→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1686, 03
Taille
8.12 Mo
Format
Nombre de pages
339
Source
Année de téléchargement
Texte
<36622049520019
<36622049520019
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MARS 1686.
"
4
AV PALAIS
.
A PARIS
,
O
20
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
"le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A
PARIS,
Cher G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice,
Chez la Veuve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAUPHIN,
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie,
M. DC. LXXXVI,
VEC PRIVILEGE DY ROI.
Beyerische
Staatsbibliothek
München
"
AU LECTEUR
D
Es ordres auxquels
'il eft glorieux d'obeïr
, ayant engagé à un
Ouvrage du temps , dont
le travail ne foufre point
de delay , l'Extraordinaire
qui devoit paroiftre.
au quinziéme d'Avril , ne
fera mis en vente qu'au
quinziéme de Juillet. On
eft auffi obligé de remet-
4
a ij
tre l'Hiftoire des Eftampes
. Le Public fera averty
par un Avis particulier
du temps auquel elle paroiftra.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
P
Rélude.
Mandement de M. l'Archevefque de
Paris ,fur le Respect qu'on doit garder
dans les Eglifes.
Extrait de Sermon.
6
13
Sonnets.
44
Devife. 47
Lettre en Profe & en Vers. 49
Anagramme. 53
Epigramme. SS
Sonnets.
57
Services faits pour le repos de l'Ame de
feu M. le Chancelier.
Extrait d'une Oraifon Funebre.
59
61
Huitiéme Dialogue des Chofes difficiles à
croire.
Lettre de Conftantinople.
75
129
Feftes galantes qui fe font tous les ans à
Thoulouse. 146
Servicefait pour le repos de l'Ame de feu
Monfieur le Prince de Conty . 16 :
TABLE.
Autre pourfeu M. le Maréchal Duc de
Villeroy.
170
OfficiersGeneraux nommez par leRoy . 176
Hiftoire. 182
M. Faucon de Ris eft nommé premier Prefident
au Parlement de Rouen. 195
Intendances données par Sa Majesté. 196
Morts, 198
Converfions faites depuis le mois dernier ,
& tout ce qui s'eft paßè ſur ce sujet
203
244
Ce qui s'eft paffe au Grand Confeil le jour
de l'enregistrement des Lettres de M.le
Chancelier.
Service fait à l'Hostel Royal des Invalides.
Mort de M. le Curé de S. Gervais . 268.
267
Cure de S.Gervais conferéepar M. l'Abbé
Colbert.
Ibidem .
Noms de ceux qui ont d´viné les Enigmes
du mois paẞé.
Enigmes .
Nouvelles de Conftantinople.
269
272
276
Alphabet des nouveaux Convertis . 288
Cavalcade. 286
TABLE..
Mariage de M. le Comte de Quelus Õ
de Mademoiselle de Murcé,
Galanterie magnifique.
292
193
Morts. 293
Prodige nouveau. 295
Avanture. 298
Nouvelle Réponse à la Lettre pretenduë
Paftorale du Miniftre Claude. 302
Nouvelle joye.
309
Article pour le mois prochain,
Fin de la Table.
Avis pour placer les Figures.
' Air qui commence par Venez , ju¬
LAdépit, venez à mon
regarder la page 128.
doit
La Medaille doit regarder la page 201 .
L'Air qui commence par ,Jeune & belle
Saiſon , doit regarder la page 275,
MERCVRE
GALANT
L
MARS 1686.
A plufpart des Vies
que l'on a faites des
Saints, nous
apprendés
leur plus tennent
que
dre jeuneffe
ils ont donné
des marques
d'une
pieté
qui
faifoit
connoiftre
ce
qu'ils
Mars 1686. Α
2 MERCURE
devoient eftre un jour. On
peut dire la mefme chofe du
Roy . Il a commencé à faire
éclater un zele extraordinaire
par toutes les choſes qui
regardent le culte de Dieu ,
dans un âge où l'on n'eſt ordinairement
occupé que des
plaiſirs , & c'eſt à quoy l'on
connoift une Ame prédeftinée.
Je ne dis rien qu'on ne
puiffe voir en beaucoup d'endroits
du Panegyrique
de ce
Monarque
, compofé il y a
deja plufieurs années par Mi
l'Evefque d'Amiens. Ce Prelat
pouvoit en parler beauGALANT.
3
coup mieux qu'un autre, puis
qu'il a efté luy - meſme témoin
de toutes les chofes
dont fon Hiftoire eft remplie.
Cette pieté dont on luy
a veu prendre les fentimens
dés le berceau , loin d'avoireſté
affoiblie par les plaiſirs,
comme il arrive prefque toujours
dans un âge propre à
sy abandonner fans retenuë,
s'eft augmentée avec les
années de ce grand Monarque
, & l'on ne doit pas s'étonner
aprés cela , s'il s'eft
appliqué avec tant de foin à
rappeller dans la veritable
A ij
4 MERCURE
Eglife tant de milliers d'A - ´
mes égarées. Il y a fujet de
croire que ce grand deffein ,
dont on n'auroit pû s'imaginer
l'execution poffible , eft
un ouvrage qu'il a medité
toute fa vie . Aprés cette heu
reufe réunion des Proteftans,
qui donne tant de joye aux
Catholiques , il falloit pour
l'édification des uns & des
autres , non feulement que l
reſpect regnaft dans nos
Temples , mais qu'on l'y vift
redoublé. Cependant.comme
toutes chofes fe relâ
chent , & que les Chreftiens
le
GALANT. 5
ou plûtoft , tous les hommes
manquent infenfiblement
à
la veneration qu'ils doivent
aux Lieux faints , fi on ne les
fait de temps en temps apercevoir
des fautes qu'ils commettent
, plus par habitude
& par negligence
, que par
aucun deffein prémedité , du
moins la plufpart , car il n'eft
pas croyable que des Chreftiens
fuffent capables de
porter leurs irreverences juf
qu'à une profanation volontaire,
M' l'Archevefque
pour
fatisfaire
là deffus aux pieufes
intentions
de Sa Majefté
,
A j
6
MERCURE
a fait publier le Mandement
que vous allez lire. Il eft
conceu en des termes fi
dignes de la pieté de ce
grand Prelat , que je croy
vous faire plaifir de vous.
l'envoyer.
MANDEMENT
De M ' l'Archevêque de Paris
fur le Refpect que l'on doit
garder dans les Eglifes.
RANCOIS , par la grace
de Dieu , & du faint Siege
Apoftolique, Archevefque de Pa·
ris, Duc Pair de France, Com
F
GALANT. 7
mandeurdes Ordres du Roy , Provifeur
de la Maifon de Sorbonne ,
& Superieurde celle de Navarre,
A tous Doyens, Abbez, Prieurs ,
Archipreftres , Curez , Vicaires ,
Superieurs , Superieures , &Predicateurs
des Eglifes & des Communautez
de Paris , Salut & Benediction
. Bien que l'Homme jufte
ait toûjours efté le Temple vivant
de Dieu, il n'a pas laiffé de
vouloir demeurer par une prefence
fpeciale en des lieux confacrez
fa gloire. Elle fe rendit fenfible
fur la pierre qui recent l'onction de
Jacob, & dans le Temple où Salomon
renferma l'Arche le Ta-
A iiij
8
MERCURE
(
des
bernacle ; ces Patriarches fu
rent autantfaifis defrayeur , qu'ils
furent touchez de refpectpour
lieux qui n'eftoient que l'image
& lareprefentation de nos Egli.
fes. Elles doivent d'autant plus
attirer notre veneration, que le mé
me Pontife, lequel, felon S. Paul,
eft entré dans un Tabernacle qui
n'eft point l'ouvrage des hommes,
qui s'est élevéjusques au fein
de fon Pere , daigne defcendrefur
nos Autels, habiter dans nos Temples,
y recevoir nos adorations, &
s'offrirpour nous enfacrifice . Mais
par un étrange déreglement , la
Maifon d'Oraifon eft devenuë la
GALANT. 9
retraite des Impies , & les Ames
•·faintesgemiffent de la profanation
qu'on en fait tous lesjours en plu
fieurs endroits de cette Ville . Nous
fommes d'autant plus animez à
retrancher ces abus & ces irrevela
Pieté du Roy lefol
rences,que
licite à fe rendre le vangeur fevere
de la gloire de Dieu , des Regles
de l'Eglife , & des Ordonnances
des Rois fes Predeceffeurs
.
Outre que le Public eft fortement
·
perfuadé que
S`que les menaces
d'un
chatiment
temporel
arresteront
l'infolence
de ceux qui ne peuvent eftre
ébranlez
, ny par la veuë des
Jugemens
de Dieu,nypar la crain
To MERCURE
te des peines Canoniques. ACES
CAUSES, Nous vous mandons de
commettre quelques Ecclefiaftiques
qui veillent fans ceffefur ce qui fe
ppaaſfſfee dans vvooss Eglifes,&avertiffent
ceux quiparleront ensemble,
ou qui feront en posture indécente,
de fe tenir dans le filence & dans
l'a modeftie convenable à lafainteté
du lieu . S'il s'en trouve quel
ques uns qui refufent de les écou
ter , ou de profiter de leurs remon
trances , Nous vous ordonnons d'en
dreffer Procés verbal , pour eftre
mis entre nos mains , & eftre par
Nousportéà Sa Majesté. De cette
maniere ,Nous eſperons que Dieu,

GALANT. II
qui a mis l'Epée entre les mains
des Souverains , pour réduire les
Impies à respecter fa Divinité ,
les lieux qui luy font dédiez,
benira les bonnes intentions de Sa
Majesté & les nôtres ; & que
ceux qui par leur irreligion fervoient
de pretexte aux Infidelles
&aux Heretiques pour blafphemer
lefaint Nom de Dieu , leur
ferviront d'exemple pour ſe convertir
à luy , & venir dansfon
Temple luy offrir des facrifices de
louange & de juftice . Nous vous
ordonnons auffi de lire nôtre
fent Mandement à vos Prônes
& à vos Predications , & de le
pre12
MERCURE
faire afficher , non feulement aux
Portes , mais encore aux principaux
endroits de vos Eglifes.
Donné à Paris en noftre Palais
Archiepifcopal , le vingt fixiéme
Fevrier milfix cens quatre-vingt
fix.
>
Ce Mandement devant
eftre publié dans toutes les
Paroiffes de Paris , il fut mis
entre les mains de M' l'Abbé
Faydit, qui prefche le Caref
meà S. Jacques du Haut- pas,
& qui aprés l'avoir leu à fes
Auditeurs, leur parla de cette
forte.
GALANT. 13
M
ESSIEURS,
Vouloir ajoûter quel_
que chofe de nouveau à l'éloquence
& aux lumieres de M. l'Ar
chevefque , c'eft vouloir ajoûter
de nouveaux rayons au Soleil ;
jay appris de Saint Augustin, que
lorfque le Ciel gronde & menace
les hommes par le tonnerre&par
les éclairs, la Providence Divine
fait taire les petits oifeaux dans
l'air, & oblige les vils infestes
desMaraisdefe cacher dans leur
bouë , de ne pas rompre la tefte
davantage au monde par leurs cris
importuns. Cælum groffiers
14 MERCURE
tonat , ranæ taceant. Ainfi ,
aprés vous avoir lû les Remontrances
également fortes & éloquentes
que ce grand Prelat fait
dans ce Mandement
aux Profanateurs
des Eglifes , je n'aygarde
d'y rien ajoûter du mien , de peur
d'affaiblir par la baffeffe de mes
expreffions les mouvemens vifs
les impreffions puiffantes que cette
lecture doit avoir produit dans vos
efprits ; & de peur auffi qu'on ne
me reproche le mesme defaut que
le Prophete Daniel trouva dans
la Statuë de Nabuchodonofor
,
d'avoir joint dans un mefme Ouvrage
l'or & l'argent le plus pur
GALANT.
15
avec le cuivre le plus rouillé , &
l'argile la plus méprifable. L'un
gâtera l'autre , dit-il , & ce meflange
de deux chofesfi
differentes ,
fera qu'elles fe détruiront toutes
deux. Non
adhærebunt fibi
ficut ferrum mifceri non poteſt
teſtæ. Je me
contenteray
donc ,
MESSIEVRS , de vous
reprefenterpour vostre edification,
qu'ilfemble que Dieu veüille renouveller
en ce temps pour noftre
avantage ce qu'il fit autrefois dans
Pancienne Loy, pour le bien &
la gloire de la
Synagogue.
Nous apprenons de l'Ecriture,
fur tout du Prophete Zacha
16 MERCURE
rie
que rie
, les Babyloniens & les
Affyriens ayant pris Jerufalem ,
&remply tout defeu defang,
pillerent , profanerent, & brûlerent
le Temple, & que les Samaritains
, autres Juifs tres - corrompus
fe joignirent à eux , &
commirent dans cette fainte Maifon
de Dieu, des abominations non
moins fcandaleuſes
, que celles que
les Gentils & les Etrangers
y avoientfaites.
Les Gens de bien
gemirent de ce double_defordre
,
Dieu touché de leurs Prieres,
refolut de rétablir le Temple dans
fa premiere pureté & fplendeur ,
de purgerJerufalem du culte
GALANT.
17
facrilege qui s'y efloit introduit
dans ce temps de tenebres & de
guerre. Pour cet effet , ilfufcita
un Prince felon fon coeur , plein de
valeur , de courage , &
5.& de pru.
dence, il donna en meme temps
aux Juifs un Grand Preftre &
Souverain Pontife , auffi recommandable
par fa vertu & par
fon zele pour la Religion , que par
Safcience & parfes lumieres . Ce
Prince fut Zorobabel. Ce Pontife
fut Fofedech on Jesus . Non content
de les avoir donnez à la Synagogue,
pourremedier à fes maux,
il les unit tous deux de l'amitié la
plus étroite . Ils ne faifoient rien
Mars 1686.
B
18 MERCURE
fans fe le communiquer. Ils concertoient
enfemble toutes leurs mefures
, toutes ces mesures ten- &
doient à la paix . Confilium pacis
erit inter illos duos. Parce
moyen le Temple fut bien- toft re
mis dans fon premier éclat . Ferufalemfut
bien -toft purgée des de
fordres des fchifmes qui la défiguroient
la divifoient de toutes
parts. Les Impies qui ne craignoient
pas Jes armes Spirituelles,
l'Excommunication du Grand-
Preftre , ( car l'Excommunication
dont on ufe parmy les Chreftiens ,
vient originairement des Juifs )
apprehenderent l'Epée du Roy,
&
GALANT. Ig
l'Empire ef- ainfi le Sacerdoce
tant joints enfemble , firent rendre
à Dieu , à la Religion , & aux
Autels , le culte & le respect qui
leur est dû.
La mefme chofe fe prepare parmy
nous . L'Eglife , qui est la ve
ritable Maifon de Dieu , comme
dit Saint Paul, eftoit horriblement
défigurée par les Sacrileges que les
Etrangers & fes propres Enfans,
commettoient depuis long - temps.
Qui pourroit expliquer les defor
dres que les premiers , je veux
dire les Heretiques, firent dans les
Eglifes de France au commencement
de leur revolte de leur
B ij
20 MERCURE
Separation ? Saint Françoisde Sa
·les qui vivoit pour lors , en fait la
peinture dans une de fes Lettres à
Clement VIII. en ces termes.
Quand j'arrivay dans mon Diocefe
, je ne trouvay dans cette
Partie qui releve de la France ,
ny Autels ny Croix ; Nullibi
Altaria , nullibi Crucis figna.
Les Temples eftoient tous ruinez ,
& ceux que la fureur des Calviniftes
avoient épargnez , eftoient
tous nus & tous dépouillez d'Ornemens
& d'Images ; Templa
partim diruta , partim nuda.
Enfin , je ne trouvay nulle part
aucune trace ny aucun monument
·
GALANT. 21
de l'ancienne pieté de nos Peres.
Ubique veræ & antiquæ Fidei
monumenta deleta.
Il eft certain que les Babylo
niens & les Affyriens ne firent
jamais tant de degast dans le Temple
de Salomon , car au moins ils
ne toucherent pas à l'Arche du
Seigneur. Ils donnerent le temps
à feremie de la mettre à couvert ,
& de la cacher dans une Caverne
inconnue , comme nous apprenons
d'une Lettre Circulaire des Juifs,
rapportée au premier Livre des
Machabées ; au lieu la
que prefanation
de l'Eucharistie fut le
premier attentat de ces Pretendus
22 MERCURE
Reformateurs. Ils commencerent
à reformer l'Eglife par jetter aux
chiens , parfoulerfous les pieds,
par jetter dans des égouts & des
cloaques le Saint du Seigneur, &
la veritable Arche d' Alliance qui
avoit toûjours efté , comme ellefe
-ra toûjours , l'objet de l'adoration
de l'amour des Fidelles , &
devant qui les Cherubins meſme
tremblent , & étendent leurs ailes
pour s'en couvrir le vifage par
refpect , comme ils les étendoient
fur la premiere Arche qui n'en
eftoit que la figure. Ces Sacrileges
furent commis generalement par
toute la France. Le nombre des
GALANT. 23
Heretiques groffilant tous les
jours , augmenta auffi leur audace
à piller , à profaner , à brûler les
Eglifes & les Reliques des Saints
qui y estoient confervées depuis
tant de Siecles. Il n'en refte guere
aujourd'huy qui ne portent des
marques de leur
de leur rage & de leur
emportement. Mais le croirezvous,
Chreftiens & Les Enfans de
laMaifon ontachevé de mettre le
comble à l'iniquité des Heretiques,
par la profanation continuelle
& fcandaleufe qu'ils font de ces
mefmes Eglifes. Celles
Calviniftes n'ont pú , on n'ont pas
voulu ruiner, font deshonoréespar
que
les
24 MERCURE
des abominations auffi criminelles
des Catholiques ; car que vaut
mieux brûler les Eglifes , ou les
conferver pour enfaire un marché,
où l'on cause , où l'on trafique , où
l'on parle d'affaires , où l'on s'entretient
de nouvelles ; que d'en
faire un rendez- vous , où l'Amant
trouve à coupfeurfa Maitreffe
, un theatre où l'on rit , où
l'on chante des Airs d'Opera ;
enfin que d'enfaire le mefme ufa
ge que les Payens faifoient autrefois
de leurs Temples de Venus
de Mars , où un Poëte leurreproche
qu'ils ne venoient que pour
voir & eftre veus , & pour y
admirer
GALANT. 25
admirer la beauté des plus belles
Dames de la Ville. Dieu eft affurément
auffi offensé par les uns
que par les autres , & encore devons-
nous rendre aux Heretiques
cette juftice , que Saint Paul rend
à Pilate & aux autres Meurtriers
du Fils de Dieu , qu'ils ne
l'auroient jamais crucifié , s'ils l'avoient
connu pour le Seigneur de
la Gloire ; au lieu que le connoif
fant d'une part pour tel , & eftant
tousfortement perfuadez que
ce Seigneur de la Gloire refide
dans nos Ciboires & dans nos Eglifes
, nous l'y crucifions tous les
jours , luyfaifons mille outra-
Mars 1686 . C
26 MERCURE
ges plus fcandaleux que ceux que
lesJuifsluy firentfur le Calvaire.
C'est à ces deux grands maux,
àces deuxfuneftes & dangereuses
playes , que Dieu ayant regardé
cés temps de malice d'un oeil de mifericorde
, veut remedier fouveefficacement
à l'He
a
rainement
refie , àla profanation des Eglifes.
Pour cet effet , il nous a
donné un Roy incomparable , un
Roy non feulement le plus grand,
le plus accomply , le plus heureux
qui ait efté depuis l'établiſſement
de la Monarchie , mais qui ne cede
en rien pourfa prudence pourfa
Sagefle, pourfa pieté , & pourfon
GALANT. 27
zele aux David , aux Salomon ,
aux Cyrus , & aux Zorobabel.
D'un autre cofté , il a misfur le
Chandelier de l'Eglife de Paris ,
c'est à dire furle plus illuftre Theatre
de l'Univers , le plus grand,
le plusfçavant, & le plus aimable
Prelat qui fut jamais. Non
content d'avoir donné à la France
cegrand Monarque & ce grand
Prelat , ou comme parle plus correctement
Saint Auguſtin , dans
une occafion toute pareille,ces deux
fublimes Perfonnes , aufquelles
tout doit obeir : Duas illas fublimes
perfonas Regem & Sacerdotem,
quibus omnis ter-
C ij
28 MERCURE
ra caput inclinat , il les a unis
tous deux d'une amitié fainte &
étroite. Comme il tourne le coeur
des Roisfelon fes volontez , il a
infpiré à celuy de nostre in -vincible
Monarque unpanchant , une
tendreffe & une inclination toute
particuliere pour noftre illuftre Prelat
. Tout le monde lefait & le
voit , MESSIEURS. Le Roy
honore M. l'Archevefque d'une
eftime & d'une confiance toute
particulieres ce nouveau fofedech
eft auffi attaché au Roy par
tant de liens , & par de fi fortes
chaines de refpect , de reconnoiffance
& d'amour qu'on ne vit
.
·
GALANT. 29
jamais une liaiſon femblable.
Dieu a eu fes veuës dans cette
conduite ; c'est afin que fe commu
niquant mutuellement l'un à l'autre
leurpuiffance & leur lumiere,
ils travaillaffent de concert à ré
tablir la Maifon de Dieu dans
fon ancien luftre , telle qu'elle eftoit
du temps de Charlemagne
de Saint Louis , que nulle Herefie
ne l'infectoit au dehors , nul fcandale
ne la defiguroit au dedans.
Confilium pacis erit inter il.
los duos . Nous en voyons déja
un effet bien éclatant dans la ruine
de l'Herefie. Cette Herefie é
pouvantable, qui avoit englouty
C iij
30 MERCURE
prés des trois quarts de la France,
& oùl'on acompté jusqu'à dixfept
cens mille Sectateurs , eft entierément
détruite par les foins de
ces deux grands Heros. Tous les
Temples abatus , toutes les Synagogues
de Satan démolies , tous les
Prefches & les Chaires de men-
Jonge renversées par terre , font
le fruit de leur union toute fainte.
On ne voit plus de Miniftres prefcher
en Chaire , avec les Habits
tels lesAvocats& les Procu
que
reurs en ont lors qu'ils plaident au
Barreau . Nos oreilles nefont plus
importunées du jargon & des miferables
rimes des Pfeaumes de:
GALANT. 31
Marot. Nos yeux ne font plus
fouillez de la celebration d'une
Cene pollue , & qui n'avoit rien
de faint , mefme en apparence
que le nom. Il ne fe fait plus d'exercice
de cette Pretendue Reli
gion , qui vouloit reformer toutes
les autres ; & au lieu qu'un Ecrivain
celebre ( c'est l'Historien
Sleimdam ) croyant que la Meffe
alloit eftre abolie de fon temps
& qu'on en oublieroit mefme jufqu'aux
Ceremonies & aux paroles
dont elle eftoit composée, cru
obliger la Pofterité, bien me
riter d'elle , de luy conferver des
Eftampes des Habits du Preftre ,
& iiij
32 MERCURE
#une Copie de nos Miffels &
de nos Rubriques , un Religionnaire
de France a fait imprimer
depuis peu en Hollande les faux
Synodes des Calvinistes , & un
Livre de leur Rit & de leurs
Prieres , pour en conferver le fou-
- venir , parce qu'il a bien veu
qu'il s'alloit perdre dans un oubly
eternel. En effet, tout eft converty
en France. Tout a renoncéà Cal
vin , & àſa pretenduë Reforme.
Le peu d'opiniaftres qui font reftez
,fe retirent dans les Pays Etrangers,
yportent des nouvelles
du débris de leur Coloffe. Ils di
fent tous, les larmes aux yeux, çe
GALANT 33
*
que difoient ces vagabonds & ces
malheureux Fugitifs de cette Vil,
Le fi fameuse de la Fable ou de
l'Hiftoire, lors qu'elle cut eftébrû
lée & faccagée par les Grecs :
Noftre dernier jour est venu,
ce jour fatal & funefte que
les Deftins avoient marqué,
pour eftre le jour de noltre
defolation & de noftre ruïne
entiere . Nous fommes perdus
fans reffource . Nous avons
été autrefois bien crains
& bien redoutez. Nous ne ferons
plus rien pour jamais.
Troye, la fuperbe Troye,cft
détruite.Elle
est toute en cen-
1
34 MERCURE
dre. Noftre premiere gloire
eſt paſſée .
Venit fumma dies, & ineluctabile
tempus , &c.
Ala verité il reste encore, &*
il reftera peut- eftre quelque temps
des Enfans Heretiques , qui ont
fuccé avec le lait lepoiſon de l'erreur;
mais on a pris des mesures
pour empe)cher qu'il ne paße juſqu'à
leurs Defcendans. La Tige
eftant morte & fechée , le rejeton
ferafainpur, & on l'entera
fur l'Olivierfranc , pour eftrefait
participant de fon fuc dy de fa
feve , comme parle l'Apoftre. En
un mot, cette race d' Amorréens &
GALANT 35
de Chananéens , en moins de cent
ans , fera effacée de deffus la face
de la Terre-promife . Fappelle ainfi
La France, puifque, felon le témoi
gnage de Saint Jerôme , elle ne
portajamais de Monstre dansfon
fein , & n'y fouffrit jamais d'Heretiques.
Nos Neveux ne sçauront
que par la lecture des Livres,
qu'ily a euune Herefie en Fran
če , qui nâquit fous François I.
qui expira fous Louis le Grand ;
au lieu qu'un puiffant Roy de
Perfe , fameux dans nos Ecritures
, & dans les Hiftoriens profanes
, j'entens Xerxes , pleura de
douleur en faisant la revenë de
ن م
36 MERCURE
Jon Armée , qui estoit de dix.fpt
cens mille hommes ,felon Herodo
te, fefouvenant que dans cent
ans il ne resteroit pas unfeul homme
de cette prodigieufe multitude,
le Saint Pere Innocent XI. a
pleuré de joye, enfaiſant reflexion
que d'un pareil nombre d'Hereti
ques qu'il y avoit autrefois en
France , il n'en resteroit pas auffi
un feul en moins de cent ans ; &
pour en témoignerfon raviffement
au Roy , il luy a écrit une Lettre
toute pleine de congratulation &
de louanges ; ce que la Pieté du
·Roy luy a fait regarder comme
plus glorieux pour luy que les an
GALANT. 37
ciens Mandemens & Decrets que
le Senat Romain envoyoit autrefois
aux Generaux d'Armées victorieux,
& aux Heros qui avoient
gagné des Batailles , par lesquels
il leur ordonnoit des fupplications
des triomphes ,fur tout lorsque
ces gains de Bataille , & ces ruines
de Villes ennemies n'avoient
guere couté de fang , comme il n'en
a pas coûté une feule goute aux
Calviniftes pour la ruine de leur
Herefie , tout s'eftant paffé dans la
douceur par la fageffe du Roy, &
la prudente conduite de M. l'Archevefque.
Confilium pacis
erit inter illos duos,
38 MERCURE
Il ne refte donc plus , pour rendre
à l'Eglife fon premier éclat ,
d'autre defordre à corriger, que les
moeurs corrompues des méchans
Catholiques , fur tout lefean
dale effroyable qu'ils caufent aux
nouveaux Convertis, par le peu de
respect qu'ils ont pour les Temples
où Dienrefide ; c'est à quoy la
Pieté du Roy , & celle de M.
l'Archevefque , les applique aujourd'huy.
L'un a fait une Decla.
ration , par laquelle il condamne
à une amende pecuniaire les Profanateurs
de la Maifon de Dieu.
L'autre afait le Mandement dont
je viens de vous faire la lecture,
GALANT. 39
par lequel il les menace des Cenfures
Ecclefiaftiques. Je ne feay
pas ce qui pourra toucher les Pe
cheurs , files menaces de ces deux
Puiſſances jointes enſemble ne les
effrayentpas. Qu'y a- t- il de plus
redoutable que la colere du Roy
que cette main qui a foudroyé
Maftric, Cambray, Luxembourg?
Qu'y a-t-il deplus à craindre que
ces Armes fpirituelles de l'Eglife,
qui firent mourirfubitement d'une
mort tragique Ananie & Saphiré?
Quand le Ciel జ la Terre
fe joignent ensemble pour punir
l'homme, il faut efre , je ne dis pas
endormy , mais tout - à -fait mort
40 MERCURE
& infenfible , ditfaint Auguſtin,
pour n'en eftre pas ébranlé. Réveillez-
vous au bruit de ces deux
Tonnerres , & faites reflexion à
cette belle parole que dit autrefois
Philon fuif, au plus méchant
au plus brutal de tous les hommes
l'Empereur Caligula , pour l'empefcher
deprofaner le Temple de
Jerufalem , en y mettantfa Statue.
Prince , fongez que Dieu
vous a laiẞé le Maistre de tant
d'autres Lieux , du Cirque , de
l'Amphitheatre, des Placespubliques
des Hoffels de Ville ,& de
tant de beaux Palais qu'il vous a
donnez. Faites -yce que vous vou
C
GALANT. 41
*
drez. Placez -y telle Statue qu'il
vous plaira; ce grandDieu qui eft
le Maiftre de tout, ne s'est refervé
dans ce vaste Univers qu'il
creé, que le feul Temple de Salo
mon pour s'y faire adorer ; pour-
дису le troublez- vous dans cette
poſſeſſion ? Pourquoy voulez- vous
luy infulter jufque chez luy- mef
me?Trouveriez- vous bon que dans
veftre Palais on vousfift outrage,
qu'on adoraft un autre que vous ,
que l'on manquaft au respect qui
vous eft di Enfin , Chrestiens ,
faites quelque reflexion fur la
Pieté avec laquelle le Roy luy
mefme affifte àl'Eglife . Van
2.
Mars 1686. D
42 MERCURE
jamais rien de fi modefte & de
plus compose ? Tourne- t - il le dos
à l'Autel? Parle - t - il à haute
voix à qui que ce foit? Se tient- il
appuyéfur un pied ou debout pour
jetter les yeux de coftée d'autres
Neft- il pas au contraire toûjours
à genoux , toujours priant , toû
jours dans la poſture d'un homme
contrit bumilie ? D'un autre
cofté, fut- il jamais rien de fi grave,
de fiferieux, de fi édifiant
que noftre grand Prelat ? L'air
dont il celebre l'Office, n'imprimetil
pas du refpect pour les Ceremonies
de l'Eglife ? Peut - on traiter
les Mifteres de la Religion

GALANT. 43
plus noblement ? Les Ambaſſa
deurs des Pays Etrangers n'en
font-ils pas touchez l'espere auff
que ces deux Exemples vous toucheront
, & que dans le deffein
d'imiter vostre Roy& voftre Pafleur,
vous édifierez les nouveaux
Convertis par votre modeftie,
que nos Eglifes feront deformais
comme elles eftoient du temps de
faint Auguftin , des Affemblées
pures & chaftes , Sancta & ca--
fta celebritas .
Je vous envoye deux Sonnets
, dont on m'a fait part ,
fur l'Extirpation de l'Here fie.
Le premier eft de M² l'Abbé
Dij
44 MERCURE
8-
de la Chaife , & le fecond de
M' Ramonnet de Nogent fur
Seine.
SUR
L'ANEANTISSEMENT
De la R.P.R.qui a commencé
en France fous François I.
& qui vient de finir fous
Louis le Grand.
E
N vain pour étouffer l'Erreur
dans fa naiffance ,
François aux Huguenots fit preparer
des feux ;
En vain fes Succeffeurs employerent
contre eax
Les efforts redoublez de toute leur
puiffance.
On les vit s'en défendre , & par
leur refiftance ,
GALANT. 45
Les forcer à foufcrire à des Traitez
honteux.
Mais noftre Grand LOVIS dit feulement
, je veux ,
Et dans trois mois à peine il s'en
rencontre en France .
E
Princes , que fa valeur a contraints
d'accepter
Les Articles de Paix qu'il a voulu
dicter,
Que cet évenement aujourd'huy vous
confole.
Pourriez- vous éviter de recevoir des
Loix
D'un Heros qu'on voit faire avec
une parole
Ce qu'en cent ans n'ont pû les forces
defept Rois ?
46 MERCURE
SUR LE MESME SUJET..
TE
que
EL
dans fes travaux Alcide
infatigable ,
Quand de Monftres fans nombre it
purgeoit les Etats ,
A Hydrefit fentir la force de fon
bras,
Et d'un coup écrasa ce Monftre épou
vantable.
Tel noftre Auguste Roy , par un coup
favorable ,
De l'Herefie enfin met la puiſſance à
bas ;
•Plus glorieux encor que dans tous les
combats
Où triompha toûjours fa valeur redoutable.
Ca
Du Serpent toutefois qui tout Lerne
infectoit,
GALANT. 47
Sur les corps feulement le venin fe
jettoit,
Et de jours paffagers coupoir trop toft
la trame ;
69
Mais LOUIS, de Calvin détruifant?
les erreurs,
Extermine un poiſon qui paſſoitjuſ- "
qu'à l'ame,
Et la precipitoit dans d'eternels mal
heurs .
La défaite de l'Herefie a
donné auffi fujet au Pere Bigot
Jefuite de faire une Devife
, dont le corps eft une
Hydre celefte. Ces paroles
en font l'Ame , Periffefalus.
Vos Amies les trouveront
expliquées dans ce Madrigal.
48 MERCURE
J'
Ene fuis plus ce Monftre, aux Mortels
odieux
Tel que pour les punir le Ciel me laiffoit
vivre;
Un Heros m'a défait , fa valeur les
délivre ,
Monfort change, & ma mort me place
dans les Cieux .
Cet Article de Religion
doit faire trouver place icy à
une Lettre que je vous envoye
de Mr Vignier. Elle eſt
adreffée à Madame de Tibergeau,
Fille de M le Marquis
de Sillery , & petite Fille de
Madame de Puifieux.
A MAGALANT.
49
22222222 222225222
A MADAME
DETI BERGEAV
J
Ce . Mars 1686.
Esne trouve point étrange
MADAME
, que
dans un
temps où les perfonnes de voftre
Qualité quittent la Province pour
venir à la Cour , vous soyez demeurée
dans vostre Solitude. Vous
ne pouvez pas fans doute vous y
ennuyer , apprenant ce que noftre
grand Monarque fait tous les
jours pour la Converfion des Pre-
•tendus Reformez , & tous les
Mars 1686. E
50 MERCURE
il
Eloges qui luy font donnez par
les bouches lesplus eloquentes,
les Plumes les plus fçavantes du
Royaume deforte que pour vous.
dire quelque chofe de nouveau ,
faudroit que je vous diffe en Vers
se que
l'on a dit en Profe & en
Profe ce qui s'est dit en Vers,
Quelque plaifirpourtant que vous
ayez eu jusques icy de voir un
Heros Guerrier , ce vous en fera
un plus grand de voir un Heros
Chreftien , qui fait encore plus
pour l'Eglife , qu'il n'a fait pour
l'Eſtat; &qui par une moderation
fans exemple , n'a pas voulu étendre
davantage fon Royaume ,paur
GALANT. SI
1
mieux étendre celuy du Sauveur
du Monde, car comme il a fceu
recouvrer par laforce des Armes
ce que la France avoit perdu fous
quelques-uns de fes Predeceffeurs,
il vent auffi recouvrer par des
moyens pacifiques ce que l'Eglife
Catholique a pendu fous les Va
Lois.
Ainfi l'on voit qu'au meſme
tempsam di-
Que les Peuples conquis enton
nent fes louanges
Les Nouveaux Convertis paroil
fent fi contens ,
Qu'ils meflent avec nous leurs
chants à ceux des Anges.
Plufieurs Religionaires mefme,
Eij
52 MERCURE
qui s'estoient retirez dans les Pays
Etrangers pour éviter de fe con
vertir , ont reconnu leurs Erreurs
en des Lieux , où ,felon toutes les
apparences , elles devoient fe for
tifier , & n'ont point eu de repos
qu'ils ne foient venus icy en faire
une Abjuration publique ; la
Gla
plufpart de ces Fugitifs , qui a
voient emporté plus de bien qu'il
n'en falloit pour vivre fort à leur
aife , ont avoué qu'ils n'avoient
pú refifter aux Sentimens que
LOUIS LE GRAND imprime
dans le coeur de fes Sujets , & que
ce charmefeul les avoit forcezde
fe rendre à des Veritez, que fans
GALANT. 53
cela ils n'auroient peut - eftre ja
mais reconnuës. Vous voyez,Ma
dame,
Qu'il n'eft point de fi bon Do-
Єteur
Que celuy qui touche le coeur.
LOUIS le Grand le fait
tes les manieres ....
par tou
Qui peuvent faire ouvrir les
yeux
Aux pures & faintes lumieres,
Que l'Eglife receut des Cieux.
Mr Botu de la Barmondiere
, de l'Academie de Villefranche
en Beaujolois , a fait
Anagramme que j'ajoûte
icy .
E iij
$4 MERCURE
LOUIS LE GRAND.
RANG DU SOLEIL.
Si comme un Aftre au Cielun Roy brille
fur terre ,
LOUIS le Grand fe trouvant fans
pareil,
Soit dans la Paix , foit dans la
Guerre
Tient le Rang du Soleil.
Cette autre Epigramme
vous fera connoiftre que le
བའ
avoir travaillé aux
Affaires de l'Eftat , ne dédaigne
pas de fe délaffer dans
L'Etude des belles Sciences.
Elle eft adreffée au fameux
M' Rainfant, Garde des Me
GALANT: 55
dailles du Cabinet de Sa Majeſté.
D
Elicat Antiquaire,
Rainfant, topquifaisplaire
Au plus fage des Rois ,
Lors que con éloquentevoix
Sur plufieurs Medaillons , tous d'un
prix non vulgaire ,
Etale à ce grand Prince un Difcours
curieux ,
C'est toy dans ce moment qui; dois le
plus apprendre.
Quand on peut , comme toy , voir
LOVIS , & l'entendre,
La docte Antiquité n'a rien qui vaille
mieux.
Ce n'eft pas feulement en
France que l'on employe fon
E iiij
56 MERCURE
Genie à louer le Roy ; voicy
des Vers qui ont eſté faits
en Grece , & que j'ay receus
de Sainte- Maure. Vous fçavez
, Madame , que cette
Place a efté conquife depuis
peu de temps fur les Turcs
dans la Morée. Mr de la Madelene
, homme de naiffance
, voyant que la Paix luy
oftoit
l'occafion de fignaler
fon courage , partit de Paris
au mois de Juillet dernier , &
alla fervir en qualité de Volontaire
chez les Venitiens ,
qui ayant reconnu fon merite
,l'ont fait Commandant
de
GALANT.
57
Dragons. Quoy que l'Employ
luy foit glorieux , il témoigne
par ces Vers qu'il
voudroit ne porter jamais les
armes que pour de fervice de
fon Prince.zoo bila 69
AU ROY.
I
Rand Roy , dont leshauts Faits
rare merite
G
&
Font retentir tout l'Univers ,
De ce queje te doisfoufre que je m'acquite,
My
En élevant ton grand Nom par
mes-
Vership ( 1
Mais quel eft mon orgueil, & qu'ofayje
entreprendre ?
Suis-je digne de cet Employ ?
$188 MERCURE
Appellés feulement afa peindre Ale
xandre ,
Cet exemple aujourd'huy me doit fervir
de loy.
Four chanter dignement un Heras im
vincible
Sous qui tremblent les autres Rois;
Charmant pour fes Amis , pour les au
ires terrible ,
Iln'eftpoint d'affez forte voix.
Les plus profonds reſpects dans un
bumble filence
Marqueront mieux mon zele & mon
obeiffance ,
La Lyre eft trop douce pour moy ;
Mamain eft pour l'épée , & ce queje
demande,
C'eft que ta Bonté me commande
De m'en fervir toûjours pour mon Ašguste
Roy.
GALANT .
59
Chacun s'efforce à l'envy
à donner des marques publi
ques de la douleur qu'il ref
fent de la perte de feu M
le Chancelier , & plufieurs-
Corps continuent à faire cefebrer
des Services pour le
repos de fon Ame, Mis les Se
cretaires du Roy en firent faire
un aux Celeftins fur la fin
de Février , & M's les Avocats
du Confeil de Sa Maje
fté en firent faire un autre le
Samedy ſecond de ce mois,
dans l'Eglife des Grands Auguftins
, avec toute la pompe
qui eftoit deuë à la me
60 MERCURE
moire d'un fi grand Homme.
L'Oraifon Funebre fut
prononcée par M² l'Abbé
Maboul, qui s'attira l'applau
diffement d'un tres- nombreux
Auditoire. Il eft Frere
de M' Maboul , Procureur
General des Requeſtes de
F'Hoſtel , qui fe diftingue de
puis dix ans dans cette importante
Charge , & ils font
voir l'un & l'autre que l'Eloquence
eft le partage de leur
Maifon. Vous pourrez juger
de celle de M l'Abbé Maboul
par quelques endroits
de fon Oraifon Funebre . Son
GALANT. 61
Texte eftoit fur le bonheur
de l'homme qui a trouvé la
fageffe, non pas cette fageffe
qui n'ayant pour fondement
que l'orgueil de l'homme ,
n'eft que vanité devant Dieu ;
mais celle qui prend fon origine
de Dieu mefme , qui a
avec foy le Confeil , l'Equité
, la Prudence , la Fortune,
celle par qui les Rois regnent
, les Legislateurs font
des Loix juftes , les Pui fans
rendent juſtice , & enfin celle
, qui aprés avoir comblé
l'homme d'honneurs & de
graces pendant fa vie, le cou-
M
62 MERCURE
ronne de gloire aprés fá
mort. Il fit voir enfuite que
feu M' le Chancelier
eftoit
reconnoiffable
à toute la Ter
re dans ces paroles de fon
Téxte , & qu'on fe pouvoit
former l'idée qu'on avoit de
fa felicité fur celle qu'on avoit
de fa fageffe. Il ajoûta
que la Sageffe eftant l'affemblage
de toutes les Vertus ,
s'il avoit à prononcer
l'Eloge
d'un autre que
niftre , il pourroit au milieu
de tant de Vertus en trouver
une , qui luy eſtant propre ,
le feroit reconnoiftre
, mais
de ce Mi
GALANT. 63
que s'agiffant de parler de
Mr le Tellier , il les falloit
toutes pour former fon caratere.
Il pourfuivit en ces
termes. Joindre aux lumieres de
L'efprit , la droiture du coeur ; à la
verité l'amour de la Justice; à la
facilité de concevoir les grands
deffeins, le courage de les executers
Accorder les interefts les plus éloi
gnez fans les bleffer; remplir tous
les devoirs de la Vie publique,fans
oublier les devoirs de la Vie pri
vée ; agir avec force contre les
méchans , quand il faut les confondre
les traiter avec bonté,
quand ilfaut les gagner ; fevere
64 MERCURE
fans rigueur; douxfansfoibleffe ;
élevé fans orgueil ; moderé fans
contrainte ; fidelle au Roy ; tendre
envers le Peuple; plein de zele
pour la Religion ; tout cela n'eft
qu'une partie de l'Illuftre Mort
dont les Obfeques vous affemblent.
Je voy toutes les Vertus qui fe
prefentent en foule , & qui demandent
place dans fon Eloge.
Accablé par le nombre , que puisje
faire de mieux que de vous les
montrer fous l'idée generale de la
fageſſe qui les renferme ?
Il paffa de la à fa Diviſion
qu'il fit de cette maniere .
Cette Sageffe incomparable , qui
GALANT. 65
ne fut point en luy le fruit tardif
de l'experience, luy fervit de guide
dans tous les Emplois où ilplut
à Dieu de l'appeller dans les
Affaires de l'Etat , dans l'admi
niftration de la Justice , dans fa
conduite particuliere . Dans les
Affaires de l'Etat elle en fit un
Miniftre fidellesdans l'adminiftra
tion de la Juftice , elle en fit un
Miniftre accomply ; dans fa conduite
particuliere , elle en fit un
parfait Chreftien
On peut juger par cette Divifion
de la beauté , & de la
netteté de tout le Difcours.
Elle reprefente parfaitement
Mars 1686. E
66 MPRCURE
K
feu Mr le Chancelier à ceux
qui le connoiffoient , ou plûtoft
à toute l'Europe , puis
que toutes ſes grandes qualitez
y font generalement reconnues.
Ainfi je ne rapporteray
point icy tout ce qu'on
fe peut aisément imaginer ;
je me contenteray de vous.
faire part de quelques endroits
, où M Maboul em
ploye des paroles de ce grand
Homme. Il affeure qu'on luy
a ſouvent entendu dire, Qu'il
ne pouvoit pas à la verité juger
par tout , mais qu'il eftoit obligéde
répandre par tout l'esprit de la
GALANT. 67
Justice, & de la faire regnerdans
tous les tribunaux du Royaume.
Ce grand Miniftre difoit auffi
fouvent , Qu'il ne pouvoit rien
luy-meſme , mais qu'il jugeoic fur
ce qu'il entendoit qu'il eftoit
l'Arbitre des Affaires, & non pas
le Maifire; & que le Dien de
l'Univers , qui jugera les Juges
mefmes , l'avoit érably , non pas
pourfuivre le panchant de fa prom
pre volonté, mais pour fe confor
meraux ordres inviolables de l'E
ternelle Iusticession pa
Ayant pendant deux mois
entiers tenuConfeil deux fois
dans un mefme jour , & fa
Fij
68 MERCURE
gnez
Famille par l'intereft de fa
fanté le preffant d'aller à la
Campagne ; afin d'y prendre
un peu de repos : le n'en puis ,
leur dit-il , avoir de veritable,
fije retiens à Paris des Gens éloide
leur Famille , pendant
queje puis les renvoyer. Les der
nieres paroles d'un homme,
qui pendant le long cours des
fa vie en avoit tant pronon
cé de dignes d'eftres confer
vées , ne pouvoient eftre que
belles. Il expira en difant
Mifericordias Domini in ater
num cantabo. Je n'ay plus rien
à vous dire de cette Oraifone
7
GALANT. 69
Funebre , que ce que dit M
Abbé Maboul en la finif
fant. Le Roy en perdant Mr le.
Tellier , perdit un Miniftrefidelle
l'Etat un Chancelier plein de ju
ftice , la Religion un zelé Défenfeur.
Les Pauvres pleurerent un
Pere tendre , les Gens de bien una
Protecteur , tout le Royaume un
grand exemple, Perte cruelle , dont
nous ferions inconfolables si fiblan
Providence ne l'avoit heureuſement
reparée. Un illuftre Succeffeur
, une illustre Epoufe , d'illu
Stres Enfans font revivre parmy
nous toutes fes Vertus. Sa pieté
éelate dans fon Epoufe ; fa fido .
70 MERCURE
lité, & fa prudence fefont admirer
dans un grand Ministre ; fon
amour pour l'Eglife paroist dans
un Scavant Archevefque ; enfinfa
juftice,fa capacité,fa vafte intelligence
,fa fageffe,fon experience fe
trouvent toutes dans Ni¹ leChancelier,
qui parfes rares qualitez.
par fes longs fervices s'eft
rendu digne de l'estime , & du
choix du plusgrand Roy du Mon
de. Mais pendant que j'effaye de
tromper vostre douleur , ne perdez
pas le fruit de ce lugubre Specta
cle, & tournant les yeux vers ce
·Tombeau , fouvenez- vous que
c'est là que toutes les Grandeurs
GALANT. 71
aboutiffent , que nous allons
grands pas à la mort ; qu'en ce
moment toutes chofes periront pournous
; que nos deffeins feront détruits
, nos fortunes renversées ,
& qu'estant confondus dans une
jufte égalité , nous ne ferons diftinguez
que par nos Vertus , &-
nos bonnesOeuvres.Puiffiez- vous
vous convaincre efficacement de
cettefenfible verité, afin que profitant
des grands exemples de M²
le Tellier, vouspuiffiez meriter la
Gloire
Le Mardys de ce mois ,
Mrs les Officiers de la gran
de Chancellerie firent ce72
MERCURE
Tebrer un pareil Service à
Sainte Croix de la Breton
nerie.
On les a continuez prefque
dans toutes les Villes du
Royaume , & on en a fait
faire un depuis peu à Arras
avec beaucoup de magnificence
dans la Chapelle du
Confeil Provincial d'Artois.
Le Chapitre de la meſme Ville
en a celebré un autre dans
l'Egliſe Cathedrale , & il n'a
rien oublié de ce qui pouvoit:
donner de l'éclat à cette lugubre
Ceremonie .
M' Jolly , Receveur des
Etats
GALANT. 73
Etats d'Artois , & ancien Prevoft
de la Confrairie de faint
Eloy , en a auffi fait faire un
à Bethune pour donner des
marques de fa rèconnoiſſance
, & de celle de la Confrairie
qui a receu de grands
Bien- faits de feu M ' le Chancelier.
Une trifte magnificence
éclatoit dans toute
l'Eglife , & le Mauzolée étoit
élevé de fix dégrez . Il
y avoit une Figure appuyée
fur un Tableau dans lequel
on lifoit des Vers Latins à la
gloire de ce Miniftre . Tous
les Magiftrats & les Officiers
*
Mars 1686. G
74 MERCURE
on comde
la Place ayant efté conviez
par M Jolly , fe rendirent
dans l'Eglife à l'heure
marquée , & aprés que les
Confeils en Habit de deüil
& en rang de Ceremonie
y furent entrez
inença une grand' Meffe en
Mufique , qui fut celebrée
par les Chanoines de l'Eglife
Collegiale de Saint Barthele
iny .L'un d'eux prononça l'ElogeFunebre,
& s'attira beau
coup d'applaudiffemens.
Je vous envoye une fuite
des Dialogues de M' Bordelon.
GALANT. 75
52225222 252szszsz
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE HVITIEME.
BELOROND , PHILONTE .
JA
PHILONTE.
"Ay leu avec beaucoup
de plaifir la Lifte Alphabetique
que vous avez faite
des differentes fortes de Divinations
, & je croy auffibien
que vous qu'il y a eu
des Gens affez fuperftitieux
Gij
76 MERCURE
pour les mettre en pratique ,
mais je ne puis croire qu'el
les ayent produit les effets
qu'elles promettent , puiſqu'ils
font au deffus des forces
de ce qu'on pretend qui
devoit les produire. La connoiffance
de l'Avenir libre &
contingent, eft fi particuliere
à Dieu , qu'on ne doit l'attendre
du pouvoir naturel
d'aucune Creature , non pas
mefme du Demon , quelque
Pacte Exprés ou Tacite qu'on
puiffe faire avec luy.
BELOROND .
Avant que de continuer
GALANT. 77
voftre Propofition , je vous
prie de me dire ce que vous
appellez Pacte Tacite , parce
que je fouhaite fçavoir fr
nous l'entendons vous &
moy de la meſme maniere.
PHILONTE.
On fait un Pacte Tacite avec
les Demons , lors que
fans convenir expréffement
avec eux , fans les invoquer
ou les faire invoquer viſiblement
, fans leur attribuer ce
qu'on fait , & fans attendre
d'eux aucun des effets qu'on
veut produire , on fe fert de
certaines chofes qui n'ont
Giij
78 MERCURE
aucune vertu naturelle ou
furnaturelle , pour la production
de ce qu'on en efpere ,
& qui ne font ny d'inftitution
Divine , ny d'inftitu .
tion Ecclefiaftique.
BELOROND .
Je fuis fafché de vous avoir
interrompu , parce que
yous concevez le Pacte Tacite
de la mefme maniere
que je le conçois . Continuez
, je vous prie.
PHILONTE.
Je dis donc qu'on ne peut
pretendre
en aucune forte
de la puiffance
naturelle
des
GALANT . 79
Demons , la connoiffance de
l'Avenir libre & contingent
,
parce que cette connoiffance
appartient à Dieu feul.
Dites- nous ce qui doit arriver
dans le temps venir , & nous
vous reconnoiftrons pour des
Dieux , dit Ifaye , & l'Eccle
fiafte ajoûte , qu'il n'y a perfonne
qui puiffe fçavoir l'Avenir.
Les Payens mefmes
ont reconnu cette verité ,
témoin Horace qui dit , que
fon infinie Sageffe
Dieu par
a caché
l'Avenir
dans
une
profonde
obfcurité
, & qu'il
fe moque
des
homines
qui
G
üij
80 MERCURE
yeulent porter leur efprit au
delà des bornes qu'il leur a
preſcrites. En effet pour con
noiftre les chofes libres &
il faut les
contingentes
confiderer en elles - mefmes ,
ce qu'on ne peut faire que
lors qu'elles font prefentes.
Ainfi quand elles font à ve
nir , elles ne peuvent eftre
connues des Demons , mais
de Dieu feul , àqui l'Eternité
eft toûjours prefente , par un
caractere propre de la fimplicité
de fa nature. Il connoift
& comprend luy feul l'Eternité
, & comprend en mefine
GALANT. &
temps.ce que comprend
cet
te même Eternité, c'eft à dire
les chofes futures , auffi- bien
que les paffées & les prefentes.
Les chofes qui font dans les
chofes contingentesfont neceffaires
devant luy , dit un Sçavant du
dernier Siecle en termes expreffifs
, quoy que peu polis.
Il voit , pourfuit -il , eternellement
prefent àfoy , ce qui eft futur
aux choſes. Il voit en soy la
caufe des caufes , & voit eternellement
àfaire ce qu'on a à faire,
volontairement
ce volontaireque
ment , naturellement
ce que nasurellement
, fans que noftre
82 MERCURE
liberté perde pour cela au
cun de fes Privileges . Il connoit
la nature des hommes en la
graine , au lieu qu'à peine la connoiffons
- nous en la fleur. Jugez
aprés cela combien on doit
traiter de ridicule ce que Solin
écrit au Chap . 17. d'une
Pierre qui eftant mife fous
la langue fait predire l'Ave.
nir.
BELOROND .
Il y a eu pourtant des Devins
qui ont reüffi dans ce
que leur Art promettoit , &
entre plufieurs fortes que
l'on peut remarquer dans
GALANT. 83
I'Hiftoire , examinons particulierement
les Oracles de
l'Antiquité. Premierement
tout le monde convient qu'il
y en a eu. Nous en avons des
preuves dans l'Hiftoire Pro
fane , mais encore dans l'Ecriture
Sainte , comme dans
le Deuteronome Chap . 18.
où il eft défendu de les confulter.
Les plus fameux de
ces Oracles eftoient celuy
de Themis , celuy d'Amphiaraüs
, les deux de Trophonius
, l'un à Thebes , l'autre
à Lebadie en la Boeoce ; celuy
de Ceres qui faifoit voir
84 MERCURE
dans un Miroir l'évenement
des Maladies ; celuy d'Hercule
qui enfeignoit par la
chance de quatre Dez qu'on
jettoit ce qui devoit arriver ;
celuy de Jupiter Hammon
en Lybie , celuy de Dodone
en Grece ; mais le plus renommé
de tous , eftoit celuy
d'Apollon à Delphes. On
pretend que cét Oracle avoit
prophetifé avant le Siecle des
évenemens , qui rendirent
Troye fi memorable dans
Hiftoire , & on veut que
la Sybille qui prononçoit
les Oracles fuft appellée Py
GALANT. 85
thie , à caufe des Queſtions
qu'on luy faifoit , d'un mot '
Grec qui fignifie Interroger.
Theodore dit que la découverte
de cét Oracle eft deuë
à un Troupeau de Chévres ,
qui paiffant autour d'une
ouverture de terre , furent
veuës par celuy qui les conduifoit
, s'agitant & jettant
des cris extraordinaires toutes
les fois qu'elles s'approchoient
de ce trou. Le Pafteur
voulant donc reconnoître
en vifitant le lieu ce qui
pouvoit produire un effet fi
violent , fut furpris d'une ex86
MERCURE
halaifon qui en fortoit , &
prononça en mefme temps ,
à ce qu'on dit , des Propheties
, qui dans la fuite fe trouverent
veritables . Cette merveille
ayant efté publiée dans
tout le Pays , une infinité de
Gens curieux de l'Avenir ,
fe tranſportoient en cét en
droit là , & s'entredonnoient
des réponſes fur leurs demandes
; mais comme cette
ouverture de terre eftoit
dangereufe , & que beaucoup
de perfonnes agitées
de fureur par l'exhalaifon ,
y tomboient , on s'avifa d'ac
GALANT. 87
commoder ce lieu , en forte
que par le moyen d'une eſpece
de Trepied , l'on recevoit
fans aucun peril la vapeur
qui faifoit deviner. On
choifit alors des Filles confacrées
à Diane pour prononcer
les Oracles de fon
Frere , jufqu'à ce qu'un certain
Enechrates de Theffalie
en ayant enlevé une qu'il
aimoit , on n'en deftina plus
à cét office qui ne fuffent
âgées de plus de cinquante
ans.
PHILONTE.
Je ſçay bien
que
des Phi88
MERCURE
lofophes ont attribué l'efprit
de Divination de la Pythoniffe
à des Exhalaiſons. Plutarque
mefme eft de ce fentiment
, mais cette opinion
a fi peu d'apparence de verité
, qu'elle ne merite pas
d'etre refutée . La Divination
eft l'oeuvre d'une nature
remplie d'Intelligence , &
non pas de la matiere . Il fe
peut faire que des exhalaifons
ayent excité à fe tourmenter
par ces contorfions
dont parlent les Hiſtoriens ,
& par ces fureurs que nous
lifons dans Horace , & parGALANT.
89
ticulierement dans Virgile
lors que pour nous repreſen
ter l'eftat de ces Preftreffes»
d'Apollon dans leur entoufiafme
, il dit. Leur vifage fe
change , elles n'ont plus la mefme
couleur, leurscheveuxfe heriffents
ellesfont hors d'haleine ; leur coeur
eft remply defureur. Il fe peut
faire encore felon Ariftote ,
que l'humeur mélancolique
ou le temperament atrabilaire
ait caufé ces fureurs
mais je ne voy aucune rai
fon qui me puiffe engager.
à croire que de la fumée aid
en foy une proprieté affez.
Mars 1686. H
90 MERCURE
puiffante pour faire entrer
dans l'Avenir, & y découvrir
des chofes que la fubtilité des
plus beaux efprits ne peut
jamais penetrer. Je ne veux
pourtant pas
dire
que
l'Oracle
de Delphes n'ait point:
eu de credit ; il faudroit eſtre
peu inftruit dans l'Hiftoire
de l'Antiquité pour ignorer
le concours extraordinaire
de tant de Peuples differens.
qui l'alloient confulter. Je
ne veux pas dire auffi , comme
quelqu'un a pretendu ,
que ce qui contribuoit à fa
renommée , eftoit une FonGALANT.
91
taine qu'on appelloit Caffiotis
, fituée prés de fon Temple
, & dont les Eaux éteignoient
des Flambeaux allu
mez , & allumoient ceux qui
eftoient éteints., Je fuis perfuadé
que fi ce n'eft pas, comme
je croy , la verité de fes
Predictions qui la rendu recommandable
, ce n'eft pas
auffi cette Fontaine , mais la
facilité avec laquelle l'efprit
humain fe laiffe fouvent
tromper , pour flater quelque
paffion qui le domine.
BELOROND
Mais enfin il me femble
Hij
92 MERCURE
les
qu'on peut
affeurer que
Oracles ont quelquefois predit
la verité. Entre plufieurs
exemples , en voicy quelques-
uns aufquels il eſt aſſez
difficile de répondre.
Latone avoit un Oracle à
Butis en Egypte qui prédit
la mort de Cambiſe à Ecba.
tane.
Les Doriens eftant en que ,
relle contre les Atheniens
à caufe qu'ils pretendoient
en avoir receu autrefois
quelques injures , & ayant
refolu de s'en vanger par la
voye des armes , ils confulGALANT
93**
terent l'Oracle pour fçavoir
quel feroit l'évenement de
cette guerre . L'Oracle leur
répondit: qu'ils feroient victorieux
pourveu qu'ils ne
tuaffent point le Roy des Atheniens
. Les Doriens avant
que la Bataille fe donnaſt
recommanderent fur tout à
leurs Soldats & à leurs Capitaines
de ne luy faire aucun
mal. Codrus qui regnoit
pour lors à Athenes ayant
appris la réponſe de l'Oracle
, & la précaution des Ennemis
à fon égard , prit un
habit qui le déguifoit , & fe
94 MERCURE
fit tuer par un Soldat Ennemy
qu'il avoit exprés infulté,
le moyen de cette
&
par
action , les Atheniens furent
victorieux des Doriens , com
me l'Oracle l'avoit prédit.
Ajoûtezà ces deux Hiftoires
celle- cy que j'ay tirée de
l'Ecriture Sainte. Saül premier
Roy d'Ifraël , eſtant attaqué
par une puiffante Armée
de Philiftins , & voyant
qu'après avoir confulté Dieu
fur le fuccez de fes Armes,
il ne luy faifoit aucune réponſe
, ny par les Songes , ny
par les Preftres , ny par les
GALANT. 95
Prophetes , alla confulter
une Pythoniffe , aprés s'eftre
déguiſé pour n'en eftre pas
connu . Cette Préftreffe ayat
évoqué l'ame de Samuel à la
priere de Saül, découvre que
c'eftoit le Roy qui l'intera
rogeoit.Celuy- cy reconnoift
auffi à l'âge & à l'habit que
c'eſtoit Samuel qui s'élevoit
de terre. Le Prophete fe
plaint d'eftre ainfi inquieté
par le Roy , luy predit la
perte de la Bataille , & que
dés le lendemain luy & fes
Enfans perdroient
la vie , ce
qui arriva comme il avoit
efté prédit
.
96 MERCURE
Vous n'ignorez pas auffi
les Vers
veritablement prophetiques
des Sybilles touchant
le Sauveur du Monde ,-
& les particularitez
de fa.
Vie & de fa Mort , comme
ceux que nous lifons dans le
18. Livre Chap . 23. de la Cité:
de Dieu de Saint Auguſtin ,
& qui veulent dire en noftre.
Langue , Il tombera entre les
mains Impies des Infidelles ; ils
luy donneront des fouflets , & luy
cracheront au vifage . Saint Au
guftin rapporte dans le mefme
lieu vingt -fept Vers de
la Sybille Erythrée traduits.
de
GALANT. 97
de Grecen Latin , qui décla
rent nettement ce qui doit
arriver à la fin du monde ;
& les premieres Lettres de
ces Vers ramaffées enſemble
forment en Grec des paroles
qui fignifient celles - cy .
Jefus- Chrift Fils de Dieu , Sauveur
Croix. Ces Hiftoires ne
ſemblent- elles pas juſtifier ce
qu'on dit en faveur des Devins
, & particulierement des
Oracles de l'Antiquité ?
PHILONTE .
Ces Hiftoires paroiffent
juftifier les Oracles , il eft
vray , mais elles ne les jufti-
Mars 1686. I
98 MERCURE
fient pas . En effet pour répondre
à celle de Cambiſe ,
& à quelques autres ſemblables
, s'il y en a , je veux bien
avoüer , fi vous le voulez ,
que
fa mort a efté prédite , &
qu'elle eft arrivée felon la
Prédiction
; mais quelle confequence
peut-on tirer de là,
finon que les Oracles prononçoient
tant de Predictions
differentes & qui
pouvoient fouffrir tant de
fortes d'interpretatios , com
me dans celle - cy , qu'il eftoit
comme impoffible qu'il ne
s'en trouvait quelques- unes
GALANT: 99
de veritables , & parce que
c'eftoit de celles là feules
qu'on tenoit regiſtre , il ne
faut pas s'étonner fi toutes
les autres , quoy que fauffes,
ne détruifoient
pas le credit
de ceux qui les prononçoient.
J'ay dit que la Prédiction
de la mort de Cambiſe
pouvoit fouffrir differentes
interpretations
, parce
qu'en effet elle eftoit équivoque
; car nous liſons chez
Herodote qu'il mourut dans
une petite Bicoque de Syrie
nommée Ecbatane , & non
dans
l'Ecbatane , Capitale
I ij
100 MERCURE
cru
que
de Medie , comme on avoit
l'Oracle l'entendoit.
L'Hiftoire de Codrus n'eft
pas plus favorable aux Oracles
, puifque files Atheniens
furent victorieux des Doriens
, ce ne fut que parce
que ceux- cy ne voulurent
pas combatre au raport de
Juſtin , tant le peuple eftoit
en ce temps-là préoccupé
en faveur de ces fortes de
Propheties , & tant nous fommes
fufceptibles de l'impreffion
pour laquelle nous fommes
déja prevenus . C'eſt cér
enteftement qui excitoit fourGALANT.
IOI ΙΟΙ
y
vent les Peuples , & meſme
les Princes à executer les Predictions
de ces fortes de Devins.
On a veu un Caligula ,
qui ayant appris que Trafylle
avoit predit que celuy qui
traverferoit le Golphe de
Baye feroit Empereur , l'étant
en effet . fit faire un
Pont de Vaiffeaux , & y paſſa
fouvent à Cheval & en Carroffe
, comme Suetone l'affure
en fa Vie . On donne mefme
des interpretations violentes
à ces Predictions pour
les rendre, veritables. On
predit à l'Empereur Con-
I iij
102 MERCURE
ftans qu'il mourroit dans le
giron de fa Mere. Il fut tué
dans un Bourg proche de
l'Espagne , appellé Helene , &
on voulut que la Prediction
s'eftoit verifiée , parce que
fon Aycule s'appelloit de ce
nom . Rutilianus ayant confulté
le fauxOracle d'Alexan
dre dont parle Lucien , pour
fçavoir quel Precepteur il
donneroit à fon Fils, il répon
dit, Pythagore & Homere ; mais
l'Enfant eftant mort quelque
temps aprés , comme
il eftoit en peine de défendre
fon Oracle, Rutilianus aidoit
GALANT. 103
luy- mefme à fe tromper , &
affeuroit qu'il avoit predit la
mort de fon Fils en luy donnant
pour Precepteurs des
gens qui n'eftoient plus au
Monde. Voilà quelle forte
de verité on trouvoit dans
les Oracles . On leur faifoit ,
heureufement pour eux , deviner
ce à quoy ils ne fongeoient
pas ; & s'il
eu quelqu'un qui ait rencontré
la Verité , comme la Pythoniffe
à l'égard de Samuel ,
& les Sybilles , fi ce n'eft pas
le hazard , ce n'eft pas auffi
par le pouvoir qu'ils ayent
y en a
I
jiij
104 MERCURE
d'eux - meſines ; mais par un
fecret & extraordinaire jugement
de Dieu , dit S. Auguftin
, comme à Saül , pour
le punir de fon Impieté ;
comme les Sybilles , pour
prédire les effets de fa mifericorde
, & contraindre les
Infidelles de les faire connoiftre.
Mais je vous prie ,
ne foyez pas furpris de ce
que je viens de vous dire ,
puifque bien des Sçavans étoient
convaincus de la vanité
des Oracles , lors mefme
qu'ils eftoient en reputation.
Euripide dit que le
GALANT. 105
meilleur de tous les Oracles
eftoit celuy qui parmy une
infinité de
menfonges , prononçoit
quelquefois la verité
; & Creon fait ce reproche
à Tirefias dans l'Antigone
de Sophocle. Tous ceux quifont
meftier de deviner , aiment l'argent.
Oenomaüs , Philoſophe
& Orateur Grec , ayant fouvent
efté trompé par l'Ora
cle de Delphes , fiſt un recüeil
de ſes Menfonges. Diogene
dit auffi fubtilement
qu'agreablement chez Dion
Chryfoftome , que ceux qui
ont de l'efprit fe peuvent
106 MERCURE
fort bien paffer des Oracles.
Non feulement les Sçavans
s'en font mocquez , mais
encore des Princes les ont
traitez avec mépris , & ont
mefme puny ceux qui les
prononçoient
. Alexandre
le
Grand coupant
le Noeud
Gordien
dont le denouëment
promettoit l'Empire de
toute l'Afie à celuy qui en
viendroit à bout , ne faifoit- il
pas voir par cette action.lepeu
de foy qu'il ajoûtoità ces
Predictions? Le meſme Alexandre
voulant cófulter l'O
racle de Delphes , & la SybilGALANT.
107
lerefufant de faire fa charge
à caufe que c'eftoit un jour
qui paffoit pour
malheureux,
il la violenta de telle forte
qu'elle luy dit ces mots ;
Vous voulez donc faire paroiftre .
jusqu'à moy que vous eftes invincible.
A quoy il repartit agreablement
, je ne veux point
d'autre Oracle , parce que je n'en
puis entendre de vostre bouche
un plus avantageux , & la laiffa
aller fans exiger d'elle aucune
Prediction . Pyrrhus Fils
d'Achilles , Xerxes , la Nation
des Phlegies , les Phocéens
& plufieurs autres ond
108 MERCURE
donné des marques du mépris
qu'ils avoient pour les
Oracles , y eftant excitez par
la connoiffance de leurs Impoſtures
, ou pour leurs obfcuritez
affectées , ou à cauſe
de leurs bouffonneries ; comme
lors que celuy de Delphes
eftant interrogé pour
fçavoir quelle eftoit la meil
leur Religion , il répondit que
c'eftoit la plus ancienne ; & étant
encore interrogé quel
le eftoit la plus ancienne , il
repartit que c'étoit la meil
leure ; ou comme lors qu'il
ordonna aux Doriens de
GALANT. 109
prendre pour Admiral un
homme
à trois yeux , ce
qu'ils executerent
en prenant
un homme monté fur
un Mulet borgne ; mais on
ne les a pas feulement mépri
fez , on les a encore punis
pour leur Impieté. En voicy
une xemple memorable tiré
de Strabon. Les Bootiens étant
allez confulter l'Oracle
de Dodone fur leurs Affaires,
il répondit qu'elles auroient
de bons fuccez , s'ils faifoient
des actions d'Impieté. Cette
réponſe leur parut fi imper .
xinente qu'eſtant indignez
110 MERCURE
contre la Sibylle , ils la prirent
& la jetterent dans le
feu, difant qu'ils le devoient
faire ainfi , foit pour la punir,
foit pour obeir à fes ordres
en fe montrant impies. Remarquez
, je vous prie , que
c'eſtoient trois Filles qui fervoient
de truchement à cét
Oracle , & non des Colombes
perchées fur un Cheſne ,
comme les Poëtes le veulent
faire croire . Ce qui a caufé
cette erreur c'eft l'équivoque
du mot Peleiade , qui fignifie
en Langue Theffalique
& Colombe & Divinatrice.
GALANT. III
Enfin pouvoit on mieux fe
mocquer des hommes que
lors que la Sybille écrivant
les réponſes qu'on attendoit
fur des feuilles de Palmier
dont on fe fervoit alors
pour cela , le vent les difperfoit
de forte qu'on s'en
retournoit auffi ignorant
qu'on eftoit venu . Le troifiéme
& le fixiéme Livre de
l'Eneide prouvent ce que je
dis en expofant la crainte
qu'Enée eut d'eftre traité
de cette maniere .
BELOROND .
J'avoue avec vous que les
112 MERCURE
Oracles ont efté mépriſez &
maltraitez ; mais avoüez auffi
avec moy que pluſieurs Princes
les ont confultez avec
autant de refpect que de confiance.
PHILONTE.
Si ce n'eftoit pas une foibleffe
, c'eftoit l'intereft apparent
de la Religion , ou bien
l'intereft veritable
de l'Etat,
quiengageoit ces Princes à ce
refpect & à cette confiance ;
car s'ileft vray, comme ditSeneque,
que la crainte qu'impriment
les Guerres dans les
efprits , jointe aux terreurs
GALANT. 113
6
que donne la Religion ſuperftitieufe,
fait ces elprits fanatiques
qui fe meflent de prédire
l'Avenir, il faut perfer la
mefme choſe de la plufpart
de ceux qui les confultoient.
Je me perfuade donc que l'intereft
apparent de la Religion
, ou celuy de l'Eſtat , eftoit
le mobile qui entraifnoit
la plufpart de ces Princes vers
ces Oracles ; l'intereft apparent
de la Religion , ou plûtoft
le leur propre, parce que
s'ils les avoient méprifez ouvertement
, on les auroit pris
pour des Impies , celuy de
Mars 1686. K
1
114 MERCURE
l'Eftat , parce que fouvent en
les confultant ils les corrompoient
, pour leur faire prononcer
des Propheties qui
leur fuffent favorables , afin
que l'efperance fondée fur
Predictions , animait lesPeu
ples à fe défendre contre les
Ennemis de l'Eftat, & les Sol
dats à les attaquer. C'eft pour
ces raifons, ou de femblables,
qui regardent l'Eftat , que la
Faction contraire aux Pififtratides
, obtint par argent,
felon Herodote , le commandement
qu'Apollon fit aux
Lacedemoniens de délivrer
GALANT. 115
laVille
d'Athenes du joug de
ces Ufurpateurs
; qu'Álcibia
de , au rapport de Plutarque,
corrompit
l'Oracle de Jupiter
Hammon , pour faire a
gréer à fes Citoyens
l'entre--
prife de Sicile, & que Demo
ftene crioit
publiquement ,
que la Sibille Philippifoit, c'eſt
à dire que l'or du Roy Philip.
pe faifoit répondre par cette
fauffe
Devinereffe tout cè
qu'il
fouhaittoit. Jugez par
ces exemples de la fourberie
de ces Devins ; & fi vous vou .
lez enavoir une plus
grande
Kij
116 MERCURE
idée, lifez l'Hiftoire du Fourbe
Alexandre , écrite agrea-
-blement par l'enjoüé Lucien
; mais s'ils eftoient extremément
fourbes , ils eftoient
tres-adroits pour dé
guifer leurs tromperies , &
c'eſt particulierement avec
les équivoques de geftes ou
de paroles qu'ils les déguifoient
, & fe rendoient fi ob.
fcurs , qu'ils avoient befoin
d'autres Oracles pour eftre
entendus ; comme à Antioche
Jupiter Philien, qui ne répondoit
que par fignes , bran
lemens de teftes, & regards.
GALANT. 117
J'ay veu pratiquer la meſme
maniere d'impofture à Bourges
il y a quinze ans par un
Devin , qui fut affez heureux
pour tromper une grande
partie des Habitans de la Ville
, & gagner beaucoup d'argent
. Il fit accroire qu'il ne
fçavoit pas la Langue Fran-
Coife,quoy qu'il la ſceuft fort
bien , il fe difoit d'Irlande ,
& eftoit de France , & tout
cela pour n'employer que des
geftes équivoques, que ceux
qui le confultoient interpretoient
toûjours en faveur de
leurs demandes. Comme je
18 MERCURE
n'ajoûtois point de foy à ce
qui luy attiroit tant de Confultans
, je l'étudiay avec attention.
J'en avois le temps
& la commodité , parce qu'il
logeoit chez une perfonne
de ma connoiffance. Enfin
je découvris
, quoy qu'il fe
défiaft de moy , qu'il fçavoit
parler François. Vous jugez
bien que ceux qui le confultoient
, croyant qu'il ignoroit
cette Langue , difoient
ingenuëment devant luy les
chofes qu'ils vouloient qu'il
devinaft. Il les exprimoit enfuite
par des geftes plus pateGALANT.
119
tiques & plus fignificatifs
que ceux dont il fe fervoit
pour celles dont il n'avoit
point la connoiffance . Cet
artifice luy réüffit fi heureu
fement , qu'il eftoit accablé
d'un grand nombre de perfonnes
qui le venoient confulter.
Ses impoftures furent
pourtant découvertes , & on
le chaffa de Bourges , mais revenons
à l'antiquité. L'Oracle
de Mercure en Achaie , fe
fervoit d'une maniere auffi adroite
qu'extraordinaire
pour
fe faire entendre
. En voicy
Phiftoire. Les Habitans de
720 MERCURE
Pharés , émus par je ne fçay
quelle occafion , planterent
au milieu de la grande Place
de leur Ville , une Image de
pierre de Mercure portant
barbe, & fe perfuaderent que
cette Image répondoit à ceux
qui luy demandoient leurs
avantures. Ceux qui voufoient
l'interroger venoient
le foir ; & aprés avoir brûlé
de l'encens fur un Autel de
pierre & devant l'image , ils
empliffoient d'huile les lampes
; & les ayant allumées, ils
mettoient en la main droite
de cette Statue une piece de
monnoye
GALANT. 121
monnoye du Pays , & declaroient
à fes oreilles leurs demandes
, puis bouchoient exactement
les leurs , s'en alloient
promptement en leurs
maifons , les débouchoient
en y entrant , & les premiers
bruits ou mots qu'ils entendoient
, c'eftoit à leur avis la
réponſe de l'Oracle . Autres
équivoques , comme lorfque
la Pythic promit aux Heraclides
leur retour aprés le
troifiéme fruit; ceux - cy l'entendoient
des fruits que produit
la terre , & celle - là de
leur Race ou Famille. Elle
Mars 1686. L
122 MERCURE
promit à Cleomene qu'il feroit
Maiſtre d'Argos ; celuycy
croyoit que c'eſtoit la Ville
d'Argos , & cette Propheteffe
pretendit n'avoir voulu
fignifier que le Bois Argus
qu'il fit brûler. Un Oracle
avertit Satyrus , Ur à mufculo
fibi caveret. Il crut qu'il fe devoit
défier des Rats ; & eftant
mort d'une bleffeure au muf.
cle du bras , le Devin affeura
avoir entendu le mufculo , du
muſcle. C'eft Diodore Sicilié,
qui rapporte cette Hiftoire.
Un autre Oracle prédità Lyfandre
qu'il mourroit par un
GALANT. 123
me
Serpent,il fut tué par un hom-
&
heureufement
pour
F'Oracle , celuy qui le tua avoit
un Serpent peint fur fon
Bouclier. Enfin , lorfque ces
Devins voyoient qu'ils ne
pouvoient fe fervir d'équivoques
, ny mentir hardiment,
ils ne vouloient pas parler ,
priant qu'on les laiſſaſt en repos
, dit Porphyre , & affeu-
' rant que fi on les importunoit
, ils diroient des menfonges.
Admirez leur précaution
, afin de ne pas paffer
pour monteurs , mefme en difant
des
menſonges.Letemps
Lij
124 MERCURE
auquel ils ont ceffé de parler,
eft encore une preuve de ce
que j'ay avancé touchant
leurs menfonges. Il ne faut
pas attribuer leur filence à la
quantité de Sages qui fuppléoit
à leur defaut , comme
dit Plutarque , car il y en aeu
de tout temps ; ny à des caufes
naturelles , comme celles
qui font tarir quelquefois les
Rivieres. C'eft parler, dit Ceceron
, de la force des Oracles
, de la meſme maniere
que l'on feroit de celle de
quelque vin, que l'âge auroit
diminué, comme fi la nature
GALANT. 125
des Dieux qui rendoient ces
Oracles(felon l'opinion de ce
temps - là ) eftoit fujette à de
femblables foibleffes & imbecillitez
. Ils ont commencé à
fe taire vers le temps de JEsus
- CHRIST, Un jeune Enfant
Hebreu , Dieu , Roy des Bien-heureux
, me fait taire tout court , dit
Apollon, chez Suidas, ce que
nous apprenons encore de
Ciceron , Strabon , Juvenal
Lucain, Celfus Epicurien , Julien
l'Apoftat , & Porphyre;
& s'ils ont ceffé plûtoſt dans
ce temps-là que dans d'autres
, c'eft encore une mar-
12
Liij
126 MERCURE
que de leur mauvaiſe foy
parce que le menſonge eft
incompatible avec la Souveraine
Verité. Permettez que
je ceffe auffi de parler aprés.
cette reflexion , puifqu'on ne
peut mieux découvrir la va、
nité des Oracles de l'Antiquité
, que fait la prefence
d'un Dieu Incarné.
ནཱ་
BELORO ND.
Vous ne pouvez finir d'u
ne maniere plus convaincante
& plus Chreftienne ;
& je ne puis, mieux vous témoigner
combien je fuis perfuadé
de tout ce que vous
GALANT. 127
venez de me dire, qu'en vous
affeurant que je n'ay rien à
vous repartir là- deffus . Je
vous diſpenſe aujourd'huy
volontiers de m'entretenir
de la vie de quelques -uns des
grands Hommes de l'Antiquité,
comme vous me l'avez
promis, parce que je ſouhaitte,
pour ne pas perdre tout ce
que vous m'avez appris , me
retirer au plûtoft, afin de met
tre fur le papier ce que ma
memoire pourroit perdre , &
dont je pourray me fervir
dans l'occafion , car je me
fouviens de ce Proverbe ALiiij
128 MERCURE
rabe, avec lequel je vous laifſe
, Qui non habet in manica album
, non habet in corde verbum.
Les Amans font toûjours
prefts à fe dégager quand on
leur donne fujet de fe plaindre
, & il en eft peu qui gardent
long- temps le defir de
fe vanger. C'eſt ce qui eſt
agreablement exprimé dans
les paroles de l'Air nouveau
que je vous envoye.
AIR NOUVEAU.
Enez , jufle dépit , venez à
V mon fecours,
Ma gloire vous attend , ma raiſon
wows appelle,
GALANT. 129
Il faut ounir use renfodelle
le
cours
magloire
vous
attend
ma;
de mes
longs
ennuis
cou
AA
in -terro
jnose
asseurer
ma
vengeanc
porta
rent
ра
128 MERCURE
rabe , avec lequel je vous laif
f
raiso
npre
vn
E
:
he
GALANT. 129
Il faut punir un Infidelle,
At de mes longs ennuis interrompre le
COUTS ;
Mais fur lafoy de votre violence
Ie n'ofe affeurer ma vangeance,
Car vos tranſports , helas ! ne du.
rent pas toûjours.
Quelques Nouvelles pu .
bliques ont parlé depuis peu
des derniers Mouvemens arrivez
àla Cour Ottomane. Je
vous envoye l'Original d'où
ces Nouvelles ont efté tirées ;
vous les y trouverez beaucoup
plus amples .
130 MERCURE
L
A Conftantinople , le 8. Janvier 1686.
Es changemens qui fe for
faits à la Porte depuis quel
ques femaines , feront le fujet de
cette Lettre. La bravoure aves
laquelle Cheitan Ibrahim Pacha
Seraskier avoit défendu la Ville
de Bude , n'ayant pû le mettre à
couvert du blâme d'avoir cauſe
une perte confiderable à l'Empire
Ottoman prés de Strigonie dans la
derniere Campagne ; & cette perte
ayant efté fuivie de celle de
Neubauzel, & de l'embrafement
du Pont d'Effek , le Grand Seigneur
, qui le vit d'ailleurs accusé
d'avoir fruftré les Troupes de leur
GALANT. 121
paye , dépefcha un Officier avec
ordre de luy apporter fa teſte ,
celles de quelques autres des principaux
Officiers que ce Seraskier
avoit auprés de luy.
Le Grand Vizir Cara Ibrahim
Pacha , agiffant par fes interefts
particuliers, propofa au Grand Sei
gneur defaire remplir la place du
Generalat de la Hongrie , à Soliman
Pacha , qui eftoit General
des Troupes employées contre la
Pologne . Lors qu'il en eut obtenu
Eagrément , il luy fit fçavoir qu'il
euft à fe rendre incontinent à la
Porte, & luy cachant fon deffein
il luy manda feulement qu'il a
132 MERCURE
oftée
voit efté choify pour l'employ de
Caimacan auprés de Sa Hauteffe,
ne doutant point qu'il ne fe mift
fans peine en chemin , attiré par
cette Charge qui luy avoit esté
donnée il y a deux ans ,
peu de temps aprés pour l'éloigner
& l'envoyer en Pologne . Ce fut
une fort grande ſurpriſe pour Soliman
Pacha , lors qu'il fut arrivé
à Andrinople , d'apprendre de
la bouche du Grand Vifir , que le
Grand Seigneur l'avoit appellé
pour l'envoyer enHongrie prendre
le Commandement de fon Armée
en la place de Cheitan Ibrahim
Pacha. Ilconnut les intentions des
GALANT. 133
grand Miniftre , & qu'il cherchoit
à fe décharger fur luy des
mauvaisfucce's qui estoient à crain
dre dans la prochaine Campagne.
Il ne voulut neanmoins luy enfaire
rien paroistre , & alla ſe pre-
Jenter devant Sa Hauteffe ; qui
aprés luy avoir marqué lafatisfation
qu'Elle avoit des ſervices
qu'il luy avoit rendus contre la
Pologne , luy ordonna de fe preparer
au voyage de Hongrie , où
Ja volonté eftoit qu'il prift la place
de Cheitan Ibrahim. Comme il
eftoit déja informé du deffein du
Grand Seigneur , & qu'il avoit
pensé aux moyens defe tirer àfon
734 MERCURE
avantage d'un pas qui luy paroiffoit
fi dangereux , il fupplia Sa
Hauteffe d'ordonner fa mortfur
Pheure
, plûtoft que de le charger
d'un employ, auquel la perte defa
tefte eftoit attachée , puifque quel
que zele ardent qui le fiſt agir il
ne pourroit rendre d'affez grands
fervices pour remedier au defordre
où les fuccés defavantageux de la
derniere Campagne avoient mis
les Affaires de Hongrie . Il attribua
ce defordre au peu de foin
que l'on avoiteudepayer les Troupes
, à la negligence du Grand
Kifir, qui avoit manqué à beaucoup
de chofes qui auroient pú cín,
em .
GALANT. 135
a
pefcher laprife de Neuhaufel. Il
fefoumit neanmoins à prendre le
Commandement de l'Armée ,fi le
Grand Seigneur vouloit paroistre
la tefte , à l'exemple de la pluf
part des Sultansfes Predeceffeurs,
ne doutant point que fa prefence
n'animaft les Troupes , au lieu que
leur ardeur eftoit ralentie , lors
qu'elles eftoient abandonnées aux
ordres d'un Grand Vifir. Il fuppliafur
tout Sa Hauteffe , de vou
loir pourvoir à les faire payer exactement
, rien n'eftant plus propre
à, les maintenir dans le de voir.
Le Grand Seigneur l'ayant écouté
favorablement, luy ordonna depre136
MERCURE
fider au Divan , à la place du
Grand Vifir , qui estoit indisposé,
en attendant qu'il luy fistfçavoir
la réfolution qu'il prendroit. Ce
pendant aprés avoirfait réflexion
aux raifons qui obligeoient Soliman
Pacha de ne pas accepter
Commandement qu'il luy offroit ,
il envoya
demander au Grand
Vifir s'il feroit en estat d'entreprendre
le Voyage de Hongrie la
Campagne prochaine , luyfaifant
dire qu'il s'y rendroit auffi en Perfonne.
Cara Ibrahim" répondit
que fon indifpofition ne luy permettoit
pas de s'expofer à cettefasigue
, & Sa Hauteſſe luy enGALANT.
137
voya un Officier quelques jours.
apréspour luy demander le Sceau,
qui eft la marque de la Puiffance
du premier Miniftre de la Porte.
Celuy qui eut cette commiffion le
trouva à table , lors qu'il luy
eut expliquéfon ordre , le Grand
Vifir tira le Sceau defon fein où
il le portoit fuivant la coûtume.
de tous les Grands Vifirs , & aprés
l'avoir baifé , il le remit entre
les mains de l'Officier , en luy
demandant s'il n'avoit que ce feul
ordre à executer. Il crut que fa
accompagneroit le Sceau , &
fe raffurafur la parole de cét Officier
, qui luy dit
tefte
Mars 1686.
que
le Grand
M
138 MERCURE

en ce moment
Seigneur luy laiffoit la vie. Tous
te fa Maiſon fut en ce
dans une grande consternation ,
tous fes Officiers fe trouvant privez
de leurs Charges, & obligez
de fe retirer. La premiere choſe
qu'il fit , fut d'ordonner à fon
Kiaia de donner un Cheval à
chacun defes Itchoglans , avec le
pouvoir d'aller où il leur plairoit.
Il y avoit parmy eux quelques
Reniez François , à qui il avoit
donné la liberté peu de temps
auparavant dans les premiers
jours de fa maladie. Ils font tous
venus icy où ils demeurent ca
thezpour y attendre les Vaiffeanser
GALANT.
139
du Roy qui les pourront remener
en France. Le bruit a couru que
leur Maistre avoit esté arresté
quelques jours aprés qu'on luy
eut ofté le Sceau , mais cette
nouvelle s'est trouvée fauſſe . On
Luy a permis de fe rendre en cette
Ville , où il est dans fa Maifon
proche le Canal de la Mer Noire.
prés de Scutaret. On ne doute
point que pourprolonger fa vie il
ne continue de fe faire plus malade
qu'il n'est en effet. Il y a deux
ans qu'ilfut crée Grand Vifir. Sitost
que le Grand Seigneur eut
recent le Sceau , il fit appeller
Soliman Pacha & le luy remit
Mij
140 MERCURE
que
entre les mains. On dit qu'en le
recevant , il a déclaré qu'il n'acceptoit
cét honneur que parce
Sa Hauteffe luy permettoit
d'efperer qu' Elle feroit le Voyage
de Hongrie pour remedier parfa
prefence au malheur qu'ont eu
fes Armes les Campagnes prece
dentes . On ajoûte que fe difpofant
à l'accompagner dans ce
Voyage pour faire executer fes.
Ordres , il a commencé l'Exercice
de fa Charge par tous les foins
qui régardent les preparatifs neceffaires.
Il a fait Pacha de Damas
le Kiaia du Grand Vifir fon
predeceſſeur , avec ordre en mef
GALANT. 14
me temps de s'acheminer vers la
Hongrie. Il a fait venir de cette
Ville Misfirli Oglu qui commandoit
une Efcadre de cinq Vaif
feaux de dix qui ont esté en Mer
cette Campagne pour la premiere
fois , & l'a fait déclarer Capitan
Pacha à la place du Gendre du
Grand Seigneur , qui a efté fair
General des Trompes quifont dans
la Morée , d'où l'on croit qu'il fera
rapellé , n'eftant pas affez
fain pour fupporter la fatigue du
Commandement. Baba Huffan
qui commandoit les cinq autres
Vaiffeaux , commandera feul les
neufqui reftent , un des dix ayant
142 MERCURE
coulé à fonds prés de l'Ifle de
Chypre. Les Vaiffeaux arriverent
icy au commencement du
mois de Decembre dernier , &
quelque temps aprés les Galeres ar
riverent. Elles eftoient enfi mauvais
eftat & fi dépourvenës de
monde
, que la nuit de leur arrivée
on yfit paffer les Soldats des Vaiffeaux
pourfaire le lendemain la
décharge accoutumée de Monf
queterie , d'Artillerie devant
le Kiofque du Grand Seigneur
qui eft à la Marine , afin d'em
pefcher qu'on ne s'appercent de
la foibleffe de leurs équipages .
Soliman Pacha nouveau Grand
GALANT. 143
Vifir , ayant efté autrefois Kiaias
du Grand Vifir Kiupruli Oglu ,
eftant fort attaché à cette :
Maifon , on publie qu'il a man...
dé de Chio Mustapha Pacha
Kiupruli fon Frere , pour luydonner
un Employ plus honorable
comme de Caïmacan à Conftan
tinople , ou auprés de Sa Hautef
fe . Ilyen aqui croyent qu'ilpour
ra eftre Muphti. Il n'eft pas
moins capable de cette Charge
que des autres , èftant plus verfe
dans les Loix Mahometanes
que
la plupart des Barbons qui ne
font bien fouvent recommandables
que par leurs Barbes blanchess
144 MERCURE
mais on nefait ordinairement Muphtis
que des Perfonnes d'un age
fort avancé. On expofe depuis
peu de temps de nouveaux Paras
au coin du Grand Seigneur.
Cefont des pieces de trois Afpres.
Cette nouvelle Monnoye eft de
plus bas alloy qu'à l'ordinaire ,
ce qui eft une marque du mauvais
eftat des Finances . My Girardin
Ambassadeurde France , arriva
aux Chasteaux des Dardanelles
deux jours avant Noël. Le vent
eft prefentement fort bon , & il
pourra bien arriver icy demain .
Il a envoyé chercher Mª d'Hermange
Medecin de feu M de
Guilleragues
GALANT. 145
"Guilleragues qu'il a retenu au
prés de luy en cette mefme qualité
, ne fe trouvant pas dans une
fantéparfaite. M' Fontaine,premier
Drogman de France , eftant
venu prendrefes ordres aux Dardanelles
, il le deſpecha aufſſ-i toſt
à Andrinople pour demanderfor
Audience , & l'expedition des
Vaiffeaux du Roy, afin qu'ils ne
reftent pas long-temps dans ce
Port lors qu'ilyferont entrez. On
n'a veu encore arriver icy aucunes
Troupes d' Afie , comme il en venoit
les autres années dans cette
mefmefaifon.
39
Mars 1686. N
146 MERCURE
Ce n'eft pas à la Cour &
à Paris feulement que les
François font galans & magnifiques
. Il y a peu de Villes
en France , où ces deux qualitez
fi naturelles à ceux de
noftre Nation n'éclatent.
Toulouze eft une de celles
où elles regnent le plus . Tout
le Carnaval s'y paffe dans
fes divertiffemens
propres à
cette faifon , & ceux qui ont
efté Rois de Bal font le
Mardy gras une defpenfe
extraordinaire
, pour le diftinguer
dans des Mafcarades
publiques , les uns dans
GALANT. 147
des Chariots & Chars de
Triomphe , les autres à Cheval
avec de grandes Eſcortes
de leurs Amis mafquez ,
ayant des Habits particu
liers & fomptueux , & montez
für de fuperbes Chevaux
ornez de Houffes , de plumes
, & de quantité de Ru
bans de la couleur qui plaift
davantage à leurs Maiſtreſ
fes. Ils fe promenent ain
fi par la Ville , & fe rendent
dans la Place appellée de
Salins en diftribuant des
Confitures aux Dames , &
d'autres Prefens , qui font
Nij
148 MERCURE
paroiftre leur galanterie. Ces
fortes de liberalitez fe continuent
pour elles pendant le
Carefme , fur tout les Dimanches
qu'elles vont faire
leurs prieres dans les Chapelles
des Lepreux qui font
au bout des Faux-bourgs , où
chacune de ces Chapelles à
un Dimanche de Carefme
deftiné aux devotions qu'on
vient faire . Au fortir de là,
les Dames font une efpece
de Cours , où ceux qui ont
fait les Mafcarades dont je
viens de vous parler , font
diftribuer de tres- grands Ga
GALANT 149
gez
teaux & des Maffe pains char
de Confitures exquifes
que les Dames reçoivent
dans leurs Carroffes. Elles
en renvoyent une partie à
celuy qui leur a fait faire
le prefent , & qui ne manque
pas de fe trouver à ce
Cours , auffi en Carroffe avec
fes Amis. Cela s'appelle le
Feretra d'un lieu de ce nom ;
où l'une de ces Chapelles de
Lepreux fe trouve établie .
On voit tous les ans plus de
quatre mille hommes mafquez
à Cheval dans les Mafcarades
du Mardy gras . Il y
Niij
150 MERCURE
en a eu de tres-magnifiques
cette année, & entre autres.
on a admiré celle que fit ce
jour là Mr Nolet Tréforier
de France , de l'une des premieres
Familles de Touloufe
. Comme il y a peu de
Perfonnes dans la Province
qui ayent de plus beaux Chevaux
d'Eſpagne que luy , il
étoit avantageufement monté
à la teſte de ſes Amis , qui
marchoient devant un Char
parfaitement bien attelé , &
orné de plufieurs Tableaux
qui repreſentoient divers Amours
, avec autant de De
GALANT. KI
vifes. Cette galante Troupe
regaloit les Dames de pré- pre.
fens de confitures , & diſtribuoit
au refte du monde les
Vers que vous allez lire. Ms
expliquent les Devifes des
Amours qui eftoient peints
fur le Char .
22222222 222225222
LES AMOURS
Α
L'AIMABLE IRIS.
i
RIS , de mille attraits le Cicl vous
pourveuë, IRIS
Cette troupe d'Amours ne s'adreffe
qu'à vous;
Nij
152 MERCURE
C'est vous feule qu'ils cherchent tour,
Et qui peut en douter, ne vous ajamais
veuë.
Un Amour dans les chaînes.
Ie ne puis, ny ne veux les rompre.

>
Quoy qu'il en coufte des larmes ,
Des foûpirs & des alarmes
Ie fuis toûjours amoureux ;
Rompe qui voudra fa chaîne ,
Un panchant trop doux m'en.
traîne ,
Et je ne puis , ny ne veux.
Un Amour dans un Berceau..
Crefcendo , decrefcit.
С
Vom qui voyez au Berceau cet
Amour
Puis qu'il eft ' , dites - vous , fi fort.
dans fa vaillance ,
GALANT.
153
Et qu'enfant mefme encor , il à tant
de
puissance ,
Que nefera-t- ilpoint un jour ?
Vous vous trompez , ce n'est pas
le connoître.
Avec le tempsfon agrémets'enfuit,
Loin d'augmenter , luy - mefme il
fe détruit ,
Et n'estjamais fi fort , que quand il
vient de naître.
Un Amour auprés d'un Alambic.
De mi fuego mis lagrimas.
Helas , que je ferois heureux
Sije n'estois pas amoureux !
Mes foins , mes foûpirs , mes -
larmes
Me caufent un fort rigoureux ,
Et vous voyez combien wes feux:
154 MERCURE
Me coûtent tous les jours de lar
mes ;
Mais n'eftre jamais amoureux,
C'eft eftre encor plus malheureux .
Un Amour avec une Trompette.
Sempre difavori, giamai di ri—
gori.
Que d'Amours de ce caractere !
Tel ne parle que defaveurs ,
Tel dit qu'il eft aimé , qui n'a ja»
mais fceu plaire ,
Et pour qui les Beautez n'ont en que
des rigueurs.
De ces Amours infolens ,téméraires
Aimable IRIS , diftinguez-nous ,
Ils ne font que gâter les amoureux
mifteres,
Ilfaut les chaffer de chez vous..
GALANT.
155
S
Elsfont legers , indifcrets , & pen
Sages ,
Mais au regret des tendres coeurs,
Ces indifcrets & ces volages
Ont fouvent toutes les faveurs.
Un Amour appuyé fur une
Ancre , avec le doigt fur la
bouche ..
De mi filencio , mi esperança .
G
Deux chofes rares en ce temps ,
Grande difcretion , & beaucoup de
filence;
Cependant , jeune IRIS , fur celaje:
pretens
Fonder toute mon esperance .
Qui de l'Amourdécouvre lesfecrets,
Merite peu l'avantage de plaire.
Haiffez donc les indifcrets,
Aimez ceux quifçaventfe taire..
156 MERCURE
Un Amour qui porte une
Lanterne , avec des mots
Grecs fignifians
NON COMME DIOGENE.
Un Réveur autrefois , la lanterne à
la main ,
Cherchoit un homme , &Sage &
veritable ;
De cet Amour a figure ſemblable ,
Bien different eft le deffein.
Quoy qu'il s'explique en Langue
peu vulgaire , (faire ,
Yousl'entendez, vous feule pouvez
Ou qu'il trouve , ou qu'il cherche
en vain.
Un Amour qui peint un Por
trait.
Le Bellezze , non j vitÿ.
GALANT. 157
L'Amour eft un Peintre flateur,
Quelque Portrait qu'il faffe , il nous
enchante ;
Tout ce qui part de fa main complaifante,
Charme les yeux, touche le coeur.
Il peint avec un foin extréme
Toutce quiplaift dans ce qu'il aime,
La douceur , l'agrément , l'efprit &
les appass
Mais pour tout ce qui peut déplaire,
Changemens, trabifons, foibleſſe, ku
meur legere ,
Iris , c'est ce qu'il ne peint pas.
Un Amour , avec fon Bandeau
fur la bouche.
Je voy tout fans parler.
L'aurois mille chofes à dire ;
158 MERCURE
Mais le Bandeau que j'avois fur
les
yeux ,
je foûpire
.
Eft tembé
fur ma bouche
; en fecret
Si je pouvois
parler
, je m'expliquerois
mieux .
Un Amour avec le Bandeau
fur les yeux , qui cue'ïlle la
plus belle Fleur d'un Parterre.
Benfceglie, benche cieco.
Parmy ces brillantes Fleurs,
Mon Bandeau n'empeſche guere
Le choix que je pretens faire ;
Je n'en voy point les couleurs,
Mais ce n'est pas une affaire ,
Le coeur choifit toujours mieux ;
C'eft- là mon guide fidelle,
Et fans le fecours des yeux ,
L'ayfeeu choifir la plus belle.
GALANT. 159
UnAmour portant une Bourfe
dans une de ſes mains, &
des Fléches dans l'autre.
Mi poder no es de mis factas.
De tous les tendres Coeurs , maudit
Soit à jamais
Le premier qui receut cet Amour
dans le monde (fonde
Periffe cet Amour de qui l'espoirfe
Surfon or, & non fur fes traits.
Non , non , Venus n'eft point fa
mere`,`
Ce n'est qu'un enfant ſuppoſé ,
Et les Amours ont toujours refufe
De le reconnoître pourfrere.
C'est par luy que font confondus
Le Jeune &le Barbon , le fourbe& le
fincere;
Tel qui fans luy ne plaivoit plus ,
160 MERCURE
Trouve encor le fecret de plaires
Tous les plaifirs qu'il donne enfin
font imparfaits:
Cependant contre luy quoy qu'on parle
& qu'on gronde ,
Il eftirop bien étably dans le monde,
On ne le chaffera jamais.
Voilà bien des Amours , Iris ,
Chacun a ſon defaut , & chacun aſon
prix;
Choififfez , voftre choix est toûjours
adorable;
Mais quel quefoit l'Amour que vous
accepterez ,
Quels quefoient les Amours que vous
rejetterez ,
Puis - je vous dire , Iris , fans me
rendre coupable,
Sans accufer voftre coeur ny vos
усих
GALANT. 161
Que fi vous connoiffez quel eft le
plus aimable ,
Je feay quel est celuy qui vous aime
le micux ?
La Ville de Saint Tibery
au Dioceſe d'Agde , ayant
toûjours reffenty des effets
particuliers de la protection
de feu Monfieur le Prince
de Conty , a efté auffi la premiere
de toute la Comté de
Pezenas à fignaler ſon zéle
pour fa memoire , par un
Service Solemnel qu'elle a
fait faire dans l'Eglife principale
de l'Abbaye des Reli
gieux Benedictins de ce mef
Mars 1686.
162 MERCURE
me lieu , quelque temps aprés
qu'elle eut receut la
nouvelle de fa mort. Le
Choeur de cette Eglife qui
eft fort long & fort vaſte , étoit
tout tendu de noir jufqu'au
Maiſtre - Autel , avec
des Ecuffons & des Chiffres
de ce Prince. Il y avoit au
milieu une magnifique Reprefentation
élevée fur une
Eftrade à laquelle on mon- .
toit par quatre degrez . Aux
quatre coins de l'Eſtrade é
toient quatre Fauteuils pour
les
quatre Officians reveſtus
en Chappe , & au milieu du
GALANT. 163
ا و ا
le
cofté de l'Autel , on en avoit
preparé deux autres pour
Celebrant & pour le Diacre.
Le Lit dans lequel eftoit la
Lectique couverte d'un drap
de Velours chargé d'Ecuf
fons & d'une Couronne
fur le haut avec un grand
Crefpe , eftoit garny d'une
riche Courtine en broderie:
enrichie d'uneCrefpine d'or,
& il en pendoit des quatre
côtez quatre grands Crefpes
entrelaffez avec des Houpes
d'or. Tout le dedans & le
déhors de ce Lit eftoit parfemé
de Larmes d'argent &
O ij
164 MERCURE
de Teftes de Mort , qui rece
voient un fort grand éclat
d'un tres- grand nombre de
Cierges , dont cette Repreſentation
eftoit illuminée ,
auffi-bien que toute la cor-
2
niche du Choeur . Aux quatre
faces du Lit on avoit mis
quatre Emblêmes
qui étoient
comme
un abregé des Actions
les plus éclatantes
& les
plus heroïques
de Monfieur
le Prince de Conty . La premiere
faifoit voir une Colomne
pour marque de fa
valeur & de fon courage , qui
a fur tout éclaté aux Sieges
GALANT. 165
de Courtray & de Luxem
bourg , avec cette Deviſe tirée
du Livre des Rois Sedit in
forti arcus ejus. La feconde reprefentoit
un Soleil tout em
brazé & avec des aiſles , afin
de marquer fon zele pour les
intereſts de l'Egliſe , qui l'a
voit comme fait voler à fon
fecours contre les Armes Ot
tomanes , & où il fe diftingua
de la inaniere que tout
le monde l'a fceu. Ces mots
luy fervoient de Devife Ala
ejus alæ ignis. La troiſiéme étoit
une Foy , vray ſymbole
de la fidelité que ce Prince a
166 MERCURE
gener. On
confervée pour fon illuftre
Epoufe jufqu'à la mort , qu'il
a trouvée lors qu'il ne cherchoit
qu'à conſerver la vie
de cette Princeffe. Ces paroles
de l'Ecriture en étoient
une fidelle expreffion , Sicut
David fidelis
voyoit enfin à la quatrième
un jeune Conquerant élevé
fur un Globe , d'où il s'éforçoit
d'enlever la Gloire avec
ces paroles du Sage, qui mar
quoient la mort avancée de
ce jeune Prince , Confummatus
in brevi explevit tempora mul
4. Toutes chofes eftant àinGALANT.
167
fi difpofées , la Ceremonie
commença à neufheures du
matin par un Convoy de
deuil qui partit de l'Eglife:
Abbatiale , fuivy du Chapi
tre des Religieux , avec les
Officiers de l'Autel & du
Choeur reveftus de riches
Ornemens , pour fe rendre à
l'Hoftel de Ville où eftoient
les Magiftrats , avec les Principaux
de la Ville en Habits
de deüil. On fir là les Prieres.
accoûtumées à la levée des
Corps , aprés quoy on retourna
proceffionellement à
l'Eglife dans le mefme ordre
168 MERCURE
qu'on en eftoit forty , fi ce
n'eft qu'immediatement aprés
le Celebrant , fuivoient
ceux qui portoient le Drap
d'honneur qui eftoit de Velours
chargé des Armès du
Prince , & aprés eux les Magiftrats
& le Peuple. La Meffe
fut celebrée folemnellement
par M' de Brulé Abbé
Regulier de ce Monaſtere ,
& aprés l'Evangile , le P.
Dom Jofeph de Lombrail
Sous - Prieur de l'Abbaye de
S. Chinian du mefme Ordre
de S. Benoiſt , prononça l'Eloge
Funebre , dans lequel
il
GALANT. 169
il fit paroiftre autant d'ef
prit que d'éloquence & d'érudition
. La Meffe eftant achevée
, les Officiers de l'Au- .
tel precedez de quatre autres
Religieux reveſtus de
Chappes, & des autres Minifttes
accoûtumez , vinrent
prendre place autour de la
Repreſentation , où chacun
d'eux fit fon Abfoute aprés
autant de Répons . Cette trif
te Ceremonie attira toutes
les Perfonnes confiderables
des environs , parmy lefquelles
il y en avoit un grand
nombre de Montpellier &
Mars 1636.
;
P
170 MERCURE
de Pezenas. Elle fe paffa a
vec beaucoup de pompe &
d'édification , ce qui eft ordinaire
aux Religieux de cét
Ordre , qui ont toûjours un
foin tres - particulier que le
Service Divin fe faffe avec
toute la Majefté poffible.
On a fait auffi un Service
tres - folemnel pour le repos
de l'Ame de Mle Marefchal
Duc de Villeroy , à S. Eſtienne
en Foreft . L'Eglife qui eft
une des plus belles de la Province
par la jufte proportion
de fon Baſtiment , étoir
tenduë jufqu'à la Corniche ,
GALANT. 171
--
au deffous de laquelle on avoit
mis deux Bordures
d'Hermine , feparées par de
grands Ecuffons aux Armes
du défunt , dans des Cartouches
femez de Larmes d'argent
. Les deux Aiſles étoient
auffi tendues & garnies d'Ecuffons
& de Cartouches ,
mais un peu moins grands
que ceux qui eftoient autour
de la Nef & du Choeur. A
l'oppofite de la Chaire dont
le tour eftoit d'un Velours
noir bordé d'Hermines , &
femé de petites Croix avec
les Armes en broderie au
Pij
172 MERCURE
milieu , on voyoit dans la
mefme élevation le Portrait
de M' de Villeroy avec un
Manteau Ducal . Quoy que
le Choeur de l'Eglife ne foit
pas fort grand , il eft neanmoins
des plus commodes
pour ces fortes de Ceremo- >
nies. Sa Clofture eft un excellent
Ouvrage de Fer , qui
prend au deffus des Chaires ,
& s'éleve environ de douze
pieds , fans compter ce qui
compofe la Frife , qui est une
double bande de trois pouces
de large chacune , ornée
de Rofes & de Fleurs de lys
GALANT. 173
d'or , de laquelle on voit
naiſtre une infinité de poin
tes en langues de Serpent ,
partie recourbées en Croix ,
partie droites & arrangées
avec tant d'ordre , qu'il n'y
paroit point de confufion ;
ce qui donnoit une difpofition
fort avantageufe à cette
pompe , la Baluftrade n'em -
pefchant point qu'on ne vift
le Mauzolée qu'on avoit élevé
au milieu du Choeur.
C'eftoit une espece de Tombeau
, couvert de Velours
noir croifé de Moire d'argent
, & fémé de quantité de
Piij
174 MERCURE
petites Ancres d'or . Le Pics
deftal eftoit couvert du mef
me Velours,femé de Larmes
& de petites Croix , & les degrez
eftoient revêtus de noir .
Tout cela étoit illuminé d'un
nombre infiny de Cierges.
Au deffus de ce Tombeau
on voyoit deux Bâtons de
Marefchal paffez en fautoir ,
& accompagnez des Cor
dons & de la Croix de l'Ordre
du S. Efprit , dont M³ de Villeroy
eftoit Commandeur,
avec le Manteau Ducal , fous
une grande Couronne Du .
cale d'or. Un Dais fort riche
0
GALANT. 175
de Velours noir bordé d'Hermine
eftoit attaché à la voute
, & couvroit le Mauſolée ,
dont de gros Bouquets de
plumes garnis d'Aigretes ,
rempliffoient les coins .L'Autel
eftoit richement orné , &
des Ecuffons en Broderie étoient
attachez à tous les
Cierges. M Colombel , Docteur
de la Societé de Sorbonofficia
folemnellement ,
ne ,
& l'on chanta
la Meffe
en
Mufique
. M' Billier
, auffi Docteur
de Sorbonne
, & Curé
de la Ville de S. Marcelin
,
prononça
l'Oraifon
Funebre
Piiij
176 MERCURE
avec beaucoup de fuccez. I
prit pour fon Texte ces paroles
de l'Ecriture , Numquid
ignoratis quia cecidit Princeps maximus
in Ifraël, & fit paroiftre
beaucoup d'éloquence dans
tout ce qu'il dit à l'avantage
de Mr de Villeroy . La Ville
de Lyon n'a rien épargné
pour rendre les honneurs funebres
à la memoire de ce
Marefchal , & chacun s'eft
empreffé à l'envy à faire éclater
fon zele pour cette Illuftre
Maiſon .
Quoy que le temps de la
Paix ne foit pas ordinaireGALANT.
177
8
ment un temps de recom
penſe pour ceux qui embraſfent
la vertu guerriere , le
Roy toûjours favorable aut
vray merite , ne ſe plaift pas
moins à reconnoiſtre la valeur
qui fe repofe , que la va- ·
leur qui agit ; & comme il
n'aime rien tant qu'à rendre
juftice , il ne fait aucune dif
ference entre l'avoir fervy
& le fervir. C'eft par là qu'il
vient de nommer plufieurs
Officiers Generaux il a fait
huit Brigadiers d'Infanterie,
& quatre de Cavalerie . Ceux
d'Infanterie , font M de lá
;
178 MERCURE
Nave , Lieutenant Colonel
du Regiment de Bourbonnois
; M des Bordes , Lieutenant
Colonel du Regiment
de Navarre , M' Polaftron ,
Lieutenant Colonel du Regiment
du Roy , M ' de Barvil .
le , Lieutenant Colonel du
Regiment des Fuzeliers de
Sa Majefté ; Mr de Vertillac ,
Lieutenant des Cent Suiffes
de la Garde , & Lieutenant
Colonel du Regiment Dauphin
, M'de Laubanie , Lieu
tenant Coloneldu Regiment
de la Sarre ; M' de Lauzieres,
Inſpecteur general de l'In,
GALANT. 179
fanterie à Cafal & à Pignerol;
& M' le Marquis de Pufignan
, Colonel du Regiment
de Languedoc. Les Brigadiers
de Cavalerie , font M
Dugas , Meftre de Camp de
Cavalerie ; M ' Quinçon ,auffi
Meftre de Camp de Cavale
rie , M' le Comte de Cogney,
Meftre de Camp du Regiment
Royal Etranger ; & M
du Bourg, Maréchal general
des Logis de la Cavalerie . Sa
Majefté dans le mefme temps
a nommé M le Comte de
Longueval , Colonel du Regiment
des Dragons deMon
180 MERCURE
feigneur le Dauphin, pour ef
tre Brigadier de Dragons.
Vous remarquerez , Madame
, qu'il y a plufieurs Lieutenans
Colonels parmy ces
Officiers Generaux ; ce qui
doit faire admirer une bonté
& une juſtice du Roy , dont
on voit peu d'exemples en de
pareilles occafions . Les Lieutenans
Colonèls ne viennent
ordinairement à ce pofte qu'.
aprés avoir expofé fouvent
leur vie ; & ils ne parviennent
à la tefte du Regiment,
que lors qu'ils en ont veu perit
tous les Capitaines . Ils af
GALANT. 181
pirent alors à en eſtre Colonels,
afin que s'ils continuent
à fe fignaler, ils puiffent eſtre
nommez Officiers Generaux ,
La Paixleur en fermoit le paffage
, & ils ne pouvoient fe
plaindre que d'une oifiveté
involontaire
. Le Roy voyant
que la valeur de plufieurs qui
demeuroit inutile , n'avoit
point agy depuis long-temps,
pour les conduire aux honneurs
où ils avoient fujet de
pretendre , a voulu en les
nommant Officiers Generaux,
faire pour eux ce que
la Guerre auroit fait.
182 MERCURE
L'Avanture dont je vais
vous faire part , a eſté écrite
par une Perſonne tres-digne
de foy , & qui a efté témoin
de toutes fes circonftances.
Je ne change rien aux termes.
Un Gentilhomme François
âgé de vingt ans , ayant
fait déja plufieurs Voyages
avec un efpece de Gouverneur
, fur qui fon Pere qui
l'aimoit fort tendrement s'é
toit repofé de fa conduite ,
arriva en Efpagne , où il fit
un plus long fejour que dans
tous les autres lieux qui ne
l'arreftoient que par une fim
GALANT. 183
ple curiofité. Un jour eſtant
â Madrid il entra dans une
Eglife , & le hazard voulut
qu'il fe mit auprés d'une
Dame, dont la beauté le frappa
fi vivement , qu'elle -mef
me s'apperceut de l'admiration
qu'elle luy caufoit.
Quoy que les déclarations
fe faffent bien vifte en ce
Pays-là , il n'ofa pourtant
luy découvrir fi promptement
ce qu'il commençoit à
fentir pour elle , mais efperant
qu'il feroit affez heureux
pour la trouver encore
d'autres fois dans la mefme
384 MERCURE
Eglife , il s'y rendit avec
beaucoup d'affiduité , & ne
ferebuta point d'y venir plu
fieurs jours de fuite, bien que
ce fuft inutilement. Enfin
s'informant par tout de cette
belle Perfonne qu'il ne pouyoit
bannir de fon coeur , il
apprit qu'elle eftoit tombée
malade , & que ceux qui la
traittoient ne répondoient
pas de fa guerifon . Cette falcheufe
nouvelle luy cauſa
les plus cruelles inquietudes
qu'il euft jamais reffenties. Il
mit toutes chofes en ufage
pour ſçavoir le cours que fon
GALANT 18
mál prenoit , & lors qu'il é
toit dant cette agitation
on luy apprit qu'elle commençoit
à fe mieux porter ,
& qu'elle devoit dans peu
de jours aller à la Meffe. Il
ne fongea plus qu'à fe rendre
au lieu où fa liberté s'eftoit.
perduë quelques jours aupa
ravant & en y voyant la
jeune Efpagnole , il la vit
pour luy plus charmante que
jamais , quoy qu'un peu
changée aux yeux des autres.
Il ne fut pas fi difcret qu'il
l'avoit efté la premiere fois.
Il s'approcha d'elle pour luy
Mars 1686 .
186 MERCURE
déclarer fa paffion , mais if
connut avec beaucoup de
douleur qu'il luy parloit fans
qu'il en fuft entendu . Il fe
confola pourtant fur l'attention
qu'elle avoit euë à le regarder
, & jugeant par là
qu'elle l'auroit écouté avec
plaifir s'il luy avoit parlé Efpagnol
; il mit tous les foins
à apprendre cette Langue ,
& s'y appliqua avec un attachement
qui devint fufpect
à fon Gouverneur. Il obferva
toutes fes démarches &
l'empreffement que ce jeune
Gentilhomme avoit de fe
>
GALANT. 187
5
trouver dans les lieux où il
pouvoit voir l'aimable Efpagnole
, l'ayant convaincu
de fon amour , il crut qu'il
falloit le tirer d'un lieu où
tout eftoit à craindre pour
luy . Ainfi fans balancer davantage
fur le party qu'il a.
voit à prendre , il feignit
d'avoir receu des nouvelles
de fon Pere , qui luy donnoit
un ordre preffant de luy
ramener fon Fils le plus
promptement qu'il feroit
poffible. Ce jeune Amant
fit tout ce qu'il put pour reculer
fon départ , mais il ſe
Q įj
188 MERCURE
vit contraint de ceder à fa
malheureuſe deſtinée . Il refolut
d'écrire en partant à la
charmante Efpagnole , & de
remettre luy - mefine le Billet
entre fes mains un jour qu'elle
devoit fe trouver dans une
Affemblée où il l'avoit déja
veuë. Il écrivit le Billet que
vous allez lire en noftre Langue
, & ayant obligé celuy
qui luy apprenoit l'Efpagnol
à le traduire , il le por
ta où il eftoit affeuré qu'il
trouveroit l'aimable Perfonne
qui luy avoit donnétant
d'amour. Comme c'eftoit la
GALANT. 18
derniere fois qu'il devoit la
voir,fa douleur le mit dans un
tel accablement, qu'il n'eut
de force que pour luy donner
fa Lettre , &
prononcer
cinq ou fix mots Efpagnols
qui luy apprenoient qu'on
l'arrachoit d'auprés d'elle .
Voicy ce qu'il avoit fait traduire
en cette Langue.
P
Uifque ma paffion n'a pû
s'afforblir par les difficultez
qui m'ont empefchéde vous l'expliquer
, je
croy , Madame
, que
vous ne trouverez pas mauvais
que je prenne la liberté de vous
190 MERCURE
faire entendre par cette Lettre des
fentimens que mes paroles n'ont
jamais pú vous découvrir , mais
qui fe font affez montrez dans
tout le refte de mes actions , Pour
peu que vous ayez daigné les
examiner > Vous aurez connu
que je meurs d'amour pour vous ,
ceft ce qui me fait efperer
qu'au moins par pitié vous voudrez
bien lire dans ce Billet ce
que je n'ay pû vous dire moymefme.
Mais , Madame , ne me
flatay-je point trop , quand j'ofe
croire que vous aurez cette bonté
pour un homme qui vous eft àpeine
connu , qui vray ſemblableGALANT
19T
ment n'a fait nulle impreffion fur
voftrecoeur, & à qui vous n'eftes
engagée ny par vos paroles ny par
aucune conduite qui ait pú l'autori
fer à prendre quelque esperance.
Il me femble cependant , que
vous devez cette jufce à une
paffion qui toute muette qu'elle a
esté, nepeut vous eftre inconnuë.
Tout le prix que j'en demande
c'est que vous puissiez eftre convaincuë
qu'en me feparant de
vous , je ne verray plus rien (ur
la terre qui m'attache aßez pour
m'y retenir.
La belle Efpagnole n'eut pas
192 MERCURE
le temps de lire toute la Lettre
. Elle entendit
un grand
bruit qui s'éleva tout d'un
coup , & elle vit ſon Amant
évanouy , que fon Gouverneur
faifoit emporter . Il demeura
fans aucune connoiffance
plus de fix heures , &
fut fort furpris lors qu'eftant
revenu à luy , il fe trouva
dans la compagnie
de ceux
dont fon Pere l'avoit fait accompagner
dans fes Voyages
, & éloigné de Madrid
de plus de deux lieuës. Son
defeſpoir
fut fi grand qu'il
ne parla plus que de mourir .
Plein
GALANT. 193
Plein de cette idée , il apperceut
une Hoftellerie fort ruinée
, & fe trouvant effectivement
accablé de mal & de
fatigue , il demanda à s'y repofer
quelques heures. Il n'y
fut pas plûtoft arrivé qu'une
fiévre ardente le faifit. Il s'en
tira neanmoins
heureufement
auffi- bien que de la
cheute d'un Grenier chargé
de bled qui fondit fur luy
dans le temps qu'il eftoit
feul , & qui l'auroit fans
doute accablé fans un Singe
qui ne le quittoit prefque jamais.
Cét Animal le voyant

Mars 1686. R
194 MERCURE

étoufé fous ce fardeau , écarta
le Bled avec tant d'adref
fe , qu'il luy rendit la reſpiration
libre , & le mit par
en eftat d'attendre un plus
grand fecours qui tarda peu
à venir.Il s'eftoit flaté que les
ruines de cette vieilleMaifon
finiroient fa vie & fes malheurs
, mais fon Gouverneur
le contraignant d'en fortir ,
il fe laiffa ramener en France ,
refolu d'y traîner le reſte de
fes jours dans la Solitude . Il
a executé ce deſſein , en ſe
retirant dans une des Terres
de fon Pere , où il vit éloi-
·
GALANT. 195
gné de tout commerce , &
conferve fans diſtraction l'image
d'unePerfonne qui luy
rend tout le refte ennuyeux ,
& infupportable.
Mr Faucon de Ris , Maiſtre
des Requeftes & Intendant
à Bordeaux , a efté nommé
Premier Prefident au Parlement
de Roüen. Cette im.
portante Charge qui vaquoit
depuis 1683. & qui le fait Chef
d'un augufte Corps , recompenſe
un merite diftingué
dans fa Perfonne , & les fervices
que Sa Majeſté en a re
ceuë , auſſi -bien que
de
ceux
Rij
196 MERCURE
de fa Maiſon , qui avoit déja
donné trois Premiers Prefidens
à ce mefme Parlement ;
M' de Ris fon Pere , fon
Grand-Pere , & ſon Grand-
Oncle , ayant poffedé fucceffivement
cette grande
Charge. Toute la Province
en a fait paroiftre une joye
particuliere.
L'Intendance de Bordeaux
que quitte M de Ris a eſté
donnée à M' de Bezons qui
avoit celle d'Orleans.
M'de Barillon Morangis
qui eftoit Intendant à Caën ,
l'eft prefentemét
d'Orleans.
GALANT. 197
Il eft Gendre de M' le Chancelier.
Mr de Gourgues quitte
I'Intendance de Limoges
pour aller exercer celle de
Caën , & cette Intendance
de Limoges va eftre remplie
par Mr Jarbery de S. Conteſt
Mr le Bret Intendant de
Dauphiné , a efté nommé
pour l'Intendance de Lyon .
Elle eftoit exercée par M
de Bercy , qui va faire la vifite
des Havres & Ports de
Mer , à la place de M² d'Herbigny.
Mr Bouchu fuccede à M
R iij
198 MERCURE
le Bret dans l'Intendance de
Dauphiné. Je ne vous dis
point que tous ces Intendans
font des Perfonnes
diftinguées. Vous fçavez
qu'on ne les choifit pour ces
poftes qui demandent de
l'intelligence & du travail ,
qu'aprés qu'ils ont fait paroiftre
leur capacité dans le
Confeil.
Sur la fin du dernier mois
mourut Dame Marie Geneviefve
Larcher , Femme de
Meffire Nicolas le Camus ,
Seigneur de la Grange , de
Bligny & autres licux , Pre-
"

GALANT . 199
mier Preſident de la Cour
des Aydes. Larcher eſt une
fort bonne Famille dans la
Robe, de laquelle il y a eu
plufieurs Maiftres des Requeftes
, Confeillers au Parlement
& à la Cour des Aydes
.
Huit jours aprés mourut
Dame Anne Canaye , Feinme
de Meffire Guillaume de
Montigny,Seigneur deMontigny
, & de Sours , Baron
de la Coudraye , Vicomte
de Dreux , & Chatelain de
Long, & Long- Pré les Corps
Saints. Les Montigny font
R iiij
200 MERCURE
defcendus de la Robe. Leur
nom eftoit Boulanger , & ils
font Parens des Boulanger de
Paris , mais le Grand pere, ou
le Bifayeul ayant épousé une
Heritiere de Montigny , ils
en ont pris le nom.
re
Mr Nicolas du Bois de
Baillet , Fils de Mre du Bois
du Menillet , Confeiller de la
Grand' Chambre , eft mort
dans le mefme temps . Il avoit
efté Avocat General en
la Cour des Aydes , enfuite
Maistre des Requeftes , puis
Intendant en Bearn. Il a efté
le premier qu'on ait envoyé

LACOBUS
SII
D
·G
MAG
BRI
ET
·
HIB
ET.
HIB
REX
16
SOTTO
INOH
S
EC
ARAS
ETSCEPTRATUEMUR
IACOBUS
DE
MONT
MOUT
ARGHI
BALD
D'AR
GXL
AMBITIO
MALE SUADA
RUIT
GALANT. 201
la
en cette Province en qualité
d'Intendant . Aprés y avoir
demeuré deux ans , il fut
nommé par le Roy Intendant
à Montauban . Son zele
pour le fervice de Sa Majeté
a caufé fa mort par
precipitation qu'il a cuë à
faire faire une Operation ,
fur ce que le Roy luy avoit
fait l'honneur de luy témoigner
que fes fervices luy étoient
agreables.
24
Je vous envoye une Medaille
,, que l'on peut dire
nouvelle, puis qu'elle n'a eſté
frapée que depuis le com202
MERCURE

mencement de cette année .
On y voit le Bufte du Roy
d'Angleterre fur plufieurs
Sceptres . Dans le revers eft
une Juftice l'épée à la main
droite , & la balance à la
gauche , terraffant des pieds
deux Cadavres fans tefte .
Ces teftes font fur deux élevations
quarrées , fur l'une
defquelles , du cofſté de l'épée,
eft écrit,Jacobus de Montmouth
; & fur celle qui eft du
cofté de la balance il y a ces
mots , Archibal d'Argil. On
hit ceux- cy fur le piedeſtal
qui foûtient le tout , Ambitie
maleſuada ruit.
GALANT. 203
Enfin le grand Article des
Converfions , qui groffiffoir
tous les mois maLettre,commence
heureuſement à diminuer
, faute de matiere , & la
veritable Religion va regner
entierement chez des Peuples
, à qui il ne manquoit
que cette union pour joüir
avec une pleine joye de la
gloire & du repos que leur
procure le plus floriffant &
le plus beau Regne que l'on
vit jamais. Je ne vous parleray
plus de Converfions de
Villes entieres, mais de quelques
Particuliers feulement,
204 MERCURE
dont l'obftination a rendu la
défaite plus éclatante. Vous
en allez voir trois de cette
nature dans la Lettre que je
vous envoye. Elle eft curieufe
, & remplie en peu
de mots de chofes touchantes
.
A MONSIEVR
L'ABBE' DE SAZILLY.
E çay , Monfieur , le plaifir
que vous avez d'apprendre le
nombre de ceux qui rentrent dans
le fein de l'Eglife , non feulement
GALANT. 205
par l'intereft que vous prenez au
falut de leurs Ames , mais encore
parce que
a
les merveilles
que
Dien
fait paroiftre dans plufieurs de ces
Converfions , font autant d'Eloges
pour noftre Auguſte Monarque.
Voicy ce que j'ay veu dans
une Lettre écrite de Lodeve le 19.
Fanvier, par un Docteur de Sor
bonne à M. Berthe , Superieur de
Mes de la Congregation de la
Miffion à Saint Lazare , dont le
rare merite vous eft connu. Aprés
avoir parlé d'un grand nombre de
Converfions , & de l'affiduité de
plus de huit mille Perfonnes à entendre
fes Sermons tous les foirs ,
206 MERCURE
il dit qu'une Fille âgée de dix- huit
ans fe cacha affez long - temps
dans fon lit , feignant d'eſtre ma
Lade , pour n'eftre pas obligée d'aller
à l'Eglife ; mais dans la crainte
de s'y voir forcée , elle quitta le
lit, &fe retira dans une Caverne,
qui auroit paru affreuse à toute
autre. Elle y demeura prés de trois
mois , fans en fortir que
pour allerchercher des herbes de la
Campagne , afin de s'en nourrir.
Enfin preffée par des mouvemens
interieurs du S. Efprit , elle quitta
fa Solitude , & vint le jour meſme
qu'il écrivit cette Lettre , le
prier de recevoirfon abjuration ,
la nuit
GALANT. 207
qu'elle fit avec les fentimens les
plus religieux du monde , aprés un
entretien de cinq heures , où elle fit
connoiftre qu'elle eftoit extraordi-
@
nairementfçavante dansfa Religion,
fort attachée à fa croyan
ce. Elle fit enfuite fa Confeffion
generale, nonfans verfer beaucoup
de larmes , tant pour ses pechez,
que pour avoir trop tardé à fe fai.
re inftruire. Sa Mere & fon Frere
, qui estoient dans une obstination
inconcevable pour leur fauſſe
Religion , touchez d'un exemple
qu'ils n'auroient jamais attendu ,
fe convertirent auffi. Voila, Monfieur
, une Converfion qui fait
voir ,
208 MERCURE
Que Dieu répand fouvent fes plus
rares faveurs
Dans les plus jeunes Cours ;
Une autre va montrer avec quel
avantage
Il les répand auffi dans ceux d'un
plus grand âge.
Une Demoiselle de Qualité fit
connoiftre dans le mefme temps
qu'il ne faut qu'un moment à la
Grace pour brifer le coeur le plus
endurcy. Ellefe nomme la Baronne
de Faugere , âgée de quarante
ans. Son opiniaftreté eftoitfi grande,
qu'elle protestoit de fe laiffer
plutoft maffacrer, que d'aller ja
mais à confeffe. Elle vint auſſi ſe
jetter aux pieds du mefme DoGALANT.
209
cteur, &fes larmes couloient en
fi grande abondance du regret d'avoir
demeuré fi long- temps dans
l'Erreur, qu'il eut toutes lespeines
du monde à les arreſter , & fut
extremement touché de fa penitence.
Ce n'est pas feulement à
Lodeve que Dieu a operé de tels
Miracles , je croy mepouvoirfervir
de ce terme aprés S. Thomas.
On feroit des Volumes entiers de
tous ceux qui font arrivez dans
chaque endroit du Royaume , mais
une Converfion qui s'eftfaite dans
une Paroiffe de Paris , eft fi particuliere
, qu'elle peut tenirfa pla
ce icy ; je m'affeure, Monfieur,
Mars 1686..
210 MERCURE
que vous direz avec tous ceux qui
en feront la lecture.
Quand ce n'eſt que la feule
bouche
Qui demande à Dieu du fecours
,
On ne voit pas qu'elle le tou
che ,
Mais lors que le Coeur parle , il
luy répond toujours.
C'est une Dame qui mene prefentement
une Vie fi cachée & fe
remplie de pieté , que je ne pourrois
la nommer fans luy faire de
la peine , a bleſſer få modestie.
que je puis dire , c'est qu'elle
eft Etrangere, & de grande Qua
Ce
GALANT. 211
lité; qu'elle eft tres- bienfaite ,
felon ce que l'on peut juger, d'environ
trente - deux ans ; qu'elle a
aimé le Monde , & a laiffé de
fort grands Biens en fon Pays. Elle
vint en France avecfon Mary,
qui eftoit de la Religion P. R.
comme elle , & qui eſt mort de_
puis quelques mois. Cette mort
luy a efté tres-fenfible , mais les
grandes chofes que le Roy a
tes pour le falut de fes Sujets qui
eftoient dans l'Erreur , luy ayans
fait naiftre des doutes defa croyance
, elle oublia toutes chofes pour
ne penfer qu'à celle - là . Elle ne s'er
ouvrit pourtant à perfonne . Elle
fai-
Sij
212 MERCURE
n'avoit de recours qu'à la Priere
à fes larmes, pour demander à
Dieu qu'il luy enfeignast le chemin
qu'elle devoitfurore. Unfoir
fort tard qu'elle le prioit avec une
ferveur extraordinaire , de luyfaire
cette grace , elle entendit une
Voix qui luy dit fort diftinctement
, Leve- toy , & fuy celuy
qui paffe. Elle court auffi- toft à
la feneftre , & voit paffer noftre
Seigneur que l'on portoit à quelques
malades. Elle prit foudain
fon Efcharpe, fe mit à le fuivre.
Eftant revenue chez elle, elle
paſſa une partie de la nuit à genoux,
pour remercierfon Divin
GALANT.
213
Av.
21
Maistre de la grace qu'il luy
voit faite. Le lendemain elle fit
fon abjuration & fa Confeffion
generale. On luy a voulu donner
une Penfion affez forte , mais elle
n'a accepté que ce qu'il luy faur
pour vivre tres-modiquement. Je
fuis , Monfieur , avec respect, vo-
Fire tres , &c. VIGNIER ,
A Paris ce 3. Mars 1686 .
Madame la Marquife de
S. Aignan , qui paroiffoit fi
attachée à la Religion de
Calvin ,
n'a pas voulu profi
ter du Paffeport que le Roy
avoit accordé à M le Comte
214 MERCURE
de
Clermont fon Fils , pour
paffer en tel Pays Etranger
qu'elle voudroit. Elle a pris
un meilleur party , en reconnoiffant
fes Erreurs qu'elle a
abjurées, & elle en eft fi contente
, qu'elle eſt tous les
jours au pied des Autels , pour
remercier
Dieu de la grace
qu'il luy a faite de luy faire
ouvrir les yeux fur la Verité.
Les bons confeils de Mademoiſelle
de Cliffon, ſon Amie,
n'ont pas peu contribué
à ce
grand Ouvrage. C'eſt une
Perfonne d'une vertu finguliere,
& dont la devotion at
GALANT. 215
tire l'eftime de tout le mon
de. Madame la Marquife de
S. Aignan porte le nom d'une
Terre . Elle eft d'une autre
Maiſon que celle de Beauvillier
S. Aignan .
fa
Entre plufieurs perfonnes.
de la R. P. R. qui ont renoncé
depuis peu à leurs Erreurs,
Madame de Laugerie eſt une
des plus remarquables par
naiffance , par fon efprit , &
par fon opiniaſtreté à foûtenir
les préventions qu'elle
avoit de fa Religion . M' de
Laugerie fon Mary , qui s'é
toit fait Catholique il y a
216 MERCURE
inutilement
quatre ans , n'avoit pû la
toucher par fon exemple
, &
fes plus proches Parens , qui
ayant efté comme elle élevez
dés leur enfance dans l'Herefie
de Calvin , l'avoient
heureuſement
abjurée
, luy
remontroient
qu'elle n'eftoit pas dans la
bonne voye . Enfin elle a efté
entierement
convaincuë
par
M' l'Abbé de Grancé
, fi connu
par fon merite , & par fa
grande réputation . Il eſt Fils
de feu Mr le Maréchal de
Grancé , & Neveu de M
l'Archevefque
de Rouen . Je
luy
GALANT 217 .
Jay rends juftice en vous difant
qu'il a donné d'éclatantes
marques de fa Pieté & de
fa Doctrine dans les fçavans
Entretiens qu'il a eus avec
un grand nombre d'Heretiques
, & que la Converfion
de tant d'Ames obſtinées ,
qu'il a ramenées au ſein de
l'Eglife , eft une preuve infaillible
de fon zele & de fa
capacité. Madame de Laugerie
fit fon abjuration le
Vendredy 15. de ce mois , &
nous fournit un exemple qui
nous fait voir bien fenfiblement,
que de toutes les Per-
Mars 1686. T
218 MERCURE
fonnes qui fe font trouvées
engagées par leur naiffance
dans les erreurs de Luther &
de Calvin, il n'y en a prefque
point dont les Peres n'ayent
embraffé l'Herefie par quel
que intereft humain , ou par
quelque mouvement de haine
pour les Catholiques .
Cette Dame eft de l'ancienne
Maiſon noble de Lenfant
, qui s'eft habituée depuis
plus de trois fiecles dans
les Provinces d'Anjou & du
Maine. Georges Lenfant ,
Seigneur de la Patriere , de
Cimbré , & autres lieux , éGALANT.
219
poufa en 1539. Françoiſe du
Pleffis de Richelieu , Soeur
de Louis du Pleffis , Mary
de Françoiſe de Rochechart,
& Ayeul du grand Cardinal
qui a rendu ce nom fi Illuſtre.
Ce Seigneur de la Patriere
eut trois Fils , Pirrus , Gabrias
, & Louis . Pirrus felon
la Coûtume de ces Provin
fucceda aux deux tiers
du bien de fon Pere qui é-
2 toit > confiderable , mais il
ne luy fucceda point en fa
pieté. Il époufa Claude du
Pleffis de Chivré , zelée Proteftante
, & Dame d'Honces
,
Tij
220 MERCURE
neur de Madame la Ducheffe
de Bar , Soeur d'Henry
IV. & elle eut l'adreffe de
l'engager dans le Party Proteſtant
, ce qui cauſa la ruine
de fa Maifon. Sa Terre de
la Patriere fut attaquée,prife,
& brulée pendant qu'il eftoit
occupé en une expedition de
Guerre , par M' du Pleffis de
Come fon Coufin , Catholique
un peu trop ardent.
Pour s'en vanger , il mit tout
en cendres dans trois Terres
de ce Parent , & fut enfuite
pris à Domfront avec le
Comte de Montgommery,
*
7
GALANT. 221
*
ce qui acheva de l'accabler,
puifque pour éviter d'eftre
amené avec luy à Paris , il
racheta fa vie & fa liberté ,
par dix mille écus qu'il falut
payer comptant. Son Fils
qui avoit épousé une De- .
moiſelle de la Maifon d'A
lonville de Beauce , fe convertit
avant la mort , & fit
faire abjuration à fes Enfans
qui font demeurez bons Catholiques.
Il n'y eut que M
Defpeaux fon Cadet qui refufa
de fe convertir alors , &
qui abjura le jour de Noël
dernier. Gabrias Lenfant ,
Tiij
222 MERCURE
Seigneur de Lirieres & de
Boifmoreau , fe fit Proteftant
comme Pirrus fon aifné , &
répandit le poiſon de l'Herefie
dans toute fa branche ;
mais Mr de Boifmoreau qui
en eft aujourd'huy le Chef,
a reconnu fon erreur depuis
quelques mois , ainfi que
Madame fa Femme , & Mef
deinoifelles fes Filles , qui
ayant efté mifes par ordre du
Roy aux nouvelles Catholiques
, y ont fait abjuration
entre les mains de M ' l'Abbé .
de la Motte-Fenelon en
prefence de M' le Premier
GALANT. 223

IS
Prefident ; de forte que de
toute cette Maiſon il ne ref
toit plus dans le party des
Pretendus Reformez que
Madame de Laugerie , dont
je vous apprens la Converfion
, M de la Gareliere &
du Bordage-Lenfant , cadets
de cette Branche, cftant Ca
tholiques il y a long-temps .
A l'égard de Louis Lenfant ,
Seigneur de Saint Gilles , &
de Cimbré en partie , troifiéme
Fils de Georges Lenfant
, Seigneur de la Patriere ,
& de Françoife du Pleffis de
Richelieu , il fut enlevé par
Tiiij
224 MERCURE
la Dame fa Mere , qui pour
empefcher que fes Freres ne
l'engageaffent
dans les Erreurs
de Calvin , l'envoya à
Paris , où luy ny fes Defcendans
n'ont point eſté infectez
de l'Herefie , & c'eft de
celuy - cy qu'eft iffu M ' de
Saint Gilles Lenfant , dont
je vous ay fi fouvent rapporté
les actions de valeur aux
Sieges que le Roy a faits en
Flandre , pendant qu'il eftoit
Page de la petite Ecurie.
La deftruction de l'Herefie
a émeu la charité Chrê
tienne , & elle n'avoit jamais
GALANT. 225
Eclaté avec tant de zele qu'el
le a fait en France depuis les
Converfions . Tous ceux qui
fe font fenty quelque talent
pour le falut des Ames , ont
creu devoir l'employer pour
la gloire de Dieu , & pour
imiter le plus pieux des Monarques
. Les uns ont parlé &
écrit pour vamcre l'obſtination
desHeretiques, & les autres
pour affermir dans la ve
ritable Eglife ceux qui ont
fait abjuration . Mr l'Abbé
Petit de l'Accademie Royale
d'Arles , a efté du nombre
de ces derniers , & l'on voit 2.
"
226 MERCURE
depuis peu un Livre de ce
Sçavant homme , Intitulé ,
Les Veritez de la Religion prouvées
défendues contre les anciennes
Herefies par la verité de
l'Euchariftie , ou Traité pour con
firmer les nouveaux Convertis
dans la Foy de l'Eglife Catholi
que.
Aprés un fi grand nombre
de Livres qui ont efté faits
touchant la Réalité dans le
Sacrement de l'Euchariftie ,
cet Ouvrage ne laiſſe pas de
paroiftre fingulier. L'Auteur
fait d'abord connoiſtre que
le Miracle de l'Euchariftie
GALANT 227
que les Heretiques des premiers
Siecles ont creu , a eíté
une preuve dont S. Irenée ,
ancien Evefque de Lyon ,
s'eft fervy pour prouver que
JESUS - CHRIST eft le veritable
Fils de Dieu , & aprés avoir
demandé à ceux qui ne
font pas encore pleinement
convaincus de la verité de
l'Euchariftie , fi le fens qu'ils
donnoientà ces paroles, Cecy
eft mon Corps , c'est à dire ,
Figure de mon Corps , peut prouver
la Divinité de J. C. il ajoûte
: Si Saint Irénée difoit aux
Heretiques de fon temps , Com-
โด
228 MERCURE
ment croyez- vous le grand
Miracle des Saints Myfteres ,
vous qui ne voulez point
croire que celuy qui le fait ,
eft le Fils de Dieu , N'avons
nous pas raifon de dire à ceux qui
nefont pas encore convaincus de
la verité de l'Euchariſtie , pourquoy
croyez-vous la Divinité de
J. C. vous qui doutez encore du
grand Miracle de l'Eucharistie ,
qui en a esté la preuve. Voyez
combien la Foy de ce grand Mi
racle eft ancienne. Saint Juftin ,
Difciple des Apoftres , S. Irenée ,
Difciple de S. Polycarpe , qui l'avoir
efté de l'Apoftre S. Jean, fone
6 GALANT. 229
les Docteurs de qui nous l'avons
appris , comme ils l'avoient euxmefmes
appris des Apoftres.Voyez
combien cette Foy eftoit publique ,
& univerfellement receue dans
les premiers Siecles , puis que
les Heretiques en convenoient avecles
Catholiques. Voyez enfin
combien elle eftoit incontestable ,
puis qu'on s'en fervoit pour prouwer
legrandArticle de noftre Foy,
qui eft la Divinité de F. C. 2
M'I'Abbé Petit dit dans un
autre endroit de fon Livre ,
Nous n'ofons rien dire de cet adorable
Sacrifice, que nous ne l'ayons
appris des Peres de l'Eglife . Nous
230 MERCURE
difons que ces paroles deF. C. Ce..
cy eft mon Corps,produisent ce
Sacrifice , & qu'elles luy donnent
toute fa force & toute fa vertu.
Voila ce que nous avons appris
de S. Jean Chryfoftome , Cecy
eft mon Corps. C'est par cette
parole , dit ce Pere , que les chofes
offertes par les Fidelles , font con
facrées ;& comme ces paroles de
Dien , Croiffez , multipliez ,
& rempliffez toute la Terre ,
quoy qu'elles n'ayent esté dites
qu'une feule fois dans la Creation
du Monde , ne laiffent pas de produire
leur effet dans toute la Na-
Sure; ainfi quoy que ces paroles
GALANT. 231
efficaces de J. C. Cecy eſt mon
Corps , n'ayent efté proferées
qu'unefeulefois ce font elles neanmoins
qui ont imprimé à ce Sacri
fice la force & la vertu qu'il a
eue jufques à prefent fur tous les
Autels de l'Eglife , & qui la luy
imprimeront encore fans ceffe jufqu'au
dernier Avenement du Sei
gneur.
Le mefme Auteur , aprés
avoir rapporté plufieurs chofes
qui marquent la vertu
miraculeufe du Sacrifice de
l'Euchariftie , & qu'on lit
dans S. Cyprien , dans S. Auguftin
, & dans S. Bernard ,
232 MERCURE
dit encore. Si nous croyons ce
grand Miracle du Sacrifice de l'Euchariftie
, que celuy qui ne com
munie que fous une feulevefpere ,
ou qui ne reçoit qu'une partie des
Efpeces confacrées , ne taiſſe pas
de recevoir toutentier le tres faint
Corps , adorable Sang du
Seigneur , nous le croyons avec
S. Eutique , Ervefque de Conf
tantinople , dont la Naiffance , la
Vie , l'Election à l'Epifcopat,
ont´efté miraculeufes. Quoy que
le Corps & le Sang , dit cefaint
Evefque fait divifé & diſtri
bué à tous , parce qu'ilfe mefle en
shacun d'eux , il ne laiffe pas de
GALANT. 233
demeurer toûjours indivifible en
luy mefme. Comme un feul Cachet
imprimé fur plufieurs cires
differentes , leur donne à chacune
en particulier toute fa figure
toute fa forme , & ne laiffe pas
de demeurer toûjours unique en
foy- mefme ,fans que la multipliciré
des fujets qui reçoivent l'im
preffion de fon image divife on
change fon unité ; & comme la
voix qui eft proferée par un feul
bomme, & qui fe répand dans ·
l'air , est toute entiere dans fa
bouche, & entretoute entiere dan
les oreilles de ceux qui l'entendent,
fans que l'un en reçoive plus on:
Mars 1686.
234 MERCURE
moins que l'autre , parce qu'encore
que la voixfoit un corps , n'estant
autre chofe qu'un air agité, elle est
tellement une indivifible , que
tous l'entendent également quand
il y auroit enfemble dix mille Au
diteurs. Ainfi perfonne ne doit
douter qu'aprés la Confecration
mystique & la fainte Fraction, le
·Sang du Seigneur, incorruptible ,
immortel ,faint & vivifiant, &
fe formant par la vertu du Sacrifice
dans les efpeces confacrées ,
n'imprime toute fa force dans cha-
--cun de ceux qui le reçoivent , &
› ne fe trouve tout entier en tous
comme il arrive dans les exem
4
&
Li.
GALANT. 235
ples qui ont esté rapportez.
Aprés avoir cité dans un
autre endroit un paffage de
Saint Juſtin Martir, Diſciple
des Apoftres , qui prouve
aux Juifs qu'ils ne font pas
dans la veritable Religion
predite par le Prophete Malachie
,puis qu'ils nefont pas
repandus par toute la Terre
pour y offrir le vray Sacrifice
, au lieu qu'il n'y a aucune
Nation au Monde où il
ne fe trouve des Chreftiens
qui offrent à Dieu le Sacrifice
de l'Euchariftie , ce qui
fait voir que la Religion des
Vij
236 MERCURE
Chreftiens eft la feule veri
table qui a efté predite par
ce Prophete. C'est encore pat
cette mefme raiſon , pourfuit- il,
que les Peres de l'Eglife ont combatu
les Heretiques & les Schif
matiques. Quoy qu'ils offriffent.
le Sacrifice qui eft offert par toute
la Terre , comme ils estoientfepa
rez de l'Eglife Catholique , its
me pouvoient pas l'offrir par tour.
C'est pourquoy on leur difoit, l'Eglife
eft par tout où font les Herefies
, mais vous n'eftes pas par
tout où elle eft. Il y a une Secte
en Afrique , une autre en Orient,
une autre en Egypte , & une alGALANT.
237
tae en Mefopotamie. Le party de
Donat est en Afrique , mais les
Eunomeens n'y font point , &
L'Eglife Catholique eft avec le
party de Donat. Les Eunomeens
font en Orient , les Donatiftes n'y
font point ; mais l'Eglife Catholi
que eft par tout où ils ne font pas.
L'Eglife eft cét Arbre qui eftend
fes branches par toute la Terre ,
les Heretiques
38
les Schif
matiques font des branches rom
pues qui n'ont plus la vie de la
racine , qui tombent chacune
en fon lieu. L'Eglife Catholique
est donc la feule veritable , qui a e
efté predite par le Prophete Mar
238 MERCURE
lachie , puis qu'elle eft la feule
qui puiffe offrir en tous lieux le
Sacrifice pur digne de Dieu .
Il ajoûte que c'eft la le raifonnement
des Peres contre
les Heretiques , & principalement
contre les Schifmatiques
; que S. Pacien l'a employé
contre les Novatiens ,
S. Jerofine contre les Luciferiens
, S. Optat & S. Auguftin
contre les Donatiftes.
On ne peut avoir trop de fur
prifelors qu'on fait réflexion
fur l'opiniatre aveuglement
des Calviniftes , puis qu'il
paroift par les raifons des
GALANT. 239
Peres de l'Eglife , que les Heretiques
contre qui ils difputoient
, comme les Valentiniens
, les Ariens , les Macedoniens
, les Neftoriens
les Eutychéens , & plufieurs
autres convenoient avec l'Eglife
de la prefence Réelle de
J. C. au S. Sacrement , & de
l'Adoration de l'Euchariſtic
;
de forte qu'il y a fujet de s'é
tonner que dans ces derniers
Siecles il ait pû naiſtre une
Herefie , qui a attaqué une
verité receuë par tous les
Chreftiens du Monde , &
dont l'Eglife dans les pre240
MERCURE
miers Siecles s'eft fervie pour
refuter tant de differentes
fortes d'Herefies . Ce font les
serines que M' l'Abbé Petit
employe fur la fin de fon
Ouvrage , qui eft remply de
raifons fi folides & fi convaincantes
, que cette lectu
re n'eft pas moins utile pour
ramener les Heretiques au
fein de l'Eglife , que pour af
fermir les nouveaux Convertis
dans la veritable Reli
gion .
Le Chapitre Royal de S.
Quentin en Vermandois qui
employetous fes efforts à leconder
3
GALANT 24 !
conder les intentions du
Roy , ayant travaillé depuis
trois ans avec un zele extraordinaire
à ramener à l'E
glife ceux qui en avoient
eſté ſeparez par leur naiſfance
, a veu enfin l'entier fuccez
de fes foins , & pour en
rendre des Actions de graces
à Dieu , il ordonna une Pro-.
ceffion Generale qui fe fit
Lundy dernier , jour de l'Anonciation
de la Vierge.
Tous les Corps , tant Regu
liers que Seculiers s'y trouverent.
M' l'Abbé Gebuys ,
Chanoine de Soiffons , pref
X Mars 1686.
242 MERCURE
cha doctement fur ce Sujet ,
& s'attira beaucoup de
loüanges. On chanta le Te
Deum en Mufique avec des
Prieres pour le Roy. Jamais
Ceremonie ne s'eft paffée a
vec plus de modeftie qu'en
firent paroiftre, tant les nouveaux
Catholiques que les
anciens. Le Chapitre avoit
fait huit jours auparavát une
Ordonnance pour empêcher
les Irreverences qui fe commettent
ordinairement dans
les Eglifes , & il a meſme étably
des perfonnes qui doivent
y furveiller. Ce ChapiGALANT.
243
tre eſt un des plus illuftres
de France,tant pour fon Antiquité
que pour les Droits
de fon Domaine. Ils font Epiſcopaux,
& montent à plus
de cinquante mille écus de
revenu. L'Eglife eft d'une
tres - belle Structure , & a le
tiltre de Profepifcopale . Elle
a efté autrefois le Siege des
Evefques du Vermandois ; il
fut transferé à Noyon par S.
Medard l'an 535. y a foixante-
dix Prebendes , toutes
remplies de Graduez & de
Gentilshommes . M ' de Maupeou
nommé à l'Evefché de
X ij
244 MERCURE
Caftres , fi connu par fon merite
& par ſa naiſſance, en eſt
Doyen , & le Roy en eft premier
Chanoine & Collateur.
Outre ces Prebendes , il y a
plus de cent Chapelles .
Les Lettres de Chancelier
de France en faveur de M ' de
Boucherat , ont efté enregiftrées
au Grand Confeil, comme
elles l'avoient efté au
Parlement quelque temps
auparavant . L'Affemblée étoit
auffi illuftre que nombreufe
, & jamais on ne vit
d'ordres mieux obfervez
pour empefcher la foule exGALANT.
245
-
traordinaire qu'on avoit preveu
, qu'attireroit le defir d'étendre
l'Eloge d'un grand
Homme , & la reputarion
de ceux qui le devoient faire.
Les Lettres furent prefentées
par M le Mailtre de
Ferriere , & il remplit avec
beaucoup d'avantage l'attente
qu'on avoit de luy.
Il fit d'abord une peinture
de la joye univerfelle qui s'é
toit répandue dans tous les
coeurs au moment de l'élevation
de Mr de Boucherat
à la Dignité de Chancelier ,
& de ce qui s'eftoit fait à
X iij
246 MERCURE
cette occafion , & marqua
que toutes ces chofes luy
donnoient la confiance dont
il avoit befoin , pour répondre
à l'attente publique & à
l'éclat de l'action qu'il alloit
faire. Il fit voir enfuite qu'il
ne laiffoit pas d'eftre étonné
par la difficulté qu'il y avoit
de rien ajoûter aux applaudiffemens
de toute la
France , & de loüer un homme
que la loüange du Roy
avoit mis au deffus de toutes
les louanges. Il pourfuivit
en difant qu'il y avoit eu des
Siecles , & qu'il y avoit enGALANT.
247
core aujourd'huy des Etats ,
où les grandes Dignitez ne
font pas des preuves affurées
d'un grad merite. Il expliqua
toutes les voyes injuftes par
lefquelles les hommes trouvoient
quelquefois moyen
d'y parvenir, & dit que le Roy
fçavoit bien nous preferver
deces fortes de malheurs ; que
fes lumieres le garantifoient
de toute prevêtion ; que fa raifon
le defendoit des paffions
d'autruy comme des fiennes ,
que fa puiffance le mettoit
au deffus de la neceffité ; que
fa fageffe déconcertoit les
X iiij
248 MERCURE
fa
intrigues ; que fon authorité
réüniffoit
tous les partis , &
que fa vertu donnoit l'exclufion
à tous les vices ; enforte
que toûjours guidé par
prudence & par l'equité , on
pouvoit dire qu'il eſtoit le
Prince du monde qui fçavoit
le mieux donner des
Emplois aux hommes , & des
hommes
aux Emplois . Il paffa
de la à la mort de M' le
Tellier , & fit voir que c'é
toit une des plus grandes
pertes que nous pouvions ,
faire au dedans du Royau
m , nous qui ne fçavons plus
*
GALANT 249
ce que c'eft que d'en faire au
déhors.Il s'étendit enfuite fur
les qualitez requiſes pour un
parfait Chancelier , & ce
morceau de fon Difcours fut
trouvé fi beau qu'il luy attira
de grands applaud iffemens.
Aprés avoir finy ce Portrait,
il dit qu'il croyoit avoir
fait heureuſement celuy de
M de Boucherat , qu'il ne
doutoit point qu'on ne l'euft
envifagé dans ce Tableau ,
& qu'on ne l'y cuft reconnu ,
ce qui luy donna fujet de
faire un abregé de fa Vie , &
de parler de tous fes Emplois
250 MERCURE
& de fes Anceftres . Cette
peinture ne fut pas moins
vive & moins délicate que
la precedente. Il la finit en
difant qu'eftre Chancelier
de France , ce n'eftoit pas affez
dire, mais qu'eftre Chancelier
de Louis LE GRAND;
mais qu'eftre l'Ouvrage de
fa raifon , l'objet de fon choix
& de fa preference , c'eſtoit
le plus glorieux de tous les
Eloges. Il ajoûta que quand
il parloit de LOUIS LE
GRAND
,
il nommoit un
Prince qui fait plus d'honneur
au Trône que le Trône
GALANT. 251
n'en fait aux autres Rois ; un
Prince qui efface & qui releve
tout à la fois la gloire des
Rois fes Ayeux, leur rendant
de la fienne bien plus qu'il
ne prend de la leur ; un Prince
qui remplit toute la Terre
de l'éclat de fon nom , &
de fes Victoires ; qui comme
Salomon dans fa magnificence
, attire des extremitez
de l'Orient des témoins de
fes merveilles , ou des admirateurs
de fa fageffe , & qui
des
évenemens inoüis ,
denne le plaifir à fes Sujets
de voir fans fortir du Royaupar
252 MERCURE
49
me toutes les Nations de l'U
nivers fe profterner à fes
pieds , ou pour implorer fa
clemence , ou pour fatisfaire
fa juftice , ou pour rendre
hommageà Sa Grandeur ; un
Prince qui fe regardant non
pas comme un Roy , mais
comme le Miniftre du
Royaume de Dieu, confume
toute fa puiffance aux ouvra
ges de pieté , un Prince qui
purge le monde non pas de
Monftres imaginaires , commele
Heros de la Fable; mais
qui aprés avoir aboly les
Duels , étouféle Blafpheme ,
GALANT. 253
reduit l'Impieté à ſe cacher ,
fçait encore fi glorieuſement
triompher de l'Herefie ; un
Prince femblable au Fameux
Conquerant dont il eft parlé
dans le Prophete , que
Dieu appelle fon Paſteur ,
que le Seigneur prend par la
#
main
pour
le conduire
à l'execution
de fes deffeins
, à la
veuë
duquel
les Peuples
font
frappez
d'admiration
, & de
frayeur
, les Portes
des Villes
font
ouvertes
rains
font
mis en fuite
, & le
Peuple
d'Ifraël
fe trouve
delivré
d'une
longue
, & dure
les Souve254
MERCURE
captivité , avec cette difference
que cét Illuftre Roy
de Perfe fervoit un Dieu qu'il
ne connoiffoit pas , & ne bri
fa que les chaifnes materielles
dont le Peuple de Dieu
eftoit accablé , au lieu que
noftre incomparable Mo
narque adore religieufement
ce mefme Dieu qu'il
fait adorer , & par un facré
A
zele qui l'anime , employe
tous fes foins pour rendre la
liberté à des Ames qu'une
Erreur hereditaire retenoit
dans un esclavage d'autant
plus dangereux qu'il eftoit
GALANT. 255
inviſible ; un Prince en
un mot qui conçoit & qui
acheve toutes les grandes
chofes , par cette raiſon ſuperieure
qui l'éleve au def.
fus de tous les autres hommes
, par cette raiſon fuperieure
qui le fait dominer fur
la fortune , qui le rend Maître
des volontez , & qui le
met au deffus de fes propres
Victoires ; enfin par cette
raifon fuperieure qui eft comme
le Sceptre par lequel il
regne fur le Peuple , fur les
Etrangers , & fur luy -mef
me.
256 MERCURE
Mrle Maiſtre conclut delà
, que fous les Loix d'un tel
Souverain, nous devions tout
efperer de M' le Chancelier.
Il entra enfuite dans le détail
de ce qu'il feroit pour la felicité
publique fous les ordres
de Sa Majefté , puiſqu'il
ne le faloit pas feulement
enviſager comme la bouche
qui rend les Oracles du Prince
, mais encore comme
l'oeil de ce mefme Prince
inceffamment appliqué à démefler
tout ce qui fe paffe
dans l'Etar ; puis s'addreffant
à M" du Grand Confeil , il
GALANT. 257
leur dit que dans cette joye
publique perfonne n'en devoit
avoir une plus particuliere
qu'eux , puis qu'entre
toutes les Compagnies Souveraines
, il n'y en a point
qui touche de plus prés à M
le Chancelier. Il ajouta que
quand le Roy donnoit un
Chancelier à toute la France,
il donnoit un Chefau Grand
Confeil , & qu'il eftoit leur
Premier Prefident né ; qu'à
l'égard des autres Compagnies
, on pouvoit ne le re-

garder que comme l'intelli
gence qui les faifoit mou
Mars 1686. Y
258 MERCURE
voir , mais qu'à leur égard if
eftoit l'ame qui les animoit ;
que pour continuer fa comparaiſon
, fi fes grandes &
penibles occupations pour le
fervice du Prince & de l'Etat
, les privoient de l'honneur
de le voir fouvent en
Perfonne à leur , teſte ; il étoit
de luy comme de l'ame
qu'on ne voit point , & qui
ne laiffe pourtant pas de fe
rendre fenfible dans le corps
par les operations qu'elle y
exerce ; que fi M' le Chancelier
ne prefidoit pas actuellement
à leur CompaGALANT
259
gnie , fon efprit prefidoit à
leurs Arreſts , & que ces Arrefts
eftoient toujours formez
avec une telle equité ,
qu'il eftoit aifé de reconoître
qu'ils eftoient les plus
proches de la fource de la
Juftice, & que le mefme Genie
tutelaire des Loix qui les
animoit , les leur infpiroit.
Il finit en ſouhaitant que la
parfaite union d'une fi grande
Ame avec un fi illuftre
Corps duraft long - temps , &
que lesPeuples jouiffent pendant
une longue fuite d'années
de ce don precieux que
Y ij
260 MERCURE
le Roy avoit fait à tout fon
Royaume , qu'ils en pûffent
recueillir tous les fruits dont
les merveilleufes qualitez de
ce grand Miniftre de la Juftice
leur donnoit lieu de fe
flater , & que les voeux de
toute la France fuffent com
blez par une longue & heureufe
vie du Monarque , à
qui le Ciel avoit inſpiré un ſi
digne choix . That dina si
Il feroit inutile de vous
dire que ce Difcours , & fur
tout l'Eloge qu'il renferme
du Roy , fut extremement
applaudy , puiſque vous
a
GALANT. 261
l'avez deu connoiftre par
les morceaux que je viens
de vous en rapporter, autant
que ma memoire me les a
fournis. Les Ouvrages des
Perfonnes de qualité ont un
certain tour & un caractere
noble qui les diftingue des
autres , & qui ne pouvoir
manquer à M le Maiftre . Sa
naillance vous eft connue ;
je vous en parlay il y a quel
ques mois affez amplement
dans une de mes Lettres , &
des Emplois qu'ont poffedé
fes Anceftres. Il s'eft mis en
eſtat de les ſurpaſſer , & de
262 MERCURE
meriter les plus haures Char
ges de la Robe , puifque depuis
vingt cinq ans il fait
briller fon efprit dans le Bareau
, & la parfaite connoiffance
qu'il a des Loix.
Mr Enjorant, Avocat General
au Grand Confeil , parla
aprés M' le Maiſtre , & dit
que c'eftoit le propre de la
Juftice d'eftre fatisfaite d'elle-
mefme, & que Mile Chancelier
eftant au deffus des E
loges , il luy importoit peu
d'en recevoir , puifque fa
gloire eftoit trop bien établie
pour tirer aucun éclat
GALANT. 263
des louanges qu'on luy pour
roit donner ; mais que fi elles
ne pouvoient rien ajoûter
à fa gloire , on ne devoit
laiffer de faire le détail pas
de fes Vertus
› parce qu'il
feroit utile au public
, & pourroit
fervir d'exemple
à plufieurs.
Il prit de la occafion
de s'étendre
fur la juftice
que le Roy avoit fait paroître
dans fon choix , & dit
que fi le Prince
honoroit
celuy
qu'il choififfoit
pour
les grands
Emplois
, il eftoit
auff honoré
par les applaudiffemens
que l'equité
de fon
264 MERCURE
choix faifoit retentir par
tout. Il fit voir enfuite que
toute la puiffance Royale ne
produifoit rien fans la Sagef
fe neceffaire dans toutes les
actions des Rois , ce qui luy
donna lieu de faire la peinture
d'une puiffante Armée ,
mais fans
mouvement &
qui n'en reçoit que de la
tefte du Prince , qui la fait
agir felon fa fageffe , & il a
jouta qu'alors le hazard & la
fortune n'avoient point de
part à ce que cette Armée
faifoit de grand pour les avantages
du Prince & de l'E.
>
tat ,
GALANT. 265
le Prince luy
tat , mais que
feul en avoit toute la gloire.
Il fit l'Eloge de feu M² le
Tellier , & de fon innocente
profperité , & dit qu'on ne
pouvoit pas accufer le Siecle
d'eftre avare de grands Hommes,
puifqu'il avoitdonné ces
deux Chanceliers à la France.
Aprés cét Eloge , qui fut
vif , touchant , & fort applaudy
, il parla de tous les
Emplois de M' de Boucherat
, & de ce qu'il avoit fait
dans chacun de digne d'eftre
confervé à la Pofterité. Il fit
connoiftre que ce grand Ma
Mars 1686.
Z
266 MERCURE
giftrat avoit eu en de certaines
rencontres toute la fermeté
d'un homme intrépide
, & avoit diffipé des Rebellions
en s'expofant contre
des Mutins . Il n'oublia rien
du grand merite de fes Anceftres
, qui avoient efté appellez
aux Emplois de la
Robe fans qu'ils les euffent
recherchez
, & finit par une
peinture de ce qu'on devoit
efperer de M' de Boucherat
dans la Charge de Chancelier
, aprés ce que fes Predeceffeurs
& luy avoient fait
de grand. Il conclut à l'EnGALANT.
267
O. regiſtrement ; on alla aux Ó.
pinions , & les Lettres furent
enregiſtrées. Elles l'ont eſté
auffi à la Cour des Aydes ,
mais je remets à vous en parler
dans ma premiere Lettre,
auffi- bien que du Service
que Mr le Controleur General
fit faire le 22. de ce mois
pour feu M' le Tellier , dans
l'Eglife de l'HoftelRoyal des
Invalides.M l'Abbé Flechier .
nommé à l'Evefché de Lavaur
y fit admirer fon éloquence.
Il n'y a rien en cela
de furprenant , ces grands
fuccez luy font ordinaires ,
Zij
268 MERCURE
Meffire Jacques Sachot
Docteur en Theologie de la
Maiſon & Societé de Sorbonne
, Curé de l'Eglife Pa
roiffiale de S. Gervais , eft
mort depuis peu de jours . Il
avoit beaucoup d'exactitude
à remplir tous fes devoirs ,
& faifoit fur tout paroiſtre
un zele extraordinaire à exhorter
les Mourans . La Cure
de S. Gervais , avec quatre
autres des principales de
Paris, dépend de l'Abbaye du
Bec , & M, Colbert Coadjuteur
de Rouen qui en eſt
Abbé , l'a conferée à M¹ Feu,
GALANT. 269
Docteur en Theologie . C'eft
un tres- digne Sujet.
La premiere Enigme du
dernier mois a efté expliquée
fur le Bonnet qui en eft le
vray fens, par Mrs la Tronche
& P. Carrier de Roüen ;
Hoftone Maiftre Chirur
gien ; G.F. Lourdet, du quartier
de la Place Maubert ;
L'Amant de la Belle , de la
Ville de Paris ; le Serviteur
de la petite Brunette , & de
fes deux aimables Compagnès
; le gros Bouza du
Moufquetaire de la rue Saint
Honoré , la Belle Brune de
Z iij
270 MERCURE
l'Arfenal , & la plus jeune des
Graces de la rue de la Cof
fonnerie.
La plus fpirituelle d'Etampes
; Hermophile du Hoc , du
Havre de Grace , & Verité
le Fils marié trois fois à la
mefine perfonne , ont trouvé
le vray fens de la feconde,
qui eftoit le mot du Ġuet .
Ceux qui ont expliqué
toutes les deux , font M" Vignier
; la Quille de la ruë
Beaubourg , Commiſſionnaire
des Princes & Princeffes
d'Allemagne , le Chanoine
Taf, le Maiftre Clerc EfpaGALANT.
27
gnol de la Barriere des Sergens
de la rue S. Honoré ;
I'Infortuné Nodo ; l'Incomparable
Mitis ; Alcidor ; Gyges
; Silvie ; la Belle Nourriture
; la Petite Affemblée G.
& la Petite Affemblée A. du
Havre .
Je vous envoye deux Enig .
mes nouvelles. La premiere
m'a efté envoyée fous le nom
de M'l'Abbé Car du Pont de
Bois ; l'autre eft de Mr Rault
de Rouen.
31 .
Z iiij
272 MERCURE
22222222 222225222
ENIGME.
J
E fuis une production
où l' Artfait briller la Nature,
Si fier de mon extraction
Queje ne fouffre aucune injure ;
Carfouventje n'enpuis fouffrir
Sans eftre reduit à perir.
Juges de ma delicateffe ;
Cependant quoy queje fois tel,
Tout le monde à l'envy s'empreffe
A me dreffer chaque jour un Autel.
Mon origine est noble & pure.
Ie change de couleur fans changer de
nature >
Et comme je touche le coeur
Par le foin que js prens d'offrir ce qui
doit plaire ,
GALANT. 273
Chocun fi fort me confidere,
Qu'il gronde enfe plaignantſouvent
de mon malheur.
Mais on fait plus encore ; on me flate ,
I
on me touche
Et je me fais fibien priſer ,
Qu'il n'eft point de fi belle bouche
Qui quelquefois ne cherche à me
baifer.
AUTRE ENIGME.
E fuis Fille d'un Pere aiméde tout
le monde ;
De ma Mere je fors d'une étrange
façon ;
Ie paffe par lefeu , par l'eau , par
la
prifon,
274 MERCURE
Et femblable à Niobe , en pleurs je
fuis feconde.
36
Mon Pere a l'efprit vif, c'est ainsi
que je l'ay.
Et fi quelquefois je m'échape,
Il est bien fin qui me ratrape ,
Mais onme tient captive en tous lieux
où je vay.
Soit quej'aille fur Mer, foit que j'aille
fur terre,
On trouve du fecours en moy ,
Et jefuis mefme en mon employ
Neceffaire en la Paix , neceffaire en la
Guerre.
Mais fur tout admirez mon mervei !.
leux pouvoir ;
D'un gueux je fais un riche, & change's
un autre enbefte,
GALANT. 275
A celuy- cy je mets des cornes en la
tefte,
vantage ,
Si par buy nous eftions
le bel âges
+fi
ne
22
u
.u-
ONY
'nt.
da274
MERCURE
E femblable à Niobe , en pleurs je
rande
.
Ma
Soit
N
HII ..
dis un riche , & change
un autre enbefte,
GALANT. 275
A celuy- cy je mets des cornes en la
refte,
Et ce que Circé fit , je le fais auſſi
voir.
Voicy un fecond Air nouveau
, dans lequel vous ne
trouverez pas moins de beautez
que dans le premier.
AIR NOUVEAU.
B
Elle & jeune Saifon, ton retour
eft charmant ,
Et chacun le defire avec empressement .
Nous le fouhaiterions encor bien davantage
,
Si par buy nous estions toûjours dans
lebelâges
276 MERCURE
Mais par malheur à force de Prin
temps ,
Nous nous trouvons enfin dans l'hyver
de nos ans .
J'ay veu des Lettres de
Conftantinople , qui marquent
que M ' Girardin , Ambaffadeur
de France , eftoit
heureuſement arrivé au Port
de cette Ville - là l'onziéme
de Janvier. Le lendemoin il
defcendit du Vaiſſeau , & alla
prendre poffeffion du Palais.
Il fut falué de toute l'Artillerie
des trois Vaiffeaux du
Roy qui l'avoient accompa
gné. Un Canonnier ayant
GALANT . 277.
oublié d'ofter un boulet d'un
Canon , il arriva malheureufement
que ce boulet tua un
Juif, & endommagea quel-

ques maiſons . Cet accident
n'eut aucune fuite . Le Caimacan
qui en fut informé
fur l'heure , envoya dire à
M l'Ambaffadeur
qu'il ne
s'en mift point en peine , &
qu'il fe chargeoit de cette
affaire. Le 13. Mr l'Ambaffadeur
fit affembler toute la
Nation Françoife , & déclara
à tous ceux de la Religion
Prétenduë Reformée , qu'il
leur donnoit quatre mois
278 MERCURE
pour fe determiner à ſe convertir
, ou à retourner en
France. Le 14. il alla vifiter
la fameuſe Egliſe de Sainte
Sophie , aujourd'huy la principale
Moſquée du Grand
Seigneur , & plus de deux
cens perfonnes de Nations
differentes y entrerent avec
luy.
On nous apprend par les
mefmes Lettres que l'Eglife
de S. Benoift , d'un ancien
Monaftere Benedictin , ſitué
dans la Ville de Galata , la
feule des anciennes Eglifes
Latines , toutes les autres
GALANT. 279
ayant eſté confumées par les
incendies paffez , ou détruites
par les Turcs , fut brûlée
le 9. Novembre dernier , par
un Cierge mal éteint qui y
mit le feu, en forte qu'il n'en
refta que les murailles. La
maifon des Peres Jefuites ,
qui deffervoient cette Eglife
, n'en fut point endommagée
, non plus que le voifinage
. Celuy qui a efté nommé
par le Roy Agent pour
la Nation Françoiſe aprés la
mort de Mr de Guilleragues ,
en écrivit auffi- toft au Grand
Vifir , pour obtenir permif280
MERCURE
fion de la rebaſtir ; ce qui
luy fut accordé le 14. de Decembre
par un Commandement
autentique du Grand
Seigneur.
Il court un Alphabet plein
d'Inftructions utiles, dont on
m'a donné une copie.Je vous
l'envoye. C'eſt l'Ouvrage
d'un Paſteur zelé pour fes
Quailles nouvellement req
couvrées . Il eft de Mr Hamel
, Curé de Moüy , Diocefe
de Beauvais .
GALANT. 281
L'ALPHABET
Des Nouveaux Convertis à
la Foy de l'Eglife
A
Romaine.
Dorez J. C. réellement
contenu fous les Efpeces du
Pain & du Vin dans l'Eglife
•Catholique.
Beuvez fon Sang en mangeant
fon Corps fous la feule
Efpece du Pain , fans defirer l'ufage
de la Coupe , qui n'est neceffaire
qu'au Sacrifice .
Confeffez vos pechez à l'oreille
des Preftres ; faites les Peni
Mars 1686.
A a
282 MERCURE
tences qu'ils vous enjoindront pour
yfatisfaire , & fervez- vous des
Indulgences de l'Eglife , pour vous
acquiter plus promptement envers
Dieu .
Dépouillez- vous de tour ref
pect humain , & de tous les fentimens
de la Chair & du Sang ,
pour n'écouter que la feule Verité.
Expliquez l'Ecriture Saintë (elon
l'esprit des Saints Peres &
Docteurs de l'Eglife , & non
pas par vos lumieres particulieres.
Faites grand état de toutes les
Ceremonies de l'Eglife Romaine ,
GALANT. 283
dont vous trouverez l'explication
myſterieufe dans un grand nombre
de Livres , compofez pour
cela.
Gardez toutes les Ordonnances.
de fes Conciles Generaux , &
principalement de celuy de Trente.
Honorez tous les Saints qu'elle
reconnoift comme tels , avec leurs
Reliques & leurs Images.
Implorez leur credit auprés de
Dieu , & pour meriter leur protection
imitez leurs Vertus .
Lifez leurs Vies avec respect
avec intention d'en profiter ,
auffi bien que les autres Livres
de Pieté.
A a ij
284 MERCURE
1
Mortifiez votre chair en gardant
les feufnes du Caresme , des
Vigiles Quatre- temps , &
l'abftinence des Vendredis & Sa
medis de l'année .
Nourriez vos Ames du Pain
de la Parole de Dieu , & de
l'Oraiſon , pour vous convaincre
des Veritez que vous avez ignorées
jufqu'à prefent .
Oubliez les vieilles querelles
que vous avez euës cy - devant
avec l'Eglife Romaine , qui comme
une bonne Mere vous tend les
bras , pour vous recevoir avec
amour au nombre de fes Enfans ,
nonobstant vos égaremens paffez.
GALANT. 28€
Purifiez- vous autant que vous
pourrez en cette vie , & croyez
qu'ily a un Purgatoire en l'autre ,
pour achever de vous rendre di
gnes du Royaume des Cieux , où
rien de fouillé ne peut entrer.
Quittez genereufement vos
Amis , qui ne vou- Parens
dront pas rentrer comme vous au
giron de la veritable Eglife .
Reconnoiffez noftre Saint Pere
le Pape pour le Vicaire de J. C.
en Terre, le Succeffeur de S. Pier
re , & le Chefvifible & univerfel
de l'Eglife militante.
Soumettez- vous avec joye à
fon obeiffance , comme de bons
286 MERCURE
Enfans à l'égard de leur veritaï
ble Pere.
Travaillez fortement en la
pratique des bonnes oeuvres ,fans
lefquelles la Foy eft morte , comme
dit S. Jacques , & ne peutpas
fuffire pour nousfauver.
Veillez priez , de peurque
yous n'entriez dans la tentation
de retourner à vos premieres Erreurs
, &de vous perdre éternellement
avec vos Peres qui les ont
fuivies.
Vous aurez entendu parler
de la Cavalcade de trente
Seigneurs & de trente Dames
, qui fe doit faire à VerGALANT.
287
failles un peu aprés les Festes
de Pafques. C'est le fort qui
a donné à chaque Chevalier
la Dame qu'il doit conduire
, & qui a pareillement décidé
du rang de la Marche, à
l'exception des Chefs & de
leurs Dames , qui font Monfeigneur
le Dauphin , & Madame
la Ducheffe de Bourbon
; Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon. Voicy les noms
des autres felon les Billets
qui leur font écheus . Le nom
de chaque Dame eft avec
celuy de fon Chevalier.
288 MERCURE
QUADRILLE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MONSEIGNEUR.
MADAME LA DUCHESSE
DE BOURBON.
M ' le Marquis de Bellefons .
Mademoifelle de Humieres .
Mr le Chevalier Colbert .
Mademoiselle Defemeac:
Mr le Duc de la Trimoüille.
Mademoiselle de Iarnac.
Mr le Duc de la Meilleraye .
Mademoiselle de Gramont.
M, le Marquis de Rochefort.
Madame d'Alegre.
Με
GALANT. 289
Mr le Comte de Brionne .
Mademoiselle de Viantais .
Mr le Comte de Duras.
Mademoiselle d'Alerac.
Mile Comte de Nogent .
Madame de Vaffe.
M' le Marquis de Villequier.
Mademoiselle de Piennes .
Mr le Comte de Mailly.
Madame de Bellefons.
M le Marquis de Plumartin .
Madame de Chaftillon.
M ' le Duc de Vandofme.
Mademoiselle de Rambures.
Mr le Comte du Bourg.
Madame de Choifeüil.
Mrle Comte de Blanfac.
Mademoiselle de Sanfay.
Mars 1686. Bb
290 MERCURE
55555225255ZZZSZŚ
QUADRILLE
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON.
MONSIEUR LE DUC DE BOURBON.
MADEMOISELLE DE BOVRBON.
Mr le Marquis de Polignac .
Modemoiselle de la Rochealard.
Mr le Marquis de Crequi.
Mademoifelle de Pomy.
Mr le Prince de Rohan.
Mademoiſelle de Senneterre.
Mr le Grand Prieur.
Madame de Mortemart.
Mr le Marquis de Nefle .
Madame de la Fare,
GALANT. 291

Mr le Marquis d'Antin .
Mademoifelle de Sinteran.
Mrle Comte de Coffé.
Mademoiselle de Hautefort.
Mile Comte de Cruffol.
Mademoiselle Doré.
Mr le Prince Camille.
Mademoiſelle de Croiffy.
Mr le Comte de Rouffy.
Mademoiſelle d'Uzes.
Mrle Marquis de la Châtre .
·Mademoiselle a Eftrées.
Mr le Marquis de Chamarante .
Madame de Leveſtein.
Mr le Prince de Tingry.
Madame d'Urfé.
Mr le Marquis de Nangis.
Mademoiselle de l'illemarie.
M' le Duc de S. Aignan
· eſt ſeul
Marefchal de Camp,
Bb ij
292 MERCURE
& Juge des Courſes . Il n'y
aura point d'autres Officiers
Generaux ny de Marefchaux
de France pour juger , comme
il y en eut dans le Caroufel
de l'année derniere .
M' le Comte de Quelus
a épousé Mademoiſelle de
Murcé , Niepce de Madame
de Maintenon à la mode de
Bretagne. Flle eft Fille de
M' Villette , dont je vous ay
parlé dans plufieurs de mes
Lettres , & fur tout depuis
deux ou trois mois , dans le
temps qu'il a abjuré la Religion
Pretendue Reformée .
GALANT. 293
Mr le Comte de Quelus eft
celuy qui eftoit de la Quadrille
des Zegris dans le dernier
Carouſel. Je vous dis alors
, qu'il eftoit Fils d'Henry
de Tubieres de Peftelt &
de Leri , Comte de Quelus
en Roüergue , & de Claude
de Fabert , Fille du Marefchal
de ce nom.
Vous avez fceu par les nouvelles
publiques que Dona
Maria Virginia Altiery, Niece
de Clement X. a pris depuis
peu de temps l'Habit
de Religieufe dans le Monaftere
di Torre di Specchio , &
Bb iij
294 MERCURE
que M' le Cardinal Altieri
fit la Ceremonie
de luy don
ner le Voile. Cette nouvelle
eft venue icy avec une circonftance
fort particuliere
.
Aprés qu'on fut forty de l'E
glife , toutes les Religieufes
de cette Maiſon, au nombre
de deux cens , furent traitées
magnifiquement
à Diſner ,
& à la fin du Repas , on apporta
fur la table nn grand
Baffin , où eftoit un Arbre
chargé de fruits , le tout
d'argent. Chaque Religieufe
eut ordre d'en cueillir un,
& elle y trouva un preſent
de fept Piaftres .
GALANT 295
Je viens d'apprendre que
Dame Françoiſe de Puy- du-
Fou eft morte le 20 de ce
mois . Elle eftoit Veuve de
Meffire Hilaire Marquis de
Laval- Lezan , Chef du Nom
& Armes de Laval .
7

Meffire Urfin Durand eft
mort auffi depuis peu de
jours. Il eftoit Confeiller de
la Grand' Chambre . Mr Brodeau
est monté à ſa place.
Il y a quelques années que
je vous appris une petite
merveille arrivée à Bar fur
Seine . C'eftoit un oeuf de
Poule fur lequel la Nature a-
Bb iiij
296 MERCURE
voit marqué en relief l'Image
du Soleil . Il en a paru une
autre dans la meſme Ville ,
fur la fin du mois paffé . C'eſt
un Agneau qui a deux corps,
avec une ſeule teſte , où font
trois oreilles , une fur la nu
que du col , & les deux autres
aux places ordinaires .
Ces deux Corps ont chacun
leur dos , leur échine , leur
queue , & leurs
quatre jambes
; mais ils font joints par
la poitrine & par le ventre ,
& enfermez fous une mefme
peau juſqu'au nombril . Ils avoient
pourtant chacun leur
GALANT. 297
coeur & leurs autres parties
nobles. Depuis le nombril ,
ces Corps accollez ſe ſeparent
, ont leur peau particuliere
, & font mefme de dif
ferent Sexe . La Bergere que
le hazard fit trouver à la naiffance
de ce petit Monſtre ,
en cut fi grande peur , qu'elle
le jetta contre la muraille
de l'Eftable , & le tua. La
Brebis qui l'a produit n'avoit
jamais fait d'Agneaux , mais
elle vient d'une mere qui en
faifoit toûjours deux de chaque
portée. M de Vienne
de Plancy à qui on en a fait
298 MERCURE
prefent , l'à envoyé à Troyes,
à M Quinot , pour avoir
place dans fon Cabinet de
Curiofitez , où l'on peut
voir .
le
Il eſt quelquefois de nos
avantages qu'on ne tienne
pas ce qu'on nous promet.
Ce que je vay vous conter
en eft une preuve. Un jeune.
Cavalier en reputation d'honefte
homme , & qui l'eftoit
en effet , ayant des raisons
l'obligeoient à fe marier,
jetta les yeux fur une Veuve
fort riche , mais qui paroiffoit
tout au moins Sexage
qui
GALANT. 299
naire. Comme il eftoit fort
bien fait , il n'eut pas de pei
ne à toucher fon coeur , & l
mariage fut prefque auffi to!
conclu , à condition que l'e
employeroit dans le Cóntract
, qu'elle feroit ce que
fon premier Mary luy avoit
toûjours permis de faire, c'ef
à dire qu'elle recevroit,paye
roit , & auroit la Clef du Cabinet
où feroit l'argent. Le
Cavalier confentit à tout , &
ſe maria . Le lendemain il luy
demanda fort civilement la
clefde fon Cabinet. Elle crut
qu'il vouloit rire , & fes longs
300 MERCURE
refus ayant obligé le Cavalier
à luy faire entendre dans
les termes les plus honneſtes
qu'il put choifir , qu'il ne l'a
voit épousée ny pour ſa beauté
ny pour fa jeuneffe , mais
pour eftre maiftre de l'argent
, elle fut contrainte d'abandonner
fon tréfor . Il l'af
feura , lors qu'il eut la clefdu
Cabinet , qu'il en uferoit
d'une maniere dont elle auroit
lieu d'eftre contente . Il
luy achepta de plus beaux
Chevaux que ceux qu'elle avoit
, & luy fit avoir toutes
les chofes qu'elle s'épargnoir
GALANT. 301
par avarice. Ce procedé continue.
Il luy donne de l'argent
, luy entretient bonne
table , fait mettre tous les
matins un bouquet fur ſa
Toilette , l'exempte du foin
de recevoir & de compter avec
des Fermiers , & luy dit
toûjours qu'eſtant délivrée
de ces fortes d'embarras, elle
goûtera mieux les douceurs
qui accompagnent une vie
tranquille,& par confequent
vivra plus long-temps . Elle
a reconnu que ce party étoit
le meilleur pour elle , & ils
vivent fort fatisfaits l'un de
l'autre.
302 MERCURE
Il a paru un Ecrit, qui eft
tres-utile , non feulement
pour faire connoiftre aux
Proteftans qu'ils font dans
l'Erreur , mais encore pour
affermir les nouveaux Convertis
dans la veritable Religion.
Ila pour Titre , Réponse
fraternelle au nom des nouveaux
Catholiques de France ,
Lettre prétendue Paftorale, attri
buée au Miniftre Claude. J'ay
appris que cette Réponſe eft
JCM l'Abbé Huvet de Lyon,
qui a fervy prés de treize ans
de Secretaire d'Ambaffade à
Rome , fous Mr le Duc d'Eà
une
GALANT. 303
ftrées. L'eftime qu'il s'eft
acquife dans cet Employ ,
confirmée par les
témoignages
autentiques que ce Duc
en a rendus , aufſi- bien que
Mile Cardinal d'Eftrées, fon
Frere , tous deux infiniment
éclairez , eft une preuve af
feurée de fon merite . Il réfute
folidement , & par les
Paffages de l'Ecriture, les raifonnemens
de la Lettre pretenduë
Paftorale , & vous
trouverez en la lifant , que
fans s'embaraffer dans aucun
Article controverſé , il s'eſt
renfermé uniquement en ce
304 MERCURE
qui regarde le Schifme , &
fon injuftice. Par exemple ,
il fe fert du Paffage de S.
Paul , Qu'il faut croire de coeur
à Justice , & confeffer de bouche
à Salut , pour prouver que
l'Eglife Catholique poffedant
tous les Articles fondamentaux
& les Veritez capitales
, rien n'avoit efté plus
injufte que la feparation , &
qu'au contraire rien n'eftoit
plus jufte que la réünion qui
s'eftoit faite. En effet , dans
le feul developement de ce
Paffage de S. Paul , au fens
propre & litteral de l'ApoGALANT
305
ftre , que l'Auteur de la Lettre
Paftorale a détourné à un
fens tres-faux , pretendant
montrer que les nouveaux
Catholiqués ont renié J. C.
Mr l'Abbé Huvet fait voir
clairement que l'Eglife Catholique
à laquelle ils font
revenus , par le Symbole de
la Foy qui s'y rencontre tout
entier , poffede tout ce qu'il
faut pour eftre la veritable
Eglife , de laquelle on ne devoit
point fe feparer , & à
laquelle on devoit par confequent
revenir ; qu'ainfi ils
ont confeffé veritablement
Mars 1686. Cc
306 MERCURE
?
J. C. par cette réunion en
fuivant fon Efprit , qui eft
d'unir enſemble par le lien
de la paix , c'eſt à dire , la
Charité , tous ceux qui le
confeffent , ce qu'il confir
me par d'autres Paffages tirez
du mefme Apoftre . Il fe
fert auffi de ce Paffage pour
combatre en paffant la fauſſe
idée de juftification
parmy
les Proteftans , & détruit tou
tes les prerenduës illufions
que cet Auteur a imputées
aux nouveaux Catholiques ,
autant qu'il le peut , par les
propres termes de l'EcriGALANT.
307
ture. Il n'applique aucune
I parole des Peres , qui ne
fe rapporte à cette mefme
Ecriture , dont il fait regner
l'efprit & le langage par
tout ; & il finit aprés avoir
ruiné tout ce que ce mefme
Auteur a dit contre la réünion
, par un Siſtême de l'amour
de Dieu, qui par fa feule
oppofition renverſe celuy
de predeftination des Proteftans
, & il le tire purement
de l'Ecriture. Il n'oublie
pas
de louer le Roy , mais naturellement,
& par des endroits
qui viennent de la matiere ,
Ccij
308 MERCURE
outre le beau Paffage de S.
Auguſtin , qui eſt au frontifpice
de l'Ouvrage , & qui
donne une idée Chreftienne
de l'employ que noſtre Augufte
Monarque fait de fa
puiflance Royale pour la réünion
dont on luy eft redevable.
Voicy la traduction
de ce Paffage de S. Auguftin.
Qui refufe d'obeir à la Verité,c'eft
à dire , au coeur d'un Dieu parlant
par
le coeur d'un grand Roy ,
pour réunir fes Enfans divifez ,
n'eft pas feulement criminel devant
les hommes , mais ne sçauroit
eftre innocent devant Dieu.
GALANT. 309
En effet , lors que les Rois , qui
font les Miniftres de Dieu pour
le bien , en ordonnent un auffi
grand que cette réunion , ce ne
font pas proprement eux qui commandent
, mais fefus - Chriſt, puis
qu'ils ne commandent que ce que
Jefus-Chrift commande luy mef
me.
Je ne fçaurois mieux finir
ma Lettre , que par un Article
qui doit répandre une
joye generale dans toute la
France. Le vingt- cinquiémé
de ce mois , jour de l'Anontiation
de la Vierge , Madame
la Dauphine eftant à la
316 MERCURE
Meffe , y fentit remuer pour
la premiere fois , l'Augufte
Enfant demandé au Ciel par
nos fouhaits , puis que nous
ne pouvons avoir trop de
Princes d'un Sang fi fecond
en miracles. On peut dire
que le premier mouvement
de fa Vie a efté un acte d'adoration
, & qu'en imitant
S. Jean Baptifte , ila fait écla
ter fa joye dés qu'il s'eft vû
en preſence du Sauveur du
Monde. En effet , il femble
qu'en commençant à refpirer
, il ait applaudy par ce
mouvement à ce que le Roy
GALANT. 311
fait en faveur de la Religion
Catholique , & qu'il ait voulu
faire connoiftre qu'il fe
prepare à employer tous
ceux de fa vie pour la gloire
& pour la défenſe des Autels,
puis que le premier qui a
marqué qu'il refpiroit , s'eft
fait fentir dans le vray Temple
de Dieu . Le Siecle à venir
fera témoin de ce qu'il fera
un jour de digne de fa Naiffance.
L'Augufte Sang dont
il est formé nous rend affez
heureux pour nous empef
cher de porter envie au bonheur
de ceux qui verront ces
312 MERCURE
grandes chofes . Contentonsnous
aujourd'huy de la plei
ne joye que ce mouvement
l'entiere cernous
donne par
titude que nous recevons de
la Groffeffe de Madame la
Dauphine , dont jufque - là
on avoit lieu de douter.
Ce qui s'eft paffé à l'occafion
de la Statuë dreffée au
Roy par M' le Maréchal Duc
de Feuillade , demandant un
long détail, je remets au mois
prochain à vous en faire une
relation exacte , & fuis , Madame,
voftre , &c.
A Paris , ce 31.Mars 1686. ||
AVIS
ZZSSSESSESSS SESS
AVIS ET CATALOGYE
des Livres qui fe vendent chex
la Veuve Blageart , Court Newve
du Palais , au Dauphin.
REC
Echerches curieufes d'Antiquité ,
contenues en plufieurs Differtations
, fur des Médailles , Bas -reliefs ,
Statues , Mofaiques , & Inferiptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4. 71.
Heures en Vers , par feu M¹ de Corneille,
301
Sentimens fur les Lettres & fur 1Hi
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indonze. S
Lettres diverfes de M. le Chevalier
30 f.
30 f
30

Nouveaux Dialogues des Morts
d'Her. Indonze.
Premiere Partie . Indonze .
Morts. Indouze.
Mars 1686.
Seconde Partie des Dialogues des
301
Dd
Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des
Morts, f30f.
La Ducheffe d'Eftramene. Deux
Volumes in douze.
401.
30 f.
f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze. 20 f.
Académie Galante, I. Partie,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Viziş ,
Hiftoire contenant fon élevation fes
amours dans le Serrail , fes divers em
plois, & le vray fuj et qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
mort, 30 f.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze,
L'Illuftre Génoife , in douxe,
Le Serafkier, in douze ,
Fables Nouvelles en Vers,
3 L
razo L
30
f
30f
201.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30 f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'est
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 39f
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze. Y
La Devinereffe , Comedie.
Artaxerce, avec la Critique.
La Comete, Comedie..
30 L..
15.f.
15f.
10 f
Coverfrons de M. Gilly & Courdil . 20f.
Cent quarante - huit Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paflé à la Ceremonie da
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois.
Le Mariage de Monfeigneur le Danphin
avec la Princelle Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere..
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
... Deux Relations des Réjoüiffances
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement jufqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eft
paffé au Carroufel qui s'eft fait à Vers
failles par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui reprefentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant-Court de Verfailles ; La
Comparfe ; L'Ordre des Chevaliers
de leur Suite pendant les Courſes;
L'Ordre de Bataille des deux Quadrilles
pour fortir de la Carriere . 45 f.
L'Hiftoire des Troubles de Hongrie,
tris Volumes in donze.. 4.1. 10.f.
Difcours
Satyriques
& Moraux
, our
Satyres
generales
, in douze
.
1. l. Traité
de la Tranfpiration
des hu
meurs
qui font les caules
des Maladies
,
ou la Méthode
de guérir
les Malades
,
fans
le trifte
fecours
de la fréquente
faignée
, Difcours
Philofophique
. 30f
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le