Luxem
bourg.
.
Pour Monfieur le Duc du Maine,
M' l'Evefque d'Orleans.
Mr le Duc de Montaufier.
M' le Marquis de Vardes.
R iij
198 MERCURE
Le 2. de mois , jour de la
Pentecofte , le Roy aſſembla
encore dans fon Cabinet les
Commandeurs , & les Grands
Officiers de l'Ordre, & M' le
Prefident de Mefmes y conduifit
les quatre Princes , aprés
les avoir efté prendre
dans le Salon , comme il avoit
fait la premiere fois . Ils
avoient tous quatre l'habit
de Novices , qui eft de toile
d'argent , les chauffes retrouffées
, des bas de foye gris
de Perle, des Jaretieres & des
Eſcarpins auffi de toile d'argent,
& des mules de velours.
GALANT. 199
noir. Il y avoit des dentelles
d'argent fur les Jaretieres, &
le Pourpoint en eftoit tout
chamarré. Il eftoit de toile
d'argent comme les chauf
fes . Leur Rabat eftoit de
Point de France , & ils avoient
un Capot de velours
noir en broderie de foye noire
, tout parfemé de Diamans
& de Perles. Leur Toque
eftoit auffi de velours noir
avec des attaches & des cordons
de Perles & de Diamans .
Une riche agraffe de Diamans
relevoit le bord de cette
Toque , qui eftoit ornée
R
iiij
200 MERCURE
d'une maffe de Heron , du
pied de laquelle fortoient
trois ou quatre Plumes blanches
. Les quatre Novices
trouverent le Roy dans fon
Fauteuil. Ils y furent conduits
, & fe mirent à genoux
pour recevoir l'Ordre de S.
1
Michel. Sa Majesté tira fon
épée , & leur en donna un
coup fur chaque épaule , en
difant à chacun d'eux , De
par Saint George & par S. Michel
, je vousfais Chevalier . Cet
Ordre de S. Michel eft appellé
l'Ordre du Roy . On
peut eftre Chevalier de Saint
GALANT. 201
Michel fans eftre Chevalier
du S. Efprit , mais on ne peut
eftre Chevalier du S. Efprit ,
fans l'eftre de S. Michel , &
mefme les preuves de Chevalier
de S. Michel fuffifent
pour eftre fait Chevalier du
Saint Efprit , fans qu'il foit
befoin d'en faire d'autres.
Louis XI. qui inftitua cet
Ordre en 1469. afin de réünir
les efprits par un Ordre de
Fraternité Militaire,luy donna
le nom de l'Archange S.
Michel , Gardien & Protecteur
de la France.
Cette premiere Ceremonie
202 MERCURE
eftant achevée , on alla à
la Chapelle dans l'ordre qui
fuit.
M' du Pré, ¡ Huiffier de
l'Ordre .
Mr du Pont Herault de
l'O dre .
M' le Preſident de Mefmes,
Prevoft & Grand Maiftre
des Ceremonies de l'Ordre .
Il avoit à fa droite M ' le Marquis
de Seignelay , Grand
Tréforier de l'Ordre, & à fa
gauche M le Marquis de
Chateau- neuf, Secretaire de
l'Ordre.
Mr le Marquis de LouGALANT.
203
vois , Chancelier de l'Ordre.
Aprés cela marchoient
deux à deux , en manteau
noir , & avec le Collier de
l'Ordre.
rs
Mr les Marquis de Vardes
& de Gamaches .
Mis les Ducs de Montaufier
& de Nevers .
S.
Ms les Ducs de Crequi &
de S.
Aignan .
M's les Ducs de Chaunes.
& de S. Simon.
Selon les Statuts de l'Ordre,
les quatre Novices devoient
eftre à la tefte de la Marche,
mais le Roy les en ayant dif
204 MERCURE
penfez à cauſe de leur Naiffance
, ils marcherent de cette
forte felon leur rang , aprés
les Commandeurs
que
je viens de vous nommer.
Monfieur le Duc du Maine,
feul.Il eftoit tout brillant des
pierreries dont on avoit cou .
vert fon habit, mais le grand
nombre n'empefchoit
pas
qu'on ne remarquaſt le bon
gouft avec lequel elles étoient
placées . On peut dire
mefme la bonne grace
de ce jeune Prince , & un
certain efprit naturel qui paroift
dans fes manieres
, atti .
que
GALANT. 205
roient plus les regards que
tout l'éclat étranger que luy
donnoit fa
parure .
,
Il eftoit fuivy de Monfieur
le Duc, qui avoit à fa droite
Monfieur le Duc de Bour.
bon , & à fa gauche Monfieur
le Prince de Conty. Je
ne vous dis rien de Monfieur
le Duc de Bourbon , parce
que je vous en ay fouvent
parlé , & mefme encore depuis
peu dans la Relation du
Carroufel. Ce Prince , outre
ſes manieres & ſa magnificence
naturelle , a un grand
exemple dans Monfieur le
206 MERCURE
7
Duc.On fçait qu'il y a peu de
Princes fur la terre qui faffent
les chofes avec plus de
grandeur , & qui ayent meilleur
gouft. Monfieur le Prince
de Conty n'eftoit pas feulement
paré par les pierreries
dont il éclatoit ; il l'eftoit
encore par fa bonne grace
& fa boune mine. Je puis le
dire aprés le Roy qui aime
toûjours à rendre justice.
Monfieur le Duc de Chartres
marchoit aprés eux. Il
eftoit feul , & tout éclatant
de pierreries. Je croy vous
avoir déja dit qu'aprés le
GALANT. 207
Roy , Monfieur eft le Prince
du monde qui en a les plus
belles , & qui eft le plus magnifique.
Vous fçavez que
Monfieur le Duc de Char.
tres a toûjours fait voir un
efprit infiniment au deffus
de fon âge. C'est ce qui luy
a fait meriter une amitié particuliere
du Roy , qu'il ne
doit pas tout à fait à l'honneur
qu'il a d'eftre de fon
Sang.
Monfieur , qui fuivoit
Monfieur le Duc de Chartres
, marchoit auffi feul .
Monfeigneur le Dauphin
208 MERCURE
marchoit en fuite , pareillement
feul , & il precedoit Sa
Majeſté ; devant laquelle
marchoient les Huiffiers de
la Chambre , tenant leurs
Maffes d'or. Mile Marefchal
Duc de Duras , Capitaine
des Gardes du Corps en quartier,
fuivoit le Roy , & avoit
Mr le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la
Chambre à fa droite , & M'
le Duc de la Rochefoucaut ,
Grand Maistre de la Garderobe
, à ſa gauche . Enſuite
venoient tous les Seigneurs
de la Cour , qui fermoient la
Marche .
P
GALANT 209
La Chapelle du Chaſteau
que l'on avoit preparée pour
cette Ceremonie , eftoit tenduë
de Tapifferies de laCouronne
à fond d'or . Les Ornemens
de l'Ordre qui font
fort riches , faifoient la parure
de l'Autel . Ils font à fond
d'or & vert , parſemez de
flâmes & de chiffres en Broderie
, aux Armes de Henry
III. écartelées de France &
de Pologne . On avoit placé
le Trône du Roy à la gauche
de l'Autel , & l'on y montoit
par trois degrez , qui eſtoient
couverts de Velours violet
Juin 1686. S
210 MERCURE
à Fleurs de Lys d'or . Ce Trô,
ne eftoit fous un Dais auffi
à fond d'or & vert , avec les
mefmes Armes écartelées.
Le Roy eftant arrivé à la
Chapelle , ſe mit à ſon Prie-
Dieu.M ' l'Evêque d'Orleans,
premier Aumofnier de Sa
Majefté, eftoit auprés d'Elle,
& fit en cette Ceremonie les
fonctions de Grand Aumof
nier de l'Ordre , en l'abſence
de M le Cardinal de Bouillon
, qui par les Statuts de
l'Ordre en eft le Grand Aumofnier
, en qualité de grand
Aumofnier de France . MonGALANT.
211.
ainfi
que
feigneur le Dauphin & Monfieur
fe mirent dans leurs :
places ordinaires , & M' le
Prince qui fe trouva dans la
Chapelle , prit auſſi la ſienne
, ainfi Monfieur let
Duc . Ĥl y avoit des bancs
pour les Commandeurs à
droite & à gauche du Prie-
Dieu du Roy ; des Placets
pour les Grands Officiers entre
le Prie Dieu & l'Autel du
cofté du Trône , & des Tabourets
couverts de velours.
violet à Fleurs- de - Lys d'or
avec des Carreaux du mefine
velours ,pour les quatre Novi
Sij
212 MERCURE
ces entre le Prie- Dieu &
l'Autel , du cofté de l'Evangile.
Toutes ces places eftant
remplies , les quatre Grands
Officiers, precedez de M¹ du
Pré , Huiffier , & de M² du
Pont , Heraut de l'Ordre ,
commencerent les genuflexions
, & les reverences ordonnées
par les Statuts , à
l'Autel, au Roy, & aux Commandeurs.
Les quatre Novices
firent de femblables reverences
, & M² l'Archevefque
de Paris , Prelat Commandeur
de l'Ordre , eftant
GALANT. 213
arrivé , reveftu de fes habits
Pontificaux , commença le
Veni Creator , que la Muſique
du Roy continua. Aprés que
l'on eut chanté cet Hymne ,
M' le Prefident de Meſmes
fit une reverence à Sa Majefté
, à laquelle Mr l'Archevefque
apporta l'Eau -benite
avant que de commencer la
Meffe .
à
A
l'Offertoire les
quatre
Grands
Officiers
recommencerent
leurs
reverences
l'Autel, au Roy, & aux Commandeurs,
eftant encore precedez
par l'Huiffier & par le
214 MERCURE
Heraut. Enfuite Mr de Louvois
, M' de Seignelay , & M²
de Chasteau - neuf s'eftant:
remis à leurs places , M ' le
Preſident de Meſmes, Grand
Maiftre des Ceremonies , fit
une autre reverence à Sa Majefté
pour l'avertir d'aller à
l'Offrande. Il en fit auffi une
à Monseigneur le Dauphin ,
& une à Monfieur , afin qu'ils
accompagnaffent le Roy
qui fut précedé jufques à
l'Autel par M le Prefident de
Mefmes. Sa Majesté ayant
fait une reverence à l'Autel ,
prit des mains de Monfei
GALANT. 21st
gneur le Dauphin
l'Offrande,
que le Grand Maiſtre des
Ceremonies
luy avoit donnée
, & aprés avoir buiſe la
Patene , Elle fit une feconde :
reverence
à l'Autel, & revint
à fonPrie-Dieu,en ſe tournant
.
vers lesCommandeursà
droite
& à gauche . Cette offrande:
eftoit d'autant
d'écus d'or
que Sa Majesté a d'années..
Les reverences
des quatre
Grands Officiers , à l'Autel
, au Roy , & aux Commandeurs
, furent reïterées
à la fin de la Meffe , aprés
quoy Mile Preſident
deMef,
216 MERCURE
mes , précedé de l'Huiffier &
du Heraut , en fit une au Roy
pour l'avertir d'aller à fon
Trône , où il devoit achever
la Ceremonie
. Sa Majesté
y
alla precedée des Huiffiers
de la Chambre avec leurs
Maffes d'or, Mile Marefchal
Duc de Duras, & M's les Ducs
d'Aumont & de la Rochefoucault
la fuivirent
, & fe placerent
derriere le Fauteuil.
M' le Marquis de Louvois ,
Chancelier
de l'Ordre, étoit
la droite du Roy, & avoit auprés
de luy M le Marquis de
Seignelay , Grand Treforier.
RM
D
GALANT. 217
Mr le Prefident de Mefmes,
Prevoft & Grand Maistre des
Ceremonies , eftoit à la gauche.
Il avoit auprés de luy
M' le Marquis de Chafteauneuf
, Secretaire de l'Ordre.
Alors M'lePreſident
de Mef
mes ſe détacha , & ayant fait
la reverence à l'Autel , au
Roy , & aux Commandeurs
,
toûjours precedé de M' du
Pré & de Mr du Pont , il en
fit une particuliere à Monfieur
le Duc de Chartres , &
d'autres
à Monfeigneur
le
Dauphin & à Monfieur , afin
de les avertir de conduire ce
Juin 1686.
1
T
218 MERCURE
Prince au Trône du Roy.
Mile Duc de Chartres fit les
mefmes reverences , & fut
prefenté par Monſeigneur le
Dauphin , & par Monfieur ,
qui en firent de pareilles , &
qui luy fervirent de Parrains
en cette Ceremonie . Il fe mit
àgenoux , & ayant les mains
fur l'Evangile , que luy prefenta
& que tint M'de Louvois
, fuivant le Statut qui
veut que le Chancelier de
l'Ordre le prefente & le tienne
, & que le Novice ait les
deux mains pofées deffus en
faifant fon vou & ferment ,
GALANT. 219
il leut à haute voix ce vou &
ce ferment , dans la forme
que M le Marquis de Chaſ
teauneuf, Secretaire , les luy
prefenta écrits en parchemin
; aprés quoy il en figna
la Cedule de fa main , & la
preſenta au Roy. Cette Cedule
eft enfuite enregistrée
par le Secretaire au Regiſtre
de l'Ordre , pour fervit de
témoignage du jour de la reception
du Novice , & l'Original
de la Cedule eft mis
au Trefor des Chartres du
mefme Ordre , où il eft gar .
dé. Je ne mets point icy le
• Tij
220 MERCURE
ferment dans les termes qu'il
fut fait , parce que je vous
l'ay envoyé entier dans ma
Lettre de Janvier 1682. avec
quantité de chofes curieuſes
touchant cet Ordre , que je
ne veux pas repeter.
Aprés cela, Sa Majeſté luy
mit le Manteau de l'Ordre,
que luy prefenta le Grand
Maistre des Ceremonies , &
dit ces paroles , qu'Elle acheva
en faisant le figne de la
Croix. L'Ordre vous revest &
couvre du Manteau defon amiable
Compagnie & union fraternelle à
l'exaltation de noftre Foy, & Re-
1
GALANT. 221
ligion Catholique , au nom dis
Pere , di Fils & du S. Efprit
Alors M' le Marquis de
Seignelay , preſenta au Roy
le Collier de l'Ordre avec la
Croix , & Sa Majesté le mit
à Monfieur le Duc de Chartres
en luy difant , felon les
termes prefcrits dans le 34.
Statut de l'Ordre. Recevez de
noftre main le Collier de noftre
Ordre du Benoist Saint Efprit,
auquel Nous, comme Souverain
Grand Maiftre , vous recevons,
& ayez en perpetuelle fouvenance
la Mort & Paffion de noftre
Seigneur & Redempteur Iefus
Tiij
222 MERCURE
à
Chrift , en figne dequoy nous
vous ordonnons de porter
mais coufuë en vos habits exterieurs
la Croix d'iceluy , & la
mens
ja-
Croix d'or au col avec un ruban
de couleur bleu- celefte , & Dien
vous faffe la grace de ne contrevenir
jamais aux voeux & ferque
vous venez de faire .
lefquels ayez perpetuellement en
vostre coeur ; eftant certain que
fi vous y contrevenez en aucune
forte , vous ferez privé de cette
Compagnie, encourrez les peines
par les Statuts de l'Ordre . Au
nom du Pere , du Fils ,
Saint Efprit. A quoy Mon-
&
du
GALANT. 223
fieur le Duc de Chartres répondit
fuivant les mefmes
Statuts , S Dieu m'en donne la
grave , & plutoft la mort que ja
mais y faillir , remerciant tres
humblement voftre Majesté de
l'honneur & bien qu'il vous a
pleu me faire , & en achevant
il baifa la main du Roy.
Cette Ceremonie eſtant achevée
, Monfieur le Duc de
Chartres fit encore les mef
mes reverences, & alla prendre
la place que luy donne
fanaiffance , fans fe remettre
à celle qu'il avoit occupée
pendant la Meffe.
Tiiij.
224 MERCURE
Les mefmes Ceremonies
furent obfervées pour les
trois autres Novices. Monfieur
le Duc de Bourbon eut
pour Parrains Monfieur le
Prince & Monfieur le Duc.
Ceux de Monfieur le Prince
de Conty furent Ms les
Ducs de Chaune & de S. Simon
; & Monfieur le Duc du
Maine eut pour les fiens ,M *
les Ducs de Crequi & de
S. Aignan.. Toutes chofes
eftant faites , le Roy revint
à fon Prie Dieu , & fut reconduit
en fon Apartement
dans le mefine ordre qu'il
GALANT. 225
5 eftoit venu . Mr l'Archevel
que de Paris , qui n'avoit pû
eftre de la marche lors qu'on
eftoit party du Cabinet de
Sa Majefté , à cauſe qu'il devoit
officier , eftoit à cofté
d'Elle en s'en retournant.
On ne peut trop dire à la
loüange de cet Ordre , fi l'on
confidere tout le bien que
font obligez de faire ceux
qu'on y reçoit. Vous en jugerez
par l'Article 88. de fes
Statuts , dont voicy les termes.
Et pource qu'il eftraisonnable
queceux quife veulent principa--
226 MERCURE
s
lement dedier à Dieu , & en
porter figne exterieur , foient
Itraints à plus grandes prieres
exercices Spirituels que les autres,
Nous prions & exhortons
tant qu'il nous eft poffible tous
ceux dudit Ordre , à fe rendre
foigneux d'affifter chacun jour de
votement au S. Sacrifice de la
Meffe s'ils ont le moyen & le
loifir , & aux jours de Fefte à la
celebration du Service Divin ;
mais feachant qu'ilsfont obligez
à dire chacun jour un Chapelet
dun dixain qu'ils porteront ordinairement
fur eux ,
du S. Efprit avec les Hymnes &
les Heures
GALANT. 227
1 Oraifons qui feront dedans un
nous leur donnerons à Livre
que
leur Reception , ou bien les fept
Pleaumes Penitentiaux , avec les
Oraifons quiferont faites fur chaque
Pleaume , la Litanie fuivie
des Oraifons ordinaires qui feront
auffi dans ledit Livre , & où ils
feront deffaillans aux chofes fufdites
, feront obligez de donner
une aumofne aux pauvres. Plus
nous leur enjoignons de ne faillir
doux fois l'an pour le moins , ſe
confeffer a perfonnes conftituées en
authorité en l'Eglife , & recevoir
le precieux Corps de Noftre- ·
SeigneurJefus- Chrift au premier
228 MERCURE
jour de Janvier , & Feste de la
Pentecofte , ordonnant qu'efdits
jours tous autres efquels par
devotion ils communieront
en
quelque lien qu'ils fe trouvent,
ils foient tenus durant la Meffe
& icelle Communion porter le
Colier dudit Ordre , fur peine contre
ceux qui deffaudront
mefme année à communier efdits
deux jours , de perdre le revenu
de leur Commande durant ladite
année , & où il aviendroit qu'aucuns
defdits Commandeurs &
Officiers perfeveraffent trois an
nées confecutives à ne communier
efdits jours , en ce cas la Croix &
en une
GALANT. 229
l'Habit dudit Ordre leur feront
oftez, & pour telle volonté endurcie
feront privez de l'Ordres
Mais fi aucuns d'eux yfaut feulement
à l'une defdites deux fois
en une année , fera retenu des
fruits de fa Commande la cinquiéme
partie du revenu d'une
année , laquelle nous avons dés à
prefent aumofnée aux Auguftins.
Partant les Cardinaux &
Prelatsferont tenus jurer tous les
ans au Chapitre fur leurs (aints
Ordres , & les Commmandeurs
Officiers fur lesfaints Evangiles
, avoirfait leurs Pafques efe
dits deuxjours de Fefte.
230 MERCURE
Le mefme jour de cette
Ceremonie , le Roy accompagné
de toute Sa Cour, entendit
dans la Chapelle du
Chafteau de Verfailles la Predication
de M ' l'Abbé Denife
, Chanoine dans la Cathedrale
de Troye , & Clerc de
la Chapelle de Sa Majeſté ,
qui témoigna eftre fort contente
, tant du Sermon que
du Compliment qu'il luy
fit. Il reccut de grands applaudiffemens
de toute la
Cour. C'eft le mefme Abbé
Denife qui fatisfit fort M'de
l'Academie Françoiſe le jour
GALANT. 231
de la Fefte de S. Louis 1684 .
& qui quelques mois aupa
ravant avoit fait l'Oraifon
Funebre de la Reine à S. Euftache
avec un pareil fuccés
. Les Peres Jefuites , qui
connoiffent parfaitement la
vraye Eloquence , l'ayant
entendu prefcher , l'ont retenu
pour faire le jour de
S. Louis prochain , le Panegyrique
de ce faint Roy ,
dans leur Eglife de la ruë S.
Antoine .
Je ne fçay , Madame , fi
vous avez pris garde à une
choſe à laquelle j'ay fait plu232
MERCURE
feurs fois reflexion , & que
j'ay prefque toûjours trouvée
veritable , c'eſt à l'avantage
que les Peuples tirent
des Miffions , qui n'ont jamais
manqué de produire
des fruits extraordinaires ,
pour
le falut des Ames. S'il
s'agit des anciens Catholiques
, elles font rentrer en
eux-mefmes les plus obſtinez
Pecheurs , & fi on les fait
pour les nouveaux Convertis
, elles les afferiniffent dans
la croyance des veritez dont
on les a convaincus , & leur
adouciffent la peine qu'ils
GALANT 2332
·
ont d'abord à fe réfoudre de
faire les fonctions de la Reli--
gion qu'on leur a fait em--
braffer. Ce n'eft pas qu'ils ne
les croyent neceffaires , mais
on fe trouve toujours emba--
raffé lors qu'il faut faire de
certaines chofes aufquelless
on n'eft pas accoûtumé.
Telle eft la Confeffion , qui i
fait mefme de la peine à plu
fieurs perfonnes qui font
nées Catholiques. Ainfi l'on
a tort de dire que parce que
quelques nouveaux Conver
tis viennent lentement à ces
Sacremens , leurs conver
Juin 1686.
V
234 MERCURE
fions ne font point finceres.Il
n'ya rien dans la vie qu'on ne
faffe par degrez.Ils ont reconnu
la fauffeté de ce que leur
avoit enfeigné Calvin , & la
verité de la Religion Catholi
que. Il s'agit de la profeſſer
dans tous les points . C'eſt ce
que font les nouveaux Convertis
, mais aujourd'huy ils
gagnent une chofe fur eux , &
demain une autre , & les Miffions
font pour cela d'une
grande utilité, puis que nous
voyons tous les jours qu'elles
font de ces N. Convertis des
Catholiques plus fervens ,
GALANT. 2351
1
1
que les plus anciens Catho
liques ne le font . La Ville de
Sommieres , du Dioceſe de
Nifmes , ayant toûjours eſté
regardée comme la clef des
Sevennes , & comme celle
dont l'exemple feroit fuivy
de toutes les autres , avoit
befoin de pareilles Miſſions .
M ' de Baville , Intendant de
Languedoc , perfuadé qu'il
eftoit tres- important d'y en
établir , choifit le Pere de
Chevigny , Preftre de l'Ora
toire , pour cet Employ , le
connoiffant pour un des
hommes du monde le plus
V.ijs
236 MERCURE
"
capable de s'en acquiter. Il a
efté Capitaine aux Gardes,&
Gouverneur d'Ypres , & a
renoncé à tous les honneurs
qu'il poffedoit , & à ceux qu'il
eftoit en eftat d'obtenir,pour
mener une vie retirée en fe
faifant Preftre de l'Oratoire.
Un tel Miffionnaire peut
beaucoup perfuader , il connoift
le monde, & fes manieres
, il fçait par quels endroits
il les faut combatre, &
comme il prefche par fon
exemple, il n'a pas de peine
à perfuader. Le Pere de Chevigny
mena avec luy fix
WOX
GALANT. 237
Perfonnes, qui tous agirent fr
bien dans cette Miffion felon
leur talent & leur caractere ,.
qu'il ne faut pas s'étonner
s'ils eurent un grand fuccez.
Le Pere Moët Preftre de
l'Oratoire , & M l'Abbé Pecquot,
Docteur de Sorbonne,
& Chanoine de l'Eglife de
Paris , faifoient les Conferences
publiques fur les matieres
conteftées , avec au-
2 tant d'érudition & de force
que de netteté & de douceur.
Le Pere Guibert , Prêtre
de l'Oratoire , prêchoir
tous les jours d'une maniere
238 MERCURE
tres-vive & tres- touchante .
M'l'Abbé Robert Chanoine
de Chattres , preſchoit auſſi
tres éloquemment . Il faifoit
de Sçavans Catechismes , &
par les manieres infinuantes
qu'il prenoit dans ſes viſites,
il avoit le don de perfuader
·les plus difficiles , & de réduire
les plus endurcis . Il eft Frere
de M Robert , Procureur
du Roy au Chaſtelet . M'Tabouret
Ecclefiaftique , expliquoit
les Prieres & les Ceremonies
de la Meffe , & fai
Toit la Priere publique foir &
matin avec tant de zele qu' equil
GALANT. 239
P
e
infpiroit de la devotion à
tous ceux qui l'entendoient .
M le Prefident Saunier , qui
eftoit venu de Paris avec le
Pere de Chevigny fon Directeur
, édifioit également
les anciens & les Nouveaux
Catholiques , par fon exactitude
à communier tous les
jours , & par fon application
à foulager les Pauvres . Le
Pere Ventron Preftre de l'Oratoire
& fort habile homme
, fut envoyé en la place
du Pere Guibert , qui fut dan
gereufement malade , & eut
diverfes récheutes
, parce
›
1240 MERCURE
*
• qu'il aima mieux ſuivre fon
zele pour les Nouveaux Catholiques
, que d'obeir aux
Medecins de Montpellier
qui luy défendoient tout
exercice de Miffion . Voilà
quelles eftoient les principales
fonctions de ces dignes
Ouvriers. Ils eftoient tous
les jours de plus en plus animez
au travail par l'exemple
du Pere de Chevigny qui ne
manquoit à rien de tout ce
qu'on peut attédre de la plus
ardente charité, & de la plus
fage conduite. Il encoura
geoit les uns , cultivoit avec
douceur
GALANT. 241
douceur les bonnes difpofi.
tions des autres , menageoit
les efprits difficiles , prenoit
quelquefois un ton de Capitaine
avec les mutins , &
portoit toûjours un coeur de
Pere pour ceux qui cher
choient de bonne foy la ve
rité , fans ſe rebuter de la peine
qu'ils avoient à quitter
leur état . Il répandoit fes aumofnes
avec autant d'intelligence
que de profufion ,
ayant donné cinq cens piftoles
de fon bien pour la
propreté des Autels , pour
la penfion des Filles qu'il
10 Juin 1686. X
142 MERCURE
faifoit inftruire dans le Mo..
naftere des Urfulines , pour
l'établiffement des petites
Ecoles, pour le foulagement
des Pauvres honteux, & pour
la fubfiftance des mandians ;
& quand M de Baville luy
voulut faire des compli
mens fur cette liberalité ;
Faurois grand tort , Monfieur,
luy répondit- il , de donner ma
perfonne , & de ménager mon
argent. Ce qui eft encore plus
admirable , c'eft qu'on ne
vit jamais tant d'humilité au
milieu d'un fi grand fuccez.
Il croyoit toujours n'eftre
GALANT.
143
24
bon à rien ,
artribuant tout
le bien qui fe faifoit à Sommieres
, tantoft au travail de
ſes Collegues , & tantoſt aux
foins & aux bons
exemples
de ceux qui estoient en autorité
dans la Ville . En ef
fet on leur feroit injuſtice ſi
son ne tomboit
d'accord
qu'ils ont agy avec toute la
fincerité & tout le zele poffible.
M de
Villevieille
homme de qualité , Lieutenant
de Roy , & Frere de
Mde
Villevieille , qui
s'eft tout
recemment diftin
gué en Savoye pour la mef-
X ij
144 MERCURE
me caufe , & dont je vous
manday la grande action il
y a un mois , donnoit fes ordres
avec autant de prudence
que d'exactitude. M' de
Bofanguet , premier Conful
& Gentilhomme qui a efté
dans le ſervice , ne perdoit
pas une feule occafion de
donner bon exemple , & ne
fe fervoit de fon credit dans
la Ville que pour engager
les Habitans à bien faire leur
devoir. M, Philippes Confeiller
à Montpellier , fe fit un
honneur d'eftre de la Miffion
de Sommieres , & crût que
GALANT. 245
rien n'eftoit plus glorieux
pour luy que de travailler à
retirer fa Patrie des tenebres
de l'erreur , d'où il eftoit luy
mefme forty il y avoit déja
cinq ans. M' Perfin Greffier
de la Maifon de Ville , donna
des avis tres- importans ,
& fut tres-utile par
fon application
& par fon eſprit .
Madame de Prugneron
Höteffe du Pere de Chevigay
, & la plus confiderée
entre toutes les Dames de la
Religion , fut la premiere à
profiter des Exhortations de
fon Hôte , & à le prier de
X iij
246 MERCURE
vouloir bien recevoir fa con
feffion , ce qui donna tant
de joye à fon Mary bon
Gentilhomme, & ancien Ca
tholique , qu'il appella toujours
depuis le Pere de Chevigny
fon Bien faicteur ,parce
qu'il avoit converty fa
Femme , ce qui eftoit la cho
fe du monde qu'il fouhaitoit
le plus ardemment. Les principaux
de la Ville confpirant
fi heureufement avec
les Miffionnaires , on vit en
peu de temps un merveil
leux changement , & ode
deux mille cinq cens nouGALANT
247
veaux Convertis qui compofoient
prefque toute la Ville,
& qui paroiffoient douter en
core des veritez de noftre
Religion par le peu d'em
preffement qu'ils avoient
d'en faire les fonctions , il
n'y en a prefque pas à prefent
qui n'affiftent fouvent à
la Meffe , qui nefe foient con
feffez, & qui n'ayent receula
Communion . Il y en a mef
me plufieurs qui ont communié
deux fois depuis Pafquès
. En un mot , il ne s'en
trouve pas dix qui ne foient
bons Catholiques .
X iiij
248 MERCURE
N
va
Il y a eu une autre Mif
fion de l'Oratoire à Allez au
mefme Diocefe de Nifmes
dont le Pere de la Mirande
eftoit le Chef, & qui a eu
beaucoup de fuccez . Le Pere
de Pouilly y a efté retenu
pour y faire ce que M ' l'Abbé
Robert fait à Sommieres
,
où il a efté demandé par une
déliberation
de la Ville pour
y refider encore quelque
temps , afin d'achever ce qui
refte à faire. Il mande que
les chofes vont toûjours de
mieux en mieux.
Le de ce mois mourut
13.
GALANT. 249
icy Dame Madelaine Graffeteau
. Elle eftoit Femme de
Meffire Nicolas Colbert
Seigneur de Turgy , Confeiller
du Roy , & Maiftre
ordinaire en fa Chambre des
Comptes de Paris .
Peu de jours aprés mourut
Dame Gabrielle de Lefvat
Veuve de Meffire Charles le
Jay , Baron de la Maiſon
rouge , Tilly , S. Fargeau ,
Villiers & les Salles , Maiftre
des Requeſtes.
Ces morts ont efté fuivies
de celle de Dame Anne Bail
ly , Veuve de Meflure Nico
250 MERCURE
las le Preftre , Seigneur &
Baron du Bourg le Prêtre
, & Prefident en la Cour
des Aydes de Paris , mort il
y a trois ans . Elle eftoit Fille
de M Bailly , qui eft mort
Doyen de la Chambre des
Comptes deParis; petite Fille
& arriere petite Fille de deux
autres Bailly , tous deux Prefidens
en la meſme Chambre
, & Soeur de M' Bailly ,
qui s'eſt acquis tant de gloire
pendant plus de quarante
ans dans les fonctions de la
Charge d'Avocat General
du grand Confeil.
GALANT . 251
24.
à
du
Je vous ay envoyé quelques
Ouvrages de M' de la
Barmondiere Gentilhomme
de Beaujolois , & l'un de ceux
de l'Academie qu'on a eſtablie
depuis quelque temps
Ville-franche. On me mande
qu'il y eft mort le
dernier mois , âgé feulement
quarante- quatre ans , &
qu'il eft generalement regretté
dans la Province . Il
n'avoit pas moins de piété
que d'érudition & d'efprit ,
& vous le croirez quand je
vous diray qu'il eftoit digne
Frere de Mr de la Barmon
de
252 MERCURE
diere , Curé de S. Sulpice.
Voicy un Sonnet qu'il fit aur
mois d'Octobre dernier , fur
le ſujet que donna Mª de
Vertron du Paralelle de Sa
Majefté avec les Princes qui
ont porté le furnom de
Grand.
RAPARATA:(4A: PA:RACAGARA
S
AU ROY.
'R'le Trône des Lys plus de foixante
Rois ,
LOUIS , jusqu'à tes jours ont porté
la- Couronne ;
Quelque éloge éclatat que l'Hiftoire
leur donne
ร
GALANT. 253.
Elle n'a crû devoir le nom de Grand
qu'à trois.
Clovis l'a merité , foûmettant à la
Croix
Avec tous fes Eftats fon augufte Perfonne
s
Charlemagne joignant le Germain an
François s
Henry brifant l'effort d'une Ligue felonne,
Aux fiers Confederez , leurs Bataillons
épais
Rompus & renverfez , tu fis figner la
Paix s
Le Raab eft témoin que l'Aigle chan
celante
Tomboitfans ton appuy ,fous l'orgueil
leux Croiffant,
214 MERCURE
Nous voyons à tes pieds l'Herefie expirante
,
L'Hiftoire te devra trois fois le nom
de Grand.
A peine le Carroufel fut.il
achevé , que M le Duc de
S. Aignan , dont vous avez
veu un Portrait affez reffemblant
dans les Vers qui ont
efté faits pour cette fuperbe
Fefte , fit un Défy digne de
Ti vigueur & de fa galanterie.
Il feignit qu'un Chevalier inla
haute
connu , attiré par
réputation
des Chevaliers.
François , venoit à la Cour de
noftre incomparable
MonarGALANT.
255
que , pour les défier à quatre
fortes de Combats , fçavoir ,
à courre les Teltes , à rompre
au Faquin , à rompre en
Lice , & à rompre trois Piques
à pied au Combat à la
Barriere. Une fi galante invention
pour le divertiffement
de Sa Majeſté , n'a pû
qu'eſtre fort approuvée ; mais
le peu d'ufage que les Chevaliers
ont eu de ces trois der.
niers Défis , a fait que jufqu'à
preſent fon Cartel n'a point
efté accepté. Je vous l'envoye.
Vous y devez prendre
part , puis qu'il eft fait pour
296 MERCURE
at
foutenir l'intereftodes Daschwor&
twid
mes.
quod tib o`rs of trok ŇAM
鮮鮮鮮奶
CARTEL D'ARSACE
fous le nom du Chevalier
Difcret , aux Indifcrets ,s'il
y en a quelqu'un qui le
puiffe eftre.
G.
Verriers audacieux , de qui
Il'ingratitude
D'abufer des faveurs s'est fait une
babitude ,
Qui des plus beaux objets cherchant
l'affection ,
Ne la payez fouvent que d'indifcretion
,
GALANT 257
Vous qui donnez à tour , & que la
beauté touche
Mais dont le coeur en dit beaucoup
Que le merite la bouche moins que
bord pu
émou
voir.
Sansjamais vous reduire aux termes
du devoir o
*
Qui par un gouft bizarre & bien dis
gne
de blame ,
Bleffant également voftre honneur &
vostre ame,
A vanter des faveurs trouvez plus
de plaiſirs ,
Qu'un autre à contenter pleinement ?
Les defirs.
Vous dont les plus Vaillans eftiment
le courage ,
Dont Pintrepide coeur men eft pass
moins volage ,
Juin 1686.
298 MERCURE
Quandportant du Dicu Mars la fú.
Riva perbefierté counloup
Il ne tient rien d'Amour que la lege-
Crete ,
En Chevalier Diferet , qui pourroit
Do woen filencest sub & noin
Du feu le plus ardent cacher la vio-
Par un noble deffein qu'on ne peut
trop lower,
rous offre le combat , pour vous faire
SusicSavoier
Que toujours le beau Sexe eft en droit
l de nous plaire ,
Que plus on eft heureux , & plus on
doit se taires
DIOVA
Qu'enfin pour eftre aimé , c'est le
meilleur fecret
D'eftre conftant, foumis , complaifant,
& diferer.
GALANM 259-
2014
a
Aprés ce que j'écrivis il ya
quelques mois dans un avis
particulier à l'avantage des
Eſtampes , je croy n'avoir
rien à dire de plus pour en
faire voir Futilité. Le public.
avoit témoignépar plufieurs
Lettres écrites de diverfes
Provinces , qu'il fouhaitoit
qu'on parlaſt de la maniere
que l'on a promis dans cết
Avis , & les meſures quel'on
avoit prifes pour le faire é
roient affez juftes , mais il s'y
eft trouvé divers obftacles
qui ne viennent pas de ma
part . La Polirque n'eft pas
Y. it
260 MERCURE
feulement pour les Souve
rains , & pour ceux qui gouvernent
les Etats ; elle regne
auffi parmy les Arts , dans les
Communautez , dans les Fa
milles , & fouvent un feul
particulier a fa politique à
part.Les Graveurs & les Ima
gers , ou du moins une fr
grande partie qu'elle peut
eftre prife pour le tout, ayant
eu la leur en cette occafion ,
n'ont pas jugé à propos que
le Public fceuft le Prix de
leurs Eftampes. Je ne veux
ny penetrer ny combattre
leurs raifons , quoy qu'il me
GALANT. 2601
fuft aifé de le faire . D'autres
ont efté chagrins de ce def
fein parce qu'ayant de
moins belles Eftampes que
leurs Confreres , & en moins
grand nombre , ils ont apprehendé
qu'on ne marquaft
la difference qu'il y a entre
eux,& d'autres ont crû qu'ils
devoient eux-mefmes faire
des Catalogues de ce qui les
regarde pour en profiter.
Ceux là font les plus raifon
nables , & je leur fuis obligé
puifqu'en m'oftant la peine
de faire ce que le Public fou
haitoit de moy , ils la pren
262 MERCURE
dront eux- mefines , & n'empefcheront
pas que le Public
ne me fçache quelque
gré d'avoir efté cauſe qu'il
aura au moins une partie de
ce qu'il a fi ardemment ſouhaité
. Cependant malgré
tous ces obftacles & toutes
les chofes qui manqueront
au projet que j'avois fait ,
puifque vous voulez que je
vous entretienne . fur cette
matiere , je vay vous donner
an commencement de l'Hi
ftoire des Eftampes, qui bien
qu'il ne foit quafr qu'une
maniere de Catalogue , ne
GALANT 263
laiffera pas d'eftre curieux ,
& affez beau , pour faire juger
de ce que cette Hiftoire
auroit efté , fi j'avois eu toutes
les chofes neceffaires
pour la mettre dans fon jour,
& que l'on m'eaft éclaircy
fur beaucoup de chofes que
j'ay demandées , & fur lef
quelles les Graveurs & Imagers
mefmes manquent de
Lumieres. LOVES JONES BRGY
264 MERCURE
HISTOIRE
• des
Estampes.
Pour
Our épargner d'abord
la peine au Public d'al
ler chez un grand nombre
de.Marchands chercher de
differentes Estampes
, je doy
l'avertir d'un lieu , où il trou
vera prefque tout ce qu'il y
en an de belles au monde.
C'eft chez le S'Perou , Con
cierge de l'Academie Royale
de Peinture
& de Sculptu
re . Cette Academie fe tient
dans l'Aifle de la court du Palais
GALANT. 265
lais Royal qui donne dans
la rue de Richelieu .
On y trouvera la Vie de
Jefus- Chrift , les Hermites ,
les Peres des Deſerts , & les
douze Empereurs , avec au
tant d'Imperatrices d'aprés
le Titien , & plufieurs Hif
toires d'aprés le mefme Ti
tien , le Baffan , & le Carache
, le tout gravé par Salv
der. Ces Estampes eftoient
fort rares , & fort cheres , &
l'on n'en trouvoit plus depuis
un grand nombre d'années
, parce que les Planches
ont paffé en deux ou
Juin 1686.
Ꮓ
266 MERCURE
trois Familles, fans que ceux
qui
ui en avoient herité , ayent
voulu en faire imprimer . Elles
viennent d'eftre venduës,
& ceux qui les ont achetées,
en ont fait tirer , pour fatisfaire
l'impatience , & la curiofité
du Public .
Tous les Curieux ſçavent
les que quatre plus beaux
Tableaux que l'Albane ait
jamais faits , eftoient dans le
Cabinet de M' Falconier , &
qu'il ne s'en eftoit point
voulu défaire, quoy que plufieurs
Souverains l'en euffent
follicité. Tout ce que M
GALANT 267
Falconier fit il y a quelques
années , fur d'en faire graver
des Planches , afin que par
le moyen des Eſtampes le
Public puft admirer ces quatre
Chef-d'oeuvres qui font
à prefent au Roy . Voicy à
peu près ce qu'ils reprefentent.
1. Venus deſcenduë du
Ciel , fur le bord d'une Riviere
pour chercher Adonis
, fe refout à demeurer en
terre. Les Graces s'empref
ſent à la parer , afin qu'elle
puiffe plaire à fon Amant,
Les Amours fatiguez d'avoir
Z ij
268 MERCURE
tiré fon Char , fe délaffent
dans les nuës en beuvant de
l'Ambrofie.top
?
2. Des Amours forgent de
nouvelles fléches par le commandement
de Venus , &
les empoiſonnent
en les aiguifant.
D'autres s'occupent
à faire des arcs pour Adonis,
& d'autres s'étudient à décocher
des fléches dans un
coeur. Vulcain eft couché
a
$
prés du lit de Venus tandis
que fa forge eft occupée
par
les Amours. Diane fort des
nuës en colere , & voyant
les Amours
attachez
à des
i
GALANT 269
plaifirs qui ne font pas de
fon caractere, elle les me
nace de les punir feverement
s'ils ne les quittent.
3. Venus fatiguée d'avoir
couru aprés Adonis , vient ſe
repofer dans un lieu delicieux
, où les Zephirs agitent
l'air . Des Amours vont
querir Adonis pendant fon
fommeil . Adonis paroiſt timide.
Tandis qu'une partie
des Amours eft occupée autour
d'eux , les autres cüeillent
des fruits .
4. La vangeance que Diane
avoit promis de prendre
Z
jij
270 MERCURE
de Venus , paroift dans ce
Tableau. Elle envoye des
Nymphes pour inquieter les
Amours , couper leurs aifles,
rompre leurs arcs & leurs
carquois , & jetter leurs fléches
au feu, die Mus
M Bauder
a gravé ces
beaux Tableaux . Le S Perou
a les premieres
Eftampes
qui en ont efté tirées , &
comme elles font les plus
noires , elles font auffi les
plus belles . Il a auffi des Eftampes
de plufieurs
autres
Tableaux
de devotion , &
d'Hiſtoire
, des plus eftimez
GALANT 275
de l'Albane , & diverfes Ef
tampes d'aprés le Carache ,
Pietre de Cortone , le Dominicain
, le Titien , & le
Correge.
Il y a quelques années que
feu Mr Colbert , ayant fait
graver les plus beaux Tableaux,
& les plusbelles Tapif
feries du Roy , on fit beaucoup
de prefensauxEtrágers ,
desEftampes que l'on en tira.
Quelques curieux trouverét
moyen d'en acheter. Elles
font devenuës tres rares ;
le S Perou eft celuy qui en
a le plus de fuite , & je ne
+
Z
iij
272 MERCURE
J
fçay mefme fi l'on en pourroit
trouver ailleurs. Celle
du S. Michel de Raphaël eft
de ce nombre . Il fit ce Ta
bleau exprés pour François I.
à qui il en fit preſent. C'eſt
le plus beau qui foit au mon.
de . Le Roy l'a fait tirer de
fon Cabinet des Tableaux à
Paris , & Sa Majesté l'a fait
placer dans fon grand Apar
tement de Verfailles.
On trouve auffi chez le
S' Perou vingt - huit ou trente
Estampes d'aprés le Pouf
fin, gravées par M' Audran ,
& par feu M Chateau. On
1
"
a
GALANT. 273
y vend pareillement plufieurs
Portraits de la Maifon
Royale , gravez par feu M
de Nanteuil , & plufieurs
autres gravez d'aprés les
meilleurs Peintres.
Un Crucifix de Champagne
, gravé par M' Edelink.
Le Martyre de S. Laurent,
de Mr le Sueur , gravé par
M' Audran , & qui fert de
pendant d'oreille au Martyre
de Sainte Agnés , du Do
minicain , gravé par le mef
me M' Audran.
Toute la Vie de S. Bruno
peinte dans le Cloiftre des
274 MERCURE
Chartreux , & gravée par feu
M Chateau.
Les Frifes de M, de la Phage
, gravées par M' Audran.
Les Bas - reliefs de Jules
Romain , gravez par le mefme.
Le Baptefme de Noftre
Seigneur , de M de Lichery.
Les quatre Morceaux du
Dominicain , & les Plafonds
de Pietre de Cortone , tous.
Ouvrages gravez par M ' Audran.
La Cene de M. Audran ,
Peintre , gravée par M. Audran
, Graveur..
GALANT. 275
On trouve auffi chez le
Sieur Perou , tous les Ouvra
ges gravez d'aprés les Tableaux
peints par M. Vander
Meulen . Comme j'en
donnay un Catalogue il y
a un an , je ne repeteray
point tout ce que j'en ay dit
en ce temps- là , & ne parleray
que des deux derniers ..
Le premier eft la veuë de
Cambray , & l'Attaque de
la Citadelle de la mefme Vil
par le Roy en perfonne.
Cet Ouvrage a eſté deffiné:
fur les lieux , & M. Vander-
Meulen en ayant fait un
le
276 MERCURE
Tableau pour le Roy , c'eſt
d'aprés ce Tableau que PEL
tampe a efté gravée .
Le fecond reprefente Leuve
, Place tres - forte dans le
Brabant , fituée au milieu
d'un Marais , attaquée &
forcée de nuit. par les François
. Tous les Ouvrages que
M'Vander- Meulen a faits de
cette nature , ont efté deffi
nez fur les lieux par ordre
du Roy , & mefme pendant
les Actions & les mouvemens
, qui y font marquez.
Ainfi l'on peut avoir par le
moyen de ces Eſtampes tous
GALANT 277
tes les Conqueftes de Sa Majeſté
, & ſe répondre de les
avoir dans la derniere exa-
Atitude , puis que tout eft
gravé d'aprés ces Tableaux,
On peut dire que M. de
Vander. Meulen eft non feulement
le plus habile que
nous ayons pour ces fortes
d'Ouvrages , mais encore
qu'il eft l'unique, & que c'eſt
un talent qui luy eft particulier.
On ne doit pas s'étonner
aprés cela fi ce mer.
veilleux talent luy a fait meriter
un logement dans l'Hoftel
des Gobelins , & une
278 MERCURE
penſion du Roy.
Le mefme Concierge de
l'Academie des Peintres &
Sculpteurs vend une Eſtampe
fort finguliere . Elle eſt
d'aprés un Tableau de M
Hoüaffe ; en voicy l'Hiftoire .
Un Seigneur des plus qualifiez
de la Cour , voulant a
voir un Tableau qui excitaft
de l'horreur & du mépris
pour la vie , pria M¹² Hoüaſſe
d'inventer fur ce fujet tout
ce qu'il croiroit le plus capable
de produire ces effets.
Mr Hoüaffe y refva , & crut
devoir s'arreſter à ce que je
1
GALANT. 279
3
vais vous dire . Il reprefente
un Tombeau Antique , avec
un Soldat , qui dans l'efperance
de trouver un Tréfor
vient d'ouvrir ce Tombeau..
On voit les pierres renverfées
, & les inftrumens qui
ont fervy à les lever. Une
Lampe eft fufpenduë dans ce
Tombeau fuivant l'ufage ancien.
Comme la nuit eft obfcure
, & qu'il n'y a point
d'autre clarté , cette Lampe
dont la lumiere ne fçauroit
s'étendre bien loin , éclaire
feulement tout le Cadavre ,
& quelque peu des environs
280 MERCURE
du Tombeau . Ce Cadavre
qui eft celuy d'un fort grand
homme , paroit étendu , &
couché fur le dos. Comme
il ne reste plus que quelques
petits morceaux de fon linceul
, parce qu'il a efté sufé
par le temps , on voit non
Teulement tout un Corps qui
a commencé à pourir , mais
encore des vers qui en for
tent de tous coftez , & dont
quelques -uns fe répandent
für les bords du Tombeau, &
les autres paroiffent atta
chez à manger la chair dont
ils viennent d'eftre produits.
GALANT. 281
Le Soldat frappé d'horreur à
cette veie , paroift à demy
tourné pour prendre la fuite,
ayant déja un pied hors de
la marche fur laquelle le
Tombeau eft élevé , & quoy
que l'attitude où il eft,doive
l'empefcher de voir cét hor--
rible objet , ayant la tefte
beaucoup plus tournée que
le dos , il ne laiffe pas d'avoir
le vifage tout caché de l'une
de fes mains , ce qui marque
la crainte qu'il a de voir &
de fentir ce Cadavre . L'a
ction qu'il fait avec fon au
tre main , fert auffi à décou
Juin 1686
Aan
282 MERCURE
bien
vrir tous les mouvemens
dont fon ame eſt agitée dans
le moment qu'il commence
à fuir.jonge bound tab olma
L'Eftampe de ce Tableau
eft toute gravée au Burin
par M Baudet. Eller eft
fort nouvelles auffi
que celle qui repreſente
Jean Wiclef, Jean Hus , Jerofme
de Prague , Martin
Luther , Ulric Zuingle , Jean
Occolumpade , Martin Bu
cer , Philippe Melanchton ,
Pierre Martir, ou Pierre Vermilly
, Bernardin Occhin ,
Jean Calvin , Jean Cnox ,
GALANT 283
Henry Butinger , Jerofme
Zanchi , & Theodore Beze ..
Il feroit peut eftre bien difficile
de trouver encore une
Eftampe où l'on pult voir
quinze Portraits auffi reffemblans
que le font ceux de ces ›
quinze faux Docteurs : On a
fait une recherche exacte
dans tous les lieux où ils ont
efté peints , & ils ont pref
ques tous efté gravez d'a..
prés de bons Tableaux , ou
d'aprés quelque Eftampe fai
te de leur temps ; de manie
re qu'on peut compter fur
une fidelle reffemblance. Ce
Aa ij
284 MERCURE
qu'il y a encore de furprenant
dans cette Eftampe ,
c'eſt qu'on trouve au deffous
de ces Portraits , le nom &.
le lieu de la naiffance de ces
Herefiarques, leurs herefies ,
le temps & la maniere de
leur mort
& que le plus
long de ces abregez n'eft
que de cinq lignes. Cette
Eftampe eft encore du nombre
de celles qui fe trouvent
chez le S Perou. Nous en
verrons bien- toft un autre
que le Public fouhaite de
puis long- temps. C'eft le
Portrait d'un Illuftre , d'un
GALANT 285
I -4
caractere bien different, de
tous ceux qui viennent d'être
nommez , puifque c'eſt
celuy de M Maimbourg. Il
a efté gravé par M' Hebert
qui s'attache uniquement:
aux Portraits. Il en a déja
un grand nombre des plus
confiderables de l'Europe.
Il demeure au bout de la ruë
S. Jacques proche la Fontaine
S. Severin , à l'Image
S. François , où il débitera
inceffamment ce Portrait de
M' Maimbourg avec celuy
de M' de Santeuil Chanoine
Regulier de S. Victor de
28% MERCURE
&
par
Paris, connu parfes Hymnes,
les belles
Infcriptions
Latines , qui font au deffous
de la plus grande partie des
Fontaines de Paris.
Comme en matiere de
Portraits , le Graveur qui
fait le mieux reffembler , eft:
celuy qu'on doit le plus rechercher
lors qu'on veut des
Ouvrages de cette nature , je
ne dois pas oublier à vous
dire qu'il y a un Allemand à
Paris nommé Jean Huinzel
man qui réüffit beaucoup en
Portraits ; c'est le mefme qui
a gravé celuy de M le
GALANT. 287
Chancelier au bas duquel
il y a quelques Vers , & qui
eft dans cette Lettre. Il a depuis
peu gravé le Portrait de
Mr de Louvois d'aprés M
Ferdinand Voet , quia paru
fort bien aux yeux des connoiffeurs
, ainfi que le Roy
de Pologne qu'il grava il y
a deux ans,fur un Portrait fair
d'aprés le naturel . Il a auffi
gravé le Portrait du Grand
Seigneur, dont je ne voudrois
pas vous garantir la parfaite
reffemblance , parce que fuivant
un des Articles de la
Loy de Mahomet , il eft dé
s
( 288 MERCURE
fendu à tous les Turcs de fe
sfaire peindre. Quant au Portrait
du Comte Tekely qu'il
aauffi gravé , il affeure qu'il
l'a fait d'aprés fon Original ,
squoluy a efté envoyé d'Alfemagne
, & lá chofe eft af
fez facile à croire , puis qu'il
eft Allemand. Il a auffi gra
vé le Portrait de l'Empereur ,
& celuy du Comte de Sta.
remberg , d'aprés les Origi
maux qui luy ont efté confiez
; M le Contrôleur General
, & plufieurs autres du
nombre defquels eft Mi Tavernier
en veritable habit
wak Perfan .
GALANT. 289
Perfan. Il réüffit auffi beau
coup dans l'Hiftoire , dans le
Paifage, & dans l'Architectu
re ,foiten Taille - douce , ou
én Eau forte. Il demeure
dans la ruë Galande , proche
de la Place- Maubert.
M' Picard le Romain , Graveur
ordinaire des Tableaux
du Cabinet du Roy , demeurant
ruë S. Jacques, au Buſte
de Monfeigneur le Dauphin
, vend plufieurs Eftampes
qu'il a gravées . Il y en a
trois d'aprés de tres beaux
Tableaux de M le Sueur
L'une reprefente la Magde-
Juin 1686.
B b
:
290 MERCURE
leine aux pieds de Jefus-
Chrift chez Marthe , dont
la compofition eſt tres- belle
, & de grande maniere. La
Magdeleine repreſente une
'perfonne contrite , & déja
entierement détachée du
monde & d'elle mefme , &
qui ne fonge plus qu'à Dieu,
& à écouter la Parole. Les
autres Figures ne font pas
moins belles . Leurs attitu
des font differentes & naturelles
, & leurs airs de tefte ,
beaux, triftes , & differens .
Le fecond Tableau reprefente
S. Paul qui preſche de-
&
GALANT. 291
vant le Temple d'Epheſe ,
& fait brûler tous les Livres
de curiofité. La compofition
de ce Tableau eft grande
, & les expreffions & les
attitudes belles & variées.
Les Figures font bien drapées
, & plufieurs reprefentent
des actes particuliers ,
comme l'Aumône , l'Impofition
des mains , la Priere ,
l'Oraiſon , & c.
Le dernier de ces trois
Tableaux repreſente Jelus-
Christ que l'on met dans le
tombeau. Toutes les Figu
res, & leurs expreffions font
Bb ij
292 MERCURE
fi belles , qu'elles produí,
fent aifément l'effet que de
Peintre s'eft propofé. On
remarque mefme qu'il a af
fecté de faire voir fur le vifage
du Sauveur une espece
de bouffiffeure , s'il eſt permis
de parler ainfi , qui arrive
ordinairement aux perfonnes
mortes . Le mefme
vend une quatriéme Eſtampe
, qu'il a gravée d'aprés
un Tableau de M. de Montaigne
, qui repreſente Saint
Pul , & Sillas en priſon qui
convertiffent le Geolier , les
quel on voit proſterné aux
GALANT 293
,
pieds de S. Paul , ce qui fait
connoiſtre qu'il eſt déja touché
des paroles de ce Saint,
Sillas qu'on voit à coſté les
bras ouverts & la face élevée
vers le Ciel , marque fort
bien qu'il prie le Seigneur de
leur accorder la converfion
de ce malheureux. Toutes
les Figures expriment parfaitement
la furpriſe & l'é
tonnement où elles font de
voir un miracle fi inopiné,
Le fujet eft éclairé d'un flam,
beau , parce que toute certe
action fe paffe la nuit. Elle
eft caufée par un tremble-
Bb iij
294 MERCURE
ment de terre , qui fit que
toutes les portes de la Prifon
s'ouvrirent . Les fers tombe,
rent des pieds & des mains
de tous les Prifonniers &
leur laifferent la liberté de
fe fauver. Cette Eftampe eft
de la mefme grandeur que
les trois precedentes qui ont
deux pieds de large , & vingt
& un pouce de haut.
On trouve chez le meſme
plufieurs autres belles Eſtampes
de mefme grandeur , reprefentant
divers fujets de
devotion , gravez d'aprés
plufieurs Peintres d'Italie ,
GALANT. 295.
1
comme auffi quantité d'autres
de fa main fur des fujets
differens , & gravez d'aprés
le Pouffin , le Guide, le Correge
, l'Albane , & autres
grands Maiftres . Il a auffi le
Portrait de Monfeigneur le
Dauphin , pour accompa
gner celuy du Roy qu'il a
gravé , & dont les Connoiffeurs
, la Cour , & le Public
ont efté contens. Je vous
donneray le mois prochain
la fuite de cette Hiftoire des
Eftampes, & n'oublieray pas
celles qui ont efté gravées
d'aprés Mile Brun .
Bb iiij
296 MERCURE
Les Prieres pour le réta
bliffement de la Santé du
Roy , non feulement conti
nuent dans toutes les Villes
mais elles
du Royaume
font devenues fi folemnelles ,
que les Parlemens y affiftent
en Corps , les Evefques &
Archevefquesy officient
eux - mefmes , & les Villes n'é
pargnent pas leur Artillerier :
pour témoigner la joye qu'
elles ont du retour d'uneSan
té qui eft précieuſe à l'Europe
entiere. Tout ce que je dis b
vient d'arriver à Touloufe .
L'Archevefque de cette Vil
GALANT.M297:
le -là ayant ordonné de pal
reilles Prieres dans toutes les d
Eglifes de fon Diocefe , je
croyli que je puis vousmens
parler comme de Prieres b
qui ont efté déja faites , puis
que lé zele des Sujets du Roy
ne leur permet pas de diffe
rer d'obeïr à des ordres qu'
s'impoferoient eux -mefa
mes , s'ils ne les recevoient
pas . Il s'eft fait une grande
Ceremonie à Paris pour
mefme fujet , & les Theatins
de Sainte Anne la Royales
celebrerent le 24.de ce mois
un Salut , où l'on chanta le
ils
q
lea
298 MERCURE
Te Deum en Mufique , de la
compofition de M Lorenzani
, Maistre de Mufique
de la feu Reyne. Mile Nonce
du Pape y officia , & donna
la Benediction du S. Sacrement.
Le bruit qui s'e
ftoit répandu de cette Ceremonie
, attira quantité de
Perfonnes de la premiere
qualité, du nombre deſquellés
eltoient M ' le Prince de
Mekelbourg , & Mi le Duc
de S. Aignan. Il y eut le
foir une grande Illumina
tion , au milieu de laquelle
parut un Soleil tres-brillant.
GALANT. 299
Cette Illumination fut accompagnée
d'un Feu d'arti
fice , & le Pere Alexis du
Buc , Superieur de ce Convent
, n'oublia rien de tout
ce qui dépendoit de fes foins
pour augmenter l'éclat de
la Fefte. Ces Peres qui ont
toujours eu beaucoup de zele
pour la Maiſon Royale ,
& particulierement pour Sa
Majefté , doivent faire celebrer
tous les ans à pareil jour
une Meffe folemnelle pour
la confervation du Roy.
Je ne croyois pas qu'en
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
Je viens à l'Article des
Modes , dont j'ay accoûtumé
de vous parler deux fois
chaque année. Les chaleurs
ayant efté quelque temps
fans fe faire fentir , les hommes
ont fait faire des habits
de drap au commencement
324 MERCURE
de cét efté , & l'on croyoit
25one
te cette Saia
mefme que toute
fon fè pafferoit fans qu'ils
en portaffent d'autres ma
mais
les chaleurs eftant tout à
coup devenues exceffives , il
a falu recourir à des habits
plus legers. Ils font fort mo
deftes, & l'on he
port
point
d'habits
de
foye
, comme
de
Brocard
, de
Cordonnet
, &
autres
de
cette
nature
.
On
en
voit
beaucoup
de
dro
guer
,
&
de
petites
étoffes
de
laine
brune
nommées
Raz
de
Caltor
. Ils
font
dou³
blez
de
Taffetas
de
la
meſ110
VOGALANT
. 325
me couleur, & les Veftes font
du mefme Taffetas . Ces ha
bits font garnis de Boutons
& de boutonnieres d'argent
Lesuns y mettent un paffe
poil d'un petit galon leger
en
double
, ou b
bien un ga
lon tour plat fort leger qui
eft fait d'un cordonnet d'ar
gent avec deux lames au
bort . On la nommé d'abord
Galon de Paille , & enfuite Ga
lon du Loup , à caufe qu'on
en voyoit fur les habits de
tous ceux qui alloient à cet
te forte de Chaffe avec Mon.
feigneur le Dauphin . Il eft
226 MERCURE
devenu fi commun qu'il'a
efte ordonné à ceux qui ont
Phonneur de l'accompagner
quand il va prendre ce divertiffement
, de mettre de
ce Galon fur un drap de Hol
lande vert ; de forte que ce
Prince y a déja efté plufieurs
fois à la tefte de trente Per
fonnes veftus de ces Jufte
au- corps. Quant aux habits
de Droguet ils font ornez de
la mefme maniere que les
autres habits que je viens de
vous marquer, excepté qu'ils
font doublez de toile de Ba
tifte blonde & fort fine , les
GALANT 327
Veftes font de mefme, On
voit quelques habits de droguet
of & laine , & d'autres
laine & argent. Tous les Jufe
au corps bleus font fi mo
deftes qu'iln'y a que des bout
tons , & des boutonnieres
d'or . Les bords font bordez
d'un Galon dor , mais il n'y a
rien für le Corps La Coupe
eft toûjours de mefme,c'eftà
dire, large par le bas. Les
manches font à botes avec
deux plis , & un galon ou
paffe - poil au bout de la man,
che , quand mefme l'habit
feroit tout uny . Les rubans
28 MERCURE
de la couleur appellée Amarante
font fort à la mode
Les Chapeaux font toujours
noirs. On porte plus de Cor
dons d'argent que d'or , &
les tours de plumes blancs
font fort en ufage pour ceux
qui fe peuvent fervir de plu
mes , mais les baudriers n'y
font point du tout, & l'on ne
fe fert que de Porte-épées,
Les bas font de foye ou de
Barbarie, dont la jambe n'eſt
plus mellée , mais feulement
ce qui fe roule.
Les Femmes qui font ma
gnifiques dans les autres fai
GALANT. 329
fons ne peuvent lettre dans
celle cy , parce que l'épaif
feur des riches étoffes les in
commoderoit. Ainfi elles
font obligées d'avoir recours
aux Taffetas . Preſque tous
ceux qu'elles portent cette
annee font glacez & chamgeants.
Les plus à la mode
font amarante , & bleu , &
A entre de l'amarante pref
que avec toutes les autres
couleurs. C'eft celle qui re
res
gne cette année , &l'on voit
mefme beaucoup d'étoffes
qui ne font qu'amarante On
Voit auflides Taffetas tapezi
Juin 1686.
Eest
**
1330 MERCURE
dont les rayes font de Faffes
tas au lieu d'eftre de fatin
POSED
ce qui peut paffer
popour
une
grande
nouveauté
. Il y en a
d'autres
rayez
d'argent
, qui
n'ont
que la largeur
des Bro
cards . Toutes
les autres
étof
fes faites
pour
l'uſage
des
Femmes
font à bandes
, juſques
aux Damas
On voit
quelques
manteaux
& quelques
jupes
du mefme
taffe
tas , mais la plus grande
mo
de eft d'avoir
le manteau
d'u
ne couleur
& la jupe
d'une
autre. On voit quantité
de
jupes
blanches
ou garnies
GALANT.
d'argent , oùdhine étoffe menéo
d'argent. Quoy que la chaleur
aic efté grande, on porte peu de
gazes . Peut eftre qu'il n'y en a
encore guere de nouvelles , à
cauſe qu'on ne commence ordi
nairement à en voir que vers le
mois d'Aouft , ainfi il n'y avoit
que la grande chaleur qui en puft
faire porter platoft . On voittoû
jours des jupes de point de Fran .
ce , & certe riche mode n'a point
ceffé depuis plufieurs années.
qu'elle a commencé, Voilà quelles
font les étoffes des manteaux
& des jupes. Qgant à la maniere
de faire les manteaux ; & de ganz
pir les uns & les autres , il n'y a
pas beaucoup de chofes à dire.
Do porte les gorges rondes où
en pointes cela dépend du gouft,
Ee ijs
3?? MERCURE
&ido la maniere dont les Dames
ont la gorge fournie ou non , car
ce qui vient bien à une maigrejne
fied pas d une graffer Les man.
reaux qui ont le moins de plisfont
les plus às la mode. Chaque Femme
fait tourner les plis differemo
ment, mais on en voit beaucoup
qui ont deux plis tournez vers l'ef
paule , & tin vers le milieu du dos.
On porte des franges, des galons ,
& des dentelles , mais les galons
larges font les plus à la mode. On
Your quelques jupes galonnées
jufques au genouil, avec du galon
& de la dentelle placée alternati
vement , & d'autres avec de la
frange, du galon, & du Frangeon.
Hy en a qui mettent de la campane
à la place de la frange. On
commence à voir des corps avec
GALANT 378
des frangeons doubles. La couleur
de pourpre eft depuis peu à
lamodern 960's neid eri top 2
amme vous dis rien du fecond
Aurique je vous envoye. Vous
vous connoiffez affez en Mufi
que pour en juger par vous mel
mejbusad pov as no zism , 10504
Jail ray Featuor ile yusb uio lum
AIR NOUVEAU
no
Penferswifes & fombresyric
Venez vous m'accabler encor
coach parmy ces Ombres
Penfers cruels, penfersjaloux ¥
Ne puis-je eftre un momentfans
Pour arrefter le cours de mes inquie
songtrudesaa 24, quisy ub grant
Eft- ce icy qu'il falloir venir ? !
Cesafreufes forests, ces noiresfolitudes
Ne font que les entretenir 192
334 MERCURE
Ceux qui ont expliqué la presi
miere Enigme du dernier mois
far le Sonnet , ont fort approché:
du fens que l'Auteur luy donne.
M' Hougan , Hybernois , demeu
sant à Caen , eft le feul qui l'air
trouvé. Le nombre des Vers de :
cette Enigme en marquoit le
mor. C'eftoit le Sixain. Heft impoffible
qu'un Sixain fort Sixain ,
s'il paffe fix Vers,
La feconde Enigme a esté expliquée
far le Procés, qui en eftoit
le vray fens , par M₁s C. F. Lour
det , du Quartier de la Place.
Maubert, la Tronche de Rouen,
C. Hutugé d'Orleans , demeu
rant à Mets B. F. de la Chaize-
Dieu d'Auvergne , l'Intime Amy
de l'Amant de la belle & jeune
Blonde du Maure de la rue GiſtGALANT.
335
le Cocur , Crifpin , Sieur du bel
Efprit , le Berger donneur , le
Trop fincere da la ruë S. Antoi
ne , l'Indifferent de la ruë de
l'Arbre fec , affocié avec les Belles
de la rue S. Honoré , le petit
Cercle noir & blanc , la plus jeune
des Graces de la rue de la Cof
fonnerie , la petite Coquette; l'E
pouſe amoureufe ; l'Indifferente
les Flamandes de l'HoftelGuyonuer
, & de l'Hoftel Royer ; les
trois Mangeuſes de poules de la
ruë de Buffy ; & la Spirituelle
E. de la Riviere de la rue des
Carmes de la Place. Maubert.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles, L'une & l'autre eft de
M. Lourden.
336 MERCURE
ENAGA MIMITED BONDENVE
ENIGME
I&me
favorable,
E me montre à chacun & belle &
Souventfans qu'on me cherche, on me
trouve traitable ,.
Etpour unſervice figrand
L'homme refte méconnoiffant's
Comme Ennemie il me maltraite ,
Metire , me prend aux cheveux ::
Encore aprés l'injure faite err
Il dit , & j'y confens , qu'il n'a pû:
faire mieux.
201
AUTRE ENIGME
J
E fuis grand& de bonne mine,
Mais fortgrave&fortferieus
Dans chaque endroit où je chemine
La modeftie eft dans mes yeux.
GALANT. 337
Te n'ay point d'yeux pourtant en cerraine
figure.
Qu'à prendre depuis peu quelques s
gens m'ont reduit ,
On fe metfur moy , je l'endure
Etmis au plus bas rang, je n'en fais
point de bruit.
La quatrième Partie de l'Hif
toire des Troubles de Hongrie , a efté :
imprimée un mois plus tard que
je ne croyois. Elle fe debite prefentement
chez le Sieur de Luynes
, au Palais , à la Juſtice , & en
la Boutique de la Veuve C. Blageart.
Elle contient rour ce qui :
s'eft paffé en Hongrie entre les
Imperiaux & les Turcs pendant
Les années 16841 & 1685 Je fuis ,.
Madame , voftre , &c.
A Paris, ce 30. Tuin 1686.5
Famais les Questions galantes, &
Juin 1686 .
Ff
CHO
les Ouvrages d'érudition n'ont eſté
poulez plusloin, que dans les trentedeux
Becüeils qui ont eftédonnez au
Publicfous le nom d'Extraordinaires,
ceux qui chercheront quelques Edarciffemens
fur la plupart des
matieres que l'on peut traiter de quelque
Science quefapuiffe eftre, & fur
les origines les plus inconnues de
& beaucoupd' Arts , &de beaucoup d'autreschofes
qui pour n'eftre point du
nombre des Arts , ne laiſſent pas
d'fire fortin uſage , font feurs de
des trouver dans ces trente- deux Volumes
& de s'épargner par là beau
coup de recherches qu'ils pourroient
faire dans les Bibliotheques , fans
eftre affeurez de trouver cequ'ils chercheroient.
Ces Recüeils auroient pû
efere poufez encore plus loin, mais on
•jugé à propos d'en interrompre le
cours pendant quelque temps pourne
Sepas donner toujours de la peine ,
lors que les Etrangers , qui impriment
- tous les Cuvrages nouveaux qui ont
quelques cours , en emportent tout le
profit. Peut - eftre que ce retranchement
de travailfera cauſe qu'on donnera
quelquefois, mais dans des temps
non reglez , comme l'estoient ceux des
Extraordinaires , quelques fecondes
Parties du Mercure , ou quelques Votumes
mefme's fous le titre d'Extraor
dinaires , qui contiendront beaucoup
d'Histoires , qui pour eſtre trop lon.
gues , n'ont pu jufqu'ity trouverpla
ce dans les Mercures. qu
2 ) zajematt til med st
યે વસેલ 39 2 1 or a
વેબ ડેવ સર્વણું કરવા અધિકનું મ
*laşmamat & tegang k baap »
Avis pour placer les Figures.
A Medaille doit regarder la page
LAL-
78.
L'Air qui commence par , Le Prin--
temps commence à paroiftre , doit regar
derla page 179.
L'Air qui commence par, Penfers tri- --
ftes & fombres , doit regarder la page
333
Qualité de la reconnaissance optique de caractères