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1684, 08
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MERCUR!?
LE DAUPHIN-
.Ni J.-JAOU..; STl,. , -1 1684.
A PARIS,
A-V SALAt.S*.
ON donnera toûjours un Voli
nouveau du Mercure Galar
premier jour de chaque Mois, &
le vendra,aussi-bien que l'Extra
dinaire, Trente sols relié en V
& Vingt-cinq, solsen Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dan
Salle des Merciers,àlajustice.
Chez C.BLAGEART, Ruë S. Jae<j
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
ittenlâ BoutiqueCourt-Neuve du Pa
- AUDAUPHIN.
EtT. GIRARD, auPalais, dans la Gra
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXIV.
ArEC PRIVILEGE DV ROT
Avis pourplacerles Figures. LE Mausolée doitregarder la page n^,
1/Air qui commence par LeRofîignol
l'on i-'dmtre, doit regarderla page 149.
L'Air qui commence par Il n'eji poin
l'o*rkdoit regarder la page 3jo.
Tabledes Matières. P Rélude,I. Sonnet, 3
Vers libres sur une Dispute excitée entre
les Sçavans, 6. Quatrain, 17
Lettre en forme de Manifeste, touchant l'Affaire
deGironne,18 Madrigal, 51. -.. Devises, 51
Surl'Affaire deGénes, 55
A M.le Ducde Bourbon, apres avoir achevé
ses Etudes, 57
LibéralitéduRoy, 58.
Morts, parmylesquelles dl celle de M. de
Pradelle, dont on s'est retracté dans la fin
de ce Volume, 59
Guérison de M.le Marquis du Quesne, 70
Sonnet, 73
M. Roulié est reçeu Procureur General dela
Chambre des Comptes, 74 Mariage de Mademoiselle Bourlon, 75
Mariage de Mademoiselle Barentin, 79
Arrivée & chargement de quatre Vaisseaux
pour le compte de la CompagniedesIndes
Orientales, 81
Lettre deRomecõtenantdiverses nouvelles,85
Bout-de-l'ande la Reyne fait àS.Denys, 113.
Services faits en divers endroits duRoyaume,
117. Histoire, 11^
Détail de tout ce qui s'est passé pendant la
Négotiation de la Paix d'Alger; l'arrivée i|* de l'Ambassadeur de cet État en France,
son Voyage, son Audience, ses Harangues, cequ'il a dit sur tout ce qu'il a veu dans ce
Royaume, son Déparrl' &TesFréfens qui
luy ont esté faits, & à tous ceux de sa-
Suite, 1491- Tout ce qui s'est passé à l'occasiond'un PanMéegsysrieiquurse
du Roy,fondé à perpetuiré par
les Prevost & Echevins de IitVilIede
Palis, & tout ce qui s'estfait dans l'Université
à ce sujet; avec tous les embellissemens
que M. de Pommereu a fait à Paris
pendant qu'il a esté.Prevost desMarchands,
2-66
M.lePrésident de Fourcyest élû Prevost des
Marchands; avec le Discours de M.le Président
Brissonnet fait au Roy en cette occa- sion,295. Maladiede Madame la Dauphine, 304
Madame la Duchesse de Modene part deBruxellespour
retourner en Italie, * 312.-
Plusieurs particularitezdecequis'est passé à
Paris &à Versailles , touchant la Statuë
d'Arles; avec la Décisiondu diférendqui
est entre les Sçavans sur ce sujet, 313
Sermon fait le jour de Saint Loüis devant
Messieursdel'AcadémieFrançoise, par M.
l'Abbé Denise, 31-4"
Nouvelles de Constantinople, p.6'-
Nouvelles du Canada, 340
Explication de l'Enigme de l'autre mois, 350-
Enigmes, 353.Course de Bague,354
Mariage de M.d'Elbeuf,35 5. CcnclufLonr
EI. N..
'AERCVRE
CALeer
- AOUST 1684.
IL n'est pas besoin, Madame,
que je vous ap- JLprenne les raisons qui
m'obligent à remettre encore
jusqu'au mois prochain,
ce que je vous avois promis
pour celuy-cy au commencement
de ma Lettre de Juillet.
Vous les pouvez aisément
connoistre, sans que je
m'explique; mais sicet Article
diféré recule pour quelque
temps leplaifir que vous
vousestiez promis de ce
qu'il doit renfermer de glorieux
pour le Roy, vous aurez
au moins celuy de lire
l'éloge de ce grand Monarque
dans ce Sonnet de Mr
Magnin. Il aesté fait à l'occasito)
n de la Statuë que Mrs
d'Arleess luy ont eennvvooyée,e,.
LE Régne de LOFIS, le plut
grand Roy du monde,
Semble avoir rê'ûny les grandsévenemensi
Il brave les Saisons,dompte les Elémensy
Jointles Mers, a ses Loixsoumet la
Terre & rOnde.
Son Royaumepaijïble en milie Biens
abonde,
Il donne ases grandeursdieteruels
fondemensi
Et Diane & Venu* quittant leurs
Monumens,
Viennent pouradmirersa sagessè
profonde.
L'une & l'antre s'cmprejfe, & difputc
aujourd'hui,
Pourfefaire connoifirc, -& se donner
aLtlJj
Et nos Neveuxcharmez, enlisant
fin Hijlojrt,
Dans les Sieclesfuturssidiront toura-
tonry
Les hrommesn'dyant ritnpour répondre
asagloirey
Les Vieuxmirent leursflins k luy
fairela Conr.
Il est assez surprenant qu'un
sujet qui a si peu de raport
avec les loüanges de Sa Majesté,
ait pu donner lieu de
les étendre d'une maniere si
agreable & si naturelle.Voicy
d'autres Vers de MrMagninsur
cette mesme Statuë.
Vous les trouverez de ce caractere
aisé qui fait COEU
noistrequ'on est né pour la
Poësie. Ils sont adressez à
Mrde Vertron,de l'Académie.
Royale d'Arles.
REFLEXIO-N
SUR LA DISPUTE
DESSCAVANS,
Pour sçavoir fîla'Stâtlîë'
que la YiU;
d'Arlesa eu l'honneur de donner au
Roy, représente Diane ou Vénus..
VERS LIBRES. DJane èfichàsle, elle ejtmodisse,
En benne paJrt It on prend toujours.
1
finnom.
Vénmejlsur un autre ton;
- Des quon la nomme, on devine
le reste,
Etie rtfte nesipasfort bon.-
Venta donnoitaz,ile aux Tilles debauchées,
Dianeprude aidoit aux Femmes
accouchas-,
Cd/c-ry cherchoit les ForeFis,
Et Li Cbajfc & let Solitude
Fjhufitjdplus c-berehabitude;
LisAmans tendres& d'ifcrcts
En enoient regardez d'un airfevere'
&rude,
Charmantetoutefois à donnerdel'amour;
Maïsmalheur à celuy qui s'avijoit
enprendre,
Ca-r ellesçavoitse défendre,
Etnous ne lisonspas quelle enprifi
afon tour.
Ne donner nena la undre/fé,
Regarder indifcumment
Les trisses langueurs d'un Amant
£>mfoupirt &feplaintfansceffe^
Celasivoit tres-rarement.
Les grands coeurs n'ont ils pas leur
petitefoiblejfey
Etpeuvent-ils ausecret mouvement
J^ui lessollicite &les presse,
Rifijler éternellement?
C'ejl ce quefitDiane, cf tefit hautement)
Lyon peut apres cela croire fort
jêûrement
-91-Ue ce n'eflpaspour rien quelle
sefitDéesse.
Venta pour s'établir ason tour dans
les Cieux,
S'yprit tout d'uneautre manierci
Etces Hommes ambitieux
J^Jfifontavisez,defabriquerdes
DÙIIX,
De honne-si) ne S) connoissoient
.emére.
Cette Venmfameufey avec un pet*
d'appas
Dont dieJît méchant tifàge,
Fit du bruit dansfin voiftnige,
Et ce bruit ne luy nuisitPitl.
Elle estoitfort coqsete,, eUe en avoit
la mine;
Avec des regardsajfétez,,
D'un Troupeau d'Antans enchatez»
Elle machinoit la ruine,
Et les Sotsqu'ils eiloient, Adoroienl.
laMachine.
Coqueteainjitambourbatant,-
EUe en contcntoit uny elle en dupoit
unautre.
Cieffoitfortma/fait; maispourtant
Lefitledefintlmps na-tilpoint
l'air du îivfl,ie?
Ienexamine point les chofis de trop
pres;
Maissans avoir des fentimensprofanes,
Onpeut bien s'ajjurerqu'on ne verra
jamais
Moins deVeninque de Dianes.
Avec un airJt diferent,
Airfipropre à les reconnoiflre
Au momentqu'onlesvoitparoijtre^
D'où vient donc que l'on syméprend
?
D'oùvientquefous LOVIS,Jeplut
grand Roy du Monde,
LOVIS, quisur têtu les Hnmains-
Répandfanscejfe^& come àpleines
mains,
LafigeHe dont il abo.:,'dc;
D'où vient quefom un Roy quiparoisi
ejlre né
Pourfaire native les merveilles,
Sur des difficultés pareilles,
Toutle moudefetieutsilongtemps
ohJliné,
Et quon ne conclut rien après de Ion,
guésveilles?
Fourles D¡;C.i¡X de lAntiquitév
laejnfezm:eïftusis.jamais mêlé de leurs
jama~s me e -
ui's soient Raccordqu'ilsfoient
contraires,
le nenfuis point inquiété,
De Bon coeurje les laisse en leurs dimeures
fombresj
Tout l'éclat dont briUoitleurfausse
<
mnjeifé,-
Auprès du Grand LOVISneferoit
que des ombres.
Encore un coup, qu'ils neprétendentpasOccuperde
mes Fers les Rimes me- furées,
A ce Monarque consacrées;
Cefoinfeulfour ma Mufe a cCengageons
appas.
Toutcfoispais que cette Hijmre
Mepeutfournirdequoy chanter
Quelques beaux endroits de sa
glfiire,
Elle peut bien un momentm'arreller.
Helas! quil efi de Gens d*Epée &
de Soutane,
Enfaveur de Venta tout prifls À
diJ}t'(er!
Maisl'apparence eifpourDiane, *
Ils nesçAuroientlecontester.
EUeftit du Soleil la pompeuse carriere,
Etpeut.efire enjettantfes regards
sur LOYIS,
ilparutj! briuânt degloire & de
JguIerstmisÚre,
yeuxfurent éblouis.
E,,,I'in manquantsa route au delà du
Tonnerre,
Elle a frû qu'Apollon habitoitsur
laTcrrei
Et Fonpeut dire tsurement,
jQuefil'avanture tjfétrange,
Ce n'eHpdsmalheureusement
19iie la Détjfl a frts le change.
Venmn-efifatd'assez,bonfèns
Pour s'égarer avec tant etavantage,
Si quelque Avanturier luj donnede
l'encens,
IncolJff/lntc qu'elle est, il Parrefte
au passages
Diane erre, ileflvray, maisson erreur
C'0%-
On nefçauroitmejme leftreplutoft,
Puisqu'au moment quefit Mcre
Latone
Accoucha d'Apollon,ellefit ce qu'il
faut
Four la bien releversans aide de
personnes
Ellefut Sage- Femme, &jamais ne
ccffi.
c'ejloirbienlàsideffinle,
Puis qu'on dit qu'tlle commença
Le lendemain quelle fut née.
Sagedés le Berceau, loin de nous
etonner,
Foibles aveugles que noussommes>
Disonsquelle tientse donner
Au plus fare de tous les Hommes.
PlaidepourVénus qui voudra,
A la Catir de LOF1Ssi Cauje eH
déphréa
Chacun dit quellel'y perdra,
Avec Diane à tort clic s*tflmefurée.
0 Toy qui tiens ton rangdans leJacre
Vallon,
GênereuxDeftnfeur de la chasse
DétJlè;
Le party de Diane efl celuyd*Apollon,
De cette chere Soeur la Gloire t'intéreJlè;
Si pourelle aujourd'huy ton grand
zele s'cmprejje,
Te crois que e'cilavec raison.
Arles, Villefortunee,
Dont Ckeurtuje deBinée
Fut de garder ce DépoHsilongtemps,
A l'honneur dîApollon le PArnajfi
t'invite
D'enfairevaloir le mérite.
L'lllufire Saint Aignan soûtient tes
sentimens,
Du contraire Party cefufrage tacquîtes
IlestJuge,&tres- éclAiré,
Il al'ejprit,rintelligence, ilseconnot'Hen Dieux, &dans cette
Science
ElevépreflJut désl'enfance,
En-il quelqueSeigneuren France
Jïui luypuijfeefbrecomparé?
CedigneProtecteur avec toy dlclArl,
Au Party de Diane attire tant de
tnondey
_Zue,_fu,-quoy que Vénussefonde,
Je croy le fien dcfefperé.
Mrde Vertron, qui s'est
faitvoir en toutes rencontres,
le Défenseur du beau Sexe,
a fait le Quatrain suivant en
faveur de Diane, & des Dames
d'Arles. Calliftene àqui
vous voyez qu'il adresse la
parole,est celuy quiprend
les intérets de Vénus dans
le Livre que MrTerrinafait:
sur cetteDispute. sllcncc, Ctlliïîene,&ne difyùtt?
*
plus.
Tes jentirnens fonttropprofan-es- ;;
DansIrles ccïi a torî-ejue tucherches
P-éîîusi*
L'en n'y trouve que des Diane?*-
Apresvous avoirparlé de
la Statuë, qui a exciré,&qui
excite encore tous les jours
tant de disputes parmy les
Sçavans, je passe à une Affaire
qui n'a pas moins formé
de contestations parmy les,
Braves. Quoy qu'elle se soit
passée il y a déja trois mois,
les choses que jevay vous en
apprendre sont si peu connuës,
qu'elles feront un Article
aussi nouveau que vous
le trouverez curieux.C'est
du Siege de Gironne que je,
prétens vous entretenir. Les
Ennemisdela France ont eu
si peu d'occasions de parler
contre nos armes toujours
victorieuses, qu'il ne faut pas
s'étonner, si voulant grossir
les choses, ils sesontsaisis du
moindre désavantage qu'on
nous pourroit imputer. Quoy
qu'une entreprise manques
ne puissepasser pour une
perte, sur tout lors qu'on n'y
a employé que peu de jourS)
ils ont vanté leur triomphe
comme s'ils avoient conquis
la plus forte Place de l'Europe.
Le grand bruit qu'ils
en ont fait, a estécause que
lavérité n'a pû. se faire entendre
en beaucoup de lieux.
Commeelle estoit étoufée
fous le grand nombre de
saussetez qui se debitoient,
un Homme de la première
qualité,ôc que son rang diftingue
à la Cour, a voulu
estreéclaircy à fond de toutes
les circonstancesde cette
Affaire. Danscedessein, il
a écrit à un de ses Amis qui
s'est trouvé à ce Siège, & l'a
prie de luy en mander la vérité.
La Réponse qu'il en a
reçeuë, est tombée entre mes
mains, & je vous l'envoye.
C'est une Relation & un Maniseste
tout-ensemble, qui
mérite que la Poflerité le
conserve. Il détruit les diverses
impostures qui ont
estépubliées surcesujet.
MONSEIGNEUR
VQUS mordonne de faire le
détail au vray de ce qui s'efl paffé.
-
devant Gjironne
3 & de vous
mander les raisons que l'on a rués;
d'en entreprendre le Siege. Je.,--
voudrots avoir le secret des affaires
, pour répondre mieux a
vos souhaits, Cependantcomme
je nnee vruoauuss éCcMr*irraay que ce qui Ss,eesf~t
jait& dit publiquement dans
tArmée)je puis vous affurer que
je ne vous dirayrien qui ne Joit
tres-njeritabley & qu'uneinfinité
de Témoins très-dignes defoy ne
rvOUJ confirme quand vous les
consulterez. M* le Maréchal
de Belfondsregardait Gïronne?
comme leJeul endroitpropre aluy
Jervir de Place d'armes,& dans
lequel il peurroit loger en seûrete ,,0,
-/ Jon Artillerie, ses Munitions) @r
ses Malades, ($f mettre une
partie desesTroupes en quartier j
derafratchijpment,foit pendant
les chaleurs de l'Eté,Joitpendant
LKHyucr. Toutce qui ressoitd'In*
fmterie à tEspa:sne, CItseule.
quifuflen Catalogne,s'estoitréfugiée
dans cette Place apres la.
déroute du Pont-Major; deforte,
qu"eslans encore toute concernée
de cetredéroute, il anjoit.Jujet de.
croire qu'ilennjienâreït plussa,
cilement à bout,& qu'enseren+
dant maigre de ce Corps de Troupes
(Sf de ce Poste, nonfeulement
il lefereit en fort peu de temps
du plat Pais,mais qu'il sowvnroit
un chemin pour conquérir
toute la Province avec autant,
de facilité que de promptitude.
Les Gens qui n'ont pas pénétré
d:abord ses intentions, ou qui
n'ont pas sceu les cb&fescomme
elles le font pafffeJJ en ontfait
divers raisonnemens3lapinpart
très-contraires à la vérité.
Ai1 le Maréchal de Belfonds
ne voulant pas s'en tenir à l'avantagequ'il
avoitremportésur
ses Ennemis au Pont-Major, ny
borner en cet endroit-là lagloire
des armes du Rey,& ne voyant
four lors que la ViUe de Gironne
contre laquelle il pufl les faire
agir, parce que l'Armée navale
nefoitpasencore arrivée, il résolut
de tenter la prise de cette
Place; maiinoyantpas assiz de
Troupes pouryfaire une Circonvariation.
datation reguliere ou il auroit
J-alurenfermer la montagne, &
ne jugeantpasd'ailleursqu'ilsufl
à propos de s'engager à un Siege
dans lesformes ordinaires, il entreprit
de le faire par uneuoye
plus courte &de moins dangereuse
consequence ; e en ejfet>
depuis l'ouverture de la Tranchée>
onne songea point a avancer
aucun Logement> mais seulement
a perfectionner un grand
Travail qui av&it efiéfait LA
premierenuit; deforte quejnf.
ques à l'Attaque, nous navions
pas perduvingt Hommes.
Quelques Officiers de l'Ar-.
mee ne comprenoient pas que l'on
puri ajjiéger une Placey & en
lai/fer pendant trois ou quatre
jours le tiers de la Circonvalatien
libre; mais l'abatement où
M1 le Àfaréchal de Belfonds
voyoit les Ennemisy lasituation
du Païs, dr les idées qui luy
étoient demeurées du premier
Siége de cette Ville où il s'étoit
trouvé ily auoit trente-un an,
le dèterminerenta ce party. AujJi
nen est il arrivérien defâcheuXj e la fuite fera voirqu'il nen
avoit pointde meilleuraprendre.
avait lieu d'esperer d'y réujjr
mpeu de jours, pane qu'ilIfa:
zoit que la Muraille n'étolt point
rerrajfèe9 que. les Ouvrages en
iteientdétache%, & qu'ils riy
tloientfermek a la gorge que par
de simples palissades.Ildiflribua
donc les Quartiers, après
avoir fait fairè des Ponts de
Communication sur la Riviere
du Ter. Il fit tirer une Ligne de
Circonsolation depuis un coté
de la Montagnejufquà l'autre,
par les endroits où il la croyoit
necessaire. Il fit monter sur la
Montagne des Bataillons3 des
Dragons des Miquelets, avec
ordre de sy retranchersur les pafsaLes*
afin de fermer les Forts
(t) d'empescher les Ennemis dj
jetter du secours de dehors. Il
avoir laisse de l'Infanterie & de
la Cavalerie avec les munitions
*u Pont- Major. On employa,
quatre jours a tous ces préparatifs.
Le 2.1. May les Ennemis firent
firtjr deux Troupes 4e Cavalerie
; mais M1 le Marquis
de Toiras avec un Escadron de
Cravates, & un de Condé, les
repoussa jufquà la Porte. Illeur
tua quelques gens, tif n'enperdit
aucun des.fiens, quoy quil effuyait
beaucêup de feu du Canon
& du Mousquet. Le foir de ce
mesme jour on ouvrit la Tranchée
fort heureuflment, car l'ony'
fit un fort grand Travail, &
l'on riy perdit frerfonne.
Le 11. on mît huit Pièces à
Canon en baterie) & ce Car,on
ruina dés le mesme jour le Parapet
de la CourtineJ st) les Dé-,
fendes des Baflicns des deux:
c1o4 te%.
Le 13. il batit en brèche entre
les deux Tours dé la gauche,mars
si haut qu'elle ne fut point jugée
raiJônnable) de forte qu'il continua
le 14. entre les deux Tours
de la droite,&yayantfaitune
Brèche qui se trouva sur le foir
fort baffe
)
ton ne crut pas d?-
1voirdijerer iAttaque. L'on
commanda donc aux trois Batail-
Ions qui devoientjreleverla Tranchée
t de soutenir.ceux qui etoient
de garde, £rIon dijpopi l'Ato
yi
taque de cette forte.
Mr de Chaferon Lieutenant
General M' du Saussay Marechai
de Camp., & M- de Stoup
Brigadier,etoient de jour. Piémont
avoit la droite de tout, &
devoit marcher au Bastion revêtu
pour le prendre par la gorge.
Un Bataillon de Stoup avoit la
gdu:he de tout, & attaquoit
anjft par la gorge le Baflion qui
néroit point revêtu; Ic les Fu..
jiliers à qui on avoit joint les
Grenadiers de Sainte Maure,.
marchoient au milieu droit à U
Bréche. Mr le Maréchal de
Belfonds avoit ordonné qu'ils
sarreteroientjur la Brèche3 afin
qu'ilseussent le ttmps de Je remettre
tous ensemble3 & de jetter
un grand nombre de Fafcirfes
a celOle de la gauche) dont il avoit juge que la décente feroit dificile3.
parcequelle efloitfort hautequoy *qu'il sufl facil;e dJ j monter a
cauje des Decombrcs de la muraille
que le Canon y avoit jaitr
tombber dde nofr1irecoIlté.
Les kux Bataillons de 14.
droite & de la gauche emporte,
rent avec facilité les deuxRaflions
} rr prirent le Colonel, les
Capitaines & les Soldats du Regiment
de la Députation de TZarcelonnt,
avec ceux d'un autre
Regiment qui y étoient de, garde;
tout le refley fut tué. Mais
les Fufeliers nexecuterent pas si
ponflueliement ce qu'on leur anjoit
preferit;carau lieudefaire balte
surla Bréche, où ils nefjuyoient
aucun feu, à cause que nous
étions maîtres des deux Raflions
qui étaient. de part C- d'autre,
ed dese remettre tous ensemble,
ils entrerent lespremiers avezpeu
tl/ordre dans la faille3 & cependant
ne laisserent pas de pouffèr
les Ennemis par dela leurs R..é-
Iranchemens, mais ilsfurentcbarge%
par quelque Cavalerie, &
les Gens d'une Tour que les Ennemistenaient
encore,ayant pris
ce temps pour leur jetter de la
Toudre&des Grénadej, comme
d'ailleurs ils ne se trouvèrent
pointpûtenus à cause qu'ils n'avoient
pas laijjé' a ceux qui les
JUivoient, le loisir qu'illeurfallait
pour les joindre, ils furent
contraints de quiter laBrèche3&
d'en fomr. Cependant Mr le
Maréchal de Belfonds ayant vU",
lès deux Baflions pris3 & les
Nôtres dans la VilleJ envoya
bâter les trois "Bataillons qui lesdevaient
Joûtenir; mais au lieu
daller droità la "Brèche>ils marchèrent
j celuy de CaflreJ & un
de Stoup
j au Bajlton de la gauche3
& celuy de Fujlemberg a
celuy de la droitey &s'y arréterent)
quoy qu'ils n'y euffint que
faire, puisque nous étions deja
maîtres de l'un gjf de l'autre.
Cettemêprise arriva parce que
M1 le Marquis de Larré, qui
prenoit foin de cette Ligne Jous
Mr de la Motte
3
se trouva»
blessé.
Il est vray que celuy de Cafres
marcha a la 13réche., quand
on luy eut dit quon ïavoit dessine-
la, mais il efloitdéjà à demy
rompu
3
@r par consequent
peu en état Sy faire le feu dont
- nous avionsbesoin3 deforte que
l'on fut contraint defaire venir
l'autre Bataillon de Fuflemberg,
que Mr du Saussay voulut encore
faire donner. Il entra éteie7,
bien par U Bricbe de la droite;
mais une foule de Gens des Bataillons
de la gauche estant entrez
par la Brèche gauche,&se
rejettant sur eux par devant la
Brèchedroite, les mirent dans /*.
mesme confufiofi ; ce quiobligea
Ad1leMaréchal de Belfonds de
les faire retenir sur la Brèche,
où ils efloient ajje% en feureté3
avec ordre de sy retrancher;
maisvoyant que les Travailleurs
y étaient confondus avec les Troupes,
dr qu'il feroitpérilleux d'y
demeurer plus long
- temps sans
communication avec la Tranchée,
iljugea qu'il efloit plus a propos
dese retirer) &envoya ordre de
le faire; mais comme cét ordre ne
fut pas ajJez prsmtement executé,
les Ajjîége% sen prevalurent, , & eslans montez dans les Tours,
dou ils voyoient nos Gens àdicouvert:
dans les Bajtions,ils en
tuerent É7 bleeerentplurieurs.
LeRegiment de Dampierre
insultaune Demi-Lune., &défit
tous ceux qui efloient dedans;
mais le LieutenantColonel qui
avoit l'ordre, ayant esié mis d'abeourjdr
hors de combat sans quil
informe les autres Officiers
que ce ne devoitejlrequ'unefausse
Attaque3 ils la crurent véritable
, C- quoy qu'ils neuffent
ny Outils, ny Travailleurs
>
ils
s'obflinerent ày demeurer, &y
perdirent encore plusieurs Gens.
Les Ennemis avoient jette au
pied de la Brèche gauche des
Planches lardeesdegrands clous
la peinte en haut, dont quelquesuns
de nos Gens se trouvèrent incommodez;
ce qui ne fieroit pas
arrivé si les Fufeliers eujJènt
donné le temps Jj jetter les Fascines
qui avoient eslêordonnées.
Enfin s'ils riavoient pas eu tant
de chaleur) cette entrepriseauroit
indubitablement réiijjt3 & la
GarnisOn, qttey que fort nombreuft,
n'auroit pû éviter d'eflre
au moins prisonniere de Guerre,
sans qu'il nous en eufi coûtt que
tres - peu de monde, car nous avionsdéja
deux Baflions, une
Demi- Lune, &r deux grandes
bêchesdontnous étions maîtres,
&nous riavions pas encore perdu
trente Hommes depuis le
commencement de l'Attaque jusque-
la. NoUinecommençâmes
A en perdre beaucoup que depuis
que l'on eut cessé d'executer les
ordres.
Mais au fond, il s'en faut
beaucoup que notre perte riait
eslésigrandeque celle des Ennemis
,
puis que nous n'y avons eu
qu'environ deux cens Hommes
tuez.[ur la place
& cinq cens
cinquante blejJeZ qui font déjà
pfefque tous guéris& retourne%
M leurs Drapeaux, 0* que les
Ennemis avouent qu'ilsavoient
près de douze cens Hommes tant
dans les deux Bufiions que dans
la Demi- Lune. Il est certain
qu'ilsyfurent tous tuez ou faits
prifonmers> sans qu'il en puft
ecbaperunfeul, parce que, comme
il a déjà esié remarquéy l'ony
entra par lagorge.
Onsçait qu'aprés que les Fuseliersfurentfcrtis
de la Brèche,
les AJfiégtZ eurent leur part de
laconfujion,& qu'ilsse bâtirent
les uns contre les autres dans leurs
J{etracnchemens, ceux d'un bout
prenant ceux de l'autre pour des
François ; ce qui augmentaconjiderablement
le nombre de leurs
Morts & de leurs Blejjer,que
l'onajJùre avoir esié de plus de
dix-huitcens Hommes.
Les Minières d'Espagne, a
ce que publient les Galettes de
Bruxelles(gjr les Mémoiresdis
Hollande
3
riont pas l-aissé d'en
crier Vléloire,& d'en fourre Ince,
du bruit dans les Pais iloignek,
mais, Monseigneur; vous voje^
bien que ça-estésansraison. Ce
riefl pas que l'on ne doive cerK
venir que ce fut beaucoup gagner
pour eux que dévitercommeils
firent la perte d'une assiz grande
Ville
,.
de leurs meilleures- Troitpes,
&mesme de toute la C~-
talogne
3 car onscait que leurs
Places lesplusimportantes étoient
dépourvues de monde pour les
défendre, & que si celle de Gironne
avoit eslé emportée de cette
forte, il nauroitfallu que se presenterdevant
lesautrespour s'en:
rendre mattres.
Cécoit une partie des viles,
m la défaite des Ennemis au
Pont-Majoravoit fait entrer
Mc le MaréchaldeT$clfondsy
& ou il nauroitpu manquer de
réiïjjirysilesordresqu'il avoitfort
bien expliquez.en les donnant,
4voient ejle exaélement fuivisi
clt encore un (OUP, si unepartit
du Bataillon des FHfieliers5quoy
q*îentré avec peu d'ordre,fut capable
de pouffer les Ennemis jurques
a!4 delà de leur Rftranchtment
? il est hors de doute que'
quandleBataillon entier @¡ remu
rnfemble-yferoit entré, &
qu'il aurvixelféfeûtenH par les -
Autres qui efloient commande%
pour cela
, & qui feraient auJF
entrez par la Brèche gauche,
apres que la décente en aurait
lfté renduepraticable par le'
moyen des Faflines ;il efîhors
de doute,dis-jey que-les Ennïmïs
awroient esiéforcer, df la Ville
emportéedajjaut. C'efioit-U
le projet de M: le Maréchal de
Belfonds, à ce qu'il a paru ; &
lagrandeAffairequ'ilauroïteue
apres cela,aureitefléd'en empefcber
le pillage.
Apres ce recit qui est tres-veritable,
vous A.'Voüerez.J Adonfiigneur,
&perfonne ne lepeut
contefier, que l'Entreprise de Girmne
ejioit de la derniers importance,
qu'on pouvait l'executer
avec un entiersuccés, & qu'il
efl fort honorable de l'avoir,
tentée.
Mais au reste quel avantage
peut on tirer en faveur des Ennemts
de la Levee de ce Sieze*
horsIceluyd'avoir évité leur pertegenerale
f Peut-onnierque toute.
leur Arméeriait eslé mise en
déroute auPont -Major? que.
nous n'ayons taillé en piecrs tout
ce. qui efloit dans les deux Bajlions
& dans la Verni
- Lunef.
que nous ne mus en soyons retirez
sans que l'on nous en ait.
CbAjJez?que nous nesoyons rèfle7,,
quatre jours dans notre Camp
fous la portée du Canon de la.
ViUe, apres avoir retiré la Tranchée,
sans que les Ennemis ayent
efésortïrpour la raser,cequi'ls,
rient fait qu'après que nous
arvons eu repaJJé'aRiviere pour
t*lvJeenniirrdaUuOOUuljrrttiieerrddeeDDtm~p~ienrrre -ou nous avons encore demeure
cinq jours? Il est certainquils
ont perdu dans l'Attaque deux
fois plus de monde que nous;
qu'en quittant le Camp de Gi-
Yonne) & pendant que nousy
avonsejlé,ilsn'ont jamaisparu
ny en gros ny en détail ; que depuis
cela le plus près qu'ils se
soient approche% de nous )
c'est
d'eflrevenus d'Oflelricsecamperç
a Palau entre les chemins 6/'0.
fie/rie fJJ de Palamos à Gironne;
qu'ils sefont feulement A'lJltn,:ez':
éiSalra lors qu'ils ont apprisque
mus attaquions Cap de ^uiers9
laiffintentre-eux & nousy deux
Rivieres derriere lesquelles ilsJe
font bien retranche au pied de
la Montagne ; que nous riavons
reçu aucun renfortny par terre.,
ny par mer, & que cependant
ils riont oséfaire aucun mouvement
pour venir a la moindre
uéftion nyavant ny après, ny
pendant que notre Arméeefloit -
partagée au Siege de Cap de
Quiersy er au Blocus de Rost,
quoy qu'ils eujjentreçu mille
Chevaux &deux mille Hommes
de pied de renfort', tant la
consternation où nous les avons
jtttelz a esiegrande.
Tous ces Faits- lafont de M'ptorietépublique
ftJ il n'y a per~
sonne parmy nous> ny dans le
Paisj nydans Gironne, ny dans
l'arméed'Espagne mesme
3
qui
en puijje contefler aucun.de bonne
foy. Il ny a donc qu'a les opposer
auxfauffete^que les Ennemis de iEtaty & lesJalouxdeJesprc-»
fperltrz,ontprisfoin de répandre
dans le monde. Ton*les Defintéreffek
avoueront que cette Entreprise
efloit la pins*grdn.de, la
plut belle9 la plus importantey&
mesme la feule Affaire que l'on
sufl tenter pour tirer de l'avant
tAge de celle du. Pont- Major,
ér
st) que sielle a manque, ce n'a
esié ny par le trop grand nombre,
nypar le trop grandfeu des
Ennemis, ny parce que les
erdret n'eurentpas esié bien donnez,
ny lgs MefaruasseZ bien
prises de noflrepart, maisseulementpar
le trop de valeur de nos
Troupes. Il faut encore que l'on
avoue que l'ayant manquée, on
ne pouvoit rienfaire ny de plus
prudent, nydc plus fage, que ce
que fit Ml le Aîaréchal de Belfonds,
qui fut de ne sy pas tJpiniatrer
, & de ne tenter pas de
nouveaux moyens pour faire
réiijjir son entreprise3 qui auroit
pû devenir dans lafuite&plus
difficile, ù d'une plus dangereuse
consequence, mais desonger
auffitofi à la retraite; ce qu'il fit
executer le lendemain par l'ordre
qu'il donna à Ai1de Calvo de
retirer la Tranchée &le Canon.
CelaJefit à la veuedes u4jjiegei(y
sans qu'ilsojajjenty apporter le
moindreobfiacle
, ny faire paroiflre
qu'ils fuffint dans aucun
dessein d'en profiter. Par ce
moyen il a conferve les Troupes
en état (gj envolonté d'agir au-,
tant qu'on lesy aitjamais rveues;
& si les mAlaai" ne les aJfoibliffentpointy
nous efperens les
faire fernir utilement dans la
fuite de la Campagne.
16. Juil-l-et 1634.
** Cette matiere me donne
lieu d'ajoûter icy un Madrigal
de Mr Diéreville, sur ce
qui fut publié d'un Espagnol
dans le temps de la Ptiie de
Luxembourg.
AU ROY. LOrs que de Luxembourgln vêtu
vit triompher,
Vnd'unreverssi
terrible,
Ditqu'avostre valeur rien n'essais
L impoffibU)
Et que Ji njem vOttHez, vom prendriez
l*Enfer,
GrandRoy,si rcdofttésûrla terre &
surl'onde^
Apres mille Exploits glorieux,
pour lefllut de toutle ml/j)de,
Dctruifez,ceshorribles Lieux.
Mr Magnin a fait deux
Devises sur lavangeance que
le Roy a tirée des Génois.
L'une a pour corps un Rhinocerot,
qui met en fuite une
Troupe d'Ours. Ces paroles
qui luy fervent d'ame, Tarda
qnidemira,Jeàingens, sont expliquées
par ce Madrigal.
QVoy queforf &robuste>ilefi
,
assez, paisible, «.» Des moindres Anima•ux il Jo/>uejrjf*Hre
assiz longtemps
Depetitsmccontcntcmensi
Maiss'il s'irrite enfin,fin courons
est terrible.
Apres avoirfoujfcrrde vous
,
fcrt de vota
De longs &sensiblesoutrages,
Le GiandLOVIS,Génois, votif
montrefin couroux;
Tremblez., pour l'avenir, & devenez îimfagts-
Le corps de l'autre Devise
est une Ville, dont la Foudre
abat les plus hautes
Tours. Ces mots en sontl'ame,
Opus proeluàia firnantt
QVAnd par un mouvement
aveugle & téméraire,
MorJe/s, veut oicnfetle Monarque
des Cieux,
S'ilvotu donne du temps,s'ilvota
regarde faire,
Souvent c'cft pour vom punir
mieux.
Aumoirichefignede colere
J^uicommenceafrâpervosyeux,
siassez-voU& delefaitsfaire.
Cette resséxion, Génois,s*adresse à
vom,
LOFISLEGRAi\TDcfijusle,ilefl
ho,;! ilest doux,
Maùti',;f(' axe n ni!4, !ejff./Ji'"ive,
0ltC LOViS LE GRAND en
cûuroux.
Voicy d'autres Vers dont
l'Autheur m'est inconnu. Ils
font aussi sur le châtiment de
Gpènes. Ar lefuncjie effet d'une aveugk
insolence
Cenes ment déprouver le pouvoir
de la France.
CettefiperbeNation
Reconnoiji, mais trop tard, que la
protection
Bu Lion rugissant cjIpour elle inutilei
Jamaisimpunément on n,~o¡j;f:cn,!f:.t
LOVIS,
On voit en moins de rien de cette
forte Ville
Les ifmptucux Palais hruliz, ou
démolis;
Du fer & de lafâme elle devient
la proye,
Le desespoiry regnt autant qttilfît
N a Troycj
Bileplmintrépide, effrayédesen.
fort,
Abandonne ses Biens pour éviter
Lu mert.
Gênes, aux pieds d'un Roy craint
de iouiï la Terre,
Viens doncteproftemer,tunepeux
faire mieux,
Ce Mtnarque des Lys efile Dieu de
La Guerrey
Etcenefiqihnpriant qttondefirme
UsBicfix.
Vous avez sçeu avec quel
succésMonsieur leDuc de
Bourbon a fait ses Etudes.
Ce jeune Prince ell forty du
Collège depuis peu de tcïnps,
& c'est sur cette sortie que
Mr Louchault a fait le Madrigal
que je vous envoyé.
A MONSIEUR
LEDUC DE BOURBON. DZJc, dont l'esprit devance
l>» a âge,
Minerve icy danspcuyJms le nom
de plllitU,
Changeantdeftile&delangage,
rd) pleine denouveaux dfPtU,
VOIU montrer un autre vifâge.
Alors une plus grande & neblc.
Pliss,en
Er.fiamera vojlrejeune cO/wage;
Et le Ciel répondantàvoftu ambition,
A lagloirebiemolf vous doitfaire
unpajjagc.
Fourlavaleuryelle efl née avec
vous;
Les Bourbons, lesEnguicns^sans flil
pluslongufagcy
FaYVdifJcye, dés lespremiers coups
Commencent leur apprentijjage.
Vous vous souvenez, Madame,
que lors que le Roy
eut le Bras demis, ce malheur
quifit trembler tout le monde,
fut reparé par Mr Félix,
Premier Chirurgien de Sa
Majesté, qui y toucha seul,
& qui l'ayant remis tres-heureusement
,habilla ce Prince
jusqu'a son entiere gueri&n.
Cette Cure vient de recevoir
une récompense proportionnée
à la grandeur du Souverain
qui l'a faite. Mr Félix
a esté gratifié de la somme
de cent mille livres en argent
comptant. Quel Monarque
sur la terre reconnoist
ainsi de pareils services? Le
pouvoir ne suffit pas pour
faire de tels prèsens, si la genérosité
ne les ordonne.
Je fus si pressé de finir ma
Lettre le dernier mois, que
j'oubliay à vous parler de
plusieurs Morts, & sur tout
de celle deMrde Gravel,Ambassadeur
Extraordinaire du
Roy aupres des Cantons
Suisses. Il mourut à Soleure
le 30. Juin, âgé de 72 ans,
apres en avoir passé quarante
en plusieurs Négotiations
tres-importantes. Cela marque
sa capacité, & le zele
qu'il avoir pour le service du
Roy.Sa Majesté qui avoit
nommé Mr de Gravel de
Marly son Fils, pouraffifter
en qualité de son Envoyé
Extraordinaire à la Diete des
mesmes Cantons qui se tient
à Bade, l'envoye pres de l'Electeur
de Cologne, à la place
de Mr Tambonneau, qui
estoit Envoyé Extraordinaire
aupres de cet Electeur, &a
nommé Mr Tambonneau
pour aller en qualité d'Ambassadeur
vers les Cantons
Suisses.
Mr de Pradelle, Gouverneur
de S, Quentin, a suivy
Mrde Gravel, ayant vescu
jusqua plus de 80 ans. Il
avoit esté Capitaine dans Pi-,
cardie, dans Piémont,& dans
le Regiment des Gardes, 3c
estoit devenu Lieutenant
Colonel de ce dernier, ôc
Lieutenant General de l'Armée
de Sa Majeste.
Messire Gabriel de Briqueville,
Marquis de la Luzerne,
est mort dans le mesme
temps, quoy qu'ilfust d'un
âge bien moins avance. Il
estoit Lieutenant de Royen
Normandie, & avoit esté
Gouverneur de Mrle Comte
de Vermandois. Sa Majeste
a donné sa Lieutenance de
Roy à un de Meilleurs ses
Fils.
Voicy les noms des autres
Personnes dont il me reste
àvous apprendre la mort.
MrdeForcadel, Secrétaire
du Roy, & Commissaire General
aux Saisies Réelles. Il
y a déja longtemps que l'un
de Meilleurs ses Fils remplissoit
les fonctions de cette
derniere Charge. Il en a laissé
un autre Controlleur General
de la Maison de Monsieur,
qui a épousé Mademoiselle
de Chemeraut, dont la naissance
est assez connuë.
Messire Achilles le Petit
de Gournay, cy-devantAbbé
de Nostre-Damed'Evron,
& Prieur de Sainte Opportune
de Moutry le neuf. Il a
presché dans les meilleures
Chaires de Paris, où il a toujours
esté fortsuivy. Sa Morale
estoit rigide,& trèséloignée
du relâchemenr. Il est
mort le29. de Juillet.
MrMitton, Trésorier du
Regiment des Gardes Suiffes
de Sa Majesté, mort le
3. de
ce mois. Il estoit Frere de
M' Mitton) si connu par son
eiprit, ôc par ce mérite diss
tingué qui luy a fait acquériia
Teftime des Personnes les
plus qualifiées de l'un & de
l'autre Sexe. Les deux autres
Trésoriers de ce mesme Regiment
des Gardes Suiffes
font morts aussi depuis le
commencement de cette.
anné,e.
Dame FrançoiseGuillemin.
Elle estoit Femme de Meiïire
Charles Fleuriau, Seigneur
d'Armenonville, Secrétaire
du Roy, & Belle-mere de'
Mrle Pelletier, Controlleur
General des Finances. Il y
eut un tres-grand monde air
Service qui le fit pour elle h-
S. Gervais leLundy 7. jour dc-'
ce mois. Tout le Conseil s'y
trouva.
Me(lire AndréleFévred'
Ormesson, Maiitre des
Requestes, &Intendant de
Justice à Lyon, mort le 13. de ce mois. Il avoitefté Confciller
au Grand Conseil, &
auparavant Avocat du Roy
au Chastelet, & s'estoit acquis
beaucoup d'estime dans
tous ses Emplois par sa vertu,
Se par cette probité qui est
héréditaire dans & Famille.
Mr d'Ormesson son Pere, est
Maistre des RequestesHonoraire.
Son Ayeulcitait
Doyen-des Conseillers d'Etat
j & son Bisayeul, Préfu
denten la Chambre des
Comptes, .'Ó' Sur-Inteadaat
des Finances. Il y a trois
Branches de cette Famille
des le Fevre. La premiere est
celle des Seigneurs d'Eaubonne;
la fécondé, des Seigneurs
d'Ormeuon; & la
troisiéme
,
des Seigneurs de
Lezeau. Ils portent,d'azur,
a trois Lys de Jardin d'argent"
& font alliez avec les d'Aleffo,
Hennequin, le Prevoir"
Hinfelin., de Verthamont^de
Fourcy
,
de Pommereu, le
Mairat?êc autres. MrdOrmesson,
quivient de mourir.
avoit époùféEleonor le MaiC"
îce5Fille de Jérôme leMaifiro;,
SacBeilejamme.,PreYident
en la Quatrième Chambre
des Enqueftes, & de Marie-
Françoilè Feydeau, Parente
de toute la Famille des Feydeau
, qui defeend des anciens
Fondateurs de la Maison
& College de Boissy à
Paris, & estalliée aux de
Mefgrigny, Molé de Champlâtreux,
de Montholon, de
Thumery-de Boiftife, le Coigneux,
Maréchal, Bailler, de
Vaugrenan, de Longueil-de
Maisons, de Belleforiere-de
Soyecourt, ChafTebras-du
Breau, le Doux- de Meller.
ville, de Bragelongne, de
Saintes, de Maillard, de Berbisey,
de Séve, Tronion, &c.
L'Ayeul de Madame d'Ormesson
estoit Conseiller d'Etar;
& son Bisayeul, Conseiller
au Parlement de Paris.
Le Maistre porte, d'azur a
trois Soucis d'or.
Messire Hippolite d'Argentré,
Seigneur de Betton,
Gosne, Chambalan, Baron
d'Orgere, mortle 17. de ce
mois. Il estoit Doyen de
Meilleurs les Consèillers du
Grand Conseil,fort intelligent
dans les Affaires, 4-1
d'une des meilleures Maifons
de Bretagne. Le beau
CommentaireD « que nous avons
sur laCouftume de cette
Province, a esié fait par une
Personne de cette Famille.
Le Parlement de Bretagne
a aussi perdu depuis quelques
jours MrlePrcftre-Lezanet,
qui en estoit le Doyen. Mr
son Fils, après avoir paru icy
longtemps dans le Barreau
avec beaucoup de succés,a
esté reçeu Avocat GeneraL
au Grand Conseil
Il s'en est fort peu fallu que
Mr le Marquis du Quefrie^.
Lieutenant General des Armées
Navales du Roy, n'ait
augmenté le nombre de tant
de Morts. Son grand âge, &
ane grosse fievre, failoient
nraindre pour savie. CepenC.
dant il s'est guéry par un Remette
très-particulier qu'il
s'etf ordonnéluy-incfme.,
connoissant assez (on tempérament
pour en espérer un
bon succés. Ce Remede a
eslé de prendre cinq ou six
grands verres d'eau à la glace
toutes les fois que le frisson
le tenoit. La Medecine rai.*
fondera la-dessuscommeil
hnuplaira. Il est certain que
les mesmes maux se guéris.
lent quelquefois de diférentes
manières, selonles divers
tempéramens des Malades.
Les Eauxminérales en sont
une preuve. On les fait pren.
dre à plusieurs Personnes attaquées
du mesme mal
,
&.'
toutes n'enreçoivent pas le
mesme [oulagement.Celavient
peut-estre de ce que
chacun n'est pas CXJét dans
le régime de vivrequ'il faut
observer en bûvant ces Eaux.
Un Inconnul'a peint assez
naturellement à l'égard de celles
celles de Bourbon, dans le
Sonnet que vous allez lire. TOujours boirefinsfoisfaire
mauvaise chcre;
Du Medecin Grijfet demanderle
conseil,
Voir de mille Ptrclm lefunefîe appartit,
Esse voir avec eux compagnon de
mifïrei
Si-totf qu'en a dînéneffavoirplu*
que faire,
Eviteravecfoin les rayons du Soleily
Segarderduferain,réfifieraufontmeily
Et voir pour tout régale arriver ïOrdinairei
Jïuoy quon meure defaim,n'ojlr
mangersonfou,
Tendre docilement les pieds, les
bras, le couy
De./foui un Robinet aujjl chaud que
U braize;
Ne manger aucun Fruit^ny Pajlé,
ny Jambony
S'ennuyer tout le jour ajjîs dans une
c/jiizel
Voila, mes chers Amis, les plaiftrs
de Bourbon.
Mr Roulié a estéreceu
Procureur General de * la
Chambre desComptes. C'est
un Homme d'un esprit vif &
pénétrant, quia brillé dans
le Grand Conseil, où il s'est
acquis beaucou p d'estime.
Il y estoit Conseiller, & Référendaire
de ce Corps.
Le Dimanche 13.de ce mois
Mademoiselle de Bourlon,
Fille de feu Messire Mathieu
de Bourlon
, j.
Maistre des
Comptes, & d'Anne de
Monsigoc,qui estoit Fille
de feu Mrde Mousigot,aussî
Maistre des Comptes, &
Secretaire des Commandemens
de feu Monsieur le
Duc d'Orleans, Oncle du
Roy, épousa Mr de Riants,
Comte de Romelart Baron
deVauré au Perche, Neveu
de Mr de Riants, Procureur
du Roy de l'Ancien Chastelet.
La Ccremoniedu Mariage
se fit en l'Eglise S.Eustache,
dans la Chapelle de
Bourlon; par Mr l'Evesque
de Soissons, Oncle de la Mariée,
qui est Petite-Fille de
Messire Mathieu de Bouron
MaistredesComptes, êc de
Chrestienne Bailly, Fille,dç
Charles, & Petite-Fillede
Guillaume Bailly, tous deux
Présidens en la Chambre, des
Comptesde Paris. LaMaison
de Riants est distinguée dans
la Robe. Le Pere & l'Ayeul
du Marié, ont esté Maistres
des Requestes. Gilles de
Riants, son Bisayeul, fut
Président au Mortier au Parlement
de Paris; & Denys
de Riants, son Trisayeul,
Baron de Villeré, apres avoir
exerce la Charge d'Avocat
General au mesme Parlement
avec beaucoup de capacité
& de gloire, sur honoré
en 1556. d'une Charge
de Président au Mortier en
lamefme Cour par Henry II.
en reconnoissance de ses fervices.
Quant aux Alliances,
Marie de Riantsépousa Jean
de Bloffet, Baron de Torcy,
Chevalier desOrdres duRoy,
Conseillerd'Etat ordinaire;
& uneautreMarie deRiants
futmariée en 1612. avec Urbain
de Laval, Marquis de
Sablé & de Boisdauphin. Catherinede
Riants sur Femme
du Comte de Boisrufin, dela
Maison de Montmorency.
Celle de Riants est encore alliée
auxMaisons d'Angennesde
Maintenon, du Bouchet
Marquis de Sourches, de
Beauxoncles,de Fumée-des
Roches de S. Quentin, de
Crevant, de Humieres, de
Fresnel, de Tourncbulle, de
Moucy, & de Rebé. Elle
porte,d'azur, semé de Trefles
d'or, à deux Bars adossez de
mesme; & Bourlon porte,
d'or, à la Bande d'azur, chargée
de trois Annelets d'or.
J'avois à vous apprendre
dés le dernier mois le MariagedeMademoisellede
Barentin,Fille deMrde Barentin,
Doyen de la Trcisiéme
des Enquêtes, &
Niéce de Mr de Barentin,
Premier Président du Grand
Conseil. Elle a épousé Mrle
Marquis de Malissy, qui est
dans les Gardes depuis vingt
ans. Il y en a cinq ou six qu'il
est Capitaine en la placé de
Mrde Malissy son Frere. Mr
son Pere avoir esté Capitaine
dans ce mesme Corps, auffibien
que son Grand- Pere, &
un Grand-Oncle,qui fut fait
Gouverneur de Pignerol, ôc
pour lequel le feu Roy avoit
beaucoup de confédération.
Madame de Louvoys donna
la Chemise le soir à la Mariée,
dont elle est Cousine germaine,
ei: fit les honneurs de
cette Noce. Mrle Marquis.
de Malissy a estéélevéPage
du Roy. Mademoiselle de
Barentin, à présent Madame
de Malissy, a beaucoup d'esprit,
de douceur, & de conduire.
Quatre Vaisseaux chargez
pour le compte de la Compagnie
des Indes Orientales
de France, arrivèrent le mois
paffe au Port-Loüis, sçavoir,
le Prudent, le S.François, le
non, : &le Vautour. Les.
deux premiers estoient partis
de la Coste deCoromandel,
l'an le 9. Octobre, & l'autre
le I. de Fevrier; & les deux.
derniers estoient partis de
Surate le 12. du mesme mois.
Voicy un Etat des Marchandises
qu'ils ont apportées, &
dont la vente doit estre faite
à Roüen le 18. Septembre
prochain. -
29110 Pieces Toilles Doutis blancs,
de diferentes qualitez.
495P. Baffetas blancs.
13658 P. Guinées.
20782 P. Salampouris.
16178P. lkcilles:
6040 P. Percales. i8<?o P. Socretons.
340 P. Mauris. -
2126 P. Doutis bleus.
28511 P. Chittes d'Amadabat.
58490 P. Chittes Seronge direrses.
71$6 P. Tapis Palampoux.
260 Couvertures Chittm
390P.Mouchoirs de soye.
51710 livresCotton filé.
28900 liv. Terra Mérita.
5850liv.Selpestre.
6530 liv. Benjoin.
660 onces Muse.
66ooliv.Cai-ielle.
12000 liv.Bois deSapan.
42000 Terre rouge.
11290
liv. Cire
à cacheter.
13 3900 Tasses de Porcelaine de la
Chine..
La Bravoure de Mrde Relingues,
Capitaine du Vaisseau
le Bon, qui avec ce seul
Vaisseau a soûtenu le Combat
contre les trente-six Galeres
d'Espagne & de Génes,
elt quelque chose de si exrtraordinaire,
que le bruit s'en
est répandu par tout. Voicy
l'Extrait d'une Lettre venuë
de Rome sur cette grande
Aétion. Elle est d'un François,
qui. écrit à son Amy
plusieurs. circonstances curieuses
que l'on en publie en
ce Païs-là. Je vous en fais
part, sçachant que vous en
prenez plus que personne à
la gloire des vrais Braves.
A Rome ce 7. Aoust 1684. APres vous avoirparleaAffairesparticulièresy
je ne
(çauroù mempejcher de parler
des générales, de vous mander
que le CourrierMancini a
rapporté icy les nouvelles d'un
Combat entre un Véjjeau FranfOM)
Cmtoutes les Galèresd'Eji
pagne &de Gênes. Ce qu'il en
a dit n'auroit pas esié crû en ce
Païs,siton navoitfçeucpuefiant
dans le mesme JTaifJeau, il A esié
témoin de tout ce qui syejlpajfe.
Comme voM en deve%avoir
appris le détail5jene njom le
, je ne vous manderay point;mais peut-cjlre
que la modejlie du Capitaine
l'aurafaitpajjerpardejjué beaucoup
de particularitez que le Sieur
Mancini, qui neftoit que Spé-
Dateur en qualité de Passàger,
,
a eu le loisir de remarquer; &
pent-eflreaujjiquece Courrierest 1
le seul qui dit eu le temps de le
faire, parce que tous ceux qui:
estoient dans le Vaiffiau, efttÚent
-
trop en mouvement, pour s'appliquer
à autre chose qu'au Combdt.
Voicy ce qu'ilen a dit icj departiculier.
Suffitoji que lePilote
eut appcrçû ce grand nombre de
Galrrcs, il vint dire a A41 de
Relinguesy qui commandait le
Vàisseau,quecessoit toute ïAu
mèe dEspagney &quilfaloit
revirer. Il fut bien surpris de
trouver Mf de Relingues d'un
sentimententièrementoppoféy st)
de le voirplusaniméau Combat,
qu'alarmé d'unsigrandnombre
d'Ennemis. il cria Vive le
Roy, (gjf dit a tous ceux qui
tfloient dans le Vaiffeau3qu'il
faloit vaincre ou mourir pour
un si grand Prince. Ces paroles
furentcentfois repétées, &
chacun s'eslans affermy dans la
résolution de se biendéfendre, en
s'apprefta au Combat.Les Galeres
en firentautant de leur cofléy
tinrent une espece de Confeit
deguerre. Ons'enapperçut par
le manège qt41en reconnutquefaisoient
les Chaloupes, qui allaient
& revenoient d'une Galere à
l'autre, pour porter & rapporter
lesAvis.Ellesse mirent en Crois
fant, & Mrde Relinguesvint
dUjJitOftsâlüer d'une bordéesur
chacunedes pointes de ce Crois
fant. Ledesordrefutfigrxndü- e
la perteJiconfaErablesur les Galeres
qui efioient à ces pointest
qu'ils'en éleva d'effroyables cris»
Eafurprifed'un si mauvais traitement
contribua fians- doute ace
bruit. En effet) on n'est pas pen'-
étonné deJe 'Voir batu aprèsqueton
s'efl: tenu assuré de la viêloire.
Les Galeres avaient tout lieudé-
Je la promettre
3
puis que parmj?
les trente.jix ily- avoit quatre
Cdpitanes, ffavoir, ceHes de
Naples, de Sicile,. de Sardagne,
&de Génes; Jepasse
tout ce que le Courrier a rapporté
dtsmanoeuvre* JJfVaiffiau Pendantle
Combat.) e de la manière
dont il mit toutes ces Galeresendejordre.
Ilyeneutd'abord
deux fïendommagées
3
-qu'--
elles Je retirerent. Elles furent
bientoflsuivies de six autres qui
ne parurent pas en metlieurétat.
Enfin la nuit approchant, elles
cacherent leur feu. Alr de Pekngues
en fit encore beaucoup
mais les croyant retiréesyilJe
retira aujjp. Comme pendant le
Combat il anjoit LaiJTé aller sa
Chaloupe a la Met, de peur que
si les Ennemis s'en faiftjJoient,
ils nese'vantaffent d'un auan
tageaussipeu considerable queufl
estéceluy de la prise de cette Chaloupe
>
il dit qu'il ne njQuloit pas
laperdre; &quatre Hommes de
fmVaiffeaiisefiant aujfitojljettez
dans la Mer3ils aUcrent la,
cherchera la nage;) & la ramenèrent.
Il continua sa route vers.
Livourney & les Ennemisayant
paru à la rveué. de cette Ville le
matin du joursuivant, le Gouverneur
l'envoya prierd'entrer
dans le Port, afin queflant a
couvertfom le Canon de laPlacex ilpujléviterleCombat. Ai1de
I\elingues le remercia desa civilitey
& ne laijja pas d'apareiller9,
tant il avoit d'impatience de Je
jignalerencore. Elleluyfutinutile,
ü les Ennemis prirent uneroute
diférente de celle que naturellement
ils dévoient tenir. CV
quily a dejurprenanr, @r qu'on
aura peine à croire, quo'yy qu'iill.
Joit tres-veritable, cessquil n'y,
A eu que quatre Hommu de bleji
feK., & trois detuez, dans le
Vaissèau le M1 de Relingues;
&quesi levent n'euflpoint renvoyé
lafumée a ses Canonniers
il aum-t' entièrement mini ce
grand nombre de GaUrcs. Ona
sçeu depuis le Combatsquel'Ad*
mirai dEJpagne avoit eu beaucoup
de peine a sy"resoudre; &
que lors qu'on luy représentoit
qu'ilavoittrente-six Galeres, ri#'
qu'il nes'agissoitque de combatrc
4tnV*iJfeM>ilrepmdoit,qu'il
n'avoit point d'ordre de risquer
son Armée, & que ce
Vaisseauestoit un Démon.
Il entendoitsans-doute parlerde
ra bravoure & de l'intrépidité
ies. François; mmil ne croyoit'
ïas dire si. vray qu'il disoit en
,ette occasion. Comme il efi inoüy\
7ue jamais des Gens de guerre,
ayentreçû un affront pareil a Ct-.
f.uy de voirtrente-six Galerce.,
barmy leficellesfont quatre Ca-
Pitan-es.,batuës par unseul Vaifi
seau, & qui n'est pas. mefme du1.
premierrang
9
les Espagnols £<p
les Génois ne manqueront pas
d'employertoutesles couleursqttt
la subtilitê de leur esprit leurpourra
faire trouverfourdéguL
fer leur honte aHXyeHx de toute
l'Europe.Cefaifleau,qu'on
peut doresnavant appeller la terreur
des Mers,venoit3 a ce que
nous a dit le mepne Courrier> à
Civitavecchia3 pour escorter en
France les Flûtes quiy chargent
pour Sa Majesté. Nous avons
aJeu icy la Statueequeflre du Roy
quellesy doivent porter. Elle
riapasfaitplus de chemin pendont
huit jours3qu'ilyen a à
Paris depuis la Porte S. Honoré
jusques a la Place du Palais
Royal. Elle efl un peu panche
oarce que le Cheval commence;
i atteindre la pointe d'un R.ocher;,
m l'onvoit qu'il est parvenu
nalgré toute la difficulté qu'il y
tvoit dyarriver. Le Chevalier
Bernin a voulu faire connoiflre
Mr là, que ce Monarque avoit
atteint le plushautpoint de la
Aoire} malgrétoutes les difficulté%
lui empefehent dy monter; ce
mil a prétendu représenterpar
a peinequ'il y a de parvenirà
la pointe de ce Piocher.Comme
zetHomme toutmerveilleux,&
yui tfioit ensemble fameux .Ar.
;hitefle ü fameux Sculpteur,
bQtivoit aujjipajferpour belEj1
prit, iln'a pas eu besoin el.unr.
autre plume que de la penne pour - faire une Inscription Latinr, qui
accompagne ce grand Chefd'oeu-..
vre de Sculpture.
Je ne fçauroismemptfcber de
vous dire avantque de finircette.
Lettre) que nous avons veu depuis
peu de jours un Livre intitulé
, Relation Historique de
tout ce qui a esté fait devant
Gènes par l'Armée Navale
de Sa Majesté, imprimé à
Paris. Quey que le dérail en
ait parufort curieux, st) remply
-
de.circonjîances que l'on ionoroit,
^ceness pastout ce qui a faitrechercher
chercher icy ce Livre, mais ce
SAmony a trouve qui marquoit
juflice du procédé du Roy.
du Livre la révolté des Génois
contre Charles VI. leur repentir
fous le Regne de Louis XI. &
le pardon que leuraccorde Charles
VIII. centre lequel ilsJe revoltent
encore, apres quoy ils
font obtio-ez d'implorer sa clémence
la corde au col, de crainte
d'estre punis comme Sujets rebelles,
ce qui ne les empesche pas de
retomber dans la révolté fous le
Reine deFraçois I. Teus ces traits
d'Hifteire, que l'on ne pourroit
trouver sans lire celle deplu/ieurs
Régnésdiferens,fontrenferme
enf&rtpeu depages,&fontvoir
que les Génois sefont tant defois
re'Voltez contre la France sans
aucune caufe3 qu'en n'y peutJonger
qu'avec indignation. On est
Jurpris de voir après cette peinture
j que le Roy a la bonte' de ne
se point Jouvenir de toutes les
offencesfaitel dJes Prédecesseurs,
& de ne point regarderles Génoiscomme
des Sujetsrevoltez;
de maniéré que s'ils navoient
pas donné lieu tout de nouveau
à Sa Aïajefté de se plaindre
d'eux, ilsauroientpu jouird'un
repos qui ne doit pas ef/re fait
pour des Re6elles. La dcrniere de
leurs révoltés ayant esté fous le
Regne.de François me fait
souvenir de tHistoire de ce Monarquefaitepar
MT de Varillas,
yue l'on a mande icy que le Y.
Barbin imprimoit.Si-tofi qu'on
en commencera le débit, je vous
prie de m'en envoyer un Exemplaire
par laplus commode occasion.
On a icy grande impatience
de la voir, parce qu'on assure que
l'on y dépeint dans toute son
étenduela perfidie d'André Doria,
lors qu'ilse révoltay &fit
révolter les Génois contre la
France. Je reviens à la Relation
dont je vous parlois tout-àl'heure.
Ony a lu avec beaucoup
de plaisir les raijons conruaincantes
quifont voir que l'on
nepeutdonner le nom defurprifeà
ce qui a eslé executé devant-
Gènes. Cet endroitafait ouvrir
lesjeux3 & connoistrequ'il ne
s'y efl rien paffé que felon les
Loix de la bonne Guerre. Il y
en a centautres qui excitent de
la curiosité) & qu'on ne rencontre
point dans tout ce qui a
eslé écrit sur ce (ujet;, comme cr
qui s'estfait à toccafion de l'entrepos
des Sels de France à Savane
, queles Génois & leurs
AllieZ avoient publié tout autrement.
Quant au mouillage'
de VArmée quiefidébeint dans)
une Taille douce, on s'efifait un
plaisir d'y remarquer jujquau
moindreBâtiment. Mais c'efi
trop vous entretenir de ce que
VOA-S ave%sans-doute vu. Je
riay eu dejjein en vous en parlant,
o'u:- de vous apprendre les
hons efifias que cette Relation a
produitsy en détrompant le Public
, 1 de beaucoup de chofies. La HaranguequeM1
de S.0Ion fit aux
Génois lors qu'il prit congé de
cette République,& que l'on
trouve a lafin de la mesmeRelation,
nous afiait connoifife la fiauf-
Jete'de ce qu'ils ont dit, en publiat
que cet Envoyé les aveit menacez
dans cette Harangue.
Il fait icy des chaleurs si exc
~Tf~ a~f co/M~. cejjlves depuis quel'Eté a com*.
mencé) que depuis dix heures du
mztinjuf.iia cinq heures aprèsdîner
, l'on ne peut quasi sortir.
Le Lundy 10. du mois dernier9
Sa Sainteté vint lorer au Palais
de Monte
-
Cavallo, qui est à
peu-prls au milieu de Rome.
EUe efloitportée dans une Chaije
couverte J
à deux Porteurs, &
donnoit la Benédiélion a tout le
monde qui se renconiroitsur le
chemin3 éï qui se jettoit a genoux
pour la recevoir. Ses Chevaux-
Levers3 ses Officiers9 &
quantité de Princes Romains,
Gentilshommes, & Cavaliers,
luy faisoient Cortège à cheval.
Le Card*i.nalt Cibf o, en qualité
de Cardinal Patron, suivoiten
Carrosse, gr l'on menoit en parade
quelques Chevaux de main
de Sa Sainteté.SaLitirre & in Carrffi efloient toutenrichis
de broderie & de dorures.
Le Mercredy du mesme mois,
far les huit heures du matin,félon
l'Horloge deFrance,ilfît un orage
&une pluye épouvantable, avec
un Tonnerrefurieux^quidurajufqiiamidy.
Le Foudre tomba en
quatre endroits,dont l'unfut l'E.-
glise de la Trinité du Mont. C'est
un Convint de Minima, tous
François,aunombre de cinquante
Jîx.Ilpajfaparle Clocher,entra
dans la Chambre d'un Religieux,
brûla la moitié de fin Capuce,
rompit le Réveil-matint fondit
un morceau de Cuivre quiiâpoit
lebutant, perça la Voûte de
tEglise>
entra dans une Chapelle,
fit un trou à un-des Piliers, rompit
un coin de Corniche, gjJ vint
Je perdre dans la Nef) où Ion
"dijoit encore des MejJeB. ily
dvoit cinq Personnes dans le Clocher,
un Religieux, trois Artifins"&
un petit 4pprentif, qui
cejjoietdejonner,(carecfutdans
ce moment qu'il tomba.) Le Religieux
eut l'eflomacb meurtry
un Artisan la ciï-fftbrilted'un
cojléfansdanger neav:moins3 un
autre 1 11 /, C~ laioue lCtleut Garson
un
Soulier bridé3 & tentredeux
des doigts dupied droit tout
refly, * iautre Artisan n'eut
que la peur. Q!..t(y que le Religieux
fit/lie plus danger:afement
C" J.I è» 1. blcjJé, on en aprésentementbonne
ejpèrance; mais pour le petit Garçons
on croit qu'il en boitera,pourvuehqu'ilriarrive
rien de pis. Il
tomba encore dans le Palais du
CardinalCarpegna, grand V"icaire,
sans blesserpersonne. Il
passa dans plusieurs Chambres,
brûla des Franges d'or de Tapifstries,
sortitpar le grIs Mur, entrasur
la Montéed'unMarchand
Libraire3 traversa la mu- -
raille defaChambre)rompitdeux
Tableaux, perça le Plancher,
rentra par le gros Mur dans le
Palais du Cardinal,leperça
une troisiéme fois pour se venir
perdre dans la Boutique,sans
faire d'autredommage. Ily eut
feulement un Marchand de Fromage
3
qui s'efidnt mis là auprès
a couvert de la pluye, tomba de
~r~~r.,(~r se cassa la teste,
Pour les deux autres endroitsyje
n'ensçay pas le particulier.
Vins neffauriek-croire combien
le nombre des Nouvetlijles
est augmenté icy depuis le retardement
des Courriers de FrAnce,
parce qu'ils nepeuventplus Pd./Jer
ny par l'Etat de Gènes, ny par
les Terres d'Espagne. Les Banquiers
qui ont tres-peud'Expéditions
a faire,font plussouvent
dans la Place Navone que chez
eux; & il efl acraindre que s'ils
prennentgouf} à cette occupation3,
ils n'abandonnent dorénavant
le gouvernement de leurs affaires
domefliques
,
pourprendre cçluy
des Etats de tom les Souverains
du monde. Vous ne croiriezpeurtflrepasaujji
la mauvaise chere,
qu'on fait dans les Auberges de
Rome, depm que ces Courriers
font retardez.Celd- provient de
ce qu'on riy reçoitpoint de Lettres
de Change, ce qui oblige les
AfaifîresdesAuberges dj faire
crédit; & comme ceux à qui l'on
fait cette grâce
,
n'oferoient se
plaindre3on ne laisse pas échaper
cette eccafion de leurservir beaucoup
de chofes3qu'en riauroitcfe
leur présenter dans un autre
temps. Mais
ce qu'ily a de plus
plaisant en tout cela9 cess que
ceuxqui manquent dïargent^o*
feroient plus aller c/lez un certain
nombre de Damu, d'avec
lesquelles ilferoit mal-honneste de
je rrtirer, sansenavoirpayé U
conversation. 1
Cette Lettre finit par d'au- 1
tres Articles qui ne regardent
que la Personne à qui
elle est adressée. Quoy que
l'on ait dit de la belle A£hon
de Mrde Relingues, elle en
découvre de nouvelles particularitez,
& qui font d'autant
plus croyables, qu'on
les a sçeuës d'un Hommequi
estoit dans le Vaisseau. Les
Espagnols, les Génois, & les
Partisans des uns & des autres,
ne manqueront pas de
publier le contraire, puis
qu'ils ont déjàcommencé de
tourner cette Action à leur
avantage; mais ils ne prennent
pas garde qu'il faut necessairement
qu'ils ayent esté
batus, puis qu'ils n'ont pas
pris le Vaisseau, estant absolument
impossible que trente
six Galeres eussent l'avantage
du Combat, & du nombre,
sur un seul Bâtiment, & qu'-
elles le laissassent échaper.
Quant à ce qui regarde ma
Relation deGénes, dont il
est aussi parlé dans cette Lettre,
j'ay balancé quelque
temps si je retrancherois cet
endroit,comme je retranche
ordinairement tous ceux qui
me donnent des loüanges
que je ne nle,nte pas;mais
j'aycrû que cet Ouvrage
regardant la justification du
procédé de la France plus que
toute autre chose, je ne devois
pas suprimer ce qu'en
écrivoientceuxqui n'en parloient
que sur ce pied-là.
L'Action de Mr de Relingues
vous ayant fait souhaiter
de leconnoistre, je m'en
fuis informé, &n'en ay pû
encore apprendreautre cholè,
finor, qu'il eH: Neveu de
feu Mr deLegue, qui a fait
autrefoisassez de bruit dans
le monde,& quiestoit àfeuë.
Madame de Chevreuse.
Le Lundy dernier jour du
mois de Juillet, onfit le Service
du Bout-de-l'an de la
Reyne, dansl'Eglise de Saint-
Denys. Elle estoit toute tendue
de noir, avec deux Lez.
deVelours, & des Ecussons,
aux Armes de cette Princesse.
Il y enavoir trois Lez
dans le Choeur, ôc de pareils
Ecussons, &aumilieu estoit
la Représentation dans un
magnifique Mauzolée. Mr
Berrin en avoir fait le Des
sein, & je vous l'envoye
gravé. Le Srle Liévre Roy
d'Armes, le Sr le Blanc de
Bernac Premier Héraut d'Armes,
& les Sieurs Charpentier
& Lucas aussi Hérauts
d'Armes, furent assis pendant
le Service, les deux
premiers aux deux coins
de ce Mauzolée du costé
de l'Autel; & les deux autres,
aux deux autres coins
du costé de l'entrée du
Choeur, ayant chacun une
grande Robe de Drap noir
sur leurs Habits, leurs Cottes
d'Armes sur ces Robes, &
un Capuchon noir sur leur
teste, à queuë pendante sur
leurs Cottes d'Armes, ils tenoient
en main leurs Bastons
Royaux couverts de Crêpe,
& leursToques estoient aussi
couvertes de Crêpes dessus
& dessous, avec le Cordon
pendant. Ils avoient assisté
le jourprécèdent, & tenu la
mesme place aux Vigiles, qui
furent dites par lesReligieux
de l'Abbaye sur les six heures
du foir. Ce jour-là 31. le Service
fut celébré par Mr le
Cardinal de Bonzi, quiofficia
pontificalement. Il commença
àdix heures & demie
du matin, & ne finit qu'à une
heure. Ce fut la Musiquedu
Roy qui chanta la Messe..
MonseigneurleDauphin
y assista, accompagné des
ManGeur, de Monsieur
le Duc, de Monsieur 16;
Prince de Conty, & dei
Monsieur le Duc du Maino
Madame s'y trouva pareilles
ment, accompagnée de Madame
le Grand'Duchesse de
Toscane, de Madame la Princesse
de Conry, de Mademoiselle
de Bourbon
,
& de
Mademoiselle de Nantes.
Tous les Officiers qui êtoient
en état de s'y trouver, y assis
térent aussi,comme plusieurs
avoient fait aux Vigiles le
Dimanche.
Le mesme Lundy 31. Juillet,
lés MillionnairesdeVersailles
firent un Bout-de-l'an dans
la Chapelle duChasteau..,!!r.
MTAbbedelaBouhdiere,
Aumônier de la feuëReyne,
& Trésorier de la Sainte Chapelle
de Bourges, a esté un
des premiers que l'on ait veus
s'acquiter du mesme devoir.
Son zele luy en a fait mesme
prévenir le temps, puis que
dés le 29. de Juillet il ne celébrer
un pareilService, où les
Principaux de la Ville & de
la Province se trouvérent.
Cet Abbé y officia avec la
Mître & la Crosse.
Le mesme zele a paru
dans l'empressement de Mr
l'Evesque d'Autun, à faire
aussi celébrer un Service du
Bout-de-l'an dans sa Cathédrale.
Il fut fait le 6. de ce
mois. Le Chapitre & le Corps
de Ville s'y trouverent, &: ce
Prélat y officia en Habits
pontificaux. La mesme chose
s'est faite dans tout le Royaume.
Il y a de la destinée dans
l'Amour, & quelquefoisles
plus forts engagemens se
font contre toute forte d'aparence.
L'Avanture dont je
vay vous faire part en est une
preuve. Un jeune Gentilhomme
de Provence,ayant
fait dessein de venir passer
quelques années à Paris pour
s'y perfectionner aux exercices
propres à la Noblesse, ôc
y prendre en mesme temps
l'air de politesse qu'on n'acquiertpresque
jamais avec
les Provinciaux, partit de
Marseille, & s'estant rendu à
Avignon,ils'y arréta trois ou
quatre jours pourvoir les raretez
de la Ville. Il se disposoit
à en partir, lors qu'on luy
vint dire qu'un jeune Homme
fort bien
-
fait cherchoit
voiture, & compagnie pour
Paris. Le plaisir d'avoirquelqu'un
avec qui parler pendant
la route, obligea le Cavalier.
valier d'aler chercher l'Inconnu.
Il le trouva qui faisoit
le prix d'une Litiére. Il
s'offrit d'y prendre place&
d'en payer la moitié; & un je
ne sçay quoy qui frape fouvent
d'abord, les ayant touchez
également l'un pour
l'autre dés cette premiere
vûe, ilsl'arréterent ensemble.
Leur départ fut résolu pour
le lendemain, & il se trouva
entre-eux un si grand raport
d'humeur & d'esprit, qu'aprés
quelques jours de marche
, ilssejurerent la plus
étroite amitié. Le Cavalier
n; fit aucune façon de se déclarer
à l'Inconnu. Il estoit
d'une Maison qu'une ancienne
Noblesse rendoit fort considérable.
L'Inconu demeura
plus reservé, & cachant son
nom par quelques raisons
qui l'obligeoient au secret,
il dit feulement au Cavalier,
qu'il estoit Fils d'un Gentilhomme
des environs d'Aix;
que son Pere qui estoit impérieux
, avoit voulu le contraindre
d'épouser une Demoiselle
qui avoit beaucoup
de bien, mais dont la laideur
estoit des plus dégoûtantes;
que pour se mettre à couvert
de la violence que l'on prétendoit
luy faire, il avoit pris
le party de fuït; qu'il s'en
alloit à Paris, où il avoit une
Tante qui ménageroit si
paix; qu'elle estoit venuë
depuis un an chez [on Pere,
sur l'esprit de qui elle pouvoit
tout,& que tandis qu'elle
s'employeroit pour l'adoucir
, il profiteroit de l'avantage
de passer un peu de
temps dans la Capitale du
Royaume. Le Cavalier répondit
à l'Inconnu, qu'il ne
pouvoit concevoir qu'estant
faitcomme il estoit, on eust
vou lu l'assortir à une laide
Personne. Eneffet, si Tlrîconnu
avoit un défaut, c'étoit
celuy de trop de beauté.
Il avoit les traits réguliers &
délicats, la bouche belle, les
veuxgrands & bien fendus
la taillefort dégagée, & une
blancheur de teint, qui auroit
pû disputer d'éclat avec
celuy des plus belles Femmes.
L'amitiés'augmentant
de jour en iour entre
l'un & l'autre, ils trouvoient
tant de douceur à s'entretenir,
qu'ils ne s'apercevoient
point de la longueur du
voyage, quoy qu'ils le fie.
feïic dans une Saison fort
rude. C'étoient à toute heure
de nouvellesprotestations
de s'aimer toûjours; &, chacun
encherissant sur les
souhaits de la plus forte
union, le Cavalier demanda
un jour à l'Inconnu, s'il n'avoit
point une Soeur, ajoûtant
-
qu'il regarderoit une
alliance qui le rendroit son
Beaufrere, comme le plus
grand de tous les bonheurs.
Cette proposition donna
quelquetemps à rêver à l'Inconnu.
Il en montra cependant
beaucoup de joye, & la
recevant d'une maniere agreable,
il luy parla d'une
Soeur qu'il ne trouveroit
peut-estre pas indigne de &
recherche,&qui luy estoit
d'autant plus c hére, qu'étant
nez Jumeaux, ils avoient
tous deux les mesmes inclinations
, & des traits si refsemblans;
que dans leur ensance,
avant que l'Habit marquast
la diférence du Sexe,
on les prenoit souvent l'un
pour l'autre. Le Cavalier qui
ae trouvoit rien de si beiUi
quel'Inconnu, examina tous
sestraits avec plus d'attention,
& ayant appris que cette
Soeur les avoit encore plus
vifs & plus délicats,il s'en
forma une idée toute charmante
qui ne l'abandonna
plus. Il apprit encore avec
,
beaucoup de plaisir, que ses
inclinations étoient toutes
nobles,qu'elle aimoit la Chaise
plus que toutes choses,
qu'elle yavoit pris l'habitude
de tirer, ce qu'elle faisoit avec
une adresse merveilleuse; &
que si son Sexe fliy avoit
permis de porter l'Epée, elle
s'en seroit servie avec honneur.
Le Cavalier tout remply
d'amour par cette peinture
, pria l'Inconnu de vouloir
bien le servir auprès de
cette aimable Personne, ce
qui luy feroit aisé s'illuy
écrivoit en sa faveur, & faisoit
agir l'amitié particuliere
qui estoit entr'eux, en attendant
qu'ils retournassent
ensemble en Provence, où ill'accompagneroit sitôt que
sa paix seroit faite avec son
Pere. L'Inconnu soûrit d'un
empressement si passionné,
&dit au Cavalier, que s'il
estoit vray qu'il raft amoureux
sans avoir vû, il n'auroit
pas longtemps à souffrir
de l'impatience qui sembloit
le tourmenter, puis que sa
Soeur estoit à Paris, où sa
Tante qui estoit Soeur de son
Pere,l'avoit amenée avecelle
de Provence, au dernier
voyage qu'elle y avoit fait.
Ce fut alors que le Cavalier
ne se sentit plus de joye. Il
embrassa l'Inconnu, luyfaisant
promettre qu'ille serviroit
de tout son pouvoir. Il
eut beau pourtant souhaiter
la fin de son voyage. Comme
il le faisoit dans le mois de
Mars dernier, pendant le
plus rigoureux Hyver que
nous ayons eu depuis longtemps,
le dégel survint, &
les chemins furent tout à
coup si peu pratiquables,que
quoy que nos Voyageurs ne
fuirenr qu'à une petite journée
de Chalons, ils eurent
beaucoup de peine à y arriver.
Ce fut pour eux une neceffitéindispensable
d'y faire
quelque séjour. Le Cavalier
passoit les jours entiers avec
l'Inconnu, & luy parloit incessamment
de sa Soeur. Un
soir qu'ilss'étoient quitez (ce
qu'ils faisoient assez rarement)
le Cavalier retournant
à son Auberge, lors que la
nuit commençoit a s approcher,
entendit un bruit d'Epées
au bout d'une Ruë deserte.
Il jetta les yeux sur
deux Cavaliers qui se batoient,
& remarqua l'Inconnu
qui poussoit fort vivement
un Homme qui reculoit.
Il courut à luy, & dans
ce moment l'Ennemy de
l'Inconnu tomba par terre,
percé d'un grand coup d'Epée.
Comme ils étaient Etrangers,
& qu'on pouvoir
les embarasser sur une affaire
de cette nature, ils laisserent
le foin de secourir le Blessé au
premier qui passeroit, & se
retirerent. Le Cavalier l'avoicenvisagéunmoment
Ôc
voyant un Homme fort laid,
&: de très-méchantemine,
il l'avoit pris pour quelque
Voleur, qui rencontrant son
Amy dans une Ruë écartée,
avoir voi>lu profiter de l'occasion;
mais l'Inconnu luy
apprit que c'étoit un Gentilhomme
de son voisinage;
qu'il l'avoit malheureusement
trouvé sur ses pas, &
qu'ils avoient pris querelle
sur un ancien diférenr de Famille
dont il luy avoitparlé.
Il pouvoit mourir de sa blessure
, & les Informations
estant à craindre pour eux,
quoy qu'il leur parust que
l'action s'étoit passée sans témoin,
ilsjugerent à propos
de s'éloigner. Ainsi ils prirent
la poste dés le mesme
foir, favorifez de la Lune, qui
heureusement servoit à les
éclairer. Vous pouvez juger
avec quelle joye le Cavalier
se résolut à partir malgré la
difïculté des cbemins rompus.
Ils allerent loger ensemble
à Paris, où ils arriverent
sans qu'on les eust poursuivis.
Le lendemain l'Inconnu
sortit pour aller chercher sa
Tante, mais ce ne fut pas
sans que le Cavalier eust pris
sa parole,qu'ils se reverroient
le mesme jour, &qu'il viendroit
luy apporter des nouvelles
de cette charmante
Soeur qu'il brûloit d'envie de
voir. Ce fut neanmoins inutilement
qu'il l'attendit. Il
s'en passa mesme cinq ou six
sans que l'Inconnu parust.
Le Cavalier en estoit au desespoir,
& ne sçachant qu'en
penser, il ne se pardonnoit
point de ne l'avoir pas suivy
jusques au Logis de cette
Tante. Il est vray que l'In-
1 connu l'avoit conjuré de
n'en rien faire, & qu'il luy
avoit caché son nom,aussi-
1 bien que le Quartier où il
t sçavoit qu'elle demeuroit. Il
avoit eu ses raisons pour luy
en faire un mystere, & les
avoit fait approuver à son
Amy. Ils vivoient ensemble
dasune si étroite liaison, que
le Cavalier ne croyoit pas
que la défiance luy fuit permise.
Aussi peut-on dire qu'il
n'en avoir point de luy,mais
il n'en recevoit aucunes nouvelles,
& comme il n'avoit
pu éviter une rencontre à
Châlons, il craignoit qu'il
n'en eust eu quelque-autre à
Paris, & que l'évenement
n'en eust pas esté heureux.
Enfin après qu'il eut souffert
au delà de tout ce qu'on en
peut croire, on luy apporta
un Billet de l'Inconnu, qui
l'avertissoit de se tenir prest
au lendemain
,
& qu'il ne
manqueroit pas de levenir
prendre pour la visite qu'il
avoit dessein de faire. La
Maîtresse de l'Auberge aveit
reçû ce Billet,& le Messager
s'en estant allé sans demander
de réponse, le Cavalier
ne comprenoitpas a quoy
tout ce grand mystere devoit
aboutir. Ilne laissa pas»
de se préparer au Rendezvous.
Le jour suivant il prit -
un Habit fort propre, &: à
peine eut-il diné qu'il vit -
entrer l'Inconnu. La joye
qu'il en eut ne l'empefclupas
de luy faire desreproches.
Illuy expliquatoutce
qu'il s'estoit imaginé defâcheux,
&il luy peignit si
forcementlesinquiétudes où
ill'avoit mis., qu'il l'obligea
d'avoüer qu'il avoit tort.
L'Inconnu prit pour excuse
les scrupules de sa Soeur, qui
ne voulant point paroître
devant un Amant trop prévenu,
avoit resistélongtemps
à la priére qu'illuy avoit faite
de recevoir savisite. Il ajoûta.
qu'effectivement il l'avoit
trouvée un peu moins brillante
qu'à son ordinaire; que
la connoissance qu'elle en
avoit, l'ayant renduë lncer+.-
raine iur la résolution de se
laisservoir, il avoir mieux
aimé le laisser dans quelque
peine pendant trois ou quatre
jours, que de luy donner
le chagrin d'aprendre que
l'on balançoit à consentirà
ses espérances. Le Cavalier
fut content de ces raisons,
& ayant reçû lesassurances
des favorables dispositions
de la Soeur,&de l'appuy que
la Tante estoitrésoluë de
préter à son amour, il monta
dans un Carrosse que l'Inconnu
avoit amené. Il fut
introduit chez ceue Tant-e,
avec laquelle il demeura,
seul, tandis que le Frere alla
préparer la Soeur à faire un
accueil obligeant à son Amy.
La Tante estoit une Femme
qui avoit beaucoup d'esprit,
& qui connoissant la Maison
du Cavalier, trouvoit le party
avantageux pour sa Niéce.
Ainsi elle n'eut aucune peine
à luy promettre de prendre
ses intérests en tout ce qu'elle
pourroit, si leur premiere
entrevûë ne détruisoit rien
des sentimens où ill'assuroit
qu'il estoit pour elle. Cette
conversation dura plus d'une
heure sans que l'Inconnu revinst.
Le Cavalier le demanda
trois ou quatre fois,
& la Tante remarquant que
l'impatience le faisoit souffrir
, envoya dire à sa Niéce
qu'elle sefaisoit trop attendre.
Elle parut un moment
aprés; & le Cavalier,quoy
que preparé à beaucoup de
ressemblance, fut surpris de
celle qui frapa ses yeux.
C'étoient tous les traits de
l'Inconnu que l'Habit de
Femme avoit adoucis. Illuy
fit d'abord son compliment
avec ce troubleordinaire à
ceux qui parlent la premiere
fois à une Maistresse. La
Belle luy répondit un peu
moins déconcertée; & ce
qui augmenta fort la surprise
de l'Amant, ce fut d'entendre
le son de sa voix, qui
estoitentiérement semblable
à celuy de l'Inconnu. Il
continua de le demander
pour les voir l'un avec l'autre,
& la Belle n'ayant pû
se contraindre assez pour
s'empécher d'éclater de rire,
on ne pût se défendre plus
long-temps d'avoüer au Cauvalier
qu'elle & l'Inconnu
n'étoient qu'une mêmecho4.
se. Son Pere ayant voulu
l'obliger à recevoir pour
Mary l'Homme du monde
le plus dégoûtant,elle s'étoit
résoluë à fuïr; & pour le
faire avec plus de seûreté,
elle avoit caché son Sexe
fous un fauxHabit. Le Gentilhommequ'elle
avoit blessé
à Châlons, estoit cét Amant
si laid, qui avoit cru
devoir courir aprés. elle.
L'Habit d'Homme qu'elle
avoit pris ne l'avoit point empesché
de la reconnoistre.
Il rayait suivie, & [ç..avo.iP:-
l'Auberge où elle logeoit;
mais voyant toujours le Cavalier
avec elle, il avoit voulu
attendre qu'il la trouvast
seule; cela s'estoit enfin rencontré.
Vous pouvezjuger
quels reproches il luy fit de
la voir ainsi travestie en
Homme. Il avoit voulu user
de force pour la ramener, &
la Belle qui sçavoit fort bien
manier l'Epée,avoit repoussé
la violence, dela maniere
que je vous l'ay dit. Elle
avoitécrit sur le chemin pour
avertir sa Tante de son avanzure.,
& pourla prier de la
traitertraiter
de Garçon à son arrivée.
Elle en avoit conservé
l'Habit cinq ou six jours,
tandis qu'onluy en faisoit
un autre de Femme; & sitôt
que ce nouvel Habit avoit
esté fait, elle avoit tenu parole
au Cavalier, en le venant
prendre pour le Rendezvous
qu'elle luy avoit promis.
Une Suivante à qui son
vray Sexe avoit esté découvert,
l'avoit habillée pendant
qu'il entretenoit la Tante.
Je ne vous dis point ce qui
se passa pendant le reste de
cette journée. Il vous eH:
facile de vous figurer quelles
furent les refléxions duCavalier
sur ce long voyage fait
avec une aimable Fille, qui
avoit eu jusque-là l'adresse
de l'abuser, qui s'estoit batuë
contre un Amant qu'elle
haissoit, & qui changeoic
d'une maniere si agreable
pour luy le personnage d'Amy
en celuy d'une Maistresse
si digne de son amour. La
Tante luy apprit qui elle
estoit. Ils connoissoient la
Famille l'un de l'autre, & le
Cavalier convint, qu'en consultant
toute sa raison,il n'auroit
pû faire un meilleur choix
queceluy que lehazard luy
avoit fait faire. La Tênte écrivit
d'abord en Provence une
partie de ce qui estoit arrivé.
Le Pere marqua par sa réponse
toute la colere imaginable
de la fuite de sa Fille;
mais comme le temps raccommode
tout, l'Amant
blesséàChâlons se trouvant
guéry, & luy ayant rendu sa
parole, les choses furent ménagées
avec tant d'adresse,
quele Cavalier,dont on connoissoit
le bien, la naissance
& le mérite, obtint enfin ce
qu'il demandoit. On contenuit
à son Mariage; & la
Tante ayant reçeu une Procuration
du Pere, pour le
signer suivant les Articles
qu'on luy avoitenvoyez, il
fut celebré avec une joye
inexprimable de l'Amante
& de l'Amant. Ils font partis
depuis peu pour retourner
en Provence, où tous leurs
Amis leur font venus faire
compliment sur leur bonheur.
Voicy un Air nouveau,
qui a icy une grande vogue.
Vous n'en ferez pas surprise,
quand je vous auray appris
qu'il est du fameux Mr
Lambert.
AIR NOUVEAU. LE Rojifgrtol que L'on admirey
Et dont
on vante tant la voix,
Setairoit pour vous lai[fer dirs,
Si vous alliez, chanter au Bois.
Iris, allez-yquelquejour;
Etpuis quii en coûte la vie
A ceux que voflre voix a pcnctrez,
d'an,-,oiir
JVfS/l meure au moins de j<ucujîe.
L'Etat du Gouvernement
d'Alger, & des forces de ce
Royaume que je vous ay
envoyé dans ma Lettre de
Juillet, vous ayant donné
une entiere connoissance du
Païs, & des manieres de ses
Habitans,j'ay lieu de croire
que ce qu'ilme reste à vous
dire de la Paix que l'on vient
de conclure, vous causera un
plaisir, que vous n'auriez
goûté qu'imparfaitement, si
je vous avois laissé ignorer
toutes ces chosès.
Il y a troismois que je
vous écrivis touchant cette
Paix, & vous appris seulement
qu'elle estoit faite.
Mon desseinest aujourd'huy
de vous en faire sçavoir jusqu'aux
moindres circonstances,
& ce sont là des morceaux
d'Histoire ausquels on
peut travailler quelque tems
aprés les évenemens, parce
qu'il ne s'agit pas de publier
la nouvelle d'un Traité;mais
d'expliquer en fidelle Historien
tout ce qui s'est fait
danslanégotiation
,
dansla négotiati~'H1 & à
)
l'occasion de ce Traité. Comme
on ne peut estre instruit
de tout qu'avec le temps, &
que l'Affaire d'Alger est
remplie de beaucoup de particularitezglorieuses
pour
le Roy,j'ay cru devoir diférer
à vous en entretenir, afin
de le faire, & plusà fonds,
& plus sûrement. Il seroit
# mesme besoin que pour
mieux entrer dans cet Article,
vousremi ssiez dans vôtre
memoire tout ce qui a
donné lieu à ce que je vay
vous raconter. Il faut pour
cela que vous rapelliez ce
que je vous ay mandé, touchant
les deux Voyages que
Mr le Marquis du Quesne a
fait, devant Alger. Je vous
envoyay en ce temps-là
deux Plans de la Place gravezexprés,
avec le moüillage
de l'Armée Navale du
Roy, & je vous parlay de la
mort de Baba-Assan qui empescha
la conclusion de la
Paix, qu'il jugeoit absolument
necessaire au repos des
Peuples dont il avoit le Gouvernement.
Hadgi Hussein,
connu fous le nom de Mézomorto,
fut étably Dey. Sitôt
qu'il posseda cette Dignite
, il ne voir des sentimens
entiérement opposez à ceux
que Baba- Aflan avoit eus.
Ce n'est pas qu11 les condamnast
dans le fonds de
l'ame; mais il se crut obligé
d'agir de la ofrce, parce qu'il
sçavoit que le Peuple, amoureux
des nouveautez,est toûjours
persuadé que celuyqui
fuit des maximes contraires
à celles de ion Prédecesseur,
ne le fait que parce qu'il en aétudié les defauts, & qu'il
a des lumieres plus parfaites.
Voila sur quels fondemens
Mézomorto dit qu'il ne
faloitpointfaire de paix avec
les François, & qu'on trouverait
bien les moyens de
leur resister. Il pensoit tout
autrement;mais il vouloit se
rendre maiitre de l'esprit des
Peuples, & ne pas marquer
qu'il fust dans les mesmes
sentimens, qu'une fine Politique
luy avoit fait condamner
en Baba-Assan. Il estoit
Homme de Mer, & par là
les Forces maritimes de
France luy étoient connuës.
Il sçavoit que les Vaisseaux
s'y trouvent construits sitôt
que le Roy l'a commandé,
& que les Magazins qui sont
dans ses Ports, sont toûjours
remplis de tout ce qu'il faut
pour en équiper un fort
grand nombre. C'étoit assez
pour luy taire souhaiter la
Paix avec les François.Illa
vouloit donc,mais ilcroyoit
que le moyen sur d'y parvenir,
estoit de s'y faire voir
opposé. C'est ce que vous
remarquerez dans toutes les
démarches qu'il afaites pour
y reunir, & que je ne puis -
bien vous expliquer sans re- -
prendre les choses de plus
haut, & sans vous entretenir
du Bastion de France, dont
il a estési souvent parle dans
toutes les Relations des années
précedentes. Ce Bastion
efl: sur la Côted'Alger,
& il en est éloigné de cent
lieües ou environ. Mr du
Sault a permissiond'y faire la
Pesche du Corail, & dans
tous les lieux qui en dépendent,
moyennant un certain
tribut payable tous les deux
mois. Mr du Quesne voyant
que non feulement la Négotiation
de Paix estoit rompuë
avec les Algériens, mais
encore que les chosesétoient
tellement aigries, que le
Peuple agissoit en Maistre
dansAlger, crut devoir faire
enlever tous les Effets que
Mr du Sault avoit au Bastion
de France, afin dene le pas
laisserprévenir. La prudence
vouloir qle ce General en
usast de cette sorte
, parce
qu'encorequ'il ne parust pas
que les Puissances d'Alger
eussent dessein d'inquiéter les
François qui estoient en ce
lieu-là,elles pouvoientn'estre
pas maistresses d'un Peuple
emu & revolté. Cette conduite,
quoy que dans les formes
, ne laissa pas d'aporter
quelque sorte de dommage
à Mr du Sault, à cause qu'on
n'eut que deux heures pour
enlever les Effets; que ces
Effetsestoientséparez que
le temps estoit court, & la
confusion grande. De plus,
l'interruption de son commerce
luyestoit fort ruineuse
,
& il avoit lieu de
craindre qu'elle ne le fust
encore dauantage si elle duroit
plus longtemps. Toutes
ces chosesl'obligerent à travailler
à son rétablissement,
& le firent resoudre d'aller à
Alger, où il estoit fort connu
par son commerce, qui
l'avoit souventengagé à y
faire des Voyages pendant
qu'il estoit au Bastion de
France. Il moüilla devant le
Port le14. Mars 1684. LeCapitaine
de ce Port vint à
Bord en mesme tei-iips,& luy
dit qu'il n'avait qu'à faire entrer
sa Barque. On témoigna
beaucoup de joye de son
arrivée. Il rendit plus de
quatre-vingts Lettres dont il
avoit bien voulu se charger.
Elles étoient des Turcs
d'Alger qui sont sur les Galeres
de France. Il y en avoit
non feulement pour leurs
Parens, mais aussi pour le
Bacha, le Dey, & autres
Principaux de la République.
On asçeu depuis la
conclusion de la Paix
, que
ces Lettres parloient presque
toutes des grands Armemens
de Mer qu'on faillit
en France, &: qu'elles
avertissoient les Algériens
du risque qu'ils couraient,
s'ils ne travailloient à leur
repos en demandant la Paix.
Le désir qu'ils avoient de la
conclure estoit si grand, que
le Khia'ia dit à Mr du Sault,
Que s'il avoit quelque cboji à
dire,ilj-eroiîajjembler le rDi
, van General pour l'entendre. Il
layrépondit, queM le Cbcvalier
de Tourville devoit arriver
dans quelque temps pour
croiser dansces Mers, & que
s'ils avoient quelque proposition
à faire,ils pourroient s'adresser
à luy. On dit là-dessus à Mr
du Sault, de la part du Divan,
que puis qu'il avoit une Maison
dans Alger, il pouvoit y
demeurer.
Le Dey l'envoya querirle
lendemain, pour l'entretenir
en particulier. Il luy
parla toûjours des affaires de
France, & Mr du Sault de
celles du Bastion. Il faut remarquer
que ce premier n'a::
voitencore pû taire aucune
démarche pour la Paix, ôc
qu'il se saisit de la premiere
occasion favorable qui se
présenta pour enparler. Surr
la fin de ce premier entretien
, Mézomorto fit entendre
à Mr du Sault que ses;
affaires avoient une telle,
connéxité avec celles qui
regardoient la France, qu'iU
fâlloit conclure la Paix avec
elle, avant que de prendre
aucunes mesures pour fon*
rétablissement. Il luy parla:
toûjours du Roy avec une
grande venération, & luyfit:
connoistre qu'il n'ignoroit.
pas qu'on devoit le respecter,
& craindre ses armes. Il
ajouta. Si j'avois aujourd'huy
la Paix avec la France, envoyerois
a l'instant des Officiers
pour te rétablir. Il s'ouvrit en
fuite à luy, & luy marqua
combien il souhairoit laPaix,.
& lesraisons générales Ôc
particulieres qui le portoient
à la desirer, l'assurant qu'il
n'avoit pas de plus forte
passion que de la conclure.
Surquoy Mrdu Saule luy dit,
Qu'onavoitfait sçavoir à Alz.
le Chevalier de Tourville, Lientenant
General des Armées
Navales de France, & qui
devait venir croiser dans leurs
Mers..) à quelles conditions.
l'Empereur de France vouloit
bien leur accorder cette Paix,
en cas qu'ils la demandassent.
Le Dey luy répondit, Que
si l'Empereur de France lasouhaitoit
une fois, il lasouhaitoit
sept; Qùil estoitHomme de mer,
& que l'expérience luy avoit
appris que sa République pouvoit
avoir la guerre avec tous les.
Princes Chrestiens,excepté avec
1)Ernpereur de France, quien en,,
le premier,& le plus puissant
:
Il s'étendit en suite sur la ponctualitéavec
laquelleonexécute
les Traitez en France,blâmant
en cela la conduite de Baba-
Affin
,
qui avoitdéclarésilegérement
la guerre, contre l'avis
des Capitaines de cette République
expérimentée à la Mariney
de laquelle ce mesineBaba-Assan.
n'avoit aucune connoissance,puis
qu'il n'avoit jamais esté à la.,
Mer; Qu'enfin aussitostque Ad*
de Tourvilleparoistroit, il apporteroitdesaparttoutes
lesfacilitez
possibles pour arriver à une
bonne Paix. M du Sault luy
dit, Quepuisqu'il connoissoit si
parfaitement l'injustice de cette
Guerre, & le préjudice quesa
République enrecevoit, ilcroyoit
qu'ilseroitbienaise de la voir
finir. Apres cela, it le pria de
permettre que Mr de Choiseüil,
encore Esclave à Alger,
vinft en son Logis, s'offrant
à luy en répondre en cas d'evafion.
Le Dey repliqua,
£)u'ilnen estoit pas seulement
le maistre, mais qu'il pouvoit
encore y' faire venir tous ceux
qu'il voudroit. Ce fut chez
luy un concours continuel
de Gens, qui s'empresserent
àluy témoigner la joye que
l'espérance de cette Paix
avoit répanduë dans tout
Alger, & l'impatience qu'on
avoit de l'arrivée de Mrle
Chevalier de Tourville. Cependant
on n'oublioit rien
pour tâcher de découvrir les
conditions ausquelles le Roy
vouloit bien donner la Paix.
Enfin le z. Avril à midy, Mr
le Chevalier de Tourville
moüllla à la Rade d'Alger.
Mrdu Sault alla le trouver,
& luy apprit la joye que son
arrivée causoit dans la Ville.
Illuy dit que le Dey avoit
nommédeuxCapitainespour
le
le venir complimenter à ion
Bord. Cela fut exécuté dés
le lendemain. Ils ne luy parlérent
d'aucune affaire, parce
que les premieres visites se
passent ordinairement en civilitez,
sur tout lors qu'on reconnoist
pour Supérieur celuy
à qui on les ren d. Le Capitaine
qui fit la belle Action
dont je vous ay parlé dans
mes Relations d'Alger, & qui
sauva Mr de Choiseüil de
l'emportement du Peuple,
accompagnoit les deux Députez.
Ils furent traitez à dîner,
& s'en retournerent le
soir fort satisfaits, non seulementde
la bonne chere, tnaÍ)
encore de la maniere honneste
avec laquelle Mr de
Tourville les avoit reçeus.
Il les fit ialuer de sept coups
lors qu'ils se rembarquérenr.
L'Amiral d'Alger qui avoit
appris par Mrdu Saule qu'on
les devait salüer,estoit demeuré
à la Marine, ôc avoit
fait mettre Pavillon à tous
les Vaisseaux pour répondre
à ce salut. Tout cela se passa
le 5. Le 6. MrleMarquis d'O,
6c Mr Hayet, Commissaire
General de la Marine, allérent
complimenter le Dey
dF la part de Mr le Chevalier
de Tourville. Le mesme jour
le Dey luy écrivit, pour sçavoir
à quelles condici ns
l'Empereur de France leur
vouloit donner la Paix. Il
pria Mr du Sault de porter la
Lettre. Voicy ce qu'elle contenoir.
A MONSIEUR
LE CHEVALIER
DE TOURVILLE
Lieutenant Genéral des Armées
Navales duTres-Excellent
& Tres-Puissant Empereur
de France; Dieu perpétuë
son Regne &sa prospérité.
Ainsi soit-il. MOy Agi -
Huffin
)
Très-
Excellent & Tres-PuiffdntChef&
Go- uverneur dJu
Roytume d'Alger; Dieuperpétue
son Regne&f<tPoflerité. Ainji
foit-il. Ayant Appris p-ir le Sieur
du Sattlt5 GouverneurditBajtion
de Francr, de la dépendance de
ce Royaume, venu en cette Ville
pour fies affaires, que voflre Empereurvous
avoïtdonné le commandement
de [es Armées en ces
Mers
y
mesme que vows dervie:{
paroistre en cette Radey je députay
hyer vers oflreExcellence
deuxCapitaines de Vaiffieai4x3
pour vous témoigner ma joye
d'unsijuste choix, (èf tous demander
la continuation de Vamitié
qui efr entre nous depuis si
longtemps. Ils font revenus si
contens de l'accueil que vous leur
4:vez. faitJ que je vous en remercie.
Ils montaujjtfait connoiflre
que voils avie% le pouvoir
de traiter de PAixsur la
Guerre que nous avons avec la
France. En ce cas je vous prie
de me faire sçavoir par le mesme
Sieur duSault, qui vous rendra
la Ptéfente, les intentions de
vofite Empereursur cette conciliationy
afin que cette mejme
amitié entre nous puissè opérer
celle que nous avions 9. devant
avecvoflreEmpereur^au contenu
tement réciproque des Sujets des
deux Royaumes. Fait a nostre
Ville d Alver le 21. deRabita.(
T..er-' l'an
,"-l' 100(. acÚ eH le 5. an ioyr. qui efl 6.
•'iini10•j..
Mr de Tourville chargea
Mrdu Sault de dire au Dey
de sa part, qu'il
-
envoyeroit
M[ le Commissaire General
pour déclarer au Divan
les intentions de son
Empereur. Cependant s'êtant
ouvert sur quelques conditions
pour estre rapportées
au Dey de vive voix, elles surent
agitées, & le Dey donna
beaucoup de raisons pour
faire connoistre que le Gouvernement
n'avoit point de
part au traitement qui avoit
esté fait l'année précedente
au Pere le Vacher, &au;-;
autres François qui avoient
souffert la mesme peine. On
conclut qu'on envoyeroit un
Otage à bord, ce qui fut exécuté.
MrHayet vint à terre.
Il parla au Divan, & Mr du
Saulty fut aussi ensuite écouté.
On y conclut à la pluralité
des voix, d'abandonner
le tout à ce que le Dey jugeroit
à propos. La Négotiation
dura quelques jours, &
demeura comme suspenduë.
Mr de Tourville écrivit au
Dey, qu'ilavoit dit ses dernieres
intentions à Mr du
Sault pour les luy faire sçavoir;
que c'estoit à luy à
prendre son party, & qu'il
alloitmettre à lavoile.Voicy
laRéponse que le Dey fit
à cette Lettre.
AU
GENERAL DE L'ARMEE
de France, Monsîeur le Chevalier
de Tourville, qui efl
l'exemple des Grands, & le
soutien de la gloire des Seigneurs
de la Religion des
Chrestiens; Quevostreprospérité
soit augmentée. NOus vous donnons avis
avec tonte forte d'amitié\
que l'agréable Lettre que vous
nous ave% écrite, efi heureusement
arrivée vers nous, quisommes
vos Amu. Nous l'avons
leue d'un bout à l'autre, &nous
en avons parfaitement compris
la teneur, par laquellevous nous
Jonnezàconnoistre les moyens
de finir la Guerre qui efl entre
nous, de la changer en bonne
union& Amitié" &de mettre en
repos&en paix Vun & l'autre
Party. Surquoy je vous diray,
comme a mon bon Amy, que
si Vostre Excellence souhaite une
fois la Paix, nous la voulonsy e la dtfirons dix fois davanta/
Se. Vous n'a'Vez qu'à demandey
au Gentilhomme du Dàftion,
M- quelle maniéréfay employé
tous mes foins st) tome mon étude
p&ur cette affaire; il -vous dira
R qui en ejiy& comme tout s'est
passé, afin (pc vous nen doutie:(.
nullement.
- Le milieu de cette Lettre
estoit remply de divers Articles,
qui regardoient leTraité
dePaixJe ne les mets point
icy
, parce que la fin de ce
Discours vous éclaircira de
tout. Le reste de la Lettre
estoit conceu en ces termies.
Cependdnt) mon cher Amjs
quelque foin & diligence; quelque
peineÙexaélitude que vous
()lVf"/eruzez à'1l''é/garddd'e cettePPaix,
jefçay que vofireparole esi écoutée
favorablement che%vostre
Empereur3 & mefrneque ce que
vous ditesne manque pas d'avoir
son effet, de quelque manière que
la chose réujjffe3 après avoirfait
toutes vos ddigcnces. V'jftre Excellence
n'a point de prétextes ny
d'exeufes a chercher, ny de discours
des uns & des autres à
craindre? parce que toutes ces
affaires ont esté remises à vofire
disPosition;, & vofire Empereur
donnera son conjointement à tout
ce que <vousjere^. Le que nous
venons de dire a esié refeu de
toute la viclorieufe Milice, rI!f
de nos Enans, qui fontàprésent
dans Alger, Ilsyontconfenty,
(^f ont donne leur parole. Pour
ce qui efl de nos autres Enfans
qui font dehors au Camp viéîorieux,
nous leur avons écrit pour
leur faire sçavoir en quel état
font les affaires de cette Paixy
afin qu'ils soient infirmez &
participans de ce qui se passi.
Nous en aurons, s'il plaist à
Dieu,répênse dans cinq eu six
jours, c il efl tres-affuré que
noflre union Cm amitiéfera plus
grande & plus fiable qu'elleria
jamais tfié. Le salut de Paix
'Vous foit donné. Ecrit au commencement
du mois Guimazilevel,
l'an iqçj. qui est le 18r
Avril1684.
Cependant pour avancer
les affaires de la Paix, le Dey
fit faire une publication, qui
ordonnoit à tous les Particuliers
qui avoient des esclaves
François, de les amener
à laMaison du Roy pour
en sçavoir le veritable prix,
& pour chercher les moyens
de le rembourcer en les rendant.
Les Marabous vinrent
trouver le Dey en corps,
pour luy expliquer que l'Alcoran
défendprécisement
de rendre lesChrestiens sans
argent; & les Consulsde
deux ou trois Nations luy
dirent, Que s'ilfaisoit la Paix
aux conditions que la France
pre.fcrivoir, leurs Maistres employroient
toutes leursforces pour
avoir les mesmes avantages. Ils
ajoûterent, Que le Dey n'avoit
qu'à demander tout ce qu'il
souhaitoitpourse défendre contre
la France, & qu'ils lefourninient.
Il renvoya les premiers
avec menaces, & dit aux autres,
Qu'ilcraignoit l'Empereur
de France, & non pas leurs
Maistres, avec lesquels il ria~
'Voit nulles mesures à garder.
Cependant le Traité demeu-.
rant toujours suspendu, le
Dey dit, Ou'ilécrirait à l'Empereur
de France, à son Amiral,
0*a Monsieur de Seignelay. Il
ajouta, £hiil avoit une telle
confianceenlajustice de Sa Majesté,
qu'il enpasseroitpartout ce
qu'il luyplairoit d'ordonner. On
estoit presque d'accord d'une
Trêve de deux mois; mais
comme il ne s'agissoit que î
d'unArticle il s'accommoda,
&la Paix se conclut. On envoyades
Otages à bord. Cependant
Mr Hayet, & Mr de
la Croix Secretaire
- Interprete
duRoy, estantvenus à
Alger, se rendirent au Divanavec
Mrdu Sault, où ils trouverent
toutes les Puissances.
de rEtatauemblées. Ce seroit
icyle lieu de vousdécrire le
Divan,&lerangde ceux qui
le composent, si je ne vous,
en avois pas fait une ample
peinture dans ma Lettre de
Juillet.
MrHayet s'estant avancé,
dit au Dey, Quil venait de
la part du General de la Flote de
l'Empereur de France, pour luy
apporter les Articles de la Paix
qu'ilaccordoit au Divan, t)- à
la Milice d'Alger, au nom de
l'Empereurson Maistre, afin que
s'ils estoient résolus de les recevoir,
ils lessignassent, & les
sissentsceller en la forme accoutumée.
Il présenta en suite
trois Copies du Traité traduires
en Turc. Le Dey prit
alors la parole, & dit en s'adressant
à Mr de la Croix.
Secretaire de l) Empereur de
Franceapproche, £r lis à ce
Public les Articles de la Paix
que ton Empereur nous accorde.
Cette lecture ayant esté
faite, le Dey appella tous les
Reys ou Capitaines de Vais
seaux, &: leur dit. Capitaines,
cette Paix njoxs regarde particulierement,
vous en avek entendu
les Articles. Si njous y
trouve^ quelquedifficulté, cejl
àpresent que vous la dezek propeser.
Ilstémoignerent qu'ils
approuvoient le Traité, &
vinrent tous baiser les main,
au Bacha, au Dey, & puis au
Capigi
-
Bachi. Ils s'avancerent
en suite jusqu'aumilieu
de laCourt,afïn d'estre mieux
entendus, & dirent aux Milices.
Le Setretaire de l'Empereur
de France vous a lû les
Articles du Traité de Paix qu'il
nous accorde. Estes-vous contens
de l'exécuter aux conditions
que vous venezd'entendre?
Toutes leurs voix s'eleverent
en mesme temps pour
marquer qu'ils en estoient
satisfaits. Puis qu'il est ainsi,
dit alors le Dey, jurez donc
que vottspromette-, de l'exécuter.
Apres cela ils dirent le Fatah,
qui est la premiere Priere de
l'Alcoran, par laquelle les
Mahométans croyent attirer
la benédiction de Dieu sur
toutes les affaires qu'ils commencent.
Toutes les Milices
répondirent, Amin3 & jurérent
avec de grands cris de
joye, qu'ils observeroient à
jamais la Paix quivenoit d'être
concluë. Le Dey ayant
fait en fuite apporter du Sorbet,
dit à Mr Hayet, apres
l'en avoir régalé, Qvnl allast
se reposerchez Mrdu Sault;
que cependantils alloient à la
Marine pour témoigner la joye
qu'ilsanvoient de cette Paix; &
qu'afin que toute l'Europeseust
la différence qu) ils faisoient de
l'Empereur de France; & des
autres PuissancesChrestiennes,
aulieu deneuf coups de Canon
qu'ils avoientaccoûtumé de tirer
lors qu'ilspublioient la Paix concluëentr'eux
(£? les Princes Chrétiens,
ils alloientfaire tirer tout
le Canon deleurVille, de toutes
leurs Forteresses, & de tous leurs
Vaisseaux. Ils en ont environ
trois cens Pieces, que l'on
tira plusieurs fois. Leurs Vaisseaux
furent ornez de leurs
Enseignes de leurs Drapeaux,
& de leurs Fiâmes.
Les Nostres répondirent à
ces Salves par plusieurs décharges
de tout leur Canon
& de toute la Mousqueterie,
& le salut leur fut rendu par
toute l'Artillerie que je viens
de vous marquer. Le 24.
Mr Hayet, & Mrs du Sault
& la Croix, accompagnez
de plusieurs Officiers, & précedez
par les Trompetes de
Mrle Chevalier de Tourville,
allérent rendre visite au Dey
& au Bacha, & leur portérent
le Traité, afin qu'ils le
signaffent, &: le scellassent
chacun de>leur Sceau; ce qui
fut fait le lendemain,apres
qu'on y eut ajoûté la forme
du Serment, & la datte du
jour auquella Paix avoiresté
publiée. Le 26.Mrle Marquis
d'Amfreville vint à terre
avec d'autresOfficiers. Ils
allérent aussi visiter le Dey,
qui les reçeut tresobligeamment,&
leur fit rendre tous
les honneurs qu'ils en pouvoient
espérer. Apres leur
avoir fait des Présens de jeunes
Lions, d'Echarpes, & de
quelques autres Ouvrages
du Païs, tissus d'or & de soye,
illes convia à dîner, & leur
dit, qu'afïn qu'ils sussent régalez
galez à leur maniere, il avoïc
prié Mrdu Sault d'avoir foin
duRepas,& de le dóner chez
luy. Il envoya plusieurs Capitaines
pour leur tenir compagnie,
Ces Capitaines furent
placez à table entre les
François. Mr du Sault avoit
fait arborer le Pavillon blanc
au deîTus de sa Maison. Les
Trompetes (è firent entendre
pendant tout le Repas.
Le Peuple accourut à ce
bruit, & donna de nouvelles
marques dela joye qu'il ressentoit
du Traité conclu. En
voicy les principaux Articles,
je ne les mets point dans le
stile ordinaire, pour ne pas
grossir ma Lettre. Il fuffic da
vous apprendre ce que contient
chaque Article. Je retranche
mesme ceux qui
font communs à tous les
Traitez de Paix, & je croy
qu'il ert inutile de dire que
tous actes d'hostilité doivent
cesser entre des Etats qui
viennent de conclure une
Paix.
Les Capitulations accordées
entre l'Empereurde France dr
les Grands Seigneurs> ou leurs
PrédecejJeurs) feront sincérement
ebfervees de part& dautre. Ils
rendront toM les Françoisgénéralement
détenus Esclaves dans
le Royaume & Domination
À'Alger3 & on leur rendraseulement
lesJanissairesdeLevant
quifontsurles Galemde France,
&du Corps de la Milice) sans
y comprendre ceux qui font ne%
dans leditRoyaume. LesVaisseaux
d'Alger ne pourrontfaire
de Prises dans Vétendue de dix
lieues de8 Cosies de France. Tous
les François pris par les Ennemis
de l'Empereur de France, qui
feront conduits à Alger, dr autres
Ports de ce Royaume,feront
mis aussitost en liberté:) sans pourvoirefireretenusEjclav&
s. Les
Etrangers,paffagersJur les Vais
feaux François, ny pareillement
les FrançoisprisfuriesVaisseaux
Etrangers) ne pourront efirefaits
Esclaves, fous quelque prétexter
que ce puijJè efire, quand mesme
les Vaisseauxsur lesquels ils auroient
esie pru, je sement défendus.
Si quelqueVaijjeau François
se perdoit sur les Cosîes de
ladépendance d'Alger,foitqu'il
fusi poursuivy par les Ennemis,
euforcépar le mauvais temps, il
fera fecourit de tout ce dont il
aura hfoin pour eflre remis en
Aaer, & pour recouvrer les
Aiarchandifes de son chargement,
en payant le travail des
journées qui y auront esté etrs.
pleyees,foens qu'on puisse exiger
aucun droit ny tribut pour les
Adarchandtfes qui feront mises
a terre, a moins quellesnesoient
vendues dans les Ports de ce
Royaume. Il nefera donne au.
cun secours ny protection centre
les François aux Corsaires de
'Barbariequiferont en guerre
avec -, , eux3 ny a ceux qui auront
ArmésôlU leur CommijJian; &
stront les Dey, Bacha, Divan>
& Milice d'dker,défenfcs4
tous leurs Sujets d'armer fous
Commiffon d'aucun Prince ennemy
de la Couronne de France;
comme auJF empefcheront que
ceux contre lesquelsl'Empereur
de France feraen guerre, puissentarmer
dans leur Corps pour
courre sur leurs Sujets. Les
François ne pourront eflre contraints3
tour quelque cauje ou
prétexte que ce sott, a
charger
sur les Vaijfeanx aucune chose centrejleurvoloFo~nt-é\n~yyfaireau-
- - cunvoyageauxLÀeuxou ils
nauront pas dejfetnd'aller. Toutesles
fois qu'unVaisseau de
Guerre de tEmpereurJe France
Viendra mouiller devant la Rade
J'Alger, aujjîtojl que le Confal
enauraaverty le Gouverneurs
ce VVaailsseau fera fainee aà pprrooppoorr--
tion de la marque de Conmandement
qu il porteras par les
Chajîeaux 0* les Forts de la
Fille,(éfd'unplus grand nom,J'
bre de coups que ceux de routes
les autres Nations. La mesme
chofi se pratiquera dans la rencontre
des Kaiffeaux de Guerre
ala Mer. Si la Paix venoità'
eflfe rompue, tom lés Marchands
ts )»On*t François qui feront dans lV'ééttee?nt--
duedu Royaume d'Alger, pourront
se retirer par tout ou bon
leurfeemblera,seans qu'ilspuijjent
eflre Arrestez pendantle-temps
de troismois. V.:»;«V&uÏUL\
~, ~, , ~, l~~ 5 i~. Ce Traité est pour cent
ans. Il y en a un particulier
fait avec Mr du Sault, dans
lequel il est marqué, Que les
algériens recollnsiffant les services
considérables qu'il a rendus
dans la Négociation du Traité
de Paix, ils le déclarent Propriétaire
incommutable des Places
du Bastion de France, la Cale,
Cap de Rose, Bone, & autres
quien dépendent, pouryfaire la
Pesche du Corail, (tJ tout le
Commercedépendantdesdits
Lieux, excluant toute autre
Personned'yprétendre, nyd'y
faire aucun trafic,,si.nsCon.-eii;ei.
ou permission expresse. Illuy
reésttapberlmirilsepBaarscteioTnr&aité de rétablir 'le, Bassion & lIecss
Lieux
délabrez.~LTous
les
avantagesqu'il peut souhaiter
pour son commerce, luy
font donnez. Les droits qu'il
s'engage de payer, y sont
marquez. Mesme quand il
y auroit rupture, il ne fera
point recherché ny inquiété
dans son établissement, &
sera maintenu en paisible
possession& jouissance du
Baition & des autres Places.
Toutes ces choses qui sont
employées dans des Traitez
publics, font assez connoître
avec quel empressement les
Algériens se sont portez à la
Paix. Ils ne s'en sont point
cachez. Le Dey l'amarqué
dans toutes ses Lettres. Il
s'en estexpliqué ouvertement
avec les Consuls de
diverses Nations, & jamais
le Peuple n'a témoigné tant
de joye. Il paroist estre dans
la résolution d'obfcrver ce
Traité inviolablement, ôc dit,
jQuej les Enfans de leurs Encans
se souviendront qu'il ne fautjamais
choquer le Pavillon de:
France.
Rien n'est plus fort que
ce qu'ont dit les Algériens,
dans cette Négotiation à l'avantage
du Roy. Toutes les
paroles de Mézomorto ont
marqué son empressement
pour la Paix; & les éloges
qu'il a faits de Sa MajeHé).
& dont vous venez de lire
une partie, ont esté en termes
si respectueux & si expressifs,
qu'il seroit impossible
aux François, tous zélez
qu'ils font pour leur Souverain,
de rien dire, ny de plus
avantageux,ny de plus spirituel.
Aussilemême Mézomortoa-
t-il souventdit, ght'il
connoissoit l'Europe,-& lesforces
de tous les Souverains; maisqu'encorequecelles
de France
sussentlesplus redoutables, la
pure rft;'me qu'il avoit pour le
Roy, dont ilconnoissoit le mérité
personnel, estoitce qui l'avoit le
plusengagéàfaire la Paix.On
convint en la traitant, que. lesAlgériens envoyeroient
une Ambassade célebre pour
demander pardon à Sa Majesté,
tantde la rupture avec.
la France, que de ce qui
s'estoit pasle à la mort du
Pere leVacher. Le Dey
choisit pour cette Ambassade
le plushonneste Homme, &
le plus distingué qu'il put
trouver dans Alger. Il ena
esté Gouverneur; il a commandé
l'Armée, & s'est acquité
de plusieurs Ambassadesavec
la réputation dun
Homme aussi fage qu'expérimenté.
On nomma en
mesme temps douze Capitaines,
ou Officiers, pour l'accompagner.
C'estoient tous
Gens de remarque parmy
eux, & il ny en avoit aucun
qui n'eust esté blessé sur mer
ou sur terre. Avant leur depart,
le Dey demanda à Mr
du Sault le nom de celuy qui
estoit présentement Amiral
de France, & ayant sçeu que
c'estoitMrle Comte de Toulouse,
il ordonna à l'Ambasfadeur
de luy rendre les réf.
pects dûs à sa naissance & à
son rang, & dit, Que peur obtenir
fins facilement des graces
des Peres,ilfaloit faire interceder
leurs Enfans. Lors que
l'on fut prest à s'embarquer,
le Dey dit à ce mesme Ambassadeur,
Ou il l'envoyoit
pour uêir leMonde, & luy fit
connoistre en peu de mots,
que voir la France, c'estoit
plus que voir le Monde entier.
Il partit enfin avec sa
Suite, & trouvaàToulon Mr
de laBussiere, Gentilhomme
ordinaire de la Maison du
Roy, pour l'accompagner,&
le faire défrayer. Ce n'estoit
| point par une marque de distinctionpourluy,
qu'on mais parce fait la mesme chose
en Europe à tous les Ambasfadeurs
des Princes qui n'en
sont pas, & qu'ils défrayent
chez eux tous les Ambassa-
,
deurs qui viennent d'Europe.
L'établissementde cettecoûtume
vient du peu de fréquentation
qu'on a les uns
chez les autres, ce qui fait
qu'on ne sçaitpasassez les
manières du Païs pour trouver
sans peine ce qui est necessaire
à chacun. Joignez à
cela, quil y a beaucoup de
Lieux deserts dans l'Asie &
dans l'Afrique.L'Ambassadeur
ayant veu l'Armée Navale,
& les Magazins de
Toulon,dit, Que c'estoit une
merveilleuse ignorance,de 'V()u: :
<;
loir la Guerre avec le pinsp'ut'fsant
Prince de la Afer, qin
estoit toujours prestà armer des
ffaijJèdHX,&afairesentirsonindignation
à ses Ennemis. Il.
fut ensuite surpris, ainsi que
ceux de sa Suite, de trouvertoutesles
Hôtelleries de leur
toute pleines de toutes les
choses dont on peut avoir
besoin, au lieuquen leur-
Païs on est obligé de porteravec
foy tout ce qui est necessaire
pour la vie. Ils remarquèrent
dans tous les
François, des manieres curieuses
mais accompagnées
de beaucoup de civilité. Les
Dames s'emprcuerenc à les
voir, & leur donnèrent plusieurs
fois les Violons. On
peut dire qu'ils arrivérent à
Paris entre deux hayes de
monde, les chemins en ayant
presque toûjours estébordezdepuis
Toulon jusques à
Paris. Je ne vous rapporteray
point tout ce que l'Ambassadeur
a dit, qui mériteroit
d'estreremarqué. Je fuis
trop pressé dutemps, pour
pouvoir entrer dàns tout ce
détail. Je marqueray seukment
icy quelques repardes
sur plusieurs choses diférentes,
pour vous faire connoistre
son esprit; & ce qu'il a
pensé du Roy,& de la France.
En cela je ne diray rien qui
ne soit tres-veritable. J'ay
esté témoin d'une partie; éc
de la maniere, que je sçais le
reste, je puisle garantir aussi
vray que si je l'avois entendu
moy-mesme. Quelqu'un luy
ayant demandé ce qu'il pensoit
de Paris, il répondit, Que
comme à l'Ouvrage on canna!/-'
soit l'Ouvrier, on devait juger
deU chose admiréesuivant
cçlitjqtii l'admiroit s'y pouv-oit.
connoistre ; &qu'on devoit estrepersuadéqu'il
trouvoit Paris lA
plus belle Ville du Monde,puis
qu'ilparloit avec connoissance
de ce qu'il disoit,&qu'ayant
beaucoup voyagé, il demeuroit
d'accord qu'iln'avoit rien veu
de si beau que cette Vier. Il Y,--'
v estoit arrivele vingt-neu- ssiéémmeeddeeJJuuiinn;&ôleele qquuaa--:
trième de Juillet il fut conduit
à l'Audience du Roy à
Versailles par Mr de Bonneüil
,
Introducteur des
Ambassadeurs, qui l'avoir
esté prendre à Paris à l'Hôtel
des Ambassadeurs, aye<p'
les Carrosses de Sa Majesté
, & de Madame la
Dauphine. On le mena
d'abord se reposer dans la
Salle des Ambassadeurs,;
qu'on appelle laSalle dc\
Descente. Il alla en fuite chez
Mr de Croissy,Ministre
& Secrétaire d'État, & chez
Mr le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Etat. Quoy que
ces Ambassadeurs n'ayent
audience que des Ministres
pour traiter des Affaires qui,,
les amènent,& du Roy, pour
luyrendre leurs soûmissions.,
&qu'ilsn'aillent point coinme
ceuxde l'Europe à 1'Audience
de toute la Famille
Royale, celuy-cy avoit demandé
à voir Mr le Comte
de Toulouse. Il en avoit ordre
de Mézomorto, comme
je vous l'ay déja marqué; &
d'ailleurs comme on ne peut
avoir de démeslez avec les
Algériens que pour des Affaires
quiregardent la Navigation,
ils avoient crû que
leur Ambassadeur devoit luy
demander sa protection. Il
fut donc coduitàl'Audience
de ce Prince, qui le receuc
en qualité de Grand Amiral.
L'Ambassadeur le trouva accompagnéd'une
grosse Couiy
&: luyfitceCompliment.
LA bontégenéreuse3otres^
digne&tres-noble Amira/:J
Aveclaquelle leplus grand&le
fins redoutable de tous les Princet
de la Loy des Chrcfliens, ton
Excellent dr Auguste Perey
«vient de me recevoir; & en
moy toute l'illuflre &viÛorieufe
République des Algériens5 me
combled'une joye. que je ne puis
m'empefeber de te témoignerv
Cette joye efi fondée sur l'beu-*
"lUX échange que nous saisons
de la crainte continuelle deses
armes3 avec le destr ardent deles
voirdefermait proférer furttoouu¡
s[seessEEnnnneemmiiss..ElElellee frfli rn- encore
augmentée par l'efyérancc
que nous donne ta jeunesse ad.-
rnirable, d'eflre un jour fidellr
imitateur des grandes Afiions
du grand & o magnanime Empereur
qui ta donné la vie, lors
que eaura fait croistre 1er
Jemences de vertu qu'ila tranfmife&
en Toy3 &formé ce grand.
Arbre de valeur qui Joit cou-4
'Vrir ttn jour toute la vasse eten,
JLHÏ des deux Mers. Noftfe joyr
cependant nepeutejire Accomplitr
tant
tantqu'ily aura de nos Compatriotes
qni gémiront d,ans tes-
GaleresJous le poids de leursfers.
Ilfaut donc, 0 tres- digne&trèsnoble
Amiral, que tu nous accordes
ta proteélion auprès de ton
Excellent &AuguÛe Pere,&
que tu nous aides a en obtenir
leur liberté. Nousfemmesassurez
qu'il te l'accordera, & qu'il
ne pourra refuserunechose si
jufle (&fid'ne desagenérofttey
a un Prince siaimable &sirem«
ply de touteforte de perfections.
Mrle Comte deToulouse
répondit, Que tant qu'ils auraient
lessèntimes qu'ilsdévoient
avoir, cjHilsJcroient dans les
bonesgrâcesduRoy,iltâcheroitde
leur rendre tous les bons offices qui
seroient en son pouvoir. Cette
Réponse fut faite avec un air
dont la majesté accompagnoit
la bonne grace; & ce
Prince estans fort jeune, &
parfaitement beau, les Algériens,
& tous ceux qui le virent,
furent remplis d'admiration,
&luy donnérent mille
loüanges. Quelque temps
apres , toute la Cour s'estant
renduë dans le grand Apartement
du Roy, l'Ambassadeur
y fut conduit par le
grand Escalier, qui mene à
1 Apartement qu occupe
Madame la Dauphine, Il
traversa la Salle des Gardes,
& le petit Apartement de
Sa Majesté, & en suite la Galerie
ôc le Sallon qui eH: au
bout. A peine fut-ilentré
dans la Galerie, qu'on luyen
voulut faire remarquer les
beautez & les richesses. Il
répondit, g)uil alloit voir le
plus grand Roy du Monde, @f
que c'estoit ajJez pour cejour-la.
Le Roy le reçeut dans son
Trône. Il fit à Sa Majesté le
Discours suivant en Langue
Turque, & il futinterprété
par Mrde la Croix Fils, Secretaire-
Interprete du Roy. TRES-HAUT, TRESEx
CELLE NT. TRESPUISSANT,
TRES-MAGNANIME,
ET TRES-INVINCIBLE
PRINCE, LOUIS QUATORZIEME,
EMPEREUR DES
FRANÇOIS; DIEU PERPETUE
TON REGNE ET TA PROSPERITE.
Je viens aux pieds de ton fublime
Trône Impérial, pour texprimer
la joye de noflre République,
e du Dey mon Maijlre,
d'avoir conclu la Paix avec tes
Lieutenans, & le desir ardent
qu'ils ont, qHilplaije a ta Haute
Afajefté d'y mettre le Sceau de
ton dernier consentement.
La force de tes Armes trèspuissàntes,
ül'éclatde ton Sabre
toujours violoneux, leur a fait
connoïflrequelle a eslé la faute
de Btcba-Assan d'avoirdéJaré
la Guerre à tes Sujets; & je
fuis députe pour t'envenir demanderpardony
fil te protester
que nous riaurons à l'avenir
d'autre intention, que de mériter
parnoflre conduite Vamitié du"
plus grand Empereur quifoit, &:
qui ait jamais esté dans la Le
de Jefus
j & le seul que nous
redoutions.
Nous pourrions appréhender
que texcEs détestâble commis en lapersonne de ton ConsuL nefust
un objlacle à la Paix, si ton ef
prit) dont les lumièresfemhlables
àcelles du Soleil,penétrant toutes
rhofes, ne connoissoitparfaitement
dequoy (si capable une Po
-
pulace émue & en fureur, qui
au milieu de ses Concitoyens
écrtifèz par tes Bombes) euJe
trouvent des Peres) des Freresy
(J)des Enfans, se voit enlever
les Esclaves, le plus beau deses
Biens; à qui, pour comble de
malheur, on refiufe en échange
la liberté de ses Compatriotes,
quelle wvoit esperée. Quelques
motifs que
puijJe avoir eu cette
violencey je viens te prier de
détourner pour jamais tes yeux
sacrez. de dejjusune Aflion que
tous lesGens de bienparmy nous
ont déteflée, & principalement
lesPuiJJances, a quiilne feroit
pairaifonnable de imputer.
Nous esperons, o grand Empereur,
aussi puijjant que Gemfhid,
auJJi riche queCaroun,
aussi magnifique que Salomon,
aussi généreux quAkemtayy
cette grace de tes bontez.
Et mesme dans la haute opinion
que nous avons de tagenérositêincomparable,
nous n'avons
garde de douter que tu ne rendes
libres tous ceux de nos Freres
qui Je trouveront arrefte% dans
tes fiYSJ comme nous remettons
en pleine liberté tous ceux de tes
Sujets ouifont entre nos mains,
& mefixe tous ceux qui ont esie
/;onrJrez de lombre de ton Nom,
afin que Id, joye de cette heurtufe
Paixfoitégalé etJ univsrfelle.
Et en cela, que demandonsnous,
fnond'ouvrir un plus
o{ ..¡:r'¡ no-n'bre de bouches a ta, r-'20boucbes
louange; & que dans le temps
que les tiens rendus a leur Patrie
te bénirontproflernez a tes pieds,
les nostres se répandant dans les
njafles Pais de Afrique^aillent
y publier ta maonificence, &femer
dans les coeurs de leurs Encans
une profonde vénération
pour tes vertus -incomparables ?
Cefera là lefondement d'une
eternellePaix, que nous confernjerons
de nofire part par une
observation exaéle st) religieuse
de toutes lea conditions sur lefquelles
elle a esléétabliey ne doutant
point que par lJobeissance
parfaite quetu tefais rendre, tes
Sujets ne prennent le mejmeJoin
de la conserver.
feuille le Créateur tout-Plti!
fant& miséricordieux,y donner
la benediftion,&maintenir une
union perpétuelle entre le Tres-
Haut, Tres
-
Excellent, Tres-
Pui(Janty Trcs-Mamanirney
Très-Invincible Empereur des
Françoisy f0les illuflres & magnifiques
Pachay Dey3 Divan,
& virlorieufesMilices de la
République des algériens.
Par son tres-humble Serviteur,
souhaitant la prospérité de Sa
Majesté, HagdiJaser Aga,
Àmbatïad'vUr d'Alger.
Il présenta en fuite au Roy
sa Lettre de Créance,qui
estoit dans un Sac de Brocard
d'or. Sa Majesté répondit,
Qu'ElleaprouvoitleTraité
conclu avec le Chevalierde Tourville
; qu'Elle espéroit que les Algériens
feroient de leur cossé tout
ce quiseroit necessaire pour entretenir
la Paix3 (gfr qu'Elle ordonneroit
à ses Sujets de ne les
plus inquiéter.
Comme on croyoit l'Audience
finie, on fut surpris
d'entendre l'Ambaffadcmirl
quiaulieu de seretirer, reprit
la parole, & dit au Roy,,
Quilprenait la liberté de luy tém-oigner la joye qu'il reffintoit
de lagrande Connuefie qu'ilve*
mit defaire par la prise de Lu-
ArfW «~~C xembourg3 qui effoit une F~a~illfe
redoutable dans l'Allemagne,
& connue de toute lEurope;
qu'ilfoubaïtoitqueson Sabre
jfufltoujours victorieux,&qu'il
uinlf à bout de tous Jcs Ennemis.
Ce Compliment inpromptu
fut fort applaudy, & l'on
trouva qu'il ciroic fait à pro- pose.L'Ambassadeur traversa
en suite tout le reste de l'Apartement,
par lequeliln'avoit
point encore passé. La
foule y estoit si grande, qu'il
ne put y remarquer qu'un
nombre infiny de monde.
Il descendit par le grand Escalier,
dont la beauté le furprit
si fort, qu'il ne put s'empescher
d'en témoigner de
l'étonnement. Mr le Brun
s'y rencontra par hazard. On
dit à l'Ambassadeur, en le
luy montrant, que c'estoit
luy qui avoit fait cet Escalier.
Il répondit, Qu'il n'voitpas
besoin de voirsaPersonne pour
l'admirer,&
qu'illuysuffisoit
de voirson Ouvrage. Il fut magnifiquement
traité à dîner
par les Officiers de Sa Majesté,&:
remené à Paris avec
les mesmescérémonies. Il
dit à son retour, Que la majesté
du Roy l'avoit tellement
frapé, & intimidé,qu'il auroit
eu peine àse rassurer,si au trttvers
de tant de grandeur & de
tatd'éclat, ce Prince ne luy avoit
paru tout aimable. On le félicita
sur la beauté de sa Harangue,
& il répondit,Qu'il
en auroit fait une plus longue,
s'iln'avoit point appréhendé
d'ennuyer un si grand Empereur.
Les noms de Gemschid,
de Caroun, & d'AKemtay,
qui font employez dans cette
Harangue, vous auront paru
barbares. J'ay fait des recherches
sur ces noms, & voicy
ce que l'on m'en a appris.
Gemschid est chez les
Mahométans le quatriéme
Roy de Perse apres Cioumarats.
Ils reconnoissent de luy
l'Invention des Arts les plus
necessaires à la vie humaine,
& disent qu'il sortoit des
rayons de son virage, & que
c'est de là qu'est venu son
nom, Scheiden Persan,signifiant
le Soleil. Il passe pour
un Homme tres-prudent, qui
a fait ceindre les Villes de
Murailles, & donné ses soins
à faire exercer l'Agriculture.
La Medecine commença à
estre connuë fous son regne.
Il voulut qu'on luy rendist le
culte dû à la Divinité, & envoya
sa Statuë dans les Provinces
de sa domination,afin
qu'on l'y adorast.
Caroun, Oncle de Moïse,
est apparemment le Coré,
dont la Génese fait mention.
Il eut de grands Biens. Les
Mahométans tiennent qu'il
les amassa par la Chymie.
AKemtay, ou Cacemtay,
(si: le nom d'un grand Seigneur
fort brave, & d'unesprit
si galant, qu'on cite encore
de ses Vers. Sa libéralitéa
donné lieu àune façon de
parler proverbiale, & dont
les Autheurs Arabes se fervent
souvent, en disant, aujjtî
libéral que Catemtay
, pourdire
tres-libéral. Le Roy de-
Perse luy envoya un jour un
Ambassadeur pour luy demander
un Cheval de son
Haras qu'on luy avoit fort
vanté.AKemtay Qui estoit
à la Campagne, ayant sçeu
l'arrivée de cet Envoyé, sans
sçavoir le sujet de son voyage,
& ses Cens luy ayant dit qu'il
n'y avoit pas dequoy régaler
ce nouvel Hoste, il commanda
aussitost qu'on tuast
ce beau Cheval, & qu'on l'apressais
en diférentes manieres.
Apres le Repas, l'Envoyé
fit sa demande de la
part du Roy son Maistre.
AKemtay luy dit que c'estoit
cet Animal qu'il luy avoit
fait servir, croyant le mieux
régaler. L'Ambassadeur en
fut fort surpris, & retournant
vers le Roy de Perse, il
luyrenditcompte de la genérosité
de ce Seigneur, qui
avoicdéja fait grand bruit
dans tout l'Orient.
Pour Salomon, dont couc
le monde connoist la grandeur
aussi-bien que la sa.
gesse, je n'ay rien à vous en
dire, sinon qu'il est dans la
mesme estime chez les Mahométans,
que chez les Chrétiens.
Quelques joursaprescelu y
de l'Aud. de l'Ambassr, on le
mena à Versailles avec toute
là Suite, pourvoir les beaurez,
de ce superbe & délicieux
Palais. On le conduisitd'abord
à la Grande & Petite
Ecurie du Roy,quisont,
comme chacun sçait, deux
Chefd'oeuvres furprenans. Il
y a peu de Palais au Monde
qui soient aussi beaux que
ces deux Ecuries. Elles font
grandes & spatieuses tant
dehors que dedans, agreables
à la veuë
,
& d'une Architectrure
nouvelle. La Menuiserie
du dedans en est
fort bien travaillée. Ces Ecu- '1
ries sont à doubles rangs. Il
y a des Galeries d'où l'on
voir faire le Manége aux
Chevaux, & une maniere
de Sallon au milieu, d'où l'on
voit aussi de tous costez.
L'Ambassadeur tout étonné
de ce qu'il voyoit, dit, Q^îil
estoit difficile de trouver des paroles
pour bien loüer ce qui causoit
la plus grande admiration.
Ce qu'il y a de surprenant,
& qui neantmoins ne lest
pas pour ceux qui sçavent
que lesAlgériens ont de tresbeaux
Chevaux en leur Païs,
c'est que l'Ambassadeur remarqua
tous les plus beaux,
& qu'il ne se méprit à aucun
de ceux qu'ilmit de ce nombre.
Il vit la Galerie, &les
grands Apartemens duChâteau;
& comme il s'arrestoit
à regarder la cizelure des
Serrures des Portes & des
Fenestres, quelqu'un luy
voulut faire remarquer la
grandeur, la beauté, & le
nombre des Ouvrages d'argenterie
qui sont dans cette
longue enfilade de Pieces
toutes également remplies.
ildit, Qu'iln'estoitpointétonne
du surprenant amas Je- tant de
Richesses, puis que leplusgrand
Royde la Terre lespouvoit avoir;
mais qu'en regardant ces Serrures,
il remarquoitqu'ily avoit
de la délicatesse & de l'esprit
dans tout ce qui se faisoit en
France. On luy montra le
Trône où estoit Sa Majesté
le jour qu'il eut Audience.
Il dit, Quil ne je souvenoit
point d'avoir veu ce Trône, &
qu'iln'avoit remarque que leRoy
ce jour-là. L'Ambassadeur, &
ceux de sà Suite, virent dîner
Sa Majesté; & par occasion
le Lieutenant du Bacha d'Alger,
qui estlaseconde Personne
de l'Ambassade, & qui
estoit envoyé par ce Bacha,
fîtprésent de plusieurs Mouchoirs
de son Païs, à tous
ceux qui estoientàtable
avec le Roy. Le mesme jour
estant montez en Chaloupe
sur le Canal pour aller à Trianon
;'i ils rencontretent Madame
la Princesse de Conty.
On leur demanda," s'ils seroient
bien-aises de faire une
si belle Prise. L'Ambassadeur
répondit, Quenon,parce qu'elle
causeroit la destructionentiere de
leur Patrie. Un* de saSuite
ajoura," Que la Mer de Versailles
estoitla Mer de
l'Empereur
du Monde. que l'ony1
'1'- ,+ sortoit'
portoit refpeft, @r qu'on nyfaisoitpoint
de Prise. Le melme
jour, comme il achevoit de
voir le nombre presque infiny
de diférens Jets d'eau
qui font à Versailles,quelqu'un
luy dit, Qujl n'avoir
pas veu une feule goûte ifeau
que ïartificel'indufirie n'euffentfaitvenir
en ce Lieupour
plaisirde Sa Majefié. A quoy
il repondit, Qujl ne setonnoit
pas que le Maifire des Mers en
euflfaitvenir unepour[on diversement.
Il die enfin, apres
avoir admiré Versailles1
eftoit iuflc que le plus beau Palais
du Mondeappartinst auplus
riche & au plus noble Empereur
quifustsur la Terre. Quelques
jours apres, on le mena au
Chasseau de Marly. Il fut furpris
de le voir peint en dehors
comme en dedans, &
dit,Que les François qui allotent
voyager, méritoient une
punitionnigoureuse, parce que
tO!I! n'estoit que gueuserie aux
autres P.:ii, en comparaison de
ce qu'ilsvoyaient en France.
Il dit de la Machine de Mr
de Ville, qui éleve des eaux
pour Veriailles, & qui est un
peu en deça de Marly, Que
jujqttd présent les François avoient
esié amoureux de leur
Empereur;mais qu'apres des
grandeurs c, des dépends comme
celles qu'il voyoit tout l"Univers
devait aussi l'estre,- Ila pris
beaucoup de plaisir à voir
toutes les Machines qui font
monter les Eaux, comme il
avoit fait auparavaat à voir
lDa Pomapemdu Poent .Nostre- Vtiifa*
.: Dés le mesme jour qu'il alla
à l'Audience du Roy à Vcrsailles,
cõme il se trouva remplyd'admiration
pour la magnificence
des Meubles dont
ce Château est orné,illuy prit
envie devoir le Lieu où S.M.
les fait faire. Ilchoisitle7.de
Juillet pour satisfaire sa curiosité,
& fit avertir Mr le
Brun, qui est Directeur de
l'Hostel Royal desGobelins,
qu'il s'y rendroit ce jour-là
avec tous ceux de sa Suite.
Mrle Brun les reçeut à l'entrée
des Salles de Peinture,
où ils descendirent de Carrosse.
Ils y allèrent d'abord,
& s'arreftérent longtemps
sur les diférens Ouvrages
que l'on y fait pour le Roy-
Ilstémoignèrent beaucoup
de satisfaction de tout ce
qu'ilsvirent; & la joye qu'ils
paroissoient en ressentir jît
qu'ils ne refusérent pas de
prendre avec les Dames qui
se rencontrerentlàun Régale
de Cassé & de Biere des
Gobelins qu'on leur présenta.
Cela les fit entrer en converration
avec elles,& ilsleur.
direntdeschoses qui marquoient
beaucoup d'esprit.
Mrle Brun les fit passer etv
fuite dans tous les Atielier^,
où illeur fit voir les Ouvrages;
d'Orfévrie qui s'y font,
&entr'autresdesGuéridons
(Jargent de si x pieds de haut,
& les Ouvrages de diveries
Pierres preneurs de rapert,
dont l'on se sert à orner des
Cabinets, & àfaire des Tables.
Ils en virent une en
com partimentqui a cinq
pieds*-'de**lonq'(ur quatre
de large. C'est la plus belle
qui au esté faite. On leur
déploya dans la Courtl la
Tenture de Tapisserie de
l'Histoire d'Alexandre, d'après
les Tableaux que Mr le
Brun a faits sur ce sujet, 6c
qui sont dans le Cabinet an
Roy. Ils virent encore plus
de cinquante autre Pieces
qui estoient sur lesMétiers,
&qui furent dérouléesdeux
Cabinets,d'une grandeur
au dessus de tous ceux qui
ont esté faits. jusqu'àprélent,
d'une tres-belle,architecture^
& qui doivent estre enrichis
dePi erres de raport, comme
la Table - dont je viens de
vous parler; & tous les auu
tres Ouvrages qui se font erV
cet Hôtel, où ils s'arrestérent
si longtemps, qu'ils n'eurent
pas le loisird'entrer dans
les Atteliers de Sculpture. Ils
parurent extrêmement con..
sens de tout ce qu'on leur
montra, &ilnestpasdifficile
de se l'imaginer, n'y ayans
aucun Lieudans toutel'Europe
où il se rencontre tant
de diférens & de si grands
Ouvrages. Aussi. cet Hôtel
est digne de la magnificence
du Roy, laquelle y paroist
toujours également dans la
Paix & dans la Guerre. Ils
donnérent bien des louanges
& des marques de leur estime
à tous les Ouvriers, &
firent dire à Mr le Brun par
Mrde la Croix,Qu'ils le remercioient
de toutes les peines
qu'ilavoitprifies; qu'ils ria*
voientjamais rienveu de sibeau
quecequ'on vernitdeleur monL
trer, & qu'ils luy souhaitoient
unetres-longue vie, pourpouroir
continuersesservicesà un sigrand
&simagnifique Emperew.
Ils ont esté aussi à l'Hôtel
des Invalides, & lambaffadeur
dit après avoir tout examiné,
Qu'il estoitglorieux, &
avantageux tout-ensemble, de,
servir le Roy, puis que si l'on.
estblessé ason service, on estseûr
du repos defia vie&de sa finitsistance
; &quesi l'on cff tuê3 on
n'a plus besoin de rien. Eilant
un jour au Cours,&le voyant
presque remply de Carrosses
fort propres, il dit, Que c'étok
parlà qu'ilconnossoit que Paris
ejloit la plus grade 1g) la plus magnifique
Ville du Monde. Il fut
surpris,en voyant Vincennes,
dugrand nõbre de Palais que
le Roy a de tous costez. Son
étonnement redoubla, lors
qu'on luy fit voir le nombre
d'Armes prodigieux, & toutes
bien entretenues, dont
Mr Tiron a soin. Il admira
laBibliotéquedu Roy; mais
lors qu'il vit les Alcorans que
l'on y conserve, il ne put
sempescher de dire; Ohypatt*
DresEjclaifes, sije pourvois lorsP
délivrerd'ky,je leserois de bon
caur. Cet Ambassadeur clirf
en apprenant l'Affaire de
tGaênnteVsA, $iQonud'ielrliaaddmefieroeivttep•a*s
quoy que tns-viçû\mufie(gif tru-J
,ir(ile, que la retraiteaprèsl'Aélion;
Ëm que quoyqu'il eust
'Veu à Toulon, ce qtiil voyoit en
France luy faisoit regarder l'Armee
Navale comme l'ombre de
la putjfonce du Roy. Il a dit de l'Opéra, n'y watt rien
de fembùbU au Monde, & que
l'Empereur de FranceJhrpjJfoii
tous les autres Souverains jusques
dans les Jeux. La Comédie
Françoise luy a paru trop {pi»,,
rituelle & trop sérieuse, pouca
estre un Jeu; & il a dit del'Italienne,
fl!!e quoy que ce ne fuste
que la Petite-Fille de l'Opera,elles
charmoit d'une maniere toute di.
férente&qu'Arlequin estoit tout,
esprit. Cet Acteur, tnimicabic.-
en son genre, l'ayant esté
voir, illuy dit, apres luy avoir
fait beaucoup d'honneftetez,
, ainsi qu'à sa Femme & à (es'<
Filles, Que suivant ce qu'il\
avoit veu, & qu'on luy avoit
expliqué, il avoit connu quil
joüoit beaucoup de Gens, &que
commeilcroyoitavoiren luyplus
d'endroits qu'un autre pourestre
jouit il leprioit de l'épargner
apres son depart. Comme on
l'interrogeoit sur le nombre
des Femmes qu'il leur est
permis d'avoir, il répondit,
Qu'encore que ce nefust pas
trop pour leur Païs, si leurs
Femmes estoient faites^ comme
les Françoises, ils se contenteroient
d'en avoir une. Une
Dame luy ayant dit agréablement,
Que l'Ambassadeur
deMaroc l'avoitvoulu emmener
dvecx luypouryestreReyne,illuy
repartit,Qu'elle estoit trop bien.
faite, & trop belle, pour un caurv
aujjt. partagé qu'estoit celuy-dui
Roy de Maroc; qu'il avoit eflév
Ambassadeuraupres de luy, £j?"i
qu'ilavoit alors deux cens foi—'
xantefemmes, dont fixantes
devoient accoucher le me
mois. Jamais on n'a fait voir?
une exactitude pareille à celles
qu'ils ont euë, en faisant tousa
les jours leurs, prieres auxjl
heures, accoûtumées. Ricat
n'égaloit leur ferveur, ny n'ê-t
toit capable de lesdistraire..
Le Convoyde Madame la
PrincessePalatine êrantpaffét
.., JL
unsoir pendant le temps qu'-
ils prioient, toutl'éclat de
cette Pompe funebre n'eut
rien d'assez fort pour les engager
à se lever,& à se mettre
aux Fenestres; ce que beaucoup
de Gens remarquerent.
Plusieurs de ceux qui ont accompagné
cet Ambassadeur,
ont dit touchant ce qu'ils ont
veu icy de surprenant, Quon
les auroitprefcl)ek cinquante ans
pour leur persuader qu'ils verroient
en France tant de merveilles,
qu'ils n'en auroientrien
crû; & l'Ambassadeur a dit,
£)uil ne feroit confidence de tout
ce qu'il a veu, qu'àses Amisde
cQnfiance, parce que s'il dijokt
têttt, on croiroit qu'ilyauroitéU , odans-ceqttjldiroit^
&qu'on lesoupçonneroit d'avoir
changédeReligion.Il eftparty
si charmé de la personne du
Roy, qu'ila dit en s'en allant3
Qu'ilenreprésenteroitsans
cejje lestraits àsonimagination,
afin que(M idée en fusttoûjours
remplie. Je ne vous dis rien
de leur retour. On a marqué
sur leur route le mesme em-tj
pressement qu'on avoit eu à
-
les voir lors qu'ils arrivérent..
Voicy saLisse desPrésensqui
font partis de Paris, & qui doi-
.\ÍÍent leur estre donnez de la
parcduRoy avant leur embarquement.
, POUR L'AMBASSADEUR.
Une Tenture de Tapisserie
de Verdure
,.'
dessein de
Fouquiere, en six Piéces.
UneBoëte à Portrait, enrichie
de Diamans.
Un tres-beau Fusil enrichy
de Figures&d'Ornemens
d'or deraport.
Une Paire - de Pistolets de
mesme.
Un Chandelier de Cristal à
huit branc hes.
Une Pendule de Thuret,
, tres- belle, enrichie de six
Colonnes,&de plusieurs
Ornemens de Cuivre, vermeil
doré.
Quatre Montres de diférentes
façons.
Cinq aunes de Brocart fonds
d'argent à compartimens
d'or & fleurs de soye, pôur
faire une Veste.
Cinq aunes de Brocart d'or
& d'argent, fonds vert.
Cinq aunes de Brocart d'or
& d'argent, fonds violer.
Deux aunes & demie d'Ecarlate,
pour une Veste.
Deux aunes & demie de
Drap bleu, pour une autre
Veste.
Deux aunes & demie de
Drap verc, aussy pour une Veste.
Pour le mesmèAmbassadeur, de
ldpart de Jidonjttur le Conitt
deToulouse.
Un Fusil double, enrichyde
plusieurs ornemens.
Une Paire de Pistolets double.
,-
Un autre Fusil aussy enrichy
de plusieurs Ornemens.
Une Paire de Pistolets de
mesme.
Un Sabre enrichy de Pier~
reries.
Pour chacun des atitres,
Particuliers.
Une Médaille d'or.
UnFusil.
Cinq aunes d'Ecarlate pour
deux Vestes.
Deux aunes & demie de
Drap bleu pour une
Veste.
Deux aunes & demie dç.
Drapvert pour une autre
Veste. 1.-
Achacundes-deux Valets.
UneMédailled'or plus petite
que les autres. 1
-- Une Veste.
-..Il -'-~
Pour l'EnvoyédîtBacha> en
confdêrationdes Présens.
anil a faits.
- ;
Une Pendule, enrichie de ;
plusieurs Ornemens de
Cuivredoré.
Quatre Montres de diférentes
façons.
Cinqaunes de Brocart d'or
à ramages, de plusieurs
couleurs, fondsde Satin
blanc.
Cinq aunes d'autre Brocart
d'or & d'argent,fonds
bleu.
Ils ont toûjours esté accompagnez
de Mrde la'.4
Croix, Fils de Mrde la Croix ;
Secretaire-Interprete du Koy
en LangueTurque, Homme
illustre par sa capacité, ôc:
qui sert Sa Majesté depuis,tt
quarante ans. Le Pere estant
connu depuis tant d'années, ilestjustede vous dire icy
quelquechose du Fils. C'est
moins pour vous parler de
luy,quelque méritequ'il ait
dans ion Employé que pour
vous faire voir les soins que
l'on prend en France d'avoir
d'habiles Gens dans toutes
fortes de fonctions, & mcfme
de quelleimportance cela estenbeaucoup d'occa-
Gons.^M^de' la Croix a cfté
par ordre,& avec pension
duRoy 5*à Alep, & autres
Villesd'Asie &de Chaldée,
pour01 apprendr- e l'Arabe & le
Syriaque. Il y à demeuré
quatreans, troisans à Ispahan,
Capitale de Perse, feî
quatre à Constantinople. flfl
a appris toutes ces Langues
à fonds;& apres avoir essô.
examiné à sonretour, on lUYs
donna la Charge de Secretaire-
Interprete du Roy dev*
Langues Arabesques,Turqueques,
& Persiennes. Peu dei
temps apres.), il futenvoyé à"
Marocpour acheter desManuscritsAfriquains
pour ls;
Bibliotéque du Roy,& rapporta
lesplus bellesHistoire
de Fez & de Maroc, leurs
Géographies&Histoires naturelles.
II.ferait d'Interpretei
- ~2
àMrde S. Amant,Ambassadeurà
Maroc ,. &. en a mis leTraitéen Arabe. Il a ha-
Yânguélç Royde Maroc, &
:Jèrvy à toutes les Affaires qui
coenPtersintécneé.Igloatiéteosûajuouprrseessdtée
avecMleMarquis duQuesne
devantAlger, oùil interpréta
toutes lesLettres &Ecritures
.de part & d'autre, quand on
renvoya les 550 Esclaves. Il
aesté à Tunis, où ila parlé
1. au Bay, & auDey;pour les
Affaires de Sa Majesté,&
vousvenez de liretout ce
qu'ilafait dansla Négotiation
dAlger. Un Interprète
intelligent, & qui sçait à
fondslesLangues, est d'autant
plus nécessaire, que les
Interpretes des Puissances de
Barbarie tournent tout à l'avantage
de leur Nation.
D'ailleurs ne sçachant nylire
ny é,crire en Langue Turquesque
& Arabe, ils font
plusieurs fautes contre les
Titres de Sa Majesté, ôc
mesme contre la bonne-foy
des Traitez.
Mt de Pommereu, Conseiller
d'Etat ordinaire, & :
Prevost des Marchands de
:
cette Ville, voulant, avant
que de sortirdeCharge,
donner une marque toute
singuliere du zele qu'il a
toujours eu pour la gloire de
Sa Majesté, proposa le 20.
Juin dernier dans une Assemblée
de Mess. les Echevins
& Conseillers de Ville,
de fonder un Panégyrique
perpétuel, qui marquait à la
Posterité par un Monument
public,l'affection sincere ôc
veritable que le Peuple de
Paris a pour cét auguste &
incomparable Monarque;&
comme une Action de cette
nature regardoit parciculierement
les Personnes qui
font profession d'éloquence,
il dit qu'il avoit jette les yeux
sur runiverGré, qui estant
remplie de Gens éminens en
doctrine , pouvoit avec plus
d'éclar faire valoir un des-
[cin si important, & porter
jusqu'aux Siecles les plus
éloignez, le souvenir des.,
glorieuses merveilles de la-
Vie du Roy.Ce Discours fut
écouté avec toute la joye
imaginable, &: ce dessein approuvé
tout d'une voixpar
laCompagnie. On jugea que
le jour de l'Avenement de ce
Prince à la Couronne, & qui
avoir commencé le bonheur
de sesSujets,seroittrès-propre
à en renouveler tous les
ans la mémoire par la prononciationde
son Panégyrique.
Mrde Pommereu ayant
ensuite communiqué à Mr
Tavernier,Professeurdu Pvoy
en Langue Gréque, la dil:
positionoùlaVilleestoit &
le pouvoirqu'il en avoit de
transiger avec l'Université,
Mt Tavernier, qui en est
Recteur, affébla les Doyens
des Facultez de Théologie.
des Droits, de Medecine, &
les quatre Procureurs
«
des
Nations de France, Picardie,
Normandie,&d'Allemagne,
qui composentlaFaculté
des Arts, afin d'avoir leur
consentement surcette Affaire.
Ils consultérent leurs
Compagnies presque en mesme
jour. Elles se trouvèrent
toutes du mesmeavis, & répondirent
par la bouche de
leurs Doyens & Procureurs,
que les Rois Très-Chrétiens,
&sur tout Louis LE GRAND,
ont roûjours honoré l'Université
d'une bienveillance,
& d'une protection particulière
; que de son côtél'Universitéleur
en a fait paroistre
beaucoup de reconnoissance
en toutes rencontres, soit
par les Eloges qu'elle donne
cotinuellement aux Actions
heroïques de Sa Majesté,
toic par toutes autres marques
qui peuvent luy faire
connoittre sa fidelité, & son
attachement inviolable; qu'-
ainsi Mess les Prevost des
Marchands & Echevins ne
leur pouvoient faire une proposition
plus agreable que
celle qu'ils leur faisoient, de
fonder a perpétuité en lUr
niverfité un Eloge.,.de)(Ce -grand Prince;qu'ils en acceptoient
laFondation avec
une extrêmejoye ,j&te--
noienc à grand honneur que
:Me{LvrdenVille^fe/rfuiTent1
adressezàeux,pourl'exécution
d'un dessein si glorieux
aux deux Compagnies.
Leizi.du derniermois on
fît un Contrat entre -
elles.
CeContrad: porte que TU-1
nlveFuteSobligepourtoûjours
de faire une Festeà
l'honneur de Sa Majesté;&
que le 15. de May de chaque
année a commencer par la
prochaine 1685 il fera prononcépar
leRecteur un Panégyrique
à la gloire de ce
triomphant Monarque, en
tel lieu public que l'Universitétrouvera
commode; 6c
que pour rendrecette Action
plus celebre & entièrement1
conforme à l'intention de
Mess. les Prevost des Marchands
& Echevins yMcC
de l'Université les en seront
avertir trois jours auparavant
en leur Bureauà
l'Hostel de Ville,&y con
vieront les Magistrars des P
Compagnies de Paris. De
leur part Mess les Prevost
des Marchands & Echevins à
sobligent d'assister à cette
Action, & de faire payer
tous les ans à Mess de l'Université
une somme donc
les uns & les autres font con-\¡:.
venus. Aprés le Contrat
signé, Mr Tavernier fit à Mr '*
de Pommereu le Remercie- -
ment qui suit.
MONSIEUR,
-
L'Univerfitê de Paris rft(i1
penetrêe de thomeur que voust
luy faites de jetter les yeux Jur
'& pour l'exécution du grand
ieffem que vous ave% formé,
quelle ne peut difértr un moment
à vous en témoigner sa
reconnoissance.Autant que ce
dessein eji élevé, autant est honorable
a nostre Corps le juge.-
ment avantageux que vous
dve% fait de luy, en luy confiant
lefoin d'en soûtenir l'éclat.
ZI"y a-til de plus magnifique
,
que les délions toutes extraordinaires
de Loiiis LEGRAND;
mais en mesme temps quy a-til
de plus dificile que d en concevoir
lePrix, O* d'en exprimer ïexcellence
? vows arvez fait ruo?.^
que la force de voflreGénu'v
efioitcapable de l'un & de /W»
Pre3 en consacrant a lagloire dk
Sa Majefié ces Eloges étem
nels dontvous essesïInventeury
& depixels on peut dire ce mOiO
d'un rpoi/tc qui vivoit fou* AIÏ-K
gufie
.Nullis opus ante sacratum
Numinibus.
Rien n'estoit capablederepondrer
aux Actions Jurprenantes dejv
1JoftreincfJmprArable Monarque
(jiten donnant des loiiangesfiarnix
fin a des vertus qui nont pointv
de borlles. Tous les dijeours que T
on pourroit prononcer en tin
lur, en un mois3 en un an,
roienttoujoursfortdefe£lueuxr
tree quJils nepourroient renfer-
1er tout le briftant de ces qualL
X plusquberoiques, quifont
caraftere du Roy, & qui le,
Winguent de toMS les autres,
ytomrques. Il riy A qu'une
ernite de loumges qui puijje
efire Ie digne prix> & la
fterecompense, C'efly Moniury
le fruit de vos mediums
, (7 leffct de vostre%elc.
''etsa njoffs ifaire agir aorefivantle
nostre de teUeforteque
m rép-ondions a toutes vos efperances
; que noUJ Jecondion.v
njos zranJs e2r juflrs delfeinsw
que nous ne Jeshonørions la
n(J.t
blejJe de noflreaugufle Sujett:
ny par la bajpjfc de nos com*
ceptions
3 ny par la j-oiblcffe dk
nos (xpreJFons; st) quenjin nom
remplijjions les ejprits des Sujetit
de Sa Atajefley de toute l'admi\%
rtttionJ du refpefl, gjr de la vey,
nération quits doivent a'voi;o
pour Elle.Si nous chancelorn
quelquefois fous le poids d'um
entreprisesidlficile" nousaureip
la bonté de ncUi [òûtenir. II ei
impossible que nousy fuccom
6ions, tant que 'lJOUS vottdm>
bicn nous aider de njos
conseils,
& denjos lumieres. -
Peu de jours après, Mrle
Recteur, tout remply de joye
d'un Traité si glorieux, crut
que pour en faire part à la
Jeunessequiest fous la conduite
de l'Université,ilfaloit
faire cesser les Leçons par
tous les Collèges
; ce qui!
fit le Mardy premier jour
d'Aoust par un Mandement
Latin qui futaffiché par tout,
& qui contenoit les causes
de cette réjoüissance extraordinaire.
Depuis, il en a fait
une Inscription, accôpagnée
de plusieurs Devises, qui
feront connoistre à toute la
Posterité, le zele que la Ville
de Paris, & son Université,
6nt de rendre les Avions du
Roy immortelles, & combien
un dessein si grand est
glorieux à l'une & à l'autre
-
de ces Compagnies. De ces
Devises, il y en a qui regardent
Sa Majesté, d'autres la
Ville, quelques-unes l'Université,
& d'autres toutes les
deux ensemble
; mais il n'y
en a aucune qui n'ait raport
au Contract dont je viens de
vous parler. ;
POUR LE ROY.
Un Soleil qui CütTItllenceà
paroistre sur l'Horison,&
qui est toujoursà sonLevant,
avec ces mots,Semper erit
novus.
L'Etoile Polaire qui ne se
couche jamais. Non uUot
obitushabet. Cesdeux Devises
font voir que par l'exécution
du Traité,lesSujets
du Roy le verront renaistre
tous les ans sans que jamais
ils puissent le perdre de
-
vuAe...
Une Fontaine d'oùil coule
sans cesse de l'eau sans qu'elle
tarisse.In omnevolabilisoevum.
Après que l'on aura fait l'Elogedu
Roypendant-plu-
- ficurs Siècles, ce Monarque
fournira encore dematiere.
if pour ceux qui suivront.
flio Deux RouéesdeTireurs
d'or qui allongent unfil de ;
- Vermeil doré, de forte que
l'or- quoyque d'un volume
iplus petit,;égale pourvue
teure l'étendue
- del'argent.
Ducetis, &usquesussiciet.La
Ville & l'Université tireront.
,.
du Roy toute la,. matiere des
leurs Éloges; Il fournira à
tour, - & égalera la durée des
tous lesSiècles.
POUR LA VILLE.
Des Fleurs de Lys sans
nombre qu'elle porte en
chefon en a choisy quatre
qui fervent de Pôle au Vaisseau
qui faitle corps de ses
Armes, autour desquelles on lit,Eternum ista regent, pour
faire voir que la Ville n'aura
point d'autres regles de les
c: mouvemens que la volonté
du Roy, & des Princes qui
, porteront son Sceptre dans
la suitede tous les temps.
-Sur laPoupe dece Vaisseau
est aniie une Nymphe,que lesarmes qu'elle porte,& les
paroles écrites sur son Livre,
font connoistre pour l'Université,
laquelle estant foiL
tenuë par la Ville, fera résonner
en tous lieux & en
tous temps, les qualitez.merveilleuses
de nostreMonarque.
Canet heec
y
seret ista ca,
nentem. !:>:'lnu Pour L'UNIVERSITE
UnEssain d'Abeilles travaillant
avec toute l'aplication
possible à faire sonmiel,
qui est le symbole de l'Eloquencc,
N.£Bar(Jlm parunt tru1
hnmm% &">iT.ihiy')id sïhtr;•<
Un Musle de Lion V•A 04tM
j/tsi*,f
miffant des flâii-ics.qui est1er
Hyérogliphique de cette Eloquencemâle&:
vigoureu—
Ce) qui tonne & qui fou.,.,
droye, tellequ'estoit celle de
Pencles,deDemostene, &:
deGiceron,donc un Poëte a
dit, Ettoto Ciceronetonat. Au
dessusparoist un Eclair quifend
une nuée,avec ce mot,
Fulminatori, & au dessous de
tout,Sunt&suafulmina Lin.
guoe> pour faire entendre que
cette Eloquence vive & ani
mee
,
estl'Art unique. qui
puisse bien égaler les Encrer ,prises soudroyantes d.e.JSa.
Majesté.
Pour la Ville, r& rVnilJerjité
ensemble.
Un Essain d'Abeilles qui
ne s'écartent jamais de leur
Roy,paroistàleur teste. Nontt.
fic Parthi, non Medus Hidaspes
observant. On se fert de ces
demy
-
Vers de Virgile pour
exprimer l'attachement inviolable
de la Ville, & des
l'Université, au plus grande
Roy de la Terre, comme lesg:
Pertes & les In diens étoient
autrefois si attachez à leurse,
Souverains, quon les appelloit
par excellence, Anu4
teurs de leursRoys.
La j.
Constellation nommée
le Navire d'Argo, qui
marque la Ville à cause du
KVaifleauqu'elle porte dans
ses Armes; & la Constella-
-
tion de la Lyre celeHe., qui
Lreprciènte l'Universicé à cau-
Xe de ses fonctions,de charjLr
ter les loüanges des grands
,.
Hommes, &le Soleil au des-
Tus des deux, Cum Solepe-
(rerznant; ce qui enseigne que
:Je meilleur moyen d'immortalifer
son nom, c'est de travaillerpourlagloired'un
Prince
,
qui est marqué par
le Soleil, & dont la gloire
naura pas moins de durées
que le Monde.
LaSeine, au milieudela--,
quelle une Image du Soleillt
enfermée dans un Cristal,tJ
telle qu'on la portoit devante
: les Roisde Perse, est élevées
sur une Pique, & deuxpetits
Foyers d'argent, l'un lurunn
de ses bords, & l'autre forx
l'autre, d'où s'éleve la fumée
des parfums que l'on y brûl,
Ripâ aternos adolebit honores
utraque, ce qui s'entend de
la Ville ÔC de l'Université,
qui rendrontchacune de font]
côté, des honneurs éternels
au Roy, Un
Un Chesne, & un Lierre
qui s'attache à toutes ses
branches. Talivirescent sadere
pulchrius, La Ville &
l'Université s'acquierenc une
réputation toute nouvelle
par l'heureuse intelligence
qui les fait agir de concert
pour la gloire de Sa Majesse.
POUR M DEPOMMEREU.
Un Fil qu'une Main arrondit
& allonge autour d'un
Fuseau.Æterno aurea stamina
fuso. Le Fil marque la vie
que les Parques filent,selon
les Poëtes, La Main qui
étend ce Fil doit s'expliquer
de Mr de Pommereu,qui a
trouvé le moyen de porter
la gloire du Roy jusqu'à la
fin des Siècles.
Vous sçavez, Madame,
que l'on s'est trouvé si satisfait
de la conduite de ce
Magistrat, qu'il a esté continué
Prevost des Marchands
jutantcrois fois. Pendant sa
Prévôté, il a pris le foin de
l'embellisement & de ragrandi(
Tement de la Ville, en
saisantélargir plusieurs de
{es principales Rues, & entre-
autres la Rue neuve Saint;
Mederic, celles des Arcis au
bout du Pont Nostre-Dame,
Aubry-Boucher,des Noyers,
Haute-feüille, Tiquetonne,
du Renard,aux Ours, Bons-
Enfans, de la Perle, de Joüy,
sans compter les petites
Rués qui aboutissent dans
ces grandes. Le Rampart a
esté continuédepuis la Porte
Saint Louis, jutau'a celle de
S. Denys, & l'on y a planté
des rangées d'Arbres.La face
& les Pavillons de l'Hostel
de Ville ont esté reblanchis,
& l'on a mis diverses dorures
à l'Horloge & à la Porte de
ce melme Hostel,avec cette
Inscription en Lettres d'or
sur du Marbre noir, Sub Ludornico
Migno felicitas Urbis.
Le dedans de la Court a esté
embelly d'Inscriptions Françosses,
aussi en Marbre noir,
& en Lettres d'or, sur les
Actions & Conquestes du
Roy en chaque année de
son Regne. On a abatu diverses
Portes de la Ville, entre-
autres celles de S.Michet
S. Jacques, du Temple, fc
S. Vistor, pour y faire des
Places, & des Avenues plus
grandes qu'elles n'étoient.
Les Titres, Charrres, Registres
,
Liasses d'Acquits,
Cahiers, & anciens Papiers
de l'Hostel de Ville, concernant
les Biens, Patrimoines
,
Seigneuries, Octrois,
Rentes, & autres Affaires
publiques, qui étoient en
confusion en la Chambre du
TreTor, & autres lieux de
cet Hostel, ont cité mis en
ordre par M Chaflebras du
Breau, que M de Pommereu
avoir choisy pour cela,
comme en estant tres - capable
, non feulement à causè
de son intelligence, mais encore
parce qu'ilest fort laborieux,
& qu'ildonne tous
ses foins, & une entiere application
aux choses qu'il
entreprend. Il a examiné ce
prodigieux nombre de Papiers,
& les a mis tous separémeut
par natures d'Affaires
conforméluent aux Regnes
de nos Roys. On les a
placez dans de grandes Armoires
& Tabletes que l'oa
a fait faire en la Chambre
du Trésor des Titres de
l'Hostel de Ville, avec des
Galeries pour le mesme fajet.
L'onadresse des foyers
taires tresexacts de tout.
Le 16. de ce mois.)MCdé
Fourcy, ancien Président à
la Troisiéme des Enqucites,
fut élû Prevost des Marchands
en la place de Mrde
Pommereu. Il est Gendre
de Mrde Boucherat, &a
exercé cette Charge de Président
avec la derniere intégrité,
&: une approbation
generale. La Famille des de
Fourcy a donné des Personnes
considérables3 & d'un
grand mérite,dans la Robe.
Il y en a eu deux Présidens
de la Chambre des ,Conlpres>
de Paris, l'un deiquels fut le
premier pourvu & reçeu en
la Charge de Sur-Intendant
des Bâtimens du Roy.
Le mesme jour on élût
pour Echevins Mess.Rousseau,
Quartenierde la Ville,
& Chupin Notaire, en la
place de Mess le Brun &
Gamarre. Le lendemain ils
allerent à Versailles
, ou ils
préterent ferment entre les
mains de Sa Majesté. Mr le
PrésidentBrissonnet, Premier
Scrutateur, porta la parole.
Voicy a peu pre's le
sujet ilese Discours. il plût
tellement, que l'on en a retenu
toutes les pentees. Il
dit, Que les nouveaux Magiftrctts
qu'ilavoir l'honneur de
présenter au Roy, venoient luy
rendre par sa bouche leurs profondes
fournijftons3 (7 suplier
Sa Adajeflé de vouloir confirmer
de son authorité les suffrages
qui les avoient élus; Que
l'avantage le plus grand @J le
blus noble qu'ils trouveroient
dans la fonction de leurs Chartes,
seroit de pouvoirfaire pavoistre
plus de fidélité pour Jon
rervice & plus d'ardeur pour
sa gloire ; Que /'embelltf'ftment.
l'ao,randilfërr,entde Parts de
1voiétejire aijjy une de leurs plus-,
ajjïduës occupations
, pour contribuerde
leurpart à la11
publique; Que c 'estoit un Pri--:
'tlile!/ des Empereurs Romaines.
qui anjoienî étendu les limites dn')
l'Empire, de pouvoir agrandinl'enclos
des Muraillesde Romej"r.
Quefarcepied- là
, on ne Pou-i: 'voit
porter aa;'{ loin cellesdù\
la FilledePeinsq:Ú est aujeur-i
d'htry ce que Rome ejloit autres
sois; Que de quelque cossé qu%
l'on revardaflla France, on C"'J
voyon les Limites reculez pan.
Sa Adajejlé; Que la Flandres
Brabant, le Hainaut, le
Luxembourg,le Pau, la FranbeComté,
le Adontferrât} le
[oujjt'lon3esso;ent les nouvelles
Fromicresqu'elle avoit don
ees à let Alonarchie;quesi
h Conquestes nanjoient pas emrassétoute
l'Europe, du moins
n'y avoitpoint de Peuples, à
qui Elle n'eussi impose un tribut
e fournijjton & de respest;
Que c'estoient-laleseffets de sa
leur, de sa ftgcjjey e de
On applicationinfatigable au
ien de l'Etat ;Que tous les
Francois le reconnoissoient st) le
ubhoient avec transport, &
qu'ils n' avoient plus rien a jOhr
haiter, sinon que Dieu leur cons
fèrruaft long temps ce bonbeuw
en conservant long
- temps
Personne sacree de Sa A/~
jessé; & que SaAldjeste ef,A\,
autant de sujetd'eflre conteny
de leur fidélité,&deleuw
obéijjances, qu'ils en avoien
d'aamzrer les merveilles de fOJ
Règne, & de Je tenir beurem
de luy ohtir.
Ce Discours futextrême
ment applaudy, & M ll
Président Broisionnete prcy
nonca d'un maniéréfortno
ble. Ceux qui connoissen
Maison & les Ancestres,
en feront pas étonnez. Il
a plusde trois siecles qu'ils
mplissent les plus grandes
harges
,
& les premières
Dignitez du Royaume, soit
ans l'Eglise, soit dans l'Epée
u la Robe. Cette Maison.
donné des Gouverneurs &
es Lieutenans Genéraux de
rovinces
,
des Chevaliers de
Ordre,des Généraux des
Galères
,
des Chanceliers,
ts Ministres d'Etat, des
Cardinaux
,
des Archevesues
,
des Evesques
,
des
embassadeurs, des Maistres
des Requestes,&desPreQ
dens dans toutes les Compagnies
Souveraines.
,.
Gui]x
laume Brissonnet Cardinal
Archevesque de Rheismir
estoit Ministre d'Etat fouu
Charles VIII. : On voit presque
par toutes les Provinces
des Monumens de leur piesté
ôc de leur magnificences
Tous lesHôpitaux sontremplis
de Fondations & de Bâ£
timens qui en sont des manj
ques ,
aussi bien que les Palais
des Archcveschez &
Evefchez de Rheims, dtfc
Saint Malo
,
de Narbonnes,
de Meaux,& de Nismes. Il
y a eu parmy les Descendans
de cette Maison
,
alliée aux
plus qualifiées du Royaume,
quantité de Personnes distinguees>-
par leur sçavoir, &
entrautres Denys Brissonnet
Evesque de Lodeve & de
Saint Malo: & Guillaume
Brissonnet, Evesque de
Meaux, & Abbé de Saint
Germain des Prez. LesReglemens
qui subsistent encore
dans la Chancellerie,
sont dûs à Robert Brissonnet,
Archevcsque de Rheims
iSc Chancelier de France. Il
y a huit ou dix ans que le
Public fit une très- grande
perte par la mort de Mr le
PrésidentBrissonnet. La
pénétration& la netteté de
son esprit
,
son zele pour le
service du Roy, & sa charité
envers les Pauvres l'avoient:
rendu un Magistrat des plus
accomplis.
Le - 3. de ce mois, à deux
heures du matin
,
Madame
la Dauphine fut surprise d'un
frisson universel
, au Régaler
qui se faisoit dans le Jardin
de Versailles. Ce frisson ne : lempescha pas de reposer:
comme à son ordinaire, mais;
à fan réveil elle sementuneles
gereColique dont les efLt>
ne cesserent point jusqu'au
lendemain cinq à sixheures
du soir. En ce repscette Princesse
s'apperçût de quelques
marques qui luy firent craindre
qu'elle ne se fust blessée;
Madame la Duchésse d'Arpajon
luy ayant conseillé de
se mettre au Lit,elle suivit
son conseil, & on dépescha
quelque temps, a près un
Courrier à Mr Ctement son
Accoucheur Il partir aussitôt,
&: arriva à Versailles. a'.
une heure après minuit. Madame
la Dauphine reposoit
alors. Il attendit son réveil,
& estant ensuite entré, ainsi
que les Médecins, dans la
Chambre de cette Princesse;
ils trouverent beaucoup de
dimiuution dans les marques
qui luy avoient fait juger.
qu'elleestoit blessée.
-
Cela
les obligea de conclurre à la
saignée mais comme ces
marques commenceret tout
d'un coup à changer, Mr
Clementne jugea pas à propos
qu'on fist cette (àignée
sur le champ, & demanda
aux Medecins s'ils ne - ièroient
pas d'avis qu'on ne la
fist que le soir à la fraîcheur.
Les Médecins ayant consideré
le tranquille état où
estoit Madame la Dauphine,
& voyant d'ailleurs qu'elle
craignoit la saignée
,
dirent
que rien ne pressoit,&qu'on
feroit toujours receu à la faire
,, si-tôtqu'ons'appercevroit
d'un pressant besoin. Ce
tranquille état continua juf.,
qu'à minuit & demy
,
& alors
| cette Princesse commença à
sentir des douleurs aiguës &.
semblables à celles de l'accouchement,
lesquelles, à ce
qu'elle disoit, luy portoient au
coeur, & luy faisoient croire
qu'elle alloit mourir. Mr Clément
ayant reconnu ce que
c'estoit
,
& les Médecins
estant venus, elle fut saignée
par son Premier Chirurgien,
& à peine luy eut-on tiré une
demy Palette de fang, qu'elle
dit tout haut cjiteHe commençaità
se mieux porter. Cependant
Monseigneur le Dauphin
qui alla avertir le Roy
de l'état ou estoit Madame
la Dau phine, demanda à Mr
Ctemenc, s'ilestoitnecessire
que Sa Majesté le levait"
Mr Clement répondit que
non, parce que ce qu'il y
avoit à venir ne pouvoit venir
si-tôt. Alors Madame la
Dauphine pria inftimment
Monseigneur de s'aller coucher
, à quoy cePrince ne
put se resoudre
,
disant qu'd
seroit beaucoup plus inquiet. a
passa le reste de la nuit dans
la Chambre de cette PrinceC
se
,
qui reposa environ deux
heures depuis la saignée. A
son réveil elle dit à Mr Clement
,
qu'ellesentott moins feepdouleurs;
mais que si-tôt qu'elle
se remuoit,elle lesjentoitplusvivement.
M Clement la pria,
de tâcher de se rendormir, 80c
elle se rendormit effectivement
sans s'éveiller que [un,
les six à sepc heures. Elle fini
encore les mesmesplaintes
& Mr Clement la suplia des
nouveau de prendre un peut
de repos. Le Roy vint la ~voins àneufheures du matin, & la
trouvant endormie, il fit ap-^
peller Mr Clement, qui luy
rendit compte de toutes choses.
Madame la Dauphines
s'estant éveillée quelques
temps après, ce Prince entra
[ans la Chambre
5
& luy denanda
en quel état elle
stoit. Elle luy dit,qu'ellese
ortoitmieux, maisqu'elle avoitr
ru mourirsans avoir l'honneur
levoir Sa Majesté. Ce calme
toûjours duré depuis,&
Madame la Dauphinefutdévrée
sans peine de la cause
le tous ces accidens le Lunly
7 de ce mois
,
d'où l'on
onnut que ce n'estoit qu'ue
fausse grossesse,qui n'a eu
ueles suites necessaires
,
8c
on pas un Enfant comme n l'avoitcrû. Le bon état
e la fanté de cette Princesse.
quia commence a reprendre
sa premiere maniere de vivrez
se confirme tous les jours.
Madame la Duchesse de
Modene a déja fait ses pre«:
miers adieux à Bruxelles
pour s'enretournerenItalie
La liaison étroite quelle 25
avec quelques Dames Ursulines,
& sur tout avec la Mero
MarieAgnés de la Hamaide
& l'estime parciculiere qu'ell
le fait de cet Institut
,
l'on
portée à demander à sa Sain
teté, la permission d'en me
ner quelques-unes avec ello
à Rome, pour y fonder un
Convent
Convent. C'est ce qu'elle a
obtenu. Ainsi elle tire - six
Religieuses du Convent de
Bruxelles,l'une desquellesest
la Mere Marie Agnés dé la
Hamaide, qui doit estre Supérieure
de ce nouvel Etablissement.
Cette Dame est
de l'Illustre Maison de la Hamaide,
trés-connuë dans les
Pays-Bas,
Ces jours passez Mr de
Vertron,de l'Académie Roya- led'Arles, se rendit à laca--
démie Françoise, à laquelle
Mr le Duc de Saint Aignan
Protecteurde celle d'Arles, ôc
l'un des Quarante de l'Académie
Françoise, avoit écrit
pour la prier de permettre
que Mrde Vertron sist un
Discours de la part de ses
Confreres. Ilfut receuà la
premiere Porte par un des Academiciens,
& reconduit
de la mesmeforte. Illeur fit
un présent d'une Estampe de
la Statue que Mcs d'Arles ont
envoyée à Sa Majesté, & leur
donna en
mesme temps deux
Livres, sur la Dispute qu'a
causé cette Statue entre les
Sçavans ,
les uns soûtenant
que c'est une Diane, dc les
autres une Vénus. L'un de
ces Livres eH: du P. d'Augieres
Jesuite
,
quia écrit en faveur
de Diane; & l'autre, qui
a esté composé le premier,
estdeMr Terrin Confciller
au Présidial d'Arles. Ce dernier
prend le party de Vénus.
Mr de Vertron fit un beau
Discours en présentant le Tableau
de l'Est-ainpe,& pria ces
Mrs de vouloir bien se donner
la peine de juger du diférent
quiavoit fait écrire tant
de Sçavans. Comme la Statue
qui le causoit avoit esté
presentée au Roy, il ne luy
fut pas difficile de faire un
Eloge de ce Prince. Jene
vous dis point que ce "fllt
avec succés; de moindresOrateurs
que luy, en auroient
toujours sur unesibelle & si
séconde matiere. Mrl'Abbé
de Lavau Directeur de l'Académie,
luy répondit, Qfiflle
rccevoitdnjecpU'ssir les marques
de consideration & d'amitié que
-
luy donnoit l'Académie d'Jirks;
eroit m"ettre le Tabléau - 6)#elle seroit mettre Tableau
6 dont elle luyassoit présent
y
itii-
: présdel'ObelifyueçjueiïeavoittH
la bonté de luy envoyerilya
déjà quelques années; Qu'elle
n'oublîroit pas àfaire mention
dans ses Registres de l'honneur
quelle enrece'1JoÍt,@r qu'au surplus
onseroitréponse à Mr leDuc
deS.Aignan.
,
On fit ensuite
l'honneur à Mr de Vertron
de l'admettre à ladistribution
des Jettons, qui se donnent
à chaque Séance. On
aprit presque aussi-tost après
cette députation
, que ce qui
avoit causé tant de contestation
parmy les Scavans,avoit
-esté décidé.Voicy comment.
AussitostquecetteStatue fut
arrivée à Paris, Mrle Brun &
les plus fameux Peintres 5c
Sculpteurs, la virent,&crurét
tous quecetteStatue n'avoit
pointesté faire pour une Diane.
On me fit part de leur sentimt,&
c'est par cette raison.
plûtostquepar mes lumieres,
que vous m,avez touIlj.ours vu
pacher de ce costé. Cependãt
j'ay tou jours raporté fidellement
ce que les uns & les autres
en ont dit. le croy même
que plusieurs ne se sont pas
fait un scrupule de parler contre
leur propre pensée
, pour
dire de jolies choses.Diane en
fournissoit le sujet, parce que
c'estoit prédre le party d'une
Divinité chaste contre une
Coquette, & qu'on se plaisoit
à dire qu'elle estoit Soeur
du Soleil; ce qui donnoit
lieu à plusieurs agréables pensées.
Cette Statué qui n'avoit
point encor de nom, ayant
esté mise entre les mains de
Mr Girardon, fameux Sculpteur,
pour la restaurer,il erv
fit un petit Modelle en Cire,
& en luy remettant des bras,
il trouva l'attitude dans laquelle
elle estoit si naturelle
pour une Vénus,qu'il luy
en donna le symbole, en luy
faisant tenir une Pomme. il
porta ce Modelle au Roy,
&dità Sa Majesté, que
toutes les Statues, Médailles,
Bas-Reliefs, & Agathes, qui
avoient representé Diane, ne
luy avoient jamais embarassé
les jambes de draperie, ny
laissé toutle corps découvert,
& que la Statue dont ils'agifsoit
estoit découvertejusqu'aux
hanches,& avoitbeaucoup
de draperie autour des
jai-i-ibes; ce quine convenoic
guereàune Chasseresse. Le
Roy qui avoit déjà souvent
oiiy agiter la mesme cause,
& qui sçavoit toutes les raisons
que l'on avoit apportées
de part & d'autre
,
dit que la
Statuëluy paroissoit bien restaurée~
qu'il croyoit que c'estoit
une Vénus. L'on peur dire
que ce jugementest juste,.
puis qu outre les lumieres
naturelles de ce Monarque,il
ne l'apronocé qu'aprés avoir
eu tous les éclcaireissemens
qu'on pouvoit donner sur ce
sujet. Cette Statuë d'Arles
nous donne lieu d'admirer les
Statuës modernes que nous
avons en France; & sans la
vénération qu'on a pour l'antiquité,
je dirois que parmy
ces modernes, nous en avons
de beaucoup plus belles que
cette Vénus ; & ce qu'il y a
de plus surprenant, cest qu'il
semble que ces miracles se
soient faits afin qu'il ne manquaft
rien au Regne du Roy.
Il n'y a que vingt ans qu'on
n'avoit pas encore fait de Figures
de Marbre en France..
Le Royen commençant à régner
par luy-mesme, commença
aussi à faire fleurir les
Arts. Mr Girardon fitl'Apollon
de la Grotte, qui est la
premiere Figure qui ait esté
faite pour Versailles &. touez
d'unevoix ce premier Ouvrage
a passé pour un chefd'oeuvre.
,
Les autres Sculpteurs
travaillerent ensuite
, & depuisquelques
années on en
a fait vingt- quatre sur les
desseins de Mrle Brun. Parmy
ces Figures , l'on admire
l'Hyver de Mr Girardon
,
la
Diane de Mr des Jardins, la
Vénus de feu Mr de Mercy,.
l'Air de Mrle Hongre, & le
Satyre de MrBistere.Toutes
les autre sont aussi leurs beautez,&
font juger dequoy ta.
France est capable. Mr de
Louvoys fait copier pour le.
Roy tout ce qu'il y a de belles
Figures antiques., Ainsi les
Ouvrages les plus précieux
qui soient au Monde, tant anciens
que modernes, le verront
dans Versailles, où les
Statuës semblentnaistrecomme
les Plantes, & y forment
des Allées quiépuisent l'admiration
des plus habiles Cuncux
~-' "A propos de l'Académie
Françoise dont je viens de
vous parler, Mr
,
l'Abbé
Dcnyfe prcfcha le jour de
Saint Louis au Louvre
,
devant
les Illustres qui la com^
posent. Il eit Chanoine de
laCathédrale de Troyes, ôc
Clerc de la Chapelle & Oratoire
du Roy. Ce Panégyrique
fut trés-beau & très-éloquent
, & luy attira un applaudissement
extraordinaire.
Les loüanges duRoys'y
trouverent méslées avec tant
d'art & de dignité, & celle
de l'Académie y furent jointes
sur la fin d'une maniere
si ingénieuse, quetoutel'Assembléeentémoigna
une extrême
satisfaction. Ce
-
fut
luy
,
Madame, qui fit l'Oraison
Funebre de la Reyne à
Saint Eustache
,
dont sans
doutevous avez sceu le (iio
cés,&l'approbation générale
qu'elle receut. LaMufique
de la Messe qui fut chatée au
Louvre ce mesme jour, plût
aussi extrêmement.Elleestoit
de la composition de M Oudot,
qui la conduisit. Son
mérite vous est connu, & je
vous en ay déja parlé plusieurs
fois. C'estluyquitous lesans
fait la Musique au Louvre
le jour de cette Feste.
Le Livre nouveau qui
vous a tant divertie, & qui a
pour Titre, Le Grand ~~r
Cara Mustapha, conduit les
Avantures de ce premier
Ministre de la Porte jusqu'à
sa mort. L'Auteur l'a écrite
de la maniere que le bruit a
couru par tout qu'elle efl
arrivée
, 1ôc que toutes les
Gazetes l'ont publiéquelque
temps après. Cependant on
en a reçeu de nouvelles particularitez
dans une Lettre
de Costantinopledu29. Juin
dernier, qui quoy qu'elles
s'accordent dans reuennel à
ce qu'en a dit l'Auteur de ce
1 Livre, nous instruisent plus
historiquement de tout ce
quis'est passé touchant cette
mort. Voicy en quoy ces
particularitez consistent.
Le Grand Seigneur avoit
tant de consi dération, pour
ce grand Vizir, qu'ils'estoit
engagé avec luy par écrit de
ne consentir jamais à sa
mort ; & en effet, iln'ya
confenty qu'àl'extremité.
Il n'a mesme este informé
des malheurs qu'il a causez à
l'Etat, qp£ par les Fuyars de
- Strigonie, qui par leurs cris
luy firent connoistre les
grands desordres de la Hongrie
lors qu'il estoit à la
<
Chasse. Il se plaignit à ceux
quil'aprochoient,du silence
qu'ils avoient gardé envers
luy à l'égard de tout ce qui
se passoit, & ils s'excuserent
sur la soûmission qu'ils a.,
voient aux volontez de Sa-
Hautesse,qui avoit plaint publiquement
l'embarras où
Elle jugeoit que la Levée div :SiègedeVienne devoit avoit
mis Cara Mustapha.Enfin
aprés avoir déliberédansun
Divan, particulier ce qu'il y
avoit à faire pour arrêter les
progrés des Ennemis, orr
conclut qu'il falloit avoir lz,,
Teste deceluy qui leur avoit
donné lieu de les faire-;. &,
la Commission en fut délivrée
au Chiaoux Bachi, ôc au
Capigiler Kiayasi, En suite
Cara Kiaya qui estoit Caimacan
auprèsdu Grand-
Seigneur, fut fait Grand-
Vizir. Il réfusa d'abord cette
Charge, mais à la finilobéit;
&Soliman Aga qui estoit
Grand Ecuyer, & quiavoitestéKiayade
feu Kupruli,fut
nommé Caimacan, & son
Fils Grand Ecuyer en sa..
place. Ce dernier reçeut ordre.
en mesme temps de se
transporter àConllantinople
pour y buler les Maisons du.
Grand-Vizir,& de ses OfE*
ciers, donc onluy donna une
Liste,&pour faire Inventaire
de toutes les Richesses qui
s'y trouveroient.
Cependant, le Chaoux
Bachi,&le Capigiler Kiayafi,
allerent en poste exécuter
leur Commission. Etant arrivez
à Belgrade, ils s'adresserent
au Janissaire Aga, & luy
communiquerent les Ordres
du Grand-Seigneur, qui portoient
qu'il leur donneroitle
secours dont ils auroient be_-
foin. Le Janissaire Aga disposa
tous ceux qui dépendoient
de luy, à obéïr au premier
commandement, &
alla avec ces deuxOfficiers à
la Maison du Vizir. Cara
Mustapha qui les aperçeut
de sa Chambre,prédit à ceux
qui estoient auprès de luy le
sujet qui les amenoit. Ils luy
proposerent de leur refuser
l'entrée, <3c luy offrirent leur
service, qu'il pourroit joindre
pour sa défense à celuy de
quatre mille Hommes qui
luy étoient dévoüez; mais il
rejetta leur proposition, &
dit qu'il estoit trop tard.
Ainsi le Janissaire Aga
,
It
Chaoux Bachi, & le Capigiler
KiayaG:) estant entrez
dans sa Chambre sans aucun.
empefehement, il leur rendit
les civilitez qu'ils luy firent,
& leur demanda ce qui
les faisoit venir. Le Janissaire.
Aga prenant la parole, dit
que Sa Hautesse demandoit.
le dépost, & illuy en montra
l'Ordre par écrit. En mes-
"me temps le Vizir ouvrit son,
fein, ôc en tira le Sceau du
Grand
-
Seigneur, qu'il luy
présenta avec respect, en demandants'il
avoit ordred'exiger
autre chose de luy. On
demanda encore l'Etendart
Il le rendit de mesme , ôc
ayant enfin demandé si on
souhaitoit quelque chose davantage,
les trois Officiers
ne luy répondirent que par
des pleurs, en luy faisant voir
par écrit le Buyurdi,ou Commandenment,
par lequel le
Grand-Seigneur demandoit
sa Teste. Il ne s'enépouvanta
point, parce qu'il s'y
estoit déjà préparé. Il demanda
seulement s'il ne luy
seroit pas permis de faire-ia
Priére.CesOfficiers luy répondirent
qu'ils navoient
pas ordre de iuyLrcfufcrcecce
consolation. Il ordonna à ses
Gens de se retirer pour prier
avec moins de distaction;
ôc aprés cette Priére qui fut
assez longue, ses Gens rentrerent.
Alors le Vizir tira
un Papier de son sein qu'il
donna au Janissaire Aga pour
le rendre au Grandr-Seigneur
de qui il l'avoit reçeu. Il s'asfit
ensuite sur le bord du Sofa
dont il releva le Tapis,afïn
d'estreseulement sur les planches,&
demanda que ce fuit:
son Bourreau qui l'érranglast;
ce qui luy fut accordé.Ayant
mis quelques momens à se
disposer
,
il appellale Baur.
reau, & luy dit qu'il se hâcast,
& ne le fit point languir. Il
dit anai que le Grand -Seigneur
se fouviendroit de luy
après sa morr. Le Bourreau
luy ayant jette le Cordon au
Col, le Vizir débarassa sa
Barbe du Cordon avec [a;
main, & dit qu'il n'estoit pas
necessairequ'on luy tinst les
mains. Aprés qu'il fut écran"
glé, le Bourreau luy coupala
Teste ôc en ôta la peau;1 ¥lll

qu'il remplit de paille hachée
pour estre mise dans une
Boëte & portée au Grand-
Seigneur,à qui elle fut présentéedansAndrinople
le 7.
Janvier, lors qu'ilretournoit
de laChasse. Il dit en la
voyant, Eilik Iden Eilik Boulur.
C'est à dire, Qui bienfait,
bien trouve. Le Corps fut tiré
hors de la Chambre,&porté
fous un Pavillon, pour estre
vû de tout le monde. En
mesme temps on se saisït de
ses principaux Officiers, qui
furent amenez à Andrinople
dans des Chariots. Entreeux
estoientle R.eis-Effcndi,'
qui fut pendu; Mauro-Cordato
son Interprete, qui est
encore dans les Prisons de
Confiantinople, après avoir
eilé depoüillé de son argent,
ôcde ses Pierreries; & Hassan
Aga, de Toulon, que le
Grand-Seigneur a fait établir
Kiaya ou Intendant des Ensans
du Vizir, ausquels il a
laisse tout ce que leur Pere
avoit d'immeubles. On a
trouvé dans les Trésors de
ce Ministre dix à douze millions,
tant en argent comptant
qu'en Pierreries, ce qui
est beaucoup,si l'on examine
les dépeniès prodigieuses
qu'il, faisoit en Présens au
Grand -Seigneur, & au Serrail,
en Bâtimens, & en Curiositez.
Ondit que cette
dépoüille,avec celle de quelques
Officiers de ce Vizir,&
du Testerdar, qu'on a fait
aussfy mourir, valent environ
quinze millions au Grand-
Seigneur, qui a refusé d'en
rien employer pour satisfaire
à ce qui est dû à la Milice,
& pour lever d'autres
Gens de guerre; ne voulant
pas mesme que l'on tire d'argentdesesautres
Trésors
,
&
ordonnant qu'on remedie
aux besoins de l'Empire par
d'autres voyes.Cette avarice
donne grand lieu de murmurer
parmy les Turcs. Soliman
Aga, qui avoit esté
fait Caimacan, a esté déclaré
General de l'Armée; & c'est
le Kialer Aga ou Gardien
des Sultanes, qui ordonne
de toutes les Affaires.
En quelque extrémité du
Monde que k trouvent les
François, & quelque éloigsnez
qu'ils soient de toute desecours, ilsfonttoûjours
en possession, de le fiouater
,mesme parmy les
Nations les plus barbares.
Apres avoir pendant plusieursannées
soûtenu la
Guerre que les Iroquois leur
faisoient, & à leurs Alliez,
dans le Canada, ils réduisirent
enfin cctce fiere Nation
à leur demander la Paix,
qui leur fut accordée en
1665. Mr de la Barre, Gouverneur,
& Lieutenant General
pour le Royen la Nouvelle
France, comprenant combien
la Paix, sur tout avec
cette Nation, est importante
au bien de cette Colonie, &
à l'avantage du Commerce
qui s'y fait, s'y appliqua d'abord
avec toin, & n'a rien
obmis dans la suite de tout
ce qu'il acrû capable d'entretenir
ce Peuple féroce
dans des sentimens pacifiques.
Ce fut pour cela qu'il
convoqua l'année derniere
une Assemblée à Montreal,
où se trouverentcinquante
Ambassadeurs Iroquois. Cette
Dépuration, plus célébré
& plus nombreuse qu'aucune
de cette nature qu'on eust
encore veuë,& où le Genéral
se trouva, produisit ce qu'il
en avoitesperé. Les Préiens
y furentréciproques, & la
conférence s'y passa avec une
satisfaction mutuelle. Mais
comme ces Gens-là ne tiennent
ordinairement leur parole
qu'autant qu'illeur plaît,
ils formerent le dessein d'y
manquer, dans l'espérance
que nous ne songerions plus
qu'à l'observation de la nôtre
, & que nous dormirions
en repos surla foy du dernier
j!Traité. Ils s'imaginoient que 1exaétitudc que nous y apporterions
de nostre part,
leur faciliteroit le moyen de
nous surprendre en quelque
endroit où nous ferions
moins sur nos gardes, & où
il seroit plus aisé de nous insulter,
sur tour aux parties les
plus éloignées de Québek
où est le centre de nostre
Colonie. Deux cens d'entre
eux, armez de Fuzils, & qui
devoiét estre suivis immédiatement
de 500 deleurNation,
prirent leur route vers le Car
des Ilinois, où ils pillérent
sept ou huit Canots, conduits
par nosFrançois, & chargez
de Marchandises, d'où ils
vinrent en suite attaquer
brusquement un Réduitsi-,
tué sur la Riviere Divine, à
600 lieuës de Québek. Ils
n'y croyoient trouver que
dix ou douze François commandez
par Mr le Chevalier
de Tonty ; mais Mr de la
Barre y avoir pourveu quelque
temps au paravant, en y
envoyant un secours de douze
braves Hommes fous la
conduite de Mr le Chevalier
de Beaugy,aussitost qu'il eut
avis de quelques mouvemens
des Iroquois, qui luy
donnoient sujet de se défier
de leur sincérité. Cette précaution
de M de la Barre fut
le salut de ce Réduit, éloigné
& presque hors de portée
d'estre secouru LesIroquois
en furent repoussez trois fois
en trois Assauts diférens, avec
perte de plus de 80 Homes de
leur Nation, n'yen ayant eu
qu'un de la nostre lé gérement
blessé en ces trois Attaques
consécutives. LesIroquoisprirent
en fuite le party
de se retirer hors la portée
du Fuzil de ce Réduit, & d'en
construire un à leur maniéré,,
pour leur servir comme de
Blocus, en attendant500. des
leurs qui les devoient joindre
incessamment. Cependant
Mrs de Tonty ôc de Beaugy
écrivirent par un Sauvage à
M de la Duranbaye ancien
Ca pitaine du Regiment de
Carignan-Salieres qui estoit
en traite vers ces quartierslà,
pour les prierde leur amener
le secours qu'il pourroit
d'Hommes & de tvlunirions;
ce qu'il fit aussitost qu'il cq,
eut avis, & en mesme temps
il envoya leur Lettre à Mr
de la Barre, afin qu'il en profitast,
en sassant avertir le
reste de la Colonie de se tenirsur
sesgardes. Ce General
sçachant par l'expérience
que ses divers commandemens
dans l'une & l'autre
Amériqueluy ont acquise,
qu'on a de grands avantages,
sur ces fortes de Peuples lors,
qu'on les prévient, & qu'on
ne leur dorme pas le temps
de se reconnoistre,résolut
aussitost de les allerattaquer
brusquement dans leur propre
Païs avec l'élite des Troupes
& des Milices dont il
peut disposer. Il n'a paslaissé
de dépescher un Bastiment
en France peur demander
du secours,&leRoy luya
accordé pour cela 300 Hommes,
qui n'attendent que le
vent pour partir de Rochefort
sur la Frégate l'Emerillon;
mais la disposition avec laquelleMrde
la Barre mande
que son monde le fuit en
cette Expéditionqu'il commande
en personne, donne
lieu de croire que le secours
qu'on luy envoye trouvera
la chose faite, & ne servira
qu'à tenir dans le respect les
Nations voisines.
Jevous envoye un second
Air, qui est d'un de nos Il
lustres en Musique.
AIR NOUVEAU.
Ltun'eiflpeint dejour Amourotir
Ne dem^—i.e des alarmes
Aplm d'un coeur
Dont il (l le vainqueur;
ÀfaÍsjdnJ tes rharmes)
]rÚ, je conhoisbien
Jîhiilnturoitpuvaincn le mien.
Le vray Mot de l'Enigme
du dernier mois, estoit le Citron.
Ceux qui l'ont expliqué
font Mrs Grand
- Pere; De
Lhospital, Lieutenantau Grenier
à Sel; Le Blond; Mademoselle
Champion; Le Bon
Homme la Loy, de Lyon;
Renaud, du mesme Lieu; Le
Lorrain, de Paris;LaLyonnoise,
du Petit Cloistre Sainte
Oportune. En Vers, la Belle
à la Devise, Je brûle d'amour
pour un Insensible; L'aimable
Brune à l'Anagramme, Je
commence àtéter, de la Rue du
Mail; La spirituelle Maloüine,
de Vitré en Bretagne; La
claire Brune de la Porte, du
mesme Lieu; Michon Beauregard,
ou la belle Chanteuse,
de la Ruë de la Harpe; Sylvie;
La Belle Nourriture, & la Pete
tite Assemblée du Havre;Mrs
Avice, de Caën; Diéreville,
duPontlevesque; L. Bouchet
ancien Curé de Nogent le
Roy; Hordé, de Senlis; Carriere
7,
riere, dee Vilttrrcé en Brreetraaggnnee-)'/
Le Roux, Medecin du met
meLieu;Gygés,&Alcidor,
du Havre. On a encore expliqué
cette Enigme sur fOrange
de la Chine,&sur le Vin.
En voicy deux nouvelles.
La premiere est de MrCarré,
de Vitré en Bretagne; & l'autre,
de Mrde Corbieres, dela
Ruë des Bourdonnois.
ENIGME.
J Efors d'un Pere deuxfois #/5,
Et d'June Mere ddeuxfosii.s ne1e".
Iestois Prophete couronné,
Car telle fflait ma dessinée.
Mon Pereprophélife &la-ieuit,,
lejour,
Etjeprcphétifbis ait temps de mon
enfance,
Efiant capable alors damour,
Comme !uypeffedant une drablenaifsance.
Mai; admirez, mon cruel ftrtr
Commençant aprédirey on mevotie
i.,
àla mort,
On mefait Eunuquesans caufcT,
Ven mexpofe aux grandes ardeurs,
11'cepas une hi'¡u;gc-chljè,
B'efïrebrûlépeur desPécheursf"
AUTRE ENIGME. Qvoj quepeu de monde Wba-
1
nore, b
JeJuisd'un ajfcz,grandfecours..
A moyles Mortels ont recours
Pour exprimer ce quon.abhorre..
Jefui* ce quonveutquejefois,,
Sec, humide,errant,immobile
Doéle, IgnorantyMai(Ire,&Jet>
vile;
Jegele, &brûlequelquefois.,
lllufire dans mon origine,
lefuis longtemps avant Nêraity
- Toute la TerreJÇaitmOlJ nom litvoitquijefaitàma mine.
il s'est fait une Course de Bague
Versailles. M. le Marguisd'Alincour,
Petit-Fils de M. le Maréchal Duc
de Villeroy, & Fils du Duc de cc.
l-.QIJl" y a remportéle Prix, QUEMon~
Eèrçneur le Dauphin luy disputa rorc
longtemps.
M.leDucd'Elbeuf aépouséentroisiémes
Nôces Mademoiselle de Navailles,
Soeur de Madame la Marquise
de Rotelin, & Fille aînée de feu M.
le Maréchal Duc de Navailles. Les
Maisons de ces illustres Personnes sont
si connues, & jevous en ay parlé si souvent,
quec'est toutceque jevous diray
aujourd'huy sur cet Article. Je vous entretiendray
le mois prochain de quelques
autres Mariages,& vous parleray
de la Trêve qui vient d'estre conclue
entre la France. l'Empereur, & le Roy
d'Espagne. Quant aux Affaires de
Hongrie, j'attendray la fin de la Campagne,
pour en faire dans une de mes
Lettres un Corps entier,quicontiendra
tout cequi s'y fera pade. jerecommenceray
aussilemois prochain à vous entretenir
des Modes nouvelles, dont j'avois
celle de vous parler à cause du
deüil. La permissïon que le Roy a donnée
de porter de l'or & del'argent, ms
fourniradebrillans Articles. Je finisem
ressûscitantM.dePi:adelle,dontjevoua
ay mandé la mort apres cous ceux
quii
se meslent d'écrire des Nouvelles. Je
suisMadame, vostre &c.
A Parisce$i.Aoust 168+.-
La Personne qui m'afait l'honneur de m'é.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le