→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1685, 01, t. 29 (Extraordinaire) (Lyon)
Taille
8.99 Mo
Format
Nombre de pages
335
Source
Année de téléchargement
Texte
Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807157
-EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT
2
QUARTIER DE JANVIER. 1685
TOME XXIX.
2THAT A
511
isla ub
И UA
„sivnal s ¿lls2
Imprint& Pans Etfvend
401 A zbakıQNzv
Chez T. AM AULRY , Rue Merciere ,
au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV .
AVEC PRIVILEGE DU ROTC.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cine fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice.
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et enla Boutique Court- Neuve du Palais,
AU DAUPHIN
IT. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envic.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DV ROI,
19M SYAITAKA e
TOA WⱭ 3DEJINIKA OIVA
SP
EXTRAORDINAIRE
DU
MERCURE
GALAN T.
છું
( 90 ) 2 R
QUARTIER DE
JANVIER, 1686
TOME X X I X. XXIX. 19
E me
fouviens , Madame
que vous me
témoignâtes
ily a quel
que temps , que vous
Seriez bien aife d'eftre entierement
inftruite de ce qui regarde l'origine
des Tombeaux , & les cé-
Q. de Fanvier 1685.
A
[
Σ Extraordinaire
rémonics des Sépultures . e propofay
auffi - toft cette matiére au Public , &
M Rault de Rouen , dont le mérite
vous eft connu par pluſieurs Ouvrages
que vous avez vous de luy , l'a
traitée fi amplement & avec des recherches
fi curieufes , que l'on peut
dire qu'il l'a épuisée . Ainfi je ne
doute point qu'il n'ait répondu par-`
faitement à ce que vous avez pú
attendre d'un pareil travail. Vous
voudrez bien cependant , avant que
de venir à cette lecture , jetter les
yeux fur quelques Sonnets , dont les
Bouts- rimez Latins qui ont eu.cours
depuis quelques Mois , ont fait eftimer
la bizarre nouveauté. Vous les
trouverez remplis avec beaucoup de
jufteffe . Ils m'ont efté envoyez de
Dijon , ou chacun , comme à l'envy,
s'est fait un plaifir d'y travailler
fur des fujets differens.
du Mercure Galant.
S
$
1
522 SSSSSSS& SSESS
SSS2:2552 525 22552
SONNETS
EN BOUT SRIMEZ
L
I.
L'Honnête Homme.
LLYON
1893
'Honnefte Homme eft à tout, fingulis,
omnibus,
C'est toujours à propos qu'ilrit, ou
qu'ilfe fâche,
Son coeurferme & conftantfur rien
nefe relâche ,
Il eft de tous les rangs , de toutes
les Tribus .
Sa
On ne le voitjamais téméraire ny là .
che,
A ij
4
Extraordinaire
Ilparle galamment , fans qu'il parle
Phoebus,
Pour la belle dépenfe ilferre le quibus,
Iljeûne aux Quatre-Temps, au Carnaval
il mâche.
S&
D'un compte captieux ilfçait regler
/ Item ,
Et de tous les Meftiers connoift le tu
autem ,
Son couroux, s'il en a , ne va pas juf
qu'à l'Ire ,
Se
Il fait tracer un Camp , & conju
guer amo ;
Sefert bien d'une Epée, & charme
avecfa Lyre,
Et s'efcrime en tout temps armis &
calamo
.
du Mercure Galant.
3
L
I I.
L'Honnête Femme.
Honnefte Femme plaift en tous
lieux omnibus ,
Elle entend raillerie , &jamais neſe
fâche,
Ellefçait s'occuper, comme il faut,
fans relâche,
Et rendre exactement à chacun les
tributs.
SS
A marquer la vertujamais elle n'eft
lâche,
Parlant avec juftice , évitant le
Phoebus ;
Eftimant le mérite, & non pas le
quibus,
Sortant fort bien de tout , foit qu'on
caufe, ou qu'on mâche.
A iij
6
Extraordinaire
Auxplaifirs , quandil faut, elle fait
tréve; Item
Fidelle àfon Epoux , c'eſt- là le tu
autem
Etpar fon humeur douce elle en arrefle
Pire ,
25
Jamais elle ne fceut à d'autres dire
amo ;
Elle danfe, elle touche, & le Lut &
la Lyre,
Etcharme tout le Monde ore vel ca
lamo.
I I L
Contre ces bizarres Rimes..
Ο3
Ve dis- tu , cher Damon , de
ces mots omnibus ,
D'Amo, de Calamo ? tout ce Latin:
me fâche,
du Mercure Galant.
7
Fenfuis fi fort chagrin que je veux
Sans relâche
Leur déclarer la guerre, auſſi bicn
qu'à tribus.
Contre tous cependant mon couroux˜
ne fe lâche,
Enfaveur de tes Vers je fais grace à
Phoebus,
L'ufage en Vers boufons autorise quibus,
Mais contre lespremiers en vain mon
freinfe mâche.
$2
Aux Plaideurs , aux Marchands je
Souffre dire Item,
Dans le Texte facré j'honore tu au
tem,
Ce n'eftpasfur rels mots qu'on déchar
gefon ire
A iiij
8 Extraordinaire
Mais dans des Vers galands pour
j'aime écrire amo,
S'il l'arrivoit , Damon , d'en profaner
ta Lyre,
Je noircirois tes Vers crudeli calamo.
Q
IV.
Vi diable envers François mit
jamais omnibus ?
Ef - il Homme fenfé qui d'abord ne
s'en fâche?
Quel Autheur peut fouffrir qu'ainsi
l'on fe relâche ,
Et que pour mettre trois on écrive tribus
?
$2
Te tairas - tu , Dépreaux, & feras-tu fi
lâche,
Que de ne pas vanger l'affront fait à
Phoebus ?
du Mercure Galant.
Comment le voir de pair avec ce mot
quibus ?
Pour moy , c'est un morceau qu'avec
peineje mâche.
22
Qu'il est beau d'oüir dire à Calliope
Item ,
Et comme une Nonnette entonner tu
autem?
Pour colere, encor paffe , on peut fe
fefervir d'ire ,
S &
Maisparlant à Cloris , pour j'aime
dire amo ,
Mufes , de ce Rimeur rompez , briſez
la Lyre ,
Et le chaffez du Mont avecfon calamo.
f
66430
RO
Extraordinaire
V.
A MADAME
LA MARQUISE D ***
T
Out eft Poëte à Dijon depuis:
vostre omnibus,
En vain Minervé en gronde , & la
raiſonfe fâche ,
Chacun veut à rimer travaillerfans
relâche ,
Pour ajoûter au bout de quatre Vers
tribus..
SS
Moy - mefme je n'ay pû demeurer
affez lâche,
Marquife, vous voyant donner dans
le Phocbus,
Pourne m'enpas mêler , mais la Rime
quibus,
du Mercure Galant. 17
Eft bien dure àpaffer à qui Moutarde
mâche .
SS
Peut - on s'accommoder du tropfunefte
Item ,
Et de fon Compagnon le dévot tu
autem ,
Qui du Parnaffe entier devroient attirer
l'irc ?
SS
Que diable au bout d'un Vers fran
çois veut dire amo ?
J'aime , & veux estre aimé , fi vous
le voulez lire ,
Le ne l'écriray point latino calamo ..
Extraordinaire
V I.
SUR UN POETE SATYRIQUE
& libertin .
Toy, de qui la Plume odieufe
omnibus ,
Par des traits impofteurs noircit ceux
qu'elle fâche ,
Les Vers, le Ieu, l'Amour t'occupent
fans relâche ,
Et tes jours libertins font confacrez
tribus.
22
Laiffe toy confumer , ame infidelle &
lâche ,
Aux rayons devorans de l'Eternel
Phoebus;
Rachete tes pechez à force de quibus;
du Mercure Galant.
13
Que par ton prompt Secours le Pauvre
affamé mâche
SS
Pénetré de douleur , ſoûpire , pleure;
Item .
Parun Confiteor ou par un Tu autem
,
De ton Maistre offenfé tâche à defarmer
l'ire.
SS
Dis- luy d'un caurfincére en l'adorant
amo,
David a célébréfes regrets parfa
Lire,
Rens les tiens immortels humili ca
lamo.
14
Extraordinaire
255:22222 2522:2222
DE L'ORIGINE
DE LA
SEPULTURE,
DES TOMBEAUX ,
Et du temps que l'on a brûlé
les Corps
.
C
Omme la Vie eſt le premier
principe des Hommes
; de mefme la Mort eft leur
dermer terme . C'eſt d'où vient
que le Droit de la Sepulture eft
fi ancien , que peu apres la
création du Monde , & la chûte
de nôtre premier Pere , il a eſté
introduit & mis en ufage . Dieu
du Mercure Galant.
15
dit au premier Homme apres fon
peché qu'il étoit poudre, & qu'il retourneroit
enpoudre , parce qu'apres
la mort les corps des Hommes
doivent eftre mis dans la Terre,
comme dans le fein de leur commune
Mere , d'où ils ont efté tirez
en leur naiffance .
Mais avant que de parler des
Tombeaux , de la Sepulture , &
de l'ufage que les Anciens y ont
obſervé , il eſt à propos de dire
que l'origine en a prefque commencé
avec le Monde , & que
les premiers Hommes ont enfévely
les Corps des Défunts .
C'est un foin & une pieté qui
s'eft pratiquée comme par une
Loy , que la Nature mefme avoit
impofée. L'exemple en a paffé
chez la Pofterité , & le foin des
>
16
Extraordinaire
Funerailles a efté en fuite religieufement
étably & obfervé.
Mais fur tout on doit dire qu'Adam
& Noë ont efté les premiers
qui ayent fait ouverture
de la Terre pour y ensevelir les
corps , n'y ayant eu perfonne qui
ait en leurs deux temps précédé
l'un ny l'autre.
Abel , comme rapporte Jofephe
liv. 1. Chapitre 3. de fes
Antiquitez Judaïques , à l'âge de
129. ans fut la premiere Victime
de la mort , & reçût un ſi mauvais
traitement de Cain fon frere
, que ce Barbare apres luy
avoir arraché la vie , en cacha
le corps dans les haliers , pour
ne luy pas donner la Sepulture,
exerçant encore une nouvelle
cruauté fur fon Frere
apres
fa
du Mercure Galant.
17
mort. Mais Eliphas Themanite
dit , que Cain apres un meurtre
fi fanglant , devint vagabond &
comme furieux , ayant toûjours
devant les yeux l'image de fon
crime ; qu'il ne fe retiroit que
dans les Cavernes & les Foreſts
comme une Beſte , & que Dieu
fulmina contre luy un decret,
par lequel il fut ordonné qu'il
perdroit la vie par le fer , &
qu'il deviendroit la proye des
Vautours & des Animaux fauvages
, ainlì que les Septante ont
interpreté le paffage de Job fur
ce ſujet Chapitre 15. verf. 22. &
comme Olimpiodore l'a expliqué
. Voila les termes de ce decret
; Hominem impium decretum ,
ait , effe à Deo in manus ferri , &
ordinatum in efcas vulturum . Ce qui
Q. deJanvier 1685. B
18 Extraordinaire
à la verité fut jugé une punition
rigoureuſe , mais digne de l'im..
pieté de ce Parricide .
.
Adam touché au vif de la
mort d'Abel fon fils , en fit chercher
le corps , & apres plufieurs .
jours de deuil , de larmes & de
foûpirs , prit le foin de l'inhu .
mer avec beaucoup de pompe,.
& luy erigea un Monument qui
devoit fervir à luy mefme ,
& à fes autres enfans .. L'on :
tient communément que ce nefut
pas loin de Sion . Voila la
premiere Sepulture & le pre.
mier Tombeau , auquel ce Pere
affligé ajoûta encore une belle
Epitaphe , conceuë en ces paroles.
Quis tantus de hoc loco , tamque
fonorus clamor ? Rogas Viator ?
adhuc inauditum tibi parricidium,
du Mercure Galant.
19
& c . Salien la rapporte en l'année
du Monde
130.
La privation de la Sepulture .
avoit quelque chofe d horrible.-
Ce fut toutefois de cette melme.
peine la plus barbare de toutes ,
que les Egyptiens traiterent les
Hebreux fous Pharaon leur Roy;
car apres avoir miferablement
porté le joug de fa tyrannie , &
un long & rude efclavages , ils
en jettoient les Corps dans les
Champs fans les enfevelir , & ne
permirent pas mefme de mettre
de la pouffiere deffus , ny de ré
pandre des larmes apres leur
mort ; mais Dieu vangea bien
cette barbarie , felon que le remarque
Philon Juif en la vie de :
Moyle.
La fainte Ecriture nous fait :
B. ij
20 Extraordinaire
connoiſtre, aux Nombres Chapitre
16. verf. 34. que Dieu mefme
a voulu quelquefois que les
impies , en vangeance de leurs
crimes , ayent efté privez de la
Sepulture en diverfes manieres ,
ou eftant engloutis tout vifs dans
les entrailles de la Terre, comme
il est arrivé à Coré , Datham &
Abiron , ou eftant confumez du
feu du Ciel , fans qu'il foit refté
la moindre partie de leurs corps
pour
eftre mife dans la Sepulture
, comme le mefme Jofephe &
Philon le rapportent .
Ce fut là une effroyable vangeance
, & un terrible Monument
, quand cinq fameuſes Villes
furent entierement confumées
du feu du Ciel avec tous
leurs Habitans , à l'exception de
du Mercure Galant, 21
Loth & de fa Famille , encore
fon Epouſe par fa faute fut- elle
changée en fa propre Image ; &
quand Sodome & Gomorrhe du
nombre de Pentapolis devinrent
une vafte Mer de fouphre & de
bitume , pour punir les crimes
de ceux qui les habitoient . Les
Hiftoriens en feront toûjours
mention , & la pofterité en parlera
à jamais .
5.
C'eft de là auffi qu'eft venu
ce fameux Lac appellé Afphaltide
, ou cette Mer morte , dont
Joſephe liv.
&
4.
de la Guerre
de Juifs , & Hegefippe liv.
14. Chapitre 18. recitent tant de
merveilles , & apres eux Ariftote
& Strabon , & plufieurs autres.
Mais revenons à Adam & å
12 Extraordinaire
Noë , dont nous avons parlé cy--
devant. Noë , ce grand Patriarche
, averty de Dieu qu'il euft à
baftir l'Arche , pour ſe garantir
luy & fa famille des eaux du Dé .
luge univerfel , femble avoir donné
à tous les hommes qui devoient
venir apres luy , une idée
de la Sepulture & des Tombeaux
, car comme dit Orohoaita ,
le plus fçavant & le plus fameux
de tous les Auteurs Syriens , liv. 1 .
du Paradis Terreftre , Partie 1 .
Chapitre 14. & la Bibliotheque -
des Pères , Chapitre 1. il convertit:
cette mefme Arche en un
Tombeau , & par une pieté infigne
envers les Vivans & les
Morts , en s'y retirant , emporta
avec foy les offemens d'Adam ,
qui avoient eſté tirez du Sepul2-
*
du Mercure Galant
23
1
S
3
chre d'Abel , & apres en efte
forty fain & fauf avec fa Famille ,
il en retira les, mefmes offemens.
d'Adam , qu'il avoit gardez com.
me un dépoft , & les partagea cn--
tre fes Fils avec les Parties de la
Terre , & dans la divifion qu'il
en fit , il donna à Sem qui eftoit
l'aifné , le Crane , & la Region
pour habiter , qui depuis a efté:
dire la Judée.
On tient communement que
le Mont - Calvaire eft le lieu où
le Crané d'Adam a efté enfevely
par ce mefme Sem, & en fui .
te le reste de fes autres offemens,
& que cette Montagne a pris
fon nom de cette Sepulture . C'eft:
une ancienne Tradition , qui a
duré chez les Syriens , dit le
mefme Orohoaita , & qui y dure
encore..
24
Extraordinaire
Mais il ne faut pas s'étonner,
fi ces chofes font paffées fous fi.
lence dans les Livres de Moyfe ;
& que ne faifant mention que
de la Creation du Monde , de
la Chûte du premier Homme ,
& de la Propagation du Genre
Humain , il ne rapporte rien du
premier Age du Monde . L'Auteur
de la précédente opinion a
receu comme par Tradition des
plus anciens Syriens , ce qu'il en
a écrit , & que les Juifs tiennent
de luy.
Saint Epiphane fur la fin de
fon Livre , parle ouvertement de
cette Divifion de tout le Monde
entre les Fils de Noë , & affure
que la Paleſtine , dans laquelle
la Judée eft compriſe , eftoit
tombée au fort de Sem , quoy
qu'il
du Mercure Galant. 25
qu'il foit arrivé en fuite que
les
defcendans de Cham s'en foient
emparez par violence . C'eſt enfin
le fentiment de tous les Peres
, que les os d'Adam ont efté
portez apres le Déluge en la
Paleftine , où ils ont efté enfevelis.
C'est ce que confirme
Torniollus année 930. de fes Annales
Saintes , & Salien en la
mefme année.
Comme il n'y a pas à douter
de la pieté de Noë envers les os
d'Adam felon que faint Bafile
fur Ifaye Chapitre 5. & Theo.
phylacte fur Jonas Chapitre 19.
le remarquent , on doit dire auffi
que
le foin charitable de la Sepulcure
, des Funérailles
Tombeaux , & du Miniftere qui
s'y obferve , a pris fon origine
2. deJanvier 1685.
C
des
26 Extraordinaire
d'Adam , & poftérieurement de
Noë , qu'il s'eftétendu en fuite
à toute la Poftérité , & qu'il a
enfin obtenu la force d'une Loy
inviolable. D
La Tradition des anciens Juifs
cft d'une grande authorité pour
perfuader que les offemens d'A
dam ont efté enfevelis en Hebron
, comme faint Hierômé le
répete plufieurs fois , & la plus
grande partie des Peres le tiennent
auffi , & fur tout dans le
lieu du Calvaire , la Paleftine ,
la Judée & Hebron eſtant preſque
la mefme chofe ; tous lefquels
Peres Malveda cite en fon
Livre du Paradis Terreftre, chapitre
54. & 55.
A l'égard de la Sepulture chez
les Anciens Hebreux , ne rapdu
Mercure Galant. 27
1
7
porte. t'on pas qu'Abraham par
une révelation divine , entre les
Actions les plus confidérables,
avoit une grande vénération
pour ce dernier devoir que l'on
rend aux Défunts ? Car quand il
eut perdu Sara fa chere Epoufe,
n'acheta t'il pas par quatre cens
Sicles d'argent le Champ nommé
Ephron , pour y porter le
Corps de la Défunte? Ce fut par
la le premier qui dedia une choi
fe profane à l'ufage picux & facré
de la Sepulture , comme le
dit la Genefe Chapitre 23 .
A
23.
Mais felon le fentiment de
faint Chryfoftome Homelie
ce qui eft de plus confidérable ,
ce grand Patriarche ne s'eftoit
rien acquis par aucun prix d'argent
avant. ce Champ & cette
Cij
28
Extraordinaire
Sepulture , pour n'avoir rien devant
les yeux ou dans l'efprit de
plus prefent que le Tombeau;
& ce mefme Saint le loue pour
fon extréme pieté d'avoir pris
tant de foin de la Sepulture , tant
pour luy que pour les fiens .
Ce n'eft pas encore affez pour
Abraham d'avoir religieuſe..
ment pourvû à la Sepulture de
Sara mais il s'eft porté à la
Pompe des Funérailles , qu'il vou
lut y eftre obſervée , avec des
larmes & des plaintes ; ce que
Moïse exprime en la Geneſe Cha
pitre 23. par des termes dignes
d'un fi grand Perfonnage , mef
me apres avoir rendu les der
niers devoirs aux Manes de fon
Epouſe , il pria les Hethéens
d'avoir le mefme foin de fa Sedu
Mercure Galant.
29
car
pulture , & de ne luy pas denier
ce droit d'humanité , fitoft
qu'il auroit rendu l'ame
le deuil & les plaintes ne défignent
pas feulement les larmes .
& les foupirs , que les vifs reffentimens
de la douleur tirent
du coeur & des yeux , mais tout
ce qui peut regarder les Fune.
railles & leur Pompe.
Moyle remarque que les fentimens
de douleur , & la magni.
ficence de la Pompe funebre ne
furent pas moindres en la mort :
de Jacob; auffi Patriarche, & pe--
tit fils d'Abraham , qu'ils avoient
eſté en la mort d'Abraham meſ
me ; & ce Jacob pere de Jofeph,.
ne regretta pas moins la privation
de la Sepulture de fon Fils ,
C iij
39
Extraordinaire
que la mort pitoyable & funeſte
de ce mefme Fils , laquelle fes
Freres avoient annoncé à leur
Pere eftre
malheureuſement arrivée
, pour avoir efté devoré
des Beftes fauvages ; tant le foin
de la Sepulture eftoit recommandable
chez les anciens Hé
breux . C'est ce que remarque
Philon Juif. En effet , cet Auteur
fait une peinture trifte &
lugubre de Jacob affligé pour la
mort de ce Jofeph. Les termes
en arracheroient de la tendreffe
des coeurs les plus infenfibles , &
feroient couler les larmes des
yeux des plus endurcis.
C'eft de là auffi que ces Saints
Patriarches , comme la fainte
Ecriture l'enfeigne , Genele Chapitre
35. prenoient foin d'elever
du Mercure Galant.
3F .
des Pyramides fur les Sepulcres
des leurs . Jacobce Saint Per
fonnage , comme dit Brochard
en la Defcription de la Terre
Sainte , fit ériger fur le Sepulcre
de Rachel fon Epoufe , une Pyq
ramide d'un excellent Ouvrage,
au pied de laquelle & tout au
tour il en fit placer douze autres
un peu moindres , felon le
nombre de fes Enfans, tant pour
rendre ces Monument illuftre a
la pofterité , que pour marquer
L'efperance de la Refurrection &
de la Vie immortelle , commer
témoigne.de -Lyra parlant de ce
Patriarche .
La Geneſe Chapitre 5o.net
nous reniet - elle pas en memoi
re quelle Pompe funebre ce mef
me Jacob reçût en Egypte apres
Ciiij
32
Extraordinaires
y eftre mort Son Corps fut
honoré d'un fuperbe & magni
fique appareil , & auffi éclatant
que fi c'euft efté celuy d'un Roy,
& les mefmes honneurs furent
pareillement rendus à Joſeph ſon
fils Intendant de l'Egypte , apres
fon trépas.
Saint Ambroife eftime que la
couftume de faire des Obfeques.
eft venue des anciens Hebreux;
car Jacob fut regretté pendant
40. jours , & Moyfe durant 30 .
Cette couftume s'eft diverſe.
ment introduite chez les Nations
poſterieures , comme la fuite le
fera remarquer.
Mais entendons ce que dit
Ciceron fur le foin de la Sepulä
ture. Ce foin , dit - il , marque l'ef
poir de l'Immortalité. Car pourquoy
du Mercure Galant.
33
P

s'attacherfifort &fi naturellement
la Sepulture , s'il ne s'enfuit la réi
nion du Corps avec fon Ame , &
que la mort ne foit un paſſage à une
meilleure vie ? A quoy fervent ces
grands Monumens * ces Sepulcres
magnifiques ces Epitaphes , & ces
préparatifs de Pompe funebre ,
Aut
fi ce n'est une esperance de l'avenir
? Voila des termes qui ne fentent
pas le Pyen , mais un ef
prit, éclairé des lumieres de la
Foy. og
Les anciens Hebreux avoient
des Sepulchres particuliers aux
Familles , & d'autres communs
aux Estrangers , qu'ils appelloient
, Polyandria , comme vou,
lant dire que ces Monumens
eftoient pour un grand nombre
de Corps eufemble , ainfi que le :
34
«Extraordinaire
"
mot le fignifie , & c'eftoit où les
Perfonnes inconnues eftoient enfévelies
.
Les Egyptiens rendoient un
culte & une veneration fingu
liere aux Corps des Défunts ,
comme aux organes de leurs
Ames, qu'ils croyoient , ainly que
dit Herodote Livre 1 , immortelles.
A ce fujet , ils prenoient un
grand foin de les embaumer , &
de les munir de quantité d'o
deurs & d'aromats , pour leur
donner beaucoup de fuavité , &
les garantir à mefme temps de
la corruption. Ils employoient
à ce foin jufques à 40. & 50. jours,
& d'avantage s'il eftoit neceffai
re , comme on le voit en la Ge
nefe , & dans Diodore le Sici
lien Livre 1. Chapitre 2. Mais on
du Mercure Galant.
35
trouve deux manieres de faire
ces Embaumemens .
Caffien , Colloque 15. Chapitre
3. explique d'où peut venir
que les Egyptiens prenoient un
fi grand foin d'embaumer leš
Corps , & de les mettre en des
lieux élevez pour les conferver
avec plus de feureté .
·
La nature de l'Egypte eft telle
, dit il , que la plus grande
partie de la Terre eft inondée
des eaux du Nil , qui fe dégor
ge & couvre les Campagnes tous
les ans , & pendant un aſſez
long intervalle de temps , y laiffant
un limon & une vafe pourriffante.
Alors les Egyptiens font
contraints de mettre ces Corps
ainfi embaumez & liez fortement
de bandes , dans les, lieux
1
36 Extraordinaire
les plus hauts & loin de l'humi
dité. Ces lieux font ordinairement
les Montagnes , où ils les
enfoüiffent dans le fable , ou des
Roches taillées , en forte qu'ils
y font des Cellules
propres à
enfevelir les Corps . Ils les met
tent auffi en de hautes Pyrami
des , comme on faifoit principalement
ceux des Rois & des
Princes de l'Egypte , qui de leur
vivant avoient pris foin de les
faire baftir eux mefmes ; de là
viennent ces grandes Pyramides
de Memphis ou du grand Cai
re, & d'autres lieux voifins.
Les
Deferts de
l'Egypte ont
encore plufieurs de ces Pyramides
, dont par l'antiquité quel .
ques unes font enfoncées
dans le
fable , d'autres font à demy rom
du Mercure Galant.
37

puës , & d'autres font encore en
leur entier , & l'on y peut monter
par le dehors › y ayant des
Marches qui vont tout autour ;
& fur le milieu l'on trouve des
Voutes fort étendues & fpacieufes
, où l'on peut entrer , & ce
font les lieux où les Corps des
Rois & des Princes de l'Egypte
ont efté enfevelis. On peut parvenir
jufques au fommet par ces
mefmes Marches ; mais la defcen.
te en eft beaucoup plus difficile
à caufe de la hauteur , les yeux
pouvant eftte éblouis j c'eft
pourquoy on prend ordinairement
des Guides. M Fer.
manel , Conſeiller du Parlement
de Rouen , ayant fait le Voya
ge de la Terre Sainte , en parle
comme Témoin oculaire , en for
38
Extraordinaire .
Voyage du Levant , eftant alors
accompagné du Sieur Scohouë
Eftranger.
On voit autour de ces Pyramides
des Hieroglyphes gravez,
dont les fignifications & les mar
ques font Myftérieuſes . Le Pere
Kirker en a fait un fçavant Recueil
, & en a donné l'interpré.
tation en cct Ouvrage curieux ,
durant qu'il eftoit Bibliothecaire
du Vatican.
On a mefme trouvé des Trẹ.
fors , & de grandes Richeſſes
dans le fond de ces Pyramides;
& de là on préfume que les
Corps des Rois & des Princes ,
& leurs Trefors ont efté enlevez
, depuis que le grand Caire
& plufieurs autres Villes ont efté
bafties en Egypte , où on leur a
du Mercure Galant,
39
A dreffé d'autres Monumens ma
gnifiques pour les y conſerver.
Les pierres des Monumens font
tachetées de rouge & de blanc,
car
telle en' eſt la nature , n'y
ayant guere d'autre Marbre dans
ce Pays.
La plus commune opinion des
Auteurs qui ont écrit de ces Pyramides
anciennes , eft que dans
l'Egypte , il y en a trois princi.
pales. La plus haute dès trois ,
comme difent Pline , Strabon ,
Pomponius Mela , Démocrate ,
Ammian Marcellin , Oforius &
autres , eftoit conftruite de pier
res apportées de l'Arabie , &
c'eftoit un prodige comment on
avoit peu tirer des pierres d'une
fi immenſe étendue & d'une fi
grande pefanteur , & les mon
40 Extraordinaire
ter apres les avoir mifes en ou
vrage. On tiendroit pour une
Fable , que trois cents foixante
mille hommes y ayent travaillé
vingt années pour l'achever. Sa
bafe occupoit huit Arpens de
terre. Les quatre Angles avoient
chacun de leur coflé huit cents
quatre vingts trois pieds de longueur.
La hauteur , à prendre de
la bafe au fommet , eftoit de 363
pieds. Les deux autres Pyrami
des font moindres en toute leurs
parties.
On peut juger que les Egyptiens
ont efté ceux qui ontexcellé
par deffus toutes les autres
Nations en la magnificence &
en la pompe de leurs Sepulcres
& de leurs autres Monumens,
comme difent Herodote Livre 3.
du Mercure Galant.
41
Diodore Livre 1. Strabon Liv . 17.
& Pline Livre 16: Chapitre 123
comme auffi en la dépenfe exceffive
, & au nombre des Artifans
qu'ils y employoient. Leurs
Tombeaux n'eftoient pas feule.
ment ornez de Pyramides , mais
encore de Coloffes , de Statuës ,
de Sphinx , de Colomnes , d'Obelifques
, de Labyrinthes , &
d'autres fuperbes ornemens . C'eſtce
que dit Martial au commencement
de fes Epigrammes , en
faifant comparaifon avec un Ouvrage
d'un des plus grands Em--
pereurs Romains.
-
Barbara Pyramidum filcat mira--
cuta Memphis.
En voila encore une autre , ”
qu'Amafis Roy d'Egypte avoirfait
conftruire , de laquelle laa
DD 2. deJanvier 1685.
4,2 Extraordinaire
merveille confiftoit en fa figure
& en fa grandeur ; mais c'eftoit
plûtoft par vanité & par oftentation
, qu'autrement . Ce Monument
eftoit fait en figure de
Sphinx , & d'une fi vafte largeur,
que le ciscuit feulement de la
tefte , à prendre par le front ,
avoit cent deux pieds. Sa longueur
eftoit de cent quarantetrois
, & la hauteur eftoit depuis
le nombril , jufqu'au fommet de
la tefte de 82. comme dit Pline
Livre 36. Chapitre 12. Et ce qui
eft encore plus furprenant , &
qui paffe toute créance , l'Ou,
vrage eftoit de Marbre , & d'une
pierre feule & naturelle. Voila
la Sepulture de ce Roy , dont
parle Lucain Livre 9 .
Non mihi Pyramidum Tumulis
cuulfus Amafis...
du Mercure Galant.
433
Ces mefmes Merveilles font,
rapportées par Bellonius , en fes
Obfervations fingulieres Livre 2 .
fur les Ouvrages admirables de
P'Antiquité , & par Pierius en
fes Hieroglyphiques Livre 60..
Platon mefme en fon Phedon ,
infere l'immortalité de l'Ame par
les Corps des Egyptiens , qui ,
demeuroient incorruptibles apres
tant de Siécles en leurs Tombeaux.
3
Ileft icy à propos de parler,
des / Corps qui fe trouvoient , &
fe trouvent encore dans les Se--
pulcres de l'Egypte. On leur
donne le nom de Mumies , Ily en a
de deux fortes ; les uns font embaumez
par dedans , & les autres
par dehors . On en trouve
en des lieux taillez dans les Ro
Dij
44
Extraordinaireches
rangez à colte l'un de
l'autre , enveloppez de Linceuls
rayez de diverfes couleurs , &
ferrez de Bandes diverſement
rayées auffi . Ces Mumies qui font
embaumées par dehors , fe confervent
fans corruption en leurs
linceals , & en leurs bandes , à
cauſe du Baume & des Aromats .
dont elles font munies. Ces
Corps fous leurs couvertures ont
de petites Images de terre ver
te de differentes figures fur leur
eftomach , & mefme ſi extrava
gantes qu'on les prendroit pour
des Idoles. Quelques - uns ont
creu que c'eftoit leurs Talifmans .
Les ongles des pieds & des mains
font peints de Vermillon. C'a
efté de tout temps la couftume
des Egyptiens de peindre ces
S
du Mercure Galant. 45
parties de leurs Corps chez eux
apres leur mort.
On trouve auffi de ces Mumies
enfevelies fur les Montagnes
dans le fable , où le Soleil venant
à donner à plomb , en fait
diftiler une certaine liqueur ou
graiffe fouveraine , qu'on appelle
auffi Mumie , qui guerit die
verfes maladies communes , le
Spafme , les Schirres , l'Artriti
de , le Tetanus ou contraction
de Nerfs , Tartres. Voila l'effet
de celles qui font embaumées
par dehors. Mais je ne trouve
aucun Auteur ancien qui ait parlé
de ces Mumies . Ce n'eft pas
cer Alphalte , Bitume ou Pétrole
qui diftile des Rochers , &
qui paffe mefme au travers ; quoy
qu'ils puiffent avoir quelques
A
46 Extraordinaire
vertus excellentes .
Les Egyptiens . ont une autre
efpece de Mumies , qui font des
Corps défechez . Ils les endur.
ciffent tellement , qu'il n'y a
point de Parchemin qui en apro
che en dureté , & mefme ils ne
font guere moins durs que PAI "
rain . Saint Auguſtin au diſcours
120. des divins Noms , Chapi
tre 12 parle de ces Cadavres
ainfi endurcis , & on les appelle.
en la langue du pays Gabbares.
C'eft ainfi que les nomme Ift
dore , auffi en fa Glofe, felon la
langue de ces Regions . Mais ces
Gabbares ne rendent aucune liqueur
, ou graiffe , comme les
autres.
On remarque que les Egy
ptiens vuidoient les entrailles de
du Mercure Galant.
47
ces derniers Corps ; & comme
on n'y trouve aucune incifion
fur l'eftomach ny au ventre , de
là on a préfumé qu'on les tiroit
par le fondement , & la cervelle
par les narines ; cu s'il y en
avoit quelqu'une , elle eftoir fi
bien coufuë , que l'on ne pou
voit s'en appercevoir. C'eftoit
de cette maniere qu'ils les embaumoient
par le dedans ; eftant
pourtant enfevelis dans leurs
linceuls de la maniere que les
autres. Ces Corps n'eftoient
point fujets à la corruption , &
c'eftoient ceux qui estoient or
dinairement dans les Pyrami
des .
Nous dirons en paffant que
les Egyptiens vendent rarement
de ces Corps appellez . Mumies
48 Extraordinaire
ou Gabbares , parce que les Maîtres
des Vaiffeaux n'en veulent
pas permettre le tranfport en
Europe , comme fi ces corps enlevez
de leur pays ,
préfageoient
fur Mer quelque finiftre acci.
dent , foit que leur imagination
foit préoccupée de cette fuperftition
, ou que quelquefois il
s'en foit enfuivy quelque effet
furprenant , comme Tempeftes,
Vents ou Orages , qui les ayent
jettez dans cette erreur , ils en
attribuent toûjours la cauſe a
ces Corps tirez de leur Sepulture.
Ce n'eft pas qu'en effet la
graiffe ou l'huile que l'on tireroit
de ces Corps , ne fuſt auſſ
fouveraine que le Baume d'Egypte.
Les odeurs & les parfums
dont
du Mercure Galant.
4.9
dont on fe fervoit ordinairement
chez les Egyptiens , eſtoient le
Baume d'Egypte , n'y ayant que
ce Royaume qui en produife.
L'encens , la Myrrhe , & d'autres
Aromats , qu'engendre l'Arabie,
y eftoient employez , auffi
bien que ceux qui viennent de
Corycie , de Sabée , de Cilicie
& d'autres Regions du Levant ;
& mefme du temps de Neron,
on remarque que cet Empereur
fit une dépense fi prodigieufe
aux Funérailles de Poppée fon
Epoufe , pour ces odeurs & ces
parfums Aromatiques , qu'à peine
l'Arabie pourroit - elle ſuffire ,
& fournir en une année ce que
fa prodigalité confuma en un
jour. Le Corps de cette Impératrice
ne fut pas brûlé , comme
Q. deJanvier 1685.
-
E
50 Extraordinaire
c'eftoit la couftume de ces temslà
, ainfi que la fuite le fera connoiſtre
.
;
Les Juifs ont imité la méthode
d'enfevelir les Corps comme
les Egyptiens
car ils les embaumoient
, mais feulement par
dehors , & les couvroient ou de
linceuls , ou de drap de Pourpre,
& les ferroient auffi de bandes .
C'est ce qui fe remarque dans
les Funérailles du Roy Afa,
comme on le lit au Livre 2. du
Paralipom. 10. n . 4. où la Pompe
alla jufqu'à un grand excez .
Ils les mettoient enfuite au
Tombeau, felon que dit Sanchez
fur le Livre des Roys Chap.3 .
n. 12.
Cette coustume a efté meſme
introduite en l'Eglife depuis ce
du Mercure Galant,
temps -là , comme le remarque
Tertullien en fon
Apologétique,
où la profufion & les dépenfes
du Baume & des autres odeurs
Aromatiques eftoient fi excef.
fives & fi indignes des Chrẻ.
tiens , qu'il s'emporte contre ces
excez par ces paroles . Si les Arabes
fe pleignent , dit - il , que ceux
de Sabée fçachant que leurs Aromats
feront employez plus curieufement à
embaumer & à enfevelir les Chré.
1 tiens , qu'à parfumer leurs Autels.
U
Les mefmes odeurs ou de pareilles
, fe jettoient dans les
Tombeaux ou dans les Buchers,
comme ce difcours le fera voir
en fon lieu . Mais revenons aux
Sepulcres & aux Tombeaux.
L'Ecriture Sainte ne fait- elle
e pas mention des Monumens
E ij
52
Extraordinaire
la
merveilleux , conftruits pour
Sepulture des Roys de Juda , &
principalement de celuy que fit
ériger Salomon pour David fon
Pere , fur les deffeins
que
David
mefme en avoit donnez? Ce Sepulcre
eftant en grande vénération
chez les Juifs , tomba en
ruïne fous l'Empereur
Adrien ,
comme marque Dion en la vie
de cet Empereur.
Jofephe en fes Antiquitez Judaïques
Livre 11. Chapitre dernier
, témoigne que dans le Sepulcre
de David , & dans celuy
de Salomon , il y avoit eu de
grandes richeffes enfermées ,
aufquelles il eftoit défendu de
toucher. C'eftoit en la Ville de
Sion où ces Monumens eftoient.
Toutefois Hyrcan , grand Pondu
Mercure Galant.
53
tife , eſtant affiegé en la meſme
Ville par Antiochus , pour la
racheter du Siége , & pour éloigner
l'Ennemi , fut contraint ide
faire foüir dans le Sepulcre de
David , & d'en tirer trois mille
Talens , dont une partie fervit à
détourner Antiochus de fon entrepriſe
, & l'autre fut employée
à lever une Armée pour la défenſe
de la mefme Ville . La néceffité
obligea ce Pontife à fai
re foüiller dans la Sepulture des
Roys contre la défenfe.
Mais long temps apres , le meſ
meJofephe rapporte , que le Roy
Herodes avide d'or & d'argent,
n'eut point de fcrupule de violer
la Sepulture de ce mefme.
Roy , en faisant ouvrir ce Mo--
nument.
E iij
54
Extraordinaire
D'abord il en tira de tres riches
Ornemens qui y estoient
enfermez ; mais il ajoûte qu'on
ne pût parvenir jufques aux
Cendres & aux Trefors de ce
Roy , & qu'une flâme foudaine
s'eftant élevée du fond du Sepulcre
, y confuma deux Satellites
que ce Roy y avoit employez
, pour chercher les Trefors
qu'il en vouloit tirer
que le Ciel purit ainfi l'avarice
d'Herodes, qui fut obligé de faire
remettre le Monument au
mefme état qu'il eftoit auparavant.
>
&
Ce n'eftoit pas feulement avec
les Corps des Roys , que l'on inhumoit
des Trefors & des
chofes prétieuſes ; mais meſme
avec ceux des Prophetes , com .
2
du Mercure Galant. ss
1
-C
1.
>
me Sozomene le fait voir au
dernier Livre de fon Hiftoire
Ecclefiaftique . Ce fut à ce def
fein que les Chaldéens en la prife
de Jérufalem défoüirent les
Offemens des Roys de Juda , des
Princes , des Prophetes , & d'au
tres principaux de la Ville ,
pour en tirer les Trefors &
d'autres richeffes , fi elles y
eftoient cachées , comme le
Prophete Jéremie l'avoit prédit
beaucoup auparavant , pleurant
fur les miféres de cette Ville , &
comme le Prophete Baruch les
a depuis déplorées amérement.
C'est ce qui fut remarqué en la
découverte du Corps de Zacharie
auffi Prophete , qui arriva du
temps du mefme Baruch : car
on trouva à fes pieds un certain
E j
56 Extraordinaire
3
7
petit enfant Hebreu forty de race
Royale , ayant une Couronne
d'or en fa tefte , & des chauſ
fures d'or à fes pieds , & le
corps couvert d'un habit prétieux
; ce qui eftoit la marque
du grand foin & de la finguliere
vénération que les Anciens
avoient pour les Corps des illuftres
Défunts, de les accompa
gner de fi riches ornemens.
On a auffi trouvé dans les
mefmes Monurnens ou Sepul.
cres, des Médailles tres- Antiques,
qui d'un cofté portoient la figu
re d'Empereurs , de Roys ou de
Princes , & de l'autre des lettres
Hieroglyphiques , des Trophées
d'Armes , des Devifes ou
des Emblémes ; & c'eſt dont les
Médalliftes picquent la curiofité
"
du Mercure Galant. $7
de ceux qui aiment les Antiquailles
. Brafficamus à fait paroiftre
dans fon Promptuaire fes
recherches au contentement des .
Sçavans & des Curieux.
Plutarque auffi parlant de la
ville de Pélufe , préfentement
dite Damiete , Strabon Livre-
15. & Ammiam Marcellin Livre.
6. difent que les Roys des Macédoniens
& des Perfes avoient
auffi couftume d'enfermer des .
Trefors dans leurs Tombeaux.
Planudes en lifant des Infcriptions
de Sepulcres , découvrit
ingénieufement un Trefor caché
dans un Monument antique,
& cet Arabe fubtil , qui ayant
leu fur le front d'une grande
Statuë , qui eftoit au frontispice
d'un Sepulcre à découvert , ces
58
Extraordinaire
lignes : Aux Ides de May j'auray la
tefte d'or , fçeut pénétrer dans le
fens de ces paroles ; car bien
que l'on euft déja caffé la tefte
à cette Statuë aux Ides de May,
on fut obligé de la rétablir en
fon entier , pour ne la pas défigurer
, dautant qu'on n'y avoit
trouvé que du marbre ;
du marbre ; mais luy
plus intelligent alla foüir au premier
jour des Ides de May , au
lieu où l'ombre de cette tefte
donnoit , & y trouva autant d'or
que l'ombre fe pouvoit étendre
fur la terre.
L'ufage des Romains fut auffi
affez frequent d'accompagner les
Corps de richeffes en leurs Sepultures.
Toutefois la Loy des
XII. Tables le défendit enfuite
, pour ne pas donner lieu
du Mercure Galant.
59
à violer les Sepulcres des Morts ,
& pour reprimer l'avarice . Voi
la ce que porte cette Loy , neve
aurum addito. Il n'y a pas d'autre
raison que ces Trefors cachez
donnoient occafion de rompre
les Tombeau , de violer la
Sepulture , & de porter les Avares
à cette infamie de foüiller
jufque dans les lieux facrez ce
qui a efté défendu de tout temps .
Philoftrare en la vie d'Apollonius
liv. 7. affure que cet ar.
gent qui avoit efté tiré de la Sepulture
des Morts ne devoit
point entrer dans le commerce
des Hommes principalement
celuy qui y avoit efté dérobé ,
ou qui eftoit tiré des Tombeaux
par avarice .
Le Roy Théodoric fit deux
60 Extraordinaire
1
Ordonnances fur cette matiere,
dont l'une enjoignoit l'information
contre ceux qui avoient ofé
foüiller dans les Sepulchres &
en violer le droit , & l'autre qui
commandoit de rapporter au
bien commun & à l'utilité pu.
blique , les richeffes qu'on auroit
trouvées par hazard dans les
Tombeaux .
L'Hiftoire de Padout fur fes
Antiquitez rapporte que l'on
trouva dans le Tombeau d'Antenor
, qui fut le Fondateur de
cette Ville , plus de trente mille
livres d'argent , qu'il y avoit fait
mettre avant que de mourir.
Mais cette Infcription que Semiramis
Reyne de Babylone , fit
pofer de fon vivant fur fon Se.
pulcre , trompa finement l'avadu
Mercure Galant. 61
rice du Roy Darius . Elle y avoit
fait graver en groffes lettres ces
Mots : Si cui Regum Babylonis fuerit
pecunia penuria , aperto Sepulcro,
fumito. Ce Monument demeura
plufieurs Siécles en fon entier ,`
fans qu'aucun des Defcendans ou
Succeffeurs de cette Reyne y
touchaft , juſques au temps de
Darius. Ce Roy aveuglé d'une
avarice extréme , quoy qu'il fuft
le plus puiffant , & le plus riche
de tous les Roys du Monde,
paffant par là , & ayant leu cette
Infcription , au lieu des immenfes
Richeffes qu'il efperoit y
trouver , n'y rencontra rien que
ces autres paroles gravées au dedans
qui luy reprochoient avec
honte fon avarice. Nifi pecunia
effes inexplebilis , & turpis lucri
62 Extraordinaire
cupidus , defunctorum Sepulcra non
violaffes. Quelle infamie pour un
Roy & quelle tache qui ne
pourra jamais s'effacer!
La magnificence des Sepulchres
a paru tant aux Pyrami
des , dont nous avons parlé ,
qu'en la ftructure differente des
uns & des autres. Mais voila
d'où vient ce nom de Maufolée,
qu'on donne aux plus beaux Se.
pulchres & aux Tombeaux les
plus fuperbes , tant de l'Antiquité
que des Modernes ; & mefme
aux représentations qui fe
font dans les Temples , en la
mort des Roys , des Reynes , ou
des grands Heros.
Artemife Reyne de Carie , un
des Royaumes de l'Afie majeure
, voyant Maufolus
fon
du Mercure Galant.
63
Epoux mort , touchée d'une
vive douleur , fit ériger en fon
honneur & en fa memoire un
Monument , qui du nom de ce
Prince prit celuy de Mauſolée.
La ftructure de ce Tombeau fut
d'un fi excellent ouvrage qu'elle
luy fit douner le nom de la fixiéme
Merveille du Monde. La
figure en eftoit quarrée , & cet
Ouvrage fut donné à quatre
Maiſtres des plus habiles pour y
travailler. La partie Orientale
fut deſtinée à Scopas pour la
graver ; celle du couchant à
Leocare ; celle du Septentrion à
Briaffe , & celle du Midy à Timothée
. Ce grand Monument
fut formé en Pyramide , comme
la plus part l'eftoient dans ce
temps - là . Au fommet de ce
64
Extraordinaire
grand Ouvrage , eftoit la Satuë
du Roy affis dans un Trône la
Couronne en la tefte . Le commencement
& la Bafe eftoient
par Portiques & fans Marches.
La feconde élévation fuivoit la
mefme forme , mais avec des
Marches murées en dehors ; &
la troifiéme avec des Marches
en dedans pour monter au plus
haut. Les Arcades du premier
Etage eftoient fi larges , que d'un
Pilliers à l'autre il Y avoit 73.
pieds . Elles eftoient fupportées
de 36. Colomnes d'une pierre
feule chacune.
La merveille de ce Monument
confiftoit en l'Architecture, en la
grandeur , en la hauteur , & en la
Sculpture . Comme c'étoit l'Ouvrage
des plus fçavans Maiſtres ,
du Mercure Galant.
651
auffi n'y fut- il rien épargné pour
la dépenfe . La grandeur des Sta--
tues qui en faifoient l'ornement,
furprenoit les yeux . Ce ne fut
pas affez que toutes ces Merveilles
pour en faire une , fi Ar.
temife , Epouſe de Maufole , ne
faifoit voir quelque chofe de :
plus merveilleux . C'est elle qui
apres avoir rendu les derniers
devoirs à fon Epoux avec toute
la pompe imaginable , & ayant
fait confumer fon Corps dans le:
Bucher avec les Odeurs , less
Parfums & les Aromats les plus™
préticux , en recueillit les Cendres
qu'elle enferma dans une
Urne d'or en ce mefme Monu--
ment . Mais cette Reyne ne vou-:
lant pas luy furvivre , s'enfermaz
au mefme lieu , & le refte de:
Q.de Janvier 1685, F
66 Extraordinaire
fes jours ne vécut que de ces
mefmes Cendres détrempées de
fes larmes pour tout aliment .
Ainfi elle mefme devint le Mau
folée de fon Epoux , en expirant
dans ce Monument. Ce
font là des marques d'une ten.
dreffe & d'un amour inexpliquable.
Je puis dire qu'au ſujet des ſept
Merveilles du monde , dont la
premiére , qui eft le Maufolée
eft du nombre , j'ay eſté affez
heureux pour les avoir entremef.
lées toutes dans un Diftique Latin
par leurs noms , avec celuy du
Roy , pour Infcription fur le
Louvre , avec d'autres qui ont
efté leuës à Verfailles , dans le
temps que beaucoup de monde y
travailloit. La curiofité du Public
du Mercure Galant.
67
me les fait employer icy.
Hoc Lodoici Ephefum , Mcmphim,
Babylona , Coloffum,
Maufolea, Pharon, cum Jove , vincit
opus .
Le Livre d'André Palladio, fur
les magnifiques Sepultures , imprimé
à Rome avec fes Figures ,
parle avantageufement du Maufolée
de la Reyne Artemife , en
faveur du Roy Maufolus fon
Epoux.
Varron & Pline rapportent les
merveilles du Sepulcre de Porfenna
, Roy d'Hetrurie , qui pre.
fentement eft la Tofcane , Il eft
prés la ville de Clufe . Ce Monument
eft de pierre , fait en
quarré, dont chaque cofté a trois
cens pieds de largeur. La Bife eft
auffi quarrée. Le corps de l'Ou-
Fij
68 Extraordinaire
vrage s'éleve jufqu'à la moitié en
Pyramide , & au dedans il y a un
Labyrinthe.Sur ce Labyrinthe on
voit une Plateforme qui foûtient
cinq Pyramides , quatre aux Angles
, & une au milieu . Elles ont en
leur Baſe foixante & quinze pieds.
Elles font hautes de cent cinquate
pieds , & tellement égales , qu'en
leur fommet il y a un Chapiteau
d'Airain qui les couvre toutes , &
qui foûtient cinq autres pierres
d'une hauteur prodigieufe. Du
pied de ce Monument jufqu'au
faifte , l'on compte cinq cens
pieds. C'eft où l'on tient que
Porfenna eft ‹ t inhumé .
Les Empereurs , les Roys & les
Princes , fur les modelles des Anciens,
fe font fait ériger de grands
& magnifiques Monumens pour
du Mercure Galant. 69
leurs Sepultures , comme pour fe
rendre immortels par ces Ouvrages
. On voit encore à Rome en
la Vallée Martia , les veftiges du
Sepulcre de l'Empereur Augufte,
fort prés de l'Eglife S. Roch. II
eftoit autrefois orré de Marbre
blanc , de Porphyre , de grandes
Colomnes , d'Obelifques , & d'excellentes
Statuës , & avoit douze
Portes & trois ceintures de Murailles.
Il eftoit de forme ronde
& de cent coudées de haut. Au
fommet eftoit la Statuë de cet
Empereur faite d'Airain , tenant
en fa main fon Sceptre , & ayant
une Couronne en la tefte. Il l'avoit
fait baftir . non feulement
pour luy , mais auffi pour les
Empereurs qui luy devoient fuc
ceder. Le Sepulcre de l'Empe
70 Extraordinaire
reur Adrien eftoit encore en
la mefme Ville , & c'eft où eft
maintenant le Château S. Ange,
qui eft joint par un Pont fur le
Tybre.
Ce Monument dans fon temps.
eftoit embelly & diverfifié de
Marbres differens & exquis , de
Statuës , de Chars de Triomphe ,
& d'autres Ornemens artificieufement
travaillez , mais ils furent
rüinez par l'Armée des Goths ,
du temps de Belifaire.
Le Pontife Boniface VIII . y
fit faire le Château qui s'y voit
prefentement , & qui porte le
nom de S. Ange ; car un Ange y
parut deffus l'épée à la main ,
comme pour chaffer la pefte qui
defoloit Rome , comme cela arriva
, & depuis le nom de S. Ange
du Mercure Galant.
7 ፤
Y
luy eft demeuré. Alexandre VI .
le ceignit de foffez & de baftions,
fit conftruire une Gallerie couverte
& une autre découver
te , qui va juſqu'au Palais de faint
Pierre . Paul III. a depuis embelly
ce mefme Château de divers
Apartemens fomptueux.
>
Il y a encore plusieurs autres
Maufolées en la mefme Ville ; rel
que celuy de Septimius Severus ,
que l'on apelloit Septizonium , à
caufe des fept Ceintures dont il
eftoit environné , & celuy de Ceftius
, qui ne cédoit pas au préce
dent en beauté , & dont il refte
encore des veftiges . Les Romains
font fi jaloux de ces marques
d'antiquité , que depuis un Cardinal
fe voulant fervir des rüines
d'un de ces illuftres Monumens ,
72
Extraordinaire
il en fut empefché par l'autorité
Pontificale.
Proche de ces magnifiques Se--
pulcres eftoient des Obelifques .
d'une hauteur étonnante , & d'une
feule pierre . Il y en avoit deux au
Maufolée d'Auguſte , de quarante-
deux pieds. On tient mefme
que les cendres de Jules Cefar
étoient au fommet de celuy qui
avoit foixante & douze pieds ; en
la place defquelles Sixte V. a fait
mettre de fon temps une riche
Croix . Il y avoit des Lettres &
des Caracteres Egyptiens gravez
autour,
On érigeoit auffi des Colomnes
proche des Sepulcres en la
mefme Ville . Celle qui fut bâtie
en l'honneur de l'Empereur Trajan
, comme dit le mefme Palladio
dis Mercure Galant.
73
dio , avoit cent vingt- huit pieds
de hauteur ; & cet Empereur ne
la vit pas , parce qu'ayant entre
pris la Guerre contre les Parthes ,
il mourut au retour de cette expedition
en la ville de Seuleucie
en Syrie. Mais depuis fes cendres
furent rapportées à Rome ,
& mifes dans une Vrne d'or au
haut de cette Colomne. L'an 1588 .
Sixte V. fit mettre au lieu de
cette Vrne l'Image de S. Pierre,
faite de Bronze doré & d'une
grande ſtature . Autour de cette
Colomne , les Guerres & les Vi.
& oires de Trajan étoient gravées
en figures de Marbre , & principalement
fon entrepriſe contre
les Daces ,
Il y a des Villes entiéres bâties
& deftinées à la Sepulture des
2. deJanvier 1685. G
74
Extraordinaire
Empereurs & des Roys , comme
Seleucie par Conftätin le Grand ,
Antinoë par l'Empereur Adrien,
quoy que fon Sepulcre ait eſté à
Rome , où prefentement eft le
Château Saint Ange , comme il
eft dit cy- devant , Bucephalie
par
Alexandre le Grand , Taphofyris
par les Egyptiens , & plufieurs
autres ; ce que témoigne
Zuingerus ,
Pour la matiére de ces Monu~
mens , la Pierre , le Marbre , le
Porphyre , & mefme le Verre y
ont efté employez , comme on
voit dans Strabon liv. 17. qui die
que Ptolomée érigea pour Alexandre
le Grand , un Sepulcre
entiérement de verre, où le corps
ne pouvoit rendre aucune mauvaife
odeur , & étoit toûjours
du Mercure Galant. 75
4]
i
prefent aux yeux par la tranfparence
de la matière .
Plutarque raporte que le Sepulcre
d'Anthée , ce Géant fameux
qui combatit contre Hercule , &
dont il fut vaincu , a foixante &
dix coudées de long, & qu'il étoit
tenu comme une chofe Sacrée ;
car fi la moindre partie en étoit
offencée , & n'étoit pas réparée
au plûtoft , une pluye continuelle
tomboit en la mefme Region , &
la defoloit .
Il en arrive prefqu'autant à l'égard
du Sepulcre du Poëte Stratus
, qui fe voit à Pompejopolis ,
ville de Syrie , comme fait mention
Olaus Magnus , contre lequel
fi un Paffant jette une pierre
, elle rejaillit auffi- toft contre
luy , plûtoft par un prodige que
Gij
76
Extraordinaire
par aucune
raiſon naturelle
. Ces
exemples
ne font icy raportez
que pour marquer
la venération
qu'on doit avoir pour les Tombeaux
, & pour ceux qui y prennent
leur repos.
Le Tombeau de Virgile , Prin .
ce des Poëtes Latins , étoit conftruit
à la vuë de la ville de Naples
, & étoit d'une grande éminence
;
mais maintenant il eft
couvert d'arbriffeaux & de brof.
failles. On en voit encore les
grands veftiges à l'entrée d'une
caverne du Mont Paufitippus ,
comme on le remarque dans le
livre des Monumens & des Eloges
des illuftres Perfonnages ,
avec cette Infcription .
Qui cineres ? Tumuli hæc veſtigia ;
conditur olim
du Mercure Galant.
77
Ille hoc , qui cecinit pafcua , rura,
duces.
Si les Payens fe font fait des
Dieux , de leur nombre la pluf
part étoient mortels . Lucien qui
s'en raille , raporte dans le Dialogue
qu'il intitule Philopater, que
le Sepulcre de Jupiter leur Sou
verain étoit conftruit dans l'Ifle
de Créte , en une certaine Vallée
où autrefois il avoit efté nourry,
lors que Cybéle fa Mere le mit
au Monde dans la Foreft Dictée,
où les Corybantes par leur bruit
& le cliquetis de leurs Armes
empefcherent que Saturne fon
Pere n'entendift les cris de l'Enfant,
& qu'il n'en fuft devoré.
Le mefme Autheur en fon Dialogue
, qui porte pour Tître le
Deüil , aprend beaucoup de cho
G iij
78
Extraordinaire
fesfur la matiére de la Sepulture.
On y voit entr'autres que les
Grecs, tantoft brûloient les corps ,
& tantoft les inhumoient . Que
les Perfes les enterroient avec
des meubles prétieux , & avec de
grandes richeffes , felon la qualité
des perfonnes. Que les Indiens
fe fervoient de Tombeaux & de
Buchers , & qu'ils oignoient les
corps de fuif. Que les Scythes.
mangeoient fouvent les corps
leurs Amis en de grands Banquets ;
que les Egyptiens les embaumoient
. Mais nous traiterons du
tout feparément.
de
Revenons du Prophane au Sacré.
Au milieu de la Vallée de
Jofaphat , on trouve le Sepulcre
d'Abfalon , Fils de David . Il eft
coupé dans la Roche à la pointe
du Mercure Galant .
79
du cifeau , mais les Juifs l'ont tellement
en horreur, qu'ils yjettent
des pierres en paffant , à caufe du
mauvais deffein qu'il avoit entrepris
contre le Roy fon Pere.
Prés de la ville de Jérufalem ,
on voit les sépultures des Roys
de Juda , pareillement taillées
dans la Roche , & feparées les
unes des autres . Ce font autant
de Sepulcres en forme de cabinets
, & dont les Portes ont cela
de merveilleux , qu'elles font de
pierre , & tournent fur des pivots
de pierre auffi , le tout n'étant
que d'une feule pièce.
Les Sepultures des Juges d'If
raël , ne font pas éloignées des
precédentes . Elles font profque
toutes en leur entier. La curio .
fité de les voir , porte les Voya-
G iiij
80 Extraordinaire
geurs à fe fervir d'Arabes , qui
pour peu d'argent donnent des
connoiffances du tout .
Le Sepulcre du Lazare eſt dans
la Bethanie affez profond , ayant
plufieurs marches pour y defcendre.
L'on tient que ce Monument
étoit commun à fa Famille;
car il n'eut pas efté conftruit en
fi peu de temps aprés fa mort.
C'eft de ce lieu que la Sageffe Incarnée
le tira pour le reffufciter,
en luy difant , Lazare , exiforas .
Les Sepulcres où ſont enterrez
Jes Innocens qu'Herode fit maf
facrer , font auffi taillez dans la
Roche ; comme auffi céluy de
fainte Paule vers Bethleem. C'eft
en fon honneur que S. Hierôme
a compofé cette Epitaphe.
Afpicis anguftum pracisâ rupe Sepulcrum
,
du Mercure Galant. 81
Hofpitium Paula eft caleftia regna
tenentis ,
Divitias linquens Bethlemiti conditur
antro.
Le Tombeau du mefme S. Hie
rôme n'eſt pas éloigné de là ,
ainfi que ceux de plufieurs autres
SS. Peres. L'on tient par une
commune opinion que la Refurrection
fe doit faire de tous les
Hommes en cette Vallée de Jo.
faphat au dernier Jugement , &
que comme il a efté poffible à
Dieu de divifer les Hommes en
la Transfiguration de Babylone,
il luy fera auffi facile de les raffembler
tous en un moment , au
mefme lieu , de toutes les Parties .
du Monde , pour y recevoir leur
jugement.
Le réferve lafuite de ce Traitépour
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.

Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
Voicy divers Madrigaux qui expliquent
les Enigmes de Decembre,
dont les Mots eftoient la Vigne Vierge
, la Ceriſe.
T
I.
Réve à tous vos Feftins, Partifans
de Bacchus.
LeMercure vous donne une ftérileTreille,
Qui nepouvant jamais remplir voftre
Bouteille,
Vous marque affez par là que vous ne
boirez plus.
***
C'est une Vigne Vierge, & qui ne porte
pas.
du Mercure Galant
* q
Sa Soeur qui ne l'eft point, eft tous les ans
féconde:
Elle produit le Vin, qui plaiſt à bien du
monde,
Et quifait la douceur & l'ame des Re
pas.
*3
La Vigne Vierge rampe, & s'attache
aux Maifons,
Faifant à la Muraille un Tapis de Persdures
Ileft d'autant plus beau, qu'il vient de laż
Nature,
Qui l'étendtous les jours en diverfesfa--:
Cons.
$3
Enfaisant un Berceau de fonfeuillage?
épais,
Au jour le plus ferain vous avez un liem
Sombre,
Où malgré le Soleil vous allez prendre
l'ombre,
Pour vousmettre à voſtre aife, & làpren
dre lefrais.
Q. deJanvier 1685.
H.
90 Extraordinaire
Lors que l'Hyver approche, elle est toute
en rougeur;
On en prend la raisonfur ce qu'à noftre
veuë
Se voyant dépouiller & mettre toute nuë,,
Comme c'eft une Vierge, elle a de la pudeur.
Le P. Colin, C. de Sens ..
I I.
LA Cerife eftjeunette, & meſme dé- licate;
Elle eft d'une beauté qui la fait rechercher;:
Sa couleur eftfort vive, elle eft rouge, elle
éclate,
Et le noyau qu'elle a, c'eft fon coeur de
Rocher.
63
On fçait bien qu'elle prend fa beauté naturelle
,
Ou-bien fon vermillon, fur la fin du Prin
temps:
C'est dans cette Saiſon fi charmante & fi
belle,
duMercure Galant.
91
Qu'elle nous touche au coeur, & nous rend :
fi contens.
On nous l'offie aujourd'huy de la part de
Mercure,
C'est au mois de Janvier un affez rare
fruit;
Dans la rude Saifon jufqu'icy la Nature,,
Quelque pouvoirqu'elle ait, ne l'a jamais
produit.
On la voit en tout temps, quand on veut
la confire ,
Et fouvent on lafert à lafin du Repas ;
Ce doux déguisement, qui ne la rend pass
pire,
Fait auffi qu'à mon gouft j'enfais bien
L
plus de cas.
111.
Le mefmer
Es Enigmes toujours ont de l'obſcu--
rité,
Qui par des mots qu'on ne peut bien entendre,
Hij
92 Extraordinaire
Nous dérobe. la verité
Qu'on voudroit nous faire comprendrei .
Témoin les deux du dernier mois ,
Qu'unchacun explique àfa guife.. :
Pour moy, je croy (j'en jurerois)
Qu'une eft la Vigne Vierge, & l'autre,,
la Cerife .
1
La charmante Cadete de Riom,
MARGUERITE DE MALET.
IV .
A
MER.CURE.
Ay peine à découvrirvoftre premiere
Enigme,
Et je ne peux affeoir que difficilement`
Mon choixfur quelque mot qui femble
légitime
Pour la devinerjuftement.
Si la Vigne n'eftoit une Plentefertile,
Faurois cnû la trouverfous unfens dé
guifes
Mais ilferoit trop malaiſe
De lafaire pafferpour vierge & pour
férile.
Si le Lierre eftoit de genrefeminin,
du Mercure Galant.
93
Tout conviendroit fort bien afin defaire
croire
Que c'eft luy dont on peint l'histoires
Mais cela nefe peut , car il eft mafculin.
Eft-ce donc la Vignesauvage,
A qui la rigueur des Hyvers
Fait tomber tousfes cheveux verds,
Pour ne laiffer que le branchage?
Je n'yçaurois encore accorder cet endroit,
Qu'on ne la voit jamaisfibelle,
Que quand cette Saifon rigoureuse &
cruelle
Lavient dépouillerpar lefroid.
J'aime done. mieux encor revenir à la
Vigne,
Et je croy la voir à cefigne,
Puis que la grape reſte enfin dans laſaiſon-
Qu'elledemeure toute nuë,
Et qu'elle paroift à la venë
Plus belle fans comparaison ,
Que lors que defon verd on la voyoit pourvene,
ALCIDOR du Havre.
94
Extraordinaire
.
Di
V ..
Ivine Plante, que Noë
Prit foin de cultiver apres que le Déluge
Eut tout le Genre Humain noyé,
Horsceux qui trouvèrent refuge
Dans l'Arche, ce grand Baftiment ,
Dont Noéfefervit pour eux utilement ;
Vigne, qui nous produis cette Liqueur
aimable,
Quifait de nos biens le plus grand,
Que Mercurefut raisonnable
De te donner le premier rang
Pour nous étrener cette année,
Quemoncoeur àtous deux fouhaitefortunée!
VI.
Le mefme.
C'estdonc en vain, Philis, que pour
vous je foûpire,
Et qu'apres millefoin pour gagner voftre
amour,
Je me vois, comme au premier jour,
Réduit à fouffrir le martyre?
du Mercure Galant,
95
Fefpérois que le temps auroit pû vous
toucher,
Et que ma paffion, mon zéle & ma franchife,
Pourroient chez vous eftrede miſe,
Aforce de vous rechercher;
Mais las! femblable à la Ceriſe ,
Vous avez un coeur de Rocher.
A voir l'extérieur, rien ne paroift plus
tendre:
Vousfçavez déguiſer des mieux,
Enfaisant paroiftre à nos yeux
Une aimable douceur dont vous pourriez
Surprendre
D'entre tous les Amans , le plus ingé
nieux.
Pour moy, las de n'avoirpour toute récompenfe,
Que quelques doux regards, meflez d'indiférence,
લે
Je renonce, Philis, à vousfaire la cour,
Pour chercheroù je puis mieux placer mon
amour..
Le mefme .
967
Extraordinaire
"
VI.
Mon
Jardinier l'autre jour,
Luy demandant avis pour embellir ma
Cour,
Medit, Monfieur, je vous confeille
De n'y mettrejamais de Treille,
Elle n'amafferoit que par trop de poifon:
Mais croyez-moy, dans lafaifon
Où tous les plans on renouvelle,
De Vigne Vierge la plus belle
Garniffez-la bien tout-autour,
Et mafoy vous aurez une fort belle Cour-
BRUNET de la Rue du Temple.
VII.
Our Etrennes, belle Denife,
L'illuftre Rault vous donne une Cerife..
Ne vous étonnez pas de voirunfi bean
Fruit
Dans une Saifon fi contraire;
C'eft fon efprit qui le produit,
Vousfçavez qu'ilfçait tout bienfaire.
DIEREVILLE .
VIII.
du Mercure Galant. 97
L
VIII.
Ors que dans nos Jardins on ne voit
plus de Rofes,
Et que l'Hyver cruel fait tout languir
aux Champs,
On voitfur voftre teint autant de Fleurs
éclofes,
QueFlore dans nos Prez en fait naiſtre au
Printemps.
Ces Fleurs, malgré le vert de Bife,
Nefont qu'embellir tous lesjours,
Et vous font paroiftre toûjours
Plus vermeille qu'une Cerife.
Iris , j'enfuis amoureux,
Mais d'une ardeurpeu commune.
Hélas! pourmerendreheureux,
Laiffez-m'en cueillir quelqu'une.
IX.
Le mefme .
Vi l'auroitjamais crû , qu'uneVigne
Q euft porté
Au lieu de Raifin, des Cerises?
Cependant c'eft la verité,
Mercure nous l'a dit à diverses repriſes.
Q. deJanvier 1685. I
198
Extraordinaire
C'eft contre l'ordre : hé- bien, les Dieux ne
font-ils pas
Tout ce qu'ils trouvent bon de faire?
Sice prodige peut leur plaire,
Ils fe moqueront bien du petit embarras
Que cette nouveauté va produire icy- bas
E
X.
SYLVIE
St-ce un refve , Mercure, & mefuis-je
méprife,
Quand j'ay cru que d'une Cerife
Vous eftes venu m'étrener?
Dans la Saifonqu'il eft, c'eſt un Préſent
bien rare,
Et cependant un coeur avare
D'un mépris évident le pourroitprofaneri
Mais pour moy, jefais trop d'eftime
De ce qui vient de vostre part .
Jefçay quece n'eft point par un coup du
hazard,
Que vous en avez fait un choixfort légitime,
Et qu'ilfaut eftre enfin un rigoureux Ceng
feur
du Mercure Galant.
DOYON
DELA
VILLE,
Pour ne pas eftimerfon prix & fa
leur.
XI.
*
1803
La mefme.
AMis,que noftre joye éclate,
Que noftrefoye enfin de plaifirfe d late,
Pour folemnifer l'heureuxjour
Dans lequel le Seigneur Mercure
Nous vient donner de fon amour
Unedes marques la pluspure.
Ce Dien, quifait tres bien que pour entretenir
L'amitié qui nousfait unir,
Il nous faut lefecours de la Liqueur Bachique,
Luy -mefmefe donne lesfoins
De fatisfaire à nos befoins
Avec un air tout magnifique.
Il veut nous apporter des Cieux
Une Vigne quiporte un Fruit délicieux,
Un Raifin dont le grain cauſe de laſurprife,
Poureftre quatre fois plus gros qu'une
Cerife ,
100
Extraordinaire
Propre à faire du Vin d'un gouft fortfucculent,
Et de beaucoup plus excellent
Que tous ceux que l'on boit, & d'Espagne
& de France.
Puis donc que c'est l'unique attrait
Qui de nousbien unirfemble avoir le fecret,
Marguons-en à ce Dien noftre reconnoif
Sance,
Par une ample réjouiſſance.
LA PETITE ASSEMBLEE A
du Havre.
XII.
H, Mercure, pour cettefois
Voftre Etrenne n'est pas de mife,
Puis qu'ilfaut attendrefix mois
La Vigne Vierge, & la Cerife .
LA MOTHE , Medecin
de Pompadour.
XIII.
Vos Enigmes , Mereure, agréent
omnibus ,
Obfcures quelquefois, & c'est ce qui me
fâche,
de Mercure Gatant. To
Je leslis & relis fouvent , &fans relâche,
Sans donner aucunfens duabus ny tribus .
03
Maispourtant aujourd buy je veux paffer
pour lâche,
Si des deux de ce mois , malgré voftré
Phoebus ,
Sans qu'il m'en confte aucun quibus,
Levray mot m'eftcaché : &fans qu'on
me le mâche,
33
L'une eft fort belle à voir, verte, ftérile,
item '
L'autre eft bonne à manger , & c'est le
tu-autem.
Leurcharmante douceurfait mettre bas
toute ife,
93
Pouffe les jeunes coeurs à s'entredire amo;'
Bref, la Cerife s'offre à ceux qui fçavent
lire,
La Vigne Vierge item currente calamo ,
L'AMANT ENDORMY
du Parloir.
L. iijs
102
Extraordinaire
XIV.
Qoy ! pendantque tout eftgelé,
Mercure nous a régalé
En ce jour d'un Panier de Cerifes vermeilles!
Pomone enfesJardins n'en a point depareilles;
N
O la beauté!
La rareté!
LA BELLE NOURRITURE
du Havre.
XV .
E nous laiffons jamais aller
Au gré de ces Gens du bel air,
Ces Hommes précieux, de lagrande volée,
Quipournousfe difent enfeu,
Qui nousfont bonne mine , &fouvent
mauvais jeu.
N'ont-ils pas prefque tous l'ame diffimulée?
Ils promettent beaucoup de Bien,
On les peut justement nommer Gens de
parole,
Mais hélas !fans effet ; on n'enpeut avoirrien.
du Mercure Galant. 103
La Gerife en eft le fymboles
Rien comme elle au dehors n'eftplus beau
ny meilleur;
Mefme aux Indiférens ils ont tous dequoy
plairess
Mais fondez plus avant, vous verrez le
contraire;
Tout eft amer pour vous, tout eft dur dans
lecoeur.
Lamefme.
XVI.
T
Out eft couvert de neige en ce mois
déplaifant,
Et nous y recevons de fort belles Cerifes;
Où pourroit-on les avoir prifes?
On ne pouvoit jamaisfaire un plus beau
Préfent;
Cependant, lafaifonfait bien craindre,
Mercure,
Que le tout nefoit qu'en peinture.
LA PETITE ASSEMBLEE
du Havre. G.
I iiij
104
Extraordinaire
XVII.
Qfoyez
charmante,
Ve nousfert , belle Iris, que vous
Que vostre teintfoit frais , vermeil &,
délicat,
Qu'ilnous paroiffe avec éclat,
Que tout ce dehors nous enchante?
Ah ! l'on ne voit que trop en vous
Les qualitez d'une Cerife.
Sonfuc eft aigre autant que doux :
Prenez- la pour votre Devife .
Son coeur est un coeur de Rocher,
Le vostre est tout de mesme, on ne le
toucher;
peut
Larmes , foupirs, tranſports, fervice,
obeiſſance,
Affiduitez, complaifance,
Font voir qu'on ne vous pent plus ardemment
aimer,
Tant voftre extérieur a dequoy nous charmer;
Vous eftes cependant pour nous toujour
cruelle..
du Mercure Galant . 105
Que nousfert donc, Iris, que vous soyez
fi belle?
Lá mefme.
XVIII.
S'
I nous eftions, Mercure, à la fin dù
Printemps,
Sous vostre Vigne Vierge en nos doux
paſſetemps
A l'ombreavec plaifir nous irions prendre
place ;
Mais quandlHyverla laiffefans che
veux,
faut pour éviter & la neige & la glace,.
Euir dans les Antres les plus creux..
Mademoiſelle L'E ....
***
106 Extraordinaire
$252525252525252
NEUVIE' ME PARTIE
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par M² Comiers , d'Ambrun, Profeffeur
des Mathematiques à Paris.
NOU
Ous avons demontré dans
lesTraitez précedens, comment
la Baze du cone des rayons
de la Radiation particuliere émanée
de chaque point de l'objet,
eftant entrée dans l'oeil par l'ouverture
de la prunelle , & penétré
jufques fur l'humeur Chriftallin :
du Mercure Galant. 107
qui eft convexe des deux coftez,
les rayons de la Radiation de
chaque point de l'objet , forment
, par la réfraction qu'ils
fouffrent en penétrant le Criftallin
, leur cone renverfé , ou
pinceau optique , la pointe du
quel fe terminant fur la Retine ,,
y forme l'image de fon point de
L'objet , & tous ces pinceaux optiques
, dont le nombre eft égal
au nombre des points vifibles de
la furface de l'objet , y forment
l'image entiere de l'objet , mais .
renverfée .
Nous avons demontré l'effet :
des verres des Bezicles , tant conconcaves
pour l'ufage des Miopes
ou courtes veues qui ne peuvent
voir diftinctement que des
objets fort proches , que des con108
Extraordinaire
vexes , pour l'ufage des Presbi
tes , Vieillards , & autres qui ont
la veuë longue , & ne peuvent
voir bien diftinctement que les
objets notablement éloignez .
Nous avons donné la Con
ftruction de toutes les efpeces de
Teleſcopes ou Lunetes de longue
veuë , & tout ce qui les concerne.
Nous avons demontré. que leur
effet confifte à faire voir les ob
jets qui font tres éloignez comme
ils feroient veus eſtant à la portée
de la veuë naturelle , c'eft
à dire que par la veuë artificielle
que produifent les Lunetes , lesobjets
nous doivent paroistre fort
grands , fort diftinctement , &
bien éclairez .
Nous avons démontré que
L'augmentation de l'image arti
du Mercure Galant. 109
Acielle de l'objet , formée fur la
Retine par le moyen des verres
qui compofent la Lunete , procede
de ce que les deux axes des
deux cones des radiations émanées
des deux points extrémes
du diamétre de l'objet , fe croifent
beaucoup plûtoft au derriere
de l'humeur criſtallin , & forment
un plus grand angle ; & que ce
point d'interfection eftant plus
éloigné de la Retine , y forme
par conféquent une plus grande
baze ou peinture du diamétre de
l'objet.
Nous avons demontré que la
vifion diftincte qui eft la perception
diſtincte de cette image de
l'objet peinte fur la Retine , dépend
de la diftinction de cette
image artificicielle , & qu'elle
ILO Extraordinaire
dépend de la bonté de la matiere
des verres , & de la bonté
de leur travail , de leur jufte ouverture
, de leur proportion mutuelle
, de leur pofition bien pa-.
ralle & centrale , & en deuë diftance
dans un tuyau tres - large ,
noircy mat en dedans , & garny
de plufieurs diafragmes de metme.
J'ay dit que l'apparence di- .
ftincte de l'objet dépend de la
proportion du Verre Objectif au
Verre Oculaire , car fi la raifon
de l'objectif à fon oculaire eft
trop grande , l'apparence artificielle
de l'objet augmentée exceffivement,
ne peut eftre diftinte
, par ce que les rayons de
l'image aërienne de l'objet qui fe
forme renversée dans le Tuyau
tombant trop inclinez fur les
du Mercure Galant. I
bords de l'oculaire trop convexe,
leur refraction ne peut eftre réguliere,
c'eft pourquoy ces rayons
femeflant fur la Retine avec ceux
des autres points de l'objet , y
rendent l'image confuſe, & paroît
colorée ; & en outre , à moins
que l'objet ne foit lumineux ou
fortement éclairé , l'apparence
ne peut eſtre bien claire ; car la
même quantité de rayons de la
radiation de chaque point de
l'objet ne fuffit pas pour peindre
fortement une fi grande image.
Enfin nous avons demontré,
que la clarté de l'apparence de
l'objet dépend de l'ouverture du
verre objectif , qui eft de beaucoup
plus grande que l'ouverture
de la prunelle de l'oeil , ainfi
l'ouverture du verre objectif reIT2
Extraordinaire
cevant plus grande quantité de
rayons de chaque point de l'ob.
jet , & les refferrant par les loix
de la Refraction en les rendant
convergens , en fait entrer autant
de fois plus dans l'oeil, que l'ouverture
du verre objectif contient
de fois l'ouverture de la
prunelle , qui n'a ordinairement
que 3 lignes de diamètre ; & vous
fçavez par la Propofition 2. du
XII. Livre d'Euclide , que les
Cercles font entr'eux en mefme
raifon que les Quarrez de leurs
Diamétres. C'est pourquoy connoiffant
le diamètre de l'ouver
ture du verre objectif , il eft fa.
cile d'en faire le Calcul. Il nous
refte à traiter
du Mercure Galant.
DES BINOCLES
Telescopiques, leur Ancienneté,
& leur facile Conftruction.
Da tout temps on a efté per
fuadé
par raifon
& par
experience
, que
la viſion
d'un
objet
veu
en melme
temps
par
les deux
yeux
également
bien
conformez
,
eft
beaucoup
plus
forte
que
lors
que
l'objet
n'eft
veu
que
d'un
oeil , & on voit
en mefme
temps
des
deux
yeux
parfaitement
&
diftinctement
un objet
à la portée
de la
veüe
, lors
que
les
deux
axes
concourent
en un feul
point
de
l'objet
.
-
Il y a fix cens ans que le fçavant
Arabe ALHAZEN , c'eft¹à¹
dire Bon Homme , en parloit dans »
Q. deJanvier 1685. K.
114
Extraordinaire
fon Tréfor Optique , imprimé à
Bafle en l'année 1572. Le 2. Cha
pitre du troifiéme Livre page 76 .
num . 2. porte ce Titre , Axes Pyramidum
Opticarum utriufque vifus,
per centrumforaminis vue a tranfeuntes
in uno vifibili puncto femper
concurrunt , & c. Le Numero 10 .
page 80. a pour Titre , Concurfus
Axium Opticorum in Axe communi
facit vifionem certiffimam : extrà,
tanto certiorem , quantò Axi propinquior
fuerit. Enfin le Numero 15.
page 85. a pour Titre , vifibile in
Axium Opticorum.concurfu certiffimè
videtur , extrà tantò certius , quantò
concurfui fuerit propinquius.
Vitellon Thuringo - Polonus, qui
vivoit en l'année 12.69 .. dans fon
Livre d'Optique , imprimé à Bafle
en l'année 1572. au livre troifiéme
du Mercure Galant. is
Numero 32. page 100. a pour titre,
Neceffe eft Axes Pyramidum vifualum
amborum vifuum tranfeuntes
per centra foraminum vuea , femper
conjungi in une puncto fuperficiei
rei vifa . Le docte & R. P. Miller
Dechales,dansle deuxièmeTome
de fon Mundus Mathematicus , imprimé
à Lyon en l'année 1674.
dans la page 381. en la 30. Propofition
, avoit demontré que
Axes Optici concurrunt in unum
#demque objectum' ; & dans la Propofition
40. que Duo oculi commuiter
melius vident , quam unus
tantùm.
3
La demangeaifon d'écrire , &
de paroiftre fçavant , fit qu'en
l'année 1678. un grand Perfon.
nage croyant les Livres d'Albazen
& de Vitellon perdus , en voulut
Kij
116 Extraordinaire
publier quelque chofe comme du
fien , & pour nouveau , dans un
Livre tres bien imprimé , & qui
a pour titre , De Vifione Perfecta,
Live de amborum Vifionis Axium
Concurfu in eodem objecti puncto.
jvce
Puis que communement la vie.
naturelle d'un objet eft plus forte
eftant regardé des deux yeux , la
veüe artificielle d'un objet veu
des deux yeux à travers des Binocles
, fera auffi plus forte
que les Bezicles , qui font les fimples
Binocles qu'on met für le
nez , ont fait voir par expérience
depuis l'année 1285. qu'ils furent
inventez , comme j'ay demontré
dans la 247. page du XIX . Tome
du Mercure Etraordinaire..
du Mercure Galant. 117
Definition du Binocle Telesco
pique , ou de longue veie.
L
E Binocle Telescopique eft
ane cfpece de Bezicles compoice
de deux Lunetes de lomgue
veüe , d'égale force ou puiffance
, c'est à dire de dix pieds
au plus de Foyer Solaire , & de
mefme genre , car bien que les
deux verres objectifs foient de
melme longueur de Foyer , de
mefme matiere & bonté de tra
vail , fi le verre oculaire de l'une
des deux Luncres eftoit concave,
& l'oculaire de l'autre Lunete
eftoit convexe , on verroit l'objet
double , car la Lunete à oculaire
concave le feroit paroiftre en fa
firuation naturelle , & la Lunete
118 Extraordinaire
à oculaire convexe le feroit paroiftre
renverfé .
Ces deux Lunetes de meſme
genre & mefme proportion des
objectifs à leurs oculaires , doivent
eftre affemblées dans un
Tuyau ou Etuy parallelipipede
rectangle , en forte que deuxrayons
partant d'un mefme point
de l'objet , tombent perpendicu
lairement fur le centre des verres
, afin qu'ils les penétrent,,
comme auffi la prunelle & Phumeur
criftallin des deux yeux du
Regardant, & arivent fur lesReti
nes fans avoir fouffert aucune rerefraction
. Ainfi ces deux rayons
formeront un triangle Ifofcelle ,
dont la Baze eft la diftance comprife
entre les centres des deux
prunelles , & le fommet du triandu
Mercure Galant.
119 :
gle eft au point principal de l'objet
veu par le Binocle .
L'Autheur de fes Vifions Par-.
faites m'accufe de n'avoir pas fceu
definir le Binocle dans le Journal
des Sçavans du Lundy 20. Decembre
1677. & dit en parlant
Phoebus dans la 397. page de fa
Csntiquité des Corps , de l'année
1679. que Le Binocle est un affem .
blage de deux Oculaires Dioptriques
de mefme cfpece & d'égale puiffance,
MONTEZ SUR L'ANGLE DES
DEUX AXES DE LA VISION.
La Nature a fourny elle -mefme
des Binocles naturels aux Limaçons
& aux Ecreviffes de mer.
Petrus Berellus , dans la feconde
Partie de fon Livre De vero Telefcopii
inventore , imprimé à la
Haye en l'an 1655. apres avoir
120 Extraordinaire
enfeigné dans la page 22. l'oculin
Aftropicus Binoculis , &c. & dans
la page 23. De confectione Tubi Binoculi
, a donné dans la troifiéme
Partie de fon Livre , en la XC .
Obfervation Microfcopique De
Limacibus , la defcription des Binocles
naturels . Voicy fes termes,
Dentes acerrimos non folùm in Li
macibus effe ; fed quod mirum esty
& nullo alio forfan à natura animali
conceffum , oculos habent in cornibus,
& videbis nigrum eorum ab inferiori
cornuum parte , feu à cerebro ad corum
apices afcendere , cùm moveri
cupiunt , & greffum fuum dirigere
quò oculi convertuntur , &c. Cancri
Marini oculos bibent etiam in cornibus
feu tubis quibufdam duris , ubi
forfan codem pacto recurrunt. ·
ĽAvantages
du Mercure Galant. 127
A
L'Avantage des Binocles Telefcopiques
fur les Teleſcopes
Simples , & leur Ancienneté.
T
Out l'avantage qu'on peut
tirer de l'affemblage des
deux Lunetes de mefme efpece,
longueur,force & puiffance , confifte
à faire voir du moins auffi
clairement & fortement les ob .
jets terreftres , qu'avec une feule
Lunete deux fois plus longue.
Daniel Chorez, ce fçavant Dioptricien
Artiſte , en l'année 1625.
dans fon Imprimé in Folio , qui
a pour Titre , Les Admirables Lunetes
d'Approche réduites en petit volume
, avec leur vray usage, & leurs
utilitez préferables aux Grandes , &
le moyen de les ajuster à l'endroit des
2. deJanvier 1685 .
L
122 Extraordinaire
deux yeux , parle en ces termies
dans la 20. ligne . L'expériencefait .
connoiftre qu'on voit beaucoup mieux
avec deux Lunetes qu'avec une , car
les objets paroiffent plus gros & plus
prés. L'Autheur de la Veüe Dif
tincte de 1681. dit dans la page
195. qu'ayant préſenté à M¹ de Monmaur
Maistre des Requeftes , un Exemplaire
du premier Volume de cet Ouvrage,
dans lequelj'ay donné, dit- il ,
l'invention du Binocle , il me dit
quil croyoit en avoir déja quelque.
Ecrit du nommé Chorez . Mais ce
moderne Inventeur des vieux Binocles
, ne voulut pas voir cet
Imprimé , ny le Binocle monté
d'argent , & travaillé par Chorez,
Le R. P. Anthonius - Maria de
Rheita , dans fon Livre in Folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia , imdu
Mercure Galant.
123
0,
1-
!
primé dans Anvers en 1645. page
356, au Titre Oculus Aftropicus Binooulus
, dit , Hujus Oculi Enech &
Elia Binoculum Telescopium , quòd
ejus ope admagnalia , etfi remotiffimè
à nobis in Calo elongata , non amplius
femi- caco , fed novo modo ambobus
oculis quafi prafentiafpectanda
inducamur , inflruamurque . Et dans
la page 355. Tali profectò Binoculo
Tubo à nobis confecto, objecta duplo,
triplò , imo quadruplò majora , lucidiora
atque clariora confpeximus,
quàm per Tubum Monoculum ; &
certè nifi ipfimet experti fuiffemus
qua fcribimus , utique fcribere puderet
, qua ad praxim redacta non
fubfifterent.
Le fçavant , curieux & R. P.
Gafpar Schott, dans le premier Tome
de fon Magia Univerfalis Na-
Lij
424
Extraordinaire
A
tura & Artis , imprimé en l'année
1657. fait dans le X. Livre le
Titre du fecond Chapitre en ces
termes , De Teleſcopii Aftronomici,
tam Monoculi , quàm Binoculi , Origine
, ejufque Auctore. Et dans les
pages 494. & 495. parle en ces
termes, Anthonius- Maria de Rheita,
vir aquè Religiofus ac doctus, mihique
familiariter notus , neque Monoculo
Tubo contentus , fed alterumfocium
conjunxit, & quidem feliciffima
aufu , feliciorique fucceffu , ut mecum
fateri coguntur quotquot ejus rei experimentum
fumpferunt. Talis quippe
inter hunc & priorem est differentia,
qualis effe communiterfolet inter Monoculum
& Binoculum hominem . Ex
perimentumfeci in Tubo Binoculo ab
ipfo Auctore elaborato . Et dans la
page 496. vous trouverez ces terdu
Mercure Galant. 125
mes. Foannes Vvifel , Augufta Vindelicorum
inftructus à Reyta , facit
Tubos tam Monoculos quàm Binocu
los . Carle P. de Reyta , ajoûte-t- il ,
non tantùm in ea arte excellit , eamque
fcriptis tradidit , fed alios etiam
inftruxit ; & cùm humaniffimusfit,
fine invidia non paucis fua communicavit.
Le R. P. Millet Dechales , dans
le 2. Tome de fon Mundus Mathematicus
, imprimé à Lyon en l'année
1674 au Theoréme TELESCOPIUM
BINOCULUM , page 672.
parle en ces termes . Mirum est
quantumjuvetur vifio, præcipuè verò
adjudicandum de objects ' Diftantia,
& confequenter de Magnitudine à
geminis oculis...... Fiant igitur duo
Teleſcopia omnimodò fimilia , quæ
conjungantur ita ut fim fibi invicem
Liij
126 Extraordinaire
parallela. Je demontreray ailleurs ,
que les deux Binocles de longue
veuë doivent eftre phyfiquement
paralleles , & qu'il n'y a point
d'Inftrument qui puiffe marquer
la diférence entre la diftance des
centres des deux verres objectifs ,
& celle des centres des deux ver
res oculaires. Expertus fum ( c'eſt
le P. Dechales qui continuë ) in
Telescopio Binoculo duorum pedum,
cerium est , diftinctius incompa
rabiliter& majus , & vicinius apparere
; & quod mirum est , non duo
Telefcopii gemina foramina videban
tur , fed unicum . Il ajoûte encore
ces termes, Pater Reyta infigne Telefcopium
Binoculum circumferebat....
Erat autem decem circiter palmorum
ejus longitudo.... Referunt autem Lunam
hoc tubo in magnitudinem prodigiofam
excreviffe.
du Mercure Galant. 127
la
Nonobftant tous ces authen
tiques témoignages de l'ancienneté
des Binocles , & de la bonté
de ceux du R. P. De Rheyta Capucin
Alleman,un fameuxAdiop .
tricien a dit en l'année 1677. dans
47. page de fa Viſion Parfaite,
que le Pere Rheita fe contentoit de
faire voir avec fon Binocle tellement
quellement des deux yeux quelques
objets du Ciel , comme la Lune , par
une feule inverfion d'efpece . Lemef
me Autheur Ageométre , dans
fon mefme Livre latinifé en l'année
1678. parle en ces termes dans
la 47. page. P. Rheita rudi atque
fine arte mechanica quatuor vitra,
ambo videlicet objectiva ; & ambo
immediata convexa , vel concava,
in ambo tuki oblongi extrema , nullo
abfque regulari horum vitrorum motu
Liiij
#28 Extraordinaire
aut fitu , palpando difponere fuerat
contentus ; qui quali quali modo binis
aculis ( Terreftria , ajoûte- t - il , nequaquam
objecta ) fed Lunam dumtaxat
confpiciendam præberet.
Quand il y auroit quelque
chole de veritable en tant d'Alleguez
de l'Autheur des Viſions ,
& quand mefme le tout feroit.
vray , le P. Rheita auroit du moins
avec fon Binocle fait voir en l'année
1645. la Lune & quelques
autres objets du Ciel quali quali
modo binis oculis . Cela eftant avoué
& reconnu par luy mefme, dans
quel fens en l'année 1679. a t ik
ofé dire dans la 401. page de
fa Contiquité des Corps , Que le
Binocle n'eftoit nullement connu, bien
loin d'eftre en ufage avant l'impref
fron de la Vifion Parfaite de l'année
du Mercure Galant.
129
les
1677.comment a- t-il pû dire dans
pages 190. & 191. defa Vifion
Parfaite de l'année 1681. Quc toutes
les Nations Etrangeres n'ont jamais
pu faire de Binocle, n'y en ayant ,
ajoûte- t - il, jamais paru aucun, jufques
à l'impreffion de mon Livre de
la Vision Parfaite , imprimé en l'année
1677. dans lequel j'en ay donné
l'invention ? Comment a t- il pû
écrire dans la 411. page du même
Livre , les termes fuivants. CHORES
& le P. RHEYTA ont tenté le
Binocle , je n'en fais aucun doute,
mais aucun n'y avoit reüfly avant
moy ; par conféquent aucun n'a inventé
le Binocle avant moy. Pourquoy
avoit-il dit eftre l'Inventeur
de la penfée mefme de faire
des Binocles . Voicy fes propres
termes , dans la premiere page de
130
Extraordinaire
la Préface de fa Vifion Parfaite
de l'année 1677. F'avois dés longtemps
médité & trouvé la maniere
pour diminuer la longueur de l'oculaire
Dioptrique , par NOSTRE
OCULAIRE , qui fait voir l'objet
des deuxyeux conjointement. Eftoitce
avant CHORES qui l'inventa
& pratiqua heureufement , & le
publia en l'année 1625 ; ou avant
le P. RHEITA, qui les fit admi.
rer à tous les Sçavans , & en écrivit
tres doctement en l'année-
1645?
Où trouvera- t-il que la Ma
chine du P. Rheita eftoit une rude-
Mécanique fans art ? Nous demontrerons
le contraire . Com
ment pourra-t-il impofer à dix
mille Curieux ce qu'il dit , que
le Binócle du P. Rheita Terreftria
du Mercure Galant. BI
nequaquam objecta,fed Lunam dumtaxat
confpiciendam
præberet. Puis
que ces mille Curieux ont auffi
veu les objets terreftres avec le
Binocle du P. Rheyta .
Monfieur de Caffini, ce celébre
& heureux Efpion des Aftres , &
l'un des Aſtronomes du Roy , m'a
autrefois affuré , qu'eſtant à Ravenne
en 1657. il avoit veu & admiré
avec le Binocle du P. de
Rheyta , la prunelle de l'oeil d'un
Pigeon qui eftoit fur un Colombier
fort éloigné . Mille bons Religieux
Capucins , dans les Convents
d'Allemagne , d'Italie , de
Paris , & de Lyon , portent fincere
témoignage de la bonté des
Binocles du P. Rheyta , avec lef
quels ils voyent les Objets Terreftres.
F32
Extraordinaire
Monfieur de Regnaud , ce fça
vant Philofophe Mathematicien,
fuffit entre mille autres Perfonnes
de mérite de laVille de Lyon,
pour témoigner qu'au mois dé
Juillet 1654 le R. P. de Rheyta,
Togé au Grand Convent des Capucins,
faifoit voir tres - diftinctement
& lire à tous les Curieux
l'Ecriteau qui eft en Lettres d'or
au Frontispice de l'Eglife S. Nizier.
Mon témoignage feroit fufpect
à l'Autheur des Vifions , puis
que dans les 196. & 198. pages.
de fes Vilions de 1681. il a dit
qu'à préfent je ne puis juger de
la bonté des Binocles , n'ayant
pas les deux yeux également bons
depuis l'année 1666. par l'effer,
comme il avoue dans la Table
des Matieres du mefme Livre aut
du Mercure Galant.
133.
penultiéme article de la Lettre N,
de l'IRA Kabale Toxicantoria. Il
ne laiffe pas de fe fouvenir que
pour corriger & rectifier ſon Teleſgraphe,
Oculus fui Cace , comme
dit Job au chap . XXIX . verf. 15.
Je n'ay pas oublié que toute
l'Italie difoit autrefois , Plus unum
Federicum uno oculo videre , quàm
Cateros omnes Principes duobus. Socios
habeo Horatios , Annibales , Sertorios.
Alii non femper virtatis fue
infignia fecum ferunt , fed haftas,
Torques , Coronas domi relinquunt.
Ego verò rei militaris pro falute Patrie
infummo , & omnibus bonis civilibus
periculo tremendo , infignia
mecum affiduè porto , cofdemque &
virtutis mea& fortuna habcofocios.
Le fameux Autheur Adioptricien
mépriſe à tort le Binocle du
134
Extraordinaire
-
P. Rheyta dans l'endroit fufcotté,
parce que ces deux Lunetes n'étant
compofées chacune que de
deux verres convexes , faifoient
voir les objets du Ciel comme la Lune
par unefeule inverfion d'efpeces puis
que luy mefme dans le mefme
Livre de fes Viſions Parfaites
de 1677 , dit dans la page 140.
Que l'Oculaire de deux convexes
peut fort bien fervir pour l'obferva.
tion des Aftres , eftant indiférent qu'il
les repréfente droits ou renverfez,
puis qu'ils font ronds , avoit - il oublié
ce qu'il avoit appris d'un Aftronome
, & inferé dans fa Dioptrique
de 1671. en la page 284.
L'oculaire duquel on fe fertpour l'obfervation
des Aftres , ne doit eftre
composé que de deux verres feulement.
Je m'étonne bien davandu
Mercure Galant,
135
tage de ce que dans une mefme
page de faViſion Parfaite de 1681.
il fe contrediſe luy- mefme. C'eſt
dans la 23. page . Il dit que l'oculaire
qui doit eftre appliqué aux Inftrumenspour
obferverfimplement les
objets du Ciel, fuffit qu'il foit conftrait
d'un bon objectif & d'un feul
verre immédiat à l'oeil , afin qu'il
venverfe nettement l'efpere, cela eftant
indiferent pour cette forte d'objets,
de la rondeur defquets on obferve,
à ce qu'il dit , feulement le centre,
comme le milieu de l'Aftre. Et en
la marge , il dit, L'Oculaire qui fert
à voir ou regarder lafigure des objets
du Ciel, doit redreffer l'espece par deux
inverfions. Cet Autheur est tout
particulier, il fait marcher enfemble
le ovr & le NON fur un même
fait. Jugez par là de fa grande
capacité dans les chofes difficiles.
136
Extraordinaire
LA FACILE
CONSTRUCTION
DES BINOCLES TELESCOPIQUES
ET MICROSCOPIQUES .
LA
la
'Autheur des Vifions Parfaites
de 1681. pour paffer pour
'Inventeur des Binocles , a voulu
perfuader aux Ouvriers , que
Conftruction des Binocles eftoit
fort miftérieufe . Cependant com.
me la verité échape quelquefois
à ceux qui la veulent étouffer,
on la trouve dans la page 192. en
en ces termes, conformes à ceux
de Chorez de l'année 1625. & du
R. P. De Rheita de l'année 1645-
Pour avoir un Binocle , il ne faut que
deux fimples Lunettes d'approche d'édu
Mercure Galant.
137
gale puissancefeulement, difpoféesfur
quelque plan , pour les appliquer conjointement
chacune à chacun oeil , &
ne voir par les deux enfemble qu'un
meſme objet
Pour mieux expliquer la Conftruction
des Binocles dont cet
Autheur n'a jamais travaillé les
verres , ny formé les Tuyaux ny
leur Etuy , le Sieur Querreau
Marchand Mirotier & Lunetier
luy ayant fait les premiers ; je
dis que la Conſtruction des Binocles
confifte à l'affemblage de
deux Lunetes en tout femblables ,
en forte qu'ayant appliqué les
deux centres des prunelles des
deux yeux tour- contre les centres
des fuperficies desverres oculaires
s'ils font concaves, ou aux centres ⚫
des ouvertures de trois lignes de
2. deJanvier 1685. M.
138 Extraordinaire
"
4 diamétre chacune , que portent
les boëtes de recouvrement des
Oculaires convexes , & lefquelles
ouvertures font un peu moins
éloignées des verres , que n'eſt la
longueur de leur Foyer folaire; en
forte, dis- je, qu'on ne voye qu'une
ouverture des deux tuyaux ,
& que le Soleil ne paroiffe pas
double.
Pour quoy obtenir , il faut que
les centres des ouvertures des
dioptres aufquelles on appliqne
les yeux , foient à la diftance l'un
de l'autre , égale à la diftance des
centres des prunelles , lors que
les yeux font naturellement contournez
pour bien voir le mefme
objet fans Binocle ; or cette diftance
entre les centres des deux
prunelles n'eft pas à tous la mef
du Mercure Galant. 139
me , bien qu'ordinairement pour
voir les objets éloignez , elle foit
d'environ deux pouces & demy.
Il faut encore que les deux :
axes des Lunetes aillent concou
rir en un meſme point de l'objet
, & fi l'objet eft fort éloigné,.
les Lunetes feront toûjours Phi
fiquement paralleles ; ce que je
demontreray geométriquement :
cy- apres par le calcul .
Les deux Lunetes eftant ainfi
affemblées , deux axes ou rayons.
principaux des deux radiations
coniques du mefme point vifible:
de l'objet , chacune defquelles a.
pour baze l'ouverture de l'un des
deux verres objectifs , tomberont
à plomb fur les centres de leurs .
fuperficies ; & paffant auffi per..
pendiculairement par les centress
Mij,
140
Extraordinairede
tous les autres verres qui compofent
les deux Lunettes , comme
auffi par les centres des dioptres.
ou ouvertures rondes qui font au
fonds de chaque boëre de recouvrement
des Oculaires des
deux Lunettes , pafferont auffi
perpendiculairement par les centres
de l'ouverture des deux pru
nelles & de l'humeur criftallin
des deux yeux ; & ainfi fans avoir.
fouffert aucune refraction , ces
deux axes ou rayons principaux :
des deux radiations d'un mefme
point viſible de l'objet , arriveront
au milieu du fonds de la
Retine des deux yeux . Par conféquent
ce point principal de
l'objet eftant peint fur les deux
Retines , & en femblables endroits
, fi les deux yeux font éga
du Mercure Galànt. 140
ment bien conformés , il fera
veu tres - diftinctement ; car comme
dit l'Arabe ALHAZEN au
troifiéme Livre de fon Optique ,
au Titre du Numero 15. page 85
Vifibile in Axium Opticorum concurfu
certiffimè videtur ; extra tantò certius
, quantò concurfui fucrit propinquius.
Car les autres points de
P'objet , par les pointes de leurs
pinceaux optiques renverfez , le
peignent en des femblables lieux
fur les deux Retines , tout- autour
du point principal de l'objet auquel
fe termine & aboutit le con
cours des deux axes optiques, on
ne verra par conféquent qu'un
objet total par le Binocle aini
difpofé , mais eftant veu en même
temps des deux yeux , l'objet
total paroistra beaucoup plus
J
14.2
Extraordinaire
clairement & plus grand , que
lors qu'on ne le regarde que d'un
ocil avec une des deux Lunettes;.
ce que M' Hubin , Emailleur du
Roy , & fi connu de tous les fçavans
Curicux de l'Europe , & par
l'excellence de fes Barométres ,
Poftiches , & par fon adreffe incomparable
, accompagnée de
folides raifonnemens , lors qu'il
montre gratuitement & publi
quement mille expériences qu'il
fait avec la Machine vulgaire
ment appellée du Vüide , pour
demontrer la pefanteur de l'air ,
reconnut d'abord par expérience
au mois de Juin 1681. eftant chez
le S Querreau , le merveilleux
effet du Binocle de fix à fept pou
ces de longueur , que CHOREZ
avoit fait en l'année 1625, monté.

du Mercure Galant. 143
1
en argent . Il appartient à Monfieur
de Monmaur , de qui je
l'avois par emprunt, pour le faire
voir aux Curieux , car M' Hubin
l'ajufta d'abord à la diftance de
fes deux prunelles.
La raifon pour laquelle regar-.
dant des deux yeux un meſme
objet , on n'en voit qu'un , eft
par ce que chaque oeil repréfente
cet objet en un mefme
lieu . Les doctes Anciens ALHA…
ZEN & VITELLON , creurent
que le concours des deux
Nerfs optiques , eftoit le fiege de
la vifion ; mais bien que ces deux
Nerfs s'uniffent , ils ne compo-
#fent pas en tous les Hommes un
mefme Nerf , outre que Aquillonius
affeure avoir connu un
Homme lequel ne s'eftoit jamais
544
Extraordinaire "
plaint de voir les objets doubles,
bien qu'apres fa mort on ait trouvé
que ces deux Nerfs optiques
ne concouroient pas enfemble.
Jay connu particulierement il y a
vingt ans Monfieur le Chevalier
de Freze , prés de Bourbon-
Lanci , à qui , dans fes deux der
nieres années , à l'âge de 48 ans,
ou environ , furvint une maladie
qui le fit voir tous les objets dou
bles, tellement qu'il eftoit obligé,
eftant à pied ou à cheval , de
fermer un des deux yeux.
Dans l'Hiftoire de la Societé
Royale de Londres , établic pour l' Enrichiffement
de la Science naturelle,
écrite en Anglois par Thomas
Sprat , & traduite en François ,
& imprimée à Genéve l'an 1669
dans l'Enumération des Inftru
mens
du Mercure Galand, 145
mens de la Societé , il fait mention
de leur TELESCOPE DOVBLE.
C'eſt dans la page 307.
Voyons maintenant tout le
miftere de la facile Conftruction .
des Binocles, tant Telescopiques
que Microſcopiqués , & commençons
par Daniel Chorez qui les
inventa & exécuta heureuſement
, & les publia en 1625. par
une Feüille imprimée , que j'eus
en 1681. de la liberalité du tout
fçavant Monfieur Juftel , Secretaire
du Roy , fi regretté en
France , & qui voulut bien écrire
de fa main tout au haut, ces termes
, Ex chartis Henrici Fußtelli,
avec fa Paraphe , pour me fervir.
contre l'Autheur de la Vifion
Parfaite de 1681. lequel dans la
page 195. en veritable Habitant
Q. de Janvier 1685. N
146
Extraordinaire
de Candie , que S. Paul dans fon
Epître à Titus, chapitre 1. verf.12.
appelle Cretenfes , femper M. M. B.
V. P. impofant à M' Borely de
l'Académie Royale des Scien
Aces , & à tous les Lecteurs du
Livre de la Vifion Parfaite , y
avoit publié que dans l'Imprimé
de Chores , j'y avois ajoûté une
Dédicatoire au Roy , & que j'en
avois augmenté le Difcours de
plus de la moitié. Voicy donc
la Coppie de l'Original que j'en
eus de M' Juftel , que l'Autheur
des Vifions fut contraint de reconnoiftre
veritable par fa Lettre
de fatisfaction du 11. Juin
1681. imitant en cela Saint Auguftin
, qui au Prologue de fes
Retractations , dit , Si quis dicit,
non ca debuiffe à me dici , qua poftea
DE
LA
NOAT
BLIO
THERE
VILLE
1893
asA
}
7
P
1
2
DC
-E
3
da du Mercure Galant. 147
mihi etiam difplicent , verum dicit
, &c.
LES ADMIRABLES
Lunettes d'approche reduites
en petit Volume , avec leur
vray Ufage & leurs Utilitez
préférables aux grandes , & le
moyen de les accommoder à
l'endroit des deux yeux , ainfi
qu'elles font repreſentées
par les Figures fuivantes. De.
dié au Roy , l'an 1625. Pár
D. CHOREZ.
AU ROY ,
SIRE
.
Ily a prés de cinq ans que j'eus
bonneur de présenter à Voftre Ma-
7
Nij
$48 Extraordinaire
jefté les prémices de mon travail , en
ce qui eft communement appellé Lunettes
d'approche ; & voyant que
Voftre Majesté en avoit fait cas,
encore qu'elles ne fuffent dans la perfection
qu'elles font à present : jay
crú eftre obligé doublement à luy dédier
ce que j'ay depuis obfervé estre
neceffaire pour jour du plaifir que
l'on enpeut recevoir , les ayant mifes
en pratique telles que leurs Figures les
repréfentent cy- deffous. J'efpere que
Voftre Majesté ne dédaignera pas de
voir la preuve de ce qui eft propofe de
leur vray usage , par celuy qui eft ,
Son tres humble , & tresobeïffant
Serviteur &
Sujet, D. CHOREZ .
La Figure eft icy dans l'Imprimé, Original
de Chorez.
du Mercure Galant. 149
1
L
Es Lunettes d'approche
font ainfi appellées à cauſe
de leurs effets , parce que les Objets
veus par icelles paroiffent
fort proches , encore qu'ils foient
fort éloignez . Cela procede de
la forme des Verres , & de leur
netteté & fituation , & de l'éloignement
qui eft entre eux . L'un
d'iceux eft convexe , ou boffu ,
comme il eft figuré fous A. L'autre
en concave, ou creufé, comme
il eft figuré fous B. Le Tuyau
dans lequel font enchaffez ces
Verres , eft fait ordinairement
de deux pieces , dont l'une peut
couler dans l'autre , comme il eft
figuré fous I , afin qu'on le puiffe
alonger ou accourcir autant qu'il
eft befoin pour fervir à diverfe
forte de veuë , & pour voir à di
N iij
Extraordinaire

verfes diſtances ; & fon point de
rencontre qui eft marqué fous la
piece de dedans à l'endroit de C,
dénote la longueur qu'il doit
avoir pour ceux qui ont la veuë
ordinaire quand l'Objet qu'il
faut voir eft éloigné plus de cent
pas , foit de mil ou dix mil , ou
cent mil pas & au deffus . Mais
pour voir les Objets proches , il
faut alonger le Tuyau jufqu'à ce
qu'on rencontre la longueur qui
eft requiſe pour y voir le mieux .
Si c'elt pour voir de dix pas loin ,
il faut alonger d'environ l'épaif
feur d'un Tefton ; & pour voir de
fix pas , il faut alonger de l'épaiffeur
de trois Teftons ; & ainfi tant
plus l'Objet eft proche , tant plus
il faut alonger le Tuyau , & ainu
L'Objet apparoift tant plus gros,
du Mercure Galant. isi
4
Comme cela un Ciron apparoift
auffi gros qu'un Pois , en forte
qu'on difcerne fa tefte , fes pieds
& fon poil , chofe qui fembloit
fabuleuse à plufieurs auparavant
l'avoir veuë avec admiration,
quoy que l'experience n'en foit
pas beaucoup difficile à qui en
voudra prendre le loifir. Quant
aux Perfonnes qui ont la veuč
courte de leur naturel , il faut
accourcir le Tuyau jufques à ce
qu'ils rencontrent de quelle lonils
gueur ils
voyent le mieux : Mais
il le faut alonger pour ceux qui
ont des tayes aux yeux , ou quelque
autre accident , ou qui font
à l'extréme vieilleffe , & obſerver
de quelle longueur il leur faut
pour leur ufage. Si on veut lirede
loin à la clarté de la Chandelle,
N iiij
152
Extraordinaire
il faut que la Chandelle foit le
plus prés qu'on peut de ce qu'on
veut lire , & fi la Lunette eft pofée
fixement , on voit bien mieux
que quand on la tient à la main,
à caufe qu'il y a toûjours du
tremblement. Les plus grandes
Lunettes font voir les Objets plus
gros que ne font les petites
( moyennant qu'elles foient faites
avec la perfection requiſe ; ) &
partant on voit plus loin par la
premiere 1. que par la feconde 2.
& encore moins par la troifiéme
3. Mais les plus petites font voirplus
large efpace que les grandes,
& l'objet qu'on defire voir eft
plus aifé à trouver par les petites
que par les grandes , qui eft une
utilité préferée , au moins par
ceux qui font incommodez de la
du Mercure Galant.
153
veuë , & qui ne fe foucient pas
tant de voir fort loin , que d'eftre
foulagez pour voir moyennement
loin.
L'experience fait connoiftre
qu'on voit beaucoup mieux avec
deux Lunettes , qu'avec une ; car
les Objets paroiflent plus gros &
plus prés . La quatriéme Figure
quieft marquée 4. montre comme
l'on les peut accommoder à
l'endroit des deux yeux , les faifant
pafferau travers d'une Lame
de métail , ou autre matiere reprefentée
par L, dans laquelle eft
renfermée la petite Platine P,
qui fert à porter la Lunette M ,
qui eft mobile , pour la pouvoir
approcher ou éloigner de la Lu
nette F , qui eft fixe , par le moyen
de la Vis D , qui eft retenue en
154
Extraordinaire
ladite Platine. Ces deux Lunettes
doivent eftre paralleles entr'elles
pour un Objet éloigné de plus de
cent pas, tant loin puiffe - t - il étre;
mais pour voir un Objet proche ,
elles doivent faire angle à iceluy
Objet , dont la baze eſt l'eſpace
qui eft entre les deux yeux de
celuy qui le regarde.par icelles.
Si elles ne font bien accommodées
, on voit deux objets pour
un , mais cela ne fait pas de beau.
coup fibien qu'il doit ; partant if
y faut remedier , foit en dégauchiffant
les Tuyaux , ou en les
approchant ou éloignant l'un de
l'autre,ainfi qu'il eft requis . Toutes
les Operations précedentes fe
font plus aifément quand les Lu.
nettes font arreftées fermement
droit aux Objets qu'on voit ; c'eft.
j
1
du Mercure Galant.
ISS
pourquoy j'ay préſenté le moyen
de les planter fur un Bâton , ou
autre chofe propre à les foûtenir
par le moyen des Vis G & H, qui
portent Charniere , ou petite
Boule enchaffée & mobile , pour
porter lefdites Lunettes , de forte
qu'on les puiffe incliner où il fera
requis. Mais il faut obferver foigneufement
de tenir les Verres les
plus nets qu'il eft poffible ; & fi
on les a touchez du doigt , ou
pouffé l'haleine deffus , on les doit
effuyer avec un linge blanc & net;
& fi on les ofte du Tuyau , il faut
remettre le cofté convexe du
grand Verre en dehors, car autrement
il faudroit alonger le Tuyau
de l'épaiffeur dudit Verre , outre
fon point marqué en C. Il n'importe
pas tant du petit , car la re156
Extraordinaire
fraction fe fait à fort peu prés du
milieu , encore qu'il ne foit creux
que d'un cofté , lequel on doit
mettre dehors.
Lefdites Lunettes , avec leur vray
Ufage & Figures, fe vendent chez l'Autheur
, à Paris , en l'Ifle Noftre- Dame,
à l'Enfeigne du Compas .
On donnera la fuite du Traité des
Lunctes, dans les Extraordinairesfuivans
du Mercure Galant.
du
Mercure Galant. 157
SSSSSSSSS255522
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
Je ne vous envoyeray aucune Explication
des Enigmes de Fanvier..
La premiere eftoit faite fur mon nom,.
& je me contente de remercier ceux
qui m'ont fait l'honneur de travailler
Sur ce fujet , fans faire voir ce qui a
efte fait à mon avantage. Perfonne
n'a écrit la feconde . Voicy encore
quelques Explications des Enigmes de
Decembre , que j'ay oublié de joindre :
aux premieres .
Q. ij
164 Extraordinaire
Ε
I.
CE Reptile obligeant, qui plus tortu
qu'un Cierge,
S'éleve en ferpentant en cent & centfaçons,
Qui de virginité nous donne des leçons ,
N'eft autre à mon avis , que vous, ô Vigne
Vierge.
**
Vous nous donnez du frais, voftre beauté
nous cache
D'un Mur défectueux l'importune laideur;
Mais avec tout cela vous avez le malheur-
Quel'on vous soupçonne d'attache .
+3
Dans la rude Saifon quifaitfouflerBorée,
Et quides Aquilonsfait fentir la rigueur,
Vous féchez , vous mourez, mais dans
voftre langueur
De diverfes couleurs nous vous voyons
parée.
du Mercure Galant. 165
$3
Pour voftre Saur & vous nous avons de
l'amour,
Il n'en faut point douter : mais plus groffe
eftfa Cour,
Etplus d'Adorateurs luy confacrent leurs
larmes,
Fufque-là qu'on la fuit & révére partout,
Car les yeux feuls en vous rencontrent
quelques charmes,
Pendant qu'elle contente & les yeux & le
goust..
L. BOUCHET , Ancien Curés
de Nogent-le-Roy.
II.
Comme chaqueHomme afon génie»,
Son inclination, fon panchant , famanie,
Auffi divers font les Ragoufts ;
Mais entre tous les Fruits dont la belle
Jeuneſſe
Adore les beautez , & chérit la tendreffe,
La Cerife eft de tous les goufts.
166 Extraordinaire
Ceux dont la fanté mefme eft fort mabi
affurée;
Sefont un plaifirfans pareil
Decoller leur bouche altérée
Sur l'innocent éclat de fou charmant Vers
meil..
Le mefme..
FI I.
Arlez- moy de ce Bois dont l'aimable:
Parle
Liqueur
Fait quefouvent l'on caracolle;
Mais pour la Vigne Folle,
Je fuis bien voftre Serviteur.
M
C. HUTUGE, d'Orleans..
IV.
Ercure, c'eft eftregalant;
Quefçavoirfaire un tel Préfent
Confite oucrue, une Cerife
Chez le Sexe eft toûjours de mife,
Le meſme:
du. Mercure Galant. 167
J
V...
of
Efuis jeunette & délicate,
Ma beauté mefait rechercher;
Et quoy que mon teint vif éclate,
Fay pourtant le coeur de Rocher .
03
Maispour ma beauté naturelle ·
Je n'affecte point le Printemps ;
Je fuis toujours aimable & belle,.
Je rends mille coeurs mé- contens .
**
Apres moy pourtant tout foûpire,
Et les plus grands me font la cour;..
divers Amansj'attire,
Je n'ay cependant point d'amours
Bien
que
Avecque ma douceur charmante,
Et toute contraire à mon coeur,
Fefuis extrémement galante,
Et toujours de tres-belle humeur.

Que la Griote déguisée-
Couronne lafin du Repas ,
168 Extraordinaire
Elle eft quelquefois mépriſée ,
Maisde moy toûjours onfait cas .
Mademoiſelle de Grands- Prez,
on
La Belle Infenfible de la Cité..
LeRivaldu Charbonnier de Rheims
expliqué la premiere Enigme de
Ianvier fur le Bandeau. Quoy que ·
ce n'en foitpas le vrayfens , le Ma.
drigal qu'il a fait fur ce mot, mérite
bien que vous le voyiez..
AUX NIMPHES ENJOUE'ES
CLIONE ET ROSELINDE .
B
Elles Nymphes que je revere,
Il valoit mieux fans vous déplaire,.
Prendre à l'Amour & Carquois &.
Flambeau,
Que de luy prendre fon Bandeau.
Pourquoy, me direz - vous ? Pourquoy?
voicy l'Affaire..
Sil
du Mercure Galant . 169
S'ilmettoit tout enfeu, quand il ne voyoit
pas,
Et s'il faifoit avec fes Flèches
A maints coeurs mille & mille bréches,
Vous allez voir un beaufracas .
Si vous enfentez quelque chofe,
Nevous en plaignez pas , vous en eftes la
cauſe.
Le mefme a expliqué ainfi lafeconde
farles Mots. C'eftoitfon vrayfens.
Eriez- vous fipeu charitable,
Philis, que de laiffer mourir.
Unpauvre Miférable
Que vous pouvez guérir?
C'est ce qu'affurément vous ne voudrez
pasfaire.
Pour me retirer du trépas ,
Trois petits Motsferont l'affaire,
Toft, dites- les.... Vous ne lesfçavez pas?.
Ecoutez-moy, dites de mefme,
Je vous aime, Philis, dites donc, Je vous
aime.
Q. de Janvier 1685.
P
170 Extraordinaire
La premiere de ces deux Enigmes
a efté expliquée fur le nom de M le
Marquis de Dangeau , par M Bonvallon
du Limofin. Ie croy vous obliger
en vousfaifant part de cette Explication.
Q
Velle nouvelle Aritmétique,
Pour embarraffer les Efprits,
Vicnt fe mefler, Mercure, aux Enigmes
fans prix
De ta galante République?
Trois & quatrefont ſept, ce calcul eſt aiſe;
Les fept parts font le tout, je le comprens
encore
Sans les Nombres divins du profond Py
thagore,
Je ne m'y fuis pas abufé;
Maislors qu'il s'agit de décrire
Quellesfont ces fept parts, quel enfin eft
ce tout,
Mon Art de déchiffrer eſt tout àfait àbout,
Et je n'ay nul deffein de rire.....
du Mercure Galant.
171
Tudis quela part du milieu
Parmy nos Ennemis occupe un triple lieu.
Ces Ennemis, feroit- ce point l'Espagne,
Génesfuperbe, & la fiere Allemagne?
Mais dans ces Nations qu'eft- ce donc que
AM tu agis.IN
Troisfois?
De l' Alphabet c'est la Lettrefeptième,
Nombre mistérieux qui vaut un Diademe.
O Dieux ! fi je pouvois, toin du Peuple
Etranger,
Délivrerdu péril trois qui font en danger,
Tirer du Tombeau les trois autres
Enfevelie's fous lesflots
Au plus profonddes Eaux,
Ne meprendroit-on pas pour quelqu'un
des Apoftres?
Apoftre ou non, le miracle en eft fait.
Venez Dan, fortez eau, vous, Lettre mitoyenne
,
Placez- vous entre deux, vous formerez
fans peine
L'heureux Nom de Dangeau , qui ne
craint en effet
Pij
172
Extraordinaire
Ny périls de Fortune,
Ny la Parque commune.
Son Maistre eftantfavory d'Apollon,
Et des plus honorez dans le facré Vallon,
D'un Pinceau délicat il tracerafa gloire
Sur les mefmes Autels du Temple de Mémoire,
Et fes traits animeż
Dont nousfommes charmez,
Donneurs de vie, & de vie immortelle
L'éternifent auffi parfa Mufe fidelle.
Te laiffe les autres Explicationsque
j'ay receües de cette Enigme , parce
qu'elles ont efté faites fur mon nom,
que l'on m'y donne des louanges
queje ne mérite pas. Te vous en envoye
trois fur la feconde.
&
A
1.
Pres avoir beaucoup cherche
Le Mot de l'Enigme deuxième,
Mon efprit tout àfait bouché
du Mercure Galant. 173
Eftoit dans une peine extréme;
'Mais ouvert tout à coup il s'eft dit, Le
grand Sot!
Le Mot queje cherche, eft le Mot.
BONVALLON du Limofin .
LES
II.
Es Mots , comme certains Oyfeanx
Qu'on appelle des Etourneaux,
S'entrefuivent, & vont par bandes.
Moins qu'euxpourtant ils femblentfortunez,
Car les Motsfont tous enchainez,
Et contraints de répondre à toutes les de
mandes .
Les Mots en Profe, & les Mots dans les
Vers,
Onttoûjours cours sur terre, & mefme
dans les Airs.
Pourvoir lesMots ilfaut fixer leur eftre,
Leurs tailles & leurs traits font toûjours
fort divers.
C'est par là qu'ils peuvent paroistre,
Carfans cela les yeux les plus perçans
Piij
174
Extraordinaire
Feroient des efforts impuiffans,
S'ils les vouloient connoistre...
L
Le Roux, Médecin à Vitré.
III.
' Autre jour dans un Bois où régne le
filence,
Je fongeoisaux rigueurs dont la charmante-
Fris
Depuis prés de deux ansfatigue ma conftance,
Sans vouloir d'unfeul mot adoucir mes
ennuis..
de
Non, difois-je , emporté de rage & do
colere,
Je ne veux plus l'aimer, & deformais fes
yeux
Ne me reverront plus en deffein de luy
plaire,
Mefoumettre à desfers & peſans & honteux
.
Ils ne me verront plus en Amant trop
fidelle,
du Mercure Galant,
175
Prodiguer vainement mes foûpirs & mes
pleurs,
Et peut - eftre qu'un jour je verray la
Cruelle d
Sans appuy, fans Amant, éprouver mes
malheurs.
Je me teus un moment , pour calmer ma
trifteffe,
Quand j'apercens Iris qui venoit àgrands
pas,
En me difant ces Vers dictez par la tendreffe,
Et dont chaque parole eut pour moy mille
appas.
Enfin, moncher Damon , je cède àta conftance;
Et fi jufques icy mon deftin rigoureux
A retenu mon coeur & mon ame en balance,
Apprens que deformais je veux te rendre
beureux.
Enachevant ces Mots , qui me rendoient
la vie,
Elle vint m'embraffer d'un air charmant
& doux.
176
Extraordinaire
Jugez apres cela du bonheur de ma vie,
Et s'il ne me doit pas faire mille jaloux.
Du MONT, ou le Cadet aîné,
de Vitré en Bretagne.
$255525 5:52552 SSS
BILLET
DE MADAME DE P ***
A M' P ***
J
E vous demande en grace ,
M' , de me dire ce que c'eſt
que Mademoiſelle de C*** Ma
Niece en eft fi enteſtée , qu'elle
nous en parlé inceffamment, Encore
que je n'aye pas méchante
opinion de fon gouſt , j'aime
mieux m'en rapporter
J'efpere que vous n'en ferez un
Portrait fidelle ; & que Pinterest
que vous avez à luy attirer l'efti
à vous.
du Mercure Galant. 177
me des Gens , ne vous empefche.
ra point d'eftre fincere. Je fçay
qu'elle doit beaucoup à vos foins,
ainfi vous ne ferez point fâché
de me faire un petit détail de fes
bonnes qualitez .
REPONSE DE M' P***
à Madame de F ***
I
L faut vous dire , Madame,
par quelle occafion je connus.
Mademoiſelle de C *** & fatisfaire
en fuite voftre curiofité.
Mademoiſelle de C *** paffoit
pour une Perfonne fort bien faite
; on ne pouvoit point luy contefter
cela. Bien des Gens
trouvoient qu'elle avoit beaucoup
d'efprit. Elle eftoit libre,
agréable & fort enjoüée. Elle
378
Extraordinaire
avoit la voix fort belle ; elle écri
voit galamment , & faifoit des
Vers avec un tres - grand naturel,
Avec cela les Connoiffeurs ne
luy trouvoient rien de reglé , fi
bien qu'ils ne pouvoient qu'à
peine donner leur approbation à
des qualitez qui ébloüiffoient les
Perfonnes qui n'avoient point de
gouft , & qu'ils trouvoient fort
imparfaites . Elle avoit une A mie
affez éclairée , & de qui j'eftois
un peu connu , qui luy apprit
les fentimens que les honneftes
Gens avoient d'elle . Cette Amie
luy fit comprendre qu'elle ne fe
roit jamais qu'une Perſonne fort
médiocre , fi elle ne s'attachoir à
fe perfectionner. Dans ce temps.
là un Homme de fon voifinage
me mena chez elle. Cette mef
du Mercure Galant. 179
me Amie s'y rencontra . Pen ?
dant une heure & demie de con ,
verfation , Mademoiſelle C ***
m'étala toutes fes belles qualitez:
Je luy trouvay un efprit brillant
& plein de feu , & je vous avouë
que je fus touché d'un fi beau naturel
. Je luy dis avec ma franchife
ordinaire, que c'eftoit domi
mage qu'elle ne cultivaft avec
un peu d'art tous ces rares talens.
qu'elle avoit receus du Ciel. Elle
me témoigna qu'elle connoifloit
affez le befoin qu'elle avoit , que:
quelqu'un luy donnaft de bonnes.
·leçons , & qu'elle s'eftimeroit
heureufe de trouver un honnefte
Homme , qui fuft affez charitable
pour fe charger de luy regler
l'efprit & la voix . En fuite ces.
deux Perfonnes luy firent naiftre
180 Extraordinaire
l'occafion de s'addreſſer à moy,
& de me dire qu'elle avoit eu un
tres grand defir de me connoître,
& qu'elle fouhaiteroit pouvoir
meriter que je vouluffe prendre
quelque foin d'elle . Vous pou.
vez juger , Madame , que je ne
manquay point de luy offrir mon
ſervice autant que j'en eftois capable.
Je luy promis qu'elle fe
roit tout autre chofe , & qu'elle
deviendroit la perfonne du mondé
la plus dangereuse , fi elle
vouloit fe donner quelque foin. Je
croy que je luy ay tenu parole.
Il y a un peu plus d'une année
que nous fimes connoiffance .
Elle s'eft fi bien aidée de fon câ
té , qu'on luy trouve une jufteffe
dans l'efprit , dont on ne la
croyoit pas capable . Vous ne
du Mercure Galant. 181
fçauriez croire combien elle a
d'agréement & de bon fens dans
fes difcours , & dans toutes les
manieres. Quand elle ne fe fe
roit connoiftre que par ce feul
endroit, faite comme elle eft, elle
fe feroit aimer par tout. Sa voix
eft devenue fort touchante , &
pour une Perfonne qui ne fait pas
profeffion d'eftre chanteuse , l'on
ne fçauroit guere chanter plus
proprement. Elle fçait autant de
Mufique qu'il luy en faut , pour
fçavoir trouver la meilleure execution
de toute forte d'Airs ; &
fon plus grand art dans le chant,
c'eft de le fçavoir cacher.
Pour ce qui eft de fa manière
d'écrire , vous en jugerez , Madame
, par ce petit mot de réponfe
qu'elle fit il y a quelque
182 3. Extraordinaire
O
a
temps à un Homme , avec qui elle
eft fort familiere. Vous remarque.
rez , s'il vous plaiſt, que cet Homme-
là a une tres- forte inclination
pour elle, qu'il eft fort Amy de fa
Mere, & qu'elle ne l'aime point.
Velle neceffité y avoit - il de
m'écrire un Billet , pour m'apprendre
que vous vousfaites un plaifir
de penfer amoy ? Penfez à moy, Monfieur,
tant qu'il vous plaira, je ne vous
en empefche point ; mais dois- je eftre
expofée à lire un Billet de trois pages,
où vous n'avez point autre chose à
me dire ? Je ne crois pas vous avoir
jamais obligé d'en ufer de la forte
avec moy. Cependant il faut que je
vous réponde. Cela eft- iljuste ? No
m'en ayez point toute l'obligation.
Ma Mere me gronderoit , li je ne
vous faifois point de réponfe.
du Mercure Galant. 183

Les Vers qui fuiventfont d'un ga
lant Homme , qui ayant efté Priſonnier
pendant quelques mois, fe divertiffoit
à en faire dans le temps de fa
difgrace.
te
S25252 5252525252
A
CEPHISE )
STANCES.
Qu'ons'enfalleun Entretien,
Ve par tout on en devise,
Souffrez, charmante Cephife,
Que je vous offre mon Chien.
3
Quelque doux quefoit un Maistre,
Ce Chien n'en fçauroitfouffrir;
Auffiquand je levis naiftre,
Je fisvændevous l'offrir.
184
Extraordinaire
**
Rare Beauté qu'on admire,
Avant qu'il vousfoit donné,
Vous voudrez entendre dire,
De quels Parens il est né.
*3
Trois Chiens d'un air tout aimable
Brûlérent des mefmesfeux,
Et la Mere affez traitable
Les rendit tous trois heureux .
*33
D'affurer quelfut le Pere,
Je furprendreis voftrefoy;
Daignez confulter la Mere,
Elle lefçait mieux que moy.
$ 3
Cette Mere eft defcenduë
D'une affez bonne Maiſon,
Etfa Race eft répanduë
Par tout dans cette Prifon.
03
Vouspouvez bien la connoiftre ,
Elle eft d'un poil blanc & noir,
Et mefme de la Fenestre
Souvent vous l'aurez pú voir.
da Mercure Galant. 185
Sij'avois de la mémoire,
Je pourrois vous repéter
Toutefa petite hiftoire,
Comme on me l'afçû conter.
3
Désfa plus tendre jeuneffe
Un Baffet remply d'ardeur
Luy déclarafa tendreffe,
Et fut fon Adorateur.
SE
Mais elle déja Coquette,
Apres l'avoirfçu charmer;
Se moquade fa fleurette,
Et ne voulut point l'aimer.
Elle auroit pú vivre heureuſe:
En gardantfaliberté,
Mais une atteinte amoureuſe
Troublafa tranquilité..
#3
Fier Amour, que tu difpofes
Souverainement de nous,
Et que nousfaifons de chofes
Quandnousreffentons tes coups!!
186 Extraordinaire
03
Un Epagneul teméraire,
Et des plus entreprenans,
Sçût fi bien l'art de luy plaire,,
Qu'il en remportales Ġans.
: 00
Comme il s'en rendit le maistre
Avecquefacilité,
D'abord il luy fit paroiftre
Beaucoup de legeretés mit A
$3
Unepente naturelle
Qu'il avoit au changement,,
D'une Maiftreffe nouvelle
Le fit devenir l'Amant.
Elle, d'un airtrifte & blêmes
Par des regrets fuperflus.
Témoignafon deuil extrême-
De ce qu'il ne l'aimoit plus.
Elle en eftoit attendrie,
Elle n'aimoit que luyſeul,
Et penfa perdre la vie,
De perdrefon Epagneul
du Mercure Galant . 187
Qu'une aimable résistance
Eft néceffaire aux plaiſirs,
Etque par la jouiffance
On voit ceffer de defirs!
Ony, dans lefiécle où noussommes,
Dés qu'onfinit leur tourment,
Les Chiens femblables auxHommesɔɔ
Changent plutoft que le vent..
M
Fe nefusjamais de mefme
Infidellé ny leger,
Etje nefçay, lors que j'aime, ‚`-
Ce quec'eft que de changer.
Depuis ce trait de Volage
Que luyfit ce petit Chien,
Ellefut trois mois fi fage,
Qu'on vitqu'elle n'aimoit riene.
Enfin ellefut féduite,
Et par des difcours flateurs
Elle manqua de conduite,
Et prodiguafesfaveurs..
188 Extraordinaire
Comme elle faifoit paroiftre
Publiquement fon ardeur,
On ceffade la connoiftre
Pour une Chienne d'honneur.
Peut- eftre qu'enfon bas âge:
Elle ne connoiffoit pas
Que d'un grand libertinage:
Ilfaut éviter le pas..
On luy fit des remontrances:
Dans cet abandonnement,
De perdre les apparences
Qu'ondoitgarder en aimant..
On luy dit qu'eftant aimées,
Il falloit entretenir
L'éclat defa renommée,
Etme jamais le ternir:
Que l'imprudente Feuneffe-
Le plus fouvent nefe perd
Qu'enfaisant voirfafoibleffe
Un peu trop à découvert..
du Mercure Galant. 189
СУЛ
Depuis cet avis honnefte
Qu'elle imprima dans fon coeur,
La pauvre petite Befte
N'accordaplus defaveur.
RA
A la fin d'elle nâquirent
Quatre Chiens quon admiras :
Les Curieux qui les virent
Inclinoient pour celuy- là..
Ainfi je vous le préſente;
Ileft charmant, il eft doux.
Que fa fortune eft charmantes,
S'il eft careffe de vous!
De vous, l'oferay-je-croire,
Qui n'aimâtes jamais rien?
Quelbonheur & quelle gloire!
Pourquoy ne fuis-je pas Chien?
Ily a déja quelque temps que l'on
m'a mis entre les mains l' Hiftoire dont
je vay vousfaire part . Je la laiffe dans
les mefmestermes que je l'ayreceuë.
190
Extraordinaire
255 :22222 2522 : 2222
L'AMOUR BIZARRE
HISTOIRE VERITABLE.
L
'Amour fe plaift ſouvent ài
faire voir fa bizarrerie auffi
bien que fa puiffance . Dans la
Capitale d'une des meilleures-
Provinces du Royaume , demeu
roit une jeune Veuve , bellë , ri .
che , noble , & mefine qui paf
foit pour fort fpirituelle. Il n'eft
pas difficile de s'imaginer qu'avec
toutes ces bonnes qualitez ,.
elle ne manquoit pas d'Adorateurs.
Elle avoit tous les jours.
chez elle ce qu'on appelle le
beau Monde d'une Ville , & quoy
di Mercure Galant: 1971
qu'elle euft témoigné qu'elle n'avoit
aucune inclination pour un
fecond Mariage , on ne laiffoit
pas neanmoins de luy propofer
toûjours quelque nouveau Par.
ty. La joye qu'elle avoit de fe
voir maîtreffe d'elle- même ,aprés
avoir obeï à un Homme , qu'on
dit qu'elle n'avoit épousé que
pour obeïr à fes Parens , luy avoit
fair prendre la refolution de demeurerVeuvele
refte de fes jours .
Elle ne pouvoir pourtant honneftement
refufer les vifites de ceux
que fon efprit & fa beauté luy
attiroient , mais c'eftoit à condi
rion qu'on ne luy parleroit poin
d'amour , ce qu'on obfervoit fort
malcar il eftoit difficile de la
voir fans l'aimer , & tous les Amans
n'ont pas affez de retenue
192 Extraordinaire
Le pour ne fe point déclarer.
grand deuil eftant paffé , car il y
avoit déja plus d'un an qu'elle
avoit perdu fon Mary , elle commença
à vivre avec un peu plus de
liberté qu'elle n'avoit fait depuis.
fa mort , & entra dans tous ces
petits plaifirs innocens , qui font
l'occupation de la vie . On luy
propofoit tous lesjours de nouvelles
parties de divertiffement,
& comme l'on eftoit alors dans
la faifon du Carnaval , on la fol.-
licita plufieurs fois pourla mener
aux Affemblées qui fe faifoient
chez les Principaux de la Ville,
où aprés les Repas qu'ils fe don
noient les uns aux autres , chacun
à leur tour , on faifoit venir les
Violons , & on paffoit agreable..
ment une partie de la nuit à dan
CCE
du Mercure Galant.
193
fer. Comme elle croyoit qu'elle
ne devoit pas encore prendre
part à ces fortes de plaifirs , elle
s'eftoit toûjours défenduë d'y aller.
Enfin un jour que c'eftoit
à un Frere qu'elle avoit à donner
le regale , fes Amies la follicite
rent fi fortement , & fon Frere
luy fit fi bien comprendre qu'elle
ne blefferoit point fon devoir , &
que cela ne tireroit à aucune
confequence , qu'elle luy promit
de s'y trouver. L'Affemblée fut
ce foir là nombreuſe & magnifique.
Je ne m'arrefteray point à
décrire la fomptuofité du Feftin,
ny la propreté de la Salle où il
fe fit. Il luffit de fçavoir que les
plus délicats fur cette matiere eurent
affez dequoy fe contenter.
Aprés le repas on paffa dans une
2. deJanvier 1685. R

194
Extraordinaire
autre Salle qu'on trouva riche
ment meublée , & éclairée par
une grande quantité de lumieres.
Le Bal commença pour lors , &
pendant que les uns danfoient,
les autres s'entretenoient avec les
Perfonnes qui leur plaifoient le
plus . On fait que c'est là que
les Amans ont droit de fe plaindre
des peines que l'Amour leur
fait fouffrir & que ceux qui
n'ont aucune veritable paffion
pour le beau Sexe , ne laiffènt pas
de vouloir paroiftre amoureux ;
Les Galants en conterent beau
coup , & les Belles furent obli
gées d'en écouter autant. Cependant
il y avoit des Perfonnes
qui fouffroient effectivement , &
a jeune Veuve avoit donné de
'amour à plufieurs qui s'emprefdu
Mercure Galant . 195
C
foient à l'envy l'un de l'autre , de
luy perfuader la forte paffion
qu'ils fentoient pour elle. Elle
lès écoutoit tous indifferemment,
& leur témoignoit que l'Amour
n'auroit jamais aucun pouvoir ſur
fon coeur ; mais il luy fit bientoft
connoiftre qu'on ne le méprife
guere impunément ; car
un jeune Cavalier fort propre
qui n'avoit point efté du repas,
l'eftant venu prendre pour danfer
, elle reffentit à ſon abord ce
certain je ne fçay quoy qui ne fe
peut expliquer. Quand elle fut
revenue à fa place , ce mefme
Cavalier vint le mettre à fes genoux,
& avec un air engageant &
des manieres honneſtes & refpe-
& ueuſes , il luy jura plufieurs fois
qu'il n'avoit jamais veu une plus
Rij
196 Extraordinaire
belle Perfonne . Elle luy répon
doit comme à tous les autres,
quoy qu'elle commençaſt déja
de le confiderer d'une autre maniere.
En effet , on remarqua
qu'elle l'examinoit attentivement
, qu'elle luy addreffoit la
parole plus fouvent qu'aux autres
fur tout ce qui fe paffoit
dans la Salle & mefme un
Homme qui l'aimoit effectivement
beaucoup , ne put s'empef
cher de luy en faire la guerre.
Dans la converfation ce Cavalier
luy dit , que puis qu'il avoit
efté affez heureux de voir une
auffi aimable Perfonne , il luy
demandoit la permiffion d'aller
chez elle luy rendre ce que tout
le monde luy devoit , & l'affeurer
que fa plus grande paffion fedu
Mercure Galant. 197
1
roit d'eftre capable de luy pou
voir rendre quelque fervice. Le
Bal finy , la Compagnie fe fepara
, & la Veuve fortit un peu
émeuë , par la veuë de l'Inconnu
, qui de fon coſté avoit
paru avoir beaucoup de difpofition
à l'aimer. Deux jours aprés
elle fut furpriſe de le voir venir
chez elle . Ils eurent enfemble
un entretien plus, reglé , & apres
avoir parlé de l'occafion de leur
connoiffance , elle s'informa s'it
eftoit de la Province , & par quel
hazard il s'eftoit trouvé à cette
Affemblée . Il répondit à toutes
fes demandes & luy dit qu'il
s'appelloit Lycidas , qu'il demeu
roit ordinairement à une Terre
qu'il avoit à la Campagne , que
quelques affaires d'affez peu de
R iij
Extraordinaire
Conféquence l'avoient attiré à la ·
Ville , mais qu'il s'en faifoit alors
une fort grade d'y demeurer pour
achever de faire connoiffance
avec une Perfonne , à laquelle il
avoit reconnu tant d'efprit &
tant de merite. Ces paroles flatoientagréablement
Cloris , ainfi
s'appelloit la Veuve qui s'eftoit
un peu laiffée toucher par la
bonne mine de Lycidas , & qui
fouhaitoit dans fon coeur que ce
fuft un homme d'une condition
proportionnée à la fienne , car
elle commençoit déja de quiter la
refolution qu'elle fembloit avoir
priſe de demeurer Veuve . Il fit fa
vifite un peu plus longue que ne le
font ordinairement
les premieres ,
& revint la voir dés le lende .
main . Ces deux vifites , & la
GOTHEQUE
TELA
VILLELYON
13
du Mercure Galant.
maniere dont on recevoit
nouveau venu , allarmérent un
peu les foupirans ordinaires . Il
y en eut un entr'autres qu'on appelloit
Alcidon , intime Amy du
Frére de Cloris qui ne put s'empefcher
de luy témoigner qu'il
s'appercevoit qu'elle avoit plus
d'empreffement de voir cét
Homme , que tous ceux qui alloient
chez elle . Comme il l'ai
moit fortement , la jalousie luy
faifoit penetrer jufques dans le
coeur de la Maiftreffe. I luy
avoit fouvent déclaré fa paffion ,
& avoit fait agir fon Frere pour
porter à l'époufer ; mais comla
me elle luy avoit dit qu'elle n'avoit
aucun deffein de fe remarier
, les chofes en eftoient demeurées
là , & Alcidon qui ne
R iiij
200 Extraordinaire
s'eftoit pû défaire de fon amour,
continuoit à la voir tous les jours
affiduëment. Jufques alors Cloris
n'avoit point trouvé ſes viſites
incommodes ; car ne
manquant
pas d'efprit , il fervoit chez elle à
rendre les
converfations plus
agréables ; mais depuis qu'elle
eut connu Lycidas , elle euft fort
fouhaité ne plus voir.que luy.
Ces deux Rivaux fe trouvant
tous les jours enfemble , ne pouvoient
s'empefcher de fe contredire
fur tous les fujets dont on ye.
noit à parler. Ils ne s'accordoient
qu'en une feule chofe , qui
eftoit de trouver Cloris la plus
charmante
Perfonne qu'on puft
voir. Ces petites difputes la chagrinoient
un peu , & comme elle
en apprehendoit
les fuites , elle
du Mercure Galant. 201
voulut un jour entretenir Alcidon
en particulier . Elle l'affeura
plus fortement que jamais , que
fa recherche eftoit inutile ; qu'-
elle avoit pris fa réfolution ; qu'-
elle luy confeilloit de ne plus
perdre tant de temps à venir
chez elle ; & qu'unauffi honnefte
Homme que luy , pouvoit mieux
l'employer auprés d'une autre,
qui auroit peut- eftre plus de difpofition
à reconnoiftre l'honneur
qu'il luy vouloit faire . Vous
pouvez pepfer que ces raifons ne
firent pas grande impreffion fur
l'efprit d'un Homme auffi amoureux
qu'Alcidon . Auffi cut- il
toûjours le mefme empreffement
de la voir. Le difcours qu'elle
luy avoir tenu ne fervit qu'à luy
faire examiner davantage toutes
202 Extraordinaire
4
Sa
fes actions , & il creut remarquer
qu'elle avoit beaucoup plus d'inclination
pour Lycidas , que
pour tous ceux qui la recherchoient
depuis long- temps. En
effet , il ne fe trompoit pas.
bonne mine avoit tellement touché
le coeur de la Veuve , qu'elle
luy avoit déja fait parler de
Mariage , par une Amie qui faci.
litoit le commerce qu'ils avoient
enfemble ; mais il luy avoit fait
dire qu'il avoit alors des raifons
qui l'empefchoient de devenir le
plus heureux Homme du mon
de , en poffedant celle qu'il ai
moit plus que fa vie . Cela ne fit
qu'augmenter l'Amour de la
Veuve , & un jour qu'elle luy
parla elle mefme fur cette matiere
croyant ne pouvoir eftre -•
du Mercure Galant . 203
>
entendue de perfonne , Alcidon
qui eftoit dans l'Antichambre,
& qui par quelques mots de leur
converfation , devina à peu prés
ce que c'eftoit , entra brufquement
dans le lieu où ils eftoient ,
& reprocha à Cloris l'injuftice
qu'elle luy faifoit de luy préferer
un nouveau venu un Homme
qu'elle ne connoiffoit pas , dont
elle ignoroit & les biens & la
naiffance , & il dit mefme quelques
paroles un peu faſcheufes à
Lycidas , qui n'eftant pas accou
tumé à rien fouffrir , luy répondit
auffi un peu aigrement. Ils alloient
s'échauffer , & ils fe feroient dit
peut - eftre quelque chofe de plus
choquant , fans une Dame de
confideration qui arriva affez à
propos. Cette Dame ayant fait
204
Extraordinaire
Alcidon changer le difcours
fortit un peu aprés avec le reffentiment
d'avoir appris que fon
Rival luy eftoit préferé. Il fe
promena quelque temps autour
de la Maiſon de Cloris , comme
pour fonger à ce qu'il avoit à fai
re , & lors qu'il vit fortir Lycidas
, il courut droit à luy , & mettant
l'épée à la main . Tu as eu,
luy dit-il , trop de facilité à ga.
gner le coeur de ta Maiftreffe ,
tu ne l'eftimeras pas affez s'il ne
t'en coûte quelques gouttes de
fang , puis qu'il ne t'en a point
coûté de larmes. Lycidas fe vit
obligé de fe défendre , & on ne
put les feparer fi toft , qu'Alcidon
n'euft déja receu deux coups
d'épée , dont l'on crut alors l'un
qui eftoit au cofté allez dangedu
Mercure Galant. 205
reux , Lycidas prévoyant que ce
combat luy alloit attirer de fâ.
cheufes affaires , dans une Ville
dont les principaux eftoient tous
proches parens d'Alcidon crut
qu'il eftoit à propos d'en fortir.
Il monta à Cheval , aprés avoir
écrit un Billet à Cloris dans le
' quel il s'excufoit de ce qui s'é
toit paffé , fur la neceffité de fe
défendre contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer en furieux,
& la prioit de fe fouvenir de luy ,
l'affeurant qu'il n'aimeroit jamais
perfonne qu'elle . Il fe retira à la
Campagne chez un de fes Amis,
par le moyen duquel il fceut tout
ce qui fe paffoit à la Ville . Dés
le lendemain il donna de fes nouvelles
à fa Veuve , qui avoit paffé
une tres - méchante nuit ; car elle
206 Extraordinaire
il ne vint à
apprehendoit que l'affaire qui
eftoit arrivée éloignant d'elle
fon cher Amant
l'oublier , fa Lettre la remit un
peu. Elle luy fit auffi - toſt réponſe
, & luy apprit que les bleffures
d'Alcidon n'eftoient pas
mortelles , mais qu'il fe tinft toújours
caché , parce qu'on faifoit
des pourfuites contre luy , & qu'
encore que fon affaire ne fuſt
pas fort criminelle de s'eftre défendu
contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer ; neanmoins
comme les parens de fon
Rival eftoient ſes Juges , ils luy
auroient fait garder long- temps
la Priſon . Pendant leur com-
>
merce lors qu'Alcidon eftoit
encore au lit , le Frere de Cloris ,
qui comme j'ay déja dit , eſtoit
du
Mercure Galant. .207
fon intime Amy , alla la trouver,
& aprés luy avoir reproché la
conduite , & le peu d'honneur
qu'elle avoit de s'attacher à un
Homme qu'elle ne connoiffoit
pas , il finit en luy difant qu'il ne
la reverroit jamais , fi elle ne
luy promettoit d'oublier Lycidas
, & d'époufer Alcidon fi - toft
qu'il feroit guery. Ces menaces
Fallarmérent un peu , mais comme
elle croyoit eftre Maiſtreffe
d'elle mefme , elle réfolut d'é
couter toûjours les mouvemens
de fon coeur. On travailloit cependant
au procez de l'Amant
abfent , & elle apprehendoit plus
de le perdre par ce moyen , que
par aucun autre , car le bruit
couroit qu'on le banniroit à jamais
de la Ville . La crainte qu'
208 .
Extraordinaire
elle en eut , & les preffantes fol
licitations de fes Amies qui la
prioient de promettre d'époufer
Alcidon , en luy difant que le
temps pourroit apporter du chan.
gement à fes affaires , jointes à la
paffion qu'elle avoit de revoir ce
qu'elle aimoit le plus au monde,
fut caufe qu'elle promit tout ce
qu'on voulut , mais fans deffein
de tenir parole , à condition
qu'on feroit ceffer toutes fortes
de pourfuites contre Lycidas , &
qu'on le raccommoderoit avec
Alcidon. Quand ce malheureux
Amant eut appris ce qui
avoit efté arrefté , quoy qu'il euft
des raifons fecrettes , & qu'on
apprendra dans la fuite , de n'ê .
tre pas tant allarmé de la voir la
Femme d'un autre , il ne laiffa
du Mercure Galant, 209
pas de faire mille plaintes contie
elle ; car il ignoroit fes veritables
deffeins , il l'accufa d'infidelité &
d'inconftance , & quoy que peu
aprés elle luy mandaft que ce
qu'elle en avoit fait , eftoit afin
de terminer le procez qu'il avoit
avec Alcidon ; neanmoins il revint
à la Ville avec un chagrin
qu'il ne put s'empefcher de témoigner
à Cloris. Aprés s'eftre
déclaré l'un à l'autre la joye
qu'ils avoient de fe revoir , elle
luy confirma de bouche que la
parole qu'elle avoit donnée d'époofer
Alcidon , ne luy devoit
rien faire apprehender ; qu'il fçavoir
ce qu'elle luy avoit propofé
plufieurs fois ; qu'il ne tenoit
qu'à luy qu'elle ne devinft fa
Femme & que leur Mariage
Q. deFanvier 1685.
S
210 Extraordinaire
ofteroit à íon Rival toute forte
d'efpérance. Le mot de Mariage
allarmoit Lycidas , & Cloris.
ne pouvoit comprendre pourquoy
; Car enfin , difoit - elle en
elle-mefme lors qu'il l'eut quittée
, s'il m'aime veritablement
comme il me le veut perſuader,
& comme je n'ay pas de peine à
le croire , Qu'elle difficulté fait
il de m'épouter ? Quelle raiion
peut- il avoir à Je rifque bien da
vantage , moy qui ne connoift
que fa Perfonne , & qui en fais
choix contre l'avis & le confentement
de tous mes proches. Il
eft vray que je fuis maiftreffe de
moy ; mais enfin s'il arrive queje
découvre un jour que Lycidas
eft un Homme qui n'a ny biens.
py naiffance , avec toute la bondu
Mercure Galant. 211
ne mine que je luy trouve , quel
le confufion auray- je de l'avoirpréféré
àune Perfonne dont tous
tes les qualitez me font connuës?
Cependant Alcidon guery ,
preffoit de s'acquitter de la parole
qu'elle luy avoit donnée , &
elle trouvoit un grand fujet d'embarras
entre un Amant dont elle
eftoit aimée , mais qu'elle n'ai.
moit point , qui la follicitoit de
l'époufer , & un autre qu'elle aimoit
& dont elle eftoit aimée,,
qui refufoit d'eftre fon Mary,
fans luy en donner aucune bon
ne raifon , Enfin ſe trouvantper
fecutée par Alcidon , par fes Parens
& par fes Amies , & voyant
que Lycidas refufoit de faire ce
quelle fouhaitoit , elle prit réfo
lution de prendre le party qu'el
Sij
212 Extraordinaire
le auroit le moins fouhaité , qui
eftoit d'époufer celuy qu'elle
n'aimoit pas ; le Contract fut
dreffé , les Articles fignez , les
habits de Nopces faits , le jour
pris pour la cérémonie. Lycidas
fe voyant alors fi prés de perdre
pour jamais celle qu'il aimoit
avec tant de paſion , ſe réſolut à
faire ce qu'il n'auroit jamais ofé
penfer, I alla trouver Cloris,
& aprés luy avoir reproché l'em.
preffement qu'elle avoit de fe
jetter entre les bras d'un autre,
il luy dit que fi elle eftoit toû
jours la mefme , il eftoit dans le
deffein de faire tout ce qu'elle
voudroit. Ces paroles , la comblérent
de joye , & quoy que.
l'engagement qu'elle avoit avec
Alcidon fuft fi confidérable , elle
du Mercure Galand. 213
ne fut pas un moment à balancer.
de le rompre , la difficulté eftoit
d'en trouver les moyens. Ils réfolurent
qu'elle feroit quelque
temps la malade , & que cependapt
ils verroient quelles mefures
ils auroient à prendre. Alci
don attribua ce retardement à
une veritable indifpofition. Il ne
crut pas qu'en eftant venus fi
avant , elle euft voulu fe dédire.
Il continua fes affiduitez auprés
d'elle , mais comme elle s'en
trouvoit embarraffée , parce que
cela empefchoit Lycidas de ve.
nir la voir , elle prit le party de fe
retirer à la Campagne , fous prétexte
d'aller prendre l'air. Lycidas
alla la trouver accompagné
d'une Amie de Cloris , & là ils
s'épouférent fans aucune ceré
214
Extraordinaire's
monie. Alcidon en ayant appris
la nouvelle , s'emporta beaucoup
au commencement contr'eux.
Il eut plufieurs fois la penfée de
s'aller battre encore une fois con
tre Lycidas , mais eftant revenu
de fon premier emportement,
fes Amis luy firent comprendre
qu'il n'auroit jamais eu aucune
fatisfaction d'époufer une Fem
me qui avoit difpofe de fon cocur
en faveur d'un autre. Sa colere
diminua peu à peu , & comme il
n'eftoit pas témoin de leur prés
tendu bonheur , il luy fat plus.
facile de fe confoler. Il en eut
un plus grand fujet cinq ou fix
jours aprés , lors qu'il apprit que·
Cloris avoit fait arrefter Lycidas
prifonnier , qui l'ayant recher
chée depuis tant de temps , &
du Mercure Galant.
218
=
ayant toûjours paffé pour un
Homme , avoit efté enfin contrainte
de luy avouer que ce n'étoit
qu'une fille qu'elle avoit
épousée . Elle luy dit que dés la
premiere fois qu'elle la vit à cet.
te Affemblée , dont nous avons
parlé , elle devint éperduëment
amoureuſe de fes belles qualitez ,
fans fonger où cette paffion la
devoit porter ; que la feule crainte
qu'elle avoit euë de la voir la
Femme d'un autre , l'avoit fait
réfoudre de fe marier avec elle,
pour ſe conſerver l'amitié qu'elle
luy portoit , & qu'un Mary luy
auroit apparemment fait perdre.
Cloris que ces raifons ne pou
voient fatisfaire , la remit entre
les mains de la Justice ; & on at
tend avec impatience ce qu'elle
2.16
Extraordinaire
ordonnera pour un tel crime
Cependant elle s'eft retirée dans
un Convent , où felon toutes les
apparences elle doit demeurer le
refte de les jours , aprés un acci
dent pareil à celuy qui luy eſt
arrivé.
TRADUCTION
DE L'ODE D'HORACE
Qui commence par
Audivere, Lyce, Dij mea vota..
Nfin mes voeux font exaucez,
E je fuis vancé de toy, Sylvie ;
Te voila vieille, enfin tes beaux joursfons
pallez,
Et cependant tu ris , & tufais la jolie.
En vain d'une tremblante voix
Tu
du Mercure Galant.
217
Tu tentes Cupidon , quifait la fourde
oreille:
Il a de plus charmans emplois
Auprés d'une jeune Merveille.
Ce petit Importun bait fort les vieilles
Gens,
Il apeur d'un vifage pâle,
Et ce petit Fripon détale
Dés qu'il voit tes cheveux, tes rides & tes
dents.
Le Rouge dont tu peins tous les jours ton
visage.
Tes beaux Habits, tes Bijoux, tes brillans,
Ne terendront pas le bel âge;
Ils nefçauroient rapeler ton Printemps.
Qu'eft devenu ce teint & cet air de jeuneſſe,
Et Sylvie autrefois plus belle que le jour,
Celle pourqui j'avois tant de tendreffe,
Cette Sylvie enfin qui refpiroit l'amour
Q. de Fanvier 1685. T
218 Extraordinaire
·
U
L'Amour a retiréfes traits &fon Flam
beau,
Et l'on verrafans trop attendre,
Ton vifage autrefoisfi charmant & fi bean
Toutcouvert de craffe & de cendre.
4
Lors que l'Académie Françoife pro
pofa pour fujet du dernier Prix de
Vers , les grandes Chofes que le Roy
faites enfaveur de la Religion Catholique
, le Berger du village de
Mont-Fallon y travailla , & n'eut pas
le temps de mettre la derniere main
fes Vers ,parce que des affaires importantes
attirérent tousfesfoins ailleurs .
Neanmoins comme il fe fait un plaifir
de donner des louanges à fon Prince,
dés qu'il a eu un peu plus de loifir,
il a mis la Piéce en l'état où je vous
l'envoye.
1
du
Mercure Galant.
-219
5252525252525252
AUX
POETES
QUI ONT
REMPORTE' LE
DERNIER
PRIX DE
VERS
DE
L'ACADEMIE
FRANCOISE.
Nour
3.
Ourriffons des Neuf- Soeurs , tout
couverts de la gloire
Qu'à jamais vous aquiert voftre illuftre
Victoire,
Permettez que ma voix fe mefle à ces
Concerts
Dont parvous
aujourd'huy
retentiſſent
les airs.
LOUIS, plein du beau feu qu'une Foy
vive inspire,
Terraffe
l'Heréfie en
cefameux Empire.
En effet, de ce Roy les Foudres élancez
Font voiren
plufieurs Lieux des
Temples
renverfezi
Tij
220 Extraordinaire
Et ces Foudres tournant vers tous les He
rétiques,
Caufent, pour leurfalut, leurs difgraces
publiques.
Lors
que
LOUIS les livre au Deftin
malheureux,
Il les chériroit moins , s'ilfaifoit moins
contre eux.
Cefavorable Autheur de leur douleur
commune,
Qui ne leur permet point d'encenfer la
Fortune,
D'ailleurs leur tend les bras, au moment
qu'il leur nuit.
Parfon ordre on confére, on difpute, on
inftruit:
Et ceux de qui les yeux s'ouvrent à la
lumiere,
Reçoivent fesfaveurs en plus d'une maniere.
Il leur donne des Biens , & leur bonheur
eft tel,
Qu'ils ont outre ces Biens part au Bien
Eternel.
du Mercure Galant.
221
Sur les Bords de la Seine ainfi LOUIS
s'applique
A diffiper l'Erreur , à domter l'Herétique.
Maisde peur que cette Hydre & ce Monftre
odieux,
2
Que l'Erreur quelque jour ne renaiſſe en
ces Lieux,
Son zéle écarte encor ces nouvelles Cabales
Dont les Livres adroits font de charmans.
Dédalles,
Qui pour mieux décevoir ont par tout des
douceurs,
Et qui cachent toûjours du venin fous des
fleurs.
Enfin de ce grand Roy la main toutepuif-
Sante
Fait que dans nos Climats la Croix eft
triomphante,
Et qu'il n'eft plus permis aux naiſſantes
Erreurs
D'habiter parmy nous , d'y forger nos
malheurs.
Comme fi l'Acheron cuft déchaîné fur
terre
Tüj
222 Extraordinaire
Ses Fillespour porter le Flambeau de la
Guerre,
Les Sectes des Errans femoient jadis
L'effroy,
La France en pâliſſoit ; mais, grace à
noftre Roy,
On ne craint plus les maux qu'ont endurê
nos Peres.
Verra-t-on la Difcorde , aux cheveux de
Vipéres,
S'unir al Heréfie, en emprunter la voix?
Tout eft calme, & l'on met l'Heréfie aux
abois.
LOUIS , comme un Soleil, dont l'aimable
influence
Procure un calme faint à la Nefde la
France ,
Diffipe de l'Erreur la nuit & les Bronil-
Lards,
Et répand la lumiere où tombent fes regards.
Nous , quifommes témoins de ces hautes
merveilles,
N'avons rien de plus doux pourcharmer
nos greilles.
du Mercure Galant.
223
Mais dans nos entretiens tairons - nous que
LOUIS,
Depuis le temps heureux qu'il gouverne
les Lys,
Redreffe en nous les moeurs , non moins que
la Doctrine?
Comme Fils de l'Eglife, avec elle ilfulmine
Par defeveres Loix contre le Libertin,
Le Brigand, le fureur, l' Athée, & l'AFfaffin.
Le Roy parle ; à l'inftant des coeurs chargez
de crimes
Deviennent pour le Ciel d'innocentes Vi
Etimes.
'La voix de ce Monarque arrefte tous les
coups
Qu'un Dieu vangeur peut- eftre aurois
lancez fur nous.
Sanspeine on obeit à LOUIS , à l'E
glife;
La Vertu dans ce Roy fur le Trône eft'
affife .
Mortels, qui loin de nous habitez l'Univers
224
Extraordinaire
Et quilonez ce Prince en langages divers,
Sans rien dire de trop, qui de vous ne peut
dire:
Ce Royne borne point fon zéle en fen
Empire,
Sous des Cieux Etrangers il n'en montre
pas moins?
Peuples, bien mieux que nous vous en eftes
témoins.
Parfon ordre en tout temps de l'un à l'autre
Pole,
Mille Atlétes facrez , armez de leur·
parole,
Vont combatrepour CHRIST, & domter
les Enfers .
La hauteur des Rochers, ny la vague des
Mers,
Nefont point un obstacle à l'ardeur de
leur zéle.
Donnerla vie à l'ame, éclairerl'Infidelle
Et le fouftraire au joug de l'Ange ténébreux,
C'est par tout ce quifert de matiere à leurs
feuxs
du Mercure Galant. 225
Ainfi donc dans la France, & hors defon
enceinte,
LOUISfait triompher la Croix, cette
Arche fainte.
Tout rit à ce Héros , lors que plufieurs
Mortels
N'ont d'Encens que pour Dieu, que pour
Dien des Autels.
Fadis un de nos Roys, au péril defa tefte,
De la Sainte Contrée entreprit la Conquefte.
Une nombreuſe Armée en ce lieu leſuivit
Le Nil en la voyant fe troubla dansfon
Lit.
Le Sultanfut vaincu : mais ce Roy plein
de gloire
Ne pût que peu de tempsfurvivre à fa
Victoire.
On vit fe relever le Sultan abatu ;
Sans prendre des Chrétiens les moeurs ng
la vertu.
Li eftoit refervé par la Bonté divine,
AuxBarbaresPaïs , où noftre Roy domine
Defubirfaintement le joug du Roy, dess
Roys
226
Extraordinaire
10
D'arborerfur leurs Bords l'Etendart de
la Croix,
Et d'y voir qu'un Héros que tout craint
fur la terre,
Mefme contre l'Enferfait faire encor la
guerre.
PRIERE POUR LE ROY.
Sig
Eigneur, fans ceffe für LOUIS
A pleines mains verfe tes graces;
Tufçais qu'en l'Empire des Lys
Aux aveugles Errans il découvre tes
traces.
Fais que cet Aftre radieux
'N'achève de long- temps fon illuftre Car
riere,
Puis qu'en lafourniſſant, fes rayons de
lumiere
Eclairentles Mortels, & leur montrent
les Cieux.
Voicy une Anagramme faite par
M l'Abbé Galaix , de S. Pierre- le-
Monftier en Nivernois , dans le temps
du Mercure Galant. 227
qu'on affiégeoit Luxembourg. Le Sonnet
qui l'explique est auffi de luy. It
a changé la lettre x qui est dans ce
mot , Luxembourg , en ces deux
lettres cf, qui font la mesme prononciation.
ANAGRAMME.
LOUIS DE BOURBON,
SURNOMME' LE GRAND,
ROY DE FRANCE ET DE
NAVARRE.
TONNERA D'ABORD,
REDUIRA , FERA Rendre
LUCSEMBOURG EN UN
MOIS.
Q
SONNE T.
Ve d'un Hyverfâcheux les plus
rigoureux jours
Arrestent les Tarrens & blanchiſſent la
Plaine,
228 Extraordinaire
Ou que des doux Zéphirs on reſſente l'baleine,
Les Lauriers du Printemps te couronnent
toûjours.
$3
En quelque endroit , LOUIS , que l'e
Deftin te mene,
De tesfameux Exploits rien n'arrefte l'e
cours;
Et le Dieu des Combats volant àtonfe
cours,
Terenddans tous les temps la Victoire
certaine.
03
Tu moiffonnesfi-tof que ta main a femé
Tu triomphes fi-toft que ton Bras s'eft
armé,
Et l'Oracle en ces mots vient defefaire:
entendre.
Par des Foudres d'airain LOUIS dict
Les Loixs
du Mercure Galant. 229
1
Bien-toft il TONNERA D'ABORD , il FERA
RENDRE ,
Et REDUIRA dans
pen
LucSEMBOURG
EN UN MOIS.
PORTRAIT.
Royez ,fans craindre defaire
On
Un Jugement teméraire,
Queje ne vous diray que des chofes defait.
Pour donc de mon Portrait
Commencer l'image agreable,
Fay beaucoup d'enjoûment,
Et dans ce que je fais je mefle un agré
ment
Qui merendfort aimable.
&A
Fay l'efprit vif, brillant, joly,
Qui cependant n'ôte rien du folide;
Fay le langage fi poly,
Que je paffe déja pour modelle & pour
guide:
M'eftant fort appliquée à lire les Romans ,
230
Extraordinaire
Fay tiré par bonheur de ces bonnes lectures
L'Art d'inventer à tous momens
Mille Contes, mille Avantures.
VA
cherche à m'enfaire conter;
Mais toute magalanterie
Neva qu'à la badinerie,
Mon deffein n'eft que d'écouter.
Ainfi mon humeur eft coquette,
Et maconduite ne l'eft pas;
En aimant lafleurette,
J'enfçais éviter l'embarras.
&A
Chez moy lefard n'eft point d'usage,
Car, grace au Ciel,
L'éclat de mon visage
Eft un Vermeillon naturel.
Jay lefront gros, qui porte en guife de
Moutonne
Des cheveux blondsfrifezfans art,
Mon nez n'eft ny long, ny camard,
Mes yeuxfont affez vifs pour n'épargner
perfonne,
du Mercure Galant.
zzī
Etferoient beaux s'ils eftoient moins
petits;
Fay la bouchefort belle
Lors que je ne ris pas, fort grande quand
je ris,
Et je ris, par malheur pour elle,
D'un rien, & d'une bagatelle.
RA
Fay le teint vif, délicat, éclatant,
La gorge bien garnie, & la main porelée,
Ma taille eftfort petite, & j'enfuis confolée,
Elle eftfine, & le reste eft affez ragouftant.
Ceux qui liront cesVers,feront ravis peuteftre
De pouvoiraisément connoistre
Si je ne leur impoſe rien;
Qu'ils s'informent, je le veux bien,
Sij'ay ce prétendu mérite;
Et pourmarquer que j'aime ce party,
Qu'ils apprennent mon nom ; pour eftre
un peu petite,
On m'a donné celuy de RAT- GENTY.
232
Extraordinaire
REPONSE
A LA QUATRIEME QUESTION
DU XXVIII . EXTRAORDINAIRE.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy. Il en fait
retirer un , parce que fa préfence
l'afflige ; & fait demeurer
l'autre , parce que fa préfence
le confole. On demande lequel
il aime davantage.
ILA
Lfaut ou toft on tard,fur la terre &fur
l'onde,
Eprouver ce que peut & l'Amour & la
Mort,
Ces deux puiffans Maiftres du Monde,
Dont le Régne par tout est égalementfort.
L'Amouravoit uny legenéreux Sylvädre
Avec Lycidas & Damon:
du Mercure Galánt.
233
Mais d'une fiforte union ,
Qu'il ne s'en trouve plus de mefme & defi
tendre.
Tous deux vivoient en luy, comme Syl
vandre en eux ,
Leurscoeurs n'eftoient touchez que
meſme envie,
Ils menoient une mefme vies
d'une
Enfin l'Amour jamais n'a fait de plus s
beaux noeuds.
Mais cet épouvantail de toute laNature,
La Mort, ce Trouble- Fefte , & qui sher--
chant pafture,
Commeil luy plaift veut entrer en tours
lieuxs
Exterminant Jeunes & Vieux;
Cette celebre Larronneffe ,
Ce Monftrepar tout devorant,
Qu'aux jours d'aucun Mortel la pitié n'inatéreſſe,
Prend au collet Sylvandre , & le voile
mourant..
Q. deJanvier 1685. W
234
Extraordinaire
+3
Damon & Lycidas luyfont bien voir leur
zéle,
Comme fon mal leur caufe une douleurmortelle,
Que defoins pour luy chacun rend!
Que de compaffionpour cet AmySoufrant!
Retirez- vous, Damon, jeſuis dans mafoufrance,
Affligé de vostre préſence,
Dit le pauvreMalade , & vous me defolez
Avec tous vosfoupirs, vos plaintes &
vos·larmes,
Quifont pour moy de foibles armes .
Demeurez, Lycidas ,car vous me confolez,.
Luy dit ce cher Mourant, je vay perdre
la vie,
De bien plus de malheurs que de bonheur
fuivie,
Puis que c'est par la mort qu'on les peutéviter,
Jeveux done bien mourir, pour ne rien res
douter;
Infpirez-en-moy le courage,
du Mercure Galant. z
Cher Amy, ne me quitez pas.
Onpeutdemander en ce cas
Lequel il aime davantage
De Lycidas ou de Damon ;
Je réponds à la Queſtion.
+3
Sylvandre a beaucoup de tendresse
Pour celuy qu'il fait retirer,
Et qu'il ne peut voirfoupirer.
Il eft bien vray, mais lafageffe
Qu'un Moribond peut defirer
En celuy qu'ilfait demeurer,
Montre en mefmetemps qu'il eftime
Cer Amy plus que l'autre, & qu'ilfçais:
la maxime,
Quefipourfaire entrer au Monde noſtre
corps
Il eft befoin de Sage Femme,
Ilfaut pour enfortir dehors
Unplusfage Homme pour noftre ame
Si donc l' Amour est bien plus grand,
Fondéfur la vertu quefur toute autre
chofe,
Vij
236
Extraordinaire
Difons qu'en Sylvandre mourant,
Son amitié que l'on propoſe,
Pourle confolant Lycidas
Eft plus grande qu'elle n'eft pas
PourDamon, Amy le plus tendres -
C'eft-là monfentiment que l'on pourroit -
défendre..
GYGES, du Havre.
PLAISIRS D'UN AMANT..
SE
SONNET.
E brouiller quelquefois avec l'Objet
qu'on aime,
Et fe raccommoder dans le meſme moment,
Feindre de temps en temps un fondain
changement,
Et dans le fonds du coeur eftre toûjours le
mefme.

Emprunter de Bacchus la puiſſance ſu
préme,
Paroistre aux yeux de tous un infidellee
Amants
du Mercure Galant.. 237
Affecter au dehors un autre engagement,.
Et garder an dedans une tendreſſe ex--
tréme.
€3
Paffer des jours entiersfans vifiter Cloris,
Luy
celer le beau feu dont onfe fent épris,,
La regarderfouvent avec indiférence,
*3
S'appliquer tout entier à tromper lesfaloux,
Inftruirepar autruyCloris defa foufrance,
Ge font-la de l'amour les plaifirs les plus
doux.
POUR LE ROY..
SONNET.
Hérir la Paix, les Arts , laJuſtice &
CHerir
la Gloire,
Eftre Pere du Peuple, eftre Arbitre , eftre
Roy,
A tousfes Ennemisfçavoir donner laloy,
Ffurfespaffions remporter la victoire.
238
Extraordinaire
*
Grand Prince, ce font-là les traits de ton
Hiftoire,
Ces merveilles un jour ſurpaſſeront lafoy,
Aufeul Nom de LOUIS l'Aigle trem»
ble d'effroy,
Et l'on voit le Lion en craindre la mémoire..
03
Tufais récompenfer le mérite achevé,.
Abatre le Duel & le Schifme élevé,
L'Heréfie à tes yeux n'a plus l'air intrépide..
Ce Culte qu'on rendoit à defaux Iinmor
rels ,
Au redoutable Mars à l'invincible Alcide,
Eft rendu par tesfoins au Dieu de nos
Autels..
L'ANONIMEL
du Mercure Galant. 239
SUR CE QU'ON AVOIT
promis pour Prix le Portrait
du Roy à celuy qui rempliroit
le mieux ces Bours-rimez.
No
On, jen entreprens point de rimer
pour la gloire,
Gagne qui le pourra le Portrait de mon
Roy.
D'un Héros qui foümer l'Univers àfai
loy
Ilfaut une autre voix pour chanter la
Victoire..
RA
Nos Neveux étonnez d'une fibelle Hiftoire,
Afes Faitsinous n'ajoûteront point foy,.
Le feul bruit de fon Nomfait tout tremblerd'effroy,
Et des Héros paffez efface la mémoire.
Q -
n'en ferois jamais un Eloge achevé,
Je l'éleverois mains qu'ilne s'eft élevé,
24.0%
Extraordinaire
Qui peut affez vanter ce Héros intréspide?
C
Que quelque autre le mette au rang des
Immortels;
Tandis qu'il le fera plus brave qu'un :
Alcide,
Je vais à ma Philis élever des Autels,
EPITAPHE D'UN PERROQUET.
Y gift unfort beau Perroquet,
une C gravitéfansfeconde;
Il n'avoit point ce for caquet-
Qui ne fait qu'étourdir le monde..
Ilparloit agréablement,
On prenoit plaifir à l'entendre:
Et ce qu'on nefçauroit comprendre,
C'est qu'il retenoit aisément
Tout ce qu'on luy vouloit apprendre .
Il ne luy faloit qu'un moment.
Il n'eftoit point de tours d'adreffe
Qu'on ne luy viftfaire fans ceffe :
Souvent ce beau petit Mignon tr
Entroit en converfation,
a
Ett
du Mercure Galant. 241
1
Et parloit de tout à merveille;
Mais dés qu'il voyoit la Bouteille,
Ilne vouloit plus tant jaſer.
Toft, toft, difoit-il, que j'en goufte.
On nepouvoit le refufer,
Et le Drôle à tremper la croufte
Prenoit plaifir à s'amuser.
Quand il en avoit dans le cafque,
Ilreprenoitfon tonplus haut :
Iljouoit du Tambourde Bafque,
Et s'en acquitoit comme ilfaut.
Aux Belles il contoit fleurette,
Et leurdifoit la Chansonnette
Sansprendre jamais un tonfaux.
S'il entendoit la Symphonie,
Ilfoûtenoit bienfa Partie
Avec les Inftrumens d'accord.
Mais ce n'eftpoint là, quoy qu'on die,
Lesplus beaux endroits de fonfort.
Philis le chériffoit fifort,
Que je n'aurois point d'autre envie
Que de me voir apresfa mort
Ce qu'il eftoit pendantfavie.
Q. deFanvier 1685.
DIEREVILLE.
X
242 Extraordinaire
25252225255525255
SONGE D'ARISTE .
I
A PHILEMON.
Sur le Projet de la Médaille de
- BEL ESPRIT.
E ne me fouviens point Philemon
, d'avoir fait de Songe
plus agréable , que celuy que je
fis l'année derniere à .... Mai.
fon de Plaisance de M' le Duc
de .... éloignée de Paris de cinq
lieuës . Le recit en a paru fi nouveau
& fi fingulier , que je me fuis
trouvé engagé d'en faire plufieurs
Copies , pour fatisfaire les
Dames fçavantes que vous connoiffez.
du Mercure Galant.
243
La Saifon ne pouvoit eftre alors
plus agréable pour paffer quelque
temps à la Campagne , ny
le lieu où je me trouvois plus délicieux
pour en joüir. La Maifon
de ce Duc eft baftie fur une
éminence. Il y a des Jardins, des
Bois , des Plaines & des Colines,
& cette forte de décoration ne
peut eftre plus belle , parce qu'
elle ne peut eftre plus diverfifiée.
Elle prefente tantoft toutes ces
chofes enſemble à la veuë &
tantoft en particulier , & avec
tant de plaifir , que la veuë mef
me en demeure quelquefois confuſe
, ne fçachant de quelle maniere
elle doit fe divertir le plus .
Entre les beautez de cette Maifon
, on compte de tres- grandes
décentes d'efcalier , ornées de
X ij
244
Extraordinaire
baluftres , qui fe détachant ma
jeftueufement de ce Bâtiment fuperbe
, par un double rang , dé
cendent par une grande longueur
de chemin , prefque jufqu'au
bord de la Seine , qui en
ferpentant doucement , s'écoule
dans la Plaine , & par une fuite
affez lente , & par plufieurs détours
va agréablement chercher
fon lit. Comme il y a plufieurs
terraffes les unes fur les autres , les
veuës y font fi belles & fi étéduës,
que plufieurs fois elles font au
delà de la portée de la veuë même
& les dernieres femblent toûjours
eftre plus agreables & plus
charmantes que les premieres.
C'eft dans ce fejour enchanté que
j'ay fait le Songe dont vous allez
lire le recit.
du Mercure Galant.
245
peut
Je m'imaginay entendre plu
fieurs Sçavans qui difputoient enfemble
fur la connoiffance des
veritables beautez de la Tragedie.
On difoit
que ce n'eftoit pas affez
que la Tragédie fe fervift des avantures
les plus touchantes , & les
plus terribles que l'Histoire
fournir , pour exciter dans le
coeur les mouvemens qu'elle prétend
, afin de guerir l'efprit des
vaines frayeurs , qui font capables
de le troubler , & des fottes
compaffions qui le peuvent amolir.
Il faut encore , difoit on,
que le Poëte mette en ufage ces
grands objets de terreur & de pitié
, comme les deux plus puiffans
refforts qu'ait l'Art pour pro
duire le plaifir que peut donner
la Tragedie , & ce plaifir qui eft
"
X iij
246
Extraordinaire
proprement celuy de l'efprit ,
confifte dans l'agitation de l'ame
émeuë par les paffions . La Tragédie
ne devient agréable au
Spectateur , que parce qu'il de.
vient luy-mefme fenfible à tout
ce qu'on luy repréfente ; qu'il entre
dans tous les differens fentimens
des Acteurs ; qu'il s'intereſ
fe dans leurs avantures ; qu'il
craint & qu'il efpére ; qu'il s'afflige
, & qu'il fe réjoüit avec eux .
Le Theatre eft froid & languiffant
dés qu'il ceffe de produire
ces mouvemens dans l'ame des
Spectateurs , mais comme de toutes
les paffions la crainte & la pitié
font celles qui font de plus
grandes impreffions fur le coeur
de l'Homme , par la difpofition
naturelle qu'il à à s'épouvanter
du Mercure Galant. 247
> & à s'attendrir Ariftote les a
choifies entre les autres pour tou
cher davantage les efprits , par
ces fentimens tendres qu'elles
caufent quand le coeur s'en laiffe
penétrer. En effet , dés que l'ame
eft ébranlée par des mouvemens
fi naturels & fi humains,
toutes les impreffions qu'elle reffent
luy deviennent agréables.
Son trouble luy plaift , & ce qu'-
elle.reffent d'émotion , eft pour
elle une espéce de charme qui la
jette dans une douce & profonde
réverie , & qui la fait entrer infenfiblement
dans tous les intérefts
qui jouent fur le Theatre.
C'est alors que le coeur s'abandonne
à tous les objets qu'on luy
propofe , que toutes les Images
le frappent , qu'il époufe tous les
X iiij
248
Extraordinaire
fentimens de tous ceux qui parlent
, & qu'il devient fufceptible
de toutes les paffions qu'on luy
montre , parce qu'il eft émeu , &
c'eſt dans cette émotion que confifte
tout le plaifir qu'on eft capable
de recevoir en voyant repréfenter
une Tragédie , car l'efprit
de l'Homme fe plaift aux mouvemens
differens que luy caufent
les differens objets , & les diver-
Les paffions qu'on luy expofe.
C'eſt par cét Art admirable que
L'Oedipe de Sophocle ( dont Ariftote
parle toûjours comme du
modelle le plus achevé de la Tragedie
) faifoit de fi grands effets
fur le Peuple d'Athénes lors
qu'on le repréfentoit , & ce n'eft
pas fans raifon que.... Ces régles
& ces remarques font fort juſtes,
du Mercure Galant. 249
1
;
mais
interrompit quelqu'un de la
Compagnie , & l'exemple d'Oe.
dipe eft tout à fait beau
tout le Monde ne peut pas porter
la gloire de la compofition auffi
haut que les illuftres Corneilles
& Racine. Il eft quantité de jeu
nes. Autheurs & de Plumes naiffantes
, qui n'afpirent pas à la
gloire de Virgile ny d'Horace ,
mais cependant chacun d'eux a
fon talent different , & fon merite
particulier , & quoy que plu .
Leurs.Perfonnes n'ayent pas l'efprit
tout à fait fublime , ny du
premier ordre , ils ne laiffent
pas
de prétendre aux honneurs du
Parnaffe à proportion de ce
qu'on les eftime . On dit à ce fujet
que quelques Académies d'Italie
ont étably un Ordre , qui eft une
250 Extraordinaire
certaine marque d'honneur qu'on
appelle Médaille de Bel Efprit. Elle
eft d'or. Il y a d'un coſté le
Portrait du Prince , & de l'autre
la Devife de l'Académie de la
Ville . On la donne , ou l'on permet
d'en acheter à ceux , qui de
temps en temps ont fait part au
Public de quelques Ouvrages en
Vers ou en Profe ; les Dames mefme
n'en font point excluës . On
porte cette Médaille avec un
Cordon bleu paffé en Baudrier
entre leJufte-au- corps & laVeſte,
& ceux qui ont moins de vanité
la portent feulement attachée à
une
boutonniere du Jufte-aucorps
, & les Dames à l'endroit
où elles mettent ordinairement
la Croix de Diamants. On la reçoit
des mains du Protecteur de
du Mercure Galant. 251
l'Académie , avec les Lettres Patentes
qui donnent permiffion de
la porter publiquement .
Cette Médaille a de grands
priviléges d'honneur . Elle fert
de paffe -port pour l'entrée libre
dans toutes les Maifons des Princes
aux cerémonies , & aux feftes.
publiques . On doit remarquer
qu'il faut que les ajuſtemens des
habits foient d'une telle propretė
ou régularité , qu'ils ne faffent
point de tort aux Chevaliers du
Mont Parnaffe ; car nous fommes
dans un Siecle où les Sçavans qui
paroiffent indigens , n'ont pas un
accez fort facile dans la Maifon
des Princes.
Cette marque d'honneur
n'eſt
point heréditaire
, & ne peut fervir
qu'à celuy qui a merité de la
2.5,2
Extraordinaire
porter pendant la vie . Parla fuite
des temps , on peut avoir place
dans l'Académie , & l'on eft
choififans qu'il foit néceſſaire de
briguer , ny de s'expliquer fur ce
deffein . On ne connoift la pluf
part des Autheurs que de nom
& par leurs Ouvrages , & leur
viſage eft fouvent inconnu ; mais
cette glorieuſe marque de diftination
les fait reconnoiftre de tout
le monde , envier de quelques-
& eftimer des autres . Cela
fert d'émulation
à pluſieurs pour
meriter cette récompenfe
de
merite.Il feroit à fouhaiter, reprit
un autre , que cette glorieuſe Intitution
paffaft jufqu'en France.
On ne prétendroit pas tourner la
chofe en artifice , pour ufurper le
droit que plufieurs Perfonnes ont
uns ,
du Mercure Galant. 253
de porter des marques de leur
- qualité , & les Médailles de Bel
Esprit feroient formées de telle
maniere , qu'elles feroient aifément
reconnues de tout le Monde
pour ce qu'on prétendroit feulement
qu'elles fignifiaffent.
Chacun parut approuver ce
deffein , & délibera de la maniere
de dreffer un élegant Placet pour
préfenter au Roy.
Uue Etoille brillante , qui porta
fa lumiere fur mes yeux , m'éveilla
dans ce moment , & depuis
j'ay conté mon Songe à bien
des Gens qui ne defefperent pas
de la réüffite du projet , pourveu
que les beaux Efprits qui font
en faveur , y prennent part . En
effet, Philemon , l'expérience fait
voir que les chofes qui flattent
254
Extraordinaire
& la vanité , l'amour propre
troduifent aifément.
C. D. S.

s'in-
Levray fens de lapremiere Enigme
de Fevrier eftoit l'Imprimerie. En
voicy quelques Explications.
O
I.
N ne m'attrape pas deuxfois,
Galant Mercure ; l'autre mois
Fe manquay lafeconde Enigme,
Ne pouvantfaire un jufte choix
Duvrayfens que cachoit la Rime;
dis deux bons mots toutefois .
Pour la premiere Enigme aujourd'huy
j'en dis trois,
De peur de faire encorfolie.
C'est l'Encre, l'Ecriture, ou - bien l'Impri
merie;
Et c'est à ce dernier que je donne ma voix,
Mercure, fans fupercherie.
DIEREVILLE
du Mercure Galant. 252
11.
Apprenez, belle Iris, qu'on conſacre
l'Amour
Ce qu'on a de plus beau , deplus cher, de
plustendre.
Selon l'Imprimerie il n'eft point de beau
jour,
Que celuy qui nous enfait prendre.
LEGER DE LA VERBISSONNE.
Comme l'Ecriture ne convientpas
moins au fens de cette Enigme que
l'Imprimerie , j'ajoute les Explications
qui m'ont efté envoyées fur ce .
Mot.
V
III.
RONDEAU.
Ous avez tort, Galant Mercure
Contre vous un chacun murmure
Vousfupprimez nos Madrigaux.
Avoient- ils defi grands defauts,
Pourn'en donner pas la lecture?
F'envoye encor cette Ecriture;
Maisfi dans voftre procédure
256
Extraordinaire
Vous biffez auffi nos Rondeaux ,
Vous avez tort.
Nous avionsfait voftre peinture,
Nous n'en craignions point de cenfure.
Qu'y manquoit-il ? rien n'eftoitfaux ;.
Et vous effacer nos travaux.
Ce n'eft point marcher en droiture,
Vous avez tort.
GYGES, du Havre.
IV.
Ourquoy, Galant Mercure, eſtre tant
circonfpect?
Pourqu
Q'avons-nous dit quifoit fufpect?
Vous avez des égards étranges,
Vous eftes à l'excés ennemy des louanges
Quifont pour bien des Gens un Mets délicieux,
Unfifriand Repas , un Ragouft merveilleux.
Vous endonnez à tous d'une main libérale,
Et vous les refufez. Voulez- vousfaire
voir
Qu'il eft plus glorieux , comme ondit en
Morale,
5
du Mercure Galant. 257
De donner que de recevoir?
Et-bien, ilfaut vousfatisfaire.
Je me tais fur ce point , mais jefuis en co-
Lere..
Apres s'eftre efforcé de loner, quoy qu'en
vain,
Les belles qualitez d'un celebre Ecrivain,
S'il ne m'eftpaspermis de louerl'Ecriture
Et l'Ouvrage de cet Autheur,
Je lefais malgré tout , il m'agagné le coeur
Souffrez donc ce qu'en dit LA. BELL &
NOURRITURE.
V ...
DU HAVRE..
Q
Vidira qu'en ce mois le Préfent eſt
frivole,
Se trompe lourdement, c'eſt un Don pré--
cieux,
C'est un Peintre de la Parole,
Quifçait fort bien parler aux yeux,
Et donner lacouleur aux plus bellespen
fees.
eft l'Ecole des Grands, l'Etude des Pe
tits,
2. de Janvier 1685. Y
258
Extraordinaire
Le Portrait des chofes paffées,
Le Confeil des plus beaux Efprits,
Et le Tréforde la mémoire.
C'est le Trompette enfin, & l'Echo de la
gloire
Du plus grand des Mortels, l'invincible
LOUIS,
Et le Mémorial defes Faits inouis.
C'cft auffi le Portrait que nous afait Mer
cure,
Quand il nous donne l'Ecriture.
A
LA PETITE ASSEMBLEE G.
V I.
du Havre.
La plume on connoift l ' Autheur,
Le Gafconfe trouve à laBourde;
Mais Mercure, ce Dieu Voleur,
Eftfacile à conoiftre à ſa Lanterneſourde.
LA TESTE ROUSSE , du Pélican
de la Ruedes Arcis.
Meffieurs du Fey , le Sage de Falaife
, & Gauret, ont auffi expliqué
La mefme Enigme.
du Mercure Galant. 259
Voicy les Explications de la feconde,
dont le vray Mot eftoit la Lanterne
.
Q
I.
Vand le Soleilcouché dans le fein
d'Amphitritte,
Dérobe aux yeux mortels l'éclat de fon
Flambeau,
On ne difcerne plus un Louvre d'unTomebeau,
Un Aigle d'un Hibou, la Loire du Cocyte;
Onfe trouvefrappé d'un triſte aveugle
ment,
On marche en tapinois, & toujours len .
tement,
Soit qu'on entre en l'Eglife , ou dans une
Caverne;
Mais commentfe régler en cette obfcurité,
Pour marcherfans errer, & dans la fen
reté?
Imitez Diogene, ayez une Lanterne.
Y ij
'260
Extraordinaire
La fuftice permet ne s'oppose pas
Qu'afin de vous munir contre une chente
lourde,
Une bonne Lanterne accompagne vos pasz
Mais la Police veut qu'elle nefoit pas
Sourde.
L. BOUCHET, Ancien Curé
de Nogent-le- Roy.
II.
Eveux, Mercure , qu'on me berne,,
Si ton agréable Lanterne,.
Autant la nuit comme le jour,
N'eft propre pourfaire l'amour.
DAnoit
C. HUTUGE, d'Orleans.
III,
Ame Catin , cette Megere,.
Alloit l'efprit plein de colere,
Chercher Crispin de toutes parts;
Mais en vain, tout le jour elle pefte , elle
gronde
Et vingt fois le long des Ramparts :
Elle va, vient, & fait la ronde,,
dis Mercure Galant. 261
Enfuretant de l'oeil par tout,
Sans en pouvoir venir à bout.
Enfin la nuit arrive, & fe fait bienplus
noire
Que nefont les habits d'un . Lifeur de
Grimoire,
Celane fuffit pas encor pourl'arrefter;
Quoy que toutelafſe, & recruë,
On la voit encor s'apprefter,
Afin d'aller de ruë en rue
Découvrir où le drole auroit pû fecachers
Et prenant en main fa Lanterne
Elle va derechefchercher
Sans oublier nulle Taverne ..
Elle le trouve enfin dans un lieu reculé ,
Plus penaut qu'un Fondeur de Cloches
Et luy donne au moins vingt taloches
Qui le rendent tout defolé..
Elle luy fait mille reproches,
L'appelle Yurongne, franc Coquin,
Scelerat , Gourmand , Sac à vin,
Et letraitant à toute outrance,
Luy dit que pour emplirfa pance:
Hemporte tout ce qu'elle a..
262 Extraordinaire
Mais enfinfon ire's'appaife
Apréscinq ou fix coups de Vinchand
commebraize
Qui par hazard encorſe rencontrerent là,,
Puis regardant Crispin , elle dit, bonne
lame
Lors que tu vas au Cabaret
Que ne prens-tu ta pauvrefemme?
Ce feroit l'uniquefecret
Pour éviter toute querelle;
Nefçais-tu pas que ta Catin
Net'a paru jamais cruelle
Quand dans le tefte à tefte elle a ben de
bonVin?
IV .
C'Eftaimerfoiblementd'aimerſansjalonfie.
Sans raison quelquefois une ame en eft
faifie,
Mais quelquefois auffi l'on ne fe trompe
pas,
Quand le coeur eft épris d'un objet plein
d'appas.
Le Berger Alcidonremply defa Mai
treſſe
du Mercure Galant.
263
Soupçonnant qu'un Rival partagefa tendreffe,
Voulant s'en éclaircir aformé le deffein
D'examiner de prés quel ferafon deftin.
Je veux, dit le Berger, me mettre enfentinelle
Auprés dela Maifon d'Iris mon Infidelle ..
Je m'y rendray de nuit, car c'eft dans ce
moment
Que pour cacherfaflame on reçoit un
Amant,
J'auray pour me conduire une Sourde
Lanterne
Si je ne la ſurprens, je veux que l'on me
berne.
DE LA GIRAULDIERE
Ruë Maubué .
V.
PEndan Endant ce dernier Carnaval,
Il prit envie aux Dieux d'aller courir le
Bai,
Déguifez (cela vafans dire)
"
264
Extraordinaire-
Mais déguifez tous fi grotesquement,
Qu'eux- mefmes du déguisement:
Ne purent s'empefcher de rire.
A
Jupiter eftoit en Bourgeois ,
Avec un Habit noir, un Collet à Dentelle;
Momus eftoit enVillageois,
Et. Phébus en Joueur de Vielle;
N'estoient - ils pas bien déguiſez tous
trois?
Jupiter voulut que
Mercure
Fuft de ce Divertiſſement.
On l'avertit, il s'en vint promptement:
Il cherchoit un Habillement,
Quand Momus avec luy dit qu'il feroit
gageure,
Que malgré fon déguisement
On le reconnoiftroit , rien qu'à voirfon
allure.
Vous vous trompez, luy dit ce Dieu ga--
lant;
Vous leverrez dans un moment.
Ilretournafon Pourpoint de peliffe,
Il
du Mercure Galant. 265
Il mit un Bonnet de Dragon;
Ilprit la Culotte d'un Suife,
Qui luy venoit jufqu'au talon;
'D'Encre ilfe barbouilla tout le bas du
vifage,
Son Bonnet cachoit tout le haut,
Ilportoit la Lanterne, ou le Flambeau
plûtoft.
C'eftoit- là toutfon Equipage,
Et c'eftoit autant qu'il enfaut
Pourne fe pas faire connoiftre.
Par tout les Dieux furent reçûs,
Partout ils furent reconnus,
Mercurefeul ne le put jamais eftre.
Le Rival du Charbonnier
Quela
V I.
de Rheims .
Ve la diffimulation
Eft en vogue à préfent parmy les Politiques,
Chacun en affermit les meilleures pratiques
Q. deJanvier 1685.

266 Extraordinaire
Parte qu'elle a beaucoup de rapport , du.
nion
Avecque la prudence , & d'autant qu'elle
cache
Nos entreprises, nos defirs,
Nos affaires, nos déplaifirs
Mefme quoy qu'une injure extrémement
nousfache,
Avecelle on attend l'heure defe vanger
Et l'on fçait bienfe ménager.
O la bellefcience , & la plus ordinaire,
Sçavoir de toutfaire myftere,
Qui des plus grands deffeins aisément
vient à bout!
Ah! qu'il eft de ces Gens qui cachent leur
lumiere .
Et font dire qu'on voit ( ce que je ne puis
taire)
Des Lanternes fourdes partout.
SH
GIGEZ , du Havre.
VII.
is
Ij'aime lescouleursfunebres
Tu ne dois pas t'en étonner ;
Sans la nuit & Jans les tenebres
du Mercure Galant. 267-
Je n'ay point d'aide à te donner.
Cette aide eft pourtant inégale,
Sijefuisfourde elle eftfarale
Aux lieux où Themis a grand coursš
Mais hors de là, malgré Borée
Qui fouvent ma perte a jurée von
La Lanterne eft d'un grand fecours.
L'INSENSIBLE DE MONTALTE.
T
VIII.
* Ircis me juroit hier qu'ilm'aimeroit
toujours,
Et cependant l'Ingrat me difoit une
bourde;
Je l'ay veu cette nuit avec d'autres
amours,
Aux penetrans rayons de ma Lanterne
fourde.
LEGER DE LA VERBISSONNE.
L'A
I X.
Autre jour entre Chien & Loup,
Commeon fçait, à telle heure on ne voit
pas beaucoup
Z ij
268..
Extraordinaire
Le Galant & divin Mercure
Me fit voir une Enigme obfcure,
Voyez comme ilprenoit fon temps.
Bien loin d'en deviner lefens,
Apeineje pouvois difcerner l'écriture,
En un mot je n'y voyois pas
Nonplus que dans une Caverne,
Mais pour me tirer d'embarras,
Par bonheur à cinquante pas
Je vis paroistre une Lanterne .
Je feeus m'en approcher, & quandjefus
tout prés,
Je lus facilement Enigme,
Et fans trop refverfur la Rime,
Fen découvris tous les fecrets.
T
X.
DIEREVILLE.
E gage mon Tablier,
Et veux que l'on me me berne
Sil Enigme de Fevrier,
N'eft pas une Lanterne .
LA PRINCESSE D'ALCLEON.
du Mercure Galant. 269
Ji
XI.
Ay découvert la verité
De cette docte obfcurité
Et je confens que l'on me berne
Si ce n'eft pas une Lanterne .
DROUET, Curé de S. Nicolas
au Mans.
Ceux qui ont trouvé ce mesme Mot,
font Meffieurs de l'Hospital , Lieute
nant au Grenier à Sel ; F. le Vaffeur
Cadet , Mathematicien ; P. Carrier,
de Rouen ; Foly , de S. Bonoist de
Beauvais ; F. Francard ; La Croix,
des Gobelins ; Dês Portes ; Teftards
Baco ; Ponier ; P. D. de Blais ; Le
Cadet de Breteuil , de la vieille Ruë
du Temple ; De la Faye ; T. Gaudeloup
; Il Conte Domenigo de Charloiis
; L'Oedipe de la Rue des Lavandieres
; L'Olivier de Peronne ; L'AZ
iij
270
... Extraordinaire
mant de la Belle Anceaume ; L'Abbé
Romieu ; Le Gardien de la Belle Clai-
" &Son ron ; l'heureux Galopin
aimable future Galopine. MefdemoifellesNanon
Chefferet ; Niares; S. Blimont
, & Biffard ; Les Belles de la
Ruë S. Denis ; la Femme fans regret;
& la Compagnie du R. de S. Germain
en Laye.
Fe finis par ces Explications fur
les deux Enigmes .
I
I. $
E receus hier voftre Mercure,
Il est d'un bout à l'autre admirable
charmant;
Mais voftre invisible Ecriture
Bien loin de me caufer du divertiſſement,.
Me rendit fort mélancolique,
Aforce de refuer, mais par un grand bonbeur,
du Mercure Galant.
270
Voftre Lanterne énigmatique
Me redonna ma belle humeur.
M
B. GRIMAUDET . de la Rue
du petit Lion.
II.
Ercure, fi c'eft vous déplaire,
Que d'applaudir fansfeinte ny fans fard
A ce qui vient de vostre part,
Je m'en vaisfaire le contraire.
*3
Ab, bon Dien, les chétifs Préfens
Que vous nous avezfaits , & qu'ilsfont
déplaifans!
Le premier eft une Muette,
Lefecond une Aveugle, & Sourde bien ?.
Souvent,
Qui nous aveugle au moindre vent,
Une Inconftante, une Indifcrete ,
Qui nous montre par tout, jufqu'en noftre
Maiſon,
Des Cornes comme un Limaçon.
Celle-là paroift noire ainsi que l'Ecriture,
Z iiij
272
Extraordinaire
Celle-cy n'a pas plus d'attraits
Qu'une vieille Lanterne, elle en a tous les
traits. 1
Quels Préfensfont- ce-là, Mercure?
LA BELLE NOURRITURE
III.
du Havre.
SAns eftre un Oedipe, un
Prophete,
Dans la premiere Enigme on trouve une
Muette,
*
Quife fait d'un chacun tres -fouvent careffer,
Dont le plus fcrupuleux ne sçauroit ſe
paffer.
C'eft unprodige de Nature ;
Sans crier elle peut, admirable pouvoirt
Sefaire entendre aux Sourds. N'est-cepas..
l'Ecriture?
Pourlafeconde, ilfaut avoir
L'imagination bien épaiffe & bienlourde,
Pour n'y pas découvrir une Lanterne
fourde.
LA PETITE ASSEMBLEE G.
du Havre.
du
Mercure Galant. 273
I V.
Sai ne
travaillezque pour vous, Cavans
Efprits, Hommes
capables,
Qui
Qu'avec vos beaux talens vous faites de
jaloux!
Vous les laiffez enfriche, & vous eftes
coupables.
Vous qui cachez voftre Flambeau,
Et le mettezfous le Boiffeau,
Commedit la Sainte Ecriture ;
Vous qui nefaites jamais rien
De ces grands Dons de la Nature,
Dont on peut faire tant de bien,
Vous eftes une Hapelourde,
Qu'on ne met point en oeuvre ; une molte
langueur
Que vous devez bannir, vous ôte la vigueur,
Trop bien l'on vous appelle une Lanterne
Jourde.
Toutefombre qu'elle eft, elle éclaire pourtant;
Vous ne voulez pas cependant
274
Extraordinaire
Faire voir autant de lumiere,
Et vous la cachez toute entiere.
Vous eftes des Livresfermez
Qu'on nesçauroit ouvrir, Docteurs inanimez.
GYGES, du Havre.
V.
Cont
Ontre vos promeffes, Mercure,
De ne pas propofer deuxfois
D'Enigmes fur les mots dont on cuft fair
le choix,
Nous trouvons pourtant l'Ecriture
Dans la premiere de ce mois;
Et mefme encor chacun murmure,
Que vous donnaftes la lecture
D'une Lanterne en l'an fix cens quatrevingt-
trois;
Mais enfin voicy le miftere,
Woftre deffein eftoit de nous embarraffer
A rechercher des Mots d'un autre caractere
Que ceux où dans ce temps nous aurions:
pûpenfer.
du Mercure Galant. 275
CE
V I.
E n'eft pas d'aujourd'huy qu'on
fçait, Galant Mercure,
Que vous eftes un Maistre en l'art de
l'Ecriture ,
Et que nul ne vous paffe en ce charmant
talent;
Maisje fuis étonnée , & j'ay de lafurpriſe
De vous voir faire Marchandise,
Vous, un Dieu qu'on tient opulent,
Et que lefçavant Rault, & vous, dans la
Taverne
Vous alliez vendre une Lanterne
A de miférables Mortels,
Qui tous vous doivent des Autels.
Qu'elle foit belle & claire, & que chacun
L'eftime,
Enfin cela n'empefche pas
Que l'on ne vous impute à crime;
De vous voir un employ fi bas.
SYLVIE, du Havre..
276
Extraordinaire
Q
VII.
Vi ne vous connoiftroit fous l'habit
de Sofie?
Mercure, de nouveau le cherchez- vous
encor,
Pendant que Jupiter d'une amoureuſe
envie
Vachercherquelque Alcméne, ainſi qu'au
Siècle d'or,
De peur que ce Manant n'aille avec fa
Lanterne
Troubler lesjeux, les ris, & les contentemens
Que recherchent tous les Amans
Dans le temps qu' Amour les gouverne?
Mais fçachez qu'en ce jour vos foins font
Superflus.
Comme l'on ne voit plus d ' Alcméne,
Iln'est plus de Sofie ; ainſi donc c'eſt abus:
Devous déguifer avec peine.
Faites un peu réflexion
Que l'on nefait plus tant d'affaires
Afin de réüffir aux Amoureux miſteres,.
du Mercure Galant. 277
Comme l'on enfaifoit au temps d'Amphitrion
;
Quatre mots d'Ecriture enfinfont plus
d'avance,
Avec quelque Bijon nouveau,
Que d'un Mary la reffemblance,
Fuft-il mefme de tous estimé leplus beau .
LA PETITE ASSEMBLEE A.
du Havre.
Les deux Enigmes ont efféauffi expliquées
par Meffieurs le Baron de la
Glaciere d'Ecuelle ; Vermolet , de
Dourlens ; Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné ; Sorbiere , Banquier
de la Rue des cinq Diamans i
& par Mefdemoiselles le Vaffeur,
Fille de M le Vaffeur , Avocat à
Amiens Angelique Mortier , &
l'Orpheline.
Voicy encore deux Explications fur
les Enigmes de la Vigne Vierge,
278 Extraordinaires
de la Cerife. Elles font de Mle
Boullenger de Rouen.
15
I.
E mefais un plaifirinfigne
De parler de la chaſteté,
Et j'aime la Virginité
En autre lieu que dans la Vigne.
II.
N Cuifinierje me déguiſe
Au temps de la belle Saifon,
Quand je traite dans ma Maiſon
Je fais lafauffe à la Ceriſe.
Quoy queje vous aye déja envoyé
quelques Traitez fur la Pierre Philofophale
, la Lettre qui fuit est pleine
de Remarques fi particulieres , queje
fuis perfuadé que vous la lirez avec
beaucoup de plaifir.
du Mercure Galant. 279
5555 5552 $ 5255 522
LETTRE
DU BERGER FLEURISTE
A LA BELLE CURIEUSE
DES AMBARS,
Sur la Pierre Philofophale.
Q
Uoy , Madame , vous m'or
donnez de vous apprendre
ce que je penfe de la Pierre Philofophale
, & c'eft fans raillerie
que vous vous adreſſez à moy
fur un fujet de cette nature ? En
verité je vous trouve admirable
de toutes manieres. S'il s'agiffoit
de vous entretenir de fleurs , oụ
280 Extraordinaire
de vous conter fleurettes , peut.
eftre m'en acquitterois.je aflez
bien , mais comment ferois - je
pour vous parler de la multiplition
des grains d'Or ou d'Argent
, moy qui n'ay jamais vê
arriver que de la diminution au
bien que mes Parens m'avoient
laiffé , & quel commerce peut
avoir la ſcience des Parterres &
des Galanteries , avec celle des
Mines & des Métaux ? Est- ce à
cauſe que l'Or eft le Fils du Soleil
, comme les Fleurs en font
les Filles , ou que vous croyez
qu'un Galant eft obligé d'eftre
univerfel , & doit difcourir de
toutes chofes ? Il y a trop loin
de la ſurface au fonds , & de la
Bagatelle au Secret le plus important
du monde . Néanmoins
du Mercure Galant. 281
Vous commandez , & il eft de
mon devoir d'obeïr. Je vais donc
fatisfaire à vos ordres ; mais je he
réponds pas que ces grands Prometteurs
de Monts d'Or , qui ne
donnent que de la fumée , loient
d'humeur à avouer les veritez .
que vous allez lire.
Il y eut anciennement en Egypte
un fameux Monarque appel.
lé Hermes , ou Mercure , & furnommé
Trismegifte , ou trois fois
Grand , à caufe qu'il eftoit grand
Philofophe , grand Pontife , &
grand Roy. Les Chercheurs de
Pierre Philofophale fe font avifez
de publier que c'est le pre
mier Autheur de leur Art ; &
pour ne pas laiffer cette allegation
fans preuve, ils content qu'ili
eut fin d'en faire graver le Se-
2. deJanvier 1685. Aa
282 Extraordinaire
A
cret fur une Emeraude , qu'on
trouva plufieurs fiecles aprés fa
mort , dans une foffe obfcure où
il eftoit inhumé , à la maniere
de fon Païs , que c'eft de cette
Emeraude qu'ils ont tiré la copie
de cet important Secret qu'an
voit dans leurs Livres , & que·
de ce grand Homme leur eſt:
venu le nom qu'ils ont pris de
Philofophes Hermetiques..
J'ay lû ce Secret dans l'Hortulain
, ou le Jardinier , l'un de
ces Philofophes , & il eft en
beaucoup d'autres ; mais on a
beau le lire, on n'en devient pas
plus fçavant . Il n'y a que les circonftances
d'un fait qui foient
apibles de nous en inftruire , &
n n'en voit là au cune. Ce ne
ont que des termes genéraux ,
du Mercure Galant. 283
aufquels on peut donner cent fortes
d'explications . Jamais Oracle
ne fut fi ambigu. Iln'eft donc pas
à préfumer qu'on ait jamais pris
la peine de graver ſur une Pierre
préticufe , des paroles fi vaines,
& fi inutiles à l'inftruction des
Hommes ; ny qu'elles foient ja,
mais forties de la bouche d'un
auffi grand Genie que Trifmegifte.
Elles font de l'invention de
quelque Refveur oifif, pour en
amufer d'autres , & pour leur
faire perdre encore plus de temps
qu'à luy . Ce qui eft en bas , eft com.
me ce qui eft en haut , dit- il , &
ce qui est en baut comme ce qui eft en
bas. Comme toutes chofes font venues
d'un par l'entremise d'un ; ainfi tou .
tes chofes font nées de cette feule cho
fe . Le Soleil en eft le pere ; la Lune 2
Aa ij
284
Extraordinaire
la mere ; la Terre , la nourrice ; & le
vent l'a porté dans fon ventre. Le
refte eft du mefme ftile...!!
Jugez , Madame , du profit
qu'on peut tirer de cette lecture ;
& comment on pourroit faire
pour changer la deffus les moin
dres Métaux en Or ou en Ar.
gent , fuivant l'inſtruction de ces
Philofophes.
L'Ecriture de l'Emeraude eft
donc un Conte pareil à celuy
qu'ils font de la Toilon d'Or ,
qu'ils foûtiennent n'avoir eké
autre chofe que le meſme Secret
écrit fur une peau de Mouton.
Quant au nom d'Hermetiques
qu'ils prennent, & qu'ils donnent
à leur Philofophie , il ne vient
non plus de Trifmegifte que de
Pharaon. Il leur a efté imposé à
du Mercure Galant.
285
caufe que la plufpart d'eux tra
vaillent fur le Mercure ; qu'ils
difent que les Sages trouvent dans
le Mercure tout ce qu'ils cherchent;
& qu'ils ne prefchent autre chofe
que leur Eau féche qui ne mouil
le point les mains , c'eft à dire,
leur Eau Mercurielle , Mercure
en Latin eftant la mefme chofe
qu'Hermes en Grec ou en Egyptien
, & que Vif. Argent en
François.
-
C
Laiffant donc à part ces chimeres
fondamentales des Hermetiques
, je vais vous expliquer
fincerement ce que je juge de
leur vifion fateufe de fon ori
;
gine , & de la manière dont ils
en ont écrit .
H eft naturel de croire avec
facilité les chofes qu'on defire
286 Extraordinaire
avec ardeur. Quelques Curieux
fe mirent autrefois dans l'efprit,
que la vertu de fè multiplier
eftoit une vertu commune aux
trois Regnes de la Nature ; &
qu'elle appartenoit auffi bien
aux Mineraux , qu'aux Animaux
& qu'aux. Vegetaux ; & mefme
que comme elle eftoit plus
grande dans ces derniers que
dans les Animaux ,, les Poiffons
peut eftre exceptez , elle
l'eftoit auffi davantage dans les
Mineraux que dans les Vegetaux .
Ils obfervoient enfuite que la
multiplication des Vegetaux fe
faifoit de cette maniere ; qu'un
grain de Froment , par exemple,
eftant femé dans une terre feconde
, changeoit une partie de
Gette terre en fa propre fubftandu
Mercure Galant. 287
ee , je veux dire , en d'autres
grains de froment, en forte qu'un
feul grain produifoit quelquefois
jufqu'à vingt Epis , qui portoient
chacun foixante grains , ce qui
en faifoit douze cens. Puis ils
penferent qu'un grain d'Or étant
mis dans une matiere métallique,
comme dans du Vif- Argent ,
dans du Plomb , ou dans quelque
autre Métal , il pourroit auffi
changer une partie de cette matiere
enfa propre ſubſtance , c'eft.
à dire , en d'autres grains d'Or,
avec une multiplication . encore
plus grande , que celle du grain
de Froment. Sur cette imagination
ils chercherent.dans les Mines
& dans les Torrens , de petits
morceaux d'Or pur , comme les
plus propres à leur deffein , & les.
288 Extraordinaire
ayant fait fondre , ils les jetterent
dans du Vif- Argent échauffé ,
ou dans du plomb fondu , fe
perfuadant que la grande chaleur
dont l'un & l'autre Métal
eſtoient animez , produiroit en
peu de momens , ce qui n'arrive
qu'en beaucoup de mois dans les
Vegetaux , mais ayant reconnu
que quelque efpace de temps.
qu'ils laiffaffent en fufion le grain
d'Or dans la matiere métallique,
il ne faifoit pas plus d'impreffion
fur elle , qu'une goutte de vin ,
ou plûroft, qu'une goutte d'huile
en fait fur l'eau où elle eft mife,
ils jugerent alors que la vertu
multiplicative des Méraux eftoit
captive ou endormie dans la dureté
de leurs corps , & qu'il falloit
trouver un moyen de les
ouvrir
du Mercure Galant. 289
ouvrir à fonds pour l'éveiller &
pour la faire agir , & là - deffus ils
eurent recours à tout ce qu'ils
s'imaginerent de plus propre
pour produire cet effet fur l'Or
& fur l'Argent , qu'ils appellent
Métaux parfaits , afin de les multiplier
enfuite dans les autres ,
qu'ils nomment Imparfaits.
:
Si quelqu'un d'eux réüffit dans
la recherche de ce moyen , c'eft
une queſtion bien douteuſe . Quoy
qu'il en foit , chacun s'eft vanté
de l'avoir trouvé , & en a écrit
comme d'une chofe feure ; &
ces moyens que chacun a inventez
felon l'inſpiration de fa
raifon , font la fource & le fujet
de tous les Livres des Hermetiques.
Mais comme tous ces Philo .
Q. de Janvier 1685. Bb
1290 1 * Extraordinäireh
&
Hophes , depuis de premier julqu'au
dernier craignirent que
sils expliquoient trop clairement
ces Moyens our Methodes , ils
nec fuffent reconnus pour des
Fanfarons & pour des Impofteurs
, par ceux qui les mertroient
en pratique ,pils lescont
debitez de trois manieres également
differentes. L'une , c'eft de
les avoir rapportez fans circonſtances
, & en des termes fingeneraux,
qu'on n'en peur recevoir
aucune inftruction uainfunqu'a
fait leur faux Trismegifte . L'autre
, c'eſt de les avoir expliquez
avec des paroles : fi obfcures & fi
équivoques , qu'on n'eft jamais
-affuré d'avoir penetré leur pen-
-fee ; ainfi qu'a fait la Tourbe des
Philofophes , & le dernier , c'eſt
du Mercure Galant. © 291
C
-de les avoir accompagnez de
stant de repetitions & de tant de
s particularitez qu'il eſt impoſliable
de ne pas manquer à quel
a qu'une dans l'execution , ainſi
qu'a fait Remond- Lulle.
0
3
C'eft neanmoins par ces trois
Sartifices que leur réputation ſe
fe
-maintient. Ils l'acquierent par
quelques trompeufes apparences,
par quelques tours de main & de
foupleffe , ou par quelques faux
témoignages de gens apoftez ,
dont ils prirent pour duppes les
perſonnes de leur temps , & ils
Sla confervent par la folle créanice
qu'ont celles du noftre , que
ailemauvais fuccés de leurs épreu
-ves vient de leur peu d'intelliagence
, ou de leur peu d'exactitude
, & non pas de ces indignes
Bb ij
292
Extraordinaire :
Maiftres dont ils fuivent les en-
X
feignemens.
L'Efprit de Menfonge annonce
quelquefois la verité malgré luy,
par une force celefte ; & c'eft
fans doute par ce mouvement &
par cette force , que quelquesuns
de ces Hermetiques ont affus
ré que le Secret de leur Pierre
un Don de Dieu qu'il diftribuë à qui
il luy plaift. Ce qui nous apprend
en mefme temps qu'on n'en doit
pas attendre la connoiffance de
la lecture de leurs Livres ; & que
c'eft temps perdu que de s'y
amufer , parce qu'ils ne font
pleins que de leurs imaginations ,
& n'ont rien de réel & de veri
table.
Si quelqu'un d'eux avoit receu
ce don de Dieu , il n'en auroit
du Mercure Galant. 293
d
""
pas abufé , il en auroit fait part
aux autres Hommes d'une ma
niere obligeante , je veux dire
claire & nette , & n'auroit pas
eu la malice de le cacher fous
tant d'embarras & d'obfcuritez,
que fa pratique caufaft la ruine
de mille & mille Familles , com
me il eft arrivé. La nature du
bien eft de fe communiquer ; &
L'on eft trop heureux & trop
glorieux d'avoir efté le premier
Inventeur d'un Secret , ppur ne
s'en pas faire honneur. Il en auroit
du moins ufé comme celuy
qui a trouvé l'Invention du Fer
blanc , lequel aprés en avoir fait
toute fa vie , a laiffé à fa pofterité
fon Secret avec le foin d'en
faire , ce qui s'execute encore
Bb iij
294
Extraordinaire
a
aujourd'huy à l'avantage de tour
*
te la Terre. velso sup squ97
Ne foyons donc pas fi credus
les que de nous perfuader que
tant de Livres que nous avons de
andel
la Pierre Philofophale, foient au
tant d'Enigmes & d'Emblêmes
de
ce grand
Secret
.
Borel
dans
J
fa Bibliotheque Chimique sen
rapporte deux ou trois mille
imprimez ou manufcrits. Yastil
lieu de croire que tant d'Auteurs
ayent fceu l'art de faire de l'Or
Ils en écrivent neanmoins les
uns comme les autres ; & Pon ne
peut diftinguer celuy qui ment
le plus , de celuy qui ment te
moins , que par la groffeur de
leurs Volumes. S'il eft veritable
qu'un Secret ceffe de l'eftre , des
que trois perfonnes en ontla
du Mercure Galant. 295.
connoiflance , il y auroit longtemps
que celuy cy feroit divul
gué par toute la Terre , fi dans
ce prodigieux nombre d'Ecri
vains , ilyen savoit feulement
eu trois ou quatre qui l'euffent
feeu. Il feront véritablement aujourd'huy
, comme difent la pluf
part de ces beaux Meffieurs
L'ouvrage des Femmes , & le Jeu
des Enfans & quand bien mêine
l'execution en feroit difficile , il
faudroir qu'elle le fuft beaucoup,
felle n'épargnoit pas aux Efpagnols
les Voyages des Indes.
Le moyen donc de n'eftre pas
trompez , c'est de prendre tous
ces Livres pour des Romans qu
nous flatent du coſté de l'Avarice
, comme, les Romans ordi
maires nous chatouillent du côté
Bb iiij
296
Extraordinaire
de l'Amour. Sans cet attrait du
-bien , il n'y auroit point de Livres
plus au rebut que ceux- là ,
tant ils font ridicules dans leurs
expreffions & dans leurs myfteres.
Mon Fils , difent - ils à un
-Pape, ou à un Empereur, Au nom
-de la fainte & indivifible Trinité.
Enfumez les trois Rois , c'eft à dire ,
noftre Soulphre , noftre Sel , & noftre
Mercure. Belle explication qui
éclaircit admirablement bien le
Texte : Dans un Palais à double
muraille , c'est à dire , dans une
Phiole ou dans un Fourncau. Beau
rapport de l'un à l'autre Ils.
déguiſent ainfi leurs obfcuritez
par d'autres , & les chofes tes
moins myfterieufes par de vains
myfteres. Quelles extravagan-
9
ces ?
du Mercure Galant. 297
Il auroit efté bien plus à propos
& plus à fouhaiter , que tous.
ces Auteurs euffent fait des dé
clarations intelligibles , exactes
& finceres , des Méthodes qu'ils
ont inutilement obfervées pour
parvenir à la multiplication des.
Métaux parfaits , que de s'en
faire à croire , & que de nous
abuſer. Du moins fçauroit. on les
routes qu'il faut éviter , on en
tenteroit de nouvelles ; & les
Curieux ne tomberoient pas aujourd'huy
dans les fautes que
mille autres ont déja faites . Mais
il n'y a que de la vanité & de la
mauvaiſe foy parmy les Hommes
, ny rien à efperer dans cet
Art, à moins que d'eftre éclairé
par le Pere des lumieres & par
le Maiftre des . Secrets , je veux
298. (Extraordinaire

dire par le Seigneur, 19b1aoob
Sifonc , Madame , quelquesuns
de vos Amis afpirent à faire
cette Pierre qui n'eſt pas Pierxes
qu'ils s'adreffent à Dieu pour en
obtenir la connoiffance , qu'ils
obfervent la Nature pour en
fçavoir les voyes , & fur tour ,
qu'ils prennent garde que leur
dépente en cet Ouvrage n'aille
pas plus loin par année , que
les Aumônes que chacun d'eux
eft obligé de diftribuer fui
vant fa condition aux Pauvres
de la Paroiffe. C'eft là
lairegle des Sages dans une
entrepriſe où l'on ne travaille
qu'à l'aveugle , où il eft incertain
que Dieu nous falle la grace de
nous laiffer réuffi , & où, tang
de Curieux fe font abilmez, faute
du Merture Galant.
de garder de meſure. Patép
conduite les plus Riches potent
faire plufieurs épreuves à la fois ,
& les moms Riches le contènterǝ
d'une ou de deux . bip
La plupart des Hermetiques
difent qu'une Once d'Or pur
fuffit pour la matiere? On en
peur factifier quatre ou cinq fois
autant pour les frais , & c'eft plus
que la façon ne demande .Je fçay
bien que fi l'on confulte ces Mia
ferables qui meurent de faim , &
qui fe vantent pourtant d'avoir
le Secret de s'enrichir , & d'en_779
Fichir les a on fera bien!
d'autres dépenfes , mais il ne faur
non plus croire cesignorans Fanfarons
, dont le malheureux état
dément ficlairement les paroles, *
E que les Romans des Hermetis
300
Extraordinaire
ques , dont les vains myfteres ne
cachent que des Fables .
Il y a quelques années qu'un
de mes Amis acheta d'un artiſte
Etranger un Manufcrit Latin de
ces Meffieurs , qui venoit de
Dannemarch , & mefme du La
boratoire du fameux Tico - Brahé,
à ce qu'on difoit, Tico- Brahé ,
Madame , eftoit un Prince de ce
pays là , qui vivoit en l'autre
fiecle , & qui ne fut gueres moins
attaché à la Chimie , qu'à l'AL
trologie , où il excella . Il y avoit
dans ce Manufcrit beaucoup de
Secrets affez curieux, & un entre
autres intitulé , Le Grain Métalli.
que qui croift au centuple. Une par
tie de ce fecret eftoit écrite en
chiffres , & eftoit demeurée inconnue
à l'Artiſte . Mon Amy me
du Mercure Galant.
301
pria de la déchiffrer , fi je pou
vois ; je m'en donnay la peine,
& j'en vins à bout ; mais temps
perdu. Nous connúmes que ce
Secret reffembloit aux Motres de
Geneve & aux Armes de Forest,
dont les plus mauvaiſesfont d'or
dinaire les plus embellies, Ce
n'eftoit qu'un nienfonge revétu
de mysteres , pour mieux duper
les innocens . Ainfi les Hommes
fe plaisent à exercer leurs malices
fur leurs femblables ; & s'il
eft vray de dire qu'un des grands
articles de la Sageffe , foit de ne
I croire perfonne , c'eft principa
lement à l'égard de ceux qui nous
promettent de nous faire acquerir
de grandes richeffes en peu
de temps par des voyes juftes .
Voilà , Madame , ce que je
3023 Extraordinäise
penfe de ce Sujer. Si pourtant
vous en avez d'autres fentimens,
& que quelqu'un de vos Amis ,
veüille travailler fur les Memoires
du mien qui eſt mort , qui
paffoit pour Sçavant dans l'Art ,
& qui m'a laillé un écrit de fa
main , intitulé , Le grand Oeuvre,
oû rour
eft expliqué fans dégui.
fement , fans equivoque , & avec
toutes les circonftances neceffai .
res , je vous l'envoyeray volontiers
n'ayant rien de réſervé
pour une Perfonne comme vous ,
dont les aimables qualitez meri.
tent fi bien l'eſtime , l'affection ,
& les fervices de tout le monde,
& principalement ceux , Madamé
, du Berger Fleuristes A. }
du Mercure Galant. 3303
LACORNEILLE
omDE'PLUMEE
257 TO 15HISVEITSHMUSY
jup , mom pABLENG UD 157 .
UNe Corneille ambitieuſe,
Et qui mefloit à fon ambition
Un autre dangereux poifonos fo
Car elle effoit fort amoureufe
D'un jeune Paon qu'elle trouvoitfort
-161 beau,
- Mais qui par un malheurpour elle,
SysNe la trouvoit point du tont belle.
Geraccident n'eft pas nouveauss ser
L'Amour est un petit Barbare,
Qui par caprice unit, fepare,
Et de deux coeurs bleffe , dit- on,
L'un d'une Fleche d'or, l'autre d'une dé
plomb .
Noftre pauvre Corneille eftoit donc bien à
plaindre,
D'avoirpour lagrandeur unfot enteftement,
304
Extraordinaire
Et de pouvoir justement craindre
D'aimerfort inutilement.
Unfeul de ces deux maux feroit tourner
la tefte;
Auffi la malheureuſe Befte,
Pourvouloir s'agrandir, & pour vouloir
aimer,
Sentoit des maux qu'on ne peut exprimer;
Et comme d'eftrefeulfoulage,
Ellepritfon vol un beau jour
Dans unfombre & petit Boccage,
Pourmieux refver à fon amour.
Là, pleine defoucy, chagrine, défolée,
Ellefit de chaque Arbre un defes Confidens,
Luy découvrit fesfeux ardens;
Mais apres quelques tours d'allée.
Plufieurs plumes de Paon luy frapérent les
yeux;
Cefutpour elle un trésor précieux.
Elle croit pouvoirfatisfaire
Son ambition, fon amour.
Béniffant donc cet heureuxjour,
du
Mercure Galant. 305
Et méprifantfon habit ordinaire,
Elle amaffe foigneufement
Ces plumes, & s'enfait un riche ajufte--
ment.
Apres qu'ellefe fut de laforte parée,
Et quelque temps confiderée,
Elleva fe fourrer parmy les autres Paons
Ceftoi ungrandplaisir devoir fa conte
nance. R
Tous rirent bien, comme ) êpenſe,
Sur fon plumage noir voyant tous ces
brillans
1
Mais enfin chacun d'eux, piqué de l'info-
A
lence,
al se jetta furfon pauvre
corps,
Que malgré
tousles vains efforts
L'on
accommoda
d'importance
.
On luy reprit tout l'ornement
,
Mais on lefit violemment
Et je fuis bien trompé fi jamais la Cor---
neille
S'avife defourbe pareille .
It eft plufieurs Corneilles aujourd'huy,,
2. deFanvier, 1685, Cc.
For
ordinibrati
traordin
&
Qui fe parent du bien d'autruy.
Gente Dame enbeauté pindade
veille,
Pour qui tant de Sotsfont des voeux,
Reprenez luy or fauxcheveux,
Son blanc,fon vermillon , n'eft plas qu'une
a raid twis
Corneille
.
Cet Homme en fon éclat plus orgueilleux
qu'un Paon,
940
Et dont le revenu d'un anno kat
Eeroit d'un autre la richeſſe,
Reprenez-luy ce qu'il aprise
Par violence oupar adreffe,
** *N'eftplus qu'un Gueux dans le mépris,
Ce Rimeur affamé de louange & de gloire,
Et qui, fil'on voulons
le croire,
Et le mieux fait des beaux Efprits,
Qu'on examine fes Ecrits,
De luy tout ce qu'on pourra dire,
Eft quila bien apris à lire..
GTADO EN
Yas
du Adercume Galant
107
1..
•PATINA b Hoid aS INSTAT SING
PROBLEMĘ SAMOURELUX
1
DECIDEllias
ENNY cik inot 2102 36 trat jmp THOI
Oin de pausje languis
&
Fe fuis bien par tout où vous etes
Auprés de vous, Iris, de mes plus triftes
jours
Jefais mes plaiſirs & mesfestess
Waftre taille, voftre air, le fon de vostre
voix,
Ont jo-ne-feay-quoy qui m'enchante:
Jefens naiſtre enmon coeur d'abord que je
carrulyvous vois,
Une tendreffe languiffante
Qui me réduit prefque aux aboier
Ah! pour peu que cela s'augmente,
Vous aimeray-je ? Je le cross
Jefçais qu'un Homme de mon ages
Qui prétend de toucheruncoeur,
Rarement de ce badinage.
Se peut tireravec honneur..
C.c.ij
308 Extraordinaire
Vous me verrez tendre & fidelle,
Languiffant, abatu , malheureux comme
un Chien,
Et cependant, jeune Rebelle,
***M*aimerez-vous ? Je n'en crois rien.
Hélas! anfortde ma tendreffe
Je verray mille Amans de vos appas épris,
Goguenarderfur ma vieilleffe,
Et railler de mes cheveux gris.
Peut- eftre encor, pour croistre monfup .
plice,
Leurferez- vous un facrifice
Des foins de mon amour, cruelle? Et tou
tefois
Ŝ
Malgré cette extréme injuſtice,'
Vous aimeray-je ? Je le crois.
Après mille dures épreuves,
Mille foupirs, mille langueurs ,
Enfin vous connoftrèz partant & tantde
preuves,
Que vous caufez tous mes malheurs,
Et que c'est pour vous queje meurs.
Tandis que ma douleur & fidelle & cachés
du Mercure Galant. 309
Fera mon plus cher entretien,
Senfible à la pitié, de tant de maux touchée,
M'aimerez-vous? Je n'en crois rien.
83
Quand on aime beaucoup une Beautéfevere,
Le plus dur des tourmens c'eft de voirun
Rival
Ecouté d'une autre maniere ;
Quipeut voircelafans colere,.
Sans eftre jaloux, aime mal .
Lors que je vous verray, pour augmenter
mapeine,
Au préjudice de mes droits,
De quelque jeune Amantfaire unindigne
choix,
Injufte, infenfible, inhumaine ,
Vous aimeray -je ? je le crois.
03
S'il arrivoit, pour me vanger.
De ce choix cruel & perfage,
Que cet Amant foible & leger
De fon coeur à quelque autre allaſt faire
un hommage,
LO
Extraordinaine
Cet amourinconftant , fi diférent du mien,
Feroit ilfaireau voftre un retour équi
JUTNEZ AJ Я02 323
Erimi voj autfidello ansantque miférable,
27 44'aimerez- vouse, Je m'en crois rieniup
, sados 3D vz15 ]
Maisde mon tristefort pourquoyfaireun
Probléme?
En vain j'en ferois alarme, I
Voftre coeur eft injufte , & le mien eft
-3 charme; alit acitflegetai
Tris, c'est bien affez pour decider vouseve
Drivemeſme,
Et conclurre que je vous aime
Sans espérance d'eftre aimé...
ad solarp tier
wing
sh
du
Mercure Galant.
ZIL
0+
Resins wh tartib ?). InquosniTHOMA 10
DEVISE SUR LA STATUE
de Diane trouvée en lav VVailllëe
Artes, qui depuis plufieurs
fiécles y eftoit cachée , & qui
ma efté préſentée au Royd saa
Cette Devife a pour corps la Lune,
qui apres ↳ Eclipſe qu'elle fouffre par
l'interpofition de la Terre diametralemensoppofée
entre lle & le Soleil, fe
tire de l'ombre & reçoit la lumiere
de ce mefme Aftre. Cesparoles luyfervent
d'ame , Aliena luce corufcat .
Ellesfont expliquées par ces Vers.
Pourquoy
Ourquoy ne vanter pas cette illuftre
Diane,
Cet Oraclefameux, ce Chefd'oeuvre de
l'Art;
Puis que lesbeaux Efprits yprennent.tant
de parta
.
312
Extraordinaire
3
Et n'y trouvent rien de profane?
Pendant un long filence , & fans gloire
& fans bruit,
La terreluvfervoit d'une profonde nuit,
Quoy quel Aftredujourfist toûjoursfa
carrière ;
Mais par un bonheurfans pareil,
Si- toft qu'elle voit la lumiere,
Elle prendfon éclat de celuy du Soleil
RAULT.
SENTIMENS D'UNE BELLE
qui fe repent de n'avoir pas confervé
une Conquefte qu'elle:
avoit faite.
MADRIGAL.
Ors
que
Queje
Tircis bruloit d'amour,
Que je le voyais chaque jour
Avec empressement chercher l' Art de me
plaire,
Et qu'il me paroiffoitfincere:
Que parmillefermens, mais fermensfu
perfluss
du Mercure Galant. 31
Il me juroit d'eftre fidelle & tendre,
Et queles yeux m'en difoient encor plus,
Il avoit beau parler, je ne daignois l'en...
tendre:
Et par un changement queje nepuis comprendre,
Si- toft que més mépris l'ont forcé de
changer,
L'Amour, pour le vanger,
M'afait connoistreque je l'aime,
Et je me veux un mal extréme,
D'avoir pû voirfon coeur fe dégager.
Je m'en repens , Amour , ceffe demou
trager,
Soulage unfi cruel martires,
Et fi jamais dans ton Empire
Fe puis charmer quelque Berger,
Je te promets, Amour , de le bien ménager.
DIEREVILLE
Q.deJanvier 1685. Dd
314
Extraordinaire
TRADUCTION
De la 61º Epigramme du 3º Livre,
T
Qui commence par
•par
..
Elle nihil dicis , & c.
* Ircis , tu dis que c'eſt un rien
Dontton coeur mefait la demande,
Si c'eft un rien, Tircis, hé-bien,
Je ne refufe rien à qui me le demande.
AUTRE,
De la 24 du quatriéme Livre,
}
Qui commence par
Omnes quas habuit , & c.
Outes les Dames que Sylvie
Tudonoredefon amitié,
N'ont pas longfejour dans la vie,
Hélas ! fi de mes maux le Ciel avoit pitie,
N'infpireroit- ilpas à mafotte Moitie
Le defir d'eftrefon Amie?
du Mercure Galant.
HS
"
2
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour , celle
d'un Amant dont les foins font receus
d'abord agréablement , & prefque auffi
toft recompenfez ; ou le bonheur de
celuy, qui apres avoir aimé quelque
temps fans efpérance , trouve enfin le
coeur de fa Maiftreffe fenfible.
Q
Vand on obtient facilement
Une jeune Beauté qu'on aime,
L'amour d'abord fuft- il extréme,
Dans lafuite l'on eft fatisfait rarements
Maisplus, avant la récompenfe ,
Un Amant voit de réfiftance,
Et plus il a de peine à pouvoir obtenir
L'Objet qui caufefon martire,
a
Plus leplaifir eft grand quand il peut par-
Ventr
A lapoffeffion de celle qu'il defire.
Oronte & Licidas prouveront mieux que
moy
)
Ddij
316 Extraordinaire
.
Cette Verité que j'avance.
Le premier dés l'abord uit recevoirfafox
allAvec prompta reconnoiffance,
Et la jeune Cloris qu'il voulut rechercher
Fut bien-toft mife enfa puiffance;
On la vit enfin s'attacher :
A get Amant dont le mérite
Eftoit accompagné d'une fage conduire.
Leur Hymen s'accomplit ; & le moment
fatal
Quidevoit caufer leur divorce,
Se couvrant à leurs yeux d'une fubtile
amorce,
Voulutfairefon coup dés le jourNuptial.
Cloris dans le Feftin vit paroiftxe Nicandre
Qui la regardoit d'un oeil tendre,
Elle devintfenfible , & répondant des
yeux
Afon muet langage,
Elle devint bientoft volage ,
Etne fit que chercher le moment précieux
Afin depouvoir entendre
du Mercure Galant.
317
Une déclaration
Quefit l'amoureux Nicandre
Defafollepaffion .
Elle oublia bien- toft cette foy conjugate`
Qu'elle devoit garder meſme malgré la
mort,
Et d'une ame inconftante, infidelle, inégale,
Elle fit éprouverun effroyablefort
Afon Epoux le pauvre Oronte,
Quine la trouva plus qu'un objet defa
bonte.
La haine & la rigueur, l'opprobre & le
mépris,
'
Furent dorénavant les Prix
Dont il vitque certe Infidelle
Voulutrécompenferſon amour &fonzile.
Mais au contraire Licidas.
Que l'on vit millefoss invoquer le trépas,
Nepouvant rendre Iris fenfible
Aux tendres mouvemens qui partoient de
fon cours
318 Extraordinaire
C
Employant tout le foin poffible
Afinde luy caufer unepareille ardeur,
Apres avoirfouffert , pleuré, priéfans ceffe
Cecher objet de fa tendreffe,
byer
Arriva ce jour bienheureux
Qu'il vit récompenferfesvoeux. 70
Depuis ce temps leur amour mutuelles
Paroift auxyeux de tous devoir eftre éter
nelle.
"Ainfi donc je conclus de cé raiſonnement ."
Que d'un amour trop prompt il naift d'é
trangesfuites;
Où quand il n'eft formé qu'apres plufieurs
poursuites,
Rarement on n'en voit qu'un bon évenement;
Et qu'enfin pour avoir toûjours l'ame contente,
Laderniere Fortune eft plusfatisfaisante.
du Mercure Galant.
319
QUESTIONS A DECIDER,
Si un Courtiſan trompé dans
fes fperances , eft plus à plaindre
qu'un Amant paffionné qui
ne peut toucher le coeur de la
Perfonne qu'il aime,
II.
Si l'infidelité d'une Maiftreffe
infidele, peut autorifer un Amant
trahy à eſtre indiſcret.
III.
Si la Prodigalité eft moins condamnable
que l'Avariće.
IV..
On demande l'origine des
Bombes.
Je fuis , Madame , voftre , &c. ↓
A Paris ce 15. Avril 1685 .
525-22222 2522:2222
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Onnets en Bouts-rimez, is
44.
Origine de la Sépulture, & des Tombeaux
par M. Rault de Rouen,
Sentimens en Vers fur les Questions du
XXVIII. Extraordinaire , par M.
Bouchet , Ancien Curé de Nogent- lele-
Roy,
Divers Madrigaux fur les Enigmes de la
Vigne Vierge, & de la Cerife,
82
88
106
Neuvième Partie du Traité des Lunetes,
par M. Comiers, d' Ambrun,
Sentimens en Vers fur toutes les Queftions
du dernier Extraordinaire par
M. Diéreville,
Autres Explications des Enigmes de la
Vigne Vierge & de la Cerife,
Explication de la premiere Enigme de
Janvier, fur le Bandeau,
157
164
768
Autrefur le nom de M. le Marquis de
Dangeau,
170
TABLE.
Explications de la feconde Enigmë,fur lès:
Mots,
Billet de Madame de P.
Réponsede Mr P......
172
176.
177.
Stances à Cephife, fur un petit Chien, 183.
L'AmourBizarre, Hiftoire veritable, 196
Traduction de l'Ode d'Horace, qui commence
par Audivete, Lyce , 216
Aux Poëtes qui ont remporté le dernier
Prix de Vers de l'Académie Fran-
219 coife,
Anagrammefur le Nom du Roy, par M.
Abbé Galais,
Portrait en Vers,
227
229
Un Homme en mourant, a deux Amis auprés
de luy. Il en fait retirer un parce
que fa prefence l'afflige , & fair demeu
rer l'autre, parce que fa préfence leconfole.
Ondemande lequelil aime le plus.
Réponse à cerre Question par Gyges du
13232
Havre,
Plaisirs d'un Amant; Sonnet, vidis 236-
Sonnets fur lesBouts- rimez de gloire, 137
Epitaphed'un Perroquet, par M. Diére..
ville 240
TABLE.
242 Songe d'Arifte à Philemon,
Explications des Enigmes de l'Imprimerie
, & de la Lanterne , avec les noms
de tous ceux qui en ont trouvé le vray
fens;
Explication de la Vigne vierge & de lacerife
par M.leBoullenger de Rouen, 278
Lettre du Berger Fleuriste fur la Pierre
Philofophale,
La Corneille déplumée. Fable,
Probleme Amoureux decidé,
254
279
303
307
Devife (ur la Statue de Diane trouvée en
la Ville d' Arles, qui depuis plufieurs
fiécles y eftoit cachée,
Sentée au Roy,
qui a eftépré-
31
Sentimens d'une Belle qui fe repent de
n'avoir pas confervé une Conqueſte
qu'elle avoit faire, 312
Traduction de deux Epigrammes , 314
Réponse à tapremiere Queftiondu dernier
Extraordinaire,
Questions àdecider
·315
319
La Figure eftant déployće , doit regarder
la page 147.
373
LYO
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le