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1686, 02 (partie 2)
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CJLANrh~~
A PARIS,
'Chz G.DE LUYNE,au Palais, dtns1f
Salledes Merciers, à la Justice.
Chez la Veuve C.BLAGEART, Court
Neuve du Palais AU DAUPHIN.
EtT. GIRARD, auPalais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DV ROr.

A MADAME
DE ********
ADAME,
On n'a jamais vu d'Epitre
de lanaturedecelle
que j'ose vous presenter,
ou l'Autheur n'ait emErITXE.
ployé tout son art & toute
son éloquence pour élever
son Héros ou son
Heroïne; Et lors que ces
fortes de Panegyriques
ont paru défectueux, on n'adûl'imputer qu'à la
sterilitéde lamatiere, ou
au peu d'art de celuy qui
n'a pu la fairebriller. Le
ccoonnttrraaIirree0m1'aarrrrIivveeaauUjJoouurr--
d'huy
?
& jamais champ
vaste&£sertille n'a offert
une plus ample moisson.
Ilfaut cependant que je
cherche des couleurs qui
EPITRE.
obscurcissent un merite
éclatant, &£ que je mette
un voile épais sur les
vertus de mon Héroïne,
afin de la cacher, s'il se
peut, a cllc-nlcfrnc" sa
modestie luy faisantappréhender
,
jusques aux
Eloges qui ne feroient
connus que d'Elle feule.
Mais, MADAME, sçavez-
vous qu'en vous declarant
ennemie des loüages)
vous en devenez encoreplus
digne? Il est malaisé
de les arrester
,
lors
<
EPI T R È.
que toutes nos actions,
nous en attirent. On a
beau les fuir, les mépriser
& engager au silence
ceux dont on pourroit en
recevoir.Comme on en
merite alors davantage,
il s'en forme comme un
torrent, quigrolïîtàforoe
d'estreretenu, & quise
fait jour par tant d'endroits,
qu'on ne peut luy
fermer tous les passages,
paroùil trouve à s'épancher.
Voulez-vous, MADAME,
n'estreplusLoüée,.
EPI T R E.
meritez de l'estre moins
mais si vous ne pouvez
cesser d'estre parfaire,
croyez-vous qu'il ne fuit
pas injuste de vous dérober
les glorieux tributs
qu'exige un mérité generalement
applaudy? Cependant)
lorsque vous en
paroissez alarmée,nepour
rois-je point, pour obéir à
voftrc modestie
,
& vous
donner en mesme temps
les Eloges que vous refusez,
suivre l'exemple d'un
Ancien) quin'osant reveE
P1T R E.
1erun secret,&ne le pouvant
taire, le dit dans un
trou? La terre produisit
dans le mesme lieu un
grand nombre de Roseaux,
qui estant pouffez
par les vents les uns contre
les autres, repcterent
le secret que l'onavoit enterré.
Parler de vous,MADAME,
sans vous nommet
, ne feroit-cepoint
marcher sur les traces de
cet Ancien? Et Serois- je
plus coupable que luyy
lorsque laRenommée imiEPITRE.
tant les vents qui firent
parler les Roseaux,découvriroit
ce qui mérité d'estre
exposé au plus grand
jour? Quoy quema faute
fust pardonnable, je n'os
toutefoisque passer legerement,
sur ce qui pourroit
fairelesujet d'un Panégyriqueentier,
&jene
dis qu'en tremblant, que
jamais laFortune ne s'est
attachée auprès de personne
qui ait regardé d'un
oeilplusindiffèrent la foule
d'adorateurs
3 ou plûEPITRE,
tost de flareurs qu'elle
traisne toujours apréselle;
que vous avez sceu triompher
de tout vostreesprit;
que vous l'avezempesché
de faire éclater l'orgueil
légitimé,qu'ilestoit en
droit de faireparoistre, 84
qu'au milieu de la plus
pompeuse Cour dela Terre
, vous cachez une vie
retirée sous quelques dehors,
qucla prudence vous
oblige de donner à l'éclat
du lieu où vous estes.Mais
MADAME
, vous avez
EPITRE.
beau vouloir dérober à
mostre veuë ce qui vous
doit attirer les louanges
que vous fuyez avec tant
de soin. La vertu éclate.
[plus on la veut obfcurciri
.& si elle brille dans les ca-
Lbanes, elle éblouita la
Cour? où le bien& le mal
est examinéjusqu'à la racine,
& où les Censeurs,
qui ne pardonnent rien,
sont & pluspénetrans, &
en plus grand nombre
qu'ailleurs.Vous ne leur
avez fait ouvrir la bouche
EPITRE.
que pour loüer lediscernem.?
nt &lajustesse de vôtre
Esprit, la beauté de vostre
Ame, la bonté de vostre
Coeur, l'austeritéde vostre
Vertu5 &£ que pour dire
que vous estes une Amie
obligeante, genereuse &J
fincee;que vous embras
sz toutes les occasions de
faire du bien, sur tout lors
, < que la gloire de Dieu s'yj
trouve meslée; enfin que
vous justifiez la Fortune,
&que vous elles digne de
son choix. Je tairois ce qui
EPITRE.
fous est le plus avanta-
1. - - -, * * ¡eux, sijen'aj outois a cela
lAu-e vous parlez souvent
lescharmes qu'on doit
ltruoiulvleer dans une vie tran- & éloignée d'un
::ccllaa'tr1'f ttuummuullttuueeuxux, qui
, tend la grandeur embaraflante
& les honneurs
^atiguans
,
& qui laisse
oeu de temps pour penser
gue le sejour que nous
-ai[ons icy- bas, doit passer
:'omme un éclair. C'est ce
gui faitque lesDivertissemens
vous touchent si
E-P ITRE.
peu, que vous n'en voulez
jouir querarement,&Seulement
pour empescher le
public de condamner une
Vertu qui luy paroiftroit
trop austere,tantil est difsicile
de s'accommoder au
goust général des hommes.
Cependant,MADAME
mais il faut que jem'arreste au plus bel
endroit, n'ofantfaire icy
plus d'unéloge. La contraince
est cruelle,& ce
silence, quoy que forcé,
liie doit tenir lieu de quelEPITRE.
quemeriteauprésdevous.
J'ay esté contraintd'envelopper
coque je devois découvrir
, &il m'a salu déguiser
la personne dumonde
la plus sincere. J'au..
rois pu néanmoinsajouter
beaucoup de choses aux
éclatantes Vertus dont je
n'ay fait qu'une foible ébauche,
&mettre vostre
délicatesse à couvert, en
declarant que mon dessein
vous estoitinconnu; mais
j'aycrû les devoir reserver
pour l'Epitre particulière
EPITRE.
qui accompagne celte-cy.
Vostre modestiela pourra
voir avec moinsde peine,
&nerougira qu'en secret
desjustes louanges dont
beaucoup d'autres voudroient
pouvoirs'applaudir
en public; mais peutestrem'avez-
vous déja jugé
digne de vostre colere,
pour avoir osé vous rendre
un peu de justice. Cependant,
MADAME,songez
que les crimes qu'on
commet à bonne intention
,
sont pardonnaMes,
EPITRE.
&que nous nesommes pas
au temps de ce Romain,
qui condamna son Fils à la
mort, quoy qu'il eust gagné
une Bataille, parce
qu'il avoit combattusans,
ordre. Nous vivons fous
un Prince, qui loin d'approuver
cette dureté, a récompensé
de pareils crimes
;c'est pourquoy j'c[-
pere, MADAME, que si
quelqu'undécouvre que
vous estesle suj et desEloges
dontjen'aydonné qu'-
une peintureimparfaite.
EPI T RE.
vous pardonnerez à l'ardeur
d'un zele qui a éclaté
sansvostreaveu,mais qui
n'apublié que la verité. Il
faut que je vous l'avoue.
Jemesuissenty plus d'une
fois, porté à meriter toute
vostre colere,&jenesçais
sije ne m'en serois point
fait une gloire, & n'en
aurois pas ejuodeylaejo;ye-;.,,
parce que je vous aurois
rendulajustice que vous
vous deniez à vous-mesme.
Je sçay qu'apres cet
aveu, i'ay besoin quevôE
P I T R E.
tre bonté vous fasse oublier
une pensee si contraire
a vos intentions;
mais vous estes trop genereufe
pour en manquer
& pour vouloir punir le
zele ardent & des- interessé
de celuy qui est avec
un tres- profond rcflleé't"
MADAME,
Vostre tres-humble & tres-obeïssant
Serviteur, DEVIZE.

'AERCVRE
CAL~-L
FEVRIER 1686. II. PART. JE vous tiens parol,Madame,
& j'ajoûte à ma Lettre une
seconde Partie, ainsi que je vous ïay promis au commencement de
la premiere.Presque tous les Ouvrages
qui la remplissent, ont esté
faits à l'occasion de ce que le Roy
vient defaire enfaveur de la Religion
Catholique. Ceux qui ne
sont point sur cette matitre
, regardent
le Roy par d'autres endroits.
Ainsi ton peut dire que le
tout ensembleforme un corps d'Eloges
de cet AugusteMonarque,
composé par plus de cinquante
personnes, dont lessentimens doivent
faire mieux connoistre aux
Siecles à venir ce que le nostre a
pensé des avantages qu'ilvient
de procurer à IIEulife
, que ce
qu'en dira l'Histoire. En effet,
l'Histoire est l'ouvrage d'un
hommeseul
qui peut déguiser la verité
, au lieu que ce que je vous
envoye estant l'ouvrage dequantité
d'Autheurs differens est comme
un Actesigné de tous les Sujets
de Sa Majesté, pour confirmer
à ceux qui viendront aprés
nous, des choses si éloignées de
toute apparence de vérité, que pour
estre creuës elles ont besoin d'un
nombre infiny de témoignages,
que ceux mesmes qui en parlent
ayent vécu du Regne duRoy,
sansquoy la Posteritéaurait peine
à croire les étonnantes merveilles
quiontaujourd'huyl'entretien
& l'admiration de tout l'Univers,
Voicy les Ouvrages dont
j'ay commencé à vous parler.
AU ROY,
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
DIALOGUE
De Damon @r de Tircis,
à l'honneur du Roy.
TIRCIS. OVous, Princes,vous Rois, &
vous, Peuples divers
Qui regnez dans la Paix, ou vivez
dans la Guerre,
Venez des deux bouts de la
Terre
Pour prendre parc à nos concerts;
Benissons tous le Dieu de J'Vnivers.
DAMON.
Benissons-le, chantons la gloire
Dont son bras protégeant
LOUIS,
Aprésmille Exploits inoüis,
Couronne enfin sa derniere Victoire;
De son Eglise il est le Fils Aîné,
Et des Rois le plus fortuné. TIRCIS.
Quinesçaitque LOUIS possede
un grand Empire?
DAMON.
Cet Empire est encor plus grand,
qu'on ne peut dire,
PuisquesonMaîtreestaudessus
des Rois,
Ce qu'estl'Astre du jouraudessus
des Etoiles.
Qui d'une belle nuit parent les
sombres Voiles.
Pour celebrer son nom, Tircis)
joignons nos voix.
TOUS DEUX.
Que la France en ce jour chante
& se réjoüisse, ce
Qu'elleoffreau Cielen-sacrifi-
Mille & mille voeux pour son
Roy
Qm rétablit la veritable Foy.
QuesesPeuples heureux remplif-
, sentnossaints Temples
Dc leurs chants lesplus triomphans,
Et que de si fameux exemples
Passentà leurs derniers enfans..
DAM O N.
C'est de LOUIS la valeur sans
seconde,
Qui fait trembler la Terre &
l'Onde,
TIRCIS.
C'estluy
,
dont l'invincible
bras
Se fait craindre dans les Combats
DAMON.
Mais si ses Ennemis le trouvent
redourable;
S'il estaussi puissant qu'heureux
Dans la paix qu'il leur donne,il
n'est pas moins aimable,
Et n'attire pas moins leurs.
voeux.TIRCIS.
Le nom de Tres. Chrétien, dont
l'Eglise l'honore,
Et qu'il compte parmy [es,
droits, - L'éleve encore
Sur la teste de tous les Rois.
TOUS DEUX.
François, preparons à sa gloire
Des Cantiques de paix, de jaye).
£c de victoire,
Pour celebrer ses triomphes
nouveaux,
Employons nos chants les plus
beaux.
DAMON.
Combattre & vaincre est pour
luy mesme chose.
Quel Heros peut du prix disputer
avec luy ? Non, tout ce que de grand nostre
esprit sepropose,
N'égalera jamais ce qu'on voit
aujourd'huy. TIRCIS.
Son Regne produit des miracles;
Son Trône est comme un Ciel
d'où partent mille-éclairs;
Sa valeur franchit tous obstaclesi,
Sa Grandeurremplitl'Univers.
DAMON.
Sa Sagesse profonde, & sa rare
prudence
Ont vaincu deux Monst-0res
cruels,
Les Blasphémes & les Duels
-
Ne fouillent plus la gloire de
la France.
TIRCIS.
Il porte encor sa Pieté plus
-
loin.
Il réünit d'un charitable foin
Tous ses Sujets à la Foy de nos
-
Peres.
Et faisant triompher la sainte Verité,
Il détruit l'Heresie & ses vaines
chimeres,- De mesme qu'un beau jour chasse
l'obscurité.
TOUS DEUX.
O d'un Roy Tres- Chrestien entrepriseadmirable!
Odes Decrets divins ouvrage
mémorable!
DAMON.
Vous qui seduis parl'esprit de
l'erreur,
Marchiez de bonne foy dans une
fausse voye,
Ouvrez, ouvrez vos coeurs aux
graces du Seigneur,
Et recevez sa lumiere avec joye..
TIRCIS.
Faites un divorce eternel
Avec les oeuvres de tenebres.
LOUIS vous tend la main dans
cee; routes sunebres,
Rendez,vous aux attraits de son
foin paterne).
DAMON.
Mais ne bornez pas là vostre reconnoissance,
Et dans cette douceur immense
Pour luy renouveliez vos voeux,
Luy qui n'a pour objet que de
vous rendre heureux.
TIR CI S.
Cessez de craindre,
Mais cessez de feindre.
Suivez la Loy.
Que vous impose vôtre Maître;
Servez un Roy,
Par ses Vertus digne de l'estre;
Detestez pour jamais vos premières
erreurs.
Et qu'une seuleEglise unisse tous
nos coeurs.
PRIERE A DIEV
pour le Roy.
ETOUS DEUX. Streinfiny,dequi lamain
puissante
Sur tout ce qui respire étend ses
justesdroits,
Baissetesyeux surleplus grand
des Rois,
Et protege LOUIS ton Image
vivante.
DAMON.
Que son Nom glorieux
Vole jusques aux Cieux!
TIRCIS.
Que sa Race seconde
Dure autant que le monde!
TOUS DEUX.
Préte-luy tes conseils, donne luy
tes secours,
Afin qu'il marche en ta presence;
Et fais pour le bien de la France
Que ses Lis triomphans refleurissent
toûjours. MARCEL.
A LOVIS LE GRAND,
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
Sur la Révecation de l'Edit
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
AU ROY.
SONNET.
- DE l'Europe lignée accepter
le Cartel
La vaincre,la calmer, faire trembler
lti More,
Estrecraint & chery plus loin que
le Bospbore.
Et par tout acquerir un honneur
immortel.
Fier dans le Çhamp de Mars,
humble au pied de l'Autel;
Détruire des Erreurs que le Ciel
-
hait abhorre..
Estre juste
,
prudent, plus iatre~
pide encore.
Si vaillant que jamais Conquerantnefut
ICI.
Triompher par bonheur bien
moins que par sàgessè..
Sçavoir juger de tour avec delicatesse
Avoir le coeur encoreau dessus de
son Rang.
Faire plus en un jour qu'en trente
on n'en peut dire.
Eust
- on d'Apollon mesme & la
voix & la Lyre.
C'est ce que l'Univers voit dans
LOUIS le Grand.
MadtmtiftSe De VILLANDON.
ENTRETIEN FAMILIER
De l'Heresie & de Calvin;
en l'autre Monde.
vL'HERESIE. * Ous me (emblez tout
triste, doit vient celà?Il
est vray que vous riaie^ jamais
eslé bien guay quand vous efiie^
au Monde, mais marquer du
mécontentement en un lieu qui
vous a tant d'obligation, & que
,'VOIU avez peuplé d'un si grand
nombre d'Ames, c'est dequoy je
métonne.
CALVIN.
CV/1 vous qui estes cause de
la mauvaise humeur où jefuis.
L'HERESIE.
Les Demons nos Confreres
m'ont receuë bien autrement que
vous , car je ne suis pas si-toP
entrée dans ce lieu de tenebres,
qu'ils sont venus au devant de
moy avec une contenance qui
marquoit de la joye. Les uns ont
donné des éloges à mes travaux
& à mes artifices ; les autres
m'ont fait mille amitiez
, &
tous en général m'ont remerciée
d'avoir}<duit des Provinces &
des Filles fous leur puissance.
J'avois besoin de cetaccueil ; car
en payantleFleuve dans la
Barque de Caron, je me trouvay
je nesçayparquel bavard auprès
de deux CatholiquesRomains
quipajjoient avec moy L'un étoit
Homme de Guerre & l'autreé..
toit Devot ; le premier se mit à
mveéiiveriffortement contre
moy qu'il ne restoit plus qu'à me
jetter d<ws l'eau; le second se
mit à soûpirer @¡ à pleurersur
mon aveuglement
}
disoit-il.
Jamais insulte ne m'a estésisisensible
que la compassion de ce Devot.
ilme tardoit que je ne vous
vijje au plûtost pour me consoler
avec vous, & néanmoinsvous
avez de la peine à me voir,
moyquifuis vostreFille; moy qui
en renversantlesImages des
Prelats& des jJpojlres, ay étably
les vostres en les rendant
venerables parmy nos Peuples;
moy qui vous ay rendu plus celebre
parmy les faux Prophetes,
que celuy qui brûla le Temple
(1Ephese ne l'a jamais esté parmy
les Fous; moy qui ay détaché
tant d'Enfans de lEghfe
Romaine, pour estre les Disciples,
sinon de vostre Doctrine
, au
moins de la Sensualité.
CALVIN,
CALVIN.
Pourquoy aez-'Vau¡ quitté
lepostequevousaviez en France
f
L'HERESIE.
Etvous,pourquoy ave^vous
quittéceluy que vous oevie% à
Genéve ?
CALVIN.
J'estois né Mortfl., il falloit
mourir, mais si le Docteur
meurt, la Doctrinene devoitpas
mourir. Les Çaluiwfitssont mortels,
mais le Calvinismedevoit
estre immortel. Nous voyonstous
les jours que les Traîtres meurent,
mais que laTrahison ne meurtpas.
Ne deviezvouspas joüir du mesme
privilege ? Je vous avois
donné toutce qu'ilfalloitpource
sujet. La Sensualitéqui ne meurt
jamais pendant que les Sensuels
meurent, je vous l'avoislaissée.
L'Hyprochiste qui nes'enva jamais
pendant que les Hypocrites s'en
vont,je vous l'avois dmnée)&
neanmoins vous voilàaussi-bien
que nousparmy les x^lorts, Pourquoy
avez-vous laijje faire ceux
qui vous ont faitmourir.
L'HERESIE.
Il est vray que vous m'aviez
4fez bien armée contre les Prêtres
& les LIloinee pour me
rendre immorte lle ; mais le mal
est que votif ne M"avle,-,e pas armée
contre !es Raisons des
Roys.
CALVIN.
JefçavoisbienquelèsRaifcns
des Roys estoient pu,gantes,mak
je vous avoù la la Rebeikon
comme une prxnéere'fource contre
les disgraces qui vous pourvoient
arriver.
L'HERESIE.
LaRebellion ne m'a pas manqué,
ny mayà rUe, mais le temps n'en
ejlplus.
CALVIN.
BJLeequ'zl riy a plus de Selerats
ny de BroüillonsauMonde?
L'HERESIE.
Ilyena, senauois qui ne
manquoient ny de bonne volonté
ny de violence
,
mais leur rnaL
heur le mien aesté,qu'ilssont
venusenuntempsoù laSagessearmée
d'une SouverainePuissance,
leur a osté tous les moyens de remüer.
CALVIN.
Si la Sagesse est de fason11
que n'aviez-vous recours à la
Politique que jevous ay enfeivnee>
qui eflde vousaccommoder
à tous les temps, ($r de faire la
Crave avec les Serieux, la Triste
avec les Penitens,la Severe avec
les Devots,la Prudente autries
Sages, & de conserver cependant
voHre esprit (t,) vos droits?
L'HERESIE.
Vous m'avez donnétoutes ces
Maximes, il est ray,&je les
ay gardées autant que le temps
l'a permis, mais vous ne mave^
pas donné la plus nessaire de
toutes,quiestoit de ne meseparer
point 3ny de Temples d'avec les
Catholiques Romains ,parce que
le Libertinage n'estjamais plus
autorisé que quand il est dans un
lieu Saint, ny de lasocietéde ceux
qui s'appellent Orthodoxes
, parce
que le Serpent n'est jamais plus
en assurance que quand il dort
dans les plys de la Robe de ceux
qu'ilveutpicquer, nyde la Compagnie
de ceux qui se disent les
Dijciples du Fils de Dieu
, parce
que tsiypoerifie ne pousse jamais
mieux ses desseins que sous
les apparences de la Sainteté; au
contraire vous a'vez voulu qu'il
y ?u.fl une guerre ouverte déclarée
entre eux moy. Il efi
arrivé de la que je n'aypufaire
mes attaques si sourdement que
lauris bien voulu
, que l'on
s'efi toûjours deffiéde mesdesseins
it)de ma Politique.
CALVIN.
J'avoispourveuàcela
, envous
enseignant la maniere decacher
la Sensualitésous les apparences
d'une Viereformée
,
afin que si
quelqu'unvenoit à se deffier de
vostrePolitique, il ne se seffiast
pas d'une Doctrine qui estsicommode
à la choix0* auxsens; car
comme tout le monde a du pançhant
au Vice
, on ne se dcjjie pas siaisément d'une Religion qui déclame
en public contre le relâchement
des moeurs,tqui permet
à ses Disciples de se répandre en
secret dans les plaisirs.
L'HERESIE.
VotU ne ¡¡avez pasceque
c'estquede vivre sous un Prince
éclairé, qui ne veut pas tromper
qui nesçauroit estre trompé.
Iladécouvert mes Secrets
lesvostres.Il a veu cette dissimulation
que je csachoissous de belles
'plro!es)1 a veu certe Trahison ma
fidelle Compagne,que je couvroïs
sous mille mille protestations
de ma fidelité là dessus il a
pris te dessein de m'exterminer.
C'est assez dire,car entresesdesseins
leur execution
,
il n) a
pas une grandedistance.
d>
CALVIN.
Comment s'y est-il pris>
L'HERESIE.
Je n'ay jamais mieux éprouvé
ce que peutunegrande Sagef~
se avec un Pouvoir absolu.
m'a premièrementdénuée de tous
mes ornemens, &privée detous
mes privilèges. Secondement il
m'aostétoutes les ressourcesqueje
pouvois avoir tant du cossé de la
France que du costé des Etrangers.
J*ay paru alors si miserableetJsi
confuse
, que je me suis
retirée dans mes Temples pour
laisserpasser l'Orage
, poury
gemir en secret en un temps ou
mes gemissemens en public passoient
pour criminels. Durant la
nuitj'y entendois des Hiboux,
dont les chants estoient pour moy
d'un mauvais présage; & ce qui
me confirma le plus àms mon
présentiment est qu'ily en eut un
qui s'alla percher sur la Chaize
du Predicant, où ilredoublason
chant d'une façon plus lugubre
qu'auparavant.Ladessusvojlre
Ombre s'apparorjjoitàmoy? mais
trisse& languissainte, qui mefaisoit
entendre que j'estoismenacée
de quelque grand malheur. rA.
mon réveil j'entendois quelquesuns
de mes Minijl/es quisedisoient4
l'oreille, chaque chose
à son temps,voicy le regne
de la verité
,
rendons-nous.
Je les arrestois néanmoins par des
Pensions&des honneurs qu'ils ne
trouvoientpas autrepart; mais ce
quim'effraya le plusjejl que j'en-
,
tendis finefois dans mes Temples
enplein jourla voix des Demons
qui en estoient les Protecteurs qui
disoient, sortons d'icy. J'avois
alors vostre Portrait auprès de
moy ,je le regardois pour me fortifier,
mais il mesembloitque la
sevérité qui vous est naturelle se
changeoit en indignation, &votre
gravité en une tristessein*
consolable. le njts bien quetour
cela ne me prédisoitriendebon;
je n'yfus pas trompée, carpeu de
temps après j'entendis à la Porte
demonTernple un Decret Royal
qui en commandoit la Démolition.
lamais le pauvre Pescheur
de Lucain n'eut si grand peur
quand il entendit la main de Cesar
quifrappoit à la porte de sa
Cabane, que j'en eus pour lors.
CALVIN.
Et que faisoiten ce temps-là
la Rebellion
,
elle qui ne m'a jamais
manqué dans les bonnes occasions
?
L'HERESIE.
Ne la condamnez pointde
lâcheté;jevous aydéja ditqu'elle
estoit preste à bien faire; mais
quauroit-ellepu contreceluyqui
se joüede la puissancedes autres
Roys ? Tant que mes artifices ont
ejlé en état de tromper ils ont
trompe. Tantquemaviolencea
estéenestat d'éclater elle n'y a pas
manqué, mais le tempsestvenu
ou lafinesse ne peut pas plus
contre la Sagejje, que le Mensonge
contre la Vérité.
CALVIN.
Mais que jere^-vows icy où
il n'y a plus personne à trompert
Quefera vostre Sensualité où il
n'y a personne qui puisse estre
flatté par leplaisirdes Sens ? Que
fera 'vojlre'Violence où il n'y a
pointd'Innocensaopprimer?Que
fera vostrePolitique où il n'y a
personne qui puisse efïrt gagné
par les apparences du bien?
L'HERESIE.
J'yferay ce que voasyfaites,
ma dissimulationyfera ce que les
Dissimulezyfont, mes pajftons
yferont ce que les Gens passionnezyfont.
CALVIN.
Mais si l'Hypocrite y passe
mal son temps ,
l'Hypocrisie ne
l'y passera pas mieux.
L'HERESIE.
Ce que le temps a si bienjoint
ensemble
,
l'Eterniténe leseparera
pas.
Sur la Révocation de Edit
deNantes.
SONNET. pEuples trop fortunez qule
Ciel afait naistre
Sous l'ombre des Lauriers du plus
puissantdes Rois,
Respirez en repos à l'abry de les
Loix,
Il vient par ses Edits de faire un
coup de Maistre.
Les Erreurs de Calvinvont bientostdisparoistre,
Son Troupeau sans Pasteurs est
réduitauxabois,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix.
Heureux, cent fois heureux s'il se
veutreconnoistre!
LOUIS par la valeur ne voit
plus d'Ennemis,
Son bras victorieux les a si bien
soûmis, --
Qu'ilstremblentau seul bruir de
ce Nom redoutable.
Mais pour comblede gloire
,
il
montre à l'U nivers
Que d'un trait de sa main il détrône
le Diable,
Et qu'il peut triompher juiqu'au
fond des Enfers.
:
-
AU ROY. -\J
Surla Conversion desHeretiques.
SONNET. QVe LOUISait ••
toujours
1
vaincu ses Ennemis,
Que ion bras l'ait conduit deVi-
-étoire en Victoire,
Que son bonheur l'aitmis au comble
de la Gloire,
Que les plus grands Héros en.
soient tous ébloüis.
Que sur des monumens de sesfaits
inoüis
Les Sieges à jamaisconserventla
Mémoire,
Qu'it soit à l'avenir l'ornement
de l'Histoire,
Ces marques de Grandeur nesont
rien pour LOUIS.
Qu'il n'entreprenne rien que le
,..- Ciel n'authorife,
C'est par là qu'il fait plus que
les autres Vainqueurs,
Etc'est par là qu'il est Fils Aisné
de l'Eglise.
LE Houx.
POUR LE ROY.
SONNET. PEut-on porter plus haut le
comble de la gloire?
Estre le plus puissxant &; le plus
heureux Roy.
Donner à l'Univers sa volonté
pour Ley.
Pouvoir seul arrester le cours de
sa Victoire.
Non,si l'on ne cherchoit que
l'honneur dans YHifoirc;
Mais un Heros Chrétienanimé
parsa Foy,
Ne se contente pas de regner par
l'exffroy
Que peut causer par tout son
-Nom & sa memoire.
LOVIS n'auroit pas crû son bonheur
achevé,
Ses jours allez remplis
, ny son
.). lfonctleVe,
Si l'erreur n'eust gemy fous son
bras 1 intrepide.
Voilà l'unique but de les faits
immortels
Apres avoir paru plus genereux
qu' A/cède.
Rien n'est digne de luy que l'honneur
des Antels.
Sur l'Extirpation de Herrfi
N SONNET. E nous retraçons plus cette
odieuse image
s massacres & des horreurs
Dont la Reformer les Ligueurs
Ont faitdurant trente ans untrophée
à leur rage.
Vn Roy, de tous les Rois le plus
grand, le plussage,
A tonné contre les Erreurs,
Et malgré Ces vaines fureurs,
Si ce Monstre respire, au moins il
est en cage.
LOVIS LE TusTEfirun[urprenanteffort,
Il brida l'Océan pour avancer la
mort
De cette Hydre, qui n'a que son
orgueil pour guide;
La Rochelleàl'Histoireenestun
bon garand:
Mais commec'est uneHydre, il
falloit un Alcide,
Cet Alcide paroist,& c'estLOVIS
LE GRAND. CHantons tous l'heureuse
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
Le Conseil de Ville xxs'estans
extraordinairementassemblé à
Marseille, ony proposa de supplier
tres-humblement le Roy d'axgréerqu'on
y érigeast une Statue
Equestre de Sa Majesté. Voicyle
Discours xque Mr Chalnet Avocat
en Parlement,del'Aeademie
Royale ~f~j Assesseurde
Marseille, prononça sur ce sujet
dans la Sale de Hostel de Vttle. MESSIEVRS,
xL'image de LOUIS
LE GRAND, xqueses xxxxxxheroïques
Vertus
,
sa Bonté paternelle pour
ses Sujets, jes Exploits inouïsdans
la Guerre
,
sa Sagessxe xxxxincomprehensible
dans la Paix, ontgravée
dans nos coeurs,& xtracéedans nos
esprits: cette auguste Image, dont
la distance des lieux, ny la fuite
des années ne peuvent nous empejeher
de recevoir ny. de conferver
l'aimable impression
:
il esi
temps de la produire au dehors, de
l'exposer aux yeux de toutes les
Nations, que le commerce ou la
curiositéatire parmy nous, & de
laissxer à la Posteritéun monument
eternel de nostre bonheur ~xe de
nostrezele.
Marseille ! fameuse Soeur de
Rpme) cher objet de l'admiration
de tous les Peuples de l'Vnivers;
ancienne Academie des Sciences
& des beaux Arts ; Ville celebre
par ta sîtuation heureuse
, par la
seureté
, par ïaffranchissement3
par lacommodité de ton Port,mais
plus celebre encore par ton inviolable
fidelité, il te manque le pnli^
alde tesornemens. La S:Hue
de ton Roy, qui dans les SÚeles
idolatres auroitméritédes Temples
st) des Autels, doit embellir,doit
consacrer ta vaste enceinte; &
aprés cela tu n'asplus rien à de(i.-
rer pour ta gloire.
Mais où m'engage insensiblement
l'ardeur de mon zele particulier?
Que puis-je me proposer
en parlant danscetteAssemblée?
Discours inutile 3difcours injurieux
,
sije vous fWois ce tort de
m'imaginer que vous avez besoin
d'estre pesuadez pour consentir à
la proposition qu'on vient de vous
faire.
Témoin de la joye qui a éclaté
dans vos yeux & sur vos visages,
quand vous ravez entenduë,
je ne sçaysil'impatience où vous
estes de conclure cette Déliberation
solemnelle, que vous iveK
mille fois prévenuëdansvos entretiens,
me permettra d'achever
un discours que je consacre pour
vous & pour moy à la gloire
immortelle de LOUIS LE
GRAND, dans une occasion
ou Marseille condamneroit unJIu.
pide, un lâchesilence.
Suspendez, Messieurs,suspendc'{
pour quelques momens cette
juste & loüable impatience; Et
bien que ie n'aye rien à vous dire
que vous ne pensiez,vous-mesmes,&
que tout le monde ne pense
& nepublie comme nous, at:
éez quesans art & avec cette
naïveté que nostre Ciel & nostre
Genienousinspirent
,
j'explique
icy nos pensées communes sur la
Statuë qu'on vous proposed'ériger
, que nul autre eoy n'a jamais
si justement meritée
,
e.,r qui
ne sçauroit estre placée dans un
lieu plus avantageux & plus
propre que le sein de nostrePatrie.
La Providence mit la plus belle
Couronne du monde sur laTeste
augujh de ce grand Roy dans son
enfance; & la Fortune qtUfem..
bloitprévoir que la Vertu de ce
merveilleux Enfant ne luy laisseroit
rien à faire pour luy, quand
il regneroit par luy
-
mesme
,
se
hâta de le combler desesfaveurs,
& le renditvictorieux & redoutable
dés les premieres années
de sa belle rv;e..
Durant le temps qui succeda a
son Enfance
,
lasagesse d'une Heroine,
Cjr la prudence d'un grand
Ministre
, eurent part au Gouvernement
; tandis que ce Feu
dont toute la Terre devoit fcntir
la chaleur, ou recevoir la lumiere,
achevoit de s'allumer. Mais àpeu
ne LOUIS gouverneseul, qu'il
semontre digne du titre de Grand,
que le consentement general de
tous les Peuples ltry a donné. Il
met en usageun nouvel Art de regner
qu'il n'aappris de personne,
& où personne ne pourra peut-estre
iamais atteindre,sison augttste
Fils n'en est excepté. Iln'a des
AdiniHres que pour la dignité&
pour la bienseance, & non pour
la necessité &pour le besoin. Appliquéa
tous les devoirs qu'ilse
faitdans la Royauté, comme s'il
n'en avoitqu'un seul à remplir;
aimé, reveréau dedans; admiré,
redouté au dehors; Arbitre de la
Guerre dont il a changé les maximes
; Arbitre de la Paix, dont il
atouiours reglé les conditions ; il
[emble qu'il n'estpassorty decette
longue suite de Rois celebres qui
revivent ensa personne mais que
Dieu seul a pris plaisir à le former.
Il y a eu tant de m.ÚrJ.\ seu
vantes occupéesà écriresesloüanges
, tant de bouches éloquentes ii-
'Vcrtc-! pour les prononcer, qu il a
toûjours esté lwüé
,
mais il a toûjours
esté audcessus de tous les éloges
: & ie ne serois qu'un foible
Echo,si iosois entreprendre depublier
en cette occasion une partie
des iustesloüanges qui luy sont
deuës.
.Une feule reflexion me suffit
en ce lieu. Les Loix renouve lleesy
les abus de la Justice reformez,&
ses longueurs retranchées,le Commerce
libre @7 florissant >Jes Finances
reglées, la Disciplimerétabliedans
les Troupes,l'Etat conservé
dans une paix profonde ~)
constante, les Autels relervez
l'Heresie éteinte, le Duel aboly,,
& la valeur Françcifie réduite à
son légitime usage, la Noblesse
purifiée, les defordmbannis, la
Vertu récompensée ,les Sciences
(éj les Arts cultivez favorisez,
lesForces Navales du Royaume
JJi peu considerables autrefois,
devenues si redoutables si heureuses
fions son Regne; tant de
grandes choses que ~e rapportesans
ordre
, parce que mon esprit s'y
confond & perd, que ie propose
sans ornement, parce qu'il
n'y a point d'ornement étranger
ain! ne cede à leurgrandeur à
leur beauté naturelle; tant d'autres
merveilles égalementsurprenantes,
que ie ne dis pas qu'il est
plus facile de concevoir que d'exprimer,
C, que ie revere avec ce
silence respectueux
,
qui est ïijfet
ou le langage de l'admiration;
que dis-ie! une feule de toutes ces
grandes choses
,
capable de rendre
immorrelle toute autre vie que celle
de ce grand &oy, ne meritet~
elle pas la Statuë que nous allons
luy ériger>
Ne nous flatons pas pourtant,
Messieurs, de pouvoir contribuer
ou aioûter quelque chose à la gloire
de Sa Maiestépar cet hommage•
trop heureux!si ce monument
nefl pas trouvé indigne de
LOUIS LE GRAND,(7at
devons de la vénération que nous
luy devons.
Quelques Provinces, des telles
mesmesdu Roy.iumc ont pu nous
prévenir dans ce dcjjein3 mais
confiions-no?;> : encore que leur
exemple nom soit inutile
, nous
pouvons les f.;rpjjer9 si ce riefb
par la richefie parla magnificence
du /Monumenty du moins
par l'ardeur parla pureté de
nojlre zele
, que nostre foible./Jte
£7*nojlreim^ui/Jance mefine vont
rendre plus considerable.
Cependant ioüssonspar aan,
ce de l'effet que nous pouvons attendre
de la Statuë du~Roy dans
Marseille. Commençons à goûter
la satisfaction qui nous demeurera
de luy avoirdonné cette marque
de nostre amour de nos
respects.
Je ne dis rien du plaisir qu'il
nous sera permis de nous faire
d'avoir employé nos soinsàélever
cette Statuë. tJûlais quand
nos Enfans, mais quand nos derniersNeveux
la contempleront:
Heureux nos Peres, s'écrierontils,
qui ontveu cegrand Jiïfonarque,
dont nous ne pouvonsadmirer
que la figure! heureux le Siecle
j dont il afait toute la gloire!
heureuse l~ France, dont il a assuré
le repos, l'honneur, lafelicité
iusques à nous, &pour l'avenir
le plus éloigné.
Et dans ce concours de Personnes
de differentes Nations, qui
abordentàMarseillé, quandtous
les Peuples de la Terre arresteront
tour à tour leurs regards sur ce
Monumentauguste ; quelle admiration,
quel concert de loüanges
n'excitera-t-il pas! quelles
idées ne va t-il pas renouveller
parmy eux!
Les uns reconnoistront avec
un respertmeslé de crainte, cet
Illustre Conquerant, à qui ils eurent
le malheur de déplaire.Ilsse
souviendront dufameux Pdffage
du Fjhin
,
aprés lequel il auroit
bien-tostrétablysous la puissance
des Rois toutes ces Provinces que
la revolte en a soustraites ; si leur
repentir leurs soûmissions n'erf
sent appaisésonjuste ressentiment,
& arresté le cours & la rapidité
desesVictoires.
Les autres viendront reverer
ce Vainqueur incomparable, qui
prit, qui rendit, qui reprit leur
Comté, maistoûjours avec une
nouvelle gloire pour luy sans
qu'on ait pû expliquer, s'iy
eut
plus de justice devaleur à la
prendre & à la reprendre, qu'il
n'y eut de Adagnanimité quand
illa rendit.
Ceux-cy dont le Paisfut toûjours
le Theatre de la Guerre,
avoüeront qu'on n'y vidjamais
de Guerriersiformidable, que celuy
que cette Statuërepresentera.
Ils publieront qu'ilpritdesVilles,
qu'il conquit des Provinces en
aussipeu de temps qu'il en auroit
fallu pour les parcourir, que
vaincresouvent sans combat par
la terreur de ses armes toujours
victorieuse, couronner sesconquestes
par la memorableprise de
Luxembourg, c'estoient des miracles
reservez à sa Valeur.
Ceux-là admireront ce Monarque
,
qui auroitétendu Ici bornes
desonRoyaume au delà de
tjiïdadrid
,
si sa modération n'en
eut mis àses Victoires ; sisaBonté&
sa Sagesse ne les eussent enfin
reduits à recevoirla Paix
qu'il donnaà toute l'Europe
,

qui termina une Guerresifameuse
par ses avantages par leurs
pertes.
Quelques
- uns rappelleront le
souvenir de l'avantage ~dr de 14
gloirequ'il,y eutpour eux, que
leurs Roisayent entretenu lafoy
desTraitez
,
contractéou renouvellé
des alliances avec le nostre.
Plusieurs à L'aspect desa Statuë,
sesouviendrontque la vigilance
fg) les ordres de ce grand
Roy la valeur l'obeissance
de ses Troupes le rendoient present
aux lieux mefines où il n'étoit
pas ,
qu'avec une partie
de sesforcesNavales il défit, il
brûla lesflotesd'Espagne~(êf de
Hollande unies poursa plusgrande
gloire
, &pour leurplusgrande
honte; si toutefois il est honteux
de ceder à un Conquerant à
qui rien ne peut resister.
Enfin
,
sans quejem'engage
dans
unplusgranddétail3wn
seroitpresque infiny, toutes /.:)'
Nations de l'ancien @7 du ruaveau
Monde
,
informéescomme
nous des merveilles de la vie de
nostre Heros, touchées cemmc
nous de l'éclat deses Vertus,~çy
de la splendeur de sa gloire, avoüeront
sans contestation que jammaaiiss
MMoonnaarrqquueenneefustisi digne de
commanderà tout l'Univers.
Venez donc,fameux Ouvrier*
que Marseilleaproduit&élevé ;
vous à qui l'execution de nostre
dessein doit estre commise, venez,
')(--\1;lgèt, celebre Sculpteur originaire &
Habitant de Marseille. F ij
C'estpeu d'avoirégaleles Anciens;
il s'agit de les surpasser.
Jamais la Sculpture ne travailla
sur un si noble sujet. La Statue
que nous projetons, demande tous
les secrets
, tous les efforts de votre
Art. Que toute la Posterité,
que tous les Peuplesy remarquent
la majesté de Jupiter la beauté
d'Apollon
,
la fierté de Mars ;
~& pour dire quelque cboje de
plus encore , ~& en deux motSj
tout ce qui se peut imaginer qu'on
y reconnoisseLOUIS LE
GRAND.
Le Conseil receut & approuva
la proportion de
Meilleurs les Echevins, avec
toutes les marques de joye
qu'elle pouvoir exiger; & délibera
que le Roy seroit treshumblement
supplié de permettre
de faire élever en
Bronze la StatuëEquestre de
Sa Majesté dans Marseille.
On écrivitaussi-tost la Lettre
suivante, & on le fit avec
d'autant plus d'empreifernér,
que le dessein qui ~vena
d'estre pris, n'estoit pas se t
lement l'effet de la Hara -
gue qu'on venoit d'entendre9
mais du zele commn- •un
de toutes les personnes dont
le Conseil estoit composé.
AU ROY.
S I RE,
Marseille prosternéé à vos
pieds, ne vient pas demander à
Vostre Majesté des graces qui regardent
la fortune deses Citoyens;;
le bonheur qu'ils ont d'estre aurang
de vos Sujets, leur tient lieu de
touteschoses.
Elle pense à sa gloire, SIRE,
parce que cette gloire Vous a pour
objet. Ce neflpas assi"{ que 'V
tre Portraitsoit imprimé dans nos
coeurs , & qu'il doivepasseravec
nôtre sangjusqu'à nos derniers
Neveux ; nous osons nous proposer
de faireleprincipal ornement
de cette Ville d'une Statuë
Ecjnejlre de VostreMajesté, en
Bronze,s'il luy plaist de nous
permettre de laisser à la Posteriré
cette preuve eternelle de l'amour
de la veneration que nous
Vous devons.
Si nostre éloignement nousprive
de la satisfaction de contempler
vostre Personnesacrée ; ce
monument, SIRE,yferasucceder
pour nous la consolation de
pouvoir du moins reverer Vostre
auguste Image. L'avenir le plus
éloignéy verra une marque de
nost,r3e bonheur ~& de nos respects
,
dont il n'y aura que la
durée qui puisse avoir quelque
rapport avec vos Vertus immortelles.
Et à l'égard de tant de
Nations de l'ancien @¡ du nouveau
Monde, qui abordent à
Marseille
, cette Statuë renouvellera
dans leurs espritsl'idée
desmerveilles de vojlre vie dont
elles ont ou senty
, ou admiré
les effets.
Nous demandons, SIRE,
avecune soûmissiontrès-profonde
cette
cette permission si ardemment~&fî
jugement desirèe. Nom l'esperons
comme une des plus grandes
faveurs que nous puijjtois recevoir;
C) nous tâcherons de l'executer
comme une chose qui doit
rendre témoignage à tous les Peuples
& à tous les -%iecles, du zele
avec lequel noussommes,
SIRE,
De Vostre Majesté.
Lestrès-humbles, tres-ohe'i';ans.'
& rres-fidedes Serviteurs & Sujets,
Les ~Fchvins &AflVdcui:
de vostre Ville de M~vfille,
J.PAUL. M.BAULME. BORELY.
J. CHARPUIS. M. A CHALVET,
Assesseur.
POURLEROY- NÊftoit- ce pasaflez que le
plus granddesRois
Eust remply l'Univers du bruit de
ses Explois;
Qu'on ait veu ce Heros qu, e la
gloire accompagne,
Triompher tant de fois de l'orgueil
de l'Espagne,
Abattre sousses coups Bataves &
Germains,
Et surpasser enfin les plus grands
des Romains;
Qu'à ses fameux Vaisseaux Alger
- rendant hommage,
Aittiré par luyseullesChrestiens
d'esclavage.
Et que Gennes tremblante implorant
sa bonté,
Vinstsoûmettreàses pieds safiere
liberté?
Non, il faitplus encor, suivy de
la Victoire,
A lboarnegr selsoExiprloiesil.trouve de
Après avoir vaincucentPeuples
ennemis,
Satisfait deles voir humiliez, soûmis.
Loindes'assujettir le reste de la
Terre, ,,'
Il arreste son bras, & retient son
tonnerre.
A l'Europealarmée il accorde la
Paix,
Qui gourantlesdouceurs d'un -' Et b niiïant I.'OUIS dans ce bonheur
ex~^e.ne,
AdmWeleHeros\]uis'cllvaiûéu
luy mesme. Gij
Mais de tous ses Sujets., quel est
l'estat heureux!
Un repos plein d'appas regne toujours
chez eux, Rien ne trouble jamais leurs retraites
tranquilles,
La pompe & la grandeur éclate
dans leurs Villes.
Dans ces superbes lieux on voit de
routes parts
Faire fleurirles Loix,cultiverles
beaux Arts.
On y voit dans son jour la plus rare
science
£rjr.rn.iis , la vertu n'yfut sans récompense.
LOUISla sçait connoistre, & par
mille bienfaits
Prévient incessimment les plus
vastessouhaits.
Le merire eH: toujours chery fous
son Empire,
Er dans un calme heureux l'innocence
y respire.
Aprèsavoir enfin comblé par ses
bontez
Ses Peuples de plaisirs & de felicitez,
Son zele va plus loin, il sçait que
cette vie
Par un ordre supréme est d'une
autre suivie,
Etson coeur genereux plein d'une
sainte ardeur,
Veut leur faire unevoye à l'eternel
bonheur.
D'une funeste erreur ils estoient
les esclaves,
Et sans pouvoir sortir de ces noires
entraves,
Mille & mille François remplis
d'aveuglement,
Languissoient dans l'horreur d'un
triste égarement. G iij
Tout hé de leur malheur, ce Fle,
ros magnanime
Brise tous lesliens du joug qui les
opprime;
Dévoile leurs esprits, & par ses
soins pieux
Les rerire du bord d'un précipice
a ffreux.
Sa b )!1ré les conduit, son zele les
éclaire
Et l ur ouvredes Cieux la porte salutaire.——
De ceSchismefatal lesfunestes
erreurs
Icy depuis long-temps tyrannisoient
les coeurs. 1 Bien des Rois se servant de leur
pouvoir auguste, CHARLES, J; HENRY LE
GRAND,enfinLOUISLE
JUSTE
Nel'ont pointabattu; le seul
LOF(SLEQRAND
Le terrasseaussi tost que son-brm
l'entreprend.
Oüy,le Ciel destinoit sa main victorieuse
Pour détruirece Monstre&sarage
odieuse.
Fils Aisné de l'Eglise, ilendéfend.
lesdroits,
Ses Enfans à l'envy reviennent
fous ses Lois,
Et des bords de la Seineaux bords
de la Charante,
On voit de toutes parts l'Heresie
expirante.
Quel triomphe éclatant pour son
heureux Vainqueur !
Vit on jamais Heros atteindre à
- cet honneur!
Quelque part qu'un Guerrier
porte l'effort des armes,
Ilencouste toûjours bien du fang-
&deslarmes. -
Mais LOUIS quand il va- inc, -c'est
pour brifèrdes fers, à
C'est pour gagner des coeurs au
Dieu de l'Univers.
On ne peut remporter de vj&.Qirplusbelle.
t'uilTe le jil-isté Ciel dont il prend
la querelle,
Conduire à chaque pas ce HerQJ:,
glorieux,
Et combler de faveurs des jours.
si précieux,
Faire toûjours briller ses grandes
deftinçcs,
Et retranchant nos jours prolonger
ses années.
Jevous envoye le Fragment
d'un Tmegyriepte
, que, j'ay recherché
avec d'autant plus de
soinque je l'ay crû digne de vous
estre envoyé; estant persuadé qu'-
un Ouvrage qui a receu degrands
,
,, applaudissemens, ne pouvoir manquer
de beautez. Les louanges du
Royysont mélées avec beaucoup
de délicatesse, au sujet des Con-
,versionsluel'Ese doit à son
%ele & àsa pieté. Le Panegyrique
efi de SaintFrançois de Sales,
il fut prononcé avec beaucoup
d'éloquence à Roüen, dans le
grand Convent desReligieuses de
la Visitation le > zg. du mois deJanvier
jour de la Feste du Saint,
par leR. P. Chevillard, Chanoine
Régulierde Saint Augustin, de
l'Ordre de Saint Antoine. Ilfit
entrer dans la fuite de son Discours
Saint François de Salles,
comme un ^Aioftre dans le Chublais
y
qui estant uneProvince du
voifinare de Genève>avoiifmvy
sa revolte & ses erreurs. Apres
avoirremarqué, Que l'Eglise a
ses temps de souffrances &fes
temps de repos; qu'il yaune
Providence qui l'afflige, &
une Providence qui la console;
&que siDieu permet
quelquefois que le Démon
luy arrache ses En sans d'entre
ses bras par des Jugemens
de sa Justice, soit pour punir
les pechez des Peu ples, soit
pourréveiller le zele des Pasteurs
;
ille force aussï de les
luy rendre par des Jugemens
de sa Misericorde dans les
temps qu'il a marquez. Il
montra, que ces Jugemens de
Misericorde& de Justice n'avoientjamais
mieux éclaté
qu'en ces derniers temps si
funestes à l'Eglise
;
où l'Allemagne
seduite par l'Apostafie
de Luther, l'Angleterre
separée par le Schismede
Henry VIII. & la France reforméé,
ou plûtost difformée
par la pretenduë Reforme de
Calvin, estoient les fruits de
nos pechez, Dieun'ayant
laisse sortir du fond de l'abisme
cette noire & puantevapeur,
qui,selon l'expression de
l'Apocalipse, obscurcit le Soleil,
sinon pour punir les tenebres
du coeur par les tenebres
de l'esprit. Ilfit ,I!r ensuite,
Que si ces Jugemens estoient
justes,ils n'avaient pas
esté sans misericorde
,
puisque
soixante & dix années
abandonnées à l'Heresie, appasserent
déja sa colere sur
une partie de son Peu ple.
Aux Portes de Geneve
dit il3 Ville rebelle à son Prince
& à son Dieu, siege d'iniquité
,
l'azile ducrime& de
l'erreur, ilsuscita legrand
SaintFrançois de Salles, pour
subvenirau Monde Chrestien,
& commencer en Evesque
par sa douceur, ce que
le pieux, ce que l'invincible,
ce que LOUIS LE GRAND
.vient d'achever en Roy par
sonauthorité ;mais en Roy
Tres-Chrestien, qui purifie
le Christianisme de la corruption
& de l'erreur
,
& qui
içigneux du salutde ses Sujets,
comme s'il en estoit le
Pere, envoyeses Serviteurs le
longdes grands chemins,afin
qu'ils battent les hayes, les
buissons&lesépines, & qu'ils
forcent tous les retranchemens
de l'Heresie par. des
guerres innocentes,»Heureux les Captifs volontairesqu'ils
.ont entraisnez aux pieds des
Autels dans le cours de leurs
victoires ! Heureux les pauvres
que le Prince agagnez
par ses c haritables aumônes!
Heureux les foibles & les boiteux
,à qui ila tendu sa main
Royale &son sccptrélPour
les conduireàl'Eglise!Heureux
les aveugles & les esprits
ténebreux, à qui il a envoyé
des Guides éclairez
pour les ramener dans le beau
jour de la Vérité! Mais heureux
luy-mesme,&mille fois
heureux,dy faire ainsi entrer
par d'innocens moyens tous
ceux que le malheur de leur
naissance avoit ieparez de
l'Eglise, afin que, selon le
pieux desir du Pere de famille
, toute la maison le remplisse
par les soins Vt impleatur
Domus rrt* tota. Quel
changement heureux! quelle
joye pour nous! quelle douceur!
quel bonheur de n'avoir
plus aujourd'huy qu'une
mesme Maiibn, unmesme
Temple, & un mesme Autel.
Il estoit reservé au plus Chrétien
de tous les Rois, de renverser
& démolir tous les autres,
semblable à ce Saint Roy
de l'Ecriture, qui non content
de ne point fléchir un
genoüil su perstitieux devant
les Idoles, que les Rois ses
Prédecesseurs avoient soufferres
autour de Jertitàlemfit
même détruire&brûler leurs
Autels,afin qu'on n'en vist
plus nul vertige. Tellea
elle en ces derniers jours la
Pieté de LOUIS;ces Chaires
d'erreur brisées &renversées;
ces Temples démolis & confondusavec
la poussiere; les
Loups chassez loin du Troupeau
,lesMinistres hors du
Royaume ; ce Peuple nouvellement
acquis à jesus-
CHRIST:voilà l'Eloge de
François de Salles; voilàl'Eloge
de LOUIS; celuy d'un
grand Saint, & celu y d'un
grand Roy.
Oiïy grand par toutes ses
autres Vertussoit pacifiques,
sot guerrieres; mais plus
grand encore par cette action
recente de la Pieré,quoy
qu'il nous parust que lagrandeur
ne pouvoir plus croistre;,
mais nous ne prenions pas
garde que si elle ne pouvoir
plus croistre devant les hommes,
les grands & glorieux
évenemens de son Regne incomparable
ayant mis le
combleàla grandeur à nôtre
égard, elle pouvoit encore
croistre à l'égard de
Dieu.
Il y a dans la Nature un
point fixe d'élévation, au desfus
duquel le Soleil ne monte
plus; & déja depuis longtemps
,les yeux humains
contemploient-le Soleil du
Monde François das ce pour:
supréme degrandeur,&dans
leMidysubsistant de sa gloire;
mais dans la grâce rien n'y
est fixe, rien n'y est borné;
comme elle fort du sein de
Dieu, elle ne s'arreste nulle
part parmy les Creatures)
qu'elle n'ait achevé ce cercle
de lumiere qui la rappelle au
~pprre~memieierrppooiinnttddeesfobnnoorrici~griinnee.,
où elle monte toujours de
splendeurs en splendeurs par
des degrezqui se suivét,maisdont
on ne trouve jamaisle
dernier. Par là, LOUIS apu
s'ouvrir de nouvelles routes à
une belle gloire inconnue
aux anciens Héros, & moru
ter ducostéde Dieu à de nouveaux
degrezde grandeur
parfa Pieté, aprèsavoir parcouru
ducosté de l'homme
tous les autres par sa valeur.
Le Roy donc, grand devant
les hommes, grand devant
Dieu;le Roy,les delices
de ses Peuples, l'étonnément
des Etrangers,& le spe.
dacle de tout l'Universn'aura
point à l'avenir de plus
grande gloire que celle d'avoir
fait regner dans toute
l'étendue de son Empire celuy
par qui il regne luymesme
siheureusementôc si glorieusement.
Ce que je dis, Mesdanles),
n'est point étranger à mon
discours. Les louanges de
vostre Royen cette rencontre
font les louantes de vôtre
Pere
,
& j'ay crû ne pas
abandonner l'Eloge de Saint
François de Salles,en rappellant
à vôtre mémoire les choses
passees par l'exemple des
presentes Rien n'entre si naturellement
& si noblement
dans mon discours,quecette
religieuse application du
Prince à réunir à l'Eglise Romaine
ceux de ses Sujets qui
s'en trouvoient sepatez par le
malheur de leurs Peres. Là je
vois tout le zele & la pieté de
Saint François de Salles, dont
les soins n'allaient qu'à convertir
des ames à Dieu. Là je
découvre toutes les Victoires
d'un Heros du Christianifine,
d'un Apostre de JESUs-
CHRIST, du grand Evesque
de Geneve, comme dans ses
Victoires Chrestiennes je
trouve aussi toutes celles que
nos infatigables Prélats, &:
leurs Troupes sacrées,viennent
de remporter avec tant
de gloire sur les mesmes erreurs.
Leur travail, leur doctrine
,
leur zele, leur prudence
,
leur douceur,voilà
quelles furent les Vertus
qui servirent à Saint Francois
de Salles à faire tant de
conquestes à JESUS-CHRIST.
Sur la fierté du Cheval qui porte
la Statue du Roy
Q SONNET- U'on ne nous vante plus le
su p er e 1 {llper")eah;J
Quine pouvoir souffrirunautre -Tout ce qu'on en aait, il estvray,
peut lu-prendre,
Mais nousen voyons un qui n'eut
jamaisd'égal.- ••
D'un air fier&,.hardy l'on voit ceg
animal
S'élancer furieux comme s'il vouloir
fendre:
Cenr Bataillons épais,afin de leur
apprendre,
Que
Que-tous doivent cederà son fardeau
Royal.
En vain nos Ennemis l'arrêtent
sur le Tibre,
Malgré tous leurs Certs il se rend
bien tost libre,
Et bondissant de joye il les brave
aisément.
Comme s:11 distinguoit le prix de
sa Vié\:oire,
Il traverse les Mers pour aller
promptement
Porter LOUIS LE GRAND
sur le Mont de la Gloire.
AU ROYSurlaConverfondesHérétiques.
GRand^Loy,quiavezcette
clartedejugement qui tire
les Heretiques des ténebresdu
mensonge, & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Veriré,
nous ne devons plusregarder le
Soleil que comme un Ambassadeur
muet, qui nous avertit de
vous consacrernos hommages dés lecommencement du jour, &qui
nous dit par son silence que vous
n'estes pas seulement juste dans
vos Guerres, genereux dans vos
Combats, clemeûtdans vos Victoires,
modéré dans vos Triom.
hes3 mais que vous témoignez
que la tranquillité de l'Eglise vous
est:plus chere que le repos que
vous donnez à la France. Monarque
invincible, qui n'elles pas
moins audessus des autres par la
grandeur de vos Actions, que par,
la Dignité de voûre Sceptre. Objet
dignede Vousmesme, &seul
capable de Vous donner une gloire
qui réponde à vôtre Grandeur,
nous publions qu'il n'est rien de si
auguste que les perfections qui.
font renferméesdans Vostre Majestéj
maisque pouvons nous dire
pour en bien parler, sinon de protester
que vous vous estes acquis
un triomphe immortel dans l'esprit
de vos Peuples;- qu'après
avoir détruit ce Monstre, qui ne
subsiste que de la perte des Mortels,
vous n'au.rez pointd'autre
siege dans le Ciel, que le Trône
des Cherubins, des Puissances, &
des Dominations.
Parle Pere Claude SdlUyCeleftitt»-
PLAINTE DE L'EGLISE
Contre ses EnfansRebelles.
Vou.qui
semblez cherir la paix
Du moins faites mieux voir que la
Paix vous est chere
Qu'en desavoüant , mes bien-faits
Et qu'en vous separant d'avecque vôtre
Mere.
EsEpscrliatvsestrop attachez à vos illusions.
malheureux de vos opinionsy'
Cedez à la raison
,
; rendez enfinsles armes,
Et connoissez ma voix ourespectez
mes larmes.
Bien qu'Enfans revoltez
, vous estes
mes Enfans;
Je vous ay tous portez& concûsdans
meslfancs,;v. -
Et si vous m'accusez d'un infame divorce
D'avec ce Dieu Puissant qui fait toute , ma force;
Si j'ay brifé les fers de cet aimable Espoux,
Quel nom devez-vous prendre, ou quel Pereavez-vous?
Certes,loin de prévoir ce blâme teme- raire,
J'ay servy de Nourrice aussi-bien que de
Mere:
J'ay pour vous élever épuisé mes efforts,
J'ay prodigué pour vous, mes soins &
, mestresors;
Et si dans cette Secte où l'erreur vous
engage
Vous pretendez avoir la justice en
partage,
Si vous l'avez receuë & si vous la don;'
nez,
C'est de moy qu'Ellevient, & que
vous la tenez.
Pourquoy donc inconstant quele Ciel
abandonne,
Pourquoy chercher ailleurs des Trésors
que je donne.
<Vons qui semblezcherir la Paix,
Du moins faitesmieux voir que la
: Paix vous est chere,
Qu'en desavouant vos bien-faits t qu'envous separant d'aveequevôtre
Mere.
Je fç.iy que les abus & les déreglemens
Servent souvent d'excuse à ces soulevemens,
Que de beaucoup des miens l«i licence
invincible
Est à vostre revolteunpretexteplansible;
Que vous laissant séduire a. de fausses
couleurs,
Vousblâmez la Doctrine en regardant
les moeurs,
Sur tout, si cét abus va jusqu'à mes
Ministres,
Vous courez aussi-tost à des projets
sinistres ;
Alors il fauc ailleurs chercher laVerité,
Faire Autel contre Autel, & rompre
l'Unité,
La faute du Ministre à vostreesprit
severe
Deviennt auimsesmteetemrpsecel,le du Mi-
Aulieu de punir l'un ou de le reformer,
Il faut ou changerl'autre
, ou bien le
supprimer ;
Mais helas ! pour l'erreur,oule peché
du Frere,
Faut-il cruellement abandonner la
Mere,
Et qu'un débordement qu'on me
voit detester
Malgé mon amitié vous force à me
quitter? Iiiij
Le Sauveur
,
des humains nous paroist
dansl'Eglise
Avecungrand filet, toutchargéde sa
plise,
Qu'on retire de l'onde avec beaucoup
d'efforts,
Et quivient étaler sonButin sur les
bords;
Le Pescheur suspendant sa douleur
& sa joye
D'un regard attentifexaminesa
proye,
Et trouvantdans ses Rets bons & mauvais
Poissons
Rejette les mauvais & reserve les bons :
Cette comparaison bien prise & bien
conceuë
Peut rondre la lumiere à vostre ame
deceuë,
Ellepeut rappellervosesprits égarez,
Et desiller enfin vos yeux mal éclairez;
Ce divorce eterneldes uns d'avec les
autres ,";!,
Est pour le dernier jour & non pas pour
les nostres ;
Il qpe, le filet se traisne jusqu'au
bord,
i^ue lasainte Nacelle arrive jusquau7
Port,
Et qu'elle offre à sonJuge & clement
& severe, -- Dequoyfaireéclater, sa grace & sa
colere,
CepenPdant gaardons biienxde détr,uire la De brifer la Nacelleou de rompre les
Rets,
Tant qu'au dernier des jours ce Juge
redoutable
Separe l'innocent d'avec le coupable.
Sur les crimes des miens je pleure comme
vous,
Mais ma tendre amitié les souffre avec
nous; Il faut que le peché marque sa tiran-
',',- nie,
Qu'avecque le froment croisse la ziza-
iiie, 4
Ilfautlaisser venir leur derniere GiCotl!.
Et pour les separer attendre leur nwif.
son lerl
}.vecqu le bon grain il faut souffrir la
paille,
En vain à l'en purger nostre esprit se
travaille
Tant que le Maistre vienne & que le
van en main
• : Il réjette la paille
,
& garde le bon -En un mot confessons qu'en l'estat ou
nous sommes 11
Ce droit de separer n'appartient point
aux Heromes,
Nostre esprit agité de son propre defit
Ne (ait pas justement ou laisser on
choisir,
Et si d'autres clartezsur luy ne viennent
luire ..;L
Son propte sens l'égare au lieu de le
• conduire.
Laissezdonc mes Enfans ce foin à diviser,
A cét oeil clair-voyant qui ne peut
s'abuser,
t pour l'aveuglement, ou le crime dl.
Frere
çachez qu'il ne faut pas abandonner
laMere; , iùis que sert d'épargner vostre confufion
erreur , çfi: le signal de la division,
t depuis ce moment qui vit naistre
t c l'Eglise,
a Verité nous joint & l'Erreur nous
divise.
Vous quisemblez,&c.
,!t-;
,Lie si d'un Dieu vivant les importansy3dilcours
, e vos soulevemens n'arrestent pas
le
cours, i sa parole en vous trouve uneame re.
belle,
Du moins que son exempleinstruisevôtre
zele;
il voit ce deserteur qui songe à le trahir,
Il voit ses noirs projets & ue peutle
hair,
1
Loin de le retrancher d'avec ses Apt
très,
Il le carresse autant qu'il carresse ti
autres; Il veut malgré l'horreur de ses impiete
Qu'il annonce aux humains les grandi
veritez,
Il veut qu'il participe au plus haurde
Mysteres,
Et uaitte un Ennemy comme il trai
te ses Frcres.
Voilà cette douceur qu'il falloit imite
Vous deviez nous souffrir & non pa
nous quitter;
Peut-estre qu'on verroit la licence dé
truite
Parvostre bon exemple & par vostre
conduire,
Et que de vos vertus l'éclat officieux
Reschaufferoit nostre ame ,
éclaireroii
nos yeux; INiaisàd"autres conseils vous vous laisfez
conduire,
Vous vous cachez de nous de peur de
nous instruire,
ous fuyez mes Enfans comme des
) Scelérats,
ous les traittez plus mal qu'on n'a
traitrtéJudas. ,:
pour l'aveuglement, ou le peché du
-' Frere ous avez lâchement abandonné la
Mere;
Vous quisemblez &c.
trG
Que sert de vous cacher des mauxque
nous sçayons
rous avez despescheurscomme nous
enavons,
t si d'avec nous le péché vous divise,
rescrivezle chez-vous aussi-bien qu'en
Retranchez hardimentce qui peut vous
tâcher,
it vous aurez sans doute assez à retrancher
Maisucneoautrne mdaxiumeiàrdreoit de vous
Toute vostre vertu n'aboutit qu'à me
nuire,
Et c'est executer saintement vostre L
Que d'outrager mon nom & toni
contre moy.
Parmy vos Sénateurs pourveu qu'
me haïsse,
Il n'est gueres de crime on d'erre
qu'onpunisse,
Quiconque a declaré contre moy f
Quelqucoeuroux, Secte qu'il suive est bien vei
chez vous.
N'importe que sa Loy soit contrai
à la vostre,
Il tient vostre party, s'il attaque
nostre ;
Les pechez
,
les erreurs que vous noi
reprochez,
Pour luy perdent le nom d'erreur & c
pechez,
Et vostre aveuglement vous unit à di
Hommes
Qui vous sont opposez bien plus qi
- nous ne sommes,
Aussi ce nouveau Corps de membres
divers
Etale vostre honteaux yeux de l'Univeirs,
Et du plus clair voyant,l'ameesttoute
interdite,
Sçachant qu'on lesreçoit, & sçachant
qu'on me quitte.
Vous qui semblez '&c..,)
Je sçay bien jusqu'où va vostre in
juste fureur,
Vous allet rrie charger d'opprobres &
d'horreur,
Et pensez qu'à mes yeux vostre honte
se cache,
Pourveu que l'on m'imprime unfe plus
noire tâche..
Nous choquons disez-vous, les point
Fondamentaux,
Nous adorons des Dieux de marbre
& de metaux , Nous avons lachementpar des raifcSui
frivoles
Rappellé des Enfers le culte des Idolei;
Nous avons transferé l'honneur d'un
DilU jaloux
A des Divïnitez aveugles comme nocs.
Ainsi l'ldolatrie & ses noires maximes
Rendent vos factions saintes Selégi- timés.
vC'estoce Mronsetre hizdeux,qui vous a de- Qui vous a fait horreur & vous a separez;
Mais ou d'un faux brillant ma raison
est guidée, - :
Où ce Monstre hydeux n"est que dans
vostreidée.
Pour seduire les coeurs vous feignez
d'ignorer,
Ou bien vous ignorez ce que c'est
qu'adorer - Sçachez que c'estconnoitfreavecque
déference,
La Majesté suprême & nostre dépendance
,
Et rendSre uon plueinvhomemargeaà li'Enstre De l'Estre dépendant qui nous vient
delaftiain.
C'est la Loy qu'il impose à tout qu'ilfaitnaistre, -ce
Cg'resatnldà,Mcegariatnfdrdeevjo.ir qu'exigece
C'est cét honneur qu'il ailrâè à rccc
voir de nous "JI
Le droit qu'il le reserve & dont il cH jaloux-. ,',> v":'-A
Aussi qui dans son Temple arendu ces
hommages. -
A la grandeur des Saints, oubien-.à
leurs Images? 1
Nous sçavons nous garder de tous ces
fauxappas,
Nous pouvons reveret,mais nous n'an'adorons
pas.
L'honneurque Dieu demande est d'un?
plus haut étage, 1
Celuy qu'on porte ailleurs luy ferois
un outrage,
Et si nous luy rendions l'honneur qu'oiirend
aux Saints L.
La foudre partiroit justement de fc;
mains,
Ce Culteravalé deviendroit une offense
Et contre un faux respect armeroit sa
vengeance;
Mais si l'erreur tient là vos esprits arrêstez,
Que ces illusions passent pour veritez,
Pout laisser quelque force aux traits
qu'onnousdécoche
Changeons la calomnie en un juste reproche.
Quand nous aurions blesse l'honneur
d'un Dieu jaloux
Ce n'estoit pas assez pour rompre avec
nous,
Quand vous auriez senty la contrainte
& la force
C'estoit peu pour courir à ce honteux
divorce
, ,
Et vous ne deviez pas en cette extrémité
Faire Autel contre Autel, & rompre
l'Unité.
Veu des Enfans pervers & des arnç Rebelles..
Ellea veu mille fois fumer en mefmî
lieu :•
L'Encens pour les faux Dieux, comme
pour le vray Dieu,
Au milieu de son Temple elle aveu Ft?
dolatre
Rendre hommage à des Dieux de mé..
tail & de plâtré, :
Les Justes abbatussous uncruel i'un cruel effort,
Les Prophètes livrez. à la plus rude
mort,
Les Prestres devenir de sanglantes Victmes,
Et les plus noirs forfaits se rendre lé,-
gitimes,
Cependant elle n'oseen cette extremite
Faire Autel contre Autel & rompre
l'Unité ;
Elle souffreavec elle un Monstre qui
l'étonne, :
Mais c'est Dieu qui le veut ,
• &c'est Dieu qui l'ordonne.
C'est ce Dieu de la paix qui verse dans
lescoeur
La haine des pechez & l'horreur des
Pecheurs)
Au pointqu'elle gemit de sous la tyrannie
A ses cruels Tyrans elle fait compagnie,
LejusteauSceleratmesléconfusément
N'ose s'en separer que de coeur seulement;
Donc si la verité peut souffrir l'imposture,
Si celuy qui connoist l'Autheur de là
Nature
Demeure avecceluy qui ne leconnoist
pas,
Quel pretexte choisir à vos grands
Attentats?
La gloire de mon Nom àt'elleestésletrie?
Par desdcrimoes plluas ntoirrs qiueen'e?st l'I- Quelforfait assezgrand vous separe de
nous?
N'avonsnous pas encore le mesme
Dieu que vous?
Avons-nousmit Baal ou Moloch ensaplace?
Attendons-nous d'un autre oula perte
ou la grâce?
Non, non, coeurs abusez,nous ne voulonsque
luy
Il est , tout nostre espoir ôc fait tout
nostreapuy.
Lorsque nous reverons ou prions ceux
qu'il aime,
Nous n'honorons en eux que sa bonté
suprême,
Et ce Culte innocent qu'on leur rend
icybas
Ne passe que par eux& n'y sejourne
pas.
Quiconque aime du Roy lapersonne
Sacrée
Respecte son Portrait, son Sang & sa
Livrée,
Et ce Prince équitable au lieu d'estre ja- loux.
Croit recevoit l'honneur qu'ilsreçoivent
de nous.
Ainsi loin d'outrager le Monarque fn.,
prême,
Nous servons sa grandeur en aimant
ceux qu'il aime;
Tout ce que je revere en Terre ou dans
les Cieux
Ce n'est que par rapport à son Nom
glorieux
, Et je proscris tout haut toute la déference,
Qu va se terminer dans une autre puissance.
Vous qui semblez
,
&c.
;:-:)
Autre fois le plus grand de tous nos
differens
Estoit ce beau Mystere où se perdent
les sens
Où d'un Dieu Tout Puissant les paroles
expresses,
Promettent un Soleil Tous les ombres
épaisses ,
Ou du Sauveur enfin l'amouringenieux,.
Le découvre à nos coeurs, & le cache
à nos yeux; C'estoit dis je pour vous un dévoir
trop penible,
De croire un Dieu caché fous un figne
visible,
Les trompeuses clartez d'un orgueilleux
rclivoir,
A leur foible compas y regloient son
pouvoir,
Et c'estoit contre nous provoquer sa
vengeance
D'y chercher Jesus-Christ & croire sa
presence ;
Mais vos nouveaux Decrets ont recen pey vous
Cette Secte du Nort qui la croit cottw
me nous.
Son coeur comme le nostre ence point
s'humilie
Sa raison se soumet & sa sagesse plie,
Comme nous elle avoue, ôcde bouche
& de coeur
Cette Realité qui vous fait tant d'horreur,
Et sans chercher de preuves & d'argumens
sensibles,
Connoit un Dieu caché sous des signes
visibles.
- : Je le fers direz-vous en un estat si bas,
Cest l'abus que je soufre & qu'il ne
souffre pas; j'adore mon EpQUX sous ce nuagebléme
, Par tout où je le croy, je l'embrasse
& je l'aime,
Et dussent les Enfers avec vous murmurer
, Par tout où je le croy je le veux adorer,
&
Les Peuples ont pour vous des regles
bien plus sages,
De croire un Dieu present sans luy
rendre d'hommages,
De braver hardiment Jesus-Christ à
ses yeux, Aussi de vostre accord c'est le noeud
specieux i., Mais.
Mais rappellez un peu vostreespritqui
s'égare,
Voyez ce qui vous joint & ce qui vous
separe,
Respectezmon Espoux où je pretens
qu'il est;
Sçachez quec'est luy rendre un devoir
qui luy plaist,
Sachez que c'estluy seul qui cherche
cét hommage,
Quand il n'ydroitpas, C',st, luy que
j'envisage
Quand la crédulité feduiroic mon ardeur
,
lene fais pas un crime en Iti donnant
mon coeur, ', Ou quand j'aùrois enfinmal conceu sa
parole,
Qui n'adore queluy ne sert pasunIdole.
Mais c'etf un attentat des plus noirs
d'icy bas
De croire la presence & ne l'adorer
pas,
Ou des sacrez concerts ou des Légions
d'Anges
Celebrent sa grandeur & chantent les
loüanges
*, Certes c'est un mépris qu'il vous faut
abhorrer
Que l'homme l'y connoisse
, & n'ose
l'adorer.
Aussil'A utheur fameux de vostre insame
Schisme
Auroit plûtost tenu pour le Mahometisme,
Plûtost avecque nous il auroit fait accord
Que de s'unir jamais à la Secte du
Nord,
Mais enfin dans nos jours la Verité suprême
A voulu que l'erreur s'arme contre ellemesme
, Que vous fassiez un Corps de Membres
si divers,
Qu'il étale sa honte aux yeux de l'Univers,
<Jue la raison s'alarme & que la foy
s'étonne,
De voir ce qu'on reçoit & ce qu'on
abandonne.
Vous qui semblez
,
&c.
Revenez donc enfin, Revenez mes Enfans,
C'est tropquevossttrree erreur ait ssuubbàjsisté
cent ans,
Ef c'est injustement qu'elle vous semblebelle,
Puisque cent ans pallèz elle n'est plus
nouvelle,
Encoreque pour moy vous n'ayez que
rigueur
Je veux ouvrir pour vous & mes bras
& mon coetir;
Bien que vous n'ayez plus que haine &
quecolère,
J'ay toûjours de l'amour & je fuis toujours
Mere;
Helas ! pour vous resoudre à rompre avecque
moy
A changer ma Doctrine & faire une
autre Loy,i L ij
Pour donner aux humains de si hon";
teux exemples-
Que vous aurois-je fait? ou qu'avoient
fait mes Temples?
Qu'avoient fait mes Autels si chers à
vos Ayeux.,
Pour estre le supplice & l'horreur de
vos yeux?
Vous eut-on menacé de vous arracher
l'ame,
De vous faire épro- uver & le fer & la
flame ? -
De vos sombres, terreurs il falloir
triompher,
Et braver à la fois &la flame & le
fer;
Il falloir constamment attendre cet
orage
Vous armer d'un beau zele & d'un ferme
courage,
Et noen pxointt rvoues smoustraiiretàécet,te DiviserJesus-Christ & rompre l'Unité.
Ainsî que dans son tronc la branche
divisée
Est de sonpropre suc aussi-tost épuisée,
Ainsi que de son Corps un Membre
- separé
Devient en mesme temps, pasle ÔC
- défiguré,
Ainsi qui d'avec moy veut faire un plein
divorce
Voit mourir à l'instant sa couleur dC
sa force,
Et l'aliment qu'il cherche ailleurs qu'en
ma Maisoin
Ne porte dans son coeur qu'absinte &:
que poison ; Certes, si l'un des miens dans une au-
- dace extrême
Semble d'avecque moy se separer luymesme,
Je proscris quelquefois cét Enfant révolté
Mais sans tro,ubler la paix l'Unité, ny rompra La plus faine raison permet bienqu
se haste, i L iij
De retrancher du corps un Membre
qui le gaste,
Mais c'est un nouvel ordre & de
nouveaux efforts,
Qu'un membre s'authorife à retrancher
le Corps;
voilà pourtant, voilà cette noire conduite,
OÙ malgré ma douleur vostre See
est reduite,
Et ce petit Troupeau, divisé du plus
grand
Estde vostre revolteun visible garand,
N'allez phu; alléguer des feintes concertées
Des crimes sup, posez des erreurs inventées.
-
On voit des deux partis qui tient la
Verité,
Quand on scait qui des deux,entretient
l'Unité,
C'est la roche confiante & la ferme
colomne, - el'Enfer conjuréne sappe ny n'étpnlleQuis'y
tient attaché ne s'ébranle- jamais,
Et c'est là feulement qu'il rencontre la
Paix.
Sus donc rendez enfin les Enfans à
,
la Mere,
Songez àréunir le Frere avec le Frere,
Q-tlo vos esprits flottans s'arrestent à
ce point,
De ne diviser plus ce que le C- iela
joint,-
Puisque ces factions, ces révoltés célebres
Ne font que les Enfans du Prince
des Tenébres.
- Vous qui semblez cherir la Paix,
Du moins faites mieux voir que la
Paix vous est chere,
Qu'endisavoüant mes bien-faits,
Et qu'en vous separant d'avecque vô,-
tre Mere.
Comme tout ce qui en dans
cette fécondé Partie de la Lettre,
que je njous envoye tous les mois
regarde le Roy ou la Religion,
~@r que ce qui la concerne n'est
qu'un effet de l'application des
foins de Sa Majesté
, pour son
accroissement &pour sa gloire;
je crois d'autantplus devoir donner
place icy à la Lettre du Roy
de Pirse ,dont vous a11CZ déjà
oïïy paiLryq.idle marque le zele
de cet^ugufic Souveraint pour
tout ce q'si la regarde,mesmes
dans les Payslesplus reculez où
elle a plus besoin de protection,
Quoy que cette Lettre nefoit pas
nouvelle
,
elle ne laissera pas de
donner le mesme plaijîr qu'on
prend à toutesles chosèscurieusès
qui n'ontpoint encore esté veuëst
ïè)<\nifonttoujours nouvellespouf
ceux qui les apprennent ou qui
les'voyent pour la premierefois.
Cette Lettrefutpresentée au Roy
par Mr AthanaseSaffar Enjefque
de Maredin & de Nisibin
en Mésopotamie. Elle a estétra
duite par Mr de la Croix Interprete
du Roy en Langue Perjienne
;
Ainsi vous devezcroire
que cette Traduéctioneflfidelle.
LEvesque qui la présenta ne
parla au Roy qu'enLangue Arabique
, & fîtson Compliment
en ItalienàMonseigneur le
Dauphin
, a Madame la Dauphine
à Monsieur & à Madame;
& quoy que toutes ces
AugustesPersonneseussent une
parfaite connoissance de la
Langue Italienne
, comme il est
de leur Dignité qu'en leur explique
tous les Discours qu'on ne
leurfaitpoint en leurLangue;
Ces [orllplirnens furent interpre
tcz.pr Mr de Carsueit, qui depuis
Marseille avoitesiéchargé
de la conduite de cet Eveque.
Voicy la Lettre du Roy de Perse.
C'est à Dieu à qui la Gloire
Jufrêmeejîdeue. LOUIS Empereur, qui faites
honneur aux Roys par la
JVlajefté
, par la grandeur d'Ame,
par la gloire & le bon- heur qui
font en vous,dont la Dignité eili
aussi élevée que les douze Maisons
Celestes; Qui avez uneardeur
de Lion dans les Combats,
& une Consciènce sijustequ'elle
donne de l'éclat au- Trôue
Impérial que possede Vostre Majesté
si digne de ce Trône sur
lequel vous estes assis
,
& de la
Couronne qui couvre de gloire
VostreTeste parvostre courage
& vostre équité, qui estes leplus-
Grand , le plus Noble ,le plus;
Libéral & le plus Magnifique des
Roys & des Empereurs Clirê.
tiens, & le Tres-Puissant Monarque.
des Royaumes de France.
Nous donnons avis à vostre
Haute Majesté
, que nous avons
heureusement receu par l'Evesque
de Cesaropolis la belle Lettre
dont vous l'avez chargé, qui
marque vostre sincerité
,
&. la
bonneintelligenceque vous vou.
lez garder avec nous, en fortifiant
les fondemens del'union
qui a esté contractée avec les
Peres & Ayeuls de VostreMajessé
Imperiale, & les Roys de
nostre très glorieuse & tres-Aui
guste Famille. Cette Lettre a
donc renouvellé dans nostre
coeur la tendresse, & l'amitié ancienne
& nouvelle, & comme
vous nous y avez recommandé
Les Chrestiens Arméniens de la
Province de NaKchivan avec
des termesobligeans
5
Je vous
diray qu'il est vray qu'il arrive
quelquefois que les Gouverneurs
de NaKchivan estanc changez
, ces nouveaux venus n'efiant
pasinformez de la recommandation
de Vostre tres-Excellence
Majesté
, ny de l'auguste Commandement
que nous avons fait
en consequence de cette.Recommandation
; ils ont peut estre
manqué de proreger ces Arméniens.
Pour ce qui concerne la
Demande que. vous faites d'un
Commandement plus exprés &
plus fort en faveur de l'Evesque
de Cesaropolis
,
& des Chrétiens
Europeans Catholiques Romains,
principalement à l'égard
des Peres Jesuites vestus de noir;
Je vpus répondray que nostre intelligencesemblable
au Soleil
qui penetre tout, a esté pleinement
informée de toutes ces affaires
, avant mesme que voltre
Haute & ImperialeMajesté nous
eut fait l'amitié de nous ecrire
son intention pour la protection
des uns & des autres. Un Ordre
à Papillon dont la Noblesse se
fait obeïr souverainement ,avoit
déja esté delivré de noitre parc
en leur faveur, ainsi que nous
avons marq ué autrefois dans la
Lettre d'amitié que nous vous
avons écrire sur ce sujet.Cet
Ordre est dans toute la force,
& presentement executé avec
ponctualité par le nouveau Commandant
,
sans qu'il y ait sur ce
sujet aucune innovation. Si vôtre
Majesté à quelques autres affaires
dans ce Pays faites le nous
sçavoir, & nous donnerons nos
Ordres à ce que les Esclaves de
nostre Tribunal qui est la figure
de celuy de Dieu,les executent
selon vostre plus grand plaisir.
Je souhaite que tous vos dépeins
ayent un succés aussi favorable
que vous pouvez desirer.
Le Sceau du Roy de Perse,où
elst gravé Soliman Esclave d'A- ,
la Terre ,
ly,Roy de Sainte cft , est
attache à cette Lettre, & autour
du Sceau font les Noms des
douze Imans ou Prélats de la
Religion de Perse.
Il y avoit autrefoisunPapillon
marqué à ces Ordres, qui
ont les plus considerables de
tous ceux qui fontaccordez par
le Roy de Perse.
AU ROY,
IDILE. LORS qu'une heureuse Paix
donne à toute la France
Des biens qui passent nos desirs,
Que la joye&que l'abondance
Y regnent avec les plaisirs;
Chantez Muses chantez des Victoires
nouvelles,
Cest LOUIS,c'eû vostre
Heros
J¡pQui
par de glorieuxtravaux
Rend les Conquestes immortelles.
Ce n'est plus Belloneen couroux
Qui soumet à ses Loix des Provinces
rebelles,
Dans ce Triomphe heureux tout
est tranquille &ôc doux.
Je sçay que justement vousestiez
alarmez,
Quand on voyoit LOUIS com-,
mander nos Armées; Que rien ne calmoit vostre
peur
Que le plaisir charmant de revoir
ce Vainqueur,
Si l'on disoit que la Victoire
Portoit ce nouveau Mars en des
bords étrangers)
Quoy faut-il disiez-vous
, que
- l'amour de la Gloire
L'Expose cous les jours à de
nouveaux dangers.
Aujourd'huy qu'il veut bien
loin du bruit de la Guerre
Montrer sa grandeur à la Terre,
Vaincre sans donner des Combars,
Que nos voix ne soient plus
tremblantes,
Etque sur l'appuy de vos bras
Vos Lires,doêtes Soeurs ne soient
plus chancelantes.
Vous sçavez par combien
d'Exploits
Il asignalé son courage,
Son bras à fait trembler centfois
LeRhin,lePô,l'Ebre,&le
Tage;
yous sçavez qu'en tout l'Univers
Rien n'est égal à sa puissance,
Les Monarques lointains cherchent
son alliance,
Aux Corsaires d'Alger il afermé
nos Meis,
Et fait taire leur insolence
Après tant d'Exploits inoüis , Une infame furie, une Fille rebelle,
UnMonstre qu'lâ faim chassa
de la Kochelle, *
L'Heresie en un mot expire fous
- LOUIS.
Nos Rois en ont en vain entre-
J- pris la défaire,
Le-ur"Vfiét¡oirieresetoi,t impars Cet'Hydre.'érraffé rènaiffoÍc-
"SouV^ecôup qûilelterra{Toic,
-1Sa"défaite augmerrtoit sa rage
Le trepas luy rendoit Je jour,
Il sortit tout fier du Carnage
DeJarnac & de Moncontour,
Nos Villes estoient au pillage
Nos Citoyens trahis, nos Temples
prophanez,
Nos Roys exposez à l'outrage,
Et nos Prestres assassinez.
Oublions aujourd'huy ces disgraces
passées,
Nous vivons sous un Regne &
plus doux, &' plus beau,
Nos larmes sont recompensées,
Nous avons en LOUIS un Alcide
nouveau,
Bien mieux que le Dieu de sa
Fable
Qui pour rendre le Ciel aux
hommes redoutable,
Foudroya jadis les Titans
Qu_ildisputoient aux Dieux leurs
Trônes eclatans.
LOUIS pour rétablir la France
dans la France
Ne donne rien à la vengeance,
Mais son zele & sa pieté
Rappellent dans tes coeurs l'ancienne
verité,
Remettent dans ses droits cette
Illustre exilée,
Et de tant de Sujets on la voit
rappellée
"Que la Foy qu, 'ilsprofesse uni
ra tous les coeurs,
Et le Ciel n'aura plus de faux
Adorateurs;
C'est ainsi que LOUIS avec
un foin extrême
Moissonne des Lauriers qu'il ne
doit qu'à luy-mesme,
Et qu'il daigne par des bien
,
faits
Des nouveaux Convertis prevenir
les souhaits,
Aussi pleins de ses biens &deses:
grands exemples;
Nous les voyons en foule accourir
dans nos Temples,
De leur retour heureux nous
-
rendre les témoins,
Et benir de LOUIS les travaux
& les soins.
Jadis quand il soûtintl'Europe
toute entiere
Qu'au pouvoir de ses Loix il la
pouvoit ranger,
Ce Prince loin de se vanger
Eut pour ses Ennemis la tendresse
d'un Pere,
De mesme son grand coeur
fait agir ses bontez,
Sur ceux dont il pourroit forcer
lesvolontez,
Sa vertu pretend seule en avoir laVi&oire?
Et veut avec le Ciel en partager
la gloire.
Que ne devras-tu point à ces
nouveaux Lauriers?
Nourrice des beaux Arts, Mere
des grands Guerriers,
France? qui vit jadis les discordes
Civiles
Ouvrir à l'heresie & les coeurs
& les Villes,
Tu ne reverras plus l'itijliiteiioti.-
veautc,
Des Moeurs de ces François
fouiller la pureté.
Mais faire triompher la veritable
Eglise,
Ne vouloir point souffrir que
l'Erreur la divise,
Reünirà son corps des membres
separez,
Remettre dans son sein des Ensans
égarez,
Rendre à Rome aujourd'huy
toute son étenduë
Soumettre à ses Decrets , * ** confonduë,
Et porter en tous lieux nos Mr
steres sacrez,
C'est de LOUIS LE GRAND
la gloire la plus chere,
Et c'est par ce beau Caractere
Qu'il se rend aussi glorieux,
Que si du Belgeou de l'Ibere,
La Frcancteole vroyioiet enucorxe V.ipRIER.
E. GRand Dieu conservez
la Personne
D'unRoy qui sert l'Eglise en
veritable Fils
,
Nostre
Nostre repos le veut ,
vostre
gloire l'ordonne,
Et tout nous parle pour
LOUIS.
PERRY.
Lors que je vous manday ily a
quelques mois, qu'on avoitdémoly
leTempledeCharenton,je n'en fis
pointgraverd'Estampe, ainsi que
vousl'aviezsouhaité, & m'vous
en envoyay point de description; je
n'entraypas même dans ledétailde
ce qui s'estoitpassé le jourqu'il fut
démoly, çj?1 ne vous fis point part
de plusieurs choses qui regardoient
cette grande journée. Il n'estoit
pas aisé d'en estre bien instruit,
la trop grande foule de Spectateurs
empeschesouvent de bien voir un
Spectacle,& d'en bien juger, (t)
tant de Gens parlent differemment
de ce qui se passi en public, lors
que la-multitudes'y rencontre, que
c'ejl rarement sur le raport de ces
sortes de témoins, quoy que presens
à l'action dont il s'agit, qu'on
en peut donner des nouvelles certaines
,
il faut aller jusques à 14
source pour en trouver de seures.
C'est ce que j'ay fait, & j'ay crû
que leRoy estant l'ame qui afait
mouvoir tant de bras, cet Article
tiendroit avantageusementsa place
dans un Recueilqui n'est remply
que d'Ouvrages qui regardent
ce Mmarque.
Le Lundy vingt- deuxiéme d'Octobre
1685. l'Edit duRoy, qui
portoit la Révocation de l'Edit
de Nantes, er quiparconsequent
ordonnoit laDémolition de tous les
Temples du Royaume
,
fut vérifié
au Parlement. La veille de cette
Verification estoit un Dimanche,
& le Ministre Claude devoit
prescherce jour-là
,
suivantl'ordre
étably entre les Ministres de Paris,
dsfaire le Presche chacun à leur
tour. CeMinistre ayant sceuce qui
se devoit passer le lendemain au
Parlement, crut que non ftulement
il nefaloitpointprescherla
veille d'une tournée si glorieuse
pour le Roy ,&sifunesteà l'Heresie
; mais qu'on ne devoit pas
mesmes'assembler à Charenton
poury faire aucun Exercice
, ny
teniraucuneAssemblée.Il envoya
pour cet effet la nuit du Samedy
au Dimanche ordre aux Portiers
du Temple d'en tenir les Portes
fermées, & d'allersur les routes
dés le grand matin, afin d'avertir
les Religionnaires qu'il n'y auroitpoint
de Prédication, C; de
leur dire de s'en retourner. Ces
grandes nouvelles s'estant répanduësparmy
le Peuple de I"une,e
del'autreReligion,lacuriosité en
rf.wa iine si (Jrande foule sur les chemins, qu'o(n .1 en auroit dû craindre
quelques fuites dangereuses,
siMr de la Reynie, qui prévoit
àicuty & qui n'attend pas que
le mal soit arrivé pour y remedier,
riy cur; mis ordre, en choisissant
Mr le Commissaire Labbé
pourveiller
à tout ce qui se passeroit,
(e¡> pour prendre garde que
les Catholiques & les Religionnaires,
quiestoient en grand nombre,
tantà Charenton que sur les
chemins, st) à la Porte, & au
FauxbourgSaint Antoine,n'eussent
ensemble quelques paroles,
qui auroienfpûcauser de plus
grands démélez.Cesage &prévoyantMagistratpoussant
ses
soins encore plus ¡(Jin, envoya des
Brigades de Mr le Prevost de
l'Isle surles chemins,pendant que
d' -titres Brigades de M. le Chevalier
du Guetfaisoient la ronde
dans le Fauxbourg Saint Antoire}
ce qui eut un si heureux
/U"C':'i
5
que tout le monde fut
extremément futpris de trouver
tant de tranquillité dans un
Quartier où l'onavoit lieu de
craindre que l'émotion ne fust
grande.
Le lendemainLundyl'Edit de
]'-].:l'es ayant ejléreloque, M.
leLieutenant General de Police
donna ordre à Mrs les Commissaires
de la Adare3 le Page, ($)f
Labbét de faire travailler à la
Démolitiondu Temple deCharenton
}
de s'emparerdesRegistres dit
C'onfigoire, & defaire sur les
lieux ~tous ce qu'ils trouveroient a
propos & qui dépendroit de leur
Ministere, ce qu'ils executerent
avec autant de prudence que de
ponctualité.Ilarriva sur le foir
cinquante Compagnons MenuÍsiers,
qui animez du zele de la Z\!
ton,, entrerent dans le Templey
& en enleverent, en quatre on
C2~/,toute la Menuiserie,
C^r lQtJ /jicBa;-ics,surlejonels il
1
)
y avoit place pour quatorze mille
personnes.
Le lendemainMardy quirante
Co<ihumons Couvreurs travaillerent
dis le matin , & ladiligence
qu'ils firentfut si (randeJ
qu'une partie du Temple se trouva
découverte dans la mefne matinée
, ce qui donna lieu à Mrs *3
& Guezard
,
qui avoient estéchoisispourlaDémolution
de ce Temple, de faire
monter les Charpentiers,Maçons,
Plombiers
, & autres Ouvriers
necessaires. Ils travaillerentavec
tant d'ardeur, que le Temple auroit
cjié (¡JZé en deux jours, si la
couverture de la Charpente n'eust
point esté double. Il salut l'enlever
à force d'hommes, qui en sapoient
les a!lemb/(;(('sJ & qui les
laissoient tomber à terre, ;f qui
dura trois tours. Le tout fut entierementdétruit
en cinq, gjp le
Samedy au soir à peine pouvoiton
reconuoistre la placesur laquelle
ce fameux Templeavoit esté élevé5
la pluspart des matereaux
ayantesté enlevez pour l'Hôpital
General
,
à qui ils avoient eslé
Jannez par Sa Maïesté.
Mr de la Reynie prévoyant
qriun Spectacle pareil attireroit
tour Paris, fit tenir à Charenton
pendant la Démolition de ce Temple
des Brigades de M. le Chevalier
du Guet, & de fj^î. le
Frevofl de rIfle) pour empefeher
le desordre qui auroitpû estre causé
par le trop grand nombre de
SpeE/ateurs. En effet, tout Paris
voulut ejïre témoin de la destru-
Rian d'un Edifice qui servoit de
Trône à l'Heresie. Cegrand Ouvrageefiant
achevé
, ceux qui en
avoient la conduite remarquerent
avec étonnement qu'il n'y avoit
euaucun Ouvrier deblessé, quoy
qu'ilseussent tous travaillé avec
une activité inconcevable
,
@f
qu'ils eussent esté plusieurs fois en
péril, tantà cause de la chute des
xiAtcreauxya laquelle ils estoient
souvent exposez,& qui tomboient
en confusion,que parce que leur £fle
lesemportoitsouvent dans des
endroits extremémentperilleux.
Je croydevoir joindre à la Df4
molition de ce Temple la Description
qui m'en a esté donnée,je
vous l'envoyesansy rien changer,
de crainte de tomber dans de
pita grandes fautes que celles que
j'y voudrois corriger, supposé qu'il
y en ait.ChaqueArt ases termes,
& s'il rieft souvent pas aisé à
ceux mesmes qui professent unArt
de se bien faire entendre, lors
qu'ils ont quelquesDiscours àfaire
quile regarde,ceux qui n'en font
point proj-ejjion doiventtoujours
éviter d'expliquerce qu'ils neJçavent
pas. - DESCRIPTION
DU TEMPLE
DE CHARENTON.
; Le plan de ce Temple estoit
un Carré long,percé de
trois Portes; sçavoir, une à
chaque bout, & une au milieu
d'une des grandes Faces.
Il estoit éclairé par 81. Croisées
en trois Étages l'une
dessus l'autre, élevées de 27.
pieds jusques à l'entable->
blement. Il avoit de longueur
104.pieds dans oeuvre,
& 66. pieds de large,
aussi dans oeuvre. Les murs
avoient trois pieds & demy
d'épaisseur,par le dedans.
Il y avoit une grande Nef,
au Plafond dans laquelle estoient
les Tables du Vieux
&du Nouveau Testament
écrites en lettres d'or sur un>
fond bleu, qui avoit esté
peint exprés sur le Lambris
de lavoûte de ladite Nef.
laquelle estoit de 74. pieds
de long sur36.pieds de large,
& au pourtour de laquelLe
étoient vingt colomnes d'ordre
Dorique, de 21. pieds
de
haut, & qui formoient trois
étages de Galeries, au pourtour
desquelles on montoit
parquatre Escaliers qui estoient
dans lesdits quatre
angles. La Charpenterie du
comble du Templeestoit
d'un fort bel assemblage, &
les Bois d'une considerable,
longueur. Il y avoir unClocher,
dans lequel estoit une
Cloche de trois pieds de diamette,
qui pesoit deux milliersou
environ, & avoit
jessé donnée par Mr Gillot
en l'année 1624. La Lanterne
de ce Clocher estoit revenue
de plomb, & tour le
reste du comble couvert de
Thuiles en pavillon. A gauche
dudit Templeestoit le
Cimetiere des Gens de qualité,
& ensuite le Consistoire,
où il y avoit un autre
Cimetiere pour le menu Peuple.
uiçres vous avoir donné une
Description d'un desplusfameux
Temple que l'Heresie ait jamais
eu, & vous avoir appris en même
temps de quelle maniere il a
estéabatu
,
il faut que le "Burin
vous en fasse voir la figure
,
afin
quelleconserve à la posiente la
gloire immortelle dont le Roy Je
vient de couronner en le détruisant.
C'estpourquoy je njoas en
envoye le profil, que j'ayfait
graver.
C AN T I U E
POUR LEROY.
Repleatur os meum lande,ut cantem
gloriam tuam, teta die magnitudinem
tuam. praI.
~POur chanter le plus Sage &
le plus grand des Roys,
Pour celebrer sa gloire, & Ses jufies
louanges,
Que ne puis. je à ma foible
voix
Unir la voix de tous les An-
Ges!
Ah ! dans l'impuissance ou je
fuis
Reçois Monarque Magnanime
L'essay de tout ce que je puis'
Dans la juste ardeur qui mà.
nime:
La grandeur de ton Nom
,. tes
Vertustour à tour,
Testravaux éclarans
,
la gloire
de tes Armes -
Sont des merveilles, dont les
Charmes
Meritentmon refpeâiiieriteiitmonamour,
Je les chanteray tout le jour.
Tuconfregisti Capita Draconis. Psal. 7$»
Qui mieux a merité les voeux 8c
les Cantiques,
Detout ce que l'Eglise a conservé
de Coeurs,
Quidetestent les Heretiques,
Et leurs criminelles erreurs?
N'a-tu pas écrasé la teste
De ce Monstre long-tempssifier
si redolkeh
N'as-tu pas fait vomir le venin
à la Belle
Dans le sein de la Verité?
De Coelo auditumfecistijudicium ;Ter/A
tremuit, & quievit. Psal. 75.
Après t'estre élevé sur toutes les
Puissances,
Ne reconnoissant plus que le
Maistre des Cieux,
Ta voix a prononcé ce Decret
glorieux,
Quirétablit sa gloire
,
&: vange
ses offenses:
L'incertitude du succés
D'une Loy si juste,&si sainte
Acausésur la Terre un mouve.
ment de crainte,
Quifaisoit trembler tes Sujets;
Mais ton Regne est un Regne,
où rien ne donne atteinte
A la félicité qui doit suivre kt-
Paix.
Memor ero ab initio mirabilium tUIrum.
Psal. 76.
Quandjerepasse en ma mémoire,
Qui ne s'occupe que de toy,
Tous les beaux traits de ton
Histoire,
Je les admire,&dis,GRAND
ROY,
L'avenir les voudra t'il croire?
Quoy regner depuis le Berceau
Et chaqu,e jour ravir leMonde
Par quelque miracle nouveau,
Toûjours Vainqueur par tout sur
la Terre & sur l'Onde
Vit-on jamaisrien- de si beau?
Borner par une force extrême
La grandeur de courage à sevaincre
Íoy-meftne;
Estreassez fort pour s'arrester
Ne penser qu'à la Paix en faisant
des Conquestes ;
Et pour affermir ses Estats
Contre les plus fiersPotentats
Tenirse Armes toujours prêtes
: -
Aux foins d'un Regne glorieux,
Soins si grands, n. laborieux,
Allier les Jeux & les Festes,
Ranger l'Univers fous ses Loix
Egalement heureux tout le temps
de sa vie,
Que de merveilles à la fois!
Maisje n'en dis qu'une partie.
JSTotam fecisti inpopulis virtutem tuam,
- redemistiinbrachiopopulum luumP .76.
La grandeur de ces actions.
Erde tes vertus triomphantes.
N'a.t'ellepas ravy toutes les Nations?
Et n'as-tu pas receu des preuves
éclatantes
Du respect qu'ellesont pour
roy?
Elles ont admiré ton courage intrepide.
Ta Sage retenuë en ce penchant
rapide,
De pousser la Viétoire, 1
,
& de
donner la Loy
A des Ennemis pleins d'effroy:
Mais il faut l'avouer, l'Heresie
abatuë
En: le miracle le plus grand,
Le dessein
,
le succés
,
la fuite
tout surprend;
Combien d'aveugles nez ont recouvré
la veuë
En mille lieux en un instant
Ajoûte à ces lauriers Monarque
incomparable, Tant & tant de sujets vaincus,
& recon quis;
Cette Victoire est d'un tel prix,
Qiie ton bras n'en a point remporté
de semblable.
Hdc mutatio dextera excessi. Psal. jô,
Oüy grand Roy tu nous l'avoüeras
Ce , rare & triomphant Ouvrage
De la main du tres-haut dont tu
n'est que l'image,
Est une merveille icy bas:
Il t'éclaire l'esprit
, comme il
guide ton bras;
On dit partout
,
LOUIS àfait
cette merveille;
Mais on ajoure en mesme
temps,
Non, c'est Dieu,qui par luy
fléchie les sentimens,
Les hommes seuls n'ont pas une
vertu pareille.
Increpasti gimes, &perit impius,nonien
eorum delesti in sternum. Psal.9.
Ta Royale indignation
Conrre l'Erreur s'est souievée,
Par sa vaine obCbnation,
L'Eglise désormais ne sera plus
bravée;
Loin d'icy, loin d'icy
,
Doreurs
sedineux,
La vérité par tout est enfin re
connue,
Les rayons du Soleil ont diitié,
lanuë
Qui l'avoir si long-te-mps. deguisée
ànos yeux. Fidelles
Fidelles Convertis qui voyez la
lumière, -
Oubliez jusqu'au nom de cette
nuit premiere,
- Dont le voile malicieux
Fit d'une cruelle maniere
L'aveuglement de vos Ayeux.
Exaltare Demine in virtute tua, cmtabimus,
& psallemus virtu-tes
tuas. Psal. 20.
Mais, Grand Roy, si jamais le
brillant de ta gloire
pouvoit te plaire & te charmer,
C'est ce beau trair de ton
Hiftûke,
Dont tu dors t'aplaudir, que tu
dois estimer. - Vante coy,tu le peux,Monarque
incomparable.
Vante toy d'avoir fait un Ouvrage
si grand,
Que le passé jamais n'en aveu
desemblable;
Et l'avenir en l'apprenant
L'écoutera comme une Fable.
Et que pourroit-on ajoûter
A cette merveille éclatante?
Ton ame en doit estre contente,
Mais ta gloire, Grand Roy,peutelle
encore monter!
Ta grandeur maintenant est dans
son Apogée,
De nos charmansConcerts,c'est
l'objet le plus doux;
- Si l'éclat de ta gloire irrite tes
jaloux, 1âp
Puisque le Ciell'a partagée,
Toute la Terre est engagée
A la chanter ainsi que nous.
Non mortui landabunt te Domine
, ne..
que omnes qui defcendunt in insernum~.
a 115.
Ceux qui sont obstinez à mourir
dans l'E rreur,
Au lieu de celebrer les grandeurs
de ta vie,
Verront dans les Enfers d'une
éternelle horreur
- Leurobstination suivie.
Sednos qui vivimus
,
benedicimus Dominum,
ex hoc nunc ,
& usque in
Spéculum. Psal.213
Mais nous heureux cenç &
cent fois
De vivre fous les faintes loix
Du plus Auguste des Monarques!
Jusqu'à la fin des temps, par Taccord
de nos voix,
Par nos voeux prés du Roy
des Rois,
De nostre amour pour luy nous
donnerons des marques.
Mr Adagnln de l'AcademieRoyale
d'Arles.
AU ROY.
SUR LES GRANDES
choses qu'il a faites pour la
Religion Catholique. GRAND ROY,dans tous
les lieux où le fort me
conduit
Je ne vois que l'éclat, je n'entens
que le bruit,
Dont ton nom reveré sur la
terre & sur l'onde
Frappe d'étonnenlent tous les
Peuples du Monde.
On n'entend plus parler de tous
cesdemv Dieux,
Que les Siecles passez élevoient
jusqu'aux Cieux,
L'Antiquité n'a rien que la
* France n'efface,
Et ton Regne aujourd'huy fait
tout changer de face.
C'est en vain que Ies.R°Ys dans
leur feule valeur
Establissent l'espoir d'un semblable
bon heur,
Si marchant sur tes pas la vertu
ne les guide,
Leur gloire n'aura pas un estat
plus solide
, Que les soibles rayons d'un faux
Astre qui luit
Qu'un moment fait paroistre
,
&
qu'un moment détruire
Mais ta valeur unie au beau feu
detonzele
T'a dés long-temps acquis cette
gloire immortelle,
Déja ton fang heureux par sa
fecondiré
Reçoit lejuste prix de cettePieré,
Quand dans tes jeunes ans par
un nouveau prodige
Ta gloire s'érernife e en ton au- gustetige,
Et te fait rencontrer dedans un
petit Fils,
Le bonheur de ton Peuple,&
la splendeur des LYS.
Sans toy la Veriré souffrante &
desolée,
Se voyoit en tous lieux au mensonge
immolée,
Pendant que l'Enfer mesme avec
impunité
Profanoit les Autels de la Diviniré,
Et pour mieux établir le plus
lâche des vices
Détruifoit le plus Saint de tous
les Sacrifices.
Le Ciel pour arrester le progrez
de ces maux
Terefervoit
,
Grand Roy, ces
glorieux travaux,
Et comme un Fils touché de zele
êcde tendresse,
Aux larmes d'une Mere aussi. tost
s'interrene
, Seul reconnu des Cieux digne
de cét employ
Tu l'entreprens en Fils, & le
poursuis en Roy:
Rebelles, dont la Ligue opposée
à sa gloire
A suby tant de fois le joug de 1&
Victoire,
,
P iiij
Vous voyez que LOUIS en
pardonnant à tous - Armoit contre l'Erreur, plûtost
que contre vous;
Lors que forçant le Rhin par
un heureux pacage,
De tant d'illustres morts il borda
son rivage,
Et lors qu'il reduific l'Eqcault au
mesme estat
Ce fut un Sacrifice aussi-bien
If qu'un Combat,
Où son bras immolant l'Heresie
& le crime
En vouloit faire aux Cieux une
juste Viaime,
Et du fameux débris des Temples
abbatus
Eriger un Trophée à ses hautes
vertus.
Grand Prince
,
quand je vois
tant d'Ameségarées
Reprendre du salut les routes asfurées,
Qu'avec tant de succés tes Illusires
Prelats,
Déracinentl'Erreurqui troubloit
tes Estats,
J'admire ce beau feu qui t'anime
& t'enseigne
L'Art de faire regner, celuy par
qui l'on regne,
Et qui fait que le Ciel te donne
le moyen
D'étendre en mesme temps son
empire & le tien.
Ministres aveuglez dont l'err-eur
criminelle
Donnoir à l'Etat mesme une atteinte
mortelle,
LOUIS, des faits patTcz perdant
le souvenir,
Ne veut que vous convaincre &
non pas vous punir;
Heureux crimes pour vous, puifqu'au
lieu de Supplice
Ils vous ont fait trouver l'Eglise
- pour Nourrice,
Vostrenaufrage ainsi vous a conduit
au port,
Et vous trouvez la vie, où vous
portiez la mort.
Orgueilleuses Citez, dont les
remparts terribles
Rendoient de toutes parts vos
murs inaccessibles,
Ce que n'avoient pas fait des
Siecles & des Roys,
LOUIS en un seul jour vousreduitsous
ses loix,
Et ce Fleuve indompté, dont la
superbe rive
Tenoit dans ses détroits la Veri.
té captive,
Voit dans ce mesme jour son
auguste Prelat
Remis par ce Heros en son premier
estat
; Mais lors que par l'effet d'une si
juste guerre LOUIS purgeant l'Erreur qui
regne sur la Terre,
Pour la gloire des Cieux fait un
si grand progrés
Son zele sur les Mers, n'a pas
moins de succés.
Ses commerces frequentsduCouchant
à l'Aurore
Ne recherchent point l'or du
Chinois &du Maure;
Mais ce Divin Heros use de ses
moyens - Pour leur communiquer la source
des vrais biens.
Heureux desseins pour vous, infortunez
esclaves,
Qui depuis un long-temps reduits
dans les entraves
Mouriez autant de fois que vous
viviez de jours,
LOUIS vous va chercher dans
ces affreux séjours,
Ettirant du cahosvostre troupe
asservie
Vous fait respiter l'air d'une seconde
vie.
GRAND ROY, que de concert
ce grand & fameux corps
Qui du sacré valon garde seul
les Trésors,
Destine son rravail & sa plume à
ta gloire:
Moy
,
de crainte que j'ay d'en
ternir la memoire,
Et de voir succomber ma Muse
fous le faix,
Je regarde, j'entens,j'admire,&
je metais.
BAULDRY.
HISTOIRE. TOut Paris retentissoit du
bruit des loüanges quefaidoit
donner au Roy laSuppression
de l'Edit de Nantes,& l'on travailloitàla
Démolition duTemple
se Charenton, avec la vive chaleur
qui fait toûjours agir ceux
qu'unzeledeReligion anime,lors
qu'un Amant malheureux,& qui
devoit,estre mariéaupremierPreschJe
trouvachez luy tout accablé
de douleur. Il tomba dans une espece
defoiblesse,dont ilfut quelque
tempsà revenir.Au sortir de cet
djfoupiffement
,
pendant lequel il
avoit gardé aJlèz de connoissance
poursentirtoûjoursson malheur, il
mit la main à III, plueie,ü écrivit
ce quisuit àsa Adaijîrejfe,
~IL ne faloit pas moins que
les Edits de LOUIS LE
GRAND, & la Destruction
d'un superbe&fameuxTemple,
pour étonner mon amour.
Cependant malgré les
mauvais augures qu'on peut
tirer du changement qui arrive,
cet amour tout étonné
& tout abattu qu'ilest,
ne peut perdre l'esperance.
Je fuis trop persuadé de la
bonté de vostre coeur pour
douter de sa confiance, & les
plus grandssupplices ne me
feroient pas résoudre à cesser
de vous aimer. Nos Peres
sont d'accord, nos coeurs le
sont aussi
; mais une Puissance
que nous devons reverer
traversenostre bonheur. Le
coup est rude pour unAmant
qui se voyoit prest de posseder
tout ce qu'il a de plus
cher au monde, & je ne le
trouve suportable que dans
la pensée qu'il ne vous est
pas moins cruel qu'à moyLe
- temps qui amene tout,
nous rendra un jour heureux.
Il faut l'esperer, mais helas!
qu'il doit paroistre longà un
Amant, qui n'attend que de
luy la fin de ses peines.
Cette trisse Amante receut cette
Lettre comme l'unique chosequila
pouvoit consoler en l'estat où elle
estoit. Elley fit cette réponse. AImez, perseverez, &
croyez que pour vaincre
tous les obstacles qui
peuvent traverser une forte
passion, il sufïst de bien aimer.
J'aurois trop à vous dire
sur le sujet qui retarde nostre
bonheur, & pourvous
montrer que je fuis sensible,
je vous asseure que je ne quitte
la plume que pour y penser,&
que mon malheur ne
sortant point de ma memoire,
celuy qui le partage y fera
toûjours present.
Cet Amantaussi, malheureux
quepassionné, ne fit point de réponse
à cette Lettre, mais fi-lOst
qu'ilfut unpeu remis, il ne manqua
point d'allertrouversa Maistresse
pour se consoler avec elle,
& avec son Pere
,
des malheurs
qui leur estoient communs. Ils eurent
de longs entretienslà-dessus,
mais ces entretiens ne produisoient
rien quifustfavorable à leur Amour.
L'Amant retournaplusieurs
fois chezsaMaistresse, &ils se
direntsouvent la mesme chose, les
repetitionsn'estant jamais ennuyeuses
quand on s'aime. Un
jour qu'il venoit de rentrerchez
luy plein de sa passion, & qu'il
y resvoit encore ,
son Pere le fit
entrer dans son Cabinet,&
luy parla en ces termes. Il est
temps, mon Fils, queje vous
ouvre mon coeur,& que je
vous parle d'une chose plus
importante, quen'estle succes
de vostre amour, dont je
voy que vous estes tout occupé.
Vous jugez bien que ce
que j'ay à vous dire regarde
la Religion; mais ne croyez
pas que le mouvement où
sont aujourd'huy toutes les
affaires qui la touchent,m'ait
fait faire des reflexions auxquelles,
je me devrois estre
plûtost appliqué. Non, ce ne
sont point les Conversions
qui se sont faites depuis un
mois qui mont engagé à
penser à la mienne. Je croy
que ces nouveaux Convertis
le sont de bonne foy, & que
la necessitéoù on les a mis
de se faire instruire, leur a
fait découvrir des Veritez
que leur obstination les empeschoitde
connoistre. Cependant
ce n'est pas tout ce
qui me fait resver aujourd'huy
à cette grande affaire,
je fais reflexion sur le grand
nombre de Conversions qui
se sont faites depuis sept ou
huit années, parmy lesquelles
on en compte de beaucoup
de Ministres. Ilsonteu
le temps d'étudier la Verité,
ils l'ont connuë ,ils se sont
rendus à (es lumieres, & ont
écrit les motifs de leur changement.
C'est ce qui a dû
abreger le chemin à ceux
qui viennent de suivre leur
exemple, puis que tout ce
qui les pouvoitarrester, cc.
toit éclaircypar lesMinistres
les plus éclairez de leur Religion
mesme; & comme le
zele du Roy n'a pas moins
causé ces premieres Conversions,
que celles dont elles
viennent d'estre suivies, on
peut dire qu'on les doit toutes
à l'ardeur que ce Monarque
a fait voir pour le (1lut
de ses Sujets. Seray-je immobile
au mileu de tout cela,&
ne travailleray-je pasà découvrir
la Vérité.,à l'exemple de
tant de Personnes d'un merite&
d'un esprit distinguez?
Si je me réfous à la chercher,
je puis dire par avance
que je fuis déjà Catholique,
puis que de mille qui
ont voulu la connoistre, à
peine s'en est-il trouvé un
qui ait pû luy résister, lors
qu'il a voulu de bonne foy
luyprester l'oreille. Vous ne
répondez rien, poursuivit
-
il,
vous foupirez. Ah, mon Fils !
j'en connoy la cause,vous
craignez que je ne suive en
me convertissant, l'exemple
de beaucoup de personnes
plus sages, & plus éclairées
que moy , & qu'ensuite je
ne me serve de mon authorite
pour vous engager a vous
faire Catholique. Ce seroit
un coup mortel à ton amour,
tu l'apprehendes. LePerede
ta Maistresseestobstiné dans
sa Religion, & rien n'égale
son opiniâtreté que celle de
sa Fille; mais si cette Religion
n'est pas la véritable,
ce que je découvre de jour
en jour depuis que je commence
à ouvrir les yeux,voudrois-
tu combattre mes sentimens,
&meconseiller de
perdre mon ame pour te
conserver ta lvIaifireÍfe. Tu
changes de couleur. Ah! je
n'ensçaurois douter
, ton
Amour t'occupe tout entîer,
& ton coeur n'est presentement
remply que des suices
dangereuses quetu aprehendes,
lors qu'on fçaura que
je cherche les lumieres necessaires
pour me rendre veritablement
Catholique. Ah
mon Pere, repartit le Fzls" que
que
puis-je répondre, lors que
je me trouve frapé d'un coup
de foudre que je n'avois pas
sujet d'attendre? Puis-jedans
le cruel embaras oùmevient
de jetter vostre Discours,entrer
tout d'un cou p dans vos
sen'tiiiiens-? PUiSLje aprofondir
sur l'heure une matiere si
delicate,& suis-je mesme en
estat de raisonner? La voix
de la Nature se fait oüir d'un
cÕfté, l'amour effrayé me
parle de l'autre, & l'interest
de mon salut se mettant de
la partie, ma raison tremblante
& incertaine, écoute
tout, & ne sçait de quel costé
pencher. Mon Fils, repliqua
le Pere, donne-toy de garde
de l'Amour. Il devroit
estre le plus foible, & cependant
il triomphe presque
toûjours. Mais je voy que
dans cette occasion il fera
également vainqueur, &
vaincu; car ou ton amour
persuadera àta Maistressede
se convertir, ou le sien empefchera
ta Conversion.Examine
l'estat où tu te trouves
réduit, ôêtàche d'empescher
que les faux plaisirs de l'Amour
ne te causent des peines
éternelles! Ah! mon Pere
,
repartit le Fils,d'unair qui
marquoit la violence de sa passion,
vous sçavez combien les
Femmes sont obstinées en
matieredeReligion, & mon
amour, quelque fort qu'il
foit, ne pourra vaincre l'opiniastreté
de ma Maistresse.
Cette constance des Femmes
,
repliquale Pere, à l'égard
des choses pour lesquelles
elles ont pris de l'attachement
, te fait voir qu'elle aura
de la peine à etouffer la
tendresse que tu luy as inspirée
, & ton amour quia sceu
toucher son coeur, le sçaura
peut-estre vaincre encore
une fois en faveur duCiel.
Je crains bien que cela n'arive
pas, répondit ce trisse Amant,
lors que je surpris son
coeur, il n'estoitremply d'aucun
autre amour ,
mais la
Religionqu'elle professe y
regne avec trop d'empire,
pour souffrir qu'une autre l'enchance les coeurs préocupez,&
sur tout ceux des
Femmes, sont trop difficiles
à gagner.
Le Pere alloitrepartir lors qu'ils
furent interrompus, ce qui les empescha
de pouffer plus loin leur
entretien. Le Fils promit seulement
au Pere qu'il penseroit serieusement
à la conversation qu'il
lenoitd'avoir avec luy. Le Pere
n'en demeura paslà. Il fit parler
à son Filspar des personneséclairées
dans l'une & dans l'autre
Religion
, & comme tout estoit
en mouvementausujet des Conversions
, que le Mary pressoit la
Femmedese rendre Catholique,
ou la Femme le Mary; que le
Frère enufoit demesmea l'égard
de la Soeur, & la Soeur à l'égard
du Frere
, & que tous les Amis
sefaisoient les uns auxautres une
innocente guerresur le rnefmesujet,
il futattaqué de tant d'endroits
differens qu'il se ferait a-
'Uoé vaincu , sisa pajjton n'a
voit point esté un obstacle a cet
aveu. La premiere fois qu'il retourna
chezsaMaistresse
,
après
auoiressuyéun si grand nombre - ~/o
d'assauts, il sentit en y entrant
une agitation qui le rendit presque
sans mouvement, de maniere
qu'il parut à ses yeux comme
un homme abattu, nonseulement
par la violence d'un mal
cuisant,mais encore par une extreme
tristesse. Il la regardoitplus
qu'à l'ordinaire, ilsoapiroit 3Ce
faisoit assezconnostlre par tous
les mouvemens de son arne, (3fv.
de sesyeyx,qu'iln'osoit expliquer
le sujet deson chagrin.Dés
quon parloit des affaires de la
Religion) ses soupirs redou
bloient,ilbaissoit la 'veue', &
rioÇoit regarderfixementsa Maifirefje,
ce qui fit bien-tosldeviner
à cette aimable personne le
sujet de l'abatement qu'il faisoit
paroistre.Ellepritd'abord un
serieux
,
qui achevant de l'accabler,
le réduisit à un tel estat,
qu'elle ne jugea pas à propos de
luyfaire voir tout le mépris qu'-
elle croyait avoir déja pris pour
luy. Elleleraillaseulement; &
comme souvent l'esprit ne brille
pas moins à défendre fVle mauvasse
cause qu'une bonne, elle en
fit paroistre beaucoup, en l'accufant
defoiblesse, d'une maniere
enjoüée, mais qui ne laissa pas de
l'embarasser, parce qu'il crut pénetrer
aufond deson ame, GJ
découvrir que son obstination feroit
invincible sur le changement
de Religion. Les choses nesepousserent
pas plus avant ce jour-là,
& ilsseseparérentassi z malfatisfaitsl'un
de l'autre.
Comme tout l'entretien de Paris
ne rouloit que surceux qui se
convertissoient chaque jour, ou
qui estoientsur le point dese convertir
, on apprit ben-tost que ce
malheureux Amant (j;) son Pere
songeoientàfaire abjuration. Ce
fut alors que la crainte fit sentir
dans les ames de ces Amans, tout
ce qu'elle a de plusrigoureux,&
que le Qavdher crut que le Pere
defàMdiftreffi d:':nr.rDt »i'r terribles
atteintes à son affJOur. C estoit
un Vieillardopiniastre, tout
plein de Calvin, qui depuis cinquante
ans n'avoit Liiffé passer
aucunesemaine sansallerà Charenton
, & qui parce qu'il estoit
Ancien,&qu'à force d'entendre
des Prescbes
,
il estoit instruit
Iluffiàfonds desa Religion, que
la pluspart des Ministres, la
croyoit si bonne
,
qu'il se faisoit
un crime d'entrer en Dispute sur
aucun des Articles qui la regardoient.
Ce Vieillard toûjours en
colere contreceux qui le chagrinoientlà-
d.jjiis
, ayant appris que
son Gendre prétendu estoit sur le
pont de professer les Veritez Catholiques
, en parla à sa Fille avec
un emportement plein de mépris.
Elle ne voulut luy témoigner
aucunefoiblessepourson Amant,
quoy quelle ensentist encore beaucoup
; &ayant renchery sur ce
queson Pere luy dit, non seulement
elle appaisa sa colere
,
mais
elle lefit demeurer d'accord qu'on
ne devoit point congedier cet Amant
jusqua ce qu'il eust renonce
à leur Party ; parce que le mouvement
qui l'y engageoit ne venant
que de son Pere
,
ily avoit
sujet d'esperer que son amourserviroit
d'obstacle au changement
qu'ils apprehendoient.
Les chosesestoient en cet estat,
lors qu'un autre Amant qui n'avoit
pû réüssirauprés de la Belle
sentit renaistre , ses esperances.
parce qu'il estoit bon Protestant,
& qu'il se tenoit asseuré.qu'un
Catholique ne
l'obtiendfoit pas.
Dans cette pensée, il ne balança
point à revenir dans une maison,
dou le peu de cas qu'on avoit marquéfaire
deluy, l'avoitobligé de
se bannir. Le Pere n'en futpas
fâché, & la Fille mesme enparut
assèz contente, mais le motif
de leur joye essais différent. Le
Perese mit dans tesPrit,qu'zlpour..
roit renoüer avec luy, selon qu'il
lyseroit utile, crut que cet Amant
seroit propre a ses desseins ; &
comme c'efloit un homme intriguant
qui avoitfaitbeaucoup de
Voyges,fi} qui connoissoit un
grand nombre d' Etrangers,ilsimagma
qu'il pourroit le consulter
surdes veuè's qu'il avoit, dont il
n'osoit se confier à personne. Et
la Fillesepersuada quesonAmant
voyant auprès d'elle un Riv
qui luy avoit déja donnedes
alarmes, enprendroittout de nouveau
, er que son amour eslans
réveille par sa jalousie, ces deux
choses l'engagement à combattre
avec plus de force les sentimens
deson Pere
,
qui le pressoit de se
faire Catholique. Cela produisit
des effets a.fJez nouveaux. Cet
Amant, qui quelquetemps auparavant
avoit eslé rebuté 19 du
Pere ~($delaFille
,
futsifavorablement
receu de l'un rtJ de
l'autre, qu'il crut que la Belle a-
'1.Joit pris pour luy des sentimens
plus avantageux, ~0* queson Pere
les autorisoit.
Un jour qu'il se trouva sèul
avec luy
,
la Conversation ayant
tournésur la difficulté qu'ily avoit
à sortir du Royaume, ~&ce
Vieillard tout plein de feu pour
sa fausse Religion ,ayant laissé
échaperquelquesparoles qui marquoient
l'impatient desir qu'il avoit
de quitter la France
, cet Amant
adroit, quinesouhaitoitrien
avec plus d'ardeur que de voir ce
dessein executê,parcequ'ilcroyoit
enleverparlàsaMaistresse àson
Rival, loüa la resolution où ille
voyoit, & luy ditqueconnoissant
sa délicatessesur le fait de la Religion
, il avoit déja resvé aux
moyens de lefervif, en cas qu'il
fust dans la pensée de sortir d'un
Paysoù ceux de leur Religion ne
pouvoient avoir que du chagrin,
& que mesmes il estoit prest de
l'accompagner. Le Vieillard tout
transporté de joye ,
luy demanda
avecempressement, les expediens
qu'il avoit trouvez. J^oicy la
rêponsequ'illuyfit.
On ne peut mieux entendre,
ny mieux parler l'Italien
que fait vostre Fille, & les
Conversations que vos affaires
luy ont donné lieu d'avoir
chez vousavec plusieurs
personnes de ce Pays-là, font
que l'accent de cette Langue
luy est naturel. Vous la
sçavez parfaitement, ayant
esté Agent d'un grand Seigneur
Italien qui avoit icy
des Procés. Vous en avez un
fort grand nombre de Lettres,
elles vous sont adressées,
ledessus est en la mesme
Langue,& elles sont cachetées
du Cachet de ceSeigneur.
Elles parlent toutes
d'affaires,& cela me suffit,
puisque je me promets d'accommoder
quelques
- unes
de ces Lettres de maniere,
qu'oncroira qu'elles ne vous
auront esté écrites,que comme
à un Domestique Italien
que ceSeigneur avoit à Paris.
Ce n'est pas là-dessus seulement
que je me fonde,pour
suivit-il, & je ne pretens pas
que ces Lettres nous fervent
qu'à la derniere extremité.
Vous sçavez que je parle asfez
bien la mesme Langue,
&.,que, j'ay icy un AmyItalien,
connu pour un homme
qui peut avoir plusieurs
Domestiques. Il doit s'en retourner
dans peu en son Païs.
Nous partirons avec luy, &
afin que le bruit de vostre depart
ne se répande point,on
feindra que vous elles à vostre
Maison, de Campagne,
d'où des Gens affidez affecteront
de venir de temps en
tempsacheter icy publiquemrnt
des Vivres pour vous
porter, & vous leur laisserez
mesme des Lettres que vous
écrirez à vos Amis, & que
vous daterez de ce lieu-là.
Pendant cela nous poursuivrons
nostre Voyage, &
quand nous aprocherons de
la Frontiere, plusieurs Italiens
entreront en France, &
feront quelques lieuës au devant
de leur Amy, ils diront
mesme lesujet de leur entrée
dans le Royaume, & qu'ils
repasseront dés le jour mesme,
ou tout au plus tard le
lendemain. Ce nombre d'Italiens
connus, fera assez
grand pour former un petit
Corps. On vous mettra au
milieu, &vostre Fille déguisée
pourra aisément passer
pour le Fils de quelqu'un
d'eux. Comme l'Italie,ajoûtat-
il, n'est pas un Pays de Refuge
pour ceux de nostre Religion
,jene croy pas qu'on
examine avec la derniereexactitude
ceux qui sortent
de France de ce costé-là. En
tout cas, je vous promets de
chercher des moyens encore
plus seurs pour nostre retraite,
ce que je vous viens
de dire ne devant estre regardé
que comme les premieres
idées qui me sont venues, &
surlesquelles j'ay pourtant
pressenty mon Amy, qui me
servira assurément. Quand
nous ferons enItalie, nous
prendrons nos mesures pour
passer dans un Pays où nous
puissions vivre sans être troublez.
On ne peut témoigner plus
de joye qu'en fit paroistre le VteiU
lard,d'une proposition qui luy ef
toit si agreable. Il embrdJfl, cet
Amant, & luy promitsa Fille
s'il arrivoit que parson moyen ils
sortissent du Royaume. Il recommanda
le secret, ~& il convint
avec luy, que pour beaucoup de
raisons, il le cacherait àsa Fille
mesme, qui n'en seroit informée
qu'un peu avant leur départ. Cet
Amant ayant pris sur luy toute
la conduite de l'affaire, vintsouvent
en rendre compte. La Fille
se chagrina du commerce étroit
dans lequel elle le voyoit avec
son Pere ,
~g des Conferences
particulieres quellesçavoitqu'ils
avoient ensemble. Elle crut que
cessoit autant d'attentats qu'on
faisoitcontresoncoeur, & qu'en
luy défendant bien-tost de voir un
Amantaimé, on luy ordonneroit
de regardercomme un homme qui
devoit estre un jour son Epoux,
celuy quellehais'foit, cette crainte
redoubloitsa passiony elleécrivit
ce qui fuit au Cavalier qu'elle
aimoit.
Vostre procedé a réveillé
l'espoir de vostre Rival, &
il est souvent en conférence
avec mon Pere, je ne sçay
s'il s'agit de mon coeur; on
peut le promettre, mais je
crains bien qu'on ne le puisse
livrer. Ce n'est pas que vos
manieres n'ayent fait diminuer
la passion que mon devoir
avoit faitnaistre. Ainsi
vous ne devez point vous
applaudir d'une resistance
que je ne feray pas pour l'amour
de vous; mais parce
que je croy qu'il suffit d'avoir
montre une fois en (a
vie dela foiblessè à un homme.
C'est encore trop. Craignez
cependant que comme,
celles de mon sexe font nées
pour obeïr à leurs parens, on
ne me force d'écoutervostre.
Rival. Vous avez, trouvé le
moïen deixÇy fairecontraindre
, en prenant le dcflein de
vous rendre Catholique. Je
ne sçais si vous aurez la foibleiTe
blesse de perseverer
; mais je
fuis. persuadée, que qui peut
penser feulement à quitter sa
Religion, peut bien avoir re.
solu de quitter sa Maistresse,
& que quiconque est infidelle
à Dieu, le peutestre aux
Hommes.
de la prudence, de cet esprit
du monde, quifait que ceux qui en
connoissentlesmaniérés, fontrarement
pris pour dupes, {0sçavent
toujours les affaires des autressans
quel'enfçche les leurs.
Ayant appris,desqu'il commença
d'aimer la belle Personne qu'il auroitepouséesans
la D^mehtion
précipitéeduTemple ,où ilsse devoient
donner lafoy,qu'il avoit
un rival
,
intriguant pour
eflre craint,ilprit desijustes mesures,
qu'un ho^mcqui ejioit entièrement
à luy, r:ntr'l,i!'Zce Rival
, en qualité 1, Do^cf-jae.
Onne peutrienajouter à la' penétration
qui fit découvrir à cet
homme tout ce quise na!!'! de plus
secretchezceluy où il n'stoit que
pour en estre l'espion Et quoy lue
l'affaire, oùils'agissoit de la sortie
du Royaume,y fust tenuë beaucoup
plus secrete que lesautres, il
ne laijjapasden developertoutes
les1larite Ilriy avoitpas
long-temps qu'il les fç. voir} {0
qu'il en avoitinfirun l'Amant, à
qui sa Maiflrejje mvenoitde*
manderunepartie ,lo^jou cetAm.
Plt alla ceIlt- am'sinuil luy
avaitpromis par son B,11,t. Il la
trouv ; (fuie, ~ff) ils eurent une
aD,'Z lonjue conventiondws
laquelle il Ujecles
Conférences queson Pere & son
RÍ1).d avoient sisouvent ensemble.
Illuy en fit un détailfiexaêï,
quelle n'eut aucun sujet d'en douter,
parce quelle rappella dansfa
mémoire plusieurs chosesausquelles
ellenanjoitpointprkgarde&
quelques paroles desonPere,qu'elle
trouva entierement conformes
au recit de sonAmant. Ilajouta
que son ame estoit dans un estat
bien cruel; qu'il ne pouvoitse resoudre
à découvrirce qu'ilsçavoit,
parce que sa declaration les rendroitcoupables,
& leurseroitmeriter
les peines portées contre les
fugitifs;maisque d'un autre costé
son amour ne luy pouvoit permettre
de laissertranquillement fortir
hors du Royaume
) une personne
qu'il adoroit, ~e quiSeroitaccompagnée
deSon Rival, lorsqu'il ef
toit en son pouvoir de mettre ob-
Stacle à leur fuite. Je ne croy paJ:)
poursuivit-il, que dans la situation
oùje me trouve, ily ait aucun
Amant qui pujlJe répondre de
ce qu'il feroit capable de faire.
Avec tant d'amour, on nessr'-y'nt
maifire d'unpremiermouvement,
le desespoir n'écoute point la raison;
& quand mesme il la pourroit
écoutery je ne sçay si la raison
ne devroit pas estre en ce rencontre
du party de l'amour. On ne
LL'ffepoint.Únfi partir ce qu'on
aime avec un Rival. Ne cites
point qu'ily auronde la venro~
sité à ne se pas opposer à und fsein
de cette nature} ceji une vertu
cj'/ifyjAri:.ntn: du t hO!YIt avoit
(llYlÇ n-ie D;V(, //< orca[;on;
'0/)
p-t>-iupn<fj''c je nien ''j' 1" treti- l' ,,,.
1 1 cap-L'b, r(' ~CY cj'i1jr iOH![Je
~C -, ".J J j ( J)"
,,,;' r , ~,. j' 1, 1 j ¡ y.-i .i
fiinsjacl ona la votre
,
~rj t". <.hY repos dont v\yus
pr.1IJf.;' jouir 1hors d1u \}:)'>;i-t:i'ne, 1 ~r je ne le d-y pas J'iye r "(
5
pu/fijuily
n'fie la j'cre de voibe ame, & - ~v de ¿.,l',.l",-,/1 ., que je pus efiperercj'.esiVJH'f ne
quittezpoint Paru>vosa;,ÎSJLi
raison, la vérité3& le Cielvous
toucheront, & qu'à l'exemple de
toutcequ'ilyaeu degens d'esprit
de vostreReligion3"ions deviendrez
un jourCatholique. Je vous
parle, "joûta-t-zl
, comme un homme
qui te seroit déjà devenu
, cependant
je nesuisencorque dans
la voye ,
quiy conduit ceux qui
n'ayant ny prévention
, ny opiniastreté
cherchent de bonne {l'Y
les clartez necessairespourconnoître
la vérité. Faites comme moy,
afinde n'avoir rien à vous reprocher
à vous -
mtfme le jour que
tousles hommes feront ju.'{/Z. Tenez
d'ailleurs pour certain, que
ny votre Pere> ny mon l(.l'val, ne
feront aucun pas pour Jornr du
Royaume que jen'en sois averty,
&que vous ne devez point risquervostredépartsque
l'amour,
lajalousie,vostre propre intensi,
("r vostresalut,m'engagent à ne
le pas souffrir
Le co>ï;m<ncement de ce descours
nu-volt pas dépleu, parce qu'il esto-
r. la marque une forte passion.
Et que la spirituelle perjonne à
qui il estoit adrejJé) avoit jugé
qu'un Amant qui prendtant de
de soin pour découvritles secrets
de son Rll'al., doit aimerbeaucoup
;
matssielleavoitcfîe contente
de ce qu'illuy avoitditd'abordsur
les oracles qu'il ne pourraits'empescher
démettreàsafuite,
elle ne le fut pas de ce qu'il
aioûta touchant la Religion, parce
qu'elle avoit fortement resolu de
demeurer dans la Protestante, &
de ne pointaimerunCatholique;
de maniere qu'ilsseseparerent ce
tour-là avec une espece d'aigreur
forcée qui n'auroit pas larjJê de
faire connoistre a ceux qui auvoientvu
cette sepuration
,
qu'ils
s'aimoient tous deuxplus [Ju'z/J ne
pensoient. Peu de wurs après le
Perc de cet Amant abiura publiquement
l'Heresie @[On Abjuration
fut bien tostJuivie de celle
du FilsCelafit du bruit dans la
maison deJ~aA/Lnftrcjje. Son Pere
luydi-fc-idii de ùenprïamais à
cet Am nt
,
& le Rli,,il quise
tenoit fir desonaveu
, parce
qu'il ststoit dé:a en^i^J à luy
donner saFille si- tojî qu'ils sevoient
hors du Royaumey redoubla
Ces fan* Pour 'r.vrrtcr le coeur de
cit.'cch-.rtjanîe personne,nu-ii* le
contre ternes qnil vrit à cause de
l'accablement dedouleur eù elle
estoit, ne luy en attira que des
mépris.Qwlquetemfis al'resJ elle
receutcette Leitre de son Amant,
qui avoitchangé de Religion,
<~ <J
ENsin,je suisCarholique.
Ne soyez point surprise
ietrouver dés le commencement
de maLettre,un aveu si
tincere & si peu enveloppe,
lors que je doy craindre qu'il
n'acheve de m'élever tout ce
que j'ay de plus cher au monde,
puisqu'ilm'expose à vous
perdre enrierenlent; mais la
Religion que je viens d'embrasser
estant la veritable, ne
fçaurok souffrir qu'on Ce cache
, & ceux qui la prosessent
se font une telle gloire
d'en eare,qu'ils prennent
plaisir à le publier. C'est la
Religion de vos Ancestres
ils eitoient Catholiques, &
vous ne pouvez faire de preu
vesd'uneNoblesse un peu
ancienne qu'iln'y en ait à la
tesse. Rentrez donc dans le
party qu'ontsuivy vos Peres.
& ne montrez pas par vô
tre obstination que vous le
damnez. L'avenir ne sçauras
peut-estre pas si la Religion
que vous professez aujourd'huy
aura infeété tant de
personnes, & la posterité la
regardera comme un [onge
Ilya eu plus de trois cens'
Herelies , dont quelques-.
mes ont eu autant de Sectaceurs
que la vostre
; & cerendant
l'Histoire n'a conservé
que les noms de la pluspart,
& nous ignorons mesme
si celuy de beaucoup
d'autres n'a point esté ensevely.
L'Eglise Catholique a
toujours elle feule universelle
, & feule qui n'a jamais
estéinterrompue. Son ancienneté
est incontestable,
& les Tours de Nostre-Dame
font plus vieilles que ne l'étoit
le Temple de Charenton.
Cette comparaison vous
surprendra dans une Lettre
comme celle-cy
3
maisDieu
permet qu'on fasse queqluefois
reflexion sur des chosès 1decettenaturequinoua
frappent, & nous font ~ouvrii
'les yeux; & c'est par ce raifbnnement,
ou pour ~mieuà
dire par ces propres paroles
qu'un homme ~generalemenc
reconnu pour un des plus
beaux esprits de France,trouva
moyen de vaincre l'obstination
de sa Femme, qui
ne vouloit pas suivre son ~exemple
en se~convcrtiffant.
Si ceux qui refusentde se faire
Catholiques, ~profcfloient
une Religion aussi ancienne
ôeaud universelle, leur opi-
~niaftreté pourroitavoir quelque
fondement; mais le
grand nombre des fait autres en connoistre la fausseté, &
ceux qui ne veulent point
estre Catholiques, font fort
embarassez à choisir parmy
tant de Religions. On pourroit
mesme croire, que comme
ils n'en veulent point avoir,
& qu'onne ~louffrepersonne
danslemonde sans paroître
au moins estre de quelqu'une,
ils choisissent celle
qui leur permet de vivre le
plus commodément. Toutes
ces Religions se détruisent
les unes les autres, & ne font
d'accord contre la Catholique,
que parce qu'estant plus
ancienne, seule, veritable,
plus connuë, plus reverée, &
plus suivie que toutes les autres
ensemble, elles en ont
de la jalousie
,
& s'unissent
contre elle, comme des voleurs
qui se batteroient les
uns contre les autres, s'uniroient
contre les Officiers de
~1i Justice qui viendroit pour
les saisir. Je suis persuadé, &
plusieurs de vos Freres, ne le
nient pas, que la maniere aisée
de vivre dans la Religion
Protestante, contribuebeaucoup
à y faire demeurer
pluspartde ceux qui~s'ytr>_.
vent nez; mais vous ne VOLI
driez pas ~efiwle ce nombre-
~fà, & vous damner en l'autre
monde
, pour vivre un peu
plus commodément en cehi?
cy. Sil'onavudes ~Royaume*
changer prçfque en un jour
de Religion,l'Histoire nous
en ,fà.b: connoistre les lTIotÍrs,
l'interest du Cieln'y a eu aucunepart;&
l'amour, la vc:n
geance yjk les autres passions
des hommes en oncefte-Ies
seules causes. On sçait combien
ce changement de Religion
en af-ilt enfanter d'autres.
C'est l'ordinaire. Des
qu'on c'est écarté du grand
chemin, on ~[erd dans mille
détours, en prenant des
routes qui y font opposées.
Si vous jettez les yeux sur les
Conversions qui se font faites
en France depuis quelques
années, vous verrez ~uni
grand nombre de Ministres,
qui non seulement ont renoncé
a leurs Erreurs, ~mak
qui ont mesme fait des V0..1
lumes entiers
, pour marquer
la fausseté de la Religion qu'-
ils abandonnoient. Serezvous
plus obstinée que tant
de grands Hommes si scavans
dans tout ce qui regardentrEglife,
dontil$eftoitn.
les Pasteurs
,
& leurs lUln_c
res ne vous éclaireront-elles
point?Faut-il que l'amour
du party,la gloire de ne point
paroistre vaincuë,&des ~biertseances
humaines,vousempeschent
d'ouvrir les yeux
quand tout vous parle devô
-
tre salut? Je sçais bien que
lors qu'il est question de se
défendre contre un ennemy,
on se rend le plus tard qu'on
peut; mais en cedant aujourd'huy
à ceux qui ne vous parlent
que pour vous-mesme,
c'est à la raison,à la verité,& &
Dieu que vous vous rendrez.
Tout estcontre vous, je dis
tout, puisque le nombre de
vos Freres est si petit, qu'on
n'y doit point avoird'égard.
Vous sçavez que la pluralité
de voix fait les Arrests parmy
tout ce qui a droit de decider,&
que d'elle dépend aussi
nostre vie, puisque dans les
Consultations desMedecins,
l'avis du plus grand nombre
estsuivy. La Pretenduë Reforme
qu'ont fait les Autheurs
de vostre Religion, &
qui a causé tant de Guerres
civiles, continuera-t-elle à
mettre nostre amour en desordre?
Et le sang qu'elle a
fait verser, nous fera-t-il répandre
des larmes? Ne vous
faites point distinguer par
vostre obnination, comme
font aujourd'huy quantitéde
Femmes. Elles se font une
vanité de ce qui fait connoître
leur peu de lumiere
,
puisque
si elles avoient de profondes
connoissances de ce
qu'elles s'opiniaftrent à soûtenir,
elles se rendroientaussitost
que ceux qui font plus
éclairez qu'elles. Je ne vous
demande point au nom de
nostre amour, de faire reflexion
à toutes ces choses. Les
considerations humaines ne
doivent point entrer dans
une aussi grande affaire que
celle qui regarde nostrefalut.
Pensez au vostre, mais
ne m'oubliez pas.
guayquecette~b.HePersonne
sustpersuadéeilyavoit~dejaqucL*
que temps, queson Amantse rendroit
Catholique, cette nouvelle
ne laissapas de lasurprendre beaucoup.
Sa Lettre la surprit encore
davantage, @!. en luy donnant
un vray chagrin,elle excita dans
son coeur le dépit quesententordin.
L/terne;:: lespersonnesd'une humeuraltiere
,
~lois qu'on leur fait
voirtrop clairementcequ'elles ne
veulentpas avouer.Cequiregar.-
doit la Religion estoit de tureà cette na- sonégard,
parce qu'e lle a~
voitfortement resolu ~dewrn point
changer. Ainsi plus on luy donnoit
de raisons pressantes pour la contthÚncre,
plusson coeurse révoltoit.
-Gomme elle estoit encore toute
remplie du violent dépit quelle avoit
contreson Amant, moins toutefoisparce
qu'ilsestoit renduCatholique,
qu'à cause de ce qu'illuy
avoit écrit,son pere entra danssa
chambre,& luy dit:Je croy qu'aprés
l'Abjuration quetonAmant
vientdefaired'uneReligionaussi
bonnecausi épurée que la nostreJ
& dans laquelle il avoit mille ~1)
mille fois promis demourir, tune
doutes pas qu'il ne renonce à tori,
amour, tomme il a renoncésa
Foy. C'est ce que ta gloire & un
juste resssentiment te doivent emgescher
d'attendre.C'estpourquoy
,
il
ilfaut que pour le prévenir, tu déclare
hautement que tu le bais.,
que tu ne veux jamais entendre
parler de luy, @J que je t'ay défendu
de le revoir. Comme la colere
oùsa Lettre l'avoitmise, l'occupoit
entierement, elle promit à
son Pere tout ce qu'il exigead'elle,
& elle parla d'un ton si fier&si
animé,qu'il fut convaincu que
toute sa passion s'estoit convertie
en haine, ce quifut cause qu'il
luyfitun détaildesmesures qu'il
avoit prises avec le Rival de cet Amant Catholique pour sortir
hors du Royaume, mais ilfut bien
étonné lors qu'elle luy fit connoistre
quelle en sçavoit plus que luy, en
luy aprenantjusques aux moindresparticularitezde
cette affaire.
Il luy demanda par qui elle avoit
esté sibien instruite, & jamais
surprise ne fut égale à la sienne,
lors qu'aprés luyavoirdit,quelle
AUoit tout sceupar l'AmantCatholique,
elle ajoûta qu'il avoit
des espions, par lesquelsilferoit
averty des moindres mouvemens
qu'ilsferoientpour leur départy(j$f
que sa jalousie, &' la peur de
voirson Rival heureux, seroient
cause qu'ildécouvriroit tout leur
secret, afin qu'on lesarrestastdés
le premierpas qu'ils feroientpour
s'échaper,ce quellesçavoit desa
bouchemesme. Le Vieillards'emporta
extrêmement,&se plaignit
desa dessinée,maisilsalut prendre
patience ,& resver à d'autres
mesures, pour ne pas tomber dans
le malheur qu'il apprehendoit le
plus. Pendant ce temps on n'oublia
rien pour luy persuader qu'il
devoit changerde Religion.Ilavoit
quelques parens Catholiques
qui s'empresserent fort pour luy
faire connoistre ses erreurs, beaucoup
de ses Amis firent la mesme
chose. Les plus sçavans Docteurs
furentemployer
,
lesMagistrats
luy parlerent, ~st) l'on
combatittellement les raisonsausquelles
il se retrancha
,
qu'on le
mit en estatde Uijfer voir, que
l'obstination seule l'empeschoit de
quitter sa Religion. Lezele dont
il avoit toujours esté pénétrépour
tout ce qui la regardaity luy avoit
fait élever un de ses Fils avec
tous les foins necessaires pour en
faire un habile Ministre. Le travail
de ce Fils, &son assiduitéà
l'Etudeavoient réponduàsessou-
/;,,1it'J&il exerçoit l'Employ auquelson
Pere avoitsouhaité de le
voir parvenir, dans une des plus
grandes Villes du Royaume. Tous
les Protestans de cette futile-la
s'estoientconvertis,CJT1 ce MiniflreJ
"41avoit embrassé des premiers
la Religion Catholique, avoitfort
contribué vI cet heureux
changement. Son Pere le sceut
des derniers, parce qu'on craignoit
quefin emportement,lorsqu'il apprendroit
cette nouvelle, nefust
préjudiciable à sa santé. Cependant
la colere qu'ilfitparoistre
lors quelle vintàsaconnoissance,
fut beaucoup moins violente qu'on
ne l'avoit crlt).& comme elle n'eut
point tous les impetueux éclats
qu'on en attendoit,ses AmiI, ~e
ses Parens Catholiques commencerent
à en tirer bon augure. Ce
Vieillardfitplus. Quelquesjours
aprèsqu'on Itty eut appris cette
nouvelle, il consentit que son Fils
partist de la Ville où il efloit pour
le venirvoir9 promitmesme
qu'ille logeroit chez luy. Cependant
il estoit toujours d'une humeur
insupportable
, ne voulant
voirny écouter personne. Sa Fille
efloitencorepl,>:$chagrine} puis
que lesAffaires de la Relzgion n'estoient
paslesseules qui l'ïnquietoient,&
que celles de son coeur
s'y tronvoientjointes. Son Amant
devenu Catholique n'osoit plus
venir chez elle, & leProtestant
qui l'accabloitdevisites
,
n'estoit
pjspbisheu-'euxydepuis quele
Pereavoit r,'jolu de neplus sortir
du Royaume avec luy, de crainte
d'estre arresté. Les chosesestoient
en cet estat, lorsque leJ*ilseonverty
arriva au logis deson Pere.
Il yfut receu avec beaucoup de
froideur, ce qui ne lesurpritpoint.
Il fut quelque tempssans parler
d'aucune chose qui regardast la
Religion, sans qu'on luy en
parla?.,,c tâcha auparavant de
gagner les bonnes graces de son
Pere parune maniere honneste ~)
soumise. Il estoit Fils; la Nature
par,~ilreprit dans son coeursa
premiere place. Tous ceux qui avoient
déja livré des assauts à
cet obstiné Vieillardpourl'engageràse
rendre Catholique,les recommencement,
le presserentplus
vivementqu'ils n'avoient encore
fait. On luy marqua mesmequ'il
avoit beau disserer, que ce riefloit
quegagner du temps, maisqu'il,
fialoit qu'à lafin il se renell/I. Ce
fut alors que le Fils se mit de la
partie,mais d'une maniere àfaire
croirequ'il eust triomphé dés le
premier ajJautJ si son Pere n'eufl
pointcrû qu'il ltry eust estéhonteux
de ceder si-tost.Il ne fiakt ra5
s'étonner de ce promptsuccés. Cet
habile Fils connoissoit par oùson
Pere tenoit leplus à sa Religion.
Ilsçavoit parquelsendroits ille
faloit attaquer, les détoursqu'il
prendroit poursedéfendre. Il s'estoit
preparé à tout cela,e s'efloit
armé de fortesraisons pour le convertir.
Il en vint about dés le troisiémejourqu'ilsdisputerentensemble,&
l'obstination dece zelé Protenantfutcausequilfut
tellement
éclaircy deses erreurs,qu'il ne luy
tefia aucunscrupule dans l'esprit-
Ainsi les Peres deces deuxAmans
furent convertis, nais avec cette
differene,que le premier convertitson
Fils, (if que le secondfut
converty par le sien. Ce dernier
vouluttravailleràlaConversion
desa Soeur, mais bien loin qu'elle
consentist à l'écouter,elle le traita
comme s'il avoit fait le plusgrand
crime du monde, en portant son
Pere à renoncer à ses erreurs. Ce
Vieillard voulutà son tour prendre
lesoin de l'instruire. Elle luy
dit quelle souffriroit qu'illuy parlast
de la Religion qu'il venoit
d'embrasser, parce queson devoir
l'engageoitàl'écouter, maisquelle
necroyoitpas estre obligée à faire
davantagey&quelle ne sçavoit
mesme si en agissant de la forte
,
elle ne feroit point plus quelle ne
devoit. Son Pere indigné de ce
procédé,l'abandonna à son obftL
nation, & luy ditqu'elle ne meritoit
pas d'estre detrompée,&que
s'iln'estoit pointJun Pere, il la
laisseroit sansaucunepeinedans
l'aveuglement qui luy plaisoit
tant. Depuis ce temps- là elleentenditparlerpresque
chaque jour
de quelque Conversion éditante,
il se trouva souvent que ceux
quelle avoit citez peu auparavant,
comme des personnes parfaitement
éclairées, & qui devoient
estre les colomnes inébranlables
de sa Religion
,
efloient de
ce nombre; ce qui luy donnoit de
amelles mortifications. Son Perc
& son Amant Catholique ne
s'estans point encore vus, depuis
qu'ils avoient tous deux abjuré3
se rencontrerent un jour chez un
de leurs Amis communs. Ilsseseliciterent
sur leur changement de
Religion, & le Pere permit à
l'Amant de revenirchez luyavec
sa premiereassiduité. Il luy promit
mesme de nouveau sa Fille s'il la , pouvait convertir, & le
pria d' essayer si l'amour ne seroit
point ce que la Nature navoit pû
faire. Ils neseseparerent passans
admirer les ressorts cache de la
Providence,& les merveilleux
iffets quelle avoitproduits en si
peu de temps dans leurspersonnés.
Ct Amant impatient de revoir
sa Maistresse, ne manqua pas
d'aller luy rendrevisite dés le lendemain.
Il la trouva avec un de
ses Parens qui estoit Catholique
né. C'estoit un homme d'une humeur
ajJz enjoüée,dontil ne se
cachoit point, gjr qu'il nefutpas
fâchéd'y rencontrer, parce qu'il
crut qu'avec ses manieres aisées,
il pourrait le servir, en adoucissant
l'erreur de cette aimable personne,
s'il arrivoit qu'elleluy en
sfist paroistre. Elle fut extremement
surprise lors qu'elle le vit
entrer danssa chambre. Elle luy
fit pourtantun accueil, quibien
quefroid, ne laissoit pas demarquer
l'honnestetéqu'on doitavoir
pour toutes les personnes que l'on
considere.Aprèsun quart d'heure
de Conversation generale; N'admirez-
Vous pointJuy dit-il, combien
de differens personnages on
joüe dans lavie,&à combien de
changemens on est expose, sans
que la prudence humainelespuisse
prévoir. Il riy a pas deux mois
que j'estois à la veille de mon
bonheur. J'entrois icy avec toute
la libertéd'un heureux Ornant,
qui n'avoitplus qu'un jour à attendrepour
être un heureuxEpoux.
Ce temps rieflplus3& quoy que
nousJoyonsàpeine plusvieux de
deux mois ,les choses ne laissent
pas d'estre aussi changées que s'il
y avoit ungrand nombre d'années
que nous ne vous fussions veus.
J'estois Protestant, jesuis Catholique.
Vostre Frere estoit Ministre,
il presche presentement contre
ceux dont il a affermy les Erreurs.
Vostre Pere me haissoitparce
quej'avois changede Religion, ilenachangé luymesme. Il ne
vouloitplus que je fusse son Gendreparce
que nos Religions étoient
opposées,ilyconsent aujourd'huy
par une raisoncontraire; il auroit
estéau desespoirs'il avoit sceu que
l'J.)o.us eussiez eu dessein de vous
convertir&ilm'envoye icy aujourd'huy
pour travailler à vous
faire connoistre, que puisqu'il s'est
converty ,
luy quisçavoit si parfaitementsaReligion
, vous le
devez imiter, puisquil n'arien
fait sans avoir examiné bien à
fondslaquelle des deux Eglisesest
laveritable.Aprés tous cesmiracles
iln'enmanqueplusqu'unpour
donner une joye parfaite à vostre
Famille
,
c'est celuydevostre
Conversion. Je croy que vous atirezpresentement
moins de peine
à voiesy resoudre
,
(fy qu'estant
éclairée par les exemples d'un
Pere & d'un Frere
, vos yeux
s'ouvriront pour reconnoistre les
lumieres qui les ont portez àfaire
Abjuration de leurs Erreurs. Il
estnaturel
,
répondit-elle, que je
me rende aux clartez d'un Frere
qui ayantestéMinistre
,
doitconmiflr:
plus à fond tout ce qui regarde
l'une & l'autre Religion;
Je dois regler ma conduite surcelle
de mon Pere
,&croirequ'il cft
assez éclairé pour prendre le bon
party, & je dois enfin pencher
ducosséde mon Amant3pwfqne
jele perd en refusant de le faire.
Ainsi la Nature, le devoir
, &
l'amour, toutmeparle de merendre
Catholique, de la maniere du
monde lepluspressante,& ilsemble
qu'on ne doivepasdouter d'un
changement qu'on a tant de divers
sujetsd'esperer. Croyezvouspoursuivit-
elle
, que je fisse
un miraclesije me rendois à tant
de raisons
,
sur tout quand elles
font si puissantes
, que sans rien
examinerdavantage3 on doit
croire dans le Monde, que ce seroit
inutilement que j'y voudrois
resister?Quand aprés toutes ces
choses, je renoncerois aux Erreurs
que vous imputez à ma Religion,
le miracle que vous attendez seroit
sipetit, qu'on si'magine qu'il
est deja fait. A peine me met on
présentement.du nombre desrTfo~
tesxtxans.C'eftpourquoy puixsque
vous attendezx de moy un miracle
j' en veux faireunplusgrandque
vous ne le demandt'-'{
,& qui serafan;
douti estimétel. xCe miraxcie
xest, que xje ne xxquitteray xjamais
ma xReligion
,x
que xje nex fuivray
point les sentimens de mon Frere,
que je ne me rendray point aux
volonté% xde mon xPere, parce queje
fuis xpersuadée que le Ciel me
le défend
, & que mon Amant
nx'obtiendra rien lors pour ac-,
querir ma personne
,
il peut consentir
a perdre mon ame. Ainjï
continua-telle en haussant la
voix
,
~$ en prononçant les dernieres
paroles deson discoursavec
un visage assuré; je n'écouteray
ny l'amour ny la nature, je demeureray
ferme dans ma Religion
,
(f-flcroiray que ceux qui me
voudront persuader d'y renoncer,
feront ou mesennemis,ou du moins
dans un aveuglement qui meritera
que je les plaigne. Elle eut xlieu
de xs'applaudir d'abord de sa resolution,
carelle excita une tellefurprise
qu'on ne xluy repliqua rien.
k,"Y.1 qu'un double interestx sîjs
souhaitersaConversion à son
malheureux Amant qui estoit demeurécomme
immobile, x& qu'il
xxxxne
desirast pas moins de la voir
changer de Religion, à cause de
l'epat où estoitson ame quafin de
l'épouser
; son "{{'lt: ne putfurmonter
son accablement, Ë7 la
douleurqui luy ferma la bouche
Auroit fait finir cette Convention
,
sile parent n'eust pris la parole.
En vérité, ma Cousine, ditil
à cette belle obstinée,vous a'tJe
trouvéle moyen de confondre les
plusgrands Docteurs, ~e vous
triompherez toujours tant que
'tJous ne voudrez pas qu'on vous
répcn.u. Si oasn'.:;qprétendu
qui '1.",' or.Àcr-vj r,'" O.,dmation
0'1lez crsû AZo:r ra'i/.u¡t.zé' du cfiestrompée
Msn'ave^pomt
tu, On a bien-tost d:;;¡;'k' ::rJe negative
,
lors qu'elleriefl frdttenue
de rien ; le ph:>ignor.tnt la peut
donner&c'estainsi queutsitintntles
Enfins lor>y,'ilscoimencent
à p.trler}c~" q:ïr; /;t
dans l .iy o: l'en "iObflination
à :.tufiedeIc.--rje:cn:fie,
comme on foxjjre cede des Fcmmes
à cause de leur Sexe. Si elles
ont peu accoutumé de raisonner,
poursuivit il, avec un air plus
enjoué, &plus galant, c'estparce
qu'on a accoutume de leur ceder
en toutes choses
, x& que pour
Je faireobeyr,elles n'ont besoin
que d'uncoup d'oeil: maiscroyezmoy
, en matière de Religion, il
n'y a pain: de complaisance, &"
l'on n'en doit non plus avoir pour
une Femme quepour le plus habileDocteur,
puisque cette complaisance
luy deviendroittrop fatair.
Cette repartie erMbarrdjJtJ
la Belle à son tour, &fut cause
- quelle entra insensiblement en
disputesurquelquespoints de Controverse.
Elle parla beaucoup,
changea vingt fois de natieiea
& n'ayant donné le temps d'en
approfondir aucune, elle dit en
sappUudifjartf,quetefprit &
leslumièresde son Sexe,enmatière
de Religion,le faifoienftraiter
d'obsxtine
, parce que l'on ne
pouvoit le-Con-vair;tre
cefiait par cette raison que les
Hommes se convertissoient en
plus grand nombre que les Femmes.
Ditesplûtost,répliquace
Parent ytjue les Fcn-nesriefiant:
pas ordinairementsçavantes, riai
profondissent jamais une matière,
@r
& qu'elles en changentsi-tost que
la replique les embarasse. La désérence
qu'on a pour leur Sexe,
faitgarder une certaine honnestetéqui
empesche qu'on ne les pousse
a bout, &sautant aussi souvent
de matiereen matiere que les
Oyseauxfont de branches en branches
, on ne peut les arrestersur
aucune, de sorte quon perdson
temps à disputer avec elles.C'est
ce que vous venck de faire poursuivit-
il
, & pour vous mieux
marquer queie dis vray , vous
n"a!Vez qu'à choisr une matiere
telle qu'il vousplaira
,
fil n'en
point changer, & ie m'engage à
me rendre Proteflant,siie ne vous
fais pas demeurer d'accord de vos
Erreurs sur l'Article que vous
choifremaisilfaut aussique
vous me promettez de vousfaire
Catholique si vous ne remportez
pas la Victoire. Cetteproposition
ne plut pas à la Welle
,
& soit
q telle tombast exprés ou naturellement
dans ce qu'on luy venoit
de reprocher,elle parla tant qu'il
fut impossible derien conclure avec
elle. Ce Parentsesouvint qu'il
avoit sur luy un papier touchant
1 affaire dont il estoit question. Ce
Papier faisoit grand bruit dans
le Màndedr avéit servy ¡
plusieurs Cenversions; C'estoitun
Ecrit qu'on avoit trouvé aprés la
mort d'ungrand Prince dans une
Cassette qui luy appartenoit.Ce
Prince faiséit, t*nc si-gure aJfeK
,,çoàfider"le parmy ceux de son
rang, pourfaire souhaiterd'en-
.lendrl)t le£lme\de cét Ecrit. Voi-
£y cequ'ilcontentoit.Ilest darts
les mesmes termes qu'il a esiétror
duitdans les Estats du Princequi
le fitpeudetemps avant sa
mort* JE croy que vous estes pleinement
satisfait du Discours
que nous eusmes l'autre
jour ensemble
, que J.
C. ne peut avoir icy en
Terre qu'une feule
-
Eglise.
Pour moy je tiens plus
visible que n'est l'Ecriture
imprimée, que cette Eglise
ne peut estre autre que celle
qu'on appelle l'Eglise Catho-
11que, Apostolique & RO-J
maine. Je pense que vous n'a
vez pasbefoin de vous rour..j
menter, en vous mettant
dans un océan de Dispute
particulieres,puisque la prin
cipale question est de sçavoir
oùest cette Eglise, laquell
nousprofessons dans les deitu
Credo. Làdedans nous professons
de croire une Eglise
Catholique, Apostolique; ôc
il n'est pas permis au caprice
de chaque homme bizarre,
de croire cela comme il luy
plaist; mais feulement de
croire à cette Eglise, à laquelle
J. C. a laissé le pouvoir
sur Terre de nous gouverner
en matiere de Religion
,
& laquelle a fait le
Credo pour nostre conduite.
Il feroit tout-à-faithorsde
raison de faire des Loix pour
un Pays ou pour une Ville en
particulier, & de permettre
en mesme tempsà ceux qui
1 en seroient Habitans, d'estre
les Interpretes & les Juges de
ces Loix, puifqu'en ce cas
chacun seroit Juge de foymesme.
Pourrons-nousdonc
supposerqleDieuTout.pui[.
sant nous ait laissé dans une
telle incertitude, de nous
donner des Regles pour nôtre
direction, & qu'il ait laissé
en mesme temps la liberté
à un chacun destre Juge de
soymesme. Je demande à
tout homme de jugement,si
ce nest pas la mesme chose
de suivre son caprice,& d'interpreter
l'Ecriture suivant
ce mesme caprice. Je voudrois
que quelqu'un fist voir
l'endroit où l'on a donné à
chaque homme en particulier
le pouvoir de decider en
matiere de Foy; Le Sauveur
du Monde a laissé à son Eglise
son pouvoir, mesme de
remettre les pechez. Il alaissé
son Esprit à ceux de son
Eglise, & ceux-là l'a yant exercé
aprés sa Resurrection,
premierement par lemoyen
des Apostres dansle Credo.
Et beaucoup d'années aprés
par le moyen du Concile de
- Nice, où l'on fit le Credo,qui
porte son Nom, furent totU
jours les Juges de la mesme
Ecriture, & deciderent quels
Livres estoient Canoniques
ounon. Si ceux-là eurent un tel pouvoir,je souhaiterois
sçavoir comment ils l'ont
perdu, & par quelle autorité
quelques-uns se font separez
de cette Eglise. L'unique
- pretexte que j'ay entendu
dire jusqu'à present, est parce
que l'Eglise est venuë à
manquer, en détournant&
interpretantl'Ecriture en des
sens contraires aux sens vcritables.
C'esticy que je souhaite
sçavoir, qui doit estre
le vray Jugedecela, ou toute
l'Eglise,lasuccession de laquelle
a duré jusqu'a aujourd'huy
, sans aucune interruption,
ou bien quelques hommes
particuliers, qui pour
leurs propres interests ont.
fait un Schisme.
On a fait beaucoup de Volumes
touchant la R..ellgio.YJ,q!Ú tous*
ensemble disent beaucoup rnains.
que ce peu de lignes, Çt) l'on ne
sera peut-estrejamaurien de si
beau sur cette matiere
, en sipeu
de mots. UobsiinéeMaiflreffe de
l'Amant Catholiqueendemeura
d'accord, mais elle dit qu'ellen'étoit
pas convaincue pour cela,
qu'il falloit approfondir les matieres,
q'se tant qu'un homme parloitseulil
avoitraison
,
(fff que
de tres belles choses pouvaient estre
détruites par d'autres plusfortes
& plus belles, quellefaisoit
plûtost professiondecroire que de
disputer, quelle vouloit imiter
les Catholiques en cela, & lairfer
àses Minières à disputersur
ce qui regardoit la Religion
,
de
mesme que nous en laissons presque
toujours le soin à nos Docteurs.
Ilauraitestéassezinutile,
& mesme de mauvaisegrace,
après une pareille declaration, de
la pyffer dés ce mesmejourd'entrer
dans une Dispute reguliere;
deforte que st l'on ne quitta pas
tout.à.fait: les matieres de Controverfe
, on n'en parla que par
reprises
,
@r mesmeassezfoiblement.
La Conversation tourna
sur le zele duRoy pour-le salut
deses Sujets,surles bontez de ce
Prince, &sur les grands soins
qu'il prenoit, en s'appliquant avec
tant d'ardeur à cette importante
affaire. La différence de Religionriewpeftha
pas cette zelée
Protestante
,
de tomber nonseulement
d'accord de ce que lon dit du
Roy, mais d'ajouter mesmes beaucoup
de louanges qui parurent tressinceres,
a celles que l'on donna à ce
grand Monarque. L'Amant fortit
peu de te-mps après
y
mais il fit
noir un airsimortifié en quittantsaAdaijlreffe,
qu'elleneput
s'emjfefcher de laisseraussiparoître
quelque, tristesse sur son visage.
4t- Or~y
,
A peinefut-ilforty que Pa-
quele Parent
jetta les yeuxsur un Portelettre
qu'il apperceut à la place
qu'ilvenoit de quitter, ($fqu'apparemment
il avoit faittomberde
sa poche sansyprendre garde. Ce
Parent le prit,(;ï comme les Femmes
font naturellement curieuses,
& que les Adaiflreffescroyent
quelesaffaires de leurs Amans ne
leur doivent point estre cachéesy
ellefitconnoistre à son Parent
qu'ils pouvaient voir ce qu'ilrenfermait.
Ill'ouvrit, ayant
jetté lesyeuxsur une asséz grandeLettre,
& connu dés lespremieres
lignes dequellematiereeJtc
traitoit, il n'en témoigna rien.,Ër
lut ce quifuit.
A JvlONSIEVR. DE**
PUisquenous; sommes
dans un temps où tout
est en mouvementpour lefa*.
lut de ceux de vostre Religion
,& que chacun travaille
à leur faire connoistre leurs
Erreurs,àl'exemple d'un Roy
qui s'est acquis le surnom de
GRAND,par cent Avions
qui pouvoient toutes le luy
faire meriter autant de fois;
je dois m'interesseravec tous
vos Amis, à la Conversion
d'un homme à qui il ne manque
que la veritableFoy pour
estre tout accomply. Je n'approfondiray
point les choses
en Docteur de l'Ecole, & feray
parler mon zele autant
que mes raisons;mais ces raisons
ne laisseront pas d'estre
assez fortes pour vous convaincre,,
si vous voulez ouvrir
les yeux aux lumieres de
laFoy,& ne les point fermer
à la Verité
, comme font par
une obstination déterminée
lapluspart des Sectateurs de
Calvin.Ouvrez donc les yeux
Monsieur,& considerez que
l'Eglise Romaine a de grandes
prérogatives sur toutes
celles qui s'en sont separées.
Si vous le faires, vous ferez
convaincu que toutesles SentesduChristianisme
sont
sorties de cette Eglise,&cju.-
elle a cet avantagenirtou-f
tes les autres,d'avoir succede
immédiatementaux Apô-:
très, & par consequent d'étre
encore par le droit de la
succession, ce Corps &cette
Société que ces saints Hommes
établirent sur la Terre.
L'Eglise Romaineelt authorisée
par ion antiquité,& son,
érenduë partout le Monde,(
pendant plus de quinze Siecles,
& confirmée par un
grand nombre de Miracles.
Tout ce quevos Ministres avancent
pour vous donner
des idées desavantageuses de
son Service public, est fondé
sur de faux principes,sur
des imputations injustes, &
sur de fausszs explications.
Vostre sinsplicité- affectée
Neut empescher qu'on ne serveDieu
avecmajesté, & rejete
les Ceremonies sacrées
dontl'ancienne Eglise s'est
toujours servie pour faire
l'Office divin avec bienseance,&
avec cette sainte Majesté
qui imprime das l'ame de
ceux qui regardent ces Ceremonies,
les sentimens d'une
devotion tendre & respectueuse
, pour honorer Dieu
dans ses plus redoutables Misteres.
Vos Ministres ne (çau--
roient nier que vostre Confession
de Foy, qui contient
quarante Articles, n'ait errea
fabriquée au FauxbourgSaint
Germain, en l'année 1559. paris
quarante personnes, dont lajs
pluspart estoient Apostats.
Ainsiil n'yapas un Srecletaî
demyque vostreReligion
est établie.Calvin ayant voulu
estre Chef de Party aussibien
que Luther, travailla à
l'établissement de celle que
vous professez; & quoy que
le mesme Plan eust servy à
cet esprit subtil, les Lutheriens
& les Calvinistes se traitoient
d'Heretiques, avant
que quelques raisons politiques
eussent obligé ces derniers
à rechercher l'union;
mais lespremiers demeurerent
toûj ours dans le mesme
sentiment. On peut dire que
comme après le Deluge,les
hommesvoulurent se bastir
une haute Tour, afin de se
preserver d'une secondeinnondation,
Dieu témoigna
visiblement qu'il desapprouvoit
leur dessein, & condamnoit
leur Ouvrage, quand il
confondit leur langage, &
les fit parler chacun differemment.
De mesme. ceux qui
pretendoient s'estre sauvez
du Deluge desErreurs & des
Superstitions en sortant de
l'Eo-lilè Romaine, voulurent
se faire un édifice,& bâtirune
nouvelle Eglise, qui ne fust
plus suj ette à une pareilleinnondation.
Dieu marqua sans
doute manifestement, qu'il
desapprouvoit leur dessein,&
condamnoit leur Ouvrage,
en con fondant-leurlangage
pour les laisser parler si diversement.
J'aydéja dit quelque
chose des faussesimputations
de vos Docteurs. Il enparoist
une manifeste,lors qu'ilsmettent
le mot d'Images à laplace
d'Idoles taillées que Dieu
defend. Il faut remarquer,
que l'Image differe de l'Idole
, en ce que l'Image est la
representation d'une chose
réelle, comme le Portrait
d'un homme est proprement
une Image, & l'Idole estune
representation d'une chose
qui n'est point, & qui n'a jamais
esté. Saint Augufbn a
fort bien expliqué, que par
ces Idolesil faut entendre
les faux Dieux,puisque c'est
d'eux que Dieu parle immediatement
avant que de dire,
Tune teferaspointd'Idoles taillées,
qui est ce qu'il a déja dit,
Tu n'auras point d'autres Dieux
que moy. L'Eglise dont vous
vous separez, conserve toujours
son ancien culte, & ses
premieres prérogarives, son
ministere
,
& son ordre; ôc
ceux qui en ont voulu former
une nouvelle, ne sont
que des hommes fort ordinaires,
sans mission, sans vocation,
& sans Miracles, qui
n'agissent que par passion,ou
du moins par occasion; de
sorte que ce ne peut estre
que par une criminelle témerité
qu'ils se sont separez
de l'Eglise Romaine. Ondira
peut -
estre qu'il n'estoit pas
necessaire qu'ils fissent des
Miracles pour authoriser une
Mission, parce qu'ils ne venoient
pas annoncer une
nouvelle alliance comme faisoient
les Apostres, & qu'ils
ne preschoient que le mcfme
Evangile, que les Apostres
avoient sibien confirmé par
leurs propres Miracles; mais
c'est là la question. C'est là
proprement ce qu'on leur
dispute. Onles accuse d'alterer
cette alliance, de raifL
fier cet Evangile à divers égards,
de forte qu'ilsavoient
besoin de preuves aurentiques
pour sejustifier de cela,
& il ne serviroit de rien de
dire qu'ils se justifieroient par
la sainteEcriture, par la Parole
deDieu,car on pretend
9
que
que ce n'est pas la Parole de
Dieu qui leur rend témoignage,
mais leurs propres
paroles, ayant détourné l'Ecritureà
leur sens, par leurs
subtiles, mais vaines explications
;de sorte qu'il estoit
toujours necessairequ'ils fissent
des Miracles, pour faire
recevoir sans contredits leurs
Explications,comme conformes
à l'intention de Dieu,sur
tout parce qu'elles s'opposentàun
consentement tranquille
& universel de toute
l'Eglise, & à une tradition
qu'elle tient des Apostres
mesme. Souffrez donc,Monsieur,
que je vous conjure encore
une fois d'ouvrir les
yeux, &de faire serieusement
reflexion sur des veritez si
incontestables. Je sçay que
Dieu veut, comme parle l'Eecrture,
qu'il y ait des Erreurs,
afin que les veritables Fidelles
soient manifestez. Mais
ayant autant de lumieres que
vous en avez, vous ne devez
pas demeurer enveloppé
dans les ténebres d'une Heresse
, que tant d'hommes illustres
par l'esprit & par la
naissance viennent d'abjurer.
A'Voüe, dit-ilàsa Parente,
aprés qu'il eut achevéde lire> que
vostrecuriositévientd'estre punie,
rtJ que vous croyiez entendre autre
chose.Ilfauty ajoûta t-il, que
cette Lettre ait eslé écrite a vojlre
Amanty quelque tempsavantsa
Conversion
, par un Amy %elé
pour sonsalut. Vous ne pouvez
nierquelle ne foitremplie deraifonnemens
solides. Ils fontsiforts,
qu'il est impossible que vous ne
tombiezd'accord qu'on riyfçattroitfairerelfexionsans
en avoir
l'esprit pénétré. C'est ce que je ne
puis bien ions dire, luy repartitelle>
parce qu'aussi-tost que j'ay
connu la matiere qui efloit traitée
dans cette Lettre, j'ay songé à
autrechose ne vous aypoint
du tout écouté. Voilà, dit.il en
riant, pousserl'obflination jufqu'où
elle peut aller;mais cependant
vous A'Vez beaufaire, vous
rentrerez au sein de tE^hjeycomme
ces Enfansdébauchez, qui
ayant abandonné le logis de leur
Pere
,
font trop heureux Il) revenir,
& d'y trouverun azile,
après leur desobeïssance
y & l'Eglise
qui est vostre Merefera de
mesme. Elle votes recevra , &
vous pardonnera voflre révolte.
Pensez-y
,
de grâce, un peu serieusement
ajoûta-t-il avecUn
air plein d'amitié, pendant queje
vais prierle Cielpourvostre Conversion.
Il prit congé d'elle en achevantcesparoles,
seretira
parcequ'ilestoitdéjàfort tard.
Quelque fermetéquelle- eust
fait paroistre, elle ne laijja pas de
resver lors qu'ellefut seule, à tout
te qu'elle avoitoüy lire, & elle
repassa mesmedansson espritpendant
la nuit, quelquesindroits
dont elles'estoitfenttefrappée,&
qui luy donnèrent de l'inquiétude.
Son Amant n'en avoit pas moins
desoncosté,mais elle estoit d'une
autre nature, & l'opinistreté
qu'il voyoit en elle
3
commençoit
a lefairedesespererdeson changement.
Comme il resvoit à de
nouveaux moyens pour L'y engager,
ilsesouvintquelle nauoit
pu s'empecher de donner au Roy
les louanges qui estoient deuës au
zeleardent que ce Prince faisoit
paroistre pour la Religion. Il prit
de l'occasion de luy écrire la Lettre
quifuit, el eutsujetdebien
augurer de lafuite,parla maniere
dont on luy apprit qu'elle avoit
esté receuë. En voicy les termes.
VOus me dites dans nôtre
dernier Entretien,
qu'on ne pouvoittrop estimer
le zele du Roy pour l'accroissèment
de sa Religion)
& que non seulementil de
voitestre loüé de tous ceux
qui fervent Dieu d'une maniéré
différente
,
maisque
tout ce que ce Monarque
fait de grand, meriteroit les
loüanges de ses Ennemis
mesmes, & en recevoit tous
les jours. Vous ajoûtâtes que
c'estoit la marque la plus certaine
à laquelle on peut connoistreun
véritable Heros,
Bbiiij
parce que les Ennemis ne fiaient
jamais, que leurs louanges
ne font point interessëes
& que lors qu'il leur arrive
d'en donner, elles font arrachées
par le vray merire.
Chacun demeura d'accord
danscette Conversàtion,que
si l'on drenoit des Statuës au
Roy, presque dans toutes les
grandes Villes du Royaume,
cela n'avoir rien de commun
avec celles qu'on erigeoit autrefois
en l'honneur des anciensConquerans
qui les fouhaitoient,&
dont l'ambition
rrop aveugle alloitsouvent
jusques à vouloir qu'on les
traitast de Dieux;maisqu'au
contraire,tous jes Su jets de
Sa Majesté luy demandoient
à genoux, & avec les plus respectueuses
instances, la permission
de luy en élever; ce
qu'Elle'n'a souvent accordé
qu'avec peine à l'empresse
ment de leurs desirs, & pour
ne point exciter de jalousie
entre ses Peuples, parce que
ceux qui nauroient pu avoir
ce glorieux avantage, auraient
esté jaloux du bonheur
des prclniers)à qui ce Monarque
n'avoit pu le refuser.
Vous avouastes avec inoy,
que si ce Heros continuoit à.
se distinguer par une foule
d'actions si extraordinaires,
que l'Antiquitén'enfourniffoit
aucune qui en approchait.
Noustomberionsdans
un malheur pire que celuy
de faireprofession d'une Hercfie
,
puisque nous aurions
peineànous empescher de
devenir,ldolatresen luy dres
sant des Autels, qu'il a peutestre
déjà dans nos coeurs,
lorsque ses Statues font dans
les Places publiques.Vous
fustesobligée de convenir,
1 - o
qu'ilétoit impossible de concevoir
comment, ferre verser
une seulegoute de sang, le
Roy avoit pu aneantir dans
son Royaume, une Religion,
qui toute commode qu'elle
est, en avoit tant coûté pour
l'établir; ce qui ne pouvoir
venir que d'un Prince qui n'a
imité personne dans ce qu'il
a fait de grand, & qui ne
peut estre imité que par luymesme.
Aprés cela
, vous ne
ferez passurprise , si je vous
prouve par ce Monarque
mesine,que vous devez croire
que la Religon Catholi
que est la veritable. Dieu
l'auroitil fait n0aistre si parfait,
luy aurait-il donné de si
vives clartez, & un discernement
si juste? L'auroit-il
rendu les délices du monde,
& se feroit-il servy de luy
pour executer tant de merveilles,
& imposer la Paix à
l'Europe entiere ? L'auroit-il
enfin rendu le plus grand des
Hommes
,
s'il ne luyavoit
pas donné la veritable Religion
, & s'il estoit vray qu'il
ne l'eust pas possedée, ses
grandes & vives lumieres qui
pénetrent jusques dans le
fond des coeurs , ne luyauroient
- elles pas fait développer
les voiles .& l'obscurité
qui la luyauraient cachée
? Il voit tout, il sçait
tout, & rien n'échappe à
la justesse du discernement
qu'il fait éclater en toutes
choses. Dieu ne luy a pas
donnétant de grandes qualitez
, tant de mérite, tant de
vertus,&tant de lumières,
afin qu'elles fervent à sa perte;
& nous devons croire,
que puisqu'il luy a esté si liberal
, il ne luy a pas caché
la veritable maniere de le
servir. On le voit,on l'appro
che, on luy parle, il écoute,
& sçachant par les lumieres
de tout cequ'il y a de sçavansHommes,
Comme parles
siennes propres, tout ce qui
regarde l'une & l'autre Religion,
il peut voir en un seul
jour par rérude de mille&
mille personnes, ce que nous
ne pourrions apprendre dans
lecours decent vies comme
la nostre mises de suite; &
cependant il estnonseulement
Catholique, mais il est
tellement persuadé de la verité
de sa Religion, qu'il donson
temps, appliqueses
soins , & ouvre ses tresors,
pour nous engageràn'en
point professerd'autre. Nous
ne risquerons rien à l'imiter,
& nous devons croire que
Dieu veut sauver celuy qu'il
a tant pris de plaisir à former;
que les Rois estant ses
Images sur la Terre, ceMonarque
enest la plus parfaite;
& qu'après tant de Miracles
que le Ciel a faits pour
luy
,
il en feroit encore un
pour luyenseigner la veritable
Religion,s'il estoit vray
qu'il ne la professast pas.
Cette Lettre lajetta dansune
siprofonde resverie,quelle ne se
reconnut plus elle
- mesme. Elle
sentit tout à coup diminuer la
grandefermetéquelle avoitpour
la ReligionProtestante
,
elle en
avoit de la joyr, & du chagrin
tout ensemble
, & ne sçavoit
quelssouhaitsformer. Ellerepassa
dans son esprit toute l'Histoire
du Roy, &ytrouva que devant
estre le Favory du Ciel,puisqu'il
l'avoit comblé de tant de Benediction,
ilfalloitqu'ilfustéclairé
des lumieres de la veritable Foy;
de sorte quelleseresolut de relâcherbeaucoup
de lasevérité qu'-
ellefaisoitparoistre à ceux qui la
portoient à se convenir.Elle écouta,&
c'estoitassezpuisque la
Religion Protestante est sifoible
&simal fondée que des qu'on
veut bien entrer de bonne soy en
dispute, on est seur de succomber.
Elle navoüapourtant passi-tost
fit défiate ctmmefinAmant
en avoit esté la principale causse,
elle voulut luy en donner la pretMeve.
nmy'éue}oequ'elle fit par J;.' (:,,')
--
;- IL n'estpashonteux à une
Placede se rendre, lors
iI!ellèa,fOUÍfert:.plusieursAs
sauts,& qu'elle est forcée par
des Vainqueurs à qui l'on
peut ceder avec gloire. Je
me rends à mon devoir, à la
nature,& à l'amour, puisque
j'obeis à mon Roy & à mon
Pere, &{. que je fais ce que
mon Amant. souhaite. Je
pourrois direEpouxen parlant
de ce dernier, puisque la
veritable Religion réunit ce
que la fausse s'efforçoit de séparer.
La Catholiqueestcelle
d'un Roy, qui ne se peut
tromper; elle est celle, d'un
Pere, à qui je dois obeïr; &
celle d'unEpoux, parqui je
dois me laisser conduire.
Mon Roy me commande,
mon Pere me presse mon
Epoux me prie, & tous trois
ont droit d'agir avec moy
en Maistres. Quand je considere
l'obeissanceque je
leur dois,je sçay qu'en fiu
tisfaifant à ce qu'ils veulent
de moy ,je fais mon devoir
selon les hommes, & je croy
le faire aussi selon Dieu,
puisque je soumets mes volontez
à ceux a qui il m'ordonne
d'obeir. Si je fais mal
ils en feront la cause,&
en porteront la peine ,.
de
mesme qu'ils feront recompensez
s'ils m'ont mise dans
la bonne voye. C'est à la
clarté de leurs lumieres que
je marche, je desavouë les
miennes, je ne voy que par
leurs yeux, & je les rends
responsables devant Dieu,
de ce que je fais aujourd'hu y.
Je croy qu'ils sont dans le
bon chemin,& je le souhaite
y
puisque s'ils avoient besoindetoutmon
fang, je le
verserois pour eux autant
par devoir que par inclination.
Jamais Amant n'a ~y~-
trsfait que le fut celuy de cette
belle Personne. Il baisa vingt
foissa Lettre s'applaudit en
luy-mesmesde ce qu'ilaveit dit
du Roy
,
puisque cela anjoit produit
un effetsiavantageux à l'un
em à l'autre. Il alla sur l'heure
cbe% sa Mgreffe
, ty la joye
dont il estoit tout pénetre brilloit
tellement dansfis yeux, que ceux
qui le recontrerent ne sceurent à
quoy attribuer les vifs transports
qu'il en laissoit échaptr. Il fut à
peine entrédans sa Chambre qu'il
se jetta asesgenoux, & les emhrafJa.
Le Pere lesurprit en cette
P.assure st) n'en pouvantdeviner
la cause
, parce que sa folle
ne s'estt point encore declarée a
luy. Il fit'voir suson visage une
froideur qu'ilfutaisé de luyfaire
perdre. On luy apprit lheureux
changement quilsouhaitoit avec
tani d'ardeur
, & la belle Convertie
qui ne l'esprit encore que
de volonté, luy parla à peuprés
de la maniere dentelle avoit écrit
ason Amantyil eneutbeaucoup
de joye. Le Contract Avoit esté
drejjé avant que le Temple de
Charenton sust abatu; les habits
de Nopce efloient faits, les P.
rens d'accord, lesAmanscontants;
Ainsi le jour fut choisy pour celebrer
à l'Eglise ce Mariage, que
l'on devoit celebrer dans un Temple
où l'Heresie avoit toujours re
gne.
DEVISE
POUR LOUIS LE GRANDE
Le Soleil avec ce mot:
Non sarrexit major.
SONNET. LEs grands Heros qu'envoit tant
vantez, dansl'Histoire,
Celebresenvertus, eumeuxpatmille
Exploits,
Et qui malgré du temps les rigonreusesLoix
IXws rUnivers encor sont briller
leur mémoire.j
Surpris dans la défaite, enssez, dans
la victoire,
Ont laissé découvrirdes defauts quelquefois:
nest que Looisseul, dontle ciel
ailfaitchoix,
Pourarriversans tache au comblede
La gloire.
Tout conduit ce Monarque a l'immortalité,
Son zele, ses Edits, ses soins
, fin
équité,
Ses immenses travaux ,
sa jitge/ft
profonde.
Il est du nom chretien & l'honneur
é-sappus.,
0
0n
:On rien a jamais veu de si grand
dans le monde,
Et l'on verra point de si grand après
luy.
- Mrde Vertron, Historiographe
de SaMajéste, de l'Academie
Royale d'Arles..
DEVISE
Sur la Défaite de l'Heresie.
Elle a pour corps le Soleil
montant sur l'Horison, &
pour ame, Procul,error, &
umbr. EN ouvrant chaque jour la barriere
des citux)
je porte mon éclat aux endroits les
plus lômbreç;
£tfaifint rcjpmir ma presence en
tous lieux,
Je tire l'Univers de Cerreur & des ombres. Lemesme.
Pour servir l'insription à la
Statué du Roy.
LUDOVICO XIV.
IMPERATORI LXIV.
FRAN CORUM.
CARMEN. ES lrJagni quartus>Justi, LODOICE,
secundus
Primus es Invicti coglJQminf; at
Impartsunus.
VERSION.
L est GRAND quatrième; il
en JUSTE second;
INVINCIBLE premier: que
de Titres ensemble !
Mais pour le distinguer avec plusde
raison,
Il est,le seul à qui nul autrene
-
feilembie.
- -
Le mesme.
SUR. LA FIGURE
Equestre4u Roy. sIt locus inmdid vohisqui Seeptratenetis,
feter m&gnmimopcStore victor
adefi:
AUTRE. 1
Hlc certis ligatagematfortuna trium*
iMe est
?
Principibuys qui nova, jf/rll.-
dediti
-
- --
AUTR.E.
Cdjar, AIlxs.^uiy, P;ijj{tpJ hieomn
is liïtt'i0,
Mens RflltEtírOpam ,filaquc dextra
suidt.
INSCRIPTIONS
pour le Louvre. Monde, viens voir ce queje
vc5
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais, dans Paris un
Fmpire,
Et tOtt5 A Cifars en un Roy.
At:/,f capit Romam, Regnumque Lutiiia
,
Regcs
Tt,, LO/Jr;¡CE capis ; Majut in
orhenihiL
DEVISE
POUR SA MAJESTE',
sur le sujet des Conversions
presentes.
Le corps est un Champ femé
d'Heliotropes tournez vers
le Soleil. Et l'ame est, Ex
te conversio nostra. Dv ciel defït'ïid qui
vers vom ,".2U{Ji cuirai*ic,
Rien deplusfort,riendeplus doux,
Tout tourne à vostre gré, tout obeït
sanspeine,
Vom réglez l'Vnivers, nom nous reglonssur
vous.
Le Pere Moursues,Jesuite,
DEVISE.
Elle a le Soleil pour corps.
Et pour ame, Più Grande là sù.
MADRIGAL. MOr11ls fiai madrptYfz,
, vous
neZ,
icv,;cardeur,
NystictsI.,font
rostre bonheury
ComUcaj:fins plusgrand que je ne
p.11'C/J ifrre,
Et leCul seulement sçait toute ma
Grandeur.
Madame de Saliez.
LETTRE PASTORALE
de Monsieur l'Evesque d'A-
- miens,pour regler les Actions
degracesquel'on doitàDieu
au Reypour aveirdélivréceDiocesede
l'£/erefîey&
lesInstructions qu'on doitfaire
aux nouveaux Convertis. FRANÇOIS parlaMisericorde
de Dieu, & par la grace du
Saint Siege Apostolique Evesque
d'Amiens; A tous les Fideles de
nostre Diocese, tant Ecclesiastiques
que Seculiers,Salut & Befiedi&
ion.
- Il ne s'est jamais rien fait de si
grand, que ce que vient defaire
LOUIS LE GRAND;je ne parle
point de ce qu'a fait nostre Auguste
Monarque au dedans de son
Royaume,où il a réformé tous
les Corps de l'Estat,que quelques
uns d-eles Predecesseurs avoient
tenté, & que luy seul a pû,
entreprendra & achever ; ny de
ce qu'il a faitaudehors;où dans
une Campagne il a forcé plus
de Places estimées imprenables,
que les plus grands Conquerans
du Monde n'en ont emporté en
toute leur VÍc; ny de ce prodigieux
nombre de Victoires signaléesqu'il
a remportées par Mer
& par Terre, par lesquellesila
porté son Royaume jusqu'aux
anciennes limites, en rctiniflànt
à sa Couronne tant &de si considerables
provinces,queles Guerres
domestiques& les étrangères
en avoient enlevé. Je neveux pas
mesme parler de cette Paix qu'il
vientde donneratoutel'Europe
si singuliere & si admirable dans
toutes ses circonstances. Ce sontlànéanmoins
des chosesvéritablement
grandes,quel'on regarde
comme autant de prodiges&
de miracles de saMagnanimité
sans pareille, & de sa Moderation
sans exemple,qui ontétonné toute
la Terre,& porté la terreur de
ses Armes, & la gloire de son
grand Nom dans toutesles parties
de l'Univers. le parle seulement,
mes Freres, de ce que vient de
faire nostre Monarque incompatable
, pour la gloire de DieuÍI*
pour l'honneur del'Eglise, pour
la tranquillité
,
& pour le salutde
fesPeuples
; & je
-
dis que cet Ouvrage
estincomparablement plus
grand, que tout ce qui s'est jamais
fait de plus grand dans tous les autres
Royaumes, qu'il est d'unmerire
plus grand grand que toutes
les autres grandes choses qu'il a
faites luymesmes. -11
Nous trouvons dans l'Histoire
Sainte, & mesme dans la Prophane
, que Dieu a suscité quelquefoisdes
Princes pour châtier les
Peuples, & qu'en d'autres rencontres
il en a fait naistre pour
les rendre heureux. Tous ces Monarques
ainsi choisis-de-Di-en',oudans
la fureur de sa colere
, ou
dansl'excésde sa misericorde,ont
fait de grandeschoses;&c'estpour
cela que lesuns portent les grands
Noms de Massuè ou de Marteau,
pour écraser toute la terre, ou de Fleau
desa vengeance , ou de Verges de sa
fureur, & que les autres ont esté
nommez les Peres, les FaBeurs, &
hsSauveurs des Nations. Mais tous
cîes Emploisestoientbornez &
restraints, & celuy qui estoit destiné
pour vanger les injures faites
au Dieu des Armées, n'eftoic
pas employé pour exerces ses Misericordes
: il ne s'en trouve que
deux fort distinguez de tous les
les autres, qui ont porté tout ensemble
ce double Caractere de
Vengeurs des injures faites à Dieu,
& de Dispensateurs de ses grâces ,
le
Grand Cyrus, & LOUIS (JKAND. LE Cyrus a porté ce doublé
Caractere, & Dieu s'en.eil
servydâsl'ancienTestament pour
châtierles méchans,&pour gratifierles
gensde bien, pourdétruire
Babylone, & réédifier Ierusalem , pouraffligerlesEgyptien,&pour
consoler lesIsraëlites. LOUIS LE
GRANDentre tous les autres Rois,
porte dans le nouveauTestament
&avec plus de justice queCyrus,
ce double Caractere, ÔCil paroist
visiblement que Dieu s'est servy
de luy pourexterminer la Babylonedeconfusion,
Ékpour réèdifier
la Ierusalem pacifique, pour
détruire totalementl'Heresie,&
pour rétablir enrierement l'Eglise,
LOUIS LE GRAND vient de
terrasser ce Monstrede l'Heresie,
qui s'estoit engraissé du fang des
Martyrs, dans routes les parties
de son Royaume, qui avoit éle-
-
vé dans les lieux les plus Saint
l'abomination de la désolation
enabolissant le , vray ; l'unique &
l'adorableSacrifice de nostre sainte
Religion: L O U I S, le grand
LOUIS a enlevé toutes les abominations
de cette monstreuse&maligne
impiété,renversé tous ces
Temples, banny tous ces Ministres,
aneanty entièrement le culte
de cette fausse Religion. Il en
a purgénonune seule, mais toutes,
&presque tout à la fois, toutes
les parties de son Royaume, ce qui est de plus surprenant,
que nous ne croirions pas, si nous
ne l'avions vû, que la posterité
aura peine à croire, parce qu'elle
ne l'estimera-pasfaisable,c'est que
LOUIS LE GRAND a fait toutes
ces grandes choses siincroyables,
en moins de temps que Je Soleil
n'en met à faire sa course, & qu'en
moins d'une année, il a guery
toutes les playes du Corps de l'Eglise
de France,déchiree en mille
maniérésj qu'il l'a purifiée &
affanchie; qu'il a rendu à cette
chasteEpouse du Seigneur sa premièresanté,
sa premiere beauté,
& son ancienne liberté, qu'il a
rappellé tout ce grand nombre
de Brebis égarées, & les a réunies
dans une mesme Bergerie, sous,
un mesme Pasteur: En forte que
si on avoit peine autrefois de faire
un pas dans le Royaume,sans
trouver un Huguenot, dont le
voisinage estoit toujours contagieux
, on auroit peine maintenant
d'en trouver un dans.-ce-:
grand &vasteEmpire,1dont
quelques jours auparavant toutes
les partiesestaient infedées.
Apres cela, mes Freres ; j'ose
dire, que quand le Prophète
Ifaye a fait l'Eloge du grand
Cyrus,il a fair le Portraitde
Louis LE GRAND. Ils estoient
nez l'un & l'autre pour de grandes
choses
,
ils ont este
ltin
&C
l'autre le bras & la main de Dieu
pourexecuter ses volontez impe.
netrables, chacun d'eux s'est dignementacquité
de son Employ.
Mais il faut confesser qu'il
y à bien de la différence entre ces
deux grands Monarques, les belles
inclinations & les grandes qualitez
que Dieu avoit données à
Cyrus, pour le rendre capable
de l'Employ auquel il le destinoit,
furentaffaiblies par ses vi.
ces,ce toutes corrompuesparles
crimes de son Idolâtrie; les ex-
* cellenres inclinations, &. les ad.
mirables qualitez dont Dieu a
remply Louis LEGRAND,ont
esté animées & soûtenues par
toutes les grâces du Christianisme
,
& fortifiées par lecontinuel
exercice de toutes lesVertusPolitiques,
Morales & Chrétien.
nes. Ainsi autantqueest
audessus de la Synagogue, pour
laquelle Cyrus estoit dessiné, 6c
que le Christianisme est au dessus
de l'ldolatrie, autant Louis LE
GRAND, employé pour l'Eglise,
est élevé au dessus du grand Cyrus,
non seulement par la dignité
de ses Emplois, mais par la fin»
gularité & par l'éminence de ses
mérités. Que sile Prophete a dir,
que quand le grand Cyrus executoit
les volontez de Dieu à l'égard
de la Synagogue, Dieu secachoit
en luy
,
& qu'il paroissoit par luy.
Nous pouvons dire hardiment,
que lors que LOUIS execute les
ordres & les volontez de Dieu à
l'égard de l'Eglise, c'est Dieu
qui , par la main de LOUIS,disons
par sa teste & par son coeur,
a operé rant de grandes choses,
que LOUIS dans ce grand Ouorage
a fait connoistre & sentir la
main de Dieu pesante & severe
surl'Heresie qu'il vouloit détruire,
douce&favorable sur l'Eglise
qu'il vouloit sauver. Que Dieu
s'est caché en LOUIS, & s'est
manifesté par LOUIS. Il n'y a- voitque Dieu &Louis LE
GRAND capables d'entreprendre
&-de conduire à sa perfection cegrand
Chef-d'oeuvre de la piecé
Royale, qui couronne routes ses
autresgrandes A étions d'une immortalité
de gloire.
Or, mes Freres, puis que nous
recevons maintenant dans ceDiocese
le fruit de cet Ouvrage si
grand, si saint, sisurprenant& si
admirabLe en toutes ses circonfiances,
entrepris avec tant de
pieté, conduit avec tant de faù.
gesse,executé avectant defficacace&
de bonheur. Decec Ou-
VRAGE TOUT ROYAL & TOUT
DIViN, quelles adions de grâces
ne devons-nous pas rendre à ce
grand Dieu, qui nous a gratifie
d'un si grand bienfair, & à cegrand
Monarque; parlequel K.
pous la procure.
Pour ne pas demeurer ingrats,
& pour satisfaire en mesme temps
à Dieu & au Roy, par quelque
Acte public d'une sijuste recon-
DQiltance, qui soit proportionnée,
autant qu'il nous fera possible,
à la grandeur d'un si insigne
Bienfait, Nous n'avons pû nous
imaginer de moyen plus propre,
ny plus efficace, que celuy d'osfrir
à Dieu pour le Roy, l'Adorable
Sacrifice du Corps& du Sang
de Jesus CHRIST au Saint Sacrisice
de la Messe, qui par son Institution,
&. par sa nature,est le
veritable Sacrifice Eucharistique> ou
d'action de graces.
C'est pourquoy,après en avoir
communiqué avec nostre Venerable
Chapitre, Nous avonsrésolu
de celebrer pontificalement
Dimanche prochain dans nostce.
Eglise Cathedrale, la sainte Mes
se pour le Roy
,
telle qu'elleest
imprimée dans nestreMissel, qui
sera terminée par un Te Dell.,
où tous les Corps de la Ville se.
ront invitez de se trouver. Et
Nousavons ordonné qu'il en se.
ra célébré une très-solemnelle
dans toutes les Eglises de nostre
Diocese, le mesme jour, ou le
Dimancheimmédiatement après
qu'ils auront receu nostre present
Mandement.
Et pour rendre dans ce Diocese
nostrereconnaissance publique
&immortelle, tant envers Dieu,
qu'envers nostrereligieux Monarque,
Nousavons ordonné, qu'à
l'avenircetteMessesera celebrée
pourle Roy
, avec la mesme Solemnitè,
&les mesmes Ceremonies
dans toutes les Eglises du
Diocese, tous les premiers Dimanches
du mois de Février si
ce n'est que la Feste de la Purification
de Nostre Dame, ou la
Septuaeefïme se rencontrent en

Extrait du Privilege du Roy.
pAr Grace & Privilegedu Roy, donné à
Chaville,le 18.Juillet 1683. Signé, Par
leRoy ensonConseil,JUNQUIERES.Ilest
permis au Sieur DANNEAU,Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre&
debiter leLivreintitulé,MERCURE
GALANT,&generalement tout ce qui dépend
duditLivre, par tel Impiimeur qu'il
voudra choisir; Et defensesfont faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
faire imprimer,vendre & debirer ledit Livre,
ny graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, ny mesme de le donner à
lire, pendant le temps & espace de dix années
entieres, le tout à peine de six mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainsi que
plus au long il est porté efdites Lettres.
Registré sur le Livre de la Communauté
aux charges & conditions portées, le 14.
Septembre 1683. Signé, ANGOT, Syndic.
LeditSieurDEVIZE a cedé son droit du
présent Privilege à C. Blageart, Imprimeur-
Libraire,pour en joüir suivant l'accord fût
entr'eux.

TABLE DES MATIERES
neur du Roy, par le mesme. 6
Priere pour le Roy
, par le mesme.14,
A Louis le Srllnd, sur le zele qu'il
a pour la Religion, contre ses Ennemis
Sonnet, par Mr de Rochebrune.
15
Sonnet au Roy
,
sur la révocation de
l'Edit de Nantel
, par Mademoiselle
de Villandon. 19
Entretien familier de ïHerefie, & de
Calvin en l'autre monde. il Sur la revocation de l'Edit de Nantes,
Sonnet. jej,
Sonnet au Roy, sur la Conversion des
Heretiques. par Mr le Houx. 41
Sonnet pour le Roy. 43
Fevrier1686.
TABLE.
Sonnet sur l'Extirpation de J'Herefit;
++
Quatrains sur le mesme sujet. 46
Difcou-s prononcé dans tHoftel de Ville
de Marseille
,
sur la proposition de
supplier le Roy d'agréerqu'on y érigeast
une StatuëEquestre de Sa
maieflé. 49
Lettre écrite au Roy
,
sur le mesme
sujet. 70
VeRrs en moaniereyde P.oë7me, p4our le Eloge du Roy, prononcé à Roüen par
le Pere Chevillard. 81
Sonnet sur la fierté du Cheval qui
porte le Roy. 96
Discours au Roy
,
sur la Conversion
des Heretiques
, par le Pere Claude
Sallé, Ct/cftin. 9S
Plainte de l'Eglise contre sesEnfans rebellés.
100
Lettre du Roy de Perse, au Roy. Ijl
ld;'t au Roy, par Mr Perry. 136
Relation exacte de tout ce qui j'efipAssé
la veille de la Démolitiondu Tern?
TA BLE.
ple de Charenton, le lendemains-
La maniere dont ce Templeaestédémoly,
avec une Description & une
Figure de ce mesmeTemple. 145
Cantique pour le Roy, par Mr Magnin,
de l'Academie Royale d'Arles. 161
.Poeme au Roy
,
sur les grandes choses
qu'il a faites pour la Religion
Catholique, par Mr Bauldry. 172
Histoire singulierededeux Amans Cal-
1Iinifles) oùparmy les intrigues & les
traverses de leur amour, on voit
beaucoup de chopes concernant la Religion
, traitées d'une maniéré aisée
& inutelligibleàtout lemonde. Cetto,
Histoire peut estre utile en divertissant,
rendre habiles en matiere de Religion
, ceux mesmes qui nese font jamais
appliquez. à lire des Livres de
Controverse. On y voit un Ecrit trescurieux,
trouvé dans le Cabinetd'un
grand Prince apréssa mort, & composé
par IUJ-mr,"e., isi
Devise pour LOVIS LE GRAND.
par Mr de Vertron. S:
TA BLE
JDttrifesur la défaite de l'Heresie, par le
mesme. 313
Inscriptions pour servir à la Statuë du
Roy, par le mesme.314.
Dejviseesur lsa FigtureéEque3stred1e Sa5Ma-
Inscriptionspour le Chasteau du Louvre.
Avis pour placer la Figure. LA Figure du TempledeCharenton,
doit regarder la page 160.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le