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<36624555130012
Bayer. Staatsbibliothek
33
1
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1686 .
DIVISE' EN DEUX PARTIES.
AV PALAIS.
A PARIS ,
Onouveau du Mercure Galant le
N donnera toûjours un Volume
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez la Yeuve C. BLAGEART , Courts
Neuve du Palais , AU DAUPHIN .
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie.
M. DC . LXXXVI.
VEC PRIVILEGE DV ROI,
Bayed che
Staatsbibliothek
München
*****D***
AVIS.
4
Ly a long- temps
que non feulement
on ne trou-
J
ve plus rien pour
perfec-,
tionner les Arts , & les
Sciences
mais
encore
pour faciliter
aux hommes
les moyens de s'inftruire
à peu de frais de
tout ce qui arrive de jour ,
enjour
touchant ces Arts ,
&
d'apprendre ce qui fe
* ij
AVIS.
,
paſſe dans toute la Terre
parmy le Monde Politique
& Galant. On eftoit
mefme perfuadé qu'on ne
pouvoit plus rien trouver
de nouveau là deffus , &
on le feroit encore , fi
quelquasperfonnes
diftinguées
dans leurs Provinces
, & quelques Etrangers
n'avoient
fait connoiftre
le contraire , en
demandant
ce qu'on n'a
crù leur devoir accorder
qu'aprés avoir connu par
AVIS.
leurs Lettres fort fouvent
reiterées , leur perfeverance
à fouhaiter toûjours
ce qu'ils avoient
demandé. Ils ont prié
que l'on donnaſt tous les
mois une Lifte des belles
Eftampes qui fe gravent ,'
& des Tableaux fur lefquels
on les tire , avec
les Noms des Graveurs ,
& du Marchand qui les
débite , le prix des mefmes
Eftampes , & plufieurs
autres chofes qui
* iij
AVIS.
concernent cét Article ;
& enfin ce qu'on verra
dans ce qu'on s'engage ,
fur la fin de cét Avis
à donner tous les Mois
fur ce fujet. Cependant
on doit dire à l'avantage
de ceux qui ont fait cette
demande , que le Public
en cirera une utilité
plus grande qu'ils ne fe
font peut- eftre imaginez ,
& qui ne tombera pas
feulement fur les Curieux
d'Estampes , mais encore
AVIS.
fur les Peintres , Sculpteurs
, Graveurs , Archi
tectes , Cizeleurs , Brodeurs
, Menuifiers , Serruriers
, Jardiniers , & ge
neralement prefque fur
tous ceux qui profeffent
quelque Art , ce qui augmentera
de beaucoup le
débit que les Imagers
font de leurs Eftampes.
Ceux qui profeffent ces
Arts ne doivent pas feuls
fe réjouir de l'Avis qu'on
leur donnera des Eftam-
* iiij
AVIS.
pes nouvelles , puiſque les
perfonnes devotes , & les
Religieux , & Religieufes,
qui aiment les Ouvrages
de Pieté, n'en doivent pas
eftre moins fatisfaits , auffi
- bien que les Curieux,
qui preferent une Eftampe
correcte , tirée fur un
beau Tableau qu'ils ne
peuvent avoir , à un Tableau
eftropić , & mal
peint. Ainfi cét Avis fera
d'autant plus de plaifir ,
qu'on n'a point jufques
AVIS.
icy affiché les Eftampes ,
foit à cauſe de leur grand
nombre , foit pour quelque
autre raiſon . Les
Eftampes font d'une utilité
à laquelle on n'a
peut - eftre jamais aſſez
fait de reflexion . Elles apprennent
l'Hiftoire , & les
actions qu'elles repreſen
tent parlent aux yeux , de
mefme que les pensées
dans l'Impreffion . Ceux
qui ne fçavent pas lire ,
& ceux qui ne veulent
AVIS.
..
pas s'occuper à une longue
lecture d'Hiftoires
voyent d'un coup d'oeil
par le moyen des Eftampes
, ce que l'Impreſſion
ne fçauroit reprefenter,
& qu'on ne pourroit faire
entendre que par de fort
longs difcours ; & mefme
ce ne feroit pas fans beaucoup
de peine. Par les
Estampes on a les Portraits
des Grands Hommes
, & elles en rendent
la memoire eternelle.
AVIS.
Rien ne fera plus avantageux
aux Etats qui font
graver ce qu'il y a de plus
remarquable chez eux ,
que l'Avis qu'on en donnera
, & par confequent
rien ne fera plus glorieux
à la France qui eft aujourd'huy
l'Etat le plus
floriffant de l'Univers . Ses
merveilles penetrent par
Jes Eftampes jufque dans
les Climats les plus reculez.
On y voit ce que la
France a de beau ; fes
AVIS.
Feftes , fes fomptueux Edifices
, fes Jardins delicieux
, fes Conqueftes ,
fes Modes , fes Payfages ,
les Portraits de fes grands
Hommes , & tout ce que
le Burin peut reprefenter.
Comme les Peuples de
ces Pays éloignez voyagent
rarement en ceuxcy
, à moins que leurs
Souverains n'en envoyent
quelques-uns pour venir
admirer le plus grand
Roy qui ait jamais porté
AVIS.
le Sceptre de France ;
l'habitude qu'ont ces Peuples
reculez à demeurer
chez eux , fait que noftre
Hiftoire & nos merveilles
ny feroient point
fceues fans les Eſtampes ,
non feulement parce que
ces Peuples fortent rarement
de chez eux , mais
encore parce que toutes
les Langues de l'Europe
leur font inconnuës , &
que dans leur Païs mefme
, plufieurs ne fçavent
AVIS.
pas lire la Langue qu'ils
parlent. Ainfi il feroit
bien difficile à ces peuples
d'apprendre noftre
Langue pour fçavoir nôtre
Hiftoire ; mais comme
chez toutes les Nations
du Monde les yeux
ont le mefme langage ,
& qu'on n'a qu'à les ouvrir
pour voir également
dans tous les Pays les
objets qui font prefentez
à la veuë , on peut dire
que ce n'eft que par les
AVIS.
1
Eftampes feules qu'on
peut voir par toute la
Terre ce que l'on veut
repreſenter . Elles parlent
également par tout aux
yeux , & tous les yeux
voyent également cet
qu'elles reprefentent . Ainfi
rien n'eft plus agreable
, rien n'eft plus utile
& rien n'inftruit en moins
de temps , fans qu'il foit
befoin d'aucune étude
pour apprendre à voir ce
qu'elles contiennent . Puif
AVIS.
que les Eftampes font fi
utiles , & fi defirées , on
en donnera
le premier
jour de chaque mois un
Catalogue au public de
la maniere qu'il le fouhaite
, c'eft à dire féparement
du Mercure , afin qu'elles
paffent plus aisément , &
avec plus de diligence
dans les Provinces
, &
dans les Pays Etrangers
.
Ce n'eft pas que cette
matiere ne foit entierement
du Mercure &
AVIS.
qué ce qu'on y a dit quela
quefois des Eftampes fates
fur les Tableaux du
Roy , & fur les Ouvrages
de Mile Brun , auffi bien
que de celles qui ont eſté
gravées par Mr Vandermeulen
n'ait donné lieu
à l'empreffement avec lequel
on a demandé ce
Catalogue. Ainfi quoy
qu'il foit donné féparement
pour la commodité
du public qui le fouhaite
, il ne fera diftribuć
AVIS..
qu'avec le Mercure, dont
il ne doit eftre regardé
que comme une partie.
Les Etrangers pourront
auffi envoyer des Memoires
de ce qui fe grave
chez eux , & on les traitera
comme les François
mefmes. On marquera le
prix de chaque Eftampe ,
les Noms des Graveurs ,
& de ceux qui débiteront
lefdites Eftampes ; & l'on
fera fçavoir en faveur des
Provinciaux,& des EtranAV
I S.
gers , celles aufquelles on
travaillera , afin qu'ils
puiffent mander qu'on les
leur envoye auſſi - toſt
qu'elles feront achevées,
& que ce leur foit un
moyen facile pour les avoir
plûtoft , que s'ils ne
les faifoient venir qu'aprés
avoir fceu qu'elles
font faites . On recevra les
Avis de ceux qui manderont
leurs fentimens pour
en faire de nouvelles
qu'ils croiront fe devoir
** jj
AV IS.
débiter , & les Deffeins de
celles qu'ils feront perfuadez
qui fe pourront
vendre en leur Pays ;
comme auffi de celles qui
y auront efté gravées &
qui s'y vendront. On fera
un détail du Sujet de chaque
Eſtampe hiftorique ,
& l'on marquera en quoy
les autres pourront eftre
utiles , & dans quelle veuë
elles ont efté faites . On
inftruira du talent de
chaque Graveur , & s'il
AVIS.
travaille au Burin , ou à
l'Eau-forte , en grand , ou
en petit , comme Calot, &
s'il fait du Paiſage , des
Portraits , ou de l'Hiftoite
. Toutes ces chofes feront
caufe que les Imagers
feront travailler à un
plus grand nombre d'Eftampes
nouvelles , parce.
qu'ils feront feurs que ces
Eftampes eftant connuës
ils en auront un plus
grand débit. Ce Catalogue
fera in douze , afin
2
AVIS.
que ceux qui le voudront
faire relier avec le Mercure
, puiffent
fatisfaire
leur envie . Il ne coûtera
que cinq fols , & l'on n'en
commencera
la diftribution
qu'au premier
jour
de May , afin que chacun
foit averty d'envoyer
fes
Memoires
, & qu'il ait
du temps à s'y préparer
.
On mettra
dans le premier
, ce qui s'eft gravé
de plus curieux
depuis
quelques
mois feulement
,
AVIS.
& l'on ne mettra dans les
fuivans que les Eftampes
qui auront paru dans le
cours du mois. Comme
ce premier Catalogue fera
plus long que les autres
, on prie ceux qui auront
quelques Memoires
à donner , de ne pas attendre
à la fin d'Avril à
les envoyer. Les Memoires
qui feront donnez les
premiers feront preferez
aux autres , & on leur
donnera un tour plus éAVIS.
tendu , pour faire mieux
connoiftre les Eftampes
dont ils parleront. Le Libraire
fe chargera de faire
tenir de ces Catalogues
dans les Provinces , &
d'en faire les Paquets , de
mefme que des Mercures
qu'il y
envoye.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1686.
N
E foyez point furprife
, Madame , fi
Vous ne trouvez
point d'Eloges du Roy au
commencement des Nonvelles
dont j'ay à vous faire
part ce Mois- cy . Ce que ce
Février 1686 . A
2 MERCURE
Grand Prince vient de faire
pour l'accroiffement de la
veritable Eglife , a fait travailler
tant de Perfonnes
d'e prit à fa gloire , que ne
fçachant que choifir parmy
tant d'Ouvrages differens ,
je me fuis réfolu de donner
une feconde Partie à ma
Lettte , afin de pouvoir les y
placer tous. J'y joindray divers
autres Articles curieux
qui regardent la Religion ,
des Lettres adreffées au Roy,
& des Difcours qui font autant
de Panegyriques de cet
Augufte Monarque . Cela me
GALANT. 3
donnera lieu de mettre dans
cette premiere Partie divers
Ouvrages d'une autre
nature , que je n'ay pû employer
depuis long - temps
dans mes Lettres , à caufe des
matieres de Religion , qui en
ont prefque toûjours remply
la moitié .
Je fçay que vous attendez
la Deſcription des Ceremonies
qui ont eité faites :
pour les Obfeques de M'le
Chancelier , dans l'Eglife de
Saint Gervais fa Paroiffe . Sion
tra
toft qu'il fut mort
vailla à cet appareil, & coutés
A ij
4
MERCURE
chofes s'eftant trouvées prêtes
, on marqua le jour , qui
fut le 25.du mois paffé . Comme
on avoit réfolu que l'on
drefferoit le Grand Autel à la
face du Jubé , afin d'éviter la
confufion lors qu'il faudroit
prononcer l'Oraifon Funebre
, on fit ofter de la Nef
tous les Bancs qui en auroient
occupé la place. Toute
l'Eglife eftoit tenduë de
drap noir depuis les Vitres
jufqu'en bas , & fur ce drap
eftcient deux lez de velours,
avec les Armes de M le
Chancelier , cntre - laffées de
GALANT.
5
deux Maffes paffées en fautoir,
& noüées du Collier des
Ordres du Roy , dont ce Miniftre
eftoit Commandeur .
Ce qui reftoit de vuide au velours,
eftoit femé de Larmes
d'argent & d'Etoiles d'or..
Un rang de grandes Armes
hautes de fix pieds , pareilles
aux autres, eftoit attaché fur
le drap entre les deux lez de
velours. Au deffus du premier
on avoit fait une Corniche
argentée , large d'un demy
pied , fur laquelle eftoient
desObeliſques feints de Marbre
, qui fuportoient deux
A a iij
-6 MERCURE.
Lezards d'argent , ayant au
milicu une Chauvefouris , &
deux Maffes paffées en fautoir
par derriere- Entre cès
Obelifques , furmontez d'une
grande Etoile d'or portant
un gros Cierge , on avoit
difpofé des Chandeliers
d'argent feparez de quatre
-en quatre par des Vafes fur
leurs pieds d'eftal , portant
de gros Flambeaux en maniere
de pots à feu pour faire
le tour de l'Eglife & des deux
Croifées. Ces Chandeliers
ainfi difpofez eftoient au
nombre de plus de huit cens;
GALANT. 7
& le tout faifoit un effet d'autant
plus beau , que la Simetrie
Y eftoit regulierement
obfervée
, & que
la Tenture
bouchoit toutes les feneftres
duChoeur.La même Tenture
eftoit élevée jufqu'au ceintre -
à l'un & à l- autre bout de
l'Eglife . Un Dais de broderie
furmonté en l'air , eftoit
au deffus de l'Autel , dreffé,
comme je l'ay dit , à la face
du Jubé, Une Eftrade élevée
de cinq degrez remplis
de plus de cent cinquante
Chandeliers garnis de Cierges
aux Armes de M' le
A iiij
8
MERCURE
Chancelier , faifoit la Repre
fentation au bas de la Nef.
On voyoit aux quatre coins
quatre figures d'Albaftre ,
qu'il cftoit fácile de reconnoitre
pour la Justice , la
Prudence , la Temperance ,
& la Foy . Un grand Dais de
velours noir aux melines Armes
, eftoit fufpendu au def
fus de cette Repreſentation ."
Le corps de ce Grand Mini,
ftre , qui depuis fa mort eftoit
demeuré en depoft dans
fa Chapelle , avoiť“ eſté apporté
fur l'Eftrade le foir précedent
. Un Poëlle de velours
GALANT
9
noir , que l'on avoit fait exprés,
bordé d'Hermines avec
des Armes en broderie, couvroit
le Cercueil , & fur ce
Cercueil eftoient une Couronne
Ducale , un Mortier
d'or rebraffé d'Hermines, les
Maffes paffées en fautoir , &
la Robe de velours écarlate
fourrée d'Hermines avec
la Croix de l'Ordre , le tout
couvert de Crefpe. A coſté
de l'Autel il y avoit une
grande Eftrade , où fe devoient
placer les Prelats que
l'on avoit invitez à cette
Ceremonie . Les deux coftez
>
10 MERCURE
de la Nef eftoient remplis
de Fauteuils & de Chaifes
pour toute la Compagnie .
Sur les dix heures M' l'Evefque
de Troyes commença
la Meffe en Habits Pontificaux
, & aprés l'Offrande ,
qui fut prefentée par trois
Gentilhommes , Mi l'Evef
que de Meaux prononça l'Oraifon
Funebre en preſence
de M' le Nonce du Pape ,
d'un grand nombre d'Archevefques
, d'Evefques , Ducs ,
Marefchaux de France, Prefidens
au Mortier , Confeillers
d'Eftat, Maiftres des ReGALANT.
II
queftes , & Confeillers de la
Cour , outre toute la Famil.
le de Mr le Chancelier
; de
peut dire qu'il
forte que l'on
y avoit tres- long- temps qu
on n'avoit veu une fi grande
Affemblée de tous les Ordres.
Une efpece d'Amphitheatre
avoit cflé pratiquée
dans la Croiſée qui regardoit
la Chaire du Predicateur
; ce
fut où l'on plaça ceux qui
ne pûrent approcher de la
Nef, ou des Croisées voifines.
Les Dames furent placées
au Choeur de l'Eglife ,
qu'on avoit orné comme la
12 MERCURE
Nef; & aprés l'Offrande, Madame
de Louvois , & les plus
qualifiées monterent dans les
deux Tribunes qui font à la
face du Jubé, où elles entendirent
fort commodement
l'Oraifon Funebre. Il y avoit
derriere la Repreſentation
quantité de Bancs pour les
Officiers de Mr le Chancelier
& de fa Famille . A la tefte
de la mefme Reprefentation
eftoient deux Aumô
njers en Rochet , & aux
pieds l'on avoit difpofé trois
places pour l'Exempt & les
deux Gardes de la Prevofté
GALANT. 13
qui fervent auprés des Chanceliers
de France . Sur les dix
heures du foir M' de Louvois
, M' l'Archevefque de
Rheims , Mr le Duc d'Au-
& les plus proches mont ,
Parens retournerent à l'Eglife
, où M' le Curé de Saint
Gervais fit la Ceremonie d'inhumer
le Corps , que l'on
defcendit dans le Caveau .
Quoy qu'il y eût une affluen
ce de monde extraordinaire,
tout fe paffa fans confufion
& fans defordre , les portes
eftant gardées par un grand
nombre de Suiffes du Roy ,
1
14 MERCURE
& les avenues des Ruës par
les Archers du Guet , qui facilitoient
le paffage des Caroffes
.
Le Lundy 28. du mefme
mois,l'Univerfité s'affembla
au College Royal de Navarre
, pour y celebrer la Feſte
de Saint Charlemagne fon
Inſtituteur,felon l'ordre de la
Fondation faite par feu Mr
du Boulay , Recteur , Greffier
, Hiftoriographe de ce
fçavant Corps. La Meffe fut
celebrée par Mr Cheron , Official
de Paris , & M. Godeau ;
Profeffeur de Rhetorique
au
GALANT.
15
College des Graffins , prononça
le Panegyrique du
Saint. Il fit l'ouverture de fon
Exorde par un texte de l'Ecriture
, qui renfermoit en
fubftance toute la difpofition
& l'ordonnance de fon
Difcours. Aprés avoir fait
fuccinctement le portrait des
Vertus qui ont donné àCharlemagne
le nom de Grand ,
aprés l'avoir reprefenté comme
choifi par la Providence
pour mettre l'Eglife en liber.
té , pour en chaffer l'ignorance
& l'erreur , pour dompter
les Tyrans & les vices ,
16 MERCURE
pour eftre le Maiftre & l'Arbitre
du Monde , il entra naturellement
dans le partage
du Panegyrique. La premiere
partie mit dans un jour
éclatant la grandeur de l'eſprit
de Charlemagne . M Go
deau fit voir que le vaſte Genie
de cet Empereur avoit
embraffé les Sciences les plus
hautes & les plus épineufes
avec des difpofitions fi faintes
, qu'il les avoit fait fervir
de degrez pour monter juf
ques à Dieu . Il montra par
une infinité d'exemples
, que
ce Prince avoit recherché les
GALANT. 17
4
préceptes de la vraye Politique
dans la fource de la Verité
, & qu'il avoit puiſé dans
la lecture des Livres facrez
& des Saints Peres , une pieté
virile & courageuſe qui l'éloigna
toûjours de la fuperftition
& de la nouveauté . Il
fit une peinture de la barbarie
qui regnoit du temps de
Charlemagne , pour exciter
les François à une reconnoiffance
finguliere envers ce
faint Empereur , à la fageffe
duquel ils font redevables de
leur politeffe , de leurs bonnes
Loix , & de leur habileté
Février 1686. B
18 MERCURE
en toutes les Sciences . Il f
nit cette partie en faifant remarquer
avec quelle exacte
vigilance il faloit que Charlemagne
euft travaillé à inftruire
& à polir les François,
puis qu'en peu de temps il
les avoit rendus capables
d'eftre les Maiftres de tous
les Peuples du Monde , les
Reformateurs
de l'Eglife , &
les Protecteurs
des Papes opprimez
. Il prouva dans la feconde
Partie que Charlemagne
eut un coeur & un zele
égal à la force de fon Genie .
Les Guerres qui ont exercé
GALANT. 19
cet Empereur pendant trente
-trois années avec les Saxons
, les Sarrafins , les Lombards
, pour les foumettre ou
aux Loix de la Juſtice , ou à
la Religion Chreftienne , les
Autels des faux Dieux que
fa pieté luy a fait détruire, les
Voyages frequens, qu'elle
luy a fait entreprendre en
Itaiie pour la délivrance des
Papes , & en Espagne pour
la delivrance des Chreftiens,
furent d'excellentes preuves
de la grandeur de fon coeur.
Ces grandes actions de generofité
qui ouvrirent à
Bij
20. MERCURE
,
Charlemagne le chemin au
Royaume d'Italie & à l'Empire
d'Occident , furent traitées
dans un détail qui les
rendit fort fenfibles , fans
leur rien faire perdre de leur
grandeur. La troifiéme partie
reprefenta Charlemagne
comme un puiſſant Legiſla
teur, que fes grandes actions
avoient fait aimer & craindre
des Princes les plus redoutables
& les plus éloignez
. Plufieurs Rois que
autorité rétablit , cinq Conciles
celebrez par fon ordre,
l'Herefie de Felix Evefque
fon
GALANT. 21
d'Urgel étouffée par
la
terreur
feule de fon nom , trouverent
leur place en cet endroit.
La Fondation de la celebre
Univerfité de Paris y
fut exposée avec éclat . M
Godeau aprés avoir comparé
les quatre Nations qui la
cópofent aux quatre grands
Fleuves qui prennent leur
fource dans le Paradis Terreftre
, la reprefenta comme
l'inftrument le plus utile que
Charlemagne euft pû employer
pour s'acquerir l'immortalité
, & donner à la
France le fouverain Empire
22 MERCURE
fur toutes les Nations de ' la
Terre . Il prouva cette penfée
par les exemples de Philippes
le Bel , Charles le
Chauve , Philippes Augufte ,
Louis le Debonnaire , qu'il
foûtint n'avoir efté invincibles
, qu'à caufe que par le
moyen des Maiftres de l'Univerfité
, ils avoient gagné
les coeurs des Princes dont
les Enfans avoient refpiré l'amour
de la domination Fran
çoiſe , en refpirant l'air falu
taire des Sciences qui s'enfeignent
à Paris , Aprés avoir
exhorté M's de l'Univerfité
GALANT.
23
à ne fe départir jamais de la
fincerité , de la fidelité; & de
l'invincible attachement avec
lequel leurs Anceſtres
ont travaillé à l'établiffement
de la puiffance de nos Rois ', il
finit par une Apoftrophe à
Saint Charlemagne , qu'il
pria d'infpirer aux Princes
dont il a affermy la Monarchie
, le mefine amour qu'il
avoit pour la celebre Academie
dont il eftoit le Fondateur
& le Pere . Je vous ay
déja parlé de M' Godeau , en
vous faifant part de quelques
fragmens des Difcours pu24
MERCURE
blics qu'il a faits avec une
approbation generale , fur
les grandes actions de Sa Majesté
.
Le talent de fçavoir faire
des Vers, eft un talent qui a
fon merite , mais il eft infructueux,
& la plufpart de ceux.
qui s'en mêlent , ne font pas
trop bien avec la fortune .
C'eſt ce qui a fait faire l'Ouvrage
qui fuit à un galant
homme , qui n'a trouvé que
de vains amuſemens dans le
commerce des Mufes.
LE
GALANT. 25
MOU DU DU QUDUDUDUDY DU DU DU QU
LE POETE REBUTE .
J
CAPRICE.
Abandonne le Parnaſſe ,
Et pour ne vous point tromper,
Mufes , je cede ma place
A qui voudra l'occuper ;
L'ay plus tiré de ma veine
Que je n'avois efperé ,
Et les eaux de l'Hypocrene
M'ont enfin defaltcré.
Se
Vois-je dés que je frequente
Ce froid & maigre cofteau ,
Quefon pafquerage augmente
L'embonpoint de mon Troupeau ?
Dans la langueur qui l'accable
Ie le vois preft à perir ,
Févrrier 1686.
C
26 MERCURE
Et nul afpect favorable
Ne s'offre à le fecourir.
Qu'ay -je à faire des conqueftes
Des Heros & des Guerriers ,
Si quand j'en chante les Festes ,
Ie feche aux pieds des Lauriers?
Ouy, Mufes , je le veux croire ,
La gloire eft vostre deftin ,
Mais qui ne vitque de gloire ,
Peut fort bien mourir de faim.
3
En vain j'ay fait mon poffible
Pour mettre en credit ma voix ,
Mon Creancier inflexible
La voudroit d'or & de poids ;
De mes plus douces paroles
Il prend le fens de travers ,
Il veut de bonnes piftoles,
Et n'a que faire de vers.
**
Enfin dans vos champs fteriles,
GALANT. 27
Mufes , on a beau femer ,
Ie voy que les plus habiles
Rarement les font germer.
Leur fort ne fait point d'envie
Car la plupart feurement,
Ne chantent toute leur vie
Que pour mourir pauvrement.
Quepourrois -je donc pretendre ,
Moy , dont les foibles concerts
Ontpeine à fe faire entendre
Aux Echos les plus ouverts ?
Aux doux fons de vostre Lire
Quand ma voix pourroitfournir ,
Qui s'avifera de dire
Qu'il la faudroit foûtenir ?
D
Lors qu'une ardeur indifcrete
M'a conduit au champ de Mars ,
N'ay-je pas pris la trompere
Pour fuivre nos étendars ?
C ij
28 MERCURE
Quand LOUIS par fes Conqueftes
A tout pris , tout defolé ,
En a- t- on fait quelques Festes
Dont je ne me fois mêlé ?
**
Ay-je manqué ny de zele ,
Ny de foins laborieux ?
Infatigable , &fidelle ,
Que pouvois -jefaire mieux?
Par tout àperte d'haleine
FaySecondé vos accords
Et n'ay tiré de ma Veine
Que d'inutiles tranfports.
83
>
Sonnets , Madriganx , Devifes ,
Poëmes , Odes , Chanfons ,
Qu'à tant & tant de reprises
I'ay tourné de cent façons ;
Rimes riches& parfaites ,
Que m'avez- vous épargné ?
Afaire des allumeties
GALANT. 29
T'aurois bien autant gagné.
**
Dans cette oifive habitude
Où je vay m'enfevelir ,
I'aray loin de toute étude
Qu lques Pavots a cueillir.
Dans ma pareffe indolente
Quandje voudray fommciller,
Nulle rime embarasante
Ne me viendra réveiller.
Aprés mille& mille épreuves
De la dureté du fort ,
Sij'en veux encor des preuves ,
I'en auray jufqu'à la mort.
Les malheurs qui m'accompagnent
Ont cent incidens divers ,
Par tout où les autres gagnent ,
Si je m'embarque , je perds.
**
Dans mon bel air de jeuneſſe
C iij
30 MERCURE
Ie ne me plaignois de rien ,
Mes affaires de tendreffe
Alloient partout affez bien :
Mais de ce plaifir volage
Peut- on jouir en repos ?
Amour a compté mon âge,
Et puis m'a tourné le dos .
ឈ
Dans la tendreffe fincere
Quej'aypour Amarillis ,
Plus j'ay d'ardeur pour luy plaire ,
Plus j'augmente fon mépris.
Elle n'eft point équitable.
Mais dois je m'en alarmer ?
Lors qu'on ceffe d'eftre aimable
Pourquoy fe mêler d'aimer?
C'eft affez , ilfaut fe rendre,
Et les deftins conjurez,
Sur ce que j'en dois attendre
Se font affez declarez
GALANT.
31
Ils entraifnent , il faut fuivre ,
Et ce qui peut fecourir ,
C'est qu'un homme las de vivre
A moins de peine à mourir.
1
Je vous ay déja parlé de
plufieurs Academies de bel
les Lettres , qui ont eſté établies
dans les principales Villes
du Royaume . Voicy un
détail de celle de Nifmes.
Je vous l'aurois envoyé plûtoft
, fans les Articles des
Converfions
qui occupant
depuis prés d'un an la plus
grande partie de mes Lettres,
m'ont obligé d'en réfErver
beaucoup d'autres . L'éta-
C iiij
32 MERCURE
bliffement de cette Royale
Academie a efté fait par
Lettres Patentes de Sa Majefté
du mois d'Aouft 1682 .
fous la protection de Me Jaques
Seguier , Evefque de
Nifmes. Voicy la Lifte des
Academiciens , felon le rang
que le fort leur a donné.
François Annibal de Rochemore,
Preſident , Juge Mage, &
Lieutenant General en la Senéchauffée
& Siege Prefidial
de Nifmes.
Fofeph de la Baume , Confeiller
du Roy en la Senéchauf
fée & Siege Prefidial de Nifmes
,
GALANT.
33
Jean Saurin, Docteur & Avo+
cat.
Claude de Roverié , Seigneur
de Cabrieres.
Jean Menard, Preftre, Prieur
d'Aubort. Il doit bien- toft
donner au Public la Tradu
ction Françoiſe des Lettres
de Pierre de Blois.
Pierre Cauffe , Preftre , Chanoine
, fecond Archidiacre
en l'Eglife Cathedrale de
Nifmes , Vicaire General, &
Official de M' l'Evefque de
Nifmes .
Charles Restaurand, Docteur
& Avocat.
34 MERCURE
Antoine Teifier, Docteur &
Avocat. On a de luy une
Traduction Françoiſe de l'Epiftre
de Saint Clement aux
Corinthiens ; & de la premiere
Lettre de Saint Chryfoftome
à Theodore ; les Eloges
des Hommes Illuftres ,
tirez de l'Hiftoire de M' de
Thou , avec des Notes de fa
façon. Il a auffi fait imprimer
à Paris quelques Homelies
de Saint Chryfoftome
traduites en François ; & il
donnera bien- toft au Public
la Bibliotheque des Bibliotheques
du Pere Labbe, augmentée.
GALANT. 35
Antoine Rouviere , Docteur
& Avocat.
Claude Maltret , Docteur &
Avocat .
Honoré de Trimond, Preftre ,
Confeiller Clerc en la Senéchauffée
& Siege Prefidial de
Nifmes.
Jean Pierre Chazel, Confeil-
·ler du Roy , & Lieutenant
Principal en la Senéchauffée
& Siege Prefidial de Nifines.
François Graverol , Docteur
& Avocat. C'eft luy qui a
publié depuis quelques années
des Obfervations fur les
Arrefts du Parlement deTou
i
36 MERCURE
loufe ,
recueillis par le Prefident
la Roche - Flavin . II
fait imprimer
actuellement
à
Toulouſe un
Recueil des
Lettres
que le Cardinal
Sadolet
avoit
écrites au nom du
Pape Leon X. avec
quelques
Notes de fa façon . Il est l'Auteur
d'une
Differtation
fur
I'Infcription
du Tombeau
de
Pons , Fils d'Ildefonſe
, de la
Famille des
Raymonds , Comtes
de
Touloufe,
quel'on voit
parmylesRecherches
curieufes
d'Antiquité, que M' Spon
publia en l'année
1683. M
Graverol
travaille
encore à
GALANT. 37
la Bibliotheque du Languedoc
, laquelle contiendra en
abregé la Vie des Sçavans de
cette Province, qui ont écrit.
L'Academie luy doit auffi la
Devife qu'elle a prife à l'imi
tation de celle de l'Academie
Françoiſe . C'eſt une Couronne
de Palme , avec ces
mots , Æmula Lauri.
Louis de Trimond d'Ayglun ,
Preftre , Docteur en Theologie
, Chanoine de l'Eglife.
Cathedrale de Nifmes, Prieur
de Quinfon , & de Belcoüades.
Il traduit les Eloges des
Hommes de Lettres de l'Ita28
MERCURE
lien de Lorenzo Craffo .
Pierre Chazel Procu
reur du Roy en la Senéchauffée
, & Siege Prefidial
de Nifmes . Jean - Antoine de
Digoine ,fon predeceſſeur en
cette Charge , & qui mourut,
en 1684. rempliffoit dignement
une place en la mefme
Academie.
2
François deFaure Fondamente ,
à qui M¹ Peliffon a dedié fon
Hiftoire de l'Academie Françoiſe
I
Jules Cafar de Fain Marquis ,
de Peraud,Maréchalde Camp
aux Armées du Roy . Lors
GALANT.
39
qu'on fit l'Etabliſſement de
l'Academie , il en fut fait le
Secretaire ; mais fon abfence
eft caufe que cette Charge
eft prefentement entre les
mains de M' de Saúrin.
Henri Caffagnes, Confeiller
du Roy Honoraire en la Senéchauffée
& Siege Prefidial
de Nifmes , & Treforier du
Domaine en la mefme Senéchauffée
. Il donnera au Public
dans peu de temps
Traduction Françoiſe du
Courtifan de Baltafar Caftalioni
. Feu l'Abbé Caffa
fa
gnes , de l'Academie
Fran
40 MERCURE
çoife, eftoit fon frere .
Henry Guiran , Confeiller
au Parlement d'Orange
.
Ignace Demerés , Preftre ,
Chanoine en l'Eglife Cathe
drale de Nifmes.
Pierre Petit , Ecuyer , cydevant
Maréchal general des
Logis de la Cavalerie Legere
de France.
Les Academiciens Exter
nes font en petit nombre ,
mais ils font tous Gens de
diſtinction & de merite.
Baltazar Phelypeaux , Mar
quis de Chasteauneuf, Confeiller
du Roy en fes Con-
↓
GALANT. 41
feils , Secretaire d'Eftat , &
Commandeur des Ordres de
Sa Majesté.
David Brüeys , Docteur &
Avocat de la Ville de Montpelier.
Il a publié une belle
Paraphrafe en François de
l'Art Poëtique d'Horace , une
Réponse au Livre de M' de
Meaux , intitulé , Expofuion
de la Doctrine de l'Eglife Ca
tholique ; & ayant enſuite
quitté le party des Proteftans,
il fit imprimer l'Examen des
Raiſons qui ont donné lieu à
la Separation des Pretendus
Reformez , faits fans preven
Février 1686.
D
42 MERCURE
&
tion fur le Concile
de Tren
te , fur la Confeffion
de Foy
des Eglifes
Proteftantes
,
fur l'Ecriture
Sainte .
Jean - Antoine
de Charnes
,
Preftre
, & Doyen de l'Eglife
Collegiale
Noftre - Dame de
Villeneuve
d'Avignon
. Il a
fait la Contre- critique
de la
Princeffe
de Cleves ; la Vie
de Sainte Rofe ; la derniere
Treduction
Françoiſe
de la
Vie de Lazarille
de Tormes
,
& quelques
autres
Traductions
de Livres Italiens .
Jacob Spon , Docteur aggre
gé au College des Medecins
GALANT. 43
de Lyon , & à l'Academie
des Ricovrati de Padoüe . Il a
publié un Traité De Aris Deorum
incognitorum , l'Hiftoire de
Geneve ; fon Voyage de Gre,
ce, en trois volumes , les Recherches
curieufes d'Antiquité
, la Recherche des An
tiquitez & Curiofitez de la
Ville de Lyon. Aphorifmi noui
ex Hippocratis Operibus col
lecti , avec des Notes un
Traité des Fiévres & des Fébrifuges
, & un Livre intitulé
, Mifcellanea Erudite Antiquitatis
, qui vient d'eſtre achevé
, & qui contient une
Dij
44 MERCURE
tres - grande quantité d'Infcriptions
, de Bas Reliefs , &
de Statuës antiques , qui n'avoient
pas efté publiées . Tout
cela fe trouve à Lyon chez
le St Amaulry Libraire . On
verra bien- toft de luy des
Vies nouvelles des Hommes
Illuftres de l'Antiquité
, qui
contiennent
celles d'Homere
, de Virgile , d'Annibal ,
de Scipion , d'Epaminondas
,
de Corbulon , d'Hippocrate
,
de Gallien , de Denys , de Pififtrate,
d'Epicure, & de quelques
autres, qui n'ont pas été
écrites par Plutarque
.
GALANT 45
Voicy un Conte nouveau
de M' de la Barre de Tours.
Divers Ouvrages de meſme
nature que je vous ay déja
envoyez de luy , vous ont
fait connoiftre combien ee
genre d'écrire luy eft naturel
.
52225222252525252
LES PESCHEURS,
Ou la Table d'or, Conte tiré
de Diogene Laërce.
L4 paffion laplus waitreſſe,
Et qui plus finement fe gliffe dans un
coeur,
C'est l'amour propre & ce tyran
flateur
46 MERCURE
Eft d'autant plus cruel qu'il eft remply
d'adresse :
Il ne cherche que l'interest
,
En aveugle , ignorant , fuit lafauffe
apparence,
Eft trompeur dans fa fin , menteur
dans fa naifance ,
Etjamais ne découvre un objet tel
qu'il eft.
Des autres paffions c'est la fource feconde
,
Et plus d'un Philofophe écrit que ce
tyran
Parmy les paffions non feulement a
rang,
Mefme qu'il n'est que luy de paſſions
au monde.
Quoy , la Haine , l'Amour , la Peur,
l'Ambition
Et le refte , feront la mefme paffion !
Pour en juger qu'on voye avec un
Lain extréme
GALANT.
47
Le but de chacune en foy mefme :
Par exemple , d'Amour les traits nous
femblent doux ,
Noftre coeurfatisfait un defir de vangeance
,
D'un Ennemy nous craignons la
puissance ,
Faifons- nous tout cela que par rap
fort à nous ?
Cherchons des gens exempts de
• reille foiblefle ,
Pais
Mais où pouvoir en trouver icybas
?
Iln'eft plus de Sages de Grece,
Il n'eft plus de Solons , de Thalés , de
Bias ,
Ils font tous morts ; &fi ce n'eft
*Hiftoire ,
Je voy peu de Contrée où vivent tels
Manans ;
48 MERCURE
Mais quand c'est pour puifer quelque
exemple notoire
Pour nos moeurs , ou pour noftre
gloire,
Il faut chercher les Morts au defaut
des Vivans.
**
Un Autheur dit, que le long d'un
rivage,
Peu loin d'une Cité qu'on appelloit
Milet ,
Certains Pefcheurs jetterent leur
filet :
Par cas fortuit c'eftoit dans le paffage
De quatre Voyageurs , qui cheriffoient
beaucoup
Les gros Poiffons, &je les en revere,
Vieux Poiffon , jeune chair faisant la
bonne chere ;
Enfin nos Voyageurs marchanderent
le coup. Eux
GALANT. 49
Eux & Pefcheurs ftipulerent en-
-femble,
L'argent par les derniers fut d'abord
empoché.
A tout hazard , pour eux c'eftoit
fort bien pefché ,
Et ce n'eft pas toujours faire un trop
fou marché
Que deferrer l'argent. Lecteur , que
vous en femble ?
La Pefche dépendant du fort ,
Lefilet bienfouvent de la Rivierefort
Sans amener la moindre chofe ;
Maispour lecoup les Pefcheurs eurent
tort,
Et vous verrez qu'en vain l'homme
propofe ,
Quand de lay Fortune difpofe.
Voyons. Ils fentirent d'abord
Beaucoup de pefanteur , ce quifaifoit
la
joye
Fevrier 1686. E
50 MERCURE
Des Voyageurs . Enfin voicy la
proye ,
Quatre Merlansfur une table d'or,
Quelqu'un dit un trepied , mais foit
trepied,foit table,
Ce m'est tout un , puifqu'il eft veritable
Que l'un ou l'autre eftoit d'or , &
d'or de ducat.
Entre nos gens ilfurvint un de
bat,
Les Pefcheurs vouloient l'or ; à nos
gens de Voyage
L'or auffi fembloit bon ; on dispute ,,
onfe bat.
Le fait ilfaut tout dire ) eftoit tresdélicat
;
Les Pefcheurs enflamez d'avarice &
de
rage ,
Difoient aux Voyageurs. Les Merlans
font pour vous,
GALANT.
51
(.
C'est là vostre Poiffon , vous n'avez
autre affaire
A chercher dans nos rets. Le tre
pied eft à nous,
Difoient les Voyageurs. Payant vô
tre falaire
ز
Comme nous l'avons fait ; & l'or
& le Poiffon
Sont à nous juſtement ; vous pouviez
ne rien prendre ,
Le coup eftant payé , nous perdions
la façon ,
Nous ne pouvions nous en défendre
.
Mais pour finir tous incidens,
Si vous avez defir de manger des
Merlans ,
( Quoy que ceux - cy foient noftre
Pefche )
Nous vous les cedons de bon
coeur ,
E ij
52 MERCURE
Mangez , rien ne vous en empefche.
Ils prirent ce difcours pour un propos
moqueur ,.
Et jurant que la table iroit devant
l'Oracle ,
Porterent fans remife aux Juges de
Milet ,
Ce beau coup de filet.
D'abord on le fit le Spectacle
Des grands & des petits. A Delphe
on le porta,
Oùfans cftre ambigu, l'Oracle declara
Que les Dieux deftinoient ce prefent
au plus fage.
On n'attendit pas davantage
A le prefenter à Solon .
Solon n'en voulut point , à Bias il le
donne ;
Bias qui fe croyoit moins fage que
perfonne,
GALANT 53
Se croit auffi peu digne de ce don,
L'offre à Thalés, Thalés s'excufe,
Et le donne à quelqu'un encor qui le
refuſe :
Enfin on le rend au premier ,
Quifaitcomme afait le dernier.
Il s'avifa pourtant d'une prudente adreffe
Que luySuggerafa fageffe.
Si c'eft pour le plus fage il n'eft
point de milieu ,
Dit-il, c'eſt à l'Oracle à qui mon
coeur l'adreffe ;
Eft. il rien icy bas de plus fage que
Dieu ?
Sans moralifer davantage ,
Je voudrois qu'à quelqu'un on portaft
aujourd'huy
La table d'or, comme au plus fage;
Quelqu'infenfe qu'ilfuft ,je gage
Qu'ilne manqueroit pas de la garder
pour luy.
E iij
54 MERCURE
Le 27. du mois paffé , M'
du Tertre foûtint une Theſe
dédiée à Monfieur le Duc de
Bourbon , & s'en acquitta
avec beaucoup de fuccés .
M' l'Abbé le Pelletier, Cadet
de M' l'Abbé le Pelletier qui
prefidoit à cet Acte, tous deux
Fils de M' le Controlleur General,
ouvrit la difpute par un
Difcours qu'il fit à l'honneur
de ce jeune Prince . Il y fit en ,
er l'Eloge des Heros de l'Il-
Juftre Maiſon de Condé , &
parla avec une netteté & une
éloquence que tout le monde
admira . Ôn applaudit fort
trer
GALANT. 55
le Soûtenant.Ses Réponſes fu
rent juftes , & il n'y eut point
de difficulté qu'il ne refoluft.
Il eſt Fils de M' du Tertre ,
l'un des plus celebres Chirur
giens de Paris , & qui a toûjours
efté entierement attaché
au fervice des Princes
qui portent l'augufteNom de
Condé. L'Acte fe fit dans les
Ecoles de S. Thomas, les plus
fpacieuſes de l'Univerſité, &
qui avoient efté choifies exprésà
caufe du grand nombre
de perfonnes qu'on y avoitinvitées
. La Sale eftoit ornée de
riches Tapifferies , & éclairée
E Hij
56 MERCURE
de quantité de Luftres de criftal
, dont les lumieres faifoient
un tres- agreable effet .
On avoit élevé fur la droite
un Dais magnifique , ſous lequel
eftoit la Theſe , dans un
Ĉadre d'un gouft fort particulier.
Il y avoit auffiune Ef
trade couverte d'un tres beau
Tapis de Perfe , & fur laquelle
eftoit un Fauteuil, preparé
pour Monfieur le Duc de
Bourbon . Mr le Nonce du
Pape affifta à cette Action ,
ainſi que plufieurs Prelats ,
& un nombre infiny de perfonnes
des plus diftinguées
de
GALANT. 57
Paris . Je vous envoye la Traduction
de l'Epître qui eftoit
au bas des Thefes , adreffée à
Monfieur le Duc de Bourbon.
ONSEIGNEUR,
M.
Pendant que la Cour
eftoit encore occupée à celebrer par
mille fortes de divertiffemens la
folemnité de votre augufte Mariage,
la Philofophie auroit craint
avecraifon de paffer pour une importune
, fi avec ce vifage trifte
ferieux que vous lay connoiffez
, elle fe fuft avifée de venir
alors fe prefenter devant vous,
58 MERCURE
propos
de vous interrompre mal à
au milieu des réjouiffances de
Marly , de Chambor de Fon
tainebleau
. Elle a cru devoirgarderplus
de mefures avec un jeune
Prince , dont elle a tant de fujet
de fe loüer , & qui dés fes premieres
années n'a point eu de plus
grand plaifir que de la cultiver
de luy plaire. Elle n'ignore
pas neanmoins MONSEI
GNEUR , que vous estes d'une
illuftre Maiſon , où elle ne fut jamais
regardée comme Etrangere ,
ny rebutée comme importune
.
Peut- eftre mefme qu'elle pourroit
fe glorifier avec juftice d'avoir
GALANT. 59
i aidé à former & àperfectionner
en vous cet efprit excellent, qui a
paru autrefois avec tant d'éclat
dans les Écoles , & qui fe fait
maintenant un ft grand nombre
d'admirateurs à la Cour.
Souffrez donc , s'il vous plaiſt,
MONSEIGNEUR,qu'elle ofe
enfin paroiftre devant voftre Alteffe
Sereniffime. Vous luy trou
verez un air bien different de celuy
qu'elle avoit autrefois , lors que
vous faifiezgloire d'eftrefon Difciple.
Elle n'a garde,fans doute, de
s'imaginer que vous ayez encore
befoin defes Enfeignemens, Vous
qui dans la perfonne duplus grand
60 MERCURE
décou
Roy du Monde , pouvez
vrir d'un coup d'oeil , tout ce qu'une
multitude onereufe de preceptes
auroit peine à vous apprendre.
C'eft en Suppliante qu'elle fe prefente
aujourd'huy devant Vous ,
beureuse de pouvoir executer ce
qu'elle a de tout temps defiré avec
tant d'ardeur , c'est à dire de ſe
consacrer abfolument à vostre Alteffe
Sereniffine , & de luy offrir
fes tres-bumbles obeiffances .Mais
fi celuy qui a maintenant l'hon_
neur de luy fervir d'Introducteur
auprés de Vous , & de la faire
parler , oze prendre la liberté de
Vous parler un moment pour luyz
$
GALANT. 61
mefme, il vous dira , MON
SEIGNEUR , qu'il eft Fils
d'un Pere entierement devoüé
à voftre illuftre Maiſon , d'un
Pere que Monfeigneur le Prince
vôtre Ayeul, & Monfei
gneur le Duc vôtre Pere , ont
comblé de bienfaits , & qui fe
trouvant dans l'impuiffance de
répondre aux bontez dont ils
l'honorent , a voulu au moins
par cette Action publique , témoigner
le mieux qu'il luy a
efté poffible , le profond ref
pect & l'eternelle reconnoiffan
ce qui l'attachent à Vous
MONSEIGNEUR , &
62 MERCURE
à vostre auguste Maison. Je
fuis,
MONSEIGNEUR,
De V. A. S.
Le tres-humble & tres-abeiïffant Serviteur
, P. L. DU TERTRE.
Meffire Louis de la Tremoille,
Comte d'Olonne, Baron
d'Afpremont, mouruticy
les
. de ce mois , à l'âge de foixante
ans . Il y avoit fort long
temps que les goutes qui le
tourmentoient cruellement,
ne le laiffoient pas en pouvoir
de quitter la chambre ,
Il eftoit Fils de Meffire Philippes
de la Tremoille,ComGALANT.
63
te d'Olonne , Senéchalde Poitou
, & avoit époufé Catherine
Henriette d'Angennes
de la Loupe , Soeur de Madame
la Maréchale de la Ferté,
dont il n'a point eu d'Enfans.
Cette mort a rendu M' le
Marquis de Royan fon Frere,
Chef d'une branche Cadette
de la Maiſon de la Tremoille.
Dame Marie Henriette
Poncher, Femme de M' Vallot
Seigneur de Maignan ,
Gonſeiller au Grand Confeil,
eft morte environ dans le
mefine temps
.
L'Ouvrage qui fuit merite
64 MERCURE
bien que vous le lifiez. On
ne m'en a point nommé
l'Autheur. Je fçay ſeulement
qu'un de fes Amis l'ayant
prié de faire des Vers , pour
juftifier une
inconftance
dont l'accufoit fa Maistreffe,
luy envoya ceux - cy pour
s'en excufer.
A TIRSIS,
VERS LIBRES.
A Climene , à Daphné, vous contez
la fleurete,
L'une & l'autre, Tirfis , foupçonnent
vostre foy ,
Ilfautjuftifier voftre humeur trop coquette
,
Et vous me donnez cet employ.
GALANT. 64
CO
Pour vous , m'avez- vous dit, il n'eſt
rien plus facile,
Voftre Mufe à cela fuffit.
si pour y reüffir elle eft affez habile,
Quelle part auray -je au profit &
སྐྱ
Vousvoulez queje tende un piege
A de trop credules appas.
Répondez - moy du moins de quelque
privilege,
Gratis je ne l'entreprens pas,-
Quand vous aurez trompé la
Belle
Fous pourrez me tromper auffiy
Mes Vers auront eu beau vousfervir
auprés d'elle ,
Vous les payerez d'un grandmercy....
Fevrier 1686. F
66 MERCURE
་
Voftre legereté paroiftra legitime,
Voilà ce qu'ils auront produit.
Pour moy ,j'en auray tout le crime
Quand vous en aurez tout le
fruit.
С
Non ,je ne puis fouffrir voftre libertinage
,
Aimez,mais aimez comme ilfaut..
Par tout, comme il luy plaift, quand un
coeur fe partage,
En amour c'est un grand defaut..
Pour Daphné le voftre foûpire,
Mais à Climene auſſi vous adreſſezdes
Voeux .
CherTirfis,vous avezbeau dire,
De femblables foupirs me semblent
fort douteux.
GALANT. 67
Qui s'y fie eft trompé ; quand voftre
coeur fe donne,
De ce don vous estes jaloux.
Comment peut il eftre à per
Sonne
S'il demeure toûjours à vous &
Pour la plus aim able Maiſtreſſe ,
Commentgarderoit-il quelque fidelité,
Si ce qu'il montre de tendreffe
N'eft qu'un effet de vanité ?
♡
D'un Coquet le vray caractere,
C'eft de feindre en tous lieux qu'il fe
trouve charmé.
Quelquesfoins qu'il prennepour
plaire,
Il ne veut que paroistre aimé.
Adire desdouceursfa bouche est toug
jourspreste, Fij
68 MERCURE
Vous le voyez toûjours errant 5
Mais il compte pour rien la plus belle
conqueste ,
Si l'on ne fait qu'il est le Conquirant.
*
Volage , il eft fouvent parjure,
Ces deux nomsfefuivent deprés.
L'amour propre , à l'amour croit - il
faire une injure
Pour conferver fes interefts ?
&A
Il n'est rien qu'il ne facrifie
S'il croitfe fatisfaire au dedans , an
dehors.
Tout crime par l'éclat chez luy feju
stifie ,
Famais Coquet n'eut de remords .
Vous devez à ces traits , Tircis , vous
reconnoistre,
GALANT. 69
Affez au naturel ilsfont vôtre Portrait..
Carrigez voftre coeur , le malpourroit
s'accroiftre ,
Et quelque jour vous en auriez regret.
Confultez fon panchant fur Daphné,.
fur Climene ,
Que l'une ait vostre eftime , & l'autre
vostre amour.
Enfuivant ce confeil vous devien-.
drez fans peine
Amant fidelle à vostre tour.
Je vous ay fouvent parlé
desRemedes Specifiques que:
Mr le Prieur de Cabrieres avoit
donnez au Roy ; du Se-.
cret que Sa Majesté avoit
promis pendant la vie de ce
70 MERCURE
fçavant Homme , & de la
peine qu'Elle fe donnoit de
travailler Elle - mefme à la
compofition de ces Remedes
. Vous fçavez la mort de
ce Prieur , & que depuis ce
temps-là le Roy a fait prefent
au Public de fon Secret
touchant les Defcentes. Je
vous envoye tout ce qui regarde
ce Remede, fa compo
fition , & la maniere de s'en
fervir. Vous pouvez compter
fur ce Memoire , auffi feure
ment que
Originaux
qui font entre
les
mains
de Sa Majefté
. Ce qui
fi vous voyiez les
GALANT. 71
a pû meriter l'application
d'un figrand Monarque, merite
bien d'aller dans voftre
Province , où l'on pourroit
ne fe pas fervir de ce Remede
, faute d'en avoir la connoiffance
. Les chofes qui
concernent la fanté , font à
préferer aux nouvelles les
plus agreables & les plus curieuſes
; & c'est ce qui m'a
engagé à mettre icy cet Ar
ticle..
72 MERCURE
REMEDE DU PRIEUR
2.
de Cabrieres pour les Def
centes , donné au Public
par la bonté du Roy, dont
les Originaux font demeu
rez entre les mains de Sa
Majeſté.
L
le
A Dofe eft differente felon
les âges , quoy que leRemedefoit
le mefme; pour les En-.
fans à la mamelle , bien que
bandagefeul lesgueriffe , le Prieur
Cabrieres ne laiffoit pas de leur
en donner, preparer fon Reme
de à la maniere fuivante.
de
Depuis
GALANT.
73
Depuis deux ansjufques à fix.
Prenez de bon esprit de fel
bien rectifié trois ou quatre goutes
; mêlez - les dans une cuillerée
ou deux de vin , & lafaites avaler
tous les matins à jeun vingt
&un jours de fuite.
Depuis fix ans jufques à dix.
Prenez quatre fcrupules de bon
esprit defel ; mêlez- lesfort exactement
dans une chopine de bon
vin rouge , enprenez tous les
matins environ la quantité de
deux onces , en telle forte que cette
Dofe dure pour fept jours , aprés
lefquels vous renouvellerez le Remede
, juſques à ce que vous en
Fevrier 1686.
G
74 MERCURE
ayez pris vingt- un jours defuite.
Depuis dix ans jufques à
quatorze .
Prenez deux gros du mefme efprit,
fur une chopine de vin rouge.
Depuis quatorze ans juſques
à dix - fept .
Prenez deux gros ) demy du
mefme efprit , fur une chopine de
vin rouge.
Depuis dix - fept ans , & durant
toute la vie au delà.
Prenez cinq gros d'esprit de
fel ,fur une chopine de vin rouge.
Recepte de l'Emplaftre.
Prenez du maftic en larme ,
demie once,
GALANT. 75
Ladanum , trois dragmes.
Trois noix de Cyprés bien fechées.
Hypocyftis , une dragme.
Terre figillée , une dragme.
Poix noire , trois onces.
Terebenthine de Venize , une
once.
Cire neuve jaune , une once.
Racine de grande confoldefe
chée , demie once.
Pulverifez ce qui fe doit pulfaites
cuire le tout verifer ,
en remuant toûjours , jufqu'à
qu'ilfoit réduit en bonne confiftence
d'Emplaftre , pour vous en
fervir comme il s'enfuit.
Gij
76 MERCURE
MANIERE DE TRAITER
les . Defcentes.
I
Lfaut avoir un bon Bandage
qui tienne bien ferme , & met.
tre une Emplaftre fur la rupture,
deux s'il eft neceffaire , aprés
avoir rasé le lieu où on la doit
mettre.
Il faut prendre le remede à
jeun.
Il faut battre la bouteille avant
que de verfer le vin dans le
verre.
Il faut aprés en mettre trois
doigts dans le verre & l'avaler.
GALANT. 77
Il nefaut ny boire ny manger
que quatre heures aprés avoir pris
remede.
Il faut en prendre vingt- un
jours ; s'il fait mal à l'estomach ,
on peut eftre un jourfans enprendre,
& mefmedeux en cas de bèfoin.
Pendant qu'on prend le remede
, ilfautporter le Brayerjour &
nuit; ne jamais s'affeoir.
Eftre toujours debout on cou
ché, marcher beaucoup , n'aller
point à Cheval, en Caroffe , ny
en Charette ; aller toûjours à pied
ou en Bateau , ne faire aucun excés
de bouche , ny autres.
G iij
78 MERCURE
Il faut porter le Brayer trois
mois aprés les vingt un jours du
Remede jour & nuit.
1
Il ne faut monter à Cheval
qu'aprés les trois mois ; & quand
on y montera, il faut encore por
ter le Brayer autant qu'on croira
en avoir befoin pour laiſſer affer
mir la partie
.
Ce Remede nous doit faire
remarquer trois chofes , qui
font fort glorieuſes au Roy ;
la bonté qu'il a euë de le
vouloir apprendre du Frieur
de Cabricres , la peine qu'il a
prife de le compoſer , & fes
foins à bien éclaircir le Pu
GALANT. 79
blic de tout ce qui entre dans
fa compofition , & de la maniere
dont chacun s'en doit
fervir. Elles font plus dignes
de loüanges , & de faire faire
des reflexions fur l'extré
me bonté de ce Prince , que
mille actions qui paroiffent
éclatantes . Le caractere &
l'employ de la Souveraineté,
engagent les Rois à faire fouvent
les grandes choſes ; mais
defcendre ainfi dans celles
qui regardent le particulier,
& la fanté de leurs Sujets , c'eft
ce qui éleve encore ceux qui
font déja audeffus des Rois ,
G iiij
80 MERCURE
& ces petites choſes devien
nent extremément grandes
felon le rang de celuy qui
confent à s'abaiffer les
pour
avantages de fon Peuple. Un
des Officiers de fanté du Roy,
m'a affeuré que ce Monarque
avoit guery plus de mille
Perfonnes par ce Remede
forty de fes mains Royales ,
& fait par ces mefmes mains ,
Eft -il bonté , charité & zele
pareil ? Quoy qu'il l'ait rendu
public , & que chacun le
puiffe faire chez foy , ces fortes
de compofitions ne laiffent
pas d'eftre difficiles pour
GALANT. 8i
les perfonnes qui ne font
point du métier. Il faut de la
connoiffance , il faut de la
pratique , & ainfi il eft bon
d'avoir recours à ceux qui
font leur principal employ
de la compofition des Remedes,
M' de Rouviere , Apoticaire
des Camps & Armées
de Sa Majeſté , & qui
eft le mefme qui l'Eté dernier
fit luy feul la Theriaque, dont
on parle par tout le Royaume,
à caufe des bons effets
qu'elle produit tous les jours,
a une fi grande pratique de
tout ce qui concerne ce Re82
MERCURE
mede donné par Sa Majefté,
qu'il eft fouvent obligé d'en
recommencer la compofition
.
Puifque nous fommes fur
le chapitre de la fanté , qui
eft ce que l'homme a de plusprecieux
, tant pour foy que
pour tout ce qui le touche , je
croy devoir vous parler icy
d'un Livre intitulé , La Pratique
des Accouchemens
, foûtenue
dun grand nombre dObſervations
, compofée par M² Portal
Maistre Chirurgien Furé. On a
fait, & l'onfait encore tous les
jours quantité de Livres remGALANT.
83
plis de fort beaux raiſonnemens,
&de beaucoup de chcfes
qu'il eft impoffible, ou du
moins fort difficile de bien
faire entendre quand on ne
les a pas pratiquées. Quelque
fçavant que l'on foit , on ne
marche que dans des tenebres
, & l'on donne fouvent
pour des veritez, des conjectures
douteufes. Ainfi un Livre
foûtenu d'experiences ,
comme l'eft celuy de M' Portal
, eft beaucoup plus intelligible,
&fait agir avec moins
de rifques ; & dans ces fortes.
d'affaires,il eft auffi beaucoup
84 MERCURE
•
plus avantageux
de ſe ſervir
d'un Homme qui s'eft rendu
fçavant par une longue pratique
..
On a écrit d'Avalon, Ville
de Bourgogne , que Mademoiſelle
du Pais d'Autigny,
âgée de quinze ans, tres belle
& bien faite , y a pris l'habit
de Religieufe dans leConvent
des Filles de Sainte Marie.
Elle eftFille deM'leComte
d'Autigny , & petite Fille
de feue Madame du Puis,
qui a efté Gouvernante de la
Reine de Portugal, & de Madame
la Ducheſſe de Savoye
GALANT. &
la Doüairiere. La Ceremonie
fe fit le 14. du mois paffé . Cet
te jeune Demoiſelle furprit
toute l'Aſſemblée, par la fermeté
avec laquelle elle renonça
au monde. Sa modeftie
eftoit égale à fa joye , &
tout fon viſage donnoit des
marques d'une veritable vocation
. M' de Converfet Docteur
de Sorbonne, Archidiacre
de Vezelay , & l'un des
Chapelains de Madame la
Dauphine , luy fit un tresbeau
Difcours, qui luy attira
de grands applaudiffemens.
Il a travaillé tres-utilement
86 MERCURE
à la Converfion des Pretendus
Reformez de Vezelay, &
de pluſieurs Maiſons de Nobleffe
des environs.
L'Air nouveau que je vous
envoye , eſt d'un de nos plus
habiles Maiftres . Vous le
connoiftrez en le chantant.
AIR NOUVEAU.
Ο3
Vand le Printemps dans les
champs nous appelle
Pour refpirer les doux Zephirs ,
Ce n'est pas la faifon nouvelle
Qui fait nos plus charmans plaifirs.
Pour les Amans le temps eft toûjours
bean:
R Ω
Copies.
1-
at
les
Les
charmes
silon
menver
goustseul
en
Fbien
que lesyeu
x
-ups est toujours
GALANT. 87
Si tu veux me croire , Lyfette ,
Prens ta Mufette ,
Ie prendray mon Chalumeau ,
Et tu verras qu'en Hyver , ma Brunette
,
Nous pourrons dans le Hameau
Folaftrer comme fous l'Ormeau.
Tant de Gens fe plaignent
du Mariage, que les Vers que
vous allez lire , doivent eftre
d'un gouft general . Je n'en
connois point l'Autheur . Je
fçay feulement qu'on les a
fort eftimez icy , & que plufieurs
Connoiffeurs fe font
empreſſez pour en avoir des
Copies.
88 MERCURE
SUR LE MARIAGE.
On ,
Non,
pas ce qu'on
je ne feray
veut que je falſe ,
Et deuffent fucceder cent maux à la
menace ,
Deuffent tous mes parens me priver de
leur bien ,
Me marier,bons Dieux ! non , je n'en
feray rien.
Mon repos m'est plus cher que tout
leur heritage s
On le perd au moment qu'on fe met
en ménage,
Je veux le conferver jusqu'à l'extrémité.
L'Epoux le moins à plaindre eft un
bomme gâté.
Quoy , s'attacher toûjours à la mefme
perfonne !
GALANT.
89
Ne la pouvoir quitter que la mort ne
l'ordonne !
Eftreforcé d'ouir un babil odieux !
S'entendre contredire à toute heure ,
en tous lieux !
Effuyer une humeur bizare &
relleuse !
que
Avoir àcontenter une ame
ambitieuſe!
Ah , c'eft trop de
tourment pour pouvoir
eftre heureux ,
Et trop
d'abaissement pour un coeur
genereux.
L'Hymen avec la joye a tant d'antipatie
,
Qu'iln'a que deux beaux jours, l'Entrée
& la Sortie ;
Si l'on en trouve plus , c'est par un
casfortuit,
Il en a cent mauvais , pour une bon
ne nuit.
Tircis dit que penferaux douceurs du
Beuvage,
H
90 MERCURE
Ceft le plus grand plaifir qu'en rèçoit
l'homme fage ,
Que ce port de falut fait fon affection
,
Qu'il emprunte de là ſa confolation ,
Et que fans cet efpoir il n'est point
d'avantage
Qui le puft engager au joug du Ma--
riage.
Mais belas ! quel plaifir d'attendre
fon bonheur
D'un coup , dont le trepas peutfeul
eftre l'autheurs
Et s'il differe trop , d'en pefter dans
Son ame,.
Et de mourir cent fois, de voir vivre
unefemme !
Ie m'aime trop , Damon , pour vou
- loir m'expofer ...
こ
A ces triftes defirs que l'Hymenfçait "
eb caufer wolfang ouh sih Korkis
H
GALANT.
91
Bans , Articles, Contrat, n'ontjamais
pû me plaire.
L'eftime un bon Curé , je prife un bon
Notaire ;
Mais qui peut approuver leurs Actes
inhumains ?
On eftperdu d'abord qu'on tombe entre
leurs mains ;
Il n'est point fous les Cieux de telle
piperie ,
Pour un mot , ces gens- là vous brident
pour la vie.
On n'a pas plutoft dit le malheureux
Oüy ,
Que tout ce qui charmoit , fe trouves
évanovy.
L'amour comme l'éclair qui traverse
la nuë ,
se paffe en feperdant , dés que la cho--
Se eft denë ;
Et l'on ne peut unir , que l'on ne foist
jaloux , Hij
92 MERCURE
Les façons de l'Amant à celles de l'Epoux.
Point donc d'engagement d'une telle
nature ,
Le nom d'Epoux estfade , & de mauvais
augure
?
Son employ , c'est bienpis ; il cauſe de
l'ennuy ,
En moins de quatre jours , au plus
zelé pour luy,
Et l'épreuve fait voir , que prenant
une Femme .
On s'érige en Forçat qni va tirer la
rame.
Seigneur, preferve moy d'un estat ſi
fâcheux.
Five la liberté , c'est l'estat que je
veux.
Eftes- vous bien auprés d'Aminte , ou
de Silvie ?
Vous les pouvez aimer s'il vous en
prend envies
GALANT.
9 ,
Et quand vous eftes las de leur faire
la
cour ,
Vous pouvez à Climene attacher vô--
tre amour.
Hors du cruel Hymen , on n'aime
point par force ;
Sans congé de Iuftice , on rompt , on
fait divorfe ;
On gouverne fon coeur felon fon bon
plaifir ,
Les chemins font ouverts, on n'a qu'à
bien choisir.
Quand on eft marié , cent fujets fe
prefentent,
ou l'ardeur diminuë , ou les froideurs
augmentent ;
Le trop de libertê n'a qu'un facheux
retour ,
Onfe laffe aisément de ſe voir cha
que jour ;
Rien alors de nouveau ; plus alors de
mistere
94 MERCURE
Plus de douceur , finon quelque douceur
amere ;
On eft comme abifmé dans un gouf
fre profond ,
Dont on ne peut trouver la rive ny
le fond.
Vent- on toûjours s'aimer, &fe faire
careffe ?
Qu'on s'en tienne aux beaux noms
d'Amant & de Maiftreffe.
Lorfque l'on fait l'amour , on veut
toujours fe voir,
Son ardeur adoucit la peine & le devoir.
A-t- on quelque defaut , on fait tout
fon poffible
Pour empefcher du moins qu'il ne foit
trop vifible ;
Mais est on marié , l'on ne fe con--
traint plus ,
Tous les foins qu'on a pris paroiffent
Superfluss
GALANT. 97
on devient negligé dés la premiere.
année.
Clindor eftoit fort protre avant for
Hymenée ;
Tous fès ajuſtemens ne faifoient pas
un ply ; -
C'eftoit un aimable homme , un ga
lant accomply 5.
Il ne lavoit fes mains que d'Eau→
rofe ou d'Eau d'Ange
Sa Perruque & fes Gands n'eftoient
que Fleur d'Orange soudity
Il répandoit par tout la joye & les
douceurs ,
De la mefme façon que les bonnes of
deurs.
Mais depuis fon Hymen , que de Mé
tamorphoses ?
Pervertiffent en lux les plus aimables
chofes ! calidng
Ge Berger qui charmoit les fens &
Miles efprits ,
96 MERCURE
Sent maintenant le bouc , au lieu de
l'ambregriss
Il n'a plus d'enjouement , plus aucun
Soin de plaire ;
Ilfemble avoir toûjours en tefte quelque
affaire;
A peine en quatre jours prononce- t - il
un mot ;
N nefait que refver ; enfin il est tout
fot.
Qui recourt à l' Hymen,court grand
rifque de l'eftre i
En ce cas le Mary n'eſtpas toujours le
Maiftre ;
Son pouvoir ne sçaurois détourner ce
malheur,
Si l'on ne m'en croitpas , il eft cer
tain , Seigneur,
Queje pourrois nommer tant la cho ..
fe eft publique
Il eft declaréfot par Arrest autentique.
Lifis
GALANT. 97
Lifis l'eft comme luy ; Licas l'eft en
Secret,
Sije les nommois tous je n'aurois jamais
fait.
Il faudroit remonter jusqu'au premier
des hommes
•Et voir file Serpent ne le trompa
qu'en pommes.
Pour moy , qui ne veux point courir
un tel danger,
Lefuis le Mariage, & n'y veux point
fonger.
Ie feay qu'on ne voit pointfous fes
loix , dans cet age ,
De Bergere , d'efprit fi modefte & fi
o'fagesolhovS SH
Qui laffe avec le temps d'eftre Femme
de bien ,
Ne donne quelque atteinte à ce rude
lien
2 Ie le Seay des Bergers de plus d'une
contrée ,
I
98 MERCURE
1
Etje l'ay mesme appris de Zelie &
d' Aftrée.
De fi fâcheux avis m'ont jetté dans
l'effroy ,
Iamais on n'entendra parler d'Hymen
pour moy.
Que dis.je , belas je ſens qu'il faut
que je m'y rende.
Le Ciel me metdans l'ame une frayeur
plus grande ;
Il ne force perfonne à ce jougimpor
tun ;
4
Mais il damne celuy qui vit fur le
commun.
Quelque averfion qu'on
ait pour le Mariage , il n'y
a perfonne qui puiſſe éviter
un engagement quand
l'Amour s'en melle
3913400
mais
GALANT. 99
peut eftre n'en a t'il jamaïs
formé par une voye auſſi
extraordinaire que celle dont
il s'eft fervy pour unir deux
coeurs , que rien enſuite n'a
pû divifer. L'Avanture qui a
fait cette Union a des circonftances
affez fingulieres,
pour meriter d'avoir place
parmy les Nouvelles de ce
mois. Un homme fans Marquifat
, mais qui prend pourtant
la qualité de Marquis ,
ayant entretenu plufieurs
fois une jeune Demoiſelle
qui ne manque ny d'efprit
ny de beauté , luy trouva
I
ij
100 MERCURE
tant de merite , que mettant
tout fon bon- heur dans l'avantage
de s'en faire aimer,
il refolut de n'épargner rien
pour y reuffir. La conquefte
eftoit affez difficile à faire .
Quoy qu'elle n'euft pas encore
dix-huit ans , elle avoit
aſſez entendu parler du peu
de bonne foy qu'ont les
hommes quand il s'agit de
dire qu'ils aiment , pour
eftre perfuadée que les douceurs
font pour eux des
lieux communs & qu'en
proteſtant le plus violent amour
ils ne fentent rien de
GALANT. Jor
tout ce qu'ils difent . Ainfile
Marquis eut beau employer
les expreffions les plus engageantes
& les plus perfuafives
, elle voulut de longues
épreuves , & ce ne fut qu'à
force de foins , receus quelquefois
avec affez de froideur
, qu'il vint enfin à bout
de luy faire croire qu'il avoit
le coeur veritablement touché.
Elle n'en fut pas plûtoft
convaincuë , qu'elle ceffa
de s'oppofer au penchant
qu'elle avoit d'abord fenty
pour luy. Il eftoit bien fait
de fa perfonne , & affez de
I iij
102 MERCURE
qualitez eftimables le rendoient
digne des fentimens
qu'il luy inſpira. Ils furent
& d'autant plus
finceres
tendres, qu'aprés avoir longtemps
combatu , elle abandonna
fon coeur fans nulle:
referve à ce que l'amour a de
plus flateur. L'aveu qu'elle
luy en fit , fut accompagné
de toutes les affeurances qui
pouvoient le fatisfaire , &
rien n'auroit approché de
fon bonheur fi à force d'en
joüir il ne s'en fuſt fait une
habitude qui diminua beaucoup
de fon ordinaire em-
"
GALANT. 103
2
preffement. Le bien qui luy
eftoit feur n'eut plus pour
luy les mefines appas , & en
laiffant languir fon amour ,
il ouvrit les yeux fur le merite
d'unejeune Blonde , Amie
de la Belle , en qui jufque là
il n'avoit rien trouvé de touchant.
Il commença à luy
parler plus fouvent , & d'une
maniere plus obligeante
qu'il n'avoit accoûtumé , &
la chofe alla fi loin , qu'aprés
luy en avoir fait fouvent
la
guerre en riant , la
Belle luy en marqua un veritable
chagrin . Il plaifanta
I iiij
104 MERCURE
fur fa jaloufie , & non feule
ment il ne changea point de
fentiment pour la belle Blonde
, mais il luy rendit quelques
vifites, dont il fit miſtere
à la Maiftreffe ; Jugez de fon
déplaifir quand elle en fut averție.
Elle luy en fit mille
reproches , & la fatisfaction
qu'elle en receut ne répondant
point à ce qu'elle avoit
fujet d'attendre de fon amour
, elle ne vit qu'un party
à prendre. Ce fut de rompre
avec fon Amie , & d'ofter
par là à fon Amant les occafons
de la chagriner. Elle
GALANT. 105
prit un pretexte affez leger
pour ſe broüiller avec elle ,
fe
& l'ayant pouffée fort vivement
fans luy parler du Marquis
, elle la pria de la laiffer
en repos , & de finir un commerce
qui n'avoit pour elle
aucun agrément . LeMarquis
au lieu d'entrer dans fes inte
refts avec autant de chaleur
qu'elle fe l'eftoit promis , prit:
en quelque forte le party de
fon Amie , & fit ce qu'il pût.
pendant quelques jours pour
obtenir d'elle qu'elle confentift
à la revoir . Tous les ef
forts furent inutiles . Elle :
106 MERCURE
proteſta qu'elle avoit rompu
avec cette Amie , pour
ne renoüer jamais , & dit
au Marquis que s'il ne rompoit
luy- mefme avec elle , il
devoit fe preparer à voir la
plus forte haine fucceder à
fon amour. La menace éton .
na peu le Marquis . Il continua
de rendre des foins à la
belle Blonde , qui pour ſe
vanger de l'injufte & bizarre
changement de fon Amie ,
n'oublia rien de ce qu'elle
crut capable de luy ofter fon
Amant. Elle Y reüffit
mille manieres tendres qu'el
par
GALANT. 107
pour mieux l'enga- le affecta
ger , & qui l'obligerent de la
preferer à fa premiere Maîtreffe.
On ne sçauroit exprimer
le defefpoir où fut cette
aimable Fille , lors qu'elle fe
vit trompée malgré la précaution
qu'elle avoit prife de
n'abandonner fon coeur à l'amour
qu'aprés des épreuves
qui luy répondoient pour le
Marquis d'une fidelité eternelle.
Elle luy parla , & ſes
efforts pour le ramener ayant
efté fans effet , elle l'affeura
d'un ton fier & emporté
qu'il devoit tout craindre
rc8 MERCURE
.
d'elle , & que puifqu'il la forçoit
à étoufer fon amour ,
il n'eftoit aucuns moyens
,
quelque violens qu'ils fuf
fent , qu'elle ne tentaft avec
plaifir pour le punir de fa
perfidie. Le Marquis luy répondit
froidement que puifque
fa vie n'eftoit pas en
feureté avec elle , il fuiroit
les lieux , où il croiroit pouvoir
la trouver: En effet il
ceffa entierement
de la voir,
& ce mépris luy fut fi fenfible
, qu'eftant incapable de
fe poffeder, elle n'écouta que
fon defefpoir
. Elle crut qu'un
འ
GALANT. Iog
homme qui la trahiſſoit ſi
lâchement eftoit indigne de
vivre , & s'eftant munie de
deux Piſtolets de poche , elle
alla un jour chez luy d'affez
bon matin pour le furprendre
avant qu'il fuft hors du
lit. Le Logis luy eſtant connu,
elle monta dans fa Chambre
fans avoir trouvé perſonne
qui puft l'aller avertir
qu'elle avoit à luy parler.
Elle entra tout doucement ,
& entr'ouvrant un rideau , &
voyant un homme qui dormoit
la tefte tournée de l'autre
cofté , elle refolut d'exe110
MERCURE
la
cuter ſa vangeance, fanss'expofer
à recevoir de nouvelles
marques de fon mépris.
Elle prit un de fes deux Pittolets
& le tira , mais comme
ce fut d'une main tremblante
, le coup porta contre
muraille. Elle tenoit déja ,
l'autre Piftolet
, & fe prepa
roit à le tirer , mais le Dormeur
s'étant éveillé au bruit,
& ayant hauffé la tefte , luy
fit tomber ce Piftolet de la
main , en luy montrant un
vifage qui n'eftoit point cèluy
du Marquis. C'eſtoit un
Cavalier qu'elle connoiffort
,
GALANT. I
& que le Marquis avoit quelquefois
amené chez - elle . 11
eftoit venu coucher avec
luy cette nuit là , & le Marquis
que quelque affaire avoit
fait fortir de fort grand
matin ,l'avoit laiffémaiftre de
fa Chambre. La Belle toute
troublée s'enfuit promptement
, aprés avoir fait un
cry qui témoignoit fa furprife.
Le Cavalier tout épou
vanté du bruit qu'avoit fait
le Pistolet ,pfe tafta longtemps
pour voir fi le coup
n'avoit point porté fur luy ,
& le Marquis eftant de re112
MERCURE
tour il luy réprocha fon
inconftance qui avoit reduit
la Belle à fe vouloir
vanger fi cruellement. Le
Marquis fe contenta de fe
précautionner contre un
defefpoir fi dangereux , &
au lieu de le regarder comme
l'effet d'un amour tresviolent
qui luy devoit faire
condamner fon injuſtice , il
continua d'eftre affidu chez
la belle Blonde , fe moquant
du Cavalier qui le vouloit
faire rentrer en luy- mefme
fur fon infidelité. Cepen-
-dant le Cavalier alla voir la
GALANT. 113
Belle , pour la prier de ne
le pas rendre refponfable du
crime de fon Amy. Quoy
qu'elle fe fuft fentie affez de
courage pour vouloir ofter
la vie àun Amant qui l'avoit
trompée avec tant de lâcheté
, elle ne put retenir ſes
larmes , lors qu'entretenant
le Cavalier , & entrant dans
de détail de tous les fermens
que le Marquis luy avoit
la convaincre d'un
faits
pour
parfait
amour
, elle
luy
exagera
la bonne
foy
avec
laquelle
elle
y avoit
répondu
,
aprés
avoir
pris
tous
les foins
Février 1686.- K
114 MERCURE
poffibles de ne laiffer point
engager fon coeur qu'elle
n'euft lieu de fe croire aimée..
Le Cavalier fut touché de la
confidence qu'elle luy fit de
fes fentimens les plus fecrets,
& il y vit tant d'honnefteté,
& une maniere d'aimer fi
peu ordinaire , qu'en bla
mant la conduite du Marquis
, il le plaignit del'aveu
glement qui le faifoit renoncer
à eftre le plus heureux
de tous les Amans. Il s'étendit
auprés de la Belle fur les
fuites qu'elle n'avoit point
envisagées dans l'emporteGALANT.
115
ment qu'elle avoit eu , & luy
fit comprendre que le Marquis
ne meritant pas qu'elle
fe fift pour luy aucune affaire
d'éclat , c'eftoit par le feul
mépris qu'elle devoit ſe vanger
de fa perfidie. Le conſeil
eftoit fort bon , mais pour
s'en fervir il falloit qu'elle
s'arrachaft du coeur les tendres
impreffions que l'amour
y avoit gravées depuis longtemps
, & ce n'eftoit pasune
chofe aifée. Elle promit d'y
faire tous les efforts , & priale
Cavalier de la voir fou
vent , parce qu'il eftoit le
Kij
116 MERCURE
feul avec qui elle puft fentirquelque
confolation à s'entretenir
de fon malheur , &
qu'il pouvoit d'ailleurs la
fortifier dans le deffein d'ou
blier un Infidelle , qui en ufoit
fi indignement . Le Cavalier
qui voyoit toûjours
fon coeur tout remply d'amour
, parla plufieurs fois à
fon Amy , pour le rappeller
vers cette aimable Perfonne
, & n'ayant pû le perſuader
, il s'appliqua ferieufement
à la guerir d'une paffion
qui ne pouvoit luy cau
fer que beaucoup d'inquie
GALANT. 117
tude & des peines inutiles..
Il employa des raiſons ſi fortes
, & fes manieres pour ne
luy laiffer aucune eſperance
furent fi honneftes & fi pleines
de douceur , qu'infenfiblement
il l'engagea à prendre
pour luy la mefme eſtime
qu'il avoit pour elle. Cette
eitime reciproque qui s'augmenta
par le temps , alla
plus loin qu'ils ne crurent ,
& ils s'aimerent effective :
ment fans s'eftre apperceus
qu'ils commençoient à s'aimer.
Comme leur amour étoit
un effet du vray merite
118 MERCURE
qu'ils s'eftoient connu en
s'examinant l'un l'autre , ils
ne fe furent pas plûtoft expliquez
que chacun d'eux
fe trouva dans la difpofition
de ne démentir jamais les
affeurances qu'ils fe donnerent
d'une eternelle tendreffe.
Le Marquis a qui fon
Amy ne parloit plus de la
Belle , cemmença à fe fafcher
des foins empreffez qu'il
luy rendoit. Il le pria de les
moderer , & jugeant par le
refus qu'il en fit qu'il y avoit
de l'amour entr'eux, la jaloufie
commença à reveiller
GALANT. 119
dans fon coeur des fentimens
qui n'y eftoient qu'affoupis.
La Belle luy parut avoir plus Belleluy
de merite, quand il la vit aimée
par un autre ; & la meſ
me bizarrerie qui l'avoit o--
bligé à la quitter , luy rendant
pour
elle ce qu'il avoit
fenty autrefois, il voulut ren
trer dans fes premiers droits,
& fe
confervercette conquefte
. Ainfi l'ayant rencontrée
un jour à la promenade , il ſe
refolut à l'aborder. Elle le
receut d'un air dédaigneux ,
qui luy marquoit fon entiere
indifference , & quoy qu'il
120 MERCURE
puft faire, il ne puteſtre écou
té. Comme il meritoit ce
traitement , il ne fe rebuta
point. Il l'attribua à un premier
mouvement de fierté
qu'elle ne foûtiendroit pas ,
& la confiance qu'il avoit en
fon merite, luy fit croire qu'
en luy écrivant un peu tendrement
, pour la prier de
fouffrir qu'il allaft chez elle
fe juſtifier de ce qui n'avoit
que l'apparence d'un crime,
if en obtiendroit aisément un
teſte à tefte. Ce deffein luy
plut ; il l'executa , & donna
La Lettre à une Amie qui
avoit
GALANT. 121
avoit eu part à tout leur commerce.
La Belle que le Cavalier
avoit entierement gue.
rie du Marquis , vit avec
beaucoup d'indignationqu'il
ſe fuft encore hazardé à luy
écrire , & elle eftoit preſte à
luy renvoyer fa Lettre toute
cachetée,lors qu'un moment
de reflexion luy fit changer
de deffein. Elle l'ouvrit , la
lût toute entiere , foûrit plufieurs
fois en la lifant , &
témoignaà la Dame qui s'étoit
chargée de l'apporter ,
qu'elle en eftoit affez fatisfaite.
Elle refufa pourtant d'y
Février 1686. L
122 MERCURE
faire réponde , fur ce qu'elle
avoit befoin d'un peu de
temps pour examiner fon
coeur avant que de faire une
nouvelle démarche . Le Marquis
inftruit du calme où
fon Amie avoit trouvé fon
efprit , fe tint affeuré de vain.
cre , puis qu'on ne faifoit
que differer la réponſe qu'il
avoit fait demander
. Il s'applaudiffoit
de ce triomphe ,
& fa vanité luy faifoit goûter
d'avance le plaifir de
voir le Cavalier fans Maîtreffe
, mais la chofe tourna
autremét qu'il ne le croyoit.
GALANT. 123.
La Belle envoya fa Lettre,
à fa Rivale , & luy manda
que quoy qu'elles ne fuſſent
plus amies , elle ne pouvoit
fouffrir que le Marquis vouluft
revenir à elle fans l'en avertir
; qu'elle pouvoit prendre
fes mefures pour le retenir
fur les lumieres qu'elle
luy donnoit , & que cette
marque de fa bonne foy luy
devoit faire connoiftre que
s'il arrivoit que cette Conquefte
luy échapaſt, elle n'auroit
pas à l'en accuſer. La
belle Blonde ne put fe taire
avec le Marquis. Elle luy fit
Lij
124 MERCURE
de cruels reproches , & ces
reproches augmenterent la
froideur qu'il commençoit
à marquer pour elle. Ainfi
ce fut tout de bon qu'ils fe
btoüillerent , & dans la defunion
où les mit cette querelle
, la belle Blonde preſta
l'oreille fans peine à un Party
fort avantageux qui fe
prefenta en ce mefme temps .
Elle fongea que le Marquis
ne s'eftoit donné à elle que
par une trahiſon ; elle le
voyoit moins empreffé , &
jugeant de là que le mariage
luy donneroit pour elle un
GALANT. 125
entier dégouft , elle confentit
à la propofition qui luy
fut faite pour un homme de
naiffance qui avoit beaucoup
de bien , & qu'elle é
poufa quinze jours aprés.
Le Marquis le vit fans aucun
chagrin . Il eftoit bien
aife d'eftre delivré d'un engagement
qui luy devenoit
à
charge, ou plûtoft tout plein :
d'amour
malgré
luy pour fa
premiere
Maiſtreffe
, il fe faifoit
d'autant
plus de gloire de
venir à bout de fa fierté, que
c'étoit une nouvelle
conquê
te plus difficile
à faire pour
L iij
27
126 MERCURE
luy , que quand il l'avoit d'abord
entreprife. Il s'y appliqua
de tout fon pouvoir ,
mais les foins qu'il prit furent
inutiles ; la Belle ne
voulut ny le revoir , ny recevoir
de fes Lettres. Comme
la crainte d'une nouvelle
inconftance
pouvoit
la
porter à ce refus , il luy fit
dire qu'afin qu'elle n'euft
point à douter de la fincerité
de fes fentimens
, il ne demandoit
à eftre receu chez
elle , que pour dreffer des
Articles tels qu'elle voudroit
, & pour l'époufer dés .
GALANT 127
le lendemain . Elle répondit
à tout cela de l'air le plus
méprifant , & quoy qu'on
luy puft offrir , elle demeura
inexorable. Une reſiſtance fi
peu attendue defefperant le
Marquis , fit de fon amour
une espece de fureur. Il cher .
cha le Cavalier , luy dit tout
ce qu'il put de defobligeant
fur fon heureuſe fortune , &
luy voyant conferver une
froideur, qui fembloit braver
fon emportement , il mit enfin
l'épée à la main , & le contraignit
de fe défendre. Le
Cavalier recula long- temps
Liiij
J28 MERCURE
fans faire autre chose que
parer , mais le Marquis le
pouffant toûjours , il fut obligé
de faire ferme , & ne
fongea plus à le ménager.
Des Amis
communs que le
hazard
amena les
feparerent.
Ce ne fut pourtant
,
qu'aprés que le Marquis eut
receut quelques bleffures ,
qui luy firent garder le lit
pendant plus de trois fe .
maines. La chofe ayant fait
éclat , la Belle en voulut prévenir
les fuites par fon mariage.
Elle oftoit par là toute
efperance au Marquis , & fi
GALANT. 129
niffoit la querelle . Ainfi elle
prouva fa tendreſſe au Cavalier
en l'époufant peu de
jours aprés cette Avanture .
Quoy que mariez , ils ont
toûjours l'un pour l'autre des
égards d'Amans . On m'a dit
que le Marquis
fe voyant
guery de fes Blefſures , s'étoit
éloigné pour s'épargner
le chagrin d'eftre témoin
des douceurs
qu'ils goûtent
dans une fi tendre
& fi par-.
faite union.
M' de Préfontaine qui a
exercé pendant vingt- cinq
ans la charge de premier
130 MERCURE
Avocat General du Parle
ment de Roüen avec une
approbation generale , s'étant
rendu à Arras , y a pris
poffeffion
de celle de Prefident
, & Chef du Confeil
d'Artois dont Sa Majefté la
gratifié. Il y fut receu le 21.du
dernier mois par le Confeil ,
par la Nobleffe , & par tous
les Habitans , avec de grands
témoignages d'une joye particuliere.
Quoy qu'ils fuffent
tous perfuadez de fon
Sçavoir , il leur en donna des
marques publiques par la
Harangue qu'il leur fit dans
GALANT. 131
le Confeil. Tout le but de
fon Difcours fut de leur mon.
trer quel merite on fe doit
faire de rendre une exacte &
prompte juftice. Il en appor
ta de fi folides raifons qu'ils
en furent convaincus ; enforte
qu'en cette feule journée
on expedia plus d'Affaires.
qu'on n'en avoit vuidé depuis
quinze jours.
Le Vendredy premier de
ce mois. , M' de Corberon
Procureur General du Parlement
de Metz , y fit l'Ouverture
du Semeftre de Fe-
& choifit pour fon
vrier ,
132 MERCURE
fujet l'Excellence de la Juftice,
qu'il fit connoiftre , & en
elle-mefme, & dans fes effets.
Il fit voir qu'elle eftoit toute
divine , & qu'elle tiroit fon
origine de Dieu meſme , &
aprés avoir tracé en peu de
mots l'idée de fon veritable
caractere , il montra qu'elle
eftoit le lien de la Societé ,
& faifoit feule la felicité des
Particuliers auffi - bien que
des Etats. Il s'attacha¡ à décrire
le bon-heur de l'hom
me jufte , & prit cette occafion
de témoigner fa reconnoiffance
envers la mémoire
"
GALANT. 133
de défunt Mr le Chancelier.
Il fit un fort court détail de
fes actions les plus remarquables
, & dit que s'il avoit
fait regner fi long-temps
la Juſtice dans le Royaume ,
cette mefme Juftice l'avoit
élevé au plus haut point de
la gloire , & luy avoit fait
poffeder fans envie la faveur
du Prince & l'affection des
Peuples. Mais , ajoûta-t'il ,
ce n'eft pas encore affez , elle ranime
aujourd'huy fes cendres , &
le faifant revivre dans le coeur
des veritables François d'une vie
plus glorieufe que la premiere ,
134 MERCURE
elle le propofe à la pofterité , comme
le modele le plus achevé d'un
illuftre Magiftrat , d'un Miniftre
fidelle , & d'un Sage Politique.
Enfuite il fit voir la neceffité
de la Juftice dans la Police
du Gouvernement , d'où dépend
tout le bon- heur des
Etats . Il remarqua que
toit à elle que la France devoit
fes profperitez
l'ayant reprefentée fur le
Trône de LouIS LE GRAND ,
comme dans l'endroit où
elle paroift avec plus de
luftre ; C'est là , dit -il , qu'elle
decide du fort des plus grands
c'ê-
&
GALANT. 135
c'est
Etats; c'est là qu'elle reçoit les hom
mages des Souverains ,
de là qu'elle donne des Loix aux
Nations les plus éloignées. Il fit
connoiftre qu'elle regnoit
fur le coeur du Prince , &
qu'elle le faifoit regner fur
le coeur de fes Sujets ; qu'elle
travailloit à la gloire du Souverain
, & à la felicité de fes
Peuples . Il tomba de là fur
la deftruction du Calvinif
me dans tout le Royaume ,
& fit voir que c'eftoit cette
mefme Juftice qui avoit infpiré
au Roy ce grand deſſein ,
& qui luy avoit fourny les
136 MERCURE
moyens dont il s'eſtoit ſervy
pour l'executer. Il reprefenta
ce Demon du Schifme enfevely
fous les ruïnes de ſes
Temples , fans que fa chûte
ait bleffé aucun de ceux que
leur infortune
y avoit attachez
. Il s'étendit fur l'amour
paternel que le . Roy avoit
pour eux compara à
celuy de ce Pere , qui fans
faire aucune bleffure à fon
Fils , tua le Serpent qui l'entouroit
. Il finit en paraphrafant
les paroles que la Reyne
de Saba prononça
à la veuë
de la Sageffe , & de la Gloire
,
& le
GALANT. 137"
de Salomon , & les appliqua
au Roy à peu prés en ces
termes. Heureux les Peuples
qui vivent fous fes Loix , qui
font les témoins de fa Sageffe ,&
qui goûtent les fruits de fes ver
tus ! Il a esté étably Royfur Terre
pouryfaire regner la Justice , &
& il a efté choify de Dieu pour
édifier fon Temple , c'est à dire ,
pour détruire l'Herefie , & retablir
le Culte de la veritable Religion.
On a publié depuis quef
ques jours deux Déclarations
du Roy , qui font connoiftre :
que les foins les plus preffans
Fevrier 1686. M
138 MERCURE
de Sa Majefté font toûjours
fur ce qui regarde la Religion
, & l'intereft de l'Eglife.
Par une autre Déclaration
du mois de Mars 1664. les-
Portions congruës , que ceux
à qui les groffes Dixmes appartiennent
, font obligez de
payer aux Curez ou Vicaires
perpetuels , avoient eſté fixées
à la fomme de deux cens
livres
pour les
Curez
ou
Vicaires
perpetuels
des
Paroiffes
fituées
dans
les
Provinces
au deça
de la Riviere
de Loire
, & dans
lefquelles
il n'y
a point
de
Vicaire
; & à la
;
26
GALANT. 139
fomme de trois cens livres
pour celles où il eft neceſ
faire d'en avoir ; & comme
un revenu fi mediocre n'eft
point capable de faire fubfifter
ces Preftres , ce qui eſt
caufe que ces Cures font abandonnées,
ou remplies par
des Ecclefiaftiques qui n'ont
point les qualitez neceſſaires
pour en foûtenir les devoirs ,
Sa Majefté , qui a veu d'ail
leurs que par la réunion des
Pretendus Reformez à l'E
glife , les Curez de ces Pa--
roiffes fe trouvent chargez
d'un Troupeau beaucoup
M- ij
140 MERCURE
plus nombreux , & qui a encore
un plus grand beſoin de
Paſteurs d'une doctrine épurée
, a ordonné par fa Déclaration
du 29. du mois paffé ,
que ces Portions congruës
demeureront fixées à l'ave
nir dans toute l'étendue de
fon Royaume , à la fomme
de trois cens livres par cha
cun an , outre les Offrandes,
Droits Cafuels , & Dixmes
novales fur les Terres qui
feront défrichées depuis que:
les Curez ou Vicaires perpetuels
auront fait l'option
de la Portion congruë au
GALANT. 141
hieu du revenu de leur Cure
ou Vicairerie , & dans les
Paroiffes où il y a preſentement
des Vicaires , ou dans
lefquelles les Archevefques
ou Evefques jugeront qu'il
fera befoin d'en établir , Sa
Majefté veut qu'il foit payé
cent cinquante livres pour
chacun de ces Vicaires
lefquelles fommes feront
payées franches & exemptes
de toutes Charges par ceux
à qui les Dixmes Ecclefiaftiappartiennent
, & fi ques
elles ne font pas fuffifantes ,
par ceux qui ont les Dixmes.
infeodées .
142 MERCURE
Le mefme jour qu'on a
publié cette Déclaration , il
en a paru une autre par laquelle
le Roy ordonne que
les Cures qui font unies à
des Chapitres ou
autres
Communautez Ecclefiaftiques
, & celles où il y a des
Curez primitifs , feront def
fervies par des Curez ou des
Vicaires perpetuels qui feront
pourvûs en titre , fans
que l'on y puiffe mettre à
Favenir des Preftres amovibles
fous quelque pretexte
que ce puiffe eftre. Comme
plufieurs Curez primitifs &
"
GALANT. 143
:
autres à qui la collation des
Cures & des Vicaireries perpetuelles
appartient , commettoient
des Preftres pour
les deffervir pendant le
temps qu'ils jugeoient à propos
de les y employer avec
une retribution tres - mediocre
, Sa Majefté par cette feconde
Déclaration remedie :
à un abus tres - prejudiciable
à l'Eglife , & condamné par
les Saints Canons . En effet les
Ecclefiaftiques qui eſtoient
capables de s'acquiter utilement
de ces emplois , faifoient
difficulté de les accep
144 MERCURE
ter , non feulement à cauſe
du peu de retribution , mais
parce que les Curez primitifs
pouvoient les dépoffeder
quand ils vouloient . Ce defordre
ceffe par les foins du
Roy , qui voyant que le
grand nombre de fes Sujets
Convertis depuis peu de
temps eft une nouvelle charge
pour les Curez , veut que
ceux que l'on choifit pour
fe repofer fur eux de la conduite
des ames, foient dignes
par leurs moeurs & par leur
doctrine de s'acquiter d'un
Miniftere fi faint. Ainfi p
pan
la
GALANT. 145
la Déclaration dont je vous
parle , il eft enjoint à tous les
Curez primitifs qui ont commis
des Preftres pour deffervir
les Cures ou Vicaireries
perpetuelles dont ils ont la
Collation , d'en preſenter de
capables d'y eftre pourvûs
en titre , & durant leur vie ,
aux Ordinaires des lieux . Ils
ont trois mois pour cela , aprés
lequel temps , ce fera
aux Archevefques & Evef
ques à y pourvoir chacun
dans fon Dioceſe .
Cette Pieté du Roy qui éclate
en toute forte de ren-
Fevrier 1686.
N
146 MERCURE
contres , eft caufe qu'il ne fe
fait plus de Difcours publics
dont elle ne fourniſſe la matiere.
On en parle dans toutes
les Chaires , & je ne puis
m'empeſcher
de vous rapor
ter icy ce que le Pere Cloüet
Minime en a dità Guife dans
un Sermon qu'il prefcha le
jour de l'Octave de l'Epiphanie.
Après avoir fait remarquer
beaucoup
de choſes
touchant l'Etoile , à la faveur
de laquelle
les Mages avoient
publié qu'ils avoient
veu les merveilles
du Seigneur
, c'eſt à dire qu'ayant
>
GALANT. 147
efté prevenus par la Grace ,
ils avoient connu leur idolatrie
, & le culte abominable
qu'ils rendoient à des Idoles
& à de fauffes Divinitez , il
fit voir que Dieu avoit renouveléles
mefmes merveilles
en faveur des nouveaux
Convertis , en faisant paroître
depuis quelques mois une
nouvelle Etoile pour eux.
Faites y réflexion , mes Freres ,
dit- il en apoftrophant ceux
qui venoient de renoncer à
la Religion de Calvin. Le
Sauveur du Monde ne vous a-t'il
pas efté chercherparfagrace com
Nij
148 MERCURE
me les Mages , non pas à la verité
dans les tenebres du Paganif
me , mais dans celles de l'Herefie ?
Autrefois vous eftiez dans l'aveuglement
; autrefois vous vi
viez au milieu de l'obscurité que
caufe l'erreur ; mais prefentement
vous eftes tous des lumieres , vous
eftes devenus des Aftres & des
Etoiles. C'est donc aujourd'huy
que vous pouvez dire que vous
avez veu. Mais quelle eft cette
lumiere , quelle eft cette Etoile que
vous avez découverte , & qui
vous a éclairezfi heureufement ?
Je croy vous entendre dire. Cette
Etoile , cette lumiere qui a paru
GALANT. 149
en noftre faveur , c'est le jufte E
dis qui a revoqué ceux de Nantes
& de Nifmes , & parlequel
noftre Invincible Monarque a ordonné
que tous les Temples de la
Religion Pretendue Reformée feront
démolis dans fon Royaume
que fes Sujets de l'un de
l'autre Sexe rentreront dans le
fein de l'Eglife Catholique , hors
de laquelle il n'y a point de falut.
Ceft par lafplendeur de cet Aftre
que nous avons veu lafauffeté de
noftre Religion . C'est par le
moyen de cette nouvelle Etoile ,
que nous pouvons appeller l'Etoile
d'une nouvelle creation , pour user
Niij
150 MERCURE
que les Mages vide
des termes de Tertullien qui appelle
ainfi celle
rent , c'eft dis -je , par le moyen
cette nouvelle Etoile que nous avons
connu les Erreurs que nous
prenions pour des veritez , avant
que nous fuffions Catholiques.
C'est cette Etoile qui nous a conduits
beureufement avec les Mages
dans l'Etable de Bethleem ,
nous voulons dire dans l'Eglife
des Catholiques , où le Sauveur
du Monde eft caché fous les efpeces
facramentelles.
Ce Pere fit enfuire une
énumeration de la croyance
de l'Eglife Catholique , & aGALANT.
151
prés avoir fait connoiftre
que l'Edit qui fupprime l'Exercice
de la Religion des
Pretendus Reformez , marque
plus qu'aucune
choſe la
grandeur & la puiſſance du
Roy Qu'on dife tant qu'on
voudra , ajoûta - t'il que cét Augufte
Monarque s'eft rendu re
doutable aux Ennemis de fon
Etat par la force de fes Armes
toujours invincibles ; que toute
l'Europe voit avec étonnement la
rapidité de fes Conquestes ; que
tout le monde admire les fignalées
Victoires qu'il a remportées fur
la Hollande , fur l'Espagne , &
N iiij
152 MERCURE
fur l'Empire ; que toutes les Nationsfoient
dans la derniere furpriſe
de la moderation fans exemple
qui luy a fait donner la paix
au Monde Chreftien , en abandonnant
au milieu de fes Triomphes
tous les nouveaux avanta
ges doni luy répondoit le cours de
guerre ; qu'on faffe réflexion
fur tant d'Eclaves dont il a brifé
les chaifnes en reduifant les Corfaires
d'Alger & de Tripoly ; en
un mot , que tous les Princes de
l'Univers regardent comme un
des plus grands effets de fa puiffance
la foumiffion que
le Doge
& les Senateurs de Genes luy
la
GALANT IS
+4
;
font venus faire au nom de leur
Republique pour nous , nous ne
trouvons rien de femblable aux
furprenantes Conqueftes que ce
grand Monarque a faites en ordonnant
la démolition de tous les
Temples des Religionnaires . Ce
font des Exploits fi confiderables ,
que fes actions lesplus éclatantes
femblent n'eftre rien en comparat
Jon de celle- cy. C'est en cette occafion
que nous pouvons dire qu'il
fait un coup defa Puissance , &
que cette Puiffance eftfans bornes
auffi bien quefa Sageffe . Les Por
tes de l'Enfer ne peuvent fe prevaloir
contre les forces de ce Fils
154 MERCURE
à
aifné de l'Eglife. N'ayant plus
d'Ennemis vifibles à combattre , il
va attaquer l'Herefie iufque dans
fon Fort. Il déclare la
guerre
tous les Demons ; il fait trembler
toutes les Puiffances de l'Enfer ;
il les infulte iufque dans leurs retranchemens
, les contraint de
fortir defon Royaume avec honte;
il détruit les Temples des Proteftans
; il leur enleve toutes les
Places dont ils s'eftoient rendus
maiftres , revient de ce combat
tout chargé de Palmes. Donnons
plus de jour à ma penſée , &
faifons paroiftre la puiffance de ce
Prince avec plus d'éclat , de pom
GALANT. 155
pe , & de majesté , en faisant
voirque l'Edit qui a produit toutes
ces merveilles, est un abregé de fes
actions les plus étonnantes , puifqu'il
renferme les divers miracles
de fa vie , & qu'il femble qu'il
aitprit plaifir par là à nous donner
un excellent Tableau de tout ce
qu'il a fait de plus auguſte. En
effet fi nous parcourons la vie de
ce grand Monarque , nous remarquerons
fes Ennemis vaincus &
humiliez , des Loix établies en
faveur de la fuftice , des Villes
prifes d'affaut , d'autres ruinées
& renverséespar les Bombes , le
nombre de fes Sujets augmenté
156 MERCURE
les limites de ce floriſſant Royau
me plus étendues qu'elles n'estoient
avant fes Conquestes , & une
infinité de Captifs Chreftiens rachetez
parfa generofité. Tous ces
prodiges ne fe rencontrent- ils pas
dans les effets de l'Edit fameux .
qui a revoqué celuy de Nantes ?
Ny voit- on pas le Calvinisme ,
c'est à dire le plus furieux , & le
plus terrible de tous les Ennemis
que
la France ait jamais eus ; ce_
luy qui l'a autrefois fi defolée par
le fer & par le feu ; ne voit- on
pas dis-je , cét ennemy redoutable,
non feulement defarmé , abatu ,
humilié , & foumis aux pieds du
GALANT. 157
Roy , mais encore vaincu & aneanty
? Ne voit- on pas une infinité
d'Enfans rebelles , renoncer
à leur revolte , pour rentrer dans
l'obeiffance qu'ils doivent à leur
Sainte Mere , qui eft l'Eglife .
Catholique , dont ils avoient malheureusement
fecoué le joug par
Herefie ? N'a t'on pas veu la
démolition de tous les Prefches du
Royaume à la premiere publication
que l'on a faite de ce juste
Edit ? La voix de ceux qui l'ont
publié par l'ordre du Roy , a eu ce
mefemble, la mefme vertu que
fon des Trompetes , & des autres
Inftrumens dont fe fervirent les
le
158 MERCURE
Preftres qui fuivoient l'Armée
de Fofué au Siege de Ferico , je
veux dire qu'à la publication de
cét Edit , tous les Temples des
Ennemis du Seigneur ont estéren.
verfez de fond en comble comme
le furent autrefois les murailles
de Jerico. Peu s'en faut que je ne
compare toutes les Lettres quifont
en ce me
mefme Edit à autant de
Grenades , les mots qui les compofent
aux Bombes , les feuilles
de papierfur lesquelles il eft imprimé
aux Carcaffes , & toutes
les lignes à autant de batteries de
Canon , puis qu'elles ont eu laforce
de détruire les Prefches des Pro-
1
GALANT.
159
teftans , à peu près comme lesfeux
d'artifice ont reduit en cendre les
Villes d'Alger, de Tripoly & de
Genes , qui refufoient les iustes
demandes de Sa Maiefté. Si ce
Prince Tres- Chrestien a rompu
les chaifnes d'un nombre infiny
d'Esclaves que les Infidelles retenoient
, n'a- t'il pas par cette mefme
puiffance retiré une infinité
d'Ames des abifmes de l'enfer ?
Quel bon-beur pour vous , mes
Freres , continua- t'il en s'addreffant
aux nouveaux Catholiques
, quelle obligation.
n'avez-vous pas à ce grand Momarque
, des foins qu'il prend de
160 MERCURE
travaillerfi puiffamment à vostre
falut , & de contribuer d'une maniere
fi noble à vostre fanctifica
tion ! Un Pere de l'Eglife nous
dit que fi Saint Estienne n'euft
pas prié pour la Converfion de
Saint Paul , l'Eglife cuftefté pri
vée d'un figrand Apoftre. Appliquons
cecy à noftrefuiet , & di
fonsque fi noftre Invincible Monarque
n'euft pas fait publier l'Edit
qui a rendu à la Bergerie du
bon Pasteur tant de Brebis égarées
, il n'y avoit point de falut
pour les Heretiques qui n'au
roient iamais fongé à fe convertir
, au lieu qu'ils fe peuvent tous
GALANT. 161
fanctifier à prefent dans le fein
de l'Eglife Catholique. Difons
mieux , il a donné à l'Eglife autant
de Saints qu'il y a de verita
bles Convertis. Ainfi l'on peut
avancer avec juſtice , que par cét
Edit LOUIS XIV. est devenu
Apôtre de toute la France. Le
Pere Cloüet finit cette longue
& utile digreffion en
apoftrophant le Roy , & laif
fa tout fon Auditoire dans
une entiere fatisfaction de
fon Difcours. Ce zelé Religieux
eft Fils de M Clouet,,
celebre Avocat du Parle--
ment de Rouen , qui mo
Fevrier 1686.
162 MERCURE
rut l'année derniere .
En vous parlant de Rouen,
je me fouviens d'un voyage
que vous y fiftes il y a quelque
temps , & que vous
euftes la curiofité d'aller voir
la fameufe Cloche appellée
Georges d'Amboife , qui fait
une des raretez de la Ville .
Mrs du Chapitre de l'Eglife
Cathedrale & Primatiale , la
voulant accompagner d'une
autre qui euft une groffeur
remarquable , firent fondre
cette nouvelle Cloche le
Mardy is . du dernier mois
dans le Terrain du College
GALANT. 163
de l'Albane . Ce fut entre
neuf & dix heures du foir
que cette Fonte fe fit . Elle
eft.de douze à treize mille .
Auffi- toft qu'elle fut fixe ,
arreftée & feure , les principales
Cloches de la mef
me Cathedrale fonnerent
deux fois en carrillon ; ce qui
répandit pendant la nuit une
grande joye par toute la Ville
. Cét Ouvrage a tres -heureufement
réüffi . Auffi a t'on
fait de grandes liberalitez au
Sieur Jean Aubert de Lyfieux
qui l'a entrepris , & qui
eft un des plus experimentez
O ij
164 MERCURE
Fondeurs de la Province. La
nouvelle Cloche dont je
vous parle eft formée du
métal de quatre autres
moindres , outre celuy qui a
efté ajoûté de la part du
mefme Chapitre. Elle a dixhuit
pieds & demy de tour
& fon ton eft fur Ré. Celles
l'on a brifées pour la
que
faire, fontGuillaume d'Eftouteville
, Romaine , la Petite
Marie , & Complies , qui étoient
dans la Tour de Saint
Romain , ou des onze Cloches
, où celle-cy doit eftre
placée. Ces mots font auGALANT.
165
tour prés des Anfes ; Jean
Aubert , Fondeur de la Ville de
Lyfieux , & audeffous on lit
cette Infcription .
Audite populi , & attendite de
longe. Ifaiæ. 49.
I. Guillemus Cardinalis d'Eftouteville.
2. Romanus . 3. Maria
minor. 4. Completoria : ex
quatuor una , divifo quondam,
nunc conjuncto metallo.
SEU
Sum fufa e quatuor non ritè
fonantibus una.
Le mefme Chapitre animé
par l'heureux fuccés de
cét Ouvrage , a deffein de
faire jetter une autre Cloche
166 MERCURE
aumoule par le meſme Fondeur
, pour accomplir une
Octave par tous les tons de
Mufique . Celle de Georges
d'Amboife commence par
Ur , celle- cy continuë par
Ré, & les autres auront leurs
tons particuliers & differens ;
& par
là ce fera le plus armonieux
, le plus gros & le
plus plein Carrillon qui foit
en Europe. Cette nouvelle
Cloche fera bien toft en état
de contribuer au fon éclatant
qui fe fait entendre dans
les Solemnitez extraordinaitelles
que celle de ren
res ,
GALANT. 167
dre graces à Dieu de la Deftruction
de l'Herefie
, & pour
lors on pourra compter du
moins cent mille de metal
en branfle , de forte que cette
Cathedrale
, malgré le
dommage
qu'elle a fouffert
par le dernier Orage , peut
encore ſe vanter d'avoir plu
fieurs chofes confiderables
en fon enceinte , comme fon
grand Vaiffeau , fes hautes
Tours,la richeffe de fes Chapes
, & la hauteur de fa Pyramide
, qui eft de 395. pieds.
Voicy des Stances de M
Rault fur cette nouvelle
Cloche .
168 MERCURE
D
Un ton armonieux , mais
charmant à l'oreille ,
"
Le vayformer de doux accords ,
Pour faire entendre la merveille
De quatre Soeurs , dont l'Art n'afait
en moy qu'un Corps.
Sa
Leurs Timbres & le mien eftant unis
enfemble ,
Quoy que divers n'en feront
qu'un s
Car le métal qui nous aſſemble
Far la fonte entre nous va le rendre
commun.
Euifque je tiens monfort d'un illuſtre
Chapitre ,
Il faut m'attacher à fes Loix ;
Et comme il est mon feul Arbitre ,
N'y dois-je pas regler mon organe &&
C'ef mavoix ?
GALANT. 169
C'est donc & parfon zele , &famain
liberale
Qu'on voit triompher ce bel Art ,
Et qu'à fa gloire fans égale,
Sa Metropole doit prendre beaucoup
de part.
· Mais encore une Soeur , qu'en peu de
temps j'espere,
Parfa voix & nos tons divers ,
En fon Octave icy doitfaire ,
Le plus beau Carillon quifoit en l'V.
nivers.
Ce fera quand l'Hymen , la Paix , ou
L'Alliance ,
Rendront les Peuples réjouis ,
Ou quand au bon-heur de la France,
La victoire fuivra par tout le grand
LOVIS.
Fevrier 1686.
Rault de Rouen
P
170 MERCURE
Le 30. du mois dernier M's
Eftienne Charlet , Seigneur
d'Efbly , de la Grandcourd'Ifle
, de Tourvoye , & de
Liffy, cy -devant Chef de Vol
pour lesChamps de laChambre
du Roy , fut receu Mai- .
ftre d'Hoſtel de Sa Majefté,
en la place de feu M' Hotman,
Seigneur de Mortfontai
ne, & il en a prêté le Serment
le 6. de ce mois . Il eft d'une
Famille fort confiderable
, &
a épousé Dame Anne Ribier,
Fille de M ' Ribier , Confeiller
au Parlement , defcendu
de Male Chancelier du Vair.
GALANT. 171
Il porte d'or à l'Aigle de fable.
Le 8. de ce mois l'Univerfité
fit celebrer en l'Eglife de
Sorbonne un Service pour
feu M le Tellier, Chancelier
de France. M'Herfan, qu'elle
avoit choisi pour prononcar
l'Oraifon Funebre en Larip,
s'acquitta de cette action
avec un applaudiffement general.
Il prit pour fon Texte
ces paroles du Chapitre 3 .
des Proverbes de Salomon :
Longitudo dierum in dextera illius
, &infiniftra divitiæ & gloaia.
Vie ejus via pulchræ , &ſe-
Pij
172 MERCURE
pru
mitæ illius pacifica . Ce Texte
dont l'application eftoit fi
heureufe pour fon fujet , fit
d'abord juger de la beauté
de la Piece. Il entra dans un
détail des divers Emplois de
M' le Tellier , & fit voir avec
combien de fidelité , de
dence & de conduite il les
avoit tous remplis , ce qui
luy avoit attiré la recompen
fe deüe à fes grands & continuels
fervices,fans que perfonne
euft jamais porté envie
à tous les honneurs dont
Sa Majefté l'avoit comblé ,
tant on l'en savoir toûjours
GALANT. 173
connu digne. Il fit enfuite un
admirable tableau de la Vie
laborieufe & toûjours active,
& de l'égalité d'ame de ce
grand Miniftre en toutes fortes
d'occafions . Il n'oublia
pas la force & la prefence de
fon efprit , qui demeura fain
juſqu'à fon dernier moment .
Deforte , dit- il , que comme on
le rapportoit malade à Paris de fa
Maifon de Chaville, il fembloit
que fon Efprit conduifift fon corps
au tombeau, & qu'il vouluft affi
fter à fes Funerailles . Il parla de
la confolation avec laquelle
il quittoit la vie,laiffant fon
Piij
174 MERCURE
Roy fi puiffant , & fon zele
perpetué dans les Services
que M de Louvois & M
l'Archevefque de Rheims
rendoient à l'Eglife & à l'Etat
avec une fidelité égale
à la fienne . Il toucha l'Edit
qui a détruit entierement
l'Herefie , & fit connoiftre
que M le Chancelier avoit
témoigné mourir fans regret,
puis qu'il avoit vefcu affez
long- temps pour feeller ce
Monument
fi autentique
de
la Pieté de fon Prince.
M' Herfan a profeffé la
Rhetorique pendant quinze
GALANT.
175
ans dans le College du Pleffis
-Sorbonne , & n'a pas peu
contribué à le mettre dans
l'eſtime où il eft prefentement
, eftant fecondé par
beaucoup d'autres Profef
feurs d'un merite diftingué.
C'eſtun avantage qu'on doit
à M' Gobinet , Principal de
ceCollege, qui ne confidere
que le merite quand'il s'agit
de remplir des poftes où le
Public a tant d'intereft . Pendant
M. Herfan
a proque
feffé , il a toûjours fait admirer
fon éloquence . Elle a fur
tout paru en deux Actions pu-
Piiij
176 MERCURE
bliques , qui luy ont acquis
beaucoup de réputation . M
l'Archevefque de Paris aſſiſta
à l'une & 'à l'autre , & rendit
juſtice à cet habile Orateur.
L'une fut l'Oraifon Funebre
de la Reyne , & l'autre le
Panegyrique de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
la Naiffance de ce jeune
Prince.
Feu M' le Chancelier eftoit
fi aimé , que chacun s'eſt efforcé
à fa maniere de faire
vivre la memoire de ce grand
Homme. Je vous ay parlé
d'un long Eloge Funebre que
GALANT. 177
W
les Religieux de Saint Germain
des Prez ont fait à fa
gloire . Comme cet Eloge eft
en Latin , plufieurs perfonnes
qui n'entendent point
cette Langue , auroient eſté
privées de la ſatisfaction de
le lire , fi M' du Pradel , Avocat
au Confeil , n'y euft remedié
en nous le donnant
traduit en François . La Copie
eft digne de l'Original.
Les Lettres de Mr Bouche.
rat , nouveau Chancelier ,
ont eſté enregiſtrées au Parlement
. Elles furent preſen
178 MERCURE
tées
par M'Chardon , cele
Bre Avocat , dont la réputation
eft connue dans le Barreau
. Aprés qu'il eut fait connoiftre
qu'il defcend du
Chancelier Dormans, & qu'
en parlant de l'ancienneté de
fa Maiſon , il eut marqué
tous les grands Emplois dont
avoient jouy fes Predeceffeurs
, il dit qu'il n'avoit eu
befoin de fon propre
que
merite & de fa feule vertu ,
pour arriver à la haute Dignité,
à laquelle il cftoit parvenu
par une longue fuite de
fervices. Ce fut ce qui luy
GALANT. 179
d'entrer donna occafion
dans le dénombrement des
divers Emplois qu'il avoit
eus , & dont il s’eftoit toujours
acquité avec tant de
gloire , que fon élevation eftoit
fuivie de l'applaudiffement
de toute la France.
Aprés plufieurs autres choſes
qu'il dit à fon avantage
, il
conclut à l'enregistrement
de fes Lettres de Chancelier.
Mr Talon , Avocat General,
parla enfuite. Il fit voir que
Mr Boucherat eftoit tellement
connu par fon merite,
fes Emplois , & par tout
par
180 MERCURE
ce qui peut faire fouhaiter
de voir un grand Homme
dans le Pofte glorieux où il
avoit efté élevé , qu'on chercheroit
inutilement
à luy
donner des loüanges. Il dit
qu'on ne pouvoit rien ajoû
ter à la maniere dont il faifoit
rendre la Juſtice , cha
cun travaillant
fous luy fort
exactement
, & appliquant
tous fes foins à fes fonctions
particulieres
. Il fe fervit d'un
ftile concis , & tout fon Difcours
fut adiniré. Il conclut
à l'enregistrement
des mef
mes Lettres , ce que l'on exe
GALANT. 181
cuta. Il y a long- temps qu'on
n'avoit veu une plus illuftre
& plus nombreuſe Affemblée
au Parlement, que celle
qui fe trouva à cette Audience.
Il n'y manquoit prefque
aucun Duc & Pair.
Je vous ay déja envoyé
une Anagramme fur le nom
de Mr le Chancelier. En voicy
une feconde , elle eft de
M' de Salbray , Valet de
Chambre de Sa Majesté.
Louis DE BOUCHERAT .
LE BEAU CHOIS DU ROY.
J
182 MERCURE
Illuftre Chancelier de France ,
Qui remplis dignement toute fon
efperance,
Dans ce premier & grand Emply.
Themis avec raifon te cedefa Balance,
LOUISde Boucherat eft lebeau choix
du Roy, mun y'n ll .:)
Cette autre Epigramme a
efté faite fur les Armes de M
* le Chancelier , qui porte dias
zur , au Coq d'or . Dol Mcb
Des plus obfcures nuitsfes Chants
percent l'horreur,
Et lors que le Soleil repose anfein de
londe ,
Aux plus fiers Animaux imprimant
la terrear ,
Ses veillesfontfa gloire , & le falut
du Monde.
GALANT. 183
M' Forant, qui aprés plus
de trente ans de fervice , ef
toit devenu le plus ancien
Capitaine des Vaiffeaux du
Roy , a efté nommé Chef
d'Efcadre des Armées Nava
les de Sa Majesté, à la place
de M'leChevalier de Sourdis,
qui mourut le mois paffé. Ce
Chevalier avoit fervy avec
beaucoup de diftinction dans
cet Employ. Il eftoit de l'ancienneMaifon
d'Escoubleau,
d'où font fortis les Marquis
de Sourdis & d'Aluys , & qui
a donné des Chevaliers de
l'Ordre du Roy, des Gouver184
MERCURE
neurs d'Orleans , de Chartres
, de Blois , & d'Amboife,
plufieurs Evefques , & un
Cardinal.
Mr François Godet de Sou
dé , Maiftre des Compres, de
la Famille des Godet , Vi
comtes de Soudé en Champagne
, eft mort depuis peu
de jours. Il avoit un Frere
Chevalier de Malthe , & avoit
époufé Dame Anne Joly
de Fleury , Fille de feu Jean
Joly , S de Fleury , Confeiller
au Grand Confeil , & de
Charlote de Bourlon, Soeur de
Jean François Joly deFleury,
GALANT. 185
2
Confeiller en la Grand'
Chambre , & de Jean Mat
thieu Joly de Fleury , Chanoine
de l'Eglife de Soiffons.
Les Joly de Fleury viennent
de Bourgogne , & ont donné
des Prefidens au Mortier ,
divers Confeillers , & autres
Officiers au Parlement , & à
la Chambre des Comptes de
cette Province. Godet de
Soudé,porte d'azur au Chevron
d'argent, accompagné de trois pommes
dePin d'or. Joly de Fleury ,
porte écartelé aupremier & der
nier d'azur au Lys de jardin d'argent
, au Chefd'or , chargé d'une
Février 1686 .
186 MERCURE
Croix parée d'argent écartelé
d'azur , au Leopard d'or armé de
Gueules.
Dame Anne Defprez, Veu
ve de Me Noël le Boults, Sei
gneur de Chaumor, Confeiller
enla Grand Chambre, eft
morte environ dans le mef
me temps. Elle eſtoit dans fa
foixante & quinziéme année,
& a laiffé deux Fils & une
Fille. L'aifné eft M' le Boultz,
Confeiller en la Troifiéme
des Enqueftes , & l'autre eft
Licentie en Theologie. Sa
Fille a époufé M¹ de Becdelievre
d'Hocqueville , preGALANT.
187
mier Prefident en laCourdes
Aydes de Roüen . M' le
Boultz dont elle eftoit Veuve
, avoit trois Freres , fçavoir
feu M³ le Boultz,Doyen
desConfeillers de la Seconde
Chambre des Requeftes du
Palais, feu M' le Boultz,Mai
ftre des Comptes , & M le
Boultz , qui à efté Maiſtre
des Requeſtes.
Ces morts ont efté fuivias
de celle de Meffire Nicolas
du Bois , Seigneur de Baillet,
du Coudray , Saint Florent ,
& c. Maitre des Requeftes .
On a fait icy un Service
Qij
188 MERCURE
en la Chapelle du Seminaire
des Miffions Etrangeres
,
Fauxbourg Saint Germain ,
pour Mr François Pallu , Evefque
d'Heliopolis , Vicaire
Apoftolique de Fokien , &
Adminiftrateur
general de la
Chine , où il est mort . Il eſtoit
Frere du Pere Pallu , Je、
fuite .
On a eu auffi avis que M.
François Picquet , Evefque
de Babylone , eft mort en
Perfe , dont il eftoit Vicaire
Apoftolique.
Je vous envoye les nouveaux
Jettons , que j'ay acGALANT.
189
1
coûtumé de faire graver au
commencement
de chaque
année. Je ne vous en donne
point d'explication
. Leurs
Devifes les font affez connoiftre
, & il fuffit mefme
pour cela de ce qui eſt marqué
dans l'Exerque de la plus
grande partie. D'ailleurs ,
l'habitude que vous avez
les voir depuis dix ans que
je vous les envoye , vous fait
entendre aiſément ce que je
me difpenfe aujourd'huyde
vous en dire . Ainfi je ne vous
parleray que d'un feul de ces
Jettons. C'eft le dernier de
190 MERCURE
l'Eſtampe.LesConfreres
Porteurs
de la Chaffe de Sainte
Geneviève du Mont , l'ont
fait faire ; & comme je ne
vous en ay point encore envoyé
de ce Corps . là, je croy
devoir expliquer ce qu'il reprefente.
D'un coſte eſt la
figure de cette Sainte, au devant
de la Ville de Paris dont
elle eft la Protectrice
, comme
les mots qui font autour le
font connoiftre. On voit au
revers la Proceffion de Sainte
Genevieve , dans laquelle
les porteurs paroiffent avec
la Chaffe fur leurs épaules.
GALANT. 191
Plufieurs malades qui recou
vrent leur fanté , font au devant
de la Chaffe . La Devife
marque la fatisfaction des
Porteurs de cette précieuſe
Relique. Elle eft exprimée
par ces paroles qu'a fournies
Mr de Santeüil , Chanoine
Regulier de Saint Victor .
Nec nos labor ifte gravabit. Ce
Jetton a efté fait par Mr Rotier,
fi connu dans toute l'Eu
rope, par tant de belles Medailles
qu'il a fait frapper en
Angleterre & en France . Le
Jetton du Trefor Royal , qui
eft à la tefte de ceux que je
192 MERCURE
vous envoye , eft auffi de
luy.
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
216 MERCURE
M
$2225222252525252
LETTRE
De Mr le Comte de Madaillan
de Lefpare , fur fes
Motifs de réunion à l'Eglife
Romaine.
A Paris ce 4. Fevrier 1686 .
A MONSIEUR ***..
J
E me trouve à l'heure qu'il eft
dans l'obligation de vous tenir
La parole que je vous ay donnée ,
Monfieur , de vous mander les
Motifs de ma Réunion à l'Eglife
Romaine , fitoft que je l'aurois
refolüe ,
GALANT: 217
refolüe , puis qu'enfin je l'ay faite
aprés une meure & longue déliberation
, & aprés plufieurs Conferences
avecun grand nombre de's
plus importans , & des plus habiles
de cette
Communion , parmy
befquels Monbeur E Archevefque
de Paris m'a enfin déter
miné ày rentrere j'ofe mefla.
ter , qu'on me rend icy affez de
juftice pour y eftre perfuadé que
je ne l'ay faitpar aucun motif, ou
de crainte , ou d'efperance , &
que fi je n'avois crú le pouvoir,
faire en conference , rien au monde
n'auroit eflé capable de m'y
forcer ,en me faifant oublier que
Fevrier 1686. T
218 MERCURE
Dien feul doit , & peut me te
nir lieu de toutes choses.
Ie vous diray donc que comme
l'Article de l'Adoration dans
l'Euchariftie , m'avoit paru le
fondement principal de noftre fe
paration , à caufe de l'Idolatrie
que j'y croyois couverte fous le
fpecieux titre d'Adoration , il m'a
paru tout de mesme , que les diffi
cultez fur ce point eftant levées ,
cette feparation deviendroit trop
fcandaleufe ,
efprit opiniaftre qu'on auroit raifon
de condamner , fi elle continuoit
davantage à quoy j'ad
ف
marqueroit un
9000 S
GALANT. 219
joûte,que ce feroit une espece de revolte
contre noftre Souverain ( à
qui nous devons tout ce qui ne va
point contre la confcience ) que de
differer noftre reunion par le feul
motifde la gloire , ou plûrost de
la vanité d'eftre des derniers , lequel
devient une deſobeiſſance ,
& mesme unefoibleffe en nous
fi-tostque nousfommes perfuadez
que nous pouvons obeir fans pecher
contre noftre confcience. Voicy
le raisonnementfur lequel ie
me fuis fondé pour lever mes
fcrupulesfur le point de l'Eucha
riftic.
Tij
220 MERCURE
Comme les Pretendus Refor
mez iugent dufens des Ecritures
par eux- mefmes , & non par aucune
authorité (fans que je veuil
le decider rien la deffus ) je pour
rois leur demander pourquoy ils
expliquent litterallement le paſſage
de l'Ecriture qui dit que JESUS
-CHRIST eft Dieu , &
qu'ils n'expliquent pas tout de
mefme litterallement celuy qui
dit , que le Paim eft fa Chair ,
puis qu'il y a plus loin de l'Humanité
de JESUS - CHRIST¸ à
que
C
de la
fubftance
Divinité ,
du Pain à lafubftance defa Chair,
& qu'il est plus aifé de concevoir
GALANT. 221
que du Pain foit fa Chair , que
de concevoir que fon Humanité
foit Dieu , quoy que tous deux
inconcevables ) de mefme qu'il
n'eft pas plus difficile de croire ,
que la Toute- Puiffance de Dieu
aitfait d'un morceau de Pain ,fa
propre Chair ,fans que les efpeces
difparoiffent , que de croire que
cette mefme Toute- Puiſſance ait
faitque l'Humanitéfoit devenue
Dieu en JESUS - CHRIST ,fans
que les apparences de l'Humani
té difparuffent non plus , comme
il est arrivé lors qu'il vivoit parmy
les Hommes, & qu'ainfi il
•ne peuty avoir plus de contrarie-
T iij
222 MERCURE
S
"
té à conclure felon les Ecritures ,
que ce qui nous pareift du Pain ,
foit la Chairde Jesus - CHRIST,
que ce qui a paru que
de conclure
Homme en JESUS- CHRISTfuft
Dieu.
De tout ce raisonnement , l'on
peut inferer par une confequence
neceffaire , qu'il n'a point deu
paroiftre plus jufte aux Apoftres
d'adorer la Divinité de Jesus-
CHRIST , fous la figure Humai
ne , qu'à nous d'adorer fa Chair
comme vivifiante par le Saint
Efprit ,fous les fignes qui nous la
reprefentent , puis qu'il n'y avoit
point d'autre raifon d'adorer JEGALANT
223
sus - CHRIST lors qu'il eftoit
fur la Terre , que celle de fon union
avec la Divinité,& qu'ainfieen
adorantfa Figure Humaine,
ce n'eftoit qu'adorerfa Divinité,
unie afon Humanitépar cét Efprit
Saint.
D'où il s'enfuit que noftre adoration
dans la Sainte Eucha
ristie , ce n'est qu'adorer JESUSCHRISTfous
ce qui paroift Pain,
c'est à dire adorer le principe de
noftre fanctification
, qui eft cés
Efprit vivifiant , lequel s'unit
fe donne à nous par la Foy dans ce
Divin Miftere , & nous l'y rend
uniquement
, autant que neceffai,
T iiij
224 MERCURE
rement adorable par cette mefme
Foy , puis qu'enfin ce n'est ny le
Pain au fens des P. R. ny la
Chair dans le fens des Catholiques
qui nous fanctifient , mais
le feul Espritpar la Foy.
Ainfi les P. R. regardant , &
recevant ce Rain par la Foy,
comme reprefentant réellement
L'efprit vivifiant de Dieu , je ne
trouve aucune difficulté à luy ren
dre le mesme Culte que Sil y
eftoit au fens des Catholiques ,
Suppose qu'ils s'y trompaffent )
puifque les P. R. demeurent per
fuadez qu'ily eft par la feule cho
fe qui le rend adorable , qui estfon
GALANT. 225
Esprit vivifiant , & que là , il
fe donne à nous d'une façon toute
particuliere , ce qu'il ne fait point
ainfi dans tous les autres lieux du
Monde , quoy qu'il ne laiffe pas
de les remplir par fon Efprit , &
parfon immenfite.
Je mefers dumefine raifonnement
touchant le Sacrifice de la
Meffe , puis qu'à l'égard de Dien
( " felon l'explication que m'en
ont donnée les plus celebres Do-
Eteurs de l'Eglife Romaine ) c'eft
une Commemoration du vray
Sacrifice du Corps de JESUSCHRIST
, qu'il a luy- mefme
offertfur la Croix pour noftre Re-
✔
226 MERCURE
demption , qu'à noftre égard c'eft
une application de ce Sacrifice propitiatoire
pour la Remiffion de
nos offences, & que dans ce Sacrifice
Eucharistique , ou d'action
de Graces , cét Esprit vivifiant
eft le mefme que dans le Saint Sa
crementfous les fignes &fous les
efpeces qui nousy apparoiffent.
Voilà , Monfieur , en peu de
mots quelsfont les Motifs de ma
reunion. La fimplicité avec la
quelle je viens dé m'en expliquer,
vous parroiftra fans doute moins
proportionnée à la dignité de fon
fujet , qu'à l'ignorance des gens
de ma Profeffion ; cependant vous
GALANT. 227
ne devez pas en eftre moins tou
ché, car enfin la fimplicité ne laiffe
pas d'avoir fes graces , fur
tout dans la Religion , où vous
fçavez que laFoy quiy eftfi effen
tielle , nous demande la fimplicité
de la Colombe. Ie fouhaite done ,
que vous tous ceux qui ont
defiré comme vous , de fçavoir ce
que je vous viens d'écrire, enfoyez
autant convaincus que je le fuis ,
afin que perfuadez que vous pou
vez obeir au Roy fans pecher
contre vos confciences , vous ne
differiez pas davantage en les
mettant en repos, & vous auffi ,
à luy donner comme moy , cette
228 MERCURE
marque de vostre obeisance , &
du defir que vous devez auoir de
luy plaire , dont vous ne devez
ny ne pouvez legitimement vous
difpenfer , puifque vous le pouvez
faire fans offenfer Dieu ,
qui permet tout ce qui arrive dans
le Monde ( dont la connoiffance
des caufes luy eft refervée ) e
puis qu'enfin aprés lny , nous devons
tout au Roy qu'il nous a
donné , fur tout à un auffi
grand Roy que le nostre.
M' le Comte de Madaillan
a renfermé ces meſmes
raifons dans les Vers qui
fuivent. Il vous feront voir
V
GALANT. 229
que fon genie eft fort étendu
, & qu'il le rend capable
de tout.
SUR L'ADORATION
dans l'Eucharistie , ou l'opinion
de ceux qui la
croyent une Idolatrie couverte
, eft abfolument
dé
truite.
LE Corps du Fils de Dieu dans
Humanité
N'eftant qu'un Corps comme les nôtres
,
Ne meriteroit pas fansfa Divinité,
Plus d'Adoration qu'en meritent les
autres ,
230 MERCURE
Et mefme , quoy qu'enfin , fous mille
objets divers
Sa Divinitéfoit tracée.
C'est par fon Efprit feul qui remplit
l'Univers ,
Qu'elle remplit nos coeurs comme nôtre
pensée,
Sur tout ce qu'il a fair ,fur tout ce
qu'il a dit ,
Ce que noftre raison y trouve d'impoffible,
Sa Grace , parfon faint Efprit ,
Anoftrefoy le rend comprehenfible.
C'estpar cet Efprit Sainı quefon Humanité
,
Communique & s'unit à la Divinité;
Que d'une maniere ineffable
Son Corpshumain eft adorable ,
Et qu'ilfe donne à nous dans le Saint
Sacrement;
"Du refte quant à nous , il
n'importe
comment
GALANT. 231
Pourl'y croire adorable , il foit dans
ce Myftere ,
S'il eft vray qu'ily foit digne d'eftre
adoré
Par lafeule vertu de fon Eſprit Sa-
Babcrés,
Etfi d'une façon toute particuliere
Nous croyons qu'ilyfoit , & qu'il s'y
donne à nous
Sans raifonner fur la maniere
Nously devons adorer tous ,
Et le prier enfuite , & les uns & les
autres ,
En élevant nos coeurs & nos efprits
aux Cieux ,
Defe donnerà nous de mefme qu'aux
Apoftres ,
Et que nous puiffions tous l'y recevoir
comme eux.
Je vous parlay il y a un
232 MERCURE
mois , de quelques Conver
fions , qui n'eftoient encore
que commencées. Elles fe
font faites depuis ce temps
là. Je ne puis pourtant vous
bien affeurer , que celle de M²
de la Baftide foit de ce nombre
. Mr l'Abbé Geneft , dont
le merite vous eft connu , luy
a adreffé une Lettre en Vers,
qui paffe pour un Chef- d'oeu
vre. Quoy qu'elle foït admirable
en tout ce qu'elle contient
, je ne vous en envoyeray
que ce qui regarde le
Roy. Aprés beaucoup de forcès
failons , foutenues d'un
GALANT. 233
tour de Vers auffinaturel que
majeftueux , par lefquelles il
tâche de porter M' de la Baftide
à fe foûmettre aux Veritez
faintes qui font enſeignées
dans l'Egliſe Catholique
, voicy de quelle maniere
il luy parle .
Oy que la Probité peut choifir
pour modelle, Toy
Amy tendre , fincere, ardent , fage fidelle
Efpris rare & charmant né pour lës
grands emplois,
Et que fouvent ton Prince honora de
fon choix,
Fais de ces dons du Ciel un falutaire
usage ,
Fevrier
1686.
V
234
MERCURE
Quefa grace en ton coeur acheve fon
Ouvrage
.
Répons aux juftes voeux, au zele d'un
grand Roy,
Inftruitpar la Sagefſe, animé par la
Foyi
D'un Roy victorieux
dont l'active
prudence
Concerte
fes Projets
avec la Providence
,
Etfait que le pouvoir
n'eſt remis en
fes mains
Que pour le confacrer
“ au falut des
3 Humains
.
Tant d'Ennemis
vaincus faifoient
peu pour sa gloire,
Il trouve en fes Sujets fa plus belle
victoire .
ceux qui fans fonger à leur aveuglement
,
Dans le fein de l'Erreur dormoienr
2
negligemment
GALANT 235
Ce Roy fait éprouver l'heureufe vialence
,
Qui de ce froid fommeil tire leur
nonchalance.
A ceux qui s'égaroient fans vouloir
s'égarer,
Il offre le Flambeau qui doit les éclai
rer.
A ces coeurs endurcis que le fecours
irrite ,
Qu'une erreur obstinée entraine &
precipite
Il montre fapuiſſance, &d'un pieux
effort
Malgré leur deſeſpoir les pouffe dans
le
port
Qu'ils
ne
fe
plaignent
point
que
des
ordres
feveres
Revoquent les Edits accordez à leurs
Peres.
Si lë malheur du temps a pû les établir,
Vij
236 MERCURE
Un temps plus favorable a dû les
abolir.
Pour le repos public ces Loix furent
dictées ,
Pour le bonheur public elles font retractées.
Quand la France livrée à fon emportement
,
Dansfes fanglantes mains tenoit l'acier
fumant ,
Et d'une aveugle ardeur contre ellemefme
armée ,
Exerçoit fur fon fein fa rage envenimée
,
Les Temples de l'Erreur ſe purent és
lever,
TO LIN
Ce n'eftoir qu'à ce prix qu'on la pou
voit fauvers
Mais la mefme pitié qu'on eut alors
pour elle ,
De fes malheurs paffez la memoire
cruelle,
crite
GALANT
237
En détruiſant l'Erreur, doit faire prévenir
Ceux qui pourroient encor menacer
l'avenir,
Arracher ce levain des fureurs parricides
Qu'enfantent les Efprits de Nonveautez
avides ,
Dont les coups inhumains font d'au
tant plus mortels
Que leur acharnement croit fervir
les Autels.
Venez tous 3'achevez l'union de
firée,
Qui d'un commun bonheur nous promet
la durée 21 tea
Y
Et par qui set Eftat fi craint & fo
puifant
Doit eftre pour jamais tranquille &
florissant.
Si c'est un Sang. François qui coule
dans vos veines,
238 MERCURE
Si pour les Loix du Ciel , fi pour les
Loix humaines ,
Si pour voftre Pays , pour vous , pour
vos Neveux ,
Foftre esprit peut jamais former d'u
tiles voeux,
Qu'au pied des vrais Autels voftre
retour fincere
Prefente de vos caurs l'hommage vo
lontaire ;
"
Qu'un tendre amourfuccede à vôtre
injufte effroy ,
LOUIS agit pour vous plus en Pere
qu'un Roy.
Forcé dans fes rigueurs , contraint
dans fes menaces ,
Sa main eftbien plus propre à répandre
des graces.
Réunis avec nous dans une aimable
paix
Fenez nous difputer l'honneur de fes
bienfaits.io do teka
GALANT. 239
Bien-tost de ce grand Roy la bonté
genereufe
Ne fera de l'Estat qu'une Famille
beurenfe,
Et nous va tous combler de ces biens.
precieux ,
~Qu'à fon augufte . Regne ont refervé
les Cieux.
On m'écrit
d'Abbeville que
tous les Pretendus Reformez:
s'yfont convertis , & qu'on
ne peut rien ajoûter au zele
que le Pere Marcel de Paris,
Capucin Miffionnaire
,a fait
paroiftre en cette rencontre.
Il a receu l'Abjuration
de
toute la Nobleffe de la Ville
& des environs , & n'a laiffé
240 MERCURE
aucun Religionnaire
à Saint
Valery , fur les autres coftes
de la Mer , dans le Ponthieu,
& dans le Vimeux.
La deftruction de l'Herefie
eft un fi grand fujet de
joye pour l'Eglife , qu'on a
commencé dans plufieurs
Villes du Royaume à rendre
des graces folemnelles à
Dieu pour l'entiere Converfion
des Proteftans de ces
mefmes Villes . En attendant
que j'aye reeeu les Memor
res que l'on m'en
l'on m'en promet
,
je vous diray que le Dimanche
17. de ce mois , on fit
pour
GALANT. 241
pour cela une Ceremonie,
éclatante dans l'Abbaye
Royale de Saint Pierre de
Corbie. Le jour precedent
l'on defcendit avec beaucoup
de folemnité la Chaſſe
de l'Abbé Pafchaſe quia tant
écrit contre les Heretiques
,
& on la pofa entre plufieurs
Cierges toûjours allumez fur
une Table richement parée
au milieu du Choeur , pour
eftre portée à la Proceffion
Generale , qui fut annoncée
le foir pour le lendemain par
toutes les Cloches du gros
Clocher, quoy qu'elle l'euft
Fevrier 1686.
X
:
.:
242 MERCURE
déja efté deux jours auparavant
au fon des Tambours
par ordre de Mrs de Ville
afin que les rues fe trouvaf
fent nettes & tenduës de Ta
pifferies. Ce jour là un treshabile
Predicateur fit un excellent
Difcours fur le fujet
de cette Ceremonie , & a
prés les Vefpres la Proceffion
fortit de l'Eglife. Quatre
Diacres en Tuniques porterent
la Chaffe , & le grand
Prieur de l'Abbaye porta le
Saint Sacrement fous un ma
gnifique Dais , dont les bâtons
furent foûtenus par
GALANT. 243
quatre Echevins . Il eftoit accompagné
d'un Diacre &
d'un Sous - diacre , & quatre
Chantres eftoient au milieu
du Choeur.Mrs de Ville y affifterent
en Corps , & l'on y
vit toute la jeuneffe fous les
Armes. Les Tambours la
precedoient , & les Violons
marcherent avec les Chan
tres . A chaque Repofoir où
l'on s'arrefta , il y cut plufieurs
décharges
de coups
Moufquet. Le Te Deum fut
chanté folemnellement
au
retour de la Proceffion , pende
dant laquelle toutes les Clo
ches fonnerent . Xij
244 MERCURE
1
2
Le Roy par cet amour paternel
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
Je reçois avis tout preſentement
, que le Dimanche
troifiéme jour de ce mois ,
GALANT. 259
M l'Evefque d'Amiens fit
chanter le Te Deum dans fa
Cathedrale, pour rendre gra .
ces à Dieu de l'entiere Converfion
des Religionnaires
de fon Dioceſe . Cette Action
fut précedée d'une Meffe fo
lemnelle où ce Prelat officia,
& où tous les Corps de Ville
affifterent. On en celebrera
une pareille à perpetuité ,
avec une Oraifon particulie
re pour le Roy. M' Chauvelin
Intendant de Picardie &
d'Artois, qui s'eft acquistant
de gloire dans l'Intendance
de la Franche- Comté , qu'il
Y ij
260 MERCURE
こ
a exercée pendant neuf ans,
a beaucoup contribué à executer
les Intentions du Roy,
par les voyes de fageffe & de
douceur qu'il a employées.
L'effet en a efté fi heureux ,
que de plus de cinq mille
Proteftans qui eftoient dans
fon Departement , il n'en refte
plus aucun. Ses foins ont
encore beaucoup aidé à la
conver fion d'un grand nombre
d'Etrangers qui avoient
deffein de fe retirer. Des Ecclefiaftiques
choifis , & fur
out des Jefuites & des Capuinsont
travaillé à l'InftrucGALANT
261
tion de ces nouveaux Convertis
. Je ne vous dis rien du
zele de M. l'Evefque d'Amiens.
Il ne fe preſente aucune
occafion de l'employer
pour l'intereft de l'Eglife , ou
pour la gloire du Roy , qu'il
nele faffe éclater avec beaucoup
d'avantage. Comme
vous devez avoir entendu
parler de fa Lettre Paſtorale,
j'en ay recouvré une Copie,
quevous trouverez dans la fe
conde Partie de cette Lettre.
Je vous envoye un Madrigal
, que M' Vignier a fait
pour une Dame de la Reli
262 MERCURE
gion Pretenduë Reformée ,
qui fongeant à s'échaper du
Royaume , luy demanda une
Fuite de noftre Seigneur en
Egypte, d'aprés le Pouffin . Il
accompagna ce preſent des
Vers qui fuivent.
Oicy les Fugitifs que vous me
demandez , }
Lenr fuite n'eft pas un mistere
Qui puiffe autorifer ce que vous
voulez faire ,
Ny vous faire efperer ce que vous
attendez.
De fortir du Royaume , Iris , perdez
l'envie ,
Tous trois fuyoient la Mort ,
vous fuiriez la Vie.
GALANT. 263
J'ay fceu que la Dame ne
parle plus de fe retirer, & que
donnant tous fes foins à fe
faire inſtruire , elle fe fert de
ce Madrigal , pour engager
ceux qu'elle voitencore dans
l'aveuglement où elle eſtoit,
à imiter fon exemple. Les
Converfions ont donné lieu
à cet autre Madrigal , qu'on
a tourné d'une maniere galante.
L
A France fous LOUIS, prend
des faces nouvelles ,
Plus de Schifme, plus de Calvin ;
Il n'eft plus d'Heretique enfin,
Mais il eft bien encor , Iris , des
Infidelles.
264 MERCURE
Il a paru un Ecrit plein de
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
Je vous envoye un ſecond
Air , que les Connoiffeurs ef
timent forthians
-AIR NOUVEAU.
L
Es charmes d'un repas.
Ne font pas bornez à manger
201013& boire ; *
A a ij
284 MERCURE
Si l'on m'en veut croire
Nous y meflerons toûjours d'autres
appas ,
que
les
Le gouft feul en auroit - il la gloire ?
Non , non , il faut bien
yeux
Soient regalez à table
De quelque Objet aimable,
Le repas en vandra mieux.
La France n'eftant jamais
fterile de Nouvelles , & particulierement
fous le Regne
d'un Roy , dont les moindres
actions fourniffent tous les
jours dequoy embellir l'Hiftoire
, vous ne devez pas
vous eftonner s'il m'échappe
quelquefois des Articles
GALANT. 285
confiderables , & fur tout depuis
que j'ay eu à vous entretenir
du grand nobre deConverfions
qui fe font faites ;
C'est ce qui eft cauſe que je
ne vous ay point encore parlé
du Mariage de Mele Mar
quis de Thiange avec Mademoiſelle
de la Roche Giffart.
Sije ne vous en apprends pas
la premiere nouvelle , je me
ferviray du moins de l'occafion
que ce Mariage me
donne d'entrer dans quelque
détail fur la Maifon de Thiange
dont je ne vous ay encore
rien dit . Elle est fort an
2
286 MERCURE
cienne. Quelques Autheurs
tiennent qu'elle vient des
Rois de Damas . D'autres pretendent
que plufieurs de cette
Famille ayant fait leVoyage
de la Terre Sainte , avec
Godefroy de Bouillon , &
ayant conquis la Province
de Damafie , le nom de Damas
leur fut donné à leur re
tour en France. C'eft ce
qu'en a écrit Geliot. Il y eut
un Jean de Damas , Seigneur
de Marcilly marié en 1472.
avec Anne deDigoine Dame
de Thiange, dont il eut Geor
ges de Damas Seigneur de
GALANT. 287
Marcilly , & de Thiange ,
qui épousa Jeanne de Rochechouart
, Dame d'Yvoy , Fille
de François de Roche.
chouart Seigneur de Chandenier.
Ainfi il y a déja long
temps que les Maifons de
Damas , & de Rochechouart
font alliées. Le grand- Pere
de celuy qui vient d'époufer
Mademoiſelle de la Roche
Giffart eftoit Charles de
Damas Marquis de Thian
ges , Marefchal des Camps
& Armées du Roy , Lieutenant
General des Païs de
Breffe , & de Charolois. Son
288 MERCURE
Pere eft Claude Leonard ,
Marquis de Thiange en
Bourgogne , & Comte de
Chalencey en Champagne.
M' le Marquis de Thiange
nouveau marié , eft fort bien
fait,& poffede toutes les qualitez
qu'un homme de fa
naiffance doit avoir. Il a de
l'efprit , & la maniere dont il
a commencé à fe diftinguer,
fait affez connoiftre qu'il a
le coeur entierement porté à
la gloire. Il eftoit Volontaire
au Siege de Luxembourg ,
où il recût une contufion
affez confiderable pour l'em
pefcher
GALANT. 289
pas
;
peſcher de s'expofer de nou
veau mais il la cacha de
crainte qu'on ne luy permiſt
de retourner aux endroits
où l'appelloit l'impatiente
ardeur de fe fignaler.
Madame la Marquise de
Thiange fa Mere , eft Fille
de Meffire Gabriel de Rochechouart
, Duc de Mortemart
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy ,
premier Gentilhomme defa
Chambre , & Gouverneur de
Paris . Il eftoit Fils de Gafpard
de Rochechouart & de
Loüife Comteffe de Maure,
Février 1686 . Bb
290 MERCURE
Fille de Charles Comte de
Maure , & de Diane d'Efcars
Princeffe de Carancy. La
Maifon de Rochechouart eft
fortie des anciens Comtes
de Limoges , & ce qu'il eft
prefque impoffible de trouver
dans aucune autre elle
a produit ſix Branches illuftres,
dont le dénombrement
demanderoit un Volume ;
fur tout fi je vous parlois des
Alliances & des Dignitez
qui s'y rencontrent . Je vous
diray feulement que dans ce
que nous voyons aujourd'huy
à la Cour de la BranGALANT.
291
che dont je vous parle , on
trouve , outre tous les avantages
que donne une naiſſance
auffi illuftre qu'ancienne ,
de l'efprit , de la valeur , de
la politeffe , de la grandeur
d'Ame , de la galanterie , &
du bon gouft . Quant à Mademoifelle
de la Roche Giffart
, qui eft d'une fort bonne
Maiſon de Bretagne , elle
eft bien faite , & tous ceux
qui la connoiffent particulie
rement affurent qu'elle a l'ef
prit encore mieux fait que le
corps.
Mr Hervart,dont je vous
Bb ij
292
MERCURE
ay appris la Converfion , Fils
de feu Mr Hervart Intendant
des Finances , a épousé une
Fille de M' de Bretonvilliers
Prefident à la Chambre des
Comptes de Paris . Milles
belles qualitez qui brillent
en cette aimable Perfonne ,
luy ont fait meriter une eſti,
me generale. Les prefens de
Noce qu'elle a receus de M
Hervart font d'une magnificence
finguliere
,
d
Plufieurs divertiffemens ayant
efté ordonnez pour occuper la
Cour , pendant le féjour que Sa
Majefté devoit faire à Fontainebleau
fur la fin de l'Efté dernier ,
GALANT. 293
་
on y dança le Balet intitulé le
Temple de la Paix . C'eftoit le premier
que l'on avoit destiné pour
y paroiftre . Quoy qu'il n'euft pas
efté prepare fur le pied des Opera ,
dont le Roy régale la Cour tous
les Hyvers, comme on ne sçauroit
rien faire en France qui n'ait
du grand , quand mefme on a
refolu de ne donner que de fimples
Mafcarades , ce Balet parut
fi beau , & l'on trouva que M' de
Lully avoit fi bien reüffi en tout
sce qui eftoit de luy dans cet Ouvrage
, que non feulement il n'y
eut point d'autre Divertiffement
à Fontaine bleau , mais que ce
mefme Balet fut encore dancé
plufieurs fois à Verfailles au com.
mencement de cét Hyver , de
forte qu'on n'y a commencé les
Bb iij
294 MERCURE
Reprefentations du Baler de la tenneffe
que le 28. de Janvier ; quoy
qu'on y cuft travaillé dans le deffein
de le dancer à Fontainebleau,
Tous les Airs de ce Balet font de
M' de la Lande , l'un des quatre
Maîtres de Mufique de la Chapelle
du Roy, où l'on a fouvent chanté
des Ouvrages de fa compofi .
tion qui ont recû de grands applaudiffemens
; il en a fait auffi
beaucoup qui ont diverty dans
le particulier , n'eftant point faits
pour des fpectacles . Le Balet de
la Jeuneffe eft le premier qu'ait
fait M'de la Lande , & peut eftre
que c'eſt le premier début des
Ouvrages de cette nature qui aie
efté d'un auffi bon goult Ce
Balet ayant efté executé par la
Mufique du Roy , & M'de Beaus
GALANT 295
champ en ayant fait les Entrées,
ne pouvoit manquer de plaire ; &
ce qui faifoit encore une agreable
varieté dans ce fpectacle , c'eft
qu'il eftoit fait de maniere que
l'on y pouvoit toûjours mefler
une Comedie en trois A&tes . Ainfion
y en a meflé deux nouvelle
pendant le cours de ce Divertif
fement. Elles eftoient de l'Autheur
des Vers du Balet , aufquels
Mr Quinaut n'a point travaillé.
Il eftoit alors occupé pàr
ordre du Roy à achever l'Opera
d'Armide qui avoit efté commandé
d'abord pour Verſailles . Com
me il n'a pu y cftre reprefenté ,
à caufe de l'autre Divertiffement
qu'on a commencé plus tard que
l'on ne croyoit , il a paru à Paris
dans les derniers jours du Carna-
Bb iiij
296 MERCURE
val fur le Theatre Royal de Mu
fique , avec le fuccés qui fuit tous
ces grands Spectacles. Monfei
gneur le Dauphin honora de fa
prefence la premiere Reprefen ..
tation qui en fut faite. Les paro
les en font trouvées tres dignes
de leur Autheur , ce qui eft rout
dire puis qu'il excelle dans les Ou.
vrages de cette nature. Chacun
cft charmé de la Simphonie & de
la Mufique . Ce qu'il y a de Speftacle
a paru grand & nouveau ,
& fur tout le Theatre qui fe brife,
Il eft de l'Invention de M' Bertin
Deffinateur du Cabinet du Roy.
On s'eft fort recrié fur la beauté
de toures les parties qui compo.
fent le cinquiéme Acte de cét O
pera .
Madame de Riants eft morte
GALANT. 297
dés le commencement de ce mois .
Elle estoit veuve d'un Lieutenant
General de Troyes , avant qu'el
le époufaft M' de Riants , Procureur
du Roy au Chaſteler.
Dame Ane du Roure Comtef.
fe de Canaples eſt morte auſſi des
puis peu de jours . Elle eftoit Nie."
ce du Conneſtable de Luynes į
Fille de Claude Seigneur de Bonneval
& de Combalet, & de Marie
d'Albert- Luynes , & veuve de
Charles , Sire de Crequi , Comte
de Canaples , Mestre de Camp
du Regiment des Gardes , mort
à Chambery en 1630. d'une blef
fure qu'il avoit receuë au Sicge
de cette Place . Il eftoit Frere de
M' le Duc de Lefdiguieres Gou.
verneur de Dauphiné , Pere du
Duc de ce nom , appellé fi long
298 MERCURE
temps le Comte de Sault, & mort
depuis cinq ou fix années . Madame
la Comteffe de Canaples
a laiffé trois Fils , qui font M le
Duc de Crequy premier Centilhomme
de la Chambre , & Gouverneur
de Paris , M le Comte
de Canaples , & M ' de Crequy ,
Marefchal de France.
Vous aurez fceu le malheureux
accident qui a terminé la vie de
M' Nicolai , Marquis de Gouf
fainville , premier Prefident en la
Chambre des Comptes de Paris.
Il mourut en fa Maifon de Prefle
le 20. de ce mois. Il eftoit veuf
de Dame .... Fieubet , & n'avoit
eu qu'une Soeur qui eftoit feue
Madame la Marquife de Vardes .
C'eftoit un homme d'un tresgrand
fçavoir , à qui l'éloquence
GALANT. 299
eftoitnaturelle . Le Roy en con
fideration de fes fervices a donné
fa Charge à M' Nicolai fon Fils,
Avocat General dans la meſme
Chambre , quoy qu'il foit encore
dans un âge fort: peu avancé.
C'eft le feptiéme de cette Famille
qui l'ait poffedée de Pere en Fils .
Jean Nicolai Confeiller au Parlement
de Touloufe , vivoit fous
le Regne de Charles VIIE
qui eftant informé de fon merite
, voulut qu'il l'accompagnat
au - Voyage de Naples ; il l'employa
en plufieurs negociations
importantes auprés des Princes
d'Italie & lors qu'il eut conquis
ce Royaume , il l'y laiffa en
qualité de fon Chancelier. Aprés
la perte de cét Eftat , Jean Nicolai
revint en France , & continua
3
300 MERCURE
fes fervices à Louis XII. qui le
fitMaistre des Requeſtes en 1504.
& l'année fuivante premier Pre
fident en la Chambre des Comptes
. Aimar fon Fils luy fucceda
en1518 . Antoine Fils d'Aimar en
1555. Jean Fils d'Antoine en 1587.
Jean Fils de Jean en 1610. Nicolas
Fils de Jean en 1656. C'eſt celuỷ
qui vient de mourir , & qui a laiſ
fé Jean Aimar fon Fils , que Sa
Majefté a gratifié de la mefme
Charge.
Ces morts ont efté fuivies de
celle de Meffire Godefroy d'Eftrades
Marefchal de France ,
Gouverneur de Dunkerque ,
Maire perpetuel de la Ville de
Bordeaux & Gouverneur de
Monfieur le Duc de Chartres. II
eft mortau Palais Royal , âgé de
GALANT. 301
quatre -vingt ans. Il eftoit Fils de
François d'Eftrades , qui a efté
Gouverneur de Mis de Mercoeur ,
& deBeaufort . Il a eu deDame
Dallier, Fille deM ' du Pin , Loüis
Marquis d'Eftrades , Jean François
,dit l'Abbé d'Eftrades ,Jofeph
Chevalier , Gabriel, & Marie- Anne,
Demoiſelle d'Eftrades. Il avoit
époufé en fecondes Nopces Dame
Marie d'Aligre , Veuve de M¹ de
Vertamont , Maistre des Requêtes
. Je vous parleray de luy plus
amplement dans ma Lettre du
mois prochain..
Le temps limité au 20. de ce
mois touchant le Problême que
je vous ay envoyé dans ma Let
tre de Janvier , a efté prolongé
jufqu'au 6. de Mars , à cauſe de
quelque incommodité furvenuë
302 MERCURE
·
en ce temps là au Pere Meron . Le
Notaire n'ayant point voulu accepter
la Monftre , elle a esté
mife entre les mains de M. Ar
quin Horloger à la Trinité , pour
eftre délivrée à celuy à qui le
Prix fera adjugé. Me Blanc
expliquera dans fa Geometrie l'utilité
de ce Problême en la pratique
du Toifé , & fera voir qu'il
contient & la Theorie & la Pratique
, ce qui defabufera ceux qui
le méprifent , n'ayant que de la
Pratique fans Theorie , ou de la
Theorie fans Pratique.
-
L'approbation univerfelle qu'a
eu M'Pafferat, un des plus fameux
Chirurgiens de Paris , dans une
Anatomie publique qu'il a faite
-pour fatisfaire à quelque obliga
tion de la Communauté, m'oblige
GALANT. 303
à vous dire que jamais homme de
cette Profeffion n'a pouffé plus
loin que luy l'élegance du Dif-
Cours Anatomique. Il a fait voir
fenfiblement en quoy les anciens
Auteurs fe font mépris aufujet de
l'ufage des principales parties du
Corps humain,&a mefme efté juf
qu'à détruire la plus grande partie
des Siſtemes des Novateurs , fans
que perfonne ait encore formé
aucune oppofition à ceux qu'il a
avancez. Comme apparément on
y répondra, ce fera dequoy mefler
dans mes Lettres des Articles cu
rieux fur cette matiere . Il faut que
ce fçavant Homme ait pénetré
dans l'interieur du Corps vivant
de l'Homme , & qu'il y ait veu à
quelle fonction chacune des par.
ties y eft deftinée ; ce qu'on n'a
304 MERCURE
$
4
W
pú ny dû ' croire jufqu'à prefent
que par conjecture , puifque le
coeur & le foye , qui font felon
l'ancienne Medecine les principes
de noftre vie , ne font plus
aujourd'huy que de fimples parties
du Corps comme il l'a fait
voir. Je vous dis ce qu'il a dit , laif
fant aux habiles du Meſtier à
décider s'il a dit vray ou non . L'af
faire eft d'une nature à ne devoir
eftre jugée que par eux ; mais il
eft certain qu'on ne fçauroit
mieux parler qu'a fait Mr Pafferat
, n'y s'attirer plus d'applandif
femens . On me promet un Ex.
trait de fon Difcours , dont je ne
manqueray pas à vous faire part
fion me le donne.
On m'a fait connoistre que
l'une des deux, Enigmes du der
·
GALANT . 305
ز
nier mois eftoit imprimée dans
un recueil de Mr Cotin . Comme
il y a des Devineurs de bonne foy
qui ne l'ont pas veuë dans ce recueil
,j'en vais mettre icy les noms.
La Femme & la toile d'Araignée
étoient les vrais mots de ces Enigmes.
Ceux qui ont trouvé le fens
de toutes les deux , font Mrs Leger
de la Verbiffonne ; Vignier ; Le
Chevalier de Mazeres le Petit
Colin de Pethiviers , C. H. D. B.
Le Coq de Lyon Varlet Do.
eur dela Faculté de Medecine
´en l'Univerfité d'Angers Locdipe
François l'Arcange de Bourbon
l'Archambault ; Amant de
Climene , La jeune blonde , ou
la Belle Veuve de la rue des Singes
; La Veuve d'Achille de la
Porte Saint Denys ; L'Indifferen
Février 1686. Cc
ز
306 MERCURE
3
te du mefme quarrier ; L'Amante
d'un gros Garçon ; Le jeune Air
mant de la Belle Parmis , L'A.
mant fans Amante L'Ouvrier
fans pareil , l'Amant de la Belle
de la Ville de Paris ; L'Amant
incurable ou deſefperé ; Toinon
de la Rouë , Le Berger difcret
de la Bergere Fidelle.
Voicy les noms de ceux qui
n'ont deviné que la Toile d'Araignée
; Ms le Baron de Contigny,
P. G. de Loches ; l'Abbé Meufnier
de la Porte de Paris ; de Bacq
Greffier d'Amiens ; Dazegat de
la Ville d'Arles Carrier de
Roüen ; Bechu de Nantes de
laSabloniere de Rhetel en Champagne
, Cadet dans la Compagnie
des Gentilshommes de la
Citadelle de Valencienne ; Dou-
ز
;
GALANT. 307
glan Anglois , de Caën , L'Abbé
Moles Chanoine de faint Mar
tin de Cournon en Auvergne
Pellerin d'Offouville , de la ruë
de la Harpe , Raut de Rouen ;
Bouchet ancien Curé de Nogent
le Roy , C. F. Lourdet du quar
tier de la Place Maubert ; I. L.
Foucault , la Tronche de Roüen ;
De la Vinaudiere Grilleau de
Nantes , Meſdemoiſelles de Ceffes
de Bethune , Penfionnaire à
Beaumont prés de Tours ; Cato
du Boquet prés de Chartres S
Catin H. Marion Bariban de
Toul , Petit , la Spirituelle de la
rue Saint Denys ; le Complaifant
de la mefme rue ; le jeune Ecclefiaftique
de la rue Saint Laurent
de Rouen ; le veritable Jacques
de Taverny ; les charmantes
Cc ij
308 MERCURE
1:
Carbonnets ; la belle Margoton
d'Amiens M. G. H. la belle
Taille de la rue Saint Denys
Alcidor & Gigés du Havre , la
Ragoûtante du quartierde Mont_
martre , la belle Nouriture , Her
mophile du Hoc , la petite Affem .
blée A. la petite Affemblée G. &
Silvie du Havre.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere eft de M.
Rault , de Rouen .
ENIGME
E fuis jaune , blanc , verd , noir ,
gris , rouge , ou cendré,
JE
On de quelques couleurs plus rares;
Si la mode aime les bizarres ,
Je me plais à la fuivre , & m'ajuſte
àfon gré.
GALANT 309
Ca
Mais c'est bien une autre merveille;
Je fuis court , long, haut, plat, rond",
par quarts , ou pointu ,
Fayfouvent, ou n'aypoint d'oreille,
Et mon ufage fait connoître ma vèrtu.
BA
Quelquefois auffi lon me donne
Une Compagne , ou Compagnon ;
C'eſt felon que l'âge l'ordonne,
Ou pour me rendre plus mignon.
1
♡
Si je defigne un rangsupréme,
Op du moins un honneur nouveauz
J'ay ce que l'on craint d'avoirmesme
,
Et qui ne veut point d'écriteau.
CO
~Le Bifayeul , l'Ayeûl , & le Pere &la
Mere,
Le grand & le petit Enfant,
310 MERCURE
で
Le Gendre, la Bru, l'Oncle, & la Soeur
& le Frere,
Le Neveu , le Coufin m'aiment également.
De Pere en Fils, de Mere en Fille,
Ils me cheriffent à leur tour ;
Enfin tous ceux de la Famille,
Me cheriront encor tant la nuit que
le
jour.
Mais de plus , c'est dés leur naiffance,
Que naift cet amour envers moy;
Devinez donc un peu pourquoy ,
l'ayfur eux tous tant de puiſſance.
AUTRE ENIGME.
V
Oulez- vous fçavoir d'où je
fors,
Comment je fuis bafty , quel eſt mon
miniftere ?"
1
GALANT. 31
Sur ces trois points il faut vousfatisfaire.
Divers membres forment mon corps
Tous de figure irreguliere.
Celuy qui me produit cft toûjours un
Seigneur >
Par fon rang diftingué des autres.
Ie fuis Pape ou Martyr, ou Vierge , ou
Confeffeur,
I'ay mefme fouvent le bonheur
D'eftre du nombre des Apostres,
Quoy que jefois parmy
bonds ,
des vaga-
Qui n'ont de Dieu ny l'amour ny la
crainte ,
Ma fainteté n'en reçoit point d'atteinte
,
Et je fuis faint chez eux ainfi que
chez les bons.
le n'ay pour Parain que mon Pere,
Il me change mon nom fi - tost que le
Soleil
312 MERCURE
1
Paffe dans un autre Hemisphere ,
Ce changement eft mefme neceffaire
Pour le faire dormir d'un tranquille
Sommeil,
Croirez - vous bien ce que je vals
vous dire ?
Sur des pieds empruntez je cours, toute
la nuit,
C'eft fous mon nom qu'en repos il
respire ;
Enfin fans force & fans valeur
te le defends des tranfports de fu
reur
D'un ennemy qui cherche à le détruire.
J'ay peu de choſes à vous dire
des Divertiffemens du Carnaval.
Je vous ay déja parlé de ceux de
la Cour , où le Temple de la Paix
a efté repreſenté tous les Lundis
jufqu'au
GALANT. 313
juſqu'au 28. de Janvier , qu'on y a
dancé le Balet de la Jeuneffe tous
les autres Lundis jufques au Carefme.
Les autres Divertiffemens
de chaque femaine ont efté de
trois manieres . Il y a eu Comedie
Françoife & Italienne , entre lef
quelles on a tenu les Appartemens
. Monfeigneur le Dauphin,
& Monfieur, ont efté en plufieurs
Bals , fi bien deguifez , que fort
fouvent on ne les a pas recon-
Hus . Enfin on peut dire que cette
longue fuite de plaifirs en a formé
un continuel . Il fembloit que l'indifpofition
du Roy y duft mettre
obſtacle ; mais comme elle a efté
fans aucun danger , ce Prince s'eſt
fait une joye de voir fa Cour toute
occupée à fe divertir dans le
temps qu'il travailloit. Ainfi il
Fevrier 1686. Dd
314 MERCURE
s'eft toûjours également appli
qué au loin des affaires de fon
Etat , & tous les Confeils fe font
tenus comme de coûtume. La
groffeffe de Madame la Dau,
phine a efté cauſe que cette Princeffe
s'eft privée de beaucoup de
plaifirs,
Les Divertiffemens de Paris
outre l'Opera d'Armide , ont efté
Alcibiade , dont les Repreſenta
tions continuent encore,& Hom•
meàbonne Fortune , qui eft un Por,
trait fort naturel , & tres bien
touché des Perfonnes de ce caractere
. Il y a eu quantité de
Bals , & l'on s'eft tres-agreable .
ment diverty, en plufieurs Mai.
fons particulieresovej
C'eft par la negligence d'un
Graveur , que je ne vous envoye
.023: nohu . A
GALANT. 315
point encore aujourd'huy les Entretiens
fur la Pluralité des Mondes
de l'Autheur des Dialogues
des Morts . La Planche qui doir
reprefenter les Planetes, felon la
diſtance où elle font du Soleil ,
n'a pû eftre prefte . J'efpere vous
envoyer ce Livre au premier jour.
Il eft extremément attendu , &
je ne doute point que les Sçavans
de voftre Province n'en
foient fatisfaits . Je fuis , Madame,
voltre , & c.
A Paris , ce 28. Fevrier 1686.
A VIS.
On croit devoir encore avertir icy, que
le Volume de ce mois eft divisé en deux .
Parties. Le grand mouvement qui s'eft
Dd ij
316 MERCURE
fait en France , à l'occafion des Affaires
de la Religion fait la principale matiere
de l'une & de l'autre. Comme les chofes
dont on n'a point feen les particularitez,
font encore nouvelles quand on les ap
prend , on en trouvera de cette nature
dans la feconde Partie , & fur tout une
Relation exacte de tout ce qui s'eft paße
la veille de la Démolition du Temple de
Charenton & le lendemain ; la maniere
dont le Temple fut demoly , avec une Def
cription & une Figure de ce mefme Temple
; des Lettres écrites au Roy , parmy
le quelles il s'en trouve une du Roy de
Perfe ; plufieurs Eloges entiers de Sa Mar
jefté , prononcez en public , & quantité
d'Ouvrages fur la Religion , & de Sonnets,
Madrigaux & Deviſes à la gloire
du Roy, fur le mefmefujet . Ilya de plus
une Hiftoire , qui pouvoit remplir feule un
Volume digne de la curiofité du Public ,
parce que le fujet en eft fi nouveau , qu'on
peut dire qu'elle eft l'unique de ce caracte
re qu'on ait encore venë. Elle regarde auſſi
GALANT. 317
La Religion ; & quoy que tout s'y paffe
avec la galanterie ordinaire entre les A
mans , la diverfité de leur Religion , fait
que les points de Controverfe les plus délicats
,y font traitez d'une maniere fi clairefi
debaraffée des grands & longs raifonnemens
des Livres qui ne traitent que
de cette feule matiere , que ceux qui ne
l'aiment point , & n'en lifent jamais y peuvent
prendre plaifir. Ilya dans la mesme
Hiftoire , un Ecrit touchant la Religion,
composé parun grand Prince, & trouvé a
pré's fa mort dans l'une de ſes Caffettes.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
PRelation
Relation de tout ce qui s'eft paßé à
Saint Gervais , le jour des Obfeques
de Mr le Chancelier.
Panegyrique de Saint Charlemagne ,
prononcé par Mr Godean , felon la
Fondation faite par Mrdu Boulay. 14
Le Poëte rebuté, Caprice. 25
Détail de l'Academie des belles Lettres
, établie à Nifmes. 31
Les Pefcheurs ou la Table d'or, Conte
tiré de Diogene Laërce. 45
Thefes dediées à Monfieur le Duc de
Bourbon , avec l'Epitre adreffée à ce
Prince , & tout ce qui s'eft paẞé en
cette occafion.
Morts.
Vers libres à Tirfis.
54
62
64
Remede donné au Roy par le Prieur
TABLE.
de Cabrieres.
Livre de Mr Portal.
69
82
Mademoiselle d' Antigny prend l'Habit.
des Filles de Sainte Marie.
Vers fur le
Mariage..
Hiftoire.
84
88
98
Prife de poffeffion de la Charge de Prefident
Chef du Confeil d'Artois , par
Mr de Prefontaine.
129
Difcours prononcé par Mr de Corbe
ron , Procureur General du Parle
ment de Mets , à l'ouverture du Se
meftre de ce Parlement.
Roys Declarations du Roy.
AĪZI
137
Eloge du Roy, prononcé par le Pere
Cloner , Minime... 146
Cloche fondue à Rouen , pour accompa
gner la Cloche nommée Georges d' Am-
162
170
baife
Mr Charlet
eft recen Maistre
d'Ho-
Stel du Roy.
Service
celebre en L'Eglife de Sorbond
ne, pour feu Mr le Chancelier
17,
Ce qui s'eft paßé au Parlement
à l'en
TABLE.
177
181
registrement des Lettres du Chancelier
de Boucherat.
Epigrammes fur le Nom & fur les Armes
de Mr de Boucherat."
Mr Forant eft nommé Chef d'Eſcadre
des Armées Navales du Roy , à
la place de feu Mr le Chevalier de
Sourdis.
t
Autres Morts.
183
184
Converfions faites depuis le mois dernier.
192
Lettre de Mr le Comte de Madail-
1 lan de Lefpare , fur les Motifs de
eunion à l'Eglife Romaine. 216
Vers de Mr l'Abbé Geneft. 233
Actions de graces rendues à Dien , à
Corbie. 240
Edit de Monfieur le Duc de Savoye,
qui défend dans fes Etats l'exercice
de la R. P. R.
245
202
Madrigaux.
Réponſe des nouveaux Convertis , à
un Ecrit d'un Miniftre. 265
Mariage de Mr le Marquis de Thiange,
TABLE
avec Mademoiselle de la Roche-Giffart.
284
Mariage de Mr Hervart , avec Mademoifelle
de Bretonvilliers. 291
Ballet de la Jeunesse , par Mr de la
Lande. 292
Mort de Madame de Riants. 296
Mort de Madame la Comteffe de Cana-
-ples.
Mort de Mrle Profident Nicolai. 2981
Mort de Mr le Mareschal d'Eftrades. 2
297
300
Solution du Probleme , remiſe au 6 de
Mars.
301
Difcours Anatomique , prononcé par Mr
- Pafferat. 302
Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes.
305
Enigme.
308
Autre Enigme.
Divertiffemens
du Carnaval.
310
312
Fin de la Table.
Ee
Avis pour placer les Figures.
Lin
' Air qui commence par Quand le
Printemps dans les champs nous appelle,
doit regarder la page 86.
Les Jetons doivent regarder la page
188.
L'Air qui commence par Les char--
mes d'un repas , doit regarder la page
283
Extrait du Privilege du Roy.
Pchville,le 13. Juillet 1683. Signé, Par Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , JuNQUIERES. Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer , vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT, & generalemene tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
faire imprimer,vendre & debiter ledit Livre,
nygraver aucunes Planches fervant à l'ornement
d'icelay , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans , ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé, ANGOT , Syndic.
Ledit Sieur DIVIZE ' a cedé fon droit du
préfent Privilege à C. Blageart , Imprimeur-
Libraire , pour ca jouir fuivant l'accord fait
entr'eux .
<36624555130012
Bayer. Staatsbibliothek
33
1
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1686 .
DIVISE' EN DEUX PARTIES.
AV PALAIS.
A PARIS ,
Onouveau du Mercure Galant le
N donnera toûjours un Volume
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez la Yeuve C. BLAGEART , Courts
Neuve du Palais , AU DAUPHIN .
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie.
M. DC . LXXXVI.
VEC PRIVILEGE DV ROI,
Bayed che
Staatsbibliothek
München
*****D***
AVIS.
4
Ly a long- temps
que non feulement
on ne trou-
J
ve plus rien pour
perfec-,
tionner les Arts , & les
Sciences
mais
encore
pour faciliter
aux hommes
les moyens de s'inftruire
à peu de frais de
tout ce qui arrive de jour ,
enjour
touchant ces Arts ,
&
d'apprendre ce qui fe
* ij
AVIS.
,
paſſe dans toute la Terre
parmy le Monde Politique
& Galant. On eftoit
mefme perfuadé qu'on ne
pouvoit plus rien trouver
de nouveau là deffus , &
on le feroit encore , fi
quelquasperfonnes
diftinguées
dans leurs Provinces
, & quelques Etrangers
n'avoient
fait connoiftre
le contraire , en
demandant
ce qu'on n'a
crù leur devoir accorder
qu'aprés avoir connu par
AVIS.
leurs Lettres fort fouvent
reiterées , leur perfeverance
à fouhaiter toûjours
ce qu'ils avoient
demandé. Ils ont prié
que l'on donnaſt tous les
mois une Lifte des belles
Eftampes qui fe gravent ,'
& des Tableaux fur lefquels
on les tire , avec
les Noms des Graveurs ,
& du Marchand qui les
débite , le prix des mefmes
Eftampes , & plufieurs
autres chofes qui
* iij
AVIS.
concernent cét Article ;
& enfin ce qu'on verra
dans ce qu'on s'engage ,
fur la fin de cét Avis
à donner tous les Mois
fur ce fujet. Cependant
on doit dire à l'avantage
de ceux qui ont fait cette
demande , que le Public
en cirera une utilité
plus grande qu'ils ne fe
font peut- eftre imaginez ,
& qui ne tombera pas
feulement fur les Curieux
d'Estampes , mais encore
AVIS.
fur les Peintres , Sculpteurs
, Graveurs , Archi
tectes , Cizeleurs , Brodeurs
, Menuifiers , Serruriers
, Jardiniers , & ge
neralement prefque fur
tous ceux qui profeffent
quelque Art , ce qui augmentera
de beaucoup le
débit que les Imagers
font de leurs Eftampes.
Ceux qui profeffent ces
Arts ne doivent pas feuls
fe réjouir de l'Avis qu'on
leur donnera des Eftam-
* iiij
AVIS.
pes nouvelles , puiſque les
perfonnes devotes , & les
Religieux , & Religieufes,
qui aiment les Ouvrages
de Pieté, n'en doivent pas
eftre moins fatisfaits , auffi
- bien que les Curieux,
qui preferent une Eftampe
correcte , tirée fur un
beau Tableau qu'ils ne
peuvent avoir , à un Tableau
eftropić , & mal
peint. Ainfi cét Avis fera
d'autant plus de plaifir ,
qu'on n'a point jufques
AVIS.
icy affiché les Eftampes ,
foit à cauſe de leur grand
nombre , foit pour quelque
autre raiſon . Les
Eftampes font d'une utilité
à laquelle on n'a
peut - eftre jamais aſſez
fait de reflexion . Elles apprennent
l'Hiftoire , & les
actions qu'elles repreſen
tent parlent aux yeux , de
mefme que les pensées
dans l'Impreffion . Ceux
qui ne fçavent pas lire ,
& ceux qui ne veulent
AVIS.
..
pas s'occuper à une longue
lecture d'Hiftoires
voyent d'un coup d'oeil
par le moyen des Eftampes
, ce que l'Impreſſion
ne fçauroit reprefenter,
& qu'on ne pourroit faire
entendre que par de fort
longs difcours ; & mefme
ce ne feroit pas fans beaucoup
de peine. Par les
Estampes on a les Portraits
des Grands Hommes
, & elles en rendent
la memoire eternelle.
AVIS.
Rien ne fera plus avantageux
aux Etats qui font
graver ce qu'il y a de plus
remarquable chez eux ,
que l'Avis qu'on en donnera
, & par confequent
rien ne fera plus glorieux
à la France qui eft aujourd'huy
l'Etat le plus
floriffant de l'Univers . Ses
merveilles penetrent par
Jes Eftampes jufque dans
les Climats les plus reculez.
On y voit ce que la
France a de beau ; fes
AVIS.
Feftes , fes fomptueux Edifices
, fes Jardins delicieux
, fes Conqueftes ,
fes Modes , fes Payfages ,
les Portraits de fes grands
Hommes , & tout ce que
le Burin peut reprefenter.
Comme les Peuples de
ces Pays éloignez voyagent
rarement en ceuxcy
, à moins que leurs
Souverains n'en envoyent
quelques-uns pour venir
admirer le plus grand
Roy qui ait jamais porté
AVIS.
le Sceptre de France ;
l'habitude qu'ont ces Peuples
reculez à demeurer
chez eux , fait que noftre
Hiftoire & nos merveilles
ny feroient point
fceues fans les Eſtampes ,
non feulement parce que
ces Peuples fortent rarement
de chez eux , mais
encore parce que toutes
les Langues de l'Europe
leur font inconnuës , &
que dans leur Païs mefme
, plufieurs ne fçavent
AVIS.
pas lire la Langue qu'ils
parlent. Ainfi il feroit
bien difficile à ces peuples
d'apprendre noftre
Langue pour fçavoir nôtre
Hiftoire ; mais comme
chez toutes les Nations
du Monde les yeux
ont le mefme langage ,
& qu'on n'a qu'à les ouvrir
pour voir également
dans tous les Pays les
objets qui font prefentez
à la veuë , on peut dire
que ce n'eft que par les
AVIS.
1
Eftampes feules qu'on
peut voir par toute la
Terre ce que l'on veut
repreſenter . Elles parlent
également par tout aux
yeux , & tous les yeux
voyent également cet
qu'elles reprefentent . Ainfi
rien n'eft plus agreable
, rien n'eft plus utile
& rien n'inftruit en moins
de temps , fans qu'il foit
befoin d'aucune étude
pour apprendre à voir ce
qu'elles contiennent . Puif
AVIS.
que les Eftampes font fi
utiles , & fi defirées , on
en donnera
le premier
jour de chaque mois un
Catalogue au public de
la maniere qu'il le fouhaite
, c'eft à dire féparement
du Mercure , afin qu'elles
paffent plus aisément , &
avec plus de diligence
dans les Provinces
, &
dans les Pays Etrangers
.
Ce n'eft pas que cette
matiere ne foit entierement
du Mercure &
AVIS.
qué ce qu'on y a dit quela
quefois des Eftampes fates
fur les Tableaux du
Roy , & fur les Ouvrages
de Mile Brun , auffi bien
que de celles qui ont eſté
gravées par Mr Vandermeulen
n'ait donné lieu
à l'empreffement avec lequel
on a demandé ce
Catalogue. Ainfi quoy
qu'il foit donné féparement
pour la commodité
du public qui le fouhaite
, il ne fera diftribuć
AVIS..
qu'avec le Mercure, dont
il ne doit eftre regardé
que comme une partie.
Les Etrangers pourront
auffi envoyer des Memoires
de ce qui fe grave
chez eux , & on les traitera
comme les François
mefmes. On marquera le
prix de chaque Eftampe ,
les Noms des Graveurs ,
& de ceux qui débiteront
lefdites Eftampes ; & l'on
fera fçavoir en faveur des
Provinciaux,& des EtranAV
I S.
gers , celles aufquelles on
travaillera , afin qu'ils
puiffent mander qu'on les
leur envoye auſſi - toſt
qu'elles feront achevées,
& que ce leur foit un
moyen facile pour les avoir
plûtoft , que s'ils ne
les faifoient venir qu'aprés
avoir fceu qu'elles
font faites . On recevra les
Avis de ceux qui manderont
leurs fentimens pour
en faire de nouvelles
qu'ils croiront fe devoir
** jj
AV IS.
débiter , & les Deffeins de
celles qu'ils feront perfuadez
qui fe pourront
vendre en leur Pays ;
comme auffi de celles qui
y auront efté gravées &
qui s'y vendront. On fera
un détail du Sujet de chaque
Eſtampe hiftorique ,
& l'on marquera en quoy
les autres pourront eftre
utiles , & dans quelle veuë
elles ont efté faites . On
inftruira du talent de
chaque Graveur , & s'il
AVIS.
travaille au Burin , ou à
l'Eau-forte , en grand , ou
en petit , comme Calot, &
s'il fait du Paiſage , des
Portraits , ou de l'Hiftoite
. Toutes ces chofes feront
caufe que les Imagers
feront travailler à un
plus grand nombre d'Eftampes
nouvelles , parce.
qu'ils feront feurs que ces
Eftampes eftant connuës
ils en auront un plus
grand débit. Ce Catalogue
fera in douze , afin
2
AVIS.
que ceux qui le voudront
faire relier avec le Mercure
, puiffent
fatisfaire
leur envie . Il ne coûtera
que cinq fols , & l'on n'en
commencera
la diftribution
qu'au premier
jour
de May , afin que chacun
foit averty d'envoyer
fes
Memoires
, & qu'il ait
du temps à s'y préparer
.
On mettra
dans le premier
, ce qui s'eft gravé
de plus curieux
depuis
quelques
mois feulement
,
AVIS.
& l'on ne mettra dans les
fuivans que les Eftampes
qui auront paru dans le
cours du mois. Comme
ce premier Catalogue fera
plus long que les autres
, on prie ceux qui auront
quelques Memoires
à donner , de ne pas attendre
à la fin d'Avril à
les envoyer. Les Memoires
qui feront donnez les
premiers feront preferez
aux autres , & on leur
donnera un tour plus éAVIS.
tendu , pour faire mieux
connoiftre les Eftampes
dont ils parleront. Le Libraire
fe chargera de faire
tenir de ces Catalogues
dans les Provinces , &
d'en faire les Paquets , de
mefme que des Mercures
qu'il y
envoye.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1686.
N
E foyez point furprife
, Madame , fi
Vous ne trouvez
point d'Eloges du Roy au
commencement des Nonvelles
dont j'ay à vous faire
part ce Mois- cy . Ce que ce
Février 1686 . A
2 MERCURE
Grand Prince vient de faire
pour l'accroiffement de la
veritable Eglife , a fait travailler
tant de Perfonnes
d'e prit à fa gloire , que ne
fçachant que choifir parmy
tant d'Ouvrages differens ,
je me fuis réfolu de donner
une feconde Partie à ma
Lettte , afin de pouvoir les y
placer tous. J'y joindray divers
autres Articles curieux
qui regardent la Religion ,
des Lettres adreffées au Roy,
& des Difcours qui font autant
de Panegyriques de cet
Augufte Monarque . Cela me
GALANT. 3
donnera lieu de mettre dans
cette premiere Partie divers
Ouvrages d'une autre
nature , que je n'ay pû employer
depuis long - temps
dans mes Lettres , à caufe des
matieres de Religion , qui en
ont prefque toûjours remply
la moitié .
Je fçay que vous attendez
la Deſcription des Ceremonies
qui ont eité faites :
pour les Obfeques de M'le
Chancelier , dans l'Eglife de
Saint Gervais fa Paroiffe . Sion
tra
toft qu'il fut mort
vailla à cet appareil, & coutés
A ij
4
MERCURE
chofes s'eftant trouvées prêtes
, on marqua le jour , qui
fut le 25.du mois paffé . Comme
on avoit réfolu que l'on
drefferoit le Grand Autel à la
face du Jubé , afin d'éviter la
confufion lors qu'il faudroit
prononcer l'Oraifon Funebre
, on fit ofter de la Nef
tous les Bancs qui en auroient
occupé la place. Toute
l'Eglife eftoit tenduë de
drap noir depuis les Vitres
jufqu'en bas , & fur ce drap
eftcient deux lez de velours,
avec les Armes de M le
Chancelier , cntre - laffées de
GALANT.
5
deux Maffes paffées en fautoir,
& noüées du Collier des
Ordres du Roy , dont ce Miniftre
eftoit Commandeur .
Ce qui reftoit de vuide au velours,
eftoit femé de Larmes
d'argent & d'Etoiles d'or..
Un rang de grandes Armes
hautes de fix pieds , pareilles
aux autres, eftoit attaché fur
le drap entre les deux lez de
velours. Au deffus du premier
on avoit fait une Corniche
argentée , large d'un demy
pied , fur laquelle eftoient
desObeliſques feints de Marbre
, qui fuportoient deux
A a iij
-6 MERCURE.
Lezards d'argent , ayant au
milicu une Chauvefouris , &
deux Maffes paffées en fautoir
par derriere- Entre cès
Obelifques , furmontez d'une
grande Etoile d'or portant
un gros Cierge , on avoit
difpofé des Chandeliers
d'argent feparez de quatre
-en quatre par des Vafes fur
leurs pieds d'eftal , portant
de gros Flambeaux en maniere
de pots à feu pour faire
le tour de l'Eglife & des deux
Croifées. Ces Chandeliers
ainfi difpofez eftoient au
nombre de plus de huit cens;
GALANT. 7
& le tout faifoit un effet d'autant
plus beau , que la Simetrie
Y eftoit regulierement
obfervée
, & que
la Tenture
bouchoit toutes les feneftres
duChoeur.La même Tenture
eftoit élevée jufqu'au ceintre -
à l'un & à l- autre bout de
l'Eglife . Un Dais de broderie
furmonté en l'air , eftoit
au deffus de l'Autel , dreffé,
comme je l'ay dit , à la face
du Jubé, Une Eftrade élevée
de cinq degrez remplis
de plus de cent cinquante
Chandeliers garnis de Cierges
aux Armes de M' le
A iiij
8
MERCURE
Chancelier , faifoit la Repre
fentation au bas de la Nef.
On voyoit aux quatre coins
quatre figures d'Albaftre ,
qu'il cftoit fácile de reconnoitre
pour la Justice , la
Prudence , la Temperance ,
& la Foy . Un grand Dais de
velours noir aux melines Armes
, eftoit fufpendu au def
fus de cette Repreſentation ."
Le corps de ce Grand Mini,
ftre , qui depuis fa mort eftoit
demeuré en depoft dans
fa Chapelle , avoiť“ eſté apporté
fur l'Eftrade le foir précedent
. Un Poëlle de velours
GALANT
9
noir , que l'on avoit fait exprés,
bordé d'Hermines avec
des Armes en broderie, couvroit
le Cercueil , & fur ce
Cercueil eftoient une Couronne
Ducale , un Mortier
d'or rebraffé d'Hermines, les
Maffes paffées en fautoir , &
la Robe de velours écarlate
fourrée d'Hermines avec
la Croix de l'Ordre , le tout
couvert de Crefpe. A coſté
de l'Autel il y avoit une
grande Eftrade , où fe devoient
placer les Prelats que
l'on avoit invitez à cette
Ceremonie . Les deux coftez
>
10 MERCURE
de la Nef eftoient remplis
de Fauteuils & de Chaifes
pour toute la Compagnie .
Sur les dix heures M' l'Evefque
de Troyes commença
la Meffe en Habits Pontificaux
, & aprés l'Offrande ,
qui fut prefentée par trois
Gentilhommes , Mi l'Evef
que de Meaux prononça l'Oraifon
Funebre en preſence
de M' le Nonce du Pape ,
d'un grand nombre d'Archevefques
, d'Evefques , Ducs ,
Marefchaux de France, Prefidens
au Mortier , Confeillers
d'Eftat, Maiftres des ReGALANT.
II
queftes , & Confeillers de la
Cour , outre toute la Famil.
le de Mr le Chancelier
; de
peut dire qu'il
forte que l'on
y avoit tres- long- temps qu
on n'avoit veu une fi grande
Affemblée de tous les Ordres.
Une efpece d'Amphitheatre
avoit cflé pratiquée
dans la Croiſée qui regardoit
la Chaire du Predicateur
; ce
fut où l'on plaça ceux qui
ne pûrent approcher de la
Nef, ou des Croisées voifines.
Les Dames furent placées
au Choeur de l'Eglife ,
qu'on avoit orné comme la
12 MERCURE
Nef; & aprés l'Offrande, Madame
de Louvois , & les plus
qualifiées monterent dans les
deux Tribunes qui font à la
face du Jubé, où elles entendirent
fort commodement
l'Oraifon Funebre. Il y avoit
derriere la Repreſentation
quantité de Bancs pour les
Officiers de Mr le Chancelier
& de fa Famille . A la tefte
de la mefme Reprefentation
eftoient deux Aumô
njers en Rochet , & aux
pieds l'on avoit difpofé trois
places pour l'Exempt & les
deux Gardes de la Prevofté
GALANT. 13
qui fervent auprés des Chanceliers
de France . Sur les dix
heures du foir M' de Louvois
, M' l'Archevefque de
Rheims , Mr le Duc d'Au-
& les plus proches mont ,
Parens retournerent à l'Eglife
, où M' le Curé de Saint
Gervais fit la Ceremonie d'inhumer
le Corps , que l'on
defcendit dans le Caveau .
Quoy qu'il y eût une affluen
ce de monde extraordinaire,
tout fe paffa fans confufion
& fans defordre , les portes
eftant gardées par un grand
nombre de Suiffes du Roy ,
1
14 MERCURE
& les avenues des Ruës par
les Archers du Guet , qui facilitoient
le paffage des Caroffes
.
Le Lundy 28. du mefme
mois,l'Univerfité s'affembla
au College Royal de Navarre
, pour y celebrer la Feſte
de Saint Charlemagne fon
Inſtituteur,felon l'ordre de la
Fondation faite par feu Mr
du Boulay , Recteur , Greffier
, Hiftoriographe de ce
fçavant Corps. La Meffe fut
celebrée par Mr Cheron , Official
de Paris , & M. Godeau ;
Profeffeur de Rhetorique
au
GALANT.
15
College des Graffins , prononça
le Panegyrique du
Saint. Il fit l'ouverture de fon
Exorde par un texte de l'Ecriture
, qui renfermoit en
fubftance toute la difpofition
& l'ordonnance de fon
Difcours. Aprés avoir fait
fuccinctement le portrait des
Vertus qui ont donné àCharlemagne
le nom de Grand ,
aprés l'avoir reprefenté comme
choifi par la Providence
pour mettre l'Eglife en liber.
té , pour en chaffer l'ignorance
& l'erreur , pour dompter
les Tyrans & les vices ,
16 MERCURE
pour eftre le Maiftre & l'Arbitre
du Monde , il entra naturellement
dans le partage
du Panegyrique. La premiere
partie mit dans un jour
éclatant la grandeur de l'eſprit
de Charlemagne . M Go
deau fit voir que le vaſte Genie
de cet Empereur avoit
embraffé les Sciences les plus
hautes & les plus épineufes
avec des difpofitions fi faintes
, qu'il les avoit fait fervir
de degrez pour monter juf
ques à Dieu . Il montra par
une infinité d'exemples
, que
ce Prince avoit recherché les
GALANT. 17
4
préceptes de la vraye Politique
dans la fource de la Verité
, & qu'il avoit puiſé dans
la lecture des Livres facrez
& des Saints Peres , une pieté
virile & courageuſe qui l'éloigna
toûjours de la fuperftition
& de la nouveauté . Il
fit une peinture de la barbarie
qui regnoit du temps de
Charlemagne , pour exciter
les François à une reconnoiffance
finguliere envers ce
faint Empereur , à la fageffe
duquel ils font redevables de
leur politeffe , de leurs bonnes
Loix , & de leur habileté
Février 1686. B
18 MERCURE
en toutes les Sciences . Il f
nit cette partie en faifant remarquer
avec quelle exacte
vigilance il faloit que Charlemagne
euft travaillé à inftruire
& à polir les François,
puis qu'en peu de temps il
les avoit rendus capables
d'eftre les Maiftres de tous
les Peuples du Monde , les
Reformateurs
de l'Eglife , &
les Protecteurs
des Papes opprimez
. Il prouva dans la feconde
Partie que Charlemagne
eut un coeur & un zele
égal à la force de fon Genie .
Les Guerres qui ont exercé
GALANT. 19
cet Empereur pendant trente
-trois années avec les Saxons
, les Sarrafins , les Lombards
, pour les foumettre ou
aux Loix de la Juſtice , ou à
la Religion Chreftienne , les
Autels des faux Dieux que
fa pieté luy a fait détruire, les
Voyages frequens, qu'elle
luy a fait entreprendre en
Itaiie pour la délivrance des
Papes , & en Espagne pour
la delivrance des Chreftiens,
furent d'excellentes preuves
de la grandeur de fon coeur.
Ces grandes actions de generofité
qui ouvrirent à
Bij
20. MERCURE
,
Charlemagne le chemin au
Royaume d'Italie & à l'Empire
d'Occident , furent traitées
dans un détail qui les
rendit fort fenfibles , fans
leur rien faire perdre de leur
grandeur. La troifiéme partie
reprefenta Charlemagne
comme un puiſſant Legiſla
teur, que fes grandes actions
avoient fait aimer & craindre
des Princes les plus redoutables
& les plus éloignez
. Plufieurs Rois que
autorité rétablit , cinq Conciles
celebrez par fon ordre,
l'Herefie de Felix Evefque
fon
GALANT. 21
d'Urgel étouffée par
la
terreur
feule de fon nom , trouverent
leur place en cet endroit.
La Fondation de la celebre
Univerfité de Paris y
fut exposée avec éclat . M
Godeau aprés avoir comparé
les quatre Nations qui la
cópofent aux quatre grands
Fleuves qui prennent leur
fource dans le Paradis Terreftre
, la reprefenta comme
l'inftrument le plus utile que
Charlemagne euft pû employer
pour s'acquerir l'immortalité
, & donner à la
France le fouverain Empire
22 MERCURE
fur toutes les Nations de ' la
Terre . Il prouva cette penfée
par les exemples de Philippes
le Bel , Charles le
Chauve , Philippes Augufte ,
Louis le Debonnaire , qu'il
foûtint n'avoir efté invincibles
, qu'à caufe que par le
moyen des Maiftres de l'Univerfité
, ils avoient gagné
les coeurs des Princes dont
les Enfans avoient refpiré l'amour
de la domination Fran
çoiſe , en refpirant l'air falu
taire des Sciences qui s'enfeignent
à Paris , Aprés avoir
exhorté M's de l'Univerfité
GALANT.
23
à ne fe départir jamais de la
fincerité , de la fidelité; & de
l'invincible attachement avec
lequel leurs Anceſtres
ont travaillé à l'établiffement
de la puiffance de nos Rois ', il
finit par une Apoftrophe à
Saint Charlemagne , qu'il
pria d'infpirer aux Princes
dont il a affermy la Monarchie
, le mefine amour qu'il
avoit pour la celebre Academie
dont il eftoit le Fondateur
& le Pere . Je vous ay
déja parlé de M' Godeau , en
vous faifant part de quelques
fragmens des Difcours pu24
MERCURE
blics qu'il a faits avec une
approbation generale , fur
les grandes actions de Sa Majesté
.
Le talent de fçavoir faire
des Vers, eft un talent qui a
fon merite , mais il eft infructueux,
& la plufpart de ceux.
qui s'en mêlent , ne font pas
trop bien avec la fortune .
C'eſt ce qui a fait faire l'Ouvrage
qui fuit à un galant
homme , qui n'a trouvé que
de vains amuſemens dans le
commerce des Mufes.
LE
GALANT. 25
MOU DU DU QUDUDUDUDY DU DU DU QU
LE POETE REBUTE .
J
CAPRICE.
Abandonne le Parnaſſe ,
Et pour ne vous point tromper,
Mufes , je cede ma place
A qui voudra l'occuper ;
L'ay plus tiré de ma veine
Que je n'avois efperé ,
Et les eaux de l'Hypocrene
M'ont enfin defaltcré.
Se
Vois-je dés que je frequente
Ce froid & maigre cofteau ,
Quefon pafquerage augmente
L'embonpoint de mon Troupeau ?
Dans la langueur qui l'accable
Ie le vois preft à perir ,
Févrrier 1686.
C
26 MERCURE
Et nul afpect favorable
Ne s'offre à le fecourir.
Qu'ay -je à faire des conqueftes
Des Heros & des Guerriers ,
Si quand j'en chante les Festes ,
Ie feche aux pieds des Lauriers?
Ouy, Mufes , je le veux croire ,
La gloire eft vostre deftin ,
Mais qui ne vitque de gloire ,
Peut fort bien mourir de faim.
3
En vain j'ay fait mon poffible
Pour mettre en credit ma voix ,
Mon Creancier inflexible
La voudroit d'or & de poids ;
De mes plus douces paroles
Il prend le fens de travers ,
Il veut de bonnes piftoles,
Et n'a que faire de vers.
**
Enfin dans vos champs fteriles,
GALANT. 27
Mufes , on a beau femer ,
Ie voy que les plus habiles
Rarement les font germer.
Leur fort ne fait point d'envie
Car la plupart feurement,
Ne chantent toute leur vie
Que pour mourir pauvrement.
Quepourrois -je donc pretendre ,
Moy , dont les foibles concerts
Ontpeine à fe faire entendre
Aux Echos les plus ouverts ?
Aux doux fons de vostre Lire
Quand ma voix pourroitfournir ,
Qui s'avifera de dire
Qu'il la faudroit foûtenir ?
D
Lors qu'une ardeur indifcrete
M'a conduit au champ de Mars ,
N'ay-je pas pris la trompere
Pour fuivre nos étendars ?
C ij
28 MERCURE
Quand LOUIS par fes Conqueftes
A tout pris , tout defolé ,
En a- t- on fait quelques Festes
Dont je ne me fois mêlé ?
**
Ay-je manqué ny de zele ,
Ny de foins laborieux ?
Infatigable , &fidelle ,
Que pouvois -jefaire mieux?
Par tout àperte d'haleine
FaySecondé vos accords
Et n'ay tiré de ma Veine
Que d'inutiles tranfports.
83
>
Sonnets , Madriganx , Devifes ,
Poëmes , Odes , Chanfons ,
Qu'à tant & tant de reprises
I'ay tourné de cent façons ;
Rimes riches& parfaites ,
Que m'avez- vous épargné ?
Afaire des allumeties
GALANT. 29
T'aurois bien autant gagné.
**
Dans cette oifive habitude
Où je vay m'enfevelir ,
I'aray loin de toute étude
Qu lques Pavots a cueillir.
Dans ma pareffe indolente
Quandje voudray fommciller,
Nulle rime embarasante
Ne me viendra réveiller.
Aprés mille& mille épreuves
De la dureté du fort ,
Sij'en veux encor des preuves ,
I'en auray jufqu'à la mort.
Les malheurs qui m'accompagnent
Ont cent incidens divers ,
Par tout où les autres gagnent ,
Si je m'embarque , je perds.
**
Dans mon bel air de jeuneſſe
C iij
30 MERCURE
Ie ne me plaignois de rien ,
Mes affaires de tendreffe
Alloient partout affez bien :
Mais de ce plaifir volage
Peut- on jouir en repos ?
Amour a compté mon âge,
Et puis m'a tourné le dos .
ឈ
Dans la tendreffe fincere
Quej'aypour Amarillis ,
Plus j'ay d'ardeur pour luy plaire ,
Plus j'augmente fon mépris.
Elle n'eft point équitable.
Mais dois je m'en alarmer ?
Lors qu'on ceffe d'eftre aimable
Pourquoy fe mêler d'aimer?
C'eft affez , ilfaut fe rendre,
Et les deftins conjurez,
Sur ce que j'en dois attendre
Se font affez declarez
GALANT.
31
Ils entraifnent , il faut fuivre ,
Et ce qui peut fecourir ,
C'est qu'un homme las de vivre
A moins de peine à mourir.
1
Je vous ay déja parlé de
plufieurs Academies de bel
les Lettres , qui ont eſté établies
dans les principales Villes
du Royaume . Voicy un
détail de celle de Nifmes.
Je vous l'aurois envoyé plûtoft
, fans les Articles des
Converfions
qui occupant
depuis prés d'un an la plus
grande partie de mes Lettres,
m'ont obligé d'en réfErver
beaucoup d'autres . L'éta-
C iiij
32 MERCURE
bliffement de cette Royale
Academie a efté fait par
Lettres Patentes de Sa Majefté
du mois d'Aouft 1682 .
fous la protection de Me Jaques
Seguier , Evefque de
Nifmes. Voicy la Lifte des
Academiciens , felon le rang
que le fort leur a donné.
François Annibal de Rochemore,
Preſident , Juge Mage, &
Lieutenant General en la Senéchauffée
& Siege Prefidial
de Nifmes.
Fofeph de la Baume , Confeiller
du Roy en la Senéchauf
fée & Siege Prefidial de Nifmes
,
GALANT.
33
Jean Saurin, Docteur & Avo+
cat.
Claude de Roverié , Seigneur
de Cabrieres.
Jean Menard, Preftre, Prieur
d'Aubort. Il doit bien- toft
donner au Public la Tradu
ction Françoiſe des Lettres
de Pierre de Blois.
Pierre Cauffe , Preftre , Chanoine
, fecond Archidiacre
en l'Eglife Cathedrale de
Nifmes , Vicaire General, &
Official de M' l'Evefque de
Nifmes .
Charles Restaurand, Docteur
& Avocat.
34 MERCURE
Antoine Teifier, Docteur &
Avocat. On a de luy une
Traduction Françoiſe de l'Epiftre
de Saint Clement aux
Corinthiens ; & de la premiere
Lettre de Saint Chryfoftome
à Theodore ; les Eloges
des Hommes Illuftres ,
tirez de l'Hiftoire de M' de
Thou , avec des Notes de fa
façon. Il a auffi fait imprimer
à Paris quelques Homelies
de Saint Chryfoftome
traduites en François ; & il
donnera bien- toft au Public
la Bibliotheque des Bibliotheques
du Pere Labbe, augmentée.
GALANT. 35
Antoine Rouviere , Docteur
& Avocat.
Claude Maltret , Docteur &
Avocat .
Honoré de Trimond, Preftre ,
Confeiller Clerc en la Senéchauffée
& Siege Prefidial de
Nifmes.
Jean Pierre Chazel, Confeil-
·ler du Roy , & Lieutenant
Principal en la Senéchauffée
& Siege Prefidial de Nifines.
François Graverol , Docteur
& Avocat. C'eft luy qui a
publié depuis quelques années
des Obfervations fur les
Arrefts du Parlement deTou
i
36 MERCURE
loufe ,
recueillis par le Prefident
la Roche - Flavin . II
fait imprimer
actuellement
à
Toulouſe un
Recueil des
Lettres
que le Cardinal
Sadolet
avoit
écrites au nom du
Pape Leon X. avec
quelques
Notes de fa façon . Il est l'Auteur
d'une
Differtation
fur
I'Infcription
du Tombeau
de
Pons , Fils d'Ildefonſe
, de la
Famille des
Raymonds , Comtes
de
Touloufe,
quel'on voit
parmylesRecherches
curieufes
d'Antiquité, que M' Spon
publia en l'année
1683. M
Graverol
travaille
encore à
GALANT. 37
la Bibliotheque du Languedoc
, laquelle contiendra en
abregé la Vie des Sçavans de
cette Province, qui ont écrit.
L'Academie luy doit auffi la
Devife qu'elle a prife à l'imi
tation de celle de l'Academie
Françoiſe . C'eſt une Couronne
de Palme , avec ces
mots , Æmula Lauri.
Louis de Trimond d'Ayglun ,
Preftre , Docteur en Theologie
, Chanoine de l'Eglife.
Cathedrale de Nifmes, Prieur
de Quinfon , & de Belcoüades.
Il traduit les Eloges des
Hommes de Lettres de l'Ita28
MERCURE
lien de Lorenzo Craffo .
Pierre Chazel Procu
reur du Roy en la Senéchauffée
, & Siege Prefidial
de Nifmes . Jean - Antoine de
Digoine ,fon predeceſſeur en
cette Charge , & qui mourut,
en 1684. rempliffoit dignement
une place en la mefme
Academie.
2
François deFaure Fondamente ,
à qui M¹ Peliffon a dedié fon
Hiftoire de l'Academie Françoiſe
I
Jules Cafar de Fain Marquis ,
de Peraud,Maréchalde Camp
aux Armées du Roy . Lors
GALANT.
39
qu'on fit l'Etabliſſement de
l'Academie , il en fut fait le
Secretaire ; mais fon abfence
eft caufe que cette Charge
eft prefentement entre les
mains de M' de Saúrin.
Henri Caffagnes, Confeiller
du Roy Honoraire en la Senéchauffée
& Siege Prefidial
de Nifmes , & Treforier du
Domaine en la mefme Senéchauffée
. Il donnera au Public
dans peu de temps
Traduction Françoiſe du
Courtifan de Baltafar Caftalioni
. Feu l'Abbé Caffa
fa
gnes , de l'Academie
Fran
40 MERCURE
çoife, eftoit fon frere .
Henry Guiran , Confeiller
au Parlement d'Orange
.
Ignace Demerés , Preftre ,
Chanoine en l'Eglife Cathe
drale de Nifmes.
Pierre Petit , Ecuyer , cydevant
Maréchal general des
Logis de la Cavalerie Legere
de France.
Les Academiciens Exter
nes font en petit nombre ,
mais ils font tous Gens de
diſtinction & de merite.
Baltazar Phelypeaux , Mar
quis de Chasteauneuf, Confeiller
du Roy en fes Con-
↓
GALANT. 41
feils , Secretaire d'Eftat , &
Commandeur des Ordres de
Sa Majesté.
David Brüeys , Docteur &
Avocat de la Ville de Montpelier.
Il a publié une belle
Paraphrafe en François de
l'Art Poëtique d'Horace , une
Réponse au Livre de M' de
Meaux , intitulé , Expofuion
de la Doctrine de l'Eglife Ca
tholique ; & ayant enſuite
quitté le party des Proteftans,
il fit imprimer l'Examen des
Raiſons qui ont donné lieu à
la Separation des Pretendus
Reformez , faits fans preven
Février 1686.
D
42 MERCURE
&
tion fur le Concile
de Tren
te , fur la Confeffion
de Foy
des Eglifes
Proteftantes
,
fur l'Ecriture
Sainte .
Jean - Antoine
de Charnes
,
Preftre
, & Doyen de l'Eglife
Collegiale
Noftre - Dame de
Villeneuve
d'Avignon
. Il a
fait la Contre- critique
de la
Princeffe
de Cleves ; la Vie
de Sainte Rofe ; la derniere
Treduction
Françoiſe
de la
Vie de Lazarille
de Tormes
,
& quelques
autres
Traductions
de Livres Italiens .
Jacob Spon , Docteur aggre
gé au College des Medecins
GALANT. 43
de Lyon , & à l'Academie
des Ricovrati de Padoüe . Il a
publié un Traité De Aris Deorum
incognitorum , l'Hiftoire de
Geneve ; fon Voyage de Gre,
ce, en trois volumes , les Recherches
curieufes d'Antiquité
, la Recherche des An
tiquitez & Curiofitez de la
Ville de Lyon. Aphorifmi noui
ex Hippocratis Operibus col
lecti , avec des Notes un
Traité des Fiévres & des Fébrifuges
, & un Livre intitulé
, Mifcellanea Erudite Antiquitatis
, qui vient d'eſtre achevé
, & qui contient une
Dij
44 MERCURE
tres - grande quantité d'Infcriptions
, de Bas Reliefs , &
de Statuës antiques , qui n'avoient
pas efté publiées . Tout
cela fe trouve à Lyon chez
le St Amaulry Libraire . On
verra bien- toft de luy des
Vies nouvelles des Hommes
Illuftres de l'Antiquité
, qui
contiennent
celles d'Homere
, de Virgile , d'Annibal ,
de Scipion , d'Epaminondas
,
de Corbulon , d'Hippocrate
,
de Gallien , de Denys , de Pififtrate,
d'Epicure, & de quelques
autres, qui n'ont pas été
écrites par Plutarque
.
GALANT 45
Voicy un Conte nouveau
de M' de la Barre de Tours.
Divers Ouvrages de meſme
nature que je vous ay déja
envoyez de luy , vous ont
fait connoiftre combien ee
genre d'écrire luy eft naturel
.
52225222252525252
LES PESCHEURS,
Ou la Table d'or, Conte tiré
de Diogene Laërce.
L4 paffion laplus waitreſſe,
Et qui plus finement fe gliffe dans un
coeur,
C'est l'amour propre & ce tyran
flateur
46 MERCURE
Eft d'autant plus cruel qu'il eft remply
d'adresse :
Il ne cherche que l'interest
,
En aveugle , ignorant , fuit lafauffe
apparence,
Eft trompeur dans fa fin , menteur
dans fa naifance ,
Etjamais ne découvre un objet tel
qu'il eft.
Des autres paffions c'est la fource feconde
,
Et plus d'un Philofophe écrit que ce
tyran
Parmy les paffions non feulement a
rang,
Mefme qu'il n'est que luy de paſſions
au monde.
Quoy , la Haine , l'Amour , la Peur,
l'Ambition
Et le refte , feront la mefme paffion !
Pour en juger qu'on voye avec un
Lain extréme
GALANT.
47
Le but de chacune en foy mefme :
Par exemple , d'Amour les traits nous
femblent doux ,
Noftre coeurfatisfait un defir de vangeance
,
D'un Ennemy nous craignons la
puissance ,
Faifons- nous tout cela que par rap
fort à nous ?
Cherchons des gens exempts de
• reille foiblefle ,
Pais
Mais où pouvoir en trouver icybas
?
Iln'eft plus de Sages de Grece,
Il n'eft plus de Solons , de Thalés , de
Bias ,
Ils font tous morts ; &fi ce n'eft
*Hiftoire ,
Je voy peu de Contrée où vivent tels
Manans ;
48 MERCURE
Mais quand c'est pour puifer quelque
exemple notoire
Pour nos moeurs , ou pour noftre
gloire,
Il faut chercher les Morts au defaut
des Vivans.
**
Un Autheur dit, que le long d'un
rivage,
Peu loin d'une Cité qu'on appelloit
Milet ,
Certains Pefcheurs jetterent leur
filet :
Par cas fortuit c'eftoit dans le paffage
De quatre Voyageurs , qui cheriffoient
beaucoup
Les gros Poiffons, &je les en revere,
Vieux Poiffon , jeune chair faisant la
bonne chere ;
Enfin nos Voyageurs marchanderent
le coup. Eux
GALANT. 49
Eux & Pefcheurs ftipulerent en-
-femble,
L'argent par les derniers fut d'abord
empoché.
A tout hazard , pour eux c'eftoit
fort bien pefché ,
Et ce n'eft pas toujours faire un trop
fou marché
Que deferrer l'argent. Lecteur , que
vous en femble ?
La Pefche dépendant du fort ,
Lefilet bienfouvent de la Rivierefort
Sans amener la moindre chofe ;
Maispour lecoup les Pefcheurs eurent
tort,
Et vous verrez qu'en vain l'homme
propofe ,
Quand de lay Fortune difpofe.
Voyons. Ils fentirent d'abord
Beaucoup de pefanteur , ce quifaifoit
la
joye
Fevrier 1686. E
50 MERCURE
Des Voyageurs . Enfin voicy la
proye ,
Quatre Merlansfur une table d'or,
Quelqu'un dit un trepied , mais foit
trepied,foit table,
Ce m'est tout un , puifqu'il eft veritable
Que l'un ou l'autre eftoit d'or , &
d'or de ducat.
Entre nos gens ilfurvint un de
bat,
Les Pefcheurs vouloient l'or ; à nos
gens de Voyage
L'or auffi fembloit bon ; on dispute ,,
onfe bat.
Le fait ilfaut tout dire ) eftoit tresdélicat
;
Les Pefcheurs enflamez d'avarice &
de
rage ,
Difoient aux Voyageurs. Les Merlans
font pour vous,
GALANT.
51
(.
C'est là vostre Poiffon , vous n'avez
autre affaire
A chercher dans nos rets. Le tre
pied eft à nous,
Difoient les Voyageurs. Payant vô
tre falaire
ز
Comme nous l'avons fait ; & l'or
& le Poiffon
Sont à nous juſtement ; vous pouviez
ne rien prendre ,
Le coup eftant payé , nous perdions
la façon ,
Nous ne pouvions nous en défendre
.
Mais pour finir tous incidens,
Si vous avez defir de manger des
Merlans ,
( Quoy que ceux - cy foient noftre
Pefche )
Nous vous les cedons de bon
coeur ,
E ij
52 MERCURE
Mangez , rien ne vous en empefche.
Ils prirent ce difcours pour un propos
moqueur ,.
Et jurant que la table iroit devant
l'Oracle ,
Porterent fans remife aux Juges de
Milet ,
Ce beau coup de filet.
D'abord on le fit le Spectacle
Des grands & des petits. A Delphe
on le porta,
Oùfans cftre ambigu, l'Oracle declara
Que les Dieux deftinoient ce prefent
au plus fage.
On n'attendit pas davantage
A le prefenter à Solon .
Solon n'en voulut point , à Bias il le
donne ;
Bias qui fe croyoit moins fage que
perfonne,
GALANT 53
Se croit auffi peu digne de ce don,
L'offre à Thalés, Thalés s'excufe,
Et le donne à quelqu'un encor qui le
refuſe :
Enfin on le rend au premier ,
Quifaitcomme afait le dernier.
Il s'avifa pourtant d'une prudente adreffe
Que luySuggerafa fageffe.
Si c'eft pour le plus fage il n'eft
point de milieu ,
Dit-il, c'eſt à l'Oracle à qui mon
coeur l'adreffe ;
Eft. il rien icy bas de plus fage que
Dieu ?
Sans moralifer davantage ,
Je voudrois qu'à quelqu'un on portaft
aujourd'huy
La table d'or, comme au plus fage;
Quelqu'infenfe qu'ilfuft ,je gage
Qu'ilne manqueroit pas de la garder
pour luy.
E iij
54 MERCURE
Le 27. du mois paffé , M'
du Tertre foûtint une Theſe
dédiée à Monfieur le Duc de
Bourbon , & s'en acquitta
avec beaucoup de fuccés .
M' l'Abbé le Pelletier, Cadet
de M' l'Abbé le Pelletier qui
prefidoit à cet Acte, tous deux
Fils de M' le Controlleur General,
ouvrit la difpute par un
Difcours qu'il fit à l'honneur
de ce jeune Prince . Il y fit en ,
er l'Eloge des Heros de l'Il-
Juftre Maiſon de Condé , &
parla avec une netteté & une
éloquence que tout le monde
admira . Ôn applaudit fort
trer
GALANT. 55
le Soûtenant.Ses Réponſes fu
rent juftes , & il n'y eut point
de difficulté qu'il ne refoluft.
Il eſt Fils de M' du Tertre ,
l'un des plus celebres Chirur
giens de Paris , & qui a toûjours
efté entierement attaché
au fervice des Princes
qui portent l'augufteNom de
Condé. L'Acte fe fit dans les
Ecoles de S. Thomas, les plus
fpacieuſes de l'Univerſité, &
qui avoient efté choifies exprésà
caufe du grand nombre
de perfonnes qu'on y avoitinvitées
. La Sale eftoit ornée de
riches Tapifferies , & éclairée
E Hij
56 MERCURE
de quantité de Luftres de criftal
, dont les lumieres faifoient
un tres- agreable effet .
On avoit élevé fur la droite
un Dais magnifique , ſous lequel
eftoit la Theſe , dans un
Ĉadre d'un gouft fort particulier.
Il y avoit auffiune Ef
trade couverte d'un tres beau
Tapis de Perfe , & fur laquelle
eftoit un Fauteuil, preparé
pour Monfieur le Duc de
Bourbon . Mr le Nonce du
Pape affifta à cette Action ,
ainſi que plufieurs Prelats ,
& un nombre infiny de perfonnes
des plus diftinguées
de
GALANT. 57
Paris . Je vous envoye la Traduction
de l'Epître qui eftoit
au bas des Thefes , adreffée à
Monfieur le Duc de Bourbon.
ONSEIGNEUR,
M.
Pendant que la Cour
eftoit encore occupée à celebrer par
mille fortes de divertiffemens la
folemnité de votre augufte Mariage,
la Philofophie auroit craint
avecraifon de paffer pour une importune
, fi avec ce vifage trifte
ferieux que vous lay connoiffez
, elle fe fuft avifée de venir
alors fe prefenter devant vous,
58 MERCURE
propos
de vous interrompre mal à
au milieu des réjouiffances de
Marly , de Chambor de Fon
tainebleau
. Elle a cru devoirgarderplus
de mefures avec un jeune
Prince , dont elle a tant de fujet
de fe loüer , & qui dés fes premieres
années n'a point eu de plus
grand plaifir que de la cultiver
de luy plaire. Elle n'ignore
pas neanmoins MONSEI
GNEUR , que vous estes d'une
illuftre Maiſon , où elle ne fut jamais
regardée comme Etrangere ,
ny rebutée comme importune
.
Peut- eftre mefme qu'elle pourroit
fe glorifier avec juftice d'avoir
GALANT. 59
i aidé à former & àperfectionner
en vous cet efprit excellent, qui a
paru autrefois avec tant d'éclat
dans les Écoles , & qui fe fait
maintenant un ft grand nombre
d'admirateurs à la Cour.
Souffrez donc , s'il vous plaiſt,
MONSEIGNEUR,qu'elle ofe
enfin paroiftre devant voftre Alteffe
Sereniffime. Vous luy trou
verez un air bien different de celuy
qu'elle avoit autrefois , lors que
vous faifiezgloire d'eftrefon Difciple.
Elle n'a garde,fans doute, de
s'imaginer que vous ayez encore
befoin defes Enfeignemens, Vous
qui dans la perfonne duplus grand
60 MERCURE
décou
Roy du Monde , pouvez
vrir d'un coup d'oeil , tout ce qu'une
multitude onereufe de preceptes
auroit peine à vous apprendre.
C'eft en Suppliante qu'elle fe prefente
aujourd'huy devant Vous ,
beureuse de pouvoir executer ce
qu'elle a de tout temps defiré avec
tant d'ardeur , c'est à dire de ſe
consacrer abfolument à vostre Alteffe
Sereniffine , & de luy offrir
fes tres-bumbles obeiffances .Mais
fi celuy qui a maintenant l'hon_
neur de luy fervir d'Introducteur
auprés de Vous , & de la faire
parler , oze prendre la liberté de
Vous parler un moment pour luyz
$
GALANT. 61
mefme, il vous dira , MON
SEIGNEUR , qu'il eft Fils
d'un Pere entierement devoüé
à voftre illuftre Maiſon , d'un
Pere que Monfeigneur le Prince
vôtre Ayeul, & Monfei
gneur le Duc vôtre Pere , ont
comblé de bienfaits , & qui fe
trouvant dans l'impuiffance de
répondre aux bontez dont ils
l'honorent , a voulu au moins
par cette Action publique , témoigner
le mieux qu'il luy a
efté poffible , le profond ref
pect & l'eternelle reconnoiffan
ce qui l'attachent à Vous
MONSEIGNEUR , &
62 MERCURE
à vostre auguste Maison. Je
fuis,
MONSEIGNEUR,
De V. A. S.
Le tres-humble & tres-abeiïffant Serviteur
, P. L. DU TERTRE.
Meffire Louis de la Tremoille,
Comte d'Olonne, Baron
d'Afpremont, mouruticy
les
. de ce mois , à l'âge de foixante
ans . Il y avoit fort long
temps que les goutes qui le
tourmentoient cruellement,
ne le laiffoient pas en pouvoir
de quitter la chambre ,
Il eftoit Fils de Meffire Philippes
de la Tremoille,ComGALANT.
63
te d'Olonne , Senéchalde Poitou
, & avoit époufé Catherine
Henriette d'Angennes
de la Loupe , Soeur de Madame
la Maréchale de la Ferté,
dont il n'a point eu d'Enfans.
Cette mort a rendu M' le
Marquis de Royan fon Frere,
Chef d'une branche Cadette
de la Maiſon de la Tremoille.
Dame Marie Henriette
Poncher, Femme de M' Vallot
Seigneur de Maignan ,
Gonſeiller au Grand Confeil,
eft morte environ dans le
mefine temps
.
L'Ouvrage qui fuit merite
64 MERCURE
bien que vous le lifiez. On
ne m'en a point nommé
l'Autheur. Je fçay ſeulement
qu'un de fes Amis l'ayant
prié de faire des Vers , pour
juftifier une
inconftance
dont l'accufoit fa Maistreffe,
luy envoya ceux - cy pour
s'en excufer.
A TIRSIS,
VERS LIBRES.
A Climene , à Daphné, vous contez
la fleurete,
L'une & l'autre, Tirfis , foupçonnent
vostre foy ,
Ilfautjuftifier voftre humeur trop coquette
,
Et vous me donnez cet employ.
GALANT. 64
CO
Pour vous , m'avez- vous dit, il n'eſt
rien plus facile,
Voftre Mufe à cela fuffit.
si pour y reüffir elle eft affez habile,
Quelle part auray -je au profit &
སྐྱ
Vousvoulez queje tende un piege
A de trop credules appas.
Répondez - moy du moins de quelque
privilege,
Gratis je ne l'entreprens pas,-
Quand vous aurez trompé la
Belle
Fous pourrez me tromper auffiy
Mes Vers auront eu beau vousfervir
auprés d'elle ,
Vous les payerez d'un grandmercy....
Fevrier 1686. F
66 MERCURE
་
Voftre legereté paroiftra legitime,
Voilà ce qu'ils auront produit.
Pour moy ,j'en auray tout le crime
Quand vous en aurez tout le
fruit.
С
Non ,je ne puis fouffrir voftre libertinage
,
Aimez,mais aimez comme ilfaut..
Par tout, comme il luy plaift, quand un
coeur fe partage,
En amour c'est un grand defaut..
Pour Daphné le voftre foûpire,
Mais à Climene auſſi vous adreſſezdes
Voeux .
CherTirfis,vous avezbeau dire,
De femblables foupirs me semblent
fort douteux.
GALANT. 67
Qui s'y fie eft trompé ; quand voftre
coeur fe donne,
De ce don vous estes jaloux.
Comment peut il eftre à per
Sonne
S'il demeure toûjours à vous &
Pour la plus aim able Maiſtreſſe ,
Commentgarderoit-il quelque fidelité,
Si ce qu'il montre de tendreffe
N'eft qu'un effet de vanité ?
♡
D'un Coquet le vray caractere,
C'eft de feindre en tous lieux qu'il fe
trouve charmé.
Quelquesfoins qu'il prennepour
plaire,
Il ne veut que paroistre aimé.
Adire desdouceursfa bouche est toug
jourspreste, Fij
68 MERCURE
Vous le voyez toûjours errant 5
Mais il compte pour rien la plus belle
conqueste ,
Si l'on ne fait qu'il est le Conquirant.
*
Volage , il eft fouvent parjure,
Ces deux nomsfefuivent deprés.
L'amour propre , à l'amour croit - il
faire une injure
Pour conferver fes interefts ?
&A
Il n'est rien qu'il ne facrifie
S'il croitfe fatisfaire au dedans , an
dehors.
Tout crime par l'éclat chez luy feju
stifie ,
Famais Coquet n'eut de remords .
Vous devez à ces traits , Tircis , vous
reconnoistre,
GALANT. 69
Affez au naturel ilsfont vôtre Portrait..
Carrigez voftre coeur , le malpourroit
s'accroiftre ,
Et quelque jour vous en auriez regret.
Confultez fon panchant fur Daphné,.
fur Climene ,
Que l'une ait vostre eftime , & l'autre
vostre amour.
Enfuivant ce confeil vous devien-.
drez fans peine
Amant fidelle à vostre tour.
Je vous ay fouvent parlé
desRemedes Specifiques que:
Mr le Prieur de Cabrieres avoit
donnez au Roy ; du Se-.
cret que Sa Majesté avoit
promis pendant la vie de ce
70 MERCURE
fçavant Homme , & de la
peine qu'Elle fe donnoit de
travailler Elle - mefme à la
compofition de ces Remedes
. Vous fçavez la mort de
ce Prieur , & que depuis ce
temps-là le Roy a fait prefent
au Public de fon Secret
touchant les Defcentes. Je
vous envoye tout ce qui regarde
ce Remede, fa compo
fition , & la maniere de s'en
fervir. Vous pouvez compter
fur ce Memoire , auffi feure
ment que
Originaux
qui font entre
les
mains
de Sa Majefté
. Ce qui
fi vous voyiez les
GALANT. 71
a pû meriter l'application
d'un figrand Monarque, merite
bien d'aller dans voftre
Province , où l'on pourroit
ne fe pas fervir de ce Remede
, faute d'en avoir la connoiffance
. Les chofes qui
concernent la fanté , font à
préferer aux nouvelles les
plus agreables & les plus curieuſes
; & c'est ce qui m'a
engagé à mettre icy cet Ar
ticle..
72 MERCURE
REMEDE DU PRIEUR
2.
de Cabrieres pour les Def
centes , donné au Public
par la bonté du Roy, dont
les Originaux font demeu
rez entre les mains de Sa
Majeſté.
L
le
A Dofe eft differente felon
les âges , quoy que leRemedefoit
le mefme; pour les En-.
fans à la mamelle , bien que
bandagefeul lesgueriffe , le Prieur
Cabrieres ne laiffoit pas de leur
en donner, preparer fon Reme
de à la maniere fuivante.
de
Depuis
GALANT.
73
Depuis deux ansjufques à fix.
Prenez de bon esprit de fel
bien rectifié trois ou quatre goutes
; mêlez - les dans une cuillerée
ou deux de vin , & lafaites avaler
tous les matins à jeun vingt
&un jours de fuite.
Depuis fix ans jufques à dix.
Prenez quatre fcrupules de bon
esprit defel ; mêlez- lesfort exactement
dans une chopine de bon
vin rouge , enprenez tous les
matins environ la quantité de
deux onces , en telle forte que cette
Dofe dure pour fept jours , aprés
lefquels vous renouvellerez le Remede
, juſques à ce que vous en
Fevrier 1686.
G
74 MERCURE
ayez pris vingt- un jours defuite.
Depuis dix ans jufques à
quatorze .
Prenez deux gros du mefme efprit,
fur une chopine de vin rouge.
Depuis quatorze ans juſques
à dix - fept .
Prenez deux gros ) demy du
mefme efprit , fur une chopine de
vin rouge.
Depuis dix - fept ans , & durant
toute la vie au delà.
Prenez cinq gros d'esprit de
fel ,fur une chopine de vin rouge.
Recepte de l'Emplaftre.
Prenez du maftic en larme ,
demie once,
GALANT. 75
Ladanum , trois dragmes.
Trois noix de Cyprés bien fechées.
Hypocyftis , une dragme.
Terre figillée , une dragme.
Poix noire , trois onces.
Terebenthine de Venize , une
once.
Cire neuve jaune , une once.
Racine de grande confoldefe
chée , demie once.
Pulverifez ce qui fe doit pulfaites
cuire le tout verifer ,
en remuant toûjours , jufqu'à
qu'ilfoit réduit en bonne confiftence
d'Emplaftre , pour vous en
fervir comme il s'enfuit.
Gij
76 MERCURE
MANIERE DE TRAITER
les . Defcentes.
I
Lfaut avoir un bon Bandage
qui tienne bien ferme , & met.
tre une Emplaftre fur la rupture,
deux s'il eft neceffaire , aprés
avoir rasé le lieu où on la doit
mettre.
Il faut prendre le remede à
jeun.
Il faut battre la bouteille avant
que de verfer le vin dans le
verre.
Il faut aprés en mettre trois
doigts dans le verre & l'avaler.
GALANT. 77
Il nefaut ny boire ny manger
que quatre heures aprés avoir pris
remede.
Il faut en prendre vingt- un
jours ; s'il fait mal à l'estomach ,
on peut eftre un jourfans enprendre,
& mefmedeux en cas de bèfoin.
Pendant qu'on prend le remede
, ilfautporter le Brayerjour &
nuit; ne jamais s'affeoir.
Eftre toujours debout on cou
ché, marcher beaucoup , n'aller
point à Cheval, en Caroffe , ny
en Charette ; aller toûjours à pied
ou en Bateau , ne faire aucun excés
de bouche , ny autres.
G iij
78 MERCURE
Il faut porter le Brayer trois
mois aprés les vingt un jours du
Remede jour & nuit.
1
Il ne faut monter à Cheval
qu'aprés les trois mois ; & quand
on y montera, il faut encore por
ter le Brayer autant qu'on croira
en avoir befoin pour laiſſer affer
mir la partie
.
Ce Remede nous doit faire
remarquer trois chofes , qui
font fort glorieuſes au Roy ;
la bonté qu'il a euë de le
vouloir apprendre du Frieur
de Cabricres , la peine qu'il a
prife de le compoſer , & fes
foins à bien éclaircir le Pu
GALANT. 79
blic de tout ce qui entre dans
fa compofition , & de la maniere
dont chacun s'en doit
fervir. Elles font plus dignes
de loüanges , & de faire faire
des reflexions fur l'extré
me bonté de ce Prince , que
mille actions qui paroiffent
éclatantes . Le caractere &
l'employ de la Souveraineté,
engagent les Rois à faire fouvent
les grandes choſes ; mais
defcendre ainfi dans celles
qui regardent le particulier,
& la fanté de leurs Sujets , c'eft
ce qui éleve encore ceux qui
font déja audeffus des Rois ,
G iiij
80 MERCURE
& ces petites choſes devien
nent extremément grandes
felon le rang de celuy qui
confent à s'abaiffer les
pour
avantages de fon Peuple. Un
des Officiers de fanté du Roy,
m'a affeuré que ce Monarque
avoit guery plus de mille
Perfonnes par ce Remede
forty de fes mains Royales ,
& fait par ces mefmes mains ,
Eft -il bonté , charité & zele
pareil ? Quoy qu'il l'ait rendu
public , & que chacun le
puiffe faire chez foy , ces fortes
de compofitions ne laiffent
pas d'eftre difficiles pour
GALANT. 8i
les perfonnes qui ne font
point du métier. Il faut de la
connoiffance , il faut de la
pratique , & ainfi il eft bon
d'avoir recours à ceux qui
font leur principal employ
de la compofition des Remedes,
M' de Rouviere , Apoticaire
des Camps & Armées
de Sa Majeſté , & qui
eft le mefme qui l'Eté dernier
fit luy feul la Theriaque, dont
on parle par tout le Royaume,
à caufe des bons effets
qu'elle produit tous les jours,
a une fi grande pratique de
tout ce qui concerne ce Re82
MERCURE
mede donné par Sa Majefté,
qu'il eft fouvent obligé d'en
recommencer la compofition
.
Puifque nous fommes fur
le chapitre de la fanté , qui
eft ce que l'homme a de plusprecieux
, tant pour foy que
pour tout ce qui le touche , je
croy devoir vous parler icy
d'un Livre intitulé , La Pratique
des Accouchemens
, foûtenue
dun grand nombre dObſervations
, compofée par M² Portal
Maistre Chirurgien Furé. On a
fait, & l'onfait encore tous les
jours quantité de Livres remGALANT.
83
plis de fort beaux raiſonnemens,
&de beaucoup de chcfes
qu'il eft impoffible, ou du
moins fort difficile de bien
faire entendre quand on ne
les a pas pratiquées. Quelque
fçavant que l'on foit , on ne
marche que dans des tenebres
, & l'on donne fouvent
pour des veritez, des conjectures
douteufes. Ainfi un Livre
foûtenu d'experiences ,
comme l'eft celuy de M' Portal
, eft beaucoup plus intelligible,
&fait agir avec moins
de rifques ; & dans ces fortes.
d'affaires,il eft auffi beaucoup
84 MERCURE
•
plus avantageux
de ſe ſervir
d'un Homme qui s'eft rendu
fçavant par une longue pratique
..
On a écrit d'Avalon, Ville
de Bourgogne , que Mademoiſelle
du Pais d'Autigny,
âgée de quinze ans, tres belle
& bien faite , y a pris l'habit
de Religieufe dans leConvent
des Filles de Sainte Marie.
Elle eftFille deM'leComte
d'Autigny , & petite Fille
de feue Madame du Puis,
qui a efté Gouvernante de la
Reine de Portugal, & de Madame
la Ducheſſe de Savoye
GALANT. &
la Doüairiere. La Ceremonie
fe fit le 14. du mois paffé . Cet
te jeune Demoiſelle furprit
toute l'Aſſemblée, par la fermeté
avec laquelle elle renonça
au monde. Sa modeftie
eftoit égale à fa joye , &
tout fon viſage donnoit des
marques d'une veritable vocation
. M' de Converfet Docteur
de Sorbonne, Archidiacre
de Vezelay , & l'un des
Chapelains de Madame la
Dauphine , luy fit un tresbeau
Difcours, qui luy attira
de grands applaudiffemens.
Il a travaillé tres-utilement
86 MERCURE
à la Converfion des Pretendus
Reformez de Vezelay, &
de pluſieurs Maiſons de Nobleffe
des environs.
L'Air nouveau que je vous
envoye , eſt d'un de nos plus
habiles Maiftres . Vous le
connoiftrez en le chantant.
AIR NOUVEAU.
Ο3
Vand le Printemps dans les
champs nous appelle
Pour refpirer les doux Zephirs ,
Ce n'est pas la faifon nouvelle
Qui fait nos plus charmans plaifirs.
Pour les Amans le temps eft toûjours
bean:
R Ω
Copies.
1-
at
les
Les
charmes
silon
menver
goustseul
en
Fbien
que lesyeu
x
-ups est toujours
GALANT. 87
Si tu veux me croire , Lyfette ,
Prens ta Mufette ,
Ie prendray mon Chalumeau ,
Et tu verras qu'en Hyver , ma Brunette
,
Nous pourrons dans le Hameau
Folaftrer comme fous l'Ormeau.
Tant de Gens fe plaignent
du Mariage, que les Vers que
vous allez lire , doivent eftre
d'un gouft general . Je n'en
connois point l'Autheur . Je
fçay feulement qu'on les a
fort eftimez icy , & que plufieurs
Connoiffeurs fe font
empreſſez pour en avoir des
Copies.
88 MERCURE
SUR LE MARIAGE.
On ,
Non,
pas ce qu'on
je ne feray
veut que je falſe ,
Et deuffent fucceder cent maux à la
menace ,
Deuffent tous mes parens me priver de
leur bien ,
Me marier,bons Dieux ! non , je n'en
feray rien.
Mon repos m'est plus cher que tout
leur heritage s
On le perd au moment qu'on fe met
en ménage,
Je veux le conferver jusqu'à l'extrémité.
L'Epoux le moins à plaindre eft un
bomme gâté.
Quoy , s'attacher toûjours à la mefme
perfonne !
GALANT.
89
Ne la pouvoir quitter que la mort ne
l'ordonne !
Eftreforcé d'ouir un babil odieux !
S'entendre contredire à toute heure ,
en tous lieux !
Effuyer une humeur bizare &
relleuse !
que
Avoir àcontenter une ame
ambitieuſe!
Ah , c'eft trop de
tourment pour pouvoir
eftre heureux ,
Et trop
d'abaissement pour un coeur
genereux.
L'Hymen avec la joye a tant d'antipatie
,
Qu'iln'a que deux beaux jours, l'Entrée
& la Sortie ;
Si l'on en trouve plus , c'est par un
casfortuit,
Il en a cent mauvais , pour une bon
ne nuit.
Tircis dit que penferaux douceurs du
Beuvage,
H
90 MERCURE
Ceft le plus grand plaifir qu'en rèçoit
l'homme fage ,
Que ce port de falut fait fon affection
,
Qu'il emprunte de là ſa confolation ,
Et que fans cet efpoir il n'est point
d'avantage
Qui le puft engager au joug du Ma--
riage.
Mais belas ! quel plaifir d'attendre
fon bonheur
D'un coup , dont le trepas peutfeul
eftre l'autheurs
Et s'il differe trop , d'en pefter dans
Son ame,.
Et de mourir cent fois, de voir vivre
unefemme !
Ie m'aime trop , Damon , pour vou
- loir m'expofer ...
こ
A ces triftes defirs que l'Hymenfçait "
eb caufer wolfang ouh sih Korkis
H
GALANT.
91
Bans , Articles, Contrat, n'ontjamais
pû me plaire.
L'eftime un bon Curé , je prife un bon
Notaire ;
Mais qui peut approuver leurs Actes
inhumains ?
On eftperdu d'abord qu'on tombe entre
leurs mains ;
Il n'est point fous les Cieux de telle
piperie ,
Pour un mot , ces gens- là vous brident
pour la vie.
On n'a pas plutoft dit le malheureux
Oüy ,
Que tout ce qui charmoit , fe trouves
évanovy.
L'amour comme l'éclair qui traverse
la nuë ,
se paffe en feperdant , dés que la cho--
Se eft denë ;
Et l'on ne peut unir , que l'on ne foist
jaloux , Hij
92 MERCURE
Les façons de l'Amant à celles de l'Epoux.
Point donc d'engagement d'une telle
nature ,
Le nom d'Epoux estfade , & de mauvais
augure
?
Son employ , c'est bienpis ; il cauſe de
l'ennuy ,
En moins de quatre jours , au plus
zelé pour luy,
Et l'épreuve fait voir , que prenant
une Femme .
On s'érige en Forçat qni va tirer la
rame.
Seigneur, preferve moy d'un estat ſi
fâcheux.
Five la liberté , c'est l'estat que je
veux.
Eftes- vous bien auprés d'Aminte , ou
de Silvie ?
Vous les pouvez aimer s'il vous en
prend envies
GALANT.
9 ,
Et quand vous eftes las de leur faire
la
cour ,
Vous pouvez à Climene attacher vô--
tre amour.
Hors du cruel Hymen , on n'aime
point par force ;
Sans congé de Iuftice , on rompt , on
fait divorfe ;
On gouverne fon coeur felon fon bon
plaifir ,
Les chemins font ouverts, on n'a qu'à
bien choisir.
Quand on eft marié , cent fujets fe
prefentent,
ou l'ardeur diminuë , ou les froideurs
augmentent ;
Le trop de libertê n'a qu'un facheux
retour ,
Onfe laffe aisément de ſe voir cha
que jour ;
Rien alors de nouveau ; plus alors de
mistere
94 MERCURE
Plus de douceur , finon quelque douceur
amere ;
On eft comme abifmé dans un gouf
fre profond ,
Dont on ne peut trouver la rive ny
le fond.
Vent- on toûjours s'aimer, &fe faire
careffe ?
Qu'on s'en tienne aux beaux noms
d'Amant & de Maiftreffe.
Lorfque l'on fait l'amour , on veut
toujours fe voir,
Son ardeur adoucit la peine & le devoir.
A-t- on quelque defaut , on fait tout
fon poffible
Pour empefcher du moins qu'il ne foit
trop vifible ;
Mais est on marié , l'on ne fe con--
traint plus ,
Tous les foins qu'on a pris paroiffent
Superfluss
GALANT. 97
on devient negligé dés la premiere.
année.
Clindor eftoit fort protre avant for
Hymenée ;
Tous fès ajuſtemens ne faifoient pas
un ply ; -
C'eftoit un aimable homme , un ga
lant accomply 5.
Il ne lavoit fes mains que d'Eau→
rofe ou d'Eau d'Ange
Sa Perruque & fes Gands n'eftoient
que Fleur d'Orange soudity
Il répandoit par tout la joye & les
douceurs ,
De la mefme façon que les bonnes of
deurs.
Mais depuis fon Hymen , que de Mé
tamorphoses ?
Pervertiffent en lux les plus aimables
chofes ! calidng
Ge Berger qui charmoit les fens &
Miles efprits ,
96 MERCURE
Sent maintenant le bouc , au lieu de
l'ambregriss
Il n'a plus d'enjouement , plus aucun
Soin de plaire ;
Ilfemble avoir toûjours en tefte quelque
affaire;
A peine en quatre jours prononce- t - il
un mot ;
N nefait que refver ; enfin il est tout
fot.
Qui recourt à l' Hymen,court grand
rifque de l'eftre i
En ce cas le Mary n'eſtpas toujours le
Maiftre ;
Son pouvoir ne sçaurois détourner ce
malheur,
Si l'on ne m'en croitpas , il eft cer
tain , Seigneur,
Queje pourrois nommer tant la cho ..
fe eft publique
Il eft declaréfot par Arrest autentique.
Lifis
GALANT. 97
Lifis l'eft comme luy ; Licas l'eft en
Secret,
Sije les nommois tous je n'aurois jamais
fait.
Il faudroit remonter jusqu'au premier
des hommes
•Et voir file Serpent ne le trompa
qu'en pommes.
Pour moy , qui ne veux point courir
un tel danger,
Lefuis le Mariage, & n'y veux point
fonger.
Ie feay qu'on ne voit pointfous fes
loix , dans cet age ,
De Bergere , d'efprit fi modefte & fi
o'fagesolhovS SH
Qui laffe avec le temps d'eftre Femme
de bien ,
Ne donne quelque atteinte à ce rude
lien
2 Ie le Seay des Bergers de plus d'une
contrée ,
I
98 MERCURE
1
Etje l'ay mesme appris de Zelie &
d' Aftrée.
De fi fâcheux avis m'ont jetté dans
l'effroy ,
Iamais on n'entendra parler d'Hymen
pour moy.
Que dis.je , belas je ſens qu'il faut
que je m'y rende.
Le Ciel me metdans l'ame une frayeur
plus grande ;
Il ne force perfonne à ce jougimpor
tun ;
4
Mais il damne celuy qui vit fur le
commun.
Quelque averfion qu'on
ait pour le Mariage , il n'y
a perfonne qui puiſſe éviter
un engagement quand
l'Amour s'en melle
3913400
mais
GALANT. 99
peut eftre n'en a t'il jamaïs
formé par une voye auſſi
extraordinaire que celle dont
il s'eft fervy pour unir deux
coeurs , que rien enſuite n'a
pû divifer. L'Avanture qui a
fait cette Union a des circonftances
affez fingulieres,
pour meriter d'avoir place
parmy les Nouvelles de ce
mois. Un homme fans Marquifat
, mais qui prend pourtant
la qualité de Marquis ,
ayant entretenu plufieurs
fois une jeune Demoiſelle
qui ne manque ny d'efprit
ny de beauté , luy trouva
I
ij
100 MERCURE
tant de merite , que mettant
tout fon bon- heur dans l'avantage
de s'en faire aimer,
il refolut de n'épargner rien
pour y reuffir. La conquefte
eftoit affez difficile à faire .
Quoy qu'elle n'euft pas encore
dix-huit ans , elle avoit
aſſez entendu parler du peu
de bonne foy qu'ont les
hommes quand il s'agit de
dire qu'ils aiment , pour
eftre perfuadée que les douceurs
font pour eux des
lieux communs & qu'en
proteſtant le plus violent amour
ils ne fentent rien de
GALANT. Jor
tout ce qu'ils difent . Ainfile
Marquis eut beau employer
les expreffions les plus engageantes
& les plus perfuafives
, elle voulut de longues
épreuves , & ce ne fut qu'à
force de foins , receus quelquefois
avec affez de froideur
, qu'il vint enfin à bout
de luy faire croire qu'il avoit
le coeur veritablement touché.
Elle n'en fut pas plûtoft
convaincuë , qu'elle ceffa
de s'oppofer au penchant
qu'elle avoit d'abord fenty
pour luy. Il eftoit bien fait
de fa perfonne , & affez de
I iij
102 MERCURE
qualitez eftimables le rendoient
digne des fentimens
qu'il luy inſpira. Ils furent
& d'autant plus
finceres
tendres, qu'aprés avoir longtemps
combatu , elle abandonna
fon coeur fans nulle:
referve à ce que l'amour a de
plus flateur. L'aveu qu'elle
luy en fit , fut accompagné
de toutes les affeurances qui
pouvoient le fatisfaire , &
rien n'auroit approché de
fon bonheur fi à force d'en
joüir il ne s'en fuſt fait une
habitude qui diminua beaucoup
de fon ordinaire em-
"
GALANT. 103
2
preffement. Le bien qui luy
eftoit feur n'eut plus pour
luy les mefines appas , & en
laiffant languir fon amour ,
il ouvrit les yeux fur le merite
d'unejeune Blonde , Amie
de la Belle , en qui jufque là
il n'avoit rien trouvé de touchant.
Il commença à luy
parler plus fouvent , & d'une
maniere plus obligeante
qu'il n'avoit accoûtumé , &
la chofe alla fi loin , qu'aprés
luy en avoir fait fouvent
la
guerre en riant , la
Belle luy en marqua un veritable
chagrin . Il plaifanta
I iiij
104 MERCURE
fur fa jaloufie , & non feule
ment il ne changea point de
fentiment pour la belle Blonde
, mais il luy rendit quelques
vifites, dont il fit miſtere
à la Maiftreffe ; Jugez de fon
déplaifir quand elle en fut averție.
Elle luy en fit mille
reproches , & la fatisfaction
qu'elle en receut ne répondant
point à ce qu'elle avoit
fujet d'attendre de fon amour
, elle ne vit qu'un party
à prendre. Ce fut de rompre
avec fon Amie , & d'ofter
par là à fon Amant les occafons
de la chagriner. Elle
GALANT. 105
prit un pretexte affez leger
pour ſe broüiller avec elle ,
fe
& l'ayant pouffée fort vivement
fans luy parler du Marquis
, elle la pria de la laiffer
en repos , & de finir un commerce
qui n'avoit pour elle
aucun agrément . LeMarquis
au lieu d'entrer dans fes inte
refts avec autant de chaleur
qu'elle fe l'eftoit promis , prit:
en quelque forte le party de
fon Amie , & fit ce qu'il pût.
pendant quelques jours pour
obtenir d'elle qu'elle confentift
à la revoir . Tous les ef
forts furent inutiles . Elle :
106 MERCURE
proteſta qu'elle avoit rompu
avec cette Amie , pour
ne renoüer jamais , & dit
au Marquis que s'il ne rompoit
luy- mefme avec elle , il
devoit fe preparer à voir la
plus forte haine fucceder à
fon amour. La menace éton .
na peu le Marquis . Il continua
de rendre des foins à la
belle Blonde , qui pour ſe
vanger de l'injufte & bizarre
changement de fon Amie ,
n'oublia rien de ce qu'elle
crut capable de luy ofter fon
Amant. Elle Y reüffit
mille manieres tendres qu'el
par
GALANT. 107
pour mieux l'enga- le affecta
ger , & qui l'obligerent de la
preferer à fa premiere Maîtreffe.
On ne sçauroit exprimer
le defefpoir où fut cette
aimable Fille , lors qu'elle fe
vit trompée malgré la précaution
qu'elle avoit prife de
n'abandonner fon coeur à l'amour
qu'aprés des épreuves
qui luy répondoient pour le
Marquis d'une fidelité eternelle.
Elle luy parla , & ſes
efforts pour le ramener ayant
efté fans effet , elle l'affeura
d'un ton fier & emporté
qu'il devoit tout craindre
rc8 MERCURE
.
d'elle , & que puifqu'il la forçoit
à étoufer fon amour ,
il n'eftoit aucuns moyens
,
quelque violens qu'ils fuf
fent , qu'elle ne tentaft avec
plaifir pour le punir de fa
perfidie. Le Marquis luy répondit
froidement que puifque
fa vie n'eftoit pas en
feureté avec elle , il fuiroit
les lieux , où il croiroit pouvoir
la trouver: En effet il
ceffa entierement
de la voir,
& ce mépris luy fut fi fenfible
, qu'eftant incapable de
fe poffeder, elle n'écouta que
fon defefpoir
. Elle crut qu'un
འ
GALANT. Iog
homme qui la trahiſſoit ſi
lâchement eftoit indigne de
vivre , & s'eftant munie de
deux Piſtolets de poche , elle
alla un jour chez luy d'affez
bon matin pour le furprendre
avant qu'il fuft hors du
lit. Le Logis luy eſtant connu,
elle monta dans fa Chambre
fans avoir trouvé perſonne
qui puft l'aller avertir
qu'elle avoit à luy parler.
Elle entra tout doucement ,
& entr'ouvrant un rideau , &
voyant un homme qui dormoit
la tefte tournée de l'autre
cofté , elle refolut d'exe110
MERCURE
la
cuter ſa vangeance, fanss'expofer
à recevoir de nouvelles
marques de fon mépris.
Elle prit un de fes deux Pittolets
& le tira , mais comme
ce fut d'une main tremblante
, le coup porta contre
muraille. Elle tenoit déja ,
l'autre Piftolet
, & fe prepa
roit à le tirer , mais le Dormeur
s'étant éveillé au bruit,
& ayant hauffé la tefte , luy
fit tomber ce Piftolet de la
main , en luy montrant un
vifage qui n'eftoit point cèluy
du Marquis. C'eſtoit un
Cavalier qu'elle connoiffort
,
GALANT. I
& que le Marquis avoit quelquefois
amené chez - elle . 11
eftoit venu coucher avec
luy cette nuit là , & le Marquis
que quelque affaire avoit
fait fortir de fort grand
matin ,l'avoit laiffémaiftre de
fa Chambre. La Belle toute
troublée s'enfuit promptement
, aprés avoir fait un
cry qui témoignoit fa furprife.
Le Cavalier tout épou
vanté du bruit qu'avoit fait
le Pistolet ,pfe tafta longtemps
pour voir fi le coup
n'avoit point porté fur luy ,
& le Marquis eftant de re112
MERCURE
tour il luy réprocha fon
inconftance qui avoit reduit
la Belle à fe vouloir
vanger fi cruellement. Le
Marquis fe contenta de fe
précautionner contre un
defefpoir fi dangereux , &
au lieu de le regarder comme
l'effet d'un amour tresviolent
qui luy devoit faire
condamner fon injuſtice , il
continua d'eftre affidu chez
la belle Blonde , fe moquant
du Cavalier qui le vouloit
faire rentrer en luy- mefme
fur fon infidelité. Cepen-
-dant le Cavalier alla voir la
GALANT. 113
Belle , pour la prier de ne
le pas rendre refponfable du
crime de fon Amy. Quoy
qu'elle fe fuft fentie affez de
courage pour vouloir ofter
la vie àun Amant qui l'avoit
trompée avec tant de lâcheté
, elle ne put retenir ſes
larmes , lors qu'entretenant
le Cavalier , & entrant dans
de détail de tous les fermens
que le Marquis luy avoit
la convaincre d'un
faits
pour
parfait
amour
, elle
luy
exagera
la bonne
foy
avec
laquelle
elle
y avoit
répondu
,
aprés
avoir
pris
tous
les foins
Février 1686.- K
114 MERCURE
poffibles de ne laiffer point
engager fon coeur qu'elle
n'euft lieu de fe croire aimée..
Le Cavalier fut touché de la
confidence qu'elle luy fit de
fes fentimens les plus fecrets,
& il y vit tant d'honnefteté,
& une maniere d'aimer fi
peu ordinaire , qu'en bla
mant la conduite du Marquis
, il le plaignit del'aveu
glement qui le faifoit renoncer
à eftre le plus heureux
de tous les Amans. Il s'étendit
auprés de la Belle fur les
fuites qu'elle n'avoit point
envisagées dans l'emporteGALANT.
115
ment qu'elle avoit eu , & luy
fit comprendre que le Marquis
ne meritant pas qu'elle
fe fift pour luy aucune affaire
d'éclat , c'eftoit par le feul
mépris qu'elle devoit ſe vanger
de fa perfidie. Le conſeil
eftoit fort bon , mais pour
s'en fervir il falloit qu'elle
s'arrachaft du coeur les tendres
impreffions que l'amour
y avoit gravées depuis longtemps
, & ce n'eftoit pasune
chofe aifée. Elle promit d'y
faire tous les efforts , & priale
Cavalier de la voir fou
vent , parce qu'il eftoit le
Kij
116 MERCURE
feul avec qui elle puft fentirquelque
confolation à s'entretenir
de fon malheur , &
qu'il pouvoit d'ailleurs la
fortifier dans le deffein d'ou
blier un Infidelle , qui en ufoit
fi indignement . Le Cavalier
qui voyoit toûjours
fon coeur tout remply d'amour
, parla plufieurs fois à
fon Amy , pour le rappeller
vers cette aimable Perfonne
, & n'ayant pû le perſuader
, il s'appliqua ferieufement
à la guerir d'une paffion
qui ne pouvoit luy cau
fer que beaucoup d'inquie
GALANT. 117
tude & des peines inutiles..
Il employa des raiſons ſi fortes
, & fes manieres pour ne
luy laiffer aucune eſperance
furent fi honneftes & fi pleines
de douceur , qu'infenfiblement
il l'engagea à prendre
pour luy la mefme eſtime
qu'il avoit pour elle. Cette
eitime reciproque qui s'augmenta
par le temps , alla
plus loin qu'ils ne crurent ,
& ils s'aimerent effective :
ment fans s'eftre apperceus
qu'ils commençoient à s'aimer.
Comme leur amour étoit
un effet du vray merite
118 MERCURE
qu'ils s'eftoient connu en
s'examinant l'un l'autre , ils
ne fe furent pas plûtoft expliquez
que chacun d'eux
fe trouva dans la difpofition
de ne démentir jamais les
affeurances qu'ils fe donnerent
d'une eternelle tendreffe.
Le Marquis a qui fon
Amy ne parloit plus de la
Belle , cemmença à fe fafcher
des foins empreffez qu'il
luy rendoit. Il le pria de les
moderer , & jugeant par le
refus qu'il en fit qu'il y avoit
de l'amour entr'eux, la jaloufie
commença à reveiller
GALANT. 119
dans fon coeur des fentimens
qui n'y eftoient qu'affoupis.
La Belle luy parut avoir plus Belleluy
de merite, quand il la vit aimée
par un autre ; & la meſ
me bizarrerie qui l'avoit o--
bligé à la quitter , luy rendant
pour
elle ce qu'il avoit
fenty autrefois, il voulut ren
trer dans fes premiers droits,
& fe
confervercette conquefte
. Ainfi l'ayant rencontrée
un jour à la promenade , il ſe
refolut à l'aborder. Elle le
receut d'un air dédaigneux ,
qui luy marquoit fon entiere
indifference , & quoy qu'il
120 MERCURE
puft faire, il ne puteſtre écou
té. Comme il meritoit ce
traitement , il ne fe rebuta
point. Il l'attribua à un premier
mouvement de fierté
qu'elle ne foûtiendroit pas ,
& la confiance qu'il avoit en
fon merite, luy fit croire qu'
en luy écrivant un peu tendrement
, pour la prier de
fouffrir qu'il allaft chez elle
fe juſtifier de ce qui n'avoit
que l'apparence d'un crime,
if en obtiendroit aisément un
teſte à tefte. Ce deffein luy
plut ; il l'executa , & donna
La Lettre à une Amie qui
avoit
GALANT. 121
avoit eu part à tout leur commerce.
La Belle que le Cavalier
avoit entierement gue.
rie du Marquis , vit avec
beaucoup d'indignationqu'il
ſe fuft encore hazardé à luy
écrire , & elle eftoit preſte à
luy renvoyer fa Lettre toute
cachetée,lors qu'un moment
de reflexion luy fit changer
de deffein. Elle l'ouvrit , la
lût toute entiere , foûrit plufieurs
fois en la lifant , &
témoignaà la Dame qui s'étoit
chargée de l'apporter ,
qu'elle en eftoit affez fatisfaite.
Elle refufa pourtant d'y
Février 1686. L
122 MERCURE
faire réponde , fur ce qu'elle
avoit befoin d'un peu de
temps pour examiner fon
coeur avant que de faire une
nouvelle démarche . Le Marquis
inftruit du calme où
fon Amie avoit trouvé fon
efprit , fe tint affeuré de vain.
cre , puis qu'on ne faifoit
que differer la réponſe qu'il
avoit fait demander
. Il s'applaudiffoit
de ce triomphe ,
& fa vanité luy faifoit goûter
d'avance le plaifir de
voir le Cavalier fans Maîtreffe
, mais la chofe tourna
autremét qu'il ne le croyoit.
GALANT. 123.
La Belle envoya fa Lettre,
à fa Rivale , & luy manda
que quoy qu'elles ne fuſſent
plus amies , elle ne pouvoit
fouffrir que le Marquis vouluft
revenir à elle fans l'en avertir
; qu'elle pouvoit prendre
fes mefures pour le retenir
fur les lumieres qu'elle
luy donnoit , & que cette
marque de fa bonne foy luy
devoit faire connoiftre que
s'il arrivoit que cette Conquefte
luy échapaſt, elle n'auroit
pas à l'en accuſer. La
belle Blonde ne put fe taire
avec le Marquis. Elle luy fit
Lij
124 MERCURE
de cruels reproches , & ces
reproches augmenterent la
froideur qu'il commençoit
à marquer pour elle. Ainfi
ce fut tout de bon qu'ils fe
btoüillerent , & dans la defunion
où les mit cette querelle
, la belle Blonde preſta
l'oreille fans peine à un Party
fort avantageux qui fe
prefenta en ce mefme temps .
Elle fongea que le Marquis
ne s'eftoit donné à elle que
par une trahiſon ; elle le
voyoit moins empreffé , &
jugeant de là que le mariage
luy donneroit pour elle un
GALANT. 125
entier dégouft , elle confentit
à la propofition qui luy
fut faite pour un homme de
naiffance qui avoit beaucoup
de bien , & qu'elle é
poufa quinze jours aprés.
Le Marquis le vit fans aucun
chagrin . Il eftoit bien
aife d'eftre delivré d'un engagement
qui luy devenoit
à
charge, ou plûtoft tout plein :
d'amour
malgré
luy pour fa
premiere
Maiſtreffe
, il fe faifoit
d'autant
plus de gloire de
venir à bout de fa fierté, que
c'étoit une nouvelle
conquê
te plus difficile
à faire pour
L iij
27
126 MERCURE
luy , que quand il l'avoit d'abord
entreprife. Il s'y appliqua
de tout fon pouvoir ,
mais les foins qu'il prit furent
inutiles ; la Belle ne
voulut ny le revoir , ny recevoir
de fes Lettres. Comme
la crainte d'une nouvelle
inconftance
pouvoit
la
porter à ce refus , il luy fit
dire qu'afin qu'elle n'euft
point à douter de la fincerité
de fes fentimens
, il ne demandoit
à eftre receu chez
elle , que pour dreffer des
Articles tels qu'elle voudroit
, & pour l'époufer dés .
GALANT 127
le lendemain . Elle répondit
à tout cela de l'air le plus
méprifant , & quoy qu'on
luy puft offrir , elle demeura
inexorable. Une reſiſtance fi
peu attendue defefperant le
Marquis , fit de fon amour
une espece de fureur. Il cher .
cha le Cavalier , luy dit tout
ce qu'il put de defobligeant
fur fon heureuſe fortune , &
luy voyant conferver une
froideur, qui fembloit braver
fon emportement , il mit enfin
l'épée à la main , & le contraignit
de fe défendre. Le
Cavalier recula long- temps
Liiij
J28 MERCURE
fans faire autre chose que
parer , mais le Marquis le
pouffant toûjours , il fut obligé
de faire ferme , & ne
fongea plus à le ménager.
Des Amis
communs que le
hazard
amena les
feparerent.
Ce ne fut pourtant
,
qu'aprés que le Marquis eut
receut quelques bleffures ,
qui luy firent garder le lit
pendant plus de trois fe .
maines. La chofe ayant fait
éclat , la Belle en voulut prévenir
les fuites par fon mariage.
Elle oftoit par là toute
efperance au Marquis , & fi
GALANT. 129
niffoit la querelle . Ainfi elle
prouva fa tendreſſe au Cavalier
en l'époufant peu de
jours aprés cette Avanture .
Quoy que mariez , ils ont
toûjours l'un pour l'autre des
égards d'Amans . On m'a dit
que le Marquis
fe voyant
guery de fes Blefſures , s'étoit
éloigné pour s'épargner
le chagrin d'eftre témoin
des douceurs
qu'ils goûtent
dans une fi tendre
& fi par-.
faite union.
M' de Préfontaine qui a
exercé pendant vingt- cinq
ans la charge de premier
130 MERCURE
Avocat General du Parle
ment de Roüen avec une
approbation generale , s'étant
rendu à Arras , y a pris
poffeffion
de celle de Prefident
, & Chef du Confeil
d'Artois dont Sa Majefté la
gratifié. Il y fut receu le 21.du
dernier mois par le Confeil ,
par la Nobleffe , & par tous
les Habitans , avec de grands
témoignages d'une joye particuliere.
Quoy qu'ils fuffent
tous perfuadez de fon
Sçavoir , il leur en donna des
marques publiques par la
Harangue qu'il leur fit dans
GALANT. 131
le Confeil. Tout le but de
fon Difcours fut de leur mon.
trer quel merite on fe doit
faire de rendre une exacte &
prompte juftice. Il en appor
ta de fi folides raifons qu'ils
en furent convaincus ; enforte
qu'en cette feule journée
on expedia plus d'Affaires.
qu'on n'en avoit vuidé depuis
quinze jours.
Le Vendredy premier de
ce mois. , M' de Corberon
Procureur General du Parlement
de Metz , y fit l'Ouverture
du Semeftre de Fe-
& choifit pour fon
vrier ,
132 MERCURE
fujet l'Excellence de la Juftice,
qu'il fit connoiftre , & en
elle-mefme, & dans fes effets.
Il fit voir qu'elle eftoit toute
divine , & qu'elle tiroit fon
origine de Dieu meſme , &
aprés avoir tracé en peu de
mots l'idée de fon veritable
caractere , il montra qu'elle
eftoit le lien de la Societé ,
& faifoit feule la felicité des
Particuliers auffi - bien que
des Etats. Il s'attacha¡ à décrire
le bon-heur de l'hom
me jufte , & prit cette occafion
de témoigner fa reconnoiffance
envers la mémoire
"
GALANT. 133
de défunt Mr le Chancelier.
Il fit un fort court détail de
fes actions les plus remarquables
, & dit que s'il avoit
fait regner fi long-temps
la Juſtice dans le Royaume ,
cette mefme Juftice l'avoit
élevé au plus haut point de
la gloire , & luy avoit fait
poffeder fans envie la faveur
du Prince & l'affection des
Peuples. Mais , ajoûta-t'il ,
ce n'eft pas encore affez , elle ranime
aujourd'huy fes cendres , &
le faifant revivre dans le coeur
des veritables François d'une vie
plus glorieufe que la premiere ,
134 MERCURE
elle le propofe à la pofterité , comme
le modele le plus achevé d'un
illuftre Magiftrat , d'un Miniftre
fidelle , & d'un Sage Politique.
Enfuite il fit voir la neceffité
de la Juftice dans la Police
du Gouvernement , d'où dépend
tout le bon- heur des
Etats . Il remarqua que
toit à elle que la France devoit
fes profperitez
l'ayant reprefentée fur le
Trône de LouIS LE GRAND ,
comme dans l'endroit où
elle paroift avec plus de
luftre ; C'est là , dit -il , qu'elle
decide du fort des plus grands
c'ê-
&
GALANT. 135
c'est
Etats; c'est là qu'elle reçoit les hom
mages des Souverains ,
de là qu'elle donne des Loix aux
Nations les plus éloignées. Il fit
connoiftre qu'elle regnoit
fur le coeur du Prince , &
qu'elle le faifoit regner fur
le coeur de fes Sujets ; qu'elle
travailloit à la gloire du Souverain
, & à la felicité de fes
Peuples . Il tomba de là fur
la deftruction du Calvinif
me dans tout le Royaume ,
& fit voir que c'eftoit cette
mefme Juftice qui avoit infpiré
au Roy ce grand deſſein ,
& qui luy avoit fourny les
136 MERCURE
moyens dont il s'eſtoit ſervy
pour l'executer. Il reprefenta
ce Demon du Schifme enfevely
fous les ruïnes de ſes
Temples , fans que fa chûte
ait bleffé aucun de ceux que
leur infortune
y avoit attachez
. Il s'étendit fur l'amour
paternel que le . Roy avoit
pour eux compara à
celuy de ce Pere , qui fans
faire aucune bleffure à fon
Fils , tua le Serpent qui l'entouroit
. Il finit en paraphrafant
les paroles que la Reyne
de Saba prononça
à la veuë
de la Sageffe , & de la Gloire
,
& le
GALANT. 137"
de Salomon , & les appliqua
au Roy à peu prés en ces
termes. Heureux les Peuples
qui vivent fous fes Loix , qui
font les témoins de fa Sageffe ,&
qui goûtent les fruits de fes ver
tus ! Il a esté étably Royfur Terre
pouryfaire regner la Justice , &
& il a efté choify de Dieu pour
édifier fon Temple , c'est à dire ,
pour détruire l'Herefie , & retablir
le Culte de la veritable Religion.
On a publié depuis quef
ques jours deux Déclarations
du Roy , qui font connoiftre :
que les foins les plus preffans
Fevrier 1686. M
138 MERCURE
de Sa Majefté font toûjours
fur ce qui regarde la Religion
, & l'intereft de l'Eglife.
Par une autre Déclaration
du mois de Mars 1664. les-
Portions congruës , que ceux
à qui les groffes Dixmes appartiennent
, font obligez de
payer aux Curez ou Vicaires
perpetuels , avoient eſté fixées
à la fomme de deux cens
livres
pour les
Curez
ou
Vicaires
perpetuels
des
Paroiffes
fituées
dans
les
Provinces
au deça
de la Riviere
de Loire
, & dans
lefquelles
il n'y
a point
de
Vicaire
; & à la
;
26
GALANT. 139
fomme de trois cens livres
pour celles où il eft neceſ
faire d'en avoir ; & comme
un revenu fi mediocre n'eft
point capable de faire fubfifter
ces Preftres , ce qui eſt
caufe que ces Cures font abandonnées,
ou remplies par
des Ecclefiaftiques qui n'ont
point les qualitez neceſſaires
pour en foûtenir les devoirs ,
Sa Majefté , qui a veu d'ail
leurs que par la réunion des
Pretendus Reformez à l'E
glife , les Curez de ces Pa--
roiffes fe trouvent chargez
d'un Troupeau beaucoup
M- ij
140 MERCURE
plus nombreux , & qui a encore
un plus grand beſoin de
Paſteurs d'une doctrine épurée
, a ordonné par fa Déclaration
du 29. du mois paffé ,
que ces Portions congruës
demeureront fixées à l'ave
nir dans toute l'étendue de
fon Royaume , à la fomme
de trois cens livres par cha
cun an , outre les Offrandes,
Droits Cafuels , & Dixmes
novales fur les Terres qui
feront défrichées depuis que:
les Curez ou Vicaires perpetuels
auront fait l'option
de la Portion congruë au
GALANT. 141
hieu du revenu de leur Cure
ou Vicairerie , & dans les
Paroiffes où il y a preſentement
des Vicaires , ou dans
lefquelles les Archevefques
ou Evefques jugeront qu'il
fera befoin d'en établir , Sa
Majefté veut qu'il foit payé
cent cinquante livres pour
chacun de ces Vicaires
lefquelles fommes feront
payées franches & exemptes
de toutes Charges par ceux
à qui les Dixmes Ecclefiaftiappartiennent
, & fi ques
elles ne font pas fuffifantes ,
par ceux qui ont les Dixmes.
infeodées .
142 MERCURE
Le mefme jour qu'on a
publié cette Déclaration , il
en a paru une autre par laquelle
le Roy ordonne que
les Cures qui font unies à
des Chapitres ou
autres
Communautez Ecclefiaftiques
, & celles où il y a des
Curez primitifs , feront def
fervies par des Curez ou des
Vicaires perpetuels qui feront
pourvûs en titre , fans
que l'on y puiffe mettre à
Favenir des Preftres amovibles
fous quelque pretexte
que ce puiffe eftre. Comme
plufieurs Curez primitifs &
"
GALANT. 143
:
autres à qui la collation des
Cures & des Vicaireries perpetuelles
appartient , commettoient
des Preftres pour
les deffervir pendant le
temps qu'ils jugeoient à propos
de les y employer avec
une retribution tres - mediocre
, Sa Majefté par cette feconde
Déclaration remedie :
à un abus tres - prejudiciable
à l'Eglife , & condamné par
les Saints Canons . En effet les
Ecclefiaftiques qui eſtoient
capables de s'acquiter utilement
de ces emplois , faifoient
difficulté de les accep
144 MERCURE
ter , non feulement à cauſe
du peu de retribution , mais
parce que les Curez primitifs
pouvoient les dépoffeder
quand ils vouloient . Ce defordre
ceffe par les foins du
Roy , qui voyant que le
grand nombre de fes Sujets
Convertis depuis peu de
temps eft une nouvelle charge
pour les Curez , veut que
ceux que l'on choifit pour
fe repofer fur eux de la conduite
des ames, foient dignes
par leurs moeurs & par leur
doctrine de s'acquiter d'un
Miniftere fi faint. Ainfi p
pan
la
GALANT. 145
la Déclaration dont je vous
parle , il eft enjoint à tous les
Curez primitifs qui ont commis
des Preftres pour deffervir
les Cures ou Vicaireries
perpetuelles dont ils ont la
Collation , d'en preſenter de
capables d'y eftre pourvûs
en titre , & durant leur vie ,
aux Ordinaires des lieux . Ils
ont trois mois pour cela , aprés
lequel temps , ce fera
aux Archevefques & Evef
ques à y pourvoir chacun
dans fon Dioceſe .
Cette Pieté du Roy qui éclate
en toute forte de ren-
Fevrier 1686.
N
146 MERCURE
contres , eft caufe qu'il ne fe
fait plus de Difcours publics
dont elle ne fourniſſe la matiere.
On en parle dans toutes
les Chaires , & je ne puis
m'empeſcher
de vous rapor
ter icy ce que le Pere Cloüet
Minime en a dità Guife dans
un Sermon qu'il prefcha le
jour de l'Octave de l'Epiphanie.
Après avoir fait remarquer
beaucoup
de choſes
touchant l'Etoile , à la faveur
de laquelle
les Mages avoient
publié qu'ils avoient
veu les merveilles
du Seigneur
, c'eſt à dire qu'ayant
>
GALANT. 147
efté prevenus par la Grace ,
ils avoient connu leur idolatrie
, & le culte abominable
qu'ils rendoient à des Idoles
& à de fauffes Divinitez , il
fit voir que Dieu avoit renouveléles
mefmes merveilles
en faveur des nouveaux
Convertis , en faisant paroître
depuis quelques mois une
nouvelle Etoile pour eux.
Faites y réflexion , mes Freres ,
dit- il en apoftrophant ceux
qui venoient de renoncer à
la Religion de Calvin. Le
Sauveur du Monde ne vous a-t'il
pas efté chercherparfagrace com
Nij
148 MERCURE
me les Mages , non pas à la verité
dans les tenebres du Paganif
me , mais dans celles de l'Herefie ?
Autrefois vous eftiez dans l'aveuglement
; autrefois vous vi
viez au milieu de l'obscurité que
caufe l'erreur ; mais prefentement
vous eftes tous des lumieres , vous
eftes devenus des Aftres & des
Etoiles. C'est donc aujourd'huy
que vous pouvez dire que vous
avez veu. Mais quelle eft cette
lumiere , quelle eft cette Etoile que
vous avez découverte , & qui
vous a éclairezfi heureufement ?
Je croy vous entendre dire. Cette
Etoile , cette lumiere qui a paru
GALANT. 149
en noftre faveur , c'est le jufte E
dis qui a revoqué ceux de Nantes
& de Nifmes , & parlequel
noftre Invincible Monarque a ordonné
que tous les Temples de la
Religion Pretendue Reformée feront
démolis dans fon Royaume
que fes Sujets de l'un de
l'autre Sexe rentreront dans le
fein de l'Eglife Catholique , hors
de laquelle il n'y a point de falut.
Ceft par lafplendeur de cet Aftre
que nous avons veu lafauffeté de
noftre Religion . C'est par le
moyen de cette nouvelle Etoile ,
que nous pouvons appeller l'Etoile
d'une nouvelle creation , pour user
Niij
150 MERCURE
que les Mages vide
des termes de Tertullien qui appelle
ainfi celle
rent , c'eft dis -je , par le moyen
cette nouvelle Etoile que nous avons
connu les Erreurs que nous
prenions pour des veritez , avant
que nous fuffions Catholiques.
C'est cette Etoile qui nous a conduits
beureufement avec les Mages
dans l'Etable de Bethleem ,
nous voulons dire dans l'Eglife
des Catholiques , où le Sauveur
du Monde eft caché fous les efpeces
facramentelles.
Ce Pere fit enfuire une
énumeration de la croyance
de l'Eglife Catholique , & aGALANT.
151
prés avoir fait connoiftre
que l'Edit qui fupprime l'Exercice
de la Religion des
Pretendus Reformez , marque
plus qu'aucune
choſe la
grandeur & la puiſſance du
Roy Qu'on dife tant qu'on
voudra , ajoûta - t'il que cét Augufte
Monarque s'eft rendu re
doutable aux Ennemis de fon
Etat par la force de fes Armes
toujours invincibles ; que toute
l'Europe voit avec étonnement la
rapidité de fes Conquestes ; que
tout le monde admire les fignalées
Victoires qu'il a remportées fur
la Hollande , fur l'Espagne , &
N iiij
152 MERCURE
fur l'Empire ; que toutes les Nationsfoient
dans la derniere furpriſe
de la moderation fans exemple
qui luy a fait donner la paix
au Monde Chreftien , en abandonnant
au milieu de fes Triomphes
tous les nouveaux avanta
ges doni luy répondoit le cours de
guerre ; qu'on faffe réflexion
fur tant d'Eclaves dont il a brifé
les chaifnes en reduifant les Corfaires
d'Alger & de Tripoly ; en
un mot , que tous les Princes de
l'Univers regardent comme un
des plus grands effets de fa puiffance
la foumiffion que
le Doge
& les Senateurs de Genes luy
la
GALANT IS
+4
;
font venus faire au nom de leur
Republique pour nous , nous ne
trouvons rien de femblable aux
furprenantes Conqueftes que ce
grand Monarque a faites en ordonnant
la démolition de tous les
Temples des Religionnaires . Ce
font des Exploits fi confiderables ,
que fes actions lesplus éclatantes
femblent n'eftre rien en comparat
Jon de celle- cy. C'est en cette occafion
que nous pouvons dire qu'il
fait un coup defa Puissance , &
que cette Puiffance eftfans bornes
auffi bien quefa Sageffe . Les Por
tes de l'Enfer ne peuvent fe prevaloir
contre les forces de ce Fils
154 MERCURE
à
aifné de l'Eglife. N'ayant plus
d'Ennemis vifibles à combattre , il
va attaquer l'Herefie iufque dans
fon Fort. Il déclare la
guerre
tous les Demons ; il fait trembler
toutes les Puiffances de l'Enfer ;
il les infulte iufque dans leurs retranchemens
, les contraint de
fortir defon Royaume avec honte;
il détruit les Temples des Proteftans
; il leur enleve toutes les
Places dont ils s'eftoient rendus
maiftres , revient de ce combat
tout chargé de Palmes. Donnons
plus de jour à ma penſée , &
faifons paroiftre la puiffance de ce
Prince avec plus d'éclat , de pom
GALANT. 155
pe , & de majesté , en faisant
voirque l'Edit qui a produit toutes
ces merveilles, est un abregé de fes
actions les plus étonnantes , puifqu'il
renferme les divers miracles
de fa vie , & qu'il femble qu'il
aitprit plaifir par là à nous donner
un excellent Tableau de tout ce
qu'il a fait de plus auguſte. En
effet fi nous parcourons la vie de
ce grand Monarque , nous remarquerons
fes Ennemis vaincus &
humiliez , des Loix établies en
faveur de la fuftice , des Villes
prifes d'affaut , d'autres ruinées
& renverséespar les Bombes , le
nombre de fes Sujets augmenté
156 MERCURE
les limites de ce floriſſant Royau
me plus étendues qu'elles n'estoient
avant fes Conquestes , & une
infinité de Captifs Chreftiens rachetez
parfa generofité. Tous ces
prodiges ne fe rencontrent- ils pas
dans les effets de l'Edit fameux .
qui a revoqué celuy de Nantes ?
Ny voit- on pas le Calvinisme ,
c'est à dire le plus furieux , & le
plus terrible de tous les Ennemis
que
la France ait jamais eus ; ce_
luy qui l'a autrefois fi defolée par
le fer & par le feu ; ne voit- on
pas dis-je , cét ennemy redoutable,
non feulement defarmé , abatu ,
humilié , & foumis aux pieds du
GALANT. 157
Roy , mais encore vaincu & aneanty
? Ne voit- on pas une infinité
d'Enfans rebelles , renoncer
à leur revolte , pour rentrer dans
l'obeiffance qu'ils doivent à leur
Sainte Mere , qui eft l'Eglife .
Catholique , dont ils avoient malheureusement
fecoué le joug par
Herefie ? N'a t'on pas veu la
démolition de tous les Prefches du
Royaume à la premiere publication
que l'on a faite de ce juste
Edit ? La voix de ceux qui l'ont
publié par l'ordre du Roy , a eu ce
mefemble, la mefme vertu que
fon des Trompetes , & des autres
Inftrumens dont fe fervirent les
le
158 MERCURE
Preftres qui fuivoient l'Armée
de Fofué au Siege de Ferico , je
veux dire qu'à la publication de
cét Edit , tous les Temples des
Ennemis du Seigneur ont estéren.
verfez de fond en comble comme
le furent autrefois les murailles
de Jerico. Peu s'en faut que je ne
compare toutes les Lettres quifont
en ce me
mefme Edit à autant de
Grenades , les mots qui les compofent
aux Bombes , les feuilles
de papierfur lesquelles il eft imprimé
aux Carcaffes , & toutes
les lignes à autant de batteries de
Canon , puis qu'elles ont eu laforce
de détruire les Prefches des Pro-
1
GALANT.
159
teftans , à peu près comme lesfeux
d'artifice ont reduit en cendre les
Villes d'Alger, de Tripoly & de
Genes , qui refufoient les iustes
demandes de Sa Maiefté. Si ce
Prince Tres- Chrestien a rompu
les chaifnes d'un nombre infiny
d'Esclaves que les Infidelles retenoient
, n'a- t'il pas par cette mefme
puiffance retiré une infinité
d'Ames des abifmes de l'enfer ?
Quel bon-beur pour vous , mes
Freres , continua- t'il en s'addreffant
aux nouveaux Catholiques
, quelle obligation.
n'avez-vous pas à ce grand Momarque
, des foins qu'il prend de
160 MERCURE
travaillerfi puiffamment à vostre
falut , & de contribuer d'une maniere
fi noble à vostre fanctifica
tion ! Un Pere de l'Eglife nous
dit que fi Saint Estienne n'euft
pas prié pour la Converfion de
Saint Paul , l'Eglife cuftefté pri
vée d'un figrand Apoftre. Appliquons
cecy à noftrefuiet , & di
fonsque fi noftre Invincible Monarque
n'euft pas fait publier l'Edit
qui a rendu à la Bergerie du
bon Pasteur tant de Brebis égarées
, il n'y avoit point de falut
pour les Heretiques qui n'au
roient iamais fongé à fe convertir
, au lieu qu'ils fe peuvent tous
GALANT. 161
fanctifier à prefent dans le fein
de l'Eglife Catholique. Difons
mieux , il a donné à l'Eglife autant
de Saints qu'il y a de verita
bles Convertis. Ainfi l'on peut
avancer avec juſtice , que par cét
Edit LOUIS XIV. est devenu
Apôtre de toute la France. Le
Pere Cloüet finit cette longue
& utile digreffion en
apoftrophant le Roy , & laif
fa tout fon Auditoire dans
une entiere fatisfaction de
fon Difcours. Ce zelé Religieux
eft Fils de M Clouet,,
celebre Avocat du Parle--
ment de Rouen , qui mo
Fevrier 1686.
162 MERCURE
rut l'année derniere .
En vous parlant de Rouen,
je me fouviens d'un voyage
que vous y fiftes il y a quelque
temps , & que vous
euftes la curiofité d'aller voir
la fameufe Cloche appellée
Georges d'Amboife , qui fait
une des raretez de la Ville .
Mrs du Chapitre de l'Eglife
Cathedrale & Primatiale , la
voulant accompagner d'une
autre qui euft une groffeur
remarquable , firent fondre
cette nouvelle Cloche le
Mardy is . du dernier mois
dans le Terrain du College
GALANT. 163
de l'Albane . Ce fut entre
neuf & dix heures du foir
que cette Fonte fe fit . Elle
eft.de douze à treize mille .
Auffi- toft qu'elle fut fixe ,
arreftée & feure , les principales
Cloches de la mef
me Cathedrale fonnerent
deux fois en carrillon ; ce qui
répandit pendant la nuit une
grande joye par toute la Ville
. Cét Ouvrage a tres -heureufement
réüffi . Auffi a t'on
fait de grandes liberalitez au
Sieur Jean Aubert de Lyfieux
qui l'a entrepris , & qui
eft un des plus experimentez
O ij
164 MERCURE
Fondeurs de la Province. La
nouvelle Cloche dont je
vous parle eft formée du
métal de quatre autres
moindres , outre celuy qui a
efté ajoûté de la part du
mefme Chapitre. Elle a dixhuit
pieds & demy de tour
& fon ton eft fur Ré. Celles
l'on a brifées pour la
que
faire, fontGuillaume d'Eftouteville
, Romaine , la Petite
Marie , & Complies , qui étoient
dans la Tour de Saint
Romain , ou des onze Cloches
, où celle-cy doit eftre
placée. Ces mots font auGALANT.
165
tour prés des Anfes ; Jean
Aubert , Fondeur de la Ville de
Lyfieux , & audeffous on lit
cette Infcription .
Audite populi , & attendite de
longe. Ifaiæ. 49.
I. Guillemus Cardinalis d'Eftouteville.
2. Romanus . 3. Maria
minor. 4. Completoria : ex
quatuor una , divifo quondam,
nunc conjuncto metallo.
SEU
Sum fufa e quatuor non ritè
fonantibus una.
Le mefme Chapitre animé
par l'heureux fuccés de
cét Ouvrage , a deffein de
faire jetter une autre Cloche
166 MERCURE
aumoule par le meſme Fondeur
, pour accomplir une
Octave par tous les tons de
Mufique . Celle de Georges
d'Amboife commence par
Ur , celle- cy continuë par
Ré, & les autres auront leurs
tons particuliers & differens ;
& par
là ce fera le plus armonieux
, le plus gros & le
plus plein Carrillon qui foit
en Europe. Cette nouvelle
Cloche fera bien toft en état
de contribuer au fon éclatant
qui fe fait entendre dans
les Solemnitez extraordinaitelles
que celle de ren
res ,
GALANT. 167
dre graces à Dieu de la Deftruction
de l'Herefie
, & pour
lors on pourra compter du
moins cent mille de metal
en branfle , de forte que cette
Cathedrale
, malgré le
dommage
qu'elle a fouffert
par le dernier Orage , peut
encore ſe vanter d'avoir plu
fieurs chofes confiderables
en fon enceinte , comme fon
grand Vaiffeau , fes hautes
Tours,la richeffe de fes Chapes
, & la hauteur de fa Pyramide
, qui eft de 395. pieds.
Voicy des Stances de M
Rault fur cette nouvelle
Cloche .
168 MERCURE
D
Un ton armonieux , mais
charmant à l'oreille ,
"
Le vayformer de doux accords ,
Pour faire entendre la merveille
De quatre Soeurs , dont l'Art n'afait
en moy qu'un Corps.
Sa
Leurs Timbres & le mien eftant unis
enfemble ,
Quoy que divers n'en feront
qu'un s
Car le métal qui nous aſſemble
Far la fonte entre nous va le rendre
commun.
Euifque je tiens monfort d'un illuſtre
Chapitre ,
Il faut m'attacher à fes Loix ;
Et comme il est mon feul Arbitre ,
N'y dois-je pas regler mon organe &&
C'ef mavoix ?
GALANT. 169
C'est donc & parfon zele , &famain
liberale
Qu'on voit triompher ce bel Art ,
Et qu'à fa gloire fans égale,
Sa Metropole doit prendre beaucoup
de part.
· Mais encore une Soeur , qu'en peu de
temps j'espere,
Parfa voix & nos tons divers ,
En fon Octave icy doitfaire ,
Le plus beau Carillon quifoit en l'V.
nivers.
Ce fera quand l'Hymen , la Paix , ou
L'Alliance ,
Rendront les Peuples réjouis ,
Ou quand au bon-heur de la France,
La victoire fuivra par tout le grand
LOVIS.
Fevrier 1686.
Rault de Rouen
P
170 MERCURE
Le 30. du mois dernier M's
Eftienne Charlet , Seigneur
d'Efbly , de la Grandcourd'Ifle
, de Tourvoye , & de
Liffy, cy -devant Chef de Vol
pour lesChamps de laChambre
du Roy , fut receu Mai- .
ftre d'Hoſtel de Sa Majefté,
en la place de feu M' Hotman,
Seigneur de Mortfontai
ne, & il en a prêté le Serment
le 6. de ce mois . Il eft d'une
Famille fort confiderable
, &
a épousé Dame Anne Ribier,
Fille de M ' Ribier , Confeiller
au Parlement , defcendu
de Male Chancelier du Vair.
GALANT. 171
Il porte d'or à l'Aigle de fable.
Le 8. de ce mois l'Univerfité
fit celebrer en l'Eglife de
Sorbonne un Service pour
feu M le Tellier, Chancelier
de France. M'Herfan, qu'elle
avoit choisi pour prononcar
l'Oraifon Funebre en Larip,
s'acquitta de cette action
avec un applaudiffement general.
Il prit pour fon Texte
ces paroles du Chapitre 3 .
des Proverbes de Salomon :
Longitudo dierum in dextera illius
, &infiniftra divitiæ & gloaia.
Vie ejus via pulchræ , &ſe-
Pij
172 MERCURE
pru
mitæ illius pacifica . Ce Texte
dont l'application eftoit fi
heureufe pour fon fujet , fit
d'abord juger de la beauté
de la Piece. Il entra dans un
détail des divers Emplois de
M' le Tellier , & fit voir avec
combien de fidelité , de
dence & de conduite il les
avoit tous remplis , ce qui
luy avoit attiré la recompen
fe deüe à fes grands & continuels
fervices,fans que perfonne
euft jamais porté envie
à tous les honneurs dont
Sa Majefté l'avoit comblé ,
tant on l'en savoir toûjours
GALANT. 173
connu digne. Il fit enfuite un
admirable tableau de la Vie
laborieufe & toûjours active,
& de l'égalité d'ame de ce
grand Miniftre en toutes fortes
d'occafions . Il n'oublia
pas la force & la prefence de
fon efprit , qui demeura fain
juſqu'à fon dernier moment .
Deforte , dit- il , que comme on
le rapportoit malade à Paris de fa
Maifon de Chaville, il fembloit
que fon Efprit conduifift fon corps
au tombeau, & qu'il vouluft affi
fter à fes Funerailles . Il parla de
la confolation avec laquelle
il quittoit la vie,laiffant fon
Piij
174 MERCURE
Roy fi puiffant , & fon zele
perpetué dans les Services
que M de Louvois & M
l'Archevefque de Rheims
rendoient à l'Eglife & à l'Etat
avec une fidelité égale
à la fienne . Il toucha l'Edit
qui a détruit entierement
l'Herefie , & fit connoiftre
que M le Chancelier avoit
témoigné mourir fans regret,
puis qu'il avoit vefcu affez
long- temps pour feeller ce
Monument
fi autentique
de
la Pieté de fon Prince.
M' Herfan a profeffé la
Rhetorique pendant quinze
GALANT.
175
ans dans le College du Pleffis
-Sorbonne , & n'a pas peu
contribué à le mettre dans
l'eſtime où il eft prefentement
, eftant fecondé par
beaucoup d'autres Profef
feurs d'un merite diftingué.
C'eſtun avantage qu'on doit
à M' Gobinet , Principal de
ceCollege, qui ne confidere
que le merite quand'il s'agit
de remplir des poftes où le
Public a tant d'intereft . Pendant
M. Herfan
a proque
feffé , il a toûjours fait admirer
fon éloquence . Elle a fur
tout paru en deux Actions pu-
Piiij
176 MERCURE
bliques , qui luy ont acquis
beaucoup de réputation . M
l'Archevefque de Paris aſſiſta
à l'une & 'à l'autre , & rendit
juſtice à cet habile Orateur.
L'une fut l'Oraifon Funebre
de la Reyne , & l'autre le
Panegyrique de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
la Naiffance de ce jeune
Prince.
Feu M' le Chancelier eftoit
fi aimé , que chacun s'eſt efforcé
à fa maniere de faire
vivre la memoire de ce grand
Homme. Je vous ay parlé
d'un long Eloge Funebre que
GALANT. 177
W
les Religieux de Saint Germain
des Prez ont fait à fa
gloire . Comme cet Eloge eft
en Latin , plufieurs perfonnes
qui n'entendent point
cette Langue , auroient eſté
privées de la ſatisfaction de
le lire , fi M' du Pradel , Avocat
au Confeil , n'y euft remedié
en nous le donnant
traduit en François . La Copie
eft digne de l'Original.
Les Lettres de Mr Bouche.
rat , nouveau Chancelier ,
ont eſté enregiſtrées au Parlement
. Elles furent preſen
178 MERCURE
tées
par M'Chardon , cele
Bre Avocat , dont la réputation
eft connue dans le Barreau
. Aprés qu'il eut fait connoiftre
qu'il defcend du
Chancelier Dormans, & qu'
en parlant de l'ancienneté de
fa Maiſon , il eut marqué
tous les grands Emplois dont
avoient jouy fes Predeceffeurs
, il dit qu'il n'avoit eu
befoin de fon propre
que
merite & de fa feule vertu ,
pour arriver à la haute Dignité,
à laquelle il cftoit parvenu
par une longue fuite de
fervices. Ce fut ce qui luy
GALANT. 179
d'entrer donna occafion
dans le dénombrement des
divers Emplois qu'il avoit
eus , & dont il s’eftoit toujours
acquité avec tant de
gloire , que fon élevation eftoit
fuivie de l'applaudiffement
de toute la France.
Aprés plufieurs autres choſes
qu'il dit à fon avantage
, il
conclut à l'enregistrement
de fes Lettres de Chancelier.
Mr Talon , Avocat General,
parla enfuite. Il fit voir que
Mr Boucherat eftoit tellement
connu par fon merite,
fes Emplois , & par tout
par
180 MERCURE
ce qui peut faire fouhaiter
de voir un grand Homme
dans le Pofte glorieux où il
avoit efté élevé , qu'on chercheroit
inutilement
à luy
donner des loüanges. Il dit
qu'on ne pouvoit rien ajoû
ter à la maniere dont il faifoit
rendre la Juſtice , cha
cun travaillant
fous luy fort
exactement
, & appliquant
tous fes foins à fes fonctions
particulieres
. Il fe fervit d'un
ftile concis , & tout fon Difcours
fut adiniré. Il conclut
à l'enregistrement
des mef
mes Lettres , ce que l'on exe
GALANT. 181
cuta. Il y a long- temps qu'on
n'avoit veu une plus illuftre
& plus nombreuſe Affemblée
au Parlement, que celle
qui fe trouva à cette Audience.
Il n'y manquoit prefque
aucun Duc & Pair.
Je vous ay déja envoyé
une Anagramme fur le nom
de Mr le Chancelier. En voicy
une feconde , elle eft de
M' de Salbray , Valet de
Chambre de Sa Majesté.
Louis DE BOUCHERAT .
LE BEAU CHOIS DU ROY.
J
182 MERCURE
Illuftre Chancelier de France ,
Qui remplis dignement toute fon
efperance,
Dans ce premier & grand Emply.
Themis avec raifon te cedefa Balance,
LOUISde Boucherat eft lebeau choix
du Roy, mun y'n ll .:)
Cette autre Epigramme a
efté faite fur les Armes de M
* le Chancelier , qui porte dias
zur , au Coq d'or . Dol Mcb
Des plus obfcures nuitsfes Chants
percent l'horreur,
Et lors que le Soleil repose anfein de
londe ,
Aux plus fiers Animaux imprimant
la terrear ,
Ses veillesfontfa gloire , & le falut
du Monde.
GALANT. 183
M' Forant, qui aprés plus
de trente ans de fervice , ef
toit devenu le plus ancien
Capitaine des Vaiffeaux du
Roy , a efté nommé Chef
d'Efcadre des Armées Nava
les de Sa Majesté, à la place
de M'leChevalier de Sourdis,
qui mourut le mois paffé. Ce
Chevalier avoit fervy avec
beaucoup de diftinction dans
cet Employ. Il eftoit de l'ancienneMaifon
d'Escoubleau,
d'où font fortis les Marquis
de Sourdis & d'Aluys , & qui
a donné des Chevaliers de
l'Ordre du Roy, des Gouver184
MERCURE
neurs d'Orleans , de Chartres
, de Blois , & d'Amboife,
plufieurs Evefques , & un
Cardinal.
Mr François Godet de Sou
dé , Maiftre des Compres, de
la Famille des Godet , Vi
comtes de Soudé en Champagne
, eft mort depuis peu
de jours. Il avoit un Frere
Chevalier de Malthe , & avoit
époufé Dame Anne Joly
de Fleury , Fille de feu Jean
Joly , S de Fleury , Confeiller
au Grand Confeil , & de
Charlote de Bourlon, Soeur de
Jean François Joly deFleury,
GALANT. 185
2
Confeiller en la Grand'
Chambre , & de Jean Mat
thieu Joly de Fleury , Chanoine
de l'Eglife de Soiffons.
Les Joly de Fleury viennent
de Bourgogne , & ont donné
des Prefidens au Mortier ,
divers Confeillers , & autres
Officiers au Parlement , & à
la Chambre des Comptes de
cette Province. Godet de
Soudé,porte d'azur au Chevron
d'argent, accompagné de trois pommes
dePin d'or. Joly de Fleury ,
porte écartelé aupremier & der
nier d'azur au Lys de jardin d'argent
, au Chefd'or , chargé d'une
Février 1686 .
186 MERCURE
Croix parée d'argent écartelé
d'azur , au Leopard d'or armé de
Gueules.
Dame Anne Defprez, Veu
ve de Me Noël le Boults, Sei
gneur de Chaumor, Confeiller
enla Grand Chambre, eft
morte environ dans le mef
me temps. Elle eſtoit dans fa
foixante & quinziéme année,
& a laiffé deux Fils & une
Fille. L'aifné eft M' le Boultz,
Confeiller en la Troifiéme
des Enqueftes , & l'autre eft
Licentie en Theologie. Sa
Fille a époufé M¹ de Becdelievre
d'Hocqueville , preGALANT.
187
mier Prefident en laCourdes
Aydes de Roüen . M' le
Boultz dont elle eftoit Veuve
, avoit trois Freres , fçavoir
feu M³ le Boultz,Doyen
desConfeillers de la Seconde
Chambre des Requeftes du
Palais, feu M' le Boultz,Mai
ftre des Comptes , & M le
Boultz , qui à efté Maiſtre
des Requeſtes.
Ces morts ont efté fuivias
de celle de Meffire Nicolas
du Bois , Seigneur de Baillet,
du Coudray , Saint Florent ,
& c. Maitre des Requeftes .
On a fait icy un Service
Qij
188 MERCURE
en la Chapelle du Seminaire
des Miffions Etrangeres
,
Fauxbourg Saint Germain ,
pour Mr François Pallu , Evefque
d'Heliopolis , Vicaire
Apoftolique de Fokien , &
Adminiftrateur
general de la
Chine , où il est mort . Il eſtoit
Frere du Pere Pallu , Je、
fuite .
On a eu auffi avis que M.
François Picquet , Evefque
de Babylone , eft mort en
Perfe , dont il eftoit Vicaire
Apoftolique.
Je vous envoye les nouveaux
Jettons , que j'ay acGALANT.
189
1
coûtumé de faire graver au
commencement
de chaque
année. Je ne vous en donne
point d'explication
. Leurs
Devifes les font affez connoiftre
, & il fuffit mefme
pour cela de ce qui eſt marqué
dans l'Exerque de la plus
grande partie. D'ailleurs ,
l'habitude que vous avez
les voir depuis dix ans que
je vous les envoye , vous fait
entendre aiſément ce que je
me difpenfe aujourd'huyde
vous en dire . Ainfi je ne vous
parleray que d'un feul de ces
Jettons. C'eft le dernier de
190 MERCURE
l'Eſtampe.LesConfreres
Porteurs
de la Chaffe de Sainte
Geneviève du Mont , l'ont
fait faire ; & comme je ne
vous en ay point encore envoyé
de ce Corps . là, je croy
devoir expliquer ce qu'il reprefente.
D'un coſte eſt la
figure de cette Sainte, au devant
de la Ville de Paris dont
elle eft la Protectrice
, comme
les mots qui font autour le
font connoiftre. On voit au
revers la Proceffion de Sainte
Genevieve , dans laquelle
les porteurs paroiffent avec
la Chaffe fur leurs épaules.
GALANT. 191
Plufieurs malades qui recou
vrent leur fanté , font au devant
de la Chaffe . La Devife
marque la fatisfaction des
Porteurs de cette précieuſe
Relique. Elle eft exprimée
par ces paroles qu'a fournies
Mr de Santeüil , Chanoine
Regulier de Saint Victor .
Nec nos labor ifte gravabit. Ce
Jetton a efté fait par Mr Rotier,
fi connu dans toute l'Eu
rope, par tant de belles Medailles
qu'il a fait frapper en
Angleterre & en France . Le
Jetton du Trefor Royal , qui
eft à la tefte de ceux que je
192 MERCURE
vous envoye , eft auffi de
luy.
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
216 MERCURE
M
$2225222252525252
LETTRE
De Mr le Comte de Madaillan
de Lefpare , fur fes
Motifs de réunion à l'Eglife
Romaine.
A Paris ce 4. Fevrier 1686 .
A MONSIEUR ***..
J
E me trouve à l'heure qu'il eft
dans l'obligation de vous tenir
La parole que je vous ay donnée ,
Monfieur , de vous mander les
Motifs de ma Réunion à l'Eglife
Romaine , fitoft que je l'aurois
refolüe ,
GALANT: 217
refolüe , puis qu'enfin je l'ay faite
aprés une meure & longue déliberation
, & aprés plufieurs Conferences
avecun grand nombre de's
plus importans , & des plus habiles
de cette
Communion , parmy
befquels Monbeur E Archevefque
de Paris m'a enfin déter
miné ày rentrere j'ofe mefla.
ter , qu'on me rend icy affez de
juftice pour y eftre perfuadé que
je ne l'ay faitpar aucun motif, ou
de crainte , ou d'efperance , &
que fi je n'avois crú le pouvoir,
faire en conference , rien au monde
n'auroit eflé capable de m'y
forcer ,en me faifant oublier que
Fevrier 1686. T
218 MERCURE
Dien feul doit , & peut me te
nir lieu de toutes choses.
Ie vous diray donc que comme
l'Article de l'Adoration dans
l'Euchariftie , m'avoit paru le
fondement principal de noftre fe
paration , à caufe de l'Idolatrie
que j'y croyois couverte fous le
fpecieux titre d'Adoration , il m'a
paru tout de mesme , que les diffi
cultez fur ce point eftant levées ,
cette feparation deviendroit trop
fcandaleufe ,
efprit opiniaftre qu'on auroit raifon
de condamner , fi elle continuoit
davantage à quoy j'ad
ف
marqueroit un
9000 S
GALANT. 219
joûte,que ce feroit une espece de revolte
contre noftre Souverain ( à
qui nous devons tout ce qui ne va
point contre la confcience ) que de
differer noftre reunion par le feul
motifde la gloire , ou plûrost de
la vanité d'eftre des derniers , lequel
devient une deſobeiſſance ,
& mesme unefoibleffe en nous
fi-tostque nousfommes perfuadez
que nous pouvons obeir fans pecher
contre noftre confcience. Voicy
le raisonnementfur lequel ie
me fuis fondé pour lever mes
fcrupulesfur le point de l'Eucha
riftic.
Tij
220 MERCURE
Comme les Pretendus Refor
mez iugent dufens des Ecritures
par eux- mefmes , & non par aucune
authorité (fans que je veuil
le decider rien la deffus ) je pour
rois leur demander pourquoy ils
expliquent litterallement le paſſage
de l'Ecriture qui dit que JESUS
-CHRIST eft Dieu , &
qu'ils n'expliquent pas tout de
mefme litterallement celuy qui
dit , que le Paim eft fa Chair ,
puis qu'il y a plus loin de l'Humanité
de JESUS - CHRIST¸ à
que
C
de la
fubftance
Divinité ,
du Pain à lafubftance defa Chair,
& qu'il est plus aifé de concevoir
GALANT. 221
que du Pain foit fa Chair , que
de concevoir que fon Humanité
foit Dieu , quoy que tous deux
inconcevables ) de mefme qu'il
n'eft pas plus difficile de croire ,
que la Toute- Puiffance de Dieu
aitfait d'un morceau de Pain ,fa
propre Chair ,fans que les efpeces
difparoiffent , que de croire que
cette mefme Toute- Puiſſance ait
faitque l'Humanitéfoit devenue
Dieu en JESUS - CHRIST ,fans
que les apparences de l'Humani
té difparuffent non plus , comme
il est arrivé lors qu'il vivoit parmy
les Hommes, & qu'ainfi il
•ne peuty avoir plus de contrarie-
T iij
222 MERCURE
S
"
té à conclure felon les Ecritures ,
que ce qui nous pareift du Pain ,
foit la Chairde Jesus - CHRIST,
que ce qui a paru que
de conclure
Homme en JESUS- CHRISTfuft
Dieu.
De tout ce raisonnement , l'on
peut inferer par une confequence
neceffaire , qu'il n'a point deu
paroiftre plus jufte aux Apoftres
d'adorer la Divinité de Jesus-
CHRIST , fous la figure Humai
ne , qu'à nous d'adorer fa Chair
comme vivifiante par le Saint
Efprit ,fous les fignes qui nous la
reprefentent , puis qu'il n'y avoit
point d'autre raifon d'adorer JEGALANT
223
sus - CHRIST lors qu'il eftoit
fur la Terre , que celle de fon union
avec la Divinité,& qu'ainfieen
adorantfa Figure Humaine,
ce n'eftoit qu'adorerfa Divinité,
unie afon Humanitépar cét Efprit
Saint.
D'où il s'enfuit que noftre adoration
dans la Sainte Eucha
ristie , ce n'est qu'adorer JESUSCHRISTfous
ce qui paroift Pain,
c'est à dire adorer le principe de
noftre fanctification
, qui eft cés
Efprit vivifiant , lequel s'unit
fe donne à nous par la Foy dans ce
Divin Miftere , & nous l'y rend
uniquement
, autant que neceffai,
T iiij
224 MERCURE
rement adorable par cette mefme
Foy , puis qu'enfin ce n'est ny le
Pain au fens des P. R. ny la
Chair dans le fens des Catholiques
qui nous fanctifient , mais
le feul Espritpar la Foy.
Ainfi les P. R. regardant , &
recevant ce Rain par la Foy,
comme reprefentant réellement
L'efprit vivifiant de Dieu , je ne
trouve aucune difficulté à luy ren
dre le mesme Culte que Sil y
eftoit au fens des Catholiques ,
Suppose qu'ils s'y trompaffent )
puifque les P. R. demeurent per
fuadez qu'ily eft par la feule cho
fe qui le rend adorable , qui estfon
GALANT. 225
Esprit vivifiant , & que là , il
fe donne à nous d'une façon toute
particuliere , ce qu'il ne fait point
ainfi dans tous les autres lieux du
Monde , quoy qu'il ne laiffe pas
de les remplir par fon Efprit , &
parfon immenfite.
Je mefers dumefine raifonnement
touchant le Sacrifice de la
Meffe , puis qu'à l'égard de Dien
( " felon l'explication que m'en
ont donnée les plus celebres Do-
Eteurs de l'Eglife Romaine ) c'eft
une Commemoration du vray
Sacrifice du Corps de JESUSCHRIST
, qu'il a luy- mefme
offertfur la Croix pour noftre Re-
✔
226 MERCURE
demption , qu'à noftre égard c'eft
une application de ce Sacrifice propitiatoire
pour la Remiffion de
nos offences, & que dans ce Sacrifice
Eucharistique , ou d'action
de Graces , cét Esprit vivifiant
eft le mefme que dans le Saint Sa
crementfous les fignes &fous les
efpeces qui nousy apparoiffent.
Voilà , Monfieur , en peu de
mots quelsfont les Motifs de ma
reunion. La fimplicité avec la
quelle je viens dé m'en expliquer,
vous parroiftra fans doute moins
proportionnée à la dignité de fon
fujet , qu'à l'ignorance des gens
de ma Profeffion ; cependant vous
GALANT. 227
ne devez pas en eftre moins tou
ché, car enfin la fimplicité ne laiffe
pas d'avoir fes graces , fur
tout dans la Religion , où vous
fçavez que laFoy quiy eftfi effen
tielle , nous demande la fimplicité
de la Colombe. Ie fouhaite done ,
que vous tous ceux qui ont
defiré comme vous , de fçavoir ce
que je vous viens d'écrire, enfoyez
autant convaincus que je le fuis ,
afin que perfuadez que vous pou
vez obeir au Roy fans pecher
contre vos confciences , vous ne
differiez pas davantage en les
mettant en repos, & vous auffi ,
à luy donner comme moy , cette
228 MERCURE
marque de vostre obeisance , &
du defir que vous devez auoir de
luy plaire , dont vous ne devez
ny ne pouvez legitimement vous
difpenfer , puifque vous le pouvez
faire fans offenfer Dieu ,
qui permet tout ce qui arrive dans
le Monde ( dont la connoiffance
des caufes luy eft refervée ) e
puis qu'enfin aprés lny , nous devons
tout au Roy qu'il nous a
donné , fur tout à un auffi
grand Roy que le nostre.
M' le Comte de Madaillan
a renfermé ces meſmes
raifons dans les Vers qui
fuivent. Il vous feront voir
V
GALANT. 229
que fon genie eft fort étendu
, & qu'il le rend capable
de tout.
SUR L'ADORATION
dans l'Eucharistie , ou l'opinion
de ceux qui la
croyent une Idolatrie couverte
, eft abfolument
dé
truite.
LE Corps du Fils de Dieu dans
Humanité
N'eftant qu'un Corps comme les nôtres
,
Ne meriteroit pas fansfa Divinité,
Plus d'Adoration qu'en meritent les
autres ,
230 MERCURE
Et mefme , quoy qu'enfin , fous mille
objets divers
Sa Divinitéfoit tracée.
C'est par fon Efprit feul qui remplit
l'Univers ,
Qu'elle remplit nos coeurs comme nôtre
pensée,
Sur tout ce qu'il a fair ,fur tout ce
qu'il a dit ,
Ce que noftre raison y trouve d'impoffible,
Sa Grace , parfon faint Efprit ,
Anoftrefoy le rend comprehenfible.
C'estpar cet Efprit Sainı quefon Humanité
,
Communique & s'unit à la Divinité;
Que d'une maniere ineffable
Son Corpshumain eft adorable ,
Et qu'ilfe donne à nous dans le Saint
Sacrement;
"Du refte quant à nous , il
n'importe
comment
GALANT. 231
Pourl'y croire adorable , il foit dans
ce Myftere ,
S'il eft vray qu'ily foit digne d'eftre
adoré
Par lafeule vertu de fon Eſprit Sa-
Babcrés,
Etfi d'une façon toute particuliere
Nous croyons qu'ilyfoit , & qu'il s'y
donne à nous
Sans raifonner fur la maniere
Nously devons adorer tous ,
Et le prier enfuite , & les uns & les
autres ,
En élevant nos coeurs & nos efprits
aux Cieux ,
Defe donnerà nous de mefme qu'aux
Apoftres ,
Et que nous puiffions tous l'y recevoir
comme eux.
Je vous parlay il y a un
232 MERCURE
mois , de quelques Conver
fions , qui n'eftoient encore
que commencées. Elles fe
font faites depuis ce temps
là. Je ne puis pourtant vous
bien affeurer , que celle de M²
de la Baftide foit de ce nombre
. Mr l'Abbé Geneft , dont
le merite vous eft connu , luy
a adreffé une Lettre en Vers,
qui paffe pour un Chef- d'oeu
vre. Quoy qu'elle foït admirable
en tout ce qu'elle contient
, je ne vous en envoyeray
que ce qui regarde le
Roy. Aprés beaucoup de forcès
failons , foutenues d'un
GALANT. 233
tour de Vers auffinaturel que
majeftueux , par lefquelles il
tâche de porter M' de la Baftide
à fe foûmettre aux Veritez
faintes qui font enſeignées
dans l'Egliſe Catholique
, voicy de quelle maniere
il luy parle .
Oy que la Probité peut choifir
pour modelle, Toy
Amy tendre , fincere, ardent , fage fidelle
Efpris rare & charmant né pour lës
grands emplois,
Et que fouvent ton Prince honora de
fon choix,
Fais de ces dons du Ciel un falutaire
usage ,
Fevrier
1686.
V
234
MERCURE
Quefa grace en ton coeur acheve fon
Ouvrage
.
Répons aux juftes voeux, au zele d'un
grand Roy,
Inftruitpar la Sagefſe, animé par la
Foyi
D'un Roy victorieux
dont l'active
prudence
Concerte
fes Projets
avec la Providence
,
Etfait que le pouvoir
n'eſt remis en
fes mains
Que pour le confacrer
“ au falut des
3 Humains
.
Tant d'Ennemis
vaincus faifoient
peu pour sa gloire,
Il trouve en fes Sujets fa plus belle
victoire .
ceux qui fans fonger à leur aveuglement
,
Dans le fein de l'Erreur dormoienr
2
negligemment
GALANT 235
Ce Roy fait éprouver l'heureufe vialence
,
Qui de ce froid fommeil tire leur
nonchalance.
A ceux qui s'égaroient fans vouloir
s'égarer,
Il offre le Flambeau qui doit les éclai
rer.
A ces coeurs endurcis que le fecours
irrite ,
Qu'une erreur obstinée entraine &
precipite
Il montre fapuiſſance, &d'un pieux
effort
Malgré leur deſeſpoir les pouffe dans
le
port
Qu'ils
ne
fe
plaignent
point
que
des
ordres
feveres
Revoquent les Edits accordez à leurs
Peres.
Si lë malheur du temps a pû les établir,
Vij
236 MERCURE
Un temps plus favorable a dû les
abolir.
Pour le repos public ces Loix furent
dictées ,
Pour le bonheur public elles font retractées.
Quand la France livrée à fon emportement
,
Dansfes fanglantes mains tenoit l'acier
fumant ,
Et d'une aveugle ardeur contre ellemefme
armée ,
Exerçoit fur fon fein fa rage envenimée
,
Les Temples de l'Erreur ſe purent és
lever,
TO LIN
Ce n'eftoir qu'à ce prix qu'on la pou
voit fauvers
Mais la mefme pitié qu'on eut alors
pour elle ,
De fes malheurs paffez la memoire
cruelle,
crite
GALANT
237
En détruiſant l'Erreur, doit faire prévenir
Ceux qui pourroient encor menacer
l'avenir,
Arracher ce levain des fureurs parricides
Qu'enfantent les Efprits de Nonveautez
avides ,
Dont les coups inhumains font d'au
tant plus mortels
Que leur acharnement croit fervir
les Autels.
Venez tous 3'achevez l'union de
firée,
Qui d'un commun bonheur nous promet
la durée 21 tea
Y
Et par qui set Eftat fi craint & fo
puifant
Doit eftre pour jamais tranquille &
florissant.
Si c'est un Sang. François qui coule
dans vos veines,
238 MERCURE
Si pour les Loix du Ciel , fi pour les
Loix humaines ,
Si pour voftre Pays , pour vous , pour
vos Neveux ,
Foftre esprit peut jamais former d'u
tiles voeux,
Qu'au pied des vrais Autels voftre
retour fincere
Prefente de vos caurs l'hommage vo
lontaire ;
"
Qu'un tendre amourfuccede à vôtre
injufte effroy ,
LOUIS agit pour vous plus en Pere
qu'un Roy.
Forcé dans fes rigueurs , contraint
dans fes menaces ,
Sa main eftbien plus propre à répandre
des graces.
Réunis avec nous dans une aimable
paix
Fenez nous difputer l'honneur de fes
bienfaits.io do teka
GALANT. 239
Bien-tost de ce grand Roy la bonté
genereufe
Ne fera de l'Estat qu'une Famille
beurenfe,
Et nous va tous combler de ces biens.
precieux ,
~Qu'à fon augufte . Regne ont refervé
les Cieux.
On m'écrit
d'Abbeville que
tous les Pretendus Reformez:
s'yfont convertis , & qu'on
ne peut rien ajoûter au zele
que le Pere Marcel de Paris,
Capucin Miffionnaire
,a fait
paroiftre en cette rencontre.
Il a receu l'Abjuration
de
toute la Nobleffe de la Ville
& des environs , & n'a laiffé
240 MERCURE
aucun Religionnaire
à Saint
Valery , fur les autres coftes
de la Mer , dans le Ponthieu,
& dans le Vimeux.
La deftruction de l'Herefie
eft un fi grand fujet de
joye pour l'Eglife , qu'on a
commencé dans plufieurs
Villes du Royaume à rendre
des graces folemnelles à
Dieu pour l'entiere Converfion
des Proteftans de ces
mefmes Villes . En attendant
que j'aye reeeu les Memor
res que l'on m'en
l'on m'en promet
,
je vous diray que le Dimanche
17. de ce mois , on fit
pour
GALANT. 241
pour cela une Ceremonie,
éclatante dans l'Abbaye
Royale de Saint Pierre de
Corbie. Le jour precedent
l'on defcendit avec beaucoup
de folemnité la Chaſſe
de l'Abbé Pafchaſe quia tant
écrit contre les Heretiques
,
& on la pofa entre plufieurs
Cierges toûjours allumez fur
une Table richement parée
au milieu du Choeur , pour
eftre portée à la Proceffion
Generale , qui fut annoncée
le foir pour le lendemain par
toutes les Cloches du gros
Clocher, quoy qu'elle l'euft
Fevrier 1686.
X
:
.:
242 MERCURE
déja efté deux jours auparavant
au fon des Tambours
par ordre de Mrs de Ville
afin que les rues fe trouvaf
fent nettes & tenduës de Ta
pifferies. Ce jour là un treshabile
Predicateur fit un excellent
Difcours fur le fujet
de cette Ceremonie , & a
prés les Vefpres la Proceffion
fortit de l'Eglife. Quatre
Diacres en Tuniques porterent
la Chaffe , & le grand
Prieur de l'Abbaye porta le
Saint Sacrement fous un ma
gnifique Dais , dont les bâtons
furent foûtenus par
GALANT. 243
quatre Echevins . Il eftoit accompagné
d'un Diacre &
d'un Sous - diacre , & quatre
Chantres eftoient au milieu
du Choeur.Mrs de Ville y affifterent
en Corps , & l'on y
vit toute la jeuneffe fous les
Armes. Les Tambours la
precedoient , & les Violons
marcherent avec les Chan
tres . A chaque Repofoir où
l'on s'arrefta , il y cut plufieurs
décharges
de coups
Moufquet. Le Te Deum fut
chanté folemnellement
au
retour de la Proceffion , pende
dant laquelle toutes les Clo
ches fonnerent . Xij
244 MERCURE
1
2
Le Roy par cet amour paternel
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
Je reçois avis tout preſentement
, que le Dimanche
troifiéme jour de ce mois ,
GALANT. 259
M l'Evefque d'Amiens fit
chanter le Te Deum dans fa
Cathedrale, pour rendre gra .
ces à Dieu de l'entiere Converfion
des Religionnaires
de fon Dioceſe . Cette Action
fut précedée d'une Meffe fo
lemnelle où ce Prelat officia,
& où tous les Corps de Ville
affifterent. On en celebrera
une pareille à perpetuité ,
avec une Oraifon particulie
re pour le Roy. M' Chauvelin
Intendant de Picardie &
d'Artois, qui s'eft acquistant
de gloire dans l'Intendance
de la Franche- Comté , qu'il
Y ij
260 MERCURE
こ
a exercée pendant neuf ans,
a beaucoup contribué à executer
les Intentions du Roy,
par les voyes de fageffe & de
douceur qu'il a employées.
L'effet en a efté fi heureux ,
que de plus de cinq mille
Proteftans qui eftoient dans
fon Departement , il n'en refte
plus aucun. Ses foins ont
encore beaucoup aidé à la
conver fion d'un grand nombre
d'Etrangers qui avoient
deffein de fe retirer. Des Ecclefiaftiques
choifis , & fur
out des Jefuites & des Capuinsont
travaillé à l'InftrucGALANT
261
tion de ces nouveaux Convertis
. Je ne vous dis rien du
zele de M. l'Evefque d'Amiens.
Il ne fe preſente aucune
occafion de l'employer
pour l'intereft de l'Eglife , ou
pour la gloire du Roy , qu'il
nele faffe éclater avec beaucoup
d'avantage. Comme
vous devez avoir entendu
parler de fa Lettre Paſtorale,
j'en ay recouvré une Copie,
quevous trouverez dans la fe
conde Partie de cette Lettre.
Je vous envoye un Madrigal
, que M' Vignier a fait
pour une Dame de la Reli
262 MERCURE
gion Pretenduë Reformée ,
qui fongeant à s'échaper du
Royaume , luy demanda une
Fuite de noftre Seigneur en
Egypte, d'aprés le Pouffin . Il
accompagna ce preſent des
Vers qui fuivent.
Oicy les Fugitifs que vous me
demandez , }
Lenr fuite n'eft pas un mistere
Qui puiffe autorifer ce que vous
voulez faire ,
Ny vous faire efperer ce que vous
attendez.
De fortir du Royaume , Iris , perdez
l'envie ,
Tous trois fuyoient la Mort ,
vous fuiriez la Vie.
GALANT. 263
J'ay fceu que la Dame ne
parle plus de fe retirer, & que
donnant tous fes foins à fe
faire inſtruire , elle fe fert de
ce Madrigal , pour engager
ceux qu'elle voitencore dans
l'aveuglement où elle eſtoit,
à imiter fon exemple. Les
Converfions ont donné lieu
à cet autre Madrigal , qu'on
a tourné d'une maniere galante.
L
A France fous LOUIS, prend
des faces nouvelles ,
Plus de Schifme, plus de Calvin ;
Il n'eft plus d'Heretique enfin,
Mais il eft bien encor , Iris , des
Infidelles.
264 MERCURE
Il a paru un Ecrit plein de
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
Je vous envoye un ſecond
Air , que les Connoiffeurs ef
timent forthians
-AIR NOUVEAU.
L
Es charmes d'un repas.
Ne font pas bornez à manger
201013& boire ; *
A a ij
284 MERCURE
Si l'on m'en veut croire
Nous y meflerons toûjours d'autres
appas ,
que
les
Le gouft feul en auroit - il la gloire ?
Non , non , il faut bien
yeux
Soient regalez à table
De quelque Objet aimable,
Le repas en vandra mieux.
La France n'eftant jamais
fterile de Nouvelles , & particulierement
fous le Regne
d'un Roy , dont les moindres
actions fourniffent tous les
jours dequoy embellir l'Hiftoire
, vous ne devez pas
vous eftonner s'il m'échappe
quelquefois des Articles
GALANT. 285
confiderables , & fur tout depuis
que j'ay eu à vous entretenir
du grand nobre deConverfions
qui fe font faites ;
C'est ce qui eft cauſe que je
ne vous ay point encore parlé
du Mariage de Mele Mar
quis de Thiange avec Mademoiſelle
de la Roche Giffart.
Sije ne vous en apprends pas
la premiere nouvelle , je me
ferviray du moins de l'occafion
que ce Mariage me
donne d'entrer dans quelque
détail fur la Maifon de Thiange
dont je ne vous ay encore
rien dit . Elle est fort an
2
286 MERCURE
cienne. Quelques Autheurs
tiennent qu'elle vient des
Rois de Damas . D'autres pretendent
que plufieurs de cette
Famille ayant fait leVoyage
de la Terre Sainte , avec
Godefroy de Bouillon , &
ayant conquis la Province
de Damafie , le nom de Damas
leur fut donné à leur re
tour en France. C'eft ce
qu'en a écrit Geliot. Il y eut
un Jean de Damas , Seigneur
de Marcilly marié en 1472.
avec Anne deDigoine Dame
de Thiange, dont il eut Geor
ges de Damas Seigneur de
GALANT. 287
Marcilly , & de Thiange ,
qui épousa Jeanne de Rochechouart
, Dame d'Yvoy , Fille
de François de Roche.
chouart Seigneur de Chandenier.
Ainfi il y a déja long
temps que les Maifons de
Damas , & de Rochechouart
font alliées. Le grand- Pere
de celuy qui vient d'époufer
Mademoiſelle de la Roche
Giffart eftoit Charles de
Damas Marquis de Thian
ges , Marefchal des Camps
& Armées du Roy , Lieutenant
General des Païs de
Breffe , & de Charolois. Son
288 MERCURE
Pere eft Claude Leonard ,
Marquis de Thiange en
Bourgogne , & Comte de
Chalencey en Champagne.
M' le Marquis de Thiange
nouveau marié , eft fort bien
fait,& poffede toutes les qualitez
qu'un homme de fa
naiffance doit avoir. Il a de
l'efprit , & la maniere dont il
a commencé à fe diftinguer,
fait affez connoiftre qu'il a
le coeur entierement porté à
la gloire. Il eftoit Volontaire
au Siege de Luxembourg ,
où il recût une contufion
affez confiderable pour l'em
pefcher
GALANT. 289
pas
;
peſcher de s'expofer de nou
veau mais il la cacha de
crainte qu'on ne luy permiſt
de retourner aux endroits
où l'appelloit l'impatiente
ardeur de fe fignaler.
Madame la Marquise de
Thiange fa Mere , eft Fille
de Meffire Gabriel de Rochechouart
, Duc de Mortemart
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy ,
premier Gentilhomme defa
Chambre , & Gouverneur de
Paris . Il eftoit Fils de Gafpard
de Rochechouart & de
Loüife Comteffe de Maure,
Février 1686 . Bb
290 MERCURE
Fille de Charles Comte de
Maure , & de Diane d'Efcars
Princeffe de Carancy. La
Maifon de Rochechouart eft
fortie des anciens Comtes
de Limoges , & ce qu'il eft
prefque impoffible de trouver
dans aucune autre elle
a produit ſix Branches illuftres,
dont le dénombrement
demanderoit un Volume ;
fur tout fi je vous parlois des
Alliances & des Dignitez
qui s'y rencontrent . Je vous
diray feulement que dans ce
que nous voyons aujourd'huy
à la Cour de la BranGALANT.
291
che dont je vous parle , on
trouve , outre tous les avantages
que donne une naiſſance
auffi illuftre qu'ancienne ,
de l'efprit , de la valeur , de
la politeffe , de la grandeur
d'Ame , de la galanterie , &
du bon gouft . Quant à Mademoifelle
de la Roche Giffart
, qui eft d'une fort bonne
Maiſon de Bretagne , elle
eft bien faite , & tous ceux
qui la connoiffent particulie
rement affurent qu'elle a l'ef
prit encore mieux fait que le
corps.
Mr Hervart,dont je vous
Bb ij
292
MERCURE
ay appris la Converfion , Fils
de feu Mr Hervart Intendant
des Finances , a épousé une
Fille de M' de Bretonvilliers
Prefident à la Chambre des
Comptes de Paris . Milles
belles qualitez qui brillent
en cette aimable Perfonne ,
luy ont fait meriter une eſti,
me generale. Les prefens de
Noce qu'elle a receus de M
Hervart font d'une magnificence
finguliere
,
d
Plufieurs divertiffemens ayant
efté ordonnez pour occuper la
Cour , pendant le féjour que Sa
Majefté devoit faire à Fontainebleau
fur la fin de l'Efté dernier ,
GALANT. 293
་
on y dança le Balet intitulé le
Temple de la Paix . C'eftoit le premier
que l'on avoit destiné pour
y paroiftre . Quoy qu'il n'euft pas
efté prepare fur le pied des Opera ,
dont le Roy régale la Cour tous
les Hyvers, comme on ne sçauroit
rien faire en France qui n'ait
du grand , quand mefme on a
refolu de ne donner que de fimples
Mafcarades , ce Balet parut
fi beau , & l'on trouva que M' de
Lully avoit fi bien reüffi en tout
sce qui eftoit de luy dans cet Ouvrage
, que non feulement il n'y
eut point d'autre Divertiffement
à Fontaine bleau , mais que ce
mefme Balet fut encore dancé
plufieurs fois à Verfailles au com.
mencement de cét Hyver , de
forte qu'on n'y a commencé les
Bb iij
294 MERCURE
Reprefentations du Baler de la tenneffe
que le 28. de Janvier ; quoy
qu'on y cuft travaillé dans le deffein
de le dancer à Fontainebleau,
Tous les Airs de ce Balet font de
M' de la Lande , l'un des quatre
Maîtres de Mufique de la Chapelle
du Roy, où l'on a fouvent chanté
des Ouvrages de fa compofi .
tion qui ont recû de grands applaudiffemens
; il en a fait auffi
beaucoup qui ont diverty dans
le particulier , n'eftant point faits
pour des fpectacles . Le Balet de
la Jeuneffe eft le premier qu'ait
fait M'de la Lande , & peut eftre
que c'eſt le premier début des
Ouvrages de cette nature qui aie
efté d'un auffi bon goult Ce
Balet ayant efté executé par la
Mufique du Roy , & M'de Beaus
GALANT 295
champ en ayant fait les Entrées,
ne pouvoit manquer de plaire ; &
ce qui faifoit encore une agreable
varieté dans ce fpectacle , c'eft
qu'il eftoit fait de maniere que
l'on y pouvoit toûjours mefler
une Comedie en trois A&tes . Ainfion
y en a meflé deux nouvelle
pendant le cours de ce Divertif
fement. Elles eftoient de l'Autheur
des Vers du Balet , aufquels
Mr Quinaut n'a point travaillé.
Il eftoit alors occupé pàr
ordre du Roy à achever l'Opera
d'Armide qui avoit efté commandé
d'abord pour Verſailles . Com
me il n'a pu y cftre reprefenté ,
à caufe de l'autre Divertiffement
qu'on a commencé plus tard que
l'on ne croyoit , il a paru à Paris
dans les derniers jours du Carna-
Bb iiij
296 MERCURE
val fur le Theatre Royal de Mu
fique , avec le fuccés qui fuit tous
ces grands Spectacles. Monfei
gneur le Dauphin honora de fa
prefence la premiere Reprefen ..
tation qui en fut faite. Les paro
les en font trouvées tres dignes
de leur Autheur , ce qui eft rout
dire puis qu'il excelle dans les Ou.
vrages de cette nature. Chacun
cft charmé de la Simphonie & de
la Mufique . Ce qu'il y a de Speftacle
a paru grand & nouveau ,
& fur tout le Theatre qui fe brife,
Il eft de l'Invention de M' Bertin
Deffinateur du Cabinet du Roy.
On s'eft fort recrié fur la beauté
de toures les parties qui compo.
fent le cinquiéme Acte de cét O
pera .
Madame de Riants eft morte
GALANT. 297
dés le commencement de ce mois .
Elle estoit veuve d'un Lieutenant
General de Troyes , avant qu'el
le époufaft M' de Riants , Procureur
du Roy au Chaſteler.
Dame Ane du Roure Comtef.
fe de Canaples eſt morte auſſi des
puis peu de jours . Elle eftoit Nie."
ce du Conneſtable de Luynes į
Fille de Claude Seigneur de Bonneval
& de Combalet, & de Marie
d'Albert- Luynes , & veuve de
Charles , Sire de Crequi , Comte
de Canaples , Mestre de Camp
du Regiment des Gardes , mort
à Chambery en 1630. d'une blef
fure qu'il avoit receuë au Sicge
de cette Place . Il eftoit Frere de
M' le Duc de Lefdiguieres Gou.
verneur de Dauphiné , Pere du
Duc de ce nom , appellé fi long
298 MERCURE
temps le Comte de Sault, & mort
depuis cinq ou fix années . Madame
la Comteffe de Canaples
a laiffé trois Fils , qui font M le
Duc de Crequy premier Centilhomme
de la Chambre , & Gouverneur
de Paris , M le Comte
de Canaples , & M ' de Crequy ,
Marefchal de France.
Vous aurez fceu le malheureux
accident qui a terminé la vie de
M' Nicolai , Marquis de Gouf
fainville , premier Prefident en la
Chambre des Comptes de Paris.
Il mourut en fa Maifon de Prefle
le 20. de ce mois. Il eftoit veuf
de Dame .... Fieubet , & n'avoit
eu qu'une Soeur qui eftoit feue
Madame la Marquife de Vardes .
C'eftoit un homme d'un tresgrand
fçavoir , à qui l'éloquence
GALANT. 299
eftoitnaturelle . Le Roy en con
fideration de fes fervices a donné
fa Charge à M' Nicolai fon Fils,
Avocat General dans la meſme
Chambre , quoy qu'il foit encore
dans un âge fort: peu avancé.
C'eft le feptiéme de cette Famille
qui l'ait poffedée de Pere en Fils .
Jean Nicolai Confeiller au Parlement
de Touloufe , vivoit fous
le Regne de Charles VIIE
qui eftant informé de fon merite
, voulut qu'il l'accompagnat
au - Voyage de Naples ; il l'employa
en plufieurs negociations
importantes auprés des Princes
d'Italie & lors qu'il eut conquis
ce Royaume , il l'y laiffa en
qualité de fon Chancelier. Aprés
la perte de cét Eftat , Jean Nicolai
revint en France , & continua
3
300 MERCURE
fes fervices à Louis XII. qui le
fitMaistre des Requeſtes en 1504.
& l'année fuivante premier Pre
fident en la Chambre des Comptes
. Aimar fon Fils luy fucceda
en1518 . Antoine Fils d'Aimar en
1555. Jean Fils d'Antoine en 1587.
Jean Fils de Jean en 1610. Nicolas
Fils de Jean en 1656. C'eſt celuỷ
qui vient de mourir , & qui a laiſ
fé Jean Aimar fon Fils , que Sa
Majefté a gratifié de la mefme
Charge.
Ces morts ont efté fuivies de
celle de Meffire Godefroy d'Eftrades
Marefchal de France ,
Gouverneur de Dunkerque ,
Maire perpetuel de la Ville de
Bordeaux & Gouverneur de
Monfieur le Duc de Chartres. II
eft mortau Palais Royal , âgé de
GALANT. 301
quatre -vingt ans. Il eftoit Fils de
François d'Eftrades , qui a efté
Gouverneur de Mis de Mercoeur ,
& deBeaufort . Il a eu deDame
Dallier, Fille deM ' du Pin , Loüis
Marquis d'Eftrades , Jean François
,dit l'Abbé d'Eftrades ,Jofeph
Chevalier , Gabriel, & Marie- Anne,
Demoiſelle d'Eftrades. Il avoit
époufé en fecondes Nopces Dame
Marie d'Aligre , Veuve de M¹ de
Vertamont , Maistre des Requêtes
. Je vous parleray de luy plus
amplement dans ma Lettre du
mois prochain..
Le temps limité au 20. de ce
mois touchant le Problême que
je vous ay envoyé dans ma Let
tre de Janvier , a efté prolongé
jufqu'au 6. de Mars , à cauſe de
quelque incommodité furvenuë
302 MERCURE
·
en ce temps là au Pere Meron . Le
Notaire n'ayant point voulu accepter
la Monftre , elle a esté
mife entre les mains de M. Ar
quin Horloger à la Trinité , pour
eftre délivrée à celuy à qui le
Prix fera adjugé. Me Blanc
expliquera dans fa Geometrie l'utilité
de ce Problême en la pratique
du Toifé , & fera voir qu'il
contient & la Theorie & la Pratique
, ce qui defabufera ceux qui
le méprifent , n'ayant que de la
Pratique fans Theorie , ou de la
Theorie fans Pratique.
-
L'approbation univerfelle qu'a
eu M'Pafferat, un des plus fameux
Chirurgiens de Paris , dans une
Anatomie publique qu'il a faite
-pour fatisfaire à quelque obliga
tion de la Communauté, m'oblige
GALANT. 303
à vous dire que jamais homme de
cette Profeffion n'a pouffé plus
loin que luy l'élegance du Dif-
Cours Anatomique. Il a fait voir
fenfiblement en quoy les anciens
Auteurs fe font mépris aufujet de
l'ufage des principales parties du
Corps humain,&a mefme efté juf
qu'à détruire la plus grande partie
des Siſtemes des Novateurs , fans
que perfonne ait encore formé
aucune oppofition à ceux qu'il a
avancez. Comme apparément on
y répondra, ce fera dequoy mefler
dans mes Lettres des Articles cu
rieux fur cette matiere . Il faut que
ce fçavant Homme ait pénetré
dans l'interieur du Corps vivant
de l'Homme , & qu'il y ait veu à
quelle fonction chacune des par.
ties y eft deftinée ; ce qu'on n'a
304 MERCURE
$
4
W
pú ny dû ' croire jufqu'à prefent
que par conjecture , puifque le
coeur & le foye , qui font felon
l'ancienne Medecine les principes
de noftre vie , ne font plus
aujourd'huy que de fimples parties
du Corps comme il l'a fait
voir. Je vous dis ce qu'il a dit , laif
fant aux habiles du Meſtier à
décider s'il a dit vray ou non . L'af
faire eft d'une nature à ne devoir
eftre jugée que par eux ; mais il
eft certain qu'on ne fçauroit
mieux parler qu'a fait Mr Pafferat
, n'y s'attirer plus d'applandif
femens . On me promet un Ex.
trait de fon Difcours , dont je ne
manqueray pas à vous faire part
fion me le donne.
On m'a fait connoistre que
l'une des deux, Enigmes du der
·
GALANT . 305
ز
nier mois eftoit imprimée dans
un recueil de Mr Cotin . Comme
il y a des Devineurs de bonne foy
qui ne l'ont pas veuë dans ce recueil
,j'en vais mettre icy les noms.
La Femme & la toile d'Araignée
étoient les vrais mots de ces Enigmes.
Ceux qui ont trouvé le fens
de toutes les deux , font Mrs Leger
de la Verbiffonne ; Vignier ; Le
Chevalier de Mazeres le Petit
Colin de Pethiviers , C. H. D. B.
Le Coq de Lyon Varlet Do.
eur dela Faculté de Medecine
´en l'Univerfité d'Angers Locdipe
François l'Arcange de Bourbon
l'Archambault ; Amant de
Climene , La jeune blonde , ou
la Belle Veuve de la rue des Singes
; La Veuve d'Achille de la
Porte Saint Denys ; L'Indifferen
Février 1686. Cc
ز
306 MERCURE
3
te du mefme quarrier ; L'Amante
d'un gros Garçon ; Le jeune Air
mant de la Belle Parmis , L'A.
mant fans Amante L'Ouvrier
fans pareil , l'Amant de la Belle
de la Ville de Paris ; L'Amant
incurable ou deſefperé ; Toinon
de la Rouë , Le Berger difcret
de la Bergere Fidelle.
Voicy les noms de ceux qui
n'ont deviné que la Toile d'Araignée
; Ms le Baron de Contigny,
P. G. de Loches ; l'Abbé Meufnier
de la Porte de Paris ; de Bacq
Greffier d'Amiens ; Dazegat de
la Ville d'Arles Carrier de
Roüen ; Bechu de Nantes de
laSabloniere de Rhetel en Champagne
, Cadet dans la Compagnie
des Gentilshommes de la
Citadelle de Valencienne ; Dou-
ز
;
GALANT. 307
glan Anglois , de Caën , L'Abbé
Moles Chanoine de faint Mar
tin de Cournon en Auvergne
Pellerin d'Offouville , de la ruë
de la Harpe , Raut de Rouen ;
Bouchet ancien Curé de Nogent
le Roy , C. F. Lourdet du quar
tier de la Place Maubert ; I. L.
Foucault , la Tronche de Roüen ;
De la Vinaudiere Grilleau de
Nantes , Meſdemoiſelles de Ceffes
de Bethune , Penfionnaire à
Beaumont prés de Tours ; Cato
du Boquet prés de Chartres S
Catin H. Marion Bariban de
Toul , Petit , la Spirituelle de la
rue Saint Denys ; le Complaifant
de la mefme rue ; le jeune Ecclefiaftique
de la rue Saint Laurent
de Rouen ; le veritable Jacques
de Taverny ; les charmantes
Cc ij
308 MERCURE
1:
Carbonnets ; la belle Margoton
d'Amiens M. G. H. la belle
Taille de la rue Saint Denys
Alcidor & Gigés du Havre , la
Ragoûtante du quartierde Mont_
martre , la belle Nouriture , Her
mophile du Hoc , la petite Affem .
blée A. la petite Affemblée G. &
Silvie du Havre.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere eft de M.
Rault , de Rouen .
ENIGME
E fuis jaune , blanc , verd , noir ,
gris , rouge , ou cendré,
JE
On de quelques couleurs plus rares;
Si la mode aime les bizarres ,
Je me plais à la fuivre , & m'ajuſte
àfon gré.
GALANT 309
Ca
Mais c'est bien une autre merveille;
Je fuis court , long, haut, plat, rond",
par quarts , ou pointu ,
Fayfouvent, ou n'aypoint d'oreille,
Et mon ufage fait connoître ma vèrtu.
BA
Quelquefois auffi lon me donne
Une Compagne , ou Compagnon ;
C'eſt felon que l'âge l'ordonne,
Ou pour me rendre plus mignon.
1
♡
Si je defigne un rangsupréme,
Op du moins un honneur nouveauz
J'ay ce que l'on craint d'avoirmesme
,
Et qui ne veut point d'écriteau.
CO
~Le Bifayeul , l'Ayeûl , & le Pere &la
Mere,
Le grand & le petit Enfant,
310 MERCURE
で
Le Gendre, la Bru, l'Oncle, & la Soeur
& le Frere,
Le Neveu , le Coufin m'aiment également.
De Pere en Fils, de Mere en Fille,
Ils me cheriffent à leur tour ;
Enfin tous ceux de la Famille,
Me cheriront encor tant la nuit que
le
jour.
Mais de plus , c'est dés leur naiffance,
Que naift cet amour envers moy;
Devinez donc un peu pourquoy ,
l'ayfur eux tous tant de puiſſance.
AUTRE ENIGME.
V
Oulez- vous fçavoir d'où je
fors,
Comment je fuis bafty , quel eſt mon
miniftere ?"
1
GALANT. 31
Sur ces trois points il faut vousfatisfaire.
Divers membres forment mon corps
Tous de figure irreguliere.
Celuy qui me produit cft toûjours un
Seigneur >
Par fon rang diftingué des autres.
Ie fuis Pape ou Martyr, ou Vierge , ou
Confeffeur,
I'ay mefme fouvent le bonheur
D'eftre du nombre des Apostres,
Quoy que jefois parmy
bonds ,
des vaga-
Qui n'ont de Dieu ny l'amour ny la
crainte ,
Ma fainteté n'en reçoit point d'atteinte
,
Et je fuis faint chez eux ainfi que
chez les bons.
le n'ay pour Parain que mon Pere,
Il me change mon nom fi - tost que le
Soleil
312 MERCURE
1
Paffe dans un autre Hemisphere ,
Ce changement eft mefme neceffaire
Pour le faire dormir d'un tranquille
Sommeil,
Croirez - vous bien ce que je vals
vous dire ?
Sur des pieds empruntez je cours, toute
la nuit,
C'eft fous mon nom qu'en repos il
respire ;
Enfin fans force & fans valeur
te le defends des tranfports de fu
reur
D'un ennemy qui cherche à le détruire.
J'ay peu de choſes à vous dire
des Divertiffemens du Carnaval.
Je vous ay déja parlé de ceux de
la Cour , où le Temple de la Paix
a efté repreſenté tous les Lundis
jufqu'au
GALANT. 313
juſqu'au 28. de Janvier , qu'on y a
dancé le Balet de la Jeuneffe tous
les autres Lundis jufques au Carefme.
Les autres Divertiffemens
de chaque femaine ont efté de
trois manieres . Il y a eu Comedie
Françoife & Italienne , entre lef
quelles on a tenu les Appartemens
. Monfeigneur le Dauphin,
& Monfieur, ont efté en plufieurs
Bals , fi bien deguifez , que fort
fouvent on ne les a pas recon-
Hus . Enfin on peut dire que cette
longue fuite de plaifirs en a formé
un continuel . Il fembloit que l'indifpofition
du Roy y duft mettre
obſtacle ; mais comme elle a efté
fans aucun danger , ce Prince s'eſt
fait une joye de voir fa Cour toute
occupée à fe divertir dans le
temps qu'il travailloit. Ainfi il
Fevrier 1686. Dd
314 MERCURE
s'eft toûjours également appli
qué au loin des affaires de fon
Etat , & tous les Confeils fe font
tenus comme de coûtume. La
groffeffe de Madame la Dau,
phine a efté cauſe que cette Princeffe
s'eft privée de beaucoup de
plaifirs,
Les Divertiffemens de Paris
outre l'Opera d'Armide , ont efté
Alcibiade , dont les Repreſenta
tions continuent encore,& Hom•
meàbonne Fortune , qui eft un Por,
trait fort naturel , & tres bien
touché des Perfonnes de ce caractere
. Il y a eu quantité de
Bals , & l'on s'eft tres-agreable .
ment diverty, en plufieurs Mai.
fons particulieresovej
C'eft par la negligence d'un
Graveur , que je ne vous envoye
.023: nohu . A
GALANT. 315
point encore aujourd'huy les Entretiens
fur la Pluralité des Mondes
de l'Autheur des Dialogues
des Morts . La Planche qui doir
reprefenter les Planetes, felon la
diſtance où elle font du Soleil ,
n'a pû eftre prefte . J'efpere vous
envoyer ce Livre au premier jour.
Il eft extremément attendu , &
je ne doute point que les Sçavans
de voftre Province n'en
foient fatisfaits . Je fuis , Madame,
voltre , & c.
A Paris , ce 28. Fevrier 1686.
A VIS.
On croit devoir encore avertir icy, que
le Volume de ce mois eft divisé en deux .
Parties. Le grand mouvement qui s'eft
Dd ij
316 MERCURE
fait en France , à l'occafion des Affaires
de la Religion fait la principale matiere
de l'une & de l'autre. Comme les chofes
dont on n'a point feen les particularitez,
font encore nouvelles quand on les ap
prend , on en trouvera de cette nature
dans la feconde Partie , & fur tout une
Relation exacte de tout ce qui s'eft paße
la veille de la Démolition du Temple de
Charenton & le lendemain ; la maniere
dont le Temple fut demoly , avec une Def
cription & une Figure de ce mefme Temple
; des Lettres écrites au Roy , parmy
le quelles il s'en trouve une du Roy de
Perfe ; plufieurs Eloges entiers de Sa Mar
jefté , prononcez en public , & quantité
d'Ouvrages fur la Religion , & de Sonnets,
Madrigaux & Deviſes à la gloire
du Roy, fur le mefmefujet . Ilya de plus
une Hiftoire , qui pouvoit remplir feule un
Volume digne de la curiofité du Public ,
parce que le fujet en eft fi nouveau , qu'on
peut dire qu'elle eft l'unique de ce caracte
re qu'on ait encore venë. Elle regarde auſſi
GALANT. 317
La Religion ; & quoy que tout s'y paffe
avec la galanterie ordinaire entre les A
mans , la diverfité de leur Religion , fait
que les points de Controverfe les plus délicats
,y font traitez d'une maniere fi clairefi
debaraffée des grands & longs raifonnemens
des Livres qui ne traitent que
de cette feule matiere , que ceux qui ne
l'aiment point , & n'en lifent jamais y peuvent
prendre plaifir. Ilya dans la mesme
Hiftoire , un Ecrit touchant la Religion,
composé parun grand Prince, & trouvé a
pré's fa mort dans l'une de ſes Caffettes.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
PRelation
Relation de tout ce qui s'eft paßé à
Saint Gervais , le jour des Obfeques
de Mr le Chancelier.
Panegyrique de Saint Charlemagne ,
prononcé par Mr Godean , felon la
Fondation faite par Mrdu Boulay. 14
Le Poëte rebuté, Caprice. 25
Détail de l'Academie des belles Lettres
, établie à Nifmes. 31
Les Pefcheurs ou la Table d'or, Conte
tiré de Diogene Laërce. 45
Thefes dediées à Monfieur le Duc de
Bourbon , avec l'Epitre adreffée à ce
Prince , & tout ce qui s'eft paẞé en
cette occafion.
Morts.
Vers libres à Tirfis.
54
62
64
Remede donné au Roy par le Prieur
TABLE.
de Cabrieres.
Livre de Mr Portal.
69
82
Mademoiselle d' Antigny prend l'Habit.
des Filles de Sainte Marie.
Vers fur le
Mariage..
Hiftoire.
84
88
98
Prife de poffeffion de la Charge de Prefident
Chef du Confeil d'Artois , par
Mr de Prefontaine.
129
Difcours prononcé par Mr de Corbe
ron , Procureur General du Parle
ment de Mets , à l'ouverture du Se
meftre de ce Parlement.
Roys Declarations du Roy.
AĪZI
137
Eloge du Roy, prononcé par le Pere
Cloner , Minime... 146
Cloche fondue à Rouen , pour accompa
gner la Cloche nommée Georges d' Am-
162
170
baife
Mr Charlet
eft recen Maistre
d'Ho-
Stel du Roy.
Service
celebre en L'Eglife de Sorbond
ne, pour feu Mr le Chancelier
17,
Ce qui s'eft paßé au Parlement
à l'en
TABLE.
177
181
registrement des Lettres du Chancelier
de Boucherat.
Epigrammes fur le Nom & fur les Armes
de Mr de Boucherat."
Mr Forant eft nommé Chef d'Eſcadre
des Armées Navales du Roy , à
la place de feu Mr le Chevalier de
Sourdis.
t
Autres Morts.
183
184
Converfions faites depuis le mois dernier.
192
Lettre de Mr le Comte de Madail-
1 lan de Lefpare , fur les Motifs de
eunion à l'Eglife Romaine. 216
Vers de Mr l'Abbé Geneft. 233
Actions de graces rendues à Dien , à
Corbie. 240
Edit de Monfieur le Duc de Savoye,
qui défend dans fes Etats l'exercice
de la R. P. R.
245
202
Madrigaux.
Réponſe des nouveaux Convertis , à
un Ecrit d'un Miniftre. 265
Mariage de Mr le Marquis de Thiange,
TABLE
avec Mademoiselle de la Roche-Giffart.
284
Mariage de Mr Hervart , avec Mademoifelle
de Bretonvilliers. 291
Ballet de la Jeunesse , par Mr de la
Lande. 292
Mort de Madame de Riants. 296
Mort de Madame la Comteffe de Cana-
-ples.
Mort de Mrle Profident Nicolai. 2981
Mort de Mr le Mareschal d'Eftrades. 2
297
300
Solution du Probleme , remiſe au 6 de
Mars.
301
Difcours Anatomique , prononcé par Mr
- Pafferat. 302
Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes.
305
Enigme.
308
Autre Enigme.
Divertiffemens
du Carnaval.
310
312
Fin de la Table.
Ee
Avis pour placer les Figures.
Lin
' Air qui commence par Quand le
Printemps dans les champs nous appelle,
doit regarder la page 86.
Les Jetons doivent regarder la page
188.
L'Air qui commence par Les char--
mes d'un repas , doit regarder la page
283
Extrait du Privilege du Roy.
Pchville,le 13. Juillet 1683. Signé, Par Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , JuNQUIERES. Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer , vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT, & generalemene tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
faire imprimer,vendre & debiter ledit Livre,
nygraver aucunes Planches fervant à l'ornement
d'icelay , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans , ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé, ANGOT , Syndic.
Ledit Sieur DIVIZE ' a cedé fon droit du
préfent Privilege à C. Blageart , Imprimeur-
Libraire , pour ca jouir fuivant l'accord fait
entr'eux .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères