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BIB . DOM .
LAVAL S. J.
Хидра
BIBLIOTHÈQUE
60
" Los Fand mines "
SJ
CHANTILLY
L
.
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 1685 .
A PARIS.
AV PALAIS
2. Bouchet
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
3
h
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice .
Chez la Veuve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAU PHIN.
Et T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE D' ROI.
SSSS SSS SS255 $22
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Panegyrique du Roy. 4
Dialogue de l'Eloquence & du Louis d'or.
253
Benediction de l'Abbeffe de Betancourt
en Picardie.
69
Prix donné par Mr le Duc de la Meilleraye.
Lettre touchant une nouvelle découverte.
Theme celefte.
Lettre en Profe & en Vers.
Tranflations.
Ode.
72
77
86
89
9.9
108
Emplois, fervices , & mort de Mr le
Chancelier.
• 127'
Choix que le Royfait de Mr de Bouche.
rat , pour remplir la place de Chance….….
Lier de France , avec tout ce qui re
a.ij
TABLE.
garde cet article , & ce qui a fuivy ce
choix, 161
Mort de Mr le Prince de Conty. 189
200 Madrigaux... !
Préférence de la Charge de Chancelier de
Monfieur , donnée à Mr de Boisfrant.
206
Gouvernement de Brouage , donné à Mar
du
Sanjay.
Hiftoire.
Morts.
208
200
221
239
Remede furprenant.
242
Evefques decedez , avec les noms & les
fervices qu'ont rendu à l'Eglife ceuxqui
ont remply leur place.
Service faitpour Mr le Duc du Lude. 264
Mrd Argouges eft nommé Confeiller d'Etat
ordinaire, à la place de Mr Bouche-
Tat. 264
Article concernant tout ce qui s'eft paßétouchant
les affaires de la Religion , &
les Converfions depuis le mois dernier.
268
Prife du Comte de Tekeli , avec les avanTABLE.
tages remportez par les Polonois .
Hiftoire de Hongrie .
311
315
Noms de ceux qui ont deviné les Enig-
* mes.
Enigmes.
317
320
Mr de Bonrepans eft pourveu de la Charde
Lecteur ordinaire de la Chambre
ge
du Roy.
Conclufion
.
3324
326
Fin de la Table.
}
Avis pour placerles Figures.
E Theme celefte , doit regarder la
LE
L'Air qui commence par l'Amour }
Le feul amour eft caufe , doit regarder la
page 205.
L'Air qui commence par l'Amourfut
il jamais, & c. doit regarder la page 3174
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1685.
'Eft avec raifon,Madame,
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter. C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
GALANT. 69
7.
Le Dimanche du dernier
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
Le 24. du mefme mois , M
le Duc de la Milleraye , qui
eft dans la Compagnie des
Gentilshommes de la Citadelle
de Befançon , & qui
monte à cheval dans l'Academie
de M'de Beaumarché,
donna un Prix pour une
Courfe de Teftes , & le 静
gagna.
Ce fut comme un petit
Caroufel , auffi- toft executé
que penfé. Il y avoit douze
Chevaux qu'il fit couvrir de
rubans de differentes coudeurs,
en moins d'une heure .
On
GALANT. 73
On commença par une Galopade
de ces douze Chevaux
, avec tous les changel'on
peut mens de main
que
faire. Enfuite il fe fit un Manége
figuré de cinq Chevaux
en mefme temps dans un ef
pace d'environ dix toiſes en
quarré. Il y avoit un Cavalier
à chaque coin , & un au milieu.
Les quatre des coins faifoient
des demy voltes , paffant
les uns fur les autres , &
celuy du milieu faifoit des
voltes entieres ; mais tous
avec unne telle jufteffe &
tant de meſure , qu'on cuſt
Novembre 1685. G
74 MERCURE
·
dit que c'eftoit un Ballet
danfe à cheval. M le Duc de
la Meilleraye y fit voir beaucoup
d'adreffe. Aprés cela on
courut lesTeftes . Il avoit eſté
convenu , que chacun feroit
trois Courſes , & dans chaque
Courfe il y avoit quatre
coups à faire , ce qui faiſoit
douze coups en tout. De ces
douze , Mile Duc de la Meilleraye
en fit dix, de ceux que
l'on appelle coups francs ; &
à l'égard des deux qu'il manqua
, l'un toucha la tefte du
Maure , & l'autre entra bien
avant dans le milieu du PoGALANT.
75
la
teau , à un doigt au deffous
de la Teſte. On peut dire
qu'il remporta ce jour-là plufieurs
Prix ; non feulement
celuy qu'il avoit donné, mais
encore celuy de la bonne
grace & de la vigueur . Comme
il ne couroit que pour
gloire, il ne voulut point profiter
de fon avantage . Il fe fit
une autre Courſe dont il ne
fut point . Le Prix y fut remporté
par un Gentilhomme
de la Province, qu'on appelle
le Comte de Grammont .
M* le Duc de la Meilleraye
eft Fils deM ' le DucMazarin,
Gij
76 MERCURE
c'est vous dire qu'il eft un
des plus grands Seigneurs du
Royaume , mais il n'eſt pas
moins honnefte homme que
grand Seigneur, & l'on affeure
à fa gloire qu'il a encore
plus de merite que de fortune.
Il eft entré au commencement
du mois de Maydernier,
dans la Compagnie des
Gentilshommes , commandée
par M' de Montcaut. Il
ne fuit aucune peine , portant
le Moufquet , & faifant
toutes les fonctions & les
gardes comme le moindre
Soldat de la Garnifon. Il a
1
GALANT. 77
•
paffé par toutes les Charges,
& a fait fouvent celle de Major,
avec beaucoup d'application
& de fuccés.
Depuis noftre commerce
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
86 MERCURE
Un celebre Mathematicien
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
Voicy une Lettre mellée
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
La trifte Nouvelle que je
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
Vous voyez par cette Ode
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
L'affiduité laboricufe &
toute reguliere avec laquelle
ce Prince s'attache au gouvernement
de fon Etat , luy
donne une connoiffance par
faite de tous les grands Hom
mes de fon Royaume ; & if
en juge par les chofes qu'il
leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Confeils
où il eft prefent , par le
zele qu'ils témoignent en
s'acquittant des emplois qu'il
leur confie , par le rapport
qu'ils font des grandes affai
*
Novembre 1685 . O
162 MERCURE
res dont il les charge , & par
mille autres endroits que
nous ne connoiſſons
pas, &
par lefquels ce Monarque
éprouve la capacité, le merite
, & l'exacte maniere de
rendre juſtice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes
Dignitez. Ces raiſons qui
font extremément
glorieufes
à Mr Boucherat , n'ont pas
laiffé long- temps balancer le
Roy fur le choix d'un nouveau
Chancelier
. Comme ce
grand Prince fait toutes chofes
de fon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT. 163
brigues , & qu'on n'ofe pas
meſme en faire , parce qu'on
fçait que non feulement elles
feroient inutiles auprés
de luy , mais encore qu'il les
condamneroit avec une jufte
ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majefté declaraft fon
choix qu'Elle fçavoit feule ,
& M de Boucherat mefme
dormoit tranquillement lorf
que le Roy l'envoya querir à
neuf heures du foir , ce qui
fait connoiftre qu'il n'avoit
point l'efprit agité de ces
cruelles inquietudes que dóne
un devorant defir de s'é-
O ij
164 MERCURE
·
lever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux
qui font attaquez d'une paffion
fi violete , M' Boucherat
fe leva, & vint trouver leRoy,
qui fans ceffe occupé des affaires
de fon Etat , travailloit
feul dans fon Cabinet. Sa
Majefté luy declara qu'Elle
le faifoit Chancelier de France,
& en mefme temps luy
donna les Seaux. Ce Prince
ne faifant jamais de Dons
qu'il ne les accompagne de
paroles obligeantes , & d'agrémens
qui en augmentent
encore le prix , quelques
GALANT. 165
grands qu'ils puiffent eftre ,
il dit à M' Boucherat , Qu'en
le faifant Chancelier, il luy demandoit
une chofe , qui eftoit de
l'eftre long-temps. Ce nouveau
Chancelier
fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , pour
luy faire les tres-humbles remerciemens
, & ne fongea
point en ce moment à la
grandeur de la Dignité où
ce Prince l'élevoit , mais
au glorieux avantage qu'il
avoit d'eftre choify par
un Roy , dont le difcernement
eft fi jufte , & dont
les choix font fi applau
166 MERCURE
dis . En effet , eftre nommé
Chef de la Juſtice par
LOUIS le Grand , c'eſt un
titre qui le fera diftinguer à
la Pofterité de tous les Chan:
celiers qui n'ont pas efté de
ce regne des miracles. S'il eſtoit
permis d'entrer dans les
fecrets mouvemens du coeur,
je dirois que peut- eſtre en
cet inftant il s'en falut peu
que M Boucherat ne fe cruft
en luy-mefme le plus grand
de tous les Hommes , puis
qu'il recevoit de fi éclatantes
marques d'eftime du plus.
grand de tous les Rois .
GALANT. 167
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majefté , il faut
vous faire connoiftre les divers
Emplois , & la Maiſon
de ce nouveau Chancelier.
Il fe nomme Louis Boucherat
, & eft Seigneur de Compans
en France . Il fut d'abord
Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeiller
au Parlement de Paris , &
Commiffaire aux Requeſtes
du Palais en 1641. & enfuite
Maistre des Requeftes, Inten
dant de Juftice à Soiffons , &
en Languedoc , Confeiller
d'Etat ordinaire , Confeiller
(
168 MERCURE
d'Honneur au Parlement de
Paris , & Confeiller au Cons
feil Royal des Finances de Sa
Majeſté en 1681. Son zele pour
le fervice du Roy , & l'intereft
du Public , a éclaté dans
rous ces emplois avec une
approbation generale ; ce qui
a fait que depuis l'année 1657,
jufqu'en 1679. il a eſté auffi
Commiffaire de Sa Majefté
aux Etats de Bretagne . En
1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recher
che des Ufurpateurs du titre
de Nobleffe ; & au mois de
Mars 1672. il eut l'honneur
d'eftre
1
GALANT
. 199
d'eftre un des fix Confeillers
d'Etat que Sa Majesté nomma
pour l'affifter lors qu'Elle
tenoit le Sceau en perfonne.
En 1673. il fut étably un des
Commiffaires de la Chambre
Royale,pour la Réunion des
Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679 , il en fut fait
Prefident. Il fut auffi un des
Commiffaires choifis en 1674
pour juger fouverainement
fe Procez des Acufez de Crimes
contre l'Etat, & en 1679.
il fut Commiffaire & Prefident
de la Chambre Souveraine
établie à l'Arſenal pour
Novembre
1685. P
170 MERCURE
la recherche des Crimes de
Poiſon. En 1683. Sa Majeſté
le fit Chef de la Commiffion
pour le Procez des Treforiers
Provinciaux des Guerres , &
le premier de ce mois , Elle
l'a nommé Chancelier &Garde
des Sceaux de France.
Mr Boucherat , qui vient
d'eftre revétu d'une Dignité
fi éminente, a eu deux Filles
d'Anne Marchant fa premiere
Femme. La premiere eſt
Magdeleine Boucherat,Fem
me d'Henry de Fourcy , Prefident
en la troifiéme Cham
bre des Enquestes du ParleGALANT.
171
ment , & Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris.
La feconde eft Catherine
Boucherat , Femme en premicres
Noces d'Henry de
Nefmond S de Saint Difan ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Juftice à Limoges
; & en fecondes Noces
d'Antoine Barillon S' de Morangis
, Maiſtre des Requeſtes
, Intendant à Caën, & cydevant.
Intendant à Metz &
Alençon , Frere de Paul de
Barillon de Morangis, Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Ambafladeur Extraordinaire
Pij
172 MERCUR- E
de Sa Majefté en Angleterre,
De la feconde Femme de M
le Chancelier , nommée Anne
Françoiſe de Lomenie ,
Veuve de Jean de Bretel S
de Gremonville, Maiftre des
Requeſtes , & Intendant en
Champagne , d'une Famille
qui a donné divers Secretaires
d'Eftat , eft venuë Françoife
-Louife-Marie Boucherat,
mariée à Nicolas - Augufte
de Harlay, Comte de Coeli
, & Seigneur de Bonnoeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juftice en Bourgogne
, cy - devant l'un des
GALANT. 173
deux Ambaffadeurs Extraor
dinaires & Plenipotentiaires
de France à l'Affemblée de
Francfort , & aux Conferences
de l'Empire. Le Pere de
Mile Chancelier, eftoit Jean
Boucherat s d'Athis prés
Lonjumeau, Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris ; &
fon Aycul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes
.
Cette Famille porte d'azur
au Cog d'or , & defcend de
Pierre Boucherat S ' de la For
geValcon, Procureur du Roy
à Troyes , l'an 1420. Elle a
Piij
174 MERCURE
donné diverſes perſonnes de
confideration . Nicolas Boucherat
Docteur en Theolo
gie de la Faculté de Paris, Religieux
& Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente,
où il fit paroiftre fa doctrine
& fa prudence , & obtint la
confirmation des Droits &
Privileges de fon Ordre. Enfuite
il fut éleu Abbé & General
de l'Ordre de Citeaux,
&Confeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII . defquels il ob
-
GALANT. 175
tint divers Droits à l'avantage
de fon Ordre. Charles IX.
& Henry III . l'honorerent
de leur eftime , & luy donnerent
diverfes Commiffions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avecfuccés . Il mourut
le 12. Mars 1596. & fut inhu
mé prés le grand Autel de
l'Eglife de Citeaux . Nicolas
Boucherat fon Neveu , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris, Religieux auffi
de Citeaux, paffa à l'imitation
de fon Oncle, par les principales
Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Ab-
P iiij
176 MERCURE
bé de Vaucelles , Coadjuteur
du General de Citeaux, & en
1604. Abbé & General de cet
Ordre , & Confeiller né au
Parlement de Dijon . Pendant
fon Adminiſtration , il vifita
les Monafteres de fon Ordre
en France , Franche- Comté
Suiffe,haute & baffe Allema
gne , Boheme , Hongrie &
Pais-bas. Il les reforma par
fon exemple , & y établit une
exacte rectitude de la Vie
Monaſtique , & une abſtinence
continuelle de viande.
Il fut deputé diverfes fois
vers les Rois Henry le Grand
"
GALANT. 177
& Louis le Jufte, prefida aux
Etats de Bourgogne , affifta
aux Etats generaux de Fran
ce , tint cinq Chapitres ge
neraux de fon Ordre, & infti
tua le Seminaire de Dole. II
mourut le 3. May 1625. & fut
inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé
de Pontigny en Bourgogne,
fut Vicaire general de l'Ordre
de Citeaux. Claude Bou+
cherat a efté auffi Abbé de
Pontigny. Jacques Boucherat
fut homme d'armes de la
Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy, fous la conduite
178 MERCURE
•
de M' de Pralin , & enfuite
Maiftre d'Hoſtel de Sa Ma
jefté. Jean Boucherat S de
Nogent , a efté Capitaine au
Regiment de Duras . Edmont
Boucherat celebre Avocat
au Parlement de Paris,
fut enfuite Avocat General
au mefme Parlement fous
Henry II . Guillaume Boucherat
fut pourveu de la
Charge de Prefident aux Enqueftes
du Parlement de Paris
, & mourut avant qu'il y
fuft receu. Edmond Bouche
rat 5' de la Mothe,a efté Confeiller
au Grand Confeil
GALANT. 179
Guillaume Boucherat Abbé
de Saint Sever & Prieur de
Nenteuil , fut receu Confeiller
au Parlement de Paris en
1646.La Mere de M' le Chancelier
fe nommoit Catherine
de Machault , d'une ancienne
Famille , qui a donné divers
Prefidens & Confeillers
aux Parlement de Paris ,Grad
Confeil , Cour des Aides , &
autres Compagnies Supe
rieures , divers Confeillers
d'Etat , Maiftres des Reques
queftes , & Intendans de Ju
ftice . Son Aycule Marie Perrot
, eftoit d'une Famille qui
180 MERCURE
}
a donné divers Confeillers
au Parlement. Sa Bifayeule
Louife le Coq , Femme de
Baptifte de Machault Confeiller
au Parlement , eftoit
Fille de Charles le Coq Prefident
en la Cour des Mon.
noyes , & defcendoit du celebre
Jean le Coq Avocat
General au Parlement de
Paris , qui a laiffé un Traité
confiderable des Decifions
du Parlement de fon temps,
& cette Famille a donné di
vers Maiſtres des Requeſtes
& Confeillers au Parlement.
Il y a peu de Familles qui
GALANT. 181
fe puiffent vanter d'autant
d'avantages , foit du coſté de
la naiffance & des alliances ,
foit du cofté des Dignitez
Ecclefiaftiques , ou de celles
de Robe & d'Epée, & de plus
d'ancienneté
à l'égard de ces
Dignitez , qui ont rendu illuftre
le nom de Boucherat ,fur
tout dans le plus augufte Senat
du monde , & dans les
Conciles generaux. Mais il
n'eftoit pas befoin que Mr.
Boucherat tiraft tant de gloire
du cofté de ſes Anceſtres,
puis qu'il ne doit qu'à luymefme
la premiere Dignité
182 MERCURE
de la Robe, dont Sa Majefté
le vient d'honorer. Il ne faut
pour cela que jetter les yeux
fur les diferens Emplois qu
Elle luy a confiez , pour lef
quels il devoit avoir l'intelligence
parfaite de toutes fortes
de Loix , fçavoir les Coûtumes
des Provinces , connoître
à fonds les Finances ,
ne rien ignorer de tout ce
qui regarde les matieres Civiles
& Criminelles , avoir
une forte pénetration d'ef
prit , & eftre porté à rendre
la plus exacte juftice.Le Roy
ayant connu par les diffeGALANT.
183
ress Emplois que M ' de Boucherata
exercez , & par ceux
de confiance qu'il luy a donnez
, qu'il poffedoit toutes
les qualitez qu'on peut fou .
haiter dans un Chancelier de
France, il ne faut pas s'étonner
fi Sa Majeſté ayant ainſi
éprouvé fa capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute
Dignité où tout le monde le
voit avec joye. Quoy que
tant de grands & divers emplois
l'ayent toûjours extremément
occupé , il n'a pas
laifféde donner beaucoup de
temps à l'étude , & il a au-
•
184 MERCURE
tant d'érudition que de
politeſſe. Sa pieté eſt connuë,
& chacun fçait combien
les interefts de la Religion
luy ont efté chers quad
il s'eft agy de les foûtenir . II
eft civil & obligeant
, & a
toûjours efté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perfonnes de merite. Le fien
eft fi grand, & fa capacité fi
folidement établie , que Meffieurs
de la Chambre des
Comptes en eſtant convaincus
dés le temps qu'il fe prefenta
pour la Charge de Correcteur
, ordonnerent qu'il
GALANT. 18%
y
feroit receu fans Examen.
a lieu d'efperer qu'on le
verra long-temps Chancelier
, puis qu'on affeure que
Mr Boucherat fon Pere , qui
a efté Doyen de cette Chambre
, eft mort âgé de quatre--
vingt-douze ans.
A peine fceut - on que le
Roy l'avoit honoré de cette
importante Charge, que tous
les Corps de Juftice & autres,
fe préparerent à luy en aller
faire leurs Complimens. Les
grands Emplois qui luy ont
efté confiez en divers temps,
leur en fourniffant une am-
Novembre 1685. Q
186 MERCURE
3
ple matiere , ils furent bien
toft en eftat de s'acquitter
d'un devoir fi jufte . La
Chambre
des Comptes
, &
le Grand Confeil y allerent.
Le Parlement, & la Cour des
Aydes, n'y doivent aller qu'-
aprés que les Lettres auront
efté prefentées au Parlement.
On ne peut trop admirer la
memoire & la preſence d'ef
prit de ce digne Chef de la
Juſtice , qui pour répondre à
chaque Compliment , en reprenoit
tout le fens , & s'expliquoit
fur tous les articles
avec une netteté furprenanGALANT.
187
te. Il fit plus , & marqua mefme
à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere
fort honnefte , qu'il fçavoir
qu'il s'y eftoit gliffé des
abus aufquels il falloit remedier
. L'Univerfité l'ayant ha
rangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy ,
il ne devoit parler que la Lan .
gue de ce Monarque; & pour
faire voir que la Latine ne
laiffoit pas de luy eftre fami
liere , il s'en fervit fur la fin
de fa réponſe , avec des expreffions
qui faifoient con-
Q ij.
188 MERCURE
noiftre qu'il la poffedoit parfaitement.
Il a pareillement
receu les Complimens de la
Cour des Monnoyes . M' de
Chauvry qui en eft premier
Prefident , porta la parole .
Les Treforiers de France fe
font auffi acquittez du mef
me devoir par la bouche de
M' de Varoquier, Doyen des
Chevaliers de Saint Michel,
& Prefident au Bureau des
Finances. Il eft d'une naiſſan
ce diftinguée . M' de l'Academie
Françoiſe l'ont auffi
complimenté. M* Boyer,qui
eft prefentement Chancelier
GALANT. 189
de leur Compagnie , parla
avec la jufteffe ordinaire aux
Academiciens. Je vous entretiendray
plus amplement
le mois prochain de tous ces
Complimens , & vous en envoyeray
quelques -uns . J'oubliois
à vous marquer , que
la premiere fois que M³ le
Chancelier donnaSceau, il fit
voir que quoy qu'il ne duft
pas encore avoir toutes les
fumieres que donne une longue
foction dans cette Charge,
il ne pouvoit ñeanmoins
eftre furpris ; il refuſa de
feeller quantité de choſes ,
190 MERCURE
qui n'eftoient pas confor
mes aux Ordonnances .
Vous fçavez la mort de
Monfieur lePrincedeConty
,
arrivée le 9. de ce mois. Les
nouvelles de cette nature.
font trop publiques pour
pouvoir eftre ignorées de
ceux mefme qui prennent le
moins d'intereft à ce qui fe
paffe dans le monde . Madame
la Princeffe de Conty fa
Femme,ayant témoigné pendant
tout le temps que ce
Prince a eſté en Allemagne,
un extréme chagrin de fon
abfence , une apprehenfion
GALANT. 191
continuelle pour fa vie , &
une tres grande impatience
de le revoir , à peine eut- il
veu qu'il n'y avoit plus d'oc
cafions d'acquérir de la gloire
, & que la campagne ef
toit finie pour ceux de fon
rang , qu'il vint la trouver
avec le plus de diligence
qu'il luy fut poffible , afin de
luy témoigner par ce prompt
retour l'empreffement qu'il
avoit de fe revoir auprés d'el
le , & de luy marquer fa recónoiffance
pour mille foins
obligeans qu'elle avoit eus
pendant fon abfence. La
192 MERCURE
Cour eftant partie pour
Chambor , ce Prince la joignit
en chemin , &
& y demeura
pendant un mois de
fejour qu'elle fit en ce lieulà
. La Cour vint enfuite à
Fontainebleau
, où cette jeune
Princeffe fut attaquée
auffi-toft de la petite verole.
Monfieur le Prince de Conty,
pour luy faire voir la for
ce de fon amour , ne voulur
point la quitter , & s'enfer
ma avec elle . Si l'on exami
ne le danger qu'il y avoit
pour un homme de fon âge,
qui eft plus fufceptible du
mavuais
GALANT. 193
fi
mauvais air, on trouvera que
ce n'eftoit pas peut - eftre affronter
moins les perils , que
lors que ce Prince s'eftoit
expofé aux plus redoutables
dangers de la guerre . La fuite
a fait voir que le rifque
eſtoit fort grand , puis que
toft que Madame la Princeffe
de Conty fut guerie , il
fe fentit attaqué du mefme
mal . Sa petite verole fortoit
affez bien , lors que le tranfport
comméçant à luy monter
au cerveau, on fut obligé
de le faigner pour en arref
ter le cours. La petite vero-
Novembre 1685. R
194 MERCURE
le rentra , & ce Prince mourut
peu de temps aprés dans
fa vingt- cinquième année. Il
eftoit Fils d'Armand de Bourbon
, Prince d'une grande vivacité,
& d'un grand brillant
d'efprit , & qui en a meſme
donné des marques par quel
ques Ouvrages remplis de
pieté,qu'il a compoſez avant
fa mort. Eftant General des
Armées du Roy en Catalogne,
il prit Villefranche, Puicerda
& Caftillon . Il eftoit
Grand Maistre de la Maiſon
du Roy , & Gouverneur de
Languedoc, & avoit épousé
GALANT. 195
Anne Marie Martinozzi
Niece de M' le Cardinal Mazarin
, premier Miniſtre d'Etat.
La vertu de cette Princeffe
égaloit fa beauté , elle
a toûjours mené une vie exemplaire,
& fa memoire eſt
en veneration . Le Prince qui
vient de mourir ayant elté
élevé auprés de Monfeigneur
le Dauphin , & une fi belle
éducation ne luy ayant inſpiré
que de l'ardeur pour la
gloire , il ne refpiroit que les
combats . Quoy qu'il n'euft
que vingt- quatre ans , il s'étoit
déja trouvé en plufieurs
Rij
196 MERCURE
Sieges & Combats , en Flandre
& en Hongrie. Voicy
quelques Vers qui ont eſté
faits fur cette mort,
SSSSSSS2-55255 522
MADRIGAL.
P Leuriz
Leurez , pleurcz, Guerriers,
Le genereux Conti tout couvert de
Lauriers ;
Pleurez le trifte fort de cet Epoux
fidelle :
Pourfauver du trépas un objet plus
qu'humain,
Aprés que de fon mal il eut pris le
venin ,
Ilpaya
le Tribut le Tribut pour Elle.
GALANT. 197
AUTRE.
L'Illuftre Prince de Conty
Dans fon malheurprit leparty
Defouffrir avec fa Princeffe.
Maufole n'ajamais témoigné tant d'amour
,
Nous pouvons aisément juger defa
tendreffe,
Pour luy Sauver la vie , il aperdu le
jour!
IMITATION
De la'58 Epigramme du Livre
10. de Martial.
Ar un trépas précipité
PtrCe Prince à la France eft
ofté ,
Tout le mondepleure la perte.-
Riij
198 MERCURE
Ah !fans doute la mort. nous l'euft
ravy plus tard ,
5. Mais comptant les Lauriers dont fa
tefte eft couverte ,
Elle l'apris pour un vieillard.
Le premier de ces Madri
eft de M' Vignier , le gaux
fecond de Mr Eftienne de
Senlis , & le troifiéme de M
de Lofme, qui a traduit avec
beaucoup d'agrément quantité
d'Epigrammes de Mar
tial , qu'il doit bien-toſt donner
au Public.
La mort de ce Prince fit
cefler tous les Divertiffemens
qu'on devoit continuer à
GALANT. 199
Fontainebleau , & celuy du
Balet du Temple de la Paix
fut du nombre. Je n'eus pas
le temps de vous dire le mois
paffé , que M' le Marquis de
la Vrilliere s'y eftant fait admirer
, les applaudiffemens
qu'il receut furent caufe que
Sa Majeſté trouva bon qu'il
dançaft une Entrée feul. Il y
réüffit d'une maniere fi avanrageufe
, que l'on entendit
en mefme temps toutes les
voix s'élever pour luy donner
des loüanges. Ce fut ce qui
donna lieu à un des Spectateurs
de faire les Vers fui-
R. iiij
200 MERCURE
vans , fur le Perſonnage de
Berger , qu'il repreſentoit
dans ce Balet.
"
Ergeres, craignez laſurpriſe,
Défiez - vous de ce nouveau BB
venu ,
C'est l'amour , qui n'ofaatfe faire voir
tout nu ,
Sous cet habit champestre fe de.
guife ;
Pour vous approcher de plus prés
Il paroift fans Arc &fans Fléches;
Mais il vient avec mille attraits ,
Qui nefont pas aux coeurs de moins
fenfibles bréches.
Pour leurfairefubirfa Loy,
La force n'eft pas neceſſaire ,
Il ne faut point tant d'attirail
plaire
pour
Quand on a les graces pour foy
GALANT. 201
f
Encor qu'il ait quitté fes armes
Vous n'eftes pas moins en danger,
Il est aisé , quand on a tant de
charmes
>
De trouver l'heure du Berger.
Pour le meſme , ſur le meſme
fujet.
CB petit cha-
E Bergerfijeune &fi beau
lumeau
Avec la plus douce mufette ;
Il entonne une Chanfonnette
D'un air furprenant & nouveau.
Quefi pour quelque fefte il dance
Sous l'Ormeau ,
Il le fait de fi bonne grace
Qu'il eft fortpeu de Bergers qu'il
n'efface ;
Il n'en eftpoint dans le Hameau,
202 MERCURE
Quipour conduire fon Troupeau
Soit plus vigilant &plus fage,
Bien qu'il ne foit qu'au Printemps
de fon âge ;
La nature chez luy n'a pas besoin de
l'art.
Si quelque jour , bondiſſant fur
l'herbette ,
Une brebis fe trouvoit à l'écart ,
Elle doit craindre fa Houlette.
Pour le mefme, reprefentant
un Biſcayen .
T
Andis que loin du bruit dess
armes
Au Temple de la Paix de tous lieux
onfe rend,
Ce jeune Biscayen , dont l'éclat vous
Surprend,
Prépare aux coeurs de nouvelles
alarmes ;
GALANT. 203
La belle qui le charmera
Perdra le temps àfe défendre ,
En vain elle l'évitera
Pour ne fe pas laiffer furprendre.
Il va viste , il l'attrapera ;
Un jour dans la tendre carriere
( De l'agilité dont il eft )
Il laiffera tousfes rivaux derrieres
Qu'on fait de chemin quand on
plaift!
Pour le mefine , fur le mefme
fujet.
Le font diftinguer dans la
E bon air , la legereté
dance ;
Mais il foumet l'agilité
Aux mesures de la cadence ;
Aucun pas n'eft fait au hazard ,
Tousfont formez par les regles de
Parti
204 MERCURE
Ainfi de fon efprit plein de vives
lumieres
Les brillantes manieres
Partent d'unjugement meur avant la
faifon ,
Et fon feu cede à fa raiſon.
Pour le mefme , fur le mefme
fujet.
D
à la Cour
Eja fon nom fait
Bien plus de bruit que fon
Tambour }
Plein d'un beaufiu , que le bon
fins feconde,
;
Il avance fort dans le monde ;
Mais s'il fe preffe aint , peut- on s'en
étonner ?
A cette noble ardeur il doit s'abandonner
,
Sa diligence eft neceffaire ,
GALANT. 203
Il fait bien de doubler le pass
Pour arriver au merite d'un Pere
Que toute la France revere
Il eft fort à propos qu'il ne s'endorme
pas,
Il a bien du chemin à faire.
Je ne vous préviendray
point fur l'Air nouveau que
je vous envoye. Vous en jugerez
, je vous le laiffe chanter.
AIR NOUVEAU.
' Amour , le feul amour eft
Lacauſe
Que je neglige mon Troupeau ;
Mais comme il eft le moindre du Hameau
On dira
que c'est peu de choſe.
206 MERCURE
Ah ! quandj'aurois tous les Montons
Des Bergers de nos Cantons,
Fe les negligerois encore
Pour la Bergere que j'adore.
Je vous apris le mois
paffé que M' de Boisfrant
avoit efté nommé Chancelier
de Son Alteffe Royale ,
aprés la mort de M' du Houf
fet , qui eftoit pourveu de
cette Charge. J'ajoûteray aujourd'huy
à cette nouvelle
que plufieurs perſonnes y
pretendoient , mais
fidelles & longs fervices de
Mr de Boisfrant dans l'adque
les
GALANT. 207
>
miniſtration des Finances de
Monfieur , & dans beaucoup
d'autre choſes qui regardent
la Maiſon de ce
Prince , luy ont fait donner
la preference . Elle a eſté accompagnée
de la part de
Son Alteffe Royale de tous
les agrémens , & de toutes
les marques d'eftime que
meritoient des fervices tels
que ceux de M ' de Boisfrant,
& ce choix a efté fort applaudy.
Cette Charge eft
tres-confiderable , le Chancelier
de Monfieur , eftant
auffi Chef de Son Confeil.
208 MERCURE
Mr de Boisfrant fon Fils ,
Maistre des Requeſtes , à qui
ce Prince en donna en mef
me temps la furvivance , à
confervé avec cette Charge
celle de Surintendant des Batimens
de Monfieur , parce
qu'elle demande un homme
d'ordre,fidelle,& intelligent,
& qu'il pourra y rendre fervice
à Son Alteffe Royale.
Ceux qui font montez à
la qualité d'Officiers Generaux
fous le Regne du Roy ,
ne pouvant eftre d'une
éprouvée , à cauſe de valeur
que
a
la maniere dont on a fait la
GALANT. 209
guerre , & parce que Sa Majefté
jugeElle - mefmę du vray
merite , on ne doit pas s'étonner
fi leurs fervices fontglorieufement
recompenfez.
Ceux de M¹ du Sauffay
font affez connus. Ainfi l'on
Sn'eft
pas furpris que le Roy
luy ait donné le Gouverne
ment de Broüage , vacant;
par la mort de M³ de Car
navalet.
Quelques mefures qu'on
prenne pour venir à bout
d'une entreprife , elles ne
font jamais affurées , & ce
qu'on employe pour empef
Novembre 1685.
S.
210 MERCURE
cher une chofe , eft bien fou
vent ce qui la fait reüffir. Un
homme tres-riche avoit atteint
un âge fort avancé ,
fans autre chagrin confiderable
, que celuy de n'avoir
point eu d'Enfans, quoy qu'il
fe fuft marié deux fois. Sa fe.
conde Femme , qu'il avoit
épousée depuis quinze ans ,
n'en avoit encore que trente
, & les Neveux du bon.
Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui leur
étoit favorable, faifoient des
voeux tous les jours pour
confervation de fa vie, Cela
GALANT. 211
pendat quelque jeune qu'elle
fuft , une fiévre violente
l'emporta en peu de jours
malgré tous les foins qu'i's
prirent de faire venir les plus
fameux Medecins. Sa mort
les mit en inquietude tou
chant la fucceffion de l'Onclequi
leur pouvoit échaper...
Ils le connoiffoient d'un
temperament fort amou
reux , & fa fanté qui n'eftoit
point affoiblie par fa vieilleſ
fe , leur faifoit apprehender
un troifiéme Mariage . Il n'y
avoit que fix mois qu'il eftoit
veuf lors qu'ils découvri
Sij
212 MERCURE
rent qu'il fongeoit à époufer
une Fille de vingt ans qu'il
voyoit fecretement. Ils firent
d'abord éclater la chofe , &
comme ils eftoient puiffans ,
ils apporterent de ſi grands
obftacles à ce qu'il avoit conclu
, que l'affaire fut rompuë.
Ce ne fut pas affezpour les rafurer
contre la crainte continuelle
où ils eftoient qu'il
ne s'égageât ailleurs, & qu'ils
ne puffent pas toûjours empefcher'
qu'il ne difpofaft de
luy . Pour s'en délivrer entierement
, ils s'emparerent de
fon bien fous divers pretex
GALANT. 213
tes, luy fufciterent quelques
affaires facheufes , & fe ren.
dant maiſtres de fa perfonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon, où le credit qu'ils a
voient leur fit efperer qu'ils
luy laiſſeroient finir les jours.
Afin qu'il la fupportaft avec
moins d'impatience, ils le fi
rent mettre dans une Chambre
fort propre, & à la reſerve
de la liberté, rien ne luy manquoit
de toutes les chofes
qu'il témoignoit fouhaiter.
Il ne manqua pas d'intenter
Procez contre fesNeveuxqui
luy rerenoient fon bien fi in214
MERCURE
juſtement , & qui le trai
toient avec tant d'indignité,
mais il eut beau demander à
eftre oüy , toutes ſes inſtances
furent inutiles , & il fe
paffa deux ans fans qu'il puſt
avoir raifon de la violence
qui luy eftoit faite . Il avoit
quelques Amis de l'un & de
l'autre Sexe , qui n'eſtant
point du party de fes Neveux,
luy rendoient vifite de
temps en temps. S'ils ne
pouvoient le remettre en
liberté , du moins ils le confoloient
dans fa diſgrace , &
c'eftoit toûjours pour luy un
GALANT. 215
foulagement qui adouciſſoit
fes déplaifirs. Un jour que
quelques Dames parloient
d'aller paffer avec luy une
apreſdinée , une jeune Demoiſelle
qui eftoit prefente
voulut les
accompagner
.
Elle n'avoit jamais veu au
cune Prifon , & la curiofité
fut le feul motifqui l'engagea
à eftre de la partie. Le
Prifonnier les receut avec
beaucoup de marques de
joye , & comme il eft naturel
de faire le détail de fes
malheurs , il exagera dans
les termes les plus forts,
216 MERCURE
l'indigne maniere dont fes
Neveux le traitoient , &
ajoûta qu'il reſſentoit d'autant
plus le chagrin de fa
Prifon qu'il eftoit feur d'en
fortir , pourveu qu'on vouluft
luy accorder Audience
. La Demoiſelle à qui le
difcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eftoit la
premiere fois que le Vieilfard
la voyoit , tafcha de le
confoler en le plaignant
.
Elle témoigna entrer dans
ſes interefts & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur
GALANT. 217
leur Compagnie , elle employeroit
tous fes foins pour
obtenir ce qu'il fouhaitoit.
Le bon Homme luy promit
que fi elle luy rendoit un pareil
fervice , il n'eftoit rien
-qu'il ne fift pour elle , & cette
promeffe luy donnant des
veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ferieuſement
àle tirer de Prifon . Elle
avoit fort peu de bien , &
le Vieillard qui pouvoit luy
faire de grands avantages
en l'époufant , l'auroit fort
acccomodée . L'occafion étoit
favorable , il ne s'agiffoit
Novembre 1685. T
218 MERCURE
que d'en profiter. L'agré
ment de fa Perfonne joint à
un efprit fort délicat luy en
donna l'efperance . Ainfi elle
diſpoſa les choſes en faveur
du Prifonnier , & trois ou
quatre vifites qu'elle luy rendit
encore fous pretexte de
venir luy demander quelques
éclairciffemens , l'ayant
mis au point où elle croyoit
devoir l'amener , elle fit agir
fi heureuſement
le pouvoir
de ceux qui s'interef
foient pour elle , qu'enfin
on luy donna Audience.
Cette Audience obtenuë
GALANT 219
il eut bien-toft gagné ſon
Procés. Si toft qu'il fut libre
, il courut marquer la reconnoiffance
à la Demoifelle
, en luy offrant telle partie
de fon bien qu'elle pouvoit
ſouhaiter. Elle répondit
, que n'ayant envisagé
que le feul plaifir de faire
ceffer une injuftice , il fuffifoit
qu'elle cuft réüſſi pour
avoir fujet d'eftre contente.
L'air tout charmant qui accompagna
cette réponſe ,
toucha
fenfiblement le coeur
du Vieillard . Il luy dit tout
tranſporté , que c'eftoit trop
Tij
220 MERCURE
que
peu pour elle qu'une partie
de fon bien , & que s'il eftoit
affez heureux pour ne luy
voir point de repugnance
à l'accepter tout entier avec
fa perfonne , il la rendoit
Maiftreffe de tout. Vous jugez
bien l'offre fut acceptée.
Le Notaire vint : les
Articles furent dreſſez & fignez
, & le Mariage fe fit
en trois jours. Le deſeſpoir
des Neveux fut grand , mais
il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la grof
feffe de la Dame . Le Vieillard
en a une joye inconce
GALANT. 221
vable , & il eſt ravy qu'un
Heritier leur ofte entierement
l'efperance d'avoir ja
mais aucune part à fon bien.
M' le Marquis d'Urfé ,
dont vous connoiffez l'illuftre
Maifon , mourut le Vendredy
2. de ce mois , dans ſa
quatre - vingt & uniéme année.
Le fenfible déplaifir
qu'il eut d'avoir perdu il y a
deux ans Madame la Mar
quife d'Urfé fa Femme , luy
fit prendre le deffein de chercher
-la folitude. 11 fe retira
chez les Peres de l'Oratoire
én leur Maifon de Noftre
P
Tiij
222 MERCURE
Dame des Vertus , où le Pere
d'Urfé , l'un de ſes Fils , qui
eftoit alors Vifiteur de cette
}
Congregation , vint demeurer
avec luy.Ille choifit pour
fon Confeffeur
; & les confolations
qu'il receut de fes
confeils , luy firent goufter
beaucoup de douceurs qu'il
n'auroit pas trouvées dans le
monde. Pendant qu'il fut
dans cette Maiſon , il fit voir
par de continuelles pratiques
de vertu & de pieté , que la
volonté de Dieu eftoit fon
unique étude. Pour mieux
travailler à fon falut , il crut
GALANT. 223
devoir fatisfaire aux Creanciers
de fes Predeceffeurs ,
auffi- bien qu'aux fiens. Il modera
fa dépenfe , & regla ſi
bien fon train & fon équipa
ge , qu'il épargna dequoy
s'acquitter de toutes dcbtes .
Ce fut pour luy une confolation
fenfible au milieu de
beaucoup d'infirmitez , de
marier M' le Marquis d'Urfé
fon Fils , l'unique efperance.
de fa Maifon , avec Mademoifelle
de Goutault. Peu de
temps aprés , fes maux s'étant
augmentez, il quitta Noftre-
Dame des Vertus , & vint de-
Tiiij
224 MERCURE
demeurer à l'Inftitution de
l'Oratoire , pour eftre plus
proche du fecours qu'il pouvoit
tirer des Medecins de
Paris. Ce fut là où il donna
des témoignages nouveaux
de fa patience dans ce qu'il
fouffroit & de fa fidelité
Aîdans
le fervice de Dieu . Il
enviſagea la mort , & s'y
difpofant de fon propre mouvement
, il fit affembler M's
fes Fils , dont les quatre
nez ont embraffé l'Eftat Ecclefiaftique.
Il leur recom
manda fortement de conferver
parmy eux l'efprit d'u
GALANT. 225
nion , dont Dieu avoit favorifé
fa Famille. Il pria M'I'Evefque
de Limoges , de vouloir
bien leur fervir de Pere ,
les exhortant tous d'avoir
en luy une entiere confiance
, foûtenue du refpect
qu'ils luy devoient comme
à leur Aifné , & à un tresdigne
Prelat ; il leur dit qu'-
ils ne pouvoient avoir de
trop grands égards pour M
l'Abbé d'Uurfé , de qui le
zele pour le fervice de Dieu
l'avoit engagé à aller faire
une troifiéme fois les fonctions
de Miffionnaire en
226 MERCURE
Canada, & qu'ils le devoient
regarder comme un Apoftre
par l'entier détachement des
biens de ce monde , qui luy
avoit fait refigner fon Doyené
avant fon départ. Aprés
qu'il les cut priez de déferer
auffi aux avis de M' d'Urfé de
l'Oratoire , & d'aimer toûjours
M l'Abé de S. Juft.
d'Urfé , Doyen de Noftre-
Dame du Puy , il s'adreffa à
M' le Marquis d'Urfé , auquel
il recommanda expreffément
de fervir le Roy avec
une exacte & inviolable fidelité.
Il dit auffi quelque cho
GALANT. 227
fe de fort tendre & de fort
touchant à Madame la Marquife
d'Urfé,fur l'union qu'il
luy demandoit avec M' fon
Mary ; & paffant du general
au particulier, il les pria tous
de fe fouvenir de luy dans
leurs prieres. Il fit tout cela
d'un efprit fi fain , qu'il ne
fembloit pas toucher à fa derniere
heure, mais fentant que
la nature manquoit en luy,
il tâcha de reparer ce defaut
par le fecours de la grace , &
fouhaita l'Extréme- onction .
Ce fut alors qu'il fit connoître
fa derniere volonté tou228
MERCURE
chant la difpofition de fon
corps. M' d'Urfé de l'Oratoi
re fe trouvant auprés de luy,
il luy demanda s'il pouvoit
efperer que les Peres de cette
fainteCongregation luy vouluffent
accorder un lieu de
repos dans leur Eglife , pour
comble des douceurs fpirituelles
qu'il avoit fenties
pendant fon fejour dans leur
Maiſon. Il expira aprés ces
paroles , & fut enterré comme
il l'avoit fouhaité, en l'Eglife
de l'Inftitution de l'Oratoire
, dans la Chapelle du
Cardinal de Berulle. La pomGALANT.
229
pe funebre, quoy qu'accompagnée
de fimplicité & de
modeftie , ne laiffa pas d'avoir
fa beauté , tant par le
Clergé , que par un grand
luminaire.
Dame Suzanne Garnier
Veuve deCharles de Brancas,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Mere , Lieutenant general
des Camps & Armées
de Sa Majefté, Marquis de
Maubec , d'Apilly , & autres
Lieux , eft morte auffi depuis
peu de temps
.
le de feu M' Garnier Treforier
des Parties Cafuelles. De
Elle eftoit Fil230
MERCURE
ce Mariage eft venuë Marie
Françoife de Brancas , Dame
du Palais de la Reine, mariée
avec Henry Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt
Comte de Montlor & de S.
Romaife , Marquis de Maubec
, Baron d'Aubenas , de
Montbonnet
& d'Aygufe
,
Seigneur de Montpezat , de
Miremande & de Grateloup.
Mr Garnier eut deux autres
Filles , Soeurs de Madame de
Brancas , dont je vous apprens
la mort. L'une nommée
Magdeleine Garnier,fut
mariée à feu Jean Molé SeiGALANT.
231
gneur de Champlatreux, Prefident
au Mortier au Farlement
de Paris , dont eſt venu
Louis Molé Seigneur de
Champlatreux , Prefident
auffi au Mortier ; & l'autre
époufa M' Doradoux, Lieutenant
de l'Artillerie de France
.
De la
Maifon de
Brancas,
originaire
du Royaume
de
Naples, font fortis fix Cardinaux
, fçavoir
Landolphe
de
Brancas
Cardinal en 1294 .
Raynaud
de Brancas
Cardinal
en 1385. qui eftoit au Concile
de
Conſtance ; Louis de
232 MERCURE
Brancas Cardinal en 1408.Nicolas
de
BrancasCardinal qui
étoit auConcile de Pife.Thomas
de Brancas Cardinal en
1411. & Marie de Brancas Cardinal
en 1633. Alexandre de
Brancas vivoit en 1374. & fut
Maréchal du Royaume de Sicile
, & de la Principauté d'Achaye
. Buffile de Brancas fut
Maréchal de l'Eglife Romaine
, & fe retira en Provence
y a trois cens ans . C'eft
d'où font venus en France les
de Brancas , que nous connoiffós
. André de Brancas Sr
de Villars , Amiral de Franil
GALANT. 233
ce, Gouverneur du Havre de
Grace , fut tué en 1595. Georges
de Brancas Duc de Villars,
auffi Gouverneur du Ha-"
vre , eftoit Frere de l'Amiral .
La Terre de Villars fut érigée
en Duché en faveur de
ce dernier. Louis de Brancas
aujourd'huy Chef de cette
Famille , eft Duc de Villars ,
Marquis de Graville & de
Grand - champ , Comte de
Maubec , Vicomte de Cou
tance , Baron d'Oife, de l'Ifle,
& de la Ferté Bernard , Seigneur
de Maubec . Il a épou
fé Mademoiſelle de Brancas
V Novembre 1685.
234 MERCURE
fa Coufine, Soeur de Madame
la Princeffe d'Harcourt. De.
Brancas porte d'azur au Pal
d'argent , chargé de trois Chateaux
de gueules , maçonnez de
Jable , & tenu par quatre pates
de Lyon d'or.
Il faut auffi vous
apprendre
la perte que l'on a faite
d'un de nos braves François ,
appellé
M de Saint André
du nom de Caffan, d'une Nobleffe
diftinguée
dans le bas
Languedoc
. Il avoit receu
fept coups à la prife de l'importante
Place de Coron
dans la Morée , & il en eft
mort. Il a efté extremément
GALANT. 235
regreté dans toute l'Armée ,
particulierement du General
Morofini , & du jeune,
Prince Maximilian de Brunf-
Vick. Il eftoit Colonel d'un
Regiment d'Infanterie des
Troupes que le Duc de
Brunfvick Hanover avoit
données aux Venitiens. IE
avoit fervy dés l'âge de
torze ans , ayant quitté fes
études pour aller au Siege de :
Barcelone. Il s'y diftingua
d'une maniere fi avantageu
fe, qu'onluy donna une Lieutenance
dans le Regiment :
de la Reine , où il fut enfuite: 2.
qua.
Vij
236 MERCURE
Capitaine , & aprés Capitai
ne & Major dans le Regiment
de Guitaut. ' Il eut les
mefmes emplois dans celuy
de Perfan, & alla en Candie
avec ce Corps , lors que le
Roy y envoya du Secours. Il
yfut fait Lieutenant Colonel
de ce Regiment qui fut caſſé
aprés qu'on eut fait la Paix
Generale en France , ce qui
l'obligea d'aller chercher de
l'employ en Allemagne. Il
emporta des Lettres de recommandation
de Monfieur
le Prince qui l'honoroit d'u
ne eftime particuliere , &
GALANT. 237
s'attacha aupres du feu Duc
de Hanover, qui levoit alors
des Troupes. Ce Prince le
fit Capitaine de fes Gardes,
& enfuite Lieutenant Colonel
. Sa mort eſtant furvenuë,
Mr de S. André fongeoit à fe
retirer, quand Monfieur l'Evefque
d'Ofnabruc fon Frere
& fon Succeffeur , à preſent
Duc de Hanover , le retint à
fon fervice dans le mefme
employ , & luy augmenta
mefme fes apointemens. Il
le fit enfuite Colonel d'un des
Regimens qu'il envoya aux
Venitiens contre les. Tures,
238 MERCURE
& c'eſt à la tefte de ce Regiment
qu'il a receu les Bleffeures
dont il eft mort pour le
fervice de la Chreftienté.
De fon Mariage avec une
Demoiſelle de Rimou en Bretagne
; il n'a laiffé que deux
Filles. Le Pere de ce brave.
Gentilhomme avoit toûjours
porté les armes , jufqu'à ce
qne le nombre de fes Bleffeures
l'obligea d'abandóner
le fervice . Son Ayeul a donné
auſſi en pluſieurs occafions
de grandes marques
d'intrepidité & de bravoure.
S'il n'y a point de remede
GALANT 239
qui puiffe nous empeſcher
de mourir , il n'eft point de
mal , quelque grand & incurable
qu'il foit , auquel on
ne puiffe aporter du foulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute ,
qui de tous les maux qui ne
fe peuvent guerir , eſt eſtimé
le plus incurable . L'Aumonier
de M' le Marefchal
de Lorges , a trouvé le ſecret
, non feulement d'en apaiſer
la douleur , mais auffi
de l'arrefter , je n'ofe pas dire
pour quelques années , parce
que cela approcheroit
240 MERCURE
trop de la pleine guerifon.
Cependant il eft certain que
le Sieur Royer Serurrier, demeurant
rue Sainte Anne du
cofté de la rue S.Honoré, Paroiffe
S. Roch , qui avoit la
goute aux pieds & aux
mains, les doigts tout roides,
& qui depuis fort long- temps
avoit prefque efté toûjours
contraint de garder le lit ,
n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que
cét Aumonier le traite . II
marche aifément , & il fe
fert de fes mains pour le travail
de fa Profeffion . Je
parle
GALANT. 241
parle fur le raport de mes
yeux . J'ay veu ce Serrurier
qui a encore les mains toutes
contrefaites de la rigueur
de fon mal. Mr l'Abbé de la
Rocque l'a vû auffi , & en a
fait un article dans l'un de
Les Journaux des Sçavans .
Ce Gouteux qui a fouffert fi
long-temps , nous a confirmé
à l'un & à l'autre ce que -
nous avions appris du foulagement
qu'il avoit receu. Il
a dit la mefme choſe à plufieurs
Perfonnes de qualité
qui l'ont voulu voir , fur ce
qu'avoit dit cét Aumônier ,
Novembre 1685.
a
X
242 MERCURE
qui inftruira luy - mefme de
fes Remedes , & nommera
ceux qu'il a foulagez . Quand
on a recours à luy , il ne
s'engage qu'à faire ceffer la
douleur pour un an , s'il ne
guerit pas tout à fait. Son
attachement
ne luy permettant
pas de s'éloigner , il
ne fort point de Paris , ou
des lieux où eft la Cour.
L'Eglife de France a perdu
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
Ces jours paffez Madame
la Ducheffe du Lude, fit faire
un Service folemnel dans l'E
264 MERCURE
glife des Celeſtins , pour le repos
de l'Ame de Mr le Duc
du Lude , Grand Maiſtre de
l'Artillerie. Ce fut une ma
gnificence extraordinaire.
Elle fatisfait par un fi pieux
devoir la douleur qu'elle ref
fent de la perte d'un Mary,
qu'elle aimoit tres -tendrement,
& dont elle eftoit tendrement
aimée .
M' d'Argouges Conſeiller:
d'Eftat ordinaire , a eu au
Confeil Royal la place de
Monfieur Boucherat prefentement
Chancelier de
France. C'eft un Homme
d'un
GALANT 265
:
d'un fort grand merite, dont
je vous ay parlé plufieurs
fois. Il a efté Premier Prefi
dent au Parlement de Bretagne.
La ReineMere le confideroit
beaucoup.
Vous m'avez paru fi fatisfaite
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
Comme les Lettres de M
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
ΗIl y a quelques années que je
yous envoyay toute l'Hiftoire du
Comte Texely dans une de mes
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Confpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Mar
quis de Frangipany , ont voulu
fe faifir du Chafteau & des biens
de fon Pere , non qu'il eut trem
312 MERCURE
pé dans cette Confpiration , mais
parce que d'auffi puiffans Sujets
que luy eftans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre fufpect , le Pere de Teke.
ly fit fauver fon Fils déguiſé en
Fillé , & mourut bien- toft aprés.
Les Proteftans de Hongrie fe
fouleverent , & Tcxely fe trouva
à leur tefte à l'âge de dix- fept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'efprit de Tekely la rendit affez
heureuſe . Enfin , foit que les
Turcs fuffent appcl'ez en Hongrie
par ces Rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euft fait croire
qu'ils én feroient mieux leurs af
faires en Allemagne , ils y fondi
rent ,comme vous avez fceu . Ils
eurent du defavantage devant
Vienne ,
GALANT. 313
Vienne , & l'année fuivante les
Allemans en eurent devant Bude
. Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la caufe de Dieu , ont
eu des avantages fi grands dans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs , & contre les Mécontens ,
que le Grand Seigneur voyant
murmurer ſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eftre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaifer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte ,
& c'est pour cela què les Turcs
quifont adroits luy ont tendu les
pieges que vous avez fceu , pour
le faire tomber entre leurs mains.
Novembre 1685. Dd
314 MERCURE
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays interefts, puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovie , ce qu'il auroit fait le
lendemain , mais les chofes ont
tourné tout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Texely , qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au fecours
de Caffovie. Ce Comte au lieu
d'aller trouver les Rebelles , envoya
un Député au Comte Ca.
prara pour le prier d'obtenir fa
grace de l'Empereur , & le mefmejour
qui estoit le 25 d'Octobre
, il fit rendre Caffovie. Les
Rebelles furent enfuite incorporez
dans les Troupes de Sa MaGALANT.
3 : 5
jesté Imperiale , & l'on marcha
du cofté de Mongats . Cette Fortereffe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la prife rendroit
'Empereur Maiftre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas efté plus heureux du cofté de
ala Pologne, quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez , foit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pi
jetter aucun fecours dans Kaminiek
, & ont mefine cfté pouffez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois . C'eftoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle de
leurs Ennemis.
Comme les defordres qui font
arrivez dans la Hongrie font
Ddij
316 MERCURE
grand bruit depuis long - temps ,
je croy vous donner à vous &
vos Amis une nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vont débiter un Livre nouveau
intitulé Hiftoire des Troubles de
Hongrie. Elle eft diviſée en trois
Volumes , & contient tout ce qui
s'eft paffé à l'égard des Mécon.
tens depuis l'année 1653. On y
voit la naiffance de leur revolte
& les progrez qu'elle a eu jufques
à preſent. Cette, Hiftoire nous
manquoit , & on eft obligé à
l'Auteur , du foin qu'il a pris de
ramaffer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez .
Le ſecond Air nouveau que je
vous envoye , eft d'un Autheur
fort celebre ,
GALANT. 317
AIR NOUVEAU.
Vt-il jamais un plus char
mant bonheur ! Fr
D'un vin cheify ma cave eft
pleine ,
Et ma Philis enfin fenfible à mon
ardeur,
Aprés tant de rigueurs ceffe d'eftre inhumaine.
Entre ces deux plaiſirs je partage
mon coeur
La nuit eft à Philis , le jour à ma
bouteille.
L'une & l'autre fans ceffe me réveille
,
Fut- il jamais un plus charmant
bonheur!
La premiere Enigme du dernier
mois a efté faite fur le mot de
Dd iij
318 MERCURE
l'ombre , & il a efté trouvé par
Ms N. de Leftang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin , Rault de Rouen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expliquée
en Vers.
Le mot de la feconde Enigme
eftoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans fon vray fens, font
Mrs d'Eftouteville de Toury ; de
Bardouille le Fils , de Roüen ;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Pondevaux de la Bournat de
j
Clermont , l'Habitant de Saumur
; la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu ; & la Spiri
ruelle de Lorme de Vitré. En Vers.
•
Mrs Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
GALANT. 319
-
Buret de Vitré ; Avice de Caen ,
ruë de la Harpe , le Roux , Medecin
à Vitré de Souveras ; C.
;
F. Lourdet , du quartier de la Place
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la ruë Garanciere ; l'Homme
à plus d'une affaire , la Brunette
Favorite du petit Colin ; & la plus
aimable Brunette du petit Bapti
fte de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , font
Mrs de Sorbiere , Banquier , rue
des cinq Diamans , le petit Vaffan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs , de la rue des Pa
ftoureaux d'Orleans , l'Affemblée
de la Croix , de Saint Etienne de
' Ifle en Flandre . En Vers , L.Bouchet
, ancien Curé de Nogent le
Roy, Hordé de Senlis , Larcange
Dd iiij
320 MERCURE
de Bourbon l'Archambaut, le petit
Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers
; Gyges ; Alcidor ; la Belle
Nourriture , Silvie , l'Hermophi
le du Hoc , la petite Affemblée
A. & la petite Aſſemblée G. ces
fix du Havre .
Voicy deux Enigmes nouvelles
, les Penſées en ont efté fournies
par Diane , au Berger de Flore
, qui n'a fait que les mettre en
Vers ; & Diane ou Suſane eft cette
jeune Enjoüée dont il eſt parlé
dans le dernier Extraordinaire P.
301.
J
ENIGME .
E me rends familiere affez facilement.
Aux plus huppezje chante desinjuresz
GALANT. 321
Je me plais à voler , & vole impuanément,
Sans avoir peur des fers n'y des
tortures.
$3
Fe n'ay qu'un seul habillement ,
La mode & la faifon n'y fent mul
changement ,
C'est une robe fort legere
Où le blanc & le noir ont leur compartiment,
De la mefme façon que l'avoit ma
Grand- Mere.
Fe fuis pourtant d'un affez grand
renom ,
Gens du plus haut étage ont eu cinq
fois mon nom ,
Le Tartuffe l'affecte , & le Saint le
revere
322 MERCURE
Q
Fadis quand j'eflois Fille , on m'ac
cufa d'orgueil
Sur la qualité de Chanteuſe ;
Et de la vient , dit- on , que je porte"
le deuil.
Aujourd'huy l'on m'estime une grande
Caufeuſe ,
Sur tout lors que je n'ay qu'un oeil.
AUTRE ENIGME.
HEros en fait de patience ,
Le fouffre , belas ! jufqu'aux derniers
abbois ,
Mépris , injure , coups , route forte
d'offence ,
Sansfaire aucune reſiſtance,
Et fans mefme employer ma pitoya--
ble voix ,
A ma défense.
GALANT. 323
Le paffe auffi mes jours comme les
Penitens ,
Dans le travail prefqu'en tout
temps ,
Mangeant peu
dare.
couchant fur la
Ne beuvant jamais que de l'eau,
Veftu de gris ,fans bonnet ng chapeau:
Mais bien que pauvre creature
On tire un honnefte Tribut
De la plupart des peines que j'en
dure;
Etj'ay toûjours fur moy le figne du
Salut.
Mon fort ne caufe point d'envie ;
Car s'il ne m'avient pas d'eftre mangé
des Loups ,
Aprés ma mort je reçoy plus de
coups
324 MERCURE
Queje n'en eus pendant ma vie.
**
l'ay des Freres de lait , & d'autres
de renom ;
De ces derniers grande eft la muttitude
,
N'en es.tu point , dus moy , toy qui
cherches mon nom?
En vain , s'il eft ainſi, tu mets-là
ton étude.
Iamais tu ne le trouveras ,
A moins que tu ne fçaches
D'un Amy franc qui ne te flate pas
Ce que four ton Sur- tout tu ca
ches.
Je vous ay quelquefois parlé
de M' de Bonrepaus , Intendant
General de la Marine
& des Armées Navales de Sa
Majeſté , dont il s'acquitte avec
GALANT. 325
beaucoup d'intelligence & d'exa-
&titude. Ce fut luy qui entra dans
Genes, lors que M ' le Marquis de
Seignelay étoit devant cette Pla
ce. Tout le Monde fçait qu'il
n'oublia rien pour perfuader aux
Genois ce qu'ils devoient faire ,
afin d'éviter les Bombes, qui cauferent
de fi grands defordres
dans leur Ville. Le mefme M² .
de Bonrepaus vient eftre pourveu
de la Charge de Lecteur ordinaire
de la Chambre du Roy,
fur la Demiffion volontaire de M.
l'Abbé de Dangeau . Vous pouvez
croire qu'ayant toûjours fervy
le Roy avec autant de zele
que de fuccés , il en a efté receu
avec beaucoup d'agréement ,
Je fçay Madame , que vous n'avez
pas efté la feule perfonne que
326 MERCURE
la nouvelle de la mort de M
Courtin employée dans ma derniere
Lettre ait alarmée ; vous
avez cru que je parlois de celuy
qui a fait voir tant d'efprit & tant
de zele , dans les importans emplois
que Sa Majefté luy a con.
fiez. C'eftoit cependant de M
Courtin , ancien Confeiller d'Etat
, qui a autrefois efté en Allemagne
& en Suede , & qui vivoit
depuis quelque temps dans une
grande Retraite . Je remets au
mois prochain , tout ce qui regardel'Ouverture
du Parlement,
& des autres Cours Superieures
du Royaume , auffi - bien que les
bonneurs funebres rendus de toutes
parts à la memoire de feu M.
le Chancelier , & quantité d'autres
articles , que l'abondance de
-
GALANT. 327
la matiere m'a contraint de referver.
Je fuis , & £
A Paris ce 30. Novembre 1685.
On a mis dans ma Lettre du mois
d'octobre en parlant des Certificats
de M. les Medecins , donnez à M.
de Rouviere , pour marquer la bonté
de fa Theriaque , le nom de Ri
chard au lieu de celuy de Lienard .
On a mis M. de Quince , General
des Armées du Roy , il fautmettre
Lieutenant General.
..
Dans l'Articlede M.P Archevefque
de Sens, on a mis Monilezun Beze.
maux , au lieu de Mont - tufon de Bezemaux.
Les Comtes de Bigorre,
Pardiac , Mont- tufon, Bezemaux ne
font qu'une mefme Maiſon, qui afait
toutes ces Branches.
Extrait du Privilege du Roy..
Ar & Privilege du Roy, donné à
Pchaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUN QUIERES . Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sicur
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Librairés, & tous autres, de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'ornement
d'iceluy , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres.
Registré fur le Livre de la Communauté ,
aux charges & conditions portées , le 14 .
Septembre 1683. Signé, ANGOT , Syndic .
Ledit Sieur DEVIZE' a cedé fon droit du
préfent Privilege à C. Blageart, Imprimeur-
Libraire , pour en joiiir fuivant l'accord fait
entr'eux .
LAVAL S. J.
Хидра
BIBLIOTHÈQUE
60
" Los Fand mines "
SJ
CHANTILLY
L
.
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 1685 .
A PARIS.
AV PALAIS
2. Bouchet
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
3
h
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice .
Chez la Veuve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAU PHIN.
Et T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE D' ROI.
SSSS SSS SS255 $22
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Panegyrique du Roy. 4
Dialogue de l'Eloquence & du Louis d'or.
253
Benediction de l'Abbeffe de Betancourt
en Picardie.
69
Prix donné par Mr le Duc de la Meilleraye.
Lettre touchant une nouvelle découverte.
Theme celefte.
Lettre en Profe & en Vers.
Tranflations.
Ode.
72
77
86
89
9.9
108
Emplois, fervices , & mort de Mr le
Chancelier.
• 127'
Choix que le Royfait de Mr de Bouche.
rat , pour remplir la place de Chance….….
Lier de France , avec tout ce qui re
a.ij
TABLE.
garde cet article , & ce qui a fuivy ce
choix, 161
Mort de Mr le Prince de Conty. 189
200 Madrigaux... !
Préférence de la Charge de Chancelier de
Monfieur , donnée à Mr de Boisfrant.
206
Gouvernement de Brouage , donné à Mar
du
Sanjay.
Hiftoire.
Morts.
208
200
221
239
Remede furprenant.
242
Evefques decedez , avec les noms & les
fervices qu'ont rendu à l'Eglife ceuxqui
ont remply leur place.
Service faitpour Mr le Duc du Lude. 264
Mrd Argouges eft nommé Confeiller d'Etat
ordinaire, à la place de Mr Bouche-
Tat. 264
Article concernant tout ce qui s'eft paßétouchant
les affaires de la Religion , &
les Converfions depuis le mois dernier.
268
Prife du Comte de Tekeli , avec les avanTABLE.
tages remportez par les Polonois .
Hiftoire de Hongrie .
311
315
Noms de ceux qui ont deviné les Enig-
* mes.
Enigmes.
317
320
Mr de Bonrepans eft pourveu de la Charde
Lecteur ordinaire de la Chambre
ge
du Roy.
Conclufion
.
3324
326
Fin de la Table.
}
Avis pour placerles Figures.
E Theme celefte , doit regarder la
LE
L'Air qui commence par l'Amour }
Le feul amour eft caufe , doit regarder la
page 205.
L'Air qui commence par l'Amourfut
il jamais, & c. doit regarder la page 3174
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1685.
'Eft avec raifon,Madame,
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter. C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
GALANT. 69
7.
Le Dimanche du dernier
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
Le 24. du mefme mois , M
le Duc de la Milleraye , qui
eft dans la Compagnie des
Gentilshommes de la Citadelle
de Befançon , & qui
monte à cheval dans l'Academie
de M'de Beaumarché,
donna un Prix pour une
Courfe de Teftes , & le 静
gagna.
Ce fut comme un petit
Caroufel , auffi- toft executé
que penfé. Il y avoit douze
Chevaux qu'il fit couvrir de
rubans de differentes coudeurs,
en moins d'une heure .
On
GALANT. 73
On commença par une Galopade
de ces douze Chevaux
, avec tous les changel'on
peut mens de main
que
faire. Enfuite il fe fit un Manége
figuré de cinq Chevaux
en mefme temps dans un ef
pace d'environ dix toiſes en
quarré. Il y avoit un Cavalier
à chaque coin , & un au milieu.
Les quatre des coins faifoient
des demy voltes , paffant
les uns fur les autres , &
celuy du milieu faifoit des
voltes entieres ; mais tous
avec unne telle jufteffe &
tant de meſure , qu'on cuſt
Novembre 1685. G
74 MERCURE
·
dit que c'eftoit un Ballet
danfe à cheval. M le Duc de
la Meilleraye y fit voir beaucoup
d'adreffe. Aprés cela on
courut lesTeftes . Il avoit eſté
convenu , que chacun feroit
trois Courſes , & dans chaque
Courfe il y avoit quatre
coups à faire , ce qui faiſoit
douze coups en tout. De ces
douze , Mile Duc de la Meilleraye
en fit dix, de ceux que
l'on appelle coups francs ; &
à l'égard des deux qu'il manqua
, l'un toucha la tefte du
Maure , & l'autre entra bien
avant dans le milieu du PoGALANT.
75
la
teau , à un doigt au deffous
de la Teſte. On peut dire
qu'il remporta ce jour-là plufieurs
Prix ; non feulement
celuy qu'il avoit donné, mais
encore celuy de la bonne
grace & de la vigueur . Comme
il ne couroit que pour
gloire, il ne voulut point profiter
de fon avantage . Il fe fit
une autre Courſe dont il ne
fut point . Le Prix y fut remporté
par un Gentilhomme
de la Province, qu'on appelle
le Comte de Grammont .
M* le Duc de la Meilleraye
eft Fils deM ' le DucMazarin,
Gij
76 MERCURE
c'est vous dire qu'il eft un
des plus grands Seigneurs du
Royaume , mais il n'eſt pas
moins honnefte homme que
grand Seigneur, & l'on affeure
à fa gloire qu'il a encore
plus de merite que de fortune.
Il eft entré au commencement
du mois de Maydernier,
dans la Compagnie des
Gentilshommes , commandée
par M' de Montcaut. Il
ne fuit aucune peine , portant
le Moufquet , & faifant
toutes les fonctions & les
gardes comme le moindre
Soldat de la Garnifon. Il a
1
GALANT. 77
•
paffé par toutes les Charges,
& a fait fouvent celle de Major,
avec beaucoup d'application
& de fuccés.
Depuis noftre commerce
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
86 MERCURE
Un celebre Mathematicien
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
Voicy une Lettre mellée
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
La trifte Nouvelle que je
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
Vous voyez par cette Ode
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
L'affiduité laboricufe &
toute reguliere avec laquelle
ce Prince s'attache au gouvernement
de fon Etat , luy
donne une connoiffance par
faite de tous les grands Hom
mes de fon Royaume ; & if
en juge par les chofes qu'il
leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Confeils
où il eft prefent , par le
zele qu'ils témoignent en
s'acquittant des emplois qu'il
leur confie , par le rapport
qu'ils font des grandes affai
*
Novembre 1685 . O
162 MERCURE
res dont il les charge , & par
mille autres endroits que
nous ne connoiſſons
pas, &
par lefquels ce Monarque
éprouve la capacité, le merite
, & l'exacte maniere de
rendre juſtice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes
Dignitez. Ces raiſons qui
font extremément
glorieufes
à Mr Boucherat , n'ont pas
laiffé long- temps balancer le
Roy fur le choix d'un nouveau
Chancelier
. Comme ce
grand Prince fait toutes chofes
de fon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT. 163
brigues , & qu'on n'ofe pas
meſme en faire , parce qu'on
fçait que non feulement elles
feroient inutiles auprés
de luy , mais encore qu'il les
condamneroit avec une jufte
ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majefté declaraft fon
choix qu'Elle fçavoit feule ,
& M de Boucherat mefme
dormoit tranquillement lorf
que le Roy l'envoya querir à
neuf heures du foir , ce qui
fait connoiftre qu'il n'avoit
point l'efprit agité de ces
cruelles inquietudes que dóne
un devorant defir de s'é-
O ij
164 MERCURE
·
lever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux
qui font attaquez d'une paffion
fi violete , M' Boucherat
fe leva, & vint trouver leRoy,
qui fans ceffe occupé des affaires
de fon Etat , travailloit
feul dans fon Cabinet. Sa
Majefté luy declara qu'Elle
le faifoit Chancelier de France,
& en mefme temps luy
donna les Seaux. Ce Prince
ne faifant jamais de Dons
qu'il ne les accompagne de
paroles obligeantes , & d'agrémens
qui en augmentent
encore le prix , quelques
GALANT. 165
grands qu'ils puiffent eftre ,
il dit à M' Boucherat , Qu'en
le faifant Chancelier, il luy demandoit
une chofe , qui eftoit de
l'eftre long-temps. Ce nouveau
Chancelier
fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , pour
luy faire les tres-humbles remerciemens
, & ne fongea
point en ce moment à la
grandeur de la Dignité où
ce Prince l'élevoit , mais
au glorieux avantage qu'il
avoit d'eftre choify par
un Roy , dont le difcernement
eft fi jufte , & dont
les choix font fi applau
166 MERCURE
dis . En effet , eftre nommé
Chef de la Juſtice par
LOUIS le Grand , c'eſt un
titre qui le fera diftinguer à
la Pofterité de tous les Chan:
celiers qui n'ont pas efté de
ce regne des miracles. S'il eſtoit
permis d'entrer dans les
fecrets mouvemens du coeur,
je dirois que peut- eſtre en
cet inftant il s'en falut peu
que M Boucherat ne fe cruft
en luy-mefme le plus grand
de tous les Hommes , puis
qu'il recevoit de fi éclatantes
marques d'eftime du plus.
grand de tous les Rois .
GALANT. 167
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majefté , il faut
vous faire connoiftre les divers
Emplois , & la Maiſon
de ce nouveau Chancelier.
Il fe nomme Louis Boucherat
, & eft Seigneur de Compans
en France . Il fut d'abord
Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeiller
au Parlement de Paris , &
Commiffaire aux Requeſtes
du Palais en 1641. & enfuite
Maistre des Requeftes, Inten
dant de Juftice à Soiffons , &
en Languedoc , Confeiller
d'Etat ordinaire , Confeiller
(
168 MERCURE
d'Honneur au Parlement de
Paris , & Confeiller au Cons
feil Royal des Finances de Sa
Majeſté en 1681. Son zele pour
le fervice du Roy , & l'intereft
du Public , a éclaté dans
rous ces emplois avec une
approbation generale ; ce qui
a fait que depuis l'année 1657,
jufqu'en 1679. il a eſté auffi
Commiffaire de Sa Majefté
aux Etats de Bretagne . En
1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recher
che des Ufurpateurs du titre
de Nobleffe ; & au mois de
Mars 1672. il eut l'honneur
d'eftre
1
GALANT
. 199
d'eftre un des fix Confeillers
d'Etat que Sa Majesté nomma
pour l'affifter lors qu'Elle
tenoit le Sceau en perfonne.
En 1673. il fut étably un des
Commiffaires de la Chambre
Royale,pour la Réunion des
Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679 , il en fut fait
Prefident. Il fut auffi un des
Commiffaires choifis en 1674
pour juger fouverainement
fe Procez des Acufez de Crimes
contre l'Etat, & en 1679.
il fut Commiffaire & Prefident
de la Chambre Souveraine
établie à l'Arſenal pour
Novembre
1685. P
170 MERCURE
la recherche des Crimes de
Poiſon. En 1683. Sa Majeſté
le fit Chef de la Commiffion
pour le Procez des Treforiers
Provinciaux des Guerres , &
le premier de ce mois , Elle
l'a nommé Chancelier &Garde
des Sceaux de France.
Mr Boucherat , qui vient
d'eftre revétu d'une Dignité
fi éminente, a eu deux Filles
d'Anne Marchant fa premiere
Femme. La premiere eſt
Magdeleine Boucherat,Fem
me d'Henry de Fourcy , Prefident
en la troifiéme Cham
bre des Enquestes du ParleGALANT.
171
ment , & Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris.
La feconde eft Catherine
Boucherat , Femme en premicres
Noces d'Henry de
Nefmond S de Saint Difan ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Juftice à Limoges
; & en fecondes Noces
d'Antoine Barillon S' de Morangis
, Maiſtre des Requeſtes
, Intendant à Caën, & cydevant.
Intendant à Metz &
Alençon , Frere de Paul de
Barillon de Morangis, Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Ambafladeur Extraordinaire
Pij
172 MERCUR- E
de Sa Majefté en Angleterre,
De la feconde Femme de M
le Chancelier , nommée Anne
Françoiſe de Lomenie ,
Veuve de Jean de Bretel S
de Gremonville, Maiftre des
Requeſtes , & Intendant en
Champagne , d'une Famille
qui a donné divers Secretaires
d'Eftat , eft venuë Françoife
-Louife-Marie Boucherat,
mariée à Nicolas - Augufte
de Harlay, Comte de Coeli
, & Seigneur de Bonnoeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juftice en Bourgogne
, cy - devant l'un des
GALANT. 173
deux Ambaffadeurs Extraor
dinaires & Plenipotentiaires
de France à l'Affemblée de
Francfort , & aux Conferences
de l'Empire. Le Pere de
Mile Chancelier, eftoit Jean
Boucherat s d'Athis prés
Lonjumeau, Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris ; &
fon Aycul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes
.
Cette Famille porte d'azur
au Cog d'or , & defcend de
Pierre Boucherat S ' de la For
geValcon, Procureur du Roy
à Troyes , l'an 1420. Elle a
Piij
174 MERCURE
donné diverſes perſonnes de
confideration . Nicolas Boucherat
Docteur en Theolo
gie de la Faculté de Paris, Religieux
& Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente,
où il fit paroiftre fa doctrine
& fa prudence , & obtint la
confirmation des Droits &
Privileges de fon Ordre. Enfuite
il fut éleu Abbé & General
de l'Ordre de Citeaux,
&Confeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII . defquels il ob
-
GALANT. 175
tint divers Droits à l'avantage
de fon Ordre. Charles IX.
& Henry III . l'honorerent
de leur eftime , & luy donnerent
diverfes Commiffions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avecfuccés . Il mourut
le 12. Mars 1596. & fut inhu
mé prés le grand Autel de
l'Eglife de Citeaux . Nicolas
Boucherat fon Neveu , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris, Religieux auffi
de Citeaux, paffa à l'imitation
de fon Oncle, par les principales
Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Ab-
P iiij
176 MERCURE
bé de Vaucelles , Coadjuteur
du General de Citeaux, & en
1604. Abbé & General de cet
Ordre , & Confeiller né au
Parlement de Dijon . Pendant
fon Adminiſtration , il vifita
les Monafteres de fon Ordre
en France , Franche- Comté
Suiffe,haute & baffe Allema
gne , Boheme , Hongrie &
Pais-bas. Il les reforma par
fon exemple , & y établit une
exacte rectitude de la Vie
Monaſtique , & une abſtinence
continuelle de viande.
Il fut deputé diverfes fois
vers les Rois Henry le Grand
"
GALANT. 177
& Louis le Jufte, prefida aux
Etats de Bourgogne , affifta
aux Etats generaux de Fran
ce , tint cinq Chapitres ge
neraux de fon Ordre, & infti
tua le Seminaire de Dole. II
mourut le 3. May 1625. & fut
inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé
de Pontigny en Bourgogne,
fut Vicaire general de l'Ordre
de Citeaux. Claude Bou+
cherat a efté auffi Abbé de
Pontigny. Jacques Boucherat
fut homme d'armes de la
Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy, fous la conduite
178 MERCURE
•
de M' de Pralin , & enfuite
Maiftre d'Hoſtel de Sa Ma
jefté. Jean Boucherat S de
Nogent , a efté Capitaine au
Regiment de Duras . Edmont
Boucherat celebre Avocat
au Parlement de Paris,
fut enfuite Avocat General
au mefme Parlement fous
Henry II . Guillaume Boucherat
fut pourveu de la
Charge de Prefident aux Enqueftes
du Parlement de Paris
, & mourut avant qu'il y
fuft receu. Edmond Bouche
rat 5' de la Mothe,a efté Confeiller
au Grand Confeil
GALANT. 179
Guillaume Boucherat Abbé
de Saint Sever & Prieur de
Nenteuil , fut receu Confeiller
au Parlement de Paris en
1646.La Mere de M' le Chancelier
fe nommoit Catherine
de Machault , d'une ancienne
Famille , qui a donné divers
Prefidens & Confeillers
aux Parlement de Paris ,Grad
Confeil , Cour des Aides , &
autres Compagnies Supe
rieures , divers Confeillers
d'Etat , Maiftres des Reques
queftes , & Intendans de Ju
ftice . Son Aycule Marie Perrot
, eftoit d'une Famille qui
180 MERCURE
}
a donné divers Confeillers
au Parlement. Sa Bifayeule
Louife le Coq , Femme de
Baptifte de Machault Confeiller
au Parlement , eftoit
Fille de Charles le Coq Prefident
en la Cour des Mon.
noyes , & defcendoit du celebre
Jean le Coq Avocat
General au Parlement de
Paris , qui a laiffé un Traité
confiderable des Decifions
du Parlement de fon temps,
& cette Famille a donné di
vers Maiſtres des Requeſtes
& Confeillers au Parlement.
Il y a peu de Familles qui
GALANT. 181
fe puiffent vanter d'autant
d'avantages , foit du coſté de
la naiffance & des alliances ,
foit du cofté des Dignitez
Ecclefiaftiques , ou de celles
de Robe & d'Epée, & de plus
d'ancienneté
à l'égard de ces
Dignitez , qui ont rendu illuftre
le nom de Boucherat ,fur
tout dans le plus augufte Senat
du monde , & dans les
Conciles generaux. Mais il
n'eftoit pas befoin que Mr.
Boucherat tiraft tant de gloire
du cofté de ſes Anceſtres,
puis qu'il ne doit qu'à luymefme
la premiere Dignité
182 MERCURE
de la Robe, dont Sa Majefté
le vient d'honorer. Il ne faut
pour cela que jetter les yeux
fur les diferens Emplois qu
Elle luy a confiez , pour lef
quels il devoit avoir l'intelligence
parfaite de toutes fortes
de Loix , fçavoir les Coûtumes
des Provinces , connoître
à fonds les Finances ,
ne rien ignorer de tout ce
qui regarde les matieres Civiles
& Criminelles , avoir
une forte pénetration d'ef
prit , & eftre porté à rendre
la plus exacte juftice.Le Roy
ayant connu par les diffeGALANT.
183
ress Emplois que M ' de Boucherata
exercez , & par ceux
de confiance qu'il luy a donnez
, qu'il poffedoit toutes
les qualitez qu'on peut fou .
haiter dans un Chancelier de
France, il ne faut pas s'étonner
fi Sa Majeſté ayant ainſi
éprouvé fa capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute
Dignité où tout le monde le
voit avec joye. Quoy que
tant de grands & divers emplois
l'ayent toûjours extremément
occupé , il n'a pas
laifféde donner beaucoup de
temps à l'étude , & il a au-
•
184 MERCURE
tant d'érudition que de
politeſſe. Sa pieté eſt connuë,
& chacun fçait combien
les interefts de la Religion
luy ont efté chers quad
il s'eft agy de les foûtenir . II
eft civil & obligeant
, & a
toûjours efté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perfonnes de merite. Le fien
eft fi grand, & fa capacité fi
folidement établie , que Meffieurs
de la Chambre des
Comptes en eſtant convaincus
dés le temps qu'il fe prefenta
pour la Charge de Correcteur
, ordonnerent qu'il
GALANT. 18%
y
feroit receu fans Examen.
a lieu d'efperer qu'on le
verra long-temps Chancelier
, puis qu'on affeure que
Mr Boucherat fon Pere , qui
a efté Doyen de cette Chambre
, eft mort âgé de quatre--
vingt-douze ans.
A peine fceut - on que le
Roy l'avoit honoré de cette
importante Charge, que tous
les Corps de Juftice & autres,
fe préparerent à luy en aller
faire leurs Complimens. Les
grands Emplois qui luy ont
efté confiez en divers temps,
leur en fourniffant une am-
Novembre 1685. Q
186 MERCURE
3
ple matiere , ils furent bien
toft en eftat de s'acquitter
d'un devoir fi jufte . La
Chambre
des Comptes
, &
le Grand Confeil y allerent.
Le Parlement, & la Cour des
Aydes, n'y doivent aller qu'-
aprés que les Lettres auront
efté prefentées au Parlement.
On ne peut trop admirer la
memoire & la preſence d'ef
prit de ce digne Chef de la
Juſtice , qui pour répondre à
chaque Compliment , en reprenoit
tout le fens , & s'expliquoit
fur tous les articles
avec une netteté furprenanGALANT.
187
te. Il fit plus , & marqua mefme
à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere
fort honnefte , qu'il fçavoir
qu'il s'y eftoit gliffé des
abus aufquels il falloit remedier
. L'Univerfité l'ayant ha
rangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy ,
il ne devoit parler que la Lan .
gue de ce Monarque; & pour
faire voir que la Latine ne
laiffoit pas de luy eftre fami
liere , il s'en fervit fur la fin
de fa réponſe , avec des expreffions
qui faifoient con-
Q ij.
188 MERCURE
noiftre qu'il la poffedoit parfaitement.
Il a pareillement
receu les Complimens de la
Cour des Monnoyes . M' de
Chauvry qui en eft premier
Prefident , porta la parole .
Les Treforiers de France fe
font auffi acquittez du mef
me devoir par la bouche de
M' de Varoquier, Doyen des
Chevaliers de Saint Michel,
& Prefident au Bureau des
Finances. Il eft d'une naiſſan
ce diftinguée . M' de l'Academie
Françoiſe l'ont auffi
complimenté. M* Boyer,qui
eft prefentement Chancelier
GALANT. 189
de leur Compagnie , parla
avec la jufteffe ordinaire aux
Academiciens. Je vous entretiendray
plus amplement
le mois prochain de tous ces
Complimens , & vous en envoyeray
quelques -uns . J'oubliois
à vous marquer , que
la premiere fois que M³ le
Chancelier donnaSceau, il fit
voir que quoy qu'il ne duft
pas encore avoir toutes les
fumieres que donne une longue
foction dans cette Charge,
il ne pouvoit ñeanmoins
eftre furpris ; il refuſa de
feeller quantité de choſes ,
190 MERCURE
qui n'eftoient pas confor
mes aux Ordonnances .
Vous fçavez la mort de
Monfieur lePrincedeConty
,
arrivée le 9. de ce mois. Les
nouvelles de cette nature.
font trop publiques pour
pouvoir eftre ignorées de
ceux mefme qui prennent le
moins d'intereft à ce qui fe
paffe dans le monde . Madame
la Princeffe de Conty fa
Femme,ayant témoigné pendant
tout le temps que ce
Prince a eſté en Allemagne,
un extréme chagrin de fon
abfence , une apprehenfion
GALANT. 191
continuelle pour fa vie , &
une tres grande impatience
de le revoir , à peine eut- il
veu qu'il n'y avoit plus d'oc
cafions d'acquérir de la gloire
, & que la campagne ef
toit finie pour ceux de fon
rang , qu'il vint la trouver
avec le plus de diligence
qu'il luy fut poffible , afin de
luy témoigner par ce prompt
retour l'empreffement qu'il
avoit de fe revoir auprés d'el
le , & de luy marquer fa recónoiffance
pour mille foins
obligeans qu'elle avoit eus
pendant fon abfence. La
192 MERCURE
Cour eftant partie pour
Chambor , ce Prince la joignit
en chemin , &
& y demeura
pendant un mois de
fejour qu'elle fit en ce lieulà
. La Cour vint enfuite à
Fontainebleau
, où cette jeune
Princeffe fut attaquée
auffi-toft de la petite verole.
Monfieur le Prince de Conty,
pour luy faire voir la for
ce de fon amour , ne voulur
point la quitter , & s'enfer
ma avec elle . Si l'on exami
ne le danger qu'il y avoit
pour un homme de fon âge,
qui eft plus fufceptible du
mavuais
GALANT. 193
fi
mauvais air, on trouvera que
ce n'eftoit pas peut - eftre affronter
moins les perils , que
lors que ce Prince s'eftoit
expofé aux plus redoutables
dangers de la guerre . La fuite
a fait voir que le rifque
eſtoit fort grand , puis que
toft que Madame la Princeffe
de Conty fut guerie , il
fe fentit attaqué du mefme
mal . Sa petite verole fortoit
affez bien , lors que le tranfport
comméçant à luy monter
au cerveau, on fut obligé
de le faigner pour en arref
ter le cours. La petite vero-
Novembre 1685. R
194 MERCURE
le rentra , & ce Prince mourut
peu de temps aprés dans
fa vingt- cinquième année. Il
eftoit Fils d'Armand de Bourbon
, Prince d'une grande vivacité,
& d'un grand brillant
d'efprit , & qui en a meſme
donné des marques par quel
ques Ouvrages remplis de
pieté,qu'il a compoſez avant
fa mort. Eftant General des
Armées du Roy en Catalogne,
il prit Villefranche, Puicerda
& Caftillon . Il eftoit
Grand Maistre de la Maiſon
du Roy , & Gouverneur de
Languedoc, & avoit épousé
GALANT. 195
Anne Marie Martinozzi
Niece de M' le Cardinal Mazarin
, premier Miniſtre d'Etat.
La vertu de cette Princeffe
égaloit fa beauté , elle
a toûjours mené une vie exemplaire,
& fa memoire eſt
en veneration . Le Prince qui
vient de mourir ayant elté
élevé auprés de Monfeigneur
le Dauphin , & une fi belle
éducation ne luy ayant inſpiré
que de l'ardeur pour la
gloire , il ne refpiroit que les
combats . Quoy qu'il n'euft
que vingt- quatre ans , il s'étoit
déja trouvé en plufieurs
Rij
196 MERCURE
Sieges & Combats , en Flandre
& en Hongrie. Voicy
quelques Vers qui ont eſté
faits fur cette mort,
SSSSSSS2-55255 522
MADRIGAL.
P Leuriz
Leurez , pleurcz, Guerriers,
Le genereux Conti tout couvert de
Lauriers ;
Pleurez le trifte fort de cet Epoux
fidelle :
Pourfauver du trépas un objet plus
qu'humain,
Aprés que de fon mal il eut pris le
venin ,
Ilpaya
le Tribut le Tribut pour Elle.
GALANT. 197
AUTRE.
L'Illuftre Prince de Conty
Dans fon malheurprit leparty
Defouffrir avec fa Princeffe.
Maufole n'ajamais témoigné tant d'amour
,
Nous pouvons aisément juger defa
tendreffe,
Pour luy Sauver la vie , il aperdu le
jour!
IMITATION
De la'58 Epigramme du Livre
10. de Martial.
Ar un trépas précipité
PtrCe Prince à la France eft
ofté ,
Tout le mondepleure la perte.-
Riij
198 MERCURE
Ah !fans doute la mort. nous l'euft
ravy plus tard ,
5. Mais comptant les Lauriers dont fa
tefte eft couverte ,
Elle l'apris pour un vieillard.
Le premier de ces Madri
eft de M' Vignier , le gaux
fecond de Mr Eftienne de
Senlis , & le troifiéme de M
de Lofme, qui a traduit avec
beaucoup d'agrément quantité
d'Epigrammes de Mar
tial , qu'il doit bien-toſt donner
au Public.
La mort de ce Prince fit
cefler tous les Divertiffemens
qu'on devoit continuer à
GALANT. 199
Fontainebleau , & celuy du
Balet du Temple de la Paix
fut du nombre. Je n'eus pas
le temps de vous dire le mois
paffé , que M' le Marquis de
la Vrilliere s'y eftant fait admirer
, les applaudiffemens
qu'il receut furent caufe que
Sa Majeſté trouva bon qu'il
dançaft une Entrée feul. Il y
réüffit d'une maniere fi avanrageufe
, que l'on entendit
en mefme temps toutes les
voix s'élever pour luy donner
des loüanges. Ce fut ce qui
donna lieu à un des Spectateurs
de faire les Vers fui-
R. iiij
200 MERCURE
vans , fur le Perſonnage de
Berger , qu'il repreſentoit
dans ce Balet.
"
Ergeres, craignez laſurpriſe,
Défiez - vous de ce nouveau BB
venu ,
C'est l'amour , qui n'ofaatfe faire voir
tout nu ,
Sous cet habit champestre fe de.
guife ;
Pour vous approcher de plus prés
Il paroift fans Arc &fans Fléches;
Mais il vient avec mille attraits ,
Qui nefont pas aux coeurs de moins
fenfibles bréches.
Pour leurfairefubirfa Loy,
La force n'eft pas neceſſaire ,
Il ne faut point tant d'attirail
plaire
pour
Quand on a les graces pour foy
GALANT. 201
f
Encor qu'il ait quitté fes armes
Vous n'eftes pas moins en danger,
Il est aisé , quand on a tant de
charmes
>
De trouver l'heure du Berger.
Pour le meſme , ſur le meſme
fujet.
CB petit cha-
E Bergerfijeune &fi beau
lumeau
Avec la plus douce mufette ;
Il entonne une Chanfonnette
D'un air furprenant & nouveau.
Quefi pour quelque fefte il dance
Sous l'Ormeau ,
Il le fait de fi bonne grace
Qu'il eft fortpeu de Bergers qu'il
n'efface ;
Il n'en eftpoint dans le Hameau,
202 MERCURE
Quipour conduire fon Troupeau
Soit plus vigilant &plus fage,
Bien qu'il ne foit qu'au Printemps
de fon âge ;
La nature chez luy n'a pas besoin de
l'art.
Si quelque jour , bondiſſant fur
l'herbette ,
Une brebis fe trouvoit à l'écart ,
Elle doit craindre fa Houlette.
Pour le mefme, reprefentant
un Biſcayen .
T
Andis que loin du bruit dess
armes
Au Temple de la Paix de tous lieux
onfe rend,
Ce jeune Biscayen , dont l'éclat vous
Surprend,
Prépare aux coeurs de nouvelles
alarmes ;
GALANT. 203
La belle qui le charmera
Perdra le temps àfe défendre ,
En vain elle l'évitera
Pour ne fe pas laiffer furprendre.
Il va viste , il l'attrapera ;
Un jour dans la tendre carriere
( De l'agilité dont il eft )
Il laiffera tousfes rivaux derrieres
Qu'on fait de chemin quand on
plaift!
Pour le mefine , fur le mefme
fujet.
Le font diftinguer dans la
E bon air , la legereté
dance ;
Mais il foumet l'agilité
Aux mesures de la cadence ;
Aucun pas n'eft fait au hazard ,
Tousfont formez par les regles de
Parti
204 MERCURE
Ainfi de fon efprit plein de vives
lumieres
Les brillantes manieres
Partent d'unjugement meur avant la
faifon ,
Et fon feu cede à fa raiſon.
Pour le mefme , fur le mefme
fujet.
D
à la Cour
Eja fon nom fait
Bien plus de bruit que fon
Tambour }
Plein d'un beaufiu , que le bon
fins feconde,
;
Il avance fort dans le monde ;
Mais s'il fe preffe aint , peut- on s'en
étonner ?
A cette noble ardeur il doit s'abandonner
,
Sa diligence eft neceffaire ,
GALANT. 203
Il fait bien de doubler le pass
Pour arriver au merite d'un Pere
Que toute la France revere
Il eft fort à propos qu'il ne s'endorme
pas,
Il a bien du chemin à faire.
Je ne vous préviendray
point fur l'Air nouveau que
je vous envoye. Vous en jugerez
, je vous le laiffe chanter.
AIR NOUVEAU.
' Amour , le feul amour eft
Lacauſe
Que je neglige mon Troupeau ;
Mais comme il eft le moindre du Hameau
On dira
que c'est peu de choſe.
206 MERCURE
Ah ! quandj'aurois tous les Montons
Des Bergers de nos Cantons,
Fe les negligerois encore
Pour la Bergere que j'adore.
Je vous apris le mois
paffé que M' de Boisfrant
avoit efté nommé Chancelier
de Son Alteffe Royale ,
aprés la mort de M' du Houf
fet , qui eftoit pourveu de
cette Charge. J'ajoûteray aujourd'huy
à cette nouvelle
que plufieurs perſonnes y
pretendoient , mais
fidelles & longs fervices de
Mr de Boisfrant dans l'adque
les
GALANT. 207
>
miniſtration des Finances de
Monfieur , & dans beaucoup
d'autre choſes qui regardent
la Maiſon de ce
Prince , luy ont fait donner
la preference . Elle a eſté accompagnée
de la part de
Son Alteffe Royale de tous
les agrémens , & de toutes
les marques d'eftime que
meritoient des fervices tels
que ceux de M ' de Boisfrant,
& ce choix a efté fort applaudy.
Cette Charge eft
tres-confiderable , le Chancelier
de Monfieur , eftant
auffi Chef de Son Confeil.
208 MERCURE
Mr de Boisfrant fon Fils ,
Maistre des Requeſtes , à qui
ce Prince en donna en mef
me temps la furvivance , à
confervé avec cette Charge
celle de Surintendant des Batimens
de Monfieur , parce
qu'elle demande un homme
d'ordre,fidelle,& intelligent,
& qu'il pourra y rendre fervice
à Son Alteffe Royale.
Ceux qui font montez à
la qualité d'Officiers Generaux
fous le Regne du Roy ,
ne pouvant eftre d'une
éprouvée , à cauſe de valeur
que
a
la maniere dont on a fait la
GALANT. 209
guerre , & parce que Sa Majefté
jugeElle - mefmę du vray
merite , on ne doit pas s'étonner
fi leurs fervices fontglorieufement
recompenfez.
Ceux de M¹ du Sauffay
font affez connus. Ainfi l'on
Sn'eft
pas furpris que le Roy
luy ait donné le Gouverne
ment de Broüage , vacant;
par la mort de M³ de Car
navalet.
Quelques mefures qu'on
prenne pour venir à bout
d'une entreprife , elles ne
font jamais affurées , & ce
qu'on employe pour empef
Novembre 1685.
S.
210 MERCURE
cher une chofe , eft bien fou
vent ce qui la fait reüffir. Un
homme tres-riche avoit atteint
un âge fort avancé ,
fans autre chagrin confiderable
, que celuy de n'avoir
point eu d'Enfans, quoy qu'il
fe fuft marié deux fois. Sa fe.
conde Femme , qu'il avoit
épousée depuis quinze ans ,
n'en avoit encore que trente
, & les Neveux du bon.
Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui leur
étoit favorable, faifoient des
voeux tous les jours pour
confervation de fa vie, Cela
GALANT. 211
pendat quelque jeune qu'elle
fuft , une fiévre violente
l'emporta en peu de jours
malgré tous les foins qu'i's
prirent de faire venir les plus
fameux Medecins. Sa mort
les mit en inquietude tou
chant la fucceffion de l'Onclequi
leur pouvoit échaper...
Ils le connoiffoient d'un
temperament fort amou
reux , & fa fanté qui n'eftoit
point affoiblie par fa vieilleſ
fe , leur faifoit apprehender
un troifiéme Mariage . Il n'y
avoit que fix mois qu'il eftoit
veuf lors qu'ils découvri
Sij
212 MERCURE
rent qu'il fongeoit à époufer
une Fille de vingt ans qu'il
voyoit fecretement. Ils firent
d'abord éclater la chofe , &
comme ils eftoient puiffans ,
ils apporterent de ſi grands
obftacles à ce qu'il avoit conclu
, que l'affaire fut rompuë.
Ce ne fut pas affezpour les rafurer
contre la crainte continuelle
où ils eftoient qu'il
ne s'égageât ailleurs, & qu'ils
ne puffent pas toûjours empefcher'
qu'il ne difpofaft de
luy . Pour s'en délivrer entierement
, ils s'emparerent de
fon bien fous divers pretex
GALANT. 213
tes, luy fufciterent quelques
affaires facheufes , & fe ren.
dant maiſtres de fa perfonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon, où le credit qu'ils a
voient leur fit efperer qu'ils
luy laiſſeroient finir les jours.
Afin qu'il la fupportaft avec
moins d'impatience, ils le fi
rent mettre dans une Chambre
fort propre, & à la reſerve
de la liberté, rien ne luy manquoit
de toutes les chofes
qu'il témoignoit fouhaiter.
Il ne manqua pas d'intenter
Procez contre fesNeveuxqui
luy rerenoient fon bien fi in214
MERCURE
juſtement , & qui le trai
toient avec tant d'indignité,
mais il eut beau demander à
eftre oüy , toutes ſes inſtances
furent inutiles , & il fe
paffa deux ans fans qu'il puſt
avoir raifon de la violence
qui luy eftoit faite . Il avoit
quelques Amis de l'un & de
l'autre Sexe , qui n'eſtant
point du party de fes Neveux,
luy rendoient vifite de
temps en temps. S'ils ne
pouvoient le remettre en
liberté , du moins ils le confoloient
dans fa diſgrace , &
c'eftoit toûjours pour luy un
GALANT. 215
foulagement qui adouciſſoit
fes déplaifirs. Un jour que
quelques Dames parloient
d'aller paffer avec luy une
apreſdinée , une jeune Demoiſelle
qui eftoit prefente
voulut les
accompagner
.
Elle n'avoit jamais veu au
cune Prifon , & la curiofité
fut le feul motifqui l'engagea
à eftre de la partie. Le
Prifonnier les receut avec
beaucoup de marques de
joye , & comme il eft naturel
de faire le détail de fes
malheurs , il exagera dans
les termes les plus forts,
216 MERCURE
l'indigne maniere dont fes
Neveux le traitoient , &
ajoûta qu'il reſſentoit d'autant
plus le chagrin de fa
Prifon qu'il eftoit feur d'en
fortir , pourveu qu'on vouluft
luy accorder Audience
. La Demoiſelle à qui le
difcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eftoit la
premiere fois que le Vieilfard
la voyoit , tafcha de le
confoler en le plaignant
.
Elle témoigna entrer dans
ſes interefts & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur
GALANT. 217
leur Compagnie , elle employeroit
tous fes foins pour
obtenir ce qu'il fouhaitoit.
Le bon Homme luy promit
que fi elle luy rendoit un pareil
fervice , il n'eftoit rien
-qu'il ne fift pour elle , & cette
promeffe luy donnant des
veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ferieuſement
àle tirer de Prifon . Elle
avoit fort peu de bien , &
le Vieillard qui pouvoit luy
faire de grands avantages
en l'époufant , l'auroit fort
acccomodée . L'occafion étoit
favorable , il ne s'agiffoit
Novembre 1685. T
218 MERCURE
que d'en profiter. L'agré
ment de fa Perfonne joint à
un efprit fort délicat luy en
donna l'efperance . Ainfi elle
diſpoſa les choſes en faveur
du Prifonnier , & trois ou
quatre vifites qu'elle luy rendit
encore fous pretexte de
venir luy demander quelques
éclairciffemens , l'ayant
mis au point où elle croyoit
devoir l'amener , elle fit agir
fi heureuſement
le pouvoir
de ceux qui s'interef
foient pour elle , qu'enfin
on luy donna Audience.
Cette Audience obtenuë
GALANT 219
il eut bien-toft gagné ſon
Procés. Si toft qu'il fut libre
, il courut marquer la reconnoiffance
à la Demoifelle
, en luy offrant telle partie
de fon bien qu'elle pouvoit
ſouhaiter. Elle répondit
, que n'ayant envisagé
que le feul plaifir de faire
ceffer une injuftice , il fuffifoit
qu'elle cuft réüſſi pour
avoir fujet d'eftre contente.
L'air tout charmant qui accompagna
cette réponſe ,
toucha
fenfiblement le coeur
du Vieillard . Il luy dit tout
tranſporté , que c'eftoit trop
Tij
220 MERCURE
que
peu pour elle qu'une partie
de fon bien , & que s'il eftoit
affez heureux pour ne luy
voir point de repugnance
à l'accepter tout entier avec
fa perfonne , il la rendoit
Maiftreffe de tout. Vous jugez
bien l'offre fut acceptée.
Le Notaire vint : les
Articles furent dreſſez & fignez
, & le Mariage fe fit
en trois jours. Le deſeſpoir
des Neveux fut grand , mais
il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la grof
feffe de la Dame . Le Vieillard
en a une joye inconce
GALANT. 221
vable , & il eſt ravy qu'un
Heritier leur ofte entierement
l'efperance d'avoir ja
mais aucune part à fon bien.
M' le Marquis d'Urfé ,
dont vous connoiffez l'illuftre
Maifon , mourut le Vendredy
2. de ce mois , dans ſa
quatre - vingt & uniéme année.
Le fenfible déplaifir
qu'il eut d'avoir perdu il y a
deux ans Madame la Mar
quife d'Urfé fa Femme , luy
fit prendre le deffein de chercher
-la folitude. 11 fe retira
chez les Peres de l'Oratoire
én leur Maifon de Noftre
P
Tiij
222 MERCURE
Dame des Vertus , où le Pere
d'Urfé , l'un de ſes Fils , qui
eftoit alors Vifiteur de cette
}
Congregation , vint demeurer
avec luy.Ille choifit pour
fon Confeffeur
; & les confolations
qu'il receut de fes
confeils , luy firent goufter
beaucoup de douceurs qu'il
n'auroit pas trouvées dans le
monde. Pendant qu'il fut
dans cette Maiſon , il fit voir
par de continuelles pratiques
de vertu & de pieté , que la
volonté de Dieu eftoit fon
unique étude. Pour mieux
travailler à fon falut , il crut
GALANT. 223
devoir fatisfaire aux Creanciers
de fes Predeceffeurs ,
auffi- bien qu'aux fiens. Il modera
fa dépenfe , & regla ſi
bien fon train & fon équipa
ge , qu'il épargna dequoy
s'acquitter de toutes dcbtes .
Ce fut pour luy une confolation
fenfible au milieu de
beaucoup d'infirmitez , de
marier M' le Marquis d'Urfé
fon Fils , l'unique efperance.
de fa Maifon , avec Mademoifelle
de Goutault. Peu de
temps aprés , fes maux s'étant
augmentez, il quitta Noftre-
Dame des Vertus , & vint de-
Tiiij
224 MERCURE
demeurer à l'Inftitution de
l'Oratoire , pour eftre plus
proche du fecours qu'il pouvoit
tirer des Medecins de
Paris. Ce fut là où il donna
des témoignages nouveaux
de fa patience dans ce qu'il
fouffroit & de fa fidelité
Aîdans
le fervice de Dieu . Il
enviſagea la mort , & s'y
difpofant de fon propre mouvement
, il fit affembler M's
fes Fils , dont les quatre
nez ont embraffé l'Eftat Ecclefiaftique.
Il leur recom
manda fortement de conferver
parmy eux l'efprit d'u
GALANT. 225
nion , dont Dieu avoit favorifé
fa Famille. Il pria M'I'Evefque
de Limoges , de vouloir
bien leur fervir de Pere ,
les exhortant tous d'avoir
en luy une entiere confiance
, foûtenue du refpect
qu'ils luy devoient comme
à leur Aifné , & à un tresdigne
Prelat ; il leur dit qu'-
ils ne pouvoient avoir de
trop grands égards pour M
l'Abbé d'Uurfé , de qui le
zele pour le fervice de Dieu
l'avoit engagé à aller faire
une troifiéme fois les fonctions
de Miffionnaire en
226 MERCURE
Canada, & qu'ils le devoient
regarder comme un Apoftre
par l'entier détachement des
biens de ce monde , qui luy
avoit fait refigner fon Doyené
avant fon départ. Aprés
qu'il les cut priez de déferer
auffi aux avis de M' d'Urfé de
l'Oratoire , & d'aimer toûjours
M l'Abé de S. Juft.
d'Urfé , Doyen de Noftre-
Dame du Puy , il s'adreffa à
M' le Marquis d'Urfé , auquel
il recommanda expreffément
de fervir le Roy avec
une exacte & inviolable fidelité.
Il dit auffi quelque cho
GALANT. 227
fe de fort tendre & de fort
touchant à Madame la Marquife
d'Urfé,fur l'union qu'il
luy demandoit avec M' fon
Mary ; & paffant du general
au particulier, il les pria tous
de fe fouvenir de luy dans
leurs prieres. Il fit tout cela
d'un efprit fi fain , qu'il ne
fembloit pas toucher à fa derniere
heure, mais fentant que
la nature manquoit en luy,
il tâcha de reparer ce defaut
par le fecours de la grace , &
fouhaita l'Extréme- onction .
Ce fut alors qu'il fit connoître
fa derniere volonté tou228
MERCURE
chant la difpofition de fon
corps. M' d'Urfé de l'Oratoi
re fe trouvant auprés de luy,
il luy demanda s'il pouvoit
efperer que les Peres de cette
fainteCongregation luy vouluffent
accorder un lieu de
repos dans leur Eglife , pour
comble des douceurs fpirituelles
qu'il avoit fenties
pendant fon fejour dans leur
Maiſon. Il expira aprés ces
paroles , & fut enterré comme
il l'avoit fouhaité, en l'Eglife
de l'Inftitution de l'Oratoire
, dans la Chapelle du
Cardinal de Berulle. La pomGALANT.
229
pe funebre, quoy qu'accompagnée
de fimplicité & de
modeftie , ne laiffa pas d'avoir
fa beauté , tant par le
Clergé , que par un grand
luminaire.
Dame Suzanne Garnier
Veuve deCharles de Brancas,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Mere , Lieutenant general
des Camps & Armées
de Sa Majefté, Marquis de
Maubec , d'Apilly , & autres
Lieux , eft morte auffi depuis
peu de temps
.
le de feu M' Garnier Treforier
des Parties Cafuelles. De
Elle eftoit Fil230
MERCURE
ce Mariage eft venuë Marie
Françoife de Brancas , Dame
du Palais de la Reine, mariée
avec Henry Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt
Comte de Montlor & de S.
Romaife , Marquis de Maubec
, Baron d'Aubenas , de
Montbonnet
& d'Aygufe
,
Seigneur de Montpezat , de
Miremande & de Grateloup.
Mr Garnier eut deux autres
Filles , Soeurs de Madame de
Brancas , dont je vous apprens
la mort. L'une nommée
Magdeleine Garnier,fut
mariée à feu Jean Molé SeiGALANT.
231
gneur de Champlatreux, Prefident
au Mortier au Farlement
de Paris , dont eſt venu
Louis Molé Seigneur de
Champlatreux , Prefident
auffi au Mortier ; & l'autre
époufa M' Doradoux, Lieutenant
de l'Artillerie de France
.
De la
Maifon de
Brancas,
originaire
du Royaume
de
Naples, font fortis fix Cardinaux
, fçavoir
Landolphe
de
Brancas
Cardinal en 1294 .
Raynaud
de Brancas
Cardinal
en 1385. qui eftoit au Concile
de
Conſtance ; Louis de
232 MERCURE
Brancas Cardinal en 1408.Nicolas
de
BrancasCardinal qui
étoit auConcile de Pife.Thomas
de Brancas Cardinal en
1411. & Marie de Brancas Cardinal
en 1633. Alexandre de
Brancas vivoit en 1374. & fut
Maréchal du Royaume de Sicile
, & de la Principauté d'Achaye
. Buffile de Brancas fut
Maréchal de l'Eglife Romaine
, & fe retira en Provence
y a trois cens ans . C'eft
d'où font venus en France les
de Brancas , que nous connoiffós
. André de Brancas Sr
de Villars , Amiral de Franil
GALANT. 233
ce, Gouverneur du Havre de
Grace , fut tué en 1595. Georges
de Brancas Duc de Villars,
auffi Gouverneur du Ha-"
vre , eftoit Frere de l'Amiral .
La Terre de Villars fut érigée
en Duché en faveur de
ce dernier. Louis de Brancas
aujourd'huy Chef de cette
Famille , eft Duc de Villars ,
Marquis de Graville & de
Grand - champ , Comte de
Maubec , Vicomte de Cou
tance , Baron d'Oife, de l'Ifle,
& de la Ferté Bernard , Seigneur
de Maubec . Il a épou
fé Mademoiſelle de Brancas
V Novembre 1685.
234 MERCURE
fa Coufine, Soeur de Madame
la Princeffe d'Harcourt. De.
Brancas porte d'azur au Pal
d'argent , chargé de trois Chateaux
de gueules , maçonnez de
Jable , & tenu par quatre pates
de Lyon d'or.
Il faut auffi vous
apprendre
la perte que l'on a faite
d'un de nos braves François ,
appellé
M de Saint André
du nom de Caffan, d'une Nobleffe
diftinguée
dans le bas
Languedoc
. Il avoit receu
fept coups à la prife de l'importante
Place de Coron
dans la Morée , & il en eft
mort. Il a efté extremément
GALANT. 235
regreté dans toute l'Armée ,
particulierement du General
Morofini , & du jeune,
Prince Maximilian de Brunf-
Vick. Il eftoit Colonel d'un
Regiment d'Infanterie des
Troupes que le Duc de
Brunfvick Hanover avoit
données aux Venitiens. IE
avoit fervy dés l'âge de
torze ans , ayant quitté fes
études pour aller au Siege de :
Barcelone. Il s'y diftingua
d'une maniere fi avantageu
fe, qu'onluy donna une Lieutenance
dans le Regiment :
de la Reine , où il fut enfuite: 2.
qua.
Vij
236 MERCURE
Capitaine , & aprés Capitai
ne & Major dans le Regiment
de Guitaut. ' Il eut les
mefmes emplois dans celuy
de Perfan, & alla en Candie
avec ce Corps , lors que le
Roy y envoya du Secours. Il
yfut fait Lieutenant Colonel
de ce Regiment qui fut caſſé
aprés qu'on eut fait la Paix
Generale en France , ce qui
l'obligea d'aller chercher de
l'employ en Allemagne. Il
emporta des Lettres de recommandation
de Monfieur
le Prince qui l'honoroit d'u
ne eftime particuliere , &
GALANT. 237
s'attacha aupres du feu Duc
de Hanover, qui levoit alors
des Troupes. Ce Prince le
fit Capitaine de fes Gardes,
& enfuite Lieutenant Colonel
. Sa mort eſtant furvenuë,
Mr de S. André fongeoit à fe
retirer, quand Monfieur l'Evefque
d'Ofnabruc fon Frere
& fon Succeffeur , à preſent
Duc de Hanover , le retint à
fon fervice dans le mefme
employ , & luy augmenta
mefme fes apointemens. Il
le fit enfuite Colonel d'un des
Regimens qu'il envoya aux
Venitiens contre les. Tures,
238 MERCURE
& c'eſt à la tefte de ce Regiment
qu'il a receu les Bleffeures
dont il eft mort pour le
fervice de la Chreftienté.
De fon Mariage avec une
Demoiſelle de Rimou en Bretagne
; il n'a laiffé que deux
Filles. Le Pere de ce brave.
Gentilhomme avoit toûjours
porté les armes , jufqu'à ce
qne le nombre de fes Bleffeures
l'obligea d'abandóner
le fervice . Son Ayeul a donné
auſſi en pluſieurs occafions
de grandes marques
d'intrepidité & de bravoure.
S'il n'y a point de remede
GALANT 239
qui puiffe nous empeſcher
de mourir , il n'eft point de
mal , quelque grand & incurable
qu'il foit , auquel on
ne puiffe aporter du foulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute ,
qui de tous les maux qui ne
fe peuvent guerir , eſt eſtimé
le plus incurable . L'Aumonier
de M' le Marefchal
de Lorges , a trouvé le ſecret
, non feulement d'en apaiſer
la douleur , mais auffi
de l'arrefter , je n'ofe pas dire
pour quelques années , parce
que cela approcheroit
240 MERCURE
trop de la pleine guerifon.
Cependant il eft certain que
le Sieur Royer Serurrier, demeurant
rue Sainte Anne du
cofté de la rue S.Honoré, Paroiffe
S. Roch , qui avoit la
goute aux pieds & aux
mains, les doigts tout roides,
& qui depuis fort long- temps
avoit prefque efté toûjours
contraint de garder le lit ,
n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que
cét Aumonier le traite . II
marche aifément , & il fe
fert de fes mains pour le travail
de fa Profeffion . Je
parle
GALANT. 241
parle fur le raport de mes
yeux . J'ay veu ce Serrurier
qui a encore les mains toutes
contrefaites de la rigueur
de fon mal. Mr l'Abbé de la
Rocque l'a vû auffi , & en a
fait un article dans l'un de
Les Journaux des Sçavans .
Ce Gouteux qui a fouffert fi
long-temps , nous a confirmé
à l'un & à l'autre ce que -
nous avions appris du foulagement
qu'il avoit receu. Il
a dit la mefme choſe à plufieurs
Perfonnes de qualité
qui l'ont voulu voir , fur ce
qu'avoit dit cét Aumônier ,
Novembre 1685.
a
X
242 MERCURE
qui inftruira luy - mefme de
fes Remedes , & nommera
ceux qu'il a foulagez . Quand
on a recours à luy , il ne
s'engage qu'à faire ceffer la
douleur pour un an , s'il ne
guerit pas tout à fait. Son
attachement
ne luy permettant
pas de s'éloigner , il
ne fort point de Paris , ou
des lieux où eft la Cour.
L'Eglife de France a perdu
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
Ces jours paffez Madame
la Ducheffe du Lude, fit faire
un Service folemnel dans l'E
264 MERCURE
glife des Celeſtins , pour le repos
de l'Ame de Mr le Duc
du Lude , Grand Maiſtre de
l'Artillerie. Ce fut une ma
gnificence extraordinaire.
Elle fatisfait par un fi pieux
devoir la douleur qu'elle ref
fent de la perte d'un Mary,
qu'elle aimoit tres -tendrement,
& dont elle eftoit tendrement
aimée .
M' d'Argouges Conſeiller:
d'Eftat ordinaire , a eu au
Confeil Royal la place de
Monfieur Boucherat prefentement
Chancelier de
France. C'eft un Homme
d'un
GALANT 265
:
d'un fort grand merite, dont
je vous ay parlé plufieurs
fois. Il a efté Premier Prefi
dent au Parlement de Bretagne.
La ReineMere le confideroit
beaucoup.
Vous m'avez paru fi fatisfaite
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
Comme les Lettres de M
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
ΗIl y a quelques années que je
yous envoyay toute l'Hiftoire du
Comte Texely dans une de mes
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Confpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Mar
quis de Frangipany , ont voulu
fe faifir du Chafteau & des biens
de fon Pere , non qu'il eut trem
312 MERCURE
pé dans cette Confpiration , mais
parce que d'auffi puiffans Sujets
que luy eftans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre fufpect , le Pere de Teke.
ly fit fauver fon Fils déguiſé en
Fillé , & mourut bien- toft aprés.
Les Proteftans de Hongrie fe
fouleverent , & Tcxely fe trouva
à leur tefte à l'âge de dix- fept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'efprit de Tekely la rendit affez
heureuſe . Enfin , foit que les
Turcs fuffent appcl'ez en Hongrie
par ces Rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euft fait croire
qu'ils én feroient mieux leurs af
faires en Allemagne , ils y fondi
rent ,comme vous avez fceu . Ils
eurent du defavantage devant
Vienne ,
GALANT. 313
Vienne , & l'année fuivante les
Allemans en eurent devant Bude
. Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la caufe de Dieu , ont
eu des avantages fi grands dans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs , & contre les Mécontens ,
que le Grand Seigneur voyant
murmurer ſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eftre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaifer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte ,
& c'est pour cela què les Turcs
quifont adroits luy ont tendu les
pieges que vous avez fceu , pour
le faire tomber entre leurs mains.
Novembre 1685. Dd
314 MERCURE
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays interefts, puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovie , ce qu'il auroit fait le
lendemain , mais les chofes ont
tourné tout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Texely , qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au fecours
de Caffovie. Ce Comte au lieu
d'aller trouver les Rebelles , envoya
un Député au Comte Ca.
prara pour le prier d'obtenir fa
grace de l'Empereur , & le mefmejour
qui estoit le 25 d'Octobre
, il fit rendre Caffovie. Les
Rebelles furent enfuite incorporez
dans les Troupes de Sa MaGALANT.
3 : 5
jesté Imperiale , & l'on marcha
du cofté de Mongats . Cette Fortereffe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la prife rendroit
'Empereur Maiftre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas efté plus heureux du cofté de
ala Pologne, quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez , foit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pi
jetter aucun fecours dans Kaminiek
, & ont mefine cfté pouffez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois . C'eftoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle de
leurs Ennemis.
Comme les defordres qui font
arrivez dans la Hongrie font
Ddij
316 MERCURE
grand bruit depuis long - temps ,
je croy vous donner à vous &
vos Amis une nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vont débiter un Livre nouveau
intitulé Hiftoire des Troubles de
Hongrie. Elle eft diviſée en trois
Volumes , & contient tout ce qui
s'eft paffé à l'égard des Mécon.
tens depuis l'année 1653. On y
voit la naiffance de leur revolte
& les progrez qu'elle a eu jufques
à preſent. Cette, Hiftoire nous
manquoit , & on eft obligé à
l'Auteur , du foin qu'il a pris de
ramaffer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez .
Le ſecond Air nouveau que je
vous envoye , eft d'un Autheur
fort celebre ,
GALANT. 317
AIR NOUVEAU.
Vt-il jamais un plus char
mant bonheur ! Fr
D'un vin cheify ma cave eft
pleine ,
Et ma Philis enfin fenfible à mon
ardeur,
Aprés tant de rigueurs ceffe d'eftre inhumaine.
Entre ces deux plaiſirs je partage
mon coeur
La nuit eft à Philis , le jour à ma
bouteille.
L'une & l'autre fans ceffe me réveille
,
Fut- il jamais un plus charmant
bonheur!
La premiere Enigme du dernier
mois a efté faite fur le mot de
Dd iij
318 MERCURE
l'ombre , & il a efté trouvé par
Ms N. de Leftang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin , Rault de Rouen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expliquée
en Vers.
Le mot de la feconde Enigme
eftoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans fon vray fens, font
Mrs d'Eftouteville de Toury ; de
Bardouille le Fils , de Roüen ;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Pondevaux de la Bournat de
j
Clermont , l'Habitant de Saumur
; la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu ; & la Spiri
ruelle de Lorme de Vitré. En Vers.
•
Mrs Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
GALANT. 319
-
Buret de Vitré ; Avice de Caen ,
ruë de la Harpe , le Roux , Medecin
à Vitré de Souveras ; C.
;
F. Lourdet , du quartier de la Place
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la ruë Garanciere ; l'Homme
à plus d'une affaire , la Brunette
Favorite du petit Colin ; & la plus
aimable Brunette du petit Bapti
fte de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , font
Mrs de Sorbiere , Banquier , rue
des cinq Diamans , le petit Vaffan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs , de la rue des Pa
ftoureaux d'Orleans , l'Affemblée
de la Croix , de Saint Etienne de
' Ifle en Flandre . En Vers , L.Bouchet
, ancien Curé de Nogent le
Roy, Hordé de Senlis , Larcange
Dd iiij
320 MERCURE
de Bourbon l'Archambaut, le petit
Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers
; Gyges ; Alcidor ; la Belle
Nourriture , Silvie , l'Hermophi
le du Hoc , la petite Affemblée
A. & la petite Aſſemblée G. ces
fix du Havre .
Voicy deux Enigmes nouvelles
, les Penſées en ont efté fournies
par Diane , au Berger de Flore
, qui n'a fait que les mettre en
Vers ; & Diane ou Suſane eft cette
jeune Enjoüée dont il eſt parlé
dans le dernier Extraordinaire P.
301.
J
ENIGME .
E me rends familiere affez facilement.
Aux plus huppezje chante desinjuresz
GALANT. 321
Je me plais à voler , & vole impuanément,
Sans avoir peur des fers n'y des
tortures.
$3
Fe n'ay qu'un seul habillement ,
La mode & la faifon n'y fent mul
changement ,
C'est une robe fort legere
Où le blanc & le noir ont leur compartiment,
De la mefme façon que l'avoit ma
Grand- Mere.
Fe fuis pourtant d'un affez grand
renom ,
Gens du plus haut étage ont eu cinq
fois mon nom ,
Le Tartuffe l'affecte , & le Saint le
revere
322 MERCURE
Q
Fadis quand j'eflois Fille , on m'ac
cufa d'orgueil
Sur la qualité de Chanteuſe ;
Et de la vient , dit- on , que je porte"
le deuil.
Aujourd'huy l'on m'estime une grande
Caufeuſe ,
Sur tout lors que je n'ay qu'un oeil.
AUTRE ENIGME.
HEros en fait de patience ,
Le fouffre , belas ! jufqu'aux derniers
abbois ,
Mépris , injure , coups , route forte
d'offence ,
Sansfaire aucune reſiſtance,
Et fans mefme employer ma pitoya--
ble voix ,
A ma défense.
GALANT. 323
Le paffe auffi mes jours comme les
Penitens ,
Dans le travail prefqu'en tout
temps ,
Mangeant peu
dare.
couchant fur la
Ne beuvant jamais que de l'eau,
Veftu de gris ,fans bonnet ng chapeau:
Mais bien que pauvre creature
On tire un honnefte Tribut
De la plupart des peines que j'en
dure;
Etj'ay toûjours fur moy le figne du
Salut.
Mon fort ne caufe point d'envie ;
Car s'il ne m'avient pas d'eftre mangé
des Loups ,
Aprés ma mort je reçoy plus de
coups
324 MERCURE
Queje n'en eus pendant ma vie.
**
l'ay des Freres de lait , & d'autres
de renom ;
De ces derniers grande eft la muttitude
,
N'en es.tu point , dus moy , toy qui
cherches mon nom?
En vain , s'il eft ainſi, tu mets-là
ton étude.
Iamais tu ne le trouveras ,
A moins que tu ne fçaches
D'un Amy franc qui ne te flate pas
Ce que four ton Sur- tout tu ca
ches.
Je vous ay quelquefois parlé
de M' de Bonrepaus , Intendant
General de la Marine
& des Armées Navales de Sa
Majeſté , dont il s'acquitte avec
GALANT. 325
beaucoup d'intelligence & d'exa-
&titude. Ce fut luy qui entra dans
Genes, lors que M ' le Marquis de
Seignelay étoit devant cette Pla
ce. Tout le Monde fçait qu'il
n'oublia rien pour perfuader aux
Genois ce qu'ils devoient faire ,
afin d'éviter les Bombes, qui cauferent
de fi grands defordres
dans leur Ville. Le mefme M² .
de Bonrepaus vient eftre pourveu
de la Charge de Lecteur ordinaire
de la Chambre du Roy,
fur la Demiffion volontaire de M.
l'Abbé de Dangeau . Vous pouvez
croire qu'ayant toûjours fervy
le Roy avec autant de zele
que de fuccés , il en a efté receu
avec beaucoup d'agréement ,
Je fçay Madame , que vous n'avez
pas efté la feule perfonne que
326 MERCURE
la nouvelle de la mort de M
Courtin employée dans ma derniere
Lettre ait alarmée ; vous
avez cru que je parlois de celuy
qui a fait voir tant d'efprit & tant
de zele , dans les importans emplois
que Sa Majefté luy a con.
fiez. C'eftoit cependant de M
Courtin , ancien Confeiller d'Etat
, qui a autrefois efté en Allemagne
& en Suede , & qui vivoit
depuis quelque temps dans une
grande Retraite . Je remets au
mois prochain , tout ce qui regardel'Ouverture
du Parlement,
& des autres Cours Superieures
du Royaume , auffi - bien que les
bonneurs funebres rendus de toutes
parts à la memoire de feu M.
le Chancelier , & quantité d'autres
articles , que l'abondance de
-
GALANT. 327
la matiere m'a contraint de referver.
Je fuis , & £
A Paris ce 30. Novembre 1685.
On a mis dans ma Lettre du mois
d'octobre en parlant des Certificats
de M. les Medecins , donnez à M.
de Rouviere , pour marquer la bonté
de fa Theriaque , le nom de Ri
chard au lieu de celuy de Lienard .
On a mis M. de Quince , General
des Armées du Roy , il fautmettre
Lieutenant General.
..
Dans l'Articlede M.P Archevefque
de Sens, on a mis Monilezun Beze.
maux , au lieu de Mont - tufon de Bezemaux.
Les Comtes de Bigorre,
Pardiac , Mont- tufon, Bezemaux ne
font qu'une mefme Maiſon, qui afait
toutes ces Branches.
Extrait du Privilege du Roy..
Ar & Privilege du Roy, donné à
Pchaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUN QUIERES . Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sicur
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Librairés, & tous autres, de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'ornement
d'iceluy , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres.
Registré fur le Livre de la Communauté ,
aux charges & conditions portées , le 14 .
Septembre 1683. Signé, ANGOT , Syndic .
Ledit Sieur DEVIZE' a cedé fon droit du
préfent Privilege à C. Blageart, Imprimeur-
Libraire , pour en joiiir fuivant l'accord fait
entr'eux .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères