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MERCUREIE
AVRIL 1686.
AV PALAIS.
A PARIS,
ON donnera toujours unVolume,
nouveau du Mercure Galant li
premier jour de chaque Mois, & 0*0
le vendra,aussibien que l'Extraor
dinaire, Trente fois relié en Veau
&Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Onez G. DE LUYNE,au Palais, danslil
Salledes Merciers, àlajustice.
Chez la Veuve C.BLAGEART, Courcant
Neuve du Palais, AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dansla Grandon
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
'.J'-EC PRIVILEGE DV &*T\
TABLE DES MATIERES
contenuesdans ceVolume.
PRelude.
Madrigal de Mademoisellede Scude- ry.3 Suite du Prelude. 4*
Sonnets. 9
Lettre d'un nouveau Catholique sur le
Pouvoir que le Roy a exercé dans
l'Extinction du Schisme. 14
Nouveaux Conseillers etEtat. 59
La Verité, Fable. 64
Ce qui s'eîf passe a la Cour des Aydes le
jour de l'enregistrement des Lettres de
M.le Chancelier,avecune partie du
DiscoursdeM.Tessé. 95 LettreàM.l'EvesquedeLavaur. IIJ
Mort de Madamel'Electrice Palatine
Douairiere. 111
Mort de Madame la Marquise de Saint
Remy. uf
&faire e7j
TABLE.
Fruits extraordinairesd'uneMissionfaiteaPrivas.
130
Vers presentezau Roy par M. le Comte
de Medaillan. 163
Baptesme d'un Juiffaità Versailles 167
Evesché de Poitiersdonné à M. l'Evesque
deTrequier.168
Idille Dramatique chanté aux Apartemens
de Versailles. 174
Mariages. 187
Receptionfaite parM.le Vicelegat d'Avignon
à M. le Comte de Caftelmene,
204.
Relation generale de toutce qui s'estpasse
touchant la Statuë que M. le Duc de
dla FeuülladRe à faitoéleveyrà l.a gloire liS
Services faits à Arras pour le repos de
l'Arne defeuM. le Chancelier. 505-
Conversions. 310
Morts* 315
GalCanteraiesrfaritoesuà l'socceasilon.3du n2ouv7eau
Complimens de Condoleance faitsà leurs
Altesses Royales. 34il
TABLE.
Predicateurs de Versailles & de Pllrû
pendant le Caresme. 33f
à CuerisondeM.leMarquisd'Antin.337
Mariage de M. de Polignac, 341
Benefices. 34-2.
Noms de ceux qui ont deviné lesEnigmes.
343
Enigmes. 349
* Tomes nouveaux de l'Ariostemoderne,
parM.Gilot. 351 Quatrième Tome de l'Histoire de Hongrie.
355
Fin de la Table.
*
Avis pour placer les Figures. LAir qui commencepar, La Saison
du Printemps est celle de l'amour , doit regarder la page 73.
La Medaille doit regarder la page 259
L'Air qui commence par, Le Printemps
~sepassedoitregarder la page 349
,,,
1
rAVIS. ON avertit qu'on debitera
la Relation dv
nouveauCarrousel la veille
du jour qu'il devra paroistre
à
Versailles
pour la premiere
fois.
a
1 - -1 '1..
JtyE&CtTOfr
MERCVRE
CALANT
x^AVKlL 1686. J E fuis fort persuadé, Madame
,que les bruits confus
& mal eclaircis, qui ont
pu courir dans les Provinces
,
sur l'Indisposition du
Roy5vous ont causé des alarmes
encore plus fortes que
vous ne me les peignez. Il y -.
a long-temps que je connois
les sentimens de zele.
& d'attachement parfait que -*vous avez pour ce Grand
Monarque, èc il m'est aisé
par là de m'imaginer la joye
— que vous ressentez de l'entier
rétablissement d'une San- té si prétieuse à toute la France.
Cette Indisposition
,
qui
a répandu l'inquietude dans
tout le Royaume a donné
lieu à ces Vé-ers de MJ, adem• oiselle
deScudery. Elle pense
juste, tout ce qu'elle fait est
de bon goust,& vous sçavez
que dans un seul Madrigal,
elleasouvent mieux loüé le
Roy, que les plus longs Eloges
ne l'auroient pu faire.
SUR L'INDISPOSITlON
DE SA MAJESTE'. TRop pénibleVertu, Patience
importune,
Portez vostre secours à quelque Ame
commune,
C'est aJJcZj pour LOVIS de vos aimablesSoeurs,
-Eloignez,,vou-j de luy
,
mais avec les
douleurs,
Cherchez les malheureux; sa mer-
" veilleuseHistoire
N' a pa4 besoin de vous, ny de nouvelle
Gloire.
Plus vOUJ le rendez,Grand par sa
Tranquillité,
Plus nous sentons les maux dont il
esttourmenté
Vom charmez,ses douleurs,divine
Patience,
Mais toutesses douleurs sont celles de
la France,
Nousnevivons qu'enluy ,si ce Roy
genereux
Cern/If ses mauxpour rien, quand
l'Etat est heureux,
Nesentons plus aujji les biens qu'il
nous envoye,
Xi tant qu'ilsouffrira renonçons à lA
joye.
On ne pouvoit trop y renoncer
, ny trop craindre
dans tout le cours de son
mal; non pas qu'ilsustassez
dangereux pour en faire appréhender
aucune fuite fâcheuse,
mais parce qu'il n' y
a point de legers sujets de
rrainte, quand on les a pour
celuy dont la conservation
est si necesssaire au repos du
Monde. Les Envieux de sa
Gloire y ont interest euxmesmes
,
puis qu'ils partagent
l'heureuse tranquillité
dans laquelle il fait vivre ses
Sujets. C'aesté pour empêcher
qu'elle ne fustalterée,
qu'il a travaillé sans discontinuer
mesme un seul jour.
Quoy qu'il n'y ait point de
mal, quelque leger qu'il
puisse estre, qui ne soit accompagné
de quelque douleur,
ce Prince venoit à bout
de la surmonter, pour s'appliquer
uniquementà ce que
demandoit de luy un devoir
qu'il n'estoit pas obligé de
rem plir dans un temps où il
souffroit, & l'on peut dire
que s'il a manqué à quelques-
unes des choses dont il
s'est fait une regle, ce n'a
este qu'à celles dont il auroit
pu tirer quelque divertissement.
LesConseils differens
se sonttenus aux jours & aux
heures ordinaires, & ce Monarque
a mesmevu plusieurs
fois de la senetre de son Cabinet,
les Mousquetaires, &
les Soldats des Gardes passer
en reveuë devant luy. Comme
il ne fait rien qui ne soit
utile
,
mesme dans les momens
qu'il employe à se délasser
l'esprit, il a repassé dans
sa memoire toutes les Actions
des Grands Hommes,
en se faisant montrer pouces
les Médaillesqui en ont elle
faites. Les oins qu'il a pris.
MERCURE
pour la destruction de l'Heresse,
ayant fait augmenter
le travail qu'il s'est imposé
luy-mesme
,
il a donné à
l'assermissement de ce
*
qu'il
a si heureusement executé,
le mesme temps qu'il donnoit
à cette grande Entreprise,
avant les succés presque
incroyables dont nous.
venons d'éstre les témoins.
Les avantages qu'en reçoit
l'Eglise, ont fourn y à M1
l'Abbéle Houx la matiere
du Sonnet que vous allez
lire.
SUR LE TRIOMPHE
DE L'EGLISE.
GRasnd Dieu,qu'à ,vo/lrc Eglise
ont livréde Combats,
Les perfides Auteurs d'une affricase
Heresie!
Contre elle tout l'Enfer avec rage cr.
furie
A vomy les poisons de ses fiers Apostats.
+
J^ue de Divisions, que de noirs Attentais
!
£hte de maux répandus par les traits
de l'Envie!
gue d'hommes ontperdule Salut(fr
la Vie !
Et q•ue deîRoi?s enfin ont craint pour Mais aujourd'huy .,. , de christ Epouse
digne C" sainte,
Oubliez, vos douleursyb*nnijfcz./y» vostre.
crainte
Vos troubles sontxfinis,vos combats,
vos assauts. »
Sisous les autres Rois vous futes militante,
Sous l'Auguste LOZJ IS vous estes
triomphante.
Cet autre Sonnet est de
M. de la Porte.
PARALELLE
DE LOUIS LE GRAND
&du Grand Constantin. LOZ,'Is & Constantin
,
011f dompté
rHerefic.
Ce Roy dans ses Etats vient d'extirperl'Erreur,
Et pasant de bien loin un si grand
Empereurx
Voit l'Europe àson tour l'emporter
sur l'Asie.
Costatin vitsa, Cour de Sectaires ffie* ..j Dont la Cour de LOVISfuttoûjours
la terreur,
Et cedMon'shtreaobbarturquei luuy frit ,tant
fait de toute la France une Eglise
choisie. «$•
Du Calvinisme eteint le fameuxfou*
venir,
Sera l'étonnement des Sieclesàvenirs
Comnit ïArianifineeficeluydeCHi-
Miracle de nos jours! Prodige qui
,Iàrirend,!
LOVIS de Constantineustjadisfait
la gloire:
Constantin aujourd'huiseroit LOVIS
LE GRAND.
Je vous ay parlé dans ma
derniereLettre d'un OuvragedeM
l'Abbé Huvet,aussi
beau
& aussiestimé, qu'ilest
utile, & je vous envoye aujourd'huy
une Lettre entiere
de ce mesme Abbé,aussi
curieuse que pleine d'érudition.
Elle fait voir le pouvoir
des Rois à l'égard deschoses
quiappartiennentà la Religion,
& donne lieu d'admirer
de plus en plus le zele &
la pieté de nostre Auguste
Monarque.C'est fous le nom
d'un nouveau Converty que
cette Lettre est écrite.
LETTRE
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c. )
Mr Bignon, & Mr de la
Reynie, Confcillers d'Etat
de Semestre, ont esté faits
Conseillers d'Etat ordinaires.
Ily a longtemps que le
meritede Mr bignon
-
est
connu, & laCharge d'Avo-
", cat General qu'ilaexercée
fort longtemps dansle plus
augusteSenat duRoyaume,
parle assez à son avantage,
.- puis qu'on nepeut soûtenir
le fardeau d'une Charge qui
demande tant detravail, 8c
tant de lumieres, sans scavoir
à fonds les Loix , & le
Monde. Ainsijen'ay point
à faire d'Eloges d'un homme
,
dont on en a fait pendant
un si grand nombre
d'années dans les plus belles
Assemblées du Parlement.
Quant àMrdelaReynie,
il suffitde le nommerpour
le faire,connoistre. Paris luy
doitmille chosesqui n'ont
jamais pûestre faites avant
luy, par aucundes Magi-
-
stratsqui ont eu le soin, de
la Police. Il est judicieux
d'un grand ordre, ferme,)
incorruptible, civil, doux
aux personnes de merite,
propre à vaincre des seditieux
,
& à faire rentrer dans
leur devoir ceux qui se prépareroient
à le devenir. Il a
esté employé dans les Affaires
de la plus haute importance
,& dans lesquelles on
a eu besoin d'un Juge discrer,
habile, zelé, & penetrant.
Il ne condamne jamaisavec
précipitation. Il écoute les
-
Parties, & leur fait voir que
leurs prétentions font mal
fondées. C'est ce qui console
les malheureux. Cette
peinture est moins faite pour
le loüer, que parce qu'il est
necessaire, & souvent utile
de connoistre à fonds les
Magiltrats d'un aussi grand
poids
,
& que j'ay cru que
ce sincere portrait valoit
bien une nouvelle.
Mrs de Bezons &de Harlay
ontesté faits dans le même
temps Conseillers d'Etat
de Semestre. Le Pere de Mr
de Bezons, fort intelligent
dans les Affaires, estoit Conseiller
d'Etat ordinaire, &de
l'Academie Françoise. Il est
mort depuis deux ans, apréss'estre
distingué dans o tous les Emplois que pouvoit
posseder un homme de son
caractere.Mrde Bezons son
Fils, qui vient d'estre receu
Conseiller d'Etat
,
marche
sur ses traces. Il avoit esté
nomme quelque tempsauparavant
Intendant en Guyenne.
Son esprit est generalement
reconnu & estimé, &
son mérite l'a mis dans un
poste, que son âge sembloit
luy devoir encore faire attendre.
Mrdu Harlay Gendre de
Mr le Chancelier,est digne
par luy-mesme du rang où
le Roy le vient d'élever.
C'estun homme éloquent,
lqeusi fso'eisstqfuai'tilaadmpairreléretnouptue-s
blic, qui sçaitparfaitement
les Affaires du Bareau
,
ôc
celles de l'Etat; qui a déja
esté honorédu caractere
d'Ambassadeur ôc dePlenipotentiaire,
& qui s'estfait
aimer par tout où il a esté
employé. Je vous en dirois
davantage, si je ne craignois
de choquer sa modestie.
La Fable qui fuit a esté
trouvée fort ingenieuse. Elle
est d'un Gentilhomme de
Marseille
,
dont je vous ay
déjà envoyé plusieurs Ouvrages
galans, que vous
avez leus avec plaisir. La
Morale renfermée dans celuy-
cy pourra estre utile à
ceux qui voudront bien ne
se point flater.
LA VERITE.
FABLE.
D~ZJ temps heureux de Saturne
~dr de Rhée,
La Vérité digne d'estreadorée,
Faisoiticy-basson sejour.
Les hommes s'empressoient à luyfaire
la Cour;
Mais dés que la Discorde affreuse
Eut infecté tous les coeurs de fin. fiel,cwtirs foi;
Elle fut obligée à chercher dans le
Cnt
Avec la Paixdevenuëodieuse,
Une retraite plus hu~muje.
Les grands honneurs qu'elle receut des
Dieux, Leuracceuil obligeant, leur entretien
aimable
,
Le ~Nictar delicieux
Q'uelle ba~voità leur table,
Toutcela fut incapable
D'adoucir le chagrin de sonbannissement.
Centfois le jour, de moment en
moment
La Terre qu'elle avoit iaijee
,
Estoit prefentea,?/pn/fee.
Ellesesuvenoit i\>i;oir T. les
htoyt<
Frosternezàsespiedsluyrendre des
hommageS)
Couronner de fleurs ses Images,
Etprejls àluy dresserdesuperbes 411..
tels.
Pourse défaireetune idée
Sipuissante&pleine d'appas,
Envainsoncoeurdonnamille combats,
Elle en estoittrop possedée,
Ilfallut serefondreadefccndïtïcy~
bas.
Depuis ce jour fatal qu'elle se nOit
réduite
suivre la Paix dans sa fuite,
Plusieurs Siecless'étoient passez
Par le luxe orgueilleux,laNature
changée
Nelaissoit plus formerque des voeux
insensez.
Jugez» combien elle fut aUigtf.
Un Palais riche &spacieux,
Quijusqu'auCielporteson dome
S'offreàsesregards curieux.
Là jadis un couvert de chaume
Garantissoit des injures du temps
Des Bergers simples& contens.
La bure n'estplus en usage,
Le Porte-faixn'oseroits'envêtir,
Chacun aspire à la pourpre de Tyr,
Que chez, luyle Marchanda mise en
étalage.
Le champ qui produisoit une moisson.
de Blé>
Est ceintd'unvaste Amphiteatre.
Al'aspectdu Peuple assemblé
Deux Athletesy vont combattre.
Elle voit dans des Chars
ment traisnez,
Par des chevaux en harnoismagnifiques
,
Triompher dejeunes -Thrinez,
fcuravoir\\ffervymtiltcoeurs impudiques.
Lasse enfinde courir, de voir, de
s'affliger,
Dans un Palais, où l'or sur le Porphyre
brille,
Elle demande à loger.
Je/itÚ cettemesmeFille
Jj)uevosAsEUX ranphs de pitté
Ji^vcroicnt av ec ititr Famille,
Ccnmu u>.L/> -jinue
,'-[ten/.TprelÙ¡'(rI):¿..
A ce nom U Portier par ordre de son
Maistre,
Qui parut à la fenestre,
Luy ferma la porte aunez,
r.l¡ luy disant
, partez, vous nous
importunez.
Sans murmurer la pauvrete
Obeït, & s'en va de Palais en Palais
Mandier une retraite.
Pareils complimens luy sont fans-
A chaque porte on la traite
Decoureuse&d'indiscrete ;
Elle devient le joüetdes Laquais.
Ilsuffitqu'elle (e nomme
Pour iffuyer des Ïssus ;
Elle cherche l'homme en l'homme,
Maisses soins fontfùfcrfmy
Vljommt d'autrefois fÍ.tJr pli*.
Cependant la nuit s'avance,
Elle ne
sçaisencore où se réfugier;
A quelques
pasdela
Quartier dans un autre ,
Elledécouvre au pi,dlu,-;c éminence
Une maison de chetive apparence ;
Je ne dois craindre icy
}
dit-elle, aucun
Portier,
Ny des Laquais la detestable engeance
,
Entrons avec asseurance.
La Veuve d'un Savetier,
Jîlui malgrésoixante ans sepiquoit
dejeunesse,
De ce lieuse dit la Maistresse.
Sur le nom & la qualité
,
De cette divine Beauté,
Zai veut estre fin Hostesse
j ,
//c~~-/
De joye &d'amourtransporté
Acet honneursoncoeur estsisensible,
Quelleenperdà l'instant le fotivenir
terrible
h; /1 J
t. De sonextrême pauvreté,
Elle court danssonvoisinage
Publiersafélicité.
- Pouracheter des oeufs,desherbes, du
fromage,
De la vinette & du pain,
Avec plaisir elle engage
Son pauvre petit Saint Crespin.
Tout remuë en son voisinage,
Ses enfans empressez travaillent AfI
repas.
Acetaccueilpourtant honneste &favorable
La Dame ne répondit PtU,
@ Elle apperceuten se mettant à table
Jjïjte nostreofficieuse avoit les cheveux
blancs,
Ilfaut, luy dit elle, ma JfÙ,
.f:!.!!e vous ayez, grand nombre
d'ans,
Sur vos pieds mal affermie
Vommarchez, à pas chancelans.
O Dieux!vous n'avez, point de
dents.
Je vous liliffi à penserquelle fut la
colere
J%ue ce discours franc, maismocqueur,
-,".
Deut alumer dans le coeur
Decette nouvelle Mégere.
Perdant respect & raison
Elle prendpar le bras la Dame trop
Sincere,
Luy ditpire queson nom,
Et la met hors de la maison.
Decetteingeni
euse Fabie
1:. Voicy la meralité;
Quoi que belle
,
la Verité
N'est pas toûjoursagréable.
Tous les Airs nouveaux que je vous envoye depuis
quelque temps, sont choisis
par un fort habile Maistre.
Ainsi je ne doute point que
vous ne soyez aussi satisfaite
de celuycy , que vous l'avez
esté de la pluspart de
ceux


ceux qui me sont venus par
la mesme voye.
AIR NOUVEAU. LA saison desZephirs est cette
de l'Amour,
Le Printempsde retour
Ramene les plaisirs, les jeux, les
chansonnettes,
Et l'on entend déja dans ce charmant
sejour
Les Bergers d'alentour
Chantersurleurs tendres Musettes,
La Saison des Zephirs est celle de
l'Amour.
Je vous ay promis de vous
faire part de ce qui s'est
passe à la Cour des Aydes,
lors qu'on y presenta les Lettres
de Mr le Chancelier,
pour y estre enregistrées. Je
nemanquay pas de m'y
trouver le jour d'une Actron
si celebre. Ce fut le 20. du
mois passé. Comme pour ces
fortes d'Actions qui sont
d'un fort grand éclat, on
choisit toûjours quelque
personnedistinguée dans le
Barreau, pour faire l'Eloge
de ceux que le Roy éleve à
cette premiere Dignité de la
Robe, Mrde Tessé ,fameux
Avocat du Parlement, fut
chargé de requerirl'enregisfrement
des Lettres de Mr
de Boucherat. Il est Fils du
Doyen des Conseillers du
Presidial de la Flèche, &
proche Parent du docte Mr
Ménage. Il y a long-temps
que l'on n'a fait un Discours
public qui aitesté plus generalement
applaudy, que celuy
qu'il prononça. Chacun -
fut charmé de son éloquence,
& tant de personnes s'atcherent
aussi-bien que moy
à retenir les endroits qui fraperent
le plus vivement,
qu'il y en a quelques-uns
que je croy pouvoir vous
rapporterpresque dans les
mesmes termes qu'il a employez.
Tel estl'Eloge du
Roy, qui luy attira mille
louanges de tous ceux qui
l'entendirent.
, Mr deTesse ditd'abord,que
comme il n'y avoit rien dans
le Monde qui representaft
mieux lagrandeurdeDieu,
que la souveraine Majesté
des Rois, il n'y avoit rien
aussi qui approchait davantage
de cette souveraine Majesté,
que la hauteélévation
d'un Chancelier de France;
qu'onle voyoit assis au pied
du Trône,annonçant aux
Peuples les volontcz suprêmes
d'un grand Roy,dépositaire
de ses plus secretes
pensées,dispensateur de ses
Grâces, tenant en ses mains
la destinée de ses Sujets, ôc
décidant souverainement de
leur fortune. Il demanda par
un beau trait d'Eloquence,
qui estoit celuy qui fous un
Prince comme
le nostr
pouvoirsoûtenir dignement
un si haut degré de gloire, t» C) & ayant fait voir que cet
avantage n'appartenoit qu'à
cet homme juste dont parle
le Philosophe, à cet homme
tout divin, à qui il ne manquoit
aucune de toutes les
Vertus Morales & Politiques,
qui estoittoujours élevé
au dessus des passions de
l'homme, toujours égaldans
les differens ca prices de la
Fortune,&qui n'avoit pour
objet que l'interest seul de
la Patrie, il sembla craindre
que cene fust-là cette belle
& noble Idée, que la Sagesse
Payenne avoit conceuë tant
de fois, sans l'avoirproduite
au jour par aucun exemple,
& le beau fruit d'une profonde
speculation dont cette
vaine Sagesse n'avoit jamais
goûté ladouceur qu'en voeux
inutiles&en desirs sans effets;
Il ne marqua cettecrainte.
que pour dire ensuite avec -
plus de force
, que si les Sages
de l'Antiquité n'avaient
pas esté capables d'une si
pure Vertu, c'est que le
Ciel avoitreservé ce bonheur
à la France, pour honorer
le Regne deLouis LE
GRAND, cePrince tout merveilleux
que Dieu avoitformé
pour estre le modelle des
plus grands hommes; que
nous venionsd'en perdre un
,- qu'onpouvoit nommer veritablement
juste,& quitiroit
toute sa perfection de ce divin
modelle
,
& que la France,
cette Terre si cherie au- jourd'huy du Ciel, par une
fecondité toute merveilleuse,
avoit reparé aussi-tosten
la personne de Mr de Boucherat
une perte, qui en
d'autres tem ps ,
& en tous
les autres Climats du Monde,
auroitesté irréparable.
Il ajouta, que s'il n'avoit à
faire l'Eloge que d'une Vertu àdemy-heroïque,il suivrois
l'exemple des grande Maistres
de l'Eloquence,&qu'il
chercheroit dans les Actions
des Morts & des Ancestres
des Lauriers pour couronner
celles de MrleChancelier-,
qu'il feroit valoir les grands services n que feu Mr de Boucherat
son Pere avoit rendus
à l'Etat &à la Religion sous
le Regne de plu sieurs Rois,
tantost en Conseiller d'Etat,
ordinaire,tantost en Doyen
des Maistres des Comptes
de Paris, & tantost en Intendant
de cette victorieuseArmée
Navale, qui avoit eut
l'avantage d'affoiblir l'Hercfie
jusque dans les Ports de
la Rochelle; qu'il parleroit
de cette fameuse Digue dont
il avoit elle l'Inspecteur &:
l'Ordonnateur, de ce formidable
Ouvrage, qui avoit
dompté la Mer
,
arresté ]si
fureur des Anglois: vaincu
les forces confédérées des
Rebelles,& servy de fondementauTriomphe
glorieux
que nous voyons aujourd'huy
; qu'il s'étendrait sur
l'illustre Maison des Dormans,
sur celles des Molé
t des Hannequinsy&des Lomenie,
des Fourcy, des Ba-.
rillons, & des Harlay, & que
remontant plus haut dans le -
Siecle passé,il feroit paroilire
deux celebres Abbez de
Citeaux, Nicolas & Charles
Boucherat
;
l'un défendant.
courageusement dans le
Concile de Trente les interefts
de l'Eglise , juste autoritédes
Pape,&la Majesté
de nostre Empire; l'autre,
assistant aux EtatsGénéraux,
de la France , President aux
Etats de Bourgogne, & tenant
cinq Chapitres Generauxde
son Ordre, mais qu'il
publioit les loüanges immortelles
d'un Genie tout ex- traordinaire,qui non content
de voir fleurir en luy
toute la Vertu, toute la fortune
de ses Peres, avoit voulu
comme un Aigle par un
vol plus haut, s'éleverinfiniment
au dessus d'eux, tournant
incessanment ses regardsvers
ce grand Soleil,
qui fait en ceSiecle la destinée
de l'Univers;qu'iloüoit
un Sujet fidelle inviolablement
attachéà la Personne
de son Prince, au culte des
Aurels,àla Police del'Etat,
à la felicité des Peuples;un
grand Magistrat, quin'avoit
jamais eu d'autre passion
dans le coeur que la regle de -
son devoir, & qui sans le recours
ny de la fortune- ny de
la protection,montant deDignité
en Dignité, estoit enfin
parvenu à force de Vertus,
au degré suprême de' la
Magistrature, & qu'il vouloit
faire voir dans un exemple
éclatant, que fous le Regne
de Louis LE GRAND
la plus haute recompense
estoit toujours le prix de la
plus haute Vertu. Il entra de
là dans le détail des qualitez
naturelles de MrJe Chancelier,
de son Education *de
ses Etudes, & de ses Emplois
pendant la Minorité du Roy.
Il fit connoistre qu'à peine
avoit-il esté trois -ansConseiller
au Parlement de Paris,
qu'on le vit Maistre des Requestes,
Intendant dans l'Isle
-
de France, Conleiller d'Etat,
& l'Arbitre souverain de ce
fameuxdifférend qui divifoit
alors la Province du LanguedocentreleParlei-
nent&les
,
Etats.Il dit qu'il y avoit des
Sagessès avancées qui n'étoient
sujettes nyauxLoix de
l'âge,ny à l'ordredes temps,
& qu'on troubloit quelquefois
cet ordre &cesLoix pour
élever certains prodiges d'esprit
aux Emplois & aux Dignitez
;
maisqu'on n'avoit
jamais veu tirer, pour ainsi
dire, du Novitiat de la Magistrature,
un jeune Magistrat
pour le faire Juge des
Juges, & pour l'envoyer apprendre
aux Sages de l'Areoge
à se juger eux-meimes.
Apres avoir marqué vivement,
quoy qu'en peu de
mots, dans quel trouble la
division qui s'estoit mise il
y a prés se quarante ans entre
le Parlement de Toulou.
-
se,& l'Assemblée des Etats
de Languedoc,avoit jette
ces deux Puissànces9jalouses
d'un point d'honneur, &attachéesades
interests particuliers
,
sans que les Personnes
du premier ordre, qui
avoient voulu les accommoder,
eussentpûyréissir, il fit
paroistre Mr de Boucherat
revestu de l'aurorité Royale,
& assisau milieu des Anciens
d'Israël, les écoutant, leur
parlant, décidant,& cequi
est presque sans exemple, reconciliant
sur le champ le
victorieuavec le vaincu.
Il representa avec combien
d'applicationil avoitremply
tous les devoirs d'Intendant
de l'Armée qui fut envoyée
en Guienne contre les RebeLles
dans ces temps aveugles
& tencbreux , ou fous une
fausse apparence de bien
public & de zele pour le fervice
du Roy,la pluspartdes
bons Sujets s'estoient égarez
parmy .les mauvais; où la.
France estoit en desordre &
le devoir confondu,& ou
enfin la fidélité n'avoit presque
plus rien que lenom. Il
parla ensuite de ce qu'il avoit
fait en qualité d'intendant
de Justice, dans le Languedoc,
dans l'Ille de France,
dans la Champagne, & dans
toutes les autres Provinces
qui assoient esté confiées à ses
soins. Il yfit voir le Peuple
soulage, la licence reprimée,
les abus reformez,les malversations
punies,l'ordre retablyle
& la félicité répandue
partout.Ilsellenditsur l'ardeur
avec laquelle il avoit
çouru dans la haute Guyen-

ne, dans le Comté de Foix,
de dans les Sevenes, au secours
des Catholiques contre
les Ptetendus Reformez.
L'Heresie,dit-il,quigrâcesau
Cie1e à lapietéde nostregrand
Monarque
,
est presque entièrement
détruite aujourd'huy
, troubloit
alors le repos de nos, Freres
dans route l'etenduë de ces Provinces.
Ce cruel Monstre avoit
rompu les chaisnes qui luy avaient
esté, données par les Edits de nos
Roys.Ilcommenpit déjààparoître
en campagne, il formait desdesseins
& des entreprises dans
lesJfjUty , l'on essoitsur
point de -vo;rïenatjlre ces temps
animais déplorablesy de carnage
@¡ de meurtre, qui ont coûté tant
de sang à nos Peres. Mr de Boucherat
marche, il court, il vole;
il porte avec luy cet Art admirable
qui charme les Serpens &
les Dragons.Apeine a-til parle,
&fait retentir de tous costez le
nom du Roy, qu'on voit la tranquillitérendueau
Peuple de Dieus.
en attendantqu'un braspluspuissantque
le pen
,
viennecomme
un autre Moyse, le délivrerpour
toujours de la servitude.
Mrde Tessé passa delà aux
Emplois qu'a eus Mrde Boncherat
depuis la Majorité du
Roy.Voicy à peu prés les termes-
dont il le servit. Apres
lq'avouir coinsiderecommeune de ces ayantarrosséplusieurs
Plaines, ro.'t!ésesflots avec majesté
pendant un long cours, ÇJT*
laijf? par tout les fertilesimprefii
si ns desixsasecondite
, porte enfin.
ses eaux CT[esricheifjes dans une
profonde Mer;admirons lemaintenant
dans les Conseils du plus
grand
,
du plussage, du plus parfait
de tous les Rois, le contemplonsauprès
de ce Monarque
comme l'on fait cette Etoile plus
brillante que les autres qui commence
@r qui finit les jours, sans
cesse attachéeau cours du Soleil,
& quiparfà qualité bien-faisante
semble ne recevoir de ce bel
Astreuneplusgrandeétenduede
lumiere
, que pour en répandre
davantage sur la surface de la
terre. Que dis-je, le contempler
auprès de ce Monarque! Eh de
qui peut-on contempler les Vertus
auprès de ce Prince Incomparable.
Il prie là-dessus occasion de
faire l'Eloge du Roy,&il le
fit avec une force d'éloquence
que tout le monde admira.
C'esticy, poursuit-il
,
c'est
tcy où je ne connois plus monfujet.
Surpris
?3
étonné, éblouyde
tant de lumières, de tant de grandeurs,
de tant de miracles q i viennent
à la soissfraper mesyeux ,
de
quelle coste
i
que le les tourne ,
ou sur la Personne
, ou s ~rles aétions
de ce grand Prince , je ne
sçay fdus si je parle, ou sije tombe
dans lesilence. Monimagination
-
erneue de tant de beautéde tant
de merveilles
5
ne voyent plus
rien que des objets qui le ravissent
@¡ qui l'enlevent. Ouy,
Messieurs
,
je ne ctains point de le
dire. Je voy dans ce Prince reluire
tout ce quipeut le plus vivement,
leplussensiblementrepresentersur
la terre l'Image de la Divinité.
L'Ejiitquiest anjourd'huy son
ouvrage ,
m'offre de toutes parts
une face nouvelle
>
commesi elle
sortoit du cahos. Ce riestplus ce
Theatre de due ls, de rapines, de
Finances ruinées de Loix muetles
ou impuissantes? de troubles,
d'impiétéy ny de mélange de Religions.
Je ne trouve par tout que
l'ordrey l'union., la Justice
,
sa..
bondance, le repos ,
er parmy
tant de douceurs je n'entens plus
retentirde tous costez que des cris
de joye dans toutes nos Eglises
triomphantes de l'Heresie. le voy
au dehors nos Frontièresifreculéesf
tJua
qu'a peine peut-on connoistre om
elles ont esté autrefois. le vois au
dedans tant de magnificence
, que
si celle des Cieux publie sanscesseles
louanges deson Autheur,
celle de la France necessera jamais
de publier aussi les loüanges du
plus puissant Monarque de la
Terre. Si je contemple ses Victoires
~&ses Conquestes, quelle moisson
de Lauriers!Tantost je levois
semblable auDieu des Batailles,
tantost semblable au Dieu de la,
Paix, tantost à celuy des vangeances,
~e toujours semblable
au Dieu de la Gloire. Si je porte
ma veuësurla vaste étendue des
Mers, je voisïespritdece Prince
plus uaftey&plus profond que la
Mer mesme,régnant partoutsur
les eaux; d'une main joindre à la
France toutes les Parties du Mondepar
les liens d'un heureux Commerce
a
pendant que d'une autre
mainilforce les plus ficresPuifsances
de ce terrible Element
,
à
v~ensiriàrse-sp1ied(slucy faire hom.
mage:, rjr rcfpccicr son doigt imprimésurnos
Rivages. D'un autre
costéjevois l'Océanseprecpiiter
dans rtNJediteranée, par une
voye inconrtuë a tous les Siecles;
les Rochers C-) les Deserts transformez
en Villes
, en Ports
, en
Edificessomptueux
,
les Montagnes
applanies
,
les Precipices
comblez,lesRivieres détournées;
enfin vous diriez que la Terre
laMer,l'Art, la Nature, JI que
tout l'Universobéit àsa voix,
tant elle est semblable à celle dit
tres-baut. Ciel
, vous n'en estes
point jaloux. Ce Ponce estvostre
plus bel Ouvrage ;
il est le Protecteur
de vos Autels,la terreur
de vos Ennemis. C'est vous qui
nous l'avez donné, & vous nous
l'avez donnésigrand sipuissant
, qu'ilsemble que vous ayez
enfermé dans sa Personnece,te
ame universelle qui anime le
Monde. VoiLt) Mesieurs
,
le
Princequi forme aujourd'hui,
ou qui perfectionne les plus
grandsHommes de ce Siecle.
Voilà le Prince qui par son exemple
enseigne aux Rois à
bien regner ,
qui apprend grandsMinistresl'Art aux de gouverner
les Estats
, & aux plus
grandsMagistrats de la Terre celuy
de rendre laJustice;& voilà
le divin modelle qui a formé la
perfection de Aiz le Chancelier
dans cette haute région de l'Etat
er du Ministere, où les Sujets
dupremier ordre ressemblent à ces
premieres Intelligences du Ciel
t;':ii roulent sans cejfi sur nos
Testes. C'est là
,
n'en doutons
point, c' est dans le Conseil Royal
des Finances, où ce grandHomme
s'cft remply de tant de rares
connoissances, de tant d'excellentesqualitez
qui le distinguent,&
qui l'elevent si haut au dessus de
tous les autres Magistrats. C'est
dans cette source si vive & si
pure qu'il a puisécesgrandsprincipes
de Justice ; cette abondance
de raisons & de lumieres qui le
rendent digne de nos admirations.
Esprit haut, genie sublirne
) s'il m'estoit permis de vous
suivre
,
si je pouvois percer avec
vous ces nuagessacrez qui environnent
le Trône du plus grand
des Rois, entrer dans lesanctuaire
deses Secrets &desesMinsteres
,
contempler aubrés de vous
les admirablesressorts qui font
mouvoir avectant de gloire la
plus belle Monarchie de l'Univers.
Quenous verrions de Sagesse
! que de Trésors
, que de
Grandeurs,que deVertus ! Mais,
Messieurs,je le perdsde veuë
dans cette hauterégion, &jene
puis plus vous le representer que
comme dansuneperspectivetrèséloignée
,sanscesse app!:y cà l' etude
,
à l'admiration des v-:rr.i.
(/ ce I);-.:lr¡a Roy
,
n'ayantpoint
dautre f/ devantlesyeux,
dans le coeur, dans l'ame que cette
Teste si auguste
,
brulant de
zele pour son service, d'amour
pour sa Personne
,
depassion pour
la durée de son glorieux Regne
3 &r ne respirant que lesalut ù
lafelicitéde ses Peuples. Si nous
jugeons du progrez de cette heureuseétude
, comme les Philosophesjugent
des Secrets de la Nature
parleseffets
, nous voyons
sensiblement l'esprit de ce grand
Monarquerégner par tout dans
laconduite
,
el ns lesactionsde
Mr le Chancelier. Nous trouvons
dansses paroles cét esprit de
douceur& de majeslé, qui nous
fait aussi-tost connoistre qu'il e(l
la bouche du Roy; dans ses bienfaits,
cette maniere obligeante,
plusagreable @J plus charmante
mille fois que le bien mesme;
dans le discernement des Personnes&
des choses
,
cet oeil vif&
pbleerçant, cette prudence admiradont
parle l'Ecriture;dans les
obstacles (éfr dans les difficultez,
cette grandeur d'ame qui surmonte
tout, cette pieté solide qui ne
s'attachequ'à la droite vérité,
cette pureté de raison qui luyfait
juger de toutes chosespar le principe
& par la nature des choses
mesmes. Regardele aumilieu
de cette foule de mondetd'afr.iires9
dedevoirs qui l'environnent, ($f
qui accableraient tout autre que
luy, vous le trouver toujours present,
toujours exact
,
toujours
ponctuel,toujours infatigable,
facile pourécouterles mdfheureux,
tendre pour les se courir ,
ferme
dans ses refobiùons
,
sesconseils,solidedansdroit dans
ses juvemens,
humain, affable, religieux.
Enfin vous trouvez en luy tani
de traits, tant de rayons de l'esprit
du Monarque qui l'anime
y
que vous reconnoissez, par tout
sans peine le Maistre dans le
Disciple;&c'est de luy qu'il
faut que la France vous dise aujourd'huy
par ma bouche ce que
Rome a tant vanté dufameux
Confident d'Auguste
, que tout
autre que luy n'auroit jamais pû
soutenir l'éclat d'une vertu si vive
& si agissante.
Mrde Tessé fit connoistre
ensuite que depuis vingtcinq
ans il ne s'estoit presenté
aucune Affaire importante
dans le Royaume, où le
Roy n'eust honoré Mr le
Chancelier de saconfiance.
Il fit voir la gloire qu'il s"e.
stoit acquise dans ces differens
Emplois, & le bien que
la France avoit receu de sa
vigilance & de son zele. Il
parla de cette funeste Constellation
qui avoit paru au
milieu de nos Victoires
,
de
cette Peste engendrée des
noires vapeurs de l'Amour,
de l'Ambition, de l'Avarice,
de l'Impieté, pendant le
cours de laquelle nous ne
voyions plus dans l'enceinte
de nos murailles que morts
précipitées,mais toutescruelles
& toutes extraordinaires,
lors qu'un venin chaud brûloit
l'un, qu'un poison froid
glaçoit l'autre, que leFrere
estoit étouffé par le Frere, le
Fere par l'Enfant, le Mary
par la Femme, & que la Nature
estoit éteinte par la Nature
mesme, & il n'enparla
que pour faire voir avec
quelleforce, avec quelle
penerration Mr le Chancelieranimé
de cet Espritde
sagesse que le Roy luy avoit
communiqué, & auquel nul-
Ennemy ne peut resister,
estoitallé jusqu'au fonds des
abismes du coeur humain
jusqu'au fonds desentrailles
de la terre, chercher & combatre
ce Demon domestique
dont il avoir heureusement
triomphé. Aprés cela
il fit un fort beau Portrait de
la modestie de ce grand
Homme, & ayant dit qu'on
ne le trouvoit jamais dans
le repos,qu'un Employ suivoit
immédiatementl'autre,
tantost pour le Public, tan- -
tost pour le Particulier, &:
qu'il estoit toujours semblable
à cette favorable Divinité
des Anciens, par tout l'azile
des miserables, par tout
le fléau des Injustes,par tout
la ressource des opprimez
en un mot, par tout l'Image
des Vertus de son Prince,
il ajoûta, pour finir ce grand
Tableau, qu'une vertu aussi
pure & aussi éprouvée que la
sienne, luy avoit fait mériter
à juste titre la place éminente
qu'il remplissoit,ôc
qui ne connoist rien au dessus
d'elle que le Trône des
Rois;qu'il y avoit eu des
temps malheureux, où les
plus hautesDignitez de la
France avoient estécomme
en proye aux passions
y
aux
caprices, aux cabales, aux
hazards, & souvent le prix
d'une honteuse servitude,
plûtost que la recompense
de la Vertu, mais que nous
vivions fous un Prince, dont
le Trôneplusbrillant mille
fois par l'éclat de sa Perfonne,
que par celu y de sa Couronne,
n'estoitouvert qu'aux
hommes du premier Ordre,
àces Genies extraordinaires,
qui libres de passions, consommez
par une longue fuite
de travaux,dévouez au salut
de son Etat, & formez sur
ses exemples, estoient plû
tost des Anges que des hommes.
Je remets encore jusqu'au
mois prochain à vous parler
de l'Oraison Funebre prononcéedans
l'Eglise de l'Hostel
Royal des Invalides, par
Mrl'AbbéFléchier,nommé
à l'Evesché de Lavaur, le
jour que Mr le Contrôleur
General y Bt faire un Service
pour feu MrleTellier, Chancelierde
France.Quoy qu'on
ait pû vous en dire, on ne
vous en peut avoir trop dit.
Ce Panegyrique pasle pour
un Ouvrage achevé, & je
me tiens feur que vous en
croirez sans peine le témoignage
qu'en rend cette
Lettre. Elle est de Mrl'Abbé
Faydit dont la réputation
vous est connue.
p~~3~~&3P~ë~p~~
A M. L'E VE S QUE
DE LAVAUR MAdame de Mayefchroona
Ambassadrice de Danne
match
, &Mademoifelte du
Tillet Niece de MDaur, font enchantéesdevostreEloquence
Monseigneury &
m'ont priédevous enfaire leurs
- complimens. Je m'en fuis chargi
avec damant plus de plaisir, que
je cherchas loccasionde vous faire
les miens sur la nouvelle Dignité
dontvene%d'eflrereveflu,
st) que votif allez honorer par
njoflre mente. Je vous les aurois
faits plûtojl, sifaveis sceuprécisément
en quel endroit de Bretagne
vous faificz la guerre à
iHerefie.Lagloire de vos Armes
ne ma pas esté inconnue,
mai* le champ de Bataille l'estoit.
Je riay point esié surpris de vos
Vifloires3 scachant que l'épée de
la Parole de Dieu entre vos
mains, cft telle que le Prophète
dépeint celle d'un grand Conquerj.
ntLislfie,fortpolie & bien limée
d'une part pour briller
J
&
fortaiwëç'r:t,\in:!:anic de au
tre pour .;'('¡ilï l~s fÎ., .;JtP'ISJ Uc
splendent limâtus cil, acutus
estut VU!IKTU\Lemoyen
de vous refijicr }
f't"J, nuOïà- dit
que %'O'is fç.tz-i encore mieux
conf>nd<\> les Hl reliques que le lier
les bleros?Vaisnous en fijlzsun
charmantde Mr L Tellier,
le metrouvay prés d'un Aveugle
qui est fort éclaired'écrit ;
c'est Mr /'AbbéTDefjfjaiatt..IIllrere--
mercia Dieu tout haut, C:P((s
vous avoir entendu, de ce qu'il
luy avoit ostélesjeux, & non
les oreilles,proférant disoit-il
la lumière de vos Discours à celle
du Soleily & aimant mieux estre
en eslat d'entendre les uns, que
de voir l'autre. Vn de mes Amis
quiafortvoyagé,m'assuroitdernierement
qu'il avoit veu à la
Meque un Turc qui s'estoit crevé
lesyeux après avoir veu le Tombeau
de Mahomet de peur de les
souillerparla veut d'autres objets.
le vous répons,Monseigneur)
que je boueberay desormais mes
oreillespourneplus entendre d'autres
Orateurs. Vous esses le flean
de ceux qui parlent en public. Le
moyen qu'on nous ecoute après
?JOliS avoir entendu!
Vidi quantasubnocte jacerer
Nostradies.
En sortant desInvalides
,
11,
fus tenté de faire ce que le Pere
Joubert Cordelierm'a du qu'il avoit
fait apres avoiroüy le Sermon
de l'Ambition,du Pere Bourdulouë
qui est un de ses Chefsd'oeuvre.
Il brulatous les siens,
& en fit un sacrifice à ce grand
Predicateur.f'ayfailly à vous en
faire un des miens.
je n'aypoint de regret ,
Monseigneur
,
de n'estrepoint né au
temps des Demostbenes dr des
Cicerons.Je trouve en vous tout
ce qu'ils avoient de grand e).J
d'elevé
,
~& je sçay bon gré à
nostre amy Mr t./lhbé de la
Chambre qui tit, qu'il ne faut
plus que les Orateurs jurent par
les Manes de ceux quisont morts
dans la Bataille deMarathon,
mais bien par lesilluflres Morts
dont vous avezfait les Graifons
Funebres.J'ay du chagrinseulementde
n'avoirpasvêcu du temps
de nos Peres, que ces bonnes gens
admiroient des Discours fort insipides.
J'aurois valuquelquechose
en ce temps là ; mais par malheur
pour moy vous avez mis
nostreSiecle dans un autre goust.
Ce que je vais vous direl'estde
bien du monde.
J'ay une petite Maison de
Campagne
,
Campagne5ouoÙpopouurrtotuouttoronrnee-.
ment j'ay j-ait peindre hs sept
plusgrands Personnagesquiayent
jamais ejléchacun (71 leurgenre
,
~(gjr que je regarde comme les
flot miraclesduMonde; Mon-
(ieur le Prince pour la Guerre;
Mr Descartes pour la Physique;
Mr Arnauld pour la Science
de la Religion& la Polemique;
Mr de Corneille pour la Tragedie,
Mr de Lully pour la tJMujî.
que; Mrle Brun pourlaPeinture;
~& vous, Monseigneur,pour l'E,
loquence. Le Roy est au dessus
de tous vous autres,qui répand
ses rayons pour vous éclairer ~&
vous échauffer au travail.
Hæc sunt æratis septem Miracu
la nostræ,
Lullius, Arnaldus, Condæus,
Cartesiusque
Er tragico Princeps Cornelius
ille corhurno,
Et Brunnuspictor,dicendique
arte Magister
Flexierus. Lodoix tamen hos
super eminet omnes.
Ily a en bas unpetit homme
qui vous admire & qui vous regarde
tous avec des Lunetes de
longue veuë. C'est vostre treshumble
bumble .& tres-obeïssant Servi- teur,FAYDIT.
28. Mars 1686.
Sur la fin du dernier mois,
on eut avis d'Heidelberg,
que la Princesse Charlote
de Hesse, Electrice Palatine
Doüairiere, y estoit morte
après une longue maladie.
Elle nâquit en 1927.Elleétoit
Veuve de Charles-Louys,
ComtePalatin,Electeur, qu'
elle avoit épousé en 1650. Elle
en avoit eu Charles, Electeur
Palatin, mort depuis un an,
& Charlote Elizabeth,mariée
le 16. Décembre 1671. a

Philippes de France, Monsieur,
Duc d'Orléans,&Fre- *
re unique du Roy. C'estoit
une des plus genereuses Prin- *
cesses qu'on ait jamais veües
en Allemagne. Elle estoit
Fille de Guillaume V. dit le
Constant, Landgrave de
Hesse-Cassel, mort en 1637.
& d'Emelie-Elizabeth de Hanavv
, qui a 'eHé une Héroïne
de nostre Siecle, avant
relevé par les Armes l*esEJ tats
de Guillaume VI. son Fils,
qui estoient ruinez; & les
ay ant accrus en 1648. par le
JL
Traité de Munster de l'Abbaye
d'Hirsfeld,de plusieurs
Bailliages, du Territoire de
Gelinghen, & de la Ville de
Marpurg, qui estoit autres
fois le lieu de la residence
du Landgrave de ce nom,
-
car la Hesse futdivisée sur la
fin duseiziémeSiecle en trois
parties, qui appartenoient a
trois Branches de cette Maison
; sçavoirCassel, Darn,,-%
stad, & Marpurg. Cette derniere
ayant manqué, la plus
grande partie de ses biens est
rentrée dans la Branche de
Cassel, qui est l'aisnée. Guillaume
VI. Landgrave de
Hesse, Frere d'Emilie
, ma-
-
riée en 1648.àHenry Charles
de la Tremoilled Prince de
Tarante, & de Charlote,
Electrice Palatine Doüairiere,
dont je vous apprens la
mort,estant décédé en 1663.
laissa d'Heduvige Sophie,
Fille de George-Guillaume,
Electeur de Brandebourg
Guillaume , VII. Landgrave
de Hesse-Cassel, né en 1651.
La Maison de Hesse estune
des plus illustres d'Allemagne
parson ancienneté, ôc
par les grands Hommes qu.,
elle a produits. Elle tire son
origine des anciens Ducs de
Brabant, & de Charlemagne,
du costé des Femmes.
Celle de Hanavv estaussi
tres-ancienne. Hanavv, Ville
& Comtédel'Empire dans
la Veteravie, dépend du
Comté qui porte ce nom.
Madame la Marquise de
Saint Remy mourut icy le
10. de ce mois. Elle avoit
épousé en premieres Noces
Mr de Rezé, & estant demeurée
Veuve fort jeune,
elle se maria avec Mrle Marquis
dela Valliere, dont elle
eut feu Mrle Marquis de la
Valliere, Pere de Madame
laDuchesse de Choiseul, ôc
Madame de la Valliere,Duchesse
de Vaujour, qui porte lenom de laBaume-le-Blanc.
C'est une Maison de Bourbonnois,
établie en Touraine
depuis un Siecle & demy,
&alliée àlaMaisonde Beauvali>
& aux plus anciennes
de cette mesme Province.
Elle avoit épousé en troisiémes
Noces Mrle Marquis
deS. Remy, premier Maistre
d'Hostel de feu Mon sieur
le Duc d'Orleans. Il eitoit
je laMaison de Courtalvert, l'une des plus considerables
du Maine,dont M le Marquis
de Pezé est l'aisné. Elle
en a eu une feule Fille, qui
est Veuve de Mr le Marquis
d'Entragues, en Lyonnois,
C'estoit une Dame d'une
tres-grande vertu.
On a fort parle icy d'une
Avanture, qui n'a pû se terminer
que par un Arrest du
Parlement. Je me préparois
à vous la conter dans mon
stilesimple
,
quand ilm'est
tombé entre
les
mains une
Lettre de MrVignier, où je
l'aytrouvée écrite en Vers i
avec beaucoup d'agrément.
Je vous l'envoye, estant asseuré
que vous la lirez avec
plaisir.
A MADAME LA MARQUISE
DANGUITAR.
A S.SIMON.
JE connAoiPsa,ris, ce28. Mars1686. Madame,faute qu'une
enfait commettrecent,
&qu'aprés avoir manqué plusieursfois
àson devoir,on nesçait
plus commenty rentrer. IlmefalloitpourcelaunArrest
de La Cour
aussiagreable que celuy qui a esté
rendu à la grande Tournelle Sao
medy dernier23 Mars.
Un Galant à bonne Fortune,
Qui peut-estre jamais n'enavoit
eu pas une,
Un de ces vains extravagans,
Qui font les beaux,les Intrigans,
Qui ne trouvent jamais de Personnes
Cruelles
Etqui,si l'on encroit leursotte
vanité,
Ont eu mille faveurs des Dames
lesplus belles, -
Fut n'aguere puny de sa temerité.
Dans le milieu d'une débauche
Ce beau Galant s'estoit vanté
Que dans toute sa Ruë à droit,
ainsi qu'à gauche
Il n'eftoir aucune Beauté
Dont il n'eût esté bien traité.
Le beau Sexe outragé s'assemble,
On s'anime
, on confere ensemble;
Jugez ce qui fut dit, quels Arrefts
on donna
Et combien l'on sedéchaisna.
Aprés beaucoup de bruit, cette
Troupe nombreuse
Se rendit aux Avis d'une Sage
Boiteuse;
Car il està noter qu'où la chose
arriva,
Cinquante entre deux cens marchent
cahin caha
; Cette Boiteuse dir, que pour vanger
l'outrage
Il falloit se saisir de ce lasche Imposteur,
Et que sur son honneur
Elleleur promettoit de le rendre
plus sage.
Pour en venir à bout on fit toas
les apprests;
Le Galant visitoitsouvent une
Voisine,
Qui malgré son humeur badine
N'estoit pas dans ses interests,
C'est là qu'on le surprit,fort éloigné
de croire
Qu'il seroit le sujet d'une plaisante
Histoire.
On le prend au colet & dans le
mesme instant
Onle lie,on le deshabille,
Chacun avec grand soinl'époussette,
l'étrille,,
On le meine Tambour LratJ
tant, !
Chaque coup est suivy d'un
nouvelle injure,
Puis on le laisse seul pleurer foa
avanture.
Aprés s'estre si bien vangé,
Le Sexe ayant pour Chef cette
Boiteuse habile,
Alla se plaindre en Corps auJuge
delaVille,
De ce faux Détracteur qui l'avoie
outragé.
Nostre pauvre - Etrillé plein de !
honte&derage, -
Ne perdit pas courage,
Et pour avoir raison d'un se vr-j1
lainaffront, j
Quoyquemoins prompt,
Il vintaussifairesa plainte. i
LeJuge,homme judicieux,
Ne se fit pas peu de contrainte
Pourconserver son serieux.
Avez-vous preuve convaincante
Luydit-ild'unairassezdoux,
Ou quelques bons Témoins de
l'injure outrageante
Dont vous venez vous plaindre
à Nous?
Pour preuve & pour Témoins
de sa méchante affaire
Nostre homme n'auroit pû montrer
que son Derriere,
Mais il falloit pour rendre un
Jugement
Un plus grand éclaircissement;
Cependant comme la Justice
Veutquelquefois qu'on uie d'artifice,
Le Juge le questionna
Sur la cruauté de ces Dames
Puis il le condamna
A reparer l'honneur de ces honnestes
Femmes.
A ce rigoureux jugement,
Penerré de douleur extrême
il appelle à la Cour contre
Jugemesme;
Qui ne s'en fafcha nullemenr
Non plus que la Boiteuse.
Cette bonne Solliciteuse
N'oublia pas de faire son Paquet
Pour se presenter au Parquet
A vec cinq autres bonnes langues
Qui firent de belles Harangues,
On plaida Samedy la Cause au
Parlement,
Où l'Appellant inconsiderément
Voulut de sa Presence -
Honorer l'Audience.
Chacunsur luy jettoit les yeUXt.
Et Moliere jamais ne fit de Comedies
Où l'on se foit diverry mieux.
On mit hors de Cour les Par-
,Coli
ties,
Condamnant le Battu de ppaayyeerr
-
les Dépens
Au prudent Juge d'Orleans. i' Avoüez,Madame, que vous
me quitteriez tous les Mois pour
une pareille Lettre. Encore quelle
ne fois pas trop du temps ou
nous sommes
, je n'ay pû mempescher
de Dom faire part de cette
Historiette. C'est assez quelle
aille vers vous pour ne pas manquer
de Commentaires de reflexions.
Je suis avec beaucoup
H? respect, Vostre,&c.
Il s'est fait à Privas une
Mission qui a produit de
grands fruits. Privas est une
Ville dans le Vivarets, qui a
soûtenu l'Heresie jusqu'à la
Rebellion, en forte qu'on
fut obligédel'assieger pour
la réduire à l'obeïssance. On
en bannit tous lesReligionnaires,
ce qui fut cause qu'il
y resta peu de monde. Il ya
presentement environ quinze
cens Habitans,dont huit
cens ne se sont convertis que
depuis le mois de Septembre
dernier. C'est feulement depuis
ce remps-là qu'ils ont
esté receus dans la Ville. Les
Pretendus Reformez se tenoient
dans le voisinage, 8c
quand quelque Famille se
convertissoit, ces nouveaux
Convertis venoient demeurer
, ou dans la maisonde
leurs Peres, ou dans quelque
autre maison ruinée que la
Ville leur donnoit, à condition
de la rétablir. C'est ainsi
que plusieurs Familles s'y
sont retiréesdepuis le Siege,
outre les Catholiques de
naissance
,
qui sont en fort
petit nombre, y ayant trespeu
de personnes dans Privas
qui n'ayent estéde la Religionde
Calvin,ou au moins
dont les Parens ne l'ayent
professée. On doit les premieres
Conversions au zele
de Mrs du Seminaire de Viviers,
les suivantes aux Instructions
de Mr le Curé de
Privas, & les dernieres à la
Pieté du Roy, qui n'a plus,
voulu souffrir en Franced'autre
Religion que la Catholi-<
lUe. Le Pere Hierôme de
Lyon, & quelques autres
Capucins yayantesté envoyez
pour Missionnaires,
ils firent l'ouverture de leur
Mission par une Procession
generale
,
& par unSermon
qui fut suivy de la Benediction
duSaintSacrement. Ils
declarerent qu'il y auroit
tous les jours une Predication
à six heures du matin,
& ensuite une Messe; qu'à
c une heure aprésmidy on seroit
un Catechisme, & quetous
lessoirs il y auroit une
secondePrédication,à la ns'~
de laquelle on donneroit la ¡
Bénédiction du Saint Sacrement.
Les nouveauxCatholiques
ayant esté fort assidus
à tous les Sermons de la premiere
semaine
,
la pluspart
demeurant dans l'Eglise
pour entendre la Messe, ôc
ne sortant point le soir lors
qu'on donnoit la Benediction,
ces zelez Missionnaires
leur dirent qu'il estoit
temps qu'ilssongeassent à
remplir tous les devoirs de
bonsCatholiques en se préparant
à se confesser, & à
recevoir la Communion
mais que pour éviter l'embaras,
ilsjugeoient à propos
de leur assigner des semaines
differentes; la premiere pour
les Filles, la feconde pour les
Femmes & les Veuves, la
troisiéme pour les hommes
& les jeunes Gens, & la derniere
pour tous ceux qui étoientau
dessous de dix-huit
ans. En mefine temps ils exhorterent
les Filles de penser
à leur conscience,& de se
confesser dans la semaineoù
l'on commençoit d'entrer,
afin que le Dimanche fîii*.
vant elles pûssent communier
toutes ensemble. Le
lendemain Mr l'Everque de
Lodeve arriva. Il visitoit
pour Mrl'Evêquede Viviers
toutes les Paroisses de ce Diocese,
où il y a de nouveaux
Catholiques, & il fut charmé
devoir la ferveur de ceux
de Privas. Il l'alluma encore *
plus par les fortes Exhortations
qu'il leur fit, en forte
qu'ils benissoientDieu de son
arrivée. Ce Prelat leur %{çavoir
qu'il administreroit le
Sacrement de Confirmation
à ceux qui feroient en estat
dele recevoir, &lesayant
«
exhortez à s'y preparer, il
confirma cinq cens personnes
de l'un & de l'autre sexe,
parmy lesquelles se trouverent
tous les Chefs de Familles
nouvellement coverties,
hommes & femmes, & entre
autres deux Ministres. Il y err
avoitun troisiéme, mais Mr
l'Evêque de Lodeve trouva
à propos de ne luy administrer
ce Sacrement que surles
lieux où il avoit fait les
fonctions de Ministre. Quoy
que les Missionnaires eussent
confesse indifferément tous;
ceux qui s'estoient presentez,
pour les mettre en estat,
de profiter d'une occasion û
favorable, il n'y eut pourtant
que les Filles qui communierent
le Dimanche, suivant
l'ordre qu'ils avoient
cru devoir établir.Afin qu'-
une si sainte action. parust
plus édifiante, ils les prierent
de s'habiller ce jour-là
de blanc, & d'avoir chacune
un Cierge à la main pour
assister à la Procession, qui
se devoit faire immédiatement
avant leur Commuinion.
Elles se trouverent à
l'Eglise,àl'heure marquée,au
nombre
nombre de deux cens, &le
Crucifix fut mis entre les
mains de celle qui avoit demandé
à le porter. On entonna
les Litanies. Elles continuerent
à les chanter,sortant
de l'Eglise deux à deux,
& marchèrent ainsi fort devotement,
suivies de Mr le
Cure, & de quelques Ecclesiastiques,
qui chantoient
desMotets en Fauxbourdon.
Aprés eux marchoient quantité
d'hommes & de Femmes,
dont la foule fit connoistre
que cette Ceremonie ne les
choquoit pas. A leur retour
elles se placèrent dans l'endroit
qu'on leur avoit préparé.
Mrle Curé commença la
Messe, pendant laquelle un
des Millionnaires produifoic
à haute voix des Actes de
Foy, d'Esperance, de Charité,
de regret & d'humilité,
alternativementavec unEcclesiastique,
quichantoiten
Plein-chant quelques paroles
de l'Hymne Pange lingua.
A la fin de la Messe
,
le Pere
Loüis leur fit une courte,
mais forte Exhortation, qui
attira les larmes de la pluspart
de cesFilles. Ensuite on
j
leur donna la Communion,
après laquelle le mesme Missionnaire
produisit les Actes
d'Actions de graces comme
il avoit produit les autres
pendant qu'on disoit une seconde
Messe qu'elles entendirent.
La Ceremonie finit
par lePater& l'Ave que Mr
le Curé recita cinq fois à
haute voix, afin que faisant
toutes la mesme priere
avec luy, elles pussent gagner
l'Indulgence delaMission.
Les Femmes ne firent
pas moins éclater de zele à
le venir confesserpendant
leur Semaine. Elles demanderent
qu'il leur fust permis
d'orner l'Aute l, ce qu'elles
firent d'une maniere fort
propre, donnant quantité
de Cierges pour léclairer.
LeDimanche elles se rendirent
à l'Eglise
,
chacune
avec un Cierge & un Voile
blanc, que les Millionnaires
les avoient priéesde prendre
, pourveu qu'elles n'y
eussentpas une entiere repugnance.
Elles estoientenviron
trois cens. Le Crucisix
fut porté par l'une d'elles
, & l'on fit les mefmes
Ceremonies qu'onavoit faites
la premiere fois. Les
Hommesne voulurent point
ceder aux Femmes, & ils
envoyerent cent cinquante
Cierges pour illuminer l'Autel.
Ce jour là fut distingué
par une Procession solemnelle
du S. Sacrement. La rigueur
du temps qui par la
violence du froid sembloit
mettre quelque obltacle à
cette devotion,ne servit qu'à
faire paroistre la ferveur de
ceux pour qui se faisoit la
Ceremonie. Quatre cens
Hommes & jeunes.gens qui
composoient la Procession.
marchoient fort modestement
un Cierge à la main&
la teste nuë. Il y en eut un
qui paroissant tout transy
de froid
,
demanda à un Ecclesiastique
s'il ne pourroit
pas mettre son Chapeau.
Comme on luy eut répondu
qu'ilvaloit mieux qu'il se retirast
, & qu'il en avoit la liberté,
il ne voulut point le
faire,preferant le plaisir de
suivre le bel exemple des autres
au soulagement qu'il auroit
receu. Ce qui rendit cette
Procession encore plus ce
lebre aux yeux de ceux qui
connoissent les Habitans de
Privas;
c'est que pour faire
triompher l'Auguste Mistere
de l'Eucharistie.,lesMission
naires avoient choisy quatre
nouveaux Convertis pour
porter le Dais, sçavoir deux
Gentilshommes
,
leSindic,
ëc un Bourgeois dela Ville.
ci Quatre jeunes Avocats, aus
sy nouveauxConvertis,marchoient
devant eux portant
chacun un Flambeau. Les
rues estoienttapissées,& l'on
fit trois décharges de Mousqueterie
pour honorer le
Sacrement. Au retour on
trouva l'Eglise entierement
éclairée. On en avoit bouché
toutes les fenestres , & la
clartéqui venoit des Cierges
serviràaugmenter le recueillement
de ces nouveaux Catholiques.
Ils entendirent la
Messe fort devotement, parurent
touchez de tout ce
que leur dit le Pere Loüis,
entendirent une seconde
Messe pour Actions de graces,
& se retirerent tres-satisfaits
aprèsavoirgagné les
Indulgences. Cette Processiontouchales
coeurs endurcis
, & les Millionnaires qui
si croyoient n'avoir qu'à prescher
dans la derniere Semaine,
furent obligez de
confesser plus de deux cens
personnes de l'un & de l'autre
Sexe qui avoient manqué
à faire leurs dévotions
avec les autres. Le Dimanche
suivant on fit la Procession
des Enfansqu'on avoit
instruits dans les Catechi
smes. Ils estoient au nombre
de cent. Ceux qui se trouverent
assez avancez en âge
communierent avec beaucoup
de devotion. L'apresdînée
l'Eglise se remplit de
monde pour commencer la
Ceremonie de planter la
Croix. Comme on devoit
aller processionnellement au
lieu choisy pour cela, une
Demoiselleconvertie depuis
uunnaannaapprrééssuunneeo°ppli1n1i1âatrtreetlée
qui paroissoit invincible, demanda
à porter le Crucifix.
Il luy fut donné, &elle marcha
suiviede toutes les Filles
deux a deux, de toutes les
Femmes, des jeunes Gens,
& de tous les Hommes dans
le mesme ordre, & dans un : profond silence. Ensuite paroissoient
vingt Soldats portant
une Croix deChesne de
la hauteur de quarantepieds,
& la Processionestoit terminée
par Mr le Curé & quelques
Ecclesiastiques.Lorsque
l'on fut arrivé à trente
pas des Murs hors de la Ville,
quiestoit le lieu où l'on deyoit
planter cette Croix;
les Charpentiers l'éleverent
sur les ruines d'une Tour,
lesquelles estantdétachées
formoient une espece de
petit Calvaire. Mrle Curé la
benit solemnellement,&le
Pere Loüis fit une Exhorta-
16
tion tres-vive, pour exciter
tout le mondeà former des
Actes d'un vray repentir. Ils
le firent tous sans hesiter, &
ce Pere les voyant touchez
par ce mouvement, leur cria
qu'ilsdemandassentmisericorde.
L'air retentit aussi-tost
jusques à trois fois de cette
parole penitente. Aprés cela
Mrle Curé baisa la Croix,
ainsi que les Ecclesiastiques
& les Missionnaires.Les principaux
de ces nouveaux Convertis
s'empresserent pour
faire la mesme chose, & les
autres baiserent la terre devant
la Croix, parce que la
Ceremonie auroit duré trop
long-temps, si on eust voulu
attendre quechacun luy eust
donné le mesme signe de veneration.
On retourna dans
le mesme ordre à l'Eglise, &
l'on y chanta le Te Deum.
Les Habitans rendirent
d'eux-mesmesdés le commencement
de la Mission,
les Livres dont ils se servoient
dans l'exercice de la
Religion Pretenduë Reformée.
Il s'est trouvé environ
quatre-vingt personnes qui
ont demandé à differer leur
communion
, pour avoir le
temps de se faire mieux instruire,
& l'on y a consenty.
Le jour des Cendres ils se
soûmirentsans peine à laCeremonie
de l'Eglise, & pendant
tout le Carefine ils ont
esté fort assidus au Sermon
& ont entendu la Messepres-,
que tous les jours, quoy que
leurs grands biens con sistant
en vignes, les Ouvriers, les
Maistres & les Domestiques
ne pussent se dispenser d'un
travail qui ne pouvoir estre
remis à un autre temps. Tous
ces nouveaux Convertis voulant
persuader encore plus
sensiblement Sa Majesté de
leur sincere retour à l'Eglise,
luy ont envoyé un Actepassé
dans une Assemblée de
Ville, & signé de soixante
des plus considerables d'entre
eux, par lequel après avoir
remercié le Roy de leur
avoir fait connoistre la bonne
Religion, dans laquelle
seule ils font convaincus
qu'ils peuvent trouver leur
repos & leur salut
,
ils luy
demandent pardon de la
faute de leurs Peres, luyjurent
une fidélité inviolable,
& comme s'ils vouloient luy
répondre non feulement
d'eux & de leurs Familles,
mais encore de tous leurs
Descendans, ilsasseurent Sa
Majesté qu'ils mettront un
pareil Acte dans les Archives
de la Ville, pour estreun
monumenteternel de la
bonté que le Roy a euë
pour eux,& de l'engagement
que la Ville a contracté, sur
tout dans cette occasion, de
luy estre fidelle
,
& de soutenir
l'interest de Sa Majesté
au peril de leurs vies. C'est
ainsi que cette Ville infortunée
pour avoir esté autrefois
le theatre de la revolte contre
l'Eglise ôz contre son
Prince, mais heureuse maintenant.
par saconversion qui
paroist parfaite, peut servir
d'exemple & de modelle à
beaucoup d' autres. Aussï
quantité de gens fort éclairez
ont-ils publié que l'on
pouvoitdire de Privas ce que
S. Augustin à dit des Donatistes
dans son Epitre à Boniface
, que dans les lieux ou.
l'Hereuse a paru plus acharnée
contre la Religion, les
Habitans font gloire d'estre
plus attachez aux interests
de l'Eglise
,
& plus zelez à
donner des matques d'une
veritable conversion.
Je vous ayappris celle de
Mr le Comte de Madaillan.
Voicy des Vers qu'il a presentez
à Sa Majesté depuis
ce temps-là. Ils en ont esté
fort bien receus, & on les a
lûs à la Cour avec applaudissement.
?
AU ROY. si ce n'estpoint trop entreprendre,
, rendre pte 'l'(!U.< rendre
Des mijotas qui m'ont fait le plus
d'impression
,
Four me faire embrasser voflre Religion
;
Pour i-omméïit(v à vout ledire,
Voicy par oul'on a commencé de
m'instruire; Cesi par me faire entrer dans la reflexion
De la longuesuccession
JjWon voit de tous les temps dans
l'Eglise Romaine,
( Succession qui m'a toujours fait de
la [ninc )
Ensuite j'ayvoulu,pour ne m'ytromper
point,
Continuer ainsi toujours depoint en
point
A m'instruire de vos (rts
Avec des Gens versez en pareilles
Matieres,
Qui voulant ~acheverpar ma réunion
L'Ouv rage d>furé de IL ilr Inftrt;ciion,
M'ontfaitvoirclairement,quoy qu on
fasse, ou qu'on dise
, J9f*yilnefpointde Salut hors de la
Sainte Eglise.
Aprés ilsmontparlédelanecessité
Desesoûmettre àson autorité,
Comme pour le Salut d'un point fort
necessaire,
Etpuis ils m'ont prouvé que dans le
Sacrement
jtfui- CI/rift e(l réelle ment,
bltis que sans r.,Uo;¡¡;,r à fondssur
la rn.inii.rc
Ilfaut , en l'adorantjjfoùmettrc é*
se tain.
7 usque il) SIRE, ils mûrit aj/tz*
bien eclaircy
J'ay çoutc leurs , rations,mon ame en
Cjll0:!ÏLMtl
, Maisce quim'embarasse é- ce qui me
tourmente C'est qu'ils m'o,nt fait csnnoistre au
Que quelque réuny qu'onpuisse estre
à l'Eglise
, Lamaniere fust-elle entierementsoûmiJè,
SansGrace L'onn'yfaitque d'iJ'JutileJ
Voeux
Et mesmesans Grace efficace
L'on nypeutjamais, quoy qtlon fasse,
Ny bien vivre, ny V'-V'l"'{, heureux.
Ainsimalgré tant de raisonscertaines,
Elles demeureront inutiles & vaines,
Puis que je n'yvivray jamais que
malheureux,
Sans consolation, comme sans esperancc,
Sivous, dont lesbontezfont le bonheurde
tous,
Ne me donnez au moins quelque
asseurance
De recevoir un jour quelques gracess
deVous.
Maiscelle que mon coeur desire
Avec leplus d'ardeur&d'empressement,
SIRE,
De vostreAuguste Majesté,
Ç'e(l qu'Elle veuille bienagréer mes
services,
.Etlc.rvxux quejefaispoursaprosperiîé,
En luy voüant un coeurplein defidesité,
Comme leplusparfait de tous la Sacrifas.
Ce ne font pas seulement
les Pretendus Reformez qui
abjurent leur fausse Religion.
Le grand mouvement
qui se fait en France pour
faire rentrer les Egarez dans
la vraye voye du Salut, fait
ouvrir les yeux aux plus Infidelles.
On en a un exemple
dansLevi de Saluzzo, natif
deTurin.C'estoit un Juif
tres-sçavant dans la Litterasure
Judaïque & dans les
«
Langues, outre l'Hebraïque
qu'il possede parfaitement.
Il fut baptisé le Mardy26.
du mois passé, dans l'Eglise
Paroissiale de Versailles, par
Mr l'Evesque de Soissons,
qui avoit pris foin de le convertir.
Il eut pour Parain Mr
le Duc de Montausier
,
&
pour Marraine Mademoiselle
d'Uzez, sa petite Fille,
qui l'ont nommeCharles.
Je vousay mandé depuis
quelques mois, que Mr l'Abbé
de Quincé avoit esté nommé
à l'Evesché de Poitiers,
Toutle monde connoist son
merite,
merite,&l'application qu'il
a toujours euë à remplir tous
ses devoirs. Il a examiné serieusement
ceux qu'impose
la Dignité de l'Episcopat, &
sa santé toujours incertaine
ne le laissant pas en ~eitat de
s'en acquiter avec la vigilance
& l'exactitude qui luy
paroissent d'une obligation
indispensable dans un si haut
Ministere, il a supplié le Roy
de vouloir agréer sa démission.
Comme l'Evesché de
Poitiers demandoit un sçavant
homme, pour affermir
les Protestans qui y estoient
en grand nombre, dans la
veritable créancequ'ils viennent
d'embrasser, Sa Majesté
en a pourveu Mr l'Evesque
de Treguier. Vous sçavez,
Madame, la réputation qu'il
s'est acquise fous le nom du
Pere Saillant,Prestre de l'Oratoire.
On connoist par là
que le Roy ne rend pas seulement
justice au merite,
mais qu'en donnant au particulier
,
il fait encore du
bien au general.
Il y a quelques années que
je vous fis une exacte & entiere
defèriptÍon de tous les
Appartemens de Versailles,
& de ce que l'on appelle tenir
Apartement. La Musique
est du nombre desdivertissemens
que l'on y prend
les jours qu'on le tient. Non
feulement les plus beaux
Airs de Mr de Lully y sont
chantez, mais encore ceux
des Maistres de Mu fique qui
ont quelque distinctiony &
dont les Ouvrages ont fait
bruit. Cela fait qu'ils s'empressent
tous à travailler, &
qu'ils cherchentde belles
paroles, parce que lorsqu'ils
sont assez heureux pour en
avoir, ils font ~feurs que leur
Musique paroistra beaucoup
davantage. C'est ce qui arriva
dernierement au Sieur
Marets, qui ayant mis en
Musique l'Idille que je vous
envoye, le fitchanter aux
A partemens en presence de
toute la Cour. Il y arriva une
chose extraordinaire, & qui
fait connoistre son grand
succés. Madame la Dauphine
en fut si contente, qu'elle
le fit recommencer sur
l'heure. Tous ceux qui l'avoient
déja oüy, l'entendirent
une seconde fois, Se :
témoignerent y prendre un
nouveauplaisir. Il fut encore
chanté le jour d'Appartement
suivant. Je vous
aysouvent parlé des Ouvrages
de Prose & de Vers,
& de differens caracteres
de l'Auteur des paroles, c'est,
tout ce que je vous en diray
aujourd'huy. J'espere
vous envoyer le mois prochain
quelques endroits notez
de l'Idille.
IDILLE
DRAMATIQUE
SCENE I.
La France,la Paix,le Repos,
les Plaisirs, Choeur.
vLA FRANCE. ~Hnez,, aimable Paix
,
Venez, R pos tranquille
,
La Francepour jamais
Doit estrevostre azile.
LE REPOS.
Allons, aimable Paix.
LA PAIX.
Allons, Repos tranquille.
Le Repos & la Paix ensemble.
La Francepourjamais
Doit estre nostre azile.
Choeur.
Venez,aimable Paix, &c.
La Paix& leRepos.
Arrestons dans ces lieux les ~Ieux &
les Plaisirs,
De nos plus doux bienfaits comblons
tous lesdefirsi
Faisons que tout repose,
Et nesouffrons d'autres soûpirs
EntrQéueeceux que l'Amourcause.
des Plaisirs & des Jeux,
qui se mêlent avec les Bergers
qui dansent.
Trois Plaisirs chantent.
Dans ce beausejour
Lescraintesseroient vaines;
Les Plaisirs tour à tour
En bannissent les peines,
On n'y porte d'autres ~chaifrics3
JÇue I" f àfines del'Amour.
UneBergere.
On ne voit dans ce Boccage
£>ue lesJeux les pluscharmans,
C'est icy que l'on /tng.gc)
Sans connoistre les tourmens.
On ne craindra plus les peines
Dans un si charmantsejour,
On n'y porte d'autres chaisnes
Queles ~chjufines de l'Amour.
ENTREE.
Les Bergeres s'en vont avec les
Plaisirs.
Les Bergers restent seuls.
~+
SCENE II.
sTTi.rsri.s,IrTi's, ~LL'(isan.dJ re. TlRSIS.
Vivons nos jeunes Bergeres,
Les ~eux & les Plaisirs s'attachent à
leurs pas,
Les Bergers ne se plaisent gueres
Où les Bergeres ne sontpas.
LISANDRE.
Allez, Bergers, dans ce Boccage9
Vous qui vivez contens dans l'Empire
amoureux,
Les Ris,les~leuX) le Badinage
Sont faits pour les Amans heu-
- reux.
le voy danser Tirsis, il ~ewrt à ma
Bergere,
Elleme fuit,ellel'attend;
Quandon voitunRivalcontent,
TOHJ les plaisirs ne touchent gucre.
IRIS.
Neplaist on plus dés que l'on aime?
revoissceu le charmer
; Avantque de sçavoiraimer,
Son amour estoit extrême
Avant qu'ilfist naistre le mien;
Zr quandje l'aimeplusqu'il ne m'aimoit
luy- mesme,
Ilne me dit plus rien.
Neplaist-onplusdés que l'onaime?
LISANDRE.
le vous entens,voussoupirez,,
Depuisquand estes-voussitendre?
IRIS.
Depuis que vous ignorez
.f¿Ut voussçavez vous faire entendre.
LISANDRE.
Tirjis n'estpas avecvou,
Votac<j) ez, luy parlersans dOlIIC. Iris.
Depuis que lafandre estjaloux.
Je luy parle /ans qu'ilm'écoute.
LIS ANDRE.
Mon coeurtoujours de bonne foy
Ne sçauroits'attacherqu'au vofirt^
Et vous, quand vous pariez à moy,
Vous songez, à quelque autre. Iris.
Vousaffectez,unvain couroux
Pourmefaire une querelle,
YOUJ voulezestre cru jaloux,
Pour estre crufidelle.
LISANDRE.
Si vom craignez, toujours que je
puisse changer
L'objet d'un amour extrême
Iris, connoissez-moy ,
,
connoiffezvont
vous-mesme,
Vous UL craindrez pluscedanger,
Ensemble.
Aimons- nous d'uneardeur mutuelle.
Aimons-nompournous Aimer tou*
Qu'uneflâmetoujoursnouvelle
Rallumeà tous momens nos premieres
amours.
Ai»mons - nous d'uneardeur mu- ,
Aimons-nouspournous aimer tou+
jours.
Le Choeur repere ces deux derniers
Vers.
PASSECAILLE. QVun Berger dansce charmant
Bocage
Est heureux
Dés qu'ilest amoureux!
Son amour n'estjamais volage,
Etjamais la Beauté qui l'engage
Ne trahit en l'aimantses desirsny ses
feux.
JQji'un Berger dans ce charmant bâcage
Est heureux
Dés qu'il ljlamoureux.' i'
Un jeune Am fil! tendree ToujoursconstantdansJNi s-mour9
Netrouve point de coeurnlle,
o-?!;: rr.'ciln'é[es rigueurs kl adequel*
que jour.
&
Nevous r([/tUt;'tN tft'of vos ten-
(,l'.I'
) dres de,r Amans ,
vosf'\i:e urs fv; t .-: .ana;
Ce nesi qtt avec des afies
G) ) .,' ~l ,', '- -.' £)u<j>2aebtt-. ~hs ',..)'.1S,
i
»
SCENE III.
La France, la Paix, la Victoire , Choeur.
QLA FRANCE. Vels Tambours, quelles
Trompettes ?
LA PAIX &LA FRANCE.
Quelles clameursmal à propos
Interrompent nos JiJufèttcs)
Etmenacentnostrerepos?
LA PAIX A LA FRANCE.
Quoy,jusquedans ton sein craindray-
je la Victoire ?
LE REPOS.
La barbare en tous lieux m'attaque &
me détruit,
Je fuis d'accordavec la Gloire,
Etla Victoiremepoursuit.
La Paix &le Reposensemble.
lefuisd'accordavec la Gloire,
Et laVictoire me poursuit.
LA FRANCE.
Victoire toujours agissante,
La Paix &le Reposregnentdans mes
Etats,
LesPlaisirs & les lieux suivent icy
leurs pas,
Ne vienspasmepriver de Uur douceur
charmante,
La Gloire en est contente.
Et la Victoire ne i\(ï pas
LA VICTOIRE.
Non,je nepuissouffriraisPestes
Et tu reçois trop bien la Paix & le
Repos.
La bonté du Heros
Limite fcsconqllejlu,
S'iln'eustjamais donné la Paix ,
Ta gloire alloit plus loin que tesfou- haits.
LA FRANCE.
Tout rit,tout chante,
Dans ces lieux pleins d'appas
La Gloire en estcontence
, Et laVictoire ne l'estpas.
LA VICTOIRE.
Quelle terreur, quelle épouvante
Ajamais troubletesEtats
Dans le temps mesme des combats?
Du Heros quejefers la valeur triomphante
Te laissoit entre hs bras
D'un paisible repos & d'une Paix
constante.
Quelleterreur,quelleépouvante
Ajamaistroublé lu Ftais
Dans le temps menu descombats?
LA FRANCE.
Du Héros que tu sers la douceur efi
harmante,
jusqu'àses ennemis,il veut que tout
rejjente
Letraquillereposquireg
La Gloire en est cor
EtlaVictoirene l'e -- LAVICTOIRE
LeMaistre de cet L'.i;- c
Devoit l'estre deCU.;iv.>/»
Dans les plaisisdivers
JVue le reposinspire,
Ldijjc chanter & rire
Ceux dont il brise Izs sers ; « Mais toy, connois ce que tuperds,
Le Maistredecet Empire
Devoit l'estre de l'Univers
L a France, la Paix & le Repos.
Du Heros triomphantlasagesse profonde
Cherchemoins son bonheur que le
bonheur du Monde.
LA VICTOIRE.
Il fautdonc cederau Repos
3
La Paix m'arreste,
le oc vay qtiavec le IJircsy
Ien'interromps plur<v$j!rcFesle,.
La r.¡ix m"lrnste.
Grand Cha>.Jf.
lJenij]ô;¡s le Vainqueur
,
q,/I/ triom- pheàjamais,
Il unit le Repos, la VViicjitooilrwe ¿. l/aj
Paix.
Une Bergere.
Borgers, qui vous plaignez, de vos
peinessecretes
, Bergers,qui murmurez du sort de vosRivaux, Quittez, vos Houlettes,
Confiez, à vos chiens le foin de vos
Troupeaux,
La Paixaccorde les Trompettes
Au Jôn de nos Musettes
,
Reprenez, vos chalumeaux
>
De petites Chansonnettes
Soulagentfonvattdegrandsmaux.
Une autre Bergere.
Nous r/e. craindronsplus que UGloire
,v iv" Nous inh ver nos Amans
LaPaix ajiny nos toutmens,*•
Elle desarmela Victoire,
Les Bergers à leur tour
VoS'tfoire triompher l'Amour.
Le Grand Choeur.
BénissonsleVainqueur,qu'iltriomphe
à jamais,
Il unit le Repos, la Victoire fa1 Paix.
Sur la fin du dernier mois,
Mrle Marquis de Dangeau
Chevalier d'honneur deMadame
la Dauphine, épousa
Madame la Comtesse de Levestein
Fille d'honneurd~
cette Princesse. Comme elle
estoit Chanoinesse
, on la
traitoit de Madame
, quoy
que Fille, & il suffit qu'elle
possedast cette qualité pour
faire connoistre les avantages
qu'elle a du costé de sa
Naissance. Elle est Fille de
Federic Charles,Comte de
Levestein
,
qui épousa en
1651. Anne-Marie,Fille d'Egon
Comte de Furstemberg,
& d'Anne-Marie, Princesse
née de Hohen Zolern. Elle
a l'air doux,l'amegrande ôc
genereuse
,
honnestes. & les manieres
Je ne vous dis rien
de sa beauté, le bruit qu'elle
fait vous en doit avoir instruite.
Elle a estéfiancée
dans le grand Cabinet de
Madame la Dau phine, ôc
mariée le lendemain dans la
Chapelle du Château de Versailles,
par M l'Abbé Fléchier,
nommé à l'Evesché de
Lavaur,Aumônier ordinaire
de Madame la Dauphine.
La Naissance de Mr le Marquis
deDangeau est soûtenuë
de beaucoup d'esprit, de merité
& de conduite à la Cour,
-& dans tous les Emplois qu'il
a eus. Il s'est toûjours fait
quantité d'Amis, &a mérité
l'estime du Roy,ce qui seul
fait son Eloge. Il est de la
Maison deCourcillon,distinguée
par une Noblesse trcsancienne
,dont l'origine remonte
jusques au temps de
Hugues Capet. On trouve
dans l'Histoire des anciens
Comtes d'Anjou,qu'ils avoient
au nombre de leurs
principaux Vassaux les Seigneurs
de Courcillon. Cette
Terre qui est située dans la
Province du Maine a esté
portée parleMariage de leur
BrancheaisnéedanslaMais
sondes Comtes de Sancerre,
Guillaume Sire de Courcil-
Ion est mentionné dans des
Chartes de Geoffroy surnommé
PlantegentComte d' An--
jou, du Maine, & de Touraine
, qui mourut l'an nyi.
Guillaume Sire de Courcil-
Ion son petit Fils, augmenta
la Fondation de l'Abbaye de
la Clarté-Dieu, & comme il
sceut joindre la pieté à la valeur
, on le trouve qualifié
Chevalier dans des titres de
l'an1250.Unancien Registre
de la Chambre des Comptes
de Paris , contientplufleurs
Traitez faits en 1277.
1281.& 1288. par Monseigneur
Guillaume, Sire deCourcil-
Ion Chevalier, & parMonseigneurGeoffroydeCourcillon
son Fils aussiChevalier, avec
Robert Comte de Dreux,
Prince de la Maison Royale,
& avec Beatrix, Comtesse de
Chateaudun sa Femme. Brifegaut
de Courcillon Frere
puisné de Guillaume & de
Geoffroy,Sires de Courcil-
Ion Chevaliers,ayant eu par
son partage la Seigneurie de
Montleans en Dunois l'an
1363. forma une Branche que
le
le merite 6c les adbions mu
litaires de ceux qui en font
issus
,
ontélevez a des Emplois&
à des Charges, dont
la Justice de nos Roys a eut
devoir honorer leurs grands
services. Tous ces avantages
leur ont donné dans tousles
temps une fuite de nobles
Alliances avec les principales
Maisons du Royaume.
Guillaume de Courcillon
Chevalier,Seigneur de leans,épousaen Mont-
1390. Jeanne
de Chartres sortiedela
Maison des Vidames de cette
Ville
-
là. Guillaume de
Courcillon son Fils, Conseiller
& Chambellan du Roy
Charles VII. Bailly de Chartres
& de Dauphiné.,maria
en 1466. Geoffroy de Courcillon
son Fils aisné, avec
Marie de Cugnac
,
Soeur
d'Antoine de Cugnac Sei.
gneur de Dampierre, premier
Mailtre-d'Hoilel de
Loüis XII. & Grand Maître
des Eaux & Forests de
France,Ayeul de François
de Cugnac
,
Seigneur de
Dampierre, fait Chevalier,
duS.Espritpar Henry IV,,
lienij95.CeGeoffroy de Courj
cillon épousa en secondes
Noces l'an 1472.Marie Cholet,
Dame de la Seigneurie
de Dangeau, Fille& unique
heritiere de Messire Jean
Cholet, Chevalier Seigneur
de la Choletieres & de Dangeau
,
Grand Maistre de
l'Artillerie de France fous le
Regne de Louis XI. Je ne
parle point de plusieurs autres
Alliances avec les Maisons
de C-habot-larnacdont
Mr le Duc de Rohan est le
Shef; de Salazar,renommée
lar plusieurs grande Capitailes-,
de Chameroles dont
est venu, le Grand Amiral de
Coligny, & du Plessis de
Liancourr, honorée de la
Dignité de Duc & Pair de
France. J'ajoûterayfëulement
que Mrle Marquis de
Dangeau est petit Fils d'Anne
de Mornay ,dont le nom
eH: aussi noble qu'il est célébre
dans l'Hifioire du dernier
Siecle. Elle estoit Fille
de Philippes de Mornay Seigneur
du Plessis Marly, &
Gouverneur de Saumura
grand' Tante de René du
Bec) Marquis de Vardes,
Capitaine des Cent Suiffes
W
de la Garde, & Commandeur
des Ordres de Sa Majessé,
Beau- pere de M1lê Duc
de Rohan, & petite Fille de
Françoise du Bec, dont le
Pere Charles du Bec Vice-
Amiral de France, avoirépouleMagdelaine
de Beauvilliers
,
grand' Tante de
M'le Duc de S. Aignan. Elle
avoit pourTesOncles^Pierre
deMocnay Baron de Buhi
,
Maréchal General des
Camps & Armées du Roy,
Chevalier de ses Ordres,
& Lieutenant General au
Gouvernement de l'Isle de
France, & Philippe du Bec
Archevesque & Duc de
Rheims, premier Pair de
France, & Commandeur des
Ordres du Roy. Cette Dame
épousa en econdes Noces
Jacques Nompar de
Caumont, Duc de la Force..
Pair & Maréchal de France.
L'attachement fidelle & =-
lequôMleMarquisde Dangeau
a toujours eu. pour la
Personne du Roy, luy a
fait acquérir succeiffvement
pour recompense les ChapeesdeColonel
duRegiment dduuRoy,ddeeGGoouuvveerrnneeuurr de
laProvince de Touraine, de
l'un des Seigneurs choisis
poist estre tou jours auprès de
la Personne de Monsèigneur
le Dauphin, & l'agrément
de Sa Majesté pour celle de
Chevalier d'honneur de Madame
la Dauphine.
J'ay à vous parler d'un
autre Mariage qui s'est fait
icy depuis un mois par une
avanture fort particulière.
Mademoifclle de Seve
3
Fille
deMI de Seve d'Aubeville,
revenant de Pologné, où
elle avoit esté Fille d'honneur
de la Reyne
,
passa à
Bruxelles il y a deux ans ,
&
sur logée par recommandation
avec deux de ses Qompagnes,
& unAbbé qui les
conduisoit de la part de cette
Princesse,- chez Mr le
Comte de Bail. Madame la.
Comtesse de Bast sa Femme,
qui n'avoit rien oublié, non.-
plus que luy, pour bienrega.-
ler cette belle Compagnie,
eitanr morte un an après le
départ de Mademoiselle de
Seve, Mrle Comte de Bast
eut tant de douleur de cette
perte, qu'il nepûtpiusfcutepk
la. ve.ue d'unlieu qui
renouvellent son.afflictionà *
tous momens. Il abandonna.
Bruxelles,& alla voyager
en Hollande & en Arigler
terre pour talcher de dissiper
son cliagrin. Tous les efforts
qu'il fit pour le vaincre,demeurerenc
inutilesenfin
iln'y trouva point d'autre remede5que
de venrr en France
chercher Mademoiselle
de Seve
,
dont il avoit toûjours
conservé l'idée, quoy
qu'il-yeust deux ans qu'il ne
l'avoitveuë,& que mesme
depuis ce temps-là il n'en.
eusteu aucunes nouvelles.Il
partit en poste avec un Valet
de Chambre feulement, je
estant arrivé à Paris, il la
demanda en mariage. On
-
s'informa de son bien & de
sa naissance, & comme on
en fut aisément instruit,elle
luy fut.accordée.Illepoufe'
sur la fin du mois passé dans
l'Eglise de S. Paul. Mademoi-1
felle de Seve est jeune, blonde
,
& fort bien faite
y
& il
est rare au'une Fille de son
âge & de sa naissance ait autant
voyagé qu'elle. Il estaifé
de connoistreà sesmaniéces
qu'elle a profité avec
beaucoup d'avantage de ce
qu'elle a veu dans les Pays
Etrangers.Elle est Niece de
-
ErraD oers. Elle Nicce Mrd'Aubeville qui est à prefent
Envoyé Extraordinaire
du Roy vers la République
deCenes^aprés l'avoir esté en
Portugal,en Lorraine,& en
plusieurs autres Cours Etrangères.
La Famille de Mrs
-de Seve est tres-ancienne,
&trop connuë pourvousen
rien dire. Madame deSeve,
Mere de cette nouvelle Mariée
,
est de la Maison de
Marie, quiest aussi fort ancienne.
Je croy, Madame
, que
vous avez sceu il y a déjà
quelque tempsyque Mr le
Comte de Cassel-meiiea esté
nomme pour aller à Rome
en qualitéd'AmbaluJeur
d'Obedience à Sa Saintetéde
la part du Royd' Anglererre.
C'est un homme d'un fort
grand Genie, & quientend
& parle sept fortes de Langues.
Mr Cency Vice-Legat
d'Avignon,ayant sceu qu'il
estoit parcy de Paris-, dépescha
sonSecrétaire jusquesau
Pont S. Esprit, pour luyfaixe
compliment de sa part-,
êc luy offrirtout ce qui pouvoit
dépendre de luy dans
son Gouvernement ; & sur
l'avis qu'il receut que Mr
l'Ambassadeur arriveroit à
Avignonlesoir du Dimanche24.
de Mars, il fit aussitost
assembler Mrs du Corps
de Ville & de la Noblesse,
qui se rendirent en mesme
temps au Palais. Mrle Vice-
Legat en sortit sur les cinq
heures, avec ses Carrosses
suivis d'un Cortege de plus
de cinquante autres. Celuy
où il estoit avec Mr le Viguier
& les Consuls
,
estoit
precedé de cinquante Cavaliers
de sa Garde avec leurs
Officiers à la teste. La Gard e
Suisse estoit aux deux costez
du Carrosse
,
& une partie
marchoit devant. Ilsallerent
danscet ordre jusqu'au bord
du Rhône, au lieu où Mr
l'Ambassadeur devoit descendre.
Il arriva sur les six
heures du soir, & fut salué de
tout le Canon.Aprés qu'il fut
monté en Carrosse, on marcha
le long du bord du Rhône
, pour luy faire voir la
belle situation de la Ville.
On y entra aux Flambeaux
par la Porte de Maille, &
comme la nuit commençoit,
MrleVice-Legat avoit envoyé
ordre de mettre par
tout deslumieres aux Fenêtres
, ce qui fut executéde la
part des Habitans avec une
promptitude qui marquoit
leur zele. Une partie des Estafiers
de Mr le Vice-Legat
marchoit devant ses Carrosses,
& les autres à costé. En
arrivant dans la Place qui est
devant le Palais, on trouva
l'Infanterie rangée en Bataille,
& un concours extraordinaire
de Peuple. Mr l'Ambassadeur
fut salué d'une
décharge generale de mousqueterie,
& estant descendu
de Carosse au pied de l'Escalier
qui est dans la Court du
Palais, il futconduit par Mr
le Vice-Legat ,& par tous
ceux qui avoientesté avec
luy le recevoir à la descente
du Bateau, à l'Apartement
qu'on luy avoit preparé. Il
estoit meublé magnifiquement
ainsi que les autres
pour les Seigneurs & Gens
desa suite. Mrs du Corps de
Villele vinrent complimenter,
& luy apporterent les
Presens accoûtumez. Mr le
Vice-Legat l'ayant laisse
pour quelques momens, entra
dans son A ppartement5
où ayant pris ses Habitsde
Ceremonie
,
il allavoir cet
Ambassadeur dans le sien
;
& M rAmbafTadeurluyrendit
sa visite preiqueauili-tost.
peu de tem ps aprésMr le
Vice-Legat le vint prendre
pour Sou per. La Table elloit
devingt- quatre Couverts
& il veut six Services, chacun
de neu fgrand Basi",nsde
douze Plats moyens ,
&: 4s
40tiz,c autres horsd'oeuvre,.
AvrilM<f,. - S ",
-
La magnificence, la propreté
& la delicatesse Françoise
aussi-bienquel'Italienne,
parurentàce Repas&àceux
qui le suivirent, par l'abondance
des ~vi andes les plus
exquises, par une exce lknrs
Simphonie,& par desTriomphes
à la mode de Rome.
Ces Triomphes sont des
pastes de sucre,aveclesquelles
on formedes ifcrtires30-des
édifices, & tout ce qu 'on
veut. Outre M. leComtede
~Castelmene & M le Vice-
Legat,ily euttoûjousàcablesixSeigneursAnglois,&
le Secretaire Royal de l'Ambassade,
Ml'Auditeur General
de la Legation, Mrle Dataire
de la Chancellerie d' Avignon
,
quelques Gentilshommes
de la Ville, & les
princi paux Officiers tant de
la Cavalerie que d'Infanterie
, que M le Vice-Legat
invitoit pour tenircompagnie
à M. l'Ambassadeur. Le
premier soir lors que l'on but
lesSantezdu Pape& du Roy
d' Angleterre,elles f n\n saluéeschacune
de sixcou ps
de Canon, Les autres ~G ens
de la suite de M. l Air.baili»
deur ont esté toûjours traitez
à d'autres Tables.
Le lendemain
,
jour de la
Feste del'Anonciation, M*
le Vicelegat mena cet Ambassadeurentendre
la Messe
à l'Egliiè des Jesuites
,
& ensuite
il luy fit voir le beau
Convent des Celestins, où
est le Tombeau deS. Pierre
de Luxembourg
,
& le corps
de S. Benozet,quel'on y conserve
entier depuis plus de
cinq cens ans. L'apresdînée
ils allerent se promener au
Cours avec un Correrye de
plusdevingt-cinq Carosses,
& le soir ils se rendirent à
Aine grande Assemblée de
Dames, où se trouva la pluspart
del Noblesse. M l'Ambassadeur
a y ant voulu partir
le26. aprèsdisné, Mr le Vicelegat
l'accompagna avec lamesme Noblesse, & la Cavalerie
qui avoit esté le recevoir,
& un Cortege nombreux
de Carossesà six che-
- vaux jusqu'à deux lieuës de
la Ville. Au sortir du Palais
ïl sur salüé du Canon & de
la Mousqueterie. &aux Portes
de laVille, les Corps de
Garde le saluërent encore.
M. le Vicelegat avant pris
congé deluy,&s'estantmis
dans un autre Carosse, le tlt
encore accompagner d'une
Brigade de (a Cavalerie juC
ques à Cavaillon où il alloit
coucher ce jour la, & le lendemain
jusqu'au bord de la
D,irinz,-,q-ilcii estéloignée
de sept l-i.eues.Ainsil(''on
peut dire qu'il n'a rien ou.
blié pour honorer cet Amb
assideur, & pourmarquer
la joye qu il avoir du devoir
d'Obedience que rend à ja 1un Roy,doncl'Avenement
àlaCouronne estsi
avantageux à l'Eglise,&dans
lequel toute la Chrestienté
doits'interesser.Onn'a point
esté surpris qu'il ait fait paroistre
en ce rencontre un
caracteretout particu lier de
magnisicence& d'honnesteté.
C'est celuy de tousceux
de (a Maison,qui est illustre
par les Pa pes & les Cardinaux
qui en sont sortis
,
ôc
qui luy ont donné le rang
qu'elletient parmy les premieres
Maisons de la NQblesse
Romaine.
-, Quelques Recits particuliersquiayentparu,&
quoy
que les Nouvelles publiques
ayent pu nous apprendre
touchant la Statuë érigée à la
gloire du Roy par M1 le Mareschal
Duc de la Feüillade,
il restera toûjours assez de
quoy faire d'amples Relations
pour ceux qui you*
dront mettre dans leur jour
toutes les ci-constancesd'une
si belle matiere.Ils'agie
de plus que d'une Feste,
eu si vous voulez
,
dun jour
entier d'allegressepublique
Il faut remonterplus haut
le vous parler presquede
tous les jÉiecksr^yanj: que
dede
venir à cette grande journée
,qui doit estre glorieuse
à la France, sensibleà tous
ses Peuples, util e à tous les
Monarques qu'une noble ôc
loüable émulationexcitera
à marcher sur les traces du
Roy, & qui immortalisera
lenom de Mrde la Feüillade,
ôc l'ardeur d'un zele aussi
grand que nouveau1 pour la
gloire de Sa Majesté.Les
Statuës & les Arcs de Triomphe
estoient autrefois dédiez
aux Empereurs & aux grands
Conquerans, par le Sénat,
par le Peuple Romain, &
quelquefois mesmeparun
Particulier, lors qu'il avoit
receu de grands bienfaits de
quelque Empereur, ou lors
qu'il en avoit esté honoré
d'une bienveillance singuliere.
Ce furent les motifs
qui engagerent MrleCardinal
de Richelieu à faireélever
la Statuë Equestre de
Louis XIII. que l'on voit
à la Place-Royale. Je ne parle
point de celle de Henry
le Grand,élevée sur le Pontneuf,
parce que c'estoit un
Present du Duc de Florence
à la Reyne Marie de Medicis.
Quelques beautez qu'-
ayent ces Monumens
,
ils
n'approchent ny de lagrandeur
,ny delamagnificence
du superbe Ouvrage qui
vient de faire l'étonnement
de tout Paris, & l'on peut
dire que Mr le Duc de la
Feüillade, en le faisant élever
,a donné à tout l'Univers
un pompeux Spectacle des
Vertus qui ont rendu nostre
Auguste Prince non seulement
le plus grand des Rois,
mais encore le plus grand
de tous les hommes. Ce
Monarque estoit dans tous
les coeurs; mais il n'estoit
point encore dans les Places
publiques avec unéclat qui
approchast de sa grandeur;
& si les Statuës des Princes,
dont les vertus sontàimiter,
doivent estre élevées pour
servir d'exemple à la posterité,
quel Monarque, quel
Heros, & quel Sage sur la
Terre a plusmerité cet honneur,
queceluy à qui mille
vertus Morales & Politiques
ont fait donner le surnom de
Grand. Aristote met les Eloges
qu'on prononce en pu-
Lb-lliicc àà llaagloire des grands
Hommes, & lesStatuës qu'-
on leur dresse, au rang des
choses qui exhortent, & qui
honorent ensemble. C'estoit
le dessein des Atheniens lors
qu'ils fireht mettre en public
des Inscriptions à l'honneur
des Guerriers qui avoient
battu leurs Ennemis,
& que l'OrateurEschines ra-
> porte toutes entieres. Elles
marquent qu'on leur rendoit
cet honneur, afin d'exciter
la posterité à imiter
leur vertu. De pareils Monumens
d'honneur engagent
les Peuples à un
amour
plus tendre, & àuneobeïssance
plus prompte, en leur
proposant continuellement
l'image des vertus du Prince.
Comme ces Statuës ont encore
pour motif d'honorer
la Vertu, de si pompeuses <5c
de si éclatantes marques du
plus haut merite font esperer
à ceux qui cherchent les mêmes
voyes pour les obtenir,
qu'ils pourront s'en rendre
dignes. Le but des Heros en
faisant de grandes Actions,
doit toûjoursestre de meriter
de semblables,Monumens,
afin qu'aprés leur mort

ils ne perissentpoint dans hL
memoire des lioi-nines to
que durant leur viele bruit
de leurvertu lesrendant presens
en tous lieux,ils soient
par là en état d'égaler la durée
de tous les Siecles par
la perpetuité de leurs loüanges.
Ces magnifiquesRepresentations
du Prince sont des
motifs continuels àses Sujets
de l'aimer & de luy obeïr
avecune ardeur inviolable.
On leséleve,afin cpç
les Peuples touchez de ses
vertus, augmentent,s'il se
peut,leur amour & leur obeïssance
envers luy
,
& que
le Prince touché de leur zele,
consacre encore plus volontiers
ses soins & les precieuxmomens
de sa vie ,\U.-
bonheur de ceux qui luy font
soumis, & que dansda mutuelle
correspondance de la
veneration du Peuple envers
le Prince, & de la tendresse:
du Prince envers le Peuple
l'Etat soit heureux &floris-:t.
sant. Seneque dit que rien
ne releve tantle coeur, que
lesPortraits des grands Hommes,
& que ce fontautant
d'aiguillons pressans quinous:
piquent, & qui nous portent
à les imiter. En voyant ces
Statuës, onse reptefente aufsi-
tost que ceuxqu'ellesnous
font voir, n'ont pû les meriterque
par de grandes Actions.
Cesarsoupiroit à la
veuëde la Statuë d'Alexandre,
& sesentoit excité à marcher
sur sestraces.Scipiondisoit
que la veuë des Images
de ses Ancestres ne luy
avoit laissé prendre, aucun
repos, jusqu'à ce qu'ileust.
fait des Actions dignesde
leur nom. Ces Statuës nous
montrent tout ensemble&
les traits du visage des Heros
qui en ont elle dignes
& l'estime generale qu'on a
euë pour leur merite. Gïst
en quoyconsiste la plusglorieuse
recompense dela Vertu,
de pouvoir servir d'exemple&
de guideàlaposterité,&
d'aiguillon aux grands Hommes.
Quand l'absence nous ks ravit, nous sentons du
soulagement à contempler
leurs Portraitrs
,
& à les avoir
sans cessè devant, les yeux.
Chacuny aura celuyduRoy,
comme on y avoit autrefois
celuy d'Alexandre ,pourse
rendre la fortune favorable.
On ne peut trop élever de
Statues en France à la gloire
d'un si grand Prince, puis
que chaque Particulier devroit,
s' il luyestoit possible,
enavoir une chez soy. Si ce
Monarque a tant fait pour
la gloire de l'Etat, M. de la
Feuillade à fait au delà de
tout ce qu'unSujet peut saire
pour la rendre immortelle,
& il n'appartient qu'à un
Prince comme le Roy de
faired'aussipuiissàns, &d'aus
si zelez Sujets. Le grand avantagequ'il
y a à esperer.
pour les Peuples du respect
que leur imprime la majesté
de ces Statues &de ces Eloges
legitimes, est cause que
la Religion chrestienne qui
condamne severement toutes
les actions d'orgueil
, ne.
s'oppose point à ces hommages
publics que l'on rend &
la vertu des Souverains, parce
que Dieu veut que les
Roys soient honorez.
-
Le
Statues mesme parmy les
Princes Chrestiensservoient
d'azileauxcoupables qui les
embrassoient, & ceux quia
bâtirent cellesde l'Empereur
Theodose,furent punis trèsseverement.
Il n' y a rien de
plus glorieux dans ces Monumens
publics que les Inscriptions
qui sont connoître
le sujet que l'on a eu de
les élever, & qui confervent
le nom de celu y à qui
on les a élevez. C'est ce qui a
fait dire à Pline,qu'aussi-tost
qu on a commencé a dresser
des Statuës, on a commencé
aussià y mettre des Inscriptions
qui contiennent les
Eloges de ceux qu'elles represèntenr.
On peut conclu.
re de là que ces Statuës im-.
mortalisent celuy pour qui
elles sont dressées
; qu'elles
- nous apprennent ses actions
en peu de paroles
;
qu'elles
les laissent à la posterité;
qu'elles excitent à les imiter
dans tous les Siecles
; ôc
qu'elles font utiles non seulement
al'Etat, maisàl'Univers
par le rapport des
Etrangers,des Livres
,
des 4
Métaux, & du Burin qui les
font passer
, pour ainsi dire,
jusque chez les Nations les
- plusreculées. Il ne faut pas
s'eftonner après celàsiCiceron
a dit qu'un semblable
Monument est pour l'étern-
té& que c'est un Autel
dédié à la Vertu. Sans ces
beaux Ouvrages de Sculpture,
laGrèce n'auroit pas esté
si renommée, & la magnificence
de Rome seroit prefque
ensevelie. Il yen avoit
à Rome dans le Champ de
Mars,&je ne sçaurois mieux
vous marquer l'estime qu'on
en sasoit, qu'en vous disant
quAuguste ordonna des Soldats
pour les garder. Ainsi
l'on peut dire que Mr de la.
Feuillade a fait un beau Present
à la France, en donnant
un si pompeux ornement à
la Ville de Paris,& que par
dessus tous les effetsavantageux
que produisent les Statues
des grands Hommés,
il a faitconnoistre par là l'état
florissant où le Roya mis
les beaux Arts dans le
Royaume. Si la Sculpture
n'estoit pas au nombre des
Arts lliibbéerraauu-xx
,
plus capable I d'ennoblir que d'abaissèr
ceux qui y travaillent puis
que chacun sçaitqu'on ne
dégénéré point en y travaillant
, un aussi bel Ouvrage
•que celuy que Mr des Jar
i
dins vient d'achever
,
de
vroit ennoblirtoutl'Art de
la Sculpture, non se*ulement à causè de sa beauré,maisà
cause du Prince qu'il representer
Que la posteritél'admire,&
que nos Neveux s'entretiennentenle
regardant
des exploits miraculeux
grand Monarque dont nos
voyons la Statuë
, que Mr le
Duc de la Feüilladeafait élever
avec des soins incroyables
,
ôc une dépensedigne
d'un zele aussi ardent que le
sien. Cét ouvrage qui pour
sagrandeur & pour sa magnificence
surpassetous ceux de
cette nature dont l'antiquité
sè vante, surprend d'abord
lesyeux par une Statuë
de Bronze de treize pieds de
hauteur, où le Roy est representéde
bout avec ses habits
Royaux. Un Cerbere
paroistsous ses pieds. Il marque
latriple Alliance, & fait
voir en mesme temps que
Sa Majesté en a glorieusement
triomphé. La Victoire,
a un pied sur un Globe,d'où
elle s'éleve, l'autre pied en
l'air. Ellea lesailles ouvertes,
pour prendre son essor, ôç
en passant elle couronne le
Roy.Tout ce Grou pe qui ,c(t.
composé du Roy revenu de,
ses habits Royaux, de ce
Cerbere ,de la Victoire
vec l'attitude que je viensde
vous marquer, du Globe,
d'une Massue d'Hercu le,
d'une peau de Lyon, & d'un
Casque,
,
le tout dans leurs
proportions,& pesant plus,
de trente mil liers, est fait;
d'un seul jet
, ce qui contribue
beaucoupdavantage à
sa beauté,que cette grande,
- quantité demaniere detrentemilliers,
Comme les reilzs,
de.l'Antiquité, & les Histoi-
-
res île nous marquent point:
qu'il se soit jamais fait aucun
Ouvrage de fonte aussi grand.
quece Groupe,la France;
fera éternellement redevable
à Mde la Feüillade de
luy en. avoir fait produire
un dont l'Antiquité, toute.
su perbe qu'elle est
, ne se.
peut vanter, & il a le glorieux
avantage d'avoir fait
faire une chose sans égale
pour un Monarque qui n'a
point,&quin'a jamais eu dfi.
lpeareiL Le Piedestal sur lequel
Roy est elevé, estdeMarbre
blanc veiné. Sa hauteur
est de vingtdeuxpieds. Il
est orné d' Architecture avec
des Corps avancez en bas,
aux quatre coins desquels
font quatre Captifs ou Enclaves
de Bronze. Ces Esctaves
ont onze pieds de proportion
chacun, & font accompagnez
de grand nombre
de Trophées aussi de
Bronze. Je ne vous décris
point leurs différentes attitudes,
non plus que ce que
contiennent les bas reliefs
qui remplirent les faces &,.
)£s costez du Corps dupiedestal,&
qui font de Bronze,
& ont six pieds de long sur
quatre de haut. Je ne vous
parle poinr non plus de plusieurs
ronds de bronze ornez
de Festons qui contiennent
divers sujets
, ny des ornemens
de tout l'Ouvrage. M
l'AbbéRegnier Desmarais,.
Secretaire de l'Academie
Françoise, qui en a fait un
Livre, est descendu dans le
détaille plus exact detoutes
ces choses,& il écrit d'une
manieresi juste ,& qui represente
sibien cequ'ilchercheà
faire entends,qu'on
n'y peut rien ajoûter.Ainsi
je me contenteray de vous
dire que la Place où l'on voie
cetOuvrage
,
aujourd'huy
leplus merveilleux de l'Univers,
est de quarante toises,
que Mrle Duc de la Feüillade
en a donné plus de la
moitié
, ayant fait abattre
pour l'agrandir la plusgrande
partie de son Hostel
, &
que laVille de Paris a fourny
plus de quatre cens mille
francs pour le reste, Tous les
ordres de Mr le President de
fourcy
,
Prevoit des Marchands.
Ilfaut vous parler desInf
criptions, qui ont esté faites.
parMr l'Abbé Regnier Des.
marais. Il y a quatre grands
Ronds de Bronze entre les
Corps avancez, & au desfous
des Esclaves. Ceux des
deux Faces contiennent la
dédicace de l'Ouvrage en
Latin & en François, & ceux
des costez font deux Bas reliefs,
avec des Inscriptions
qui expliquent, ce que l'on
y voitrepresenté.Quatre autres
Bas reliefs de Bronze
remplissent les Faces & les
costez du corps du Piedestal,
êc.
& ont aussi des Inscriptions.
Voicy celle qui est en François
,
& qui explique le sujet
detout l'Ouvrage.
; A LOUIS LE GRAND,
LE PERE ET LE CONDUCTEUR.
DES ARME'ES,
TOUJOURS HEUREUX,
Aprés avoir vaincu ses Enne
mis, protegé ses AJJzer.J ajoûté
de tres-puissans Peuples à
son Empire
,
assuré les Frontieres
par des Places imprena
bles, joint l'Océan à la Mediterranée,
chasé les Pirates
de toutes les Mers, reforme
les Loix, détruit l'Heresie
9 porté par le bruit de son nom
les Nations les plus barbares
à le venir reverer des extremitez
de la Terre, reglé
parfaitementtouteschosesau
dedans & au dehors par la
grandeur deson Courage &
deson Genie,
François, Vicomte dtAubu/fcn,
Ducdela Feüillade, Pair e
Mareschal de France, Gouverneur
duDauphiné
, Ë7
PouCroploenrpeledteuseglalerdmeesmForairneca()lSa. Posterité. à la
Au pied dela Statuë du
Roy sontcesmots.
VIRO IMMORTALI.
Ces deux Vers serviront
Inscription pour cette Statuë.
Tali seore serens,Orbi& sibi, jura
modumque
- Dat Lu D O IX, famanque afl-èétat
« vincere factis. Ils font voir que cetteStatue
a l'air &', les traits duRoy,
Se que ce Monarque y paroilt
avec cette mesme ma.
jej^^u'il a, lors que dans le
plI^Rutéclat de sa gloireil
triomphe de luymesme en
imposantdes Loixà la Terre,
& qu'il surpasse par la grandeur
de ses Actions tout ce
que la Renommée en publie.
-' Je vous ay marque que ces
deux Vers serviront d'Inscription,
parce quen'ayant pu
estre mis au corps du Piedestal,
on les doit mettre sur
-
le devant de la Grille qui
enferme l'espace où la Statue
est placée,cequin'est point
encore fait.
Voicy les Inscriptions des
six Basreliefs du Piedestal
sur les
sujetsquechaque
M'ties contient.
-
-
La Prêseance de la France reconnuë
par l'Espagne 1662.
Indocilis quondam potiori cedere
Gallo,
Ponit Iber tumidos fastus, & cedere
difcit.
Ce qui marque que l'Espagne
a voulu en vain s'égaler
àla France, & que le Roy
l'a forcée à reconnoistre qu'-
elle luy devoit ceder.
Le Pdjftige du Rhin 1672.
GranicumMacedo,Rhenum secat agmine
Gallus : Quisquisfactavolesconferre, 6c Humina
confer.
Onconnoist par ces deux
Vers que les Grecs ont passe
le Granique, & que les François
ont passé le Rhin; mais
que l'on fçaura combien
l'entreprise des derniers est
plus glorieuse que celle des
autres, lors qu 'on examinera
la rapidité du Rhin, & la largeur
de ses eaux en les comparant
aux eaux duGranique.
La dernière Conqueste de la
Franche- Comité1674.
Gentemf~ir get-nitio vix ~%,iiicere
Mensevalet, LODOIX tec quintâ
(
luce subegit.
Ces autres Vers font voir
que Cesar & le Roy ont fait
degrandes Conquestes,mais
qu'il a fallu deux mois à Cesar
pour prendre ce que le
Roy a conquis en quinze
jours.
La Paix de Nimegue1678.
Augustus, toto jam nullis hostibus
Orbe,
Pacem agit; armato LODOIX pacem
imperat Orbi.
Cette Infcription nous fait
entendre qu'Auguste donna
la Paix quand
il
n'eut plus
d'Ennemis
,
& que le Roy
l'imposa à l'Univers quand
toute l'Europe estoit en armes.
-LesDuelsabolis. -
Impia, quæ licuit Regum çomponere.
nulli
Prælia,qvocue tuiâ-,eLOsDcOIuX,ncomtpo.sta
Rien ne marque nucux,
que le Roy d'une feule parole
a plus fait pour abolir
les Duels., que tous les Rois sesPredecesseursn'avoient
faitavec la forcer
L'Heresie détruite 1685.
Hiclaudum.cumulus; LODOICO vindice
victrix
Relligio,&pulsus male partis sedibus
Error.
On peut dire avec paU
son comme l'expriment ces
Vers, que la destruction de
l'Heresie met le comble à
la gloire de Sa Majesté.
Je ne mets point icy les
Inscriptions des Bas-reliefs
des Colomnes, parce que cet
Ouvrage n'estant pas achevé
, le grand nombredes
Actions du Roy peut en faire
changer quelques-uns. Je
vous diray seulement qu'au
dessus des quatre Groupes
de Colomnes ausquels ils'
font attachez,il yaquatre
grands Fanaux de Bronze
doré d'or Inaulu)" qui doivent
éclairer la Place toure
la nuit,par le moyen des
feux dont M le Duc de la
Feüillade a fondé l'entretien
pour toujours. On voit
par là que ce Duc n'a rien
épargné de ce qu'il a crû capable
de servir en quelque
maniere à éterniser la gloire
du Roy.
Après vous avoir parlé dit
sujet de la grande Feste dont
tout Paris fut témoin le 28.
'de Mars dernier, il faut vous
faire la description de cette
memorable Journée, qui ne
fera pas moins vivre dans
l'HistoireMrle Duc de la
Feüillade, que les Actions
de valeur & d'intrepidité qui
luy ont faitmeriter de remplir
tant dendroits de l'Histoire
de Loüis LE GRAND.
Il eut foin que les Ornemens,
de la Place fussent proportionnez
à la grandeur & à
l'éclat de la Feste. Le lieu
destiné pour Monseigneur le
le Dauphin,Monsieur, Madame,&
tous les Princes &
Princesses qui le devoient accompagner
,
estoit d'une
magnificence extraordinaire.
C'estoit une espece de
Galerie ouverte à hauteur
d'appuy par le devant, & le
long d'un des collez. Cette
Galerie estoit toute entourée
depuis l'appuy jusqu'au
bas de plusieurs Pieces de
Tapisseries brodées d'or,que
l'on peut dire avoir été faites
pour la Feste
,
puis qu'elles
n'ont jamais paru que ce
jour là. Cette Galerie estoit
couverte & ornéeendedans
d'un Plat-fonds d'une rres-riche
étoffe. Sa situationestoit
avantageuse, parce que d'un
cofté on découvroit toute la
Place, &. que de l'autreon
voyoit & dedans & dehors
tant que la veuë se pouvoit
étendre. Visà vis de cet endroit
, au bas duquel les
Troupes &.Mrs deVille devoient
passer
,
il y avoit un
échaffautremply de Violons,
de Timbales,de Trompettes,
& de plusieurs autres
Instrumens. Toute la Place
estoit environnée d'Echafsauts
& de Balcons, dont le
devant estoitornédeTapis
si magnifîques,que les moindres
qui- s'y fraisoient remarquer
estoient de Velours
plein,Il y enavoit d'une richesse
surprenante
, & tout
remplis d'Ecussons de la
Maison d'Aubusson
,
d'une
broderie or & argent fort
relevée. Tous ces Echaffauts
furent occupez par le plus
beau Monde de Paris. On y
entroit par diverses portes,
& sans peine, tantMrleDuc
de la Feüillade avoir donné
de bons ordres pbur empescher
la confusion
,
presque
inseparable des grandes Fêtes.
L' Academie Françoise,&
l' Academie Royale de Peinture
&deSculpture y avoient
été invitées. Ceux quiétoient
sur les Echaffauts qui avoient
des issuës dans l'Hôtel
de laFeüillade, pouvoient
aller prendre des rafraichissemens
en plusieurs lieux
où il y avoit des Collations
préparées. Les Echaffauts étant
remplis, la Place vuide,
les entréesbiengardées, &
les avenuës couvertes d'une -
foule incroyable de Peu ple,
MonseigneurleDauphin arriva
sur les trois heures aprésmidy
, & se plaça avec
Monsieur & Madame dans
le lieu que je vous ay dépeint,
& qui luy estoit destiné.
Jamais on n'a veu ensembleune
plus nombreuse
êc plus auguste Compagnie,
puisque l'on voyoit sur une
ligne Monseigneur
,
Monsieur,
Madame
,
Monsieur
le Duc de Chartres, Mademoiselle
,
Mademoiselle
d'Orlean,Madame la grand-
Duchesse, Madame de Guise
,
Monsieur le Duc, Madame
la Duchesse, Monsieur
le Duc de Bourbon, Madame
la Duchesse de Bourbon,
Mademoiselle de Bourbon
-
Mndemoi(elle d'Afny guien
Monsieur le Duc de Vandos-
,1 s- ••$
r -
me, Monsieur le Gran ,-
Prieur, Monsieur le Com e
de Soissons, l3t Madame
Gomtesse de Soissons
, ^.vc.
un grand nombre de Prin
cesses, de Duchesses, ë"
Persornnes de la premure
qualité. Lors que Monsei
gneur entra ,il receutde lf
part de Mr le Duc dela
Feülllade une Bourse remplie
de Medailles d'or. Il en
prit une pour luy, & une
pour Madame la Dauphine.
& distribua les autres aux
Princes & Princesses. Outre
ses Medailles d'or. Mrdela
I Feüillade en porta encore
1 le lendemain à Monseigneur
le Duc de Bourgogne,& à
Il ,
Monleigneur le'--Duc d'Anjou,&
en envoyaà Monsieur
lePrinceàChantilly,à Mon-
I' sieur le Prince de Conty, &
aux autres Princes & Princesses
duSang, quine purentse
trouver à cette Feste. On a
!1 fait un Coin particulier pour
Sa Majesté. Il est une fois
plus grand
,
& l'on ne frapperaqu'une
Medaille pour
le Roy, afin que ce Monarque
en ait une qui qoit uni- quedansléMonde. M' de la


Feüilladefaitencorefrapper
une grandequantitéde Medailles
d'or pour les envoyer
à tour ce qu'il y a de PotC), t s ou de Princes, non
lemenet en Europe,ma
la Terre. Ilenfait ain~
per un fort grand noi~;
d argent & de cuivre pour
peuple. J'en ay fait graver
une queje vous envoye.
Pendant que Monseigneur
distriibuoit ces Medailles, les
Violons & les autres lnstrumens
se faisoient entendre
alternativement,& quelquefois
tous ensemble. MlxÀb*
bé Regnier presenta en suite
à Monseigneur le Dauphin,
& aux Princes & Princesses
qui l'accompagnoient, des
Livres, où la description de
la Figuredu Roy, & de tout
l'Ouvrage, estoit-contenuë;
êc dansle mesme temps,des
Suisses de M delaFeüillade
portoient de cesmesmes Livresaux
Personnes distinguées,
qui estoientplacées
en diversendroits. Il faut
presentement vous parler de
l'ordre qui futgardé. dans la
Marche.
,
Dix-huit cens hommesdu
Régiment des Gardes,la
LieutenantColonel,tous les
Capitaines, Officiers ,Sergens,
Tambours,Hautsbois
& Fifres, avec quarante
Trompettes s'estant rendus
à la Place Dauphins à dix
heures du matin, on détacha
cent hommes pour la
Garde deMonseigneur le
Dauphin à l'Hostel de la
Feüillade
, autant pourl'Opera,
où devoit allercePrince,&
l'on endispersatrois
censà tous lesbouts&Carrefours
des Ruës qui aboutissoient
dansceltes parlesquellesondevoie
passer pour
aller à la Place des Victoires.
C'est ainsiques'appelle le
lieu où l'on a élevéla Statuë
du Roy. Ils alloient incessamment
d'un Corps de çarde
à l'aurre pour faire passer
les Carosses & les Gens de
pied,& les empescher de
prendre des postes qui piiHsent
causer quelque embarras.
Comme Monseigneur
devoit arriver par le Quay
du Louvre, &qu'ilestoit sacile
de l'appercevoir de dessus
le Pont-neuf, on avoit
placédesTambours de distance
en distance depuis la
Place Dauphine jusqu'à la
Misson de Ville, qui devoient
battre à son arrivée,
ce qui estoit le signal pour
faire tirerle Canon.CePr nce
ayant paru sur le Quay à
deux heures & demie, les
Tambours en avertirent la
,-
Ville, le Canon tira, & la
Marche commença dans
l'ordre qui fuit. Le Major à
cheval estoit à la reste, suivy
des quatre Aydes, & des
quatre sous-Aydes Major,
Apres luy marchoientcinquanteSergens,
ils formoient
cinq rangs,dont chacun estoit
de dix, &ils precedoient
trente Trompettes, qui faisoient
aussitrois rangs.Mrle
Duc de la Feüillade, qui s'étoit
rendu en Carosse à la
Place Dauphine sur les deux
heures aprèsmidy, paroissoit
à cheval après les Trompettes,
au milieu d'un grand espace
que l'on avoit foin de
laisser vuide. Vingt hommes
de Livrées vestus de neu f,
marchoient devant luy, Ôc
deux de ses Gentishommes
allaient de chaque costé,
ayant à l'arçon de la selle de
grandes
«
grandesBourses de velours
KD
plies d'aruent, * remplies d'argent,qu'ils jettoient
au Peuplependant
toute cette Marche. Ce Duc
estoitsuivy du Lieutenant
Colonel, aprèslequel quatorze
Capitaines à pied avec
la Pique à la main
, marchoient
en deux rangs. Ils
precedoient Hx Sergens,qui
estoient suivis de vingt -
six
Divisions de cinquante Soldits
chacunc, marchant dit
de front. Il y en avoit dix de
Mousquetaire, sixde. Pi;,
quiers,& ensuite dix autres
de Mousquetaires. Trois Officiers
estoient à la testede
chaque Division de Mousquets,
& cinq Enseignesportoient
leurs Drapeaux à la
reste de chaque Division de
Piques. Les Tambours & les
Hautbois marchoieat entre
ces Divisions,sçavoir vingt
Tambours entre la sécondé
& la troisieme deMousquetshuit
Hautboisentre la cinquième
&la sixieme;vingt
autres Tamboursentre la septiéme
& la huitiélne
;
huit
Hautbpits à la teste des Piquiers;
vingt Tambours en..
tre la troisiéme& quatrième
Division de Piques ; huit
Hautbois à la teste de la séconde
manche des Mousquets;
vingt Tambours en--
tre la troisiéme &la quatriéme
Division de cette feconde
manche
;
huit Hautbois
entre la cinquième & la úxieme
-,
vingt Tambours entre
la septiéme & la huitié':"
me. Quatorze Capitaines en
deux rangs marchoient à la
queiie des Troupes, précédez
par douze Trompettes,
& suivis de cinquante Sergens
,
qui faisoient cinq
rangs, comme les premiers.
On alla par le Pont-neuf
dans la rue de l'Arbre-sec;
on détourna à la Croix du
Tiroir le long de la ruë Saint
Honoré, & l'on entra par
celle de Richelieu dans la
ruë neuve des Petits champs.
Touteslesfenestresestoient
remplies de beau Monde,&
ornées de magnifiquestapis:
Rien ne trou bla l'ordre de la
Marche, par le soin qu'eurent
trente Mousquetaires,-
qui alloient cinquante pas
devant de faire ranger tous
ceux qui bordoient lesrues,
Ils s'arresterent à l'entrée de
laPlacesansy entrer. Lors
que l'on sut dans la ruë neuve
des Petits
-
champs à la
veiie de la Statuë de Sa Majessé
,
Mrle Duc de la Feüillade,
quiàvoit toujours esté
à cheval, fort superbement
monté, mit pied à terre à
trois,censpas de la Place,st:
marcha la Pique à la main.-:
Il la mit sur l'épauleen y entrant
,passa devant Monsei.
gneur, & laissant la Statuë à
gauche, il la salüa de la Pique
en passant devant. Tous
les Capitaines, Officiers, &
Drapeaux- la salüerentdemesme.
Le Major avec .les;
Aydes & sous-Aydes Major
ayantpasse à chevaldevant
laStaruë, tous chapeau bas,
les Aydes & fous-Aydesallèrent
mettre pied à terre:, el
iln'y eut que le Major qui
demeura acheval.UnAyde
Major à la teste de cinquante
Sergens qui avoient commencé
la Marche,sîtlede
my tour de la Statuë,& lors,
qu'il fut prés des bornes qui
separent la rue, de la Place,,
il leur fit faire un quart de
conversion à droit, marchant
le long des maisons
de la Ville. Ils allerent se
poster en bordant la haye,
-& faisant un quart de conversion
par rang le long du
petit ruisseau que forme le
Pavé,& qu'ils laisseuent un
pied derriere eux, en occupant
à distanceégale tout
l'espace qui estdepuis le Fanal
du coin de la ruë d'Aubusson,
jusqu'au Fanalqui est
prés de la ruë des Fossez-
Montmartre, Les Trompettesqui trente suivoient
les Sergens, après avoir fait
comme eux le demy tour de
la Figure ;firent une demie
conversion,passèrent entre
le rang des Sergens& des.
Troupes
, en sonnanttoûjours,
& allerent se poster
en face de la Statuë., le dos.
tourné contre l'Hostel de
Mr le Duc de la Feuillade.
Ce Duc avec tous les Capitaines
,
fit le tour entier de la
Statue,auprèsdelaquelle il
alla se porter à droit, tenant
toujours la Pique à la main,
& faisant face comme la
Statue. LeLieutenant,Colo-.
nel se posta à trois pas derriere
luy, le premierCapitaine
à deux pasderrière Le
Lieutenant Colonel,& tous
les Capitaines l'un derrière
l'autre environnant la Statuë
,& à un pas de la Balustrade
de fer. Les sixSergens,
qui estoient à la teste des
Troupes , menerent lesSoldats
hors de la Place,&leur
firent occuper le Carrefour,
la court, & la ruë des Petits
Peres,où un A yde Major les
postade forte qu'ils ne pûssent
blesser personne en tirant.
Les Officiersquïétoient
à la. teste des Divisions
, au.
lieu de sortir avec leurs Soldats
,
qu'ils menerent feule-.
ment près des bornes qii
font la separationde la rüe
firent un quart de conven
sion à droir, & se mettant
lafile, ilsallèrent former ut
rang devant celuy des Ser.
gens qui estoient deja pos
tez, n'occupant que le mesme
front que lesSergens, 8c
sassant face à la Statüe. Les
Hautbois accompagnerent
les Trou pes jusq u'a leur sotie
de la Place, & faisant enfuite
une demie conversion
àgauche, ils allerent se po-.
fier derriere la Statüea laquelle
ils firentface à trois
pas de labalustrade de fer.
A mesure queles Tambours
arrivoient prés des bornes,
ils seseparoient des Trou pes,
êc le Tambour Major les postoit
dans la rüe le long des
bornes. Ils firent aussi face
à la Statüe, & occuperent
l'espace qui est entre les
- deux Fanaux qui sont derriere.
Les premiersPiquiers
ayant passé devantlaStatuë,
le Drapeau blanc &quatre
Sergens & détachement, &
allerentse poster devant&
aux pieds de la Statuë, à trois
pas devantla balustrade.Les.
autres Enseignes menerer
leurs Divisions derriere
Statüe, jusques au prés de
bornes, aprés quoy les qua
torze premiers firent u
quart de conversionà droit
& passant à la file entre le
rangs des Sergens & celu ;
desOfficiers avec le Drapeau
haut, ils allerent se poste
dans le rangdes Officiers. lli
en laissoient deuxentrechaque
Drapeau, & prenoient
garde que la droite & la gauche
du rangfussent fermées
par deux Officiers à Pique.
Les quinze derniers Ensei5GS
estant prés desbores,
firent un quart de conerfion
à gauche, & marhant
à la file le long du
~isseau dela rüe, ils lelaifrent
deux pas derriere eux,
: se porterent depuis le Faal
qui estau coin de la rüe
° la Feüillad,jusqu'à cey
qui est prés du coin des
etits Peres. Un Ayde Major
mit à la teste des Piquiers,
prés que les premiers Enignes
les eurent quittez,
les mena au sortir de la
ace dans la rüe du Mail
~ir lecoin des Petits Peres.
A mesure qu'il arrivoit ~d
~Tambours & des Hautbo
auprés des bornes ,ils se ~si
paroient des Troupes,&a
loient joindre leurs Camarades,
les Tambours hors ~d
la Place le longdes bornes
6e les Hautbois derriere
Statuë prés de la balustrad
de fer. Les Officiers qui
toientà lateste desDivision
de la second e manche d
Mousquets,saluerent laSta
tuë, & lors qu'ils en eurer
fait le tour dans le mesm
ordre, un Ayde Major se mi
1 la teste des Mousquetaires
les mena par la Ruë d'Au-
~sson à l'entrée de la gran- : o
e Ruë desPetits-Champs,
~ù il les posta le long des
~urailles. Les Officiers des
erniers de cette seconde
nanche pa sserent derriere
es Enseignes derniers posez
,
ôc allerent se mettre
ans le mesme rang des Draeaux,
sçavoir deuxàla droi-
; du premier Drapeau prés
ruë de la Feüillade, ces
officiers se plaçant de fuite
: toûjours deux entre chaue
Drapeau. Les quatorze
Capitaines qui suivoient les
Troupes ne firentque 1,
demy tour de laStatuë,&
allerent se placer après le
premiers Capitaines poste
tout autour de la Statuë. Le
Trompettes de la queuë pas
serentaussi devant la Statuë
tournerent à droit,&se joi
gnirent à leurs Camarades
bLes cinquante Sergens qu
fermoient laMarche alleren
former un rang derriere le
Offociers,entre les deuxFa
naux qui sont du côté de
PecitsPeres. Voila dans que
ordrele Regiment se posta
Ainsi il neresta dans la Place
ê
queMrle Colonel,lelieutenantColonellesCapitaines
& leDrapeauColonel,quientourant
labalustrade ,tandis
que les autres Officiersétoiet
postez autour de la Place :u
pied des Balcons,faisoient
un rond, & laissoient la plus
grande partie de laPlace libre
pour la Ceremonie&la
Marche de Mde Ville. Les
Hautbois, Trompetes,Tambours
& Fiffres, bordoient
endehors l'ouverture de la
Place entre les deux Fanaux
qui sont derriere la Statuë
tout estant dans l' ordre que
je viens de vousmarque
le Majorfîtsignalequi
taire les Tambours & li
Trompettes; & à ce bru,
tout guerrier succeda un
Simphonietres-agreable
Violons,Hautbois, Trompe
tes & Timbales de la Cham
bre
, pour divertir Monse
gneur le Dauphin, jusqu'àc
que la Ville fust arrivée.
-
Jevous ay marque tou
,
les mouvemens que le Re
giment des Gardes fit de
dix heures du matin avan
que de commencer sa Mar
chee..MI le PrevostdesMar
chands se rendit à la m'ofme
heure à l'Hostel de Ville avecM
lesEchevin, Procureur
du Roy, Greffier,
Receveur, les Conseillons
de Ville, les Quarteniers,
ëc trente deuxnotables Bourgeois
de Paris, Officiers &
Marchands, mandez par les
Quarteniers suivantl'ordre
de Mr deFourcy & des Echevins.
Avant qu'on sortist
de l'Hostel de Ville,Mr le
Prevost des Marchands regla
, que les Notables marcheroient
sans s'arresterà
leur qualité,chacunsuivant
l'ordre de la reception de
leurs Quateniers,mais apré
les ConlèillersdeVille & les
Quarceniers.On se rendit en
fuite chez M le Duc de Crequi
, Gouverneur de Paris,
qui receut la Ville à l'entrée
de sa Salle, & fit entrer dans
sa Galerie Mrs les Prevost
des Marchands Echevins5
Procureur du Roy &,& Gref
fier. Toute la Ville estoit en
Habit de Ceremonie. Les
Conseillers de Ville, les
Quarteniers & les Notables
se reposerent dans la Salle
qui joint cette Galerie ,jusqu'à
ce que l'on vit paroistre
dans leCours leCarrosse de
Monseigneur le Dauphin,
dont on devoit enre averty
par un Garde qui en avoit
l'ordre. Si tost que ce Garde
se fut acquiré de saCommission
,
Mr le Gouverneur
monta à Cheval avec M le
Prevost des Marchands,8c
l'on se miten marche, Mrle
Gouverneur estant àla droite
précédé de ses Gardes à
pied,& de ses Gentilshommes
à Cheval, & de trois
cens Archers de Ville, leur
Colonel
, & leurs Officiers
en teste. On trouva le Ponsneuf
garn y de deux hayes de
Soldats des Gardes, à qui
M' le Duc de la Feüillade aavoit
donné ordre de demeurer
jusqu'à la fin de la
Cérémonie
,
& qui ne sousfroient
personne que sur les
Parapets. Toutes les ruës en
estoient aussi bordées jusqua
la Place des Vidoires, & cet-
Garde eitoit redoublée aux
avenues des ruës pour Cln.
pescher la confusion.
Les Gardes de la Villes
tant arrivez à la Place au
nombre de trois cens tous à.
Cheval, & marchant quatre
à quatre, allèrent prendre
leurs postes derrière les
rangs que formoient les Officiers,
Mr le Ducde Crequi
ayant devant luy ses Gardes
à pied, & Mrs de Ville deux
à deux,bien-montez,&dans
l'ordre que je viens devous
marquer,sirent le tour delà
Sratuë, passant entre les Capitaines
qui environnoient
la balustrade,& le rang des
Officiers & Drapeaux.. Ce
premier tour fait, Mr le Gari.
verneur & Mrle Prevost des,
Marchands,sarre^ere^tçtefv
vaut la Statue,&iaprès sees.i
tre découverts & avoir fai
une profonde inclination
ils firent faire une Chamade
par leurs Tambours &trompettes,
& sur un signal que
fit le Major du Regiment de:
Gardes,les autres Tambours.
Trompettes, Fifres, Hautbois
& Musettes répondirent
aussi-tost. Les Mouiquetaires
portez rout au tour hors de
la Place, firent une décharge
qui fut suivie de quantité
de cris de Vive le Roy Enfuite
sur un sécond signaldu
Major, tout le bruit cessa à
la
la reserve des Violons ôc
Hautbois qui continuerent
de jouer, tandis que la Ville
fit encore le tour de la Statue
,
devant laquelle Mr le
Gouverneur &M le Prévoit
des Marchands s'arresterent
de nouveau avec les mesmes
inclinations. Ils firent faire
une seconde Chamade, à laquelle
on répondit comme
la premiere fois, & elle fut
reïterée une troisiéme. Cette
derniere Chamade a yantété
faire,les Gardes de la Ville
qui estoient à Cheval derriere
les rangs des Officiers &
Sergens
,
marchèrent enquatre
files,&forcirent de
la Place par où ils efioient.
entrez. La Ville Les Cuivit
dans l'ordre qu'elle avoir tenu
pendant la Marche. Les
trente Trompettes qui avoient
paru d'abordsortirent
en trois rangs trente pas aprésla
Villeayant esté mis
en marche par un Ayde-Major,
tandis qu'unautre Ayde-
- Major formait lescinquante
premiers Sergens
,
poftez
dix de front. Il les mit devant
les trente Trompertes,
faisant le tour de la Place.
,
"Quand lesTrompettemirent
à costéde Mr le Colonel, il
rmfiatràcdhreoit, & alla prendre sa
derriere eux, suivy
du Lieutenant Colonel, &
de tous les Capitaines, marchant
six de front. Les Drapeaux
suivirent les Capitaines;
& après eux marchèrent
les Officiers dans ce meime
ordre.desix de front;ils furent
suivis des douze Trompettes
de la queue. Ensuite
les cinquante derniers Sergens
rangez dix de front;
le Major, les quatre Aydes
) & les quatre sous-Ardes
Major à Cheval, fermerenr
la Marche. Les Hautbois1 lesMusettes se
par-ra-gerentl
en trois, dix aprés
lefécond
rang des Capitaines, dix à.
lateste des Drapeaux, & dix;
après le troisiéme rang d'Of--
ficièrs. MrleColonel fit dansj
Cét ordre le tour de laStatue,,
qu'il salüa pour la se;ondci
fois de la pique, & forâtde:
laPlace par la ruë d'Aubuf—
[onCOlllmeil yestoit entrç,,0
en repayant devant Monseigneur.
Cette Céremonie eftatin
Monseigneur le Daa~
phin qui avoit resolu de voir
l'Illumination qui devoit êf
tre le soir autour de la Staf
tuë du Roy, & d'aller à l'Hôtel
de Ville, où Mr le Duc
de la Feüilladeavoit envoyé
une Compagnie des Gardes,
& au devant duquel la Ville
avoit fait préparer un Feu
d'Artifice
,
alla prendre le
Divertissèment de l'Opéra
en attendant que la nuit fuit
venue. Ce Princefutà peine
sorty, que malgréles efforts
que l'on fit pour tenir la Place
vuide jusqutà son retour;
le Peuple que pressoitunviolent
desirdevoir la Statue
qui avoit fait si long-tempsle
sujet de son entretien,
s'avança de tous collez pour
la considerer à loisir, & ce
ne fut pas sans peine qu'il se
retira de cette Place, lors
qu'il fallut la laisser libre
pour Monseigneur le Dauphin.
Ce Prince s'y rendit
surles dix heures du foir
,
&
traversa la riie S. Honoré,
celle de Richelieu, & tour
le chemin qui conduit à
l'Hostel de la Feüillade
, au
travers d'une double haye de
Soldats des Gardes.Toutes.
ces rües estoient non seulement
brillantes par les lumieres
qui les couvrant de
toutes parts faisoient comme
une voûte de feu
,
mais
encore par celles dont toutes
les fenestres estoient
remplies. Monseigneur fut
receu au bruit des Hautbois
à la Place des Victoires, &
il la trouva toute éclatante,
&laFigure encore davantage
, parce qu'elle estoit éclairée
par plus de deux mille
Lampes qui répandoient
un grand jour sans qu'on les
vist. Ces Lampes estoient attachées
en dedans sur la grille
de fer qui environne b.
Figure du Roy,& sur tous
les ornemens qui l'embellissent,
les Fanaux faisoient aussi
remarquer leurs lumieres.
Le Carosse de Monseigneur
le Dauphin suivy de plufleursautres,
fit deux fois le
tour decette grille, & après
que ce Prince eut admiré de
prés la Figure du Roy qu'il'
n'avoit veuë que de loin l'apresdinée,
il sortit par la ruë
desPetits-Champs que l'on
voyoit toute illuminée, &
sur tout la Maison de Mr
Chuppin Notaire & Echevin
en Charge
,
où toutes.
les senestres le faisoient distinguer
par un grand nombre
de Flambeaux de Cire
blanche qui estoient en saillie.
Du bas de ces Fencstres.
s'éleverent quantité de Fusées
volantes lors que Monseigneur
passa. Toutes les
rués estoient remplies de
Peuple,& les Maisons,de
lumieres jusqu'àl'Hostel de
,
Ville. Ainsi l'on ne voyoit
que des Feux, & l'on n'entendoit
par tout que des acclamations.
& des cris de
joye. Monseigneur fut receu
à la porte de l'Hostelde
Ville à la descente de son
Carosse par Mr le Gouverneur
de Paris, & par Mr le
Prevost des Marchands. Ils
monterent à ses costez
,
Mr
le Duc de Crequi à la droite,
& M lePresident de Fourcy
à la gauche, suivis de Mrsles
Echevins, & des Officiers du
Bureau de la Ville.L'Esca.
lier estoit éclairé des deux
costez depuis le bas jusqu'en
haut, par un grand nombre
de Flambeaux de Cire blanche,
&laSalle estoit remplie
de Lustres. Il y avoitaussi
quantité de Trompettes &
de Hautbois, & divers autres
Instrumens. On avoit
servy une magnifique Collation
dans la Salle qui joignoit
celle où Monseigneur
le Dauphin entra pour voir
le Feu. L'ordre fut donne
pour le tirer par Mrle Gouverneur,&
par M'le Prevost
des Marchands, aussi-tost
-
que Monseigneur fut arrivé.
Il representoit la Victoire
posée sur des Trophées, &
tenant des Palmes & des
Lauriers, Ily avoir pourInscription
aux quatre faces
LUDOVICO MAGNO
VlCTORI PERPETUO.
) Ces quatre faces estoient
ornées de Devises. Celles de
la premiere regardoient la
Paix; celles de la seconde
l'Heresie; celles de la troisieme
les Viaoires du Roy
sur les Corsairesd'Afrique
& celles de la quatrième, les
Soûmissions rendües à Sa
Majesté par des Peuples qui
lavoient offencé. Comme il
estoit plus de onze heures
lors qu'on eut achevé de ci- ,,u
rerle Feu, Monseigneur fortit
aussi-tost après pour s'en
retourner à Versailles
,
& fut
reconduitde la maniere qu'il
avoit esté receu. Ilestoit accompagné
de presque tous
les Princes & Princesses qui
avoient veu avec luy la Ceremonie
de la Place des Victoires.
Dés qu'il fut party
on se mit à table dans la
grand'Salle, & l'on but pluheurs
fois la Santé du Roy.
Il y avoit à cette Table Mr
le Gouverneur, Mr le PrevoitdesMarchands,
Mrs les
Echevins,Procureur duRoy,
Greffiers, Receveurs, les
Conseillers de Ville,les Quarteniers,
& les trente-deux
Notables mandez. La joye
continuoit dans tous les
Quartiers de Paris, & les
Fontaines de la Ville qui
font au nombre de vingt,avoient
jetté du vin toute la
journée, aussi bien que deux
Fontaines artificielles qui é-
-
toient au milieu du Pontneuf,&
la Samaritaine, donc
le carillon sembloit s'accorder
pendant la Marche
avec le son des Instrumens.
Monseigneur le Dauphin
trouva encore en s'en retournant
tous les lieux où il
passa,remplis de Peuple &
i de joye,& il fut conduit avec
descris d'allegresse jusques
au près du Palais des
Thuilleries. Comme le calme
se fait mieux connoistre
a prèsungrand bruit, il commençoit
à le remarquer,
lors qu'en approchant de
la Porte de la Conference,
il viten l'air un grand nombre
de Fusées volantes
,
sans
sçavoird'où elles estoient
parties. Il crut que c'estoit
un reste des réjouissances de
laVille
,
mais l'air en ayant
encore paru charge un momàent
après, on commença s'appercevoir qu'elles venoient
d'une autre cause.
Dans le temps que l'on s'artachoità
la rechercher,celles
qui parurent pour la troisiémefois,
semblerent fortir
de l'eau. On pouvoit le
croire,puisqu'a l'autre bord
de la Riviere il y en avoir
des partemens de cinquante
,
de trois toises en trois
toises, ce qui formoit comme
une ligne de feu, qui en
fournissoit sans cesse à l'air&
; à la Riviere, en force que lors
que les feux d'un partement
estoient tombez dans l'eau , ; & paroissoient y brûler, ceux
; du partement qui le suivoit
paroiflfoient dans l'Air, ce
qui continua jusqu'au Pont
de Seve, tant queMonseigneur
pût voir la Riviere.
On devina aisément par la
maniere dont ce Spectacle
eftoir ordonné, &par laprofusion
d'Artifice, que Mr le
Duc de la Feüillade donnoit
encore ce Divertissement,
&vouloit couronner par là
une journee quiluy estoit si
glorieuse,& dans laquelle il
avoit fait voir jusqu'où peut
aller le zele d'un Sujet pour
son Prince.
Les Augustins Deschaussez
se crurent obligezlemême
jour de prendre part à la
joye publique,&ils y furent
portez avec d'autant plus
d'ardeur, que cette Statuë
devantimmortaliser les Victoires
de SaMajesté, elle se
trouvoit heureusement élevée
devant leur Eglise, dont
Louïs XIII. mit la premiere
pierre en personne , fous
le titre de Nostre-Dame des
Victoires, pour d'éternelles
Actions de graces de la :\JIt
; de la Rochelle; ce qui# donner sujet de dire que
Victoires du Fils sont reünies
avec celles du Pere.Dans :
, teveûe,apréss'estreaquit ;>¡;.
de leur devoir par des Pi .opes
solemnelles pour nostre a*
gusteMonarque,ilstravail erentàfaire
éclater leur joye
par trois décharges de cinquante
Boëtes chacune;la
première à l'arrivéedeMonseigneur
dans la Place, la feconde
après les trois Décharges
du Regiment des Gardes
&la traisiéme à dix heures
du soir, lors que Monfeigneur
vint faire le tour de la
Figure. Ilsemble quecesRe
ligieux soient destinez pour <
conserver les Monumens de
laPieté Royale, aussi-bien
que de laReconnoissance de
nos derniers Rois pour les
heureux succés de leurs Armes,
puis qu'ilsontencore
à Roüen une Eglise dédiée à
Nostre-Dame des Victoires,
dont la feüe Reyne se déclara
Fondatrice en 1672. lors
qu'elle se trouvaRegente;
cette pieusePrincesseayant
ordonné par une Lettre de
Cachet au Maire &- aux E..
chevins de la Ville
,
d'y
mettre en son nom la premiere
pierre,en reconnoissance
des Conquestes du
Roy dans là premiere Campagne
de Hollande.
.,' On m'a envoyé plu sieurs
Sonnets & Madrigaux sur
la Statue de SaMajesté. Je
vous en feray part le mois
prochain; ma Lettre com- i
mence déjà à estre si longue,
qu'il me reste peu de place
pour d'autres Articles.
Comme feu MTleChacelier
s'estdistingué par une bonté
singuliere autant que par ses
autres vertus, on reçoit toûjours
de nouveaux Mémoires
des Services solemnels,
qui ont esté faits en divers
lieux pour le repos de son
Ame. Mrs du Chapitrede la
Cathedrale d'Arras en ont
fait faire un dans leur Eglise,
avec beaucoup demagnificence&
de pompe. L'Estat
Major de la Place, leConseil
Provincial d'Artois, les Députez
des Etatsde la mesme
Province, la Gouvernance,
lx- le Corps du Magistrat de
la Ville y assisterent.L'Oraison
Funebre fut prononcée
par Mr le Febvre
,
Prévoit,
Chanoine lX Theologal de
la mesmeEglise. Son merite
& sa capacité sont assez connus
en France par plusieurs
Volumes de Sermons qu'il a
donnez au Public, par ceux
qu'il a faits à la Cour en qualité
d'Aumônier de la feüe
Reyne, & par le choix que
les Etats d'Artoisfirent de sa
personne, pour representer
à Sa Majesté les interests de
la Province. Il s'acquita de
cette Commission avec W\
entier succés.
- Mrs du Conseil d'Arcois
ont aussi fait faire un pareil
Service dans leur Chapelle
Royale. 1
Comme je ne vous parle
depuis longtemps que des
Conversions des Villes entieres,
je ne vous a pprendrois
pas celles des Sieurs,
Bertrand Cagnon & Tho*
mas Cousturier, si elles n'en
avoient causé plusieurs autres.
C'estoient les principaux
Anciens & Surveillant
de Goron, Ville du Bas Costentin
,
proche le Mont-
~<-<T~n~n. Ils retenoient
dans
dans l'Erreur lapluspart des
Religionnaires de la Ville&
des environs, parleur obstination
à rejetter les Veritez
Catholiques, & la confiance
qu'on a ordinairement aux
Chefs de Party, les faisoit
* croire sur les mauvaises raisons
dont ils se servoient
pour soûtenir leur fausse Religion.
Enfin, après beaucoup
de combats& de Disputes
particulières & publidqeues
, ils ont esté contraints se rendre aux éclaircissemens
que leur ont donnéle
Pere Agathange du Polet,
& le Pere Ange d'Ingouville,
Capucins
,
fameux
Prédicateurs Missionnaires
ez Controversistes,qui ont
fait paroistre leur capacité
Çc leurzele dans le Poitou
ôc dans les Sevenes, où
ils ont converty beaucoup
-
de monde. Ces deux Anciens
ayant donné l'exemple
par leur abjuration
,
ils
furent suivis des plus abstinez.
Ainsi l'on peut dire que
çe fut une Conversion generale.
Nous avons perdu pendant
çe mois plusieurs personnes
considérablesde l'un
& del'autre sexe. En voicy
les noms selon le jour de leur
>
mort.
-
Dame Marie Colbert ,;'
morte le 3e. d'Avril. Elle
estoit Femme de Messire
Louys de Bechameil, Marquis
de Nointel, Secretaire
ordinaire duConseil d'Estac
duRoy,&Direction de ses
Finances, Surintendant des
Maiion & Finances deson
Altesse Royale Monsieur.
Messire Pierre de Franciny,
mort le 4e. Il estoit Maistre
d'Hostelordinaire de Sa
Majesté. D d ij
Dame Marie-Anne Chicot
, morte le 12 âgée de
trente-deux ans. Elle estoit
Femme de Messire René Robin
,
Marquis de la Tremblaye,
Pimpeau, & autres
lieux, & s'estoit distinguée
par (a beauté.
Jean Comte de Coligny,
Lieutenant General des Armées
du Roy, mort le 16.
de ce mois en son Cbasteau
de la. MoiteS.Jean,en Bourgogne,
où il s'estoit retiré
depuis quelques années, à
cause de ses infirmitez Il
estoitFils de Gaspard de Co-
>(
ligny, Chevalier des Ordres
du Roy, aussi Lieutenant
General de ses Armées, &
Capitaine-Lieutenant de ses
Gendarmes, Il en a suivy
les traces avec une si forte
ardeur pour la gloire,
qu'il s'en est acquis beaucou
p dans Les diffèrens Emplois
dont Sa Majesté l'a ho
noré. Il fut choisy en 1664;
pour commander le Secours
& la Noblessequ'Elle envoya
en Hongrie contre les
Infidelles, & remporta cette
fameuseVictoire au passage
duRaab, où le Grand Visir
estoit en personne, ce qui
empescha la ruine de l'Empire,
comme l'Empereur l'a.
témoigné par trois Lettres
qu'illuy fit. l'honneur de luy
ecrire
,
& par son Portrait
qu'illuy envoya.Cet heureux
succes luy a acquis autant
d'estime dans toute la
Chrestienté, que ses Ancesires
en ont autrefois receu
de blâme pendant la Ligue.
Il a laissé deuxEnfans, Gaspard-
A lexandre deColigny,
Abbé deS.Denis de Rheims,
ôc de Fhic Chauvette en Bre-
0 tagne, Bachelier de Sorbon-
«
ne; & une Fille de seize ans,
dont le merite, la beauté,
& la fortune répondent si
bien à son illustre naissance,
qu'on ne peut douter qu'elle
n'augmente le lustre de
la Famille, à laquelle elle
fera alliée:
Messire Jean-Baptiste Guillemeau
,
Maistre des Comptes,
mortle 17.
Dame Huberte-Renée de
Bussy Dinteville, morte le
zo.Elle estoit Veuve de Mes
fire Jean de Mesgrigny,
Marquis dudit lieu & deVandeuvre;
Vicomte de Troyes,
Baron de Colombey & de
Couchey, Conseiller ordi- t
naire, & Sous-Doyen des
Conseils du Roy, & aupavant
premier President au
Parlement de Provence. Elle
a esté inhumée avec son Mary
en l'Eglise de S. André,
dans la Chapelle des Fondateurs
de la Maison &College
de Boissy
,
dont il descen.
doit.Descinq Ensans qu'elle
a eus, l'aisnéestoit Mr le
Marquis deMefgrigny,Vandeuvre,
Grand Tranchant du
Roy,&Cornete-Blanche de
France, qui mourut au commencement
de l'année derniere.
Je vous parlayamplement
de cette Famille en ce
temps-là. Son second Filsest
le Pere de Mesgrigny, Capucin
& Millionnaire. Ses trois
Filles sont Religieuses, &
l'une est Abbelle de Charenton
en Berry, Ordre de.
S. Benoist.
Messire Jacques Doublet,
Conseiller & Tresorier General
des Maison & Finan.
ces de Monsieur
y
Frere Unique
du Roy, mort le mesme
jour.
Dame Françoise Mole~,
morte len. Elle estoitAbi..
besse de l'Abbaye Royale
de S. Antoine des Champs
lez-Paris.
Messire Jacques- le Coigneux,
Marquis de Montmeliand,
Plailly,Mortesontaine,
Conseiller ordinaire4.:
Roy en ses Conseils, & President
au Mortier- au Parlef
- ment de Paris. Il s'estoitacquis
beaucoup de réputationlpaarsagrande
intergrité,&par parfaite intelligence,qu'il
a toujours fait paroistre dans
ce quiregardoit sa Charge,
8c sur tout dans lesAffaires -w
criminelles. Il avoit esté re-
:C.<:u Presidentau Parlement
le zi, Aoust 1651. aprèsavoir
exercé la Charge de Prefident
aux Requestes du Palais..
IlestoitFils deMessire Jacquesle
Goigneux
,
qui avoic
esté d'abord President aux
mesmes Requestes du Palais,
puis President en la.Chaire
bre des Comptes& Chancelier
de feu Monsieur le
Duc d'Orléans
y St enfuit^
President au Mortier au Parlement
de Paris, & de Dame
Marie Gerifïer,Fille de Mesfire.
Barnabe CerifierMaistre
des Comptes, & petit-
Fils de Messire Antoine le
Coigneux, Seigneur de Lierville,
Maittre des Comptes,
&de Marie de Longuci!, de
l'illustreFamille de Longüeil
quiadormeunCardinal en
1316. des Evefqucs du Mans,
& d'Auxerre, des Ambank.
deurs pour Sa Majesté, & des
Presidens au Parlement de
Paris, recommandables par
un grand mérité. Son grand-
Oncle estoitMessire Jacquesle
Coigneux, SrdeSandricourt
, Conseiller en la
Grand' Chambre du Parlement
,qui épousaDame Geneviefve
de Montholon
Fille de Mrde MontholonJ
Garde des Sceaux de France
, dont il eut Messire Edoüard
le Coigneux, Conseillerau
Parlement,Ayeul
de MleCoigneux, à present
Conseiller au Chaitelet. Il
avoit deux Freres & deux
Soeurs. Les Freres sont Messire
François le Coigneux,
Sr de Bachaumont, & Messire
GabrielleCoigneux, Sr,
de Belabre
,
Maistre des Requestes.
L'une des Soeursavoit
épousé Mr de Thoré.
Presidenta*uxEnqueftes^Sc
l'autre Mrle Marqué de ViJ
braye.Mr le President le Coi"':.
gneux efl: mort âgé de 78,*
ans, & a eu trois Femmes,
La première fut Dame Angelique
le Camus; la fecon-"
de, Dame Marie d'Aloigny,1
& la troisiéme est'DaIne.:..
de Navailles,Fille de Mrle
Marquis de S. Geniez. Il a
laissé de cette dernière UÉ
Fils âgé detrois ans, & n'a
point eu d'Enfans des deux
autres. Les Armes des le Coigneux
sont d'azuràtrois Ps>m-
Epics £ot«- ,
#. Le Roy a donné à Mr le
Pelletier, Controlleur General
des Finances., l'agrément
de la Charge de Presideurau
Mortier,vacante par cette
mort, & SaMajesté l'a gratisié
en mesme temps de cinquante
mill~e<écus.
Dame Anne Masparaulte,
morte le 26. Elle estoitVeuve
de Messire Jean Delabrifse,
SeigneurdeRoquefort,
TresorierGeneral de France,&
Mere de M Delabriffe,
Maistre des Requestes,Gendre
de Mr le Premier President.
Je ne puis vousdire en
quel jour du mois prochain
se ferala magnifique& galante
Feste, ou les trenteDames,
dont je vous envoyay
les noms la - derniere fois,
doivent paroistre à cheval
On prépare toutes d-iofes
pour cela.Comme iln'y a
rien de plus agreable, ny
qui fournisseplus de galanteries,
que les divertissemens
où les Dames font mêlées,
vous ne devez point douter
queceluy-cy ne donne lieuà
beaucoup de Gens d'écrire
de jolies choses.Les deuxMadrigaux
que vous allez lire
enl~orfcde-jaun commencement.
Ils ont elle envoyez
à Mr le Duc de S. Aignan,, Mareschal de Camp General
dansce nouveau Carrou.
sel, & donnez, au. Concierge
de sonHostelpar deux
inconnus, qui n'ont point
voulu dire de quelle part ils
lesapportoient. Ilsavoient
pour. Titre.
«ar
LA DAME INCONNUE,
Aux Illustres Dames
du Carroisel.
1 MA DRIGAL.
BEautez, qu'on ne peut trop
aimer,
- "n' Pour vos vertus, vostre adresse &
vos charmes,
Et qui pouvez, tout enstamer,
Sans avoir nul besoin dusecours de
•vos armes.
Je vous fais un souhaitd'un zele
sans égal,
Ayant pour vostre gloire une Ardeur
assez forte,
Zile chaque Fp()/IX unjour,si la chaleurl'emporte,
UOHSmené aux coups de mesme
forte
Q~ feroitvostre General,
AUTRE. LE. Ducqui vous conduit est tout
fait pour les Dames,
Il est~fi.iijint,civilyadroit ~&vigoureux>
Mais comme nostre Sexe est toujours
dangereux,
Il doit craindre v ~tsyeuxflus qu'il
ne craint les lames.
S'ilpeut les éviter, quejele tiens
heureux!
RE1 PONSE
DU MARESCHAL DE CAMP
GENERAL,
A laDame inconnuë. ME connoissez,
- vous bien,
Madame,
Lors, que vous raisonnez,ainsi?
Vous voulez donc sçavoir icy
Sije peux craindre ou mépriser la
lame?
Peut- estreàmon ~bmntur ce point est
~é'eiaiuj-
A cela prés je nè rien qui m'enflâme
;
Pour les plus beaux objets mon coeur •
est endurcy
Etde , peur de me voir réduit àsa
wercy )
Je me sers contre luy du secours de
mon Ame,
Je voy donc cent Beautez, britter de
toutesparts
Sans vouloir suraucune arreïhrmes
regards,
Puis qu'avec la raison, qui veut qiton
les évite,
Je dois cette justice à mon peu de
mérité.
ARTABAN.
Je vous envoyeray la Relation
de cette Feste, à laquelle
je travaille,ainsique
j'ay fait aux deux que vous
avez veuës. du dernier Carrousel.
J'espere en parler d'une
maniere qui ~diViertira
ceuxquila linoc^
- - Je vous ayparlé de la
mort de Madamel'Electrice
Doüairiere Palatine, mais je
ne vous ay pas dit qu'aussitostque
cette mort eut esté
sceüe àla Cour, le Roy vouluten
allerfaire compliment
à Madame jusque dans son
Apartement, quoy que ce
Monarque ne fust pas encore
remis de son indispossition.
Cela marque une
bonté singuliere, & la tendresse
qu'il a pour son Altesse
Royale. Mr le Nonce,
les Ambassadeurs, les Envoyez
extraordinaires & les
Residens qui font en cette
Cour, ont aussi fait leurs
Complimens de condoleance
à Monficur, à Madame,
à Monsieur le Duc de Chartres,
& à Mademoiselle.
Comme on choisittous
les ans les Predicateurs qui
font le plus en réputation,
pour prescher à laCour pendant
le Caresme, le Pere Soanen,&
Mr les AbbezAnselme
& Boisseau y ont presché
cette année, chacun pendant
quinze jours.Toute
laCourest demeurée d'accord
que ces trois Predicateurs
ont dit de tres-belles
choses, & les vives descriptions
de M l'Abbé Boisleau
ont esté admirées. Le
Roy, quesonindisposition
avoitempeschéde les entendre,
se trouva le jour de Pasques
au Sermon de ce dernier,
& SaMajesté en fut si
contente, que lors qu'il en
prit congé, Elle tuy marqua
publiquement la
satis-
Btéhcni qw'Elleavoit receuë,
avec cettemaniereobligean
re qui charme encore pht~
que l-es foëangesdecegrand
Monarque.Ilavoittoeutmché
le
[le jour précedent prés - de
quinze cens Malades
, a- [pcs avoir assisté àBous les
.offices de la Semaine Sainîte.
Mr l'Abbé Capeau, qui
k-ficle Sermon de la Cene,
imerita les applaudissemens
>dc tous ceux qui l'entenxiir.
er.t.
Entre les Predicateurs qui
se font distinguez à Paris
Ïrendant le
-
Carefine
fort , on a
estimé le Pere Hubert,
Prestre del'Oratoire,le Pere
[Je la Blandiniere, Religieux
de la Mercy, & le Pere de
laRuë,Jesuite.Les Sermons-
Avril/fa6. Ff
de ce dernier ont attiré à
S. Eustache une foule extraordinaire
de tous les
Quartiers de Paris, & ses
Auditeurs, qu'il a eus en si
grand nombre, parlant tous
en sa faveur, il n'estpas befoin
que j'en dise davantage.
Monsieur l'entendit avec
toute sa Cour, le jour çhj<
Vendredv Saint,&leursAltesses
Royales se trouverent
aussi au Sermon qu'il fit le : jour de Pasques, suiviesd'uaç
Cour nombreuse. Elles en
furentextrémement satisfaites,
&lefirent voir par lesà
loüanges qu'Elles luy donnerent.
On ne peut rien ajoûter
à la maniere toute édifiante
dont Elles ont assisté
dans plusieurs Eglises de Paris
à tous les Offices de la Semaine
Sainte.
Vous aurez sans doute appris
par quelle fataleavanture
Mr le Marquis d'Antin
aestéblesséà lateste.C'est
un des Seigneurs de la Cour
qui paroist avoir les plus
belles inclinations. Il promet
tbeaucoup,& il a je ne sçay
quoyd'engageant dans l'air,
)qui fait qu'on se sent porté
à l'estimer. Aussi toute Iài
Couiia^t'elleefbé touchée de
son accident
, & en a marqué
beaucoup d'inquietude
tant qu'on l'a veu en peril.
L'estime qu'onavoitdéja
pour luy a fort augmenté
quand on a sceu avec combien
de constance il a supporté
son mal. Ceuxquiont
travaillé à sa
guerison
avoüentavecétonnement
que peu de gens sont capables
de souffrir d'aussi violentes
& d'aussi vivesdouleurs
avec tant defermeté.
Les personnes qui estoient
dans sa Chambre pendant
ces douloureuses operations,
ne luy entendirent pas pousser
le moindre soûpir. Lors
qu'il salut les recommencer,
il demanda ce qu'onluy faisoit,
& l'ayant sceu
,
il dit
froidement qu'on achevast.
Cette confianceàsouffrir,&
cette réponse pendant les
grandes douleurs, parlent
bien plus à sa gloire que tout
ce que je pourrois vous dire.
Mr le Marquis de Polignac
à épousé depuis peu de
jours Mademoiselle deRambure,
Fille d'honneur de
Madame la Dauphine. Il efl
Fils de Mrle Vicomte de Polignac
,
Commandeur de
Ordres du Roy, & Gouverneur
du Puy, & de Grimorad,
de Beauvoir duRoure.
Mademoiselle de Rambure
estFille deMr le Marquis de
Rambure, Mestre de Camp
du Regiment de ce mesme
nom, & de Bautru, Fille
& Soeur des Comtes de
Nogent ,
Capitaines de W:
Porte de la Maison du Roy.
1
Je vous parleray le mois
prochain des Benefices donnez
par Sa Majesté. Jen'ay
pu encore avoir des Mémoires
assez exacts sur ce qui regarde
cet Article.
Le mot de la premiere
Enigme du dernier mois étoit
le Verre. Ila estétrouvé
par M s G. F. Lourdaut du
Quartier de la Place Maubert
;
le Maître Clerc Espagnol
de la Barriere des Sergens
de la ruë S. Honore;
l'Orateur de l'Ordre de la Fidelité
le Misantrope de la
Fidélité
;
nostre OTOS & bon
Amy de Versailles
;
le gros
& bon Compagnon duMousquetaire
delaruëS.,.Honoré;
Mademoiselle Catin H,le
petit Cercle noir & blanc;
d'Abbevillel'Agrément de
la ruë du Bon;
sa
Belle indolente
; & la plus jeune des
Graces dela rue de la Cossonerie.
Mr Bouchet ,ancien
Curé de Nogent le Roy;
Mademoselle M. Provais, &
Tallljrjll.c de laruë de laCe-
.; risaye,ont expliqué la te,
; conde Enigme dans son;
.vray sens. C'estoit l'Eau de
Vie. *
Ceux qui ont trouve le
vrav mot de l'une & l'autre
; sont
,
Mrs Hutuge dpt
- Î*
Mets; P.Carrier de Roüen;de
da Tronche de Roüen;Brierre
; H. de la Croix R, Percheron,
Exempt de la Mareschaussée
d'Etampes
;
de la
Prairie Cairon P. aux Mathematiques
;
le Chevalier de
Mazeres ;
le nouveau Laonnois
persecuré; Bonnaventure
le Cocq ;
la Serre-bois
Hu Carrefour de l'Ecole;
Dom Arnophe de la Folle;Giges
du Havre:Silvie,AlcioHor,
& la petite Ancmblëe u mesme lieu; Mesdemoiselles
Dorville; Charlotte
Grittin ;
la plus Spirituelle
d'Etampes ; la charman
Solitaire de Versailles;
Belle brune de l'Arsenal
C. H. la Belle Nourritures
la Desolée &Hermophil
du Havre. -
Voicy les deux Enigme
nouvelles. La premiere et
du Brave Leandre, & l'auc
tre de l'aimable Caliste so
Epouse,
ENIGME
NOus embrassons ce qui vous
porte,
Et nousfaiJof'S aller cegui leforte
allffi
Le mouvement qui les transporte
Ne nousdonnajamais r.y peint
, ny soucy. i'
Noussommes durs, impitoyables,
Faitspourcauser du mal, d'oùresulte
du bien;
Et quoy que nousCoyonssemblables,
Toutefois nous nen voyons rien, +
La belle & charmantefigure
Despetits ornemens des Cieux,
Se remarque ;J) nofhe^/n'rcf-urc-
M* aisnos rayonsvinsjbïspcutroui
crever les yeux.
AUTRE ENIGME
JEsuis petite ,&suis but'cttt>
De la se :7m la plus parfaite
1« Mon fnrc en appelle un Ill/or,
EtJuuv.ntrhh.d>ilie tout d'or.
*5»
l'ortv me rendre
,
cftFou me desirt
Il m.faut traverserunPalais pre
ticux
i
Et pbù dijlt i.idn en d'autres lieux
-!e....:;" Luro-.u,i:é1 r/fempe,(f,.i!h: a.1
de ry>c,
Là toutfois j'exerce mon emoirs
Et c'etf pour soulager !
Du Roy des Animaux,


Jevous-envoyé un second
Printemps, qui a plû icy aux elicatsenMusique.
AIR NOUVEAU. LE Printemps sipasse, Silvie,
Et nous ne parlons peintd'Amour.
oûtons dans ce
Tharmant sejour
es plus doux plaisirs de la vie.
'.*2jaur
,
dans 1'hyverde nosans,
Tousregrettons le Printemps;
Il y a quelque temps que
EVOUS parlay d'une nouvele
traduction de l'Arioste.
tes deux premiers Tomes
qu'on en donna-au Public
eurentl'approbation detous
tes les personnes de bor
goust,& ce fut avec justice.
puis qu'il seroit malaiséd'écrire
d'une maniere plus naturelleny
d'unstyle plui
coulant. Aussi la Dame qui
a travaillé à cette Traduction
,
est elle d'un merite
distingué. Ses expressions
font nobles, & l'on peut
dire qu'elles rendent témoignage
de sa Naissance. Son
Pere estoit Portugais,& de
l'Illustré Maison des Gcu
mes de Vafconcelles. Ces
noms ne font pasinconnus
ceux qui sçavent l'Histoire;
nais comme c'est le sortdes
elles de changer de nom en
ht 1 e mariant, on la connoist
avantange par celuy de
Gillot. Je fais ce petit détail
fin quel'on ait plus de
laisir à lire la fuite de son
Arioste, dont les deux derlieres
Parties se débitent
depuis peu de jours, chez la
Veuve Blageart,
Vous estiez fachée que
Histoire des Troubles de Horiie
finist en l'année 1683.
Vous allez estre contenter
misque je vous apprens que
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le