Nom du fichier
1684, 01, t. 25 (Extraordinaire) (Lyon)
Taille
9.49 Mo
Format
Nombre de pages
347
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Bibliothecæ quam Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS.
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT807157
4
QUARTIER DE JANVIER 1684-
THEAUE
TOME
BEDE
LA
XXV.
IATA
XU
LYON
#189
Itued A.
Impriméà Paris : £6fe vend
A LYON ,
Chez T. AMAULRY , Rue Merciere ,
au Mercure Galant,
M. DC . LXXXIV .
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART, Rue S. Jacques ;
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en la Boutique Court -Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC . LXXXIV .
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
**
GALANT HOA!
QUARTIER DE JANVIER 1684
TOME XXV.
E croy , Madame, que
je ne vous puis mieux
inviter à lire ce XXV.
Extraordinaire
, qu'en
le commençant par un Ouvrage qui
traite de la Lecture. Ce n'est pas que
je ne fcache que vous connoiſſez parfaitement
l'usage qu'on en doitfaire;
Q. deJanvier 1684. A
BLB
2. Extraordinaire
mais quelque connoiffance que vous
en ayez , vous ne ferez pas fachée
de voir ce qu'on a écrit fur ce fujet.
Ilfournit beaucoup , & ce qu'il comprendpeut
eftre d'une grande utilité
pour quantité de Gens qui lifent ,
mais qui lifent mat , c'est à dire ,fans
réflexion , & fans foin d'en tireraueun
avantage. M de la Févrerie ,
qui penfe admirablement , & qui exprime
tout ce qu'il penfe d'une maniere
tres - noble, mefait efperer quelque
chofe defa façon fur cette matiere.
Je l'attens , & vousprépare d'avance
auplaifir que vous avez lieu de vous
en promettre.
୧୫: ୨୭
du Mercure Galant. 3
5525 25252:5525 225
DU BON
ET
DU MAUVAIS USAGE
DE LA LECTURE.
LEE
'Eftime que je fais de la Lecture
, ne m'infpire que de
grands fentimens pour elle. Je
la croy non feulement utile , mais
outre cela je dirois prefque qu '
elle est néceffaire à toutes les
Perfonnes raisonnables. Ce pour.
roit estre un de mes foibles , d'avoir
ce fentiment , qu'on peut
conteſter ; on me fera la grace
de m'avertir , fi je fuis dans l'erreur.
Je ne décide rien , & bien
A ij
Extraordinaire
.
loin de vouloir enfeigner les autres
, je parle pour m'éclaircir
moy -mefme. Un Pere de l'Eglife
croit que noftre efprit eft
tellement borné , qu'il devient
inutile fi - toft qu'il fe relâche de
l'affiduité à la Lecture ; & c'eft
peut- eftre pour cela qu'un bel
Efprit difoit , que celuy qui ne
lit point, eft femblable à ces Maifons
qui menacent ruine . Apres
tout , il faut avotier qué nous
devons nos plus belles lumieres
aux Livres , d'où vient que Caf
fiodore , & ces fages Philofophes
de l'Antiquité ont foûtenu , que
la Lecture eft la veritable fource
de pénétration & d'intelligence .
Je trouve dans les confeils d'un
habile Homme , que fi nous voulons
devenir polis , & nous dédu
Mercure Galant.
faire de nos defauts , il eft néceffaire
de lire beaucoup. Que
j'aime ce vieux Philofophe qui
facrifia tout fon bien pour fe former
une belle Bibliothèque ! II
avoit tant de paffion pour la Lecture
, qu'il prenoit fon repos fur
des monceaux de Volumes , dontil
couvroit fon Lit. C'eft ce qu'il
obferva jufques à la mort , &
nous lifons qu'on le trouva expirant
, fi j'ofe parler ainfi , entre
les bras de fes Livres . Le grand
Alexandre donnoit tout fon loifir
à la lecture des Ouvrages d' Homere
, qu'il portoit dans les voyages.
Un Marc- Antoine lifoit jaf
que dans les Jeux publics , &
lors qu'il affiftoit aux Spectacles,
L'amour des Livres eft donc
un partage propre aux belles
A iij
6 Extraordinaire
ames , & qui parut fi cher aux
Ieuples d'Abiffinie , que la poffeffion
des Clefs de la Bibliotéque
du Palais , eftoit une des
principales marques de la fouveraine
autorité. C'eft pour cela
qu'ils avoient foin de mettre çes
Clefs dans les mains du nouveau
Roy , au jour de ſon élevation
fur le Trône de leur Empire.
Alphonfe Roy d'Arragon , préferoit
fes Livres à tous les plaifirs
de la Cour. On luy donnoit
un jour le divertiffement d'un
Concert , lors qu'il trouva par
hazard un volume des Oeuvres
de Ciceron ; ce fut affez pour
dégoûter ce Prince des beautez
de la Mufique. Il prit le Livre,
& congédia tout fon monde avec
ces belles paroles , Je vais m'endu
Mercure Galant.
7
tretenir plus agréablement avec le.
Maiftre de l'Eloquence Latine . En
effet la Lecture me paroift le plus
raviffant de tous les plaifirs . Je
dirois que c'eft un Tréfor prétieux
, qui fe laiſſe découvrir à
tout le monde , & que plufieurs
élevent au deffus des richeffes.
Un Autheur veut que ce foit la
feule nourriture digne de noftrė
efprit ; auffi lors que j'aperçois
des Livres , je m'imagine queje
vois des Fleurs toûjours difpo
fées à répandre des douceurs enchantées
pour ceux qui font ca
pables de les goûter. Combien
de Héros ont trouvé dans la Lecture
le fecret de fe rendre redoutables
à toute la terre , & de
cueillir des Lauriers jufque dans
les Parties du Monde les plus
A
iiij
8 Extraordinaire
**
reculées ? Mille Seigneurs dont
nous admirons le mérite , fuivent
l'exemple de LOUIS , le
plus grand de tous les Roys. Ils
lifent beaucoup parce qu'ils
ont appris de leur Prince , que
c'eft dans la Lecture que l'on
trouve l'Art de bien comman→
dér, & de mieux obeïr. Ce Duc
dont la fcience égale le courage,
s'eft toûjours déclaré pour les
Livres. I brille dans l'Empire
des belles Lettres apres avoir
laiffé des marques glorieufes de
fa valeur & de fon courage dans
le : Champ de Mars. L'Acadéq
mie Françoife jouit depuis vingt
ans de l'honneur de fon Alliance,
& des momens précieux qu'il
dérobe à fes plaifirs ; toûjours
preft à donner des preuves de la
du Mercure Galant.
vivacité de fon efprit , qu'il cultive
par l'ufage des beaux Livres .
Je fçay un de nos plus grands Ca
pitaines , un illuftre Maréchal,
qui paffe les nuits fur les Livres,
apres qu'il a confumé les jours à
retracer les anciennes limités de:
Is France aux environs du Rhin.
Un plus long détail m'engage.
roit trop ; c'eft affez d' ajoûter
ce trait de la vie d'un Sçavant
de ce fiècle . Il fe plaignoit du
malheureux fort de l'Homme,
réduit à relâcher au fommeil lal
moitié d'une vie qu'il devroit fa
crifier toute à la Lecture , & aux
fonctions de l'efprit.
C'eft donc une de nos foibleffes
, de ne pouvoir pas lire continuellement
. Il faut partager
fon temps entre le repos , la Lec
10 Extraordinaire
ture , les réflexions , & le divertiffement
; fans compter ce que
l'on doit aux diférentes occupations
de la vie. La verité eft qu'il
y a des exemples qui nous montrent
je ne fçay combien de
grands Hommes tellement paffionnez
pour les Livres , que les
Exercices les plus agréables ne
pûrent arrefter le zéle qu'ils
avoient pour la Lecture. Caton
le jeune lifoit prefque toûjours,
& mefme dans le Barreau . Les
Livres eurent tant d'attraits pour
Jules Céfar , qu'il les careffoit ,
par tout, fans excepter les Affemblées
publiques. Alexandre Sévere
fit le plus délicat de fes ragouts
d'un bon Livre , qu'il de
voroit à la Table , & dans les
Feltins extraordinaires , felon le
du Mercure Galant. .Ir
témoignage de Lampride . Pline
qui a fi bien écrit des chofes naturelles
, affectoit de fe faire porter
en Litiere , lors qu'il eftoit
contraint de fortir , afin de lire .
plus facilement.
Pour parler jufte , ce font de
riches modelles ; mais je ne fçay
fi je ferois bien raiſonnable de
foutenir , que l'on eft obligé de
les copier. Il eft peu de Perſonnes
qui vouluffent s'expofer à
ces études empreffées de l'Empereur
Adrien . N'eftoit ce pas
outrer les confeils de la raifon ,
que d'entreprendre de lire , d'écrire
, & de dicter , en mefme
temps qu'il s'appliquoit à répon
dre à ceux de fa Cour , qui ve
noient le faluer ? Nous fommes
perfuadez que ce n'eft pas dans
12 Extraordinaire
&
la Lecture continuelle , que l'on
trouve un veritable profit ; mais
plûtoft , que le bon ufage de
la Lecture fe reconnoift par ce
choix judicieux du temps & des
Livres. Faifons réflexion fur ces
deux points , qui femblent utiles
à toutes fortes de Perfonnes.
Un Sage de la Gréce lifoit
avant que de fe coucher
le matin à la pointe du jour. Il
faut avouer que le matin eft
le temps le plus propre pour
la Lecture. Je fçay qu'il y a de
certains Livres , qui ne demandent
point ou fort peu d'appli
cation ce font ceux - là que je
voudrois faire lire pendant le repas
, que je conſeillerois de porter
dans un Carroffe , & dans les
voyages , & qui peuvent nous
du Mercure Galant.
13
divertir dans plufieurs occafions
qu'il feroit inutile de particula
rifer .Pour ce qui eft de ces Lectures
férieuſes , qui attirent des ré
flexions & des remarques, on les
fait le matin , depuis quatre juf
ques à dix heures. C'eit dans .ce
temps que l'efprit eft libre &
purgé de certaines fumées qui
fuivent néceffairement le repas.
On m'a fort peu confeillé de lire
apres le dîné. Le foir peut laiffer
deux ou trois heures libres à
ceux qui n'ont foupé que legérement.
C'eft, fi je ne me trompe
, ce que l'on peut déterminer
touchant le temps que nous pou
vons accorder à la Lecture . J'ajoute
qu'il ne faut
diféremment de Livres en Livres
, fans méthode , & à toute
heure.
pas courir in
14
Extraordinaire
Que ce feroit un avantage
bien confidérable , de ne lire
que ce que l'on doit fçavoir , &
d'apprendre feulement les chofes
que l'on n'aura jamais honte
d'avoir lûës ! On doit fe régler
fur la portée de fa mémoire , elle
ne veut pas eflre fatiguée mal à
propos. Les chofes néceffaires,
& qui méritent d'eſtre retenuës ,
fe doivent relire. Auffije ne defapprouverois
pas que l'on fe fift
une régle d'employer une demy
heure chaque jour , pour écrire
le précis de fes Lectures . Nous
avons de certains Ouvrages que
chacun auroit intéreſt de fçavoir.
Ceux qui font d'un mérite
extraordinaire , fe doivent prefque
apprendre mot à mot ; principalement
fi ce font des Origi
>
du Mercure Galant.
IS
naux , pour la pureté d'une Langue
, ou bien pour la délicateffe
des pensées
.
Je m'avife d'un moyen que
l'on m'a donné autrefois , pour
-profiter des bons Livres. C'eft
d'en lire trois ou quatre fois de
fuite environ vingt lignes , avant
que de s'endormir . L'efprit s'occupe
de cette Lecture pendant
le fommeil , l'imagination s'accoûtume
à des idées nobles , &
l'on trouve infenfiblement , que
la mémoire fe cultive ; on ſe rend
les expreffions faciles , & l'on
apprend à reconnoiftre , & à profiter
des beautez d'une Langue.
Joignez à cela , que fi ces Ouvrages
font auffi folides que bien
écrits , nous nous formons des
habitudes de penſer juſte ; nous
16 Extraordinaire
x
nous familiariferons , pour ainfi
'dire , avec des manieres relevées
d'écrire & de parler , qui viendront
à noftre fecours , fans qu'il
foit néceffaire de les appeller.
Les veilles immoderées , ces Lectures
avides & fans méthode, ne
font point de mon gouft ; c'eft
beaucoup lire , que de fe referver
pour ce qui eft utile. Ce font
les bons Livres , & non pas le
grand nombre , qu'il faut rechercher.
Je trouve que celuylà
railloit avec affez de juftice ,
qui comparoit un amas indif
cret de toutes fortes de Li
vres â un monceau de bled
que l'Avare conferve pour cultiver
de la pourriture. Senéque
ne s'arreſtoit pas aux Biblioréques
bien fournies , mais il con-
>
du Mercure Galant.
17
feilloir feulement le choix des
bons Livres , parce qu'une Lecture
fixe profite , au lieu que
celle qui eft trop vague , ne fert
qu'à divertir. Je ne fçache point
que l'on fe foit fort étudié à marquer
les Livres utiles pour les
fciences diférentes . Si je croyois
qu'on vouluft fouffrir ce que j'en
ay reconnu , je pourrois en faire
part dans la fuite. Ce n'eft
pas
mon deffein d'écrire contre les
mauvais ' Livres , on fçait affez
qu'ils portent leur reproche avec
eux , & qu'il n'y a que tres . peu
de Perfonnes qui puiffent tirer
un bon fuc de ces fortes de fruits?
Auffi Démocrite reprochoit a;
un certain , qu'il abufoit de fon
temps , & qu'il s'appliquoit à
recücillir les épines , au lieu de
2. deJanvier 1684. B
18
Extraordinaire
s'arrefter aux fleurs , on me permettra
de tranſcrire le paffage
Latin , qui m'a paru tres- beau .
Non enim , quod tu facis , legendis
libris fpinas corum feligo ; fed ea
tantùm confector, que utiliffimafunt,
& ubivis commemoranda.
Virgile répondit agreablement
à ceux qui luy vouloient faire une
affaire de la fréquente Lecture
d'Ennius , Je cherche de l'or dans
le fumier. Il est donc vray de dire
que c'eft aux bons Livres , aux
Livres utiles , qu'on doit s'arrêter.
Les méchans Livres ne fe doivent
point fouffrir , diſoit un Ancien
, parce qu'ils font oppofez à la
pureté des maurs.Le mauvais ufage
de la Lecture fe reconnoift affez,
en prenant le contraire de tout
ce que nous venons de dire . Si
du Mercure Galant.
19
l'on trouve que j'aye fuivy des
routes particulieres en traitant
cette Queſtion , on aura la bonté
de fe fouvenir qu'elle eft affez
étendue, pour me permettre cet.
te liberté. L.M. D.S. B.
SSSSE SSS25 525 SS2
DISCOURS EN VERS,
SUR LE MESME SUJET,
Du bon & mauvais ufage de la
Lecture.
S
I le panchant de la Nature
Nousfollicite à la lecture,
N'ayons point l'efprit fi méchant
Que de negliger cepanchant;
Il eft doux, il eft raisonnable,
Il eft inftructif & loüable,
Car la lecture a des appas
Dont tout fenfé doit faire cas,
Et l'on peut dire qu'on eftfage
Quand on enfait un bon usage.
Bij
20 Extraordinaire
Elle éclaire l'entendement ,
Elle forme le jugement,
Elle infpire la politeſſe,
Elle aime la délicateffe ,
Du Fufte elle accroift la ferveur,
Elle convertit le Pecheur,
Où font des Chardons met des Rofes,
Et fait plus de métamorphofes
Sur les moeurs d'un Chreftien zelé,
Que n'en fit le Poëte exile,
Qui pour avoir efté trop
libre,
Fut contraint de quitter le Tibre,
Et d'aller en des lieux deferts
Gémir au bout de l'Univers .
Grenade, le fameux Grénade,
Cet Autheur qui n'a rien defade
Daris fès Livres pleins d'onctions,
A plus fait de Conversions
Qu'il n'eft de lettres dans les pages
Qui compofent fes beaux Ouvragess
Auffi la lecture eft vrayment
Une espece d'enchantement ,
Un charme qui nous rend capables
Des emplois lesplus remarquables,
a
du Mercure Galant. 21
Unefçavante illufion,
Une agreable vifion,
Une occupation modeſte,
Un amufement tout celefte,
Qui condamnant Poyfiveté,
Nous inftruit de la verité,
Et nous éleve jufqu'aux nuës
Par des lumieres peu connuës.
N'eft- ce pas un beau pafferemps
De s'étendrepar tous les temps,
Et de courir de fiecle enfiecle
Depuis le temps de Sainte Tecle?
Que dis-je ? depuis Jezabel,
Depuis Cain, depuis Abel,
Depuis mefme le premier Homme,
Qui nous perditpar une Pomme.
Dieu! quelle confolation,
De voir une Relation
De mille Batailles paffees
Dans une lecture emaffees,
Et mille beaux évenemens
Qui caufent nos raviſſemens,
Par la lecture d'un beau Livre
Qui de cent chagrins now delivre!
22 Extraordinaire
Nous connoiffons à juste prix
Quels ont efté les grands Efprits,
Lesfaits, les exploits, & la gloire
De ceux qui brillent dans l'Hiftoire.
Sans la lecture, fçauroit-on
Les Harangues de Cicéron,
Les Plaidoyers de Démofthenes,
Ceux quifleurirent dans Athenes,
Et ces Héres dont les Combats
Ontfait tant de bruit icy-bas?
Où fans elleferoit Plutarque?
Oùfans elleferoit Pétrarque?
Et qui pour leursfameux hazards
Auroit eftimé les Céfars,
Les Auguftes, les Alexandres,
Si leurs noms reftoient dans les cendres
Honteufement ensevelis?
La grande & petite Bélis,
Seroient-elles par nous connuës,
Et jufques à nous parvenuës,
Si Mathiolle & Dalechamps,
Qui coururent fouvent les champs ,
N'avoient par un travail immenfe
Donné la chaffe à l'ignorance,
du Mercure Galant.
23
que
Belon,
Ainfi que Fusch &
Gens de tefte, Gens de renom,
Ingénieux Naturaliftes,
Et des plusfameux Botaniftes,
Quifoigneux de les expliquer,
Nous ont fi bienfait remarquer
Les proprietez excellentes
Des Fleurs & des plus belles Plantes?
Et vous, Simplifte à tour de bras,
Diofcoride, on ne doit pas,
Quoy que vousfuftes un peu rogue,
Vous obmettre en ce Catalogue,
Puis que vos curieux Ecrits
nos efprits . Charment nos yeux
D'où vientfouvent que le vulgaire,
Peu foucieux de nous complaire,
Et de s'expliquer
avec art,
Donne desfouflets à Ronfard,
Parle & s'énoncefansjufteſſe,
Sans efprit, & fans politeffe?
D'où viennent
tant d'absurditez
,
Defautes, d'incongruitez
,
De locutions
enfantines,
Qui choquent
les oreillesfines,
24
Extraordinaire
Et qui bleffent les délicats,
Sinon qu'onfaitfort peu de cas
Defaire de bonnes lectures ,
Quifont les fources les plus pures
D'une correcte expreffion,
Et d'une belle diction?
Avoüons tous que la lecture
Réjouit toute la Nature,
Et
t que par la les Morts fçavans
Inftruifent les groffiers Vivans ,
Les débourent, les humaniſent,
Et leurs ames débarbariffent.
MaisFour lire avecque profit,
Ilfaut entendre ce qu'on lit,
Perétrer le fens des paroles,
Soit Enigmes, foit Paraboles,
Soit Commentaires, foit Centons,
Autrement on marche à tâtons,
Et dans un Pais de tenebres,
Où l'on ne voit qu'objets funebres.
Que fi l'esprit eft rebuté
Par la profonde obſcurité
De quelque verité cachée,
Où l'ame fe trouve empefchée
Dans
du Mercure Galant.
25
Dans les matieres dela Foy,
Il nefaut que dire, Je croy,
A cette verité j'adhere ,
Sans vouloirfonder ce mysteres
Car le Scrutateur curieux
Qui prendfa raifon, ou ses yeux,
Pour les Fuges de fa créance,
Perd le fruit de l'obeïſſance,
Et doit fe voir accravanté
Par le poids de la Majefté,
Cela dicte la confcience .
Dans les matieres de Science,
Où s'exercent tant de Vivans,
Onfe reglefur les Sçavans .
Ces Prodigieux, ces grands Hommes,
Ces Flabeaux du Siecle où nous fommes,
Pour lebien de tous les Humains,
Sçavent la route & les chemins ,
Et c'eft de leur bouehe diferte,
A nos neceffitez offerte,
Qu'on apprend l'explication,
Lefens, & explanation
D'un impenetrable Paffage.
Orquand on a l'aveud'un Sage,
Q. deJanvier 1684.
C
26
Extraordinaire
Et l'autorité d'un Sçavant,
Que chacun confulte fouvent,
On demeure l'ame tranquile;
Etfur un Texte difficile,
Où l'onfaifoit un longfejour,
On voit auffi clair qu'en pleinjour.
De plus,pour lire fans dōmmage,
Ilfaut que l'Homme fe ménage,
Et qu'il ufe fort fobrement
De ce chafte contentement,
En s'appliquant à la lecture
Comme on s'applique à lapâture ,
Faifant refléchir fon efprit
Surfa lecture ; Quand on lit,
Ilfaut que dans l'ordre onfe range;
Car comme celuy qui trop mange,
Se créve au lieu de fe nourrir,
S'étouffe au lieu defe remplir,
Tuant la chaleur naturelle
Par une abondance cruelle ;
De mefme lors qu'avidement,
Et par excés d'empressement,
On précipite fa lecture,
Cette mystique nourriture
du Mercure Galant. 27
Devient inutile au Lecteur,
Comme elle l'eft al Auditeur,
Toute nourriture indigefte
Eftant dommageable, funefte,
Et dangereuse à noftre bien,
Si nous en croyons Gallien,
Et l'honneur de la Medecine,
Qui de Cos prit fon origine.
Fadis dans l'ancienne Loy
(C'eft dont l'Ecriturefaitfoy)
Dieu ne vouloit en facrifice,
Pourfe rendre aux Hommes propice,
Que des Animaux ruminans,
Et leur pâture remâchans .
Dans l'Ordonnance Evangélique,
Toute illuftre, & toute héroïque,
Il veut, mais d'un vouloir de Roy ,
Qu'un Chreftien méditefa Loy,
Et quefon amepoffedée
D'une fi précieufe idée,
Conferve inviolablement
Ce délicieux aliment.
Quand on lit trop à la légere,
Et d'une façon paffagere,
C ij
28 Extraordinaire
Cette lecture que l'onfait
Eft fansfruit comme fans effet .
On lit en dépit de Minerve;
De fa lecture on ne conferve
Qu'un infructueux fouvenir
Que le moindre objet fçait bannir.
Si l'on ne médite & digere
Defa lecture la matiere,
Quoy qu'onla relife ſouvent,
Autant en emporte le vent
Ilfaut donner à la manie
D'un trop tumultueux Génie,
Et donner àfa vive ardeur
Un tempérament de lenteur;
Car quelquefois on perd la venë,
Quay que d'organes bienpourveuë,
Si l'on a trop d'enteftement
Pour ce bean divertiffement.
Chaque Livre afon caractere,
Pour les Devots ilfaut Taulere,
Et lire avec affection
La pienfe Introdu & ion
Du Bienheureux François de Salles,
De qui les vertus fans égales
du Mercure Galant.
29
Ont éclaté jusques aux Cieux ,
Auffi-bien que dans ces bas Lieux.
Cette admirable Philothée
Pourroit convertir un Athée,
Et relancer dans les Chartreux
L'Homme le plus voluptueux.
Une ame n'eft point abuſée,
Qui s'occupe à lire Buzée,
Lanfperge, Bruno, Bonnefon,
Capiglia, Suffren, Talon,
Hayneufve, & le bon Pere Enftache,
Dont les Ecrits n'ontpoint de tache;
Caignet, l'orthodoxe Abelly,
Parfes Ouvrages embelly ,
Dont la Grace a conduit la plume
Pourfaire maint & maint Volume.
Quandvous aurez trouvé Stella,
Vous pouvez vous arrefter là:
Son Livre du Mépris du monde
Eft une Piecefans feconde,
Auffi-bien que ce qu'il a fait
Sur Saint Luc; tout en eft parfait,
Tout y refpire une amepure,
Bien morte à toute Créature.
C iij
30 Extraordinaire
Climachus eft auffi fort bon
(Tout le monde en connoît le nom ; )
Tous les degrez du Ciel qu'il marque,
Sont beaux, & dignes de remarque,
Et rien n'eft plus délicieux
Quefon ftile fententieux.
Lifez les Oeuvres de Saint Jure,
Ilsfont raviffans , je vous jure,
Pour imprimer dans noftre coeur
Une ardente & noble ferveur..
Les Oeuvres de Sainte Thérefe
Ne contiennent rien qui neplaife,
Et qui ne marque ce grandfeu
Dont toutfon coeur brûloit pour Dieu.
Binet eft un Livre agréable,
Avila n'apointfon femblable,
Caffiagnere eft eftimé,
Goniren eft un peu plus limé,
Bérulle eft un Devot myſtique,
La Serre un pieux Politique.
Vouspouvez planter le Bourdon
Sur les Ecrits du bon Boudon,
Ce véritable Archidiacre
Quitoutfon temps au Ciel confacre,
du Mercure Galant.
31
Et qui pour l'intéreft de Dieu,
Prefche, agit, travaille en tout lieu .
C'est à cet intérest unique
Que toutfon beau Livre s'applique.
C'est unfavoureux entretien
Que le petit Penfez- y- bien;
Et ce qu'a fait le Pere Alphonce ,
Dont les mots fe peſent à l'once,
F'entens Alphonce de Madrit,
Eft profitablement écrit.
Gygés, Autheur des plus fincéres ,
Développe bien des mystéres,
Et d'un ftile fort racourcy
Les Intrigues de ce temps- cy.
Feuilletez fréquemment l'Hiftoire
De ces grands Héros, dont la gloire
Pleine de la Divinité,
Brillera dans l'Eternité
De ces Saints , dont la belle vie
A fait défefpérer l'Envie.
Lifez tous les jours les hautsfaits
De tant d'Hommes rares, parfaits,
Et dont la lumiere féconde
Eclate en tous les Lieux du Monde;
C. iiij
32
Extraordinaire
De tant defervens Confeffeurs,
De bons Freres, de bonnes Soeurs,
De Martyrs, & de Patriarches,
Quifurent de vivantes Arches,
Si vous voulez, des Coffres forts,
Où Dieu renfermaſes tréſors,
Et des Portraits en mignature
D'une Charité toute pure.
A ce deffein vous aidera
Le Pere Ribadeneyra.
Monfieur du Val, dont l'ame benne
Fut un Soleil de la Sorbonne ;
Surius, & Monfieur Benoist,
Qui par tout, ce qu'il eft paroift.
Braillon, Preftre de l'Oratoire,
S'eft'acquis auffi de la gloire
A travailler fur cesujet ,
Qui n'a rien de vil & d'abjet,
Ecrivant l'Hiftoire Chreftienne :
Qui bien la lira, la retienne :
Ces Hiftoires ayant du poids,
Il lesfaut lire plufieurs fois.
Foubliois encor à vous dire
Qu'ilnefaut pas manquer de lire
du Mercure Galant.
33 .
Avecforte application
La divine Imitation,
Cet Ouvrage fi Catholique,
Mais d'autrepart fipathétique,
Si brûlant d'un celeftefen,
Si remply de l'efprit de Dieu,
Si capable de mettre une ame
Dans l'ardeurd'unefainteflâme.
En ce beau Livre de Gerfon
Chacun peut trouver fa leçon ,
Chaque ame ydevient aguerrie,
Soit pour Marthe,foit pourMarie,
Soit pour la recollection ,
Pour la priere, ou l'action ,
Pour le jeûne, & pour l'abftinence ,
Pour l'aumône, & pour le filence.
Vers & Profe de Cerify,
Vous n'avez rien
que de choify ,
Voftre éloquence eft des meilleures.
Magnon afait de bonnes Heures .
Les Paftorales de Godean
N'ont rien que de chafte & de beau,
Auffi-bien que fes Paraphrafes,
Quipeuvent canfer des extafes;
34
Extraordinaire
C'est un Efprit vif& brillant,
Dont le tour eft étincelant .
Youspouvez parcourirfans crainte
Tous les Tomes de la Cour Sainte
Du Reverend Pere Cauffin,
Dont le noble & pieux deffein
Eftoit d'engager les grands Princes,
Seigneurs, Gouverneurs de Provinces,
Dames, Prélats, Souverains, Reys,
Afaire de nobles Exploits,
Pourplacer aupres du Balluftre
La Vertu dans fon plus haut lustre..
A l'ombre de vos Alifiers
Vous pouvez lire Cerifiers,
C'eft un Autheur de bonne trempe,
Dont je voudrois avoir l'Eftampe..
Vous pouvez lire Villelouin,
Et les Emblémes de Baudouin;
Làfous des Figures s'êtale
Une belle & fainte Morale.
Vous pouvez auffi jetter l'oeil
Sur les Ouvrages de Montreuil,
J'entens de Montreuil le fefuite,
Homme d'efprit & de mérite,
du Mercure Galant.
35
Dont la plume avec verité
Ne refpire que pieté.
La Paraphrafe de Beccaffe,
Toute autre Paraphrafe efface,
Aufujet du Miferere ,
On n'y trouve rien d'altéré,
Et qui ne porte une belle ame
A quelque douloureuſe flâme,
A quelquefentiment caché`
D'averfion pourlepeché.
Ses Pfeaumes de pareille force,
Ont plus de moëlle que d'écorces
Tout en eft fort & vigoureux,
Et je m'eftime bien heureux
D'eftre lié de parentage
A cet excellent Perfonnage,
Qu'un grand Chapitre revéroit,
Et que la Sorbonne admiroit.
Vifitez, auffi le Calvaire,
Dont fon illuftre & fçavant Frere,
Ce digne & ce fameux Curé,
Qui dans la Brie eft honoré,
Nous a tracé la bel: route-
Ce chemin peut mettre en déroute36
Extraordinaire
Tous les Supofts de Lucifer,
Et tous les piéges de l'Enfer.
De Grénaille a pour moy des charmes,
En le lifant je rends les armes.
Laval, Guillebert, & Senault,
Ont écrit jufte, & comme ilfaut ;
Leurs Traductionsfont fidelles,
Et leurs Locutions fi belles ,
Qu'il eft au monde peu d'Efprits
Qui ne refpectent leurs Ecrits.
Lifez auffi tout à voftre aife
Les Oeuvres du pieux Nerveſe ;
Quand on cherche Dieu feulement,
On s'y délete innocemment,
Sur tout, lifantfa Solitude,
Beau charme de l'inquiétude.
Pour le Pédagogue Chreftien,
C'eft un Livre qui porte au bien,
Ilpeut vous tenir lieu d'azile,
Foignant l'agreable à l'utile ;
Les autoritez, les raisons,
Et les juftes comparaiſons
Qui relevent tout cet Ouvrage,
Luy donnent un grand avantage;
du Mercure Galant.
37
Il nepeut eftre décrié,
Quoy qu'ilfoit diversifié
Par tout de mainte & mainte Hiftoire,
Qu'ilferoit malaifé de croire,
Si l' Autheur, Homme d'entretien,
Ne les autorifoitfort bien,
Et n'enfaifoit venir la courſe
D'une pure & fçavante Source .
Lifez fréquemment Rodriguez,
Ce docte & pieux Portuguais ,
Qui tientles Vertus comme à gages,
Vous apprendrez cent beauxpaffages.
Que du Pont fait bien voftre Amy,
Ne le lifez point à demy,
Mais depuis un bout jusqu'à l'autre;
Quefaferveur devienne voftre,
Et defes Méditations
Tirez des péculations
Pour bien conduire vostre vie
Malgré la Critique & l'Envie.
Lifez auffi tres -fervemment
Ce qu'a compofe fçavamment
Le devot Saint Bonnaventure;
Son Livre eft la bonne-avanture
38
Extraordinaire
D'un Chreftien qui brûle pour Dien;
Là lecoeur s'échauffe, & prendfeu,
D'une maniere inconcevable..
Lifez, onfaites lire à table
Quelque chofe de Blofius ,
Ou du devot Dréxellius,
Ou bienfoufrez les doux régales
De la lecture des Annales
Du Cardinal Baronius,
De Torniel, de Bfovius ,
De Salian, ou de la Peyre,
Qui des Autheurs n'eftpas lepire.
Iln'eft rien de mieux fecondé
Que les Oeuvres de Marandé.
Cet Ecrivain de belle mife,
Qui défendit fi bien l'Eglife,
L'Illuftriffime Boffuet,
Qui rend un Miniftre muet
Par les rayons defa doctrine,
Et connu jufqu'en Palestine,
Parfa grande devotion
Et profonde érudition,
Afait auffi de beaux Ouvrages
Que le temps verrafans outrages,
du Mercure Galant.
39
Pour defabufer les Errans,
Et les Sectaires ignorans ';
Avec plaisir on lespeut lire,
En les lifant on peut s'inftruire.
Mais fe trouve - t -on jamais las
Defeuilleter Décambolas
Dans fondocte & pieux Modelle
Quifert de guide à tour Fidelle?
Si vous vous fentez moins enfeu ,
L'ame moins élevée à Dieu,
Si la colere vous attrape,
Si la conftance vous échape,
Si voftre coeur eft rallenty,
Lifez les beaux Faits de Rentys
Ce Gentilhomme charitable,
Ce Marquis fi confidérable,
Ce Chreftien fi devotieux,
Qui thefaurifoit pour les Cieux,
Et quipar un miracle étrange
Sembloit avoir visage d' Ange.
La Sainte Mere de Chantal
Ne vous apprendra point de mal,
Quand vous fçaurez toute lafuite
Defa merveilleuse conduite.
40 Extraordinaire
Lefage Prélat de Maupas
Vous y guidera pas-à-pas ;
Vous verrezfon coeur tout deflame,
La fidélité defon ame,
Son grand def-intéreſſement,
Son furprenant avancement ;
C'est la que vous verrez dépeintes
Dans les pratiques les plus faintes,
Ses vertus dans leurplus beau jour,
Sadouceur, &fon chaſte amour,
Son incomparable innocence,
Sa vertueufe obeiſſance
Dans les états onfon Vainqueur
A voulu promenerfon coeurs
Dans une diferente épreuve
Vous la verrez, & Fille & Veufvé,
Mariée, & dans un Convent.
Lifez done fon Livreſouvent,
J'entens l' Hiftoire defa Vie,
Et que voftre amefoit ravie
Du defir defuivre fespas
Dans tousfes diférens états,
Dans le monde, ou bien en retraite,
Vous laverrez toûjours parfaite,
(
du Mercure Galant.
Toujours vers Dieu s'acheminant.
Celafuffit pour maintenant;
Avecque cette tablature
Vous pourrezfaire la lecture.
Parcourant le Monde Chreftien,
Vous n'y trouverez que du bien;
C'est un Autheurfçavant & fage
Qui nous atracé cet Ouvrage,
Autheur d'esprit & de renom;
La Barre eft fon illuftre nom .
Diu! qu'aux pechez onfait efcarre
Avecque ces grands coups de Barre,
Et que l'Enfer contrecarré
rembarré,
S'y trouve à propos
A la confufion du Schifme,
A l'honneur du Chriftianisme,
A lagloire du Tout- Puiſſant ,
A la ruine du Croiffant,
Au mépris de l'Idolâtrie ,
Au grand bien de noftre Patrie !
L'Intérieur nommé Chrestien,
Eft un Livre dent l'entretien
Peut infinuerla pratique
Des grandes vertus qu'il explique ,
Q. deJanvier 1684.
D
42
Extraordinaire
A la gloire du Roy des Roys ;
C'est peu que le lire unefois..
Le foir avecquefa Bougie
On peut feuilleter Philagie;
C'eft là la plus proprefaifon
A lire le point d'Oraiſon .
On trouve une utilitéfeûre
Aparcourir la nuit obfcure,
D'un Homme qui feul en vaut trois,
Le Bienheureux Jean de la Croix ;
C'eft un Homme de l'autre monde ,
Dont la doctrine tres-profonde,
Qu'on peut nommer tréfor caché,
Peut aneantir le peché.
Le fpirituel Cathéchifme
Etablit le Chriftianifme ,
Et la fainte devotion ,
Par mainte interrogation ;
On apprend la ce qu'ilfaut croire,
Foignant le coeur à la mémoire,
Et mettantfon affection
A chercher la perfection.
Pour la fpirituelle adreſſe,
C'est un Livre qui rien ne bleſſe,
du Mercure Galant.
43
Mais qui peutfaire un grand profit
Aquiconque ardemment le lit.
Tout eft plein de chofes fenfees;
Chez vous, ô Chreftiennes pensées,
Les Ouvrages de Scapoly
Sontfervens , paffent le joly;
Font qu'à méditer on arrive,
Etfont d'uneforce exceffive
Pour combatre les paffions
Par les mortifications ,
Et par la haine de foy mefme,
Vertu digne du Diadéme.
Voila, pour le dire en deux mots,
Le paje- chagrin des Devots.
Que les Sçavans lifent les Peres;
Ces Flambeaux, ces grandes Lumieres .
Qui par leurs Ouvrages divers
Ont éclairé tout l'Univers;
C'est dans ces fources toutes pures
Qu'on puife les belles lectures.
Peut-on voir un plus beau Feftin
Que de lire Saint Auguſtin,
Saint Ambroife , Saint Chryfoftome ,
Saint Athanafe, Saint Jérôme,
Dij
Extraordinaire
44
Saint Bafile, Saint Cyprien,
Saint Athanafe, Salvien,
Leon, Profper, Eucher, Maxime ,
Ces Docteurs que l'Eglife eftime,
Et qu'à jamais eftimera
Le Chreftien qui bien les lira.
Dans un respect meflé de crainte ,
Venez à l'Ecriture Sainte,
L'objet de nosdevotions,
Et de nos venérations .
Les véritez incontestables,
Et les préceptes alni -ables
Que contient ce Livre divin,
Empefchent l'Homme d'eftre vain,
Superbe, infolent, alultere,
Aux confeils du Ciel réfractaire ;
Et pour eftre un Homme de bien,
Himme d'honneur, Homme Chreftien,
Suffit defe rendre facile
Ce que nous apprend l'Evangile;
Quifurfes maximes fait fond,
De la verité fe répond.
Ces Ecritures falutaires
Sont des Troupes auxiliaires,
du Mercure Galant.
45
Qui nousferviront au besoin,
Si l'onveutfe donner le foin
D'en faire unefainte lecture,
En gros, ou bien en mignature,
C'est à dire par petits points.
Fen prens pour Juges & Témoins
Tant d'Illuftres, tant de Notables,
Tant de Docteurs irréprochables,
Quifont prefque en toutefaifon
Sur l'Ecriture l'Oraifon,
Apres l'avoirlue & reluë
Avec beaucoup de retentë .
Or fortant d'un grandférieux,
On peut parfois jetter lesyeux
Sur quelques Livres de Voyage,
Cette lecture à rien n'engage;
On peut ainfifacilement,
Mefmefort agreablement ,
Sans argent, fans Valet, ny Bottes,
Sans craindre la Mer , ou les crottes,
Les Bandis, ou les Armateurs,
Sansprendre Bouffolle, ou Hauteurs,
D'une viteffe fans feconde
Fifiter Lun & l'autre Monde,
46 Extraordinaire
Vair le Normand & le Picard,,
Allerjufqu'à Madagascar,
Sans une nouvelle Machine
Donner jufqu'à la Cochinchinne,,
Porter le moule duFupon
Fufques au dela du Japon,
Se promenerfeul &fans fuite
Sur les épaules d' Amphitrite,
Enfin roder tout l'Horiſon,
Sans décamper de fa Maifons
Vifitant toutes ces Demeures..
On paffe d'agreables heures,
Vous pouvez lire Thévenot,
Villamont, Laët , & Linfchot,
Jean Moquet, le Goulx, la Boulay es;
Colomb, Pirard, Bandier, Deshayes,.
Alouifio deCanda,
Razilly, Michon, d'Aranda,
Belleforest l'Homme hiftorique,
Fambolo Pere pacifique,.
Jean Lyon, Bartheme , Lopez,
Frere Eugene, Frere Alvarez,.
Le Laboureur de Calchondille,.
Fernandez de Pinto l'habile,,
du Mercure Galant.
47
Bellon ce Medecin Manceau,
Vincent le Blanc ce bon cerveau,
Jean de More,Jacques le Maire,
Puis Cevallos le débonnaire,
Dom Garcia de Loayfa ,
Dom Garcia de Mendoza ,
Sandifs, Tavernier, François Draque,
Qui ne vit jamais Andromaque,
Olivier de Sarmiento,
Qui couroit la Pofte ut octo
Sur lesflots falez de Neptune,
Afin d'établir fa fortune,
Sarto Seguizi, Facque Albert,
Et le fameux Cefar Lambert ,
Zagachrift Roy d'Ethiopie,
L'Original, on la Copie ,
Dont les Ecrits, pour leur beau tours.
Ont charmé l'ancienne Cour.
'oubliois Paolo de Venife,
Homme d'intrigue & d'entreprife..
Quandvous aurez veu tout cela ,
On vouspourra bien dire hola.
Apres de fi longues lectures,
Fettez les yeux fur lesfiguress.
48
Extraordinaire
Ilfaut faire profeffion
D'une immortelle averfion
Pour les lectures criminelles ,
Ou qui tiennent des bagatelles,
Car c'est unpauvre paſſetemps
Que de lire, & perdrefon temps.
Brulez tous les Livres magiques,
Auffi-bien que les herétiques,
Et ces Livres pleins defatras ,
Qui des Souverains & Prélats,
A qui l'on doit obeifſſance,
Pourroient obfcurcir l'innocence.
Ilfaut toujours fefaire honneur
D'épargner les Oings du Seigneur,
Malgré la rage invéterée
D'une plume inconſidérée,
Ou d'une languefans respect,
A qui le bien mefme eftfufpect.
Banniffez le Décatonphile,
Artemidore, & Théophile;
Sur tout, nefeuilletez jamais
Machiavel, & Rabelais,
L'un eft plein de fauffes maximes,
L'autre est tout degoutant de crimes,
D'impuretez,
du Mercure Galants
49
D'impuretez, d'impiétez ,
Et de profanes faletez.
Vous ne devez point donner place
Au Décameron de Bocace,
Moins au Moyen de parvenir,
Livre à brûler, Livre à bannir.
Fuyez l'opprobre des Familles,
Qu'on nomme l'Ecole des Filles,
Et ce Livre à chaffer dehors,
Les Bigarrures des Accords,
Par qui l'ame eft toute obfédée
Des illufions d'Afmodée ;
Tous ces Livres malicieux
Méritent le couroux des Cieux.
Pour lire donc en HommeSage,
Et pourfaire un heureux usage
De la lecture, ilfaut en tout
Lire les Livres du bongouft,
Livres chaftes & raisonnables,
Polis, éloquens, profitables,
Les lire avec attention ,
Et fans préoccupation.
L. BOUCHET, ancien Curè
de Nogent le Roy.
2. deJanvier 1684. E
Extraordinaire
Quoy que la Lettre qui fait ait
efté écrite il y a déjà deux ans , elle
n'eft tombée entre mes mains que
depuis fort peu de jours ; & comme
elle contient des chofes affez particulieresfur
les Tremblemens deTerre,
je ne doute point que vous ne foyez
bien aife de les fçavoir.
C6639
du Mercure Galant.
SI
25:25252525-255525
A Fau- Cleranton le 20. de May 1682..
C
' Eft
pour vous donner avis,
Monfieur , d'un Tremble.
ment de terre qui fe fit icy fur
les trois heures , la nuit du Lundy
au Mardy apres l'Aſcenſion . On
avoit efperé que le temps pluvieux
cefferoit le jour de cette
Feſte , mais il continua , & l'hu
midité de l'air le rendit meſme
affez froid pour obliger beaucoup
de Gens à s'approcher du
feu le Dimanche
au foir , & le
Lundy au matin. Le Soleil ne
parut point ces jours - là avant
Midy , à cauſe de la pluye , &
parur peu quand elle eut ceffé.
Cij
52
Extraordinaire
Je pris garde alors , que la Ri
viere ( c'eft la Seine ) avoit crû
de plus d'un pied depuis le jour
de l'Afcenfion , & que fes eaux
eftoient un peu troubles. Le
Lundy au foir 11. de ce mois , le
Soleil s'eftant couché dans un
nuage noir , fit juger qu'on n'étoit
pas quitte du mauvais temps ;
neanmoins il devint fi doux , l'air
fi tranquille & fi pur , la Lune fi
claire , & les Etoiles fi brillantes
, que je pouffay avec plaifir
la promenade bien avant dans
la nuit. Le Printemps & l'Automne
font , comme vous fçavez
, les Saifons des Songes ,
auffi bien que celles des Tremblemens
de terre , & le retour
du Soleil vers noftre Hémiſphere
a accoûtumé d'accroiſtre &
du Mercure Galant.
$3
de fortifier les premiers , & d'ê,
tre l'heure la plus ordinaire des
autres . Le fonge ne m'épargna
pas cette nuit- là , non- plus qu'il
avoit fait les précédentes ; &
dans le moment que je voyois
avec grande frayeur la France
attaquée de toutes parts , par
cent Roys jaloux de la gloire du
noftre , le Tremblement de terre
fit évanouir le fonge , Je m'é
veillay en furfaut , & m'eftant
d'abord levé fur mon féant , je
me fentis ébranler, avec mon Lit,
ma Chambre , & le Bâtiment où
j'estois couché , au bruit d'un
bourdonnement femblable à ce.
luy d'un incendie , au cliquetis
des vitres , qui eftoit fort grand ,
& aux cris des Chouettes & des
Chiens , qui fe mirent de la par-
C iij
54
Extraordinaire
tie d'un air qui n'eftoit pas trop
agréable. Il me fembla que cette
agitation violente me berçoit ,
pour ainsi dire , de l'Occident à
me donnoit
POrient ; mais
comme
elle
ne
pas
envie
de dormir
,
je me levay
tout
à fait en trete
fant
, & dans
ce moment
elle fe
palla
. J'allay
auffi - toſt
à mes fe
neftres
, pour
voir l'état
du Ciel
,
& j'y trouvay
la ferénité
du ſoir ,
à la réserve
de
quelques
petits
nuages
difperfez
du cofté
du Levant
& du Midy
; & voulant
re.
connoiftre
fi l'eau
du Puits
n'au
.
roit point efté troublée par quel .
que vapeur , exhalaiſon , fumée,
ou vent , j'en fis puifer ; & j'en
goûtay ; mais elle me parut auffi
claire & auffi bonne que de cou
tume. Les Gens du Village qui
du Mercure Galant.
SS
eftoient encore au Lit , y furent
traitez de la mefme maniere que
moy , & entendirent le mefme
bruit , ou bruiment , & chacun
d'eux fe perfuada que ces effets
inconnus fe bornoient à ſa Maifon
, & les attribua bonnement
au retour de fon dernier Parent
mort , qui venoit luy demander
des Prieres. Mais ce qui eſt difficile
à concevoir , c'eft que ceux
du Village qui en eftpient déja
partis , pour aller à la Ville voifine
chercher de l'ouvrage, eftant en
chemin dans ce temps - là, ne s'a
perçurent d'aucune chofe , & ne
furent pas peu étonnez lors
qu'ils trouvérent les Habitans
de cette Ville en alarmes , & en
prieres , pour le Tremblement
qu'ils avoient fenty , mefme à
C iiij
56 Extraordinaire
deux reprifes , & d'une maniere
plus violente qu'à Cléranton ,
comme on le peut juger par quelques
tuiles qui y tombérent des
toits , par des tables & des fiéges
qu'on entendit remuer , & par
un fceau d'eau fraichement ti
ré , dont prés d'un quart s'épancha
au temps de l'agitation . Ce
qu'il y eut icy de plaifant , c'eft
que la Fille de la Maiſon , qui
n'a que fept à huit ans , & qui
eftoit couchée auprés de fa Mere,
luy demada, pleine d'épouvante ,
à quel Saint il falloit fe vouer
les Tremblemens de terre,
pour
& la pria de luy en apprendre
l'Oraifon. Cette Dame qui n'eft
pas fi fçavante en cela que les.
Quinze- vingts , eut envie de rire
de cette demande , qui luy faifoit
du Mercure Galant.
ST
que
connoiftre fa Fille croyoit
qu'il en fuft de cet évenement
comme des journaliers ; & luy
répondit fort à propos , qu'il
falloit s'adreffer au Createur , &
le prier d'affermir fes Ouvrages,
& de conferver fes Créatures .
Cette fage réponſe me fait for
venir de ce que j'ay lú autrefois
dans la Mothe . le Vayer , au
Traité qu'il a fait de ces Tremblemens
. Il rapporte que les an .
ciens Romains n'adreffoient leurs
prieres à aucune Divinité particuliere
dans de telles rencontres
, comme ils faifoient en toute
autre , parce qu'ils avoient peur
de fe méprendre , ne fçachane
pas par quel moyen , ny par quel
Dieu , ou par quelle Déeffe la
terre eftoit ébranlée. Apres quoy
Extraordinaire
il oppoſe à la modeſtie de ces
Romains la vanité des Grecs ,
qui fe vantoient non feulement
de fçavoir la caufe de ces grands
mouvemens , mais encore d'en
prévoir la venue. Pour moy,
qui trouve cette caufe auffi in.
certaine en ce temps - cy , qu'elle
l'eftoit du temps de l'ancienne
Rome , je laiffe à de plus hazardeux
que je ne fuis , à vous en
expliquer leurs pensées , ou celles
des autres. Je ne puis pourtant
m'empêcher de vous dire ,
• que
que les Devotes de la Ville de
mon voifinage , préfumant que
ce Tremblement eft géneral , le
comparent à celuy qui fe fit à la
Mort du Sauveur, & le croyent un
figne affúré, & un avertiffement
charitable que Dieu nous donne
du Mercure Galant.
59
2
·
de la conception, ou de la naif
fance de l'Antechrift , & fur cela
prefchent la Pénitence , & la fin
du Monde ; & que les Naturaliftes
du mefme Lieu l'attribuent
au détachement de quelque
grande partie de la Terre , qui
eft tombée vers fon centre , &
qui a ému tout le refte , fondez
fur l'opinion qu'ils ont , que la
Nature ne faifant rien en vain,
n'a pas donné trois mille lieues
d'épaiffeur à cet Element , mais
la rendu creux comme une Tabatiere
. Ces imaginations font •
plus propres à faire rire , qu'à
perfuader. Ce qu'il y a de fûr ,
c'eft qu'on n'a jamais lû , ny ouỳ
dire , que la terre ait fouffert de
pareilles fecouffes en ce Païs - cy,
& qu'il eft étonnant que fa fitua60
Extraordinaire
tion baffe , & éloignée de plus
de quatrevingt lieues de l'une &
de l'autre Mer, je veux dire de
l'Ocean & de la
Méditerranée,
ne l'ait pas garanty de cet acci
dent. Il me délivra de la frayeur
de mon fonge , du moins auffiviſte
qu'un femblable diffipa autrefois
la crainte des Eléens , à
la veille de voir fondre fur eux
une puiffante Armée de Spartiates
, conduite par Agis ; ce Roy
prit le Tremblement de terre
pour une menace du Ciel , & fe
retira de l'Elide fans faire
Y
aucun_mal. Agéfipolis , qui ne
le voulut pas imiter dans une autre
expédition de Spartiates , traverfée
d'un pareil
Tremblement,
eut la honte d'affiéger la Ville
d'Argos , fans la prendre. Jejuge
>
du Mercure Galant. 61
de là , que Pline n'a pas raifon
d'avancer que ces grands remuemens
font des préfages de malheur
pour les Païs où ils arrivent
, puis que ceux - là retournérent
fi fort au bien des Eléens
& des Argiens , chez qui ils
eſtoient avenus , & que celuy- cy
m'a foulagé d'un fonge tres - incommode
, fi un fonge , quelque
important qu'il foit , mérite d'ê
tre mis en ligne de compte. Vous
penferez peut, eftre que je fus
guéry d'une frayeur par une autre
; mais en verité , Monfieur ,
vous ne penferiez pas jufte cette
fois - là , le peu de durée du Trem
blement ne m'aurort pas donné
le loifir d'avoir peur , quand bien
j'euffe autant redouté ce Tonnerre
foûterrain , que je crains
62
Extraordinaire
peu ceux qui grondent fi fou
vent fur nos teftes , il fe paffa
en peu de momens. J'ay du panchant
à croire qu'il trouva fon
iffue à une demy - lieue d'icy , de
l'autre cofté de la Riviere , par
une ouverture qu'un coup de
foudre y fit dans le guéret d'une
Colline , il y a quatre ou cinq
ans , & qui fe trouve augmentée
depuis le Tremblement. Cette
ouverture a la figure d'un entonnoir
, avec vingt pieds de diamétre
par le haut , & répond.
à des Ĉavernes fort profondes,
comme on le juge au bruit des
pierres qu'on y jette. Homme
& Cheval y pafferoient par l'embouchure
, quoy qu'il ne le fèmble
pas ; ce qu'on a reconnu en
y pouffant un Cheval malade ,
66
du Mercure Galant.
63
qui difparut en mefme temps.
CeGouffre eft d'autant plus dan
gereux, qu'il ne paroît pas fi plein
de danger. Vous avertirez vos
Amis , qui viendront de Troyes
à Bar-fur- Seine , par la Guillo.
tiere , d'y prendre garde , parce
qu'il n'eft qu'à huit ou dix pas
du grand chemin. Il n'y auroit
pas de plaifir avoir les Etoiles
en plein jour par un trou fi profond,
on y feroit peut . eftre plus
proche des Enfers que du Ciel,
& il pourroit bien y avoir quel
que refte peftilentiel de vent ,
plus propre à empoisonner qu'à
rafraîchir . Comme on parlera
par tout de ce Tremblement,
j'ay beaucoup d'impatience de
fçavoir , s'il a tenu autant de Païs
que ceux qui arrivérent fous les
64
Extraordinaire
·
Empires de Dioclétien , & de
Valentinien , qu'on fait paffer,
comme celuy qui accompagna
la Mort du Seigneur , pour univerfels
, s'il n'a point efté auffi
merveilleux en quelques Contrées
, que ceux qui firent combattre
des Montagnes auprès de
Modéne , du temps de la Puiffance
Confulaire changer de
place à un Verger d'Oliviers
dans la Bruzze du temps de Né.
ron , & fauter Pélion fur Offa, je
veux dire une Montagne fur une
autre , comme il fit en Angleterre
en 1571 ; s'il n'auroit point efte
auffi terrible en d'autres endroits,
que ceux qui affligérent la Judée
en la feptiéme année du
regne d'Herode , & l'Afie dans
la fixiéme de Tibere , qui rendu
Mercure Galant. 65.
verférent Nicomédie de fonds
en comble en 358. qui defolé
rent Ferrare en 1576. qui enfevelirent
Pivry, Ville des Grifons,
fous l'une de leurs Montagnes erf
161811& qui abîmérent une par
tie de Malaga en 16809 & fi en
fia cette forte d'émotion n'eft
point une efpéce de Colique fou
ferte par la Terre , que quelques
Philofophes ont crûe canimée ,
comme vous fçavez , dont on
ne peut pas dire qu'elle foit gué.
rie , qu'aprés quarante jours ,
terme réglé des maux douteux
&fufpects , fuivant l'explication
que je croy devoir eftre donnée
aux Textes de Pline & d'Ariftote
, à l'endroit où ils traitent
de la durée de ces grands mou.
vemens . Les Nouvelles extraof
Q. deJanvier 1684+
F
66 Extraordinaire -
dinaires méritent une curiofité
de mefme nature.
Mais , Monfieur , je fais réflexion
, que depuis quatre années
les quatre Elémens nous
ont montré d'affez terribles
échantillons de leur puiffance .
Le Feu a allumé une Cométe
d'une grandeur furprenante ;
l'Air a exercé un Ouragan , qui
a defolé beaucoup de Païs , l'Eau
a forcé les barrieres naturelles ,
enlevé une Fortereffe avec fa
Garniſon , & fon Canon &
caufé beaucoup d'autres dégats ;
& la Terre enfin s'eft remuée,
malgré fa folidité & fom immo.
bilité , nous a menacez de l'ouverture
de fes abîmes , & a peuteftre
fait ailleurs le mal , dont
on n'a eu icy que la peur. Une
,
du Mercure Galant. 67
liaiſon fi étroite d'évenemens
extraordinaires n'a fans doute
point d'exemples dans l'Hiftoire .
Le jugement que j'en fais , eft
que comme noftre Siécle eft celuy
des Prodiges , à l'égard des
Arts , des Sciences , de la Politique
, & de la Valeur , Dieu
veut qu'il le foit auffi à l'égard
de la Nature , afin que rien ne
manque à fa grandeur , & qu'il
foit le plus merveilleux de tous
les fiécles ; mais quoy qu'il arrive
, rien ne contribuëra tant
à l'élever fur tous autres , que
les qualitez fans pareilles , & les
actions inimitables de noftre augufte
Monarque. On n'a jamais
rien vû de fi grand , & on ne peut
rien concevoirde plus digne d'ad.
miration . Je fuis , Monfieur, &c.
DE VIENNE- PLANCY.
68 Extraordinaire
25525 :52255S:25252
RELATION
D'UN VOYAGE
FAIT EN AMERIQUE
.
A MADEMOISELLE
DE S,
E ne puis, Mademoiſelle , vous.
envoyer par cet Ordinaire le
détail du grand voyage que j'ay
fait en Amerique , avec tout le
bonheur poffible , & toute la diligence
imaginable. Le peu que
je vous en écris , eft dans la purefincerité
les chofes y font fi
belles par elles - mefmes , que je
croirois leur faire injure , d'emprunter
les ornemens de l'Elo
quence , pour relever leur éclat
du Mercure Galant. 69
naturel , que je gâterois , comme
font la plufpart des Voyageurs,
par des fictions Romanefques ,
femblables à celles des Sevarambes.
Je dis donc dans la pure verité,
que j'arrivay , & vis prefque en
mefme temps les plus beaux endroits
qui font le long de la
Riviere de Suriname , qui eſt la
plus belle de toutes les Rivieres
de l'Amérique. Je n'ay cu faute
de rien , ny en allant , ny pendant
mon féjour , ny dans mon
retour , bien que je n'euffe fair
provifion que des Inftrumens de
Mathematique neceffaires pour
reconnoiftre la diférence du Méridien
du lieu de mon depart , à
celuy de l'embouchure de Suriname
, par de bons Horloges à
70
Extraordinaire
pendule , & par l'obſervation des
quatre Satellites , ou Lunes qui
tournent autour de Jupiter .
Nous pafsâmes fous le Tropique
d'Eté , & vîmes à Midy l'ombre
de nos teftes entre nos deux
jambes , & le Soleil dans le fonds
d'un Puits tres - profond ; enfin à
fix degrez de latitude , nous fûmes
dans la Mer de Cuft , & mon .
tâmes la grande Riviere de Suriname.
Nous trouvâmes bien-toſt
fur la main droite Paramaribe .
C'eft une Ville à cinq Baſtions ,
apartenante aux Hollandois , elle
eft comme la Clef, qui ouvre ou
ferme la porte pour leCommerce
de cette grande Province habitée
par des Sauvages Noirs , dont
les uns font entrez dans les intéreſts
des Hollandois . Paramadu
Mercure Galant.
71
ribo eſt un des plus beaux féjours
du monde , à cela prés , qu'il y
pleut pendant trois mois fans dif
continuation aucune ; ce qui arrive
régulierement toutes les années
, comme je l'ay obfervé pendant
mon peu de fejour .
Bien que Plutarque ait autrefois
écrit de la ceffation des Oracles
, on ne laiffe pas d'entendre
tous les jours dans Paramaribo
ceux qui y font rendus dans un
Augufte Temple , par la Déeffe
= Louife - Lucie de Suriname. Elle
eftoit autrefois une des principales
Divinitez Etrangeres du
Pantheon de l'ancienne Rome.
Cela peut fervir à l'Hiftoire ,
pour démontrer que l'Amérique
n'eftoit pas anciennement incon .
nuë . Pouſſez par la curiofité qui
72
Extraordinaire
eft naturelle à ceux de noftre Na
tion , nous courûmes au Temple
de cette Déeffe , nous y trouvâmes
tous les Druides occupez de
vant la Déeffe , pour plaider une
Caufe de la derniere importance .
Ils prétendoient faire condam ,
ner une Veftale à eftre enterrée
vivé , pour le feul crime d'avoir
fait un Vers , bien qu'il ne fentift
qu'un peu indirectement
l'amour. M. Æn. Senec. l'Orateur
l'expliqua en toutes langues..
Voicy fes termes Latins,
Felices nuptæ moriar , nifi nubere
dulce eft.
Qu'heureux eft l'Hymenée !
Je meure s'il n'eft doux 3.
D'avoir un Epoux..
Un Accufateur des plus animez
faifoit des exclamations fur chaque
du Mercure Galant.
73
que mot de ce pauvre Vers ,
Qu'heureux eft l' Hymenée , ce font,
difoit - il , des termes partis du
fonds du coeur , & qui marquent
fes ardens defirs . Je meure , c'eft
un Serment qui ne peut eftre fou
fert à une Veſtale. fe meure , s'il
n'est doux , d'embraffer un Epoux.
Ou elle jure à faux , ou elle jure
apres l'avoir expérimenté . Elle
doit mourir , & c.
Je m'informay du nom de ce
Procureur , on le nomma Porcius
Latro , à latrando ; car au Royaume
de Suriname on appelle les
chofes par leur nom , un Chat,
un Chat , & c.
Enfin la Déeffe prononça l'Arreft
d'Abſolution . Voicy en uôtre
Langue les termes de fon
Oracle,
Q.deFanvier 1684. G
74
Extraordinaire
Les Poëtes ne fenicnt pas tout ce
qu'ils difent.
La Déeffe nous honora d'un
petit coup d'oeil , accompagné
d'un agréable mouvement de
teſte , bien diférent de celuy que
la tefte de l'Idole d'Abelanecus fair
àMadame de Clerimont dans la
Comédie de la Devinerelle . Elle
profera enfuite quelques mots en
langage Sauvagin . Pluſieurs de
nos François en furent auffi ef- *
frayez que s'ils avoient efté conviez
au Festin de Dom Pédro ;
Mais le Grand Preftre nous les
fit expliquer par un Dragomant,
qui nous affûra que cette belle
Déeffe avoit dit , Braves Etrangers,
foyez les bien- venus. Eftant
donc raffûrez , quelques Dames
de nôtre troupe voulurent éproudu
Mercure Galant.
75
ver la bonté & le fçavoir de cette
Déeffe, pour eftre inftruites par
fes Oracles , des chofes qui ne
concernent l'avenir , dont Horace
mefme défendoit aux Hom.
mes fages de chercher la connoiffance.
Elle répondit à toutes
les demandes fort obligeamment
, & mefme en Vers François.
Cela étonna nos Dames ,
autant que les Sauvages, qui n'a
voient jamais oty leur Déeffe
parler un tel jargon . Pour moy,
je n'en fus pas furpris ; car les
Déefles font du moins d'un efprit
auffi fublime que bien des Perfonnes
de qualité , qui fçavent
tout fans avoir rien appris. Je
vous envoye une partie des Quel
tions que nos Dames firent à la
Déeffe de Suriname , & les ré-
Gij
76
Extraordinaire
ponſes Oraculaires qu'elle rendit
. Vous m'obligerez de m'en
apprendre voftre fentiment.
QUESTION DE M. D.
L
Equelflateroit plus vosfens & voftre
coeur ?
Ou d'un Amant jaloux , qui toûjours en
fureur,
Ne vous donnaft aucune patience ;
On d'un autre, de qui la tranquille conftance
Ne vous marquaft jamais aucun tranſport
jaloux,
Et qu'ilfe repofaft fans nulle défiance
Et furfon mérite &fur vous?
REPONSE DE LA DEESSE
de Suriname .
l'un
ny
N
l'autre en verité
Ne me pourroit donner de la
tendreffe.
du Mercure Galant.
77
Un Amantfijaloux n'a que de la rudeſſe;
L'autre avec fa tranquillité ,
Quiveutferepoferfur ma fidelité,
Marque trop peu d'amour , ou trop de
vanité
QUESTION DE M. D.
LE
Equel vous paroift plus honteux,
Ou de ceffer d'aimer, ou n'eftre plus
aimée ;
Quitter l'Amant qui vous auroit chara
mée,
Ou-bien luy devenir un objet odieux ?
REPONSE.
IOrsqu'on prétend aimer avec dé- L
licateffe,
A quitterfon Amant, jamais, je le con-
On ne devroit s'autorifer;
વે
Mais à ne vous rien déguiſer,
(feffe
Deuft eftre millefois ma conduite blâmée,
Je nefçaurois aimer ,fi je ne fuis aimée.
G iij.
78
Extraordinaire
QUESTION DE M. D.
L
'Et
que
Equel caufe plus de douleur,
que vostre imantfait une
De voir
perfidie,
&f
que portant ailleurs &fes foins , & ſes
fon coeur,
Il marque qué pour vous fa tendreſſe eft
finie :
Ou vous aimant toûjours , qu'il manque
àfon bonneur,
Et fe couvre d'ignominie ?
REPONSE .
MS'il je
On Amant euft-il mille appas,
S'il manque àfon banneur ,
confens qu'on l'affomme.
Qu'ilaime ailleurs , je n'y balance pas,
Et j'aime mieux qu'ilfoit le dernier des
ingrats,
Quede le voirmal-bonnefte Homme.
du Mercure Galant. 79
QUESTION DE M. D.
Ors quefans l'avoir mérité,
Nous voyons qu'un Amant nous
quitte , fe dégage,
Quefansfoy , fans honnefteté,
Il devient malgré nous & perfide & var
lage,
Etque d'un autre objet il s'eft laiffe char
mer,
Ailleurs ainfi que luy ne doit-on pas ain
mer?
REPONSE.
I nefaut point d'excufe à la legèreté,
Il n'eft point de raifon pour l'infidelités
Malheur à votre coeur, s'il trouve un infidelle
:
Mais lorsqu'il l'a trouvé,fi l'amour vouE,
Kapelle,
Gardez-vous bien , Iris, d'en écouter la
voix.
Aimer , & bien aimer, ne ſe doit qu'une
fois.
G iiij
80 Extraordinaire
Les Meffieurs demandérent
audiance à leur tour , & les Dames
en eftant convenües , l'un
d'eux commença ainfi.
QUESTION DE MD.
L
Ors quefans l'avoirfouhaité,
Et fans rendre aucuns foins , je
rencontre une Belle
Dont le coeurfe défait de toutefafierté,
Et veut etre pour moy tendre, ardente &
fidelle,
Faut-il avoir même amour,même zéle?
Luy dois-je enfin de lafidelite ?
L
REPONSE.
Ors qu'à vous plaire ainfi vous voyez
qu'on s'empreffe,
Sivoftre coeur nepeut aimer cette Maîtreffe
Pour la trompern'ayez aucuns détours,
du Mercure Galant.
Ne luy marquez jamais unefauſſe tendreffe,
Et defabufez-la, s'ilsepeut,fans rudéſſe .
Mais fi vous luy jurez d'éternelles
amours,
Et foûtenez par là ce qu'elle afait d'avance,
Soit paramour ou par reconnoiſſance,
N'en doutez point, il faut l'aimer toujours.
L'Oracle prononçoit le der.
niermot , lors qu'un grand bruit
frappa mes oreilles. Je m'éveillay
en furfaut , avec un grand Hélas!
J'éprouvay avec douleur ce que
Seneque difoit dans fa 102. Epitre
à fon Amy Lucille .
Qu'il eft doux d'eftre heureux , quoy que
ce foit enfonge!
Qui nous éveille a tort , nous privant des
plaifirs
821 Extraordinaire
De poffederun bien qui comble nos defirs
Quoy qu'il ne foit en tout qu'un aimable
menfonge.
Voila , Mademoiſelle , la pure
verité de mon Voyage . Je me
trouvay couché contre une palif.
fade du Jardin du Luxembourg,
d'où j'eltois party en dormant,
& avois fait dans une heure ce
grand Voyage fans faire aucune
dépenfe, & fans courir aucun rifque
par terre ny par mer, n'ayant
fenty aucune des incommoditez
ordinaires du coeur , contre lef
quelles en 1654. le R. P. Alexandre
de Rhodes de la Compagnie
de Jefus , voulant aller au
Tonquin , m'avoit ordonné pour
reméde fouverain , de mettre une
piéce d'hyvoire fur la bouche de
"
du Mercure Galant.
83
-
l'eſtomac , & de manger grillé
quelque Poiffon qu'on trouveroit
dans le ventre d'un autre
Poiffon ,
Nous ne manquâmes point
d'eau , & n'eûmes pas lieu d'adoucir
un Tonneau d'éau de la
Mer , le roulant apres y avoir
jetté un mélange fait avec du
jus de Citron diftilé , & le quart
de Farine fole, & c .
Ces belles Dames , qui dans leur
charmante converfation avoient
fait & récité ces Vers pendant
mon fommeil , furent furprifes
de voir lever de terre un Homme
tout debout , qu'elles n'avoient
pas crû qui fuft couché
fi prés d'elles. Leur étonnement
augmenta , lors que je leur eus
fait connoiftre que ma mémoire
84
Extraordinaire
eftoit fi heureufe , mefme en dormant
, qu'elle me fourniffoit les
beaux Vers qu'elles avoient fi
tendrement prononcez . Elles
fent toutes belles & tres- fpirituelles
, & ont dans les yeux le
mefme feu qui paroift dans leur
efprit . Je ne connois de nom que
Madame de D. Je vay m'attacher
à devenir beau Dormeur,
& j'efpere par cette adreffe d'apprendre
la fuite des Réponſes de
la Déeffe de Suriname de Sommeldiks
, dont je vous feray part.
Je fuis , & c .
COMIERS, Prevoft de Ternant..
Voicy , Madame, ce que j'ay reçeu
d'Explications en Vers fur les Enigmes
du mois de Decembre , qui
avoient efté faites toutes deux fur la
Lillabe Mi.
:
du Mercure Galant. 85
JE
I.
Evoy bien, aimable Califte,
Et vous auffi, Berger Fleurifte,
Que pour m'embarraſſer vous eftes de
concert;
Mais cela ne vous fert de guére;
Devoftre énigmatique Affaire
Tout lefecret m'eft découvert;
Et pour vous dire enfin ce qui m'en
femble,
Ainfi que vos deux coeurs n'en forment
qu'un ensemble,
De vos deux Enigmes auffy
Vous n'enfaites qu'une, & c'eft Mi.
DIEREVILLE, duPontlevefque.
Ꮮ
II.
L'En mevoyant trifte &reveurs
'Autre jour lajeune Angélique,
Qu'as-tufait de ta belle humeur,
Pour eftre fimélancolique,
Me dit- elle d'un ton railleur?
Ab! cruelle, c'eft ta rigueur,
86 Extraordinaire
Luydis-je, quifait ma douleur.
Ilfautfoulager ton martyre,
Dit- elle,faifant unfourire;
Ecoute-moy chanter un Recit d'Amadis,
Tous les Airs enfont aplaudis :
Je vais te charmer par l'oreille.
Elle chante, & fi-toft quefon Airfut
finy,
La Folette me dit, n'ay-je pas fait merveille?
Je n'ay pas manqué d'unſeul Mi.
Il est vray que ta voix enchante ,
Luy dis-je, & ta méthode a beaucoup
d'agrément..
Maisbelas ! que mefert qu'elle foit fi
charmante,
Sije n'en reçoy pas quelquefoulagement
?
III.
Le mefme.
Ous méritez beaucoup, admirable
Callifte ;
Cependant pouvez-vous donner le nom
ď Amy
du Mercure Galant. 87
37
Au galant & fage Flenrifte?
Non, vous ne le pouvez ,fans la fillabe
Mi.
IV.
GYGES.
Peut-
Eut- on, divin Courrier, qu'on aime
& qu'on eftime,
Se bienfe reffouvenir que l'on eft voftre
Amy,
Sans découvrir le Mot de l'une & l'autre
Enigme,
Puis qu'on ne peut donnerfonfuffrage
Q
qu'à Mi?
ง .
Le mefme .
Voy! l'on a quatre pieds, un Plumetfur
l'oreille,
Sans eftre Fille, ny Garçon,
Et mefme ny Chair, ny Poiffon.
Fut-iljamais choſe pareille?
Vous nous l'enfeignerez, Mercure noftre
Amy;
Je croy pourtant que c'est un Mi.
L'Exilée de la Ville- Françoife
88 Extraordinaire
VI.
E fais plus de cas des deux Mi
Que j'ay reçeus, Galant Mercure,
Par votre derniere voiture,
Que de tout ce quipeut me venir d'un
Amy.
Que ce travail meplaift ! Il eft de deux
Aimables,
Que je veux croireAmans infeparables.
It n'eft rien de plus achevé,
Les plusfâcheux l'ont approuvé.
Tout
La Belle Nourriture :
VII.
' Out jeune que jefuis, j'ay l'esprit
vifsouvent,
Fe defcens de quelqu'un qui voit`courir
le vent;
Des Enigmes du mois j'ay déchiffré
Arabe,
J'y trouve de mon nom l'une & l'autre
fillabe;
Et pour ne rien dire à demy,
C'est
que l'on m'appelle Mimi .
MIMI-MI ..... de la huitième
Claffe de Geneve.
du Mercure Galant.
89
VIII.
Eftois encorprefqu'endormy,
Quandon m'apporta le Mercure,
Des Enigmes pourtant je cherchay la
lecture;
Mais quoy, toutes les deux ne contenoient
qu'un Mi.
ME
ALCIDOR, du Havre.
IX.
trompay-je, Mercure, ou bienay-
je raison,
De croire que les deux Enigmes
Ont une telle liaiſon,
Que dans l'une on voit l'autre, &
toutes leurs rimes
que
Ne cachent à nos yeux que la fillabe
- Mia:
Je l'ay gagé contre un Amy..
X.
Le mefme....
Aux Autheurs des deux Enigmes.
A Dmirables Bergers, dont les charmans
Ouvrages
Ont autant de raport que de perfections ,
H
Q. deJanvier 1684;
90
Extraordinaire
Vous faites juger aux plus fages
Qu'on n'en trouve pas moins dans vos
affections;
Car lors que l'on a veu de l'aimable
Califte
Une Enigmefur la Beauté,
Elle avoit feulement le droit de pri
mauté
Sur le galant Berger Fleurifte ;
Et le Si merveilleux, avec tous fes dé-
. tours,
Fut- il pas déguisé par le mefmeſecours ?
Ainfi cette union qu'on trouve infèparable,
Nousfait voir en ce mois, d'un ftile incompparable,
Que vous, belle Caliſte, imitant voftre
Amy,
Vous vous eftes encor rencontrez fur le
Mi.
Le meſme.
da Mercure Galant.
91
Vous
XI.
Ous ne nous étrennez , Mercure,
qu'a demy,
Dans ce premier mois de l'Année.
Croyez- vous queje fois fatisfaite d'un
Mix
Non , Seigneur, l'efpérois eftre mieux
étrennée.
SYLVIE, du Havre.
།
XII.
Echagrind'avoir ven mon- Berger
me quitter,
Mavos fait renoncer, Mercure, à tes
Enigmes
Mais depuis que je voy qu'il revient
m en conter:
t
Je reprens du plaisir à rêver ſur leurs
rimes.
Lorsque pour un Amant on réſſent de
l'amour,
Et quefon changement chagrine,
A quoyfert de faire la fine?
On eft bien-aife du retour.
Pour moy, tant que dure léjour,
10%
Hij
9:2 Extraordinaire
Pour en marquer mon allégreſſe,
Apres un rigoureux ennuys
Je nefais que chanterfans ceſſe
Utre mifa, fafolfa Mi.
Il nefautpas que l'on me blâme-
De l'aveu que je tefais là,
Mercure car malgré cela,
Je fuis toujours la Belle à l'Anagramme
1 Libre d'amour, de la Ruë
du Bac..
22-222225 5525 2225
PORTRAIT
A MADAME ***
V
Oicy la premiere fois , Ma
dame , que jevois une grãde
réputation fe foûtenir. Il y en a
tant de fauffes , que j'avois une
foy fort chancelante pour la vôre
; mais le moment où j'ay eu :
du Mercure Galant.
93
Phonneur de vous voir , a finy
mes doutes , & je fuis plus perfuadé
que perfonne , que vostre
efprit eft étendu , vif & penétrant
, voftre difcernement jufte,
que vous avez le gouft fin & délicat
; & non feulement je fuis
convaincu que voltre efprit a ces
divers avantages ; j'ay remarqué
qu'il eft foûtenu du bon fens, que
fon feu eft moderé , fes produc
tions digerées , fes efforts mo
deftes , & qu'il a autant de folidité
que de brillant. En verité,
Madame , on a raifon de dire,
que vous n'eftes pas moins propre
à donner des confeils , toute
jeune que vous eftes , qu'à vous.
faire admirer par voftre Chant
& par voftre Lut . Pourquoy ne
croiray- je pas ce qu'on m'a die
94
Extraordinaire
de vostre coeur, puis que je trouve
tant de fidelité dans l'éloge qu'on
m'a fait de voſtre eſprit ? Vous
avez , dit- on , les plus beaux fentimens
du monde les intéreſts
de vos Amis vous font plus chers
que les vostres ; vous eftes fincerejufques
à la bagatelle , bonne
& genereufe , honnefte naturellement
, engageante fans deffein ,
d'une humeur fi douce , & d'une
focieté fi agreable , qu'on tient
à vous par voftre feul mérite ,
plus fortement qu'on ne tient
aux autres Femmes par tout ce
que les plaifirs ont de plus fenfible.
On parle de vous , Ma
dame , comme de ces Femmes
extraordinaires , qui ne font pas
feulement le Modele de leur
Sexe , mais qui donnent de la
A
du Mercure Galant.
95
honte au noftre . Si je trouve
tout cela , que deviendray - je ?
Doit-on défendre fon coeur contre
tant de mérite ; & quand le
mien fera preft de vous ceder,
ce coeur tres - tendre , quel fera
fon deftina Que je vous crains,
Madame , & que j'ay raifon de
vous craindre ! On dit que vous
écrivez comme vous parlez , c'eſt
à dire , parfaitement bien , qu'il
n'eft rien de plus naturel que vos
Lettres. Phébus n'y a point de
part. Cependant elles font pleines
d'efprit & de raifon . Ce n'eft
point un affemblage de grands
mots , qui ne veulent rien fignifier
; c'eſt quelque chofe de fi
fin & de fi fingulier , qu'il n'y a
que vous qui écriviez comme
cela. Pour des Vers , j'en ay vû
96 Extraordinaire
de voſtre façon ; je ne m'y conconnois
pas , ou vous les faites
fort facilement. On y remarqueun
air libre & dégagé , qui ne
fent nullement le foin ny la peine
; fur tout ils me paroiffent fi
tendres ,
Qu'en les lifant, jefentois naître
Un doux panchant à m'enflamer;
Et l'on n'a pas peine à connoiftre,
Quefi vous n'aimez pas , vousfçauriez
bien aimer.
que
Seroit - il poffible , Madame,
l'infenfibilité fuft voftre defaut
? J'aurois mille chofes à vous
dire fur ce fujer , s'il m'eftoit per-.
mis de m'expliquer. Je fuis, & c.
SVR
du Mercure Galant. 97
SSSSS SS2S52 55252
SUR UN BRACELET
de
Cheveux reçeu.
LE
>.
E Préfent que vous cuftes
hier la bonté de me faire ,
m'eft extrémement cher pour fa
beauté , mais fur tout pour la
maniere obligeante dont vous
me le fiſtes. Je vous avoue, Ma..
dame , qu'encore que je fois perfuadé
que vous eftes libérale &
genéreufe , je n'avois pas efperé
qu'il duft eftre fi riche , ny accompagné
de tant de graces ,
bien que je fçache qu'elles logent
toutes chez vous. En verité
il n'eft rien de fi galant . Plus je
le confidere , plus je l'admire , &
Q.deJanvier 1684-
I
98 Extraordinaire
quand je pense qu'il vient de
vous , & qu'il eft peut- eftre l'ou
vrage de vos belles mains , mon
admiration fe change en amour,
& mon amour tient un peu de
l'idolâtrie. Mais , Madame , lors
que je me fouviens que c'eſt un
tiffu de vos beaux cheveux ( car
vous ne viendrez jamais à bout
de me perfuader le contraire ) je
ne puis moderer ma joye. Elle
éclate vifiblement fur mon vifage
, toutes mes actions la font
parioſtre ; & dans le raviſſement
où je fuis , je me laiſſe aller aux
faillies & aux emportemens
qui
m'entraînent. Quoy , dis je, eftil
poffible que j'aye une partie
de ces beaux Cheveux , qui ont
contribué à ma prife , & m'ont
fervy de liens Eft - il poffible
du Mercure Galant.
99
ר ו י
qu'ils foient enchaînez à leur
tour ? Non , il n'y a point d'apparence
, je ferois trop heureux .
C'eft un fonge agreable , c'eft
une illufion Яateuſe. Mais mes
yeux qui ne peuvent foufrir
: qu'on les démente , me difent
que c'est une verité , mais une
verité qui charme & qui enchante
, de forte , Madame , que
vous me réduifez à la néceffité
de n'eftre pas quite avec vous
apres cette vie , & de mourir ingrat
malgré moy. Au refte s'il
C faut queje fois redevable à quelqu'un
, j'aime mille fois mieux
que ce foit à vous , qu'à perfonne.
J'ay une fecrete inclina.
tion à ne me pas aquiter des
obligations que je vous ay , aufbien
ne le pourrois - je faire . II
THEQUE
LYON
*1893
DE
LA
I ij
100 Extraordinaire
m'eſt glorieux , Madame >
de
tenir de vous tout mon bonheur
, & je ne vous fais à deffein
qu'un mauvais remerciement,
afin que je vous doive la grace
entiere .
25 :25252525:255525
A UNE DAME,
Sur la perte de fon Procés, contre an
prétendu Mary, parfon Avocat.
QU
U'un Homme eft malheu.
reux , Madame , lors qu'il
entreprend de foûtenir des intérefts
qui luy font chers , & qu'il
n'y reüffit pas ! Oüy , Madame,
j'ofe dire que je fuis plus à plaindre
que vous , & que je fens
mieux que perfonne , la petite
du Mercure Galant. 101
difgrace dont je vous vis hier
alarmée . Neantmoins apres y
avoir bien penſé , je trouve de
grands fujets de confolation pour
vous & pour moy dans cette Af
faire. Nous haïffons tous deux
la perfidie , & vous ne perdez
qu'un Perfide . Effuyez donc vos
pleurs , Madame , & ne les prodiguez
pas ainfi . On n'a jamais
fait l'honneur aux Traîtres , de
les regreter apres qu'on les a
perdus.
Vous n'avez veu jusqu'icy que
des Ouvrages en Profe de M de la
Févrerie. Voicy des Réponses en
Vers defafaçon, aux cing Questions
du XXIII. Extraordinaire.
I iij
102 Extraordinaire
SSSSSSSS SS225 525
S'IL EST PERMIS A UN
Homme qui aime avec paffion ,
de fouhaiter que la Perfonne
qu'il aime , ne luy furvive que
d'un moment .
E ! quelle jaloufefureur,
HEPauvre Amant, embraze ton
coeur,
Quand la mort va finir ton amour &
ta vie?
Que t'importe apres le trépas,
Qu'un autre poffede Silvie,
Qu'elle t'aime , ou ne t'aime pas?
&3
Car enfin je croy que la mort
Bannit le fouvenir de nos amours paffees,
Et ne laiffe à noftre ame aucune des penfees
Qui pour l'Objet aimé, la tourmentoient
fifort.
du Mercure Galant. 103
5
*3
Ou s'il eft vray , qu'en l'autre Monde,
On aime ce quinousfut eher;
C'eft dans une paix fi profonde,
Quefa legereté nesçauroit nous toucher:
Mais je veux mefme qu'aux Enfers,
Un Amant porte encor fesfers,
Etfoit Efclave de fa Belle;
S'il ne peut pas douter defafidelité,
C'est une grande cruauté,
Defouhaiterfa mort, pour mieux s'affu
rer d'elle.
Et fi cette jeune Bergere
Amille autres Bergers , prodiguoit fes
appas,
Si l'inconftance eftoit fon caractere ,
Elle fera toujours infidelle , & legere,
La mort ne la changera pas.
Pardes raifons plusférieufes,
Fe combatrois ce fentiment;
I iiij
104
Extraordinaire
Maispour les ames genéreuses
Ce feroit inutilement.
Et que me ferviroit de dire,
Aux Brutaux que l'amour inſpire,
Que c'est un grand aveuglement,
Que c'eft choquer les moeurs , les Loix, &
la Nature?
Ces Gens-là d'ordinaire, ont la tefte trop.
dure,
Et ne goûteroient pas un telraiſonnement.
MaisHerode, fans doute, eft l'exemple
fidelle
De ce qu'on propose aujourd'huy ;
Faloux de Marianne , auſſi chaste que
belle,
CeTyran ordonna , s'ilmoureit devant
elle,
Qu'on lafift mourir apres luy.
00
Le cruel Epoux de Monime,
Fit auffi le mefmefouhait
du Mercure Galant. 105
Mais il paſſa jufqu'à l'effet,
Et mefme avant fa mort offrit cette
Victime.
Vaincu par fa Captive au Siege de
Millet,
Ilen avoit fait une Reyne;
Mais à cet éclatant bienfait,
Monime préféroit fa chaîne.
Ses Fersfurent dorez, fans en eftre plus
doux.
Affifefur le Trône, elle refta Captives.
Mithridate devint jaloux,
Etsette Amebarbare , inquiete ,"craina |
tive,
Fut un Bourreau pour elle, & non pas
un Epoux.
Q
Veritables Amans , qu'une flâme plus
belle,
Fufqu'au dernier moment , anime vos
Soupirs;
Maisfur unfemblable modelle
Ne formez jamais vos défirs.
106 Extraordinaire
Laquelle eft à préferer , de la
beauté de la Bouche , ou de
celle des Yeux , de la beauté
des Cheveux , ou de la beauté
du Teint.
ANirefacré d'amour , &de Cy
pris,
Source deflames & d'efprits,
Palais de volupté , la merveille des
chofes;
Bouche, dont je fuis enchanté;
Je m'enyvre d'amour dans des Coupes
de Rofes,
Quandje contemple ta beauté.
C'eftoit ainfi que dans mes jeunes ans,
Aux attraits de Philis j'abandonnois
mon ame ;
Sabouche me donnoit des tranfports raviffans,
Maisfes beaux yeux me mettoient tout
enflame.
du Mercure Galant. 107
le.
<
En
Je l'avoue , un bel ail me touche,
Encor plus qu'une belle bouche ;
Etfoit que de l'azur des Cieux,
La Nature ait peint de beaux yeux,
d'unverdnaifant Soit fon pinceau
que
les colore ,
Qu foit qu'unefombre noirceur
Releve de leurs feux & l'éclat, & l'ardeur,
De toutes ces couleurs mon ame les
adore.
වය
Aftresvivans, Globes mobiles,
Miroirs du coeur& de l'efprit ;
Feprens à vous louer des peines inutiles,
Carquedire devous , que ce qu'on en adit?
813
Graces , charmes, attraits , agrément, éloquence,
En faveur de la bouche, engagez tous les
coeurs:
Sur elle de beaux yeux feront toûjours
vainqueurs
108 Extraordinaire
Et toujours en amour auront la préference,
Fadis de beaux cheveux m'ont vivement
atteint,
Et fouvent d'une belle tefte,
Fe fuis devenu la Conquefte :
Mais encor plus fouvent Esclave d'un
beau teint.
£3
Ces chaînes aujourd'buy nefont plus à
la mode,
Onrompt bien-toft cesfoibles noeuds;
Et des cheveux d'autruy depuis qu'on
s'accommode,
On ne fe laiffe plus prendre par les cho
veux.
Mais toujours d'un beau teint onfe trouve
enchanté,
Iln'eft point de coeur qu'il ne bleffe ;
C'eft l'ornement des traits , lafleur de la
beauté,
Et la marque de la jeuneſſe..
du Mercure Galant. 109
etrim
Du bon & du mauvais ufage de
la Lecture.
ON
Ndit que nuit & jour, vous lifez
les Romans,
Et les petits Livres galans ;
Voftre Directeur en murmure,
Et dit que c'eft perdre le temps:
Mais pour éviterfa cenfure,
Et lire en toute feûretés
Belle Iris, lifez le Mercure,
Vous joindrez dans cette lecture
Leplaifir, & l'utilité.
De quelle maniere les images
des Objets fenfibles font reçeuës
dans les facultez corporelles
.
'N vain, ma Mufe, tu te flates
Deremporter icy le prix;
Ilfaut laiffer aux beaux Efprits,
Des Queftions fi délicates.
110 Extraordinaire
03
Mais peut- eftre que tu propofes
De luy donner un autre tour;
Je t'entens, tu crois que l'amour
Nous fait comme le Vin , dire de belles
chofes.
EA
Hé-bien, j'approuve ton deffein,
D'uneflâme amoureuſe échaufe-moy le
feins
Pourvû
que la Philofophie
Me conduife toujours & l'efprit & la
main,
Je veux- bien parces Vers contenter ton
envie.
3
Iris, voftre charmante Image
Dans tous mesfens trouve paffage,
Par tout je larencontre, & par tout je
la vois,
Depuis que je vous vis pour la premierefois.
3
Si-toft que vos beaux yeux dans les miens
Se peignirent,
du Mercure Galant. IIr
Auffi-toft voftre Image entra dedans
mon coeur;
Et pourla recevoir avecplus de chaleur,
D'unfang pur & fubtil les efprits fe
joignirent,
3
Alors de chaque trait, ces atômes brù-
Lans
Prennent laforme & lafigure ;
Dans la maffe du fang tracent cette peinture,
Paſſent de veine en veine , & la portent
auxfens;
Fugez fi ces portraits tirez d'apres nature
Doivent eftre bien ressemblans.
Ceft donc ainfi que des plus Belles,
L'amourimprime les portraits,
Dans les facultez corporelles .
Noftre ame conçoit les objets.
Par ces Images naturelles,
Et nosfens courent apres elles.
1
712
Extraordinaire
13
$
Si quelqu'un d'une ame peu tendre,
Et pour faire valoir l'école & l'argament
,
N'approuve pas cefentiment,
Qu'il raifonne en Docteur, je fuis preft
de l'entendre:
Pourmoy, jeraifonne en Amant. -
S'il eft plus feûr & plus avanta.
geux, quand on eft malade, de
fe fervir de la méthode de Gallien
, oppofant contraria contrarijs
, que de celle de Paracelfe,
oppofant fimiliafimilibus, pour
le recouvrement de la fanté .
Vous
Ous le fçavez , Iris, je languis
nuit & jour,
Et mon mal devient incurable;
En vain jusqu'à preſent j'ay tenté tour
à
tour,
Ce qu'un jufte dépit a de plus raifon
nable,
du Nercure Galant.
II3
Fevey trop bien qu'au mald'amour,
Ilfaut un remedefemblable.
63
C'est àdire qu'ilfaut , Iris ,
Pourfoulager ma peine extréme,
Qu'une aimable douceur fuccede à vos
mépris,
Et qu'enfin vous m'aimiez autant que je:
vous aime,
**
N'imitez pas ces cruels Medecins,
Quitoûjours à nos maux appliquent less
contraires;
Il est malgré ces Affafins,
·Desremedes plusfalutaires ;
On
pen de complaifance
, & defoins;
amoureux ,
Guérit en un moment un Amant làn--
goureux.
XXXX3
La méthode de Galien,
En amour ne vaut jamais rien ;
Cele de Paracelfe eft d'un meilleur usages;
Et dans les amoureux combats,
2. deJanvier 1684.
K
#14
Extraordinaire
Elle a comme à la guerre , empefché le
trépas.
Mais pour en profiter , ce n'eſt rien
d'eftrefage,
Il faudroit eftre heureux , & je ne le
fuis pas.
DE LA FEVRERIE.
2255 S5222 25252 52
SUR LA LETTRE S
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
MONSE
CONSEIGNEUR,
Je ne fçaurois affez déclamer
contre l'injuftice de l'Ortographe
nouveau , qui voudroit
malgré l'Ufage ancien , fuppridu
Mercure Galant. IIS
mer la Lettre S des termes les
plus ordinaires , les plus beaux
& les plus néceffaires dans noftre
Langue. Ces vingt- trois Filles
de l'Alphabet François , ne doivent
pas eftre féparées d'une
Sceur à qui elles font foûmiſes,
& elles prétendent avec juſtice,
qu'un Accent ne fuffit pas pour
fuppléer au defaut d'une telle
Lettre. Puis qu'elle entre la premiere
au Sénat , & qu'elle rend
à chacun le Sien , pourquoy ne
lay pas rendre ce qui luy eft dû?:
Sans s , le Dictionnaire François
de Meffieurs de l'Académie ne
feroit jamais achevé , & celuy de
Killuftre Morery ne feroit pas.
remply de tant de chofes curieufes
; on feroit privé de voir les
Coaquestes de LOUIS LE GRAND
Kij
116 Extraordinaire
le Pere des Lettres , & les belles
actions de fes braves Capitaines ;
on ignoreroit ce qui s'eft paffé
à Strasbourg , à S. Omer , à Stenay
, à Spire , dans les Forts de
Scrеnk , de S. André , de Sainte
Anne , & de Sar - Loüis ; dans les
Combats de Seneff, de Scorendoff
, & de Sommerhoüen , dans
les Illes de S. Chriſtophe , de
S. Euſtache , & dans une infinité
d'endroits . L'Académie Royale
d'Arles ne vanteroit point tant
fon S. AIGNAN, Alby fa Viguiere
de Salvan de Saliés ; en un mot ,
la France fes Sapho , la Sufe,
Scudéry , Serment , & tant d'autres
qui font la gloire & l'ornement
de leur Sexe .
Il faut avoir recours à S, pour
connoiſtre la Subſtance , la Subdu
Mercure Galant.
117
fiſtance & la Solidité des chofes,
Son caractere eft fublime . En
effet , c'est elle qui fait les Souverains
, qui eft le principe de
la Santé , la porte des Sciences ,
& la voye du Salut ; c'eſt elle
qui commence les noms de Sau.
veur , de Seigneur , de Sainteté,.
de Sire , de Seréniffime ; elle entre
dans ceux de Majefté , de
Hauteffe , d'Alteffe , de Prin
ceffe, & de Maiftreffe ; elle forme
les Surnoms ; elle entretient la
Societé des beaux Efprits . Les
Poëtes lay font redevables de
leurs Saillies & de leurs Sonnets ;
les Grammairiens ne connoî.
troient point la Signification des
termes , ils ne feroient point des
regles de Syntaxe ; les Orateursn'auroient
pas recours aux Syne.
1137
Extraordinaire
doches , aux Suftentations , ny
àtant de Synonimes ; le nombre
Singulier ne feroit pas diſtingué
du plurier , non plus que les
Subftantifs des adjectifs , dans la
Grammaire. Les Sophiftes ne
mettroient point en avant leurs
Subtilitez , ny les Logiciens leurs
Syllogifmes , les Sourds ne s'en.
tendroient point , puis qu'il n'y
auroit point de Signes , les Muficiens
ne feroient point de Symphonie
, & ne donneroient point
de Serenades , puis qu'il n'y auroit
point de Sons ; les Mathematiciens
ne diſcoureroient pas
des Sections , ny des Superficies.
Y auroit - il dans les Ecoles des
Sectateurs , des Sçavans dans les
Univerfitez des Docteurs en
Sorbonne , des Secretaires dans
,
3.
du Mercure Gatant.
u
les Etats , des Sénateurs dans les
Parlemens , des Soldats dans les
Armées, des Sentinelles aux Portes
, des Subftituts au Parquet,
des Surintendans des Finances ,
des Sommes au Tréfor Royal ,
des Senefchaux , des Sousbriga
Idiers , des Souslieutenans , & des
Soufgouverneurs ? Comment fe
roit-on des Soûtenemens , des
Salvations , des Sommations &
des Saifies , & que deviendroient
les Sergens ? Pourroient- ils Sou
fler des Exploits , & Surprendre
les Parties Car fans S, on ne fignifieroit
plus , les Syndics fe
Croient fans employ , les Preftres.
fans Soufdiacres , les Archevef-
E ques fans Suffragans , les grands
Seigneurs fans Serviteurs , les
- Souverains fans Sujets & fans
120
Extraordinaire
Suite , la terre mefme feroit privée
des influences Sublunaires .
Les Curieux de l'Hiftoire ne
feroient point tant de cas des
Mémoires de Sully ; les Perfonnés
de Pietė , des Lettres de
S. Cyran ; les Theologiens Sco
laftiques , de Sylvins , de Scot
& de Suarés , les Philofophes.
Moraux , des Stoïciens , de So.
crate & de Seneque ; ny les Génealogiftes
, des Soubifes & des
Seguiers . En vain les Geogra
phes citeroient - ils Sanfon ; la
Seine , la Saone , la Scarpe , la
Saverne & la Sambre ne feroient
point remarquez dans la Carte ;
& la Gazette ne parleroit point
de ce Camp dernier fur la Sarre,
des Exploits du grand Sobieſky,.
du Siege de Strigonic , du Voyage
du
du Mercure Galant. 1213
du Comtel de S. Amand ; nous
ne recevrions point de Nouvel
les de Stokolm , de Sardagne,
de Savoye , de Sicile , de Syrie,
ny de Siam . On n'écriroit point
les vies des Solitaires de l'Arabie
& de la Thebaïde , ny des Sages
de la Grece ; les moeurs des Sauvages,
des Satrapes, des Scythes ,
des Sarmates, & des Saxons , nous
feroient encore inconnues , &
nous ne ferions point alliez avec
les Suiffes .
Les Mythologiſtes n'expoſe ,
roient point à nos yeux les char
mes des Syrénes , la Fefte des Sa
turnales , celle des Sybarites , les
Satyres , les Sylvains , les tours
mens de Sifiphe , ny le monftre
de Sphinx. Les Oracles des Sybilles
pafferoient pour des Fas
2. deJanvier 1684. L
122 Extraordinaires
bles , auffi-bien que les Sylphe's
& les Salamandres parmyles Ca
baliftes. Les Chymiftes n'efti.
meroient point tant leur Soulfre
ny leur Sel , les Aftronomes ne
raiſonneroient point tant du So.
leil , ny de la Sphere les Theo
logiens Moraux , de la Sufpen.
fron , de la Symonie , de la Superftition
& des Sacremens. Les
Aftrologues ne compteroient
point parmy les Planettes un Sat
turne , & la Semaine feroit fan's
Samedy. Ainfi le Sabath ne ſeroit
pas chez les Juifs dans une
fi grande venération , le nom .
bre de Sept , qui eft fi confidé.
rable parmy eux , ne feroit pas
plus regardé que les autres nombres
, quoy que dans les Ecritures
Saintes il marque la perfecdu
Mercure Galant.
X23
tion , & qu'il explique celuy des
jours de la Semaine , des Planetes
, des Sages de la Grece , des
* Portes de Thebes , des Embou.
chures du Nil , & des Merveil-
Eles du Monde. Sans ces nombres
la Secte de Pithagore feroit meprifée.
Sans la Lettres, les Fondeurs
I feroient embaraffez , puis qu'ils
n'auroient point le Salpetre ; les
Sculpteurs avec leurs Sciffeaux ,
- & les Anatomiſtes verroient leurs
Arts inutiles car ils ne pourroient
faire ny des Statues ny
des Squelettes . Les Comédiens
n'auroient ny Sujets , ny Scenes ;
les Faifeurs de Romans ne feroient
point entrer fi fouvent en
converfation les Sylvandres &
les Sylvies , les Voltigeurs ne fe-
Lij
124
Extraordinaire
roient point de Sauts périlleux.
Il n'y auroit point de ces Specta
cles qui furprennent les yeux des
Spectateurs , l'Ecole de Salerne,
ne publieroit pas fi hautement les
vertus des Sirops , du Séné , & du
Sublimé, les Symptomes des madies
, la Siatique , la Strangurie,
la Squinance , le Spaſme , la Suffocation
, les Syncopes , les Saififfemens
, les Sueurs , les Serofitez
, ne feroient pas des termes
de Médecine ; & Meffieurs de
la Faculté de Paris , qui tiennent
pour la circulation du Sang ,
n'ordonneroient pas fi fréquem.
ment la Saignée.
L'expérience nous apprend
que c'eft par s qu'on diftingue
les Sens & les Saveurs , qu'on
obtient des Sentences , qu'on
du Mercure Galant. 25
donne des Suffrages , qu'on décrit
des Sieges , qu'on compofe
des Sermons , qu'on découvre
des Sources , qu'on forme des-
Souhaits , qu'on fait des Signa .
tures , qu'on met les Scelez
qu'on appofe les Sceaux , que
l'on compte la durée des temps
par les Siecles , & leur diverfité
par celle des Saifons ; qu'on .
marque la diférence des Sexes,
qu'on fe fert de Suppofts dans
les Armoiries , & de Symboles
dans la Religion , comme autant
de Similitudes , pour mieux
· faire entendre les chofes Sublimes
, Spirituelles , Saintes & Sacrées
, par des chofes Senfibles.
S'il n'y avoit point de Lettres,
il n'y auroit point de Scrupules à
former, point de Seminaires éta-
Liij
126 Extraordinaire
blis , de forte que les Supérieurs
fe trouveroient fans fonctions.
La Situation , & la Symétrie des
corps , comme la Serénité de
dépendent en partie de
Fair
cette Lettre.
·
ces ;
Heft vray,Monfeigneur , qu'on
l'accufe de caufer les Soins , les
Soucis , les Suppreffions , & les
Souffrances ; de faire les Subfi.
des , les Servitudes & les Supplide
former les Sanglots , les
Soupirs & les Soupçons ; d'atrirer
les Severitez des Belles , &
les dépenses S omptueufes des
Amans ; d'inventer les Sortilé .
ges , de faire des Sacriléges , de
dire des Sottifes , de produire la
foif , la Sterilité , la Séchereffe ,
& mille chofes finiftres ; mais elle
ne les nomme que comme un
.I
du Mercure Galant. 127
Sardanapale , pour en donner de
Phorreur , puis que fon inclination
& fon intention ne font que
de Seconder de Soulager , de
Secourir , de Soûtenir , de Sourire
, de Soufcrire , de Survenir,
C de Solliciter , de Subftituer , de
Sauver , de faire Subfifter , en
un mot , de Satisfaire les perſonnes
par des Services , par des
Soúmiffions , & par des Sacrifi.
ces en tâchant d'entretenir
parmy les efprits la Sympathie,
& de faire goufter aux corps un
repos Salutaire par le Sommeil,
E éloignant toutes les Senfualitez
par les beaux Sentimens. En effet
elle eft fi Sage , qu'elle fait gar
der aux Politiques de Silence , la
Solitude aux Sçavans , & la Simplicité
aux Devots.
Lüj
>
128 Extraordinaire
>
*
Avoüez , Monſeigneur , que
c'est une impertinente maniere
de parler , quand une Perfonne
eft yvre , de dire qu'elle fait des
SS , puis que cette Lettre au
contraire eft la marque de la Sobrietė
mais nous avons beau
i
faire, c'eft une erreur invéterée
dans les efprits populaires , qui
ne duit mourir qu'avec eux. Il
faut donner au voftre qui eft
élevé , quelque chofe digne de
lay , & digne d'une Lettre qui a
Pavantage de commencer & de
finir votre Nom ; FRANÇOIS
DE BEAUVILLIERS DUC DE
S. AIGNAN. Syllabes précieuſes ,
gravées dans le Temple de Mémoire
, dans les coeurs de vos
Académiciens , & des Gens de
Lettres. L'Hiftoire Sacrée , &
du Mercure Galant. 129
Prophane , nous fournit des éloges
pour S. Sans elle nous n'admirerions
pas la fageffe d'un Sálomon
, la force d'un Sanfon , la
beauté de Sara , la chafteté de
Sufanne , ny les fuperbes édifices
de Semiramis . Scipion , Sefoftris,"
& Seleucus feroient dans l'oubly ;
nous ne remarquerions point les
Sectes des Saducéens & des Samaritains
; nous ne fçaurions ce
qu'on appelloit les Scribes & les
Septante. Le Sanctuaire, la Montagne
de Syon , le Serpent d'airain
, la Synagogue & les Synodes
ne feroient point citez dans
les chaires. Parleroit- on de Saül ,
du Prophete Samuël , des Seraphins
dans les Hierarchies , de
Simon le Magicien , du S. Siege
Apoftolique , & de tant d'He130
Extraordinaire
rériques , des Stancariens , des
Suitniceans , des Spirituels , ou
Séparez , des Scriptuaires , des
Sanguinaires , des Sabbataires,
des Significatifs , & des Sacra.
mentaux ; & dans le Nouveau
Teftament , de la Samaritaine ,
qui eft le Tableau de la Grace?
1
Le Sopha , le Serrail , la Sultane
, Soliman , & le Salamaleç
chez le Turc , le Sophy & le
Schac chez les Perfes , & parmy
les Indiens le Samorin , feroient
autant de contes , fans la Lettre
s, qui les fait connoiftre par les
récits veritables qu'elle en fait,
ou du moins toutes ces chofes,
comme les précedentes , changeroient
de noms , ainfi le Soleil,
cet Aftre qui a efté adoré par les
Egyptiens , n'auroit plus le fien.
J
du Mercure Galant.
13?
En verité, Monſeigneur , nous
avons de grandes obligations à
cette Lettre , puis que fans elle
il n'y auroit point de Superiorité
ny de Subordination dans les
Charges , point de Sûreté dans
le Commerce , point de Sincerité
parmy les Amis , point de
Secret parmy les Courtifans ,
point de Sermens enJuftice, enfin
point de Santifications parmy les
Fidelles.
Dans le monde on ne parle
roit point , on n'écriroit point,
& l'on n'agiroit point Sérieuſement.
Dailleurs , nous ne pourrions
jamais ny Supplier les Gens,
ny les Saluer , ny les Servir , &
nous ferions bien embaraffez de
finir les Lettres , ou de faire des
Complimens fur le champ , ſans
1
132 Extraordinaire
les rermes de Serviteur & de Servante.
GUYONNET DE VERTRON,
Hiftoriographe du Roy, &
del Académie Royale.
22:222225 5525 2225
LA METAMORPHOSE
D'AMARANTE & D'ARISTEE,
* Changez l'une en Vigne, & l'autre
en Ormeau.
Ans le plus raviffant Hameau
Quifoit fur le bord de la Seine,
Où l'aimable Fils de Cyrene
Fit paître autrefois fon Troupeau:
Une jeune & rare Merveille,
Qui ne vit jamais fa pareille,
Surprit les yeux de ce Berger;
Il luy conta centfoisfes peines,
Et quel charmefçût l'engager
Aporter defi douces chaînes
du Mercure Galant.
133
Si d'abord lefeul nom d'amour
Effraya la belle Amarante,
La force enfut affez puiſſante
Pour ne pas l'y réduire un jour.
Un coeur n'est jamais invincible;
Pour peu qu'il puiffe eftrefenfible,
Ce Dieu fait en venir à bout:
Il en appaife les allarmes;
Et luy, pour triompher de tout,
Fait agir quelquefoisfes charmes.
Le Dieu qui forme les Saifons,
Avoit vû çe Bergerfidelle,
Depuis qu'il chérit cette Belle,
Cueillir quatre foisfes moiffons.
Sesfoins,fa tendreffe, & fa flame,
N'en ont encorpû toucher l'ame,
Mais l'amour ne veut qu'un moment;
Unfoûpir, mais unfoûpir tendre ,
Va fatisfaire cet Amant,
Et cefoûpir s'estfait entendre.
69
He-quoy? dit-il, lesjuftes Cieux.
434
Extraordinaire
Touchez de monfort déplorable,
De voftre coeur inéxorable
Mefont enfin efpérer mieux.
Ce foupir d'un beureux augure
Nefort pas d'une amefidure,
Qu'il n'en marque lesfentimens ;
Mon coeuren reffent de lajoye,
Et je refpire en ces momens
Du bonheur que le Cielm'envoye.
La Belle rongiffant un peu
Du feu qu'ellefent enfon ame,
N'enfçauroit
déguiſer la flâme,
Et n'ofe enfaire un defaven.
Cefeu brillefurfon viſage,
Et luy donne tout l'avantage
Qui naift d'une noblepudeur;
Maispuis qu'une couleur fipromte
Trahit lesfecrets de mon coeur,
Epargnez, dit- elle, ma honte.
Ariftée alorsplus charme
De l'aveu quefait Amarante,
Voit combien fan bombeur s'augmente
da Mercure Galant. 135
Par lagloire d'en eftre aimé.
Ce n'estplus que foins , que vendreffe,
Que douxfentimens, qu'allégreffe,
Qu'il luy vient marquer chaque jour;
Dieux, qui réglez leurdestinée,
Couronnez bientoft leur amour
Parles noeuds d'un doux Hymenée.
ED
C'eftoit auxplus beaux de leurs ans,
Que le Berger& la Borgere,
De leur amour pure fincere
Gouftoient les plaifirs innocens.
Lepoint-du-jour qui les affemble,
Les faitfouvent fe rendre enfemble
Dans les Champs, on fur les Coteauxs
Mais le devoir qui les y meine,
Ne conjoint pas taar leurs Troupeaux,
Que leurs coeurs en la mefme Plaine.
Leur amour tendre, mais diferet,
Qui croift avecque leurs années,
Les fait chérir leurs deftinées,
Sans découvrir leur feufecret.
La fidélité, la Conftance,
336
Extraordinaire's
Entretient leur douce eſpérance
De s'unir par un fi beau non,
Quel' Amour mefme pourroitdire,
Que jamais un plus noblefeu
N'afçeu briller dansfon Empire.
Mais un Rival né pour troubler
L'amour de la chafte Bergeres.
En a déja gagné le Pere,
Et fes deffeins lafont trembler.
L'effroy defon ame craintive,
De toutes fes forces la prive,
Et la réduit à foûpirer:
Viens aufecours, cher Ariftée,
Amarante peut expirer
Avant qu'ellefoit affiftée.
$3
Cet Amant qui hafte fes pas,
La reçoit fifoible &fi laſſe,
Que bien qu'il la tienne & l'embrasse,
Elle languit entre fes bras.
Leur ame eft vivement atteinte
du Mercure Galant.
137
.
De douleur, de regret, de crainte
De voir rompre des noeuds fi beaux';
Que les Dieux touchez de leur peine,
Les changeant en deux Arbriffeaux,
Leur oftent leurfigure humaine.
*3
Leurs corps comme un tronc s'endurcit
Leurs bras & leurs mains fe roidiffent,
Leurspieds enfibres s'arrondiffent,
Etleurpeau par tout s'épaiffit.
Ce n'estplus l Amant ny l'Amante,
Mais c'est une Vigne rampante,
Qui d'un Ormeau veut s'approchers
Leur naturelle fympathie
Marque affez qu'à s'entrechercher
Leurflame n'eft pas amortie:
**3
L'amour regne toûjours entr'eux,
Et quoy qu'ilsfoient couverts d'écorces,
Il leurfournit affez de force.
Pourfe joindre encore tous deux
C'eft là ce Symbole visible
De ce lien indivifible
Que deux coeurs ensemble ont formé
2. deJanvier 1684 M
138 ·Extraordinaire
Lors qu'en leurs ardeurs mutuelles
L'un de l'autre eft toûjours aimé,
Et qu'ils meurent tom denx fidelles.
RAULT, de Roüen.
552252-552255 $255
SENTIMENS SUR LES
Questions propofées dans le
XXIV. Extraordinaire.
S'il eft vray , felon une des Maximes
de l'Opéra nouveau d'Amadis,
qu'un peu d'amour caufe
moins de peine, que l'embarras
de défendre fon coeur.
Depuisqueje vis fous les Loix-
Defincomparable
Climene,
Mon coeur reffent bien moins de peine
Qu'il n'en reffentoit autrefois,
Quand croyant que l'Amour n'enft pour
ceux qu'il infpire
du Mercure Galant. 139
Que de vains & trompeurs appas,
Feuffe préféré le trépas
Au malheur de paſſer mes joursfous fon
empire.
Mais que j'eftois aueugle, & que c'eſtoit
à tort
Que mon efprit craintiffe formoit ces
chimeres!
Féprouve bien unplus douxfort;
Et les chaines que j'ay, font beaucoup
plus légeres
Que n'eftoit l'embarras de défendre mon
coeur
Des traits de ce charmant Vainqueur
Silajaloufie qui vient de l'amour,
eft plus dangereufe dans fes effets,
que celle qui vient de l'am .
bition ,
Ous demandez, Philis; quel' eft mon
fentiment
Sur cette Question que Mercure propofe??
Si je conçois affez la chofe,
M. ij
140
Extraordinaire
Je vous répondray hardiment,
Qu'un coeur ambitieux , atteint de ja
Loufie,
Eft plus à redouter que celuy d'un Amant,.
Quirecourant au changement,
Trouve lafindes maux dontfon ame eft
Saisie,
Lors qu'il voit qu'un Rival heureux
Ne luy fait rencontrer qu'un Objet rie
goureux
Dans la Beauté, quife difantfidelle,
Luy répondoit d'une amour eternelle.
Si l'on en voit quelqu'un dont l'efprit
AAN outragé
Ne refpire que la vangeance,
Dés qu'il vient àfonger qu'il ne reçoit
l'offence
Qued'un volage coeur lâchement partagé,
Il nefait, pourfefatisfaire ,
Quidoit plutoft éprouverfa colere,
Ou fa Maitreffe, oufon Rival..
Mais quand l'ambition fur une ame
domine,
On ne refpireplus que le momentfatal
du Mercure Galant. 141
De voirfon Ennemy pour le battre en
ruine.
Envain noftre Grand Roy nous défend
- les Duels;
Ses ordres fouverains n'ont point eu la.
puiſſance
D'arrefter ces Efprits cruels
Dans une entiere obeisance;
·Aveuglez de la paſſion.
Qui part de leur ambition,
C'estpour eux unmal neceffaire
De répandre du fang pour calmer leur
couroux,
Et l'unique moyen qui puiſſeſatisfaire
Tous les Ambitieux jaloux.
Si boire du Vin fans Eau , & en
fuire de l'Eau pure , fait le mefme
effet pour la fanté, que de
boire du Vin mefle avec de
l'Eau.
JE
E laiffe aux Medecins la réfolution
De la troisième Question..
Elle regarde leur Science,,
342
Extraordinaire
Et je trouve qu'ils ont un fort engage
ment,
Pour prouver leur expérience,
D'en donner un folide & fçavant jument.
Quant à moy, ce que je veux dire
N'eft qu'unfoible raiſonnement ,
Un difcoursfans nul ornement,
Et non pas une Loyque je veuille pref
crire..
Je ſuispour le Vin pur, &pour l'Eau
prife apres,
Que je croy d'un pareilfuccés
Que le Vin & l'Eau qu'on mélange..
Si cefentiment eft conftant,
On ne doitpas trouver étrange
Que le Vinfe recherchetant;
C'est qu'en ce jus incomparable
L'on rencontre tout- à-la-fois
L'utile avec le délectable.
Quand on n'en prendroit que deux
doigts:
A quoy bon donc vouloir défaire
Ce que le Souverain afait?
du Mercure Galant. 143
Je trouve que c'est unforfait ;
Et fi l' Ean nous eft neceſſaire,
Ilfaut la prendre àpart, & toûjours le
Vin pur,
C'est là ,felonmoy, le plusfeûr.
Quelle eft l'origine des Jeux.
S1
l'on croit Hefiode enfa Theogonie,
Vulcain parfon divin génie
Foulut produire au jour la premiere
Beauté.
Il laforma de terre, & l'ayant animéc¡
De tousles autres Dieux ellefut eftimée
Comme left toute nouveauté;
Desdons les plus exquis chacun luy fit
largeffe,
Vénus defes attraits, Pallas de fa fae
geffe,
De fes riches trésors Junan,
Mercure defon éloquence,
Et defa Mufique Apollon:
Ainfi des autres Dieux , qui tous en:
abondance:
144
Extraordinaire
Luy verferent à pleines mains
Ce quifait aujourd buy le bonheur des
Humains.
Plus brillante alors que l'Aurore,
Par un Decret divin on la nomma Pans
dore,
Car Pan, veut dire tout, & dore autant
que don;
Ces deux mots affemblez compoſerentfor,
nom .
Mais du GrandJupiter la puiſſance ir
ritée
Contre l'infolent Prométhée,
Dont le coeur trop audacieux-
Avoit dérobé dans les Cieux
Lefeu qu'ily gardoit, pour l'apporter
fur terre,
L'engage à prendrefen Tonnerre,
Pourvangerfur tous les Mortels
Cet affront outrageant ; & quoy qu'à fes
Autels
Chacun fift des voeux pourluy plaire,
On ne pût de ce Dieu jaloux
Jamais appaifer le courroux.
Pour
du Mercure Galant .
145
Pour nepas démentirſon divin caractere ,
Sans redouterfatigues ny travaux,
Il va rechercher tous les maux,
Afin de les cacher dans lafatale Boëte
Que Pandore reçoit pour venir icy- bas
Apporter ce funeste amas
Plus vifte qu'on ne voit tourner la Girouette.
Faifant tousfes efforts afin de le vanger,
Elle entre chez Epiméthée,
Jeune Frere de Prométhée,
Dont l'efprit étourdy craignoit peu le
danger.
Ilne refufe pas la Boëte qu'on préfente,
Le dehors en eftoit artiftement grave;
Le préfent à fon gré furpaffoitfon actente,
C'eftoit pour mieux furprendre un Onvrage
achevé.
Ill'ouvre, & tous les maux que ceste
Boëte enferre
Se trouvent difperfez auffitoftſur la terre.
Les Feux eftoient compris dans tous ces
maux divers,
Q.deJanvier 1684.
N
ย
2
146
Extraordinaire
( C'est de là
origines)
vient leur que je tiens que
Et comme on les croyoit de naiffance divine,
Ils furent bien reçeus d'abord dans l'Vnivers.
Mais bientoft apres les plusfages
Les décriérent en tous lieux,
Et firent voir que leurs ufages
Eftoient toujours pernicieux,
Et plus dangereux que la pefte,
Puis qu'enfin leur effetfunefte
Ne s'arrefte pas à nos corps,
Rendant noftre mémoire infame,
Et qu'ilsfont fouvent perdre l'ame,
Apres avoirdétruit les plus riches tréfors.
ALCIDOR, du Havre,
La Lettre qui fuit cft l'effet d'une
Conversation qui a efté faite entre
plufieurs Perfonnes d'efprit , de l'un
& de l'autre Sexe , & dans laquelle
du Mercure Galant. 147
la matiere des Scrupules fut agitée.
Un galant Homme qui s'y rencontra
s'eftant hazardé à parler de deux
Autheurs qui la traitoient tous les
jours , une Dame d'un mérite diftingué
le preffa de dire les noms de ces
Autheurs , & d'en expliquer lesfen
timens. Il nefe tirá d'affaires , qu'en
luy promettant de luy écrire le lendemain
ce qu'elle defiroit fçavoir.
C'est ce qu'il fit en ces termes.
Nij
148 Extraordinaire
2255 SS222 25252 52
SUR LES
+
SCRUPULES.
A MADAME *** .
LE
E croiriez - vous , Madame,
que depuis le moment que
j'ay eu l'honneur de vous voir,
je n'ay pû affembler les deux
Autheurs qui traitent encore tous
les jours la matiere des Scrupules
, fur laquelle vous m'ordon.
nez de vous mander leurs fentimens.
Je vous avoue que fi vous
ne m'y aviez point engagé d'un
air fi preffant , je laifferois la réfolution
de vous en entretenir,
du
Mercure
Galant. 149
& ferois un fort grand
fcrupule
de parler des
Scrupules
devant
vous , apres avoir entendu toutes
les jolies chofes que vous fourni
tes à noftre
derniere
Converſation
. Cet obftacle ne feroit
pas
moins
difficile là vaincre , que
celuy d'unir les deux
Autheurs
dont j'ay
commencé de vous
parler.
Car l'unfe trouve
rarement,
La rencontré de l'autre eftbien plus
impoffible.
L'un's'échape fifinement,
Qu'il est appellé l'invifible ;
Par malheur l'autre eftfifenfible,
Que quad on vous voit un moment
On le cherche inutilement.
Apres cela , Madame , je ne
croy pas qu'il foit néceffaire
de
yous déclarer les noms de ces
3
N iij
150 Extraordinaire
deux Autheurs. Cependant pour
vous ôter la peine de les chercher
, je veux bien vous les ap:
prendre dés à préfent , car je
prévoy que vous vous récrierez
fur l'indifcrétion de l'un , & fur
l'égarement de l'autre , fi je ne
vous préviens un peu en leur fa.
veur.
L'un eft le Coeur, l'autre l'Eſprit.
L'unparle, l'autre s'attendrit,
L'un a beaucoup defeu , l'autrefans :
ceffe brûle,
Et tous deux forment le Scrupule ;
Quoy quel'on fcache bien qu'enfcrupule
, le Coeur
Eft bienplus que l'Eſpritun dange
reux Autheur.
Si je me fentois beaucoup de
l'un , & s'il fe pouvoit faire que
je fentiffe encore l'autre , je tâ,
du Mercure Galant.
ISI
fes ,
cherois , Madame , de leur faire
tenir un langage qui fuft digne
de vous ; mais puis que je dois
defefperer de ces deux entrepriaccommodez-
vous , je vous
conjure , de ma fterilité , fur un
fujet où il y a tant de belles chofes
à dire. Si elles naifoient auffi
facilement au bout de ma plume,
qu'elles fortent naturellement de
voftre bouche , je ferois beaucoup
moins embaraffé à vous
ob.ir & à vous fatisfaire ; mais ,
Madame ,je vous avoue de bonne
foy , que tous les efforts que je
fais pour avoir de l'efprit fontfort
inutiles ; & quoy queje vous
montre icy la diférence d'un
grand nombre de Scrupules , je
fuis toûjours perfuadé que je n'ay
pas penétré la profondeur de
N iiij
152
Extraordinaire
cette matiere , fur laquelle j'ap
préhende fort que vous ne me
fourniffiez de trop bons Mémoi
res . Aini , Madame , apres vous
avoir dit ce que je crains , je
croy qu'il eft temps de vous dire
ce que je penſe .
J'ay donc tiré avec le fecours
de l'Esprit , les fentimens & les
délicateffes du Coeur fur la nature
des Scrupules ; & comme
celuy- cy débute toûjours par les
chofes qui l'intéreffent , il m'a
laiffé voir ce qui ſe paffoit de
plus profond chez luy , & m'a
fait entrer dans le fecret de fes
mouvemens , dont l'un des plus
grands eft la tendreffe , & qui
plus que tout autre a des Srupales
plus violens , mais auffi plus
aifez à vaincre , fur tout quand
du Mercure Galant.
153
un Amant a trouvé la réfolution
d'en faire paffer le fecret jufques.
à l'objet à qui d'abord on le cache
, & qui feul enfin le doit fça .
voir , ayant feul auffi le pouvoir
d'y remédier , & de le reconnoiftre.
C'est alors que l'onfent que d'un tendrefecret
Naist le Scrupule de Tendreffe,
Qu'on n'explique pas tout à faits
Carcertaine délicateffe,
Qui du Coeurfe rend la maîtreffe,
Luy fait craindre d'eftre indifcret .
De la crainte on paſſe au regret,
Du regret on tombe en trifteffe.
C'estainsi que le Coeur , d'un Scrupule
imparfait
Forme un Scrupule defageffe,
QueSouvent il a lafoibleffe
Defe propoferpour objet.
154
Extraordinaire
Tous ces mouvemens dont je
vous parle icy , Madame , ont
encore leurs Scrupules particu
liers mais comme ce font des
Scrupules du reffort de l'autre,
& qu'ils ont en cela le mefme
deftin que les paffions qui les
produifent , dont le feul amour
eft la fource , je demeureray plus
court fur cet article , & continuëray
de vous ouvrir mes fentimens
fur un autre genre de
Scrupules , qui bien qu'il foit
fort à craindre , ne laiffe pas
neanmoins d'eftre fort à la mode.
C'est le Scrupule de Miftere,
Qui n'eftpas moins embarafant;
S'ilfautparler, s'ilfaut fe taire,
Ileft vain , il eft impuiſſant.
S'ilfaut aimer , hair , s'ilfautplaire,
ou déplaire,
du Mercure Galant. 155
Tantoft il eft coupable, & tantoft innocent.
Trop heureux eft celuy qui n'ajamais
affaire
De ce Scrapule complaisant,
Qui n'est plus bon à rien , puis qu'il
n'est pasfincere.
fon
Je croy, Madame, que je trou
veray voftre fuffrage, pour mieux
finir la condamnation de ce dan.
gereux Scrupule , qui par
langage incertain , eft autant inu
tile à la feinte , qu'il eft prefque
toûjours contraire à la fincerité.
Cette feule raifon fuffiroit pour
vous en faire détefter l'ufage ; à
vous , dis- je , qui faites une profeffion
ouverte d'eftre fincere,
que vous foûtenez fi merveilleufement
, & par vos actions , & par
vos paroles .
156 Extraordinaire
Enfin , Madame , pour abreger
la matiere des Scrupules qui touchent
aux intérefts du Coeur , je
me perfuade que vous agréérez
bien que je laiffe voir icy une
petite diftinction , que l'on ne
fait pas affez dans le monde , &
fur laquelle il ſemble meſme que
les délicats paffent un peu trop
legérement . Ce font les Scrupules
que l'on doit faire de l'amour,
& en amour , qui par leur grande .
conformité font fort aifez à confondre
, & de qui cependant les
effets ne doivent pas eftre con
fondus.
Quant au Scrupule de l'Amour,
C'eft defentirde latendreffe,
Et defoupirertour à tour,
Soit que l'onfoit Amant ,foit que l'on
foit Maiftrefc;
du Mercure Galant. 157
Maisfouvent tous les deux ont la mêmefoibleffe,
Et de crainte de s'enflamer,
Ilsfont un Scrupule d'aimer.
Voila , Madame , ce qui fait
le premier Scrupule , dans lequel
fans doute le defir de conferver
noftre repos & noftre liberté,
nous entraîne ; mais auffi quand
le Coeur ennuyé de cette oifiveté
, commence un choix digne
de fon amour , & qui reconnoift
fa tendreffe ,
C'eft alors qu'on le nomme unScrupule
en Amour,
Que l' Amant & que la Maîtreffe
Reffentent chacun à leur tour,
Quand doutant de l'excés d'une égale
tendreffe,
On les voitfe direfans ceffe,
Animez de leurs tendresfoins,
158
Extraordinaire
Hélas,je t'ayme trop! Helas, tu m'aimes
moins !
C'eft , Madame , le fecond
Scrupule , qui , comme vous
voyez , eft bien diférent de l'autre.
Cependant cette incertitude
qui fait la délicateffe du tendre
amour , eft toûjours fi agréable,
que l'on craint avec raifon d'eftre
tiré de cette erreur ; car rien n'al .
larme tant deux coeurs qui aimēt,
que d'entreprendre une juſtification
qui puiffe les faire revenir de
toutes ces craintes , & de tous
ces reproches . Mais , Madame,
ne me laiffay-je point emporter
au torrent , & ne murmurez- vous
point fecrettement contre moy,
d'outrer une matiere qu'il eft fi
dangereux de toucher ', quand on
en entretient une auffi charmante
du Mercure Galant.
159
Perfonne
m'arrefte .
que vous ? Ce Scrupule
Ah Dieux! quel eft donc mon Scrupule?
Faut- il que je le difſimule?
Ouy , je ne dois pas l'exprimer,
Le filence me doitfuffire.
Fut- iljamais un tel martyre?
Lors qu'on nefait nul Scrupule d'aimer,
Pourquoyfait- on Scrupule de le dire?
Le Coeur en cette rencontre
n'oublie rien pour le laiffer remarquer
; il ſe fait un langage des
foins , des foûpirs , des regards,
& du filence mefme. Mais l'Ef
prit , qui fait un peu plus le ca
pable , fufpend tous ces mouvemens
par un efprit de Politique ,
d'où naift le Scrupule de Conſcience.
160 Extraordinaire
Car c'est bien un autre accident,
Quand unefauffe expérience
Afurle Coeurcet afcendant,
Quifaity naiftre en un moment
Le Scrupule de Confcience.
Unfoupir alors eft un mal,
Qui tire à quelque conféquence;
Unregardpaffe encorpour crime capitali
Enfintouty devientfatal,
Sans l'aide de la Pénitence.
On cherche dans la folitudeun
azile pourſe parer contre le malfe
heur dont on reçoit la menace.
L'Oraifon & la Priere ferment
l'oreille & le coeur aux voux d'un
Amant ; on fe retire du bruit &
du monde , on interrompt toute
forte de commerce avec ceux
;
qui y font encore enfin on
sarme d'une auftere vertu , pour
du
Mercure Galant.
161
fe mettre en fûreté contre les
airs tendres d'un Amant , &
contre les forces de l'amour.
Mais lors que la vertu tourne tout en
Scrupule,
N'entend, ne voit rien qu'àregret,
Qu'elle eft rude, morne, incredule
Pour tout ce quife dit, pour toutce qui
Lefait,
C'eft une vertu ridicule.
Ce n'est pas lale bel effets de
D'une vertubienfcrupuleuſe,
Quitourauplus n'estque douteuses
Maistout compté, tout rabatu,
C'eft un Scrupulefans vertu.
Cependant , Madame , on fe
forme un vray caractere d'infenfibilité
, fur l'efpérance dont
W
on fe flate de s'en faire un de
vertu ; & c'eft une erreur , à la
quelle l'Efprit s'abandonne.
Q.deJanvier 1684.
162
Extraordinaire
L'on voit fouvent qu'unfimple
Esprit
b
Se vent meflèr d'avoir auſſi quelques
Scrupules.
Il en fait à fon tour , mais defi ridicules,
Qu'on peut les appeller Scrupules à
crédit.
Et ce qui l'affure , Madame,
dans cet état de perfection où il
croit eſtre monté , c'eſt qu'il appelle
à fon fecours celuy d'une
fauffe devotion , dont il fait un
ufage auffi dangereux , qu'une
injufte parade , qui ne fervent
l'un & l'autre qu'à couvrir ce
qu'il fent , & à cacher ce qu'il
voudroit faire.
Les Scrupules nailfans de la Devotion
ont bien moins fur le Coeur quefur
l'Esprit d'empire;
du Mercure Galant. 163
Carfi l'on ne vit pas fans inclination ,
Si l'onfe plaint,fi l'onfoûpire,
C'est unfigne évident de la tentation;
Si bien quepour toucherà laperfection,
Ilfaut toutfaire, & ne rien dire .
C'eft là , Madame , le fecret
des faux Devots , qui ne vifent
qu'à fauver les apparences , dont
ils parent une conduite qui feroit
fouvent beaucoup d'horreur
par elle - mefme ; mais pour ne
point laiffer connoiftre la nature
de leur fecret , ils le laiffent échaper
fous les airs d'un auftere Scrupule
, qui leur aide à paffer hardiment
fur le fcandale qui en
pourroit arriver ; & dans cet état
ils paroiffent tout autres qu'ils
ne font , & ne font pas tout ce
qu'ils paroiffent.
O ij
164
Extraordinaire
Mais , Madame , finiffons cet
épanchement , qui garde toû
jours de profonds égards pour la
vraye Devotion , & venons au
Scrupule de Superftition , que
vous me reprocherez juſtement
avoir un peu touché aux dépens
de voſtre Sexe , mais auffi quand
il eft queſtion de lever des Scrupules
, que ne doit - on pas faire
afin d'en venir à bout?
Le Scrupulefâcheux de Superftition
Sent trop laprofanation.
Onfçait que la premiere Femme,
En touchant au Fruit défendu,
Sefentit un Scrupule en l'ame,
Qu'en mangeant ce bon Fruit elle ent
bicntoft perdus
De mefme un zéle illégitime,
Dont l'Esprit fe trouve empêché,
Fait Scrupulefouvent duplus petit
peché,
du Mercure Galant. 165
Et n'enfait pas toûjours defaire un
fort grandcrime.
Il eft vray , Madame
Madame , que
tout le monde ne donne pas éga
lement dans cette forte de Scrupules.
L'heureufe éducation , le
beau tempérament , & quelquefois
un caprice un peu bruſque ,
en corrigent l'erreur, parce qu'on
craint que l'uſage qu'on en pourroit
faire , ne coûtaft bien- toft
des crimes , & cette crainte dé .
truifant alors ce Scrupule, amene
les Scrupules legers , aufquels
tant de Gens fe trouvent fujets .
La multitude en eft fi grande ,
qu'elle entraîne la plupart des
honneftes Gens . Ce n'eft pas
que quand ils fe reconnoiffent,
ils ne condamnent ces Scrupu
les & ne paroiffent honteux
>
166 Extraordinaire
d'en avoir efté les dupes. Ils
conclüent tous d'une voix,
Qu'ilfaut établir pour maxime ,
Quebienfouvent un Scrupule leger,
Au lieu de bien défendre & l'honneur
& l'eftime,
Leur fait courre un plus grand
danger,
Enles voulant ôter du crime ;
Car ce Scrupule enfin que cefaux zéle
anime,
Eft nomméjuftement des Gens deprobité,
Scrupule de legereté.
Ce ne fera jamais le mien à
voftre égard , Madame ; & quoy
que je ne fois pas Homme à n'en
avoir aucun , je vous avouë fans
fcrupule que j'en ay comme les
autres , puis que c'eſt un bien
utile felon quelques - uns , & un
du Mercure Galant.
167
mal
néceffaire felon quelques
autres.
.
Je ne suis ny Mistérieux,
Simple, Leger, Devot, ny Tendre,
Et bien moins Superftitiux,
Queje nepuis le faire entendre.
De direfi je fuis fincere , vertueux ,
Infenfible, au moment qu'ilfaut effre
amoureux,
C'est un fecretprofond, qu'il nefaut
point apprendre,
Qu'à l'adorable Objet à quije dois
mes voeux.
Comprenne qui pourra comprèdre,
C'est un peu trop m'examiner;
Ce Scrupule eft à deviner.
$3
D. L. N.
168 Extraordinaire
S'il vaut mieux foufrir un peu
d'amour , que
avec peine.
de s'en défendre
SONNET.
Idelles & fâcheux objets de ma mé
moire,
Arbitres inconftans de mafélicité,
Délicieux amour, tranquille liberté,
Quide vous aujourd'huyfaut-il bannir,
on croire?
Theatre des ennuis qui fletriffent ma
gloire,
Coeurfoible & chancelant, n'as- tu pas
trop douté?
Choifis , & fais enfin par un coup arrefté,
De ta trifte défaite une illuftre victoire.
Mais quepeux-tu choisir dans l'état où
jefuis?
Je
du Mercure Galant. 169
#1
Je veux, & ne veux plus, je deſire, &
jefuis ;
Chers Tyrans , rendez-møy la paix qui
m'eft ravie.
en
C'eft eft fait ; ma raifon eft maitreffe à
fon tour:
Revenez & régnez, tranquillité banie,
Taifez- vous, & mourez pour jamais ,
mon amour.
DIZEUS, Doyen de Noftre-Dame
du Mur,de Morlaix.
Voicy les Explications qui m'ont
esté envoyées en Vers , fur les deux
Enigmes de Ianvier , dont les Mots
eftoient les Marons & le Mafque.
Q. deJanvier 1684.
P
170
Extraordinaire
I.
Efte du jeu, morbleu j'enrage,
Difois-je l'autrejour apres un coupfatal.
Je ne joûray du Carnaval; .
Si ce train duroit davantage,
Firois bientoft à l'Hôpital.
Pour diffiper mon humeur noire,
Enfaifant reftir des Marons ,
Amis, fi vous me voulez croire,
Nous allons vuider des Flacons.
Fufqu'à ce que le Vin nous donne dans
le Cafque,
Allons, rions, chantons , bûvons;
Et s'il vient encor quelque Maſque,
Sans jouer nous le renvoyrons.
I I.
Depuisque jefuis amoureux, que jefuis malheureux!
Fe fens dedans mon coeur unfeu qui me
devore.
Sivous nefoulagez bientoft ma paffion
Charmante Beauté que j'adore,
Je vais roftir comme un Maron.
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
du Mercure Galant.
171
III.
V'ilfaut fe défier desfermens d'une
Belle!
Iris, que j'aime tendrement,
M'a juré mille fois qu'elle m'eftoit fidelle,
Et qu'elle ne voudroit jamais d'un autre
Amant.
Je la eroyois tout bonnement,
Et je l'en aimois davantage;
Ce n'est pourtant qu'une velage.
Jelavis l'autre jour avecque mon Rival,
Le Mafquefur le nez , courir de Bal
en Bal.
L'ingrate me trahit; unficruel outrage,
Une autrefois me rendra fage,
IV .
Le meſme.
On fe fert dans cette Explication du
mot de Loup pour celuy de Mafque.
Ve je vous plains, belle Sylvie,
Devous voir toujours poursuivie
Par un Mary trifte & jaloux!
Q
Pij
172
Extraordinaire
Heureufe, qui n'a point affaire à ces vieux
Loups;
Mais, fivous obfervant fans ceffe,
Il vous caufe tant de trifteffe,
Je n'enfouffre pas moins que vous.
V.
Le mefme .
CEffez, belle Philis, d'eftre inquiete;
A quoy bon tant vous allarmer?
Des Vivres qui viennentpar Mer,
Nous n'aurons aucune difette.
*3
Quoy que l'Hyver glaçant les eaux,
Empefche en tous lieux les Vaiffeaux
D'en apporter en abondance;
Mercure, qui prévoit de loin,
Redoutant pour nous l'indigence,
Nous vafecourir au befoin.
**
Remarquez doncfon foin extréme:
Nefait-il pas que nous aurons,
Pendant tout le cours du Carême,
Des Châtaignes & des Marons?
RAULT, de Rouen.
du Mercure Galant . 173
V I.
LA nuit du
dernier
Carnaval,
Jefongeois en dormant que je courois au
Bal,
Poury voir l'aimable Climene ;
Et que ne voulant
соппи ,
pas d'aucun eftre
Je me trouvois affez en peine,
Quand Mercure à l'inftant au fecours
m'est venu
Je connois, m'a-t- il dit, le deffein qui te
gefne.
3
Va, prens vitement cet Habit,
Ileft bizarre, antique, & grotesque, &
fantafque;
Sous ce déguisement tu pafferas pour
Bafque,
Ou pour Suiffe: qu'importe? Aufurplus,
ilfuffit
Queje te vayfournir de Maſque.
Le mefme.
P iij
174
Extraordinaire
Comm
VII.
Omment pendant ce rude Hyver
Mercure a- t-il pû conſerver, ”
(Me difoit l'autre jour Sylvie .
Qui de Marons avoit envie )
Des Marons fi gros & fi beaux,
Qu'ilsfurpaffent ceux de Bordeaux?
L'EPINAY- BURET, de Vitré
en Bretagne.
D
VIII.
Onner à deviner comme uneEnigme
obfcure,
Qui pourroit avoir cet employ
Sous une belle on vilaine figure ?
On dit que c'est un Mafque, & je le croy
pourmoy;
Soit qu'entraits hideux il abonde,
Soit qu'il étale aux yeux des Beautez
à prifer ,
C'eft luy qui bien fouvent a l'honneur.
de baifer
Les plus belles bouches du monde.
LA JOLY BOUQUINETTE
du Hoc .
du Mercure Galant.
175
M
IX.
Ercure nefait rienfans de bonnes
raiſons,
Saprudence est toujours extréme;
Pour nous ragoûter le Caréme,
Ilnous apréfenté defavoureux Marons .
AVICE , de Caen, Ruë
de la Harpe.
X.
Ouvert de cet Habit fantafque,
Vous prétendez nous attrapers
Maispour vous reconnoiftre, & ne nous
pas tromper,
Levons,s'il vous plaift, voftre Maſque.
XI.
Le mefine.
Ous avez beau , Seigneur Mer-
Vous
ན 7
°cure ,
Vous déguifer, fairefigure;
Changez tous les mois de Métier,
Soyez Maréchal, ou Fruitier,
Prenez l'Habit le plus fantafque,
Vendez des Marons , ou du Fruit,
´Enfin prenez le meilleur Maſque,
Piiij
176 .
Extraordinaire
Allez de jour, allez de nuit ;
Si-toft que je vous vois paroître,
Voftre airfi doux & fi galant,
Dont vous avez le beau talent .
Mefait toujours vous reconnoître.
V
La Belle Nourriture .
XII.
Ous voulez, dites- vous, Silvie,
Sçavoir mes occupations.
Je vais contenter voftre envie.
Enfaifant rôtir des Marons,
Pres dufeu jepaſſe la vie
Dans la plus rude des Saifons.
XIII.
LIGER, le Fils.
Auvre Exilée ! efes tu bien
Paroistre au jours ne crains- tu
rien?
N'apréhendes-tu plus le poifon & l'envie
De ces Bourrus qui t'ont bannie?
Non, je brave mes Ennemis,
Mercure eft trop de mes Amis :
Firay déguifée en Fruitiere,
Je vendray des Choux, des Marons,
du Mercure Galant. 177
Il m'a preftéfon Mafque , & pour aider
l'affaire,
Fay fes ailes à mes talons.
L'Exilée de la Ville- Françoife.
XIV.
Es Enigmes du mois j'aime affez
la premiere;
Qu'on la méprife, ou qu'on en faffe état,
Je prétens, fans aucun miftere,
En tirer un Maron par la patte du Chat.
LA RousQUE , de Rouen..
XV.
SAns eftre bizarre, on fantalque,
Perfonne nefçauroit nier,
Que des Enigmes deJanvier
La feconde nefoit le Maſque.
XVI.
La
Le meſme..
E Berger qui vit fous ma Loy,
Veut en vainfe cacher à moy,
Quelque déguifé qu'ilpuiffe eftre,
Il a toujours je ne -fçay- quoy,
Qu'il m'eft aife de reconnoiftre.
L'autre jour ce Berger vint m'apporter
Momen
178 Extraordinaire
Bien proprement dans une Boëte;
Je croyois qu'avecluy ma fortune eftoit
faites
Enfin j'en efpérois quelque chofe de bon.
Nous jouons, ilperd, & dénicke,
Je l'arrefte,& luy dis , demeurez Alcidon,
Voyons auparavant fi vous mefaites
riche.
Il parut tout furpris au recit de fon
пот ,
F'ouvris la Boëte enfin, & ne vis qu'un
Maron.
Ha, ha, dis-je, vrayment je vous trouve
fort drôle,
Mafque, de venir me tromper.
A mon tourje joûray mon rôle,
Et jefçaurayfort bienpar où vous attraper.
Q
La Belle à l'AnagrammeLibre
d'amour , de la Ruë du Bac.
XVII.
Ve de Masques par tout ! un cha
cun fe déguife;
Mefme il en eft plus à l'Eglife
du Mercure Galant. 179
Qu'aux Maifons dans le Carnaval .
Mais, ô déguisementfatal!
Les premiersfont toujours lespires,
Et produifant toûjours de plusfâcheux
effets,
Malgré Sermons, malgré Satires,
Ils nefe démafquent jamais.
Faux prude, beaufemblant , tout moüillé
d'Eau benite,
Catholique à gros grain, Efpagnol, Hypocrite,
Tu parois ce que tu n'es pas ;
On te connoit fort bien , mets donc le
Mafque bas,
Quitte ce Chapelet, onfçait bien ta maniere;
Tu l'as dans une main , dans l'autre une
Rapiere,
La haine dans le coeur,faifant tes orai-
Sons;
Prens- en plutoft un de Marons .
S'il eft moins propre àfaire une priere,
L'on n'en verra pas tant de profanations.
GYGES.
180 Extraordinaire
XVIII .
Ourquoy , divine Aftrée , aimable
powra Verité,
Quittiez-vous ces bas lieux? La vertu ,
l'Innocence,
Ontpeu de Protecteurs ; vous eftiez leur
défenfes
L'artifice en triomphe avec impunité.
0343
Helas! j'eftois toujours dedans l'obfcurité.
L'on me vouloit contraindre à garder
le filence,
Du moins on m'obligeoit d'avoir la complaifance
De groffir les objets , mais contre l'équité.
3
Je n'ofais me montrer quand j'estois toute
nuë;
Et lors qu'un Mafque pris me rendoit •
inconnuë,
Favois bien des Martyrs, mais peu
Confeffeurs
de
[
du Mercure Galant. 181
$3
Ilafallu céder maplace aux Politiques,
Qui parlent comme on veut , qui content
des douceurs
Aux Compofeurs de Fards & de Panégyriques.
XIX.
Le meſme.
E ne fuis point Oedipe ; & cependant,
JE
Mercure,
Auffitoft que je vois tes Tableaux &
tes Vers,
Je devine l'Enigme , & tous fes fens
divers;
Les deux du mois dernier nous marquent
lafigure
D'une Châtaigne en coque, & d'un
Mafque enfigure.
MAROTE DU TERTRE, du Pilier verd,
X X.
Os Maronsfont tres-beaux ; la
faifon rigoureuse V
Ne les a pas endommagez,
Et la bellefaçon dont vous les partagez
Meparoîtroitfort genéreuse,
182 Extraordinaire
Si l'on n'y trouvoit pas quelque chofe à
blâmer,
Et qui choque le bel ufage:
C'eft,genéreux Seigneur, de vous voir
transformer,
Et qu'un Mafque à nos yeux cache
voftre visage.
D
。
SYLVIE, du Havre :
XXI.
E bonne-foy, je vous affure
Qu'il nefutjamais à Bordeaux
De Maronsfi gros nyfibeaux
Que ceux que préfente Mercure.
Ο
LA DI-PERRON, de Vitré.
XXII.
N me l'avoit bien dit , je ne le
croyois pas,
Que le Divin Courrierfaifoit quelque
faux pas,
Et qu'ilfe reffentoit de la foible humaine;
Mais je ne voy que trop que ce Dien
des Larrons
Nefe met pas beaucoup en peine
du Mercure Galant . 183
Qu'onsçache que c'eft luy qui prit hyer
nos Marons .
PPhilis,
ALCIDOR, du Havre ,
XXIII.
Philis, tenez- vous fur vos gardes,
Il court certains Voleurs pendant ce
Carnaval;
F'en connois un d'original,
Quifort adroitement enleve jufqu'aux
Hardes;
Je l'appris hyer à mes dépens.
Le larcin qu'on m'a fait, fenfiblement
m'outrage;
Et pour ne pas tenir voftre esprit enſufpens,
Je veux nommer l'Autheur de ce galant
Ouvrage.
Mais, jufte Ciel! le croirez- vous,
Sans entrer comme moy dans un jufte
couroux?
Mercure eft ce Larron , ce n'eft point
impofture,
Ilfe fit reconnoiftre à mes yeux étonnez ;
Je remarquay bienfafigure,
ן י
184
Extraordinaire
Quoy qu'il entraft chez moy le Maſque
Surle nez.
Le mefme.
XXIV.
L
Es Marons déguifez dans la premiere
Enigme,
Seront defaifen tout ce mois ;
Mais on n'y peut porter fans crime
Le Mafque dufçavant Du -Bois,
Si ce n'eft quelques jours la premiere
Quinzaine,
Puis que la fainte Quarantaine
Arrivant dans ce temps, exige de nos
coeurs
Mortification, Jeune , Aumône, Abftinence,
Afin que nous foyons triomphans &
vainqueurs
Du Monde, du Démon, de la Concupif- .
cence .
XXV.
Le mefme.
L n'enfaut pointfaire lafine,
Eft- ce Châtaigne, eft- ce Maron,
Difoitnoftre aimable Voifine?
du Mercure Galant. 185
03
"Daffay-je pafferpour mutine,
Ou pour n'avoir point de raiſon,
De l'une j'ay dit levray nom,
Toûjoursfur ce Mot je m'obſtine..
$3
Pour lafeconde, franchement
C'est pour moy du haut Allemand,,
Et je renonce à la comprendre.
Si j'eftoisfans verd pour ce coup,
Feferois Fille à m'aller pendres
Mais je la tiens , c'eft Mafque, on
Loup
L'Amant de la Belle Madelon,,
de la Ruë Grenier S. Lazare
2. deFanvier 1684 Q
-186 Extraordinaire
SSSSSSSS :S5225 525
CINQUIEME PARTIE
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
Par M Comiers d'Ambrun , Prevoft
de Ternant , Profeffeur des Mathématiques
à Paris.
N
Ous avons démontré qu'il
faut
néceffairement que
tous les verres foient bien centrez
, pour compofer un excellent
Télescope , ou Lunete de lon17.
re
no
-C.
i.
ir
e,
ht
སྐསྨཱ ཐྭསྟ ! པ !
le
VILLE
THEQUE
BIBLIO
DE
LYON
*189
t
du Mercure Galant. 187
gue veuë , & pour bien prendre
la hauteur des Aftres , & des objets
terreftres , & le niveau ou
Tangente , àun point de la fphéricité
du Globe de la Terre ; car
une ligne à niveau , c'eſt à dire,
dont les points font également
éloignez du centre de la Terre,
n'eft pas une ligne droite , mais
une partie d'un grand cercle, qui
a pour centre celuy auquel tendent
les centres particuliers de
gravité de tous les corps qui compofent
ce Globe.
Nous avons auffi démontré,
que cettte néceffité de la bonne
centration des verres , n'eft pas
une nouvelle découverte , bien
que les plus anciens Autheurs
n'en ayent fait mention , difant
tout en peu de mots. Ainfi , en
Q ij
188 Extraordinaire
nus ,
l'année 1542. Hieronymus Fracaftile
plus ancien qui ait parlé
des Lunetes , fe contente de dire
au Chapitre 8. de fon Livre de
Homocentricis , les feize mots fuivans.
Per duo fpecilla ecularia , fi
quis perspiciat , altero alteri fuperpofito
, majora multo & propinquiora
videbit omnia.
En 1647. Mt Hevelius , dans fa
Selénographie , reconnoiſt la néceffité
de la bonne centration
des verres , c'elt à dire , que cha.
que centre de leurs deux furfaces,
foient en une meſme ligne droite
avec le centre de la forme du
verre , qui eft le centre de la
Sphere dont le verre plan - convexe
eft un fegment , & c. c'eft.
pourquoy pour me fervir de fes
termes , debent effe in margine aque
du Mercure Galant. 189
craffa fpecilla. C'est pour cette
raifon,
Qu'en 16... le R. P. Maiegnan
, Religieux Minime , à la
fin de fon Livre De la Perspective
& Dioptrique Horaire, donne aux
Ouvriers ce bon avis. Tali arte
lentes per fuos modulos , Ecuelles,
ducito ut femper convexa lentis
vertex, vertici cavi moduli , Ecuelle
, ad amuffim infiftat, &c.
Monfieur Defcartes a bien re
marqué dans le huitiéme Difcours
page 142. de fa Dioptrique impri
mée en 1658. que les verres doivent
eftre difpofez en telle forte,
que leurs Aiffieuxfoienten une mefme
ligne droite.
Ce qu'en 1655: Petrus Borellus,
car tous ceux de ce nom ont tou
jours efté fçavans Medecins,
190 . Extraordinaire
& tres experts en la pratique du
travail des verres des Lunetes,
n'oublia pas dans la 15. page Lib .
2. De vero Telefcepii & Binoculi
Inventore , imprimé à la Haye en
Hollande. Voicy fes termes. ob
ferva tandem quod centra duarum
variarum vitri fuperficierum fibi
ptimè refpondere debent.
En 1666. le R. P. Efchinard
Jéfuite , dans la 187. page Dialogi
Optici imprimé à Rome , avertit
les Ouvriers , de la neceffité de
bien centrer les verres. Curandum
eft , dit- il , ut axis utriufque fuperficiei
perfectè dirigatur per centrum
lentis , & c'eft en quoy les verres
objectifs font ordinairement défectueux.
Voicy une courte & palpable
démonſtration de cette neceffité
du Mercure Galant. 191
de la bonne centration des ver
res , de laquelle dépend l'excellence
, & le bon effet d'une Lunete.
Voyez Fig.1. Planche 6.
Soit le verre objectif planconvexe
AB mal centré , eftant
moins épais en fon bord vers 4,
que vers B. la ligne DC tirée à
plomb par le centre de fa fuperficie
plane- convexe , ne fera pas
à plomb fur la fuperficie convexe,
parce qu'elle ne paffe pas par
point. I, centre de la forme du
verre ou de la ſphere dont il eft
fegment. Pour le démontrer,
continuez & produifez de part
& d'autre la ligne droite AB,
comme auffi l'arc ACB , jufqu'à
ladite ligne droite aux points EF.
La ligne EF fera la corde de cet
arc ECD. Diviſez donc égale
le
192
Extraordinaire
ment la corde EF au point G , &
du point I, centre de l'arc ECF,
tirez par le point G la ligne
droite IGH, elle fera un demy
diametre , & parce qu'elle coupe
également la corde EF, elle fera
à plomb fur la ligue EF , ou fur
face plane du verre , par la troi.
fiéme Propofition du 3. Livre d'Eu
clide ; & comme par la qualité
du rayon du cercle , elle eft à
plomb fur le point H, qui eft un
plan du Polygone d'infinis côtez,
dont tout cercle eft compofé , il
il s'enfuit que les points G & H,
font les centres de la bonne cen--
tration du verre mal centré AB.
C'eft pourquoy des points G &
H pris pour centres , & du rayon
GM & HN, ayant couvert le
verre avec un carton pour appuyer
du Mercure Galant. 193
puyer deffus le centre , il faut
avec le compas à pointe de diamant
tracer un autre cercle fur
fa furface plane , & une autre
fur, fa furface convexe . Apres
quoy ayant grugé tout autour le
verre juſqu'à ces deux cercles
tracez avec la pointe du diamant,
vous aurez le verre KHM, NGL,
moindre en fes furfaces , mais
bien centré , & il aura par tout
égale épaiffeur en fon bord ou
contour. C'eft pourquoy eltant
placé dans le tuyau de la Lunete
P2, RS , l'axe de la radiation
HGI traverſera le verre fans foufrir
aucune refraction , parce
qu'il tombe à plomb fur ces deux
furfaces , & par conféquent con.
tinuëra le long de l'axe du tuyau
cylindrique de la Lunete &
2. deJanvier 1684.
R
>
·
Extraordinaire
194
ayant auffi traverſe fans foufrir
aucune réfraction tous les verres
oculaires que je fupofe bien
centrez , & fcituez bien paralle.
lement au verre objectif, & par
leurs bords bien à plomb contre
le tuyau , tombera auffi à plomb
fur le centre de la prunelle , ou
du moins dans la prunelle , puis
que nous l'appliquons à un trou
de trois ou quatre lignes au plus
de diamettre fait au fond de la
Boëte , qui porte le dernier ou
immédiat oculaire , comme vous
voyez dans la Planche Figure
& ainfi l'objet paroiftra 'dans
le lieu veritable ou il eft , & fe
peindra au fonds de la retine au
point
7
Confiderons maintenant ce
mefme verre ABCD , tout entier
du Mercure Galant. 195
avant fa récentration , & place
dans le tuyau de la Lunete RS ,
TV, & pour faciliter la démon-
Atration , mettons . y un oculaire
concave , il est évident que la
prunelle de l'oeil eſtant placée en
Xau milieu du bout de la Lunete,
aucun rayon de la radiation du
point principal de l'objet , cotre
lequel on croit la Lunete directe- ,
ment braquée , n'entrera dans la
prunelle de l'oeil , puis que tous
ces rayons émanez divergens, &
lefquels à caufe du grand éloignement
de l'objet , tombent :
phyfiquement parallele fur le
verre , fe réuniſſent ſur le rayon
de l'axe ou irrefract en leur foyer
au point I, & par conséquent fur
le fond de la retine ſe peindra le
foyer ou image d'un autre point
8
Rij
196
Extraordinaire
de l'objet , & comme l'axe de
cette radiation a foufert réfraction
, l'objet paroiftra où il n'eſt
pas, & on le croira en ligne droite
avec l'axe de la Lunete. Que fi
l'oculaire eft convexe , & ficué
au deça du foyer de l'objectif, la
prunelle de l'oeil ne peut recevoir
que quelques rayons de ceux
qui tombent les plus inclinez
fur le verre oculaire , & dont le
foyer ou réunion n'eftant pas
précis , ne peuvent caufer que
des couleurs par leur trop grande
refraction.
Cette mauvaiſe centration des
verres d'une Lunete , qui fert
d'alidade aux Inftrumens graduez
des Aftronomes , fait que
leurs Obfervations concernant
la hauteur des Aftres , diferent
du Mercure Galant. 197
du moins en quelques fecondes ,
& mefme en des minutes entieres
, ce qu'ils rejettent tout à
Ala diférente Denfité de l'atmoffere
, laquelle caufant diférentes
réfractions élevent diféremment
l'objet , & les Planetes que la
parallaxe abaiffe toûjours . Il eft
#donc abfolument néceffaire que
les Aftronomes ne fe rapportent
pas fur la portée des Artifans
& Maiftres Lunetiers .
de
Un Aftronome , & tout Homme
curieux , doit premierement
reconnoiftre fi tous les verres
font bien centrez , avant que
les employer en la conftruction
d'un Teleſcopes , afin que les
centres des deux fuperficies de
chaque verre , comme auffi les
centres de leurs formes , folent
Rij
198
Extraordinaire
dans une mefme ligne droite.
C'eft le 103. Poftulatum de la Dioptrique
de Keppler , imprimée en
1611. Voicy ces termes. Ut in
tubo linea per utriufque vitri centra
convexitatum tranfiens fie una &
eadem. Ce qui dépenda de trois
Chefs . 1. De la bonne centration
des verres. 2. De la fituation
parallele de tous les verres
dans le tuyau . 3. De la rectitude
du tuyau. Nous allons dire làdeffus
, tout ce qui eft néceffaire
dans la Théorie , & dans la Pra.
tique .
Si le verre n'eft pas bien centré,
il le faut récentrer , trouvant fur
fa furface convexe le point de fa
bonné centration, auquel aboutit
Paxe de la fphére dont le verre
eft un fegment ; mais d'autant
du Mercure Galant . — iģ
DO
qu'il eft inutile de recentrer ,
recouper un verre , s'il eft defectueux
dans fa matiere ou dans
fon travail , & que leur éclat &
leur poly exquis empefche de difcerner
facilement leurs défauts ,
la matiere du verre doit eſtre claire
, pure, nette & homogene.
A
Pour reconnoiftre les défauts
de la matiere d'un verre travaillé
plan-convexe ou convexe des
deux coftez , arreftez à l'opofite
d'un objet bien éclairé , & médiocrement
éloigné , le verre que
vous voulez examiner , éloignez
vous - en peu à peu , juſques à
tant que l'image aërienne de
l'objet foit préciſement fur l'hu
meur criftalin , qui employera
tellement les rayons , que les
rayons de chaque point de l'objet
Riiij
200 Extraordinaire
feront peints confufément fur un
meſme point de la retine , & par
conféquent il ne s'y formera
aucune image de l'objet pas mefme
de fa couleur , mais en échan
ge on ne verra que
le verre, dong
image de toutes fes parties fe
trouve diftinctement peinte fur
la retine. C'est pourquoy tous
les défauts de la matiere y ayant
leur efpece ou image , vous pa
roîtront tres-diftin&tement, com
me tourbillons , cendres , lames ,
furchargement , veines , points,
fable , bouteilles , fumées , vefcies,
parties opacques, & enfin toutes
les parties qui feront heterogenes.
On peut auffi reconnoistre de
nuit les défauts de la matiere du
verre convexe , en recevant fur
du Mercure Galant. 201
Phumeur cristalin, le foyer, baze
de diftinction , ou image aërienne
de la flâme d'une Bougie.
Vous jugerez auffi de la bonté
de la matiere , & du poly du
verre convexe travaillé , fi dans
une Chambre il refléchit l'image
du Soleil contre la muraille du
bas intérieur de l'appuy de la
Feneftre , s'il n'y a aucun bril.
lant parfemé de lumiere. On reconnoift
auffi par ce moyen , fi
un verre travaillé eft bien centré,
lors qu'au centre du rond de lumiere
refléchie , on y remarque
un petit rond fort brillant,& bien
concentrique.
Pour reconnoiftre les défauts
de la matiere d'un verre concave,
il le faut monter à l'ordinaire à
un bout du tuyau de la Lunete,
202 Extraordinaire
dont l'autre bout eft garny du
verre objectif , par lequel recevant
les rayons du Soleil dans la
Chambre noire , fur un Carton
ou Table d'attente perpendiculairement
oppofée au Soleil , ſon
image portera, & vous marquera
tous les défauts du verre oculaire
concave , & afin d'eftre affuré
que ces taches ou macules font
dans le verre , & non pas fur le
difque du Soleil , tournez doucement
la Lunere fur fon axe , ou
le feul tuyau qui porte le verre
concave , car fi ces taches roulent
fans.deffus- deſſous dans le
mefme temps que le verre oculaire
, elles proviennent de la
matiere du verre, & au contraire
feront fur le difque du Soleil , fi
elles ne changent de place.
du Mercure Galant. 203
Il nous reste à examiner la
bonté du travail des verres planconvexes
qui fervent d'objectifs
à toutes les grandes Lunetes , &
tres - fouvent mefme de verre
oculaire , comme auffi à exami
ner celles des verres également
convexes des deux coſtez , qui
fervent de verres objectifs aux
Lunetes qui n'excedent pas deux
pieds en longueur , & fervent
auffi de verre oculaire aux petites
, aux médiocres , & aux plus
grandes Lunetes. Le R. Pere
Scheiner , dans ſon Roſa Urfina,
Lib. 2. Cap. 20. me fournit un
- moyen queje gloſe ainfi . Tendez
bien perpendiculairement fur le
plan uny d'une muraille , une fi .
celle par un poids attaché , & en
eftant éloigné de quelques pas,
204
Extraordinaire
arreſtez voſtre verre directement
& parallelemet au plan de la muraille
, & ayant l'ecil peu éloigné
du verre entre le verre & fon
foyer objectif, confiderez attenti
vement fi cette ficelle veuë à travers
ce verre , & comme paffant
par fon centre , vous paroift bien
droite, mefme en tournant le ver
re fur fon centre , éloignez -vous
enfuite du verre jufques au deça
de fon foyer objectif, car rece
vant les rayons apres leurs décuffations
qu'ils font au foyer,
l'objet vous paroiftra renverfe,
& confiderez fi ce filet dont l'image
ſemble paffer par le centre
du verre , paroift toûjours bien
droite mefme lors que voftre adjudant
tournera le verre, fur for
axe,cela eftant, vousferez affuré
du
Mercure Galant. 205
3
de la bonté du travail de ce verre,
& pour me fervir de mes termes,
vous pourrez dire que ce verre
eft bien centré. Vous ferez le
mefme jugement , fi en regardant
par ce verre un triangle,
un quarré , ou un cercle, l'apparence
en eft toûjours bien régu
liere , fi les coft ez du quarré pa
roiffent bien en ligne droite , &
fes angles droits , comme auffi , fi
l'aparence du cercle ne dégenre
point en ovale , & c. mefme lors
que vous tournez ce verre fur
fon centre & axe. Toutes ces
fortes d'épreuves ne peuvent fer
vir à trouver le point de la bonne
centration des verres ; j'en dis
autant de la maniere d'obſerver
fur la furface fupérieure du verre,
le point auquel paroiffent s'unir
206 Extraordinaire
les deux images d'un point no.
table d'un objet élevé , la premiere
de ces images eftant reflćchie
par la premiere ſuperficie
du verre , & la feconde , par la
fuperficie de la profondeur du
verre. Difons donc que les manieres
fuivantes font les
Preuves affurées de la bonne
Centration des Verres planconvexes
, des convexes
des deux coftez.
Sve
I les deux fuperficies du
verre fe coupent vivement
à leurs bords, c'eft à dire, s'ils font
par tout bien coupant à l'entour
de leur circonférence . La démonftration
de fa bonne cendu
Mercure Galant. 207
tration eſt trop évidente d'ellemefme
, pour en parler davantage
.
2. Si un verre coupé bien rondement
, a par tout une égale
épaiffeur dans les bords de fa
circonférence , il fera bien centré.
3. On peut facilement trouver
le point de la bonne centration
du verre , dont la longueur du
foyer Solaire ne fera que de trois
ou quatre pieds. Ayez deux fem
blables & égales pieces de Car
ton de figure rectangle , fur lef
quelles vous tracerez en haut les
quarrez égaux , comme dans les
Fig. IV. & V. de la Planche VI.
des points C, interfections des diagonales
de ces quarrez , tracez
les cercles ABDE, ab de, dont le
208
Extraordinaire
diametre foit d'environ une ligne
& demie plus grand que le diametre
de la fuperficie du verre à
examiner , tracez auffi fur le premier
Carton , Fig . IV. du cen.
tre C, un cercle intérieur , dont
le diametre ne foit que la moitić
du diametre du cercle ABCD , &
fur le fecond Carnon Fig. V. un
cercle intérieur dont le diametré
foit d'environ trois ou quatre
lignes plus grand que le diametre
du cercle intérieur du premier
carton; tirez auffi fur chaque car.
ton par les centres perpendi.
a
culairement aux coftez des deux
quarrez les lignes AR , DE , ab, de,
apres quoy avec la pointe d'un
aiguille rougie à la Aâme d'une
Bougie , faites huit petits trous
bien ronds fur la circonférence
du Mereure Galant. 209
-
du cercle extérieur de chaquè
Carton , aux points de l'interfection
des deux perpendiculai.
res , & des deux diagonales.
Faites auffi huit autres petitstrous
fur le cercle intérieur du:
premier Carton , & un trou en
fon centre , comme en la Fig. IV.
vuidez enfuite le fecond Carton,
en oftant tout ce qui eft contenu
par la circonférence du cercle
intérieur. Fig. V.
Mettez voftre verre entre ces
= deux Cartons , obfervant que fi
le verre eft plan.convexe , la fur.
face plane foit fur le premier
Carton , afin que la boffe de fa
convexité entre commodement
dans la vuidange ou ouverture:
du fecond Carton. Arreftez ent
fuite voſtre verre entre ces deux
Sa
Q. de Janvier 1684,
210 Extraordinaire
Cartons , comme en la Fig . VI.
paffant avec une aiguille du filet
à travers les huit trous faits &
efpacez également , & fembla .
blement fur la circonférence du
cercle extérieur , & égal en l'un,
& en l'autre Carton. Sur les bras
de l'affemblage de ces deux Car
tons qui portent le verre enchaffé
, mettez une lame de mé.
tail LM , & arreſtez le tout bien
à plomb avec deux ou trois viz
en bois ,au bout antérieur de la regle
d'épreuve N , Fig . VII . Tournez-
là fur fon pied P, en forte
que la ligne du milieu de la lon
gueur de la regle No foit dans le
cercle azimutal du Soleil ; &
comme la regle No eft mobile
fur l'axe qui la traverſe , élevez-
la jufques à tant que fon
du Mercure Galant. ΣΠ
plan fupérieur foit dans l'almucantarath
du centre du Soleil , ou
cercle parallele à l'horizon qui
a le zeniht pour Pôle , & qui
marque fur un cercle azimutal les
degrez de l'élevation du Soleil
fur l'horizon. Faites en mefme
temps couler en arriere la piece
STV àplombfur la ſurface ſupérieure
de la regle , & par confé
quent parallele à la furface du
verre , & des Cartons qui le tien
nent enchaffe , faites - la couler, "
dis - je , jufques à tant que vous
voyez fur fa furface antérieure
les Radiations du Soleil , qui ont
paffé par les neuf endroits que
les trous faits fur les Cartons ont
laiffé découverts aux rayons dư
Soleil , s'approchent toûjours
également & peu à peu de la
Sij
212 Extraordinaire
x
radiation qui paffe par le trou
central , & enfin fe joindre &
former au point F l'image du
Soleil, que par analogie nous ap、.
pellons , Foyer Solaire , ou endroit
où les rayons du Soleil eftant
raffemblez en grande quantité
brûlent , parce que virtus unita
potentius agit. Ce foyer ou baze
de diftinction , ou réunion en un
mefme point de tous les rayons
émanez divergens d'un meſme
point du Soleil , & par les loix
de la refraction rendus convergens
en penétrant le verre planconvexe
ou convexe des deux
coftez , ce foyer Solaire , dis -je,
eft l'image du Soleil . C'eft pour.
quoy comme le diametre du
difque apparent du Soleil , mef
me dans fon apogée , eft com
du
Mercure Galant. 213
pris par un angle de demy degré,
& que par conféquent il ne faudroit
que 710 . Soleils femblables .
au noftre , pour faire un pont de
lumiere folaire de toute l'Eclip
tique , comme l'Anneau de Sa.
-turne , &c. Par conféquent cer
foyer aura du moins en fon diametre
, la corde de 30. minutes
du grand cercle, dont le verre ob
jectif plan - convexe eft fegment.
C'eft pourquoy le R. Pere Chérubin
a eu une vifion parfaite,
lors que dans la 173. page de fa
Dioptrique Oculaire de 1671. ila dit
que si un verre cft bon aux Lunetes
de longue veuë , on doit recueillir
fur un plan directement oppofé , les
rayons du Soleilmefme dans un point.
Car, ajoûte- t- il , fi cela arrivoit
heureusement , ce feroit ,
dit- il en
214
Extraordinaire .
grand Ageometre , & bon Adiop
tricien , le Uray indice de l'excellence
de ce verre, & qu'ilferoit dans
fa veritable & préciſe largeur,
fans qu'il fut befoin de rien couvrir
de fa circonférence .
Par cette expérience vous aurez
BF la veritable puiffance du
verre que nous appellons lon
gueur de fon foyer Solaire ; & fi
vous éloignez davantage du
verre la Piece STV , fi le verre
eft bien centré , vous aurez toûjours
huit radiations , qui s'éloi
gnent peu à peu davantage , mais
toûjours également , de la neu
viéme radiation qui paffe par le
trou central , & qui aura par
conféquent un rayon Mathematique
que nous appellons axe de
la radiation de tout l'objet , le
du Mercure Galant.
215
quel aura penetré le verre fans
foufrir aucune réfraction , parce
que le centre de ce trou central
a efté fait fur le verre bien centré
, c'eſt à dire , fur le point , fur
lequel l'axe du verre ou femydiametre
partant du centre de la
fphere dont il eft fegment,a paffé
à plomb fur la furface plane , &
partagé également la corde du
fegment de ce verre plan convexe
; ainfi les deux centres des
fuperficies du verre , & le centre
de fa forme fe trouvent dans une
mefme ligne droite.
Vous verrez en mefme temps
avec plaifir l'effet de la décuffàtion
des rayons , &
pourquoy
dans la veuë naturelle l'image des
objets eft toûjours peinte renverfée
fur le fond de la Retine , car
216 Extraordinaire
tant que ce plan STV fera entre
le verre & fon foyer folaire , la
radiation du trou fupérieur A, y
paroiftra la plus élevée , & le plan
STV eftant an- deça du foyer,
cette radiation du point A fe
peindra au- deffous , changeant
de place ; & pour vous en con
vaincre fenfiblement couvrez
ce trou A , & la radiation la plus
baffe manquera fur le plan STV.
Que fi vous approchez le plan
vers le verre , lors qu'il en fera
moins éloigné que fon foyer fo
laire , cette radiation du trou ▲
manquera tout au - deffus des autres
; par ce qu'au foyer folaire
ces 8 radiations s'entrecroifent,
les fupérieures devenant inférieures
, & celles qui font à main
droite paffant à main gauche, & c .
11
du Mercure Galant. 217
T
Il y a quelques années que dans
une des Affemblées publiques
des plus curieux & fçavans du
Corps de Médecine , je me fervis
de cette machine pour ex .
pliquer évidemment tout ce qui
concerne la veuë , elle y receut
une genérale approbation , &
celle de M' du Verney , l'un des
plus fçavans Médecins , & experts
Anatomistes de l'Europe , &
Membre de l'Académie Royale
des Sciences , qui continue à
faire un des grands ornemens de
la France , en travaillant utile .
ment à perfectionner les Arts &
les Sciences . Ces Meffieurs redoublent
leurs doctes applica
tions , & leurs fçavantes veilles ,
pour répondre aux intentions du
plus augufte des Monarques de
Q. deJanvier 1684. T
218
Extraordinaire
la terre , par les ordres
que leur
a donné
fon incomparable
Miniftre
d'Etat
, puis que dans toutes
les plus
grandes
Dignitez
,
Charges
& Emplois
du Royaume
, par tout & en tout temps
,
conformément
à ſon nom ,
FRANCOIS - MICHEL LE TELLIER
DE LOUVOIS.
'IL EST LE CHEMIN DV SOLEIL
LA FORCE DY ROT.
Si la radiation d'un de ces
8 trous faits fur le cercle intérieur
du premier Carton 4 B : CD s'a.
proche fur le plan ST davan-
Tage ou plûtoft que les autres,
de la radiation qui paffe par le
trou fait au centre C , c'eft un
figne infaillible de la mauvaiſe
du Mercure Galant.
219
T
centration du verre , & que le
trou d'oùfort cette radiation , eft
le plus éloigné du veritable point
de la bonne centration du verre,
ou de l'axe de la fphere dont le
verre eſt ſegment , car les rayons
qui tõbent fur le verre, beaucoup
plus éloignez de fon axe , tombant
plus inclinez , l'angle de
leur réfraction eft plus grand,
c'est pourquoy ils fe retiniffent
plûtoft fur l'axe, ; ce que vous
reconnoiſtrez par expérience ,
ayant fait un trou fur l'un &
l'autre carton fort éloigné du
centre des fuperficies du verre
ou trou central c, & prefque fur
le bord du verre. C'eſt d'icy
mefme qu'en l'année 1652. eftant
pour le fervice du Roy au Fort!
de l'Eclufe fur le Rhône , à qua-
Tij
202 Extraordinaire
tre lieuës au -deffous de Geneve,
je cherchois. à reconnoiftre par
expérience la jufte & préciſe ou
verture qu'un verre objectif peut
foufrir & porter fans diminuer la
netteté & diftinction de la vifion
de l'objet , car le trop d'ouver
ture la rend confuſe , mais fort
claire , & une ouverture trop
étroite rend la vifion de l'objet
tres - diftincte , mais peu claire,
& fort fombre , &c.
Comme cette maniere de connoiſtre
& corriger la mauvaiſe
centration des verres objectifs
des Teleſcopes ou Lunetes de
longue- veuë , ne peut fervir que
pour les objectifs des Lunetes de
3 ou 4 pieds ; voicy deux manieres
defquelles je me fervois pour
les verres de longue portée ou
du Mercure Galant. 221
puiffance , c'eſt à dire , de grande
longueur de foyer ; elles font
tres faciles , tres - précifes & demonſtratives
dans la pratique.
voyez la Figure XI . Je fis faire à
Geneve avec du léton de caléndre
, d'une ligne d'épaiffeur , un
tuyau cilindrique d'un pied de
longueur , foudé d'argent , &
tiré à la filiere , & puis rectifié
au tour , & rendu précisément
d'égale épaiffeur , que je fiscouper
bien rondement & à plomb
fur fon axe , l'ayant monté fur
un mandrin jufte . Le diamétre
de ce tuyau avoit 3 pouces &
4 lignes , qui eft le diamètre fuffifant
pour la furface à laquelle
on peut réduire un verre planconvexe
, de 20 pieds de foyer,
après qu'il a efté travaillé , car
Tiij
222 Extraordinaire
pour le bien travailler il faut néceffairement
que le diametre de
fa furface ait du moins 4 pouces ,
d'autant qu'il eft impoffible que
les bords du verre foient également
bien travaillez . I fuffit
donc qu'un verre de zo pieds de
foyer , ait apres fon travail le
diamétre de fa furface de 3 pouces
& 4 lignes , car pour excellemment
qu'il puiffe eftre travaillé
, quand ce feroit par la
mam d'un Ange , il ne pourroit
au plus foufrir avec diſtinction
qu'une ouverture de 3 pouces de
diamétre ; c'eft pourquoy luy
donnant un verre oculaire également
convexe des deux coftez ,
de 5 pouces de longueur de foyer
folaire vous aurez une Lunete
laquelle avec grande clarté &
du Mercure Galant. 223
1
་
diftinction augmentera 48 fois
l'apparence naturelle du diamérre
vifuel de l'objet, d'autant que
48 fois 5 pouces font 2 40 pouces ,
ou 20 pieds, longueur du verre objectif,
laquelle contient par conféquent
48 fois les 5 pouces où
la longueur du foyer du verre
oculaire.
Je paffay ce tuyau dans un canal
fait par le centre d'une boule
de bois blanc , où il couloit &
tournoit facilement. Voyez la
Fig. XI. J'enchaffay & enclavay
certe boule dans deux planches
vuides en dedans de leur épaiffeur
, fuivant le diamétre de la
boule , que j'avois bien frotté
avec du favon , afin qu'on la puft
facilement contourner , comme
l'oeil des Animaux dans les con
Tij
224
Extraordinaire
cavitez où la fage Nature les a
logé , ces deux planches eftant
fermement arreftées avec des viz
en bois fur le trou qui reçoit une
partie de la boule , & qui eft fait
à un volet de la feneftre de la
chambre noire. Voyez la Figure
XIII. de la premiere planche du
XIX : Tome Extraordinaire du Mer
Cure. Et ayant contourné la boule
pour voir par ce tuyau quelque
objet éloigné & bien éclairé , ferrez
fortement les deux planches.
Placez enfuite voftre verrę duquel
vous voulez reconnoiftre la
bonne ou mauvaiſe centration ,
& ayant fermé la feneftre de
voftre chambre ou galerie noire,
foigneufement bouché toutes
les entrées à la lumiere , préfentez
une planchete couverte d'un
&
du Mercure Galant. 225
papier blanc bien directement au
dernier tuyau , & parallelement
à la furface du verre , la reculant
peu à peu jufqu'à tant que la peinture
de l'objet paroiffe tres- diftincte
fur la planchete; c'eft pourquoy
vous ne donnerez pas au
verre toute l'ouverture dont il
peut eftre capable , afin que l'image
de l'objet paroiffè plus dif-
Etincte , arreftez fixement voftre
planchere , & vous aurez la lon .
gueur du foyer objectif de ce
verre, qui fera toûjours plus éloi-
1gné que le foyer folaire . Marquez
avec un point d'encre le
point principal & plus notable
du milieu de l'image de l'objet.
Faites enfuite que quelqu'un
1 tourne ce tuyau qui porte le
verre , fi doucement qu'il n'é226
Extraordinaire
branle point la boule qui le contient
, fi la peinture du point de
l'objet demeure fixe fur le même
point d'encre marqué fur la planchete
, voftre verre eft bien centré
& bien pofé à plomb dans
fon tuyau , c'est à dire que l'axe
du verre convient avec l'axe du
tuyau , & ne font qu'une meſme
ligne droite. Que fi cette petite
image du mefme point de l'objet
fe peint fucceffivement en divers
endroits fur voftre planchete
, il y parcourra la circon
férence d'un cercle dont l'axe
iroit donner le veritable point de
la bonne centration de voſtre
verre , puis que ce contour que
fait ce point de l'image de l'objet
à mesure que l'on contourne le
verre avec fon tuyau , eft une
du Mercure Galant. 227
démonftration qu'il eft mal centré
, ou du moins pofé de biaiz
dans le tuyau
La maniere fuivante eft encore
plus facile & démonſtrative par
elle- mefine . Faites un trou à un
volet de la feneftre de la cham
bre ou galerie noire , paffez dans
ce trou un pied ou environ de
la longueur du tuyau antérieur
de la Lunete , dans lequel aurez
fait couler doucement le tuyau
= particulier qui porte le verre à
examiner , tirez enfuite dans la
chambre les tuyaux , juſques à
tant que la Lunete foit environ
de la longueur requiſe du foyer,
baze de diſtinction , ou image de
quelque objet beaucoup éloigné ,
peu élevé fur l'horizon , & for
tement éclairé du Soleil , & dans
228 Extraordinaire
le bout antérieur de la Lunete ,
enfoncez peu à peu & doucement
un tuyau particulier , qui
fur fon extrémité qui demeurera
dans la chambre hors de la Lu.
nete , foit garny do diafragme
monté de deux brins de foye
plate noire bien tendus en croix
fur quatre legers traits de burin.
Voyez la V. Figure de la Planche V.
dans le XXIV . Tome Extraordinaire
du Mercure. Enfoncez , dis.je, ce
tuyau avec fon diafragme,jufques
à tant que fur le diafragme qu'aurez
recouvert d'un papier fin &
huilé , foit précisément l'image
aërienne & trés - diftincte de l'ob.
jet. Remarquez bien attentivement
quel point de l'image de
l'objet le trouve fur le point de
Pentrecroifement des deux filets
du Mercure Galant.
229
du diafragme , faites enfuite que
quelque adjudant qui fera hors
de la feneftre de la chambre,
contourne peu à peu le petit
tuyau qui porte le verre objectif,
& cela fi doucement qu'il n'ébranle
en aucune maniere la Lu
nete , c'eft pourquoy le deffus
ou partie convexe de ce tuyau
fera bien favonnée . Si le meſme
point de l'image de l'objet demeure
toûjours fous l'interfection
des deux filets , toute l'image
de l'objet demeurant inébranlable
nonobftant le contournement
du verre objectif , c'eſt une
démonftration évidente de fa
bonne centration & pofition
dans la Lunete .
Si ayant ôté le papier huilé
qui couvroit le diafragme , vous
230
Extraordinaire
2
coulez fur le tuyau qui porte ce
diafragme , un tuyau particulier
Figure VII. garny du verre oculaire
convexe , & de fa boëte de
recouvrement
montée à viz ,
ayant au centre de fon fonds
creufé en demy rond , une ou
verture , trou ou pinnule d'une
ligne au plus de diamètre , un
peu moins éloigné du verre ocu.
laire , que de la longueur de ſon
foyer folaire , & encore plus proche
pour les miopes qui racour
ciffent la Lunete , pour recevoir
les rayons plus divergens de cha.
que point del'image aërienne, de
laquelle ils approchent auffi davantage
l'oeil , pour la voir dif
tinctement , fi vous coulez , dis,
je , doucement & peu à peu ce
tuyau fur la Lunere fans l'ébrandu
Mercure Galant. 23
10
ler , jufques à tant que fuivant la
portée de voſtre veuë vous voyez
l'objet tres- diftinctement , &
comme traverfé des deux filets
du diafragme , qui vous paroîtront
comme s'ils eftoient réellement
fur l'objet.
Pour lors confiderez bien attentivement
quel point de l'objet
paroift couvert par l'interfection
des deux brins de foye plate noire
tendus fur l'ouverture du diafragme
, puis faites qu'un adjudant
qui foit hors de la feneftre , contourne
doucement & peu à peu
dans le tuyau de la Lunete le
petit tuyau particulier , Figure
qui porte le verre objectif. Si
l'objet vous paroift ne changer
aucunement de fituation à l'égard
des filets du diafragme , &
232
Extraordinaire
que le mefme point ſoit toûjours
caché fous le point de leur interſection
, c'eſt une démonſtration
tres - évidente que l'objectif
eft bien centré , & que les deux
verres font bien pofez centralement
paralleles dans le tube de
la Lunete. Je me ſervois de cette
méthode en l'année 1652. pour
examiner fi j'avois bien mis à
angles droits les deux brins de
foye plate fur l'ouverture du diafragme
; car apres avoir tourné
le tuyau qui portoit le diafragme
jufques tant que l'un de fes
filets me paruft convenir & com.
me eftre appliqué fur une ficelle
blanchie avec de la Cérufe, mife
à cent pas loin bien à plomb
par un gros poids , je faifois en
mefme temps marquer avec de
du Mercure Galant. 233
I
la Cérufe précisément les endroits
de la muraille oppofée , &
des autres objets verticaux fur
lefquels le filet horizontal du diafragme
me paroiffoit appliqué ,
je tournois enfuite le tuyau qui
portoit le diafragme , peu & tresdoucements
de peur d'ébranler
la Lunete , juſques à tant que le
filet horizontal du diafragme devenu
vertical , nie couvroit &
paroiffoit comme fur la ficelle,
toûjours bien tendue à plomb ;
car fi pour lors le filet du diafragme
qui dans la premiere obfervation
eftoit vertical , eftant
maintenant horizontal , coupoit,
convenoit & paroiffoit à droite
& à gauche précisément fur les
points marquez avec cérufe , fur
lefquels avoit paru lors de la
Q. deJanvier 1684. V
234
Extraordinaire
4
premiere obfervation le filet horizontal
, dans cette obfervation
devenu vertical , j'eſtois affûré
que mes deux brins de foye pla .
te noire faifoient quatre angles.
droits au point de leur interfection
fur l'ouverture du diafragme
, & je concluois en mefme
temps que la ligne tirée par les
points marquez de céruſe horizontalement
fur les objets, eftoit
une veritable tangente à la terre,
au point que j'avois fait marquer
avec Ocrejaune, où elle coupoit
la ficelle , & ayant actuellement
mefuré depuis la ficelle jufques
aux lieux marquez , je concluois
geométriquemet lequel des deux
lieux à droite ou à gauche de
la corde eftoit le plus élevé , ce
qui eft tres- neceffaire pour la
du Mercure Galant, 233
conduite des eaux , & c. Les Ingénieurs
fçavans trouveront bien
d'eux-mefmes le moyen de connoiftre
par les angles fans aller
fur les lieux , lequel des deux endroits
pris à droite ou à gauche
eft le plus élevé ou éloigné du
centre de la pefanteur des corps
de noftré Siftéme. Perfonne depuis
trente- deux ans n'a pû trouver
à dire contre cette méthode,,
ear celle que M Hevelius a don
në en 1674. dans là 21 & 27 pages
de fa Seleno-graphie , ou Deferr
= ption de la Lune par
r Pobfervation
des taches du Soleil für
la planchere
, eft très difficile,
& fouvent impraticable
. Le R.
P. Fabry ayant peut - eftre ch
égard à cette méthode
de M
Hevelius
, a dit en Pannée 1667
.*
Vij
236 Extraordinaire
dans la 231 page de Optica Synopfis
imprimé à Lyon , Divinius nofter
pro fingulari quâ pollet induftriâ, excogitavit
facilem modum , quo citra
folitam Telefcopii probationem , tornata
lentis vitium facilè deprehendi
poffit... fuo tempore publici juris
faciet. Pour moy qui n'ay jamais
rien réſervé, ny fait myftere d'au
cune choſe , pour excellente qu'
elle puft eftre , n'ayant jamais
approuvé les maximes de certains
Doctes de peu de fçavoir,
qui font miftere de tout , &
bien fouvent d'un rien . C'eſt
pourquoy l'illuftre & veritable
Sçavant , Mr de Thoinard , les
excufe agréablement par ces
quatre mots du Poëte , Pauperis
eftnumerare pecus. J'ajoûte encore
icy la maniere de reconnoiftre
du Mercure Galant. 237
& corriger la centration des verres
, que j'avois pratiqué en l'année
1652. , & qu'en l'année 1654 .
je donnay à Lyon , avec mon Op .
trique , Catoptrique & Dioptrique
, au R. P. Ignace Baudet de
Grenoble , qui partit pour la
Miffion du Japon , & du Tonquin
, avec le R. P. Cloche , &
le R. P. Alexandre de Rhodes,
de la Compagnie de Jefus.
238
Extraordinaire
PROBLEME
.
Reconnoiftre
fi les Verres Ob.
jectifs des grands Telescopes
ou Lunetes de longue veue
font bien centrez & trou
ver dans la derniere précifion
le point de leur bonne centration
.
L
A fcience des Médecins , que
la Sainte Ecriture nous ob
lige d'honorer , pour la néceffité,
eft peu utile , fi elle ne connoift
que la nature des maladies &
leur caufe , & ignore les moyens
faciles & affûrez d'y remédier ,
& de rétablir la fanté dans le
corps humain , qui eft fon fujet .
du Mercure Gabant. 239
ད་
C'est par une femblable railon
E que je donne icy mon ancienne,
facile & affurée Méthode de reconnoiſtre
& corriger la mauvaife
centration des verres ; car
ils peuvent tous eftre recentrez
réguliérement, fans les retravailler
, puis qu'ayant reconnu le
point de leur bonne centration ,
il ne faut que les recouper ou
diminuer avec un grugeoir , fuivant
la peripherie du cercle qu'on
aura tracé ſur la furface plane,
avec le compas à pointe de diamant
, duquel la pointe de l'autre
jambe appuyera fur le point
d'un morceau de carton colle
fur le verre , & qui fera préci
fément fur le point trouvé de la
bonne centration , car enfuite lese
centres des deux furfaces du vérre
240 Etraordinaire
fe trouveront en une mefme li
gne droite , avec le centre de la
forme ou l'axe du verre , qui eft
l'axe de la ſphere dont le verre
objectifplan- convexe eſt un ſegment.
Voicy la maniere que je mis
en pratique en l'année 1652. Reprenez
la Figure X I. dans la
quelle le tuyau dont nous avons
cy - devant donné la matiere,
les mefures , & la conftruction ,
eftoit mobile dans le canal fait
à travers , & par le centre de la
boule de bois , il faut premierement
le rendre immobile dans
le canal de la boule par l'une ou
l'autre des 4 viz qu'on voit dans
la Figure XI.ou par les quatreviz
enfemble , il faut enfuite pouffer
au - dehors le cilindre creux de
carton
du Mercure Galant. 241
Carton qui foûtenoit les verres
qu'on vouloit éprouver par
la
I méthode , lors que ce tuyau fe
contournoit dans la boule. Je
fis donc faire du mefme métal &
en la mefme maniere , un tuyau
de 9 pouces de longueur , &
preſque quatre lignes de diamé
tre extérieur , en forte qu'eftant
favonné , il couloit & pouvoit
eſtre contourné librement dans
le tuyau d'un pied de longueur,
arreſté fixement dans le canal
de la boule avec les viz en bois ,
la boule eftant auffi lors de l'opé
ration fermement arreftée dans
les deux planches qui l'enclavent
par des autres vis en bois , comme
dans la Figure XI.
Je fis enfuite jetter en fonte
une rondele , que laj Figure VIII.
2. deJanvier 1684 X
242
Extraordinaire
tre ,
repréſente
, d'une matiere douce
de 3 lignes d'épaiffeur
, & l'ayant
bien fait recuire & forger à froid ,
je traçay fur ſa ſurface bien plane
un cercle de 6 pouces de diaméfur
le tour les & fis couper
parties excédentes
; je traçay enfuite
un cercle de 3 pouces & 4 lignes
maigres de diamètre , qui
eftoit le diamétre
extérieur
du
tuyau de 9 pouces de longueur,
qui doit entrer & eftre foudé ,
comme nous dirons cy - apres ,
dans l'épaiffeur
de la rondelle,
apres qu'on aura fur le tour ôté
tout ledit cercle de 3 pouces &
prefque 4 lignes de diamétre,
Je traçay encore du mefme centre
de la rondelle , un autre cer.
cle E F G H de 4 pouces de diàmétre
; apres quoy je tiray fur
du Mercure Galant. 243
3
toute la fuperficie ou plan de la
rondelle , deux lignes perpendiculaires
A B. CD. aufquelles je
traçay plufieurs lignes paralleles
toutes en égale diſtance les unes
des autres d'un quart de ligne ;
je traçay encore du mefme
centre plufieurs lignes concentriques
, qui paffoient par les angles
des quarrez que formoient
ces lignes également diftantes du
centre de la rondele , & comme
plus grand verre duquel je
voulois reconnoiftre la jufte ouverture
& le point de la bonne
centration , n'avoit que 20 pieds
de puiffance , ou longueur de
foyer folaire , & 3 pouces & 4 lignes
de diamètre en fa furface,
qui eft , comme nous avons déja
dit & demontré , une largeur fuf
le
X ij
244
Extraordinaire
fifante apres qu'il a efté travaillé,
puis que la mauvaiſe centration
n'eft ordinairement que de deux
ou trois lignes au plus , fon centre,
&c. C'est pourquoy le centre
de la furface de ce verre objectif
plan- convexe eftant pofé fur le
centre de la rondelle , il reftoit
de chaque cofté quatre lignes
d'ébatement jufques au cercle
de 4 pouces de diamètre , auquel
j'avois tracé les 4 tangentes
paralleles aux diamètres A B.
€D. pour former le quarré a A 4.
b Bb. Il me refte donc un pouce
fur chacune des extrémitez des
deux diamètres A B. CD. Je fis
fondre le cuivre , & battre à froid
deux pieces de leton de trois li
gnes d'épaiffeur , & dont les ba-
Les couvroient précisément les
du Mereure Galant. 245
deux fegmens a Aa.b Bb ; je les
= arreftay fixement fur la rondelle,
chacune par quatre viz , comme
on voit dans la Fig. VIII. qui les
repréfente , chacune forée & ta
rodée en trois endroits d'un trou
à écrou d'une ligne de diamétre.
Le trou du milieu eftoit prefque
fur le plan de la rondelle , le
long du diametre A. B ; les autres
deux trous à cofté , eftoient autant
élevez que l'épaiffeur de ces
deux pieces ou fegmens l'avoient
pû permettre: J'avois ufé de toutes
ces précautions , afin que les
deux viz d'acier fF. b H. preffant
contre le bas de l'épaiffeur du
verre taillé en bizeau court , les
quatre viz K. K. K. K. preffant le
verreun peu plus haut , il fut hors
de danger d'échaper & de tom-
X äj
246
Extraordinaire
ber , & pour cela j'avois collė
du gros papier gris fur toute la
circonférence du verre , ce qui
le rendoit moins gliſſant , & donnoit
prife aux viz.
Je fis auffi forger de trois li
gnes d'épaiffeur , les deux pieces
ou fegmens c Cc. d Dd. que j'arreftay
chacune avec deux viz d'a
cier. Ces deux pieces eftoient
l'une & l'autre en deux endroits
horizontalement tarodées en écrou
d'une ligne d'ouverture ,fur
le milieu de leur épaiffeur , & en
égale distance du diamètre CD.
Les deux pieces M. M. en forme
de regles , cftoient de bois , d'en .
viron quatre lignes & demie d'épaiffeur
; elles eftoient fous la fupérieure
, vers le milieu M ,
- deffous , afin peu
creufes pardu
Mercure Galant. 247
"
ز
d'embraffer un peu de l'épaiffeur
du bizeau du verre , & le
tenir plus en fûreté & plus ferme
& pour les retenir ellesmefmes
plus fûrement fur la rondelle
, je l'avois fait ouvrir de la
largeur d'une ligne , & environ
un demy pouce de chaque coſté ,
depuis les fegments C. D. le long
du diamétre CD . en tirant vers
le centre de la rondelle . Parchacune
de ces deux ouvertures , &
par le deffous de la rondelle , je
fis entrer & couler une viz d'acier
bien unie & ronde, & n'ayant
des pas de viz que depuis le def.
fus de la rondelle , pour entrer
chacune dans l'écrou qu'elle
avoit fait elle - mefme dans une
des deux regles M. M. Je ferray
doucement ces deux viz perpen-
Xij
248
Extraordinaire
diculaires , afin que lors que les
viz horizontales L. L. qui font
fans pas de viz vers leurs pointes
émouffées , qui entrent du
moins une ligne & demie dans
des trous fimples & unis , faits à
cofté dans l'épaiffeur des regles
M. M. venant à les pouffer plus
avant vers le centre de la ron .
delle , elles puiffent librement
couler fur le plan de la rondelle ;
ce qu'elles ne pourroient pas.
faire , fi les viz perpendiculaires
eftoient trop ferrées .
Je fis enfuite percer la rondelle
bien rondement fur fon centre,
fuivant la circonférence du cercle
que j'y avois tracé , de 3 pouces
& 4 lignes de diamètre, qui
eftoit le diamétre de la fuperficie
extérieure du tuyau , qu'il y faut
du Mercure Galant. 249
faire entrer bien juſtement & à
plomb , c'eft pourquoy je dé
montay toutes les pieces de la
rondelle . Ce tuyau ne doit aucunement
déborder le plan ou la
furface de la rondelle ; ajuſtez-,
la donc au tour bien à plomb, fur,
le bout du tuyau , apres quoy
foudez - la par-deffous à la flamme
de la lampe avec argent , & c.
& emportez doucement avec la
lime les baveures de la foudure
s'il y en a fur le deffus du plan
de la rondelle , afin que la fur
face plane du verre y puiffe par
tout appuyer également , & afin
qu'elle ne foit point rayée par
les bords du tuyau , je fis adoucir
un peu en rond l'entrée ou
engorgement du tuyau.
Voltre verre objectif plan250
Extraordinaire
convexe eftant bien arrondy &
en bizeau court , pofez - le fur le
milieu du plan de la rondelle tenuë
horizontalement ; arreftezla
d'abord legérement par les
deux régles ou pieces de bois
mobiles , que vous poufferez par
les 4 viz L. L. L. L. toûjours également
& parallelement , afin
que le diametre de la furface du
verre ſoit précisément ſur l'axe
du tuyau , où eft le centre de fon
ouuerture ; ce que l'on connoîtra
, fi les regles font précisément
le long des lignes paralleles qui
font en égale diſtance de part &
d'autre du diamètre A B de la
rondelle ; pouffez enfuite peu à
peu les deux viz A. B. bien également
, enforte que leurs deux
pointes émouffées foient tou
du Mercure Galant.
251
jours également éloignées de
: l'axe du tuyau , où centre de la
rondelle , ce que vous connoîtrez
auffi par le nombre des lignes
paralleles au diamètre CD.
Voftre verre eftant ainfi ferré à
ferme par 4 endroits diamétralement
oppofez , c'eſt à dire par
les deux viz fur AB , & par les
deux coſtez des regles für C D,
le centre de la furface du verre ,
E que je fuppofe bien rond en fa
circonférence , fera précisément
perpendiculairement fur le
centre de l'ouverture & fur la
pointe de l'axe du tuyau cilin
drique.
&
J'inferay enfuite le tuyau d'u
ne excellente Lunete d'environ
deux pieds & demy de longueur,
dont le verre oculaire eftoit con.
252
Extraordinaire
cave , dans le tuyau qui traverfoit
la boule , & que j'y avois fixement
arefté par les 4 viz V.V.V.V.
qui le ferrent par le cofté , comme
en la Fig. XI. Cette boule
eftant enclavée dans l'ouverture
en embrafure des deux planches,
fur l'ouverture faite au volet de
la feneftre de la chambre ou ga.
lerie noire , tenant toûjours horizontalement
le tuyau dela Lunete
, je contournay peu à peu
la boule , que je n'avois que peu
ferré par les viz , juſques à tant
que la Lunete eftant perpendi
culairement au plan de la fenêtre
je voyois une muraille, Fig.X11L.
éloignée, & fortement éclairée
des rayons du Soleil , & directe.
ment oppofée à la feneftre , une
ficelle paffant par le diamètre
du Mercure Galant. 255
I
perpendiculaire de la bafe de la
vifion. Je fis enfuite par mon Adjudant
couler le long de la ficelle
une lame de cuivre doré , & traverfée
de deux lignes à angles
droits , jufques à tant que la lame
& le point de l'interfection des
deux lignes me paruft au milieu
& au centre de la bafe de la vi
fion ; apres quoy je la fis arrefter
fixement , traverfant avec une
épingle la ficelle au - deffous de
la lame. On fera la mefme opération
en rafe campagne, Fig.XIV.
faifant porter une grande perche
en ligne droite de la Lunete,
ce qui fe fait en paffant avec la
perche de droite à gauche , jufques
à tant qu'elle paroiffe au
milieu de la bafe de la vifion.
C'est pour cela que je me ferExtraordinaire
254
સ
vois d'une Lunete dont l'oculaire
eftoit concave , parce que la bafe
de la vifion en eftoit incompa
rablement plus étroite , ou de
moindre diametre qu'avec l'oculaire
convexe , &c. La pofition
de la perche eftant trouvée , plan
tez - la fixement en terre , enforte
qu'elle panche à droite ou à gau
che de trois ou quatre degrez,
afin de faire couler une petite
boule de bois de 2 ou 3 pouces
de diamètre le long d'une ficelle
bien tendue perpendiculairement
par un gros poids . Cette
boule doit eftre dorée , ou argentée
, ou du moins peinte avec
cérufe , afin qu'elle foit vifible,
l'Adjudant l'arreftera par une
épingle qui traverſera la ficelle,
lors que par quelque figne vous
du Mercure Galant. 255
luy ferez connoistre que cette
boule vous paroift dans le centre
de la bafe de la vifion .
L'une ou l'autre de ces manieres
de point de mire fur l'axe de
voftre Lunete , eftant trouvé &
arreſté , arreſtez auffi bien fixeement
le tuyau qui traverſe la
boule , en le ferrant & preffant
contre fa fuperficie extérieure,
par les quatre viz V.V.V.V. de
la Figure XI.
Tirez enfuite voſtre Lunete,"
& en fa place inferez le tuyau
I qui porte la rondelle & le verre
à épreuver ; contournez ce tuyau
jufques à tant que le diamètre A B
foit perpendiculaire , ce que vous
reconnoiſtrez en luy préfentant,
ou fur les lignes ccc. ou dDd.
la foye chargée d'un petit plomb.
·256
Extraordinaire
Préfentez au dernier tuyau das
la chambre ou galerie noire , une
planchete bien unie & recouverte
d'un papier blanc , Fig.XII , éloignez
- la peu à peu juſques à tant
que l'image renversée de la lame
de cuivre , ou de la boule dorée,
paroiffe tres-diftinctement peinte
fur le milieu de voſtre planchete;
arreſtez - la enfuite fi bien qu'elle
foit inébranlable , & marquez
fur le papier avec un point le
milieu ou centre de l'image de
la lame , ou de la petite boule,
& par ce point tirez ſur la planchete
une ligne bien à plomb,
& fur celle- là , & par le mefme
´point , une autre ligne à angles
droits. Voyez la Figure XII.
"
Faites enfuite contourner peu
à peu le tuyau qui porte la rondu
Mercure
Galant. 257
delle & le verre à
épreuver. Si
le mefme point de
l'image de
l'entrecroiſement des deux lignes
faites fur la lame de cuivre , ou
fi le centre de l'image de la petite
boule dorée
demeure totjours
inébranlable fur le point de
l'entrecroiſement des deux lignes
tracées fur la
planchete , c'eft
une marque
infaillible de la bon
ne
centration des verres , & aw
contraire , fi ce point de l'image
de
l'entrecroifement
des deux
lignes faites fur la lame de cuivre
, ou le centre de l'image de
la petite boule dorée ,
changent
tant foir peu , quand ce ne fe
Foit que d'un quart de ligne , le
verre eft mal centré , à quoyil
faut
remédier , en le reculant.
Marquez donc avec des points
Q. de Fanvier 1684
Y
258 Extraordinaire
d'encre fur la planchete , les di
férens endroits fur lefquels fe
peint l'image de l'entrecroife.
ment des lignes tracées fur la
lame de cuivre , & principalement
, ce qui peut fuffire , les
quatre endroits où elle fe trouve,
lors que le diamétre A B de la
rondelle eft: par fon contournement
deux fois à plomb , ce qui
arrive auffi au diamètre C D, qui
luy eft à angles droits . Par ces
points , tracez un cercle , fans
ébranler aucunement la planchete,
par le centre duquel tirez
une ligne horizontale , & une à
angles droits , par le mefme point.
Afin que cette rondelle ferve
pour reconnoiftre tous les verres
de moindre diamétre de furface,
ôtez les deux regles & leurs viz.
du Mercure Galant. 259
perpendiculaires , & coupez des
cartons minces , dont la ſurface
foit précisément égale à l'efpace
ou fuperficie compriſe entre les
4 fegmens A. B. C. D. fixes fur la
rondelle , & fur chacun de ces cartos
Fig.IX.tracez plufieurs lignes
paralleles aux diamètres A B. CD.
qui formeront des petits quarrez
femblables à ceux qui font tracez
fur la rondelle de cuivre. Du
centre de ces cartons coupez une
ouverture bien circulaire dont le
diametre foit d'environ 3 ou 4
gnes , moindre que le verre à
épreuver , faites auffi fur chaque
carton , le long du diamétre CD,
une ouverture en ligne droite jufques
à 4 lignes de fon ouverture
centrale , pour paffer & faire couler
le long d'icelles ouvertures fur
li
Y ij
260 Extraordinaire
le diamètre CD, les deux viz per.
pendiculaires , qui ferreront ferme
les deux règles M. M. & par
conféquent le carton fur la furface
de la rondelle ,
>>
Pour comprendre ce myftere,
confiderez dans la Figure 11.le
verre tres- mal centré ADE , &
concevez que fon ſegment fut
achevé fuivant les lignes ponctuées
E B. D.B. & fa corde AB..
divifée également au point C. La
ligne * F, fera l'axe du verre,
& la petite image aërienne de
l'objet fera h* Fg, & la ligne I K
fera l'axe du tuyau cilindrique,
& par conféquent le point
de l'objet ne fera pas dans I K
l'axe du tuyau cilindrique.
Concevez maintenant le même
tuyau avec fon centre ADE,
F
du Mercure Galant. 261
apres avoir comme da la Fig. 111.
fait un demy tour fur fon axe IK,
le point * F de l'objet immobile
ne fera plus dans la ligne CF
axe du verre , mais par exemple
ce fera le point G du mefme objet
, & par conféquent l'image:
renversée de l'objet ſera en HG,
& fon point * fera de l'autre
cofté de IK, l'axe du tuyau ayant
changé de place , & décrit un
demy cercle par le demy tour
du tuyau..
י
Il eſt donc évident , qu'il eſt
néceffaire de pouffer fur la Rondelle
ABCD, Fig.VIII. de la ma
niere que j'ay dit , par le moyen
des viz le point c de la bonne
centration du verre , juſqu'à tant
qu'il foit fur la ligne IK l'axe du
tuyau , afin qu'en contournant
"
262 Extraordinaire
tant qu'on voudra le tuyau qui
porte la rondelle & le verre , le
mefine point de l'objet paroiffe
toûjours au mefme endroit , &
toûjours par conféquent cou
vert de l'interfection des deux
brins de foye , mis à angles droits
fur l'ouverture du diafragme , &
placée dans la longueur du tuyau
de la Luuete précisément au
foyer objectif du verre, ou image
aërienne de
l'objet.
Pour reconnoiftre enfuite fur
la furface plane du verre ce point
c de fa bonne centration , je
coupay d'un Carton mince une
rondelle d'égal diamettre à celuy
de la largeur intérieure du tuyau,
qui portoit le verre & la rondelle
de cuivre , & ayant marqué fon
centre avec un point d'encre , je
du Mercure Galant. 265
Je mis fur la baze bien ronde d'un
cylindre de bois , fait & coupé
tout autour , & de mefme dia.
metre que ma rondelle de carton
, fur la furface fupérieure
duquel je mis de la colle de poiffon
, apres quoy par le moyen du
cylindre , je l'enfoncay dans le
tuyau jufqu'au verre que j'ap
puyois avec le creux de ma main,
gauche , je tiray enfuite le tuyau ,
& ayant relâché toutes les viz.
de la rondelle , & pouffé davantage
mon cylindre , j'eus mon
verre garny de fa rondelle de
carton bien collée , & eftant feche
, je fis couper & gruger mon
verre ſuivant ce carton .
L'incommodité de rendre une
Chambre ou Galerie tres - obſcu
re, pour reconnoiftre la mau
264
Extraordinaire
vaife centration d'un verre , &
enfuite le recentrer comme nous
avons enfeigné cy- deffus , me fit
penfer à un autre moyen pratiquable
par tout.
?
Je braquay horizontalement
contre le Tronc d'un Arbre bien
éloigné , & fortement éclairé du
Soleil , le tuyau de ma Lunete
bien droit , & tirée de longueur,
& ayant cloué contre le Tronc
de l'Arbre à la hauteur requiſe
une planche quarrée debois , bien
noirey en toute fa furface, & puis
traversée de deux lignes à angles
droits faites avec cerufe à huile.
Finferay dans le tuyau antérieur
de la Lunete , mon tuyau de cuivre
portant fa rondelle, & le verre
à éprouver retenu par les deux
regles & par les viz ; & dans
Lautre
du Mercure Galant. 265
l'autre bout du tuyau de ma Lunete
, j'inferay un tuyau d'un
pied & demy de longueur, garny
de fa boëte à pinnule , du verre
oculaire également convexe des
deux coftez , & du diafragme,
traversé par deux brins de foye
plate noire , 'bien tendus à angles
droits fur le centre de l'ouverture
du diafragme. J'enfon
çay ce tuyau porte - oculaire dans
le tuyau poftérieur de la Lunete,
jufqu'à tant que l'image aërienne
, d'un mot en groffes lettres
que j'avois arraché du titre d'un
Livre , & colé fur la planche
noire, & les deux lignes blanches
traverſantes me parurent tres .
diftinctement couvertes par les
deux brins de foye du diafragme,
leur interfection paroiffant fur le
Z Q. deJanvier1684.
.
266 Extraordinaire
milieu de l'interfection des deux
lignes blanches , & de quelque
largeur peintes fur la planche
noire. Ayant rendu ma Lunete
inébranlable , je fis
par mon
Adjudant contourner doucement
le tuyau antérieur garny du
verre objectif arreſté fixe fur la
rondelle , pour reconnoiſtre fi
l'apparence des deux lignes blanches
, & leur interfection changeoient
de place fous les deux
brins de foye du diafragme, &c.
De la Rectitude du Tuyau du
Télescope.
T
Ous les verres eftant bien
centrez, & placez en deuë
diſtance dans le tuyau , ils y doivent
tous eſtre bien paralleles,
du Mercure Galant . 267
afin que l'axe du tuyau paffe à
plomb , & centralement par
toutes les furfaces des verres .
C'est le CII. Poftulatum de la
Dioptrique de Keppler , imprimée
en l'année 1611 , Vt in Tubo
linea per utriufque vitri centra convexitatum
tranfiensfit una & eadem.
Ce que M' Hevélius en 1647. a
expliqué dans la 16. page de fa
Selénographie. Namque , dit-il ,
fi dum ductus tubi dilatantur fitus
rectus lentium turbatur , & afpectus
rerum afpectabilium male reprefentatur
, quando quidem omnes lentes
in Teleſcopiis neceffario exquifitè debent
effe paralela , fi imagines rerum
non confufa , fed diftincte ampleque
debent apparere. Le R. Pere
Efchinard jefuite , dans la 187.
page de fon Dialogi Oprici , in-
Z
ij
268 Extraordinaire
primé à Rome en l'année 1666.
a reconnu que la vifion de l'objet
fera confufe, Si axis lentis ocularis
, non continuetur cum axe lentis
objectiva , hoc eft fi per accidens
collocetur obliqua in tubo , quod paritur
advertendum est in objectivo.
Il eſt donc abſolument neceſ.
faire que le tuyau de la Lunete
conferve fa rectitude , ce qui eft
tres-difficile. Il eft vray que M
Serra , dans une de fes Lettres
qu'on trouve en l'Appendix du
Synopfis Optica du R. Pere Fabri,
imprimée à Lyon en 1667. dans
la page 240. dit , De majori Tubo
palmorum 45. qui font 31. pied de
Roy, eoque perfectiffimo, ac tam facilè
tractabili , ob octangulam no-
Vane formam , ut uno tantùm circa
medium fulcimento fuftentatus à didu
Mercure Galant. 269
rectione nihilum quidem divertar.
Pour la mefme rectitude , j'ay fait
autrefois conftruire avec des longues
planches à contrelater , des
tuyaux de mes Pompes fans frottement
des parties , defquelles j'ay
fait mention dans la 102. page
N. 5 du I X.Journal des Sçavans ,
du Lundy 1. May 1676 .
Ptolomée II . dit Evergetes,
Roy d'Egypte , environ la 116.
année avant la Naiffance de
Jefus. Chrift , avoit fur le Phare
un Telescope Catop - Dioptrique immobile
, que j'ay décrit dans la
177 page du XXI . Tome Ex.
traordinaire du Mercure , & don .
né la Figure dans la troifiéme
Planche.
En 1637. M' Hevelius inventa
le Polemofcope mobile , ou Telef
Z iij
270 Extraordinaire
cope pour fervir en temps de
guerre . Il est composé de verres
travaillez , & de miroirs plans.
Et en l'année 1647. dans la 27.
page de fa Selenograbie, dit , Lentes
in Polemofcopio breviorem exigunt
diftantiam , quam in Telescopio . Ce
qui a donné lieu d'abreger la longueur
des Lunetes par le moyen
des miroirs plans , en gardant
leurs mefmes verres , & leur fai
fant produire le mefme effet.
Le R. P. Efchinard , Jefuite,
eft le premier que je fçache , qui
ait apres M Hevelius , écrit &
démontré le moyen de racourcir
tant qu'on voudra la longueur
Teleſcope , fans diminuer fon
effet. C'eft dans fon Dialogi Optici
parte 3. imprimé en 1668.
Dans la page 105. le 71. Pro.
du Mercure Galant. 271
bléme a pour titre , Quomodo fieri
poffit Telescopium breve , verbi gratia
, decem palmorum , retentis lentibus
& amplitudine apparentia , quibus
juxta confuetudinem debeatur
longitudo tubi , verbi gratiâ , trigintapalmorum.
Voicy mot à mot
L'effentiel de ce Probléme. Cùm
demonftraverimus , dit- il , nihil immutari
ordinem linearum convergen.
tium ad concurrendum in focoper refectionem
fpeculi planis ubicumque
intra tubum ponatur , fedfolum alie
dirigi , fenreflecti in dictum concurfumpro
variafpeculi collocatione , ad
angulum nunc magis , nunc minùs
acutum ; & quidem in tanta diftantia
à fpeculo , in quanta fuiſſet ab
codem loco in quo eft ſpeculum : ita
ut nihilfit aliud , reflecti dictas lineas
per fpeculum planum pofitun
Z iiij
272 Extraordinaire
intra Teleſcopium , quam ipfos conos
vifuales , retentâ eâdem figurâ conica,
alio inflecti. Voyez ma XV.
Figure. Poffumus pro libito perplura
Specula plana diverfis in locis aptè
difpofita ita reflectere , & quafi.com
plicare conos visuales , ut ita complicati
redigantur ad breve fpatium.
quead longitudinem : verbi gratiâ,
ex tubo triginta palmorum fiet tubus
decem palmorum ;fi per primumfpeculum
planumpofitum per decem palmos
, ita reflectantur radioad partem
anteriorem , ut ibi ad latus lentis
objective , & prope ipfam iterum excepti
ab illo fpeculo plano reflectantur.
ad partem unde primò fuerant reflexi.
Que omnia commodè fieripoffunt
intra tubum fólito latiorem. In
hoc toro negotio rationem habeas
ayez égard , folummodo axis lenti
du Mercure Galant. 273
objectiva , tum quoad longitudinem ,
de fon foyer , tum quoad directionem.
Vitrum denique oculare diftet
ab objective computatis dictis plicis,
ficut diftaret per unam tantùm rectam
lineam in tubo confueto , & collocetur
perpendiculariter ad axim more
confueto. Hine vides , ajoûte- til ,
quàm commodè tractari poffint , precipuè
pro Aftronomicis Telescopia ex
vitro objectivo , fegment , maxime
Sphere , & maximè diftanti à vitro
oculari , adeoque præftante magnam
apparentiam ; que Telescopia alioquin
ob longiffimum tubum tam difficalter
tractantur.
J'ajoûte icy les termes du même
Autheur,tirez de fa 194 page,
fed elaborare fpeculum perfectè planum
, cujufmodi hic requiritur , hoc
opus , &c. d'autant que fuivant ce
274 Extraordinaire
qu'il avoit dit dans 192. de fa fe
conde partie , Sape enim Specula
que vulgò circumferuntur , funt aliquo
modo curva , en quoy il a fuivy
mon avis , Qu'il est tres- difficile de
trouver un verre bien plan , que j'avois
donné aux Ouvriers dans la
485. page de mon Traité de lafaçon
de faire les grandes Lunctes à
trois & à quatre verres convexes,
imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre, Nouvelle Science
de la Nature& Préfage des Cometes.
Le R. P. Eſchinard ajoûte fort
à propos , curandum eft ut fpeculum
fit minime profunditatis , &c. caril
parle de miroirs plans de verre,
qui caufent deux réflexions par
leurs deux furfaces. Nous don
nerons dans noftre Catoptrique
le moyen de donner aux miroirs
du Mercure Galant. 275
que de métal un poly auffi vif
celuy du verre , en coupant les
poils de métal , qui fe levent
comme la foye d'un veloux , &c .
Cette Méthode de racourcir
par
le moyen des miroirs plans,
la longueur des Teleſcopes , fans
diminuer leur effet , plût fi fort
au SJ. de Haute- feüille , que
croyant le Livre du P. Efchinard
tres- rare , il s'en attribua l'invention
, & pour telle la donna au
Public pour la premiere fois en
la 14 page d'une Lettre imprimée
en 1678. qui a pour titre,
Pendule perpetuelle. C'est cette
maniere de racourcir les Lunetes,
qu'il avoit promis , & donné fous
des caracteres inconnus , dit -il,
dans la 14 page d'un Factum imprimé
en 1675. contre l'illuftre
4
276
Extraordinaire
M' Hugens , fi connu dans l'Empire
des Lettres , au fujet du privilege
des Pendules de poche . Cela
me fait ſouvenir du Plagiare dont
parle M' Hevelius dans la 24
page de la Selenographie , & l'appelle
Bellus Homo , en tout fem.
blable au Graculus de l'Afranchy
de Phédre , tumens inani Graculus,
&c. Voicy comme l'illuftre Mi
de la Fontaine nous l'a conté.
Un Pax muoit ; un Geay pritfon
plumage,
Puis apresfe l'accommoda
;
Puisparmy les Pans toutfier fe panada,
Croyant eftre un beau Perſonnage.
Quelqu'un le reconnut , ilſe vitbafoué,
Berné , fiflé , mocqué , joüé,
du Mercure Galant. 277
Et par Meffieurs les Pans pluméd'é
trange forte.
Enfin ce petit , auffi bien
le grand Viſionnaire parfait ,
.
que
malè mulctatus Graculus
Redire mærens cæpit ad proprium genus
.
Ce font les termes de Phédre,
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes dans les fuivans Mercures
Extraordinaires.
Les Réponfes qui fuiventfont de
Mr Bouchet, ancien Curé de Nogent
le Roy.
278
Extraordinaire
S'il eft vray qu'un peu d'amour
caufe moins de peine , que
l'embarras de défendre fon
coeur.
A&
Parler en toute rigueur,
Un peu d'amour fait moins de
peine,
Que de s'embaraffer à défendrefon coeur
Contre une belle Helene.
*3
Mais quand l'amour du Roy des Roys
Nous tient Efclavesfous fes Loix,
Et nousfait reffentirfon attrait invincible,
Onfefait une volupté,
D'oppofer un coeur infenfible
Ala plus charmante Beauté.
da
Mercure Galant. 279
Si la jaloufie qui vient de l'Amour
, eft plus dangereuſe
dans fes effets , que celle qui
vient de l'Ambition.
Ous ne pouvons fouffrir un Con
current d'amour; No
En matiere d'honneur , un Rival nous
offence:
Et noftre coeur piqué n'oppoſe nuit &
jour
A nos chagrins jaloux , qu'une fimple
défence.
Mais comme dans l'ardeur de ces deux
pallions,
Dont le débordement n'eftjamaisfupor
table,
L'Amant eft moins difcret dansfes précautions,
L'Ambitieux jaloux eft le moins redon
table.
280 Extraordinaire
Si boire du Vin fans Eau , & en
fuite de l'Eau pure , fait le
mefme effet pour la fanté,
que de boire le Vin meflé
avec l'Eau.
LE Fin, cette chere Liqueur,
Accorde à noftre Corps uneforce nouvelle;
Sa chaleurfimpatize avec la naturelle,
Pournous donner de la vigueur.
**
Tousfes effetsfont innocens,
Par luy de cent chagrins noftre efpritfe
dégage.
Il réjouit le coeur, il réjouit les fens,
Chacun s'en trouve bien, pourven qu'on
Se ménage.
$3
Il aide les digeftions,
Débouche les obftructions,
Il refifte à la pourriture,
du
Mercure Galant, 281
Il confume les cruditez,
Chaffe les fuperfluitez
Qui peuvent nuire à la Nature .
Comme rien n'eft fi familier
A l'eftomach humain que ce jus non fani
vage;
C'est faire tort au Vin , que vouloir le
lier
A quelqu'autre Liqueur, pour en faire
un brûvage..
**
Mais épluchant la Queſtion
Que nous propofe le Mercure,
Je dispour noftreinftruction,
Etpour le bien commun de toute la Na
ture,
Qu'ilvaut bien mieux dans le Repas
Tremperfon Vin avec une Eaufort
claire,
Que de boire l'Eau fente , & ne l'em
tremper pas;
Ce qui femble peufalutaire.
Q.deJanvier 1684. Az
-232
Extraordinaire
:
Avant qu'avoir mangé, comme on boit
rarement,
Le Vin facilement fe porte au ventricule;
Le ventricule auffi fort fimpatiquement
Le prend, & le reçoit fans peine & fans
fcrupule,
Il leprend mefme avec avidité;
Et comme en s'uniffant à l'alimentfolide,
Le Vin fe rend bientoft liquide,
La coction fe fait avec facilité;
Ce qui n'arrive pas de lamefme maniere,
Sile Vin eftant bu, l'Eau fe boit la derniere,
C'est à direseparément ;
Car de ces deux Liqueurs la qualité
diverfe
Fait que l'une auffitoft par l'autre fe tra
verse,
Ce qui nuit au tempérament.
En effet , fi cette Eau tardive & paref
Seufe
Vientfur les alimens fairefafonction,
du Mercure Galant.
Parfa froideur injurieufe
Elle en retarde l'action,
Et cet impétueux lavage
Alafanté caufe dommage.
Concluons donc en abregé,
Que l'Eau feule ne peut que nuire aus
ventricule;
Au lieu
que
le Vin
mélangé,
Quifert à l'eau de véhicule,
Luy fait part de fon gouft affez facile
.
ment,
Etfans difficulté fe mêle à l'aliment
Aaij
284
Extraordinaire
22:222225 5525 2252
SUR L'USAGE
DU CHAPEAU.
T
Ant de Questions qui font
décidées avec efprit dans
les Extraordinaires du Mercure,
m'ont fait naître la penfée d'en
propofer une. Elle ne regarde
les fentimens du coeur , ny les
ny
effets de l'amour. On voudroit
feulement avoir l'avis des honneſtes
Gens fur une chofe qui
touche la moitié du monde, qui
concerne l'utilité de la vie, & la
commodité de tous les Hommes.
Il s'agit de l'ufage du Chapeau,
qu'on prétend eſtre le plus im
du Mercure Galant. 285
pertinent , le plus incommode,
le plus mal-féant , le plus ridicule
, le plus mal -propre , & le
plus gênant habillement de tefte
que l'on puiffe avoir. Il n'eft pas
fort difficile d'obliger tous ceux
qui s'en fervent, à tomber d'accord
de ce que l'on vient de dire.
Pour peu qu'ils y fiffent de refléxion
, ils avoüeroient qu'il feroit
tres.á - propos que tout le monde
miſt en Hyver de beaux Bonnets
de Velours , qui enfonçaffent
bien dans la tefte, & qui préfervaffent
les oreilles du vent , du
brouillard, du frimas, & des autres
incommoditez de l'air , &
en Eté, de petits Bonnets de Tafetas
fort légers . Si huit ou dix
Perfonnes d'une qualité confidérable
, vouloient apporter la
286 © Extraordinaire
mode de ces Bonnets , on s'y
accoûtumeroit fans aucune peine
; & d'une tres- grande commodité,
on en feroit un agreable
ornement.
Ce que l'on propofe icy eſt le
Réfultat d'une Conférence , où
ceux qui agitérent cette Quef
tion , fe plaignirent tous des incommoditez
qu'ils reçoivent en
quittant les Bonnets de Velours
qu'ils ont dans leur Chambre,
pourprendre un Chapeau quand
ils vont en Ville . Leurs raifons
furent, que la forme du Chapeau
eftoit ridicule , ce qui paroiffoit
par la veuë mefme , & que cer
habillement de tefte eftoit le
plus incommode que l'on puft
choifir. Pour le faire voir, ils difoient
qu'il n'y avoit qu'à confi
du Mercure Galant. 287
dérer qu'il eft infuportable en
Carroffe , où l'on ne fçait où le
mettre ; qu'on ne fçauroit s'en
fervir à pied, puis qu'il ne couvre
point les oreilles , & ne cache
que la moitié de la tefte pendant
le froid ; qu'il eft mal- aifé de le
tenir lors qu'il fait vent , & qu'il
n'y a rien de plus embaraffant à
cheval, Ils ajoûterent, qu'on eft
fi fort convaincu de l'incommodité
du Chapeau , que perfonne
n'en porte chez foy , ny dans les
hieux où l'on peut vivre avec liberté
, qu'ainfi il femble ne plus
fervir que pour la ceremonie &
pour l'ornement, quoy qu'il n'y
en ait aucun qui foit moins or
nant & plus ridicule , tout le
monde ayant meilleure grace
avec le Bonnet. On joignit à
288 Extraordinaire
tout cela, que l'incommodité du
Chapeau ne regarde pas feulement
celuy qui le porte , mais
auffi les Perfonnes à qui on parle,
le bord du Chapeau leur donnant
fouvent dans les yeux ; outre
qu'on ne fçait comment porter
à la Campagne un Chapeau
qui foit un peu propre , celuy
qu'on porte en chemin ne pouvant
eftre d'aucun ufage aux
lieux où l'on va. Toutes ces raifons
leur firent conclure , qu'il
feroit à fouhaiter qu'on ſe ſerviſt
de Bonnets , qui font plus légers
& plus chauds , qui tiennent
mieux dans la tefte, qui ne coûtent
& n'embaraffent pas tant,
& dont tout le monde s'accom .
moderoit plus aiſément . Ceux
qui auront des raifons contraires,
1
du Mercure Galant. 289
res , feront plaifir de les expliquer.
D.P. N. C.
La Glace, qui eftle uray Mot de
la premiere Enigme de Février , a
donnélieu à ces Madrigaux. La premiere
Explication regarde la mort de
Mademoiselle de Tinnebac de Sau.
mur, dontje vous ay appris le malheur
dans la mefme Lettre.
MEroure,
I.
Ercure, lafunefte Hiſtoire
De la charmante Iris qui péritfur la
Loire,
M'a touché vivement le coeur ;
Dles yeux ,fans la connoiſtre, ont pleuré
fon malheur;
Ala perte de tant de charmes,
Je n'ay pa refufer des larmes.
Quipourroit voir tout-à-lafois
Q.deJanvier1684. Bb
290 Extraordinaire
Que Soeur morte, un Frere accablé de:
trifteffe,
Un Amantperdre fa Maîtreffe,
Enfin une Amie aux abois,
Et ne reffentir pas la douleur qui les
preffe?
L'Hyver a caufe tous ces maux,
Le Cruel n'a laiffè qu'un coulant dans
les edux
Pour yfaire noyer la Belle,
Dont jepleure la mort cruelle.
O Ciel! vous qui réglez les chofes d'icy.
bas;
Tandis qu'onfe plaignoit d'une horrible
Gelée,
Ah!
que
ne ľavez-vous encore redoublée!
Si la Glace enft couvert toute la Loire,
helas!
Iris n'euft pas trouvé dans fes eaux le
trépas.
DIERIVILLE, de Pontleveſque
du
Mercure Galant 291
Efefuischarme d'une Bergere
Nnfin j'ay trouvé mon affaire.
Qui ne veut jamais voir un Amant foù-
III pirer,
Se plaindre, gémir, ny pleurer.
L'uniquemoyen de luy plaire,
C'eft de rire , & defolatrer
C'est justement mon caractere
fe ne fçaurois languir dans l'amoureux
miftere, bioon vendostan zorg
Ingrate Iris , ne croyez parow so I
Que j'adore encor vos appas, from
Ileft temps de finir ma peines 2
Je n'ay que tropfouffert de vostre fiere
humeur.
Quand on fe voit traiter avec trop de
rigueur,
Et que l'on trouve ailleurs une plus belle
chaine,
On n'en refuſe point la charmante dou
ceur.
Mon ame, de vostre froideur
Ne paroîtra plus defolée;
Bb ij
192 Extraordinaire
Cruelle, le Printemps commença men
malheur,
Il finit avec la Gelée.
Le mefme
III.
Qoyt nous donner, Galans Mercure,
Encar de la Gelée, en ce mois du Prix.
temps,
Apres lesfachenx accidens
Dont vous avezfait la peinture?
Quoy que l'on vous estime éclairé, fort
prudent,
Vous en aurez des coups &debec&de
dent.
N'avons-nous point fouffert affez dans
les étreintes
D'un Hyverfifacheux? Ignoriez -vous
les plaintes
Que les Grands & Petits ontfait defa
rigueur?
Nelaprolonger point, fa durée eftfu
Besties
du Mercure Galant. 191
Daignez putoft , Courrier Celeſte,
Nous procurer de la douceur.
B
༦ ༡༦༢༣ ༨༨༡ , ༡.
IV.A ST
GYGES
Rillam Monarque des Saifons,
Charmant Epoux de la Nature,
Bean Soleil, ton retour adoucit la Froi
dure,
Un peu de ta chaleurfait fondre nos
glaçons
Mais belas ! tout le feu de mon amOUT
extréme
Nefçauroit échauffer la belle Iris que
j'aimes
L'Ingrate eftinfenfible aux preuves de
mafoy,
L'Hyver eft dans fon coeur, il eſt gelė
pour moy
T
V ..
Le mefine.
Andis que toute la Nature
Gémit ſi tristement fons le poids des
Hyvers,
Et quelon voit tout l'Univers
Bb
iijj
294
AvExtraordinaire
Demander inftamment la fin de la frotdures
Moyfeulje me fens confumer,
Je fouffre, jefeche, je brûle:
Je porte dans mon fein l'ardente Cani
cule,
Lifimene m'afçeu charmer.io : au- í
Helas!fi la Gelée éreignoit dans mon
ame
Les vives ardeurs de ma flâme,
Heureuſe Indiférence , en vain je vous
attens ,
19
Glaçons, Frimas, Hyvers, on vanje
vous reclame,
L'Amour n'eft pas ſujet au caprico de's I
temps..
1-10,7 St-to que l'on voit la Gelée,
Chaoun a l'ame defclée.
試す
Pour moy , je n'enfais point lefin ;
Bien loin d'en faire la grimace, -
Je vois avec plaisir qu'elle fait de la Glace
Pour rafraîchir l'Eté mon in
MATAGOT de la Montagne
Ede Rheims.
du Mereure Galant. 195
VILAR
Our chacun asouffertde la grande
froidure,
Et tremblé malgré fa fourrure.
3
Le bel Aftre duFour eftoit unfroid Amy,
Il ne femoit que des Catharres ;
Les plus gaillards effoientbizarres,
Les plus rofez en ont blémy.
3
Le froid a tenu les Rivieress
Bien longtemps aux Arreſts, ces pauvres
Prifonnieres,
Quoy que dans leur Païs natal,
Eftoient fous la rigueur d'unfolide
Criftal.
Le temps nefaifoit plus voir de chofes
fluides,
Et les eaux n'eftoient plus liquides
Que par l'affiftance du feu,
Ce témoin qu'on n'ofoit prefque perdre
de vene, 2
Tant on eftoit craintif de marcher dans
la Ruë f ng
Bb iiij 111
296
Extraordinaire
Mais tout cela c'est encorpen.
Qui dans ces lieux cuft crû que le Par
naſſe,
Où des Gens vouloient galoper,
Fuft pris de la Gelée , & tout remply
de Glace,
Oùfans eftre ferré , l'on ne peut plus
grimper?
93
Quefonfeufaft éteint, qu'au lieu d'en-
•
rouſiaſmes,
J
Et de ces divines ardeurs,
On n'y vist plus que des langueurs,
Des foibleffes d'efprit , & de furieux
83 (Afmes!
•
Que le grand Apollon y puſt eſtre en-
Arbume
Du mauvais air qu'il a humé?
Qu'il enft plus de chagrin que d'humeur
enjouée,
Quefa Lyrefuft enrouée,
Et qu'enfin les NeufSoeurs enffent venleurs
Aman's
Pendant un fi grandfroid manquer à:
leurs fermens?
du Mercure Galant. 297
**
Quand je les voy gelez, ce qui plus me
chagrine,
C'est que tout eft glacé jufque dans la
racine,
Sans espérance de retour.
Helas! on n'y voit plus d'amour
Que pourla goinfrerie, & pour la bonne
chere:
On y hair les beaux Arts, on fuit toute
lumiere,
Pour y careffer les eaux d'or;
On y blame tous ceux qui n'yfont point
tréfor
On met là tout fon temps & toutefon
envie,
Comme fi l'on eftoit affure de la vie,
Et qu'on ne duft jamais mourir.
Pour eftre en bonne odeur, ily faut acquerir
Le renom d'eftre adroit à bien jouer &..
boire;
Gefont les beaux talens qui font toute
leur gloire.
298 Extraordinaire
:
33
L'onyfait mefme plus de cas
D'un Homme qui joue & petune
Danstous lesplusfameux repas,
Que d'un Homme éclairé : fa préfence
importune,
Et choque toujours un Brutal;
Mais ce n'eft pas merveille, il tient de
[ Animal.
Ab! que j'ay
exilée!
de bonheur de m'en eftre
Auffije m'enfuis venë apres bien con
folée.
Heureux eft quipeut changer d'air!
Diun Pais Iroquois qu'il fait bon s'é
vader!
L'Exilée de la VilleFrançoiſe
Ceux qui onttrouvé cemefme Mot,
fost Meffieurs Pays , R. de la Ville
de Tours ; S. Gruflé , du Quartier
S. Leu S. Gilles ; Mefdemoiselles le
Feure & du Cauroy , du mefme
du Mercure Galant. 299
Quartier's Tulosba , de Dreux ; &
l'Aimable à l'Anagramme de Het,
J'en feray le centre , du mefme
lieu.
La Nue, la Bize, la Froidure,
& Hyver, font les autres fens que
l'on a donnez à la mefme Enigme.
On a faitles Explications qui fuivent
fur la feconde, dont le vray Mot
eftoit les Patins.
N
I..
On feulement au Nord, mais encore
a Keniſe, matyt asem zal mui¶
Unpareil Hyver rend de mife , h
Pour voyager deffus les Eaux,..
Les Patins , vos Freres jumeaux.
M
C. HUTUGE d'Orleans,
demeurant à Metz ..
3
Afoy, c'eſt un peu tard, & ne
vous en déplaife,, : [no]
Vous en parlez, Mercure, un peu trop
à vostre aife..
100%
Extraordinaire
Grace à votre pareſſe, il ne tint pas à
vous
Que je n'euffe unfort des moins doux
Au mois de Fevrier, que faute d'une
Croffe
Je n'allois pas dans un Caroffe.
Je gliffe, je chancelle , & tout en defarroy
Fe vay donner du nez en terre.
Par bonheur il n'est pas de verre,
Sans cela c'eftoit fait de moy.
Mercure toujours charitable,.
Croyant que je dois prévenir
Dans le froid à venir
Un accidentfemblable,
Four les autres Hyvers vient m offist
des Patins; andā 2
Apres la mort les Medecins
J
III..
E cherchois par toutfur les Eaux-
Mercure, vos Freresjumeaux ;
Fy trouvais bien Caftor, avec Pollux:
Son Frere;
Mais ce n'eftoit pas encor touts
du Mercure Galant. gos
Car fans découvrir le miftere,
Je n'enpouvois venir à bout.
Quandvoilaqu'au moisde Decembre,
Ou plutoft, dis-je, deJanvier,
J'entendis Climene crier
De lafeneftre defa Chambres
s
Susanne, appreftez-moy, que j'aille aux
Celefins,
MaJupe, mon Peignoir, meş Gans, &
ma Toilette,
Mon Manchon & mon Bufc, les noeuds
de ma Caffette,
Et n'oubliez pas mes Patins.
RAULT, de Rouen.
IV.
Atin, voy ces petits Garçons
Glifferfur ces vaftes glaçons
Avec une vitesse extreme.
Que je neferoispas fifou,
SansPatins defaire de mefme!
Je me romprois bientoft le cou
DIEREVILLA,du Pontlevefque!
$302
7 * Extraordinaire
AveVecc ces deux Freres jumeaux,
Ces Patins qu'en Hyver on trouvefort
utiles
Aux Peuples des Champs & des
Villes,ada) of onPino nd star on?
Fay voulu marcherfur les Eaux.
Je l'ay moyfenle ofe de tous tant que nout
fommes;
Mais voulant imiter cès Hommes
Elevez dans lefroid, ces Engelez du
Nord,
Sur un Ruiffean glacé dés que jefus an
bord ,
On me vit renversée avec plus de viteffe
Que ces Gens n'y pourroient courir avec
sp . adreЛle.
A peine onfreut me relever,
Fen garde encor le Lit , Mercurez
Vostre préfent m'afait injure,
电
du
Mercure
Galant. 303
Etje m'enfouviendray plus que du grand
Hyver.
LA JOLY BOUQUINETTI
du Hoc.
Cette mefme Enigme a efté expliquée
dansfon vrayfens par Meffieurs
de la Carriere ; Le Roux Medecin;
L'Epinay- Buret; & Mefdemoiselles
de la Bonnelais & du Bignon , tous
de Vitré en Bretagne; V. N.de Tours,
è
l'Anagramme Torrent muny
d'or ; Les Amans fidelles ; Acidalis,
& Zélide, d'Amiens ; L'Epouse du
charmant Doüert ; L'Amante fans
Amant, de Dreuxs & la belle Brune
de la Rue de l'Evefché , du mesme
lieu.
On a auffi expliqué cette Enigme
fur les Avirons & fur les Gans.
304
Extraordinaire
8
Explicationsfurl'une &furl'autre
Enigme.
L
I.
A Gelée eft paffee, il eft bien temps,
Mercure,
D'envoyer des Patins pour courir fur les
Eaux;
Moutarde apres diner , reprenez vos
Gémeaux,
Nousfommes allarmez de la triſte avan
ture
Quidas Saumur apercé plus d'un coeur;
Cette belle Noyée en dégoûte , & fait,
peur.
LaBelle Nourriture.
Q
IL
Ve depas gliffans dans la vie
En toutes les conditions!
Chacun dit qu'ilva droit' ; mais helas!
quoy qu'on die,
Ce nefont quefaux-pas dans nos Profeffions.
du Mercure Galant 303
Que dechûtes par tout,faute d'y prendre
garde!
On marche à l'étourdy; l'omwafi bruf--
quement,
Que le plusfoible fe hazarde
A courirle plus bardiment
ab
Divin Courrier, vous nousfaites lar
grace®
De nous enuoyer des Patins
Pour allerfermes fur la Glace ;
Mais fiprefts de tomberprefqu'en touss
nos chemins
Nous cherchions un peu d'affiftance
Pour nous bienfoutenir dans les occa
fions,
Ab! l'on n'y penfe pas, onveutfa déca
dence,
Chacun aime fes paffions,
Es trop peu lefecours de la grace Divine;'›
On la demande peu ; l'on s'exerce à
trouver
• deJanvier 1684- Q₂ Co-
1
306
Extraordinaire
Le pas le plus glifants on s'y plaiſt , on
sobftine
Plus à choir qu'àfe relever.
L
{
! FIL
GYGES
A Gelée à la fin në glace plus la
Seine,
Quittons les Patins , Alcidon,
Voicy le temps que dans la Plaine
Ilfaut aller furle gazon:
Goûter les douxplaifirs de la belle Saifon.
La Belle à l'Anagramme
Libre d'amour, de la
Rue du Bac.
IV. Wax
TEs Enigmes, Galant Mercure,
Ne m'ont pas mis longtemps l'efprit à
la torture,
Fen ay trouvé les Motss pour te lefaire
voir,
La Gelée invifible
Eft toûjoursfortſenſible;
Les Patins font jumeaux , tous deux
d'égalpouvoir.
CHENILLE, d'Orleans.
du Mercure Galant. 30%
Ceux qui ont encore expliqué tou
tes les deux , font Meffieurs Pieron,
Vicaire de l'Eglife deTours; L'Abbé
de la Croix, Chapelain Royal ; Damien
d'Hebecourt , & Baguienne,
Avocat,tous deux d' Amiens; L'Abbé
Marcelat, Chanoine de Sens ; DeBeaubourg
Receveur à Caën ; De Voginys
Fontaine, Chanoine de Blois ; Billecocq,
1, de Roye en Picardie; Le Chevalier,
Cader de fa Maifon , de Chalons
en Champagne ; Mademoiſelle
E. de Campagne de Monbrun , de
Boulogne for Mer; Tamiriste, de la
Rue de la Cerifaye ; Les Affociez de
La Rue S. Honoré Les nouveaux
Amadis de Soiffons ; & la Societé
de la Primatiale de Nancy.
Cc ij
308
Extraordinaire
SSSSSSSS SS225 $25
ENIGME EN PROSE
DU BERGER DE FLORE ,
A LA BERGERE DE POMONE.
L
E fujet que vous m'avezz
preferit pour faire une Eni
gm , gentille Bergere, me feme.
ble des mieux choifis , & je le
croirois fort propre à embaraſſer
comme vous le fouhaitez les Ber
geres de la Vallée de Cerés , fi
je n'avois veu échouer contre
leur penétration tout ce que le
Berger Fleuriste avoit fçeu employer
de plus fin & de plus difficile
pour leur bien déguifer :
fon si. Encore.donc que je n'ef
dis Mercure Galant: 300
pere pas un meilleur fuccés de
mon adreffe , qu'il l'a cu de la
fienne , je vais vous donner par
obeïffance dequoy tenter l'A
vanture. Voila.ce.que j'ay penfé
pour cela.
Qu'on ne nous appelle point Soeurs.
Si quelques- unes de nous viennent.
d'un mefme Pere , ou d'une mefme :
Mere, il yen a mille qui n'én vien_-
nent pas. C'est donc mieux fait de
uous appellerfeulement Confines, puiss
que nos Parens font Freress ou plu
roft Compagnes, puis que nous allons
de compagnie.
Innocentes om criminelles , on nous “
traite prefque toujours de la meſine.
forte, tant noftre diftinée est étrange.
Comme des Tigres & des Lions, on:
nous met d'abord dans une grande:
Priſonfermée de barres de fer ; puis
310 Extraordinaire
on nous referre dans des Loges , des
Cages, & des Cachots, & l'on nous
porte enfuite parles Provinces, pour
nousfaire voir àprix d'argent. Nous
yfommes lesbien venuës, mais nous
n'en fommes pas plus heureuſes ; le
mauvais fort qui nous accompagne,
nous fait employer le plussouvent à
des afages que nous n'oferions dire,
tant ils font bas ; &fi'cela n'arrive,
ileft fi cruel, que le mieux qu'on nous
falle , c'eft de nous perdre d'ordinaire
on nous écartelle , on on now
brûle. Ce n'eft pas qu'il n'y ait des
Gens qui nous careffent, & qui nous
donnent bien des baifers ; nous fommesfaciles
, quelquefois amoureuſes ,
fouvent fortes & badines ; nous le
Jaiffons faire , fans mefme rougir de
leurs actions; & fi nous ne témoignons
pas yprendre plaifir , auſſi ne
du Mercure Galant.
34x
peut-on pas
dire
fâchées con
que nous enfoyons
$ Ce que nous avons de commun
avec beaucoup d'autres , qui ne paſ
fent pas comme nous par les Prifons,
c'est que nous portons noftre âgefur
le front, nosfecrets fur le venire, nos
défeufes fur le dos , & le nom de nos
Peres ou de nos Meres à nos pieds,
& que les Ignorans font confifter
noftre principal mérite dans la délicateffe
& dans la blancheur de nos
› Corps , dans la régularité de nos
" traits , & dans la grandeur de nos
tailles ; au lieu que les Perfonnes
babiles nous regardent principalement
du cofté de l'efprit & du bom
fens, & que plus ils en remarquent
en nous, plus nous tirons de louanges
d'eux.
Voila, gentille Bergere, quel332
Extraordinaire
7
les eftoient mes pensées pour
voftre Enigme , lors que deux
aimables Perfonnes qui ne vous
font pas moins cheres qu'à moy,
eftant venues dans ma Solitude ,
fé rendirent dans le Gabinet des
Sicomores oùje les écrivois, fans
vouloir qu'on m'avertift de leur
arrivée. Vous fçavez que ce Cabinet
eft fur le bord de la Seine,
& que cette Riviere fait en cet
endroit de peties chutes en forme
de Cafcades , qui caufent af
fez de bruit. L'attention que j'avois
à mon ouvrage, fe joignante
donc au bruit de l'eau, m'empef
cha d'entendre leur marche , de
forte que m'ayant furpris la plume
à la main , ils voulurent voir
à quoy je l'employois. Je ne leur
en fis point de miftere, & je leur
appriss
5
du Mercure Galant.
813
appris meſme d'abord le Mot de
voltre Enigme , afin qu'ils ju
geaſſent ſi je l'avois bien déguiſe .
Ils trouverent que je n'y avois
pas mal réuffy, & l'un & l'autre.
y voulurent ajouter quelque
chofe de leur façon , pour contribuer
au bien que moy✯
voltre divertiffement, & à l'embarras
des Bergeres de Cerés.
Dorilas & Doralice eftoient ces
aimables Perfonnes. Dorilas
laiffa par déference parler Doralice
la premiere , & voicy ce
qu'elle me dicta.
Si les Perfonnes dont il s'agitfont
univerfellemet maltraitées ce n'eftpas
fans caufe; il ne s'en rencotre prefque
pointquifoient innocentes . La plupart
font degrandes flateuses, & mefme de
grades menteufes; &l'on obferve que
Q.deJanvier 1684. Dd
314
Extraordinaire
fi quelques - unes commencent leur
entretien par des veritez, & l'y con
tinuent, elles manquent rarement de
le finir par le menfonge ; & il n'eft
que trop vray qu'il y en a beaucoup
plus de méchantes que de bonnes :
Dorilas prit en fuite la parole,
& me fit écrire ces mots.
Les bonneftes, les jolies , les belles,
Les fpirituelles , & tant d'autres de
merite qu'on voit dans leur Troupe ,
& qui femblent n'avoir eftéfaites
quepour charmer, devroient bienfaire
excufer celles qui ont quelques defauts.
Tout n'est-il pas mellé dans ce
bas monde? Et n'est- ce pas par cette
raifon encore, qu'il s'en trouveparmy
elles qui ont le Corps délicat , une.
grande blancheur, & les traits régu
liers & fins & d'autres qui ont le
Corps, le tein, & les traits extréme-
A
du Mercure Galant. 315
ment groffiers ; quelques - unes qui
ont les traits beaux , fans avoir le
Corps & le tein de mesme ; d'au
tres qui ont le Corps & le tein de la
derniere perfection , avec les traits
les plus mal-faits qu'on puiffe voir;
que les unes font grandes, & les autres
petites que les unes fortent de
bonne Maison, les autres de bas licus
celles- cy de la Boutique , & celles - là
de l'Hôpitals que les unes portent la
Couronne , les autres la Houlettes
celles- cy la Croffe, & celles là l'Epées
qu'elles font fi inégales, qu'elles
cauſent aujourd'huy de la joye , de
main de latrifteffe ; tanıoft duplaiſir,
d'autrefois du chagrin , forvent de
L'espérance, & quelquefois de la
crainte & du defefpoir, & mefme la
mort?
Ajoutons à cela , leur dis -je,
C
D dij
316 Extraordinaire
qu'ily en a de galantes, de propres,
& de parfumées ; de fçavantes , de
craffenfes , & de pédantefques ; de
plaifantes, de folâtres, & de férieufes
; de devotes , d'infolentes, &
d'impies , & enfin de toutes les nasaves
; & qu'il eft impoffible de tremver
ailleurs tant & fi peu de reffem.
blance qu'il s'en remarque entr'elles's
& quepour estre d'abord Compagnes
de mefmefortune, elles ne laiffent pas
d'avoir des fins qui font encore plus
diferentes que leurs deftinées...
I eft vray, reprit Doralice,
qu'il y en a quelques - unes , qui n'ont
pour but que deplaire, & d'autres a
contraire, que de fâcher . I´en ay ven
des unes & des autres, mais j'aurois
fouhaitéque ces dernieres euffent toû
jours demeuré dans leurs Prifons,
sant j'avois conçen d'averſion pour
du Mercure Galant. 317
elles. Avoüons , continua cette
Nymphe, que toutes nefortent aujourd'hay
de ees Prisons qu'à bonnes
enfeignes , que lejoug qu'on leur
impofe eft bien rude, puis qu'on ne
pent les tirer de là fans rançon , &
une rançon encore qu'on a bien aug.
mentée depuis peu de temps .
Dorilas remontra que leur captivité
estoit auffi moins longue préfentement
que par le paſſe, & qu'il
eftoit bienjufte de payer les foins de
leurgarde, & les frais de leurs voya
ges. Puis il ajouta , que ce qui luy
fembloit de plus déplaifant en cela,
eftoit que la rançon fuft auffi grande
pour une vieille , pour une Contrefaite,
pour une Fâcheuse , & pour
une Sotte, que pour celles qui avoient
les perfections oppofées à ces defaurss
mais qu'il ne concevoit point de
Ddij
318
Extraordinaires
'
moyens propres à - remédier à cette
forte d'injustice , rant il avoit l'esprit
borné.
Doralice ne fe le
trouva pas
à cet égard, de plus vafte étenduë
que luy, non plus que moy;
&
comme un filence
commun
fuivit cette
refléxion , je crûs
l'Enigme
achevée; mais la Nym
phe qui a
l'imagination
féconde
& vive, autant
qu'aucune autre
du Païs
Ambarrien , le
rompie
bientoft , &
m'avertit de certai
nes
circonstances à quoy Dorilas
ny moy
n'avions pas encore
penfé . Elle dit donc, que la plupart
de nos Prifonnieres
avoient au
trefois des
Ceintures qui
eftoient
comme leurs liens ou leurs chaines,
mais que cet ufage avoit change;
que quelques autres portoicnt
toujours
du Mercure Galant. 319
de l'or , malgré les défenfes les plus
rigoureufes de Sa Majefté ; que
d'autres portoient le deuil, fans eftre
jamais Heritieres ; que quelques au
tres alloient à l'Armée ,fans craindre
les coups ; & que toutes portoient les
armes , fans pourtant passer pour
Amazones, quoy qu'aucun danger ne
fuft capable de les faire pâlir ny
Trembler non plus que ces Héroinest
Puis elle ajoûta encore , que la
grande Prifon où on les mettoit
d'abord, eftoit une espece d'abîme, on
elles fe trouvoient en confufion, mais
au large ; au licu qu'elles eftoient extrémement
preffées dans les Cachots,
& que perfonne n'avoit pitié de la ··
maniere dont on les traitoit , que ceux
qui entendoient parler ainfi d'elles,
fans les connoifire.
Voila , gentille Bergere , ce
Dd iiji
320
Extraordinaire
que cet Amy & cette Amie imaginerent
fur le fujer que vous
m'avez prefcrit , & comme ils
encherirent agreablement fur
mes pensées . Je fouhaite que le
tout feconde vos efpérances , &
vous faisant triompher de la pénétration
de nos Voifines , vous
donne lieu d'eftre fatisfait de
voftre tres-humble Serviteur,
LE BERGER DE FLORE
25525-522555 :252SZ
Si la beauté du Vifage eft plus
propre pour plaire , que la
beauté de la Taille.
M
Ercure icyje ne prétens,
Comme les gouftsfont diferens,
Qu'un autrefur le mienfe regles
Qui veut régler,fouvent déregle.
du Mercure Galant.
321
Je diray donc tout doucement
Sur cefujet mon fentiment.
La beauté de la Taille afans- doute des
charmes
Dont un coeurfefent tout épris ;
On a beau refifter , il faut rendre les
armes,
On n'en doit pas eftrefurpris
Ce beanport de grandeur luy donne un
air de Reyne,
Etfon port affuré malgré nous nous entraine;
Ainfifans plus nous confulter,
Tout enflamez d'amour nous luy rendons
hommage,
Et c'est toujoursfans s'arrefter
A parcourir de l'oeil les traits de fon
Vifage.
Maisfi- toft que la paffion
Se trouve dans l'inaction,
Si l'on peut parler de la forte,
La raison qui pourlors nous porte
A voir l'objet de noftre choix,
Si fon mérite eft plus de poids
J
3.22
Extraordinaire
Que n'eft celuy d'un beau Visage,
Voudra, fans tarder davantage,
Examinertout à loifir
Ces traits, afin de bien choisir.
Alors elle range en bataille
Les beautez de la riche Taille, `
Avecque tous fes agrémens,
Pour voir s'ils font affez charmans
Defaire naître dans noftre ame
Unfeu tres vifqui nous enflâme,
Non pour un temps, mais pour toujours,
Carfans cela, fy des amours :
Unfen brûlant par intervale
Aux vrais Amans eft unfcandale,
Et paffe en amour pourpeché.
Pour moy, jeferois bien faché
D'aimer ma charmante Bélife
Comme parbonds & par repriſes,
Mais auffi n'ay-je pas fujet ...
De rechercher un autre objet.
En tout temps je la trouve belle,
Tout le monde la trouve telle,
Quoy qu'à vray dire elle n'ait pas
du Mercure Galánt. 323
,
4,
t
ST
De la Talle tous les appas;
Mais revenons à noftre Theme.
Puis qu'il eft jufte que l'on aime,
Sans en venir au repentir,
"Il est bon de s'affujettir
A quelque Beauté qui ſans ceffe
Seit digne de noftre tendreffe.
C'est pour cela que laraifan,
Qui nous doit faire la leçon,
Regarde fi la riche Taille
Eft en amour chefe quivaille;
Etc eft pourquoy fans paffion
Elle en fait la difcution
Avec beaucoup d'exactitude,
Pourfçavoir avec certitude
Quel eft fon air, les mouvemens
Qu'elle fe donne en divers temps,
Car l'on ne marche pas fans ceffe..
De cette Taille la richeffe
Se perd du moins de la moitié
Dans un Fauteuils quelle pitie!
Maisbelas! c'eft bien autre chofe,
Quand la Belle en fon Lit repofe;
Cette Taille s'évanouit,
4
324
Extraordinaire
Et rien en cetemps n'éblouit;
Ses charmesfont dans les tenebres.
Pour lors les Oraifons Funebres
Sans-douteviendroient bien à point
Sur ce grand air qu'on ne voitpoint.
On ne voit plus qu'un laid Vifage
Chargé d'unfort trifte équipage,
Comme eft la Cornette de nuit:
Un Amant furl'heure, & fans bruit,
Tout déplaifant defa défaite,
Veutfe retirerfans Trompette.
L'Amante qui connoît fort-bien
Qu'en cet état elle n'a rien
Pour retenirfa pauvre Dupe,
Pendant fa
vifite's'occupe
A grimacer à contre- temps,
Pourfe donner des agrémens.
Elle croitfaire des merveilles,
Et pourfe rendre unpeu vermeilles
Ses levres quifontfans couleur,
Elle les mords quelle rigueur!
L'Amour ne veut telfacrifice:
Une Beautéfans artifice
Luyplaift bien mieux certainement
du Mercure Galant. 325
•Que ce fubit déguisement.
C'est pourquoyl Amant dãs luymeſme
Dépris defon amour extréme,
Et fe repentant defonfeu,
Se retire, en difant adieu ;
Maisparce que le conrde l'Homme
N'eft pas pour aimer une Pomme,
Cet Amant à peineforty,
Vachercher un autre Party,
Ainfi quela raifon l'ordonne:
Elle luy montre une Perfonne,
Petite dans fa taille, ayant l'oeil plein
defen,
Un teint vermeil comme la Rofe.
Que de beautez, dit- il! mais parcourons
un
pens
Il mefemble voir autre choſe.
Une bouche riante : 6 Ciel , qu'elle a
d'appas!
Et quoy ? je voy bien plus , & jen'aimerois
pas,
Envoyant le Trône des Graces?
Je ne le voy que trop furſonfront bien
courbé,
326
Extraordinaire
A
Où les Amours trouventleurs places.
Ah, du Nectardes Dieux jefuis tout
imbibi.
Pourlors , dansfon amour extréme,
Joyeux, il s'applaudit luy-mefme,
Et charmé de ce rare Objet
Qui luy donne unjuſte ſujet
D'avoiruneflame immortelle,
Il rendfon hommage à la Belle,
Qui luy découvre mille attraits.
Benitsfoient, dit-il, tous les traits
Dont aujourd' buy l'Amour me perce
Puis qu'en mefme temps il me verſe
Cent & cent douceurs dans lefein,
Pour donner à mon coeur un Bain
Plus agreable que l'Eaud' Ange!
Famais je neprendray le change.
La Belle, dont mes yeuxfurpris
M'ontfait connoistre enfin le prix,
-Peut charmer en toute maniere.
Taille, retirez- vous arriere,
Vous ne nous charmez que debout;
Un beau Visage peut par tout.
En tout temps infiniment plaire,
du Mercure Galant. 327
La chefe n'eft que par trop claire.
Mercure, cet Amant guidé par la raison,
Nousprouve affez qu'un beau Vifage
A lieu de charmer davantage,
Que ne fait pas la Tailles &fans comparaiſonable
amo amplo
- DE LA TRONCHE, de Rouen,
Pourquoy un Bien dont la conqueſte
nous a coufté des fatigues
, quoy qu'il fort de peu de
conféquence , nous eſt neantmoins
plus cher qu'un autre
infiniment plus précieux que
nous avons acquis fans peine,
La
A Queftion eft defçavoir
Ce qui peut plus nous émouvoir
Dans l'agréable & doux martire, \
f'entens l'amour, c'eſt aſſez, dire,
Sçavoir, d'un Ceur quifans façon
Se taiffe prendre à l'hameçon,
Sans nous donnerbeaucoup depeintes
2. deJanvier 1684. Ee
32$
Extraordinaire
Ou d'un autre qui dans lagênes 12
Nous tient longtemps fons fa rigueur,
Pour mieux enfuite avec douceur
Nous plonger,fans que l'onſe noye,
Dans le doux Nectar de la joye.
Icy quelque comparaifon
Nefera pasbars de faifam.]
Car par elle on pourra comprendre
Ce que je prétens faire entendre . Ï
Sans rechercher de grands détours,
Par un long & vafte difcours,
La Chafe fervira d'exemple..
Voicy comme je la contemple.
La Chaffe eft un plaisir qu'on ne peut
Me trop aimer T
Acanfe de fon innocence;
Son attrait eft puiffant, il fçait nous
anmer
•Ramune douce violence;
Mais ilfaut unfujes qui réſiſte à nos
coups,
Unplaifir qui nous confte eft toûjoursle
plas doux;
Car filaprise en eftfacile,
du Mercure Galant . 329
L'ardeur d'un bon Chaffeur alors fe
ralentit:
Plus une chofe eft difficile,
On lapoffede apres avec plus d'appétit.
Cet exemple pourroitfuffire
Touchant ce que j'avois àdire;
Maisfi cela ne vous plaift pas,
Pofons icy quelqu'autre cas ,
Soit dans Paris, ou bien dans Rome
Et faifons voir comme tout Homme
Poffede avecplus de plaifir
Un Trefor acquis à loifir,
Quece que le bazard luy donne,
One Tefte mesme à Couronne,
Met un Pais au premier rang
Quandil luy confte bien dufang.
Voulez- vous voir un autre exemple,
Quifoit une preuve bien ample
De tout ce que j'avance icy?
De grace écoutez, le voicy.
N'eft-il pasvray qu'un Héritage
Qui nous vient par droir de lignage
Ne touchera pas noftre coeur
Comme un Bien acquisparfkeur
330 Extraordinaire
Parles travaux & dans les veilles,
Oupar d'autres peines pareilles?.
Pour lors on en faitplus d'état
Que des Biens d'un grand Potentat..
Le mefme.
Voicy un Chifre nouveau qui m'a
efé envoyé. Je ne l'entens pas . On le
propofe à ceux qui ont la facilieé à
déchifrer. On prie cependant celuy
qui en est l'Autheur , d'en envoyer
l'Explication. Il m'a fait fçavoir
déja par avance que les Chifres que
vous allez voir veulent dire,
' Il eftoit des Amans difcrets ,
Comme il eft des Chifres fecrets ,
On verroit peu d'Amans fidelles
Se plaindre avec droit de leurs Belles.
Ainfi il ne s'agit plus que de trouver de
quelle maniere ces quatre Vers font exprimez
parces Chifres.
38. 84. 27. 45. 93.
46. 20. 42. 27. 72.
27. 101. 40. 49. 58.
23. 75. 29. 63. 9. 71. 52.
A
du Mercure Galant . 33r
On a employé dans le XXII. Extraordinaire
un autre Chifre fur les Enig
mes de la Cheminée & du Louis d'or,
dont perfonne n'a découvert le fecret. Il
Commence par ces lettres DP QIT. Le
Public en demande l'Explication, & on
prie l'Autheur de l'envoyer.
QUESTIONS A DECIDER.
S
I.
I la fimple Eftime eft préferable à
l'Amour, entre deux Perſonnes qui
fe doivent époufer .
11.
Si ceux qui ne font point vrais Amis,
peuvent eftre Amans fidelles .
III.
Si on peut avoir en mefme temps de
l'Ambition & de l'Amour , fans que
l'une de ces paffions affoibliffe l'autre.
IV.
On demande l'origine de la Poëfie.
Jefuis, Madame, voſtre, &c.
A Paris ce 15. Avril 1684.
SSSSS SSE SSE SSESE
TABLE DES MATIERES ,
contenues dans ce Volume.
Dv bon & mauvais ufage-de la Le
Ꭰ &ture, 3
Difcours en Vers fur le mefmeſujet, 19
Lettrefur les Tremblemens de Terre, ss.
Relation d'un Voyage fait en Amerique,
68
Explications en Vers fur les deux Enigmes
de la fillabe Mi,
Portrait,
it.
92
Lettre fur un Bracelet de cheveux regeu,
97
Lettre à une Dame fur la perte de fon
Procés, 100
Sentimens en Vers de M.de la Févrerie
102
fur les cing Questions du XXIII. Extraordinaire,
Sur la lettre S , à M. de S. Aignan , 114
La Métamorphofé d'Amarante & d'Ariftée,
Sentimensfurles Questions du XXIV.
132
TABLE.
Extraordinaire,
Lettre en Profe & en Versfur les Scrupules,
148
S'il vaut mieux foufrir un peu d'amour,
que de s'en défendre avecpeine, 168
Explications en Vers fur les Enigmes
des Marons & du Maſque,
Cinquiéme Partie du Traité des Lunetes,
170
186.
Si un peu d'amour caufe moins de peine
que l'embarras de défendre fon coeur.
278
279
Si la jaloufie qui vient de l'Amour ef
plus dangereufe dans fes effets , que
celle qui vient de l'Ambition,
boire du Vin fans Eau, & enfuite de
l'Eau pure, fait le mefme effet pour la
fanté, que de boire le Vin meflé avec
L'Eau,
280
284
Sur l'ufage du Chapeau,
Madrigauxfur les Enigmes de la Glace
des Patins, avec les noms de ceux
qui ont trouvé ces deux Mots, 307
Enigme en Profe du Berger de Flore,
308
TABLE.
Laquelle eft à préferer , de la beauté du
Vifage , ou de celle de la Taille, 320.
Pourquoy un bien dont la conqueste nous
a confte desfatigues, nous eft plus cher.
que celuy que nous acquérons fans
peine,
Chifre nouveau,
Questions àdécider,
327
330
331
Avis pour placerla Figure.
La Planche VI. eſtant déployée , doft
regarder la page 187.
BIBLIO
BELA
QUE
LYON
DEL
LYON
#1893
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS.
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT807157
4
QUARTIER DE JANVIER 1684-
THEAUE
TOME
BEDE
LA
XXV.
IATA
XU
LYON
#189
Itued A.
Impriméà Paris : £6fe vend
A LYON ,
Chez T. AMAULRY , Rue Merciere ,
au Mercure Galant,
M. DC . LXXXIV .
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART, Rue S. Jacques ;
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en la Boutique Court -Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC . LXXXIV .
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
**
GALANT HOA!
QUARTIER DE JANVIER 1684
TOME XXV.
E croy , Madame, que
je ne vous puis mieux
inviter à lire ce XXV.
Extraordinaire
, qu'en
le commençant par un Ouvrage qui
traite de la Lecture. Ce n'est pas que
je ne fcache que vous connoiſſez parfaitement
l'usage qu'on en doitfaire;
Q. deJanvier 1684. A
BLB
2. Extraordinaire
mais quelque connoiffance que vous
en ayez , vous ne ferez pas fachée
de voir ce qu'on a écrit fur ce fujet.
Ilfournit beaucoup , & ce qu'il comprendpeut
eftre d'une grande utilité
pour quantité de Gens qui lifent ,
mais qui lifent mat , c'est à dire ,fans
réflexion , & fans foin d'en tireraueun
avantage. M de la Févrerie ,
qui penfe admirablement , & qui exprime
tout ce qu'il penfe d'une maniere
tres - noble, mefait efperer quelque
chofe defa façon fur cette matiere.
Je l'attens , & vousprépare d'avance
auplaifir que vous avez lieu de vous
en promettre.
୧୫: ୨୭
du Mercure Galant. 3
5525 25252:5525 225
DU BON
ET
DU MAUVAIS USAGE
DE LA LECTURE.
LEE
'Eftime que je fais de la Lecture
, ne m'infpire que de
grands fentimens pour elle. Je
la croy non feulement utile , mais
outre cela je dirois prefque qu '
elle est néceffaire à toutes les
Perfonnes raisonnables. Ce pour.
roit estre un de mes foibles , d'avoir
ce fentiment , qu'on peut
conteſter ; on me fera la grace
de m'avertir , fi je fuis dans l'erreur.
Je ne décide rien , & bien
A ij
Extraordinaire
.
loin de vouloir enfeigner les autres
, je parle pour m'éclaircir
moy -mefme. Un Pere de l'Eglife
croit que noftre efprit eft
tellement borné , qu'il devient
inutile fi - toft qu'il fe relâche de
l'affiduité à la Lecture ; & c'eft
peut- eftre pour cela qu'un bel
Efprit difoit , que celuy qui ne
lit point, eft femblable à ces Maifons
qui menacent ruine . Apres
tout , il faut avotier qué nous
devons nos plus belles lumieres
aux Livres , d'où vient que Caf
fiodore , & ces fages Philofophes
de l'Antiquité ont foûtenu , que
la Lecture eft la veritable fource
de pénétration & d'intelligence .
Je trouve dans les confeils d'un
habile Homme , que fi nous voulons
devenir polis , & nous dédu
Mercure Galant.
faire de nos defauts , il eft néceffaire
de lire beaucoup. Que
j'aime ce vieux Philofophe qui
facrifia tout fon bien pour fe former
une belle Bibliothèque ! II
avoit tant de paffion pour la Lecture
, qu'il prenoit fon repos fur
des monceaux de Volumes , dontil
couvroit fon Lit. C'eft ce qu'il
obferva jufques à la mort , &
nous lifons qu'on le trouva expirant
, fi j'ofe parler ainfi , entre
les bras de fes Livres . Le grand
Alexandre donnoit tout fon loifir
à la lecture des Ouvrages d' Homere
, qu'il portoit dans les voyages.
Un Marc- Antoine lifoit jaf
que dans les Jeux publics , &
lors qu'il affiftoit aux Spectacles,
L'amour des Livres eft donc
un partage propre aux belles
A iij
6 Extraordinaire
ames , & qui parut fi cher aux
Ieuples d'Abiffinie , que la poffeffion
des Clefs de la Bibliotéque
du Palais , eftoit une des
principales marques de la fouveraine
autorité. C'eft pour cela
qu'ils avoient foin de mettre çes
Clefs dans les mains du nouveau
Roy , au jour de ſon élevation
fur le Trône de leur Empire.
Alphonfe Roy d'Arragon , préferoit
fes Livres à tous les plaifirs
de la Cour. On luy donnoit
un jour le divertiffement d'un
Concert , lors qu'il trouva par
hazard un volume des Oeuvres
de Ciceron ; ce fut affez pour
dégoûter ce Prince des beautez
de la Mufique. Il prit le Livre,
& congédia tout fon monde avec
ces belles paroles , Je vais m'endu
Mercure Galant.
7
tretenir plus agréablement avec le.
Maiftre de l'Eloquence Latine . En
effet la Lecture me paroift le plus
raviffant de tous les plaifirs . Je
dirois que c'eft un Tréfor prétieux
, qui fe laiſſe découvrir à
tout le monde , & que plufieurs
élevent au deffus des richeffes.
Un Autheur veut que ce foit la
feule nourriture digne de noftrė
efprit ; auffi lors que j'aperçois
des Livres , je m'imagine queje
vois des Fleurs toûjours difpo
fées à répandre des douceurs enchantées
pour ceux qui font ca
pables de les goûter. Combien
de Héros ont trouvé dans la Lecture
le fecret de fe rendre redoutables
à toute la terre , & de
cueillir des Lauriers jufque dans
les Parties du Monde les plus
A
iiij
8 Extraordinaire
**
reculées ? Mille Seigneurs dont
nous admirons le mérite , fuivent
l'exemple de LOUIS , le
plus grand de tous les Roys. Ils
lifent beaucoup parce qu'ils
ont appris de leur Prince , que
c'eft dans la Lecture que l'on
trouve l'Art de bien comman→
dér, & de mieux obeïr. Ce Duc
dont la fcience égale le courage,
s'eft toûjours déclaré pour les
Livres. I brille dans l'Empire
des belles Lettres apres avoir
laiffé des marques glorieufes de
fa valeur & de fon courage dans
le : Champ de Mars. L'Acadéq
mie Françoife jouit depuis vingt
ans de l'honneur de fon Alliance,
& des momens précieux qu'il
dérobe à fes plaifirs ; toûjours
preft à donner des preuves de la
du Mercure Galant.
vivacité de fon efprit , qu'il cultive
par l'ufage des beaux Livres .
Je fçay un de nos plus grands Ca
pitaines , un illuftre Maréchal,
qui paffe les nuits fur les Livres,
apres qu'il a confumé les jours à
retracer les anciennes limités de:
Is France aux environs du Rhin.
Un plus long détail m'engage.
roit trop ; c'eft affez d' ajoûter
ce trait de la vie d'un Sçavant
de ce fiècle . Il fe plaignoit du
malheureux fort de l'Homme,
réduit à relâcher au fommeil lal
moitié d'une vie qu'il devroit fa
crifier toute à la Lecture , & aux
fonctions de l'efprit.
C'eft donc une de nos foibleffes
, de ne pouvoir pas lire continuellement
. Il faut partager
fon temps entre le repos , la Lec
10 Extraordinaire
ture , les réflexions , & le divertiffement
; fans compter ce que
l'on doit aux diférentes occupations
de la vie. La verité eft qu'il
y a des exemples qui nous montrent
je ne fçay combien de
grands Hommes tellement paffionnez
pour les Livres , que les
Exercices les plus agréables ne
pûrent arrefter le zéle qu'ils
avoient pour la Lecture. Caton
le jeune lifoit prefque toûjours,
& mefme dans le Barreau . Les
Livres eurent tant d'attraits pour
Jules Céfar , qu'il les careffoit ,
par tout, fans excepter les Affemblées
publiques. Alexandre Sévere
fit le plus délicat de fes ragouts
d'un bon Livre , qu'il de
voroit à la Table , & dans les
Feltins extraordinaires , felon le
du Mercure Galant. .Ir
témoignage de Lampride . Pline
qui a fi bien écrit des chofes naturelles
, affectoit de fe faire porter
en Litiere , lors qu'il eftoit
contraint de fortir , afin de lire .
plus facilement.
Pour parler jufte , ce font de
riches modelles ; mais je ne fçay
fi je ferois bien raiſonnable de
foutenir , que l'on eft obligé de
les copier. Il eft peu de Perſonnes
qui vouluffent s'expofer à
ces études empreffées de l'Empereur
Adrien . N'eftoit ce pas
outrer les confeils de la raifon ,
que d'entreprendre de lire , d'écrire
, & de dicter , en mefme
temps qu'il s'appliquoit à répon
dre à ceux de fa Cour , qui ve
noient le faluer ? Nous fommes
perfuadez que ce n'eft pas dans
12 Extraordinaire
&
la Lecture continuelle , que l'on
trouve un veritable profit ; mais
plûtoft , que le bon ufage de
la Lecture fe reconnoift par ce
choix judicieux du temps & des
Livres. Faifons réflexion fur ces
deux points , qui femblent utiles
à toutes fortes de Perfonnes.
Un Sage de la Gréce lifoit
avant que de fe coucher
le matin à la pointe du jour. Il
faut avouer que le matin eft
le temps le plus propre pour
la Lecture. Je fçay qu'il y a de
certains Livres , qui ne demandent
point ou fort peu d'appli
cation ce font ceux - là que je
voudrois faire lire pendant le repas
, que je conſeillerois de porter
dans un Carroffe , & dans les
voyages , & qui peuvent nous
du Mercure Galant.
13
divertir dans plufieurs occafions
qu'il feroit inutile de particula
rifer .Pour ce qui eft de ces Lectures
férieuſes , qui attirent des ré
flexions & des remarques, on les
fait le matin , depuis quatre juf
ques à dix heures. C'eit dans .ce
temps que l'efprit eft libre &
purgé de certaines fumées qui
fuivent néceffairement le repas.
On m'a fort peu confeillé de lire
apres le dîné. Le foir peut laiffer
deux ou trois heures libres à
ceux qui n'ont foupé que legérement.
C'eft, fi je ne me trompe
, ce que l'on peut déterminer
touchant le temps que nous pou
vons accorder à la Lecture . J'ajoute
qu'il ne faut
diféremment de Livres en Livres
, fans méthode , & à toute
heure.
pas courir in
14
Extraordinaire
Que ce feroit un avantage
bien confidérable , de ne lire
que ce que l'on doit fçavoir , &
d'apprendre feulement les chofes
que l'on n'aura jamais honte
d'avoir lûës ! On doit fe régler
fur la portée de fa mémoire , elle
ne veut pas eflre fatiguée mal à
propos. Les chofes néceffaires,
& qui méritent d'eſtre retenuës ,
fe doivent relire. Auffije ne defapprouverois
pas que l'on fe fift
une régle d'employer une demy
heure chaque jour , pour écrire
le précis de fes Lectures . Nous
avons de certains Ouvrages que
chacun auroit intéreſt de fçavoir.
Ceux qui font d'un mérite
extraordinaire , fe doivent prefque
apprendre mot à mot ; principalement
fi ce font des Origi
>
du Mercure Galant.
IS
naux , pour la pureté d'une Langue
, ou bien pour la délicateffe
des pensées
.
Je m'avife d'un moyen que
l'on m'a donné autrefois , pour
-profiter des bons Livres. C'eft
d'en lire trois ou quatre fois de
fuite environ vingt lignes , avant
que de s'endormir . L'efprit s'occupe
de cette Lecture pendant
le fommeil , l'imagination s'accoûtume
à des idées nobles , &
l'on trouve infenfiblement , que
la mémoire fe cultive ; on ſe rend
les expreffions faciles , & l'on
apprend à reconnoiftre , & à profiter
des beautez d'une Langue.
Joignez à cela , que fi ces Ouvrages
font auffi folides que bien
écrits , nous nous formons des
habitudes de penſer juſte ; nous
16 Extraordinaire
x
nous familiariferons , pour ainfi
'dire , avec des manieres relevées
d'écrire & de parler , qui viendront
à noftre fecours , fans qu'il
foit néceffaire de les appeller.
Les veilles immoderées , ces Lectures
avides & fans méthode, ne
font point de mon gouft ; c'eft
beaucoup lire , que de fe referver
pour ce qui eft utile. Ce font
les bons Livres , & non pas le
grand nombre , qu'il faut rechercher.
Je trouve que celuylà
railloit avec affez de juftice ,
qui comparoit un amas indif
cret de toutes fortes de Li
vres â un monceau de bled
que l'Avare conferve pour cultiver
de la pourriture. Senéque
ne s'arreſtoit pas aux Biblioréques
bien fournies , mais il con-
>
du Mercure Galant.
17
feilloir feulement le choix des
bons Livres , parce qu'une Lecture
fixe profite , au lieu que
celle qui eft trop vague , ne fert
qu'à divertir. Je ne fçache point
que l'on fe foit fort étudié à marquer
les Livres utiles pour les
fciences diférentes . Si je croyois
qu'on vouluft fouffrir ce que j'en
ay reconnu , je pourrois en faire
part dans la fuite. Ce n'eft
pas
mon deffein d'écrire contre les
mauvais ' Livres , on fçait affez
qu'ils portent leur reproche avec
eux , & qu'il n'y a que tres . peu
de Perfonnes qui puiffent tirer
un bon fuc de ces fortes de fruits?
Auffi Démocrite reprochoit a;
un certain , qu'il abufoit de fon
temps , & qu'il s'appliquoit à
recücillir les épines , au lieu de
2. deJanvier 1684. B
18
Extraordinaire
s'arrefter aux fleurs , on me permettra
de tranſcrire le paffage
Latin , qui m'a paru tres- beau .
Non enim , quod tu facis , legendis
libris fpinas corum feligo ; fed ea
tantùm confector, que utiliffimafunt,
& ubivis commemoranda.
Virgile répondit agreablement
à ceux qui luy vouloient faire une
affaire de la fréquente Lecture
d'Ennius , Je cherche de l'or dans
le fumier. Il est donc vray de dire
que c'eft aux bons Livres , aux
Livres utiles , qu'on doit s'arrêter.
Les méchans Livres ne fe doivent
point fouffrir , diſoit un Ancien
, parce qu'ils font oppofez à la
pureté des maurs.Le mauvais ufage
de la Lecture fe reconnoift affez,
en prenant le contraire de tout
ce que nous venons de dire . Si
du Mercure Galant.
19
l'on trouve que j'aye fuivy des
routes particulieres en traitant
cette Queſtion , on aura la bonté
de fe fouvenir qu'elle eft affez
étendue, pour me permettre cet.
te liberté. L.M. D.S. B.
SSSSE SSS25 525 SS2
DISCOURS EN VERS,
SUR LE MESME SUJET,
Du bon & mauvais ufage de la
Lecture.
S
I le panchant de la Nature
Nousfollicite à la lecture,
N'ayons point l'efprit fi méchant
Que de negliger cepanchant;
Il eft doux, il eft raisonnable,
Il eft inftructif & loüable,
Car la lecture a des appas
Dont tout fenfé doit faire cas,
Et l'on peut dire qu'on eftfage
Quand on enfait un bon usage.
Bij
20 Extraordinaire
Elle éclaire l'entendement ,
Elle forme le jugement,
Elle infpire la politeſſe,
Elle aime la délicateffe ,
Du Fufte elle accroift la ferveur,
Elle convertit le Pecheur,
Où font des Chardons met des Rofes,
Et fait plus de métamorphofes
Sur les moeurs d'un Chreftien zelé,
Que n'en fit le Poëte exile,
Qui pour avoir efté trop
libre,
Fut contraint de quitter le Tibre,
Et d'aller en des lieux deferts
Gémir au bout de l'Univers .
Grenade, le fameux Grénade,
Cet Autheur qui n'a rien defade
Daris fès Livres pleins d'onctions,
A plus fait de Conversions
Qu'il n'eft de lettres dans les pages
Qui compofent fes beaux Ouvragess
Auffi la lecture eft vrayment
Une espece d'enchantement ,
Un charme qui nous rend capables
Des emplois lesplus remarquables,
a
du Mercure Galant. 21
Unefçavante illufion,
Une agreable vifion,
Une occupation modeſte,
Un amufement tout celefte,
Qui condamnant Poyfiveté,
Nous inftruit de la verité,
Et nous éleve jufqu'aux nuës
Par des lumieres peu connuës.
N'eft- ce pas un beau pafferemps
De s'étendrepar tous les temps,
Et de courir de fiecle enfiecle
Depuis le temps de Sainte Tecle?
Que dis-je ? depuis Jezabel,
Depuis Cain, depuis Abel,
Depuis mefme le premier Homme,
Qui nous perditpar une Pomme.
Dieu! quelle confolation,
De voir une Relation
De mille Batailles paffees
Dans une lecture emaffees,
Et mille beaux évenemens
Qui caufent nos raviſſemens,
Par la lecture d'un beau Livre
Qui de cent chagrins now delivre!
22 Extraordinaire
Nous connoiffons à juste prix
Quels ont efté les grands Efprits,
Lesfaits, les exploits, & la gloire
De ceux qui brillent dans l'Hiftoire.
Sans la lecture, fçauroit-on
Les Harangues de Cicéron,
Les Plaidoyers de Démofthenes,
Ceux quifleurirent dans Athenes,
Et ces Héres dont les Combats
Ontfait tant de bruit icy-bas?
Où fans elleferoit Plutarque?
Oùfans elleferoit Pétrarque?
Et qui pour leursfameux hazards
Auroit eftimé les Céfars,
Les Auguftes, les Alexandres,
Si leurs noms reftoient dans les cendres
Honteufement ensevelis?
La grande & petite Bélis,
Seroient-elles par nous connuës,
Et jufques à nous parvenuës,
Si Mathiolle & Dalechamps,
Qui coururent fouvent les champs ,
N'avoient par un travail immenfe
Donné la chaffe à l'ignorance,
du Mercure Galant.
23
que
Belon,
Ainfi que Fusch &
Gens de tefte, Gens de renom,
Ingénieux Naturaliftes,
Et des plusfameux Botaniftes,
Quifoigneux de les expliquer,
Nous ont fi bienfait remarquer
Les proprietez excellentes
Des Fleurs & des plus belles Plantes?
Et vous, Simplifte à tour de bras,
Diofcoride, on ne doit pas,
Quoy que vousfuftes un peu rogue,
Vous obmettre en ce Catalogue,
Puis que vos curieux Ecrits
nos efprits . Charment nos yeux
D'où vientfouvent que le vulgaire,
Peu foucieux de nous complaire,
Et de s'expliquer
avec art,
Donne desfouflets à Ronfard,
Parle & s'énoncefansjufteſſe,
Sans efprit, & fans politeffe?
D'où viennent
tant d'absurditez
,
Defautes, d'incongruitez
,
De locutions
enfantines,
Qui choquent
les oreillesfines,
24
Extraordinaire
Et qui bleffent les délicats,
Sinon qu'onfaitfort peu de cas
Defaire de bonnes lectures ,
Quifont les fources les plus pures
D'une correcte expreffion,
Et d'une belle diction?
Avoüons tous que la lecture
Réjouit toute la Nature,
Et
t que par la les Morts fçavans
Inftruifent les groffiers Vivans ,
Les débourent, les humaniſent,
Et leurs ames débarbariffent.
MaisFour lire avecque profit,
Ilfaut entendre ce qu'on lit,
Perétrer le fens des paroles,
Soit Enigmes, foit Paraboles,
Soit Commentaires, foit Centons,
Autrement on marche à tâtons,
Et dans un Pais de tenebres,
Où l'on ne voit qu'objets funebres.
Que fi l'esprit eft rebuté
Par la profonde obſcurité
De quelque verité cachée,
Où l'ame fe trouve empefchée
Dans
du Mercure Galant.
25
Dans les matieres dela Foy,
Il nefaut que dire, Je croy,
A cette verité j'adhere ,
Sans vouloirfonder ce mysteres
Car le Scrutateur curieux
Qui prendfa raifon, ou ses yeux,
Pour les Fuges de fa créance,
Perd le fruit de l'obeïſſance,
Et doit fe voir accravanté
Par le poids de la Majefté,
Cela dicte la confcience .
Dans les matieres de Science,
Où s'exercent tant de Vivans,
Onfe reglefur les Sçavans .
Ces Prodigieux, ces grands Hommes,
Ces Flabeaux du Siecle où nous fommes,
Pour lebien de tous les Humains,
Sçavent la route & les chemins ,
Et c'eft de leur bouehe diferte,
A nos neceffitez offerte,
Qu'on apprend l'explication,
Lefens, & explanation
D'un impenetrable Paffage.
Orquand on a l'aveud'un Sage,
Q. deJanvier 1684.
C
26
Extraordinaire
Et l'autorité d'un Sçavant,
Que chacun confulte fouvent,
On demeure l'ame tranquile;
Etfur un Texte difficile,
Où l'onfaifoit un longfejour,
On voit auffi clair qu'en pleinjour.
De plus,pour lire fans dōmmage,
Ilfaut que l'Homme fe ménage,
Et qu'il ufe fort fobrement
De ce chafte contentement,
En s'appliquant à la lecture
Comme on s'applique à lapâture ,
Faifant refléchir fon efprit
Surfa lecture ; Quand on lit,
Ilfaut que dans l'ordre onfe range;
Car comme celuy qui trop mange,
Se créve au lieu de fe nourrir,
S'étouffe au lieu defe remplir,
Tuant la chaleur naturelle
Par une abondance cruelle ;
De mefme lors qu'avidement,
Et par excés d'empressement,
On précipite fa lecture,
Cette mystique nourriture
du Mercure Galant. 27
Devient inutile au Lecteur,
Comme elle l'eft al Auditeur,
Toute nourriture indigefte
Eftant dommageable, funefte,
Et dangereuse à noftre bien,
Si nous en croyons Gallien,
Et l'honneur de la Medecine,
Qui de Cos prit fon origine.
Fadis dans l'ancienne Loy
(C'eft dont l'Ecriturefaitfoy)
Dieu ne vouloit en facrifice,
Pourfe rendre aux Hommes propice,
Que des Animaux ruminans,
Et leur pâture remâchans .
Dans l'Ordonnance Evangélique,
Toute illuftre, & toute héroïque,
Il veut, mais d'un vouloir de Roy ,
Qu'un Chreftien méditefa Loy,
Et quefon amepoffedée
D'une fi précieufe idée,
Conferve inviolablement
Ce délicieux aliment.
Quand on lit trop à la légere,
Et d'une façon paffagere,
C ij
28 Extraordinaire
Cette lecture que l'onfait
Eft fansfruit comme fans effet .
On lit en dépit de Minerve;
De fa lecture on ne conferve
Qu'un infructueux fouvenir
Que le moindre objet fçait bannir.
Si l'on ne médite & digere
Defa lecture la matiere,
Quoy qu'onla relife ſouvent,
Autant en emporte le vent
Ilfaut donner à la manie
D'un trop tumultueux Génie,
Et donner àfa vive ardeur
Un tempérament de lenteur;
Car quelquefois on perd la venë,
Quay que d'organes bienpourveuë,
Si l'on a trop d'enteftement
Pour ce bean divertiffement.
Chaque Livre afon caractere,
Pour les Devots ilfaut Taulere,
Et lire avec affection
La pienfe Introdu & ion
Du Bienheureux François de Salles,
De qui les vertus fans égales
du Mercure Galant.
29
Ont éclaté jusques aux Cieux ,
Auffi-bien que dans ces bas Lieux.
Cette admirable Philothée
Pourroit convertir un Athée,
Et relancer dans les Chartreux
L'Homme le plus voluptueux.
Une ame n'eft point abuſée,
Qui s'occupe à lire Buzée,
Lanfperge, Bruno, Bonnefon,
Capiglia, Suffren, Talon,
Hayneufve, & le bon Pere Enftache,
Dont les Ecrits n'ontpoint de tache;
Caignet, l'orthodoxe Abelly,
Parfes Ouvrages embelly ,
Dont la Grace a conduit la plume
Pourfaire maint & maint Volume.
Quandvous aurez trouvé Stella,
Vous pouvez vous arrefter là:
Son Livre du Mépris du monde
Eft une Piecefans feconde,
Auffi-bien que ce qu'il a fait
Sur Saint Luc; tout en eft parfait,
Tout y refpire une amepure,
Bien morte à toute Créature.
C iij
30 Extraordinaire
Climachus eft auffi fort bon
(Tout le monde en connoît le nom ; )
Tous les degrez du Ciel qu'il marque,
Sont beaux, & dignes de remarque,
Et rien n'eft plus délicieux
Quefon ftile fententieux.
Lifez les Oeuvres de Saint Jure,
Ilsfont raviffans , je vous jure,
Pour imprimer dans noftre coeur
Une ardente & noble ferveur..
Les Oeuvres de Sainte Thérefe
Ne contiennent rien qui neplaife,
Et qui ne marque ce grandfeu
Dont toutfon coeur brûloit pour Dieu.
Binet eft un Livre agréable,
Avila n'apointfon femblable,
Caffiagnere eft eftimé,
Goniren eft un peu plus limé,
Bérulle eft un Devot myſtique,
La Serre un pieux Politique.
Vouspouvez planter le Bourdon
Sur les Ecrits du bon Boudon,
Ce véritable Archidiacre
Quitoutfon temps au Ciel confacre,
du Mercure Galant.
31
Et qui pour l'intéreft de Dieu,
Prefche, agit, travaille en tout lieu .
C'est à cet intérest unique
Que toutfon beau Livre s'applique.
C'est unfavoureux entretien
Que le petit Penfez- y- bien;
Et ce qu'a fait le Pere Alphonce ,
Dont les mots fe peſent à l'once,
F'entens Alphonce de Madrit,
Eft profitablement écrit.
Gygés, Autheur des plus fincéres ,
Développe bien des mystéres,
Et d'un ftile fort racourcy
Les Intrigues de ce temps- cy.
Feuilletez fréquemment l'Hiftoire
De ces grands Héros, dont la gloire
Pleine de la Divinité,
Brillera dans l'Eternité
De ces Saints , dont la belle vie
A fait défefpérer l'Envie.
Lifez tous les jours les hautsfaits
De tant d'Hommes rares, parfaits,
Et dont la lumiere féconde
Eclate en tous les Lieux du Monde;
C. iiij
32
Extraordinaire
De tant defervens Confeffeurs,
De bons Freres, de bonnes Soeurs,
De Martyrs, & de Patriarches,
Quifurent de vivantes Arches,
Si vous voulez, des Coffres forts,
Où Dieu renfermaſes tréſors,
Et des Portraits en mignature
D'une Charité toute pure.
A ce deffein vous aidera
Le Pere Ribadeneyra.
Monfieur du Val, dont l'ame benne
Fut un Soleil de la Sorbonne ;
Surius, & Monfieur Benoist,
Qui par tout, ce qu'il eft paroift.
Braillon, Preftre de l'Oratoire,
S'eft'acquis auffi de la gloire
A travailler fur cesujet ,
Qui n'a rien de vil & d'abjet,
Ecrivant l'Hiftoire Chreftienne :
Qui bien la lira, la retienne :
Ces Hiftoires ayant du poids,
Il lesfaut lire plufieurs fois.
Foubliois encor à vous dire
Qu'ilnefaut pas manquer de lire
du Mercure Galant.
33 .
Avecforte application
La divine Imitation,
Cet Ouvrage fi Catholique,
Mais d'autrepart fipathétique,
Si brûlant d'un celeftefen,
Si remply de l'efprit de Dieu,
Si capable de mettre une ame
Dans l'ardeurd'unefainteflâme.
En ce beau Livre de Gerfon
Chacun peut trouver fa leçon ,
Chaque ame ydevient aguerrie,
Soit pour Marthe,foit pourMarie,
Soit pour la recollection ,
Pour la priere, ou l'action ,
Pour le jeûne, & pour l'abftinence ,
Pour l'aumône, & pour le filence.
Vers & Profe de Cerify,
Vous n'avez rien
que de choify ,
Voftre éloquence eft des meilleures.
Magnon afait de bonnes Heures .
Les Paftorales de Godean
N'ont rien que de chafte & de beau,
Auffi-bien que fes Paraphrafes,
Quipeuvent canfer des extafes;
34
Extraordinaire
C'est un Efprit vif& brillant,
Dont le tour eft étincelant .
Youspouvez parcourirfans crainte
Tous les Tomes de la Cour Sainte
Du Reverend Pere Cauffin,
Dont le noble & pieux deffein
Eftoit d'engager les grands Princes,
Seigneurs, Gouverneurs de Provinces,
Dames, Prélats, Souverains, Reys,
Afaire de nobles Exploits,
Pourplacer aupres du Balluftre
La Vertu dans fon plus haut lustre..
A l'ombre de vos Alifiers
Vous pouvez lire Cerifiers,
C'eft un Autheur de bonne trempe,
Dont je voudrois avoir l'Eftampe..
Vous pouvez lire Villelouin,
Et les Emblémes de Baudouin;
Làfous des Figures s'êtale
Une belle & fainte Morale.
Vous pouvez auffi jetter l'oeil
Sur les Ouvrages de Montreuil,
J'entens de Montreuil le fefuite,
Homme d'efprit & de mérite,
du Mercure Galant.
35
Dont la plume avec verité
Ne refpire que pieté.
La Paraphrafe de Beccaffe,
Toute autre Paraphrafe efface,
Aufujet du Miferere ,
On n'y trouve rien d'altéré,
Et qui ne porte une belle ame
A quelque douloureuſe flâme,
A quelquefentiment caché`
D'averfion pourlepeché.
Ses Pfeaumes de pareille force,
Ont plus de moëlle que d'écorces
Tout en eft fort & vigoureux,
Et je m'eftime bien heureux
D'eftre lié de parentage
A cet excellent Perfonnage,
Qu'un grand Chapitre revéroit,
Et que la Sorbonne admiroit.
Vifitez, auffi le Calvaire,
Dont fon illuftre & fçavant Frere,
Ce digne & ce fameux Curé,
Qui dans la Brie eft honoré,
Nous a tracé la bel: route-
Ce chemin peut mettre en déroute36
Extraordinaire
Tous les Supofts de Lucifer,
Et tous les piéges de l'Enfer.
De Grénaille a pour moy des charmes,
En le lifant je rends les armes.
Laval, Guillebert, & Senault,
Ont écrit jufte, & comme ilfaut ;
Leurs Traductionsfont fidelles,
Et leurs Locutions fi belles ,
Qu'il eft au monde peu d'Efprits
Qui ne refpectent leurs Ecrits.
Lifez auffi tout à voftre aife
Les Oeuvres du pieux Nerveſe ;
Quand on cherche Dieu feulement,
On s'y délete innocemment,
Sur tout, lifantfa Solitude,
Beau charme de l'inquiétude.
Pour le Pédagogue Chreftien,
C'eft un Livre qui porte au bien,
Ilpeut vous tenir lieu d'azile,
Foignant l'agreable à l'utile ;
Les autoritez, les raisons,
Et les juftes comparaiſons
Qui relevent tout cet Ouvrage,
Luy donnent un grand avantage;
du Mercure Galant.
37
Il nepeut eftre décrié,
Quoy qu'ilfoit diversifié
Par tout de mainte & mainte Hiftoire,
Qu'ilferoit malaifé de croire,
Si l' Autheur, Homme d'entretien,
Ne les autorifoitfort bien,
Et n'enfaifoit venir la courſe
D'une pure & fçavante Source .
Lifez fréquemment Rodriguez,
Ce docte & pieux Portuguais ,
Qui tientles Vertus comme à gages,
Vous apprendrez cent beauxpaffages.
Que du Pont fait bien voftre Amy,
Ne le lifez point à demy,
Mais depuis un bout jusqu'à l'autre;
Quefaferveur devienne voftre,
Et defes Méditations
Tirez des péculations
Pour bien conduire vostre vie
Malgré la Critique & l'Envie.
Lifez auffi tres -fervemment
Ce qu'a compofe fçavamment
Le devot Saint Bonnaventure;
Son Livre eft la bonne-avanture
38
Extraordinaire
D'un Chreftien qui brûle pour Dien;
Là lecoeur s'échauffe, & prendfeu,
D'une maniere inconcevable..
Lifez, onfaites lire à table
Quelque chofe de Blofius ,
Ou du devot Dréxellius,
Ou bienfoufrez les doux régales
De la lecture des Annales
Du Cardinal Baronius,
De Torniel, de Bfovius ,
De Salian, ou de la Peyre,
Qui des Autheurs n'eftpas lepire.
Iln'eft rien de mieux fecondé
Que les Oeuvres de Marandé.
Cet Ecrivain de belle mife,
Qui défendit fi bien l'Eglife,
L'Illuftriffime Boffuet,
Qui rend un Miniftre muet
Par les rayons defa doctrine,
Et connu jufqu'en Palestine,
Parfa grande devotion
Et profonde érudition,
Afait auffi de beaux Ouvrages
Que le temps verrafans outrages,
du Mercure Galant.
39
Pour defabufer les Errans,
Et les Sectaires ignorans ';
Avec plaisir on lespeut lire,
En les lifant on peut s'inftruire.
Mais fe trouve - t -on jamais las
Defeuilleter Décambolas
Dans fondocte & pieux Modelle
Quifert de guide à tour Fidelle?
Si vous vous fentez moins enfeu ,
L'ame moins élevée à Dieu,
Si la colere vous attrape,
Si la conftance vous échape,
Si voftre coeur eft rallenty,
Lifez les beaux Faits de Rentys
Ce Gentilhomme charitable,
Ce Marquis fi confidérable,
Ce Chreftien fi devotieux,
Qui thefaurifoit pour les Cieux,
Et quipar un miracle étrange
Sembloit avoir visage d' Ange.
La Sainte Mere de Chantal
Ne vous apprendra point de mal,
Quand vous fçaurez toute lafuite
Defa merveilleuse conduite.
40 Extraordinaire
Lefage Prélat de Maupas
Vous y guidera pas-à-pas ;
Vous verrezfon coeur tout deflame,
La fidélité defon ame,
Son grand def-intéreſſement,
Son furprenant avancement ;
C'est la que vous verrez dépeintes
Dans les pratiques les plus faintes,
Ses vertus dans leurplus beau jour,
Sadouceur, &fon chaſte amour,
Son incomparable innocence,
Sa vertueufe obeiſſance
Dans les états onfon Vainqueur
A voulu promenerfon coeurs
Dans une diferente épreuve
Vous la verrez, & Fille & Veufvé,
Mariée, & dans un Convent.
Lifez done fon Livreſouvent,
J'entens l' Hiftoire defa Vie,
Et que voftre amefoit ravie
Du defir defuivre fespas
Dans tousfes diférens états,
Dans le monde, ou bien en retraite,
Vous laverrez toûjours parfaite,
(
du Mercure Galant.
Toujours vers Dieu s'acheminant.
Celafuffit pour maintenant;
Avecque cette tablature
Vous pourrezfaire la lecture.
Parcourant le Monde Chreftien,
Vous n'y trouverez que du bien;
C'est un Autheurfçavant & fage
Qui nous atracé cet Ouvrage,
Autheur d'esprit & de renom;
La Barre eft fon illuftre nom .
Diu! qu'aux pechez onfait efcarre
Avecque ces grands coups de Barre,
Et que l'Enfer contrecarré
rembarré,
S'y trouve à propos
A la confufion du Schifme,
A l'honneur du Chriftianisme,
A lagloire du Tout- Puiſſant ,
A la ruine du Croiffant,
Au mépris de l'Idolâtrie ,
Au grand bien de noftre Patrie !
L'Intérieur nommé Chrestien,
Eft un Livre dent l'entretien
Peut infinuerla pratique
Des grandes vertus qu'il explique ,
Q. deJanvier 1684.
D
42
Extraordinaire
A la gloire du Roy des Roys ;
C'est peu que le lire unefois..
Le foir avecquefa Bougie
On peut feuilleter Philagie;
C'eft là la plus proprefaifon
A lire le point d'Oraiſon .
On trouve une utilitéfeûre
Aparcourir la nuit obfcure,
D'un Homme qui feul en vaut trois,
Le Bienheureux Jean de la Croix ;
C'eft un Homme de l'autre monde ,
Dont la doctrine tres-profonde,
Qu'on peut nommer tréfor caché,
Peut aneantir le peché.
Le fpirituel Cathéchifme
Etablit le Chriftianifme ,
Et la fainte devotion ,
Par mainte interrogation ;
On apprend la ce qu'ilfaut croire,
Foignant le coeur à la mémoire,
Et mettantfon affection
A chercher la perfection.
Pour la fpirituelle adreſſe,
C'est un Livre qui rien ne bleſſe,
du Mercure Galant.
43
Mais qui peutfaire un grand profit
Aquiconque ardemment le lit.
Tout eft plein de chofes fenfees;
Chez vous, ô Chreftiennes pensées,
Les Ouvrages de Scapoly
Sontfervens , paffent le joly;
Font qu'à méditer on arrive,
Etfont d'uneforce exceffive
Pour combatre les paffions
Par les mortifications ,
Et par la haine de foy mefme,
Vertu digne du Diadéme.
Voila, pour le dire en deux mots,
Le paje- chagrin des Devots.
Que les Sçavans lifent les Peres;
Ces Flambeaux, ces grandes Lumieres .
Qui par leurs Ouvrages divers
Ont éclairé tout l'Univers;
C'est dans ces fources toutes pures
Qu'on puife les belles lectures.
Peut-on voir un plus beau Feftin
Que de lire Saint Auguſtin,
Saint Ambroife , Saint Chryfoftome ,
Saint Athanafe, Saint Jérôme,
Dij
Extraordinaire
44
Saint Bafile, Saint Cyprien,
Saint Athanafe, Salvien,
Leon, Profper, Eucher, Maxime ,
Ces Docteurs que l'Eglife eftime,
Et qu'à jamais eftimera
Le Chreftien qui bien les lira.
Dans un respect meflé de crainte ,
Venez à l'Ecriture Sainte,
L'objet de nosdevotions,
Et de nos venérations .
Les véritez incontestables,
Et les préceptes alni -ables
Que contient ce Livre divin,
Empefchent l'Homme d'eftre vain,
Superbe, infolent, alultere,
Aux confeils du Ciel réfractaire ;
Et pour eftre un Homme de bien,
Himme d'honneur, Homme Chreftien,
Suffit defe rendre facile
Ce que nous apprend l'Evangile;
Quifurfes maximes fait fond,
De la verité fe répond.
Ces Ecritures falutaires
Sont des Troupes auxiliaires,
du Mercure Galant.
45
Qui nousferviront au besoin,
Si l'onveutfe donner le foin
D'en faire unefainte lecture,
En gros, ou bien en mignature,
C'est à dire par petits points.
Fen prens pour Juges & Témoins
Tant d'Illuftres, tant de Notables,
Tant de Docteurs irréprochables,
Quifont prefque en toutefaifon
Sur l'Ecriture l'Oraifon,
Apres l'avoirlue & reluë
Avec beaucoup de retentë .
Or fortant d'un grandférieux,
On peut parfois jetter lesyeux
Sur quelques Livres de Voyage,
Cette lecture à rien n'engage;
On peut ainfifacilement,
Mefmefort agreablement ,
Sans argent, fans Valet, ny Bottes,
Sans craindre la Mer , ou les crottes,
Les Bandis, ou les Armateurs,
Sansprendre Bouffolle, ou Hauteurs,
D'une viteffe fans feconde
Fifiter Lun & l'autre Monde,
46 Extraordinaire
Vair le Normand & le Picard,,
Allerjufqu'à Madagascar,
Sans une nouvelle Machine
Donner jufqu'à la Cochinchinne,,
Porter le moule duFupon
Fufques au dela du Japon,
Se promenerfeul &fans fuite
Sur les épaules d' Amphitrite,
Enfin roder tout l'Horiſon,
Sans décamper de fa Maifons
Vifitant toutes ces Demeures..
On paffe d'agreables heures,
Vous pouvez lire Thévenot,
Villamont, Laët , & Linfchot,
Jean Moquet, le Goulx, la Boulay es;
Colomb, Pirard, Bandier, Deshayes,.
Alouifio deCanda,
Razilly, Michon, d'Aranda,
Belleforest l'Homme hiftorique,
Fambolo Pere pacifique,.
Jean Lyon, Bartheme , Lopez,
Frere Eugene, Frere Alvarez,.
Le Laboureur de Calchondille,.
Fernandez de Pinto l'habile,,
du Mercure Galant.
47
Bellon ce Medecin Manceau,
Vincent le Blanc ce bon cerveau,
Jean de More,Jacques le Maire,
Puis Cevallos le débonnaire,
Dom Garcia de Loayfa ,
Dom Garcia de Mendoza ,
Sandifs, Tavernier, François Draque,
Qui ne vit jamais Andromaque,
Olivier de Sarmiento,
Qui couroit la Pofte ut octo
Sur lesflots falez de Neptune,
Afin d'établir fa fortune,
Sarto Seguizi, Facque Albert,
Et le fameux Cefar Lambert ,
Zagachrift Roy d'Ethiopie,
L'Original, on la Copie ,
Dont les Ecrits, pour leur beau tours.
Ont charmé l'ancienne Cour.
'oubliois Paolo de Venife,
Homme d'intrigue & d'entreprife..
Quandvous aurez veu tout cela ,
On vouspourra bien dire hola.
Apres de fi longues lectures,
Fettez les yeux fur lesfiguress.
48
Extraordinaire
Ilfaut faire profeffion
D'une immortelle averfion
Pour les lectures criminelles ,
Ou qui tiennent des bagatelles,
Car c'est unpauvre paſſetemps
Que de lire, & perdrefon temps.
Brulez tous les Livres magiques,
Auffi-bien que les herétiques,
Et ces Livres pleins defatras ,
Qui des Souverains & Prélats,
A qui l'on doit obeifſſance,
Pourroient obfcurcir l'innocence.
Ilfaut toujours fefaire honneur
D'épargner les Oings du Seigneur,
Malgré la rage invéterée
D'une plume inconſidérée,
Ou d'une languefans respect,
A qui le bien mefme eftfufpect.
Banniffez le Décatonphile,
Artemidore, & Théophile;
Sur tout, nefeuilletez jamais
Machiavel, & Rabelais,
L'un eft plein de fauffes maximes,
L'autre est tout degoutant de crimes,
D'impuretez,
du Mercure Galants
49
D'impuretez, d'impiétez ,
Et de profanes faletez.
Vous ne devez point donner place
Au Décameron de Bocace,
Moins au Moyen de parvenir,
Livre à brûler, Livre à bannir.
Fuyez l'opprobre des Familles,
Qu'on nomme l'Ecole des Filles,
Et ce Livre à chaffer dehors,
Les Bigarrures des Accords,
Par qui l'ame eft toute obfédée
Des illufions d'Afmodée ;
Tous ces Livres malicieux
Méritent le couroux des Cieux.
Pour lire donc en HommeSage,
Et pourfaire un heureux usage
De la lecture, ilfaut en tout
Lire les Livres du bongouft,
Livres chaftes & raisonnables,
Polis, éloquens, profitables,
Les lire avec attention ,
Et fans préoccupation.
L. BOUCHET, ancien Curè
de Nogent le Roy.
2. deJanvier 1684. E
Extraordinaire
Quoy que la Lettre qui fait ait
efté écrite il y a déjà deux ans , elle
n'eft tombée entre mes mains que
depuis fort peu de jours ; & comme
elle contient des chofes affez particulieresfur
les Tremblemens deTerre,
je ne doute point que vous ne foyez
bien aife de les fçavoir.
C6639
du Mercure Galant.
SI
25:25252525-255525
A Fau- Cleranton le 20. de May 1682..
C
' Eft
pour vous donner avis,
Monfieur , d'un Tremble.
ment de terre qui fe fit icy fur
les trois heures , la nuit du Lundy
au Mardy apres l'Aſcenſion . On
avoit efperé que le temps pluvieux
cefferoit le jour de cette
Feſte , mais il continua , & l'hu
midité de l'air le rendit meſme
affez froid pour obliger beaucoup
de Gens à s'approcher du
feu le Dimanche
au foir , & le
Lundy au matin. Le Soleil ne
parut point ces jours - là avant
Midy , à cauſe de la pluye , &
parur peu quand elle eut ceffé.
Cij
52
Extraordinaire
Je pris garde alors , que la Ri
viere ( c'eft la Seine ) avoit crû
de plus d'un pied depuis le jour
de l'Afcenfion , & que fes eaux
eftoient un peu troubles. Le
Lundy au foir 11. de ce mois , le
Soleil s'eftant couché dans un
nuage noir , fit juger qu'on n'étoit
pas quitte du mauvais temps ;
neanmoins il devint fi doux , l'air
fi tranquille & fi pur , la Lune fi
claire , & les Etoiles fi brillantes
, que je pouffay avec plaifir
la promenade bien avant dans
la nuit. Le Printemps & l'Automne
font , comme vous fçavez
, les Saifons des Songes ,
auffi bien que celles des Tremblemens
de terre , & le retour
du Soleil vers noftre Hémiſphere
a accoûtumé d'accroiſtre &
du Mercure Galant.
$3
de fortifier les premiers , & d'ê,
tre l'heure la plus ordinaire des
autres . Le fonge ne m'épargna
pas cette nuit- là , non- plus qu'il
avoit fait les précédentes ; &
dans le moment que je voyois
avec grande frayeur la France
attaquée de toutes parts , par
cent Roys jaloux de la gloire du
noftre , le Tremblement de terre
fit évanouir le fonge , Je m'é
veillay en furfaut , & m'eftant
d'abord levé fur mon féant , je
me fentis ébranler, avec mon Lit,
ma Chambre , & le Bâtiment où
j'estois couché , au bruit d'un
bourdonnement femblable à ce.
luy d'un incendie , au cliquetis
des vitres , qui eftoit fort grand ,
& aux cris des Chouettes & des
Chiens , qui fe mirent de la par-
C iij
54
Extraordinaire
tie d'un air qui n'eftoit pas trop
agréable. Il me fembla que cette
agitation violente me berçoit ,
pour ainsi dire , de l'Occident à
me donnoit
POrient ; mais
comme
elle
ne
pas
envie
de dormir
,
je me levay
tout
à fait en trete
fant
, & dans
ce moment
elle fe
palla
. J'allay
auffi - toſt
à mes fe
neftres
, pour
voir l'état
du Ciel
,
& j'y trouvay
la ferénité
du ſoir ,
à la réserve
de
quelques
petits
nuages
difperfez
du cofté
du Levant
& du Midy
; & voulant
re.
connoiftre
fi l'eau
du Puits
n'au
.
roit point efté troublée par quel .
que vapeur , exhalaiſon , fumée,
ou vent , j'en fis puifer ; & j'en
goûtay ; mais elle me parut auffi
claire & auffi bonne que de cou
tume. Les Gens du Village qui
du Mercure Galant.
SS
eftoient encore au Lit , y furent
traitez de la mefme maniere que
moy , & entendirent le mefme
bruit , ou bruiment , & chacun
d'eux fe perfuada que ces effets
inconnus fe bornoient à ſa Maifon
, & les attribua bonnement
au retour de fon dernier Parent
mort , qui venoit luy demander
des Prieres. Mais ce qui eſt difficile
à concevoir , c'eft que ceux
du Village qui en eftpient déja
partis , pour aller à la Ville voifine
chercher de l'ouvrage, eftant en
chemin dans ce temps - là, ne s'a
perçurent d'aucune chofe , & ne
furent pas peu étonnez lors
qu'ils trouvérent les Habitans
de cette Ville en alarmes , & en
prieres , pour le Tremblement
qu'ils avoient fenty , mefme à
C iiij
56 Extraordinaire
deux reprifes , & d'une maniere
plus violente qu'à Cléranton ,
comme on le peut juger par quelques
tuiles qui y tombérent des
toits , par des tables & des fiéges
qu'on entendit remuer , & par
un fceau d'eau fraichement ti
ré , dont prés d'un quart s'épancha
au temps de l'agitation . Ce
qu'il y eut icy de plaifant , c'eft
que la Fille de la Maiſon , qui
n'a que fept à huit ans , & qui
eftoit couchée auprés de fa Mere,
luy demada, pleine d'épouvante ,
à quel Saint il falloit fe vouer
les Tremblemens de terre,
pour
& la pria de luy en apprendre
l'Oraifon. Cette Dame qui n'eft
pas fi fçavante en cela que les.
Quinze- vingts , eut envie de rire
de cette demande , qui luy faifoit
du Mercure Galant.
ST
que
connoiftre fa Fille croyoit
qu'il en fuft de cet évenement
comme des journaliers ; & luy
répondit fort à propos , qu'il
falloit s'adreffer au Createur , &
le prier d'affermir fes Ouvrages,
& de conferver fes Créatures .
Cette fage réponſe me fait for
venir de ce que j'ay lú autrefois
dans la Mothe . le Vayer , au
Traité qu'il a fait de ces Tremblemens
. Il rapporte que les an .
ciens Romains n'adreffoient leurs
prieres à aucune Divinité particuliere
dans de telles rencontres
, comme ils faifoient en toute
autre , parce qu'ils avoient peur
de fe méprendre , ne fçachane
pas par quel moyen , ny par quel
Dieu , ou par quelle Déeffe la
terre eftoit ébranlée. Apres quoy
Extraordinaire
il oppoſe à la modeſtie de ces
Romains la vanité des Grecs ,
qui fe vantoient non feulement
de fçavoir la caufe de ces grands
mouvemens , mais encore d'en
prévoir la venue. Pour moy,
qui trouve cette caufe auffi in.
certaine en ce temps - cy , qu'elle
l'eftoit du temps de l'ancienne
Rome , je laiffe à de plus hazardeux
que je ne fuis , à vous en
expliquer leurs pensées , ou celles
des autres. Je ne puis pourtant
m'empêcher de vous dire ,
• que
que les Devotes de la Ville de
mon voifinage , préfumant que
ce Tremblement eft géneral , le
comparent à celuy qui fe fit à la
Mort du Sauveur, & le croyent un
figne affúré, & un avertiffement
charitable que Dieu nous donne
du Mercure Galant.
59
2
·
de la conception, ou de la naif
fance de l'Antechrift , & fur cela
prefchent la Pénitence , & la fin
du Monde ; & que les Naturaliftes
du mefme Lieu l'attribuent
au détachement de quelque
grande partie de la Terre , qui
eft tombée vers fon centre , &
qui a ému tout le refte , fondez
fur l'opinion qu'ils ont , que la
Nature ne faifant rien en vain,
n'a pas donné trois mille lieues
d'épaiffeur à cet Element , mais
la rendu creux comme une Tabatiere
. Ces imaginations font •
plus propres à faire rire , qu'à
perfuader. Ce qu'il y a de fûr ,
c'eft qu'on n'a jamais lû , ny ouỳ
dire , que la terre ait fouffert de
pareilles fecouffes en ce Païs - cy,
& qu'il eft étonnant que fa fitua60
Extraordinaire
tion baffe , & éloignée de plus
de quatrevingt lieues de l'une &
de l'autre Mer, je veux dire de
l'Ocean & de la
Méditerranée,
ne l'ait pas garanty de cet acci
dent. Il me délivra de la frayeur
de mon fonge , du moins auffiviſte
qu'un femblable diffipa autrefois
la crainte des Eléens , à
la veille de voir fondre fur eux
une puiffante Armée de Spartiates
, conduite par Agis ; ce Roy
prit le Tremblement de terre
pour une menace du Ciel , & fe
retira de l'Elide fans faire
Y
aucun_mal. Agéfipolis , qui ne
le voulut pas imiter dans une autre
expédition de Spartiates , traverfée
d'un pareil
Tremblement,
eut la honte d'affiéger la Ville
d'Argos , fans la prendre. Jejuge
>
du Mercure Galant. 61
de là , que Pline n'a pas raifon
d'avancer que ces grands remuemens
font des préfages de malheur
pour les Païs où ils arrivent
, puis que ceux - là retournérent
fi fort au bien des Eléens
& des Argiens , chez qui ils
eſtoient avenus , & que celuy- cy
m'a foulagé d'un fonge tres - incommode
, fi un fonge , quelque
important qu'il foit , mérite d'ê
tre mis en ligne de compte. Vous
penferez peut, eftre que je fus
guéry d'une frayeur par une autre
; mais en verité , Monfieur ,
vous ne penferiez pas jufte cette
fois - là , le peu de durée du Trem
blement ne m'aurort pas donné
le loifir d'avoir peur , quand bien
j'euffe autant redouté ce Tonnerre
foûterrain , que je crains
62
Extraordinaire
peu ceux qui grondent fi fou
vent fur nos teftes , il fe paffa
en peu de momens. J'ay du panchant
à croire qu'il trouva fon
iffue à une demy - lieue d'icy , de
l'autre cofté de la Riviere , par
une ouverture qu'un coup de
foudre y fit dans le guéret d'une
Colline , il y a quatre ou cinq
ans , & qui fe trouve augmentée
depuis le Tremblement. Cette
ouverture a la figure d'un entonnoir
, avec vingt pieds de diamétre
par le haut , & répond.
à des Ĉavernes fort profondes,
comme on le juge au bruit des
pierres qu'on y jette. Homme
& Cheval y pafferoient par l'embouchure
, quoy qu'il ne le fèmble
pas ; ce qu'on a reconnu en
y pouffant un Cheval malade ,
66
du Mercure Galant.
63
qui difparut en mefme temps.
CeGouffre eft d'autant plus dan
gereux, qu'il ne paroît pas fi plein
de danger. Vous avertirez vos
Amis , qui viendront de Troyes
à Bar-fur- Seine , par la Guillo.
tiere , d'y prendre garde , parce
qu'il n'eft qu'à huit ou dix pas
du grand chemin. Il n'y auroit
pas de plaifir avoir les Etoiles
en plein jour par un trou fi profond,
on y feroit peut . eftre plus
proche des Enfers que du Ciel,
& il pourroit bien y avoir quel
que refte peftilentiel de vent ,
plus propre à empoisonner qu'à
rafraîchir . Comme on parlera
par tout de ce Tremblement,
j'ay beaucoup d'impatience de
fçavoir , s'il a tenu autant de Païs
que ceux qui arrivérent fous les
64
Extraordinaire
·
Empires de Dioclétien , & de
Valentinien , qu'on fait paffer,
comme celuy qui accompagna
la Mort du Seigneur , pour univerfels
, s'il n'a point efté auffi
merveilleux en quelques Contrées
, que ceux qui firent combattre
des Montagnes auprès de
Modéne , du temps de la Puiffance
Confulaire changer de
place à un Verger d'Oliviers
dans la Bruzze du temps de Né.
ron , & fauter Pélion fur Offa, je
veux dire une Montagne fur une
autre , comme il fit en Angleterre
en 1571 ; s'il n'auroit point efte
auffi terrible en d'autres endroits,
que ceux qui affligérent la Judée
en la feptiéme année du
regne d'Herode , & l'Afie dans
la fixiéme de Tibere , qui rendu
Mercure Galant. 65.
verférent Nicomédie de fonds
en comble en 358. qui defolé
rent Ferrare en 1576. qui enfevelirent
Pivry, Ville des Grifons,
fous l'une de leurs Montagnes erf
161811& qui abîmérent une par
tie de Malaga en 16809 & fi en
fia cette forte d'émotion n'eft
point une efpéce de Colique fou
ferte par la Terre , que quelques
Philofophes ont crûe canimée ,
comme vous fçavez , dont on
ne peut pas dire qu'elle foit gué.
rie , qu'aprés quarante jours ,
terme réglé des maux douteux
&fufpects , fuivant l'explication
que je croy devoir eftre donnée
aux Textes de Pline & d'Ariftote
, à l'endroit où ils traitent
de la durée de ces grands mou.
vemens . Les Nouvelles extraof
Q. deJanvier 1684+
F
66 Extraordinaire -
dinaires méritent une curiofité
de mefme nature.
Mais , Monfieur , je fais réflexion
, que depuis quatre années
les quatre Elémens nous
ont montré d'affez terribles
échantillons de leur puiffance .
Le Feu a allumé une Cométe
d'une grandeur furprenante ;
l'Air a exercé un Ouragan , qui
a defolé beaucoup de Païs , l'Eau
a forcé les barrieres naturelles ,
enlevé une Fortereffe avec fa
Garniſon , & fon Canon &
caufé beaucoup d'autres dégats ;
& la Terre enfin s'eft remuée,
malgré fa folidité & fom immo.
bilité , nous a menacez de l'ouverture
de fes abîmes , & a peuteftre
fait ailleurs le mal , dont
on n'a eu icy que la peur. Une
,
du Mercure Galant. 67
liaiſon fi étroite d'évenemens
extraordinaires n'a fans doute
point d'exemples dans l'Hiftoire .
Le jugement que j'en fais , eft
que comme noftre Siécle eft celuy
des Prodiges , à l'égard des
Arts , des Sciences , de la Politique
, & de la Valeur , Dieu
veut qu'il le foit auffi à l'égard
de la Nature , afin que rien ne
manque à fa grandeur , & qu'il
foit le plus merveilleux de tous
les fiécles ; mais quoy qu'il arrive
, rien ne contribuëra tant
à l'élever fur tous autres , que
les qualitez fans pareilles , & les
actions inimitables de noftre augufte
Monarque. On n'a jamais
rien vû de fi grand , & on ne peut
rien concevoirde plus digne d'ad.
miration . Je fuis , Monfieur, &c.
DE VIENNE- PLANCY.
68 Extraordinaire
25525 :52255S:25252
RELATION
D'UN VOYAGE
FAIT EN AMERIQUE
.
A MADEMOISELLE
DE S,
E ne puis, Mademoiſelle , vous.
envoyer par cet Ordinaire le
détail du grand voyage que j'ay
fait en Amerique , avec tout le
bonheur poffible , & toute la diligence
imaginable. Le peu que
je vous en écris , eft dans la purefincerité
les chofes y font fi
belles par elles - mefmes , que je
croirois leur faire injure , d'emprunter
les ornemens de l'Elo
quence , pour relever leur éclat
du Mercure Galant. 69
naturel , que je gâterois , comme
font la plufpart des Voyageurs,
par des fictions Romanefques ,
femblables à celles des Sevarambes.
Je dis donc dans la pure verité,
que j'arrivay , & vis prefque en
mefme temps les plus beaux endroits
qui font le long de la
Riviere de Suriname , qui eſt la
plus belle de toutes les Rivieres
de l'Amérique. Je n'ay cu faute
de rien , ny en allant , ny pendant
mon féjour , ny dans mon
retour , bien que je n'euffe fair
provifion que des Inftrumens de
Mathematique neceffaires pour
reconnoiftre la diférence du Méridien
du lieu de mon depart , à
celuy de l'embouchure de Suriname
, par de bons Horloges à
70
Extraordinaire
pendule , & par l'obſervation des
quatre Satellites , ou Lunes qui
tournent autour de Jupiter .
Nous pafsâmes fous le Tropique
d'Eté , & vîmes à Midy l'ombre
de nos teftes entre nos deux
jambes , & le Soleil dans le fonds
d'un Puits tres - profond ; enfin à
fix degrez de latitude , nous fûmes
dans la Mer de Cuft , & mon .
tâmes la grande Riviere de Suriname.
Nous trouvâmes bien-toſt
fur la main droite Paramaribe .
C'eft une Ville à cinq Baſtions ,
apartenante aux Hollandois , elle
eft comme la Clef, qui ouvre ou
ferme la porte pour leCommerce
de cette grande Province habitée
par des Sauvages Noirs , dont
les uns font entrez dans les intéreſts
des Hollandois . Paramadu
Mercure Galant.
71
ribo eſt un des plus beaux féjours
du monde , à cela prés , qu'il y
pleut pendant trois mois fans dif
continuation aucune ; ce qui arrive
régulierement toutes les années
, comme je l'ay obfervé pendant
mon peu de fejour .
Bien que Plutarque ait autrefois
écrit de la ceffation des Oracles
, on ne laiffe pas d'entendre
tous les jours dans Paramaribo
ceux qui y font rendus dans un
Augufte Temple , par la Déeffe
= Louife - Lucie de Suriname. Elle
eftoit autrefois une des principales
Divinitez Etrangeres du
Pantheon de l'ancienne Rome.
Cela peut fervir à l'Hiftoire ,
pour démontrer que l'Amérique
n'eftoit pas anciennement incon .
nuë . Pouſſez par la curiofité qui
72
Extraordinaire
eft naturelle à ceux de noftre Na
tion , nous courûmes au Temple
de cette Déeffe , nous y trouvâmes
tous les Druides occupez de
vant la Déeffe , pour plaider une
Caufe de la derniere importance .
Ils prétendoient faire condam ,
ner une Veftale à eftre enterrée
vivé , pour le feul crime d'avoir
fait un Vers , bien qu'il ne fentift
qu'un peu indirectement
l'amour. M. Æn. Senec. l'Orateur
l'expliqua en toutes langues..
Voicy fes termes Latins,
Felices nuptæ moriar , nifi nubere
dulce eft.
Qu'heureux eft l'Hymenée !
Je meure s'il n'eft doux 3.
D'avoir un Epoux..
Un Accufateur des plus animez
faifoit des exclamations fur chaque
du Mercure Galant.
73
que mot de ce pauvre Vers ,
Qu'heureux eft l' Hymenée , ce font,
difoit - il , des termes partis du
fonds du coeur , & qui marquent
fes ardens defirs . Je meure , c'eft
un Serment qui ne peut eftre fou
fert à une Veſtale. fe meure , s'il
n'est doux , d'embraffer un Epoux.
Ou elle jure à faux , ou elle jure
apres l'avoir expérimenté . Elle
doit mourir , & c.
Je m'informay du nom de ce
Procureur , on le nomma Porcius
Latro , à latrando ; car au Royaume
de Suriname on appelle les
chofes par leur nom , un Chat,
un Chat , & c.
Enfin la Déeffe prononça l'Arreft
d'Abſolution . Voicy en uôtre
Langue les termes de fon
Oracle,
Q.deFanvier 1684. G
74
Extraordinaire
Les Poëtes ne fenicnt pas tout ce
qu'ils difent.
La Déeffe nous honora d'un
petit coup d'oeil , accompagné
d'un agréable mouvement de
teſte , bien diférent de celuy que
la tefte de l'Idole d'Abelanecus fair
àMadame de Clerimont dans la
Comédie de la Devinerelle . Elle
profera enfuite quelques mots en
langage Sauvagin . Pluſieurs de
nos François en furent auffi ef- *
frayez que s'ils avoient efté conviez
au Festin de Dom Pédro ;
Mais le Grand Preftre nous les
fit expliquer par un Dragomant,
qui nous affûra que cette belle
Déeffe avoit dit , Braves Etrangers,
foyez les bien- venus. Eftant
donc raffûrez , quelques Dames
de nôtre troupe voulurent éproudu
Mercure Galant.
75
ver la bonté & le fçavoir de cette
Déeffe, pour eftre inftruites par
fes Oracles , des chofes qui ne
concernent l'avenir , dont Horace
mefme défendoit aux Hom.
mes fages de chercher la connoiffance.
Elle répondit à toutes
les demandes fort obligeamment
, & mefme en Vers François.
Cela étonna nos Dames ,
autant que les Sauvages, qui n'a
voient jamais oty leur Déeffe
parler un tel jargon . Pour moy,
je n'en fus pas furpris ; car les
Déefles font du moins d'un efprit
auffi fublime que bien des Perfonnes
de qualité , qui fçavent
tout fans avoir rien appris. Je
vous envoye une partie des Quel
tions que nos Dames firent à la
Déeffe de Suriname , & les ré-
Gij
76
Extraordinaire
ponſes Oraculaires qu'elle rendit
. Vous m'obligerez de m'en
apprendre voftre fentiment.
QUESTION DE M. D.
L
Equelflateroit plus vosfens & voftre
coeur ?
Ou d'un Amant jaloux , qui toûjours en
fureur,
Ne vous donnaft aucune patience ;
On d'un autre, de qui la tranquille conftance
Ne vous marquaft jamais aucun tranſport
jaloux,
Et qu'ilfe repofaft fans nulle défiance
Et furfon mérite &fur vous?
REPONSE DE LA DEESSE
de Suriname .
l'un
ny
N
l'autre en verité
Ne me pourroit donner de la
tendreffe.
du Mercure Galant.
77
Un Amantfijaloux n'a que de la rudeſſe;
L'autre avec fa tranquillité ,
Quiveutferepoferfur ma fidelité,
Marque trop peu d'amour , ou trop de
vanité
QUESTION DE M. D.
LE
Equel vous paroift plus honteux,
Ou de ceffer d'aimer, ou n'eftre plus
aimée ;
Quitter l'Amant qui vous auroit chara
mée,
Ou-bien luy devenir un objet odieux ?
REPONSE.
IOrsqu'on prétend aimer avec dé- L
licateffe,
A quitterfon Amant, jamais, je le con-
On ne devroit s'autorifer;
વે
Mais à ne vous rien déguiſer,
(feffe
Deuft eftre millefois ma conduite blâmée,
Je nefçaurois aimer ,fi je ne fuis aimée.
G iij.
78
Extraordinaire
QUESTION DE M. D.
L
'Et
que
Equel caufe plus de douleur,
que vostre imantfait une
De voir
perfidie,
&f
que portant ailleurs &fes foins , & ſes
fon coeur,
Il marque qué pour vous fa tendreſſe eft
finie :
Ou vous aimant toûjours , qu'il manque
àfon bonneur,
Et fe couvre d'ignominie ?
REPONSE .
MS'il je
On Amant euft-il mille appas,
S'il manque àfon banneur ,
confens qu'on l'affomme.
Qu'ilaime ailleurs , je n'y balance pas,
Et j'aime mieux qu'ilfoit le dernier des
ingrats,
Quede le voirmal-bonnefte Homme.
du Mercure Galant. 79
QUESTION DE M. D.
Ors quefans l'avoir mérité,
Nous voyons qu'un Amant nous
quitte , fe dégage,
Quefansfoy , fans honnefteté,
Il devient malgré nous & perfide & var
lage,
Etque d'un autre objet il s'eft laiffe char
mer,
Ailleurs ainfi que luy ne doit-on pas ain
mer?
REPONSE.
I nefaut point d'excufe à la legèreté,
Il n'eft point de raifon pour l'infidelités
Malheur à votre coeur, s'il trouve un infidelle
:
Mais lorsqu'il l'a trouvé,fi l'amour vouE,
Kapelle,
Gardez-vous bien , Iris, d'en écouter la
voix.
Aimer , & bien aimer, ne ſe doit qu'une
fois.
G iiij
80 Extraordinaire
Les Meffieurs demandérent
audiance à leur tour , & les Dames
en eftant convenües , l'un
d'eux commença ainfi.
QUESTION DE MD.
L
Ors quefans l'avoirfouhaité,
Et fans rendre aucuns foins , je
rencontre une Belle
Dont le coeurfe défait de toutefafierté,
Et veut etre pour moy tendre, ardente &
fidelle,
Faut-il avoir même amour,même zéle?
Luy dois-je enfin de lafidelite ?
L
REPONSE.
Ors qu'à vous plaire ainfi vous voyez
qu'on s'empreffe,
Sivoftre coeur nepeut aimer cette Maîtreffe
Pour la trompern'ayez aucuns détours,
du Mercure Galant.
Ne luy marquez jamais unefauſſe tendreffe,
Et defabufez-la, s'ilsepeut,fans rudéſſe .
Mais fi vous luy jurez d'éternelles
amours,
Et foûtenez par là ce qu'elle afait d'avance,
Soit paramour ou par reconnoiſſance,
N'en doutez point, il faut l'aimer toujours.
L'Oracle prononçoit le der.
niermot , lors qu'un grand bruit
frappa mes oreilles. Je m'éveillay
en furfaut , avec un grand Hélas!
J'éprouvay avec douleur ce que
Seneque difoit dans fa 102. Epitre
à fon Amy Lucille .
Qu'il eft doux d'eftre heureux , quoy que
ce foit enfonge!
Qui nous éveille a tort , nous privant des
plaifirs
821 Extraordinaire
De poffederun bien qui comble nos defirs
Quoy qu'il ne foit en tout qu'un aimable
menfonge.
Voila , Mademoiſelle , la pure
verité de mon Voyage . Je me
trouvay couché contre une palif.
fade du Jardin du Luxembourg,
d'où j'eltois party en dormant,
& avois fait dans une heure ce
grand Voyage fans faire aucune
dépenfe, & fans courir aucun rifque
par terre ny par mer, n'ayant
fenty aucune des incommoditez
ordinaires du coeur , contre lef
quelles en 1654. le R. P. Alexandre
de Rhodes de la Compagnie
de Jefus , voulant aller au
Tonquin , m'avoit ordonné pour
reméde fouverain , de mettre une
piéce d'hyvoire fur la bouche de
"
du Mercure Galant.
83
-
l'eſtomac , & de manger grillé
quelque Poiffon qu'on trouveroit
dans le ventre d'un autre
Poiffon ,
Nous ne manquâmes point
d'eau , & n'eûmes pas lieu d'adoucir
un Tonneau d'éau de la
Mer , le roulant apres y avoir
jetté un mélange fait avec du
jus de Citron diftilé , & le quart
de Farine fole, & c .
Ces belles Dames , qui dans leur
charmante converfation avoient
fait & récité ces Vers pendant
mon fommeil , furent furprifes
de voir lever de terre un Homme
tout debout , qu'elles n'avoient
pas crû qui fuft couché
fi prés d'elles. Leur étonnement
augmenta , lors que je leur eus
fait connoiftre que ma mémoire
84
Extraordinaire
eftoit fi heureufe , mefme en dormant
, qu'elle me fourniffoit les
beaux Vers qu'elles avoient fi
tendrement prononcez . Elles
fent toutes belles & tres- fpirituelles
, & ont dans les yeux le
mefme feu qui paroift dans leur
efprit . Je ne connois de nom que
Madame de D. Je vay m'attacher
à devenir beau Dormeur,
& j'efpere par cette adreffe d'apprendre
la fuite des Réponſes de
la Déeffe de Suriname de Sommeldiks
, dont je vous feray part.
Je fuis , & c .
COMIERS, Prevoft de Ternant..
Voicy , Madame, ce que j'ay reçeu
d'Explications en Vers fur les Enigmes
du mois de Decembre , qui
avoient efté faites toutes deux fur la
Lillabe Mi.
:
du Mercure Galant. 85
JE
I.
Evoy bien, aimable Califte,
Et vous auffi, Berger Fleurifte,
Que pour m'embarraſſer vous eftes de
concert;
Mais cela ne vous fert de guére;
Devoftre énigmatique Affaire
Tout lefecret m'eft découvert;
Et pour vous dire enfin ce qui m'en
femble,
Ainfi que vos deux coeurs n'en forment
qu'un ensemble,
De vos deux Enigmes auffy
Vous n'enfaites qu'une, & c'eft Mi.
DIEREVILLE, duPontlevefque.
Ꮮ
II.
L'En mevoyant trifte &reveurs
'Autre jour lajeune Angélique,
Qu'as-tufait de ta belle humeur,
Pour eftre fimélancolique,
Me dit- elle d'un ton railleur?
Ab! cruelle, c'eft ta rigueur,
86 Extraordinaire
Luydis-je, quifait ma douleur.
Ilfautfoulager ton martyre,
Dit- elle,faifant unfourire;
Ecoute-moy chanter un Recit d'Amadis,
Tous les Airs enfont aplaudis :
Je vais te charmer par l'oreille.
Elle chante, & fi-toft quefon Airfut
finy,
La Folette me dit, n'ay-je pas fait merveille?
Je n'ay pas manqué d'unſeul Mi.
Il est vray que ta voix enchante ,
Luy dis-je, & ta méthode a beaucoup
d'agrément..
Maisbelas ! que mefert qu'elle foit fi
charmante,
Sije n'en reçoy pas quelquefoulagement
?
III.
Le mefme.
Ous méritez beaucoup, admirable
Callifte ;
Cependant pouvez-vous donner le nom
ď Amy
du Mercure Galant. 87
37
Au galant & fage Flenrifte?
Non, vous ne le pouvez ,fans la fillabe
Mi.
IV.
GYGES.
Peut-
Eut- on, divin Courrier, qu'on aime
& qu'on eftime,
Se bienfe reffouvenir que l'on eft voftre
Amy,
Sans découvrir le Mot de l'une & l'autre
Enigme,
Puis qu'on ne peut donnerfonfuffrage
Q
qu'à Mi?
ง .
Le mefme .
Voy! l'on a quatre pieds, un Plumetfur
l'oreille,
Sans eftre Fille, ny Garçon,
Et mefme ny Chair, ny Poiffon.
Fut-iljamais choſe pareille?
Vous nous l'enfeignerez, Mercure noftre
Amy;
Je croy pourtant que c'est un Mi.
L'Exilée de la Ville- Françoife
88 Extraordinaire
VI.
E fais plus de cas des deux Mi
Que j'ay reçeus, Galant Mercure,
Par votre derniere voiture,
Que de tout ce quipeut me venir d'un
Amy.
Que ce travail meplaift ! Il eft de deux
Aimables,
Que je veux croireAmans infeparables.
It n'eft rien de plus achevé,
Les plusfâcheux l'ont approuvé.
Tout
La Belle Nourriture :
VII.
' Out jeune que jefuis, j'ay l'esprit
vifsouvent,
Fe defcens de quelqu'un qui voit`courir
le vent;
Des Enigmes du mois j'ay déchiffré
Arabe,
J'y trouve de mon nom l'une & l'autre
fillabe;
Et pour ne rien dire à demy,
C'est
que l'on m'appelle Mimi .
MIMI-MI ..... de la huitième
Claffe de Geneve.
du Mercure Galant.
89
VIII.
Eftois encorprefqu'endormy,
Quandon m'apporta le Mercure,
Des Enigmes pourtant je cherchay la
lecture;
Mais quoy, toutes les deux ne contenoient
qu'un Mi.
ME
ALCIDOR, du Havre.
IX.
trompay-je, Mercure, ou bienay-
je raison,
De croire que les deux Enigmes
Ont une telle liaiſon,
Que dans l'une on voit l'autre, &
toutes leurs rimes
que
Ne cachent à nos yeux que la fillabe
- Mia:
Je l'ay gagé contre un Amy..
X.
Le mefme....
Aux Autheurs des deux Enigmes.
A Dmirables Bergers, dont les charmans
Ouvrages
Ont autant de raport que de perfections ,
H
Q. deJanvier 1684;
90
Extraordinaire
Vous faites juger aux plus fages
Qu'on n'en trouve pas moins dans vos
affections;
Car lors que l'on a veu de l'aimable
Califte
Une Enigmefur la Beauté,
Elle avoit feulement le droit de pri
mauté
Sur le galant Berger Fleurifte ;
Et le Si merveilleux, avec tous fes dé-
. tours,
Fut- il pas déguisé par le mefmeſecours ?
Ainfi cette union qu'on trouve infèparable,
Nousfait voir en ce mois, d'un ftile incompparable,
Que vous, belle Caliſte, imitant voftre
Amy,
Vous vous eftes encor rencontrez fur le
Mi.
Le meſme.
da Mercure Galant.
91
Vous
XI.
Ous ne nous étrennez , Mercure,
qu'a demy,
Dans ce premier mois de l'Année.
Croyez- vous queje fois fatisfaite d'un
Mix
Non , Seigneur, l'efpérois eftre mieux
étrennée.
SYLVIE, du Havre.
།
XII.
Echagrind'avoir ven mon- Berger
me quitter,
Mavos fait renoncer, Mercure, à tes
Enigmes
Mais depuis que je voy qu'il revient
m en conter:
t
Je reprens du plaisir à rêver ſur leurs
rimes.
Lorsque pour un Amant on réſſent de
l'amour,
Et quefon changement chagrine,
A quoyfert de faire la fine?
On eft bien-aife du retour.
Pour moy, tant que dure léjour,
10%
Hij
9:2 Extraordinaire
Pour en marquer mon allégreſſe,
Apres un rigoureux ennuys
Je nefais que chanterfans ceſſe
Utre mifa, fafolfa Mi.
Il nefautpas que l'on me blâme-
De l'aveu que je tefais là,
Mercure car malgré cela,
Je fuis toujours la Belle à l'Anagramme
1 Libre d'amour, de la Ruë
du Bac..
22-222225 5525 2225
PORTRAIT
A MADAME ***
V
Oicy la premiere fois , Ma
dame , que jevois une grãde
réputation fe foûtenir. Il y en a
tant de fauffes , que j'avois une
foy fort chancelante pour la vôre
; mais le moment où j'ay eu :
du Mercure Galant.
93
Phonneur de vous voir , a finy
mes doutes , & je fuis plus perfuadé
que perfonne , que vostre
efprit eft étendu , vif & penétrant
, voftre difcernement jufte,
que vous avez le gouft fin & délicat
; & non feulement je fuis
convaincu que voltre efprit a ces
divers avantages ; j'ay remarqué
qu'il eft foûtenu du bon fens, que
fon feu eft moderé , fes produc
tions digerées , fes efforts mo
deftes , & qu'il a autant de folidité
que de brillant. En verité,
Madame , on a raifon de dire,
que vous n'eftes pas moins propre
à donner des confeils , toute
jeune que vous eftes , qu'à vous.
faire admirer par voftre Chant
& par voftre Lut . Pourquoy ne
croiray- je pas ce qu'on m'a die
94
Extraordinaire
de vostre coeur, puis que je trouve
tant de fidelité dans l'éloge qu'on
m'a fait de voſtre eſprit ? Vous
avez , dit- on , les plus beaux fentimens
du monde les intéreſts
de vos Amis vous font plus chers
que les vostres ; vous eftes fincerejufques
à la bagatelle , bonne
& genereufe , honnefte naturellement
, engageante fans deffein ,
d'une humeur fi douce , & d'une
focieté fi agreable , qu'on tient
à vous par voftre feul mérite ,
plus fortement qu'on ne tient
aux autres Femmes par tout ce
que les plaifirs ont de plus fenfible.
On parle de vous , Ma
dame , comme de ces Femmes
extraordinaires , qui ne font pas
feulement le Modele de leur
Sexe , mais qui donnent de la
A
du Mercure Galant.
95
honte au noftre . Si je trouve
tout cela , que deviendray - je ?
Doit-on défendre fon coeur contre
tant de mérite ; & quand le
mien fera preft de vous ceder,
ce coeur tres - tendre , quel fera
fon deftina Que je vous crains,
Madame , & que j'ay raifon de
vous craindre ! On dit que vous
écrivez comme vous parlez , c'eſt
à dire , parfaitement bien , qu'il
n'eft rien de plus naturel que vos
Lettres. Phébus n'y a point de
part. Cependant elles font pleines
d'efprit & de raifon . Ce n'eft
point un affemblage de grands
mots , qui ne veulent rien fignifier
; c'eſt quelque chofe de fi
fin & de fi fingulier , qu'il n'y a
que vous qui écriviez comme
cela. Pour des Vers , j'en ay vû
96 Extraordinaire
de voſtre façon ; je ne m'y conconnois
pas , ou vous les faites
fort facilement. On y remarqueun
air libre & dégagé , qui ne
fent nullement le foin ny la peine
; fur tout ils me paroiffent fi
tendres ,
Qu'en les lifant, jefentois naître
Un doux panchant à m'enflamer;
Et l'on n'a pas peine à connoiftre,
Quefi vous n'aimez pas , vousfçauriez
bien aimer.
que
Seroit - il poffible , Madame,
l'infenfibilité fuft voftre defaut
? J'aurois mille chofes à vous
dire fur ce fujer , s'il m'eftoit per-.
mis de m'expliquer. Je fuis, & c.
SVR
du Mercure Galant. 97
SSSSS SS2S52 55252
SUR UN BRACELET
de
Cheveux reçeu.
LE
>.
E Préfent que vous cuftes
hier la bonté de me faire ,
m'eft extrémement cher pour fa
beauté , mais fur tout pour la
maniere obligeante dont vous
me le fiſtes. Je vous avoue, Ma..
dame , qu'encore que je fois perfuadé
que vous eftes libérale &
genéreufe , je n'avois pas efperé
qu'il duft eftre fi riche , ny accompagné
de tant de graces ,
bien que je fçache qu'elles logent
toutes chez vous. En verité
il n'eft rien de fi galant . Plus je
le confidere , plus je l'admire , &
Q.deJanvier 1684-
I
98 Extraordinaire
quand je pense qu'il vient de
vous , & qu'il eft peut- eftre l'ou
vrage de vos belles mains , mon
admiration fe change en amour,
& mon amour tient un peu de
l'idolâtrie. Mais , Madame , lors
que je me fouviens que c'eſt un
tiffu de vos beaux cheveux ( car
vous ne viendrez jamais à bout
de me perfuader le contraire ) je
ne puis moderer ma joye. Elle
éclate vifiblement fur mon vifage
, toutes mes actions la font
parioſtre ; & dans le raviſſement
où je fuis , je me laiſſe aller aux
faillies & aux emportemens
qui
m'entraînent. Quoy , dis je, eftil
poffible que j'aye une partie
de ces beaux Cheveux , qui ont
contribué à ma prife , & m'ont
fervy de liens Eft - il poffible
du Mercure Galant.
99
ר ו י
qu'ils foient enchaînez à leur
tour ? Non , il n'y a point d'apparence
, je ferois trop heureux .
C'eft un fonge agreable , c'eft
une illufion Яateuſe. Mais mes
yeux qui ne peuvent foufrir
: qu'on les démente , me difent
que c'est une verité , mais une
verité qui charme & qui enchante
, de forte , Madame , que
vous me réduifez à la néceffité
de n'eftre pas quite avec vous
apres cette vie , & de mourir ingrat
malgré moy. Au refte s'il
C faut queje fois redevable à quelqu'un
, j'aime mille fois mieux
que ce foit à vous , qu'à perfonne.
J'ay une fecrete inclina.
tion à ne me pas aquiter des
obligations que je vous ay , aufbien
ne le pourrois - je faire . II
THEQUE
LYON
*1893
DE
LA
I ij
100 Extraordinaire
m'eſt glorieux , Madame >
de
tenir de vous tout mon bonheur
, & je ne vous fais à deffein
qu'un mauvais remerciement,
afin que je vous doive la grace
entiere .
25 :25252525:255525
A UNE DAME,
Sur la perte de fon Procés, contre an
prétendu Mary, parfon Avocat.
QU
U'un Homme eft malheu.
reux , Madame , lors qu'il
entreprend de foûtenir des intérefts
qui luy font chers , & qu'il
n'y reüffit pas ! Oüy , Madame,
j'ofe dire que je fuis plus à plaindre
que vous , & que je fens
mieux que perfonne , la petite
du Mercure Galant. 101
difgrace dont je vous vis hier
alarmée . Neantmoins apres y
avoir bien penſé , je trouve de
grands fujets de confolation pour
vous & pour moy dans cette Af
faire. Nous haïffons tous deux
la perfidie , & vous ne perdez
qu'un Perfide . Effuyez donc vos
pleurs , Madame , & ne les prodiguez
pas ainfi . On n'a jamais
fait l'honneur aux Traîtres , de
les regreter apres qu'on les a
perdus.
Vous n'avez veu jusqu'icy que
des Ouvrages en Profe de M de la
Févrerie. Voicy des Réponses en
Vers defafaçon, aux cing Questions
du XXIII. Extraordinaire.
I iij
102 Extraordinaire
SSSSSSSS SS225 525
S'IL EST PERMIS A UN
Homme qui aime avec paffion ,
de fouhaiter que la Perfonne
qu'il aime , ne luy furvive que
d'un moment .
E ! quelle jaloufefureur,
HEPauvre Amant, embraze ton
coeur,
Quand la mort va finir ton amour &
ta vie?
Que t'importe apres le trépas,
Qu'un autre poffede Silvie,
Qu'elle t'aime , ou ne t'aime pas?
&3
Car enfin je croy que la mort
Bannit le fouvenir de nos amours paffees,
Et ne laiffe à noftre ame aucune des penfees
Qui pour l'Objet aimé, la tourmentoient
fifort.
du Mercure Galant. 103
5
*3
Ou s'il eft vray , qu'en l'autre Monde,
On aime ce quinousfut eher;
C'eft dans une paix fi profonde,
Quefa legereté nesçauroit nous toucher:
Mais je veux mefme qu'aux Enfers,
Un Amant porte encor fesfers,
Etfoit Efclave de fa Belle;
S'il ne peut pas douter defafidelité,
C'est une grande cruauté,
Defouhaiterfa mort, pour mieux s'affu
rer d'elle.
Et fi cette jeune Bergere
Amille autres Bergers , prodiguoit fes
appas,
Si l'inconftance eftoit fon caractere ,
Elle fera toujours infidelle , & legere,
La mort ne la changera pas.
Pardes raifons plusférieufes,
Fe combatrois ce fentiment;
I iiij
104
Extraordinaire
Maispour les ames genéreuses
Ce feroit inutilement.
Et que me ferviroit de dire,
Aux Brutaux que l'amour inſpire,
Que c'est un grand aveuglement,
Que c'eft choquer les moeurs , les Loix, &
la Nature?
Ces Gens-là d'ordinaire, ont la tefte trop.
dure,
Et ne goûteroient pas un telraiſonnement.
MaisHerode, fans doute, eft l'exemple
fidelle
De ce qu'on propose aujourd'huy ;
Faloux de Marianne , auſſi chaste que
belle,
CeTyran ordonna , s'ilmoureit devant
elle,
Qu'on lafift mourir apres luy.
00
Le cruel Epoux de Monime,
Fit auffi le mefmefouhait
du Mercure Galant. 105
Mais il paſſa jufqu'à l'effet,
Et mefme avant fa mort offrit cette
Victime.
Vaincu par fa Captive au Siege de
Millet,
Ilen avoit fait une Reyne;
Mais à cet éclatant bienfait,
Monime préféroit fa chaîne.
Ses Fersfurent dorez, fans en eftre plus
doux.
Affifefur le Trône, elle refta Captives.
Mithridate devint jaloux,
Etsette Amebarbare , inquiete ,"craina |
tive,
Fut un Bourreau pour elle, & non pas
un Epoux.
Q
Veritables Amans , qu'une flâme plus
belle,
Fufqu'au dernier moment , anime vos
Soupirs;
Maisfur unfemblable modelle
Ne formez jamais vos défirs.
106 Extraordinaire
Laquelle eft à préferer , de la
beauté de la Bouche , ou de
celle des Yeux , de la beauté
des Cheveux , ou de la beauté
du Teint.
ANirefacré d'amour , &de Cy
pris,
Source deflames & d'efprits,
Palais de volupté , la merveille des
chofes;
Bouche, dont je fuis enchanté;
Je m'enyvre d'amour dans des Coupes
de Rofes,
Quandje contemple ta beauté.
C'eftoit ainfi que dans mes jeunes ans,
Aux attraits de Philis j'abandonnois
mon ame ;
Sabouche me donnoit des tranfports raviffans,
Maisfes beaux yeux me mettoient tout
enflame.
du Mercure Galant. 107
le.
<
En
Je l'avoue , un bel ail me touche,
Encor plus qu'une belle bouche ;
Etfoit que de l'azur des Cieux,
La Nature ait peint de beaux yeux,
d'unverdnaifant Soit fon pinceau
que
les colore ,
Qu foit qu'unefombre noirceur
Releve de leurs feux & l'éclat, & l'ardeur,
De toutes ces couleurs mon ame les
adore.
වය
Aftresvivans, Globes mobiles,
Miroirs du coeur& de l'efprit ;
Feprens à vous louer des peines inutiles,
Carquedire devous , que ce qu'on en adit?
813
Graces , charmes, attraits , agrément, éloquence,
En faveur de la bouche, engagez tous les
coeurs:
Sur elle de beaux yeux feront toûjours
vainqueurs
108 Extraordinaire
Et toujours en amour auront la préference,
Fadis de beaux cheveux m'ont vivement
atteint,
Et fouvent d'une belle tefte,
Fe fuis devenu la Conquefte :
Mais encor plus fouvent Esclave d'un
beau teint.
£3
Ces chaînes aujourd'buy nefont plus à
la mode,
Onrompt bien-toft cesfoibles noeuds;
Et des cheveux d'autruy depuis qu'on
s'accommode,
On ne fe laiffe plus prendre par les cho
veux.
Mais toujours d'un beau teint onfe trouve
enchanté,
Iln'eft point de coeur qu'il ne bleffe ;
C'eft l'ornement des traits , lafleur de la
beauté,
Et la marque de la jeuneſſe..
du Mercure Galant. 109
etrim
Du bon & du mauvais ufage de
la Lecture.
ON
Ndit que nuit & jour, vous lifez
les Romans,
Et les petits Livres galans ;
Voftre Directeur en murmure,
Et dit que c'eft perdre le temps:
Mais pour éviterfa cenfure,
Et lire en toute feûretés
Belle Iris, lifez le Mercure,
Vous joindrez dans cette lecture
Leplaifir, & l'utilité.
De quelle maniere les images
des Objets fenfibles font reçeuës
dans les facultez corporelles
.
'N vain, ma Mufe, tu te flates
Deremporter icy le prix;
Ilfaut laiffer aux beaux Efprits,
Des Queftions fi délicates.
110 Extraordinaire
03
Mais peut- eftre que tu propofes
De luy donner un autre tour;
Je t'entens, tu crois que l'amour
Nous fait comme le Vin , dire de belles
chofes.
EA
Hé-bien, j'approuve ton deffein,
D'uneflâme amoureuſe échaufe-moy le
feins
Pourvû
que la Philofophie
Me conduife toujours & l'efprit & la
main,
Je veux- bien parces Vers contenter ton
envie.
3
Iris, voftre charmante Image
Dans tous mesfens trouve paffage,
Par tout je larencontre, & par tout je
la vois,
Depuis que je vous vis pour la premierefois.
3
Si-toft que vos beaux yeux dans les miens
Se peignirent,
du Mercure Galant. IIr
Auffi-toft voftre Image entra dedans
mon coeur;
Et pourla recevoir avecplus de chaleur,
D'unfang pur & fubtil les efprits fe
joignirent,
3
Alors de chaque trait, ces atômes brù-
Lans
Prennent laforme & lafigure ;
Dans la maffe du fang tracent cette peinture,
Paſſent de veine en veine , & la portent
auxfens;
Fugez fi ces portraits tirez d'apres nature
Doivent eftre bien ressemblans.
Ceft donc ainfi que des plus Belles,
L'amourimprime les portraits,
Dans les facultez corporelles .
Noftre ame conçoit les objets.
Par ces Images naturelles,
Et nosfens courent apres elles.
1
712
Extraordinaire
13
$
Si quelqu'un d'une ame peu tendre,
Et pour faire valoir l'école & l'argament
,
N'approuve pas cefentiment,
Qu'il raifonne en Docteur, je fuis preft
de l'entendre:
Pourmoy, jeraifonne en Amant. -
S'il eft plus feûr & plus avanta.
geux, quand on eft malade, de
fe fervir de la méthode de Gallien
, oppofant contraria contrarijs
, que de celle de Paracelfe,
oppofant fimiliafimilibus, pour
le recouvrement de la fanté .
Vous
Ous le fçavez , Iris, je languis
nuit & jour,
Et mon mal devient incurable;
En vain jusqu'à preſent j'ay tenté tour
à
tour,
Ce qu'un jufte dépit a de plus raifon
nable,
du Nercure Galant.
II3
Fevey trop bien qu'au mald'amour,
Ilfaut un remedefemblable.
63
C'est àdire qu'ilfaut , Iris ,
Pourfoulager ma peine extréme,
Qu'une aimable douceur fuccede à vos
mépris,
Et qu'enfin vous m'aimiez autant que je:
vous aime,
**
N'imitez pas ces cruels Medecins,
Quitoûjours à nos maux appliquent less
contraires;
Il est malgré ces Affafins,
·Desremedes plusfalutaires ;
On
pen de complaifance
, & defoins;
amoureux ,
Guérit en un moment un Amant làn--
goureux.
XXXX3
La méthode de Galien,
En amour ne vaut jamais rien ;
Cele de Paracelfe eft d'un meilleur usages;
Et dans les amoureux combats,
2. deJanvier 1684.
K
#14
Extraordinaire
Elle a comme à la guerre , empefché le
trépas.
Mais pour en profiter , ce n'eſt rien
d'eftrefage,
Il faudroit eftre heureux , & je ne le
fuis pas.
DE LA FEVRERIE.
2255 S5222 25252 52
SUR LA LETTRE S
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
MONSE
CONSEIGNEUR,
Je ne fçaurois affez déclamer
contre l'injuftice de l'Ortographe
nouveau , qui voudroit
malgré l'Ufage ancien , fuppridu
Mercure Galant. IIS
mer la Lettre S des termes les
plus ordinaires , les plus beaux
& les plus néceffaires dans noftre
Langue. Ces vingt- trois Filles
de l'Alphabet François , ne doivent
pas eftre féparées d'une
Sceur à qui elles font foûmiſes,
& elles prétendent avec juſtice,
qu'un Accent ne fuffit pas pour
fuppléer au defaut d'une telle
Lettre. Puis qu'elle entre la premiere
au Sénat , & qu'elle rend
à chacun le Sien , pourquoy ne
lay pas rendre ce qui luy eft dû?:
Sans s , le Dictionnaire François
de Meffieurs de l'Académie ne
feroit jamais achevé , & celuy de
Killuftre Morery ne feroit pas.
remply de tant de chofes curieufes
; on feroit privé de voir les
Coaquestes de LOUIS LE GRAND
Kij
116 Extraordinaire
le Pere des Lettres , & les belles
actions de fes braves Capitaines ;
on ignoreroit ce qui s'eft paffé
à Strasbourg , à S. Omer , à Stenay
, à Spire , dans les Forts de
Scrеnk , de S. André , de Sainte
Anne , & de Sar - Loüis ; dans les
Combats de Seneff, de Scorendoff
, & de Sommerhoüen , dans
les Illes de S. Chriſtophe , de
S. Euſtache , & dans une infinité
d'endroits . L'Académie Royale
d'Arles ne vanteroit point tant
fon S. AIGNAN, Alby fa Viguiere
de Salvan de Saliés ; en un mot ,
la France fes Sapho , la Sufe,
Scudéry , Serment , & tant d'autres
qui font la gloire & l'ornement
de leur Sexe .
Il faut avoir recours à S, pour
connoiſtre la Subſtance , la Subdu
Mercure Galant.
117
fiſtance & la Solidité des chofes,
Son caractere eft fublime . En
effet , c'est elle qui fait les Souverains
, qui eft le principe de
la Santé , la porte des Sciences ,
& la voye du Salut ; c'eſt elle
qui commence les noms de Sau.
veur , de Seigneur , de Sainteté,.
de Sire , de Seréniffime ; elle entre
dans ceux de Majefté , de
Hauteffe , d'Alteffe , de Prin
ceffe, & de Maiftreffe ; elle forme
les Surnoms ; elle entretient la
Societé des beaux Efprits . Les
Poëtes lay font redevables de
leurs Saillies & de leurs Sonnets ;
les Grammairiens ne connoî.
troient point la Signification des
termes , ils ne feroient point des
regles de Syntaxe ; les Orateursn'auroient
pas recours aux Syne.
1137
Extraordinaire
doches , aux Suftentations , ny
àtant de Synonimes ; le nombre
Singulier ne feroit pas diſtingué
du plurier , non plus que les
Subftantifs des adjectifs , dans la
Grammaire. Les Sophiftes ne
mettroient point en avant leurs
Subtilitez , ny les Logiciens leurs
Syllogifmes , les Sourds ne s'en.
tendroient point , puis qu'il n'y
auroit point de Signes , les Muficiens
ne feroient point de Symphonie
, & ne donneroient point
de Serenades , puis qu'il n'y auroit
point de Sons ; les Mathematiciens
ne diſcoureroient pas
des Sections , ny des Superficies.
Y auroit - il dans les Ecoles des
Sectateurs , des Sçavans dans les
Univerfitez des Docteurs en
Sorbonne , des Secretaires dans
,
3.
du Mercure Gatant.
u
les Etats , des Sénateurs dans les
Parlemens , des Soldats dans les
Armées, des Sentinelles aux Portes
, des Subftituts au Parquet,
des Surintendans des Finances ,
des Sommes au Tréfor Royal ,
des Senefchaux , des Sousbriga
Idiers , des Souslieutenans , & des
Soufgouverneurs ? Comment fe
roit-on des Soûtenemens , des
Salvations , des Sommations &
des Saifies , & que deviendroient
les Sergens ? Pourroient- ils Sou
fler des Exploits , & Surprendre
les Parties Car fans S, on ne fignifieroit
plus , les Syndics fe
Croient fans employ , les Preftres.
fans Soufdiacres , les Archevef-
E ques fans Suffragans , les grands
Seigneurs fans Serviteurs , les
- Souverains fans Sujets & fans
120
Extraordinaire
Suite , la terre mefme feroit privée
des influences Sublunaires .
Les Curieux de l'Hiftoire ne
feroient point tant de cas des
Mémoires de Sully ; les Perfonnés
de Pietė , des Lettres de
S. Cyran ; les Theologiens Sco
laftiques , de Sylvins , de Scot
& de Suarés , les Philofophes.
Moraux , des Stoïciens , de So.
crate & de Seneque ; ny les Génealogiftes
, des Soubifes & des
Seguiers . En vain les Geogra
phes citeroient - ils Sanfon ; la
Seine , la Saone , la Scarpe , la
Saverne & la Sambre ne feroient
point remarquez dans la Carte ;
& la Gazette ne parleroit point
de ce Camp dernier fur la Sarre,
des Exploits du grand Sobieſky,.
du Siege de Strigonic , du Voyage
du
du Mercure Galant. 1213
du Comtel de S. Amand ; nous
ne recevrions point de Nouvel
les de Stokolm , de Sardagne,
de Savoye , de Sicile , de Syrie,
ny de Siam . On n'écriroit point
les vies des Solitaires de l'Arabie
& de la Thebaïde , ny des Sages
de la Grece ; les moeurs des Sauvages,
des Satrapes, des Scythes ,
des Sarmates, & des Saxons , nous
feroient encore inconnues , &
nous ne ferions point alliez avec
les Suiffes .
Les Mythologiſtes n'expoſe ,
roient point à nos yeux les char
mes des Syrénes , la Fefte des Sa
turnales , celle des Sybarites , les
Satyres , les Sylvains , les tours
mens de Sifiphe , ny le monftre
de Sphinx. Les Oracles des Sybilles
pafferoient pour des Fas
2. deJanvier 1684. L
122 Extraordinaires
bles , auffi-bien que les Sylphe's
& les Salamandres parmyles Ca
baliftes. Les Chymiftes n'efti.
meroient point tant leur Soulfre
ny leur Sel , les Aftronomes ne
raiſonneroient point tant du So.
leil , ny de la Sphere les Theo
logiens Moraux , de la Sufpen.
fron , de la Symonie , de la Superftition
& des Sacremens. Les
Aftrologues ne compteroient
point parmy les Planettes un Sat
turne , & la Semaine feroit fan's
Samedy. Ainfi le Sabath ne ſeroit
pas chez les Juifs dans une
fi grande venération , le nom .
bre de Sept , qui eft fi confidé.
rable parmy eux , ne feroit pas
plus regardé que les autres nombres
, quoy que dans les Ecritures
Saintes il marque la perfecdu
Mercure Galant.
X23
tion , & qu'il explique celuy des
jours de la Semaine , des Planetes
, des Sages de la Grece , des
* Portes de Thebes , des Embou.
chures du Nil , & des Merveil-
Eles du Monde. Sans ces nombres
la Secte de Pithagore feroit meprifée.
Sans la Lettres, les Fondeurs
I feroient embaraffez , puis qu'ils
n'auroient point le Salpetre ; les
Sculpteurs avec leurs Sciffeaux ,
- & les Anatomiſtes verroient leurs
Arts inutiles car ils ne pourroient
faire ny des Statues ny
des Squelettes . Les Comédiens
n'auroient ny Sujets , ny Scenes ;
les Faifeurs de Romans ne feroient
point entrer fi fouvent en
converfation les Sylvandres &
les Sylvies , les Voltigeurs ne fe-
Lij
124
Extraordinaire
roient point de Sauts périlleux.
Il n'y auroit point de ces Specta
cles qui furprennent les yeux des
Spectateurs , l'Ecole de Salerne,
ne publieroit pas fi hautement les
vertus des Sirops , du Séné , & du
Sublimé, les Symptomes des madies
, la Siatique , la Strangurie,
la Squinance , le Spaſme , la Suffocation
, les Syncopes , les Saififfemens
, les Sueurs , les Serofitez
, ne feroient pas des termes
de Médecine ; & Meffieurs de
la Faculté de Paris , qui tiennent
pour la circulation du Sang ,
n'ordonneroient pas fi fréquem.
ment la Saignée.
L'expérience nous apprend
que c'eft par s qu'on diftingue
les Sens & les Saveurs , qu'on
obtient des Sentences , qu'on
du Mercure Galant. 25
donne des Suffrages , qu'on décrit
des Sieges , qu'on compofe
des Sermons , qu'on découvre
des Sources , qu'on forme des-
Souhaits , qu'on fait des Signa .
tures , qu'on met les Scelez
qu'on appofe les Sceaux , que
l'on compte la durée des temps
par les Siecles , & leur diverfité
par celle des Saifons ; qu'on .
marque la diférence des Sexes,
qu'on fe fert de Suppofts dans
les Armoiries , & de Symboles
dans la Religion , comme autant
de Similitudes , pour mieux
· faire entendre les chofes Sublimes
, Spirituelles , Saintes & Sacrées
, par des chofes Senfibles.
S'il n'y avoit point de Lettres,
il n'y auroit point de Scrupules à
former, point de Seminaires éta-
Liij
126 Extraordinaire
blis , de forte que les Supérieurs
fe trouveroient fans fonctions.
La Situation , & la Symétrie des
corps , comme la Serénité de
dépendent en partie de
Fair
cette Lettre.
·
ces ;
Heft vray,Monfeigneur , qu'on
l'accufe de caufer les Soins , les
Soucis , les Suppreffions , & les
Souffrances ; de faire les Subfi.
des , les Servitudes & les Supplide
former les Sanglots , les
Soupirs & les Soupçons ; d'atrirer
les Severitez des Belles , &
les dépenses S omptueufes des
Amans ; d'inventer les Sortilé .
ges , de faire des Sacriléges , de
dire des Sottifes , de produire la
foif , la Sterilité , la Séchereffe ,
& mille chofes finiftres ; mais elle
ne les nomme que comme un
.I
du Mercure Galant. 127
Sardanapale , pour en donner de
Phorreur , puis que fon inclination
& fon intention ne font que
de Seconder de Soulager , de
Secourir , de Soûtenir , de Sourire
, de Soufcrire , de Survenir,
C de Solliciter , de Subftituer , de
Sauver , de faire Subfifter , en
un mot , de Satisfaire les perſonnes
par des Services , par des
Soúmiffions , & par des Sacrifi.
ces en tâchant d'entretenir
parmy les efprits la Sympathie,
& de faire goufter aux corps un
repos Salutaire par le Sommeil,
E éloignant toutes les Senfualitez
par les beaux Sentimens. En effet
elle eft fi Sage , qu'elle fait gar
der aux Politiques de Silence , la
Solitude aux Sçavans , & la Simplicité
aux Devots.
Lüj
>
128 Extraordinaire
>
*
Avoüez , Monſeigneur , que
c'est une impertinente maniere
de parler , quand une Perfonne
eft yvre , de dire qu'elle fait des
SS , puis que cette Lettre au
contraire eft la marque de la Sobrietė
mais nous avons beau
i
faire, c'eft une erreur invéterée
dans les efprits populaires , qui
ne duit mourir qu'avec eux. Il
faut donner au voftre qui eft
élevé , quelque chofe digne de
lay , & digne d'une Lettre qui a
Pavantage de commencer & de
finir votre Nom ; FRANÇOIS
DE BEAUVILLIERS DUC DE
S. AIGNAN. Syllabes précieuſes ,
gravées dans le Temple de Mémoire
, dans les coeurs de vos
Académiciens , & des Gens de
Lettres. L'Hiftoire Sacrée , &
du Mercure Galant. 129
Prophane , nous fournit des éloges
pour S. Sans elle nous n'admirerions
pas la fageffe d'un Sálomon
, la force d'un Sanfon , la
beauté de Sara , la chafteté de
Sufanne , ny les fuperbes édifices
de Semiramis . Scipion , Sefoftris,"
& Seleucus feroient dans l'oubly ;
nous ne remarquerions point les
Sectes des Saducéens & des Samaritains
; nous ne fçaurions ce
qu'on appelloit les Scribes & les
Septante. Le Sanctuaire, la Montagne
de Syon , le Serpent d'airain
, la Synagogue & les Synodes
ne feroient point citez dans
les chaires. Parleroit- on de Saül ,
du Prophete Samuël , des Seraphins
dans les Hierarchies , de
Simon le Magicien , du S. Siege
Apoftolique , & de tant d'He130
Extraordinaire
rériques , des Stancariens , des
Suitniceans , des Spirituels , ou
Séparez , des Scriptuaires , des
Sanguinaires , des Sabbataires,
des Significatifs , & des Sacra.
mentaux ; & dans le Nouveau
Teftament , de la Samaritaine ,
qui eft le Tableau de la Grace?
1
Le Sopha , le Serrail , la Sultane
, Soliman , & le Salamaleç
chez le Turc , le Sophy & le
Schac chez les Perfes , & parmy
les Indiens le Samorin , feroient
autant de contes , fans la Lettre
s, qui les fait connoiftre par les
récits veritables qu'elle en fait,
ou du moins toutes ces chofes,
comme les précedentes , changeroient
de noms , ainfi le Soleil,
cet Aftre qui a efté adoré par les
Egyptiens , n'auroit plus le fien.
J
du Mercure Galant.
13?
En verité, Monſeigneur , nous
avons de grandes obligations à
cette Lettre , puis que fans elle
il n'y auroit point de Superiorité
ny de Subordination dans les
Charges , point de Sûreté dans
le Commerce , point de Sincerité
parmy les Amis , point de
Secret parmy les Courtifans ,
point de Sermens enJuftice, enfin
point de Santifications parmy les
Fidelles.
Dans le monde on ne parle
roit point , on n'écriroit point,
& l'on n'agiroit point Sérieuſement.
Dailleurs , nous ne pourrions
jamais ny Supplier les Gens,
ny les Saluer , ny les Servir , &
nous ferions bien embaraffez de
finir les Lettres , ou de faire des
Complimens fur le champ , ſans
1
132 Extraordinaire
les rermes de Serviteur & de Servante.
GUYONNET DE VERTRON,
Hiftoriographe du Roy, &
del Académie Royale.
22:222225 5525 2225
LA METAMORPHOSE
D'AMARANTE & D'ARISTEE,
* Changez l'une en Vigne, & l'autre
en Ormeau.
Ans le plus raviffant Hameau
Quifoit fur le bord de la Seine,
Où l'aimable Fils de Cyrene
Fit paître autrefois fon Troupeau:
Une jeune & rare Merveille,
Qui ne vit jamais fa pareille,
Surprit les yeux de ce Berger;
Il luy conta centfoisfes peines,
Et quel charmefçût l'engager
Aporter defi douces chaînes
du Mercure Galant.
133
Si d'abord lefeul nom d'amour
Effraya la belle Amarante,
La force enfut affez puiſſante
Pour ne pas l'y réduire un jour.
Un coeur n'est jamais invincible;
Pour peu qu'il puiffe eftrefenfible,
Ce Dieu fait en venir à bout:
Il en appaife les allarmes;
Et luy, pour triompher de tout,
Fait agir quelquefoisfes charmes.
Le Dieu qui forme les Saifons,
Avoit vû çe Bergerfidelle,
Depuis qu'il chérit cette Belle,
Cueillir quatre foisfes moiffons.
Sesfoins,fa tendreffe, & fa flame,
N'en ont encorpû toucher l'ame,
Mais l'amour ne veut qu'un moment;
Unfoûpir, mais unfoûpir tendre ,
Va fatisfaire cet Amant,
Et cefoûpir s'estfait entendre.
69
He-quoy? dit-il, lesjuftes Cieux.
434
Extraordinaire
Touchez de monfort déplorable,
De voftre coeur inéxorable
Mefont enfin efpérer mieux.
Ce foupir d'un beureux augure
Nefort pas d'une amefidure,
Qu'il n'en marque lesfentimens ;
Mon coeuren reffent de lajoye,
Et je refpire en ces momens
Du bonheur que le Cielm'envoye.
La Belle rongiffant un peu
Du feu qu'ellefent enfon ame,
N'enfçauroit
déguiſer la flâme,
Et n'ofe enfaire un defaven.
Cefeu brillefurfon viſage,
Et luy donne tout l'avantage
Qui naift d'une noblepudeur;
Maispuis qu'une couleur fipromte
Trahit lesfecrets de mon coeur,
Epargnez, dit- elle, ma honte.
Ariftée alorsplus charme
De l'aveu quefait Amarante,
Voit combien fan bombeur s'augmente
da Mercure Galant. 135
Par lagloire d'en eftre aimé.
Ce n'estplus que foins , que vendreffe,
Que douxfentimens, qu'allégreffe,
Qu'il luy vient marquer chaque jour;
Dieux, qui réglez leurdestinée,
Couronnez bientoft leur amour
Parles noeuds d'un doux Hymenée.
ED
C'eftoit auxplus beaux de leurs ans,
Que le Berger& la Borgere,
De leur amour pure fincere
Gouftoient les plaifirs innocens.
Lepoint-du-jour qui les affemble,
Les faitfouvent fe rendre enfemble
Dans les Champs, on fur les Coteauxs
Mais le devoir qui les y meine,
Ne conjoint pas taar leurs Troupeaux,
Que leurs coeurs en la mefme Plaine.
Leur amour tendre, mais diferet,
Qui croift avecque leurs années,
Les fait chérir leurs deftinées,
Sans découvrir leur feufecret.
La fidélité, la Conftance,
336
Extraordinaire's
Entretient leur douce eſpérance
De s'unir par un fi beau non,
Quel' Amour mefme pourroitdire,
Que jamais un plus noblefeu
N'afçeu briller dansfon Empire.
Mais un Rival né pour troubler
L'amour de la chafte Bergeres.
En a déja gagné le Pere,
Et fes deffeins lafont trembler.
L'effroy defon ame craintive,
De toutes fes forces la prive,
Et la réduit à foûpirer:
Viens aufecours, cher Ariftée,
Amarante peut expirer
Avant qu'ellefoit affiftée.
$3
Cet Amant qui hafte fes pas,
La reçoit fifoible &fi laſſe,
Que bien qu'il la tienne & l'embrasse,
Elle languit entre fes bras.
Leur ame eft vivement atteinte
du Mercure Galant.
137
.
De douleur, de regret, de crainte
De voir rompre des noeuds fi beaux';
Que les Dieux touchez de leur peine,
Les changeant en deux Arbriffeaux,
Leur oftent leurfigure humaine.
*3
Leurs corps comme un tronc s'endurcit
Leurs bras & leurs mains fe roidiffent,
Leurspieds enfibres s'arrondiffent,
Etleurpeau par tout s'épaiffit.
Ce n'estplus l Amant ny l'Amante,
Mais c'est une Vigne rampante,
Qui d'un Ormeau veut s'approchers
Leur naturelle fympathie
Marque affez qu'à s'entrechercher
Leurflame n'eft pas amortie:
**3
L'amour regne toûjours entr'eux,
Et quoy qu'ilsfoient couverts d'écorces,
Il leurfournit affez de force.
Pourfe joindre encore tous deux
C'eft là ce Symbole visible
De ce lien indivifible
Que deux coeurs ensemble ont formé
2. deJanvier 1684 M
138 ·Extraordinaire
Lors qu'en leurs ardeurs mutuelles
L'un de l'autre eft toûjours aimé,
Et qu'ils meurent tom denx fidelles.
RAULT, de Roüen.
552252-552255 $255
SENTIMENS SUR LES
Questions propofées dans le
XXIV. Extraordinaire.
S'il eft vray , felon une des Maximes
de l'Opéra nouveau d'Amadis,
qu'un peu d'amour caufe
moins de peine, que l'embarras
de défendre fon coeur.
Depuisqueje vis fous les Loix-
Defincomparable
Climene,
Mon coeur reffent bien moins de peine
Qu'il n'en reffentoit autrefois,
Quand croyant que l'Amour n'enft pour
ceux qu'il infpire
du Mercure Galant. 139
Que de vains & trompeurs appas,
Feuffe préféré le trépas
Au malheur de paſſer mes joursfous fon
empire.
Mais que j'eftois aueugle, & que c'eſtoit
à tort
Que mon efprit craintiffe formoit ces
chimeres!
Féprouve bien unplus douxfort;
Et les chaines que j'ay, font beaucoup
plus légeres
Que n'eftoit l'embarras de défendre mon
coeur
Des traits de ce charmant Vainqueur
Silajaloufie qui vient de l'amour,
eft plus dangereufe dans fes effets,
que celle qui vient de l'am .
bition ,
Ous demandez, Philis; quel' eft mon
fentiment
Sur cette Question que Mercure propofe??
Si je conçois affez la chofe,
M. ij
140
Extraordinaire
Je vous répondray hardiment,
Qu'un coeur ambitieux , atteint de ja
Loufie,
Eft plus à redouter que celuy d'un Amant,.
Quirecourant au changement,
Trouve lafindes maux dontfon ame eft
Saisie,
Lors qu'il voit qu'un Rival heureux
Ne luy fait rencontrer qu'un Objet rie
goureux
Dans la Beauté, quife difantfidelle,
Luy répondoit d'une amour eternelle.
Si l'on en voit quelqu'un dont l'efprit
AAN outragé
Ne refpire que la vangeance,
Dés qu'il vient àfonger qu'il ne reçoit
l'offence
Qued'un volage coeur lâchement partagé,
Il nefait, pourfefatisfaire ,
Quidoit plutoft éprouverfa colere,
Ou fa Maitreffe, oufon Rival..
Mais quand l'ambition fur une ame
domine,
On ne refpireplus que le momentfatal
du Mercure Galant. 141
De voirfon Ennemy pour le battre en
ruine.
Envain noftre Grand Roy nous défend
- les Duels;
Ses ordres fouverains n'ont point eu la.
puiſſance
D'arrefter ces Efprits cruels
Dans une entiere obeisance;
·Aveuglez de la paſſion.
Qui part de leur ambition,
C'estpour eux unmal neceffaire
De répandre du fang pour calmer leur
couroux,
Et l'unique moyen qui puiſſeſatisfaire
Tous les Ambitieux jaloux.
Si boire du Vin fans Eau , & en
fuire de l'Eau pure , fait le mefme
effet pour la fanté, que de
boire du Vin mefle avec de
l'Eau.
JE
E laiffe aux Medecins la réfolution
De la troisième Question..
Elle regarde leur Science,,
342
Extraordinaire
Et je trouve qu'ils ont un fort engage
ment,
Pour prouver leur expérience,
D'en donner un folide & fçavant jument.
Quant à moy, ce que je veux dire
N'eft qu'unfoible raiſonnement ,
Un difcoursfans nul ornement,
Et non pas une Loyque je veuille pref
crire..
Je ſuispour le Vin pur, &pour l'Eau
prife apres,
Que je croy d'un pareilfuccés
Que le Vin & l'Eau qu'on mélange..
Si cefentiment eft conftant,
On ne doitpas trouver étrange
Que le Vinfe recherchetant;
C'est qu'en ce jus incomparable
L'on rencontre tout- à-la-fois
L'utile avec le délectable.
Quand on n'en prendroit que deux
doigts:
A quoy bon donc vouloir défaire
Ce que le Souverain afait?
du Mercure Galant. 143
Je trouve que c'est unforfait ;
Et fi l' Ean nous eft neceſſaire,
Ilfaut la prendre àpart, & toûjours le
Vin pur,
C'est là ,felonmoy, le plusfeûr.
Quelle eft l'origine des Jeux.
S1
l'on croit Hefiode enfa Theogonie,
Vulcain parfon divin génie
Foulut produire au jour la premiere
Beauté.
Il laforma de terre, & l'ayant animéc¡
De tousles autres Dieux ellefut eftimée
Comme left toute nouveauté;
Desdons les plus exquis chacun luy fit
largeffe,
Vénus defes attraits, Pallas de fa fae
geffe,
De fes riches trésors Junan,
Mercure defon éloquence,
Et defa Mufique Apollon:
Ainfi des autres Dieux , qui tous en:
abondance:
144
Extraordinaire
Luy verferent à pleines mains
Ce quifait aujourd buy le bonheur des
Humains.
Plus brillante alors que l'Aurore,
Par un Decret divin on la nomma Pans
dore,
Car Pan, veut dire tout, & dore autant
que don;
Ces deux mots affemblez compoſerentfor,
nom .
Mais du GrandJupiter la puiſſance ir
ritée
Contre l'infolent Prométhée,
Dont le coeur trop audacieux-
Avoit dérobé dans les Cieux
Lefeu qu'ily gardoit, pour l'apporter
fur terre,
L'engage à prendrefen Tonnerre,
Pourvangerfur tous les Mortels
Cet affront outrageant ; & quoy qu'à fes
Autels
Chacun fift des voeux pourluy plaire,
On ne pût de ce Dieu jaloux
Jamais appaifer le courroux.
Pour
du Mercure Galant .
145
Pour nepas démentirſon divin caractere ,
Sans redouterfatigues ny travaux,
Il va rechercher tous les maux,
Afin de les cacher dans lafatale Boëte
Que Pandore reçoit pour venir icy- bas
Apporter ce funeste amas
Plus vifte qu'on ne voit tourner la Girouette.
Faifant tousfes efforts afin de le vanger,
Elle entre chez Epiméthée,
Jeune Frere de Prométhée,
Dont l'efprit étourdy craignoit peu le
danger.
Ilne refufe pas la Boëte qu'on préfente,
Le dehors en eftoit artiftement grave;
Le préfent à fon gré furpaffoitfon actente,
C'eftoit pour mieux furprendre un Onvrage
achevé.
Ill'ouvre, & tous les maux que ceste
Boëte enferre
Se trouvent difperfez auffitoftſur la terre.
Les Feux eftoient compris dans tous ces
maux divers,
Q.deJanvier 1684.
N
ย
2
146
Extraordinaire
( C'est de là
origines)
vient leur que je tiens que
Et comme on les croyoit de naiffance divine,
Ils furent bien reçeus d'abord dans l'Vnivers.
Mais bientoft apres les plusfages
Les décriérent en tous lieux,
Et firent voir que leurs ufages
Eftoient toujours pernicieux,
Et plus dangereux que la pefte,
Puis qu'enfin leur effetfunefte
Ne s'arrefte pas à nos corps,
Rendant noftre mémoire infame,
Et qu'ilsfont fouvent perdre l'ame,
Apres avoirdétruit les plus riches tréfors.
ALCIDOR, du Havre,
La Lettre qui fuit cft l'effet d'une
Conversation qui a efté faite entre
plufieurs Perfonnes d'efprit , de l'un
& de l'autre Sexe , & dans laquelle
du Mercure Galant. 147
la matiere des Scrupules fut agitée.
Un galant Homme qui s'y rencontra
s'eftant hazardé à parler de deux
Autheurs qui la traitoient tous les
jours , une Dame d'un mérite diftingué
le preffa de dire les noms de ces
Autheurs , & d'en expliquer lesfen
timens. Il nefe tirá d'affaires , qu'en
luy promettant de luy écrire le lendemain
ce qu'elle defiroit fçavoir.
C'est ce qu'il fit en ces termes.
Nij
148 Extraordinaire
2255 SS222 25252 52
SUR LES
+
SCRUPULES.
A MADAME *** .
LE
E croiriez - vous , Madame,
que depuis le moment que
j'ay eu l'honneur de vous voir,
je n'ay pû affembler les deux
Autheurs qui traitent encore tous
les jours la matiere des Scrupules
, fur laquelle vous m'ordon.
nez de vous mander leurs fentimens.
Je vous avoue que fi vous
ne m'y aviez point engagé d'un
air fi preffant , je laifferois la réfolution
de vous en entretenir,
du
Mercure
Galant. 149
& ferois un fort grand
fcrupule
de parler des
Scrupules
devant
vous , apres avoir entendu toutes
les jolies chofes que vous fourni
tes à noftre
derniere
Converſation
. Cet obftacle ne feroit
pas
moins
difficile là vaincre , que
celuy d'unir les deux
Autheurs
dont j'ay
commencé de vous
parler.
Car l'unfe trouve
rarement,
La rencontré de l'autre eftbien plus
impoffible.
L'un's'échape fifinement,
Qu'il est appellé l'invifible ;
Par malheur l'autre eftfifenfible,
Que quad on vous voit un moment
On le cherche inutilement.
Apres cela , Madame , je ne
croy pas qu'il foit néceffaire
de
yous déclarer les noms de ces
3
N iij
150 Extraordinaire
deux Autheurs. Cependant pour
vous ôter la peine de les chercher
, je veux bien vous les ap:
prendre dés à préfent , car je
prévoy que vous vous récrierez
fur l'indifcrétion de l'un , & fur
l'égarement de l'autre , fi je ne
vous préviens un peu en leur fa.
veur.
L'un eft le Coeur, l'autre l'Eſprit.
L'unparle, l'autre s'attendrit,
L'un a beaucoup defeu , l'autrefans :
ceffe brûle,
Et tous deux forment le Scrupule ;
Quoy quel'on fcache bien qu'enfcrupule
, le Coeur
Eft bienplus que l'Eſpritun dange
reux Autheur.
Si je me fentois beaucoup de
l'un , & s'il fe pouvoit faire que
je fentiffe encore l'autre , je tâ,
du Mercure Galant.
ISI
fes ,
cherois , Madame , de leur faire
tenir un langage qui fuft digne
de vous ; mais puis que je dois
defefperer de ces deux entrepriaccommodez-
vous , je vous
conjure , de ma fterilité , fur un
fujet où il y a tant de belles chofes
à dire. Si elles naifoient auffi
facilement au bout de ma plume,
qu'elles fortent naturellement de
voftre bouche , je ferois beaucoup
moins embaraffé à vous
ob.ir & à vous fatisfaire ; mais ,
Madame ,je vous avoue de bonne
foy , que tous les efforts que je
fais pour avoir de l'efprit fontfort
inutiles ; & quoy queje vous
montre icy la diférence d'un
grand nombre de Scrupules , je
fuis toûjours perfuadé que je n'ay
pas penétré la profondeur de
N iiij
152
Extraordinaire
cette matiere , fur laquelle j'ap
préhende fort que vous ne me
fourniffiez de trop bons Mémoi
res . Aini , Madame , apres vous
avoir dit ce que je crains , je
croy qu'il eft temps de vous dire
ce que je penſe .
J'ay donc tiré avec le fecours
de l'Esprit , les fentimens & les
délicateffes du Coeur fur la nature
des Scrupules ; & comme
celuy- cy débute toûjours par les
chofes qui l'intéreffent , il m'a
laiffé voir ce qui ſe paffoit de
plus profond chez luy , & m'a
fait entrer dans le fecret de fes
mouvemens , dont l'un des plus
grands eft la tendreffe , & qui
plus que tout autre a des Srupales
plus violens , mais auffi plus
aifez à vaincre , fur tout quand
du Mercure Galant.
153
un Amant a trouvé la réfolution
d'en faire paffer le fecret jufques.
à l'objet à qui d'abord on le cache
, & qui feul enfin le doit fça .
voir , ayant feul auffi le pouvoir
d'y remédier , & de le reconnoiftre.
C'est alors que l'onfent que d'un tendrefecret
Naist le Scrupule de Tendreffe,
Qu'on n'explique pas tout à faits
Carcertaine délicateffe,
Qui du Coeurfe rend la maîtreffe,
Luy fait craindre d'eftre indifcret .
De la crainte on paſſe au regret,
Du regret on tombe en trifteffe.
C'estainsi que le Coeur , d'un Scrupule
imparfait
Forme un Scrupule defageffe,
QueSouvent il a lafoibleffe
Defe propoferpour objet.
154
Extraordinaire
Tous ces mouvemens dont je
vous parle icy , Madame , ont
encore leurs Scrupules particu
liers mais comme ce font des
Scrupules du reffort de l'autre,
& qu'ils ont en cela le mefme
deftin que les paffions qui les
produifent , dont le feul amour
eft la fource , je demeureray plus
court fur cet article , & continuëray
de vous ouvrir mes fentimens
fur un autre genre de
Scrupules , qui bien qu'il foit
fort à craindre , ne laiffe pas
neanmoins d'eftre fort à la mode.
C'est le Scrupule de Miftere,
Qui n'eftpas moins embarafant;
S'ilfautparler, s'ilfaut fe taire,
Ileft vain , il eft impuiſſant.
S'ilfaut aimer , hair , s'ilfautplaire,
ou déplaire,
du Mercure Galant. 155
Tantoft il eft coupable, & tantoft innocent.
Trop heureux eft celuy qui n'ajamais
affaire
De ce Scrapule complaisant,
Qui n'est plus bon à rien , puis qu'il
n'est pasfincere.
fon
Je croy, Madame, que je trou
veray voftre fuffrage, pour mieux
finir la condamnation de ce dan.
gereux Scrupule , qui par
langage incertain , eft autant inu
tile à la feinte , qu'il eft prefque
toûjours contraire à la fincerité.
Cette feule raifon fuffiroit pour
vous en faire détefter l'ufage ; à
vous , dis- je , qui faites une profeffion
ouverte d'eftre fincere,
que vous foûtenez fi merveilleufement
, & par vos actions , & par
vos paroles .
156 Extraordinaire
Enfin , Madame , pour abreger
la matiere des Scrupules qui touchent
aux intérefts du Coeur , je
me perfuade que vous agréérez
bien que je laiffe voir icy une
petite diftinction , que l'on ne
fait pas affez dans le monde , &
fur laquelle il ſemble meſme que
les délicats paffent un peu trop
legérement . Ce font les Scrupules
que l'on doit faire de l'amour,
& en amour , qui par leur grande .
conformité font fort aifez à confondre
, & de qui cependant les
effets ne doivent pas eftre con
fondus.
Quant au Scrupule de l'Amour,
C'eft defentirde latendreffe,
Et defoupirertour à tour,
Soit que l'onfoit Amant ,foit que l'on
foit Maiftrefc;
du Mercure Galant. 157
Maisfouvent tous les deux ont la mêmefoibleffe,
Et de crainte de s'enflamer,
Ilsfont un Scrupule d'aimer.
Voila , Madame , ce qui fait
le premier Scrupule , dans lequel
fans doute le defir de conferver
noftre repos & noftre liberté,
nous entraîne ; mais auffi quand
le Coeur ennuyé de cette oifiveté
, commence un choix digne
de fon amour , & qui reconnoift
fa tendreffe ,
C'eft alors qu'on le nomme unScrupule
en Amour,
Que l' Amant & que la Maîtreffe
Reffentent chacun à leur tour,
Quand doutant de l'excés d'une égale
tendreffe,
On les voitfe direfans ceffe,
Animez de leurs tendresfoins,
158
Extraordinaire
Hélas,je t'ayme trop! Helas, tu m'aimes
moins !
C'eft , Madame , le fecond
Scrupule , qui , comme vous
voyez , eft bien diférent de l'autre.
Cependant cette incertitude
qui fait la délicateffe du tendre
amour , eft toûjours fi agréable,
que l'on craint avec raifon d'eftre
tiré de cette erreur ; car rien n'al .
larme tant deux coeurs qui aimēt,
que d'entreprendre une juſtification
qui puiffe les faire revenir de
toutes ces craintes , & de tous
ces reproches . Mais , Madame,
ne me laiffay-je point emporter
au torrent , & ne murmurez- vous
point fecrettement contre moy,
d'outrer une matiere qu'il eft fi
dangereux de toucher ', quand on
en entretient une auffi charmante
du Mercure Galant.
159
Perfonne
m'arrefte .
que vous ? Ce Scrupule
Ah Dieux! quel eft donc mon Scrupule?
Faut- il que je le difſimule?
Ouy , je ne dois pas l'exprimer,
Le filence me doitfuffire.
Fut- iljamais un tel martyre?
Lors qu'on nefait nul Scrupule d'aimer,
Pourquoyfait- on Scrupule de le dire?
Le Coeur en cette rencontre
n'oublie rien pour le laiffer remarquer
; il ſe fait un langage des
foins , des foûpirs , des regards,
& du filence mefme. Mais l'Ef
prit , qui fait un peu plus le ca
pable , fufpend tous ces mouvemens
par un efprit de Politique ,
d'où naift le Scrupule de Conſcience.
160 Extraordinaire
Car c'est bien un autre accident,
Quand unefauffe expérience
Afurle Coeurcet afcendant,
Quifaity naiftre en un moment
Le Scrupule de Confcience.
Unfoupir alors eft un mal,
Qui tire à quelque conféquence;
Unregardpaffe encorpour crime capitali
Enfintouty devientfatal,
Sans l'aide de la Pénitence.
On cherche dans la folitudeun
azile pourſe parer contre le malfe
heur dont on reçoit la menace.
L'Oraifon & la Priere ferment
l'oreille & le coeur aux voux d'un
Amant ; on fe retire du bruit &
du monde , on interrompt toute
forte de commerce avec ceux
;
qui y font encore enfin on
sarme d'une auftere vertu , pour
du
Mercure Galant.
161
fe mettre en fûreté contre les
airs tendres d'un Amant , &
contre les forces de l'amour.
Mais lors que la vertu tourne tout en
Scrupule,
N'entend, ne voit rien qu'àregret,
Qu'elle eft rude, morne, incredule
Pour tout ce quife dit, pour toutce qui
Lefait,
C'eft une vertu ridicule.
Ce n'est pas lale bel effets de
D'une vertubienfcrupuleuſe,
Quitourauplus n'estque douteuses
Maistout compté, tout rabatu,
C'eft un Scrupulefans vertu.
Cependant , Madame , on fe
forme un vray caractere d'infenfibilité
, fur l'efpérance dont
W
on fe flate de s'en faire un de
vertu ; & c'eft une erreur , à la
quelle l'Efprit s'abandonne.
Q.deJanvier 1684.
162
Extraordinaire
L'on voit fouvent qu'unfimple
Esprit
b
Se vent meflèr d'avoir auſſi quelques
Scrupules.
Il en fait à fon tour , mais defi ridicules,
Qu'on peut les appeller Scrupules à
crédit.
Et ce qui l'affure , Madame,
dans cet état de perfection où il
croit eſtre monté , c'eſt qu'il appelle
à fon fecours celuy d'une
fauffe devotion , dont il fait un
ufage auffi dangereux , qu'une
injufte parade , qui ne fervent
l'un & l'autre qu'à couvrir ce
qu'il fent , & à cacher ce qu'il
voudroit faire.
Les Scrupules nailfans de la Devotion
ont bien moins fur le Coeur quefur
l'Esprit d'empire;
du Mercure Galant. 163
Carfi l'on ne vit pas fans inclination ,
Si l'onfe plaint,fi l'onfoûpire,
C'est unfigne évident de la tentation;
Si bien quepour toucherà laperfection,
Ilfaut toutfaire, & ne rien dire .
C'eft là , Madame , le fecret
des faux Devots , qui ne vifent
qu'à fauver les apparences , dont
ils parent une conduite qui feroit
fouvent beaucoup d'horreur
par elle - mefme ; mais pour ne
point laiffer connoiftre la nature
de leur fecret , ils le laiffent échaper
fous les airs d'un auftere Scrupule
, qui leur aide à paffer hardiment
fur le fcandale qui en
pourroit arriver ; & dans cet état
ils paroiffent tout autres qu'ils
ne font , & ne font pas tout ce
qu'ils paroiffent.
O ij
164
Extraordinaire
Mais , Madame , finiffons cet
épanchement , qui garde toû
jours de profonds égards pour la
vraye Devotion , & venons au
Scrupule de Superftition , que
vous me reprocherez juſtement
avoir un peu touché aux dépens
de voſtre Sexe , mais auffi quand
il eft queſtion de lever des Scrupules
, que ne doit - on pas faire
afin d'en venir à bout?
Le Scrupulefâcheux de Superftition
Sent trop laprofanation.
Onfçait que la premiere Femme,
En touchant au Fruit défendu,
Sefentit un Scrupule en l'ame,
Qu'en mangeant ce bon Fruit elle ent
bicntoft perdus
De mefme un zéle illégitime,
Dont l'Esprit fe trouve empêché,
Fait Scrupulefouvent duplus petit
peché,
du Mercure Galant. 165
Et n'enfait pas toûjours defaire un
fort grandcrime.
Il eft vray , Madame
Madame , que
tout le monde ne donne pas éga
lement dans cette forte de Scrupules.
L'heureufe éducation , le
beau tempérament , & quelquefois
un caprice un peu bruſque ,
en corrigent l'erreur, parce qu'on
craint que l'uſage qu'on en pourroit
faire , ne coûtaft bien- toft
des crimes , & cette crainte dé .
truifant alors ce Scrupule, amene
les Scrupules legers , aufquels
tant de Gens fe trouvent fujets .
La multitude en eft fi grande ,
qu'elle entraîne la plupart des
honneftes Gens . Ce n'eft pas
que quand ils fe reconnoiffent,
ils ne condamnent ces Scrupu
les & ne paroiffent honteux
>
166 Extraordinaire
d'en avoir efté les dupes. Ils
conclüent tous d'une voix,
Qu'ilfaut établir pour maxime ,
Quebienfouvent un Scrupule leger,
Au lieu de bien défendre & l'honneur
& l'eftime,
Leur fait courre un plus grand
danger,
Enles voulant ôter du crime ;
Car ce Scrupule enfin que cefaux zéle
anime,
Eft nomméjuftement des Gens deprobité,
Scrupule de legereté.
Ce ne fera jamais le mien à
voftre égard , Madame ; & quoy
que je ne fois pas Homme à n'en
avoir aucun , je vous avouë fans
fcrupule que j'en ay comme les
autres , puis que c'eſt un bien
utile felon quelques - uns , & un
du Mercure Galant.
167
mal
néceffaire felon quelques
autres.
.
Je ne suis ny Mistérieux,
Simple, Leger, Devot, ny Tendre,
Et bien moins Superftitiux,
Queje nepuis le faire entendre.
De direfi je fuis fincere , vertueux ,
Infenfible, au moment qu'ilfaut effre
amoureux,
C'est un fecretprofond, qu'il nefaut
point apprendre,
Qu'à l'adorable Objet à quije dois
mes voeux.
Comprenne qui pourra comprèdre,
C'est un peu trop m'examiner;
Ce Scrupule eft à deviner.
$3
D. L. N.
168 Extraordinaire
S'il vaut mieux foufrir un peu
d'amour , que
avec peine.
de s'en défendre
SONNET.
Idelles & fâcheux objets de ma mé
moire,
Arbitres inconftans de mafélicité,
Délicieux amour, tranquille liberté,
Quide vous aujourd'huyfaut-il bannir,
on croire?
Theatre des ennuis qui fletriffent ma
gloire,
Coeurfoible & chancelant, n'as- tu pas
trop douté?
Choifis , & fais enfin par un coup arrefté,
De ta trifte défaite une illuftre victoire.
Mais quepeux-tu choisir dans l'état où
jefuis?
Je
du Mercure Galant. 169
#1
Je veux, & ne veux plus, je deſire, &
jefuis ;
Chers Tyrans , rendez-møy la paix qui
m'eft ravie.
en
C'eft eft fait ; ma raifon eft maitreffe à
fon tour:
Revenez & régnez, tranquillité banie,
Taifez- vous, & mourez pour jamais ,
mon amour.
DIZEUS, Doyen de Noftre-Dame
du Mur,de Morlaix.
Voicy les Explications qui m'ont
esté envoyées en Vers , fur les deux
Enigmes de Ianvier , dont les Mots
eftoient les Marons & le Mafque.
Q. deJanvier 1684.
P
170
Extraordinaire
I.
Efte du jeu, morbleu j'enrage,
Difois-je l'autrejour apres un coupfatal.
Je ne joûray du Carnaval; .
Si ce train duroit davantage,
Firois bientoft à l'Hôpital.
Pour diffiper mon humeur noire,
Enfaifant reftir des Marons ,
Amis, fi vous me voulez croire,
Nous allons vuider des Flacons.
Fufqu'à ce que le Vin nous donne dans
le Cafque,
Allons, rions, chantons , bûvons;
Et s'il vient encor quelque Maſque,
Sans jouer nous le renvoyrons.
I I.
Depuisque jefuis amoureux, que jefuis malheureux!
Fe fens dedans mon coeur unfeu qui me
devore.
Sivous nefoulagez bientoft ma paffion
Charmante Beauté que j'adore,
Je vais roftir comme un Maron.
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
du Mercure Galant.
171
III.
V'ilfaut fe défier desfermens d'une
Belle!
Iris, que j'aime tendrement,
M'a juré mille fois qu'elle m'eftoit fidelle,
Et qu'elle ne voudroit jamais d'un autre
Amant.
Je la eroyois tout bonnement,
Et je l'en aimois davantage;
Ce n'est pourtant qu'une velage.
Jelavis l'autre jour avecque mon Rival,
Le Mafquefur le nez , courir de Bal
en Bal.
L'ingrate me trahit; unficruel outrage,
Une autrefois me rendra fage,
IV .
Le meſme.
On fe fert dans cette Explication du
mot de Loup pour celuy de Mafque.
Ve je vous plains, belle Sylvie,
Devous voir toujours poursuivie
Par un Mary trifte & jaloux!
Q
Pij
172
Extraordinaire
Heureufe, qui n'a point affaire à ces vieux
Loups;
Mais, fivous obfervant fans ceffe,
Il vous caufe tant de trifteffe,
Je n'enfouffre pas moins que vous.
V.
Le mefme .
CEffez, belle Philis, d'eftre inquiete;
A quoy bon tant vous allarmer?
Des Vivres qui viennentpar Mer,
Nous n'aurons aucune difette.
*3
Quoy que l'Hyver glaçant les eaux,
Empefche en tous lieux les Vaiffeaux
D'en apporter en abondance;
Mercure, qui prévoit de loin,
Redoutant pour nous l'indigence,
Nous vafecourir au befoin.
**
Remarquez doncfon foin extréme:
Nefait-il pas que nous aurons,
Pendant tout le cours du Carême,
Des Châtaignes & des Marons?
RAULT, de Rouen.
du Mercure Galant . 173
V I.
LA nuit du
dernier
Carnaval,
Jefongeois en dormant que je courois au
Bal,
Poury voir l'aimable Climene ;
Et que ne voulant
соппи ,
pas d'aucun eftre
Je me trouvois affez en peine,
Quand Mercure à l'inftant au fecours
m'est venu
Je connois, m'a-t- il dit, le deffein qui te
gefne.
3
Va, prens vitement cet Habit,
Ileft bizarre, antique, & grotesque, &
fantafque;
Sous ce déguisement tu pafferas pour
Bafque,
Ou pour Suiffe: qu'importe? Aufurplus,
ilfuffit
Queje te vayfournir de Maſque.
Le mefme.
P iij
174
Extraordinaire
Comm
VII.
Omment pendant ce rude Hyver
Mercure a- t-il pû conſerver, ”
(Me difoit l'autre jour Sylvie .
Qui de Marons avoit envie )
Des Marons fi gros & fi beaux,
Qu'ilsfurpaffent ceux de Bordeaux?
L'EPINAY- BURET, de Vitré
en Bretagne.
D
VIII.
Onner à deviner comme uneEnigme
obfcure,
Qui pourroit avoir cet employ
Sous une belle on vilaine figure ?
On dit que c'est un Mafque, & je le croy
pourmoy;
Soit qu'entraits hideux il abonde,
Soit qu'il étale aux yeux des Beautez
à prifer ,
C'eft luy qui bien fouvent a l'honneur.
de baifer
Les plus belles bouches du monde.
LA JOLY BOUQUINETTE
du Hoc .
du Mercure Galant.
175
M
IX.
Ercure nefait rienfans de bonnes
raiſons,
Saprudence est toujours extréme;
Pour nous ragoûter le Caréme,
Ilnous apréfenté defavoureux Marons .
AVICE , de Caen, Ruë
de la Harpe.
X.
Ouvert de cet Habit fantafque,
Vous prétendez nous attrapers
Maispour vous reconnoiftre, & ne nous
pas tromper,
Levons,s'il vous plaift, voftre Maſque.
XI.
Le mefine.
Ous avez beau , Seigneur Mer-
Vous
ན 7
°cure ,
Vous déguifer, fairefigure;
Changez tous les mois de Métier,
Soyez Maréchal, ou Fruitier,
Prenez l'Habit le plus fantafque,
Vendez des Marons , ou du Fruit,
´Enfin prenez le meilleur Maſque,
Piiij
176 .
Extraordinaire
Allez de jour, allez de nuit ;
Si-toft que je vous vois paroître,
Voftre airfi doux & fi galant,
Dont vous avez le beau talent .
Mefait toujours vous reconnoître.
V
La Belle Nourriture .
XII.
Ous voulez, dites- vous, Silvie,
Sçavoir mes occupations.
Je vais contenter voftre envie.
Enfaifant rôtir des Marons,
Pres dufeu jepaſſe la vie
Dans la plus rude des Saifons.
XIII.
LIGER, le Fils.
Auvre Exilée ! efes tu bien
Paroistre au jours ne crains- tu
rien?
N'apréhendes-tu plus le poifon & l'envie
De ces Bourrus qui t'ont bannie?
Non, je brave mes Ennemis,
Mercure eft trop de mes Amis :
Firay déguifée en Fruitiere,
Je vendray des Choux, des Marons,
du Mercure Galant. 177
Il m'a preftéfon Mafque , & pour aider
l'affaire,
Fay fes ailes à mes talons.
L'Exilée de la Ville- Françoife.
XIV.
Es Enigmes du mois j'aime affez
la premiere;
Qu'on la méprife, ou qu'on en faffe état,
Je prétens, fans aucun miftere,
En tirer un Maron par la patte du Chat.
LA RousQUE , de Rouen..
XV.
SAns eftre bizarre, on fantalque,
Perfonne nefçauroit nier,
Que des Enigmes deJanvier
La feconde nefoit le Maſque.
XVI.
La
Le meſme..
E Berger qui vit fous ma Loy,
Veut en vainfe cacher à moy,
Quelque déguifé qu'ilpuiffe eftre,
Il a toujours je ne -fçay- quoy,
Qu'il m'eft aife de reconnoiftre.
L'autre jour ce Berger vint m'apporter
Momen
178 Extraordinaire
Bien proprement dans une Boëte;
Je croyois qu'avecluy ma fortune eftoit
faites
Enfin j'en efpérois quelque chofe de bon.
Nous jouons, ilperd, & dénicke,
Je l'arrefte,& luy dis , demeurez Alcidon,
Voyons auparavant fi vous mefaites
riche.
Il parut tout furpris au recit de fon
пот ,
F'ouvris la Boëte enfin, & ne vis qu'un
Maron.
Ha, ha, dis-je, vrayment je vous trouve
fort drôle,
Mafque, de venir me tromper.
A mon tourje joûray mon rôle,
Et jefçaurayfort bienpar où vous attraper.
Q
La Belle à l'AnagrammeLibre
d'amour , de la Ruë du Bac.
XVII.
Ve de Masques par tout ! un cha
cun fe déguife;
Mefme il en eft plus à l'Eglife
du Mercure Galant. 179
Qu'aux Maifons dans le Carnaval .
Mais, ô déguisementfatal!
Les premiersfont toujours lespires,
Et produifant toûjours de plusfâcheux
effets,
Malgré Sermons, malgré Satires,
Ils nefe démafquent jamais.
Faux prude, beaufemblant , tout moüillé
d'Eau benite,
Catholique à gros grain, Efpagnol, Hypocrite,
Tu parois ce que tu n'es pas ;
On te connoit fort bien , mets donc le
Mafque bas,
Quitte ce Chapelet, onfçait bien ta maniere;
Tu l'as dans une main , dans l'autre une
Rapiere,
La haine dans le coeur,faifant tes orai-
Sons;
Prens- en plutoft un de Marons .
S'il eft moins propre àfaire une priere,
L'on n'en verra pas tant de profanations.
GYGES.
180 Extraordinaire
XVIII .
Ourquoy , divine Aftrée , aimable
powra Verité,
Quittiez-vous ces bas lieux? La vertu ,
l'Innocence,
Ontpeu de Protecteurs ; vous eftiez leur
défenfes
L'artifice en triomphe avec impunité.
0343
Helas! j'eftois toujours dedans l'obfcurité.
L'on me vouloit contraindre à garder
le filence,
Du moins on m'obligeoit d'avoir la complaifance
De groffir les objets , mais contre l'équité.
3
Je n'ofais me montrer quand j'estois toute
nuë;
Et lors qu'un Mafque pris me rendoit •
inconnuë,
Favois bien des Martyrs, mais peu
Confeffeurs
de
[
du Mercure Galant. 181
$3
Ilafallu céder maplace aux Politiques,
Qui parlent comme on veut , qui content
des douceurs
Aux Compofeurs de Fards & de Panégyriques.
XIX.
Le meſme.
E ne fuis point Oedipe ; & cependant,
JE
Mercure,
Auffitoft que je vois tes Tableaux &
tes Vers,
Je devine l'Enigme , & tous fes fens
divers;
Les deux du mois dernier nous marquent
lafigure
D'une Châtaigne en coque, & d'un
Mafque enfigure.
MAROTE DU TERTRE, du Pilier verd,
X X.
Os Maronsfont tres-beaux ; la
faifon rigoureuse V
Ne les a pas endommagez,
Et la bellefaçon dont vous les partagez
Meparoîtroitfort genéreuse,
182 Extraordinaire
Si l'on n'y trouvoit pas quelque chofe à
blâmer,
Et qui choque le bel ufage:
C'eft,genéreux Seigneur, de vous voir
transformer,
Et qu'un Mafque à nos yeux cache
voftre visage.
D
。
SYLVIE, du Havre :
XXI.
E bonne-foy, je vous affure
Qu'il nefutjamais à Bordeaux
De Maronsfi gros nyfibeaux
Que ceux que préfente Mercure.
Ο
LA DI-PERRON, de Vitré.
XXII.
N me l'avoit bien dit , je ne le
croyois pas,
Que le Divin Courrierfaifoit quelque
faux pas,
Et qu'ilfe reffentoit de la foible humaine;
Mais je ne voy que trop que ce Dien
des Larrons
Nefe met pas beaucoup en peine
du Mercure Galant . 183
Qu'onsçache que c'eft luy qui prit hyer
nos Marons .
PPhilis,
ALCIDOR, du Havre ,
XXIII.
Philis, tenez- vous fur vos gardes,
Il court certains Voleurs pendant ce
Carnaval;
F'en connois un d'original,
Quifort adroitement enleve jufqu'aux
Hardes;
Je l'appris hyer à mes dépens.
Le larcin qu'on m'a fait, fenfiblement
m'outrage;
Et pour ne pas tenir voftre esprit enſufpens,
Je veux nommer l'Autheur de ce galant
Ouvrage.
Mais, jufte Ciel! le croirez- vous,
Sans entrer comme moy dans un jufte
couroux?
Mercure eft ce Larron , ce n'eft point
impofture,
Ilfe fit reconnoiftre à mes yeux étonnez ;
Je remarquay bienfafigure,
ן י
184
Extraordinaire
Quoy qu'il entraft chez moy le Maſque
Surle nez.
Le mefme.
XXIV.
L
Es Marons déguifez dans la premiere
Enigme,
Seront defaifen tout ce mois ;
Mais on n'y peut porter fans crime
Le Mafque dufçavant Du -Bois,
Si ce n'eft quelques jours la premiere
Quinzaine,
Puis que la fainte Quarantaine
Arrivant dans ce temps, exige de nos
coeurs
Mortification, Jeune , Aumône, Abftinence,
Afin que nous foyons triomphans &
vainqueurs
Du Monde, du Démon, de la Concupif- .
cence .
XXV.
Le mefme.
L n'enfaut pointfaire lafine,
Eft- ce Châtaigne, eft- ce Maron,
Difoitnoftre aimable Voifine?
du Mercure Galant. 185
03
"Daffay-je pafferpour mutine,
Ou pour n'avoir point de raiſon,
De l'une j'ay dit levray nom,
Toûjoursfur ce Mot je m'obſtine..
$3
Pour lafeconde, franchement
C'est pour moy du haut Allemand,,
Et je renonce à la comprendre.
Si j'eftoisfans verd pour ce coup,
Feferois Fille à m'aller pendres
Mais je la tiens , c'eft Mafque, on
Loup
L'Amant de la Belle Madelon,,
de la Ruë Grenier S. Lazare
2. deFanvier 1684 Q
-186 Extraordinaire
SSSSSSSS :S5225 525
CINQUIEME PARTIE
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
Par M Comiers d'Ambrun , Prevoft
de Ternant , Profeffeur des Mathématiques
à Paris.
N
Ous avons démontré qu'il
faut
néceffairement que
tous les verres foient bien centrez
, pour compofer un excellent
Télescope , ou Lunete de lon17.
re
no
-C.
i.
ir
e,
ht
སྐསྨཱ ཐྭསྟ ! པ !
le
VILLE
THEQUE
BIBLIO
DE
LYON
*189
t
du Mercure Galant. 187
gue veuë , & pour bien prendre
la hauteur des Aftres , & des objets
terreftres , & le niveau ou
Tangente , àun point de la fphéricité
du Globe de la Terre ; car
une ligne à niveau , c'eſt à dire,
dont les points font également
éloignez du centre de la Terre,
n'eft pas une ligne droite , mais
une partie d'un grand cercle, qui
a pour centre celuy auquel tendent
les centres particuliers de
gravité de tous les corps qui compofent
ce Globe.
Nous avons auffi démontré,
que cettte néceffité de la bonne
centration des verres , n'eft pas
une nouvelle découverte , bien
que les plus anciens Autheurs
n'en ayent fait mention , difant
tout en peu de mots. Ainfi , en
Q ij
188 Extraordinaire
nus ,
l'année 1542. Hieronymus Fracaftile
plus ancien qui ait parlé
des Lunetes , fe contente de dire
au Chapitre 8. de fon Livre de
Homocentricis , les feize mots fuivans.
Per duo fpecilla ecularia , fi
quis perspiciat , altero alteri fuperpofito
, majora multo & propinquiora
videbit omnia.
En 1647. Mt Hevelius , dans fa
Selénographie , reconnoiſt la néceffité
de la bonne centration
des verres , c'elt à dire , que cha.
que centre de leurs deux furfaces,
foient en une meſme ligne droite
avec le centre de la forme du
verre , qui eft le centre de la
Sphere dont le verre plan - convexe
eft un fegment , & c. c'eft.
pourquoy pour me fervir de fes
termes , debent effe in margine aque
du Mercure Galant. 189
craffa fpecilla. C'est pour cette
raifon,
Qu'en 16... le R. P. Maiegnan
, Religieux Minime , à la
fin de fon Livre De la Perspective
& Dioptrique Horaire, donne aux
Ouvriers ce bon avis. Tali arte
lentes per fuos modulos , Ecuelles,
ducito ut femper convexa lentis
vertex, vertici cavi moduli , Ecuelle
, ad amuffim infiftat, &c.
Monfieur Defcartes a bien re
marqué dans le huitiéme Difcours
page 142. de fa Dioptrique impri
mée en 1658. que les verres doivent
eftre difpofez en telle forte,
que leurs Aiffieuxfoienten une mefme
ligne droite.
Ce qu'en 1655: Petrus Borellus,
car tous ceux de ce nom ont tou
jours efté fçavans Medecins,
190 . Extraordinaire
& tres experts en la pratique du
travail des verres des Lunetes,
n'oublia pas dans la 15. page Lib .
2. De vero Telefcepii & Binoculi
Inventore , imprimé à la Haye en
Hollande. Voicy fes termes. ob
ferva tandem quod centra duarum
variarum vitri fuperficierum fibi
ptimè refpondere debent.
En 1666. le R. P. Efchinard
Jéfuite , dans la 187. page Dialogi
Optici imprimé à Rome , avertit
les Ouvriers , de la neceffité de
bien centrer les verres. Curandum
eft , dit- il , ut axis utriufque fuperficiei
perfectè dirigatur per centrum
lentis , & c'eft en quoy les verres
objectifs font ordinairement défectueux.
Voicy une courte & palpable
démonſtration de cette neceffité
du Mercure Galant. 191
de la bonne centration des ver
res , de laquelle dépend l'excellence
, & le bon effet d'une Lunete.
Voyez Fig.1. Planche 6.
Soit le verre objectif planconvexe
AB mal centré , eftant
moins épais en fon bord vers 4,
que vers B. la ligne DC tirée à
plomb par le centre de fa fuperficie
plane- convexe , ne fera pas
à plomb fur la fuperficie convexe,
parce qu'elle ne paffe pas par
point. I, centre de la forme du
verre ou de la ſphere dont il eft
fegment. Pour le démontrer,
continuez & produifez de part
& d'autre la ligne droite AB,
comme auffi l'arc ACB , jufqu'à
ladite ligne droite aux points EF.
La ligne EF fera la corde de cet
arc ECD. Diviſez donc égale
le
192
Extraordinaire
ment la corde EF au point G , &
du point I, centre de l'arc ECF,
tirez par le point G la ligne
droite IGH, elle fera un demy
diametre , & parce qu'elle coupe
également la corde EF, elle fera
à plomb fur la ligue EF , ou fur
face plane du verre , par la troi.
fiéme Propofition du 3. Livre d'Eu
clide ; & comme par la qualité
du rayon du cercle , elle eft à
plomb fur le point H, qui eft un
plan du Polygone d'infinis côtez,
dont tout cercle eft compofé , il
il s'enfuit que les points G & H,
font les centres de la bonne cen--
tration du verre mal centré AB.
C'eft pourquoy des points G &
H pris pour centres , & du rayon
GM & HN, ayant couvert le
verre avec un carton pour appuyer
du Mercure Galant. 193
puyer deffus le centre , il faut
avec le compas à pointe de diamant
tracer un autre cercle fur
fa furface plane , & une autre
fur, fa furface convexe . Apres
quoy ayant grugé tout autour le
verre juſqu'à ces deux cercles
tracez avec la pointe du diamant,
vous aurez le verre KHM, NGL,
moindre en fes furfaces , mais
bien centré , & il aura par tout
égale épaiffeur en fon bord ou
contour. C'eft pourquoy eltant
placé dans le tuyau de la Lunete
P2, RS , l'axe de la radiation
HGI traverſera le verre fans foufrir
aucune refraction , parce
qu'il tombe à plomb fur ces deux
furfaces , & par conféquent con.
tinuëra le long de l'axe du tuyau
cylindrique de la Lunete &
2. deJanvier 1684.
R
>
·
Extraordinaire
194
ayant auffi traverſe fans foufrir
aucune réfraction tous les verres
oculaires que je fupofe bien
centrez , & fcituez bien paralle.
lement au verre objectif, & par
leurs bords bien à plomb contre
le tuyau , tombera auffi à plomb
fur le centre de la prunelle , ou
du moins dans la prunelle , puis
que nous l'appliquons à un trou
de trois ou quatre lignes au plus
de diamettre fait au fond de la
Boëte , qui porte le dernier ou
immédiat oculaire , comme vous
voyez dans la Planche Figure
& ainfi l'objet paroiftra 'dans
le lieu veritable ou il eft , & fe
peindra au fonds de la retine au
point
7
Confiderons maintenant ce
mefme verre ABCD , tout entier
du Mercure Galant. 195
avant fa récentration , & place
dans le tuyau de la Lunete RS ,
TV, & pour faciliter la démon-
Atration , mettons . y un oculaire
concave , il est évident que la
prunelle de l'oeil eſtant placée en
Xau milieu du bout de la Lunete,
aucun rayon de la radiation du
point principal de l'objet , cotre
lequel on croit la Lunete directe- ,
ment braquée , n'entrera dans la
prunelle de l'oeil , puis que tous
ces rayons émanez divergens, &
lefquels à caufe du grand éloignement
de l'objet , tombent :
phyfiquement parallele fur le
verre , fe réuniſſent ſur le rayon
de l'axe ou irrefract en leur foyer
au point I, & par conséquent fur
le fond de la retine ſe peindra le
foyer ou image d'un autre point
8
Rij
196
Extraordinaire
de l'objet , & comme l'axe de
cette radiation a foufert réfraction
, l'objet paroiftra où il n'eſt
pas, & on le croira en ligne droite
avec l'axe de la Lunete. Que fi
l'oculaire eft convexe , & ficué
au deça du foyer de l'objectif, la
prunelle de l'oeil ne peut recevoir
que quelques rayons de ceux
qui tombent les plus inclinez
fur le verre oculaire , & dont le
foyer ou réunion n'eftant pas
précis , ne peuvent caufer que
des couleurs par leur trop grande
refraction.
Cette mauvaiſe centration des
verres d'une Lunete , qui fert
d'alidade aux Inftrumens graduez
des Aftronomes , fait que
leurs Obfervations concernant
la hauteur des Aftres , diferent
du Mercure Galant. 197
du moins en quelques fecondes ,
& mefme en des minutes entieres
, ce qu'ils rejettent tout à
Ala diférente Denfité de l'atmoffere
, laquelle caufant diférentes
réfractions élevent diféremment
l'objet , & les Planetes que la
parallaxe abaiffe toûjours . Il eft
#donc abfolument néceffaire que
les Aftronomes ne fe rapportent
pas fur la portée des Artifans
& Maiftres Lunetiers .
de
Un Aftronome , & tout Homme
curieux , doit premierement
reconnoiftre fi tous les verres
font bien centrez , avant que
les employer en la conftruction
d'un Teleſcopes , afin que les
centres des deux fuperficies de
chaque verre , comme auffi les
centres de leurs formes , folent
Rij
198
Extraordinaire
dans une mefme ligne droite.
C'eft le 103. Poftulatum de la Dioptrique
de Keppler , imprimée en
1611. Voicy ces termes. Ut in
tubo linea per utriufque vitri centra
convexitatum tranfiens fie una &
eadem. Ce qui dépenda de trois
Chefs . 1. De la bonne centration
des verres. 2. De la fituation
parallele de tous les verres
dans le tuyau . 3. De la rectitude
du tuyau. Nous allons dire làdeffus
, tout ce qui eft néceffaire
dans la Théorie , & dans la Pra.
tique .
Si le verre n'eft pas bien centré,
il le faut récentrer , trouvant fur
fa furface convexe le point de fa
bonné centration, auquel aboutit
Paxe de la fphére dont le verre
eft un fegment ; mais d'autant
du Mercure Galant . — iģ
DO
qu'il eft inutile de recentrer ,
recouper un verre , s'il eft defectueux
dans fa matiere ou dans
fon travail , & que leur éclat &
leur poly exquis empefche de difcerner
facilement leurs défauts ,
la matiere du verre doit eſtre claire
, pure, nette & homogene.
A
Pour reconnoiftre les défauts
de la matiere d'un verre travaillé
plan-convexe ou convexe des
deux coftez , arreftez à l'opofite
d'un objet bien éclairé , & médiocrement
éloigné , le verre que
vous voulez examiner , éloignez
vous - en peu à peu , juſques à
tant que l'image aërienne de
l'objet foit préciſement fur l'hu
meur criftalin , qui employera
tellement les rayons , que les
rayons de chaque point de l'objet
Riiij
200 Extraordinaire
feront peints confufément fur un
meſme point de la retine , & par
conféquent il ne s'y formera
aucune image de l'objet pas mefme
de fa couleur , mais en échan
ge on ne verra que
le verre, dong
image de toutes fes parties fe
trouve diftinctement peinte fur
la retine. C'est pourquoy tous
les défauts de la matiere y ayant
leur efpece ou image , vous pa
roîtront tres-diftin&tement, com
me tourbillons , cendres , lames ,
furchargement , veines , points,
fable , bouteilles , fumées , vefcies,
parties opacques, & enfin toutes
les parties qui feront heterogenes.
On peut auffi reconnoistre de
nuit les défauts de la matiere du
verre convexe , en recevant fur
du Mercure Galant. 201
Phumeur cristalin, le foyer, baze
de diftinction , ou image aërienne
de la flâme d'une Bougie.
Vous jugerez auffi de la bonté
de la matiere , & du poly du
verre convexe travaillé , fi dans
une Chambre il refléchit l'image
du Soleil contre la muraille du
bas intérieur de l'appuy de la
Feneftre , s'il n'y a aucun bril.
lant parfemé de lumiere. On reconnoift
auffi par ce moyen , fi
un verre travaillé eft bien centré,
lors qu'au centre du rond de lumiere
refléchie , on y remarque
un petit rond fort brillant,& bien
concentrique.
Pour reconnoiftre les défauts
de la matiere d'un verre concave,
il le faut monter à l'ordinaire à
un bout du tuyau de la Lunete,
202 Extraordinaire
dont l'autre bout eft garny du
verre objectif , par lequel recevant
les rayons du Soleil dans la
Chambre noire , fur un Carton
ou Table d'attente perpendiculairement
oppofée au Soleil , ſon
image portera, & vous marquera
tous les défauts du verre oculaire
concave , & afin d'eftre affuré
que ces taches ou macules font
dans le verre , & non pas fur le
difque du Soleil , tournez doucement
la Lunere fur fon axe , ou
le feul tuyau qui porte le verre
concave , car fi ces taches roulent
fans.deffus- deſſous dans le
mefme temps que le verre oculaire
, elles proviennent de la
matiere du verre, & au contraire
feront fur le difque du Soleil , fi
elles ne changent de place.
du Mercure Galant. 203
Il nous reste à examiner la
bonté du travail des verres planconvexes
qui fervent d'objectifs
à toutes les grandes Lunetes , &
tres - fouvent mefme de verre
oculaire , comme auffi à exami
ner celles des verres également
convexes des deux coſtez , qui
fervent de verres objectifs aux
Lunetes qui n'excedent pas deux
pieds en longueur , & fervent
auffi de verre oculaire aux petites
, aux médiocres , & aux plus
grandes Lunetes. Le R. Pere
Scheiner , dans ſon Roſa Urfina,
Lib. 2. Cap. 20. me fournit un
- moyen queje gloſe ainfi . Tendez
bien perpendiculairement fur le
plan uny d'une muraille , une fi .
celle par un poids attaché , & en
eftant éloigné de quelques pas,
204
Extraordinaire
arreſtez voſtre verre directement
& parallelemet au plan de la muraille
, & ayant l'ecil peu éloigné
du verre entre le verre & fon
foyer objectif, confiderez attenti
vement fi cette ficelle veuë à travers
ce verre , & comme paffant
par fon centre , vous paroift bien
droite, mefme en tournant le ver
re fur fon centre , éloignez -vous
enfuite du verre jufques au deça
de fon foyer objectif, car rece
vant les rayons apres leurs décuffations
qu'ils font au foyer,
l'objet vous paroiftra renverfe,
& confiderez fi ce filet dont l'image
ſemble paffer par le centre
du verre , paroift toûjours bien
droite mefme lors que voftre adjudant
tournera le verre, fur for
axe,cela eftant, vousferez affuré
du
Mercure Galant. 205
3
de la bonté du travail de ce verre,
& pour me fervir de mes termes,
vous pourrez dire que ce verre
eft bien centré. Vous ferez le
mefme jugement , fi en regardant
par ce verre un triangle,
un quarré , ou un cercle, l'apparence
en eft toûjours bien régu
liere , fi les coft ez du quarré pa
roiffent bien en ligne droite , &
fes angles droits , comme auffi , fi
l'aparence du cercle ne dégenre
point en ovale , & c. mefme lors
que vous tournez ce verre fur
fon centre & axe. Toutes ces
fortes d'épreuves ne peuvent fer
vir à trouver le point de la bonne
centration des verres ; j'en dis
autant de la maniere d'obſerver
fur la furface fupérieure du verre,
le point auquel paroiffent s'unir
206 Extraordinaire
les deux images d'un point no.
table d'un objet élevé , la premiere
de ces images eftant reflćchie
par la premiere ſuperficie
du verre , & la feconde , par la
fuperficie de la profondeur du
verre. Difons donc que les manieres
fuivantes font les
Preuves affurées de la bonne
Centration des Verres planconvexes
, des convexes
des deux coftez.
Sve
I les deux fuperficies du
verre fe coupent vivement
à leurs bords, c'eft à dire, s'ils font
par tout bien coupant à l'entour
de leur circonférence . La démonftration
de fa bonne cendu
Mercure Galant. 207
tration eſt trop évidente d'ellemefme
, pour en parler davantage
.
2. Si un verre coupé bien rondement
, a par tout une égale
épaiffeur dans les bords de fa
circonférence , il fera bien centré.
3. On peut facilement trouver
le point de la bonne centration
du verre , dont la longueur du
foyer Solaire ne fera que de trois
ou quatre pieds. Ayez deux fem
blables & égales pieces de Car
ton de figure rectangle , fur lef
quelles vous tracerez en haut les
quarrez égaux , comme dans les
Fig. IV. & V. de la Planche VI.
des points C, interfections des diagonales
de ces quarrez , tracez
les cercles ABDE, ab de, dont le
208
Extraordinaire
diametre foit d'environ une ligne
& demie plus grand que le diametre
de la fuperficie du verre à
examiner , tracez auffi fur le premier
Carton , Fig . IV. du cen.
tre C, un cercle intérieur , dont
le diametre ne foit que la moitić
du diametre du cercle ABCD , &
fur le fecond Carnon Fig. V. un
cercle intérieur dont le diametré
foit d'environ trois ou quatre
lignes plus grand que le diametre
du cercle intérieur du premier
carton; tirez auffi fur chaque car.
ton par les centres perpendi.
a
culairement aux coftez des deux
quarrez les lignes AR , DE , ab, de,
apres quoy avec la pointe d'un
aiguille rougie à la Aâme d'une
Bougie , faites huit petits trous
bien ronds fur la circonférence
du Mereure Galant. 209
-
du cercle extérieur de chaquè
Carton , aux points de l'interfection
des deux perpendiculai.
res , & des deux diagonales.
Faites auffi huit autres petitstrous
fur le cercle intérieur du:
premier Carton , & un trou en
fon centre , comme en la Fig. IV.
vuidez enfuite le fecond Carton,
en oftant tout ce qui eft contenu
par la circonférence du cercle
intérieur. Fig. V.
Mettez voftre verre entre ces
= deux Cartons , obfervant que fi
le verre eft plan.convexe , la fur.
face plane foit fur le premier
Carton , afin que la boffe de fa
convexité entre commodement
dans la vuidange ou ouverture:
du fecond Carton. Arreftez ent
fuite voſtre verre entre ces deux
Sa
Q. de Janvier 1684,
210 Extraordinaire
Cartons , comme en la Fig . VI.
paffant avec une aiguille du filet
à travers les huit trous faits &
efpacez également , & fembla .
blement fur la circonférence du
cercle extérieur , & égal en l'un,
& en l'autre Carton. Sur les bras
de l'affemblage de ces deux Car
tons qui portent le verre enchaffé
, mettez une lame de mé.
tail LM , & arreſtez le tout bien
à plomb avec deux ou trois viz
en bois ,au bout antérieur de la regle
d'épreuve N , Fig . VII . Tournez-
là fur fon pied P, en forte
que la ligne du milieu de la lon
gueur de la regle No foit dans le
cercle azimutal du Soleil ; &
comme la regle No eft mobile
fur l'axe qui la traverſe , élevez-
la jufques à tant que fon
du Mercure Galant. ΣΠ
plan fupérieur foit dans l'almucantarath
du centre du Soleil , ou
cercle parallele à l'horizon qui
a le zeniht pour Pôle , & qui
marque fur un cercle azimutal les
degrez de l'élevation du Soleil
fur l'horizon. Faites en mefme
temps couler en arriere la piece
STV àplombfur la ſurface ſupérieure
de la regle , & par confé
quent parallele à la furface du
verre , & des Cartons qui le tien
nent enchaffe , faites - la couler, "
dis - je , jufques à tant que vous
voyez fur fa furface antérieure
les Radiations du Soleil , qui ont
paffé par les neuf endroits que
les trous faits fur les Cartons ont
laiffé découverts aux rayons dư
Soleil , s'approchent toûjours
également & peu à peu de la
Sij
212 Extraordinaire
x
radiation qui paffe par le trou
central , & enfin fe joindre &
former au point F l'image du
Soleil, que par analogie nous ap、.
pellons , Foyer Solaire , ou endroit
où les rayons du Soleil eftant
raffemblez en grande quantité
brûlent , parce que virtus unita
potentius agit. Ce foyer ou baze
de diftinction , ou réunion en un
mefme point de tous les rayons
émanez divergens d'un meſme
point du Soleil , & par les loix
de la refraction rendus convergens
en penétrant le verre planconvexe
ou convexe des deux
coftez , ce foyer Solaire , dis -je,
eft l'image du Soleil . C'eft pour.
quoy comme le diametre du
difque apparent du Soleil , mef
me dans fon apogée , eft com
du
Mercure Galant. 213
pris par un angle de demy degré,
& que par conféquent il ne faudroit
que 710 . Soleils femblables .
au noftre , pour faire un pont de
lumiere folaire de toute l'Eclip
tique , comme l'Anneau de Sa.
-turne , &c. Par conféquent cer
foyer aura du moins en fon diametre
, la corde de 30. minutes
du grand cercle, dont le verre ob
jectif plan - convexe eft fegment.
C'eft pourquoy le R. Pere Chérubin
a eu une vifion parfaite,
lors que dans la 173. page de fa
Dioptrique Oculaire de 1671. ila dit
que si un verre cft bon aux Lunetes
de longue veuë , on doit recueillir
fur un plan directement oppofé , les
rayons du Soleilmefme dans un point.
Car, ajoûte- t- il , fi cela arrivoit
heureusement , ce feroit ,
dit- il en
214
Extraordinaire .
grand Ageometre , & bon Adiop
tricien , le Uray indice de l'excellence
de ce verre, & qu'ilferoit dans
fa veritable & préciſe largeur,
fans qu'il fut befoin de rien couvrir
de fa circonférence .
Par cette expérience vous aurez
BF la veritable puiffance du
verre que nous appellons lon
gueur de fon foyer Solaire ; & fi
vous éloignez davantage du
verre la Piece STV , fi le verre
eft bien centré , vous aurez toûjours
huit radiations , qui s'éloi
gnent peu à peu davantage , mais
toûjours également , de la neu
viéme radiation qui paffe par le
trou central , & qui aura par
conféquent un rayon Mathematique
que nous appellons axe de
la radiation de tout l'objet , le
du Mercure Galant.
215
quel aura penetré le verre fans
foufrir aucune réfraction , parce
que le centre de ce trou central
a efté fait fur le verre bien centré
, c'eſt à dire , fur le point , fur
lequel l'axe du verre ou femydiametre
partant du centre de la
fphere dont il eft fegment,a paffé
à plomb fur la furface plane , &
partagé également la corde du
fegment de ce verre plan convexe
; ainfi les deux centres des
fuperficies du verre , & le centre
de fa forme fe trouvent dans une
mefme ligne droite.
Vous verrez en mefme temps
avec plaifir l'effet de la décuffàtion
des rayons , &
pourquoy
dans la veuë naturelle l'image des
objets eft toûjours peinte renverfée
fur le fond de la Retine , car
216 Extraordinaire
tant que ce plan STV fera entre
le verre & fon foyer folaire , la
radiation du trou fupérieur A, y
paroiftra la plus élevée , & le plan
STV eftant an- deça du foyer,
cette radiation du point A fe
peindra au- deffous , changeant
de place ; & pour vous en con
vaincre fenfiblement couvrez
ce trou A , & la radiation la plus
baffe manquera fur le plan STV.
Que fi vous approchez le plan
vers le verre , lors qu'il en fera
moins éloigné que fon foyer fo
laire , cette radiation du trou ▲
manquera tout au - deffus des autres
; par ce qu'au foyer folaire
ces 8 radiations s'entrecroifent,
les fupérieures devenant inférieures
, & celles qui font à main
droite paffant à main gauche, & c .
11
du Mercure Galant. 217
T
Il y a quelques années que dans
une des Affemblées publiques
des plus curieux & fçavans du
Corps de Médecine , je me fervis
de cette machine pour ex .
pliquer évidemment tout ce qui
concerne la veuë , elle y receut
une genérale approbation , &
celle de M' du Verney , l'un des
plus fçavans Médecins , & experts
Anatomistes de l'Europe , &
Membre de l'Académie Royale
des Sciences , qui continue à
faire un des grands ornemens de
la France , en travaillant utile .
ment à perfectionner les Arts &
les Sciences . Ces Meffieurs redoublent
leurs doctes applica
tions , & leurs fçavantes veilles ,
pour répondre aux intentions du
plus augufte des Monarques de
Q. deJanvier 1684. T
218
Extraordinaire
la terre , par les ordres
que leur
a donné
fon incomparable
Miniftre
d'Etat
, puis que dans toutes
les plus
grandes
Dignitez
,
Charges
& Emplois
du Royaume
, par tout & en tout temps
,
conformément
à ſon nom ,
FRANCOIS - MICHEL LE TELLIER
DE LOUVOIS.
'IL EST LE CHEMIN DV SOLEIL
LA FORCE DY ROT.
Si la radiation d'un de ces
8 trous faits fur le cercle intérieur
du premier Carton 4 B : CD s'a.
proche fur le plan ST davan-
Tage ou plûtoft que les autres,
de la radiation qui paffe par le
trou fait au centre C , c'eft un
figne infaillible de la mauvaiſe
du Mercure Galant.
219
T
centration du verre , & que le
trou d'oùfort cette radiation , eft
le plus éloigné du veritable point
de la bonne centration du verre,
ou de l'axe de la fphere dont le
verre eſt ſegment , car les rayons
qui tõbent fur le verre, beaucoup
plus éloignez de fon axe , tombant
plus inclinez , l'angle de
leur réfraction eft plus grand,
c'est pourquoy ils fe retiniffent
plûtoft fur l'axe, ; ce que vous
reconnoiſtrez par expérience ,
ayant fait un trou fur l'un &
l'autre carton fort éloigné du
centre des fuperficies du verre
ou trou central c, & prefque fur
le bord du verre. C'eſt d'icy
mefme qu'en l'année 1652. eftant
pour le fervice du Roy au Fort!
de l'Eclufe fur le Rhône , à qua-
Tij
202 Extraordinaire
tre lieuës au -deffous de Geneve,
je cherchois. à reconnoiftre par
expérience la jufte & préciſe ou
verture qu'un verre objectif peut
foufrir & porter fans diminuer la
netteté & diftinction de la vifion
de l'objet , car le trop d'ouver
ture la rend confuſe , mais fort
claire , & une ouverture trop
étroite rend la vifion de l'objet
tres - diftincte , mais peu claire,
& fort fombre , &c.
Comme cette maniere de connoiſtre
& corriger la mauvaiſe
centration des verres objectifs
des Teleſcopes ou Lunetes de
longue- veuë , ne peut fervir que
pour les objectifs des Lunetes de
3 ou 4 pieds ; voicy deux manieres
defquelles je me fervois pour
les verres de longue portée ou
du Mercure Galant. 221
puiffance , c'eſt à dire , de grande
longueur de foyer ; elles font
tres faciles , tres - précifes & demonſtratives
dans la pratique.
voyez la Figure XI . Je fis faire à
Geneve avec du léton de caléndre
, d'une ligne d'épaiffeur , un
tuyau cilindrique d'un pied de
longueur , foudé d'argent , &
tiré à la filiere , & puis rectifié
au tour , & rendu précisément
d'égale épaiffeur , que je fiscouper
bien rondement & à plomb
fur fon axe , l'ayant monté fur
un mandrin jufte . Le diamétre
de ce tuyau avoit 3 pouces &
4 lignes , qui eft le diamètre fuffifant
pour la furface à laquelle
on peut réduire un verre planconvexe
, de 20 pieds de foyer,
après qu'il a efté travaillé , car
Tiij
222 Extraordinaire
pour le bien travailler il faut néceffairement
que le diametre de
fa furface ait du moins 4 pouces ,
d'autant qu'il eft impoffible que
les bords du verre foient également
bien travaillez . I fuffit
donc qu'un verre de zo pieds de
foyer , ait apres fon travail le
diamétre de fa furface de 3 pouces
& 4 lignes , car pour excellemment
qu'il puiffe eftre travaillé
, quand ce feroit par la
mam d'un Ange , il ne pourroit
au plus foufrir avec diſtinction
qu'une ouverture de 3 pouces de
diamétre ; c'eft pourquoy luy
donnant un verre oculaire également
convexe des deux coftez ,
de 5 pouces de longueur de foyer
folaire vous aurez une Lunete
laquelle avec grande clarté &
du Mercure Galant. 223
1
་
diftinction augmentera 48 fois
l'apparence naturelle du diamérre
vifuel de l'objet, d'autant que
48 fois 5 pouces font 2 40 pouces ,
ou 20 pieds, longueur du verre objectif,
laquelle contient par conféquent
48 fois les 5 pouces où
la longueur du foyer du verre
oculaire.
Je paffay ce tuyau dans un canal
fait par le centre d'une boule
de bois blanc , où il couloit &
tournoit facilement. Voyez la
Fig. XI. J'enchaffay & enclavay
certe boule dans deux planches
vuides en dedans de leur épaiffeur
, fuivant le diamétre de la
boule , que j'avois bien frotté
avec du favon , afin qu'on la puft
facilement contourner , comme
l'oeil des Animaux dans les con
Tij
224
Extraordinaire
cavitez où la fage Nature les a
logé , ces deux planches eftant
fermement arreftées avec des viz
en bois fur le trou qui reçoit une
partie de la boule , & qui eft fait
à un volet de la feneftre de la
chambre noire. Voyez la Figure
XIII. de la premiere planche du
XIX : Tome Extraordinaire du Mer
Cure. Et ayant contourné la boule
pour voir par ce tuyau quelque
objet éloigné & bien éclairé , ferrez
fortement les deux planches.
Placez enfuite voftre verrę duquel
vous voulez reconnoiftre la
bonne ou mauvaiſe centration ,
& ayant fermé la feneftre de
voftre chambre ou galerie noire,
foigneufement bouché toutes
les entrées à la lumiere , préfentez
une planchete couverte d'un
&
du Mercure Galant. 225
papier blanc bien directement au
dernier tuyau , & parallelement
à la furface du verre , la reculant
peu à peu jufqu'à tant que la peinture
de l'objet paroiffe tres- diftincte
fur la planchete; c'eft pourquoy
vous ne donnerez pas au
verre toute l'ouverture dont il
peut eftre capable , afin que l'image
de l'objet paroiffè plus dif-
Etincte , arreftez fixement voftre
planchere , & vous aurez la lon .
gueur du foyer objectif de ce
verre, qui fera toûjours plus éloi-
1gné que le foyer folaire . Marquez
avec un point d'encre le
point principal & plus notable
du milieu de l'image de l'objet.
Faites enfuite que quelqu'un
1 tourne ce tuyau qui porte le
verre , fi doucement qu'il n'é226
Extraordinaire
branle point la boule qui le contient
, fi la peinture du point de
l'objet demeure fixe fur le même
point d'encre marqué fur la planchete
, voftre verre eft bien centré
& bien pofé à plomb dans
fon tuyau , c'est à dire que l'axe
du verre convient avec l'axe du
tuyau , & ne font qu'une meſme
ligne droite. Que fi cette petite
image du mefme point de l'objet
fe peint fucceffivement en divers
endroits fur voftre planchete
, il y parcourra la circon
férence d'un cercle dont l'axe
iroit donner le veritable point de
la bonne centration de voſtre
verre , puis que ce contour que
fait ce point de l'image de l'objet
à mesure que l'on contourne le
verre avec fon tuyau , eft une
du Mercure Galant. 227
démonftration qu'il eft mal centré
, ou du moins pofé de biaiz
dans le tuyau
La maniere fuivante eft encore
plus facile & démonſtrative par
elle- mefine . Faites un trou à un
volet de la feneftre de la cham
bre ou galerie noire , paffez dans
ce trou un pied ou environ de
la longueur du tuyau antérieur
de la Lunete , dans lequel aurez
fait couler doucement le tuyau
= particulier qui porte le verre à
examiner , tirez enfuite dans la
chambre les tuyaux , juſques à
tant que la Lunete foit environ
de la longueur requiſe du foyer,
baze de diſtinction , ou image de
quelque objet beaucoup éloigné ,
peu élevé fur l'horizon , & for
tement éclairé du Soleil , & dans
228 Extraordinaire
le bout antérieur de la Lunete ,
enfoncez peu à peu & doucement
un tuyau particulier , qui
fur fon extrémité qui demeurera
dans la chambre hors de la Lu.
nete , foit garny do diafragme
monté de deux brins de foye
plate noire bien tendus en croix
fur quatre legers traits de burin.
Voyez la V. Figure de la Planche V.
dans le XXIV . Tome Extraordinaire
du Mercure. Enfoncez , dis.je, ce
tuyau avec fon diafragme,jufques
à tant que fur le diafragme qu'aurez
recouvert d'un papier fin &
huilé , foit précisément l'image
aërienne & trés - diftincte de l'ob.
jet. Remarquez bien attentivement
quel point de l'image de
l'objet le trouve fur le point de
Pentrecroifement des deux filets
du Mercure Galant.
229
du diafragme , faites enfuite que
quelque adjudant qui fera hors
de la feneftre de la chambre,
contourne peu à peu le petit
tuyau qui porte le verre objectif,
& cela fi doucement qu'il n'ébranle
en aucune maniere la Lu
nete , c'eft pourquoy le deffus
ou partie convexe de ce tuyau
fera bien favonnée . Si le meſme
point de l'image de l'objet demeure
toûjours fous l'interfection
des deux filets , toute l'image
de l'objet demeurant inébranlable
nonobftant le contournement
du verre objectif , c'eſt une
démonftration évidente de fa
bonne centration & pofition
dans la Lunete .
Si ayant ôté le papier huilé
qui couvroit le diafragme , vous
230
Extraordinaire
2
coulez fur le tuyau qui porte ce
diafragme , un tuyau particulier
Figure VII. garny du verre oculaire
convexe , & de fa boëte de
recouvrement
montée à viz ,
ayant au centre de fon fonds
creufé en demy rond , une ou
verture , trou ou pinnule d'une
ligne au plus de diamètre , un
peu moins éloigné du verre ocu.
laire , que de la longueur de ſon
foyer folaire , & encore plus proche
pour les miopes qui racour
ciffent la Lunete , pour recevoir
les rayons plus divergens de cha.
que point del'image aërienne, de
laquelle ils approchent auffi davantage
l'oeil , pour la voir dif
tinctement , fi vous coulez , dis,
je , doucement & peu à peu ce
tuyau fur la Lunere fans l'ébrandu
Mercure Galant. 23
10
ler , jufques à tant que fuivant la
portée de voſtre veuë vous voyez
l'objet tres- diftinctement , &
comme traverfé des deux filets
du diafragme , qui vous paroîtront
comme s'ils eftoient réellement
fur l'objet.
Pour lors confiderez bien attentivement
quel point de l'objet
paroift couvert par l'interfection
des deux brins de foye plate noire
tendus fur l'ouverture du diafragme
, puis faites qu'un adjudant
qui foit hors de la feneftre , contourne
doucement & peu à peu
dans le tuyau de la Lunete le
petit tuyau particulier , Figure
qui porte le verre objectif. Si
l'objet vous paroift ne changer
aucunement de fituation à l'égard
des filets du diafragme , &
232
Extraordinaire
que le mefme point ſoit toûjours
caché fous le point de leur interſection
, c'eſt une démonſtration
tres - évidente que l'objectif
eft bien centré , & que les deux
verres font bien pofez centralement
paralleles dans le tube de
la Lunete. Je me ſervois de cette
méthode en l'année 1652. pour
examiner fi j'avois bien mis à
angles droits les deux brins de
foye plate fur l'ouverture du diafragme
; car apres avoir tourné
le tuyau qui portoit le diafragme
jufques tant que l'un de fes
filets me paruft convenir & com.
me eftre appliqué fur une ficelle
blanchie avec de la Cérufe, mife
à cent pas loin bien à plomb
par un gros poids , je faifois en
mefme temps marquer avec de
du Mercure Galant. 233
I
la Cérufe précisément les endroits
de la muraille oppofée , &
des autres objets verticaux fur
lefquels le filet horizontal du diafragme
me paroiffoit appliqué ,
je tournois enfuite le tuyau qui
portoit le diafragme , peu & tresdoucements
de peur d'ébranler
la Lunete , juſques à tant que le
filet horizontal du diafragme devenu
vertical , nie couvroit &
paroiffoit comme fur la ficelle,
toûjours bien tendue à plomb ;
car fi pour lors le filet du diafragme
qui dans la premiere obfervation
eftoit vertical , eftant
maintenant horizontal , coupoit,
convenoit & paroiffoit à droite
& à gauche précisément fur les
points marquez avec cérufe , fur
lefquels avoit paru lors de la
Q. deJanvier 1684. V
234
Extraordinaire
4
premiere obfervation le filet horizontal
, dans cette obfervation
devenu vertical , j'eſtois affûré
que mes deux brins de foye pla .
te noire faifoient quatre angles.
droits au point de leur interfection
fur l'ouverture du diafragme
, & je concluois en mefme
temps que la ligne tirée par les
points marquez de céruſe horizontalement
fur les objets, eftoit
une veritable tangente à la terre,
au point que j'avois fait marquer
avec Ocrejaune, où elle coupoit
la ficelle , & ayant actuellement
mefuré depuis la ficelle jufques
aux lieux marquez , je concluois
geométriquemet lequel des deux
lieux à droite ou à gauche de
la corde eftoit le plus élevé , ce
qui eft tres- neceffaire pour la
du Mercure Galant, 233
conduite des eaux , & c. Les Ingénieurs
fçavans trouveront bien
d'eux-mefmes le moyen de connoiftre
par les angles fans aller
fur les lieux , lequel des deux endroits
pris à droite ou à gauche
eft le plus élevé ou éloigné du
centre de la pefanteur des corps
de noftré Siftéme. Perfonne depuis
trente- deux ans n'a pû trouver
à dire contre cette méthode,,
ear celle que M Hevelius a don
në en 1674. dans là 21 & 27 pages
de fa Seleno-graphie , ou Deferr
= ption de la Lune par
r Pobfervation
des taches du Soleil für
la planchere
, eft très difficile,
& fouvent impraticable
. Le R.
P. Fabry ayant peut - eftre ch
égard à cette méthode
de M
Hevelius
, a dit en Pannée 1667
.*
Vij
236 Extraordinaire
dans la 231 page de Optica Synopfis
imprimé à Lyon , Divinius nofter
pro fingulari quâ pollet induftriâ, excogitavit
facilem modum , quo citra
folitam Telefcopii probationem , tornata
lentis vitium facilè deprehendi
poffit... fuo tempore publici juris
faciet. Pour moy qui n'ay jamais
rien réſervé, ny fait myftere d'au
cune choſe , pour excellente qu'
elle puft eftre , n'ayant jamais
approuvé les maximes de certains
Doctes de peu de fçavoir,
qui font miftere de tout , &
bien fouvent d'un rien . C'eſt
pourquoy l'illuftre & veritable
Sçavant , Mr de Thoinard , les
excufe agréablement par ces
quatre mots du Poëte , Pauperis
eftnumerare pecus. J'ajoûte encore
icy la maniere de reconnoiftre
du Mercure Galant. 237
& corriger la centration des verres
, que j'avois pratiqué en l'année
1652. , & qu'en l'année 1654 .
je donnay à Lyon , avec mon Op .
trique , Catoptrique & Dioptrique
, au R. P. Ignace Baudet de
Grenoble , qui partit pour la
Miffion du Japon , & du Tonquin
, avec le R. P. Cloche , &
le R. P. Alexandre de Rhodes,
de la Compagnie de Jefus.
238
Extraordinaire
PROBLEME
.
Reconnoiftre
fi les Verres Ob.
jectifs des grands Telescopes
ou Lunetes de longue veue
font bien centrez & trou
ver dans la derniere précifion
le point de leur bonne centration
.
L
A fcience des Médecins , que
la Sainte Ecriture nous ob
lige d'honorer , pour la néceffité,
eft peu utile , fi elle ne connoift
que la nature des maladies &
leur caufe , & ignore les moyens
faciles & affûrez d'y remédier ,
& de rétablir la fanté dans le
corps humain , qui eft fon fujet .
du Mercure Gabant. 239
ད་
C'est par une femblable railon
E que je donne icy mon ancienne,
facile & affurée Méthode de reconnoiſtre
& corriger la mauvaife
centration des verres ; car
ils peuvent tous eftre recentrez
réguliérement, fans les retravailler
, puis qu'ayant reconnu le
point de leur bonne centration ,
il ne faut que les recouper ou
diminuer avec un grugeoir , fuivant
la peripherie du cercle qu'on
aura tracé ſur la furface plane,
avec le compas à pointe de diamant
, duquel la pointe de l'autre
jambe appuyera fur le point
d'un morceau de carton colle
fur le verre , & qui fera préci
fément fur le point trouvé de la
bonne centration , car enfuite lese
centres des deux furfaces du vérre
240 Etraordinaire
fe trouveront en une mefme li
gne droite , avec le centre de la
forme ou l'axe du verre , qui eft
l'axe de la ſphere dont le verre
objectifplan- convexe eſt un ſegment.
Voicy la maniere que je mis
en pratique en l'année 1652. Reprenez
la Figure X I. dans la
quelle le tuyau dont nous avons
cy - devant donné la matiere,
les mefures , & la conftruction ,
eftoit mobile dans le canal fait
à travers , & par le centre de la
boule de bois , il faut premierement
le rendre immobile dans
le canal de la boule par l'une ou
l'autre des 4 viz qu'on voit dans
la Figure XI.ou par les quatreviz
enfemble , il faut enfuite pouffer
au - dehors le cilindre creux de
carton
du Mercure Galant. 241
Carton qui foûtenoit les verres
qu'on vouloit éprouver par
la
I méthode , lors que ce tuyau fe
contournoit dans la boule. Je
fis donc faire du mefme métal &
en la mefme maniere , un tuyau
de 9 pouces de longueur , &
preſque quatre lignes de diamé
tre extérieur , en forte qu'eftant
favonné , il couloit & pouvoit
eſtre contourné librement dans
le tuyau d'un pied de longueur,
arreſté fixement dans le canal
de la boule avec les viz en bois ,
la boule eftant auffi lors de l'opé
ration fermement arreftée dans
les deux planches qui l'enclavent
par des autres vis en bois , comme
dans la Figure XI.
Je fis enfuite jetter en fonte
une rondele , que laj Figure VIII.
2. deJanvier 1684 X
242
Extraordinaire
tre ,
repréſente
, d'une matiere douce
de 3 lignes d'épaiffeur
, & l'ayant
bien fait recuire & forger à froid ,
je traçay fur ſa ſurface bien plane
un cercle de 6 pouces de diaméfur
le tour les & fis couper
parties excédentes
; je traçay enfuite
un cercle de 3 pouces & 4 lignes
maigres de diamètre , qui
eftoit le diamétre
extérieur
du
tuyau de 9 pouces de longueur,
qui doit entrer & eftre foudé ,
comme nous dirons cy - apres ,
dans l'épaiffeur
de la rondelle,
apres qu'on aura fur le tour ôté
tout ledit cercle de 3 pouces &
prefque 4 lignes de diamétre,
Je traçay encore du mefme centre
de la rondelle , un autre cer.
cle E F G H de 4 pouces de diàmétre
; apres quoy je tiray fur
du Mercure Galant. 243
3
toute la fuperficie ou plan de la
rondelle , deux lignes perpendiculaires
A B. CD. aufquelles je
traçay plufieurs lignes paralleles
toutes en égale diſtance les unes
des autres d'un quart de ligne ;
je traçay encore du mefme
centre plufieurs lignes concentriques
, qui paffoient par les angles
des quarrez que formoient
ces lignes également diftantes du
centre de la rondele , & comme
plus grand verre duquel je
voulois reconnoiftre la jufte ouverture
& le point de la bonne
centration , n'avoit que 20 pieds
de puiffance , ou longueur de
foyer folaire , & 3 pouces & 4 lignes
de diamètre en fa furface,
qui eft , comme nous avons déja
dit & demontré , une largeur fuf
le
X ij
244
Extraordinaire
fifante apres qu'il a efté travaillé,
puis que la mauvaiſe centration
n'eft ordinairement que de deux
ou trois lignes au plus , fon centre,
&c. C'est pourquoy le centre
de la furface de ce verre objectif
plan- convexe eftant pofé fur le
centre de la rondelle , il reftoit
de chaque cofté quatre lignes
d'ébatement jufques au cercle
de 4 pouces de diamètre , auquel
j'avois tracé les 4 tangentes
paralleles aux diamètres A B.
€D. pour former le quarré a A 4.
b Bb. Il me refte donc un pouce
fur chacune des extrémitez des
deux diamètres A B. CD. Je fis
fondre le cuivre , & battre à froid
deux pieces de leton de trois li
gnes d'épaiffeur , & dont les ba-
Les couvroient précisément les
du Mereure Galant. 245
deux fegmens a Aa.b Bb ; je les
= arreftay fixement fur la rondelle,
chacune par quatre viz , comme
on voit dans la Fig. VIII. qui les
repréfente , chacune forée & ta
rodée en trois endroits d'un trou
à écrou d'une ligne de diamétre.
Le trou du milieu eftoit prefque
fur le plan de la rondelle , le
long du diametre A. B ; les autres
deux trous à cofté , eftoient autant
élevez que l'épaiffeur de ces
deux pieces ou fegmens l'avoient
pû permettre: J'avois ufé de toutes
ces précautions , afin que les
deux viz d'acier fF. b H. preffant
contre le bas de l'épaiffeur du
verre taillé en bizeau court , les
quatre viz K. K. K. K. preffant le
verreun peu plus haut , il fut hors
de danger d'échaper & de tom-
X äj
246
Extraordinaire
ber , & pour cela j'avois collė
du gros papier gris fur toute la
circonférence du verre , ce qui
le rendoit moins gliſſant , & donnoit
prife aux viz.
Je fis auffi forger de trois li
gnes d'épaiffeur , les deux pieces
ou fegmens c Cc. d Dd. que j'arreftay
chacune avec deux viz d'a
cier. Ces deux pieces eftoient
l'une & l'autre en deux endroits
horizontalement tarodées en écrou
d'une ligne d'ouverture ,fur
le milieu de leur épaiffeur , & en
égale distance du diamètre CD.
Les deux pieces M. M. en forme
de regles , cftoient de bois , d'en .
viron quatre lignes & demie d'épaiffeur
; elles eftoient fous la fupérieure
, vers le milieu M ,
- deffous , afin peu
creufes pardu
Mercure Galant. 247
"
ز
d'embraffer un peu de l'épaiffeur
du bizeau du verre , & le
tenir plus en fûreté & plus ferme
& pour les retenir ellesmefmes
plus fûrement fur la rondelle
, je l'avois fait ouvrir de la
largeur d'une ligne , & environ
un demy pouce de chaque coſté ,
depuis les fegments C. D. le long
du diamétre CD . en tirant vers
le centre de la rondelle . Parchacune
de ces deux ouvertures , &
par le deffous de la rondelle , je
fis entrer & couler une viz d'acier
bien unie & ronde, & n'ayant
des pas de viz que depuis le def.
fus de la rondelle , pour entrer
chacune dans l'écrou qu'elle
avoit fait elle - mefme dans une
des deux regles M. M. Je ferray
doucement ces deux viz perpen-
Xij
248
Extraordinaire
diculaires , afin que lors que les
viz horizontales L. L. qui font
fans pas de viz vers leurs pointes
émouffées , qui entrent du
moins une ligne & demie dans
des trous fimples & unis , faits à
cofté dans l'épaiffeur des regles
M. M. venant à les pouffer plus
avant vers le centre de la ron .
delle , elles puiffent librement
couler fur le plan de la rondelle ;
ce qu'elles ne pourroient pas.
faire , fi les viz perpendiculaires
eftoient trop ferrées .
Je fis enfuite percer la rondelle
bien rondement fur fon centre,
fuivant la circonférence du cercle
que j'y avois tracé , de 3 pouces
& 4 lignes de diamètre, qui
eftoit le diamétre de la fuperficie
extérieure du tuyau , qu'il y faut
du Mercure Galant. 249
faire entrer bien juſtement & à
plomb , c'eft pourquoy je dé
montay toutes les pieces de la
rondelle . Ce tuyau ne doit aucunement
déborder le plan ou la
furface de la rondelle ; ajuſtez-,
la donc au tour bien à plomb, fur,
le bout du tuyau , apres quoy
foudez - la par-deffous à la flamme
de la lampe avec argent , & c.
& emportez doucement avec la
lime les baveures de la foudure
s'il y en a fur le deffus du plan
de la rondelle , afin que la fur
face plane du verre y puiffe par
tout appuyer également , & afin
qu'elle ne foit point rayée par
les bords du tuyau , je fis adoucir
un peu en rond l'entrée ou
engorgement du tuyau.
Voltre verre objectif plan250
Extraordinaire
convexe eftant bien arrondy &
en bizeau court , pofez - le fur le
milieu du plan de la rondelle tenuë
horizontalement ; arreftezla
d'abord legérement par les
deux régles ou pieces de bois
mobiles , que vous poufferez par
les 4 viz L. L. L. L. toûjours également
& parallelement , afin
que le diametre de la furface du
verre ſoit précisément ſur l'axe
du tuyau , où eft le centre de fon
ouuerture ; ce que l'on connoîtra
, fi les regles font précisément
le long des lignes paralleles qui
font en égale diſtance de part &
d'autre du diamètre A B de la
rondelle ; pouffez enfuite peu à
peu les deux viz A. B. bien également
, enforte que leurs deux
pointes émouffées foient tou
du Mercure Galant.
251
jours également éloignées de
: l'axe du tuyau , où centre de la
rondelle , ce que vous connoîtrez
auffi par le nombre des lignes
paralleles au diamètre CD.
Voftre verre eftant ainfi ferré à
ferme par 4 endroits diamétralement
oppofez , c'eſt à dire par
les deux viz fur AB , & par les
deux coſtez des regles für C D,
le centre de la furface du verre ,
E que je fuppofe bien rond en fa
circonférence , fera précisément
perpendiculairement fur le
centre de l'ouverture & fur la
pointe de l'axe du tuyau cilin
drique.
&
J'inferay enfuite le tuyau d'u
ne excellente Lunete d'environ
deux pieds & demy de longueur,
dont le verre oculaire eftoit con.
252
Extraordinaire
cave , dans le tuyau qui traverfoit
la boule , & que j'y avois fixement
arefté par les 4 viz V.V.V.V.
qui le ferrent par le cofté , comme
en la Fig. XI. Cette boule
eftant enclavée dans l'ouverture
en embrafure des deux planches,
fur l'ouverture faite au volet de
la feneftre de la chambre ou ga.
lerie noire , tenant toûjours horizontalement
le tuyau dela Lunete
, je contournay peu à peu
la boule , que je n'avois que peu
ferré par les viz , juſques à tant
que la Lunete eftant perpendi
culairement au plan de la fenêtre
je voyois une muraille, Fig.X11L.
éloignée, & fortement éclairée
des rayons du Soleil , & directe.
ment oppofée à la feneftre , une
ficelle paffant par le diamètre
du Mercure Galant. 255
I
perpendiculaire de la bafe de la
vifion. Je fis enfuite par mon Adjudant
couler le long de la ficelle
une lame de cuivre doré , & traverfée
de deux lignes à angles
droits , jufques à tant que la lame
& le point de l'interfection des
deux lignes me paruft au milieu
& au centre de la bafe de la vi
fion ; apres quoy je la fis arrefter
fixement , traverfant avec une
épingle la ficelle au - deffous de
la lame. On fera la mefme opération
en rafe campagne, Fig.XIV.
faifant porter une grande perche
en ligne droite de la Lunete,
ce qui fe fait en paffant avec la
perche de droite à gauche , jufques
à tant qu'elle paroiffe au
milieu de la bafe de la vifion.
C'est pour cela que je me ferExtraordinaire
254
સ
vois d'une Lunete dont l'oculaire
eftoit concave , parce que la bafe
de la vifion en eftoit incompa
rablement plus étroite , ou de
moindre diametre qu'avec l'oculaire
convexe , &c. La pofition
de la perche eftant trouvée , plan
tez - la fixement en terre , enforte
qu'elle panche à droite ou à gau
che de trois ou quatre degrez,
afin de faire couler une petite
boule de bois de 2 ou 3 pouces
de diamètre le long d'une ficelle
bien tendue perpendiculairement
par un gros poids . Cette
boule doit eftre dorée , ou argentée
, ou du moins peinte avec
cérufe , afin qu'elle foit vifible,
l'Adjudant l'arreftera par une
épingle qui traverſera la ficelle,
lors que par quelque figne vous
du Mercure Galant. 255
luy ferez connoistre que cette
boule vous paroift dans le centre
de la bafe de la vifion .
L'une ou l'autre de ces manieres
de point de mire fur l'axe de
voftre Lunete , eftant trouvé &
arreſté , arreſtez auffi bien fixeement
le tuyau qui traverſe la
boule , en le ferrant & preffant
contre fa fuperficie extérieure,
par les quatre viz V.V.V.V. de
la Figure XI.
Tirez enfuite voſtre Lunete,"
& en fa place inferez le tuyau
I qui porte la rondelle & le verre
à épreuver ; contournez ce tuyau
jufques à tant que le diamètre A B
foit perpendiculaire , ce que vous
reconnoiſtrez en luy préfentant,
ou fur les lignes ccc. ou dDd.
la foye chargée d'un petit plomb.
·256
Extraordinaire
Préfentez au dernier tuyau das
la chambre ou galerie noire , une
planchete bien unie & recouverte
d'un papier blanc , Fig.XII , éloignez
- la peu à peu juſques à tant
que l'image renversée de la lame
de cuivre , ou de la boule dorée,
paroiffe tres-diftinctement peinte
fur le milieu de voſtre planchete;
arreſtez - la enfuite fi bien qu'elle
foit inébranlable , & marquez
fur le papier avec un point le
milieu ou centre de l'image de
la lame , ou de la petite boule,
& par ce point tirez ſur la planchete
une ligne bien à plomb,
& fur celle- là , & par le mefme
´point , une autre ligne à angles
droits. Voyez la Figure XII.
"
Faites enfuite contourner peu
à peu le tuyau qui porte la rondu
Mercure
Galant. 257
delle & le verre à
épreuver. Si
le mefme point de
l'image de
l'entrecroiſement des deux lignes
faites fur la lame de cuivre , ou
fi le centre de l'image de la petite
boule dorée
demeure totjours
inébranlable fur le point de
l'entrecroiſement des deux lignes
tracées fur la
planchete , c'eft
une marque
infaillible de la bon
ne
centration des verres , & aw
contraire , fi ce point de l'image
de
l'entrecroifement
des deux
lignes faites fur la lame de cuivre
, ou le centre de l'image de
la petite boule dorée ,
changent
tant foir peu , quand ce ne fe
Foit que d'un quart de ligne , le
verre eft mal centré , à quoyil
faut
remédier , en le reculant.
Marquez donc avec des points
Q. de Fanvier 1684
Y
258 Extraordinaire
d'encre fur la planchete , les di
férens endroits fur lefquels fe
peint l'image de l'entrecroife.
ment des lignes tracées fur la
lame de cuivre , & principalement
, ce qui peut fuffire , les
quatre endroits où elle fe trouve,
lors que le diamétre A B de la
rondelle eft: par fon contournement
deux fois à plomb , ce qui
arrive auffi au diamètre C D, qui
luy eft à angles droits . Par ces
points , tracez un cercle , fans
ébranler aucunement la planchete,
par le centre duquel tirez
une ligne horizontale , & une à
angles droits , par le mefme point.
Afin que cette rondelle ferve
pour reconnoiftre tous les verres
de moindre diamétre de furface,
ôtez les deux regles & leurs viz.
du Mercure Galant. 259
perpendiculaires , & coupez des
cartons minces , dont la ſurface
foit précisément égale à l'efpace
ou fuperficie compriſe entre les
4 fegmens A. B. C. D. fixes fur la
rondelle , & fur chacun de ces cartos
Fig.IX.tracez plufieurs lignes
paralleles aux diamètres A B. CD.
qui formeront des petits quarrez
femblables à ceux qui font tracez
fur la rondelle de cuivre. Du
centre de ces cartons coupez une
ouverture bien circulaire dont le
diametre foit d'environ 3 ou 4
gnes , moindre que le verre à
épreuver , faites auffi fur chaque
carton , le long du diamétre CD,
une ouverture en ligne droite jufques
à 4 lignes de fon ouverture
centrale , pour paffer & faire couler
le long d'icelles ouvertures fur
li
Y ij
260 Extraordinaire
le diamètre CD, les deux viz per.
pendiculaires , qui ferreront ferme
les deux règles M. M. & par
conféquent le carton fur la furface
de la rondelle ,
>>
Pour comprendre ce myftere,
confiderez dans la Figure 11.le
verre tres- mal centré ADE , &
concevez que fon ſegment fut
achevé fuivant les lignes ponctuées
E B. D.B. & fa corde AB..
divifée également au point C. La
ligne * F, fera l'axe du verre,
& la petite image aërienne de
l'objet fera h* Fg, & la ligne I K
fera l'axe du tuyau cilindrique,
& par conféquent le point
de l'objet ne fera pas dans I K
l'axe du tuyau cilindrique.
Concevez maintenant le même
tuyau avec fon centre ADE,
F
du Mercure Galant. 261
apres avoir comme da la Fig. 111.
fait un demy tour fur fon axe IK,
le point * F de l'objet immobile
ne fera plus dans la ligne CF
axe du verre , mais par exemple
ce fera le point G du mefme objet
, & par conféquent l'image:
renversée de l'objet ſera en HG,
& fon point * fera de l'autre
cofté de IK, l'axe du tuyau ayant
changé de place , & décrit un
demy cercle par le demy tour
du tuyau..
י
Il eſt donc évident , qu'il eſt
néceffaire de pouffer fur la Rondelle
ABCD, Fig.VIII. de la ma
niere que j'ay dit , par le moyen
des viz le point c de la bonne
centration du verre , juſqu'à tant
qu'il foit fur la ligne IK l'axe du
tuyau , afin qu'en contournant
"
262 Extraordinaire
tant qu'on voudra le tuyau qui
porte la rondelle & le verre , le
mefine point de l'objet paroiffe
toûjours au mefme endroit , &
toûjours par conféquent cou
vert de l'interfection des deux
brins de foye , mis à angles droits
fur l'ouverture du diafragme , &
placée dans la longueur du tuyau
de la Luuete précisément au
foyer objectif du verre, ou image
aërienne de
l'objet.
Pour reconnoiftre enfuite fur
la furface plane du verre ce point
c de fa bonne centration , je
coupay d'un Carton mince une
rondelle d'égal diamettre à celuy
de la largeur intérieure du tuyau,
qui portoit le verre & la rondelle
de cuivre , & ayant marqué fon
centre avec un point d'encre , je
du Mercure Galant. 265
Je mis fur la baze bien ronde d'un
cylindre de bois , fait & coupé
tout autour , & de mefme dia.
metre que ma rondelle de carton
, fur la furface fupérieure
duquel je mis de la colle de poiffon
, apres quoy par le moyen du
cylindre , je l'enfoncay dans le
tuyau jufqu'au verre que j'ap
puyois avec le creux de ma main,
gauche , je tiray enfuite le tuyau ,
& ayant relâché toutes les viz.
de la rondelle , & pouffé davantage
mon cylindre , j'eus mon
verre garny de fa rondelle de
carton bien collée , & eftant feche
, je fis couper & gruger mon
verre ſuivant ce carton .
L'incommodité de rendre une
Chambre ou Galerie tres - obſcu
re, pour reconnoiftre la mau
264
Extraordinaire
vaife centration d'un verre , &
enfuite le recentrer comme nous
avons enfeigné cy- deffus , me fit
penfer à un autre moyen pratiquable
par tout.
?
Je braquay horizontalement
contre le Tronc d'un Arbre bien
éloigné , & fortement éclairé du
Soleil , le tuyau de ma Lunete
bien droit , & tirée de longueur,
& ayant cloué contre le Tronc
de l'Arbre à la hauteur requiſe
une planche quarrée debois , bien
noirey en toute fa furface, & puis
traversée de deux lignes à angles
droits faites avec cerufe à huile.
Finferay dans le tuyau antérieur
de la Lunete , mon tuyau de cuivre
portant fa rondelle, & le verre
à éprouver retenu par les deux
regles & par les viz ; & dans
Lautre
du Mercure Galant. 265
l'autre bout du tuyau de ma Lunete
, j'inferay un tuyau d'un
pied & demy de longueur, garny
de fa boëte à pinnule , du verre
oculaire également convexe des
deux coftez , & du diafragme,
traversé par deux brins de foye
plate noire , 'bien tendus à angles
droits fur le centre de l'ouverture
du diafragme. J'enfon
çay ce tuyau porte - oculaire dans
le tuyau poftérieur de la Lunete,
jufqu'à tant que l'image aërienne
, d'un mot en groffes lettres
que j'avois arraché du titre d'un
Livre , & colé fur la planche
noire, & les deux lignes blanches
traverſantes me parurent tres .
diftinctement couvertes par les
deux brins de foye du diafragme,
leur interfection paroiffant fur le
Z Q. deJanvier1684.
.
266 Extraordinaire
milieu de l'interfection des deux
lignes blanches , & de quelque
largeur peintes fur la planche
noire. Ayant rendu ma Lunete
inébranlable , je fis
par mon
Adjudant contourner doucement
le tuyau antérieur garny du
verre objectif arreſté fixe fur la
rondelle , pour reconnoiſtre fi
l'apparence des deux lignes blanches
, & leur interfection changeoient
de place fous les deux
brins de foye du diafragme, &c.
De la Rectitude du Tuyau du
Télescope.
T
Ous les verres eftant bien
centrez, & placez en deuë
diſtance dans le tuyau , ils y doivent
tous eſtre bien paralleles,
du Mercure Galant . 267
afin que l'axe du tuyau paffe à
plomb , & centralement par
toutes les furfaces des verres .
C'est le CII. Poftulatum de la
Dioptrique de Keppler , imprimée
en l'année 1611 , Vt in Tubo
linea per utriufque vitri centra convexitatum
tranfiensfit una & eadem.
Ce que M' Hevélius en 1647. a
expliqué dans la 16. page de fa
Selénographie. Namque , dit-il ,
fi dum ductus tubi dilatantur fitus
rectus lentium turbatur , & afpectus
rerum afpectabilium male reprefentatur
, quando quidem omnes lentes
in Teleſcopiis neceffario exquifitè debent
effe paralela , fi imagines rerum
non confufa , fed diftincte ampleque
debent apparere. Le R. Pere
Efchinard jefuite , dans la 187.
page de fon Dialogi Oprici , in-
Z
ij
268 Extraordinaire
primé à Rome en l'année 1666.
a reconnu que la vifion de l'objet
fera confufe, Si axis lentis ocularis
, non continuetur cum axe lentis
objectiva , hoc eft fi per accidens
collocetur obliqua in tubo , quod paritur
advertendum est in objectivo.
Il eſt donc abſolument neceſ.
faire que le tuyau de la Lunete
conferve fa rectitude , ce qui eft
tres-difficile. Il eft vray que M
Serra , dans une de fes Lettres
qu'on trouve en l'Appendix du
Synopfis Optica du R. Pere Fabri,
imprimée à Lyon en 1667. dans
la page 240. dit , De majori Tubo
palmorum 45. qui font 31. pied de
Roy, eoque perfectiffimo, ac tam facilè
tractabili , ob octangulam no-
Vane formam , ut uno tantùm circa
medium fulcimento fuftentatus à didu
Mercure Galant. 269
rectione nihilum quidem divertar.
Pour la mefme rectitude , j'ay fait
autrefois conftruire avec des longues
planches à contrelater , des
tuyaux de mes Pompes fans frottement
des parties , defquelles j'ay
fait mention dans la 102. page
N. 5 du I X.Journal des Sçavans ,
du Lundy 1. May 1676 .
Ptolomée II . dit Evergetes,
Roy d'Egypte , environ la 116.
année avant la Naiffance de
Jefus. Chrift , avoit fur le Phare
un Telescope Catop - Dioptrique immobile
, que j'ay décrit dans la
177 page du XXI . Tome Ex.
traordinaire du Mercure , & don .
né la Figure dans la troifiéme
Planche.
En 1637. M' Hevelius inventa
le Polemofcope mobile , ou Telef
Z iij
270 Extraordinaire
cope pour fervir en temps de
guerre . Il est composé de verres
travaillez , & de miroirs plans.
Et en l'année 1647. dans la 27.
page de fa Selenograbie, dit , Lentes
in Polemofcopio breviorem exigunt
diftantiam , quam in Telescopio . Ce
qui a donné lieu d'abreger la longueur
des Lunetes par le moyen
des miroirs plans , en gardant
leurs mefmes verres , & leur fai
fant produire le mefme effet.
Le R. P. Efchinard , Jefuite,
eft le premier que je fçache , qui
ait apres M Hevelius , écrit &
démontré le moyen de racourcir
tant qu'on voudra la longueur
Teleſcope , fans diminuer fon
effet. C'eft dans fon Dialogi Optici
parte 3. imprimé en 1668.
Dans la page 105. le 71. Pro.
du Mercure Galant. 271
bléme a pour titre , Quomodo fieri
poffit Telescopium breve , verbi gratia
, decem palmorum , retentis lentibus
& amplitudine apparentia , quibus
juxta confuetudinem debeatur
longitudo tubi , verbi gratiâ , trigintapalmorum.
Voicy mot à mot
L'effentiel de ce Probléme. Cùm
demonftraverimus , dit- il , nihil immutari
ordinem linearum convergen.
tium ad concurrendum in focoper refectionem
fpeculi planis ubicumque
intra tubum ponatur , fedfolum alie
dirigi , fenreflecti in dictum concurfumpro
variafpeculi collocatione , ad
angulum nunc magis , nunc minùs
acutum ; & quidem in tanta diftantia
à fpeculo , in quanta fuiſſet ab
codem loco in quo eft ſpeculum : ita
ut nihilfit aliud , reflecti dictas lineas
per fpeculum planum pofitun
Z iiij
272 Extraordinaire
intra Teleſcopium , quam ipfos conos
vifuales , retentâ eâdem figurâ conica,
alio inflecti. Voyez ma XV.
Figure. Poffumus pro libito perplura
Specula plana diverfis in locis aptè
difpofita ita reflectere , & quafi.com
plicare conos visuales , ut ita complicati
redigantur ad breve fpatium.
quead longitudinem : verbi gratiâ,
ex tubo triginta palmorum fiet tubus
decem palmorum ;fi per primumfpeculum
planumpofitum per decem palmos
, ita reflectantur radioad partem
anteriorem , ut ibi ad latus lentis
objective , & prope ipfam iterum excepti
ab illo fpeculo plano reflectantur.
ad partem unde primò fuerant reflexi.
Que omnia commodè fieripoffunt
intra tubum fólito latiorem. In
hoc toro negotio rationem habeas
ayez égard , folummodo axis lenti
du Mercure Galant. 273
objectiva , tum quoad longitudinem ,
de fon foyer , tum quoad directionem.
Vitrum denique oculare diftet
ab objective computatis dictis plicis,
ficut diftaret per unam tantùm rectam
lineam in tubo confueto , & collocetur
perpendiculariter ad axim more
confueto. Hine vides , ajoûte- til ,
quàm commodè tractari poffint , precipuè
pro Aftronomicis Telescopia ex
vitro objectivo , fegment , maxime
Sphere , & maximè diftanti à vitro
oculari , adeoque præftante magnam
apparentiam ; que Telescopia alioquin
ob longiffimum tubum tam difficalter
tractantur.
J'ajoûte icy les termes du même
Autheur,tirez de fa 194 page,
fed elaborare fpeculum perfectè planum
, cujufmodi hic requiritur , hoc
opus , &c. d'autant que fuivant ce
274 Extraordinaire
qu'il avoit dit dans 192. de fa fe
conde partie , Sape enim Specula
que vulgò circumferuntur , funt aliquo
modo curva , en quoy il a fuivy
mon avis , Qu'il est tres- difficile de
trouver un verre bien plan , que j'avois
donné aux Ouvriers dans la
485. page de mon Traité de lafaçon
de faire les grandes Lunctes à
trois & à quatre verres convexes,
imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre, Nouvelle Science
de la Nature& Préfage des Cometes.
Le R. P. Eſchinard ajoûte fort
à propos , curandum eft ut fpeculum
fit minime profunditatis , &c. caril
parle de miroirs plans de verre,
qui caufent deux réflexions par
leurs deux furfaces. Nous don
nerons dans noftre Catoptrique
le moyen de donner aux miroirs
du Mercure Galant. 275
que de métal un poly auffi vif
celuy du verre , en coupant les
poils de métal , qui fe levent
comme la foye d'un veloux , &c .
Cette Méthode de racourcir
par
le moyen des miroirs plans,
la longueur des Teleſcopes , fans
diminuer leur effet , plût fi fort
au SJ. de Haute- feüille , que
croyant le Livre du P. Efchinard
tres- rare , il s'en attribua l'invention
, & pour telle la donna au
Public pour la premiere fois en
la 14 page d'une Lettre imprimée
en 1678. qui a pour titre,
Pendule perpetuelle. C'est cette
maniere de racourcir les Lunetes,
qu'il avoit promis , & donné fous
des caracteres inconnus , dit -il,
dans la 14 page d'un Factum imprimé
en 1675. contre l'illuftre
4
276
Extraordinaire
M' Hugens , fi connu dans l'Empire
des Lettres , au fujet du privilege
des Pendules de poche . Cela
me fait ſouvenir du Plagiare dont
parle M' Hevelius dans la 24
page de la Selenographie , & l'appelle
Bellus Homo , en tout fem.
blable au Graculus de l'Afranchy
de Phédre , tumens inani Graculus,
&c. Voicy comme l'illuftre Mi
de la Fontaine nous l'a conté.
Un Pax muoit ; un Geay pritfon
plumage,
Puis apresfe l'accommoda
;
Puisparmy les Pans toutfier fe panada,
Croyant eftre un beau Perſonnage.
Quelqu'un le reconnut , ilſe vitbafoué,
Berné , fiflé , mocqué , joüé,
du Mercure Galant. 277
Et par Meffieurs les Pans pluméd'é
trange forte.
Enfin ce petit , auffi bien
le grand Viſionnaire parfait ,
.
que
malè mulctatus Graculus
Redire mærens cæpit ad proprium genus
.
Ce font les termes de Phédre,
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes dans les fuivans Mercures
Extraordinaires.
Les Réponfes qui fuiventfont de
Mr Bouchet, ancien Curé de Nogent
le Roy.
278
Extraordinaire
S'il eft vray qu'un peu d'amour
caufe moins de peine , que
l'embarras de défendre fon
coeur.
A&
Parler en toute rigueur,
Un peu d'amour fait moins de
peine,
Que de s'embaraffer à défendrefon coeur
Contre une belle Helene.
*3
Mais quand l'amour du Roy des Roys
Nous tient Efclavesfous fes Loix,
Et nousfait reffentirfon attrait invincible,
Onfefait une volupté,
D'oppofer un coeur infenfible
Ala plus charmante Beauté.
da
Mercure Galant. 279
Si la jaloufie qui vient de l'Amour
, eft plus dangereuſe
dans fes effets , que celle qui
vient de l'Ambition.
Ous ne pouvons fouffrir un Con
current d'amour; No
En matiere d'honneur , un Rival nous
offence:
Et noftre coeur piqué n'oppoſe nuit &
jour
A nos chagrins jaloux , qu'une fimple
défence.
Mais comme dans l'ardeur de ces deux
pallions,
Dont le débordement n'eftjamaisfupor
table,
L'Amant eft moins difcret dansfes précautions,
L'Ambitieux jaloux eft le moins redon
table.
280 Extraordinaire
Si boire du Vin fans Eau , & en
fuite de l'Eau pure , fait le
mefme effet pour la fanté,
que de boire le Vin meflé
avec l'Eau.
LE Fin, cette chere Liqueur,
Accorde à noftre Corps uneforce nouvelle;
Sa chaleurfimpatize avec la naturelle,
Pournous donner de la vigueur.
**
Tousfes effetsfont innocens,
Par luy de cent chagrins noftre efpritfe
dégage.
Il réjouit le coeur, il réjouit les fens,
Chacun s'en trouve bien, pourven qu'on
Se ménage.
$3
Il aide les digeftions,
Débouche les obftructions,
Il refifte à la pourriture,
du
Mercure Galant, 281
Il confume les cruditez,
Chaffe les fuperfluitez
Qui peuvent nuire à la Nature .
Comme rien n'eft fi familier
A l'eftomach humain que ce jus non fani
vage;
C'est faire tort au Vin , que vouloir le
lier
A quelqu'autre Liqueur, pour en faire
un brûvage..
**
Mais épluchant la Queſtion
Que nous propofe le Mercure,
Je dispour noftreinftruction,
Etpour le bien commun de toute la Na
ture,
Qu'ilvaut bien mieux dans le Repas
Tremperfon Vin avec une Eaufort
claire,
Que de boire l'Eau fente , & ne l'em
tremper pas;
Ce qui femble peufalutaire.
Q.deJanvier 1684. Az
-232
Extraordinaire
:
Avant qu'avoir mangé, comme on boit
rarement,
Le Vin facilement fe porte au ventricule;
Le ventricule auffi fort fimpatiquement
Le prend, & le reçoit fans peine & fans
fcrupule,
Il leprend mefme avec avidité;
Et comme en s'uniffant à l'alimentfolide,
Le Vin fe rend bientoft liquide,
La coction fe fait avec facilité;
Ce qui n'arrive pas de lamefme maniere,
Sile Vin eftant bu, l'Eau fe boit la derniere,
C'est à direseparément ;
Car de ces deux Liqueurs la qualité
diverfe
Fait que l'une auffitoft par l'autre fe tra
verse,
Ce qui nuit au tempérament.
En effet , fi cette Eau tardive & paref
Seufe
Vientfur les alimens fairefafonction,
du Mercure Galant.
Parfa froideur injurieufe
Elle en retarde l'action,
Et cet impétueux lavage
Alafanté caufe dommage.
Concluons donc en abregé,
Que l'Eau feule ne peut que nuire aus
ventricule;
Au lieu
que
le Vin
mélangé,
Quifert à l'eau de véhicule,
Luy fait part de fon gouft affez facile
.
ment,
Etfans difficulté fe mêle à l'aliment
Aaij
284
Extraordinaire
22:222225 5525 2252
SUR L'USAGE
DU CHAPEAU.
T
Ant de Questions qui font
décidées avec efprit dans
les Extraordinaires du Mercure,
m'ont fait naître la penfée d'en
propofer une. Elle ne regarde
les fentimens du coeur , ny les
ny
effets de l'amour. On voudroit
feulement avoir l'avis des honneſtes
Gens fur une chofe qui
touche la moitié du monde, qui
concerne l'utilité de la vie, & la
commodité de tous les Hommes.
Il s'agit de l'ufage du Chapeau,
qu'on prétend eſtre le plus im
du Mercure Galant. 285
pertinent , le plus incommode,
le plus mal-féant , le plus ridicule
, le plus mal -propre , & le
plus gênant habillement de tefte
que l'on puiffe avoir. Il n'eft pas
fort difficile d'obliger tous ceux
qui s'en fervent, à tomber d'accord
de ce que l'on vient de dire.
Pour peu qu'ils y fiffent de refléxion
, ils avoüeroient qu'il feroit
tres.á - propos que tout le monde
miſt en Hyver de beaux Bonnets
de Velours , qui enfonçaffent
bien dans la tefte, & qui préfervaffent
les oreilles du vent , du
brouillard, du frimas, & des autres
incommoditez de l'air , &
en Eté, de petits Bonnets de Tafetas
fort légers . Si huit ou dix
Perfonnes d'une qualité confidérable
, vouloient apporter la
286 © Extraordinaire
mode de ces Bonnets , on s'y
accoûtumeroit fans aucune peine
; & d'une tres- grande commodité,
on en feroit un agreable
ornement.
Ce que l'on propofe icy eſt le
Réfultat d'une Conférence , où
ceux qui agitérent cette Quef
tion , fe plaignirent tous des incommoditez
qu'ils reçoivent en
quittant les Bonnets de Velours
qu'ils ont dans leur Chambre,
pourprendre un Chapeau quand
ils vont en Ville . Leurs raifons
furent, que la forme du Chapeau
eftoit ridicule , ce qui paroiffoit
par la veuë mefme , & que cer
habillement de tefte eftoit le
plus incommode que l'on puft
choifir. Pour le faire voir, ils difoient
qu'il n'y avoit qu'à confi
du Mercure Galant. 287
dérer qu'il eft infuportable en
Carroffe , où l'on ne fçait où le
mettre ; qu'on ne fçauroit s'en
fervir à pied, puis qu'il ne couvre
point les oreilles , & ne cache
que la moitié de la tefte pendant
le froid ; qu'il eft mal- aifé de le
tenir lors qu'il fait vent , & qu'il
n'y a rien de plus embaraffant à
cheval, Ils ajoûterent, qu'on eft
fi fort convaincu de l'incommodité
du Chapeau , que perfonne
n'en porte chez foy , ny dans les
hieux où l'on peut vivre avec liberté
, qu'ainfi il femble ne plus
fervir que pour la ceremonie &
pour l'ornement, quoy qu'il n'y
en ait aucun qui foit moins or
nant & plus ridicule , tout le
monde ayant meilleure grace
avec le Bonnet. On joignit à
288 Extraordinaire
tout cela, que l'incommodité du
Chapeau ne regarde pas feulement
celuy qui le porte , mais
auffi les Perfonnes à qui on parle,
le bord du Chapeau leur donnant
fouvent dans les yeux ; outre
qu'on ne fçait comment porter
à la Campagne un Chapeau
qui foit un peu propre , celuy
qu'on porte en chemin ne pouvant
eftre d'aucun ufage aux
lieux où l'on va. Toutes ces raifons
leur firent conclure , qu'il
feroit à fouhaiter qu'on ſe ſerviſt
de Bonnets , qui font plus légers
& plus chauds , qui tiennent
mieux dans la tefte, qui ne coûtent
& n'embaraffent pas tant,
& dont tout le monde s'accom .
moderoit plus aiſément . Ceux
qui auront des raifons contraires,
1
du Mercure Galant. 289
res , feront plaifir de les expliquer.
D.P. N. C.
La Glace, qui eftle uray Mot de
la premiere Enigme de Février , a
donnélieu à ces Madrigaux. La premiere
Explication regarde la mort de
Mademoiselle de Tinnebac de Sau.
mur, dontje vous ay appris le malheur
dans la mefme Lettre.
MEroure,
I.
Ercure, lafunefte Hiſtoire
De la charmante Iris qui péritfur la
Loire,
M'a touché vivement le coeur ;
Dles yeux ,fans la connoiſtre, ont pleuré
fon malheur;
Ala perte de tant de charmes,
Je n'ay pa refufer des larmes.
Quipourroit voir tout-à-lafois
Q.deJanvier1684. Bb
290 Extraordinaire
Que Soeur morte, un Frere accablé de:
trifteffe,
Un Amantperdre fa Maîtreffe,
Enfin une Amie aux abois,
Et ne reffentir pas la douleur qui les
preffe?
L'Hyver a caufe tous ces maux,
Le Cruel n'a laiffè qu'un coulant dans
les edux
Pour yfaire noyer la Belle,
Dont jepleure la mort cruelle.
O Ciel! vous qui réglez les chofes d'icy.
bas;
Tandis qu'onfe plaignoit d'une horrible
Gelée,
Ah!
que
ne ľavez-vous encore redoublée!
Si la Glace enft couvert toute la Loire,
helas!
Iris n'euft pas trouvé dans fes eaux le
trépas.
DIERIVILLE, de Pontleveſque
du
Mercure Galant 291
Efefuischarme d'une Bergere
Nnfin j'ay trouvé mon affaire.
Qui ne veut jamais voir un Amant foù-
III pirer,
Se plaindre, gémir, ny pleurer.
L'uniquemoyen de luy plaire,
C'eft de rire , & defolatrer
C'est justement mon caractere
fe ne fçaurois languir dans l'amoureux
miftere, bioon vendostan zorg
Ingrate Iris , ne croyez parow so I
Que j'adore encor vos appas, from
Ileft temps de finir ma peines 2
Je n'ay que tropfouffert de vostre fiere
humeur.
Quand on fe voit traiter avec trop de
rigueur,
Et que l'on trouve ailleurs une plus belle
chaine,
On n'en refuſe point la charmante dou
ceur.
Mon ame, de vostre froideur
Ne paroîtra plus defolée;
Bb ij
192 Extraordinaire
Cruelle, le Printemps commença men
malheur,
Il finit avec la Gelée.
Le mefme
III.
Qoyt nous donner, Galans Mercure,
Encar de la Gelée, en ce mois du Prix.
temps,
Apres lesfachenx accidens
Dont vous avezfait la peinture?
Quoy que l'on vous estime éclairé, fort
prudent,
Vous en aurez des coups &debec&de
dent.
N'avons-nous point fouffert affez dans
les étreintes
D'un Hyverfifacheux? Ignoriez -vous
les plaintes
Que les Grands & Petits ontfait defa
rigueur?
Nelaprolonger point, fa durée eftfu
Besties
du Mercure Galant. 191
Daignez putoft , Courrier Celeſte,
Nous procurer de la douceur.
B
༦ ༡༦༢༣ ༨༨༡ , ༡.
IV.A ST
GYGES
Rillam Monarque des Saifons,
Charmant Epoux de la Nature,
Bean Soleil, ton retour adoucit la Froi
dure,
Un peu de ta chaleurfait fondre nos
glaçons
Mais belas ! tout le feu de mon amOUT
extréme
Nefçauroit échauffer la belle Iris que
j'aimes
L'Ingrate eftinfenfible aux preuves de
mafoy,
L'Hyver eft dans fon coeur, il eſt gelė
pour moy
T
V ..
Le mefine.
Andis que toute la Nature
Gémit ſi tristement fons le poids des
Hyvers,
Et quelon voit tout l'Univers
Bb
iijj
294
AvExtraordinaire
Demander inftamment la fin de la frotdures
Moyfeulje me fens confumer,
Je fouffre, jefeche, je brûle:
Je porte dans mon fein l'ardente Cani
cule,
Lifimene m'afçeu charmer.io : au- í
Helas!fi la Gelée éreignoit dans mon
ame
Les vives ardeurs de ma flâme,
Heureuſe Indiférence , en vain je vous
attens ,
19
Glaçons, Frimas, Hyvers, on vanje
vous reclame,
L'Amour n'eft pas ſujet au caprico de's I
temps..
1-10,7 St-to que l'on voit la Gelée,
Chaoun a l'ame defclée.
試す
Pour moy , je n'enfais point lefin ;
Bien loin d'en faire la grimace, -
Je vois avec plaisir qu'elle fait de la Glace
Pour rafraîchir l'Eté mon in
MATAGOT de la Montagne
Ede Rheims.
du Mereure Galant. 195
VILAR
Our chacun asouffertde la grande
froidure,
Et tremblé malgré fa fourrure.
3
Le bel Aftre duFour eftoit unfroid Amy,
Il ne femoit que des Catharres ;
Les plus gaillards effoientbizarres,
Les plus rofez en ont blémy.
3
Le froid a tenu les Rivieress
Bien longtemps aux Arreſts, ces pauvres
Prifonnieres,
Quoy que dans leur Païs natal,
Eftoient fous la rigueur d'unfolide
Criftal.
Le temps nefaifoit plus voir de chofes
fluides,
Et les eaux n'eftoient plus liquides
Que par l'affiftance du feu,
Ce témoin qu'on n'ofoit prefque perdre
de vene, 2
Tant on eftoit craintif de marcher dans
la Ruë f ng
Bb iiij 111
296
Extraordinaire
Mais tout cela c'est encorpen.
Qui dans ces lieux cuft crû que le Par
naſſe,
Où des Gens vouloient galoper,
Fuft pris de la Gelée , & tout remply
de Glace,
Oùfans eftre ferré , l'on ne peut plus
grimper?
93
Quefonfeufaft éteint, qu'au lieu d'en-
•
rouſiaſmes,
J
Et de ces divines ardeurs,
On n'y vist plus que des langueurs,
Des foibleffes d'efprit , & de furieux
83 (Afmes!
•
Que le grand Apollon y puſt eſtre en-
Arbume
Du mauvais air qu'il a humé?
Qu'il enft plus de chagrin que d'humeur
enjouée,
Quefa Lyrefuft enrouée,
Et qu'enfin les NeufSoeurs enffent venleurs
Aman's
Pendant un fi grandfroid manquer à:
leurs fermens?
du Mercure Galant. 297
**
Quand je les voy gelez, ce qui plus me
chagrine,
C'est que tout eft glacé jufque dans la
racine,
Sans espérance de retour.
Helas! on n'y voit plus d'amour
Que pourla goinfrerie, & pour la bonne
chere:
On y hair les beaux Arts, on fuit toute
lumiere,
Pour y careffer les eaux d'or;
On y blame tous ceux qui n'yfont point
tréfor
On met là tout fon temps & toutefon
envie,
Comme fi l'on eftoit affure de la vie,
Et qu'on ne duft jamais mourir.
Pour eftre en bonne odeur, ily faut acquerir
Le renom d'eftre adroit à bien jouer &..
boire;
Gefont les beaux talens qui font toute
leur gloire.
298 Extraordinaire
:
33
L'onyfait mefme plus de cas
D'un Homme qui joue & petune
Danstous lesplusfameux repas,
Que d'un Homme éclairé : fa préfence
importune,
Et choque toujours un Brutal;
Mais ce n'eft pas merveille, il tient de
[ Animal.
Ab! que j'ay
exilée!
de bonheur de m'en eftre
Auffije m'enfuis venë apres bien con
folée.
Heureux eft quipeut changer d'air!
Diun Pais Iroquois qu'il fait bon s'é
vader!
L'Exilée de la VilleFrançoiſe
Ceux qui onttrouvé cemefme Mot,
fost Meffieurs Pays , R. de la Ville
de Tours ; S. Gruflé , du Quartier
S. Leu S. Gilles ; Mefdemoiselles le
Feure & du Cauroy , du mefme
du Mercure Galant. 299
Quartier's Tulosba , de Dreux ; &
l'Aimable à l'Anagramme de Het,
J'en feray le centre , du mefme
lieu.
La Nue, la Bize, la Froidure,
& Hyver, font les autres fens que
l'on a donnez à la mefme Enigme.
On a faitles Explications qui fuivent
fur la feconde, dont le vray Mot
eftoit les Patins.
N
I..
On feulement au Nord, mais encore
a Keniſe, matyt asem zal mui¶
Unpareil Hyver rend de mife , h
Pour voyager deffus les Eaux,..
Les Patins , vos Freres jumeaux.
M
C. HUTUGE d'Orleans,
demeurant à Metz ..
3
Afoy, c'eſt un peu tard, & ne
vous en déplaife,, : [no]
Vous en parlez, Mercure, un peu trop
à vostre aife..
100%
Extraordinaire
Grace à votre pareſſe, il ne tint pas à
vous
Que je n'euffe unfort des moins doux
Au mois de Fevrier, que faute d'une
Croffe
Je n'allois pas dans un Caroffe.
Je gliffe, je chancelle , & tout en defarroy
Fe vay donner du nez en terre.
Par bonheur il n'est pas de verre,
Sans cela c'eftoit fait de moy.
Mercure toujours charitable,.
Croyant que je dois prévenir
Dans le froid à venir
Un accidentfemblable,
Four les autres Hyvers vient m offist
des Patins; andā 2
Apres la mort les Medecins
J
III..
E cherchois par toutfur les Eaux-
Mercure, vos Freresjumeaux ;
Fy trouvais bien Caftor, avec Pollux:
Son Frere;
Mais ce n'eftoit pas encor touts
du Mercure Galant. gos
Car fans découvrir le miftere,
Je n'enpouvois venir à bout.
Quandvoilaqu'au moisde Decembre,
Ou plutoft, dis-je, deJanvier,
J'entendis Climene crier
De lafeneftre defa Chambres
s
Susanne, appreftez-moy, que j'aille aux
Celefins,
MaJupe, mon Peignoir, meş Gans, &
ma Toilette,
Mon Manchon & mon Bufc, les noeuds
de ma Caffette,
Et n'oubliez pas mes Patins.
RAULT, de Rouen.
IV.
Atin, voy ces petits Garçons
Glifferfur ces vaftes glaçons
Avec une vitesse extreme.
Que je neferoispas fifou,
SansPatins defaire de mefme!
Je me romprois bientoft le cou
DIEREVILLA,du Pontlevefque!
$302
7 * Extraordinaire
AveVecc ces deux Freres jumeaux,
Ces Patins qu'en Hyver on trouvefort
utiles
Aux Peuples des Champs & des
Villes,ada) of onPino nd star on?
Fay voulu marcherfur les Eaux.
Je l'ay moyfenle ofe de tous tant que nout
fommes;
Mais voulant imiter cès Hommes
Elevez dans lefroid, ces Engelez du
Nord,
Sur un Ruiffean glacé dés que jefus an
bord ,
On me vit renversée avec plus de viteffe
Que ces Gens n'y pourroient courir avec
sp . adreЛle.
A peine onfreut me relever,
Fen garde encor le Lit , Mercurez
Vostre préfent m'afait injure,
电
du
Mercure
Galant. 303
Etje m'enfouviendray plus que du grand
Hyver.
LA JOLY BOUQUINETTI
du Hoc.
Cette mefme Enigme a efté expliquée
dansfon vrayfens par Meffieurs
de la Carriere ; Le Roux Medecin;
L'Epinay- Buret; & Mefdemoiselles
de la Bonnelais & du Bignon , tous
de Vitré en Bretagne; V. N.de Tours,
è
l'Anagramme Torrent muny
d'or ; Les Amans fidelles ; Acidalis,
& Zélide, d'Amiens ; L'Epouse du
charmant Doüert ; L'Amante fans
Amant, de Dreuxs & la belle Brune
de la Rue de l'Evefché , du mesme
lieu.
On a auffi expliqué cette Enigme
fur les Avirons & fur les Gans.
304
Extraordinaire
8
Explicationsfurl'une &furl'autre
Enigme.
L
I.
A Gelée eft paffee, il eft bien temps,
Mercure,
D'envoyer des Patins pour courir fur les
Eaux;
Moutarde apres diner , reprenez vos
Gémeaux,
Nousfommes allarmez de la triſte avan
ture
Quidas Saumur apercé plus d'un coeur;
Cette belle Noyée en dégoûte , & fait,
peur.
LaBelle Nourriture.
Q
IL
Ve depas gliffans dans la vie
En toutes les conditions!
Chacun dit qu'ilva droit' ; mais helas!
quoy qu'on die,
Ce nefont quefaux-pas dans nos Profeffions.
du Mercure Galant 303
Que dechûtes par tout,faute d'y prendre
garde!
On marche à l'étourdy; l'omwafi bruf--
quement,
Que le plusfoible fe hazarde
A courirle plus bardiment
ab
Divin Courrier, vous nousfaites lar
grace®
De nous enuoyer des Patins
Pour allerfermes fur la Glace ;
Mais fiprefts de tomberprefqu'en touss
nos chemins
Nous cherchions un peu d'affiftance
Pour nous bienfoutenir dans les occa
fions,
Ab! l'on n'y penfe pas, onveutfa déca
dence,
Chacun aime fes paffions,
Es trop peu lefecours de la grace Divine;'›
On la demande peu ; l'on s'exerce à
trouver
• deJanvier 1684- Q₂ Co-
1
306
Extraordinaire
Le pas le plus glifants on s'y plaiſt , on
sobftine
Plus à choir qu'àfe relever.
L
{
! FIL
GYGES
A Gelée à la fin në glace plus la
Seine,
Quittons les Patins , Alcidon,
Voicy le temps que dans la Plaine
Ilfaut aller furle gazon:
Goûter les douxplaifirs de la belle Saifon.
La Belle à l'Anagramme
Libre d'amour, de la
Rue du Bac.
IV. Wax
TEs Enigmes, Galant Mercure,
Ne m'ont pas mis longtemps l'efprit à
la torture,
Fen ay trouvé les Motss pour te lefaire
voir,
La Gelée invifible
Eft toûjoursfortſenſible;
Les Patins font jumeaux , tous deux
d'égalpouvoir.
CHENILLE, d'Orleans.
du Mercure Galant. 30%
Ceux qui ont encore expliqué tou
tes les deux , font Meffieurs Pieron,
Vicaire de l'Eglife deTours; L'Abbé
de la Croix, Chapelain Royal ; Damien
d'Hebecourt , & Baguienne,
Avocat,tous deux d' Amiens; L'Abbé
Marcelat, Chanoine de Sens ; DeBeaubourg
Receveur à Caën ; De Voginys
Fontaine, Chanoine de Blois ; Billecocq,
1, de Roye en Picardie; Le Chevalier,
Cader de fa Maifon , de Chalons
en Champagne ; Mademoiſelle
E. de Campagne de Monbrun , de
Boulogne for Mer; Tamiriste, de la
Rue de la Cerifaye ; Les Affociez de
La Rue S. Honoré Les nouveaux
Amadis de Soiffons ; & la Societé
de la Primatiale de Nancy.
Cc ij
308
Extraordinaire
SSSSSSSS SS225 $25
ENIGME EN PROSE
DU BERGER DE FLORE ,
A LA BERGERE DE POMONE.
L
E fujet que vous m'avezz
preferit pour faire une Eni
gm , gentille Bergere, me feme.
ble des mieux choifis , & je le
croirois fort propre à embaraſſer
comme vous le fouhaitez les Ber
geres de la Vallée de Cerés , fi
je n'avois veu échouer contre
leur penétration tout ce que le
Berger Fleuriste avoit fçeu employer
de plus fin & de plus difficile
pour leur bien déguifer :
fon si. Encore.donc que je n'ef
dis Mercure Galant: 300
pere pas un meilleur fuccés de
mon adreffe , qu'il l'a cu de la
fienne , je vais vous donner par
obeïffance dequoy tenter l'A
vanture. Voila.ce.que j'ay penfé
pour cela.
Qu'on ne nous appelle point Soeurs.
Si quelques- unes de nous viennent.
d'un mefme Pere , ou d'une mefme :
Mere, il yen a mille qui n'én vien_-
nent pas. C'est donc mieux fait de
uous appellerfeulement Confines, puiss
que nos Parens font Freress ou plu
roft Compagnes, puis que nous allons
de compagnie.
Innocentes om criminelles , on nous “
traite prefque toujours de la meſine.
forte, tant noftre diftinée est étrange.
Comme des Tigres & des Lions, on:
nous met d'abord dans une grande:
Priſonfermée de barres de fer ; puis
310 Extraordinaire
on nous referre dans des Loges , des
Cages, & des Cachots, & l'on nous
porte enfuite parles Provinces, pour
nousfaire voir àprix d'argent. Nous
yfommes lesbien venuës, mais nous
n'en fommes pas plus heureuſes ; le
mauvais fort qui nous accompagne,
nous fait employer le plussouvent à
des afages que nous n'oferions dire,
tant ils font bas ; &fi'cela n'arrive,
ileft fi cruel, que le mieux qu'on nous
falle , c'eft de nous perdre d'ordinaire
on nous écartelle , on on now
brûle. Ce n'eft pas qu'il n'y ait des
Gens qui nous careffent, & qui nous
donnent bien des baifers ; nous fommesfaciles
, quelquefois amoureuſes ,
fouvent fortes & badines ; nous le
Jaiffons faire , fans mefme rougir de
leurs actions; & fi nous ne témoignons
pas yprendre plaifir , auſſi ne
du Mercure Galant.
34x
peut-on pas
dire
fâchées con
que nous enfoyons
$ Ce que nous avons de commun
avec beaucoup d'autres , qui ne paſ
fent pas comme nous par les Prifons,
c'est que nous portons noftre âgefur
le front, nosfecrets fur le venire, nos
défeufes fur le dos , & le nom de nos
Peres ou de nos Meres à nos pieds,
& que les Ignorans font confifter
noftre principal mérite dans la délicateffe
& dans la blancheur de nos
› Corps , dans la régularité de nos
" traits , & dans la grandeur de nos
tailles ; au lieu que les Perfonnes
babiles nous regardent principalement
du cofté de l'efprit & du bom
fens, & que plus ils en remarquent
en nous, plus nous tirons de louanges
d'eux.
Voila, gentille Bergere, quel332
Extraordinaire
7
les eftoient mes pensées pour
voftre Enigme , lors que deux
aimables Perfonnes qui ne vous
font pas moins cheres qu'à moy,
eftant venues dans ma Solitude ,
fé rendirent dans le Gabinet des
Sicomores oùje les écrivois, fans
vouloir qu'on m'avertift de leur
arrivée. Vous fçavez que ce Cabinet
eft fur le bord de la Seine,
& que cette Riviere fait en cet
endroit de peties chutes en forme
de Cafcades , qui caufent af
fez de bruit. L'attention que j'avois
à mon ouvrage, fe joignante
donc au bruit de l'eau, m'empef
cha d'entendre leur marche , de
forte que m'ayant furpris la plume
à la main , ils voulurent voir
à quoy je l'employois. Je ne leur
en fis point de miftere, & je leur
appriss
5
du Mercure Galant.
813
appris meſme d'abord le Mot de
voltre Enigme , afin qu'ils ju
geaſſent ſi je l'avois bien déguiſe .
Ils trouverent que je n'y avois
pas mal réuffy, & l'un & l'autre.
y voulurent ajouter quelque
chofe de leur façon , pour contribuer
au bien que moy✯
voltre divertiffement, & à l'embarras
des Bergeres de Cerés.
Dorilas & Doralice eftoient ces
aimables Perfonnes. Dorilas
laiffa par déference parler Doralice
la premiere , & voicy ce
qu'elle me dicta.
Si les Perfonnes dont il s'agitfont
univerfellemet maltraitées ce n'eftpas
fans caufe; il ne s'en rencotre prefque
pointquifoient innocentes . La plupart
font degrandes flateuses, & mefme de
grades menteufes; &l'on obferve que
Q.deJanvier 1684. Dd
314
Extraordinaire
fi quelques - unes commencent leur
entretien par des veritez, & l'y con
tinuent, elles manquent rarement de
le finir par le menfonge ; & il n'eft
que trop vray qu'il y en a beaucoup
plus de méchantes que de bonnes :
Dorilas prit en fuite la parole,
& me fit écrire ces mots.
Les bonneftes, les jolies , les belles,
Les fpirituelles , & tant d'autres de
merite qu'on voit dans leur Troupe ,
& qui femblent n'avoir eftéfaites
quepour charmer, devroient bienfaire
excufer celles qui ont quelques defauts.
Tout n'est-il pas mellé dans ce
bas monde? Et n'est- ce pas par cette
raifon encore, qu'il s'en trouveparmy
elles qui ont le Corps délicat , une.
grande blancheur, & les traits régu
liers & fins & d'autres qui ont le
Corps, le tein, & les traits extréme-
A
du Mercure Galant. 315
ment groffiers ; quelques - unes qui
ont les traits beaux , fans avoir le
Corps & le tein de mesme ; d'au
tres qui ont le Corps & le tein de la
derniere perfection , avec les traits
les plus mal-faits qu'on puiffe voir;
que les unes font grandes, & les autres
petites que les unes fortent de
bonne Maison, les autres de bas licus
celles- cy de la Boutique , & celles - là
de l'Hôpitals que les unes portent la
Couronne , les autres la Houlettes
celles- cy la Croffe, & celles là l'Epées
qu'elles font fi inégales, qu'elles
cauſent aujourd'huy de la joye , de
main de latrifteffe ; tanıoft duplaiſir,
d'autrefois du chagrin , forvent de
L'espérance, & quelquefois de la
crainte & du defefpoir, & mefme la
mort?
Ajoutons à cela , leur dis -je,
C
D dij
316 Extraordinaire
qu'ily en a de galantes, de propres,
& de parfumées ; de fçavantes , de
craffenfes , & de pédantefques ; de
plaifantes, de folâtres, & de férieufes
; de devotes , d'infolentes, &
d'impies , & enfin de toutes les nasaves
; & qu'il eft impoffible de tremver
ailleurs tant & fi peu de reffem.
blance qu'il s'en remarque entr'elles's
& quepour estre d'abord Compagnes
de mefmefortune, elles ne laiffent pas
d'avoir des fins qui font encore plus
diferentes que leurs deftinées...
I eft vray, reprit Doralice,
qu'il y en a quelques - unes , qui n'ont
pour but que deplaire, & d'autres a
contraire, que de fâcher . I´en ay ven
des unes & des autres, mais j'aurois
fouhaitéque ces dernieres euffent toû
jours demeuré dans leurs Prifons,
sant j'avois conçen d'averſion pour
du Mercure Galant. 317
elles. Avoüons , continua cette
Nymphe, que toutes nefortent aujourd'hay
de ees Prisons qu'à bonnes
enfeignes , que lejoug qu'on leur
impofe eft bien rude, puis qu'on ne
pent les tirer de là fans rançon , &
une rançon encore qu'on a bien aug.
mentée depuis peu de temps .
Dorilas remontra que leur captivité
estoit auffi moins longue préfentement
que par le paſſe, & qu'il
eftoit bienjufte de payer les foins de
leurgarde, & les frais de leurs voya
ges. Puis il ajouta , que ce qui luy
fembloit de plus déplaifant en cela,
eftoit que la rançon fuft auffi grande
pour une vieille , pour une Contrefaite,
pour une Fâcheuse , & pour
une Sotte, que pour celles qui avoient
les perfections oppofées à ces defaurss
mais qu'il ne concevoit point de
Ddij
318
Extraordinaires
'
moyens propres à - remédier à cette
forte d'injustice , rant il avoit l'esprit
borné.
Doralice ne fe le
trouva pas
à cet égard, de plus vafte étenduë
que luy, non plus que moy;
&
comme un filence
commun
fuivit cette
refléxion , je crûs
l'Enigme
achevée; mais la Nym
phe qui a
l'imagination
féconde
& vive, autant
qu'aucune autre
du Païs
Ambarrien , le
rompie
bientoft , &
m'avertit de certai
nes
circonstances à quoy Dorilas
ny moy
n'avions pas encore
penfé . Elle dit donc, que la plupart
de nos Prifonnieres
avoient au
trefois des
Ceintures qui
eftoient
comme leurs liens ou leurs chaines,
mais que cet ufage avoit change;
que quelques autres portoicnt
toujours
du Mercure Galant. 319
de l'or , malgré les défenfes les plus
rigoureufes de Sa Majefté ; que
d'autres portoient le deuil, fans eftre
jamais Heritieres ; que quelques au
tres alloient à l'Armée ,fans craindre
les coups ; & que toutes portoient les
armes , fans pourtant passer pour
Amazones, quoy qu'aucun danger ne
fuft capable de les faire pâlir ny
Trembler non plus que ces Héroinest
Puis elle ajoûta encore , que la
grande Prifon où on les mettoit
d'abord, eftoit une espece d'abîme, on
elles fe trouvoient en confufion, mais
au large ; au licu qu'elles eftoient extrémement
preffées dans les Cachots,
& que perfonne n'avoit pitié de la ··
maniere dont on les traitoit , que ceux
qui entendoient parler ainfi d'elles,
fans les connoifire.
Voila , gentille Bergere , ce
Dd iiji
320
Extraordinaire
que cet Amy & cette Amie imaginerent
fur le fujer que vous
m'avez prefcrit , & comme ils
encherirent agreablement fur
mes pensées . Je fouhaite que le
tout feconde vos efpérances , &
vous faisant triompher de la pénétration
de nos Voifines , vous
donne lieu d'eftre fatisfait de
voftre tres-humble Serviteur,
LE BERGER DE FLORE
25525-522555 :252SZ
Si la beauté du Vifage eft plus
propre pour plaire , que la
beauté de la Taille.
M
Ercure icyje ne prétens,
Comme les gouftsfont diferens,
Qu'un autrefur le mienfe regles
Qui veut régler,fouvent déregle.
du Mercure Galant.
321
Je diray donc tout doucement
Sur cefujet mon fentiment.
La beauté de la Taille afans- doute des
charmes
Dont un coeurfefent tout épris ;
On a beau refifter , il faut rendre les
armes,
On n'en doit pas eftrefurpris
Ce beanport de grandeur luy donne un
air de Reyne,
Etfon port affuré malgré nous nous entraine;
Ainfifans plus nous confulter,
Tout enflamez d'amour nous luy rendons
hommage,
Et c'est toujoursfans s'arrefter
A parcourir de l'oeil les traits de fon
Vifage.
Maisfi- toft que la paffion
Se trouve dans l'inaction,
Si l'on peut parler de la forte,
La raison qui pourlors nous porte
A voir l'objet de noftre choix,
Si fon mérite eft plus de poids
J
3.22
Extraordinaire
Que n'eft celuy d'un beau Visage,
Voudra, fans tarder davantage,
Examinertout à loifir
Ces traits, afin de bien choisir.
Alors elle range en bataille
Les beautez de la riche Taille, `
Avecque tous fes agrémens,
Pour voir s'ils font affez charmans
Defaire naître dans noftre ame
Unfeu tres vifqui nous enflâme,
Non pour un temps, mais pour toujours,
Carfans cela, fy des amours :
Unfen brûlant par intervale
Aux vrais Amans eft unfcandale,
Et paffe en amour pourpeché.
Pour moy, jeferois bien faché
D'aimer ma charmante Bélife
Comme parbonds & par repriſes,
Mais auffi n'ay-je pas fujet ...
De rechercher un autre objet.
En tout temps je la trouve belle,
Tout le monde la trouve telle,
Quoy qu'à vray dire elle n'ait pas
du Mercure Galánt. 323
,
4,
t
ST
De la Talle tous les appas;
Mais revenons à noftre Theme.
Puis qu'il eft jufte que l'on aime,
Sans en venir au repentir,
"Il est bon de s'affujettir
A quelque Beauté qui ſans ceffe
Seit digne de noftre tendreffe.
C'est pour cela que laraifan,
Qui nous doit faire la leçon,
Regarde fi la riche Taille
Eft en amour chefe quivaille;
Etc eft pourquoy fans paffion
Elle en fait la difcution
Avec beaucoup d'exactitude,
Pourfçavoir avec certitude
Quel eft fon air, les mouvemens
Qu'elle fe donne en divers temps,
Car l'on ne marche pas fans ceffe..
De cette Taille la richeffe
Se perd du moins de la moitié
Dans un Fauteuils quelle pitie!
Maisbelas! c'eft bien autre chofe,
Quand la Belle en fon Lit repofe;
Cette Taille s'évanouit,
4
324
Extraordinaire
Et rien en cetemps n'éblouit;
Ses charmesfont dans les tenebres.
Pour lors les Oraifons Funebres
Sans-douteviendroient bien à point
Sur ce grand air qu'on ne voitpoint.
On ne voit plus qu'un laid Vifage
Chargé d'unfort trifte équipage,
Comme eft la Cornette de nuit:
Un Amant furl'heure, & fans bruit,
Tout déplaifant defa défaite,
Veutfe retirerfans Trompette.
L'Amante qui connoît fort-bien
Qu'en cet état elle n'a rien
Pour retenirfa pauvre Dupe,
Pendant fa
vifite's'occupe
A grimacer à contre- temps,
Pourfe donner des agrémens.
Elle croitfaire des merveilles,
Et pourfe rendre unpeu vermeilles
Ses levres quifontfans couleur,
Elle les mords quelle rigueur!
L'Amour ne veut telfacrifice:
Une Beautéfans artifice
Luyplaift bien mieux certainement
du Mercure Galant. 325
•Que ce fubit déguisement.
C'est pourquoyl Amant dãs luymeſme
Dépris defon amour extréme,
Et fe repentant defonfeu,
Se retire, en difant adieu ;
Maisparce que le conrde l'Homme
N'eft pas pour aimer une Pomme,
Cet Amant à peineforty,
Vachercher un autre Party,
Ainfi quela raifon l'ordonne:
Elle luy montre une Perfonne,
Petite dans fa taille, ayant l'oeil plein
defen,
Un teint vermeil comme la Rofe.
Que de beautez, dit- il! mais parcourons
un
pens
Il mefemble voir autre choſe.
Une bouche riante : 6 Ciel , qu'elle a
d'appas!
Et quoy ? je voy bien plus , & jen'aimerois
pas,
Envoyant le Trône des Graces?
Je ne le voy que trop furſonfront bien
courbé,
326
Extraordinaire
A
Où les Amours trouventleurs places.
Ah, du Nectardes Dieux jefuis tout
imbibi.
Pourlors , dansfon amour extréme,
Joyeux, il s'applaudit luy-mefme,
Et charmé de ce rare Objet
Qui luy donne unjuſte ſujet
D'avoiruneflame immortelle,
Il rendfon hommage à la Belle,
Qui luy découvre mille attraits.
Benitsfoient, dit-il, tous les traits
Dont aujourd' buy l'Amour me perce
Puis qu'en mefme temps il me verſe
Cent & cent douceurs dans lefein,
Pour donner à mon coeur un Bain
Plus agreable que l'Eaud' Ange!
Famais je neprendray le change.
La Belle, dont mes yeuxfurpris
M'ontfait connoistre enfin le prix,
-Peut charmer en toute maniere.
Taille, retirez- vous arriere,
Vous ne nous charmez que debout;
Un beau Visage peut par tout.
En tout temps infiniment plaire,
du Mercure Galant. 327
La chefe n'eft que par trop claire.
Mercure, cet Amant guidé par la raison,
Nousprouve affez qu'un beau Vifage
A lieu de charmer davantage,
Que ne fait pas la Tailles &fans comparaiſonable
amo amplo
- DE LA TRONCHE, de Rouen,
Pourquoy un Bien dont la conqueſte
nous a coufté des fatigues
, quoy qu'il fort de peu de
conféquence , nous eſt neantmoins
plus cher qu'un autre
infiniment plus précieux que
nous avons acquis fans peine,
La
A Queftion eft defçavoir
Ce qui peut plus nous émouvoir
Dans l'agréable & doux martire, \
f'entens l'amour, c'eſt aſſez, dire,
Sçavoir, d'un Ceur quifans façon
Se taiffe prendre à l'hameçon,
Sans nous donnerbeaucoup depeintes
2. deJanvier 1684. Ee
32$
Extraordinaire
Ou d'un autre qui dans lagênes 12
Nous tient longtemps fons fa rigueur,
Pour mieux enfuite avec douceur
Nous plonger,fans que l'onſe noye,
Dans le doux Nectar de la joye.
Icy quelque comparaifon
Nefera pasbars de faifam.]
Car par elle on pourra comprendre
Ce que je prétens faire entendre . Ï
Sans rechercher de grands détours,
Par un long & vafte difcours,
La Chafe fervira d'exemple..
Voicy comme je la contemple.
La Chaffe eft un plaisir qu'on ne peut
Me trop aimer T
Acanfe de fon innocence;
Son attrait eft puiffant, il fçait nous
anmer
•Ramune douce violence;
Mais ilfaut unfujes qui réſiſte à nos
coups,
Unplaifir qui nous confte eft toûjoursle
plas doux;
Car filaprise en eftfacile,
du Mercure Galant . 329
L'ardeur d'un bon Chaffeur alors fe
ralentit:
Plus une chofe eft difficile,
On lapoffede apres avec plus d'appétit.
Cet exemple pourroitfuffire
Touchant ce que j'avois àdire;
Maisfi cela ne vous plaift pas,
Pofons icy quelqu'autre cas ,
Soit dans Paris, ou bien dans Rome
Et faifons voir comme tout Homme
Poffede avecplus de plaifir
Un Trefor acquis à loifir,
Quece que le bazard luy donne,
One Tefte mesme à Couronne,
Met un Pais au premier rang
Quandil luy confte bien dufang.
Voulez- vous voir un autre exemple,
Quifoit une preuve bien ample
De tout ce que j'avance icy?
De grace écoutez, le voicy.
N'eft-il pasvray qu'un Héritage
Qui nous vient par droir de lignage
Ne touchera pas noftre coeur
Comme un Bien acquisparfkeur
330 Extraordinaire
Parles travaux & dans les veilles,
Oupar d'autres peines pareilles?.
Pour lors on en faitplus d'état
Que des Biens d'un grand Potentat..
Le mefme.
Voicy un Chifre nouveau qui m'a
efé envoyé. Je ne l'entens pas . On le
propofe à ceux qui ont la facilieé à
déchifrer. On prie cependant celuy
qui en est l'Autheur , d'en envoyer
l'Explication. Il m'a fait fçavoir
déja par avance que les Chifres que
vous allez voir veulent dire,
' Il eftoit des Amans difcrets ,
Comme il eft des Chifres fecrets ,
On verroit peu d'Amans fidelles
Se plaindre avec droit de leurs Belles.
Ainfi il ne s'agit plus que de trouver de
quelle maniere ces quatre Vers font exprimez
parces Chifres.
38. 84. 27. 45. 93.
46. 20. 42. 27. 72.
27. 101. 40. 49. 58.
23. 75. 29. 63. 9. 71. 52.
A
du Mercure Galant . 33r
On a employé dans le XXII. Extraordinaire
un autre Chifre fur les Enig
mes de la Cheminée & du Louis d'or,
dont perfonne n'a découvert le fecret. Il
Commence par ces lettres DP QIT. Le
Public en demande l'Explication, & on
prie l'Autheur de l'envoyer.
QUESTIONS A DECIDER.
S
I.
I la fimple Eftime eft préferable à
l'Amour, entre deux Perſonnes qui
fe doivent époufer .
11.
Si ceux qui ne font point vrais Amis,
peuvent eftre Amans fidelles .
III.
Si on peut avoir en mefme temps de
l'Ambition & de l'Amour , fans que
l'une de ces paffions affoibliffe l'autre.
IV.
On demande l'origine de la Poëfie.
Jefuis, Madame, voſtre, &c.
A Paris ce 15. Avril 1684.
SSSSS SSE SSE SSESE
TABLE DES MATIERES ,
contenues dans ce Volume.
Dv bon & mauvais ufage-de la Le
Ꭰ &ture, 3
Difcours en Vers fur le mefmeſujet, 19
Lettrefur les Tremblemens de Terre, ss.
Relation d'un Voyage fait en Amerique,
68
Explications en Vers fur les deux Enigmes
de la fillabe Mi,
Portrait,
it.
92
Lettre fur un Bracelet de cheveux regeu,
97
Lettre à une Dame fur la perte de fon
Procés, 100
Sentimens en Vers de M.de la Févrerie
102
fur les cing Questions du XXIII. Extraordinaire,
Sur la lettre S , à M. de S. Aignan , 114
La Métamorphofé d'Amarante & d'Ariftée,
Sentimensfurles Questions du XXIV.
132
TABLE.
Extraordinaire,
Lettre en Profe & en Versfur les Scrupules,
148
S'il vaut mieux foufrir un peu d'amour,
que de s'en défendre avecpeine, 168
Explications en Vers fur les Enigmes
des Marons & du Maſque,
Cinquiéme Partie du Traité des Lunetes,
170
186.
Si un peu d'amour caufe moins de peine
que l'embarras de défendre fon coeur.
278
279
Si la jaloufie qui vient de l'Amour ef
plus dangereufe dans fes effets , que
celle qui vient de l'Ambition,
boire du Vin fans Eau, & enfuite de
l'Eau pure, fait le mefme effet pour la
fanté, que de boire le Vin meflé avec
L'Eau,
280
284
Sur l'ufage du Chapeau,
Madrigauxfur les Enigmes de la Glace
des Patins, avec les noms de ceux
qui ont trouvé ces deux Mots, 307
Enigme en Profe du Berger de Flore,
308
TABLE.
Laquelle eft à préferer , de la beauté du
Vifage , ou de celle de la Taille, 320.
Pourquoy un bien dont la conqueste nous
a confte desfatigues, nous eft plus cher.
que celuy que nous acquérons fans
peine,
Chifre nouveau,
Questions àdécider,
327
330
331
Avis pour placerla Figure.
La Planche VI. eſtant déployée , doft
regarder la page 187.
BIBLIO
BELA
QUE
LYON
DEL
LYON
#1893
Qualité de la reconnaissance optique de caractères