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MERCURE
A PARIS,
AVPALAIS
OM donnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra,aussi-bien que l'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNH,au Palais, dans la
Salle des Merciers, àlaJustice.
Chez C. BLAGEART, Ruë S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Le en sa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXIV.
4VEC PRIFILLGE Dr ROT;
A
MONSEIGNEUR
LE
ONSIIGNEVR,
r Voicy la ncuiféme Annie
que [la gloire de ruoftre
Nom rend le Mercure
considérablea toute l'Europe.
Dou&e Epitres au
commencement Sautant
de Volumu, ont parléd'abord
de tout ce que vous
a<veZj fait de remarquablejsi
dans ceux qui
les ontfuivy\ Je n'ay que
de temps en temps étale
dans d'autres ce que la
France admiroit en Vous,
çtfi parce que faj appré-.
hendé que le grand nombre
de ces Panigiriqueii
naccablafivofire modefiie
Ainfij~ay crû queJe devois.
feulement laisser cet augusteblom
à la teste de cet
Ourvragc, afin qu'on ne
doutafipoint qu'il nefujî
a ou*. Je croy pourtant,
MONSEIGNEUR, lors que
je regarde cette jincere
parfaiteunion qui regne
entre Vous f5 lincomparablePrincesse
que le Ciel
vous a donnée pour Epouse,
que je puisluy parler
lcy comme a une autrepartie
de Vous-mesme, fS'
quefantcelle que vom
aimeZj le plus5 j'enferay,
mieux ma cour auprès de
rouf. Cesï ce quim'engage
à prendre la liberte
deluj dire,
QSMADAME,
Quoy que cefoit aujourrdP/
hhuy un jour ou. t, ,r I"usage
wutque lonfaffe deffouhaits,
quels voeux peut-on
faire pour unegrandePrtncesse,
dont la hante Nafsance
eji le moindre deses
avantages? gj9 quelles
louanges peut-on luy donner,
lors quelle ejl au dessUs
de tous les Eloges?
Vojfre esprit,quon peut
appelleruniversel5 a paru
toujours admirable a tous
ceux qui ont eu l'honneur
de vous approcher. Vos
yeux font connolJlfre ce que
la vérité me fait dire icy;
Lors que Madame de
Maintenon vous alla re--
cevoir sur la Frontterey
elle écrivit au Roy, dûqu'elle
eut eu l'honneur de
vousvoir, Que le feu de
vos yeux, & l'esprit qui
paroissoit dans
- toutes
vos manieres, estoient,
des chosesque les paroles 1
& la peinture estoient
incapables d'exprimer.
Vous parlez,plusieursLangues
avec la mesmefacilité
que si elles vous estoient
naturelles, eS jugtZ-J
admirablement de toutes.
choses. Je lAijfc la avantagu
que vous avegj a1
chanter avec méthode, a
Jouer du Clavecin, a def-
(iner, à dancer dune manierc
noble Ç53 aifée.T"outel
ce4 perfections font relevéed
par une devotion
exemplaire, qui eji d'autant
plus à estimer, quajanttoujours
esié reglée
sans tropparottre, on ne
peut douter quelle ne foit
verItatlie.T,-yo-. us ceux nue
vous hfJnorez.., de rvcjlfc
efitme,se doivent ajfurerduneforte
çefdurablepro~
tcilion
3
sans que rien la
fassi changer, ce qui est
peu ordinaire aux Grands;
çtfsans descendredevostre
rang, le4 favorables regards
que vous daignez,
jetterfur eux, découvrent
que vous esta la meilleure
PrincifTc du monde, stufi
ïiHuftrpSapho du Stecle
eut-elleraisondedire dans
un Adadrigai qu'elle vous
adressa lors que vous arrivastes
en France.
Rien ne peut résister à vos attraits
vainqueurs,
Tous efforts feroient inutiles,
En un mot vous prenez les
coeurs.
Comme nostreRoy prend les
Villes.
Quant à nioftre mérite, il
riy a personne qui ne conviennede
ce qu'en a dit
Air Colbert de Croissy, lors
quefiant allé à Alunie
pour la négotiation de
'Vojll'e Ivlanage, il écrivit
auRoy, Que la première
fois qu'ilavoie cu l'honneur
de vousentretenir,,
il vous avoittrouvéun
si grand mérite, que
quoy qu'ill'eustadmiré
d'abord, il n'avoit osé.
mander à Sa Majesté ce
qu'il en croyait, dans la
crainted'en avoir jugé.
trop promptement; mais
quetrois ou quatre autres
conversations luy
avoierit donné sujet de
l'admirer encore davantage
; qu'iln'avoit point
veu d'esprit plus égal, &
que dans toutes les négotiatiõsqu'ilavoit
traitées,
& dans lesquelles il avoit
toujours eu affaire à de
grands Hommes, il ne se
souvenoit point d'avoir
jamais entendu de plus
vives ny de plus justes
réponses, non pas une
fois, mais à chaque occasion
qu'ilavoit euë de
conférer avec Vous.
Açrcs cela, MADAME,
personne ne doit entreprendre
rvoftre éloge; ousi l'on
ejl alez hardy pour le
faire5 il faut feulement
rapporter vos paroles, e
l'on jugera par des reparties
faites sur le champ,
quilefiimpofîble de concevoir
une ajïez, haute
idée de vostre esprit.T at-
il rien qui en marque davantage
que ce que vous
dites à Aladame la Duchesse
de Richelieu, lors que
vous tournant vers elle,
après avoir dit adieu aux
DameJ de voflreMaison
qui retournoient en Baviere?
Ne vous étonnez
pas, MADAME, luy ditesvous,
sije ne répons point
par mes larmes aux
pleurs que je voy verser.
La joye que j'ay d'aller
voir le Roy, est bien capable
de les retenir. Je
pourrait, MADAME, rapporter
icy beaucoupd'au- ,tru reparties vives ftffpi-*
rituelles, sur lesquelles
vous n'avezpeut-estre fait
Aucune refléxion, parce que
vofireesprit vous les a fait
fairesurl'heure. Le nombreen
estsigrand, qu'il
me donna lieu dés ce tempsla
de faire un Volume de
/'HtfkoiredevofireAdariage,
qui vivra éternellement,
à cause de la beauté
desa mattere, qui l'afait
traduire en plusieurs Langues?
Ceimprimer en beaucoup
de Pais Etrangeri.
AtnJi, MADAME, fauray
ïavantaged'avoir transmis
à la Postérité decLîtîntes
Preuvej de voïlre
effrite Ilferabienglorieux
pour moy,sivous avez, la
bonté de le regarder comme
une marque duprofond re¡:-
pett avec lequelJefuùyj
MADAME,
Vostretrès-humble & rrcs:.-
obeïssant Serviteur,
DEVIZE',.
AU LECTEUR.. ON imprime en Hollande
un Livre qu'on donne tous
les mois au Public,intituléNouvelles
de 14 République des Lettres.
Ce Livre estune espece deJournal
des Sçavans, maisplus étendu,
parce que les Journaux font ne qu'en Feuilles. On en estime
l'Autheur, & l'Ouvrage
estbien reçeu ;
il a beaucoup de
sel, ce qui ne contribuëpas peu
à son succés. Peut-estre que s'il
estoit permis à beaucoup de
Gens d'en user de mesme, leurs
Ecrits auroient le mesmeagrément.
On voit dans ce Livre,
non seulement le sujet ôc les*
beautez des Livres nouveaux,
mais encore les defauts que cet,
Autheur prétend y avoir trouvez.
Cesdéfauts y peuventestreeneffet
; mais ce qu'il en dit,
n'est pas une conséquence qu'ils
ysoient. Les Autheurs qui ne
demeurent pas d'accord de ses
Remarques, &. quicroyent
avoir de bonnes raisons pour
s'en défendre, se trouvent embarrassez
sur les moyens de faire
voir au Public qui lit ce que l'on
écrit contr'eux, les Réponses
qu'il leur seroit facile d'y faire,
Ce seroit pour eux un embarras,
& une dépense tout-ensemble,
que de faire imprimer leurs Re.
pliques; & quand ils le feroient,
- elles seroientveuës de fort ~peusl
de monde, puis qu'on ne s'aviferoit
pas toujours d'acheter une
Réponse à une feule Critique,
quand on en voudroitvoir àcent
autres. Ainsi le Public a souhaité
que l'on mist dans le Mercure
les Réponses que les Autheurs,
dequelque Nation qu'ils
soient, pourroient faire aux Critiques
de l'Autheur Hollandois.
On y a confenty, pourveu que
ces Répliqués nesoient point injurieuses,
& qu'en parlant des
Ecrits on n'attaque point les
Personnes. Cela fera cause que
l''Autheur de la République des
Lettres fera plus retenu qu'il
n'est à parler contre les Livres
qui s'imprimentdans toute l'Europe,
parce qu'il craindra de
voir les defauts dont il reprend 1
les Autheurs, trop fortement défendus,
& qu'il sehazardera
moins à critiquer quelors qu'il
pouvoit tour écrire, parce qu'il
ne voyoit point d'apparence
qu'on luy repliquast, ou du
moins que ces Répliqués fussent
fort connuës. Le Public profitera
de ces diférens d'esprit,
parce que les uns & les autres,
travailleront avec plus de soin.
Jecroy quel'Autheurde la République
des Lettres ne doit
avoir aucun chagrin de ce qu'on
répond aux intentions, pour ne
pas dire aux prieres du Public.
Son Livre, quoy que déjà connu
& estimé; le fera encore davantage,
& s'il fait bien, il triomphera
;au lieu qu'il n'y avoit
point de victoire à remporter
pour luy, lors qu'il combatoit
tout seul.
Les Autheurs, tant Etrangers
que François, doivent connoistre
par cet Avis, qu'ils peuvent envoyer
chez le Sr Blageart les
Réponses aux Critiques qu'on
fera de leurs Ouvrages dans le
Livreintitulé La Républiquedes
Lettres, & qu'on les mettra dans
le Mercure.
~-ÉRC"il"--Rr
tti",.CALhl~ff
DECEM.BRE 16S4: JE croy, Madame, que je
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe. 'Dln>171
EXPLICATION
DELA GALERIE
DLEVERSAILLES. r. Allégorie estla maniere
la plu1s ancienne d'exprimer
les pensées par des caracteres.
Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté- ,
rité les Mistéres de leur Religion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameux Temple, a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Monarques,
estoientmistérieux;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, principalement
parmy les Peintres
A Temple de Salomon&
les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ouvrages.
Jupiter est la Puissance
; Junon, l'Autorité;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance,ils font
r ¥ * une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la ., Renommée est assez connuë.
Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soûtient
une Sphinx. La Victoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur embouche
une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dragon
en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,& la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres figures,
qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Galerie
de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Pyrmenéégeusej.
uPsoquu'ràexceplrleimdeer Ni- mégue. Pour exprimer lleess,
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les Ennemis
qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'ila
accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'elles.
Les Fleuves sous la figure
de vieux Hommes couronnez
de Roseaux, sont remarquables
par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intelligibles,
que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on explique
sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les obfcurcir,
les éclaircir & les enrichir,
estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire comprendre
une infinité de circonstances
tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté impossible
de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'e st:
5 ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeunesse,
envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
heureux
,
& d'humilier ses Ennemis.
Dans douze Ovales,a on
voit le commencement de
ses glorieuxdesseins exécuté. j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire rena.
Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice; le réta blisse.
ment du commerce,l'institution
des Académies, le secours
qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Troupes
qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
ftairie paar liesiCcorseseà nostre avec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Nai
tions les plus reculées
; k
jondtion des deux Mers &
lda consteructionsdes .Invali-]
Dans les six Bas reliefs
octogones,à feintsdeLapisà
fondd'or, on a peint laGuerre
de Flandre, pour les droits -1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuelsla
distribution desBleds pendant
la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisition
deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les difficultez
qui se pourroient rencontrer
dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les accidens
qu'il a préveus composent
b
le second.
Dansle troisiéme,ilpropose
à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé&de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds. c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécuter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande contre
le Roy.
Le sixiéme c fait voir la
Conqueste de la Franche-
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e forme
a 35 pieds,b55pie.lsJoergeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la des union des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Thermes
peints couleur de bronze,
rechaussez d'or, qui portent
des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Corbeille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'on voit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'espape
d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux., sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en intention
d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
tpluas sérnieusest, &eplussimp.or.- Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie;mais comme l'Hittoire
y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut particulariser
un peu plus de
choses, pour tâcher de faire
mieux comprendre l'allégorie
des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a -dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr. 'JL* *' f
Ó î
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas&da
l'un des costez du Tableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaifceau
Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bouclier.
L'Hymenàcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
& son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le MariageduRoy
estoit. la princi-
: pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne, d'oùsortentavec l'eau
mdaesrqFuleeunrst & des Fruits, quii
sa source, & l'aaRivieredont
IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui Royaume. i
A costé, &un peu audessus
du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélentej
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars enl'air luy fait remat--
quercecette Déesse qui l'attend.
Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'immortalité.
LaVictoire & la '-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquer qu'il a
fait connoistre lesvertusheroïques
de ce Prince, auquel
| il fait voir par le Sablea qu'il
luy présente., quel'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a méditées,
& de profiter des momens
qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesrichessesVulcain,
sesarmesCerés
& Bacchus, des vivres
1. pour ses Armées.;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Actions&
Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou-*
dre. Mercure traverse les airs
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Junon,
Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favorablement
l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, marque
la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement; &l'Espagne
à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mouvemens.
Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est représentée
par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Couronnes.
Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela >
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a renversé.
La Hollande à la gauche
de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provinces
Unies ont prises pour
marque de leurconféderarion.
Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaînée,
prétendantavoir l'Empire
pire de la Mer par son Commerce.
On voit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à partir
pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances paroissent
avec toutes les marques
d'ambition & de fierté,
qui pouvoient exciter le Roy
à vanger la France des injures
qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Trésors;
ce qui le voit dans le
premiera des quatre Ovales
qui entourentle Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in-
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
o'
qui
chasse,l'Epée à la main, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'argent
qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui avoient
pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond
, aonreconnoist
l'institution des Académies.
LeRoy est accompagné
de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducéea à la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer. ~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui paroist
couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, ex prime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Justice.
Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Magistrats.
La Chicane
,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjlédu Fenestres.
maigre & décharnée, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
vd'eérloluefsc.r par des Loix nou-
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenommée vole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui attirèrent
la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
d ht Vo.-.'ît,ancofté ditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
qu'il vient de luy offrir àAix
i; la Chapelle, en rendant libéralement
la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vainqueur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdu grand TableaualaClefde
la Voute.
- b Du coflédes Miroirs
,
prés des Cam--
fagnes de Hollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représentent dans l'un la Hollande
quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arrache
le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Troupes
du Roy sirent retirer l'Evesque
de Munster & l'obligerent
de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre, aune Femmevêtuëd'écarlate,
6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîé des Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dont laFrance,accompagnée;
de la Force, luy montre le
Plan.
Le troisiémea fait voir la
France l'Epée à la main
,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
& renversez.L'Aigle de l'Empire
chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.-
contraignit une Armée formidabled'Infidelles
à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous montre
l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & rampant,
parce qu'elle vient satisfaire
à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille de Londres.
La France a prcs d'elle la
Force &la Justice; elle reçoit
b la soûmission & la protestation
publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscofté detFenefîres. b En1661.
Dans un Bas relief, a la :Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traînent
un en prison, pour exprimer
avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait re ssouvenir
- de sa bonté pendant la Fa-
11'ine.,l1ne belle Femme avec
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a Ala Cléfde la F"o;t;e,prés les Campagnesde
H"faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ovales,
b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes de Flandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
* admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jusques
aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Ambassadeurs
des Treize Cantons
viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
La jonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Neptune
qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entretient.
C'est le sujet du derniera
Ovale. La Pieté paroist
sur un Trône, donnant l'Ora
AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Officiers,
& distribuant de l'argent
aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce magnifique
Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitvenuë,
les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Compagnies
d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Basrelief
aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
-
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'ombre
de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-relief,
on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E- -
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVmte.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous les Corfau'es.
Le Roy voyant à regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dunquerque
présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses richesses
que l'A ngleterre fait serrer.
L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingratitude
des Hollan dois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victorieuses;
mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se virent
obligées de demander
la Paix, & de la recevoir aux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, délibérant
en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa-
• gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroista couvert duManteau
Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'attendent
sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Victoire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'excite
à une nouvelle Conqueste
, par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice derriere
le Prince, semble inspirer
un dessein si noble.
Tout l'invite à marcher;mais.
Minerveassise au bas du Trône,
luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les nomsdes
Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts- -
dansl'éloignement. Des Maladesexpirans
de peste & de
fièvres ardentes, sont les suiteensfldâemléa;
Lc'oEnntvagieiaonudn'Aunigalier
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux desfeins
du Roy. Un Fleuve qui
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat mangeant
de la terre & de l'herbe,
marque la faim qui le
devoresur la pented'un Rocher
glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immobile.
L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
trom per une ardeur inconsidérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Héros,
pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'-
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontreprésentez
en suite. <*nn npism
si Dans lesecondaTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
*k a 1 Amde[Tus des Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollandeque
la Sagesse luy a fait prévoir.
Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
-
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sceptre
du liquide Empire.
Mars dans son Char fortant
d'une Tranchée, luy amene
des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique, en
s'inclinant devant leur Général
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présente
le Bouclier, parce que l'Adresse
& l'Eloquence fournissent
les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prince
on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégoririqueest,
que la Sagesse sortisse
l'entendement, & empesche
qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve
, montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient, pour faire entendre
qn'il a tout préveu 1 , &
mis ordreàtout. Cerés vient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dragons
est plus loin,& l'Abondance
la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye. - 1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on découvre
un Arsenal ,oùl'on
construit avec diligence des
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action
,
est dans dans
le milieu, & la plus élevée du
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il propose à les
Genéraux. Dans le Tableau

suivant
,
il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCommandement.
Monsieur,Monsieur
le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, représentant
l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Burich,
Orfoy & Rhimberg, s'y
voyent en Lettres d'or, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps ,
& qu'il ordonne
aux Princes d'aller assiéger
; & pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore communiqué
ce desseinà personne,
le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigilance;
&la Prévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à exprimer
le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja
,
d'autant
qu'il y eut si peu d'intervale
entre l'entrepirise
, &: le
succés
, que l'on sçût aussi-
,
tost laprise des Villes
, que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Campagne
de Hollande,les Armées
du Roy ayant passé le
Rhin, on prit plus de quarante
Places
; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez oublierent
leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Espagne
ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inonder
leur Pays pour en empescher
l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours
,
(es
Troupes prirentTréves
,
te (esArméesNavalesgagnerent
deux grandes Batailles.
Ces deux Campagnes
composent le quatrième
Tableau, où toutes ces-
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré-
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main
,
les Cheveux
& son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapidement
traîné par des Chevaux
fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompagne)
Hercule le fuit, &pousle
le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Empire
de l'Univers
,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépitj de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart,où est écritTolmk
,nom du lieu où
ce renommé partage se fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Masque
, pour marquer les secours
secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,elle
ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes conquises,
représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollande
mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës
,
elle ne
peut plus s'élever, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇj ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Livres.
de Compte,signifie le
desordre de son commerce. -
La Liberté des ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main
,
& presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription
,
qui promettoit
tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foiblesse.
Les Peuples paroissent
dans une si grande consternation
,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se cachent
&se succedentlesunesaux
autres,tiennent desPalmes
ôc des Lauriers, & forment
en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesme jour.
De l'autre costé a du Tableau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonCheval
épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquent la fertilité, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoires
emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
pour signifier le peu detemps
que dura cette Place, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle du Tableau,
deux Amériquains admirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme témoins
des Victoires que nos
Armées Navals ont remportées
dans leurs isles les
,
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapidité des ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ouvertement.
L'Empereura
, assembla les Princes d'Allegne
, mit une Armée considérable
sur pied,&: le Roy
resta seul
, comme il l'avoit
préveu
,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissances
qui s'estoient toujours
flatées
, que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule, qu'elles ne l'etoient
toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquiéme
Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'envie
qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pavillon
ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hola
An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus ornée
d'un riche Manteau, porte
sur son visage les marques
de sa desolation & de son desespoir.
Pour avoir du secours,
elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dépit
sur son viiage. Elle tend
la main à la Hollande;& l'Allemagne
aOElè au milieu, femble
les unir & le joindre avec
elles. Toute son action marque
le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une posturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coûtoient
cher.Des Furies representent
la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissances
sontagitées Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &: les
Princes d'Allemagne s'assemblent.
Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Etendarts.
,
Un Timbaliertâche
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie, pour signifier
le retardement que le
manque d'argent a pportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Etendart
qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Franche
Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expédition
au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâcheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mouvement
qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Femmes
de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Province
que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus chargez
de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'
- b PrincpalFleuve dela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus, sont merveilleusement
exprimées dans l'action
de ces Captives, où la crainte,
l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés diférentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige
,
&laPluye
que l'Hyver jette à pleines
mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité ,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Rocher
, <% ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le désendoient.
L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'aune
costé)les Trou pes fuventv
& donnent une idée du trouble
& de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Boucliers
des Places conquises à
un grand Palmier, & pose
deux Couronnes sur le Trophée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'-
elles sont domptées; &la Renommée
embouche deux
Trompettes pour aller publier
cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
& l'oppositionde cette lumiere
à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cambray,
deValenciennes, de
SaintOrner,&par la Bataille
de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy forma plusieurs Corps
d'Armées en Flandre,insulta
quasi toutes les Places, enleva
Gand par une conduite"
c, fij
si admirable, que le Gouverneur
des Pays-Bas n'eut pas -
plûtost les nouvelles du Sie- •
Lje que de la prise de la Vil- e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel
,
le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la fou dre.Un gros nuare
d'où partent des tourbilons
de Nuées, des Tonnercs
& des Eclairs) quiinfpient
la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte,font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.i
Le Secret & la Vigilance accompagnent
ce Monarque, j
les Renommées le devancent,*
la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre
, & force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau,parce qu'-
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis, & ne se rendoit
redoutable que pour les
à
contraindre a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit donner.
A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter-
- reur qui la menace ,
& dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand
,
luy arrache encore
les Clefs qu'elle tâche inutilement
de retenir; cette Ville
paroist dans une vive douleur.
Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté représentent
bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &un Lion couronné
pour la garde. Il semble
qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
du Lion, sans scayoir àquoy
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Canons
qui la fait tomber, parce
qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France, & charge
des dépouilles de cette Campagne.
j tk®
A l'autre cofté du Tableau,
la Politique, le Conseil,
& la Prévoyance d'Efpagne,
paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est obfcurcy
d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la force
luy manque, le Sceptre
luy tombe des mains,& le
Lion quelle excice, recule,&:
ne veut point avancer. La
Ruse repr1esentée par le Tygre
qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie, il
fait ployer fous luy les colombes
d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ottt;:
e, que prit autrefois Charles
-
Quint. Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Préyoyance
,& la Politique, re-.-
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur causele bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au deffus
de leur cette semble leur
annoncer.
- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur' des marches de Marbre
> aAudeJfn4 de la Porte du Salon de la
Paix.
fous un grand Pavillon attachéàlavoûte.
Les nuées qui
luy servoient deTrône/e perde
nt,&se dissipent. Elleregarde
la Paix avec étonnement,
& paroist surprise de
la foudre, qui semble gronder
sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollande
par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclairelle
étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvantées,&
fuyenr. Les Forgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui restent
inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nuage
épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoir la Paix,
dont illuy apportc pour signe
une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecont
noist à son airgracieux,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollande
s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûtenir
,
& ployé fous Tes genoüils,
ce qui luy fait méprifer
les conseils de ses Voijfïns,
ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras, & luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
< son (ecours, mais elle ne veut.-
plus de guerre, & ne s'applique
qu'à recevoir la Paix.
Voila l'ex plication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
-
& dans le
nombre prodigieux des Figures
qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mesme
foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre années
l'achever, ayant voulu
Peindre le
- tout luymesme,
&nesestant confié à. personne
, pour se faire soula-,
ger dans une si grande entreprise,
qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau; & toute
la Cour instruite des foins &
du temps que demandent les
grands Ouvrages,& charmée;
de celuy-cy, dit hautement
que Mrle Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde, de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour penr
de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
L'empressemetest si grand
parler du Roy, la matiere
î si brillante, & chacun y
ouve un si grand plaisir,
ue quelques Bouts-rimez
u'onpropo{e,onn'en trouve
oint de difficiles) quand on
's remplit à la gloire de cet
ugulte Monarque. Je croy,
4adame, vous avoir déjà
nvoyé quelques Sonnets sur
.s Rimes de ceux que vous
liezlire. Si la nouveauté leur
manque par là,1ils ont d'au- tres agrémens qui réparent
ce defaut.
vPOUR LE ROY. Enez,Pcuplesjvencz, conttm.
pUrdanssa gloire
Vinvincible L 0 VIS-,&l-elcehcbooiisji'irr
pourRoy;
A tVnivers entier ildoitdonnerU
Loy;
Devant luy va Bellone, après luy U
Vidoire.
Ses exploits inouïsfonttrop hautspour
PHiftoire,
Ils nefçauroimt trouver d'Ecrivain
nydesoys
MaisfesfidsEnnemis,qu'ilaremplis
d'effroy,
Uns le Jfo.hli de leurcoeur engardelit o lil némoire.
a Teste a toutcoîîciï,sois Brastout
achevétudc.
ll'm des CéJàrs luy seul s'est
élevé
JArfit rare conduite,&fincoeur
intrépide.
\curs hauts faitsprésdesfiens cejjent
d'estre immortels;
ïts'ilesloitencore un Thesée, un
Alcide,
rlsperdroientpra de luy leur Nom éleurçAutels.
SUR LE ZELE
DE SA MAJESTE'
Pour la Religion, & l'extirpationdel'Herésie.
LOVIS LEGRAND nestpeint
fbloiiy parsa gloire;
Audefjtu defonTrone ilreconnoistm
Roy;
ilenfçait maintenircr les droits cr
laLoy,
Et c'est làsipluJ noble çrplus chcre
Victoire.
Son zeie tres- chrétien brillera dans /H1Ítoire;
SesLauriersfcrnjïrontdeCouronne dfa àsaFoyj
Des crrlftrsde Calvinfo;-.>Nomlejufle
effroy
V.od.c'.1jcsSict.îcni''s ,iL-c>Liï LA mé- Í.J ù: (. ,:t'f ! -
moire.
C'efi-la demonHéros le Chtjaoeuvre
ac hevé.
De ce MO;-:(IYC d*horreur dans l'Enfer
élevé,
Mille Ti sti s montrount leurfureur
intrépide.
Ses tr,zits envenimez, dtvoienteftre
immorcels-
MauLOris&I)Ainedetee-lire,
&/'Alcide,
Scaura,fettl immoler cette Hydre àses .;
Autels.
SUR LA SAGE ET SECRETE
CONDUITE
DE LOUIS LE GRAND. IL s'est vu des Héros amoureux de
la gloirej
Mats aucun d'eux jamais fait-il
comme mon Roy,
Ce gra.:d Art LU- [écrit, dont la
dijcrcte Ley eles dejjlins quavecque It
Victoire?
Les pt-ufiers Cor:?ucrans que nous
vanic/'Hiitoirc,
Etnuonrevere encoreaujourcChuy
pua/hF'oy,
A'¿'.;d f de répandre & l'horreur&
effroy)
Par leurs cmportcmens ontterny leur
mémoire.
LOVIS ne parle point, '& touteH
< achevé.
Ce jilence efi Vejfortd'un eîpritélevé,
£>uiféconde à propos un courage in- -, trépide;
Et l'art mijlerïenxdejesfoins immortels
Forme un HérosJt grand, quensa
préjènceAîcide
Rougiroitdeprétendre a l'honneur des*
Autels.
MrMagnin, Autheur de
cesdeux derniers Sonnets,
afait aussi deux Devises pour
le Roy. Elles sontsur la Publication
de la Tréve. L'une
a pour corps le Soleil, qui
au sortir des nuages darde
ses rayons sur des Parterres.
Ces mors luy fervent d'ame,
Redditfuaganâd terris. MMagnin
les a expliquez parce
Madrigal. APres l'orage & les Tempeshs,
Cet commeun Vient Ci:.'ri dii bnlia'ii C" itYcift
Rfnotr",dcr le Champ cy Ia Setrie des
Testes.
A:Î,>',"s;'l,Ú:'/ tr.tvuttx tliU',:, kr:,
plu. m:ae ii hautturoufit gloire
Céls'JCy
LOFISvafiiire naislrc
, en accor-
{/,?iJÎ luTlève,
Les y'irr.s ntiounux à l,omt-YCdes
LÛi':rttrs.
Le Soleil dans son Midy
fait le corps de la seconde
Devisè, dont ces paroles font
l'ame.
Facit exiguasaltijjimus umbras. sOn élévation a fait affil les
ombrcJ.
Sôoit iimmmmoortteellil~e, drnté C.,~ e PjHelarc/ehiiéi
Ne craignonsdesjoursfomhres
Vimportune ebreurité.
Le Roy par deux Déclarations
qui ont esté depuis
peu registrées au Parlement,
fait connoistre que son zele
pour l'intérest de l'Eglise &
de la Religion, l'em porte
toujours sur tous les soins
qui l'occupent;&queladestruction
de l'Herésie par le
retranchement des abus qui
avoient esté soufferts
,
est un
des grands fruits que doit
produire la Trêve. Par l'Article
VII. de l'Edit de Nantes,
il a esté permis à ceux de la
ReligionPrétendue Reforméequi
possedent enFrance
, & dans les autres Pays de 4
l'obeïssance du Roy,Hautes
Justice, & plein Fief de Haubert,
foie en propriété ou u-
(ufruit, en tout ou par moitié,
ou pour latroisiéme partic
, d'avoir chez eux l'exercice
de cette Relia-ion
, tant
pour eux, leurs Familles) ôc
Sujets
,
qu'autres qui voudroient
y aller. Cependant
comme lestroubles qui ont
agité le Royaume pendant le
Regne du feu Roy, & durant
la minorité de Sa Majesté,
ont donné lieu aux Préendus
Reformez, d'étendre.
les Privilèges qui leur ont.
esté accordez par les Edits
î
de Pacification, il est arrivé
que la plûpart des Seigneurs
ayant Hautes Justices ou
Fiefs de Haubert, ont receu
à leur exercice toute forte de
Personnes indiféremment, ce
qui est absolument contraire
à la disposition de ces Edits,
dont l'esprit n'a esté que de
leur permettre de recevoir à
l'exercice qui se feroit chez
eux leur Famille, leurs Vasseux,
& autres Personnesqui
se trouveraient actuellement
domiciliées dans l'étenduë de
ces Hautes Justices ou pleins
Fiefs de Haubert, bien qu'ilsne
I ne fussent pas leurs Vassaux.
* Laraisonlefait connoistre,
ipuis que s'il estoit permis à.
'ces Seigneurs Hauts Justiciers,
ou possedant plein Fief
de Haubert, d'admettre toute
forte de Personnes à leur
exercice, il n'y auroitaucune
diférence considérable entre
un exercice public, & celuy
| d'un Seigneur. Cespreten-
I tions estant mal fondées,&
L pouvantdonneroccasion de
L faire dans les lieux d'exerci- ce personnel;des Assemblées
préjudiciables au service du
I Roy
,
&à la tranquilitépulique,
Sa Majesté,quiveut
en prévenir les fuites fâcheuses,
& arrester le cours de
ces entreprises
, a ordonné
par sa Déclaration registrée
au Parlement le21. du dernier
mois, Que les Seigneurs,
Gentilshommes, & autres Personnes
faisantprofession de la
Religion Pretendue Reformée,à
qui il est permis par cet Article j
de l'Edit de Nantes, d'avoir en 1
leurs Maisonsl'exercice de cette
Religion, n'y puissent admettre
sous quelque prétexte que ce soit,
que leur Famille
,
leurs Vassaux,
& autres Personnes actuellement
,- i
domiciliées dans [étendue de la
HauteJufïice3 ouplein Fiefde
~HVa~ubefrrt~q'u'il*spojjedententofou~tf
oupar moitié
, ou pour la tro/fiéme
partie
y
a peine de cinq cens
livresd'amende
,
applicable a
rHôpitalleplusproche, tant
contre chacun de ceux qui s'y trouverontaupréjudice
de cette Déclaration
j que contre les Seigneurs
qui lesy Jouffrirmt; de
ptivationpourfoujonts de l'exercice
dans leursMaisons; econtre
le Mzniftrequiy auroitprefché3
d'interdiélion aujJi pour toujours
desfonélions de Jon Miniflere
danstout le Royaume.
La seconde Déclaration
met ordre à quelques abus
ausquelson a déjàtâché d'apporter
remede. Les Prétendus
Reformez ayant souvent
abusé de la grace que les
Roys prédecesseurs de Sa Majesté
leur ont faite, en leur
accordant par plusieurs Edits
& Déclarations,&entr'aurres
par l'ArticleXXXIV.desParticuliers
de Nantes, la faculté
detenir des Synodes,Colloques
,
& Consistoires, pour
les reglemens de leur Discipline,
après toutefois en avoir
obtenu la permission,& s'en
estant servis en plusieurs occassons
pour traiter dans leurs
Assemblées
,
d'affaires politiques
,& contraires au repos
public, le feu Roy trouva à
propos d'ordonner par sa Déclaration
du mois d'Avril
1623. qu'il ne seroit plus convoque
par ceux de cette Religionaucune
Assembléequ'-
auparavant un Officier de la
mesme Religion n'eust esté
nommépour y assister , 6c
empescher qu'on n'y propofast
d'autres maticres que
celles qui sont permises par
les Édits.Celan'a pas empesché
que ces COlnnliÍfai."
res , par la complaisance
qu'ils ont euë pour ceux de
leur Religion, n'enayent
préféré les intérests à leur devoir
& au bien de l'Etat.
C'est cequifut cause que Sa
Majesté ordonna par sa Déclararion
du 10. Octobre
1679, qu'il ne seroit plus tenu
de Synodes, ny de Colloques
, qu'en présence d'un
Commissaire qu'elle choisiroit,
soit de la ReligionCatholique
, ou de la Prétendue
Reformée, comme Elle
l'estimeroit le plus nécessaire,
pour prendre garde à ce qui
s'y passeroit
, & luy en envoyer
les Procés Verbaux.
Quoy que l'on ait satisfait à
cette Déclaration, quelques
Ministres & Anciens malintentionnz,
au lieu de proposer
dans les Synodes &
dans les Colloques les affaires
dont ils craignoient que
Sa Majesté n'eust connoissance,
ont entretenu desintelligences
avec plusieurs Consistoires,
&parun faux zele,
ou par des intérestsparticuliers
, non seulement ils y
ont fait prendre des résolutions
contraires au bien de
l'Etat; en forte qu'aux mesmes
jours, on a veu les mesmes
mouvemens en diférentes
Provinces; mais encore
pour soutenirces entreprises,
ils ont fait im poser fecrcttement
des sommes considérables,
quoy que suivant l'Art.
XLIII. des Particuliers de l'EditdeNàtes,&
l'Art.XXXV.
de la Déclaration de 1679. ils
ne doivent faire aucunes levées
de deniers qu'elles ne
soientautorisées par lesJuges.
-
Le Roy ayant esté informé
de ces desordres, & voulant
empescher les fuites que l'on
en doit craindre,a ordonné,
Que dorefnAvant fs Sujets de
la Religion Pretendué Reformée
ne puijjenttenir leurs Conffoires'
qu'une fois en quinze joursr
& en presenced'un Juge Royal
qui fera nommé par Sa Mdjefié
>
& qu'il ne fera traité dans
ces Affimble'es d'aucunes matières
, que de celles qui leur font
permises par les Edits) @r q'Û'
concernent purement la Dfcipline
de leurReligion, à peine d'interdiction
pour toujours de l'exercice
J & de démolition du Temple
dans les lieuxoù ces CcnJL
foires auront eslé tenus en l'absence
du Juge;de privationpour
toujours contre le Minière quiy
aura presidé
3
des fonétions de
son Miniflere dans tout le Royaume,
e d'efireprocédé extraordinairementcontre
ceux quiy auront
ajJzfté. Il est de plus ordonné
par cette mesmeDéclaration
,
Que conformément
aux deux Articles queje viens de
vous marquer9 dm des Anefis que
ton a rendus en consequence, les
deniers que ceux de la Religion
Pretenduë Reformée peuvent leverpir
eux, feront impoje% devant
le mefineJuge Royal nommeparSuAdajeflé,
& qu'il en
fera, drefféun Etatqu'on luydonnera
pour le garder, @¡ en en-.
'Voyer au Roy, ou a M:leTellier
Chancelier de France) une Copie
dans le temps porté par cet .Article
XLIII. des Particuliers de
l'Edit de Nantes,a peine de cinq
uns livres d'amende contre chacun
de ceux qui manqueront àse
conformera ce qui est en cela de
- lintention de Sa Majesté,&de
s/u~sppe~n~sioon~delexf~erfcicce~ de la RRe~--
ligion Pretenduc Reformée dans
les lieux où l'ony aura contrevenu,
jusqu'à ce qu'ilyaitejlé sa,
tissait.
L'Académie Françoise,qui
ayant l'hôneur d'avoir le Roy
poursonProtecteur,n'a point
de soin plus pressantquecelui
de s'attacher avec un zele ref
pecteux, à tout ce qui peut
contribuer à la gloire de cet
auguste Monarque,a fait
publier que le 25.jour d'Aoust
del'année prochaine, Elle
donnera les Prix qu'Elle a
accoûcuméde distribuertous
les deux ans, à ceux qui réüssissent
le mieux dans les matieres
qu'Elle propose pour
un Discours d'Eloquence, &
pour la Poësie Françoise.
Le sujetdu Discours d'Eloquence
fera cette fois, siuvant
l'intention de Mrde Balzac,
de la douceur de l'esprit, sur
ces paroles du Sauveur du
monde dans l'Evangile, Discite
à me quia mitisfum, & humilis
corde. Ce Discours dont
le Prix fera un Crucifix,ou un
Saint Loüis d'or, ne doit estre
tout au plus que d'une demyheure
de lecture
,
& on est
obligé de le finir par une
courte Priere à Nostre Seigneur.
Le sujet de laPoësie
Françoise,suivant l'intention
de ceux qui lont envoyé, sera
lacomparaison du !tey-&
d'Augustr
,
sur les paroles de
Suetone,en la vie de cetEmpereur.
Loca
,
in urbe,publicad
jurisambigui pojfijjonbfu'adjH~
dicavit. Le Roy a jugé contre
luy mesme dans une affaire
qui regardoit son Domaine;
&dans une recherche qui fut
faiteaussi du Domaine pour
-
des Places de Rome, Augaste
les ajugeaàceux qui en
estoient en possession, si-tost
que le droit luy parut douteux.
On y pourra joindre]
tel autre sujet de loüange]
que chacun voudra sur quelquesactions
particulières de
Sa Majesté, ou sur toutes ensemble,
pourveu qu'on n'excede
point cent Vers. Ils doivent
finir par une courte
Priere à Dieu pour le Roy,
separée du corps de l'Ouvrage.)
& de telle mesure de
Vers qui agréra le plus à
l'Autheur. Ceux qui prétendrontau
Prix, doivent mettre
leurs Ouvrages dans le
dernier jour du mois de May
prochain,entre les mains de
Mr l'Abbé Regnier
,
Secrétaire
perpetuel de l'Académie
Françoise, àl'Hostel de
Créquy sur le QuayMalaquest,
ou en son absence
chez le St le Petit, Imprimeur
du Roy & de l'Académie
,Ruë Saint Jacques à la
Croix d'or. On ne doit point.
y mettre de nom, mais seule-,
ment une marque ou paraphe
, avec un Passage de l'Ecriture
Sainte, qu'on écrira
sur le Registre du Secrétaire
de l'Académie, & dont ildélivrera
sonRecepissé au Porteur
de chaque Ouvrage.
Vous devez estre contente
de l'Air nouveau que
je vous envoye., puis qiul
rft d'un de nos plussçavans
Maistres.
AIR NOUVEAU. TOut le monde me dit quej'alrco-
cmtstours,}
o J
Peuraimer trop 2acch- w}ponramer'-
trop sylvie;
Cependant, malgréces àifeours,
Âvecque tolU les deuxjeveuxpajjerma
vie.
J'aimebien mieux contenter mes
dejirs,
Et vivre moins de huitoudix an- -
necs,
gue d'aller prolonger mes trifies
dessinéeJ)
En me privant de ces charmans •' In me*vant ccf cb~
irman.~ plaisirs.
Voicy des Vers qui sont
admirez de toute la Cour;
Ils sont de Madame des Houlieres,
c'est tout dire., i LA Terrefitiguéimpitiffk'atey
inutile,
Fréparait à rHJverun triomphe
facile.
LeSoleilsans éçlaiprécipitant fin.
cours,
JRendait déjàles nuits plus longues
que letjeurs,
JVvandU Bergere Iris de mille appas,
ornée,
itmalgrétant d'appas Amante infortunée,
RegardantlesBuissons a demy dé- pouillcz.
Vous, que mes pleurs, dit die, ont
ta&t defols 1tlo'¡illez)


De l'Automne en counoux rcfftntez les.
outrages,
Tombez, Feuilles, tombez, vous dont:
les noirs ombrages
Des plaijirs de Tiretsfaifsient les
fûretez,
Etpayez les chagrins que vous mavez
coûtez.
Lieux toujours opposezau bonhclIYde
ma vie,
C'est icy qua l'Amour je me vis
asservie.
Icyfay vu l'iiigratqui- me tientfous
sesloixi
Jcyjayfoûpirépourlapremiere fois*-
Mats tandis quepourluyjecraignais* mesfoibîtjfes,
il appelloitfin chien,Caccablçit de
carejjesi
Du desordreoujeHois loin desipré--
iMloir^
Le Cruelne vitrienrou ne voulut rieh
VOIr.
Ilhua mes Moutons, mon Habit, flJ/J
Houlete,
iltrioffrit de chanter lin Airsursa
Mufte;
il votilutm'enseigner quelleherbe va
paissant
Tour reprendresaforce un Troupeau
languissant;
Ce que fait le Soltildes hrouillers
qu'ilAttire,
N'avIJit.it rien,hélus!deplut doux
a me dire?
Depuis cejourfatal queriay-jepoint
fouffcft?
l/llbflnce, laraison,l'orgueil, rienne
mefert. fay de nos vieux PaHeursconfiâtele
plu*(âge;
j'aymis touffu conseilsvainement
enuflgej
De Victimes, d1Encensfayfatigue
daulestDrieeuxs; Bergerssouvent
tournélesyeux;
Mais ny lejeuneAtis, ny le tendre
Philene,
Les délicesy l*honneur des Rives de la
Seine,
Dontlefrsntfutcentfoisde Viirthes
couronné,
Sfavans en. Part de vaincre un courageobstiné
Et quej'aidoàmoy-mesme a me rendre
inconstante
2i'ontpurompre un moment le charme
qui m'enchante.
Encorserois-je heureuse en ce honteux
lien,
Si ne pouvant maimer, mon Berger naimmtriem
Mais ilaimeâmesyeux une Beauté
commune
AfoJJederfon coeurilbornefafortunt;
C'estpour ellequ'ilperd le foin defis
Troupeaux;
Tourellefeulement réformentfes Pi-
¡ell/lx;
Etloin dese laffir desfaveurs. quHa
d'elle,
Sa tendresse en reprenduneforce neuvelie.
Bocages, de leursfeux uniques
Confidens,
Bocages quejehays, vottsfiçavez.sije
mens,
Depuis que les beauxjours moyfeule
funefies,
D'un long & trisse Hyver eurent
cbâffé lesrefies,
Jufqua l'heureux débris de. vosfrêles*
beautez,
J$j*elsjours ont-ilspassez, dansces
lieux écartez,?
JVuevouia CIngrate
que j'adore,
Jïnc milgréfesfroideurs,hélas,je
Calme encore!
Jgj/ene tuypeigniez-voos ccs mouvcmens
confus,
Ces tourmens,ces transports. que vaut
avez, tantvus!
Jgue ne luy dificz-vous, pour tenter
-ZI-le
fdtendrese,
, J^uejeJcAymieux aimerque luy, qquuee,
sa M([Îtrejfi!
Mais ma raisons"égare. Ah! quels.,
foins, quels secours
Dits-je attendre de t\é>u<> quiftïvex*
leurs amours?
Les Dieux à mes malheursferontpl-tu
ftcourables;
VHyveraurapourmoydesrigueurs
favorables.
Ilapproche, & déja les pugueux:
Aquilons
j
Tbr leurflufle glacé dé]oient nos
Valons;
La neige qui bien-tojîcouvrira la
Prairie,
Retiendra les Trouleaux dans chaque
Bcrgric,
Et Fon ne verraplusfous voflre omafïgeajfis,
Nj Ihenreufc Daphné,nyl'amoureux
TircÚ,
Mais,hélas!quelcfpsir meflûte eme confoie?
Avecrapiditéle tanpsfuité" s'enevo,
l Et bientosi le PrintempsA mon âme
odieux
Ramènera Tirets & Daphné dans ccs
lieux.
FtüiHes, vowreviendrez,,vousrendrez,
ces BoÚjÕrnbrcs;
Ilss'aimeront emorfousvosperfdes çwbres^.£i
Et nusvivesdouleurs, G mestranj^
porisjalouxy
Fourmon ingratAmantrenaifront
avec ions.
Je vous envoye une Lettre
écrite à la Reyne de Pologne,
dans laquelle vous trouverez
une Relation exacte &
fidelle de beaucoup de choses
qui ont esté veues séparement&
par morceaux détachez,
dans les Nouvelles
publiques. Quoy que le Roy
de Pologne n'ait fait aucuns
Conqueste cette derniere
Campagne) on peut dire
que jamais il n'a mieux servy
la Chrétienté. Sa haute réputation
le faisant craindre
des Turcs plus qu'aucune
autre Puissance
,
& les engageant
à se tenir en état de
s'opposer à toutes les entreprises
qn'il auroit pu faire, il
avoit à soûtenir cent mille
Turcs ou Tartares, dont la
plusgrande partie auroit esté
employée contre les Impériaux.
Cela paroiftra tres-véritable,
si on examine le peu
de Troupes que le Seraskier
avoit, & le long-tenlps qu'il
luy a salu pour les assembler.
MADAME,
La mepvc nuit que- le Roj,
dépefchaUPojle à Vojîre Majessé
j sesordresestoient don;-zèZ'
pour paffit le lendemain la Pl-
'Oiere de Sawotriche a une lieue
de Kaminiek
>
ce que l'on commença
de faire dés le point du
jour ;& comme les Tartares occupent
l'un & l'autre cossé de
,la Riviere
,
le Royfut oblige de
faire marcher son Avantgarde
elusforte qu'à tordinaire, ($y
Id'y joindre les Dragons
, pour
ICOUlJrir nos Chariots pendant un
Défilé lui dura prés d'une demylieue
; de forte que Umenién'étant
pas pxfjée à rllidy, leRjdy
se trouva obligé de demeurerfur
la hauteur du cossé de Kaminïek,,
avec unepartie de l'Infanterie, la
plus grandepartie desHouJptrtsy
& pevt-eflrevingtCompagnies
de Panfernes. Entre midy &
une heure, noits ruîmes toutes les
Hauteurs de nostre cossé cou vertes
de Turcs & de Tartares,lesquels
s'étendoient en bon erdre dans la
Plaine
9
pour nous investir de
tous cojteLe Roy mit aujJitost
ce qu'il avoit de Troupes en
Bataille
>
avec une tyanqHi/ité
çVp un ordre admirable , jaijant
telle à tEnnemy de tous co~~;
(t) nDfU demeurâmes en cet état
jufquà quatre heures, préfeinfant
1.4 Bataille}fans quils osas
fient nous attaquer. Les Ennemis
cependant Je fortifiant toujours
d? nouvelles Trot/pes, st)
s'étendant de maniéréquilsfembb!
loient voul,oir nous o;1u l r la com--
municatïon d'avec la Rivière,
& le resse de nostre Arméequi
tfloit de l'autre cojlé, le Roy iugea
devoir se rapprocher du Paffage
;Î-.e com-ne il estd"?*ge-
<->
i
reux di faire un mouvtr,* t en
préfiencedun Ennemyaujjifortyi
C*r qui par sa maniéré decombatre
ye}fplus1eït état d'en prosiser
qu'un autre, on le fit avec
beaucoup deprécaution,Je retirant
toujours dam le mesme ordre
de Bataille. LesEnnemis
s'efiant jpperçûs de nofiredémarche)
&ayantjugé de noflre intention
y
¡'J)::S attachèrent de tous
co(ï<z^avec beaucoup defurie,&
furent futCiius par tout avec
b ,r d
¡ .-~. J, -,.,..p , eré& de valeur
ce nos Troupea- Cependant
corr:mecc,flsai ir une nécc,rjrj;ïté dJe- gct.
mer le Défilé & le Passage de
la RJviere avant la nuit, le
Roy ordonna qu'une partie des
Mouffars entrast dans ce Défile9
laiaordre aux autres de
Jfaire l' Arnereparde de tout avec
tlnfant"ie; & Sa t^da^ejate'
voyant que les TartaresptljJoirnt
la Rjviere audejp^s & audejfous
avecbeaucoup de diligence, p^jfa
ILlle-mesme de lautre cossé avec
trois Compagnies de Pcinfcrnes,
& quelquesReytres., pour ajJurer
le Pajpige aux HoufJars, (if
fitavancerpromptementKelmsky>
Lieutenant du Maréchal de la
Cour, qu'il trouva pajJé audessus
avec trois autres CompaJ
gnies, pour occuper une petite
Hauteur couverte de quelques
jirbres
3
par où il jugea que les
Ennemkpouvoient venir a luj.
ApeineKelmskyfut-ilpofté, cytr
nous vîmes les Tartares se détacher
de tous co/lez pour tomber
far luy * sur nousi de forte
que tout ce que le Roy purfairey
fut de prendre une Compagnie
de H^ufjirs qui achevait de paffer,
dr de savanceravec Elle1
(y trou Cor/puniesdePanfernes
j pour soutenir Kelms/yJ &
dointr le temps aux Houjftrs de
pjjfcr la Rivitre, & de se mettreenBataille.
Pend .nt un demy
quartd heure \evs heu decraindre
pourS.M.lamesmeavanture de
Barlzim, qui arriva lannce derniere
à pareil jour; mais les Ennemis
n'ayant point apperçú les
Compagnies de Panferries de serr Kelmskyy&s'eftintavance-< en
dejordre jusqua luy, il les chargea,
fiapropos, que les Houffarts
eurent letemps de joindre le Roy3
& de paffir le Défilé
, ce qu'ils
firent avec beaucoup de diligence,
& arriérent les Tartans;rnais. }~~c'~f /e~ T~rf~ ; ~~-
dtns le niefme temps les Ennemisy
qui avottnt leurs plus grandes
forces de l'autre coflc, attaquèrent
le resse de nos Troupes,
qui efloientsur la Hauteur, avec
unefureur inconcevable, princi-,
paiement du cossé de celle8 de
Brandebourg }jufcptàjefc.ire
tuer le Sabre à la main dans lej
Bataillons; mais après avoir eflf
battus, & ayant perdu leurs
plus braves Gens, nos Troupes
Je retirèrent sans eflre fuiviesi
a l'entrée de la nuit. L s Tartares
allumèrentdegrands Jeux
à leur ordinaire, a dixheuo
« f~-
res du Joir, le Roy rejoignit le
reste de sonArmée> qui efloit
campéeademy
-
cam/Jce lieue de là, ,Vvia leue e a.
,
Mzàame, comme tout
sest passé dans celte premiere
journée, eu le Roy avec quinze
mille Hommes a préfemé la Bataille,..
d une Armée de soixante
mille; a pjjfé une Ejviere3 st)
sest retiré devant euxsansperdre
un Homme. Vostre Majeflé
doit compter que toutes les Forets
de Krimée, avec le Ban
t
le SultanGalga
,& ses deux Enfans}
fonticy,aufqut ls les Turcs
ont joint la Garnison de Kaminiek
Nos Troupes ayant fort
fatiguépendant ce' jour-là , le
R.O) demeura tout le lendemain
dans sonCamp; &) à huit heures
du matin le-s Tartares parurent
,
&sesaisîrent avec lesJa..
niffiÛres de la Garnison de Kamtniek.,
d'un Bois fort proche
de noflre Campy (tJ qui joignoit
un Défilépar lequel nous
devions nécefjvirement passer le
lendemain3 où le 'Z°y les fit
attaquer par les Dragons& des
Cosaques, qui les en cbajférent
apres une heure de Combat. Le
lendemainaussi-tofl quenous fû.
mes en marche
,
ils parurent en
trois Corp.ç, ponr nous attaquer
au Pajfcre àune fécondé Ri-
1>!?RE
aussi dffiidc(pt: la S.ÎWOtriche
Le Poy n"
powvantader
à euxpar la fiiu.ition d't Paic>
ne fonçea qu'à p-ire palfr son
jirm?eavectoute lasufetepof*
sible;& noflfc Avant*xrdeétant
pajfiée en bon ordre>fortifiée d'Infanterie
& de Canon
,
leur fit
abandonner le Terrain,& les
chaiJa de la Hauteur, où elleJe
mit en Bataille. Les Tartares
nayantpu prendre aucun avantage
de ce coftéJa,serejoignirent
avec leur vîtejje ordinaire,
& attaquèrentnojlre Arrieregarde
avec beaucoup d'avantage,
la prenant à demy pdjjée; mais
nos HaujJars firent si bien, &
entrautres quatre Compagnies
Lithuanoifesqui efloient lesplus
exposées
9
quih les obligèrentde
Je retirer. IlsnousontJuivistout
aujourdhuj defort loin, nofant
nous attaquer ; mais sur les six
heures du foir ils font venus si
prés de nous, que s'ily eust eu
deux heures de jour, nous les
aurions apurementcombatus. Le
Roy qui en a la derniere impatience
y
& qui sess trouve embarrassépendant
cestrois jours-cy
d'un nombre infiny de Chariots,
s' elf résolu de les laijjer dans le
Camp où nous sommes, & de
marcher à euv demainjpour les
attaquer par tout ou il les trouvera.
Que Vostre Aîajeflè ne
foit pas inquietéede cette résOlution
,les Troupesn'ayant jamais
marcheavecplus de gayete.
ny Joubaitefi ardemment de voir
les Ennemis. 'Pour moy ,
je ne
quiteray point le Roy ny Monseigneur
le Prince d'un pas; je
les juivray demain
>
quoy qu'il
arrive.Selon tordre de la Bataille)
le Roy a mis à la droite
& à la gauche sa Compagnie
deHovffars, deux Bataillons de
Brandebourg, etJ a fait fermer
cette Ligne par les Compagnies
du Prince Jacques, & du Prince
Alexandre
> & les Chevauxlegers
que commande Vronosky,
@f la CompagniedeMiogenshy.
On peuts'ajourerqu'il n'y a peint
a# monde de Troupes si bonnes
çyfifermes.Jedois rendre, Mt4-
dame, la justice à Mr leJPa-
-latin de Jiujjtej & vous dire
qu'ilagit par tout en General\
& s'expose comme le moindre
Soldat ; te Roy en paroilffort
content.
Du Camp de Labbruse du 12.Octobre1684-
Je vous ay déja parlé du
MariagedeMrle Prince Eléctoral
de Brandebourg avec
Madame laPrincesse de Hanover.
En voicy de plus amples
circonitances. Mr de
Kromicaus,Président aux
Finances, & Ministre de Mr
l'Elécteur, estant arrivé à
Hanover le 15. de Septembre,
r pour faire la demande de
cette Princesse,.Mrde Krom-
Kaus son Fils alla dés le soir
mesme auChasteau luy rendre
une Lettre de Mle Prince
ElectoralToutjeune qu'il
estil s'acquit parfaitement
bien de cette Commission.
Le lendemain on vint prendre
Mr de Kromicaus son
Pere avec les Carrosses de
Mr le Duc de Hanover, pour lemeneràl'Audience. Vous
jugez bien qu'il en sortit
très-content, & que l'on
n'eut
pas de peine à luv ac—
corder ce qu'il demandoit;
De l'Apartement de Mrle
Duc, il fut conduit à celuy
de Madame la Duchesse de
Hanover, où il trouva la
Princesse. Il luyprélenta de
la part de Mrle Prince Electoral
deuxBoucles d'oreilles
d'un seul Diamant, ou
pendoient deuxPerles eïi<
poire, d'une grosseur&d'une
eau extraordinaire, avec e
Portrait de ce Prince enrichy
de Diamans, le tout eftimé
cinquante mille écus.
Madame la Princesse de Hanover
est une Personne trèsr
aimable. Sa taille est des mediocres.
Elle a la plus belle
gorge & la plus belle peau
que l'on puisse voir.de grands
yeux bleus doux, une quantité
de cheveux noirs prodigieuse,
des sourcilscomme
s'ils estoient faits avec le
compas, le nez bien proportionné,
la bouche incarnate;
de fort belles dents,& le teint
tres-vif. Le tour de son visage
n'est ny ovale ny rond;
il tient del'un & de l'autre.
Pour de l'esprit ,elle en a
beaucoup, & unedouceur
fort engageante. Elle chante
bien, jouédu Clavessin,dance-'
avec beaucoup de grace, 3c
sçait ce que fort peu de Personnes
sçavent dans un âge
aussi peu avancé que le CCti.
Elle eut justement seize ans
accomplis le jour que se fit
son Mbadame. Ce jour ayant estéarresté,
Mr de Kromkaus alla porter
à son Maistre la nouvelle du
succés de sa négoriation. Ms
de Hanover le combla d'honnestetez,
&il partit chargé
de présens de la valeur de
cinqmille ecus, un grand.
Chand elier d'argent, des
Chénets,&un Miroir dont
la Bordure estoit du mesme
métal. Tous ceux de sa Suite,
jusques aux moindres, eurent
desmarques considérables
delalibéralité de ce Prince. -Madame la Princesse luy
donna une Bague pour Mr
le Prince Eléctoral. Depuis
ce temps, il ne se passaguére
dejours qu'iln'arrivast quelquesCavaliers
destinez pour la Maison de cette Princesse.
kLe Prince partit de Berlin le
29. Septembre avec une Suite
nombreuse qu'il laissa derriere,
par l'impatience d'arriver.
Mr le Duc de Zell l'envoya
recevoir à l'entrée de ses
Etats, & le fit régaler le
3i. Octobre à une de ses Maisons,
qu'on nomme Bredorf.
Mr de Podvvits, Lieutenant
General des Troupes de Hanover,
& Mr Groot,Président
des Finances, & Ministre de
cette Cour, l'y vinrent complimenter
de la part de Mr
le Duc de Hanover. Le lendemain
il en partit accompagné
des Gardes de Mr le
Duc de Zell, comme il l'avoit
toûjours esté depuis qu'il
estoit entré dans ses Etats.
Mrle Duc de Hanover ayant
eu avis dela marche du
Prince, par les Courriers qu'il
faisoit partir à tous momens,
monta dans Ion Carrosse, accompagné
de Madame la
Duchesse & de la Princesse
I leur Fille. Il fut suivyseule-
[ ment d'un autre, ou estoient
! son Premier Gentilhomme
f de la Chambre, son Capir
taine des Gardes, & les Ecuyers
des deux Princesses.
fDouze de ses Pages, & une
j partie de ses Gardes duCorps,
j l'escortoient. Avec ce peu de
[ monde, il alla à la rencontre
de Mr le Prince Electoral, qui
de son costé venoit avec une
vîtesse incroyable, & arriva
un jour plutost qu'on ne l'a- 1
voie attendu. Désque les
CarrolTcs commencerent à
"1,
s'approcher, on mit pied terre de part & d'autre avec
précipitation; & apres quelquescomplimens
de Mrle
Prince Eléctoral à Mrle Duc J
deHanover, il se tourna du
cossé de Madame la Du- S
chesse, qu'il voulut par res- I
pcct(atucr à la maniere Al- s
îemandey en donnantla
main-, mais Madame la Du- if
cliefîe:t
tlchesse qui le regardoit déja avec
un oeil de Mere , l'eml
brassa, & luy présenta la
; Princesse,qu'il salüa de mes-
1 me. Ils se dirent plusieurs
choses d'une maniere qui ;faisoit connoistre que la ce-
1
rémonie y avoit moins de
| part que la joye, & remonterenc
en fuire en Carrosse.
Le Prince & la Princesse eurent
place au fond, & Mrle
Duc &Madame la Duchesse
occu pérent le devant. Ce
n'est pas qu'ils commençassent
à la traiter en Princesse
Eléctorale, mais ils furent
bien-aises que le Prince eust
le plaisir de la voir à ses cô.
rez. Ils allérent descendre à
Herausen, Maison de plaisance
du Duc, à une demy- :
heure de Hanover. Au sortir ;
du Carrosse, Mr le Prince
donna la main à Madame la 1
Duchesse, & la conduisit
dans son A parrement,où il
laissa la Princesse; & Mr le
Duc accompagna ce Prince
dans celuy qui luyavoit esté
préparé. Peu de temps apres
on se rendit dans une Salle,
où l'on servit un m~gninque
Soupé. Depuis ce jour jusqu'au
Dimanche 8.Octobre,
qui fut celuy que l'on choisit
pour le Mariage, il ne s'en
passa aucun que le Prince ne
fist quelque présent considérable
à la Princesse, un Colier
de Perles, des Bracelets,
une Garniture de Diamans,
une d'Emeraudes, de Perles,
des Bagues, & des Poinçons
d'une beauté singuliere. Mc
le Duc de Hanover fitaussi à
la Princesse un tres- beau présent
de Pierreries, que les
Connoisseurs font monter à
quatre-vingts mille écus. Enfin
le jour heureux arriva, où
la cerémonie du Mariage fut
faite. On y convia feulement
les Princes, les Ministres,
quelques Genéraux Majors,
& les Demoiselles, donc la
Dignité, l'Employ, & les
Charges, rendoient leurs présences
necessaires.Si-tost
que le Prince & la Princesse
se furent promis la foy, une
Fusée volante en donna le
signal à la Ville, qui répondit
aussitost par trois Salves consécutives
de tout Je Canon
de ses Ramparts. Un moment
apres on se mit à table.
Il y eut six Services qui parurent
longs au Prince. La
modestie de la Princesse, u
la langueur qui paroissoit
dans ses yeux, augmenté-,
rent tellement l'éclat de sa
beauté naturelle, qu'elle
charma tous les S pectateurs.
La pesanteur de ses Habits,
& d'une Couronne de Perles
&: de Diamans, luy ayant fait
un moment changerde couleur,
le Prince en parut tout
alarmé. Pour sortir d'inquiétude,
il pria Madame la Duchesse
de trouver bon qu'on.
ladéchargeastde ce fardeau.
On laconduisitaussitost dans
son Apartement,d'oùelle
fut ramenée en Des-habillé.
Elleavoit une Simarre- de
Brocard d'or, & couleur de
feu, & dans ce simple ornement
elle estoit plus belle
qu'on ne l'avoit jamais veuë.
Quand elle se fut retirée
à sa Toilette, Madame la
Duchesse la déshabilla
,
&
ayant congédié toutes les
Dames,elle attendit feule l'arrivée
du Prince, avec lequelelle
la laissa.Le lendemain au
matin LeursAltessespasserent
dans l'Appartement desMariez,
& leur souhaiteret d'heureux
jours. Le Prince se leva
incontinent
,
6c alla rendre
vrúrç à Mr le Duc, & ensuite
à Madame la Duchesse
, pour
donner le temps à la Princesse
des'habiller. Désqu'-
elle fut preste, toute la C0111"'t'
pagnie la vint prendre pour
la conduire dans la Salle où le
Dmé fut servy avec beaucoup
de magnificence.Ce
jour & le jour suivant se pêtserentenjeux,
en danses
,
8c
en Festes particulieres ,jusqu'au
Mardy 10. d'Octobre
destinépourl'entrée du PrinceàHanover,
qui fut trésbien
ordonnée.Leurs Altesses
trouverent dans la
Plaine trois Regimens de
Cavalerie, qui aprés avoir fait
leur décharge, défilerent
quatre à quatre ,
& tinrent
la te ste du Cortege. Les
Ruës estoient bordées par les
Regimens d'Infanterie de
Podr>vvits & de Berhnolph,&
les Gardes à pied occupoient
LaCourt du Château, 6c les
avenuës. Ensuiteonvoyoit
vingt-quatre Chevaux de
main de Mrle Duc deHanover,
avec des Couvertures
magnifiques, menez parauant
de Palfreniers; puisdou-
~ce Pages à cheval de Mr le
Duc,aveclesEcuyersàleur
~este douze Chevaux de
main de Mr le Prince Electo-
~al, huit Pages de ce mesme
Prince; trente Carrosses à
six Chevaux de la Cour de
Hanover; vingt-trois autres
à six Chevaux de Mrle Duc,
dont il y en avoit six d'une
tres-grande beauté
;
trois du
Prince Electoral, d'une magnificence
extraordinaire,
sur tout le dernier, dont l'Impériale,
le dedans, aussi bien
que le Siege du Cocher,&les
Harnois des fixchevaux.)f(ulq
d'un Velours dont le fond
est d'argent ,& les fleursd'or.
On y voit seulement un pei*j
de Cramoisy en quelquesj
endroits. Il estdoré par tQiiH
& fort bien peint. Aprés çf-g
la paroissoientdouze Trom
pettes de Mrle Duc de Ha
nover, & huit de Mr lePrinj
ce Electoral, qui rempHCd
soient l'aird'une harmonie!
agréable, à laque-Ilerépondoient
les Trompettes des
trois Regimensquiestoient
postez dans la Plaine. XtC*]
Lieutenant Genéral,& leGrand
Maréchal, suivoient
latestede cent Seigneurs,
~u Officiers de la Cour, trés-
~ien montez, & bien habilez.
Mr le Prince Charles
paroissoit ensuite monté sur
~un Cheval admirable, qu'il
manioit avec beaucou p d'adresse;
il précedoit le Carosse
duCorps, de Velours Cramoisy
,
bro déd'or & d'argent
sur l'Impériale comme au
dedans. Mrle Prince Electoral
estoit au fond avec la
Princesse
; au devant Mr le
Duc & Madame la Duchesse tde Hanover,&à la portiere
droite Madame la Princesse
de Hanover Fille de Mr le
Duc de Zell,quia épousé ~le
Prince aîné de Hanover. L
Regimentdes Gardes
deMr
le Duc siuvoit monté sur de
Chevaux gris pommelez.Ce
Gardes estoient habillez d'Ecarlate
doubléedenoir, avec
un Galon d'argent par tout
Le rouge est la couleur dec
Prince, avec des Galons a&
gent & noir. Les Gardes de
Mr le Prince Electoral qu'on
nommeTrabans,marchoiena
ensuite
,
vétus de bleu, avec
desGalons or & argent, qui j
ont les livrées de Mr l'Electeur
de Brandebourg. Six
Carosses à six Chevaux où
estoient les Dames d'honneur
,
& les Filles d'honneur,
fermoient cette marche. Les
Canons des Ramparts tirerét
continuellement
,
& on en
entendit du moins trois cens
coups en unedemy
-
heure.
Quand Leurs Altesses furent
descenduës de Carrosse, les
Regimens d'Infanterie allerent
se mettre en bataille
dansune Place visà vis des
Fenestres duChâteau, d'où
ils firent trois salves comme I
les Gardes à pied dans L.
Court du mesme Château
Ils estoient habillez de neuf
La couleur est rouge, des
Galons d'argent sur leurs
manches, & des Plumes
blanches sur unChapeau bordé
d'argent. Toutes les Dames
de la Cour,à la reste desquelles
estoient Madame la
Maréchale, & Madame de
Groot, se trouverent au bas
de l'Escalier, où ayant receu
Madame la Princesse Electorale,
elles la con duisirent
dans l'Appartement qu'on
luy avoit destiné. Le Soupe
fut servy. On n'y but aucune
santé qui ne fut celebrée
par trois coups de Canon,
dont onavoit mis cinquante
petites Pièces aux environs
du Château. Le signalleur
cftoit donné par douze
|Trompettes, qui estoient po-
Iftéz sur les Galeries &: sur les
Balcons,&dans les intervales
douze Violons &: six Hautsbois
charmoient par leurs
f"dgOuUftXe accords toute cette au-
Compagnie. Chaque
Prince, & chaque Princesse,
t furentservis par deux des
[ principaux de la Cour. Outre
laTable de Leurs Altesses
il y en eut dix-huit autres en
diférentes Salles, chacune de
vingt couverts ,
servies en"
mesme temps, & avec la
mesme propreté ;
celles des
Dames d'honneur
,
des Dames
de la Cour, des Filles
,
d'honneur, des Etrangers,
des Genéraux Majors, des
Colonels, des Lieutenans
Colonels, des Capitaines,
des Lieutenans, des Enseignes,&
celle des Cavaliers
qui servoient les Princes &:
les Princesses.
Après le Soupé, on se reiïn. dit
; dans une grandeSalle, parée
pour le Bal. Il commença
1 par une Dance qu'on necon-
; noit point en France, & que
, l'onconserve en Allemagne
* par une vieille tradition. Six
i de la Cour de Hanover donnèrent
la main à six de Mt.
f le Prince Electoral
, tous un
t flambeau de cire blanche à
1 lamain.LesMariezseplacerent
au milieu , en forte
qu'il y enavoit six devant,
t &fix derriere
,
& commenl,
cerent laDance, ils dansei
rent à deux reprises. Mr k*
; Duc vint prendre la place du
Prince, & dansa comme luy.
Ensuite Madame la Duchesse
prit celle de Madame la Princesse
Electorale
;
le Prince
de Hanover celle du Duc ;
la
Princesse, celle dela Duches.
se;& lePrince Charles, celle
du Prince de Hanover.Ilfinit
la Dance quise fait au son
des Trompettes, sans qu'il y
ait aucun Violon qui joue. 1
Aprés cette Dance on commença
un Balà la Françoi-
CC' «4M*'>!J» âtXJUJ IIJJ
.t.t Le Mercredy11. toute \x
Course mit dans une parure
aussi galante que riche. Le
Il foir lesDames se rendirent
chez MadamelaDuchesse
chargées de Broderies, dé:
Points d'Espagne,dePerles,
& de Diamans;il y eut Bal
après le Soupé. Le lendemain
la plus grande partie
de la journées'estant passée
!f;(l divertissemens,on prit
celuy de la Comédie. L'Inconnu
futrepresenté,avecun
Balet entre lesActes,composé
devingt Entrées. Les Récits
qui estoient à la loüange des
- Mariez,enfurentchantez par
les Musiciens de Mrle Duc
de Hanover. Un moment
avant la Comédie,M le Duc
& Madame la Duchésse de
Zell, que l'on attendoit avec
impatiéce,estantarrivez, prirentpartà
ce divertissement,
&augmentèrent lajoye. Mr
le Marquis d'Arsy Envoyé
Extraordinaire de France auprés
des Princes de la Maisonde
Brunsvvic
,
s'yrenditavec
eux. Le Soupé fut encore
suivyduBal. Le Vendredy 13.
tous les Princes & Princesses
firent l'honneur à Mr PocL
vvits Lieutenant General,
d'aller disner chez luy. Il y
eut ce jour là deux petites
Comédies,& le Balle soir
Le Samedy on joüa Britannif:
US, & le soir il y eut un trésbeauFeu
d'artifice.Onvoyoit
d'abord un Château cantonné
de ses Tours, donr l'avenuë
estoit composéed'une
double allée de Cyprès, dans
laquelleilyavoituneChasse,
& où des Chasseursau bruit
de leurs Cors, animoient une
meute de Chiens à la pour,
fuite d'unCerf. Au bout de
cette avenue estoient deux
Pieds- d'Estaux, sur lesquels
s'élevoient deux Statuës)
dbntl'uncreprésentoitMars.,
êc l'autre Diane, pour faire
connoïstre que les Princes
de ces deux illustres Maisons,
ne se plaiioient pas moins
dans les hazardsde la Guerre,
que dans l'exercice de la
Chasse. Aux deuxcostezon
remarquoit deux Arcs de
triomphe tout de feu, au milieu
desquels paroissoient les
Noms, les Devises & les Chifres
du Prince & de laPrincesse
Electorale ,qui brûle,
rent incessamment pendant
deux heures, sans se consumer.
Uneinfinité deFusées
volantes qui partoient de
dessus les Remparts, & qui
retomboient en serpenteaux
ou étoiles, vis à vis des Fenestres
du Château,le métoit
au bruit de toute l'Artillerie
de la Place. Dans le
temps qu'on se préparoit à se
retirer, & que chacun selon
les diversesconnoissances,
donnoit des louanges aux
Ingénieurs, on fut retenu par
un nouveau bruit. C'estoit
une Siréne portée sur un Radeau,
qui se promenoit sur le
bras de la Riviere qui lave les
murs du Château, Il en fortifi
: tant de flâmes, qu'onanro
cru que cette Riviere rouloit
des feux au lieu d'eau.
Le Dimanche 15. on chanta
le Te Deum dans l'Eglifse:
du Château, & le soir les
deux petits Princes avec les;
petits Seigneurs, & les jeunes
Demoiselles de la Cour,
dansèrent un Balet de douze
Entrées, qui sur parfaitement
bien executé
,
&
qui attira l'applaudissement
de toute la Compagnie. Le
Lundy M'le Duc de Zell,
Madame la Duchesse
,
&
toute leur Cour, partirent,
aussi-bienque Mrle Marquis.
r d'Arsy. L'apresdinée on eut
! le plaisir de la Chasse du Sanglier
dans la Court du Château
,qu'on avoit couvert de
Sable & fermée de Toiles.On
eut aussiledivertissement de
berner des Renards & des
Blereaux,Il y enavoit quatrevingt
des premiers, &: trente
des autres. Ensuite les Princes
&les Princesses se rendirent
chez MrdeGroot
,

l'on commença le Bal sur les
sx heures. Il fut interrompu
par un Repas d'une propreté&
d'une abondance sur,
prenante. Dans un mesme
temps, & prelque dans
le mesme moment ,
il y
eut cinq Tables, servies sans
confusion
,
où cent Personnes
trouvèrent tout ce qu'on
peut souhaiter de mets exquis
; & ce qui est admirable,
c'est que le Maistre & la
Maistresse de la Maison
estoientaussi peu embarrasfez
que s'ils n'eussent eu aucune
part à cette magnificence.
On recommença le
Bal après le Sou pe. Le Mardy
17. se passa en jeu, & le
soir on représenta Psyché,
qui fut un spectacle tout
charmant '@. tant pour la richesse
&la beauté des habits,
que pour la justesse desMachines.
Apres Soupé il y eut
encore Bal. Mrle Baron de
Platen,grand Maréchal, &
Premier Ministre de Mr le
Duc de Hanover, qui s'estoit
reservé un jour pour régaler
Leurs Altesses, s'en acquitta
le Mercredy 18. avec une si
grande profusion
,
& tant de
délicatesse, qu'on n'eust pu
rienajoûterà la somptuosité
de cette Feste. Lors qu'on
fut au fruit, il y eut pendant
une demy-heure uneFontaiDe
d'Eau de Senteur aumilieu
de la Table des Princes.
Elle sortoit d'un Rocher, &
s'élançant jusques au platfond,
retomboitenpluye, &
embaumoir toute laSalle. Ce
Repas finy,l'on passa dãscelle
de la Cornédie, dont l'on
diversifia les Entraxes par de
nouvelles Entrées. Apréscela
toute cette illistre Compagnie
se rendit chez Madame
Harling
,
Dame d'honneur
de Madame la Duchesse,
qui voulut régaler à son tour
la Princesse Electorale, dont
ellea toujours eu laconduite.
3Elle donna un Soupé tréspropre
& trés-galant
,
dans
un Appartement separé du
Château,orné d'une infinité
de feülllages verds , & de
toutes les fleurs que pouvoit
fournir la saison où l'on
estoit. Il y eutune fort jolie
Mascarade de six Filles
d'honneur de la Cour, &
d'autant de Cavaliers deguisez
en Pavfans & en Paysanes,
qui vinrent féliciter les
Mariez, & les servirentà table.
Leurs Dances rustiques
succederent au Repas, &ne
furent pas un des moindres
divertissemens de cette jourrée.
Ce fut celle du départ
de la plus grande partie des
Officiers de Son Altesse Electorale.
Mr le Duc de Hanover
leur fit à tous des présensconsidérables.
Jecroy,
Madame, vous avoir déjàdit
en vous parlant de ce Prince,
qu'il est magnifique en tOUr
tes choses; maisce quilefait
particulierement estimer dãs
ses liberalitez, c'est qu'il a le
disce~mement si juste, qu'il
donneplûtost au mérite & à
lavertu, qu'aux Personnes. i
Outre les Vases d'argent &
de vermeil, il fit présent
d'une infinité de Chevaux
de ion Ecurie à tous les Cavaliers
de la Cour de Berlin.
Il en donna huit de Carrosse
de couleur de perleaux
crins blancs, à Mr le Prince
Electoral, trois Attelages
de différentescouleurs à la
Princesse, & encore au Prince
huit Chevaux des plus
beaux de son Ecurie, qu'il
choisit entre trois ou quatre
cens, dont elle est ordinairement
composée. il en donna
aussi deux à Mrle Marquis de
la Forest
,
Colonel au service
de Dannemarc, qui a autrefois
servy dans les Troupes,
de Mrle Duc de Zell,& qui
se trouva au Mariage. On y
vit quatreEnvoyez extraordinaires,
Mrde Plitresdorf de
l'Empereur, MMc Marquis,
d'Arsy de France, Mr Welling
de Suéde,&Mr Astouse
deDannemarc.
- ;
Le Jeudy 19. qui estoit le
jour où M le Prince Electoral
devoit partir, on solemnisa
par la décharge du Canon
toutes les santez qui furent
beuës au dîner. CePrince
donna son Portrait enrichy
de Diamans au Lieutenant
General,au Grand Maréchal,
ôc à quelques autres.
Il fit aussi un grand nombre
de présens en argenterie. Aprés
le dîner Mr le Duc de
Hanover , suivy de toute sa
Cour,l'accompagna jusqu'à
une lieuë de la Ville. Là ce
Prince monta dans sa Calèche
avec Madame laPrincesse
Electorale
,
& alla, escorté
d'une partie des Gardes du
Duc jusqu'à Borcdorf, où
Mr le Duc de Zell le traita
magnifiquement. Le lendemain
il en partit pour se rendre
à Berlin. Les Gardes de
Mrle Duc de Zellne le quitterent
que sur les Frontières.
La Princesse revint à Hanover
,
où elle devoit encore
passer trois semaines au prés
de Madame la Duchesse sa
Mere ,qui est Soeur du dernier
Electeur Palatin, & Fille
de celuy qui fut élu Roy de
Boheme.Elle sçait beaucoup
, & a l'esprit fort vif &
fort pénétrant. Elle parle
François, Anglois,Flamand,
Hollandais, comme Allemand
, & à l'entendre dans
toutes ces langues,onauroit
peine a connoistre quelle est
icelle que laNature luya apprise.
Elle sçaitparfaitement
lesintérests des Princes, les
principales maximes des Etats
,
& les inclinations des
Peuples dont elle parle, 6c
ausquelles elles'accommode
sanspeine. Ellea donné six
PrinresàMr le Duc deHanover.
L'Aînémarié à la
Princesse de Zell, se trouva
l'année derniere àla levée du
Siège de Vienne. Il auroit
esté au Siège de Bude, ou les
deux quile suivent se sont
trouvez ,si la petite Verole
ne l'eust arresté. Le quatrieme
est le Prince Charles; 3c
les deux autres sont ceux qui
dancerent le Balet dont je
viens de vous parler. Afin
de vous faire connoistre toute
cette Cour, j'ajoûteray le
Portrait de Madame la Princesse
de Hanover, Fille de 1
Mr leDuc de Zell. Elle cftj
d'une taille médiocre
,
mais ]
fort bien prise. Elle a les
cheveux d'un blond châtain
, la forme du visage ovale
, une petite fosse au men-]
ton, le teint beau &uny.&J
la gorge trés-belle. Elle dance
parfaitement bien, joue
du Clavessin
,
& chance de
rwefme. Elle a infiniment de
l'esprit, beaucoup de vivacité
, une imagination heureuse,
& riche par le profit qu'-
- elle a fait de les lectures. Elle
est née avec un fort bon
goût, qui s'est augmenté par
les soins que l'on a pris de
son éducation. Un Homme
quisçauroit autant quelle,
feroit heureux, & pourroit
en demeurer là. Elle parle
fort juste de tout, & encre finement
dans tour ce qu'on
luy dit,&:répond de mesme
Avec tant de belles qualitez
,
il est assezdifficile de se
défendre de l'Amour proprr.!
Cependant c'est un défaut,
qui eH: _COndallln¿
,
& donc
vous allez voir la punition
dans la Fable que je vous en-[
voye. Elle est de Mrdela 1
Barre de Tours, Capitaine au
1 Regiment Royal. j
L'AMOUR
PROPRE PUNY.
FABLE. TElvautpeu, qui beaucoup siwfi-
Ce Proverbe estvraytres-feuvent,
Ettelvole dU- dcjfm du vent, uonvoit tomber bien bdse-qu'enfaite
on ml/rift.
Pourpeu quonveuille mécouter,
Enle,¡¿ de motsjevay conter
Ce queJitautrefoisMercure,
Et nous corrigerons ce Dieu, quoy
qu'immortel.
toy,cbechtivivee Creaturce,
Me dira-t-onparavanture,
Faut ilainsifaire une injure
AcetAmbaJfadeurquimérite unautel?
Pourquoynon ? £>uoyyqqauoeeggrraanndd,, ne
sçAuroit-on malfaire?
Toutan contraire,
VII Grand aplu* de vanité.
Flui on eBélevédansundegréftipréme,
Plutl'oneBentêté
Del'amourdefoy-mcfmei
Vom en allez,sçavoir la vérité.
Ce Mef/ager Celeste
Croyoit valoir luy seul mieux que le
refle
De tous lesautres Dieux
J$uifontlesHabitansdes deux.
Il n'en exceptoit patson Pere
Jupiter, dont le Foudre étonne Us
Humains.
Jguand ilavoitsaVerge àSerpcns
dans les mains,
SuTAI,nnierts,fà Tefiiere,
Ilvcnoiticy-bds
Gober maint Sacrifices
Etfont ombresouventd'établir la
Jujfice, (cas, jleaufoitparsesvols de terribles frà-
Ilfaiflitmille tours,[Ans enavoir de
honte,
EfioitExcroCyMenteur, Tourbe;du
reste, Dieu,
Adroites*ilen étoit das le cLieti,
Mais cecy neflpas de mon Conte.
Ilcroyoït donc valoir autant que
Jupiter,
: Dont il teneitnaiffillce & Caducée;
Etfipenfée
Essàisqu'ilvaloitmieux queIcDicïï
de l'Enfer,
Etmcjmcc.nle DuH de l'onde.
il lestraitoittotu dUlx comme Faquins
duyonde. i
Le Dieu dela
G:arre çrdu Ver, *ot 2-iarsÀr'nch'cuite\uunDrillej
Saturne
ndrille;
Ftwc;P.-;
Cupidon un Enfvit)tïrimant que U
vétille;
Atlas un VÙIIX Bouquin;
Momus fin Fou, quoy que d'humeur
gentilley-
Et le boiteux Vulcain
SondtmyFrere,avecquesaBequille,
Ejloittraitéde Cocu, de coquin.
l , Il' Venusntfïoit qu',une (CJIJreUIrje; ;
limon,siBelle-M^re,c Capricitufl.,
Minerve,tf'V(cfis Ar/s,fin Dard,fort :
Mrcdecuin,
N'cfôit qu'une Brutde, ou quune
précitNfl.
unDuuparfait^
Brave, pmjjant^poly, bienfiity
Payant d'esprit comme de mine.
é 17-jouyrcfiêchijfantsur ta grandeur
divine, (pourvu
Etsurles beaux ialcns dontilejJoit (Nonpoursedétromperdefin humeurpeufigey
Dontfon orgueille rendoitprévenu,
Naispours'y confirmer encore davantage)
Vn beaujour, dis-je,ntjîre Dieu
Partit du Ciclfdnsdireodieu,
Etprenant uneforme humaine,
iVl-aa dans The es, d-s promene.
*&syPrécifimentje nevous dira)ptt,
Si Thébesfut le lieu deCAvanture;
La circonstanceefldefort peu de cas.
£hi9y quilenfoitîle DieuMercure
S'estant bien promené, feignit d'efire
un peulas,
ON-bien d'avoiraffaire
Dans la Mai/ond'un Stalllaire.
Mon Amy, luy dit-il, jefuis un
Curieux,
Jgui voudrons acheter les Images des
Dieux;
N'auriez-vouspoint icy dequoy me
(âtiJf;ire?
J'.1} 'Va/Irefait, dit l'Ouvrier,
Et de Lautre ccfié vous en pourrez,
Sivous
Si vous vvooiu4lleezz,, mmeessuuiivvrree..
VAmy
y gagnez, • vous dequoy
vivre?
Trouvez,,vous bon vojlreMétierr
Letemps ne vautplus rien, Monfleuy,
je vous prorlle)
Ditl'Ouvrier, comme ejlant hors
defbyi
Ellejour &lit nuitje peste
Contre mon malhwreux Em
Le-Marchandvient ajjcz,vifiterma
Boutique,
Mais dt/Diable tun qui prendrien.
Si vous lles Homme de bien,
Je demandevoifrepratiqua
Jnfjï-bttn, parmafoy
, vont iriez,
loind'icy,
Pemr trouver mieux que tout ceY.
Si.it,je leviux. Bpn,grandmercy;
Combien de îupïier vendcz-vous la
Figure?
le von* la vendraysix DUCAts.
Celle de lunm ? Six. Et cette de
Mercure?
A vousje ne regarde pas;
Si de Ducats vous donnez, la douzaine
Pour Iunon&pourIupiter,,
Mercurehapourrien; il nevautpas
lapeine
De disputer.•
J^uifutbiensot,cefut le Dieu de
CAmba(sade,
De voir quonl'eflimoitfipeu.
il en devint plus rouge,que dufeu,
Et diten tranchant court, adieu, mon
Camarade.
L'UniverseHpleinaujourdbuy
De Gens de pareille nature;
Zts'ilsftiflientcomme Mercure,
Sanspeine ils connoiflroientqu'ils
valentmoins que luy.
En vous envoyant ce que
vous avez veu de Mr Magnin,
au commencement de cette
Lettre,j'ay oublié d'y ajouter
la Devisequ'il a faite pour
{Madame la Dauphinc. Le
Corpsedt une Grénade ouverte,
quimontre plusieurs
grains. Le mot, Spes quanta
Coronis! Il est expliqué par
ce Madrigal.
QoVe deTestesCouronn Ics
Elle vafaire germer!
France, ceffi de ¡'¡¡Iarmer
De voirfinir des Lys les grandes
dejlinées.
NofireAugujle banphine a si; les
confirmer.
Jjhte de Tefies Couronnées
-" Ille vafairegermer/
-
Voicyplusieurs autres Devises
pour Mrle Comte de
Toulouse, Grand Amiral de
-- France. Elles sont de MrBordelon
de Bourses. '.;-.. "ù o, I. UnMole,ese lplieccceedce
Fortification faite pour commander
sur la Mer. Surgit ad
Imperium PeUgi. Pour faire
connoistre le pouvoir de Mc
le Comte de Toulouse sur la
Mer, en qualité de Grand
Amiral de France. ',!':'.,
II. Un Croissant éclairé
du Soleil, & au dessus de la
Mer. Solis a aspectupontoimperat.
Pour montrer que c'est
du Roy que Mle Comtede
Toulouse a receu l'empire
qu'il exerce sur les Mers.-
III..
III. Un Rocher au milieu
Je la Mer,ôe batu des flots.
Rumpo irrumpentes. Pour faire
voir combienM' le Comte
de Toulouse est à craindre
sur les Mers.
IV. Scylla au milieu de la
Mer,représentée avec la
beauté que luy donne Vir..
gile, & en mesmetempsavec
ces Chiens effroyables au- ttoouurrdd''eellllee,,qquuiiiinniippiirreenntt 1h^"
terreur 0 tous ceuxqui en
osent approcher. Etplacer,e
terrer. Cela nous apprend
que si M le Comte de Touloudeestagreable
par sa beaute,
il n'est pas moins terrible
par la frayeur qu'il inipire sur
la Mer aux Ennemis de la
France.
V. Un Vent renverfinc
d'un coup de flot une haute
.& belle Pyramide qui eftoic
élevée sur le bord de la Mer.
Ponto ajJ/J,rgef1.tem, ponto proruam.
Si Gènes s'éleve avec
orgueil sur le bord de la Mer,
Mrle Comte de Toulouse se
servira de la mesme Mer, par
le moyen des Vaissèaux du
Roy, pour détruire entièrement
cetteluperbe Ville.
VL Un grand Vaisseau
que l'on bâtit sur le bord de
la Mer.1,Et me olim orbis uterque
videbit. Cela marque Tempérance
que donne Mr le !Comte de Toulousè de ce
>quil fer* alors qu'il aura atteint
un âge partait.> jv,
VII. Neptune qui paroist
au dessus d'une Mer agitée
pour l'apairer. Meum efl motos
componereflattas,La paix for
:
laiMer dépend de
; Ñr le
Comte de Toulousè, en qualité,'
de Grand Amiral de
France. ynu- - 'f'
VIIILemesmeNeptune
au milieu de la Mer. Tua
Nautoenuminajobcolent. Un
jour on ne reconnoiftra iur
la Mer que la puissance que
Mrle Comte de Toulouse a
reçeuedu Roy, en qualité
deGrand Amiral de France.
Mde Santeiiil, Chanoine
Régulier de S. Victor, ne
s'est pas teu sur les Affaires
du temps. Il a fait une Devise,
dont le corps cft un
Soleil, qui forme un Ciel
fercin d'un costé, & un orage
de l'autre; avec ces mots,
Hincfulminât,indeJerenat.
MrDiéreville les a expliquez
par ce Madrigal.
L"Afire que tOI/Á lesjours nota
voyonssurnostefies
Commencer&finirjoncours,
Nomdonêsouventde beauxjoursr
Lors qu'il exciteailleurs de terribles
tempefies.
LOFIS,leplusgranddesHéros,
Fait awme hy dtjJùs la ttrrtj
il donne d'un cotél<ideuetnrdurcpQsv
Et de /'autre il estprcH de lancerjon
Tonnerre.
Tropfuperies Gémis^redoutez-en les
coups,
Vous l'allez,voittombersur l'ettsà
Je ne sçaurois mieux finir
cet Article de Devises,que
par celle qui a cité faite sur
la bravoure de M1deRelingue,
qui avec un seul VaiC
ieau a batu les trente-six Galeres
d'Espagne & de Gènes,
& s'eitretire vainqueur.
Cette Adion que la Postérité
pourra prendre pour une Fable,
est si vraye, que les Incrédules
mesme n'en douterontpoint,
quand ils apprendront
que les Génois l 'avoüent
dans toute son étenduë;
cequ'ils viennent de
faire, enfaisant arrester quelques
Officiers de leurs Galeres,
qu'ils accusent de n'avoir
pas fait ce qu'ils devoient
dans loccasion de ce
i
Combat. Cette Devise qui
est de Mr Rault de Roüen"
a pour Corps un Rocher au
milieu de la Mer, attaqué des
flots, des vents, des tempêtes,
& des orages, & pour ainsi
dire, de Neptune mcfme-r
mais il n'en peut estre ébralé.
Ces mots, ~Ut stat Marpefia
cautes, luy fervent d'ame. Ils
sont tirez du 6. Livre de l'Enéidc,
& expliquez par ces;
Vers. LA MereHen COUYOIlX, & U
Tempeflcgronda
Elleappelle les Vents,poursoûtenir
les flotsi
1
EtprcJle d'engloutir Vaisseaux cSv
Matelots,
Elle attaque u n Rocher, quist rit de
son onde.
Du dépit<quelie en ù^fa vague enfle
6, bruit,
Et ccoonnttrreec,'(eHR(oHchbecrr 'vViieenntt vomirson
écumei
Mais efiant toujoursferme&fiable
afitcoûtante,
LA Mervoitson couroux &son crgueil
détrnit.
Ainsilesfiers Genou, pour vanger
leurs miseres,
s'a,Pire-Fient à donner un furieux
comhttt;
D-Rclingues Us voit, lesattend,
61 les bat,
Et retourne Vainqueur de trente six
Gileres.
Apprenezapprenez, queJorn le Grand
LGVIS,
.Zllandon a l'Etendart&les Armes
de France,
On en vient au Csmbat avecplus
d'assurance,
Et que/cuventonfaitdes Exploits
inoÙü.
Sur la fin du dernier mois,
Mle Marquis de la Fare préta
le Serment de fidélité pour la
Charge de Capitaine des Gardes
du Corps de Monsieur,
dot il reçut le Bâton. Il en fait
présentement les fondions.
Quelques jours auparavant,
il avoit épaule Mademoiselle
de Vantelet.Voussçavez déja
que les premières propositiõs
de ce Mariage furent faites
parSonAltesseRoyale,&
parSonAiteneRoy a! e,& que
Sa Majesté les agréa avec des
marques d'estime très obli-i
geantes pour les deux Parties.
Ce qui en a retardé la
conclusion, a elle leloigncment
de Madame la Comtesse
du Roure, Mere de Mr
le Marquis de la Fare, qui ai
voulu y estre présente. Le
Contract ayant estésigné par
le Roy, & en suite par toute laMaison Royale, le Mariage
fut celébréleLundy 13.de No- 1
vembre à quatre heures du
matin, dans la Chapelle de
l'Hosteld'Armagnac, qui
estoit magnifiquement meublé,
&éclairé d'un tres grand
nombre de Lustres, par les
ordres de Mrle Grand, & de
MelaComtesse d'Armagnac,
qui vouloient montrer par là
l'estime particuliere qu'ils ont
pour les nouveaux Mariez.
Cette Cerémonie fut précedée
d'un grand Soupé, au
bruit des Hautbois & des
Violons, & en fuite il y eut
Balet. Ml le Marquis de la
Fare est si généralement connu
pour un parfaitement
honneste Homme,que je ne
pourrois vous rien dire à son
avantage, qui ne fuit encore
au dessous de ce que l'on en
publie. La Maison de la Fare,
dont je vous ay déjà parlé
amplement dans ma Lettre
du mois d'Avril de l'année
1680. est originaire des Ce- -' venes, Diocese de Nismes,
dans le Bas-Languedoc ;&
par le reste des Titres de
cette Maison, il paroist que
Beringuier de la Fare vivoit
l'an 1186. & qu'il estoitqualisié
Chevalier, Seigneur du
Lieu de la Fare. On remarquera
(ce qui est allez particulier)
que le nom de la
Fare, qui est le nom propre
de la Famille,est aussi celuy
de la Terre, ôc que ce Beringuier
portoit pour armes,
comme font encore à présent
ses Successeurs,d'azur,
& trois Fares ou Flambeaux
d'or, allumez,degueules, posez
en pal. Mr le Marquis de la
Fare, Comte de Laugiere,
qui vient dese marier,est le
Chef de la dix-huitiéme genération
de mâle en mâle
depuisBeringuier. Bertrand
de la Fare, un de sesSuccefcesseurs,
hõmagea au Comte
d'Armagnac sonChasteau&
sa Terre de la Fare en qualité
de Baronie l'an 1308; & ses
Descendans ont toujours pris
le titre de Barons de la Fare
jusqu'en 1646.que Sa Majesté
érigea cette Terre en Marquisat
en faveur de Messire
Jacques de la Fare, second
du nom, Grand- Pere de celuy
dont le Mariage donne
lieuàcetArticle. Ce Jacques
dela Fare eut plusieurs Soeurs,
dont l'Aînée fut mariée avec
feu Mle Marquis de Peraut,
Maréchal de Camp, & Gouverneur
de Beaucaire,&n'eut
point d'Enfans.Une autre
épousa Mr de Camboularet,
Gentilhomme de Roüergue,
dont est issuë
>
Madame la
Comtesse du Montal, Femme
de Mrle Comte du Montal
, Lieutenant Genéral des
AArrmmééeessdduuRRooyy,,&&GGoouuvveerr--
neur) de Maubeuge.Je ne
vousdisrien de neuf Fils
qu1eu t ce n-iequ'eut mesfme Jacques de
la Fare.Je vous ay parlé de
huit dans ma Lettre d'Avril
1680. L'Aînéestoit Messire
Charles de la Fare, Lieutenant
Genéral des Armées du
Roy,&Gouverneur de Rose
& de Capdequiers en Catalogne
juiqu'en 1654. & auparavant
de laVille de Balaquier
aussi en Caralogne. Le neufviéme,
dont je ne vous dis
rien en ce temps-là, est
Christophe de laFare, Abbe
de Silvanes en Roüerge. Il
eutaussi quatre Filles, deux
Religieuses, dont il y en a
encore une Abbesse d'O
- ,
range; les deux autres ma- "
riées, l'Aînée avec Mr le
Comte d'Avejan, dont est
venu Mr le Comte d'Avejan,
àprésent Capitaine aux Gardes
; & l'autre avec Mr le
Baron de Monlaur, Président
à la Cour des Compres-
& Aydes de Montpellier. Il
en a un Fils, Procureur Genéral
à present en la mesme
Cour. Feu MessireCharles
delaFareavoitépousé Dame
Jacqueline de Bornede Laugiere,
dont il a eu Messire
CharlesAuguste de la Fare,
Marquisde laFare, Comte
de Langiers; qui a estéSous-
Lieutenant des Gendarmesde
Monseigneur le Dauphin
èi quiest présentement Csupitaine
des Gardes de Monsieur.
Madame la Marquise
de Morangiers est la Soeur
de ce Marquis. Madame sa
Mere a épousé en secondes
nôcesM leComte du Roure,
Chevalier desOrdres duRoy,
& son Lieutenant Genéral en
Languedoc, dont elle n'a
point eu d'Enfans.
Je viens à Mademoiselle
de Vantelet, présentement
Marquise de la Fare. Mais,
Madame, que vous en dirayje,
ou plutost que ne vous en
diray-je pas? Jamais aucune
personne dans un âge si peu
avancé, n'est entrée au mõde
avec une estime &une approbation
si genérale. Il y a
déja deux ans que son mérite
& mille agrémens qui luy
font particuliers. la font admirer
de tout le monde, &'
elle n'est encore que dans &
seiziéme année. Elle est fort
grande, d'une taille libre &
dégagée,&soûtenuë d'un air
noble, qui marquant de la
fierté,n'en laisse paroistre
que ce qu'il en faut avoir
pour imprimer le respect
qu'ondoit à sonSexe: Elle a
leteint vif, &, d'un brillance
qui effacele plus beau,mélange
de blanc & de rouge,
que l'Arc puisse copier sur
la Nature; des cheveux en.
quantité d'un blond cendré
le plus beau qu'on vist jamais;
une bouchequisemble avoir
estéfaitepar les Amours mesmes,
& enfin ce charmant
je-nesçay-quoy.quifurpaC--
sant, la beauté, estau dessus,
de tout ce qu'on en peur dire,
Ellesçait l'Italien,jouë fort
bien du Clavessin, & dance ,
parfaitement, &:. avec une
grace
,,
merveilleuse. Quoy v
(lfC. tous ces avanrages représentent
une Persdonne accomplie,
jevoussurprendray
en vous disant que ce n'est
pas ce qui luy attireleplus
de loüanges. Ceux qui la
connoissent un peu particuliérement,
luy trouvent une
nesse d'espritque l'on auroit
peine à croire, u ne délicatesse
de sentimens dont
rien n'approche, & une sagesse
dans sa conduite qui
dément son âge. Elle est de
la Maison deLux, dont il est
fait mention dans l'Histoire
de France, & dans les Mémoires
de Mr du Tillet. Mr
Dozier qui en a remarqué
les Alliances, parle entr'autres
de Maximilian de Lux,
qui épousa en 1390. Antoi-
,
nette de Courtenay. Il commandoit
une Compagnie de
Gendarmes. Jacques deLux
son Fils, épousaJeanne de '1
Béthune; & Jean de Lux,
Marguerite de laBerquerie.
Un autre Jacques de Lux ¡
s'allia avec Emonne du Guenard,
de la Maison de la Bricongne.
Sebastien de Lux,
Trisayeul de Mademoisellede
Vantelet, épousa en 1560.
Ambroise Boucher, Fille du
Seigneur d'Orsay, dont est
issuë Madame la Marquise
de Montchcvreüil. Ce Sebastien
de Lux commandoit
une Compagnie d' ordon-
; nance, & fut tué à la Bataille
de Montcontour, après avoir
rendu de grands services au
Roy. Robert de Lux son
Fils, l'un des quatreMaistresd'Hostel
que Loüis XIII.
choisit pour servir tous les
ans, & qu'il appella les Piliers
de sa Maison, épousa Marie
de Plaisance, qui eut l'honneur
d'estre nommée par
HenryIV. Sous-Gouverb
nante des Enfans de France.
Le feu Roy, en considération
de leurs services, disposa
de leurs Enfans, & mit aupres
de la Reyne d'Angleterre
Jacques de Lux, qui
épousaMademoiselle Courtin.
Charles de Lux son Fils,
el eu l'honneurd'estre Vice-
Chanct lier de la Reyne de la
- Grand'Breragne. Ils marièrent
l'une de leurs Filles au
Comte de Schelay, qui cft.
une des meilleures Maisonsd'Angleterre,
dont il y a eu
lignée. Sa Majesté donna à
Louis de Lux la Charge d'Ecuyer
cuyer ordinaire de la Grande
Ecurie, en laquelle il servit
cinquante années.Ilépousa
Marie Merault. Françoise de
Lux sa Soeur futmariée à
Mr de Bernet, & attachée
au service de Madame la Duchesse
de Savoye. Ils y marièrent
une Fille auComte
de Morgenex, d'où sont venues
les Maisons des Comtes
de Vars, de Castaignieies, de
Chafteauneuf, & de Monthou.
Mademoiselle de Bergnet
leurPetite-Fille, est mariée
au Comted'Hermalle
dans le Païs deLiege. An-
D
toine de Lux, Fils de Loüis.
qui a épousé Marie Bourlasque,
est assez connu par les
services qu'il a rendus au
Roy depuis plus de trente
ans, soit en la Grande Ecurie,
ou en la Charge de Gentilhomme
ordinaire de Sa Majesté,
qui l'a honoréde plusieurs
Commissions, & entrautres
d'aller recevoir le Roy
de Pologne Casimir lors qu'il
vint en France, qui est une
marqueglorieuse de la considération
particulière que le
Roy a toujours euë, & pour
sonmérite personnel, & pour
sa naissance. C'est le Pere de
Mademoiselle de Vanteler,
qui ayant de fort grands
Biens, est un Partytres-considérable.
Elle a aussi des
Alliances fort avantageuses
dans la Robe; &comme elle
a l' honneur d'apearténir à
Madame la Chanceliere, à
cause de Marie Merault son. Ayeule, Mr le Chancelier,
Mr le Marquis deLouvoys,
& Mr
,
l'Archevelque de
R heims,
ont signéson Contract
de Mariage.EElllleeeesstt
aussialliée à Mr le Préfisident
le Bailleul, Mrle Président
de Mesme,Mrle Camus
Premier Président: de la
Cour des Aydes, MrlePrésident
Larcher, Mrde Villacerf,
& Mrs Merault, Brodeau,
Castaignieres, de
Chasteauneuf, & de Sainte-
Marthe, Conseillers au Parlement,
ou à la Cour des
Aydes de Paris. Peu de jours
apres le Mariage, Monsieur
fitl'honneur à Madame la
Marquise de la Fare, d'aller
chez elle luy rendre visite.
On ne peut rien ajouter à
l'agrémentavec lequel cette
jeune Marquise a esté reçeuë

du Roy, de Monseigneur, &
de Madame la Dauphine,
lors qu'elle a esté à la Cour.
Je ne doute point que la
Figure que je vous envoye,
ne vous surprenne. Quoy
qu'elle ne soit pas nouvelle,
comme vous ny vos Amies
ne l'avez pas veiie ,j'aycrû
devoir vous en faire part.
Voicy ce qui estoit écrit audessous,
quand je l'ay reçue.
Figure étrange, que vit en
songe le Grand Seigneur,estant
à Belgrade, la nuit avant la
LevéeduSiège de Vienne, d'un
I\donjlrefemblable àceluy-cy,qui
avoit abatu le Croissant avec
unMarceau. Elle a esté envoyée
tt Leopold en Pologne. Je croy
qu'il n'y a rien à ajoûter à
ces paroles. Ce que je pourrois
vous dire sur cette Figure
, ne feroit pas genéralement
reçu
; & puis que
c'est un sujet propre à exercer
les Esprits
,
il faut laisser
raisonner chacun à sa fantaisse.
On pourroit la regarder
comme une Enigme en
Tableau,& en dire ion fenriment,
ainsi qu'on a fait de
celles que je vous ay envoyées
dans mes premieres
Lettres. ,"'
Le GouvernementdeNancy
ayant vaqué par lamort
de M'de Cajac
, que je vous
appris le mois paffé, le RojT
en a pourvû Mr d'Aubaréde,

Gouverneur de l'Isle de Rhé.
Cest un des plus braves &
des plus intrépides Officiers
du Royaume. Jevousay déjà
parlé de luy plusieursfois, K1
- M Thevenot a esté choisy
pour remplir la place de ME
Varése ,qui estoit Garde de laBibliotéqueduRoy,Cest
un Homme d'un mérite distingué,
qui a eu plusieurs-
Emplois dans les Pais Etrangers
ou il a voyagé, ce qui
luy a donné la connoissance
de plusieurs Langues, & particulièrementdes
Orientales.
liadonnéau Public plusieurs
Relations pleines de recherches
hugulieres.
Je vous envoye deux Sonnets
sur les Bouts-rimez qui
courent. Le premier cft d'un
Homme extrêmement eftimé,
& dont le sentiment est
suivy par tous ceux qui le
détachent assez de l'amour
propre, pour le rendre Juge
de leurs Ouvrages.
o:iJ., je le dû pirtou,t,é le dU
omnibus,
Htje:%epense PlU quepersonne s'en
fâche;
!!!.!:)conqtlt aimsune fois, doit aimer
sans relâche,
Sans jamaiss1attacheràuabus ny
tribus.
6),.ui veut faireautrement, fajjcYA
psurunlâche,
Fust-ilbraved'ailleurs,&fusi-itun
Phoebus
Parfis beaux cheveux blonds, s'ilna
quelque quibus,
il aurafaim long-temps,sansqu'on
luy dise, mâche.
JDeplusjlfaut qu'ilsistfllfmÚ>,ucort;
Icem,
Jjïuilnefoitguèreabfenh c'eË-la le
Tuautein,
^ut dansfis fassions on ne comptepointt'ire.
Jj)uesans ce(je ala bouche il ditle
rverbtalllo,
Fourle dire asa Belle, ou qu'ilfay
fajjelire
Dam des Billets écrits d'un galant
cafamo.
Une Personne des plus
Caquetes, ayant envoyé les
roefmes Bouts-rimez à un
de sesAmis,voicydequelle
maniéré il les remplir.
1L cHvray,ma Philis, que tuplais
omnibus.
Tu n'as que trop d'Amans ; d" c'ell ce
qui me fâche.
De mesRivauxchez, toylaest.
sans relâche.
Ttop heureux si leur nombre efloit
borné tribus!
Tour s'en accommoder, il faudrott
efireun lâche,
Surtoutde ton Abbé,parlanttoujours
Phoebus;
Et de vingt autres Sâts, grâces AU
C/V/yCjuibus
Je disles vérités, &jamais ne les
mâche.
Donc,situ veux de moy^faifonsplm
d'un Item.
jeferay toujours tendu (y confiant;
ru autem
Pour tout autre que moy tu»auras qte
de /'ire.
Aces conditionsje dÛ encore amo.,
VoiLimessentimens,Fbius,tules
peux lire,
Et me marquerlesticnsVQCC, vil
calamo.
Le Vendredy 14. du dernier
mois, Mr Boileau, Docteur
de la Facu ltéôc Societc
de Sorbonne, Doyen de l'Eglise
Métropolitaine de Sens,
assisté de MrVezou, Lieutenant
Général de la mesme
Ville, de M' Jamard, AYOi
cat au Parlement, & de plusieurs
Gentilshommes, prit
possession de l'Abbaïe de
Nofirc-Damc de Vauluifant,
Diocese de Sens, pour M'
l'Abbé le Tcllier) Fils de
Mr le Marquis de Louvoys,
Minidrc d'Etat, pourvû par
Sa Majerté de cette Abbaïe.
Jamais Prilè. de- poÍfefTion
n'avoitesté si solemnelle &
si magniifque, tous les Religieux
de cette grande Abbaïe
,
l'une des plus belles
de l'Ordre de S. Bernard,
ayant voulu télmo'igner 1leur
joye,d'avoir un Abbé d'un
si grand nom. Le Pere
Prieur estant averty de l'arrivée
de MrBoileau, alla en
ses HabitsdeCerémonie, le
recevoir dans la Baffe-Court,
à la descente du Carrosse, &
le mena au pied du Grand
Autel de l'Eglise, qui est
tres-superbe.Toute la Communauté
s'y estant rendüe,
MrBoileau, avec ceux qui
l'accompagnoient
,
furent
conduits à la grande Porte,
où un NotaireApostolique
luy présenta les Bulles obtenus
pour cette Abbate, &
la Procuration de Mrl'Abbé
le Tellier; apres quoy le Pere
Prieur s'estantavancé,suivy
detous sesReligieux,MrBoileau
leur fit un petit Dis
cours sur l'avantage qu'il
Nfrôit d'estre chargé de la
Procuration de Mr leurAbbé,
qui ne feroit pas moins
d'honneuràleur Maison, que
Mrle Chancelier son Ayeul,
f& Mr de Louvoys son Pere,
en faisoientà toute la France.
dVéuseferez-aiféinent persuaqu'il
ne dit rien quine
qure'miplly d'esprit, si vous est Frere de Mr preaux^ dont la réputation
est si connue. Le Pere
Prieur répondit pour toute
la Communauté, qu'il recevoit
cét honneur avec tout
le respct qu'ils devoient à
un Abbé d'un si grand mérite
,
& qu'ils attendoient
beaucoup
-
de là protection.
Le Notaire Apostolique ayat
repris la Procuration & les
Bulles,présenta de l'Eau BenisteàMr
oilu,que l'on ,,
conduisit au grand Autel
qu'il, baisa. Ensuite il alla
sonner la grone Cloche, & jr
fut instalé dans toutes les;!$
Places de Mr l'Abbé. Il [e
mità genoux dans la demiere
,& on chanta le Veni Creator,
& le Te Deum avec l'Orgue
,
& au son de toutes les
Cloches,5 ce qui fut suivy des
Prieres pour le Roy. Cela
fait, le Notaire Apostolique
fit lalecture des Bulles & de
la Procuration, & déclara à
haute &intelligiblevoix, quil
inftalloit er mettoit en pbjjefjton
del'Abbayede Neflre-t)ame de
Vauluisant, AfeJJtreJacques
Boisleau
, pour & au nom de
Messire Camille le Tellier. La
Cérémonie se termina par
un Disné magnifique
, que
le - Pere,Prieur donna à Mr
Boisseau, à M Vezou, Lieutenant
Genéral,& à plusieurs
Gentilshommes, qui estoient
venus de toutes parts pour en
estre lestémoins. £-
)¿/ Le Dimanche 26. du irefme
mois, Mr l'Evesque de
Meaux fit aux Religieuses
Chanoinesses de SainteGeneviefve
de Chaliot, la Benediction
de Madame leur Abbesse.
Elleetoitassistée de
Madame deRambouillet,
Abbesse de Saint Eilienne de J
Rheims & Soeur de feüe

Madame laDuchesse il de
Montausier ).& de MadanieJ
de Harlay, Abbesse de Sainte
Perrine de la Villete, toutes
deux du mesme Ordre.
Il y eut un sott grand concours
de Personnes de qualité
à cette Cerémonie, quifut
accompagnée de toute la
pompe qu'elle méritoit.Madame
Perrot est Fille de feu
Mr Perrot
,
Président aux
Enquestes du Parlement de
Paris
,
où il a exercé longtemps
cette Charge avec;
beaucoup d'intégrité&:.
d'honneur
; Soeur de Madame
la Présidente deBreton-*
villiers.) & Cousine (Termaine:
n
de Mr l'Evesque d'Aire; mais
si sa naissance la distingue,son
i-llërite., sa pietéexemplaire,
& [a solide vertu, la rendent
encore plus considerable. Elle
a une pénétrationd'esprit
merveilleuse
,
entend plufleurs
Langues) & parle la
sienne parfaitement. Ces divers
talens sont soûtenus d'une
douceur engageante qui
gagne les coeurs de ses Amis,
(lx, de toutes les Personnes
qui vivent fous sa conduite.
Aussisa Communauté, qui
doit à ses soins & à son exemple,
l'exacterégularité que
onobserve dans le Convent,
témoigna une joye extraordinaire
dans cette Cerémonie,
de l'avoir pour Abbesse.
j Je me iouviens de vous avoirexpliqué fort amplement
toutes les Cérémonies
qui s'observeur à la Benediction
des Cloches, & les
diverses Prieres dont se sert
l'Eglise pour cela. Ainsi, Madame,
je ne les repeteray
point, & me contenteray
seulement de vous dire, que
Vendredy premier jour de ce
mois, onfiticy celle de cinq
grosses Cloches del'Eglisede
Nostre-Dame. Elles avoient
esté fonduës au mois d'Octobre
dernier par le Srde Nainville,
Fondeur à Amiens, un
des plus expérimentez en cet
Art? & furent nommées par
Mrs les Prevosts des Mar- iji
chands & Echevins
, avec
Madame la Duchesse de
Créquy , au nom de laVille
de Paris, sçavoir: La premiereGuillaume
Armand, la seconde
Pasquier Charles , la
troisiéme Thibaut Henry, la
quatrième Jean Marie Ififîoire,
& la cinquiéme Nicolas
Madeleine.- Ce fut Mr le
Doyen de l'Eglise de Paris
qui fit la Cerémonie. Toutes
choses avoient esté magnifiquement
préparées par
les ordres de Mr l'Abbé de la
Mote Archidiacre.
La Dispute de l'Université
de Caen pour la Chaire
Grecque, le fit le 8. de ce
mois en présence d'une trésgrande
Assemblée. M l'Intendant
y assista. Elle futouverte
par une Harangue Latine
que Mr Verrier ,Professeur
d'Eloquence au College
des Arts, & Doyen de laFaculté,
& Mr Lair ,Professeur
au College du Bois, prononcerent
alternativement sur
les loüanges de Sa Majesté)
qui a voulu qu'on dispute
cette Place, & que la préférence
en foit accordée au
seul mérite. L'un & l'autre
pour donner des marques de
leur ca pacité en cette science
,
traduisirent à l'ouverture
des Livres, plusieurs Autheurs
Grecs très-difficiles,
& entr'autres Homére,Theocrire,
ta Bible, &c. Ils firent
ensuite chacun une composition
Grecque sur le champ,
& satisfirent aux Questions
les plus épinLeusaesndegcuettee
Langue. Tous les Professeurs
de l' Univerfité se trouverent
à cette Acton
,
dont
ils font les Juges. Mr l'Abbé
de Saint Martin, Seigneur
de laMare du Desert, connu
dans toute la France,par
Les Ouvrages,qu'il a donnez
au Public
,
s'y feroit aussi
trouvé pour y donner son ufrage
commeles autres DocteursdeThéologie,
si son
indisposition ordinaire ne
l'en avoit empesché. Il
est trés-sçavant dans la
Langue Grecque, &ill'a fait
voir par son Livre du Respect
dû aux Eglises &aux Prêtres,
quiestremplyde quantité
de passages des Peres
Grecs.Les Professeursdecette
Universite devoient s'assembler
quelquesjours aprés,
afin de dresser leur Procés
Verbal, de tout ce qui s'est
passé dans la Dispute. Enfuite
ils l'envoyeront à Mr de
Châteauneuf, Secretaire
d'Etat, quien instruira Sa
Majesté
,
ôc sur leur rapport
Elle choisira un des AspiÍ
rans.
Aprés avoir satisfait vostre
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,

il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
Je viens du triste Article:
des Morts. MrleMarquis;
de Pont , Gouverneur de:
Nogent sur Seine. Ilestoit
Fils de feu Mr de Chavigny
Ministre d'Etat, & de Da- me.Phelippeaux de Villesavin
,
qui est encore vivante
aussibien que Madame
de Villesavin sa Mere, âq
avoit épousé Dame. Rok
suet, dont illaisse Mr le Comte
de Cbavigny, Lieutenant
de Vaisseau
,
Mrle Chevalier
deChavigny, Capitaine dans
Clerambault, M1le Chevalier
de Pont, Mr l'Abbé de
Pont, Chanoine de Tours,
& Mademoiselle de Chavigny.
-Il estoitfrerede Mr le
Marquis de Chavigny
qui
s'eit Ggnalé en Candie,de
Mr VEvef^ue de Troyes, de
»
MlAbbe de Chavigny,
de
Mr Bouthillier de Cpavigny;
de Madame la Maréchale de
Clerambault, de Madame la
Marquise de Bofmelet, Fern:
me de Mr deBolmelet, Préfident
au Mortier du Parlement
de Roüen, & de Madame
la Premiere Présidente
du Parlement de Dijon.
Messire Germain Prevoit,
Chanoine de l'Eglise de Paris
, mort le 2.6. de Novembre.
Mr l'Archevesque a.'
donné sa Chanoinieà Mr
l'Abbé de la Roche. Ce jeune
Abbé a de leiprit, & promet
beaucoup.
Messire Michel de Maril-
!ac, Seigneur d'Ollinville,
Conseiller d'Etat ordinaire,
& d'honneur au Parlement
de Paris, mort le 29. du mesmemois.
Il s'estoit signalé
, en tous ses Employs par cet- , te pieté , & probité héréditaire
en tous ceux de sa Famille
,qui est originaire
d'Auvergne,où est située la
Terre de Marillac, dont ils
ont esté Seigneurs. René de
Marillac, Maistre des Requestes
estoit son Pere; son
Ayeul Michel de Marillac,
Consèillerau Parlement, puis
Maistre des Requestes
, enfuite
Conseiller d'Etat, Sur-
Intendant des Finances, &
enfin Garde des Sceaux; son
Bisayeul Guillaume de Mariltac,
Intendant & Contrôleur
Gcnéral des Financés;
Ton Grand-Oncle, Louis de
Marillac
,
Comte de Beaumont
,
Maréchal de France,
qui avoit épousë,Catherine
de Mcdicis,de rilluftre Maison
de Medicis.Ce Guillau-j
me deMarillac [on Bisayeul),
avoir trois Freresrecomman- :
dables par. leur profonde
Doctr*innee, & qui ffurent employez
en plusieurs négotiations
d'Etat, sçavoir Charles
de Marillac, Archevesque
deVienne, auparavant Anabassadeur
au Levant; Bertrand
de Marillac, Personne
-de sainte vie, & de grande
autorité, ôc Gabriël de Marillac
, Avocat Général au
Parlement deParis, Mr de
"Marillac
,
Conseillerd'Etat,
quivient de mourir, avoitépousé
Jeanne Potier, Fille de
NicolasPotier,seigneur
d'Ocquerre', Secretaire d'Etat
,
aîné de la Famille des
Potier, &Petite-FilledeNicolas
Potier, Seigneur de
Blancmefnil, & du Bourgec
prés Paris, Président au Mortier;)
& Chancelier de la Reyne
Marie de Medicis. Les
Oncles de Madame de Marillac
,
estoient René & Augustin
Potier, Evesques &
Comtes de Beauvais, Pairs
de France) considérables par
leur sçavoir ôc, par leur
pietéextraordinairej & André
Potier de Novion
,
Président
au Mortier du Parlement
de Paris, Pere de.Nico-'.; * las Potier de Novion, aujourd'huy
Premier Préfidencfl
du mesme Parlement. Sonjjj
Grand-Oncle eftoic LouisA
Potier de Gesvres, Secretaire X
d'Etat, qui eut pourFils Re.ie
Potier
Potier de Gesvres
,
Duc de
TremeSair de France,Chevalier
des Ordres duRov,Capitaine
des Gardes du Corps
de Sa Majesté , qui a épouie
Marguerite de Luxembourg,
Fille de François deLuxembourg
; Duc de Piney, &de
Diane deLorraine, dont est
venu Léon Potier, aujourd'huy
Duc de Trémes; Pair
deFrance.** Du ffi.aria(re de
klT de Marillac) & de Dame ;
Jeanne Potier, font venus
cinq Enfans
5
sçavoir trois !
Garçons , dont deux fontl
ïi'Eglise5&deuxFilles, dont
l'une a esté Religieuse aux
Carmelites de la Rue Chapon.
L'Aîné des Fils est René
de Marillac, Seigneur
d'Olinville, & d'Atichy)Conieiller
au Parlement, puis A-
1
vocat Genéral au GrandCon- J
ieil,;enfuitc Maistre des Rc<*
questes,Intendant de Justi-Ï
ce en Poitou, où il a travail-*
lé si utilement à la Conver-!
sion des Herétiques ,' Ôc ài
present Intendanten la Généralité
de Rouen.2 Il eftjj
Conseiller d'Etat, & a épouJ
sé laFille de M'Bochard Sar-j
ron ,aussi Conseiller d'Etat^
M
Perede MrBochart
-
Sarron)
Onfeiller en la Cinquième
de-s Enqucfies.Marillac porte
-à'oeçrcnt majjonnéde Sable, rem..
ply de sept Merletes de mesme;
3c Potier3ia^mr a deuxmains
dextres d'or dU franc -quartier,
échiquete Argent& d\a%_ur.
WdEre Gcnguj,Sciglient
de Guibeville, COD(ciller en
la Grand'Chambre, mort le
-
premier jourde ce mois. Il
avoit esté receu au Parlement
en 1641. &eftvit Fils de
Claude Genoud, Secretaire
du Roy,& de MariedaPtiy,
I Fille de Claude du Puy, Conseiller
au Parlement de Paris
& Soeur de feu Mrs du Puy,
Bibliothécaires du Roy
,
qu'-
un rare scavoir a rendus illustres.
Mr Vedeau de Grammont,
Conseiller en la Seconde
des Enquestes
, a épousé
la Fille de Mr Genoud
,
dont
je vous
-
apprens la mort.
- Par cette mort Achille Barentin,
Doyen des Conseillers
de la Troisiéme des Enquestes,
estmontéà laGrand'
Chambre. Il est Frere d'Honoré
Barentin, Ancien Préfident
au Grand Conseil, &:.
Maistre des Requestes honoraire.
1
DameMarie Simon,Femme,
de Maistre Françoisde
Maissat, Seigneur de Leveville&
de Malvoisive, Conseiller
en la Cinquième des
Enquestes,morte aussi le
premier jour de ce mois. Elle
n'avoit quevingt-six ans, &
estoit Fille de Mr Simon,
Lieutenant Genéral au Prési-
1 fidial de Chartres. Mr de
Maissatest Fils de Pierre
Maissat
,
Ancien Secretaire
du Roy, cy-devant Greffier du Conseil Privé de Sa Ma- jesté.
I Dame Elisabeth Daubray,
Femme de MrPidou, Secrétaire
duRoy, & Contrôleur
General des Domaines de Sa
Majeité, morte le 10. dece
mois. Elle estoir MeredeMr
Pidou de Saint Olon,Chevalier,
de l'Ordré de Nostre-
Dame duMont-Carmel
,
&
de Saint Lazare de Jerusalem,
Gentilhomme ordinaire de
Sa Majesté
,
& cy-devant
Etendent pour le Roy à Génes.
La Famille des Daubray
a donne plusieurs Gonseil-
]ers au Parlement
,
& deux
M'aiftres des RequestesPere
&
-
Fils, qui ont esté Lieutenans
Civils au Châteletde
Paris. -1 Messire Pierre Merault
Seigneur de Gif, receuConseiller
au Parlement en 1661.
& mort subitement le 20. de
ce mois. d'une Apopléxie
de sang,qu'onappelle jfl-us'
sanguinis. C'est une veine
qui serompt dans le cerveau,
on en a trouvé deux goûtes
dans le sien. Il estoitChancelier
de l'Ordre de Nostre-
Dame du Mont-Carmel, &:-
de Saint Lazare, &avoit rapporté
le matin un Procès parcharité.
Le 13. de ce mois , on prononça
dans le Collège;de
Louis LEGRAND,chez
les Peres Jesuites, une Harangue
à l'honneur du Parlement.
Onn'avoitrienoublié
de tout ce qui pouvoit rendre
cette Cerémoniedesplus
augu stes.LaSalledestinéeà
l'Action
,
estoit ornée de riches
Tapisseries de Velours
bleu, rehaussées de Fleurs de
Lys d'or en broderie, quirepresentoientassez
bien lelieu
du Palais.Au fond de la Salle,
ious unDais magnifique,étoit
le Portrait du Roy --tfllsci--ns
4
son Lit de Juitice. Des deux
costez estoient ceux de Mr le
Premier Président & de M"
les Présidens au Mortier. On
avoit mis au dessus de chaque
Tableauun mot tiré d'un ancien
Autheur, qui marquoit
leur caractere. Au haut regnoit
une especedeCordó où
étoientreprésentées lesArmes
de tous ceux qui ont exercé
la Charge de Premier Président
, avec une Inscription,
pourfaire connoistre les vertus,
ou les avions particulières,
par lesquelles ils se font
rendus, recommandables.
On y lisoit encore plusieurs
autres Inscriptions
,
qui par
leur application naturelle,
donnoient une noble idée de
la dignité & de la grandeur
du Parlement. M le Premier
Président, Mrs les Prefidens
au Manier, & presque
tout le Parlemenr, composoient
l'Assemblée.La Piéce
fut écoutée avec un silence
& une attention extraor- 1
dinaire
; & les grands applaudiffemens
qui la suivirent,
font des témoignages de l'approbation
genérale avec laquelle
elle fut receuë. Le
i
Pcre de la Baune qui en est
l'Autheur,estdéja assez connu
par les beaux; Panégyriques
qu'il a prononcez dans
le mesme lieu les années précedentes;
celuy-cy qu'il doit
donner au Pu blic, comme il adonné les autres ,
mieuxjuger fera
de son mérite,
que tout ce que je pourrois
vous en direicy.
~MDoujat, Doyen de l'Académie
Françoise
,
& des
Professeurs. du College
Royal, Premier Docteur
Régent de la Faculté de
Droit , a prononcé depuis
peu de jours dans la Salle de
Cambray, une Harangue en
Latin à la louange du Roy,
sur les évenemens de cette
année, en présence de M'
Bignon
,
Conseiller d'Etat,
Doyen d'honneur de lamesme
Faculté, & d'un grand
nombre de Personnes de
qualité & de sçavoir, & entr'autres
de l'Académie Françoise,
qui témoignèrent une
satisfaction extraordinaire de
son Discours, aussi éloquent
que judicieux.
Je vous ay souvent parlé
de Mr de Villete
,
Capitaine
deVaisseau. C'est un Homme
d'un méritedistingué,
&: dontl'unique défautest
d'estre de la Religion Prétendue
Reformée. Mr le
Marquis de Mursé son Fils,
qui est Catholique
, a esté
pourveu par le Roy d'une
Cornete de la Compagnie
Chevaux Legers de sa Garde.
Il est estimédoe tous ceux qui
le connoissent, & quoy qu'il
forte des Mousquetaires pour
remplir ce poste, il a déjà
servy plusieurs Campagnes.
Dés sa plus grande jeunesse,
il. cherchoit à Messine les
occasions de se signaler. I
o Ces derniers jours le Roy
fit l'honneurà Messire Maximilien-
François, Marquis de
Bethune, Capitaine Enieigne
de ses Gendarmes, de signer
son Contract de Mariage,en
faveur duquel Sa Majestéluy
a accordé un Brevet de retenuë
de dix milleécus sur sa
Charge, outre un autre de
pareillesomme, qu'Elle luy
avoit accordée auparavant. Il
est Fils de Maximilien de Bethune,
& de de la Porte,
Petit-Fils de feu Mr le Duc
d'Orval, & il épouse Mademoiselle
de RothelinFille
de Henry d'Orléans, Mar
quis de Rothelin & de J
Bouthillier-Senlis. Elle est
Soeur de Mr le Marquis de
Rothelin, qui aépousé une
des Filles de feuM le Maréchal
Duc de Navailles
,
&
qui estaussi Capitaine-Enseigne
des Gendarmes.) Mrle
Marquis de Bethune a quatorze
années de services,
quoy qu'il n'en ait encore
que vingt-huit. Il eut l'honneur
de servir en 1672. en
qualitéd'Ayde de Camp de
Sa Majesté.Depuis ce tempslà
,
il s'est trouvé en toutes
les occasions d'honneur, 6c
s'y est distingué d'une maniere
digne de sa naissance.
Toute la France sçait qu'
elleestillustre, &ilsuffitde
dire le nom de sa Famille
pour en faire connoistre ta1
grandeur.
Mr de Breteüil, dont je
vous ay entretenuë lors qu'il t
fut nomméIntendant des Fi- 1
nances, a épousé depuis peu - la Fille de Mrle Marquis de
Courtebonne, Lieutenant de
Roy de Calais. Je ne repeteray
point ce que je vous ay.;
lit de l'un & de l'autre. -
La réputation de M Man-
Card vous est connue, & vous
çavez que c'est à luy que la
France doit les superbes bâtimens
de la grande & petite
Ecurie du Roy à Versailles,
es Pavillons de Marly, & le
château de Clagny. Je ne
vous dis rien du reste
, parce
me le détail de ses Ouvrages
croit trop long, & que j'au.
ay dans peu à vous parler
lu plus superbe morceau
sAtrrechitecture qui ait peutjamais
esté fait, & au
podelle duquel on travaille
présentementsur ses desseins.
LeRoy pour marquer l'approbation
qu'il donne à tant 1
de merveilles, l'a gratifié depuis
peu d'une somme de
cinquante mille livres, & Sa
Majestéatémoigne qu'Elle
souhaitoit qu'il achetast une t
Charge d'Intendant Genéral J
des Bâtimens. l. -
Madame la Comtessede
Ba thune, Soeur deMrleDuc
de S. Aignan, & Dame d'A-e
tour de laReyne, qu'ellea
toujours servie en cette qualité
depuis leMariage du Roy,
aesté gratifiée d'une Pension
)
de neuf mille livres, enconsidérationde
ses longs ser-
, vices. -
- Jeviensàl'Article des Modes.
Les Justaucorps sont
toujours de Drap de Hollande
brun avec de goran- des Manches à Botes, garnies
de Boutons d'or trait),
&de Boutonnieres d'or. Les
Revers des Manches font de
Drap d'or, ou brodées d'or,
ou de Brocard. Les Amadis,
ouBouts de Manches, sont
fagiatlonnez ou brodez. On toûjours
quatre. Poches~
aux Justaucorps. Les Culotes
sont de Velours plein, la
plûpartde couleur de feu,
bleu, ou isabelle. Les Vestes
,
de Velours galonné ou
brodé, avec des PoZDches. On
fait beaucoup de Justaucorps
deVelours noir, brodez en
Boutonnières d'or. Les plus
simples sont garnis de Boutonnieres
d'or, au bout desquelles
sont de petits Fleu- 3
rons d'or brodez, avec les
-
ouvertures. Les Vestes de I
ces Justaucorps font de Drap (
d'argent, brodéd'argent, ou :
de Drap d'or, brodé d'or; f]
les Revers des Manches sont
de mesme, & les Baudriers
aussi. Ils font tres-riches,
aussi-bienque les Noeuds
d'Epée & de Manchon. Les
Manchons font grands, &
tygrez, ou de peau de Panthere
;
les Gands blancs, à
Dentelle, ou à Frange d'or.
Les Brandebourgs& lesManteaux
font de Velours couleur
de feu, doublez de Velours
vert ou noir, brodez
de grandes Boutonnières or
ouariDgentàla Persienne. On
porte des Chapeaux de Castor
noir, dont les bords
sont un peu grands) & retroussez.
Les Cordons font
toûjours d'or, & les Bas de
foye marbrez, & rayez. On
porte aussi beaucoup de Bas
de Barbarie. On voit à la
Cour des Justaucorps de Brocard
d'or & d'argent, & des
Vestes de mesme, & si riches
, qu'on les prend pour
des Justaucorps brodez à
plein. Quant aux Femmes
imaginez-vous les plus belles
Etofes en or & en argent,
dont elles ont des Jupes
& des Manteaux, cha..
cune selon son goust & sa.
bourse; & voila leurs Modes
Il y en a beaucoup qui en
portent de Pannes, mais peu
d'une mesme couleur; c'est
à dire que les Jupes, & les
Manteaux font de diférentes
Pannes. Il y a déja quelques
années qu'elles portent des
Jupes en Matelas, & elles
commencent à porter des
Manteaux. -
Je vous envoye un sécond
Air nouveau qui ne vous
plaira pas moins que le premier.
AIR NOUVEAU.. LEs Tambours 6, tes Trotq
petcs
Dûtvint ccder a nos Mufîtes.
LO VIStriomphe dans ces Lieux
CLSÏajjlz, quunHéros piotcge
Houlttcs)
Pourgoûuren reposlesplaijirs am& - -'
YCHX. Il ne ne nom manquent)?^ IrÚ)pw
cftre heureux. L-a SA<Ïson not'x of¡¡f::re a tous dJeux*
Mille douceursparfaites.
AYperdonsUntempsfiprceicm
Les TTaimmbtours &les Trowpcîe\ ,;ixrs c~Il les
Doiverît ccdcra nos }.lufhe.
LOVIS triomphe dans ces Lieux,
Les noms de ceux
ont expliquélesEnigmes
dernii
dernier mois, feront dans le
XXVIII. Volume de l'Extraordinaire
, qui paroistra le15.
de Janvier prochain. Envoicy
deux nouvelles, l'une de
MrDiéreville, & l'autre de
Mr Rault.
ENIGME:
AV moment queje viens aa
monde.
mMaamMeerreemmee ddeevveouiieeadl'alavviirrog-iinniittel'l,,
Etjepasse mesjours dans lajlérilité,
Tanau que ma Soeureflféconde.
En rampantjemélevéencentmille
ftçQnSi
Et quoy quejenefois que de baffe naifsancey
Avecles flu4 grandes Maijôns
Jefais une étroite alliance.
Lors queje m'yfeux attacher,
Cett toujourspour toutemavie;
Partantde chaînesje my lie,
,9u'on nesçauroit men arracher.
JefùisAgrtAble a la vÙc;
C'cBfarcetendroitquejeplais.
Je feuxencorfaire goûterlefrais,
Selon lefens que jefuis ÛtiJdüe.
Mes chevfnxflroient toujours
verds,
Sij'eJ!ois insensible aux rigueurs des
Hyvers.
Cette Sailônpetirmoy cruelle
Me lesfaittomber tlm; mais malgré
cerêvers,
Je nefaroisjamaissibelle,
J>)ue dans le temps queje lesferds*
AUTRE ENIGME. J Efuisjeunete &délicate,
Ma beauté mefait rechercher;
ht quoy que mon teintviféclate,
J'aypourtant,le coeur de rocher.
Sipour ma beauténaturelle,
J'assifteUfin du Printcmps,
C'tff qu'en cetteSaisonsibelle
le rends beaucoup de coeurs contens,
Aveccette douceur charmantt,
Et toute contraire a mon coeur,
Fait-on quelque Fcjlegalante,
le myrencontre en bonne humeur.
Sijemytrouve déguisés,
l'y vay couronner le Repas , j !
Bien loint^efirealorsJnéprij7cy
-
Demoy l'onfaitxnplus grand flU..
1 Le Lundy 27. de l'autre
mois, le Présidial de Soissons
rendit Sentence contre la
Demoiselle que je vous ay
mandé qui s'estoit dite plusieurs
fois Anabaptiste, & la
déclara suffisamment atteinte
& convaincüe de libertinage,
imposture, & suppositionde
nom, d'état, &deReligion,
& d'avoir réitérédeux fois le
Sacrement deBaptême pour
réparation dequoy elle a cite
condamnée à faire Amende
honorable devant le grand
Portail de l'Eglise Cathédrale
de la Ville, & bannie à perpetuité
après avoir fuby une
peine affiictive dans la grande
Place
, ce qui fut exécuté
le mesme jour.
Le choix que le Roya fait deRoland
dpeour le sujet du nouvel Opéra que MC.:
Lully prépare, a inspiréà MademoiselleGiraultledesseindemettrel'Ariostedans
un jour qui laisse-voir tout
ce qu'il a d'agreable, sans en découvrir
les endroits trop libres. Ainsi puis
que cetOpéraqu'on attend, va faire
entrer PAriofte dans le commerce du
grand monde, ilne faut pas qu'il y
paroisse en vieux Libertin;il essaroucheroitles
Dames, au. lieu de lesdi-.
vertir. C'est ce qui a obligé Made-,
moiselleGirault d'adoucir ce qui luy a
paru de trop outré
, en conservant
néanmoins le sens de l'Autheur, autant
que la bienséance Ta pû permettre.
Cette spirituelle Personne a nû
aussi qu'on pouvoir suprimer les choses
Saintes, & leur donner un autre
tour, ne les trouvant pas bien placées
dans un Ouvrage d'un caracteresi libre.
Ellearetranché quelques endroits
languissans &ennuyeux,l'Ariosteayant
dans sa Langue naturelle certaines beautez,
qui passeroient dans la nostre pour
de grands defauts. Cettenouvelle traductiondeRolandlefurieux
, que vos
Amies feront peut-estre bien aises de
voir, à l'occasion del'Opéra, se trouve
chez le St Guignard, à l'entrée de la
grand; Salle du Palais, à l'ImageSaint Jean.
Le Sr de Luuyynnee,qquuiia1dodn,-nnéndéedpeupis",
quelquesmois un grand nombre dc;,Lk-l
vres nouveaux au Public, en vendun
présensement intitulé Agiatis,Reyne
de Sparte, oules Guerres Civiles des
Lacédermniens sous les RaysAgis &
hemidas L'Autheur decet Ouvrage
estimé de plusieurs Personnes d'un bon
goust, en a faitplusieursautres qui ont
eu degrands succés.C'est à luy que
nous devons les cinq derniers Tomes
de ~baramond,qu'ivoulut biensedonner
là peine d'achever apres la mort de
MrdelaCalprenede.Le même Libraire
vend un autre Livre nouveau qui a
pour titre, Les Réglesde la Poësie FrançoiseEllessonttres-
nettementexpli-, ,
guées, &peuvent estre d'une grande
rilité- pour ceux qui n'en ont
-
pas une,
entiere
connoissance
Le Sr Blageart continue à debiret
d'agreables Nouveaurez, & en promet -
une dans cinq ousix jours, dontle
ritre seulluydoitattirer tous les Curieux.
Cetitre est Le SeraskierBacha
<i!est:.unc Historiete mestéed'incident.
m
qui sont ménagez avec beaucoup de
conduite, Se écrits d'un stile aise.Vous
y trouverez toute la vie du fameu
Zouglan
,
élevé à la Charge de Seras
Kier, quiestoit éteinte chez, les Tures
il y a déjà plusieurs années,jusqu'à h
LevéeduSiégedeBude, dont ellecontient
les particularitez les plus remarquables.
CettegalanteNouvelleestde
l'Autheur du Grandkizir, & de filinfire
Génoise dontvous me mandez que
la lecture vous a si bien diverty.
Les diférens Carateres de l'Amonr,
où celuy &Inclination est si vivement
dépeint, Se que débite le mesme Blageart
, ont recû icy des plus difficiles
Connoisseurs l'approbation que vous
leur donnez. Tout le monde y reconnoist
ce genre d'écrire naturel & fin,
qui est particulier à Meilleurs del'Aca(
démie Françoise.
Je me fuis trompé, en vous mandant
la derniere fois, que Madamede
Manevillete est Soeur de M~le Camus,.
Premier Présidesàla Cour des Aydes-
: Elle n'est que sa Cousine germaine,
estant Fille de Mrle Camus, Controlleur
Général des Finances, Frere du
Premier Prédident.
Je remets au mois prochain la Conversion
de Mr Alexandre de Vignes,
Ministre de Grenoble, dont j'ay beaucoup
de particularitez à vous apprendre.
Adieu, Madame, je vous souhaite
une heureuseannée, & suisvortre,&c.
ui Paris le 50. Decembre 1684.
AvispourplacerlesFigures.
L'Air qui commence par Tout le
monde me ditque j'abrége mesjour, doit regarder la page 113. -
La Figure doit regarder la page 221.
L'Air qui commence par Les T<tm~-
bours & les Trompetes, doit regarder,
la page 312.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
PJRelude, 1 Explication dela GaleriedeWerfaiLles,
)
DSonneets. vises,PlS6 déclarations du Roy, 93
Prix que l'académieFrançoise doitdiff*
*Jribueranmoud*siouft prochain, iof
Egloguede Madame des Houlieres,114
Lettre écrite àla Reine de Pologne, m
Détaildes Cérémoniesfaites an Mariage
1- de Mad.la Princessede Hanwer, 116
L'amourproprepnnytFable, lï3
DevisepourMadamelaDauphine, 191
Dciiifes pour Ai1 le Comte de Tou.
loufe, 19ï
Autres Devises, 196
Mariage de MI le MArquis de la Fare,
dr de Àiadetnoifelle de Yantelrt, 201
Gouvernement de Nancydonné a Aî\
cCAubaréde, 11J
M. Thevemt efl ntmms Garde de la Bibliothèque
du Roy, 2.13
Sonnets, 12-5
Prise-de-possessîondeVAbbdie de ifauluifltnt,
pourM. [Abbéle Tellier, 11'
B.enédf'aionJ 2.54.
BenédiSliondecinq Cloches,faite aNôtre-
Dame, 139
Dijputepour la Chaire Gréque de IVni-
,
verfité de Caen, 139
Suite de l'Article de Siam, 2.41
Morts, 2.8 le
Harangue prononcée au Collège de Loûiê
leGtrand,en thoneur duParlement, 196
Harangue prononcée a lalouangeduRoy*
par M. Douiat, i.99
Cornete de la Compagnie des Chevaux-
Legers, donnée a M. le Marquis de
Afurje, 30G
Mariagede M.le Marquisde Béthune,
Mariage de M. de Breteuil, Intendant
des Finances, 304
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le