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<36614138920012
<36614138920012
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1684.
A PARIS
AV PA LA I S.
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
ſe vend.a , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice,
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en la Boutique Court - Neuve du Palais,
AF DAUPHIN
Er T. GIRARD , au Palais , dans la Grande.
Salle, à l'Envie .
LA
M. DC. LXXXIV .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
Avis pour placer les Figures.
A Chanfon qui commence par Le plus
cruelHyver qu'on éprouva jamais , doit
regarder la page 13.
Le Mémiet & la Gavote, doivent regarder la
page 2.40 .
Les Jettons doivent regarder la page 362.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
$52525252-5525225
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Rélude,
Ponnet für la libéralité du Roy pour les
'Pauvres,
Devifes pour Sa Majefté ,
b
H
Secret d'ofter le fel de l'eau de la Mer, & de
la rendre douce,
Traité de l'Amitié,
14
23
Régale donné à Stutgart par M. de Bourgeauville,
Mort de Madame de Longueval,
56
62
Maladie de M. l'Archevefque de Lyon, 65
Devife für la Naillance de Monfeigneur le
Duc d'Anjou,
2469
Réjouillances faites en plufieurs Villes de
France pour cette Naillance ,
Hiftoire,
Complimens faits an Roy,
Mort de la Reyne de Portugal,
7 ፤
102.
116
121
Réfutation faite à la Réponse de la Lettre
adreffée aux Aftrologues judiciaires, 126
Audience des Députez des Erats de Bretagne,
137
Galanterie à Madame des Houlieres , 142.
Bouquet, 143 Madrigaux, 146
Etrennes, 147
Etrennés à M. le Duc de Chartres,
Mort & abregé de la Vie de M. le Duc de
148
TABLE.
Navailles ,
~ 196
Mort de Mademoiſelle Tinnebac, noyée fous
169
la glace,
Mort du Doge de Venife, & tout ce qui s'eft
paffé à l'élection du nouveau ,
182
223
Ballades nouvelles de Madame des Houlieres ,
& de M. le Duc de S. Aignan,
Divertiffement donné à Madame la Dauphine
par le mefine Duc,
254
Madrigal Italien adreffé au mefme Duc, 240
Agrément de la Charge de Premier Valet de
Chambre de Madame la Dauphine , donné
à M. de Chefnedé, 242
Départ de M. le Marquis de Cheverny pour
fe rendie aupres de l'Empereur , 245
Abjurations, 246
Profeffion , 249
Feftes Galantes,
Libéralitez du Roy ,
Morts, 248
Mariage, 254
257
288
Réponse aux Feuilles du mois de Fevrier, 274
Relation de ce qui s'eft paffé à la Haye touchant
les Députez d'Amfterdam , 335
Mariage de M. le Comte de Chaftillon , 370
Mort de Madame la Marquise d'Effiat , 374
Mort du Venérable Frere Fiacre ,
Enigme, 377
Comédies Françoifes,
376
Autre Enigme , 379
Lettre Circulaire de Meffieurs d'Amfterdam
,
380
382
FIN.
MERCVRE
GALANT
ploft ecartup dingeb og
FEVRIER 1684) 21
LA
Lyy a tant d'avantage
pour moy dans noftre
commerce
, que fi mes
Lettres me coûtent des foins.
J'en fuis glorieufement récompenfé
par la grace que
Vous me faites de les recevoir
avec plaifir , mais quoy
Fevrier 1684. A
2 MERCURE
^
que j'en prenne toûjours
beaucoup à vous écrire , je
croy , Madame , que vous
ne vous plaindrez pas , fi je
vous dis que vous devez
m'en tenir un peu de compre
depuis quelques mois.
Le froid à efte fi violent, qu'il
m'oftoit prefque la plume
des mains ; & le defir de vous
plaire eft la feule choſe qui
euft pû m'en faire vaincre
F'incommodité
. Je ne vous
dis rien dont vous n'ayez
fait l'épreuve . Ce n'a pas eſté
icy feulement que l'Hyver
a fait fentir la rigueur, elle a
GALANT.
3
efté genérale pour toute l'Europe
, & peu de Perfonnes fe
fouviennent d'avoir paffe une
auffi rude failon . Ceux qui
vivent en des Lieux où l'on
ne reffent pas ordinairement
le froid avec tant de violence,
n'en ont pas efté plus
exempts que nous . Il a fait
glacer les eaux des plus rapides
Rivieres. Les pierres,
malgré leur extréme duretép
n'ont pas efté à l'épreuve de
fa force en beaucoup d'endroits
, & la terre n'a pû affez
couvrir les racines de plu
fieurs Plantes , pour les em-
A ij
4 MERCURE
pefcher d'eftre envelopées
dans le malheur d'un grand
d'Animaux , qui
nombre
d
n'ont pu luy refifter . Plufieurs
Perfonnes qui fe font trouvées
fur les chemins, en ont
efté ſaiſies fi vivement, qu'el
les en font mortes. La mefme
chofe eft arrivée dans les Villes
, mais plus encore dans
les Villages , où les Pauvres,
qui n'avoient pas dequoy fe
chaufer , ont fi fort fouffert,
qu'il en eft mort quantité,
principalement
dans ceuxqui
font éloignez des Bois .
Outre tant de Gens que le
GALANT.
froid a fait périr , ou qu'il
a réduits à l'extrémité , il a
caufé de tres dangereufes
chûtes , dont plufieurs font
morts , & les autres en font
demeurez cftropiez. Il vous
eft aifé de concevoir combien
les Marchands ont perdu
fur les Rivieres par le dé.
fordre des glaces. Enfin, Madame
, on peut dire que la
défolation a efté grande par
tout. Elle s'eft mefme étendue
jufqu'en des Païs , où
l'on avoit crû juſques icy
qu'on ne connoiffoit le froid
que de nom. Dans toutes les
A isj
6 MERCURE
Villes de France où il faifoit
le plus foufrir ceux àqui tout
manquoit pour s'en garantir,
le zele d'une charité verita
blement chreftienne échau
foit pour eux les Ames pieufes
, & il a , pour ainfi dire,
redonné la vie à beaucoup
de Malheureux , qui n'au
roient pû éviter la morr. Ce
zele tout plein de feu ,
éclaté fur tout à Paris , où
dans tout le de la ge-
&
temps
a
lée , le Roy a donné chaque
femaine mille Louis d'or pour
les feuls Fauxbourgs. On a
efté dans chaque Maifon
GALANT 7
sinformer, de. J'erat, sie scur
l'état de ceux
que le froid trop penetrant
empefchoit
de travailler
, &
par conséquent
de le tirer de
mifere. Quoy que la charité
des Particuliers
cuft deja produit
d'utiles effets , il a paru
qu'elle
avoit efte renouvelée
par ce grand exemple
, puis
que jamais on n'a fonlage
les
Pauvres
avec plus d'ardeur
.
Ceux qui de tout temps s'en
font fait une habitude , ont
se doublé leurs aumônes
pendant
la rigueur
de la ſaiſon ;
& ceux qui n'en avoient
point encor fait de particu
93753
A in
8 MERCURE
lieres, fe font trouvez excitez
à fecourir une infinité d'Artilans
honteux qu'on a veus
dans le befoin . Tous les Curez
de Paris ont fait de gran
des diftributions de Pain &
de Bois. Enfin l'on a donné
à quantité de Familles dequoy
fe chaufer, fe nourrir,
& fe veftir, & le feu n'a point
manqué devant les Portes
d'une partie des Hoftels de
cette Villeged sop dim and
28
Serves
Coitures
,
dont vous avez veu pluſieurs
Sonnets fur les grandes Actions
de Sa Majefté, en a fait
PE A
GALANT C
un für cette derniere , que
vous n'eftimerez pas moins
que les autres.
2.
SUR LA LIBERALITE
du Roy pour les Pauvres .
L
SONNET .
A Terre eft désolée, on voit
s'arrefter l'Onde;
La Nature mourante a perdu fes
attraits;
Le Froid, le trifte Froid, perce tout
de fes traits; AT WALK I
Le Peuple fait des voeux , fans que
le Cielréponde.
$$
Ce n'eft plus qu'en LOVIS quefon
11. espoirfefonde? lefondesal.
10 MERCURE
Lesfoins de ce Héros nefontpoint
imparfairs;
Ileft par la valeur, il estparfes
bienfaits, as o.. un
Le Pere de fon Peuple, & l'Arbitre
Tdu Monde,
a Se
A1.602
Les plus infortunez alloient fiere
leur fort,
!
Sa libéralitéles arrache àla mort,
Ilfeait fe partager, en Conquérant
en Pere.
Se
Ce Vainqueur des Saifons, au grand
Afire pareils of long h
Ranime les Mortels que le Froid
défefpere,
Etfes royales Mains font l'effet du
Soleil.
Ceft fans- doute avec beau
GALANT. H
coup de raifon qu'on a choify
le Soleil pour la Deviſe du
Roy. Il eft , comme ce bel
Aftre , un des plus grands
ornemens du Monde, & lon
y découvre, auffi bien qu'en
ĺuy , un des purs rayons de
la Lumiere eternelle . M' Magnin
a trouvé dans ces penfées
, le fujet de deux Devifes,
dont le Soleil eft le corps.
L'une a ces paroles pour
ame , Decus immutabile mundi,
& il les explique par ce Madrigal.
12 MERCURE
I
Left la gloire du Monde,
Les delices, l'ornement.
De cette Source fécondo,
L'Univers uniquement
Tient les Biens dont il abonde.
Ces autres Paroles , Eterni
luminis index , fervent d'ame
à la feconde Devife . Voicy
l'explication qu'il leur a don
née.
P
Ar mille brillans divers ,
De la Lumiere immortelle
Get Aftre à tout l'Univers
Montre une vive étincelle.
Rien ne convient mieux à
ce que je viens de vous dire
GALANT. 13
de la rigueur de l'Hyver, que
ces Paroles que je vous envoye
notées,
AIR NOUVEAU.
L'E.plus cruel Hyver qu'on
éprouvajamais
Fait fenirfes effets.
D'où vient ce nouveau feu qui s'al
lume en mon ame?
Pour éviter du Froid la fatale rigueur,
Il femble que l'Amour avec toute
Sa flame
Soit venu fe cacher dansle fond de
mon coeur.
Comme nous vivons dans
un fiecle , où les profondes
14 MERCURE
lumieres qu'on a dans les
Arts , font découvrir beaucoup
de Secrets , qui font
échapez aux Anciens , on
s'eft appliqué à chercher celuy
d'ofter le fel de l'eau de
la Mer; & M' Fitz - Geral, Anglois
, eft venu à bout de le
trouver. Le Roy d'Angleterre
luy a permis de publier
ce Secret , apres avoir efté
convaincu par quelques é
preuves, non ſeulement que
la Machine qu'il a inventée
peut deffaler l'eau , mais auffi
la rendre falubre & tres bone
à boire. Ce qu'il y a de conGALANT.
S
fidérable, c'eft qu'on en peut
préparer grande quantité en
peu de temps , & à peu de
frais . Ainfi en vingt- quatre
heures il eft aifé d'en extraire
trois cens foixante pintes,
mefure de Paris , avec une
Machine d'environ trentetrois
pouces de diametre.
Cette Machine eft faite d'u
ne maniere à fe conferver
tres -facilement dans un Vai
ſeau , & meſme à ne pas
manquer au plus fort d'une
tempefte. On la peut placer
dans quelque Navire que ce
föit , fans aucun danger du
16 MERCURE
feu , ou aucune incommodité
de fumée. Quoy que l'opération
de rendre l'eau douce fe
faffe par le moyen du feu,il ne
fera befoin d'aucune dépenſe
pour entretenir fur Mer ou
quelque habile Chymiſte,
ou des Perfonnes qui s'entendent
en ces fortes de préparations,
puis que le moindre
Matelot pourra en moins,
de deux heures apprendre la
maniere de les faire. On ne
marque point préciſement
ce que pourroit coufter les .
Machines , à caufe qu'il les
faudra proportionner
à la
GALANT. 17
grandeur des Vaiffeaux , mais
on affure que les plus grandes
ne reviendront tour- auplus,
avec tout ce qui en dépend,
qu'à feize livres fterling,
& qu'elles ferviront plufieurs
années . Quant à
crainte qu'on pourroit avoir
que les ingrédiens neceffaires
pour préparer l'eau , ne
fuffent fort chers , & ne priffent
beaucoup de place dans
un Navire , on prétend qu'-
une Barique en peut contenir
tout autant qu'il en faudra
pour faire le Voyage des
Indes Orientales à aller &
Fevrier 1684, B
18 MERCURE
<revenir, & que les ingrédiens
qui ferviront à extraire quatre
cens pintes d'eau douce,
-he reviendront qu'à quinze
-fols . Le College des Mede-
-eins de Londres a fait les
épreuves de cette eau , &
Fon a trouvé qu'elle eft plus
légère que la plupart des autres
eaux , qu'elle eft tranf
parente comme elles, & fans:
aucun fédiment , qu'elle eft
meilleure à favonner que
toute autre cau , & qu'elle
prend bien moins de Savon ;
que le Sucre s'y diffout plu
toit ; que bien loin de fe corGALANT
Ig
Fontpre au bout de quelques
femaines comme l'eau commune,
elle garde fa douceur
plus de quatre mois , qu'elle
eft bonne à faire de la Gelée,
& à bouillir des Pois , du
Boeuf, du Mouton , du Poif
fon , & toute autre Viande,
qu'elle n'a d'elle mefme au
cun mauvais gouft , qu'elle
bout avec le Lait fans le faire
cailler , que les Fleurs, Plantes,
& tous Vegetables , croiffent
parfaitement bien dans
sette eau , & que de petits
Animaux y vivent, Il eft cer
tain que fi ce Secret peut
Bij
20 MERCURE
réaffir , comme le préten
dent les Entrepreneurs , on
en tirera de grands avantages.
Au lieu de faire une
grande provifion d'eau doucè
, qui occupe une bonne
partie d'un Navire , fur tout
quand on veut faire un
Voyage de long cours , on
chargera des Marchandifes
à proportion. On épargnera
les trois quarts de la dépenfe
des Tonneaux , & cé fera
épargner une dépenſe tresconfidérable,
principalement
à caufe des Cercles de fer:
avec quoy on les relie. Quand
GALANT. 21

on fait aiguade fur Mer, on
rifque les Chaloupes , & les
Gens de l'Equipage , qui périffent
fouvent dans les temmy
per
peſtes. D'ailleurs , pour faire
de l'eau dans un grand Voyage
, les Vaiffeaux font quelquefois
obligez de s'écarter
bien loin de leurs routes , ce
qui les retarde, leur fait
dre l'occafion du vent favorable,
& engage les Maistres
des Navires à
augmenter
leur dépenſe, en ſe chargeant
d'un plus grand nombre de
Matelots qu'il ne feroit néceffaire
; outre qu'en faifant
22 MERCURE
aiguade , les Vailleaux for
contraints fouvent de laiffer
leurs Ancres & leurs Cables ,
pour courir au large, & éviter
le danger des Coltes . Par la
Machine nouvellement
inventée,
on remediera à tous
ces inconveniens
. On joint
à cela , qu'il ne fera pas bet
foin d'avoir un fi grand Equi
page dans les Vaiffeaux qu'il
ya cu jufqu'icy. Ainfi les
Maîtres des Navires , & les
Marchands, faifant moins de
frais , les uns & les autress
trouveront
leur compte à
deffaler l'eautoab
pondboo
GALANT. 23
Vous avez veu des Galan
teries en Vers du Berger de
Flore ; en voicy une en
Profe , qui vous fera voir le
talent qu'il a en toute forte
de genres d'écrire. Elle eft
fur une matiere qui dont intéreffer
tout le monde, puis
qu'elle regarde l'amitié , &
que l'union qui en eft for
mée, eft une des chofes a
contribuent davantage au
repos & à la félicité de la
vie. 91.5
Sa
qui
24 MERCURE
SSS2 252255 225222
AUX DEUX
AIMABLES SOEURS,
ANG. ET CRIST.
V
Ous eftes éclairées de trop de
lumieres, Aimables Soeurs,
pour ne pas connoiftre la nature
de l'Amitié dans toute fon étendue.
Neanmoins puis que j'ay
promis de vous écrire ce que j'en
•penfois , & que vous souhaitez
de voir l'effet de cette promeffe,
il est juste de fatisfaire à voftre
defir , & à mon de voir. Sçachez
donc qu'il en est, à mon avis, de
Amitie
GALANT. 25
7
Amitié, comme de l'Amour,
ou du Mariage. On peut en propofer
des Articles , en dreffer des
Contracts ,yyeentrer en Commu
nauté , y retenir des Propres , y
laiffer des Douaires , y employer
la fainteté des Cerémonies , &
y engager for Honneur &Sa
Foy. A la veritéj'y remarque
deux diférences , qu'il n'eft pas
poffible d'en retrancher , fans détruire
leur nature. La premiere,
que l'Amitié eft une fimple liai
fon des Efprits , au lieu que le
Mariage unit les Efprits & les
·Corps ; & la feconde , que le
Mariage eft une liaifon de deux
Fevrier 1684 .
C
26 MERCURE
Perfonnes , au lieu que l' Amitié
peut eftre légitimement celle de
plufieurs. L'une de ces diferences
donne des bornes plus étroites
à l'Amitié , qu'à l'Amour ,
l'autre luy en accorde de plus
étendues ; mais toutes deux ne
laiffent pas de retourner à l'avantage
de l'Amitié.; la
miere , parce qu'en luy ôtant le
commerce du Corps , elle la rend
pure , Spirituelle , & moins ca
pable de changement ; & l'autre
, parce qu'en luy laiffant la
liberté de s'attacher à plufieurs.
objets , elle l'afranchit des fuplices
de la contrainte , des inpreGALANT
27
W
quiétudes de la jalousie. Ainſt,
Aimables Soeurs , l'Amitié me
femble une liaifon plus douce ,
plus noble plus illustre que
le Mariage , e'eft ce que j'en
penfe ; mais peut- etre n'est - ce
pas ce que vous en pensez. Quoy
qu'il en soit , je vous envoye les
Articles & le Contract que j'en
ay dreffez ; ils vous expliquo
ront amplement la maniere dont
j'entens que doit eftre liée &
entretenue la veritable Amitié
vous paroiftront peuteftre
des portraits aſſez justes de
l'idée que vous en avez conçuë.
Vous les examinerez s'il vous
Cij
28 MERCURE
plaift à loisir , & mesme à la
rigueur ; mais je vous Supplie
d'avoir enfuite la bonté de m'aprendre
, fi vous ne jugeriez pas
digne d'eftre aimé de vous , un
coeur qui fçauroit garder avec
exactitude tous ces Articles de
belle Amitié, afin que vous affu
rant apres cela , combien je fens
dans mon ame d'inclination de
difpofition à les obferver, &combien
je croirois recevoir degloire
debonheur,fi j'avois l'avaage
den paffer Contract avec vous,
il me foit permis de vous en demander
lagrace. Je ne vous enwoye
pas les Ceremonies de l'AGALANT.
29
mitié ; ce fera pour une autre
fois. Je vous diray neanmoins
par avance , que les principales
confiftent à faire trois Sermens
folemnels. Le premier , qu'on
fera Amy jufqu'aux Autels .
Le fecond , qu'on fera Amy
dans la mauvaife fortune,
comme dans la bonne; le
dernier , qu'on fera Amy jufqu'au
tombeau. Ces trois Sermens
eftant faits fur les Autels
memes de la Probité , de
'Honneur , on doit entrer en
confiance , pratiquer ce qui
eftportépar lesArticles dont vorry
le modellen op ongi 15 cmisy
C inj
go MERCURE
ARTICLES D'AMITIE .
asingfoxing sal own
14
Is y aura entre les Parties uno
extreme confiance , ellesfe
communiqueront jufqu'à leurs
plustfecretres penfees ; à la réferves
del celles qui regardent l'es
affaires particulieres de leurs aux
tres Amis , defquelles il leurfera
défendu de parler de celles
quiſeforment dans le Sanctuaire
de l'Amour , dont il leur fera
libre de fe taire.
Cup L'une des Parties, goustera
avec pleine fatisfaction tous les
fujets de joye que recebra kaul
GALANT. 31
tre , fera de mefme fenfiblement
touchée de toutes fes dou
beurs, & de tous fes déplaifirs
& à la premiere nouvelle qui
luy enfera portée , elle ne manquera
pas de luy témoigner la
part extréme qu'elle prend dans
ce qui luy fera arrivé d'agreable
ou de fâcheux.
Les Amis & les Ennemis
de l'une deviendront les Amis&
les Ennemis de l'autre ; &pour
les connoiftre , elles s'en donneront
une déclaration huit jours
apres leur Contract figné , afin
qu'on
on évite les béveües , & que
sil fe trouve quelqu'un qui foir
Cüij
32 MERCURE
Amy d'une Partie, &Ennemy
de l'autre, elles conviennent enfemble
du rang où il devra eſtre
placé. Cepourra eftrepar accom
modement , parmy les Perfonnes
qui leurferont indiférentes.
Elles ne s'engageront jamais
dans aucune affaire d'importance,
fans fe la communiquer ; d'férerent
beaucoup aux fentimens
l'une de l'autre ; ne manqueront
jamais de complaisances honné
tes , éviteront la raillerie la
contradiction , fe témoigneront
en toutes fortes de rencontres ·
partoutesfortes de voyes, une
mutuelle particuliere eftime.
&
GALANT. 33
Elles n'attendront priere ny
demande pourse rendre fervice,
mais elles en chercheront les occa
fions avec ardeur , & les ayant
trouvées , elles les embrafferont
avec ardeur ,fans mefme en defirer
de remerciment ny de res'accorderont
connoiffance ,
ainfi avec generofité tout l'adouciffement
& tout le fecours qu'il
leur fera poffible de fe fournir,
dans les traverfes & les difgraces
que la mauvaiſe fortune
leurfufcitera
..
Elles auront une fidélité in
violable à fe garder le fecret,
&jamais une Partie ne fera
34 MERCURE
rapport des difcours de l'autre,
fans fa permiffion , ny mefme de
ce que les conjectures luy donneroient
à juger de fes fentimenscachez.
Les plus petits menfonges ,
les grandes flateries n'altéreront
point la fincerité de leur com--
merce. Elles ne fe feront point
myftere de bagatelles , & laverité
fe débitera entre elles fans
déguisement & fans fard.
Elles s'avertiront avec douceur
& prudence , desfautes aufquelles
elles pourront tomber par
4. égligence , mauvaise habitude,
fa Je affectation , ou autrement;
GALANT 35
tous les avis qu'elles s'en donneront
, feront reçus d'elles de
bonne grace , écoutezfans répu
gnance , examinez fans paffion
& employez , s'il eft poffible ,
à leur profit.
Ellesparleront réciproquement
à leur avantage , par tout où la
bienséance en approuvera le dif
cours, faifant gloire de leur Amité
; & bien loin d'endurer jamais
par leur filence les petites
medifances & les railleries qu'on
pourroit faire de l'une d'elles en
préſence de l'autre , elles
dront hautement le party de l'abufente
contre tous le
pren
36 MERCURE
que
T'habitude
Elles fupporteront , cacheront,
& excuferont de mesme leurs
foibleffes & leurs défauts ;
neanmoins elles fe les remettront
de temps en temps devant les
yeux , de crainte
defe voirfouvent ne les éblouiffe,
& qu'elles ne tombent enfin dans
les erreurs de l'Amour ,dont la
tromperie ordinaire eft de faire
former à l'imagination une idée
belle & parfaite de l'objet même
le plus imparfait & le plus difs
forne.
Enfin il y aura entre elles
unefamiliarité reſpectueuse,fans
aucun mélange de cérémonie.
GALANT. 37
Elles expliqueront en bonne part
tous leurs difcourse toutes leurs
actions. Elles auront foin de fe
voirfouvent & au defaut des
vifites , elles employeront les let
tres à l'entretien de leur commerce
; pour achever en peu
de mots , elles vivront enfemble
avec la meſme bonté le méme
efprit que les Perfonnes unies par
les plus étroits liens du Sang,
dans lesquelles l'envie ny l'intéreft
n'étouffent point les fentimens
de la Nature.
Fefcay bien, Aimables Soeurs ,
qu'il eft de l'ordre dans les Mariages
, que les Dames donnent
38 MERCURE
les Articles ; mais il eft indiférent
d'où ils viennent dans
l'Amitié. Je ne vous envoye pas
ceux - cy comme des Loix , ce ne
font que des propofitions ; vous
y pouvez changer , retrancher,
ajoûter tout ce qu'il vous
plaira , & vous le devez mesme,
afin qu'ayant votre agrément , ils
puiffent eftre fignez de vous fans
répugnance fans repentir. Je
ny ay pas joint la déclarationde
mes Amis & de mes Ennemis,
parce que je ne juge pas à propos
de vous en éclaircir , avant
que defçavoirfi vous ferez d'hu
meur à me faire part de vostre
के
GALANT. 39
Amitié. Cette confiance demande
de la précaution , & voſtreprudence
ne defapprouvera pas que
je prenne mes furetez. Apres les
Articles accordez & fignez, on
peut paffer le Contract quifuit.
CONTRACT D'AMITIE'.
P
Ardevant ... comparûrent
en leurs Perfonnes ... lefquelles
Parties , en préfence &
par l'avis de ... ont dit & volontairement
reconnu en faveur
de la bonne eftime qu'elles ont
T'une pour l'autre , & encore de
L'étroite bienveillance qu'ellesfe
40 MERCURE
portent , avoir promis de fe prendre
en Amitié , & de la faire.
folemnifer fuivant les Cerémonies
accoutumées , à la face des
Autels de l'Honneur de la
leur com-
Probité , le plutoft que
modité le permettra ; & cependant
eftre demeurez
d'accord
d'entrer
en Communauté
de Secrets,
de Réjouiffance
& d' Affliction
,
d'Amis
d'Ennemis
, & de
garder
inviolablement
tous les
autres
Articles
dont elles font
convenuës
de l'aveu
confentement
de leurs Amis ; & en
outre , de fe prendre
avec leurs
perfections
& leurs defauts
,
GALANT. 41
moeurs , actions & paffions , telles
qu'il leur en pourra appartenir au
jour qu'elles fe jurerant Amitié ;
fans toutefoir que l'une des Parties
fait tenue des faits de l'autresse
du moins quant au paffé i
defquelles perfections defauts,
moeurs, actions & paffions , elles
ont accordé que lesperfections &
defauts leur demeureront en Proles
moeurs entreront en
pre, que
Communauté
, & que des actions
paffions partie entrera pareillement
en Communauté , Eg
·partie leur fortira nature de Propre
étant enfin convenues qu'arrisvant
la diſſolution de l'Ami-
Fevrier 1684 D 1
42 MERCURE
ties, de Survivant aura pour
Douaire les Amis du Décedé,tant
ceux qu'il aura au jour de l'Amitié
contractées que ceux qui
-fi comferont
avenus depuis
me promettant obligeant --
Fait & paffé le.. 23
Voila Aimables Soeurs , la
maniere dont je conçois qu'on fe
peut engager en Amitié parles :
formes du Mariage ; &fe vous
me répondez que la Signature
des Articles es des Contracts ne
peut eftre regardée que comme une
chaîne qui captive , je vous répliqueray
que la captivité eft
douce quand on s'aime , & qu'on
180 minut
GALANT.1 43
mérite d'eftre puny parfon lien,
quand on ceffe de s'aimer , puïs
qu'on a eu le choix de le prendre
, ou de le refufer. C'eſt à vous
à voir apres cela ce qu'il vous
plaist de faire. L'afurance que
je vous puis donner , est que je
ne fuis point fujer au changement
, & que fi vous me recevez
au nombre de vos Amis,
la mort feule fera capable de me
ravir cet honneur. Je fçay qu'il
y a une Etoille quife peut oppofer
au bien où jaspire ,
feay auffi que les Perfonnes fa
ges font au - deffus des Astres.
Il ne tiendra donc qu'à vous de
Ma
je
Dij
44 MERCURE
triompher de cet obftacle ;
j'ofe, efperer de vos bontez , que
vous voudrez bien prendre ce
foin en faveur de voftre paffionné
Serviteur ,
LE BERGER DE FLORE.
S$S52 SSS2S SESSSE
AUX MES ME S..
Apres les Articles fignez .
E mettre au- deffus des Afc'est
imiter les Divi-
E
Serres
;
mitez dont vous eftes les vives
images ; & me donner voftre
Amitié , c'eft me favorifer d'une
GALANT. 45
grace beaucoup au deffus de mon
mérite. Je la reçois auffi comme
un bien venu du Ciel , & j'en
feray un fi bon ufage , que vous
n'aurezjamais de regret de me
l'avoir accordée. Vos paroles
m'auroient tenu lieu de Contract,
quand vous y auriez borné vos
engagemens
; mais , trop aimables
Soeurs , vous prenez plaifir à
pouffer la generofité auffi loin
qu'elle peut aller , & vous me
renvoyez mes Articles fignez de
vous , fans y avoir rien changé,
avec affurance d'en paſſer Contract
avec moy , fans aucune referve
; c'eft fignaler vos bontez
46 MERCURE
2
d'une maniere qui n'a point d'égale.
Le commencement de reconnoiffance
que je vous en puis
témoigner , c'est de vous apprendre
quelsfont mes Amis & mes
Ennemis avec les veritables
fentimens que j'ay d'eux , &
pour eux. Recevez donc de la :
forte cette grande marque de confiance
que je vous envoye ; elle
en est auffi une d'eftime , mais
tenez la fecrette , & m'en ou
vrez vos pensées avec la même
fincerité que je vous explique les
miennes , puis que l' Amitié vous
y oblige auffi-bien que moy..
-GALANT. 47
Déclaration des Amis & des
Ennemis du Berger de Flore.
I
E vous avoueray , Aimables
Soeurs , que je fuis Amy de
Sept Belles qui m'ont reçû dans
leur Societé Galante, & qui paffent
pour les fept merveilles de
la Contrée que j'habite de la
Souveraine , par devoir ; de la
Spirituelle , par inclination ; de
l'Officieuſe , par reconnoiffances
de la Sage , par eftime , de la
Fiere , par habitude , de la Ci
vile, par bienséance ; de la
Douce , parplaifir.
Je compte auffi au nombre de
48 MERCURE
<
mes Amis , tous les Galans de
la mefme Societé , fans en excepter
mon Frere , bien que l'Amitié
fraternelle foit affez rare ;
& je régle l'Amitié que j'ay
pour ces chers Voifins , par celle
dont je les juge capables , reconnoiffant
l'Epoux de la Souveraine
pour un Amy d'honneur,
comme auffi ad honores , ( co
mor ne vous est pas inconnu , je
vous l'ay ouy dire ; ) le Génereux
, pour un Amy au beſoin ;
le Divertiffant
, pour un Amy
de Table ; l'Emporté
, pour un
Amy de débauche le Politi
que , pour un Amy de Cour;
3
le
་ ་
GALANT. 49
le Sincere , pour un Amy du
coeur ; l'Intrépide, pour un Amy
au- delà des Autels.
"
....
Scachez encore que j'ay quatre
intimes Amis , Meffieurs
de.. dont je compare l'Amitié
aux quatre Elemens . Celle
dupremier , au Feu , parce qu'elle
eft ardente ; celle du fecond , a
l'Air , parce qu'elle est infinuante
; celle du troifiéme , à
l'Eau , parce qu'elle eft pure ,
agreable dansfes tranfports ,
mefme bonne dans fa froideur ;
celle du quatrième, à laTerre,
caufe de fa folidité. Ajoûtez
à cela , que le premier est mon
Fevrier 1684. E
50. MERCURE
Confeil dans mes affaires : que
le fecond est le Confident de tous
mes fecrets ; que le troifiéme me
fert de Miroir dans mes defauts ;
que le dernier feroit mon
Azile , s'il m'arrivoit des dif
graces.
le bon
Apprenez enfin , que je mets
au rang de mes Amis toutes
les Perfonnes de ma Maifon ,
parce qu'il me femble que
fang ne doit jamais mentir , &
que l'interest du Nom ne fe doit
jamais quitter.
Quant à mes Ennemis , les
plus mortels font mes Rivaux ,
apres eux les Faloux , les EfGALANT
50
pions, & tous les Donneurs d'a
vis qui me traversent dans mes
Amours. Je ne les marque point
en particulier , puis que s'il est
permis par nos Articles de taire
l'Objet qu'on aime , il doit èftre
permis auffi de cacher ce qui en
pourroit donner la connoiffance.
De plus , comme je fais gloire
d'eftre bon Parent , qui choqué
quelqu'un des miens m'offense ,
je le tiens pour mon Ennemy.
Vous connoiffez affez ceux dont
ma Parenté afujet defe plaindre,
pour me difpenfer de ce détail.
Outre ces Ennemis que mes
paſſions & mon devoir me fufci
1
E ij
52 MERCURE
tent , j'ay encore ceux que me
font mes inclinations naturelles .
Ce font les Médifans ; & en
verité je fens mon ame prévenuë
d'une fi forte averſion pour
ces lâches affaffins de Gens endormis
, s'il m'est permis de les
nommer de laforte , que je n'en
fouffre la converfation y la préfence
, qu'avec peine . On fe garantit
aisément de fes autres Ennemis
; mais quel moyen de fe
défendre de ceux qui empoiſonnent
de cent lieües?
་ ་
Pour tous les autres , ils ne
valent pas que je les marque ;
laplupart mefont communs avec
GALANT
53
les Perfonnes qui ont un peu
d'efprit ; & comme ces Ennemis
ont plus d'envie que de ma-
Lice
je les juge auffi plus di
gnes de pitié que de haine , &
c'est ce me semble toute la vangeance
qu'on en doit tirer.
Voila donc, Aimables Soeurs,
la déclaration de mes Amis t
de mes Ennemis. Voyez s'il y
en a quelqu'un parmy eux ,
qui ait le malheur de vous déplaire
, afin que s'il eft de mes
Ennemis , j'augmente la haine
jay déja pour luy ou que
s'il eft de mes Amis , & qu'il
n'y eust pas moyen de le remetque
E
iij
54 MERCURE
tre en grace auprés de vous , je
le regarde comme coupable , &
que je ceffe par là de l'aimer.
Fattens une pareille déclaration
de voftre part , pour vous en
dire mon fentiment avec franchife.
Lors que toutes les racines,
de divifion font ôtées , la liaiſon
en devient plus étroite , & ne
court iamais les dangers du refroidiſſement
ny de la rupture .
Ne diferez donc pas , s'il vous
plaist , à m'envoyer cette décla
ration , afin de régler du plutoft
de part & d'autre ce qui pourroit
caufer un jour du diferend
entre nous Il ne manque à la
GALANT. 55
mienne pour fa perfection , que
d'y voir les Noms de la charmante
Angel. & de la galante
Crift. parmy ceux de mes belles
Amies ; & vous ne doutez pas
que je ne les y mette avec beaucoup
de joye ; mais que j'en au
ray bien davantage de vous voir
écrire le mien parmy ceux de vos
vrays Amis ! Mon impatience
pour ces heureux momens ne peut
s'exprimer , elle est trop grande ;
excusez - la , c'est avec raifon,
parce qu'apres cela ,
Si le Ciel écoutant mes voeux,
Entretient dans nos cocurs une
ardeur mutuelle ,
E iiij
56 MERCURE
Amour n'aura jamais formé de fi
doux noeuds ,
Et les plus grands & plus illuf
tres feux
Ne vaudront pas une étincelle
D'une Amitié fi belle.
J'ay veu des Lettres , qui
portent que les Princes , &
les Princeffes d'Anfpach , &
de Dourlach , eftant venus
Princeffes leurs avec les
Soeurs à la Cour de Monfreur
le Duc de Wirtemberg,
fur la fin du mois de Decembre
, M' de Bourgeauville,
Envoyé Extraordinaire de Sa
Majesté aupres des Princes
GALANT 57
d'Allemagne , les régala à
Stutgart d'un Ambigu magnifique
, avec ce Duc , & les
deux Ducheffes de Wirtemberg.
Quoy que la Salle où
ce Régale ſe fit , fuſt aſſez
petite , & meſme embaraffée
par un grand Poefle felon
l'uſage de ce Païs -là , cet Envoye
trouva moyen d'y pratiquer
une Table de trentequatre
pieds de long pour
vingt-trois Couverts . Elle
eftoit en double potence
àvec un vuide au milieu , &
il n'y avoit des Couverts que
du feul cofté du Mur , afin
58 MERCURE
qu'il y euft liberté entiere de
fe voir les uns les autres . On
fervit tout à la fois , & pour
épargner la place , au lieu de
mefler le Fruit , on le fit regner
en cordon le long de
la ,Table , du cofté où il n'y
avoit point de Couverts . Cet
arrangement
faifoit un effet
tres-agreable par les diférentes
figures , les pyrami
des , & les diverses fortes de
Confitures qui compofoient
ce cordon . On avoit mefme
profité de deux Places , qui
s'y eftoient rencontrées plus
grandes pour y mettre deux
GALANT. 59
ny

Orangers, qui chargez de
Fleurs & de Fruits confits,
faifoient d'eux - mefmes une
partie du Service . On ne
releva les Viandes
, ny
les Entremets , mais on changea
tous les Ragoufts , &
toutes les Affietes volantes ,
que l'on avoit placées entre
deux. Ily avoit fans les Confitures
, onze grands Baflins,
douze petits Plats , & une
vingtaine d'Affietes qu'on
releva. Dans une Chambre
voifine , & qu'on voyoit de
la Salle , on avoit dreffé une
autre Table de quatorze
60 MERCURE
Couverts. Elle fut également
bien fervie. Un petit paffage
fervoit de Buffet pour l'une
& pour l'autre. Tout cela,
ainfi que les lieux où l'on
s'eftoit diverty au Jeu , eftoit
tres bien éclairé . M' de Bour-
2
geauville ne fit point dancer
à caufe du Deüil, Les Prine
ceffes , & les Dames , ne laifde
venir à cette
ferent
pas
Fefte
, parées
de toutes
leurs
Pierreries
, comme
file
Bal
l'euft

terminer
, & c'ef
toit
la feule
fois
qu'elles
s'ef
toient
permis
ces
grands
Ornemens
depuis
la mort
de
GALANT. 61
la Reyne. M' l'Envoyé fut
fort applaudy furla propreté,
& l'invention de ce Régale.
Quelques-jours auparavant
il avoit fait préfent d'une
Caffette de def- habillé , dont
toutes les Pieces eftoient de
Vermeil doré , à la Fille du
Grand Maréchal , à laquelle
il avoit eu l'honneur de donner
le nom , avec Madame
la Ducheffe de
Wirtemberg
.
Madame la Grand'Maréchale
, pour faire honneur à
M' de ´Bourgeauville , montra
ce Préſent à toute la Cour,
& il fut trouvé tout- à-fait
galant.
62 MERCURE
3. Le Vendredy 7. de l'autre
mois , Catherine de Longue.
val , Dame du Puy , Baronne
d'Aurigny , & d'Encerre fous
Vezelay , mourut à Avalon
dans la foixante-feiziéme année
de fon âge . Elle estoit
Fille de feu Meffire Gabriel
de Longueval, Baron d'Aurigny,
Ancien Commandeur
de l'Ordre de S. Michel , Capitaine
de Cent Hommes
d'armes , & Gouverneur de
la Ville & Chafteau de Bufençois
, & Veuve de Mellire
Clément du Puy , Lieutenant
de l'Artillerie de France,
GALANT. 63
vée
tué d'un coup de Canon à la
Bataille d'Aven pour le fervice
du Roy. Elle avoit efté éleaupres
de feuë Madame
la Ducheffe de Vendofme,
& enfuite choifie par feu
Charle-Amedée de Savoye,
Duc de Némours
, pour
eftre Dame d'Honneur de
Madame la Ducheffe de
Nemours - Vendofme , qui
la fit Gouvernante des deux
Princeffes
fes Filles , aupres
defquelles elle demeura juf
ques à leur Mariage . Elle les
conduifit toutes deux , l'une
en Savoye , l'autre en Portu
64 MERCURE
gal , & fit ce dernier Voyage
en qualité de Dame d'Honneur
de la jeune Princeffe,
qui en avoit époufe le Roy,
ayant efté choifie pour cela
par la feue Reyne Mere.
Elle s'acquita de cet employ
avec toute la prudence imaginable
, & à la fatisfaction
des deux Reynes, qui l'honorerent
de beaucoup de mar
ques de leur eftime , & de
leur reconnoiffance. Apres
fon retour de Portugal , elle
donna tous les ordres necef.
faires pour le bien de fa Famille
, & enfuite ſe retira au
GALANT 65
Convent des Filles de Sainte
Marie d'Avalon , où elle a
paffé dix ans dans une continuelle
retraite , y ayant
mené une vie tres - exémplaire
, & d'une Perfonne de
la plus haute vertu.
Vous avez fceu que M
l'Archevefque de Lyon a
efté malade à l'extrémité
d'une fiévre dangereuſe. On
l'a crû mort en beaucoup
d'endroits , & en effet les
accés de cette fiévre avoient
tant de violence , qu'une
Perfonne beaucoup moins
âgée , n'euft pas eu la force
Fevrier 1684
F
4
66 MERCURE
·
de les furmonter. Cependant
comme il eft extrémnement
aimé de fon Peuple,
les prieres publiques qui ont
efté faites pour fa fanté dans
toute l'étendue de fon Diocefe
, & fur tout dans la Ville
de Lyon , ont paru fi agreables
à Dieu , qu'elles ont obtenu
la guériſon de ce grand
Prélat. C'eft ce qui a donné
lieu à M' l'Abbé de Janorey,
l'un des premiers Prédica
teurs de la Province , de faire
le Sonnet que je vous envoye
. Je ne vous dis rien de
fa bonté. Vous avez le gouſt
GALANT. 67
gerez .
fin , & délicat ; vous en ju-
Cet Abbé eft Frere de
M' de Janorey , ancien Officier
de Cavalérie , qui commande
un Efcadron dans
le Régiment de Florenfac , &
vous avez veu de luy quantité
de jolis Vers , fous le
nom du Druyde Lyonnois.
SUR LA CONVALESCENCE
DE
M'L'ARCHEVESQUE
D'
DE LYO N.
SONNET .
E deux rudes Saifons cruelle
reffemblance,
Mélange intemperé defroid, &de
chalcurs
68 MERCURE
Accés , qui fur nos fronts répandit
la pafleur,
Et du coeur le plus ferme étonna la
conftance.
$2
Fiévre, Monftre odieux , malgré tor
infolence,
Nousfommes échapez du plus fàcheux
malheur,
CAMILLE vit encore, & demeure
vainqueur
Des affauts violens de ta double puif
Lance.
25
Ce n'est pas quela vie en un corps
confume
Des travaux que luy donne un Peuple
trop aimé
Ne duft enfin ceder à la Parque
cruelle.
GALANT. 69
*
$2
Trente borriblesfriffons , fuivis d'autant
defeux;
Auroientpûluy donner une atteinte
mortelle,
Mais, quoy, que pouvoient- ils contre
cent mille voeux ?
Voicy une Devife de M
Rault de Rouen , fur la Naiffance
de Monſeigneur
le Duc
d'Anjou
. Elle a pour corps
une Colomne chargée de
Fleurs - de- Lis , foûtenuë d'une
Baſe chargée auffi de ces
Fleurs , & portant en fon
Chapiteau une Couronne
Royale . Ces mots qui luy
fervent d'ame , Hocfulcro pe70
MERCURE
rennis , font expliquez par ces
Vers.
O
France, quandtu vois qu'une
ferme Colomne
Soutient aujourd'huy ta Couronne,
Tu peu bien te vanter , qu'entre tous
les Etats,
Où font les plusgrands Potentats,
Tu vois ton Trône inébranlable;
Et que malgré tant de revers,
Qui peuvent troubler l'Vnivers,
La Bafe en eftfolide & ftable.
S&
Cette Bafe eft donc aujourd'huy,
De ton Roy l'invincible appuy;
Et l'illuftrefaveur, qui du Ciel t'eft
donnée,
Et qui rend nos Princesféconds,
Marque l'heureuse destinée,
GALANT. 71
Qui s'attache au beau Sang des auguftes
Bourbons.
Les
Réjoüiffances que
l'on a faites pour la Naiſſance
de ce jeune Prince , ont fort
éclaté dans tout le Royaume.
Le Dimanche 9. de Janvier
ayant efté choify à Grenoble
pour le jour de cette Fefte ,
une partie de la Milice s'affembla
dans la Place S. André
, & enfuite forma deux
Hayes depuis le Palais juf
ques à l'Eglife Cathédrale,
au milieu defquelles M's du
Parlement en Robes rouges,
& M de la Chambre des
72 MERCURE
Comptes , pafferent pour aller
à l'Eglife , M' le Marquis
de S. André Virieu eſtant à
la tefte du Parlement , & M
de Sautereau , Premier Préfi
dent en la Chambre des
Comptes , eftant à la tefte de
ce Corps. Ces deux illuftres
Compagnies , auſſi venérables
par l'attachement qu'
elles ont pour Sa Majeſté,
que par le mérite & la naiffance
de ceux qui les compofent
, eftoient devancées
par leurs Huiffiers & Secretaires
, & par la Compagnie
de la Maréchauffée , avec,
leurs
GALANT. 73
leurs Armes & leurs Cafav
ques. Les quatre Confuls s'y
rendirent auffi en Robes
Confulaires , avec la fuice de
l'Hôtel de Ville.M ' le Ca
mus , Evefque de Grenoble,
fi recommandable parfa
pieté , & par les foins vrayment
paternels qu'il a de fon
Peuple , entonna le Te Deum
qui fut chanté en Muſique,
& fuivy de l'Exaudiat , & des
autres Prieres pour Sa Majefté,
apres quoy Mde S. An
dré marcha vers la Placesoù
eftoit dreffé le Feu , precedé
de fon Gentilhomme , & fui-
Fevrier 1684. G
74 MERCURE
17
vy de toute fa Maifon . Les
Officiers de Milice , tous fort
proprement veftus , alloïent
les premiers deux à deux
fuivant leurs rangs ; & immé.
diatement entre eux , & le
Gentilhomme de Mle Premier
Préſident , eftoit placé
un Concert de Hautbois ,
dans lequel un Enfant encore
à da Robe, tenoit fa partie
d'une maniere qui le faifoit
admirer de tour le monde.
Les Confuls , avec l'Huiffier
& le Valet de Ville , fuivis des
autres Officiers de cette Maifon
, & de quantité de Peu-,
GALANT 75
ple , marchoient les derniers .
Mr de S. André avec tout ce
Cortege , fit les trois tours
ordinaires , apres lefquels le
Premier Conful , Fils de M
Pourroy , Préfident au Mortier
de ce mefine Parlement,
ayant pris le Flambeau qui
eftoit entre les mains de fon
Huiffier , le luy préſenta tout
allumé. Ce Magiftrat mit le
feu aux quatre coins de la
Machine , & alors tout le
Peuple pouffa mille cris réiterez
de Vive le Roy . Un moment
apres , la Milice rangée
dans la Place par M ' de la
Gij
76 MERCURE
Frey, Major de la Ville , fit
une décharge tres-jufte , &
le Canon de l'Arſenal n'eut
pas plûtoft tiré à l'approche
de la nuit , que toutes
les Feneftres parurent illuminées.
Vous jugez bien qu'on
n'oublia pas les Feux dans
toutes les Ruës.
Il s'en est fait un de joye
à Dijon , dont tout ce qui s'y
trouva de Gens Connoif
feurs , admirerent le deffein .
Une Figure qui repréſentoit
la France aflife dans fon
Trône ,
Preden
toit
polée
fur
un
au milieu d'un
GALANT. 77
grand Théatre , orné de Peinture
, & d'Architecture . Elle
tenoit fur elle Monfeigneur
le Duc d'Anjou d'une main ,
& de l'autre un Sceptre , &
aupres d'elle eftoit Monfei
le Duc de Bougogne
.
Sur la Face antérieure de ce
Piédeftal , on lifoit ce Vers
Latin.
gneur
Nec olim
Romula fe tellus tantis jactavit
alumni's.
Il eftoit expliqué de cette
forte , fur une des Faces de ce
Piédeftal à cofté.
Rome fi fertile en Héros ,
Dont la haute valeur, & lesfameux
travaux,
78 MERCURE
Ont étendu fi loin fon nom , &få
puiffance;
Rome , qui l'Vnivers donna le pre
mier rang,
N'a jamais dans fonfein rien formé
de plus grand,
Que ces deux Nourriffons que poffede
La France,
Sur la Face poftérieure du
Piédeftal , eftoient ces paroles
..
Magnifpes altera Regni .
Ces. Vers écrits fur l'autre
Face à cofté , les expli- .
quoient .
Que noftre espoir eft grand! Que
noftrefort eftdoux !
Le Cielfur LOVIS , &fur nous,
GALANT 79
Signalefeshontez pand'éclatantes\"
dio marques:
T
On demande un Dauphin , il l'accorde
nos voeux
On luyforbilie un Fils, ilenfair I
naiftrestaurioinoqorg xuns
Eft it dans l' & nivers de plus heureux
Monarques? or gluo
Est-il un Peuple plus heureux?
FOR
35 V 90 0975

Quatre petits Amour's fifr
les Angles à l'entour du Piédeſtal
, portoient l'un un
Caducée, Bautre чne Cotne
d'abondance, l'autre un Lau
rier , & l'autre une Ancre;
marques de la feûreté , & de
la félicité publique . th
Sur les quatre coins du
Giuj
80 MERCURE
Théatre , au milieu duquel
eftoit le grand Piedeſtal , on
voyoit quatre grandes Figures
opofées fur leurs Piedef
taux proportionnez.
La premiere eftoit un Her
cule repréfentant le Roy,
avec ce Vers écrit fur fon
PiédafahA og prisu
Exmo virtutem difcent, verumque
nu laborem, instonoq , hatch
Aubas, dans un Tableau
on lifoit ces quatre Versodab
Pour les Héros paffezioniferoit ins
obs crédulesman
Sipar des Exploits inouis
On ne voyoit le grand LOVIS,
Time
201
"Faire plus que ne fit Hercute.
GALANT. 81
Lafeconde eftoit l'Immortalité
, couronnée d'Etoiles,
tenant d'une main la Fleur
nommée Immortelle , & de
T'autre un Zodiaque . Cette
Figure repréfentoit la Reyne
défunte. Sur fon Piedeſtal on
lifoit le Vers qui fuit. 200
Illis nec metas rerum , nec temporá
ропат.

Au bas dans un Tableau
eftoit ce
Quatrain
LOVIS par tout triomphe, aux Confeils
, aux Combats ,
Etfi fis Defcendans le prennent pour
Modelle ,
Ils rendront quelquejour,ayantfuivy
fespas,
82 MERCURE
1
-Leur Empirefans born leurgloire
éternelle.
La troifiéme eftoit
Apollon , représentant Monfeigneur
le Dauphin , avec
cet Hémiſtiche.
10 Eritquefimillima proles .
Ces Vers en donnoient
l'explication ; ils eftoient au
bas dans un Tableau .
Plein d'efprit de coeur , l'air charmant,
fait pourplaire) .
Enrichy des Vertus qui forment un
grand Roy, he
C'est par là qu'on me voit digne Fils
de mon Pere ,
Etqu'un jour on verra mes Fils di
gnes de moy.
GALANT. 83
La quatrième eftoit la Fécondité
, tenant des Lys dans
ſes mains , & repréſentant
Madame
la Dauphine
, avec
ces paroles ,
Manibus dabo liliaplenis.
Plus bas on lifoit ces Vers,
LOVIS eftfatisfait, mes voeux font
accomplis
Fourfagloire & la mienne également
féconde,
Je ferayfurfon Trône éclorre affez de
Lys,
Pouren remplir unjour tous lès Trônes
du monde.
Il y avoit fix Emblêmes
autour du Théatre entre les
Tableaux. Le premier fail
84 MERCURE
foit voir un Ciel , au milieu
duquel eftoit le Signe où le
Soleil entre en Decembre
pour retourner à nous ; &
le petit Prince naiſſant , fur
un Tapis Royal , venu au
monde dans le mefme temps
que le Soleil commençoit
une nouvelle Carriere, L'ame
de l'Emblême eftoit ,
Simul confurgimus ambo.
Dans le fecond on voyoit
un Lys naiffant parmy les
neiges & les frimats , pour
marquer la Naiffance du
jeune Prince au coeur de
l'Hyver , & que la France
GALANT. 85
n'a pas befoin d'attendre
l'Eté , pour faire éclorre des
Lys.
Etiam interfrigora furgunt.
Le troifiéme repréfentoit
une Lune qui fe couche ,
& l'Etoile nommée Heſper,
qui paroift immédiatement
apres fon coucher , pour
marquer la Naiſſance du petit
Prince peu de temps apres
la mort de la Reyne.
·Cùm cadit , exorior.
Dans le quatrieme eftoit
la Planete de Jupiter avec
deux petites Etoiles , nommées
par les Aftronomes, fes
86 MERCURE
Satellites , regardées par le
Soleil , pour marquer que
comme cet Aftre donne à
ces Etoiles toute leur vertu
& leur lumiere, le Roy donne
à fon Fils & à fes Petits -Fils
tout leur éclat.
Virtutem & lumen ab uno.
Le cinquiéme faifoit paroiftre
un Dauphin fur une
Mer tranquille , Hercule fur
le bord , avec fes Colomnes,
& des Monftres abatus , &
dans le Ciel les deux Etoiles
de Caftor & de Pollux , qui
marquent le calme , comme
le Dauphin la fûreté , à cauſe
GALANT. 87
qu'il écarte par la préfence les
Monftres de la Mer , comme
Hercule ceux de la Terre;
ce qui figuroit le Roy , Monfeigneur
le Dauphin , & les
deux Princes fes Fils.
Dans le fixiéme eftoit un
Paon , qui avoit fa queüe
épanouie. Ce bel Oyfeau,
qui a efté autrefois le Symbole
de la Fécondité , repréſentoit
Madame la Dauphine.
-Mebeat & forma, & numerofa
copiaprolis .
88 MERCURE
SONNET
A LA FRANCE.
A
T
Ton Auguste Roy tu dois , beureufe
France,
Le Bonheur , le Repos , les biens dont
tujoüis ;
Ses illuftres Vertus,&fes Faits inoüis
Font par tout l'Univers éclater ta
Puissance.
Nos Voifins contre toy font - ils une
alliance?
Aupremier pas que fait l'invincible
LOVIS ,
Illesvoit diffipez ar ffi-tôt qu'ébloùis,
Et contraints à la fin d'implorerfa
Clémence.
$2
Pour ce Prince & pour toy quepeux-tu
defirer,
GALANT. 89
Toy dans cette grandeur qui te fait
admirer ,
Luy chargédes Lauriers que produit
La Victoire ?
S &
Demandefeulement au Ciel par mille
Voeux
Que tous les ans on voye augmenter
fes Neveux,
Comme on voit tous les jours qu'il
augmentefa Gloire.
On doit ce Sonnet , les
autres Vers , les Devifes , les
Emblêmes , & enfin tout le
Deffein de ce Feu de Joye,
à M' Moreau Avocat Géne
ral de la Chambre des Com
ptes de Dijon , qui dans
Fevrier 1684 H
go MERCURE
cette occafion , comme dans
celle de la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, a voulu donner des
marques publiques de fon
zèle , & feconder celuy de
M Joly fon Parent & fon
Amy , Maire & Vicomte-
Majeur de la Ville , Magif
trat d'un mérite confommé ..
M' de Vaillant , Maire de
la Ville de Chaulny , y fit
mettre toute la Bourgeoifie
fous les Armes . Elle fut conduite
en tres - bon ordre à
l'Eglife de Noftre - Dame , où
l'on chanta le Te Deum en
GALANT. 91
Mufique . En fuite , le Pere
d'Antecourt , Chanoine Ré
gulier de l'Ordre de Saint
Auguftin , & Prieur - Curé de
cette Eglife , donna une magnifique
Collation . Le foir
de ce mefme jour , il y cut
un tres - beau Feu d'artifice,,
& un autre compofe fimplement
de bois qu'alluma
M' de Vaillant. Cette Cerémonie
publique eſtant achevée
, ce Magiftrat fe retira
dans l'Hôtel de Ville , fuivy
de tout ce qu'il y avoit de
Perfonnes confidérables , &
ily fit un tres-beau, Difcours
Hij
92 MERCURE
fur le bonheur que la Naif
fance de Monfeigneur leDuc
d'Anjou caufoit à la France.
L'applaudiffement qu'il en
reçût , fit connoiftre combien
l'Affemblée en eftoit
contente.
La Ville de Joigny , qui
a fait paroître fa fidélité &
fon zéle pour le Roy en toutes
rencontres , en a donné
d'éclatantes marques encelle-
cy. Sur Sur les Ordres
qu'on y reçût de M¹ de Prâlin
, Gouverneur
de Champagne
, tous les Bourgeois
fe mirent en armes. Chaque
GALANT. 93
Compagnie avoit fon Drapeau
& fes Tambours , qui
joints avec le fon des Mufettes
, des Hautbois , des
Flûtes & des Fiffres , compofoient
une harmonie des plus
agréables. Ces Compagnies
en formant leurs Défilez , fe
trouvérent fur les deux heu
res devant le Château du
cofté qui regarde la Riviere,
vis - à - vis duquel on avoie
dreffé le Feu . Elles s'y mirent
en haye & fe retirerent
enfuite les unes apres
les autres , lors qu'elles eurent
fait une Salve , pour re-
2
94 MERCURE
venir s'y rejoindre chacung
felon fon rang, pendant que
l'on chanteroit le Te Deum
à Noftre - Dame. Il y fut
chanté folemnellement , &
fuivy d'une Proceffion de
tout le Clergé , affifté des
Officiers de la Ville & de la
Juſtice , au bruit du Canon
& de plufieurs Décharges
redoublées . Cette Proceffion
fut à peine faite , que les
Maire & Echevins fe rendirent
fur la Platte-forme ,pour
y allumer le feu. Il y avoit
une Fontaine de Vin , dont
le jet eftoit de trente , fix
GALANT. 95
, י
pieds de hauteur . Au - deffus
de la Porte du Château on
voyoit un Tableau fur un
Tapis . Le Quadre en eftoit
environné de Laurier , &
orné d'un nombre infiny de
Rubans blancs & bleus , ces
deux couleurs faifant la Livrée
du Roy. Ce Tableau
eftoit remply de ce Sonnet
de M du Mas
Infcription.
avec cette
69
66430
96 MERCURE
SUR LE FEU DE JOYE
DE LA VILLE DE JOIGNY,
Pour la Naiffance de Monfeigneur
le Duc d'Anjou ..
C
SONNET.
?
We LOVIS est heureux,
&qu'il doit à la Gloire
*
Qui couronnantſesſoins , rend fes
veux accomplis ,
Lors que durant la Paix il voit que
LA VICTOIRE
Luyproduit des moyens pour affermir
fes Lys !
S&
Ilremplit les endroits les plus beaux
de l'Hiftoire's
Mais que fera - ce unjour , quandil
verrafon Fils ,
Pour
GALANT 97
Pour donnerde l'ouvrageaux Filles":
Slide Mémoire of mado mo
Vaincreparfes Enfansfesplusfiers
Ennemis ?
S&
France , bény le Ciel qui te donne des
-1 ) { Princes, 15 heqprop
Qui doivent rétablir tes plus belles
Provinces ,
2t remettrefur pied la Bourgogne
l'Anjou.
Se
Tes Peuplesfont charmezdu dernier
qu'ilt'envoye;
Mais fur tout admirant ce précieux
Bijon ,
·Foigny paroist toutfcu, pourexprimer
3. Jajaye.
Les meſmes Réjouiflances
ont efté faites à Nogent-
Fevrier 1684.
1
1
98 MERCURE
le-Roy , où le jour des Roys
on chanta le Te Deum à l'iffuë
de Velpres , par l'ordre de
M ' le Marquis de Coeuvres.
On tira du Château quantité
de Canon , qui fude
coups
rent fecondez d'un Jeu d'Orgues.
C'eſt une Machine de
Guerre , compofée de plufieurs
Tuyaux ou Canons,
qui tirant tout à la fois , font
autant de bruit & d'effet que
fix Arquebuſes à croc . Les
Feux furent allumez le foir
de toutes parts , & ce fut à
la clarté de ces Feux qu'on
vit paroiſtre un Bataillon
GALANT. 99:
d'Infanterie fort leſte , qui
apres avoir fait les Evolu
tions , Exercice du Drapeau
, & plufieurs Décharges
de Moufqueterie , voulut
pour marque de reconnoif
fance & de foûmiffion , offrir
à Dieu un magnifique Eten .
dart , écartelé aux Armes de
France. Cela fut cauſe qu'on
rentra dans l'Eglife , où pour
la feconde fois on chanta le
Te Deum au bruit des Tam
bours , aux Fanfares des
Trompettes , & au fon des
Fiffres , des Flûtes , & des
Baffes de Viole .
I ij
Ito MERCURE
Les Carmes du Convent
de la Fléche , qui ont pour
leur Eglife la ChapelleRoyale
nommée Noftre - Dame du
Chef- du - Pont , l'un des plus
vénérables Lieux de toute la
Ville , marquérent leur joye
pour cette mefme Naiffance,
le 16. du dernier mois . Ils
commencérent par un Te.
Deum , que la beauté de la
Mufique , jointe à l'agrément
des Voix , fit admirer
de tous ceux qui l'entendirent.
Ils continuérent par
un Feu qu'ils avoient fait éle
ver au milieu de la Riviere
GALANT. S101
du Loir. C'eltoit une grande
Pyramide portée par quatre
Globes , & ornée d'une De,
vife , dont le corps eftoit un
Lys , avec un Sep de Vigne
entrelaffé par le pied.Ge
Sep avoit des feuilles & des
grappes de Raifinjau bas
eftoient ces mots , Gloriofa
Facunditati. Quarre Obélif
ques ornées de Drapeaux , de
Fleurs de Lys , & de branches
de Laurier , accompa
gnoient cette Pyramide , au
haut de laquelle eftoit une
Couronne Royale , & au
deffus , un Drapeau avec fon
I iij
1102 MERCURE
Ecuffon Royal couronné.
Mo de la Crochiniere , Maire
de la Ville , conduit par les
Peres Carmes ,
ي ف

A
alluma c
Feu , qui fut fuivy de quelques
autres Feux d'artifice,
& de plufieurs Décharges
ad'Artillerie.ate abounded
Ces Réjouiffances mont
donné lieu à une Avanture
des plus fingulieres . Le jour
qui fut choify pour les faire
dans une des principales
Villes du Royaume , chacun
siempreffa de marquer fa
joye ; & les Bourgeois à l'enwy
de la Nobleffe , n'épar
GALANT. 103
gnerent rien pour ſe ſignaler .
Cette ardeur paffa jufqu'aux
Ecclefiaftiques . On illumina
beaucoup de Clochers , & il
y eut des Convents, qui par
des Feux d'artifice , firent
éclater publiquement
la paro
qu'ils prenoient au nouveau
bonheur de Sa Majefté. Parmy
ceux qui eurent le plus
de zele , un jeune Religieux
chercha à fe diftinguer. Ik
s'attachoit aux Mathémati
ques , avec la plus forte application
& les lumieres ,
qu'une étude de plufieurs
années luy avoit fait acquérir
3
I iiij
104 MERCURE
dans cette Science , luy ayane
fait croire qu'il eftoit capable
des chofes les plus extraordinaires
, il réfolut d'en
faire l'effay à l'occafion de
cette Fefte . Lagloire luy en
devoir eftre particuliere, puis
qu'il n'y avoit que luy feut
dans fon Convent qui fe mélaft
des Réjouiffances. Auffi
voulut- il attendre à faire paroiftre
les diférentes mers
veilles dont il devoit donner
le Spectacle , que toute la
Ville euft commencé à fe
mettre en joye. Il prenoit un
temps tres favorable pour
GALANT. 105
luy. Il eftoit d'une Maiſon,
où l'on ne fe levoit qu'à qua
tre heures pour chanter Matines
, & il pouvoit agir fans
obftacle , tandis que tout y
dormoit. La crainte qu'il cut
que
les raretez dont il devoit
régaler le Peuple , ne fuſſent
pas dignes de la gravité de fes
Anciens , luy fit tenir la chofe
fecrete , & il aima mieux que
le bruit qu'elles feroient dans
la Ville les en inftruifiſt , que
de les prier d'en eftre té
moins. Sa Cellule, quoy que
féparée par une Court , d'une
grande Place , où il pouvoit

106 MERCURE
s'affembler quantité de Spé-
&tateurs , ne laiffoit pas de ſe
découvrir de loin. Il en orna
la Feneftre de toutes les gentilleffes
que fon Art luy put
fournir. Le dedans eftoit
remply de Figures , aufquelles
par le moyen de quelques
Machines foûtenues de contrepoids
, il donnoit du mouvement.
Quantité de petites
Bouteilles de verre de difé
rentes couleurs , & illuminées
diféremment , ornoient le
dehors de cette Feneftre .
Aftres , Chifres , Coeurs enflâmez
, Fleurs - de -Lys , rien
1.
GALANT. 107
n'y manquoit. Sur tout , les
Dauphins y brilloient de
toutes parts. Le mouvement
qu'ils recevoient des Ma
chines , attira bientoft le Peu
ple. Chacun accourut pour
voir cette nouveauté , & les
acclamations qu'entendoit
le Machinifte
, luy ayant enflé
le coeur , il redoubla tous
fes foins pour donner plus de
jufteffe à ce qu'il voyoit fi
digne de l'attention des Regardans
. Jufques- là rien ne
pouvoit aller mieux ; mais la
Figure de la Lune qu'il avoit
placée au milieu de la Fe108
MERCURE
neftre , gafta ce brillant Spé
tacle. Ceftoit un Globe de
verre, remply d'une Liqueur
diaphane , & fort tranfpa
rente , & qui approchoit de
la couleur de cet Aftre de la
nuit. Cette Figure eftoit éclai
rée par le feu qui fortoit
d'une Urne de terre , pleine
d'une matiere combuftible
allumée . Poix -réfine , Salpeftre
, Efprit-de- Vin raffiné,
& plufieurs autres ingré.
diens de certe nature , compofoient
une espece de Phofphore
, qui ébloüiffoit les
yeux. L'Autheur de taar de
GALANT. 10g
merveilles s'applaudifſoit enluy-
mefme de l'heureux fuccés
de fon entreprife ; & fur
les cris qui luy marquoient
l'admiration duPeuple atrou
pé, il s'eftoit mis dans l'efprit
qu'il l'emportoit fur Euclide,
lors qu'un accident auffi trifte
qu'impréveu , trompa tout à
coup fes efpérances. Cejeune
Religieux voulant remuer un
Piédeftal fur lequel la Machine
eftoit pofée , le Vafe
de terre , qui eftoit élevé au
deffus de luy , fefendir par le
milieu , & la matiere enflâmée
fe répandant dans fon Ca,
HO NEKEN
puce , & fur les Habits , il fut
en un moment tout en feu . Il
s'enfonça foudain dans fa
Chambre , pour ne pas donner
à rire à ceux qui pou
voient l'apercevoir
, mais il
fit en vain tous fes efforts
pour arrefter l'incendie . La
compofition eftoit vifqueufe,
& tres -adhérente . Plus il·la '
touchoir , plus il imprimoit
ce qui le faifoit foufrir. Sa
douleur eſtant trop fenfible
pour le laiffer en repos , il
n'oublia rien de ce qu'il
croyoit pouvoir en ofter la
cauſe , & fit pour cela toutes
GALANT. III
les contorfions imaginables,
Enfin ne pouvant plus endurer
l'ardeur du feu , il fut contraint
de crier. C'eftoit le
plus court expédient . Il entra
dans le Dortoir, & élevant fa
voix de toutes fes forces , il
demanda du fecours ; mais
minuit eftoit fonné. Eh le
moyen à cette heure -là d'é
veiller des Religieux , qui fatiguez
par l'aufterité & par les
prieres , peuvent dormir juf
qu'à quatre ? Ses hurlemens
eftant inutiles , il frapa enfin
à une Cellule . Pour vous faire
concevoir cette , circonftan112
MERCURE
ce dans ce qu'elle cut de plus
remarquable , il faut vous apprendre
qu'il eftoit mort depuis
peu de jours un Religieux
de ce Convent , affez
jeune encore , avec des con
vulfions fi violentes , qu'un
des Anciens qui ne l'avoit
point abandonnéjufqu'à fon
dernier foûpir , en avoit pris
des impreffions qui le tenoient
fans ceffe en frayeur.
Il l'avoit toûjours devant les
yeux , & cette image ne le
quittant point , il foûtendit
qu'ille voyoit paroiftre toutes
les nuits entouré de flames,
GALANT. 113
& demandant du fecours
d'un ton lamentable . Mal+
heureuſement pour le Ma
chiniſte , la Cellule à laquelle
il s'avifa de fraper , eftoit oc,
cupée par ce bon Pere , qui
eftoit perfuadé que le Mort
ne manquoit pas à luy apparoiftre
. Il entr'ouvrit en
tremblant , & celuy qui fo
brûloit cut à peine dit , Eh !
pour Dieu , fecourez- moy , que
ce bon Pere , épouvanté de
la vifion , referma fa Pore
brusquement , en luy diſanc
qu' Heretiraft, & qu'on feroit
des prieres pour le repos de
Fevrier 1684
114 MERCURE
foncame. Ces mots luy fi
rent connoiftre qu'on le prenoit
pour une apparition du
Réligeux défunt. Sa voix
enrouée à force de cris , & fes
lévres toutes brûlées , le laiffant
à peine articuler , donu
noient quelque lieu à cette
créance Il eut beau dire
qu'il n'eftoit pas mort , on ne
le crut point fur fa parole ; &
apparemment le Pere quire
fufoit de le fecourir , avoit
grand befoin qu'on le fecouruft
luy-mefme. Enfin le défolé
Machiniſte fit fi bien par
ſes remuëmens , & par les

*
GALANT. IIS
rudes fecouffes qu'il donna
à cinq ou fix Portes des autres
Cellules , qu'il éveilla un
de fes Confreres , un peu plus
hardy que le premier. Celuycy
, qui n'avoit point le Défunt
en tefte , le reconnut
pour vivant , & le fecourut le
mieux qu'il luy fut poffible.
Cependant comme fon mal
eftoit fort confidérable , &
qu'il avoit la peau enlevée
en beaucoup d'endroits , , ik
fallut du temps pour luy en
faire revenir une nouvelle,
& on tient mefme qu'il n'eft
pas encore tour-à -fait guéry.
Kij
116 MERCURE
Les vives douleurs qu'il a
reffenties , l'ont fait renoncer
aux Machines pour toûjours,
& il a juré que quelque Nail
fance qui arrivalt , il laifferoit
la Lune dans le Ciel , & les
Dauphins dans la Mer , fans
fe mettre en peme de les
montrer dans fa Chambre , à
ceux qui ne les demandoient
pas.
Comme jattens toûjours
à vous marquer dans un feul
Article les Complimens
que le Royreçoit en cinq ou
fix mois dans les grands éve
nemens ou de douleur , ou
GALANT. 117
de joye , j'ay refervé jufqu'à
aujourd'huy les noms de
ceux qui luy en ont fait touchant
la mort de la Reyne,
felon l'ordre qu'ils ont eu
l'honneur d'eftre admis à
l'Audience. Quoy que les
premiers foient du mois
d'Aoult , le dernier n'eft que
du mois paffé. Je vous les
envoye en corps , pour vous
épargner la peine de les chercher
feparément dans chacune
de mes Lettres. Ce
n'eft pas que je ne vous aye
déja parlé de ceux , dont je
vous ay envoyé les Haran
gues.
4
118 MERCURE
Le Parlement.
La Chambre des Comptes.
La Cour des Aydes .
La Cour des Monnoyes.
Les Miniftres Etrangers
qui eftoient alors à Paris. Ils
en uſent toûjours ainfi , en
attendant que leurs Maîtres
envoyent extraordinairement.
Le Prevoft des Marchands,
& les Echevins.
Le Grand Confeil.
L'Académie Françoiſe .
M' Spanheim , Envoyé Extraordinaire
de Brandebourg.
L'Univerfité,
GALANT. 119
Mile Comte de la Trinité,
Envoyé Extraordinaire de Sas
voye.
Mile Nonce .
Milord Dumbarton , Envoyé
Extraordinaire du Roy
d'Angleterre.
Male Colonel Nicolas , Envoyé
de Monfieur le Duc
d'York.
M le Comte de Baumgarten
, Envoyé Extaordinai
re de Baviere.
M Gerstorff , Envoyé
Extraordinaire de Dannemarck.
M' le Marquis de Strozzi,
120 MERCURE
Envoyé Extraordinaire de
Mantoüc .
M' Lilleroor , Envoyé Extraordinaire
de Suede .
M ' Heinfius , Envoyé Extraordinaire
de Hollande.
M le Baron de Schutz,
Envoyé Extraordinaire de
Zell.
M' le Marquis Antonio
Salvati , Envoyé Extraordi
naire de Toscane.
M le Chevalier Vallati ,
Envoyé Extraordinaire de
Hannover.
Mi le Marquis de Monti.
chelli,Envoyé Extraordinaire
de Parme.
GALANT. 121
M le Comte d'Altheim ,
Envoyé Extraordinaire de
l'Empereur.
Mile Comte Nigrelli , Envoyé
Extraordinaire de Modene.
La Reyne de Portugal a
fuivy de prés le Roy Dom
Alphonfe fon premier Mary,
dont je vous appris la mort
dans ma Lettre du mois
d'Octobre. Elle s'appelloit
Françoife -Elifabeth de Savoye-
Nemours , & eftoit Fille
de Charles-Amédée de Savoye
, Duc de Nemours &
d'Aumale , Pair de France,
Fevrier 1684.
L '
122. MERCURE
Comte de Genévois & de
Gifors , & d'Elifabeth de Vendofie.
Ce Duc de Nemours
eftoit defcendu de Philippe
de Savoye , Comte de Genévois
, Fils de Philippe Duc
de Savoye , & Frere de Philibert
II. & de Charles III.
auffi Ducs de Savoye , auquel
Philippe Comte de Ge
névois , le Roy François I.
donna le Duché de Nemours,
ce qui luy fit faire la Branche
des Ducs de Nemours,
de Genévois & d'Aumale . La
Reyne dont je vous parle,
n'alaiffé qu'une Fille du Roy
GALANT. 123
DomPédro fonſecond Mary,
née le 6. Juin 1669. & appellée
Elifabet Marie Louiſe Jofeph,
Infante de Portugal . Cette
jeune Princeffe eft grande,
tres belle , bien faite , &.
pleine d'efprit. Elle s'eft toû
jours trouvée auprés de la
Reyne fa Mere dans toutes
les Audiences
, & ſçait tout
ce qu'une Fille de fon âge
peut fçavoir de l'Art de régner.
Cette Reyne eſt morte
Palhavam le 27. Decembre
dans fa trente - huitiéme année
, regrettée genéralement
de tous fes Sujets , pour fes
Lij
124 MERCURE
grandes qualitez . Elle a foûtenu
une longue maladie
avec beaucoup de conftance
& de réſignation
, & n'a pas
fait paroiftre moins de fermeté
dans tous les chagrins
que fon premier Mariage luy
a caufez , & qu'elle a foufferts
avec prudence. Sa charité
eftoit vive , & elle s'eft
toûjours fait voir tres - zélée
pour les Actions de Piété.
Son Corps ayant efté exposé
le 28. au milieu d'un tresgrand
nombre de Cierges ,
fut porté au Convent des Capucines
, qu'elle a fondé. Il
GALANT. 125
y doit eſtre en dépoft , juf
qu'à ce qu'on ait achevé la
Chapelle que l'on deftine
pour fa Sépulture.
Je vous ay promis une
Réponse de M Crochat à
celuy qui prend le party de
l'Aſtrologie . Je vous l'envoye.
Vous me marquez
que les Sçavans de voſtre
Province l'attendent , & je
fuis bien aife de fatisfaire
leur empreffement .
( 12 )
Liij
126 MERCURE
SSS2:252255:225222
REFUTATION DE LA
Réponse que M' le Serrurier
de Chaalons en Champagne
a faite à la Lettre que M' Crochat
de Torchefelon en Dauphiné
, Profeffeur des Mathématiques
à Paris , avoit adref
fée aux Aftrologues Judiciai
res , depuis fept mois , faite
par le mefine M'Crochat.
MONONSIEUR,
Si la Verité , qui a toûjours
fait triompher les Aftronomes ,
n'eftoit pas à l'épreuve des traits
envenimez des Aftrologues , j'au
rois lieu de craindre que La Re
GALANT 127
ponſe injurieuse que vous avez
faite à ma Lettre du mois deJuin
de l'année derniere , ne me fift
paffer , ou pour une Perfonne de
mauvaiſe foy , ou pour un Profeffeur
de peu de lumieres ; mais
ily a long-temps que je fçay que
les Aftrologues
tâchent d'établir
leur réputation , en noirciſſant
celle des Aftronomes
, parce que
fe voyant dépourvus de l'autorité
de l'Ecriture , de l'approbation
de l'Eglife , du fuffrage des
Peres , de la raifon des Philofophes
, & de la démonſtration
des Mathématiciens
, ils font en
quelque façon obligez , pourfe
18 MERCURE
maintenir dans la bonne opinion
des Efprits infatuez de leurs erreurs
d'accompagner leur aveuglement
de présomption , leur injustice
de préjugez, & leur témérité
d'emportement.
Tout ce que je viens d'avancer
, Monfieur , fe juftifie par la
Réponse que vous fiftes au mois
de Decembre à l'Objection invincible
que j'ay propofée depuis
fept mois à tous les Aftrologues
de France , d'Italie , d'Allemagne
, de Hollande , d'Angleterre,
d: Dannemark , d'Espagne , &
generalement de toute l'Europe ;
ear bien loin d'y avoir répondu
GALANT. 129
folidement , vous avez au con
traire bleffé à mort voftre divine
Aftrologie fi l'on peut s'en raporter
aux plus beaux Efprits de
Paris , qui n'ontpas moins trouvé
de bile dans votre Réponse , qu'ils
ont remarqué de juftice dans mon
Objection ; ) & ce qui ſurprend
également tout le monde , c'est
de voir que vous vous érigiez
tantost en Cenfeur , & tantost
en Apologifte , & que vous
foûteniez fi mal ces deux fortes
de Perfonnages , par le grand
nombre de beveües que vous
tes depuis la premiere ligne juf
qu'à la derniere. Je finis mes
fai130
MERCURE
Réflexions pour paſſer aux
voftres.
fur
On s'étonne avec raison , que
vous me difputiez les Principes
de voftre Secte , & que vous
vous mettiezfi mal à propos ,
le piedde Cenfeur , à l'égard du
Pôle des Maifons Célestes . Je
neferay pas cependant un long
Difcours , pour justifier ce que
j'en ay avancé. Les plus éclai
rez fçavent trop bien que par
l'Interſection du Méridien avec
l'Horizon , je n'ayprétendu par.
du Point qui ternine le ler
que
Diamétre commun des Maifons
Céleftes , & que fije l'ayappellé
GALANT. 131
Pôle , ce n'a efté que pour faire
allufion aux deux Poles du Monde
qui terminentfon Effieu. Ce n'eft
pas d'aujourd buy que jefçay que
chaque Maifon Celeste a un Pôle
Apour parler dans la rigueur )
lequel luy eft commun avec fon
oppofée , comme la 1. & la 7. qui
ont pour Pole commun le Zenith;
la 4. & la 10, qui ont pour Pôle
commun l'interfection de l'Equateur
du premier Vertical & du
Cercle de fix heures avec l'Horizons
& ainfi de la 2. avec
la 8. ; de la 3. avec la 9.
las avec la 11. de la 6. avec
la 12. qui ont leur Pôle plus ou
;
de
132 MERCURE
moins élevé , felon la latitude du
lieu où l'on est.
Quant à ce que vous avancez
, que je ne connois pas le
fameux Morin , je n'ay qu'à
vous dire quefon grand Ouvrage
de l'Aftrologie Françoife , fes
Tables Rodolphines , fon Aftronomie
Réformée , fon Traite des
Longitudes, fa Trigonométrie,
quelques autres Ouvrages qu'il
a mis au jour , m'ont affez longtemps
occupé , pour me faire connoiftre
le génie de cet Autheur.
J'avoue ingenuement que je fuis
en partie redevable à ce grand
Homme , du peu de lumieres que
GALANT. 133
j'ay dans les Mathématiques ;
je luy ay mefme rendu cette juftice
dans plufieurs Traitez que
jay donnez au Public , & particulierement
dans mon Afterographie
, ou Defcription des Confellations
Céleftes , que les Sçavans
ont vue fans dédain ,
lûëfans regret. Je répons en peu
de mots à quelques Propofitions
que vous avez avancées , & à
quelques Demandes que vous m'a
vez faites .
Vous me demandez premierement
l'Heure de la Naiſſance
dont il s'agit. Je répons , qu'il
y a des inftans fucceffifs fous le
134 MERCURE
Pole comme ailleurs ; c'estpourquoy
je prens pour le moment
de cette Naiffance , celuy auquel
le Soleil entra l'année derniere
aupremier degré du Belier. Vous
n'avez maintenant qu'à dreſſer
voftre Figure, mais je crains fort
que l'impoffibilité ne vous en épargne
lapeine.
Vous avancez que l'expérience
a fait connoiftre que là où
il ne fe peut faire divifion de
Maifons Célestes , là auffi il ne
fe peutfaire de generation . Fattens
de vous cette prétendue expérience
; carfice que vous avansez
est vray , ilfe pourra faire
GALANT. 135
genération à une minute du Pôle,
parce qu'il s'y peut faire divifion
de Maifons Célestes ; ce qui eft
ridicule.
Enfuite par une espece de rétractation
vous revenez à vous,
en difant que le Pôle eſtant un
Point Mathématique
, il ne peut
naiftre perſonne fous ce Point.
Je répons premierement , qu'il
s'enfuivroir de là, qu'il ne pourroit
naiftre perfonnefous l'Equateur,
parce que ce Cercle est une Li
gne, Mathématique.
Outre que fi vous exigez une.
fi grandepréciſion, pourquoy ceux
quifont nez à Paris font- ils cen
136 MERCURE
fez estre nez.fous le Cercle de
Latitude 48 deg. s1 min. ? Est- ce
que ce Cercle n'est pas une Ligne
Mathématique
, qui ne peut
répondre qu'à un espace indivifible
?
32. Si ce que vous dites eftoit
vray , en quel Climat pourrionsnous
naître ?
Dic quibus in terris , & eris mihi
magnus Apollo .
Fay cent chofes à dire , que
je fuis obligé de remettre au mois
fuivant , la bienféance voulant
que je faffe place à des matieres
plus Galantes , & moins Métaphyfiques.
Cependant , fi vous
GALANT. 137
m'en croyez , vous ne fuivrez
pas l'Aftrologie jufque fous le
Pôle , de peur d'y faire naufrage
avec elle. Jefuis , &c.
Le Jeudy 3 de ce mois,
les Députez des Etats de Bretagne
eurent Audience de Sa
Majefté , dans la Chambre
de laquelle ils furent conduits
par M' le Marquis de
Rhodes , Grand- Maitre des
Cerémonies , & par M de
Saintot , Maiftre des Cerémonies.
M'le Duc de Chaunes
, Gouverneur de la Province
, & M ' Colbert de
Fevrier 1684- M
138 MERCURE
Croiffy , Miniftre & Secre
taire d'Etat , les préſentérent.
Mole Marquis de Lavardin ,
Lieutenant General de cette
melme Province , & M de
Coetlogon , Lieutenant de
Roy de la Haute Bretagne,
les accompagnoient. L'indifpofition
de M le Marquis
de Rofmadec , Gouverneur
de Nantes , & Lieutenant
Géneral du Comté Nantois,
ne luy permit pas de s'y trou
ver. Les Cahiers furent préfentez
au Roy par M'I'Evel
que de Léon , Député du
Clergé , qui fit connoiftre
GALANT. 139
par un excellent Difcours ,
combien il eftoit digne du
la Province avoit
choix
que
fait
de luy
pour
ce glorieux
Employ
. Il eftoit
affifté
de
M
le
Comte
de
Tronquedeq
, Député
de la Nobleffe
,
& de M ' le Senéchal
de Vitré
,
Député
du Tiers
-Etat
. M' de
Coetlogon
de Méjuffeaume
,
Syndic
des
Etats
, eftoit
joint
à la Députation
. Ils
furent
enfuite
conduits
à
l'Appartement
de
Monfeigneur
le
Dauphin
, où le Difcours
de
M' l'Evefque
de Leon
reçût
encore
un
applaudiffement
Mij
140 MERCURE
géneral. De là , ils allérent
faire leurs Complimens
à
Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, & à Monfeigneur
le
Duc d'Anjou . A midy , ils
curentAudience
de Madame
la Dauphine , qui répondit
à M ' de Léon , d'une maniere
tres -fpirituelle , & fort obligeante
pour luy , & pour
M' le Duc de Chaune . Apres
la Meffe du Roy , ce Duc
donna un magnifique Dîné
à M's les Députez , & à tou
tes les Perfonnes de qualité
de la Province , qui fe trouvérent
à cette Ceremonie.
GALANT. 141

M' de Croiffy en voulut bien
eftre , & témoigna à la Compagnie
, que Sa Majeſté luy
avoit marqué au Confeil d'ou
il fortoit , qu'Elle eftoit fort
fatisfaite du Difcours de M
l'Evefque de Léon, CeRepas
commença par la Santé de
ce grand Monarque. Le lendemain
ils eurent Audience
de Monfieur au Palais Royal,
& le Mardy 8. du mois , ils
l'eurent de Madame à Ver
failles.
Les Vers qui fuivent vous
paroiftront galamment tournez
; ils font de M'de Lofme.
142 MERCURE
A MADAME
DES HOULIERES,
I
Surfa derniere Ballade.
On n'aime plus comme on
aimoit jadis.
'En demeure d'accord , charmante
DES- HOVLIERES;
Mais fi chaque Beauté poẞédoit vos
Lumieres ,
On reverroit bien-toft le fiécle d'Amadis.
Le bon gouft , la délicateffe,
Lefçavoir , & la politeffe,
Régnentpar tout dans vos Ecrits.
Quelcoeur neferoitpoint épris ,
Voyant avec quellefineffe
Vousfçavezparler de tendreffe ?
Rienn'égale vos tendres dits.
Sicomme vous toutes les Femmes
GALANT.
143
Avoient l'art de toucher les ames ,
On aimeroit bien- toft comme on aimois
jadis.
Voicy d'autres Vers , qui
ne vous déplairont pas . Ils
m'ont efté envoyez d'Aix en
Provence , comme venant
d'un
veritable Romain , qui
n'eft en France que depuis
trois mois , & qui a paffé une
partie de fes plus belles années
à la Cour de Savoye.
SUR UN
BOUQUET
préſenté à une Belle.
Ous vous plaignez ,Amarillis ,
Qu'au Bouquet que je Von
préfente
144 MERCURE no
१ On ne voit my Rofes ny Lys. Pl
Voulez- vous que je vous contente ?
Permettez , Belle, que ma main
Cueille des Lysfur vostrefein,
Et que mes lévres demy clofes
Sur votre teint cueillent des Rofes.
Si rude Hyver neſoufrepas
Qu'on trouve telles Fleurs éclofes
Ailleurs qu'en vos charmans appas
PRESENT D'UN COEUR
à IRIS .:
Vou
grace
Oulez - vous me faire une
grace !
Iris , ayezfoin de ce Coeur ,
Donnez- luy chez vous uneplace
Quifoi digne defon ardeur.
S &
Le Préfent eft petitfelon mon impuif
Lance ;
GALANT. 145
Ileft, je croy , pouziant conforme à
voſtre humour
Et ce qui me danne affurance
Que vous layforez quelque honneur
C'est qu'il est un Préfent de Coeur.
SUR LE MESME SUJET.
Ris , les Cours indiférens
Ont moins de bonh、ur qu'on ne
penfe.
I
Leurs plaifirs ne fontjamais grands,
Et n'ontfouvent que l'apparence.
Fuyons , fuyons le fort terrible
D'un Coeur à l'amourfermé.
Le plaifir le plusfenfible
Eftd'aimer & d'eftre aimé.
Un Cavalier qui a infiniment
de l'efprit , & qui l'a
fait paroiftre en plufieurs Ou-
Fevrier 1684. N
146 MERCURE
vrages que le Public a fort
eftimez , eft Autheur des
deux Madrigaux que j'a
joûte icy. Ils ont extrémement
plû à toute la Cour .
Le premier eft fur un Pary
qu'il avoit fait avec une tresbelle
Perfonne , de luy faire
recevoir un Préfent. Il fit relier
tout fes Ouvrages avec
une entiere propreté , & les
luy envoya , accompagnez
de ce Madrigal. Il n'y avoit
pas moyen de refufer cette
Etrenne. Auffi fe réfolut. elle
à perdre la Difcrétion.
a
GALANT. 147
A
ETREN NES.
Vousrefufez, jeuxe Climene,
Tout ce qu'on ofe vous offrir,
Et vous ne voudricz pointfouffrir.
Queje vousfille quelque Etrenne.
Mais ilfaut vous defabufer.
Quillez cette rigueur extréme.
Vous nefçauricz me refuſer,
Lors queje viens m'offrirmoy-même
I
ABSENCE.
E ne vous vois dont plus, jeune &
belle Climene,!
Un destin tropjaloux m'éloigne de
vos yeux.
Est- ilrien de plus dur que la cruelle
"peine
De ne voir nullepart ce qu'on cherche
entous lieux ?
Aux plus fombres cnnuis mon ame
Sabandonne,
148 MERCURE
Je paye à chaque inftant le t'ibi o d'an
Soupir,
Etje n'ay plus quele plaifir
De nenaplaire avecperfonne.
Ce Madrigal d'Errennes
me fait fouvenir de celles qui
ont efté données à Monfieur
le Duc de Chartres
, par un
jeune Gentilhomme appellé
M' d'Armançay , qui luy fait
fa cour avec beaucoup d'affi
duité depuis trois ans , & qui
n'en a encore que douze.
Vous fçavez , Madame , que
ce Prince , qui n'eft que dans
fa dixiéme année , eft un
prodige d'efprit. Il n'eft pas
GALANT. 149
feulement admirable par fa
vivacité , qui luy donne une
penetration . & une facilité
furprenante à apprendre tout
ce qu'on luy montre ; mais
il l'eft encore plus par un jugement
fort au- deffus de fon
âge , & une application juſte
de tout ce qu'il fçait , felon
les occafions. Ces Etrennes
confiſtoient en un Ecran ,
dans le haut duquel eftoit
repréfenté le Soleil fur un
Char brillant. Cet Aftre en
recommençant fon cours ,
invitoit les quatre Saifons
qui forment l'année , à faire
Niij
150 MERCURE
leur cour à Monfieur le Duc
de Chartres. Il s'expliquoit
par ces Vers .
Aifons qui commencez une nouvelle
Année, Si
Ace Prince charmant offrez desjours
bcureux's
Parlez luydefagrande & belle diſti
née, p -
Qui le rendrafemblable à tous nos
Demydieux.
SS
Sur les pas du grand Roy qui gou.
verne la France"
Ilfcaura s'acquerir un renom immorsel,
Et déjale deftin luymarque par avace
De ces jours que PHILIPPE afait
voirà Caffel.
GALANT. 15t
23
Mille faits éclatans rempliront fon
Hiftoire,
On verrafa prudence égalerfavel urs
Et le Cielfait bien voir qu'il afoin de
buy plaire,
Quand d'un Hérosfameux ilfaitfon
Gouvernear.
Au- deffous de ces Vers
eftoient les Quatre Saifons ,
avec ce qui peut les faire
connoiftre , c'est à dire , le
c'eft
Printemps entouré de Fleurs,
l'Ete d'Epys , & l'Automne
avec des Fruits. Il n'y avoit
que l'Hyver , qui au lieu des
triftes maques qu'on a de
coûtume de luy donner , pa-
Niiij
152 MERCURE
roiffoit environné de Laut
riers , pour marquer que les
François animez de l'exemple
de leur augufte Monar
que , & des Princes de fa
Maifon , ne font point de di
férence de cette Saifon aux
autres , quand il s'agit de la
gloire. Voicy ce que les Saifons
difoient à Monfieur le
Duc de Chartres. DANI
2
LE PRINTEMPS.
D
5 mes plus belles Fleurs le
charmant affemblage
,
Prince, peut bien donner des plaifirs
voftre âge ;
Mais quandvous concevrez d'héroïques
deffeins ,
GALANT. 153
Je méne au Champ de Mars auffi bien
qu'aux fardins, en vog
1 LE TE ..
V
Ous ferez tous les jours des
Conqueftes nouvelles ,
Si de la France encore ileft des Enne-p
mis.
Prince , je vous verray terraffer ces
Rebelles ,
Comme les Moiffonneurs abatent mes
C
Epis.
L'AUTOMNE.
Eluy qui vous aprend la divine
Science,
Verra de beaux effets de fesfoins affi
dus
Et de mes Fruits divers la nombreufe
abondance
Nefurpafferapas celle de vos Vertus.
154 MERCURE
L
L'HYVER
'On voit que les Héros denotre ·
illuftre Race
Se mocquent de l'Hyverparleurs Exploits
Guerriers;
Auffi , Prince , je viens ,fans vous
parler de glace
Comme une autre Saiſon vous offrir
des Lauriers
Ces Vers font de Madame
d'Armançay , Mere du jeune
Gentilhomme qui les préfenta.
C'est une Dame d'un
fort grand mérite. Elle eft
Fille de feu Mi Sabathier, qui
eftoit de la Famille de M's .
Sabathier d'Arles. Ce font des
Gentilshommes , dont l'Hif
GALANT. 157
**
toire de Provence fait une
mention fort honorable.Leur
Ayeul Jean Sabathier , eftant
Conful de la Nobleffe , fut
tué à une Sortie de la Ville
pendant les Guerres civiles.
Le Pere de Madame d'Ar
mançay , l'un de fes Petits-
Fils , eftant Cadet , avec peu,
de Bien , & beaucoup d'ef
prit , prit party dans les Affai
res , du vivant de M' le Car
dinal de Richelieu , qui luy
ayant fait faire une fort grande
fortune , le maria à une
de fes Parentes , Soeur de M
leMarquis de la Roche-pofée,
156 MERCURE
A
& de Madame de S. Loup.
Ces noms font aſſez connus.
La lecture de ces Vers,
vous fait connoiftre com
bien il y avoit fujet d'espérer
que les Leçons de M' le Duc
decaNavailles , contribue
roient à faire un grand Prince
de Monfieur le Duc de Charl
tres , dont il avoit plû à Sa
Majefté de le faire Gouver
neur. Il paroiffoit dans une
fanté parfaite , & n'eftoit en
core que dans fa 65. année.
Qui auroit crû qu'il euft dû
mourir un mois apres : Sa
perte a furpris toute la Cour,
GALANT. 157
Elle cft arrivée le So de ce
mois. Un vomiffement de
fang a cauſé la mort. On l'a
ouvet , & on ne luy en a pas
trouvé une goute dans les
veines. Tout eftoit dans les
nteftins, & dans l'eftomach,
dont la membrane eftoit
toute corrodée. Il avoit le
foye tout fec , une des lobes
du poulmon de mefme , &
une pierre dans la veficule
du fiel. On dit que les pierres
que l'on trouve en cet en
droit , ont les qualitez du Bezouar.
M' du Belay , treshabile
Medecin , & qui fem,
158 MERCURE
ble avoir des connoiffances
certaines , voulut le faire
faigner , fuivant ce que dit
Hipocrate, qu'il faut faigner
dés que l'on vomit du fang.
Un autre s'y oppofa. Ainfi
on peut croire que quelquesunes
des Saignées , faites de
trop à plufieurs Malades , luy
auroient fauvé la vie. Lors
que les Médecins vinrent,
il fe confeffoit à un Capucin .
On le pria d'interrompre fa
Confeffion , mais il ne le voulut
pas faire. Quand on réfolut
de le faigner , il n'eftoit
plus temps. Il eftoit né de la
GALANT. 159
*
1
1 *
Religion Prétendue Réformée
, & fit abjuration de
l'Héréfie de Calvin à l'âge de
quinze ans. Sa converfion
attira celle de M' fon Pere,
& de la plus grande partie de
fa Famille. Il a toûjours donné
depuis ce temps- là des
marques d'une pieté fingulier,
entendant régulierement
la Meffe tous les jours , &
n'en paffant point fans faire
une retraite de demy- heure,
pour penfer à l'affaire de fon
falut. Tous les matins il fe
faifoit lire l'Evangile
, ou
quelque Livre de devotion .
160 MERCURE
י
Il faifoit chaque jour des Aumônes
, & tres - fouvent de
confidérables . Il fréquentoit
fort les Sacremens , & il n'avoit
point de plus grand plai
fir que de parler des chofes
de l'Eternité. Il jouoit affez
fouvent, & ne gagnoit jamais
, qu'il ne fift part de fon
gain aux Pauvres. Il leur a
laiffé vingt mille Ecus par fon
Teftament , dix mille Eçus à
fes Domeftiques, mille Ecus
aux Capucins du Fauxbourg
Saint Jacques , où il a voulu
eftre enterré , & il a encore
ordonné trois mille Meffes.
GALANT. 161

Il s'appellott Philippes de
Montault - de - Benac - de- Navailles
, & eftoit Fils de M'le
Duc de Benac , & de Dame
Jaqueline de Gontault- de-
Biron. La Famille de Navailles
eft une des plus illuftres
, & des plus anciennes
de Bearn, & efté toûjours tel
lement attachée au ſervice du
Roy , que Louis XIII . a die
plufieurs fois à M le Maré.
chal Duc de Navailles , qu'il
eftoit un des Gentilshomines
du Royaume de la meilleure
-Race! Il s'eft élevé aux plus
hautes Diguitez par tous les
Fevrier 1684. O
162 MERCURE
degrez de la Guerre , ayant
efté Enfeigne - Coloneladu
Régiment de la Marine , Capitaine
, Colonel , Meftre de
Camp , Sergent de Bataille,
Maréchal de Camp , Lieutenant
General , Capitaine General
, Maréchal de France,
& General des Armées du
Roy. Il commanda l'Armée
d'Italie fous M' le Duc de
Modene en 1658. en qualité
de Capitaine General ; &
apres la mort de ce Prince en
1659. il la commanda en Chef,
avec la qualité d'Ambaſſadeur
Extraordinaire vers les
GALANT. 163
Princes d'Italie. Il a pareillement
commandé en Chef,
l'Armée que le Roy envoya
au fecours de Candie en 1669.
& a eu auffi le Commande
ment en Chef fur toutes les
Troupes qui eftoient en Lorraine
, Païs Meffin , Alface ,
Champagne & Bourgogne
en 1673 & au commencement
de 1674 auquel temps
il prit Gray , qui fut l'ouver
ture de la Conqueſte de la
Franche - Comté . Dans la
Campagne de 1674. il fervic
en Flandres fous M le Prin
ceen qualité de Lieutenant
164 MERCURE
General. C'eftoit la Campagne
du Combat de Senef. II
y avoit dans l'Armée quatre
Lieutenans Genéraux &
comme le Roy ne jugea pas
qu'il put rouler agreable .
ment avec les trois autres ,
caufe de fon ancienneté , &
qu'il avoit commandé ten
Chef , Sa Majefté ordonna à
Monfieur le Prince de partager
l'Armée en deux Corps,
& de faire fervir M' de Navailles
feul , dans l'un où ef
toit la Maiſon du Roy ; & les
Frois autres Lieutenans Genéraux,
dans l'autre. En 1675-
GALANT. 165
eftant dans fon Gouverne
ment de la Rochelle , le Roy
l'honora du Bâton de Maré
chal de France. Au mois de
Janvier 1676. il fut envoyé en
Catalogne . Il y a comman
dé en Chef l'Armée du Roy
pendant trois années confécutives
, & jufqu'à la Paix.
Dans la premiere , il enleva
le Gouverneur , & la Garniſon
de Figuieres . Dans la feconde
, avec huit mille Hommes
qui formoient toute fon Ar
mée , il donna un Combat à
celle des Eſpagnols , compolée
de quatorze mille
a
166 MERCURE
Hommes de Guerre , & de
quatre mille Hommes de Milice
, dans un Lieu appellé
Spoüils. lly fut tué trois mille
Hommes des Ennemis , plus
de deux mille mis hors de
combat , & fix où ſept cens
faits Prifonniers , parmy lef
quels ily avoit quatre Grands
d'Eſpagne. Il demeura · maî-
#re du Champ de Bataille.
Ila eu longtemps le Gou
vernement de Bapaulme
quelque temps celuy du
Havre- de- Grace , & jufques
à la mort celuy de la Rochelle
, du Pais d'Aunis,
W
GALANT. 167
t
Broüiage , & Illes adjacentess
auffi-bien que celuy de Niort
dans le Poitou , & celuy de
Lourdes aux Pirenées. Le
Roy fit M fon Pere Duc &
Paire en 1650 avec afſurance
de faire paffer le Brevet en fa
Perfonne , ce qui a efté exe
cuté. Il cut celuy de Che
valier de l'Ordre du S. Efprit
en 1651 & fut reçeu dans
F'Ordre en 1661. Il a efté longtemps
Capitaine- Lieutenang
des deux Cens Chevaux. Le
gers de la Garde du Roy, &
fut nommé Gouverneur de
Monfieur le Duc de Char
168 MERCURE
tres , au mois d'Avril de l'année
derniere.
Il avoit époufé Sufanne de
Baudean , Fille aînée de
Charles de Baudean , Baron
de Neüillan , Gouverneur de
Niort , & de Françoiſe Tiraqueau
. Il en a eu M' le Marquis
de Montault , mort à
Perpignan , au retour de Puicerda,
que M' le Ducde Navailles
fon Pere venoit de
prendre , Madame la Mari
quife de Rotelin , & Mefde.
moiſelles de Navailles & de ,
la Valete. Il y a encore une
FilleReligieufe à Sainte Croix
de
GALANT 169
ours
de Poitiers. Quelques jou
apres cette mort , Monfieur
fit l'honneur à Madame de
Navailles de l'aller voir,
L'accident que je vay vous
raconter eft digne des pleurs
de tout le monde . Aufli en at-
il fait répandre à tous ceux
qui ont connu Mademoifelle
Sufon de Tinnebac de
Saumur. Cette aimable &
jeune Perfonne , l'une des
plus belles de toute la Ville ,
alla le Lundy 7 de ce mois
ſe promener fur la glace avec
une de fes Amies . Elle eftoit
accompagnée d'un de fes
Fevrier 1684. P
170 MERCURE

Freres , & cette Amie avoit
auffi fon Frere avec elle . Elles
ſe divertirent longtemps à
rouler dans un Traîneau
, que
les Freres conduifoient chacun
à fon tour. La Loire
n'eftoit point glacée dans le
milieu de fon cours , & la
glace de fes bords, quoy que
fort épaiffe , ne s'étendoit pas
fort loin. Le Traîneau
, apres
avoir gliffé quelque temps
fans faire craindre aucun ac
cident , roula enfin trop pres
du courant de la Riviere , &
tombant dans l'eau , y précipita
les deux Demoiſelles .
GALANT. 171
Le Frere de Mademoiſelle
Tinnebac fè jetti auffi- tolt à
la nage , & fit fi bien , aidé
du fecours de l'autre Frere,
qui eftoit demeuré fur le
bord pour leur donner la
main , qu'il y remit une Perfonne
à demy- noyée . Il në
put reffentir la joye de l'avoir
fauvée , lors qu'il s'apperçeut
que ce n'eftoit pas la Soeur.
Il expofa de nouveau fa vie
pour la fecourir , mais il luy
fut impoffible de la rencontrer.
Cette belle Perfonne,
regretée de tout Saumur, périt
dans la Loire , d'où quel
Pij
172 MERCURE
ques-jours apres elle fut retirée
morte , toûjours éclatante
d'une beauté extraor
dinaire , & n'ayant fur fon
vifage aucune marque
d'une
violente mort. Ses bras ef
toient entrelacez l'un dans
l'autre , & preffez contre fon
eftomach. Un galant Homme
qui a beaucoup de talent
pour la Poëfie , mais qui ne
fait jamais entendre få Muſe
que dans des événemens
d'une grande joye , ou d'une
grande trifteffe, n'a pû ſe taire
dans l'occafion de cette
mort. Voicy ce qu'il en a
dit.
GALANT. 173
LA MORT DE Mlle SUSON
T
TINNEBAC.
Emein infertané d'une lugubre
Hiftoire,
I'en entreprens en Vers le lugubre
récits
Et fi dans fon projet ma Mufe
réüffit,
Ie fuis fincere, on doit m'écoûter, &
mie croire.
sa
Sarles Bords glacez de la Loire
Couroit deffus un Char, comme un
Trait emporté,
Avecque Célimene une rare Beauté,
Le Chef d'oeuvre du Ciel , de laTerre
lagloire,
Iris eft le nomfeint , par son choix
emprunté.
Piij
174 MERCURE
Chaque Bergere
´´Aulieu d'Amant avoit un Frere,
Et pour donner au Char
gereté
is de le.
Chacun d'eux tour- d-tour nefongeant
qu'à leurplaire,
Le pouffoit de quelque cofté.
Il alloit & venoitfans ceffe,
Et la Loire en fon cours avoit moins
de vitaffe.
Longtemps la Troupe fur ce Bord,
Sans qu'aucun péril la menace ,
Va, revientfurla meſme glace,
Et toujours arrive à bon port;
Mais enfin d'une course impréveuë,
& fubite,
Le Char change de route , & disparoift
aux yeux,
Etdans l'Onde courant entraîne , &
précipite
Iris & Célimene , Ornemens de ces
Licux.
GALANT. 175
Damon , Frere d'Iris , & de ce nom
Seuldigne,
A l' Amie , à la Soeur offrit un prompt
fecours,
Et dans l'Onde expofantfes jours,
Signala fa tendreffe infigne.
A la fin d'une proye heureusement
chargé ,
Nageant fous ce doux Fais, vers le
bord il s'avance,
Et plein d'impatience
Veut voir quel eft ce Corps dupéril
dégagés
Mais enfin fur le bord, fans poulxs
& fans halaine,
Déja demy noyée il connut Céli-
Sintment of 9139 30
Et par elle jugeant du trifte état
a'iris,
D'une nouvelle ardeur épris
Il retombe dans l'Onde où fa pitiê
l'entraîne;
176 MERCURE
Mais inutile ardeur d'un Frere
néreux
L'onde refufe Iris à fesfoins , à
Ses voeux;
Iris par d'autres mains à la Loire
ravie,
Fut retrouvée enfin fans vie.
52
Du funefte accident par ma Muſe
conté,
Telle eft l'exacte verité.
On peut dans unrécit , plus briller &
plus plaire,
Mais un récitbrillant rarement eft
fincere.
1
Comme cette Belle avoit
quantité d'Amans , l'un d'eux
a fait ainfi parler fa douleur.
GALANT. 177
SUR LA MESME MORT.
Ο
Nimphe de la Loire , en fes
ondes cachée,
Comment as-tu pû voirfans en eftre
touchée
Iris , l'aimable Iris ,finirfes triftes
jours
Dans lefein de ces eaux dont turegles.
le cours?
Si ton coeur aprispart àſonfort dé.
plorable,
Pourquoy
n'arrefter
pas ton Onde impitoyable
?
Pourquoy defa fureur ne la pas garantir?
A cette mort funefte as- tu pú confentir?
Puis que tu voulus bien qu'eke tefuft
ravie,
178 MERCURE
Pourquoy la rendre morte , & non
encoreen vie?
Pourquoy toy mefme enfin , volant
fon fecours,
N'as-tupasconfervé de fipréticux
jours?
Hélas ! bien loin qu'Iris , à tes yeux
froide &bleme,
Eprouvaft tonfecours dansfon malheur
extréme,
Son Frere dans les eaux , digne objet
de pitié,
Cherchant à fignaler une tendre
amitié,
En vain demande à l'Onde une
chere
proye
$
L'onde luy cache Iris; Irisfuit, &ſe
noye;
Et Saumur voit périrfur les bords
de ton can,
De tousfes Ornemens l'Orņèment le
plus beau.
GALANT. 17
Iris n'estplus à nous , & pour jama
la
Parque
L'a forcée à paffer dans la fatale
Barque.
Pourjamais ! Ah, ce mot épouvante
mon coeur.

Deftins,cruels defins , quelle eft vôtre
rigueur?
Quoy, mesyeux condamnez à d'éter.
nelles larmes,
De l'adorable Iris ne verront plus les
charmes?
O Bords,funeftes Bords, témoins de
fon malheur,
Soyez auffi témoins de ma vive dou
Lear
Fourjamais la lumiere icy luyfut
ravie,
Feyje veux pleurer le refte de ma
vie.
fanglots , & mes Je veux par mes
lugubres cris,
180 MERCURE
4
Nimphe, se reprocher la mort de mon
Iris;
Etlesjours,&les nuits pleurant mon
infortune,
Eteindre dans mes pleurs une vie
importune.
Un trépas imprévû d'Iris m'aféparé,
Mais par le mien dans peuje m'en
raprocheré.
En vain enl'entraînant dans la nuit
éternelle,
La Parque pour longtemps crut me
Séparerd'elle.
Mes pleurs vers le tombeauprécipitent
mespas,
Etmesjours malheureux ne s'entaſſeront
pas .
Bien- toft connu desMortsj'iray croî↓
treleur nombre,
Et comme Iris bien- toftje neferay
qa'une Ombre.
GALANT. 181
Si-toftqu'un douxtrépas m'aura ravy
Le
jour,
Je voleray vers elle avecque mon
Amour,
Et l'on verra là- bas ,fans querien
meretienne,
Mon Ombre inceſſamment rendre
hommage à lafienne;
Et cependantmes pleurs , & mes cris
douloureux ,
Comme la mort d'Iris , rendront ces
Bordsfameux.
Ie veux que mon Hiftoire à lafienne
meflée,
Peigne à tout l'Univers mon ame
défolée,
Et que fans féparer mon deftin de
fon fort,
On parle de mes pleurs en parlant de
Samort.
182 MERCURE
J'avois d'autres Vers à
vous faire voir fur cette trifte
matiere,mais je les ay confiez
à un Amy qui les a perdus.
J'efpere que l'Autheur me les
renvoyera.
Les Nouvelles publiques
vous ont appris la Mort du
Seigneur Aluife Contarini ,
Doge de Venife , arrivée le
15. Janvier. Il eftoit âgé de
quatre-vingts -trois ans , & le
neuvième de faFamille, qu'on
euft élevé à la Dignité de
Doge. Il y en avoit eu trois
élûs dans ce fiécle , fçavoir
Nicolo Contarini en 1629 .
GALANT. 183
Carlo Contarini en 1655. &
Doménico Contarini en 1659 .
Aluife Contarini qui vient de
mourir, avoit fuccédé au Doge
NicoloSagrédo en 1676. apres
avoir fervy la République en
quatre Ambaffades , & en
plufieurs Emplois confidérables
, qui l'avoient mis dans
une tres-grande eftime auprés
du Sénat & des Princes
Etrangers. Toutes les Cloches
de l'Eglife de S. Marc,
& celles des autres Eglifes
de la Ville,annoncérent cette
Mort dés ce mefme jour , &
le lendemain 16. le Corps du
184 MERCURE
Doge défunt fut porté le foir
fans Ceremonie à l'Eglife des
Religieux de S. François , où
eft la Sépulture de ceux de
cette Famille. L'Effigie demeura
expofée pendant trois
jours dans la grande Salle du
Palais de S. Marc , reveſtuë
de la Robe Ducale de Drap
d'or , avec le Bonnet Ducal,
& les autres marques de fa
Dignité ; apres quoy on la
porta à l'Eglife des Dominicains
, où l'on fit un magnifique
Service , & une Oraifon
Funébre. C'eft ordinai
rement le Corps mefme que
GALANT. 185
l'on expofe pendant ces trois
jours dans cette Salle fur un
Lit de Drap d'or , avec l'Epée
& les Eperons , que par
un ufage tout particulier on
luy met à la renverfe. Le
temps de cette Expofition
n'eft pasfeulement pour don
ner lien au Peuple d'aller
rendre les derniers devoirs à
fon Prince, mais il eft encore
deftiné à recevoir les plaintes
qu'on pourroit faire contre fa
códuite On reçoitauffi toutes
les demandes de fes Creanciers
, aufquelles on oblige
les Héritiers de fatisfaire auf
Fevrier 1684
186 MERCURE
1. qui
toft ; autrement il feroit privé
des honneurs des Funérailles,
qui fe font aux dépens de la
République. Ainfi le Doge
n'eft pas fi- toft mort , qu'on
élit trois Inquifiteurs q
doivent informer de fon Adminiſtration
, & en faire rapport
au Sénat , qui rend Juftice
fur les moindres chofes
, aux dépens de la Succeffion
, s'il fe trouve que les
Doges ayent abufé de leur
authorité , ou agy contre les
Loix. Les trois Inquifiteurs
que l'on élût pour cette recherche
apres la mort de ceGALANT.
187
煮込
luy dont je vous parle , fu
rent les Nobles Doménico,
Mocénigo , Giovanni Baptifta
Gradenigo , & Nicolo
Cornaro. Les Doges font ordinairement
enterrez avec de
fort grandes Pompes ; & ce
qu'il y a de remarquable ,
c'eft que les Sénateurs affiftent
à leurs Funérailles en
Robes Rouges , pour faire
connoiftre que fi leur Duc
eft mortel , leur République
eft éternelle & ne fouffre
aucune altération en ellemefme
que l'Eternité de
leur Empire refide dans le
Qij
188 MERCURE
Corps du Sénat, d'où dépend
le falut des Peuples qui luy
font foumis , & que c'eſt
aux Particuliers à pleurer , &
non pas au Public. Les Ob
féques du Doge ne font pas
plutoft finies , que tous les
Nobles au - deffus de trente
ans s'affemblent dans le
Grand Confeil, & élifent cinq
Correcteurs , qu'on charge
de corriger les Promeffes du
Doge , c'est à dire les Sta
tuts , dont il doit jurer Lob.
fervation auffi- toft qu'il eft
élû. Ces cinq Correcteurs ,
qui ont le pouvoir d'ajoûter
GALANT. 189
abces Statuts , ou d'en retrancher
ce qu'ils jugent né
ceffaire pour le bien de PEtat
, furent élûs le 20. de
Janvier , & ce choix tomba
fur les Procurateurs Mofto
& Gradenigo , Antonio Giuftiniani
, Andrea Valier , &
Nicolo Michieli. Apres cette
élection , on fit les prélimi
minaires de celle d'un nou
veau Doge. Voicy de quelle
maniere elle ſe fait . On met
dansune Urne autant de Bal
les , qu'il y a de Nobles qui
forment le Grand Confeil.
Parmy ces Balles il y en a
1
My
190 MERCURE
.
feulement trente dorées , &
toutes les d'ar
+
2rres 1
gent. Les trente qui tirent
Ies Balles dorées , demeurent
pour balloter. La Ballotation
fe fait avec vingt- une Balles
d'argent , & neuf dorées .
Ceux qui tirent les neufdorées
, nomment à leur gré
quarante Nobles , tous de
Familles diferentes
, parmy
lefquels il leur eft permis
de fe comprendre eux - mêmcs
, & la Nomination le fait
fuivant les chiffres diférens
qui font marquez fur chacune
de ces Balles , en forte
GALANT. 191
que tous ces chiffres ne font
le nombre de
en tout que
quarante . Ces quarante ballotent
avec vingt-huit Balles
d'argent , & douze dorées.
Ceux qui tirent les douze
dorées , nomment vingt- cinq
Nobles , le premier trois , &
les onze autres chacun
deux . Ces vingt- cinq ballo
tent avec feize Balles d'argent
, & neuf dorées . Ceux
qui tirent les neuf dorées ,
nomment cinq Nobles chacun
, qui font le nombre de
quarante - cinq. Ces qua
rante - cinq ballotent avec
192 MERCURE
trente - quatre Bailes d'argent
, & onze dorées . Ceux
qui tirent les onze dorées ,
nomment quarante-un Nobles
; & ceux - cy , apres avoir
efté approuvez & confirmez
par le Grand Confeil , s'enferment
dans le Palais de
S. Marc , d'où ils ne fortent
point qu'ils n'ayent élú
le Doge. Quoy qu'il foit
rare que cette Election tire
en longueur , les Electeurs
ont efté quelquefois cinq ou
fix mois fans fe pouvoir accorder
, à cauſe
a
que des quarante-
une voix il en faut avoir
vinge
GALANT. 193
vingt - cinq pour eftre fait
Doge . Pendant qu'ils font
enfermez , on les obfervel
tres foigneuſement
, & on
les traite à peu prés comme)
on fair les Cardinaux dans
le Conclave . Ces divers changemens
d'Electeurs rompent
routes les mesures des Par
ticuliers , & comme l'Election
dépend du choix des
quarante un qui demeurent
les derniers ( ce qu'il eſt im
poffible de deviner ) toutes
les cabales font inutiles.D'ail
leurs , c'eſt un moyen de
contenter prefque toutes les
Fevrier 1684. R
194 MERCURE
Familles par la pare qu'ely
les ont à d'Election de leur
Princelo gacionstop Airtriping
La République de Venile
eft tres ancienne. C'eltoient
des Confuls de Padoue qui
gouvernotent cet Etat dans
fanaiffance qui fut en 421,
Les Tribans leur fuccédé
rent , & leur domination dura
prés de trois cens ans , juſ
qu'à Paul Luce Anafefte, qui
fut le premier Doge élû à
Eracléeen697 Depuis cette
élection jufqu'à celle de Sebaftien
Ziani ; les Doges régnérent
avec une authorité
GALANT 195
abſoluë. Is eftoient élûs par
la feule acclamation du Peul
ple ; mais comme certe Elec
tion eftoit confufe & tumul
tuaire , on en établit une aus 1
tre apres la mort de Vital MI
chieli II. dont le Succeffeur
fut nommé par onze Elec./
teurs. Le nombre en fut augmenté
juſques à quarante
dans l'Interregne fuivant , &
pour éviter la difficulté qui
ferencontroit lors que les ?
Voix eftoient my- parties
on le fixa foixante ans apres
à quarante & un. Cet ordre
a efté obfervé depuis le Doge
Rij
196 MERCURE
Marin Morofin , jufques à
préfent. La ſeule diference
qu'il y a , c'eft qu'il fuffifoit
alors d'avoir vingt- une Voix,
pour eftre élû , & qu'il en
faut vingt- cinq aujourd'huy.
Si les anciens Ducs de
Venife ont eu un pouvoir
abfolu pendant plufieurs fiécles
, il eft tres-borné depuis
quelque temps. Le Sénat ,
qui connoift parfaitement
que la liberté de la République
eft incompatible avec
un Prince qui feroit au - deffus
des Loix , ny a pas
ment affujetty le Doge fans
14
feule.
GALANT. 197
aucune réſerve , mais encore
il en a fait à fon égard de
particulieres , qui l'ont rendu
en beaucoup de chofes inférieur
à la condition des Sé.
nateurs. Il préfide à tous les
Confeils ; mais il n'eft reconnu
Prince de la République
, qu'à la tefte du Sé
nat , dans les Tribunaux ou
il affifte , & dans le Palais
Ducal de S. Marc. Hors de
là , il a beaucoup moins d'autorité
qu'un Particulier , puis
qu'il n'oferoit fe mefler d'aucune
affaire. Lors que la Seigneur
e marche dans quel-
R iij
198 MERCURE
que Cérémonie publique ,
le Doge eft toûjours fuivy
d'un Noble qui porte devant
le Sénat une Epée dans fon
fourreau , pour faire entendre
que la Puiffance de l'Etat
eft entre les mains des Sénateurs.
Auffi lors qu'on le couronne
, on ne luy ceint point
Epée au cofte, & on ne la
luy met qu'à fes Funérailles ,
avec les Eperons d'or que
TEmpereur Bafile envoya au
Duc Orfo Participatio , en
Je créant Grand Ecuyer de
Conftantinople. Le Doge
quitte rarement la Ville , &
GALANT. 199
ne le peut faire , fans en de,
mander une espece de per
million à fes Confeillers.Lors
qu'il fort infi , il ne porte
aucune marque extérieure
qui le puiſſe faire diftinguer
des autres Gentilshommes.
Il va vestu de gris , en Jufte
au-corps, & avec l'Epée , &
fi quelque Noble le rencontre
, il feint de ne le pas re-
Connoiftre
, pour fe difpen
fer de luy rendre les refpects
qui ne luy font dûs que lors
qu'il eft avec la République.
S'il fait quelques vifites par
ticulieresina comme les
R iiij
200 MERCURE
autresNobles que deux Gondoliers
, avec un Valet de
Chambre, & fa Gondole n'eft
reconnoiffable que par un
Tapis, & deux Carreaux de
Satin cramoily. Il eft veftu
dansoncosa fontes de Vifites,
ainfil que le font lesy Con
}
illors , c'est à dire de Pour
pres, mais il porte uns Bon
-net de Génerall , de la même
codeb quer la Veſté . Il eft
rondtafaid de carte len det
dans, n'a que quatre doigts
de hauteur. La partie fupé
rieqresiquisoft plate comme
une grande affiéte , al une
GALANT 201
fois plus de circonférence
que l'entrée de la tefte. Quoy
que les Familles qui n'ont
point encore donné de Doges
à la République , employent
tous leurs efforts
pour parvenir à cet honneur ,
le Dogar ne laiffe pas d'eftre
une Dignité à charge à celuy
qui la poffède Ses Enfans
& fes Freres font exclus de
toutes les principales Charl
ges de l'Etat pendant ſa vie,
& ne peuvent avoir aucun
employ confidérable dans la
République , qui ait rapport
au Gouvernement. Amfi s'ils
202 MERCURE
en ont quelqu'un, ou la quas
lité d'Ambaffadeurs , ils font
obligez de s'en démettre
auffi roft que l'Election eft
faite. Ils ne fçauroient non
plus impetrer aucun Eveſché,
Abbaie ou autre, Benefice
de la Cour de Rome, non pas
mefme l'accepter , quand il
leur feroit offert par le propre
mouvement du Pape. Si le
Doge , qu'on élit toûjours
dans un âge tres avancé ,
La Femme au temps de fon
Election , elle elt feulement
honorée comme la pre in
mere Gentil donne de l'Etat,
GALANT. 203
& non pas comme Prin
ceffe. Les Venitiens en courönnérent
deux au fiécle
paffé , fçavoir Julie Dandole,
Femme de Laurens Priuli,
en 1557. & N. Morofin , Fem
me de Marin Grimani , en
1595. Mais ils firent une f
exceffive dépente pour l'En,
trée de cette derniere , que
pour éviter de fi grands frais,
ou plutoft pour faire perdre
à ces Dames la pensée qu'el
les avoient d'eftre Souverai
nespils publiérent un De.
cret , par lequel ils abolirent
la coûtume de ce Couron
204 MERCURE
nement. On donne au Doge
le Titre de Voftre Serénité , &
de Sereniffime Prince ; mais
pour luy faire fentir que ce
ne font pas des qualitez attachées
à fa Perfonne , les Ambaffadeurs
fe fervent des mef
mes termes en fon abſence,
& prononcent rarement le
mot de Voftre Serénité , fans
y joindre celuy de Vos Excellences
, comme des Titres
confondus , entre lefquels
on ne doit pas faire de difé
rence dans un Tribunal ou
la Majefté de la République
eft commerépandue fur tous
GALANT 205.
les Sujets qui compofent le
College. Quoy que les Dépêches
fe faffent au nom du
Prince , & que toutes les Réponfes
des Ambaffadeurs luy
foient adreffées , il ne luy eft
pas permis de les ouvrir . Ce
pendant on le peut faire fans,
luy , & y répondre de mef
me ; & pour le faire continuellement
fouvenir qu'il ne
fait que préter fon nom au
Sénat, on ne délibére fur les
propofitions que les Ambaf
fadeurs & les autres Miniftres
vont faire au Collége , qu'apres
que le Doge s'eft retiré
206 MERCURE
avec fes Confeillers. Alors
on examine la chofe , on
prend les avis des Sages , &
aprés qu'on a dreffe la Délibération
par écrit , elle eſt
portée à la premiere Aſſemblée
, où le Doge , qui sty
trouve avec les Confeillers,
n'a que fa Voix , ainfi que
les Sénateurs , pour approuver,
ou defapprouver les réfolutions
qui ont eſté priſes
en fon abfence. Le Doge ne
reçoit les Vifites des Cardinaux
, ou des Amballadeurs ,
que dans des occafions extraordinaires,
& avec la perGALANT
207
miffion du Sénat, que l'on demande
au College . Il ne leur
peut faire que des réponſes
génerales fur leurs propofi
tions , & s'il leur parloit d'une
maniere qui mift le Sénat
dans le moindre engage
ment , il n'auroit pas feule.
ment la honte d'en eftre defavoué
, mais il s'expoferoit
encore à de fenfibles & fa
cheufes réprimandes . Cepen
dant fi les propofitions d'un
Ambaſſadeur bleffoient la
Dignité de la République ,
on le tient peu digne du
sang où il eft place , s'i
208 MERCURE
ne luy répond avec vigueur.
Comme la République force.
quelquefois les Princes à accepter
, & à retenir leur Dignite
, elle a auffi le pouvoir
de les dépofer , lors que l'âge
ou les infirmitez les ont rendus
inutiles au fervice de l'Etat.
Cette raiſon oblige le
Doge d'aller au College , &
à tous les Tribunaux ou il
eft appellé par le devoir de
fa Charge , à moins qu'il ne
fe fente entierement hors
d'état de le faire . Tous les
Magiſtrats fe levent, & le faluent
quand il entre dans les
GALANT 209
:
Confeils & les Tribunaux , &
luy il ne fe leve pour perfon
ne ,fi ce n'eft pour les Am
baffadeurs qui viennent à
Audience, mais il ne fe del
couvre point , parce que la
Corne Ducale qu'il a fur la
tefte , eft le fymbole du Do?
maine , & de laPuiffance ab
folue de la République Aind
le Duc n'eftant pas Souve
rain ne doit pas lever la
Corne à qui bon layfemble.
Le Duc à fous fon Bonnet
Ducal une Coefe blanche de
Lin, en manière de Diademe
Ha la nomination de tous
Fevrier
1684 S
210 MERCURE
les Benéfices de l'Eglife de
S. Marc , dans laquelle il y a
vingt -fix Chanoines , & un
Doyen qui eft toûjours un
Noble Venitien , appellé Primocirio
di San Marco. Cette
Eglife ne reconnoiſt point
d'autre Jurifdiction que celle
du Doge qui en prend poffellion
& entre les mains de
quile Primicier , ou ſon Grand
Vicaire , jure de garder foigneufement
la Dignité du
Temple. Les trois plus anciens
Procurateurs luy prêtent
ferment de la mefme
forte , pour la garde du TréGALANT.
211
for , & l'adminiftration des
deniers qu'ils manient. Le
Doge eft encore Patron &
Protecteur du Monaſtere delle
Vergini , fondé par le Duc
Pierre Ziani , & la Ducheffe
fa Femme pour les Gentil
donnes Venitiennes . L'Ab
beffe n'a point d'autre Juge
que luy , non pas mefme le
Patriarche de Venife , & s'il
arrive quelque défordre par
my ces Dames , c'eftau Do
ge feul à y pourvoir , comme
sil eftoit leur Evefque. H
donne de petites Charges de
fon Palais que l'on appelle
ད་
Sij
212 MERCURE
Comandadori del Paluzzo , qui
font proprement des Huif
fiers , & a un drois fur les
Gondoliers de trajet. Ce font
Gens qui fe etiennent à da
rive des Canaux pour la com
modité des Paffans. Il fait
des Chevaliers à fa promotion
, & ce font d'ordinaire
Jes Députez qui le viennent
feliciter , & ceux qu'on appelle
Virtuofi , c'est à dire,
Gens de Lettres. Sa Famille
n'eft point fujette aul Ma
giftrat des Pompes , & il eſt
permis à fes Enfans d'avoir
des Eftafiers & des Gondo
GALANT: 213
liers veftus de Livrée , de fe
faire accompagner lors qu'ils
marchent dans la Ville , &
de porter une Ceinture à
Boucles dorées. La Républi
que donne au Doge, environ
douze mille Ecus d'apointemens
, tant pour l'entretien
de fa Mailon , que pour les
frais de quatre Feftins qu'il
fait tous les ans , & ou tous les
Nobles font invitez à leur
tour , fans aucune diftinction
de riches & de pauvres , d'an
ciens & de nouveaux . Ces
Feftins fe font le lendemain
de Noël , le jour de S. Marc,
214 MERCURE
le jour de l'Afcenfion , & le
5. de Juin , à caufe d'une a
Confpiration découverte ce
jour- là en 1310. Le Train or
dinaire du Doge , confifteen
deux Valets de Chambre ,
quatre Gondoliers , & quel
ques autres Domeſtiques . La
République paye tous les autres
Officiers , qui ne le fer
vent que dans les Ceremo
nies publiques. Je viens à
Félection qui a efté faite du
dernier Doge. Tinenprob . all
Apres les Ballotations or
dinaires , les quarante - un
Electeurs qui demeurerene
GALANT 215
ayant efté confirmez par le
Grand Confeil le 25. Janvier
dernier, ils s'enfermerent dés
le jour meſme , & balancerent
longtemps entre huir
Sujets d'un grand mérite qui
partagerent les voix. Ce fir
Fent
Le Seigneur Silveftre Va
lier , Chevalier & Procura
teur de S. Marc .
Le Seigneur Pierre Dona,
Procurateur.
Le Seigneur André Cor
naro , Procurateur.ne
-Le Seigneur Aluife Mocemigo
Secondong mabilid
?
7216 MERCURE
Le Seigneur Antoine Gri
mani , Chevalier & Procurafcuntot.
va
Le Seigneur François Mo
rofini , Chevalier , & Procu
rateur.
Le Seigneur Pierre Balado-
Procurateur.
na ,
Le Seigneur Aluife da Mofto
, Procurateur.
Ces Electeurs n'ayant pû
s'accorder fur ces huit , convinrent
le lendemain 26. d'é
lire le Seigneur. Marc - Antoine
Juftiniani , Chevalier &
Produrateur , qui eftoit Am
baffadeur en France il y a
quelques
GALANT 217
quelques années . On alla
d'abord chez luy , pour luy
annoncer la nouvelle de fon
élection. Il en fut furpris,
parce qu'il ne s'y attendoit
pas . On l'amena au Palais ;
& comme la République ne
laiffe jamais goufter à fes
Princes
nee
joye
, qu'elle
ne la mefle de quelque amertume
, qui leur falle rel
fentir le le poids de la fervitude
à laquelle leur condi
tion les engage , on le fit
paffer felon la coûtume par
la Salle où fon Corps doit
eftre expofe apres la mort,
Fevrier 1684.
T
218 MERCURE
Ce fut -là qu'il reçeut par la
bouche dn Grand Chancelier
les complimens de fon exal
tation , pour le faire ſouvenir
que ce fera dans ce mefme
lieu que l'on examinera quád
ilfera mort, fi pendant la vie,
il aura reglé fes actions fur
l'équité. Le 27. on fit la ceré
monie de le couronner. Ce
nouveau Doge , wene Vefte
d'Ecarlate , avec une efpece
de Toque rouge fur fa tefte,
defcendit d'abord dans l'Eglife
de S. Marc , accompagné
de la Seigneurie , & des
quarante-un Nobles qui l'aGALANT.
219
voient éleu. Enfuite il monta
dans une maniere de Jubé
qui eft affez grand , & là il
fe montra, & parlaau Peuple,
qui cria auffi- toft , Fiva
Giuftiniani. Cela fait , il deſcendit
du Jubé , & alla au
Maiftre Autel , où le Primicier,
revestu des Habits Pontificaux
, luy préfenta le Livre
des Evangiles , fur lequel
le Doge mit la main , pour
marquer qu'il promettoit
d'obferver , & de faire ob
ferver les Loix de la Répu
blique. De là il vint au milieu
de l'Eglife , où il y avoir
Tij
220 MERCURE
une Machine en forme de
Galere , dans laquelle ilo fe
mitavec le Sénateur Zuanne
Giuftiniani fon Frere , & un
de fes Neveux. Derriere eux ,
eftoit l'Amiral de l'Arfenal,
qui festint debout. Si- toft
qu'ils furent ainfi placez für
cette Machine , cinquante
Ouvriers de l'Arfenal l'éleverent
fur leurs épaules , &
la porterent hors de l'Eglife ,
& tout le long de la Place.
·Elle eftoit remplie d'une infinité
de monde , accouru de
toutes parts, pour voir paffer
le nouveau Doge , qui dés la
GALANT. 221
Porte de l'Eglife jetta continuellement
des Pieces d'argent
de toutes fortes. Son
Frere & fon Neveu en uſerent
comme luy , jufqu'à
jee qu'il fut de retour à la
Porte du Palais , où il jetta
quantité de Sequins aux pauvres
Nobles qui s'y trouverent.
I entra ainfi dans la
Court du Palais , où il def
cendit de la Machine , fur le
grand Degré qu'on appelle
la Scala de Giganti . Il y fut
reçeu par tous les Sénateurs
qui l'avoient accompagnez
dans l'Eglife , & lors qu'il
Tiij.
222 MERCURE
2.
fut au haut du Degré , où il
y a une Galerie , on luy mit
fur la tefte la Cornc Ducale ,
qui eft tres belle & tresriche
, par le grand nombre
de Pierreries dont elle eft
route couverte. Dans cet
état , il le montra de nou
veau au Peuple par un Balcon
de la Galerie ,d'où il luy parla
encore , & enfuite il monta
enfon Apartement . Tout autour
de la Machine dans laquelle
il fut porté par toute
la Place il y a il y avoit quantité
de Gens de l'Arſenal, ayant
chacun un Bafton rouge à la
GALANT. 223
main. M' Amelot , Ambaf
fadeur de France à Venife , a
complimenté ce nouveau
Doge. C'eſtle 106 , quiait eſté
reconnu pour Prince , depuis
qu'on a étably cette Dignité,
Pendant les trois jours qu'a
duré la Felte , on a fait des
Foux des joye dans la Place,
& jetté beaucoup de Pain &
de Monnoye par les Feneftres.
Il court icy de nouvelles
Ballades, ajoûtées depuis peu
aux premieres par M le Duc
de S. Aignan , & je vous
avoue , Madame , qu'elles
T
mij
224 MERCURE
312
m ont
ont embaraffé. Fay crâ
qu'il y auroit de l'injuftice à
refufer aux Curieux , ce qui
a efté fi agreable à toute la
Cour, & j'ay craint en meſme
temps de faire foufrir la
modeftie de ce Duc , comme
cela m'eft arrivé plufieurs
fois , mais enfin je me fuis
déterminé
à les rendre publiques
dans cette Lettre,
voyant qu'elles le font déja,
par le grand nombre de Copies
qui en ont efté faites , la
plupart pleines de faures,
auffi bien que de celles de
Madame des Houlieres..
GALANT 225
SECONDE
RALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponse à celle qui commence
par ces mots Duc plus
vaillant,&c.
O
L'heureux temps , où ks.fiers,
Paladins
Alloient par tout cherchant les avan-
Tures,
Où fans dormir non plus quefont Lu
tins,
Sans eftre las de porter leurs axmures;
Princes & Roys, de Vins & Cofitures
Les régaloient aufortir des Feftins !
Dame , à bon droit des beaux Eſprits
OR
chérie,
Qui faites cas de Guerriers valeuneux,
220 MERCURE
Eft-il rien tel qu' Art de Chevalerie?
Fut- il jamais un Métier plus heureux
?\\ raad 120*
25
CcsDamoiſels s'écatoientaux jardins
Bien atournez de pompenfes vestures.
La plus vermicils qu'on ne peint Chérubin's
A tobox
Chapeaux de Fleurs misfur leurs che
velures,
Se déduifoient enfuperbesparures,
Gentilsfurcots , toiles d'or fatins .
De les voir tels toute ame eftoit ravie,
Tant avoient l'air deGens victorieux.
Dam: fans pair, dites - nous , je vous
pric,
Fut il jamais un Métier plus heureux
?
tu
SS AC THAI
S'ilavenoitquefelons Affaffirs
En dur combat leurfiffent disbleſſures,
GALANT. 227
i
Fa nul métier n'avoient de Médecins,
Fillesde Roys, mouli belles Créatures,
Qu'on renommoitpour leursfçavantes
cures,
Sur Lits mollets &fur riches Couffins,
Chacune àpart de leurdouleur marrie,
Les confolant&fe senant prés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perfonne
317 guérie.
Fut iljamais un Métier plus heureux
?
S&
Moy, qui toujours furpaffant maint
Blondins
Entrais effets ainsi qu'en Ecritures,"
Ay depuis peu mis au jour deux Bambabins
,
Dont onferoit d'agréables peintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Fer e veux encor par mouli nobles deffeins
228 MERCURE
·Des Ennemis voir la face blêmie,
Etleas donner un affaut vigourd vigouri ux,
Puistall apres retourner versm'amik.
Fut, il jamais un Métier plus heu .
reux ?
ENVOY . yoyov
Quepuiffuz- vous, Dame au coeur &
génereux ,
Voir en honneurs toujours voftreMef
gnie,
Et qu'un Germain bien digne de vos
Puiffe bien- toft poffeder Abaie,
D'un bon rapport, commode , & fort
nombreux
,
Si que miré, content & glorieux ,
En tel dedu i quelquefois il s'écrie,
Fut iljamais un Métier plus heu
reux
GALANT 229
Vous remarquerez , Ma.
dame , que dans la Ballade à
laquelle celle - cy fert de Ré .
ponſe , & que je vous envoyay
le dernier mois , on
a mis par mégarde,
D'encombriers vous fortez fans
furie.
Il falloit mettre,
D'encombriers vous fortez fans
faërie.
estros
warlaugs
230 MERCURE
TROISIEME BALLADE
DE MADAMEpolk 'Q
DES HOULIERES
A Mile Duc de S. Aignar .
Os immortelqueparfait héroï.-
Lo
que
Chevalerie entous lieux acqueroit,
Vousfait aimer ce tempshyperbolique,
Quant est de moy, ce quiplus mien
plairait,
Ce n'estcombat, vesture magnifique,
Tournoyfameux , mais bien Amour
antique,
Donitrifte mortfeule voyoit le bour.
Ben Chevalier , que tout craint & revére,
Ainfi le monde enfentimens difere
Opinion chez les Hommes fait
tout.
GALANT 231
Sa
L'antit de tout ; l'autre mélancolique
D'Arlequin mefine en mille ans ne riaaroits
UNOH,284
L'unpourjouerfait devenir hétique
Son train & luy Pautre ne tracqueroit
Pour mines d'orfa verve Poëtique.
L'un de toute oeuvre entreprend la Critique,
Etfaitfouvent conte à dormir debout,
L'autre àfon gréréglanile Miniftere,
Deferégler ne s'embaraffe guére;
Opinion chez les Hommes fait
tout.
S&
Espoirdegain fait faire aux flots la
nique,
Défir de gloire enpérilleux endroit
Conduit Guerriers .. Naturepacifique
Aux Magiftrats met en tefte le Droit.
Ambition fait que le coffre onpique.
232 MERCURE
Vanitefait que Philofophe explique
Comment toutvient , en quoy routfe
réfout.
Chaque Mortelcoiffé defa chimère,
Croit à part-foy que mieux on ne peut
faire;
Opinion chez les Hommes fait
tour. A hos SOLE SHOT
$ 2
kreolderh
Non moins diverfe en chaque République
Eftla Coûtume ; icypunir on voit
Soeur avec quifon Frere prévarique,
Et la Perfane enfon Lit le reçoit.
Germainsfont cas delaliqueur Bặchique,
Le Musulman en défend la pratique.
Subtil larcin Lacedémone alyour.
Où le Soleilmontefur l'Hémisphere ,
Parpiété le Fils meurtritfon Peres
Opinion chez les Hommes fait
tout.
GALANT. 233
tot (on SEN VOYEU
DrC, dont le los vole du fein Perfique
Iufqu'où Phébus finitſon tour oblique,
De mon Germain point nefçavez le
goût.
Groffe Abbaie à la Mitre ilpréfere,
Trop lourd , dit- it, eftfacré Caractere.
Opinion chez les Hommes fait
tour.
M le Duc de S. Aignan
a répondu à Madame des
Houlieres par ce galant Ma
drigal .
P
Vis qu'auprès de vos V'ers tous
les autresfont fades,
Aujourd'huy pour longtemps je rcnonce
aux Ballades,
Fevrier 1684
234 MERCURE
que Etne fais qu'applandir à celle
longe voju tenal namansar
Lesplus charmans Ecrits ne walent.
1 ppaasslleess voftres;
01302 199
Mais tous les beaux Efprits jugeront
comme moy,
be
Defant vaincu par vous , on peut
vaincre les autres.
Ce n'est pas tout ce que
je vous diray de ce Duc. Je
ne puis m'empefcher d'ajoû
ter icy un Divertiffement,
qu'il a donné à Madame la
Dauphine dans les derniers
jours du Carnaval. Ca efté
ar
un Concert de Voix &
d'Inftrumens , pour lequel il
fit quelques Paroles , & meſGALANT.
235
me un des Airs , de naturel
feulement , fans qu'il fçache
la Mufique. Ce petit Concert
eut tout le ſuccés qu'il
en pouvoit efperer. En voicy
les Versalus ng monissa
RECIT DE LA VICTOIRE.
ΟΥ
OT qui dansfesfameux
Exploits M°
Ayfurvy leplus grand des Roys,
Et l'ayfait triompherfur laTerre és
furl'onde,
Enle rendant l'amour on la terreur de
monde
Apres avoir charge te frour defes
Guerriers
•3. D'un nombre infiny de Lauriers,
J
Vij
236 MERCURE
Temsenfin toute ma gloire
En mon attachementpour une autre
VICTOIRE.
UN DES SUIVANS
de la Victoire.
Lle joint lafageffe à de fi douxe
Ε
Elleappasy 1
Qu'iln'estrien de telicy- bass .
Elle impoft des Loix à tout ce qui ref
pire,
I
Et m'engage àluy dires : 131533.
GAVOTE..
Ntomparable Dauphine,
Qui charmez toute la Cour,
Donc, parlabontéDivine,
Unfecond Fils voit lejour
GALANT : 237
$2
Que de bonheur, que de gloire
La France reçoit de vous ,
Et que l'aimable VICTOIRE.
Plaiftafon Augufte Epoux !
Que vostregrace charmante
Avostreabord nousfurprit,
Et qu'une clarté brillante
Eclate dans vostre Elprit !!
22
Que d'unbonheurfans limite
Le Ciel comble vosfoubaits sim
S'il eft égal au mérite,
Il nefinirajamais.
$2
Que vos deux aimables Princess
Eaffent unjour leur devoir,
Et que toutes les Frovinces
Reconnoiffent leurpouveira.
238 MERCURE
UN AUTRE DES SUIVANS
de la Victoire.
F
Affe le Ciel que fuivant nos
défirs
Lagloire , & les plaifirs,
D'une profpérité qui furpaffe l'envie,
Couronnent votre belle vie,
MENUET .
We de biens cette VICTOIRE
donne!
D
Que le Cielfavorife nos voeux ! 294
Voyez , Mortels , l'éclat qui l'envil «
ronne,
En lafervat vous ferez trop heureux.
S3
Silefeu defesyeux vous enchante,
Ales voir bornez tous vos défirs;
GALANT. 239
Ceferoit trop qu'une flame innocente,
Etſa Vertu défendjusqu'auxfoûpirs.
TOUS ENSEMBLE.
Q
"
V'un grand Prince digne de
τους,
El d'un aimable Epoux,
Confirme de nouveau Vientoftparfæ
naiffancs
Le bonheur de la France.
Quoy que tous les Airs
ayent efte fort applaudis,
eftant de la Compofition
du
S ' Daches , de la Mufique du
Roy , ceux de la Gavote &
du Menüet ont paru fi agrea
bles, & fi propres aux Pa
240 MERCURE
roles qu'on voudra faire def
fus , que je vous les envoye
notez , afin que vos illuftres
Amies ayent dequoy vous
divertir par une chofe qui
a efté trouvée fi galante.
Voicy un Madrigal Italien
adreffé au mefme Duc , fur
fa Réponse à la Ballade de
Madame des Houlieres , dans
laquelle font ces deux Vers.
Don de mercy feul il'n'a pas en
vene,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
VEK COKE
e home 162 GDAOI
and vine hoc myn 2
about brown ups
S
Che nonra era non venae No La Acbury,
E la fede, e l'amor non è ne l'oro.
Fevrier 1684.
X
95.31
GALANT. 241
MADRIGALE
.co. DEL SIGNOR MARCOAntonio
Campo Pio.
APpena appcua intrifo
Era ne l'oro uno amoroso ftrale;
E facea tempo fapiaga mortale,
Ela piaga fanava un guardo un riſo.
Ora il dardo di Amore,
S'ei tuti'oro non è, non giugne al core.
Così cantavafu la dotta Cetra
Saffo novella ; e fea l'amor venale,
Quando il gran Titiro , in cui ba
fua faretra
Vuoiò spesso l' Amore, in leifi affiffe.
Ofaffo taci ! e dame apprendi or,diffe,
Che noftra etànon vende no il decoro,
E la fede, e l'amor non è ne l'oro .
Fevrier
1684. X
242 MERCURE
Je vous appris il y a quel
que temps , que le Roy avoir
donné la Charge de Premier
Valet de Chambre de Madame
la Dauphine , qui n'avoit
point encore efté remplie
, à M' Moreau , Premier
Valet de Garderobe de Sa
Majefté , dont la probité &
la fageffe luy eftoient connuës.
Il obtint quelques mois
apres la permiffion de la vendre
, pourveu qu'il propoſaſt
un Sujet qui fuft agreable.
Le choix eft tombé fur M
de Chefnedé. C'eft un jeune
Gentilhomme qui accomGALANT.
243
pagna M' de Croiffy à Munic
, lors que ce Miniftre y
alla pour travailler au Mariage
de Monfeigneur le Dau
phin . Il eut mefme l'honneur
à fon retour , de dire au
Roy des nouvelles de la celébration
du Mariage , & du
départ de Madame la Dauphine
pour venir en France; &
il fut fi exactà remarquer tout
ce qui regardoit cette grande
affaire , que ce fut fur fes
Mémoires que je vous en
envoyay lune Relation au
mois de Mars 1680. qu'on a
depuis imprimée , & qui con
X ij
244 MERCURE
tient un Volume entier. Le
mérite du Pere & du Fils , a
fait obtenir du Roy l'agré.
ment de la Charge que je
vous viens de marquer , &
Mile Controlleur General
qui le connoift particulierement
, en rendit témoignage
à Sa Majesté . Le Pere qui
eft Avocát , & Procureur du
Roy en l'Election de Paris , a
efté Subftitut de la Chambre
de Juſtice jufqu'en 1669, qu’-
elle finit. Il fait encore aujour
d'huy la fonction de Procurent
du Roy dans la Commiflion
établie par Sa MaGALANT
245
jefté , pour la recherche des
abus commis par les Tréfo
riers Provinciaux de l'Ex.
traordinaire des Guerres . Il
a cu plufieurs autres Commiflions
importantes pour le
fervice de Sa Majestésma
Mile Marquis de Chel
verny ayant efté nommé
pour Envoyé Extraordinaire
à la Cour de l'Empereur
, en
la place de M le Marquis de
Seppeville , eft party depuis
quelques jours pour fe ren
dre à Lintz . Il eft Fils de feu
M'de Monglas , Maitre de
la Garderobe du Roy . Ma-
:
X iij
246 MERCURE
dame de Monglas fa Mere,
a l'efprit fi penetrant & fi
éclairé , qu'on ne doit pas s'étonner
des vives lumieres
que le Fils poffede.p
M le Comte de Roucy,
Fils aîné de M' le Comte de
Roye , ayant eſté inftruit des
veritez de la Religion Ca
tholique par M l'Evefque dé
Meaux , fi fçavant dans ces
matieres , a fait depuis pou
abjuration de l'Héréfie de
Calvin , entre les mains de ce
grand Prélatongy sumha
La mefme abjuratión a eſté
faite par M le Marquis de
GALANT 247
Vaufheux , & Mademoiselle
de Vauffieux fa Soeur. L'exemple
de Madame la Marquifelde
Vauffieux leur Mere ,
qui fit profeffion de la Religion
Catholique il y a un an ,
ayant commencé à les ébran
ler , Sa Majesté ordonna par
Lettres de Cachet à M' de
Morangis, Intendant en Normandie
, de les faire venir
auprès de M' de Beringhen,
fon Premier Ecuyer , & leur
Grand-Oncle , pour les faire
inftruire pendant ſix mois,
& leur laiffer enfuite le choix
du party qu'ils voudroient
X iiij
248 MERCURE
prendre:Apres plufieurs conférences
qu'ils ont euës avec
Ml'Abbé du Pin ils fe
font trouvez perfuadez , &
ont abjuré entre les mains
de M' l'Archevefque de Paris
, en préſence de M le
Curé de S. Germain l'Auxerrois
, leur Paroiffe . M' le
Marquis de Vauffieux eft de
Normandie. In
Le premier jour de ce
mõis , M de la Feüille -Merville
, Infpecteur du grand
Canal Royal de la commu
nication des deux Mers , &
des Travaux dans le LangueGALANT,
249
doc & la Guyenne , mou.
rut chez M le Comte de
Bapauline fon Beau - Frere .
C'eftoit un Homme d'un
mérite fingulier , & l'un des
plus habiles Ingénieurs de
fon fiecle . #7
Meffire François Loun de
Charny , Confeiller en la
Grand Chambre du Parle
ment , & auparavant Préſident
aux Enquestes, eft mort
auffi depuis peu de jours, II
avoit efté reçcu Confeiller le
12. Mars 1632 .
F'oubliay à vous mander la
derniere fois que la Fille de
250 MERCURE
M' le Marquis de Montandre
, apres avoir fait fon Novitiat
au Convent des Religieufes
Urfulines de S. Jean
d'Angély , y a fait ſes Voeux
depuis deux mois , entre les
mains de M' l'Evefque de
Xaintes , avec une réfignation
& une conftance ,
firent connoiftre combien fa
Vocation eftoit parfaite . L'Af
femblée eftoit composée de
la Nobleffe voiſine , & de
plufieurs Perfonnes de
qualité
, entr'autres de Miles
Marquis d'Aubeterre , & de
Pont , de Meldames leurs
19
qui
1
GALANT 251
>
Femmes , de Madame de .
S. Martin de la Coudre , &
de beaucoup d'autres . M
Rouffelet , Chanoine de la
Ville de Xaintes , qui avoit
prefché cette illuftre Profeffe
dans le temps qu'elle prit le
Voile blanc , la preſcha encore
dans cette derniere Cerémonie.
Il répondit à l'attente
qu'on avoit de luy. Le
grand talent qu'il a pour la
Chaire , le fait fouvent employer
en ces fortes d'occa
frons , & dans les folemnitez
les plus éclatantes , comme
yous l'avez pû voir par ce
252 MERCURE
que je vous enay dit au mois
de Juin dernier .Je vous appris
alors qu'il eft Frere du Lieutenant
Criminel de S. Jean
d'Angely , & je croy devoir
ajoûter icy , que fi ce Chanoine
a beaucoup de zele
en fes Prédications , ce Magiftrat
n'en a pas moins pour
faire obferver les Déclara
tions du Roy , touchant la
Religion . Il en a donné une
In
nouvelle preuve en rendant
une Sentence , par laquelle
ila interdit l'exercice de
da R. P. R. à Thors , & le Mi
niftre de ce Lieu , pour y
GALANT 253
avoir reçeu plufieurs Relaps,
qu'il a auffi condamnez aux
peines portées par les Déclarations.
On doit, admirer
l'effet de la Grace dans la Profeffion
de la Religieufe dont
je vous parle , puis qu'outre
les belles qualitéz d'efprit &
de Corps qu'elle a fi genéreufement
cachées fous le
Voile , elle a fait voir un ñoble
mépris des grandeurs du
fiecle , en renonçant aux
avantages qu'elle pouvoit ef
pérer de fa naiffance qui eft
tres . confidérable. M fon
Pere porte le nom de la Ro
254 MERCURE
che foucaur , avec celuy de
Fonfeque , à cauſe qu'un de
fesPrédeceffeurs a épousé une
Fonfeque , qui eft d'une Mai
fon des plus diftinguées parmy
les Grands d'Eſpagne.
Madame fa Mere eft proche
Parente de Mle Pelletier,
Controlleur General des Fi
nances.
2
Le 15. de ce mois , Meffire
François - René le Tellier,
Confeiller en la Cour des
Aydes, époufa Mademoiſelle
Mariane Chevalier , Fille de
Meflire Jacques Chevalier,
Seigneur du Bauchet , Vi-
1
GALANT. 255.
1
comte de Courtavant & de la
Montagnes, & de Dame
Anne Olier de Bourzeis
Niêce de feu M' l'Abbé de
Bourzeis de l'Académie Françoife
, l'un des plus fçavans
Hommes de ce fiecle . Cette
nouvelle Mariée n'a que
treize ans & demy , & eft
encore fort petite , mais il
feroit mal - aifé d'avoir plus de
belles qualitez qu'elle en a.
Il n'y a prefque point d'Art
qu'elle ne fçache ; & une
Perfonne de grand mérite
qui la connoift à fond , a dit
fort agreablement d'elle ,
256 MERCURE
qu'il ne falloit pas demander
ce qu'elle fçavoit, maisce qu'
elle ne fçavoit pas. Comme
elle a l'efprit extrémement
vif , & l'imagination tresprompte
, on a eu fort peu de
peine à luy apprendre pref
que en mefme temps , l'Hif
toire , la Langue Italienne, le
Blafon , la Geographie , l'Arithmétique
& la Mufique.
Elle dance finement , joüe
du Claveffin comme les plus
habiles Maiftrés , peint aſſez
bien , & ne s'entend pas mal
à deffigner. Il feroit mefme
affez dangereux de parler
#
GALANT 257
Latin devant elle , fi on ne
vouloit pas en eftre entendu.
Cependant elle feroit fachée
qu'on crût dans le monde
qu'elle euft appris cette Langue
, qu'elle abandonne aux
Sçavans.
Il s'eft fait ce Carnaval une
Societé entre un certain nombre
d'honneftes Gens , dont
les plaifirs , quoy que fans
éclat , ont eftéfort agreables.
Ils fe traitoient tour à tour,
& la Compagnie ferendoit
dés le matin chez celuy qui
devoit eftre le Héros de la
Fefte. Le Déjeûné par où
Fevrier 1684. Y
258 MERCURE
Fon commençoit , & qui or !
dinairement fervoit de DîL
né , duroit depuis neufheu
res juſqu'à onze. On quit
toit la table pour entrer dans
une Chambre , où plufieurs
Bureaux eftoient difpofez
pour le Jeu ; & comme en
établiffant la Societé , ceux
qui la compofoient s'eftoient
fait des regles pour leurs divertiffemens
, il avoit efté réfolu
que l'on ne joueroit que
jufqu'à trois heures , & que
les Plaifirs de l'aprefdînée
feroient toûjours diférens ,
Ainfi, l'Opéra , la Comédie,
GALANT 259
a
la Bal, & les Concerts, fuccedoient
les uns aux autres , &
par cette charmante diver
fité , chaque journée le paffoit
d'une maniere agreable.
Quoy que tous ceux qui
avo ent à régaler, s'en acquitaffent
tres - bien , M de.....
Temporta fur tous les autres.
Il s'eftoit commencé chezun
des premiers qui avoient
traité , une Plailanterie qui
huy fournit le fujet d'un nou
veaur plaifir . Il le voulut donnerà
la Compagnie , & en fie
part à quelques-unes des D'ames,
qui s'engagerét à y tenir
Y ij
260 MERCURE
leur partie . Ces Dames ayant
trouvé à un des Repas qui s'étoient
faits,un Gentilhomme
qui n'étoit point deleurs plaifirs
, & qu'elles fçavoient n'ê
tre pas d'humeur à faire aucune
dépenfe , elles le tournérent
en tant de façons ,
qu'elles l'obligérent à prendre
jour pour leur donner un
divertiffement femblable à
celuy dont il eftoit le témoin.
Elles poufférent la plaifante.
rie jufqu'à luy demander une
Caution , & il falut que le
Maiftre du Logis luy en fer
vift , mais au jour nommé
GALANT. 261
pour le Régale , le Gentil- .
homme fit dire qu'il ne pouvoit
pas fe difpenfer de partir
en diligence pour aller en
Province , où l'appelloient
des affaires qui ne fouffroient
point de retardement . Les
Dames fe plaignirent à faCaution
, qui blâma comme ellés
la honteufe excufe du Gentilhomme
, fans fonger pourtant
à fatisfaire pour luy. Ce
fut fur cela que le divertif
fement qui fuit fut réſolu .
Le jour qu'il fe donna , avoit
efté marqué pour un Concert.
Ainfi l'heure eftant ve262
MERCURE
nuë de quitter le Jeu , toute
la Compagnie fe rendit dans
une Salle , où elle trouva une
nuit tres-agréable. Les Rideaux
eftoient tirez devant
les Feneftres, & un fort grand
nombre de Bougies éclairoit
la Salle. Chacun fut furpris
de n'y point voir de Muftciens
, ny mefme de préparation
pour un Concert. Cet
étonnement duroit encore,
quand une efpéce de Cloifon
que couvroit une tapifferie,fe
féparát en deux,laiffa voir une
Décoration telle que celle de
FActe d'Arlequin Protée, dans
GALANT. 263
lequel on plaide la Caufe du
Chien du Docteur . On voyoit
une Tapifferie & des Sieges
Fleurdelyfez , & tout ce qui
pouvoit faire connoiftre que
cet endroit eftoit difpofé pour
y rendre la Juftice. Au - def
fus du Siége du principal Juge
eftoit une Carte , fur laquelle
eftoit écrit en Lettres d'or,
Tribunal de la Bonne- Foy. La
mêmeCerémonie quis obfer
ve dans l'endroit oùArlequin
fait le Perfonnage d'Avocat,
fut obfervée fur cette ma
niere de Théatre . On enten
dit un Paix-là , & l'on vit cm
264 MERCURE
mefme temps paroiftre nom.
bre de Perfonnes toutes en
Robes , qui prirent leurs places.
La Caufe du Clerc fut
appellée, & deux jeunes Garçons
la plaidérent avec applaudiffement.
Cela eftant
fait , les Dames qui avoient
part à la plaifanterie , allérent
aux pieds du Juge , & luy
préſentérent une Requeſte
qu'une d'elles tenoit en fa
main. Il la répondit , & un
Sergent l'ayant prife , alla fur
le champ la fignifier à h
Caution du Gentilhomme
dont il a efté parlé , qui ne
fçavoit
GALANT. 269
fçavoit pas à quoy devoient
aboutir toutes ces Cerémonies.
On luy en donna bientoft
l'éclairciffement
, par la
lecture de la Requeste , de
l'Ordonnance du Juge , &
de l'Affignation . On trouva
cette plaifanterie admirable,
& chacun , auffi bien que le
Juge , condamna la Caution
à fatisfaire les Dames, Le
Cavalier eftoit trop galant
pour ne pas recevoir de bon.
ne grace tout ce qu'on luy
dit fur ce fujet . Il pria qu'on
ne fift plus de pourſuites , &
promit qu'il le tireroit d'af
Fevrier 1684.
1
Z
266 MERCURE
faires ; ce qu'il fit quelques
jours apres , parpune nouvelle
Felte. Aufli- toft que le
Sergent eut remply fa fonetion
, la Cloifon ſe referma,
& tous ces Juges, qui eſtoient
autant de Muficiens , ne tardérent
pas à fermettre en
état de divertir la Compagnie
par un Concert dans ce
mefme endroit , qui pourfeconde
Décoration fit voir
uneAlcove d'une grande pro
preté. Jugez des louanges
qu'on donna au Mailtre de
la Maifon fur la maniere
galante dont il avoit affaionné
le Régale.
GALANT. 267
Le Gouvernement deNiort
ayant vaqué par la mort de
Mile Maréchal Duc de Navailles
, Sa Majefté en a gratifie
M le Chevalier de la
Hoguette , Enfeigne de la
Premiere Compagnie des
Moufquetaires . Ileft Neveu
de feu M de Peréfixe ,
2
f
Précepteur de Sa Majesté,
& Archevefque de Paris , &
Frere de M. l'Evefque de
Poitiers. A peine avoit-il la
force de fupporter les fatigues
de la Guerre , qu'il ſe
mit dans le Service . Il eft
auffi fage qu'il eft brave ; &
"
Z ij .
268
MERCURE
l'on ne fçauroit douter de fon
intrépidité , puis qu'il fut un
des
premiers qui
entrérent
dans
Valenciennes , lors que
cette Place fut
conquiſe l'Epée
à la main.
Quoy que la France foit
le plus riche & le plus flo
rillant
Royaume du
monde ,
&
qu'elle
fourniſſe au Roy
plufieurs fois
chaque jour
dequoy
récompenſer ceux
qui ont
l'avantage de fe diftinguer
par leurs fervices , le
Roy qui a l'ame toute libé
rale , ne laiffe pas de
donner
fouvent de fon
propre TréGALANT.
269
for , des gratifications & des
Penfions . M le Maréchal
d'Eftrées , Vice- Amiral de
France , en a eu cent mille
francs depuis peu de jours,
& M' le Comte d'Eftrées fon
Fils , Capitaine de Vaiffeau,
une Penfion de quatre mille
livres. Comme leurs fervices
parlent , il n'eft pas néceffaire
d'en rien dire.
Mle Pelletier , Controlq
leur General des Finances ,
a efté auffi gratifié de la fomme
de cent mille francs , en
confidération du Mariage de
Mademoiſelle le Pelletier fa
Z iij
270 MERCURE
Fille , avec Mi d'Aligre , Pe
tit- Fils du dernier Chancelier
de ce nom. Comme ilzen a
one mariée à M. d'Argouges,
il a prié le Roy de trouver
bon qu'il luy donnaſt la moitié
de cette fomme , afin que
fes deux Gendres & fes deux
Filles euffent une part égale
aux bienfaits de ce grand
Prince. Tant de bonté, de
prudence , & de conduite ,
fait connoiftre ce que l'on
doit efpérer de luy dans l'Adminiftration
des Finances.
M Magnin a eu beaucoup
de raifon de joindre ces mots
9
GALANT. 271
in
pour amne , Quis amantior equi
asun Equerre dont il fait le
corps de fa Devife . Il l'a ex
pliquée par ce Madrigal.
o
M
A droiture régulière
Dans tous mes emploi dis
Dans tous mes
sup wers, Patmal $120-6 g
* D'unefenfiblemaniere
Me diftingue quand jefers.
Te ne puis rien fouffrir d'inégal ny
Desdoblique
,
joint Etje montre avec fucces
Ou le defaut, ou l'excés:
Des chofes où l'on m'appli que.
-LM le Maréchal de Belle.
fond , & M le Comte de
Choifeüil , qui doivent commander
en Chef des Armées
Z
iiij
272 MERCURE
de Sa Majefté , en ont auffi
eu des gratifications enargent
comptant. pisha sisim
Ce Monarque , qui en toutes
fortes d'occafions a donné
des marques de la conſidération
, de l'eftime , & de
la tendreffe qu'il avoit pour
la Reyne , a voulu faire
connoiftre combien fon fouvenir
luy eftoit cher , en
gratifiant Madame Devizé
de la fomme de quarante
mille livres d'argent comptant
, & de deux m'lle écus
ic Penfion , à caufe de l'a
né dont cette Princeffe
GALANT 273
4.
F'honoroit & des fervices
qu'elle en avoit reçûs depuis
qu'elle eftoit en France .
M Clément, qui a eu l'horneur
d'accoucher Madame
la Dauphine des deux Prin
ces dont la Naiffance a donné
tant de joye à tous les Fran
çois , & qui avoit eu déja
des gratifications confidérables
à celle de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , vient
auffi d'avoir quatre cens écus
de Penfion de Sa Majefté ,
& deux mille écus d'argent
comptant . Il s'eft fait encore
d'autres libéralitez , dont je
274 MERCURE
ne fuis pas inftruit. Je vous
en dis cependantaffez , pour
vous faire voir que c'eſt avec
beaucoup de raiſon que je
répons à l'Autheur des Feuilles
Satyriques qu'il fe trompe
lors qu'il prétend perfuader
à toute l'Europe , que les Finances
de France font épuifées
, puis que tout y va d'un
pas égal depuis le Régné de
Louis LE GRAND, & que la
magnificence & les dons de
ce Monarque font voir cha
que jour la mefme choſe.
Puis que cette Réponſe
vous a plû , je vay la conti
GALANT 275.
nuer. Ces Nouvelles fecrettes
, mais pourtant publiques,
qu'on envoye de Hollande
en France deux fois la fe
maine , n'ont pour titre que,
la Date qui eft au - deſſus
mais elles ne laiffent pas d'être
connues dans toute l'Europe
, par le nom de Lardons,
qu'on leur a donné. J'avois
voulu éviter ce mot dans ma
Lettre de Janvier , mais com
mesil elt icy auffi commun
que chez tous les Etrangers,
& que l'ufage femble avoir
adoucy Ice qu'il a de rude
& de groffier , je croy ne le
276 MERCURE
devoir plus enveloper , pour
n'eftre pas obligé d'ufer ſi
fouvent de circonlocution .
Apres vous avoir dit le nom
de ces Feuilles , je vay vous
apprendre en géneral , & une
fois pour toutes , quel en eft
le but. Elles n'en ont qu'un,
fur lequel elles roulent toutes.
C'eft de faire croire à
tous les Princes , auffi bien
qu'à tous les Peuples , par
des raifonnemens fur toutes
les chofes qui arrivent, qu'on
doit faire la guerre au Roy.
Que cette conclufion foit
jufte ou non, ces Feuilles font
GALANT 277
faites pour conclure ainfi ; &
quoy qu'elles parlent d'affaires
diverfes , & dont les conféquences
doivent eſtre diférentes
, parce que les matieres
font oppofées , tout le
termine toûjours à cela , foit
qu'il y ait de la vrayfemblance
, ou non. Il eft pourtant
tres- certain , que cette
conclufion eft prefque tou
jours auffi peu vrayſemblable
, que fi on vouloit foû-
-tenir que deux Perſonnes qui
feroient parties le matin de
Paris en fe tournant le dos,
& marchant toûjours fur une
278 MERCURE
ligne droite , feroient arrivées
le foir au mefme lieu v
On trouve auffi quelques
Nouvelles dans ces Feuilles,
dont la plupart
, pour ne pas
dire toutes , ne font fondées
que fur On dit , & ces Autheurs
n'en rapportent
que
de celles qui font avantageufes
au Party qui les fait parler.
Jugez par la de la folidité
des raifonnemens
de ces
Ouvrages , & de la fûreté
des Nouvelles qu'ils contiennent.
Je n'expofe rien touchant
le fujet de ces Feuilles
, qui ne foit de fait con- |
GALANT 279
a
A
ftant , & l'on n'en a jamais
vû une , fur tout de celles
qui s'appellent Le grand Lar
don qui n'ait conclu à la
Guerre contre le Roy , apres
des Articles mefme dont naturellement
la conclufion devoit
eftre toute contraire.
Je vay féparer mes Réponfes
felon les Dates de ces
Nouvelles , afin de ne point
jetter d'embaras dans l'efprit
de ceux qui les liront, & que
ceux qui les ont lûës, connoif
fent plus facilement , que je
ne fais dire à leurs Autheurs,
que ce qu'ils difent effective-
S
280 MERCURE
ment dans leurs Nouvelles
Les Feuilles du 271 & du
28. Janvier contiennent beau
coup de chofes aufquelles
jay déja répondu. On veut
perfuader dans l'une de ces
Feuilles , que l'Espagne na
point déclaré la Guerre à la
France en Italie , afin de n'ôter
pas à l'Italie les moyens
de s'unir contre le Turc.
Cette genérofité est bien
fauffe , & ne fçauroit éblouir
perfonne. L'Espagne qui n'a
jamais connu fa foibleffe au
point qu'elle la reffent préfentement
, voyant qu'avec
GALANT. 281
toutes les forces de fes Al
liez , elle ne peut foûtenir la
Guerre contre la France en
plufieurs endroits , voudroit
ne la point avoir en Italie ,
& que la Chrétienté luy euft
obligation de ce qu'elle n'y
porte pas fes Armes mais
fi elle eft fi charitable , elle
ne devoit point du tout déclarer
la Guerre . Ceftoit un
fûr moyen de porter tous les
Princes de l'Europe à fe cli
guer contre les forces du
Turc. Ce n'eft pas là tout
le ridicule de cet Article .
Only ſuppoſes , que parce
Fevrier 1684- A a
282 MERCURE
qu'on n'a point nommé l'Italie
dans la Déclaration , la
Guerre n'y eft point déclàrée
, comme fi lors qu'on
déclare la Guerre à un Prince,
il n'eftoit pas libre à ce Prince
de combattre fes Ennemis
dans tous les lieux qui font
fous leur Domination,
On trouve encore dans
ces Feuilles une repétition
éternelle des defordres que
nos Troupes ont fait en Flandre.
J'ayamplement répondu
à cela , & comme je ne me
plais pas à repérer, ainfi que
font ces Autheurs, je ne diray
3 .
GALANT. 283
rien de plus,finon qu'ils n'ont
qu'à hre Grotius das fon Livre
de jure belli pacis , ils y trou
veront que dans une Guerre
déclarée la Contribution cft
ouverte , & qu'il eft permis
de brûler les Habitations de
ceux qui ne la payent pas
Ce droit eft égal aux Par
ties , & lors que le plus fort
a l'avantage de s'en fervir , le
plus foible n'en doit accufer
que fa foibleffe , & il yyaaddee
La lâcheté à s'en plaindre
d'une autre forte .
la
La République de Venife
Be traitera point avec l'Em-
A a i
284 MERCURE
·
pereur , difent ces Politiques,
qu'elle ne foit affurée que la
France foit toûjours occupée
avec l'Espagne. C'eſt donc
à dire, fi l'on en croit ces Au
theurs ( carle cótraire paroift
manifeftement ) que Venife,
cette fage République , demande
que pour fecourir la
Chrétienté, la Guerre foit entre
lesChrétiens . Selon toutes
les apparences elle doit fou
haiter le contraire , car loin
de pouvoir faire des Conqueftes
fur les Turcs , ellev
feroit mal fûre d'en foûtenir
les efforts , fi l'Espagne &
GALANT. 285
la France eftoient en guerre
puis qu'avec leurs Alliez cela
feroit la plus confidérable
partie de l'Europe , qui ne
feroit plus guére en état de
préter des forces aux Vénitiens
, pour les défendre de
l'Ennemy contre lequel ils
feroient entrez en guerre de
leur bon gré. Il est plutoft
à croire , qu'ayant beaucoup
de prudence , ils ne doivent
point figner de Ligue contre
le Turc , qu'ils n'ayent
vú la Paix bien établie entre
la France & toute la Maiſon
' Autriche , puis que fans
286 MERCURE
cela ils le mettroient en dan
grer d'attirer contre eux toutes
les forces Ottomanes , &
de n'eftre pas fecourusega
› On n'a jamais vû de commencement
fi extraordinai
re , que celuy de la plus grande
des trois Feuilles du premier
de Fevrier. Le Prélude
contient la moitié de l'Ou
vrage , & l'on y voit un grand
difcours , qui marque qu'on
préferoit autrefois l'Europe à
Afie , mais que préfente
ment l'Afie eft préferee ,
parce que tous les Princes
de l'Europe ont efté connus
GALANT 287
,
à fond , & fe font laiflez ga
gner par le Roy Tres-Chrê
tien. Ils ont, dit cet Autheur,
un tempérament flegmatique ,
la couleur de leurs Fers eftpayée.
Voila un grand diſcours qui
ne fignifie rien , & dont la
teſte eft beaucoup plus groffe
que le corps
. On ne fçait
ce que veur dire la couleur
des Fers des Princes payée ;
car fupolé qu'ils euffent des
Chaînes , celuy qui les auroit
enchaînez les auroit entierement
payées , & non pas
feulement la couleur. Par ce
raifonnement, tous les Prin
288 MERCURE
ces de l'Europe , hors ceux
de la Maiſon d'Autriche , font
d'un mefme caracterel Com
me cette égalité eſt une choſe
rare parmy les Hommes ,
d'eft une grande nouveauté
pour noftre Siecle's mais ce
qui eft le plus furprenant,
c'eft que tant de Souverains,
élevéz dans l'Art de Regner,
& confommez dans la Poli
tique , ne connoiffent pas ce
qui leur eft utile & glorieux ,
& que l'Autheur des Late
dons foaches leurs intéreſts
mieux qu'eux -memes. Il y
a de l'aparence qu'il pourroit
fe
GALANT 289
a
fe tromper, au moins la vrayfemblance
neſe trouve- t- elle
pas pour luy Il répete encore
que la France en veut à la
Maifon d'Autriche. Cependant
d'eft un Fait conftant
qu'elle n'y penfoir pas en
1672. lors que le Roy entra
en Hollande. L'Espagne s'eft
mife de la partie elle - mefme,
eno fes déclarant contre , la
France dés ce temps- là . Elle
fit alors armer inutilement
plufieurs Souverains contre
le Roy. Sa déclaration & fes
intrigues , n'aboutirent qu'à
luyfaire perdreles meilleures
Fevrier 1684. Bb
290 MERCURE
-
tous
Places qu'elle euft en Flandre.
Ayant vu depuis tous
fes deffeins avortez , & fes prétentions la Mo &
to
c
à
a
Univerſelle bien reculées ,elle
a accufela France d'y afpirer,
parce qu'elle avoit peur qu'
elle n'y penſaft ; mais on fçair
que
ces fortes de vifions
n'ont jamais elle le foible
des François , & que la conduite
que le Roy a tenue , &
qu'il tient encore pour le repos
de l'Europe , y eft directement
oppofée. Je l'ay prouvé
dans ma derniere Lettre.
Ainfi je ne le repéteray pas
BOTTO!
GALANT 291
icy , & ne repliqueray rien à
plufieurs Articles quine font
que des repétitions aufquelles
jay fatisfait. Dans
les Feuilles de la mefme date,
on fupofe que le Pape ayant
appris de France , que l'Empereur
a fait la Paix avec le
Turc , en eft tombé malade
de chagrin ; ce diſcours n'eft
encore qu'une repétition de
ceux qu'on a faits à plaifir fur
le mefme fujet dans les me
ames Feuilles . On peur parler
en France; les Etrangers qui y
font écrivent ce qui leur
plaiſt ; mais ce n'eſt pas pour
Bb ij
292 MERCURE
cela la France qui parle.
D'ailleurs le Pape n'ajoûte
pas de foy à des certaines
Nouvelles , qui ne font fondées
que fur ce qui court
parmy le Peuple , fans qua
perfonne s'en ofe navouer
l'Autheur Ilá des moyens
aifez de fçavoir les chofes , &
nestomberoit pas malade
quə
pour un bruit de Ville qui
n'a nulle certitude
, lors qu'il
peut eftre affuré que fi ce
bruit eftoit vray , les Nonces
qu'il a dans toutes les Cours ,
luy dépefcheroient des Courriers
fur l'heure , Cet Autheur
GALANT. 293
leve enfin le mafque dans les
lignes fuivantes. Il s'érige en
Cenfeur de tous les Electeurs,
& dit que l'Empire fait mal , de
preffer l'Empereur de s'accommo
der avec la France. Dans la
fituation où lont les Affaires,
on ne fçauroit lire ces paroles
fans frémir , & on auroit de
la peine à croire qu'elles viennent
d'un Chreftien. Il eft
certain que fi elles eftoient
d'un François , les Efpagnols
leur ferviroient d'écho , pour
les faire entendre par toute
la Terre, avec des Commentaires
qui feroient connoiftre
Bb iij
294 MERCURE
tout le mal que la Chreftien
té en peut reffentir. Ce Pohtique
intereffe, n'en veut pas
demeurer-là. Afin d'animer
it
l'Europe contre la France ,
tâche de prouver que la Cam
pagne prochaine , le Turc
fera fur la défenfive. Si ce
qu'il dit eftoit vray , & qu'un
intéreft particulier ne filt pas
agir celuy qui le fait parler
ainfi , au lieu d'exciter tous
les Chreftiens au combat les
uns contre les autres , il leur
devroit perfuader de s'unir
pour profiter de la foibleffe
du Turc, & fi les forces de
GALANT 295
cet Ennemy eftoient grandes
, il devroit preffer ces
mefmes Chrêtiens de s'unir
pour luy refifter , mais tour
cela n'entre point en confi ,
dération . Le Roy a un mérite
qui l'a élevé trop haut , il
faut chercher les moyens de
lábaiffer. La Maiſon d'Au
triche n'en fçauroin foufrir
l'éclat , il faut l'affoiblir. La
Chrêtienté en foufrira , mais
il n'importe , pouryeu qu'on
tourne contre le Royles Ar
mes, qu'on devroit tourner
contre les Turcs. Si l'on ne
le dit pas tout- à -fait , on le
Bb iiij
246 MERCURE
fait affez entendre par ces
paroles , Il faut tenir tefte
deux , c'eſt à dire , au Roy &
au Ture , ou plûtoft , c'est à
dire , qu'il faut attaquer le
Roy , & fe tenir fur la défenfive
contre le Turc. Ce rai
fonnement céft beau fur le
papier , mais quelle eft la fû
reté de fes effets , & qui répondra
que l'on puiffe réfifter
à l'un de ces Ennemis
feulement On n'en avoit
qu'un à foutenir la Campa
gne derniere , on fçait ce
qu'ena fouffert la Chrêtienté,
& que fans- un coup du Ciel ,
GALANT 297
1
elle ne pouvoit éviter fa ruine
entière. On peut juger apres
ccla combien l'Allemagne
rifqueroit en voulant combatre
en mefme temps , & les
François , & les Turcs . On
peut s'imaginer la joye que
ces derniers en auroient , &
quel elpoir de conqueftes le
partage des Troupes Chrê
tiennes leur donneroit. Ces
féroit prefque les affurer du
fuccés de leurs entrepriſes,
puis que la victoire échape
fort rarement à ceux qui le
eroyênt affurez de vaincre.
Enfin toutes les Feuilles du r
298 MERCURE
*
Fevrier , ne font que pour ex,
citer tous les Princes de l'Eu
rope à faire la guerre à la
France, & pour accufer la
France de ce qu'on la voit
pancher à la Paix. Je me fers
du mot d'accufer , parce
qu'on femble luy vouloir
faire un crime , de ce qu'elle
incline à mettre toute l'Eu
rope en repos , & dans le
meſme temps , par uue con!
tradiction manifefte , on luy
reproche de travailler à la
MonarchieUniverfelle, Com
me la Paix en éloigne , &
qu'on n'y peut arriver que
Lala
GALANT 299
par la Guerre , tout ce raifon
nement formé de contradi
tions , ne peut paffer que
pour un amas confus d'idées ,
prifes fans nulle refléxioni
On trouve dans l'une des
Feuilles du 3. & dus, un autre
raiſonnement
, par lequel
l'Autheur prétend faire voir
qu'il n'y a que luy qui fçache
bien raifonner. Il conclut
que tous ceux qui ne font pas
d'avis de faire la guerre à la
France , font des ignorans
dans les Affaires Politiques,
& rebat tout ce qu'il a dit fur
cette matiere. Il eft fi pal
300 MERCURE
fionné dans cet Article ,
que fi quelqu'un avoit eu
créance en luy, il cefferoit de
l'avoir, tant il fe déclare partial.
Il eft aigre , infultant,
ne balance point pour décider
, ne veut pas feulement
examiner les raifons de jufti
ce que la France peut avoir,
& n'en reconnoift que la
puiffance. Il n'en faut pas
davantage pour montrer que
celle du Roy , eft tout le fujer
du chagrin qu'il donne à ſes
Ennemis. Chacun demeure
d'accord qu'il y a tant de diférence
entre le Roy &le
GALANT. 301
que le
Prince d'Orange , d'Orange , & que
Royeft tellement au deffus ,
e qu'il n'y a pas d'apparence
qu'un Prince fans Souveraineté
, puiffe concevoir de la
jaloufie de ce grand Monar-
[ que.Il fe connoift trop bien
pour cela , mais comme il
reffent tout ce que la plus
noble , & la plus dévorante
ambition peut infpirer de
plus violent , il entretient la
Maifon d'Autriche dans la
jaloufie qu'elle a de la grandeur
de Sa Majefté. Il excite
plufieurs Princes fous fon
nom ; & ce qui nous flate ,
302 MERCURE
ou nous eft utile , nous plaifant
toûjours , & nous engageant
agreablement , la Maifon
d'Autriche donne dans
te que fait le Prince d'Orange.
Elle fe fert de luy pour
abaiffer langrandeur de la
France , fi c'eft pourtant une
chofe qui luy foit poffible ; &
il fe fert d'elle pour tâcher de
s'élever , s'il en peut venir à
bout ; & tout cela aux dépens
de la Chrêtienté , puis qu'on
ne fonge qu'à attaquersla
France , & à le défendre fimplement
contre le Turc , au
lieu qu'on devroit employer
GALANT. 303
$
toutes les Forces Chrêtiennes
à repouffer le Turc , & faire
la Paix avec la France , ou
accepter la Tréve qu'elle
offre, but
On voit dans les mefmes
Feuilles une peinture par laquelle
on attribuë au Dannemarck
, les manieres & les
airs dela France , à caufe des
Forces qu'il a fur pé. Quoy
qu'on ait prétendu par là ne
dire rien d'avantageux pour
ce Royaume, on doit demeurer
d'accord qu'en cherchant
à le blâmer , on luy a donné
de grandes louanges. L'état
304 MERCURE
floriffant où il fe trouve, caufe
de la jaloufie , &d certe jaloufie
fait parler. On a voulu
dans le mefme endroit louer
la Suéde. Il n'y a rien de fur
prenant en cela . Elle eft dans
les intérefts du Prince d'O
range, & l'Autheur des Feuilles
eft Domestique de ce
Prince ; c'est toute la réponſe
que je feray à cet Article. On
commence à prendre des airs
fiers dans les fuivans , à cauſe
de la réfolution prife par une
partie des Etats Genéraux ,
pour la levée des feize mille
Hommes , & de la maniere
GALANT: 305
qu'on en parle il femble que
ces feize mille Hommes doivent
avoirun million de bras.
Cependant peu de Provinces
confentoient alors à cette le
vée, & l'on ne voit point
encore qu'elle doive eftre
faite par un confentement
general. Si celles qui s'y oppofent
ne font pas en auffi
grandnombre que les autres,
elles font fupérieures en forces,
& fans avoir recours à
leurs Bources , il eft difficile
de faire aucunes levées en
Hollande. J'en ay fait voir les
raifons dans une de mes
Fevrier 1684.
Cc
306 MERCURE
+
Lettres. Il ne faut pas s'éton
ner fi l'on eft de l'avis du
Prince d'Orange , dans un
Lieu où il fait la réfidence,
où font fes Creatures , & où
enfin il eft le plus fort de toutes
manieres. J'aurois là- def
fus plufieurs chofes à vous
dire ; mais comme il y a
des veritez dans lesquelles il
eft bon quelquefois de ne
pas entrer , je vous en laiffe
penfer ce qu'il vous plaira.
L'efpoir de la levée des feize
mille Hommes ayant relevé
le courage de ceux qui ne
veulent point la Paix , on
GALANT 307
parle de l'Aſſemblée des
Hauts,Alliez qui fe doit te
nir à la Haye , où Valdec , fe
dou trouver , & ce qui n'eft
jamais permis , on public fon
fentiment avant l'ouverture
de cette Affemblée . On affu
reoque Valdecodir que la
Guerre oft néceffare, & que
le Roy d'Espagne me doit
rien céder à la France, la
fes raifons particulieres , dont
il ne doit pas dire le fecrer,
non plus que le Médecin de
Xerxés , qui aimant les figues
avec paffion , & voulant en
aller manger dans un Pais
Cc ij
308 MERCURE
éloigné, perfuada à Xerxés
qu'il devoit aller en ce Paislà
, parce que l'air y eftoit
tres- lain , ce qui fit que ce
Monarque arma trois cens
mille Hommes pour cette
Conquefte . Il en eft de mes
me de Valdec , lors que pour
avoir la Guerre , il dit qu'il ne
faut rien ceder à Sa Majefté.
Sans la Guerre , il n'auroit
point d'Employ , & cer Employ
luy tient lieu des figues
du Roy de Perfe. Cependant
il faut croire Valdec , il faut
faire la Guerre , puis que Valdec
l'a dit ; c'eſt donc à Val
GALANT. 209
༢༠༡
dec à décider du fort de l'Eu
rope. En verité il faut eftre
bien plein de Valdec , & bien
ajoûter foy à ce qui flate,
pour tenir de tels difcours .
Ces Feuilles finiffent par une
exagération des defordres
que les Eſpagnols ont faits en
Catalogne , en brûlant plufieurs
Villages. On connoift
par-là , que leur foibleſſe
feule les empefche d'en faire
de meſme en Flandre , apres
avoir commencé les premiers
à y brûler, & que le
feul dépit de n'eftre pas en
état de fe défendre , les oblige
310 MERCURE
à traiter d'injustice, des chofes,
qui ont toûjours efté auro
rifées & permifes par les Loix
de la Guerre , du confentement
des Parties mefines.
Rien n'eft plus fpécieux,
& plus capable d'exciter de
la curiofité , que le grand
Lardon du 8. Fevrier. Il commence
par une peinture de
la puiffance de la France , &
dit que les Conférences de
la Haye ne feront rien , qué
tout femble né pour obeir
au Roy Tres - Chreftien, qu'il
a préven à tout , & que fi
l'on parle ainfi de de MonarGALANT.
311
-
que , ce n'eft point par haine,
mais feulement parce qu'on
ne peut fe taire fur finiquite
de fes maximes. L'Autheura
raifon de dire que ce n'eſt
point par haine , car il n'eft
guere poſſible d'avoir de la
haine pour ce qu'on eft abfolument
forcé d'admirer;
mais une jaloufie violente
& pire que la haine , cauſée
par la grande élevation d'un
Prince fait dire aux Autheurs
qui écrivent en faveur
de ceux qui en font jaloux,
des chofes bien femblables à
la haine , & qui échapent
312 MERCURE
fans qu'on les croye vrayes.
On peut foûtenir que le mot
d'iniquité eft de ce nombre.
Si l'on examine ce que
le Roy a fait pour l'Europe,
loin d'y trouver de l'iniquité,
on y trouvera tant de juſtice ,
qu'à ne regarder les chofes
que du cofté de la Politique
humaine , le trop de juftice
de ce Prince feroit condamné,
mais Louis LE GRAND,
méritant ce titré par fes Actions
, a toûjours facrifié fes
intéreſts à ceux de l'Europe,
& c'eſt en cela qu'il a fait,
& fait encore confifter fa
gloire.
GALANT: 313
gloire. Entre un fort grand
nombre de ces fortes d'Actions,
je n'en veux examiner
que trois ou quatre , & elles
ferviront de Réponse à ce
mor d'iniquité.
Le Roy , de fon bon gré,
& par une propofition faite
par ce Monarque mefme , a
rendu une fois toute la Fran
che- Comté , en faveur de la
Paix que demandoient plu
fieurs Souverains.
Toutes les Places que le
Roy a cedées par le Traité
de Nimégue , n'ont efté rendues
que parec que cePrin
Fevrier 1684. Dd
314 MERCURE
ce a offert de luy - mefme de
les remettre , afin qu'on rendift
aux Suédois toutes celles
qu'ils avoient perdues dont
il eftoit Garand , quoy qu'il
cuft de bonnes raifons pour
s'en difpenfer. Je ne les dis
point icy parce qu'elles
pourroient me mener trop
loin.
On fçait qu'il a efté au
pouvoir du Roy de prendre
Luxembourg , lors que les
Turcs eftoient fur le point
d'entrer en Hongrie. Ce que
fit ce Prince en cette rencontre
, eft au deffus de tous
GALANT. 315
les éloges ; ce qu'il fait préfentement
ne l'eft pas moins;
& le dernier Mémoire que
M' d'Avaux a préſenté aux
Etats , marque combien la
Chreftienté luy eft redevable.
Toutes ces chofes font
de fait , & il ne faut que les
citer fans aucuns raifonneles
mens , pour marquer que
maximes du Roy , loin d'être
remplies d'iniquité , font
fondées fur la justice. Cette
juftice eft fouvent contraire
fes intéreſts , mais elle donne
un nouvel éclat à la gloire
Ddij
316 MERCURE
qui le fait briller au - deffus
de tous lesPrinces du monde.
Le Critique intereffé pourfuit
dans la mefme Feuille.
Voicy fes paroles . La France
eft la fource des agitations de
l'Europe. On ne doit point tarder
à luy demander , les armes
à la main , raiſon du paſſe ✪
de l'avenir
, & jamais Pring
n'eut plus d'ambition , & ne fut
plus apre à fe fervir de l'occafion
& du temps.
Un Homme qui parle ainfi
fe déclare intéreffé , & n'eft
pas croyable , on ne le doit
regarder que comme Partie,
GALANT. 317
& non comme Juge . Il veut
engager les Souverains à demander
compte au Roy de
l'avenir , comme fi ce pouvoir
n'eftoit pas refervé à Dieu
feul. Je ne répons rien à l'âpreté
de fe fervir de l'occa
fion , ce que je viens de marquer
des bontez du Roy
pour donner la Paix , y ſert
de réponſe. Il accufe enfuite
les Princes de l'Europe , en
difant , que tous ensemble , ou
Séparément , fe tiennent incapables
de tenir tefte à un feul
Monarque. Ces Princes connoiffent
leurs intéreſts mieux
Dd iij
318 MERCURE
que ce Cenfeur. Il n'eft pas
affez habile pour leur enfei
gner ce qu'ils doivent faire,
& d'ailleurs ils connoiffent
la modération du Roy.
On lit ces paroles dans les
lignes fuivantes. Tout le malheur
ne doit pas eftre imputé au
Roy, mais aux Princes de l'Eu .
rope ; mais il eft encore temps de
fe reconnoiftre , & d'agir Le
Roy veut parvenir à fes fins par
des moyens doux ; il employé l'or
les Alliances, il enfera
bien-toft pour luy donner moyen
d'entrer aux Indes.
Voila un torrent de paroGALANT.
319
les contre le bon fens , &
plein de contradictions
, &
il n'y a pas un mot dans tour
cela , contre lequel on n'euft
fujet de fe récrier. On voit
bien que par toute forte de
moyens la Maifon d'Autri
che tâche d'abaiffer la France,
ée que ficelle
dans la
avoit diminué le pouvoir de
cette triomphanteRivale,elle
pourroit reprendre le deffein
de la Monarchie universelle ,
qu'elle a vû entiérement ren .
verfé. Ce deffein , auquel elle
a peine à renoncer , l'en
gage à faire mouvoir mille
Dd iiij
320 MERCURE
refforts par le fecours de fes
Alliez & c'est pour cela
qu'ils travaillent de concert
à trouver par où condamner
le Roy dans tout ce qu'il
fait pour la Paix ou pour la
Guerre. La railon voudroit
qu'ils choififfent un Party, &
quoy qu'ils en priffent un
méchant, peut eftre n'auroit
on pas fujer de les en blâmer
, parce que l'on pour
roit croire qu'ils feroient perfuadez
de ce qu'ils publicroient
, mais il eft impoffible
que la malignité ne paroiffe
pas , lors qu'on trouve à resen
GALANT 321
dire en mefme temps à deux
chofes auffi oppofées que le
font la paix & la Guerre. Le
Roy , difent- ils , veut parvenir
à fes fins par des moyens
doux. A- t- on jamais fait un
crime à qui que ce foit au
monde , d'en uſer ainfi ;
ne doit- on pas admirer ce
Prince , de ce qu'il employe
la douceur , lors qu'il eft en
fon pouvoir de fe faire rendre
par la force telle juftice
qu'il fouhaitera ? Ce n'eft pas
qu'on n'admire fecrettement
cette modération , mais on eft
au defefpoir de la haute efti
322 MERCURE
me qu'elle acquiert au Roy.
On le condamne jufque dans
fes Alliances ; & comme on
veut qu'il ait tort d'y eftre
heureux , il ne reste plus qu'à
accufer le Ciel de l'heureufe
Fécondité de Madame la
Dauphine. Enfin l'on voudroit
que les Princeffes ne
fe mariaffent point en France;
c'eft un crime au Roy d'y
penfer , & il cherche par là
à faire des Alliances. On
n'explique pas fi c'est pour
la Guerre ou pour la Paix ,
l'on cherche à blâmer le
Roy,& il n'importe en quoy
GALANT. 323
1
f
Y
le faffe. Si l'on veut parler
de
l'Alliance de Savoye,
comme
on le fait affez voir,
le Roy ne fait rien dont fes
Prédeceffeurs
ne luy fourniffent
l'exemple
. Cette AL
liance
s'offrant
, il a bien
voulu
y
confentir
mais
;
confentir
, ce n'eſt pas la rechercher
. On connoift
l'augufte
Maifon
de Savoye , &
l'on fçait que tant qu'elle
a
pû avoir l'honneur
de s'allier
avec des Filles , ou des Petites-
Filles de France
, elle
les a demandées
avec un
empreffement
digne
de la
324 MERCURE
Naiffance de celles qu'elle
fouhaitoit pour Souveraines.
Ainfi de part ny d'autre il
n'y a rien de nouveau dans
ce procédé. On parle fans
fçavoir ce qu'on veut dire,
& feulement dans le deffein
d'empoifonner tout ce qui fe
fait à la Cour de France. Apres
qu'on s'eft étendu fur les Alliances
faites ,on paffe à celles
qui font à faire , & l'on parle
énigmatiquement d'une Alliance
qui donnera moyen
au Roy d'entrer aux Indes,
où l'on fuppofe qu'il a de
grands deffeins à exécuter.
GALANT 325
Ce font Pais éloignez , où
le Roy ne fonge point à pé
nétrer plus avant i il luy
fuffit des Vaiffeaux & des
Places qu'il y a. Ce Prince
pofféde chez luy des Mines ,
aufquelles il ne faut point
6756

condamner les Hommes ,
comme on les condamne à
celles des Indes. Le Bled, le
Vin , le Sel , les Toiles , &
les autres Manufactures , y
nourriffent l'abondance , &
font voir dans le Commerce
les Piftoles battues avec l'or
que l'on a tiré des Mines des
Indes avec tant de travail &
perte d'Hommes . de
326 MERCURE
Les Nouvelles folides
( car leurs Autheurs leur
donnent quelquefois ce
nom ) paroiffent épuisées
dans les Feüilles du 10. de
Fevrier. On y fuppofe , fans
pourtant en donner aucunes
preuves , que
le Roy
traverſe l'Alliance de Mof
covie , & la Ligue des Vénitiens.
Dés que l'on veut
fe perfuader que la France
pourroit recevoir quelque
préjudice d'une Alliance , on
publie auffi-toft, qu'elle l'empêche.
Cela ne coûte rien
à avancer , tout fert en Po-
C
4
GALANT. 327
litique. S'il fe trouve des dificultez
dans les Traitez , on
fait foupçonner que laFrance
les fait naître par des voyes
indirectes , & fi ces bruits
ne produiſent point tous les
effets que l'on s'eftoit propofez
, ils ont du moins celuy
de noircir la France parmy
les Efprits foibles , & les
Peuples de diverſes Nations.
C'est ce que fe perfuadent
les: Autheurs de ces Nouvelles.
Si-toft qu'il s'agit de
ce qui regarde la Religion,
ces mefmes Autheurs quittent
le Party de l'Empereur,
328 MERCURE
quoy qu'ils foient pour luy en
toute autre occafion . Ainfi
ils marquent dans ces Feuilles
du 1o. que l'Affemblée
de Prefbourg n'opérera
rien . Dans l'une des deux
plus grandes du 13. Fevrier
on ne voit prefque que des
repétitions . L'Autheur y fait
fon éloge , & dit en termes
formels , que rien n'égale ſa
force & fa délicateffe. Il y
fait la peinture d'une Ligue,
dans laquelle il nomme toutes
les Puiffances qu'il fupofc
devoir déclarer la
guerre
au
Turc , comme la Républi
GALANT. 329
que de Venife , la Mofcovie
, & la Perfe , qu'il nom
me , parce qu'il prétend qu'-
ayant des Places Frontieres
à celles du Turc , elles doivent
entrer contre luy en
guerre. Sur ce fondement,
qui eft d'affez grand éclat,
vrayfemblable mefme fi l'on
veut , mais faux en cette rencontre
, il veut que les Alliez
de la Maifon d'Autriche
& du Prince d'Orange fe dé+
clarent contre laFrance. Cela
pourroit arriver ; mais fi ce
n'eft qu'en conféquence
de
ce que les Perfans feront , il
Fevrier 1684
Ee
330 MERCURE
y a grande apparence qu'ils
attendront encore longtemps
, puis que ceux qui
leur portent la Nouvelle de
la Guerre d'Allemagne , ne
font encore qu'en chemin,
qu'il faut que le Grand Sophy
délibere , qu'il léve des
Troupes , & que ces Troupes
marchent. Jufque-là, felon
le raiſonnement mefme
des Politiques , la France n'a
rien à craindre. Les Feuilles
du 15. Fevrier font voir d'abord
un portrait de ce que
firent les Efpagnols , fors
qu'ils prirent le party des
GALANT. 331
V
Hollandois dans la derniere
Guerre Il est vray qu'ils fe
déclarérent en leur faveur ;
mais de quelque motif de
genérofité qu'ils couvrent
cette déclaration , ils font
trop Politiques pour l'avoir
faite fans aucunes vûës.Voicy
celles qui les obligérent d'en
ufer ainfi. Ils craignoient de
voir la Flandre envelopée , fi
le Roy fe rendoit Maiftre de
la Hollande. D'ailleurs , ils
croyoient qu'en attirant plu
fieurs Princes dans leur Party,
en mettant toute l'Alle.
magne en armes , & faifant
Ee ij
332 MERCURE
agir toute la Maiſon d'Air
triche & tous fes Alliez , ils
fufciteroient au Royo tant
d'Ennemis , que la France
ne pouvant toûjours en foûtenir
les efforts , feroit enfin
contrainte de fuccóber. L'ha
bileté du Roy dans le grand
Art de régner , les farigues
qu'il a effuyées à la tefte de
fes Armées , la vigilance de
fes Miniftres , & la valeur de
fes Sujets , rompirent toutes
leurs mefures ; & loin d'avoir
le moindre avantage fur les
François , ils perdirent leurs
meilleures Places ,lors qu'ils
GALANT 333
ne fe promettoient pas moins
que la ruine entiere de la
France. Ce fut là le but de
leur déclaration , à laquelle
ils donnent aujourd'huy une
face toute contraire , en demandant
du fecours aux Hol
landois. On croit mefme,
( & cela n'eft pas hors de
vrayfemblance ) que s'ils
eftoient venus à bout de
mettre la France au point ou
ils penfoient la réduire , ils
n'auroient pas manqué de
prétextes pour tourner leurs
Armes contre la Hollande.
Ils luy demandent aujour
"
334 MERCURE
d'huy du fecours contre la
juftice des Prétentions du
Roy , je dis la Juſtice , car
je vous l'ay fait voir dans ma
Lettre de Janvier. Un fecours
qu'ils n'efpérent obtenir
qu'en le mandiant avec
- tant d'exagération de fervices
rendus , & tant de foûmiffion
, marque la foibleffe
des Eſpagnols , qui leur fait
perdre jufqu'à leur orgueil
Elle eft telle , que toutes les
forces qu'ils ont dans le
Royaume de Naples , ne
fuffisent pas pour empêcher
les Bandits de les attaquer
.
GALANT 335
A
par-
Les mefmes Feuilles
lent d'un Mémoire raiſonné,
préfenté à la Haye par les
Députez de la Ville d'Amfterdam
; mais commé ces
raiſons ne conclüent pas à
la Guerre , & qu'elles font
plaufibles , on fe garde bien
d'en donner aucun détail
On cherche à cacher aux
l'averfion qu'-
Peuples , que
ont pour la Paix ceux qui
briguent dans les Etats pour
l'empêcher
, eft injufte . Si la
Paix fe fait,quelle gloire pour
la Ville d'Amfterdam
, d'avoir
empêché la déſolation de fon
336 MERCURE
Païs ! Elle n'a que cela en
vûë , on n'en peut foupçon
ner autre chofe , & le Party
opposé peut eſtre foupçonné
du contraire. Comme la Levée
des feize mille Hommes
paroift préfager la ruine de
la Hollande , peu de Hol
landois s'y préfentent pour
prendre Party. Les Officiers
Réformez qui font dans les
Gardes du Prince d'Orange,
n'en demandent pas ; & ce
Prince en a conçu une fi
grand dépit , qu'il a eſté fur
le point de les caffer . Jugez
de la répugnance que les
Peuples
GALANT 337
Peuples doivent avoir pour
cette Guerre , puis quentes :
Gens d'Armée même en font
paroiftre.com
Jelne vous parlerays pluss
que d'un Article des Feuilles
de la meſme Date ; c'eft du
portrait d'un million d'écus
que les Eſpagnols ont ramaſs !
fez de cent coftez diférens ,p
& de cent diverſes manieres .
Il y a bien de l'imprudence
dans cet Article , puis que!
bien loin de marquer la puif
fance de l'Espagne , comme
on en a le deffein , on en fait !
voir la foibleffe. Si les Efpa-2
Fevrier 1684 . Ff
338 MERCURE
རྩ་མི་
gnols ont atant de peine à
fournir une fomme fi médio
cre , comment viendroient
ils à bout d'en tirer encore
autant ? Mais tout cela ne
pouvant fuffire que pour une
partie des levées avec quels
deniers mettront - ils fur pied
le refte des Troupes , & dequoy
les feront- ils fubfifter,
fil'argent fe trouve avec tánt
de peine, & file Plat -Païs où
l'on veut qu'elles viennent
faire la Guerre eft dépourvû
de toutes chofes ? Il n'ya en
Flandre que les Magazins de
Sa Majefté quifoient remplis ,
GALANT 339
& les chofes font dans une
fituation , qu'avec des Armées
& de l'argent,il feroit impoffi
ble aux Troupes Efpagnoles
d'y fubfifter , & d'y foûtenir
la Guerre contre la France.
On peut connoistre par- là
quelle eft la bonté du Roy
pour la Chreftienté , puis que
tout luy eft poffible en l'état
où il fe trouve ; mais on ne
veut pas que cette modération
paroifle . On fait ce qu'on
peut pour l'empoifonner, afin
que ce Monarque s'en fache,
& qu'il ne penfe plus qu'à la
la Guerre que fes Ennemis

Ff ij
340 MERCURE
fouhaitent fi ardemment.
17 .
On ne voit rien dans les
Feuilles du de Fevrier qui
mérite de réponſe , & le
grand Lardon n'a point parû,
parce que l'Autheur eftoit
malade. On y répete ce
qu'on a déja dit du Dannemarck
, touchant les airs de
fierté dont on l'accufe . On
y voit auffi que les Autheurs
Politiques de ces Feüilles,
font bien embaraſſez à deviner
les fecrets des Souve
rains , puis que tantoft ils di
fent que les uns font dans nos
intérefts , & tantoft qu'ils n'y
GALANT. 341
font pas . Comment
feroit- il
poffible qu'ils raifonnaſſent
auffi jufte qu'ils fe le perfuadent
, & comment
pourroiton
ajoûter foy aux conféquences
qu'ils tirent de leurs
raifonnemens
, puis qu'ils ne
fçavent pas fur quoy font
fondées leurs décifions
? Parmy
Ves
Feuilles
du
22.
de
Fevrier
, il s'en trouve une qui
n'eft pas de l'Autheur du
grand Lardon , & qui fait un
portrait des forces de Té-
Kely , & de l'embarras de
l'Empire. Elle en marque la
foibleffe , & qu'il a mal feeu
Ff iij
342 MERCURE
ménager ( les Princes qui avoient
accouru à fon fecours
, & qui ne feront peuteftre
pas la mefme chofe
cette prochaine Campagne.
Elle nous apprend aufli que
la Ligue des Polonois avec
les Mofcovites
, n'eft pas une
affaire prefte , & que c'eſt
une imagination de dire que
le Roy de Perfe fera la Guerre
au Turc , puis que jamais les
Mahometans
n'attaquent
ceux de leur Religion lors
qu'ils font en Guerre avec les
Chrêtiens ; enfin cette Feuille
fait voir des chofes du mauGALANT
343
vais état de l'Allemagne , &
de la force de fes Ennemis,
qui doivent faire trembler
tous les vrais Chreftiens , &
qui font admirer de plus en
plus la bonté du Roy , qui
feit tout , & qui en faveur
de la Chreftienté ne profite
pas de fes avantages , quoy
qu'il foit en état de le faire ,
& qu'on luy ait déclaré la
Guerre. Le mefme Autheur
par une fubtilité affez adroite,
femble dans la fuite parler
encore contre la Maifon
d'Autriche ,mais ce n'est que
pour la fervir. Il fait voir
Ff iiij
{ 344 MERCURE
qu'on s'amufe à des Confé
rences , pendant que la France
, qu'il appelle la plus deliée
-Cour de l'Europe , fe metien
état d'agir , parce qu'elle ne
manquera pas de prétextes
pour rompre ce qui aura efté
fait aux Conférences . Tout
cela eft infinué adroitement
par ceux qui veulent la Guer
are & c'eft un avis donné à
la Maifon d'Autriche & àfes
Alliez , de ne fe pas laiffer
amufer. Mais il n'eft pas néceffaire
de ce détour, puis
que la France tiendra fa pa
role quand elle l'aura don
2
GALANT. 345
née. Elle a une fois rendu la
Franche - Comté fur ce pié-là;
elle a donné de fes Places,
pour faire rendre à la Suéde
celles qu'elle avoit perduës, &
elle a fait de fi grandes chofes
là deffus , qu'il n'eft pas
à croire qu'elle fe démente
jamais. Ainfi qu'on tienne
des Conférences , ou qu'on
n'en tienne pas , le Roy eft:
luy-mefme fon Juge ; il s'im
pofe des Loix ; & comme
elles font contre luy & en fa
veur de l'Europe , on n'en a
jamais appellé. Quelque ca
vantage qu'il puft trouver
ނ
346 MERCURE
en n'executant pas ce qu'il
s'eft une fois engagé de faire,
il ne change jamais de réfolution
, & le paffé doit faire
juger de l'avenir. On voit
dans les mefmes Feuilles la
fuite de la fermeté d'Amfter
dam. On y marque que non
feulement cette Ville a protefté
contre la levée des feize
mille Hommes , mais encore
qu'elle fermeroit la Caiſſe , &
ne contribuëroit en rien, mef
me aux levées ordinaires, b
Il y a un Article dans
les mefmes Feuilles qui fur,
prend d'abord , tous ceux
.
GALANT. 347
ont lû les précedentes . qui perfuader que les
y veut
forces de Suéde cauſent beaucoup
de jaloufie au Dannemarck
, fans fe fouvenir que
l'on a voulu prouver vingt
fois en d'autres Cahiers , que
les Armemens du Dannemarck
inquiétoient la Suéde,
& l'empéchoient de donner
aucun fecours à l'Empire contre
le Turc , dans la crainte
de s'affoiblir , & d'eftre attaquée
pendant ce temps-là
par les Danois De pareilles
contradictions font voir que
ceux qui fe qualifient Au
348 MERCURE
theurs des Nouvelles folides,
n'ont guéres de feûreté de
celles qu'ils avancent.
Les mefmes Feuilles parlent
fur la fin d'une Affemblée
tenue à la Haye , tou
chant un Mémoire préfenté.
aux Etats par M ' le Comte
d'Avaux le 17. Fevrier. Il leur
expoſe , Que le Roy fon Mai
tre , à l'égardde l' Empire , a offert
une Tréve de vingt ans ; eg
qu'à l'égard de l'Espagne , il fe
contentera d'un des Equivalens
propofez les . Novembre derniers
& que fi l'on nepeut en convenir
fi- toft qu'ilferoit à defirer pour le
GALANT. 349
bien de la Chrestienté , Sa Majefte
veut bien luy accorder la
mefme Tréve qu'à l'Empire , M;
Le Comte d'Avaux ayant pou
voir d'en figner le Traité à la
Haye, & M le Comte de Crecy
à Ratisbonne, Qu'en cas qu'ilfe
rencontre encore quelque retardement
à l'acceptation defes offres,
Sa Majesté promet que fi les
Etats s'engagent préfentement
par un Traité , appuyé de la garantie
du Roy d'Angleterre , de
faire agréer à l'Espagne dans
trois mois l'un des Equivalens,
ou la Tréve de vingt années , Elle
fera ceffer tous actes d'hoftilité
350 MERCURE
zestien
contre les Places & Terres d'Efpagne
en quelque qu'elles
foient fituées , à condition quefi
L'Espagne n'accepte pas dans ces
trois mois une de ces alternatives,
que
Les
Troupes que que les Etats
ont aux
Pais - Bas , ne feront
employées
qu'à la défence
des Places
l'Espagne
y poffede
, qu'ils
ne
tuy
donneront
aucun
nouveau
fecours
ailleurs
, contre
Sa Majesté
, ny contre
fes Alliez
Moyennant
quoy
Sa Majesté
sobligera
auffi de n'attaquer
ny
ne s'emparer
d'aucune
Place
aux
Pais - Bas , pour
quelque
raifon
que cepuiffe
eftre, de nepoint
>
GALANT 351
faire la Guerre dans le Plat-Pais
files Espagnols s'en abftiennent,
Sa Majestéfe réfervant de porter
fes Armes ailleurs , juſqu'à ce
qu'ils ayent rétably la Paix qu'ils
ont rompuë. Que fi les Etats ne
veulent pasfaire cet engagement,
& veulent neantmoins empef
cher qu'il n'arrive aucun changement
aux Païs- Bas , Sa Ma.
jefté veutbien accorder une Tréve
aufdits Pais - Bas tant que la
Guerre durera ailleurs , pourvû
que les Etats s'engagent par un
Traité que garantira le Roy
d Angleterre , de n'employer les
Troupes qu'ils y ont qu'à la dé352
MERCURE
fenfe des Places , & de ne donner
aucun autre fecours à l'Espa
gne en quelque endroit que ce foit
Sa Majesté veut bien auffi s'obliger
de ne faire aucun act
acte
MSHAD
la
Bar
d hostilité aux Pais Bas, pourvu
que les Espagnols s'en abftiennet,
&quand mefme ils voudroient y
continuer la Guerre , Elle s'obli
gera de ne la faire que dans le
Plat- Pais , enforte que
riere n'en fera pas rompuë.
Je ne raiſonne point fur ce
Mémoire. Il me fuffit d'admirer
juſqu'où le Roy porte
fes bontez . Je ne doute point
que toute l'Europe ne les admire
avec moy.
GALANT. 353
On vient de me faire part d'un
Memoire venu de la Haye. Je
vous l'envoye dans les mefmes
termes qu'il eſt écrit . Il y a de
l'apparence que les Députez
d'Amfterdam ont efté accufez
fans fujet. Leur fermeté , & ce
qu'ils ont offert de prouver tou
chant les lieux où ils eftoient,
dans le temps qu'on veut qu'ils
ayent efté chez M l'Ambaffa
deur de France , en font de fortes
preuves. On connoift par cette
accufation , pour quel ufage la
Lettre dont il eft parlé dans ce
Mémoire, avoit efté interceptée.
Il eft facile de fupofer dans une
Lettre en Chifres des chofes qui
n'y font point , puis qu'on luy
peut donner divers fens . Voicy
Te Mémoire.
Fevrier 1684.
Go
354 MERCURE
A la Haye, ce 21 Fevrier 1684.
M
Ercredi 16. Fevrier, le Prince
d'orange fit requérir à la
Haye , que l'Affemblée des Etats de
la Provinceje trouvaft cejour-là complete.
Elle commença à 11. heures du
matın , & ne finit qu'à pres
de 9.
heures du foir. Il pria d'abord de
trouver bon qu'ayant à y communi .
quer des affaires a'importance , les
Portes du Lieu où elle fe tenoit , fuffent
fermées , que perfonne n'en pust
fartir ; mais que les Membres qui
pouvoient n'y eftrepas encore Denus,
y peuffent entrer. Apres quelque
affaire ordinaire , it dit que celle
qu'il avoit à propoſer eftoit de ladermiereconféquence
pour le bien de L´E-

GALANT. 355
que tats mais qu'il eftoit convenable
be s Hoof, Député d'Amfterdam ,
Fils d'un ancienBourgucmeftregrand
Républiquain , & le s ,& le S Hop , Penfionnaire
de la mesme Ville n'yfuffent
paspréfens. Ils voulurent bien
fe retirer dans F Antichambre ; mais
apres y avoir efté une beure à s'y ennuyer,
fans qu'on leur fiſt rienfcavoir
, quoy que jeunes , mais Gens
d'efprit , ils fe déterminerent d'y
rentrer & d'y reprendre leurs places .
A leur abord il fe fit un grand filence
; mais un de leurs Collegues,
Député & Bourguemeftre d'Amfter
dam , prit la parole , & leur dit que
la Compagnie fe wouvoit étonnée
d'une accufation que le Prince d'o-
Vangefaifoitcontre eux,& leurfitras
part de ce qui fe venait depaffer. It
njoûta , que S. A. avoit montré upe
Gg ij
356 MERCURE
Lettre de M' l' Ambaſſadeur de France
écrite au Royfon Maitre , interceptée
par le Marquis de Grana , qui la luy
avoit envoyée , dans laquelle on avoit
trouvé quelque article déchifré , qui
faifoit connoistre que mondit S′ l'Ambaffadeur
avoit des correspondances,
& des intelligencesfecretes avec leur
Ville. Qu'ils eftoient tous deux accufez
par leur nom , & qu'un teljour
ils avoient parlé à M² l'Ambaffadeur
dans fon Hôtel Que SA & le
Penfionnaire Fagel mettoient en délibération
, s'ils feroient tous ar
reftez,je dis tous les Deputez d'Am. *
fterdam , ou eux deuxfeulement, &
qu'ils entroient àpropospour ſe juftifier,
ou pour eftre convaincus. Ces
deuxjeunes Députez fans s'étonner,
Je défendirent en niant la chofe , &
Le fouvenant des endroits où cejour-
44
GALANT. 357
là ils avoient efté, ils s'offrirent de
le prouver Pendant leur défenfe,
où le 'St Hop Penfionnaire, parla avec
une éloquence admirable , on remarqua
beaucoup d'altération fur le vi
Sage du Prince. La fermetéde ces Accufezfitchanger
de fentimer t à l'Affemblée
, & leur préfence les fauva,
car onne cherchoit probablement qu'à
les emprifons er; & on vouloit, ou les
perdre en obfcurciffant l'offenſe , ou en
les entraînant , donner à l'Etat des
Loupçons de la Ville d'Amfterdam ,
& venir à bout des fins préparées
par ce faux chemin qu'on vouloit
tenter. Comme l'arreft de ces deux
Perfonnes ne réuffit pas,, on propofa
d'allerfoeller tous les Papiers qui fe
trouveroient dans leur Chambre , &
tous ceux qui feroient dans le Portefeuille
des Députez , & mesme on
358 MERCURE
voulut nommer Commiſſaire. Adjoint
pour écla , l'ancien Député Bourguemestre
d'Amfterdam , nommé M de
Marfeveen , Homme de tefte qui le
refuſa , mais avec une vigueur cxtraordinaire
, & dit qu'il voulait y
eftre préfent , depeur que ceux qui
estoient affez méchans , & affez
traiftres pour vouloir accufer fes
Collegues n'euffent la malice d'y
couler de faux Papiers , que fans
enouvrir aucun , il falloitfeulement
Les fceller en l'état où tout fe trouverait
; ce qui fut executé. L'Affemblée
eflant finiefort tard, tous les Députez
fortirent fecretement de leurs
Logis , hors ce M de Marſeveen qui
reſta à la Haye , & vinrent toute la
nuit à Amfterdam , où ils firentconvoquer
le Confeil, pour l'informer de
tout ce qui s'eftoit paſſé. Ils conclu
BGALANT. 359
rent que les Députez feroient approu
vez remerciez de ce qu'ils avoient
•fait, & envoyerent par un de leurs
Scoretaires à leur Député cette réfolution
, & il est revenu pendant ces
trois ou quatrejours qu'il ne fe tient
point d'Affemblée; mais on ne doute
point qu'ils ne retournent demain
tous ,fans les remplacer. Il s'eft cependant
tenu beaucoup d'Affemblées
dans Amfterdam , par le Confeil de
Ville. Avant-bier, il fut trouvé bon
defaire une Lettre Circulaire à toutes
lesVilles de la Province pour y porter
leurs plaintes , de leur demander
leur avis fur de violent proccdé , de
beur remontrerqu'il eft contre les Loix
de l'Etat , & deles prier de leur faire
feavoir s'ils fe defiftent de l'Union
fur laquelle leur République a efte
établie. Mais comme rien n'est àné360
MERCURE
gliger , cet apres- midy le Confeil de
Guerre s'eft du affembler pour donner
fans doute,des ordres touchant lafeureté
de la Ville , & fe garantir de la
furprife. Tout le Peuple eftires- affectionné
au Magiftrat,
Ce quifait , jepenfe , encore de la
peine à la Haye , c'est que M* l'Ambaffadeur
de France , dans un Mémoire
qu'il préfenta il y a deux jours
aux Etats Genéraux , leur demanda
fa Lettre interceptée en Original, &
à eux envoyée par le Marquis de
Grana , dont la Copie a efté donnée
aux Villes , & il les requit qu'iln'y
euft excufe ny delay pour cela , afin
qu'ilfceuft fi c'est cellequila , afin
efté volée
à fon Gentilhomme pres de Mafrich,
& qu'il en puft rendre compte enfuite
·à Sa Majesté..
On
GALANT. 361
On doit remarquer , que dans
cette grande Affemblée , les Dé.
putez d'Amfterdam font foup.
çonnez feulement par le Prince
d'Orange , & par le Penfionnaire
Fagel qui eft dans fes intéreſts.
S'ils avoient efté arreftez , &
qu'on euft gliffe parmy leurs
Papiers quelques Ecrits qui les
rendiffent coupables , on n'auroit
alors examiné que ces feuls
Ecrits , afin de ne pas parler des
Lettres , dont on auroit pû re
connoistre l'accufation fauffe.
Meffieurs d'Amſterdam n'ont
pas befoin d'entretenir des intelligences
fecretes avec la France,
pour luy faire connoiftre
leurs fentimens touchant la Paix
qu'ils veulent éviter de rompre
avec elle , puis qu'ils le publient
Fevrier 1684. Hh
262 MERCURE
hautement lors qu'il s'agit de fe
déclarer fur cet Article. De fon
cofté , le Roy n'a aucun befoin
de ces fortes d'intelligences pour
faire la Paix , puis qu'il eft en
état d'en regler luy ſeul les Conditions
, comme il a déja fait plufieurs
fois...
J'ay accoûtumé de vous en,
voyer dans ma Lettre deJanvier,
une Planche des Jettons de chaque
année. Comme je les ay eus
fort tard celle - cy , j'ay efté contraint
de la reculer d'un mois,
I.
Le Tréfor Royal. Le Soleil qui
éleve des nuées , qu'il répand
en pluyes fur la Terre , avec ces
mors.
Intactas reddit.
Les Nüées font la matiere des
GALANT. 363
Pluyes , & les Pluyes qui rend at
la Terre féconde , en peuvent
eftre nomméesles richeffes . Affi
comme le Soleil amaffe les
Nüées & les rend à la Terre
-ns en rien retenir , & fans y rou
al
ler , pour ainfi dire , ces mefs
paroles peuvent s'appliquer
he illuftre Magiftrat , à qui le
oy a confié le foin de fes Fi-
-nances , & qui les adminiftre avec
zune intégrité , & un deſ- intéreſ-
-fement qui ont peu d'exemples.
CeJerton , & les quatre fuivans,
nt efté gravez par M' Rottier.
aupes paroles font au bas dans l'E .
buergue, Erary Regy Calculus.
L'Extraordinaire des Guerres . Un
üage épais d'où il fort des
lairs , & qui enferme une tem
Hhij
364 MERCURE
pefte avec ces mots , bdomi
palua Via, cui iratus apiter.532
» Malheur à ceux fur qui lasco.
lere du Ciel, fera éclater cette
tempefte , malheur aux Ennemis
contre lefquels le Roy dans fon
indignation tournera fes Armes
victoricufes. Cette Devife eft de
Ml'Abbé Tallemant le jeune,
auffi - bien que celles de la Marine
& des Galeres. A. 4
L'Ordinaire des Guerres, ¿Un
Porc- Epy , & ces mots , primer
Semper confpectus in armis.
IV.
Les Baftimens. La Machine de
Marly , avec ces parolės, espo
Victis hoftibus vicit Naturam.
Cette Deviſe eft du fçavant
Mr de la Chapelle , qui a aujour
d'huy l'Infpection fur tous les
GALANT: 365
Baftimens de Paris , & for l'Aca
démie de Peinture & de Sculp
ture. Elle fait voir que le Roy a
vaincu das Nature , comme il a
vaincu fes Ennemis.pt qunt
pot zand vol Vrionikoj ɔRDY
Les Parties Caftelless ‹ Un Caducée
, & ces mots, our
Obfiftitfato.
Le Caducée de Mercure avoit
une puiffance admirable . Virgile
en fait une excellente defcription
dans ces Vers . C
Tum virgam capit; hac animas illâ
Bevocal orco Page com
Pallentes , alias fub triftia tartara
mittit nd
75
Dat fomnos , adimitque , & laminas
*morte refignat.
Hen eft de mefine de la grâce
du Droit Annuel que le Roy aca
Hhij
366 MERCURE
corde àfes Officiers. C'eft cette
grace qui cöfer ve leurs Charges,
C'est la privation de dette graec
quiles leur fait perdre. Antton
peut dire que le droit Annuel
Yoppofe à la mort, puis qu'il fait
que la Charge un Officier qui
n'eft plus fubfifte en la Petfonne
des Heritiers. Cette Dé.
ife eft de M Charpentier! y
a dans l'Exergue , Erary adventitiorum
fructuum Caléulas? 2795 (12
aisyad šis mV ĮluoluoT sb at
'M_Pour Madame la Dauphine! § Un
Diamant, avec ces paroles,
3914 4900 Dilat & ornât. Insiv li
L'aplication en eft facile. CeJeton
a efle grave par M Chéren .
!
La Marine: Le Signe des Gemeaux
, & la Mer au bas , avec
ces paroles ,
GALANT 367
31393 Felix lux altera Nautis.o
29 Cette Constellation est selle ,
que lors qu'une des deux princi.
pules Etoiles difparoift , l'autre
(commence à briller , & comme
la Fable dit que ces deux Etoiles
font Caftor & Pollux, Fils de
Jupiter , qui estoient estimez fur
tous les Dieux , Protecteurs des
Nautonniers , ilfemble que cela
fe puiffe appliquer heureufement
en cette rencontre à Mle Comte
de Toulouſe , qui a la Royale
Naiffance parcile à celle de M
le Comte de Vermandois , dont
il vient occuper la place , avec
Japplaudiffement de toute la
Marine , qui dans une fi grande
perte retrouve le Sang de Louis,
fous les aufpices duquel la Victoire
eft toûjours feûre.
Hhe
368 MERCURE
Les Galeres. Des Vents qui fou
flent fur la Mer . ce ku094
Hinc pelagi fragen.3153102
Les Vents foûlevent les Flots,
brifent les Navires , & font
ainsi dire ,les
pour
litres
de la Mer
. De
mefme
, les Galeres
du Roy portent
la terreur
dans
toute
la
Méditerranée
, & donnent
la Loy à toutes
les Nations
. 黑糖
ob zag
IX. A 296 199
Avocats au Confeil. Une Aigle ,
qui expofe fes Petits aux Rayops
du Soleil.
Admittit quos fole probat.senka z
X. < ziona
· L'Hoffel de Ville. Le Soleil qui I
illumine la Terre
9
nitud
Dat vires luftrando novas.
que le Soleil parcourt la Lors
Terre , il donne de nouvelles
GALANT 369

forces à tout ce qu'il regarde.
Ces paroles ont un raport fort
heureux au Roy , qui a vifité fes
Fortereffes. Cette Devife eft de
Mi de Santeuil , Ch . de S. Victor.
· La Ville de Cambray. Une Ville,
& ces paroles, task , but a holy
$100 Dulcius vivimus.
14
a
Nous vivons fous un Regne
plus doux. Le S ' Mavelot Graveur
de S. A. R. Mademoiſelle,
a gravé ce dernier Jerton .”
Le nom de M de Santeuil me
fait fouvenir que j'eſtois mal informé
quand je vous dis ily a fix
mois , que M de la Monnoye de
Dijon , avoit traduit fon Ode
Latine , dans la pensée d'empor.""
ter le Prix de Poëfie que P'Académie
Françoife diftribue tous
370 MERCURE
f
9
la
¿ fes deux ans La verité eftsque
cette Fradation eftoit faited
vant qu'on cuft propofele Sujec
du Prix. Lors que ce Sujeo fut
propofé , Model Santeuilǝqui
avoit la Traduction Françoise de
fon Ode entre des mains pens retrancha
quelque chofe parce
qu'elle eftoit trop longue ,
fit mettre parmy les Pieces qui
devoient prétendre au Prix. Elle
Pobrint , fans que Mª de la Mon.
noye qui n'avoit point travaile
pour cela , en euft connoiffance,
Ainfi ilen partage Phonneurega
lement, quoy que le Prix foit
demeuré à M. de Santeuil, par la
Procuration qu'il luy cavoya
pour le recevoir
EP
gav ob zulqshauke
M' le Comte de Chaſtillon,
Frere de Mle Chevalier de
SGADANT 37
Chatillon, Capitaine des Gardes
du Corps de Monfieur, a épousé
depuis peu Mademoiselle Morer,
Nicce de Madu Merz Garde da
Tréfor Royal , de M ' l'Abbé du
Metz , & de M du Metz Maréchaledes
Camps & Armées dụ
Roy, & Gouverneur de Gravelines
, Ge Comte eft préfente,
ment le Chef de cette illuſtre &
ancienne Maiſon , qu'on nom,
moit le grand & le noble Chaftillon,
pour la diftinguer de plufieurs
autres qui portent les nom ode
Chaſtillon, C'eftoit avec beaucoup
de juftice puis qu'elle
prouve une antiquité de plus de
Lept Siecles, & qu'elle a produit
plus de vingt- cinq Branches toutes
remarquables par les grands
Perfonnages qu'elles ont donnez
372 MERCURE
a l'Etat , à l'Eglife , & aux Armes,
ayant eu plufieurs Officiers dela
Couronne , Grands Maiftres
Chanceliers , Amipaux, Grands-
Chambellans , Grands Maitres
des Arbaleftriers , Grands. Pannetiers
Grands Maiftres des
Eaux & Forefts, Grands.Queux
de France , grand nombre de
Gouverneurs de Villes & Provinces,
plufieurs Lieutenans Ge
néraux , & des Genéraux d'Ata
mées , avec quantité d'Ambaffadeurs,
d'Archevefques , & d'E
velques . On tient mefme que le
Pape Urbain II . eftoit de cette
Maifon, qui a eu anffi des Saints
canonifez , & P'honneur de s'aliq
her douze où treize fois la Maifon
Royale de France, & à celles
d'Espagne, de Lorraine, de BraGALANT
1373
bant, Flandre, Hainaut, Namur,
Gueldre, Luxembourg, Nevers,
Blois , Vendôme , Léfignan,
Brienne, Roucy, Bourbon l'ancien
, Montmorency, Coucy, Bla .
vieu & generalement à toures
les plus illuftres du Royaumes
Elle a poffedé les Principautez
d'Antioche & de Tubury en Le
vant , les Duchez de Bretagne
& de Gueldre , les Comtez de
Rhétel, S. Paul, Nevers, Blois ,
Chartres , Soiflons- Dunois, Pon.
tieure, Périgord, Porcien , Dam
martin, &c . Vicomté de Lige,
les Vidamies de Rheims , de
Laon , & Châlons , & a fondé
plufieurs Abbayes , confidéra
bles Enfin il n'y a Roys ny
Princes dans l'Europe, à qui elle
n'ait l'honneur d'appartenir. M;
3
374 MERCURE
du Chelae a fair uwVolumE MISS
folio delcette Maifon Elle portede
Gucules à trois Pals dewair! uw
chefd'or ; pour Cimier än Dragon de
gucules, és pour Suport deux Lions. I
Mole Comte de Chaſtition Paio
préfentement da vingt,useme
Filiation bien juſtifiée. * 11 fucl
fair Mestre de Camp des l'anes
née 1675. apres avoir paffé par
tous les degrez qui conduilent
aux dignitez de PEpée. 933963
Madame la Marquiled'Efit,
Gouvernante des Princelles Fik
les de Monfieur, & Femme d'Any
toine Ruzé , Marquis d'Efffir,
Premier Ecuyer de S. A. R &
Petit Fils du Maréchal Ef
fiat , Sur Intendant des Finanb
cés , eft morte ces derniers jours
fans avoir laillé d'Enfans. Gef
* M WED 76900697
1
GALANT 378
toit une Dame d'une tres grande
vertus & quicâ regardé la morta
comme un paffage à une vie plus
heureuſe. Elle defcendoit du
Chancelier Olivier , S de Leuville
, qui eftoit Fils de Jacques
Olivier , Side Leuville , de
Puificax , Premier Préſident
au Parlement de Paris , mort en
1519. & de Geneviefve de Tul
Ce
Tencelier époula
Antoinette
de CérifayeFille de
Nicolas S de Rivieres , dont il
eut entr'autres Enfans , Jean Olivier
I. du nom , S de Leuville,
duquel , & de Sufanne de Cha-
.bannes Fille de Charles Så de
£
la Paliffe , vint Jean, Olivier II.
du nom , S de Lenville , marié
à Magdelaine de l'Aubeſpine,
Fille de Guillaume S de Châ
teauneuf. De ce Mariage , fortit
376 MERCURE
Louis Olivier I. du nom , Mar
quis de Leuville , qui en 1636 ,
époufa Marie Morand , Fille de
Thomas Morand , Baron du
Mefail Garnier , Confeiller d'E
tat, & laiffa Louis Olivier II . du
nom , Marquis de Leuville, mort
fans Enfans en 1671. & Marie-
Anne Olivier, Maquile d'Effiat,
qui vient de mourir .
La perte du venerable Frere
Fiacre de Sainte Marguerite , du
Convent des Auguftins Dés
chauffez , dits Petits Peres , a
fait trop
de bruit pour me per.
mettre de la paffer fous filence,
Il eft mort le 16. de ce mois âgé
de 75. ans , apres en avoir palle
53. dans la Religion avec un tresgrand
exemple. Comme il eftoit
en réputation de Sainteté , on a
GALANT. 377
veu un concours extraordinaire
de Peuple à fon Enterrement.
Tous ceux qui l'ont pratiqué, té.
moignent qu'il a efté gratifié de
plufieurs dons de Dieu , & élevé
dans un éminent degré d'Oraifon
. Ila kaiffe quelques Manuf
crits cachetez , avec priere de ne
les ouvrir que dix ans apres fa
mort,
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la premiere
eft de Mr de la Barre , de Tours
& l'autre , de la Fauvete de Morlaix.
J
ENIGME.
E fuis Fille de l'Air , fans corpe,i
quoy que j'en donne.
Les Dottes éclairés , mefententfans
me voir.
Fevrier 1684
蛋逗
378 MERCURE
I´ntiaque rout,je #'épargneperſonne
LesPauvres craignetmonpouvoir.
Des Riches , dans l'Eté les plaifirs
j'affaifonne,
Comine cela ſefait , chacun le peut
Sçavoir.
EYE KHS 2902 ) HOT
Quoy qu'un Rien , je produis une
Fille brillante, bourg alon@
asfliy
L'éclat qu'on voit en elle aux Saphirs
eft pareils
Mais malgrecet éclat qu'auxjeux elle
préſente,
Safierté demeure impuiſſante
Au moindre regard duSoleil
Cet Aftre eftant abfent , itn'estrien
qui ne meures
homlase
Tout languis ; l'Vnivers
fans luy n'a
point d'appas.paulyang
A
Afon abordtourrit , & tout chante.
y basi
GALANT. 379
Maſeule Fille, en le voyant , bélas !
S'évanouit , fe meurt, & mourant
zri\ielle plcuxe, & anal ,zubin 196
AUTRE ENIGME
Ous fommes deux Freres
Nolatora jumeaux, **
Que legrand Hyver rend utiles,
Aux Peuples des Champs & des
Villes,
Qui voyagent deffus les Eaux.
Sa
Maispourdeviner qui nousfommes,
Remarque , cher Lecteur , que nous
wer fervons aux Hommes
Seulement des Pais du Nord;
& Et qu'un Navire de bast Bord
N'a pas plus que nous de vireſſe,
Quand on nousfait conduire avec
adreffe.
li ij
380 MERCURE
Comme les noms de ceux qui
trouveront le vray fens de ces
deux Enigmes , ne feront que
dans le XXV . T. de l'Extraordi.
naire queje vous envoyeray lers.
d'Avril , je remets jufqu'au mois
prochain à vous parler de ceux
qui ont expliqué celles de Janvier.

3.000 91797
Les Comédiens François nous
ont donné ce mois cy deux Pie
ces nouvelles. L'une eft Arminias,12
de l'Autheur de Virginie Lesbi
Vers en font beaux, & fort aifez??
& outre les Scenes d'amour qui ?.
font touchantes , elle eft remplie 2
de fentimens de fierté contre la
grandeur Romaine , qui la ren
dent digne du fuccés qu'elle a
L'autre eft la Dame invifible, de
M' de Hauteroche. 4 C'eft une
GALANT. 38%
Piece purement d'Intrigues , dont
l'Original eft Espagnol, & qu'on
eftime une des plus belles du fass
meux Don Pedro Calderon , quis
l'a intitulée la Dama Duende. Few
M Douville trata de melme
Sujet il y a environ quarante ans q
fous le titre de l'Esprit fellet; & T
cerre Comédie , quoy que fans
aucune vray -femblance, & plu
toft en Profe rimee qu'en Vers,
parut fi divertiffante par fes in
cidens, qu'elle eut un tres grand
fuccés Mide Hauteroche les a
rectifiez d'une maniere , qui fatisfera
tous ceux qui entendent
le Theatres and solobeh
Je vous envoyente Fugement de
Flutonfur les deux Parties des Dialogues
des Morts , que les Sieurs
Blageart & Quinet debitent de
382 MERCURE
puis huit jours. Il plaift fort icy,
& l'on y trouve une Critique fine
& délicate , qui fait honneur à
l'Autheur , fans qu'elle bleffe celuy
à qui nous devons les Dialogues
. Elle eft fort honneſte à fon
égard, & ne daiffe pas de renfermer
tous les defauts qu'on a prétendu
avoir découverts dans cet
Ouvrage. Je vous prie de me
mander fi vous croyez que les
Arrefts que donne Pluton doi
vent luy faire grand tort. On a
traité la matière avecaffez d'enjouement
; & fi de pareilles converfations
fe faifoient fouvent
parmy
les Morts , beaucoup de
Vivans ne les vaudroient pas st
En fermant ma Lettre, je reçois une
Copie de celle que Meffieurs les Bourguemeftres,
& le Confeil d'Amfterdam,
274
SGALANT. 383
on écrite le 19. dul courant aux autres.
Killes qui ontfeance dans & Affemblée
de Meffieurs les Etats de Hollande. Je
troy qu'apres vous avoirfait voir ce qui
a donne occafion à cette Lettre , vous
ferez bien-afe d'apprendre les fuit es
que commence à avoir cette grande Af
faire. La Lettre de Meffieurs d'Amferdam
parte en propres termes , Qu'ils
ont efté furpris d'apprendre par la
bouche de leurs Députez qui avoient
affifté dans l'Affemblée du 16. que le
mefme jour les Portes de la Chambre
-de l'Allemblée, & celles de l'Antischanibrey
avoient efté fermées de l'ordre
feuleinent de Mile Penfionnaire
Fagel ,fans en demander au préalable
l'avis des Membres de l'Affemblée,
avec défenfes d'en lailler fortir perfonne,
& qu'al a requefte de Monfieur
le Prince d'Orange, deux de leurs Députez
s'eftant retirez dans l'Antichambre,
S. A. avoit expoſé à l'Affemblée,
que M' le Marquis de Grana
luy avoit envoyé des Lettres de M
384 MERCURE
F'Ambaffadeur de France au Koy for
Maiftre, qui avoient efté interpretées ,
en date du 9. du courant , qui contenoient
une Relation fort circonftantiée
de certains concerts tenus entre
.S. Ex. & eux , & qu'elle avoit jugé à
propos d'en informer Meffieurs les
Etats ; que lecture faite defdites Lettres
par M'le Penfionnaire, S. A. avoir.
dit que cette correfpondance avoir
efté pratiquée par ces deux Meffieurs
qui s'eftoient retirez dans l'Antichambre,
& qu'Elle ne fçavoit pas s'ils en
avoient eu ordre ; qu'en fuite l'Affemblée
allant opiner fur cela , immédiatement
apres que ces deux Députez
eftorentrentrez, & avoient repris leurs
places , on avoit premierement tâché
de les faire retirer derechef dans l'Antichambre
, ce qu'ils avoient refufé de
faire, difant qu'ils n'cftoient pas tenus
de le faire en juftice ; qu'en faite Meffieurs
les Etats avoient réfolu d envoyer
Copie defdites Lettres à Mef
fieurs de la Noblelle, & aux Bourguemeftres
GALANT. 335
meftres & Confeils des Villes , pour
fçavoir ce que l'on devoit faire làdeffus
quant au principal ; qu'à leur
grand étonnement, comine fi l'on vouloit
commencer à procéder criminellement
contre un des principaux Membres
de l'Affemblée , nonobftant l'op .
pofition de leurs Députez , & l'offre
qu'ils faifoient de fe purger fur le
champ de toutes les accufations que
l'on pouvoit former abufivement con
.tr'eux fur lefdites Lettres , leurs Papiers,
& ceux de leur Penfionnaire, avoient
efté faifis & fcellez par deux Meffieurs
de l'Affemblée, & de M. le Secretaire
Beaumont , pour eftre laillez en cet
état jufques à ce que les Membres de
Aflemblée, apres avoir communiqué
lefdites Lettrés à leurs Principaux , auroient
jugé fi lefdits Papiers devoient
eftre examinez, ou non ; Que confidérant
d'un cofté que ces accufations de
correfpondance criminelle entre M.
l'Ambaffadeur & eux ne provenoient
que des Lettres interceptées qu'il avoit
Fevrier 1684.
KK
386 MERCURE
écrites au Roy fon Maiſtre, de la maniere
qu'il luy avoit plû , comme Miniftre
Etranger, & encor en chifre , &
qu'on nepouvoit pas fçavoir fi en les
déchifrant on les avoit inifes dans leur
veritable fens , & que d'autre, coſté
c'eftoit fur cela que tous ces rudes procédez
eftoient fondez , premierement
la fermeture des Portes de l'Aflemblée
de la maniere que l'on a dit , & puis
le procedé tenu contre les Députez ,
dout il n'eftoit fait aucune mention
dans lefdites Lettres , & qui avoient
prouvé fur le champ, comme il eftoit
auffi veritable , qu'ils n'avoient parlé
à M. l'Ambaffadeur que de leur ordre,
& qui avoient auffi convaincu d'abus
ce que M. le Penfionnaire avoit avancé
contrelefdits Députez, fçavoir, que
le jour du départ de ces Lettres ils
avoient efté chez M. l'Amballadeur,
faifant voir, l'un, qu'il avoit efté autre
part ce jour-là, & l'autre, que de tout
le mefme jour il n'eftoit pas forty de
leur Logis ; & qu'enfin l'on n'avoit
A
GALANT 387

pû le réfoudre à mettre le fcellé aufdits
Papiers & voulu proceder en cela
avec tant de précipitation & de bruit,
tant dedans que dehors le Païs , à un
tel mépris & defavantage de leur Ville,
quoy que leurs Députez euffent requis
par deux fois que lecture defdites Let
tres fût faite en préfence des deux d'entr'eux
qui avoient efté dans l'Anti
chabre lors qu'on les avoit leues dans
l'Affemblée, avec offre d'y répondre fur
le champ ; quoy faifant, indubitablement
on n'auroit pas procedé au fcellé
defdits Papiers, à ce qu'ils fe perfua
doient ; & faifant voir qu'ils n'avoient
point de tort , on auroit coupé cours
à la faite de cet étrange procedé , ou
montré à tout le moins la juftice qu'il
yavoit de ne vouloir pas qu'une matiere
d'accufation fuft portée aux Confeils
de toutes les Villes , fans fçavoir
en mefine temps ce qui fervoit à prou→
ver , & faire voir leur innocence;
Qu'ils ne pouvoient confidérer ce pro
cedé que comme directement contraire
KK ij
388 MERCURE
non feulement en toute forte de juftice
envers un Membre de l'Affemblée des
Etats, mefme à la liberté, à la dignité,
& à la feûreté des Membres qui confpofoient
laditeAffet com-
Qu'il eftóir
injuricax , & pouvoit eftre d'une fuite
dangereufe , de tirer ces accufations
d'une Lettre interceptée qu'un Ambaffadeur
de France écrit au Roy fon
Maifire, & qu'ils appréhendoient avec
douleur les malheurs qui pouvoient
arriver à l'Etat par un tel fcandale &
commotion au dedans, dans un temps
auquel tous les Membres qui le compofent
devroient eftre également unis
& zélez à confulter.conjointement , &
réfoudre enſemble de ce qui eft néceffaire
pour garantir la Chreftienté en
general & cet Etar en particulier,
d'une guerre ruineufe , à quoy ils dé
claroient faintement que leur conduite
& leurs avis avoient toûjours tendù;
Qu'au refte il n'y avoit rien qui leur
fift moins de peine que de prouver leur
innocence fur ces accufations, & qu'ils
GALANT 389
la feroient voir clairement , lors que
lefdites Lettres de M. l'Amballadeur
leur feroient parvenuës , les requérant
cependant tres-inftamment , en confi
dération des conféquences dangereuſes
que cela pourroit apporter, tant à l'égard
de l'Affemblée , qu'à celuy de
chacun de fes Membres , de ne faire
ay réfoudre rien far cela , qui ne fuft
conforme àla faine raifon , & à l'ordre
de la bonne Police , & de vouloir at
tendre leur réponſe ou défenſe fur lef
dites Lettres de M. l'Amballadeur ,
avant que de prendre fur cela aucune
réfolution à leur defavantage , cu qui
foit autre que pour le maintien du droit
du Pais , & de chacun de fes Membres
en particulier , affurant que de leur
cofté ils n'y negligeront rien ; Qu'ils
eftoient extrémement furpris que divers
Membres de l'Allemblée opinant
fur l'incident defdites Lettres , euffent
dit qu'il falloit entr'autres mettre le
fcellé aux Papiers de M. le Penfion
maire Hop , parce que de temps en
390 MERCURE
temps il avoit reçeu des Lettres de
M. Vanbeuning , Bourguemeftre Ré
gent de leur Ville , veu qu'on ne fçau
roit s'imaginer qu'on puft imputer a
crime qu'un Bourguemeftre Régent
écrive à un Miniftre de la Ville Dé
puté à l'Affemblée , & qu'en droir it
faut qu'un Homme foit déclaré , &
reconnu pour fort criminel, avant que
de faire faifir entre les mains de qui
que ce foit les Papiers de correfpondance
tenus avec luy , & moins en
core des Lettres écrites aux Députez
à l'Affemblée; Q'enfin ils avoient
receu Copie de la Lettre cy- dellus
mentionnée de M. l'Ambaffadeur, fur
laquelle ils n'avoient voulu manquer
de remarquer à la hafte , premierement
qu'il fembloit qu'on la devoit confi
dérer comme un Extrait, plutoft qu'une
Copie entiere de ladite Lettre, veu que
non feulement par-cy par là l'on y
avoit obmis des mots , qu'on ne devoit
pas obmettre pour en bien entendre
le fens , mefme qu'il y a un grand
GALANT. 391
Y
nombre d'hiatus ou lieux interrompus .
qui faifoient voir clairement que M. le
Marquis de Grana n'avoit pas envoyé
à Amſterdam tout ce que ces Lettres
contenoient, & que neantmoins il faudroit
lefçavoir avant que de former làdeffus
un jugement bien fondé , ou les
fatisfaire à l'égard de la défenfe que
l'on voudroit prétendre d'eux , & de
plus qu'elles ne contenoient principa
lement, fi ce n'eft qu'ils avoient tâché
d'informer l'Etat , & luy faire mettre
en déliberation ce que M. l'Ambafladeur
leur avoit communiqué en parti
culier , & ce qu'ils avoient fait communiquer
à M. le Penfionnaire, & à
plufieurs Membres de l'Aflemblée , dés
la premiere ouverture qui en avoit efté
faite en Decembre par cas fortuit à
quelques -uns de leurs Députez ; Et
que parce que cela ne tendoit qu'à
induire les Espagnols à un prompt accommodement
des Diferends qu'ils
avoient avec la France, & à la confervation
du Païs -Bas , & à éteindre le
392 MER. GAL
feu dela guerre qui s'y eftoit allumė,
il ne leur avoit jamais femblé ny plus
utile , ny plus avantageux pour le Païs,
que d'en faire déliberer par les Mein
bres des Etats ; Et que pour le reke du
contenu de cette Lettre, qui ne regar
doit point cette matiere-là , c'eftoient
des chofes dont ils n'avoient aucune
connoiffance ; & que bien loin d'avoir
eu quelque concert ou engagement
particulier avec M. l'Ainbaffadeur , ou
de luy avoir fait quelque promeffe , ils
feroient voir clairement que leur retenue
& leurprévoyance fur cela avoient
efté telles, qu'il feroit à fouhaiter que
ceuxqui avoient part avec eux auGouvernement
, les euffent toûjours obfervées,
& les obfervallent encore comme
ils ont fait.
On m'apprend préfentement que Madame
la Ducheffe de Briffac , Fille de
M. le Duc de S. Simon, ayant efté attaquée
de la petite vérole ily a deux jours,
en eft morte ce matin. Je fuis, Madame,
voftre &c.
A Paris ce 29. Fevrier 1684,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le