→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1684, 01
Taille
10.30 Mo
Format
Nombre de pages
369
Source
Année de téléchargement
Texte
Eur5192
Mercur Per
76844
<36614139000011
MERCURE
to do supr
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1684.
A PARIS ,
AV PALAIS,
1
ONdonnera touj
donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra auffi bien que ERATdinaire
Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchenin.
MIHTUACI
CMA PARIS,Af +
Chee G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salledes Merciers, à laJuſtice,
Chez C. BLAGEART , Rue S, Jacques,
alentrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court- Neuve du Palais ,
AU DAUPHIN,
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envic .
M. DC. LXXXIV.
EC PRIVILEGE DY
Beyerinchon
Statsbillothek
\Mänotion ›
$52525252 SSESE23
TABLE DES MATIERES
mais ce
Volume
.
10
Deviſes, ad i cule vous?
Combat de M. le Chevalier de Liéry
contre deux aiffeaux d'Alger, 2
Plafieurs Ouvrages en Vers fur la Naiffance
de Monseigneur le Duc d' And
15you
Ovenure du Parlement de Grenoble,
avec le Difcours fair par M. le Mar-
Aquis de S. André-Virieu , qui en eft
Premier Préfident,
27
33
Mariage de M. le Comte de Vandegre
3136
Mariage de M. le Chevalier de Crillon,
39
Remarques curienfes fur l'Hiftoire de la
Pucelle d'Orleans,
M. de Louvoy's fast augmenter les Ap
pointemens de Academie de Peinture
16 Calpture
,
á ij
TABLE .
Defeription du Servicefolemnelfait ause
Jefuites à la mémoire defen Mle
Prince,
68
83
Complimentfait à M. le Nonce,
Explications del Infcription trouvéefur
un Cercueil d'Etain , en faisant une
Contremine à la Porte du Chateau
deVienne,
Charge
donnée
quin,
28.96
par le Roy à M. &A-
по
Intendans des Finances nommez par Sa
Majefté,
III
Mort de M. l'Evefque de Marseille, 113
Penfion donnée par le Roy à M. le Che-
Palier de Bétamas,
Mort de M.l'Abbé Gandart,
114
HIS
Abbaye donnée au Fils de M. de Mont
chevreuil, 116
Mort de M. le Chevalier de Sallart, 116
Mort de Mademoiselle de Lhôpital, 117
Abbayes données parle Roy,
Hiftoire,
Régales donnez par le Roy,
Ballade de M. de la Fontaine,
Ballade de Madame des Houlieres,
119
120
1.150
165
171
TABLE.
Réponse de M. le Duc de S. Aignan à
Madame des Houlieres, AwKURĀ77
Réponse de Madame des Houlieres à M.
le Duc de S. Aignan 181
Réjouiffences faites à Angers pour lav
Naffance de Monseigneur le Duc
d'Anjou,
3
184
Autres Réjouiffances fur cette Naiffance,
Devifefur cette Naiſſance,
195
198
201
Election d'un Procurateur à Venife, &
toutes les Feftes qui fe font à cette
occafion,
Male Marquis de Torcy eft nommé Envoyé
Extraordinaire en Portugal, 214
Gouvernemens donnez par le Roy, 216
M. Rouſſeau eft nommé Directeur Ge
eneral des Monnoyes de France, 217
Tout ce qui regarde la Declaration de
la Guerre faite à la France par les
Espagnols , & tout ce qui s'eſt dit &
fait à l'occasion de cette Guerre, 218
Ballade de M. le Marquis de Montp
plaifir, a 314
Mariage de M. de Leffeville & de Ni
TABLE.
demoiselle Guyet, i 316
Mariage de M. de Berille & de N
demoiselle de Paris,
Mariage de
321
Chopin, Lieutenaw Cr
rainel, & de Malemoiselle Foy de
Senantes, 322
Mort de M. Billaød, Confeiller au Parlement,
1323
1. Prou du Martret achete la Charge
de Lieutenant Criminel,
Abjuration de M. Raveau,
Servicefait pour la Reyne par Meffieurs
de Académie Françoife,
Amadis, Opéra,
Comédies nouvelles,
-423
324
324
2326
39328
Explication des deux Enigmess 330
Noms de ceux qui ont expliqué les deux
Enigmes,
Enigme,
Autre Enigme,
26
350
332
334
M. de Lapion nommé pour présider à
L'Académie des Sciences , & M
Reinfant pour avoir foin des Médailless
Model. MA
Arlequin Procureur,
335
335
TABLE.
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts, A M ob sheet357
Remarques,
$
Naiffance d'une Fille avec deux teftes,
3397 344
Mariage de Mademoiselle, 35.5 341
3
་༨ན་ འ,
Avis pour placer les Figures.
LA grande Médaille doit regarder
la page 67.
L'Air qui commence par Quel changement
affreux paroift dans la Nature,
doit regarder la page 109 .
Le Portrait du Pape doit regarder
la page 312.
L'Air qui commence par Je fuis l'Amour
& les Procés , doit regarder la
page 330.
avQot much ones ow !
1A:
Egy in
commucite but
a C
cp4-
•po onog al rebus per sob
rolungan siob ogA ib shamol I
:
1' 490 ? rs
Liburg ich , howAR
20140871
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1684 .
N
OUS entrons , Madame
, dans la huitiéme
année de nôtre
commerce ; &
fi les cent quatorze Lettres,
tant ordinaires qu'extraordi
naires , que je vous ay déja
Janvier 1684 .
A
2 MERCURE
adreffées , n'ont pas autant
d'agrément qu'elles auroient
pû en recevoir d'une Plume
plus polie , & plus délicate
que la mienne , du moins il
feroit bien difficile qu'un
autre que moy fuft auffi
exact , à l'égard des foins
qu'il faut avoir pour ramaffer
dans leurs véritables circonftances
, toutes les Nouvelles
qui les compofent. L'avantage
que ces Lettres ont de
plaire à quantité de Nations
diférentes chez qui elles paf
fent , fait affez connoiſtre
qu'on les trouve curieuſes ;
1
"
GALANT 3
& comme l'empreffement
que l'on a eu de les voir, vous
a obligée à confentir qu'elles
devinflent publiques , il eft
aifé de juger qu'on ne s'engageroit
pas à continuer les
dépenfes qu'il faut faire pour
les mettre en état d'eftre
leues de tout le monde , fi
elles n'eftoient toujours favorablement
reçeues . Je
manque fouvent de temps
pour regler mon ftile dans
toute la netteté qui luy fe
roit, neceffaire , mais je n'en
manque jamais pour m'inftruire
à fond de tout ce qui
A ij
4 MERCURE
eft effentiel aux grandes
Nouvelles ; & fi je puis eftre
quelquefois furpris par de
faux Mémoires , ces fortes
d'Articles ne regardant que
des incidens particuliers , ne
peuvent avoir affez de poids
pour me faire foupçonner de
n'eftre veritable dans le
pas
détail des évenemens qui doivent
appartenir à l'Hiſtoire.
Le Public en a paru jufqu'icy
affez fatisfait , & ce n'eft pas
un petit bonheur d'avoir pû
m'accommoder
à tant de
goufts diférens , dans un fi
grand nombre de Volumes .
.
GALANT. $
J'ay lieu d'efpérer le mefme
fuccés pour tous ceux qui les
fuivront , puis que la grande
pratique des affaires du monde
pendant tant d'années,fait
qu'on en a plus de connoiffance
, qu'on en démefle plus
aifément la verité , & que
pour s'en éclaircir , on trouve
moyen d'établir en plus de
heux de feûres correfpondances.
Je puis mefme vous
affurer que mes Lettres feront
plus curieufes dans la
fuite qu'elles n'ont encore
efté , & que vous trouverez
dans toutes , à commencer
A iij
6 MERCURE
par celle- cy , ce que vous
n'avez point encore vû dans
les autres , c'est à dire, que ja
répondray, mais fans invecti
ves , à toutes les injures , &
les calomnies des Nouvelles
imprimées chez quelques Etrangers
, & fur tout à celles
qui paroiffent fans
que l'on
nomme l'Autheur , ny la
Ville où elles fe debitent . Ce
nom d'Autheur fuprimé, eft
un ftratagême pour les faire
trouver plus veritables , &
leur donner plus de cours.
On a réüffy dans ce deffein ;
elles en ont autant que les
GALANT. 7
autres , & comme perfonne
ne les contredit , elles peu
vent furprendre les crédules,
les mal intentionnez , & les
jaloux de la gloire de la
France. Il femble que ces
Politiques ayent place dans
les Confeils d'Etat des Souverains
, & l'on pourroit
dire qu'il s'y traite moins
d'affaires qu'ils n'en publient,
puis qu'en deux jours difé.
rens , ils donnent fix feuilles
volantes chaque femaine . Ce
font vingt quatre par mois
aufquelles je répondray , &
je commenceray par la ré
A. iiij
8 MERCURE
ponſe que je feray à celles de
Janvier. Cet Article ne pou
vant eftre qu'à la gloire du
Roy , & de la France , parce
qu'il découvrira la Politique
des Ennemis de fa grandeur,
devroit faire le commencement
de chacune de mes
Lettres , où les actions de ce
grand Prince lay ont tou
jours compofé un éloge par
elles - mefmes
, fans que je
leur aye prefté aucun orne.
ment. Cependant il faut que
je le réſerve pour le dernier,
la longueur de chaque Lettre
me lafaifant commencer
GALANT
avant que je puiffe voir ces
Imprimez , qui ne paroiffent
que de femaine en ſemaine.
La Réponse que vous trouverez
à la fin de celle- cy ,
contiendra tout ce qui regarde
la Déclaration de
Guerre faite à la France par
les Eſpagnols , tout ce qui
s'eft dit & fait à l'occafion de
cette Guerre , & l'état au vray
des Affaires de l'Europe pendant
tout ce mois. En attendant
ce qu'il me reſte à ſçavoir
pour ce grand Article,
je vay vous apprendre les
Nouvelles dont on m'a fait
10 MERCURE
part , mais ce ne fera qu'a
pres vous avoir parlé de deux.
Devifes faites pour le Roy,
au jour des Etrennes . Elles
font de M' Magnin , auffi
bien que les Madrigaux qui
les expliquent
.
La premiere eft une Main
qui donne l'Encens au Soleil,
avec ces mots De munere
munus .
O

vine feait pas que le Monde
Ne reçoit uniquement
Que de cet Aftre charmant, De
Tous les biens dontil abonde?
De cette Etrenne aujourd'huy
Il faut donc qu'il fe contente,
Car l'Encens qu'on luy préfente,
On ne le tient que de luy.
GALANT. I
Le Soleil au Signe de la
Balance , fait le corps de la
feconde. Ces paroles luy
fervent d'ame , Sors refpicit
aqua merentes.
Vfte & reglé dans fa Cerricre,
Į Toûjours agilant, jamais las,
C'eft d'une équitable manicre
Qu'ilrépandfes dons icy bas.
Encoreque chacun profite
De fa lumiere égaliment,
Sa vertu fur les corps agit difé..
remments:
Il en balance le mérite,
• E1 cemérite feulement
A la communiquer le difpofe , &
Linvite,
n'y a Lieu für Mer ny
12 MERCURE
fur Terre, où le nom du Roy
ne foit redoutable. Ce qui
s'eft paffé dans le Combat de
Mr le Chevalier de Lhéry ,
Chef d'Eſcadre, contre deux
Vaiffeaux d'Alger , en eft
une marque . Ce Chevalier
montant le Prudent , partit
de Malgue le 19. Novembre
dernier, pour aller au Détroit
de Gibraltar. Le 21, il entra
dans l'Ocean ; & le 23. ayant
rencontré une Prife qu'un
Corfaire Algérien avoit faite
d'un petit Vaiffeau Marchand
François, qui eftoit de la Rochelle
, & qui avoit M'Gabaris
GALANT 13
pour Capitaine, il les pour
fuivit en forte, que les Turcs
qui eftoient au nombre de
trente , furent contraints d'é
chouer à la Cofte de Barbarie.
Ils fe fauverent à terre,
mais ils perdirent & les Marchandifes
, & le Baftiment.
Mile Chevalier de Lhéry re
paffa en fuite dans la Méditerranée,
& s'eftant rendu le
4 Decembre à quinze lieuës
de Sardaigne, il y trouva unt
Vaiffeau Anglois qui l'avertit
que par le travers des Ifles
de S.Pierre, il avoit apperçeu
deux Baftimens Corfaires
14 MERCURE
qui s'eftoient faifis de deux
Vaiffeaux Malouins. Les . il
entra fur ces Illes de S.Pierre,
& il decouvrit ces deux Vail
feaux de l'Avant de luy à
l'Eft fur le Cap Tolare. Auffi .
toft il fit route de ce coſté-là,
mais le vent s'eftant tourné
à leur avantage , l'empefcha
d'aller à eux. Cela luy fit
prendre le deffein de couler
le long de la terre , en contrefaifant
le Marchand , &
cette rufe eut tout le fuccés
qu'il en avoit efperé. Les
Corfaires jugerent à fa manoeuvre
, qu'il vouloit les éviGALANT.
15
ter, & ne manquerent point
dans cette croyance d'arriver
fur luy à la petite portée du
Canon , avec le Pavillon
blanc. Il revira auffitoft fur
eux , qui reconnoiffant que
c'eftoit un Navire de guerre
François, fe rallierent au vent,
pour s'en éloigner à force
de Rames. Le grand calme
qui furvint , empefcha M' le
Chevalier de Lhéry de les
joindre, & il ne pût que leur
envoyer quelques bordées
de Canon, mais avec fort peu
d'effet. La nuit arriva , mais
le vent eſtant revenu , rap16
MERCURE
procha les deux Corfaires , &
il eftoit preft de les attaquer,
lors qu'il fut furpris d'un foudre
de vent , accompagné
d'une grande obfcurité , qui
les luy fit perdre tout le lendemain
. Le 7. eftant fur le
Cap de Carbonniere en Sardaigne
, il les apperçeut , &
quoy qu'il fift une groffe
mer & beaucoup de vent , il
les joignit à une heure apres
inidy. Les Corfaires mirent
le Pavillon d'Alger, & ſe tinrent
en état de n'eftre point
féparez . Alors M' de Lhéry
reconnut que l'un de ces
GALANT. 17

deux Vaiffeaux eftoit le Lyon
d'or , monté de quarante-fix
Pieces de Canon , & de quatre
à cinq cens Hommes . Il
apprit de quelques - uns de
fes Matelors qui avoient fervy
fous un Renégat Hollandois,
que c'eftoit ce Renégat
qui le commandoit . L'autre
Vaiffeau eftoit d'un aulli fort.
Equipage, & monté de meſ
me que le premier . Cependant
malgré la pefanteur du
temps , qui rend la mancu
vre difficile , & l'agitation de
la Mer qui embaraffe à ajufter
les Canons , M de Lhéry
Fanvier 1684
B
18 MERCURE
les attaqua avec beaucoup
de vigueur. Le Combat dura
quatre heures , pendant leſquelles
il ne pût fe fervir que
de fa Baterie haute, qui efloit
de dix Pieces de Canon. Ce
fut un grand avantage pour
ces deux Vaiffeaux , qui fe tenoient
toûjours joints , & faifoient
autant de Voiles qu'ils
pouvoient pour fe retirer de
deffous le feu de M'de Lhéry,
qui eftoit fouvent à la portée
du Moufquet , dont on tira
pres de dix mille coups . La
manoeuvre du Vaiffeau François
ne travaillant que pour
GALANT. 19
tacher de les féparer , eftoit
bien diférente de celle des
Corfaires , qui n'agiffoit que
pour le tenir ferrez ; mais
enfin un coup de vent avant
jetté les deux Vaiffeaux ennemis
fort loin l'un de l'au
tre, M de Lhéry fe fervit fort
à propos de ce temps , &
tomba fi rudement fur le
Lyon d'or, qu'avant que Fautre
cuft pû le rejoindre , il
jetta fon grand Mats & deux
autres à la Mer , & ne luy
Taiffa que fon Mats de Mizaine,
avec fon Beaupré. Le
fecond Vaiffeau Corfaire re
C
Bij
20 MERCURE
fa
vint à force de Rames , &
paffant fous le Beaupré de
M' de Lhéry à la portée du
Piſtolet, il luy fit toute la décharge
de fon Canon & de
Moufqueterie . M'de Lhery
le reçeut avec une extréme
fermeté. Il luy fit tirer toutes
les bordées dont il pouvoit fe
fervir , & le maltraita fi fort,
que le voyant en defordre, il fe
mit ce qu'il pût de Voiles au
vent, & le retira. Le Vaiffeau
François rejoignit le Lyon d'or
la nuit approchoits
lors
que
&
lors
qu'il
en
fut
affez
pres
,
il luy
fit
promettre
bon
quar
GALANT. 21
tier ; mais l'autre ne luy répondit
qu'à coups de Moufquet.
Le temps eftoit fi fâcheux
, qu'il n'y avoit pas
moyen de l'aborder
fans fe
mettre en péril de couler bas.
Ainfi M ' de Lhéry luy eut à
peine fait faire encore quelques
décharges , que la nuit
vint tout-à-fait avec un vent
furieux. Le lendemain 8. on
ne pût ny approcher de Corfaire,
ny luy tirer du Canon,
à caufe de la tempefte qui
ne ceffa point. On effaya de
le faire plufieurs fois , mais
les Boulets alloient dans les
1

22 MERCURE
nuës , ou fe perdoient dan's
la Mer. M de Lhéry luy fit
encore crier , en luy montrant
le Pavillon blanc, qu'on
luy feroit bon quartier , &
mefine onluy tira deux coups
de Canon fans Boulets ; mais
il ne répondit point, & com+
me il avoit le temps. favorable
pour fuir , il faifoit toû
jours vent arriere vers les-
Coftes d'Italie, de forte qu'en
moins de vingt- quatre heures
, à force de Voiles , il fit
faire en diférentes routes plus
de quatre- vingts lieuës à M
de Lhéry . Ces Barbares ayant
A
GALANT: 23
1
1
pris la réfolution de fe faire
Elclaves des Efpagnols
, plu
toft que de le rendre , allerent
fe perdre la nuit fur la
Cofte de Naples vers Gayete.
Mode Lhéry qui voulut les
fuivre, pour les prendre dans
le temps qu'ils échoüeroient ,
penfa fe perdre luy- mefme,
& ce fut une espece de miracle
qu'il ne périft pas à cette
Cofte. La tempefte le tint
pendant plus de douze heures
dans toutes les horreurs
d'un naufrage preſque ſeûr.
Ce Combat a efté fort rude,
parce que ces Corfaires fe
24 MERCURE
font bien batus ; mais ils
n'auroient pû éviter d'eftre
pris ou coulez à fond dés le
premier jour , file mauvais
remps n'euft empefché M
de Lhéry de fe fervir de fon
gros Canon . Ila cu quarante
ou cinquante Hommes tuez
ou bleffez fur fon Bord , &
preſque tous de coups de
Moufquet . Heft étonnant
qu'il n'ait pas perdu plus de
monde, eftant extraordinaire
que des Vaiffeaux foient pendant
quatre heures continuellement
expofez à la
moufqueterie, & auffi pres
que
GALANT. 25
que ceux - cy ont efté l'un de
l'autre. M' le Chevalier de
la Barre , Enfeigne
, a reçeu
un coup de Moufquet au travers
du corps ; & M' le Chevalier
de Gefvres , qui s'eſt
trouvé Volontaire
en cette
occafion, s'eft fort diftingué.
Il y a eu quelques Gardes-
Marines tuez ou bleffez . M'
le Chevalier de Lhéry moüilla
le 16. au Port Ferrare , où il
radouba un peu fon Vaiſſeau,
& le raffura du coup de Mer
qui l'avoit mis en fi grand
péril . Le 23. il entra heureufement
au Port de Toulon.
Fanvier 1684. · C
26 MERCURE
Ce feroit icy le lieu de
vous parler d'une Avanture
de quelques Chevaliers de
Malte , qu'on prétend avoir
paffé quatre jours fur un
Ecueil , apres s'eftre fauvez
d'un naufrage , mais je ne
vous en apprendray les circonftances
, que quand le
Mémoire que j'en ay reçeu,
m'aura efté confirmé par des
Perfonnés connuës .
Voicy quelques Vers qu'on
m'a envoyez fur la Naiffance
de Monfeigneur leDuc d'Anjou
. Les premiers font de
M' d'Ormy
.
GALANT. 27
Rance, tes voeux font accomplis
FR
Le Ciel par un nouveau prodige
Fait d'une incomparable Tige
Naître un nouvel appuy de la gloire
des Lys.
Que fa naiſſance a d'éclat & de
luftre!
Qu'il est heureux ce bel Enfant!
Petit- Fils d'un Héros fans ceffe
triomphant,
Fils d'un Pere éclatant, illuftre,
Quifuit avec tant d'art le chemin
des Héros,
Fils d'uneféconde Victoire,
Né dans un temps, où la Victoire
De fon angufte Ayeul couronne les
travaux .
Puis que dés le moment qu'il ouvre
Ja carricre,
Cij
28 MERCURE
Il voit de tous coftez lumierefur lu
miere,
Que tout rend à l'envyſon Berceau
glorieux,
Puiffe l'Autheur des Deftinées
Combler d'heurfes tendres années,
Afin qu'égal aux Demy-Dieux
Dont il a reçeu la naiſſance,
Il puiffe unjour fi loin étendre fa
puiffance,
Qu'étonnant les Mortels par fes
Faits inoüis,
Ilfe montre par tout Petit- Fils de
LOVIS.
Le Sonnet qui fuit fur cette
mefme matiere , eft de la
Mufe de l'Hoftel S. Faron.
GALANT 29
Lepérerdebeaux jours ,
Es François n'ofoient plus cf-
Quand le Ciel leur ravit la plus
grande des Reynes;
Ilsfembloient condamnez à d'eternelles
gefnes,
Mais cette Reyne enfin leurprefte
fonfecours.
SS
On croyoit que nos pleurs diffent
couler toujours,
Lors qu'implorant du Ciel les bontez
fouveraines ,
Ele obtient un Héros qui crmine
nos peines ,
Et qui de nosfanglots vient avrefier
le
cours.
Se
D'un Epoux immortel Epouſe de
venuë,
Cij
30 MERCURE
Voulant que l'Alliance icy bas foit .
connuë,
Elle en donne aux François un Gage
tout récent;
Et fi nofire douleur est enfin terminée,
Si le plaisir renaift par un Prince
naiffant,
C'est qu'il eft le doux Fruit de ce
Saint Hymenée.
M' Diéreville , dont vous
avez veu beaucoup de galans
Ouvrages , a joint agréable.
ment le badin au férieux
dans ce Madrigal.
GALANT 31
A MADAME
LA DAUPHINE
Cla
Ela ne va pas malpour l'Empire
des
des Lys.
En feize moisfaire deux Fils,
C'eſt eftre en ce Mestier,mafoy, des
plus habiles.
LOVIS , leur Grand Papa , prend
quand il veut des Villes.
Surfes Ennemis les plusficrs ,
Ón luy voit en teus licux remporter
la victoire;
Savaleur qui le rend le plus grand
des Guerriers,
Ajoute chaque jour quelque chose à
fa gloire.
Pour partager tant de Lauriers ,
Donnez- lay tous les ans de nouveaux
Héritiers.
& iiij
32 MERCURE
Dans le temps de la Naiffance
de Monfeigneur
le
Duc de Bourgogne, ce Quatrain
parut.
Lomiftere
' On voit maintenant fans
En quoy LOVIS n'eftoit pas Grands
Il eftoit Grand Héros , Grand Roy ,
Grand Conquérant
,
Mais LOV IS n'eftoit pas Grand
. Pere.
La Naiffance d'un nouveau
Prince , a donné à M™
Cavelier de S. Jacques, l'idée
d'y répondre par ces Vers.
GALANT. 33
M
Onter au plus haut des
Grandeurs
Par un degré de Succefleurs,
C'eft monter comme le vulgaires
Mais eftre Grand Héros, Grand Roy,
Grand Conquérant,
Autre que luy ne l'afçeufaire,
C'eft de foy que LOV IS eft Grand;
Pour ne le pas nommer Grand Pere,
J'aurois mieux aimédire Ayeul,
Cette Grandeur heréditaire
Itafelon mes voeux juſques au Trifaycul.
A la derniere Ouverture
du Parlement de Grenoble,
M' le Marquis de S. André
Virieu , qui en eft Premier
Préfident, donna des mar34
MERCURE
ques de la continuation
de
fon zele pour le fervice du
Roy, par un Difcours remply
d'indignation
contre
ceux de la Religion Préten
due Réformée , qui l'Eté dernier
avoient caufé quelques
mouvemens
dans le Dauphiné.
Il fit voir les malheurs
qur ont toujours fuivy ces
fortes de troubles
; que lė
prétexte qu'avoient
pris les
Calviniftes
, de prier Dieu
fur les Ruines de leurs Temples
, eftoit infenfé & féditieux
, que la veritable Reli
gion ne permettoit
point
GALANT. 35
qu'on fe détachaft de l'oberf
fance deuë au Souverain
; que
les Apoftres n'avoient jamais
prié avec des Armes , ny ne
s'eftoient meflez d'aucune
affaire d'Etat. If donna des
éloges aux Magiftrats , & aux
Perlonnes de qualité de la
mefme Religion , qui avoient
toûjours cfté oppoſez à ces
dangereux égaremens , &
parla enfuite de la clémence
du Roy, qui pouvant punir
les Enfans de ces Rebelles,
avec la mefme rigueur qui eft
impofée par les Loix Romai
nes, les maintient encore
36 MERCURE
dans leurs Biens , & quel
ques- uns dans les Emplois
qu'ils ont dans les Armes , &
ailleurs.
Il s'eſt fait deux Mariages
fort confidérables en Province.
L'un eft celuy de M
le Comte de Vandegre, Gentilhomme
d'une des meilleu
res Maifons
d'Auvergne,
avec Mademoiſelle
de Mufy.
M' de Vandegre, Pere du
Marié, a fervy longtemps en
qualité de Capitaine de Chevaux-
Legers dans le Regi
ment de Canillac . Il avoit
un Frere , appellé le Baron de
GALANT. 37
1.
Monteil , qui fut tué au Siege
de Turin , commandant auſſi
une Compagnie de Chevaux-
Legers. Leurs Prédeceffeurs
fe font alliez avec les Maffons
de Marillac , & de la
Voufte. Quant à celle de
Mufy , elle est une des plus
Hluftres de Dauphiné , & a
donné fort longtemps des
Chefs dans les Cours Souveraines
, des Premiers Préfidens
au Parlement de Metz,
& à la Chambre des Comptes
de Grenoble. Madamela
Préfidente de Mufy, eft Soeur
de M' le Marquis de Crufy,
28 MERCURE
de la Maifon de Clermont/
"Tonnerre. Il fuffit de la nommer
; il n'y a perfonne en
France qui n'en connoiffe l'éclat.
L'autre Mariage qu'il faut
que je vous apprenne , eft
celuy de M' le Chevalier de
Crillon avec Mademoiſelle
de Saporte. M' le Marquis
de Crillon , Aîné de cette Famille
, Colonel & Brigadier
de Cavalerie , n'ayant point
d'Enfans depuis vingt- trois
ans qu'il eft marié , a veu
avec joye le choix que M
fon Frere a fait de cette aima,
GALANT 3.9
ble Perfonne . Elle n'eft
moins à eſtimer par fon efprit,
que par fa naiffance.
Ces Vers qu'elle fit le pre
pas
mier jour de ce mois , pour
Etrenne à M' de Crillon fon
Mary , vous feront connoî
tre les avantages qu'elle a de
ce cofté-là.
T
Ircis, lejour qui nous éclaire
Aux dons fut toûjours deftiné;
Mais quel don pourray-jefaire,
Puis queje vous ay tout donné?
S&
En vain je cherche par moy- meſme
A vousfaire un Préfent deprix.
40 MERCURE
7
Quepeut-il refter quandon aime?
Favois un coeur , vous l'avez pris.
$2
Vous le conferverezfans peine,
Ce coeur fera bienfon devoir;
Vous le donneren fait d'Etrenne,
C'estmoins donner que recevoir
.
Comme tout ce que je
vous ay mandé touchant la
Pucelle d'Orleans , a fait bruit
dans votre Province , vous
ferez fans doute bien aiſe de
montrer à vos Amis la Lettre
qui fuit. Elle eft de M' de
Vienne- Plancy, à M' Vignier
de Richelieu fon Parent. Il a
entendu parler de la Pucelle
GALANT. 41
au PereVignier de l'Oratoire,
& ce qu'il écrit là- deffus eft
curieux .
Ssse:esees5 : 225228
A Fau Cleranton le 22. de
Decembre 1683.
Bien que votre témoignage
,
bon
Monfieur , n'ait pas befoin
de confirmation , agréezpourtant
une affurance de ma part en faveur
de la verité , & trouvez
que tout le monde Scache
avec vous , que j'ay oйy parler
de la Pucelle d'Orleans à vostre
illuftre Frere , dans les mefmes
termes que vous en avez écrit à
Fan vier 1684.
D
42 MERCURE
M™ de Grammont. Feftois à Paz
ris quelques mois avantla mort,
& profitant de mon séjour en
cette Ville , je luy rendois toutes
les vifites à quoy m'obligeoient la
Parenté qui eft entre nous , la
haute effime que j'avois pourfon
rare merite , & la part que je
prenois à l'indifpofition qu'ilfouffroit.
On estoit feur de le trouvertoujours
à S. Magloire ,parce
que cette indifpofition ne luypermettoir
pas de fortir de ce lien.
Vous fçavez qu'il l'avoit cheify
pourfa réſidence , à cause du bon
air qu'on y refpire , & du voifinage
de M' de MorangisfoninGALANT.
43
time amy. Il s'attachoit alorspar
divertiffement à la lecture des
Voyages , & témoignoit en recevoir
beaucoup du plaifir. Cefuten
meracontant celuyqu'il avoitfait
en Lorraine , avec M de Ricey,
qu'il tomba fur le chapitre de la
Pucelle ; qu'il me parla du Ma--
nuſcrit de Metz , fans pourtant
me le montrer , parce qu'il l'avoit
prété à un Pere de la Maifon,
qui l'avoit emporté à la campa
gne; & qu'il n'aſſura d'avoir
tenu le Contract de Mariage de
Robert des Armoifes avec cette
Héroïne. Jugez, Monfieur, de
ma furprise à ce difcours ; ellefur
Dij
44 MERCURE
d'autantplus grande, que j'avois
oйy dire deux ou trois fois à un
Gentilhomme de Normandie qui
logeoit avec moy , qu'on voyoit
à Rouen la Chaudiere où cette
pauvre Fille avoit efté mise pour
brûlée vive, come on brûloit eftre
'anciennement les Morts chez les
Romains , avec cette merveille,
que le feu n'avoit non plus fait
d'impreffion furfon coeur , quefur
celuy du brave Germanicus ; &
il n'y avoit pas mefme long- temps
que j'avois l'û cette déplorable
Hiftoire dans la Cour Sainte,
& l'inftruction du Procés , les
Condamnations qui l'avoientfui
GALANT. 45
vy,
cette inhumaine Execu
ton , dans les Recherches de la
France par Pafquier. De forte
qu'ayant l'esprit gagné par ces
préjugez , je demanday en riant
à vostre illuftre Frere , fi le corps
de la Pucelle avoit refifté au feu
commefon coeur , ou s'il eftoit forty
vivant de fes cendres , comme le
Phénix. Il entendoitraillerie,
il me répondit que je luy demandaffe
plutoft , fi Diane n'avoit
point mis une Biche en fa place,
comme elle fit en celle d'Iphigénie,
pour la garantir d'une auffi cruelle
mort , que je ne m'éloignerois
pasfifort de la verité. Cespara
46 MERCURE
les diffiperent mafurprife , en me
faifantfouvenird'une circonftance
qui eft à la fin du Procés de
noftre Heroine , dans le dernier
Autheur que jay nommé. L'a-
Vantage que je crus tirer de ce
Livre , m'ayant bientoft fait témoigner
la curiofité quej'avois de
le revoir, voftre illuftre Frerequi
m'avoit reçû dans fa Biblioréque,
l'une des mieux conditionnées de
Paris , me le mit auffi toft entre
les mains. Fy cherchay l'endroit
dont je me prétendois prevaloir
contre luy,
En voicy les mots , p. 561. Elle
fut de fi grande recomman
j'en fis la lecture.-
GALANT. 47
fa dation entre nous apres
mort, (Pafquierparle de la Pudelle
morte en 1431. felon luy, &
felon bien d'autres, ) qu'en l'an
1440. le commun
Peuple fe
fit accroire qu'elle vivoit encore
, & qu'elle eftoit écha
pée des mains des Anglois,
qui en avoient fait brûler une
autre en fon lieu , & parce
qu'il en fut trouvé une dans
la Gendarmerie
en habit dé
guifé , le Parlement
fut contraint
de la faire venir , & de
la représenter au Peuple fur la
Pierre de Marbre au Palais,
pour montrer que c'étoit une
48 MERCURE
-vous
impoſture. Ne voudriez- vo
pas conclure de là , me dit auſſi
toftapres voftre illuftre Frere, que
cette feconde Bellone , qui devoit
reflemblerà lapremiere,puis qu'on
la prenoitpour elle, fuft l'Heroine
du Manufcrit de Metz ?Je luy
répondis qu'il penétroit dans ma
penfee , & que j'y voyois bien
des apparences . Je vins à leur
détail ; il eut la patience de m'écouter,
puis il me répliqua que
fi l'on avoit bienfçû distinguer à
Paris l'une de ces Guerrieres d'a
vec l'autre , & confiderer lafeconde
comme une Ombre feulement
de la premiere , on auroit
fait
GALANT. 49
fait ce difcernement avec beaucoup
plus defacilité & d'aſſuran
ce aux lieux marquez dans le
Manufcrit , comme eftant bien
plus proches du Païs de la Pucelle
, pour ne devoirpas foupçonnerqu'on
y euft efté trompé ; que
fes Freres d'ailleurs ne l'auroient
pas reconnue pour leur Soeur , fi
elle ne l'avoit pas efté ; & qu'enfin
les temps ne s'accordoient pas
affez bienpourfavorifer maconjecture
, puis que la Pucelle avoir
efté mariée dans l'année de l'Echevinage
de Philippin Marlou
en 1436. & que lafeconde Guerriere
n'avoit paru que quatre an-
Janvier 1684.
E
50 MERCURE
nées apres en 1440. Il ajoûta
enfuite à l'égard des autres vrayfemblances
que j'avois avancées
contrefon opinion, quefi le Mary
de la Pucelle ne l'avoit pas menée
à la Cour , demander au Roy des
récompenfes dignes des fervices
qu'elle luy avoit rendus , ilfe pur
faire qu'eftat devenue groſſe auffr
toft apresfon Mariage,& incommodée
pendant tout le cours defa
groffeffe , ce voyage euſt eſté remis
apres fes Couches ; & qu'en don
nant la vie àfon Fruit, elle - même
l'euft perdue. Quefi lesquatre Comiffaires
que le Pape Califte III.
delégua en 1455. pour informer
GALANT. 51
de fa vie , n'en divulguérent pas
cet heureux évenement , qui ne
vint que trop à leur connoiſſance
apres l'audition de 112. Témoins ,
c'est que leur Commiffion n'eftoit
pas de montrer qu'elle enft échapé
de la mort à Rouen , mais d'examiner
fi l'on avoit eu raifon de
l'y condamner comme Heretique,
Relapfe , Apostafe, & Idolâtre.
Que fi le Chancelier de l'Univerfité
de Paris , qui firfon Apo-
Jogie en 1456. tous nos Hiftoriens
François n'avoient rien dit
de cette furprenante avanture,
c'eſt qu'ils ne l'avoient pas fçûë,
en ne l'avoient pas voulu croire.
E ij
52 MERCURE
Que fi la voix du Peuple , qui
palle pour celle deDieu paſſe de la
Verité , eftoit devenue muette fur
une fingularité fi merveilleufe,
c'est que le Peuple aimoit la nouveauté
,
eftoientplus quefuffifans pourluy
faire oublier des chofes encore
plus confiderables que celle - là ; &
"qu'enfin fice M des Armoifes
qui luy avoit confié les clefs de
fon tréfor , ne fçavoit pas luymefme
la defcente de noftre in
comparable Héroïne , il n'eutpas
eftéle premier qui euft ignoré ce
qu'il devoit le mieux fçavoir;
&que fon engagement dans les
que deux fiécles
GALANT. 53
Troupes dés le bas âge , joint à
une inclination naturelle beaucoup
plusforte pour les Armes quepour
les Lettres , luy avoit bien donné
d'autres chofes à faire , qu'à s'amufer
à lire de vieux Contracts.
Voftre illuftre Frerepaffa aufonds
de la difficulté apres ces répliques,
me remontra que la Pucelle
ayant esté expofée le 24. de May
fur un échafaut public , en confequence
de l'avis envoyé à Rouen
par l'Univerfité de Paris , qui
lajugeoit digne de mort, on l'avoir
feulement admonestee , remife en
prifon, & condamnée àypaffer le
refte de fa vie ; ce qui donnoit un
E iij
54 MERCURE
juftefujet dejugerque lacondam
nation à eftre brûlée toute vive,
qui avoit esté rendüe contre elle
la fin du mefme mois de May,
n'avoit eu pour but que de domp..
terpar la crainte du plus terrible
des fuplices , l'invincible atachement
qu'elle témoignoit avoir à
eftre habillée en Homme ; mais
l'execution qui avoit fuivy
cette Sentence , eftoit tombée fur
une autre Perfonne qu'elle , Perfonne
de mefme fexe , digne de
mort , de mort cruelle , qu'on
avoit adroitement fubstituée en
fa place ( comme le Peuple de
ris l'avoit mefme deviné lors:
que
GALANT.
55
qu'il avoit pris la feconde Guerriere
pour elle ) & qu'on avoit
brûlée toute vive , pour contenter
l'animofité des Anglois , en mé
me-temps qu'on épargnoit l'inno
sence de notre illuftre Françoife ;
& quefile coeurde cette Perfonne
fupofée avoit échapé des flâmes ,
comme on le difoit , ce n'estoitpas
une marque de Sainteté , puis que
celuy d'un Payen avoit bien eu
le mesme avantage . Il ajoûta
que ce procedé eftoit d'autant plus
digne de créance , que c'eftoit un
Evefque , & un Evefque de notre
Nation , qu'on avoit rendu le
maiftre de la vie de la mort
E mij
56 MERCURE
de la Pucelle ; que cinq femaines
entieres s'écoulérent entre fa der
niere Sentence , & l'exécution,
comme on le voyoit par la comparaifon
des Dates de Pasquier
de De- Serres , le premier mettant
cette Condamnation au 30. de
May, & l'autre cette Exécution
au 6. de Juiller ; delay extraordi_
naire enJustice , mais fans doute
alors néceffaire , pour trouver la
Criminelle dont on avoit befoin,
pour difpofer toutes choses à
reuſſirs à quoy n'avoit pas pem
contribué la Mitre qu'on mitfur
ta teste de cette Malheureuſfe, en
la conduifant aufuplice , & le
GALANT. 57
ع و ب
Tableauplein d'injures qu'onpor
ta devant elle , puis que c'estoient
autant de moyens d'occuper & de
diftraire les regards des Perfonnes
de fin difcernement , qui auroient
pú découvrircette fage feinte . Il
me fit remarquer apres cela dans
Pafquier , la teneur de certaines
Lettres deDon, octroyées àPierre,
l'un des Freres de la Pucelle , par
le Duc d'Orleans en 1443. qui
portent , Ouye la fupplication
dudit Meffire Pierre , contenant
que pour acquitter la
loyauté envers le Roy noftre
Sire , & Monfieur le Duc
d'Orleans , il fe partit de fon
18 MERCURE
Païs pour venir à leur ſervice
en la Compagnie de Jeanne
la Pucelle la Soeur , avec laquelle
, & jufqu'à fon abſentement
& depuis jufqu'à
préfent il a expofé fon corps.
& fes biens audit fervice . Termes
qui marquoient que la Pucelle
n'avoit estéqu'abfente , & qu'elle
n'eftoit pas morte ; ce que fon
Frere n'auroit pas manqué de dire
& de faire exprimer dans ces
Lettres , s'il avoit esté véritable,
afin de s'attirer plus de mérite auprés
de ce Prince. Ilme témoigna
enfin , qu'il ne doutoit point que
Le Roy mefme n'euft bienfçu qu'on
GALANT. 59
n'avoit pas fait mourir cette innocente
, puis qu'ayant efté prise en
Guerre par les Bourguignons , qui
la vendirent aux Anglois , il
n'auroit pas manqué de vanger
publiquementfur les premiers de
ces Ennemis qui feroient tombez
fous fa puiffance , la mort qu'on
auroit donnée contre le droit des
Armes à cette Héroïne à qui il
devoit la confervation defa Couronne
; ce qui n'eftant pas arrivé,
àce qu'on fçache , confirmoit l'opinion
qu'elle n'avoitfouffert qu'une
prifon de quelques années , d'où
enfin s'eftant échapée apres la mort
du redoutable Duc de Bethfors
60 MERCURE
General des Anglois , avenue
Rouen en Decembre
1435.
il
y
avoit lieu de croire encore qu'elle
voit aidé , quoy que fans éclat,
à chaffer de Paris les Anglois,
qui en fortirent au mois de Fevrier
1436.
mentfatisfait àfa Miffion , &
accomply toutes fes Prédictions,
elle eftoit retournée en fon Païs,
où elle parut au mois de May fui
vant , & où elle finitfes Avan
tures parfon Mariage avec une
Perfonne de qualité, comme on
l'apprenoit du Manufcrit & du
Contract. Il ajoûta encore , que
fi les voix Celeftes qu'elle avoit
qu'ayant entiereGALANT.
61
acoutumé d'entendre , & qui l'a
voient avertie defaprife, ne luy
avoient pas annoncé préciſement
qu'elle fortiroit de prison , elles
lny en avoient affez dit pour luy
enfaire concevoirl'efperance,puis
qu'elles luy avoient recommandé
d'avoir bon coeur & de répondre
bardiment , & que Dieu ne la
laifferoit pas fans aide & fans
confolation. Il cita enſuite l'Autheur
dont il tenoit cette circonftance
; mais le nom m'en est échapé
de la mémoire. Voila , Monfieur
, les raifonnemens de voftre
illuftre Frere fur ce grand fujet ,
autant que j'aypú m'enfouvenir
62 MERCURE
en lifant voftre Lettre , & en re
lifant le Pere Cauffin , Pasquier,
De-Serres. Peut - eftre y en
ajouta-t- il d'autres , que le temps
a encore effacez de mon efprit.
M' de Morangis le vint voir fur
la fin de ces éclairciffemens ; le
Manufcrit avoit passé par fes
mains , & il en fçavoit les particularitez.
Il témoigna qu'il auroit
fouhaité que le Contract y euft
paffé auffi, non feulement celuy
de Robert des Armoifes, mais
encore celuy defon Fils, pour voir
les termes & les dates de l'un
de l'autre. Ildemanda enfuite .
filo fi l'on ne pouvoit point difputer
GALANT. 63
ع و م
la validité du Manufcrit , fur ce
qu'en faifant mention des Freres
de la Pucelle , il donnoit la qualité
de Chevalier au Cadet ,
n'atribuoit que celle d'Ecuyer à
l'Ainé. Sur quoy vostre illuftre
Frere luy répondit , que le Cadet
accompagnant fa Soeur en Guerre
, comme le portoient les Lettres
de Don de 1443. s'estoit fans
doute acquis un mérite fingulier,
d'où luy estoient venues la dignité
& la qualitéde Chevalier, lef
quelles n'avoientpas efté accordées
àfon Aîné , pour ne s'eftre pasfi
gnalé de la mefme maniere ; &
cette réponse meparutfort plauft
64 MERCURE
ble. Ilsfe dirent beaucoup d'aul
tres chofesfur ce Manuſcrit , que
je ne comprenois pas trop , parce
qu'elles dépendoient des circonftances
qui m'eftoient inconnües ;
&fi je l'euſſe vú , je ne doute
point que je n'y euffe bien trouvé
des Questions àpropofer à noftre
illuftre Tenant. Par exemple,
pourquoy tette Guerriere parloit
parparaboles , difoit qu'elle n'avoit
point de puiffance avant la
S. Jean- Baptifte , ne s'alla pas
faire voir à Dompré , Domprin,
on Dompremyfa terre natale , à
Vaucouleur fon voisinage , & à
Neuf- Chastel où elle avoit de
GALANT 65
meurécinq années , &fe laiff's
mener à Cologne , par un jeune
Comte d'Allemagne qui l'ai
moit , & qui l'y retint tant
qu'il plût à Dieu , on ne dit
pas combien de temps . Car en .
fin , Monfieur , vous m'avoierez
qu'on peut bien soupçonner
du myftere en tout cela , & un
mystere peut - eftre plus propre
affoiblir qu'à fortifier la preuve
qu'elle eftoit la veritable Pucelle.
De plus , on me vient d'ap.
prendre que du Haillan
a écrit avant Pafquier , & qui
rapporte plus au long que luy le
Procés de noftre Heroine , dit
Fanvier 1684.
F
qui
66. MERCURE
qu'elle avoit fait van de Virgi
nité , dés le temps qu'elle commença
à oüir les voix Celeftes,
ce qui arriva en la quatorziéme
année de fa vie ; & que
pour cette raifon elle refufa de
fe marier à un jeune Homme
à qui fes Parens l'avoient promife
, comme elle l'avoit confeffé
àfesFuges. Et voila , ce mefemble
, une affez grande atteinte à
l'opinion de vostre illuftre Frere."
F'y défere pourtant beaucoup.
je me rendray toûjours à la
voftre , ayant ajoûté à l'eftime
que j'ay toujours eue pour vous,
celle que j'avois pour luy. Fais
GALANT. 67
d'en eftre perde
me croire , Montes-
moy la grace
fuadé ,
fieur , voſtre , & c.
DE VIENNE.PLANCY.
Je vous parlay il y a un
mois,de deux Médailles d'or,
qui furent diftribuées par M
de Louvoys à l'Académie
des beaux Arts , pour les
Prix de Peinture & de Scul
pture , lors qu'il y fut reçû
Protecteur. Je vous en en
voye le Revers gravé . La
face droite repréfente le Roy,
dont vous trouverez le Por
trait dans plufieurs de mes
Fij
68 MERCURE
Lettres . Je vous dis à l'égard
de la meſme Académie , que
M' de Louvoys auoit réſolu
d'en faire
augmenter les
apointemens par le Roy , afin
que tous les Etudians y puf
fent deffiner fans rien payer.
Cela eft déja exécuté. On
voit par là , que tout ce que
dit ce Miniftre , doit eftre
tenu pour fait.
Le Vendredy 10.du dernier
mois , les Jéfuires de la Rue S.
Antoine accomplirentpour
la
premiere fois la derniere volonté
de feu M' Perrault, Préf
dent en la Chambre des Com
GALANT. 69
·
ptes , qui a ordonné
par fon
Teftament
, que tous les ans
on fera dans leur Eglife un
Service
folemnel
à la mémoire
de feu Monfieur
le Prince,
dont le Coeur repoſe
dans la
Chapelle
de S. Ignace
, enrichie
de Statues
& de Bas-
Reliefs
de Bronze
, avec divers
Ornemens
de Marbre
blanc & noir. Ces Peres entreprirent
de décorer
cette
Chapelle
d'une maniere
Funébre
, pour fervir à cette
Cerémonie
; & le fujet de
la décoration
fut tiré de deux
anciennes
Devifes
de la Mai70
MERCURE
fon de Bourbon. L'une eftoit
un Pot à feu , ou une Chauferette
remplie de feu , avec
ces deux mots , Ardens Defirs;
& l'autre une Ceinture , avec
ce feul mot Esperance. On repréſentoit
par là les Ardens
Defirs du Coeur de Henry de
Bourbon Prince de Condé,
& les Efpérances de l'Immortalité.
Deux grands- Anges
de Bronze pofez fur le fronton
de l'Autel , tenoient un
Soleil rayonnant d'or , dans
fe corps duquel eftoit l'Image
de S. Louis , Tige de la Séreniffime
Maifon de Bour
GALANT. 71
bon , par Robert de France ,
Comte de Clermont , fon
fixiéme Fils. Onvoyoit dans
ce Fronton fa Royale Def
cendance avec ces mots
d'Ifaïe , In fplendore drtús tui ,
Tout brille de l'éclat que nous tenons
de vous .
Les deux Colomnes portoient
dans leurs enroulemens
les Ceintures d'Efperance
avec ces mots d'un
cofté fous la Médaille de Robert
de France , Comte de
Clermont , Singulariter in fpe
conftituisti me , faifant allufion
à ce qui eft rapporté , que ce
72 MERCURE
"
?
Prince fe plaignant un jour
à fon Pere du peu de biens
qu'il luy laiffoit , S. Louis
luy répondit , qu'il luy laiffoit
l'Espérance. L'évenement a
fait voir que cette Efpérance
a efté heureuſement remplie ,
puis qu'apres l'extinction de
toutes les Branches que fes
Freres avoient faites , fa Pofterité
eft parvenue à la Couronne
de France , en la Perfonne
de Henry IV. au dixiéme
degré. Sur une Colomne
fous la Médaille de Louis I.
Duc de Bourbon , eftoit cette
autre Deviſe , dans une Ceinture
GALANT. 73
femblable àla premiere , Spes
illorum immortalitate plena est.
Les ardens Defirs du Coeur de
feu Monfieur le Prince étoiét
exprimez par quatre Vertus ,
dont les Statues de Bronze
oceupoient les quatre coins
de l'Autel , Quatre Pots à feu
élevez fur des Confoles , rempliffoient
les entre - deux de
ces Statues , avec ces mots
du Pleaume , Defiderium cordis
ejus tribuifti ei. Le Defir &
l'Eſpérance
, repréſentez
par
deux Enfans de Bronze
,
portoient , l'un l'Epitaphe du
Prince & l'autre fon Bou-
Janvier 1684.
G
74 MERCURE
offer avec fes Armes.
Au milieu eftoit la Repréfentation
, avec la Couronne
à Fleurs de Lys , couverte
d'un Crêpe fur un Quarreau
de Velours noir ; & douze
Flambeaux portez par autant
de Fleurs de Lys , pour marquer
la Defcendance de feu
Monfieur le Prince depuis
Robert de France Comte de
Clermont , en cet ordre ,
SAINT LOUIS , Roy de
France .
ROBERT
, Comte de Clermont.
Louis I. Duc de Bourbon .
GALANT 75
JACQUES DE BOURBON ,
Comte de la Marche.
JEAN DE BOURBON,Comte
de la Marche.
Louis LOUIS DE BOURBON,
Comte de Vendôme .
JEAN DE BOURBON,
Comte de Vendôme .
FRANÇOIS DE Bourbon,
Comte de Vendôme.
CHARLES DE BOURBON,
Duc de Vendôme.
LOUIS DE BOURBON,
Prince de Condé .
HENRY DE BOURBON,
Prince de Condé.
HENRY DE BOURBON,
Prince de Condé,
76 MERCURE
བ་
Toutes les Médailles de
ces Princes eftoient atachées
aux Flambeaux portez par les
Fleurs de Lys , pour imiter
l'ancien ufage des Romains,
qui portoient aux Convoys
Funébres les Images de leurs
Anceftres. Entre ces Médailles
eftoient les Ecuffons
des Armoiries des dix der.
nieres Princeffes dont def
cendoit feu Monfieur le Prinče.
Ces Princeffes font
BEATRIX de Bourgogne.
MARIE de Hainaut.
JEANNE de S. Paul.
とCATHERINE deVendôme:
GALANT. 77
JEANNE de Laval,
ISABEAU de Beauvau..
MARIE de Luxembourg,
FRANÇOISE d'Alençon .
ELEONOR de Royé.
CHARLOTE CATHERINE
de la Trimoüille .
Dans deux grandes Niches
à cofté de l'Autel,
eftoient deux Autels antiques
, avec des Vafes ardens,
& des Feftons au - deffus . Ces
deux Autels eftoient ceux de
la Piété , & de la Reconnoif
fance de M ' le Préfident Perrault
. Sur l'un cftoit la Deyife
d'un Arbre dépouillé de
G iij
78 MERCURE
fes feuilles durant l'Hyver,
avec ces mots de Job , Rursùm
viver.
Ilrepredrabien-tôt une nouvelle vie.
Sur l'autre,un Girafol mort
fur fa tige , mais panchant
encore du cofté du Soleil,
avec ces paroles , Nec dum
obfequio finis.
Apresfa mortfon refpect dure encore.
Cette derniere Devife regardoit
M² Perrault. Deux
grands Tableaux faifoient
voir S. Louis allant à la guer
re , & le feu Roy offrant à
ce Saint l'Eglife des Jefuites,
GALANT 79
qu'il a fair baftir , & où fon
Coeur repofe . Les deux Li
tres de Velours chargées des
Ecuffons des Armoiries , régnoient
au- deffus & au- deffous
de ces deux Tableaux .
Le long des Pilaftres eftoient
dix Emblêmes des Vertus de
M' le Prince . Dans le der
nier , l'Immortalité peignoit
fon Image , pour la laiffer à
la Pofterité de fon A. S. comme
un Modele à imiter ; &
on lifoit autour ces paroles,
Refpice & fac fecundum exemplar.
Le Maiftre Autel , où
le Service fut fait , eftoit ten-
G mij
• MERCURE
du de noir , avec de grands
Ecuffons , deux Litres d'Armoiries
, & quantité de Lu
mieres. On voyoit en haut
S. Louis porté dans la gloire
par les Anges , avec un Fronton
où la Mort paroiffoit renverfée
. Le P. Bourdalouë fit
l'Oraifon Funébre dans ce
premier Service , que le zéle
de M' Perrault a fait celébrer
trente-fept ans apres la mort
deMonfieur le Prince, dont il
a voit eu l'honneur d'eftre Secretaire
des Comandemens .
Quatre jours avant la folemnité
de ce Service , M
GALANT 81
l'Abbé Bauyn , fi connu par
le grand talent qu'il a pour
la Chaire , en avoit fait faire
un pour la Reyne , dans l'E
glife Principale du Château
du Loir , dont il eft Prieur
Titulaire . Cet Abbé officia,
& l'Oraifon Funébre fut prononcée
avec beaucoup d'élo
quence , par M' l'Abbé Def
rabines- le - Maçon , Docteur
en Theologie , Prieur- Curé
de S. Martin dans la mefine
Grand Senéchal du Ville.
Lerneur
du
Maine , le
Château du Loir , les Officiers
du Siege Royal , & plu82
MERCURE
heurs autres Perfonnes de
confidération , afliftérent à
cette Cerémonie , où rien ne
fut oublié de ce qui pouvoit
la rendre celebre.
Le Chapitre de Sillé fit
auffi un Service tres - folemnel
le 29. Nov. pour M' le
Comte de Vermandois Amiral
de France , & Baron de
Sillé, à Courtray. M ' l'Abbé
le Féron qui en eft Doyen , y
officia , & traita enfuite fplendidement
les plus qualificz
des Affiftans. Ce Chapitre
plein de zéle pour ce Prince,
avoit fait tous les jours des
GALANT. 83
Oraifons & des Prieres pu
bliques pendant tout le cours
de la maladie.
6
Dans le mefme temps que
je vous parle d'Oraiſons
Fu
nébres , le hazard me fait
tomber entre les mains le
Compliment
que M ' l'Abbé
Faydet fit à M' le Nonce
le jour de Noël , en prêchant
aux Prémontrez
en
préſence de ce Prélat . Je vous
Î'envoye , fort perfuadé que
vous le lirez avec plaifir..
84 MERCURE
COMPLIMENT
A M LE NONCE.
M
Ais ilfaut avouer qu'il
y a encore aujourd'huy
de grandes Ames, qui fontinfenfibles
à tous les mouvemens de
vanité ; qui bien loin de s'enorgueillir
par les grandeurs dont ils
font environnez, en deviennent
plus humbles & plus modestes ;
qui à l'exemple de Moïfe brillent
fur la Montagne , (t) jettent
des rayons de toutes parts,
& ne fçavent pas que leur vi
fage foit lumineux ; & quand
GALANT 85
on les en fait apercevoir , couwrent
ces rayons & ce grand éclat
de leur mérite , du voile de la
Modestie qui l'étoufe. Elle est
rare cette Vertu , dit S. Bernard;
mais enfin malgré la corruption
de noftre fiecle , il s'en trouve
qui la pratiquent.
Et quand je dis cecy , Monfeigneur
, il n'y aperfonne dans
cet Auditoire , qui ne voye que
c'est de V.Ex. que je pretens parler.
Jamais Homme ne futfifort
diftingué par
merite qui peuvent rendre une
tous
les
Perfonne illustre
genres de
neanmoins
jamais Homme nefut ſi modeſte.
86 MERCURE
S. Gregoire de Nazianze
diftingue trois differentes efpeces
de Grandeur parmy les Hommes,
dont chacune aſes partifans
fes adorateurs . Une
qui eftpurement exterieure , qui
vient de la fortune , &qui confifte
dans la fplendeur de lanaiffance,
dans les grands biens , dans
Tétendue de l'empire de l'au
torité; c'est celle , dit- il , dont
les anciens Romains Payens fais
foient le plus de cas . En effet,
nous voyons dans l'Evangile de
ce jour , que parce qu' Augufte
brilloit par ce genre de merite,
il eftoit adore & obeï par tout
GALANT 87
l'Univers , au lieu que le Sauveur
du Monde y eftoit, ou inconnu
, ou méprife. Une autre,
qui vient de l'efprit & de la
Science & c'est celle qui eftoit
eftimée uniquement parmy les
Grecs. On veut adorer S. Paul
S. Barnabé en Lycaonie , à
caufe de leur éloquence , & de
leur fçavoir. On prépare des
Victimes , pour les leur immoler
; & déja les Taureaux font
couronnez, pour leur eftre offerts
en facrifice. Enfin il y a un troifiéme
genre de grandeur & de
merite qui vient de la Pieté
de la Religion . C'est celle
88 MERCURE
qui eftoit la plus honorée ,parmy
les fuifs. Prenez garde , dit
S. Gregoire de Nazianze. Les
Juifs laiffent Tibere & Herode
fur le Trone tous feuls , fans leur
faire leur Cour ; ils courent
en foule dams le Deſert , pour
y voir de prés S.Jean , & y ad
mirer un Homme qui ne beuvoit
ny ne mangeoit. Ils n'envoyent
point d' Ambaffade à Rome ; mais
ils en envoyent une celebre com
pofee de Prétres & de Levites
à S. Jean , Miferunt Judæi ab
Jerofolymis Sacerdotes & Levitas
ad eum. C'est que Jean
brilloit plus à leurs yeux par fa
GALANT. 89
Sainteté , que les Cefars par leurs
Victoires.
Or on peut dire tres -verita
blement , Monfeigneur , que ces
trois fortes de Grandeursfont reünies
dans V.Ex. Vous êtes Grand
par la grandeur de voftre Naiffance.
Voftre Maifon eft une
des plus illustres de l'Italie . Dans
le temps que Bologne eftoit République
, vos Ancestres l'ont
gouvernée ; vous comptez en..
care aujourd'uy parmy vos plus
proches Parens , des Cardinaux
dans Rome , & des Senateurs
dans Venife. Mais voftre Esprit
eft encore plus grand que vostre
Janvier 1684.
H
}
90 MERCURE
vô-
Naiffance. Voftreparfaite intel
ligence dans lesaffaires ,
treprofondepenetration dans tous
les mysteres & les interefts des
Cours differentes , vous fit employer
des voftre plus tendrejeuneffe
, dans les Negotiations les
plus importantes de l'Etat Ecclefiaftique.
Vos diverfes Noncia
tures , en Pologne , en Savoye,
en France , vous ont rendu
celebre dans toute l'Europe ; &
ce qui eft la plus forte preuve de
l'élevation de votre Esprit , &
de la fublimité de vostre grand
Genie , c'est que vous avezfçú
plaire , & gagner l'eftime & la
1
GALANT. 91
bienveillance du plus grand Roy
du Monde , d'un Roy , Mon
feigneur , qui juge fi bien du
merite parce qu'il en eft luy
mefme tout remply. Vous l'avez
admiré bien des fois , lors que
vous avez eu le plaifir de l'as
border ; vous avezfouvent
avoilé , que tout ce que la Re
nommée vous avoit appris de cet
incomparable Monarque , eftoit
infiniment au - deffous de ce que
vous en avez vû. Mais ce qui
eſtauffi au-deſſus de toute louange
, & le plus rare Eloge qu'on
puiffe faire des grands Talens de
vostre efprit , c'est que ce grand
Hij
92 MERCURE
Roy vous a loué, & qu'il a témoigné
publiquement , qu'ilfaifoit
cas de voftre merite.
C
Magno fe judice quifquetuetur.
Mais les talens de l'Efprit font
effacez en en vous par la Pieté
Vous avez des Vertus dignes de
la Pourpre e de la Tiare ; &
les Peuples du Diocefe de Fano
publient hautement qu'ils n'ont
jamais eu un Evefque plus acomply
, plus charitable ,
appliqué à fes de voirs . Mais ce
que nous admirons icy le plus,
Monseigneur , eft que toutes ces
grandes qualitez font accompagnées
en vous d'une modeftie
plus
GALANT. 93
& d'une humilité profonde , en
forte qu'on peut vous appliquer
tres- juftement cet Eloge que
S. Cyprien donne à un Evefque
de fon temps. Il est élevé par
fa dignité , mais il l'est encore
davantage par fon humilité,,
Dignitate excelfus , humilitate
fubmiffus.
A
+
Ab je reconnois à cette divine
Vertu , le grand Pape dont
vous reprefentez icy la Perfonne
, & dont vous foutenez fi noblement
le Caractere. Ce grand
Homme que la France revere,
& qu'elle regarde comme un des
plus faints Papes qui ayentjab
94 MERCURE
a
mais efté affis fur la Chaire de
S. Pierre , n'employe pas les
grands revenus de l'Eglife à nour
rir le faste & la vanité de fa
Maiſon , mais feulement à entretenir
les Pawores , & fur
tout les Chrétiens de Hongrie,
ruinez par les guerres des Infidelles.
+
Que Cefar ne fe wante pas
que ce foit la force de fon bras,
la valeur de fes Alliez, qui
a fait lever ce Siege fifameux
de Vienne , & qui a mis en dé.
route le Tyran de l'Afie. C'eft
la pieté du Grand Prêtre Onias,
dit l'Ecriture qui a chafsé Her
GALANT. 95
liodore du Temple. C'est l'Ange
de Dieu , qui a diffipé l'Armée
de
Sennacherib , & qui a frapé
fes Soldats d'un efprit de vertige,
& d'une terreur panique . A la
verité Fofué eft venu au fecours,
a combatu ; mais c'eft Moife
qui a vaincu Amalec.
Nous apprenons , Monfeigneur
, par les Nouvelles
publiques
, que l'Allemagne
va luy
élever au milieu de Vienne une
Statue; mais nous autres François
, nous luy en éleverons une
dans nos coeurs , & plus durable
&plus glorieufe ; & la prefence
d'un fi illuftre Miniftre,
96 MERCURE
1
à
&d'un Ambaſſadeur fi accom
ply , ne contribuera pas peu
nourrir en nous l'eftime & la veneration
que nous avons pourfa
vertu .
Ce que vous venez de lire
dans ce Compliment
fur le
Siege de Vienne me fait
fouvenir
que dans la fecon-
*
de Partie de ma Lettre du
mois d'Octobre , je vous parlay
d'un Cercueil d'étain , que
le S Kimpler Ingénieur dé
couvrit en faiſant une Contremine
à la Porte du Châ
teau de cette Place . J'ajoûtay
, qu'au lieu d'un Corps
mort
GALANT. 97
mort qu'il avoit crû y trouver,
il avoit efté furpris de le
voir remply d'anciennes Efpeces
d'or & d'argent , & de
pierreries , avec un Eerit dans
une Boëte d'étain à part , où
ces mots eftoient en vieux
caracteres.
GAUPERTS
SI INVENERIS, VIDEBIS, TACEBIS,
5019 SED
ORABIS, PUGNABIS, EDIFICABIS,
NON HODIE
DONEC
3
NEC CRAS , SED QUIA
(UNIVERSUS Quus ) "
( TURRIS ERECTA ET ARMATA)
DIVERSA ORDINATA ARMA )
SUBSCRIPTIO
ROLANDT HUNN MOG POSUIT,
ROLAND
Fanvier 1684.
Bay brioche
Staatsolidʻek
München
I
98 MERCURE
Cette Infcription paroif
fant énigmatique, a fait fouhaiter
qu'on l'expliquaft.
M'Vignier de Richelieu , en
a fait connoiftre fes fentimens
en ces termes.
Celuy qui a pofé ce Cercueil
, pouvoit dire avec raifon,
Gaudebis fi inveneris . Tu te
réjoüiras, fi tu trouves. L'éclat
des Pieces d'or, d'argent,
& des pierreries, qui eftoient
dedans , eft bien capable de
produire cet effet. Videbis.
Tu verras avec étonnement.
Il n'eft pas petit de rencon
trer de grandes richeffes , où
GALANT. 99
l'on ne croit trouver que des
cendres , ou les offemens d'un
Mort. Tacebis. Tu garderas
le filence . Cela eft affez ordinaire
en de pareilles rencontres.
Orabis. Tu prieras
pour l'ame de ceux qui te
mettent à ton aife. Tu remercîras
la Divine Providence
, qui t'a fait trouver
une fource de Biens, où l'on
n'en porte point , & dans le
temps que les Infidelles raviffent
ceux de tes Compatriotes,
brûlent, & faccagent
tout ce qu'ils ont à la Campagne.
Pugnabis . Tu comba
a
I ij
100 MERCURE
tras pour la défenſe de ta
Patrie , & pour conferver
1
ce
qui t'eft tombé entre les
mains. Edificabis . Tu feras
faire des Baftimens. Tu feras
bâtir quelque Chapelle en
l'honneur de ton bon Ange,
qui t'a fi heureuſement conduit;
ou quelque Hôpital,
pour retirer ceux que les
Ennemis du nom Chreftien
ont tout-à- fait ruinez . Tu
dois cette marque de recon
noiffance à la Bonté fouve
raine, qui loin de t'avoir laiffé
perdre dans le bouleverſement
général de cette faGALANT.
101
meufe Ville , t'a retiré de la
mort , ou de la captivité.
Non hodie, nee cras. Tu ne feras
pas toutes choſes ny aujourd'huy
, ny demain . Sed.
Mais pourquoy ? Quia. Parce
que tu as bien d'autres af
faires plus preffées , & qu'il
te faut achever auparavant
.
Equus univerfus . Le Cheval
univerfel doit laiffer fa queuë
devant cette Ville . Peuteftre
qu'il appelle ainfi le
Grand Vizir , à caufe des
queues de Cheval que l'on
porte devant luy, & que l'on
a trouvées dans fa Tente
I iij
102 MERCURE
apres fa fuite, ou bien pour
le grand nombre de Cavalerie
de toutes les Parties de
l'Empire Ottoman qui eftoit
devant Vienne . Turris erecta,
& armata. Diverfa arma ordinata.
De plus, les Tours élevées
& armées, & les diverſes
Armes mifes en ordre pour
la défenſe de la Place , ne te
permettront pas de faire des
Edifices , que fes Murs & fes
Baftions ne foient relevez.
Rolandt Huun Mog. pofuit.
Rolandt Huun de Mayence
a pofé cecy .
Ces mefmes Paroles éni
GALANT 103
gmatiques ont efté paraphrálées
en Vers de cette forte,
par M Dizeul , Doyen de
Noftre Dame du Mur , de
Morlaix en Bretagne. La
Fable du Cerf & du Cheval,
dont il parle, eft tirée d'Ho
race . La Donation de l'Empire
de Conftantinople , qu'il
touche en paffant , eft celle
que fit André Paléologue ,
Heritier de Conftantin XI .
dernier Emperieur d'Orient.
I'
eftvray, cher Damon , l'évencment
eft beau,
De rencontrer de l'or dans le fond
d'un Tombeau .
I m
104 MERCURE
Sa Devife eft obfcure, & mesemble
un Oraele
Dont la Foy doit attendre un triomphant
fpectacle.
Cet or pour les Chreftiens laiffe au
Ture un Cercueil,
Menacefon Empire, & confondfon
orgueil.
Le Chreftien dans cet or, lors que le
Ciel l'envoye,
Trouve A d'heureux sujets d'efpérance
& dejoye.
Son deftin luy promet un Empire
puiffant,
Sur les vaftes débris de celuy du
Croiffant.
1
Quand cet or, dit le Cicl, ferafous
ta puiſſance,
3
Confidere B les temps, & garde le
filence.
A Gaudebis fi inveneris.
B Videbis, tacebis .
GALANT. 105
·Dans cejourC & demain défens-10y
des Combats,
Les plusjuftes deffeins ne réüffiroient
pas.
Cesdeuxjourspafferont, ce font Siecles
funeftes.
Le troifiéme venu, fuy les Ordres
Ceteftes,
Ecoute cette voix qui te dit D de
prier,
Et que le Ciel eft las de t'entendre
crier,
Qu'il eftpreft d'exaucer & tes voeux
& tes larmes ,
Etque tu vois lejour E du bonheur
de tes armes,
Four, où rompant la Paix, fans garder
nullefoy,
C Non hodie, nec cras.
D Orabis.
E Pugnabis.
106 MERCURE
Un Tyran en tous licux went étendre
fa Loy.
Ce Cheval Findompté courant toute
la terre,
Trépandoit l'ardeur du meurtre &
de la guerre
,
Lars que dansfon transport une divine
Main
Spait arrefter fa courfe , & luy donner
un frein.
Autrefois le Cheval, au raport de la
Fable,
Contre le Cerfpaiffant eut un diſtin
Semblable.
Cette Befte fatale à tant d'Etats
divers,
Doit périr en cejour par unfameux
revers;
Affez, &trop longtemps,les Tours
G des Dardanelles
F Univerfus Equus..
G Turris erecta & armata.
GALANT. 107
Tiennent les voeux cap ifs des Nations
Fidelles ,
Ilfau ab. tre enfin cesfuperbes Ramparts,
Les illuftres Tombeaux des Sceptres
des Céfars.
C'eft aux Lys que le Ciel en deftine
la gloire,
C'estaux Lys de vanger leur nom &
lear mémoire.
Les derniers Empereurs leur enfirent
le don,
Le Cielleur doit l'honneur de H rebaftir
Sion.
La Loy de l'Ottoman leur en promet
l'Empire;
Le fuccés eft certain, fi la Paix
confpire.
J
Faffe le jufte Ciel, que les Chreftiens
unis,
H Edificabis,
108 MERCURE
Détruifent l'Alcoran fous l'Etendard
des Lys;
Que de LOVIS LE GRAND la
gloire fouveraine
Faffe régnerla Foy de l'Eglife Romaine,
Et quefelen nos voeux, nous ayons
le bonheur
De ne voir qu'une Foy , qu'une Eglife,
un Pasteur.
Je vous envoye un Air
nouveau qui eft affez de faifon.
Il y a peu de Perſonnes
qui fe fouviennent d'avoir
paſſé un plus rude Hyver.
"

GALANT. 109
AIR NOUVEAU.
Vel changement affreux paroift
dans la Nature!
Ο3
L'Hyverparfes frimats fâne l'émaildes
Fleurs;
Les Oyfeaux dans les Bois , tout
tremblans de froidure ,
Nefontplus retentir que des chants
de douleurs ;
Mais rien n'égale, helas ! le tourment
quej'endures
Je ne puis y fonger fans répandre
des pleurs;
Des monceaux de glaçons font mourir
la verdure,
Où l'Amour mefaifoit goufter mille
douceurs.
Le premier jour de l'AnNO
MERCURE
née , le Roy qui eft magni.
fique en toutes choſes, donna
à M'Daquin fon Premier
Medecin, la Charge d'Intendant
de la Maiſon deMadame
la Dauphine, avec le pouvoir
d'en faire ce qu'il jugeroit à
propos ; & comme ce Prince
ne fait point de graces à demy,
il luy accorda un Brévet
de retenue de cent mille
francs fur cette Charge . C'eft
un préfent tres- confidérable
, & d'une diftinction qui
marque que Sa Majesté eſt
fort contente de fes affiduitez
& de fes fervices .
GALANT. III
Les Charges d'Intendant
? des Finances qu'avoient feu
M Hotman & M Defmaretz
, ont eſté données à M¹
le Pelletier de Soufy Confeil.
ler d'Etat, & à M' de Bréteüil
Maiftre des Requeftes : Le
premier eft Frere de M' le
Pelletier , Controlleur General
des Finances . Il a efté quatorze
ans Intendant en Flandre
, où il a exercé cet Employ
avec beaucoup de fageffe,
d'habileté, & de gloire,
fans y avoir regardé d'autres
intérefts que ceux de Sa Majefté.
M de Bréteüil a efté
* 112 MERCURE
neufans Intendant en Picardie
. Il a trois Freres , dont
l'un eft Evefque ; le fecond,
Lecteur du Roy, & Envoyé
Extraordinaire de Sa Majeftéi
aupres des Princes , d'Italie;
& le troifiéme, Chevalier de
Malte , & Capitaine de Galere.
Comme chacun d'eux
s'eft fait diftinguer dans fa
Profeffion, je vous en ay fou
vent entretenuë . Le Roy,
parlant de celuy qu'il vient
de nommer Intendant , des
Finances,dit qu'il l'avoit choify
avec plaisir. Sa Majesté ajoûta,
que les Finances eftoient un pas
GALANT. 113
fort gliffant , mais qu'Elle eftoit
perfuadée qu'il s'acquiteroit de
fon devoir.
M' d'Eftampes , Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne , Confeiller du
Roy en fes Conſeils , & en
fon Parlement de Provence,
& Evefque de Marseille , eft
mort prefque fubitement à
Paris. Tout marquoit en luy
une parfaite fanté, & il avoit
diné avec quelques-uns de
fes Amis le jour mefme qu'il
mourut. Il fe trouva mal fur
le foir , fe coucha , & fe leva
plufieurs fois , &fur les trois
Fanvier 1684 .
K
114 MERCURE
heures apres minuit , ſe ſen
tant fort foulagé, il ordonna
à fes Gens de s'aller coucher.
Ils crûrent qu'ils ne devoient
pas luy obeïr. Peu de temps
apres, ils coururent à ſon Lit,
furpris de la maniere dont il
refpiroit , & à peine s'en furent-
ils approchez , que ce
Prélat expira.
Le Roy a donné quatre
mille livres de penſion fur
cet Evefché à M❜le Chevalier
de Bétomas , Capitaine de
Galere , & Chefd'Eſcadre . Ce
Chevalier , qui eft d'une des
meilleures Maifons de NorGALANT.
ITS
mandie, a une grande aplica .
tion à fonMeftier, & eft cónu
par une valeur fouvent éprou
vée. Il ne s'eft trouvé dans
aucune occafion , où il n'ait
eu l'avantage de fe ſignaler.
M' le Maréchal de Vivonne
luy donna un Détachement
à commander à l'Affaire de
Palerme , où il fit tout ce
que l'on peut s'imaginer d'un
vray Brave. Il a une forte
paffion pour le fervice, & rien
ne luy paroift impoffible,
Fors qu'il s'agit d'obeir au
Roy.
Ml'Abbé Gaudart, Fils de:
Kij
116 MERCURE
M ' Gaudart du Petit Marais,
Doyen de la Grand' Chabre,
eft mort auffiau commencement
de ce mois . L'Abbaye
de Montier-la Selle , de l'Or
dre de S.Benoift , Dioceſe de
Troyes, qu'il poffedoit, a efté
donnée au Fils de Mile Marquis
de Montchevreuil , qui
a efté Gouverneur de M'le
Duc du Maine , & en fuite de
Mile Comte de Vermandois .
Je vous ay fouvent parlé de
ce Marquis.
Nous avons perdu dans
ce-mefme mois Meffire Armand
Nicolas de Sallart,
-
GALANT. 117
Chevalier, Seigneur de Bou
ron , Jaqueville , & autres
Lieux , Capitaine au Régiment
des Gardes de Sa Majefté
; & Meffire Louis Alleaume,
Abbé de Tilloy, Docteur
de Sorbonne.
Si l'on meurt en toutes
Profeffions , on meurt auffi
en tous âges , & la mort de
Mademoiſelle de Lhôpital
en eft une preuve . Elle n'avoit
pas encore quinze ans,
& eftoit Fille de Meffire
Anne de Lhôpital , Comte
de Sainte Meſme , Seigneur
de Bretheaucourt , Villema-
1
118 MERCURE
1
noche, Sorbonne, Ouques
Villemefle , & c. Lieutenant
General des Armées du Roy,
Gouverneur de Dourdan ,
Premier Ecuyer & Chevalier
d'Honneur de défunts Leurs
A. R. Monfieur & Madame,
Duc & Ducheffe d'Orleans ,
& Chevalier d'Honneur de
Madame la Grand' Duchefſe
de Tofcane. Cette jeune Demoiſelle
eft morte le 5. de ce
mois , tous les alimens qu'elle
prenoit ayant ceffé de paffer
en nourriture.
La voix publique ne vous
a pas moins inftruite du méGALANT.
119
"
rite de M'l'Abbé des Alleurs ,
Aumônier de Madame la
Dauphine , que tout ce que
je vous en ay écrit d'avantageux.
Le Roy la reconnu ,
par l'Abbaye de Reau qu'il
luy a donnée. Elle eft du
Diocefe de Poitiers , & de
l'Ordre de S. Auguftin .
Ml'Abbé de la Buffiere
a eu celle de S. Sauveur le
Vicomte, de l'Ordre de S.Benoift,
Dioceſe de Coutances .
Il eſt Fils de M' de la Buffiere,
Gentilhomme ordinaire de
la Chambre de Sa Majesté..
Madame de la Borde ,Fem
120 MERCURE
'me de Chambre de la feuë
Reyne , a obtenu en meſme
temps l'Abbaye de Sept Fontaines
, de l'Ordre de Prémontré,
Dioceſe de Rheims ,
pour M l'Abbé Richomme
de la Borde , fon Fils .
Sa Majefté a auffi gratifié
M'l'Abbé de la Grange, Chanoine
d'Aurillac , de la Prevoſté
de Monſalvy ; & M'
l'Abbé Gérard , du Prieuré
de la Broùffe . Ces deux Benéfices
font en Languedoc.
M' l'Abbé Gérard eft celuy
qui nous a donné la Philofophie
des Gens de Cour.
L'adreffe
GALANT. 121
L'adreffe eft quelquefois
utile en amour , & ce qu'elle
a valu depuis peu à un Ca
valier diftingué par ſa naiffance
, fait voir qu'il eft des:
occafions où il fait bon l'employer.
Il voyoit avec affez
d'affiduité une fort jolie Perfonne.
Ses foins luy marquoient
fa paffion , mais il
n'ofoit s'expliquer ouvertement
, dans la crainte qu'il
avoit que fa déclaration ne
fuft mal reçûë. Il en vouloit
au coeur de la Belle , & fes
manieres pleines de fierté &
d'indifférence , luy avoient
Fanvier 1684.
L
122 MERCURE
fait remarquer que cette con
quefte n'estoit pas aiſée à
faire. Sa beauté qui eftoit
des plus touchantes , luy attiroit
force Soûpirans , & elle
en aimoit le nombre , parce
qu'il luy patoiffoit qu'ayant
à choifir , elle trouveroit plus
aifément un party felon fon
gouft. Le Cavalier qui voyoit
tous fes Rivaux auffi reculez
que luy , ne s'alarmoit point
de leurs vifites . Il attendoit
que le temps décidât de fon
amour , & continüoit à voir
la Belle , dans l'efpérance de
ſe rendre digne d'eſtre préGALANT.
123
feré Les chofes.eftoient dans
ces termes , lors qu'il fe vit
traversé par un Rival qui luy
parut dangereux. C'eſtoit un
Gentilhomme façon de Marquis
, centiérement remply
de luy-mefme , & à qui le
bruit de quelques bonnes
fortunes avoit fait prendre
une vanité , qui luy faifoit
croire qu'il n'avoit qu'à fe
montrer pour infpirer de l'amour.
Il eftoit bien fait de
fa perfonne , difoit les cho
fes affez agreablement , &
avoit ces airs évaporez qui
font réiiffir aupres de certai
Lij
124 MERCURE
nes Femmes. Comme il fe
vantoit beaucoup , il n'eftoit
pas crû dans tout ce qu'if
ſuppoſoit de galantes Avantures
; & l'on démefloit fans
peines que dans la plupart
il s'attribuoit
des avantages
qu'il n'avoit point eus . On
avoit raifon de ne l'en point
croire leftoit de ces Pro
teftans univerfels , qui fans
nul deffein de fe faire aimer,
cherchent feulement à faire
dire qu'ils ne font pas mal
avec les Perfonnes qui les
foufrent. Il ne vouloit que
l'éclat , & le plaifir d'eftre
I
GALANT. 125
1
heureux fecrétément , le fla
toit bien moins que l'apparence
de Teftre. Cependant
de quelque précaution qu'on
fe pût fervir, pour empêcher
qu'il ne profitât de les affil
duitez elles eftoient tou
jours dangereufes puis qu'il
en tiroit dequoy faire croire
qu'on ne le haiffoit pas , &
qu'il croyoit avoir triomphe,
quand ſa vanité eftoi fațis
faite, Le fracas que la Belle
faifoit dans le monde
qu'il la regarda comme une
Perfonne digne d'eltre mife
au nombre de ſes prétendües
L, iij
126 MERCURE
conqueftes. Il trouva moyeri
de s'introduire chez elle &
y fut reçû avec affez d'agré
ment, Divers avis furent auffi
toſt donnez au Pere , fur le
péril où il alloit expofor la
réputation de la Fille en
foufrant les vifites du Marquis.
On luy fit connoiſtre
qu'il n'eſtoit point Homine
à fonger au Sacrement ; qu'il
ne s'attachoit aux Belles ,
qu'autant qu'il faloit pour
tirer quelque avantage des
complaifances qu'elles luy
marquoient , & que les loins
n'ayant jamais aboutý à rien,
I
GALANT. 127
en quelque lieu qu'il les euſt
rendus , on n'en devoit atenque
le déplaifir d'eftre
dre
7
meflé dans des contes dont
il n'eftoit pas plaiſant de
fournir l'occafion . Il écouta
ces raiſons , mais il n'en fut
pas perfuadé. Le nom de
Marquis , que ce nouveau
Soûpirant prenoit à bon ou
à mauvais titre , flatoit fon
ambition. Il trouvoit d'ail
leurs le party avantageux du
cofté du bien ; & ainfi il crut
que fon coeur n'eftant échapé
à tant de Belles , que
parce qu'elles ne s'eftoient
L iiij
128 MERCURE
pas ménagées avec affez de
conduite , leur peu de fuccés
feroit pour fa Fille un fujet
de gloire , fi elle pouvoir
l'affujettir. La Belle entra
dans ces mefmes fentimens.
L'affurance
qu'elle prit fur fa
fierté , qui la mettoit à couvert
de toute foibleffe , luy
perfuada qu'au moins fi elle
manquoit à réüffir , les foins.
qu'elle auroit de s'obferver,
l'empefcheroient de faire aucun
pas qui luy portaft préjudice
. Le Marquis la vit
pendant trois mois ; & dans
tout ce temps , quoy que fes
GALANT. 129
airs libres & fes manieres du
monde luy plûffent affez ,
elle fe tint fi bien fur fes gardes
, que ne pouvant donner
aucune couleur aux chofes
dont il fe fuftfait un plaifirde
fe vanter , il n'eut rien à dire
d'elle. Il luy écrivit plufieurs
fois , pour l'engager à répondre
, & elle n'en voulut recevoir
aucun Billet . Point de
teſte à tefte ,
a
ne fuft- ce que
d'un moment. De temps en
temps , il s'aprochoit d'elle
devant fes Rivaux , pour luy
parler à l'oreille , & iln'eftoit
jamais écouté , qu'il ne dift
1
130 MERCURE
tout haut ce qu'il vouloit
qu'elle fçuft. Il pria fouvent
qu'on luy permift de venir
paffer quelque apres -foupé
dans la Maifon de la Belle ,
& comme on auroit pú l'en
voir fortirtard ( ce qui femble
eftre la marque d'un Amant
- favorifé il demanda inutilement
ce privilege. Def
efperé de n'avancer. pas , &
n'eftant point affez amoureux
pour venir au Mariage
, il eftoit preſt d'abandonner
la partie , quand le
Cavalier foufrant impatiem
ment qu'il le troublaſt dans
GALANT 131

1
fa paffion , s'avifa enfin pour
le chaffer , de l'éblouir par
où il eftoit fenfible en
fourniffant à la vanité l'occafion
qu'il cherchoit depuis
longtemps de remplir fon caractere
, & que la Belle ne
luy avoit point laiſſe trouver .
Ce qu'il entreprit dans ce
deffein , devoit expofer cette
charmante Perfonne à devenir
l'entretien de toute la
Ville ; mais comme elle eftoit
d'une fort grande fageffe , il
crut que les bruits qu'il alloit
faire courir , feroient peu
d'impreffion contre la vertu ,
132 MERCURE
qu'ils donneroient fujet au
Marquis de s'oublier, qu'auffi
plein de fon merite qu'il paroiffoit
l'eftre , il n'auroit pas
la force de faire defavouer
des chofes qui le feroient
croire heureux , que la ma
niere dont il s'en expliqueroit
à fon avantage , porteroit
la Belle à une entiere rup
ture ; & que prenant bien
fon temps dans le dépit
qu'elle auroit , il viendroit
à bout de la faire confentir
à l'époufer. Ainfi fi le Cavalier
donnoit quelque for
ble atteinte à la réputation,
GALANT. 133.
cette petite diminution de
gloire devant eftre utile à
fon eſpérance , il trouvoit
Heu de's en confoler.La chofe
cut le fuccés qu'il en attendoit
. Voicy de quelle mar
niere il exécuta ce qu'il avoit
médité. Il fit imprimer fecre
tementun grand nombre de
Billets qu'on afficha la nuit
au coin de toutes les Rües.
Ces Billets , qui fe diftinguolent
par une bordure
qu'on ne voyoit point aux
autres , avoient encore pour
les Curieux le ſpécieux titre
de VINGT LOUIS
134 MERCURE
D'OR A GAGNER
Il faifoient fçavoir , que fi
depuis une telle Rüe jufques
à une autre ( c'eftoient cel
les de la Belle & du Marquis
) quelqu'un avoit trouvé,
un Porte - Lettre de Cheveux,
dans lequel eftoient quantité
de Billets de Femme
avec un Portrait en Mignature
, fans boëte , & une Promeffe
de dix mille écus, faite
au profit du Marquis par la
Belle , & payable , fi elle ne
confentoit pas à l'époufer,
dés qu'il auroit acheté une
telle Charge chez le Roys
GALANT. 135
qui eftoit d'un prix tres- confidérable
; il euft à porter le
tout chez un tel Notaire ,
qui luy payeroit auffi - toft les
vingt Louis . Ces Billets ayant
efté touvez le matin , & la
Belle & le Marquis eftant
deux Perfonnes tres - connues
, le bruit s'en répandit .
en fort peu de temps par
toute la Ville . On dit au
Marquis ce qui eſtoit arrivé.
Il fut d'abord étourdy d'une
pareille avanture , & pour
s'en inftruire mieux , il envoya
auffi - toft un de fes Laquais
, qui luy apporta une
136 MERCURE
des Affiches. Il la lût deux
ou trois fois , rêva quelque
temps , & prit fon party.
Quoy qu'il connuft qu'on
luy faifoit piéce , on peut
dire qu'il en eut plus de joye
que de chagrin. Il n'avoit vû
fi long- temps la Belle , que
dans le deſſein de faire parler
de l'atachement qu'elle
luy foufroit. Il trouvoit dans
les Billets tout l'avantage
qu'il s'eftoit promis , & il
n'avoit qu'à ne pas defavoüer
les choſes , pour eftre heu
reux de la maniere qu'il fe
contentoit de l'eftre. Quel
2
GALANT 187
(
ques- uns de fes Amis le vinrent
voir , & foit qu'ils crûf
fent la chofe , foit qu'ils cher
chaffent à le railler für fa vab
nité , ils luy dirent en riant,
que quelque mérite qu'il eût,
on ne s'eftoit pas perfuadé
qu'il fuft auffi - bien avec la
Belle , que les Billets le faifoient
paroiftre. Il répondit
en affectant beaucoup de colere,
qu'on luy faifoit la piéce
la plus fan glante qui pût êtres
faite à un Homme
de qua
lité ; qu'aimant la Belle avec
la derniere paffion , il fe tenoit !
outragéplus fenfibleméten
fas
Janvier 1684
M
138 MERCURE
3
perfonne, qu'il n'euft pû l'être
en luy-mefme ; mais qu'il
avoit au moins la douceurt
d'eftre feûr de s'en vanger,
& qu'il le feroit avec tant
d'éclat , qu'on feroit content
de fa conduite qu'il ne s'étoit
plaint qu'à un feul Amy,
du malheur qu'il avoit eu de
perdre les Lettres & le Portrait
; qu'il faloit que cet Amy
euft abufè de fa confiance,
& qu'il s'en feroit faire raífon
, à quelque prix que ce
fuft . Ils luy parlérent de la
Promeffe des dix mille écus,
& il dit fur cet article , que
GALANT: 139
n'ayant aucune inclination
pour une Charge à la Cour,
parce qu'il aimoit la vie aifée ,
il n'avoit pû engager la Belle
à luy promettre de l'épou
fer , que lors qu'il auroit traité
de celle qu'on avoit marquée
dans les Billets , que fon
amour eſtoit affez fort pour
le porter à la fatisfaire , mais
que craignant l'inconftance
ordinaire à celles qui ont
quantité d'Amans , il avoit
voulu avoir cette forte d'af
furance , pour l'empefcher
de changer de fentimens ,
qu'il n'avoit aucun deffein
Mij
140 MERCURE
d'exiger d'elle les dix mille
écus; qu'il n'avoit pas même
examiné fi lors qu'elle eftoit
fous la tutelle de fon Pere,
le Bien de fa Mere qui luy
eftoit échû par fa mort, pouvoit
répondre de cette Promeffe
, & qu'il l'avoit priſe
feulement afin que fi elle refufoit
de l'époufer , quand il
auroit acheté la Charge , il
puft faire voir qu'elle luy
auroit manqué de parole . Il
ne manqua pas de faire le
mefme conte à tous ceux
qu'il rencontra ; & l'emportement
qu'il faifoit paroistre en
GALANT. 141
faifant femblant de fe plaindre
d'un Amy perfide , fit
croire à beaucoup que la
perte du Porte-Lettre eftoit
véritable . Comme l'envie
donne occafion à la médi
fance , celles qui eftoient jaloufes
du mérite de la Belle ,
publiérent qu'elle avoit eſté
réservée en apparence avec
le Marquis , parce que le
commerce de Lettres qu'ils
avoient enſemble , leur te
noit lieu d'entretiens particuliers
; que qui donnoit fon
Portrait , fe déclaroit fenfible
à l'amour , & qu'un pré142
MERCURE
fent de cette nature devoit
toûjours eftre précedé par de
fortes marques de tendreffe.
Jugez dans quel chagrin fut
la Belle , quand elle apprit
les bruits defavantageux
qui
couroient contre la gloire.
Son Pere au defefpoir de cette
avanture , & plus encore
de la maniere dont on luy
dit que le Marquis s'expli.
quoit fur les Billets affichez,
le voyant venir chez luy quel
ques jours apres , luy deman
da ce qu'il devoit croire de
tous les difcours qu'on luy
imputoit. Sa réponſe fut, que
GALANT. 143
la Perfonne qui l'avoit trahy,
payeroit chérement fa mauvaife
foy , & que pour luy
il eſteit plus malheureux que
coupable , de s'eftre confié à
un Amy éprouvé depuis longtemps
, & qui ayant parlé
avec imprudence , avoit donné
lieu à l'éclat qui s'eftoit
fait. Le Pere inféra de là que
le Marquis demeuroit d'ac
cord des Lettres & du Portrait
. Il fit auffi toft venir fa
Fille, & les explications qu'ils
demandérent tous deux au
Marquis , firent un Procés
qui ne fut pas aifé à vuider.
144 MERCURE
Il avoüoit & defavoüoit en
mefme temps les chofes qu'il
avoit dites , & enfin le Pere
ennuyé de voir qu'il eftoit
fi peu d'accord avec luy-même
, luy dit qu'il n'eftoit pas
queftion d'examiner ce qui
eftoit caufe que les Billets
avoient efté affichez , qu'il
fuffifoit qu'il aimaft fa Fille,
& qu'il pouvoit réparer en
l'époufant , le tort qu'ils faifoient
à fa réputation . Il répliqua
fans s'embaraſſer, qu'il
tiendroit exactement tout ce
qu'il avoit promis ; que pour
fe réfoudre à l'époufer la
Belle
GALANT. 145
Belle vouloit qu'il cuft une
Charge ; que l'argent dont
il avoit befoin pour cela , n'étoit
pas encore preft , & que
fi -toft qu'il l'auroit payé , il
viendroit fçavoir quels fentimens
elle auroit encore pour
luy. Rien n'eſt égal à l'emportement
que la Belle fit
paroiftre fur ces faufletez
Elle voulut l'obliger à dire
comment ils eftoient entrez
enfemble dans un détail fi
particulier , puis qu'il eftoit
tres- certain qu'elle ne luy
avoit permis aucun entretien
particulier. Il commen-
N
Fanvier 1684.
146 MERCURE
ça à foûrire , & fe tira d'af
faire , en luy répondant
que
fon refpect pour les Belles
l'obligeoit toûjours à convenir
de ce qu'elles foutenoient
; & fi c'eftoit luy
que
faire plaifir , que de publier
par tout qu'elle ne luy avoit
jamais parlé ny de Mariage
ny de Charge , il le feroit
fans aucune peine . Ces paroles
prononcées d'un air
nonchalant & froid , finirent
cette vifite , & depuis ce
temps iln'en rendit plus. Une
rupture fi prompte, qu'un at...
tachement
de plufieurs mois
GALANT. 147
n'avoit pas laiffé prévoir ,
donna matiere aux raiſonnemens.
Ceux qui jugeoient
en Gens des -intéreffez , de la
vertu de la Belle , & qui connoiffoient
combien le Marquis
eftoit fujet à faire valoir
les apparences qui luy
eftoient favorables , ne dou
térent point que pour faire
croire qu'il eftoit aimé , il ne
fe fuft fait afficher luy - même.
Les autres , qui eftoient
en plus grand nombre , envieux
du mérite de la Belle,
fi la plaifanterie
dirent
que
eftoit
outrée
, il faloit
du
N ij
148 MERCURE
moins
pour l'avoir
fait
naî
tre , qu'il y cuft eu quelque
intelligence bien particulie
re entre l'un & l'autre . Ces
bruits mal plaiſans pour ceux
qui avoient regardé la Belle
avec des pensées de Mariage,
eurent bien - toft écarté tout
ce qu'elle avoit de Protef
tans. Le Cavalier fut le feul
qui la vit toûjours avec un
égal empreffement ; & cette
aimable Perfonne luy ſceut
fi bon gré , & de fa perféverance
malgré l'avanture qui
épouvantoit les autres , & de
la maniere vive dont il en
GALANT. 149
troit dans fes intéreſts , que
la déclaration qu'il luy fit
enfuite , en fut reccüe com.
me il l'avoit eſperé . Son Pere
craignant que les médifances
, quoy qu'injuftes , que
l'on faifoit d'elle , n'empêchaffent
qu'on ne fongeaft
à la rechercher , fut tres - content
du party. Le Mariage
fe fit en fort peu de jours;
& le Cavalier pour la gloire
de la Femme ne crut plus
devoir cacher par quel artis
fice il s'eftoit défait de fon
Rival. Le Marquis fut tourné
en ridicule , & l'on ne
4
Niij
150 MERCURE
put affez admirer les contes
impertinens que fa vanité
luy avoit fait faire , au moindre
jour qui s'eftoit offert de
faire entendre qu'on n'avoit
pû réſiſter à fon prétendu
mérite.
S'il eft d'une grande ame
de chercher toûjours à s'élever
, il n'eſt pas moins beau,
quand on fe voit dans le plus
haut rang, de
s'abaiffer pour
fe rendre communicable. On
fe fait craindre par l'un ; on
fe fait aimer par l'autre , &
les deux enſemble font mé
riter le titre de Grand . Il ne
GALANT. 151
faut pas s'étonner fi on l'a
donné au Roy, & s'il eft l'amour
, comme la terreur du
monde. Quand il veut fe
rendre redoutable , on n'en
peut fuporter la majeſté ; &
lors qu'il juge à propos de
defcendre de fa grandeur , il
le fait avec un agrément qui
enchante tous ceux qui ont
l'honneur de l'approcher
dans ces temps -là . Ce que je
vous dis parut dans le Soupé
que Sa Majefté donna le jour
des Roys . On dreffa quatre
Tables pour les Dames , dans
fon grand Apartement de
N iiij
152 MERCURE
Verſailles, & une autre pour
les Princes & Seigneurs ,
appellée la Table des Princes.
i
A celle du Roy estoient
Madame la Ducheffe de la
Vieuville , Mefdemoiſelles de
Jarnac, de Biron, de Potiers,
de Loubes , & de Rambures,
Mefdames de Montchevreüil,
& Colbert de Croify,
Mademoifelle de Cliffon , &
Meſdames de Seignelay &
de Gramont. Je les nomme
icy felon la place qu'elles occupoient.
Ainfi la premiere
& la derniere avoient l'honneur
d'eftre aupres du Roy.
GALANT. 53
La Féve fe trouva dans la
part
y
de Gâteau de Mademoifelle
de Rambures , & elle
reçeut pendant toute la foirée
les honneurs d'une Royauté
de cette nature .
Hy eut onze Dames à la
Table de Monfeigneur
le
Dauphin . Mademoiſelle de
Gontaut y eut le mefme
avantage , & on luy rendit
les mefmes honneurs . Monfieur
eftoit accompagné d'un
pareil nombre de Dames à
la Table qu'il tenoit . Mademoiſelle
de Nantes eut la
Féve, & y foûtint bien le ca154
MERCURE
ractere de Reyne. Le Sort ſe
déclara de la mefme forte
pour Mademoiſelle de Chauferay
à la Table de Madame,
où douze Dames remplif
foient les places . M' le Grand
fut Roy à la Table des Princes
. On nomma des Ambaf
fadeurs & des Ambaffadrices,
qui allerent de chaque Table
aux autres pour faire des Alliances
. Mademoiſelle de
Loubes fut députée de la
Table où elle eftoit, pour al
ler faire compliment à M¹le
Grand . Elle eftoit accompagnée
du Roy , qui luy fervoit
GALANT. 155
de Chevalier d'honneur. Sa
Majesté s'eftant approchée
de M' leGrand, luy demanda
fa protection. Ce Prince la
luy promit , & ajoûta , qu'il
feroit fa fortune , fi elle n'eftoit
pas faite. M' le Marquis de
Dangeau fut député pour
faire des Harangues à toutes
les Reynes. Il s'en acquita
d'une maniere tendre & enjoüée
tout-enfemble ; & tant
d'efprit parut dans tout ce
qu'il dit , qu'on auroit eu peine
à croire qu'il euft pû trouver
tant de jolies chofes fur le
champ , fi l'on n'euſt connu
156 MERCURE
qu'il avoit efté impoffible
ce Marquis de prévoir qu'il
auroit à faire de femblables
complimens. En effet, le Régale
que le Roy donnoit, ne
laiffoit pas deviner les incidens
du Repas. Ce font des
chofes que la joye infpire, &
qui s'exécutent dans le moment
mefme. Le Roy fut fi
fatisfait du plaiſir que prit la
Cour à ce divertiſſement,
qu'il voulut traiter encore
les mefmes Perſonnes huit
jours apres. Ce Monarque
eut la Féve du Gâteau de fa
Table , & l'on pouvoit dire
GALANT. 157
1.
qu'il eftoit Roy par ſa naiſ
fance, par fon mérite, & par
le choix du Sort , qu'on ne
pouvoit appeller capricieux
ce foir-là. Madame la Ducheffe
de Chévreufe fut
Reyne à la Table de Monfeigneur
le Dauphin ; Madame
de Montefpan , à celle
de Monfieur ; Madame la
Princeffe de Conry , à celle
de Madame ; & Monfieur le
Duc de Vendôme , à celle
des Princes. La mefme Mademoiſelle
de Loubes , conduite
par Madame la Comteffe
de Brégy , fut encore
158 MERCURE
Ambaffadrice aux autres Ta
bles. Elle remplit cette fon-
Єtion avec beaucoup d'agrément
; & Madame de Brégy
qui luy fervoit de Collégue,
& qui parla ainfi qu'elle , fit
briller ce feu d'efprit qui luy
eft fi naturel , & qui , fans
qu'elle ait befoin de ſe préparer,
luy fait dire des chofes
extraordinaires , dont les autres
auroient peine à imaginer
feulement les termes en
beaucoup de temps. Une
grande Princeffe qui eftoit
a l'une des Tables , envoya
demander la protection du
GALANT. 159
2
Roy pour tous les malheurs
qui luy pourroient arriver
pendant le cours de fa vie.
Le Roy répondit, qu'il la luy
Accordoit volontiers , pourven
qu'elle ne fe les attiraft pas .
Cette réponſe fit dire à un
Courtilan , que ce Roy- là ne
parloitpas enRoy de la Féve.
Comme l'on eftoit encore
dans le filence qu'autorife le
commencement
d'un Repas
, & que chacun avoir de
la peine à commencer le
premier à prendre un air libre
devant le Roy , Sa Ma-'
jefté qui prévoit à tout ,
:&
160 MERCURE
dont les manieres font tou
tes engageantes , avoit don
né ordre qu'on furprendroit
l'Affemblée ppaarr la lecture
d'un Livre capable de réveiller
les plus férieux . Cette lecture
fut faite au milieu de la
Salle . Monfieur le Duc envoya
auffitoft demander au
Roy permiffion de faire quelque
galanterie enjoüée , qui
puft divertir cette illuftre
Compagnie. Il l'obtint , &
envoya chercher en mefme
temps des Flûtes, des Hautbois,
mefme des Tambours,
& tout ce qu'onpût ramaffer
GALANT. 161
d'Inftrumens dans le mo
ment. Il entra en fuite dans
la Chambre où eftoient les
quatre Tables de Dames,
accompagné de tous ceux
qui compofoient laTable des
Princes & des Seigneurs . Ils
fe tenoient tous avec des Servietes
qu'ils laiffoient pendre
en maniere de Feftons . L'un
d'entr'eux , ayant une Cou
ronne de lumieres , eftoit
porté au milieu par M' le
Grand , & M le Duc de la
Ferté. Ils chanterent tous des
Paroles faites par feu Moliere
pour un Balet du Roy , dans .
Fanvier 1684:
Q
162 MERCURE
lequel on voyoit un Homme
qui croyoit qu'on le rajeuniffoit
par enchantement
Ces Paroles font ,
Qu'il eft joly, genty , poly!
Qu'il vafaire mourir de Belles!
Je n'acheve pas le Couplet,
parce qu'il n'y a rien qui foir
fi connu. Ce divertiffement
plût beaucoup , & la furpriſe
qu'il caufa aux Dames , en
augmenta l'agrément . Quelque
temps apres qu'il fut
finy , un des Seigneurs revint,&
ayant faitfaire filence,
il lût une espece de Factum
GALANT. 163
qu'il avoit trouvé par hazard .
Il eftoit d'un Seigneur de Village,
qui eftant tombé dans
le fcrupule , fe plaignoit de
l'immodeftie de fes Païfanes,
dont les manches eftoient
trop courtes pour leur couvrir
les bras jufques au poigner
, Jamais Scene de Comédie
n'a donné tant de
plaifir que l'on en prit à cette
lecture. Je tâcherois inutilement
de décire tout ce qui fe
paffa pendant ces deux foirs,
& tout ce que l'on y dit de
fpirituel & de galant. L'honneur
d'eftre familierement
O ij
164 MERCURE
avec le Roy , donnoit de la
joye , & cette joye animant
l'efprit , le faifoit briller. Le
Roy fe communiquoit à tout
le monde, pour inſpirer de la
familiarité
; & cependant
quoy qu'il parlaft naturellement
fur les chofes qui naiffoient,
il ne difoit rien qui, à
l'examiner dans le fonds, ne
puft paffer pour Sentence;
& fa vivacité, fon jugement,
& fa prefence d'efprit , le faifoient
admirer à tous mo
mens. C'est par ces endroits
qui manquent à beaucoup
de Souverains
, qu'on peut
GALANT. 165
dire que le Roy eft grand en
tout , puis qu'il fçait s'élever
par des chofes où il est difficile
de defcendre fans baf
feffe . C'eſt par là que fa
bonté fe fait connoiftre , &
c'eſt par là qu'il fe voit autant
aimé qu'il eft craint.
Si vous voulez voir agrea
blement décrite la facilité
qu'il a de prendre des Places
, & d'ajoûter , quand il
veut , Conquefte à Conquefte
, lifez la Ballad e que
je vous envoye . Vous la
trouverez irréguliere , en ce
que chaque Strophe n'eſt
166 MERCURE
pas fur les mefmes rimes ;
mais ce defaut , peu confidérable
dans un Ouvrage
de cette nature , auffi délicatement
tourné que celuy-cy,
ne vous empeſchera pas d'y
découvrir de grandes beautez
. Cette Ballade eft du fameux
M de la Fontaine,
choify par Meffieurs de l'Académie
Françoiſe pour remplir
la place que la mort de
M' Colbert a laiffée vacante
dans leur Compagnie. Comme
il y a quelque furféance
à fa reception, il prie le Roy
d'avoir la bonté de la lever.
GALANT. 167
C'eſt ce que vous remarquerez
dans l'Envoy qui n'eft
fait que pour cela.
R
AUROY.
BALLADE.
Or vrayment Roy, cela dit
toutes chofes,
Domptez encor quelques Rampars
Flamans,.
Et puis la Paixjointe au retour des
Rofes,
Repeuplera l'Univers d'agrémens.
Vous forcez tout, mefme les Elémens,
Tant vous fçavez à propos entreprendre.
168 MERCURE
Mars chaquejour s'en revenoit attendre
Afon Foyer, les Zéphirs paresseux;.
LOVIS luy fait d'autres Leçons
apprendre,
L'événement n'en peut cftre
qu'heureux .
S&
Entre vos mains tout devient imprésables
Attaquez- vous, tout cede enpeu de
temps.
Il faut dix ans aux Héros de la
Fable,
A'vous dix jours, quelquefois des
inftans.
Le moindre bruit de vos Faits éclatans,
Perce l'Olimpe, & fait qu'il vous.
admire.
En vain l'Ibere ofe fermer desvæux,
C'eft
GALANT. 169
C'est à vous feul de borner voſtre
Empire,
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux .
SS
Tel que l'on voit Jupiter dans Homere
Tireràluy tout le refte des Dieux ;
Tel balançant l'Europe toute entiere,
Vous lutcz feul contre cent En
vieux.
Je les compare à ces Ambitieux,
Qui Montsfur Monts déclarerent
la guerre
Aux Immortels ; Jupin croulant la
Terre,
Les abimafous des Rochers affreux.
Ainfi que luy prenez voftre Tonnerre,
L'évenement n'en peut eftre
qu'heureux.
Fanvier 1684.
P.
170 MERCURE
Se
Vous n'eftes pas feulement eftimable
Par ce grand Art quifait les Conquéranss
Terrible aux uns, aux autres tout
aimable,
Des Scipions vous rempliſſez les
rangs.
Augufte, &Jule, en vertus diférens,
Vousferontplace entr'eux deux dãs
l'Hiftoire..
Ves premiers pas courant à la Vi
ctoire,
Ont toutfoumis, & ce coeurgenéreux
Dans les derniers affecte une autre
gloire..
L'évenement n'en peut eftre
qu'heureux.
ENVOY .
Ce douxpenfer, depuis un mois ou
deux,
GALANT. 171
1
Confole unpeu mes Mufes inquietes.
Quelques Efprits ont blåmé certains
Feux,
Certains Recits qui nefont quefernettes.
Si je défere aux Leçons qu'ils m'ont
faites,
Que veut-onplus? Soyez moins rigoureux,
-Plus indulget,plusfavorable qu'eux ;
Prince, en un mot, foyez ce que vous
eftes,
L'évenement n'en peut eftre
qu'heureux .
A cette Ballade irréguliere
, j'en ajoûte une autre,
dans laquelle on a obſervé
toutes les régles . Quand je
voudrois vous cacher qu'elle
Pij
172 MERCURE
eft de l'illuftre Madame des
Houlieres, la fineſſe des penfées,
& le tour des Vers, vous
feroient connoiftre que nous
luy devons cette agreable
& fpirituelle galanterie . Tout
ce qu'elle fait porte un cara-
Atere fingulier , qui la rend
inimitable.
BALLADE
DE MADAME
DES HOULIERES.
A
Caution tous Amans fontfujets,
Cette maxime en ma tefte eft écrite.
GALANT. 173
1
Point n'ay defoy pour leurs tourmens
fecrets,
· Point aupres d'eux n'ay beſoin d'Eau
benite.
Dans caurhumainprobité plus n'abite;
Trop bien encor a- t- on les mefmes
dits
Qu'avant qu'Aftuce au mondefust
venuës
Mais pour d'effets, la mode en eft
perduë,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis .
S&
Riches Atours , Tables , nombreux
Valets,
Font aujourd'huy les trois quarts
du mérite.
Sides Amansfoumis , conftans, difcrets,
r
Pij
174 MERCURE
Il eft encor, laTroupe en eftpetites
Amour d'un mois eft amour décrépite;
Amans groffiersfont les plus applaudiss
Soupirs &pleurs feroient paſſerpour
Gruë,
Faveur eft dite auffitoft qu'obtenuë,
On n'aime plus comme on ai
moit jadis.
Sa
Jeunes Beautez en vain tendent
filets;
Les Jouvenceaux , cette engeance
maudite;
Font bande àpart ; pres des plus
doux objets,
D'eftre indolent chacunfe félicite.
Nut en amourne daigne eftre bypas
crites
GALANT. 175
Oufi parfois un de ces Etourdis
A quelque foin s'abaiffe & s'ha
bituë,
Don de mercy, feul, il n'a pas en
veuë,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Se
Tousjeunes coeursfe trouvent ainfi
faits,
Telle denrée aux Folles fe debite.
Coeurs de Barbous font un peu moins
coquets;
Quand ilfutvieux, le Diable fut
Hermites
Mais rien chez eux à tendresse n'inwitei
Parmaints Hyvers, defirs font refroidiss
Par mauxfréquens , humeur devient
bouruë.
Piiij
176 MERCURE
Quand unefois on a teftc chenuë,
On n'aime plus comme on ai
moit jadis.
EN VOY.
Fils de Vénus, fonge à tes intérefts
Le voy changer l'Encens en Camonflets,
Tout eft perdu,fi ce train continüe;
Ramene- nous le Siecle d'Amadis;
Il eft honteux qu'en Cour d'attraits
pourvene,
Où politeſſe au comble eſt parvenüe,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Voicy la Réponse que M*
le Duc de S. Aignan a faite
à cette Ballade. Elle eft fur
les mefmes rimes.
GALANT. 177
REPONSE DE M'
LE DUC DE S. AIGNAN,
A Madame des Houlieres.
A
Caution tous nefont pasfujets,
Autre maxime en ma tefte eft écrites
Et pourparler de mes tourmensfecrets,
Famais de Cour ne connus l'Eaubenite.
Si dans les coeurs probité plus n'habite,
Dans le mien font mefmes faits,
mefmes dits,
Qu'avant qu' Aftuce au mondefust
venüe,
178 MERCURE
D'Aman's loyaux fi la mode eftperdie,
J'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
S2
Nul riche atour, nul nombre de Valets,
Ne contribüe à mon peu de mérite,
Toujours metiens au rangdes plus
difcrets;
Tant -mieuxpour moy,fi la Troupe
eftpetites
Si dans l'amour nouvelle on décrépite,
Les plusgroffiers font toujours applandis.
Duffay-je en tout me voirpaſſerpour
Grüe,
Faveurfe cache auffitoft qu'obtenue,
J'aime toujours comme on aimoit
jadis.
GALANT. 179
Ieunes Beautez
qui nous tendez
filets,
Chaffez bien loin cette engeance
maudite
de
De Jouvenceaux ; quand pres
beaux objets
D'eftre indolent chacunfefélicite ,
Lefers l'Amour fans faire l'hypocrite,
Et mieux le fers qu'un de ces Etourdisi
Mais fipour vous auxſoins je m'habitüe
,
Don de mercy je veux avoir en veüe,
J'aime toujours comme on aimoit
jadis.
S&
Quandjeunes coeurs fe trouvent
ainfi faits,
Meilleurs Préfens aux Dames je
debite .
180 MERCURE
Certains Barbons ont droit d'eftre
Coquets,
Le Diable cut tort quand ilfe fit
Hermite .
Si maperfonne à tendreffe n'invite,
Mesfens au moins point ne font
refroidis,
Par aucuns maux mon humeur n'eft
bourrie,
Et quand plusfort aurois tefte chenüe,
J'aime toujours comme on aimoit
jadis .
ENVOY .
Fils de Vénus, fipour tes intérefts
Ie prens l'Encens, &rompsles Camouflets
,
Accorde-nous que ce train continüe.
Nous reverrons le Siecle d'Amadis;
GALANT. 181
Et fi parfsis Dame d'attraits pourveže,
Am'enflamerfe trouve parvenue,
J'aime toujours comine on aimoit
jadis.
Cette Réponſe en a attiré
une autre que j'ajoûte icy.
Elle eft encore de Madame
des Houlieres.
REPONSE DE M
DES HOULLIERES,
A Mr le Duc de S. Aignan .
D'
VC plus vaillant que cesfiers
Paladins,
Qui de Géans cinqueſtoient les Armures;
182 MERCURE
Duc plus galant que n'eftoient Gré.
nadins,
Point contre vous nefont mes Ecritures.
Grand tort aurois de blafonner vos
feux.
Et qui nefçait, beau Sire, je vous
prie,
Qu'enfait d'amour
& de Chevalerie
Onques ne fut plus véritable
Preux?
S&
Vous pourfendez vous feul quatre
Affaffins,
Vous reparez les torts & les injuress
Feriez encerplus d'amoureux larcins
QueJouvenceaux à blondes chevelures.
Ce quejadis fit le beau Tenébreux,
Aupres de vous n'eft que badinerie;
GALANT. 183
D'encombriers vousfortezfansfurie,
Onques ne fut plus véritable
Preux .
25
Iamais l'Aurore aux doigts incarnadins,
Aux jours brillans ne change nuits
obfcares,
Que cault amour, & Mars aux airs
mutins
Vous n'invoquiez pour avoir Avantures.
You bravez tout; malgré les ans
nombreux
Qui volontiers empefchent qu'on ne
rie,
Avez d'un Fils augmenté voftre
Hoirie.
Onques ne fut plus véritable
Preux .
184 MERCURE
ENVOY.
Que puiffiez - vous, Chevalier valeureux,
En tout Combat, en Butin amoureux
,
Ne vous douloir jamais de tromperie;
Et qu'à l'envy chez nos derniers
Neveux,
Lifant vos Faits, hautement on s'écrie,
Onques ne fut plus véritable
Preux.
La Ville d'Angers a marqué
par des Réjouiffances
extraordinaires,combien elle
fe fent honorée de la conGALANT.
185
fiance que Sa Majefté con
tinue de luy témoigner , par
le Titre de Duc d'Anjou ,
qu'il luy a plû donner au ſe
cond Prince dont Madame
la Dauphine eſt accouchée.
Les Préparatifs néceffaires
pour la magnificence de cette
FeДte efté faits , on:
ayant
choifit le jour des Roys pour
cette Cerémonie . M' Charlot
Maire en fit donner le
Signal aux Habitans , dés le
matin , par une décharge
d'Artillerie. Toutes les Cloches
de la Ville furent fonnées
depuis midy juſques à
Janvier 1684- Q
186 MERCURE
une heure. Un Détachement
de quinze cens Bourgeois.
tous fort leftes , commandez
par M' de Neuville- Poiffon
, un des Capitaines , &
cy - devant Maire , vint fe
pofter en armes fur la Place
publique, au -devant de l'Hôtel
de Ville , dans lequel la
demeure des Maires a efté
établie depuis quelquesmois,
pendat que M' d'Autichamp
qui commande pour le Roy
dans la Ville & Chafteau
d'Angers , les Officiers du
Préfidial en Robe rouge ( Privilége
qui leur a eſté accordé
"
GALANT. 187
7
par nos Roys pour leur extréme
fidélité ) & toutes les
autres Compagnies de Juſti
ce , & de Finance , avec les
Communautez de la Ville ,
ſe rendirent à l'Eglife Cathédrale
, où le Te Deum fut
chanté par une excellente
Mufique , en préſence de
M'l'Evefque d'Angers .Apres.
cela les Compagnies vinrent
au milieu d'une double Haye
de la Milice rangée des deux.
coftez des Rües , depuis la
Cathédrale jufqu'à la Place
publique , où M d'Auti
champ , M'Gohin Préfident
Qij
188 MERCURE
des
du Préfidial , & M Charlot
Maire ( ces deux derniers à
la tefte de leurs Compagnies
)
allumérent le feu au bruit des
Canons , des Tambours ,
Trompettes , & des accla
mations publiques . La Soldatefque
vint enfuite faire
fes Décharges à diverſes repriſes.
On avoit dreffé dans
cette Place un grand Arc de
Triomphe à trois faces , orné
d'Obélifques , de Feftons , &
d'Armoiries, accompagnées
d'un meflange de Lettres lu
mineufes qui formoient des
Chiffres & des Devifes.. Au
GALANT. 189
deffus s'élevoient deux Ro
chers , d'où découlérent des
Ruiffeaux de Vin blanc &
rouge pendant toute la Cerémonie
. Certe Machine fi
niffoit par une Figure de la
Renommée prefte à publier
la grandeur de ce nouveau
Prince dans toutes les par
ties du Monde , dont les
Ducs d'Anjou fes Prédecef
feurs fe fontvus les Maiftres,
& qu'ils ont remplies de la
gloire de leurs Actions , &
de la terreur de leurs Armes
& du Nom Angevin . La
nuit ne fut pas plûtoft ve
(
190 MERCURE
nue , que la Ville parut en
feu de toutes parts , tant par
les grandes Illuminations
que par le nombre des Feux
que les Habitans allumérent
dans toutes les Rües. Le
Canon de la Ville ayant recommencé
à tirer , on répondit
dans le Chasteau par
une Salve de Moufqueterie..
Le Peuple accourut de tous
coftez à la Place publique.
Les Fanfares des Trompetres
ſe meſlérent au bruit des:
Tambours & des Fiffres , &
toutes les Figures de l'Arc de
Triomphe éclatérent en feux
GALANT. IGI
d'artifice de tant de fortes,
& répandirent une fi vive lumiere
, qu'il fembloit qu'on
euft voulu prolonger le jour
qui avoit paru trop court à
la joye publique. Ces réjoüif
fances furent fuivies d'un magnifique
Régale que donna
M' le Maire à plufieurs Perfonnes
confidérables . Le len
demain , leTe Deum fut chanté
dans toutes les Eglifes de
la Ville. Quelques- unes fe
diftinguérent , & entre autres
la Paroiffe Sainte Croix,
l'une des plus anciennes ,
dont les Habitans firent la
192 MERCURE
T
dépense d'un Feu d'artifice
fort agréable. Il eut cela de
particulier , qu'à toutes les
avenües de la Place , où l'on
entre par cinq grandes Rües ,
on dreffa des Portes d'Architecture
, avec plufieurs
Ornemens ingénieux . Quatre
jours apres ,
le Profeffeur
de Rhétorique de la Maiſon
des Preftres de l'Oratoire , fe
fignala par un excellent Dif-
Cours qu'il prononça fur
cette Naiffance , & le jour
des Roys ils firent une Aumône
fort conſidérable à
tous les Pauvres de la Ville
>
&
GALANT. 193
$
& des Fauxbourgs. M's d'Angers
avoient nommé Mr
de Teildras Cupif , ancien
Echeyin , & qui a eſté Maire,
pour venir préfenter les
Refpects de la Province à
fon nouveau Duc , qu'elle
regarde déja commefon puif
fant Médiateur , qui fera paf
fer jufqu'au Trône fes prieres
& les voeux mais Sa
Majeſté ayant efté informée
de ce deffein , leur fit écrire
par M de Chasteauneuf,
qu'Elle eftoit contente de
leur zéle , & qu'Elle les difpenfoit
de leur Députation.
Fanvier 1684-
;
R
194 MERCURE
1
Il y a lieu d'efpérer que cette
heureuſe fatalité , qui femble
appeller prefque tous ceux
du nom de Ducs d'Anjou à
des Royaumes étrangers , ne
fe démentira pas pour un
Prince , qui n'a befoin pour
apprendre à conquérir , que
de regarder faire noſtre invincible
Monarque , & de
fe former fur les vertus de
Monfeigneur le Dauphin fon
Pere . Mais files Ducs d'Anjou
font recommandables
par tant de Couronnes qu'ils
ont poffédées , ils le font encore
davantage par une fidé,
GALANT. 195
*
lité toûjours inviolable aux
Roys de France leurs Souverains.
En effet il ne fe
trouve point dans l'Hiftoire,
qu'aucun de ces Ducs ait jamais
porté les armes contre
la Couronne de France.
On a fait auffi de grandes
Réjoüiffances pour la Naiffance
de ce jeune Prince ,
dans la Ville de Chafteauneuf
en Thimerais. M' le
Marquis de Coeuvres , Gouverneur
de l'Ile de France,
en avoit donné les ordres.
Les Officiers du Bailliage
affiftérent au Te Deum, qui
Rij
196 MERCURE
3
fut chanté folemnellement
dans l'Eglife Paroiffiale , &
le foir on alluma des Feux
dans les Places publiques &
dans tous les Quartiers , au
fon des Tambours & des
Trompettes , & au bruit des
acclamations de tout le Peuple.
Le refte de la nuit fe
paſſa on Feftins & en Divertiffemens.
Mademoiſelle de Martinot
, Petite-Fille de la Nour,
rice de Henry IV. apres avoir
fait éclater fon zéle à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgo,
GALANT. 107
gne , a continué d'en donner
des marques , par une
Meffe folemnelle qu'elle a
fait chanter à Afniéres , où
elle réfide , pour celle de
Monfeigneur le Duc d'Anjou
. Les Peres Miffionnaires
Jacobins du Convent de
S. Maximin & de la Sainte
Baume , y affiftérent , & enfuite
on fit une Proceffion
Genérale à la Croix de la
Miffion , plantée dans une
vafte Campagne , où le Te
Deum fut chanté. Mademoifelle
de Martinot donna un
magnifique Dîné , & le ſoir
R iij
198 MERCURE
fit faire un tres grand Feit
devant fon Logis .
.
Je finis cet Article par une
Deviſe que M' de Billy , Of
ficier à Brifac, a fait fur cette
mefme Naiffance. Elle a
pour corps un Miroir commun
, qui expoſé au Soleil,
outre l'image de ce brillant
Aftre , repréfente encore
deux autres Soleils aux deux
coftez , pareils au premier.
Ces paroles en font l'ame,
Ex fplendore pares. Vous en
trouverez l'explication dans
çe Sonnet du mefme M' de
Billy .
GALANT. 199
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
D
AVPHIN, brillant Soleil,
Image de LOVIS,
ue dans le cours heureux de ta vafte Quea
carriere,
D'un Prodige-éclatant nosyeuxfont
éblouis,
Quand un fecond SOLEIL nous
naift de ta lumiere !
$ 2
Des beautez dupremier les Peuples
réjouis,
L'ont à l'envy chanté d'une docte
maniere;
Mais que tout de nouveau L'ASTRE
que tu produis,
Rij
200 MERCURE
Va fournir au Parnaſſe une augufte
matiere!
$$
Ouy, lors qu'on y verra trois Soleils
à lafois
Briller dupur éclat du SOLEIL des
François,
cy ce qu'y diront les Filles de
Mémoire .
Se
Si d'un MONDE, LOVIS doit eftre
le SOLEIL,
Ah,pour ces trois SOLEILS fireme
plis defa gloire,
+
Que de MONDES ilfaut à ce Roy
Sans pareil !
Je vous ay envoyé depuis
quelque temps plufieurs Lettres
deM' Chaffebras de CréGALANT.
201
mailles, fur ce qui s'eft paffé
de particulier à Veniſe. Voicy
un Article d'une des dernieres
qu'il a écrites. Ce qu'il
contient mérite d'autant plus
voftre curiofité, que vous n'y
trouverez rien dont M' Chaf
febras n'ait efté témoin.
SSSSE SSSRS sessse
ELECTION
D'UN PROCURATEUR .
Le
Mare,dons on ho- A Dignité
de Procurateur
Lade S.
nore ceux qui ont rendu des fer202
MERCURE
vices confiderables à la Republi
que , eft une des premieres de
Venife , & qui ne finit que par
la mort. La principale fonction
de ceux qui en font revétus , est
la Garde du Trefor & des Ri
cheffes de S. Marc , le foin &
la Protection des Pauvres , des
Veuves & des Orphelins , &
generalement tout ce qui regarde
les Legs pieux. Il n'y en avois
autrefois qu'unfeul , mais peu
peu le nombre en est venu jufqu'à
neuf, où il a estéfixé. Par
la fuite , la Republique ayant
eu befoin de fommes confidéra
bles , dans les temps de Guerre
GALANT 203
ne voulant pasfoulerfes Peuples
par de nouvelles Impofitions,
د
a mieux aimé créer encore de ces
Dignitez, & les vendre à des
Gentilshommes de mérite , qui
en joüiroient toute leur vie avec
les mefmes honneurs & prérogatives
que les anciennes ; à la diférence
neanmoins
que cette
Dignité ne feroit que pour eux,
que l'on n'en pourvoiroitpoins
d'autres en leurs places , lors qu'ils
viendroient à mourir , afin de
Les réduire avec le temps à leur
ancien nombre de neuf. Ainfi il
yen a préfentement vingt-fix en
tout, qui ont lepas fuivant l'or
204 MERCURE
dre de leur Reception , fans aucune
diference. Mais quoy que
l'Etat en faffe une égale eftime,
& qu'on leur rede de pareils honneurs
, l'ufage est venu que dans
le difcours familier on appelle ces
nouveaux Procuratori per fol.
di , comme qui diroit , acquispar
argent ; & les neuf anciens ,
Procuratori per merito , parce
qu'ils ont efté élús par leur feul
mérite.
La nuit du s. au 6. du mois
de Septembre dernier , le Procu
rateur Louis Delfino , un des
nuf anciens eftant decedé , le
Confeil s'affembla dés l'apress
GALANT. 205
dinée , & élût en fa place Ferome
Gradenigo , Gentilhomme
des plus qualifiez , & qui a
paffe dans les plus grandes Charges
de l'Etat. Sa Famille eft une
des plus anciennes de Venife ,
qui tient rang dans la premiere
Claffe de la Nobleffe . Ily a eu
quatre Doges defon Nom ; Pierre
Gradenigo, dans le neuviéme fiécle
; un autre Pierre Gradenigo,
dans l'onziéme ; Barthélemy &
Jean Gradenigo , tous deux dans
le quatorziéme. Les Armes de
fa Maifon font parlantes , de
gueules , à un Degré d'argent
mis en Bande.
206 MERCURE
Auffi-tost qu'on luy eut aporté
la nouvelle de fon Election , il
fit ouvrir les Portes de fon Palais
, donna la liberté à chacun
de le venir congratuler , & fit
une Fefte publique qui dura trois
jours.Toutes les Chambres étoient
parées extraordinairement. Ily
avoit dans chacune un Clavecin
des Violons pour le Bal , &
dans une desprincipales on avoit
mis fur une grande Table des
Baffins de Vermeil- doré , pleins
de Feux de Cartes , pour les
Gentilfdonnes qui viendroient
jouer. Plufieurs Cameriers al
loient de Chambre en Chambre,
GALANT. 207
verfer des Liqueurs & des Rafraichiffemens
aux Dames , tandis
qu'on en préfentoit aux Hom
mes dans une autre Chambreféparée.
Les Boetes que l'on tiroit.
continuellement , s'entendoient de
tous les endroits de la Ville. Les
Trompettes & les Tambours portoient
la joye dans tout le Quartier
, & les Hautbois
Flageolets amaffoient le menu
Peuple, que l'on régaloit de Pains
de Bouteilles de Vin. Lors
la nuit approchoir , on illuminoit
le Palais. On faifoit jouer
des Feux d'artifice . On lachoit
des volées de Fufées & de Peque
ع و م
les
208 MERCURE
dans
tards , on allumeit des Feux
des Lumieres dans les Rües
voifines , & fur les bords des
Canaux des environs. Les Maf
ques alloientpar la Ville durant
les trois jours , de meſme que
le Carnaval , & fe rendoient
foule le foir dans cet Hôtel.
De temps en temps on faifoit des
largeſſes au Peuple; en plus de
vingt endroits diférens de laVille,
les Parens du nouveau Procurateur
firent desfeux de joye , &
-donnérent à boire à tous les Paffans
, qui témoignoient leur allegreffe
par des acclamations continuelles
de Viva , Viva l'Eccel
GALANT. 209
lenza , fia benedetta.
Ces trois jours s'efiant écoulez
de cette forte , il choifit le 28. du
mefme moispourfaire fon Entrée
publique. Pour cela il fe rendir
le matin à S. Salvator , une des
belles Eglifes de cette Ville , adminiftrée
par des Chanoines Réguliers
de l'Ordre de S. Auguſtin,
où apres avoir entendu une haute
Meſſe en Mufique , il paſſapar
la Mercerie , fit fa Priere dans
l'Eglife de S. Marc , monta dans
la Chambre du Collège , y prit
fa Séance , fit fes Complimens,
ayant enfuite prétélé Serment
entre les mains du Doge , il alla
Janvier 1684.
$
210 MERCURE
prendre poffeffion de fa nouvelle
Dignité , & s'en retourna dans
fa Gondole au bruit des Boëtes
des Canons. Il eftoit vétu
dans cette Cerémonie d'une Vefte .
de Pourpre , à Manches Ducales
. Plus de trois cens Gentilshommes
Venitiens l'accompagnoient
dans le mefme Habit;
le plus proche de fes Parens
marchant le dernier , faifoit les
'Honneurs. Trois ou quatre cens
tant d'Ecclefiaftiques
que Gens
d'Epée , & autres Seculiers ,
eftoient du Cortége , alloient
devant deux à deux. Plufieurs
Efclavons marchoient les preGALANT.
211
miers , les uns avec des Fiffres,
des Trompettes & des Tambours ;
& les autres faifant ranger le
monde & lafoule des Mafques
qui avoient encore la libertéd'aller
par la Ville ce jour- là , &
qui montoient jufques dans le
College pour entendre les Ha
rangues. Le foir ily eut Feftin
Bal dans le Palais de Son
Excellence , comme dans les trois
premiers jours , avec les mefmes
largeffes.
Je voudrois pouvoir décrire la
maniere dont les Marchands de
la Mercerie avoient ajusté leurs
Boutiques , le jour de l'Entrée
Sij
212 MERCURE
dont je vous parle. Ce font de
ces chofes qui parlent aux yeux,
& qui ne fe peuvent bien com
prendre que par ceux qui les ont
venes. Ce n'eftoient que monceaux
de Brocards & de Broderies
. Les Dentelles d'Or &
d'Argent , les Noeuds , les Rubans
, les Garnitures , eftoient
difpofées en Amphithéatres , en
Piramides , en Feftons , en Bouquets
deFleurs , & en toutesfortes
de figures. On avoit métamorphofé
les Boutiques des Libraires
en Cabinets de Curieux , rem.
plis de Tableaux , de riches Tapis',
d'Eftampes , de Globes , de
GALANT. 213
Spheres , d'Aftrolabes , de Mignatures
, de Coquilles , & de
raretez pareilles. Les Tourneurs
enYvoire avoient mis en montre
dans de grands Bocals de verre,
quantité de gentilleffes & d'Ouvrages
fins délicats. Ilfembloit
que lesFaifeurs de Bracelets
, de Boucles & de Pendans
d'oreilles , fuffent au milieu d'un
Palais enchanté , où l'on foule
aux pieds les Perles les Pierreries.
Les Boutiques de Lingers
paroiffoient des Manufactures de
Points. Ilyen eut un entre autres
, qui avoit mis en parade un
grand Cartouche des Armes du
214 MERCURE
nouveau Procurateur , & an
deffous ces paroles , Dignitas
parta labore. Le tout n'eftoit
que de Paffemens & de Dentelles
; & afin que le Soleil , le
vent, ou la pluye , n'aportaffent
aucun préjudice à ce pompeux
Etalage , ils avoient convert toutes
les Rües en Berceaux , avec
des Arcs de Triomphe à l'entrée
& à la fortie.
M' le Marquis de Torcy,
Fils aîné de M Colbert de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , a efté nommé
le Roy ,› pour aller en
par
GALANT. 215
qualité d'Envoyé Extraordinaire
de Sa Majefté , faire
les Complimens de condoleance
au Roy de Portugal
Dom Pédro , fur la mort
du Roy Dom Alphonse fon
Frere . Ce Marquis eft encore
dans une grande jeuneſſe , &
il y a peu de temps qu'il a
finy fes Etudes , où il a extrémement
brillé. Il entend
déja les Affaires , & il a eu
l'honneur d'en raporter quel
ques -unes au Roy , d'une
maniere qui a fait connoiftre
qu'il en penétre toutes les
difficultez.
216 MERCURE
Le Gouvernement de l'lfle
de Ré ayant vaqué , par la
mort de M' de Pierrepont ,
Sa Majesté en a pourvû M²
d'Aubaréde , qui eftoit Gou
verneur de Salins . Celuy de
Salins a efté donné à M' de
la Fréfiliere , & celuy de Gravelines
à M du Metz , Lieu
tenant Genéral de l'Artille
rie. Il eftoit Gouverneur de
la Citadelle de Lile. Vous
fçavez fes fervices , je ne les
répete point. Le Gouverne.
ment de la Citadelle de Lile
a efté donné à M de Vauban.
Il l'avoit quitté pour
celuy
GALANT. 217
celuy de Douay , que le
Roy luy a permis de vendre,
& Sa Majesté a bien voulu
le gratifier une feconde fois
de celuy de cette
Citadelle ,
que ce fameux
Ingénieur a
fait baftir.
M'Rouffeau, Avocat au
Parlement, & cy- devant Banquier
& Expéditionnaire en
Cour de Rome , a efté choify
par Mile Controlleur Genéral
des Finances , & nommé
par Arreft du Confeil d'Enhaut
, pour remplir la place
de M' de la Live , Directeur
Genéral des
Monnoyes de
Janvier 1684.
T
218 MERCURE
France . Il eft d'une Famille
confidérable , & l'on ne pour
voit donner à Sa Majesté une
Perfonne d'une probité &
d'une capacité plus connue . >
Je vous ay ſeulement apris
dans ma derniere Lettre , la
Déclaration de la Guerre ,
faite à la France par les Efpagnols.
Comme elle vous a
furprife , il faut aujourd'huy
vous en dire les motifs , vous
en déveloper les intrigues,
vous faire connoistre à fond
les raifons de ceux qui pour
leurs feuls intérefts cherchent
à mettre le feu dans
GALANT. 219
toute l'Europe , & vous mar,
quer la jaloufie qui fait mouvoir
tant de diférens refforts
contre la grandeur du Roy.
Je devrois vous en faire icy
un portrait brillant. Cette
peinture feroit en fa place ;
cependant comme elle de
manderoit une trop vaſte
étendue ,je fuis contraint de
la fuprimer. Il fuffit de vous
nommer ce Monarque , pour
vous faire concevoir tout ce
qu'il y a de Grand. Son Nom
feul offert à noftre mémoire,
nous repréſente auffi toft une
foule d'actions fi éclatantes ,
Tij
220 MERCURE
& fi extraordinaires , qu'on
eſt convaincu qu'il n'en fut
jamais d'égales ; de meſme
qu'on fçait que le Soleil , qui
fait fa Devife , ne peut avoir
fon parcil. En effet, aucun
Conquérant ne s'eftoit encore
arrefté comme luý au
milieu de la rapidité de fes
Conqueftes , pour donner la
Paix . Il à fait plus ; il a propofé
de luy- meſme , d'en rendre
une partie en faveur de
cette Paix , fans qu'on l'exigeaft
de luy . Il a fait reftituer
des Royaumes prefque
entiers à fes Alliez. Enfin
GALANT. 221
il a efté admiré de toute
l'Europe , comme Arbitre de
la Paix & de la Guerre . Elle
luy a donné le furnom de
Grand , & jamais la Maiſon
d'Autriche, dans le plus haut
point de fa fplendeur , lors
qu'elle croyoit pouvoir afpirer
à la Monarchie univerfelle
, n'eſt parvenue à un
degré d'élevation ſi genéralement
reconnu . Je n'entre
dans aucun détail d'un nombre
infiny d'actions particulieres
felon toutes les Vertus
Politiques & Morales . On
en peut juger par le chagrin
Tiij
222 MERCURE
qu'elles ont caufé à ceux
qui bien loin de pouvoir foufrir
des Puiffances au-deffus
d'eux , ne fçauroient mefme
foufrir des égaux, qu'avec une
extréme jaloufie .
La Paix que le Roy avoit
bien voulu donner à l'Europe
, puis qu'il en avoit luymefme
réglé les conditions,
ayant efté acceptée , & Sa
Majefté ayant remis de bonne
foy toutes les Places qu'
Elle avoit offertes de fon
plein gré , & tout ce qui en
dépendoit , demanda à fon
tour aux Allemans & aux
GALANT. 123
Espagnols les Dépendances
pes Pais qui luy avoient efté
cédez. Il fit voir par des preu.
ves inconteftables , que ce
qu'il prétendoit dans cesPaïs,
en avoit toûjours dépendu.
On n'y eut aucun égard ; ce
qui obligea le Roy à prendre
poffeffion d'une partie,
dont il fut reconnu légitime
Souverain. La furpriſe qu'on
en eut , égala les plaintes qui
en furent faites . Vous remarquerez
, Madame , que de
tout temps il y a eu des prétentions
, qui , quoy que jufftes
, ont esté inutiles aux
gil T iiij
224 MERCURE
Souverains , & pour leſquelles
ils ont toûjours efté obligez
d'en demeurer aux prétentions
, & aux protefta
tions , parce que les Princes
qui poffedoient, ſe trouvoient
égaux en forces , ou par euxmefmes
, ou par leurs Alliez,
avec ceux qui avoient de juſtes
prétentions. Cette égalité
de forces ne permettant
pas que l'on terminaſt aucun
de ces diférens , eftoit
cauſe que rien ne pouvoit être
décidé , que par la Guerre.
Il s'eft trouvé en cette occafion
, que la puiffance du
Roy eftant auffi grande que
L
GALANT. 225
fa juftice , il a efté reconnu
pour Souverain de ce qu'il a
prouvé luy appartenir, & en
pris poffeffion . Ce procedé,
quoy que régulier n'a pas
laiffé de ſurprédre . Pour eftre
nouveau , il n'en eftoit pas
moins jufte ; mais comme il
marquoit une Puiffance fupérieure,
on n'a pas crû le devoir
foufrir. C'eft un crime envers
les foibles
, que de foûtenir
fonDroit par la force .Cela
ne fe doit point faire , parce
qu'aucun Souverain n'a efté
encore affez puifsat pour l'entreprendre.
La juftice du Roy
226 MERCURE
n'eft point examinée ; fon
pouvoir bleffé , fa grandeur
eft un crime, &il ne doit point
paroiftre élevé pardeffus les
autres en fe faifant raiſon
par luy-mefme de ce qu'on
luy dénie injuſtement . Si l'on
ne dit pas tout - à - fait cela ,
voila ce qu'on penfe ; voila
ce qui fait agir , & voila
pourquoy
l'on veut tout facrifier
, afin de fe mettre en
état de faire voir qu'on égale
du moins en puiffance un
Monarque, qu'on sçait bien
qu'on ne fçauroit furpaffer
dans toutes les qualitez qui
GALANT. 227
1
peuvent rendre un Souve
rain accomply
.
Pendant qu'en Allemagne
on difputoit à la grandeur de
Sa Majefté ce qui eftoit dû
à la juftice de fes prétentions
, il faut vous apprendre
de quelle maniere ce Monarque
en a ufé à l'égard des
Efpagnols . Avant que la Paix
fe fift , le Roy avoit joint une
partie des Villages de la Châtellenie
d'Ath à la Châtellenie
de Tournay , pour la com
modité de fes Sujets . Pour
faciliter ce qui devoit faire
le repos de toute l'Europe,
228 MERCURE
il propofa de rendre Ath , &
l'ayant rendu enfuite par le
Traité qui ſe fit , on n'y parla
point des Villages qui avoient
efté joints à la Châtellenic
de Tournay. Les Espagnols
les redemandérent
, comme
eftant de celle d'Ath . Le
nombre de ces Villages eftoit
grand Ils avoient dépendu
d'Ath, mais ils en avoient efté
démembrez , & cela pouvoit
eftre un fujet de difpute ,
qui par un accommodement
pouvoit faire gagner quel
que chofe à chacune des Parties
. Cependant le Roy aima
GALANT. 229
mieux les céder tous à l'Efpagne
, que d'en garder quelques-
uns en les difputant.
Cette ceffion luy donna
lieu d'examiner à fon tour
les Dépendances de ce qu'il
poffedoit. Il le fit , & les demanda
, mais bien loin qu'on
luy ait rendu la mefme juſtice
qu'il venoit de rendre , la
Politique Espagnole a trouvé
à propos de les luy difputer.
Voila le noeud de la Guerre
d'aujourd'huy , & ce qui a
fervy de prétexte aux Eſpagnols
, pour la rallumer.
Il ne s'agit point icy de
230 MERCURE
prouver le Droit du Roy touchant
les Dépendances qu'il
a demandées . Ce Droit eft
incontestable , & a paru tel ;
mais il a plû aux Elpagnols
de le contefter , parce qu'ils
l'ont toûjours envifagé comme
un moyen propre à rompre
une Paix , à laquelle ils
n'avoient confenty qu'avec
chagrin , & par l'impoffibilité
de s'en défendre.
voyoient alors une partie de
l'Europe armée en leur fa
veur, & leurs intéreſts particuliers
leur eftant plus chers
que fon repos , ils eftoient
Ils
GALANT
231
Fachez qu'elle defarmaſt. Il
eft vray que malgré les forces
de tant d'Alliez , la France
faifoit des
Conqueftes tous
les jours , mais comme le
fort des armes eft
journalier,
ils
efpéroient quelque retour
de fortune , & cet espoir ne
leur
couftoit guere , puis que
leur irnpuiffance eftoit cauſe
qu'ils faifoient la guerre aux
dépens de leurs Alliez . Les
Efpagnols depuis ce
tempslà
ont toujours eu ca veüe
de les engager tout de nouveau,
& c'est pour cela qu'ils
ont tâché de noircir la
232 MERCURE
France dans toutes les Cours
de l'Europe, an que tant de
Souverains fe déclara ent
contre elle , quand l'Eſpagne
trouveroit à propos de
rompre , en niant la juftice
des demandes du Roy , qu'ils
vouloient faire fervir de prétexte
à une rupture. Ils n'ont
ofé la faire, pendant que les
Turcs ont défolé l'Allemagne
; mais fi - toft qu'ils les
ont vûs éloignez , ils ont crû
devoir tenter toutes chofes,
de crainte que fi la Paix à
laquelle ils travaillent pour
les deux Empires , venoit à
GALANT. 233
,
fe conclure par leurs confeils,
l'Europe n'euft le temps
de defarmer , auant que la
Guerre fuft embarquée. C'eſt
par cette raifon qu'ils fe font
hâtez de la déclarer. Ils l'ont
fait d'ailleurs , pour mieux
cacher leur foibleffe à leurs
Alliez , & à leurs Sujets mêmes
, perfuadez qu'on croira
qu'ils ont plus de forces &
de refources qu'on ne s'imagine
, puis qu'ils ont fait ce
pas auffi faftueux que remply
d'adreffe , & dont il n'eft pas
aifé de fe tirer glorieufement;.
mais quand on met le tout
Fanvier 1684
V
234 MERCURE
pour le tout , il faut bien rif
quer. L'Affaire preffe . Le
Roy eft déja l'admiration
de
toute la Terre , & l'on doit
craindre qu'il n'en gagne
auffi les coeurs. Ces raifons
ont efté foûtenües de beaucoup
d'autres que le Prince
d'Orange a fait entendre aux
Efpagnols ; & fes intéreſts
font fi grands dans cette intrigue
, qu'on peut dire qu'ily
joue un important perfonnage.
La Guerre luy eft abfolu
ment néceffaire,parce qu'elle
peut contribuer au fuccés de
fes deffeins, & qu'en attendār
GALANT. 235
elle luy donne toujours un
pouvoir fouverain fur lestroupes.
La difpofition qu'il a des
Charges , luy facilite les occafions
d'acquérir des Créatures
, qui luy devant tout,
font obligées d'entrer dans
fes intéreſts au préjudice de
ceux des Etats. Il eft le maître
des Fonds. On fait ce
qu'on peut avec l'argent , &
l'on ne doit pas s'étonner ſi
la premiere fois que la Ville
d'Amfterdam refufa de confentir
à la levée des feize
mille Hommes , il s'offrit de
la faire à fes dépens. Enfin
Vij
236 MERCURE
de quelque cofté qu'il envifage
la Guerre , elle ne peut
que luy eftre utile , quand
mefme fes armes n'auroient
pas unfavorable fuccés . C'eſt
un jeune Prince, qui en per
dant, ne fçauroit rien perdre.
Il ne peut eftre regardé aupres
du Roy que comme un
illuftre Avanturier , qu'une
Victoire mettroit dans un
grand éclat , & à qui une
Défaite ne fçauroit eftre honteufe
, parce qu'il luy fera
toûjours glorieux d'avoir
combatu contre un puiffant
&redoutable Ennemy. Voila
GALANT. 237
ce qui luy fait defirer la
Guerre. Que le prétexte en
"foit jufte , ou non , il ne luy
importe. Que les Etats fe
ruinent par là , que les Efpagnols
expofent la Flandre en
fuivant fon confeil , que
toute la Chreftienté & que
toute l'Europe en fouffrent,
tout cela fera moins de tort
à fes intérefts , que la Paix
que l'on propofe. Il veut la
Guerre , il n'eft aucuns ref
forts qu'il ne faffe agir pour
y engager les deux Cou- s
ronnes ; & le flegme Efpagnol
forcé d'obeïr à fon ar
238 MERCURE
deur , ne peut fe défendre
d'en précipiter la déclaration
. Je viens aux raiſons
dont il s'eft fervy pour
obliger l'Espagne à la faire.
Ce n'eft pas qu'elle n'y fuſt
portée , comme je vous l'ay
déja marqué ; mais peuteftre
auroit elle agy avec une
lenteur plus prudente . Le
Prince d'Orange eft venu à
bout de luy perfuader que
lors qu'elle fe feroit une fois
déclarée , l'intéreſt des Hol
landois les porteroit à la
fecourir , & que le péril preffant
faifant prendre des ré
GALANT: 239
folutions tumultueufes , on
entreroit en hoftilité prefque
avant que de réfoudre fi on
devoit entrer en guerre , ou
non , ce qui la rendroit inévitable
; & que pour engager
les Alliez à fe mettre de la
partie , il faloit employer de
nouveau dans toutes les
Cours de l'Europe les calomnies
par lesquelles on
avoit tâché de rendre la
France odieufe depuis la
Paix de Nimégue ; tout cela
fondé fur la grandeur de
noftre augufte Monarque,
dont on ne pouvoit foufrir
1240 MERCURE
l'éclat Comme l'Espagne
avoit toûjours fouhaité la
Guerre, par les motifs que
je vous ay découverts , il ne
s'agiffoit plus que du temps
favorable , & du prétexte
L'un ny l'autre n'eftoit facile
à trouver. La France en
demandant ce qui luy eft
deû, confent à la Paix , l'Ef
pagne qui doibt, déclare la
Guerre. Cela n'eft autorifé
par aucun ufage. C'eft au
Demandeur à intenter le
Procés,& au Debiteur à le foû
tenir, mais comme il eftoit
à craindre que la France qui
a
GALANT. 241
a toûjours travaillé pour le
repos de la Chreftienté, juf
qu'à luy donner la Paix , ne
déclarait pas la Guerre, voicy
l'expédient que l'on a trouvé,
On a crû qu'en attaquant
une grande Garde de fes
Troupes , & en luy prenant
quelques Châteaux , elle ne
le fouffriroit pas impunement
, & qu'eftant en pou
voir de prendre par droit de
repréſailles des Places plus
importantes , elle ne manqueroit
pas de s'en emparer.
C'est
ce
que
& ce qui
a donné
à l'Eſpagne
la France a fait,
Fantier 1684 .
X
242 MERCURE
le prétexte qu'elle deman
doit de luy déclarer la guerre.
Selon toutes les apparences
,
elle ne contribuera dans
cette affaire que de cette
feule Déclaration
. Elle aura
l'honneur de l'avoir faite, ce
qui convient bien à ſon génie
, & fes Alliez fourniront
les Hommes , & l'argent.
L'impuiflance où elle fe
trouve eft manifefte fe
&& il
eft à croire qu'elle eft hors
d'état de metrre fur pied des
Troupes capables de faire
aucun effort important pour
fa défenfe , puis qu'elle n'a
GALANT 243
pas fecouru l'Empereur contre
les Turcs. Ce Prince , &
le Roy d'Eſpagne , compos
fent enfemble la Mailon
d'Autriche , & fi l'Efpagne
avoit des forces confidera-
Bles, elle , elle auroit dû faire pour
l'Empire, tout ce qu'elle eft
en pouvoir de faire pour ellemefme
.
Si l'Eſpagne , & le Prince
d'Orange , ont des raiſons
pour vouloir la Guerre , les
Hollandois en ont d'auffi
fortes pour chercher à l'éviter.
Ils voyent mille chofes
à craindre , & mille autres
X ij
244 MERCURE
-
eux.
0620
dont les fuites ne peuvent
qu'eftre fâcheufes pour eu
L'interruption
de leur Commerce
en attireroit toft où
tard la ruine . Loin de s'acquiter
de ce qu'ils doivent,
ils feroient de nouvelle GB
btes, puis qu'ils feroient obli
gez de foûtenir cette Guerre
à leurs dépens. S'ils remportoient
quelques Places, il les
faudroit rendre aux Efpagnols
, & fi l'on en prenoit
des leurs, ce feroit autant de
Places perdues pour eux . Ils
mettroient les armes à la
main d'un Prince qui pour
a
GALANT: 245
roit trouver occafion de
ervir
devenir leur
A
s'en
pour deve
Mailtre. Enfin , Vainqueurs
ou Vaincus
, cette
Guerre
leur feroit
toûjours
hazarder
beaucoup
, car, ou le Prince
d'Orange
tirera
des avantages
contr'eux
de leurs
Vi ,
toires
mefmes
, ou s'ils s'af.
foibliffent
en fecourant
les
Efpagnols
, ces mefmes
Ef
pagnols
les regarderont
com
me des Sujets
qui fe font retirez
de leur domination
. Ils
oublîront
le fecours
qu'ils en
auront
reçen
; ils leur diront
que leur
intéreſt propre
les
X iij
246 MERCURE
a fait agir, qu'ils craignoient
la puiffance d'un grand Roy
learVoffin , & qu'ils vouloient
une Barriere entr'eux & ce
Prince. Apres les avoir ainfi
remerciez de leur Secours,
fi la conquefte de leur Païs
paroift facile à l'Espagne, on
ne la manquera pas. Lors
qu'un Souverain trouve l'oc
cafion de reprendre ce qu'il
croit luy appartenir , il n'en
fait point de fcrupule. Voila
pourquoy les Hollandois
agiffent tres - fagement , en
refufant de foûtenir une
Guerre qui ne leur peut eftre
GALANT 247
que fatale. Si jufques icy
on n'eſt pas entré dans ce
fentiment à la Haye avec au
tant de chaleur qu'on a fait
à Amfterdam , dont la prudence
a paru extréme dans
cette rencontre , c'eſt parce
que le fejour du Prince d'O
range eft à la Haye, qu'il s'y
eft fait plus de Créatures, &
que c'eft le Lieu où l'on fait
mouvoir tous les refforts de
l'intrigue de cette Guerre, &
où par conféquent les Partifans
de la Paix ofent le moins
s'expliquer. Cependant tous
les Peuples de la Hollande
*
X iiij
248 MERCURE
la fouhaitent avec des defirs
d'autant plus ardens , qu'ils
font perfuadez qu'ils jouiroient
d'une heureufe & longue
tranquillité fur la parole.
du Roy, qui a toujours efté
inviolable, & ſur laquelle on
peut compter, apres avoir
veu tout ce que ce Prince a
fait fes Alliez mog Sig
Quoy que l'Empire femble
avoir le plus grand Rôle
à foutenir dans l'état préſent
des Affaires , il n'y a neantmoins
prefque rien à dire de
fa politique. Tout ce qui regarde
la Maifon d'Autriche
pour
GALANT.249
eft gouverné par les meſmes
refforts , && cleftul Efpagne
qui les fait mouvoir . Omy)
eftoit d'accord qu'on amuz
feroit la France à Ratisbonne,
en faifant naître difficulté fur
difficulté , afin de gagner da
temps ; mais l'impatience du
Prince d'Orange a fait rompre
toutes ces mesures , en
engageant l'Eſpagne à rompre
avec les François , &
comme elle eſt toute puif
fante en Allemagne , elle n'a
pas eu de peine à faire approuver
ce qu'elle a fait .
Voila la fituation des Af
250 MERCURE
faires d'aujourd'huy, qui fait
connoiftre que la grandeur
du Roy a fair mettre en
ulage tous les traits empoi
fonnez d'une Politique cachée
, pour en obſcurcir le
clat. On n'en peut douter,
fi l'on examine le procedé
de ce Prince, qui fe rermine
par l'état où le trouve aujourd'huy
ce qui regarde la Paix
& la Guerre. Le Roy, apres
avoir rendu les dépendances
d'Ath, en demande d'autres ,
qu'il ne fçauroit obtenir par
ancune voye de douceur, ny
par les Conférences que l'on
GALANT. 251
a tenuës fur ce fujet . La foibleſſe
des Eſpagnols luy en
rend la conquefte facile,
auffi bien que celle de toute
la Flandre , & cette mefme
foibleffe le retient genéreufement.
Il ne veut pas trou
blerola Paix qu'il vient de
donner à l'Europe, & il offre
de fe remettre à l'Arbitrage
du Roy d'Angleterre , avec
zlequel ils ont un Traité d'Alliance
conjointement avec
les Hollandois , pour le maintien
de la Paix . Ainfi ce Momarque
devoit eftre plutoft
dans leurs intéreſts que dans
A
252 MERCURE
ceux du Roy. Les Efpagnols
le refufent. Sa Majefté crai-
Snob ne
ant que ce qu'Elle a droit
de demander n'inquiéte
les
Hollandois , & n'embaraffe
les Eſpagnols meſmic, à cauſe
de la fituation des Lieux , dit
qu'Elle fe contentera d'Equi
valens .On n'écoute rien de
tout cela . Elle fait en fuite
bloquer Luxembourg
pour
la premiere fois , feulement
pour engager les Eſpagnols
à fe hâter de luy rendre la
juftice qu'ils luy doivent . Ce
Blocus ayant duré quelque
temps , l'intéreft de la Chrê
GALANT 253
tiente le porte à le lever de
luy mefme. Il en donne les
raiſons , mais on employe les
couleurs les plus noires pour
effacer le brillant de cette
Action , quoy qu'elle aic
quelque chofe de fi grand,
JISOSAL
qu'il feroit fort difficile d'en
trouver une plus belle dans
toute l'Antiquité. On l'attribue
à mille.
mille prétextes inventez
, dont on a trop tard
reconnu la fauffeté . Si l'on
s'eftoit mis déslors en état
de fe défendre contre la puiffance
de la Porte , comme il
eftoit aifé de le faire , jamais
254 MERCURE
les Infidelles n'auroient ofé
aprocher de Viene, mais pour
ſe mettre en cet état , il faloit
demeurer d'acord de la gené
rofité & de la bonté du Roy,
& l'on a mieux aimé tout
rifquer , que de luy donner
cet avantage. Cependant le
déplorable état de la Chrêtienté
n'a que trop fait voir
le tort qu'on a eu de ne tirer
aucunfruit de fa modération ;
mais le feul moyen d'obſcur
cir la gloire , eftoit de nier
ce qui la mettoit au plus
haut point. Cette incredu
lité affectée & outrageante
,
GALANT 255
a penſé coûter cher à l'Empereur,
& perfonne ne peut
encore juger quelles fuites
elle aura. Ce procédé acheva
de faire connoiftre au Roy
que toute la Maifon d'Autriche
ſe trouvoit bleffée de
fa grandeur, & qu'afin de
l'abaiffer , elle avoit réfolu
de fondre fur luy avec tous
fes .Alliez, foit que les Turcs
déclaraffent la Guerre , ou
non. Les Souverains de cette
Maiſon n'ont jamais pû foufrir
d'égaux en Europe , &
un Rival qui s'éleve au deffus
d'eux , leur paroift un
256 MERCURE
Ennemy cent fois plus infu
portable que le Turc. Jugez
de quel ceil ces Princes peuvent
regarder la puiffance
de la France , qui furpaffe
saffez la leur , pour l'avoir réduite
à l'aveu de fa foibleffe.
Sa Majefté fçachant les mefures
qu'on prenoit contre
Elle, pouvoit profiter de fesavantages
. Elle avoit des
Alliez , des Hommes , & de
l'argent , & une union parfaite
regnoit dans tous fes
Etats , mais l'intéreſt de la
Religion la retint . Toutes
ces chofes font des Faits
GALANT 257
conftans, & aufquels il n'y a
rien à répondre. Si les Ennemis
du Roy avoient efté
dans le mefme état que luy,
je doute qu'on les cuft vûs
auffi modérez . Il ne faut
qu'examiner le paffé, pour
eftre feûr de ce que l'on en
doit croire.
L'irrégulier procédé
que l'on a tenu apres
l'irruption des Turcs , confirme
toutes les mauvaiſes
intentions dont je vous viens
de parler. Le Roy eſt le ſeul
Souverain dans l'Europe , à
qui l'on n'en donne point
savis , parce qu'on craint qu'-
•Janvier 1684
Y
258 MERCURE
Y
ofrant du Secours , iln'aitl'a
vantage d'aider à chaffer l'En
nemy commun de la Chrêtienté.
Quoy qu'il connoiffe
qu'on veut que cette maniere
d'agir l'irríte , ſa bonté
ne laiffe pas de fe faire voit
toûjours égale . Comme il
ne peut offrir ce Secours
qu'apres une Paix ou une
Tréve, Sa Majeſté ofre l'une
ou l'autre . On ne pouvoitrefufer
la
occafioneve
das une pareille
fans trahir les intérefts
de toute la Chrêtienté,
puis qu'en l'acceptant on ne
cede rien de fes prétentions ,
GALANT 259
DE UD INSTIC
& qu'on le tient toûjours en
état de les
difputer
, mais on
ne veut ny Paix , ny Tréve,
ny Secours d'un Roy qui a
un mérite dont on s'eft fait
ennemy ; & c'eft avoir donné
un juſte ſujet de haine , que
de s'eftre acquis le furnom
de Grand par les vertus &
par les conqueftes. On ne
Cherche qu'a rendre odieux
ce Prince trop eftimé ; & lors
qu'on ne veut point de fon
Secours , on travaille à luy
faire un crime dans toutes
les Cours de l'Europe , de ce
qu'il n'en donne pas . On le
Y ij
1260 MERCURE
publie aux Peuples , à qui les
affaires du monde font inconnues
, ou qui ne penétrant
pas les fecrets du Cabinet
, ne fçavent que ce
qu'on veut leur apprendre.
Les Ambaffadeurs d'Efpagne
, & ceux des Alliez de
la Maifon d'Autriche, auffibien
que leurs Envoyez,
teurs Réfidens, & leurs Partifans
, confirment les bruits
qu'ils ont fait femer.Les
Nouvelles imprimées dans
leurs Etats , s'y rapportent,
& il eft permis à Bruxelles ,
quoy qu'il n'y ait point de
GALANT. 261
Guerre déclarée avec la Frande
tout écrire contre elle; ce,
comme Elpagne , pour
avoir feulement taxé quelques
Confeils à fournir ceraines
fommes pour la guerre
de Hongrie , fans avoir rien
donné de fon Tréfor, ny peuteftre
des Taxes , dont on
n'entendit plus parler quelque
temps apres , eftoit en
droit de blâmer ceux qui
auroient empefché la défolation
de Vienne , fi fa Politique
intéreffée n'avoit regné
dans un Confeil, où l'on auroit
pris d'autres réſolutions
fans elle .
14
262 MERCURE
Pendant que que les Arra les Affaires
eſtoient dans l'état que je
vous viens de décrire , tout
ce que le Roy pouvoit faire
pour le repos de la Chrê- I
tienté , eftoit de fouffrir les
calomnies dont on noirciffoit
la France , fans envoyer
un Secours en Allemagne,
qu'on auroit fans doute re
gardé comme des Troupes
ennemies , & qu'on auroit
peut-eftre chargées . Sa pieté,
& le repos de l'Europe, l'empefchoient
de fe mettre en
poffeffion
de ce qui luy appartenoit
en Flandre. Ainfi
GALANT. 263
il ne luy reftoit plus qu'à attendré
que la Maifon d'Au-
'
euft plus
d'affaires
fur
les bras, & qu'elle vinft l'attaquer
avec toutes les forces,
& toutes celles des Alliez ,
comme elle avoit témoigné
en avoir le deffein par le re
fus de la Paix & de la Tréve .
La retenue du Roy a fait
voir en cette occafion , qu'il
méritoit le nom de Tres
Chreftien . Ce Prince n'a
rien attaqué pendant que les
Turcs faifoient trembler l'Allemagne
, & ce qu'il a mefme
fait apres, ne pouvoit paf
254 MERCURE
fer pour une rupture . Sa Majefté
vouloit feulement faire
connoiftre aux Efpagnols
qu'Elle eftoit en état de
prendre ce qui luy appartenoit
, afin que la guerre
ne
s'allumaft pas , s'ils luy ren
doient juſtice ; mais leur obftination
a égalé toûjours
leur foibleffe , & comme la
guerre eftoit ce qu'ils refpiroient,
& que le Roy ne
commençoit pas , ils voulurent
luy donner lieu de tout
entreprendre, en enlevant la
grande Garde d'un de fes
Corps de Troupes , & en
prenant
GALANT 265
prenant quelques Châteaux.
Comme j'ay déja touché cet
endroit , jexlet paffe , pour
ne repeter frienɔ̃des del que
jay dito Pendant quel lon
déclare la Guerre à Madrid,
le Roy fait prefenter un
Mémoire aux Etats de Hol
lande , contenant cinq dec
mandes diférentes touchant
fes prétentions . Il promet de
fe contenter d'un des cinq
Equivalens qu'il propofe &
dont il laiffe le choix aux
Efpagnols ; & cette propofi
tion eft goûtée par la plus
grande partie de ceux qui
Janvier 1684.
Z
266 MERCURE
compofent les Etats, Le bruit
fe répand de la Déclaration
de la Guerre faite à Madrid,
& l'Espagherà qui le pou
voir feubnanque
pour exercer
les dernieres rigueurs
contre les Sujets du Roy,
fait connoiftre par ce qui s'eft
paffé à Madrid , ce qu'elle
feroit en Flandres , fans fa
foibleffe. Le 26 d'Octobre
au foir, les Officiers de Juftice
allérent dans toutes les Mai
fons des François , & firent
ouvrir avec violence les Por
tes qui eftoient fermées ; &
pour découvrir plus ailément
GALANT. 267
leurs effets , on faifit les Livres
de plufieurs Négocians
d'Efpagne , pour voir entre
les mains de qui pouvoient
eftre ces effets , & qui étoient
ceux qui leur devoient de
l'argent. On n'a pas meſme
épargné à Madrid ny à Bru
xelles , ny dans tous les lieux
dépendans de la Domination
Eſpagnole , les François
naturalifez , & on les en a
fait fortir avec leurs Femmes
& leurs Enfans , apres leur
avoir ôté tout ce qui les pouvoit
faire fubfifter. Dans le
temps qu'on déclaroit la
Z ij
268 MERCURE
Guerre à Madrid , on ne
fçavoit pas qu'on y prenoit
de fauffes mefures . Onagif
foit fur l'affurance que lé
Prince d'Orange avoit don
née , que les Etats leveroient
les feize mille Hommes pro
mis par le Traité d'Alliance ,
& que les Suédois aufquels
il avoit envoyé des Vaiffeaux,
enfourniroient quatorze
mille autres pour le fecours
de la Flandre. Tout cela leur
a manqué. Je vous ay fait un
ample détail dans une de mes
Lettres , de tout ce qui s'eft
paffé
ffé en Hollande fur cette
GALANT. 269
Levée, & de quelle maniere
M Vanbuningue parla pour
les intérefts de la Patrie. Je ne
yous en diray pas davantage.
Le Roy pouvant profiter
de la foibleffe des Efpagnols,
apres une Déclaration de
Guerre faite fiàcontre.
temps , fait feulement jetter
des Bombes dans Luxem
bourg , pour faire connoiftre
à cette Garnifon , que fi elle
continue à faire des courfes.
dans les Pais qui luy apartiennent
, on aura lieu de
s'en repentir. Enfuite il s'engage
à ne faire aucun Siége
Z iij
270 MERCURE
pendant tout le mois de Janvier
, pour reconnoiftre les
foins que les Hollandois, zélez
pour le bien de leur Etat,
prennent toûjours de tra
vailler à la Paix. Le Roy
n'ayant promis que de ne
point affiéger de Places , fes
Troupes continuent
à faire
payer des Contributions
. Les
Efpagnols qui n'en peuvent
faire autant , s'en plaignent
avec des termes injurieux .
comme fi apres une Guerre
ouverte, il y avoir quelque
choſe de nouveau dans ce
procedé , & qui n'euſt pas
GALANT 271
&
toûjours efté autorifé par l'u
fage. C'eft ce qui les obligera
peut- eftre à faire la Paix
quelques Villages ruinez , &
des Maiſons abatues produis
rontcet avantage à toute l'Europes
& épargneront le fang
Chrétien. On blâme quel
quefois des actions dont on
ne fçait pas les motifs ; mais
comine ces actions peuvent
eltre faites pour un bien ,
on ne doit point juger des
chofes qui font publiées par
des Ennemis , avant que de
les avoir meurement exami
nées . On ne noircit point
Z iiij
272 MERCURE
en France la réputation de
ceux qui s'en déclarent les
ennemis , on n'y écrit con
tre perfonne. Cependant on
y apporte toutes les femaines
fax Cahiers volans d'impref
fion de Hollande , qui pa
roiffent fans permiffion &
fans nomd Autheur , &
l'on tient ces riens ſpécieux
dont la calomnie fait le fondement
, d'autant meilleurs ,
qu'on fuppofe qu'ils ne font
pas permis , & cela , parce
que rien n'eft plus capable
d'exciter la curiofité ,
que
ce qui eft défendu . Ils font
compofez par deux Autheurs
GALANT 273
dont l'un eft Domestique
d'un Prince qui ne refpire
que la Guerre , & par con
féquent à fes gages. Com
me il est tout dévoué à ce
Prince , il eft quelquefois
contre fon Pais mefine , fe
lon qu'il entre dans fes inté
reſts, ou non . Il donne quel
quefois des attaques à l'EL
pagne , mais fort legéres , &
feulement pour paroiftre def
intereffe . Il fe contredit quel
quefois d'une femaine à l'au
tre , & il le fait parce qu'il
eft difficile de trouver toujours
une nouvelle matiere,
.
274 MERCURE
lors qu'on veut écrire fi fou
vent. Enfin fon principal but
eft de parler toûjours contre
la France. Qu'il dife vray
ou non , il eft payé pour cela.
Les Autheurs de ces Invecti
ves ne prennent pas garde
qu'en la voulant abaiffer , ils
Félévent au plus haut point
de grandeur où aucune Nation
ait jamais efté , car fi
on les en croit , elle fait mou
voir à fon gré les refforts qui
font agir les plus puiffans
Souverains du monde ; & il
ne leur refte plus qu'à affu
rer qu'elle paye lesvents pour
GALANT. 275
exciter les tempeftes. Comme
on voit en , mefme temps
trois de ces Cahiers volans,
il
y en a un qu'on nomme
Le Cahier fecret de la Gazette
de Hollande. Ces Autheurs
prétendent fçavoir ce qui fe
paffe de plus particulier dans
les Confeils les plus fecrets
de tous les Souverains , & fur
tout dans le Confeil de Sa
Majefté ; ce qui n'eft pas
vray-femblable , du moins à
l'égard de la France, puis que
le Roy ne gouverne lon Etat
qu'avec deux ou trois Perfonnes
tout au plus. Auffi
276 MERCURE
ne peut - on connoiftre plus
mal le dedans de la France ,
que ce Politique intéreffé ,
qu'on fçait appartenir à un
grand Prince. J'avois réfolur
de répondre aux Feuilles qui
one paru pendant ce mois,
mais la plus grande partie
des chofes que je vous viens
de dire à l'occafion de ce
qui s'eft paffé touchant la
France & l'Espagne au fujer
de la Guerre , y peut fervir
de réplique . Je ne laifferay
pourtant pas de répondre à
quelques endroits . Je com
mence par celuy où l'on
GALANT: 277
avance , fans fe mettre en
peine de rien prouver , que
les Finances du Roy font
épuilées. Cependant, on voit
tout aller d'un pas égal tou
chant ce qui les regarde, &
melmé à l'égard des chofes
dont on pourroit fe paffer.
Les nouvelles Levées n'ont
point empefché les Bâtimens
; les Fonds n'en font
pas moindres qu'ils ont efté,
On apporte tous les jours
à Verſailles ce que l'Europe
a de plus curieux, & le paye
ment n'en eft jamais diféré.
Le Cabinet des Curiofitez
278 MERCURE
3
;
du Roy augmente de jour
en jour , les Manufactures
des Gobelins , où l'on travaille
comme auparavant ,
fourniſſent ſouvent quelque
choſe de nouveau aux Apartemens
del Verſailles les
Académies des beaux Arts,
entretenues par le Roy, fleuriflent
; la magnificence paroiſt
ſouvent dans les divertiffemens
de ce Prince ; il
traite tous les jours la plus
grande partie de fa Cour ,
les libéralitez qu'il fait ordinairement
au premier jour
de chaque année, n'ont point
!
.
GALANT. 279
manqué , on n'entend point
crier les Alliez , pour luy de
mander de l'argent , l'abon ,
dance fuit fa Cour , l'union
eft parmy les Grands & les
Peuples de fon Royaume ;
les Finances font gouvernées
par des Miniftres éclairez,
& quoy que des clefs des
Coffres du Roy ayent paffé
en d'autres mains , ils n'en
font pas moins remplis .
Apres cette vifion de l'épuifement
des Finances , on
paffe à celle de la Monarchie
univerfelle ,pour laquelle
on veur que la France ait des
280 MERCURE
&
penfees. Chacun fçait affez
que la Maifon d'Auftriche
a eu de foible , & qu'elle en
aoautrefois dreffé le Plan.
Quant au Roy, il auroit agy
d'une autre maniere , & pour
donner la Paix à l'Europe , il
n'auroit pas rendu des Plat
ces qu'il auroit efté impoffi
ble de luy arracher , quand
il n'auroit voulu que les dé
fendre , fans s'attacher à faire
de nouvelles Conqueftes
.
Mais je fuis moins excufa
ble en voulant défendre le
Roy là - deffus, que ceux qui
fe plaifent à luy donner des
1
GALANT 281
penſées qui ne peuvent naître
que dans des Pais où
imagination
va plus loin
que le pouvoir.
Comme on ne remplit
tous ces Cahiers que
fes imaginaires , on paſſe à
une troifiéme auffi peu vrayde
choles
deux au
femblable que
tres, & l'on fe perfuade qu'un
des Miniftres du Roy neveut
point la guerre , feulement
parce que l'on veut s'imaginer
qu'il ne la doit pas vouloir.
Il feroit fort mal-aifé de
fçavoir fes fentimens , & de
trouver un Miniftre plus ha-
Fanvier 1684.
A a
282 MERCURE
bile , & qui fçache mieux
cacher ce qu'il penfe. Il a
mené les Espagnols par des
chemins qui leur eftoient in
connus , & le Voyage de
Metz, pour ſe rendre devant
Gand au milieu de l'Hyver,
a efté contr'eux le tour d'un
grand Maistre. Ce zelé Miniftre
aréüfly affez bien dans
les Affaires de la Guerre,
pour ne pas l'appréhender-
Ainfi tout ce que l'on écrit
là-deffus, confifte en des rai .
fonnemens dont les Autheurs
tirent eux- mefmes des conféquences
telles qu'il leur
1
I
GALANT. 283
plaift , mais il y a bien de la
diférence entre tirer des con
féquences, & fçavoir la verité
d'une chofe. Quand tout ce
"
que l'on avance n'est qu'un
effet du raifonnement , les
uns en peuvent conclure une
chofe , & les autres une au
tre ; & comme on ne peut
affurer la verité, on n'en dévroit
point parler , pour ne
point donner fes imagina
tions au Public. Je fuis obligé
de prendre le party des Hol
landois contre leur Compatriote
qui les hautaque dans
ces Fetiilles , ce qui marque
Aa ij
284 MERCURE
1
qu'une Puiffance
cachée le
fait agir plutoft que le bien
de fa Patrie. Je dis dond
qu'on ne doit point accufer
les Hollandois
de manquer
à leurs Traitez, puis qu'ils ne
font obligez de fecourir les
Efpagnols , qu'en cas qu'ils
foient attaquez par la France,
& qu'au contraire Ice font
les Elpagnols qui l'attaquent
De plus , l'Espagne doit faire
voir qu'elle a quarante mille
Hommes effectifs en Flandre
, avant que les Hollandois
en fourniffent
un , &
elle ne peut feulement
monGALANT.
285
trer dix mille Hommes .
Si quelque Puiffance
de
l'Europe n'entre pas dans les
fentimens
de la Maifon d'Autriche
, elle en est détournée
par la France. La France a
toute l'Europe
à fes gages ;
ellerrachète
des Dignitez
Souveraines
pour des Princes
déja Souverains
, elle a voulu
prendre Luxembourg
avec
des Boulets d'or ; enfin on
fait tout faire à la France
par le moyen de fon argent;
& tout cela dans les mefmes
Feuilles , où l'on affure qu'
elle eft épuifée. Je pourrois
286 MERCURE
détruire toutes ces chofes
par des preuves, comme j'ay
déja fait l'épuiſement des Finances
; mais puis que les
Autheurs de ces Feuilles
n'en donnent point pour four
tenir ce qu'ils ofent avancer,
je ne crois pas en devoir toû
jours donner contre les Ar
ticles que je nieray, & qui fo
détruifent par eux-mefmes.
On s'eft tellement pro
pofé de déchirer la France
dans ces Feuilles ſatiriques,
que lors qu'on ne peut plus
inventer de calomnies.con
tre elle , on attribue tous les
GALANT. 287
fuccés à fon bonheur. Ce
recours eft foible pour blâmer
ce qui donne de la jaloufie
. Si la France eſt heureuſe
, c'eſt d'avoir un Monarque
tel que LOUIS LE
GRAND . Elle doit tous fes
fuccés à fa conduite , à fon
fecret, au bon choix qu'il fait
de fes Miniftres, & à la parfaite
intelligence qu'il a dans
le meftier de la Guerre. On
ne peut fans injuftice préten
dre que la Prife de Gand ſoit
un effet du bonheur. L'adreffe
de dérober fa marche,
& d'inveftir fix ou fept Places
288 MERCURE
avant que de s'approcher de
celle fur laquelle on a def
fein, eft un prodige de la con
duite du Roy, & dont l'Antiquité
la plus reculée ne
nous fournit point d'exem
ples .
AoQuand l'Electeur de Brandebourg
veut ſe faire - faire
raifon touchant la Silefie ,
c'eft la France qui le porte à
en ufer de la forte, comme fi
Alliance de la France lay
donnoit des droits , qu'il a
légitimement. Quand on
croit au contraire que les
Autrichiens l'ont attiré dans
leur
GALANT. 289
leur party , on luy fait tenir
un autre langage. Il eſt cependant
certain que l'Elelecteur
de Brandebourg s'eft
toûjours fait voir porté à la
Paix , & qu'on ne peut l'accufer
d'avoir efté un moment
dans un fentiment contraire.
Dans l'une de ces Feuilles
on voit un dénombrement
des choſes qu'on prétend
que les Miniftres des Alliez
affemblez à la Haye, ont ordre
d'accommoder ; & il eft
tel, que l'Accommodement
en paroift auffi impoffible
que le Noeud Gordien l'a efté
Fanvier 1684.
Bb
290 MERCURE
K
autrefois à dénouer. Si les
Alliez font bien, ils accor
deront la Paix aux condi
tions propofées par la France,
& l'Accommodement fera
auffitoft fait que le Noeud
Gordien fut dénoüé. ~ Ce
n'eft pas ce que veulent ces
Politiques ; mais on ne les
en croira pas. Ils font parler
les Alliez , & difent en fuite,
que foit qu'ils tiennent ce
langage , ou non , c'eſt là ce
qu'ils dévroient faire. On
voit à quoy prétend aboutir
lesraifonnement de ces
Politiques intéreſſez . Ils aGALANT.
291
vancent ce qu'ils ont deffein
d'infinuer, & font parler foiblement
la France , pour la
combatre apres plus fortement
; mais dans le fond tout
cela n'eft que
ce n'elt
pasure vilion , &
à ces Autheurs
fatiriques à faire parler des
Souverains qui ne penfent
peut- eftre à rien moins qu'à
ce qu'on leur fait dire. Ces
Politiques qui tâchent toû
jours d'infinuer qu'on doit
faire la guerre à la France,
ont des raiſons particulieres,
& qui ne tendent pas au bien
de la Chreftienté. Le Prince
? Bb ij
)
292 MERCURE
d'Orange feroit mieux dans
fes affaires , & la Guerre ef
tant fon élement, il feroit du
moins dans l'état où il fe
fouhaite. Le Roy d'Espagne
en repos à Madrid , luy laifferoit
l'honneur de combatre
, & tireroit du profit de
fes Victoires, fi la Fortune ſe
déclaroit pour luy. Les Alliez
de ces deux Puiffances y
joindroient leurs Troupes,
& le Roy d'Espagne auroit
l'avantage d'avoir tenu tefte
au plus grand Prince du
Monde , fans avoir fait de
dépenfe en Hommes, ny en
2
GALANT 293
argent. Les Efpagnols ont
railon de vouloir la Guerre
à ce prix là ; mais il n'y a pas
d'apparence que fes Alliez,
hors le Prince d'Orange,
dont j'ay affez marqué les
intéreſts , foient affez peu
clairvoyans pour s'y enga
ger.
Ces Feüilles fecretes font
dire à la France toutes les
Semaines , qu'elle ne veut
point la Guerre , & ne luy
font tenir ce langage que
pour exciter fes Alliez à fe
déclarer contr'elle , afin de
la pouvoir allumer plutoft.
Bb iij
294 MERCURE
On ne fçait pas bien ce qu'i
elles entendent par la France
qu'elles font parler . Elle ne
dit jamais rien ; fes Gazetes
font fages, & n'entrent point
dans de pareilles affaires . Le
fecret du Cabinet y eft gardé
, & la Cour de France eft
le Lieu du monde où l'on
debite le moins de Nouvel
les. On ne s'y entretient pas
mefme de celles qui font
publiques par tout ailleurs .
Si les divers Ambaffadeurs,
Envoyez, Réfidens, & autres
Miniftres , publient à Paris
des Nouvelles felon leurs di
1
GALANT 295
pas
férens intéreſts , on ne peut
dire que la France parle,
Encore une fois , elle ne dit
rien , & dans ce que j'écris
préſentement, c'eſt de moymefme
que je répons à des
chofes aufquelles il est aisé
de repliquer , parce que ce
font des Faits , mais je ne fe
rayjamais parler les Puiffances.
Mes lumieres font trop
foibles pour cela , & je ne
me meſleray point de deviner
les deffeins des Princes ,
Bien d'autres que moy s'apperçoivent
des paneaux ou
Les Feuilles fatiriques veulent
Bb iiij
296 MERCURE
nous faire tomber , comme
lors qu'elles fupofent qu'on
public en France que l'Empereur
a conclu la Paix avec
les Turcs . On veut nous faire
peur de cette Paix . On ne
peut nous dire qu'elle eft
faite, parce qu'on diroit une
chofe fauffe . On ne peutnous
affurer qu'on la traite,
parce qu'un pareil Traité ne
fe peut faire fans honte ; &
l'on ne trouve point d'autre
moyen pour nous dire que
nous la devons craindre , •à
caufe qu'on veut que nous
nous la craginions, qu'en fu
t
GALANT. 297
"
pofant que la France la pu
blie. Jamais on n'a tant veu
de contradictions enſemble
qu'il s'en rencontre dans les
fix Feuilles de chaque Semaine.
On y voit dix fois
que la France veut la Guerré,
& dix fois qu'elle met tout
en ufage pour l'éviter . Quand
nos Ennemis veulent exciter
les Alliez de l'Eſpagne & du
Prince d'Orange à prendre
les armes , ils difent que la
France veut tout envahir, &
qu'elle en viendra à bout , fi
l'on ne prend foin de s'y oppofer
; & quand leur intéreſt
298 MERCURE
demande qu'ils faffent peur
à la France, fi pourtant c'eft
une chofe poffible , ils publient
qu'elle doit apréhéder
les fuites qu'aura la Guerre,
mais comme elle eſt juſte ,
& qu'elle ne veut envahir aucuns
Etats , elle n'a point de
fuite de Guerre à craindre, Il
feroit difficile aux plus grandes
Puiſſances de l'Europe,
pour ne pas dire à toutes,
d'en triompher , lors qu'elle
n'attaquera point , & qu'elle
ne s'attachera qu'à confer,
ver ce qui luy appartient,
Quand on eft dans l'état où
ha
GALANT. 299
Sa Majesté fe voit aujour
d'huy , qu'on peut faire la
Guerre avec avantage , &
qu'on offre divers accommodemens
pour la Paix , on acquiert
beaucoup de gloire à
fe vaincre ainfi foy- meſme.
Cependant comme on femble
ne chercher qu'à affoiblir
ce qui éleve ce Prince, on empoifonne
la bonté qu'il a de
vouloir bien confentir à une
Paix qui eft contraire aux
deffeins du Prince d'Orange.
On reproché comme un cri
me à la France de la vou
loir , & on la blâme en mê
300 MERCURE
me temps , de faire des actes
d'hoftilité contre un Enne.
my qui luy vient de décla
rer la Guerre dans toutes les
formes par mer & par terre,
& à qui il ne manque que des
forces pour la foûtenir. En
fin ces Ecrits qui n'ont pour
but que de décrier la France ,
l'accufent
en mefme temps
de vouloir la Guerre & la
Paix , & la blâment également
de l'un & de l'autre.
Ces Feuilles fecrettes , &
faites neanmoins pour eftre
rendues publiques, ont perdu
toute leur réputation en parGALANT.
301
lant des Affaires du Comte
Tékély. On y a voulu accommoder
enſemble la Religion
, la Politique , les in
terefts du Prince d'Orange,'
& le défir de noircir la France
; & comme on en a parlé
felon que toutes ces choſes
en ont fourny les occafions ,
on s'eft contredit autant de
fois.
L'Autheur, comme amy
de la Maifon d'Auftriche , l'a
accufé de rebellion , & luy a
fait fon procés en cent rencontres.
Il l'a juftifié comme
Proteftant , & a fait voir avec
grand foin , que la rigueur
302 MERCURE
du
Confeil de
l'Empereur
contre luy , l'avoit porté aux
dernieres
extrémitez . En
mefme
temps , il a accufé
la
France de
l'entretenir dans
fa
rebellion ;
mais il
avoit
trop bien prouvé
le contraire
,
pour eftre crû , en faifant
connoiftre
que la dureté du
Confeil
de l'Empereur
a toû
jours mis des obftacles
à fon
accommodement
. En effet,
fice Confeil l'a toûjours
éloigné
, on n'en doit pas accu
fer la France. Si elle avoit
protegé
ce Comte
de la ma
niere qu'on a voulu le faire
GALANT. 303
croire , il n'auroit pas efte
obligé de demander le Secours
du Turc , mais il faut
immputer à la France tous les
malheurs qui arrivent dans
C
l'Europe , & meſme ceux
qui arrivent dans les Affaires
où elle n'eft point mellée.
Il eft pourtant vray que l'Allemagne
n'auroit pas efté
expofée aux maux qu'elle
foufferts, fi pour fes intéreſts
particuliers le Confeil d'Ef
pagne n'avoit pas empefché
l'Accommodement du Roy
& de l'Empereur. Hors ce
Confeil, tout crie encore au-
ر ی
304 MERCURE
jourd'huy la Paix . On n'en
peut douter , puis qu'on lit
dans ces Feuilles politiques,
les paroles que voicy. Toutes
les Lettres d'Allemagne
font
pleines des preffantes inftances
qu'on fait à l'Empereur de s'accommoder
avec la France. Ces
Peuples, & leurs Souverains,
ont raifon. Le démeflé des
Efpagnols n'a rien qui les regarde
, & toutefois leur obftination
, & leur crédit dans
le Confeil de Vienne, a mis
l'Allemagne dans un état à
ne pouvoir s'en relever de
longtemps.
GALANT 305
Ces Feuilles qui font remplies
de toutes les erreurs que
je vous viens de marquer,
font tellement accoûtumées
à publier des faufferez pour
faire crier contre la France,
qu'elles ont dis dés le commencement
de ce mois , que
M'de Béthune eftoit incognito
en Pologne , où il agiffoit
contre le repos de la Chrêtienté.
Cependant il eftoit
à Verſailles , où fa préſence
juftifioit des calomnies fi
groffieres. Rien n'a paru
fpirituel dans ces Feuilles,
que la raillerie qu'on y voit
Fanvier 1684
Cc
fi
30S MERCURE
du repos & de la tranquillité
de l'Espagne, apres avoir déclaré
la Guerre, & mefme de
la quiétude de l'Europeo La
peinture en eft agreable , &
paroift mefme fort piquante;
mais en voicy le refreina Il
s'enfuivra un funefte repos nà
l'Europe , car le Roy de France
s'erigers en Roy pacifique audeffus
des autres qui commencent
déja à le regarder comme un
Prince dont il eft impoffible d'éviter
la domination . On prétend
infinüer par là qu'on
ne le doit pas laiffer parvenir
à ce haut degré de gloire,
GALANT 307
mais l'Europe eit mieux inf
truite du fond de l'ame du
Roy que ce Satirique , ou du
moins qu'il ne feint de l'eftre .
Ce qu'a déja fait ce Prince ,
done à juger de ce qu'il peut
Faire. Sa modération eft connue,
& l'on fçait qu'il ne veut
que ce qui luy appartient.
Ainfi l'on a beau écrire , on
ne perfuadera pas qu'un Roy
quia rendu une fois la
Franche- Comté , & en fuite
tant d'autres Places , en faveur
de la Paix , ait deffein
d'étendre fa domination fur
toute la Terre . Ce font de
Cc ij
308 MERCURE
grands mots qui ne fignifient
rien, & l'on ne fe rend
pas ainfi maiſtre du Monde.
On fait encore dans ces
Feuilles de longues leçons
aux Princes qui ne prennent
pas avec affez de chaleur le
party de la Maifon d'Autriche,
& on les traite de Princes
en peinture , comme fi
ce leur devoit eftre une
chofe glorieufe que de de
venir Efclaves de cette Maifon
. Ils la foûtiendroient à
leurs dépens ; & comme elle
fe croit toute-puiffante , elle
fe perfuaderoit encore qu'elle
GALANT. 309
C
ne leur dévroit rien, & qu'ils
n'auroient agy que pour leur
propre intéreſt . Les Autheurs
de ces Feuilles eſtant de la
Religion Proteftante , font
de longs raifonnemens pour
perfuader à l'Empereur qu'il
doit s'unir avec les Princes.
Proteſtans d'Allemagne. Je
ne dis pas que cette union
ne foit néceffaire , mais elle
ne l'eft pas au point qu'on
doive tout abandonner pour
les fatisfaire, & croire toutes
les impoftures que répandent
ces Autheurs contre
des Perſonnes d'une fainte
310 MERCURE
vie. Ils ne le font que par un
acharnement qui marque un
grand intéreft à le faire, puis
qu'ils fe font propofez d'en
dire du mal chaque femaine,
quand mefine ils n'auroient
nul prétexte d'en parler. Voila
tout ce que je répondray aux
Feuilles fatiriques qui sont
efté données depuis le commencement
de Janvier juf
ques au vingt - cinq.poly
ajoûte feulement , que les
Efpagnols ont attaqué nos
Troupes les premiers , qu'ils
ont les premiers fait des Sieges,
& brûlé de nos Villages,
GALANT 311
la
& qu'ils n'ont pas plus de
fujet de fe plaindre des actes
d'hoftilité que nous leur rendons
(veritablement avec un
peu plus d'étenduë ) apres
Guerre qu'ils ont déclarée,
qu'en auroient des Enneinis
qui ayant les premiers livré
une Bataille à un Ennemy
plus fort , accuferoient de
cruauté ceux qu'ils auroient
attaquez , parce qu'ils leur
auroient tué trois fois autant
de monde que ces Ennemis
en auroient tué.
Quoy que le foin que le
Pape prend de réformer les
312 MERCURE
abus qui fe font gliffez parmy
les Chreftiens , luy en euft
déja attiré l'amour, & euft fait
faire des voeux au Ciel pour
la prolongation de fes années
, les Secours qu'il a don
nez contre les Turcs , ont
tellement redoublé l'admi
ration que l'on avoit pour ce
Saint Chef de l'Eglife , que
chacun a fouhaité d'avoir fon
Portrait .Je vous l'envoye.Ces
paroles qui font au Revers,
conviennent affez à ce qu'il
vient de faire. Dextera Domini
percuffit Inimicum. En effet, le
mauvais faccés que les armes
Otomanes
GALANT. 313
Otomanes ont eu dans le
Siege de Vienne, eft deû en
partie à ce que le Pape a fait
pour affiſter les Impériaux .
Il me tombe entre les mains
une Ballade que celles que j'ay
déja employées dans cette Lettre
, ont fait revivre . Elle eſt de
Mr le Marquis de Montplaifir,
dont le bel efprit & la valeur ont
acquis une fi grande approbation
, & fut faite dans le temps
qu'arriva l'affaire dans laquelle
Mr le Duc de S. Aignan ayant
efté attaqué par quatre Hommes
, fut affez heureux pour en
tuer trois , & pour mettre en
fuite le quatriéme. M' le Marquis
de Montplaifir n'eut pas plutoft
appris cet évenement , qui eft des
Fanvier 1684.
Dd
314 MERCURE
plus finguliers, qu'il luy envoya
un Moufqueton qui tiroit fept
coups. Ce Préfent fut accompagné
de ces Vers . Ils expliquent
ce que Madame des Houlieres
a touché légerement dans fa
Réponſe.
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
P
BALLADE.
Army les Bois, & la gaye veri
dure,
Où va cherchant fouvent mainte
Avanture.
Ainfi que vous,tout gentil Chevalier,
Lors que feulet vous allicez vous ›
ébatre,
GALANT.1 315
Quatre Aſſaſſins venant vous défier,
Vous avez fait, dit -on , le Diable
à quatre.
$2 A
En coucher deux roides morts fur
la dure,
Abatre l'un d'une grande bleffure,
Et mettre encore en fuite le dernier,
Quoy que bleffe, comme un Démon
fe baire,
Damp Chevalier, on ne lepeut nier,
C'eft affez bien faire le Diable
à
quatre.
Se
Les Demy- Dieux, fi fiers de leur
nature,
N'euffent pas fait telle déconfiture,
S'il cuft falu tel péril effuyer.
Celuy qui fçent tant de Monftres
abatre;
Dd ij
216 MERCURE
N'euft pas ofé contre deux s'effayer;
Et vous, Seigneur , faites le Diable
à quatre.
ENVOY.
Un Mousquetonj'ofe vous envoyer,
Avec lequel , s'il vous plaift de com
batre,
Vous en pourrez , Seigneur, fept défier,
Apres avoir tant fait le Diable
à quatre
.
M' le Clerc de Leffeville,
Confeiller en la Seconde Chambre
des Requeſtes du Palais, s'eft
marié depuis peu avec Mademoiſelle
Guyer, Fille du Maiftre
des Comptes de ce nom. Il eft
Fils de feu M' de Leffeville, ConGALANT
317
feiller en la Premiere Chambre
des Requeftes du Palais , & Petit-
Fils de M' de Leffeville , Doyen
des Maiftres des Comptes à Pa
ris. Son Oncle eftoit feu M' de
Leffeville , Comte de Brioùle,
Evefque de Coutances ; & fa
Grand' Tante Marie le Clerc de
Leffeville , époufa en 1575. M
le Camus de Jambeville , Préfi
dent au Mortier, dont eft venue
une Fille unique, qui fur mariée
à Mile Duc d'Ampville , de la
Maifon de Levy- Ventadour. I
y aquatre Branches de cette Fal
mille des de Leffeville. La premiere
fabfifte en la perfonne dé
M' de Leffeville , Marquis de
Maillebois , & en celle de Madame
la Marquife de S. Simon
fa Soeur. De la feconde Branche
7
Dd iij
318 MERCURE
font Meffieurs de Leffeville, Confeillers
en la Cour des Aydes, &
en la Seconde des Enquestes du
Parlement. De la troifiéme eft
M'de Leffeville , Préfident en
la Cinquiéme des Enqueftes ; &
Madame de Seve fa Soeur, Femme
de M' de Seve , Premier Préfident
du Parlement de Metz .
Et de la quatriéme Branche font
M'de Leffeville , qui vient de fe
marier à Mademoiselle Guyer,
Mfon Frere , cy - devant Sub..
ftitut de M le Procureur Genéral
; Madame
Midorge
leur
Soeur
, Femme
du Confeiller
de
la Cour des Aydes
, & Madame
Portail
Frefneau
, Femme
du
Confeiller
en la Cour. Les de
Leffeville
portent
, d'azur, à trois
Croifans
montans
d'or , au Lambel
GALANT. 319.
de trois pendans d'argent
La Famille des Guyet eft ori
ginaire d'Anjou , où elle fubfif-
Toit dés le Regne de Louis XII.
& c'eft. en cette Province qu'est
fituée la Terre de la Sourdiere.
Il y a trois Branches de cette
Famille. De la premiere eft M
Guyer de la Sourdiere , cy- devant
Moufquetaire, & à préfent
Ecuyer de Madame la Dauphine,
& Madame Macher, Femme du
Capitaine Lieutenant de la Ge .
nérale des Suiffes . La feconde
Branche ſubſiſte en la perfonne
de MGuyer , Maiftre des Conr
ptes , qui n'acques trois Filles ,
Cont l'aînée a époofë M² de la
Barde, Confeiller au Parlement./
La feconde vient d'époufer M°
de Leffevillej & c'est de cette
Dd iiij
320 MERCURE
feconde Branche qu'eftoit feu
Madame le Doux de Melleville ,
Mere de M' le Doux de Melleville,
Confeiller en la Quatriéme
Chambre des Enquetes. De la
troifiéme Branche eſt Mr Guyer
de Chevigny , cydevant Capi
taine aux Gardes , Gouverneur
d ' Yprę & de Bolle Ifle , qui
apres avoir fait paroiſtre ſa vaz
leur extraordinaire aux Armées
du Roy, s'eft fait Preftre de l'Oratoire,
où ilmene une vie d'une
picté exemplaire. Il y avoit une
quatrieme Branche , dont eftoit
feu M Gayer de la Sourdiere,
Ecuyer du feu Roy, quina laiffé
qu'une Fille unique , mariée à
M' de Cornulier , Préfident au
Mortier du Parlement de Bretagne.
La Rue de la Sourdiere à
fi
GALANT. 321
Paris ea porte le nom , pour avoir
efté baftie au lieu où eftoit l'Hôtel
de la Sourdiere , appartenant
ala Famille des Guyet. Ils porrent
, d'azur , à la Face d'argent,
tburgée de cing Merletes de fable,
accompagnées d'un Croiffant d'or en
chif, & d'une Etoile de mefme en
pointe, écartelé d'or au Lyon defable,
au Chefd'azur, chargé de deux Etoiles
d'ora 1052
Made Brulle , Maiftré des
Requestes , a époufé Mademoi
felle de Paris . Il eft Fils de feu
M'de Berylle, Confeiller d'Etat,
Bauparavant Maistre des Requeftes,
& Petit -Neveu du Cardinal
de Berulle , fi recommandable
pour fa fainteté de vie. Mademoiſelle
de Paris eft Fille de
feu M de Paris Confeiller en la
322 MERCURE
1
Grand Chambre , Seeur de M
de Paris Confeiller en la Seconde
des Enqueftes, & de M® du Gué,
Femme de Mida Gué , Préfident
en la Chambre des Compres, &
Niéce de M'de Paris Préfident
en la même Chambre.
"
3
Il s'eft fait un troifiéme Ma
riage , que vous ferez bien aiſe
d'apprendre. C'eft celuy de M
Chopin, Lieutenant Criminel au
nouveau Chaſtelet de Paris, avec
Mademoiſelle Foy de Senantes,
Fille de M de Senantes , Préfident
à Beauvais. M' Chopin , de
la Famille de qui je vouy ay parle
lors qu'il fut reçu en la Charge
de Lieutenant Criminel, eft Frere
de M' Chopin de Gonzangres,
Chevalier du Guer.
M Billaud , Confeiller Clerc
GALANT. 323
en la Seconde des Enquestes, eft
mort depuis peu de jours , & a
laiffé, fes biens à fon Neveu , Fils
aîné de Midu Bois , S ' de Bailler,
Maistre des Requeftes , & Intendant
de Juſtice en Bearn , fon
Beaufrere . M' du Bois- Baillet
eft Fils de M ' du Bois du Menillet
, Confeiller en la Grand"
Chambre , & Neveu de M' du
Bois de Guedreville , Maiftre
des Requeftes Honoraire , &
Préfident au Grand Confeil .
M de Vienne , Lieutenant
Particulier du Chaftelet, a vendu
La Charge à M' Prou , S' du Mar,
tret. Il a en mefme temps con.
figné pour une Charge de Confeiller
au Parlement , qu'il donne
a Mr de Giraudot fon Fils aîné.
Le s. de ce mois , le S Fran
324 MERCURE
çois Raveau , natif de Paris , abjura
l'Heréfie dans l'Eglife des
Filles de Sainte Marie du Fauxbourg
S. Germain , entre les
mains du Pere Alexis du Buc,
Théatin , qui depuis cinq ans
travailloit à le retirer de fes erreurs.
Cette action ſe fit en préfence
de plufieurs Perfonnes de
qualité , & comme elle luy a
attiré la haine de fes Parens , qui
font fort - puiffans parmy les Prétendus
-
Réformez , le Roy qui
prend un foin particulier de ceux
qui fe convertiffent , les a obligez
de luy donner une Penfion
proportionnée à leurs biens .
Meffieurs del'Académie Fran.
çoife ontfait faire un Service pour
la Reyne , dans la Chapelle du
Château du Louvre . Elle eftoit
GALANT. 325
toute tenduë de Deuil , depuis
le haut jufques au bas. Le refte
de l'Appareil lugubre faifoit pa
roiftre la fimplicité qu'on eft
obligé d'avoir dans une Maiſon
Royale , où des Sujets ne doi
vent fonger qu'à faire éclater
leur zéle . La Meffe fut celébrée
par M. l'Abbé de Lavau , Garde
de la Bibliothèque du Cabinet
du Roy, & Directeur de l'Aca.
démie. La Mufique eftoit de la
compofition de Mr Oudot. M
l'Abbé de la Chambre , qui avoit
efté choify pour prononcer l'O
raifon Funebre, reçût beaucoup
d'applaudiffemens de toute l'AL
femblée . Il entra dans un détail
fort exact de tout ce qui pouvoit
marquer les rares vertus de cette
Princeffe , & parla de celles qu'-
326 MERCURE
-elle avoit pratiquées dés fon en
fance. Il fit particuliérement remarquer
, qu'elle avoit efté fi
genéralement eftimée du Peu
ple , qu'il ne s'eftoit trouvé au
cune Perfonne qui en euft rien
dit que d'avantageux , & qu'elle
avoit eſté louée par Louis LE
GRAND; ce qui eftoit le plus
fort Eloge qu'on luy put don
ner. Ml'Abbé de la Chambre
eft auffi de l'Académie Françoiſe.
Sa Majefté ayant ordonné à
M' Quinaut Auditeur des Com
ptes , de travailler à un Opéra,
qui devoit eftrerepréfenté à Ver
failles pendant tout ce Carnaval,
& dont Elle avoit choiſy Ellemefme
le Sujet , dès le commencement
de l'Eté dernier , cet il
GALANT 327
luftre Autheur avoit déja fort
avancé ce travail , lors que la
Reyne mourut. La régularité
que ce Prince obferve en toutes
chofes , l'empêchant de voir
aucun Spectacle pendant l'année
de fon Deüil , il a confenty que
M' de Lully donnaſt cet Opéra
au Public . Il a paru depuis quinze
jours fous le titre d'Amadis . Je
ne vous dis rien de la Mufique.
Vous connoiffez le rare talent
de l'incomparable M' de Lully,
& je puis vous affurer qu'il eſt
toûjours luy- mefme dans tout ce
qu'il fait. Les Décorations ont
efté inventées par M Berrin , &
faites fur fes Deffeins , auffi - bien
que les Habits. Jamais on n'a
rien vu de plus magnifique , de
mieux entendu , py.de plus con
328 MERCURE
venable au Sujet. Les Vols, dont
la nouveauté & la beauté ont
furpris , font du mefme M¹ Berrin
, qu'on peut dire eftre sup
Génie univerfel.
La Troupe Françoiſe a reprépréſenté
trois Piéces nouvelles,
Marie Stuard , de M Bourfault ,
le Docteur Extravagant , de_M'de
Beauregard , & Penelope , de ' Au
teur de Zelonide. Vousyous fouz
venez , Madame , du bruit que
fit Zelonide il y a deux ans. Pene-
Lope eft un Ouvrage , qui a cons
me ce premier , de grandes beau
tez . Les Vers en font travaillez
avec un foin fort exact
"
& répondent
noblement à la force
des penfées
.
Il paroift depuis peu un Li
vre intitulé , L'Espion du
GALANT. 329
Grand Seigneur. C'eft la Tradu
ction d'un Tomé de plufieurs
Lettres Arabes , qu'un Miniſtre
de la Porte a écrites depuis l'année
1638. jufqu'en l'année 1682 .
On le vend en Italien & en François
. L'Italien eft de M ' Marana ,
Gentilhomme Génois , de qui
a vû autrefois l'Hiftoire des
dernieres Guerres de Gennes &
de Savoye , avec la Confpiration
d'un Noble de la République,
appellé della Torre.
Vous trouverez le vray Mot
des deux Enigmes du dernier
Mois , dans l'Air nouveau queje
vous envoye , Les Paroles font de
Gygés du Havre,
2
" Fanvier 1684.
Ee
330 MERCURE
AIR NOUVEAU,
Servant d'Explication aux deux
Enigmes du mois de Decembre
1683.
J
Efuis l'Amour&les Process
Pour en avoir unbon fuccés,
On devient trop mélancolique.
Faime mieux chanter la Mufique
Et bien entonner, ut, re, Mi.
Avec un Amypacifique,
Le Vin mefert à leurfaire la nique,
Et le voila ce bon Amy.
La fillabe Mi , eft le vray Mot
de l'une & de l'autre . Plufieurs
ont expliqué la premiere fur la
feule lettre , & d'autres ont expliqué
la feconde fur la feule lettre
M. Ceux qui ont connu que
+
1011

GALANT. 331
"
cette fillabe Mi faifoit le fens de
toutes les deux , font Meffieuts
-Babiniere , de Noftre - Dame de
Vitré en Bretagne , D. Jofeph.
:M:atonais , du mefme Lieu De
Guerre , Procureur General dus
Confeil Souverain de l'Ifle Saint:
Poffophle , J. Grandis , de Vienne
en Dauphiné , Carriere , Le-
Roux , Médecin à Vitré , Diéreville,
du Pont- l'Evefque , Libre:
d'amour , de la Rue du Bac ( Ces
quatre derniers enVers ; ) Mefde'.
moifelles Sentier , Maneffier , Le
Carron , Boulanger ; du Frefne,
de Villers , de Flers ; de la Foffe
Lagrené , de Bac , & la fpirituelle
M. P. toutes d'Amiens .
La Claire. Brune de la Porte de
Vitré en Bretagne , l'Exilée de
la Ville Françoiſe du Havre ; &
Ee ij
332 MERCURE
X
la Belle Nourriture du meſme
Lieu ( Ces deux dernieres auffi
en Vers; ) Alcidalis , & ſa charmante
Zelinde, d'Amiens , C. R.
heureux Amy mais malheureux
Amant de la belle Coufine de la
Rue de la Réale , & Alcidor , &
Silvie du Havre,
I La premiere de ces deux Enigmes
nouvelles que je vous en
voye , eft de M de la Barre , de
Tours ; & la feconde , de M' du
Bois.
ENIGME.
N
f
Ous fommes plufieurs Fils,
bruns , unis , &jumeaux ,
Dans le ventre d'une Blondine,
Que la Nature afaite, & piquante,
& mutine,
Pour nous garder des Animaux;
GALANT 333
Elle leurfait mauvaiſe mine,
De mille traits aigus elle les affaffine,
Et la main qui la touche, en reffentmille
maux.
$2
Celafait que l'Homme en colere
( Pour réuffir dansfon deffein j
Ecrafe avec lespieds, & les traits, &
le fein
De celle qui nousfert de Mere.
25
Que fait cet Homme , helas ! dans fon
ardent couroux ,
De peur que nous parlions de noftre
trifte peine?
Il nousperce de mille de mille coups,
Quand dans lesfeux il nous pro
menc
Ce n'eft pas tout ; il nous prend
tous,
334 MERCURE
Il nous glace fouvent, ce qui luy
femble doux;
Mais , comble de rigueur, qui lup
plaift plus encore!
Mes chers Ami , le croirez - vous?
Apres ces mauxfoufferts , le cruel
nous devore.
J
AUTRE ENIGME.
Efuis comme une Enigme ob
I
foures
Donner à deviner, eft mon unique
employ.
Fay belle, ou vilainefigure,
Selon l'occafion où l'on fe fertde moy..
Maisfait qu'en traits bideux j'abonde,
Soitque j'étale aux yeux des Beautezà
prifer,
Fayfouvent l'honneur de baifer
Les plus belles bouches du monde,
GALANT 335
Je viens d'apprendre que M'de
Louvoys a nomine M' l'Abbé de
Lanion , pour préfider à l'Académie
des Sciences ; & M Reinfant
, pour avoir foin des Médailles
de Sa Majesté. L'un &
l'autre Employ demande des Per
fonnes d'une érudition confommée
.
Je n'ay point douté que vous
ne priffiez beaucoup de plaifir à
la lecture de la Comédie d'Arlequin
Procureur ; mais je ne croyois
pas que vous dûffiez avoir fi toft
celuy de la voir repréſenter.
Si vos Comédiens de Province
T'ont fait paroistre avec agrément
, jugez de celuy qu'elle a
dans la bouche de l'inimitable
Arlequin. Elle n'eſt pas moins
heureufe dans la Boutique du
336 MERCURE
Libraire , qu'elle l'a efté fur le
Theatre. Cela fait connoiſtre
de quelle utilité il eftoit pourles
Plaideurs de leur découvrir les
tromperies dont ils ont à fegarder.
Les Dialogues des Morts ont eu
la deftinée des bons Livres. Ils
ont trouvé des Cenfeurs, & j'en
ay veu depuis quelques mois,
trois diférentes Critiques, Ceux
qui les ont faites , s'eftant dechaînez
contre l'Autheur, comme
s'il eftoit fort condamnable
d'avoir fait un Livre qui a plu
à tout le monde , il y a grande
apparence qu'ils n'ont pû obtenir
la permiffion de rendre public.
leur emportement. Enfin on m'en
a fait voir une quatrième , qui
n'attaquant que l'Ouvrage ,
cfté
GALANT- 337
efté creue digne de paroiftre au
jour. Le S Blageart Libraire
doit commencer à la débiter
le huitième du mois prochain,
fous le titre de Jugement de Pluton
fur les Dialogues des Morts.
Elle est d'un Homme qui nous a
déja donné pluſieurs Ouvrages
avec beaucoup de fuccés , & qui
a pris foin de ramaffer tout ce qui
s'eft dit au defavantage des Dialogues.
Il l'a fait d'une maniere
galante & fpirituelle , qui laiffe
voir qu'il n'en a pas moins d'eftime
pour l'Autheur & qu'en
rapportant toutes les Critiques
qu'on a faites , il n'eft pas per.
fuadé qu'elles foient capables de
diminuer la gloire qu'il s'eft acquife.
Je vous envoyeray ce Jugement
rendu par Pluton aux
Janvier 1684.
3
Ff
338 MERCURE
Morts qui fe plaignent , fi- roftqu'il
fera en vente . Je fuis affure
que vous le lirez avec plaisir ,
vous qui admirez les Dialogues .
Ce que je vous ay mandé au
mois de Novembre , d'un Monftre
né avec des griffes , dans un
Bourg de la Principauté d'Oran
ge , n'eft point véritable. C'eft
une Hiftoire inventée, Lagloire ,
n'en eft pas grande pour les Au- ?
theurs de ce Conte . Celuy que
je vous ay dit qui eftoit préfent,
quand MF l'Evefque d'Orange ,
reçûr la Lettre, où cette Avanture
efhoid contenüe , eft affùré,
ment un Homme, tres digne de
fop , mais ce qu'il m'a dit av, ir T
entendu luy mesme, il ne le fça ,
voit que par un Amy , dont it,
croyoit le témoignage certain ;
GALANT 339
eſtre
& Tur l'afurance qu'il prenoit en
cet Amy , fl 'fe rendoit, garand
de la chofe , comme s'il euft ef
cholerench Jenga saprins
fectivement entendu lire la Lettre.
Malgré toutes les précau
tions que je prens , on peut me prenson SIMER
furprendre en des Bagatelles qui
ne font ny bien ny mal. Cela
svrbien
Marsbard
eft caufe que je fupprime quelquefois
les Incidens qui peuvent
ftre vrays, que cons
mais qui ne font pas
atteftez par des
Je ne laifferay pas de vous dire
icy ; à propos de Mohſtre , que
l'on me mande qu'il eft ne au
Village de Nanteuil , à trois
Village Cen
lictes de Caen , une Fille avec
deux teftes tres bien formées ,
coſté l'une de l'autre , qu'elle a
d'atteiname
vefcu quelque temps , & quelárs
qu'une de ces teftes ouvroit ou
a
Ff ij
340 MERCURE
Tournois, les yeux , l'autre faifoie
la mefme choſe. Il n'y avoit au
cu e difformité dans tout le refte
du corps
a submovifi
au
Jyiens
à ce que Vous me man ,
dez , que vos Amies te font fcan
dalifees d'avoir lu dans me Let.
tre de Septembre
, que lors que
Madamel
Abbeffe de Bons paffa
au Fort de Pierrechatel
errechatel, qui elt
fitue fur le Rhône , elle demeura
l'apres-dînée dans la Chartreuſe,
a caule de l'exceffive
chaleur. If
eft vray que les Femmes
2 : 0134 S
de Supvray
que que qualité qu'elles foient ,
cxcepté la Reyne , ne peuvent
entrer dans les Monafteres
des
Cha
freux , fans encourir une
Excommunication
relervée au
Tap , mais on fait qu'il y a dans ya
chaque Chartreufe
des lieux fé-
74
GALANT 341
parez du Monaftere , oulesFen,
mes font reçues felon les oc-
Humo
tations goi Py attirent. " Ainfi
quan j'ay dit que Madamel Ab
belle de Bons & ff Compagnie
avoient pale apres - cine dans
la Chartreuse de Perréchâtel
vos Amés ont du entendre 13
heu ou 11 eft permis aux Femmes
d'entrer. En effet , cette Abbelle
re forrit point de celuy ou demeurent
les Soldats , & pallile
temos qu'elle s'arrefta a Pierrechâtel
, dans une Chambre des
Corps. de Garde , qui font fépa ,
rez du Monaftere par une grande
Place'; ce que le Prieur de cette
Chartreufe n Toy put refufer
honneftement.
je ne puis finir fans vous par.
Jer de ce que les Nouvelles pu ..
Ff iij
342 MERCURE
bhiques vous auront deja appris.
doute, que le Vous
cad
de ce mois M le Marquis
Ferrero demanda au Roy Mademoiſelle
enMariage pourMonfieur
le Duc de Savoye fon Maitre
mais yous ne leavez peutetre
pas ce quia fuivy cette De
mande. C'eſt ce qui n'eft encore
connu que, de fort peu de Per.
fonnes, Le Roy ayanteſté quel-,
que temps en conférence dans
fon Cabinet avec Monfieur, y fic
appellerMademoifelle,& luy die,
que Monfieur le Duc de Savoye la
demandoit en Mariage ; mais qu'avantque
de la promettre , il vouloit
Avoir fan confentement; & que Monfieur
qui estoit uunn bon Pere, bon Pere, me vayloit
point qui s'engager , qu'il vie
fcût auparavant fi elle y confentair
-GALANT 343
Sa Majeflé ajouta , que quoy que
de Mariage ne la fiftpas Reyne, elle
n'en feroit pas moins heureufe ;
que la Cour de Savoye efloir une
Cour où rien ne manquoit ; qu'elle
en trouveroit les manieres fi Fran.
coifes qu'elle nes'appercevroitprefque
pas qu'the euft quitté la France ;
que s'il lay fust resté une Fille , elle
n'auroit pas en un autre Party , &
que Monfieur le Duc de Savoye n'étoit
pas feulement un grand Prince,
mais un honnefte Homme. Mademoifelle
fit une profonde reverence
au Roy , & luy répondit,
qu'elle n'avoit point d'autre volonté
que lafienne , & celle de Monfieur.
Elle laiffa coulerquelques larmes.
Mais qui n'en verferoit pas , en
fongeant à quitter un fi grand
Roy , & dont les manieres font
t
344 MERCURE
fi engageantes
? Comme la Cour
de Savoye eft tres- galante , j'au
ray beaucoup d'agreables
chofes
à vous mander fur ce Mariage,
qui a déja donné lieu aux Vers
que vous allez lire.
ETRENNES
ENVOYEES PAR UN RAMONNEUR
A MADEMOISELLE. A
Co
Onnoiffez- vous.j z- vou.junePrinceffe,
Quel eft cepetit Ramonneur
C'est l'Amour quife fait honneur
De rendre hommage à Vestre Alteffe.
Ilprendcet habit emprunté
Avecfa Curiofité,
Depeur
defefaire
connoistre
de
Fettez lesyeuxfurfes Bijoux,
Et vousy trouverez peut- eftre
Quelque chofe digne de vous.
1 .
1
GALANT. 345
vient dufonds de la Savoye,
Parmy la neige & lesfrimats,
Carl Hyver ne l'étonne pas
Lorsque c'eſtversvousqu'on't'envoye.
Il vient vous préſenterun coeur
Dont ils'eftrendulevainqueur
-Et tourfier de cette victoire,
En échange, ce Dieu matin
Ofe fe promettre la gloiré
D'emporter le vostre à Turin.
L'Article de la Guerre , & de ce qui
la regarde , m'a mené filoin , que je fuis
obligé de réferver pour le Mois prochain
plufieurs Articles qui n'ont pû
trouver place dans cette Lettre , & fur
tout une Réponse de M Crochat, Profelleur
des Mathématiques , à celuy qui
a foutenu que l'Aftrologie eft préfera
ble à l'Aftronomie. Je luis , Madame,
voftre , & c.
A Paris ce 31.Janvier1084 .
$2·5552525-5325555
AV IS ET CATALOG VE
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
Rotenbes en plufieurs Dillerrs
tions , fur des Médailles , Bas-reliefs ,
Statues , Mofaïques , & Infcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille -douce. In 4. 3771.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile,
Indouze, dedkom 230 f.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indouze.
Nouveaux Dialogues des Morts .
Premiere Partie. In douze.
gof. 30 f.
30f.
Pizzo f.
-461.
⚫ Seconde partie des Dialogues des
Morts. In douze.
La Ducheffe d'Eftramene . Deux
Volumes indouze.
LeNapolitain Now.Indoure . 20 f.
L'Académie Galante.
10L
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali, Indouze. A
La Devinerelle, Comedie.
30 f.
L jupĻ Artaxerce, avee fa Critique. 15f.
La Comere, Comedie. 110 f
Converfionsde M, Gilly & Courdil. 20f
Arlequin Procureur , Comedie , 20 L
en veau, & 15. en parchemins D
Gent dix Volumes.du Mercure, avec
les Relations & les Extraordinaires. H
yoa huit Relations qui contiennentag
Ce quis eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne.insexsus quiqual
Le Mariage de Monfieur le Prince
deConty avec Mademoiſelle de Blois.
Le Mariage de Monfeigneur leDan+
phin avec la Princeffe Anne - Chreft
tienne- Victoire de Baviere.
Le Voyage duRoy en Flandre en 1680.
LaNegotiation du Mariage de M, le
Duc de Sayoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouiffances
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description enviere de Siege de
Vienne, depuis le commencement jufguta
la levée du Siegelen 16830 € D
Il y avingt trois Extraordinaires , qui
outre les Questions galantes, & d'éru
dition , & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez ,
& Origines, fqavmirstamatos şi sokm
Des Indices qu'on peut titer fur la
thaniere dout chacun forme for Ecrit
ture. Des Deviles, Emblêmes, & Re?
vers de Médailles: De la Peinture , &
de la Sculpture . Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre. Des Verirez qui fone
contéhuds dans lesFables , & de l'excellence
de la Peinture. Dela Contéf
tation. Des Arnies , Armoiries , & deleur
progres. Del'hnpsimetics Des Rangs
& Čerémonies . Dés Talifmanis. De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. Delefimpathie , & des
Panthipatie des Corps. De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
1
diferentes efpeces. De ce qui contribue,
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace, De la nature des Elprits fo
lets , s'ils font de tous Pais, & ce qu'ils
ont fait . De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de les effets . Dufréquent
ufage de la Saignée . De la No
bleffe. Du bien & du mal que la fréz
quente Saignée peut faire. Des effets
de l'Eau ininérale. De la Superftition ,
& des Erreurs populaires . Dela Chaffe .
Des Metéores, & de la Comete appa
rue en 1630. Des Armes de quelques
Familles de France. Du Secret d'une
Ecriture d'unenouvelle invention, trespropre
à eftre rendue universelle, avec
celuy d'une Langue qui en réſulte, l'un
& l'autre d'un ulage facilepour la com
munication des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des .
progrés & de l'état préfent de la Medecine.
Des Peintres anciens ,& deleurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Pin . Del'Honneftere, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage . Dela marque la plus ef
fentielle de la veritable anmitié. L'Ay
bregé du Dictionnaire Univerfel. Du
mépris de la Mort . De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces. Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux. Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation. De la Vie
heureufe. Des Cloches , & de leur antiquité!
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent dix Volu
mes , ou la plus grande partie. Quant
aux nouveaux qui fe debitent chaque
mois , le prix fera toujours de trente
fols en veau , & de vingt- cinq en parchemin.
Outre les Livres contenus aufft dans
ce Catalogue on vend auffi chez le
Sieur Blageart toutes fortes de Livres
nouveaux,& autres . On nemarqueicy
que ceux qu'il a imprimez, à la refervén
des. Recherches d'antiquité , dont on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires .
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dans le Mercure..
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
performe , & ne blefleront point,
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le S Blageart , Impri
meur -Libraire, Rne S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre.
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Li-:
braires de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux.
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire.
On met tous les bons vrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doiveng
point impatienter.
Il est inutilé d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy de fujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez.
On avertit que les Mercures qui s'impriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le