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1686, 01 (Lyon)
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Texte
Bibliothecæ quam Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
'Et pour la dixième année
que j'ay l'honneur de vous
envoyer le Mercure , avec
un Catalogue que j'y adjoute
de plufieurs Livres Nouveaux.
L'on ne donnera cette année que tous
les quinze jours le Journal des Scavaus
pour 6. fols le cahier . Je prie ceux qui
envoyront des pieces pour le Mercure A
d'affranchir les ports de lettres.
Ceux qui voudront tous les vieux
Mercure , ou une bonne partie d'iceux,
l'on leur en fera une compofition holi!!
nefte.
BIBLIO
LIVRES NOUVE AVX DU
mois de Janvier 1686.
Ifoiré des Revolutions arrivées
Hdans l'Europe en matiere de ReLE
LIBRAIRE
ligion jufqu'a Calvin , par le fçavant
Monfieur de Varillas , inquarto deux
vollures , 12. liv.
Hiftoire de Guftave Adolphe dit le
Grand , & de Charles Guftave Comte
Palatin Roy de Suede , & de tout ce qui
c'eft paffé en Allemagne depuis la mort
du Grand Guftave , par le Sieur de
Prade , indouze 40. fols .
Charanton , ou l'herefie détruite ,
inquarto , 30. fols.
Catechifme des nouveaux convertis ,
par Canifius , traduit , 15.fols.
La Morale de Jefus - Chrift , inquarto
par le Pere Dozenne de la compagnie
de Insus , 5. liv..
Extraordinaire du Mercure Galant ,
du quartier d'Octobre , Novembre ,
Decembre , indouze , 30. fols .
Suitte du Gnie de la langne Françoif.
, indouze , 30. fols. Tome 2 .
Sentimens Chr. ftiens indouze,
Histoire du Pontificat de S. Gregoire
I Grand, par Monfieur Mainbourg ,
inquarto , 6. liv . indouze deux vollume
3.liv.
La conduite du Rov à l'gard des
Proteftans indouze , 15. fols.
AU LECTEUR,
L'ordinaire de la fainte Meffe , avec
Pexplication des principales ceremonies
qui s'y obfervent , augmenté des Vefpres
& Complies , en latin & en françois
, & de plufieurs exercices de pieté ,
imprimé par ordre de Monfeigneur de la
Rochelle , infeize 15. fols .
Acte de l'Affemblée generale du
Clerge de France concernant la Reli
gion , avec le Catalogue des livres def
fendus , indouze 30. fols.
& jjj
TABLE
DES MATIERES
contenues dans ce
Volume.
Relude.
3.
9.
Lettre écrite au Roy par Monfieur
le Coadjuteur d'Arles,
Bontez du Roy & de Madame lai
Dauphine.
Plufieurs Sonnets & Madrigaux à
la gloire du Roy , touchant la
deftruction de l'Herefie 13
Benediction de la Chapelle de l'Hôpital
Royal de la Marine à
Breft. 24.
Septième Dialogue des chofes diffi
TABLE .
Lettre Aftronomique.
ciles à croire,
27
56
66
72
Morts.
Divertiffemens faits à Douay. 73
Orage.
Hiftoire.
75
Explication de ce que c'est que Syndicat
à Genes.
Lettre Hiftorique.
79
81
Arrefts , Declarations & Edits du
Roy. 92
Services faits pour le repos de l'ame
de feu Monfieur le Chancelier.
96
Audiances donnéespar Monfieur de
Boucherat.
99
Monfieur de Fontenay eft nommé
Sous- Gouverneur de Monfieur le
Duc de Chartres.
106
Penfion donnée par le Roy à Monfieur
le Comte de Konigsmarck
107
៩ 3
TABLE.
Fol fait à Lion.
Morts.
113
I 21
Nouveau Traitépour fervirà l'Inftruction
des nouveau Convertis ',
& à la Converfion de ceux qui
font encor dans l'ignorance . 123
ode aux nouveaux Convertis. 126
Lettre qui a fervy à la Converfion
de plufieurs Calviniftes.
137
Suite de l'article des Converfions
146
Service fait à l'Eglife de Saint Ger
vais , pour feu Monfieur le Chancelier.
192
Prix d'une Montre , proposé aux-
Geomettres. 193 ..
Noms de ceux qui ont expliqué les
deux Enigmes du mois dernier..
198
Enigmes: 199)
Autres Enigmes
1999
Alcibiade Tragedie.
200
TABLE.

Entretiensfur la pluralitédes Mondes.
202
Groffeffe de Madame la Dauphine.
205
Balet de la Jeuneſe. 206
Fin de la Table."
PA
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donnéà
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Confeil, luNQUIERES . Il eft ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , conteuang
plufieurs Pieces , Relation , Hiftoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
:
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & efpace de dix années,
à compter du jour que chacun defdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auffi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant , ny d'en extraire aucune Piece , ny
Planches fervent à l'ornement dudit Livre ,
inefine d'en vendre feparément , & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
livres d'amende cóntre chacun des contrevenans
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
ainfi que plus au long il est porté
audit Privilege.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic."
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé a cedé & transporte , fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour ca joüir fuivant l'accord. fair
9
entr'eux..
MERCURE
GALANT
JANVIER 1686 .
YOR
OICY la dixiéme
année , Madame, que
jay l'avantage de vous
écrire les étonnantes
merveilles du Regne de Loüis
LE GRAND , auguſte par ſa
Naiffance , redoutable par fa Valeur
, craint & eftimé par fa Juftice
, admiré par fes Vertus Politiques
& Morales , & loüé de
fon zele pour la Religion , par
Ianvier 1686.
2 MERCURE
les Peuples mefme qui ne profeffent
pas les Veritez Catholiques.
Comme jamais Souverain n'a
tant merité que luy de vivre eternellement
, il ne faut pas s'étonner
fi l'on s'empreffe en tous
lieux à luy dreffer des Statuës.
Les trois Etats de Provence fe
font affemblez depuis peu de
temps pour ce deffein , & c'eft
ce que vous allez apprendre dans
la Lettre que Monfieur le Coadjuteur
d'Arles a écrite au Roy ,
pour luy demander la permiffion
de l'executer. Ce digne Prelar ,
qui eft Frere de Monfieur le
Comte de Grignan , Gouverneur
de Provence , eft d'une reputation
tres- connue. Il a fort fouvent
charmé la Cour par fes doctes
Predications ; & Sa Majeſté.
voulant luy marquer combien
Elle en eftoit fatisfaite , le choifit
GALANT.
3
pour prononcer l'Eloge funebre
de la Reyne , au Service folemnel
qui fe fit dans la Cathedrale
de Paris , pour le repos de l'ame
de cette Princeffe. Il y receut
des applaudiffemens dignes de
fa profonde érudition , & de la
beauté de fon genie. Voicy la
Lettre dont je viens de vous parler
, & que ce Prelat a écrite au
Roy au nom des trois Etats de
Provence affemblez dans la Ville
de Lambefc.
AU ROY.
IRE ,
STR
Vos Sujets des trois Etats de
Provence , affemblez icy parvoftre
permiffion , ravis d'étonnement des
grandes chofes que Vôtre Majesté
fait tous les jours pour le bien de
l'Etat & de la Religion , me char-
A 2
4
MERCURE
gent, SIRE , de fupplier tres-humblement
Voftre Majefté de leur accorder
une grace qui leur tient extremement
au coeur. C'eft de leur
permettre , SIRE , d'ériger en leur
particulier un monument de la
réconnoiffance que tout le Monde
Chrétien doit à vos beroïques
Actions , en élevant vôtre Statuë
Equeftre dans la Ville Capitale de
cette Province , au lieu & de la maniere
qu'il plaira à Vostre Majesté
l'ordonner. Les fentimens de joye &
SIKE , que toutes
vos merveillès nous infpirent , font
à un tel excés , que nous trouvons nos
coeurs & nos efprits trop bornez pour
les renfermer , nos acclamations
trop foibles pour les exprimer noftre
vie trop courte pour les publier. Permettez-
nous , SIRE , de les faire
éclater dans les Places publiques ,
de les graver fur le bronze &fur
d'admiration >
GALANT.
le marbre , avec des caracteres qui
ne fe puiffent effacer , & de tâcher
d'en faire durer la precieufe memoire
jufqu'à la derniere Pofterité. Ce
n'eft pas , STRE , que nous préfumions
de pouvoir aumenter par
là l'éclat de vostre glorieuse vie ;
nous ne voulons que fatisfaire à
nôtre inclination. Nous avons
qu'une fimple Statuë n'est pas un
monument proportionné à la grandeur
de vos actions . Si autrefois
pour honorer celles du fameux Héros
de l'Antiquité , on propofa une
Montagne entiere pour luy en faire
une Statuë '; que nefaudroit- il pas
pour en élever une qui pust répondre
aux Exploits furprenans du Heros
de nos jours ? auffi nous ne regarderons
la vôtre , SIRE , que comme un
fragment de l'Hiftoire de vôtre
Regne , & nous ne l'eftimerons my
par la matiere , my par , my par l'ouvrage,
A
3
6 MERCVRE
mais uniquement par la dignité de
fon Original. Si nôtre éloignement
nous prive du bonheur de nous ap
procher auffi fouvent que nous le
fouhaiterions du Trône de Voftre
Majefté , nous aurons du moins la
confolation d'avoir tous les jours.
devant nos yeux le Portrait de
l'aimable Prince qui poffede nos
coeurs. Chacun de nous prendræ
plaifir à contempler dans cette Image
le Vainqueur des Nations , le
Reftaurateur des Loix , le Deftru-
Eteur de l'Herefie , le Propagateur
de la Foy Catholique , l'Amour des
Peuples , le Modele des Souverains,
& nous aurons tous une extréme
joye que les Siecles les plus reculez
connoiffent & voyent gravé avec
des traits capables de percer l'epaiffeur
des temps , quefi Louis LE
GRAND eft le plus aimable Maifire
qui fuft jamais , il eft auffi le
GALANT. 7
plus aimé, & particulierement de
fes Peuples de Provence . Je porte
aujourd'huy , SIRE , leurs voeux &
leurs hommages aux pieds de Votre
Majefté, avec d'autant plus de joye
& d'empressement , que j'espere
qu'Elle me permettra d'y ajoûter les
affeurances particulieres de mon
profond refpect, & de l'entier abandonnement
avec lequel je fuis &
veux eftre toute ma vie ,
SIRE ,
De Voftre Majefté ,
A Lambesc , ce 20.
Novembre 1685 .
Le tres humble , tres - obeïffant
tres- fidelle , & tres- obligé
Sujet & Serviteur ; LE
COADJUTEUR D'ARLES.
Quand par un nombre infiny
d'éclatantes actions , qui rendent
A 4
8
MERCURE
la France auffi glorieufe qu'elle
eft redoutable à tous fes Voifins,
le Roy n'auroit pas merité les
Statues que depuis quelques années
, on a commencé à luy élever
dans diverfes Villes du Royaume
, ce que ce pieux Monarque
vient de faire pour l'aneantiffement
de l'Herefie , meriteroit
qu'on luy en dreffaft , non
feulement dans toutes les Villes
de fes Eftats , mais encore dans
toutes celles du Monde Chrétien
, & qu'on luy élevaft des
Arcs de Triomphe fur les grands
chemins , comme l'on faifoit du
temps de l'ancienne Rome. Il eſt
vray qu'au défaut de ces Monumens
l'Hiftoire ne fe taira pas .
Je n'entens pas feulement parler
de celle de France , mais de celle
du Monde entier. En effet , toutes
les Nations parlent à l'envy
GALANT.
9'
des grandes chofes qui donnent
de jour en jour un nouveau luftre
à fa gloire ; & fi l'envie a taſché
d'abord de les obfcurcir , les fentimens
qu'elle avoit fait naiſtre
font prefentement changez en
des fentimens d'admiration . Sur
tout , ce que cét Incomparable
Monarque a fait en faveur de la
Religion eft fi éclatant , que ceux
qui ont l'honneur d'approcher
de ſa Perſonne , & qui font d'un
rang à prendre la liberté de l'entretenir,
ne peuvent s'empefcher
de luy donner là deffus les louanges
qui luy font fi juftement
deuës.
Comme Madame la Dauphine
loüoit dernierement le zele
qui le porte à travailler fans rélache
à l'entiere deftruction de
l'Herefie , on luy dit qu'elle parloit
devant une Femme de la Re-
As
ΤΟ MERCURE
ligion Pretendue Reformée. Cette
Princeffe defcendit auffi -toft.
de fa Grandeur , pour luy faire
voir l'erreur où elle vivoit , ce
qu'elle fit avec une familiarité
toute charmante , & d'une maniere
auffi engageante , que rem
plie de ce feu d'efprit , qui la fair
toûjours admirer de ceux qui
l'entendent . Les raifons dont elle
fe fervit pour combattre ce que
cette Calvinifte luy oppofa fur
cette matiere de Controverfe
furent fi folides & fi fortes , qu'on
peut dire qu'elle fut caufe de fa
Converfion , quoy qu'elle ne fe
fift pas dés ce mefme jour. Madame
la Dauphine ordonna à ſon
Aumônier de quartier , d'achever
ce qu'elle avoit fi heureuſement
commencé. Il n'eut pas
beaucoup de peine à le faire ,
que cette Princeffe l'avoit déja
preſque convaincuë.
GALANT. II
Monfieur l'Archevefque de
Paris ne fe contente pas de don
ner tous fes foins pour l'Inftruction
& la Converfion des Heretiques
; mais il prend plaifir à procurer
l'honneur de la bien - veillance
du Roy à ceux d'entr'eux
qui font diftinguez du commun ,
& en voicy un exemple tout par
ticulier. Sur la fin du dernier
mois , ce Prelat eſtant dans la
Chambre de Sa Majesté à Verfailles
, & ayant aperceu Monfeur
Coquelard ancien Avocat
au Parlement de Paris , qui avoit
abjuré l'Herefie de Calvin entre
fes mains dés les premiers jours
'd'Octobre , il eut la bonté de le
prefenter & de le nommer au
Roy , enfluy difant qu'il eftoit l'un
des Illuftres Avocats Convertis,
& qu'il avoit aidé à la Converfion
de plufieurs autres Errans.
A 6
1.2 MERCURE
Le Roy qui alloit à la Meffe
s'arrefta , & dit en jettant les
yeux für Monfieur Coquelard,
je connois fon nom & Son merite;
ce qui le furprit agreablement,
& l'obligea de repondre avec un
profond refpect . Qu'il n'euft
jamais ofé efperer un auffi glorieux
avantage que celuy dont il
recevoit l'affurance de la bouche
du plus Grand Roy de la
Terre , qu'il n'avoit pas attendu
la Suppreffion de l'Edit de Nantes
pour embraffer la Religion
Catholique , & qu'il avoin treslong
temps auparavant condam→
né le Schifme des Pretendus Reformez.
Sa Majesté repartic
qu'Elle avoit bien de la joye defa
Converfion , &
que
dans les
occa
fons elle luy
donneroit des
marques
de fon eftime.
Les maux que
l'Herefie a cau
"
GALANT.
13
ſez , ont eſte ſanglans. Vous en
verrez la peinture dans les Vers
qui fuivent.

LE
TOMBEAU
DU
CALVINISME .
SONNET.
'Eus pour Pere l'orguet , & four
Mere l'Erreur:
L'Aftre fanglant de Mars éclaira
ma naiffance.
Avec l'Impieté, la Revoltefa doeur
Pritle foin d'élever en fecret mon
enfance.
Sous un visage doux cachant un
mauvais coeur ,
Des rivages du Rhin je paſſay dans
La
France ,
14
MERCURE
où parde fer , le feu , le carnage &
l'horreur
Je fis jufques aux Rois fentir ma
• • violence.
Les plus braves d'entre eux m'attaquerent.
envain ;
Trônes , Temples ; Autels , tout plia
fous ma main ;
Mes coups furent par tout plus .
crains que le Tonnerre :
Mais à la fin, Deftins, ilfaut fubir
vos loix.
L'on ne pût m'ébranler en quarante
•• ans de guerre:
Et la Paix de LOUIS m'a défait en
trois mois.
Lamais Triomphe ne pouvoit
eftre plus glorieux pour le Roy,
que celuy qui le rend Vainqueur
de l'Herefie . Il eft tel , qu'à peiGALANT.
15
ne la Pofterité le tiendra - t- elle
croyable . C'eſt ce qui eſt marqué
agreablement dans ce Rondeau
.
SUR LA DEFAITE
DE L'HERESIE.
Q
RONDEA U.
Ve de l'Hiftoire , où du plus
grands des Rois
L'on tracera les glorieux Exploits
La veritéfera peu vray-femblabler
L'âge à venir trouvera t- ilfaifable
Ce que fous lay l'on voit faire aux
François ??
Sans refiftance , en moins de quatre
mois ,
Avoir réduit l'Herefie aux abois :
Cela paroift tenir plus de la Fable
Que de l'Hiftoire.
Monftre fatal aux derniers des Falais
16 MERCURE
Monftre ennemy des Vertus & des
Loix ,
Auxfaints Autels , à l'Eftat formidable
:
Le Petit-Fils de ce Prince admira.
ble ,
N'apprendra point , fi tu fus autrefois
,
Que de l'Hiftoire.
Voicy trois Sonnets qui ont
efté adreffez au Roy fur cette
meſme matiere . Le premier eft
de Monfieur Boyer , le fecond
de Monfieur le Clerc , tous deux
de l'Academie Françoife , & le
troifiéme de Mademoiſelle de
Rafilly.
GALANT
POUR LE ROY.
SONNET.
E quels facrez lauriers fe va- "
DE
t- il -couronner
Ce grand Roy , qui laiſſant repofer
Ja vaillance ,
Dans le fein de l'Eglife a foin de
ramener
Ceux qu'avoient révoltez l'orgueil
ou l'ignorance?
Au Ciel , en dépit d'eux , il les vent
entraifner ,
Et de fa pieté lafainte impatience,
Contre ces malheureux qui veulent
s'obstiner ,
Joint à fon zele ardent une jute
puiffance.
18 MERCURE
Ainfi contre l'Enfant rebelle à fon
devoir ,
Le Pere heureufement fe fert defon
Douce feverité:falutaire contrainte!
Ainfifur Paul, qu'aveugle un zele
furieux ,
Dieu tonne & le remplit de terreur
& de crainte:
Mais le coup qui l'abat luy fait- onvrir
les yeux.
AUTRE.
On Nom victorieux vole de
Ton
toutes parts.
Tes travaux ont efté plus loin que
ceux d'Alcide ;
Ny montagnes ny mers , ny digues ,
ny rampats ,
N'ont pu les arrefter dans leur cour
fe rapide.
GALANT. 19
L'Aigle n'a pu fouffrir le feu de tes
regars,
Tu domptas du Lion le courage in
trepide ;
Et fur les flots falez & dans le
Champde Mars >
Tes Progrés ont fait voir que c'est
Dieu qui te guide.
L'Herefie obftinée eft lefeul ennemy,
Que tu n'avois encor furmonté qu'à
demy ;
Tu vas l'aneantir par une fainte
guerre.
Acheve ce qu'en vain tenterent
tes Ayeux :
Ta Valeur a cuëilly des lauriers fur
la Terre ,
C'est àta Pieté d'en cuëillir dans les
Cieux.
20 MERCURE
I
AUTRE.
L ne manquoit , grand Roy , pour
combler voftre gloire ,
Que l'intereft du Ciel fift vostre
paffion ,
Qu'on vous vift rétablir les faints
Murs de Sion ,
Et fur fes Ennemis remporter la
victoire.
Ces fuccés ont remply dignement
voftre Hiftoire,
Et les Autels dreffez à la Religion
Sur le débris fameux de la Rébellion ,
Du Schifme pourjamais effacent la
memoire.
Ce Regne plus heureux que les Regnes
paffez.
Où l'on voit de l'Erreur les Temples
renverſez ,
De vos Predeceffeurs a finy l'entreprife
,
GALANT. zł
Ce coup fi merveilleux a vangé tous
ces Rois ,
Et ce Monftre vaincu par vos derniers
Exploits ,
Vous fait voir doublement Fils Aîné
de l'Eglife.
Mademoiſelle de Scudery , qui
a publié tant de fois la gloire du
Roy , n'a pû ſe taire dans une
occafion où elle entend parler
tout le monde. Voicy la Partie
qu'elle a tenue dans ce concert
de loüanges.
SUR LA CONVERSION
des Heretiques.
D'OnLele Sans pareil L'ay chan.
té mille fois
La gloire de LOUIS , &fesfameux
Exploits ,
รา MERCURE
Fay loüéfes vertus , j'ay vanté fon
courage ,
Et ma main fans trembler a tracé
fon Image ;
Mais cent Peuples rendus au Dieu
de l'Univers ,
Sont un trop grand fujet pour tous
nos foibles Vers.
La Terre doit fe taire : à de telles
loüanges
Ilfaut la voix du Ciel , & le con--
cert des Anges.
Je n'ajoûteray plus qu'un Rondeau
de Monfieur de Bernage ,
Secretaire du Roy , & un Madrigal
de Monfieur Vignier , à ce
qui regarde Sa Majesté ſur cette
matiere , refervant les Vers qui
me reftent pour le mois prochain.
GALANT.
1
RONDEAU.
GRAND Roy , qui par tant de
Vertus ,
Sur tous lès Grands as le deffus ,
Auffi-bien que fur tout autre homme,
Car nul n'ofe fe mettre en comme ,
Qui n'en foit auffi tost exclus.
Apres tant d'Ennemis vaincus,
Apres tes Etats étendus ,
C'est à bon titre qu'on te nomme
GRAND . '
Les Heretiques confondus .
Les Genois à tes pieds rendus ,
Alger foumis; ton nam dans Rome
Haut élevé: la Paix en fomme ,
Se peut- il rien faire de plus
GRAND?
24
MERCVRE
MADRIGAL.
APrès avoir dompté diverfes
Nations ,
Aprés avoir dompté Jes propres
paffions ,
LOUIS s'eft mis fans doute au com
ble de la gloire :
Mais qu'en moins de fix mois il ait
détruit l'Erreur ,
Que fans verfer defangil ait eu
ce bonheur,
C'eft ce qui doit le plus briller dans
fon Histoire
Et qui fe fera le moins croire.
ˋ
Le premier four de ce mois la
Chapelle de l'Hôpital Royal de
la Marine de Breft fut benîte ,
fous le Tître de Saint Jean - Baptifte
, par Monfieur l'Evefque de
Saint Paul de Leon , qui s'y eftoit
tranſporté
GALANT.
25
tranfporté exprés. Il y celebra
la Meffe , & benît enfuite le Cimetiere
, & toute la Maifon nouvellement
conftruite par les ordres
du Roy , & par les foins de
Monfieur le Marquis de Seignelay.
Cét Hôpital eft d'une grandeur
, & d'une magnificence ;
proportionnée à tout ce que Sa
Majefté a coûtume d'entreprendre.
Ce Prelat fut affifté dans
cette Ceremonie de Monfieur
Defclouzeaux , Intendant de la
Marine , & des principaux Officiers.
Le lendemain il fit l'ouverture
d'une Miffion , non feule .
ment pour la Ville & la Marine ,
mais encore pour la Converfion
de ce qui peut y eftre de Religionnaires
, à laquelle font employez
les Peres Jefuites, aufquels
le Roy a accordé pour leur établiffement
une grande Maiſon
Ianvier 1686. B
26 MERCURE
& un jardin qui luy appartenoient
, outre quarante mille livres
qu'il leur a fait donner par
les Eftats de la Province , tant
pour leur Eglife , que pour l'aug
mentation de leur Bâtiment , qui
doit eftre commun avec celuy de
vingt Aumôniers de Marine dont
ils auront la Direction , auffi- bien
que de l'Erudition des Garde-
Marines pour tout ce qui concerne
la Navigation , & les Mathematiques.
Je vous envoye un nouveau
Dialogue des Chofes difficiles à
croire. Vous ferez furpriſe du
grand nombre des Divinations
differentes dont les Anciens ſe
font fervis .
GALANT.
27
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE SEPTIEME.
BELOROND , PHILONTE.
LA
PHILONTE.
A matiere qui fit le fujet de
noftre dernier entretien , m'a
excité à vous en propoſer une
autre pour celuy d'aujourd'huy ,
qui a beaucoup de rapport à
celle-là. C'eft fur les Divinations
& les Devins , matiere que bien
des gens , auffi - bien que du temps
d'Horace , mettent au nombre
des Chofes difficiles à croire.
Somnia , terrores magicos , miracula,
Sagas ,
B 2
28
MERCURE
Nocturnos lemures , portentaque
Theffalarides. Hor . lib . 2. Ep . 2 .
BELOROND .
Je fuis fort aife que vous ayez
eu le mefme deffein que moy .
J'eftois fur le point de vous propoſer
la mefme choſe ; mais comme
il y a trois fortes de Divinations
, celle qui vient de Dieu
qu'on appelle Prophetie , celle
qui fe tire des chofes naturelles
& qu'on appelle Préfages ou conjectures
; & celle qui fe fait par le
moyen du Demon , je juge à
propos que nous nous entretenions
de ces deux dernieres ; car
ce font celles-là que l'on met
ordinairement au nombre des
Chofes difficiles à croire.
PHILONT E.
Apparemment
vous eftes bien
inftruit fur cette matiere , puifque
comme un tres-habile DeGALANT.
29
vin vous avez penetré le deffein
que j'avois de vous entretenir de
ces deux fortes de Divinations.
Commencez , je vous prie , à me
dire ce que vous en pensez .
BELOR ON D.
Avant que je vous explique
mes fentimens là- deffus , voulezvous
que je vous faffe reffouvenir
en peu de mots des diverfes
fortes de Divinations ? Il eft fi
vray que j'eftois dans la refolution
de vous parler de cette matiere
, que j'avois apporté fur moy
une espece de Dictionaire , ou
une Lifte Alphabetique de toutes
ces differentes Divinations
parce que j'eftois affuré que ma
memoire ne me feroit pas affez
fidelle pour les retenir. Permettez
donc que je vous en faffe la le-
&ture avant que nous entrions en
matiere.
B 3
30 MERCURE
PHILON T E.
Vous m'obligerez parce que
je la crois neceffaire.
BELOROND.
Aeromancie , Ce font toutes fortes
de Divinations qui fe font par
le moyen de l'air , comme par les
Spectres qui y paroiffent , ou par
les Tonnerres qui s'y font entendre
, ou par les Oyfeaux qu'on y
voit voler. Je parleray dans la
fuite de ces differentes efpeces
d'Aëromancie.
Alectriomancie ou Alectreomancie
, Cette Divination s'exerçoit
par le moyen d'un Coq mangeant
des grains de Bled pofez
fur les Lettres de l'Alphabet.
Voicy la Ceremonie de cette
Divination . On divifoit un certain
lieu en parties égales , & à
chacune de ces parties on écrivoit
une Lettre de l'Alphabet ;
GALANT.
31
enfuite après avoir mis un grain
de bled fur chaque Lettre , on
faifoit entrer un Coq , & on prenoit
garde aux Lettres dont il
avoit premierement avalé les
grains, puis on tiroit des conje-
&tures. L'Empereur Valens s'étant
fervy de cette Divination
pour fçavoir le nom de celuy qui
luy devoit fucceder , fit cruellement
mourir ceux qui s'appelloient
Theodores , Theodofes ,
Theodates , Theodules , Theodiftes
, à caufe que le Coq avoit
mangé les grains qui eftoient fur
- ces quatre Lettres Teod. Il eut
neanmoins malgré fes cruelles
précautions Theodofe le Grand
pour Succeffeur.
Alphitomancie. Elle fe faifoit
par l'orge , le froment , ou par la
farine , dont on fe fervoit aux
Sacrifices.
B
4
32 MERCURE
Alveromancie , C'eſtoit à peu
prés la même espece que l'Aphitomancie.
Elle fervoit à découvrir
les Larcins des Efclaves foupçonnez
; pour cela on les menoit
aux Prétres qui leur donnoit une
croufte de pain enchantée , laquelle
leur demeurant dans la
gorge , eftoit une marque qu'ils
eftoient coupables du Larcin
dont on les foupçonnoit.
Amniomancie. C'eft une Divination
que les Sages Femmes ont
introduite pour connoiftre la fortune
de l'Enfant , par la confideration
de la membrane que les
Grecs appellent Amnios , dont il
eft quelquefois revêtu . Cette
Superftition a donné lieu au Proverbe
qui eft icy en ufage , quand
pour témoigner qu'un homme a
du bon- heur , on dit qu'il eft né
coëffé.
GALANT.
33
Anagrammatifme , ou Metagrammatifme.
Elle fe fait en cherchant
dans les Lettres d'un mot
quelque chofe qui doive arriver
à celuy dont on fait l'Anagramcomme
nous avons fait voir
dans l'Anagramme d'André Pume
,
jon.
Antropomance. Elle fe fait par
l'infpection des entrailles des
Hommes immolez . Heliogabale
& Julien l'Apoftat , fe fervoient
de cette Divination . Aprés la
mort de celuy-cy on trouva dans
des Caves , Puits , & autres lieux
fecrets du Palais d'Antioche ,
plufieurs Corps d'Hommes égor
gez , à qui l'on avoit arraché les
entrailles. Il avoit fait baftir dans
la Ville de Carres un Temple.
dont l'entrée eftoit connue à luy
feul & aux Miniftres de fa cruau
té, & c'étoit là qu'il faifoit fes
B
5
34
MERCVRE
Sacrifices de Corps humains pour
en contempler les entrailles. Peu
de temps aprés fa mort on trouva
dans le Temple le Corps tout
frais d'une Femme fendue depuis.
la poitrine jufques au ventre , &
pendue par les cheveux à une
poutre.
Arcomancie. Elle fe faifoit par
la confideration des Nuées .
Arithmancie. Elle confiftoit à
examiner les Nombres . Les Grecs
pretendoient que la Victoire étoit
pour celuy dont le nom contenoit
un plus grand nombre de
Lettres , & qu'à cause de cette
difference , Hector fut vaincu
par Achilles . Quelques - uns difent
que Pithagore a efté l'inventeur
de cette Divination .
Arufpicine. C'eftoit une forte
de Divination , par laquelle on
tirois des conjectures des Beftes
GALANT. 35
qu'on alloit immoler , en les maniant
& en leur verfant du Vin
fur le front. Cette Divination en
comprenoit d'autres dont nous
parlerons dans leur rang.
Afpidomancie. C'eſt une Divination
pratiquée aux Indes , &
qui fe lit dans les Relations de la
Floride. Les Ceremonies en font
fi extravagantes & fi diverfes ,
qu'il eft inutile d'en faire le recit
Aftragalomancie. Elle fe prati
que par une espece de Sort , avec
de petits Batons ou des Dez , ou
des Tablettes écrites & jettées
en l'air.
Aftraveromancie. Ellé eft pref
que la melme que l'Astragalomancie.
Il en eft parlé dans le Pro
phete Ofée , lorfqu'il dit , Mon
Peuple s'eft enquis de moy avecfigne,
& fon petit bâton luy a fait entendre.
B.6
36 MERCURE
Aftrologie judiciaire. Elle pre
tend faire connoiftre comme neceffaires
les évenements futurs
& contingens par l'infpection des
Aftres , & fur des principes variables.
Aftronomie. Elle pretend fus
des principes univerfels & invariables
faire connoiftre la révolution
des Ans , le Cours des Aftres ,
leurs Stations , Retrogradations ,
Afpects , Conjonctions , & c.
Augures. On prétendoit dans
cette Divination apprendre les
chofes cachées & à venir par le
vol & les differens mouvemens
des Oiseaux .
Axinomancie. Une Hache ou
une Coignée , eftoit l'inftrument
de cette Divination . On la fichoit
dans un pieu rond , en obſervant
fon branle ou mouvement , on
jugeoit des Larcins ou autres.
GALANT.
37.
crimes. On s'en fervoit d'une
autre maniere pour connoiftre
les chofes futures , au rapport de
Pline .
Botanomance . Pour pratiquer
cette Divination , on fe fervoit
des Herbes , particulierement de
la Sauge , en écrivant fur leurs
feuilles les demandes & les noms
de ceux qui fouhaitoient fçavoir
l'avenir , puis on les expofoit aux
vents , & on remarquoit celles
qui n'avoient point efté remuées .
Capnomance. Cette Divination
regarde les fumées des Sacrifices
, leurs tours , replis , éle
vations , leurs mouvemens droits
& obliques , & leurs odeurs.Ovide
contre 1615. Stace au 10.l. de fa
Thebaïde , & Theophilacte for
le quatorziéme Chapitre d'Olée,
parlent de cette efpece de Divination
.
38
MERCURE
Catoptromancie, Cette Divi
nation confiftoit à faire voir
ce qu'on confultoit à un petit
Enfant dans un Miroir. Aporta,
en fa Magie Naturelle , dit que
François I. faifant la Guerre à
Charles- Quint , un Magicien
faifoit fçavoir aux Parifiens ce
qui fe paffoit à Milan , en écrivant
fur un Miroir ce qu'il vouloit
qu'ils appriffent , & l'expofant
à la Lune ; de forte qu'on
lifoit en cet Aftre ce qui eftoit
écrit fur le Miroir .
Caftronomancie.On exerce cette
espece de Divination en pro
nonçant certaines paroles entre
les dents audeffus d'un verre
plein d'eau , & avec un Cierge
allumé .
Cephalacomancie. Pour pra
tiquer cette Divination , on mertoit
la Tefte d'un Aſne rôtir fur
GALANT. -
39%
les charbons ardens , en prononçant
quelques paroles deffus .
Si les mâchoires de cette tête ſe
remuoient, & fi les dents faifoient
du bruit , on tenoit pour Autheur
du malefice celuy qui en
eftoit foupçonné. Les Allemans
pratiquoient fouvent cette Divination
, auffi -bien que les Juifs ,
C'eft pourquoy Appion & Ta
cite reprochoient à ceux cy
qu'ils adoroient la Tefte d'un
Afne.
Ceromancie ou Ciromancie. Cer
te Divination confifte dans la
confideration des differentes
figures que fait la cire fondue
& jettée dans l'eau .
Chiromance , ou Chiromancie.
(M' de la Chambre dit le premier
, & Monfieur d'Ablancour
le fecond. ) C'est une Divination
par l'Infpection de la main. On
40 MERCURE
la fonde fur ce que l'Ecriture
nous a affurez , en parlant du Sage
, que la longueur des jours
eft en fa droite , & en fa gauche
richeffes & honneurs. Eufebe
dit que Dieu met des fignes
dans la main de tous les hommes ,
afin qu'ils puiffent tous prévoir
leurs oeuvres . Nous parlerons
dans la fuite plus au longde cette
matiere .
Deidomancie. Pour pratiquer
cette Divination , on attachoir
étroitement une Cleffur la premiere
page de l'Evangile de S.-
Jean , de telle forte que l'anneau
de cette Clef paroiffoit en dehors
. Puis on faifoit mettre fur
cet anneau les doigts de ceux
qui s'informoient de quelque
chole , & après avoir prononcé
quelques paroles , & exprimé le:
nom de celuy qui eftoit foupGALANT.
41
çonné , s'il eftoit innocent , la
Clef demeuroit immobile , mais
s'il eftoit coupable , la clef ſe
tourneroit d'elle-mefme avec une
telle violence , qu'elle rompoit la
ficelle qui la tenoit attachée au
Livre.
Cliromancie. C'eſt à peu prés
la mefme chofe
mancie.
que l'Astragalo.
Cofciromancie eft ce qui s'appelle
tourner le Sas . Elle eftoit
en ufage chez les Anciens , &
c'est ce qui a donné lieu au Proverbe
Latin , Cribro divinare. Je
me fuis trouvé un jour dans une
Maiſon où l'on pratiquoit cette
forte de Divination, pour fçavoir
fi une Servante avoit dérobé
quelque Vaiffelle d'Argent que
l'on avoit perduë. Pour tourner
le Sas on ficha des Cifeaux dans
fon Chaffis , puis deux perfonnes:
4.2 MERCURE
le tenoient fufpendu en l'air , ent
mettant chacun un Poulet fous
chaque anneau des Cifeaux , &
enfuite prononçoient quelques
paroles badines , en y mêlant le
nom de cette Servante , pretendant
que fice Sas tournoir , elle
eftoit coupable. Il tourna , & cependant
la Servante fe trouva
tres-innocente de ce Vol . Jugez
de ce qu'on doit penfer de ces
Divinations.
Cromnyomancie. C'est une Superftition
affez commune en Alfemagne
, quand les Filles veulent
fçavoir entre plufieurs qui
les recherchent en mariage , le
nom de celuy qu'elles doivent
époufer. Voicy comment elles la
pratiquent. Elles portent la Veille
de Noël des Oignons fur l'Autel,
& écrivent deffus les noms de
leurs Amans , fe perfuadant que
GALANT.
43
l'Oignon qui germera le plûtoft ,
portera le nom de celuy qu'elles.
auront pour Epoux.
Criftallomancie. C'eſt une Divination
par le moyen de quelques
Vaiffeau Cylindriques faits
de Cristal , qu'on prétendoit répondre
à ceux qui les confultoient.
Crythomance. Cette Divination
eft fondée ſur les Gâteaux dont
on fe fervoit dans les Sacrifices .
-Cubomancie. C'est une espece
de Divination par les Dez.
Dactylomancie. Cette Divination
confiftoit dans des Anneaux
enchantez . L'Anneau de Giges.
qui le rendoit inviſible , eftoit .
apparemment de ce nombre.
Daphnomancie. C'eſt la Divination
par le Laurier. S'il petilloit
en brûlant , c'eftoit bon figne
, & au contraire mauvais
figne , s'il ne petilloit pas .
34
44 MERCURE
Demonomancie. C'eſt propre
ment les réponſes des Demons ,
qu'on appelloit Oracles , qu'ils
rendoient dans des Grotes
ou dans des Statues , ou dans
des Bois , ou par le moyen des
Beftes , des Femmes & des
Hommes.

Extipicine. C'eft l'Inspection
des membres de l'Hoftie.
Fabanomancie. C'eftoit plû
toft une espece de Magie que
Divination , pour chaffer des
Maifons les Fantofmes , en jettant
les Féves avec de certaines
ridicules Ceremonies.
Garofmancie. C'est une Divination
qu'on pratiquoit avec
une Phiole affez large , pleine
d'eau , dans laquelle aprés quelques
Conjurations on faifoit
mirer un petit Enfant , ou une
Femme groffe , qui voyoit dans
GALANT.
45
cette Phiole des figures femblables
à ce qu'on fouhaitoit fçavoir.
Gastromancie. C'eſt à peu prés
la mefme chofe que la Carofmancie.
Geomance. Elle fe fait par le
{ moyen de certaines figures , &
de certains points formez fur la
terre . C'eſt une forte de Divination
tres -fuperftitieufe , comme
on peut voir chez Peucer , 1. 9.
C. 6.
Hepatofcopie. Divination par
l'infpection du foye d'une Befte
facrifiée.
Hierofcopie. C'est l'obfervation
des démarches des Beftes , qu'on
alloit facrifier.
Hydromancie. Divination par
l'eau qui fervoit à faire cuire
les Victimes. Virgile en parle
au quatrième de l'Eneïde. De
46
MERCVRE

l'Ancre remarque huit fortes
d'Hydromancie dans fon Traité de
la Divination . La premiere fe
fait avec une Bague fufpenduë
dans l'eau par un fil , & frapant
coftez du verre. La feconde,
en jettant des pierres dans une
eau dormante , & en obfervant
les ronds qui fe font autour de
ces pierres . La troifiéme, en con
fiderant la diverſe agitation de
la Mer. La quatrième , en remarquant
la couleur des eaux. La
cinquième , en prononçant certains
mots fur une Coupe pleine
d'eau , & en obfervant fi l'eau
boüillante d'elle- mefme ne fe
répand point hors la Coupe .
La fixiéme fe pratique chez
ceux de Fez en Afrique. Ils
verfent de l'eau dans un verre,
mélent une goute d'huile , &
enfuite regardant dans ce verre,
GALANT.
47
ils difent qu'ils y voyent des chofes
fort extraordinaires. La feptiéme
fe pratique en Allemagne
par les Femmes , au rapport de
Clement Alexandrin , quand elles
pretendent connoiftre l'avenir
en obfervant le bruit & les
bouillons des Vagues. La huitiéme
fe fait en jettant dans l'eau des
boulles, fur lesquelles on a écrit
les noms de ceux qu'on foupçonne
quelque Larcin.
Icthyomancie. C'eſt quand on
devine en confiderant les entrailles
des Poiffons.
Ieduimancie. Ce nom vient
d'un Animal appellé Jeduin,dont
les os portez dans la bouche avec
certaines ceremonies , faifoient
deviner , au rapport des Juifs.
Keromance. C'eft de mefme que
la Ciromance.
Lampadomancie. Divination
avec des Chandelles.
48
MERCURE
Lecanomancie. Divination par
le moyen d'un Baffin plein d'eau,
dans lequel on a jetté des Pierres
precieuſes , ou des lames d'Or &
d'Argent , ou du plomb fondu.
Nicetas parle de cette Divination
1.2. Annal.de Tacite ann.20 .
Libanomance. Divination par
l'Encens. Si aprés l'avoir jetté
dans le feu , il en eftoit confumé,
& réduit en une fumée d'agréable
odeur , c'eſtoit bon figne ,
mais non , fi le contraire arrivoit.
Lithomancie. Divination par
les Pierres. Je croy que cette
Superftition eftoit en ufage chez
les Juifs , parce que Moyfe leur
défend , Levit . 20. de fe fervir de
certaines Pierres devinereffes.
Logarithmance . C'est une efpece
d'Arithmancie. On la pratique
par le moyen des nombres
convertis
GALANT
49
I
5
convertis en mots , & des mots
réfolus en nombres .
= par
Margaritonomancie. Divination
le moyen d'une Perle , qui
eftant mife fur le foyer auprés du
-feu , fous un pot , pendant qu'on
prononce quelques paroles , bondit
, à ce qu'on prétend , & perce
le fond du pot en fautant , fi on
exprime le nom de celuy qui a
fait le Larcin dont on veut fçavoir
l'Autheur.
Meteorologie. Divination naturelle
, qui confifte à connoiſtre
quand il fe doit lever des Temepeftes
, des Vents , & c .
Metofcopie, ou Metopofcopie, ou
• Metopomancie . Efpece de Phifionomie
qui fe pratique en confiderant
le vifage.
Molibdomancie , Divination par
- le Plomb fondu , en remarquant
fes figures lors qu'il fe fond.
Ianvier 1686 .
$
S C
.50 MERCURE
Necromancie . Divination par le
moyen des Efprits évoquez . On
l'appelle encore l'Art de Grimoi
re , qu'on prétend avoir le pouvoir
de rappeller du Tombeau
les Ames des péfunts , pour ſçavoir
ce qu'on defire.
Necyomancie. Divination par le
moyen des Os & des Nerfs des
Trépafez , & des cordes de Pendus.
Oculinomancie. Cette Divination
découvre le Larron en luy crevant
ou tournant l'oeil , aprés
que les Miniftres de cette Su
perftition ont fait des Ceremonies
auffi impies qu'extraordinaires.
De l'Ancre raconte deux
Hiftoires terribles fur ce fujet
dans fon Traité de la Divination ,
où il a réduit avant moy dans cet
ordre Alphabetique les differentes
fortes de Divinations . Il ena
GALANT.
SI
1
pourtant oublié quelques - unes ,
que l'on trouvera icy auffi- bien
que quelques particularitez affez
curieuſes.
Oënomance . Divination par le
Vin .
Omancie. Divination par les
Oeufs .
Omphalomancie. Divination du
nombre des Enfans qu'une Femme
doit avoir , en confiderant
les noeuds du nombril de l'Enfant
qu'elle met au monde.
Oneiropolie. Divination par les
Songes .
Onomancie. Efpece d'Anagrammatiſme
.
·Onychomancie . Divination parle
moyen des ongles d'un Enfant
oing d'huile & de fuye ,
& tourné vers le Soleil.
Oofcopie. C'est une espece
d'Omancie.
C
2
52 MERCURE
Ornithomancie. Divination par
le moyen des Oyſeaux.
Ouconomancie . Divination par
le Chant , le Vol , & la maniere
de manger des Oyleaux .
Palomancie. Divination
petits Baftons.
Parthenomancie.
par
de
Divination
chez les Anglois par le moyen
d'une Agathe miſe en poudre ,
& donnée à boire à une Fille ,
pour connoistre fi elle eſt Vierge
, au rapport de Guillaume de
Paris , en fa derniere partie de
l'Univers c. 22 .
Petchimancie. Efpece de Palomancie.
Pettimencie. Autre efpece de
Palomancie.
Phifionomie. Divination par la
couleur & l'habitude des membres
du Corps.
Pyromance. Divination par les
GALANT.
53
flammes des Offrandes & des
Victimes.
Raddom ancie. Divination par
des Verges ou petits bâtons .
Rabalomancie. Espece de Palomancie.
Saliation. Divination par le
remuement ou
des
yeux.
treffaillement
Salimancie. Divination par le
Sel mis dans la main d'un Malade
, pour fçavoir s'il mourra ,
ou non .
Sideromancie: Divination par
des Pailles jettées fur un fer ardent.

Spondanomancie. Divination par
les cendres des Sacrifices .
Sternomancie . Divination par
les Demons dans le corps des
Poffedez .
Stichiomancie ou Stoicheman_
cie. Divination qui fe pratiquoit
C 3
54
MERCVRE
àl'ouverture du Livre d'Homere
ou de Virgile , & en prenant garde
au premier Vers qui le prefentoit
à la veüe, ce qu'on appelloit
Sorts Virgilians ou Prænef
fins .
Sycomancie. Divination par les
Herbes .
Tephramance . C'eſt la meſme
que la Spondanomancie.
Teratofcopie. Divination par
les Prodiges , les Apparitions
& les Monftres.
Theomance . C'est la Demonomancie.
Thyofcopie. C'est l'Hierofcopie.
Thurifume. Divination par
la
fumée de l'Encens mis au feu.
Tiromancie. Espece de Critomancie.
BELOROND .
- Ce font la les Divinations
que j'ay remarquées . Avoüez
GALANT.
55
e que la lecture que je viens de
vous en faire vous a ennuyé ;
pour moy je me repens d'avoir
abulé fi long- temps de voſtre
patience , & de vous avoir ofté
temps de m'apprendre ce que
vous fçavez fur cette matiere.
le
PHILONTE.
Vous m'avez fait plaifir ; vos
Remarques m'ont fi peu ennuyé ,
que je vous prie de me les prêter
pour les lire moy mefme, afin que
je faffe quelques Reflexions deffus
pour accompagner les voftres
dont j'efpere que vous me
ferez part dans noftre premier
Entretien ; car en voila affez pour
aujourd'huy .
L'Eclipfe de Lune qui arriva
le dixième du mois paffé , a fait
tant de bruit , que je croy vous
obliger en vous envoyant ce que
le fçavant Monfieur Comiers a
écrit fur cette matiere . La par
C 4
56 MERCURE
faite connoiffance qu'il en a , ne
permet point de douter que les
Obfervations qu'il rapporte ne
foient dignes de la curiofité de
ceux qui aiment ces fortes de
choſes.
LETTRE
ASTRONOMIQUE
A M. LE MARQUIS
DE LA
NOCLE - SOMMELDICKS.
E ne doute point , Monfieur , que
nonobftant vos continuelles Guerres
fur Mer contre les Pyrates de la
Mer de Cuft , & fur Terre contre
Les Sauvages le long de voftre Ri
GALANT.
57
viere de Suriname , pour établir un
vafte & nouvel Empire dans l'Amerique
, vous n'imitiez en tous
Iules Cefar ,
..... Qui media inter prælia ,
femper
Stellarum , cælique plagis ,
Superifque vacabat.
C'eft ce qui m'oblige à vous prier de
nous faire part des obfervations
celeftes que vous faites vous- mefme,
ou que vous faites faire dans Paramaribo
, Capitale de vos nou
veaux Etats ; car par vos obfervations
faites aux Indes Occidentales,
& celles que le P. de Fontenay ma
promis de m'envoyer des Indesorien
tales , nous reglerons icy les affaires
des Aftres. Cependant ilfaut que je
vous communique
plufieurs non-
Beautez au fujet de l'obfervation
de l'Eclipfe du 10. Decembre der
nier Le Ciel qui fut couvert tout
C
S
58 MERCURE
ce jour- la , ne laiffant point d'efperance
de pouvoir obferver cette
Eclipfe qui devoit arriver la nuit
fuivante , fut caufe que plufieurs
Perfonnes fçavantes & curieufes
qui ont coûtume de fe rendre en
grad nombre à l'obfervatoire Royal
en de femblables occafions , ne s'y
rencontrerent point . Ie ne laiffay
pas de m'y rendre à mon ordinaire,
accompagné de Monfieur Le , &c.
de quelques autres Sçavans de mes
Elevez en Aftronomie. Après avoir
fait leurs complimens à Meffieurs
de Caffini & de la Hyre , je leur
fis obferver les aprefts que l'on
avoit faits pour cette obfervation .
Monfieur de Caffini avoit marqué
dans la figure de la Lune faite,
précedamment les taches qui fe
peuvent obferver dans les Eclipfes,
felon l'ordre qu'elles devoient entrer
dans l'ombre de la Terre , & les
P
GALANT. 59
Phazes principales. Il avoit calculé
par fes Tables le commencement
à
buit heures 44. minutes dufoir , la
totale immerfion à neuf heures 49 .
minutes , le milieu de l'Eclipfe à
dix heures 42. minutes, le commencement
de l'Emmerfion à onze heures
5. minutes, la fin à douze heures
40. minutes , & toute la durée
de trois heures cinquante -fix minutes
; au lieu que par d'autres Tables
on avoit calculé cette durée de
quatre heures dix huit minutes
de forte qu'il y avoit vingt deux
minutes de difference entre fes Tables
, & celles dont on avoit tiré
l'autre calcul , ce qui l'avoit obligé
d'envoyer le fien à plufieurs Aftro
nomes en divers endroits , afin qu'ils
fuffent d'autant plus attentifs à obferver
les Phafes principales de cette
Eclipfe , qu'il eftoit important de
s'éclaircir d'une fi grande differen
C4.60
160 MERCURE
ce ; car Monfieur de Caffini avoit
donné les Tables dont il avoit tiré
fon Calcul , au P. de Fontenay , &
à cinq autres Mathematiciens que
le Roy a envoyez cette mefme année
pour Miffionnaires à la Chine , où
Aftronomie ouvre les portes aux
Prédicateurs de l'Evangile , & les
introduit jufqu'à l'intime confiden
ce des Monarques de ce vafte Empire.
Il leur avoit fait efperer que
par le moyen de ces Tables dreffées
au Meridien de Paris , jointes aux
Obfervations qu'ils auroient faites
fur les lieux par les Inftrumens dont
Sa Majesté les a fait pourvoir , ils
pourroient déterminer la longitude
de ces lieux , à l'égard de celle de
Paris à un degréprés , au lieu qu'on
avoit verifié par des obfervations
conftantes , que dans des Cartes plus
modernes il y a une difference qui
monte jafqu'à vingt- trois on vingtGALANT:
1
1.
quatre Degrez dans la longitude
des Indes Orientales , ce qui est un
grand defautpour l'ufage de la Navigation.
lors
Il nous fut impoffible d'obferver
le commencement de l'Eclipfe , le
Ciel eftant couvert à l'heure à laquelle
nous l'attendions , mais par
un grand bonheur il fe découvrit ,
que
la Lune achevoit d'entrex
dans l'ombre de la Terre , ce qui
avoit estémarqué à neufheures qua,
rante neuf minutes. On ne voyoit
plus qu'un fil delié de lumiere dans
le bord occidental de la Lune ; tout
le reste du Difque eftoit obfcurey , y
reftant neanmoins une couleur rou
geâtre , comme dans la plupart des
autres Eclipfes totales , & à neuf
heures cinquante minutes, nousfùmes
entierement affeure que ta Lune
eftoit tout- à-fait Immergée dans
Lombre de la Terre.
62
MERCURE
Depuis ce temps-là le Cielfut
clair jufqu'à la fin de l'Eclipfe : de
forte qu'on eut la commodité de faire
plufieurs, belles & importantes
Obfervations. Il fuffit de dire que
tant le commancement
du recouvrement
dela lumiere , que lafin totale
fut auffi conforme au Calcul que
l'Immerfion totale , & qu'à peiney
eut- il une minute de retardement.
C'eft auffi le temps où l'on hésite
ordinairement dans la détermination
des Phafes , à cause que
L'ombre
de la Terre dans la Lune n'est
pas bien coupée, & qu'elle eft mélée
d'un
рец de lumiere qui rend fon
terme douteux.
On obferva le temps de la fortie
de l'ombre hors d'un grand nombre
des taches de la Lune , aufquelles
on a donné divers noms des Mers ,
des Promontoires, ou des Ifles à caufe
de leur reffemblance à celle de la
GALANT.
633
de-
Terre , comme auffi d'autres plus petites
taches qui portent le nom de
diverfes perfonnes , felon qu'il a··
pleu à ceux qui les ont distinguées «
par ces noms , & on les obferve dans →
Les Eclipfes , parce que l'on peut
terminer le temps de leur entrée &
de leur fortie de l'ombre avec plus
de jufteffe que les bords de la Lune ,
& que celafert à trouver les longitudes
des lieux éloignez , quand de
deux lieux differens de la Terre , on
obferve les mefmes Taches.
Pendant que la Lune eftoit tou
te dans l'ombre , on ne laiffoit pas
de la voir obfcurcie de couleur rou
geâtre , que l'on attribue à des
rayons du Soleil , qui éclairant l'Air
autour de la Terre , fe brifent , entrent
dans l'ombre , & l'éclairent .
Monfieur de Caffini nous fit de plus
obferver une autre ombre plus
= obfcure & plus petite que la Lune ›
64
MERCVRE
qui la parcouroit d'Orient en Occi
dent , & il dir qu'elle pouvoit venir
des Continents de l'Afie , où le Soleil
fe couchoit , & de ceux de l'Amerique
où il fe levott , qui eftant fort
élevez fur la furface de la Mer qui
termine l'ombre plus reguliere , interceptoient
de ces rayons rompus à
l'ombre de la Terre à l'endroit du
paffage de la Lune , qui eftoit proche
de fon Apogée & de fa ptus
grande diftance à la Terre , que
Monfieur de Caffini trouve avoir
efté dans cette Eclipfe de cent mille
lieües Parifiennes de deux mille
Toifes chacune ; car il a trouvé que
le Diametre de la Ville de Paris le
long de la Seine eft une de ces lieues ,
cette mesure ayant efté trouvée
entre la pointe du Bastion de l'Ar-
Senal & le petit Pont qui eft entre
La Porte de la Conference & celle du
Cours de la Reyne . Voila , Monfieux,2
GALANT. 65
ee que je tiray de la Converfation
que j'eus cette nuit là avec Monfieur
de Caffini , cet infatigable &
Royal Efpion des Aftres . Je finis
aprés vous avoir demandé fi vos
Aftronomes Americains , que je
crois des Eleves du fameux Monfieur
Huguens , goûtent ma Démonftration
du mouvement de la Terre
autour du Soleil , par l'Apogée qui
nous paroift du Soleil en Cancer,
la Terre eftant pouffée plus loin, par
les rayons du Soleil qui ont plus de
force en tombant fur les partiesfoli
des de noftre Globe , qui font fous le
Tropique d'Efté , que lors qu'il tombe
fur les Mers qui font fous le
Tropique d'Hyver. Ont- ils examiné
ma penfée , que lesfources des eaux
fur le fommet de nos Montagnes
viennent de la Mer , l'eau cftant
deffalée par le fable en montant
par des Canaux fouterrains , dont
66 MERCURE
les embouchures Orientales heurtent
la Mer continuellement & avec
violence par le mouvement diurne
& rapide de la Terre d'Occident
en Orient. Je fuis voftre , &c.
>
COMIERS , Prevoft de Ternant.
A Paris ce 12. Decembre 1685.
J'ay à vous apprendre plufieurs
Morts dont je n'avois point receu
les Memoires quand je finis
ma Lettre du mois paffé.
Dame Françoife le Tenneur.
Elle eftoit àgée de 87. ans , &
Veuve de Meffire Germain
Guyet , Sieur de la Sourdiere en
Anjou , Ecuyer de la Grande-
Ecurie du Roy , & depuis Maiftre
d'Hoftel ordinaire de Sa
Majefté. Elle a eu deux Enfans ,
fçavoir Monfieur François
Guyet. Sieur de la Sourdiere ,
GALANT. 697
>
Commiffaire General des Suifſes
, puis Lieutenant des Gardes
du Corps mort des blefleures
qu'il avoit receües dans le Service,
& Dame Marie Guyet, Femme
de Claude Cornullier , Prefident
au Mortier du Parlement
de Bourgogne. Je vous ay parlé.
dans quelqu'une de mes Lettres
de cette Famille de Guyet , originaire
d'Anjou.
Meffire François Menard ,
mort à quatre- vingt - deux ans.
Il eftoit Doyen Honoraire des
Confeillers des Eaux & Forefts
de France , & s'eftoit acquis une
grande connoiffance des Belles
Lettres , qu'il avoit fait paroître
en fes Plaidoyers au Parlement
en la fonction d'Avocat avante
qu'il fuft Confeiller. Il avoit
compofé dans fa leuneffe plu .
fieurs Ouvrages fur les Guerres
68 MERCURE
1
des Religionnaires , & fur la pri
fe de la Rochelle , qu'il dédia á
Monfieur le Cardinal de Richelieu
, & à Monfieur le Premier
Preſident de Verdun , & s'ap.
pliquoit continuellement au fe.
cours des Pauvres , & aux actions
de pieté . Il venoit de la Famille
des Menard de Toucheprais en
Poitou , dont eftoit Olivier Menard
, Maistre d'Hoftel du Roy
Louis X I. & avoit épousé Charlote
de Pouffemothe , Fille de
Jacques de Pouffemothe , Sieur
de Tierfanville , Gentilhomme
de la Chambre du Roy , & de
Jacqueline Rozée , dont font
venus deux Fils. L'Aifné eft François
Menard ,Procureur General
des Eaux & Forefts de France ,
& le cader eft d'Eglife . La Famille
des de Pouffemothe , Sieurs
de Tierfanville , Chenouteau ,
GALANT. 69
Me
Char

ier
Chenou , & autres lieux , a donné
plufieurs Perfonnes qui fe
font fignalées dans les Armées
des Rois de Navarre ; & dans
leurs Confeils, en qualité de leurs
Confeillers . Maiftres des Requeftes
, & Procureurs Generaux;&
depuis plufieurs Confeilse
lers , Prefidens , & aures Officiers
au Parlement , Grand Confeil ,
Ro Chambre des Comptes , & autres
Compagnies Superieures .
Monfieur le Noir , Doyen des
Avocats du Parlement. Il avoit
efté reçeu Avocat le 7. Septembre
1622. & eftoit Frere du
feu Curé de S. Hilaire , dont je
vous ay appris la mort depuis
quelques mois . De cette Famille
étoient feu Monfieur le Noir,
Prefident en la Cour des Aydes,
Monfieur le Noir Confeiller en
la méme Cour , & Monfieur le
Sier
ma
for
Fra
enen
and
La F
Siew
teap
"
70 MERCVRE
C
1
2
Noir de Verneüil , Gentilhomme
de Monfieur le Prince.
Dame Catherine Bufnel ,
*morte le 22. de Decembre . Elle
eftoit Veuve de Meffire Jean du
Jardin , Secretaire du Roy , Con
feiller Honoraire en la Cour des
Aydes de Rouen , Seigneur &
Baron de Beaumais , du Poft , &
autres lieux. Elle n'a laiffé qu'une
Fille unique , qui eft Femme
de Monfieur le Camus , Lieutenant
Civil au Chaftelet de
Paris.
Meffire Charles Boutard ,
mort le 26. du mefme mois âgé
de quatre- vingt - quatorze ans.
Jl eftoit Prefident en la Chambre
des Comptes de Montpellier.
1
Meffire Jean- Baptifte de Boëffet
, Seigneur de Dehaut, mort
le 27.. Il eftoit Maiſtre d'Hoftel
GALANT. 71
de Sa Majefté , & Surintendant
de la Mufique de fa Chambre.
Meffire Guillaume de Pechperou
de Comminges , Comte
de Guitaud , & Marquis d'Efpoiffes
, mort le 28. Il étoit Bailly
d'Auxoy, Gouverneur des fles
Sainte Marguerite & Saint Honoran
, & Commandeur des
Ordres du Roy. Il a efté Chambellan
de Monfieur le Prince , &
porte d'Or au Lyon de Sable, couronnéde
gueules , écartelé de Comminges
, qui eft degueules à quatre
Otelles ou Amandes pelées d'argent
mifes en Sautoir. La Famille de
Comminges à donné un Cardinal
Jean Raimond de Comminges
en 1517. des Archevefques de
Thouloufe , des Evefques de
Clermont, & de Lombez , deux
premiers Maistres d'Hôtel de là
Maiſon du Roy , des Maiſtres de
72
MERCURE
Camp , un Capitaine des Gardes
du Corps de la Reyne Mere ,
des Ambaffadeurs
, & autres
Perfonnes de marque. Elle eft
alliée à l'Illuftre Maiſon de Foix .
On a eu avis de Quimper qu'il
s'eft élevé des Vents fi terribles,
que plufieurs Vaiffeaux ont
échoué aux Coftes de la Baſſe-
Bretagne. Entre autres un Vaiffeau
de Saint Malo qui portoit
des Marchandiſes à Liſbore , a
fait naufrage le 17. du mois paffé .
L'archevefque de Greven en
Bulgarie qui étoit dans ce Vaiffeau
, a pery avec la plupart de
l'Equipage. On trouva fon Corps
avec bien de la peine parmy des
Rochers , & l'on fut contraint
de l'enterrer dans la Paroiffe
prochaine , nommé Plouhines .
Monfieur l'Evefque de Quimper
, qui eft de la Maifon de
Goëtlogon ,
GALANT. 7.3™
Coëtlogon , voulut le faire apporter
dans fa Cathedrale , mais
la choſe n'ayant pu s'executer ,.
il fe difpofe à luy aller rendre
les honneurs funebres au lieu de
fa Sepulture. On a veu cet Archevefque
de Grece à Paris.
pendant quelque temps , menant
une vie fort exemplaire . Il
paroift par les Atteftations qu'il
eftoit venu chercher des Charitez
pour le foulagement des Ca-i
tholiques qui font en Turquie.
Une indifpofition furvenue à
Monfieur le Ducd'Elbeuf,
l'ayant
arrefté icy , Monfieur le Prince
d'Elbeuf (on Fils alla le mois pafle
prendre poffeffion du Gouver
nement de Picardie , & tenir en
mefme temps les Etats d'Artois .
Les Gouverneurs des Villes voi
fines de Flandresde vinrent voir
pendant fon fejour . Monfieur
Ianvier 1686.
D
74 MERCURE
le Marquis de Pommereu , Gou
verneur de Douay , qui s'acquita
du mefme devoir , amena avec
lay fes Violons & quelques
Chanteurs , ce qui donna lien à
Monfieur du Meny , fi connu par
la réputation qu'ils s'eft acquife
fur le Theatre de l'Academie de
Mufique , de faire chanrer le
dernier Opera de Fontainebleau .
Il eftoit venus avec Monfieur le
Prince d'Elbeuf aux Etats d'Artois
, à fon retour de ceux de
Bretagne , où je vous ay mandé
qu'ileftoit , & ce qu'il y fit. Il fut
furpris des bonnes , Voix des
Chanteurs, que l'on avoit fait venir
de vingt lieües aux environs ;
& comme les Inftrumens repondoient
parfaitement à ces belles
Voix , ce Spectacle attira tout ce
qu'il y avoit de Perfonnes de
qualité dans la Provence . L'af-
·
GALANT.
75
Auence y fut telle ,que quoy que
la Salle de Monfieur le Comte
de Nancré , Gouverneur d'Arras
, ſoit tres - vaſte , & qu'on
prift foin de n'y laiffer entrer que
des Gens de marque , elle ne pût
contenir tous ceux qui fe prefenterent.
le
Il s'eft fait depuis peu un Mas
riage qui vous fera voir que
merite ne demeure pas toujours
fans récompenſe. Un Homme
fage & prudent , affez bien avec
la Fortune , ayant veu une jeune
Demoiſelle qui luy parut route
aimable , fouhaita de la connoiftre.
Il fit quelque habitude
avec elle , & plus illa vic , plus
il l'eftima , & rendit juftice à fes
bonnes qualitez . Cette connoiffance
l'obligea de faire amitiél
avec fon Pere, qui eftant d'une
profeffion ſujette à des accidens
D 2
76 MERCURE
fâcheux , avoit mal fait les affaires
, & n'eftoit pas en eftat de
faire à fa Fille aucun avantage
en la mariant . Les Viſites devinrent
fort affiduës,& on ne ſçavoir
que penfer de ce commerce , à
caufe de la difference de Religion
, le Cavalier eftant Catholique
, & la Demoiſelle de la Secte
de Calvin. L'attachement paroiffoit
eftre d'amour , quoy qu'il
n'y euft aucune déclaration de
la part du Cavalier , qui fe difoit
fen ement Amy . Il eftoit honneſte
, avoit du merite , & dans
toutes les manieres on ne voyoit
rien qui puſt eſtre condamné .
D'un autre cofté la fageffe de la
Demoiſelle eftoir connuë. Tout
le monde eftoit perfuadé de
l'exactitude de fa conduite , on
ne luy pouvoit reprocher aucune
chofe , & le Public aprés avoir
GALANT. 77
bien parlé , s'acoûtuma à ces fre
quentes Vifites , & ne dit plus
mot.Cette union d'Amitié étroite
dura dix ou douze années . Pendant
tout ce temps les foins du
Cavalier pour la Demoiſelle ne
diminuerent point , & il fembloit
que les chofes en deuffent toûjours
demeurer là . Enfin l'Edit
de Nantes ayant eſté révoqué ,
le Pere & la Fille prirent le party
de fe faire inftruire. Les Veritez
Catholiques les toucherent , ils
en furent convaincus , & l'un &
l'autre renoncerent à l'Herefie.
Leur Converfion fut un grand
fujet de joye pour le Cavalier.
Il y prit part comme un veritable
Amy qui s'intereffoit à leur falut,
& ne leur parla que du repos
qu'ils devoient goûter , en fe
voyant réunis à la vraye Eglife.
Quelques jours aprés il alla
D
3
78 MERCURE
difner chez eux comme il y
alloit affez ordinairement , &
lors qu'on fut hors de table , il
les pria d'écouter la lecture d'une
Piece qu'il croyoit tournée
d'une maniere à leur donner du
plaifir. C'étoit un Contract de
Mariage tout dreffé , par lequel
il donnoit une fomme fort confiderable
à la Demoiselle. Vous
pouvez juger jufqu'où alla leur
étonnement , & combien une
pareille furpriſe leur fut agreable.
Il les pria de choisir le jour pour
faire les Epoufailles , & avant
que l'on en fit la Ceremonie,
comme il poffede une Charge
qui luy fait avoir de glorieux
Privileges , il alla porter fon
Contract au Roy , qui luy fic
l'honneur de le figner. Sa Ma.-
jefté loüa fort cette action , qui`
fut approuvée de toute la Cour.
GALANT.
79
Ce changement de Religion a
déja donné des Maris à plufieurs
Filles , & apparemment il en
donnera encore à beaucoup
d'autres.
Vous avez efté furpriſe avec
raifon , de voir que depuis un
certain temps quelques Nouvelles
publiques ont parlé fouvent
du Procés qu'on prétendoit eftre
fait au Doge de Genes , quia
eu l'honneur de venir faire à Sa
Majefté les Soumiffions de cette
République. Ce que les Au
theurs de ces Nouvelles ont dit ,
eltoit fondé fur des apparences
qu'ils n'ont pas affez examinées,
& ils ne fe font mépris , que par
ce qu'ils n'ont pas ceu les Coû
tumes du Pays , & qu'ils ont
attribué à la Perfonne du Doge,
qui eft prefentement hors de
Charge, ce quifuivant les Loix
D
4
80 MERCURE
de l'Etat de Genes eft commun
à tous ceux qui ont efté honorez
de la meſme Dignité . Auffi- toft
qu'ils l'ont quittée , on dit qu'ils
font dans le Sindicat , c'eft à dire ,
qu'ils font findiquez par tous
ceux qui trouvent à redire à leur
conduite , dont il faut qu'ils rendent
compte , lors qu'ils font inquietez
fur la maniere dont ils
ont agy dans cet Employ. Ils
demeurent en cet eftat juſqu'à ce
qu'ils foient déchargez par le
Magiftrat nommé di Supremi. Celuy
qui vient d'eſtre dépouillé
de la qualité de Doge , aprés avoir
poffedé cette Dignité pendant
deux ans , felon la Coûtume , a
efté dans le Sindicat comme tous
les autres , & il en eft forty fans
qu'il fe foit rien paffé à ſon égard
qui ait donné lieu de publier
qu'on luy faifoit fon Procés . On
GALANT.

á obfervé les Loix du Pays , &
on n'a rien fait de plus. C'eft ce
qui a donné occafion de dire de
luy ce qui n'eftoit pás .
Parmy les Airs nouveaux qui
fe chantent , j'ay toûjours foin
de choisir les plus eftimez , dont
je vous fais part. En voicy un qui
ne vous déplaira pas.
AIR NOUVEAU.
IRIS
Ris , quand l'Amour eft extréme.
Nul objet étranger n'occupe nos
defirs.
!
Ah quand il eft permis de voir ce
que l'on aime ,
Peut-on chercher d'autresplaifirs?
On m'a donné une Lettre de
Monfieur Vignier, dont la lecture
vous divertira . Quoy que les
premieres lignes débutent par
DS
81 MERCURE
une matiere galante , elle ne laif
fe pas de contenir des chofes
fort historiques , & dignes de la
curiofité du Public .
A MONSIEUR
L'ABBE DE RASILLY.
V
Ous avez defire , Monfieur ,
que je vous faffe Sçavoir ce
qui fe pafferoit dans noftre Voyage.
Depuis que nous vous eûmes quitté
à Tours , nous eûmes toûjours de
belles journées à l'exception d'une
feule.
Il s'éleva de grands Broüil-
Jards ,
Mais eftant en de bons Caroffes,
Nous eftions tous auffi gaillards ,
Que des Gens qui vont à des
Nopces.

GALANT. 83
On y fit des Impromptu , on yfit
des Chanfons, & vous n'aurez pas
de peine à croire qu'ayant une auffi
agreable matiere que la groffeffe de'·
Madame la Ducheffe de Richelieu,
on ne s'épargna pas fur ce fuiet,
Mais, Monfieur, vous ne ferez pas
moins furpris que nous l'avons efté,
de voir qu'en mefme temps que le
Roy chaffe l'Herefie de fon Royaume,
& que plufieurs defes Suiets qui en
font infectez , fe retirent dans
les Pays Etrangers , la Providence
Divine permet que des Turcs
viennent fe faire Chrétiens , &
remplir leurs places. C'eft ce que
nous avons veu à notre derniere
couchée quifut à Châtres. Ilarriva
dans la mefme Hotellerie où nous
eftions deux Caroßès , dans l'un def
quels étoient deux Dames Turques,
cinq petites Filles , & Monfieur de
Raban; Et dans l'autre cinq petits
D 6
84 MERCURE
+
Garçons Turcs , deux Mores & un
Turc qui s'eft fait Chrétien , & qui
leur jervoit de Truchement . Cette
Caravane eftoit conduite par Monfieur
de Raban, dont le merite eft
connu dans le monde , & particulierement
dans la Maifon de Soif
fons. Ilfuivitfeu Monfieur le Com
te de Soiffons dans toutes fes Cam
pagnes. Après la mort de ce Prince
il s'attacha au Prince Philippes de
Savoye fon Fils , & fit avec luy le
Voyage d'Angleterre Illa fuiry à
fon retour en France, de là à Venife,
& de Venife dans la Morée. Vous
avez fceu , Monfieur , comme ce jeune
Prince s'eft extremementſignalé
dans toutes les prifes de Villes que
Armée Venitienne a faites. Il ne
voulut avoiraucun Commandement
dans cette Armée, mais onpeut dire
pourtant qu'il en eftoit l'ame , &.
que tous les Officiers & les Soldats
ن م
GALANT.
85.
A
le confideroient autant que le General.
Vous avez ony les Relations
de la prife de Coron, mais vous n'ar
vez peut- eftre pas leu que la plus.
grande partie de la gloire de fa
prife luy eft deue. Aufecond Affaut
qu'on donna à cette Place , ilfur:
un des premiers qui monterent an
haut de la bréche , où l'on fit planter
les Drapeaux blancs, Meffieurs
de Villeray & d'Ornaifon , dont l'un
eft Ecuyer de ce Prince , & l'autre
un de fes Gentilshommes , firent
dans cette occafion , & dans toutes
Les autres où ils fe trouverent , tant
d'actions de valeur & de courage,
qu'on auroit peine à le croire , s'ils
n'avoient pas eu pour témoins toute
l'Armée. La. Mine avoit enf.vely
fous fes ruines le Gouverneur de la
Fille , homme intrepide , ce qui fut
an grand bonheur pour les Chrê-.
tiens , car fans cela ils ne s'en fe86
MERCVRE
roient peut- eftre pas rendus mai_
ftres . Ce fut dans cette furieufe at
taque , où l'Armée Chrétienne paffa
au filde l'Epée hommes , femmes , &
enfans , que la belle Ifmi ( c'eft le
nom de la Femme de ce brave Gou
verneur ) fuivie d'une Niepce , fut
affe beureuse pour fe pouvoir jetter
aux pieds du Prince de Savoye,
qui les recent avec cette generofité
finaturelle à ceux de cette illuftre
Maison. C'eft icy , Monfieur, où
faurois befoin de toute l'Eloquence
de Meffieurs de l'Academie Frangoife
pour vous faire le Portrait
d'une Beauté achevée. Je vous ay
dit que nous faifions des Improm
ptu & des Chansons . La belle Ifmi
m'entretint dans cette humeur enjouée
, & tira dema veine ces deux
Couplets fur un Air de l'opera , qui
commence
GALANT . 87
C'est l'Amour qui nous menace
, & c.
Ifmi , pour eftre admirable ,
Il ne te manque plus rien
Que le Nom incomparable
De Chrétienne au lieu du tien.
Ah , que tu feras aimable ,
Et qu'il te conviendra bien !
Ifmi, pour eftre admirable ,
Il ne te manqueroit rien.
Ton avanture eſt étrange
Mais tu dois benir ton fort ,
Tuu
gagnes trop à ce change
Pour n'en eftre pas d'accord
Tu feras un petit Ange
Devant,comme aprés la mort
Ton avanture eft étrange.
Maistu dois benir ton fort.
88 MERCURE
Ie ne puis auffi , Monfieur , m'ema
pefcher de vous faire remarquer
que la continence de ce jeune Prince
furpaffe infiniment celle de Scipion
, que l'Hiftoire Romaine exagere
tant. La belle Perfonne qui fut
prefentée au Vainqueur de Carthage
étoit accordée à un Prince qu'il
fut bien- aife de gagner , en luy remettant
fa Fiancée entre les mains.
Il n'en eftoit pas de mefme d'Ifmi.
Elle venoit de perdre fon Mary , &
noftre Heros luy donna le choix
d'aller où elle voudroit , ou de la
Juivre en France . Elle accepta ce
dernier party , & il la mit fous la
conduite de Monfieur de Raban,
avecfa Niepce , & une petite fille
defept ou buit ans , qui fut arrachée
à la fureur d'un Efclavon ,
qui avoit le Cimeterre levé pour
la fendre en deux. Ie vous ay
GALANT. 89
ch
déja dit qu'il y avoit cinq petits
Garçons dans le fecond Caroffe, mais
je ne vous ay pas dit que l'un d'eux
eftoit fils de Carabas , que le Grand
Seigneur avoit fait General de la
Mer. Cette belle Gouvernante avoit
un Enfant qu'elle nourriffoit elle
même à la mamelle L'air de la Mer,

la fatigue d'unfi long Trajet l'ont
fait mourir,& comme elle eftoit dans
fon neuvième mois de groffeffe , ette
accoucha d'une fille le matin que
nous partimes de chatres. Madame
Vignier tenoit la belle Ifmi durant
fes violentes tranchées , & l'on eut
bien de la peine à la tirer de fes
mainspour lafaire monter en Caroffe
, afin de nous rendre à Paris . Elle
Parleroit mieux que moy de fes beautez
, ayant eu le temps de les examiner.
Elle avoue qu'elle n'ajamais
veu un Vifagefi regulier, fi achevé
dans tous fes traits , ny plus brillane
୨୦ MERCURE
par fes vives couleurs. Sur tout fes
yeux & les mains meritoient un éloge
particulier: Monfieur de Raban
qui avoit une grande Troupe à con
duire à Paris, fut contraint de la
laiffer entre les mains d'une sage
Femme , de l'Hofteffe du Singe à
Châtres , & du Ture qui s'est fait
Chreftien , & qui leur fervoit d'Interprete.
L'efprit d'Ifmi n'eſt pas
moins charmant quefon Visage, à ce
m'a dit fenfidelle Conducteur. Il
eftimefort fa vertu & fon adreffe,
& me fit voir des Cravates qu'elle
Luy a faites durant le Voyage , & que
j'admiray . Ce font des Fleurs de toutes
couleurs d'un petit Pointfi paffé
& fi délié, qu'ilfemble qu'ellesfoient
peintes furla toille , qui eft tres -fine.
Ily dort auffi avoir de l'or , qui n'y
eftoit pas encore appliqué. Il a raporté
des chofes fort curieu(es qu'il
agagnées à la Bataille où les Turcs
que
I
win
เย
etak
N
GALANT 91
furent défaits , & dans Corin. Ce
qu'il eftime le plus eft une Robe verte
, qui eftoit à un de la Famille de
Mahomet , dont il faut eftre pour
porter le Vert. Cette Robe eft du plus
fin drap que l'on voye. Ily a un petit
galon d'or fort propre. La doublure
eft d'un fort beaufatingrifdelin.
Il me fit voir auffi des chemifes
d'Ifmi , qui ont des Fleurs de petit
Point tout autour &fur les coutures,
comme celles des Cravates . La Niepce
d'Ifmi eft une Brune extremement
agreable , &d'une taillefort
jolie. Ie fus hier plus d'une heure
affis auprés d'elle , mais noftre Converfation
ne fut que des yeux.
1
Les fiens font vifs , doux &
perçans .
Et fi je n'avois eu comme elle
que quinze ans ,
T'en fentirois long - temps la
touche.
92 MERCURE
Mais par un extréme bonheur,
Comme elle n'ouvrit point la
Bouche ,
Je ne leur ouvris point mon
Coeur.
Ie viens d'apprendre que cette
Niepce d'Ifmi s'appelle Farmé. Ily
a des Peres de l'Oratoire qui voyent
Pune & l'autre de temps en temps
pour les inftruire du Chriftianifme .
befuis , Monfieur , voſtre , &c.
On ne peut rien ajoûter à
l'application extraordinaire avec
laquelle le Roy s'attache aux
Affaires de fon Etat . C'est à quoy
ce Monarque donne tout fon
temps. Pendant que la Cour fe
divertit , il eft ou aux differens
Confeils qu'il a formez luy -même
fur diverfes matieres, ou bien
il travaille feul à tout ce qui peut
GALANT.
93
1
regarder la gloire de fon Royaume
, & le falut des Ames de fes
Sujets. Les Affaires du dehors
pe l'occupent pas moins que font
celles du dedans , & la quantité
des Arrefts du Confeil d'Etat,
rendus touchant les dernieres ,
en eft une preuve. On ne peut
dourer que Sa Majesté n'en ait
pris une pleine connoiffance ,
puis qu'Elle a prefque toûjours
affifté dans les Confeils où ils ont
efté donnez. Je ne vous rapporteray
icy que le Titre de ces
Arrefts. Ceux de vos Amis qui
les voudront voir , pourront les
chercher , s'ils en ont befoin.
C'est toûjours leur apprendre
quelque chofe , que de leur faire
fçavoir fur quelles Affaires il a
pleu au Roy de les donner.
Le premier concerne les Re
ceveurs des Tailles des Elections
94 MERCVRE
dépendantes des Generaliteż du
Reffort de la Chambre des
Comptes de Paris.
Le fecond porte Suppreffion
des Offices de Controleurs Generaux
& Particuliers des Bois
du Royaume .
Le troifiéme ordonne que les
Proprietaires des Sergenteries
nobles & fieffées de Normandie
, reprefenteront leurs Titres
pardevant Meffieurs les Commiffaires
départis dans les Generalitez
de Rouen , Caën , &
Alençon.o
Le quatrième regarde les
Tabellionnages & Notariats de
Normandie.al vo
Le cinquième concerne les
Elections , & Greniers à Sel de
la Province de Bourgogne , &
Pays de Breffe & Bugey.
Le fixiéme ordonné que les
ILLE
8.pier
3.
pies
T
12.pier
15.piHes
20.pier
GALANT. 25
Officiers des Elections de la
Province de Bourgogne payeront
les fommes aufquelles ils
ont efté taxez , pour jouir des
Gages à eux attribuez. Pays
Le feptiéme a efté rendu en faveur
des Ettagers Proteftans , de
quelque Religion qu'ils foient .
Le huitiéme défend aux Medecins
Religionnaires , de faire
aucun exercice de la Medecine
dans le Royaume.
Le neufiéme porte que la Surfeance
accordée aux Nouveaux
Convertis par l'Arrêt du Confeil
d'Etat du 18. Novembre 1686.
n'aura aucun lieu pour les Lettres
& Billets de Change, ny pour les
Dettes & Affaires touchant le
Commerce des Sujets de S. M.
entre-eux, ny avec les Etrangers.
Idy a eu auffi trois Déclarations
du Roy. La premiere
96
MERCURE
défend les Pelerinages hors du
Royaume , fans une permiffion
expreffe de Sa Majefté , fignée
d'un Secretaire d'Etat , fur l'approbation
de l'Evefque Diocefain
.
La feconde regarde les Domestiques
dont les Pretendus
Reformez , & les Nouveaux
Convertis peuvent ſe ſervir.
*
La troifiéme donne permiffion
aux Nouveaux Convertis de
rentrer dans leurs Biens vendus
ou affermez depuis fix mois.
T Hap Il a paru dans le meſme
temps
.
un Edit du Roy touchant
l'Edu- cation
des Enfans
de ceux
de la
Religion
Pretenduë
Reformée
.
On continuë de faire par toute
la France , des Services pour le
repos de l'ame de Monfieur le
Chancelier & tous ces hon-

neurs funebres que l'on rend à
fa
W
GALANT.
LA
fa perfonne , parce qu'on ne les
doit point à fa Charge , font connoiftre
l'eftime generale dans
laquelle eftoit ce grand Miniftre,
& les biens qu'il a faits de tous
coftez. Tout l'Ordre des Recolets
les publie , & a fait faire
des Services dans tous fes
Convens. Je n'en décriray point
la pompe , ny celle de plufieurs
autres qui ont efté faits ailleurs.
J'ay déja parlé d'une partie , voicy
ceux dont je n'ay encore rien
dit. Monfieur le Marquis de Puificux
en a fait faire un dans fcn
Gouvernement de Huninguen ,
avec beaucoup de folemnité . On
en a fait auffi à Montauban ,
à Lifle , & à Reims. Meffieurs
les Lieutenans & Gens du Confeil
de cette derniere Ville firent
paroiftre leur zele dans cette
lugubre ceremonie . Le Maufolée
Ianvier 1686. E
+98 MERCURE
eftoit magnifique , & fur une
Eftrade élevée de quatre degrez ,
fur lefquels il y avoit trois à quatre
cens Chandeliers
d'argent
avec des Cierges armoriez . L'O
raifon funebre fut prononcée
par Monfieur Bernard Docteur
en Theologie , qui receut de
grands applaudiffemens
de fon
Auditoire , compofé de tous les
-Corps de ville. Je ne vous dis
rien le mois dernier de la Medaille
que je vous envoyay de ce
grand Homme. La Juſtice que
l'on voit dans le revers , accompagnée
des Sceaux , le reprefente .
Elle eft couronnée par la Religion
& par Minerve . La Religion
marque
Monfieur l'Archevefque
de Reims , & Minerve
qui reprefente la Guerre , fait
voir Monfieur de Louvois . Ils
ont fait frapper cette Medaille à
GALANT. 99
la gloire de feu Monfieur le
Chancelier , & l'honneur qu'ils
rendent par là à un Pere , auffi
illuftre par fa pieté que par toutes
fes actions , leur fait meriter une
glorieufe & longue vie . Le coin
de cette Medaille a efté fait par
Monfieur Benard. Quoy qu'il foit
encore tres - jeune , il n'en eft pas
moins habile dans l'Art dont il
ſe meſle.
Monfieur de Boucherat nouveau
Chancelier de France ,
reçoit tous les jours des Complimens
fur fon élevation à la
Dignité de Chef de la Juftice.
Sur la fin du dernier mois , il re-
= ceut ceux du Parlement de
Rouen , qui luy envoya fes Deputez.
Monfieur le Prefident de
Boiſmelet porta la parole , & s'en
acquita avec beaucoup de fuccés.
Il eftoit accompagné dans
E 2
100 MERCURE
cette deputation , de quatre des
plus anciens Confeillers , des
deux Doyens des Enquestes , &
de Monfieur le Guerchois Procureur
General . Monfieur le
Chancelier répondit à fon Compliment
, avec toutes les marques
d'eftime & de confideration
que pouvoit attendre cet augufte
Corps , & traita enfuite les Deputez
avec beaucoup de magnificence.
Quelques jours auparavant il
avoit donné audience aux Deputez
du College de Bretagne.
La parole fut portée par Monfieur
de Noirville qui eft de ce
Corps , & Lieutenant General à
Falaiſe en Normandie. Ils furent
receus , avec beaucoup d'agrément
, & ce digne Chancelier
les affeura de la maniere la plus
obligeante, qu'il leur marqueroit
GALANT.
en toutes fortes d'occafions com
bien il confideroit leur Corps.
Ce College de Secretaires a efté
confervé en Corps , par une Declaration
expreffe donnée en
1672. lors qu'on fit la Reformation
generale des Secretaires . Let
Roy leur attribue par cette De.
claration les mefmes Privileges .
qu'aux deux cens quarante de
Paris. Leur College eft compofé
de deux Gardes Sceau , quinze
Secretaires , quatre Audienciers,
quatre Controleurs , quatre Referendaires
, un Chaufecire , &
quatre Hoiffiers . Ils ont le Pri✩
vilege de figner Par le Roy, quoy
que les autres Chanceleries qui
font prés les Cours de Parlement
, ne fignent que Par le Confeil.
Leur Sceau eft aux Armes
de France , fupportées par deux
Hermines. Cette Compagnie
E
3
102 MERCURE
eftoit autrefois le College des
Ducs de cette Province , avant
qu'elle fût unie à la France par
le Mariage de la Ducheffe Anne,
qui époufa Charles VIII. & enfuite
Louis XII. Il a toûjours efté
confervé depuis en fon entier.
Ils marchent en Corps avec le
Parlement dans les occafions de
Ceremonie immediatement
avant les Greffiers,
Je ne fçaurois finir cette Article
, fans ajoûter que Monfieur
le Chancelier continue de rendre
la luftice avec toute la bonté
& toute l'exactitude poffible . Il
a fait beaucoup de chofes pour
le foulagement des Parties , &
voulant leur épargner les frais
des voyages à Versailles , il tient 2
le Sceau à Paris une fois chaque
femaine . Voicy une Anagramme
faite fur fon Nom par Monfieur
GALANT. 103
Chopin Chanoine de Gournay.
Elle ne pouvoit eftre plus heureufe
ny plus jufte.
LouYS DE BOUCHERAT.
EST LA BOUCHE DU Roy .
l'ajoute trois Devifes fur le
choix que le Roy a fait de luy,
pour l'élever à la Dignité de
Chancelier. La premiere eft de
Monfieur Magnin , & eft faite
particulierement fur ce que
Monfieur de Boucherat fuccede
à feu Monfieur le Tellier .
Elle a pour corps un Cadran
Solaire , élevé fur un Pilier , auprés
duquel on voit un autre
Cadran de marbre briſé par terte
, le Soleil paroiffant dans les
Cieux . Ces mots en font l'ame.
Sub hoc altera regula recti.
Le temps a confumé de ce marbre
fidelle
E 4
104 MERCURE
Ces traits où le Soleil exprima fi
long- temps
Les retours reguliers de fa courfe

immortelle.
Cet autre va fervir aux mefmes
mouvemens.
Cet Aftre également le regle & le
mèfure.
Le moyen qu'il ne ferve pas
Anous bien conduire icy bas ?
Sous les mefmes rayons c'est la mef
me droiture.
Les deux autres font de Monfieur
de Verton de l'Academie
Royale d'Arles . L'une a pour
corps deux maffes d'or en fautoir,
avec ce mot . Et onus & honos.
On voit en luy le poids joint à la
dignité.
Et l'autre a pour Corps un
Cadran au Soleil qui marque
les
heures , avec ces paroles . Regitur
ut regat.
GALANT.
ros
Iffe regle fur luy pour bien regler
tes autres.
Les Vers qui fuivent ont eſté
adreffez a Monfieur Boucherat,
par Monfieur Salbray , Valet de
Chambre de Sa majeſté .
A MONSIEUR
LE CHANCELIER..
E n'eft pas un Prefent que
Roy vous a fait , CE
Il s'eft acquitté d'une debte.
Témis comme la France eft enfin fa
tisfaite,
le
Que vostre grand merite ait produit
fon effet
Illuftre Chancelier du plusgrand
des
Monarques ,
Son eftime & fon choix font d'affez
bonnes
marques
Duplus glorieuxfort qui nous puiffe.
arriver.
E s
106 MERCURE
Dans ce baut rang d'honneur puiffent
les Deftinées
Abeaucoup de fantéjoindre un fiecle
d'années ,
Le Roy vivant encor pour vousy
conferver.
? Je ne doute point Madame
, que vous n'appreniez
avec beaucoup de plaiſir , que
Monfieur de Fontenay , que vous
avez veu auprés de feu Monfieur
de Longueville , a efté fait
Sous -Gouverneur de Monfieur
le Duc de Chartres . C'eft par le
choix de Sa Majefté qu'il fe voit
dans un fi glorieux Pofte , x
c'eſt affez vous en dire , pour
vous faire concevoir que ce
choix a efté fuivy de tout l'agrément
qui accompagne les Prefens
du Roy , puifque ce Monar
que ne fait jamais aucun Don ,
GALANT. 107.
que la maniere de le faire n'y
ajoûte un tres grand prix . Ainf
vous pouvez croire que quelque
important que foit l'Employ dont
Monfieur de Fontenay vient
d'eftre honoré , il le poffede fans
qu'il ait fongé à le briguer , &
qu'il s'eft veu appeller pour
donner fes foins à un fi grand
Prince , lors qu'il y penfoit le
moins . Je croy , Madame
, que
Vous vous fouvenez de cette fineffe
d'efprit , & de cette délicateffe
d'expreffion que vous avez
tant de fois admirée en luy dans
les converfations que vous avez
euës enſemble. Il y auroit mille
chofes à dire à fon avantage ,
mais le choix du Roy dit tout , &
rend fon merite inconteftable.
Le mefme agrément le trouve
pour Monfieur le Comte de
Konigſmarck , dans une penfion

E 6-
108 MERCVRE
de deux mille écus qu'il a plet
au Roy de luy donner. Il en eft
gratifié fans qu'il la demande , &
dans un temps où il fe trouve
abſent de la Cour , les foins qu'il
doit à fon Regiment l'ayant obligé
de s'en éloigner. Je vous ay
déja parlé de luy dans une des
Relations du Carroufel . Ce
Comte , qui eft Colonel d'un-
Regiment d'Infanterie Allemande
au Service de Sa Majefté ,
eft l'Aifné de ſa Maiſon , & s'appelle
Charles Jean de Konigfmark.
Il nâquit en 1659. dans
l'Armée de Suede , alors campée
dans l'ifle de Funen , fi connuë
par le fameux Paffage du Belt .
Il a employé les premieres années
de fa jeuneffe à voyager dans une
partie des Cours de l'Europe ,
dont il poffede parfairement les
manieres & les Langues. Son
GALANT. 109 :
"
panchant eft pour la Guerre , &
il l'a fait voir en la cherchant
meſme dans fes Voyages. Le
Siege de Grave fut fa premiere
Campagne . Un'avoit alors que
dix fept ans. A dix huit il fervit
Volontaire fur les Galeres de
Malthe , où à l'abordage d'un
- Vaiffeau Turc , il tua de fa main
un Officier ennemy. Il fut fort
loüé de cette action par le Grand
Maiftre Cottonere . Enfuite il fic
deux Campagnes devant Alger,.
fur les Vaiffeaux d'Angleterre..
Il retourna en Suede où fes
Anceftres s'eftoient établis , &·
ayant appris que l'on affiegeoit
Tanger , il prit la pofte , fans que
la longueur du chemin le rebutaft
, & vint partager la gloire
& les perils de ce Siege . En paf
fant par Gibraltar , il fe batit avec
un Cavalier Espagnol , &
1
,
ΠΟ MERCURE
le tua. Hy a bien toft quatre
ans qu'il commande le Regiment :
qu'il a pleu au Roy de luy donner.
Au Combat du Pont Major
prés de Gironne en Catalogne, l
fe jetta le premier dans la Riviere
du Ter qui paffe fous ce Pont,
& arriva à la nage de l'autre
cofté , où il repouffa avec fon
Regiment deux Bataillons des
Ennemis , quoy que plufieurs de
fes Officiers & Soldats euffent
pery à ce paffage , & qu'ils n'euffent
que l'Epée pour armes ,
celles à feu eftant mouillées , &-
hors d'état de tirer. Le Comte
Philippes fon cadet s'eft trouvé
aux dernieres Campagnes de
Hongrie , & fut bleflé au Siege
de Bude en repouffant une Sortie
avec une petite Troupe dont il
avoit pris le commandement . Il
commande à prefent le Regiment
GALANT: HE
= General Cavalerie de Baviere, &
a fait la derniere Campagne ent
cette qualité . Il n'a que
dix -huic
ans , & s'eft donné d'inclination
à fon Alteffe Electorale de Baviere
, gagné par la Vertu &
par la Valeur de ce brave Prince..
Ils font tous deux Fils du Comte
Conrard de Königſmarck, Grand
Maitre de l'Artillerie de Suede ,
General des Venitiens en Candie
, & General des Hollandois ,
qui fut tué d'un coup de Canon
au Siege de Bonne. Il avoit
épousé la soeur du Conneſtable
Vyrangel. Son cadet, nommé ie-
3 Comte Otto Guillaume , a eſté
Ambaſſadeur de Suedeen Fran-
Ece , & a fervy Sa Majefté Tres-
1 Chreftienne dans les dernieres-
Guerres. Il eft Lieutenant General
de fes Armées. Le Roy de
Suede l'ayant redemandé , il a
3
II 2 MERCURE
efté fait Gouverneur de Pome
ranie & Marefchal de Suede . It
a fait la derniere Campagne en
Hongrie comme Volontaire , & a
eu permiffion du Roy de Suede.
d'aller commander la Campagne
prochaine l'Armée des Venitiens
en qualité de Generel en Chef..
Le Pere de ces deux Comtes étoit
Henry Christophle de Konigfmark
, qui fervit fous le Grand
Guftave , & fut Marefchal de
Suede. Il ne s'eft point fait de
Guerre dans les derniers fiecles,,
où quelqu'un de cette illuftre
Maifon ne fe foit trouvé , & coÛjours
dans des Poftes avanta
geux . Elle eft originaire de la
Marck de Brandebourg. L'Ethimologie
du nom qu'elle portelay
eft fort avantageufe . Il eft:
compofé du mot de Konig , qui .
veut dire Roy , & de celuy de
GALANT. 113
f
Marcz qui fignifie Province. La
lettre S. qui eft à la fin de Konig,
marque un pluriel . Ainfi Konigsmarck
eft la même choſe que
on difoit , qui vient de Rois de la
Marck. Le premier de cette Mai .
fon qui à paffé d'Allemagne en
Suede , fut Henry de Konig
marck fous le Roy Erich XII.
du Nom en 1396. Il fut Favory
de ce Roy , & Chef de fes
Armées.
Le premier jour de ce mois ,
fur les quatre heures du matin ,
on s'apperceut d'un Vol confiderable
qui avoit efté fait pendant
la nuit dans l'Eglife Colle
giale Saint Nizier de Lyon , à.
l'Autel de la Vierge . On rompit
la porte du Sanctuaire , on prit
trois Ciboires avec la Couronne
de la Vierge , plufieurs autres
Pieces d'Argenterie , quelques
114 MERCURE
Ornemens , une grande Lampe ,
& ce que l'on ne peut dire fanshorreur,
on confondit les Hoftics
confacrées avec ce Sacrilege butin.
Le Chapitre de S. Nizier
eftant revenu de la confternation
où ce malheur l'avoit mis , &
voulant reparer autant qu'il feroit
en fon pouvoir , l'énormité de cet
attentat , eut recours à Monfieur
l'Archevefquede Lyon , quiordonna
des Prieres de Quarante
heures dans cette Eglife , avec.
Amande honorable au Saint Sacrement
chacun des trois jours ,
Pendant que l'on préparoit l'Eglife
, pour rendre la chofe plus
folemnelle , Monfieur le Lieutenant
Criminel & Monfieur let
Procureur du Roy , qui estoient
venus pour informer de ce crime,
& qui faifoient faire plufieurs recherches
dans tous les lieux que
GALANT.
l'on pouvoit foupçonner , firent
arrefter quelques perfonnes qui
leur parurent fufpectes. Les Au
theurs du Sacrilege s'eftoient cachez
la nuit dans l'Eglife , &
aprés le Vol ils fortirent par la
- porte qui eft fous le Clocher
dont ils avoient forcé la Serrure .
Aprésque tout le Clergé , & mê.
Ime toute la Ville eut gemy perdant
cinq jours , on fut fort furpris
quand le Dimanche fuivant
6. du mois , auquel jour on devoit
faire l'ouverture des Prierés
de Quarante heures , on trouva:
de tres-grand matin un Sac expofé
à la porte de l'Eglife , dans
lequel on avoit mis toute l'Argenterie
volée . Il ny avoit que la
Lampe que l'on avoit laiffée hors
du Sac. Monfieur le Lieutenant
- Criminel & Monfieur le Procureur
du Roy vinrent auffistoft .
116 MERCURE
pour en faire l'ouverture, ce qu'ils
firent en preſence du Grand - Vicaire
de l'Archeveſché , du Clergé
de l'Eglife , & d'une foule de
perfonnes de toutes conditions ,
qui eftoient accouruës fur cette
nouvelle , & qui jettoient des lar
mes de joye d'une reftitution fi
peu attenduë . On trouva tout le
larcin dans le Sac , fans qu'il y
manquaft aucune chofe. Les trois
Ciboires eftoient attachez d'une
maniere , que les Hofties n'en
pouvoient fortir. On les expofa
pendant plus de trois heures fur
un Autel qu'on avoit dreffé à cette
porte , pendant que Meffieurs
les Lieutenant Criminel & Procu
reur du Roy faifoient un Procés
verbal de l'état des chofes. Enfaite
ces Ciboires furent portez
en Proceffion dans toute l'Eglife ,
& un moment aprés Monfieur
GALANT. 117
T'Archevefque y vint celebrer la
Meffe. Il expofa le Saint Sacrement
, & fur les dix heures la
Proceffion fortit de l'Eglife . Le
Chapitre compofé de plus de
cent Ecclefiaftiques , qui marchoient
deux à deux avec une
grande modeftie , eftoit précedé
des Cordeliers , des Iacobins , &
ceux-cy l'eftoient de prés de trois
mille Confreres de la Confrerie
du S. Sacrement érigée en cette
Eglife , tenant chacun un flambeau.
D'autres Ecclefiaftiques
fuivoient & encenfoient le Saint
Sacrement , que portoit Monfieur
Margat , Sacriftain & Chef
du Chapitre , fous un riche Dais ,
foûtenu par quatre Preftres . Les
rues étoient tapiffées , & il fe
trouva plus de 25. mille perfonnes
à cette Proceffion . On fit ce
jour-là une Station dans l'Eglife
T
118 MERCURE
de l'Hoftel - Dieu . Le lendemain
Lundy la Solemnité fut continuée
avec le mefme concours,
& les mefmes marques de pieté.
Meffieurs les Comtes de Saint
Iean , Cathedrale de Lyon , vinrent
dire la Grand Meffe à
Saint Nizier, où elle fut celebrée
le jour fuivant par Meffieurs de
T'Eglife Collegiale de Saint Juft.
Ces deux derniers jours plufieurs
Paroifles & Communautez Religieufes
de la Ville vinrent en
Proceffion faire en cette Eglife
Amande honorable au S. Sacrement.
Le Curé de Saint Pierre y
vint avec fon Clergé , compofé
de Meffieurs du Seminaire de
Saint fofeph , qui eftoit accompagné
de plus de deux mille de
fes Paroiffiens tous un flambeau.
à la main. Les Jefuites au nombre
de deux cens y vinrent auffi
GALANT. 119
avec plus de trois mille perfonnes
de toutes leurs Congregations
. Les Peres de l'Oratoire
marquerent le même zele , ainfi
que les Peres Capucins qui
étoient en tres - grand nombre ,
tous pieds nuds & un flambeau
auffi à la main. Pendant ces trois
jours Monfieur Baffet , Sacriftain
de l'Eglife de Saint Juft , Monfieur
Terraffon Cuftode de
Sainte Croix , & Monfieur Villemor
, Promoteur en l'Archevefché
, prefcherent avec un applaudiffement
general , & chacun
d'eux tenant un flambeau,
fit Amande honorable à la fin de
fon Sermon .
>
en
Aprés ces trois jours la Devotion
augmenta par un concours
extraordinaire de Peuple
forte que l'on rétablit l'Autel de
la Vierge , qui depuis le Vol
-I 20 MERCURE
avoit efté dépouillé de tous fes
Ornemens. Le Jeudy 10. on y
chanta une Grand'Meffe . Elle fut
celebrée par le Sacriftain de Saint
Nizier, qui fit de nouveau Aman
de honorable. Les Peres Augutins
de la Croix Rouffe , les Religieux
Picquepus de la Guillotiere
, & les Peres Minimes y vinrent
auffi en Proceffion avec un
Cierge à la main . Ces derniers
avoient chacun une corde attachée
au col. Les Courriers de la
Confrairie de Noftre Dame
érigée à cet Autel , y firent paroiftre
leur Devotion par une
Amande honorable qu'ils firent
en leur particulier , avec une
pieté tres-édifiante . Cet Autel
eft le premier qui ait efté érigé
au deça des Monts en l'honneur
& fous le titre de la Vierge. Ce
fut Saint Photin premier Prelat
de
GALANT.
121
de Lyon , qui le dédia fous
cette Invocation dans le fecond
Siecle . Il y mit l'Image qu'on voit
encore aujourd'huy dans l'Eglife
de Saint Nizier , & qu'il avoit
apportée d'Orient. Cette Eglife,
qui a efté Cathedrale , a pris le
nom de Saint Nizier, un des Prelats
de la Ville , à caufe de fon
Sepulcre qui s'y eft trouvé . Elle
s'appelloit auparavant l'Eglife
des Apoftres & des Quarantest
huit Martyrs
, du nombre defquels
eftoit Saint Photin, comme
ileft juftifié par la Bulle d'Innocent
IV . dont il eft fait mention
dans l'Hiftoire Ecclefiaftique du
Diocefe de Lyon , de monfieur
A de la Mare .
en Dame Marie Sidonia de Lez
nt noncourt eft morte au commencement
de ce mois. Elle étoit de
Pla Maifon de Lenoncourt en Lor-
Ianvier 1686. F
#1 22 MERCVRE
)
raine , Barons de Vignory , &
avoit eu deux Maris . Le premier
for Meffire Charles de Champlais
, Marquis de Courcelle d'une
Famille alliée à la Maifon de
Villeroy, Le fecond eft Meffire
Jacques de de Gauthier , Seigneur
de Tilleul . La Maifon de
Lenoncourt , qui a pris alliance
ep celle de Rohan- Montbazon ,
a donné plufieurs illuftres Perfonnages
, entre lefquels on renomme
Thierry de Lenoncourt,
Bailly de Vitry , Chambellan du
Roy Louis XII. Robert de Lenoncourt
Archevefque de
Rheims ; un autre Robert de
Lenoncourt , Cardinal , Archevefque
d'Arles & de Toulouze,
& auffi Evefque de Mets ; Philippes
de Lenoncourt , Cardinal ,
Archevefque de Rheims , Commandeur
des Ordres du Roy , &
4
GALANT.
123
Henry de Lenoncourt ,
Comte
E de Nanteuil le Hardoüin en
France.
Cette morta efté ſuivie de celle
de Dame Marie Ardier. Elle
eftoit Fille de feu Monfieur Ar-
-dier , Prefident en la Chambre
des Comptes , Femmes de Mon-
- fieur Gafpard de Fieubet , Con-
= feiller d'Etat ordinaire & Chancelier
de la Reyne . Elle eft morte
fans enfans , &
s'employoit continuellement
aux Exercices de
pieté & au foulagement des Pauvres.
Monfieur de Fieubet fon
Mary eft Frere de Monfieur de
Fieuber de Launac , Maiftre des
Requeftes , & Coufin de Monfieur
de Fieubet , Premier Prefident
au Parlement de Toulouſe.
Si vous avez des Amis qui
ayent befoin de quelque éclairciffement
fur les Veritez de nộ-
F 2
·124
MERCURE
tre Religion, vous leur pouvez
indiquer un Livre qui a paru depuis
peu , & qui leur fera d'une
grande utilité. Son Titre eft, Nouveau
Traité, pour fervir à l'Inftruction
des Nouveaux Convertis , &
àla Converfion de ceux qui font encore
dans l'Ignorance . Il eft fait par
Monfieur l'Abbé Quentin , Predicateur
de Sa Majeſté , & Autheur
d'une Theologie en François
qu'on eftime fort . Tous
ceuxqui l'ont leu , le regardent
comme un Ouvrage tres- propre
à éclairer & à affermir les Nouveaux
Catholiques par fa briéveté,
fa clarté, & fa force.
Le nombre de ceux qui fe convertiffent
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
Voicy une Lettre qui eft de
faifon , quoy qu'il y ait déja quel
que temps qu'elle eft écrite. On
affeure qu'elle a contribué à plufieurs
Conversions , & je n'ay pas
de peine à le croire . Les raifons
que l'Autheur employe font affez
perfuafives pour ne laiffer rien à
repliquer. C'eft ainsi que le Roy
eft caufe du falut des ames , puifque
chacun y travaille à fon
exemple. On peut voir par cette
Lettre , que les armes qui font
rendre les Religionnaires , font
tirées de la feule force de la Verité
, qui fournit des argumens
invincibles contre les erreurs.
GALANT.
137
1
A MONSIEUR
DE LA GATELINIERE ...
M
ONSIEUR ,
Ily a des coups de hazard
qui font heureux , & je croy teli
celuy qui me procura l'honneur de
vous voir ces derniers jours en un
lieu où nous ne fongions ny vous ny
moy à lier enfemble aucun entretien.
T'en ay remercié la Providence , devant
qui les rencontres qui nous pa
roiffent fortuites font prémeditées ,
& j'espere que la nôtre aura quelque.
rapport avec celle de ce grand Offi
cier de Candace , qui trouva l'Apoftre
Saint Philippes dans for :
chemin. Cet Officier avoit comme.
vous , Monfieur , la Bible entre les
main. Il fondoit Sa Foy fur less,
138
MERCURE
Ecritures , mais il ne pouvoit en
entendre le vray fens . Il s'adreffa
donc à l'Eglife en la perfonne de
Saint Philippes , qui luy expliqua
le Sacrifice du Fils de Dieu fur la
Croix. L'eus l'honneur de vous entretenir
à peu près du mefme Myftere
; car celuy de l'Euchariftie eft
un Memorial de celuy de la Croix,
& nous parlafmes beaucoup de ce
Myftere adorable. Le me fouviens
que nous entrafmes en matiere par
l'Ecriture fainte , qui fonde uniquement
la Foy felon nous . Ie pris
la liberté de vous remontrer que
vous combattiez ce principe de
Euchariftie , puifque vous y appelliek
figure ce que le Sauveur du
mondey appele Corps . Ainsi , ajoûtay
-je , le Fils de Dieu affeure ce
que vous nie . Il dit Cecy eft mon
Corps , & vous dites que ce ne
L'eft pas. Vous ne fonde donc pas
GALAN T. 139
voftre Foy fur Sa Parole. Aprés
avoir eu la bonté de m'écouter
vous me répondites que le Fils de
Dieu avoit dit ailleurs . Ie fuis une
Vigne , & que pourtant ny vous
ny moy ne croyons pas qu'ilfoit une
Vigne. Là - deffus je vous priay de
diftinguer les occafions . Dans celle
où N. Seigneur fe difoit une Vigne,
il n'établiffoit pas un Sacrement, ny:
par confequent un Article de Foy,
ainfi ilpouvoit ufer de Paraboles ;
mais en inftituant l'Euchariftic , le
Sauveur du mondeformoit un Article
de Foy effenciel , & il établiffoit
un Sacrement`; par confequent il
y parloit à la lettre , comme ily a
parléquand il ainftituele Baptefme.
Tout de mefme donc que quand
il a dit , Baptiſez au Nom du
Pere , & du Fils , & du Saint-
Esprit , il nous afait un Article de
Foy litteral d'une Trinité réelle ,
140 MERCURE
3
de mefme quand il a dit , Cecy eft
mon corps , & faites cecy en
memoire de moy , il nous a expreffément
proposé la realité de fon
Corps ,fous les apparences du Pain.
Vous n'oubliaftes pas dans cet en
droit celuy des Capharnaites , &
voicy ce que j'eus l'avantage de
Vous repliquer. Ie des donc , Mon
fieur , que le Fils de Dieu avoit confirmé
fa Prefence corporelle , quand
ilremontra defes Auditeurs , Que
fa Chair ne profite de rien , &
que c'est l'efprit qui vivifie. Le
vous fis remarquer , que noftre Seigneur
en feparant ces deux chofes ,
témoignoit que l'on pouvoit recevoir
l'une fans l'autre, & par confequent
que fa Chair prife fans fon
Efprit , c'est à dire fans fa Grace ,
faifoit ce que nous appellons une
Communion indigne ; d'où il refulte
que le Sauveur du Monde établisfoit

GALANT. 141
réellement & localement fa Chair
1 dans l'Echariftie ; a trement , continuay-
je , ce qu'il dit enfuite du
Scandale de fes Auditeurs , feroit
un pur galimatias , dont le Fils de
Dieu n'eft pas capable . Quoy , ditil
, cela vous fcandalife ? Et que
fera - ce donc quand vous verrez
'le Fils de l'Homme remonter où
il eftoit auparavant ? De bonne
foy , Monfieur , quels rapports à
cette Parole avec celles qui la precedent
? Eftoit-il question icy de
Afcenfion du Fils de Dieu ? Non ;
mais il eftoit queftion d'inftruire des
Peuples qui s'effrayoient de manger
réellement le Sauveur du Monde
, & il leur dit : Si vous eftes
fcandalifez de me manger pendant
que je fuis fur la Terre, que
fera - ce donc quand vous me
mangerez encore aprés que je
feray monté au Ciel le vous
142
MERCURE
défie , avec tout le respect que je
vous dois , de tirer une autre con-
Sequence de ces Paroles , à moins de
leur donner la torture , & de faire
tomber le Fils de Dieu dans des
difparates indignes de luy. Cette
reflexion vous furprit , & là- deffus
vous me témoignaftes par modeftie
que vous n'estic pas d'une profeffion
à Controverfe. I'eus l'honneur de
vous repondre , Monfieur , que la
verité eftoit de toutes les profeffions
chez les Chrétiens. Vous me repli
quaftes que vous la chercherie ,
& quepour cela vous aviez beaucoup
de Livres. Ie pris la liberté
de vous dire » que le meilleur de
tous les Livres eftoit le coeur ; qu'il
falloit à Livre ouvert y recevoir la
verité , la demander à Dieu , qui ne
la refufe jamais à ceux qui la cher-
•chent avec bonté & fimplicité de
coeur.L'opinay bien du voftre dans
1
>
1
GALANT. 143
2
J cette rencontre , où vous me parlaftes
avec beaucoup de probité.
Vousy loüaftes la mienne , & ce que
j'aioutay vous en paru plein. Ce
fut quand je vous expofay la Communion
des Apoftres , & que je vous
prouvay qu'elle euft efté illufoire
s'ils n'avoient communié que par la
Foy ; car enfin , la Foy est un argument
des chofes qui ne paroiffent
point , & tout paroiffoit aux Apo
ftres, d'un cofté le Corps du Sauveur,
de l'autre du Pain tout pur felon
vous. Où pouvoient - ils donc exercer
leurfoy felon nous ? Ils l'exerçoient
en croyani le Corps du Sauveur du
Monde , comme nous le croyons placé
fous les apparences du Pain. Quoy
que cetteraifon demeuraft fans une
feule replique , je la confirmay par
ces paroles de S. Paul , qui attri
buent les mauvaises Communions ,
à ce qu'on n'y difcerne pas le
344
MERCURE
d'une
Corps du Seigneur. Nous tombâ
mes d'accord que ce difcernement fe
faifoit par la Foy, & j'en tiray cette
confequence ; donc la Foy fuppofe la
prefence réelle du Fils de Dieu dans
la Cene , comme mon ailfuppofe les
couleurs dans les objets ; car enfin,
fila Foy difcerne le Corps du Fils de
Dieu dans la Cene, ily eft donc , puis
qu'on ne difcerne pas des chofes qui
nefont point , & nousfinifmes noftre
Converfation par des marques
mutuelle eftime. I'en ay pour vous ,
Monfieur , une tres-particuliere , &
je fouhaite que mon Entretien ait
avec vous le mefme fuccés qu'il aeu
dans Chafteaudun , avec une Veuve
de voftre Religion , qui a profeſſé la
noftre. Il n'est pas honteux à un homme
d'eftre touché par les raifonnemens
qui touchent certaines Fem
mes. Vous fçavez que les ames n'ont
point defexe , & que ce n'estpas la
1
difference
GALANT. 145
difference des corps , mais des coeurs
& des efprits , qui nous fait valoir
auprés de Dieu. Il a répandu fon
Efprit autrefois fur Anne , fur Hol-
= da , &fur Debora , qui prophetife
rent à l'exclufion des Hommes , &
dernierement encore Madame de l
Ferté acheva ce que plufieurs Ecclefiaftiques
& moy n'avions pû finir
avec Madame Maillot , qu'elle
a envoyée à Chatres pour fe convertir.
Vous connoiffez fans doute
Madame de la Ferté , qui a des
- Freres chez Monfieur le Prince &
= chez Madame la Princeffe de
Brunfvvic , qui tiennent les premieres
Charges , comme vous avez
des Proches qui tiennent les premiers
rangs dans la Maifon du
Ray & Monfieur de la Ferté a
L'honneur d'appartenir à Madame
la Marefchale de Caftelnau , com-
Ianvier 1686 . G
846 MERCURE
me vous appartenez à Monfieur
le Marquis de Dangeau , dont les
lumieres vous garantiffent l'exemple.
Suivez-le , je vous en conjure
fous le Regne de LOUIS le Grand,
qui a le coeur d'un Pere , & la tefte
d'un Roy. Son caur eft auffi grand
que fon nom , & fa tefte fait bonneur
à la Couronne, Fiez vous en
à fes connoiffances , qui l'empef
chent de fe tromper , & àsa probité
, qui l'empefche de tromper les
autres. Ie ne vous trompe point mojmefme
, quand je vous affeure que je
fuis avec un respect tendre & fing
cere , voftre , &c.
Cette Lettre ne fçauroit eſtre
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.

Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft

768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
L'Academie des Sciences a
perda depuis huit jours un Homme
luftre , dont je vous ay
parlé fouvent dans mes Lettres
. C'eft Monfieur Blondel ,
Marefchal des Camps & Armées
du Roy , & Profeffeur
Royal des Mathematiques . Il
avoit eu l'honneur de les enfeigner
à Monfeigneur le Dauphin
, & avoit efté à Conftan
tinople en qualité d'Envoyé du
Roy, Divers Voyages qu'il a
faits en Levant , en Afrique , en
Amerique & en plufieurs.
Cours de l'Europe , l'avoient
mis dans une grande reputa
190
MERCURE
tion , fa capacité ayant par
avec beaucoup de gloire pour
luy dans ces differens Emplois .
C'est à luy que Paris doit le
Deffein de ces belles Portes
Neuves qu'on y voit , & de
ce beau Cours fur les Ramparts
, qui s'avance tous les
jours.
Vous trouverez dans la Planche
que je vous envoye fix Pieces
de Monnoye particuliere
que j'ay fait graver avec leurs
Revers. Ce font toutes Monnoyes
d'Argent de la feconde
race de nos Rois , & particulierement
de l'Empereur Louis le
Debonnaire , Roy de France .
Ces efpeces ont efté trouvées en
fouillant aux environs de la
Riviere d'Eure , avec quelques
autres qui font de l'Empereur
GALANT. 191
,
Vefpafian. Elles font toutes du
poids d'un Denier un grain , jufqu'à
un denier dix grains , & ont
efté fabriquées à Paris Soiffons
, Rouen , Rheims , Chartres
, Amiens , Etapes au Boulenois
, Saint Denys , Laon ,
Orleans , Meaux
Auxerre , & autres lieux. On
les a communiquées à Monfieur
Chaffebras du Breau , qui les doit
: examiner .
Angers
Il s'eft fait un Service folemnel
pour le repos de l'Ame de Monfieur
le Chancelier dans l'Eglife
de Saint Gervais fa Paroiffe ; mais
il ne me refte pas affez de temps
pour vous en parler comme je
le dois. Ainfi je reſerve cét Article
pour le mois prochain.
Voicy une Letrre qu'on m'a
miſe entre les mains. Elle eft
192 MERCURE
de Monfieur le Blanc , Profef
feur des Mathematiques > &
donne un avis dont il eft bon
qu'on , foit informé . J'y joins la
Figure du Problême qu'il propole.
PRIX
GALANT . 193
hhhhh
PRIX D'UNE MONTRE
propofé aux Geometres .
EX
NTRE toutes les Sciences ,
la Geometrie pratique eft d'une
fi grandeutilité au Public,&à chaque
particulier, qu'il eft tres- important
d'y faire de nouvelles découvertes
pour perfectioner les Arts &
les autres Sciences . C'est pourquoy
ayant remarqué que quelques- uns
des plus fçavans Geometres s'y font
trompez en beaucoup de chofes , &
nottamment lors qu'il a falu déterminer
la quantité des Toifes, Pieds,
Pouces Lignes Cubes contenuës
dans les Maffifs , Corps ou Terreplains
; jay crû pouvoir procurer
l'avantage du Publc , & obliger les
Sçavans à reformer les erreurs
Ianvier 1686. I
·
194 MERCURE
>
qu'ils ont laiffe giffer dans leurs
Livres de Geometrie Pratique , par,
le deffein que j'ay pris de propofer
une montre pour Prix à celuy qui
dans le 19. Fevrier prochain , don.
nera en plus de manieres , plus
precifément , plus Geometriquement
, & avec moins d'operations ,
mais plus faciles , intelligibles , &
pratiquables , & plus démonftratives
le Solide ou la quantité de
Cubes , contenus dans un Maffifou
Terre-plein , dont les Bazes infericures
& Superieures font paralle
logrammes , Reftangles , & paralelles
entr'elles à la distance perpendiculaire
de dix ou douze pieds ; le
grand cofté de la Baze inferieure
de vingt pieds ; lepetit cofté de buit
pieds ; le grand cofté de la Baye
Superieure de quinze pieds , le petit
cofté de trois pieds , & les autres
quatre fu ,faces en Talus , dont l'inGALANT.
195
clinaifon fur la Baze inferieure
eft égale.
A Paris ce 22. Janvier 1686.
La Montre dont Monfieur le
Blanc parle dans cét Avis , a efté
confignée par Acte paffé le 20 .
de ce mois , pardevant Monfieur
le Febvre Conſeiller du Roy ,
Notaire à Paris , demeurant Ruë
Saint Denys vis à vis la Fontaine
de la Reyne , auquel ceux qui
afpireront au Prix porteront leur
Solution , Figure & Demonftration
, pour prendre Acte du jour
qu'ils l'auront portée , & le trouveront
le 20.de Fevrier prochain
dans le Cloiftre du Grand Convent
des Cordeliers à Paris à une
heure aprés midy , où ils prefenteront
leurs Solutions au Pere
Meron , Docteur de Sorbonne ,
Mathematicien & Bibliothe-
I 2
196 MERCURE
quaire de ce Convent , qui adjugera
la Montre à celuy qui aura
fatisfait au Problême en plus de
manieres , plus Geometriques ,
plus faciles , & plus intelligiblement
démonftrées.
Le vray mot de la premiere
Enigme du dernier mois , eftoit
Le Four , & il a efté trouvé par
Monfieur Fournier , Preftre &
Promoteur du Chapitre d'Amiens
, & par Mefdemoiſelles
Marion Bariban , & Catho du
Boquet de Chartres .
1
Ceux qui ont expliqué la feconde
Enigme fur les Manchetes
qui en eftoit le vray fens , font
Meffieurs Pillon du Mans ; de la
Prairie de Caën; Raule de Rouën;
Le Roux Medecin à Vitré ; C.
F. Lourdet du quartier de la
Place Maubert P.Remy le jeune;
de la Tronche de Rouen ; L'EGALANT.
197
pinay Buret de Vitré ; Mefdemoiſelles
Quia de l'Ifle Noſtre-
Dame ; Renault de Nemours ;
Toinon de la Rouë P. M. La
Belle à l'Anagrame , l'ayme en
moy lagrandeur , de la Rue Sainte
Avoye ; L'enjoüée Normande
de la meſme Ruë; L'unique blonde
du Petit Colin ; Le jeune Ecclefiaftique
de la Rue Saint
Laurent de Rouen ; Le Penfionnaire
Algerien de la Ruë
Saint Germaine de Lauxerrois ;
L'amant affligé du mariage de
fa Maiftreffe ; Le fidelle Amant
de la belle Javote ; Le fincere
Amant de la Belle L , E , S. du
Faubourg Saint Germain ; Hyacinte
Ravechet Gillotin ; Le
Maitre Clerc fans barbe de la
Rue Saint Germain ; Le petit Colin
D , L , P. Les deux Amis de
13
198
MERCURE
Moulins , & l'Anachorette de
Reims.
Voicy les Noms de ceux qui
ont expliqué l'une & l'autre dans
leur vray Sens , Meffieurs P. Carrier
de Rouen ; Savalle ; Du
Mefnil , Porcarolle ; Percheron,
Exempt de la Marefchauffée
d'Etampes ; Meldemoiſelles Barbe
& Toinon ; L'Invifible de la Ruë
de la Chanverterie ; La belle
Marchande de la Rue des Bourdonnois
; La petite Affemblée
A; La petite Affemblée G; Silvie;
La belle Nourriture ; Hermophile
du Hoc Alcidor, & Gyges .
du Havre.
La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous envoye ,
eft du Berger Fidelle du quartier
Saint Euftache.
GALANT. 199
ENIGM E.
Ntre les Animaux je tien le
premier rang,
EN
Il n'eft point de Climat où l'on ne
me connoiffe ,
Souvent dans ma fureur , je fuce
jufqu'au fang,
Et plus je fais de mal , & plus on me
carreffe.
Feparle mieux qu'un Geay , micux
que luy je babille,
Nul Singe ne reffemble à l'homme
tant que moy ;
On me trouve par tout , aux Champs
comme à la ville
Et mefme quelquefois entre les bras
d'un Roy.
1
4
200 MERCURE
AUTRE ENIGME .
N voit en l'air une Maison
O Qui peut paffer pour Labirinte
,
Ou ceux qui cheminent fans crainte
Sont arrefte en trahiſon ;
In lieu de gefne & de contrainte,
Où leur pauvre vie eft efteinte
Par un Monftre plein de poifon.
Sa malice eft ingenieufe ,
Et de Vulcain la main fameufe
Dreffe des pieges moins fubtils.
Son Art de bâtir eft extrême,
Et fa matiere & fes outils
Se rencontrent tous en luy- même.
On a joué la nouvelle Trage
gedie d'Alcibiade dont je vous
parlay le mois paffé , & elle a eu
le fuccés que je vous ay marqué
18
GALANT. 201
1
qu'on en eſperoit. Alcibiade y
conferve le Caractere qu'il a dans
l'Hiftoire , & l'Acteur qui le
reprefente , foutient ce Perfonnage
avec un tel agrément , &
d'une maniere fi naturelle , qu'on
peut dire que c'eft la premiere
fois que la Comedie : a eſté joüée
comme il la joüe. La Piece eſt
remplie de Vers aifez & de fort
bon gouft , & tout le monde en
voit la Repreſentation avec
beaucoup de plaifir .
Monfieur du Meny , dont je
vous ay parlé au commencement
de cette Lettre , eft rentré à l'Academie
de Mufique, & a joué dans
l'Opera de Roland . Celuy d'Armide
s'avance fort , & l'on travaille
avec grand empreffement
àtout ce qui en regarde le Spectacle.
Ainfi l'on efpere qu'on en
donnera quelques Reprefenta-
I s
202 MERCURE
tions à Paris fur la fin du Carnaval.
Vous vous fachez il y a longtemps
de ce que l'Autheur des.
Dialogues des Morts vous a mile
en gouft pour les Ouvrages , &
que vous ne voyez plus rien de
luy . Ceffez de vous plaindre. II.
fait imprimer un Livre nouveau ,
qui quoy qu'il foit de Philofophie,
eft tourné fi galamment que
la matiere n'a rien de fauvage..
Ainfi non feulement vous le
trouverez fort agreable , vous
qui eftes née pour toutes les belles
Connoiffances ; mais je puis
vous affeurer que vos Amies
entreront fans peine dans tour
fon raifonnement. L'approbation
qu'il a déja eue dans quelques
lectures particulieres , fait connoftre
que s'il l'a fait attendre
long-temps , c'eſt parce qu'il n'a
GALANT.
203
rien voulu haſarder qui ne répondift
en quelque forte à la repuration
que fes Dialogues luy ont
acquife. Ce Livre eft Intitulé ,
Entretiens fur la pluralité des
Mondes. Le deffein en eft extremément
fingulier. La Phifique
y eft amenée à la portée de toutes
les Dames , fans exception , quand
mefme elles n'en auroient jamais
entendu parler. Elle y eft foûtenuë
de toutes les reflexions morales
que le fujet peut produire ;
elle y eft ornée de traits d'Hiftoire
, & égayée par tous les agrémens
, mefme de galanterie , qui
peuvent naiftre dans la conver
fation d'un homme & d'une femme
d'efprit . Enfin , c'eſt de la
Philofophie déguilée , qui avec
la verité qu'elle doit toûjours
avoir à des graces qu'elle n'a
pas ordinairement. Le but de
204
MERCURE
l'Auteur eft de vous donner une
idée generale & fort claire de
l'arrangement & de la conftrution
de tout ce grand Univers.
Il vous le fait voir d'une maniere
affez differente de celle
dont la plufpart des gens le
voyent mais en mefme temps il
vous donne un fpectacle trespompeux
& tres magnifique,
& qui merite bien que tout ce
qu'il y a de gens d'efprit s'arreftent
à le confiderer . J'auray
foin de vous envoyer cet Oudés
que
la Veuve Blageart
aura achevé de l'imprimer.
Elle efpere en commencer
le debit dans quinze jours .
vrage ,
·
Je ne puis mieux finir cette
Lettre que par un Article qui
vous fera agreable , & qui donnera
beaucoup de joye à toute
la France. Cette Nouvelle dont
GALANT. IOS
eft la
j'ay à vous faire part ,
Groffeffe de Madame la Dauphine.
Peut-eftre en aurez vous
déja entendu parler ; mais ces
fortes de nouvelles font rarement
feures lors qu'on commence
à les publier , parce que
l'envie qu'on a qu'elles foient
vrayes , & le plaifir que l'on
prend à debiter ce qu'on sçait
bien qui doit plaire , engage à
dire des chofes qui ne peuvent
eftre confirmées que par le
temps. Cette grande nouvelle
l'eft prefentement , & fait connoistre
que le Ciel , en donnant
au Roy une nombreuſe Poſterité
, continue à verfer fes faveurs
fur un Prince qu'il a
choisi pour faire des chofes qui
n'ont jamais eu d'exemple , &
pour fervir de Modele à tous
les Monarques de la Terre.
,
206 " MERCURE
Le Balet de la Ieunesse a efté
dancé cette femaine à la Cour ,
pour la premiere fois , mais n'en
eftant pas encore aſſez bien inftruit
pour vous en pouvoir parler
à fond , je remets jufqu'au
mois prochain à vous en apprendre
les particularitez . Je fuis ,
Madame , Voftre , & c.
A Paris ce 3. Ianvier 1686.
BIBLIO
NOAT
L
'Air qui commence par Iris
quand l'amour eft extréme, doit
regarder la page 87 .
La Figure qui reprefente des
pieces de monnoye , doit regarder
la page 91 .
La Figure du Probléme , diot
regarder la page 95 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le