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1684, 11
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Eur511th
1684,11
Mercure
re
< 36700041540012
<36700041540012
Bayer. Staatsbibliothek

4

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 1684.
A PARIS ,
AV PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
2 nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi - bien que l'Extraordinaire
, Trente fols, relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers, a la Juftice .
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques ,
à l'entrée de la Rue du Plâtre ,
Et en fa Boutique Court Neuve du Palais ,
AU DAUPHIN
Et T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXIV .
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
Bayerische
Staatsbibliothek
*
MCS .
25528-3252553-25531
6 22222 SS2
AU LECTEUR.
O
N imprime en Hollande
unLivre qu'on:
donne tous les mois au Pu--
blic, intitulé Nouvelles
de la République des Lettres
. Ce Livre est une efpèce
de Fournal des Scavans
, mais plus étendu,
parce que les fournaux ne
font qu'en Feuilles. On
en eftime Autheur , &
2
A ij
AU LECTEUR .
l'Ouvrage est bien reçû ;
il a beaucoup de fel , ce
qui ne contribue pas peu
à fon fuccès. Peut- eftre
que s'il eftoitpermis à beaucoup
de Gens d'en ufer de
mefme , leurs Ecrits au
roient le mefme agrément.
On voit dans ce Livre, non
,
feulement le fujet & les
beautez des Livres nouveaux
mais encore les
defauts que cet Autheur
prétend y avoir trouvez.
Cesdefautsypeuvent eftre
AU LECTEUR.
en effet , mais ce qu'il en
dit , n'est pas une conféquencequ'ils
y foient. Les
Autheurs qui ne demeu
rent pas d'accord de fes
Remarques, & qui croyent
avoir de bonnes raifons
pour s'en défendre, fe trou
vent embarraſſez fur les
moyens de faire voir au
Public qui lit ce que
l'on
écrit contre eux , les Réponfes
qu'il leur feroit facile
d'y faire. Ce feroit
pour eux un embarras &
ג י נ
AU LECTEUR.
une dépenfe tout enſemble,
que defaire imprimer leurs
Répliques ; & quand ils
le feroient , elles feroient
vies de fort peu de monde
, puis qu'on ne s'aviferoit
pas toujours d'ache
ter une Reponfe à unefeule
Critique , quand on en
voudroit voir a cent autres.
Ainfi le Public
fouhaité que l'on mist dans
le Mercure les Réponses.
que les Autheurs , dequelque
Nation qu'ils foient
AU LECTEUR .
pourroient faire aux Criti
ques de l' Autheur Hollan
dois . On y a confenty
, pourveu
que ces Repliques ne
foientpoint injurienfes, &
qu'en parlant des Ecrits
on n'attaque point les Per-
Sonnes. Cela fera caufe
l'Autheur de la République
des Lettres fera
plusretenu qu'il n'est àparler
contre les Livres qui
s'impriment dans toute
Europe, parce qu'il craindra
de voir les défauts
que
AU LECTEUR. !
dont il reprend les Autheurs
, trop fortement défendus
, & qu'ilfe hazar
dera moins à critiquer,
que lors qu'il pouvoit tout.
écrire, parce qu'il ne voyoit
point d'apparence qu'on luy
repliquast , ou du moins.
que ces Repliques fuffent
fort connues. Le Public
profitera de ces diférens
d'esprit , parce que les uns
les autres travailleront
avec plus de foin. Je croy
que l' Autheur de la Répu
AU
LECTEUR.
blique des Lettres ne doit
avoir aucun chagrin de ce
qu'on répond aux intentions,
pour ne pas dire aux
prieres du Public. Son
Livre, quoy que deja connu
15 estimé, le fera encoredavantage,
& s'ilfait
bien, il
triomphera ; an
Lieu qu'il n'y avoit point
-de victoire à
remporter
pour luy, lors qu'il combatoit
tout feul.
Les
Autheurs, tant Etrangers
que François , doiAU
LECTEUR .
vent connoître par cet Avis
qu'ils peuvent envoyer
chez le Sieur Blageart les
Réponses aux Critiques
qu'onfera de leurs Ouvradans
le Livre intitulé
La République des Lettres
, & qu'on les mettra
dans le Mercure.
ges
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1684.
O
Na bienfujet, Madame
, de fe réjoüir
dans voftre Province
, des avantages que promet
la Tréve. Le Roy qui
ne fonge qu'à la grandeur
de la France , & au foulagement
de fes Peuples , donne
Novembre 1684. A
2 MERCURE
tous fes foins à l'un & à l'autre
; & fa pieté le faiſant ſans
ceffe fouvenir du glorieux
Titre qu'il a de Fils- Aîné de
l'Eglife , il fait fa plus importante
occupation de tout ce
qui peut contribuer à entretenir
le culte de Dieu , & à foûtenir
fa gloire. Les Vaiſſeaux
Marchands deſtinez pour la
Syrie , eftant fur le point de
faire voile , ce grand Prince
n'a pas laiffé perdre cette occafion
de donner des marques
du zéle ardent qui le
fait s'intéreffer dans toutes
les chofes qui regardent
la
GALANT
3
Religion , fur tout en des
Lieux fantifiez par les fouffrances
du Sauveur du monde
. Quatre Cordeliers & Récolets
le font embarquez fur
un de ces Vaiffeaux , qui
partirent de Marſeille au
nombre de cinq le douziéme
du dernier mois. Ces
Peres portent la fomme de
vingt mille livres , que Sa
Majesté envoye en Jérufalem
, pour l'entretien des Religieux
commis à la Garde
des Saints Lieux , & la fubfiftance
des Pauvres Catholiques
de la Paleſtine . Com-
A ij
4 MERCURE
me on fuit par tout l'exemple
du Souverain , & que fes
pieufes actions multiplient,
parce qu'elles font toûjours
imitées , beaucoup de Particuliers
y ont envoyé divers
Ornemes par la même voye.
Quand des Lieux fi faints
n'en manqueroient pas , on
nr leur
ne peut trop faire pour
donner de l'éclat , & c'eft
des Dons de cette napour
ture , qu'on feroit loüable
d'eſtre libéral juſqu'à là profufion
.
Je ne vous parleray point
des autres libéralitez du Roy.
GALANT. 5
La plupart des Eglifes , &
des Pauvres du Royaume,
qui en fentent les effets , en
font retentir le bruit par tout,
& je vous dirois inutilement
ce que perfonne n'ignore. Il
y a peu que le Jefuîte quia
accompagné icy le jeune
Chinois dont je vous ay entretenue
, l'eftant allé ſalüer,
ce Monarque luy donna une
fomme confidérable pour les
Miffions de la Chine. Tant
d'actions éclatantes, qui font
produites par des mouvepeut
mens que l'on ne affez
eftimer , l'ont mis au- deffus
A üj
6 MERCURE
de tous les éloges ; & c'eft
avec beaucoup de raifon, que
dans le Sonnet que vous allez
lire , M' de Grammont de
Richelieu a dit qu'il pouffe
à bout le Parnaffe.
POUR LE ROY.
LOVIS
ENfnLorisleGrandpouſſe è le
Soit quilfaffe la Guerre ,ou qu'il donne
la Paix,
Sa grandeur l'éblouit , & de tousfes
hautsfaits
Le nombre le furprend , & le choix
l'embarraffe
Sa
Il n'est point de Héros que fa gloire
m'efface,
GALANT.
7
Hvafervir de Regle aux Roys les plus
parfaits;
Et je crains qu'à son tour ma Muſe
n'ait l'audace
De luy donner auffi quelques- uns de
Les traits .
S &
Mais arrefte- toy, Mufe, & quite une
entreprife
Quifaitpeur,mefme àceux qu'Apollon
favorife ,
Et qui prés defes Soeurs tiennent le
premier rang.
22
Reprons unpeu tesfens, &fonge que
ta veine
Eftpluspropreà louer les beautez de
Climene,
Qu'à chanter les vertus d'un Monarquefigrand.
A iij
8 MERCURE
Quoy qu'il foit fort diffi
cile de louer le Roy , on n'a
pas laiffé d'entreprendre fon
Portrait. Cet autre Sonnet
vous le fera voir.
SUR LES GRANDEURS
DU ROY.
Mont
Ontrer la Majeftépeintefur le
vifage,
Avoirl'air d'un Héros au- deffus des
Humains ,
Eftreplus genéreux, plus vaillant &
plusfage
Que ne furent jadis les Grecs ny les
Romains.
Se
Aux Climats reculez fefaire rendre
bommage,
GALANT. 9
Tenir inceffamment la Victoire en fes
mains,
De Potentats liguez mépriser l'avantage,
Les vaincre tout ainsi qu'un Geantfait
des Nains.
SS
Se faire redouter &fur mer &fur
terre,
Eftre Maistre abfolu de la Paix, de la
Guerre,
Régler tout l'Vnivers , comme un Erat
foûmis.
Sa
Enfinfurmontertout, fans rencontrer
d'obstacles,
La Nature ,foy - mefme, &tousfes
Ennemis ;
C'est dans le grand LOVIS qu'on
voit tous ces miracles.
10 MERCURE
Comme la Tréve eft l'ou
vrage de cet augufte Monarque
, voicy de quelle maniere
on la fait parler contre
la Guerre.
LA TRE'VE AU ROY.
G
Rand Roy , c'estjustement que
l'onfuit ma Rivales
La fireur& les cris fontfesplus beaux
appass
Lefang & le carnage accompagnent
fespas,
Et le débris des Murs eft l'honneur
qu'elle étale.
se
Quelchangement du Ciel! Dans cette
beurefatale
GALANT. If
Que vos Armesperçoient le coeur des
Pais Bas,
Lagenérefité vous détourna le Bras ,
Four donner mes faveurs d'une main
libérale.
Sa
La peur s'évanouit , le mondefut
charmé.
Lefupréme bonheur eft celuy d'eftre
aimé;
Devos Ennemis mefme attendez cet
hommage.
sa
O l'illuftre Victoire ! ilsfont dans mes
liens,
Poury paſſer vingt ans à couvert de
l'orage;
Quelle richeconquefte !on vous doit
tous mcs biens.
12 MERCURE
Voicy encore un Sonnet,
que l'on a fait fur la Tréve.
Il eft de M' de Malet- Graville.
Les Bouts - rimez font
fi à la mode , que vous ferez
bien aiſe d'en voir d'auffi
extraordinaires
que ceux - cy.
L
A Guerre a troplongtempsfervy
d'épouvantail;
Lesplaifirs vont remplir tout l'ordre
Alphabétique ,
L'Europe a de la Paix Bail emphi.
teotique,
Et Pallas achangéfa Lance en Even
tail.
25
Nos Marchandsfans danger, engros
Gamme en détail,
GALANT. 13
Trafiqueront plus loin
Atlantique,
que
la Mer
Et les Bergers aux Champs fous ce
droit autentique,
Sans craindre les Soldats , meneront
leur Bétail .
SZ
Tous les Princes Chrétiensfous le Chef
Ortodoxe
Vont détruire la Loy dont le faux
Paradoxe
Bonne tout aux plaifirs du Sexe malculin.
Sa
Ils ont déja poufféjuſqu'au Peloponéſe
,
Et le Muphti bien- toft , & le Mirabolin,
Brûleront l'Alcoran , pourfuivre la
Genéfe.
14 MERCURE
M'Amelor , Ambaffadeur
de France à Veniſe , a efté
nommé pour aller en Portugal
en la meſme qualité.
On peut connoiftre par là,
que Sa Majesté a reçû une
fatisfaction entiere de fes fervices
dans l'employ qu'Elle a
bien voulu luy confier , puis
qu''Elle l'envoye auprés d'une
des premieres Teltes Couronnés
de l'Europe.
Quoy que l'on ne parle
prefque plus de la Statüe
d'Arles , depuis qu'elle a efté
reconnue pour une Vénus,
je croy que je vous feray
GALANT. 15
plaifir , en vous apprenant de
quelles raifons fe font fervis
ceux qui ont appuyé ce ſentiment.
Ils difent que l'on
n'a jamais repréſenté Diane
avec les jambes embaraffées;
qu'au contraire elles ont toûjours
efté dégagées & libres;
qu'en Bufte mefme les Anciens
ont habillé Diane par
le plus haut, mais qu'ils n'ont
pas continué la Draperie audeffous
du fein , qu'ils y ont
laiffé quelque endroit nud,
pour marquer que le bas de
cette Divinité , quoy qu'en
Buſte , doit toûjours eftre
16 MERCURE
dégagé de l'embarras des
Draperies ; que Diane n'a
jamais efté repréſentée, fans
avoir la Ceinture qui tenoit
fon Carquois , quand même
elle ne portoit point de Car
quois ; que Diane n'a jamais
eu de Bracelet , & que toutes
les Vénus en ont un ; que
la Coëfure de la Vénus des
Médicis a un double Ruban
féparé comme celle d'Arles;
que le Noeud qui eft fur la
tefte de la Figure , eſt trop
petit , pour avoir fuporté un
Croiffant , & qu'il n'a efté
fait que pour foûtenir une
:
GALANT. 17
Pierre de couleur , auffi - biem
que le Bracelet , où il paroift
une enchaffûre , & qu'
enfin il y a une belle Vénus
antique à Richelieu , habillée
de mefme.
MTerrin , Confeiller au
Préfidial d'Arles , dont je
vous ay parlé tant de fois,,
en vous expliquant le diférent
qu'a caufé cette Statüe,
a fait le Madrigal que j'ajoûte
icy..
Novembre 1684 R
1
18 MERCURE
SUR LE PRESENT
que la Ville d'Arles a fait
au Roy , d'une Vénus antique.
P Emplessaffez, long-temps agitez
"de l'orage,
NousavonsSupporté les injures du
fort,
Le Ciel & la Terre d'accord
Nc montroient à nos Champs qu'un
funefte vifage;
Mais enfin nos maux vontfinir,
Pournousfavorifer les Dieux veulent
s'unir;
Le Soleil & Vénus changent l'état des
choſes.
Ils s'approchent, & leurs amours
Commejadis nous préparet d sjours
Filez d'or, de Lys, & de Rofes.
"
GALANT. ** 19
a
La Statue
d'Arles ayant
perdu à la Cour le nom de
Diane, a donné lieu aux deux
Devifes qui fuivent , dont la
premiere fait allufion au nom
de M Terrin , qui s'eft toû
jours déclaré pour Vénus , Le
Corps eft la Lune , ou Diane,
quis'éclipfe
, par l'oppofition
de la Terre entre le Soleil &
cet Aftre . Ces mots en font
l'Ame. Eripuit mihi TerraJubar
Ils font expliquez
par ce Ma
drigal , ou Diane parle .
Tous mes effortsfont impuif.
fans,
You
Mes rayons affoiblis , mes Courfiers
languillans,
20 MERCURE
Toui eftfunefte à ma lumicre,
Rien ne sauroit l'empêcher depâlir,
Et mon fort oppofant la Terre à ma
carriere,
Sous les yeux du Soleil on me voit
défaillir..
Le Corps de l'autre Devife
eft Diane , ou la Lune , en
Croiffant , qui s'approche du
Soleil , & qui difparoift quand
elle l'a joint. Ces deux mots
luy fervent d'Ame. Acceff
peritura.
D
Vn air ambitieux pourſui
vant macarrière,
Pay montéjusqu'au lieu d'où s'épand.
la lumière;
Maisil m'en a coûtébien cher..
GALANT 2
Sur unfi grand projetje devoi, me
connoiftre,
Puis qu'hélas ! du Soleilje n'ay pú
&
m'approcher,
Sans perdre mon éclat , & ceffer de
paroiftre..
Quelques Sçavans d'un
fort grand mérite fe font
plaints de ce que je vous ay
dit dans quelqu'une de mes
Lettres , qu'ils croyoient que
la Statue d'Arles fuft une
Vénus, & non pas une Diane.
En cela je vous ay mandé ce
que j'ay crû. A préfent que
la chofe eft décidée , ils ne
doivent pas m'en vouloir de
22 MERCURE
mal , puis que je ne leur fai
fois point de tort , en fuppo
fant qu'ils eftoient du bon
Party.
Les difputes où le brillant
de l'efprit fe fait paroiftre ,
font toûjours fort agreables;
cepédant fi nous en croyons
une Illuftre de vostre fexe,
il n'y a rien qui foit plus à
craindre , que de s'acquérir
le nom de bel Efprit. Madame
des Houlieres , dont
tous les Ouvrages font fi
eftimez , a traité cette matiere
avec un agrément qui
vous charmera. C'eft affez
GALANT
23
que de vous l'avoir nommée,
pour vous faire attendre de
la lecture de ce dernier, tout
le plaifir que vous ont donné
les autres.
25522-52S2S32 23SS
EPITRE CHAGRINE
DE MADAME DES HOULIERES
A MADEMOISELLE ***
Velefpoir vous feduit? Quelle
gloire voustente? Orde
Quel caprice! à quoypensez vous?
Voulez - vous devenirfçavante?
Hélas ! dubel Efpritfçavez vous les
dégoufts?
Ce nom jadis fibeau,fi revcréde tous,
24 MERCURE
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ny d'honorable ny de doux.
22.
Si-toft queparla voix commune
De ce titre odieux onſe trouve charge,
De toutes les vertus n'en manquaft- il
pas-une,
Suffit qu'en bel Esprit on vous ait:
érigé,
Pour ne pouvoir prétendre à la moindre
Fortune.
$2
Jefeay bien que le Ciel afçû vous departir
Cequi foûtient l'éclat d'une illuftre
naiſſance,
Quefans espoirde récompenſe
Vous ne travaillerez que pour vous
divertir.
C'est un malheurde moins, mais il en
eftiani d'autres,
Dont
GALANT 25
Dont on ne peutfe garantir,
Queje vous verray repentir
D'avoir moins écouté mes raisons que
les veftres.
S&
Pourrez- vous toûjours voir voſtre
Cabinet plein
Et de Pédans & de Poëtes,
Qui vousfatigueront avec unfront
ferein
Desfottifes qu'ils aurontfaites?
Pourrez- vous fupporter qu'un Fat de
qualité,
Quifçait à peine lire , & qu'un caprice
guide,
De tous vos Ouvrages décide ?
Vnefpr t de malignité
Dans le monde a fçûfe répandre.
On achete un bon Livre , afin de s'en
moquer,
Novembre 1684. C
26 MERCURE
C'eft des plus longs travaux lefruit
qu'ilfaut attendre;
Perfonne ne lit pour apprendre,
On ne lit quepour critiquer.
Vous ricz ! vous croyez ma frayeur
chimérique.
L'amour propre vous dit tout bas
Que je vousfais grand tort, que vous
ne devez pas
Du plus rude Cenfeur redouter la critique.
Eb - bien confiderez que dans chaque
Maifon
Où vous aura conduit un importun
ufage,
Dés qu'un Laquais aura prononcé
voftre nom,
C'eft un bel Efprit, dira - t- on,
Changeons de voix & de langage.

GALANT. 27.
$2
Alorsfur un précieux ton,
Des plus grands mots faiſant un
affemblage,
On ne vous parlera que d'Ouvrages
nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut
qu'on en penfe,
En face on vous dira que les voftres
font beaux,
Et l'on pouffera l'imprudence
Infques à vous preffer d'en dire des
morceaux .
S2
Si tout voflre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout bas , C'eſt - là ce bel
Efprit !
Tout comme une autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.
Cij
28 MERCURE
Se
Irez- vous voirjouer une Piece nouvelle,
Ilfaudra pour l' Autheur eftre pleine
d'égards;
Il expliquera tout , mines , geftes,
regards ;
Etfifa Piéce n'est pas belle,
Il vous imputera tout ce qu'on dira
d'elle,
Et de fa colere immortelle
Il vous faudra courir tous les bazards.
Sa
Mais , me répondrez vous , fortez
d'inquiétude ,
Neprenez point pour moy d'inu ,
tiles frayeurs ;
Je me déroberay fans peine à ces
malheurs ,
En évitant la folle multitude.
GALANT. 29
$ 2
Ileft vray ; mais comment pourrezvous
éviter
Les chagrins qu'à la Cour un bel
Esprit attire?
Vous ne voulez pas la quiters
Cependant l'air qu'on y respire
Eft mortel pour les Gens qui fe mêlent
d'écrire.
A réver dans un coin on fe trouve
réduit;
Ce n'estpointun conte pour rire.
Dés que la Renomée aurafemé le bruit
Que vousfçavez toucher la Lyre,
Hommes , Femmes , tout vous
craindra,
Hommes, Femmes, tout vousfuira,
Parce qu'ils ne sçauront en mille ans
que vous dire.
C iij
30 MERCURE
$2
Ils ont là- defus des travers
Qui nepeuventfouffrir d'excuses;
Ilspenfent, quand on a commerce avec
les Mufes,
Qu'on ne fçaitfaire que des Vers.
$2
Ce que prêtela Fable à la haute Eloquence,
Ce que l'Hiftoire a consacré,
Ne vautjamais rien à leur grés
Ce qu'onfait plus qu'eux les
offenfe.
S &
On dirait à les voir, de l'air présomptueux
Dont ils s'empreffent pour entědre
Des Vers qu'on ne lit point pour
eux ,
Qu'à décider de tout ils ont droit de
prétendre.
GALANT
31
Sur ce dehors trompeur on ne doitpoint
compter;
Bienfouventfans les écouter,
Plusfouventfansy rien coprendre,
On les voit les blâmer, on les voit les
défendre.
Quelquesfaux brilläs bien placez
Toute la Piéce eft admirable;
Unmotleur déplaift , c'eft affez,
Toute la Piéce eft déteftable.
S&
Dans la débanche & dans lejeu
nourris,
Onles voit avec m'fme audace
Parler& d'Homere & d'Horace,
Comparer leurs divins Ecrits,
Confondre leurs beautez, leur tour,
leurs caracteres
Siconnus& fidiférens ,
Fraiter des Ouvrages fi grands
De badinages, de chimeres,
Cüiij
32 MERCURE
Et cruels ennemis des Langues Etran
geres,
Eftre orgueilleux d'eftre ignorans.
S2
Quelques Seigneurs reftez d'une
Cour plus galante,
Et moins dure aux Autheurs
d'aujourd'huy,
que
celle
Sont encore, il est vray, legenéreux
appuy
De la Science étonnée & mourante;
Maispour combien de temps aurezvous
leurfecours?
Hélas ! j'en pâlis, j'enfriſſonne.
Les trois fitales Soeurs qui n'épargnentperfonne,
Sont preftes à couper la trame de leurs
jours.
$2
Queferez- vous alors ? Vous rougirez
fans doute
GALANT. 33
De tout l'efprit que vous aurcz .
Amarante, vous chanterez,
Sans queperfonne vous écoute .
Plus d'un exemple vous répond
Des malheurs dont icy je vous ay menacée.
Lefçavoir nuit à tout, la mode en est
paffée;
On croit qu'un bel Efprit ne fçauroit
eftre bon.
S2
De tant de veritez confervez la mémoire;
Qu'ellesfervent à vaincre un aveugle
défir,
Ne cherchez plus unefrivolegloire
Quicaufe tant de peine, & fipeu de
plaifir.
Fe la connois, & vous m'en pouvez
croire.
Jamais dinsHipocréne on ne m'auroit
và boires
34 MERCURE
Si le Cielm'cust laiffée en pouvoir de
choifir;
Mais hélas ! defonfortperfonne n'est
le Maistre,
Le panchant de nos coeurs est toûjours
violent.
J'ayfçufaire des Vers , avant que de
connoiftre
Les chagrins attachez à ce maudit
talent.
Vous que le Cicl n'a point fait
naiftre
Avec ce talent que je hais ,
Croyez- en mesconfeils, ne l'acqucrez
jamais.
Monfieur le Duc de Wirtemberg
, apres avoir régalé
fa Cour de tous les plaifirs.
que peuvent donner la Chaf
GALANT. 35
fe, le Jeu, & la Bonne- chere,
voulut prendre le 15. du dernier
mois un divertiffement
à la Françoife. Ce fut une
maniere de Ballet & d'Opéra,
qui fut repréfenté à Stutle
jour que je viens de
vous marquer. Les Vers que
l'on y chanta eftoient François
; & le Ballet , qui avoit
pour titre , Le Rendez- vous
des Plaifirs , eftoit divifé en
trois Parties.
gart
Dans la premiere , le Théa
tre repréfentoit des Montagnes
& des Rochers . Dans ,
l'enfoncement eftoit une
36 MERCURE
Mer, où l'on voyoit Neptune
dans un Char tiré par des
Tritons. Une Néreïde repréſentée
par Mademoiſelle
Courtel , Femme du Maiſtre
à dancer de Monfieur le Duc
de Wirtemberg , fit l'ouverture
de ce Divertiffement,
en chantant ces Vers , pour
convier les Divinitez des
Eaux & de la Terre de fe
trouver au Rendez-vous des
Plaiſirs , où les Ciclopes devoient
forger les Armes du
Fils de Thétis .
La gloire fuitpar tout le Héros qu'en
ces lieux
GALANT. 37
Le deftinfait paroître.
O vous, Divinitez& Dieux,
Employez aux plaiſirs de noſtre augufte
Maitre
Vos momens les plus précieux.
Apres que la Nére'ïde eut
chanté ces Vers , fix Dieux
des Fleuves parurent repréfentez
par M's Moſer , Fils
aîné du Lieutenant Colonel
de ce nom ; Garb , Fils aîné
de feu M ' Garb, Commiſſaire
General dans les Troupes de
M' l'Electeur de Baviere ; de
Monicart , Secretaire de M
de Bourgeauville , Envoyé
Extraordinaire du Roy en
Allemagne , Roſe , Valet de
28 MERCURE
Chambre de M' le Prince
Jean - Frideric de Wirtemberg
; Reinfal , Muficien de
Monfieur le Duc de Wirtemberg
; & Magg , Fils du
Maiftre de la Chapelle de la
Cour. L'Entrée de ces fix
Divinitez qui dacerent quelque
temps, fut fuivie de trois
autres ; l'une,de Prothée feul ,
repréſenté par M'de Forſtner,
Fils aîné de M' de Forstner,
Miniftre d'Etat , & Grand-
Maréchal de la Cour ; l'autre,
de deux Tritons, repréſentez
par M de Zorn, Page de Madame
la Ducheffe Adminif
GALANT. 39
tratrice , & par M ' de Lau ,
Servant pres de la perfonne
de M' le jeune Duc ; & la
derniere , de Palémon feul,
repréſenté par M Courtel,
Maiſtre à dancer de Monfieur
de Wirtemberg. Ces
Entrées eftant finies, la mef
me Néreide
parut de nou.
veau , & chanta ces autres
Vers.
Thétis, qui voitfon Fils par le. Ciel
deftiné
Atenter de grandes Conquêtes,
A de mille foucis pour luy l'efprit
gêné.
En lay tenant des Armes prêtes
Vulcain remplitl'ordre donné.
40 MERCURE
Dans ces lieux où tout est tranquille,
Imitons noftre grand Achille.
Le jeune viendra dans fon temps ;
Pouvons- nous eftre plus contens ?
Cette premiere Partie fe
termina par deux autres Entrées
; l'une , de deux Néreïdes
, repréſentées par Mademoiſelle
de Stockhorn ,
Fille d'honneur des jeunes
Princeffes , & par Mademoifelle
Bilau la cadete , Fille
du Premier Miniftre d'Etat,
& l'autre , de fix Ciclopes repréfentez
par M ' de Moni .
cart , Reinfal , Moſer , BakGALANT.
41
meifter , Fils aîné du Procureur
de la Chambre , Rofe,
& Magg.
Dans la feconde Partie, la
Mer ayant difparu , le Théatre
ne laiffa plus voir qu'un
Bois. Meliffe , Divinité des
Forefts , vint d'abord chanter
ces Vers.
Venez au Rendez - vous , venez
Troupe Champeftre,
Milleplaifirs nouveauxsont icypreffs
de na stres
Diane pour s'y rendre abandonne les
Bois,
Et vientfe réjouir au fon de vos
Hautbois.
-Novembre 1684
D
42 MERCURE
Il y cut en fuité fept Entrées
, la premiere, de Diane
feule , repréſentée par Madame
la Princeffe Eberhar
dine Loüife de Wirtemberg ,
la feconde, de fix Nymphes,
par M Garb, Mofer , de Monicart,
Backmeister, Rofe, &
Magg ; la troifiéme , d'Endimion
feul , par M' Courtel ;,
la quatrième , de quatre Faunes
, par M's de Minfinger,
Fils aîné du Miniftre d'Etat
de ce nom , Gelnits Page des
Chaffes , de Zorn , & de Lau ;
la cinquième , de fix, Bergers
& Bergeres héroïques , les
GALANT. 43
Bergers par Monfieur le Duc
Eberhard- Louis de Wirtemberg
, M' de Forftner , & M
de Reifchach , Fils de M l'Intendant
des Finances de la
Cour ; & les Bergeres , par
Madame la Princeffe Eber--
hardine-Loüife de Wirtemberg
, Madame la Princeſſe
Gillaumine - Magdelaine de :
Wirtemberg , & Mademoi--
felle de Forftner , Fille aînée:
du Grand Maréchal de la
Cour , la fixiéme , de deux :
Bucherons , par M' de Lau
& Reinfal ; & la feptiéme, de
deux Bohémiennes
& de
D
jjj
44 MERCURE
deux Bifcaïns , les Bohémiennes
par M's Backmeister &
de Monicart , & les Bifcaïns
par M's Garb & Roſe.
rs
Le Théatre fe changea en
un Jardin magnifique dans
la troifiéme Partie , qui commença
par ces Vers que
chanta Ponione .
Ilfaut nous réjouir, Bergers,. dans ce
Bocage,
Flore fur ces Gazons amène les Zéphirs.
Toutyparoift charmant, les amoureux
foupirs
Tferont noftrefeul langage.
Ilfaut nous réjouir, Bergers , dans ce
Bocage
GALANT. 45
Cette Chanfon fut fuivie
de fix Entrées ; la premiere,
de Flore feule , par Madame
la Princeffe Guillaumine-
Magdelaine de Wirtemberg;
la feconde, de deux Zéphirs ,
par M's de Forstner & Reif
cah ; la troifiéme , de quatre
Suivantes de Flore ; la quatriéme,
d'un Berger ruftique
crotefque ; la cinquième , de
huit Bergers portant des Fef-
& la fixiéme , de l'Atons
;
mour feul , repréſenté par
Monfieur le Duc de Wirtemberg.
Les fanfares des
Trompetes jointes au bruit
46 MERCURE
des Timbales , terminérent
cette Fefte.
Je me fouviens de vous
avoir envoyé dans quelqu'une
de mes Lettres unt
Ouvrage de M de Vin , qui
nous explique d'un ſtile aiſé
& galant , par quelle avanture
l'Amour eft devenu
aveugle . En voicy un autre.
qui juftifie la naiffance de ce
Dieu. Les Fables nous le
dépeignent baftard , en fai
fant Vulcain le feul Epoux
de Vénus ; & c'eft une erreur
que M de Vin a pris le foin.
de détruire .
GALANT. 47
255:22222 25S22:2222.
LA NAISSANCE
LEGITIME
DE L'AMOUR .
L n'estpoint de bonheur d'éternelle
duréc.. I'
La Paix régnoit dans l'Empyréc,,
Et l'on n'y connoiffoit ny lapeur, ny
les maux.
Les Dieuxy faifoient leurs délices
De goûter à longs traits l'odeur des
Sacrifices
Qu'alloientfur leurs Autels offrir
quelques Devots,
Et chacun àfa fantaisie
Plein de Nectar& d'Ambrofie,
Cherchoit fans embarras les Jeux , on-
Le reposi
48 MERCURE
Lors qu'avec fes Geants lefuperbe
Encelade
Vint contre leur attente y planter
l'Escalade,
Et faire trembler dans les Cieux
In/qu'au plus réfolu des Dicux .
Iupiter, Iupiter lux- meme
En eut telle frayeur , & lesfensfi
perclus,
Quejettant , pour mieux fuir, &
Sceptre, & Diademe,
Ilpromitfa Fille Vénus
Aqui le tireroit de ce péril extréme.
Le coeur revint aux plus poltrons .
Mars, Apollon , Vulcain , tous trois
amoureux d'elle,
Offrirent auffi- tost leurfervice à la
Belle,
Fircntpour lors les Fanfarons,
Etflatez doucement par cette récompenſe,
Reprirent
GALANT. 49
Reprirent leur valeur , en prenant
l'espérance.
$2
En vain la Gloire & le Laurier
Animentun brave Guerrier,
Sabravourefouvent deviendroit languisante;
Mais l'amoureux defir de plaire à de
beaux yeux,
L'échaufe , lafoûtient , la porte en
mille lieux,
Et la rend toujours agiffante.
Le tendre Jupiter fçavoit àfes dépens
Ce quepeutfur les coeurs ce beau defir
de plaire.
Que n'avoit-il pointfait ? Que ne
pouvoientpasfaire
Ces Amans , ces Rivaux , qui pour
eftre vaillans ,
N'avoient mefme befoin que de leur
'oufie?
Novembre 1684. E
50 MERCURE
Tous trois avecfuccés fervirent leur
Patrie,
Excitez l'un par l'autre , à l'envy
chamaillans,
D'affaillis qu'ils eftoient, on les vit
affaillanss
Ce Prix de leur amour redoubla leur
furie.
Aux endroits les plus dangereux ,
Comme un fimple Soldat,chacun vole,
s'expofes
Tout branle, toutfuit devant eux;
Pour eux venir, voir, vaincre,eft une
mefme chofe;
Et tous ces Hommes monftrueux,
Renverfezfous les coups d'un redoutable
Foudre,
Qu'avoit l'ingénieux Vulcain
Inventé tout exprés, &forgé de fa
main,
Furent enfin réduits en poudre.
GALANT. 51
22
Fupiter eut quelque regret,
Defe voirpour un Dieufi laid
obligé parferment de tenirfa promeffe.
Sifidelle àfa gloire, il en fuivoit les
loix ,
Infidelle àfa Femme, il négligeaitfes
droits;
Il couroit icy- bas de Maiftreffe en
Maiftreffe;
Etchacunfçait qu'un Souverain
Nefoupirejamais en vain.
Ilpouvoit tout, fon coeur honoroit une
Belle;
Laplusfiere, la plus cruelle ,
Se rendant par orgueil àfes voeux
triomphans,
Desfruits defon ardeur &galante &
féconde,
En dépit de Iunon ilpeuploit tout le
monde.
52 MERCURE
Maisfurtous fes autres Enfans
Il aimoit la belle Déeffe.
Il voyoit les juftes dégoûts
Qu'elle auroit pour Vulcain, leprenant
pour Epoux;
Etfa paternelle tendreſſe
Avoit peine à forcerfon coeur
A cette dure obeisance.
Se
Hé-quoy ! s'écrioit- il en fa jufte
douleur,
Faut- il qu'il foit l'apuy de ma
Toute - puiffance ?
Faut- il qu'en prenant ma défenſe,
Il ait de fes Rivaux effacé la
valeur?
Ah !pourquoy le péril m'a- t . il
fait rien promettre
?
Quoy- donc, il fera dit qu'un Serment
indifcret
GALANT. 53
Contraindra Jupiter de mettre
Vénus entre les bras d'un Amant.
fi mal fait,
Et qu'immolant enfin cette pauvre
Victime,
J'en feray de fes feux un objet
légitime !
Ouy, ce doit m'eftre un point
d'honneur,
Ma parole eft irrévocable ;
Et duft ma Fille en eftre inconfolable,
De la Nature humaine & le Ma
tre & l'Autheur
Ne doit point à la Créature
Donner un exemple odieux
De perfidie , & de parjure.
Que diroient les Hommes des
Dieux?
Oferions nous apres exiger &
prétendre
E iij
54 MERCURE
Ce que dans un preffant dager
Soûmis & pleins d'ardeur ils font
voeu de nous rendre?
Auroient - ils tort de négliger
Ce qu'ils nous ont promis au milieu
de l'orage ;
Et les voyant ingrats fur le bord
du rivage ,
Aurions- nous bonne grace alors
de nous vanger?
Non ,non , c'est une affaire faite .
Taifez vous , ma tendreffe , il n'y
faut plus fonger.
J'ay combatu long - temps , foyezen
fatisfaite ,
Ce politique honneur eft plus
puiffant que vous,
Et demain de Vénus Vulcain ſera
l'Epoux .
S2
C'eft ainfi bien fouvent qu'un Pere
Jacrifie
GALANT. 55
Sa Fille àfon propre intérest,
Etpar un dur Hymen la lie
Atel Homme qui luy déplaift;
Mais à fon coeurforcé malheureux qui
Se fic!
Ilfefouvient toujours qu'on l'a fait
confentir,
C'est un effort tyran que jamais il
n'oublie;
Son devoir est tropfoible, il veut s'en
reffentir,
Et quiconque doit une Belle
A l'authorité paternelle,
Trouve qu'il a bien - tost lieu de s'en
repentir.
22
Vénus, qui defon corps n'eftoit pas la
Maistreffe,
En Fille obeiffante en fit ce qu'on
voulut.
On nedifpofa pas ainfi defa tendreffes
E iiij
56 MERCURE
Famais le fot Vulcain ne pût
En tirerla moindre carreffes
Plus ilfe faifoitbeau, plus ilfe décraffoit,
Dansfonjufte dépit plus elle s'aigriffoit;
Plus il avoit d'ardeur pour elle,
Plus elle eftoitpourluy dédaigneufe
& cruelle;
Pourfesfades baifers on n'eut que
dégoûts;
des
On fefouvenoit trop de cette violence,
Pour le laifferjouir de tous les droits
d'Epoux;
Les plusfenfibles, les plus doux
N'estoientpoint defa connoiffances
On confervoit toûjours des deffeins
de vangeance
,
Qu'aux dépens de fon front la Belle
exécuta,
Etfon reffentiment à telpoint éclata,
GALANT. 57
Que defes premiers feux ralentisfant
la force,
Cemalheureux enfin demanda le divorce.
Sa
Le grand Tupin eut beau cricr;
Ce tropfunefte Mariage
Le rendit à lafinplusfage;
Et peucontent de ce premier,
Qu'avoitfaitmalgré luyfa divine
promeffe,
Il ne voulutjamaisfe meſler du der-
Etfa Fillefut la Maiſtreſſe
(niers
Defe faire un Epoux d'Apollon, ou
de Mars.
L'un régnoitfur le Mont Parnaſſe,
Et dans unplein repos cultivoit les
beaux Arts;
L'autre toujours actif, au milieu de la
Thrace
S'exerçoit aux Combats , à la Table, à
la Chaffes
58 MERCURE
Ennemy déclaré des tranquilles plaifirs
,
Ilfuivoit en tous lieuxfes turbulens
défirs,
Etfans ceffe agité des fureurs de la
Guerre,
Avoitplûtost en main le Sabre que le
Verre.
Sa
L'unpoly, doucereux, fouple , adroit,
& brillant,
Sefaifoit rechercher de laplupart des
Belles,
Et le tour que donnoit aux petites
nouvelles
Ce Dieu grand Voyageur, curieux &
galant,
Charmoitjufques aux plus cruelles.
Il répandoit par tout un agrément
fecret,
Il affaifonnoit tout d'un feufage &
difcret;
GALANT.
59
On ne s'en laffoitpoint, le bon gouft,
l'air du monde ,
Déridoient, égayoient fa science profonde;
Il eftoit de tous les Cadeaux ,
SaLyre raviffoit ,fa voix étoit divine,
On ne le voyoit point fans quelques
Vers nouveaux.
Il enfaifoit comme Racine;
Sa raillerie utile, & délicate &fine
Egaloit dans fes jeux celle de Defpreaux;
Pour tout dire en un mot , c'eftoit le
Benferade
Et le Voiture defon temps.
L'autre emporté, fougueux , brufque,
fier & mauffade,
Nemanquoitpas de Partifans;
So bumeur libre& familiere,
Son intrépidité, fa bonté, fa candeur,
Sataille,fa mine guerriere,
1
60 MERCURE
Parloient tout haut enſafaveur.
Si de la politeffe il négligeoit les
charmes,
On l'admiroit d'ailleurs en un jour de
Combat,
Etjamais Hommefous les Armes
Neparut avectant d'éclat.
SS
Enfin il eftoit difficile
De nefe pas tromper entre ces deux
Amans.
On préfere aujourd'huy les petits
agrémen's
En
Etle délectable à l'utile ;
Mais Vénus eftoit trop habile
Pourfe méprendre
en cet endroit.
gens mieux queperfonne ellefe
connoiffoit;
Elle en fçavoit la diférence,,
Inftruite par l'expérience,
GALANT. 61
Et cherchant le folide en fes tendres
defirs,
Apollon luyparut aimer trop les plaifirs
Pour en donner beaucoup , & s'aimer
trop luy- mefme,
Pour de l'afreux Hymen s'embarraffer
des foins.
Une Femme qui veut qu'on l'aime,
Veut auffi qu'on fait preft à remplir
fesbefoins.
Elle traitoit de bagatelle
Ce qu'il avoit de beau, de riche & de
brillant.
Iln'eftoitbon que pour Galant,
Mais pour Epoux non, felon elle.
Ilfaloit un autre talent .
Famais avecfa Prophétie,
Sa Mufique,fa Poefie,
Son Char,fa Médecine, & les autres
Emplois
62 MERCURE
où l'attachoit la deftinée,
Et peut- eftre fon propre choix;
Jamais , à tantdefoins ſon ame abandonnée,
Il n'auroit le loifir de s'aquiter des
droits
Qu'exigeroient de luy l'Amour &
l'Hymenée.
Trop clairvoyant d'ailleurs , pour
n'eftrepasjaloux,
Ilfaudroit renoncer à la galanterie,
Se priver avec luydes plaifirs lesplus
doux,
Ou s'exposer àlafurie
D'unfacheux & terrible Epoux.
Sa beauté,fa délicateffe ,
Faifoit encorjuger à la belle Déeffe,
Quefous les habits d'un Garçon ,
D'une Fille fans force il cachoit la
moleffe ;
Cetair efféminé luy do soit dufoupçon.
GALANT. 63
$2
Un défautde mauvais augure
Authorifoitfa conjecture;
Il n'avoitpoint de barbe . Enfin
Au mépris du mignon & du charmant
Blondin,
Ce choix tombafur Mars , qui moins
beau, qui moinsfin,
Mais qui ne s'occupant que du foin de
luy plaire,
Toujours dansfa male vigueur,
Etpendant la Paix fans affaire,
Luyferoit dansfa vive ardeur
Reffentirde l' Hymen laféconde douccur.
En effet, malgré l' Hymenée
Quifouvet en moins d'une année
Trouble des coeurs unis les doux contentemens,
Ces illuftres Epoux furent toujours
Amans.
64 MERCURE
On neparlapoint de divorce;
Et quoy quepufttenterſur eux
Du changement la trop flatenſe
amorce,
Sur leur conflante ardeur elle eutfipen
deforce,
Que l'Amour, leplusgrand&leplus
beau des Dieux ,
Futenfin lefruit de leursfeux.
L'efprit a fes prodiges ainfi
que toute autre chofe ; &
comme ce nom convient à
tout ce qui femble au deffus
de la Nature , on le peut donner
avec justice à ce qu'a fait
depuis peu le petit Mª d'Ermain.
C'eft un Enfant de fept
ans , Fils de M' de la MotheGALANT
65
le Myre , Lieutenant de Roy
de la Citadelle de Pignerol.
Quand il ne fçauroit que lire:
à fon âge , il n'y auroit pas
lieu de s'en étonner. Cepen.
dant non feulement il a des
idées genérales de toutes les
Sciences, mais il fçait en par--
ticulier beaucoup de Coſmographic
& de Géographie, un
peu de l'Hiftoire, & eft affez
avancé dans l'étude de la
Langue Latine, pour n'avoir
pas befoin de paffer par les
deux premieres Claffes. On
le prioit il y a quelque temps
dans une affez grande Com
Novembre 1684 .
66 MERCURE
pagnie , de dire les noms de
tous les Fleuves du Monde ,
& quand il fut venu à ceux
de la Mofcovie , quelqu'un
qui luy entendit nommer le
Don ou le Tanais , luy demanda
fi ces deux Fleuves
eftoient fort éloignez l'un de
l'autre. Cette demande qui
l'auroit embaraffé , s'il n'euft
confulté que fa mémoire , ne
le déconcerta
point. Il répondit
que le Don eftoit auffi
éloigné du Tanaïs , que le
Démon l'eft du Diable ; le
Diable & le Démon n'eftant
qu'une mefme chofe , comGALANT.
67
me le Don & le Tanais. Je
vous ſurprendray fans doute,
quand je vous diray qu'entre
quantité de chofes qu'il a
apprifes , il a fi bien profité
de quelques Leçons de Phyfique
, qu'il en donna des
preuves publiquement il y a
un mois ou deux , en foûtenant
une Théfe qu'il dédia à
M' le Marquis d'Herleville ,
Gouverneur & Lieutenant
General pour le Roy des
Ville , Citadelle , & Province
de Pignerol. Cette Théfe,
qui avait fes Armes en chef,
avoit efté deffinée avec toute
Eij
68 MERCURE
la beauté & la délicateffe
qu'on pouvoit attendre de
T'heureux génie du S' Loüis
Vanier, l'un des plus fameux
Peintres d'Italie. L'Epître
adreffée à ce Marquis eftoit
cantonnée des quatre Devifes
fuivantes, par l'ame defquelles
le Soûtenant implo
roit fa protection .
Une Montre à fa Clef,
Vis operer, fer opem.
Un Fer à une Pierre d'Aiman
qui le foûleve, Si fecedis,
cecidi.
Un Jeu d'Orgues à fon
Souflet , Dal tuo sforzo mia
forza
GALANT: 69
Une Bague à un Diamant
qui en eft féparé , Poc' e mia
prezzo ,fe non fei appreſſo.
Voicy ce qui cftoit au def
fous de cette Epître.
Comme ily a de la fympatie
entre les femblables , on ne doit
point trouver mauvais que le
plus jeune des Philofophes croye
avec les plus nouveaux.
OPINIONS.
I ..
Que c'eft la Terre qui tourne
autour du Soleil , & non pas le
Soleil autour de la Terre.
II.
Que les Beftes n'ont nulle
70 MERCURE
connoiffance, & que c'est l'impreffion
des Objets extérieurs qui
détermine leurs actions .
III.
Que la matiere eft divifible
à l'infiny, & qu'on ne conçoit
pas qu'on la puiffe divifer autant
qu'elle eft divifible.
IV .
Que c'est à la pefanteur de
l'air qu'ilfaut attribuer les effets
'on attribue à l'horreur du
qu'on
vuide.
V.
Que les Corps n'ont point de
~couleur, & qu'elle n'est qu'un pur
effet de la refléxion de la lu
miere.
GALANT. 71
VI .
Que le feu n'a point plus de
chaleur en nous échaufant , qu'-
une Epingle a de douleur en nous
piquant.
VIL
Que c'est par la pefanteur de
fon propre corps que
la
Lune
caufe le flux de la Mer, & non.
par aucun effet de Empatie.
Ces Opinions eftoient bordées
de fix autres Deviſes qui
faifoient connoiſtre
la capacité
du jeune Soûtenant .
Sous un jeune Rofeau, demeuré
entier aupres d'autres
plus gros rompus par l'effort
72 MERCURE
du vent, eftoient ces paroles,,
Moins il eft vieux , plus il ré--
Lifte.
Sous un Roffignol , Plus
de voix
que
de corps.
Sous un Rémora qui ar--
reſte un grand Vaiſſeau , Parvus
, fed grandia fiftit.
Sous une Mappemonde,,
plus petite qu'une autre.
Carte , qui ne contient qu'-
une Province , Plus minor.
Sous une Main armée
d'une Epée qui ne peut percer
un petit Moucheron en
Fair , Non pico lo, perchè piccolo
Sous
GALANT. 73
Sous un petit Oyſeau qui
s'échape des Filets , où de
plus gros reftent pris , Sottil
non refta fotto.
L'Action fe fit au Donjon,
dans une fort belle Salle de
l'Apartement de M ' de la
Mothe. Le petit Soûtenant,
proprement paré avec l'Epée
au cofté , des Plumes
blanches , & couleur de feu ,
& une Garniture fort riche
des mefmes couleurs ,
eftoit fur une Eftrade haute
de deux pieds . Devant luy,
à la
diftance de quatre pas ,
il y avoit un Tapis de pied,
Novembre 1684. G
74 MERCURE
)
fur lequel eftoient deux Fauteüils
pour M & Madame
d'Herleville . On avoit mis à
droit & à gauche quantité
de Chaiſes à dos pour les
Dames. Tout le reste de la
Salle fut auffi remply de
Chaiſes pour le refte de la
Compagnie , qui fe trouva
fort nombreufe par la
quantité
de Perfonnes de qualité ,
de Sçavans , & de Curieux,
qu'attira des environs une
nouveauté fi furprenante.
Les Violons & les Hautbois
qui joüérent avant que
ce petit Soûtenant ouvriſt la
GALANT. 75
Difpute par un Compliment
Latin à Mile Marquis d'Herleville
, fe firent encore entendre
apres chaque Solution
qu'il donna aux Objections
qui luy furent faites.
Cela fervoit à luy faire prendre
haleine. Il n'y eut perfonne
qui ne l'admiraſt. C'étoit
un charme de voir fes
geftes & fes inflexions de
voir , foûtenir fi naturellement
les diférentes chofes
qu'il difoit. Ses fept opinions ,
qui répondoient aux fept années
de fon âge , furent attaquées
, & il les défendit
Gij
76 MERCURE
toutes avec beaucoup d'ef
prit & de grace . Apres cela
il fit un fecond Compliment
à M' le Marquis d'Herleville ,
fur l'attention favorable qu'il
avoit bien voulu luy préter;
& il ne l'eut pas plûtoft achevé
, qu'on vit apporter dans
la Salle une magnifique Collation
de plufieurs grands
Baffins , chargez de toutes
fortes de Confitures féches ,
& d'Oranges de Portugal,
avec des Liqueurs en profu
fion. Madame de la Mothe
fit admirablement
les honneurs
de cette Feſte , & tou7
C
Frouffre que
Je
S
Ꮎ a
e
réreux
towea
OD
autrement
مي
de
mes
peines
n
1.S.
`autro
! refeux
feux
pires
Cruel Amour, fouffre queje
Etpres pitiéde monfort rig
Autrement tous les Coeurs pre
porter tes chaînes,
G. iij
71
.to.
pri
il 1
à l
fur
av
& i

la S
lati
RT
piviu
on . Madame de la Mothe
fit admirablement les honneurs
de cette Feſte , & touGALANT.
77
tes les Dames , qui eftoient
en fort grand nombre , furent
tres - contentes de fes
manieres . Le Bal fuccéda à
cette Collation , & ainfi le
refte du jour fut employé à
dancer.
Je vous envoye à mon ordinaire
un Air nouveau d'un
de nos plus fçavans Maîtres .
AIR NOUVEAU.
V
Eux-tu conferver ton Empire?
Cruel Amour ,fouffre que je refpire,
Etpres pitié de mon fort rigoureux;
Autrement tous les Cours prefts de
portertes chaînes,
G Hj
78 MERCURE
Effragez de mespeines,."
Renoncerontpourjamais àtesfeux..
Les Adminiftrateurs &
Directeurs de la Confrairie
Royale de Saint Michel du
Mont de la Mer , fondée en
1210. par le Roy Philippe Augufte
, dans fa Chapelle,
Court du Palais , firent leur
Proceffion avec beaucoup de
magnificence , le Dimanche
22. du dernier mois. Les
Trompetes marchoient à la
tefte avec les Timbales , &
précedoient le Guidon, apres
lequel paroiffoient plufieurs
GALANT. 79
eſt
que
Reliques portées dans des
Châffes , & à cofté quantité
d'Enfans habillez en Anges .
La Mufique de la Sainte
Chapelle fuivoit , & on alla
dans cet ordre au Monaftere
du Val de Grace , où la Meffe
fut chantée . La coûtume
le Diacre chante luy
feul l'Evangile
; mais dans
cette occafion il en chanta
un Couplet au ton ordinaire,
& l'autre fut chanté en Mufique
par le Choeur. Les Priviléges
de cette Confrairie
font affez particuliers . Ils
ont efté accordez, par plu
G iiij
80 MERCURE
Veut
fieurs Roys , & renouvelez
par Sa Majeſté , qui
que deux Bourgeois de Paris
qui auront fait le Voyage du
Mont-Michel, en foient Adminiſtrateurs.
J'oubliay de vous apprendre
dans ma derniere Lettre
, que M' Maboul Procureur
Genéral aux Requeftes
de l'Hoſtel , avoit épousé
Mademoiſelle de Catheu ,
l'une des plus riches Héritieres
d'Anjou. Elle eft jeune ,
a de la beauté , & joint à ces
qualitez qui la rendent toute
aimable , beaucoup de foliGALANT.
81
dité & de délicateffe d'efprit.
Mr Maboul eft d'une tresbonne
Maiſon de Poitou .
Comme il remplit la fonction
d'Avocat Genéral, avec
celle de Procureur Genéral ,
les actions qu'il fait tous les
jours , luy ont donné une
réputation qui ne fçauroit
vous eẞre inconnue .
Le Dimanche 5. de ce
mois ,Marie- Antoinete Godet.
de Soudé , reçût le Voile noir
aux Religieufes de la Congrégation
Noftre - Dame de
Chaalons en Champagne,
par les mains de M' de Noail
82 MERCURE
les , Evefque & Comte de
Chaalons , Pair de France ,
qui luy avoit fait l'honneur
de luy donner le Voile blancy
il y a un an , le 31. Octobre
veille de la Fefte de tous les
Saints . Cette Profeffe , qui
n'a pas encore dix - huit ans,
fit cette action avec une pieté
qui édifia toute l'Affemblée.
Elle eft Fille deMeffircHenry-
Godet de soudé , Vicomte
de Soudé- Sainte - Croix , Seigneur
de Dommartin de
Leftrée , des Ortillons , des
Bordes , &c. qui mourut le
18. Mars 1681. en fa
41. année
,
GALANT. 83
& de Claude de S. Sanflicu ,
Dame de Torcy & de Chatelliers
en Brie , Fille de feu
Meffire Antoine de S. San-
Alieu , Maréchal des Camps
& Armées du Roy, Gouver
neur de Donchery fur Meufe;
& de Loüife Oudinet de
Dampierre , Dame de Dampierre
fur Pulne . L'Ayeul de
cette jeune Profeffe , qui étoit
Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy, Maréchal
des Logis Genéral de la Cavalerie
Legere de France , &
Maréchal des Camps & Armées
de Sa Majeſté , avoit
84 MERCURE
épouséen 1634. Marie Goujon
de Tours fur Marne , Dame
de Tours fur Marne , Fille de
Meffire Claude Goujon,Gentilhomme
Ordinaire de la
Chambre du Roy ; & de Marie
de Cauchon , Dame de
Condé fur Suipra ; Et Guillaume
Godet , fecond du
nom , Vicomte de Soudé,,
Seigneur des Bordes , Deputé
de la Nobleffe de Vitry
le François aux Etats tenus
à Blois , s'eftoit allié en 1583 .
à Antoinete Hocquart d'Arfilietes
, Fille d'Antoine Hocquart
, Seigneur d'Arfilieres ,
GALANT. 85
·
& de Jeanne de Chartiet,
Dame de Perthe. Je paffe
ſes autres Anceſtres , & me
contenteray de vous dire que
Pierre Godet , fon feptiéme
Ayeul , Seigneur de Baugé
en Berry , fut Fondateur en
1380 desAuguftins de la Ville
de Blanc dans cette mefme
Province , & qu'il s'allia à
Marie de la Boiffiere . Cette
Famille de Godet , originaire
de Berry , s'établit en Champagne
vers 1470. par les
Alliances qu'y prirent deux
Freres , dont l'un eftoit Philbert
Godet , Seigneur de Fal'an
86 MERCURE
remont en Parthois , de Marthée
& d'Eſcury , cinquiéme
Ayeul de celle dont je vous
parle. Il épousa Jeanne de
Lambeffon , Dame de Saint
Martin aux Champs , & d'Omé
, Fille de Guillaume de
Lambeffon,Seigneur de Couvrot
, & Vidame en partie de
Chaalons , & eftoit Fils de
Pierre Godet , Seigneur de
Baugé & de la Boiffiere , &
d'Ifabeau de Charaſſon , Fille
de Jcan , Seigneur de Charaffon
, & de Marguerite de
Balüe , Soeur du Cardinal
Jean de Balue , Grand AuGALANT.
87
fi connu
mônier de France ,
du temps de Louis XI . Marie-
Antoinete Godet de Soudé,
qui vient de faire Profeffion
au Monaftere de la Congrégation
de Noftre- Dame de
Chaalons , premiere Maiſon
de cet Ordre établie en ce
Royaume , a trois Freres,
fçavoir , Antoine - Henry-
François Godet de Soudé,
-
Vicomte de Soudé ; Marc-
Antoine Goder de Soudé,
reçû Chevalier de Malte en
1679. à l'âge de fix ans ; &
un autre Marc - Antoine, que
l'on deftine à l'Eglife . Cette
88 MERCURE
Famille porte pour Armes
d'azur au Chevron d'argent,
accompagné de deux Pommes de
Pin d'or , deux en Chef,
une en Pointe. Celle de S. Sanflieu
porte d'azur à la Croix
d'or , cantonnée de quatorze petites
Croix de mefme , buit en
Chef, & fix en Pointe .
Vous fçavez déja fans doute
la mort de Madame la Ducheffe
de Luynes , arrivée le
29. du dernier mois. Elle s'apelloit
Anne de Rohan , &
eftoit Fille d'Hercule de Rohan
, Duc de Montbafon ,
Pair & Grand Veneur de
GALANT . 89
France , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur
& Lieutenant Genéral pour
Sa Majefté de la Ville de Paris
& de l'Ile de France . De
fon premier Mariage avec
Magdeleine de Lenoncourt,,
Fille unique de Henry de Lenoncourt
, Chevalier des Or--
dres du Roy , & de Françoiſe
de Laval- Bois-Dauphin , il
eut Louis de Rohan VII. du
nom , Prince de Guemcné,,
Duc de Monbazon , Pair &
Grand Véneur de France,.
Chevalier des Ordres du Roy,.
mort en 1667. âgé de 68. ans,,
Novembre 1684, H
90 MERCURE
laiffant d'Anne de Rohan ,
fa Coufine Germaine , Charles
& Louis de Rohan. Ce
dernier qui avoit efté reçû le
9. Fevrier 1656. en furvivance
de la Charge de Grand Véneur
de France , s'en démit
l'an 1670. en faveur d'Antoine-
Maximilien de Belle..
fourriere , Marquis de Soyecourt.
Charles fon Frere , Duc :
de Montbafon , Prince de
Guemené , Comte de Montauban
, prit Alliance avec
Jeanne - Armande de Schomberg
, Fille puifnée de Henry
Comte de Nanteuil- le Hau
GALANT. gr
douin , Maréchal de France,,
& d'Anne de la Guiche , fa
feconde Femme , dont il a eu
Charles Prince de Guemené,
marié en premieres Noces
avec Marie -Anne d'Albert-
Luynes , Fille de Charles-
Louis Duc de Luynes , & en
fecondes avec Charlote - Elifabeth
de Coche filet , Fille :
de M le Comte de Vauvi
neux. Hercule de Rohan eutz
encore de fon premier Mariage
Marie de Rohan , quii
en 1617. épousa Charles d'AL
bert , Pair & Conneftable de
France , & prit une fecon
Hij,
92 MERCURE
de Alliance en 1622. avec
Claude de Lorraine , Duc de
Chevreuſe , Pair & Grand
Chambellan de France . Le
mefme Hercule de Rohan
ayant épousé en fecondes Nô .
ces Marie de Bretagne, Fille
de Claude de Bretagne , Comte
de Vertus , & de Catherine
Fouquet de la Varenne,
en eut François de Rohan ,
Prince de Soubife , Lieute
nant des Gendarmes du Roy,
& Anne de Rohan , Tante
& feconde Femme de Louis-
Charles d'Albert , Duc de
Luynes , Pair de France , &
GALANT. 93.

Chevalier des Ordres du Roy,
qui eft celle dont je vous
apprens la mort. Elle eftoit.
dans fa 41. année , & avoit
eu fept Enfans , deux Garçons
& cinq Filles , dont feu:
Madame la Princeffe de Guemené
, morte en 1679. âgée
de 17. ans , eftoit l'une. Il y
en a une autre qui a époufé.
M ' le Duc de Bournonville.
de la Maiſon de Melun , &
une troifiéme , mariée à M'le
Marquis de Vérüie . J'aurois
trop à vous dire , fi je raportois
tous les avantages de
la Maiſon de Rohan, qui eſt
94 MERCURE
une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume
, & qui tire fon origine
des anciens Princes de Bretagne
, dont les Defcendans
eurent le Vicomté de Pothoët.
Guethenoc , Vicomte
de Pothoët , vivoit en 1008 .
Joffelin I. fon Fils époufa la
Soeur d'Alain Caignard
, Comre
de Cornouaille , dont il
cut Eudes I. Vicomte de Pothoët.
Eudes laiffa d'Anne'
de Leon fa Femme , Joffelin
II . Geofroy , & Alain I.
Vicomte de Rohan . Ce Seid
gneur prit le nom de la Terre:
GALANT.
95
de Rohan , qui eft fur la
Riviere de l'Aouft , au- deffus
de Joffelin , d'où elle vient
à Redon fe joindre à la Vilaine
. Ceux de la Maifon de
Rohan ont tenu toûjours un
rang fi élevé, que François I ..
du nom , Duc de Bretagne,
ayant ordonné en mourant
l'an 1450 que fes deux Filles
fuffent mariées aux deux plus
proches Princes du Sang de
Bretagne , Marguerite l'aî
née épousa en 1455. François
II. du nom , Duc de Bretagne
, qui eut d'une feconde
Alliance avec Marguerite de
ད་
96 MERCURE
Foix , Anne Ducheffe de
Bretagne , Femme des Roys
Charles VIII. & Louis XII.
& Marie de Bretagne , la cadete,
époufa Jean II. Vicomte
de Rohan . Trop zubiproba
Meffire Adrian de Hanivel
, Comte de Manevillette,
Marquis de Crevecoeur , Ba--
ron de Belloy , Seigneur de
Chambray , Secretaire des
Commandemens de Monfieur
, eft mort icy au commencement
de ce mois . Son !

honnefteté , & fes manieres
pleines d'un empreffement
zélé pour tous ceux qu'il
eftimoit,27
GALANT. 97
eftimoit , luy avoient acquis
beaucoup d'Amis. Il avoit
fait d'abord quelques Cam
pagnes , & eftoit entré enfuite
dans des Emplois confidérables
, qui l'avoient conduit
à celuy de Receveur
Genéral du Clergé , dans lequel
il a toûjours fervy avec
une égale fatisfaction du Roy
& du Clergé. Il a laiffé deux
Garçons , dont l'un , qui eft
Confeiller au Grand Confeil,
a la furvivance de la Charge
de Secretaire des Commandemens
de fon Alteffe Royale,
& l'autre , qu'on nom-
Novembre 1684.
Beyerbuch
A
I
98 MERCURE
me le Marquis de Creve
coeur, eft Capitaine aux Gar
des. Il a laiffé auffi une Fille,
qui n'eft point encore mariée.
Madame de Manevil
lette fa Veuve eft Soeur de
Mile Camus , Premier Préfident
de la Cour des Aydes
, & de M' le Lieutenant
Civil de ce nom . 1 subbe
Mere Guillaume de Pa
ris , Maitre des Requeftes
Honoraire , eft mort environ
dans le mefme temps .
Je ne fuis point étonné,
Madame , que les nouvelles
Converſations
que MademoiGALANT
99
felle de Scudéry a données
depuis peu au Public , vous
ayent plûautant que vous me
témoignez.Tout le monde le
y trouve ce caractere noble
& délicat qui eft répandu
dans tous fes Ouvrages ; &
c'est avec beaucoup de raifon
, que M'Sabatier de l'Académie
Royale d'Arles a
dit qu'il n'y a point de matiere
qu'elle ne puiffe traiter
avec une égale force de gé
nie. Je vous envoye les Vers
qu'il luy a adreffez , ne dou
tant pas que vous ne lifiez
avec plaifir les loüanges qu'il
luy donne. I ij
100 MERCURE
255-22222 252Z ZZZZ
A Mile DE SCUDERY.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.
la Prifon.
Je trouve tant de plaifir à
vous fatisfaire dans toutes les
chofes qui vous donnent de
la curiofité , que je me fuis
informé avec grand foin de
ce que c'eft que
niere de Soiffons qui a donné
lieu à l'Extrait de Lettre dont
je vous fis part il y a un mois.
A eft certain que tout ce qur
eft contenu dans cet Extrait
GALANT. 107
eft tres veritable , mais ce
font des actions que la prétendue
Demoiſelle Hollandoife
ofe fauffement s'attribuer.
Elles font d'une Héroine
, qui ayant pris l'habit
de Garçon , a fait diverfes
Campagnes avec beaucoup
de courage & de bravoure,
fous le nom du Chevalier
Baltafar . Celle qui eſt aujourd'huy
dans les Prifons de
Soiffons , eft Fille d'un Artifan
appellé la Foffe , & née à
Valenciennes , où elle a efte
baptifée à la Paroiffe de Saint
Giry ,& nommée fur les Fonts
108 MERCURE
Marie - Magdelaine. Elle a
préſentement vingt-huit ans
& n'en avoit que quatre,
quand fon Pere & fa Mere
moururent. Elle fut mife
apres leur deceds dans un
Hôpital , où l'on reçoit les
Enfans abandonnez . Elle Y
demeura jufqu'à l'âge de
neuf ans , & on ne l'en fit
fortir que parce qu'on fçeur
qu'elle s'eftoit donnée au
Diable. Elle parut poffedée,
& fit des chofes fi extraordires
pendant plufieurs années,
que perfonne ne pouvant
plus la foufrir , & les exorcif
GALANT, 109
mes qu'on luy faifoit chez les
Peres Dominicains eſtant inutiles
, on fut obligé de la
mettre quelque temps dans
les Prifons de Valenciennes.
Elle vint à bout de s'en tirer,
& abandonnant la Ville , elle
alla à l'Armée, où elle fervit
en qualité de Soldat. Elle revint
en fuite à Valenciennes,
difant qu'elle n'eftoit plus
poffedée , & enfin on trouva
moyen de l'y marier avec un
Brodeur appellé la Croix.
Elle le quitta quelque temps
apres fon mariage , & mena
une vie affez pleine de de110
MERCURE
That
fordres. Vers la fin du mois
de May de l'année 1681. elle
vint à Versailles, & alla loger
d'abord au grand Cigne couronné
chez M Gourlier, ou
elle paſſa environ deux mois.
Pendant ce temps, elle parla
plufieurs fois à Mile Curé de
Verſailles , à qui elle dit qu'-
elle eftoit Anabaptifte , &
Fille de M Antoine le Duc,
Grand - Prevoft de la Maréchauffée
de Flandre & de-
Hollande. Apres qu'on l'eut
fait inftruire , on la baptifa,
& elle eut pour Marraine
Mc Gourlier fon Hôteffe , &
GALANT. III
M' Baton pour Parrain . La
cerémonie de fon Baptef
me ayant esté faite on la
préfenta à Madame la Ducheffe
de Coiflin , fous le
nom du Chevalier Baltafar,
qu'elle difoit avoir porté
l'Armée. Cette Ducheffe la
à
préſenta à la Reyne , & elle
demeura à la Cour , où l'on
s'apperçût qu'elle avoit la
main fubtile. Elle difparut
quelque temps apres , & emporta
la valeur de quatre cens
livres à Mc Gourlier fa Marraine
. De là elle revint à
Paris aux Nouvelles Catholi
112 MERCURE
ques, fe difant Luthérienne,
& fit abjuration entre les
mains de M' l'Abbé de Saint
Mefmin, Aumônier du Roy.
En la mefme année, au mois
d'Octobre, elle fur préfentée
à M' l'Evefque de Châlons
fur Saône , comme eftant
Anabaptifte. On la fit inftruire
tout de nouveau, & ce
Prélat la baptifa luy- mefme
en préſence de M¹ le Duc &
de Madame la Ducheffe de
Foix. Elle fouhaita d'avoir le
nom de Marie- Thérefe . Apres
ce nouveau Baptefme ,
elle revint à Paris fur la Pa
GALANT 113
roiffe de S. Sulpice , où M
PAbbé de la Pérouze pref
choit le Carefme. Elle alla le
trouver chez Myle Curé de
S. Sulpice , où il logeoit , &
luy fit croire , comme elle
avoit déja fait ailleurs, qu'elle:
eftoit Hollandoife, Fille d'Antoine
le Duc, Grand - Prevoſt:
de la Maréchauffée de Flan
dre & de Hollande ; qu'elle
avoit fa Grand- Mere à Va--
lenciennes , riche de plus de
quatre cens mille livres, dont
elle eftoit Funique Heritiere;.
qu'elle avoit tout quitté pour
la Foy , qu'elle avoit portée
Novembre 1684 K
114 MERCURE
D
les armes fous un Capitaine
nommé de la Goncelle &
qu'elle vouloit changerade
conduite , & mener une vie
retirée. Comme elle fe difoir
née en Hollande, & par con
féquent de la Religion des
Hollandois , M' l'Abbé de
la Pérouze en prit: ſoin , & la
mit chez des Perfonnes de
pieté , qui fe chargerent de
la faire inftruire; apresi quoy,
il luy fit faire abjuration le
Mardy des Festes de Pafques
de l'année 1682. Elle feignit
d'eftre fort touchée , & luy
témoigna une grande ardeur
f

GALANT ng
de fe faire Religieufe, afin de
fe donner toute à Dieu. Hla
fit mettre chez les Filles de
Noftre Dame de Lieffe , qur
font des Benédictines , dans
le Faux bourge S. Germain.
Elle yodemeural trois mois,
& fe fervant de l'adreffe de
fes mains, elle déroba la va
leur de mille francs tant em
hardes qu'en argent à une
Demoiselles qui eftoir Pen .
fionnaire dans cette Maifon !
On ne s'eftoit pas encore:
apperçu du vol, lors qu'elle
en fortit avec violence , me
naçant les Religieufes de

Kij
116 MERCURE
mettre le feu dans le Cons
vent, fi on ne luy en ouvroit
la porte. Deux ans fe pafferent
fans qu'on la revift. Elle
prit ce temps pour s'en aller
à Rouen, où elle s'adreffa à .
Mrle Curé de S. Vivien. Elle
abjura l'Hérefie de Calvin
entre ſes mains , & pour le
remercier des foins qu'il pric
de l'inftruire , elle luy em
porta cent écus. Eftant enfin
revenue à Paris il y a fix
mois , elle fut reconnue , &
on la mit en priſon à l'Abbaye
S. Germain . Elle y fit
connoiffance avec un jeune
GALANT 117
Cadet aux Gardes , qui fe
trouva dans cette mefme
Prifon. Il crût ce qu'elle luy
dit de fes grands Biens , &
l'ayant fait fortir , dans la
penſée qu'il l'épouferoit à
Valenciennes, où elle voulut
qu'il l'accompagnaft , il ſe
laiffadi bien abufer , qu'il dé
penfa mille écus dans cette recherche.
Lors qu'elle vit qu'il
manquoit d'argent , elle alla
le livrer aux Eſpagnols comme
Efpion dans la Ville de
Mons , où il eft encore pri
fonnier. S'en eftant défaite ,
elle fe rendit à Soiffons , fei118
MERCURE
gnant encore d'eftre Ana
baptifte, & pour la troifiéme
fois elle demanda à fe faire
baptifer. Comme on y avoit
efté averty de ce qu'elle avoit
déja fait en d'autres Villes ,
on l'a de nouveau arreftée
en ce lieu- là , & on luy fait
fon procés. Lors que j'en au
ray appris l'évenement , je
vous le feray fçavoir. Cependant
quoy que je fçache que
vous connoiffez les Anaba
ptiftes , pour ceux qu'on ap
pelle Rebaptifans
, je croy
que vous ne ferez pas fâchée
qu'à l'occafion de la fauffo
GALANTM 119
Hollandoife quis eft dite
plufieurs fois Anabaptifte ,
je vous explique en peu de
paroles les erreurs de cette
Secto.luc
Ceux qui en font, improu
vent le Baptefme confere
aux petits Enfans , & fe fondent
fur ces paroles de l'Ecriture,
Celuy qui croira, fera
baptifé, ſeraſauvé. Ils prétendent
que pour croire, & par
conféquent
pour eftre en
état de recevoir le Baptefme,'
il faut eftre parvenu en un
âge raisonnable , & ainfi ils
rebaptifent
ceux qui l'ont
120 MERCURE
reçeu dans l'enfance , parce
qu'en cet âge-là ils ne pou
voient pas avoir la foy actuelle.
Outre cette erreur, ils
veulent que le Fils de Dieu
ne fe foit point incarné . Ils
rejettent la Réalité & la Mef
fe, enfeignent qu'une Femme
eft obligée de conſentir à la
paffion de ceux qui la re
cherchent , & condamnent
le mariage des Perfonnes qui
font contraires à leurs fentimens.
Ils trouvent que les
Souverains éteignent la li
berté , & qu'il eft permis
d'employer les armes pour la
1
recouvrer
GALANT. 121
recouvrer. Il y a diférentes
opinions touchant l'Autheur
de cette dangereuſe Cabale.
Les uns difent que c'eft Luther,
à caufe qu'écrivant aux
Vaudois , il dit qu'il vaut
mieux ne pas conférer le
Baptefme, que de le faire recevoiraux
Enfans . Les autres
nomment Carloftade pour
l'Autheur de cette Secte ; &
quelques- uns , Zuingle , ou
Mélancton, Il eft certain que
Thomas Muntzer , Difciple
de Nicolas Scorkius , a efté
un des principaux de ceux
qui l'ont foûtenue. Cet Hé-
Novembre 1684. L
122 MERCURE
refiarque fit de grands defor
dres vers l'an 1324. Il affuroit
que le S. Efprit luy avoit révelé
qu'il euft à établir un
nouveau Royaume au Sauyeur
du Monde, avec leGlaive
de Gédeon que Dieu meſme
luy avoit mis entre les mains ;
& il trouva des Sectateurs fi
zélez , qu'ils obligérent les
Païſans d'Allemagne
à prendre
les armes , pour ſe tirer
de la domination de leurs
Princes, Plus de cent mille
de ces Abuſez périrent dans
cette guerre , qui fut tresfanglante.
On la nomma
GALANT. 123
Guerre des Rufteaux. Thomas
Muntzer y fut pris , &
eut la tefte coupée . Cette
-défaite arrivée l'an 1525. n'abatit
pointle courage de ceux
qui refterent de ce Party. Ils
reprirent les armes dans la
Weftphalie en 1534. ayant
pour Chef un Tailleur de
profeffion , nommé Bocold ,
à qui on donna le nom de
Jean de Leiden, à caufe qu'il
eftoit né à Leiden en Hol
lande. Ce Malheureux qui
n'eftoit âgé que de vingtquatre
ans, fe joignit à Jean
Mathieu Boulanger
, qui pre-
Lij
124 MERCURE
nant le nom de Moife , tint
une Affemblée des Siens à
Amfterdam, & envoya douze
de fes Difciples, comme autant
d'Apoftres, pour établir
une nouvelle Jérufalem , fuivant
le pouvoir qu'il prétendoit
en avoir reçeu du Pere
Eternel. Ces Fanatiques fe
rendirent mailtres de Munfter,
où ils commirent des indignitez
inconcevables, profanant
les Eglifes , violant
les Vierges , & n'épargnant
rien de ce qui eftoit ſacré.
Ils enfeignoient la Doctrine
des Anabaptiftes , qu'ils diGALANT.
125
y eur
foient leur avoir efté revélée
du Ciel , & dont les princi
paux -points eftoient la Com
munauté des biens , & la
pluralité des Femmes , qui
felon cette Doctrine devoient
eftre communes . Les Magiftrats
ayant voulu s'oppofer
à leur fureur` , il
une fanglante meflée , dans
laquelle Jean Mathieu fut
tué. On mit en fa place Jean
de Leiden, qui fe croyant établir
en renverfant les Puiffances
légitimes, prenoit le nom
de Roy de Juſtice & d'Ifraël.
L'Evefque de Munſter affié,
Liij
126 MERCURE
gea ces Furieux , & fut enfin
introduit dans la Ville par un
Compagnon
du faux Roy.
Il le prit , luy & les principaux
Miniftres
de fes pernicjeufes
erteurs , qu'ils expiérent
en 1635. par de rigoureux
fuplices , apres qu'on
les cut promenez
long temps
dans les Païs circonvoifins
,
pour les faire fervir de jouet
aux Peuples.
L'erreur des Rebaptifans
a efté celle de quelques Héretiques
dans la Primitive
Eglife . Les Novatiens , les
Cataphryges , les Donatiftes ,
GALANT. 127
& autres , avoient coûtume
de rebaptifer ceux qu'ils atti
roient dans leur Party , Quel
ques Prélats Catholiques
commencérent auffi à obferver
la mefme pratique envers
ceux qui abjuroient l'Heréfie
. Ce fut bien- toft comme
une Loy genérale. Plufieurs
Evelques de Cilicie , de
Cappadoce , de Galatie , & des
Provinces voisines , s'eftant
affemblez dans la Ville d'Iconie
l'an 256. déclarérent
que
le Baptefme
des Herétiques
eftoit
nul , & que par conféquent
il faloit
le conferer
Liiij
128 MERCURE
de nouveau. Le Pape Etienne
I. combatit cette opinion
de tout fon pouvoir , & refufa
d'avoir aucune communication
avec les Evefques
d'Orient . S. Cyprien qui fuivoit
leurs fentimens , affembla
dans la mefme année un
Synode à Cartage , où l'on
définit que le Baptefme conferé
hors de l'Eglife eftoit
invalide. Le Pape s'eftant déclaré
contre ces Decrets , le
mefme S. Cyprien convoqua
de nouveau une Affemblée
des Prélats d'Afrique , de
Mauritanie , & de Numidie ,
GALANT. 129
au nombre de 87. qui confirmérent
la Décifion du premierSynode
. Tertullien dans
fon Livre du Baptefme , s'étoit
déja expliqué contre la
validité de ce Sacrement conferé
par les Herétiques . Ainfi
ce fentiment des Prélats Or
thodoxes donna beaucoup
de peine à l'Eglife , mais enfin
les Efprits fe foûmirent
à fes ordres. Elle trouva un
tempérament tres - raiſonnable
pour les calmer . Ce fut
d'interroger ceux qui eftoient
nouvellement convertis , &
de les rebaptifer , fi on trou
130 MERCURE
voit qu'ils n'euffent pas efté
baptifez au nom du Pere, du
Fils , & du S. Efprit. L'Eglife
a obfervé cette pratique depuis
ce temps-là , & elle l'obferve
encore aujourd'huy.
Cela fut caufe que le premier
Concile genéral de Nicée
ordonna , que les Paulianiftes
, nommez ainfi pour
eftre les Sectateurs de Paul
de Samofathe Evefque d'Antioche
, qui établiffoit deux
Perfonnes diftinctes en Notre-
Seigneur , & les Cataphryges
qui corrompoient la
forme du Baptefme, feroient
GALANT. 131
rebaptifez lors qu'ils fe convertiroient
, parce que leur
Baptefme n'eftoit pas bien
conferé. Le Concile de Laodicée
fit un femblable Def
cret pour quelques autres Herétiques
, qui n'obfervoient
pas ce qui eft effentiel au
Baptefine.
On a eu nouvelles par les
Peres Jéfuîtes qui font à la
Cour de Pekin , du Voyage
que l'Empereur de la Chine
fit l'année derniere dans la
Tartarie Occidentale , avec
la Reyne fon Aycule , qu'on
appelle la Reyne Mere . Cette
132 MERCURE
partie de la Tartarie eſt ſituée
environ mille ftades Chinoifes
, qui font plus de trois
cens milles d'Europe , audelà
de cette prodigieufe Muraille
qui fépare la Chine des Terres
des Tartares Occidentaux
. Ces Tartares, qui commençant
depuis l'Orient de
la Chine , l'entourent d'une
multitude prefque infinie de
Peuples , & la tiennent comme
affiégée du cofté du Septentrion
& de l'Occident,
ont efté de tout temps les
Ennemis les plus redoutables
qu'elle ait eus. Ainfi ce fut
GALANT. 133
pour le mettre à couvert de
leurs incurfions
, qu'un ancien
Empereur Chinois fit
baftir cette grande Muraille.
Ceux qui l'ontpaffée, & confiderée
de prés , affurent que
les Sept Merveilles du Monde
miſes enſemble , n'égalent
point cet Ouvrage , & que
tout ce que la Renommée
en publie , eſt infiniment audeffous
de ce qu'ils ont vû.
Ils y admirent particuliérement
deux chofes . L'une eft,
que dans cette longue étendüe
de l'Orient à l'Occident,
elle paffe en plufieurs en134
MERCURE

droits , non feulement par
de vaſtes Campagnes , mais
encore par- deffus des Montagnes
tres hautes , fur lef
quelles elle s'éleve peu à
peu , fortifiée par intervalles
de groffes Tours , qui ne
font éloignées les unes des
autres que de deux traits
d'Arbalete . Dans un Voyage
qu'y fit un Pere Jéfuîte , il
eut la curiofité d'en meſurer
la hauteur en un endroit , &
il trouva par le moyen d'un
Inftrument , qu'elle avoit´en
ce lieu - là 1037. pieds Geométriques
au deflus de l'horiGALANT.
135
fon . Ainfi on ne comprend
pas comment on a pû élever
cet énorme Boulevard juf
ques à la hauteur où on le
voit , dans des lieux fecs &
pleins de Montagnes , où il
a falu apporter de fort loin ,
& avec des travaux incroyables
, l'eau , la brique , le
ciment , & tous les autres
matériaux néceffaires pour
la conftruction d'un fi grand
Ouvrage. La feconde choſe
qui caufe de la furpriſe dans
cette Muraille , c'eſt qu'elle
n'eft pas continuée fur une
mefine ligne , mais recour136
MERCURË
bée en divers lieux , fuivant
la difpofition des Montagnes
, de forte qu'au lieu d'un
Mur , on peut dire qu'il y en
a trois , qui entourent toute
cette grande partie de la Chine
. Si l'Empereur par les foins
de qui la longue Muraille
dont je parle a efté bâtie , a fait
quelque chofe d'avantageux
pour la fûreté de ce vafte
Empire , le Monarque qui
de nos jours a reüny les Chinois
& les Tartares fous une
mefme Domination
, a fait
encore quelque chofe qui
luy eft plus important. Apres
GALANT. 137
avoir réduit les Tartares Occidentaux
, il les a obligez
d'aller demeurer à trois cens
milles au delà de cette Muraille
, & leur a diftribué des
Terres & des Pâturages en
cet endroit-là , pendant qu'il
a fait habiter leur Païs par les
autres Tartares qui font fes.
Sujets. Ceux qu'il ne pût
fubjuguer par la force de fes
armes , il trouva moyen de
les vaincre par adreffe , en.
engageant les Lamas dans
fes intérefts par fes libéralitez,
& par des marques d'une
finguliere affection. Comme
Novembre 1684, M
138 MERCURE
les Lamas , qui font les Prê--
tres de ces Peuples , ont un
grand crédit fur ceux de leur
Nation , ils leur perfuadérent
aifément de fe foûmettre à
la domination d'un fi grand
Prince . Ce fervice rendu à
l'Etat eft caufe que l'Empereur
de la Chine continue
à regarder ces Lamas d'un
oeil favorable , & qu'il leur
fait des largeffes , le ſervant
d'eux pour maintenir les Tartares
dans l'obeïffance qu'ils
lay doivent. Ces font d'ailleurs
Gens groffiers , & qui
n'ayant aucune teinture des
Sciences ny des beaux Arts,
GALANT. 139
"
ne font eftimez que par politique.
En effet on a raifon
de les ménager , puis qu'ils
peuvent tout fur les cfprits
des Tartares
Occidentaux
,
qui font toûjours fi puiſſans,
que s'ils s'accordoient
entre
eux , ils pourroient
encore fe
rendre maiftres de toute la
Chine , & de la Tartarie Orientale,
de l'aveu même des Tartares
Orientaux
. L'Empereur
quirégne aujourd'h
y , & quit
cft préfentement
dans ſa 31.
année , a divifé toute cette
vafte étendue de Païs , en
quarante- huit Provinces, quis
Mij
140 MERCURE
luy font foûmifes & tributai
res . Ainfi il peut eftre appelé
avec juſtice le plus grand &
le plus puiffant Monarque -
de l'Afie , ayant tant de vaſtes.
Etats qui luy obeïffent , fans
qu'ils foient coupez par les
Terres d'aucun Prince Etran
ger, & luy feul eftant comme
l'ame qui donne le mouvement
à tous les mébres d'un
fi grand corps. Depuis qu'il
s'eft chargé du Gouvernement
, il n'en a confié le foin
à aucun des Colaos ny des
Grands de fa Cour. Il a choify
le Prince fon Oncle pour fon
GALANT. 145
premier Miniftre , mais il eft
inftruit de tout , & donne
tous les ordres que ce Mininiftre
exécute. Il n'a jamais
mefme fouffert que les Eunuques
du Palais , ny aucun
de ſes Pages , ou de jeu.
nes Seigneurs qui ont efté
élevez auprés de luy , difpo
faffent de rien au - dedans de
fa Maiſon , & réglaffent d'euxmefmes
aucune chofe. Ses
Prédeceffeurs
ont tenu une
conduite fi oppofée , que
cette nouvelle maniere de
gouverner paroift extrordinaire.
Elle eft cependant
142 MERCURE
toute pleine de juſtice. Auffi
FEmpereur a t - il une équité
admirable
. Lors que les gráds
ont manqué , il les punit
auffi- bien que les petits . Il
les prive de leurs Charges,
& les fait defcendre
du rang
qu'ils tiennent , proportionnant
toûjours la peine à la
grandeur de la faute . Aucune
Affaire ne fe traite au
Confeil Royal , ny dans les
autres Tribunaux , qu'il n'en
prenne connoiffance , voulant
qu'on luy rende un compte
exact des Jugemés qu'on
Ya portez, L'authorité ab
GALANT. 143
folüe qu'il s'eft acquife , en
difpofant & ordonnant de
tout par luy - mefme , fans
s'en repofer fur fes Miniftres ,
eft caufe que les Perfonnes
les plus qualifiées de l'Empire
, mefme les Princes du
Sang , ne paroiffent jamais
en la préſence qu'avec un
profond refpect. Comme il
a étably une Paix folide dans
tous fes Etats , il a rappellé
de chaque Province fes meilleures
Troupes , & réfolu dans
fon Confeil , de faire tous
les ans trois Voyages pour
aller chaffer en diférentes
144 MERCURE
faifons. Ces fortes de Chaf
ſes ont plûtoft l'air d'Expéditions
militaires , que de
Parties de divertiffement ,
puis qu'il s'y fait accompagner
d'un tres grand nom
bre de Chevaux , & de Soldats
, armez tous de Fléches:
& de Cimeterres, divifez par
Compagnies , & marchant
´eenn ordre de Bataille , apres
leurs Enfeignes , au bruit des
Tambours & des Trompetes
. Pendant leurs Chaffes,
ils inveftiffent les Montagnes
& les Forefts entieres , comme
fi c'eftoient des Villesqu'ils
GALANT. 145
qu'ils vouluffent affiéger.
L'Empereur partit le 6. de
Juillet de l'année derniere,
avec plus de foixante mille
Hómes , & plus dé cent mille
Chevaux . Cette Armée avoit
fon Avantgarde, fon Arrieregarde
, fon Corps de Bataille,
fon Aîle droite , & fon Aîle
gauche , tout cela commandé
par autant de Chefs & de
petits Roys . Pendant plus
de foixante & dix jours qu'
elle fut en marche , il falut
conduire toutes les Munitions
de l'Armée , fur des
Chariots, fur des Chameaux,
Novembre 1684. N
146 MERCURE
4
fur des Chevaux & fur des
Mulets , par des chemins extrémement
difficiles , toute
la Tartarie Occidentale n'étant
que Montagnes , que
Rochers , & que Vallées. Il
n'y a ny Villes , ny Bourgs,
ny Villages , ny meſme aucunes
Maiſons. Les Habitans
logent fous des Tentes dreffées
de tous coftez dans les
Plaines. Ce font la plûpart
des Paſteurs , qui tranfportent
leurs Tentes de Vallée
en Vallée , felon que les Pâturages
font meilleurs. Là ils
font paiſtre des Booeufs , des
GALANT. 147
61
Chevaux & des Chameaux ,
Ils ne nourriffent aucun de
ces Animaux qu'on nourrit
ailleurs dans les Villages,
comme des Pourceaux , des
Oyes & des Poules ; mais
feulement de ceux qu'une
terre inculte peut entretenir
des herbes qu'elle produit
d'elle - mefme. Comme ils ne
fement ny ne cultivent la
terre , ils ne font auffi au
cune recolte , & paffent leur
vie , ou à la Chaſſe , ou à ne
rien faire. Ils vivent de lait,
de fromage & de chair , &
ont une efpéce de vin aſſez
Nij
148 MERCURE
femblable à noftre eau de
vie. Ce vin , dont ils s'enyvrent
fouvent , fait leurs plus
grandes délices. Ils ont leurs
Lamas , qu'ils revérent & refpectent
, & diférent en cela
des Tartares Orientaux,
dont la plus grande partie ne
croit point de Dieu . Les uns
& les autres font Efclaves,
& dépendent en toutes chofes
de la volonté de leurs Maîtres
, dont ils fuivent aveuglément
la Religion & les
moeurs , femblables à leurs
Troupeaux , qui vont où on
les mene , & non pas où il
GALANT. 149
faut aller. L'Empereur marchoit
à cheval à la tefte de
fon Armée , par ces Lieux
déferts , par des Montagnes
efcarpées , & éloignées du
grand Chemin , exposé tout
le jour aux ardeurs du Soleil
, aux pluyes , & à toutes
les injures de l'air. Une des
raifons qui luy firent entreprendre
ce Voyage , eftoit
pour entretenir faMilice dans
un exercice continuel auffi
bien pendant la Paix que
pendant la Guerre , & pour
empefcher que le luxe de la
Chine, & un trop long repos,
C
444
Niij
150 MERCURE
ne fiffent dégenerer fes Soldats
de leur premiere valeur.
Il réüflit parfaitemét en cela,
puis qu'on affûre qu'ils foufrirent
plus dans cette Chaffe ,
qu'ils n'avoient fait aux dernieres
Guerres , & qu'en leur
faifant pourfuivre les Cerfs,
les Tygres , les Sangliers &
les Ours , il leur apprenoit
à vaincre les Ennemis de
l'Empire. D'ailleurs il eft convaincu
qu'unVoyage de cette
nature , accompagné de fatigues
, contribue à fa fanté.
En effet une longue expérience
luy a fait connoiftre,
GALANT. 151
que lors qu'il eft trop long.
temps à Pekin fans en for.
tir , il eft attaqué de diver
fes maladies , & il les évite
par le moyen de ces longues
courfes , pendant lefquelles
il ne voit point de Femmes.
Ce qui pourra vous ſurprendre
, c'est qu'il n'en parut au
cune dans toute cette grande
Armée , excepté celles qui
eftoicnt à la fuite de la Reyne
Mere ; encore eftoit- ce une
chofe fort nouvelle , qu'elle
accompagnaft le Roy, cela
ne s'eſtant pratiqué qu'une
feule fois , lors qu'il mena les
Niiij
152 MERCURE
trois Reynes avec luy juſqu'à
la Ville Capitale de la Province
de Lead-tùm , pour vi
fiter les Sepulcres de leurs
Anceftres. L'Empereur & la
ReyneMere prétendirent encore
en s'éloignant de Pekin,
éviter les exceffives chaleurs
qu'on y fent l'Été pendant
les jours Caniculaires ,
car dans cet endroit de la
Tartarie où ils allérent , il
régne aux mois de Juillet &
d'Aouft,un vent fi froid,principalement
la nuit , que Pon
eft contraint de prendre de
gros habits avec des fourru
GALANT K3
res . Un froid fi extraordinaire
vient de ce que la Région
eft fort élevée , & pleine de
Montagnes. Il y en a une
entre autres , fur laquelle on
monta toûjours durant cinq
ou fix jours de marche.L'Empereur
ayant voulu fçavoir
de combien elle furpaffoit les
Campagnes de Pekin , éloignées
de là d'environ trois
cens milles , le Pere Ferdinand
Verbieft , & le Pere
Philippe Grimaldi , qui l'avoient
accompagné par fon
ordre , mefurérent la hauteur
de plus de cent Montagnes,
154 MERCURE
qui estoient fur la route , &
trouvérent qu'elle avoit trois
mille pas geométriques d'élevation
au deffus de la Mer
la plus proche de Pekin . On
tient que le Salpeftre dont
ces Contrées font remplies,
contribue encore à ce grand
froid, qui eft fi violent , qu'en
creufant la terre pendant le
voyage à trois ou quatre.
pieds de profondeur , on en
tiroit des mottes toutes gelées,
& des morceaux de glace.
Toutes les raifons que
je viens de dire engagerent
l'Empereur à l'entreprendre,
GALANT. 155
mais ce qui l'y porta plus
qu'aucune chole , ce fut le
deffein de contenir les Tartares
Occidentaux dans leur
devoir, & de prévenir les pernicieux
projets qu'on les
voudroit obliger à former
contre l'Etat. Cette veuë qu'il
eur l'obligea d'entrer dans
leur Païs avec une Armée fi
redoutable , & tous ces pré-
2
paratifs de guerre . On avoit
conduit plufieurs Pieces d'artillerie
, pour en faire de
temps en temps les dé harges
dans les Vallées , & par
le bruit & le feu qui fortoit:
156 MERCURE
>
de la gueule des Dragons
qui leur fervoient d'orne :
ment, jetter par tout l'épouvante
furfa route. Outre tout
cet attirail , il voulut encore
eftre accompagné de toutes
les marques de grandeur qui
l'environnent à la Cour de
Pekin , de cette multitude
de Tambours,de Trompetes,
de Timbales, & autres Inftrumens
de Mufique , qui forment
des Concerts dans le
temps qu'il eft à table, & au
bruit defquels il entre dans
fon Palais , & en fort . Il fit
marcher tout cela avec luy,
GALANT. 157
pour étonner ces Peuples barbares
par cette pompe extérieure,
& leur imprimer avec
la crainte le refpect deû à la
Majefté Impériale . Plufieurs
petits Roys de la Tartarie
Occidentale vinrent de trois
cens , & mefme de cinq cens
milles , avec leurs Enfans,
pour falier l'Empereur. Il
s'en trouvoit parmy eux qui
avoient fait le voyage de
Pekin pour voir la Cour.
Peu de jours avant que l'on
arrivaſt à la Montagne , qui
eftoit le terme du voyage,
un petit Roy qui revenoit de
158 MERCURE
chez l'Empereur , rencontra
les deux Jefuites que je vous
ay déja nommez, & les ayant
apperçûs , il s'arreſta avec
toute la Suite , & fit demander
par fon Interprete, lequel
des deux s'appelloit Nau
hoay. Un de leurs Valets
ayant montré le Pere Ferdinand
Verbieſt, ce Prince l'aborda
avec beaucoup de civilité
, en luy diſant qu'il y
avoit longtemps qu'il fçavoit
fon nom , & qu'il defiroit de
le connoiftre. Il parla au Pere
Grimaldi avec les mefmes
marques d'affection . Un acGALANT.
159
cueil fi favorable donne beaucoup
de lieu d'efpérer que la
Religion Catholique trouvera
une entrée facile chez
ces Princes , fi on a ſoin de
s'infinüer dans leur efprit
par le moyen des Mathématiques
. Cette Science eſt le
charme des Chinois . L'Empereur
luy- meſme l'a extré
mement goûtée , & c'eſt par
là qu'il donne à ces Peres
des marques fingulieres de
fa bienveillance dans toutes
les occafions qui s'en ofrent,
les protégeant cótre laReyne
Mere , qui eft une Femme
160 MERCURE
ans, âgée de foixante & dix
& qui eftant du Païs des Lamas
, a crú ce que ces faux
Preftres luy ont dit fouvent,
que la Secte dont elle fait
profeffion , n'avoit point
d'Ennemis plus déclarez que
ces
Miffionnaires . Quoy que
l'Empereur ait de grands
égards pour elle , il n'a pas
laiffé de les combler jufqu'icy
d'honneurs & de graces
, leur
failant connoiftre qu'il les
confidéroit d'une autre maniere
que les Lamas. Il l'a
marqué mefme aux yeux
de toute l'Armée ; & un jour
GALANT. 161
qu'il les rencontra dans une
grande Vallée , où ils meſuroient
la diftance & la hauteur
de quelques Montagnes,
il s'arrefta avec toute laCour,
& les appellant de fort loin ,
il leur demanda en Langue
Chinoife, Hao mo, c'est à dire,,
vous portez- vous bien ? En
fuite il leur fit plufieurs queftions
en Langue Tartare fur
la hauteur de quelques Montagnes,
& ils luy répondirent :
en la mefme Langue. Toutes
les fois que dans le voyage il
s'eft rencontré quelque gros
Torrent , il a toujours voulut
Novembre 1684:
162 MERCURE
qu'ils l'ayent paffé avec luy,,
quoy que les plus grands Seigneurs,
& les Princes mefme,
attendiffent jufqu'au lende--
main à le paffer . Un foir entr'autres
eftant arrivé au bord
d'un de ces Torrens , il le
paffa feul avec le jeune Prince
fon Fils, Héritier de l'Empire,
ces Peres , & tres - peu de
fuite. Le Prince fon Oncle,,
qui eft fon Premier Miniftre,
ayant demandé s'il ne paffe-.
roit pas en mefme temps,.
parce que ces Peres mangeoient
à fa Table ,
il ne:
voulut point le permettre
, &
GALANT. 163 :
a
dit qu'il auroit foin d'eux ..
Lors qu'il fut de l'autre cofté,
voyant
le Ciel fort ferein , il
s'arrefta fur le bord , & y
paffa une partie de la nuit
à difcourir avec eux des Con
ftellatios qu'ils découvroient,,
& du cours des Aftres , répétant
ce qu'ils luy avoient
appris en d'autres occafions..
Il leur envoyoit fouvent des
mets de fa Table , & quel.
quefois mefme il les faifoit :
manger dans fa Tente, ayant
égard à leurs jours de jeûne
& d'abftinence , & ne leurr
faifant fervir que des Vians-
Qij
164 MERCURE
des dont il fçavoit qu'ils pou
voient ufer. Le Prince fon
Fils à fon exemple leur marquoit
aufli beaucoup de bon.
té. Une chûte de cheval,
dont il fut bleffé à épaule
droite , l'ayant contraint de
s'arrefter plus de dix jours,
& une partie de l'Armée
dans laquelle eftoient ces
Peres , l'ayant attendu , pen+
dant que l'Empereur conti
nuoit fa Chaffe avec l'autre, il
ne manqua pas pendant tout
ce temps , de leur envoyer
tous les jours , & mefme
quelquefois deux fois le jour,
GALANT. 165
des Viandes de fa Table. Ils
fe fervirent dans tout ceVoya
ge des Chevaux de l'Empe
reur , & de fes. Litieres , &
furent roûjours logez fous
les Tentes du Prince fon Oncle.
Tous ces honneurs n'empefchérent
pas qu'ils ne fou
friffent beaucoup , as cauſe
des lieux , du temps , & de
plufieurs autres circonftan
ces fâcheufes ; mais les intérefts
de Dieu qu'ils cher
chent en tout , les faifoient
foufrir avec courage , & ils
comptoient pour rien leurs
fatigues , lors que les foins
166 MERCURE
reur ,
qu'ils rendoient à l'Empe.
leur donnoient lieu
d'efperer que nôtre Religion
en recevroit quelques avan--
tages . Comme l'on ne revint
point par la mêmeRoute
qu'on avoit prife en partant,
on fit plus de fix cens milles
, avant que de rentrer à
Pekin. La Reyne Mere alloit :
en Chaife , & afin qu'elle fuft
portée plus commodement,
l'Empereur fit faire un grand
Chemin à travers les Montagnes
& les Vallées. Il fit:
encore jetter une infinité de
Ponts fur les Torrens, cou
GALANT. 167
+
per des Rochers, & des pointes
de Montagnes ; & tout
cela avec des dépenſes & des
peines incroyables . Trois ou
quatre mois avant fon dé
part , il avoit donné au Pere
Ferdinand Verbieſt , & aux
autres Jéluîtes qui font à Pekin
, une marque éclatante :
de fa bienveillance . Un de
leurs Peres eſtant mort il
voulur que fes Funérailles
fuffent faites à fes frais , avec.
toute la magnificence que:
là Religion Catholique pou
voit foufrir. Dans ce deffeina
ikenvoya un des premiers de
1
168 MERCURE
fa Cour , pour fçavoir d'eux
quelles Cerémonies elle permettoit
, ordonnant qu'on
fift tout ce qu'ils fouhaiteroient
, fans y rien ajoûter
ny diminuer . Tout cet Appareil
Funebre paffa dans les
plus grandes Rües de Pexin ,
précedé d'une grande Croix,
& la foule qu'il attira fut fi
grande , qu'on fut obligé de
faire venir des Gardes de
l'Empereur, pour empeſcher
la confufion
, & faire ranger
le Peuple , qui ne laiſſoit
point le paffage libre.
Je vous envoye de tres
jolis
GALANT. 169
jolis Vers , qui ont efté faits
fur ce que M' le Comte de
Touloufe a cfté depuis peu
à l'Abbaïe Royale de Fontevrault
, où il entra avec
Meſdemoiſelles de Nantes
& de Blois,
255:22222 2522:2222
POUR MONSIEUR .
LE COMTE
DE TOULOUSE,
Aux Dames Religieufes
de Fontevrault.
L
Es Gens deviennent-ils des
Loups
Parmy vos Bois & vos Bruyeres,
Novembre 1684. P
170 MERCURE
Que vousmettez entr'eux & vous!
Tant de Gardes & de Barricres?
22
Ah ! Veftales, je vous entens,
Vous craignez certaine avanture;
C'est bienfait; mais il n'eftplus temps
De défendre voftre Clôture.
Se
L'Amour eft dedans, c'est le pis ;
Songez moins à garder la Porte,
Qu'à prendre un Thomas - à- Kempis .
Pourparer les coups qu'on vous porte.
$2
Nepenfezpas que dans ce lieu
Fe vienne débiter un conte ;
C'eft chofe fûre que ce Dieu
Eftchez vousfous le
10m de Comte.
Pourfe cacheril s'eft montré
Sans Flambeau , fans Arc , & fans
Fleche,
GALANT. 171
Et doucement il est entré
Parla Porte, & non par la Brécke.
$ 2
Dans fes yeux qui fontfans Bandeau
Vouspouviez découvrirfes Armes,
Et voir le feu defon Flambeau;
Mais vous ne voyez que fes charmes.
SS
Non, voftre ail dans ce rare Enfant
Ne voit que fa beauté divine,
Que cetgirfi doux& figrand
Qu'il tire defon Origine.
22
Ah ! comme vous j'ensuis charmé;
Cependant, fans choquer perfonne,
S'ileft trop long- temps renfermé,
ne répons d'aucune Nonne. Fe
Pij
172 MERCURE
POUR MESDEMOISELLES
DE NANTES & DE BLOIS,
Q
Vel effortpourroit arrefter
Les Exploits dont LOVIS
remplit laTerre &l'onde,
Et quel coeur pourroit refifter
A cette belleBrune, à cette belle Blonde?
Ce Hérosfefait craindre, elles fefont
aimer.
Le Pere eft né pour conquerir le
Monde,
par
Et les Filles pour le charmer.
Les Venitiens ont fait voir
de nouvelles Conqueftes,
de quelle importance eftoit
la Ligue qu'ils ont faite contre
les Turcs avec l'Empereur
GALANT. 173
& le Roy de Pologne. Comme
rien ne leur eft plus cher
que le bien de la Chreftienté,
ils n'ont point tardé à la réfoudre
quand elle leur a efté
demandée , & fans épargner
aucune dépenfe , ils ont profité
du temps. Il ya quelques
mois que je vous parlay de
la prife qu'ils ont faite de la
Ville de Sainte Maure. Ils
ont fait depuis peu celle de
la Prévefa, & ont efté fecondez
en l'une & en l'autre des
Troupes auxiliaires du Pape,
du Grand Duc de Tofcane,
& de la Religion de Malte.
Piij
174 MERCURE
Une pareille diverſion a eſté
tres-utile à l'Allemagne
, puis
qu'elle a fait partager les
Troupes, qu'on auroit toutes
données au Seraskier. M'le
Genéral Morofini , apres avoir
fait reparer les Fortifications
de Sainte Maure , y fit porter
des Mortiers , des Bombes,
& toutes les autres Munitions
de guerre & de bouche
dont la Place pouvoit avoir
befoin pour réfifter , en cas
que les Turcs en entrepriffent
le Siege , & choiſit deux mille
Hommes des Troupes Venitiennes
, qui furent tout ce
:
GALANT. 175
qui fe trouva en état de marcher
, les maladies & les fati
gues en ayant mis beaucoup
hors de combat, & une partie
eftant entrée en garnifon
dans Sainte Maure . Le Colonel
Angelo della Decima
fut envoyé dans la Campagne
voisine , pour affembler
tous les Grecs qu'il trouveroit
, afin d'en fortifier l'Armée
; & M Morofini ayant
fait voile avec une partie de
fes Troupes , alla au Port de
Petala attendre des nouvelles
de ce Colonel , qui s'eftoit
avancé à fix-vingt milles de
Piiij
176 MERCURE
12
SainteMaure. De là il moüilla
au Port de Dragomette , où
l'Armée fit le débarquement
.
Elle eftoit composée de deux
mille Venitiens , d'environ
mille Hommes des Troupes
auxiliaires du Pape , de Tofcane
, & de Malte , & de
quinze ou feize cens Grecs.
Ces Troupes s'avancerent
dans le Plat pais ; & quelques
Efcadrons Turcs , poftez en
divers endroits pour la garde
des Paffages , en ayant efté
chargez , fe retirérent fans
faire beaucoup de défenſe .
Saban Bacha , Gouverneur 2.
GALANT. 177
de la Prévefa , avoit envoyé
ces Efcadrons pour obſerver
les mouvemens de l'Armée
Chreftienne , & celuy qu'elle
venoit de faire ayant donné
lieu de croire qu'elle n'avoit
nul deſſein d'attaquer la Place,
il en eftoit forty , pour fe
mettre à la tefte de ces Trou
pes, afin de harceler les Chrê
tiens , & de les furprendre.
Ceux -cy mirent le feu dans
quatre ou cinq Villages , &
vinrent fe rembarquer au
Port de Petala , apres avoir
ravagé le Païs durant cinq
jours. Dans le mefme temps,
178 MERCURE
.
M'Morofini eftoit allé avec
les Galeres à la veuë de Patras
& de Lépante. Son deffein
eftoit d'attirer les Turcs de
ce cofté-là . En effet , ils avoient
lieu d'eſpérer que pendant
que les Troupes Venitiennes
eftoient difperfées
dans le Plat- pais , il leur fe
roit fort aifé de les charger.
If vint en fuite au Port de
Démata , & affembla enfin
le Confeil, dans lequel l'Attaque
de la Prévefa fut réſolë.
La conqueſte de cette
Place eftoit le feul moyen
de mettre à couvert celle de
GALANT. 179
Sainte Maure, que la République
venoit de foûmettre,
& que fans cela les Infidelles
auroient pû facilement af
fiéger, La Fortereffe de
Sainte Maure eft à douze
lieues du Golfe, que les Anciens
nómoient Golfe d'Ambracie
, ou d'Ambrachie , &
que les Modernes appellent
Golfe de Larta , ou de Prévefa
. Larta , ou Ambracie,
eft une Ville d'Epire , qui a
eu autrefois Evefché. Elle eft
fituée à l'extrémité de ce
Golfe, qui a vingt cinq lieuës
de tour, & qui peut contenir
180 MERCURE
un grand nombre de Vaiffeaux
. C'eftoit le Siege Royal
de Pirus, au raport de Plutarque.
Alexandre le Grand
affura aux Ambraciens la liberté
qu'ils avoient recouvrée
depuis peu, en chaſſant
de leur Ville une Garnifon
de Macédoniens . Le Golfe
d'Ambrachie
eft célebre par
la Victoire qu'Augufte
remporta
fur Antoine pres le Promontoire
Actique le 2. Septembre
de l'an 723. de Ro
me , environ 31. an avant la
naiſſance
de Nôtre Seigneur
.
Ce fut en memoire de cet
GALANT. 181
avantage qu'il fit baſtir en
ce lieu là une Ville à laquelle
il donna le nom de Nicopolis
, & c'eft fur fes Ruines
qu'eſt aujourd'huy ſituée la
Fortereffe de la Prévefa . On
fait mention de quatre autres
Villes qui ont porté le nom
de Nicopolis. La premiere en
Mific, que l'EmpereurTrajan
fit bâtir, apres qu'il eut vaincu
Decebale Roy des Daces .
Quelques- uns la nomment
Nigeboli , & les Turcs Sciltaro.
La feconde eft en Bul
garie fur le Danube , vers la
Valachie. C'eft où les Chré-

182 MERCURE
tiens furent batus par les
Turcs en 1396. du temps de
Sigifmond Roy de Hongrie,
La troifiéme , Ville d'Arménie
, fous la Métropole de
Sebaſte , eft nommée Gianich
par Caftalde , & Chiorme par
les autres . Les Arriens y cau .
férent de grands troubles en
370. apres la mort de l'Evéque
Theodore. Les Herétiques
y avoient introduit
Phorane , qui eftoit de leur
Party , mais les Habitans de
Nicopolis fe féparérent de fà
Communion , & on fut contraint
de leur donner un Evê7
GALANT. 183
que Orthodoxe. La quatrié
me, Ville Epifcopale de la Judée
, eft la même qu'Emaüs,
& on l'appella Nicopolis, à
cauſe que ce nom veut dire
Ville de la Victoire .
Quant à la Fortereffe de
la Prevefa , qui tient aujour
d'huy la place de l'ancienne
Nicopolis de l'Epire , quoy
qu'elle foit plus petite que
Sainte Maure , fa fituation
ne laiffe pas d'eftre auffi avantageule
, parce qu'elle com
mande l'entrée du Golfe , &
qu'on n'en peut eftre maî
tre fans l'eftre en mefme
184 MERCURE
temps du commerce qu'on
fait à Larta , & qui eft confidérable
. La réſolution de
l'ataquer ayant efté priſe dans
le Confeil de Guerre , M' Morofini
fit partir cinq Galeres
&fix Galeaffes , & leur donna
ordre de s'aprocher des Châteaux
que l'on appelle le Goménizze.
Comme ils font à
la vie de la Preveza , fon
deffein eftoit d'obliger les
Infidelles à divifer leurs forces,
& ày renvoyer les Troupes
qu'ils en avoient tirées
pour groffir le Corps qu'ils
avoient fait camper fous le
GALANT. 185
Canon de la Place. Saban
Bacha perfuadé que les Venitiens
ataqueroient ces Châteaux
, ne manqua pas de le
faire. Ainfi il y fit rentrer
la plupart des Troupes qui
eftoient autour de la Prévefa.
Elles y furent reçues avec de
grandes démonftrations de
joye , & les Turcs firent faire
une Salve genérale de tout
leur Canon. Cependant l'Armée
eftant partie de Démata
le 20. de Septembre , moüilla
à l'entrée du Golfe de Larta
fur les neuf heures du foir.
Le lendemain le Capitaine
Novembre 1684 .
186 MERCURE
Manetta eftant entré dans le
mefme Golfe avec vingtquatre
Barques , & des Brigantins
armez , y débarqua avec
une partie de fes Troupes.
Les Turcs tâchérent de l'empefcher
par une décharge de
dixhuit Piéces de Canon , &
d'environ deux cens coups.
de Moufquet , dont il n'y
eut perfonne bleſſé . A la
pointe du jour , on vit paroiſtre
à la portée du Moufquet
de la Place les Galeres
qui avoient mouillé visà-
vis une Hauteur , que l'on
appelle la Colline de Méhe
GALANT. 187
met Effendi. Ces Galeres en
faifant diverfion , facilitérent
le débarquemét à une partie
des Troupes qui s'avancérent
par terre , & traverſérent
fur des Galiotes un Bras
de mer , qui a environ un
demy mille de largeur. Pendant
ce temps , le feu continuel
que les Galeres faifoient
de leurs Courfiers , ne permettoit
pas que les Turcs
s'approchaffent du Rivage.
Ce fut ce qui les trompa. Ils
eftoient perfuadez que les
Vénitiens avoient deffein de
mettre des Troupes à terre
Q_ij.
188 MERCURE
par cet endroit- là , & cela fut
cauſe qu'ils y firent un grand
feu de Moufqueterie
& de
Canon , dont les Chrétiens
reçûrent peu de dommage.
Par là il n'y eut aucun ob
ſtacle au débarquement
des
Troupes , qui commencérent
à s'approcher
de la Place
fous les ordres du Genéral
Strafoldo. Les Turcs commandez
pour empeſcher ce
débarquement
, connurent
la faute qu'ils avoient faite,
& pour tâcher de la reparer,
ils donnérent
ordre à cinq
cens Spahis qu'ils détache
GALANT. 189
rent , d'aller à toute bride
charger les Chreftiens , avant
qu'ils euffent achevé de débarquer
, mais ils les trouvérent
déja en ordre de Bataille ,
& beaucoup furent tuez &
bleffez du grand feu qu'ils
firent fur ces Infidelles. La
frayeur faifit les autres, qui fe
retirerent fi fort en defordre,
qu'il fut impoffible à la plûpart
d'entrer dans la Place.
Les Chreftiens s'eftant avancez
fans aucune peine, fe fai
firent du Bourg, & ſe poſtérent
fur la Colline de Méhemet
Effendi, qui commande
190 MERCURE
1
la Ville. Le mefme jour , M
Morofini fit encore approcher
de la Prévefa les Galeres
& les Galiotes , & envoya
fommer les Turcs de rendre
la Place , avec menaces de ne
leur point faire de quartier,
s'ils attendoient qu'ils fuffent
réduits à l'extrémité . L'Officier
qui y commandoit en
l'abfence de Saban Aga , qui
en eftoit party pour le mettre
à la tefte de quatre mille
Hommes, afin d'obferver les
mouvemens des Chreftiens
refufa de voir la Lettre de ce
Genéraliffime, & fit tirer fur
GALANT. 191
celuy qui l'apportoit, ne dou
tant point que le Gouverneur
ne revinſt dans
peu de jours
,
& n'amenaft affez de Troupes
pour faire lever le Siege.
Cette fierté obligea Mª Morofini
à faire débarquer des
Canons & des Mortiers, que
l'on mit en baterie le jour
fuivant. Il vifita les Poftes, &
ordonna les Attaques ; & le
23. plufieurs Maiſons furent
abatuës par les Bombes, qui
mirent le feu en divers endroits
, & qui demontérent
quelques Pieces de Canon
des Ennemis. Leur Artillerie
192 MERCURE
ne fit prefque aucun effet,
tant elle eftoit mal fervic.
Les Affiégeans tirérent contre
leurs Bateries avec un
fuccés fi avantageux
, que le
foir mefme il ne refta dans
la Place qu'une feule Piéce
de Canon qui puft fervir. On
ne perdit qu'un Soldat , &
cinq feulement furent blef
fez . Le Genéraliffime
, apres
avoir vifité les Travaux &
les Bateries le 24. donna les
ordres pour la defcenter du
Foffé. On y fit un Logement
, & langit fuivante on
attacha, le Mixeurà la groffe
Tour
GALANT. 193
Tour de la Place , du cofté
de terre ferme. Lá Bréche
s'eftant trouvée confidérable
dés le 26. on continua
les Travaux avec fuccés , &
le 28. on fit leLogement dans
le Foffé. Le mefme jour on
donna les ordres pour aller
à l'Affaut , parce qu'on vit
que
la Mine eftoit en état
de jouer. Les Turcs n'en
voulurent point attendre l'effet.
Ils arborérent un Drapeau
blanc le 29. pour mar
que qu'ils vouloient capituler.
Ils demandoient la même
Capitulation que Sainte
Novembre 1684. R
194 MERCURE
Maure avoit obtenue ; mais
M' Morofini leur déclara que
tout ce qu'il pouvoit leur
accorder , eftoit que trente
des, plus confidérables forti
roient avec Armes & Bagachage
, &
que
les
autres
n'em- porteroient
que
ce
que
cun
d'eux
pourroit
porter
,
fans
aucunes
armes
; &
que
l'on
mettroit
en
liberté
tous
les
Esclaves
Chrétiens
. Les Turcs
ayant
accepté
ces
conditions
, fortirent
le
lendemain
au
nombre
de
deux cens
Hommes
, par
la Porte
de
la Marine
. On
les
eſcorta
GALANT. 195

juſqu'à quatre milles de Larta
avec quelques Barques des
Grecs. M' Morofini donna
ordre en même temps , qu'on
fe faifift des Portes , & que
l'on y mift des Gardes , ainfi
qu'en d'autres endroits , pour
la confervation
des Magazins
, & pour empeſcher le
pillage . Trente Venitiens ,
vingt Maltois , dix Soldats
des Troupes du Pape , & dix
de celles des Florentins , furent
chargez de ce foin . L'Etendard
de S. Marc fut arboré
, & on abatit toutes les
Enfeignes des Turcs , qui
Rij
196 MERCURE
furent portées à la Galere
Generale. Douze cens Habitans
, ou environ , font demeurez
dans la Place. On y
á trouvé quarante -fix Pieces
de Canon , dont il y en a dixhuit
de bronze , & de cinquante
livres de bale . Toutes
fortes de Vivres y eltoient
auffi en abondance , avec un
grand nobre deMoufquets &
de Boulets , & cinq cens quintaux
de Poudre . Les Turcs
tiroiét tous les ans cent mille
écus de la Pefche qu'ils faifoient
de ce cofté-là , & ils
les perdent en perdant la PréGALANT.
197
vefa , dont la conqueste met
la République en poffeffion
du Golfe, & de tous les lieux
de la Cofte. M' Bachili, qui
commandoit une partie des
Troupes de Malte , fut tué
d'un coup de Moufquet, lors
qu'on travailloit à faire le Logement
dans le Foffé.
Je yous envoye l'Epitaphe
d'un Animal qui a fait verfer
des pleurs à une Dame d'un
fort grand mérite. C'eft d'une
Guenon qu'elle aimoit fort;.
& qui ayant fait quelque ma
lice à un Page , cut le mal
heur de s'attirer fon averfion;.
i
Rij
198 MERCURE
Le Page encore plus malicieux
qu'elle n'eftoit, réfolut
de s'en vanger , & il n'en
trouva point de moyen plus
propre que de luy attacher
un Petard au derriere . Il y
mit le feu , le Petard fit fon
effet , & les bleſſures que la
Guenon en reçeut la firent
mourir. C'est ce qui a donné
lieu aux Vers qui fuivent. Je
ne vous diray rien de l'Autheur
, finon qu'il a l'efprit
fort galant, quoy qu'il le dif
fimule ; mais il a beau vou
loir le cacher , de petits Ou .
vrages de cette nature le tra
hiffent quelquefois.
GALANT. 199
Cr de
deffous gift une Guenon,
Qui n'avoit rien depetitque la mine.
Elle vefcut en Heroine,
Et mourut d'un coup de Canon .
Paffant, calmez voſtre tristeſſes
Son illuftre Maitreffe
Vient de pleurerfa mort.
Pour mériter ces préticufes larmes,
Bien des Gens diftinguez dans le
Meftier des Armes
Enviroient unfemblablefort.
Lors que je vous appris la
mort de M'Colo dans ma
Lettre du dernier mois , j'ou
bliay de vous marquer que
l'illuftre François Colo fon
Coufin eftoit encore plein
R iiij
200 MERCURE
de vie. Ainfi , Madame , vous
devez détromper ceux qui
fur ce que je vous ay écrit de
cette mort pourroient fe perfuader
que la race de ces
gráds Opérateurs de la Pierre
feroit finie. Celuy qui refte
eft le mefme que l'on furnomme
François Colo l'heurcus
, & qui eft tres- connu
en Angleterre , en Eſpagne ,
Hambourg , en Allemagne ,
en Hollande , & en Flandre.
C'eft luy qui a taillé fi heu
reuſement M' l'Evefque de
Malines , qui eut le mefme
fuccés à Mayence en la per
GALANT 201
fonne d'un proche Parent de
M'1 Electeur, & qui fut man.
dé en Allemagne pour tailler
feu M ' l'Evefque de Munſter.
Si ce Prélat mourut quelque
temps apres , ce fut parce qu'il
avoit le dedans du corps gâté,
& non de cette opération . Le
mefme a taillé depuis vingtcinq
ans tout ce qu'il y a eu
à Paris de Gens de qualité ,
qui ont eu befoin d'un tel
fecours. Il a demeuré Ruë
Quinquem poix , & loge depuis
deux ans au Fauxbourg
S. Germain , Ruë de Seine,,
proche l'Hoſtel de la Roche202
MERCURE
foucaut . Je croy que j'oblige
le Public en luy donnant cet
avis. M Colo fon Fils, digne
Succeffeur d'un Pere qui s'eft
acquis la qualité de grand
Colo, prend un foin tout particulier
de s'inftruire, . & a
déja fait à Paris , & à la Campagne
, beaucoup d'opéra- .
tions tres -heureuſes.
Tous ceux qui ont connu
M'Taconnet , Chanoine Régulier
de S. Victor , ont efté
fenfiblement touchez de fa
perte . C'eftoit un Homme
qui dés fa tendre jeuneſſe
s'eftoit donné tout entier à
GALANT. 203
Dieu , avec un zéle qu'il n'a
jamais démenty. Son attachement
à bien remplir fes
devoirs depuis qu'il eftoit entré
en Religion , luy avoit acquis
l'eftime & la venération
de toute la Communauté. Il
avoit paffé par toutes les Char
ges de fa Maiſon , & avoit efté
enfin choify pour celle de
Grand Prieur, dont il s'eftoit
aquité avec une exactitude
tres -édifiante . Elle fut caufe
que quelques années apres
on le choifit de nouveau pour
exercer cette mefme Charge
; mais comme l'élevation
204 MERCURE
faifoit foufrir fa vertu , il fut
plia fes Confréres un an apres
qu'ils l'eurent élû , de le vou
loir décharger d'un fardeau
fi peu compatible avec fon
humilité. Ils n'y confentirent
qu'apres les grandes inftan
ces qu'il leur en fit , & qu'ils
curent bien connu que c'étoit
le faire vivre hors de
luy, mefme , que de lé mettre
audeffus des autres Ce
fut pour lors qu'il ne fon .
gea plus à viure que pour
Dieu , dans la pieté , & dans
les auftéritez cachées qu'il
pratiquoit Ces grandes ver
F
GALANT. 205
tus connues de Ml'Arche
vefque de Paris , obligérent
ce Prelat à le choisir pour
eftre Supérieur des Religieufe's
du Port Royal des Chaps.
Il mourut dés l'autre mois ,
regreté de tous les honnêtes
Gens , par la réputation
de Sainteté dans laquelle il
avoit toûjours vefcu .
".
Je vous ay déja envoyé
quelques Vers fur la mort
du fameux M' de Corneille .
En voicy d'autres qui me font
tombez entre les mains . On
impute les belles . Comédies
de Térence à Scipion l'A206
MERCURE
fricain , & à fon inséparable
Amy Lélius. Scipion eſtoit
de l'illuftre Famille des Cornéliens
, qui eftoit une des
plus nobles de Rome , &
qui a produit les Cinna , les
Marius , & plufieurs autres
grands Perfonnages ; & c'eft
ce raport de noms qui a don
né lieu à ce Sonnet.
En eftfait, il n'eft plus, cet
illuftre Corneille, C'En
L'ornement de Paris, les charmes de
la Cour,
De nos Voifinsjaloux laſurpriſe &
l'amour,
Et d'un Siecle polylaplus rare merveille.
GALANT. 207
25
Le Corneille Romain à ce bruit fe
réveille,
Et quitant Lélius dans le sobre fejour,
Embraffe fa grande Ombre , & luy
jure à fon tour
Une amitié d'eftime à cette autre
pareille.
Sa
Par toy nousfurvivons ( dit-il) à nos
travaux ,
De nos Ecrits Latins les malheureux
lambeaux
Fontparler un Romain comme jaile
un autre Homme,
S&
Mais dans tes doctes Vers qu'envieroient
les NeufSoeurs ,
Anos foibles Rivaux nous parlons
en Vainqueurs ,
Et ce n'eft que dans eux queje reconnois
Rome.
208 MERCURE
Les deux Madrigaux qui
fuivent , ont efté faits fur la
mefme mort. Le premier eft
de M ' Etienne , Préfident du
Grenier à Sel à Senlis , &
& l'autre de M ' Diéreville .
C
MADRIGAL.
Orneille n'eft pas mort comme
l'on
s'imagine,
C'est en vain que chacun regretefes .
beauxjours;
Son efprit l'a rendu d'une effence
divine,
La mort n'empefche pas qu'il ne vive
toûjours.
GALANT. 209)
N
AUTRE
On, Philis, c'est en vain que
tu me follicites
Pour lefaire dejolis Vers..
Helas ! Corneille eft mort, & ce
Trifte revers
Rend les Mufes tout interdites.
Tout pleuréfon trépas dans lefacré
Valon,
On voit gemir mefme Apollon,
Puis-je luy refufer des larmes
Tandis que le Parnaffe eft pour luy
tout en deüil?
Non , tes plaifirspour moy n'ontpoint
affex de charmes,
Fe Seay ce que mon coeur doit rendreàfon
Cercueil.
Laiffe- moy donc pleurer, importune
Bergeres
Novembre 1684. S
210 MERCURE
Le moyen defe confoler
D'un Homme quejamais, quoy que
l'on puiffe faire,
Nul autre ne peut égaler?
On me donne encore dans
ce moment un Sonnet & un
Madrigal fur ce mefme fujet.
Ils font de M' Magnin .
SONNET.
Ufs , Corneille eftmort, &
les pleurs du Parnaffe MⓇ
N'ontjamais eu, jamais, de plusjufte
Sujets
Vous fuftes de fes foins le cher &
digne objet,
Il. vous fervit longtemps , & de få
bonne
grace.
Sa
Qui peut d'un tel Autheur oferpren
dre laplace?
GALANT. 211
Quelle veine, quel art, fera ce qu'il
a fair?
Eft - il rien de fublime, est -il rien
de parfait,
Eft-ilrien d'éclatant, que
Corneille
n'efface?
S&
Qui n'a pas admiré les accords de
fa voix,
Et l'honneur du Théatre, & le charme
des Roys?
Ilfuft à voftre Cour, ilfut comblé
de gloire.
$2
Cependant du trépas il a fenty les
coups,
Etfa mort nous apprend , â Filles de
Mémoire,
Que l'Immortalité ne dépend pas
de vous..
Sij
212 MERCURE
Ε
MADRIGAL.
Nfin le grand Corneille a-
Suby du trépaskat
La Loy néceffaire & cruelle.
Helas! quand elle nous appelle,
Le mérite & l'esprit, n'en garantif
fent pas
Corneille en euft beaucoup, il en
euft de bonne heure;
Il en euft mefmefi longtemps,
Que le Ciel icy, bas luy devoit fa
demeure
Iufqu'au dernier moment des
temps.
Toutefois il eft mort,&fa mort nous
fait croire,
Quoy que l'on puiffe dire enfaveur
du bel Art,
Qui donne quelque rangau Temple...
de Mémoire,
GALANT. 213
Qu'on peutfurle Parnoffe acquérir
de la gloire,
Mais qu'on y meurt comme autre
part.
M'Moret S ' de la Fayolle,
Avocat au Parlement , fit
le mois paffé abjuration de
l'Heréfie entre les mains de
Ml'Archevefque de Paris.
Il demeure ordinairement à
Poitiers, où fon changement
doit d'autant plus ébranler
ceux de fon Party , que fon
mérite , & la connoiffance
qu'ils ont de fes profondes
lumiéres , les avoient
obligez plufieurs fois de le
214 MERCURE
charger du foin de leurs Affai
res les plus importantes dans
leurs Confiftoires
& Syno.
des . Un Homme aufli éclairé
& auffi fage que luy , n'a pû
prendre une femblable rélolution
, qu'apres avoir efté
parfaitement convaincu des
veritez Catholiques
.
L'Eglife , & le Convent
pour l'établiſſement de vingtcinq
Récolets que Sa Majefté
avoir réfolu de mettre
à Verſailles , ayant efté baſtis
en fix mois avec une magnificence
Royale , M l'Abbé
de la Motte, Archidiacre de
GALANT. 215
TEglife de Paris , eut ordre
de Ml'Archevefque d'en aller
faire la Benédiction , Ver
failles eftant dans fon Archidiaconé.
Il s'y rendit le
4. de ce mois , & le lendemain
la Cerémonie commença
à fept heures du matin ,
par une Proceffion que cinquante
Récolets, ayant avec
eux leur Provincial , firent
de leur petite Maiſon à la
nouvelle , où ils apportérent
les Reliques . Cette Proceffion
eftant arrivée , on dit
les Oraifons , & on fit les
Afperfions ordinaires fuivant
216 MERCURE
le Rituel , apres quoy M**
l'Abbé de la Motte chanta
la Meffe , à la fin de laquelle
les quarante jours d'Indulgence
accordez par M l'Archevefque
, furent publiez.
Madame la Maréchalé de la
Motte fe trouva à cette Ce
rémonie , avec quantité de
Perfonnes du premier rang,,
& une afluence de monde
extraordinaire. Il n'y eur
pourtant aucune confufion,
M ' Bontemps ayant pris toutes
les précautions néceffaires
pour empefcher les def
ordres qui font prefque infuportables
GALANT 217
féparables de la foule . La
Cerémonie eftant achevée ,
il donna à dîner à M'l'Abbé
de la Motte , & à plufieurs
autres Perfonnes confidérables
qui y avoient affifté . Le
deffein de cette nouvelle
Eglife , & des autres Baftimens
des Religieux , eft du
fameux M Manfard , Architecte
du Roy .
Vous ne ferez pas furpriſe,
Madame, quand vous aprendrez
que le Roy a donné à
M l'Abbé Fléchier , Aumônier
de Madame laDauphine ,
l'Abaie de S. Etienne de Bai-
·Novembre 1684. T
218 MERCURE
gne , Dioceſe de Xaintes, &
le Prieuré de S. Etienne de
Peirat, Diocéfe de Périgueux.
La haute réputation qu'il s'eft
acquife par fes Sermons, qui
charment de plus en plus,
le rend digne des plus grands
bienfaits d'un Prince qui a
toûjours fait fa joye de récompenfer
le vray mérite.
Ces deux Benéfices eftoient
yacans par la mort de M' de
Sainte Maure, Preftre de l'Oratoire
. Sa Majefté donna en
mefme temps à M' l'Evêque
d'Aire , l'Abbaie de S. Sever,
Ordre de S. Benoist , Diocéfe
GALANT 219
U

>
#
d'Aire. Ce Prélat eft celuy
qui s'eft fait fi long- temps
admirer dans les meilleures
Chaires de Paris , fous le nom
de M'l'Abbé de Fromentiéres.
M'l'Abbé deLonguerve,
" Fils du Lieutenant de Roy
de Charleville , dont les fervices
font affez connus
obtenu l'Abbaie de Jard , Ordre
de S. Auguftin , Diocéfe
de Sens , que M' l'Evefque
d'Aire poffedoit; & M' l'Abbé
Mouret , Fils de M' Mouret,
Officier de la Garderobe de
Sa Majefté , a efté gratifié
de l'Abbaie de Preüilly en
Tij
220MERCURE
Touraine, demeurée vacante
par la mort de Mle Chevalier
de Humieres.
Quelque temps auparavant
, Madame de Bernlle de
Cerilly avoit efté nommée
à l'Abbaïe Royale d'Arzilles
de Loudun , des Urbanistes
Sainte Claire , Dioceſe de
Narbonne . Cette Abbaie vaquoit
par la tranflation de
Madame de la Vergne de
Montenar de Treffan à l'Abbaïe
de S. André des Ramiers.
La premiere eft Fille
de feu M' de Bérulle Confeiller
d'Etat , petite Niéce
GALANT. 221
du Cardinal de Bérulle , &
Soeur de Madame l'Abbeffe
du Monaftere Royal de Saint
Barthelemy d'Aix . M' de Bérulle,
Mailtre des Requeftes,
Intendant d'Auvergne , eft
Frere de ces deux Dames.
Madame l'Abbeffe de S. André
des Ramiers , eft Soeur
de M l'Evefque du Mans,
Premier Aumônier de Monfieur
, auparavant Evefque
de Vabres , Abbé de Bonneval
, & de Caffau.
Voicy quelques particu
laritez de ce qui s'eft fait
dans le temps du Mariage:
T iij.
222 MERCURE
1
de M' le Prince Electoral de
Brandebourg avec Madame
la Princeffe de Hanover. Ce
Prince eftant arrivé à Her
venhaus , Maifon de plaifance
de Monfieur le Duc de Ha
nover , qui eft à un quart
de lieue de la Ville , by demeura
depuis le Mercredy
4. du dernier mois jufques au
Mardy fuivant. Le Dimanche
8. il époufa la Princeffe
fans aucune pompe
, & le
Mardy 10. il fit fon Entrée
folemnelle dans Hanover,
précedé de toute la Cour,
qui confiftoit en plus de
GALANT. 223
deux cens Gentilshommes à
cheval , & en un Cortége de
quatrevingt Carroffes, Les
Gardes à cheval , & trois Régimens
de Cavalerie , mar
choient les premiers.Le Prince
entra dans la Ville au
bruit du Canon , qui tira
pendant une heure. Il arriva
au Château entre deux Hayes
que formoient trois Régimens
d'Infanterie, Les Gar
des à pied eftoient dans la
Court par où il paffa au fon
des Timbales des Tromdes
Hautbois . Les petes &
Gentilshommes
mirent pied
M
24 MERCURE
à terre dans cette Court , &
ceux qui rempliffoient les
Carroffes , en defcendirent
pour attendre ces illuftres
Mariez , qui furent enfuite
conduits dans leurs Apartemens
. La Milice s'eftant mife
en Bataille dans une Place
que
qui eft derriere le Chasteau,
y fit trois Décharges avant
de fe retirer. Il y eut en
fuite un magnifique Soupé,
pendant lequel on entendit
une Mufique compofée de,
Timbales & de Trompetes,
au lieu de Hautbois & de
Violons. Elle fembloit exci
GALANT. 225
ter à boire les Santez , qui
furent toutes
accompagnées
de trois volées de Canon à
mefure que chacun beuvoit .
Un Bal affez extraordinaire
fuivit ce Soupé, & on y dança
d'abord au bruit de ces mêmes
Inftrumens . Douze des
principaux des deux Cours
dançoient d'abord ſe tenant
deux, à deux par la main , &
ayant dans l'autre chacun
un gros Flambeau de la hauteur
de fix pieds . Les Prin
ccs & les Princeffes fuivoient,
& fix autres ferroient la file.
Cette Dance , qui eft une
226MERCURE
ancienne Cerémonie du Païs,
dura environ deux heures,
apres quoy les Violons &
Hautbois commencérent à
jouer , & l'on dança les Dances
Françoifes . Le lendemain
on repréſenta la Comédie de
l'inconnu , embellie de Dances
, & de divers agrémens,
mais particuliérement d'un
Prologue qui fut fait exprés,.
avec plufieurs Machines &
Entrées de Balet . Le Vendredy
13 il y eut un Balet &
une excellente Mufique de
Voix & d'Inftrumens , avec
des Machines. Il fut dancé
&&
GALANT. 227
rs
par M's les deux jeunes Prin
ces de Hanover, par le jeune
Baron de Platen, & plufieurs
autres Enfans de qualité de
l'un & de l'autre Sexe . Quelques
jours apres on repréfenta
Pfiché, avec des Machines
& des Dances ; & tant
queMM''Ile Prince Electoral a
efté à Hanover, il y a en tous
les jours Comédie ou Bal, &
bien fouvent l'un & l'autre.
On tira auffi un tres-beau Feu
d'artifice dans la Place der.
riere le Chateau. Ce Feu cur
tout le fuccés qu'on en pou
voit fouhaiter. La magnifi
228 MERCURE
cence fut toûjours jointe à
la propreté, & le délicat égala
le fomptueux
.
" La Cour s'eft fort divertie
à Fontainebleau. Le Roya
eſté tirer de temps en temps,
& quelquefois à la Chaffe.
Monfeigneur y a efté tous
les jours, & fouvent deux fois
en un feul jour. Il y a eu al
ternativement Apartement,
Comédie Françoife , & Comédie
Italienne. Les jours
qu'il y avoit Apartement , il
y avoit auffi Bal. Les Dames
ont quelquefois dancé dans
les Entr'Actes de la Comédie,
GALANT. 229
ou pour y fervir de Prélude.
Madame la Princeffe de Conty,
& Meldames
les Ducheffes
de Choifeüil
& de Roquelaure
, avec M' le Comte de
Brionne , dancerent
la Chacone
d'Amadis
, qui fervit
d'une efpéce de Prologue
à
la Tragédie
de Mithridate
.
Peu de jours avant le depart,
il y eut un Inpromptu
fort
agreable de Comédie
& de
Dance. Les Italiens furent
employez pour ce divertiffement.
Voicy le Sujet de la
Comédie, qui fut faite exprés
pour y méler les Entrées que
je vay marquer.
230 MERCURE
Cintio , Fils du Roy Brandimarte,
ayant efté pris jeune
par des Corfaires , eftoit devenu
amoureux de Lucinde,
Fille du Roy Glaucias , dans
la Cour duquel il avoit effé
élevé , fans qu'on le connuft,
ny qu'il fçeuft lay - mefme
fa naiffance. L'ayant enfin
découverte , il s'eftoit rendu
à la Cour du Roy fon Pere, à
qui l'on avoit auffi appris l'avanture
de fon Fils. Ainfi ce
Roy l'attendoit ; & pour terminer
une lógue guerre qu'il
avoit eue avec Adamante
Roy voifin , il avoit promis
GALANT: 231
que Cintio épouferoit une
Fille d'Adamante, Le Theatre
ouvrit par Cintio , qui
ayant appris ce que Brandimarte
avoit réfolu , voulut
qu'Arlequin paffaft pour luy,
afin que fi le Roy s'obstinoit
il fuft en pouà
ce mariage, il fuft
voir de fe retirer , & d'eftre
toûjours fidelle à Lucinde,
dont il s'eftoit fait aimer. Il
fit inftruire Arlequin de la
conduite qu'il devoit tenir
pour tromper fon Pere , &
confulta cependant des Bohémiennes
fur ce qui luy devoit
arriver. Les Bohémien232
MERCURE
nes dancérent , & furent re-
*
préfentées par
Madame la Princeffe de
Conty,
Madame la Ducheffe de
Choifeüil,
Madame la Ducheffe de
Roquelaure,
Madame la Marquife de
Seignelay,
Mademoiſelle de Pienne,
Mademoiſelle de Brouilly,
fa Soeur.
Le
peu
de
fatisfaction que
Cintio reçût des Bohémiennes
, l'obligea d'aller chercher
une fameufe Magicien
GALANT. 233'
ne. Pendant ce temps , le
Roy Brandimarte fon Pere
fit entrer Arlequin , qu'on
luy dit eftre fon Fils. Sa figure
le furprit , & plus encore
le compliment ridicule
qu'il luy fit. Le Roy s'eftant
retiré apres qu'Arlequin fe
fut enfuy , Cintio revint avec
a Magicienne , qui ayant
pris de l'amour pour luy,,
Tuy confeilla de demeurer
toûjours inconnu , & luy
promit de luy faire voir Lu--
cinde par enchantement .
Comme elle cherchoit à le
' détourner de la paffion -qu'ill
Novembre 1684, V
4
234 MERCURE
luy faifoit voir pour cette
Princeffe , elle fit un char
me qui fit paroiftre Lucinde
dançant avec un Rival , &
donnant des marques d'une
grande joye. Ce fut une fe-.
conde Entrée , où il y eut
une Chacone , que dancérenova
obrvond of builder
Madame la Princeffe de
Conty,lovn
Madame la Ducheffe de
Choifeüil,
Madame la Ducheffe de
Roquelaure.
Mile Comte de Brionne .
Les premieres Scenes du
GALANT 235
confifterent
fecond
des plaifanteries d'Arlequin
erû Cintio , que l'Ambaffa--
deur d'Adamante vint complimenter
for afon Mariage
avec la Princeffe Fille de ce
Roy , apres quoy Cintio pa--
rut , & fe plaignit de l'infi--
délité de Lucinde , avec la--
quelle ill te
à la Magicienne
qu'il avoit deffein
de rompre. Pour l'exécuter ,
il la pria de luy donner des
moyens de luy écrire , afin
qu'il puft luy faire connoître
la réfolution où il eftoit de:
ne plus fonger à elle . La Man
Vij
236 MERCURE
gicienne fit auffi- toſt venir
des Folets pour porter fa
Lettre , & le voulant occu
per agréablement , elle or
donna aux mefmes Folets de
le divertir par quelque Dance.
Ces Folets furent repré-
1
fentez
parquet
Mademoiſelle de Nantes,
M ' le Comte de Brionne,
Mademoiſelle d'Eftrées , i
Mademoiſelle Hamilton,
Mrs Favier,
Pecour.
Dans le troifiéme Acte,
Arlequin s'ennuyat de jouer
un Perſonnage de Prince,
GALANT. 237
qu'il ne pouvoit foûtenir,
avertit le Roy de la tromperie
qu'on luy avoit faite .
Lucinde que les Folets avoiết
auffi avertie du bruit qui couroit
du Mariage de Cintio,
transportée par l'art d'une
autre Magicienne , vint fçavoir
s'il efloit vray que fon
Amant la trahift . Le Roy
la voyant fi belle , montra
la joye qu'il avoit de trouver
fon Fils dans Cintio ; &
confentant à leur Mariage,
il dit à l'un & à l'autre, qu'il
a
9
fe réfoudroit plûtoft à recommencer
la Guerre avec Ada238
MERCURE
mante , qu'à rompre leur
union. La Magicienne à qui
Cintio s eftoit adreffé touchée
de la beauté de Lucinde
, fe repentit d'avoir traverfé
ces deux Amans &
pour réparer ce qu'elle avoit
fait contre eux , elle appella
un Génie pour affifter a las
Noce , & contribuer à la
rendre heureuſe. Tous les
Courtifans entrérent , & témoignérent
leur joye par des
Chants & par des Dances.
L'Entrée fut de dix , qui
étoient
Mademoiſelle de Nantes,,
GALANT 239
Mademoiſelle deLeveftein,,
Mademoiſelle de Cruffol,
Mademoiſelle d'Eftrées,
Mademoiſelle Hamilton,.
M' le Comte de Brionne,.
M'le Prince de Tingry,
M le Marquis d'Alincour,,
M le Chevalier de Soye-
Court, Aden An
ilye
M' le Comte de Coffé.
aal Mrs Favier & Pecour firent
auffi une Entrée , déguiſez
en Magiciens , & il y eut enfuite
un Balet genéral , compofé
de tous ceux qui avoient
déja dancé.
Ceux qui chantérent dans
240 MERCURE
les Entr'Actes de ce Diver
tiffement , furent
Gaye,
M Jonquer,
Pluvigny,
Mademoiselle de la Lande,.
Mademoiſelle Rebel ."
Les Entréesavoient été faites
par M' Favier & Pecour,
tous deux Danceurs du Roy.
Rien ne ſçauroit eſtre plus
agréable que le fut cet Inpromptu.
Madame la Princeffe
de Conty , & Mademoiſelle
de Nantes , s'attirérent
l'admiration de tout le
monde , eftant impoffible
de
GALANT 24E
de mieux dancer qu'elles
firent .
M' Voille de la Garde,
Intendant & Controlleur Genéral
de l'Argenterie & des
Menus - Plaiſirs & Affaires de
la Chambre du Roy , avoit
pris foin de ce Divertiffefous
les ordres de ment
Mile Duc de Créquy , Premier
Gentilhomme de la
Chambre en année .
S'il eft des Nouvelles dont
on doit chercher jufques aux
moindres circonftances pour
les mettre dans leur jour , il
en eft fur lesquelles on eft
Novembre 1684.
X
242 MERCURE
obligé de paffer legérement,
afin , s'il le peut , de faire
oublier ce qui ne fçauroit
qu'entretenir un fouvenir
chagrinant . Telle eſt la Levée
du Siége de Bude . Je ne raifonne
point là - deffus . Il fuffit
de réüffir , pour eſtre juftifié
; & quand le contraire
arrive , il femble que l'on ait
tort. Je ne dis pas que ce
foit injuftement qu'on ait
entrepris ce Siége , mais tout
ce qui eft juſte , ne doit pas
toûjours eftre entrepris , lors
que le fuccés en eft trop douteux.
Je n'entre point làGALANT.
243
dedans. Chacun raiſonne ſelon
fon génie ou fa paffion ;
mais quelques raifonnemens
qu'on faffe , il eft impoffible
de conclurre jufte , fans avoir
fçû les raifons de ceux que
le malheur de n'avoir pas
réüffy , donne lieu de condamner
; & ces raiſons ne
font pas aifées à penétrer.
11 y a peu
d'Affaires dans le
monde , de quelque nature
qu'elles foient , où les inté
refts particuliers ne foient
pas meflez aux genéraux;
& c'eft fouvent ce qui gâte
tout. Je les laiffe démefler
X ij
244 MERCURE
aux Intéreffez , & aux Politiques
. Cependant je ne sçaurois
m'empefcher de parler
icy du Roy , & de faire remarquer
de quelle maniere
il a toûjours eu en vie les
avantages de la Chrétienté.
Rien n'a pû le détourner
d'offrir la Paix , ou la Tréve.
Il l'a fait , afin qu'on ne puft
fe difpenfer de conſentir à
l'une ou à l'autre , & qu'il
n'y euft aucune raifon qui
autorifaft à reculer, fous prétexte
des Traitez qui traînent
toûjours en longueur;
ce qui ne peut arriver lors

GALANT 245
qu'il s'agit d'une Tréve , qui
doit toûjours fe conclure
promptement, puis que dans
la Tréve on n'a rien à difcuter.
On n'a pas laiffé de
perdre beaucoup de temps
à fe réfoudre , & il eft certain
qu'on n'en a que trop
perdu . Le Roy voyoit bien
que la Chrétienté en foufriroit
, & la Levée du Siége
de Bude fait connoistre que
les Ennemis de ce Monarque
avoient moins de lumieres
que luy fur les Affaires
de la Guerre , lors qu'ils
fe perfuadoient que quand
X iij
1
246 MERCURE
leurs forces feroient partagées
, elles fuffiroient pour
vaincre la France , & pour
combatre les Turcs. Cependant
ce que nous venons
de voir arriver , eft la preuve
du contraire, Si le Roy n'euft
pas agy en Roy véritable
ment Chrétien , il les cuft
laiffez dans une erreur dont
il auroit profité ; au lieu que
la Levée du Siége de Bude
fait voir qu'il n'y eut jamais
un procedé fi glorieux , fi
defintéreffé, & dont la Chré
tienté puſt tirer tant d'avan
tages . Si elle n'a pas triomGALANT.
247
phé,elle l'auroit encore moins
fait , & auroit meſme pû
faire des pertes confidérables
, fi fes Troupes avoient
cfté divisées , & fi M' l'Electeur
deBaviere fuft demeuré
fur le Rhin. Ce jeune Souverain
, qui par l'amour qu'il
a pour la gloire , fe montre
fi digne du fang des Bourbons
, qu'il mefie à celuy de
Baviere & de Savoye , n'a
rien oublié pour fe mettre
en état de contribuer à la
Prife de Bude . Il a facrifié
fes Troupes , fans avoir épargné
aucune dépenſe pour les
X
inj
248 MERCURE
"
entretenir ; & s'il n'eft pas revenu
couvert de Lauriers , il
eft du moins revenu tout
chargé de gloire ; car ce n'eft
pas toûjours la victoire qui
en donne , & nous avons
vû des Héros plus eftimez
apres leur défaite , que des
Vainqueurs apres leur triom
phe. Ce n'est pas que l'on
doive regarder le Siége de
Bude comme une entrepriſequi
ait manqué à ME
lecteur de Baviere . Il ne l'a
point entrepris , mais il l'a fait
durer plus long temps qu'il
n'auroit duré fans luy , & fi
GALANT. 249
l'eau n'euft pas empefché
l'effet de fes Mines , il auroit
eu la gloires d'emporter la
Place . Lors que fa valeur &
fa pieté luy ont fait abandonner
fes Etats pour venir
hâter fa Prife , les Troupes.
Impériales eftoient fort affoiblies
par les fréquentes Sorties
des Ennemis , & leur
Camp étoit tout remply de
Morts , de Mourans , & de
Malades ; on y manquoit de
Munitions de guerre & de
bouche , & d'Ingénieurs . Tout
cela n'a point étonné M ' l'Electeur
de Baviere ; & on
250 MERCURE
peut dire qu'il luy a efté plus
glorieux d'avoir marché au
lecours d'une Armée qui auroit
achevé de périr fans luy,
que s'il avoit gagné plufieurs
Batailles , puis qu'en cette
occafion la gloire de tout
rifquer pour rétablir une Affaire
defefpérée , eftoit plus
grande que celle que donne
la victoire en d'autres temps .
Il fuffifoit à ce Prince d'avoir
levé une Armée à fes dépens
, fans avoir reçû d'argent
comme les autres Puiffances
, & d'eftre venu devant
Bude
pour la comman
GALANT. 251
der , & l'animer par fa préfence.
Ila cependant encore
plus fait , & par un zéle tour
Chrétien , il s'eft expofé luymefme
à une infinité de périls
. Si le fuccés ne s'eft pas
trouvé heureux , il n'eft pas
toûjours aifé de faire ce qui
eft comme impoffible. La
gloire d'un grand Homme
dépend de luy- mefme , mais
la victoire n'en dépend pas
toûjours.
La Ville de Bude, que les
Allemans appellent Offen ,
eftoit autrefois la Capitale de
tout le Royaume de Hongrie,
252 MERCURE
1
& le Siege de fes Roys. Elle
eft divifée en Baffe , & en
Haute. La Baffe eft fur la
pente d'une Colline , dont le
Danube arroſe le pied. La
Haute eft avantageufement
fituée fur le haut de la Colline.
Les environs en font
fertiles & fort agreables , &
l'air y eft temperé. Elle eſt
au 47. degré de latitude , &
au 42. de longitude. Les
grands & fuperbes Bâtimens
que l'on
Y
voit encore aujourd'huy
, quoy qu'à demy
ruinez, font conoiſtre quelle
a efté fa beauté. Elle eft fort
GALANT. 253
décheuë de cet éclat depuis
qu'elle eft fous l'obeïffance
des Empereurs Otomans.
Comme elle n'eft le plus foùvent
habitée que par des
Soldats qui n'y font que pour
un temps , & dont la paye
fuffit à peine à les faire vivre,
ils fe mettent peu en peine
d'entretenir les Maifons , &
ils font contens , pourveu
qu'ils foient à couvert. Philippe,
Evefque de Fermo , du
S. Siege , envoyé par Nicolas
III pour quelques Affaires
importantes qu'il avoit à
ménager avec Ladiflas III.
254 MERCURE
Roy de Hongrie , y
celébra
un Concile en 1279. Oldéric
Rainaldus en a mis trente -fix
Ordonnances à la fin du
XIV . Tome des Annales Eccléfiaftiques
. Depuis que les
Turcs font maiftres de Bude,
elle a un Beglerbeyat le plus
honorable de tout l'Empire
Otoman. Le Bacha qui y
commande , a plus d'autorité
que les autres, & d'ordinaire
la Garniſon y eft de huit ou
dix mille Hommes. Bude,
qui eft plus longue que large,
& environ grande comme
Blois , eft une Motte de terre
GALANT. 255
reveſtuë , escarpée de tous
coftez , & flanquée de gros
Orillons , avec une Fauffebraye
qui regne par tout.
Elle n'eft commandée d'aucun
endroit affez proche
pour la batre , & le Grand
Vizir y avoit mis fept mille
Soldats , avec trois des plus
habiles Officiers qui fuffent
parmy les Turcs. Cette Ville
fut affiegée en 1528. par Ferdinand
d'Autriche , Petit- Fils
de l'Empereur Maximilien,
qui avoit épousé Anne, Soeur
de Louis , Roy de Hongrie,
qui estoit mort fans Enfans.
256 MERCURE
1
Les accidens de la naiffance ,
de la vie , & de la mort de ce
Louis, Fils du Roy Ladiflas,
furent extraordinaires. Il nâquit
fans peau , eut de la barbe
à quinze ans , les cheveux
gris à dix-huit , & mourut à
vingt, dans un Marais à Mohatz
, pourſuivy par Soliman ,
qui avoit paffé la Save & la
Drave . Apres fa mort , Jean
Zapoliha, Comte de Sepufe,
Vaivode de Tranfilvanie ,
trouva moyen de ſe faire élire
Roy. Ferdinand d'Autriche,
prétendant que la Couronne
luy appartenoit au droit de
GALANT. 257
fa Femme , Soeur du Roy
Louis , fe préfenta devant
Bude , & ayant contraint
Jean Zapoliha de l'abandonner
, il le chaffa entiérement.
du Royaume . L'année fuivante,
Soliman afliégea Bude
à la follicitation du Roy Jean ,
& s'eftant rendu maistre de
la Ville & du Chateau , il le
rétablit dans fes Etats , en luy
mettant fur la refte la Cou
ronne de S. Etienne , qui fut
le premier Roy Chreftien de
Hongrie. Avant que de retourner
à Coultantinople , il
alla à Vienne , & y mit le
Novembre 1684. Y
258 MERCURE
Siege , qu'il fut contraint
de
lever. Apres fon depart, Ferdinand
leva une groffe Armée
fous la conduite
de Jean
Rokendorf
Allemand
, pour
venir attaquer Bude ; & afin
de ne laiffer rien derriere luy,
il força Strigonic
, Viffegrade
,
& Vacia , Places qui feroient
tombées
d'elles - mefmes apres
la priſe de la Capitale , ce
qui donna temps au Roy
Jean d'affembler
des Troupes,
& d'en jetter dans Bude,
pour faire une vigoureuſe
réfiftance
. On forma le Siege,
les Allemans
drefferent
trois
GALANT. 259
Bateries, & plufieurs Affauts
furent donnez. Les Turcs
qui eftoient dans la Place au
nombre de huit mille, la défendirent
fi bien, qu'ils obligérent
les Affiégeans d'abandonner
l'entrepriſe. La mort
du Roy Jean , qui ne laiffa
qu'un Fils fous la Tutelle de
la Reyne Elizabeth , Fille de
Sigifmond I.Roy de Pologne,
donna lieu à Ferdinand de
fonger tout de nouveau à conquérir
la Hongrie. Il envoya
encore une fois Rokendorf
avec une puiffante Armée,
qui vint devant Bude , où la
Y ij
260 MERCURE
Reyne , & Jean- Sigifmond
fon Fils , eftoient enfermez.
Elizabeth demanda du fecours
à Soliman. Cet Empereur
envoya Méhemet Baſſa ,
qui donna bataille aux Allemans,
& en défit vingt mille.
Dans ce mefme temps Soli
man fe rendit maiftre abfolu
de Bude, & y mit une groffe
Garnifon. Les Eglifes furent
changées en Mosquées , &
l'on profana celle de S. Gerard,
l'Apoftre de ce Royau
me. On vit la Ville remplie
de Soldats , ce qui en fit fortir
la Nobleffe , & y caufa une
GALANT 261
defolation entiere. La Reyne
& fon Fils fe retirerent en
Tranfilvanie fous la protection
de Soliman . Ils y eurent
pour Miniftre un Moine
appellé George Martinufius,
qui s'eftant faify de toute
l'autorité, les fit tomber l'un
& l'autre en de grands malheurs
.
Je viens au Siége de Bude,
formé par l'Armée Impériale
depuis quatre mois . LesAfliégeans
y ont fait paroiſtre
toute la vigueur qu'on pouvoit
attendre de Gens réfolus
de le pouffer jufqu'à la
262 MERCURE
derniere extrémité , mais enfin
les Turcs ayant découvert
l'ouverture de leurs Mines,
dont ils tirérent les Poudres
, & qu'ils ruinétent entiérement
, lors que l'Affaut
général eftoit preft d'eftre
donné , M' le Prince Charles
de Lorraine fit affembler le
Confeil de Guerre le 29. du
dernier mois , & les réfolutions
qu'on devoit prendre
ayant efté long-temps agitées
, la plupart des Officiers
tombérent d'accord
qu'en donnant l'Affaut , on
s'engageoit à combattre en
GALANT. 263
mefme temps , & contre les
Afliégez , & contre le Seraf-
Kier , qui prendroit l'occafion
d'attaquer le Camp ; &
pour fauver ce qui reftoit de
L'Armée , ils furent d'avis
qu'on devoit fe retirer au
meilleur ordre qu'on pourroit
le faire. En mefme temps
F'on conclut qu'on envoyeroit
à Sa Majefté Impériale
une exacte relation de l'état
où se trouvoient les Affiégez
& les Affiégeans , & de la
Marche du Serafkier avec
de nouvelles forces , afin
qu'Elle déclaraft fi Elle vou
264 MERCURE
3.
loit qu'on levaft le Siége , ou
qu'on le continuaft. Le
de ce mois, l'Empereur apres
un Confeil de Guerre qui
dúra quatre heures , dépêcha
un Courrier à Mile Prin-
\ ce Charles de Lorraine. Ce
Courrier luy portoit l'ordre
de lever le Siége , après qu'il
auroit fait conduire le gros
Canon , le Bagage & les Munitions
de Guerre en lieu
de fûreté avec les Bleffez &
les Malades ; mais tout continuant
eftre à contraire aux
Affiégeans , ils furent contraints
de fe retirer dés lé 1.
de
GALANT. 265
de ce mois. Les Bagages &
l'Artillerie furent
tranfportez
dans l'Ile de S. André , ainſi
que huit mille Malades , ou
Bleffez , que l'on embarqua
fur divers Bâteaux , pour remonter
le Danube jufqu'à
Gran ; & les Troupes Impériales
, avec les auxiliaires, le
pafférent par
Pont de Bâteaux , au nombre
de trente mille Hommes.
Quelques Piéces d'Artillerie
qui manquoient
d'Afus , furent
enterrées. L'Armée prit
fa
Marche par
pour fe rendre prés de Gran ,
Novembre 1684.
le moyen du
le vieux Bude,

266 MERCURE
que
& elle y paffa le Pont , fans
les Turcs fiffent aucune
fortie , ny le Seraſkier aucun
mouvement. Ainfi la retraite
ne fut point troublée. Le
Siége de cette Place a fait
tant de bruit , que je croy
que vous ferez bien aife d'en
voir le Plan. Je l'ay fait graver
, & je vous l'envoye .
Je vous parle tous les ans
d'un autre Siége que font
dans les formes les Gentilfhommes
de l'Académie de
M' Bernardy. L'Attaque du
Fort a efté faite depuis quel
ques jours, & plufieurs d'enti
r
AA
if
B.E
C.R
S.
te
D.F

GALANT. 267
tr'eux s'y font diftinguez avec
beaucoup d'avantage . Il y
avoit fur tout des Seigneurs
tres-jeunes ; mais n'eftant pas
Gaffez informé de toutes les
irconftances de cette Attaque
, je fuis obligé de remettre
au mois prochain à vous
en donner un entier détail.
Quoy qu'on fçache que
Nobleffe de France , toûjours
ardente à fe fignaler , n'atla
tende pas
le nombre
des ans
pour
s'expofer
aux
périls
, on
ne laiffe
pas
d'eftre
furpris
de
voir
tant
de ces
jeunes
Seineurs
fi bien
inftruis
en tout
1.
Zij
268 MERCURE
ceux
ce qui regarde l'exercice de la
Guerre , qu'ils pourroient en
donner des leçons , mefme
à quelques- uns de ceux qui
ont porté les Armes longtemps.
Cela me fait fouvenir
d'une chofe qui marque
que dés le Berceau
qu'une naiffance illuftre éleve
audeffus des autres , brûlent
d'une noble impatience
de
les avoir à la main , & que
lors qu'ils voyent couler du
fang qu'ils croyent devoir
vanger, ils fongétaux moyens
de le faire , avant que d'en
avoir la force . Madame la
GALANT. 269
Ducheffe de S. Aignan ayant
efté faignée il y a peu de
temps , le petit Comte fon
Fils , qui n'eft âgé que de
deux ans , ayant vû ſon ſang
couler , & remarqué que
cela venoit de ce que le Chirurgien
l'avoit piquée , demanda
une Epée avec ardeur,
fans dire ce qu'il avoit deffein
d'en faire , & apres bien des
prieres ayant obtenu ce qu'il
demandoit , il alla fraper le
Chirurgien , qui en fut bleſſé.
De pareilles actions dans
un âge où l'on peut à peine
parler , & fe foûtenir , font
Z iij
270 MERCURE
connoistre quel fang coule
dans les veines de ceux qui
les entreprennent , & ce que
le Prince & l'Etat en doivent
attendre un jour.
#
X
En vous parlant de Madame
la Ducheffe de S. Aignan
, je ne dois pas oublier
à vous apprendre qu'elle eft
accouchée ces derniers jours
d'un fecond Fils , que l'on
nomme le Chevalier de S. Aignan.
Ce Chevalier n'aura
pas de peine à faire fes preuves,
puis que depuis l'an 1262 .
où un Geofroy de Beauvil
liers fit des partages confidéGALANT.
271
rables , dont on a des Actes
fort autentiques , juſqu'à la
préfente année 1684. en laquelle
eft né cet Enfant, douze
Races des Seigneurs de
ee nom prouvent par des
Actes inconteftables le haut
rang & l'antiquité de leur
Nobleffe . Elles joignent à de
grandes Alliances l'honneur
d'appartenir à plufieurs Tétes
Couronnées , & d'ailleurs
Madame la Ducheffe de
S. Aignan , qui eft de la Maifon
de Rancé, dont elle porte
le Nom & les Armes , & qui
en poffede la Terre , a de
Z iiij
272 MERCURE
fon cofté toute la Nobleffe
que l'on fçauroit defirer ',
quand il s'agit de rendre
fon nom tres - conſidérable.
M' le Duc de Saint Aignan
a un mérite fi genéralement
reconnu , qu'il donne lieu
tous les jours à toutes fortes
d'Ouvrages d'efprit. En voicy
un que vous aimerez. Il cft
de Madame des Houlieres,
fur des Bouts- rimez qui ont
cours depuis deux mois.
GALANT. 273
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
F
Avery
Avory des NeufSaurs , tufçais
plaire omnibus ;
Doux à qui i'cft foumis, fatal à qui
to fâche ,
Tu fers LOVIS LE GRAND fans
cfpoir,fans relâche,
Et de quatre tu fais donner la mart
tribus.
$2
Tu pourrois infpirer la valeur au plus
lâche,
Grand Duc, on voit revivre en toy
Gafton Phebus,
Tufçais l'art d'employer noblement
ton quibus ;
A tes propres dépens plus d'un bel
Efprit mâche.
274 MERCURE
S2
Le Sort pour toy conftant, t'aime,
te rit; Itcm ,
Te deftine un Trefor ( c'est là le
tu-autem )
Qu'un Etranger cacha durant une
grande ire.
$2
Tupeux encore aimer , & faire dire
amo.
Que ton Hiftoire unjourferaplaiſir
à lire,
Sijamais on l'écrit fideli calamo !
Meffire Claude Foujeu ,
Seigneur Decures , Maréchal
Genéral des Logis des
Camps & Armées de Sa Majefté
, eft mort icy le 15.
ce mois. C'eftoit le troifiéme
de
GALANT 275
de fa Famille , qui euft poffedé
la mefme Charge . Elle
eft du Païs Chartrain , & fut
ennoblie par Henry IV. pour
des fervices confidérables
que luy avoit rendus celuy
qui obtint les Lettres d'Ennobliffement.
Il luy arriva
une chofe fort extraordinaire ,
dont tous les Hiftoriens de
ce temps font mention en
parlant du Siége d'Amiens..
Les Ennemis firent uneMine
pour renverser l'Ouvrage qui
eftoit fort avancé , & ils y
mirent le feu dans le temps
qu'on eftoit dans la Tran276MERCURE
chée. Celuy dont je parle y
fut enlevé fi haut , & conferva
tant de jugement dans
ce péril , qu'il remarqua que
les Efpagnols s'affembloient
dans la Place d'Armes pour
faire une fortie . Il en avertit
les Officiers qui comman
doient à la Tranchée, fi - toft
qu'il fut dégagé des terres
où il eftoit prefque enfevely.
L'avis qu'il donna fut fi utile,
que l'on renforça l'Attaque,
en forte que les Ennemis furent
repouffez avec beaucoup
de vigueur , & avec grande
perte de leur coſté ; ce qui
GALANT. 277
avança la réſolution qu'ils
prirent de fe rendre. La Charge
de Maréchal Genéral des
Logis eft partagée , & M " de
Langlée en ont la moitié.
M de Lhommeau , Seigneur
de Thury & de Fillerval
, cft mort quatre jours
apres M de Foujeu . C'eftoit
un ancien Avocat fort eftimé
, & qui poffedoit parfaitment
la Jurifprudence.
Madame la Grande Ducheffe
de Tofcane a fait faire
une celebre Miffion dans la
Ville de Dourdan , dont M'le
Comte de Sainte Meſme, fon
278 MERCURE
Chevalier d'Honneur , eft
Gouverneur. Elle commença
le 28. Septembre , & n'a finy
que le 13. de ce mois . Dix
Preftres de l'Oratoire y ont
efté employez avec unaresgrand
fuccés. Ils ont corrigé
tous les defordres publics &
particuliers , & donné une
nouvelle face à la Ville .
Les Peuples des environs y
font accourus en fi grande
foule , que les Portes de la
grande Eglife où ſe faifoit
cette Miſſion , eftoient toûjours
affiégées long - temps
avant qu'on les euft ouvertes ,
GALANT. 279
tant il
y avoit d'impatience
des
de fe faifir des Confeffionnaux.
Son Alteffe Royale
fit diftribuer de grandes aumônes
, & l'on donna par
fon ordre de l'Argent , du
Pain , des Paillafles
Draps , des Couvertures , &
des Habits à ceux qui n'en
avoient point. Elle répandit
même fes libéralitez fur ceux
de la Religion prétendüe .
reformée , qu'elle envoyoit
catéchifer & inftruire jufque
dans lesVillages où ils étoient
difperfez . Comme cette Princeffe
a demeuré pendant tout
280 MERCURE
ce temps au Chateau
de
Sainte Mefme , qui eft à une
lieüe de Dourdan
, elle a
voulu avoir auprés d'elle le
Pere Thorentin
, Preftre de
l'Oratoire
, pour y faire à
la Paroiffe de Sainte Meſme
les fonctions
que les autres
Millionaires
faifoient
à Dourdan.
C'eft un celebre Prédicateur
, qui depuis plufieurs
années
a occupé
les plus confiderables
Chaires
de Paris , &
des Provinces
de ce Royaume
, & remply toutes les
Charges
de fa Congrégation
.
Il a continuellement
prêché
,
GALANT. 281
adminiftréles Sacremens, inftruit
les Herétiques , & reçû
FAbjuration de Mademoifelle
de Ramezay , dans la
Grande Eglife de Dourdan.
Madame la GrandeDucheffe
de Toſcane ne fe contenta
pas d'honorer de fa préſence
la Cerémonie de cette Converfion
, elle fit encore l'honneur
à la nouvelle Conver
tie , d'eftre fa Caution envers
l'Eglife , en luy fervant de
Marraine , felon la pratique
du Diocéfe de Chartres , ou
tout cela s'eft paffé.
Le Grand Vizir ayant en
Novembre 1684. Aa
282 MERCURE
voyé fon Secretaire à M de
Guilleragues , Ambaffadeur
de France , pour le prier de
fe rendre à Andrinople , où
le Grand Seigneur qui fe dif
pofoit à partir pour Belgrade ,
vouloit luy donner Audience
avant fon depart , cet Ambaffadeur
fe mit en chemin
dans les derniers jours du
mois de Septembre , avec un
grand Cortége de Chariots
& de Chevaux , qui luy furent
fournis par l'ordre de
Sa Hauteffe . Il arriva le 3.
d'Octobre à Andrinople , le
Speiber Aga , & le Chaoux.
GALANT 283
the
Juy'
Bachi ayant efté audevant de
ufuivis d'un plus grand
nombre de Spahis & de Janiffaires
, qu'ils n'ont accoû
tumé d'en mener dans une
pareille occafion . Ils allérent
mefme le recevoir beaucoup
plus loin hors de la Ville,
que Pufage ne le foufre , &
ils luy firent voir par là, qu'ils
luy rendoiét les mêmes honneurs
qu'aux Ambaffadeurs :
Extraordinaires . Apres qu'on
luy eut fait les Complimens
accoûtumez , il monta fur un
des Chevaux de Sa Hauteffe.
Rien n'eftoit plus riche que
Aa ij
284 MERCURE
fon Harnois , où les Pier
reries brilloicnt de tous côtez
. Çes Officiers le laiffé
rent marcher feul , fans luy
difputer la main , & ils al
lérent immédiatement
apres
luy. Quarante Chevaux de
l'Ecurie furent donnez aux
principaux de fa Suite . Les.
Janiffaires eftoient rangez en
Haye dans la Ville , & il fut
conduit au milieu d'eux au
Palais qui luy avoit efté préparé.
Il y reçût des rafraîchiffemens
de toutes fortes
de la part d'un. Officier du
Teftendar , ou Grand Tré
GALANT 285
forier. Sa dépenfe coufte au
Grand Seigneur foixate mille
Afpres tous les jours , & celle
de fes Drogmans , fix millę.
On luy a fourny quatrevingt
Chevaux de Bafts ou de Selle,
& trente huit Chariots .
L'Ouverture du Parlement,.
qui fe fait toujours le lendemain
de la Fefte de Saint
Martin , aefté faite le Lundy
13. de ce mois , avec les Cerémonies
accoûtumées . Vous
fçavez , Madame , que cette:
Ouverture confifte en une
Meffe du S. Efprit , que l'on
chante folemnellement en
286 MERCURE
Muſique , à la Chapelle de
la Grande Salle du Palais , &
à laquelle leParlement affifte
´en Corps , & en Robes rouges.
Cette Meffe eft toûjours
celébrée
par un Evefque , &
elle l'a efté cette année par
MT'Evefque de Troyes,
Fils de M de Chavigny , Secretaire
& Miniftre d'Etat.
M le Nonce du Pape s'y eft
trouvé . La Meffe eftant achevée
, toute la Compagnie
paffa dans la Grand '- Chambre,
où Monfieur de Novion ,
Premier Préfident , remercia
au nom de l'augufte Corps .
GALANT 287
a
dont il eft le Chef , l'Evêque
qui venoit d'officier. Il donna
enfuite à dîner avec beaucoup
de magnificence
aux
Principaux du Parlement, &
à plufieurs autres Perfonnes
de qualité. Quoy qu'on faffe
l'Ouverture du Parlement
ce jour- là , qui eft appellé
Jour des Harangues , c'eft feulement
quinze jours apres,
que l'on entre pour plaider.
Ce n'eft pas que dés le lendemain
de la S. Martin les
delais ne courent , & que les
Procureurs ne commencent
à faire des pourfuites , comme
288 MERCURE
fi l'on entroit. Le mefme
lendemain de la S. Martin
on entre à la Cour des Aydes
; & co.nme l'on continüe
à entrer, & qu'on plaide
les jours faivans , on y fait
les Harangues dés ce mefme
jour. M le Camus , qui en
eft Premier Préfident , fit
cette Ouverture par un Dif
cours fi poly & fi éloquent,
qu'il n'y eut perfonne qui:
n'en fuft charmé. Il parla de
l'obligation étroite des Juges
à réfifter aux tentations ,
& prit de là occafion de faire
Féloge du Roy , fur fon aplication:
GALANT. 289
cation continuelle au bien de
l'Etat , fur cette affabilité qui
luy affujettit tous les coeurs ,
fur cette vigilance infatigable
, auffi grande fur luymefme
, que fur les befoins
de fes Sujets ; fur cet Empire
abfolu qu'il prend fur ſes paffions
, auffi glorieux que
vantage de voir fes Ennemis.
foumis à fes Loix ; & enfin
fur cette victoire qu'il vient
de remporter fur la plus grande
des
tentations qui ayent
jamais flaté un augufte Conquérant.
l'a-
J'avois efté mal inftruit,
Bb Novembre 1684.
290 MERCURE
quand je vous manday il y a
un mois que feu Madame
l'Abbeffe de l'Abbaye aux
Bois eftoit Fille de M le
Comte de Lanoy , Gouver
neur de Montreuil , & Premier
Mailtre d'Hoftel de Sa
Majesté. Elle eftoit fa Soeur,
ce Comte n'ayant eu qu'une
Fille unique,qui eftoit Niéce,
& non Soeur de cette Ab .
beffe , & qui fut mariée en
premieres nôces à M' le
Comte de la Rocheguyon
,
Fils unique de Mile Marquis
de Liancour. De ce mariage
vint une Fille , qui fut mariée
$.

GALANT 291
à M le Prince de Marfillac,
aujourd'huy Duc de la Rochefoucault,
dont les Enfans
font Héritiers du Bien de la
Maifon de Liancour. Apres
la mort de M' le Comte de
la Rocheguyon , fa Veuve,
Fille de Mi le Comte de Lanoy,
épousa en fecondes nôçes
Mi le Duc d'Elbeuf, dont
elle eut deux Enfans , & mou
rut peu de temps apres . Ces
deux Enfans font Madame
la Princeffe de Vaudemont,
& M ' le Prince d'Elbeuf, infirme
, & retiré du monde . La
Mere de M' le Comte de La-
Bb ij
292 MERCURE
noy n'a jamais efté Dame
d'Atour de la feuë Reyne
Mere. Elle fut Gouvernante
de Mefdames
de France , Filles
de Henry IV. & accompagna
en Eſpagne , en qualité
de Dame d'Honneur
, la
premiere Femme de Philippe
IV. Pere de la feue
Reyne. A fon retour, elle fut
faite Dame d'Honneur
, &
Sur- Intendante de la Maiſon
de la feuë Reyne Mere du
Roy. Madame l'Abbeffe de
Poiffy elt Soeur de Madame
de Chaune , préfentement
Abbeffe de l'Abbaye
aux
GALANT 293
Madame
Bois, auffi - bien que
l'Abbeffe
de Saint Pierre de
Lyon.
Le vray Mot de la premiere
Enigme du mois d'Octobre,
cftoit la Fufée volante ; &
ceux qui l'ont expliquée font
M'le Chevalier de Montans;
Le Converty de la Compa
gnie fructifiante en Beauvoifis;
Le nouveau Profeffeur
de Neuchaftel ; L'Exilé du
Parnaffe ;L'Héroïne de Dormans
; & la Dégoûtée de la
Porte de Paris.
A
La feconde , dont le Mot
eftoi: les Feuilles des Arbres ,
Bb üj
294 MERCURE
2.
a cfté expliquée par M's Manicourt
, de Fére en Tarte.
nois , Giroft , de Dormans,
De Fleffel de Vermolet , de
Doullens ; Mefdemoiſelles le
Vaffeur , Filles de M' le Vaffeur,
Avocat du Roy à Amiés;
Petit , de Fére en Tartenois ,
Le joly Correcteur des Compres
de Luxembourg ; Le
Frere & la Soeur ; Le Rimeur
à la mode, L'Hermaphrodite
,
& la Veuve defolée. En Vers,
M Brunet , de la Rue du
Temple ; Leger de la Verbif
fonne, & Coqueloy Sanguin,
Elû à Bar-fur- Scine , a
GALANT 295
""
Ceux qui ont trouvé le
vray fens de l'une & de l'autre
Enigine font , M " Damas ;
De la Faye , De Lhofpital,
Lieutenant au Grenier à Sel
de Paris ; Ferroüillet de la
Rüe des mauvaiſes paroles ;
Gaudeloup ; Simon Lobbé,
de Mirancourt prés Noyon ;
Mefdemoiſelles Marie Thiery
, de la Rue au Fevre ; Mariane
de Quervelegan , de
Quimper , âgée de dix ans;
& De Monceaux la jeune ;
Les Rebutez du changement
; L'aimable Solitaire de
Xaintes ; l'Amant Veuf de-
Bb iiij
296 MERCURE
puis fix femaines , d'auprés
de Soiffons ; Tamirifte , de
la Rue de la Cerifaye ; En
Vers , M Rault , dé Roüen ;
Le Pagnon de la Rue des
Carmes , de la mefme Ville ,
C. Huruge d'Orleans,demeu
rantà Metz , Avice de Caen ,
de la Rue de la Harpe ; Diéreville
, du Pont- l'Evefque ,
Le Moine , de Dormans ; Le
Roux , Médecin à Vitré en
Bretagne ; L'Epinay Buret,
Carriere , encore du mefme
Lieu. Le Clerc , de Buffy ;
Barolet , S de Grandchamp ,
de Beaune en Bourgogne ;
GALANT. 297
1
Le Rival du Charbonnier de
Reims ; Il Rafreddato ; L'heureux
Pelerin de la Paroiffe
S. Benoiít ; Le Franc , Bourgeois
du Havre ; Gygés , &
Alcidor , de la mefme Ville ,
La Femme fans regret ; L'aimable
Minerve , de la Rüe
Gervais Laurent ; La belle
Nourriture , du Havre ; Sylvie
, & la petite Affemblée ,
de la même Ville ; L'Enjouée
du Cul de fac de Sainte Marine
; Le Paſteur fidele d'Auxerre
.
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la
298 MERCURE
prmiere eft de M' Diéreville
du Pont-l'Evefque , & la feconde
de Sylvie du Havre .
ENIGME.
V
Ous autres Curieux qui voulez
toutfçavoir,
il faut contenter voſtre envie .
Je fuis un nouveau né, brunet,grifon,
blanc, noir,
La couleur ne dépendque de lafantaifie,
Et chacun me diverfifie
Selon qu'il en a lepouvoir.
Fe fers aux Champs comme à la
Ville,
Etfuis de toutes les faifons;
Mais c'eft dans le temps des glacons
++;
GALANT. 299
Qu'on me trouve le plus utile.
Ie fais honneur à qui jefuis,
Ie le diftingue du vulgaire,
Ilfemble que je l'enrichis ,
Mais auffi quelquefois je cache fa
mifere.
Ceux qu'on voit aujourd'huyfou
Amis,
Par une catastrophe étrange,
Faifoient jadis fculs mon employs
Voyez unpeu comme tout change.
Ie nefuis pasjufte, il est vray,
Mais en celaje vous diray
Que la mode eft de ne pas l'eftre,
Et qu'ainfi je plais à mon Maiftre.
AUTRE ENIGME.
D
E trois Enfans produits de
mefme Mere,
Lefuis l'aîné, maisje n'en vaux pas
mieuxi
300 MERCURE
Surmoy l'on voit mon fecond Frere
Emporter le prix en tous lieux.
Pourmon cadet,je puis (ans médi-
Sance
Publier qu'on me doitfur luy lapréference.
$ 2
Comme aînéje devrois eftre plus rigoureux,
Et je ne fuisfouvent qu'un pauvre
Langoureux
Qui nepeux pas me confervermoymefme;
-Sans lefecours du Frere de Vénus,
Mon teint& ma couleurfont bientoft
devenus
Des objets déplaifans , & d'un dégouſt
extréme.
22
Quandje fuisjeune, on m'estime
meilleur
2
sans pareil- le
199
out languissant
au
O
a bouteille e ne craitplus
49
tout expres pour noy =
uuons along
Jeff's tout langu
D'une jeune Merv

E
M
De
ه ل ل ا ة ف ا خ
Eur
jane, on m'estime
GALANT. 301
Quequanddevenu vicux je change
de couleur;
Il estpea de Feftins où l'on ne nous
convie,
Mes Freres auffi- bien que moys
Et c'est là que toujours nous finiſſons
larie,
N'ayantpas cependant tous trois un
mefme employ.
1
Je vous envoye un Air Bachique
, qui a l'approbation
des grands Connoiffeurs .
B
CHANSON A BOIRE.
Euvons à longs traits
De ce bon vinfrais,
Saliqueurfanspareille
Me réjouit& meréveille.
J'effois tout languiffant auprés
D'unejeune Merveille;
1
302 MERCURE
Mais à l'abry de la Bouteille
Je ne crains plus fes attraits,
Etje viens parmy vous , chers Amis ,
tout exprés
Pour noyermon amour da is lejus de
la Treille.

M' Talon s'eftant démis
volontairement de fa Charge
de Secretaire du Cabinet
de Sa Majefté , M' Bergeret
Premier Commis des
M' Colbert de Croiffy , Miniftre
& Secretaire d'Etat, en
a efté pourveu , & il en prêta
le Serment accoûtumé il
y a fort peu de jours. C'eſt
un Homme fage & eftimé.
Je vous en dirois davantage,
GALANT. 303
fi je ne vous avois pas entretenue
amplement de luy,
lors qu'il entra aupres de M
de Croilly..
M' Roſe , auffi Secretaire
du Cabinet , eft depuis peu
Préfident des Comptes. J'attens
à vous en parler , qu'il
fe foit fait recevoir dans cette
Charge.
Sa Majesté a donné deux
mille écus de penſion à Mª
de Riants , cy- devant Procureur
du Roy au Chafteler .
C'est une marque qui luy
eft bien glorieufe de l'eftime
que ce grand Monarque fait
304 MERCURE
de fa perfonne , & des longs
fervices qu'il luy a rendus,
ayant commencé à le fervir
dés fa plus grande jeuneffe,
en qualité de Page de fa
Chambre.
Le Roy de Siam eftant en
peine de l'arrivée des Am
baffadeurs qu'il envoya en
1680. au Roy , & ayant appris
par toutes les Nouvelles de
l'Europe, que le Vaiffeau fur
lequel ils s'eftoient embarquez
eftoit perdu , il choiſit
deux des Officiers de fa Maifon
pour eftre envoyez en
France , & en cas que ces
GALANT. 305
Ambaffadeurs y fuffent, leur
remettre la négotiation dont
ils eftoient chargez pour l'é
tabliffement d'un Commerce
entre la Compagnie des Indes
Orientales , & les Sujets
de ce Prince ; & comme le
Roy de Siam a beaucoup de
confiance aux Miffionnaires-
Apoftoliques qui font en ce
Païs -là , il pria M ' l'Evefque
de Metollopolis de joindre à
ces deux Officiers un Miffionnaire
pour les accompa
gner dans ce Voyage. M
Vachet, ancien Miffionnaire
de Cochinchine , ayant efté
Novembre 1684. C c
i
306 MERCURE
choify , les deux Envoyez
Okonne Pichay Valhiten ,
Khonne Pichife On ay tri , avec
fix autres Siamois &mun
Interprete du Païs , partirent
fur un Vaiffeau Anglois les
25. Janvier dernier , & apres
avoir paffé en Angleterre , ils
arrivérent à Calais , où ils fu
rent reçeus par les ordres que
M' le Marquis de Seignelay
avoit donnez pour les faire
conduire à Paris aux dépens
du Roy. Ce Marquis leur en
voya deux Carroffes , pour
rendre à l'Audience qu'il leur
a donnée , & les reçcut dans
fe
GALANT 307
ཋཱ་
fon Cabinet. Ces Envoyez,
apres avoir fait trois réveren
ces la face en terre , & les deux
mains jointes , élevées juſques
au fommet de la tefte , en la
maniere de leur Païs , s'affirent
fur un Tapis , & expliquérent
les principaux Chefs
de leur négotiation pour ce
qui regarde le Commerce, &
dirent en fuite , Qu'ils eftoient
chargez de la part de leur Roy,
de témoigner fa joye de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ; & que dans l'efpérance
que ce Prince avoit conçue
d'une Ambaſſade de la part de Sa
Cc ij
308 MERCURE
Majefté, il avoit fait baftir une
Maifon pour la recevoir, & une
tres grande Eglife pour les Chrétiens.
M' le Marquis de Seignelay,
apres les avoir remerciez de
leur civilité , & leur avoir fait
connoiftre qu'ils avoient efté
traitez par ordre du Roy, leur
témoigna , Que c'eftoit avec
douleur qu'il croyoit que le Vaiffean
fur lequel eftoit embarquez
Les Ambaffadeurs envoyez en
1680. eftoit perdu ; qu'il rendroit
compte à Sa Majefté de ce qu'ils
Luy avoient dit de la part du Roy
laur Maifire ; & qu'il pouvoit
GALANT. 309.
leur dire par avance,que Sa Majesté
eftoit difpofée à iuy envoyer
une Ambaffade, pour luy donner
des marques de l'amitié que Sa
Majefte luy accordoit d'autant
plus volontiers , qu'Elle eſpéroit
que le Roy de Siam inftruit des
erreurs de l'Idolâtrie, affermiroit
cette amitié par le lien d'une
mefme Religion. Les Envoyez
offrirent en fuite leurs Préfcns
, & furent conduits chez
eux de la mefme maniere
qu'ils avoient efté amenez .
1
Je remets au mois prochain à vous
parler de ce que ces Envoyez ont fait à
Paris. Comme ils y doivent paffer cncore
quelque temps , jauray plus de par
310 MERCURE
ticularitez à vous apprendre à la fois de
Tétonement que la grandeur de la France
leur a caufé . Je vous apprendray en
mefmetemps ce qui s'eft pallé quand ils
ont vu le Roy , ce que je ne puis faire
préfentement , eftant preffe de finir ma
Lettre. Depuis ce que je vous ay écrit
des coûtumes & de la Religion des Siamois
,le S ' de Luyne Libraire en adonné
au Public une nouvelle Relation.
Le S Blageart doit debiter dans quatre
ou cinq jours un Livre nouveau ,
intitulé Les diférens Caracteres de l'Amour.
Vous ne douterez point qu'il
ne foit tres-bien écrit , quand je vous
diray que fon Autheur eft de l'Acadé...
mie Françoile . Vous fçavez, Madame,
que ceux qui compofent cette illuftres
Compagnie, ont un talent tout particu→
lier pour donner aux chofes ce tour noble
& naturel qui femble s'offrir fans
qu'on le cherche, & qui eft pourtant fr
difficile à trouver, Ils perfent jufte, &
s'expriment avec la meline juftelle qui
GALANT. 311
paroift dans ce qu'ils penfent. Les diférens
Caracteres qui donnent le titre à
cet Ouvrage , font expliquez par des
Avantures qui font connoiftre les divers
effets que peut produire l'Amour,
felon que l'eftime , l'inclination , ou la
reconnoiflance le font agir. Des Connoilleurs
délicats qui ont lû le Manufcrit,
affirent qu'on ne peut écrire plus
finement , ny foutenir des Hiftorietes.
par des peintures plus vives .
Le meline Libraire promet de donner
dans le mefme temps un autre Livre intitulé
L'Illuftre Génoife . C'eft une Nouvelle
Galante du mefine Autheur que le
Grand Vizir, qui vous a tant plû. Elle
eft du temps , puis que tout ce qui s'eft
fait par l'Armée Navale du Roy , fe
trouve meflé aux Avantures qui y font
décrites, & que les principaux incidens
en font fondez fur des faits connus de
tout le monde . Ainfi je puis vous promettre
par avance un fort grand plaifir
de la lecture de cet Ouvrage , que j'au
312 MER . GAL .
ray foin de vous envoyer fi-toft qu'il
fera en vente. Ceux qui aiment les Hiftorietes
, font de vostre gouft pour la
Confidence Réciproque, que vendle mef--
me Libraire ; ils y eftiment l'enchaînement
de tant d'actions , qui naiffent les
unes des autres , & qui occupent agréa
blement l'efprit, fans qu'on y rencontre
aucun de ces difcours inutiles , dont la
plûpart de ces fortes de petites Nouvelles
fe trouvent remplics . Jefuis , Ma--
dame , Voftre , &e.
A Paris le 30. Novembre 15840-
25552555-2552 555S
SSSS
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Rélude,
P
Sonnets,
I
6
M. Amelot eft nommé imbaffadeur en
Portugal,
Raifonnemens & Madrigaux fur la
Vénus d'Arles,
14
14
Epitre chagrine de Madame des Houlieres,
Balet de la Cour de Vvirtemberg,
23
34
La Naiffance légitime de l'Amour, 44
Prodige defprit,
64
Cerémonie faite par la Confrerie de Saint
Michel,
78
Mariage de M. le Procureur General
aux Requeftes de l'Hoftel,
Profeffion,
80
81
Mort de Madame la Ducheffe de Luynes,
Mort de M. de Manevilette,
Novembre 1684.
४९
97
Dd
TABLE.
Mort de M. de Paris, 98
Epître à Mademoifelle de Scudery, 99
Hiftoire,
Relation de la Chine,
Galanteries,
Prife de la Préveſa,
Epitaphe,
Avis,
106
131
169
172
197
199
Mort d'un Chanoine de S. Victor en
odeur de fainteté,
202
Plufieurs Ouvrages en Vers fur la mort
de feu M. de Corneille,
Conversion,
205
213
Benédiction du Convent des Recolets de
Benéfices donnex par le Roy,
Versailles,
214
217
Festes de Hanover,
221
Divertiffemens de Fontainebleau, 228
Levée du Siege de Bude, 241
Attaque du Fort de Bernardy,
266
Accouchement de Madame la Ducheſſe
de S. Aignan,
Sonnet,
Mort de M. Decures,
270
273
244
TABLE.
"
'Mort de M. de Lhommeau,
Miffion,
277
277
Entrée de M. de Guilleragues à Andri-
282
Ouverture du Parlement & de la Cour
nople,
des Ayles ,
Remarques,
1 285
289
Noms de ceux qui ont trouvé le vray
Mot des Enigmes du mois paffé, 293
Enigmes ,
298
M. Bergeret eft reçen Secretaire du
Cabinet,
M. Rofe Préfident des Comptes,
302
303
Penfion donnée par le Roy à M. de
Riants,
Audience donnée
Livres nouveaux,
303
par M. le Marquis de
Seignelay aux Envoyez de Siam , 304-
310
Fin de la Table.
Dd ij
2255:525$2555:5255
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
Rentennes cu plufieurs Dilerta
tions , fur des Médailles , Bas- reliefs,
Statues , Mofaïques , & Infcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille - douce . In 4. 77 1 .
Heures en Vers par feu M'de Corneille,
30 f.
Sentimens fur les Lettres & far l'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
Nouveaux Dialogues des Morts ,
30 f.
d'Her. Indouze. 30 f.
Premiere Partie . In douze.
30 I.
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. In douze.
30 f.
Jugement de Pluton fur les deux Par1.
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts ,
La Ducheffe d'Eftramene.
30 f..
Deux
Volumes indouze.
40 f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze. 20 f.
30 f.
30 f.
Académie Galante , I. Partie ,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir ,
Hiftoire contenant fon élévation , fes
amours dans le Serrail , fes divers em--
plois, & le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa :
mort, 30 f..
Les Dames Galantes , ou la Confi--
dence réciproque, en deux vol . 3 l..
Hiftoire du Siege de Luxembourg , 30 f
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft:
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy ,
30 f..
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
far l'Alcali. Indouze ..
La Devinereffe , Comedie.
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
30
f..
·
15l.
15fa.
10 f
Coverfions de M.Gilly& Courdil.10 f .
D.d iij;
Cent trente Volumes du Myrcure,
avec les Relations & les Extraor
dinaires. Il y a huit Relations qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avecle Koy
d'Espagne .
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiselle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dau
phin avec la Princelle Anne - Chref
tienne . Victoire de Baviere .
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouillances
qui fe font faites pour la Naiffance dé
Monfeigneur le Duc de Bourgogne .
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement jaf
qu'à la levée du Siege en 1683 .
Traité de la Tranſpiration des humeurs
qui font les caufes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
fans le trifte fecours de la fréquente.
faignée Difcours Philofophique . 30...
II y a vingt - fept Extraordinaires , qui
outre les Queftions galantes , & d'éru
dition , & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines , fçavoir.
A
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Devifes , Emblêmes, & Revers
de Médailles De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. Du Verre : Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. Dela Contef
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimeric. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans. De la
Poudre à Canon . De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition. De la fimpathie, & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets,
s'ils font de tous Pais, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée , & de fes effets. Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition ,
& des Erreurs populaires. De la Chaffe .
Des Metéores , & de la Comete apparue
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France. Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , trespropre
à eftre rendue univerfelle, avec.
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un :
& l'autre d'un ufage facile pour la com.
munication des Nations . De l'air du :
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy
il confifte . De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres . De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté , &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié . L'A.
brege du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpèces. Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret.
De la Converfation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches , & de leur antiquité
. Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture . De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux ..
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt - neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt- cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres . On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez , à la referve
des Recherches d'antiquité , qu'on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires .
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en:
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dans le Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefleront point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Impri
meur-Libraire, Rue S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
d'en acquiter le port fur les
foin
que
Lieux.
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire .
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter.
Il eſt inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy defujer
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez.
On avertit que les Mercures qui s'impriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
FIN.
L
Avis pour placer les Figures.
Air qui commence par Veux-tu
conferver ton Empire , doit regarder
la page 77.
Le Plan de Bude doit regarder la
page 266 ,
8
La Chanfon qui commence par
Bûvons à longs traits , doit regarder
large 301 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le