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1683, 12
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DEDIE' A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
DECEMBRE zd83.
0N donnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, êc on
le vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
IJ£ Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dansla
Salle des Merciers, àlaJustice.
Chez C.BLAGEART, Ruë S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
litT. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salk, à l'Envie.
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
PRélude3 1
Sonnet pour le Roy, 5
Madrigaljur la Prise de Courtray
,
&
deDixmude
3
5
Autres sur la mort de M. CAmiral, 7
bieutenanc: au Gouvernement vénérai
des Isles Françoises de Amérique,
donnée à M. le Chevalier de S. Lauren;,
ff
Extrait duJournal d!unVoyagefait AUX
Indes Orientales, 11
Sonnetssur diverses Matieres,5<5
fiiftoire, 41
LtAvanture du Fauconnier, 73
Clémence du Roy à l'égard des Re'-g'snmtÏres,
80
Galanterie, 116
Entrée du Gouverneur de Nemours, 114.
Lettre à M. Crochart,* sur ce qu'il a
écrit contre les Astrologues, 131
TABLE.
Etats de la Province de Foix, tentu par
CM.laepMarrquiiscde Meir)epo1ix,55141
-Attaque£un Fort, parlajeuneNoblesse
defAcadémie de Bernardy 160
Réception de M. Daucour à l'Académie
Françoise, 175
Descriptionde tout ce qui s'eflpafsè a la
Pompe Funèbre de M. Is Comte de ytrmandois,15a lJM. de Louvoys efl reçu VroteBeur de
tAcadémie de Peinture & de Sculpture,
2.1.4.
Remarqua sur les Avantages qui ces
deux Arts ont eus de tout temps dans
les Etats les plus floriJlans, & les
mieux policez, 243
Serment de la Charge de Sur-Intendant
des Bâtimens3 prêté par M. de Louvoys
a laChambredesComptes, 161
ChargeaIntendant des Bâtimens, don- nêeparlçRoyyxéz
ïiéponfe a la Critique de la Relation dll
SiègedeVienne, 165
M. du Quefnç-Monros efl nommé Capi-,
TABLE.
tedefaijfeau, 5°5
ixonucheimgent emxtraoredina3ire,10306 iputreoEnuigmre, 312. la Reyneaux Carmélites
de la Ruë du Bouloir> 314.
fort de lf,fadamed'vrfé,31Ç
iirdon accordé ait Duc de Aionmouth
par leRoy cfAngleterre,319
npreffion de la Comédiet£Arlequin
Procureur, 321
fort de M.leComtedeTavanns, 326
tortdeMadameTubeuf, 317
on de fil. Boileau, 32-8
t Pucelle d'Orléans3 32-9
mt ce quisest passé à la NaijJance de
Mon(èiqnetty le Ducd'Anjou
,
353
ijoitiffances faites pour la Naissance de
Adonfeigneur le Duc d'Anjou, 351
IltdrigaJ.tX sur cetteNaissance, 353
xeption faite par l'Empereur à Ai. l'EleEleur de Bavière,355
Ïfairesde la Guerre,359
AVIS ET CATALOGVE
des Livres quise vendentchez*
leSieurBUgean*
REcherches curieusesd'Antiquité,
contenuës en plusieurs Dissertations,
sur des Médailles, Bas-reliefs,
Statuës, Mosaïques
,- & Inscriptions
antiques, enrichies d'ungrand nombre
de Figures en taille-douce. In 4. 7 l.
Sentimens sur les Lettres & ferTHifV
toire, avec des Scrupules surleStile.
lIr?douze, - 30 f.
Lettres diverses de M. le Chevalier
d'Her. Indouze.
-
30s.
Nouveaux. Dialogues des Morts.
Première Partie. In douze. 30s.
Seconde partie des Dialogues des
Morts. In douz-e. 30 s.
La Duchesse d'Eftramene. Deux
Volumesindouze. 4QI.
LeNapolitain^Nouv.iWo#*,*. 20 s.
L'Académie Galante. JO s.
Reflexions nouvelles surl'Acide &
surl'Alcali. Indouze. 30 s.
LaDevineresse, Comedie. 15f.
~^rtaxerce, avec sa Critique. 15 s.
La Comete, Comedie.:10 f.
ConversionsdeM.Gilly&Courdil.20s.
Arlequin Procureur,Comedie,20 r.
enveau, & 15. enparchemin.
Centdix Volumes du Mercure,avec
les Relations&les Extraordinaires. Il
y a huit Relations quicontiennent
Ce qui s'est passé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiselleavecle Roy
d'Espagne.
Le Mariage de Monsieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
Le Mariage de Monseigneur leDauphin
avec la Princesse Anne-Chrestienne-
Victoire de Baviere.
LeVoyageduRoyen Flandre em<s8o.
LaNégotiation du Mariage de M.le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal.
Deux Relations des Réjoüissances
qui se font faites pour la NaUlance de
MonseigneurleDucdeBourgogne.
Une Description entiere du Siegede
~icnne, depuis le commencement jflç.
qu'à la levée du Siegeen 168$.
Ily a vingt-trois Extraordinaii^Mui_
outre les Questions galantes, &crerudition,
& les Ouvrages de Vers, contiennent
plusieurs Discours,Traitez,
& Origines,sçavoir.
Des Indicesqu'on peut tirer sur là
maniere dont chacun forme son Ecri..
ture. Des Devises,Emblêmes, Se Revers
de Médailles. De la Peinture,8c
de la Sculpture. Du Parchemin, ôc du
Papier. Du Verre. Des Veritez qui font
contenuës dans les Fables, & de l'excellencede
la Peinture. Dela Contestation.
Des Armes,Armoiries,& deleur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies. Des Talismans. Delà
Poudre à Canon. De la Pierre Philosophale.
Des Feux dont les Anciens se
servoient dans leurs Guerres, & de leur
composition. De la simpathie, 6c de
l'anthipatie des Corps. De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée, & de ses
différentes especes. Dece qui contribuë
le plus des cinqsens de Nature à lasatisfaction
de l'Homme. De l'usagede
la Glace. Dela nature des Esprits folets',
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceuxqui
l'ontinventée, & de ses effets.Dufréquent
usage de la Saignée. De la Noblesse.
Du bien & du mal que la fré.
quente Saignée peut faire. Des effets
de l'Eau minérale. De la Superstition,
&des Erreurs populaires.Dela Chasse.
Des Metéores,&de la Comete apparnc
en i6-So. Des Armes de qudqu"
Familles de France. Du Secret crum,
-Ecriture d'unenouvelle invention,très
prepre à estre renduë universelle, avec
celuy d'une Languequi en résulte, l'un
& l'autre d'un usage facilepour lacommunication
des Nations. De l'air du
Monde, de la veritable Politesse, &en
quoyil connue. De la Medecine. Des
progrés & de l'état présentdelaMedecine.
Des Peintres ancÜms,&: deleurs
manieres. De l'Eloquence ancienne Sg
moderne. Du Vin. Del'IloniieReté.,
de la veritable Sagesse. De la Pourpre
& de l'Ecarlate, de leur diférence, &
de leur usage. Dela marque la plus essentielle
de la veritable amitié. L'Abregé
du Dictionnaire Universel. Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, & de leurs especes. Des
Machines anciennes &modernes pour
élever les Eaux. Des Lunetes. Du Secret.
De la Conversation. De la Vie
heureuse. Des Cloches,& de leur antiquité.
On fera une bonne composition à
ceux qui prendront les cent dix Volumes,
ou la plus grande partie. Quant
aux nouveaux qui se debitent chaque
mois, le prix fera toûjours de trente
sols en veau, & de vingt-cinq en parchemin.
Outre les Livres contenus aussï dans
ce Catalogue, on vend aussi chez le
Sieur Blageart toutes fortes de Livres
nouveaux,& autres. On nemarqueicy
que ceux qu'il a imprimez, à la reserve
des Recherches d'antiquité, dont on
trouvechez tres-peu d'autresLibraires. Ilajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dansle Mercure.
On mettra tons ceux qui ne desobligeront
personne, & ne blesseront point
la modestie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adressera chez le St Blageart, Imprimeur-
Libraire, Ruë S. Jacques, à 18ety
trée de la Ruë du Plastre.
Il fera toûjours les Paquets grAtil
peur les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces. Ils n'auront le
foin que d'enacquiter le port sur les
Lieux.
Ceux qui envoyant des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire.
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne se doivent
point impatienter.
Il est inutile d'envoyer des Enigmes
sur des Mots qui ont déja servy de sujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plusieurs
Memoires,ouplusieurs Ouvragesàenvoyer
en mesme temps, de les écrire
sur des papiers separez.
On avertit que les Mercures qui s'impriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, sont fort peu corrects,
& tronquez en beaucoup den*
droits.
MERCURE
iDECEMBRE 1683. E croy, Madame, qu'il
est peu de Lieux où l'on
n'ait souvent des convcrsations
pareilles à celle dont
vous me parlez. Dans le haut
degré de gloireoù le Roy
est parvenu, il est difficile
qu'il ne fasse l'entretien,comme
l'admiration de toute la
Terre. On trouve de longs
sujets de loüanges dans toutes
ses Actions, & cette matiere
est inépuisable pour qui
entreprend de la traiter. Vous
qui aimez qu'on dise beaucoup
en peu de paroles, vous
approuverez sans- doute le
Sonnet par où je commence
cette Lettre. Il peint assez
bien ce grand Monarque, si
pourtant ilestpossible de représenter
des traits qui passent
tout ce que l'imagination
la plus vive eil: capable
de concevoir.
POUR LE ROY.
SONNET. sOÎetcnirfins orgueill'éclat du
DÙzdéme, 1
rQir couler damfion Sang Vaugujle
SangdesDieux,
Unir à la Valeur une sagesseextrême,
Vaincrefiespajjious, fiurpajjcrfis
Ayeuxi
RendreJoumifiaux Loix U Dignité
ftpréme,
jreteger les Autels, attendre teut des
Cieux,
Mepriser les FUteurs^ficmmiftrt
foy ~~f,
Fixer parsa vertu lefitrt capricieux.
Ménager les Vaincu*, réunir fl
viéfoirt,
Renoncer àses droits, donner tout à
la gloire,
Et s'immortaliser par des Faits
inoiÙs;
JïuelModelé avons-nom dunesi
belle vie?
D:m,!//uJez afE' Nrolc, aAtJhn'qut,
à tAjÙ;
UUnivers étonné, répondra) c'est
LOVIS.
Ce Sonnet est de Mr le
Baron des Couilures; & les
Vers qui suivent sont de Mr
Diéreville du Pontlevesque.
SUR LA PRISE
DE COURTRAY,
vET DEDIXMUDE. Ous gagnez* bien, fers - ArtlifterauGrandLOVIS.
Four des cbafteaux, ilprend dcs
Villes.
Dans le mefiisr de Mars votan'e
plus habiles.
YOUJ devez,, pour jouir d'unpaijibk
repos,
Accorder tout a ce Héros.
Contre un Ji grand Vainqueur ofi
tache à se défendrey
Mais à lajîn ilfautJe rendre,
Je vous ay bienditquefm Bras
V9hafcroitencordufracas,j
^uandsoncoup impréueu nous
attira des larmes.
Crcycz.,-moy, mettez, bas les armes,
vVuu bbiieenn* ccrraaiiggnneezz, tout -auvourd buy * D'un Roy qui voit TbémM& Bettone
four luy.
Voicy d'autres Vers du
mesme Autheur, sur la mort
de Mrle Comte de Vermandois.
Le Madrigal qui les
suit, est de Mr Pellerinde
Breto.
AUX NEREYDES,
1 Sur la mort de Monsieur le
Grand Admiral. pLeurez,pleurez,, Nymphes
des Eaux,
7Jnetrop grande ard-eur d-e vivrefu- t
laTerre
Voiu a ravy voftrc Héros.
Vous neleverrezpoint triomphersur
les Flots;
Ce Héros dejlj¡¡¡ pour y faire U
guerre,
JEn attendant(jhilpufiyporterfort
Tonnerre,
N'<ijamais pu vivre en repas.
Pour s'efayey dansfon jeune age,,
îl efl allé chercher autre-part les
bazardss
Contrel*ibere aliïcr exerçantIoncottï
rage,
On L'aven de Courtray renverser les
Ramparts,
Ce noble coup a*ejfay l'a tout couvert
de gloire;
MA" belas! dprusiviEfoirt,
fouravoir trop courusur lespat des
cijars,
11cfi mort aufortir desfatigues de
Mllrs..
SUR LE MESME SUJET.
MADRIGAL. NE peignez, plusla Mortpale,
lugubre, rioire,
La traitressea, chez elle un éclatsans
parciL
Depuishuitjourseflas!pourrez-vent
bien le croire,
EUe nprn a ravy le cher Fils du
Soleil.
Sa Majestéaccorda il y a
un lnois) ou deux, à Mrle
Chevalier de S. Laurens, la
Charge de Lieutenant pour
le Roy au Gouvernement
Genéral des Isles Françoises
de l'Amérique. Ce Chevalier
a le Gouvernement de l'itle
de S.Christophle depuis l'année1666.
qu'il batit les Ennemis
de Sa Majesté, & les
chassa de cette Isle, dont ils
occupoient la moitié. Illes
repoussa encore, & les batit
dans l'Attaque qu'ils entreprirent
en 1667. contre les
François en la mesme Isle,
avecquatre milleHommes,
les empefcha d'y descendre,
leur tua neuf cens Hommes,
& fit six cens Prisonniers.
Mr le Comte de Blénac,
Grand Senéchal de Xainronge,
Gouverneur en chef,
& Lieutenant General pour
le Roy de toutes les Isles,
ayant eu son congé pour faire
un voyage en France, Mrle
Chevalier de S.Laurens obtint
uneCommission en date
du premier de May 1632.
pour commander en son absance
dans toutes les Isles de
l'Amérique; & comme Mr
le Comte de Blénac retourne
en son Gouvernement, Sa
Majesté voulant marquer à
Mr de S. Laurens combien
Elle est satisfaite de ses services,
luy a accordé la Lieutenance
de Roy au Gouvernement
des Isles de l'Amérique
, & luy conferve toûjours
le Gouvernement de
S. Christophle. Il est Chevalier
de Malte, de la Maison
de Roux, l'une des plus geciennes
de Provence. Il s'est
distingué en plusieurs Emplois,
ayant servy vingt années
en France dans l'Infanterie
, Capitaine au Régiment
de Turenne, &auparavantOfficier
de Cavalerie.
Il y a vingt autres années
qu'il fert en Amérique, où
il a estéColonel d'Infanterie,
& Maréchal de Bataille des
Armées du Roy.
J'ay leû le Journal d'un-,
Voyage fait aux Indes l'année
derniere, sur le Navire
l'Heureuse,appartenant à la
Compagnie des Indes Orien.
tales de France. Je ne vous
parleray point des divers périls
que ceux qui s'y eftoienc
embarquez ont couru de
faire naufrage, en traversant
de sivastes Mers, & d'estre
pris par les Corsaires Malabares,
qui les attaquerent
vers le Cap S. Jean,qui est
entre Baffain & Daman. Je
vous diray seulement qu'estant
partis du Port-Louis le
26. Mars 1681. ils arriverent
le premier de Septembre devant
l'Isle d'Omioüan, où ils
se rafraîchirent dix ou douze
jours. Cette Isle, à ce qu'ils
raportent, estfort pleine de
Montagnes, mais la terre y
paroist tres - bonne. Elle est
cultivée par des Noirs, qui y
plantent des Arbres de Coco,
& des Cannes de Sucre, qui
y croissent d'une beauté qui
surpasse toutes celles que l'on
voit ailleurs. Ils y sement
quelque peu de Ris, du Mil,
de petits Pois qu'on appelle
des petits Pois de sept ans
en terre, d'autres Légumes,
& y élevent quantité deVaches
, Boeufs
,
Cabrits &
Poules. On y voit un grand
nombre d'Orangers, Citronniers,
Bamaniers, Anances,
& Pruniers, dont le fruit cil:
gros,&à peu pres de la couleur
de nos Prunes de Damas
violet. Ce Fruit estrempdluy
de petits pépins, comme
Mil. Il y a un prix fait
pour les Boeufs, Cabrits &
Poules, quand on les paye
en argent, sçavoir,les grands
Boeufs,à deux Patagues ou
deux Ecus; les petits, une
Patague; les Cabrits, la moitié
d'une Patague, auquel
prix on donne aussi dix ou
douze Poules; mais quand
on les achete en troc de
Marchandises, comme Corail,
Cornalines,Agates,& ZD Toiles, on a bien meilleur
marché. Cette Isle est possedée
par des Arabes, qui y
vivent fous l'autorité d'un
d'entr'eux qu'ils traitent de
Roy, & qui demeure à un
grand Bourg peuplé de quatre
ou cinq cens Familles de
mesmeNation,àquatre ou
cinq cens lieuës de la Rade
dans les Terres. Anez pres
de cette Rade, il y a un Village
habitépar des Arabes,
*5c des Noirs, parmy lesquels
cil: un Gouverneur de la Contrée
aussi Arabe. On tient
qu'il n'y a pas plus de sept
ou huit cens Familles en
toute l'Isle; mais les Noirs y
fonten bien plus grand nombre
, quoy que Sujets des
Arabes. Ces Arabes ont
quelques Barques mal bâtics,
avec lesquelles ils navigent
le long de la Costede
IÔlieft de Madagascar,où
eit leur principal commercede
Noirs,qu'ils achetent
pour les mener vendre à
Pata, à Moca
,
& autres
lieux de la Mer Rouge. On
demanda à l'un d'eux, qui
estoit comme l'Agent du
Gouverneur, s'il y avoit de
beaux Ports à cette Coste de
FOueft de Madagascar.Il réponditqu'oüy,
& faisoit
beaucoup d'état entr'autres,
de la Baye de rvlazelages.-
Il dit qu'il y avoit là auprès
une tres-grande quantité de
fort beau Bois, le plus droit
qu'on puisse voir, tres-propre
à faire des Masts, & à bastir
des Navires, & qu'on ne
pouvoir trouver un meilleur
Païs pour l'abondance de
toutes choses, Ris, Légumes,
Boeufs, Cabrits, Moutons,
Volailles,& Fruits de
toutes especes.
Apres qu'on eut pris les
Rafraîchissemens necessaires
dans cette Isle,on continua la
route de Surate, où l'on
moüilla à unelieuë de la
grande Rade le dernier d'Octobre.
Voicyce qu'on y apprit.
Un Marchand, Chef
duComptoir, que la Compagnie
avoit à Bantam en
l'Isle de Java, arriva à Surate
le 14. Novembre, sur un
VVaaiisfsfeeaauu nnoommmméé llee-RReettoouurrnnee,,
appartenant à la Compagnie
d'Angleterre, sur lequel il
s'estoit embarqué à Batavia
dés le 2. de Septembre. Il
confirma la nouvelle qui estoit
déja venue de la prise de
Bantam par les Hollandais,
que le jeune Prince de Bantam,
ioûlevé contre Ion Pere,
avoit appeliez à son secours,
ne croyant pas son Party aÍfez
fort pour luy résister. Comme
depuis fort longtemps ils
avoient envie de s'assurer le
grand Commerce, qui se fait
de toutes parts en ce Port-là,
particulièrement de Poivrex
dont se fournissoient abondamment,
non feulement les
Compagnies Françoise, &
Angloiie,maisaussi plufieursautres
Nations tant de l'Europe
que des Indes, ils ne
laisserent pas échaper cette
occasion devenir à bout de
leurs desseins. Ainsi ils envoyèrent
au jeune Prince
quatre ou5°0 Homes, commandez
par le S' S. Martin
François, qui se saisirent de
la Ville, & de la Forteresse,
dans laquelle s'enferma ce
Prince., avec les principaux
de ceux quiavoient pris Ton
party, & quelques Troupes
Javanes) ce qui montoit à
plus de quinze cens Personnes,
en comptant les Femmes
du Prince, & de tous
ses Gens. On sceut que le
Roy qui tenoit la Champagne,
avec huit au dix mille
Hommes, causoit de grandes
incommoditéz dans la Place,
où il ne pouvoit entrer aucuns
vivres, non pas mesme
de l'eau a boire, que ce qui
leur pouvoit estre apporté de
Batavia par Mer; & qu'aussitost
que les Hollandois avoientestémaistres
de Bantam,
ils avoient obligé tous
les Officiers des Compagnies
Françoise, Angloise, & Danoifs,
de le retirer à Batavia,
en attendant des commoditez
de palierailleurs. Ce Marchand
ajouta qu'en la traveref
de Batavia à Surate, il avoic
rencontré unVaifleauHollandois
party en May d'Europe,
pour Batavia, que sur ce
Vaisseau estoit une bonne
partie de l'Equipage d'un
Navire Anglais,quiavoit
péry entre le Cap de Bonne-
Espérance, & la Baye deSaldeigne,
que le Navire &tous
les Effets estoient demeurez;
qu'il y avoic entre autres
vingt-huit CaiUons,7 dans
chacun desquels étoient quatre
mille Ecus, destinez pour
Madrapatan à la Coste de
Coromandel, & qu'il avoit
eu nouvelle que les Anglois,
qui s'estoient établis en une
petite Isle de la Chine appeL
lée Atnoüy, en avoient esté
chassez, avec perte de tous
leurs Etiers, par les Tartares,
qui depuis quelque temps se
font rendus maistres de ce
grand & puissant Royaume,
apres avoir forcé cette fa-*
meuseMuraille qui fait la féparation
entre laTartarie 66
Ii
la Chine; que les Anglois
avoient aussiesié chassez
d'un Comptoir qu'ils avoient
à Jamby en l'lue de Sumatra,
avec une pareille perte de
tous leurs Effets;qu'un petit
Navire appellé l'Eléphant,
que des Particuliers Anglois
de Surate avoient fretté pour
envoyer à Bantam pour leur
compte, estant arrivé en cette
Place-là, dans le temps que
les Hollandois s'en estoient
saisis
,
n'avoient pu obtenir
la permission d'y faire aucunes
affaires, & qu'enfin ils
avoient esté contraints d'en
sortir pour aller à Batavia;que
Ml'Evesque d'Argoly Cordelier,
& quatre Religieux
du mesme Ordre, habillez
en Marchands, s'estoient embarquez
sur ce Vaisseau pour
Bantam
,
où ils espéroient
trouver un Passagepour la
Chine, qui est le lieu où ils
vont en Mission; que le Vaisseau
sestoit perdu au retour
sur une petite Isle, entre Bantam
&Batavia, où ce Prélat,
les quatre Religieux, & tout
l'Equipage, s'estoientretirez,
apres s'estre sauvez du naufrage
, & que le General leur
avoit promis de les faire paffer
de là à Macao, sur un des-
Navires de la Compagnie de
Hollande. On apprit encore
par lameftne voye, que les
Hollandois faisoient courir le
bruit à Batavia, qu'ils y attendoient
seize Navires d'Europe
, avec trois ou quatre
mille Hommes de guerre)
pour renforcer les Garniions
de leurs Places, & l'Armée
qu'ils ont sur pied contre le
Roy de Bantam, qui contu
nuë toujours à faire la guerre,
pour tâcher de recouvrer
cette Place. Un autre petit
Navire
, party de Batavia
deux mois après celuy sur lequel
avoit pane le Marchand
dont je viens de vous parler,
raporta au commencement
de Janvier 1683. que les Hollandois
estoient fort incommodejz
dans Bantamque le
Roy leur Ennemy quitenoit
la Campagne, tenoit aussi la
Mer avec plusieurs Barques
en guerre, qui en avoient
pris dix ou douze que les
Hollandois avoient armees à
Bantam, pour faciliter le passage
de leurs Vivres en cette
Place,&tué tous ceux qu'ils
y avoient rencontrez , en
forte qu'il n'y pouvoit plus
rien entrer que ce que les
Hollandoisyapportoient sur
leurs Navires de haut bord,
qu'ainsi ilssoufroient beau-
,
coup de miseres; que le Roy
s'estoit fortifié entre Bantam
& Batavia, en un Poste avantageux,
par le moyen duquel
il empechoit: le passàge aux
Troupes que les Hollandois
pourroient envoyer a Bantam
,& qu'il y avoir peu d'apparence
qu'ilspussentlongtemps
garder cette Place-là.
t.' Le troisiéme Fils du Mogol
s'estantaussi soûlevé
contre son Pere, s'est retiré
aupres d'un Prince, nommé
Samagy, Fils & Successeur
de ce fameux Sivagy, qui a
tant fait de Conquêstes dans
rindourhn. Cette révolte a
obligé le Mogol de lever de
pnissantes Armées, tant par
Mer que par Terre, pour
faire la guerre à Samagy.
L'Armée Navale consiste én
cinq ou six Navires de haut
bord, & environ cent Galliotes,
sur lesquelles on tient
qu'il y a douze à quatorze
mille Hommes de guerre,
sans ycomprendre les Gens
de Mer, & la chiourne >
&c
celle ~e Terre, en trente ou
trente-cinq mille Chevaux.
Vers le 15. de Deccmbvc dernier
, il y avoit deja trois lcmaines
que ces Galliotes cc.
toientparties,Tans qu'on en
eust eu aucunes nouvelles.
LeMogolestoitàAurengabate,
Ville du Royaume de
Guburate
,
tirant vers les
Etats de Samagy, avec [ott
Armée de Terre, qui navoic
encore rien entrepris. On
estoit persuadé que tout ce
crand appareil se réduiroità
brûler quelques Villages, &
à desoler les lieux qui devoient
servir de passage aux
Troupes. Samagy y avoit
déja fait brûler tous les Fourrages.
Le bruit s'estoit répandu
que le Mogol avoir
fait mourir ce Prince par Art
magique, ainsiq'wtc la meilleure
partie des Grands de
sa propre Cour, qu'il foupconnoit
d'avoir des intelligences
avec son Fils, mais il
n'a point esté confirmé. On
prétendoit qu'il s'estoit servy
en cela de ses Moulas, ou
Prestres de sa Loy, qu'il
tie~ordinairement aupres
defuy au nombre de 160. ou
180. qui font leur Magie en
brûlant du Poivre. On eut
nouvelle à Surate le4. Janvier
, que la guerre du Mogol
avec Samagy, continuant
à causer de grands desordres,
ils pilloient entierement les
lieux par où ils passoient; que
Samagy ayantrencontréune
Caravanedesept censBotufs30
chargez de diverses MarchandisespourSurate
l'avoit
enlevée, ce qui interrompoit
fort le commerce; que les
Armées Navales de ces Princes
s'estant renconteune
fois, le Mogol avoit perdu
six ou sept Galliores, ou prises
ou coulées à fond; que l' Armée
de ce dernier ayant
moüillé devant l'Isle de Bombay
,& plusieurs de cette Armée,
& entr'autres les deux
Généraux estant descendus à
terre, il estoit survenu du
bruit entre eux; que chacun
prenant le party de son Général,
il y avoit eu beaucoup
de monde tué de part &
d'autre; & que les Anglois
craignanr que ce fust quelque
stratagéme des deuit
Genéraux pour le saisir de
leur Forteressesles obligerent
par quelques coups de Canon
,à rentrer dans leurs
Vaisseaux. Voila
,
Mada-i-ne,
toutes les Nouvelles que j'ay
pû tirer du Journal de ce
Voyage.
Il m'estoit resté quelques
Sonnets ; sur les Mots qui ont
esté proposez dans quelquesunes
de mes Lettres. Je
vous les envoye. Les deux
premiers sont de Mr Magnin,
Conseiller au Présidial de
Mâcon. Apres les pensées
que tous ces Mots ont fait
naistre, on voudroit sçavoir
ce qu'on pourroit dire sur la
Nuit.
SUR L'ARC EN CIEL. Foih/a Spéculateurs des Causes
naturelles,
Fhi/oflpbes oisifs, raiso-nnez,jour &
nuit
.VÔHTfçanmrJÎCIris a des couleurs
réelles,
Ou Jî tillujïon de nos fins, nout
seduit.
je ne veux point entrer dans ces
'vaines querelles,
Mapaifille retraite en aime peu le
brutti
Mais en vous contemplant, couleurs, 1
vivesbelles, .1
J'e!vl.eÁà si t, .AI" -.. mon Héros, £AJfre qui
VOit\ proàu
LeSoleil,du-jea,ors, en roulantsur
nos tejl s,
Tantostforme CIris, &tantost des
Tfmtrfres,
C*eftl:>y ruifatle h"()I.¿ble, &le repos
des Airs.
ArbitrGe de la ?x:xa, Arbitre de lit j t Aihfi legrandICYIS> parmille*
joins divin)
1 : , 1 Metle tÍvfilLe o l ¡;, , i lecalme, aongre
surlaTerre.
SUR LEPAON. Q;,,«-ndl'oiêdn de Junon^ferde
,
sonbeauplumagey
En é aie au Soleil les ornemens divers,
sembleavecqueluy ,par cent
Miroirs ouverts,
Difputcr dN brillantla gloire & l'avaMAgei
Je dts en le voyant,dais ce grave
équipage,
Tel cfi du vain orguëil,lefentiment
pervers,
Ce qu'on a de meilleur, on le met de
trllvers,
On en fait rarement un raifinnable
uflgc.
Les moindres SOllverttins, uun vam
titre éblouisy
Voudraientst mefitrer avec legrand
LoriSi
HAll qu'ilsfont éloignez, de ce degré
,toire,"We!
Car enfin s*entejter aunsentiment
pareil,
N'cfl-cepascomparer,paruneaudact
txtreme,
Leplumage du Taon, aux rayons d"
Soleil?
SUR LE SOLEIL. REpandre iabtndance, & 14
fertilité,
Visiter avecfointun&PautreHémifphére;
Dans le cours glorieux d'une belle
Carrure
Produire des tréflrs a n9sire pauvreté;
Soulagerles Mortels dans letérmeceffilé,
Ejtre deses Sujets & le Prince, &
le Pere,
N',cjl.ceplU imiterl*Ajlre qui nom éclairer'
N'efl. ce pat approcher de la DivÙJiJél
Cejr IÛnjique LOVIS paysi douce
tnfçxce,
Cimenteincijjammentlebonheurde
iû.Francc,
Etdu br.utdesonnom, YfmplittOltt
ÏFmvcrs.
ilvive,cegrand Roy> dans une '!d;xp-)fonde,
Et que donnantdes Loix à cent Peupiesdivers,
Son Regnefortunédureautantque
le Monde.
I.D.G.D.N.
L'amour n'est point à couvert
de la destinée, & les
changemens qui arrivent
tous les jours dans les liaisons
les mieux établies, font
assezconnoistre que les mouvemens
de nostre coeur ne
font pas fixez par le premier
choix que nous faisons. Un
certain je-ne-sçay-quoy qui
nous entraîne en dépit de
nous,nous détermineàestre
inconstans; & quand mille
exemples ne serviroient pas à
justifier ce que je dis, l'Avanture
dont je vay vous faire
part en seroit la preuve. Une
Demoisellefort bien faite,
estimable par sa beauté, &
plus encore par son esprit,
qu'elle avoit vif & tres-penétrant,
estant venuë depuis
peu de mois prendre foin de
quelques affaires, dans une
petite Ville peu éloignée de
Paris, y fut connuë en fort
peu de temps de tout es
qu'elle y trouva de Personnes
de naissance. Son Pere
& sa Mere qui estoient de
qualité, mais qui avoient
peu de Bien, luyconnoissant
du talent pour venir à bout
de mille chicanes qui leur
estoient faites, & par lesquelles
on tâchoit de renverfer
leurs prétentions,quoy
que justement fondées
,
s.el:
toient reposez sur elle de U
conservation de leurs intérests,
& elle s'appliquoit à
les maintenir avec tant d'éxactitude
& de conduite,
qu'elle eut bien-toit démeslé
les difficultez qui empeschoient
qu'on ne luy rendist
justice. Son habileté sir bruit,
êc tout le monde marquant
de Temprenemenc pour ht
servir au pres de ses Juges, un
jeune Gentilhomme, maître
de son Bien, ôc desplus riches
de tout le Païs, n'épargna
ny son crédit, ny les soins,
pour luy faire voir combien il
prenoit de part à ses avantages.
La Belle reçeutagreablement
le secours qu'illuy
donna; & comme dans le
besoin qu'elle avoit de luy,
lesvisitesassiduësluy estoient
permises, insensiblement le
Cavalier prit pour elle un attachement
plus fort qu'il ne
l'avoit crû. Il connut bien
que ce qu'on luy donneroit
en la mariant, n'approcheroit
pas de ce qu'il pouvoit
prétendre; mais l'amour
commençant à Féblouir, il
considéra que les grands
Biens qu'il avoir,luy attireroientbeaucoup
d'affaires,
& dans cette veuë, il crut
qu'il luy seroit plus avantageux
d'avoir une Femme qui
y mettroit ordre,que d'épouser
une Fille, quiluy apportant
une dote considérable
, ne se mesleroit de rien,
& n'auroit l'esprit portéqu'à
faire de la dépense. La Belle
qui s'apperçeut de la conqueste
que son mérite luy
: avoit fait faire, la ménagea
si adroitement, que le Cavalier
fut enfin contraint de
luy déclarer 6 passion. Vous
pouvez croire qu'il fut écouté
avec plaisir. Elle luy marqua
une estimepleine de reconnoissance,&
en l'assurant
que ses Parens ne luy seroient
point contraires, elle eut
pour lïiy des égards d'honnesteté&
de complaisance,
qui luy firent voirqu'il estoit
aimé. Comme elle avoir de
l'ambition, elle voulut s'assurer
un rang, & se ièrvitclt*
pouvoir que sa passionluy
donnoitsur son esprit, pour
luy marquer qu'il y alloit de
sa gloire de prendre une
Charge avant que de l'époufer.
Le Cavalier avoit ce dessein
depuis quelque temps,
& ainsi en luy promettant de
la satisfaire, il ne failoit que
ce qu'il avoit déja résolu. Les
affaires de la Belle s'estant
terminées, de la maniéré la
plus avatageuse qu'elle eust
pû le souhaiter5, elle retourna
à Paris, où ion Amant la fuivit
deux jours apres. Son
Pere & sa Mere, qu'elle avoit
instruit de l'état des choses,
luy firent un accuëiltresobligeant
,
& pour estre
moins en péril de le laisser
échaper,ils luy offrirentun
Apartementchez eux.L'offre
estoit trop favorable à l'amour
duCavalier,pour n'estre
pasacceptée. Illogeachez
le Pere de la Belle,& ne songeant
qu'à avancer les affaires,
il prit son avis for la
Charge dont ilavoità traiter.
Tandis qu'on travaiiloit à
lever des difficultez assez légères,
quiempeschoient de
conclure le Marché de cette
Charge, l'amour fit paroître
sa bizarrerie, par les sentimens
fiicns qu'il inspira au Cavalier
pourune Soeur de la Belle.
Cette Cadete avoit dans les
yeux un fort grand défaut,
dont beaucoup de Gens ne
se feroient pas accommodez,
&ce défaut, tout grand qu'il
estoit,ne put détourner le
Cavalier du dessein qu'il prit
de ne vivre que pour elle. Il
est vray qu'à cela prés, il n'y
avoit rien de si aimable.
C'estoitun teint quicbloiïiC.
[oit,des traits réguliers dan&
tout son viEge) des mains &
des bras d'une beauté à charpier,
une taille aisée & fine;
ôc ce qui estoit encore bien
plus engageant, une humeur
si douce & si agréable,que
par cette seule qualité, elle
eust esté digne du plus fort
amour. Plus le Cavalier la
vit, plus il la trouva charmante.
Il luy contoit cent
folies; &l'enjoüement avec
lequel elle y répondoit, estoit
tout plein de feu & d'esprit.
Rien ne devenoit suspect
dans-leurs conventions,
parce qu'elles se faisoient sans
aucun mistere, & que l'occasson
qu'ils avoient de se
parler à toute heure, les rendjaiîLt
sort familiers,ne laissoit
rien voir quifust.recherché.
Eneffet,il n'y avoir que ,des sentimens d'honnesteté
ducosté de cetteaimable Cadete,
qui ne doutantpoint
que le Cavalier n'épousast sa
Soeur,estoit incapable d'aller
pour luy plus loin que l'estime.
Il n'encftoit pas ainsi
,-du Cavalier. Le panchant
: qui l'entraînoit vers la Belle,
eut tant de force, quapres
i luy avoir dit plusieurs fois en
badinant qu'il estoit charmé
de sesmaniérés,ils'expliqua
c#fin férieufèmcnt sur l'artient
amour qu'elle luy avoir
donné. La Belle tournant la
chose en plaisanterie, luy dit
qu'il perdoitl'esprit; &toutes
les déclarations qu'illuy fit
ensuite, luy attirant la inefme
réponse, illuy demanda
un jour,queldeiàgrément
ou dans son humeur, 011
dans sa personne, luyfaisoit
croire qu'ilneméritoit que
ses mépris. La Belle que ce
reproche surprit, secrutobligée
de luyrépondre d'un
ton un peu sérieux, qu'il se
faisoit tort aubien qu'à elle,
quand ill'accusoit de le me
priser,&ques'illuy eust marque
de l'estime avant que de
s'engager avec laSaur, peutestre
ne luy eust. elle pas donné
sujet de se plaindre du peu
de reconnoissancequ'elle auroit
eu de ses fciitiniens; mais
qu'en letat où estoient les
choses, elle ne devoit agir
qu'avec les relervesqu'il trouvoit
injustes. Cette réponfc
anima la passion. Ce fut aÍfez
qu'il crut ne déplaire pas,
pour l'engager à aimer avec
plus de violence. Il abandonna
son coeur à tout son
panchant, & ne songea plus
qu'à persuader la Belle de fbn]
veritableattachement Corn-'!
me elle estoit sage, elle voulur
le guérir, en luy donnant;
moins d'occasions de l'entretenir
de ion amour*; maisplus
elle avoir foin de les évi-*
ter, plus il les chcrchoit. Cet
einpreffementfutremarqué,-
&:ilse trahit bien-test, &
parsoninquiétude3 lors que'
pour le fuir cette Cadettes'entermoit
exprés dansssa
Chambre des.aprefdînéesen-'
ticres, & par les regardstoucf
pleins d'amour qu'il jettoit
sur elle, quand il la voyoity
devant des témoins. L'Aîliée
quitrouva quelque refroidislement
dans lep manières du
Cavalier, en soupçonnaaussi,-
toftlacauiK Ltcpritgarde.
qu'il savoir jlus arpi.es qC
sa Soeur ces airs enpiiez ë<
libres, qu'ilavoir pris tant de
fois. Elle les voyoit embarassez
si tost que leurs yeux
serencontroient, 6c la contrainte
qu' ilss'impofoent
l'un &: l'auirc {clan les *diverses
veuesy qui les obligeoient
de s'obierver,luy
fut enfin une indice de la trahison
qui luy estoit faite.
Comme elle estoitextrêmement
fiere, elle s'en seroit
volontiers vangée en la prévenant
par son changement,
mais elle avoit de l'ambition,
& fort peu de Bien; & en renonçant
au Cavalier, il n'estoit
pas seûr qu'elle eust aicément:
trouveun autre Party
quil'euit consolée des avantages
qu'elle auroit perdus.
Ainsielle résolut de diiIlnluler,
& le conrcnta de soulager
ses chagrins par quelques
plainres, qui déconcentrent
le Cavalier. Le trouble qu'il
fit paroistre, fut un aveu de
son crime, & elle en tira des
conséquences
,
qui luy firent
examiner de plus pres tous
les sujets qu'elle avoir de se
défier de sonamour.LeurMariage
ne devant se faire qu'apres
les difficultezlevées,
touchant la Charge qu'il vouloir
avoir, elle découvritqu'il
ne tenoit qu'à luy de les voir
finies, & que les obstacles
qu'il y faissoitnalftrene pouvoient
avoir aucun autre fondement
que le dessein de gagnerdu
temps. Remplie de
tous ces soupçons, & voulant
estre éclaircie de ce
qu'elle appréhendoit,elle
pria son Pere & saMere de
vouloir presser leschoses,
leur faisant connoistre sans.
leur parler de ià- Soeur, ce
qu'il y avoit à craindre du
retardement. L'obstination,
du Cavalier sur les prétenduës
difficultez de la Charge,
avoit déja commencéà leun
devenir suspecte. Ils l'entretinrent
en particulier, & luy
dkent que comme ils l'avoient
logé chez eu-x.Oit murmurait
'.l;z.ns tout le Quartier,
de voir si longtemps diférer
le
--
Mariage dont on
-
estoit
convenu;que pour empescher
les fâcheux discours, ilfalloit
ionxr« à terminer cette
affaire, ôc qu'il n'estoit point
besoin pour cela d'attendre
qu'ileùft- conclu son autre
Traité. Le Cavalier ne balança
point sur le party qu'il
avoit à prendre. Il leur répondit
qu'il se souvenoit de
ht parole qu'ilavoit donnée,
qu'illa tiendroitavec joyeen
tel temps qu'il leur plairoit;
qu'il avoit promis d'estre leur
Gendre, & qu'il se feroit un
tres-grand bonheur de le devenir;
mais que ce serpit en
épousant leur Cadetc, pour
qui il sentoit la plus violente
passion, qu'il trouvoit en elle
tout ce qui pouvoit le satisfaire;
que l'humeur de son
Aînée estait si peu compatible
avec la sienne, qu'elle ne
pourroit que le rendre malheureux,
& que s'ils luy resusoient
ce qu'il demandoit
avec les plus instances
prieres, il feroit contraint de
se retirer. Illeur fitcetteréponse
avec tant de fcrETlcré,
& tout ce qu'ils purent dire
pourledétourner de ce dessein
eut si peu d'effet, qu$'
pe voulant pas risquerune G.
bonne fortune, iislî virent
obligez de consentir à ce
qu'il voulut La seulecondition
qu'ils exigerent, fut
que la chose se fist au plutost
& en secret, afin que
l'Aînéefist moins éclater ion
ressentiment, quand elle apprendroit
une injustice qui
n'auroit plus de remede. Le
transport qui l'obligea de se
jetter à leurs pieds, pour leur
rendre grace de ce qu'ils faisoient
pour luy, leur fut une
preuve de la violence avec
laquelle il aimoit. Ils dirent
à leur Aînée, que quelques
raisonsqu'ils eussentpû apporter,
le Cavalier s'estoit si
bien mis en teste de ne se
: point marier qu'il n'eust
traité de la Charge, qu'il
leur avoit esté impossible
*,
d'en rien obtenir. Ellecomiî
4 prit ce que vouloirdire un
refus si obstiné, & il vous est:
aisé de juger qu'elle en fut
piquée au dernier point. Cependant
tout se concertoit
secretement pour le
-
Mariage
du Cavalier, & de la
Cadete, & il ne manquoit
pour l'achever qu'une occasiond'enfaire
la ceremonie,
sans que l'Aînée en pust
rien sçavoir. Elle s'offrit favorable
peu de jours apres,
Une Dame dont elle e-fioit
tendrementaimée, la pria de
luy faire compagnie dans,
une partie de Promenade,
quil'engageoit à allerpasser
quelques jours à la Campagne.
LaBelle y alla, & eut
ôffez de force d'esprit pour se
mettreau dessus de ses chagrins,
& y paroistre dune
humeur toute charmante.
£>n luy dit qu'on voyoit bien
que la joye d'un Mariage
tout prestà se faire, donnoit
aux Belles de grands sujets
d'enjouement; & pour affaiblirla
honte où ellecraignoit
d'estre exposée, elle répondit
qu'on jugeoit i-nald'elle;
qu'ilfalloit pour la toucher
de certaines complaisances,
& des tours d'esprit, qu'-
elle n' avoit point rouvé
dans le Cavalier; & que
les choses n'avoient jusque-
là traîné en longueur,
que parce qu'elle vouloit
l'engager à époufer sa
Cadete. Un vieux Garçon,
extrémement riche, & re..
vétu d'une Charge encore
plus considérable que celle
dont le Cavalier trairait, luy
dit en riant, que quoy qu'il
eust toujours fuy le mariage,
il voudroit avoir ces tours
d'esprit qui luy plaisoient
tant, afin de luyoffrir ses
services, & que pour les complaisances,
il luy seroit aisé
d'en répondre. La Belle luy
repartit de mesme en riant,
qu'elle avoit crû découvrir
en luy ce qui estoit si fort de
son goust, &qu'à tout prendre,
ils seroient assez le fait
l'un de l'autre. Sur cepied-là,
le vieil Officier luy dit des
douceurs pendat deux jours,
comme un Amant déclaré
en dit à une Maistresse, &
il gousta si bien son esprit,
quemalgrétoutesles resolutions
qu'il avoit prises de
demeurer toujours libre, il
parlaenfin de mariage. Vous
ne doutez pas que la proposition
ne fust bien reçeuë.
La Belle trouvoit un rang
qui contentoit son ambition;
elle se vangeoit d'un Amant
perfide, &: tout la satisfaisoit
dans une rencontresi peu
attenduë. La Dameàquielle
ouvrit son coeur, entra dans
la confidence du vieil OfHcier,
& luy fit promettre
que puis qu'ils'eiloitdéclaréavec
son Amie, il en iroit
faire la demande dans les
formes incontinent apres
son retour. La Belle dlant
revenue, conta à son Pere
l'engagement où l'on s'estoit
mis pour elle. Le Mariage de
la Cadete estoitfait, & ce
fut pour luy une joye sensible
de voir finir plûtost qu'il
ne l'avoit crû l'embarras de
le cacher. Cette adroite Fille
dissimulant sonressentiment,
tâcha de se rendre touteaimable
pour le Cavalier,afin
de réveiller ion amour, & de
luy donnerpar là plus de
regret de la perdre. Le lendemain,
elle remarqua sans
estreveuë , que le Cavalier
s'estoit coulé dans la Chambre
de sa Soeur, & que la
Porte en avoir esté aussi-tost
fermée. Elle regarda par la
Serrure, & les vit tous deux
dans des privautez, qui la
convianquirent de ce qu'elle
avoir toûjours soupçonné. Si
elle eut de la douleur,elle
eut de la joye en mesme
temps, de ce que sa Soeur tiisant
des avances si indignes
d'elle, mettoit le Cavalier
hors d'état de lavouloir pour
sa Femme. Cette penséeluy
remplit l'esprit. Elle crut
qu'il refuseroit de l'épouser
apres les faveurs qu'il en
avoit obtenues,de qu'ainsi
elle feroit vangée, & d'elle,
& de luy, quand son Mariage
avec l'Officier ne laisseroit
plus aucun prétexte à son
Pere de garder le Cavalier.
Cet Officier tint parole. On
avoit esté averty de sa visite,
& le Cavalier qui la fçavoi^
ailli tout exprés souper ctl
Ville, & ne revint que fort
tard. L'Officier charmé de
l'accueil qui luy fut fait, ne
sortit point qu'on n'eust signé
des Articles. La Belle,
qui n'aspiroit qu'à jouir de
sa vangeance, attendit à le
coucher que le Cavalier fust
revenu. Apres luy avoir fait
quelques plaintes, de la maniere
dont il en usoit pour
elle depuis quelque teliipsl
elle ajoûta qu'elle l'avoit
trouvé si peu digne des sentimens
favorables qu'elle luy
avoit marqué d'abord, qu
elle venoit de s'engager à un
autre, & qu'un Contract de
Mariage figné, les séparoit
pour jamais. Il se feignit vivement
frapé de cette nouvelle.
La Belle le crut touché
l'unvray déplaisir, &pleine
de son triomphe en le voyant
ainsi accablé, elle le quita
ans luy donner le temps de
répondre. C'estoir ce qu'il
avoit souhaité. Il se coucha
tort tranquillement; & le
endemain, comme ill'avoit
concerté avec son Beaupere,
& avec saFemme, il alla chez,
iïi Amy dans un Quartier
éloigné, où il demeura jusqu'à
ce qu'on eust faitle Mariage.
La Belle, qui imputa
cette retraiteà son desespoir,
en sentit sa vanité agréablement
flatee. Elleepousal'Ofsicier
, & deuxjours apres le
Cavalier revint aupres de sa
Femme. La nouvelle Mariée
ne seust pas plûtost appris,
qu'elle alla trouver son Pere,
&luy fitconnoistre le péril
où sa Cadete estoit exposée,
s'il gardoit chez luy le Cavalier.
Son Pere luy dit, que
puis qu'elle avoit tout sajet
d'estre contente, il estoit
persuadé
persuadé qu'elle aimoit assez
laSoeur, pour prendre part à
ses avantages; & là-dessus il
luy expliqua ce qui estoit arrivé.
Ledépit qu'elle eutde
s'estre promis une vangeance,
qui ne tournoit qu'à sa
honte, la mit dans un desordre
d'esprit incroyable. Elle
sortit brusquement, & depuis
trois mois qu'elle cil mariée,
elle n'a point encore voulu
voir sa Soeur.
Jevais vous apprendre une
Avanture quivous paroiftra
fort singuliere. Le Fauconier
d'un grand Prince,ayant laissepartir
trois Faucons pour
les essayer, il en revint quatre.
Ce quatrième avoit deux
Grelots, dont l'un ne sonnoitpbm
Onlerompitaussitost
que l'on s'en futaperçû,
l'on trouva dedans, un petit
Sac de cuir dans lequel il
y avoit un Talisman, qui
parut avoir esté fait il y a plus
de 400. ans. Il avoitelle atta- chea cetOyseau, afin qu'aucune
Proye ne luypust echaJ'
per. Le Faucon mourut su
tost qu'on luy eut osté ce Talisman.
Ce que je vous dis est
arrivédepuis peu de mois. Je
CorcLarhCLLgrelot


ous envoye la Figure du
Grelot, & celle du Cordon
aquel il estoit attache, avec
écriture Arabe,& le Talisan
qu'on trouva dans deux
apiers.J'ay fait graver tout,
our la satisfaction des Cueux.
Voicy l' explication
es Caracteres Arabes.
jéu nom de Dieuj clément&
iiféricordieux- Dieu)aytZpiti¿
e nofireMai(Ire Mahomet, dr
lesaFamille, de Jes Amis, e leur donner leJalut.
L>oiian^e à Dieu, le Sei<meuv O O
le tout le Monde, clément, mirericordieux,&
le Seigneur àft
jour du jugement.NOM vous
adoronsy nous vous demandons le
Jecours. Conduiftz- nous au droit
chemin de ceux àqui vous ave%
donnévostre gract", & non pAS
AU chemin de ceux que voué 4'1.Je:<:
maudits.
Il n'y"point de Dieu que Dieu;
grjces au Dieu toutJeuL
Il riy a point de vertu, ny de
farce qu'en Dieu.
'Dieu mettra un CachetJurleurs
yeux, sur leurs oreilles
5
Jur leurs
coeurs, avecdestenebresfortsubtil
es.
Plut à Dieu qu'ilfaffe ojler leur
lumière
, pour les faire tomber
dans les tenebres
3
ltftn qu'ils ne
njoyent pat clair.
Si Dieu veut, qu'il leur osse U
lumiere.
Lesecours(gjf la Dtêloire est *
Dieu. Il riy a point de vertu,
nydeforce qu'en Dieu, legrand9
&le tres- haut.
Cinq ou six petites Figures
quicomposent le Talisman,
estoientau bas du premier Papier
des lettres Arabes, telles
que vous les voyez dans cette
Planche.Il faut obsèrver que
les Mahométans ont lacoûtume
d' écrire, non pas seulement
pour lesecours& la vi
ctoire du Faucon,mais aussi
pour chaque foxte d'Animaux
;
sçavoir, pour les Cha-
..rneaux Chevaux,& Mulets;
pour des Hommes, des Femmes,
des Garçonsydes Filles,
&des Enfans
; sur les Epées,
& pour le bonheur ou lemalheur
du Prochain. Pourcet
estet,on choisit un Verset
de l'Alcoran, avec quoique
Talisman selon le dessein
q'uona,& apres s l'avoir écrit
sur du papier, on le coud
dans un petit morceau de
lingeou de cuir,&on l'atrache
sur foy, le pendantau
col, ou au bras. Onl'appelle
en Langue Arabe Fierz,c'est
à dire, Refuge, ou Préservatif,
& en Langue Turque, HamAily,
qui veut dire, Porter
sursoy.Cela leur coûte quatre
oucinq Ecus. Ceux quiécrivent
ce Versetchoisy de l'AL.
coran, sont des Docteurs
Mahométans, Magiciens,
qui disent la bonne-avanture,
& avec ces fortes de sacrileges,
ils trompent ceux qui
les croyent, par leur méchanceté&
leurs fables.Ils font
dans des Boutiques comme
des Marchands, & tout le
monde court à eux. L'un de;..
mande quelqueTalismanou
Ecriture pour ion Faucon;
l'autre pour son Cheval, ou
son Chameau; la Femme,
pour son Mary; & le Mary,
pour sa Femme&sesEnfants;
enfin, l'un pour l'amour, l'autre
pour la haine.
Si vous avez admiré la
bontéduRoy, en lisantdans
ma Lettre du dernier mois
l'Amnistie, qu'il luy a plû
accorder aux Rebelles des
Sevennes, vous l'admirerez
bien davantage, quand je
vous auray fait voir que le
Projet qu'ils avoient commencé
d'executer,alloitàexciter
dans la France un Soûlevement
des plus dangereux.
Ceux qui parlent sans
sçavoir le fond de cette Affaire,
peuvent croire que leur
faute estoit peu considérable
,
puis qu'ils ont pû en obtenir
le pardon. C'a elle sansdoute
dans cette croyance,
que quelques Etrangers, mal
informez de la chose
, ont
publié dans leurs Nouvelles
publiques, qu'on avoit usé
de violence contre les PrétendusRéformez
duVivarets.
& fait entédre par là,que leur
crime n'égaloit pas la sevérité
avec laquelleils avoientesté
traitez. D'autres Personnes,
par l'intérest du Party
, peuvent
se trouver dans la meC
me erreur; & j'affoiblirois les
loüanges qui font deuës à la
clémence du Roy, si je négligeais
de vous la faire paroistre
aussi gran de, &aussi
extraordinaire qu'elle est,en
vous apprenant jusqu'où les
Séditieuxont poussé leur entreprise.
Je ne vous en diray
rien qui ne soit un Résultat
des Interrogatoires, & Papiers
reconnuspar les Sieurs
Homel & Audoyer, Ministres
en Vivarets; & ainsi
vous jugerez sur des Faits
constans
,
combien le Roy
les a traitez favorablement,
enTe contentant pour toute
punition, de les voir rentrer
dans l'obcluancc, & la tbûmission
qu'ils luy doivent.
Avant que je vienne au Fait
particulier du Projet, je dois
vous dire que leLanguedoc
est divisé pour les Affaires de
la Religion PretendueRéformée
en qûàrre Provinces,
quisont le Haut & Bas Languedoc,
lesSevennes,& le
Vivarets, chacune desquelles
Provincesestdivisée en C'JL
loques.
Au dernier Synode, tenu àUséspourle Bas-Langueclac,
il fut résoluqu'onétabliroit
en chacun des Colloques
,qui sont Usés, Nismes,
& Montpellier, une Direêrion
COinposée de trois ou
quatre Perfonncs
;
sçavoir,
d'un Ministre & de deux ou
trois Anciens, pour prendre
dans l'intervale d'un Synode
à un autre, le soirs des Affaires
de la Religion P. R. & pourvoir
secretement à plusieurs
choses,quine peuvent estre
faites régulièrement qu'en
un Synode. On ne sçait pas
bien qui estoient les Anciens
qui composoient cette
Direction particuliere en chaque
Colloque; mais les Ministres
estoient, le Sr Icard,
pour Nismes; le St Gautier,
pour Montpellier; & le Sr
Boric, pour Usés.
Ilfut ensuitetenuunautre
Synode au mois de Septembre
1681. àValon pour leVivarets,
auquel Synode assista leSrBoric,Ministred'Usés,
qui disoitavoir ordre desDirecteurs
du Bas-Languedoc,
de veiller en Vivarets
, poury
établir uneDirection;&
dans ce dessein, il se fit une
Assemblée particulière de
quelques-uns des priucipaux
Ministres, & Anciens du Synode
general. Ce fut dans
cette Assemblée que l'onétablit
la Direction du Vivarets.
On y nomma pour Directeurs,
les Srs Homel, Janvier
& Brunier, Ministres 8c
les S" Chapoüillé,&Reyné,
Anciens, & on leur donna
m Mémoire contenant les
fins principales de la Direction.
Ce Mémoiren'est
pas rapporté, mais parce que
dit le Sr Homel, sa principale
fin estoitd'établir une union,
& bonne correspondance
entre toutes les Eglises du
Vivarets, & des Provinces
voisines, principalement avec
celles du Bas-Languedoc.
Dans cetteveuë, le sr
Boric, Ministre d'Usés,estoit
chargé pour le Bas-Languedoc
, d'avoir correspondance
avec le Vivarers.
Ceux du Vivarets en devoient
établir une avec le
Dauphiné; & pour executer
ce Projet sous un prétexte
d'affaire particulière le Sr
Boric passa en Dauphiné dans
le temps d'un Synode, qui
fut tenu à S. Marcelin. Il
communiqua avec le S' Sagnol
,
Ministrede cette Province,
qui proposace dessein
au Synode; mais n'ayant pu
faire agréer une Direction
en Dauphinéenla forme des
autres Provinces, il fit nommer
des Inspecteurs, qu'il
prétendit devoir faire le mesme
effet qu'une Direction.
CesInspecteurs furent, les
Srs Sagnol, Ministre pour le
Valantinois, Favier, Mmiftre
pour le Diois; Saurin, VUnifttc
pourde Viennois,Baly,
Ministre pour le Grélivaudam
-,
Tholozan, Miviiftrc
pour les Montagnes deGapençois,&
Anibrunois, ôc
Papon ,Ministre pôuMef*ValéesdePiagela
,&deOuayras.
CesDirecteursouInspecteursdeDauphiné,
estoient
chargez suivant le Mémoire
du S' Boric, d'avoir
correspondance avec le Synode
deBourgogne.L'Affaire
ayant esté communiquée à
un Ancien de Lyon quiest
du Synode de Bourgogne,
pour la propoier à son Synode,
cet Ancien la refusa,
ce qui fit échoüer la chose
du costé de la Bourgogne.
Ce refus, dont ceux du Bas-
Languedoc eurent avis, fut ilstrouvèrent à propos
seisse presser l'Union que
dans les Provinces au deça
de la Loire, & de se charger
de la Provence, & des Sevennes
Les Scvenncs devoiétcommuniquer
l'Affaire
au Haut-Languedoc,& à la
Haute-Guyenne. Le HautLanguedoc
,
& la Haute-
Guyenne,devoient établir'la
correipondance avec la Bafïe-
Guvenne; la Basse Guyenne,
avec la XairttoiioelaXain- es ; iiiais tonge,aveclePoitou mais
comme cette Affairealloit
lentement, ceux du Bas-Lanauedoc
envoyèrent le St
Gautier, Ministre de Montpellier
,
dans toutes ces Provinces,
pour leur repreienter
la necessité de cette union.
Ce Ministrefit le voyage;,
mais trouvant ces Provinces
mal disposées, .la choie de*,
meura-là.
Depuis cetemps, ceux de
la R. P. R. reçeurent avis de
la signification qui leur deçoit
estre faite de la Lettre
Pastorale du Clergé. Ceux
du Bas Languedoc demanb-
derent une '-C) onférence au
Dauphiné & au Vivarets,
pour examiner la Réponse
qu'ils devoient faire à cette
Lettre, afin de garder l'uniformité.
Le prétexte des Eaux qui se
prennent à Valet enVivarets,
fit que le rendez-vous y sur
donné au mois de Septembre
1682. par le Sr Boric pour
le Bas Languedoc, par le
S' Sagnol pour le Dauphiné,
& par le S' Homel pour le Vivarets.
Le hazard voulut que
le Sr Piala d'Orange, Ministre
de Roterdam,& petit Cousin
du S' Piala, à présent Ministre
d'Orange, se trouva au mesme
Lieu, avec les S Brunier
Ministre en Chailar en Vivarets,
Janvier Ministre des
Sevennes, & Reyné Ministre
d'Aubenas. Les choses furent
remises sur le tapis par
leSrBorie, entretous ces
Ministres, ce qui faisoit voir
que le Languedoc&les Sevennes
estoient dans le deisein
de remettra l'Affaire sur
pied,& de s'y attacher sans
incerraption. Trois cho[e.
furent discutées, sçavoir, Si l'Unionproposéeestoitnecessaire;
par quelsfnoyens on la pourroit
établir, & quelle seroit la fin de
son etabhjjement.
A 1eVard de l'établissesent
de l'Union, on dcmeura
généralement d'accord
qu'il estoitnecessaire.
Quantau moyen,qu'ilfalloir
faire des Députationsdans
toutes les Provinces,
& que le Bas Languedoc
Je les Sevennes dévoient estre
chargez de la dépense, le
Vivaretz & le Dauphiné ne
la pouvant faire, & pour
ce qui eftoitde la findel'Union,
elle deroit regarder la
consérvationdesEglises subsistantes,
& le rétablissement
de celles qui avoient esté interdites.
A ce dessein il devoit
estre fait une Députation
à la Cour par les plus
qualifiez de la R. P R. De
tout cela on fit un Résultat
qui fut dresse par le S' Sagnol,
& emporté par le SBoric,
pour le communiquer au
Ilaneucdoc&aux Sevennes.,
Ceux du Languedoc & des
Sevennes ne jugerent pas à.
propos que l'on dépurait ny
à la Cour, ny dans les Provincesv
ce qui fit encore
manquer le dessein de cette
Union. Mais l'Affaire de
Mademoiselle Paulet, qui
par la suiteadonnélieuàla
démolition du Temple de
Monrpcllier) fit renoüer les
Conférences, êc il en fut asfigné
une à Montpellier pour
le jour de S. Martin, dans la
Maison du Sr Gautier Mi-
nistre.cr A
A cette Assemblee qui le
fit de nuit, il se trouva dest
Députez des trois Colloques
du Languedoc & des Sevennes
, avec le srSagnol pour
le Dauphiné. La résolution
qu'on y prit, estoit de travailler
sans relâche à l'Union
proposée, & d'envoyer dans
toutes les Provinces dont il
a eilé parlé, pour la faire réfoudre.
Il fut sur cela résolu
par provision, que s'il se déiliolliloit
quelque Temple,
les Ministres qui y avoient
esté donnez, prescheroient
tion de celuy de Montpellier
ayant esté faite peu de temps
apres, enexécution d'un Arest
du Parlement de Thou-
~)use,ceux de Nismes Se
dûtesqui craignoient pour
ceux lamesme chose, envoye.
rent dans les Provinces qui
se trouverent alors disposees
à Entrer dans cette Union,&
l'onassignauneConférence
générale à Thoulouse au 7.
M~y1683. On dressa, dans
cëttre Assemblée qui estoit
nombreuse, un Projet (Teneralh
ôc une Requeste au Roy.
La Requeste tendoit à excu-.
fer les attentats résolus par
ce Projet, qui contenoit seize
oudix-sept Articles, dont les
principaux estoient, f<!!'i[fi.
voit preschele zy.Juin dans toutes
les Eglises. interdites
,
sans
affefter de preschersurles
-
MasuresdesTemples,
dans lesPlaces
publiques;mais dans les Campagnes,
dans des "Bois
, & des
Jardins, Que l'on recevroit les
Relaps, ÇJT* les Catholiques qui
voudroient se'àmettre de lA R.
P. R. Qujn cas que l'on ne puft
obtenir la permission de tenir des
Colloques, il enseroit tenuÇcçretement9
où l'on recevrait des
Àiinijlres. Que lesAîintj'lresne
déféreraient point aux Decrets
quiseraient décernez centre eux,
au sujet de lJ Exercice de la
R.P.R. Ce Projet &la Requeste
au Roy, furent portez
par les Députez dans les Provinces,
pour faire executer le
Projetle 27. Juin 1685. mais
ceux du Languedoc, à cause
de la Foire de Baucaire, changerent
le jour assigné
,
& le
remirent au 22. Aoust, auquel
jour feulement on devoir
l'executer;mais le Sieur
Favier, Ministre du Dauphine,
qui estoit de l'Assemblée.
de Thoulouse, ayant divulgué
la chose à Grenoble, &
estant pasle à Genève où il
avoit fait imprimer la Requelle,
& en avoit laissé plufleurs
paquets à des Marchands,
pour la répandre dans
tous lesPaïsétrangerse rendit
dans le Bas-Languedoc, où il déclara cequ'il a-voic fait.
Le tout fut remis au 11. de
Juillet. L'on ne sçait pas encore
la raison pour laquelle
ce Projet ne fut point executé
ce jour-là, si ce n'est que
chaque Province estoit bienaire
de ne pas donner l'exemple,
en commençant la premiere.
Quoy qu'il en soit, le
Vivarets estoit dans cette incertitude;
mais ce qui détermina
la chose en Vivarets,
fut que les Directeurs de
cctte Province s'estantassemblez
le 15 Juillet à Vernaux,
avec plusieurs autres Personnes,
un Messagerqu'ils
avoient envoyé à Nismes,
leur a pporta une Lettre du
Sr Icard Minière, parlaquelle
il se plaignoit de la
lâcheté duVivarets, & assuroit
qu on avoit executé à
Sainte Hipolite le 11. & que
le Poitou, la Xaintonge &
la Guyenne, ne manqueroient
pas d'executer le 18.
Cette Assemblée ne s'arresta
pas à la simplerésolution
d'executer le Projet general,
en faisant prescher
dans tous les Lieuxinterdits;
mais avant que de se séparer,
elle fit un Projet particulier
pour le Vivarets. Ce Projet
particulier fut envoyé à Nifmes,
& dans les autres Provinces
,afin que l'on prist des
résolutions dessus, & que
l'ons'y conformaft. Il contenoit
en substance ka,il
fallÕit executer le Projet general
rasolu à Tboulouse,prescher
dans tous les Lieux interdits.
Pour cela, les Ministres du
Vivarets qui se trouverent à
cette Assemblée, furent distribuez,
tant dansces-Lieux
inrerdits, que dans leurs Annexes,
le 18. du mois de Jujl-,
let. On établitune Direction
fixe, composée d'un Gentilhomme
appelle des Fonds,
qui devoir estre Président;
du S' Homel, Ministre adjoint
avec les Srs Bertrand &
Blanc autres Ministres; &
d'autres particuliers Notables
du Pais, & l'on assigna
cette DirectionàChalençon.
Ce Projet portoit encore,
Qu'en CM que l'on enuoyafl des
Troupes,ilsse donneraient mainforte
; f!.u'à cet cfjit3il y auroit
un fanalpoufse rendre aux
Lieux qu'onattaqneroit} cT- que
ceux qui rcfufercicnrde piefierr;
cours, seraient dkl-re% Rebeller.
tT tr,Útî''Z comme Ennemis;
G)ion feroit des Compagnies en
chaque p. Í!(;,& qu'on nommerrooititdesOfficiers
; Que l'ontien- (1Pue l'on tiendroit
un Passagesur le Rône, afin
d avoirdusecours; Qu'ilferait
fait des Mémoires dans chaque
Eglise, des Relaps,ainsique de'
ceux Jue l'on dit estre érilez en
Prrfécuteurs)foit Prefîres, Gentilshommes3
ou dutres, dont le
Tableauferoit envoyé; &enfinv
luon prieroit Mrsd'Entragues,
en cas de besoin, de se vouloit
mettre a la teste des Troupes.
Apres cette Assemblee de
Vernoux du 15. de Juillet, il
fut presché le 18. dans tous
les Lieux interdits du Vivarets;&
ceuxquiavoientesté
élûs pour composer cette
nouvelle Direction à Chalençon,
s'y estant rendus, il
se tint une Aflcmblccgene'-
rale en ce lieu-là le 29. & 30.
dumesme mois. On y approuva
ce qui avoit cité fait
jusqu'alors.. On confirma la
Direction. On ordonna que
ce qu'elle jugerait, ou six
des Directeurs ensemble en
l'absence des autres,feroit
execuré; & que chaque Consistoire
ou Communauté, feroit
sçavoir quel nombre de
Gens de la R. P. R. s'y trouvoit,
ôc que l'on taxeroit les,
Aisez de cette Religion.
.<
Il y eutensuite une autre
Assemblée à Chalençon,
dans laquelle on élût des Capitaines
pour les Compagnies
qui seroient envoyées
par chacun des Consistoires.
On envoya des Députez aux
Sevennes, pour se trouver à
une nouvelle Assemblée qui
devoit se tenir àGenoüillac,
&qui ne s'y tint pas, à cause
de la mes-intelligence que
* l'on avoir tâché de jetter
parmy ceux qui devoient la
composer Les Points principauxd'Instruction
des Députez,
ainsi qu'il est juilifié
par un Mémoire, estoient de
remontrer entre autres choses;
Que ledesordre qui efiait
farmy ceuxde la R. P. R. uenoit
desfauxFrères, qu'ilsappeUoient
Temporijcurs, 19 qu'il ejloitnéctffaired'enfaire
des exemples;
Qu'il falloir premièrement s'attacher
aux Miniflres relâchez,
rU a ceux qui avoient paru contraires
à l'rxecutionau Projet.,en
UiJJantag,ir le Peuple contre ces derniers.) & mettant les autres *
en heu de seûreté, en cas lu)on
puft senfaijtr;sinon qu'il falloit
leur envoyer desGarnisons3 0*
les charger de greffes contributions;&
qu'ileftoitpareillement
dela derniere necefjttê de faire
quelques Exemples qui portaj1
sentcoup,dePersonnes de qualité,
Notablescontrairesau Projet.
Apres toutes ces Assemblées
& Députations
,
plusieurs
ayant pris les armes, se rendirent
à Chalençon, où il fut
fait une Garde, composée
tant des Habitans du Lieu,
que de ceux des Lieux circonvoisins,
qui venoient
chacun à leur tour se relever,
& qui logeoientparBillets
chez desHostes aux dépens
de la Direction, & on continua
les Exercices de la R.
P. R. dans les Lieux défendus,
avec armes & attroupe.
mens. On fit plus. On se
saisit d'un Chasteauproche
de Chalençon,appelléChambaud,
dans lequel on mit
uneGarnison,& d'un autre
appelléPierre-gourde. On
députa àNisines, & dans les
autres Lieux, pour avoir un
Secours d'Hommes & d'argent.
On promit beaucoup;
mais ces grandes promesses
aboutirent à l'égard de ceux
de Nismes, à mille livres; de
Lyon, deux cens vingt livres;
d'Usés,deuxcens livres;
& d'Annoney, soixante &
quinze livres, & on alla aux
Pïesches en Vivarets dans les
Lieux interdits; ce qui continuajusqu'au
30. Aoust, qu'-
une autre Assemblée s'estant
tenuëà Chalençon, on eut
le soin d'y faire trouver des
Gentilshommes, & autres
Personnes affectionnées au
service du Roy, qui tournèrent
les choses de maniéré,
qu'il fut résolu qu'on cesseroit
l'Exercice de la Religion
dans les Lieux interdits que
l'on poleroit les armes, qu'on
demanderoit pardon à Sa
Majesté, & qu'on Ce remettroit
à sa clémence. Il en fut
dressé un Aae de fidelité &
de soûmission,cetActe
a esté envoyé au Roy.
Les choses demeurerent Cftl
cet état jusqu'au 18. Septembre,
que ceux de la R. P. R.
apprirent que les Troupesde
Sa Majesté dévoient entrer
dans le Vivarets le io„
&c que quelques Maintentionnez
les assurerent que
l'Amnistie qu'on leur avoit
laissé espérer, & qui n'arriva,
que les22 contenoitune réserve
de tous ceux qui avoient
assisté aux Assemblées
générales&particulières, ce
qui comprenant generale
ment tous ceux dela R.P.R.
leur fit croire qu'il n'y avoit
aucun espoirde pardon pour
eux, & que les Personnes qui
les avoient portez à se remettre
dans le devoir & l'obéissiance
deuë au Roy, les
avoient sacrifiez. Cela fit
que quelques-uns recommencèrent
de s'assembler du
costédeChalençon le 19.10.
& autres jours suivans,&
qu'ils envoyèrent mesme;
le 23.unDétachement qui
s'approcha assez pres des
Troupes de SaMajesté, pour
insulter les Sentinelles, &
faire d'autres insolences la
nuit du t3. au 2.4. & celle du
14. au 2.5. ce qui obligea de
faire marcher les Troupes
contr'eux le 16. & d'en tuer
une partie. Cependant l'Anlniftie
ayant esté répandue
par tout toutes les autres
Communautez, mesme celle
de Bourieres, l'ont reçeuë
avec tous les respects & la
reconnossance qu'elles devoient
aux bonrez de SaMajessé,
& ont demeuré dans la
soûmission & l'obeïssance.
Le Lerger Fieurifte vous-.
est connu par tant de galant
Ouvrages, que pour vous
faire estimer celuy que vous
allez lire, ilme suffira de vous
apprendre qu'il en est l'Autheur.
C'est une Réponse
qu'il fait à la Nymphe des
Bruyeres, qui luy avoir mandé
comme par reproche,
quelecoeur qu'illuy offroit
n'eftoir plus à luy, ou qu'il
ne pouvoir y estre sans inconfiance.
LE BERGER
F LEURISTE,
-
A la Nymphedes Bruyeres.
AVùintquede me condamntr,
Tecroitôh, b-llcLiliane,
Sans recourirIl1laibi1carie,
£)uet'eut devriez* un peu mMe'txxaa--
miner.
Votufeavez, mon humeur ftncerey
Elle mérite de vei-s-s plaire.
De grâce donc, AU lieu de m'in:
fulter,
Trouver bon d'écouter
UnpetitDIJCQMSsansmijlere.
Autrefois, ilefivray3 Chrisavoit
mon coeur,
Elle enJentoit me(me ïardeury
Mlle envoyaitUJîame,
Elle en remarquaitlesfoupirs,
Elle en expliquait les desirs,
Etjà belle Ame
Faifoit de tout cela ses innocens
plaisirs.
L'union me paroissoit douce;
Mais qtioy que pour Cloris elle eujî
aujjîd'appasy
Comme ilnefrienquine change
icy -hM)
ZJvficra mouvement la pouffe
A quitter malgrémoy, nos Hameaux.
pourParis.
Êlle part, elle Arrive,elle le voit9
l'admtrsVefiimerïaimey
&pour toutdire,
Ilgdgntle coeur de CAoris,
Et le gagne sibien, que ccsetois
pourelle
Une douleur mortelle,
SiqlldqlJt événementqu'onnepufi
y Il détourner,
Vobliveoit de Ca bandonner.
Maiscefipeu de cctteviétoire,
JOueremporte Paris; l, Ilcjftctdesa mémoire 'auxAdorateurs qu'elle a leplu*
chéris.
Jefuisconfondu dans ce nombre.
dons ne m'écritpltté, ne pense plus
a moy; J'enfahe, j'en languis,sendeviens
comme une Ombre,
Etje mevoaenja,epreiquefane
effroJ)
Aux Pertes du Royaume[ombre.
Par bonheur, la raijonyvientarncYk
jèumrs,
Bile force rnarifllldnce,
Farune vive remontrance,
Et de mon deftfpoirchange le trifît
cours.
Mon coeur en est touchédevoir
le ramène. il a quitté Cloris, il a rompusi
chaîne;
La devoit-ilportertoujours?
Si c'efiassez, que d'une anneey
Four laconfiance d'une amour,
Jguand laconfiance efifortunée3
Et trtp de douze mois, quand elle efi
sans retour,
),la rupture nepeut quejlre à tort
condamnée.
dinfi 1ers que vers vous jefia m*
destinée,
Feintdereproche, s'il'VOIU¡lMf..
Surune affaire terminée,
où VQ/Id n'avez,peint cfintêrc/l.
Mon coeurse donne tel qu'ilefy
Sinccre cffranc, autant quon lepeui
efire,-
Croyantdehtnntfoy g&rderjufqu*
U mort
chdque nouvelle ardeur que ¿',¡mOllI
yfaitnaistre,
Et quil y garderoit, s'il avoir l'heureuxfort
Veftreenflâmépour une Belle
J?tàfifr c£humeurfidelie.
le n'en jureroispourtant-pas.
Tcut-on dans lavenir répondrede
fis p.u?
ecem'tc1685. L
Ce coeur ej1 François,fuitla mode;
Prenez-le
>
s*ilvousAccommode,
Vouiallez, dire qu'un Amant
Neparle pointffranchement;
-R.!Jc ce difeoursfaittrop l'indi.
férencej
Et quunwenfengeAdroit,galamment
¿tlJitf,
En amoury a lapréférence
Sur une rade vérité.
Si vot« leditesele ?erelè;
Maù quoy,je ne fçaurots ny mentir)
ny tromper.
On trouve- dans vos chaînes
Beaucoupplmd'attraits quede
peines,
Il ne croypm quej'enpuisse écka*
¡cr;
Cehpourtant arriverll pcut-cjhe.
Etquand?jenenJçay rieni qui le
ftAuroit connoijln ?
Le temps&le dessin,se laijjent-ils
-
reçlcr?
Leurconduite a le Cielpourmai(Ire,
Cessez, donc de veuten troubler.••
On ne dêit s'attacher dans le galant
mijlcte
D'unBerger&d'une Bergerr,
gu-àtextrême [laifir dontonjtfent
JOucahndaromnaéi,me,cr
qu'on essaime.
Nomgoûtons déjàl'un C~' l'autre,
LJ moitié de cetu auuct'nr;
PôHjfinîl'ouvrage à bout, partagez.
mon ardeun
Vous faites maïl dejïr,quejefajfc
le vojlrcî
Ce mutuel accord, efi le noeuddu
bonhtur,
Et nous n'en croironspointdesifort
que letiûjh -"
M de Fromonville ayant
obtenu le Gouvernement de
Nemours, y fit son Entrée
publique il y a fort peu de
temps. C'est un Gentilhomme
qui s'est distingué dés ses
premières annéesàl'Expédinon
de Gigery. Il s'y trouva
avec le Regiment de Picardie,
dont il elloit Lieutenant.
Comme il s'estoit toujours
attaché aupres de Mr
le Duc de Nemours, ce Prince
estant mort, il suivit la
jeune Princesse en Portugal,
lors quelle en eut épouié le
Roy. Il s'y maria, & y fut
tir
fait Capitaine dans le Régiment
de Chcvry. Eltant de
retour en France, ilfutBailly
de Nemours, Se Capitaine
du Chasteau, comme avoit
elle feu M de Fromonville
son Pere. En 1674.1c Royqui
avoit acheté le Duché de
Nemours avec le Duché
d'Aumale
,
à condition de
payer les debtes de laMaison.
de NcnlouTs, ayant donné
ce premier Duché à Monsieur
, pour su plément d'Apannage,
Mrde Fromonville
sceut ii bien gagner l'estime,,
& les bonneCs7 0graces de ce
Prince ,qu'il joignit à
-
ses
Emplois, la Charge de Capitaine
des Chasses du Duché,
& luy a fait enfin obtenir le
Brevet du Roy, de Gouverneur
de Nemours. Voicy ce
qui s'est passé dans son Entrée.
Le Dimanche dernier
jour d'Octobre, Me de Promonville
sortit le matin de
-Nemours, avec son Lieuteliant
&ses Gardes, & un
fort grand nombre de Gen-
- tilshommes,pour le rendre
-a Grés qui est un Bourg éloignéde
la Ville d'une lieue.
:¡:k Lieu fut
-
choisy pour s'af
sembler, & l'on y régla la
Marche, qui fut commencée
à deux heures apres midy,
pour entrer a Némours par la
Porte deParis. Plusieurs Compaçyniescoiiii-
iiandées chacune
par ses Officiers, s'avancèrent
en bon ordre3faisans de
continuelles décharges sur le
chemin. Quand elles furent
à la Porte de la Ville, elles
formèrent deux Hayes, &
s'arresterent pour laisser passer
Mr le Gouverneur. Les
Gardes de Chasse, comman.
dez par Mr de Franclieu,
Lieutenant, alloient les prer
miers,tenant l'Epéenue. Ils
estoient suivis des Sergens.
Mr le Prevoit des Marchands
,
ôc les ArchersaL
loient aussi l'Epée nuëiiiimédiatement
devant Me de
Fromonville, qu'on voyoit
au milieu des Gentilshommes
qui l'accompagnoient,
tous treslestes, & fort bien
montez. A rentrée du Fauxbourg,
Mr Marti, premier
Echevin, suivy de les Collecrues,
luyprésenta les Clefs
de la Ville, dans un Bassin
d'argent. Il s'agenouilla pour
les, recevoir, & remit ces
Clefs dans le Bassin
, apres
les avoirbaisées.LesEchevins
luy ayant fait leurs Complimens,
& leursProtestations
de fidelité, il continua
sa Marche jusques au Palais,
où Mr Hédelin, Lieutenant
General du Bailliage, & Mr
le Roy
,
Président de l'Elecrion.
le haranguerent,chacun
à la teste de sa Compagnie.
La Jeunesse de la Ville,
rangée fous les Armes,salüa
ceGouverneur d'une décharge
ç'enér-V-, &: fi-tofl:
quîlTutdonsCJlaftcau,
on
y défonça plusieursmuids de
Vin, qu'on abandonna aif
Peuple. Lereste du jour se
passaaux Complimens qu'il
reçeut des Principaux de la
Ville. Il fut traité le soir par
les Officiers;& le lendemain,
il donna à souper dans la
grande Salle du Chasteau. Le
Repas fut magnifique,&rien
n'y manqua, ny pour le bel
-ordre & la propreté, ny pour
l'abondance.Trois jours
apres Madame la Gouvernante
invitales Dames à un
Ambigu, qui fut précedé
d'unBal. Ce Bal dura depuis
huit heures jusques à
minuit. On n'épargna rien
pour cette Feste. Les Illuminations,
lesRafraîchissemens;
les Fruits, tout fut employé,
& cesDivertissemens
ayant continué plusieurs
jours, chacun tâcha d'y
donner des marques de l'estime,
& du respect que l'on a
pourcenouveauGouverneur.
Je vous envoyay dans le
mois de Juin dernier, une
Lettre que M Crochat, Professeur
des Mathématiques,
adressoit aux Astrologues Judiciaires.
Voicy la Réponse
.qu'on luy a faite.
A Mr CROCHAT,
lSeurcesqu'il aécritcontre A strologues.
J E ne fçty, Àlonfieur
y
quel
fera lefruit de njoflre Lettre;
il doit eftrc grand, puis qu'on efl'
extrêmement dïspose a croire et
quise dity contre quelqueScience
quece foit;ma*u particulièrement
contre Astrologie,laquelledj/ant
(fié pratiquée par les Anciens
fort beureufement
3
n'cft plus a 4
mode, *.n ceteps que ton rieflime
rien qui nefdit nouveau, commt
sitoutel'Antiquité avait manqué
de lumierts., & quil fufft
de citer les Anciens, oude pratiquer
ce quilsont enfeignée»pratiquéyfour
epre traité de ridicule.
JMau pour faire noir quefilon
meprise
3 ou
condamnelAstrologieyceflsans
raisongiffansfondement,
je réponds aveftre Problême)
& j'en promets lafielutWIi)
quand vous leJoubaitere^
Cependantvous ne trouvère^ pas
mauvais
j
si en uouUnt etMir,
t
ou défendre lAflrolo'ie,des injures
que vous luyfaites ,ilmechape
quelque chifè qui jeu daignédu
rejpeél que je devrri 4
un Profiejifeur de MAthématique:
si pourtant ce n'eflpas a voirbeaul
coupdefioyy de croire que vous
le foye^t lors qu'on lit dans
vofire, Lettre> Que le Pôle des
Aiaifions Analogiques (si dans
Tlnterfiettion de l'Horifion3&dit
Méridien; ce que d'autru que
rnoy5 traitement d'une alifùrdlté
indigne du plus petit Ecolier. Si
je me fiers d'un met qui vont
bleet, vous enjefies causes efiant
fiorty le premier du refpeél qu'on
doit a la divine Aflrologie.
La Question que vousproposez..
ne
roule que sur la maniéré de
drejifer une figure natale fous le
Pôle, 01i la Sphère efi paraleae.
Laebofe vous a paru peut-eflre
difficile à résoudre, gr 'VOHi 4've,-,
cru parlà embarjijferles jdflrologues.
Vous ta1:Jt'Z mifm( accompagnée
de certainesrefléxions,
sur lesquelles vous croje%'qu'il
ferait impojjible de vous satisfaire.
Cependantcenejl qu'une
bagatelle; @f quand il vous
plaira de donner
le
tempsprécisement,
pendant lequel cette naissance
est Arrivée
.,
je vous en sel
ray la FigureJaussifacilement
qu'en aucun autre heu du monde1
Vousfeave^,Monsieur,quece
ljueje vous demandeejlunprin*
cipe incontestavieacisipmogie,
&sans quojs l'on riajamais
faitaucunThème cetene. CeU
vous emtarajfera peut-eflre à
vostre tour. Jerien doute-pas;
car il meparoiss beaucoup de difficulté
ÀJfavoir l'hrure qu'il peut
tflre en un lieu, où il n'y apoint
de Méridien
f
puis que ce rieft
qneparlaproche3 ou parl'éloignement
du Soleil au Méridien,
que l'on mesure lu temps. Quand
vous la {çaurrzJ & que voue
me l'aure%*dire,jefatisferay à
ma promejp. Ce fera environ
dans le temps que nous verrons
achever la Tour quEfope entreprit
de bafllren ïéùr; mais que
dis-je, lors que je vous demande
une naijpwce +r'ï*vte Jous le
Po,le-, puis qu'il rI irûpêjj&lequi'l
syen fdjje, le Pôle ffttnt un
Point Mathématique fous lequel
il ne peutnaiflreperjonne?
Je ne puis croire que vous pretendiez
entendre, que ceJoitproche
duPôle, qu'un Hommejoit
ne, puisquevousfçahfe^^ ou deve^
sçavoiryque Jcan-THaptifte.
Morin a donné une méthode
exacte&naturelle
y
de drejjerune
Figure natale pour tous les lieux
habitables; & qu'il dit, quanlieu
ou il nese peutfaire de di'
ission de Adaijonscelefies3 la
aujjiil ne sepeut faire de Génération,
l'une efiant U cause de
l'autre; ce quise prouvepar l'exp/
rience. C'efloit un habile
Homme que le SieurMorin, bon
Tbilojbphe
y
& grand Mathématicien3
mats qui a peut-eflre
eu le malheur jusqu'àpresent de
rieflre pas connu de vous; car
s'il tavoit esté, vous ne nous citetieZ-
Pas Pic de lAmirande, &
,Alelxandre de Angelis, pourdétruire
ÏAflrologie,puisqu'ila puis qu a
répondufortement{&d'une manière
ane point laijjer lieu de
douterdelavérité de la certitude
detdflrologie) a toutes les olr^
jeclions quise trouvent dans leurs
Livres
3
Cr, a toum celles que l'on
powroitfaire contre cette Science
Phifq^e, En attendantque vouï
le lisiez, je nous confedle de ne
patfaire des jugement téméraires
contre les sljlrologues^
fourcroire que cesi par des PréJuge^
qu'ilss'attachent a cette
Science, puis que ce riest rien
rxcins que cela) (^r quelle (si
foonnddééee ssiur l'expérience& la rau
son, qui fùntdes preuves aussi
assurées dans les matieres PhijL
ques,que lesDemonïïrAtionslt
fontdanslesMathématiques.
Je fintray) pour ne pas paffer
les bornes d'une Lettre, en vous
remerciant au nom detous les
AUrologues ,
des faveurs que
vous leur offrez de la part de
Mademoif lie 'Dramey a condition
qu'ilsrenonceronta lAftrolozie)
pourembrasser l'Aflronomie.
Il riyen a pas un qui les ef.
time Itffiz ypourpayer ce quelle
en demande deux, @fqui veuille
quittercette Sciencepour ïAftro*
nomiey ktquelle feule riefl bonne
à rien, n'est utile qu'en ce
!qour'ieell.e efl employéepouriAftro-
Et en effety sans lefruit
quengus en recueillonspar la BELK
AFfrologie) toutes lespeines dei
Thkb$s,desGalliéedevejbrc
AM/x~ de CaJfint luy-mesme, qui * ont travaillé depuis si longtemps,
pourreconnoijlre Il/vec exaflitude
tous les mouvemens des planetes, e particulièrement de Saturne.
Jupitery Mars, Vénus.& Mer.
cure, demeureroientinutiles ce
ne feroientpas plus avantageufè?
& a eux (t) aux Public, que
s'ilssoccupôient d compter les
joutes d'eau qu'enferme la Mer.
Jefuis vostre, te.
LE SERRURIER, demeurant à
Châlons en Champagne.
M le Marquis de Mire-.
poix soûtient en toutes occasions
la grandeur du Nom
qu'il porte, par une magnificence
qui semble attachée
à ses avions, & à la personne.
Tout ce qu'il fait est grand;
mais il ne paroist jamais tant
l'Aîné de l'illustre Maison de
Levy, que lors qu'il peut
joindre les intérests de la
Religion à ceux de l'Etat.
Tout le monde connoist le
succés extraordinaire avec
lequel il s'y applique dans
Pamiers, & dans tout le reste
de la Province de Foix, dont
il est Gouverneur.C'est dans
cette Ville qu'il fit faire un
Service tres- solemnel pour
la Reyne, dés qu'il eut appris
sa mort. Cet empressementn'a
pas suffy à sonzele,
& il a voulu porter plusloin
la reconnoissance qu'il doit
aux bontez distinguées dont
cette grande Princesse l'avoit
toûjours honoré. Sa
Majesté luy ayant envoyé la
Commission pour tenir les
Etats de la Province, il les a
convoquez dans la Ville de
Foix mesme. L' ouverture
s'en fit le 8, de Novembre,
On y délibera d'abord sur
les Dons ordinaires, & on y
reçeut tout d'une voix les
intentions du Roy, telles
qu'on les expliqua. Mrl'Abbé
de Paylhez
,
qui est à la
teste de cette Assemblée, en
l'absencedeMrEvesque de
Pamiers, y représenta avec
beaucoup d'éloquence la
perte que la France a faite
par le deceds de son auguste
Ôc pieuse Reyne. Son Die.
cours estoit tres digne de
luy. Aussi résolut-on, si-tost
qu'ill'eut proposé, de faire
connoistre par un Service
pompeux l'extréme venération
tion que l'onconservoit pour
cette Princesse. Ce Service
fut fait le Jeudy suivant onziéme
du mesme mois, avec
une magnificence qui est
peu connuë dans les Provinces.
Les Etats le rendirenten
corps, & en grand deüil,
dans le Chasteau de la Ville
de Foix,oùMrde Mirepoix
les attendoit. Quatre Personnes
des plus qualifiées
des Etats, ayant degrands
Manteaux longs, prirent le
Poële, lors qu'ils sçeurent
que le Clergéarrivoit en cerémonie.
La Marche se fie
dans l'ordre suivant.
Six-vingts Pauvres habillez
de gris, alloient deux à deux,
avec de grandes Torches à
la main, &apres eux, les Penitens
bleus en fort grand
nombre, ayant aussichacun
un Flambeau. Les Ordres
Religieux venoient en fuite
selonleurrang; & le Clergé
de l'Abbaye les suivoit. Deux
Exempts des Gardes marchoient
à la teste de toute la
Maison de Mr de Mirepoix,
qui estoit toute en grand
deuil. Tous les Gardes estoient
mesmehabillez de
noir fous leurs Casaques,&
avoient de grands Crêpes
au Chapeau. Ils portoient
leurs Mousquetons renversez;
& les Tambours & les
Trompetes faisoient un bruit
lugubre, qui fut repris en
divers endroits de la Mené,
Les Gardes environnoient le
Drap mortuaire. Le Lieutenant
des Gardes, &: les autres
Officiers,venoient en suite,
précedant Mrle Gouverneur
engrand deüil. Son grand
Manteau estoit porté par
trois Gentilshommes, qui
avoient eux -
mesmes de
grands Manteaux portez
par des Laquais. Mrl'Abbé
dePaylhez venoit immédiatement
apres eux, en Rochet
..¡¿ en Camail, & il avoit à sa
gauche MrleComte de Foix.
En suite marchoient deux à
deux, tous les Seigneurs,
Gentilshommes, & Consuls
desEtats, selon leur séance.
Toute la Milice de la Ville
& du Chasteau, estoit rangée
en haye jusques à l'Eglilé.
Sans cette précaution on
n'auroit pû garder un ordre
bien régulier dans une Marche
où l'affluence prodigieuse
de monde qui avoit accouru
de toutes parts eustinfailliblement
jetté beaucoup
de confusion. On fè rendit
dans la grande & belle Eglise
de l'Abbaye, que l'on trouva
toute tendue de noir à trois
Bandes deVelours, chargées
des Armes & des Chifres de
la Reyne, & de Trophées de
la Mort.Dans le Choeur eftoit
un Mausolée fort bien
entendu,élevédecinqMarches,
avec la Reprélencation
de la Reyne au milieu. Six
Colomnessoûtenoient une
Chapelle ardente extraordinairement
illuminée. LeMausolée
estoit d'un Dessein particulier.
Il y avoit à chaque
coin quatre Gardes, & un
Officier, & toutes les Places
du Choeur estoient si bien
disposees, que tous ceux qui
les occu poient, relevoient la
pompe de ce Deüil. Quand
chacun eut pris la sienne, le
CélébrantcômençalaMesse.
Mle Gouverneur n'avoit devant
luy que son Capitaine
des Gardes, & les Aumôniers
duChasteau. Il alla seul à
l'Offertoire, apres avoir fait
les revérences de cerémonie
à l'Autel, à la Représentation,
6cà chaque Corpsdes
Etats. Il revint en fuite à sa
place avec la mesme cerémonie,
& l'on entendit l'Oraison
Funebre. M l'Abbé
deRodeille,qui la prononça,
soûtint admirablement l'approbarion
qu'il avoit déja
meritée àPamiers, tx que
ses Sermons ont droit d'attendre
par tout, apres le succésqu'ils
ont eu plusieurs
fois dans les Chairesde Paris.
Toutesles Cérémonies que
l'Eglise pratique ende femfclables
re-nconttefc-allant fînies,
Mrs des Etats accompagnèrent
en corps Mde Mirepoix
au Chasteau. Il traita
les Principaux avec toute l'abondance
& la propreté
qu'on peut attendre d'une
Personne qui est magnifique
en toutes choses.
Le Mardy 30 de Novembre,
Mademoiselle de Belin,
Fille de feu Mrde S.Marceau,
Capitaine d'Infanterie, au
Rég1 iment Lyonnois, tué au
service de SaMajesté,abjura
l'Héresie entre les tfnains^du
Pere Alexis du Bvie Théatin,
Xl'iffiyîjielaControverse.
Trois jours après, Mrde
la Haye-Grandville, fit une
pareille Abjuration. Il est
d'une illustre Famille de Bretagne,
qui a toujours esté de
la Religion Protestante, &
qui a plusieurs Parens Ministres,
& entr'autres le Sr
Pinot Ministre de Genéve.
il yavoir déja quelque temps
que ce mesme Pere travailloit
à le retirer de ses erreurs.
Je vous envoyedes Paroles
d'un Amant, qu'un
habile Maistre a mises en
Air. Vous jugez bien, puis
quelles sont d'un Amant,
qu'il faut quelles soient
plaintives.
- AIR NOUVEAU.
BEAU jardin, beau RltijfiAN)
itmoin dermnmartyre,
Bûi^êutoiniePkiltsjevie/ssverj-er
despleurs,
JZngAgLz,l'osZéphitsapUindre mes
malheurs;
ONJidllnJ tesbeaux Lieux ils ne
valent éju2 rire,
EE>;-j~~- lesdHmoins à dire o•'»Il Jrt
A yhilis quejemeurs.
Rien n'est plus aisé, ny
plus narurel, que les Vers
qui suivent. Ils sont de Mî


Valnay, Controllcur de la
Maison du Roy, &: ont esté
faits pour une Philis., dont
je vous puis apprendre le
nom. Elle s'appelle Madame
Hullot, & est Femme d'un
Secretaire du Roy. Il seroit
fort difficile de trouver une
plus habileChasseresse.
CAPRICE.
QZJoy que lA Fable ait tant
'VtZlUe Lj Ci'ecc,&-Jon arwûjtt-iîe1,
La FrAbct Cemportesur elle.
Son Héros efldans lesIwzards
Plus grandqueJupiter, ou AfArs.,
Ne l'eftdans(Agloire immortelle.
Malgréfisplus puissansRivaux,
D'unfovfjh il rcr.verse uneVille.-
Herculeafait douzeTravaux,
LOFIS-en a faitplus de mille,
Autrefois ce grand Apollon
Jaoua-fitmieuxduViolon présent fillujlre le Peintrt;
JEt rlrzle Troyeneut-il l'art
D'orner1-i Corniche&le Ceintrc
.,AIIJfl richement que Manfart ?
Nousavons de belles Helenes,
Trop, aitgré de certains Maris.
NOMSm manquonspoint de Parts,
Vne en asouvent des douzainesi
Mais nom avons pour lavertit,
Tour le courage,&p°ur tadreffi,.
Dequoy l'emportersur la Grece,
Quelque IJécjJè qu'elle ait eu:
z,':,ne des nostressi Charmente,
Jgji'ûnnepeut la prisier AjJèz,
Auroit fait la leçon à trente
De ces Belles des temps passez,;
c'cjl phi/ú queje veux dépeindre;
En grâces elle vautVenus,
Et quandje dirois un peu pltu, Je n'auroupa* beaucoup à craindre.
Terpsicore, du ClaveJJln
N'avoit pas le toucher sifin
J&MC cette (cavantc Muveilla
Jamais jeu nefut si polyy
J'en prendrais à témoin t'arfille
De Fincomparable Lully.
Mineive ejtoit bienmoins parfaite
En ouvrage au petit Me(lien
La Bourcequevhilumafaite,
Est un chef d'oeuvre tout (¡¡tÚ-r;
Mais tout cequeje dis là d'elle,
N'estàmonsensquebagatelle,
Eres de son adresse àchasser.
Cefi 14 qu'elle estdesplussçavantes,
Et quellepeutseule effacer
Diane & toutesses Suivantes.
Cette Fille de lupiter
L'auroit elle osé disputer
A nôstre charmante Chasseuse,
Elle qui dedansses Forests
Tirait à tajftjl defort près,
Comme une pauvre paresseuse?
Idaù pbills, le Fusil en mdini
Pouseàcheval ou Liévre, ou Daim,
Parles Valons& les Montagnes,
Etplusvistequeles Eclairs,
1Pren9dplaifiràfendre les airs, (liecfienpleinesC,impagnes.
D'autrefois auxjours de repos,
Surisjamais se Ujfr de Chasse,
Neptune la voit surses flots
Pleine cCardeur parmy laglace.
L'Hyverqui charme les Canards,
Ravit aussi nosire Déifft)
£hiipur mirer un coup d'adresse,
Affronteroit mille hazjtrdsi
EUtsi rit de lafroidure,
Et tant queCAfre dujour dure,
Tombait,ilneiges &gréfily
ilfautqu'elle achevesa queste,
Et quelle abate chaqueBesse
Jîhtisepréfenîe kson Tufil.
Témoin de ce noble Exercice,
Ml algréDécembre, crson couroux, £veux,en luy rendantjustive
Direiiyleplmbeau des coups.
A mesyeux elle vientetabatre
D'unseuloccuptrois Canards de quatre
£>ui foiàtsoient dans les Roftllltx.
De foiyAmepuscene Belle
Asi bien tiré ces Oyféaux,
Jïrieje les tiens dansUNacelle.
Du amIs que les coeurs&Usyeux,
ÊnchantLz, par Cidolâtrie,
Recoinnoissoientautantde Dieux
J$ued'IllustiesdansleurPâtrU;
Philis aarpit du Miifu eJlé .,
LADeejjedelaÇire\
, On CAur-ôitpeinte (ilfis Images
Tarmy les Mailires dHNectar,
Molement ajjljc enfin Chat Í;
Tirépar des Canardssauvages.,
On a toûjours dit que les
grands Hommes ne mouroient
point. Cette vérité a
paru dans la mortde Nl'Bernardi,
Chef de cette illustre
Académie, qui s'est acquis
tant de réputation, non seulement
en France, mais encore
dans tous les Etats qui
en font voisins.
Il a laissé un Neveu de son
mesme nom, Héritier de ses
Biens, & de les bonnes qualitez.
Ainsiil semble que
MrBernardine foie pas mort,
puis qu'on le voit revivre en
la Personne de son Succesç_'
ur,qui après avoir appris.
sesExercices dans cette Académie
,& faitquelques Campagnes
pour s'instruiredans
le Métier de la Guerre, eilait
revenu au pres deMr Bernardi
son Oncle, &clavoir
aidé dans son Employ pendant
les dernières années de
sa vie. Ce Neveu occupe aujourd'huy
dignement laplace
dans le Manége, & dans
les autres fonctions de l'Académie
, qui est toujours
soûtenuë dans le mesme
ordre, ôc dans la mesme réglé,
par Mrde Châteauneuf-
Carbonnel. Je croy vous
avoir déjà marqué qu'il a esté
associéplus de vingt ans avec
feu Mr Bernardi, avec tant
d'union
,
& de bonne intelligence,
qu'il a toujours paru
au Public, qu'il n'y avoit
qu'un seul esprit en deux Personnes
diférentes. Les Gentilshommes
de cetteAcademie,
animez parles fauxbruits
qu'on falloir courir,
qu'elle eitoïcdecheuc du premier
éclat qu'elle avoit Cu,
ont augmenté leurardeur &:
leur courage,<dans les Attatqiunuesé
ddueFFoorrtt,cqeut'tiles aonnntéceo,n&-
meCme:avecplusde"
lueces
çv&clesannées.prebedentesl
Lapremiers entreprile de
cette jeuneNobleiTe, fut d'ataques
ce Fort par une Eicalade,&
parlesPétards, Mrle
Prince de Masseran, qui par
l'abience de Mrle Marquis
de S.Simon,Neveude
dame la Duchesse de Richelieu,
se trouvant le Doyen de
l'Académie,conduisit Je
Détachement quidevoit efj
calader la Place.M le Gomte
de. Guébriant Neveu d'un
Maréchal de France de ce
nOin, estoit.a la testé. d'une
autre Troupeqm conduisoit
les Pétards.Le gros desTroupes
-C/ \a 1
pes suivoit; -a te fle Ice ayantàlateste les
autres Chefs de l'Académie,
pour soutenir ceux qui dévoientescalader&
petarder
la Place.L'Action commença
par l'Escalade. Les
premiersquiavoient monte
dans un Bastion par les Echelles;
ayant cité découverts
par la Sentinelle qui
donna l'allarme, on ne laissa
pas de mettre le feu au Petard
qui enfonça la Porte;
mais la Garnison avant accouru
aux
deuxendroits attaquez,
s'opposa;dun costé
à l'escalade qu'on faisoit d'un
Bastion, & d'un autre costé
abatit la Herse,& arrella
ceux qui se mettoient en
état d'entrer par la Porte. Le
gros des Assaillans s'estant
approché de la Place pour
soûtenir ceux qui avoient
commencé les Attaques, ,&
la Garnison d'un autre coftç
s'estant mise en défense, on fîtgrand feu de part & d'autre
pendant une heure. Ceux
de la Place ayant renversé les
Echelles avec leurs Canons,
& jetté de la Paille allumée
pouréclairer danslesFossez,
défendirent si bien les Postes
où l'on avoit fait l'Attaque,
& jetterent une si grande
quantité de Grénades sur.les
Assaillans, qu'enfin ils furent
obligez de batre la Retraite.
Elle fuA faite lans confusion;
mais comme les mauvais lueces
ne font bien souvent que
redoubler le courage des
Ames genéreuses, on tint
CCoonnsCe-,~iil de guerre, 6c on ré- ldeçuerre & résolut
de faire un second effort
pour emporter la Place d'emblée.
Afin d'exécuter ce def.
sein, on sépara.ces jeunes
Guerriers en plusieurs Corps,
quidevoient faire de faulses
Attaques, pour amuser la
Garnison en diversendroits,
- pendant qu'un autre Oéta.
chement approcheroit ftns
bruit, d'un endroit de laPlace
, qui n'estoit pas si bien
gardéqueles autres. Toutes
ces fausses: Attaques firent
grandfeu,& la Garnison n'en
fit pas moins. La Troupe qui
attaquoit la Porte, jetta quarv,
tité dé Grenades contre ceux
-, quidéfendoient la Herse, ôc
fit passer un nouveau Petard,
pour l'apliquer à cette Herse.'
Le Détachement » qui avoit
approché de la Place sans
bruit, commença l'Escalade
avecsuccés, & s'estant rallié
dans•un Bastion, vint attaquer
enflanc ceux de la Garnison
qui défédoient laHerse
que le Petard venoit d'enfoncer.
Enmesmetemps,toutes
lcs>
lesfeuflcs Attaques se corityértkent
eve veritables, & le réhacune de son coite; de jfortequ'enunmornenr, on
Viemonter à l'Escalade de
toutes parts,&forcer le Fort.
LaGarniton s'estant rassemb]^
edansun autre Bastion,
-<lemâfidaquartier, ce qui luy
-fut accordé. '.,

Mr le Marquis de S. Simon
,Doyen de l'Académie,
c(tant revenu du Voyage
qu'itavôit fait avec le ROT,
aux divers Campemens de
-tes Troupes,•les Gentilshommes
de cette Académie
commencerent à
-
faire;un
Siége dans les formes. On fit
les Lignes de circonvalation;
on ouvrit la Tranchée,qui
futsoûtenue par uneRedoute
qu'on fit à la teste.
Les Assiégez ayant mis le feu
à un Fourneau qu'ils avoient
fait sous cette Redoute,elle
fut perdue
,
& puis regagnée.
Le Logement sur fait sur lar
Contrescarpe, & ruine encore
parle feu d'un.Pourneau
, &: par une Sortie des
Atriegezi mais ce Poste se
reprisun peuapres ^&;lc Logemencadurc.
Le Fossé ayant
estépercé,on attacha leMineur
,à laDemy
- lune.On
y fit une Bréche raisonnable
par un grand Fourneau,&
ce Poste apres avoir estébien
attaqué, & bien défendu,
fut enfin emporté par les
Assaillans qui le logerent
dans la Demy-lune, ce qui
fut cause que les Assiégez
demanderentàcapituler. Us
sortirent avec une conbpofil
tionraisonnable. Mts les Mar
quis & Chevalier Degault,&
de Vezellay,Mrs les Comtes
de Lamberg, de S. Marsan.
de Lhôpital, & Deuchin,
M* les Marquis de Pierrecourt
, de Maridor»-delaRi.
viere,& de Chabane,& genéralement
tous les autres
Gentilshommes de l'Académie
, firent connoistre dans
cette occasion ce qu'on doit
attendre de leur courage,
lors qu'ilsseront à la teste
des Troupes de Sa Majesté.
Le Nonce du Pape, les Ambassadeurs
d'Espagne,& de
Savove, & plusieurs autres
Ministres des Princes Etrangers
, onteu la curiositéd'aller
voir plusieurs fois les Attaques
de ce Fort, &ont
bien compris,que la France
ne manqueroit jamais de
bons Officiers, puis qu'il y
a tant de belles Ecoles, où
l'on instruit de bonne-heure
la jeune Noblesse dans l'Art
Militaire.
La placequeMr de Mézerayavoit
laissée vacante dans
l'Académie Françoile,aesté
remplie par Mr Daucour. Le
choix que MrColbertavoit
fait de luy> pour le mettre
aupres de Mrle Marquis de
Blainville son Fils,dit plus
àson avantage,que toutes
les loüanges que je pourrois
luy donner sur ion edprit, &
sursa conduite. Il commença
à paroistre dans le monde,
par un Ouvrage qui luy acquit
beaucoup de réputation,
& qui a pourtitre,Sentimens
de Clcante
,
sur les Entretiens
d'E~~r d'driftr. Depuis.
ce temps-là, les occupations
ne luy ont pas permis d'en
faire beaucoup d'autres. Le
Discours qu'il nea l'Académie
le Lundy 29. Novembre,
jour de sa Réception, ne
laissa douter personne, qu'il
pc fust capable de réüssir
danstout ce qu'il entreprendroitd'écrire.
Ce Discours,
quoy quefort long, futécouttéeaavveecc
lulnneeaarttetennntoionnqquUiI
faisoit connoistre le plaisir
qu'onen recevoir. Comme
il y avoit déja plus de trois
mois que la Compagnie l'avoit
: agreé
,
sans qu'il cust
encore paru dans ses Assemblées
,il s'enexcusa
,
sur la
douleur que luy avoit causé
la mort de Mr Colbert, &
prenantde là occasion de
s'étendre surles grandes qualitez
dece Ministre, il fit
voir avec beaucoup de force,
&de netteté, tousles avantages
que la Franceavoit reçeus
de l'infatigable vigilance,
aveclaquelle ils'estoit
incessamment employépour
le service du Roy,&pourla
gloire & la grandeur de l'Etat.
Il exagéraensuite,combien
il estimoit l'honneur
d'estre associé à une Assemblée
d'Esprits choisis, qui
travailloient à mettre nostre
Langue danssa derniere perfection
; & dit, Que comme
apres la raison, qui (si l'essence de
l'Homme,rien ne luy estoit fl
fppte3 ny siutile que la parelrï
sans laquelle la raijon mefîne ne
peutfe faire connoiflre
,
ïapplication
que AieJJieurs de l'académie
donnoient à polir, & àper..
[rélionner cette parole
j
eftOlt un
desplus importans ufaçesde lA
raisùn).f# quicontribuât davantage
a la prospérité des Etats. Il
.prouv'a cela, en sassant voir,
Que de toutes les Mations de la
Terrey il riyen avoit point eu de
plus heureuses,
ny de plusnnom-
mecsj que celles qui avoient eu
surlesautres l'avantage de bien
parler; que parmy les Grecs3 ces
famtufis failles qui avoient (ur.
RajJé toutes les autres en f?lcn,
deHTy les aboientauJjt [urfaf
fées en éloquence; & que parmy
les Romains, l'heureux Siècle
dsÎHgusle riavwtjm moins eslé
le comble de l'éloquence Romainey
que le comble de la grandeur, & d?lamajejféRomaine. Ilajoura,
Quon ne devoitpas s'étonner de
cette liaijon du bien public at/eè* lelaquence
-'
filon confldéroit que
cessoit l éloquence qui récompensaitleplus
Tnd{,PJfiquement
ceux qui travaillaient pour le
bienpublic; rien n'ejlantcomfroe*
rable à lit glorieuseimmortalité
quelle donne, st) quellefeule efl
capable de donner; Que tçut ce
quavoientfait les Arts durant
les premièresAlonarchies, ejioit
entièrement détruit; que lEmpire
des Grecs, & des Latins>
eafitaneantydepuis plufteurs siecles;
muis que l'Empire des Lettres
GrccqueseLatines, jÛbftfait
encore aujourdhuy, c.:ï séti-
ndoitpar toute la Terre; keu,e
la gloire que produit tArt de
parler riefaitbornee ny par les
temps, ny par les lieux; quelle
ilvoit toujours esle le plus cher
objet des plus grands Héros;
quAlexandre & Cefar en
avo:entejlé tellement fC~f~
que toutcequilsavoient fait de
a-rande de merveilleux,ilsne
l'avoient fait que pourelle; que
l'un avoit pleuré publiquement
sur IrTOYllheltu dAchille, en 5Ycriant
,O que vous estes heu,'
reux d'avoir esté loüé par
Homere :&quel'autre avoit
voulu estre luy-mesmeson Historien.
Apres avoir rapporté
plusieurs autres avantages de
l'Art de parler, dont Mrs de
rAcadémierbnc profession,il
dit, en parlantdu grand Cardinal
,de Richelieu; Que le
desseind'établirune Compagnie,
f.ute composée dePersonnes illustres,
ou enPoësie,ou en Hf
,ou en quelque autre genrâ
i'éloquence.,(ce qui l* rendoit unr
àti plus politiques, al des plut
célébrés jtfjjcmhlets que le monde
tufl jdmdif veuës efloit une
marque de lasublimitede ses lu*
mitres, qui Itty faisoient voir
dans l'avenir que ses grands défi
fins pour la Franceyferoienturt
jour executez, & qutlviendroit
un temps héroïque, dont lesmer-
Mettes ne trouveraient jamaii
d'Hifioriens, de Poëres9
&d'Orateurs• que ce temps ejlùit
'venu; que le dcjjeinquavoit
prit un illujlre Chancelier, de
Her ljàfadcmie Francoije dans
son Palais
, qui ejlêit le premier
Tribunalau Royaume,avoitejté
un heureux préface qu'elledevoit
dpprocber du Trône , £7* loger
dans l'auguste Maison de nos
Rojs; que c'estoit It comble de
gloire pour elle
,
quelle pût "Fpeuer
son Protecteur,celuy que
toutes les bouches de la Renommée
appelloient, le Vainqueur des
Roys,le Maiflre de* Mers, tadmiration
de toute la Terre. Il
passa de là à l'Eloge de cet
incomparable Monarque; &
apres avoir dépeint quelquesunes
de ses merveilleuses
Actions, avec destraits d'une *,..-- -1
V.
éloquencetres-vive,voulant
faire voir que jamais Potentat
sur la Terre navoir donne
tant d'éclat à la Majesté
Royale,ildit,Qu'en quelque
etatque ce Princesufl, quoyqu'il
fist ou qu'il ne fist pas, il paroissoit
toûjours avec une grandeurinfinie;
Ques'ilparloit, c'estoit une
p arole effective quisembloit produire
les choses mesmesqu'ellesi-
£nifioity&que s'ilneparloit-pas,
c'estoit umience quiétonnoit, £r
dans lequel onsavoit bien que se
formoit le destin des Etats;Que
s'il faisoit la moindre démarche,
son aéhon donnoit le mouvement
A toute l'Europe; que s'ilnen
faifiit tlucunt) fin repas ternit
tout l'Univers rn suspens; (9*
qu'enfin que que l'en pufl regar-
: der en luy,parole} sîlence y#iotL
vement,repos,toutytpoitgranieur,
gloire
J
puissance , auto- rite. -\ -. \1'-' e,
MrDaucourayantfinyson
Discours, en protestant à
Messieurs de l'Académie,
qu'il conserveroit toûjours
@
pour la grace dont ils l'avoîent
honoré,une parfaite
*reconnoilîance dans un coeur
tout plein d'estime, de refL
peët, &de soûmission pour
leur Compagnie, Mr Doujat,
qui en ert présentement le Directeur,
luy répondit à peu
Mprés en ces termes. ONSIEUR,
L)Acad,énJÚ Françoisè Aura,
d ¡:. toujours ,>sientzmrns d,e venert*
tion & de rrcQnnojffjince
y
p,ur
la mémoire du grand Miniftre%
dont la perle ne luy rft, pas moins
jinfible qu'à VOUA. Comme cçjl
un malheur qui nous est commun*
il me feroit; difficile detrouver d&f
1<y,nts propres pour vous donner
l*.conjoUtiw dont nous tvotif
fionsmepnes}efoin,Nqh$finioiH
fs.itunpeuauparavant une autre
perte confderableyenlaPersonne
de M1 de }vlrzér.J/}'. La Compagnie
setenait honorcedesa profonde
érudition, & de la beaute
deson efprtt.Toutlemondefçnt
ce que luydoit noflré Hzftoire,&
YÎOUSsommestémoins delagrande
,arr qu'il a eue a nos Travaux
ordinaires', parune continuelle
application
J & par une étude
particulière des Langues, quipeuventservir
a rendrelanojlreplus
parfaite. Ontrouvoittoujours de-
',uoy s'instruire dans sa conversation,&
ron vojeitaisément
qu'ily avait peu de choses dant
rrtrndui des belles Lettres, qui
fe~ussenft féCcbapéÀsa C<~~ connvfjiince.
.) Vous povve%j^rcr, Mofè
fieur, par le .c/JO'X qUe tActtJé.
mie Francoise asa,itde remplir U place ci un Homme J:
cemérite3 qulie ejlm?eliefii-'t
devoflre Pcrjonne.,Elle a confld?
réws talens/qni malgré le
- Pr;s de lfoin que es C-tnousave^
prisdelescx- ,jl/e iuconnus. )\)eflre inconnus,
qu'àceux-y qui riontAucune connO;
fJance du monde. Commeelle*
4
beaucoup de fatisfixéhon de
1ms uoir entrer dans fies exercices>
elle espere que par nojlrc
fijïiduitévous répondre^*fon^k
tente9 que vous contribuerez
beaucouppAr leslumieres devojlre
espritj à la perfectiondes Ouvragesqu'elle
A voulu entreprendrr.
Elle espere mepne quevsus
joindick vos noblesefforts à ceux.
de ces grands & braux Géniesy
qui tachent de se prévaloir des
incomparables Allions de nostre
augufle Protefleur, pour relever
par leur Prtft, oupar leurs V°.rs3
la gloire de nostre Nation, &la
beauté de nojlreLangue.
En vous parlantde la derniere
distribution des Prix de
i'Acade'mie,joubliay à vous
envoyer ce Madrigal de Nf,
Diéreville à Mr de Santeüil,
Chanoine de S.iétor. Vous
vous souvenez,Madame, que
la Traduction de ion Ode
Latine, faite par Mr de la
Monnoye, y remporta celuy
de Poësie. TAndis qu'en mille Liejtx on hentenddans C Eglise
J^uc retentir le Chantde tes Hymnes
faciez,,
Et que toute la Terre en marquantsi
surprise,
Dit, qui'lfaut que le Ciel te les Ait
infpirtzi
JVjtetd gloire,SANTEFIL, fanijl
digne d'envie,
Hflant (mblê de tant d'honneur^
Le:s qu'onivït que tAcadcm'c
Couronne cncer tes Jr"laturs!
Ma derniere Lettre vous
apprit lamort deM leComte
deVermandois; il fautaujourd'huy
vous apprendre
quelle a esté la Pompe funébre
de son Inhumation. Sa
Majesté ayant choisy l'Eglise
Cathédrale de Nostre-Dame
d'Arras pour le lieu de la Sepulture
de ce Prince, Elle le
fit sçavoir à Mr l'Evesque &
auChapitre decetteVille-là,
par ses Lettres de Cachet, &
leur ordonna de luy rendre
des honneurs conformes a.
une Personne de ion rang.
L'on fitaussi-tost sonner toutes
les grosses Cloches de la
grandeEglise
: & le lendemain
26. de Novembre, Mrle
Marquis de Montchevreüil
son Gouverneur,ayant donné
avis qu'entre onze heures &
midy ion Corps feroit amené,
Mr Guitonneau, ancien Chanoine
de la Cathedrale,&
Maistre de la Fabrique, qui
pour l'intelligence singuliere
qu'il a des Cerémonies Ecclési-
ifliques & des appareils
Funébres,avoit esté choisy
par le Chapitre pour dreiieç
celuy-cy,employa tant d'Ouvriers
, & concerta si bien
toutes choses, qu'à onze heures
les trois grands Portails,
le Choeur & la Nefde l'Eglise,
furent tendus d'une double
tenture de Deüil, chargée
de Bandes de Velours noir;
outre la Chapelle où le Corps
du Prince devoit estre mis en
dcpoA, ôc dont la draperie
qui en bannissoit tout le jour,
formoit un Ciel à l'Impériale.
Les choses estant ainsi préparées,
Mrle Comte de Nancré
Gouverneurd'Arras, qui par
l'ordre
.l'ordre de Mrle Mareschal de
Humieres, avoit fait partir
le jour precédent cinquante
Maistres de la Garnison, pour
aller jusquesàLens attendre
le Corps, fitsortir de la Place
les Régimens de Conismarck
,
de Lyonnois, & de
Villeroy,pour aller au devant
à une lieüe de la Ville. Pendant
ce temps toute l'Infanterie
se mit fous les armes;
& Mrle Chevalier de Montchevreüil
,à la teste de trois
Bataillonsdu Régiment du
Roy, vint occuper le Cloistre
de Nostre
-
Dame, les Piques
&les Drapeaux ornez delongs Crêpes volans, les
Tambours drapez de noir&
batantlugubrement
, & les
Armes traînantes. Un Bataillon
de Navarre alla en
mesme temps border à double
haye les Rüesdepuis le
Cloistre jusqu'à la Porte de
Meaulens,par où devoit entrer
le Corps. Le Clergé des
dix Paroisses, & les Religieux
de tous les Convents de la
Ville, avec leurs Croix, allérent
en bel ordre jusqu'à cette
Porte, pour le recevoir,
luy jetter de l'Eau benîte, ôc
le conduire jusquesà la Porte
de la Cité. Le Guet de la
grande Tour de la Cathédrale
ayant averty par un signal
que le Corps approchoit de
la Ville, Mr l'Evesque avec
une Etole & une Chape de
Broeard d'or à ramage noir,
& la Mitre en teste, accompagné
de ses Archidiacres,
du Chantre & du Soûchantre
revestus de semblables
Ornemens, & de seize Officiers
,
& précedé de tous les
Chanoines ayant leurs hermines
, & de tous les Chapelains
& Musiciens,se rendit
à cette Porte, où le Corps
arriva sur les onze heures,
au son de toutes les Cloches,
8c au bruit de toute l'Artillerie
de la Ville, de la Cité &
de la Citadelle, (iiivy de toute
la Cavalerie l'épée à la main.
Mr le Marquis de Montchevreiiilla
précedoit, avec Nle
l'Abbé Fleury Précepteur du
Prince défunt, & ses Gcn..
tilshoi-iiii-ics; &apres eux ve- ,
noient tout l'Etat Major, &
une foule de Gens de qualité
,
& d'Officiers d'Armée.
Dés que le Carrosse qui portoit
le Corps futarrivé à la
Porte de la Cité, les Hautbois
del'Armée commencèrent
un Concertlugubre,qui convenoit
merveilleusement à la
Cerémonie funèbre qu'on alloit
faire. Ce Concert dura
jusqu'àce que la draperie de
Deiiilcjm environnoit le Carrosse
estant décousüe
,
l'oa
-eufWefcenliu le Corps , ôc
qilon l'eust mis sur le Brancard
à bras que l'on avoit
préparé. Douze des plus anciensChanoines
le receurent,
& le couvrirent d'un riche
Poële de Velours noir, barré
d'une large Croix de Drap
d'or,&orné de quatre Ecufsoiss
, dontlesc quatre coins
furent portez par quatre autres
Chanoines des plus venérables.
MTEveiqueayanc
fait les Aspersions & les Priéres
ordinaires, le Corps fut
conduit dans la Cathédrale.
au chant de tous les Musiciens,
ôc au son des Hautbois
qui concertoient avec
eux. On le posa au milieu du
Choeur sur une Estrade couverte
de Deüil ; ôc fous un
grand Daiz de Velours noir,
à cofté de vingt-quatre
grands Chandeliers d'argent,
outre quatre autres de sept
piedsde hauteur, qui estoient
aux quatre coins, chargez
de quatre gros Flambeaux,
& environnez de vingt quatre
Enfans vestus de Robes
noires, & tenant chacun un
Flambeau de six livres. Apres
les Chants, les Aspersions,
les Encensemens
,
& un De
profundis en Musique compo,
fée de Voix & d'Instrumens,
le Corps fut levé par les douze
Chanoines, & posé avec
la mesmecerémonie dans la
Chapelle de Deuil qu'on luy
avoit préparée ; où apres de
nouvelles Priéres, il fut laissé
en dépost jusques au jour de
l'Enterrement. On le mit pareillement
sur une haute Ettrade
de Deüil
, couvert du
mesme oelC, à cofre de
quatre grands Blasons portant
de France au Lambel de
gueules, 8c traversez par derriere
de deux Ancres doubles
d'argent mises en sautoir,
&entouré de vingt- quatre
grands Chandeliers d'argent
chargez degros Cierges, outre
six autres sur l'Autel,
qui ont brûlé continuellement,
jusqu'à ce qu'on ait
tiré le Corps de cette Chapelle.
Dés ce moment le
Chapitre ordonna, qu'outre
les Messes qu'on celébreroit
tous les jours pour le repos
de son ame1 deux Chanoines
je reléveroient d'heure
en heure jour & nuit, selon
la table qui en fut faite, pour
prier auprès du Corps. Le 19.
du incline mois ayant esté
choisy pour le jour des Funérailles
, on éleva au milieu
du Choeur une haute ôcvafte
Chapelle ardente. Des Bandes
deVelours noir,ornées de
grands Blasons,en environnoientle
Ciel & les Colomnes,
& une Pyramide dont
la base avoit trois dégrez, &
estoit d'une largeur égale à
cetteChapelle.Laiguille qui
faîsoitle comble &le couronnement
de la Pyramide,
avoit vingt-quatre pieds de
hauteur, &: laPyramide estoit
environnée de quatre cens
Cierges, (ans ceux qui régnoient
autour de la Chapelle
ardente. Sur les trois
heures & demie, tout leClergé
de la Cathédrale partit
du Choeur où il s'estoit assemblé,
& s'enalla dans un
très. bel ordre à la Chapelle
de Deuil où reposoit le
Corps, ôc d'où apres les
prières & Cérémonies accoutumées,
on le transporta au
Choeur sous la Chapelle ardenrée
sur une vaste Estrade
de trois dégrez, &: toute
drapée de noir. Deux cens
grands Chandeliers d'argent
chargez d'un pareil nombre
de Cierges, estoient posez sur
les trois dégrez de cette Er.
trade, au pied de laquelle es-
- toit une Table couverte d'un
Tapis de Velours noir,&sur
cette Table il y avoit une
Croix & six Chandeliers de
vermeil-doré
, avec un grand
Bénitier & son goupillon d'ar.
gent. Un Poële de Velours
noir, traversé d'une large
Croix de Drap d'or, & orné
de quatre grands Blasons,
couvroit àboutstraînans le
Cercueil, au pied duquel
cItait un Carreau de Velours
noir, chargé d'une vaste Couronne
de vermeil-doré
, enrichie
de Pierreries, & de divers
excellens ouvrages. On
chanta les Vespres,les Matines
à neuf Leçons, & les
Laudes. Mr. le Marquis de
Montchevreuil y assista avec
Mrl'Abbé Fleury,& l'Aumônier
du Prince défunt, tous
deux en Rochet & Manteau
long, les quatre
Gentilshommes/
ôe plusieursautres Officiers
desaMaison. Ce Ser- vi,ce commença ,a quatre
heures, & finit à sept.
Le lendemain, des cinq
heures du matin, on sonna
toutesles grosses Cloches de
la Cathédrale
,
presquesans
intermission
,
jusques à une
heure apres midy. Sur les
dix heures, Mr le Marquis
de Montchevreuil accompagné
des principaux Officiers
de la Maison deMle Comte
de Vermandois, Mrle Gouverneur
& l'Etat Major, le
Consul, les Echevins de la
Ville & de la Cité, la Gouvernance
,& tous les Corps
de la Ville, s'estant placez
dans le Choeur, aux lieux
qu'on leur avoir préparez;
Mr l'Evesque revestu d'un riche.
Ornement
,
& assisté de
dix-huit Officiers revestus de
mesme, célébra la Me(Te pon-
~tificalement. Elle fut chantée
en Musique, de la composition
de MrDoré Maistre
de celle de la Cathédrale, si
connu par les beaux Ouvrages
qu'ila donnez au Public.
Les Voix estoient accompagnées
de divers Instrumens,
à quoyrépondoit par intervales
un Concert deHautbois
en tons tristes & lugubres.
Tout le Clergé alla à l'Offrande
, un Cierge à la main.
La Messe finie
,
les Hautbois
joüérent un Air entièrement
lugubre
,
de la composition
de MrLully.Apres quoy,Mr
l'Evesque accompagné de ses
Officiers, vint au haut de la
Chapelle ardente faire les
Prières, les Aspersions & les
Encensemens;ce qui estant
finy, douze Chanoines enlevérentle
Corps, quatre autres
tenant les quatre coins
du Poële
; & les Hautbois
joüérent un nouvel Air aussi
triste que lepremier,pendant
qu'on le portoitauTombeau.
On lafaitaumilieu du
Choeur, à l'entrée de l'Esplanade
du Sanctuaires. Il est
basty de pierres blanches,
taillées & traversees de grosses
barres de fer, sur lesquelles
est posé le Cercueil. Pendant
ce temps, toute la Soldatesque
,
qui occupoit le
Cloistre.,fittrois décharges
générales. Je ne puisomettre
icy une circonstance tresparticuliére
de ceTombeau.
L'on découvriten le creusant,
un vaste Cercueil de
pierre grise tout d'une pièce,
couvert d'une grosse pierre
taillée en dos-d'asne. Un des
Ouvriers ayant porté par
hazard un coup de pic sur ce
couvercle, & en ayant rompu
un coin, donna lieu de
voir dans le Tombeau à la
faveur d'un long Cierge. On
n'y vit pour tous ossemens
que deux os de cuisse, & le
derriere d'un crane renversé,
garny de cheveux blonds.
On ignoroit de qui estoit ce
Tombeau, quoy qu'on sceût
que la Princesse qui y repose
avoir esté enterrée dans le
Choeur de l'Eglise il y a environ
cinq cens ans mais
la curiosité de regarder dans
ce Sepulchre, ayant fait découvrir
vers les pieds une
Lame de métal gravé, on la
tira, & on y lût ces paroles
en Latin, dont les lettres
font d'ancien caractere Koz
main.
à L'an 11S2. mourut Elt^beth,
Femme de Philippes Comte de
Flandre & de Vermandois,
Fille de RtiàolpbeComte de
VrrmandcÏ;. Elle repose dans ce
Tombeau,
CetteComtesse de Vermandois
estantmorte sans
Enfans
,
le Comté par cette
mort cil: retourné à la Couronne
de France, & il semble,
si j'ose user de ce terme;
<\\ïil y ait quelque forte de
fatalité dans le hazardqui a
fait creuserle Tombeau de
Mrle Comte de Vermandois
àla teste de celuy de .cet!£:.
Comtesse, qui par ce moyen
se trouve à ses pieds.. Ce fut
elle qui donna la Couronne
qui a esté posée sur le Cercueil
de ce Prince. Elle servit
à la Pompe de les Funérailles,
-,&- depuis ce temps, elle n'a
esté employée que pour celle
de Mrl'Admiral. Elle a deux
pieds & demy de tour, & dix
pouces de hauteur. Ses Fleurons
sont des Trefles doubles,
ôc des Glands entremêlez.
Elleest remplie d'une
infinité d'Ouvrages à jour
tres-délicats, &ornée deplusieurs
Pierreries.Sarichesse
&sa beauté firent que Raoul,
ou Radulphe, Evesque d'Arras,
qui vivoit du temps de
Loüis le Bel, enferma dans
son tour quantité de prétieuses
Reliques, ce qui fait
qu'on la suspend au milieu
de l'Autel aux jours des grandes
Festes. Comme on attend
de la Cour l'Inscription
qu'on doit enfermer dans le
Tombeau de ce Prince, on
n'en a point encore fermé la
voûte. L'ouverture est feule.,
ment couverte d'uneEstrade
de deuil,surlaquelle est une
Reprélentationrevestuë d'un
Poële ornéde les Armes;3e
aux quatre coins du Tombeau
sont quatre gros- Chandeliersde
sept pieds de hauteur,
chargezde gros Cierges
qui brûlent jour & nuit.
Le Peuple vient continuellement
prier pour le repos de
l'ame du Prince ; & les Chanoines,
& tout le Clergé
continuënt pour luy leurs
oraisons&leurs sacrifices.
Je vous ay déjà parlé dans
unede mes Lettres de l'A cadémie
de Peinture& de Sculpture.
Je vous ay fait voir son
Origine, fcs Statuts, & ses
Privilèges, & je vous ay fait
connoistre la plûpart des Illustres
qui la composent.
Vous sçavez quefeu MrColbert
en estoit le Protecteur,
& que Mr le Chancelier Seguier,
& Mrle Cardinal Mazarin,
avoient occupé la meC
me place avant ce Ministre.
Sa mort lalaissoit vacance, &
elle ne pouvoit estre remplie
que par une Personne qui sist
une grande figure dans le
monde,& dont lemérite distingué
fust generalement reconnu.
Toutcela se rencontroit
dans Mr de Louvoys. Ce
grand Corps jetta aussitost les
yeux sur luy, & chacun en
particulier estoit tellement
persuadé que ce choix ne
pouvoir tomber sur un autre,
qu'on le regardoit comme
une affaire concluë avant
qu'on en eust déliberé. En
effet, ce Poste ne pouvoit
estre occupé plus dignement.
Outre qu'ils troiuvoient
dans Mrde Louvoys
toutes lesqualitez nécessaisaires
pour remplir une Place
, possedée déjà par trois
Ministres, ilvenoit d'estre
reve~ftuvd'une; Charge qui
sembloit
sembloitle rendre Protécteur
né de tout ce qui regarde les
Arts, puis que comme Sur-
Intendant ôc Ordonnateur
des 1B3âàt"itmimeennss du RRooyy, Art*s*, .,
Arts
& Manufactures, il devoit,
pour le service de Sa Majesté,
& pour porter sa gloire, Ôc la
splendeur de la France au
plus haut point, avoir tous
les jours commerce avec les
beaux Arts. Ainsitout concouroit
si bien à ce choix,
que malgré la liberté des sufrages,
il paroissoit que Mrs
de l'Acanémie ne pouvoient
jetter les yeux sur un autre
Protécteur, (ans faire une
espece d'injustice, & qu'ils
n'estoient libres que pour
n'avoir qu'une feule voix,
tant le vray mérite les déterminoit.
Mr de Louvoys elt
donc choisy par les grandes
qualitez de sa Personne, qui
l'élevent beaucoup au dessus
decelle deSur-Intendant des
Bâtimens; mais pour le bonheur
de l'Académie, leSur-
Intendant se trouve dans le
Miniltre, &: elle rencontre
sonProtecteur dans celuy qui
tous les jours doit estre Juge
des Ouvrages que l'on attend
d'elle pour embellir les
Palais du plus grand Monarque
de la Terre.
L'Académie, d'un consentementgeneral,
ayant résolu
de prier Mr de Louvoys
de luy faire l'honneur d'estre
son Protécteur, douze de ses
Députez, à la teste desquels
estoitMrle Brun, Directeur
& Chancelier de ce grand
Corps, le rendirent a Verfailles.
Ce Ministre leur fit
un accueil tres-obligeant, &
qui répondit à ce qu'ils en
attendoient. Il leur demanda
à estre informé de tout ce
qui concernoit leur Académie.
Quand on ne fait rien
sans connoistre à fonds les
Affaires dans lesquelles on
doit, entrer, on ne prend jamais
de fausses meiùres. Ce
que je dis a paru par mille
choses, dont la modestie de
ce Ministre ne me permet
pas de vous parler.
Comme l'Académie donne
deux Prix tous les ans à ceux
quiréüssissent le mieux ssir'
lesSujets de Peinture & de
Sculpture qu'elle propose
aux Etudians, &que ces Prix
fontdistribuez par le Protécteur,
il fut resolu que cette
distribution seroitdiférée jusques
au jour qu'il plairoit à.
Mr de Louvoys de marquer,
pour venir prendre cette qualité
dans une de leurs Assemblées.
Il se rendit à l'Acadé-
-m-se le Vendredy 17. de ce
mois, & fut reçeu au bas de
l'Escalier par MrleBrun,qui
efi-ûit accompagné d'une partie
des plus Illustrees de ce célebre
Corps. Ils le conduisirent
dans la grande Salle où
se tiennent les Conférences.
Elle estoit ornée d'un grand
nombre de Tableaux, & de
quantité deStatues,Bustes,
Médailles, & Bas-reliefs de
marbre.Tous ces Ouvrages
font faits par les Académiciens
; &z cette Salle qui est
extrêmementélevée , & en
manière de Sallon, en
remplie depuis le haut jusqu'au
bas. Mr de Louvoys
alla d'abord visiter les Tableaux,
ôc les Bas-reliefs
de ceux qui avoient remporté
& disputé les Prix; ÕÇ
après les avoir examinez
quelque temps, il vint prendre
séance dans le Fauteuil
qu'on luy avoit préparéau
fonds de la Salle, entre les
Bustes de Mr le Cardinal
Mazarin, & de M le Chancelier
Seguier, autrefois Protécteurs
de la mesme Académie.
L'Assemblée remplissoit
trois Cercles
; & au
milieu de ce gran d circuit,
il y avoit une Table,au devant
de laquelle estoient
l'Historiographe de l'Académie,
& le Secretaire ayant
sonRegistre pour écrire ce
qui se passe en chaque Assemblée.
Tout le monde
estantassis, lvf de Louvoys
invita la Compagnie à se
couvrir, ce qu'il fit à plusieurs
reprises, & d'un air
honneste, qui marquent l'estime
qu'il avoit pour les
beaux Arts, & pour ceux
qui en les sassant valoir avec
tant de gloire, rendent la
Franceaussi florissante dece
cosi:é--là) que la Gréce &
Rome l'estoient autrefois.
Chacun s'estantcouvert,
pour obeïr à ce Ministre,
l'Historiographe de l'Académie
se leva, & lût ce qui
fuit.
M
ONSEIGNE VR,
Lagrace que vous a^e^faite
à lAcadémie Royale de Peinture&
de Sculpture, en prenant
la qualité dejon Prêtefieur3/oblige
avous faire l'Arbitre de
fin Travail
>
* a vota fendre
aujourdhuy raijon de It conduite
quelletient3pourrepondre au.x
espérances que le Roy en a con*
ceues quand il ta fondée. Etie
cherche parru difièrentes occupations,
a se rendre digne de traiter
les grandes Actions de Sa AIa.
jessé, afin yuedansfa Ouvrages,
la Pofiérite trouve une Histoire
célébré3ouvojlreAdimjlere
a si
bonne fin. Elletravailleàformerdes
Eleves,quipuissentàleur
tour contribuerà l'enbediment,
& à la magnificence du Royaume.
Pour les en rendre capables,
elle ne se contente pas de les faire
dessimerd'après deux Modelles,
quellefaitposer chaquejour en
leurfaveur, elle prend encore foin qu'on leur donne des Leçons
de Géometrie & d'Anatomie,
qui sont des Parties essentielles
de son Art. Sur tout,elle
entretient l' émulation parmy les
Etudians, par des Prix quelle
propose tous les ans aux plus haliles
d'entre eux.,&ces Prix réveillentd'autantplut
l'ambition
des Concurrens,qu'ils leurfotordinairementdiftribuezparlesmains
defcn ProtcBcur. Elfe s'assemble
le premier(y le dernierSamedy de
chaque moiï. Une deses AjJèmblées
eflpourreglerles affaires de
la Compagnie; l'autre est pour
faire des Conférences qui puissent
donnerdes lumieres aux Ecoliers.
A chaqueConférencr) un des
Académiciens examine quelque
excellent Tableau) ou quelque
rare Statué'J ou bien il agite queL
qxe importante Oueflion de lArt; ü Apres un Difeoursqu'il a
composesur cesujet, illaiffi PA
cademreJrbitn Jeru ObfrvatÎonJ,
£r desa Critique; ce qui
donne lieu a des Preceptes ti:rez
de la matieremesmeypourla duite ccm. des Etudians. Cejl a moy,
comme Hiftonorrapke de l'Aca- odémie, de , mettreau netces Dif.
prêtions; & <voicy en deux
wotsj le sujet des Conférences
quise font tenurs depuis la der.
sttere'diflnbutiondes Prix.
Dans la premiereAlîmblée,
"n lût un Discours de feu Mr
Nocret3sur un Tableau, ou M1
PoufFn a représente la Fuite du
jeune PyrrhusJelon
que Plutarque
la raporte dans la Vie de ce
Prince On y fit voir en quelles
occafons les Peintres dmjourd'huy
peuvent imiterceux qui les
ont précedez
,
sansque cette imitation
passe pour un larcin.
Dans la fécondé3 M1 Monierfit
des réflexionssur les Contours,
ou Lignes qui terminent les
dijerentes parties d'un Corps.
Dans la troiftémey on lût un
Discours de Mr'Bourdontsur un
Tableau de la main du CarAchr;)
qui représente le Martyre de
Saint Estienne. La Dalmétique
qu)on donne vulgairement a ce
preànierMarCe, fit remarquer
avec combiendeprécautions il
faut donner aux Figures que l'on
traite des babillemens félon l'ufage
de chaque Nation, de chaque
Siecle
3 & de chaque Culte,
tant pour un Sexe que pour
l'autre.
Onfitleéluredans la quatriéme
AjJèmbtEe
1
d'un Discours de
M1Loirtsurun autre Tableau
de S.EJlienne
}
peint de la main
de l'Albane. Ony parla des
Parties principales de la Peinture
j comme de la Compoftiony
de l'ExprrjJion,Ju Deffein3&du
Coloris..
LaConférence quisefitensuite,
çxtminaunDijcours de Mr
Champagne touchant un Tkx.
bleau) où Mf Poujjîn a représenté
Mosseexposé pendantson
enfance sur le Fleuve du Nil.
Ony mit en queflion, sidansun
Jujet tiré de l'Hifioire sacrée
?
il
efloit permis d'introduire des DU
'l.Jinittz fabuleuses.
Lasixiéme Conférence roula
sur les Observations de M1 Anguier,
touchant laFigureantique
de l'Hercule avec un examen
des plus belles Parties de la Sculpture.
Dans la pptieme
, on écouta
Ijnt Dijjeitatien de Mr Girardon
jsur les diferentes especes de
Bat-reliefs.
Dans la huitième,
on lut un
Discours de M1 Coefpcl, qui
propose pluseurs Méthodes pour
fermer les jeunes Eléves.
La neufiéme, examina des
Reflexions de MT Champagne;,
sur un Tableau ou M1 PouJJîn a
représentêÏJrche d'Alliance
frise par les Philiflins. On y
traita de quellefaçonlesEcoliers
se doiventfervirdu Modelie,&
de l'Antique.
Dans la dixièmey on lutun
Discoursdefeu M1 Bolegne sur
un Tableau du Titien; ce qui
donna encore lieu defaireplufleurs
rcflexionssur l'étude.de \Anti~
que, er du Naturel.
L'onzième Conference, fut
employéeaexaminer un Discours
de Mr ChamtJdvne
,
sur 1les Ombresqui doivent eflre oppofecs
aux Corps éclaire
Dans la .zié;ne) on lût un
autre Vifcours de MrCÍJampagne
j quisoûtenoitque le Dessein
devait eftrc préféréa la Couleury
ce quifut appuyée par les ffoohlddeessy,
& doBes raijonnemensd'un
Conseiller de lAcadémie.
Dans, la derniere
J après un.
Discours de Mr Blanchard fuir
le mérité de la Couleur> la Com-
* pagnie convint que la Couleur
avoitfis avantages particuliers;
mais eUe déclara unefécondéfoisy
que l'étude du Desseinefloitpréférable
a celle des autres Parties
de la Peinture.
L'Académiesepropose, Monjêigneur)
de redorer encoreses
foins fousvoflreprotection> afin
de rendreses Exercicesplusagréables
a Sa Majeste, &plusutiles
au Public.
Cette lecture estant achevée,
le Secretaire de l'Académie
se leva, & lût ce qui
fuit.
M
0 LVS E [ G X Er R,
L'académie a fait l'examen
des Ouvrages faits par les Etudians,
pour remporterles Prix qui
je âiflribuentîousles anspar ordre
du Roy,sur le sujet qu'il leura
tfié proposéy de représenter en
Teinture gjf£n Sculpture,1Invention
des Forges des Tentes,
& des InflrumCensdeMu'îque,
comme ilefi marquédanslequatrième
Chapitre de la
Genese.
La Compagnieajugéque Gabriel
Benoist, qui a fait le Tableau
marquéde la lettre F. méritoit
le Prix de la. Peinture; dr
lue ^Pierre le Pautre5 qui a fait
le Bas reliefmarqué de la lettre
B. méritoitceluy de la Sculpture.
A l'égard des nommez Louis la
Guerre, Ajic'icl Tiphaine
3
si)
Robert DJllY
, qUI ontfait,fçanjoir
le premier, le Tableau marqué
G. le fccond, un Tableau de.
AAigniture marqué H. & le
trolriéme, le Bas-relief marque
de la lettre D. eUe a accordé à
chacun deux un Porte-Crayon
àargent3 lagrâce qulU leur
fait, de pouvoir dejjiver gratis
dans l'Académie du Modelie.
Ensuiteceux qui avoient
remporté les Prix,eurent
l'honneur de les recevoir de
la main de Mr de Louvoys, à
qui le Secrétaire les présentoit
a mesure que ceux qui
les avoient méritez passoient
devant ce Ministre. Ces Prix
consistoient en deux Médailles
d'or, où le Portrait
du Roy estoit représenté. Ce
digne Protecteur des Arts,
dit
à ceux à qui il les donna,
qu'ils s'attachaient à bien
étudier, & qu'il auroit foin
d'eux Mrle Brun, qui estoit
assis à cofté deMde Louvoys,
& à sa droite, luy dit;
Vuejuivantjon intention, l'Academiesemployeroitàenseigner
lesElèves dans tétude&la correction
d4r TDrjJcin qui ejî le
principe & le fondement de la
Peinturey& de la Sculpture>&
que c'estoitson applicationprincipale.
M'de Louvoys répondit,
Ilejînjray que l'on ne peut
pas peindrejans couleur; maison
ne peut pas dire quun Homme.
foitPeintre3 s'ilneffaitdcflîier.
Ce Ministre se leva ensuite,
& toujours accompagné de
Mrle Brun & des Principaux
de l'Académie
,
il alla dans le
Lieu où les Etudians dessinent
d'après le Modelle.
L'Académie en entretient
deux. Mr le Brun les avoit
posez ce jour-là & ils formoient
une espece de Groupe,
qui faisoit voir la grande
intelligence de celuy qui
avoit fait prendre ces sçavan-
Attitudes à ces deux Modelles.
Mrde Louvoys, apres
les avoir examinez quelque
temps, excita les Etudians à
se rendre habiles, & passa
dans une autre Sale quiestoit
remplie de leurs Desseins. Il
les regarda, &dit que si
M de l'Académie trouvoient
quelques jeunes Etudians
qui eussent de grandes dispositionsàse
diltinguer beaucoup,
&qui manquaient de
bien pourétudier, il leur donneroit
dequoy subsister. Il
dit aussi, qu'il auroit foin de
faire ce qu'il faudroit, pour
donner lieu auxEtudians de
venir apprendre à dessiner
à l'Académie sans rien payer;
car il n'y a que les Fils d'Académiciens,
les Maistres Peinrres,&
leurs Enfans,qui ayent
ce Privilége;les autres payant
quelque chose par semaine,
- * pour
pour l'entretien des Modelles,
des Jumiéres)& du feu. Ce
qu'ils donnent n'est pourtant
pas assez considérable pour
suffire
,
à cette dépense; ôc
l'Académie qui veut que tant
de jeunes Eleves puissent un
jour remplir la France d'aussi.
sçavans Hommes qu'on yen
voitaujourd'hui y contribuë
encore de son fonds. Mr de
Louvoys, pour la combler de
satisfaction, dit encore, qu'elle
pouvoir s'aérerdesa protection
, &qu'il vouloit l'élever
plus haut qu'on ne l'avoit
vue. Il fut reconduit jusqu'au
bas del'Escalier, parlant tantostàl'un,
& tantost à l'autre
de ces Mlsy- d'une manière
engageante, & exhortant
ceux qui ont des Ouvrages
pour le Roy, à bien travail-
1er, & avec diligence. Il en
distribua mesme à quelquesuns
des plus habiles d'entre
eux, en leur disant qu'ils ne
devoient pas demeurerinutiles.
Il suivoit en cela les (entimens
du plus éloquent de
tous les Romains, qui s'cil:
autrefois servy de ces termes;
Malheur aux Etats qui negli.
gent les beaux Arts. Si vous re.,
'ije^ auxArts les récompenses
qu'ils méritent, vous rieflime%
oint les Vertueux qui les exerent.
Quelhonneur eJperc^-Z'ou^
le laPosterité, & quedevienra
la Gloire présente de la Ré-
Clique? Tout ce que je vous
riens de dire fait connoistre,
que Mr de Louvoys ne fera
amais de ceux contre lesquels
ce grand Orateur s'épie
,
& qu'il doit tout espéocr
de la Postérité
,
puis qu'il
veut faire tant de choses en
saveur des beaux Arts. Il est
vray que le motif qui le fait
agir, est bien grand, bien
noble & entieremet digne de
luy.Ce Ministre ne se regarde
point luy-mesme, il n'a pour
objet que la gloire du Roy.
Il sçait que rien ne la peut
mieux faire passeràla Postérité,
que les Tableaux des
grands Peintres
,
les Marbres,
le Cuivre, & l'Airain.
Il y va de l'interest de toute la
terre,que l'éclat de la vie de ce
Monarque perce les siécles
les plus éloignez, afin que
tous les Peuples puissent prositer
de l'exemple d'une vie
si glorieuse.Jugez si dans la
vue de rendre le Roy immortel
par les beaux Arts, Mr de
Louvoys, qui en eH: présentementProtecteur,
ne mettra
pas tous ses soins pour les faire
fleurir, comme il fait avec
tant de zélé
,
d'application &
de succés, dans toutes les autres
choses où il est employé
pour le service de Sa Majesté.
On peur dire qu'en prenant
cet intérest
,
il prend celuy
d'une des plus Nobles Professions
qu'on puisse exercer.
En effet, les Arts Libéraux
ont toujoursesté dans une
estime tres-haute chez les
Grecs & les Romains. Les
premiers consideroient si fort
la Sculpture,qu'ils ordonnérent
des Précepteurs pour
l'enseigneravant toutes choses
à leurs Enfans, avec de
tres-rigoureuses défensesaux
Esclaves de l'exercer. Ils prérendoient
par cette éducation
leur donner une disposition
générale à toutes les autres
Sciences, &rendre leurs
yeux capables de discerner
parfaitementlesjustesproportions
des choses, & de juger |
-
de la beauté de tous les Objets
du monde.Lanombreuse
Famille desFabius,quiprirent
le nom de Peintres, fut plus
connüe par cette Qualitéque
par la valeur de trois cens
Chevaliers, qu'elle perdit
dans un même Combat,pour
le service de la République.
Les plussages des Empereurs
Romainsn'ont pas dédaigné
de donner quelques heures
à la Peinture;& FrançoisI.
& Louis XIII. Philippes III. &:
IV. Roys d'Espagne,en 01tt
fait un « de leurs plus agréables
divertissemens. Demétrius,
surnommé le Preneur
de Villes, montra l'estime
qu'ilen faisoit,en refusantde
se rendre Maître de Corinthe.
Il ne falloit.pour cela,
que mettre le feu dans un
Quartieroù eftoitunTableau
de Protogéne
; mais il aima
mieux conserver ce fameux
Ouvrage, que d'achever de
la conquerir. Toutle monde
sçait, que le Roy Nicoméde
voulut affranchir les Gnidiens
de tous les Tributs qui
leur avoient esté imparez,
pourvû qu'ilsluy donnassent
la Vénus de Praxitéle, qu'ils
possédoient, tx. qui attiroit
tous les ans dans leur Ville
un nombre infiny de Curieux.
Ce Peuple le rernfa-,
& préfera cette celébreStatue
au soulagement que ce
Prince luyoffrent.J'aurois
beaucoup à vous dire, si je
vous parlois de tous les honneurs
qui ont esté rendus aux
Peintres & aux Sculpteurs.
La Gréce n'eut pas moins de
respect pour le fameux Polignote,
que pour Licurgue
& Solon. Elle luy fit préparer
des Entrées magnifiques
dans toutes les Villes où il
avoit fait quelques Peintures;
& ordonna par un Décret
des Amphictions, qu'il seroit
défrayé aux dépens du Public
,
dans tous les Lieux où
il passeroit. Parrasius, pour
prix d'un Tableau de lamain,
receut de ses Citoyens une
Couronne d'or, & une Robe
de Pourpre, qu'il porta depuis
, comme une marque
de l'estime de sa Patrie. Le
Peintre Etion,ayant exposé
aux Jeux Olimpiques un Tableau
de si façon, où estoit
représentée la Nôce d'Alexandre
& de Roxane, Proxénidas
Intendant des Jeux
en fut si charmé, qu'illuy fit
épouser sa Fille,quoy que ce
Peintre fût un Etranger, qui
n'avoit pour tout avantage,
que son habileté dans son
Art. OnsçaitquelePapequi
vivoit du temps de Raphaël,
avoit pour luy tant d'estime,
qu'il estoit dans le dessein de
luy donner sa Niéce en Mariage.
LesRhodiensontbâty
un Temple à un de leurs
Peintres; & la Gréce & l'Italie
ont élevé des Statuësà
ceux qui se sont distinguez
par des Ouvrages considérables.
Charles V. fit le Titien
Comte Palatin, l'honorant de
la Clef d'or, & de tous ses
Ordres de Chevalerie; &
François I. dit ces paroles aux
Principaux de sa Cour, en faveur
de Léonard del Vinci,
qui expiroit entre ses bras;
VVAS 4trvez tort de vous étonner
des honneurs que je rends à ce
grand rpÚntle. Je puis faire en
un jour beaucoup de Seigneurs
comme vous; nuis il n'y a que
Dieu seul, qui puissefaire un
Homme pareil à celuy que je
perds. L'estime où les Peintres
ôc les Sculpteurs sont à
Rome, fait parvenir leurs
Enfans à la Prélature, & il
n'y a rien qu'ils ne puissent
esperer. Ils y joüissent des
Privilèges des Nobles Romains.
A Venise, les Arts
Libéraux ont un Tribunal&
des Juges particuliers,qui ne
connoissentque de leurs Causes.
A Florence, Cosme de
Médicis leur donna des Franchises
plus considérables même
que celles des Gentilshommes
;
disant que laNoblesse
qui vient de lanaissance
, est un effet du hazard,
& un don de la Nature; &
que celle qui s'acquiert par
l'exercice des beaux Arts,est
unerécompenselégitime de
la Vertu. Dans les Provinces
Unies, ils sont exempts de
toutes les charges; on y propose
dex prix à ceux qui y
excellent,&ils peuventparvenir
à toutes les Dignitez
de l'Etat.
Je croy ,
Madame
, que
vous ne vous étonnerez pas
apres cela, si le Roy, qui a
une Noble Passion pour toutes
les grandes choses, a pris
tant de foin de mettre les Arts
Libéraux en France dans tout
l'éclat qu'ilspeuventavoir.
Vous ne ferez pas sans-doute
sachée de voir les marques
fcftimc qu'il leur donne
lans les Lettres & Brevets
accordez à l'Academie en
1664. & 1665. En voicy l'ExtRrait.
Econnoijfantquel'Académie
Royale de la Teinture
rIJ1 de la Scufture>que Sa Maiesté
a établie en sa bonne Ville
de Parts,atellementréiijfjJehn
son desir, que ces deux Arts, que
l'ignorlllllct anjeitpresque confondus
avec les moindres Méf-
>
tiers, font maintenant plus florisans
en France
>
pAr le grand
nombre quis'y trouve de rares
& d'excellens Hmmes,qu'en
tout le refle de l'Europey &fçtchant
qu'il riy a point de plu.
fortes considerations pour faire
embrajjer cette noble vertu> qui
tft lin des plusriches Ornemens
de l'Etat, que l'amourduSouverainpour
elle, Sa Majesté qui en
* une toute particulière pour la
peinture3 (gjr pour la Sculpture9
A resolu de luy en donner de continuelles
marques,& cependant
de luy tfjigner unfond tous Us
uns, pour la depense deson j4ffemblée,
& mesme de gratifier
ceux qui la c$mptfent, ae queU
ques effets
honorablesdesabienycillancc,
voulant qu'ilsjomjfent
ksmefmesPrivilèges, droits
de Committimus, que ceux de tAcadémie Françoïse> afin que
ces Arts' Libérauxsoient exercc'{
plus noblement,&avec une entiere
liberté, riyayant rien entre
les beaux Arts
,
de plus noble
que la Peinture, & la Sculpt-'
ure. "k1
Je ne sçaurois mempescher,
pour bien finir cet
Article, d'employer icy les
mesmes paroles que je trouve
dans un Discours public d'un
Homme illustre
,
qui exerce
aujourd'huy une des plus
considérables Charges de la
Robe. Apres avoir rapporté
plusieurs choses,que le Roy
a faites à l'avantage de l'Académie
de Peinture & de
sculpture, il ajoûte ;Outre
des effets siremarquables deson
estime, il l'a logée aupres de fia
Personne; il y entretient des
Profeffiurs
, pour l'enseigner à la
jeunnesse;ilypropose des Prix de
tempsen temps, pour donner de
l'émulation; & lors que que/
qu'un s'est rendu capable de disterner
les beautez de l'Antique,
Ü. deprofiter de limitation des
grands Malffres) il l'envoyé à
Rome dans l'Académie Royale
qu'ilyainflittiéee pour se persectionner
dans fia ProfejJion.
C'ejlainfiqu'il prendfoin de reconnoilfre
le talent des Hommes
extraordinaires,qu'au milieu
despéniblesifoncîionsde laRoymtéycemtfirneesprit
qui animefiez
Confils, & qui commande ses
Armées) conduit aujji la Structure
de ces superbes Edifices qui
JurpajJent la magnificence de
l'ancienne Rome
> & qu'on a
ruera par une espece d'enchantement
plusavance^ depuis quatre
années>qu'ils ne l'ont eslé .fous.
le Régne de fiix Roys. Il sçait
bien que plus le Prince fait de
chojesdignes de ïImmortalité>
plusilejlobligé de considerer ceux
qui les rendent immortelles;que
sa vie eslans une fuite continuelle
de triomphesyil doit protegerces
itluflres Ouvriers
.1
qui en forment
les plus riches,& lesplus
durables Ornemens; & que si
Céfarajjurdfes Statues5 en relevant
celles de Pompée, il riajourera
pas moins les jiennes en rehaujjant
le mérite des beaux
Arts
j
qui érigent des Monumens
éternels à fin honneur.
C'est l'unique bien qu'il se réserve
pour luy;cefl la feule récompense
que peutrecevoireelny
qui pojjede tout; mais cess aux
Sculpteurs> (t) aux Peintres a la
donner. C'efl à eux de représenterLOU
ïS le Conquérant,
avec ce caraclere de grandeur
que la vertu hero'ique imprime
sur[on visage, avec cette mine
hauteJfaite pour commander à
toute la Terre, & qui le rend
connoijjable au milieu des Encadrons3&
delafoule des Comba.
tans.
Le mesmejour queMrde
Louvoys fut reçeu Protécteur
de l'Académie dePeinture
& de Sculpture, il avoit
esté le matin à la Chambre
des Comptes, ou il presta
Serment pour la Charge de
Sur-Intendant des Bâtimens.
Il prit place en fuite au dessus
du Doyen, où l'on jugea une
Affaire dans laquelle il opina;
apres quoy la Compagnie
finit sa Séance.
Sa Majesté en a donné
une d'Intendant dans les
mesmesBâtimens, à Mr de
Chanlay. Il est connu par
les belles Cartes qu'il a faites
pour le Roy.
On ne fait rien pour ce
Prince, dont il ne se souvienne
dans l'occasions &
Mr Besson, l'un de ses Re-
& Chirurgien de
Sa Majesté, vient de l'éprouver.
Il estoit en quartier lors
qu'Elle eut le Bras démis, &:
il a reçeu pour récompense
une Charge de l'un de ses
Camarades, qui vaquoit par
mort. Il la demandoit pour
un autre; & le Roy
,
qui
n'oublie aucun des services
qu'on luy rend, la luy a donnée
pour luymesme.
Ayant donné dans ma
Relation de tout ce qui s'est
passé au Siege de vienne, un
Portrait du Comte de Statomberg,
on m'a demande
celuy du7 Roy de Pologne
avec tant dempressement,
qu'encore que je vous l'aye
déjà envoyé dans une de mes
Lettres, je fuis obligé de
vous faire voir encore ce
mesme Portrait. Il est gravé
sur une Médaille qui a esté
faite à l'occasion de la derniere
Paix de Pologne concluë
avec les Turcs. La Face
droite contient l'Effigie du
Roy, ôc de la Reyne, qui
comme vous sçavez, est Fille
deMrleMarquis d'Arquien.
Il y a dans le Revers un Pal-
- - miel.


nier, & un Olivier, avec un
bouclier attaché entre les
[eux. La Couronne de Pologne
porte également
-
sur
un, & sur l'autre de ces Artres.
Les paroles qui sont autour
sont anex intelligibles.
Celles que vous voyez à costé
le l'Estampe font gravées
lans l'épaisseur du cercle de
a Médaille.
J'ajoûte, dans la veuë du
témoignage que chacun doit
L
la vérité
, que si dans la Relation
de Vienne,dot je viens
de vous parler, je n'ay rien
lit qui regardait particulier
Cernent le Prince Charles de
Lorraine, je n'ay prétendu
Conclure par là aucune chose,
qui pust estre desavantageuse
à la gloire de ce Prince. Je
sçay qu'il s'est mis d'abord
en état, non feulement de
défendre la Hongrie, mais
d'attaquer les Turcs; qu'il a
Io premier entrepris des Siéges
; que si des Troupes formidables
par leur nombre,
l'ont obligé de faire retraite,
il n'a pas perdu courage pour
cela; qu'il s'est rendu à Vienne')
où il a pris des mesures
pour en faire soûtenir le
Siége; & qu'il a luy-mesme
fait brûler les Fauxbourgs de
cette Ville, apres avoir fait
enlever tout ce qu'il y avoir
de précieux dans les Maisons
de plaisance
,
ainsi que
je l'ay marqué. le sçay encore
que pendant le Siège, ilatravailléàmettrel'Armée
en état de secourir la Place;
qu'il a batu les Turcs aux environs
de Presbourg; qu'il a
fort bien payé de sa Perionne
à laLevée du Siége deVienne,
& que s'il y avoit eu un Combat
genéral, il n'auroit pas
manqué de s'exposer des premiers.
Je sçayenfin qu'en
poursuivant les Turcs; il a
secouru le Roy de Pologne,
dans une occasion,ousi
présence & ses Troupes estoient
nécessaires;que c'est
luy qui a entrepris
le
Siège
de Gran ou de Strigonie, 6ù
que cette ejairepriic ayant
réüssy, ilalameilleure part à
cette Conqueste. Je nay jamais
rien dit contre la verité,
du moins quand elle m'aesté
tout-à-fait connuë; 8csi je
me suis quelquefois trompé,
on ne peut me reprocher
comme à beaucoup d'autres,
que j'aye expose des Faits qui
ne fussent pas dans la 'Iray.;f
semblance.Onapu leconnoistre,
dis th Relation particuliere
que je vous ay envoyée
du Siege de Vienne. Si
j'avois eu a douter de lavérité
des circostances qu'elleéoii^
tient, j'ayprésentementsujet
d'en pensermille chosêsavantageuses,
puis qu'on a tâché
de la déchirer, & que
l'on n'écrir jamais que contre
ks choses, qui faisant bruit
dans lemonde, ont laréputation
d'estre approuvées.
Ilne falloit plus que cette
Critique,pour faire connoître
que cette Relation méritoit
l'applaudissement qu'elle a
reçeu du Public desinteressé.
On a esté sensible aux veritéz
que j'ay dites, parce
qu'elles ont faitvoir trop clairement
les calomnies publiées
dans les Nouvelles
étrangeres, & c'est pour cela
qu'on a plûtost attaqué torn.
res les choses qui regardent
cette Relation, que le fonds
& la suite de l'Ouvrage, dont
on n'a rien dit que confusément
sans s'attacher à aucun
endroit particulier, si ce n'cft
à quelques prétenduës contradictions.
On a batu du
Pais dans dix pages que contient
cette Critique, pour détruire
tout un Volume. Ce
ri'estpas queces dix pages ne
soient tellement remplies de
choses,ausquelles on ne peut
donner d'autre nom que
celuyd'injures; que si on les
ostoit toutes, on ne trouveroit
presque plus rien qui
pust servir de réponse à la
Relation qu'on a voulu critiquer
, &contre laquelle on
n'allégue rien qui détruise
aucun Fait. Il paroist mesme,
que l'Autheur n'a lû, ny ce
qu'il attaque, ny ce qu'il défend.
Il dit d'abord, que la
Relation imprimée sous le
nom de l'Autheur du Mercure
Galant, porte pour titre,
Relation Feritai'Ie. Ce mot de
Veritable, ne se trouvera que
dans sa Critique. On n'a pas
voulu mettre un titre spécieux,
qui donnastlieu de la
rechercher. Cela n'est bon
qu'à ceux qui se défient de
leursOuvrages, & l'on a
voulu que la verité fïstplûtost
souhaiter de voir cette
Relation, que le titre de Ve,
ritable, qu'il répete dix fois
dans les dix pages de sa Critique,
comme û je l'avois
mis, quoy que je ne m'en
fois pas melme servy dans le
titre. Je ne dis rien des injures
qui sont dans les premicres
de ces dix pages. Les
invectives tiennent lieu de
raisons à ceux qui en manquent,
& l'on ne doit jamais
y répondre, si l'on ne veut te rendre aussi méprisable,
que ceux en qui l'on blâme
un caractere si bas. Je laisse
donc les injures, pour répondre
à que lques Articles
On veut que la Gazete
imprimée à Vienne en Italien,
& dont j'aycité beaucoup
d'endroits, soit Gazetesuposée,& une que j'aye
esté surpris en y ajoûtant soy.
Il ne faut pas une grande
subtilité,ny une grande pe- nétration d'esprit, pour faire
de pareilles Critiques;il suffit
de nier des Faits, & de ne
rien alléguer pour les détruire
; mais il faut que ceux
qui en usent de la forte, soient
bien persuadez du peu de lumiere
des Lecteurs. Pour
moy, qui leur rends plus ck
justice, & qui ne crois pas
qu'ilspuissent estre si facilement
trompez, je ne me
mets pas en peine de détruire
cet endroit qni ne peut rien
détruire dans leuresprit. On
nie un Fait, sans en donner
de raisons. Que puis-je répondrelors
qu'on ne m'allé-
CuC ïiciirv_cpendant
,
11 efi:
constant que la Gazete qui
serten beaucoup d'endroits
de fondement à ma Relation,
est venuë de Vienne.
Je l'ay euë en Original, c'est
à dire, l'Imprimé mesine
, &
non une Copie écrite à la
main, & je la tions de Mr
Bachelier, demeurant Ruë
S. Denys. Ce sontPersonnes
donc la probité, ôc le nom
sontégalement connus à
Paris. Ils l'ont reçeuë de
Vienne
,
où chacun sçait
qu'ils ne manquent pas de
correspondans; & je ne puis
croire que j'aye merité des
injures
, pour avoir parlé
comme ont fait ceux qui ont
esté témoins de ce qu'ils ont
dit. Ilest vray que la sincérité
des Allemans, n'a pas.
plû aux Espagnols dont les
manieres sont exagérantes;
mais j'ay crû me devoir Plû
tost raporter à ceux qui ont
souffert,&qui ont combatu,
qu'à ceux qui composoient
dans leur Cabinet des Relations
prématurées,pour imbpaorsaesrsaertoute
laTerre,&emtellement
la verité
qu'elle ne puft estre reconnuë.
Ils prétendoient que le
grand nombre de Turcs
qu'ils faisoient tiier dans leurs
Relations, ôc les calomnies
dont ilsnoircissoient ceux
de qui ilsontévité de recevoir
du Secours,devoient
leur tenir lieu de celuy qu'ils
n'ont pas donné. Jene
doute point que l'Autheur
de la Critique, qui ne peut
soufrir les veritez dont ma
Relation est remplie, ne soit
de ce party. La preuve en est
évidente. Il se cache;c'est la
maniere d'agir de ceux qui
doutent
dusuccés
de leur entreprise.
Ils en sont quites
pour ne se pas faire connoistre,
quan d ils sont vaincus.
Le Libraire mesme,
qu'on sçait estre celuyquia
fait imprimer la Relation de
Besançon, n'ayant ny Permission
, ny Privilege, n'a
ofë mettre son nom à cette
Critique. Il a feulement cherché
àconstruire le titre d'une
maniere, qui pust faire croire
quelle se vend à Lyon,chez
le S' Amaulry
, quoy que le
nom du S' Amaurly n'y soit
employé
, que parce qu'il
vend la Relation que je vous
ay envoyée. En effet, y a-t-il
quelque apparence qu'il vou- luft debiter un Ouvrage fait
pour la détruire, sur tout lors
que le profit en seroit moindre,
tel que celuy de cette
Critique, qui ne contient
que dix pag-ci?
Ensuite cet Espagnol (car
il le doit estre d'inclination,
ou de naissance) me reproche
d'avoir dit que la Polique
des Espagnols, est de
taire toûjours à leurs Peuples
la perte qu'ilsfont,&qu'on
ne sçait pas encore en Espagne
que les François soient
maistres d'Arras. Il ne me
condamne que parce que
Balzac a dit cela avant moy;
mais il ne prend pas garde
qu'il me justifie en faisant
cette remarque ,
puis qu'il
fait connoistre par là, que ce
,n"estpas daujourd'huy que
l'on sçait quelle est la Politique
des Espagnols sur leFait
dontil s'agit. Mxu, dit ce
Critique)icette penjee eftffit:(u.
portable dans le tempsqueBalzar
écrivoitj pArcequ'ilyavoitpeu
d'annéesquecette lri\h avoit
istéaffilé:, st) prise pttr te¡
François, à present cette figure
est poussée trop loin,erperd tout
l'agrément que Balzac luy avoit
donné. Je prétens tout au
contraire
, que cet agrément
redouble aujourd'huy. Ce
n'estoit pas une chose extraordinaire,
qu'on eust pû
cacher la prise dune Ville
peu de temps apres sa réduction
; mais il est bien
plus merveilleux, que les Espagnolsayentl'adressede
la
cacher encore apres un fort
grand nombre d'années. Je
veux toutefois que le temps
l'ait fait connoistre. Puis
qu'on ne blâme ce que j'ay
dit, qu'à cause de la longueur
du temps qu'il ya que
cette Ville est prise;l'Autheur
du Libelle, ne nie pas
la Politique Espagnole à cet
égard; & puis que c'est tout
ce que j'ay voulu montrer en
cet endroit, je suis venu à
bout de mon dessein. Quand
j'ay parlé d'Arras, j'avois des
exemples plus ressens, & jet
ne voulois pas dire que durant
les dernieres guerres,
on avoit pendu un Homme
à Naples, pour avoir publié
la prise d'une Ville Espagnoie.
Le Censeur me blâme erL
suite, d'avoir fait faire quinze
1
lieuës d'Allemagne en un
jour à l'Armée qui se retira t dans Vienne, sans avoir eu
, égard à tout l'Attirait qui suit
une armée,au Bagage,au Canon,
& au reste. Cela paroist>
assez spécieux mais j'ay seulement
parlé comme FrançoiSjicins
marquer lieuës d'Allemagne.
D'ailleurs il n'estoit
plus question d'Armée en
ordre. On se mettoit peu en
peine du Bagage &duCanon;
en un mot on suyoit, & la
peur donne des aisles. On
sçait d'où les Troupes partirent,
on sçait quand elles
arriverent à Vienne, c'est un
Fait marque par tout, & genéralement
tenu pour confiant.
Ainsi je ne me mettray
pas en peine de répondre à
une objection si peu juste.
On fait apres cela un tresgrand
dénombrement des
Forces Ottomanes, pour me
blâmer d'avoir dit que le
Grand Vizir n'avoit que quarante
mille hommes d'Infanterie
devant Vienne. Je l'ay
dit, je le soûtiens
,
& je le
croy ; & quand l'Armée des
Turcs auroit esté composée
de cinq cens mille hommes,
il n'estoit pas impossible qu'-
ayant un si grand trajet à
faire, elle n'en eût que
quarante mille de pied.
D'aussi longues Marches ruinent
l'Infanterie; & le Grand
Vizir devoit se tenir fort heureux
d'en avoir encore autant,
lors qu'il arriva devant
Vienne. Quand on a beaucoup
de Cavalerie, on ne
manque pas de Gens de pied,
& il n'est pas extraordinaire
de voir des Cavaliers Turcs
mettre
pied à terre, pour
avancer les Travaux d'un
Siege.
Comme on ne cherche
qu'à me critiquer, quand je
parle pour les Allemans
, on
se déclare contre eux; &
quand je parle contre eux,
on se déclare contre moy.
C'est une marque que ma Rélation
donne peu de matiére àlaCritique, puis qu'on s'attache
à des chosès, qui n'étant
point du Fait, n'en peuvent
rendre le fonds ny véritable
ny faux. J'ay loüé le
Comte de Staremberg d'une
belle Action, qu'on m'a assuré
qu'il avoit faite à la Bataille
de Senes, on ne veut
pas qu'il s'y soit trouvé;j'y
consens, mais il est certain
que son Régiment y estoit.
On voit par là, que j'ay cherché
toutes les occasions qui
m'ont pû fournir dequoy
loüer les Commandans de
l'Ernpereur; &puisquej'ay
voulu élever ce qu'ils ont fait
même contre la France, on"
doit estre convaincu que
mon dessein n'a pas este d'abaisser
ce qu'ils ont fait contre
l'Ennemy commun de la
eClhré*tienté,. !",
-
On m'impute à crimed'avoir
parlé de la Maladie du
Comte de Staremberg, côme
si c'en estoit un à ce Comte
d'avoir estémalade. Sa. maladieestun
Fait constsant, &,
c'estunmalheur que chacun
év^roit, s'il le pouvoit faires
Peut-estre que le Comte de
Staremberg n'a pas paru plus:
grand Capitaine, estam en
pleine santé,que je l'ay fait
voir da£sa maladie. J'ay marqué
qu'il s'est fait faire dans
lon Lit le raport de tout ce
qui $'eU passé,qu'il a fait agir
(onesprit & ion expedence,'
&; qu'il a dôné tous les ordres
necessaires à la scûrcté de la
p.\ace. Un vray Capitaine de-*
send moins lesVilles, du bras
que de la teste, puis qu'il n'a
pas plus de force qu'un sitriple
Soldat. L'expérience & la
conduite, fontles Généraux;
&Iii.vigueur.,Ies Soldats.Per-
JDnne n'ignore que desGenéraux,
quoy que malades,ont
gagné desBatailles,lors qu'ils
ontesté portezaumilieu de
leurs Armées,& queleur mal
leur laissoit encore assez de
relâche pour donner des ordres.
Toutesces choses fonc
voir que si le Comte de Staremberg
avoit à se plaindre
de quelqu'un de ceux qui
ont écrit touchantleSiége de
Vienne, ses plaintes tomberoient
bien moins sur lTIOYj
que sur celuy qui le veut de.
sendre en m'attraquant.
, Je ne voy pas que la contrariété
dont on m'accusefoit
juste, lorsqu'on mereprend
d'avoir dit dans un endroit de
ma Rélation, que Vienne
estoitfourny de Vivres pour
six mois; & dans un autre,
qu'un Boeufyestoit sort cher
quelques heures avant laLevée
du Siége. Il ny a rien
dans cet Article qui ne foit
4u(àge Qaoy qu'il y ait beaucoupde
Vivres dans une Place
assiégée, la prudence veut
qu'on les ménagé
, parce
qu'on ne sçait pas combien
de temps on en peut avoir
besoin.
On employeunesubtilité
assez nouvelle, pour m'accuser
encore d'avoir en deuxendroits
parlé diféremment de
la mêmechose;& l'on pourroic
donner dans ce piège, si
l'on n'y faisoit pasréflexion.
Voicy ladreflc dont on s'est
servy.Au lieu que naturellementon
raporte les choses
dont on veut parler, dans
l'ordre qu'ellesont esté dites,
mon Censeur cite la derniere
en premier lieu après
avoir parlé de ce que j'ay dit
danslapage 128. il meJe fait
rii;çdune autremanièredans
fdpagc 75. S'il n'avoir point
-
faitde transposition, on auroitvû
que j'ay dit une chose
dans la page 75. dont je me
suis dédit dans la page 118. Je
ne l'ay point ôtéedu premier
endroit où j'tnay parle,parce
qu'il n'e{t pasaisé de retrancher
ce quiestc éja imprimé-,
mais j'ay fait ce qui se prati-
.que ordinairement par ceux
qui écrivent de bonne foyiivrcC.,
ifie" cet eudroitdans
:
la iuite. Toutes les choses
o¿ont un Aurheur s'aperçoir,
lors qu'illes met à dessein,&
4quii en donne avis, ne peuvent
passer pour des Contrariétez.
Je ne sçay pas si l'Inconnu
qui iè cache en mattaquant,
a prétendu m'imputer
comme une faute, de m'estre
dédit; mais je m'en fais une
gloire. Je montre par là,
que je n'ay épargné ny soins
ny recherches, pour découvrirlavérité
; &que l'ayant
trouvée, je ne me suis point
fait une honte de me dédire
de ce que j'avois mis quelques
pages auparavant.
Apres vous avoir parlédu-
>ne transposition faite exprés
pour m'accuser de contrariété,
il faut vous dire dequoy
il s'agissoit, & vous fairevoir
que l'Autheur de la Relation
de Besançon,que l'on veut
défendre en m'attaquanty a
fait lafatitedont on maceulc.
il estquestion de sçavoir si
les Turcs ont laissé dans leur
Camp de l'or, de l'argent,
des pierreries, & généralement
tout ce qui peutmériter
le nom de précieux. Il dit
dans la page 79. Que les Turcs
ent laissé quantité de Ricbejjesr
tri or> en argent, ($f en pierreries,
le Grand Vizir efiant
sorty deson Camp ,sansrien eplever
de ses Meubles, Et dans
la page81,il dit,Qu'ilyavoit
trois joursqu'il avoit commente*
renvoyerses meilleurs&plus riibesEquipages
, avec ses fem.
mes, gr* legros Canon;qu'àjon
exemple les 'Bajjas.gjrjigASM
l'Armée avottnt renvoyé tout ce
qu'ilsavaient de plus précieux
..@r quesitoutes ces choses estoient
rêftces> onauroit profité de plut
dt trente millions. Ce sont les
propres termes des deux endroits
dela Relation de Be- finçon quise contredisent.
Il n'y a point de raisonnement
àfairelà-dessus> il suffit de
lire; ainsi je n'endiray rien.
,
Il faut que l'Autheur de la
Critique ne trouve guéres
d'endroits à reprendre dans
ce que je vous ay écrit du Siége
,
puis qu'il s'attache à une
faute qui ne peut estre que"1
"dimpl-effion.J'ayfaitj dit-il,
def&nàreURoyde Pologne aux
Jacobinsjje luy dyfait entoncr le
Te DetJrn) c-je l'II.)fait/,Olfr.,
suivrrpar tessfùirujlins. Il cft
* C..,
vray que cefont ces der-niers
qui l'ont chanté dans la Chapelle
de Nostre-Dame de Lorette,
oùle Roy de Pologne
se rendit. Maté ce n'est pas là
dequoy il s'agit ;c'est desçavoir
si ce Monarque alla en
l'Eglise S. Estienne,comme
dit l'Auteur de la Relation de
Besançon, dans lapage 551.
Je soutiens toujours equ'il n'y
a point esté. C'est un Fait de
notoriété publique,dont tout
le monde convient, il n'en
faut pas davantage,pour marquer
que l'Autheur de cette
Relation,qu'on supposeavoir
esté dans Viennependant le
Siège, n'y estoit point, puis
que voulant faire une Relation
; & estant dans la Ville,
il auroit esté au Te Deum , on
du moins auroit sceu en quel
Lieu le Roy de Pologne auroit
elle le faire chanter. Un
Roy conquérant, & suivy
d'un Peuple qu'il vient de délivrer>
& qui ne l'a jamais vû,
marcheavec assez de bruit
dans une Ville où tout est en
joye, pour ne pas dérober la
connoissance des Lieux où
il va.
Je ne me contredis point,^
comme mon Censeurle prétend
mal à propos, lors que
j'ay dit que tout ce qui s'est
passé au Siége de Vienne, est
tiré d'une Gazete , .&c.,.
après avoir dit dans ma Préface,
quemaRelation a elle
>composée sur de bons Mémoires.
il faut regarder deux
choses dans cette Relation;
J'ullc
, ce quis'est paffé pendant
le Siçége
-, & 1autre , ce
;qÜi s'est fait à la Retraite des
Turcs. La plupart des Mémoires
qui regardent le Siége,
me viennent de ceux qui
estoient dansla Ville, & qui
ont combatu
-,
& comme ils
n'ont voulu parler que des
choies dont ils ont eux-mêmes
esté Acteurs, la Gazete
devienne m'a beaucoupferyi
pour la LevéeduSiège. Ainsi
j'ay eu lieu d'avancer ce que
ay dit, & de croire que
j'ay travaillé sur de bons Mé-,
moires.
Tout ce que je trouve de
plus raisonnable dans la Critique)
est l'endroit où l'on
dit, que dans les Relations
qui ont cité faites, l'exagérationest
loüable, puis qu'elle
est employée à la
@
gloire du
Christianisme, & à la honte
de ses plus cruels Persécuteurs
;que c'est un excès do
zélé, qui fait grossir les cfpeces,
& quiaélevé jusquesaux
Cieux des Trophées a la Rc*
ligion. Voila ce qu'il me saloit
dire d'abord; & il n'estoit
point question d'employer
du pa pier, pour détruire en
"àix lignes, ce que l'on a crû
prouver en dix pages. On
veut me montrer par là,qu'un
Chrétien ne devoit pas dire la
vérité.Mais si l'onélevoitautant
ce que j'ay mis dans ma
Relation à l'avantage des
Chrétiens, que l'on abaisse le
reste, on verroit que pour avoir
épargné leurlang,je n'ayrien
diminué de leur c-II)ire;
&que puis qu'ils ont fait lever
le Siège de vienne,&pris en
suite quelques Places,tous les
avantages des Vainqueurs
leur font demeurez. J'ay tâche
de donner de l'éclat a
leurs actions, mais avec vraylemblance
,
& sans exagération,
de peur que laverité se
découvrant toitou tard, on
n'eût de la peine à la croire,
à cause des choses peu vraysemblables
dont on l'auroit
veuë envelopée.'r
Quand toutes ces- fautes
qu'on m'a suposées, seroient
véritables:, elles sont en si perit
nombre, qu'à moins d'y
prendre un interest tres-particulier,
on ne s'en pourrait ap:
perce-voir dans une Relation
qui feule copient un Volume.
Onveut critiquer,&l'on nattaque
rien; car je ne croy Pal.
que quelques prétéduës contradi&
iôs puissent faire pafleif
tout un Livre pourfaux. ileg
aisé de juger que l'Autheur
de la Relation de Besançon a
voulu faire trouver des deT
sauts das un Ouvragequidétruit
le sien.On connoistpar
sa Réponse un peu trop précipitée,
qu'il n'est pasdàs Vienm-
Il peut écrire tant qu'$\wf
plaira, il n'aura de moyaucuherepiiaMe,
lors qu'il continuera
de le cacher. Si je réponsaujourd'huy,
il ne doit
pas croire qu'aucun mouve -
ment d'aigreur ou de chagrin
me 'ait fait faire. Je meserois
tû, s'il n'avoir tjhl que rèpous-
Per des injures; mais j'ay cru,
devoirquelqueséclaircissemensàceux,
qui entraînez
par les lentimens, on par les
raisons politiques des Persontie<
interessées, pourroient
tffl jour douter dela vérité d£x
rfiaf Relation. ;;
< eilt*deb'àpptesidràti
que par une promotion extraordinaire
& Singulière tout
ensemble, Sa Majeité a fait
M' deMonros,second Fils
de Mrle Marquis du Quesne,
Capitaine de Vaisseau. Iln'étoit
auparavant qu'Enseigne,,
& n'a point esté Lieutenant;
mais on ne doit pas faire des
chosesordinaires,pour des
Hommes qui ontsçû se mettre
au-dessus du commun.
Ce présent a esté suivy de ces
honnestetez duRoy, dont
on est plus touché que des
dons qu'il fait, quelques
grands qu'ils puiiTenceilres
Le15. decemois,laFemme
du S Dul.li, Maiitre Rotisseur
au coin de la Ruë des
Petits-Champs, est accouchée
d'un Enfant qui avoit
la teste d'un Merlan; l'oeil
droit fort petit,ainsi que la
bouche, & lesoreilles en
façond'une Nantille
,
à l'exception
d'un petit trou qui
estoit dansle milieu.Il estoit
sans oeil,aucosté. gauche;
sans nez& sans lévres; & au
lieu d'épaules, on luy voyoit
un morceau de chair, dont la
longueurestoit de dix pouces3
&la grosseur fie sept cr4i
huit. Il n'avoit ny os ny ven- -tre,Se1ombilic estoit comme
un fil de chanvre yionc
environ d'un quartier.Ilavoit
les jambes comme des fu-
-
seaux, sans osnyforme de
cuisses,les bras derrière ledos,
&: les doigts des mains&des
pieds, comme des fils.Cette
Femme, qui n'estoit grosse
que de sept mois & demy, eut
des douleurs extraordinaires,
depuisminuit jusques à sept
heures du matin, qu'elle fut
accouchée par Madame le
Tellier,,Sage-Femme , des.
meurant Ruë de laHuchette.
Cet Enfant-a eu vie hors du
corps de sa Merc. On l'a ondoyé
sous condition, & ila
esté enterré à S. Roch, Paroisse
de l'Accouchée. Le
& la Mere n'ont point voulu
permettre qu'onl'aitouvert,
Vous n'aurez les Noms de
ceux qui ontexpliqué les Enigmes
du dernier mois, que
dans ma XXIV.Lettre Extraordinaire,
qui paroîtra le ij.
de Janvierprochain. En voicy
deux nouvelles que je vous
envoyé. La première est de
la spirituelle Caliste, & l'autre
du Berger Fleufifte.
ENIGME.
J E/Ñis d'une FttmiUe,ojjicieuje
(~-on dc,
1 &rrandc-',
Æue le Dcffïn difbcrje^&jûtntcomme
illuy-pldift.
JeflrJ ohjem:trouve,&ftrtfAns interess.
J'jydesSieurs en Te>reA#flttmmaannddee,,,,
EJJ Angleterre,enEtoffejn IrUndcy
Une a irfillln) deux a LJ'on,
D'autres ailleurs, dont sifavais
envie ,'-
Defaire là dédtlBiotJ,
On la vernit bien tardfinify,
Avouons-en lez vérité,
S'aimerfeuleesiune triim•t. * )
Lafréquentesocieté
,. Çtnfc wigl&ire& mn!!lisses".;
Te ne vaux rien quenCompagnie.
4u-JJi mon Logeme-nt}tfi.a l'Arca<..dé1-
mie. fy p-tlffi l'¡lyvfr&l'Eté.
Certaines de mis Soeurs que vouspouvez,
connoifire
Tont,sans moy,peterleSdlpefirey
Entreprendre^attaquer^donner cChtureux
assauts,
Et redouterpartout,Francerton grad
Héros.
Tottr metyjefUll une Doucete,*
Maissije n'ayqu'unepart imparfaite
A Centreprife, a l'aélion,
lJee trila) dutmitiinst. eKmiere, 4alïlaaddmmii*i .*
j
Zn vouiez- veusy Ber.gcr, apprendre
davantage?
«*
fie-bien, écoutez* donc> en vota le
Cielamis
Tout cequi rendgalant&fige,
Et toutesfoùsans rnoY, iotariauriez,
point c£Amis.
AUTRE ENIGME. OV ne me connoitf pa* seulementaVienney
A YUaJÍftB) à rCeelâdgnea, ,4 Bruxelle,
Mais aujjlsur les Bords du Tage &
de USeine,
-
Etmesme isfqu'en Çanadi.
J^tutrejambesquej'ayrpe rendent
remarquable,-
Un flumetsurl'oreille
>
âidétfiswt
d celai
Etsi,)! vis en râifénbky
Vostre langue, Calijle & chacun le
fçaura,
Me cause ce tort-la.
MondeJtin neji-ilpas barbare?
Le Mariagemesépare,
Luy yijuifurtoutJe plais.laFunion,
Etl'impertinent me renverjè.
enMaiébelM,riennefîjhns traverfi- souffreJiptou huit dans mou ajfMïvn.
Lamoitié de mey-mefrnc,
Ejîseûrement dignevuon L'aima
Carfinsfit?utilesicours
On m parlerait viu< ann;0nrsy
Et lesciferlievttbt
De1s ¡lemcjki moment en Fé, s.
L-autre nwitie mérité encore plus
d'bonneur.,
De Iii Divinitéc'eftuneamplepartie.
Ellea de lA droiture) elle 4 de la doucehy,
Mlle entretientUjoye,&confèive
U vie.
VfiU quelle je Jfuts> ny Fille, ny - 'y ,
Garçoky
Etmejmesny Chllir, ny soisson.
Je ne finirois point, si je
voulois vous parler de tous
les honneurs que l'on a rendus
à la mémoire de laReyne;
mais je ne dois pas oublier
que les Carmelites de
la Ruë du Bouloir ayant fait
faire un Service solemnel
pour cette Princesse le 20.
de ce mois, la Mené y fut
celébrée pontificalement par
Mr l'Evelque d'Auxerre, &
l'Oraison Funèbre prononcée
par Mrl'Abbédes Alleurs,
Aumônierde Madame
la Dauphine. Il répondit à
l'attente qu'on avoit de luy,
& oppola à toutes les Actions
de grandeur du,Roy des
Avions de pieté de laReyne.
Un grand nombre,de Prélats,
& de Personnes de qualité,
formoientAssemblée,&les
Religieuses de ce Convent
n'oublierent rien dans cette
Cerémonie, doublemét triste
pour elles, de ce qui pouvoit
marquer leur douleur & leur
juste reconnoinance. La Mu.
tique, qui fut fort touchante,
estoit de la composîtion de
Mr Charpentier. Vingt-quatre
Pauvres qu'elles avoient
revestus, allerent à l'Offertoire,
chacun un Cierge à la
main. Des le temps de la
mort de cette grande Princesse
elles avoient fait tendre
touteleur Eglise de deüil
avec trois Bandes de Velours
changées d'Ecussons, qui deneurcront
toute l'année.
Tous les jours, a l'issüe de
leurs Vespres, leur Cloche
avoit annoncé les Prières pu**
bliques qu'ellesfaisoientpour
cette illustre Défunte-, & tous
les Dimanches après leur Salut,
elles en avoient fait ajouter
d'autres au milieu duconcours
du Peuple. Ces Prières
se doivent au,isfslii ccoonnttiinnuueerr
jto'ut le reste de l'année. oubliay de vous apprendre
il y a un mois, que Madame
la Marquile d'Urféestoit
morte icy le 5. de Novembre.
Elle s'appelloit Marguerite
d'Alegre, & avoit
épousé Messire Emanüel de
Lascaris, Marquis dUrse.
Comte de Sommerive, Ma.
réchal des Camps & Armée:
du Roy, & de son nom le
dix-septiéme Bailly de Fo
rests Je vousay parlé de ces
deux Maisons en plusieurs de
mes Lettres.Cette Dame
laissé pour Enfans M l'Eves
que de Limoges; Mr l'Abbi
d'Urfé, Doyen de Nostre
Dame du Puy; lePere d'Urfé
Visiteur de l'Oratoire M
l'Abbéde S.Justd'Urfé;
Mrle Comte d'Urfé,Ensei
gne des Gardes du Corps
quiparlaretraite de ses qua
:".
tte Freres ainez, & par la
mort de Mrle Marquis cTUrfé,
Colonel de Cavalerie, qui
mourut le 14. Septembre de
l'année dernicre, se voit aujourd'huy
l'unique espérance
de cette illustre Maison, dans
laquelle ces derniers du nom
d'Urfé, ont joint la Dévotion
aux Armes,& aux belles Lettres.
Il y a aussi trois Filles,
dont l'une est Veuve de Mr
le Marquis de Langeac de la
Rochefoucaut, & les deux
autres, Religieuses de Sainte
Claire de Montbrison en ForcftsvV-
X.) .„r/
, -.-,. ¿,;.!.¿ Cl.
Vous sçavez la bonté & la
tendresse du Roy d'Angleterre
, pour le Duc de Mon.
mouth. Je devrais,vous,en
entretenir au long; mais je
n'ay pas oublié que je vous ay
promis
,
il y a déjà quelque:
mois, l'histoire entiere de 1;
Conspiration. >;Quand cetre
Affaire fera terminée, je vou:
,
feray partdu tout ensemble
& cet Article vous paroîtra
beauc >up plus curieux, qui
si pour le voir entier,vou
eftLz obligéede le cherche
par morceaux dans huit oz
dix de mes Lettres.. ,:'rn
Avant que Moliere travaillât
pour le Théâtre
, vail a tout
le fruit qu'on retiroit des Comédies
Françoises, estoit de
se divertir une apres-dînée.
Cet excellent Autheur joüa
les défauts des Hommes, &
cela fit changer de manières
à bien des Gens, & sur tout à
la jeunessedequalité. Il attaqua
ensuite les moeurs, ce qui
en remit beaucoup d'autres
dans le droit chemin; mais
jamais ses Pièces n'ont estési
profitables) que lors qu'il a
joüé les Profc ssions. Depuis
sa mort, on a fait quelques
Comédies, dont le luccés a
esté tres-grand; mais elles
sont en fort petit nombre, &
decelles-là aucune n'aeste
plus utile que celle d'Arlequin
Procureur, dans laquelle les
Comédiens Italiens ont fais
voir les divers tours de souplesse
des méchans Procu.
reurs;parce qu'en saisontré
flexion for toutes les fripon.
neries qui s'y trouvent dé
- peintes d'une maniéré très
naturelle , on peut chercher
des moyens pour s'empêcher
de tomber dans ces malheurs
Quiconque y peut réussir
évite souvent sa ruine, & celle
de sa Famille, sans compter
les peines qu'il s'épargne. Je
me souviensd'avoir vu dans
cette Piéce un Procureur,qui
ne pouvantlégitimement oucuperque
pour une seule personne,
ne laine pas d'occuper
pour neuf La réflexion que
j'ay faitesurcet Incident, a
esté cause que j'ay découvert
depuis huit jours, qu'un
Procureur qui occupoit pour
moy dans une Affaire, occupoit
aussi pour ma Partie, sous
le nom d'un autreProcureur.
Ce sont des services qu'ils se
rendent tousles jours les uns
aux autres, & ausquels on ne
s'aviseroit jamais de prçndre
garde, si l'on n'avoit vû cela
dans la Comédie &drlecjwn
Procureur. On y trouve cent
tours de cette nature,si bien
touchez,que rien ne paroît
plus vray-semblable. Comme
les Comédiens ne peuvent
jouër cette Piéce aussi souvent
que les Particuliers qui
en veulent profiter le souhaiteroient,
& que d'ailleurs
on nela jouë point dans les
Provinces; le Public a demandé
avec ardeurqu'on
l'imprimât,& enfin elle a esté
mile fous la Presse. LeStBlageart
Libraire, Court neuve
du Palais
, commence à la débiter.
C'est un treTor qui mérite
qu'on le garde; & quiconque
est sur le point d'avoir
un Procés, doit la lire&
la relire avec foin, afin de perdre
l' envie de plaider, ou du
moins afin de prévoir aux
friponneries qu'on luy peut
faire. L'Autheur n'ayant pû
les Lire entrer toutes dans la
Comédie, on en trouvera encore
d'autres danslaPréface.
Je ne vous dis rien pour justifier
les Procureurs de bonne
foy,& leur Profession. Je vous
écrivis amplement là-dessus,
lors que je vous manday le
succés decettePiéce. Le defaut
est de l'Homme ;il est
personnel
,
&non de la Prosession.
Les armes défendent
l'Etat & les Loix, & cependant
on s'en fert pour commettre
des assassinats.
Messire Jacques de Saulx,
Comte de Tavanes& de
Beaumont, Marquis de Suilly,
Lieutenant Genéral des
Armées du Roy, ôc Grand
Baillyde Dijon,estmort depuis
peu de jours. Sur le scrupule
d'avoir fait tort autrefois
à l'Hôtel-Dieu, en arrestant
des Vivres qui paC.
soient pour cette Maison aupres
d'un Corps de Troupes qu'ilcommandoit, il a laissé
cinquante mille francs à cet
Hôpital. Il a aussi laissé un
Habit de cinquante écus à
chacun de ses Créanciers,
toutes fès debtes payées, &
est mort âgé desoixante Ôc
quinze ans.
Cette mort aesté suivie
de celle de Dame Françoise
Dalmas, Veuve de Mejfïirç
Jacques Tubeuf, President
en la Chambre des Comptes
, & Sur-Intendant des
Finances de la feuë Reyne
Mere. Ce Président si connu
de tout le monde pendant le
Ministere du Cardinal Mazarin,
laissa un Fils, qui est
mort, &: qui avoit cpollr la
Fille de M de Novion, Premier
Président.
Mr Boileau,Srde Puimorin,
qui a esté Intendant &
Controlleur Genéral del'Argenterie,
Menus-Plaisirs,&
Affaires de la Chambre de
Sa Majesté, est mort aussi
,Jns le mesme temps.Cedoit
n Homme d'mic societé
gréable, aime' detoutes les.
Personnes deipric Ôc de quaté
, 6: Frere de l'illustre Mr
)efpréaux5 qui nous a donné
utant de Chef d'aravres,que
nous avos d'Ouvragesdeluy.
Vous ne me surprenez
point, en me disant que personne
n'estpersuadédansvôre
Province, du prétendu
Mariage de la Pucelle d'Oreans.
'- Je vous ay envoyé la
^ettre deMrVignier; c'est
à luy à répondre aux Objections
qu'on luy peut faire. il
les a prévûës si fortes,qu'il
dit luy-mesme dans cette
Lettre, qu'il ne doute point
que ce qu'il raporte, contre
le témoignage de tous les Historiens
,
ne soitmisaunombre
des Fables. Eneffet,il
n'est point croyable, que si
la Pucelle d'Orleans s'estoit
mariée à Metz, le Roy Charles
VII. ne l'eût pas fait venir
à la Cour, pour récompenser
- par les honneurs qu'elle méritoit,
les services qu'elle ve—
noit de rendre à la France..
Il y a plus. Il est porté dans
l'ancien Manuscrit trouvé à
Metz
,
ettre dont ilpa-de dans sa ,quesesdeuxFreres
avinrentvoir prés deS.Privé,
Il,i-ccosii-ilirelit. Cepenlant
il Meconnant) qu'en.
455.laMa e 6c un de ses Trees
^préièntercm Requelte*
au PapeCalixte III. pour
obtenirdeSaSaintetéun
ordre de ~fairefairerévision
duProcés, aux fins de
sa justification
; que ce Pape
délivra une Commission pour
cela,à l'Archeverque de
Rheims, & à plusieurs EveC.
ques; & que les Témoins
Oiiis en la Ville de Rouën,
pardevant l'Evesque de Beauvais,
déposérentpresquetous
qu'ils avoient vû conduire la
Pucelle au suplice, & plusieurs
,
qu'ils l'avoientvûë
brûler. Le Jugement rendu
par les Commissaires le 7.
Juin 1456. la déclara innocen-
- te, cassales Jugemens qu'on
avoir rendus contre elle
, &
ordonna qu'il seroitfait deux
Processions, accompagnées
chacune d'un Sermon
,
qui la
justifieroit des calomnies de
ses Ennemis, l'uneen laplus
grande Place de la Ville, ôc
l'autre en celle où l'Exécution
avoit este faite, danslaquelle
on éleveroit une Croix
qui s'y voit encore aujourd'huy
,pour la mémoire éternelle
de sa justification. Tout
cecy se trouve dans un grand
Volume en parchemin, qui
estauTrésor Royaldes Chartres
de la Sainte Chapelle. Ce
Volume contient la Révision
du Procés
,
& celuy de la

Condaninationpii-al)b,édans
toutes les pages par les Greffiers
commis pour cette Révision.
Je ne prérens point vous
apprendre la Naissance de
Monseigneur le Duc d'Anjou.
Elle elt une suite des
prospéritez de la France; &
la Renommée,quin'est presque
occupée que pour elle,
doit vous l'avoir annoncée,
si tost que ce Prince elt venu
au monde. Ainsi je ne vous
en parleray qu'afin de vous
faire part de tout ce qui l'a
précedée, accompagnée, &
suivie. Un peu avant la Naissance
de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, le Roy nommA
pour Gouvernante du
Prince ou delaPrincesse qui
naluoit) Madame la Mar^-
chale de la Mothe, qui avoir
déja remply ce glorieux
Poste aupres des Enfans de
Sa Majesté.L'usage voulant
qu'il n'yen ait jamais qu'une
pour tous, il n'en ixftoit
point qui eust eu l'honneur
de gouverner des Enfans de
France; mais comme on met
aupres de chacun une Sous-
Gouvernante, une Premiere
Femme de Chambre
,
& des
Femmes de Chambre, &c que
le Roy avoit eu plusieurs Ensans,
il restoit plusieurs Personnes
qui avoient réply ces
places. SaMajesté toujours
équitable, nomma les plus
anciennes pour servir aupres
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Lesautres presserent
pour avoir le mesme
honneur, taetme sans apointemens
; & le Roy par une
bonté singuliere, leur accorda
plus qu'elles ne demandoient,
en les mettant
toutes au pres du Prince nouvellement
né, de la maniere
qu'elles estoient auparavant;
de sorte qu'au lieu d'en nommer
de nouvelles pour mettre
aupres de Monseigneur
le Duc, d'Anjou, il n'a esté
,4 ",- besoin
besoin que de prendre de celles
qui servoient auprès de
Monieigneur le Duc deBourgogne,
dontle nombre estoit
trop grand. Ainsi Madame
de Venel
,
ancienne Sous-
Gouvernante,est demeurée
aupres de ce Prince, avec
une augmentationd'Apointemens
; & Madame la Baronne
de Paliere a passé aupres
du Duc qui vient denaître
,
dans la l11cÍille qualité.
MademoiielleDevizé
,
qui
estoit Femme de Chambre,
a esténommée par le Roy,
Premiere Femme de Cliam*
bre de Monseigneur le Duc
d'Anjou, sans qu'elle eût eu
besoin pour cela d'employer
aucune sollicitation. Ce Monarque
sçavoit que la feuë
Reyne l'avoit souhaité; &
comme il va au - devant de
tout ce qui auroit pû plaire à
cette Princesse
,
si elle avoir
vécu, & de tout ce qui peut
marquer combien sa mémoire
luy est chere, ill'a choisie
pour remplir ce Poste, parmy
un grand nombre de Personnes
qui y prétendaient. La
ressemblance du nom a fait
croire que c'estoit Madame
~Devizésa Belle-soeur, que 'la
) .eyne honoroit d'une estime
)ute particuliere
*,
mais apres
's bontez que cette grande
~rincesse a euës pour elle, èc
:
souvenir que le Roy marue
en avoir, si sa douleur
~uy permettoit de songerà
esrécompenses, elle auroit
eu d'en attendre de propor-
~ionnées à ce que Sa WajcH:¿
~ait connoistretous les jours
~le sensibilité pour la memoi-
~re de laReyne, jusques dans
es moindres choses. Je viens
L ce qui regarde les Couches
le Madame la Dauphine.
Mr Clement, qui l'avoit heureusementdélivrée
du premier
Enfant qu'elle a mis au
monde
, eut ordre le 9. de
Novembre, de ne plus quiter
Versailles. Le Jeudy16. de
ce mois, entre sept & huit
heures dumatin, cette Princesse
commençaàsentir quelques
legéres douleurs, qui
fLJrenttiuivies de deux autres
marques d'Accouchement,
maisassez foibles. Madame
la Dauphine en parla
à MrClement, qui l'assura
qu'Elleacoucheroit dans peu
de jours.Sur le foir Elle ressentit
encore quelques attaques,
quicontinuërentleVendredy
aumatin
,
& troublérent son
sommeil. LHegarda la chambre
ce jour là,& se coucha,en
disant,qu'elleavoitpeurdefaire
relever le Roy tT Monjeigneur
le Dauphin, MClement, qui
couchoit dans son antichambre
,
luy dit qu'elle ne le devoit
pas apréhen der. Aussi
cette Princesse reposa-t-elle
assez tranquilement, jusqu'au
Samedy 11. sur les trois heures
dumatin
,
quelle se réveilla
aved des douleurs de peu de
ftaréCjtxuis fréquentes,qu'elle
suporta pendantuneheure,
sans fairevenir personne. Eiïr
fin ces douleurs continüant,
elle apella Madame la Nourice
,
la Première Femme de
Chambre
,
laquelle avertit
Mr Clément. Il entra un moment
apres dans la chambre
de cette Princesse
,
qui luy
avant dit l'état où elle te trouvoit,
luydemanda s'il estoit
tempsd'avertir leRoy. Il luy
répondit, apres l'avoir examinée
, que rien ne pressoit
encore. Ainsi, quoy que ses
douleurs sussènt plus fréquences,
elle attendit jusquesà
huit heures du matin, qu'elle
fie avertirMonseigneur le
Dauphin, quiavoit couché
cette nuit-là dans son A partement.
Ce Princeestantvenu
, demanda à MrClément
s'il faloit aller éveiller le Roy.
Il repondit qu'on devoit attendre,
Sa Majesté devantle
leverune heureaprès. On fit
venir Madame la Duchesse
de Richelieu,Damed'Honneur,
Madame la Maréchale
de Rochefort, & Madame
de Maintenon, Dames d'Atour.
Madame de Richelieu
estantarrivée,envoyaquérir
les Princes & Princesses du
Sang, qui estoient pour lors
àVersailles. Le Roy estant
arrivéla MrClément,siMadamela
Dauphmecfioitprclïe d'accoucher.
Il réponduàSa Majeftéj
qu'elle accoucheroit sur
la fin du jour, pour peu que
les douleurs augiiienn.ifcnt;
mais loin d'augmenter,elles
cessérent un peu apres. On
dit que la foule qui entra
dans la chambre de cette
Princesse, & qui luy fit de la
peine, en futcause. Cecalme
Jura presque toute la journée;
les Dames l'attribuérent
au Lit que Madame la Dauphine
gardoit. Cette Princesse
se leva sur les quatre
heures apres midy.Mais comme
apres s'estre promenée, &
avoir demeuré debout&assise
pendant quelques heures,
elle ne sentit aucunes douleurs,
Ere se coucha. Les Personnes
de droit & de necessité
demeurérent seules dans sa
Chãbre Les douleurs la reprirent
deux heuresapres,maissi
lentement, que le Dimanche
19. du mois, à une heure apres
minuit,MrClement ordonna
ce qu'il crut necessairepour
faire avancer l'Accouche-
.luenr. Eneffet, ses douleurs
augmenterent, t" donnérent
des marques prochaines de
l'Accouchement.Cette Princesse
le mit plusieurs fois sur
un petit Lit, & s'en leva aussi
plusieurs fois,jusques à l'heure
qu'elleaccoucha. Pendant
ce temps ,
le Roy Se toute la
Famille Royale,estoient dans
sa chambre.Elle souffrit beaucoup,
ôc sur les quatre heures
& demie du matin elle mit au
monde un second Prince,qui
demeuraquelque temps sans
crier, ce qui obligea le Roy
à demander s'il estoit mort,
Mr Clement luy dir la raison
du silencedel'Enfant,&qu'il
l'entendroit bien. roll crier.
-Cria arriva presque aussitost,
& Sa Majesté apprit du mesme
MrClenlcnt, quec'estoit
encore un Prince.En suite
Mr Clement ayantreçeu la
Couche & le Lange de la
main de Mademoiselle Devizé;
Premiere Femme de
Chambre, il mit le Prince
dedans, & le donnaàMadamela
Maréchale de la
Mothe,qui le portaauprès du
feu, pour l'y faire remuer.
M le CardinaldeBoüillon
entra aussitost,& ondoya le
Prince, en présence du Curé
de Versailles; après quoy on
le remuai pendãt cc temps leRoy alla embrasser Madamela
Dauphine, dune maniere
tout-à-fait tendre.Voicy
une partie de ce qu'illuy
dit.Jefais,Madame,au corru
bit de ma jéye, de voir que vous
ne JôHfrit'{. plus, & que vous
ifYrz encore donnéun Prince. Je
nesouhaiteplusquevostrepinte.
A quoy Madame la Dauphine
répondit.Sire,sij'ay dela
santéàsouhaiter, ce n'èfl quepour
fairedes chosesagréables à Profite
A/.tjtfté.Mon[eigncur le Dauphin
vint ensuite embrasser
Madame la Dauphine. Il est
aisé de juger par l'union parfaite
qui est entre eux, des
choses tendres qu'ils se dirent.
Cela estant fait, le Roy,
MonseigneurleDauphin,
Monsieur, Monsieurle Prince
& Monsieur le Duc,signèrentl'Acte
que MrdeSeignelay
avoit apporté, &que
l'on dresse en pareille occasion,
pour certifier quel est
l'Enfant qui vient de naître.
Sa Majesté donnaensuite sa,
Benédiction au Prince, & le
fit porter à Madame la Dauphine
par Madame la Maréchale
de la Mothe. Il dit à
cette Princesse, Madame,voila
un Duc d'Anjou qu'on vous
amene. Madame la Dauphine
le baisa, & luy donna aussi
sa Benédiction, apres quoy
le Roy se retira, avec toute
la Famille Royale. Madame
la Dauphine remercia alors
Mr Clement,&luy dit qu'elle
luy feroit toûjours tous les
pslaisiirsbquilluyeserosien.t pos-
Le Royassista le mesme
jour aur. Deum, quifut
chanté par la Musique de la
Chapelle,&ce Prince donna
dequoy délivrer tous qui estoientpour ceux debtes dans
les Prisons deVersailles. Le
soir,ilyeut desFeux dejoye
dans toutes les Ruës; &lc
Jeudy z3.de ce mois, ayant, esté choisy pour rendre graces
à Dieu de cette Naissance
dans l'Eglise Nostre-Dame
de Paris, le Canon de l'Arsenal de la Bastille,&de
la Gréve rnt entendre le
matin
,
aussi-bien que les
Horloges publiques, qui carillonnerent
pendant tout Io
jour. Le Te Deum sur chanté
en présence de Mrle Chancelier,
avec toute les cérémonies
accoutumées, ôc le
foir on fit des Feux de joye
ordinaires dans ces fortes
d'occasions.ces Feux furent
précedezd'un Feu d'artifice
qui estoit dressé devant l'Hô.
tel de Ville. Voicy des Vers
qui ont esté faits sur cette
Naissance.Ilmen reste beau- ;
coup d'autres, que je suis
obligé de réserver faute de
place., i
i
UR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU. rOu* les voeuy. deLOVIS ont
unebcureufefuite,
s Loix dejes Etats ont banny les
DULIS,
s Peuples comme aux coups leJùi,
vcmaux Autels,
igloire, & le bonheur couronnent si conduite.
S'il,fàtiljdire de voirses Lis,
D'arebrillint Fleuron cnbeUû,
Dans neufmmooilsS oonnlelc vvooli;tt éêcclUorreei-t
enfouhatteunautre> on envoit
unfécond.
D'antressuccés nous montreront
Cequ'il peutfoukaittr encore,.
SUR LE MESME SUJET.
AU ROY. ETvers vous (mitez, Héros
lî¿i,/I;,I.";Jf0Jri.lr)/'SJoilvCW. !'ItuXx??
,Le; fuites les r!UJ dif]ii:-les
St ,':;¡/:;/Cji! s\rtlâcher a vos veenxY
Dans un mois vowprenez, vingt
ri/les,
Jkttx ailS vous donnent anlx Neveux,
Vos plushardis Projets vom deviennent
utiles.
L"effort des Ennemis tourne toujours
contre eux.
Etvow vous limittz., Hérostoujours
heureux?
Vous devez déja sçavoir
le retour de l'Electeur de Ba.
iere dans tes Etats; mais
eut-estreignorez-vous ce
qui sVil pailcà Lmts, où il
lia avant quedese rendre à
Munic. Ce Prince v citane
arrivéenposte,dansle temps
que SaMajcitelm periale entendoit
la Meffc, la fit avertir
le son arrivée par le Comte
de Konirz,&SaMajesté Impériale
envoya aussitost chercher
cet Electeur par ion
Grand Maréchal, accompagné
de plusieurs Personnes
de qualité, quileconduisirent
jusques à la Porte de
l'Antichambre, où l'Emp^u
leur le reçeut avec des civilitez
extraordinaires. Il le
mena dans sonCabinet,&
ils y demeurerent un quartd'heure
en particulier. Apres
ce temps l'Empereurle conduisit
jusques à l'Antichambre
où il l'avoit pris, ôc d'où
l'Electeurfut accompagné à
l'Apartement de l'Impératrice
par le Comte de Harac,
son Grand Ecuyer, & par
une grande Suite, qui leconduisit
juiques dans la Chambre
de cette Princesse. L'Impératrice
le reçeutà la Porte,
Scie mexu cUasfou Cabinet,
xi il demeura jusqu'à midy.
Ce Prince dîna eniuite avec
elle. Il s'est tenu un grand
Conseil de Guerre avant que
cet Electeur soit party de
Lints. On y a parlé de tous
les moyens de continuer la
Guerre contre les Turcs, &
l'on a trouvéque la chose
estoitfacile par les raisons
suivantes.
Parce que les succés de
cette Campagne,ont mis
l'Empire Ottoman en consternation.
Que le Papefourniroit de
grands subsides par mois.
Qu'il y a espérance que les
Moscovites, & les Vénitiens,
entrerontdans la Ligue coiïr
tre la Porte.
Qu'il s'est élevé de grands
murmures dans les Terres de
SaHautesse,à cause desimpositions
extraordinaires qui
ontesté faites cette derniere
Campagne, ce qui met les
Peuples dans l'impossibilité
d'en payer denouvelles.
Vous voyez que si l'on
veut continuerla guerrecontre
les Turcs, on ne manquera
ny de raisons, ny de
pouvoir; Inals.la plus grande
affaire, icra de sçavoirprofiter
de ion bonheur,& c'est
ce qui n'arrive pas toû jours
aux plus sages.
Je ne vous dis rien de la
guerre que l'Espagne a déclarée
à la France, ny de ce
que cette déclaration a fait
faire de part & d'autre. Je
vous en rendray un compte
exact,& fidelle & pour vous
bien éclaircir de tout, & en
faire un morceau d'Histoire,.
je reprendray l'affaire dès sa
source. Je vous souhaite d'avance
une heureuse année,
&suis, Madame,vostre, &c.
AParis uji.Duwbn1683.
AvispourplacerlesFigures.
LA Figure où est le Grelot Se FHebreu
, doit regarder la page 75.
LAirqui commence par Beau Jardin
,
beau Ruisseau doit regarder la
P~gCÏ~,
Le Porrait duRoy de Pologne doit
regarder la page 164.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le