Fichier
Nom du fichier
1685, 05
Taille
10.90 Mo
Format
Nombre de pages
395
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
<36622049500015
<36622049500015
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE A MENSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MAY 16.8 S
sic
A PARIS,
AV PALAISE
N donnera toujours un Volume.
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
ON en
A PARIS .
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
Chez la Vouve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAUPHIN
ELT. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie..
Li
M. DC. LXXXV .
AVEC PRIVILEGE DV ROX.
Avispourplacer les Figures.
Air qui commence par SiHyver
vous tenez vos paſſionsfecrettes , doit
regarder la page 117..
La Figure doit regarder la page 196.
L'Air qui commence par Ce quifait
le Printemps, doit regarder la page 287.
AU LECTEUR .
F
Es ordres aufquels on ne peut
Drefufer d'obeir, & qu'on reçoit
toujours avec plaifir , m'ayant obligé
fur lafin du mois à travailler à la Retation
du Carroufel entrepris par Monfaigneur
le Dauphin , il a falu dérober
au Mercure le temps qu'on a employe
antravail de ce Carroufel, & c'est par
bette raison quece Volumeparoift quelquesjours
plus tard qu'à l'ordinaire.
Omy trouvera deux grands Articles,
fur lesquels on croit y avoir rien faiffe
Joux
a dire. C'eft celuy du Couronnement
du Roy d'Angleterre, & celuy qui con
thes tout ce qui s'eftpassédepuis l'arri
vec du Doge à Paris , jufques àfon dé
part . Lalongueur de ces Articles ayant
pris la place debeaucoup d'autres , on a
effé obligé de les referverpour le mon
pra bain, dans lequel temps onparlera
encore du Carronfet.
88 :
TABLE.
Rélude contenant plufieurs Nouvelles , I
Ouvrages de M. Vander Meulen Pad
Paris ancien & nouveau ,
IS
274
Lettre concernant le Temple de Grenoble , 28
Autre Lettre for le fujet de la Religion , 38
Article touchant la Démolition du Temple de
Chaftillon fur Loing,
54
Autre de Montelimart , touchant le mefme
60
90 .
fujet,
Sonnet,
Jeux Floreaux, & leur origine, avec plufieurs
Piéces faites fur ce fujet,
Particularitez touchant la Méque,
Plainte pour un Mouton à fa Bergere,
128
Troifiéme Dialogue des chofes difficiles à
croire ,
Morts,
-162
31 194
Couronnement du Roy d'Angleterre , conte-
" nant plufieurs particularitez qui n'ont point
encore efté fceues, 197
Panégyrique du Roy prononcé par M. le
Recteur,
Converſions,
Mariage,
275
283
286
288 Morts,
Tout ce qui s'eft paffé depuis l'arrivée du
Doge jufques à fon départ, 289
376
Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. 373
Enigmes,
Sermonen Grec par M. l'Abbé Barentins 378-
Fin dela Table.
Bayerische
Staatsbibliothek
MERCVRE
GALANT
MAY
1685.
UELQUE éclat qui
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
14 MERCURE
A
Entre tous ceux qui employent
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
Si par ces Eftampes on
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
J'aurois dequoy faire
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
Le mefme M' Allard m'a
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
E iij
54 MERCURE
Vous voyez, Madame, quer
par ce qui eft rapporté dans
cette Lettre , on connoift
qu'au moment de la Naiſſance
de Louis XIII . on découvrit
ce que LoIS LE GRAND
devoit faire un jour pour l'Extirpation
de l'Heréfie . La
quantité de Perfonnes qui
continuent de fe convertir,
donne lieu de dire qu'elle eft
aux abois. Vous fçavez déja
peut-eftre ce qui eſt arrivé
depuis trois mois en la Ville
de Chaftillon fur Loing. Par
l'Edit figné au Château d'Amboiſe
le 19. Mars 1563. on perGALANT.
55
mitaux Gentilshomes
d'avoir
des Preſches chez eux . Les
Seigneurs de Chaſtillon joüirent
de ce Privilege , & enfin
Gafpard de Coligny, Petit- Fils
de l'Amiral , fe trouvant incommodé
du grand nombre
de Peuple qui fe rendoit en
fon Chafteau de Chaftillon
pour affifter au Preſche , fit
transferer cet Exercice dans
la Ville vers l'année 1615. & .
en 1619. il acheta un Jardin ,
où fut bafty le Temple des
Prétendus Reformez . Ainfi à
l'exemple de plufieurs autres
Seigneurs , il fit un Exercice
E iiij
56 MERCURE
public d'un Exercice qui n'étoit
que perfonel Ona prouvé
par Piéces juftificatives , que
les Prétendus Reformez n'ont
commencé à faire leurs Pref
ches dans la Ville de Châtillon
qu'en 1619. dans la
quelle année ilsloüérent deux
Chambres pour y faire leur
Exercice , & que la Place où
ils ont bafty leur Temple, ne
fut achetée qu'en 1619. par
Gafpard de Coligny. Il eft
conſtant qu'avant ce tempslà
, l'Exercice de leur Religion
avoit toûjours efté fait hors
de la Ville, dans la Maifon du
GALANT. 57
Seigneur , qui payoit la principale
portion de l'entretenement
du Miniſtre , & que
cet Exercice dépendoit tellement
de fa perfonne , qu'on
n'auroit ofé y rien changer
qu'il ne l'euft permis . Toutes
ces chofes ayant eſté meurement
examinées , le Roy par
fon Arreft du Confeil d'Etat
du 12. Fevrier dernier , a interdit
pour toûjours l'Exercice
public de la Religion
Prétendue Reformée en la
Ville de Chaſtillon fur Loing,
& ordonné que le Temple
qui y eft conftiuit , fera dé58
MERCURE
moly juſqu'aux fondemens .
Cet Arreft , & plufieurs
autres de mefme nature, confirment
bien ce que le Pere
Alexis du Buc , Theatin, a dit
à la louange du Roy dans
une de fes Controverfes. On
pas de ce grand Monarne
dira
que, comme d'Aza Roy d'Ifraël,
Verumtamen non abftulit excelfa.
Aza eftoitpieux ; il avoit
du zéle pour le culte du vray
Dien. Fecit Aza , dit l'Ecriture
, rectum ante confpectum
Domini. Mais quelque grand
que fust fon zéle pour exterminer
l'Idolatrie , non abftulit:
GALANT. 59
excelfa , il n'abatit pas les Temples
que Salomon avoit fait baftir
aux Idoles. Henry le Grand,
dans un temps fâcheux , & dans
l'impoffibilité de fe vanger des
outrages de ceux de la Religion
Prétendue Reformée
, figna en
leur faveur l'Edit de Nantes,
& leur accorda le Temple de Charenton
, qui est contraire à l'Ar-
·
ticle
14.
de cet Edit , qui défend .
de faire aucun Exercice public de
·la Religion , plus prés de Paris
que quatre lienës. Louis le fufte,
à qui Dieu avoit prestéfon Bras
pour ôter la Rochelle aux Prétendus
Reformez , n'abatit pas
60 MERCURE
le zéle du
les Temples qu'ils y avoient , verumtamen
non abftulit ex.
celfa ; mais LOUIS LE GRAND
imitant la pieté
SaintRoyFofias, qui ôta les Antels
des faux Dieux , & chaſſa
les faux Prophetes , fait démolir
les Prefches par tout fon Royaume
, détruit les Colleges où l'on
enfeignoit l'Heréfie , dans tous
les endroits où l'on n'a point de
droit d'en avoir , employe fa
puissance à exterminer ce Monftre
du fein de fes Etats.
Il y a lieu d'efperer qu'il en
fera bien tôt tout- à - fait banny.
Il l'eft déja de Montelimard
GALANT. 61
La Province de Dauphiné
par la proximité du Vivarets
& du Languedoc , ayant toûjours
efté le Théatre de la
Guerre , pendant les Troubles
les Prétendus Reque
formez exciterent dans le
Royaume , cette Ville fut regardée
dés lors par les Chefs
les plus puiffans du Party,
comme le lieu qu'ils jugeoient
le plus propre pour
le maintenir. Ce fut dans cét
efprit que M' le Conneftable
de Lefdiguieres , aprés s'en
eftre rendu le Maiſtre , trouvant
dans cette Place qu'il
62 MERCURE
appelloit communément fon
Boulevard de la Plaine , tout
ce qui pouvoit faciliter l'execution
de fes deffeins , non
la force de fa
feulement par
Citadelle
, mais encore par
fa fituation
avantageufe
qui
n'est qu'à un quart de lieuë
du Rofne , y fit bâtir un Temple
l'an 1599. qu'il fonda
de
vingt- quatre mille livres. Les
Particuliers
fuivant fon exemple
, contribuerent
chacun
à
l'envy à le rendre
un des plus
beaux & des plus confiderables
de la Province
. C'eftoit
bien affez qu'il euft ſubſiſté
GALANT. 63
dans tout fon éclat pendant
prés d'un Siecle. Le temps de
fa chûte eftoit arrivé , & Dieu
l'avoit réfervé au glorieux Regne
de LOUIS le Grand , qui
ne goûte jamais un plus doux
trióphe, que lors qu'il le remporte
fur les Ennemis de la
Religion. Le zele qu'il a pour
la faire reconnoiftre dans toute
la France , luy donnant un
juſte diſcernement pour le
choix des Prelats capables.
de la foûtenir , fit tomber le
fien fur Meffire Daniel de
Cofnac, à prefent Evefque de
Valence , & Comte de Die.
64 MERCURE
Sa Maiſon eft fort illuftre , &
a donné des Cardinaux à l'Eglife
. Pour fa Perfonne , je
n'ay point d'autre éloge à
vous en faire qu'en vous difant
, que depuis qu'il a eſté
nommé par Sa Majeſté , il n'a
rien épargné pour détruire
l'Heréfie dans fon Dioceſe ,
Un tres - grand nombre de
Temples que l'on y a abattus
par le foin qu'il a pris de faire
voir des contraventions manifeftes
aux Edits , & aux Dé
clarations du Roy , parlent
mieux de ſa gloire , que tout
ce que je pourrois vous en
GALANT. 65
dire , fans qu'il foit befoin
que je vous faffe fouvenir de
celle qu'il s'acquit dans une
des dernieres Affemblées du
Clergé , dans laquelle il ne
donna pas moins de marques.
de fa pieté, que de fon efprit.
Mais pour ne vous arrefter
pas davantage ſur cet article
qui me meneroit trop loin,
je paffe à ce qui a donné lieu
a la démolition du Temple
de Montelimard. Le Sieur
Chirou qui en eftoit le Mr.
niftre , ayant receuà la Com ..
munion la nommée Amabile
Chaufin , Relapfe, contre les›
May 1685,
F
66 MERCURE
Ordonnances , fut obligé avec
tout le Confiftoire de répondre
au Procez qui luy fuc
intenté au Parlement de Grenoble.
My de Valence montra
le zele d'un veritable Pa
fteur dans tout ce Procez,
dont il commit la pourſuite à
M'Faure Prieur de Saint Mar
cel , & Vifiteur Genéral de
l'Ordre de Cluny , pendant
que d'autres affaires de fon
Dioceſe , aufli importantes
que celle-là, l'appelloient ailleurs
de temps en temps. M
Faure fit toutes les diligences
neceffaires. Les Defenfes
GALANT. 67
des Prétendus Reformez furent
écoutées . On examina
les Ordonnances , & enfin le
12. Juillet de l'année derniere
, le Parlement de Grenoble
donna Arreſt , portant:
que l'Exercice de la Religion
Prétendue Reformée feroit
pour toûjours interdit dans la
Ville de Montelimard le:
Temple razé , & qu'au milieu :
de fa place, il feroit élevé une
Croix de Pierre fur un pied
d'eftal , pour y demeurer à
perpetuité , le Miniftre Chirou
, & la Relapſe , con..
damnez au Banniffemena .
>
Fij.
68 MERCURE
le coup fuft rude
Quoy que
aux Prétendus
Reformez
, il fa
lut qu'ils obeïffent, & ils abatirent
eux- mefmes leur Temple
dés le mois d'Aouft der
nier ; mais comme les fondemens
qui en reftoient
leur
laiffoient
quelque
efperance -
de le revoir un jour fur pied, ik
leur fut ordonné par un fecond
Arreft du mois de Ser
ptembre
fuivant , d'arracher
les fondations
des murailles.
du Temple , & d'en porter
les Materiaux
hors de la Vil
le ; ce qui ayant efté fait , il
ne manquoit
plus pour l'exe
GALANT. 69
que
cution entiere de ces Arrefts,
de faire élever une Croix
au milieu de la Place où l'on
avoit abatu le Temple , qui
fuft un monument éternel
de la victoire qu'elle a remportée
fur l'Heréfie . M' de
·Valence ayant voulu aller luy
mefme en perfonne rendrecompte
de toutes ces chofes
à Sa Majefté, en remit la Ceremonie
jufqu'au 16. Avril
dernier , qu'elle fe firà Mon
telimard avec beaucoup d'éclat
& de pompe . On n'é
pargna aucune dépense pour
embellir certe Croix. Aux
a
7
70 MERCURE
4
quatre faces de fon pied d'eftal
, on lit de fort belles Infcriptions
Latines de la compofition
du Pere le Brun Jéfuite
, qui a prefché tout le
Carefme dans l'Eglife Collé
giale de cette Ville - là , avec
l'applaudiffement genéral de
fon Auditoire. Une partie de
ces Infcriptions marque le
fait , & l'autre eft à la Îoüange
du Roy. Toutes chofes
ayant efté difpofées , M ' l'Evefque
fe rendit à Montelis
mard , non feulement pour
Benediction
de la Croix, mais
pour celle d'une Cloche qui
la
GALANT. 71
fervoit au Téple des Religionnaires
, par un privilege qu'ils
avoient ufurpé. Par les Déclarations
de Sa Majefté des
années 1666. & 1669. il leur
eft défendu de s'affemblerau
fon de la Cloche dans les
lieux où il y a Citadelle ou
Garnifon , ce qui donna lieu
à M's du Chapitre de Sainte
Croix , de fe pourvoir en
1680. devant M' d'Herbigny,
Intendant alors en Dauphi
né , pour faire ordonner
qu'en conformité de ces Déclarations
le Clocher du
Temple feroit démoly , & la
>
72 MERCURE
deux
Cloche fequeftrée . M Bau
teac , fameux Avocat de
Montelimard , entreprit cette
Affaire au nom du Chapi,
tre, & la mit en état par
Difcours publiquement fairs
en prefence de M d'Herbi
gny,de forte que lesReligion
naires fe tenant pour con
damnez , ofterent leur Clos
che dans le delay qui leurfut
donné pour répondre , &
Fenterrerent dans une Cave.
Cette Cloche ayant efté re
mife à M du Chapitre , par
les foins de M Remond l'un
des Chanoines , M Fargier
en
GALANT. 73
en fut le Parain au nom de la
Ville , & Madame de Com
beaumont la Maraine. C'eft
une Dame convertie depuis
environ quatre ans , d'une
pieté exemplaire , & d'un fi
grand zele pour la Religion
Catholique , qu'elle l'a fait
embraffer à toute fa famille,
composée de trois Fils & de
cinq Filles. M' 1' Evefque
fon arrivée fut harangué
par M Baile Lieutenant Genéral
, à la tefte de tout fon
Corps , fon Difcours fut fort
poly ,& prononcé avec beaucoup
de grace. Quoy qu'il
May 1685.
G
74 MERCURE 7
ait à peine vingt ſept ans , il
s'eft acquis l'eftime de tout
le monde dans la fonction
de fa Charge. M' du Claux
Préfident à l'Election qui
parla enfuite , fit un Compli
ment dont on ne fut pas
moins fatisfait.C'eft un Homme
d'un merite diftingué , &
quia beaucoup de délicateffe
d'efprit . M' de Valence qui
fut auffi complimenté par les
Confuls , avant que de le rendre
à la place du Temple , entendit
dans l'Eglife Collégia
le de Sainte Croix , dont le
Chapitre l'avoit cfté prendre
GALANT 75
en Corps , la Predication qui
y fut prononcée par M' Faure.
On peut dire qu'il le furpafla
luy melme en cette occafion
. Il prit pour fon Texy
, Abfit mihi gloriari nifi in
Cruce Domini , & finit par l'Eloge
du Roy , en s'adreſſant
à M l'Eyelque qu'il loua d'une
maniere fort éloquente
fur fon zele pour la Reli
gion. Il receut de grands ap
plaudiffemens de toute l'AL
lemblée qui fe trouva fort
nombreuſe. Enſuite M' de
Valence revetu de fes Habits
Pontificaux , précedé de
ایک
Gij
76 MERCURE
CorpsReligieux & du tous les
20027ten
Chapitre
à la
Place
du
partit
en
Procef
.
fion
pour
a
Temple, pendantque la hou.
velle Cloche & les anciennes
fonnoient à la fois. Me
Comté dé Virvile , Gouver.
neur de Montelimard , qui
avoit regalé ce Prélat magnifiquement
, avoit fait mettre
fous les armes une partie de
La Bourgeoifie, auffi bien que
la Garniſon de la Citadelle.
L'une & l'autre All une fort
diop
Bald
Belle décharge . La Bénegr
ction faite avec les Ceremo
nies ordinaires Mª de Va-
·
GALANT 77
lence receur au pied de la
Croix l'Abjuration d'une
Femme. Il avoit auparavant
receu cceellllee d'un Gentilhom,
me dans un autre lieu . Aprés
qu'il luy eut fait faire fa Profeffion
de Foy, tilheretourna à
l'Eglife dans le mefme ordre
qu'il eftoit party. La Mufi
que qu'on avoit fait venir des
Villes voifines , entonna le
Te Deum , & la Benediction
du Saint Sacrement fut donnée
par M' l'Evefque , qui fut
Μ
remené chez luy par M' du
Chapitre,& par tous les Corps
Religieux.
G`iij
78. MERCURE
La Démolition du Temple
de Montelimard a donné lieu
à ce Sonner de M l'Abbé du
Claux', Chanoine de Sainte
Croix de Montelimard. C'eft
un digne Frere du Préfident
dont je viens de vous parler,
Vous vous fouviendrez que
le nom de M' l'Evefque de
Valence eft Daniel.
Si no
Ε
E.
Borilor calli
Difice autrefois defuperbeſtructure,
Qu'avoient fait l'Herefie & la Rebellion,
Temple, desplusfameuxdela Belianngion,
gion,balk
Où long- tempsont regne l'erreur &
l'imposture.
GALANT. 79
$2
Tune prévoyois pas une telle avanture;
Tes Pasteurs t'affeuroient que toy,
Sainte Sion,
N'eftantjamais fujette à la
tion,
ג
Corrup-
Tes Murs ne tomberoient qu'avecque
la Nature.
S3
Mais où font ces longsjours dont fou
vent l'ontflaté
Ces Miniftres zélez contre la Vcrité?
Tonfort perpétuel n'eftoit donc rien !
qu'un Songe ?
22%
Malgré le Pronostic tes Mursfont démolis.
Giiij
80 MERCURE
Peuples qui le voyez , n'ensoyez pas
Surpris,
Danielfçeut toûjours triompher du
menfonge.
Les Vers qui fuivent font
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
Le mefme adreffe ces autres
Vers aux Prétendus Reformez
, fur la démolition de
leur Temple.
C
Alvinifte obftiné dans ta Secte
rebelle, a
Ceffepour le Seigneur de l'armer d'un
faux zéle,
Ouvre les yeux enfin ; ton culte luy
déplaist,
Pour abatre ton Temple il a donné
SplArrest, Songs
S'il paroistprononcépar une bouche
bumaine,
84 MERCURE
Le Ciel pourte punir en ordonna la
peine,
Erne l'auroit pasfait, fidans ce triſte
lieu
Turendois les honneurs que l'on doit
an vray Dieu.
Mais ne te trompe pas ; pour le rendre
propice,
Tel qu'il l'offritluy- mefme ilfaut un
Sacrifice.
C'estpar là qu'on luy plaist, &res
Chants languiffans
Ne luy tiennent point lieu
nyd'encens.
ny d'Aurel
Qui te retient le bras, quandilfaut
qu'il s'apprefter
A renverser ce Temple, autrefois ta
Conquefte?? new windo vod
Frape fans t'émouvoir, tous delais feroient
vains, to
Il estjufte aujourd'huy qu'il tombepar
tes mains,
GALANT 85
Et que ton Heréfie oùſe joint le blafpheme
Parjespropres Enfansfe détruife ellemefme.
Un Illuftre, connu & eftimé
de toute la France par les Ouvrages
galans , a fait ce qui
fuit fur la Démolition de co
mefme Temple.
C
•
Frères
,
cant
the
ROLL
Hers Devoyez , mes pauvres. V.
J'entre dans vos vives douleurs;
Tousles Aftres vous font contraires,?
Fe
malheurs
ne vois par tout que
Regnerdans vos triftes affaires. "
S &
Noftreferme & pieux Prélat,
Don't lezele faittantd'éctanbul
86 MERCURE
Dontl'ardeur n'est point hypocrite,
Qui depuis trente aus vous combat,
Elevefonfameux mérite
A mesure qu'il vous abat.
Sa
Ilvousfait unejufte guerres ] [ J
Surappuy a unoh
Voyez combien vous hazardız;
Vos Baftimen's les mieux fondez, ! ?
Da von tomber, ou ſont par terre, suk
Vous n'avez Scen que trop ofers
Neprétendez plus abufer
De vos Edits, de vos Franchiſes .
Vos Temples vous vont écraser,
Samvez vous vive en nos Eglifes.
Je ne fçaurois finir cet Article
fans vous faire part d'un
Madrigal qui enferme une
GALANT. 87
Réponse auffi jufte que fpirituelle
, faite par un Miniftre
de la Religion Prétendue Reformée
dans le Païs des Sevenes
, Homme fort estimé
parmy ceux de fon Party,
mais qui a fait voir une fi
délité particuliere pour fon
Prince en toutes fortes d'oc
cafions , quelque préoccupation.
qu'il ait pour la Reli
gion qu'il profeffe . Le Madrigal
explique le Fair.
D
Ans unecertaine Province,
Où nôtre incomparble Prince
Souffre excor ceux qu'on dit Reformez
Prétendus,
88 MERCURE
Où les Preſches publics ne font pas défendus,
Shah
En un Lieu qu'on a veupeufouvent
dans l'Hiftoire,
Il arriva debat dedans le Confiftoire.
L'on reçoit dans ce Corps des Gens de
Matout état, 23 809
Le petit Artifan, tout comme l'Avocat,
Et mefme à cet honneur la force du fufrage
Mieux que la pieté peut frayerle paf
-Aquagang supleup enollap
Cependant un Tailleur ayant esté
nommé,
Ce choix par quelques- uns nefutpas
confirmé.
&
Sur ce Fait , au lieu de Sentences
Le Miniftre est prie de dire ce qu'il
penfe.
Mes Freres, répond - il, le party le
meilleur ,
kn&
GALANT
89
Malgré des Oppofans les raifons
Smalconçues ,TUO4
C'eft de recevoir le Tailleur ,
Nos Affaires font découfuës.
Aderal
Tout le monde eft fi fort
charmé du Roy , que ceux
meſme qui ne s'occupoient
qu'à des Vers galans , femblent
n'en pouvoir plus faire
que pour luy. Ce Sonnet de
M' de
Grammont
de Ric
lieu en eft une preuve, fleft:
fur des Bouts- rimez, envoyez
par la Dame mefme à qui il
s'adreffe. (oyyay
May 1685.
H
90 MERCURE
andlocco ab englaM
BOUTS RIMEZ
POUR MADAME DE R ...
N
E foyez pas furprife , adorable
Climene , troT
De n'avoir plus de moy nyfonnet ny
Chanfon .
Le moyen d'approcher maintenant
-Hypocrene za up
LOVI'S occupefeul tout le facté
Vallon, vul
SS
cup
Jay millefoispour vousfollicitéma
31 Veine
onu fie na wol
Etpour vous mille fous monté fur 】
/
Heliconsom
Autant de foispour may l'entreprise
fut vaine;
De ce Prince on n'y peut séparer
Apollon,
،ܐ،
2 bed 11
GALANT. gr
$2
Aujourd'huy, par unfort quejenepuis
comprendre ,
Ce Sonnet que pour vous je voulois
entreprendre, un sk
Se va trouver encor tout entierpour ↑
mon Roy.
Sa
·Ne vous enfachez pas ; &fongez que
fes charmes
Triomphant en tous lieux auffi - bienquefes
Armes,
Et que ce Prince est népour nous don
nerla Loyol
0.2
VICHY
Je vous ay parlé il y a déja
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
Vous ne ferez pas fâchée
fans doute de voir ce que
firent là- deffus ceux qui eurent
les trois Prix.
SONNET
DE M' BROUILHET DU ROCQ
Qui remporta l'Eglantine.
C'eſt le Viennois qui parle.
' Orgueilleux Ottoman , pour repourreparer
l'outrage
Qui le couvrit de bonte aux pieds de
V
nos Ramparts,
GALANT. 99
Contre nous puillamment s'arme de
toutes partsiy
Mais le Cielde nouveau détruirafon
ouvrage.
$2
Qu'il médite enfecret un horrible
carnage, 6
Il a beau dans fon fiel empoisonner
fes Dards;
En vain pour regagner fes riches
Etendarts
Dans fa fureur extréme il met touten
ufage.
S&
Ce cruel Ennemy nous veut charger de
Fers,
Et lefunefte état defon dernier revers
Nous réponddes effets d'une entiere
vangeance.
I ij
100 MERCURE
S2
A nos vives douleurs le Seigneur s'eft
rendu,
En luy feul deformais mettons noftre
espérance,
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
SONNET
DE M DE RAYMOND,
Qui remporta le Soucy.
R
Enonçons aux plaifirs ,fortons
du précipice;
Dans un cruelpanchant leDemon nous
conduis,
Il vient couvrir nosyeux d'une éternelle
nuit,
Pour nousfaire trouver des douceurs
dans le vice.
GALANT. IOL
Se
Ce n'est plus dans mon ame oùſon
poifon fe gliffe ,
Et ce coeur que le crime a tant defois
féduit,
Détrompé maintenant, &par la Grace
inftruit,
Fait à Dieu de fes maux un entierſacrifice.
$2
Funeftes mouvemens , plaiſirs trop
criminels,
Je quitte vos appaspour des biens éternels,
Le Seigneur deformais fera toute ma
gloire.
52
On ne me verraplus à l'aimerfuf
pendu,
I iij.
102 MERCURE
Je garderay toûjours empreint en ma›
mémoire
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
SONNET
DE MAD'ABBATIA ,
Qui remporta la Violete .
Un bonheur apparent les fra-'
D
giles
appas
Entrainoientaleur gré mon ame vaga
bonde;
l'ay voguéjusqu'icy furune Merprofonde,
Etj'ay trouvé par tout des écueils fur
mespas.
Sa
Le Ciel m'a préfervé de mille affreux
trépas
GALANT. 103
C'est en luyfeul auffi que mon espoirfe
fonde.
Depuis qu'il m'a fait voir les vanitez
du Monde,
Fe le vois à toute heure, & je ne lefuis
pas.
Se
Dans ce funefte état ma déplorable vie
De troubles violens fut toujours pour-
Suivie,
Mais le calme à la fin vient de m'eftre
rendu.
$2
Seigneur, je le vois bien, tabonté me
l'envoye,
C'est pour aller au Ciel une agréable
voye.
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu.
I iiij
104 MERCURE
Ces divers Effays à la fin
defquels chaque Autheur
écrit fon nom , fervent à déterminer
les Juges qui ont
à prononcer fur les prix .
Aprés qu'ils ont décidé de
tout , on
on leur
apporte une
collation fort magnifique , &
l'on en fert une autre feparément
à la Jeuneffe qui a reci
té des Vers. On fe rend enfuite
dans la grande Sale , où
eft la Statuë de Dame Clemence
dans uneNiche contre
la Muraille. Elle eft de Marbre
blanc , couronnée de Fleurs,
& ceinte auffi d'une Ceinture
GALANT. 105
de Fleurs qui va jufqu'en bas.
Les Capitouls au nombre de
huit fe mettent fur leurs Siéges
ordinaires , & M² du Parlement
prennent leurs Places
de l'autre cofté. M' le
Préfident fait fa Harangue ,
aprés quoy un Huiffier de
Ville appelle tout haut celuy
qui a merité le prix de l'Eglantine.
Il vient le recevoir
de la main du Chef du Confiftoire
de la Ville , qui eft
celuy qui préfide aux Jeux .
Toute l'Affemblée fait de
grandes acclamations , qui
font fuivies des fanfares des
A
106 MERCURE
Trompettes . Les Hautbois
& les Violons qui leur répon
dent , font retentir le triom
phe du Vainqueur . Toute
cette Simphonie le mene.
chez luy accompagné
de
tous fes Amis , & de quantité
de Gardes de l'Hoftel de
Ville avec leurs Cafaques &
leurs Halebardes. C'eft un
Huiffier qui porte fa Fleur.
On rend les mefmes honneurs
à ceux qui ont remporté
les Prix de la Violette
& du Soucy . Chacun d'eux
traite fes Amis le jour de la
Trinité , & fe promene l'aGALANT.
107
preſdinée par la Ville avec une
longue fuite de Carroſſes . Les
Capitouls de Thoulouſe ont
deux Robes , l'une ordinaire,
& l'autre de cerémonie. L'or.
dinaire eft my- partie d'Ecar
late & Noir. L'Habit de ce
rémonie eft un long Manteau
tour d'Ecarlate , doublé
de Satin blanc avec des
Hermines fur les deux épaules
; chaque cofté eft de fix
bandes , trois d'Hermines , &
trois de Nates d'Or,& chaque
bande large de trois doigts.
Les Maiftres aux Jeux Fleureaux
font ceux qui ont eu les
108 MERCURE
trois Fleurs . Ils ont droit d'af
fifter tous les ans aux Affemblées
qu'on fait pour cesJeux ,
de donner leurs voix pour
les Prix , & d'eftre de toutes
les Festes de cette nature .
Ceux qui prétendent aux
Prix font diverſes Pieces ,
parmy lefquelles il y a tou
jours un Chant Royal . Voi
cy quelques-unes de celles
qui ont fervy à les faire rem
porter.
GALANT. 109
25252225255525255
LA DEFAITE
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
BALADE
Servant de Reponfe à celle que
Madame des Houlieres a faite.
fur les mefmes Rimes..
A
Fous chagrins les Marisfont
fujets ,
Cette Sentence en ma tefte eft'écrite. I
Ils ont toujours mille remords fecrets,,
Femme n'a plus que la mine benite,
Toujours en trouble avec elle on ba
bite,
Brefon ne voit que Ménages maudits ;
Carà tel point l'inconftance eft venues
Kij
H6 MERCURE
Que loyauté dans l'Hymen eftperdue,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis .
S&
On vent avoir Habits, Meubles , Van
lets ,
Le Sexe au Luxe attache le mérite..
De coqueter les defirs indifcrets
Ont toutgaftés la Grande, la Petite,
Partout Pais , foit jeune, on decrépite,
Aime à charmer; Galans ſont applaudis,
PauvreMaryfe voitpaffer pour Grue,
Afes dépens faveur est obtenue.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis .
Se
Ieunes Beautez nous tendent desfilets
Mais évitons cette engeance maudite.
Nefçait-on pas que parmy tels Objets
L'un veut tromper, l'autrefe félicite
GALANT. 117
D'avoirfçû faire à propos l . Hypocrite?
Nous paffons tous pour de francs
Etourdis;
Maïs fi prés d'eux jamais on s'ha- "!
bitue,
Pour le Contrai qu'on n'ait aucune
veuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
$2
Dans l'Hymenée on von horribles s
Faits, F
EnVille, anx Champ's , par tour or les
débite.
Plutoft que vivre avec Efprits coquets,
Si l'on m'en croit, ilfautfe faire Hermite.
Ne pensez pas qu'à ce deſſein j'invite
Parcequejay mes defirs refroidis
118 MERCURE
Ou que je fuis de quelque humeur
bourrue,
Non ; c'est, ma foy , que jeune, & que
chenuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
ENVOY. VOY.
Cher Licidas ,fonge à tes intéreſts; I
Epargne- toy de triftes camouflets.
De fuivre Iris enfin difcontiue.
Ignores- tu qu'au Siécle d'Amadis
De maint Croiffant Famille eftoitpours.
7
-
veuë?
Apire état la chofe est parvenuë.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoir
jadis.
Keeps&
GALANT 11g
525 :22222 2522: 2222
LEPERVIER
E T
1200000
LA PERDRIX.
U
FABLE .
N certain jour Maistre Epervier
Eui deffein de fe marier,
Et dans la Troupe Volatille
Cherchant une Femme gentille,
Dame Perdrix luy plût d'abord;
Mais raisonnant en Oyfeaufage,
Je croy , dit-il, qu'avec le Paren
tage
N
Je n'auray pas de peine à demeu
rer d'accord,
120 MERCURE
Voyons plûtoft fi c'est mon
avantage .
Dame Perdrix éft jeune , elle eft
d'un beau plumage,
Elle n'a point le vol trop haut,.
Elle a l'humeur douce & l'air
fage,
Pour Femme c'eft ce qu'il me
faut .
22
Quandfur cette agreable idee
Noftre Epervier eut ainsi raisonné,
Pour accomplir l'hymen tout fut bien
ordonné.
fût
Dame Perdrixfut demandée
Par un jeune Perdreau qui parfou
miſſion
}
- Endoſſala Commiſſion.
Enforme il va voirſa Parente,
Dit que Sire Epervier, devenu for
Amant,
Vreutz
GALANT. 121
Veut eftrefon Epoux , pourvu qu'elle
yconfente.
La Perdrix à ce Compliment
Répondit affezfroidement,
Je ne veux pas eftre Eperviere;
Mais par un étrange malheur
Elle vit arriver fon Pere,
Qui trouva qu' Epervierluyfaifoit de
l'honneur.
Sa
Le Perdreau s'en retourne, & le Pere .
་
àfa Fille
Fait remarquer que de tout temps
La Cohorte Eperviere amoindritfa
Famille
Par des combats & des meurtres
fréquens;
Si bien, dit-il, qu'il faut par voftre
mariage
May 1685.
L
122 MERCURE
Eviter un pareil carnage,
Afin qu'à l'avenir nous vivions en
repos.
N'ayant plus d'Ennemis , nous
n'aurons rien à craindre .
Quand la pauvre Perdrix entendit ce
propos,
Elle fe trouva fort à plaindre.
Elle pouffa quelquesfanglots ,
Enfuite répandit des larmes;
Mais ce furent defoibles armes.
Pour vaincre un Pere intereffe.
Je vous trouve, dit- il, grandement
dégouſtée.
On ne demande point fi vous êtes
dotée,
Et je veux qu'aujourd'huy leContrat
foit pallé .
Vous ne voyez pas l'avantage
Qui doit nous revenir de voſtre
mariage.
GALANT. 123
Scachez que pour vous c'eft un
bien ;
Epoufant l'Epervier vous ne manquez
de rien.
Vous entrez dans une Famille
Qui toûjours l'a porté fort
beau
Parmy les Volatils ; confiderez ,
ma Fille,
Qu'il vous faudroit raper, épou
fant un Perdreau,
Et tenir fort maigre Cuifine ,
Soit dit, ajoûta- t- il, & qu'on s'y
détermine .
L'Epervierefuture a beau fe defoter,
Elle abeau s'en vouloir défendre;
Loin de la confoler
Le Pere trop cruel ne daigne pas l'entendre,
"Mais la quite fort brusquement,
-Difant, Quand l'Oyleau de rapine
Lij
124 MERCURE
Viendra vous voir , faites- luy
bonne mine.
Car autrement....
Se
Tandis
que tenoit ce langage
Noftre Beaupère prétendu,
Fient le Gendre futur en pompeux
équipage;
Bref, l'hymen fut bien - tost conclu,
Apres quoy ! Epervier emmena l' Eperviere.
1 .
Entr'eux la Paix ne dura guere,
Noftre Epoux en ufoit tres -mal,
Il eftoit colere & brutal,
A tout momentfaifoit querelle
Ala malheuresfe Femelle,
Et l'obligea par maint debat
A vivre dans le celibat,
De forte que la pauvre Femme
Avoit mille chagrins dans l'ame.
Afon Pereà la fin alle les fit fçavoir.
"
GALANT. 125
Dans peu de temps il vient la voir,
Etparce qu'il eftoit Beaupere,
Il voulut paroiftre en colere
Contre Maistre Epervier,
Qui luy répondit d'un tonfier,
Aprens, foible Animal, que quand
j'ay pris ta Fille,
Jay trop honoré ta Famille .
Le Pere à ce difcours connut bien le
malheur
Oùfans aucun retourfa Fille eftoit
livrée.
Il s'enfuit de honte & de peur,
Noftre Perdrix fut de vorée,
Et l'Epervierfutcomme auparavant
A l'égard des Perdrix un Óyfeau ravillant.
$2
Pere, qui veux choifirun Gendre,
N'écoutepoint la vanité,
Choifis - le de ta qualité;
Liij
126 MERCURE
Maisfita Fille n'est pas tendre,
Garde- toy bien de la donner.
Cette Fable te doit apprendre
Quefon coeur plus que tout ilfaut
..examiner.
Aujourd'huy l'intérest a de grandes
amorces ,
C'est à quoy feulement les Parens ont
Jégard,
Toute tendresse est mife à part;
Maisfçache que de là naiſſent tous les
divorces.
Je ne doute point , Madame
, que toutes ces Piéces
ne vous donnent une
eftime particuliere pour les
Mufes Touloulaines . Il y a
beaucoup de feu , & un tour
fort naturel, dans ce qui part
Y
21.
2
publiez
au Prin =
#
discret-tes tes Pour
n
+
sirs contraire
o
GALANT. 127
d'elles ; & j'efpere que de
temps en temps je pourray
vous procurer le plaifir de
voir leurs productions .
En voicy une d'un de nos
Illuftres en Mufique. Quand
elle n'en feroit pas , vous l'aimeriez
par la beauté des paroles.
AIR NOUEVAU.
STPH
Il Hyver vous tenez vos paſſions:
fecretes,
Vous les publicz au Printemps.
Petits Oyfeaux, quand vous estes
contens,
Vos ardeurs nefont plus difcretes.
Pour moy, dans l'Empire amoureux
Liiij
128 MERCURE
Je meplains du Destin à mes defirs
contraire;
Mais fi j'estois heureux ,
Je fçaurois bien metaire.
Je vous ay promis de vous
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
-*
Quoy que les Moutons
foient doux , ils ſe plaignent
quelquefois . Les Vers qui
fuivent nous le font connoître.
Ils font de M ' Vignier
de Richelieu.
158 MERCURE
7
PLAINTE
POUR UN MOUTON
à fa
Bergere .
B Ergere, il n'est rien moins que
De s'enfermerdans le Hameau,
Quand voftre Mouton tout en nage
Est couru des Chiens du Village,
Et vient pour fe fauver chez vous
De ces Chiens pires que
des Loups.
En vain il bêle, en vain il gratte,
En vain il s'écorche la patte,
Vous aviez enjoint à Ñannon
De n'ouvrirpoint à ce Mouton.
Depuis un traitement fi rude
Plein d'ennuy, plein d'inquiétude,
On croit à le voir qu'il estfou.
Sans manger le quart defonfou,
GALANT.
159
Il ne fait que tourner fans ceffe,
Tant fon petit coeur est en preffe,
Et pour vous le dire entre nous,
Je nene fçay s'il n'est pointjaloux,
Car vousfçavez bien qu'une Beste ,
Commel'Homme amartelen tefte.
Ilcraint , & non pasfans raison,
Qu'estantfur l'arriere Saifon,
Cela veutdire defon âge,
Sa Bergere ne foit volage.
Mais qu'elle ne s'y trompepas ,
Unvieux Mouton , fors en un cas,
Doit l'emporterprés d'une Belle,
Surjeane Mouton fans cervelleż
Et je fuis bien feur que Buscon ,
S'ilvoyoit un autre Mouton,
Fapperoit d'une telle forte,
Qu'il luyferoit paffer laporte
Beaucoup plus vite que le pas ,
Quand vous ne le voudriez pas.
Ce Chien vous aime, il estfidelle,
160 MERCURE
Mais de voir une Amour nouvelle,
Eust- il du Mouton de Colches
La Toifon d'or deffus le dos,
Ily feroit entrer fagrife,
Et cela n'estpoint apocrife.
Alors quelfracas , quel conflit,
S'il approchoit de voftre Lit
Dans le temps que Dame Pareffe
Ou quelque petitefoibleſſe,
Vous retiennent à ruminer,
Sans pouvoir vous déterminer,
l'entens à quiter voftre Couche,
Où comme ailleurs toûjours farouche,
Vousferiez enrager l'Amour,
S'ilvousyfurprenoit unjour!
C'est là qu'imitant fa Maistreffe,
Auffi Tygre qu'elle est Tygreffe,
N'eftantpoint defes Dépendans,
Il le mordroit à belles dents.
Je croy de plus, que vostre Chatte
Feroitfor devoir de fa patte,
GALANT.: 161
En miolant d'un trife ton ,
Al'aspect de ce fin Monton.
Pour le voftre perdez l'envie
De le changer de voſtre vies
Puis que vousfçavez ce qu'il vaut
Traitez- le toujours comme ilfaut;
Autrement la mutinerie
Se mettant dans la Bergerie,
Bergere, Les Chiens & les Chats
Vous laifferoient piller & mangerpar
les Rats.
Voicy un troifiéme Entre
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
Meffire Paul Phelipeaux
Seigneur de Pontchartrain ,
Préfident en la Chambre des
GALANT. 195
Comptes , mourut icy le der
nier de l'autre mois âgé de
72. ans. Il eftoit Fils de Mr
de Pontchartrain
Secretaire
d'Etat , & Pere de M' de
Pontchartrain
, aujourd'huy
Premier Préfident au Parlement
de Bretagne .
Cette mort fut fuivie le lendemain
, premier de ce mois
de celle de Dame Françoiſe de
Sesmaiſons , veuve de Meffifre
Guy de Laval , Marquis de
da Pleffe , & Mere de Madaine
la Ducheffe de Roquelaure.
Peu de jours aprés mourut
Rij
196 MERCURE
auffi Meſſire Jean Godefroy,
Confeiller duRoy en fes Confeils
, & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes de
Paris. C'eftoit un Homme
fort curieux en Médailles . ⠀
Je vous ay tant de fois parlé
de la Venus d'Arles , qu'il
eft difficile que vous n'ayez
fouhaité d'en voir la Figure .
Je vous l'envoye , mais feulement
telle qu'elle a efté faite
fur fa Statuë quand on
l'a trouvée , c'est à dire avec
le bras gauche feulement.
Une autrefois je vous envoyeray
la mefme Figure de
GALANT. 197
la maniere que M' Girardon
reftaurée .
Il y along- temps qu'on préparoit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
La Ville de Paris paffa l'an
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
Les Converfions qui fe
font toûjours en tres- grand
nombre , font une preuve du
zele du Roy pour ce qui regarde
la Religion. Celle de-
M' l'Arpent , Miniftre de laa
Ville de Sez en Normandie,,
eft remarquable. Aprés a
voir profeffé fon Miniftere
pendant plus de vingt cinq
A a ij
284 MERCURE
•
ans parmy les Prétendus Reformez
, il a connu fon erreur
, & il en fit Abjuration le
Dimanche 20. du dernier
mois , dans l'Eglife de noftre-
Dame , entre les mains de
M' l'Archevefque
de Paris.
Le Vendredy fuivant , il fut
preſenté au Roy par ce grand
Prelat. Sa Majefté
luy marqua
qu'Elle voyoit avec beaucoup
de plaifir qu'il euft pris le
bon Party , & qu'Elle fouhai
toit avec ardeur que tous fes
autres Sujets de laReligion de
Calvin fuffent dans la mefme
voye, à quoy Elle travailloit de
GALANT. 289
tout fon pouvoir . Elle l'affeura
à fon égard qu'Elle prendroit
foin de luy. Dans le mefme
temps M l'Archevefque prefenta
au Roy M' Deschef .
nes , Lieutenant Genéral des
Eaux & Forefts d'Alençon ,
qui avoit fort contribué au
changement de ce nouveau
Catholique. Ce Prince luy
dit avec beaucoup de bonté,
qu'il luy feroit plaifir de continuer
, & qu'il fe fouviendroit
des fervices qu'il rendroit à
VEglife.
On a eu avis que le Lundy
7. de ce mois M' le Mar-
J
286 MERCURE
quis de Verac avoit auffi abjuré
entre les mains de M
l'Eveſque de Poitiers . C'、:ï
un des plus grands Seigneur
de cette Province .
M' de Vigny , Lieutenant
Genéral de l'Artillerie
•
&
Lieutenant Colonel , commandant
le Regiment des
Fuzeliers Bombardiers du
Roy , époufa fur la fin du
dernier mois Mademoiſelle
Piques , Fille aînée de M' Piques
Confeiller en la Cour
des Aydes , & cy.deva
Réfident pour Sa Majeſté er.
Suéde
lors que la Reyne
GALANT. 287
Chriſtine poffedoit cette
Coronne. M' de Vigny eſt
un Homme fingulier. Je vous
en ay parlé plufieurs fois , &
les Relations des Sieges de
Valenciennes , de Cambray,
& de Luxembourg font fon
éloge. '
Je vous envoye un fecond
Printemps
. Ileft encore d'un
tres-fçavant Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
CEE quifait le Printemps,
N'eft pas toujours la naiſſante ver
dure,
288 MERCURE
1
Petits Oyfeaux , ce nefont point vos
chants,
6
Ny des Zephirs le doux mur
mure;
"May , Philis , s'il eft quelque
temps
Où vous fogez fenfible aux peines
quej'endure,
C'est pour may Philis , je vous
jure,
Ce quifait le Printemps.
Je viens d'apprendre la
mort de Meffire Jean de
Fieux , Seigneur de Bos,
Lieutenant de Roy de Nancy
, arrivée depuis peu de
jours , auffi bien que celle de
Dame Madeleine Thibault.
Elle
GALANT. 289
Elle eftoit veuve de Meffire
Edouard de Ligny, Seigneur
de Rantilly , Confeiller du
Roy en les Confeils ,' & Treforier
de fes Parties Cafuel
Jes.
"
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
La Quenouille eftoit le vray mot
de la premiere des deux Enigmes
du dernier mois. Voicy les noms
de ceux qu'ont expliquée.
Meffieurs de Lhofpital , Boilleau
374 MERCURE
at
le Cadet de la Rue de Richelieu,
Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné , P. Carrier , de
Rouen , l'Abbé H ; Leger de la
Verbiffonne , Sorbiere ,de la Rue
des cinq Diamans ; Vallée , de
Dinan en Bretagne ;
Guerin &
Dannony , Legros Campagnard
d'auprés S. Merry , Le Capitaine
de Forefts , Mefdemoifelles Angelique
Mortier ; La Princeffe
d'Atipata de la Foreft d'Alcleon,
Nanon Chefferet de la vieille
Rue du Temple , Anne Dannonville,
Madelon Prouais ; L'A
mant affligé de la petite ... En
Vers, Meffieurs Rault , de Rouen ;
L. Boucher, ancien Curé de Nogent-
le- Roy, Coqueley . Sainge.
vin , Eleuà Bar-fur -Seine . L'Ar.
change de Lyon , Amant d'A-
>
"
GALANT. 375
rianne , Alcidor & Gyges , du
Havre , Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz , Mefdemoifef
les la Favorite de l'Hermité du
Vaudadon , Sylvie La petite
Affemblée A , La petite Affemblée
G , & la Belle Nourriture,
du Havre.
La feconde a efté expliquée
fur l'Ecreviffe , qui en eftoit le
vray mot , par Meffieurs Jeanfon
de Berné , Promoteur & ancien
Chanoine de Troyes , Taffu de
Couldreau , Ecolier au Mans ,
De la Faye , L'aimable la Chapelle
Poitevine , Le beau Colin,
de la Rue de la Harpe , La Femme
fans regret . En Vers , Meffieurs
Diéreville , Ichon , de la Rue de
la Harpe , L'Arcange , de Bourbon-
l'Archambault , Le Berger
376 MERCURE
de Breffoles, & le Rival du Char
bonnier de Rheims.
6 Les melmes ont auffi trouvé le
vray fens de la premiere.
Je vous en envoye deux nouvelles.
La premiere eft de M' de
Grammont de Richelieu.
ENIGME.
E fuis fi merveilleux aux yeux de tous
Qu'au temps paffé comme au Siecle où
Si nous formes,
"On n'a pû concevoir mes fecrets mouvemens.
Le corps qui me gouverne est tout plein
d'inconftance.
Je fuis regle pourtant ; & quandfur mon
tus effence.
Je faisfaire aux Docteur's mille raiſonne
mens
Qui n'ont aucune reſſemblance,
GALANT 377
"
Fe partage leursfentimens.
Mais on a beau chercher les caufes de mon
Eftre,
Onne sçauroitjamais pleinement me con-- ~
noiftre,
Jefuis le Fleau fatal des Efprits curieuxs
Ainft , de m'obfcurcir lapeine eft inutile:
Quand je découvrirois mon nom au plus
babile,
ΓΙΟ
Ilne m'en connoiftrait pas mieuxolat
491.T
AUTRE ENIGME .
Voy que jefois affezpetit,
Je faisfuir biendes Gens, fi- toft que jema
montre,
Et par tout remply d'aperit,
ກາ
Je me nourris fans choix de ce que je com
contre 297mong st100 song
Le bas âge toujours fait crier apresfay
Lorsqu ilfait des Préfens de may
Pour mefaire périr, quand ma mort fe
propofe
Onfefert du plus noir moyençəl 2015
May1685 Iroha T52 motion
378 MERCURE
Et cependant je fuis fi peu de chofe,
Qu'en certains cas qui me prend , ne
prendrien.
Je ne vous ay point encore parlé
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
Je vous envoye une Traduction
nouvelle de la feconde Philippique de
Ciceron, faite par M ' Gillet Avo.
cat au Parlement. Il a confervé
toutes les beautez de l'Original,
& pce n'eft pas une petite gloire
pour luy , puis que cerre Piéce
paffe pour le Chefd'oeuvre de ce
grand Maistre de l'Eloquence,
Jefuis, Madame , voftre , & c) ;
omo ob siAND IMA Nuo tiev
-2017 A Paris de 31. "MAY 1685.
<36622049500015
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE A MENSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MAY 16.8 S
sic
A PARIS,
AV PALAISE
N donnera toujours un Volume.
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
ON en
A PARIS .
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
Chez la Vouve C. BLAGEART , Court-
Neuve du Palais , AU DAUPHIN
ELT. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie..
Li
M. DC. LXXXV .
AVEC PRIVILEGE DV ROX.
Avispourplacer les Figures.
Air qui commence par SiHyver
vous tenez vos paſſionsfecrettes , doit
regarder la page 117..
La Figure doit regarder la page 196.
L'Air qui commence par Ce quifait
le Printemps, doit regarder la page 287.
AU LECTEUR .
F
Es ordres aufquels on ne peut
Drefufer d'obeir, & qu'on reçoit
toujours avec plaifir , m'ayant obligé
fur lafin du mois à travailler à la Retation
du Carroufel entrepris par Monfaigneur
le Dauphin , il a falu dérober
au Mercure le temps qu'on a employe
antravail de ce Carroufel, & c'est par
bette raison quece Volumeparoift quelquesjours
plus tard qu'à l'ordinaire.
Omy trouvera deux grands Articles,
fur lesquels on croit y avoir rien faiffe
Joux
a dire. C'eft celuy du Couronnement
du Roy d'Angleterre, & celuy qui con
thes tout ce qui s'eftpassédepuis l'arri
vec du Doge à Paris , jufques àfon dé
part . Lalongueur de ces Articles ayant
pris la place debeaucoup d'autres , on a
effé obligé de les referverpour le mon
pra bain, dans lequel temps onparlera
encore du Carronfet.
88 :
TABLE.
Rélude contenant plufieurs Nouvelles , I
Ouvrages de M. Vander Meulen Pad
Paris ancien & nouveau ,
IS
274
Lettre concernant le Temple de Grenoble , 28
Autre Lettre for le fujet de la Religion , 38
Article touchant la Démolition du Temple de
Chaftillon fur Loing,
54
Autre de Montelimart , touchant le mefme
60
90 .
fujet,
Sonnet,
Jeux Floreaux, & leur origine, avec plufieurs
Piéces faites fur ce fujet,
Particularitez touchant la Méque,
Plainte pour un Mouton à fa Bergere,
128
Troifiéme Dialogue des chofes difficiles à
croire ,
Morts,
-162
31 194
Couronnement du Roy d'Angleterre , conte-
" nant plufieurs particularitez qui n'ont point
encore efté fceues, 197
Panégyrique du Roy prononcé par M. le
Recteur,
Converſions,
Mariage,
275
283
286
288 Morts,
Tout ce qui s'eft paffé depuis l'arrivée du
Doge jufques à fon départ, 289
376
Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. 373
Enigmes,
Sermonen Grec par M. l'Abbé Barentins 378-
Fin dela Table.
Bayerische
Staatsbibliothek
MERCVRE
GALANT
MAY
1685.
UELQUE éclat qui
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
14 MERCURE
A
Entre tous ceux qui employent
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
Si par ces Eftampes on
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
J'aurois dequoy faire
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
Le mefme M' Allard m'a
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
E iij
54 MERCURE
Vous voyez, Madame, quer
par ce qui eft rapporté dans
cette Lettre , on connoift
qu'au moment de la Naiſſance
de Louis XIII . on découvrit
ce que LoIS LE GRAND
devoit faire un jour pour l'Extirpation
de l'Heréfie . La
quantité de Perfonnes qui
continuent de fe convertir,
donne lieu de dire qu'elle eft
aux abois. Vous fçavez déja
peut-eftre ce qui eſt arrivé
depuis trois mois en la Ville
de Chaftillon fur Loing. Par
l'Edit figné au Château d'Amboiſe
le 19. Mars 1563. on perGALANT.
55
mitaux Gentilshomes
d'avoir
des Preſches chez eux . Les
Seigneurs de Chaſtillon joüirent
de ce Privilege , & enfin
Gafpard de Coligny, Petit- Fils
de l'Amiral , fe trouvant incommodé
du grand nombre
de Peuple qui fe rendoit en
fon Chafteau de Chaftillon
pour affifter au Preſche , fit
transferer cet Exercice dans
la Ville vers l'année 1615. & .
en 1619. il acheta un Jardin ,
où fut bafty le Temple des
Prétendus Reformez . Ainfi à
l'exemple de plufieurs autres
Seigneurs , il fit un Exercice
E iiij
56 MERCURE
public d'un Exercice qui n'étoit
que perfonel Ona prouvé
par Piéces juftificatives , que
les Prétendus Reformez n'ont
commencé à faire leurs Pref
ches dans la Ville de Châtillon
qu'en 1619. dans la
quelle année ilsloüérent deux
Chambres pour y faire leur
Exercice , & que la Place où
ils ont bafty leur Temple, ne
fut achetée qu'en 1619. par
Gafpard de Coligny. Il eft
conſtant qu'avant ce tempslà
, l'Exercice de leur Religion
avoit toûjours efté fait hors
de la Ville, dans la Maifon du
GALANT. 57
Seigneur , qui payoit la principale
portion de l'entretenement
du Miniſtre , & que
cet Exercice dépendoit tellement
de fa perfonne , qu'on
n'auroit ofé y rien changer
qu'il ne l'euft permis . Toutes
ces chofes ayant eſté meurement
examinées , le Roy par
fon Arreft du Confeil d'Etat
du 12. Fevrier dernier , a interdit
pour toûjours l'Exercice
public de la Religion
Prétendue Reformée en la
Ville de Chaſtillon fur Loing,
& ordonné que le Temple
qui y eft conftiuit , fera dé58
MERCURE
moly juſqu'aux fondemens .
Cet Arreft , & plufieurs
autres de mefme nature, confirment
bien ce que le Pere
Alexis du Buc , Theatin, a dit
à la louange du Roy dans
une de fes Controverfes. On
pas de ce grand Monarne
dira
que, comme d'Aza Roy d'Ifraël,
Verumtamen non abftulit excelfa.
Aza eftoitpieux ; il avoit
du zéle pour le culte du vray
Dien. Fecit Aza , dit l'Ecriture
, rectum ante confpectum
Domini. Mais quelque grand
que fust fon zéle pour exterminer
l'Idolatrie , non abftulit:
GALANT. 59
excelfa , il n'abatit pas les Temples
que Salomon avoit fait baftir
aux Idoles. Henry le Grand,
dans un temps fâcheux , & dans
l'impoffibilité de fe vanger des
outrages de ceux de la Religion
Prétendue Reformée
, figna en
leur faveur l'Edit de Nantes,
& leur accorda le Temple de Charenton
, qui est contraire à l'Ar-
·
ticle
14.
de cet Edit , qui défend .
de faire aucun Exercice public de
·la Religion , plus prés de Paris
que quatre lienës. Louis le fufte,
à qui Dieu avoit prestéfon Bras
pour ôter la Rochelle aux Prétendus
Reformez , n'abatit pas
60 MERCURE
le zéle du
les Temples qu'ils y avoient , verumtamen
non abftulit ex.
celfa ; mais LOUIS LE GRAND
imitant la pieté
SaintRoyFofias, qui ôta les Antels
des faux Dieux , & chaſſa
les faux Prophetes , fait démolir
les Prefches par tout fon Royaume
, détruit les Colleges où l'on
enfeignoit l'Heréfie , dans tous
les endroits où l'on n'a point de
droit d'en avoir , employe fa
puissance à exterminer ce Monftre
du fein de fes Etats.
Il y a lieu d'efperer qu'il en
fera bien tôt tout- à - fait banny.
Il l'eft déja de Montelimard
GALANT. 61
La Province de Dauphiné
par la proximité du Vivarets
& du Languedoc , ayant toûjours
efté le Théatre de la
Guerre , pendant les Troubles
les Prétendus Reque
formez exciterent dans le
Royaume , cette Ville fut regardée
dés lors par les Chefs
les plus puiffans du Party,
comme le lieu qu'ils jugeoient
le plus propre pour
le maintenir. Ce fut dans cét
efprit que M' le Conneftable
de Lefdiguieres , aprés s'en
eftre rendu le Maiſtre , trouvant
dans cette Place qu'il
62 MERCURE
appelloit communément fon
Boulevard de la Plaine , tout
ce qui pouvoit faciliter l'execution
de fes deffeins , non
la force de fa
feulement par
Citadelle
, mais encore par
fa fituation
avantageufe
qui
n'est qu'à un quart de lieuë
du Rofne , y fit bâtir un Temple
l'an 1599. qu'il fonda
de
vingt- quatre mille livres. Les
Particuliers
fuivant fon exemple
, contribuerent
chacun
à
l'envy à le rendre
un des plus
beaux & des plus confiderables
de la Province
. C'eftoit
bien affez qu'il euft ſubſiſté
GALANT. 63
dans tout fon éclat pendant
prés d'un Siecle. Le temps de
fa chûte eftoit arrivé , & Dieu
l'avoit réfervé au glorieux Regne
de LOUIS le Grand , qui
ne goûte jamais un plus doux
trióphe, que lors qu'il le remporte
fur les Ennemis de la
Religion. Le zele qu'il a pour
la faire reconnoiftre dans toute
la France , luy donnant un
juſte diſcernement pour le
choix des Prelats capables.
de la foûtenir , fit tomber le
fien fur Meffire Daniel de
Cofnac, à prefent Evefque de
Valence , & Comte de Die.
64 MERCURE
Sa Maiſon eft fort illuftre , &
a donné des Cardinaux à l'Eglife
. Pour fa Perfonne , je
n'ay point d'autre éloge à
vous en faire qu'en vous difant
, que depuis qu'il a eſté
nommé par Sa Majeſté , il n'a
rien épargné pour détruire
l'Heréfie dans fon Dioceſe ,
Un tres - grand nombre de
Temples que l'on y a abattus
par le foin qu'il a pris de faire
voir des contraventions manifeftes
aux Edits , & aux Dé
clarations du Roy , parlent
mieux de ſa gloire , que tout
ce que je pourrois vous en
GALANT. 65
dire , fans qu'il foit befoin
que je vous faffe fouvenir de
celle qu'il s'acquit dans une
des dernieres Affemblées du
Clergé , dans laquelle il ne
donna pas moins de marques.
de fa pieté, que de fon efprit.
Mais pour ne vous arrefter
pas davantage ſur cet article
qui me meneroit trop loin,
je paffe à ce qui a donné lieu
a la démolition du Temple
de Montelimard. Le Sieur
Chirou qui en eftoit le Mr.
niftre , ayant receuà la Com ..
munion la nommée Amabile
Chaufin , Relapfe, contre les›
May 1685,
F
66 MERCURE
Ordonnances , fut obligé avec
tout le Confiftoire de répondre
au Procez qui luy fuc
intenté au Parlement de Grenoble.
My de Valence montra
le zele d'un veritable Pa
fteur dans tout ce Procez,
dont il commit la pourſuite à
M'Faure Prieur de Saint Mar
cel , & Vifiteur Genéral de
l'Ordre de Cluny , pendant
que d'autres affaires de fon
Dioceſe , aufli importantes
que celle-là, l'appelloient ailleurs
de temps en temps. M
Faure fit toutes les diligences
neceffaires. Les Defenfes
GALANT. 67
des Prétendus Reformez furent
écoutées . On examina
les Ordonnances , & enfin le
12. Juillet de l'année derniere
, le Parlement de Grenoble
donna Arreſt , portant:
que l'Exercice de la Religion
Prétendue Reformée feroit
pour toûjours interdit dans la
Ville de Montelimard le:
Temple razé , & qu'au milieu :
de fa place, il feroit élevé une
Croix de Pierre fur un pied
d'eftal , pour y demeurer à
perpetuité , le Miniftre Chirou
, & la Relapſe , con..
damnez au Banniffemena .
>
Fij.
68 MERCURE
le coup fuft rude
Quoy que
aux Prétendus
Reformez
, il fa
lut qu'ils obeïffent, & ils abatirent
eux- mefmes leur Temple
dés le mois d'Aouft der
nier ; mais comme les fondemens
qui en reftoient
leur
laiffoient
quelque
efperance -
de le revoir un jour fur pied, ik
leur fut ordonné par un fecond
Arreft du mois de Ser
ptembre
fuivant , d'arracher
les fondations
des murailles.
du Temple , & d'en porter
les Materiaux
hors de la Vil
le ; ce qui ayant efté fait , il
ne manquoit
plus pour l'exe
GALANT. 69
que
cution entiere de ces Arrefts,
de faire élever une Croix
au milieu de la Place où l'on
avoit abatu le Temple , qui
fuft un monument éternel
de la victoire qu'elle a remportée
fur l'Heréfie . M' de
·Valence ayant voulu aller luy
mefme en perfonne rendrecompte
de toutes ces chofes
à Sa Majefté, en remit la Ceremonie
jufqu'au 16. Avril
dernier , qu'elle fe firà Mon
telimard avec beaucoup d'éclat
& de pompe . On n'é
pargna aucune dépense pour
embellir certe Croix. Aux
a
7
70 MERCURE
4
quatre faces de fon pied d'eftal
, on lit de fort belles Infcriptions
Latines de la compofition
du Pere le Brun Jéfuite
, qui a prefché tout le
Carefme dans l'Eglife Collé
giale de cette Ville - là , avec
l'applaudiffement genéral de
fon Auditoire. Une partie de
ces Infcriptions marque le
fait , & l'autre eft à la Îoüange
du Roy. Toutes chofes
ayant efté difpofées , M ' l'Evefque
fe rendit à Montelis
mard , non feulement pour
Benediction
de la Croix, mais
pour celle d'une Cloche qui
la
GALANT. 71
fervoit au Téple des Religionnaires
, par un privilege qu'ils
avoient ufurpé. Par les Déclarations
de Sa Majefté des
années 1666. & 1669. il leur
eft défendu de s'affemblerau
fon de la Cloche dans les
lieux où il y a Citadelle ou
Garnifon , ce qui donna lieu
à M's du Chapitre de Sainte
Croix , de fe pourvoir en
1680. devant M' d'Herbigny,
Intendant alors en Dauphi
né , pour faire ordonner
qu'en conformité de ces Déclarations
le Clocher du
Temple feroit démoly , & la
>
72 MERCURE
deux
Cloche fequeftrée . M Bau
teac , fameux Avocat de
Montelimard , entreprit cette
Affaire au nom du Chapi,
tre, & la mit en état par
Difcours publiquement fairs
en prefence de M d'Herbi
gny,de forte que lesReligion
naires fe tenant pour con
damnez , ofterent leur Clos
che dans le delay qui leurfut
donné pour répondre , &
Fenterrerent dans une Cave.
Cette Cloche ayant efté re
mife à M du Chapitre , par
les foins de M Remond l'un
des Chanoines , M Fargier
en
GALANT. 73
en fut le Parain au nom de la
Ville , & Madame de Com
beaumont la Maraine. C'eft
une Dame convertie depuis
environ quatre ans , d'une
pieté exemplaire , & d'un fi
grand zele pour la Religion
Catholique , qu'elle l'a fait
embraffer à toute fa famille,
composée de trois Fils & de
cinq Filles. M' 1' Evefque
fon arrivée fut harangué
par M Baile Lieutenant Genéral
, à la tefte de tout fon
Corps , fon Difcours fut fort
poly ,& prononcé avec beaucoup
de grace. Quoy qu'il
May 1685.
G
74 MERCURE 7
ait à peine vingt ſept ans , il
s'eft acquis l'eftime de tout
le monde dans la fonction
de fa Charge. M' du Claux
Préfident à l'Election qui
parla enfuite , fit un Compli
ment dont on ne fut pas
moins fatisfait.C'eft un Homme
d'un merite diftingué , &
quia beaucoup de délicateffe
d'efprit . M' de Valence qui
fut auffi complimenté par les
Confuls , avant que de le rendre
à la place du Temple , entendit
dans l'Eglife Collégia
le de Sainte Croix , dont le
Chapitre l'avoit cfté prendre
GALANT 75
en Corps , la Predication qui
y fut prononcée par M' Faure.
On peut dire qu'il le furpafla
luy melme en cette occafion
. Il prit pour fon Texy
, Abfit mihi gloriari nifi in
Cruce Domini , & finit par l'Eloge
du Roy , en s'adreſſant
à M l'Eyelque qu'il loua d'une
maniere fort éloquente
fur fon zele pour la Reli
gion. Il receut de grands ap
plaudiffemens de toute l'AL
lemblée qui fe trouva fort
nombreuſe. Enſuite M' de
Valence revetu de fes Habits
Pontificaux , précedé de
ایک
Gij
76 MERCURE
CorpsReligieux & du tous les
20027ten
Chapitre
à la
Place
du
partit
en
Procef
.
fion
pour
a
Temple, pendantque la hou.
velle Cloche & les anciennes
fonnoient à la fois. Me
Comté dé Virvile , Gouver.
neur de Montelimard , qui
avoit regalé ce Prélat magnifiquement
, avoit fait mettre
fous les armes une partie de
La Bourgeoifie, auffi bien que
la Garniſon de la Citadelle.
L'une & l'autre All une fort
diop
Bald
Belle décharge . La Bénegr
ction faite avec les Ceremo
nies ordinaires Mª de Va-
·
GALANT 77
lence receur au pied de la
Croix l'Abjuration d'une
Femme. Il avoit auparavant
receu cceellllee d'un Gentilhom,
me dans un autre lieu . Aprés
qu'il luy eut fait faire fa Profeffion
de Foy, tilheretourna à
l'Eglife dans le mefme ordre
qu'il eftoit party. La Mufi
que qu'on avoit fait venir des
Villes voifines , entonna le
Te Deum , & la Benediction
du Saint Sacrement fut donnée
par M' l'Evefque , qui fut
Μ
remené chez luy par M' du
Chapitre,& par tous les Corps
Religieux.
G`iij
78. MERCURE
La Démolition du Temple
de Montelimard a donné lieu
à ce Sonner de M l'Abbé du
Claux', Chanoine de Sainte
Croix de Montelimard. C'eft
un digne Frere du Préfident
dont je viens de vous parler,
Vous vous fouviendrez que
le nom de M' l'Evefque de
Valence eft Daniel.
Si no
Ε
E.
Borilor calli
Difice autrefois defuperbeſtructure,
Qu'avoient fait l'Herefie & la Rebellion,
Temple, desplusfameuxdela Belianngion,
gion,balk
Où long- tempsont regne l'erreur &
l'imposture.
GALANT. 79
$2
Tune prévoyois pas une telle avanture;
Tes Pasteurs t'affeuroient que toy,
Sainte Sion,
N'eftantjamais fujette à la
tion,
ג
Corrup-
Tes Murs ne tomberoient qu'avecque
la Nature.
S3
Mais où font ces longsjours dont fou
vent l'ontflaté
Ces Miniftres zélez contre la Vcrité?
Tonfort perpétuel n'eftoit donc rien !
qu'un Songe ?
22%
Malgré le Pronostic tes Mursfont démolis.
Giiij
80 MERCURE
Peuples qui le voyez , n'ensoyez pas
Surpris,
Danielfçeut toûjours triompher du
menfonge.
Les Vers qui fuivent font
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
Le mefme adreffe ces autres
Vers aux Prétendus Reformez
, fur la démolition de
leur Temple.
C
Alvinifte obftiné dans ta Secte
rebelle, a
Ceffepour le Seigneur de l'armer d'un
faux zéle,
Ouvre les yeux enfin ; ton culte luy
déplaist,
Pour abatre ton Temple il a donné
SplArrest, Songs
S'il paroistprononcépar une bouche
bumaine,
84 MERCURE
Le Ciel pourte punir en ordonna la
peine,
Erne l'auroit pasfait, fidans ce triſte
lieu
Turendois les honneurs que l'on doit
an vray Dieu.
Mais ne te trompe pas ; pour le rendre
propice,
Tel qu'il l'offritluy- mefme ilfaut un
Sacrifice.
C'estpar là qu'on luy plaist, &res
Chants languiffans
Ne luy tiennent point lieu
nyd'encens.
ny d'Aurel
Qui te retient le bras, quandilfaut
qu'il s'apprefter
A renverser ce Temple, autrefois ta
Conquefte?? new windo vod
Frape fans t'émouvoir, tous delais feroient
vains, to
Il estjufte aujourd'huy qu'il tombepar
tes mains,
GALANT 85
Et que ton Heréfie oùſe joint le blafpheme
Parjespropres Enfansfe détruife ellemefme.
Un Illuftre, connu & eftimé
de toute la France par les Ouvrages
galans , a fait ce qui
fuit fur la Démolition de co
mefme Temple.
C
•
Frères
,
cant
the
ROLL
Hers Devoyez , mes pauvres. V.
J'entre dans vos vives douleurs;
Tousles Aftres vous font contraires,?
Fe
malheurs
ne vois par tout que
Regnerdans vos triftes affaires. "
S &
Noftreferme & pieux Prélat,
Don't lezele faittantd'éctanbul
86 MERCURE
Dontl'ardeur n'est point hypocrite,
Qui depuis trente aus vous combat,
Elevefonfameux mérite
A mesure qu'il vous abat.
Sa
Ilvousfait unejufte guerres ] [ J
Surappuy a unoh
Voyez combien vous hazardız;
Vos Baftimen's les mieux fondez, ! ?
Da von tomber, ou ſont par terre, suk
Vous n'avez Scen que trop ofers
Neprétendez plus abufer
De vos Edits, de vos Franchiſes .
Vos Temples vous vont écraser,
Samvez vous vive en nos Eglifes.
Je ne fçaurois finir cet Article
fans vous faire part d'un
Madrigal qui enferme une
GALANT. 87
Réponse auffi jufte que fpirituelle
, faite par un Miniftre
de la Religion Prétendue Reformée
dans le Païs des Sevenes
, Homme fort estimé
parmy ceux de fon Party,
mais qui a fait voir une fi
délité particuliere pour fon
Prince en toutes fortes d'oc
cafions , quelque préoccupation.
qu'il ait pour la Reli
gion qu'il profeffe . Le Madrigal
explique le Fair.
D
Ans unecertaine Province,
Où nôtre incomparble Prince
Souffre excor ceux qu'on dit Reformez
Prétendus,
88 MERCURE
Où les Preſches publics ne font pas défendus,
Shah
En un Lieu qu'on a veupeufouvent
dans l'Hiftoire,
Il arriva debat dedans le Confiftoire.
L'on reçoit dans ce Corps des Gens de
Matout état, 23 809
Le petit Artifan, tout comme l'Avocat,
Et mefme à cet honneur la force du fufrage
Mieux que la pieté peut frayerle paf
-Aquagang supleup enollap
Cependant un Tailleur ayant esté
nommé,
Ce choix par quelques- uns nefutpas
confirmé.
&
Sur ce Fait , au lieu de Sentences
Le Miniftre est prie de dire ce qu'il
penfe.
Mes Freres, répond - il, le party le
meilleur ,
kn&
GALANT
89
Malgré des Oppofans les raifons
Smalconçues ,TUO4
C'eft de recevoir le Tailleur ,
Nos Affaires font découfuës.
Aderal
Tout le monde eft fi fort
charmé du Roy , que ceux
meſme qui ne s'occupoient
qu'à des Vers galans , femblent
n'en pouvoir plus faire
que pour luy. Ce Sonnet de
M' de
Grammont
de Ric
lieu en eft une preuve, fleft:
fur des Bouts- rimez, envoyez
par la Dame mefme à qui il
s'adreffe. (oyyay
May 1685.
H
90 MERCURE
andlocco ab englaM
BOUTS RIMEZ
POUR MADAME DE R ...
N
E foyez pas furprife , adorable
Climene , troT
De n'avoir plus de moy nyfonnet ny
Chanfon .
Le moyen d'approcher maintenant
-Hypocrene za up
LOVI'S occupefeul tout le facté
Vallon, vul
SS
cup
Jay millefoispour vousfollicitéma
31 Veine
onu fie na wol
Etpour vous mille fous monté fur 】
/
Heliconsom
Autant de foispour may l'entreprise
fut vaine;
De ce Prince on n'y peut séparer
Apollon,
،ܐ،
2 bed 11
GALANT. gr
$2
Aujourd'huy, par unfort quejenepuis
comprendre ,
Ce Sonnet que pour vous je voulois
entreprendre, un sk
Se va trouver encor tout entierpour ↑
mon Roy.
Sa
·Ne vous enfachez pas ; &fongez que
fes charmes
Triomphant en tous lieux auffi - bienquefes
Armes,
Et que ce Prince est népour nous don
nerla Loyol
0.2
VICHY
Je vous ay parlé il y a déja
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
Vous ne ferez pas fâchée
fans doute de voir ce que
firent là- deffus ceux qui eurent
les trois Prix.
SONNET
DE M' BROUILHET DU ROCQ
Qui remporta l'Eglantine.
C'eſt le Viennois qui parle.
' Orgueilleux Ottoman , pour repourreparer
l'outrage
Qui le couvrit de bonte aux pieds de
V
nos Ramparts,
GALANT. 99
Contre nous puillamment s'arme de
toutes partsiy
Mais le Cielde nouveau détruirafon
ouvrage.
$2
Qu'il médite enfecret un horrible
carnage, 6
Il a beau dans fon fiel empoisonner
fes Dards;
En vain pour regagner fes riches
Etendarts
Dans fa fureur extréme il met touten
ufage.
S&
Ce cruel Ennemy nous veut charger de
Fers,
Et lefunefte état defon dernier revers
Nous réponddes effets d'une entiere
vangeance.
I ij
100 MERCURE
S2
A nos vives douleurs le Seigneur s'eft
rendu,
En luy feul deformais mettons noftre
espérance,
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
SONNET
DE M DE RAYMOND,
Qui remporta le Soucy.
R
Enonçons aux plaifirs ,fortons
du précipice;
Dans un cruelpanchant leDemon nous
conduis,
Il vient couvrir nosyeux d'une éternelle
nuit,
Pour nousfaire trouver des douceurs
dans le vice.
GALANT. IOL
Se
Ce n'est plus dans mon ame oùſon
poifon fe gliffe ,
Et ce coeur que le crime a tant defois
féduit,
Détrompé maintenant, &par la Grace
inftruit,
Fait à Dieu de fes maux un entierſacrifice.
$2
Funeftes mouvemens , plaiſirs trop
criminels,
Je quitte vos appaspour des biens éternels,
Le Seigneur deformais fera toute ma
gloire.
52
On ne me verraplus à l'aimerfuf
pendu,
I iij.
102 MERCURE
Je garderay toûjours empreint en ma›
mémoire
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
SONNET
DE MAD'ABBATIA ,
Qui remporta la Violete .
Un bonheur apparent les fra-'
D
giles
appas
Entrainoientaleur gré mon ame vaga
bonde;
l'ay voguéjusqu'icy furune Merprofonde,
Etj'ay trouvé par tout des écueils fur
mespas.
Sa
Le Ciel m'a préfervé de mille affreux
trépas
GALANT. 103
C'est en luyfeul auffi que mon espoirfe
fonde.
Depuis qu'il m'a fait voir les vanitez
du Monde,
Fe le vois à toute heure, & je ne lefuis
pas.
Se
Dans ce funefte état ma déplorable vie
De troubles violens fut toujours pour-
Suivie,
Mais le calme à la fin vient de m'eftre
rendu.
$2
Seigneur, je le vois bien, tabonté me
l'envoye,
C'est pour aller au Ciel une agréable
voye.
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu.
I iiij
104 MERCURE
Ces divers Effays à la fin
defquels chaque Autheur
écrit fon nom , fervent à déterminer
les Juges qui ont
à prononcer fur les prix .
Aprés qu'ils ont décidé de
tout , on
on leur
apporte une
collation fort magnifique , &
l'on en fert une autre feparément
à la Jeuneffe qui a reci
té des Vers. On fe rend enfuite
dans la grande Sale , où
eft la Statuë de Dame Clemence
dans uneNiche contre
la Muraille. Elle eft de Marbre
blanc , couronnée de Fleurs,
& ceinte auffi d'une Ceinture
GALANT. 105
de Fleurs qui va jufqu'en bas.
Les Capitouls au nombre de
huit fe mettent fur leurs Siéges
ordinaires , & M² du Parlement
prennent leurs Places
de l'autre cofté. M' le
Préfident fait fa Harangue ,
aprés quoy un Huiffier de
Ville appelle tout haut celuy
qui a merité le prix de l'Eglantine.
Il vient le recevoir
de la main du Chef du Confiftoire
de la Ville , qui eft
celuy qui préfide aux Jeux .
Toute l'Affemblée fait de
grandes acclamations , qui
font fuivies des fanfares des
A
106 MERCURE
Trompettes . Les Hautbois
& les Violons qui leur répon
dent , font retentir le triom
phe du Vainqueur . Toute
cette Simphonie le mene.
chez luy accompagné
de
tous fes Amis , & de quantité
de Gardes de l'Hoftel de
Ville avec leurs Cafaques &
leurs Halebardes. C'eft un
Huiffier qui porte fa Fleur.
On rend les mefmes honneurs
à ceux qui ont remporté
les Prix de la Violette
& du Soucy . Chacun d'eux
traite fes Amis le jour de la
Trinité , & fe promene l'aGALANT.
107
preſdinée par la Ville avec une
longue fuite de Carroſſes . Les
Capitouls de Thoulouſe ont
deux Robes , l'une ordinaire,
& l'autre de cerémonie. L'or.
dinaire eft my- partie d'Ecar
late & Noir. L'Habit de ce
rémonie eft un long Manteau
tour d'Ecarlate , doublé
de Satin blanc avec des
Hermines fur les deux épaules
; chaque cofté eft de fix
bandes , trois d'Hermines , &
trois de Nates d'Or,& chaque
bande large de trois doigts.
Les Maiftres aux Jeux Fleureaux
font ceux qui ont eu les
108 MERCURE
trois Fleurs . Ils ont droit d'af
fifter tous les ans aux Affemblées
qu'on fait pour cesJeux ,
de donner leurs voix pour
les Prix , & d'eftre de toutes
les Festes de cette nature .
Ceux qui prétendent aux
Prix font diverſes Pieces ,
parmy lefquelles il y a tou
jours un Chant Royal . Voi
cy quelques-unes de celles
qui ont fervy à les faire rem
porter.
GALANT. 109
25252225255525255
LA DEFAITE
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
BALADE
Servant de Reponfe à celle que
Madame des Houlieres a faite.
fur les mefmes Rimes..
A
Fous chagrins les Marisfont
fujets ,
Cette Sentence en ma tefte eft'écrite. I
Ils ont toujours mille remords fecrets,,
Femme n'a plus que la mine benite,
Toujours en trouble avec elle on ba
bite,
Brefon ne voit que Ménages maudits ;
Carà tel point l'inconftance eft venues
Kij
H6 MERCURE
Que loyauté dans l'Hymen eftperdue,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis .
S&
On vent avoir Habits, Meubles , Van
lets ,
Le Sexe au Luxe attache le mérite..
De coqueter les defirs indifcrets
Ont toutgaftés la Grande, la Petite,
Partout Pais , foit jeune, on decrépite,
Aime à charmer; Galans ſont applaudis,
PauvreMaryfe voitpaffer pour Grue,
Afes dépens faveur est obtenue.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis .
Se
Ieunes Beautez nous tendent desfilets
Mais évitons cette engeance maudite.
Nefçait-on pas que parmy tels Objets
L'un veut tromper, l'autrefe félicite
GALANT. 117
D'avoirfçû faire à propos l . Hypocrite?
Nous paffons tous pour de francs
Etourdis;
Maïs fi prés d'eux jamais on s'ha- "!
bitue,
Pour le Contrai qu'on n'ait aucune
veuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
$2
Dans l'Hymenée on von horribles s
Faits, F
EnVille, anx Champ's , par tour or les
débite.
Plutoft que vivre avec Efprits coquets,
Si l'on m'en croit, ilfautfe faire Hermite.
Ne pensez pas qu'à ce deſſein j'invite
Parcequejay mes defirs refroidis
118 MERCURE
Ou que je fuis de quelque humeur
bourrue,
Non ; c'est, ma foy , que jeune, & que
chenuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
ENVOY. VOY.
Cher Licidas ,fonge à tes intéreſts; I
Epargne- toy de triftes camouflets.
De fuivre Iris enfin difcontiue.
Ignores- tu qu'au Siécle d'Amadis
De maint Croiffant Famille eftoitpours.
7
-
veuë?
Apire état la chofe est parvenuë.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoir
jadis.
Keeps&
GALANT 11g
525 :22222 2522: 2222
LEPERVIER
E T
1200000
LA PERDRIX.
U
FABLE .
N certain jour Maistre Epervier
Eui deffein de fe marier,
Et dans la Troupe Volatille
Cherchant une Femme gentille,
Dame Perdrix luy plût d'abord;
Mais raisonnant en Oyfeaufage,
Je croy , dit-il, qu'avec le Paren
tage
N
Je n'auray pas de peine à demeu
rer d'accord,
120 MERCURE
Voyons plûtoft fi c'est mon
avantage .
Dame Perdrix éft jeune , elle eft
d'un beau plumage,
Elle n'a point le vol trop haut,.
Elle a l'humeur douce & l'air
fage,
Pour Femme c'eft ce qu'il me
faut .
22
Quandfur cette agreable idee
Noftre Epervier eut ainsi raisonné,
Pour accomplir l'hymen tout fut bien
ordonné.
fût
Dame Perdrixfut demandée
Par un jeune Perdreau qui parfou
miſſion
}
- Endoſſala Commiſſion.
Enforme il va voirſa Parente,
Dit que Sire Epervier, devenu for
Amant,
Vreutz
GALANT. 121
Veut eftrefon Epoux , pourvu qu'elle
yconfente.
La Perdrix à ce Compliment
Répondit affezfroidement,
Je ne veux pas eftre Eperviere;
Mais par un étrange malheur
Elle vit arriver fon Pere,
Qui trouva qu' Epervierluyfaifoit de
l'honneur.
Sa
Le Perdreau s'en retourne, & le Pere .
་
àfa Fille
Fait remarquer que de tout temps
La Cohorte Eperviere amoindritfa
Famille
Par des combats & des meurtres
fréquens;
Si bien, dit-il, qu'il faut par voftre
mariage
May 1685.
L
122 MERCURE
Eviter un pareil carnage,
Afin qu'à l'avenir nous vivions en
repos.
N'ayant plus d'Ennemis , nous
n'aurons rien à craindre .
Quand la pauvre Perdrix entendit ce
propos,
Elle fe trouva fort à plaindre.
Elle pouffa quelquesfanglots ,
Enfuite répandit des larmes;
Mais ce furent defoibles armes.
Pour vaincre un Pere intereffe.
Je vous trouve, dit- il, grandement
dégouſtée.
On ne demande point fi vous êtes
dotée,
Et je veux qu'aujourd'huy leContrat
foit pallé .
Vous ne voyez pas l'avantage
Qui doit nous revenir de voſtre
mariage.
GALANT. 123
Scachez que pour vous c'eft un
bien ;
Epoufant l'Epervier vous ne manquez
de rien.
Vous entrez dans une Famille
Qui toûjours l'a porté fort
beau
Parmy les Volatils ; confiderez ,
ma Fille,
Qu'il vous faudroit raper, épou
fant un Perdreau,
Et tenir fort maigre Cuifine ,
Soit dit, ajoûta- t- il, & qu'on s'y
détermine .
L'Epervierefuture a beau fe defoter,
Elle abeau s'en vouloir défendre;
Loin de la confoler
Le Pere trop cruel ne daigne pas l'entendre,
"Mais la quite fort brusquement,
-Difant, Quand l'Oyleau de rapine
Lij
124 MERCURE
Viendra vous voir , faites- luy
bonne mine.
Car autrement....
Se
Tandis
que tenoit ce langage
Noftre Beaupère prétendu,
Fient le Gendre futur en pompeux
équipage;
Bref, l'hymen fut bien - tost conclu,
Apres quoy ! Epervier emmena l' Eperviere.
1 .
Entr'eux la Paix ne dura guere,
Noftre Epoux en ufoit tres -mal,
Il eftoit colere & brutal,
A tout momentfaifoit querelle
Ala malheuresfe Femelle,
Et l'obligea par maint debat
A vivre dans le celibat,
De forte que la pauvre Femme
Avoit mille chagrins dans l'ame.
Afon Pereà la fin alle les fit fçavoir.
"
GALANT. 125
Dans peu de temps il vient la voir,
Etparce qu'il eftoit Beaupere,
Il voulut paroiftre en colere
Contre Maistre Epervier,
Qui luy répondit d'un tonfier,
Aprens, foible Animal, que quand
j'ay pris ta Fille,
Jay trop honoré ta Famille .
Le Pere à ce difcours connut bien le
malheur
Oùfans aucun retourfa Fille eftoit
livrée.
Il s'enfuit de honte & de peur,
Noftre Perdrix fut de vorée,
Et l'Epervierfutcomme auparavant
A l'égard des Perdrix un Óyfeau ravillant.
$2
Pere, qui veux choifirun Gendre,
N'écoutepoint la vanité,
Choifis - le de ta qualité;
Liij
126 MERCURE
Maisfita Fille n'est pas tendre,
Garde- toy bien de la donner.
Cette Fable te doit apprendre
Quefon coeur plus que tout ilfaut
..examiner.
Aujourd'huy l'intérest a de grandes
amorces ,
C'est à quoy feulement les Parens ont
Jégard,
Toute tendresse est mife à part;
Maisfçache que de là naiſſent tous les
divorces.
Je ne doute point , Madame
, que toutes ces Piéces
ne vous donnent une
eftime particuliere pour les
Mufes Touloulaines . Il y a
beaucoup de feu , & un tour
fort naturel, dans ce qui part
Y
21.
2
publiez
au Prin =
#
discret-tes tes Pour
n
+
sirs contraire
o
GALANT. 127
d'elles ; & j'efpere que de
temps en temps je pourray
vous procurer le plaifir de
voir leurs productions .
En voicy une d'un de nos
Illuftres en Mufique. Quand
elle n'en feroit pas , vous l'aimeriez
par la beauté des paroles.
AIR NOUEVAU.
STPH
Il Hyver vous tenez vos paſſions:
fecretes,
Vous les publicz au Printemps.
Petits Oyfeaux, quand vous estes
contens,
Vos ardeurs nefont plus difcretes.
Pour moy, dans l'Empire amoureux
Liiij
128 MERCURE
Je meplains du Destin à mes defirs
contraire;
Mais fi j'estois heureux ,
Je fçaurois bien metaire.
Je vous ay promis de vous
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
-*
Quoy que les Moutons
foient doux , ils ſe plaignent
quelquefois . Les Vers qui
fuivent nous le font connoître.
Ils font de M ' Vignier
de Richelieu.
158 MERCURE
7
PLAINTE
POUR UN MOUTON
à fa
Bergere .
B Ergere, il n'est rien moins que
De s'enfermerdans le Hameau,
Quand voftre Mouton tout en nage
Est couru des Chiens du Village,
Et vient pour fe fauver chez vous
De ces Chiens pires que
des Loups.
En vain il bêle, en vain il gratte,
En vain il s'écorche la patte,
Vous aviez enjoint à Ñannon
De n'ouvrirpoint à ce Mouton.
Depuis un traitement fi rude
Plein d'ennuy, plein d'inquiétude,
On croit à le voir qu'il estfou.
Sans manger le quart defonfou,
GALANT.
159
Il ne fait que tourner fans ceffe,
Tant fon petit coeur est en preffe,
Et pour vous le dire entre nous,
Je nene fçay s'il n'est pointjaloux,
Car vousfçavez bien qu'une Beste ,
Commel'Homme amartelen tefte.
Ilcraint , & non pasfans raison,
Qu'estantfur l'arriere Saifon,
Cela veutdire defon âge,
Sa Bergere ne foit volage.
Mais qu'elle ne s'y trompepas ,
Unvieux Mouton , fors en un cas,
Doit l'emporterprés d'une Belle,
Surjeane Mouton fans cervelleż
Et je fuis bien feur que Buscon ,
S'ilvoyoit un autre Mouton,
Fapperoit d'une telle forte,
Qu'il luyferoit paffer laporte
Beaucoup plus vite que le pas ,
Quand vous ne le voudriez pas.
Ce Chien vous aime, il estfidelle,
160 MERCURE
Mais de voir une Amour nouvelle,
Eust- il du Mouton de Colches
La Toifon d'or deffus le dos,
Ily feroit entrer fagrife,
Et cela n'estpoint apocrife.
Alors quelfracas , quel conflit,
S'il approchoit de voftre Lit
Dans le temps que Dame Pareffe
Ou quelque petitefoibleſſe,
Vous retiennent à ruminer,
Sans pouvoir vous déterminer,
l'entens à quiter voftre Couche,
Où comme ailleurs toûjours farouche,
Vousferiez enrager l'Amour,
S'ilvousyfurprenoit unjour!
C'est là qu'imitant fa Maistreffe,
Auffi Tygre qu'elle est Tygreffe,
N'eftantpoint defes Dépendans,
Il le mordroit à belles dents.
Je croy de plus, que vostre Chatte
Feroitfor devoir de fa patte,
GALANT.: 161
En miolant d'un trife ton ,
Al'aspect de ce fin Monton.
Pour le voftre perdez l'envie
De le changer de voſtre vies
Puis que vousfçavez ce qu'il vaut
Traitez- le toujours comme ilfaut;
Autrement la mutinerie
Se mettant dans la Bergerie,
Bergere, Les Chiens & les Chats
Vous laifferoient piller & mangerpar
les Rats.
Voicy un troifiéme Entre
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
Meffire Paul Phelipeaux
Seigneur de Pontchartrain ,
Préfident en la Chambre des
GALANT. 195
Comptes , mourut icy le der
nier de l'autre mois âgé de
72. ans. Il eftoit Fils de Mr
de Pontchartrain
Secretaire
d'Etat , & Pere de M' de
Pontchartrain
, aujourd'huy
Premier Préfident au Parlement
de Bretagne .
Cette mort fut fuivie le lendemain
, premier de ce mois
de celle de Dame Françoiſe de
Sesmaiſons , veuve de Meffifre
Guy de Laval , Marquis de
da Pleffe , & Mere de Madaine
la Ducheffe de Roquelaure.
Peu de jours aprés mourut
Rij
196 MERCURE
auffi Meſſire Jean Godefroy,
Confeiller duRoy en fes Confeils
, & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes de
Paris. C'eftoit un Homme
fort curieux en Médailles . ⠀
Je vous ay tant de fois parlé
de la Venus d'Arles , qu'il
eft difficile que vous n'ayez
fouhaité d'en voir la Figure .
Je vous l'envoye , mais feulement
telle qu'elle a efté faite
fur fa Statuë quand on
l'a trouvée , c'est à dire avec
le bras gauche feulement.
Une autrefois je vous envoyeray
la mefme Figure de
GALANT. 197
la maniere que M' Girardon
reftaurée .
Il y along- temps qu'on préparoit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
La Ville de Paris paffa l'an
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
Les Converfions qui fe
font toûjours en tres- grand
nombre , font une preuve du
zele du Roy pour ce qui regarde
la Religion. Celle de-
M' l'Arpent , Miniftre de laa
Ville de Sez en Normandie,,
eft remarquable. Aprés a
voir profeffé fon Miniftere
pendant plus de vingt cinq
A a ij
284 MERCURE
•
ans parmy les Prétendus Reformez
, il a connu fon erreur
, & il en fit Abjuration le
Dimanche 20. du dernier
mois , dans l'Eglife de noftre-
Dame , entre les mains de
M' l'Archevefque
de Paris.
Le Vendredy fuivant , il fut
preſenté au Roy par ce grand
Prelat. Sa Majefté
luy marqua
qu'Elle voyoit avec beaucoup
de plaifir qu'il euft pris le
bon Party , & qu'Elle fouhai
toit avec ardeur que tous fes
autres Sujets de laReligion de
Calvin fuffent dans la mefme
voye, à quoy Elle travailloit de
GALANT. 289
tout fon pouvoir . Elle l'affeura
à fon égard qu'Elle prendroit
foin de luy. Dans le mefme
temps M l'Archevefque prefenta
au Roy M' Deschef .
nes , Lieutenant Genéral des
Eaux & Forefts d'Alençon ,
qui avoit fort contribué au
changement de ce nouveau
Catholique. Ce Prince luy
dit avec beaucoup de bonté,
qu'il luy feroit plaifir de continuer
, & qu'il fe fouviendroit
des fervices qu'il rendroit à
VEglife.
On a eu avis que le Lundy
7. de ce mois M' le Mar-
J
286 MERCURE
quis de Verac avoit auffi abjuré
entre les mains de M
l'Eveſque de Poitiers . C'、:ï
un des plus grands Seigneur
de cette Province .
M' de Vigny , Lieutenant
Genéral de l'Artillerie
•
&
Lieutenant Colonel , commandant
le Regiment des
Fuzeliers Bombardiers du
Roy , époufa fur la fin du
dernier mois Mademoiſelle
Piques , Fille aînée de M' Piques
Confeiller en la Cour
des Aydes , & cy.deva
Réfident pour Sa Majeſté er.
Suéde
lors que la Reyne
GALANT. 287
Chriſtine poffedoit cette
Coronne. M' de Vigny eſt
un Homme fingulier. Je vous
en ay parlé plufieurs fois , &
les Relations des Sieges de
Valenciennes , de Cambray,
& de Luxembourg font fon
éloge. '
Je vous envoye un fecond
Printemps
. Ileft encore d'un
tres-fçavant Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
CEE quifait le Printemps,
N'eft pas toujours la naiſſante ver
dure,
288 MERCURE
1
Petits Oyfeaux , ce nefont point vos
chants,
6
Ny des Zephirs le doux mur
mure;
"May , Philis , s'il eft quelque
temps
Où vous fogez fenfible aux peines
quej'endure,
C'est pour may Philis , je vous
jure,
Ce quifait le Printemps.
Je viens d'apprendre la
mort de Meffire Jean de
Fieux , Seigneur de Bos,
Lieutenant de Roy de Nancy
, arrivée depuis peu de
jours , auffi bien que celle de
Dame Madeleine Thibault.
Elle
GALANT. 289
Elle eftoit veuve de Meffire
Edouard de Ligny, Seigneur
de Rantilly , Confeiller du
Roy en les Confeils ,' & Treforier
de fes Parties Cafuel
Jes.
"
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
La Quenouille eftoit le vray mot
de la premiere des deux Enigmes
du dernier mois. Voicy les noms
de ceux qu'ont expliquée.
Meffieurs de Lhofpital , Boilleau
374 MERCURE
at
le Cadet de la Rue de Richelieu,
Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné , P. Carrier , de
Rouen , l'Abbé H ; Leger de la
Verbiffonne , Sorbiere ,de la Rue
des cinq Diamans ; Vallée , de
Dinan en Bretagne ;
Guerin &
Dannony , Legros Campagnard
d'auprés S. Merry , Le Capitaine
de Forefts , Mefdemoifelles Angelique
Mortier ; La Princeffe
d'Atipata de la Foreft d'Alcleon,
Nanon Chefferet de la vieille
Rue du Temple , Anne Dannonville,
Madelon Prouais ; L'A
mant affligé de la petite ... En
Vers, Meffieurs Rault , de Rouen ;
L. Boucher, ancien Curé de Nogent-
le- Roy, Coqueley . Sainge.
vin , Eleuà Bar-fur -Seine . L'Ar.
change de Lyon , Amant d'A-
>
"
GALANT. 375
rianne , Alcidor & Gyges , du
Havre , Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz , Mefdemoifef
les la Favorite de l'Hermité du
Vaudadon , Sylvie La petite
Affemblée A , La petite Affemblée
G , & la Belle Nourriture,
du Havre.
La feconde a efté expliquée
fur l'Ecreviffe , qui en eftoit le
vray mot , par Meffieurs Jeanfon
de Berné , Promoteur & ancien
Chanoine de Troyes , Taffu de
Couldreau , Ecolier au Mans ,
De la Faye , L'aimable la Chapelle
Poitevine , Le beau Colin,
de la Rue de la Harpe , La Femme
fans regret . En Vers , Meffieurs
Diéreville , Ichon , de la Rue de
la Harpe , L'Arcange , de Bourbon-
l'Archambault , Le Berger
376 MERCURE
de Breffoles, & le Rival du Char
bonnier de Rheims.
6 Les melmes ont auffi trouvé le
vray fens de la premiere.
Je vous en envoye deux nouvelles.
La premiere eft de M' de
Grammont de Richelieu.
ENIGME.
E fuis fi merveilleux aux yeux de tous
Qu'au temps paffé comme au Siecle où
Si nous formes,
"On n'a pû concevoir mes fecrets mouvemens.
Le corps qui me gouverne est tout plein
d'inconftance.
Je fuis regle pourtant ; & quandfur mon
tus effence.
Je faisfaire aux Docteur's mille raiſonne
mens
Qui n'ont aucune reſſemblance,
GALANT 377
"
Fe partage leursfentimens.
Mais on a beau chercher les caufes de mon
Eftre,
Onne sçauroitjamais pleinement me con-- ~
noiftre,
Jefuis le Fleau fatal des Efprits curieuxs
Ainft , de m'obfcurcir lapeine eft inutile:
Quand je découvrirois mon nom au plus
babile,
ΓΙΟ
Ilne m'en connoiftrait pas mieuxolat
491.T
AUTRE ENIGME .
Voy que jefois affezpetit,
Je faisfuir biendes Gens, fi- toft que jema
montre,
Et par tout remply d'aperit,
ກາ
Je me nourris fans choix de ce que je com
contre 297mong st100 song
Le bas âge toujours fait crier apresfay
Lorsqu ilfait des Préfens de may
Pour mefaire périr, quand ma mort fe
propofe
Onfefert du plus noir moyençəl 2015
May1685 Iroha T52 motion
378 MERCURE
Et cependant je fuis fi peu de chofe,
Qu'en certains cas qui me prend , ne
prendrien.
Je ne vous ay point encore parlé
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
Je vous envoye une Traduction
nouvelle de la feconde Philippique de
Ciceron, faite par M ' Gillet Avo.
cat au Parlement. Il a confervé
toutes les beautez de l'Original,
& pce n'eft pas une petite gloire
pour luy , puis que cerre Piéce
paffe pour le Chefd'oeuvre de ce
grand Maistre de l'Eloquence,
Jefuis, Madame , voftre , & c) ;
omo ob siAND IMA Nuo tiev
-2017 A Paris de 31. "MAY 1685.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères